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DIRECTEUR DU LYCÉE NATIONAL DU PORT-AU-PRINCE ; RROLAROR III | | | ANCIEN PROFÉSSEUR D'HISTOIRE. TOME PREMIER. me | Nationale. Indépendance À TRS RO 4
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LT EMEA mr HIT Liberté. PORT-AU-PRINCE.
. IMPRIMERIE DE Jx. COURTOIS. 1847. - j
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INTRODUCTION. Joffre au public une histoire d'Haïti à laquelle j'ai travaillé pendant plu
sieurs années. Cette histoire est particulièrement celle de la race africaine
trapsplantée en Haïti, @t devenue libre par sa propre énergie développée à
travers le sang'et äu milieu des secousses révolutionnaires qui ont bouleversé,
mais régénéré notre patrie. Pour Pintelligence de cette histoire, il a été
nécessaire qu’elle fut précédée d’un exposé rapide des événemens qui ont
suivi la découverte de notre île et qi ont amené l'extinction de la race
_ aborigène, Îla transplantation des africains, la colonisation française; d’un tableaux des tortures de l’esclave et de la tyrannie exercée sur les affranchis
noirs et jaunes. Ce récit fera comprendre l’ardeur avec laquelle ces hommes,
victimes de to'ites sortes d'atrocités, embrassèrent la cause de là sainte révolution de 1739, dont les principes furent proclamés par l’Assemblée Na:
tionale de France pour la régénération de l'humanité. Les luttes de ces hommes héroïques contre leurs oppresseurs annoncèrent,
dès les premières tourmentes de notre révolution, lindénendance de notre race;
et les esprits élairvoyans découvrirent même dès lors notre glorieuse natiopalité au milieu des ruines de l'aristocratie coloniale.
èrent la cause de là sainte révolution de 1739, dont les principes furent proclamés par l’Assemblée Na:
tionale de France pour la régénération de l'humanité. Les luttes de ces hommes héroïques contre leurs oppresseurs annoncèrent,
dès les premières tourmentes de notre révolution, lindénendance de notre race;
et les esprits élairvoyans découvrirent même dès lors notre glorieuse natiopalité au milieu des ruines de l'aristocratie coloniale. Pour bien comprendre l’histoire de notre pays. il ne faut pas négliger
d'étudier celle des autres peup'es. En histoire comme dans les sciences
tout s’enchaîne. Déjà l’histoire d'Haïti, sous l'influence excercée par les conquêtes successives des européens dans notre île,se rattache à celle des peu_ples les plus civilisés de l'ancien monde Si les espagnols et les français,
en possédant la reine des Aatilles, y ont laissé les traces sanglantes de leur
domination, 1ls y ont aussi laissé leurs langues, leurs mœurs, leurs coutumes, enfin les germes d'une civilisation nouvelle. La possession européenne
enfanta sur notre sol des crimes inouïs, nos représailles firent aussi frémir
J'humanité ; cependant constatons le bien que la Providence se plait, tardivement
parfois, mais toujours, à faire découier des vlus grands maux : c’est que la civihisation s’est introduite dans le sein d'Haïti malgré les obstacles presque insurmontables qu’elle avait rencontrés dans le sy:tème criminel de la servitude,
Notre nationalité est depuis longtemps assise ; tôt ou tard Haïti occupera avec
dignité sa place parmi les nations civilisées ; tôt ou tard les noirs et leurs
descendans que la servitude a presque partont abrutis ‘dans le nouveau monde, atteindront comme dans l'antiquité, au plus hant degré de civilisation.
Mais pour qu'Haïti obtienne ce glorieux résultat, pour qu’elle soit à la
tête de la race africaine, il faut qu’elle se hâte de parcourir les annales des
nations , et de découvrir que tous les peuples qui ont négligé ou refusé de suivre
les progrès de l'esprit humain, ont fini par perdre, la plupart, leur existence
mationale , victimes de leur propre résistance au développement des lumières, Il est impossible de dirige” une société dans les voies du progrès, de Ini
faire éviter les écueils contre lesquels beaucoup de jeunes. peuples se sont
brisés, si on n'a pas médité sur les événemens passés et dans le monde INTRODUCTION. - <e entier et dans le pays que l’on vent régénérer. Aussi l'histoire va‘t-elle
été l’objet des études approfondies de ces hommes privilégiés qui par de
sages lois et une forte énergie, ont fondé des sociétés durables, ont imprimé à la civilisation un nouvel essor. Dans l'antiquité, Lycurgue & Solon ont traversé les mers, d'immenses contrées, pour entendre ‘les docteurs que le monde admirait alors. 1ls apportèrent”
en Grèc: de précieuses lumières qu'ils avaient tirées des traditions asiatiques
et africaines. Alors l'Afrique brillant d'un vif éclat, répandait au loin les
rayons bienfaisans de sa civilisation, dont les noirs éthiopiens alimentaient
le foyer. ï
antiquité, Lycurgue & Solon ont traversé les mers, d'immenses contrées, pour entendre ‘les docteurs que le monde admirait alors. 1ls apportèrent”
en Grèc: de précieuses lumières qu'ils avaient tirées des traditions asiatiques
et africaines. Alors l'Afrique brillant d'un vif éclat, répandait au loin les
rayons bienfaisans de sa civilisation, dont les noirs éthiopiens alimentaient
le foyer. ï Les grees qui, mieux que n'importe quel peuplé, ont compris le vrai pa=
triotisme , savaient que la jeunesse ne pouvait aimer lä gloire , se: vouer avec
désintéressement à la chose publique, sans connaître les hauts fañs. des
héros de la patrie; aussi les philosophes se faisaient-ils un devoir d’enseigner lhisiire aux enfans de la Grèce, dans les écoles. sur les places-publiques ! Les jennes Grecs étaient transportés d’enthousiasne quandtils entendaient les Hérodote, les Xénophon, leur dire comment Multiade avait
combattu à Marathon pour le salut et pour lagloire de la Grèce; comment
dix mile grecs avaient traversé, surmontant glorieusement tous les obstacles,
les innombrables populations de la vaste domination des Perses. À Rome l'histoire recevait 1in culte; et ce noble sacrifice fait par Régulus,
allant se livrer à la fureur des Carthaginois, imprimait dans llâme des jeunes Romains ce patriotisme grave, inébranlable qui ler donna le secptre du
monde : dévouement tel que n’en offrent pas les temps modernes si féconds
en grands sacrifices. | L’Homme-Dieu, Jésus Christ, avant de prêcher sa doctrine divine qui régénéra le monde, ne dédaisna pas de visiter les temples, soit égyptiens , seit
guifs , pour y entendre les discours des docteurs et des sacerdotes , surles mystères
de l'Ethiopie, l’histoire hébraïque , les dogmes de l'Orient , la philosophie”
grecque et l’histoire de Rome. Alors les Grecs et les Latins, par leurs conquêtes , avaient déjà so mis lés populations orientales. En se livrant à létude,
Jésus voultit montrer aux hommes qui rêvent à la régénération dès peuples, combien 1l est d’une nécessité absolue qu'ils acquièrent une vaste érudition. | At septième siècle de notre êre, Mahomet, simple marchand , médita et
et étudia, dans ses voyages, les traditions juives et chrétiennes. Il précha
le Koran: les ismaëlites, ses frères, virent en lui un prophèté de Dieu;il
fit des ara es, peuple avant lui piongé dans la barbarie et l’idolatrie , une nation
forte et enthousiaste qui devint dans l'Orient comme dans l'Occident ün modèle de civilisation, Deux siècles plus tar:.les fils de l'Hedjaz, et les Berbères noirs leurs auxiliaires, étaient la nation la plus intrépide ,la pluschevaleresque de la terre. Qui pet, sans être transporté d'enthousiasme, se
rappeler les exploits et les orands travaux des Maures d'Espagne de . sang
arabe et africain ; ces nombre.ses académies oû la jeunesse chrétienne même
venait s'instroire dans les sciences , les bélles lettres et les arts; ces joûtes d’une prodivieuse maynificence célébrées à Grenade, où se réunissait
Vélite des peuples musulmans et chrétiens |
. Qui pet, sans être transporté d'enthousiasme, se
rappeler les exploits et les orands travaux des Maures d'Espagne de . sang
arabe et africain ; ces nombre.ses académies oû la jeunesse chrétienne même
venait s'instroire dans les sciences , les bélles lettres et les arts; ces joûtes d’une prodivieuse maynificence célébrées à Grenade, où se réunissait
Vélite des peuples musulmans et chrétiens | Charlemagne qui avait été en contact avec les Maures. d'Espagne, quoiqu'il eût l'humeur de ces Francs dévastateurs de la Gaule , que Rémigius
ayait adoucis par le baptême, établit des: écoles dans son propre palais.
il se plaisait à les visiter lui-même, à faire interroger en sa présence les INTRODUCTION. x élèves avec une rare sévérité : il comprenait que son vaste empire ne pouvait":
se-maintehir, que par des’lieutenaus éclairés, chargés d'améliorer le sort de
ses sujets. Il faisait maltiplier les mannscrits de Gr goire de Tours ; car il
comprenait que les, sociétés. sans histoire, c’est-à-dire sans traditions, sans
mœurs natinaes, sas vertus publiques, sans les leçons du passé, sans espoir de: progrès et d'avenir, finissent par devenir des peuplades dont l’exis: ?
tence est inutile dans l'œuvre de la civiisation. Défenseur et propagatetir du
christianisme, il était l’engemi implacable de lignorance; et les chefs’ de
son académie, Alcuin le philosophe, Angilbert le poète, étaient ses intimes
AMIS: | ï Les connaissances acquises par les croisés dans les contrées ‘orientales , |
alors que l'Europe se ruait sur la Terre Sainte ,.se répandirent dans le mynde chrétien et y-donnèrent une nouvelle impulsion àla civilisation. Dès
cette époque. les lettres grecques recueillies par les moines, se prôpagérent
rapidement en Italie, en France, dans la Grande-Bretagne. Les croisades:
avaient jeté dans l'Inde de pauvres moines qui, la croix à la main, avaient:
conduit en Asie d’imme:ses populations que le zèle religieux poussait vers
le Saiut-Sépuilcre: Ils y trouvèrent limprimerie qu'ils firent passer en Eu!
rope. » Un: habitant de Mayence Ia perfectionna: ?
* Pour connaître l'histoire il ne fut plis nécessaire de voyager au Icin afin
d'entendre les savans; chacun sans perdre de vue son lieu natal, put aequérir une.vaste instruction. Alors commença véritablement la renaissance des
lettres, . Toutes: les plaies faites à l’Europe par l'invasion des barbares étaient cicatrisées. Les navigateurs musulmans avaient abordé dans la partie méridionale
de la Chine ou au pays des Sines; les Arabes avaient reçu des Chinois l&
poudre à» canon get les Européens l'avaient reçne dés Arabes. Ces derniers
avaient navigué le long des côtes oïtentales de l’Afrique jusqu'à Sofala , et
avaient pénétré dans l'intérieur de ce continent jusqu'aux bords du Niger:
Lors des beaux jours de Carthage, Hannon avait descendu jusqu’à la latitude
de la Sénégambie, et l’on prétend même Jusqu'an fond du golfe de Guinée.
çu des Chinois l&
poudre à» canon get les Européens l'avaient reçne dés Arabes. Ces derniers
avaient navigué le long des côtes oïtentales de l’Afrique jusqu'à Sofala , et
avaient pénétré dans l'intérieur de ce continent jusqu'aux bords du Niger:
Lors des beaux jours de Carthage, Hannon avait descendu jusqu’à la latitude
de la Sénégambie, et l’on prétend même Jusqu'an fond du golfe de Guinée. L'esprit humain avait pris un développement prodigieux. A l'aide de la
. boussole, de hardis uavizateurs pénétrérent dans l'Océan : Barthélemy Diaz
partit à la recherche des Indes par une mer qui s'étendait, ainsi qu'on le pen:
sait, au midi de l'Afrique: il doubla le cap. des “Tourmentes. An milieu de ce débordement de lumières qui, depuis la chûte de Constantinople , s’étendaient sur | Europe, un obscur navigateur partait de Gênes,
traversait le détroit de Gibraltar et longeait les eôtes -uropéennes. Christophe
Colomb mignotait pas les voyages des Scandinaves au Groënland'et à M'erreNeuve ; mais les Normans considéraient ces terres comme des dépendances de
PEurope. Avant, la chûte de PEmoire Romain unir navigateur avait renéontré un immense continent vers l'ouest, en traversant l'Atlantique , et avait
rendu compte de son voyage à un préfet des Gaules. Colomb dont la physionomie sombre &e rméditations annonçait ün puissant
génie, fut frappé au milieu des mers d'une de ces inspirations heureuses
“que la divinité révèle à de longs intervalles à ses créatures privilégiées.
Il se dit que la terre étant ronde, il pourrait en se dirigeant vers l’ouest
aborder aux rivages de la Chine , ou découvrir d'autres contrées. Aristote,
de géographe. Marin de Tyr,,et d'autres célèbres philosophes avaient avant
Juiedmis la rondeur de la terre. Il prit la résolution dé découvrir une n°%
velle route de la Chine, où de trouver un nouveau monde, =: . j7 | CXTRODUCTION. ‘i
Grenade la superbe venait de succomber. Colomb se présenta devant fsa-
” belle de Castille , tandis qu'au milieu des solennités de son triomphe elle parcourait cette, cité à da Tour vermeille, aux passions tendres et héroïques:
La reine , du haut de sa grande gloire, jeta sur fur un regard de pitié. Elle plaignit ce visionnaire qui cherchait la mort dans les gouffres de l'Océan ; |
aussi ne lui confia-t-elle pas, pour son expédition, des hommes chers à la société. Mais Colomb que soutenait l'esprit divin fut encore heufeux de trouver des compagnons. Que d'émotions n’éprouv-at-il pas en pénétrant dans cette mer inconnue où
l'imagination ardente des Grecs avaient placé l’Atlantide de Platon et les Îles fortunées Colomb allait devenir la victime de ses compagnons désespérés, quand
tout-à coup une voix s’écria sur le tillac: terre ! terre! O -jour heureux par
lequel les destinées du monde furent changées ! Colomb immobile, anéantr
en présence d'un tel spectacle cessa de croire à son existence : l’idée qu'il avait
conçue, qu'il prenait parfois lui-même, dans ses momens de désespoir, pour
un rêve insensé, se réalisait devant lui. Mais qnel changement subit! Sa
figure brille, elle grandit; elle est sublime: on eût dit Moïse sur le mont
Sinaï en présence da "Très-Haunt. Saisis de vénération, ses grossiers com
pagnons deviennent humbles , le contemplent avec extase, se jettent, à ses
genoux.
conçue, qu'il prenait parfois lui-même, dans ses momens de désespoir, pour
un rêve insensé, se réalisait devant lui. Mais qnel changement subit! Sa
figure brille, elle grandit; elle est sublime: on eût dit Moïse sur le mont
Sinaï en présence da "Très-Haunt. Saisis de vénération, ses grossiers com
pagnons deviennent humbles , le contemplent avec extase, se jettent, à ses
genoux. Ici éclata le triomphe du géuie dont l'influence est subie tôt ou
tard par les êtres les plus avilis et ies plus barbares, D
&; Quelques semaines après, les Castillans virent s'étendre devant eux une
terre majestueuse, riche de végétation et peuplée: c'était Faïti, notre patrie:
Cette terre de paix où les Haïtiens vivaient heureux ; devait.-être
. couverte de sang. Colomb planta une croix sur la terre "dEfaïti,,
car il en prit possession au nom de Jésus-Christ. Ce symbole. n'offrit pas à l'imagination des Haïtiens , l'emblème de la' grandeur et” de la
toute-puissance du Créateur; ils passèrent devant lui sans se prosterner. Les:
Espagnols les traitant de païens, les livrèrent aux plus rudes travaux “des
mines , et comtnencérent leur extermiration. Cette croix, ce signe de "misé:
ricorde , devint dans ce nouvel hémisphère, lPétendard qui guida les Castil=
lans au milieu des plus affreux carnages , et fut maintes fois plantée sur des
monceaux de cadavres. Les Espagnols avaient facilement dompté des hommes qui n'avaient pour armes que des massues et qu’effrayait le son du canon:
La servitid:: devint si lourde que les forces humaines ne purent la supporter. Les Haïtiens périrent par milliers. Beaucoup d'Espagnols en immolaient douze chaque jour à la gloire des douze apôtres. Bientôt la race‘des
Aborigènes d'Haïti fut presque éteinte; l'exploitation des mines d’or cessa;
on sonzea à repeupler le pays par la transplantation d’une antre race:
Cette race, sortant de l'Afrique, plus vigoureuse que celle des Indiens,
soumise aussi à l'esclavage, brisera ses chaînes et formera une nation nouvelle:
Elle reprendra le nom des Aborigènes; et, tout en fondant une patrie libre pour la Race Africaine, elle fera expier aux peuples de PEurope, et sa
servitude , et la destruction des Indiens, Elle sera une nouvelle preuve que
certaines parties de Ja terre ne sont pas plus que d'autres le domaine de qnelques espèces de la rare huinaine. À la race hnmaine appartient le globe
entier : un peuple succède à un peuple, une race à une race. Les hommes
forment des courants qui se croisent dans toutes les directions. Dans les contrées qu'occupent les nations d'aujourd'hui, on rencontre peu de populations
qui soient aborigènes; car en remontant dans l’histoire, nous ne Yoyons qwémigrations et transplantations. L'esprit humain ne progresse que par ce fret:
tement , cette fusion des races, { ‘ INTROLUCTION, j QAR à
e appartient le globe
entier : un peuple succède à un peuple, une race à une race. Les hommes
forment des courants qui se croisent dans toutes les directions. Dans les contrées qu'occupent les nations d'aujourd'hui, on rencontre peu de populations
qui soient aborigènes; car en remontant dans l’histoire, nous ne Yoyons qwémigrations et transplantations. L'esprit humain ne progresse que par ce fret:
tement , cette fusion des races, { ‘ INTROLUCTION, j QAR à Au commencement du 16.e*siècle, le roi Ferdinand envoya à Hispañola
cinquante esclaves africains forts et robustes , pour exp'aiter les mines roÿales.
Mais sous ie règne de Chaïles-Quint, le trafic des nojrs de la côte d'Afrique
prit un grand développement, sur la demande de Las Casas qui voulait soulager les Indiens faibles et délicats. Le ministère espagnol l’antorisa à en
transporter , à Hispañola , quatre mille qui coûtèrent 25,000 ducais. Ainsi
ce fut Las Casas, l'illustre défenseur des Indiens, qui organisa la servitude
des Africains dans le nonveau monde. Il affaiblit sa gioire en oubliant que
tous les hommes ont les mêmes droits à la liberté. Par la conduite de cet
apôtre de la liberté, d’ailleurs si bon, si tendre, on peut juger de Pétroi_tesse de l'esprit humain : personne n'ighore que Las Casas a consacré sn vie
avec héroïsme à soulager des populations livrées à toutes sortes a tortures, Pendant deux-cent soixante-douze ans l’esc! avage régna en Haïti ie be
de souffrances et de gémissermens. La race africaine eût peut être Succomi
comme celle des Aborigènes, si l'êre de 89 ne s’était ouverte. Le génie de
la liberté plana sur le monde , et tons les petrples furent émus ; .la Bastille
s’écroula, et le bruit de sa chûte retentit au-de!à de l'Atlantique. Les Brissot,
‘les Grégoire, les Condorcet, les Pétion, les Gensonné, les Vergnianid firent
entendre leur voix éloquente en faveur des Africains, comme Pas Casas avait
fait entendre la sienne pour les Tndiens. Ferrand de Baudières, Labadie,
Ogé. et Chavannes périrent. victimes de leurs réclamations en faveur des affranchis: la liberté commença ses luttes sanglantes contre l’affreux systéme
golontal. | | Au milieu des bouleversemens de la colonie française, dans lesquels s'engloutissait chaque jour la race blanche divisée en deux camps, l’ancien affran- "= chi seniit naître en son cœur la dignité de l’homme. Ce sentiment avait été détruit par la condition de protégé qu'il avait acceptée du planteur.
Après une lutte héroïque il releva sa couleur avilie en aidant l’esclave,
dans de nombreux quartièrs, à recouvrer sa liberté. De son côté l’Afriçcain quoique esclave, cessa-til entièrement d'être libre ?
«4e force matérielle le courbait assurément contre la terre; il souffrait; mais
son âme indépendante attendait le moment favorable de : renverser la puissan,
ce qui Le dominait. Il ne transigea jamais sur Sa lhiberté. Le jour qu'il sortit
de ses liens, il se présenta devant son maître ne el il ne devait rien, avec
la force morale d'un être envers lequel on a été injuste et qui reprend des
droits qu'il n'avait jamais consenti à aliéner. C’est le martyr des premiers.
siècles du christianisme Lun après avoir été torturé, mutilé, est demeuré
. homme.
favorable de : renverser la puissan,
ce qui Le dominait. Il ne transigea jamais sur Sa lhiberté. Le jour qu'il sortit
de ses liens, il se présenta devant son maître ne el il ne devait rien, avec
la force morale d'un être envers lequel on a été injuste et qui reprend des
droits qu'il n'avait jamais consenti à aliéner. C’est le martyr des premiers.
siècles du christianisme Lun après avoir été torturé, mutilé, est demeuré
. homme. Lælutte devint une guerre d’extermination; l'humanité ent heaueonp à en
gear; la liberté elle-même eut. souvent horreur de soi œuvre. Plusieurs #partacus parcoururent Haïti tels que des anges exterminateurs, vengeant leur
race de près de trois siècles de persécutions. Enfin Dessaiiues , Pétion, Clervaux, Capoix, Geffrard, Christophe, conquirent notre indésendance , et consommèrent l'œuvre commencée par Toussaint Louverture. [, histoire de cette
lutte est à la lonarge du génie africain, de ce géuie chaleureux, entraînant,
qui, dans l'antiquité , domina la terre: de ce génie qui anima les Augustin,
les Cyprien, pères de l'Eglise, dont la voix éloquente fut si prépondérante
dans le triomyhe du Christianisme. Les qualités de cœur des Africains se
manifestèrent au milieu de ces grandes catastrophes. Que de sensibilité *
native ! Que d'éclatantes vertus ! Aussi notre histoire si féconde nous fournit-elle des pazes où le cœur hu- # vi INTRODUCTION. main se déploie dans sa forme primitive. Elle offre aussi de nobles traits
d'héroïsme. 'Funtôt la femme indigène, sous le feu de nos ennemis, par
court des champs de .carnage, fermant les blessures de ses frères ; tantôt,
pieuse et empressée, elle affronte la mort dans des hôpitaux infects auprès"
du blanc expirant, et arrache des félicitations officielles au capitaitie géréralm
Leclerc. Qui n'est prfondémeut ému en se rappelant ces paroles d’une fem"
me indigène à ses filles jeunes et belles que le général Rochambeau faisait”
conduire à la mort: “ Courage, mes enfans, leur disait-ellke, vos flancs ne”
“porteront pas d'esclaves. ? ad ses
Les temps modernes ne nous offrent pas une mort plus glorieuse que celle
deMaurépas , martyr de la liberté, sous le gouvernement de Leclerc: ilfut”
crucifié , et pas uue plainte ne sortit de s& bouche. Nous ne trorivons past
dans l'hstoire étrancère une mort plus héroïque que celle de Coutilren Cou
tard qui fit le sacrifice de sa vie pour sauver celle de Pétion. |
Sur un petit théâtre, loin des regards de l’Europe alors ensanglantée , lese. acteurs de noire drame révolutionnaire, par leur dévouement à la cause dela”
liberté, par les sacrifices de sang qu'ils ort faits pour fonder notre Patrie,’
ont attemt à la hauteur des hommes les plus célèbres. [ls ont jeté dans
le. Nouveau Monde autant d'éclat qu'en ont rénandu dans les contrées de”
lEtrope les honimes extraordinaires de la révolution française. Je dis les! - homnies extraordinaires de la révo'ution française, car il n’est pas de specta*
cie plus. grundiôse que celui des figures de Mirabeau, de Vergmiaud, de Dan
ton, de Robespierre, de Carnot, de Hoche, de K'éber, de Desaix, de Bo=
naparte.
ls ont jeté dans
le. Nouveau Monde autant d'éclat qu'en ont rénandu dans les contrées de”
lEtrope les honimes extraordinaires de la révolution française. Je dis les! - homnies extraordinaires de la révo'ution française, car il n’est pas de specta*
cie plus. grundiôse que celui des figures de Mirabeau, de Vergmiaud, de Dan
ton, de Robespierre, de Carnot, de Hoche, de K'éber, de Desaix, de Bo=
naparte. Si les annales de tous ls peuples ne constataient solennellement
Père, française, la postérité ne pourrait-elle pas douter de l’existéncé deces:
géants ? |
Malgré nos nobles efforts pour parvenir à la liberté et à l’indépendance,
Ja race africaine est toujours livrée aux attaques des possesseurs d'esclaves,
dont l'inflience est encore immense dans de no:ñbreuses contrées. "Un his=
torien ‘célèbre a avancé que notre avenir est inconnu. D'autres écrivains
n'accordent que peu de durée à notre existence politique. LT
Il n'est qu'un moyen dempécher ces prophéties de s’accomplir: c'est
de nous pénétrer prefondément qu'une nation a toujaurs prospéré tant que
par son système elle n’a pas véeu isolée des progrès des arts, des"sciens
ces et de l’industrie. |
"Haïti est une des îles les plus belles du monde, l’une des plus naturelle? meut riches. Ce n'est pas saus extase qu'on aborde nos vastes plages” cou
ronnées de magnifiques montagnes, d'une rare végétation et d'une verdure. éclatante. |
otre île entre les deux Amériques, à proximité de listhme de Pahamaæ
qui, par les prodiges de la civilisation, unira un jour l'Océan Atlantique à
la Mer Pacifique, attire les regards de l’Europe, dont l’organisation puissante Slinpose aux peuples arriérés par le fer, par le feu, par des boulets por:
tant avec la mort des idées régénératrices. [une autre part, l'Américain. qui refuse à notre race les avantages de la civilisation, se croit intéressé à. nous voir tomber dans la dégradation. La civilisation grandit autour de nous, |
et nous écrasera de tout son poids, si par une organisation vigoureuse que:
produit le travail intelligent et frmanent, nous ne grandissons aussi , et n'établissons l’équilibre entre nous et les états prépondérans. Ne perdons pas
de vüe que ia fusion des races, des classes, s'opère partout; que cette fusion
seule enfante les prodiges de la civilisation, et que sans elle, il n’est guère $ A INTRODUCTION. PEN êe véritable DronpAr ICE dans un Mat état. Oubli nos passions d’une
politique infructueuse ; travaillons à la prespérité de notre com munauté, et
transmettons à notre postérité , cette Patrie que nos pères ont si chèrement
conquise. Si Haïti siccombe, ’amais peut être le noir et ses descendans ne
formeront dans le Nouveau Monde un peuple indépendant. Nous nous serions
tous fait exterminer en défendant héroïquement le sol qui nous a vu naître;
mais nos ennemis, tout en respectant notre mémoire, en considération de notre
chûte glorieuse, se croiraient le droit de “proclamer que les Africains et leurs
dvendans ont été incapables de se gouverner.
ment
conquise. Si Haïti siccombe, ’amais peut être le noir et ses descendans ne
formeront dans le Nouveau Monde un peuple indépendant. Nous nous serions
tous fait exterminer en défendant héroïquement le sol qui nous a vu naître;
mais nos ennemis, tout en respectant notre mémoire, en considération de notre
chûte glorieuse, se croiraient le droit de “proclamer que les Africains et leurs
dvendans ont été incapables de se gouverner. appelens- nous sans -cesse le sort de la m'Ilheurense f'ologne , de ce penple
généreux , brave, aux nobles élans, mais aux institutions vicieuses , résistant
aux progrès de l'esprit humain , et conservant, pendant que les autres nations
se polissaient en se fortifiant, les mœurs , les usages, les régiemens des anciens Slaves. Ce peuple qui sauva l'Europe du joug des barbares Mongols,
Mures, Tartares, et qui, sous les murs de Vienne conduit par. le grand
Sobieski . sauva la chrétienté , tomba en un jour sous les coups de ses voisins régénérés, autrefois ses tributaires. Appelons franchement dans notre sein nos frères e tous les points du globe ;
offrons-leur une organisation assez forte, assez protectrice, assez de garanties
dordre et de stabilité pour qu'ils pu issent vivre parmi nous. Appelons sur
notre sol l’industrie et les capitaux de l'Europe; nous devons le faire. sous
peime des plus grandes calamités, car craignons, si nous ne faisons
prospérer le magnifique territoire que Hi OUS OCCUPONS , que l’étranger , croyant la
la proie facile. n'allonge la main pour s'en saisir. Nous sommes prêts à
verser tout notre sang pour lPindépendance de notre pays; nons jetons malédiction sur ceux qui voudratent voir les baïo:ettes étrangères dominer sur.
nos rivages ; mais ce n’est pas assez encore : le génie d'Haïti veut que nous
ayons l'orsueil de nous élever à la hauteur des nations les plus civilisées. | Hinitons les peuples noirs et jaunes qui font des efforts pour atteindre à la
plus haüte civilisation. En attendant que nous ayons de solides établissemens d'instrnction publique, d'arts et de métiers, que notre gouvernement
envoie à l'étranger nos jeunes concitoyens. Par les voyages leur patriotisme
etleurs connaissances s’épureront, et ils reviendront avec d'immenses riches.
se intellectuelles dans leur patrie qui en proñtera Les orgueiletix Romains
énvoyaient bien leurs fils s’instruire en Etrurie et plus tard à Athènes. Pierrele-cran : rêvant à la régénération des Moscovites , sentit la nécessité de parcourir lEurope pour s'instruire dans les Arts. ? Quel grand élan Mehemet-Ah ne dormatil pas à l'Egypte moderne, en
utilisant les connaiseances acquis s en Europe par les jeunes africains qu il
y euvoyait en grand nombre, chaque année. T'ous nos efforts doivent tendre vers notre régéné ration. F Ceux qui sont à la tête des sociétés , qui travaillent au bonheur et à
la gloire des peuples, ne doivent jamais se décourager: si le feu sacré , de
grandes vertus les animent, s'ils sont méconnus ou persécutés , 1ls trouveront leur récompense dans la justice infaillible de l'histoire.
acquis s en Europe par les jeunes africains qu il
y euvoyait en grand nombre, chaque année. T'ous nos efforts doivent tendre vers notre régéné ration. F Ceux qui sont à la tête des sociétés , qui travaillent au bonheur et à
la gloire des peuples, ne doivent jamais se décourager: si le feu sacré , de
grandes vertus les animent, s'ils sont méconnus ou persécutés , 1ls trouveront leur récompense dans la justice infaillible de l'histoire. L'histoire est compatissante, mais elle est . aussi impitoyable: elle trouve
un Tacite pour immortaliser les vertus d'un Germanicus, et elle trouve un
Macite pour flétrir les crimes d'un T'ibère. Que l’amour de la patrie ne nous abandonne jamais: nous devons à Haïti .
que nos pères ont fondée par tant de sacrifices , notre sang, nos lumières will | YNTRODUETION. et notre fortune. Si de barbares et d’injustes envahisseurs l’attaquaient , et que le
sort lui fut contraire , ensevelissons-nous dans de nouveaux "Thermopyles. L æ M 4 T. MADIOU fils. Pai consacré à cette histoire, pendant plusieurs années, la plupart de mes moments
de loisir, En lécrivant J'ai toujours eu en vue la liberté qui seule forme des cioyens ;
jai flétri le vice et la tyrannie; je me suis eflorcé de faire chérir la vertu, et de
démontrer que Les peuples qui ont joui de la liberté et de. l’ordre public ont prospéré,
La jeunesse qui, dans un état, grandit étrangère à ces idées , demeure sans âme ;
elie ignore les sentimens de l'honneur, et chez elle le patriotisme s'éteint, comme dans .
les contrées où, par un infàme système, tous les élans de générosité sont comprimés. fai consulté les auteurs espagnols, français, anglais et américains qui ont écrit deu
1492 à 1789, et depuis celte époque jusqu'à nos jours, de nombreux mémoires , des
correspondances, rapports officiels, bulletins, feuilles publiques. Jai interrogé surtout
les acteurs, les témoins des évènements, enfin la plupart des vieux débris de notre
gloire nationale. ; î Q@aoiqua cette histoire puisse être plus détaillée, elle est cependant assez /circonstanciée, pour que le lecteur en la parcourant acquüière une connaïssance parfaite des
évènemens qui se sont déroulés de 1192 à 1827 exclusivement. Je dois un tribut de reconnaissance à plusieurs de nos vétérans qui se sont, fait
un véritable plaisir de me raconter Îles événemens qui s'étaient passés sous leursyeux;,
et de me découvrir les causes de nos drames révolutionnaires. J'ai souvent été attendri par les larmes que le souvenir de nos jours de gloire leur arrachait.. Jeci
terai parmi eux les généraux, Bonnet, Borgella, Dalzon, Alam, Inginac , lecolonel Bigail, le citoyen Romillon St. Rome, les généraux Souffrant et Frémont. Je,
ne puis oublier les citoyens Baubrun Ardouin , ex-ministre et sénateur ; Céhony..
Ardouin , secrétaire-d'état au département de Pintérieur, ÆE. Séguy Villevaleix, an
cien secrétaire partiuler du Président Boyer et mon père, ancien sénateur , qui m'ont,
donné toutes les explications que J'ai pu désirer, quant à l'administration de la Ré
publique de 1818 à 1887. 2 À |
lier les citoyens Baubrun Ardouin , ex-ministre et sénateur ; Céhony..
Ardouin , secrétaire-d'état au département de Pintérieur, ÆE. Séguy Villevaleix, an
cien secrétaire partiuler du Président Boyer et mon père, ancien sénateur , qui m'ont,
donné toutes les explications que J'ai pu désirer, quant à l'administration de la Ré
publique de 1818 à 1887. 2 À | Pour Timpression de cet ouvrage j'ai été aidé par le zèle de mes compatriotes, et
par la plupart des étrangers qui habitent Haiti. Parmi les premiers je citerai MM,
J. Paul, Dupuy, Larochel, (C. Ardouin B. Ardouin; parmi les derniers MM:
Sewel!, Hearné et Twedy. Ÿ F8 L’abrégé de cette histoire fut adopté, en 1845, par le conseil des Ministres , poux
enseignement de l’histoire d'Haïti, dans les établissements d'instruction publique,
sur la recommandation du citoyen Beaubrun Ardouin, alors ministre de l'instruction
publique. ” Je prie le lecteur de se montrer indulgent quant à ce qui concerne le*style de
cet ouvrage ; jé me suis seulement efforcé d’être correct, car à 1800 lieues du fo:
yer de notre langue, dans un pays ou presque toute la population parle le eréoie,
il est presque impossible que le français ne subisse pas l'influence de nombreux idiotis
mes que cependant j'ai taché d'éviter, | ne L Le .
La LIVRE PREMIER, # erhotom ments Be 24852 à 1690. Sommaire Découverte d'Hañi— Etendue et division de l'ile d'Maïti — Moœurs des
Elaitiens. — La Nativité — Retour de 7. Cclemb en Europe.— Sa réception à Bargctone — Le Fort de la Nativité détruit. Colomb remient à Hispatiola — Fondation
dela ville d'Isabelle Fort de Saint-Thomas — Yilèvemént de Caonabo. = Ba
taille de la Végpa Départ de Colemb pour l’Europe. Le Siège du gouvernement
est Lransporté à Santo. Domingo — Révolte de. Roidan.— Guerre contre Mayobanex,
4 roisième voyage de Celomnb.— Repartimentos — Bovadilla.— Arrestation de Colomb.
= Ovando — Quatrième voyage de Colomb Mort de Coionb— Canne à sucre,
=— Guërre d'Eligucy— Anaäcoana-- fhégo Celomb— Des Religieux de lPOrdre
de Saint Dominique.— Las Casas — Première introduction des Africains en Haïti.
— Dénombrement des Haitiens par Albuquerque — Des moines Franciscains.— Las
Cesas nommé protecteur des Indiens Du : acique Henri. Frospérité de la ville
de Santo-Dominge— Mort de Las Casis— Développement de la traite. Bombardement de Santo Domingo-— Existence nomade des habitans de lintérieur de lile
— Casie des Sangs-Mélés. Christophe Colomb, d’après opinion la plus authentique, est né
en 1435 où 1436, à Gênes, d’un père tisserand. Il étudia avec sue
cès, à l'Université de Pavie, la Géographie, lAstronomie alors appelée Astrologie, la Grammaire et le Latin. Ayant conçu l'idée de trouver une route nouvelle pour alier en Chine,
il eommuniqua son projet à ses concitoyens qui le découragérent. Il
se rendit en Espagne où il fut d'abord mal accueilli; mais plus tard
énergiquement soutenu par Louis de Saint-Angel , receveur des Doaimes eselésiastiques de la couronne d'Aragon, et par le eardinal de
ie, lAstronomie alors appelée Astrologie, la Grammaire et le Latin. Ayant conçu l'idée de trouver une route nouvelle pour alier en Chine,
il eommuniqua son projet à ses concitoyens qui le découragérent. Il
se rendit en Espagne où il fut d'abord mal accueilli; mais plus tard
énergiquement soutenu par Louis de Saint-Angel , receveur des Doaimes eselésiastiques de la couronne d'Aragon, et par le eardinal de | 34 VE NI lages ; mais quoique vifs et agiles , HS avaient une aversion marquée
CPE PAR à. 4. re É LA
2 | | HISTOIRE D'HAITI. Mendoza, chef du conseil de la Reige Isabelle, il vit agréer son projet
par le conseil de Ferdinand. @ . Ro. noue Le 30 Avril 4492, Ferdinanü et Isabelle lui donnèrent un brevet
par lequel il fut nommé Amiral et vice-rol des îles et de la Ferre-Ferme
qu'il découvrirait, Le 3 Août suivant, il partit de Palos avec 1rois |
caravelles, chargées de vivres pour un an, el de 420 hommes. Trois jours après, il s'arrêta à la grande Canarie, -et y lit quelques épars M rations à ses navires. Le 6 Septembre, il reprit la mer. | Après avoir découvert quelques iles ; il aborda, le 6 Décembre, à
la pointe occidentale d'une terre que les Insulaires-de Cuba nonnmaient
Haïti (terre montagneuse) où Quiesqueia (grande terre). ll mouilla
dans une baie à laqueile il donna le nom de Saint-Nicolas ; puis eotoyant
le rivage septentrional d'Haïti, il rencontra le 8 Décembre une autre
baie que du nom de la fête de ce jour il appela la Gonceplion, cest,
aujourd hui, l'Écu. 4 mi
occidentale d'une terre que les Insulaires-de Cuba nonnmaient
Haïti (terre montagneuse) où Quiesqueia (grande terre). ll mouilla
dans une baie à laqueile il donna le nom de Saint-Nicolas ; puis eotoyant
le rivage septentrional d'Haïti, il rencontra le 8 Décembre une autre
baie que du nom de la fête de ce jour il appela la Gonceplion, cest,
aujourd hui, l'Écu. 4 mi Au moyen d’une femme que ses agens avaient gagnée, 1l parvint à communiquer avec les habitans. Ensuite il jeta l'ancre dans une anse, qu'il nomma Valpara;so ( Port-de-Paix. )
L'ile d'Haïti, peuplée, au dire des historiens espagnols, de 2,000,1
000 d’âmes environ, était divisée à cette époque en cinq royaumes:
unis par une parfaite amitié : le royaume de Magua ou de la plaine com=
prenait la vaste plaine de la Véga Réal qui s étend entre Monte-Chmistwet
Samana; le chef de cet Elat se nommait Guarionex; le royaume de
Marien s'étendait de Monte-Christ au Cap Saint-Nicolas; son chef nom:
mé Guacanagary résidait au lieu appeié aujourd’hui Cap-Haïtien;" le”
royaume de Maguana occupait le quartier de Cibao et tout le cours"de
V'Artibonite ; le prince qui y commandait, nommé Caonabo , étartun
caraïibe des îles du vent; 1l faisait sa résidence à Maguana (Saint Juan)
le royaume de Xaragua comprenait la plaine du Culi-deSac et cellede
Léogane ; le cacique Béhéchio en était le souverain. Sa sœur Anacoama
(fleur d'or) avait épousé Caonabo, A la mort de Béhéchio , "Anaco=
ana héritera de son frère, celui-ci n'ayant pas laissé d’enfans deses
trente-deux femmes. Le cinquitme royaume était celui d Hyguey; qui
sétendait de l'Ozama au Cap Engaïo. Une princesse nommée Ey- 1
guanama y dominait. | | re
Les chefs des Etats d'Haïti portaient le nom de caciques et prati:
quaient la polygamie, Ils exerçaient sur leurs sujets un grand ascendant. Les Haïtiens étaient entièrement nus et habitués à se peindre”
le. corps ; leurs femmes portaient une espèce de’jupe ; mais lés filles” _navalent aucun vêtement. Ils avaient le teint cuivré, les cheveux longs, lats et noirs. Comme les Espagnois connaissaient depuis deux mois
es iles voisines , is purent établir une comparaison entre leurs habitans
respectifs: les Haïtiens les surpassaient tous en heauté. Is étaient tréssobres , se nourrissaient de maïs, de racines, de fruits et de coqui 11e è « 1 i « ‘ = Re LA Ê
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Ph * HISTOIRES D'HAITI & - pour les travaux pénibles. Les Espagnols les eurent bientôt gagnés par
des présents. Ils avaient tant de sontance en ces ÉtRnEEs qu be MON»
taient sans armes à bord des vaisseaux. Toute leur Histoire se composait de chnsons et de fables qu ils
apprenaient dés l'enfance. On ne sait que fort peu de chose de leur re
igion. Ils adoraient des êtrés malfaisans ,des couleuvres , des caïmans.
_ Leurs prêtres étaient des sorciers qui se nommaient Butios et les
figures qui représentaient leurs Dieux s’appelatent Zémés.
ÉtRnEEs qu be MON»
taient sans armes à bord des vaisseaux. Toute leur Histoire se composait de chnsons et de fables qu ils
apprenaient dés l'enfance. On ne sait que fort peu de chose de leur re
igion. Ils adoraient des êtrés malfaisans ,des couleuvres , des caïmans.
_ Leurs prêtres étaient des sorciers qui se nommaient Butios et les
figures qui représentaient leurs Dieux s’appelatent Zémés. Pendant que ces insulaires se reposatent sur l'amitié des Espagnols,
ils étaient loin de soupçonner les motifs d Nr qui faisaient agir -
ces nouveaux hôtes. Ils furent épouvantés par lFappareil terrible de
Partillerie des batiments, dont on crut nécessaire de leur faire cons
naître les effets. | Christophe Colomb sentit bientôt la nécessité de faire un établissement dans. cette île, et de partir pour l'Espagne. Un des vaisseaux
avait fait naufrage, un autre ne lui avait pas envoyé de nouvelles, et
le troisième ne suffisait pas pour contenir tout son monde. Aussi se
détermina t-1l à laisser dans l'ile une partie des siens.’ Il fit choix de
treuteneuf Espagnols quil confia au commandement de Rodrigo
de Cordoue. Les Haïtiens sans défiance travaillérent à la construction
dun fort qui devait les placer sous la dépendance espagnole. Cette
forufication fut appelée Nativité, parce que les Castillans avaient échappé à un naufrage le jour de Noël. Christophe Colomb fit le tour de l'ile. I reconnut que c'est une
terre de haüles montagnes séparées. par de vastes ‘plaines, de cent
soixante lieues de longueur, de la pointe Samana au cap Tiburon ,
et de soixante lieues dans sa pius grande largeur, du cap Mongon à
Ja pointe Isabellique. Elle est située entre le 17° degré 55 minutes
ét le 20° degré, de latitude septentrionale ; et entre les 71° et 77°
degrés de longitud e occidentale. Le contour de l'ile est de 850 lieues,
et la surfice de 5,200 lieues carrées. # À quelques licues de la côte septentrionale, s'élève File de la Tor
tue couverte de verdure, de neuf lieues de longueur sur trois-cents
toises de largeur ; et au milleu du golfe du Cul-de-Sac, à l'ouest, s’étend Pile de la Gonave encore inhabitée: Le long de L on méndiés nale, l'on rencontre, à de grandes distances, les ‘les de la Saône, de
Sainte Catherine, de la Béa e, d'Alta Vetaëet l'He à Vaches. Les Caïmiles, au Nord de la presqu ile du Sud, forment un groupe d'îles Pittoresques. ._ De vastes plaines qu 'arrosent de LS fleuves s'étendent entre
nos montagnes : la vallée de la Vega-Real d'une rare végétation entre
les deux chaînes de Monte-Christ et de Cibao, est parcourue par la Yüna,
dont les eaux rapides vont se perdre dans là baie de Sarmana ; le grand
: Vaque traverse la plaine de Saint: Vague, et se jette dans la baie de je Christ; l'Arubonite, peuplée degaimans ; arrose la plaine qui em
rosent de LS fleuves s'étendent entre
nos montagnes : la vallée de la Vega-Real d'une rare végétation entre
les deux chaînes de Monte-Christ et de Cibao, est parcourue par la Yüna,
dont les eaux rapides vont se perdre dans là baie de Sarmana ; le grand
: Vaque traverse la plaine de Saint: Vague, et se jette dans la baie de je Christ; l'Arubonite, peuplée degaimans ; arrose la plaine qui em es £ Re YISTOIRR D'HAITE o porte le nom, et se précipite dans le golfe de la Gonave; la Neyba
et l'Ozama qui coulent du Nord au Sud portent leurs eaux dans la,
mer des Caraibes. | | el Entre Samana et Puerto-Plata, le long de riches montagnes, s'étend une plage étincelante aux rayons du Soleil, et presque abandonnée. Nos principales montagnes, le Cibao, le Bahoruco, la Selle et la
Holte voient régner à leur sommet une température bienfaisante. Aa
cime de la Selle, pendant l'hiver, le thermomètre descend quelquefois
jusqu'au sixième degré au-dessus de zéro. 5 | Dans les plaines, la température est ordinairement douce; mais pen:
dant la sécheresse , l'atmosphère est embrasée des feux d'un Soleil
meurtrier, et des vents impétueux soulèvent une épaisse poussière.
lors l'Européen supporte avec peine les fatigues de la marche. | Colomb , frappé de la richesse du sol de notre île, la nomma His
païñola ou petite Espagne. {l la quitta le 4 Février 1493, et arriva
en Espagne le 15 Mars suivant. | fl se rendit à Barcelone. Il y fit une entrée solennelle. Au milieu
d’un peuple immense, 1l se dirigea vers le palais de ses Souverains.
Il était précédé de sept Indiens, preuve de la découverte d’un nouveau
monde; venaient ensuite, portés en triomphe, des lames d'or, des
perroquets sur des roseaux, des caïmans, des lamentins empailiés, des
quadrupèdes et des oiseanx inconnus à l’ancien Monde. Colomb fur accueilli par Ferdinand et Isabelle assis sous un dais étincelant. On le
fit se placer sur un siège à côté du Trône parmi les grands d'Espagne:
et il fit lui-même le récit de son voyage. Quand tout fut terminé, le
Roi et la Reine, tous les spectateurs se jelèrent à genoux, et un Te:
Deum fut chanté dans Ia Chapelle Royale. | | Le 28 Mai 1493, Ferdinand et Isabelle délivrèrent à Colomb denouvelles lettres patentes -pär lesquelles il fut nommé « Amiral de l'Océan,
« depuis les îles Açores jusqu'à celles du Cap-vert, du septentrion au
« midi, viceroi et gouverneur perpétuel de toutes les terres qu'ilavait
« découvertes et quil découvrirait. » Peu de temps après le départ de Colomb de l'ile d'Haïti, les Espagnols laissés dans ie fort Ce la Nativité, avaient méconnu l'autorité de
Rodrigo leur chef, et s'étaient livrés à toutes sortes d'excès sur les Haïtiens. Ils avaient pénétré dans le Cibao chez Caonabo, et avaient en:
levé tout l'or de ce cacique. Celui-ci indigné les avait attaqués, battus,
et poursuivis jusqu à la Nativité. H les avaient ensuite égorgés, aprés
avoir détruit leur redoute ; malgré les efforts de Guacanagary qui avait
u l'autorité de
Rodrigo leur chef, et s'étaient livrés à toutes sortes d'excès sur les Haïtiens. Ils avaient pénétré dans le Cibao chez Caonabo, et avaient en:
levé tout l'or de ce cacique. Celui-ci indigné les avait attaqués, battus,
et poursuivis jusqu à la Nativité. H les avaient ensuite égorgés, aprés
avoir détruit leur redoute ; malgré les efforts de Guacanagary qui avait ren vain tenté de les défendre en combatttant contre le roi de Maguana. Caonabo reloura à Maguana bien convzincu qu’ilavait à tout jamais
délivré son pays de ces hommes à figures blanches et couverts de fer.
Après avoir fait baptuser publiquement et en présence de la famille
royale, les Indiens qu'il avait ‘amenés ayee lui, C. Colomball
joindre à Cadix une flotte de dix-sept bâtimens, Elle était chargée de LA
.. > - AISTOIRE D'HAITI. 4,500 volontaires , jeunes nobles des meilleures familles du Royaume,
d'outils , de grains, de légumes et d'animaux de toutes espèces de
Vancien Monde. Il s’embarqua avec plusieurs Ecclésiastiques sous les
ordres d'un Supérieur muni de pouvoirs trés-élendus du pape, pour
convertir les Indiens. Îl apparetlta le 28 Septembre 1493. Il mouillg
au Port-Réal, prés du lieu où est bâti aujourd'hui le Cap: Haïtien , (22 Novembre.) Là il apprit avec douleur tout ce qui s'était passé
pendant son I abandouna ce port, et constrüisit, à Lest de Monte-Christ, à l'embouchure d’une rivière, la première “ville EUrOs péenne élevée dans le Nouveau-Monde ; il la nomma Isabelle en Fhonneur d'Isabelle de Castilie, sa bienfañrice. IH partit ensuite pour les
mines du Cibao; et après avoir surmonté de grands obstacles de ters
rain , y arriva le 12 Mars 1494, avec 400 hommes, la plupart de
jeunes hidalgos. Cette première route ouverte dars le Nouveau Morde,
fut appolée El puerto de los hidalgos (défilé des gentilshommes.) Colomb s'assura qu'il existait des mines d'or dans ce quartier. Hi y bâtit une forteresse qu'il uomma Saint Thomas, pour D le l’'inerédulité La ses compagrous qui avaient hésité à le suivre dans l'intérieur dé
lie, prétendant quil n'y avait pas de mines. Mure de Ojéda, jeune Espagnol d’une intrépidité chevaleresque ,
enleva Caonabo qui "fut embarqué pour l'Espagne. Mais le navires
au milieu d’une témpète , disparut sous les flots. 1 Les Castillans se livrérent à d'affreuses cruautés sur les Haïtiens:
Ceux-ci exaspérés s'armèrent de massues, de pierres, de flèches, et se réus
nirent au nombre de cent mille dans la vaste plaine de la Véga-Réal. Ace
coutumés à une vie oisive et nonchälante , ils ne pouvaient supporter
les rudes travaux de la servitude. Les Espagnols méprisant cette mule
titude sans discipline, sans tactique et presque sans armes, marchés
reat au combat au nombre de 200 arquebusiers el de vingt ‘cavaliers,
èrent de massues, de pierres, de flèches, et se réus
nirent au nombre de cent mille dans la vaste plaine de la Véga-Réal. Ace
coutumés à une vie oisive et nonchälante , ils ne pouvaient supporter
les rudes travaux de la servitude. Les Espagnols méprisant cette mule
titude sans discipline, sans tactique et presque sans armes, marchés
reat au combat au nombre de 200 arquebusiers el de vingt ‘cavaliers, Précédés de vingt dogues affamés, ils se PRCAIOrEUT sur les Haïtiens, ävec rage. Les Indiens de ces quarticrs eutendirent pour la première
fois le son du canon et les décharges de la mousqueterie. Au bruit
de cés terribles détonuaations, 18 se prosternêrent la face contre terre
et demandèrent grâce à leurs boreaux , Comme «à des divinités armées
Ce la foudre. Quant aux cavaliers, ils les prirent pour des monsires;
et leur imagination frappée de terreur croyait que l'homme et le cheval
nr formaient qu'un seui être. [is se dispersèrentede toutes parts ; et les
Espagnols, qui n'eurent que la peine de les massacrer, ne perdirent
pas un seul homme (1495 Après cette victoire , Colomb étendit sur toute Îa partie orientale de île une servitude que les forces humaines ne pouvaient supporter,
Les Haïtiens plongés dans Îles mines profondes qu'ils avaient fouillées,
périssaient par miiliers, au milieu d’affreux supplices. Colomb en envoya trois cents eg esclavage en Espagne. Mais Isabelle indignée les
ft mettre en liberté, et déclara qu'elle entendait que les Indiens fuse # é di
6 . HISTOIRE D'HAITI. : DEA
sent libres, ‘et soumis à la religion par la persuasion, ef noR par. LEE
{orce. : : | mem,
En Mars 4495 presque toute l'ile était conquise. Maïs les Espagnols
gontinuérent à employer contre les Aborigènes toutes sortes de moyens
de destruction. 1} les faisaient souvent périr en les livrant à des chiens:
affamés. L'appât du gain et le fanatisme de la religion Îles excitatent
à commettre ces crimes : ils croyaient se rendre digues des récompen*
ses éternelles en exterminant une population d'idolâtres. I arriva dans lie un commissaire de la cour, Aguado, sentlhoms
me de la Chambre, chargé d'informer centre la conduite de Colomb
gravement accusé par ses ennemis. Aprés avoir coufié le commande
ment de l'ile à son frère don Barthélemy , et avoir nommé grandjusticier, François Roldan , un de ses anciens serviteurs, Colomb partié our Cadix où il arriva le 14 Juillet 1496. En 4494, Barthélemy Colomb avait foudé sur la rive gauche de POza:
ma , une ville, qui reçut le nom de Nouvelle Isabelle. Pendantle
séjour de Christophe Colomb en Europe, ily transpurta le siège du gous
vernemént, et la nouvelle ville fut nommé Santo-Domingo en lhonueur
de Dominique Colomb , père de Christophe et de Barthélemy.
ens serviteurs, Colomb partié our Cadix où il arriva le 14 Juillet 1496. En 4494, Barthélemy Colomb avait foudé sur la rive gauche de POza:
ma , une ville, qui reçut le nom de Nouvelle Isabelle. Pendantle
séjour de Christophe Colomb en Europe, ily transpurta le siège du gous
vernemént, et la nouvelle ville fut nommé Santo-Domingo en lhonueur
de Dominique Colomb , père de Christophe et de Barthélemy. Barthélemy vainquit les Haïtiens de ces nouveaux quartiers , que les
cruautés des Espagnols avaient soulevés. # Pendant cet intervalle, François Roldan, le grand justicier , pen:
sant que Christophe Colomb ne reviendrait plus à Hispañola, pritiles
armes contre Barthélemy, pour senparer de l'autorité. Il parcourut
la contrée excitant les populations à fa révolte. Barthélemy quirétait
à la Véga arriva précipitamment à Sto.-Domingo où il put se mainte=
nir. Ayant fait d'inutiles efforts, pour porter à l'insurrection les ha:
bitans de Xaragua, Roldan souleva contre Barthélemy Mayobanex, ca= :
cique d'un peupie aguerri qui occupait un territoire vers le cap Caz=
bron. Guarionex , cacique de Magua, (Véga Réal) fuyant les cruautés
des Espagnols, s élait retiré auprès de Mayÿobanex. Il y avait reçu une
franche hospitalité. Barthélemy marcha contre Mayobanex , tomba dans une embuscade |
et fut battu. Peu de jours après, il atiaqua de nouveau les Haïtuens,
les tailla en pièces, et les refouia dans les montagnes. S’étant rendu
au lieu où s était réfugié le cacique, il lui proposa de lui livrer Guarionex.
Mayobanex répondit quil préférait la mort à une läche trahison.
On en vint'aux mains; les Haïtiens furent complétement batius, et
leur cacique fut fait prisonnier avec une de ses filles d’une rare beauté, femime d'un des puissans chefs du pays. (Ce chef: vint se jeter
aux pieds de Barthelemy qui lui remit sou épouse sans rançon. Gus
rionex fut livré aux Espaguois ; et Mayobanex conduit à Santo-Domingo,
ÿ fut exécuté. ( 1498.) PARU Fra
… Pendant cel intervalle , Colomb partait de l'Espagne ( 30 Mai 1498 ) . = @écourrait la Trinité, apercevait la Terre-Ferme quil prit pour une HISTOIRE p’HAÏTI. : ; > rande île, et arrivait à Santo-Domingo. Il y fut reeu avee de grands
‘hongeurs. Las Casas, alors âgé de vingt quatre ans, élait arrivé avec
Mui, comme employé dans l'expédition. Colomb s’eflorça d'étouffer la
:jévolte de Roldan; mais il fut-obligé de trafter avec lui, et de lui
permettre de s'établir dans la plaine de la Véga-Réal, au delà de SaintYague, à Bonas. Ce fut alors que commencèrent dans le Nouveau Monde les répartimentos ou concessions , et distributions J'Indienis comme
du bétail. D ui nt | | | |
Colomb, accusé auprès de la cour d'Espagne de 8e livrer à des
ça d'étouffer la
:jévolte de Roldan; mais il fut-obligé de trafter avec lui, et de lui
permettre de s'établir dans la plaine de la Véga-Réal, au delà de SaintYague, à Bonas. Ce fut alors que commencèrent dans le Nouveau Monde les répartimentos ou concessions , et distributions J'Indienis comme
du bétail. D ui nt | | | |
Colomb, accusé auprès de la cour d'Espagne de 8e livrer à des projets ambitieux, fut. rappelé en Europe. (On envoya à Hispaïiola
don François Bovadilla, commandeur de l'ordre de Calatrava , comme
Inténdant suprême de Justice, Bovadilla se rendit maitre de SantoDomingo, et s’y fit reconnaître gouverneur général. I fit mettre aux
fers Christophe Colomb, et l'embarqua ensuite pour l'Espagne avec
Barthélemy et Diégo. Le navire arriva à Cadix le 25 Novembre 1499.
Ferdinand et Isabelle, mécontens de [à conduite de. Bovadilla qui
avait outrepassé leurs instructions , ordonnèrent qu'ils fusseut mis en
liberté. " | sh: té - Pendant cet intervalle, le nouveau gouverneur faisait exploiter les
mines de St.-Christophe avec une avidité étonnante, en exerçant sur
les Indiens toutes sortes de cruautés. Une Indienne rencontra un lingot
d’or assez large pour recevoir un porc entier qu'on avait fait rôur. I
pesait 3600 écus d'or. CC | SL … Cependant les gémissemens des Aborigènes avaient retenti au-delà de
l'Atlantique. Bovadilla fut remplacé par Nicolas Ovando, commandeur
de l'ordre d'Alcantara. Isabelle et Ferdinand , pour soulager les Indiens,
ordonnèrent au nouveau gouverneur de permettre l'importation à His
pañola, des Nègres esclaves nés à Séville, sous la domination chrétienne,
voulant empêcher dans le Nonveau Monde, la propagalion de lIsla-
- misme par les Africains musulmans. A celle époque il y avait en
* Espagne beaucoup de Nègres esclaves que les Arabes y avaient ameL\ : CRE D EPA TI V ANR | doi as
Ovando partit muni de sages instructions, et arriva à Santo-Domingo,
Je 45 Avril 4501, avec une fluite de trente-deux vaisseaux, chargée
de 2,500 colons. AUS | dl | LAS UE De son côté, Chzistophe Celomb, toujours infatigable , partait de l'Espagne le 15 Mai 1502, accompagné de son frère, du pius jeune
de ses fils, et de Las Casas, pour entreprendre de nouvelles expéditions. li découvrit le Hunduras, n'aborda pas au Mexique, alla à la
Jamaïque, et se présenta devant Santo-Domingo pour échanger un vaisseau. Ovando refusa de le recevoir dans le port, En mème temps unê
flotte de 21 navires, chargée de lingots, du fameux grain d'or de
3600 écus, portant Bovadilla, Roldan et leurs complices , allait prendre la haute mer. Colomb, en navigateur habile, annonça que si elle
quittait le port elle serait engloutie, Ou ne lécouta pas. Un oura2# 8 vor HISTOIRE D'HAITI. _gan affreux éclata, la ville de Santo-Domingo fut renversée, \etsla,
flotte disparut sous les’ flots. Ainsi périt Bovadilla dont le nom- rappelle aujourd'hui les plus horribles cruautés. Deux ans après Ovando re" bâAtit Santo-Domingo avec magnificence , sur la rive droite de POzamas
Colomb se présenta de nouveau devant cette ville, et Ovando se décida
à le recevoir. Il partit pour l'Europe où 11 arriva en 1504.
clata, la ville de Santo-Domingo fut renversée, \etsla,
flotte disparut sous les’ flots. Ainsi périt Bovadilla dont le nom- rappelle aujourd'hui les plus horribles cruautés. Deux ans après Ovando re" bâAtit Santo-Domingo avec magnificence , sur la rive droite de POzamas
Colomb se présenta de nouveau devant cette ville, et Ovando se décida
à le recevoir. Il partit pour l'Europe où 11 arriva en 1504. La Reine isabelle était morte. Ferdinand qui lui était devenu hostile, lui Ôta sa charge de Vice-Rot. il mourut de chagrin, dans la
misère, à Valladolid, le 20 Mai 1506, à l'âge de sorxante dixsans:
11 fut enterré dans l'Eglise des Chartreux de Séville, et son cadavre
fut ensuite envoyé à Santo-Domingo , comme 1l l'avait demandé dans
son testament. Mais en 1776, ses restes furent transportés à 1a”Ha:
vane où ils sont encore. | Ovando ne soulagea pas beaucoup les Indiens dans les travaux des
mines, quoiqu'il eût reçu de sages instructions à leur égard. A ne
fut un peu juste qu'envers les Européens. 1l encouragea la plantation
de la Canne à sucre transportée à Hispatiola des îles Canaries par
Pierre Alença. Gonzalez de Velosa construisit le premier moulin"à
sucre que lon vit en Haïti. En 1533, la fabrication du sucre aura
pris un développement si important, qu'à la fin du 16"”siècle, on en
éxporiera 887 caisses , de 200 livres chacune. me | Ovando faisait expiloitér les mines d'or avec une rare activité. Da
colonie fournissait à l'Espagne 2,400,000 livres tournois. Ferdivand
élait satisfait d'un gouverneur qui lui faisait parvenir chaque année de quoi fabriquer 500,000 éeus d'or. Souteau par le rot, Ovando ne mit plus de bornes à sa cupidité.
Une insurrection. avait éclaté dans la province d'Hyguey. Les Espa: gnols , au nombre de 400, avaient marché contre les Indiens quiles avaient battus d'abord. Mais Esquibel les vainquit à son tour, et ex termina la plus grande partie de la population de ce quartier: Ilcons” truisit un fort dans le bourg d Hyguey. |
Les anciens partisans de Roldan , retirés dans la province de Xaragua,*
avaient excilé, par les excès auxquels ils se livraient , la haine d'Ana- « _coana. Pour se venger de cette cacique, ils écrivirent à Ovande. qu'elle conspirait contre le Roi d'Espagne.
Cette princesse avait succédé à Béhéchio, son frère , mort sons postérité. Ovando qui ne cherchait que l’occasion de dépouiller les caciques , accueillit avec empréssement cette dénonciation : pour mieux cas
cher ses projets hostiles , il envoya des députés dans le Xaragua.
_ Anacoana, jeune, belle, adorée de ses sujets, faisait sa résidence à laguapa. Pleine d'imagination , elle composait les poésies que chantaientrles
Haïtiens dans leurs fêtes religieuses. Elle se montrait tout-à-fait favorable aux figures blanches qui avaient pénétré dans son île. La dépus
{ation qu Ovando lui avait envoyée, lui offril avec une fierté respee”
ets hostiles , il envoya des députés dans le Xaragua.
_ Anacoana, jeune, belle, adorée de ses sujets, faisait sa résidence à laguapa. Pleine d'imagination , elle composait les poésies que chantaientrles
Haïtiens dans leurs fêtes religieuses. Elle se montrait tout-à-fait favorable aux figures blanches qui avaient pénétré dans son île. La dépus
{ation qu Ovando lui avait envoyée, lui offril avec une fierté respee” tueuse l'amitié du Roi d'Espagne. Séduite par l'éclat et la pompe dent PINS CP TN Ve} PY ER HISTOIRE D'HAITI. s'entouralent les nfayadie et curieuse de connaître fe usages el les
mœurs de ces étrangers, elle fit un traité d'älliance avec eux. Alors Ovando partit de Sto.-Domingo, avec trois-cents arquebusiers
et deux-cents cavaliérs. Il traversa Haïti en triomphateur, et vint camper dans la plaine de Yaguana (Leogane). Anacoana Paccucillit sans
défiance, fit célébrer en présence de son armée des jeux indiens et
Mioutes sortes de fêtes: c'était le témoignage qu'elle lui donnait de la
sincérité de son dévouement au Roi d'Espagne. Ovando, de son coté,
fit annoncer une fête européenne au son de la trompette et d'une muSique guerrière qui charma les Haïtiens. Par une fraîche matinée
toute la population du Xaragua, attirée par la curiosité, se réunit sans
armes, dans la plaine pour assister à un spectacle qui lui paraissait devoir
être s1 beau. A un signal convenu, les Espagnols fondirent sur Îles
-Haïtiens et les magsacrèrént. Le carnage dura plusieurs heures. On vit
des cavaliers castilians, de jeunes Hidalg gos, mus par la pilié, placer
devant eux sur leurs selies, des enfans , pour les arracher à la mort;
mais leurs féroces compagnons , passant à leur côté , leur reprochaient
leur sensibilité , et perçaient à coups de lances ces petits infortunés. _ Quelques Indiens se répit à la Gonave en se Jetant dans des
iols ; d'autres gagnérent les hauteurs et se relirèrent dans les montagnes
au Bahoruco , ayaat à leur tête Guarocuya, un des parens d’ Anacoana,
qe fat pris plus tard et exécuté par les: Castillans. Ovando fit mettre à la torture trois-cents chefs haïtiens, vassaux de
‘Ja Reime. Is déclarèrent au milieu des supplices qu'elle avait conspiré. Ils furent ensuite fbrülés-vifs. : Après Pextermination de la plus grande partie de la population du
Xaragua , Ovando bâtit une ville qu'il nomma Sainte Marie de la vraie
_ paix, près du lieu où est aujourd hui Léogane. Ii retouraa en triomphe à Santo Domingo, lraiaant Anacoana “enchainée et livrée à toutes
sortes d’outrages. La sœur du cacique Béhéchis, la veuve de Caonabo, fut jugée, condamnée et pendue dans la Capitale de la Colonie.
partie de la population du
Xaragua , Ovando bâtit une ville qu'il nomma Sainte Marie de la vraie
_ paix, près du lieu où est aujourd hui Léogane. Ii retouraa en triomphe à Santo Domingo, lraiaant Anacoana “enchainée et livrée à toutes
sortes d’outrages. La sœur du cacique Béhéchis, la veuve de Caonabo, fut jugée, condamnée et pendue dans la Capitale de la Colonie. À cette époque, les Espagnols occupaient une vingtaine de bourgs.
Peur puissance paraissait parfaitement établie, quand Île quartier
d'Hyguey se souleva de nouveau. Le même Esquibel le ravagea de
fond en eomble, fit prisonnier le cacique, Cotubanama , et l'envoya à
Santo-Domingo où 1} fut exécuté. Avec lui finirent les chefs haïtiens
de race royale. On ne peut se rendre compte de l'extérmination rapide d'une population si nombreuse, dans un pays montagneux , rempli d'accidents
de terrain, de défilés, et de retranchemens naturels. Tout porte à croire que ‘les écrivains Espagnols ont considérable:
ment grossi le nombre des habiians de l'ile. ll paraitrait que les
montagnes n étaient presque pas occupées, et que les Aborigènes se tenaient de préférence sur le Littoral: Les historiens de cette époque 10 HIsTOIRE D HAÏTI. vous apprennent qu’ils se livraient à la pêche, et que leur principale cu
nourriture était le poisson: RU LE st
En’1507, la population d'Haïti se trouvait réduite à 60,000, âmes”
Si la population de l'ile était de plus d'un million au moment de la
découverte, lors même que chaque Espagnol eût été employé unique=
ment à égorger nuit et jour , on n'en eut pas vu, au bout de seize. ans, cette effrayante diminution, Je ne VEUX pas excuser des crimes
constatés par tous les écrits de ce tems : qu'ils aient été commis sur un
grand ou sur un petit nombre d'individus, üis n en font pas moins horreuf
à l'humanité. Mais je crois que le chiffre de la population Aborigène
a été considérablement exagéré, |
Les atrocités des Castillans étaient d'autant plus coupables, qu'elles
s’exerçaient au nom du Christ miséricordieux. c
On songea sérieusement à repeupler le pays, soit par les Indiens des! îles voisines , soit par des Africains. Les Espagnols firent une descente
à la Guadeloupe; mais ils furent repoussés avec perte par les Caraïbes. Ils trouvèrent cependant le moyen de faire passer en Haïti 40,000 4nsulaires des Lucayes, en employant toutes sortes de ruses: Mais ces
infortunés périrent la plupart misérablement. Jamais en aucun pays,
en ne vit des massacres plus multipliés ni plus affreux qu'en Haïti. Diego Colomb obtint en 1508 le gouvernement d Hispatiola; et Ovan:
do sembarqua pour l'Espagne. Alors s'étabit à Santo-Domingo MAu-"
dience royale, ainsi que la Chaïcellerie, dont le président étaitren
même temps Gouverneur et Capitaine Général. Cette Audience rendait
la justice au nom du Roi. Ce fut sous Diego en 1510, que «Bar:
4 thélemy de Las Casas reçut l'Ordre de la prêtrise, du premier Eyé-.
en 1508 le gouvernement d Hispatiola; et Ovan:
do sembarqua pour l'Espagne. Alors s'étabit à Santo-Domingo MAu-"
dience royale, ainsi que la Chaïcellerie, dont le président étaitren
même temps Gouverneur et Capitaine Général. Cette Audience rendait
la justice au nom du Roi. Ce fut sous Diego en 1510, que «Bar:
4 thélemy de Las Casas reçut l'Ordre de la prêtrise, du premier Eyé-. « que de l'ile espagnole, et chanta la première Grand Messe qu'oneut
« entendue d'un prêtre ordonné dans le Nouveau-Monde. » |
La même année des religieux de l'ordre de Saint-Dominique vinrent
à Hispatiola, ayant pour prienr Pedro de Cordoue. Ils préchèrent avee
indépendance contre fes horreurs dont les .colons rendaient victimes les
pauvres Indiens. Las Casas se joignit à eux pour dénoncer à la Cour. de Madrid les injustices et les cruautés des Gouverneurs espagnols. Mal--
gré les efforts et les prédications des prètres duminicains , l'état des! Aborioènes demeurait Loujours affreux. ls envoyèrent en Espagne un. des leurs, le père Garcia Loaisa , qui obtiut de Ferdinand plusieurs
cédules en faveur des Indiens; et pour améliorer Je sort de ces derniers , 1] fut décidé qu'on trouverait le moyen de faire passer dans les
Nouveau-Monde un grand nombre de Nègres de la côte de Guinée. Ferdinand, pour son compte, en fit partir cinquante , pour travailler
aux mines royales. |
Pendant ce temps, Diégo de Velasquez soumettait l'île de Cuba. -
“Diégo Colomb, aÿant voulu y établir une pécherie de perles y avait
envoyé Velasquez avec quatre vaisseaux. La partie orientale de cette
Île était sous les erdres d'un chef Haïtien nommé Hatuey. Ce caciHISTOIRE D'HAITI. | RAS M 2
ve, fuyant a tyrannie des Espagnols, était venu, des environs du
Môle, chercher un asyle dans l'île de Cuba. dut il vit s'approcher
de ses côtes les vaisseaux européens , il réunit les plus braves de ses
sujets, et les-exhorta à se défendre jusquà la dernière extrémité. Pour se rendre favorable le Dieu des Blanes lui-même, il lui fit le
sacrifice d'un vase d'or qu'il jeta dans la mer. Il fit disparaître, de la
même manière, toutes les richesses de ses sujets, afin d'en priver los Espagnols. Ceux-ci débarquérent, attaquèrent les Indiens, les battirent,
et firent Hatuey- prisonnier. Ils le condammèérent à être brûlé vif.
Velasquez le fit lier à un poteau dressé au-dessus d'un bûcher. Un
moine franciscain {ui promit les jouissances du Paradis, s’il voulait se
laisser baptiser. « Est-ce qu'il y a des Lu dans ce Paradis dont
« tx me parles, lui demanda Hatuey ?— Out, répoudit le moine ; mais
« à ny en a que de bons.— Le- meilleur ne vaut rien, repliqua Hatuey:
a je ne veux point aller où je pourrais en rencontrer un seul. » Il refusa
de recevoir le bapième, et rendit le dernier soupir au milieu des
flammes.
jouissances du Paradis, s’il voulait se
laisser baptiser. « Est-ce qu'il y a des Lu dans ce Paradis dont
« tx me parles, lui demanda Hatuey ?— Out, répoudit le moine ; mais
« à ny en a que de bons.— Le- meilleur ne vaut rien, repliqua Hatuey:
a je ne veux point aller où je pourrais en rencontrer un seul. » Il refusa
de recevoir le bapième, et rendit le dernier soupir au milieu des
flammes. Diégo Colomb eût pu réellement adoucir le sort des Indiens, s'il
n'avait été contrarié par de puissans ennemis qu'il avait à la cour d Espaigne. # On envoya à Hisparola Éodrieo Albuquerque avec ordre de déterminer les limites de tous les distr icts de file. 11 se trouva aussitôt en
opposition avec Biego Colomb. Celui-ci perdant l'espoir , en demeu_rant dans le Nouveau-Monde, de repousser les attaques de ses enneIIS , passa en Espagne où il ne fut point écoulé. . Albuquerque fit un nouveau dénombrement des Haïtiens qui restaient,
et les vendit par lots comme du bétail. (Ces malheureux furent livrés
à de nouvelles cruautés. | ,
_Ecoutons Las Casas : PRO RNATES « Lorsque les Espagnols entraient dans les villages, ils immolaient
à leur rage, les vieillards, les enfans et les femmes n'épargnant
pas même celles qui étaient enceintes où qui venaient _d’accoucher :
ils leur ouvraient le ventre à coups de lances où d’épées. Ils égorgealent le peuple comme un troupeau de moutons dans un pare,
et pariaient à qui couperait le mieux un homme en deux d'un coup
de taille, ou à qui enléverait le plis adroitement ses entrailles. Ils
arrachaient les eufans du sein de leurs mères, ét les predant par une jambe, 1ls leur écrasaient la tête sur la pierre ou les plongeaient
dans le ruisseau le plus voisin pour les noyer, en {eur disant :
cest pour vous rafraichir. » L Evèque de Chiapa rapporte qu’on étendait souvent sur de largos
grilles ces infortunés , afin de firolonger leur supplice. « j'ai vu, dit-
« il, brüler sur plusieurs de ces instrumens cinq caciques de villa.
a ges et d’autres Indiens; le capitaine Espagnol, indigné de ce que
ç leurs cris troublaient son sommeil, ordonna qu iis fussent étranglés
les noyer, en {eur disant :
cest pour vous rafraichir. » L Evèque de Chiapa rapporte qu’on étendait souvent sur de largos
grilles ces infortunés , afin de firolonger leur supplice. « j'ai vu, dit-
« il, brüler sur plusieurs de ces instrumens cinq caciques de villa.
a ges et d’autres Indiens; le capitaine Espagnol, indigné de ce que
ç leurs cris troublaient son sommeil, ordonna qu iis fussent étranglés AA A AB ARR ES SA 12 | HISTOIRE D'HAITI' | è « pour æe plus les entendre; mais l'alguazil que je connaissais ainsi
« que sa famille, qui est de Séville, pius cruel que l'oficier , refusa
« de mettre fin à leur supplice; il leur enfonça des bâtons dans la
« bouche pour les empêcher de crier, el fit attiser le feu , afin ae
« redoubler leurs souffrances. J'ai vu bien d'autres moyens inventés,
« pour faire mourir Îles Indieus. » Un chasseur Espagnoi en parcourant les bois vit que ses chiens avaient faim; il se saisit d'un. petit
Indien qui le suivait pour l'aider, lui coupa les bras, et les dénna à
manger à ses dogues. ir FAR
Ce fut en vain que les moines dominicains , Montesino à leur tête,
lancérent l'anathème contre les auteurs de tant de crimes. Aïbuquerque et les colons furent sputenus par les moines franciscains: Bas
Casas faillit même d être victime de son zèle. Cependant 1 ne”sedécouragea pas; il se rendit en Espagne où il plaida la cause des Indiens
devant une Junte présidée par Gharles-Quint, et triompha de leurs persécuteurs. Il fut protégé par le cardinal de. Ximenez de Gisneros,
inquisiteur général qui administrait l'Espagne. Il revint dans là Gotonie avec le titre de Protecteur Universel des Indiens, et fit metire en.
liberté tous ceux qu'on tenait encore dans la servitude. Il était arrné
avec trois religieux de Saïnt-Jérôme, inspecteurs des Colonies, auxquels
on avait adjoint uu avocat nommé Zuazo. Ces religieux, ainsi que
Zuazo , se montrèrent complaisans envers les colons. Las Gasas indigné
de leur conduite, s’embarqua pour l'Espagne , (7 Mai 1547) , et obtint
que le surintendant de la colonie, ainsi que Zuazo , füt rappelé.
Un Indien converti au christianisme, nommé Henri, élevé par les
religicux* de Saint-François, habitait le bourg de Saint-Juan de là Ma
guana. En 1519, un Espagnol, Valenzuela, hérita de son père d'un
lot d'indiens auquel appartemait Henri. Il maitraita horriblement ses
nouveaux sujeis. Ayaut inutilement demandé justice aux autorités du
Heu, Henri se détermina à se venger. Il réunit un petit nombre des
siens, et se retira dans les montagnes du Bahoruco où il se retrancha:
Valenzuela vint Py attaquer avec douze espagnols. Henri, de sa main,
tua Geux soldats, en biessa trois, contraignit les autres à prendre là
fuite, et fit prisonnier Valenzuela. Il le renvoya généreusement. E’autorité envoya contre Henri d'autres forces qui furent toujours battues:
Les Haïtiens dépouillant leurs ennemis s'armeérent de sabres, de lances,
de boucliers et d'arquebuses. Ils adoptèrent la tactique européenne,
et résisièrent toujours aux Espagnols. agé rl
Henri, chrétien plein de zèle, disait chaque jour ses prières, jeünait
le vendredi et surveillait sévèrement la conduite et les mœurs de ses sujets.
Les Espagnols lui envoyérent un missionnaire qui l'exhona à
mettre bas les armes. Il lui répondit qu'il n'attaquerait pas le gouvernement de la colonie, quoiqu'il fat à mème de venger son grand
père et son père brülés vifs à Xaragua; mais qu’il dépendait des Espagnols de faire cesser celte guerre, en ne l'attaquant pas.eux-mêmes,
redi et surveillait sévèrement la conduite et les mœurs de ses sujets.
Les Espagnols lui envoyérent un missionnaire qui l'exhona à
mettre bas les armes. Il lui répondit qu'il n'attaquerait pas le gouvernement de la colonie, quoiqu'il fat à mème de venger son grand
père et son père brülés vifs à Xaragua; mais qu’il dépendait des Espagnols de faire cesser celte guerre, en ne l'attaquant pas.eux-mêmes, 13 à HISTOIRE D'HAITI, ct en le laissant jouir de sa liberté dans ses montagnes. Il s’écoula
ensuite treize ans, pendant lesquels , Henri devenu cacique fit respecter son petit État, comprenant le Bahorue co, la haute-plaine de Neybe,
et léting qui pril de lui le nom de Henriquille. I avait 400 guerriers
disciplines et srmés à l'européenne. Eu 1533, le conseil dé Madrid envoya dans la colonie, Barrio-Nuevo,
avec le titre de général, et avec des forces imposantes, pour éteindre .
cetle insurrection, par nimporte quels sacrifices, ou par un traité
avantageux aux deux parties. … Barrio Nuevo, après plusieurs semaines de marches pénibles au milieu
des montagnes, rencontra Henri, et [ui donna à fire ses pouvoirs. Henri,
entouré de ses gUCFFIeFS ; accepta les conditions de paix que lu offrait Charles Quint. ‘Le commissaire impérial se retira, après ‘avoir été parfüitement accueilli. Comme le cacique n'osait pas trop se fier aux Espagnols, et se rendre à Sto. Domingo, moe signer le traité de paix,
on lui envoya Las-Casas, son ancien ami. Le dominicain enleva toutes
ses craintes , et le conduisit à Azua avec les siens. Il en baptisa beaucoup en ce lieu, et les {it communier, après avoir dit la messe.
Henri alla à Santo-Domingo où il signa le traité. Il choisit pour sa ré- .
_sidencerle canton.de Boya, dont il fut déclaré prince héréditaire, exempt
de tribut. El fut suiM de tous les Iñdiens qui prouvèrent qu'ils descendaient des Aborigènes de l'ile. Au milieu du 18° siècle, leur sang
s'était conservé, encore sans mélange, dans quelques familles. Lours
chefs prenaient le tire de caciques ‘de ile d Haïti; ts jugeaient et condamnaient à mort; mais il ÿ avait appel à l’ Audience royale. Aujourd hui il n'existe pas un seul Haïtien, mème dans Îles quartiers de Boya, de Seybe et d'Higuey, qui apparlicnne directement à la race abori gène. Quoiqu'il régnât à Hispognola une grande désolation, Ja ville de So.
Domingo était dans une pi ‘ospérité qui allait jusqu'au luxe: là s'étaient
concentrées toutes les richesses de fa colonie. Peu de villes d Espagne étaient aussi brillantes. Toutes les corstructions étaient faites de pierre, et le palais qu'occupait le gouvereur élait d'une magnificence prodigieuse. - La Cathédrale, monument
_gothique qui existe encore, était richement ornée. La ville renfermait
trois monastères dédiés à St. ‘Dominique, à St.- François, à Ste.-Marie,
et un bel Hôpital. Ce fut vers ceite époque en 1566, que Las Casas
mourut à Madrid, à l'âge de 92 ans. Il avait consacré 66 ans de sa
vie à la défense des Indiens.
eur élait d'une magnificence prodigieuse. - La Cathédrale, monument
_gothique qui existe encore, était richement ornée. La ville renfermait
trois monastères dédiés à St. ‘Dominique, à St.- François, à Ste.-Marie,
et un bel Hôpital. Ce fut vers ceite époque en 1566, que Las Casas
mourut à Madrid, à l'âge de 92 ans. Il avait consacré 66 ans de sa
vie à la défense des Indiens. Trés-occupé en Europe , le gouvernement de Madrid négligea ses
colomies , et la plus affreuse misère se répandit sur Hispagnola. Les
mines d'or étaient presque épuisées, et les Espagnols ne se livraient
pas à l'agriculture. La traite des Africains commencée vers 1517, dans
le Nouveau Monde, était à cette époque particulièrement exploitée par
les Génois. Cependant en 1562, John Haukins vint mouiller , avec une
dotulle, sous pavillen Anglais, le leng des côtes de la Guinée, y CxeKLL.
L
L] HISTOIRE D'HAITI. 14
ça de grandes atrocités, enleva beaucoup de Noirs et les transporta en
Amérique. Jen vendit trois cents. à Hispaïola. Dés lors. la traite
prit un développement qui n'eut plus de bornes. <Èh 4 Elisabeth d'Angleterre résolut de détruire la prépondérance espagnole
dans le Nouveau-Monde. En 1586, elle envoya aux Indes-Occidentales”
sir Francis Drake avec une flotte. L'amiral anglais s'empara de SaintYago de Cuba, et de Carthagène. . Hi vint ensuite bombarder SantoDomingo . dont il se rendit maitre. Ilen détruisit les principaux édifices et ne Févacua qu'après quil eut obtenu des habitans "8000:
livres sterlings. a Re FA Les colonies espagnoles, par le manque d'administration et par le
système monacal, perdaient chaque jour de leur importance. Les habitans d'Hispañola aulieu de cultiver leurs champs , Se livrérent à la
piraterie. La cour de Madrid, pour détruire ce fléau, ferma tous les
- ports, excepté celui de Sto Domingo. Alors les côtes furent abandonnées, et les habitans retirés dans lintériéur vécurent dans: des ca=
banes et devinrent de misérables pasteurs. Ils passèrent ainsr la fin.
du 46°. siècle, eutiérement étrangers aux événemens qui se déroulaient
autour d'eux. | Les Européens se Hvrant au libertinage eurent par leurs relations
avec les Indiennes et les Africaines des enfans de différentes couleurs:
Ceite nouvelle race de’ sangs mélés, née dans la colonie, ne tarda pas
à devenir nombreuse. Alors les préjugés de castes n’existaient” pas:
beaucoup d'Européens épousaient des Indiennes et des Africaimes ;ek
l'intérêt ne portait pas encore l'homme à déciarer que son semblable
Jui était inférieur , pour avoir un prétexte d'être dur et impitoyable “a
son égard. ; | #3 | | | Nous avons vu dans ce chapitre, les Espagnols, sans de grands
efforts, soumettre une population composée d'hommes faibles, défrcats
et ignorants , | eXterminer en entier avec une féroeité inouie jusqu'alors,
et fonder dans le Nouvean Moode la première colonie eurepéennen Après ces massacres inutiles, nous avons vu. la misère la plus grande
pénétrer à Hispañola, par Fabsence complète d'une administration intelligente, le littoral devenir désert, et pour ainsi dire de nouvellés
tribus nomades de sang Iudien et Espagnol, parcourir les vastes plaines de l'intérieur. | RU L.4#
Xterminer en entier avec une féroeité inouie jusqu'alors,
et fonder dans le Nouvean Moode la première colonie eurepéennen Après ces massacres inutiles, nous avons vu. la misère la plus grande
pénétrer à Hispañola, par Fabsence complète d'une administration intelligente, le littoral devenir désert, et pour ainsi dire de nouvellés
tribus nomades de sang Iudien et Espagnol, parcourir les vastes plaines de l'intérieur. | RU L.4# _ À la faveur de cette désorganisation sociale, des hommes dont l’audace, l'énergie, l'intrépidite, rappellent les incursions des Scandinaves
dans le centre et au midi de l'Europe, s’établiront à Hispañola qu'ils
nommeront Saint-Domingue, et répandront la erreur de leurs armes,
parmi les Espagnols, eomme eeux-ci avaient jeté l’épouvanie parmi =
les Aborfeènces. LA LS 6!
; 24 eee pont tsent VB ne 4e à Dante ee RS SNS RS EST D 0 LIVRE DEUXIEME | De 1959 à 1789. Sommaire. Des Aventuriers Français et réa s'établissent à la Tortue. Flibua
tiers.— Leurs Murs. Des Engagés— Des flibnstiers les ss célèbres.— Levasseur et Rausset battent les Espagnols. — Bertrand Dogeron prend le titre de Geuverneur.— Delisie s’empare de St-Yague— Les Flibustiers s'établissent au Cap.—
Mort de Dogeron.— De Pouancey.— Révolte d'Esclaves.— De Cussy.— Adminisiration de la Justice à St- Domingue.— Expédition de la Côte-Ferme.— De Cussy
prend St Yague— Il est battu à Limonale— Dücasse, Gouverneur.— Expédition
de la Jamaïque. Expédition Anglo-Espagnole centre la colonie francaise. — Colons
de Ste-Croix transportés à St- Domingue, — Prise de Carthagène.— Révolte d’esclaves.—"Ffraité de Riswick.— Compagnie de Saint Louis— Auger Gouverneur.— Jésuites. — Port de l'Hôpital devenu Port-au-Prince. — Le comte de Cheiseul Beaupré.
Mr Gabaret.— Mr. d'Acquin.— Mr. de Blénac— Fin de la Elibusterie. — Mr de
Chateau Morand.— Tabac.— {ee marquis de Sorel.— Troubles au sujet de la Compagaie des fndes — Cafier — Origine des préjugés. — Etat de la colonie Espagnole.
— Etat de la colonie Française. — Des Esclaves.— Code noir.— Makandal.—Tremblement de terre de 1770— Traité de 1777.— De Belcombe reconnaît l’indépendance de St-Yago dans le Bahoruco — Tyrannie exercée sur les Affranchis— Souf.
frances de l'Esclave.— Tableau de la prospérité de la colonie.— Caradeux.—Vau.
doux — Nouvelle de la convocation des Etats-Généraux.— Population totale de Pile,
-— Denrées exportées de Saint Demingue,
aves.— Code noir.— Makandal.—Tremblement de terre de 1770— Traité de 1777.— De Belcombe reconnaît l’indépendance de St-Yago dans le Bahoruco — Tyrannie exercée sur les Affranchis— Souf.
frances de l'Esclave.— Tableau de la prospérité de la colonie.— Caradeux.—Vau.
doux — Nouvelle de la convocation des Etats-Généraux.— Population totale de Pile,
-— Denrées exportées de Saint Demingue, d ;
Des Aventuriers Français et Anglais vinrent, en même temps, au
commencement du 17° siècle, s'éablir dans l'ile de Saint-Christophe
qu'occupaient les Caraïbes. Ils se Ia partagérent, les Français sous
les ordres de Niel d Enombuc de Dieppe, et les Auglais sous les ordres
de Warner.
_ Frédéric de Tolède , en 1630, se rendant au Brésil, pour Date
les Hollandais, crut avoir éxterminé ces aventuriers qui ne s'étaient
que dispersés. Ils se réunirent de nouveau, et vinrent, en 1640, s'établir
dans l'île de la Tortue. La grande terre de St -Domingue était remplie
de taureaux sauvages et de cochons marrons; les añglais et les franais y pénétrérent, s'y livrèrent à la chasse, et vendirent les peaux de
Brésil, pour Date
les Hollandais, crut avoir éxterminé ces aventuriers qui ne s'étaient
que dispersés. Ils se réunirent de nouveau, et vinrent, en 1640, s'établir
dans l'île de la Tortue. La grande terre de St -Domingue était remplie
de taureaux sauvages et de cochons marrons; les añglais et les franais y pénétrérent, s'y livrèrent à la chasse, et vendirent les peaux de » ces animaux aux Hollandais. Ceux-ci qui avaient de nombreux comptoirs sur les côtes occidentales de l'ile, surtout dans le quartier de prenne , leur donnaient en échange des armes et des munitions. . da Rs" de ces Lranqus aventuriers élaient normans. Ca les noté . FL 16 HISTOIRE D'HAITI, ; mait Boucaniers parce qu'ils faisaient sécher à Ja fumée la viande des
bœufs qu'ils avaient tués (4). Hs prirent plus tard le nom de Fhbustiers
qui signifie foiban , lorsqu'ils se livrèérent à la piraterie. HA
Ils menaient une existence nomade, chassant sans cesse, et n inquié+
tant nullement les Espagnols. Mais ceux-ci qui prétendaient être les.
seuls maîtres du Nouveau-Monde, vinrent les surprendre à la"Hortue;
et les dispersérent de nouveau. Après la retraite des Castilians , ils se
rallièrent, et jurèrent de leur faire une guerre &'extermination:
lis mirent à leur tête un Anglais nommé Willis. Leurs barquesragir
les, montées de trente ou quarante bomwes, prenaient à l'abordage des
vaisseaux Espagnols de 50 canons. Jamais de plus terribles marimsn'as
vaient dompté les flots. DA
lis vivaient en communauté ; une camisole de toile teinte de sang
était leur unique vêtement. N'ayant pas de femmes, ils n étatentmullement assuiélis à une existence régulière. Quant à leurs difiérends
üs les vidaient ordinairement par le duc! à la carabine. | >
Jls n'avaient pas beaucoup d'esclaves Africains ; ils se faisaient servir
par des blancs, la plupart de Dieppe, qui, sous le nom d'engagés , ven=
daient leur -travail pour trois ans, dans le Nouveau Monde” Ils "se
recrutaient de ces engagés qui devenaient à leur tour de terribles
#Hibustiers. sn Ÿ ;
Quelques écrivains de nos jours ont prétendu que lengagéétait um
véritable esclave, ét que le noir nest pas à plaindre d avoir été dans
Ja servitude, puisque le blanc avait eu lé même sort à Saint-Domimn
gue.— L Africain arraché de son pays, par ruse ou par violence; était
soumis à une éternelle servitude lui et sa postériié; 1} élait condaniné
à un travail tellement au-dessus de ses forces, qu'il succombait en peu
d'annéés sous le poids de ses fatigues. La reproduction naturelle de
véritable esclave, ét que le noir nest pas à plaindre d avoir été dans
Ja servitude, puisque le blanc avait eu lé même sort à Saint-Domimn
gue.— L Africain arraché de son pays, par ruse ou par violence; était
soumis à une éternelle servitude lui et sa postériié; 1} élait condaniné
à un travail tellement au-dessus de ses forces, qu'il succombait en peu
d'annéés sous le poids de ses fatigues. La reproduction naturelle de + son espèce ne pouvait remplir le vide immense que produisait dans les. ateliers une mortalité extraordinaire. Deià le besoin incessant des tranñsplantations de ces infortunés dans es colonies. | Quant à lengagé européen, ïl aliénait volontairement sa liberté
pour trente-six mois seulement. A° l'expiration de son contrat, il
devenait l'égal de son ancien patron, flibustier comme lui, grandsergreur, et alteignait souvent au premier raug de la société coloniale. IL
ne consentait le plus souvent à quitter son lieu natal, pour traverser.
l'Atlantique que parcèque qu'on lui donnait la certitude quil deviendrait un jour riche, heureux, et quil serait comblé d honneurs.
. La cupidité porta l’européen à déroger à tous les principes qu'il praWquait déjà au 46° siècle. Sa religion condamuait ia servitude; il se
disait religieux, etilavait des esclaves en Amérique. Ce fut alors que les lumières se développaient, que lon comprenait combien il est af-. (1) Boucan gril ds bois dontse servaient les Caraïbes pour sécher et fumer | leurs viandes, |
» ? à uw Li |
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À HISTOIRE B'HAAITS. | LS us 17 freux d'aliénor la liberté de son semblable, qu'on vit des esprits éclairés qui travaillaient en Europe à l'amélioration du sort des peuples,
déclarer, mus par la eupidité, que le Noirétait inférieur aux autres
hommes et digne par conséquent de la servitude. Lorsqu en Europe
tout tendait à faire disparaitre les vestiges du système féodal , on ressus-
“(itait lé monde ancien, dans les contrées du nouveau monde. | A celte époque la France envoya avec une petite expédition, uR
gouverneur à Saint Vincent, une des îles du vent, Les flibustiers de
Saint-Domingue, sentirent la nécessité d'être sous la protection d'une
grande puissance; comme ils étaient presque tous Français, ils s'adressérent au gouverneur des îilgssdu vent, qui leur envoya Levasseur
en 1640. De nombreux Français partis de Saint-Vincent vinrent à la
Tortue, et renforcérent les flibustiers de leur nation. Alors ils signifiérent aux Anglais qui étaient avec eux de se retirer dans le plus
bref délai, sous peine d'extermination, Les Anglais se retirérent à la
Jamaïque où ils s établirent; et les Français demeurèrent seuls maîtres
de la Tortue. REA Déjà les flibustiers de Saint-Domingue avaient acquis une grande
célébrité. ls épouvantaient le nouveau monde par leurs exploits. Pierre
le grand , natif de Dieppe , avec une barge armée de quaire canons,
el montée de vingt-huit hommes, prit à l'abordage le vaisseau d'un viceamiral Espagnol; Michel le Basque euleva un navire de guerre, chars
gé d'un-mitlion de piastres. On distinguail encore Parmi les flhibustiers
Français, Nau 1 Olonais, et Monbars le languedocien , surnommé l'ex -
terminateur. Parmi les flibustiers Anglais établis à la Jamaïque se
faisait remarquer Morgan le gallois. |
ingt-huit hommes, prit à l'abordage le vaisseau d'un viceamiral Espagnol; Michel le Basque euleva un navire de guerre, chars
gé d'un-mitlion de piastres. On distinguail encore Parmi les flhibustiers
Français, Nau 1 Olonais, et Monbars le languedocien , surnommé l'ex -
terminateur. Parmi les flibustiers Anglais établis à la Jamaïque se
faisait remarquer Morgan le gallois. | Les nouveaux habitans de la Tortue formaient quatre classes: les
Boucaniers ou chasseurs, les flibustiers ou corsaires, les habitans ou
cultivateurs et les Engages. |
En 1648, les Espagnols dirigérent une expédition contre la Tortue;
mais ils furent complètement battus par Levasseur. Ils revinrent à la
charge, et parvinrent à s'emparer de la petite île. Mais. en 1660, de
Rausset la leur enleva à tout jamais. En 1656, il avait été nommé
_par le roi commandant de la Toriue. En récompense de sa conquête,
cette île lui fut accordée en toute propriété. | Louis XIV, apprenant les succès de ses sujets en Amérique, se déiernina à les soutenir sérieusement. En 1664, il établit la compagnie
_ des Indes Occidentales pour faire le commerce dans les îles et terre
forme de l'Amérique; et la même année, de Rausset céda pour 44000
livres, à la mème compagnie, tous ses droits sur ile de la Tortue.
En Octobre 1664, d'Ogeron fut nommé gouverneur de l'île de Ja Tor:
tue par les directeurs généraux de la compagnie des Indes Occidentales.
D'Ogeron était un gentilhomme angevin que de malheureuses spécuJations avaient contraint de viyre parmi les flibustiers. Pour commander aux flibustiers, U fallait ètre fibustier, -.* - 18 HISTOIRE D'HATTÉ La population de la Tortue ne s'élevait qu'à 400 aventuriers. Cette
poignée d’hommes d'une prodigieuse intrépidité, répandait la terreur,
non seulement sur les côtes de Saint Dommgue , INalS CNCOre SUF (OUtes les mers de l'Amérique. Six mille corsaires de leur trempe eussent
exterminé les populations espagnoles, énervées par le luxe et l'oisiveté,
tant des îles que du Mexique et de la Côte-Ferme. RH D'Ogeron établit quelque discipline parmi les flibustiers, et affaibhit
chez eux cet esprit de brigandage qui les guidait dans. Moutes
leurs entreprises. Il adoucit leur humeur féroce , en leur vendant aux
enchères des femmes blanches qu il'avait fait venir d Europe , Par cargaisons. Il encouragea l’agriculture , et portæ beaucoup de corsaires à entrer
dans la classe des habitans ou cultivateurs. En 1666 , 1 planta ; dans
le quartier du Port-de Paix, des cacaoyers qui ne réussirent pas conve>
nablement. Le cacao indigène de l'Amérique avait été trouvé par Colomb
dans une petite île de ia baie d'Honduras. nr
, en leur vendant aux
enchères des femmes blanches qu il'avait fait venir d Europe , Par cargaisons. Il encouragea l’agriculture , et portæ beaucoup de corsaires à entrer
dans la classe des habitans ou cultivateurs. En 1666 , 1 planta ; dans
le quartier du Port-de Paix, des cacaoyers qui ne réussirent pas conve>
nablement. Le cacao indigène de l'Amérique avait été trouvé par Colomb
dans une petite île de ia baie d'Honduras. nr Sans cesse inquiété par les Espagnols , 1l_ dirigea contre Saint Yague,
dans la partie orientale de Saint-Domingue, une expédition comman:-
dée par le fhibustier Délile. Les Français prirent. cette viile; Ja pit.
lèrent et en enlevérent 25,000 piasires. | Ce fut sous d'Ogeron en 4670, que les boucaniers commencèrent
à s'établir au Cap-Français, Pour augmenter le nombre des cultivateurs, on favorisa, la traite; et il fut décidé, par un arrêt du conseil
d'Etat, que les habitans des îles françaises seraient déchargés dudroit
de cinq pour cent qu'ils payalent pour les nègres de Guinée amenés
en Amérique. D'Ogeron se rendit en France en 4675, pour proposer à
la cour de Versailles d'entreprentire la conquête de toute File de "sStDomingue. Mais 1l mourut à Paris dans ia pauvreté en 1676: Il eut pour successeur Mr de Pouancey. Ce gouverneur fortifia le”
Cap qu'il mit en état de résister aux altaques des Espagnols: "Gefut
sous lui qu'une révolte d'esclaves africains , sous les ordres d'un nommé Padrejean, noir espagnol, faillit bouleverser le quartier du ‘Bortde-Paix, Les révollés se retranchèrent dans les montagnes. Pouancey
étouffa l'insurrection , par le secours de vingt flibusticrs qui , cherchant
aventure, étaient arrivés par hesard au Port-de:Paix. Ainsi fut éteinte
cetie première révolie importante de Noirs chez lesquels naïssaitle
sentiment de la liberté. | ad À l'exemple des Espagnols, les Français se livrèrent avec ardeur à
Ja traite des Nègres. Des flottes chargées d'esclaves, venant des rives
africaines , transportèrent à Saint Domingue des milliers de cultivateurs.
Déjà la colonie française entrait dans une grande voie de prospérite. ; | Pe Pouancey mourut à la fin de 14681. Il fut provisoirement remplacé
par Mr. Franquesnay lieutenant du roi. De grands désordres qui éclatèrent dans la colonie, continutrent jusqu'à la nomination de Mr. de.
Gussy en 1683. Hate | | = HISTOIRE D'HAITI, 19 La cour de Versailles songea sérieusement à pourvoir à l’adminis. tration de la Justice à Saint-Domingue. Elle y envoya en conséquence messieurs de St. Laurent et Bégon ! fqui établirent un conseil supérieur au Petit-Goâve, jugeant cn dernier ressort, et des sièges particuliers à Léogane, au Port.de. Paix, et au Cap Français. Le conseil supérieur ne tarda pas à être transféré à Léogane. P4 Ba juridiction du Petit: Goâve comprenait Îles quartiers de Nippes, du
Rochelois, de la Grand'Anse, et F'Ile-à-Vaches ; celle de Léogane, le
quartier de l'Arcahaïe; ceile du Port-de- PaTX , les quartiers du Môle,
du Port Français, et l'Hle de la. Tortue; et alt du Cap Français !
le reste de la côte septentrionale: De Cus:y ayant fait d’inutiles eforts pour retenir les Français à la
âve comprenait Îles quartiers de Nippes, du
Rochelois, de la Grand'Anse, et F'Ile-à-Vaches ; celle de Léogane, le
quartier de l'Arcahaïe; ceile du Port-de- PaTX , les quartiers du Môle,
du Port Français, et l'Hle de la. Tortue; et alt du Cap Français !
le reste de la côte septentrionale: De Cus:y ayant fait d’inutiles eforts pour retenir les Français à la “Tortue, abandonna cette Ile, et donna tous ses soins aux établisses ments de la grande terre, surtomt à ccux du Port-de-Paix. Ne pouvant réussir à soumettre les flibusticrs à la discipline ordinaire, il
leur fit entreprendre une expédition contre la Côte Ferme, à la fin
de 1684, dans l'espoir. de s’en débarrasser. Ces aventuriers enlevèrent
aux Espagnols d'immenses richesses, et revinrent-à S'-Domingue beaucoup plus intraitables. L'année suivante, 1685, parut Ia fameuse ordonnance de Louis XIV,
connue sous le nom de Code Noir où recueil de réglemens concernant.les esclaves. Nous ne tarderons pas à en citer les principales
dispositions. R Mr de Cussy, tant pour uliliser les fübustiers que pour agrandir
les possessions françaises, résolut de s'emparer de S'-Yague. En Juin
4689, il se mit en marche avec 400 cavaliers, 450 fantassins et 150
esclaves conduisant les bagages et Îles chevaux ne main. Arrivé à
Une demilieue de S'-Yague, il baitit complètement les Espagnols, prit “eur ville, la fivra au pillage | à l'incendie, et se retira. Mais en 1690, les Cestillans Grèrent une éclatante ve ngeance de cette
expédition. Ils marchérent au nombre de trois mille hommes sur le
Cap, et rencontrérent dans la plaine de Limonade un millier de FranCais qu'uis taillèrent en pièces. De Gussy et Franquesnay périrent dans
cette action, en faisant des prodiges de valèur. ‘Les Espagnols ne se retirèrent qu'après avoir ravagé toute là province du Nord. Monsieur Dumas, commandant du quartier du Cul-deSac , dans
l'Ouest de lie, ayant appris les malheurs ‘de la ville du Cap, y vint
aussitôt, et y rétablit un peu d'ordre, sécondé par le sicur Leclere
de ja Boulay , - commandant du Port-de-Paix. | La cour de France remplaça M." de Cussy, par M° Ducasse qui avat
êté employé au Sénégal. Ducasse vint à St-Domingue (octobre 4691)
qu'il trouva dépeuplé, dans un état déplorable. La race des Flibustiers
J était presque éteinte. Cependant il répara en partie ces malheurs
tablit un peu d'ordre, sécondé par le sicur Leclere
de ja Boulay , - commandant du Port-de-Paix. | La cour de France remplaça M." de Cussy, par M° Ducasse qui avat
êté employé au Sénégal. Ducasse vint à St-Domingue (octobre 4691)
qu'il trouva dépeuplé, dans un état déplorable. La race des Flibustiers
J était presque éteinte. Cependant il répara en partie ces malheurs ar une administration habile, et en favorisant la culture de l'indigo.
. En 4694, ii fit une descente à la Jamaïque , enleva aux Anglais LE: 29 | | ! fISTOIRE D'HAITI' beaucoup d'indigo, d’autres objets précieux et 3,000 esclaves noirs. Le gouvernement anglais s'en vengea cruellement. En Juillet 1695,
vingt-quatre voiles, tant anglaises qu espagnoles , débarquèrent 4,000
hommes le long de la baie de Maucenille. Cette armée fut renforcée
de 2,000 hommes, sortis de Sto-Domingo. Elle culbuta les Français
sur tous les points, s’'empara du Port-de-Paix, el ravagea toute,la pro=
vince du Nord. er ab
$ mr Ducasse retranché dans l’intérieur de la colonie avec 3,000 hommes, présenta aux alliés une attitude si menaçante, que des “angloespagnols , chargés de butin, se retirérent. | se Ce fut après cet événement, quoique St-Domingue fut plongé dans
la désolation, que les colons de Ste-Croix y furent transportés. Ducasse
fit tous ses efforts pour recevoir convenablement ces nouveaux hôtes.
: En 1697, une flotte sous les ordres de M° de Poinus, ailant attaquer
la riche ville de Carthagène, relächa à St: Domingue. Pointis y recruta
les derniers Flibustiers qui s'y trouvaient, et parlit. M° Ducasse avait
confié le gouvernement de la colonie à M° Boissy êf avait pris part à
cette expédition. Carthagène,fut prise ; et | on prétend que les Français
ÿ firent un butin de plusieurs millions de piastres.
otte sous les ordres de M° de Poinus, ailant attaquer
la riche ville de Carthagène, relächa à St: Domingue. Pointis y recruta
les derniers Flibustiers qui s'y trouvaient, et parlit. M° Ducasse avait
confié le gouvernement de la colonie à M° Boissy êf avait pris part à
cette expédition. Carthagène,fut prise ; et | on prétend que les Français
ÿ firent un butin de plusieurs millions de piastres. Pendant l'absence de Ducasse, 300 esclaves noirs, ayant formé le
projet de tuer leurs maitres, se soulevèrent au Quarter: Morin de laPetite-Anse, Boissy étouffa la révolte à la fin de Mai 4697. Les rigueurs
de l'esclavage se faisaient déjà sentir d’une manière affreuse; et le code
æmoir était foulé aux pics par la cupidité coloniale. js
La guerre continuait avec fureur entre les Anglo-espagnols et les
Français, quand la nouvelle de la paix de Riswich vint au Gap. Par
ce traité conclu en 1697, entre la France, l'Espagne, la Hollande, PAL
lemagne et l'Angleterre, toute la partie occidentale de St-Domingue,«
fut cédée à la France, par la cour de Madrid, | |
Pour hâter la prospérité de la colonie, la France abandonna pour
30 ans, à une compagnie dite ce St-Louis ou de I IHe-à-Vaches (1698)M
la presqu'Ile qui forme aujourd'hui le département du Sud. d'Haïti.
Cette compagnie, de son côté, s'engageait à la faire défricher, peupler, et à y envoyer dans l'espace de cinq ans, 1,500 blancs, et 2,
500 noirs. Chaque colon devait avoir une portion de terre à cultiver.
Dès 1665, la compagnie des Indes occidentales, formée par un édit de”
Louis XIV de 1664, avait considérablement aidé au développement de «
St-Domingue. Ænfin en, 1701, à lavènement du duc d'Anjou, à la
couronne d Espagne, une nouvelle ère de prospérité s’ouvrit pour St-*
Doringue, mes L En 4703, M'° Auger remplaga M° Ducasse que le roi avait nommé
chef d'escadre. Ce fut sous son gouvernement que les fonctions civiles
furent détachées des fonctions militaires, et que M'. Deslandes fut
nommé commissaire ordonnaleur. à ane L'année suivante les Jésuites vinrent s'établir à St-Domingue, ayant A
à \ HISTOIRR B’HATTR | -$1 pour supérieur le père Girard; ils n’y obtinrent jamais une grande in«
fluence ; les mœurs des descendans des flibustiers ne purent s’accorder
avec un système par lequel tout se fait dans l'ombre du mystère. En octobre 4705, l'ordonnateur Deslandes mourut, et Mr Auger ne
tarda pas à le suivre. Ce derrier fut enterré à Léogane , en 1706. La même année le vaisseau le Prince, de l’expédition de Mr d’Iberville vint jeter l'ancre dans le port de l'Hôpital. Mr André qui comimandait ce navire, appela ce mouillage, Port-au-Prince. D'où est venu
le nom de Port-au-Prince, donné à la ville qui ne tarda pas à être bâtie au fond du golfe du Cul-de-Sac. |
arda pas à le suivre. Ce derrier fut enterré à Léogane , en 1706. La même année le vaisseau le Prince, de l’expédition de Mr d’Iberville vint jeter l'ancre dans le port de l'Hôpital. Mr André qui comimandait ce navire, appela ce mouillage, Port-au-Prince. D'où est venu
le nom de Port-au-Prince, donné à la ville qui ne tarda pas à être bâtie au fond du golfe du Cul-de-Sac. | En 4707, le comte de Choiseul Baupré fut nommé gouverneur. Après
avoir fait d'inutiles efforts pour raïlier les flibustiers et utiliser leur courage, en faveur de la France, il fut pris par les Anglais en retournant
en Europe; mais grièvement blessé, dans le combat qu'il leur avaié
livré, il fut conduit à la Havane où il mourut en 4711. Il eut pour successeurs, Mr de Gabaret, le comte d'Arquin et en
1712, Mr Charles de Blenac, sous lequel finit entièrement la flibusterie. Mr de Blenac avait été nommé gouverneur en chef de l’île de la
Tortue et de la côte de St-Domingue. Il futle premier qui reçut par
_eommission du roi, le titre de gouverneur général des îles françaises
et de terre-ferme sous le vent. Après la mort de M' de Choiseul, les derniers flibustiers se disper--
sérent pour ne plus se réunir, et devinrent la plupart de paisibles
planteurs, tant à Saint-Domingue que dans les autres Antilles. Sous M° de Blenac, la colonie eut beaucoup à souffrir de la perte
de ses cacaotiers qui périrent la plupart en 1716. On ne put serendre compte de ce phénomène. Mais en 1736 , le cacaoyer fut replanté
sur l'habitation Spechhach , dans le quartier de Dame-Marie. 11 s'y développa extraordinairement, et atteignit à la hauteur de 80 pieds. En même année Mr. de Blenac repassa en France, et fut remplacé
par Mr. de Chateau Moraïd. | En Avril 4747, on établit le premier impôt sur le tabac , plante indi:
gène d Haïti. Depuis 4629 le tabac était en grande culiure à S'-Bomingue. En 1718 , on nomma le premier Intendant de Justice , de Police , et de
Finances, des îles sous le vent. Ce fut Mr. Jean-Jacques Mithon de
Senneville ; et en 1749 , le Marquis de Sorel releva Mr de Chateau Morand.
… De 1720 à 1724, la colonie fut gravement agitée par des troubles
que fit éclater le privilège exclusif que possédait la compagnie des
Indes de faire le commerce des esclaves. Les habitans se soulevèrent,
brülérent les propriétés de la compagnie, tout en protestant de leur
fidélité au Roi, et arrêlérent le gouverneur de Sorel. Ces troubles ne
se calmèrent que par un traité signé à Léogane, le 27 Décembre 1722,
entre le Gouverneur, l'intendant Mr de Montholon, d'une part; et les
habitans soulevés, d'autre part; et par l’arrivée d'une escadre, sous
es ordres de Mr de Champruélin, muni des pouvoirs de Louis XV,
tout en protestant de leur
fidélité au Roi, et arrêlérent le gouverneur de Sorel. Ces troubles ne
se calmèrent que par un traité signé à Léogane, le 27 Décembre 1722,
entre le Gouverneur, l'intendant Mr de Montholon, d'une part; et les
habitans soulevés, d'autre part; et par l’arrivée d'une escadre, sous
es ordres de Mr de Champruélin, muni des pouvoirs de Louis XV, ” k 22 ie HISTOIME P'HAITI. ‘pour mettre fin à l'insurrection. Cependant la colonie fut encore agitée
jusqu’en 1728, alors que cessérent les privilèges des compagnies. Saint:
Domingue marcha ensuite de. prospérités en prospérités. Deux ieunes cafiers avaient été donnés à Louis XIV par le Hollandais Pancras, intendant du Jardin des Plantes d'Amsterdam. Quelques
années après ils furent transplantés à la Martinique par Deschieux. Ces deux arbustes réussirent admirablement dans cette colonie; et peu de: temps après, on transporta à Saint-Domingue de nombreuses pousses
qui se propagèrent avec une rapidité étonnante. De Sant-Domingue,
le cafier se répandit dans toutes les autres Antilles. | Jusqu’alors les limites enire la colonie française et la colonie espas=
gnole, n'étaient pas fixées. Les Français pénétraient chaque jour dans
les possessions de Sa Majesté Catholique. Cependant le Ror de France
avait ordonné à ses sujets de s'arrêter à la rivière du Massacre: La société coloniale était établie. Le Blanc y jouissait de toutes sortes de privilèges, et la belle île où il dominait était à juste titre déjà
appelée le Paradis des Français. Mais lesclave était confondu avec le
bétail, et l'Affranchi de Couleur et Noir vivait sous le poids du mépris
des Blancs. Les Affranchis étaient des Mulâtres la plupart issus de Biancs
et de Noires, et des Noirs émancipés par leurs maîtres. Dans les premièrs temps de la colonisation française, les préjugés « de castes-étaient inconnus. Le flibustier n'établissait qu'une légère dif-
‘férence entre le nègre africain, et l'engagé européen, tant que ce dernier était dans la domesticité. La servitude était alors à peu prèstellem que dans l'antiquité. Mais insensiblement les engagés sortirent de leur
condition, et devinrent par le travail et l’économie les égaux des autres
blancs; et comme les habitants de Dieppe cessèrent d'en transporter - à St-Domingue, cette classe de serviteurs n'exisla plus. Ee noir né sous Îles tropiques supportant mieux que l’engagé les travaux des champs,
demeura seul attaché à la glèbe. Les cultivateurs ne se recrutant plus
que sur les côtes de Guinée, on s’habitua à ne voir dans l’esclavage
que des noirs ou quelques mulâtres ; et le colon oubliant l’état primitif -de lAfricain, se persuada que la race noire était née pour Servir, «
de serviteurs n'exisla plus. Ee noir né sous Îles tropiques supportant mieux que l’engagé les travaux des champs,
demeura seul attaché à la glèbe. Les cultivateurs ne se recrutant plus
que sur les côtes de Guinée, on s’habitua à ne voir dans l’esclavage
que des noirs ou quelques mulâtres ; et le colon oubliant l’état primitif -de lAfricain, se persuada que la race noire était née pour Servir, « et par conséquent dégradée: ainsi naquirent les préjugés. Aux yeux du blanc, le noir devint une bête de somme, et le mulâtre, un monstre, un mulet, produit du crime de bestialité. L'éducation coloniale avait |
tcllement abruti ces malheureux, qu’ils voyaient réellement dans le blanc « un être Supérieur; el ce ne sera que l'excès des tortures auxquelles ils
seront livrés, qui les contraindra à revendiquer les droits de l'homme:
alors ils auront été poussés au désespoir. (1) | |
Avant de reprendre notre récit, jetons un coup-d'œil sur l'Etat, tant
de la colonie française que de la colonie espagnole. L (1) Voir la brochure de Mr. Linstant Pradine, sur la cause des préjugés
dans les Colonies, JE E hate tee me. prndi een “en CRT BISFOIRE D'HAÎTI, 25
La partie de l'Est, s'appelait l'Audience espagnole. Il ÿ avait à StoDomingo un siège archiépiscopal ; le clergé y jouissait de grands bénéfices,
et l'inquisition y exerçait ses rigueurs. En Janvier 1569, il avait été
décidé que l'inquisition serait établie dans le Nouveau-Monde. En 1571,
irois tribunaux de cet infâme système furent installés à Lima, à Mexico
et à Carthagène. La colonie espagnole de St:Domingue relevait du tri:
bunal de Carthagène. - | 4
# Chaque ville de l'Est avait sa municipalité. Le conseil royal et suprème
des Iudes créé en 4524, prononçait en dernier ressort sur les décisions
de la cour d'audience de la petite Espagne. Le chef du conseil reyal
avait le titre. de Gouverneur ou de président. Les habitants se divisaient en cinq classes: Espagnols purs nés en
Europe, Créoles blancs, Métis nés d'Européens et d'Indiennes, Mu_ Jâtres nés d Européens et de Noires, et de Négres. Par la misère qui
régnait dans la partie espagnole, la population blanche avait été réduite
en 1730, à six mille àames. Dans la colonie francaise, il y avait trois classes d'habitans: 1° Les
Blancs; 2° les gens de Couleur ou affranchis comprenant le Négre et
le Mulâtre libres; 3° les Nègres et les Mulâtres esclaves. La religion . Catholique Apostolique et Romaine y était pratiquée par toute la Po.
pulation. Le Métis, comme dans la colonie espagnole, jouissait des mêmes
privilèges que le Blanc, attendu qu'il n'avait pas dans les veines, de ce
sañg africain, qui, aux yeux de FEuropéen aveuglé par d'infâmes préjugés, était dégradé par la servitude. | | “6 L'autorité militaire était confiée au Gouverneur général, ét l'autorité:
civile à l'Intendant ; quand ils s’entendaient leur pouvoir devenait sans
bornes ; et le colon qui ne dominait que par la mésintelligence qui pouVail exister entre eux était alors obligé de se soumettre à leur puissance. re
ñg africain, qui, aux yeux de FEuropéen aveuglé par d'infâmes préjugés, était dégradé par la servitude. | | “6 L'autorité militaire était confiée au Gouverneur général, ét l'autorité:
civile à l'Intendant ; quand ils s’entendaient leur pouvoir devenait sans
bornes ; et le colon qui ne dominait que par la mésintelligence qui pouVail exister entre eux était alors obligé de se soumettre à leur puissance. re [ls nommaient à toutes les places. L'Intendant était spécialement chargé de l'administration des finances. Il ÿ avait une assemblée où se discutaient les intérêts généraux de la colonie; elle était composée du Gouverneur-général, de |Intendamt, des Presidens des Conseils de provinces, du Procureur-géneral, de l'Ordonnateur, et de plusieurs chefs de
la milice. Cependant ies planteurs n'étaient pas représentés dans ces
assemblées. Aussi nourrissaient-ils contre Îles agens de la Métropole une
haine qui éelatera plus tard par des projets. d'indépendance, La colonie était divisée en trois provinces: celle du Nord, chef-lieu,
le Cap; ceile de l'Ouest, chef-Heu, Port-au-Prince; celle du Sud, cheflieu , les Cayes.. DE | I y avait dans chaque province un lieutenant gouverneur, et dés
tribunaux civils et militaires. Les jugemens qu'ils rendaient étaient
soumis aux deux conseils supér@urs établis au Cup et au Port-au-Prince.
y avait un comite d'appel composé de sept membres. Le Gouverneur 34 HISTOIRE DP'HAITI. Lea s pouvait arrêter les poursuites ; mais on appelait au roi en dernier ressoré.
La France entretenail à St-Domingue trois mille hommes de troupes;
et dans chacune des cinquante deux paroisses de la colonie, il yravait
trois compagnies de miliciens: la première. de Biançs , la seconde
d'hommes de Couleur, la troisième de Noirs libres. À Léoganelbautorité coloniale ne put jamais séparer les Noirs libres des hommes de w
% Couleur. Celte milice n'était pas soldée; et tous les officiers en étaient
Blancs. La Maréchaussée ou Gendärm£rie fut d'abord composée en.
grande partie des hommes de Couleur qui étaient obligés d'y servir
pendant trois ans. Mais on les en éloïgna peu à peu, parce qu'on s'était
aperçu qu'ils y acquéraient le sentiment de leur force. Le Muätre
était assujéti aux corvées; il était exclu des fonctions publiques; et
les professions libérales telles que le barreau, la médecine, là prétrise, lex
chirurgie , l'instruction publique , la pharmacie, lui étaient interdites. Gependant, comme il pouvait acquérir des terres, il devenait quelquefois très:
riche. Alors en accordant secrétement des pensions aux agensde la Mé:
tropole, il jouissait de quelque tranquillité, et mème de quelques faveurs.
vées; il était exclu des fonctions publiques; et
les professions libérales telles que le barreau, la médecine, là prétrise, lex
chirurgie , l'instruction publique , la pharmacie, lui étaient interdites. Gependant, comme il pouvait acquérir des terres, il devenait quelquefois très:
riche. Alors en accordant secrétement des pensions aux agensde la Mé:
tropole, il jouissait de quelque tranquillité, et mème de quelques faveurs. Vers le milieu du 18° siècle, les produits de la colonie s'élevaient 480;
000,000 liv. tour. ; et on y importait pour 42,492,000 livres: On y comp:
tait 592 sucreries, 63,000 chevaux et mulets, et 93,000 bêtes à cornes:
. Les Affranchis qui contribuèrent si énergiquement, au milieudes
orages de la Révolution française, au triomphe de la Liberté générale
à St-Domingue, étaient nés, la plupart, comme nous l'avons vu, des.
liaisons des Blans avec les Négresses, où des Nègres avec les Blanches,
quoique les lois défendissent ces sortes d'alliances. Ces lois sont un
témoignage du mépris que les Blancs déversaient sur la Race africaine: Sous prétexte de mettre un frein à la corruption des mœurs, le code
noir ou édit de 1685, condamnait à une amende de deux mille livres
de sucre, le Blanc qui avait eu un ou plusieurs enfans de son concubinage avec son esclave; et par une autre ordonnance, la femme Bianche que la voix publique accusait de s'être livrée à un Nègre était déportée. Quand un Blane débauchait une esclave , la femme et ses enfans, par l'ordonnance de 1685, étaient confisqués au profit de | Hôpital des Pères de la Charité, sans pouvoir être jamais rachetés. Les autorités n'exécutaient pas le code noir qui permettait de pours
suivre par-dexant les tribunaux le Blanc qui eut tué injustement un esclave.
Les préjugés et la puissance des planteurs inposaient silence à la lor. Vers le milieu du 18° siècle, l'exeës de la douleur suggéra à de nombreux esclaves de la province du Nord, non seulement l'idée de la liberté, mais encore celle de l'indépendance. Les eruautés des Blancs étaient devenues presque insupportables. Le colon paraissait pressentir
la chûte prochaine de sa puissance , et se livrait à toutes les extravagances de la tyrannie. d u* .. Une conspiration dirigée par un nommé Makandal, failht d'un seul
qoup élouifer tous les Blancs, à LA _ “NISTOIRE B'HAITR 25 Makandal africain et d'une illustre naissance, avait été élevé dans Ja relision Musulmane. 1} était instruit, et possédait trés-bien la langue Arabe. Fait prisonnier de guerre dans son pays, 1l avait été vendu, comme
“esclave, aux traitans européens qui Île transportérent à St- Dominaue.
avait -acquis dans Îa province du Nord une immense influence sur Îles
siens , en 6€ présentant à eux comme prophète ou sorcier. Pendant
plusieurs années, il résista à toutes les attaques de la Maréchaussée ;
mais il finit par tomber danSjdes embüches que lui avaient dresséés des
esclaves dont il avait enlevé les femmes. 1H fut pris et livré à l'autorilé.
traitans européens qui Île transportérent à St- Dominaue.
avait -acquis dans Îa province du Nord une immense influence sur Îles
siens , en 6€ présentant à eux comme prophète ou sorcier. Pendant
plusieurs années, il résista à toutes les attaques de la Maréchaussée ;
mais il finit par tomber danSjdes embüches que lui avaient dresséés des
esclaves dont il avait enlevé les femmes. 1H fut pris et livré à l'autorilé. On découvrit qu'il avait conçu le gigantesque projet d'exterminer les
Blancs’, et’ de proclamer la Liberté et l'indépendance de la Race noire
à St-Domingue. Ii fut jugé, condamné à être brûlé vif par un arrêt du
conseil de la province du Nerd du Mens On l’exécuta sur la
- place du Cap, au milieu d'un peuple immense qu'il terrifiait encore,
quoiqu'enchainé à un poteau au milieu du bûcher. Sous les gouverneurs d'Estaing (4763), et Louis Constantin (1766 }s
ilny eut aucun événement important dans la colonie, si ce n’esi l'ar”
rivée à Saint-Domingue de plusieurs milliers d’ Allemands et d'Acadiens
qui s'établirent au Môle, à Bombardo-polis et au Dondon. Mais en 1770 , un violent tremblement de terre renversa de fondencomble le Port-au-Prinee, et tous les bourgs de la province de l'ouest. Les secousses qui se muitiplièrent avec une effrayante rapidité, commencèrent le jour de la Pentecôte à sept heures du soir. (3 Juin A7 10).
Les habitans qui se promenaient sous leurs galeries, se précipitérent
dans les rues garnies d'ormeaux et larges comme aujourd hui. Pendant toute la nuit la terre fut flottante. Le palais du gouverneur , l'Intendance , le conseil, l'Eglise , le magasin à poudre , les casernes , les maisons particulières, tout ne for
ma quun monceau de ruines. Le comte de Nolivos, gouverneur-gé=
néral, et le président de Bongars, Intendant, pour prévenir la disctte,
ordonnèrent aux vaisseaux de la rade, de fournir du pain à la ville,
jusqu'a ce que les fours fussent reconstruits. Tous les habitans des
quartiers VOIsins envoyérent des vivres au Port-au-Prince , avec la plus
grande générosité. Le nombre des morts s'éleva à 200 environ. Alexandre Péuon qui devint Président d'Haïti, était alors au berceau.
Quand le tremblement de terre se fit sentier, sa mère l'oubliant se jeta
dans larue; mais une femme Noire, sa nourrice, se précipita dans la
maison qui s'écroulait et l’apporta sain et sauf à sa mère. _ Toutes les manufactures de la plaine ‘du Cul-de-Sac furent renversées, et la Grande Rivière qui traverse cette plaine, après être demeurée à sec pendant seize heures, par l'effet du : tremblement de terre, vit ses eaux revenir tout-à-coup , et déborder avee
une violence prodigieuse. La commotion sortie des profondes cavernes de la montagne de la Selle, s'était dirigée de l'Est vers l'Ouest.
Le lieu que nous appelons le Gouffre, à la source des rivières du
de la plaine ‘du Cul-de-Sac furent renversées, et la Grande Rivière qui traverse cette plaine, après être demeurée à sec pendant seize heures, par l'effet du : tremblement de terre, vit ses eaux revenir tout-à-coup , et déborder avee
une violence prodigieuse. La commotion sortie des profondes cavernes de la montagne de la Selle, s'était dirigée de l'Est vers l'Ouest.
Le lieu que nous appelons le Gouffre, à la source des rivières du 26 HISTOIRE D'HAITI.
Cul-de-Sac et de Léogane, fut le foyer du tremblement de trere; plusieurs fois pendant la journée on avait entendu des détonnations sous,
terraines sortant de ce lieu. Pendant quinze jours, 11 y eul cenë $ecousses environ par jour. ee.
Les habitans du Portau-Prince véeurent plusieurs mois sous des
tentes. Mais la ville se releva bientôt par des cénstructions toutes en
bois, et n'ofrit plus aucune trace de ia catastrophe. sÂsé
Quelques années après, par le traité du 3 Juin 4776, pendant que le comte d'Ennery, successeur de M. de Vailière, gouvernait la cos, lonie, les limites de la partie espagnole et de la partie française furent définilivement fixées. Ce fut après ce dernier traité que les Es
pagnols poussèrent leurs frontières bien avant dans la partie occidentare
de l'ile jusqu'au pied des versans orientaux des montagnes des Cahos.
M. D'Ennery eut pour successeur M. D'Argout. ct La France soutenait alors avec succès l'indépendance américaitecontre FAngleterre. Une foule de jeunes gens Noirs et de Couleur s'en
gagèrent dans les troupes françaises et partirent pour le Conunent. lis
se couvrirent de gloire au siège de Savanah sous les ordres du comte
d'Estaing qui agissait de concert avec de général Lincoln. Deretour
à St..Dominguc, ils demanderont pour leurs frères la jouissance des droits politiques, comme Lafayette de retour en |France après cette” guerre, réclamera les droits de l'homme en fave
“opprimé par la noblesse et.le clergé. F Partout le despotisme capitulait devant la liberté, qui seule enfante
des prodiges, qui seule de sa main puissante et magique fait se lever
un peuple pour Îa défense , soit de ses droits méconnus, soit de "son
indépendance, et fait marcher l’homme avec bonheur et enthousiasme au
milieu des plus grands dangers. En 1785, le gouverneur. de Bellecombe qui avait remplacé en 1781 Lous-Phiippe de Rigaud marquis ur du peuple Français de Vaudreuil, recounut l'indépendance d'un nommé Santiago , chef d'une bande d'esclaves marrons, et lui abandonna sur les confins dela partie espagnole un vaste territoire, dansies montagnes du Bahoruco.. Le geuverneur de Sto-Domingo don Isidor reconaut aussi l'indépendance de ces hommes qui avaient eu ia volonté et le courage detrésister à la tyrannie. EN Re
Cette tendance générale vers la régénération de l'espèce humaine, qui
se manifestait partout, loin de calmer l'imagination cruelle des colons,
enfanta la haine, la vengeance et de nouveaux supplices. Les planteurs
trouvaient le Code ‘Noir trop doux pour qu'il fütexéeuté. Cependant
l'esclave fugitif pendant un mois avait les oreilles coupées et était marqué d'un fer chaud sur l'épaule ; il avait la seconde fois, outre le fr.
Cette tendance générale vers la régénération de l'espèce humaine, qui
se manifestait partout, loin de calmer l'imagination cruelle des colons,
enfanta la haine, la vengeance et de nouveaux supplices. Les planteurs
trouvaient le Code ‘Noir trop doux pour qu'il fütexéeuté. Cependant
l'esclave fugitif pendant un mois avait les oreilles coupées et était marqué d'un fer chaud sur l'épaule ; il avait la seconde fois, outre le fr. chaud sur l'épaule, le jarret coupé; la troisième fois il était puni de mort. Les Affranchis ne pouvaient occuper aucune de ces fonctions quientourent l'homme d'éclat et de considération. Une lettre du ministre
de la marine, du 7 Janvier 1767, légalise l'interdicuüon des fonctions “ PS Ps HISTOIRE D'HAITI. | 7 publiques, pour les descendans de la race Nègre. Mais l'Indien oule
Métis pouvait devenir .noble et jouir des mêmes privilèges que le Blanc, *attendu qu’il n'appartenait pas à unc race réputéc dégradée par la servitude. Le travail forcé auquel étaient condamnés les esclaves, avait produit
à St.-Domingue ‘une prospérité extraordinaire, Les campagnes étaient.
ddmirables par leur culture; les plaines et les mornes étalent couverts |
de riches habitations, d’une population blanche nombreuse et joyeuse.
La plaine du Nord et celle du Cul-de-Sac, étaient croisées de routes
spacieuses dans toutes les directions, florissantes par de riches raffineries, par l'élégance et la distribution des jardins de cannes, dont les
liaies vives taiilées avec uniformité, permeitaient ‘de promener la vue “aussi loin qu'elle pouvait s'étendre, sur une campagne abondante en produits divers, et sur des maisons de plaisance environnées de lerrassés ornces des fleurs de toutes les contrées méridionales. Le sommet des pius hautes montagnes était occupé par des familles
blanches entourées de miiliers d'esclaves que le régime le plus dur
maintenait dans l'ordre. Un seul commandeur blanc, armé de son fouet,
faisait agir des centaines de ces infortunés que léducation coloniale avait
ébratis : aux yeux de l'esclave, le Blanc était un êlre privilégié que
Dicu avait créé pour le dominer. Les planteurs réunissaient aliernativement leurs voisins sur leurs propriétés, et donnaient des fêtes splendides. L'on trouvait sur les habitations des plaines et des mornes
tout le luxe et les plaisirs de l Europe : musiciens, chanteurs, danseurs,
acteurs, ballets, comédies, tragédies. Les jeunes gens des deux sexes
y avaient des instituteurs que le colon faisait venir de France et qu'il
éutretenait à grands frais. On y voyait des dames qui par leur grâce
et jeur éducation eussent fait le charme des soirées du faubourg St.-
Germain. =. | ; |
'on trouvait sur les habitations des plaines et des mornes
tout le luxe et les plaisirs de l Europe : musiciens, chanteurs, danseurs,
acteurs, ballets, comédies, tragédies. Les jeunes gens des deux sexes
y avaient des instituteurs que le colon faisait venir de France et qu'il
éutretenait à grands frais. On y voyait des dames qui par leur grâce
et jeur éducation eussent fait le charme des soirées du faubourg St.-
Germain. =. | ; | Les villes, par l'étendue de leur commerce, renfermaient les produits
de loutes les contrées de l'Europe. Pendant l'année entière, dès la
pointe du jour, des masses de café, de coton, de bois de teinture se
dressaient sur les marchés, sur les warfs. Le cultivateur se ployant sous
le fouet faisait seul prospérer la colonie, et ses gémissemens n'inters
rompuient pas les festins brillants du pianteur. Les colons en genéral achetaient des titres de noblesse. Ils étaient -
si riches qu'ils entreprenaient pour France de fréquens voyages, étalaient dans Paris le faste et la magnificence, s’alliaient à des families
'aristocratiques pauvres mais anciennes, él pénétraient même dans Îes
saions de Versailles. Ils passaient ordinairement six mois en Europe
et le reste de l'année dans la colonie. Aussi disat-on en France, pour
désigner un homme puissammeut riche: c’est un créole. Caradeux le blanc pefit-être le plus cruel qui ait existé à St-:Domingue, avait une habitation à peu de distance du Portau-Prince. Il était
sur ses terres un petit potentat ayant droit de vie et de mort sur ses
Sujets. Lorsqu'il donnait des festins, il réunissait les familles blanches es ‘ : HISTOIRE D'HAITI. les plus distinguées, et faisait en leur présence danser ses esclaves, sur.
les terrasses de sa brillante demeure. Dans Faprès-midi les convives donnaient aux dames le spectacle de leur adresse: un ‘esclave se plaçait à trente pas devant eux avec une orange sur a tête : celui auquel les”
dames adjugenient la couronne avait abattu la pomme d'or à une balle de pistolet. Heureux l'esclave quand il n'avait pas été tué, Ou qua
sortait de ces jeux sans avoir un membre fracassé. + 200 D'autres jeux succédaient à ces premiers: Caradeux faisait her aide
longucs planches des jeunes gens ou des viciliards nus, et leur administrait du fouet jusqu'à ce quils fussent couverts de sang. La joie
des spectateurs était bruyante, et les tortures de ces infortunés n'excitsient aucun sentiment de compassion. Quelquefois les bourreaux
n'étaient pas présens; alors les convives en remplissaient l'office. Le
supplice auquel Caradeux condamnait ordinairement ses esclaxes , étaitée
les cnterrerjusqu'à la ceinture, et de les laisser ainsi mourir exposés aux
rayons du soleil la iête couverte de mélasse. Ce qui se pratiquaitsur
l'habitation Caracdeux se. passait aussi sur beaucoup d'autres propriétés, :
dans l'Ouest, dans le Nord et dans le Sud.
n'étaient pas présens; alors les convives en remplissaient l'office. Le
supplice auquel Caradeux condamnait ordinairement ses esclaxes , étaitée
les cnterrerjusqu'à la ceinture, et de les laisser ainsi mourir exposés aux
rayons du soleil la iête couverte de mélasse. Ce qui se pratiquaitsur
l'habitation Caracdeux se. passait aussi sur beaucoup d'autres propriétés, :
dans l'Ouest, dans le Nord et dans le Sud. Cependant quelques Blancs européens, touchés de compassion,, de:
mandérent -des améliorations au sort des esclaves; et une ordonnance
du gouvernement métropolitain du 8 décembre 1784, borna le nombre
des coups de fouels à cinquante pour chaque punition. Là MG Cette ordonnance ne fut pas exécutée; et l'on continua à assommer,
brûler vifs impunément les esclaves. ù Ces malheureux ne jouissaient de quelque liberté que dans leurs réunions secrètes formées de nuit, pendant le sommeil de l'impitoyable
commandeur. Initiés la plupart dans les mystères du Vaudoux, s0ciété africaine dont les.membres se reconnaissaient à certains signes,
ils se rappelalent alors les rives nigritiennes, patrie à jamais perdue,
pratiquant les cérémonies de leur cuite et se livrant à l'espoir que leur
donnaient leurs prêtres ou papas de revivre après leur mort au-delà
de l'Atlantique. Souvent dans ces réunions, l’esclave conspirait contre
son maître, et s'engagcait, par d'horribles sermens, à le détruire par.
le poison, l'assassinat, par n'importe quel moyen. Il était permis aux Blancs même domestiques de maliraiter les Noirs
et les Mulâtres fibres. Les Affranchis qui se distinguaiens par leurs richesses et par une éducation libérale étaient également exposés à toutes
sortes de vexations. Peut-on s'étonner des vengeances exercées par la
Réxyolution! Dans la colonie espagnole l'esclavage était doux, et le
Noir yétait un serviteur faisant partie de la familie. L'administration de St-Domingue était alors sur un pied admirable,
par les soins et les talens de Mr Barbé Marbois, lintendant le plus
intègre et le plus eapable qu'ait eu la colonie. Il avait été nommé
Intendant le 5 juin 4785; le 7 novembre de la même année, il avaïtéfé
reçu au conseil du Port-au-Prince, C'est lui qui fit construire am HISTOIRE D'HAITI. 29
; À | ;
Port-au-Prince, le bassin du réservoir, les deux terrasses de Finfendance, les Fontaines, et établit les canaux qui conduisent l’éau à la
viile.. Si la révolution française n'avait: pas interrompu ses travaux il
eut transformé le Port-au-Prince en une beile cité européenne. Pel était l'état dé la colonie quand la nouvelle de la convocation des
Etats généraux y pa vint. Mr. Duchilleau en était le gouverneur. Elle
était dans un état de brillante prospé érité sous le point de vue des intcrèts coloniaux ; car les richesses étaient concentrées entre les mains des
grands planteurs ; et la masse de la population, composée d'esclaves,
sans avoir, sans famille, assimilée au bétail, ne recevait que la nourriture et les soins qu on donne aux animaux.
ie quand la nouvelle de la convocation des
Etats généraux y pa vint. Mr. Duchilleau en était le gouverneur. Elle
était dans un état de brillante prospé érité sous le point de vue des intcrèts coloniaux ; car les richesses étaient concentrées entre les mains des
grands planteurs ; et la masse de la population, composée d'esclaves,
sans avoir, sans famille, assimilée au bétail, ne recevait que la nourriture et les soins qu on donne aux animaux. D'après lès états dressés à cette époque, le nombre des esclaves de
ka partie française montait à Lo 642. Mais ie Colon pour ne ie payer,
la capiiation de 40 sois ct de 3 livres ne déclarait pas les enfans ni
les hommes de plus de quarante cm ans. Desorte que l'on ne e portait sur les états officiels que les deux tiers environ des eSclavés ; le
tiers. qui restait montait à peu prés à 200,000 äfnes.. Ainsi la population esclav® était réellement de 709,642 ämes. Dans ce nombre on
comptait 45,000 gens de Couleur des deux sexes. Le nombre des Affranchis Noirs et Jaunes connus sous le nom générique: de Gens de Couleur s'élevait à 56,666 âmes ; celui des Blancs
à 46,009; ce qui portait la‘population de la RENE française à 812,308
âmes. : Celle de la parne espagnole était de 425,000 âmes. La Lotalé de la population de l'île de St.- -Domingue montait à 937 ,308 âmes.
Depuis celte époque jusqu aujourd’ iui elle n'a nsaugmenté ni diminué, Il était transporté chaque année à SL. DOPIEUS 38 ou 30,090 Noirs ;
vingt-mille hommes, le reste femmes et enfans. és Gens de Couleur formaient un douzième environ de la populations tandis que dans lx partie espagnole, les Jafnes. soit Métis soit
Mulätres formaient les onze douzièmes de la popui lation. Là eclonie frangaise possédait à cette époque, 192 sucreries, 3099
indigoleries, 2810 eafcyeres , 705 LORGar Ie, 69. cacaotières , 473
guiidives, 3 tanneries, 313 fours-à-chaux, 28 parer ies, 33 briquetcrics. On y comptait 95,958 chevaux où mulets : 77,904 bêtes à COPNCS ;
7,756,225 bananiers; 1,978,229 fosses de ManiOC : 42,134 carreaux
de maïs ; 18,138 de patates; 11,825 d'ignames , et 7,046 de petit-mil. L'exportation générale des denrées de St.-Domingue, cn 4789, s’éleva d'après plusieurs écrivains français à 300,000,009 de livres tournois, la livre tournois étant comptée dans la colonie pour trente sous
(33 13 pour cent) ou à 66,666,666 253 gourdes fortes. Ces denrées
consistaient en sucre bianc, sucre brut, café, coton, indigo, sirop,
tafia, cuirs, canelice (casse) , lOCOU, carret , cacao , bois d'acajou : de
gayac, huile de palma-christr. |
,000,009 de livres tournois, la livre tournois étant comptée dans la colonie pour trente sous
(33 13 pour cent) ou à 66,666,666 253 gourdes fortes. Ces denrées
consistaient en sucre bianc, sucre brut, café, coton, indigo, sirop,
tafia, cuirs, canelice (casse) , lOCOU, carret , cacao , bois d'acajou : de
gayac, huile de palma-christr. | * Récapitulation et évaluation des denrées exportées de la colonie de
$St.-Demingue en 1789, d' 1 Wante.- 80 DA HISTOIRE D'HAITI.
- Francs. Francs.
Sucre blanc 54,644,010 à 715 pour cent. 40,983,007
Sucre brut 407,609,298 à 40 id 43,043,719
Café 88,860,502 à 55 id 18,598.976
Coton ."8,405,198 à * 250 id 21,042.820
Indigo 904,958 à À id | 3,607,832
Sirop. 25,149 à 60 le boucauf. 4,544,940
Tafa 598 à 175 la barrique. 404,650:
Cuirs : \ 99,606 à, 27 A Cote 710,544
Canefice 80,009 à 26,000
hRocou : 0,009 à 30,009
Carret e 5.000 62,060
Cacao 600,000 450,000
Béisd'aca.etboisde gayac 9,600,009 4,200,000
Huile deepaima-christi mémoire.
PA: à | | k Total... Francs 164,372,788 .. « Toutes les ê aiuations sont ici portées argent @e FTAUES , et aux
«prix Îles plus bas qu'on ait jamais vendu les produits coloniaux, afin
« d'éviter Îles exagératiôns. ï Les produi ts ci-dessus forment de pesanteur spécifique la charge
« de 609 bâtimens de 300 tonneaux chacun ; et comme les objets d'im-
« rat du ‘commerce français HE d'un encombrement bien plus
« considérable que ceux d'exportation, il a été constaté que le"com-
« merce natioi al a employé en 1789 plus de 600 bâtimens et plus de
« 7,000 matelois; que le commerce étranger a employé plus de 700
« bâtimens, mais d'un te beaucoup moindre ; qu enfin ces étran-
« gers ont fait dans la colonie un commerce d importation ct d expor-
« tation de plus de 45,000,009, » + ; Pendant la plus grande partie du 18° siècle, Île gouvernement colonial n'avait établi presque aucune imposition haie Chaque paroisse
subvenait à ses dépenses par des impositions particulières. Ce ne fut
que le 18 Juillet 1698 qu'on perçut des droits sur lindigo. En
4713 des . octrois farent établis ; et en 1763 les retenus du gouvernement colonial s'élevaient à quatre millions de livres tournois. On
versait en oùtre dans les caisses de l'Etatles produits de la poste aux
lettres, des amendes, des deux pour eent des adjudications judiciaires,
des droite d'entrepôs , où d'un pour cent, et le montant des droits
exigés pour l'affranchissement des csclaxes, + ‘
.: \ YYSTOIRE D'HAITÉ. 31 Denrées exportés d'Haïts en 1842 et en 1845. n— () — 1842.—HLivres pesant. Cafè + 40,759,061:.
Coton 880,517
Bois de teinture 19,563,147 Acajou , (pieds réduits) 4,096,746 e ÿ 1845. Cafe 41,099,574 .
Coton 557,480
Bois de teinture 68,181,588
STOIRE D'HAITÉ. 31 Denrées exportés d'Haïts en 1842 et en 1845. n— () — 1842.—HLivres pesant. Cafè + 40,759,061:.
Coton 880,517
Bois de teinture 19,563,147 Acajou , (pieds réduits) 4,096,746 e ÿ 1845. Cafe 41,099,574 .
Coton 557,480
Bois de teinture 68,181,588 Acajou , (pieds réduits) 1,904,985 Carret 4,382 | Carret RL 2,212
Cornes de bœufs 14,026 | Cornes de bœuf 7,097
Tabac en feuilles 2,518,612 || Tabac en feuilles 5,609 :
Cigares 760,000 || Cigares 00
Casse 6,604 || Casse 3.441
Gingenibre 3,969 | Gingembre 23,838
Nattes de jone 335 2712 | Nattes de Joncs . 669
Chiffons 88,949 | Chiffons 49,047
Cire jaune 39.620 | | Cire jaune 19,468
Cuirs de bœuf 14,987 | Cuirs de bœuf ; 9,145 On consomme annuellement en Haïti cinq millions de café environ; et il en sort par la contrébande vingt millions environ. Haïti produit chaque année à peu prés 65 millions de café. La Canne qu'on cultive dans nos plaines fou: nit assez de
Par Flordonnance du commandant en second,
certain nombre de troupes,
détachement de deux cents
“quaire ingénieurs ordinaire
maréchaussée. Le gouvernement civil était composé d'un
d'un commissaire ordonnateur, délégué-général,
res ordinaires dés guerres,
ne, dun contrôleur, d'un aide-major général d'infanterie , Sirop et de Tafa pour la consommation générale.
24 Mars 1763,
Si-Domingue était composé du gouverneur-générai, le gouvernement militaire de
de deux officiers
d'un d'un oflicier principal d'artillerie, avec un canonniers, s, d'un officier de port el d une COMpPAg nie dc
y Race d'un ingénicur en chef, -de intendant, d'un subde deux COMMISSAId'un commissaire dannateis de la mart :
d'un trésorier. | La justice était rendue en premiére instance par les juges ordinaires des lieux,
supérieurs en dernier ressort ;
deux degrés de juridiction. chacun dans son territoire,
en sorte qu il y avait et en appel Les les conseils
dans la colonie . Les deux conseils supérieurs résidaient au Cap et au Port-au Prince. Il y avait huit sièges particuliers de l'Amirauté,
au Port-de-Paix, à St-Marc,
ce, au Petit-Goâve, à St-Louis du Sud et à Jacmel,
rendue en premiére instance par les juges ordinaires des lieux,
supérieurs en dernier ressort ;
deux degrés de juridiction. chacun dans son territoire,
en sorte qu il y avait et en appel Les les conseils
dans la colonie . Les deux conseils supérieurs résidaient au Cap et au Port-au Prince. Il y avait huit sièges particuliers de l'Amirauté,
au Port-de-Paix, à St-Marc,
ce, au Petit-Goâve, à St-Louis du Sud et à Jacmel, plun , au Cap Françak, établis au Fort-Dauau Port-au-Prin17€9,. Sémaaire. Etat de la Ffance.— Société des Amis des Noirs. — Nouvelle de facon:
vocation des ‘ Etnts-Généraux.— Effet qu’elle produit, — Pétition des grands plauteurs
à Louis XVI — Demande rejetée. — Projet d'indépendance des planteurs. —bes
petits Blancs embrassent la cause de la Révolution Française — Agitation, parmi
les Gens de Couleur. — Du Club Massiac. = Députés des planteurs. — Députés dés
Grens de Couleur. —"Duchilleau part pour France. — De Peiuier lui succède —
Trois partis parmi les Blancs. — Chesnau. — Cambéfort. — Barbé Marbois part
fur France — Peinier organise les Pompons Blancs. — Ferrand de Baudières==
Labadie.— Assemblée provinciale du Nord. — Assemblées provinciales de POuestet
du Sud.—Assemblée colontale —Fête de Pabolition de la féodalité — Mesures à lesard
des Gens de Couleur. — Révolte des Verrettes. — Du parti colonial à Paris. — Affire de Plassac. — Décret du 8 Mars. — Les Députés de l’Assemblée colomiale"sont
chassés’ du Nord. — Le régiment du Port-au-Prince se soulève. — L'Assemblée . coloniale prend le titre d'Asssmblée Générale de [a partie française de Saint-Domingue — Maudait. — Son portrait— Il se met à la tête des Poïnpons Blanes ="
Faiblesse de l'Assemblée colontrale. — Elle ordonne en vain à Peïniér de setrans«
porter à Saint-Murc.— Elle a recours aux armes. — Combat au Portau-Prince“en
tre les Pompons Blancs et les Pompons Rouges. — Les Aflranchis embrassentMles
parti des Pompons Blancs à Commencement des proscriptions. — ‘f'rormphe du par.
ti royaliste. — Du marquis de la Grallisonnière — Révolte du vaisseautle Péopard
— Pejinier fait un oppel contre les citoyens de Saint-Marc.— La Municipalité" du
Cap est dissoute. — Expédition de Vincent contre Saint-Marc. — Les Cayes etle
Petit-Goûve prennent les armes en faveur de l’Assemblée coloniale. — Mauduit tient.
en échec l’armée du Sud. f[/Assemblée coloniale part pour France. — Mauduit
humilie les hommes de Couieur — Traité de Léogaué. — La Constituante approuve
la conduite de Peinier. — Triomphe des Pompons Blancs. — La Buissonnière—
Milscent, — Massacre des Mulâtres au Cap. — Ouvrage ds Bauvois.
ent les armes en faveur de l’Assemblée coloniale. — Mauduit tient.
en échec l’armée du Sud. f[/Assemblée coloniale part pour France. — Mauduit
humilie les hommes de Couieur — Traité de Léogaué. — La Constituante approuve
la conduite de Peinier. — Triomphe des Pompons Blancs. — La Buissonnière—
Milscent, — Massacre des Mulâtres au Cap. — Ouvrage ds Bauvois. NE __ Nous avons vu les Espagnols céder aux armes françaises, aprésune
guerre dextermination, la partie Occidentale de S1.-Domingue; "a co"
Jonie française s'établir et prospérer avec une rapidité prodigicuse,
pat le travail forcé auquel les esclaves Africains et Gréoles étaient con"
damnés, et devenir le principal établissement européen en Amérique; "
les souffrances de l'esclave atteindre à ce degré où elles font naître.
ces terribles catastrophes dans lesquelles s’engloutissent soit le maître, «
soit l'epprimé, quelquefois l'un et l'autre. Tout présageait une-violen-…
{te agitation, | A | MISTOIRE B'HAITE —(. 1789 ) | re s8 Mais bientôt les feux de la Révolution française, sillonnant l'espace
qui nous sépare de l'ancien continent, allumeront à St.-Domingue un
émbrasement qui ne s'éteindra qu’au milieu des flots de sang par la “destruction entière de la race blanche autrefois la classe aristocratique
de l'ile. : |
À cette époque toutes sortes &'idées nouvelles et généreuses agitaient
la France. L'antique système féodal était tombé sous les coups de la
Phiosophie. Toutes les ciasses de là société nourries pendant un sië«
cle de théories fibéralés, demandaient à grands cris une régénération
politique. Ke É
ne s'éteindra qu’au milieu des flots de sang par la “destruction entière de la race blanche autrefois la classe aristocratique
de l'ile. : |
À cette époque toutes sortes &'idées nouvelles et généreuses agitaient
la France. L'antique système féodal était tombé sous les coups de la
Phiosophie. Toutes les ciasses de là société nourries pendant un sië«
cle de théories fibéralés, demandaient à grands cris une régénération
politique. Ke É Les Français revenus du nouveau monde, aprés avoir assuré l'Indé.
pendance américaine, Lafayette à leur tête, donnaient une forte impulsion à ce mouvement d enthousiasme. Les Philosophes, les Littéra-.
teurs, les Savans , les Artistes, la Noblesse elle-même, applaudissaient
au prochain triomphe des droïts de l'homme.
Au milieu d'une telle Révolution dans les idées de la société française,
le système colonial avec son fouet, ses chaînes et ses tortures, ne pou-
“ait quinspirer une profonde horreur. Les plus grandes illustrations
“de l'époque furent émues des douleurs de lesclave , et élevèrent en sa
“laveur une voix éloquente et énergique. Alors fut fondée par Brissot
“de Warville, en 1787, la Société des Amis des Noirs, sous le pamironage des Mirabeau, des Condorcet, des Pétion, des Clavières, des
Mergniaud, des Grégoire, En même temps William Wilberforce fai.
“sait au Parlement Anglais sa première motion en faveur de l'abolition
de la traite. |
Lo couronne de France ne pouvant résister à l'entraînement général,
“convoqua les Etais-Généraux par lédit qu'enrégistra le Parlement le
27 Septembre 1788. GE
Mu Les Etats Généraux s'ouvrirent à Versailles le 5 Mai 14789 , et com-
“mencerent contre l'aristoeratie ces luttes gigantesques qui régénérèrent
| Phumanité. j
“La nouvelle de la convocation des Etats-Généraux parvint à St.-Domingue dans les derniers jours de 1788. Tous les esprits clatrvoyants
de la Colenie en furent profondément émus. Cependant la plupart
“des Blanes laissèrent éclater un enthousiasme difficile à décrire: les
‘grands Pianteurs avaient l'espoir d'occuper fes hautes charges qui jusMqu'alors n appartenaient qu'anx européens; et les Petits-Blancs de se
rendre maîtres des richesses des Planteurs qu'ils ne traitaient que
Md'aristocrates. Mais ni les uns ni és autres ne spngeaient à l'affran-
| Chives à lesclave qui excités par les mots de liberté retentissant auWHour eux, dans la bouche de leurs maîtres, prendront les armes
ét écraserônt successivement leurs anciens dominateurs. Les Planteurs
ebwles Petits Blancs ne prévoyaient pas, aveuglés par les préjugés de
couleur, que le Mulâtre et le Nègre pussent devenir comme eux citoyens
Lacufss, La suile de cette histoire nous prouvera qu'il n'existait dans 84 "A | mistotrm »’aar7i—( 1759 ) le cœur des créoles blancs, rien de noble, de généreux, qu'ils ne eonsentaient même à demeurer Français qu'autant que leurs intérêts … matériels ne fussent pas lésés. Quant au gouverneur et aux autres agens de la métropole, nobles la” plupart, ils combatiront soit secrètement soit ouvertement toutes les
tendances révolutionnaires et feront à St.-Domingue ce que faisaient
| mistotrm »’aar7i—( 1759 ) le cœur des créoles blancs, rien de noble, de généreux, qu'ils ne eonsentaient même à demeurer Français qu'autant que leurs intérêts … matériels ne fussent pas lésés. Quant au gouverneur et aux autres agens de la métropole, nobles la” plupart, ils combatiront soit secrètement soit ouvertement toutes les
tendances révolutionnaires et feront à St.-Domingue ce que faisaient en France les royalistes. Nous ne tarderons pas à voir se dessiner. trois partis parmi les blancs. Dans toutes les villes de la colonie les
Planteurs se réunirenten petits comités qui correspondalent entre eux.
Ils envoyèrent au ministre de la marine Laluzerne, des adresses”par
lesquelles ils demandèrent que Si. Domingue comme faisant partie du
royaume de France eût aussi ses Représentans à | Assemblée Nativnale.
Ces pétitions présentées à Louis XVI ne furent pas agrées, et le gouverneur Duchilleau reçut même uneordonnance qu'il fit publier , portant que la colonie ne serait pas représentée à | Assembée Nationale,
Cette publication agita toutes les passions dans la classe des planteurs. Il fut ouvertement question parmi eux de proclamer PIndépen:
dance de St..Domingue, sous prétexte que la colonie ne pouvaits administrer comme la France, vu que tout y était dificrent, climat,
. localités et mœurs.
Les petits-blanes envieux des richesses des grands planteurs et de la
considération dont ils jouissaient, furent satisfaits de l'échec qu'ils venaient déprouver, et entourèrent de leurs forces les autorités de fa
métropole. qui entendaient avec effroi parier d'indépendance. De son côté, la population de couleur aceueillait avec ardeur les prin=
cipes révolutionnaires. Elle se réunissait secrètement, et se disposait 24
jouir aussi de cette régénération politique. Les mulâtres établis à Pas
entretenaient une correspondance active avec leurs frères de St-Domm= _gue, et leur faisaient entrevoir une prochaine amélioration dans leur posilion. Parmi eux se faisait remarquer Julien Raymond natif d'A quin, dans la province du Sud, où les affranchis étaient aussirichesk
et aussi nombreux que les blancs. Jnstruit et d'une parfaite éducation,
Raymond jouissait d'une haute considération dans tous les cercles paw trioques de Paris. Dès 1784, il était parti de St-Domingue, él était allé solliciter en France des améliorations au sort de ses frères. Alleurw
recommandait, dans sa correspondance pleine de sagesse et de modéra-#
tion, d'être attachés à la France et à la révolution, de ne jamais se”
ranger sous les bannières des planteurs contre la métropole, de toujourss |
suivre la marche des événemens , de revendiquer les droits de l'homme”
à chaque occasion favorable; et d'attendre avec une héroïque patience” le temps de la délivrance. Le développement que prenait la Société des Amis des Noirs inspiraë
de sérieuses craintes aux planteurs établis à Paris. Pour en combattre”
l'influence, pour contrarier les projets en faveur des afifranchis 4
pour entraver à St.-Domingue la marche de la révolution, ils forss LR CRT Le ASE 4 NEA ; Copé Ro TS RES Cu Lle A à TN ar ni BigToimR D'HAITI.—( 1759 ) : 85
délivrance. Le développement que prenait la Société des Amis des Noirs inspiraë
de sérieuses craintes aux planteurs établis à Paris. Pour en combattre”
l'influence, pour contrarier les projets en faveur des afifranchis 4
pour entraver à St.-Domingue la marche de la révolution, ils forss LR CRT Le ASE 4 NEA ; Copé Ro TS RES Cu Lle A à TN ar ni BigToimR D'HAITI.—( 1759 ) : 85 mérent le Club Massiac du nom de l'hôtel où ils se réunissaient,
A la lète de cette société anti- DÉRAbaAUe étaient les Malouët , les » Laroche Jaquelain. Elle avait pour objet d'instruire les panteurs de. tout ce qui se passait en France; de combattre la révolution à St.-
Domingue : par toutes sortes d'écrits : de ruiner par la calomnie les
agents de la métropole, et de les faire remplacer par les planteurs , afin
que loute l'autorité passât entre Îles mains de ces derniers. Le club Massiac, après avoir gagné au parti colonial un certain
nombre de Constituants, par dénergiques manifestations de patrioe
tisme et de dévouement à la France , écrivit aux planteurs d’envoyer des députés à l'Assemblée Nationale, malgré l'ordonnance du
ROï.. Les colons choisirent parmi eux- mêmes dix huit députés dont
les instructions portaient : « que nul ne pourrait devenir fonctionnaire à
St.-Domingue s'it ny était grand propriétaire, que la métropole laissérait à la colonie le droit de se gouverner et n'exercerait sur elle qu'un protectorat. » Ils s embarquérent pour France, avec une pom- “peuse solennilé. Aux Cayes, on voulut même tirer du canon à leur départ. ‘ |
Quand ils arrivèrent à Paris, la Constituante, après’ avoir vérifié leurs pouvoirs, refusa de les admettre dans son sein. Ils ne se découragerent pas. Us firent tant de démarches auprès des membres les plus influens
de Passemblée, il parlérent si haut de leur patriotisme, des bien:
faits de la Hborté, quoiquils fussent Îles premiers aristoérates du
royaume, qu'ils furent admis au nombre de six dans l'Assemblée Nationale, deux pour chaque province de la colonie. Quand la nouvelle de ce résultat si laborieusement obtenu Dactine à
St:-Domingue ; ce fut un triomphe pour les piantéèurs , et une défaite
pour :les fonctionnaires métropolitains. Bus gens de couleur qui ne cachaient plus leurs prétentions à
Pégslité politique, choisirent aussi ns eux des députés qui serendirent en France, et se présentérent à Constituante. Celle-ci ne
les accueillit pas, leur déclarant mA n'avaient pas encore le droit “de nommer des députés, vu qu'ils ne jouissaient d'aucun droit politique. Ils durent cet nb oE aux intrigues des colons du club Massiac
dont liufluence l'emport ta dans celte circonstance sur celle de fa Société
des amis des noirs. | Pendant ce temps la tranquillité se maintenait dans la colonie; cependant les partis se dessinaient dans la population blanche qui s’affaibhssait en. présence des noirs et des jaunes, ensemble , vingt fois Fe nombreux quelle. Les agens de la métropole eux-mêmes ne vifalent pas en harmonie. Le gouverneur Duchilleau ne pouvant s'en:
du club Massiac
dont liufluence l'emport ta dans celte circonstance sur celle de fa Société
des amis des noirs. | Pendant ce temps la tranquillité se maintenait dans la colonie; cependant les partis se dessinaient dans la population blanche qui s’affaibhssait en. présence des noirs et des jaunes, ensemble , vingt fois Fe nombreux quelle. Les agens de la métropole eux-mêmes ne vifalent pas en harmonie. Le gouverneur Duchilleau ne pouvant s'en: “tendre avec l'intendant Barbé Marbois qué le public du Port-au-Prince entourait de considération, repassa en France vérs le milieu de 1789. D're 86 | | HISTOIRE D'HAITE —( 1788 ) fl eut pour successeur de Peinier qui ârriva à S-. Domingue « en Septembre de la même année. Le nouveau gouverneur, d'une famille ancienne et dévouée à la monarchie , avait été chargé par la cour de Versailles de combattre adroïtement, dans la colonie, les principes révolutionnaires ; et à son dés
part, Louis XVI l'avait décoré du coïdon rouge pour se le mieux Ê
attacher. de. Il trouva S'-Domingue dans une brillante prospérité; mais la popu: .
lation blanche était déjà divisée en trois parts: le parti des Fonctionpaires, dévoué au système de l'ancien régime, mais ennemi de l'indépendance coloniale, véritable part royaliste; celui des ; grands plantours,
voulant aussi le maintien de l’añcien régime mais travaillant activement
à l'indépendance; et celui des peiits-Blancs ou des Révoluiionnaires.
Ce dernier parti, qui représentait la basse classe blanche, voulait,
comme les deux autres, le maintien de l'esclavage des Nègres et des”
Mulâtres. Quant aux gens de couleur, ils se tenaient en observation,
et attendaient pour agir que les événemens se déroulassent. | Au commencemenht d Octobre le parti des petits-Blancs s'agita au
Cap par d'énergiques manifestations contre Îa haute aristoeratie colo:
niale, c'est a-dire les grands fonctionnaires. A la tète de ce parti 6»
tait un aventurier nommé Chesnau nouvellement arrivé de France. Les
réputations les plus pures ne furent pas épargnées, et Chesnau dénonça publiquement au théâtre Barbé Marbois, l'intendant le plus intègre
et le plus habile qu'avait eu la colonie, comme un aristocrate ennemi |
acharné de la révolution. H' fut applaudi par les révolutionnaires qui prirent aussitôt la résolu
tion de marcher sur le Port-au Prince afin d'enlever l'intendant. Le -
colonel du régiment du Cap, Mr. de Cambefort, du parti aristocratique, les détourna de ce pr ojet, en les conduisant dans la plaine-du
Nord pour étouifer une prétendue révolte d'esclaves. Les Blancs char
gés el équipés comme s'ils avaient eu une longue campagne à entrè-.
prendre, parcoururent a plane, ne rencontrérent pas un seul révolté
et virent jes ateliers livrés à leurs travaux ordinaires. Alors l'exaspéra- | tion des révolutionnaires fut à son comble; ils jurérent unanimement«
la perte de Barbé Marbois. Ils rentrèrent au Cap, brülés par un so-.
lei ardent, accablés de fatigue, conduisant devant eux et le fiagellant,
TE malheureux esclave quiis avaient arraché d’une habitation et qui
était , disaient-ils , le chef de la révolte. Cette expédition extravavaganie ne fil que réveilier dans lame des esclaves le sentiment de, la.
liberié.
à son comble; ils jurérent unanimement«
la perte de Barbé Marbois. Ils rentrèrent au Cap, brülés par un so-.
lei ardent, accablés de fatigue, conduisant devant eux et le fiagellant,
TE malheureux esclave quiis avaient arraché d’une habitation et qui
était , disaient-ils , le chef de la révolte. Cette expédition extravavaganie ne fil que réveilier dans lame des esclaves le sentiment de, la.
liberié. Pendant ce temps Barbé Marbois entendait gronder dans le lointain.
Jorage qui Île RE li sembarqua secrètement pour France sur
la corvelte 1'Ariel le 26 Ociobre 1789; et les patriot:s du Cap arri
vés à l'A cahaie appri ent son départ. Il retournérent dans le Nord
houieux de leur demarche, À rc RS, ef a à ni «a CS { Le geuverneur de Peinier ne vit pas sans une grande inquiétue
“de ce mouvement de la province du Nord en faveur de la révolus
tion ; d'une autre part le projet d'indépendance des grands Planteurs
Péffrayait. Il avait à redouter d'un côté l'anarchie , et de l’autre
il craignait que St.Domingue n'échappät à la France, comme les
“Etats Unis à l'Angleterre. Pour contenir et les anarchistes et les ins
dépendans , il forma une ligue d'hommes également dévoués à l'an.
Cien-régime et à la métropole. Les coalisés prirent le nom de Pompous-Blancs parcequ'ils portaient au chapeau, le pompon-blanc, eme
Dlème de la royauté. Alors les patriotes prirent des Pompons Rouges.
…. Nous verrons les Planteurs se rallier selon leurs intérêts, tantôt aux
Pompons-blancs , tantôt aux Pompons-rouges. Ë
ans , il forma une ligue d'hommes également dévoués à l'an.
Cien-régime et à la métropole. Les coalisés prirent le nom de Pompous-Blancs parcequ'ils portaient au chapeau, le pompon-blanc, eme
Dlème de la royauté. Alors les patriotes prirent des Pompons Rouges.
…. Nous verrons les Planteurs se rallier selon leurs intérêts, tantôt aux
Pompons-blancs , tantôt aux Pompons-rouges. Ë Pendant ce temps les hommes de couleur, malgré leur modération, ‘ étaient en butte aux plus cruelles violences de la part des Colons qui,
“au Petit-Goûve, faisaient mourir Ferrand de Baudières, vieillard , Sénéchal du lieu , connu par sa modération envers les gens de couleur:
il avait rédigé une pétition par laquelle les affranchis réclamaient le
droit d'envoyer l'un deux les représenter à l'Assemblée Provinciale de
POuest qui ne devait pas tarder à s'ouvrir au Port-au-Prince. Les blancs
du Petit Goûve, ayaut à leur tête un nommé Valentin de Cuillon, se
“transportérent furieux en sa demeure, l'arrachèrent des bras de sa famille, le traînérent ignominieusement dans les rues de la ville, et le
livrérent au bourreau, après l'avoir couvert d'outrages. Sa tête tomba
sous la hâche en Novembre 1789. Aïnsi le premier mertyr de ta hiberté à S'Domingue fat un blanc que des sentimens philantropiques dis-
“tingaient de ses semblables. Les blancs , animés par ce premier crime,
Partirent pour Aquin où ils arrivèrent le 26 Novembre. Ils pénétrérent dans la demeure d'ua nommé Labadie, homme de couleur, le
tuèrent de 25 coups de fusil, attachèrent son cadâvre à la queue d'un
cheval qu ils lancèrent au galop dans un chemin pierreux. Le fougueux
animal ne s'arrêta que sur l'habitation de leur victime à trois licues de’
la ville. La famille de La adie, après avoir A OBURES donna la sépulture à ce cadavre informe et sanglant. À cause de sa sagesse et de’
la pureté de ses mœurs Labadie était appelé le vénérable dans tout son
canton. Les Blancs l'avaient accusé d’être le complice de Ferrand de
Baudiéres. Fe AE AE AL
Au Cap, les amis de Moreau de St-Méry furent outragés, parce
que celui-ci , à l'assemblée électorale de Paris dont il était membre,
avait demandé la liberté des esclaves. * k
. Le gouverneur de Peinier, en formant la coalition des Pompons,
Blancs avait organisé une force qui donnait au gouvernement colonial
une certaine consistance. En même temps les planteurs commenéaient à se perdre dans l'opinion publique: en effet le comité proMincial du Nord par ses velléités d'indépendance, et son système
“anti-révelutionnaire avait soulevé contre lui les fonctionnaires et les
bre,
avait demandé la liberté des esclaves. * k
. Le gouverneur de Peinier, en formant la coalition des Pompons,
Blancs avait organisé une force qui donnait au gouvernement colonial
une certaine consistance. En même temps les planteurs commenéaient à se perdre dans l'opinion publique: en effet le comité proMincial du Nord par ses velléités d'indépendance, et son système
“anti-révelutionnaire avait soulevé contre lui les fonctionnaires et les WISTOIrE D'HAITI, —( 1789 ) A l -88 (HISTOIRE D'HAITI.—( 1790 ) | “
petits-blancs; 11 devait infailliblement succomber en persistant dans
Ja même voie. Les planteurs renoncérent en apparence à leur ancien
prejet d'indépendance, et parurent embrasser avec chaleur là cause de
la révolution, afin de s'attacher le parti des patrioLes conire le gouvernement qui était le principal obstacle à la | réalisation de leur plan:
Ce fut sous l'influence de ces dispositions qu'ils remplacérent le comi:
té provincial par une nouvelle assemblée dite provinciale du Nord.
Elle se réunit au Cap en majorité le 1* Novembre 1789, et ouvrit
ses séances à la fin du même mois. Les plus riches planteurs de la
province du Nord qui la composaient se déterminérent à jouer 167 à
rôie de patriotes, comme le seul qui convint dans fe moment à leurs
intérêts. L'assemblée prêta le serment de fidéliié à la nation, à
Ja loi et au roi; déclara ses membres inviolables, s'arrogea la direcs
tion des caisses publiques, organisa les gardes nationales, mais de
manière à les avoir sous son autorité. Ge fut envain que le gouverneur de Peinier se plaignit de cette usurpation de pouvoir. Le parti des indépendans de lOuest et du Sud procéda de la méme manière. Les planteurs dans le courant de Janvier 1790, organisérent au Portsau-Prince l'assemblée de l'Ouest, tant pour favoriser
la marche de la révolution que pour contrarier de Peinier qui fut contraint de prêter le serment civique à la nation, à la loi et au roi. Le
[5 Février suivant l'assemblée du Sud s'installa aux Cayes sous les
mèmes auspices. Au commencement de 1190 , le parti des pompons-blancs , ou du
gouvernement, vit se former “contre lui une ligue imposante des trois
provinces de la colonie représentées par les trois Assemblées. provinciales. Une circonstance linprévue vint encore exciter les esprits contre
le gouvernement : l'assemblée du Nord intercepta au Cap une lettre
du Ministre de la Marin: Laluzerne adressée à Peinter; elle la fit publier. La lettre enjoignait au gouverneur d arrêter les progrés de la Révoiution.
pons-blancs , ou du
gouvernement, vit se former “contre lui une ligue imposante des trois
provinces de la colonie représentées par les trois Assemblées. provinciales. Une circonstance linprévue vint encore exciter les esprits contre
le gouvernement : l'assemblée du Nord intercepta au Cap une lettre
du Ministre de la Marin: Laluzerne adressée à Peinter; elle la fit publier. La lettre enjoignait au gouverneur d arrêter les progrés de la Révoiution. Les trois assemblées provinciales ne pouvant convenablement s’entendre pour la haute administration de la colonie, résolurent. de coufier
les intérêts généraux des trois provinces à une assemblée dite colo
niale. Elles convoquêrent en conséquence, dans toutes les paroisses,
des assemblées primaires qui nommérent 212 députés à l'assemblée gén
nérale ou coloniale. Cette nouvelle assembiéc , pour être plus libre
dans ses délibérations, s éloigna du siége du gouvernement Qui était
alors au Port-au- PHNCE et se réunit à S'-Marc, pe 25 Mars 1790. Le I5
Avril suivant , elle se constitua , Sous la présidence de Bacon de la Chevalerie , et prit la dénomination d’assemblée générale de la parte française
de vs Domimgue. ‘Elle fit écrire sur le rideau de la salle des séances :
Saint-Domingue, la Loi et le Ror, et s’atiribua l'administration entière
de -la colonie. Elle célébra avec pompe ia foie de l'abolition de la féodalité. Tous MISTOIRE B'HALTI —( 1790 ) j | PR 9 [ les bitnes détenus pour dettes et pour crimes furent mis en liberté, Quant aux gens de couleur qui gémissaient dans les fers, ils fu: rent retenus dans les cachots. Les bienfaits de la liberté ne se ré: pandaint pas sur eux: Cependant en France ceile fête avait été cé< lébrée à la liberté, à légalité politique de teus les hommes, ainsi
qu'à la fraternité universelle. Mais au-delà de 1l'Atlantique, la tyrann , ., . (2 . . Q nie étouffait la voix noble et généreuse des grands sentimens qui écia: fiient au sein de l'Assemblée Nationale. Dans la province de l'Ouest; les hommes de Couleur ne furent admis à prêter le serment civique qu'en ajoutant à la formule, la promesse de toujours respecter les Blañcs. | Ceux des Verrettes refusèrent de se soumettre à cette humiliation, et
se réunirent en. armes hors du bourg. Le gouvernéur de Peinier fit
marcher contre eux le régiment du Port-au-Prince , qui les dispersa:
lis fureni en partie jetés dans les pontons de la rade du Port-au-Prince.
En même temps on pendait au Cap un homme de couleur nommé Las
combe dont le crime était d'avoir osé réclamer les droits de l'homme
en faveur de sa caste. | |
tes refusèrent de se soumettre à cette humiliation, et
se réunirent en. armes hors du bourg. Le gouvernéur de Peinier fit
marcher contre eux le régiment du Port-au-Prince , qui les dispersa:
lis fureni en partie jetés dans les pontons de la rade du Port-au-Prince.
En même temps on pendait au Cap un homme de couleur nommé Las
combe dont le crime était d'avoir osé réclamer les droits de l'homme
en faveur de sa caste. | | Le parti colonial en prenant toutes les formes révolutionnaires, acquérait
de l'influence à Paris : Charles Lameth, grand propriétaire à St Domingue; ; et Barnave dirigeaient le club Massiac tout-à-fait dans les vues des plan teurs qui voulaient isoicr la colonie des tourmentes révolutionnaires ;
en la rendant presque indépendante par une constiiution particulière:
Barnave, ardent défenseur des droits du peuple frauçais à la Constituante, se montrait au club Masstac l'éloqueut panégyriste du systéme
colonial: « que chaque partie du royaume de France se régisse , disaita il, d'aprés ses mœurs, son climat, ses localites ». Sa bouche ne
S'ouvrit Jamais en faveur des esclaves ; et Garan-Coulon assure qu'il
véndit au poids de or sa brillante éloquence aux planteurs de StDomingue. Hi entretint sans cesse, ainsi que Lameth, une correspondance active avec Îés principaux inembres de l’assemblée colomale,
Diugy procureur général du Gap; Larchevèque Thibaut qui avait été
nommé député de Si Domingue à la Constituante, Bacon de la Chevas
lemie, premier président de Îassembiée coloniale, Hanus de Juméeourt
et Borel qui devinreut plus tard céichies daus ies iroubies de la colonie, Valentin de Cuillon, l'assassin de Ferrand de Baudicres , Dau
bonneau, Thomas Miiiet ei Bruliey. | L Assemblée Coloniale, d après les avis qu'elle reçut du Ciub Massiac, rendit iesciavage plus dur, et aggrava le sort des hommes de
Couleur. Eile fouia aux pieds mème ies articles du Code noir favoras
bles aux Aflianchis. Les hommes de couleur de l’Artibonite adressérent cependant une pétition à/i As-emblee de Saint Marc pour obtenir
la jouissance de queiques droits politiques. Cette pétition fut rejetée,
el pour que ies Mulatres ne pussent pas faire désormais de telles réclamations , les blancs exigereut d'eux le serment civique avec la for40 MISTOIRK D’HAITI.—( 1790 )
ème ies articles du Code noir favoras
bles aux Aflianchis. Les hommes de couleur de l’Artibonite adressérent cependant une pétition à/i As-emblee de Saint Marc pour obtenir
la jouissance de queiques droits politiques. Cette pétition fut rejetée,
el pour que ies Mulatres ne pussent pas faire désormais de telles réclamations , les blancs exigereut d'eux le serment civique avec la for40 MISTOIRK D’HAITI.—( 1790 ) mule de rester soumis aux Blancs, d'observer. la respect qu'ils leur devaient, À
éL'de verser pour eux jusqu'à la dernière goutte de leur sang. lis prêtèrent |
tous ce serment, exceplé un seul qui fut mis en prisonse Ils se réus |
nirent dans la savanne de Plassac au nombre de 80, et envoyérent de-"
mander la mise en liberté de celui des leurs qui avait préféré les tor-m
tures à l'humiliation. Leurs députés furent emprisonnés. ls se dis- «
persérent à cette nouvelle. Le lendemain quelques blancs qui les avaient :
vus réunis les dénoncérent au comité, assurant qu'ils étaient au noms
bre de plusieurs milliérs. Le comité de St-Mare instruisit toutes les À
paroisses de la Colonie de cette péiendue conspiration. Aussitôt on
marcha de toutes parts contre les hommes de couleur de lArtibonite. «
Pour les empêcher de se renforcer, on défendit à n'importe quel Mu- M
tre, sous peine du gibet, de sortir de chez soi. La résolution d’exterminer les Mulâtres fut prise, et quelques blancs en confiérent
le secret à des filles de couleur leurs maîtresses. Effrayées d'un projet si horrible, elles le dévoilèrent à leurs frères. Ceux-ci prirent Ia
fuite avec leurs femmes et. leurs enfans et se retirérent dans les bois. «
Une armée de 1,200 hommes , composée des volontaires de St-Marc,
des chasseurs connus depuis sous la dénomination de Sahniers ,mar- 1
cha aussitôt contre eux, avec une nombreuse artillerie. Le colonel Campan avait le commandement en chef de l'armée; et un Planteur nommé Borel commandait en second. Celui-ci était à la tête d'un
corps particulier formé de nombreux Pianteurs, des procureurs, des
gérans, des économes d'habitations. Les Blancs étaient en outre soutenus par plusieurs milliers d'esclaves qu'ils avaient armés. Les hommes de Couleur au nombre de 309, sans ‘canons, sansMfüusils la plu:
part, furent dispersés. Hs furent pousuivis dans la plaine et à tra
vers les montagnes, et massacrés en grand nombre. |
Les Blancs rentrèrent à St-Marc portant au bout de leurs baïonnettes des’ têtes de Mulâtres. A: la Petite-Rivière de l'Artiboniteils portérent au bout d'une pique une enfant de Couleur qu'il n'avaitwpas:
achevé de tuer. Les patrouilles tiraient sur tous les Affranchis qu’elles M
rencontraient dans les rues de St-Marc ; et les Planteurs loin de con"
damner ces actes de cruautés, déclarèrent queles chasseurs de Borel
avait bien mérité de la Patrie, et qu'ils recevraient des couronnes
coloniques. 37 F4 | RE
Tout én se montrant dévouée à la France révolutionnaire, lassemblée de St-Marc travaillait à l'indépendance de St-Domingue. Elle voulait fonder un nouvel état en maintenant dans l’avilissement et dans
l'esclavage les hommes de couleur et les noirs,
Aulieu de publier et de faire exécuter les décrets de la Constituante
qu'elle recevait, elle se déclarait inviolable, établissait des comités de
constitution, de rapports, de législation, de commerce , de finances,
d’agriculiure et de correspondance (27 Avril 1790 }; ét décrétait que
. toutes les lettres adressées de France aux administrateurs de la colonie
état en maintenant dans l’avilissement et dans
l'esclavage les hommes de couleur et les noirs,
Aulieu de publier et de faire exécuter les décrets de la Constituante
qu'elle recevait, elle se déclarait inviolable, établissait des comités de
constitution, de rapports, de législation, de commerce , de finances,
d’agriculiure et de correspondance (27 Avril 1790 }; ét décrétait que
. toutes les lettres adressées de France aux administrateurs de la colonie TE TP US DT Une D DT CU Ed ee HisToins D'HAITI.—( 1790 ) FAR : _4l seraient lues dans son sein. Elle ve le rembarquement de trois
‘cents hommes de troupes prise tes qui, débarquées au Port au Prince,
y propageaient les idées révoluonnaires. ;
Cette tendance ouverte vers l'indépendance ct la contre- révolation ,
“excita l'indignation des assemblées du Nord, du Sud et de FOuest
que les petits-Blancs avatent en partie envahies ;. et qu'ils dominaient,
Elles refusèrent de faire promuilguer les lois décrétées par l'assemblée
coloniale. L'assemblée provinciale du Nord protesta conire le droit que
s'était arrogé l'assemblée coloniale de St- “Marc, de faire des lois, ne lui
reconnut que celui de modifier ; d'après ies localités, les décrets dé
la Constituante, et d'agir en vertu des termes du décret du huit Mars
précédent qui portait : « L'assemblée générale de la partie française de
St-Domingue ne doit et ne peut s'occuper que de la modification des
décrets de l'Assemblée Nationale, applicables à la localité de la colonie tant sur l'organisation des assemblées administratives que sur
la poliee intérieure ; elle ne peut en obtenir l'exécution provisoire et
la promulgation sans avoir requis la sanction du Gouverneur-Général, »
L'assembiée coloniale ayant reçu la protestation de l'assemblée provinciale, du Nord envoya au Cap deux commissaires, Jouette et VaJentin de Cuillon pour soulever cette ville. Mais l'assemblée provincisle
découvrit bientôt leurs @ntentions, et leur signifia de sortir de la
province sous peine d'être appréhendés au corps, embarqués ct
France et accusés devant la Constituante d'être les instigaieurs de la
guerre civile (17 Juin 1790). Aussitôt ils quittèrent le Cep etla provinee. S
De Peintèr profita des fautes de l'assemblée coloniale pour rallier au
parti du. gouvernement les nombreux mécontens qu'e elle se créait: elle .
appelait chaque jour à sa Barre les autorités civiles et militaires pour
les plus légers propos qa ‘elles pouvaient avoir tenus contre ses aetes ;
elle prétendait avoir la direction de la force armée, de la police et
des Finances. De Peinier refusa de faire exécuter ses décrets. Comme elle avait perdu une grande partie de son influence dans l'opinion
publique, elle ne s'en plaignit pas. Mais elle sen vengea en excitant:
à la révolte, par ses émissaires, le régiment du Port au-Prince. Ce
corps composé de jeunes gens aux idées révolutionnaires, se souleva
contre le Gouverneur, Il demanda la mise en liberté de ous les sol:
dats détenus, et sa paye arritrée depuis long-temps.._ De Pe inier résistant à ses réclamations, se disposait à se rendre aux casernes pour
sommer les soldats de rentrer dans le devoir, quand les grenaiers et:
les chasseurs du régiment se mirent en route pour se rendre à St-Mare .
auprés de M' Campan, leur ancien colonel. De Peinier, d’un caractère faible, fut effrayé de ce mouvement; et craignant que ces troupes
ne se trouvassent à St-Marc à la dévotion de l’Assemblée coloniale, al
leur accorda tout ce qu'elles demandaient. Les soldats revinrent dans
leurs easernes, et le contreigniwent à présider, assis entre deux greES
régiment se mirent en route pour se rendre à St-Mare .
auprés de M' Campan, leur ancien colonel. De Peinier, d’un caractère faible, fut effrayé de ce mouvement; et craignant que ces troupes
ne se trouvassent à St-Marc à la dévotion de l’Assemblée coloniale, al
leur accorda tout ce qu'elles demandaient. Les soldats revinrent dans
leurs easernes, et le contreigniwent à présider, assis entre deux greES A À À À 42 HISTOIRE p'aarri.—( 1790 ) nadiers , un banquet patriotique qu
révolutionnaire. Cependant l'assembh'ée de St Marc ,* par ses prétentions exagérées, avait tellement excité contre elle l'opinion publique, que de gouvernement el les trois assemblées provincia'es se virent contraints de on:
voquer des assemblées primaires chargées de délibérer sur le renouvellement ou la contiuuation de l'assemblée coloniale. Celle-c1 eutrété
dissoute, quoiquelle eût inondé la Colonie décrits tendant à prouver
son aneur pour les libertés françaises, si les hommes de couleur n'avaieut demandé à faire partie des assemblées primaires. Les blancs de
tous les partis, en présence des prétentions des mulâtres, sentirent le
besoin de s unir, d'oublier leurs quereiles politiques, de pardonner à
l'assemblee de St-Marc ses idées d indépendance.* [ls votérent à la hâs
te ÎY continuation de l'Assemblée Coloniale avant que les Affranchis eussent eu le temps d'intervenir daus les assemblées primaires. Les Dés qu'elle apprit quelle avait été continuée, l'assemblée de Saint
Mac décréta qu'elle avait éfG confirmée telle qu'elle s'était constituée,
ei ordonna que lon célébrât des fêtes, que Fon. chantât des Fe-Deum,
dans touies Îles paroisses, que iles troupes prétassent de nouveau
le serment civique à la Nation, à la Loi et au Roi: De Peimer,
qui nignorait pas qu'elle avait résolu sa perte @tefusa de promulguer ses
décrets, publia qu'eiie n'avait pas le droit de faire des lois, que-ce
droit n appartenait qu à l'assemblée nationale dont l'eutorité était mécennue. De son côté, l'assemblée coloniale déclara le gouverneur eou* pable d'usurpation de pouvoir législatif, de crime de despotisme,et
le menaça «de le ‘dénoncer à lassembiée nationale. di | De Peinier dédaigna de répondre aux accusations lancées contre lui,
et conçut le projet &e terminer la querelle par la force des ‘armes. HE
était vivement soutenu par le chevalier Duplessis de Mauduit, colonel
du régiment du Portau Prince et ennemi implacable des principes révolutionnaires. De Mauduit était un gentithomme breton , d'une anciens
ne famille aristocratique. D'une taille ordinaire, d'une démarche liére,
ayant des yeux pleins de feu, il était d'une humeur, énergique «et
d'un grand courage. Inébranlable dans ses principes, sonväme orgueilicuse se reniplissait dindignation quand les injustices révolutione
naires la frolssalent; ses talens daus le génie militaire lui avaiént ac:
quis queique célébrité pendant la guerre de l'indépendance americaine:
li était à Paris lers de la convocation des Etats-Généraux ; et il avait
Suivi avec assiduiié les séances du club Massiac. Il avait ensuite voyagé en_ltalle où il avait vu le comte d'Artois qui lui avait donné
des instructions pour opérer la contre-révolution à St Domingue.
volutione
naires la frolssalent; ses talens daus le génie militaire lui avaiént ac:
quis queique célébrité pendant la guerre de l'indépendance americaine:
li était à Paris lers de la convocation des Etats-Généraux ; et il avait
Suivi avec assiduiié les séances du club Massiac. Il avait ensuite voyagé en_ltalle où il avait vu le comte d'Artois qui lui avait donné
des instructions pour opérer la contre-révolution à St Domingue. I sétudia parliculiérement à gagner l'esprit des soldats du régi
ment du Port-au Prince, et il réussit. Pour ce qui tenait au service PL
il Ctait sévère et juste; mais hors du service, il accordait aux soldats touies sortes de libertés. I ne les punissait jamais pour les ques. ils donnérent au milieu d'une fêté | \ HISTOIRE D'HAITI.—( 1790 } | 45 relles qu'ils avaient avec les bourgeois, qui_n’étaient pas en général
partisans de l'ancien régime; et il faisait naître entre. les uns et les
autres de, grandes animosités. Jamais il ne détourna à son profit la:
paie du soldat. Il avait tué en duel son prédécesseur Lavale Gripière
qui s'était rendu odieux aux soldats -par ses dilapidations. Il devint le chef du parti des pompons-blanes. Plusieurs fois le
Comité de Ouest voulut dissoudre cette association. Mais 1l échoua
toujours; et le Gouverneur fil même arrêter et emprisonner le tambour
qui pubhait l'arrêté du comité contre les coalilions et les corporations.
Pendant ce temps, l'influence de l'assemblée coloniale s'affaiblissait de
plus en plus ;. ses décrets n'étaient pas exécutés ni ses plaintes écoutées. L’intendant de Proisy lui refusa plusieurs fois les sommes qu'elle
demandait : pour le traitement de ses membres. De Peinier , profitant
du moment favorable , résolut de lui porter le dernier coup. : I raliia
à son parti la presque totalité des hommes de couleur, en ordonnant
de poursuivre Îles assa$sins de Ferrand de Baudières, qui eurent Îletemps de s'enfuir ; et il fit audacicusement procéder eontre ceux des
membres des assemblées provincixies qui étaient dévoués à l’Assemblée
coloniale. Celle-ci, de son côté, preñait des mesures pour contrarier
celles du gouverneur. Elle lui ordonna de vexir faire sa résidence à
St-Mare dans lintention de le tenir sous sa puissance. De Peinier
méprisa cet ordre et continua ses hostilités. 1 rofusa de sanctionner
* un décret parlequel l'assemblée coloniale permettait aux navires étrangers d'importer des comestibles dans tous les ports de la colonie, déclarant qu'il n’appartenait qu'au Commerce français de jouir de cet
avantage.
ier
celles du gouverneur. Elle lui ordonna de vexir faire sa résidence à
St-Mare dans lintention de le tenir sous sa puissance. De Peinier
méprisa cet ordre et continua ses hostilités. 1 rofusa de sanctionner
* un décret parlequel l'assemblée coloniale permettait aux navires étrangers d'importer des comestibles dans tous les ports de la colonie, déclarant qu'il n’appartenait qu'au Commerce français de jouir de cet
avantage. L'assemblée coloniale contre-carrée de toutes maniéres- par le gouvernement ne songea plus quà recourir aux armes. Eile décréta le
licenciement des iroupes de ligne généralement dévouées au gouvernement, et l’organisation des gardes nationales dans toutes les paroisses.
Ce décret ne fut exécuté qu'à StMare où le député Borel gagna un
détachement du régiment du Port-au Prince, l'organisa en garde nationale sotdée et lui donna pour colonel le marquis %e Cadusch. Quoique
l'assemblée coloniale eût premis à chaque soldat une augmentation
de paie, une propriélé foncière et une somme de cinq cent-douze
piastres, le régiment du Cap et celui du, Port-au-Prince demeurérent
fidèles au gouvernement. Le gouverneur, soutenu par l'opinion publique, par l'assemblée du Nord et par la paroisse de fa Groix-des:
Bouquets, réunit un conseil de guerre où il fut décidé que l'assemblée coloniale et le comité de 1 Ouest seraient dissous par la force
des armes : et dans urre proclamation , ilrappela à la colonie les trahisons et les projets d'indépendance de l'assemblée coloniale. Ensuite
flattant , contre ses convictions -politiques , les passions révolutionnaires
du peuple et de l’armée dont il avait besoin, il rappela le despotisme de l'assemblée de StMare, le mépris qu'elle avait toujours .dé_ À « Un 44 | | wisrotne p’marti.—( 1790 ) versé sur Ja Constituante dont les travaux ne tendaient qu'à régénérer la France | ;
Le Comité de l'Ouest, effrayé des énergiques mesures du Gouver=
nement, décupla sa garde ordinaire, réunit ia Garde Nationale com=
posée en majorité de petits-blancs dévoués à l'Assembiée coloniale , sur-
{out depuis que le gouvernement paraissait vouloir user de ménagemiens
envers les hommes de couleur. Dans la nuit du 29 au 30 Juillet 1780, une forte patrouille de pompons rouges, rencontrant un faible déta:, chément du régiment du Port-au-Prince, le désarma. À cette nouvelle,
de Mauduit, à la tête d’une compagnie de grenadiers, marcha contre la Garde Nationiale qu'il tréuva rangée devant le local du Comité. EH. la somma, au nom de la Nation, de la Loi et du Roi, de mettre bas
les armes. Un nommé Bordélier, pour toute réponse, ordonxa à sx compagnie de commencer le feu. Quinze grenadiers tombérent soit.
ible déta:, chément du régiment du Port-au-Prince, le désarma. À cette nouvelle,
de Mauduit, à la tête d’une compagnie de grenadiers, marcha contre la Garde Nationiale qu'il tréuva rangée devant le local du Comité. EH. la somma, au nom de la Nation, de la Loi et du Roi, de mettre bas
les armes. Un nommé Bordélier, pour toute réponse, ordonxa à sx compagnie de commencer le feu. Quinze grenadiers tombérent soit. blessés, soit tués. Les Pompons-blancs se jetèrent gvec fureur sur les pom= pons-rouges, les dispersérent , et en cussent fait un affreux carnage, Si Mauduit n’aseit arrêté leur élan. habit Lo
Cependant Bordelier et trois habitans furent égorgés. Mauduit fit = “
ÿ L
: une trentaine de prisonniers qu'il renvoya aussitôt. Pendant le com- | bat les membres du Comité étaient réunis chez leur président.
Mauduit fit tratner dans la poussière les drapeaux de la Garde Natio=
pale , et les fit ensuite transporter chez lui, ainsi que toutes les armes
trouvées dans le bureau du Comité. Il en fit un trophée: IF réunit
un conseil de guerre qui condamna les 127 soldais du régiment du
Port-au-Prince qui se trouvaient à St-Marc, ainsi que le député Borel, leur suborneur. Beaucoup de citoyens, craignant d'être livrés au dér* nier supplice, prirent la fuite. De cette époque datent les proscriptions.
Les hommes de couleur, voyant de Peinier combattre avec acharnement.
leurs plus cruels ennemis, s'étaient ralliés au Gouvernement dans l'es:
poir d'oblenir une amélioration à leur sort. Mais le gouverneur et de
Mauduit ne les caressaient alors qu'afin de s'en aider pour renverser
la puissance de l'Assemblée coloniale. De Peinier, grand partisan de
l'esclavage et de l'aristocratie eoloniale, se réservait de les faire rentrer
dans le néant, lorsqu'il aurait consommé” sa victoire. Après l'affaire
du trente Juillet, le parti du Gouvernement domina entièrement au
Port-au Prince. ‘ | Le gouverneur voyait tout céder à sa puissance dans la’ ville : mais
ans la rade, les équipages des navires composés d'ardents révolutionnaires, Îui résistaient et se melltaient en état de révolte. Le
vaisseau le Léopard commandé par le marquis de la Galissonnière ve:
nait de se déclarer en faveur de assemblée de St-Marc. Le comMmandant, ainsi que quelques officiers du parti royaliste, fut obligé
de se réfugier auprés du gouverneur. L'équipage donna le commandement du vaisseau au capitaine en seeond , le baron de Sto-Domingo.
Aagembiés coloniale approuva- la révolie du Léopard et éonfirma là
. Le
vaisseau le Léopard commandé par le marquis de la Galissonnière ve:
nait de se déclarer en faveur de assemblée de St-Marc. Le comMmandant, ainsi que quelques officiers du parti royaliste, fut obligé
de se réfugier auprés du gouverneur. L'équipage donna le commandement du vaisseau au capitaine en seeond , le baron de Sto-Domingo.
Aagembiés coloniale approuva- la révolie du Léopard et éonfirma là gistoine p'æilti( 1700 ) "je 10
nomination du baron de Sto-Domingo. Le vaisseau se rendit à ‘5£.-
Marc, se mit à la dispoisition de l'assemblée qui accueillt l'équipage
avee enthousiasme el fraternité. PT | De Peinier lit aussitôt publier une proclamalion par laquelle 11 appela aux armes tous les bons citoyens contre l'assemblée coloniale,
\l'aceusant d'avoir voulu se rendre indépendante et d'avoir à cet effet
soulevé le vaisseau le Léopard. En même temps dans la province
du Nord, Ja municipalité du Cap dévoute au parti de St-Mare était
dissoute. L'assemblée du Nord se réconcilia avec les chefs militaires
qui lui avaient témoigné de l'animosité. Cambefort,. eolonel du régiment du Cap vint à sa barre, déclara’ qu'il cubliait les querelles
passées , et fit le serment de demeurer fidèle à la Nation, à la Loiet
au Roi. ù Alors tous les députés se levèrent deleugs sièges, fraternisérent avec
les officiers militaires qui avaient accompagné Cambefort, et décrétèrent
à l'unanimité la dissolution de l'assemblée de St.-Marc. ( Quelques jours après, l'assemblée provinciale du Nord, confia au
général Vincent, commandant de la province, une division qui fut embarquée sur la frégate la Vestale , et dirigée contre St-Marc. Las
semblée coloniale n'ayant aucune foree à sa disposition, pressée entre
le Port-au-Prince et le Gap, proscrivit de Peinier , le déclara des
titué du gouvernement de la partie française de St-Domingue, et
nomma provisoirement gouverneur Mr de Fiervitie ardent patriote comman:
dant de la ville des Cayes. Elle fit ensuite un appel à tous ses partisans,
par la proclamation suivante : « Au nom de la Nation, de la Loi et
« du Roi, et de la Partie Française de St-Domingue en péril. — Union,
« force, célérité, courage. — L'iniàme Peinier et l'exécrable Mauduit ont
« accompli leurs infàmes projets: ils ont trempé leurs mains dans
le sang des citoyens. Aux armes ! » |
an:
dant de la ville des Cayes. Elle fit ensuite un appel à tous ses partisans,
par la proclamation suivante : « Au nom de la Nation, de la Loi et
« du Roi, et de la Partie Française de St-Domingue en péril. — Union,
« force, célérité, courage. — L'iniàme Peinier et l'exécrable Mauduit ont
« accompli leurs infàmes projets: ils ont trempé leurs mains dans
le sang des citoyens. Aux armes ! » | Une partie de la colonie prit les armes en sa faveur. Pendant un
moment elle crut qu'elle allait triompher de ses ennemis. Elle écriNit en France au Comité colonial de l'Assemblée Constituante qu'eile
poursuivrait les contre-révolutionnaires jusque dans leur repaire. |
“Les habitans du Petit-Goûve, dont l'esprit était toujours travaillé par
leur député Valentin de Cuillon, prirent les armes en faveur de l’As= :
semblée de Si-Marc et se disposérent à marcher sur Le Port-au-Prince.
La ville des Cayes, sous l'influence d'un club formé par Valentin de,
Cuillon, et composé d'ardens ennemis du Gouvernement, se prononça pour l’Assemblée coloniale , et lui donna un témoiguage de son patriotisme par un crime affreux. Codère, major de la ville pour le rot,
était un honnête citoyen. On lui fit un crime d'être royaliste. Les
révolutionnaires se transportèrent sur son habitation où il s'était retire
avec sa famille, après une grave maladie, le trainérent aux Cayes où
il fut tué. Sa tète qu'on trancha fut promenée par toute la ville au
beut d une pique, 46 HISTOIRE D'HAITI 1790 ) Cependant l'armée du Sud destinée à défendre l’Assemblée coloniale
s'orgauisait lentement ; et à St-Mare même les dépulés étaient
menacés par un parti nombreux de Pompons-blancs. La division mili=
taire sous les ordres du général Vincent venait d'arriver du Cap aux
Gonaïves , et se disposait à dissoudre par les armes l'assemblée dont
les membres refusaient de se retirer dans leurs paroisses respectives.
- Envain les députés ordonnérent à l’armée du Sud qui s'était enfin rêu
nie à Léogane, de marcher sur le Port-au-Prince. Le colonel Mauduit
à lx tête de son régiment et de plusieurs bataillons d'hommes de cou=
leur la tenait en échec sur toute la ligne de la grande Rivière de Eéo=,
gane. L'assemblée colnniale resserrée dans d étroites Hmites, privée
de toûtes espèces de secours, s’embarqua sur Île vaisseau le Léopard,,
le 7 Août 1790. Quatre vingt-cinq de ses membres, quatre-vingt dix
soldats du régiment du Poet-au-Prince qu'eile avant séduits, partirent:
pour France sur ce navire.
ait en échec sur toute la ligne de la grande Rivière de Eéo=,
gane. L'assemblée colnniale resserrée dans d étroites Hmites, privée
de toûtes espèces de secours, s’embarqua sur Île vaisseau le Léopard,,
le 7 Août 1790. Quatre vingt-cinq de ses membres, quatre-vingt dix
soldats du régiment du Poet-au-Prince qu'eile avant séduits, partirent:
pour France sur ce navire. Le triomphe du parti gouvernemental était consommé. Les hommes de couleur qui avaient été dans la lutte les plus fermes soutiens du gouvernement crurent pouvoir demander à de Mauduit Pauto:
risation de porter des pompons blancs. Mauduit leur répondit quedes
descendans d'esclaves ne pouvaient avoir a prétention de Ssélever
au rang de leurs anciens maïlres, et que, s'ils désiraient porter un
signe distinctif, ils auraient à prendre la cocarde jaune. Cette hu
miliation prouva de nouveau aux hommes de couleur que les blancs
quelque fùt leur parti se réunissaient toujours , dès qu'il s'agissait de
maintenir les Affranchis dans leur ancienne condition. Hs découvrirent les mêmes ennemis €@t dans les pompons-blancs et dans les
pompons-rouges ; et ils songérent à ne plus prendre part aux querailes des blancs et à réelamer leurs droits les armes à la main Les confédérés du Sud réunis à Léogane offrirent la paix à “de
Peinier. Ils lui proposèrent l'échange des prisonniers, la suppression.
de toutes les corporations et des signes autres que les trois couleurs,
la ruine des fortifications de part et d'autre. Hs demandérent en.
outre qu'une nouvelle assemblée coloniale ne fut point convoquée, la
réorganisation de la garde nationale et la liberté de la presse. De
Peinier accepta toutes les propositions exeepté celle concernant les corporations; 1l rejeta aussi celle concernant l'assemblée coloniale parce
qu'un décret de la Constituante établissait qu'il y aurait toujours à St
Domingue une assemblée coloniale. Le traité fut signé à Léogane. De
Peinier y avait dicté ses volontés. Les confédérés “humiliés ne renoncérent point à leurs projets et se retirèrent en attendant une occa:
sion favorable pour se venger. | |
- Lors de l'échange des prisonniers, Caradeux député à l'assemblée
de St-Marc fut retenu par le gouverneur sur la demande des habitans
du Cul-de-Sac. C'est ce même Caradeux dont on à d'jà parlé. Sa
scélératesse était telle que les cultivateurs haïtiens racontent encore
és. Les confédérés “humiliés ne renoncérent point à leurs projets et se retirèrent en attendant une occa:
sion favorable pour se venger. | |
- Lors de l'échange des prisonniers, Caradeux député à l'assemblée
de St-Marc fut retenu par le gouverneur sur la demande des habitans
du Cul-de-Sac. C'est ce même Caradeux dont on à d'jà parlé. Sa
scélératesse était telle que les cultivateurs haïtiens racontent encore Re. 2
[2 æ w … misroimEe D'uarti.— (1799 ) 47 'aujourd'hui se atrocités en montrant aux voyageurs Îes rüines de son
habitation et la terrasse sur laquelle il se tenait quand il ordonnait
d'écorcher vif un escrave. cs: Pendant ee temps, le Léopard siilonnait l'Atlantique avec Îles députés de St-Mare qui se croyaient d'illustres victimes sur lesquelles étaient:
portés les regards du monde entier. Ils avaient transformé le vaisseau
en une chambre législative ; ils y tenaient leurs séances, et faisaient
des décrets pour, la colonie. A. les entendre, la France enlitre devait
retentir de la lutte héroïque qu'ils avaient soutenne contre la tyrannie.
Enfin le vaisseau æborda cette terre de France si vivement désirée, et
les 85 dépules débarquérent à Brest au milieu des cris d'allépgresse
du peuple et de, la Municipalité qui les reçurent sur le rivage. Brest,
ville patriotique, avait cru recevoir dans son sein des défenseurs du
peuple; mais quelques semaines ne selaient pas Écoulées quon sut,
dans les départemens et à Paris, quels avaient été les projets de | Assemblée de St Marc. Les 85 furent alors rejetés des cercles patriotiques; et pour comble de malhetr, six déjutés de l'Assemblée du Nord
débarquérent à Nantes où ils furent reçqus avec distinction, el ensuite
accompagnés jusqu'à Paris par deux commissaires. Le genéral Vincent,
envoyé par M° de Peinier, était debarqué à Lorient, pendant que le
vaisseau le Léopard mouillait dans “la rade de Brest. Li se rendit aussi
dans la capitaie de la France. =
jetés des cercles patriotiques; et pour comble de malhetr, six déjutés de l'Assemblée du Nord
débarquérent à Nantes où ils furent reçqus avec distinction, el ensuite
accompagnés jusqu'à Paris par deux commissaires. Le genéral Vincent,
envoyé par M° de Peinier, était debarqué à Lorient, pendant que le
vaisseau le Léopard mouillait dans “la rade de Brest. Li se rendit aussi
dans la capitaie de la France. = Les députés de l'assemblée du Nord, ainsi que le générai Vincent,
- exposérent à la Constituante toutes les agitations de la colonie, etrecurent de grands témoignages de sympathie detous Îles Vrais patriotes. ( L'Assemblée Nationale manda à sa barre les 85 députés de St-Marc. Valentin de Guilion, leur défenseur , dans ün long discours, chercha
à prouver que l'assembiée coloniale n'avait jamais eu l'idée de faire
proclamer lintépentance de St-Domingue, et qu'elle avait sans cesse
combattn les contre révolutionnaires. A ne put cependant entrainer
le vôte de l'assemblée en faveur de son parti; et dans la même seance
(12 Octobre 1790) la Constituante déclara nuls et attentatoires à la puissance législative et à la souveraineté nationale, les décrets de l'assemblée coloniale: elle déclara en outre que de Peinier, Mauduit et
Vincent avaieat bien mérité de la l'atrie et avaient sauvé St-Domin«
gue. Les 85 qui étaient venus en France avec tant de solennité et
d'espoir furont condamnés par ceux mêmes auprés desquels 1is croyaient trouver aide . et protection. | :
Pendant que le parti des pompons-blancs triomphait à la barre de la
Constituante, la plus complète anarchie régnait à St Domingue. Les confédérés du Sud avaient rompu le traité de Léogane, méconnu l'autorilé de Peinier el reconnu Fierville gouverneur. Fierville était le cominandaut de la province du Sud. Il s'opposa dans l'étendue de son
éommäandement à la réunivn des paroisses pour la formation d'une Li à, re : ‘ s
r Û IR A :
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4 k "
Non < - / 24
‘ HISTOIRE D'Haiti.—( 1790 ) | | 48 nouvelle Assemblée générale , convoquée par une proclamation de Peanier. Le parti révolutionnaire s'attendait à recevoir à chaque instant
a condamnation du Gouverneur par l’Assemblée Nationale de France.
Ce fut dans ces entrefaites que le décret du 12 Octobre 4790 parvint
à St-Domingue, Ce coup inattendu abattit les confédérés, et releva le
éourage des Pompons-blancs. L Assemblée du Nord vota des remercimens à la Constituante, fit.
chanter un Te-Deum , éleva au Cap un buste à Barnave, l'auteur du. - décret du 142 Octobre, et le nomma le Sauveur de la colonie.
Barnave était membre du club Massiac, comme on l'a déjà wu:;
et ce club, hostile à tous projets ayant peur but de faire triompher à,
St-Domingue les principes de liberté et d'égalité, avait adopté lat cause.
des Pompons-Blancs. ‘à
mercimens à la Constituante, fit.
chanter un Te-Deum , éleva au Cap un buste à Barnave, l'auteur du. - décret du 142 Octobre, et le nomma le Sauveur de la colonie.
Barnave était membre du club Massiac, comme on l'a déjà wu:;
et ce club, hostile à tous projets ayant peur but de faire triompher à,
St-Domingue les principes de liberté et d'égalité, avait adopté lat cause.
des Pompons-Blancs. ‘à Le parti royaliste dominait sans obstacle apparent dans les trois provinces de la colonie. De Poinier et de Mauduit, vainqueurs momentanémenti des révolutionnaires, redoutaient les prétentions des hom:.
mes de couleur qui se tenaient à l'éeart depuis qu’on leur avait donné la Cocarde Jaune. Avant qu'ils se fussent organisés, Peinier , tant
pour-les afaiblir que pour donner un aliment aux passions des patriotes Blancs, ne s’opposa pas aux plus cruelles persécutions qui ,
furent dirigées contre eux. Depuis quelque temps on parlait tout
bas d'un vaste projet tendant à soulever tous les ateliers. Ceite idée
faisait frémir les blancs de tous les partis. (Comme ils étaient convaincus que les hommes de couleur seuis pouvaient donner à cette
insurrection une direction intelligente, ils commencèrent, excités par
la terreur , à les traquer affreusement. On'en arrêta un grand nombre sous prétexte qu'ils -exeitaient les esclaves à Ja révolte; ils furent brûlés vifs; leurs fermimes, leurs enfans furent massacrés et leurs
biens confisqués. Les blancs entrérent chez ceux qui n'avaient pas:
été sacrifiés, comme dans des lieux publics, les baitirent impunément,
ot outragérent leurs filles... Ceux qui se plaignaient de ces vexations
étaient conduits par la maréchaussée, soit chez le procureur du roi,
soit chez le commandant de la place ouchez l'écrivain de la marine,
Alors le blane qui se prétendait l'offensé disait : :« Ce Mulâtre ou ce
« Nègre libre ma manqué. » Sans plus de formalités, le. Mulètre
où le Nègre libre était aussitôt jeté dans les cachots. Un nommé La Buissonnière, l'auteur d’une pétition qu il avait adressée à l’Assemblée du Porteau Prince en faveur des mulâtres, ses frères,
à l'effet de les faire admettre dans cette assemblée, fut aontraint de:
se cacher pour échapper à la fureur des blancs qui s'étaient rendus
Chez lui pour le pendre. | D'après les conseils de Peinier, ses parens afin de calmer un peu
Ja rage des blancs, se constitucrent prisonniers à sa place. _ Ils furent
ensuite traduils devant le comité de Léogane. Ils y vinrent nu-pieds,
nu-tête , furent contraints de se prosterner devant leurs maîtres et de …
ée, fut aontraint de:
se cacher pour échapper à la fureur des blancs qui s'étaient rendus
Chez lui pour le pendre. | D'après les conseils de Peinier, ses parens afin de calmer un peu
Ja rage des blancs, se constitucrent prisonniers à sa place. _ Ils furent
ensuite traduils devant le comité de Léogane. Ils y vinrent nu-pieds,
nu-tête , furent contraints de se prosterner devant leurs maîtres et de … Fr # o" | HISTOIRE D'HAITI — (1790. 49 faire amende honorable. Lé comité ajouta encore à leur humiliation : par le discours outrageant qu'il leur adrosça. 6 |
On peut en juger par ces premières paroles : Ingrates et viles créatures,
VOUS avez Cru pouvoir vous asseoir parmi vos maûlres et vos bienfaiteurs.
Is furent élargis, se retirérent sans se plaindre. |
Partout les gens de couleur opposérent la même résignation aux vie.
lences des colons qui n'en deviurent que plus furieux. Tantôt l’affran.
“chi-était emprisonné parce que le blanc n'avait pu séduire sa femme ;
tantôt il était condamné au bannissement perpétuel, parce qu'il avait
manqué de respect à un blanc. | |
Milscent, créole blanc et colon, dent les écrits ne peuvent être révoqués en doute, s'exprime ainsi sur la conduite des colons à cette
époque : « Il est universellement reconnu que jamais homme de couleur
@ libre n'eut ni raison, ni droit; jamais il ne gagna un procès de cone
« séquence contre un blanc; que sil prend fantaisie à ce dernier de
« le maltraiter de coups, il se plaint et fait encore châtier rigoureuse-
« ment le malheureux: qu'il a déjà vexé et. battu. »
Dans les quartiers de l’Artibonite, de. Limonade, du Trou ,; de læ
“Grande-Riviére, soixante chefs de famille de couleur eurent leurs biens
confisqués. La ville du Cap vit aussi couler à grands flots le sang des
hommes de couleur. Le lendemain de la bénédiction des drapeaux
ducorps des volontaires, un blanc qui commandait une compagnie
d'Affranchis, maltraîta au palais du gouvernement quelques soldats des
* volontaires. | | |
La discipiine empêchant ces derniers de tirer vengeance de leur
supérieur, ils attaquèrent au nombre de septun noir libre de la compagnie du blanc. Pressé de tous côtés par sept assassins, l'Affran..
chi tire son épée, se- défend avec vaillance, et. meten fuite ses agres-
“seurs ‘aprés avoir blessé mortellement l'un d'eux. Le corps des vo:
“lontaires, au lieu de s'indigner de la. lâcheté et de l'injustice de ses C7 camarades, se répandit dans la ville, massacrant sans pitié les hom- “mes de couleur. Ceux qui obtinrent la. vie furent traînés dans les ca-
“chots et enchaînés comme des forçats. L'assemblée du Nord loin de couvrir d’'infamie les auteurs de cette’
sanglante journée , félicita les volontaires et ordonna qu'on instruisit le
procès des mulätres. À la barre de l'assemblée, ils prouvèrent, sans
peine, que tous les torts étaient du côté des blancs. L'assemblée les.
mit en liberté en leur recommandant d’être plus circonspects à l'aveDir.» | un
chaînés comme des forçats. L'assemblée du Nord loin de couvrir d’'infamie les auteurs de cette’
sanglante journée , félicita les volontaires et ordonna qu'on instruisit le
procès des mulätres. À la barre de l'assemblée, ils prouvèrent, sans
peine, que tous les torts étaient du côté des blancs. L'assemblée les.
mit en liberté en leur recommandant d’être plus circonspects à l'aveDir.» | un Dans la plaine de l'Artibonite un nommé Joly homme de couleur,
riche habitant, excitait le respect de toute la province par son noble
“caractère. Il avait reçu avec splendeur sur son habitation Mr de Belcombe à l'arrivée de ce gouverneur dans la colonie. Belcombe était
grand admirateur de la valeur des hommes de couleur. Pendant la
guerre contre les Anglais, il avait apprécié le courage des sangs-mê- ‘ “ ’ “hp S 50 #isToIRE D'HAITI,—( 1789 )
#4 +
lés qui avaient formé ses plus intrépides ‘bataillons. Aussi avait-il.
voulu descendre chez un mulâtre de distinction. Cette démarche avait !
horriblement. froissé les préjugés créoles, et avait suscité à Joly deu
nombreux ennemis, même dans sa caste. Un mulätre le dénonça.aum
comité de St-Marc d’avoir été le chef de l'affaire de Plassac. La maré-«
chaussée se rendit chez lui, y fit une visite domiciliaire, et ne trous
va qu’un billet par lequel les enfans de Joly occupés à défricherunen
habitation dans l'intérieur , demandaient à leur père des secours en“
argent. Il fut cependant emprisonné comme conspirateur, ainsi Que
quatre de ses fils. Après quelques mois de détention, il fut jugé et
élargi. Les juges lui recommandérent de tenir à l'avenir une conduitew
plus régulière et d'être plus respectueux envers les blancs. ds À
Tous les faits dont nous venons de parler sont tirés des écrits, deu
Milscent, de Garan-Coulon, des lettres de Julien Raymond, de Bois"
rond le jeune, et des relations de tous ceux de nos révolutionnaires
qui existent encore. DORA
Milscent fut souvent témoin de semblables atrocités. Il traversa At
- Hantique animé d'un zèle philantropique qui le perdit, quoiqu'il eût dé-«
voilé à l'Europe la barbarie des planteurs. Ses éerfls sont empreintsæ
d'une telie force de veriié, qu'ils ne furent jamais réfutés. 11 n’avaité
aucun intérêt à ménager les hommes de couleur: l'amour de lhumass
nité a toujours guidé sa plume. Il mourra sur l'échafaud, pendant
Ha Terreur, victime des dénonciations du parti colonial. On lPaccusera
d’avoir eu des relations politiques et d’amilié avec Brissot dont le parti
sera persécuté, et d'être un contre-révolutionnaire, He
Dans la colonie, les mulâtres paraissaient abattus pour toujours. Is“
ne témoignaient plus aucun mécontentement; les humiliations réitéréesu
qu'ils avaient reçues avaient étouflé leurs plaintes. Le silence du dé=«
sespoir régnait au milieu d'eux. Chassés des villes par les ouvriers
européens ou petits-blancs qui y exerçaient seuls les arts et les métiers,
is habitaient Îa plupart les campagnes. Cependant, quoique au sein
des plaines et des mornes, ils n'étaient pas à l’abri des vexations. Plusils*
étaient riches et éclairés, plus ils étaient persécutés. Il y en avait parmim
eux qui possédaient une vaste instruction ; car les familles de couleur
opulentes envoyalent leurs fils en France où ils acquéraient des lumières et
-dè nobles idées. Aussi,de retour dans leur pays, voyaient-ils avec
horreur les atrocités de l'esclavage. Les planteurs les persécutaient avec
beaucoup plus d'acharnement que ceux qui n'avaient jamais quitté la
colonie. De leur côté, ils prenaient en mépris et en haine les aristo=
crates de la peau, et étaient fiers de leur supériorité sur de vils aven«
turiers , } écume de ces êtres immondes , de ces sauvages nés à Côté
de la civilisation, dont l'Europe se purge en les vomissant au-delà de
J'Atlantique. | | | | ;
D'un autre côté, la haine du blanc eontre la race africaine était
porice à un il degré d'aveuglement, qu'un nommé Bauvois, colon,
isto=
crates de la peau, et étaient fiers de leur supériorité sur de vils aven«
turiers , } écume de ces êtres immondes , de ces sauvages nés à Côté
de la civilisation, dont l'Europe se purge en les vomissant au-delà de
J'Atlantique. | | | | ;
D'un autre côté, la haine du blanc eontre la race africaine était
porice à un il degré d'aveuglement, qu'un nommé Bauvois, colon, (] HISTOIRE D'HAITI.—( 1790 )} « | G1 membre de l'assemblée provinciale du Nord, conseiller au eonseil supérieur
du Cap, fit paraître un ouvrage tendant à prouver que le nègre et
Je mulâtre n'étaient pas des hommes, qu'il n'existait sur le globe que
deux races, la race blanche et la race mongolique, et que né.
gre n'était qu'une variété du orang-outang. Cet écrit le fera nom-
“mer plus tard membre de la seconde assemblée coloniale. Il y excitait le gauvernement à enlever aux gens de de couleur et aux noirs
leurs propriétés, attendu qu’ils n'étaient pas des hommes ; à les traiter comme des bêtes de somme et à ne les épargner qu'autant qu'ils
se rendraient utiles par le service de leurs bras. . Pour faire cesser le
crime de bestialité qui fait horreur à la nature, il conseiïllait de déclarer
« infäine eL viiain tout blanc qui à l'avenir s’oublierait au point de se
« mésailier avec des femmes de couleur, et de le contraindre à quitter
« la colonie dans l'espace d'une année ; ou ce qui serait plus simple,
« plus court et moins abusif, de défendre de tels mariages sous des
« peines corporelles exemplaires et les plus sévères contre tous contre
« venans. » Les hommes de couleur étaient presque aussi nombreux que Îles
blancs. Ils auraient pu les combattre avec avantage et les contrain:
dre: par la furee des arnfes à reconnaître leurs droits. Mais jusqu'alors ils attendaient tout de Féquité de l’Assemblée Nationale,
de la justice de leur cause; et par dévorement à la Mère-Patrie ,
ils craignaient d'allumer la guerre civile et d'être les auteurs
peut ètre de la perte de la colonie pour la France. Julien* Raymond contrairement à l'opinion d’'Ogé alors en France, leur écrivait
sans cesse que leurs réclamations étaient si naturelles qu'il ne doutait pas quon ne les prit en considération , non seulement en France où La Constituante avait déclaré tous les hommes libres devant la
loi, mais dans -la colonie, foyer de tous préjugés. Mais cette extrême modéraiion des hommes de couleur cessera bientôt en présence des
intrigues du club Massiac , et de la ténacité des prétentions coloniales.
Le résultat de la lutte ne sera pas douteux : ils étaient plus aptes que
les blancs aux fatigues de la guerre et aux privations, étant habie
tués aux rudes exercices de la chasse, aux travaux de la culture et aux
rayons brûlans de notre soleil; et leurs liaisons de famille avec les
esclaves leurs frères leur permettaient d'avoir l'espoir d'être soutenus
par la masse des noirs victimes des violences les plus cruelles. va Lu) Rats
MER à 1790: f Sommaire. Ogé-rPétition des hommes de couleur à l'Assemblée ‘ Nationale. Ré
ponse de, l'Assemblée—Ogé au club Massiac.—$Son disceurs.… Ses paroles relatives
aux lenteurs de la Constituante.——Ses relations avec les Négrophiles.— Déeret du 28 -
Mars 1790.— Défense faite aux hommes de couleur de retourner à St-Domingue.-
Ogé vasse en Angleterre—Il arrive incoghito au Cap.—Chavannes.mOgé réunit
-rPétition des hommes de couleur à l'Assemblée ‘ Nationale. Ré
ponse de, l'Assemblée—Ogé au club Massiac.—$Son disceurs.… Ses paroles relatives
aux lenteurs de la Constituante.——Ses relations avec les Négrophiles.— Déeret du 28 -
Mars 1790.— Défense faite aux hommes de couleur de retourner à St-Domingue.-
Ogé vasse en Angleterre—Il arrive incoghito au Cap.—Chavannes.mOgé réunit 250 affranchis—$a lettre à de Peinier.—$Sa lettre au président de lassemblée du Nord—Le général Vincent marche contre Ogé—Il est battu. —Cambefort marche à son tour contre les insurgés et les bat—Ogé & Chavannes se retirent dans la partie espagnole—Ogé est arrêté à Hinche, Chavannes à St-Jean —Ils sont emtprisonnés à Sto-Domingo—Blanehelande remplace de Peinier—I[l demande l’extradition d'Ogé & de Chavannes—Ogé & Chavannes sont débarqués au Cap. Mauduit conseilier de Blanchelande—Les municipalités supprimées dans le Nord. {Etat des hommes de couleur dans le Sud.—1ls se révoltent Rigaud à leur tête, —Combat de la Ravine-#èehe.—Mauduit marche aù secours des blanes du Sud.— Il disperse sans combat les gens de couleur.—Il désarme les confédérés du Sud. Jugement d'Ogé & de Chavannes. — Leur exécution. — Praloto. — Madame Martin. — Son portreit == Sa conduite. — De Villages arrive au Portau. Prinée—Mouvement populaire Rigaud & Pinchinat sont mis en liberté.—Fuite de Blanekelande.—Mort de Mauduit-—Le parti, royaliste améanti au Port-au-Prince... Caradeux nommé capitaine-sénéral de la garde nationale.—Praloto nommé inspecje des fortifications.—Première municipalité du Fort-au-Prince—Affairèe du Fond ariSiEn.— + Parmi’ les hommes de couleur qui demandaient, en France, des améliorations au sort de leurs frères, se trouvaient Julien Raymond,
Fleury et Ogé: Ce dernier, quarteron libre, né au Dondon dans la
province du Nord, était allé en Europe au commencement de 4789.
11 demandait l'exercice des droits politiques sans restriction pour
les affranchis , et voulait que ces droits leur fussent aecordés sans re:
tard. Raymond au contraire tempérisait et attendait tout de la jus+
tice des4 cause. Sa confiance était devenue sans bornes en l’Assemblée
Nationale, depuis que le Président de la Constituamte, après avoir
bris connaissance d'une pétition des hommes de couleur, dans la sk 54 | HISTOIRE B'HAITI —( 1789 ) séance du 22 Octobre 1789, avait dit: « Aucune partie de la na
« tion ne réclamera vainement ses droits auprès de l’assemblée des re:
æ présentans du peuple français. » Avant la révolution, Ogé disait souvent que s'il avait quelque empire sur les siens, il saurait bien arrêter les excès des planteurs et
contraindre les blanes à traiter les gens de couleur comme leurs é=«
gaux. Son père , riche habitant de Îa province du Nord, lui avait
donné autant d'éducation qu'il était possible à un mulâtre d'en recevoir
alors à St-Domingue.
rès de l’assemblée des re:
æ présentans du peuple français. » Avant la révolution, Ogé disait souvent que s'il avait quelque empire sur les siens, il saurait bien arrêter les excès des planteurs et
contraindre les blanes à traiter les gens de couleur comme leurs é=«
gaux. Son père , riche habitant de Îa province du Nord, lui avait
donné autant d'éducation qu'il était possible à un mulâtre d'en recevoir
alors à St-Domingue. Raymond, Fleury et les autres hommes de couleur réunis à Paris
avaient formé un club à l'hôtel d’ Argenson où étaient discutés les intérêts des affranchis. Ogé proposa aux députés de couleur de sex
rendre au club Massiac, afin, par la discussion , de conciher les in
térêts des planteurs et des mulètres. Sa proposition fut accueillie ; m
on se rendit au club Massiac ; et par un énergique discours, 1 de=«
manda que la question relative à la liberté et à l'égalité civile des hom=m
mes de couleur füt résoiue avec loyauté. Il termina par ces: paroles:
Ce mot de liberté qu on neprononce pas sans enthousiasme | ce"moë«
qui porte avec lui l'idée du bonheur ne fut-ce que parcé qu'ilsem-«
ble vouloir nous faire oublier les maux que nous souffrons depuis
tant de siècles; cette liberté, le plus grand, le premier des biens,«
est-elle faite pour tous les hommes? Je le crois encore : ; Mais COM- «
ment faut-il la donner ? Quelles en doivent être les époques et les.
conditions ? Voilà pour nous, messieurs, la plus grande, la pr | né ab 0 Des ÉD RS, aué Fm... ds ds rhin = j4 ._& À AA A: à A « importante de toutes les questions ; elle intéresse l Amérique, lAfri-
« que, la France, l'Europe entière; et c'est principalement cet objet
_« qui m'a déterminé, messieurs , à vous prier de vouloir bien m entendre. Si l'on ne prend pas les mesures les plus prompies, les
plus efficaces; si la fermeté, le courage, la constance ne nous ani- |
ment tous; si nous ne réunissons pas vite en faisceaux toutes nos
« lumières, tous nos moyens, tous nos efforts; si nous sommeillons un*
« instant sur le bord dé l’abime £ frémissons de notre réveil; et voilà
« le sang qui coule, voilà nos terres envahies, les objets dé notre,
« industrie ravagés, nos foyers incendiés , voilà nos voisins, nos amis, »
nos femmes, nos enfans égorgés, mutilés : voilà l'esclave qui lève»
létendard de la révolte! Les iles ne sont plus qu'un vaste et funébre embrasement ; le commerce est anéanti ; la France reçoit une |
plaie mortelle, et une multitude d'honnètes citoyens sont MÉPRES
ruinés : nous perdons tout. .
« Mais, messieurs , il est temps encore de prévenir le désastre. J ai.
peut-être trop présumé de mes faibles lumières ; mais j'ai des idées
qui peuvent être uules ; si l'aSemblée veut m admettre dans son“
sein, si elle veut m’autoriser à réchger el à lui soumettre mon-plan, -
je le ferai avec plaisir, même avec reconnaissance, et peut être pours
rais-je contribuer à conjurer l'orage qui gronde sur. Rotre tête. & +
tout. .
« Mais, messieurs , il est temps encore de prévenir le désastre. J ai.
peut-être trop présumé de mes faibles lumières ; mais j'ai des idées
qui peuvent être uules ; si l'aSemblée veut m admettre dans son“
sein, si elle veut m’autoriser à réchger el à lui soumettre mon-plan, -
je le ferai avec plaisir, même avec reconnaissance, et peut être pours
rais-je contribuer à conjurer l'orage qui gronde sur. Rotre tête. & + à -8 À À A A4 A ST Mois 3 & à À À Ne ? de fiisTOrRE p'irarrr—( 1790 Y 2 | : bé: Ce discours fut froidement accueilli par les membres du club Massiac; et on se séparà sans avoir pu sentendre : les idées généreuses
qu'Ogé venait d'exprimer cffrayaient l'aristocratie coloniale. Dés lors
il cessa toutes sortes de relations avec le club Massiac, et continua
de. visiter. avec assiduité les négrophiles les plus distingués, , les Grégoire, les Brissot , les Pétion, les Lafayette. Ces célé brités l'accueillaient avec distinction, lui donnaient de a conseils , et lui promettaient un avenir heureux pour les peuples noirs et jaunes des répions tropicales. L'abbé Grégoire surtout, ainsi que le général Lafayette, avait pris en amitié. Il assistait souvent aux grands débats de la Constituante , et lorsque Mirabeau faisait retentir la tris
bune de sa voix puissante, il éprouvait les plus fortes émotions, se
-plaçait à la tête des siens dans les élans de son imagination ; obtenant
pour eux la liberté et l'égalité soit par la force de l’éloquence, soit par
là force des armes. Après ces séances orageuses, il reutrait chez fui
la tête brûlante, et parlait à Raymond, son timide ami, d’une régés
nération soudaine dans la colonie. Raymond calmait sa ‘fougue révos
-lutionnaire, et lui disait que le temps aménerait les améliorations que
désirait tout homme ami de l'humanité: | Ogé était indigné de la conduite de Barnave et des colons du Club.
Massiac; d'un autre eôté les lenteurs de l'Assemblée Constituante Firritaient ; car jusqu alors elle n'avait rien statué concernant les hommes
de couleur. Le CE | | | Dans son desespoir, il disait : « Je commence à me soucier peu que
« PAssemblée. Nationale nous admette où non, mais qu'elle Peu bien
« garde aux conséquences. Nous ne voulons pas demeurer plus long
« temps dans la dégradation. Nous en Pr dépéhes tout de suite
« à St.-Domingue et nous ne tarderons pas à les y suivre. Nous pou-
«ons former sur nos habitations d'aussi bons soldats que ceux de
«France. Nos propres armes nous rendront res spectabies et indépens
«dans. Une fois que nous serons réduits aux moyens désespérés , des
« milliers d'hommes traverseront en vain l A PRIME pour nous rames
« ner à notre premier étal. »
la dégradation. Nous en Pr dépéhes tout de suite
« à St.-Domingue et nous ne tarderons pas à les y suivre. Nous pou-
«ons former sur nos habitations d'aussi bons soldats que ceux de
«France. Nos propres armes nous rendront res spectabies et indépens
«dans. Une fois que nous serons réduits aux moyens désespérés , des
« milliers d'hommes traverseront en vain l A PRIME pour nous rames
« ner à notre premier étal. » Ogé découvrait dés-lors les grands événements qui ont amené ln:
dépendance d'Haïti; et il se proposait, comme dernière ressource, d'ar:
racher, $t Domingue à la France, si l'orguoil colonial ne cédait pas
devant ses Justes réclamations. . Pendant cet intervalle, un comité chargé d'examiner les affaires co:
loniales fut institué (2 Mars 4 790). Deux projets de décrets rédigés par
Barnave furent présentés à la constituante dans les séances du 8 et du
28 Mars. I était établi par l'article 4 des instructions: « que toutes
W« es personnes agées de 25 ans accomplis propriétaires d immeubles ou
« domiciliées dans la paroisse depuis deux ans payant une contribution,
“se réuniraient pour former l'assemblée provinciale. » … £régoire et plusieurs autres députés, demandérent en faveur des af à. à ; n k 1 ; RE: 4: pts
« 4 » . “ ?
- ê k ar
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k à q
| ë6 HISTOIRE D'Hauri=( 1790 ). * franchis, un amendement consacrant que toutes les persontics qui mé
uniraient les qualités mentionnées en l’article 4, jouiraient , n'importen
leur couleur, des avantages y stipulés. La plupart des députés se levérent et déclarèrent que l'assemblée nationale n'entendait pas qu'il yeut
aucune différence de couleur, entre les citoyens. appelés à former Pas=
semblée provinciale. Les députés du parti colonial firent quelques
objections qui furent repoussées. Tls se lurent, cependant seréservant
d'interpréter en leur faveur l'ambiguité des deux projets de déerets: Les gens de couleur accueillirent avec enthousiasme la déclaration de
la majorité de l'assemblée nationale interprétativé de l'article quatre des
instructions , et ne doutèrent pas que la jouissance des droits politiques ne leur fût accordée.
Alors aucune puissance, ni celle de l'amitié, ni celle dé la prudence;
ne put retenir Ogé plus longtemps à Paris. Ilse disposa à retourner
à St-Doimingue, déterminé à réciamer énergiquement l'exécutionvdes
avantages politiques accordés à sa caste. | He AS
de
la majorité de l'assemblée nationale interprétativé de l'article quatre des
instructions , et ne doutèrent pas que la jouissance des droits politiques ne leur fût accordée.
Alors aucune puissance, ni celle de l'amitié, ni celle dé la prudence;
ne put retenir Ogé plus longtemps à Paris. Ilse disposa à retourner
à St-Doimingue, déterminé à réciamer énergiquement l'exécutionvdes
avantages politiques accordés à sa caste. | He AS Mais pour partir, il éprouva des difficuités auxquelles il ne s attendait
pas. Les membres du ciub Massiac avaient obtenu sans peine dume
nistre de la marine Laluzerne qu'il fût äéfendu à n'mporte quel'homme
de coulenr résidant en France de s’embarquer pour St-Domingue-"Les
planteurs avaient cru pouvoir, par cette mesure, retenir en France les
mulâtres éclairés qui cherchaient à traverser les mers pour aller propa=
ger dans la colonie les idées de liberté que les philosophes européens
répandaient avec tant d'enthousiasme. Sur la réclamation des hommes.
de couleur, l'assemblée nationale leva l’ordre arbitraire du ministre de.
la marine. Mais le club Massiac put éluder le décret de la constituan="
te: la plupart de ses membres étaient de riches habitans en relations“
directes avec le commerce de St-Domingue. 11 fit donc entrer dans ses“
vues, et les négocians des ports de mer, et les capitaines des navires
marchands. Aucun armateur ne voulut recevoir un homme decouleur
comme passager à bord de son navire. Les colons avaient même ordonné aux oîficiers de la marine marchande d'arrêter Ogé sur le bâti
ment où ils le trouveraient en cas qu’il parviendrait à échapper*à la
vigilance des armateurs, et de le livrer en arrivant dans la”colonie,,*
aux autorités du Cap. wi Ogé après avoir fait de vaines tentatives pour s'embarquer prit"de :
|
| he ue des à x plusieurs membres de la société des amis des noirs des lettres dere
commandation pour Clarkson , philantrope de Londres, ‘et partit pour
l'Angleterre, sous le nom de Poissac.* Clakson, quoiqu'il l’eût reçuavec
froideur , lui fournit quelque argent, et des lettres de crédit pouriles
Etats Unis. Arrivé à Charleston , Ogé se procura des munitions de
guerre, se mit en mer, et atteignit le 23 octobre dans la matinée la”
rade du Cap. Comme on ne se doutait pas qu'il pût venir sur*un
navire américain , 11 débarqua sans obstacle dans la soirée. Tous les * H ne put réussir à voir Wilberforce. de | . 3 « ne _ "Re. nistofére p'Hatri.—( 1790 }) NE Hâtimens arrivant de France étaient visités ; la côte était sévèrement gar :
dée, et les autorités de Monte-Christ, dans la colonie espagnole, avaient
même été suppliécs, en cas qu'il s’y présentât avec des complices ,
« d'arrêter les séditieux et de les faire conduire sous bonne escorte jus-
@ quau Fort-Dauphin; ces précautions étant nécessaifes pour le bien
«et la Sûreté de toutes les colonies en général. »
0 }) NE Hâtimens arrivant de France étaient visités ; la côte était sévèrement gar :
dée, et les autorités de Monte-Christ, dans la colonie espagnole, avaient
même été suppliécs, en cas qu'il s’y présentât avec des complices ,
« d'arrêter les séditieux et de les faire conduire sous bonne escorte jus-
@ quau Fort-Dauphin; ces précautions étant nécessaifes pour le bien
«et la Sûreté de toutes les colonies en général. » À la faveur de la nuit Ogé se rendit au Dondon où se trouvaient sa
famille et ses biens. Le club Massiac avait à Londres un agent nommé Guiton qui avait
écrit aux planteurs la lettre suivante: « Un des négrophiles de Londrag
ma confirmé le départ du mulâtre Ogé pour Samt-Bomingue. par
« Ja voie de Londres. Cest monsieur Clarkson qui l'a Reg et fait parein; et il luiavait été adressé par les amis des noirs de Paris. Iln'y
a guère que cinq semaines que ce mulâtre est embarqué. Je n'ai
pu savoir s’il était seul ou non. » Le club Massiac avait aussitôt obtenu du ministre de la Marine qi'on
empêèchât le débarquement des hommes de couleur dans la colonie
venant de n'importe quel pays. Vaines précautions de la tyrannie :
Ogé était déjà dans son lieu natal. Ea nouvelié de son arrivée au Dondon se-répandit aussitôt dans toute la colonie. Des ordres furent donnés pour quon l'arrêtât. Mais Ogé
- avait déjà vu se réunir autour de lui un certain nombre de ses amis,
entrautres un nommé Jean Baptiste Chavannes, natif de la Grande-Rivière!, cultivateur-propriétaire, liomme de couieur. Plus entreprenant,
plus: radical qu Ogé, Chavannes lui conseilla de soulever tous les ateliers,
de proclamer la liberté générale, et d'anéaniir ainsi d'un seul coup
l'orgueil colonial. Ogé recul devant ce projet gigantesque. Cependant il y avait songé en France. Chavannes néanmoins lui promit de
iriompher ou de mourir avec Îul. Ib ny avait aucun moment à perdre. Les: hommes de couleur au
nombre de 250 prirent les armes, désarmérent les blancs de la Grande-Rivière (28 Octobre 4790 ,) mirent Vincent Ogé à leur tête, nom-
-mérent Chavannes adjudant-major du camp, et capitaines plusieurs
d'entre eux. Pensant que ses réclamations appuyées d’une force imposante seraient écoulées, Ogé expédia unc lettre au gouverneur de
Peinier , par laquelle ül lui reprochait de n'avoir pas fait promulger le
décret du 28 Mars 1790. C'était une erreur; ce décret fut publié ;
mais 1l ne fut interprété par le gouvernement que favorablement aux
colons. IL finissait sa lettre en disant: « Non! non! « Mr le comte,
« nous ne resterons point sous le joug, comme nous avons été depuis
« deux siècles ; la verge de fer qui nous a frappés est rompue: nous
« réclamons l’exécution de ce décret ; évitez donc, par votre prudence,
un mal que vous ne pourriez calmer. … Ma profession de foi est de faire
« exécuter 1® décret que j'ai concouru à faire obtenir, de repouser
a Ja force par la force, et enfin de fairé çesser un préjugé aussi LÉ
ne resterons point sous le joug, comme nous avons été depuis
« deux siècles ; la verge de fer qui nous a frappés est rompue: nous
« réclamons l’exécution de ce décret ; évitez donc, par votre prudence,
un mal que vous ne pourriez calmer. … Ma profession de foi est de faire
« exécuter 1® décret que j'ai concouru à faire obtenir, de repouser
a Ja force par la force, et enfin de fairé çesser un préjugé aussi LÉ À A À A 58 HISTOIRE D'HAITI.— ( 1760 ) « juste que barbare. » Sa lettre ne produisit sur le gouverneur qu'u sentiment de pitié. Pendant ce temps, dans la nuit du 30 Octobre, les gens de cou leur rencontrèrent vers les hauteurs du Dondon deux dragons blancs
qui portaient à Ta municipalité de la paroisse l'ordre de lassemblée
du Nord de prendre les mesures les plus énergiques contre les’ gens
de couleur. Ils furent arrêtés et conduits en présence d'Ogé qui leur
dit: « Il ne vous sera fait aucun mal, nous ne sommes pas des-hom-
« mes de sang; en cela nous ne ressemblons pas aux hommes de votre
& caste; du reste votre grande jeunesse m'intéresse; il est affreux
« de mourir à votre âge. Voici un sauf-conduit , partez ei pose au
« Cap ces deux lettres. » L'une adressée au président de l'assemblée du Nord était conçue en
ces termes : « Apprenez à apprécier le mérite d'un homme dont l'in-
« tention est pure. Lorsque j'ai sollicité de l'assemblée nationale un
« décret que j'ai obtenu en faveur des colons amériCANs , connus ancien-
« nement sous l'épithète de sangs-mêlés, je n'ai point compris dans mes
& réclamations le sort desesclaves. Vous et nos adversaires avez empoison-
« né mes démarches pour me faire demériter des habitans honnêtes. Non,
& non, messieurs , nous n'avons que réclamé pour une. classe d’ hom
s mes libres, qui étaient sous le joug de l'oppression dupuis deux « siècles. Nous voulons Flexécution dü décret du 28 Mars. Nous « persistons à sa promulgation , et nous ne cessons de répéter à nos amis que nos adversaires sont injustes, et qu'ils ne savent point con« cilier leurs intérôts avec les nôtres. etc. etc. ete. » L'autre lettre adressée au général Vincent commandant de la province du Nord renfermait ce qui suit: « Nous/exigeons la promulga-
« tion du décret du 28 Mars; nous nommerons des électeurs, nous
« nous rendrons à Léogane; nous nous fortifierons, nous repousse
« rons la force par {a force si l'on nous inquiéte. L'amour propre
« des colons se trouverait offensé si nous siégions à côté d'eux; mais
« at-on consulté celui des nobles et da clergé pour redresser les mille
« et un abus qui existaient en France. » Le rapport des deux dragons et ces deux lettres répaändirent au Cap. À une grande alarme. On disait dans les rues qu'Ogé avait soulevé les
slellèng de la plaine du Nord, au nom de la bber té et que des bandes innombrables d'esclaves roulaient comme des torrens vers la ville, ne laissant derrière elles que des cadävres de blancs assassinés, et des
ruines. Les autorités mieux informées , et ayant des renseignemens
certains sur l’attroupement d'Ogé, firent battre la générale et réunirent
800 hommes de troupes. Le général Vincent, à la tête de ce petit corps
- d'armée, prit le chemin de la plaine.
de la bber té et que des bandes innombrables d'esclaves roulaient comme des torrens vers la ville, ne laissant derrière elles que des cadävres de blancs assassinés, et des
ruines. Les autorités mieux informées , et ayant des renseignemens
certains sur l’attroupement d'Ogé, firent battre la générale et réunirent
800 hommes de troupes. Le général Vincent, à la tête de ce petit corps
- d'armée, prit le chemin de la plaine. Les mulâtres étaient réunis au nombre de deux-cent-cinquante environ lorsque le général Vincent les atteignit. Ils furentattaqués avec
vigueur. Mais les blancs furent bientôt découragés par la résistance HISTOIRE D'rarri(. 1790 } . 58
“qu'ils renconirérent. Ogé et Chavannes par leur audace soutenaient le
courage des leurs. ' La cavalerie de couleur finit par enfoncer Farmée
blanche , et par la mettre en pleine déroute. Vincent ne dut son salut
qu'à la vitesse de son cheval et rentra au Cap avec les débris de ses
troupes. Cette affaire jeta une si grande terreur pese les colons que
peusentfallut qu'on ne massacrât fes hommes de couleur du Cap.
Un conseil militaire chargé de diriger les opérations s'organisa aussitôt;
Ja’ tête d'Ogé fut mise à prix pour cinq cents portugaises, et le colonel
du. régiment, du Cap, Cambefort, reçut l'ordre de prendre le éommandement de 1,600 hommes de troupes de ligne , d'une compagnie d'artillerie , d’une de cavalerie, de deux-cents noirs ar més , et de disperser
ce rassemblement de bri gands. Ogé n'accueiliit jamais "le projet de Chavannes de soulever les esclaves, comme.les colons l'en ont accusé. ne demanda que la jouis:
sance des droits politiques pour les affranchis, c'est-à-dire pour les
moirs et les hommes &e couleur libres, el l'émancipation progressive
. des esclaves des deux couleurs. Il ne commit aucun assassinat dans
la plaine, et punit, au contraire, sévérement , plusieurs de ses cavaliers
ieR avaient tué un boucher blanc nommé Sicard. Aprés cette victoire, Chavannes lui proposa de nouveau de otléuér
les ateliers, mais ce fut en vain. Il ne parlait que du décret du 28
mars, ei de la nécesssité où se trouveraient les blancs ; contraints par
lan force dé la justice des réclamations des affranchis, de reconnaitre
leurs droits. Les colons eussent bien mieux comoris les argumens d'Ogé
présentés par 30,000 hommes armés autour du Cap. La nouvelle de
son succès avait grossi sa bande. Cambefort, avec 3,000 hommes environ et deux pièces de campagne, vint attaquer vigoureusement Îles hommes de couleur.
… Ogé sans arlillerie ne put longtemps luttér contre des forces supéHeures en nombre et en tactique. Il céda le terrain et se relira au
sommet du morne Beauséjour, où il attendit les blancs. Cambefort vint
By attaquer et le culbuta de nouveau. Après ce second @&æhec, Ogé ne
put plus retenir ses compagnons, Sous son drapeau La désertion se
mit dans leurs rangs, et il nenresta que vingt quatre autour de lui. I
résolut, ainsi que Chavannes , de seretirer Ga ins la colenie espagnole. Avant
de pénétrer dans les bois, ils mirent en liberté douze prisonniers blancs
en leur faisant pr omettre de respecter le décret du 28 Mars. Parvenu
à Hinche, Ogé fut arrêté, ainsi que ceux qui l'accompagnaient, et mis
en prison. Ses armes, ses effets, ses papiers furent saisis.
que vingt quatre autour de lui. I
résolut, ainsi que Chavannes , de seretirer Ga ins la colenie espagnole. Avant
de pénétrer dans les bois, ils mirent en liberté douze prisonniers blancs
en leur faisant pr omettre de respecter le décret du 28 Mars. Parvenu
à Hinche, Ogé fut arrêté, ainsi que ceux qui l'accompagnaient, et mis
en prison. Ses armes, ses effets, ses papiers furent saisis. …Chavannes qui s'était égaré dans les bois, débétiéhà dans le bourg
de St-Jean, et fut arrêté de la méme manière. Ce fut envain qu ils se
déclarèrent sous la protection du gouvernement espagnol. Ils furent
conduits à Sto-Domingo et emprisonnés à la Tour. - Pendant ce temps les blancs étaient rentrés en triomphe dans la villo C2
PORC UE «Ré 69 HISTOIRE D'HAITI 1790 )
…Chavannes qui s'était égaré dans les bois, débétiéhà dans le bourg
de St-Jean, et fut arrêté de la méme manière. Ce fut envain qu ils se
déclarèrent sous la protection du gouvernement espagnol. Ils furent
conduits à Sto-Domingo et emprisonnés à la Tour. - Pendant ce temps les blancs étaient rentrés en triomphe dans la villo C2
PORC UE «Ré 69 HISTOIRE D'HAITI 1790 ) | | ù é | .
du Cap avec des prisonniers auxquels ils avaient fait subir en chemin |
les plus mauvais traitemens, . à 44
M. Blanchelande dont nous ‘parlerons plus tard avait remplacé M. de
Peinier dans le gouvernement de St-Domingue. Ce dernier faussement
accusé d’être le protecteur des hommes de couleur avait donné sa dé:
mission. Un des premiers actes de Blanchelande pour se faire bien venir du parti colonial, fut de demander au gouverneur de la colonie eg
pagnole l’extradition d'Ogé, de Chavannes et de leurs complices, sé:
tayant sur un traité tombé dans l'oubli, existant cependant entre les
deux puissances. : | | | HE
Le gouverneur don Garcia, son assesseur, l’interprête public et un
notaire-greffier, réunis au quartier des vétérans, interrogérent les prisonniers au nombre de vingt six y compris deux esclaves. Ils furent
chaleureusement défendus par l'assesseur don Vicente Faura. Néanmoms
l'audience royale, le 21 Décembre 1790, décida quils seraient livrés
à leurs oppresseurs: SLA
Bianchelande et l'Assemblée du Nord, en demandant l’éxtradition des
conjurés avaient mis en avant le nom du gouvernement français afin de
n'être pas obligés d'envoyer solliciter en France, contre Ogé et Cha=
vannes, un décret qu’ils n’eussent pas obtenu de l'Assemblés: Nationale,
et pour ne pas laisser aux espagnols le temps de la réflexion. |
La corvette-!la Favorite, sous les ordres du capitaine Négrier , se
reudit à Sto-Domingo, prit à son bord les prisonniers et les ame:
na au Cap. : |
Quant à Vicente Faura, 1} excita l'admiration du roi d'Espagne qui
lui accorda des récompenses et des honneurs, * Le jour du-débar:
quement des prisonniers dans Ja ville du (Cap fut une fête pour les
blancs. Ces infortunés furent jetés dans de sombres cachots, et il ny
eut pas un mouvement en leur faveur. Le capitaine Négrier fut récompensé avec magnificence, et l'assemblée du Nord demanda au roi
de France la croix de St-Louis pour don Garcia. Le débonnaire Louis
XVI, conseillé par les aristocrates qui l'entouraient, crut bien faire en
accordant à l'Assemblée du Nord ce qu’elle lui avait demandé. >
On a vu que de Peinier avait cédé le gouvernement à M° de Blanchelande. Il avait été dégoûté des troubles de la colonie, et avait demandé sa démission au ministre Laluzerne. Il ne s'était si longtemps
soutenu qu'en opposant les révolutionnaires aux indépendans. l'avait
eu l'espoir d'établir l'autorité royaliste sur les ruines de ces deux partis,
et 1l avait assez bien réussi quand il abandonna le pouvoir. Dans les
premiers Jours de Novembre 1790 il était part pour France.
. Rouxel de Blanchelande, oflicier sans gloire militaire, composa âussitôt son conseil de M° Mauduit, de plusieurs autres aristocrates, et ne
déguisa pas ses projets contre-révolutionnaires en faisant emprisonner
l'avait
eu l'espoir d'établir l'autorité royaliste sur les ruines de ces deux partis,
et 1l avait assez bien réussi quand il abandonna le pouvoir. Dans les
premiers Jours de Novembre 1790 il était part pour France.
. Rouxel de Blanchelande, oflicier sans gloire militaire, composa âussitôt son conseil de M° Mauduit, de plusieurs autres aristocrates, et ne
déguisa pas ses projets contre-révolutionnaires en faisant emprisonner » * Géographie du citoyen B. Ardouin. STORE D'HAITI.—( 1791 ) 61 #8 de patriotes. Des félicitations qu’il reçut du nouveau ministre
e la marine Fleurieu et de Louis XVI, achevèrent de l'entraîner dans
le parti aristocratique. Il parcourut la province du Nord, supprima
les municipalités qui pouvaient contrarier ses projets, et revint au
Portau-Prince où 11 reçut une députation des sociétés populaires des
Cayes qui lui demandaient du secours contre les gens de couleur. Ceux-ci, dans le Sud, plus nombreux et aussi riches que les blancs,
se montraient redoutables, et avaient fait à la France-un don patriotique de six millions. En apprenant la révolte d'Ogé ils avaient pris
les armes en demandant l'exécution du décret du 28 Mars, et s'étaient
“réunis au nombre de 500 sur l’habitation Prou, quartier de la Ravine
Sèche, au milieu d'une gorge qui débouche dans la plaine du Fond.
ls mirent à leur tête plusieurs des leurs, Rigaud qui s'était fait remarquer par sen courage pendant la guerre de l'Indépendance amérigaine, Bleck, Remaray et Faubert. | Les blancs des Cayes, sous les ordres d’un ancien militaire nommé
Lefèvre Duplessis, marchèrent contre la Ravine Sèche et contraignirent
leur général à en venir aux mains avec les mulâtres. Après un rude
combat, et malgré le feu vif de leur artillerie, les blancs furent battus
et poursuivis au loin dans la plaine. M° de Blanchelande, répondant à l'appel de la ville des Cayes, y envoya le colonel de Mauduit. Le régiment du Port-au-Prince débarqua
au Port-Salut le 28 Novembre 1790. Mauduit se rendit aux Cayes et
marcha delà sur le camp de la Ravine. Les hommes de couleur menacés par des forces supérieures en nombre et en tactique se dispersèrent. Rigaud fut fait prisonnier, et ses
compagnons furent désarmés et traités avec hauteur par M° de Mauduit
qui leur dit: « Gens de couleur libres, je vous parle au nom de la
nation, de la loi et du roi; vous avez été égarés par de folles pré-
« tentions; vous ne devez jamais franchir la ligne de démarcation qui
« vous sépare des blancs vas pères et vos bienfaiteurs; rentrez dans
le devoir
ures en nombre et en tactique se dispersèrent. Rigaud fut fait prisonnier, et ses
compagnons furent désarmés et traités avec hauteur par M° de Mauduit
qui leur dit: « Gens de couleur libres, je vous parle au nom de la
nation, de la loi et du roi; vous avez été égarés par de folles pré-
« tentions; vous ne devez jamais franchir la ligne de démarcation qui
« vous sépare des blancs vas pères et vos bienfaiteurs; rentrez dans
le devoir Mauduit revint en triomphe au Port-au-Prince, après avoir désarmé
les pompons-rouges du Petit-Goâve et de Léogane. Il fit emprisonner
Rigaud qu'il avait amené et plusieurs autres hommes de couleur, entre
autres Pinchinat ; ce qui aigrit contre lui les affranchis. Quant aux
petits-blancs, ïls ne lui pardonnérent pas le désarmement des confédérés du parti révolutionnaire. | Après ces événemens il y eut une lueur de tranquillité dans la colonie. Le procès d'Ogé et de Chavannes s’instruisit pendant les mois
de Janvier et de Février 1791. Envain demandèrent-ils un défenseur.
Le 23 Février 1791 ils furent condamnés par ke conseil supérieur du
Gap, sans avoir été entendus, au supplice de la roue, comme eoupables du crime de rébellion. si
» L'Assemblée du Nord eut la barbarie d'insulter à leur malheur en
de tranquillité dans la colonie. Le procès d'Ogé et de Chavannes s’instruisit pendant les mois
de Janvier et de Février 1791. Envain demandèrent-ils un défenseur.
Le 23 Février 1791 ils furent condamnés par ke conseil supérieur du
Gap, sans avoir été entendus, au supplice de la roue, comme eoupables du crime de rébellion. si
» L'Assemblée du Nord eut la barbarie d'insulter à leur malheur en À :
AS
ï # »” | | ie
62 | HISTOIRE D'HAITI.—( 1791 ) ordonnant qu'ils ne fussent pas exécutés sur la place destinée au sujplice des criminels blanes , afin qu'un échafaud qui n'avait vu couler
jusqu'alors que le sang d’une race pure et souveraine, ne fut pas souillé
par un sang impur “tree
Au jour de Fexéeution (28 Février 4791) les condamnés couduits M
devant l'Eglise, nu-pieds, nu-tête, en chemise, la corde au couspor- M
tant chacun une torche de cire, au, milieu d'un peuple immense, déeclorèrent à genoux qu'ils se repentaient du crime qu ils avaient commis,
et qu'ils en demandaient pardon à Dieu. Bin
Au centre de la place d'armes était dressé un échafaud surmonté de
deux roues. Les- bourreaux les y atiachèrent la face tournée verswle
Gel, et à coups redoublis de barres de fer leur rompirentiles cuisses,
les jambes, les bras et les reins. Calmes et résignés ils ne Mirent eniendre aucune plainte. | 7
L'Assemblée du Nord, égarée par la haine qu'elle portait aux gens
de couleur, assista en corps: à cette exécution, comme à unefêtenatio*
nale. Quand ces victimes eurent fermé les yeux; elles éuréntia tête.
tranchée : celle d’Ogé fut exposée sur le chemin du Donûdon heu desa
naissance, celle de Chavannes sur le chemin de la Grande-Rivière:
Peu de jours après, deux autres Compagnons d‘Ogé furent rompus
vifss* vingt-un pendus, et treize condamnés aux galères à perpétuité:
Plusieurs auteurs et les colons ont prétendu qu'Ogé s'était montré
faible pendant sa captivité et le jour de son exécution, eh dénonçant
dans un testament ses principaux complices, el en se meltantà genoux -
en présence dé l'Eglise. up | ENT AS
Vincent Ogé mourut avec un rare héroïsme, et releva l’énergie des siens. »
Le testament dont on a beaucoup parlé et qu on lui attribue est de Jacques
Ogé son jeune frère; quant à la circonstance par laquelle il s'est mis
à genoux, on ne doit pas perdre de vue qu'il y fut contraint par la
formule du jugement de condamnation. Il cessa de vivre à l’âge de
35 ans. Il avait de la conviction et de la grandeur d'âme. | |
Après avoir respiré, en France, Flair de la liberté, et avoir frater- “
nisé avec les plus grandes célébrités de là Constituante, de retour dans «
son pays, 1] aima mieux mourir que de s’y replacer dans une condition dégradante. | cf
Au Port-au-Prince le parti royaliste perdait chaque jour de sa prépondérance ;° 1} n'était plus soutenu que par le régiment de Mauduit,
dont les soldats étaient cependant entourés de toutes les séductions de
la population. La eanaille blanche était dirigée par un aventurieritalien nommé Pralato et par une femme d'une grande taille et forte, nommée M."° Martin. Celle-ci toujours armée d’un sabre et de pistolets),
la tête chargée de plumes rouges, les épaules nues couvertes delongs
cheveux noirs, assistait à tous les clubs , ÿ haranguait le peuple qu'elle
de Mauduit,
dont les soldats étaient cependant entourés de toutes les séductions de
la population. La eanaille blanche était dirigée par un aventurieritalien nommé Pralato et par une femme d'une grande taille et forte, nommée M."° Martin. Celle-ci toujours armée d’un sabre et de pistolets),
la tête chargée de plumes rouges, les épaules nues couvertes delongs
cheveux noirs, assistait à tous les clubs , ÿ haranguait le peuple qu'elle . Lun était Jacques Ogé dit Jacquot frère de Vincent Ogé, » ‘ >
+ 4 x HISTOIRE D'HAITI.—( 1791 ) | 63 S'attachait par des distributions de pains et de viandes. Elle déployait
surtout contre le colonel de Mauduit un acharnement qui allait jusqu’à la
page. Sur ces entrefaites , de Blanchelande apprit parle journal le Courrier
de l'Europe que M° de Villages arrivait dans la colonie avec des troupes
connues par leur énergie révolutionnaire, Malgré les précautions du
gouverneur, de Villages parut dans la rade du Port-au-Prince le 24
Mars 4791. Il n'avait pas reçu les dépêches par lesquelles Blanchelande lui ordonnait de débarquer ses troupes au Môle St Nicolas. … Les pompons-rouges relevérent aussitôt la tête. se transporiérent à bord
des navires de l'escadre, en gagnèrent les équipages, et les portèrent
à la révolte. Blanchelande aulieu de déployer de l'énergie, de sévir
contre les rebelles, comme le lui conseiilait de Mauduit, voulut employer les voies de la douceur. Il se rendit à bord, fut insulté par les
maielots, el revint humailié au gouvernement. Une députation des
équipages vint auprès de lui, et ne craiguit pas de lui demander pour
quel motif il voulait envoyer l'escadre au Môle St-Nicolas.. Il eut la
faiblesse de montrer l'ordre du ministre de la marine et d'accorder aux
apitateurs , contre Flavis de Mauduit , trois jours pour se rafraîchir
avant de partir, | Mauduit plein d'indignation entendait le tonnerre qui devait le foudroyer; mais les ordres du gouverneur lui ôtaient la faculté d’agir.
Cependant 11 se montrait calme et disposé à affronter tous les dangers. Les condescendances de Blanchelande au’ lieu de calmer les équipages avaient rendu la révolte générale à bord des bâtimens de l'escadre, le Fouguux, le Borce, la Prudence et l'Uranie. Les régiments
d'Artois et de Normandie débarquérent avec les matelots. La plus
grande fermentation régnait dans la ville. Les soldats furent portés en
triomphe ; et par les insinuations des habitans , il refusèrent de fra
terniser avec ceux du régiment du Port-au-Prince qu'ils traitèrent de
vils instruments de la tyrannie. Les grenadiers de Mauduit honteux
- d'être appelés aristocrates abandonnèrent leur colonel et firent cause
<ommune avec la populace. |
Artois et de Normandie débarquérent avec les matelots. La plus
grande fermentation régnait dans la ville. Les soldats furent portés en
triomphe ; et par les insinuations des habitans , il refusèrent de fra
terniser avec ceux du régiment du Port-au-Prince qu'ils traitèrent de
vils instruments de la tyrannie. Les grenadiers de Mauduit honteux
- d'être appelés aristocrates abandonnèrent leur colonel et firent cause
<ommune avec la populace. | Les hommes de couleur de leur côté, humiliés et irrités depuis l’affaire de la cocarde jaune, se joignirent aux petits blancs; et sur leur
demande, les agitateurs se transporièrent à La prison et mirent en
hberté Rigaud, Pinchinat et plusieurs autres. Les partisans de l'ancien comité de l'Ouest , quand ils se virent maitres des forces de la ville, se rendirent au palais du gouvernement,
demandérent à Blanchelande la suppression de la corporation des pomons-blancs, le rétablissement de la garde nationale et du comité de
Ouest, la reddition des drapeaux des pompons-rouges, et celle des
registres des districts. Blanchelande eut la faiblesse de tout accorder. Pendant ce temps, Mauduit était seul chez lur; ses soldats qui, la veille,
lui avaient juré de mourir à ses côtés l'avaient abandonné. La foule se
&ansporta en sa demeure, l'en arracha, le traina au gouvernement pour 6t pisToire DHAITI.—( 1791 )
Y prendre aussi Blanchelande, afin de les conduire ensemble au comité
de l'Ouest qui s'était déjà organisé. Au milieu de cette agitation générale , le gouverneur, avait presque perdu la tête. N'osant faire Bee
à l'orage il s'était sauvé par une porte dércbée du palais , et s'était
retiré à deux lieues de la ville sur une habitation où il s'était cachés
en attendant l'issue des évènenens. | Mauduit fut ramené en sa demeure au milieu d'un peuple de forcenés
qui l'insuliaient , brisaient les meubles de sa maison. 1 -fat contraint
de leur livrer les drapeaux de la garde nationale enlevés dans. la nuit
du 29 au 80 Juillet 1790. Une compagnie des grenadiers de son régiment les transporta dans la
salle du comité. Alors là multitude demanda à grands cris que de
Mauduit vint présent er ses excuses aux membres du comilé réunis à l'église. Il sortit de chez lui au milieu des imprécations de la foule qui, ; excitée par madame Martin, voulait le déchirer. Quand àl fut arrivé près du local du comité populaire , il déclara qu'il ne ferait pas amende. honorable, qu'il avait toujours agi dans Finterêt de la patrie: A la lenterne l'aristocrate ! fat le cri qui sortit de la foule. De. Mauduit demeura ferme et répondit à la muilitude par un sourire de
mépris. Les femmes furieuses qui entouraient madame Martin sejetèrent d'abord sur lui; ses grenadiers, la veiile si fidèles, partagéreut la
rage du peuple, se saisirent de lui, et un sapeur de son régiment
agi dans Finterêt de la patrie: A la lenterne l'aristocrate ! fat le cri qui sortit de la foule. De. Mauduit demeura ferme et répondit à la muilitude par un sourire de
mépris. Les femmes furieuses qui entouraient madame Martin sejetèrent d'abord sur lui; ses grenadiers, la veiile si fidèles, partagéreut la
rage du peuple, se saisirent de lui, et un sapeur de son régiment Jui traneha la tête.* Ses ébaulettes furent aussitôt arrachées , ses membres coupés jetés ça et là, et sa tête poriée au bout d'une pique par
toute la ville. Madame Martin, femme blanche, trancha avec un couteau ses parlies génitales, et les porta chez elle en triomphe, LEE Quand ces scènes d'horreur furent terminées, le peuple se rendit, à
. Péglise où fut chanié avec pompe un Te-Deum. Le soir de cette hor:
rible journée la ville fut illuminée, et les navires de la rade pavoisés,.
lancérent tant de fusées qu'on eût dit une pluie de feu. Pas un seul colon ne manifésia quelque piué pour M. de Mauduit. Cependant 1l était blanc et un des fermes soutiens de l'esclavage
mais ceux que l'habitude de la tyrannie domine, peuvent-ils éprouver
quelque compassion, à la vue du sang , même pour leurs semblables. Un des esclaves noirs de Mauduit nommé Pierre, se montra inconsolable : il réunit les membres de son maitre, épars * dans les différents
quartiers de la ville, et les enterra près du cimetière; car le clergé r D'après le rapport des offieiers du régiment du Port-au-Prinee, à VAS
semblée nationale, sur cet événement, Mauduit, fut tué vis-à-vis deMa: maison Bouzigue, rue du DRE, près de la rue des Fronts-Forts ets
tenait le comité. | _#* D biens écrivains européens ont avancé à tort que Mme. Martin
était une femme de couleur, Mme. Martin était une blanche provençalgdoit. sc dd le da SC nn à ion 2 | HISTOIRE D'HAITI.—( 1791 ) | 66 lui avait refusé la sépulture, les révolutionnaires voulant que son cadavre deviat la pâture des chiens et des oiseaux de proie. Pierre se jeta ensuite sur la tombe de son maître, adressa à Dieu
une courte prière, et se brüla la cervelle. Voilà un de ces hommes qui, d’après les blancs , étaient privés de
toute sensibilité, et n'appartenaient pas méme à la race humaine, Caradeux , habitant de la plaine du Cul-de-Sac, dont nous connaissons déjà la cruauté, fut nommé par les petits- blancs capitaine gés
néral de la garde nationale et remplaça M° de Blanchelande. Cet
aventurier italien nommé Praloto, célèbre par toutes sortes de fprfaite,
prit la place de M° de Merveillère , chevalier de -St-Louis, inspecteur
des fortifications. Il rendit formidable l'artillerie de la garde nationale qu'il commandait depuis les premiers troubles de la colonie.
connaissons déjà la cruauté, fut nommé par les petits- blancs capitaine gés
néral de la garde nationale et remplaça M° de Blanchelande. Cet
aventurier italien nommé Praloto, célèbre par toutes sortes de fprfaite,
prit la place de M° de Merveillère , chevalier de -St-Louis, inspecteur
des fortifications. Il rendit formidable l'artillerie de la garde nationale qu'il commandait depuis les premiers troubles de la colonie. La municipalié, qui fut la première du Port-au-Prince, se donna
les attributions de l’Assemblée provinciale, supprima la place d'intendant, nomma de nouveaux membres au conseil supérieur du Port-aue
Pince et s attribua les fonctions de lieutenant du roi. Cette révolution consommée le 5 Mars 1791, abattit entièrement le
parti royaliste dans les provinces de l'Ouest et du Sud ; et la basse classe
blanche prit l'autorité dans la ville du Port-au Prince qui gémira de ses
brigandages et de ses fureurs. Elle dominera seule, persécutera la classe
riche etsrefusera de se metire en contact avec les hommes de couleur
qui ne feront respecter leurs droits que les armes à la main. Quoique les afranchis n'opposassent en général que de la résignation
aux injustices des blanes, quelques families de couleur, dans les câmpagnes , répomlaient avantageusemeut aux attaques dirigées contre elles. Buisson Desmarres occupait au Fond Parisien une habitation qui
était sa propriété. Un jour, au lever du soliel, il était assis seul devant sa grande case. Un blanc, son voisin, dont l'insolence était con
nue des hommes de couleur, passa devant lui, et lui dit : on te prendrait pour un seigneur; les mulets comme toi, attelés aux cabrouets,
né devraient-ils pas être déjà au jardin? A ces paroles insultantes
Buisson Desmarres se lève, saisit le blanc à la gorge d'une main de
fer, le renverse à ses pieds et lui applique deux soufflets. Le colon
so releva honteux et écrasé sous le poids de tant d'audace. Il monta
aussitôt dans sa voiture, et partit pour le Port-au-Prince avec Îles
traces pourprées sur ses joues de la violence du mulâtre. Desmarres revenu à lui-même vit le danger où il s'était jeté : battre
un blanc était alors non pas un assassinat, mais une conspiration qui
entrainait les suites les plus graves. Cependant il ne se découragea pas:
il réunit ses amis, les Poisson , les Renaud, plusieurs autres habitans
de couleur , qui jurérent de partager ses périls. Le blanc en arrivant au Port-au Prince raconta sa mésaventure qui exclla une indignation générale : il ne fut bruit que de cette affaire; de toutes parts l'on n'entendait que ces mots : Un Mulâtre a osé battre un blaac!! 69 ÉISTOIRE D'HatTt.—( 1791 ) Aussitôt après cinquante cavaliers partirent pour le Fond Parisien. Bes:"
marres, averti de leur arrivée, réunit ses amis, et se détermina à la
résistance. Cette énergique résolution provenait du désespoir. Hls savaient tous que leurs familles allaient être maltraitées, emprisonnées |
et que leurs biens seraient confisqués. Mais ils préféraient la mort à
tant d'humiliations. Ils s’embusquérent dans le chemin par où devaient:
arriver les blancs. Quand ceux-ci parvinrent sur l'habitation Buisson,
verti de leur arrivée, réunit ses amis, et se détermina à la
résistance. Cette énergique résolution provenait du désespoir. Hls savaient tous que leurs familles allaient être maltraitées, emprisonnées |
et que leurs biens seraient confisqués. Mais ils préféraient la mort à
tant d'humiliations. Ils s’embusquérent dans le chemin par où devaient:
arriver les blancs. Quand ceux-ci parvinrent sur l'habitation Buisson, ils essuyèrent le feu de l'embuscade et perdirent un des leurs. _ + Aussitôt, les blancs en fureur se répandirent dans les Jardins de cannes, en tirailleurs; mais la petite bande des hommes de couleur, commandéé par Poisson, le plus âgé d’entre eux, manœuvra si bien, ayant
la connaissance des localités, qu’elle mit les blancs en pleine déroute,
leur tua plusieurs hommes et en blessa un grand nombre. Les cavaliers se rallièérent sur l'habitation Rebus.. Les hommes de couleur sans
perdre le temps en de vaines joies dressèrent une embuscade sur le“
chemin du Portau-Prince; le lendemain les blancs s en retournant:
furent accueillis parun feu vif des deux côtés du chemin , et mis en:
déroute après avoir encore perdu quelques hommes. | Poisson, sans attendre des nouvelles du Port-au-Prince, se disposa
à résister à de nouvelles attaques, et à se ménager une retraite dans
la partie espagnole, au cas que la fortune tournât contre fui. Les
hommes de couleur armèrent leurs esclaves les plus intrépides,, et envoyèrent les nommés Desruisseaux et Ferrier demander des secours aux
paroisses voisines ; mais les hommes de couleur des autres quartiers,
tenus en respect, ne purent faire aucun mouvement. We L'autorité du Port-au-Prince, inctruile de ce qui s'était passé, fit.
partir pour le Fond-Parisien le régiment d'Artois, un bataillon de la
garde nationale blanche et une compagnie d'artillerie. Ils arrivèrent
sur l'habitation Desmarres au nombre de 4,500 hommes, la trouvérent
abandonnée et l’incendièrent, ai À Les hommes de couleur ayant reconhu l'inutilité de la résistance
avaient atteint avec leurs familles les frontières de là colonie espagnole.
Arrivés sans obstacles au bourg de Neybe, ils écrivirent au gouverneur de Santo Domingo pour lui demander asyle et protection. On
leur répondit qu'ils pourraient devenir propriétaires et sujets espa- *
gnols, s'ils le voulaient, et qu’une pension mensuelle leur serait allouée tant qu'ils resteraient dans les états de Sa Majesté Catholique. Hs
rentreront bientôt dans leurs foyers, à la faveur des révolutions qui.
ne tarderont pas à éclater. | "00e 2791. Sommaire. La Constituante décrète que trois commissaires séront envoyés à Maint
Demingue.—Décret du 15 Mai 1791HÆfets de la nouvelle de ce décret à SaintDomingue.—Les affranchis se réunissent au Mirebalais —Seconde assemblée coloniale—Ælle se transporte au Cap—Blanchelande pour trouver des auxiliaires contre les Indépendañs, excite à la révolte: les: esclaves du Nord. Réunion à Lenormand Insurrection générale — Les blancs de tous les partis égorgés dans les
campagnes.— Jeannot attaque le Cap.—Candy.— Projet d'indépendance de !’Assembléo coloniale. — Rouvrai.— L'assemblée coloniale demande des secours à l'Angle_ terre.— Les insurgés s'organisent — Jean François et. Biassou. — Ils attaquent le
Cap.— Boukman.— Feannot et Jean François se divisent. Mort de Jeannot —Prise
Nord. Réunion à Lenormand Insurrection générale — Les blancs de tous les partis égorgés dans les
campagnes.— Jeannot attaque le Cap.—Candy.— Projet d'indépendance de !’Assembléo coloniale. — Rouvrai.— L'assemblée coloniale demande des secours à l'Angle_ terre.— Les insurgés s'organisent — Jean François et. Biassou. — Ils attaquent le
Cap.— Boukman.— Feannot et Jean François se divisent. Mort de Jeannot —Prise » du camp Galifet— Casa Major. — Thouzard— Les gens de couleur chassés du
Port-au-Prince —Réunion chez Rastau.—Bauvais nommé eapitaine-général des affranchis.— Camperment de Uiègue.— Combat de Nérette- Bataille de Pernier. — Les
aflranchie au Trou Caiïiman— Concordat des hommes de couleur avec les blanes
royalistes — Concordat avec les petits blancs. — Entrée‘ solennelle des affranchis au
Port-au-Prince — Affaire des Suisses. — Décret du 24 Septembre 1791.— Deux partis
dans l'assemblée coloniale — Affaire du 21 Novembre {791.— incendie du Portau-Prince— Adresse des hommes de eouleur.de l'Ouest à leurs frères. — Grrimo-:
ard.— Les affranchis assiègent le Pert-au-Prince.-— Garran. Coulon demande à la
Iégislative la confirmation du concordat de Damiens. | En France le parti colonial ne cessait de s’agiter, contrariant tous
les projets des philantropes en faveur des colonies. Malgré toutes les
intrigues du club Massiac, et des quatre-vingt cinq députés de l’Assemblée de St-Marc retirés à Paris, l'Assemblée constituante décréta
en Février 4791 que trois commissaires seraient envoyés à St-Domingue
pour y rétablir la tranquillité. Ce fut envain que les 85 contrarièrent
cette mesure. Polvérel dont nous parlerons plus,tard, et Lacrételle,
leur refusèrent le sccours de leurs talens, ne-voulant pas contribuer à
arrêter à St-Domingue le développement de la liberté. Ges manœuvres
quoique opiniâtres ne purent conrprimer l'essor des idées philantropiques :
plusieurs villes de France, entre autres, Bordeaët, Angers et Chalons
ÿrent des réclamations en faveur des Affranehis ; et le 15 Mai 4791, 65 | HISTOIRE p'HAITI.—( 1791 ) ; la constituante décréta que les hommes de couleur nés de pères et
mères libres jouiraient de tous les droits politiques. Les colons se saisi
rent de cette occasion pour calomnier FAssemblée nationale de France
ils publiérent qu’elle voulait livrer la colonie aux Anglais en y excitant In
guerre civile; et Cormier, président d@ club Massiac, exhorta les plan«
teurs qui étaient à Paris, à se rendre à St-Domingue pour y combattre
les principes révolutionnaires. Daugy, un des 85, par une lettre aux
habitans de la province du Nord, les excita à se rendre indépendans,
s’étayant sur ces mots foudroyants pour le système colonial, sortis
de la constituante: périssent les colonies plutôt qu'un principe.
Anglais en y excitant In
guerre civile; et Cormier, président d@ club Massiac, exhorta les plan«
teurs qui étaient à Paris, à se rendre à St-Domingue pour y combattre
les principes révolutionnaires. Daugy, un des 85, par une lettre aux
habitans de la province du Nord, les excita à se rendre indépendans,
s’étayant sur ces mots foudroyants pour le système colonial, sortis
de la constituante: périssent les colonies plutôt qu'un principe. Ge fut le 30 Juin que la nouvelle du décret du 45 Mai arriva au
Cap, par un navire nantais. ‘Tous les préjugés coloniaux se _soulevè"
rent aussitôt: les planteurs renièrent ouvertement la France, et firentu
des préparatifs militaires, pour s'opposer à l'exécution du décret. At
Port-au-Prince, les petits-blanes qui y dominaient, tinrent la même
conduite, et formèérent une confédération contre l'autorité de la Méz
tropole. La classe blanche éprouva la même sensation dans toute las
. colonie. | | Que de passions contraires les événemens ne font-elles pas éclater à
Partout le fort opprime le faible et partout les réactions sont terribles,
La France se livrait aux excès d'une révolution que la tyrannie’ du cler
gé et de la noblesse avait fait naître; à St-Dominguc les colons, voyant
sortir de l’Assemblée Nationale des décrets qui n'étaient pas en harmonie"
avec leurs intérêts, accusaient les philantropes qui en formaientla majow
rité, d'être vendus à l'Angleterre. L'abbé Maury, Linguet et la gazette»
de Paris gagnée par ke elub Massiae, avaient répandu dans toutes
la France des écrits fulminants contre la Constituante. Ils prétendaients
que Lafayette, le démagogue, avait emporté le décret du15 Mai, à la
tête de dix-mille hommes ; que FAssemblée Nationale |, devenue li-«
bre dans ses délibérations, avait témoigné son repentir d’avoir adopté
le décret, que l'ambassadeur anglais l'avait expédié à son gouverne“
ment comme un témoignage de la démagogie qui bouleversait la Fran
ce, et que l'Angleterre allait déclarer la guerre au gouvernement fran-.
çais. Ce UE Ho Re
. Tous les bordelais qui se trouvaient alors au Cap et au Port-auPrince faillirent d'être massacrés, parce que les blanes de la colonie
n'ignoraient pas que les citoyens de Bordeaux avaient proposé à l'AS
semblée constituante d'envoyer à S'-Domingue une partie de la garde na
tionale de leur ville, pour y faire exécuter le décret du 145 Mai. On
parla de se livrer à l'Angleterre qui maintiendrait l’ancien système co
lonial; et le drapeau britannique déployé dans une assemblée qui sex
réunit à celte occasion fut accueilli par de grandes acclamations. Ce“
pendant les blancs n’osérent ni proclamer l'indépendance de St-Domin=«
gue, ni déclarer la eolonie possession anglaise. J
ville, pour y faire exécuter le décret du 145 Mai. On
parla de se livrer à l'Angleterre qui maintiendrait l’ancien système co
lonial; et le drapeau britannique déployé dans une assemblée qui sex
réunit à celte occasion fut accueilli par de grandes acclamations. Ce“
pendant les blancs n’osérent ni proclamer l'indépendance de St-Domin=«
gue, ni déclarer la eolonie possession anglaise. J + Les hommes de couleur ne pouvaient rester plus long-temps pais €
e
:
HISTOIRE D'HAIST,æ( 1791 ) | «68 bles spectateurs de toutes ces luttes. fndignés de l'injustice constante
des blancs à leur égard , ils cesséreht de suivre les conseils pacifiques
de Julien Raymond. Les planteurs étaient d'autant plus irrités contre
_ les affranchis que ceux-ci sincèrement attachés à la France révolution.
_ maire, refusaient de seconder leur projet d'indépendance dont le but
_ était le maintien de l’ancien régime ou de la servitude. Dans une de
leurs lettres du 27 Juillet 1790, ils avaient dit: « nous périrons fran-
«ais, et nous noüs envelopperons dans le drapeau de la France qui
_« nous servira de suaire., » KT
Déjà dans la plaine du Cul-de-Sac ils avaient des réunions secrètes
ét suivaient l'impulsion d’un des leurs nommé Pinchinat, vieillard instruit, élevé en Europe. La promesse faite par Blanchelande de ne pas
exécuter le décret du 45 Mai, avait achevé de les exaspérer. Du reste quelle eonfiance pouvaient-ils avoir dans l'assemblée coloniale , quand
_11S la voyaient dominée par des hommes tels que Page et Bauvois
auteurs de. plusieurs écrits dans lesquels ils étaient assimilés aux brutes.
_ Les hommes de couleur du Nord n'avaient pas une aussi grande liberté
d'action que ceux de l'Ouest: depuis le supplice d’Ogé , des échafauds
éfaient dressés de toutes parts, et les blancs les surveillaient activement; aussi paraissaient-ils abattus et découragés. |
«À la voix de Pinchinat les affanchis s’établirent ouvertement au Mirebalais, et demandèrent mais en vain l'exécution du décret du 45 Mai
à Blanchelande qui traita leur pétition d'absurde et de criminelle.
Alors ils se réunirent dans l'église de ce bourg et nommèrent dans la
éfaient dressés de toutes parts, et les blancs les surveillaient activement; aussi paraissaient-ils abattus et découragés. |
«À la voix de Pinchinat les affanchis s’établirent ouvertement au Mirebalais, et demandèrent mais en vain l'exécution du décret du 45 Mai
à Blanchelande qui traita leur pétition d'absurde et de criminelle.
Alors ils se réunirent dans l'église de ce bourg et nommèrent dans la même journée quarante délégués chargés d'employer les moyens les plus
énergiques pour faire triompher leurs droits. [ls avaient choisi le Mirebalais pour le centre de leurs opérations , parce que ce lieu entouré de
hautes montagnes est presque inaccessible, :
La main Divine paraissait couvrir d’un bandeau les yeux des colons
afin qu'ils ne découvrissent pas la justice des réclamations des Op=
Primés , ni les suites terribles de leurs crimes; car rendre son semblable esclave est le plus grand des crimes. Elle les conduisait à leur
rume : les prières, les plaintes des Affranchis étaient *montées au ciel,
ainsi que les gémissemens des esclaves. Les nègres et les mulâtres,
comme les autres hommes sentaient l'injustice. La vengeance est si
_ douce pour ceux qui ont souffert dans la servitude ! Comment les coJons nont-ils pu prévoir que cette masse d'esclaves les eût un jour
étouffés , révoltée de tant de violences deven®es insupportables ? Que
demandaient les anciens libres? l'égalité devant la loi, l'exercice des
droits politiques. Mais de telles prétentions remplissaient de rage le,
cœur des créoles blancs. Les Affranchis , sans espoir, après tant
d'humiliations, d'obtenir par les voies de l'équité, ce qui leur était
dù, souifrirent avec résignation, agirent dans l'ombre, et lorsque
leurs opresseurs les croyant terrassés, dormaient sans remords dans
leurs brillants palais, les flammes d’une insurrection générale illumie : 48. : ( asrore D'uaiti.—( 1794 ) nérent St-Domingue. Alors le blanc voyant ses édifices éclairer lesréjouissances de nos péres, le sang ruisseler dans les campagnes, le.
sang qui n'avait jamais ému son cœur, frissonna de terreur , et. * maudit peut-être mais trop tard son orgueil. Il pleura à son tour & M Ja vue du sang; car ce sang qui inondait Îles plaiocs n’était plus le
nôtre ; les têtes qui bordaient les grands chemins sur des piques, n'étaient plus les nôtres, et les cadavres qui servaient de pâture aux oiseaux
de proie et aux chiens, n'étaient plus ceux des enfans de l'Afrique. Les blancs craignant les prétentions des affranchis se hatérent de former la seconde assemblée coloniale avant que le décret du 15 Mai fat mis à exécution. Cette nouvelle assemblée se réunit à Léogane ‘en Juillet 4791. Elle s'ouvrit le 1.% Août, sous la présidence du, marquis de Cadusch ardent contre-révolutionnaire, et se montra ani: mée du même esprit d'indépendance que l'assemblée de Si-Mare. Elle ! appela à sa barre le gouverneur Blanchelande, et lui fit jurer qu'il
la seconde assemblée coloniale avant que le décret du 15 Mai fat mis à exécution. Cette nouvelle assemblée se réunit à Léogane ‘en Juillet 4791. Elle s'ouvrit le 1.% Août, sous la présidence du, marquis de Cadusch ardent contre-révolutionnaire, et se montra ani: mée du même esprit d'indépendance que l'assemblée de Si-Mare. Elle ! appela à sa barre le gouverneur Blanchelande, et lui fit jurer qu'il n'exécuterait pas le décret du 45 Mai lorsqu'il arriverait officiellement, \ Blanchelande our éviter une explosion et pour ne pas être décaQ ? he P su . pa pité, céda à l'eflervescente populaire.
Nous avons vu que depuis l'assassinat de Mauduit, Blanchelande | s'était retiré au Cap devenu la capitale de la colonie. Comme cette
ville était bien plus hostile aux idées nouvelles que la province de Ouest , l'assemblée coloniale, par un décret en date du 9 Août, Sy
transporta. | j NS _ Blanchelande et les autres chefs royalistes, aveuglés par l'esprit de
parti, pour combattre l'influence de l'assemblée coloniale dont tous les
efforts tendaient vers l'indépendance de S'-Domingue, se déterminèrent
à soulever les ateliers de la province du Nord, comme de Mauduit
avait, dans l'Ouest, pendant un moment , réuni lés gens de’couleur
contre les petits blancs. Ils firent sans peine adopter ce projet à des
hommes victimes de toutes sortes d’atrocités, et entendant retentir à leurs oreilles le mot de liberté. Ge fut à Toussaint, esclave de lha-u bitation Bréda au haut du Cap, qui se faisait remarquer parmi les siens par une rfre intelligence et une grande piété, que les blancs royalistes firent d’abord l'ouverture de ce projet. Ces dangereux auxiliaires que l'instinet seul de la liberté eût portés à la révolte, ne pourront être conduits par leurs instigateurs dès qu’ils auront pris les armes. Au Trou Bordet, au Boucassin, aux Vases, les ateliers s'étaient
déjà agités. e Dans la nuit du 44 Août 1794, 200 députés des ateliers de la province du Nord se réunirent sur l’habitation Lenormand. Là, un homme de couleur leur donna lecture d'un prétendu décret, par lequel le roi leur aecordait trois jours de liberté par semaine. Il y fut décidé .que le 22» du même mois l'insurrection serait générale. |
+ Au jour fixé, à dix heures du soir, des tourbillons de flammes sortant du quartier de PAcul et s’élançant dang l'espace, dons Histoire D'Hatti.—{ 1791 7 Yrént le signal de riéitisénhn Les esclaves mirent à leur tête
Jean François qui eut pour lieutenants Boukman et Flaville. Ils les
portèrent en triomphe au son d'une musique africaine qui répandit
partout la terreur. Toute la plaine du Nord fut à feu ct à sang;
él dans les campagnes , les blancs de tous les partis tombèrent sous
les coups de leurs esclaves qu'ils avaient torturés sans pitié, pendant
de nombreuses années. Ceux qui échappérent au massacre vinrent
augmenter au Cap l'effroi qui y régnait déjà. Les blancs de cette
ville se voyant entourés de hux-mille esclaves, et croyant les gens de
couleur les auteurs de cette insurrection, se jetérent sur eux dans les
rues et en massacrérent un grand nombre.
blancs de tous les partis tombèrent sous
les coups de leurs esclaves qu'ils avaient torturés sans pitié, pendant
de nombreuses années. Ceux qui échappérent au massacre vinrent
augmenter au Cap l'effroi qui y régnait déjà. Les blancs de cette
ville se voyant entourés de hux-mille esclaves, et croyant les gens de
couleur les auteurs de cette insurrection, se jetérent sur eux dans les
rues et en massacrérent un grand nombre. Blanchelande, effrayé de son œuvre, mit aussitôt le Cap en état de
défense , et fit partir le colonel de Thouzard à la tête d'un régiment peur
reprendre le Limbé. En même temps de nombreux insurgés , sous les
ordres d'un nommé Jeannot, attaquérent le Cap avec la fareur de la
rage et le fanatisme de la liberté. En vain la mitraille moissonnait ces hommes qui préféraient la mort
à l'esclavage : nus et sans armes la plupart, ils venaient expirer sur
les canons et ia baïonnetie. Hs prirent le fort Bongars et en passèrent
là garnison au fil-de l'épée. Thouzard, entendant le canon du Cap,
rétrograda » ACCOurut au secours de cette ville, et contraignit Jeannot
à "abandonner sa proie. Déjà 220 sucreries et 600 cafeiries avaient
été fivrées aux flammes. Dans la nuit de l'insurrection générale, Candy, homme de is
avait pris les armes dans les environs de Ouaneminthe, à la tête d’un
grand nombre des siens, la plupart condamnés par contumace dans
l'affaire d'Ogé. Les communications entre le Nord et l'Ouest furent.
Interceptées ; et les députés de l’Assemblée coloniale qui voulurent se
rendre au Cap par terre furent obligés de traverser la colonie espagnole; et d'atieindre le Fori-Dauphin, d'où ils se rendirent à leur destination. Deux d'entr eux, Moins prudens que les autres, Odelueq et
Daverhoult pénétrèrent dans la provinæ du Nord, furent pris au set
Galifet, et sciés entre deux planches. L'assemblée coloniale étrangère aux manœuvres des chefs royalistes,
attribua ces révoltes aux principes révoiutionnaires, et se déterminæ
à se détacher de la métropole, au moins pendant les tourmentes de
Panarchie qui régnait en France. On effaça de la salle des séances cette
inscription : la nation, la loi et le roi. Cadusch, président de l'assembiée, ôta de son chapeau la cocarde tricolore, et la remplaça par
la cocarde noire, sans opposition de la part de Blanchelande qui luie’
même fit prendre à l'armée la cocarde jaune et verte en attendant une
occasion favorable d’arborer le drapeau blanc. Le gouverneur nomma
de Rouvrai, ardent royaliste, commandant général de la partie orientale de la dépendance du Nord. Rouvrai établit des camps au Trou,
à Vallière, et protégea les plaines du Fort Dauphin, Dans son eamp,
, et la remplaça par
la cocarde noire, sans opposition de la part de Blanchelande qui luie’
même fit prendre à l'armée la cocarde jaune et verte en attendant une
occasion favorable d’arborer le drapeau blanc. Le gouverneur nomma
de Rouvrai, ardent royaliste, commandant général de la partie orientale de la dépendance du Nord. Rouvrai établit des camps au Trou,
à Vallière, et protégea les plaines du Fort Dauphin, Dans son eamp, #8 ‘ à gisroine p’Harti'—( 1791 ) | ainsi que dans celui des insurgés, le drapeau blanc flottait au Îieüs
du drapeau tricolore. Les esclaves considérant Louis XVI comme un
roi victime de son dévouement à la cause des noirs, avaient pris lan
dénomination de gens du roi. Les espagnols qui n'avaient pu empês
cher la révolte d’éclater, leur inspiraient aussi ces idées afin, en les,
égarant, de les exciter contre la révolution française qui seule vou
Jait leur émancipation.
:. Sur la proposition de Eadusch, l’Assemblée coloniale arréta quel
des secours seraient demandés à l'Angleterre, à l'Espagne et aux États:
Unis; et un de ses membres, Mr. Beugnet fut envoyé à cet effet à
Ja Jamaïque dont le lord Effingham était le gouverneur. Il ne put
obtenir que 500 fusils, 450 livres de balles. Lord Effiagham miten
outre un navire de guerre anglais à la disposition de l'Assemblée co=
loniale. Mr. Bryan Edward président de l'Assemblée générale de lan
Jamaïque vint au Cap avec l'amiral Affleck. L'Assemblée colonrale vôta
des remercimens à Pitt, ignorant ces paroles du ministre anglais : Je
veux que les français prennent leur café au caramel. | 4
La révolte se propageait partout ; cependant les habitans montraient
pan de zèle pour létouffer, méprisant les esclaves, et pensant qu'ils
Jes feraient rentrer dans le devoir quand iks voudraient s'en donner
la peine. De jeunes colons blanes, sous l'influence de ces idées,
chargèrent , armés de fouets , des bataillons innombrables de révoltés,
furent pris , pendus et écorchés. Au Cap, des échafauds étaient dressés nuit et Jour, et les esclaves faits prisonniers étaient rompus sur
la roue, ou brüûlés-vifs. Deux membres de l’Assemblée provinciale assistaient toujours à ces horribles exécutions. Quant aux insurgés qui
se rendaient, on leur appliquait sur la joue un fer rouge portant la
Jeitre R (révolté) afin que sur les habitations ils ne fussent pas cons
fondus avec les esclaves fidèles. jé | 4
Pendant ce temps les bandes s’organisaient. Jean François prit le ti.
tre de grand amiral de France et de général en chef; ét Biassou , son
lieutenant, celui de vice-roi des pays conquis. Ils dominaient ces ban="
des composées de congos, de mandingues, d'ibos, de sénégalais etc,
tant par la supériorité de, leur intelligence que par là superstition. Is”
établirent parmi elles une disciplinesévère, et se montrèrent aussi fierset
aussi cruels envers les leurs que leurs maîtres l'avaient été à leur égard.
_. Jean François devenu souverain, pour inspirer du respect à la masse des
insurgés, s’entourait du plus grand luxe, au milieu des ruines fuman-"
tes de la plaine du Nord. Il portait un habit de général couvert de
galons, chargé de cordons et de croix dont il avait dépouiilé des officiers blancs. Il parcourait les rangs de ses bandes, soit monté sur un.
cheval richement eaparaçonné, soit dans une voiture traînée par quatre chevaux , tantôt blancs, tantôt noirs. Quant à Biassou, il s'en-*
tourait de sorciers, de magiciens , et en formait son conseil. Sa tente
était remplie de petits chats de toutes les couleurs, de couleuvres, !
de cordons et de croix dont il avait dépouiilé des officiers blancs. Il parcourait les rangs de ses bandes, soit monté sur un.
cheval richement eaparaçonné, soit dans une voiture traînée par quatre chevaux , tantôt blancs, tantôt noirs. Quant à Biassou, il s'en-*
tourait de sorciers, de magiciens , et en formait son conseil. Sa tente
était remplie de petits chats de toutes les couleurs, de couleuvres, ! HISTOIRE D'HAITI.—( 1%91.) +3 d'os de morts ét de tous les autres objets, symbole des “superstilions
africaines. Pendant ‘da nuit de grands feux étaient allumés dans son
“camp; des femmes nues exécutaient des danses horribles autour de ces
feux, en faisant d'effrayantes contorsions , et en chantant des mots qui
ne sont compris que dans les déserts de l'Afrique. Quand l’exaltation
était parvenue à son comble, Biassou suivi de ses sorciers, se présentait à Ja foule et s'écriait que l'esprit de Dieu l'inspirait ; il annonçait aux africains que sils succombaient dans les combats, ils iraient
revivre dans leurs anciennes tribus en Afrique. Alors’ des cris affreux
se prolongeaient au loin dans les bois ; les chants et le sombre tam:
bour recommençaient , et Biassou profitant de ces momens d'’exaltation poussait ses bandes contre l'ennemi qu'il surprenait au sein
de la nuit. @es insurgés sans tactique, ignorant entièrement l'art de
là guerre, se précipitaient sur les canons, s’en emparaient et les tour-
…naient contre les blancs. Souvent, à leur grand étonnement, les pièces ne parialent pas, après avoir été chargées par eux: ils avaient
mis le boulet avant la poudre. Mais bientôt ils acquerront des connaissances militaires et formeront des troupes qui rivaliserontavec celles de l'Europe. fs
«Jean François et Biassou sortirent de leur camp et marchèrent contre le Cap. Après avoir ‘obtenu quelques succès, ils furent battus;
et Boukman dans la déroute fut fait prisonnier. Les insurgés se ral.
liérent non loin de la ville. Boukman eut la tèle tranchée, et son
cadavre fut brûlé à la vue du camp de Jean François. Sa tête ensanglantée, transportée au Cap, fut exposée sur une pique au centre
de la place d'armes. Il avait su se faire aimer de ses compagnons qui
le regrettérent et portérent pour lui le deuil, pendant plusieurs mois.
.Le père Sulpice , l'aumênier de l'armée des insurgés, célébra pour
lé repos de son âme des messes dans toutes les paroisses en révolte.
» Sulpice était un européen que Jean Françeis avait sauvé du massacre des blancs, et qu'il eomblait d'honneurs et de richesses.
Jeannot se proclamait le vengeur d'Ogé et de Chavannes, Il commandait, sous les ordres de Jean François , les quartiers orientaux de
la province du Nord, et se livrait à d'horribles cruautés. Comme
Biassou , il était sous l'influence des sorciers ; et par sa grande férocité il était parvenu à se faire redouter des siens. Ainsi que la plupart des hommes grossiers et fanatiques, tantôt il déployait le plus
grand courage , tantot il démontrait la faiblesse la plus honteuses On l'avait vu à l'attaque du Cap diriger ses bataillons avec
lintrépidité d'un héros, et dans quelques combats postérieurs être
un des premiers à prendre la fuite. Son étendard était le cadavre
d'un petit blanc porté au bout d’une pique dressée à l'entrée de
son camp; et sa tente était ceinte de lances surmontées de têtes de
blancs. Il violait en présence de leurs pères et de leurs. mères
_ de nombreuses jeunes filles blanches ses prisonnières qu'il égorgeait,
bataillons avec
lintrépidité d'un héros, et dans quelques combats postérieurs être
un des premiers à prendre la fuite. Son étendard était le cadavre
d'un petit blanc porté au bout d’une pique dressée à l'entrée de
son camp; et sa tente était ceinte de lances surmontées de têtes de
blancs. Il violait en présence de leurs pères et de leurs. mères
_ de nombreuses jeunes filles blanches ses prisonnières qu'il égorgeait, #4 HISTOIRE PARC — 1791 ) . Le pr ensuité. Quant à Jean Fradtäiés il avait obtenu du pére Sulpicé, | qu'il exhortât au tribunal de la pénitence, les femmes blanches ses
prisonnières , à se livrer aux chefs de ses bandes ; lui-même avait un sérail où se trouvaient réunies les plus belles. Lorsque ces infortunées n exerçaient plus aucun empire sur ces barbares, elles étaient livrées aux
femmes noires ou de couleur qui en faisaient leurs servantes et les
flagellaient. Jeannot au milieu de ses bandes pie ci nues el armées
de “poiguards, de piques , de lances | de quelques fusils, brillat de
pierreries et de galons. Chaque Jour il faisait amener devant lui quelques blancs’: les uns étaient sciés entre deux planches; d'autres qu'il
trouvait trop grands avaient les pieds coupés; quand il trouvait ces
malheureux trop petits, il les faisait grandir de six pouces, disaït-il,
en disloquant leurs jambes et leurs cuisses. Souvent ; après, avoir
assisté à ces exécutions , il se disait altéré, coupait la tête d'un
blanc , recevait son sang dans un vase, y tmêlait du tafia et buvait. A tous les arbres de son camp il y avait des crocs auxquels
étaient suspendus ses prisonniers par le mentor. Le FR Jean François apprenant les atrocités de Jeannot,
en eut horreur. Ce fut envain qu'il lui crdonna de cesser de commettre
tant de erimes. Alors il marcha contre lui, lui livra bataille aux environs de Vallière. Au milieu de l'action les troupes de Jeannot, fatrguées de sa tyrannie, l'abandonnèrent. Jean François le fit prisonnier
et le condamna à mort. Cet homme si cruel, que la vue du sang réjouissait toujours , eut peur aux approches du dernier supplice. El
commit toutes sortes de bassesses pour se soustraire à la mort; iloffrit
même à Jean François, s’il voulait lui faire grâce, de devenir son
eselave. Toutes ses prières furent inutiles. Quand il arriva au lieu
de l'exécution, il supplia, les mains jointes, le curé de la Marmelade
qui l'assistait dans ses derniers momens, de demander son pardon à
Jean François. Le prètre, pour iouie réponse, lui dit qu'il ne lui restait plus qu'à se présenter devant Dieu. Alors la terreur le saisit; il s'attacha avee force au curé, et ne voulut plus l’abandonner; une
lutte s engagea entre eux; et ce ne fut pas sans peine qu'on parvint à
arracher de ses embrassemens le prêtre presque déjà étouffé. Il versa
des larmes, et fut fusillé à bout portant. Jean François n’exécuta
pas Jeannot à cause de sa cruauté, prétend-on, mais bien parce qu'il
enter devant Dieu. Alors la terreur le saisit; il s'attacha avee force au curé, et ne voulut plus l’abandonner; une
lutte s engagea entre eux; et ce ne fut pas sans peine qu'on parvint à
arracher de ses embrassemens le prêtre presque déjà étouffé. Il versa
des larmes, et fut fusillé à bout portant. Jean François n’exécuta
pas Jeannot à cause de sa cruauté, prétend-on, mais bien parce qu'il commençait à méconnaître son autorité. Il contiaua à vivre en bonne amilié avec Biassou qui brûlait ses prisonniers à petit-feu, et leur arrachait les Yeux avec des tire-balles. Mais il faut dire aussi que Biassou était aussi puissant que lui. Jean François fut le moins cruel des chefs
de la première insurrection du Nord.
Candÿ homme de couleur qui nele cédait pas en férocité à Jeannot dont il était le lieutenant se soumit à Jean François après la bataille de Vallière.n
Cependant la division était à son comble dans les rangs des insurgés;
et si ies blancs n'avaient pas été divisés en royalistes et patriotes, ils Le à
HISTOIRR D'HAITI.—( 1791.) eussent pu, en réunissant leurs forces, étouffer l'insurrection. Néanmoins Blanchelande, malgré les plaintes des colons qui refugaient de marcher, redoubia d efforts. Il fit attaquer les insurgés de
toutes parts, les chassa loin des bourgs, et établit des camps au Trou,
à Vallière, à la Grande Rivitre, au Mornet, au Dondon , à la Marmelade , à * Maribaroux , au Terrier-Rouge, à Jaquezy , à Caracole, à
Ouanaminthe. Les: insurgés se ifouvérent resserrés dans un cercle trèsétroit. Mais Jean Frmcois et Biassou se retournèrent contre leurs en<
nemis avec la furcur de la rage; ils atlaquérent Vallière et la Grande
Rivière avec tant d'impétuosité qu ils prirent ces deux bourgs d'assaut,
Au Dondon, ils livrérent un combat où ils tuérent cent Maones ct
s'emparèrent de la place. Ils oceupaient encore le fort Galifet, position d'une haute opéra ce. Blanchelande chargea de Rouvrai de se rendre maître de cette fortification. Rouvrai, à la tête de trois mille hommes occupa d’abord
les camps de <: ae de la Chevalerie, de Bullet, de Duplat, de.
Charitte, de Denard et * d’Agoust. Quand il parviné au pied du fort
Galifet, il L attaqua avec Rome et fut repoussé avec perte. Ilen fit
le siège et entra en pourparler avec les insurgés. Ceux-ci lui envoyée
rent une lettre à l'adresse de Blanchelande , en HRÉpOIES à une PrOCiAr
malion de ce dernier.
occupa d’abord
les camps de <: ae de la Chevalerie, de Bullet, de Duplat, de.
Charitte, de Denard et * d’Agoust. Quand il parviné au pied du fort
Galifet, il L attaqua avec Rome et fut repoussé avec perte. Ilen fit
le siège et entra en pourparler avec les insurgés. Ceux-ci lui envoyée
rent une lettre à l'adresse de Blanchelande , en HRÉpOIES à une PrOCiAr
malion de ce dernier. ARR RAR À RAR À M À À AR A À À À Elle était conçue en ces termes :
« Monsieur, «Nous. n'avons jamais prétendu nous écarter du devoir et du res+
pect que mous devons au représentant de la personne du Roi, ni
même à tout ce qui depend de sa Majesté : nous en avons donné des preu-e
ves par devers nous; mais, vous, mon général , homme juste , descendez vers nous; voyez celte terre que nous avons arrosée de noire
sueur, ou bien plutôt de notre sang; ces édifices que nous avons
élevés , et ce, dans l'espoir d'une juste récompense ! Tavons-nous obtenue, mon général? Le Roi, l'Univers ont gémi sur notre sort , et ont.
brisé les chaînes que nous portions ; et nous humbles victimes, nous
étions prêts à tout, ne voulant point abandonner nos maîtres; que
dis-je ! je me trompe; ceux qui auraient dù nous servir de pêres,
aprés Dieu, cétaient des tyrans, des monstres indignes du fruit de
nos travaux; et vous voulez, brave général, que nous ressemblions
à des brebis, que nous allions nous jeter dans fa gueule du Loup?
Non! il est trop tard. Dieu qui combat pour l'innocent est notre guide; il ne nous abandonnera jamais ; ainsi voilà notre devise :
vaincre ou mourir. | 2
« Pour vous prouver, respectable général, que nous ne sommes pas
aussi cruels que vous pouvez le croire, nous désirons, du meilleur # de notre âme, faire la paix; mais aux clauses et conditions que tous + |
\ vG | j CMISTOIRE D'HAÏT Ti ( 1791 ) les blance, soit de la plaine ou des mornes, se retireront par devers
vous pour se rendre dans leurs foyers, et par conséquent abandon:
ner le Cap, sans en excepter un seul ; qu'ils emportent leur or et A À À À À précieux. | de à. Sd « Voilà, mon général, notre profession de foi que nous soutiens
drons jusqu’à la dernière goutte de notre sang. Il ne nous manque point de poudre ni de canons: ainsi la mort ou la liberté:
Dieu veuille nous la faire obtenir sans effusion de sang. Alorstous A A R €? A cœurs pour avoir pris cette vole. |
« Mais hélas! je finis, en vous assurant que tout le contenu dela
présente est aussi sincère que si nous étions pardevant vous. Ce n'allez pas vous tromper, et croire que c'est faiblesse, en ee que
nous n’aurons jamais d'autre devise: vaincre ou mourir pour la
Liberté. FN + SURESNES
« Vos trèshumbles et trés-obéissans serviteurs , (ous les généraux et
« chefs qui composent notre armée. » | A À A A A - Voilà les fruits que recueillait Blanchelande de l'insurrection. qu'il
avait excitée dans les ateliers, en croyant que les esclaves soulevés
n'agiraient que dans les vues du parti royaliste. Jusqu alors on ignorait au Cap qu'il fût l’auteur de cette insurrection. |
SNES
« Vos trèshumbles et trés-obéissans serviteurs , (ous les généraux et
« chefs qui composent notre armée. » | A À A A A - Voilà les fruits que recueillait Blanchelande de l'insurrection. qu'il
avait excitée dans les ateliers, en croyant que les esclaves soulevés
n'agiraient que dans les vues du parti royaliste. Jusqu alors on ignorait au Cap qu'il fût l’auteur de cette insurrection. | Les blancs qui composaient la petite armée de Rouvrai devinrent
furieux en apprenant le contenu de cette lettre. Ils donnérent assaut
à la redoute et furent repoussés. Les insurgés se eroyant invincibles se livrérent à la joie, à la débauche, et ne se tinrent plus sur leur. garde. Mais les blancs les surprirent, entrèrent dans le fort detoutes parts, et en passèrent six cents au fil de lépée; le reste se dispersa dans Îles montagnes. | ñ Casa Major qui commandait au eerdon des Gonaïves, pour empêcher
la révolte de pénétrer dans la province de l'Ouest, prit le camp Lecoq; et en même temps que Thouzard s'emparait du Limbé. La révolte fut loin d'être étouffée. Cependant les blancs, en continuant leurs succès, au lieu de s'entre-déchirer , eussent pu la refouler au sommet des plus hautes montagnes, et se maintenir dans tous
les bourgs et villages jusqu à l'arrivée de quelques secours de la, métropole. Mais quand la nouvelle de Ia prise du camp Galifet arriva au:
Cap, les colons crurent de nouveau qu’ils réduiraient au néant cette
iosurrection quand ils voudraient faire quelques efforts. Ils n'y sone
gèrent que fort peu et recommencèrent leurs luttes politiques. Nous avons vu qu'en Juillet un grand nombre d'hommes de couleur s'étaient réunis au Mirebalais, autour de Pinchinat, et qu'ils avaient
chargé 40 d'entre eux d'employer tous les moyens pour fairestriomes _ de. Je tits nets ch te Jeurs bijoux; nous ne courons qu'après eette chère liberté, objet si nos. vœux seront accomplis , et croyez quil en coûte beaucoup à nos respect que nous vous portions , et que nous jurons de maintenir, d: HISTOIRE B'HAITI. —( 1761 } | | mu her leurs droits. Ces quarante députés s'étaient répandus dans tous
Jes quartiers de la province de l'Ouest, et avaient partout excité les affranchis à prendre les armes. Les blancs qui avaient découvert une
grande effervescence dans la population jaune, cherchérent à désunir
les hommes de couleur en exposant à céux qui n'étaient pas nés de
pérestet méres libres, qu'ils ne pourräient point jouir des avantages
du décret du 45 mai. Les affranchis répondirent à ces insinuations
perfides, qu'ils prendraient les armes non pas pour l'exécution du décret du 45 mai, mais pour réclamer les droits de l'homme que Dieu
a créé libre. | La municipalité du Port-au-Prince désarma ceux qui étaient en ville,
et les en chassa. lis se répandirent dans les campagnes et se réunirent le 21 Août, la veille de l'insurrection du Nord, dans la maison
Rateau, près du Port-au-Prince, nommérent capitaine-général, Bauvais
qui se: trouvait au Mirebalais, homme expérimenté, ayant fait la guerre
- de l'Indépendance des Etats Unis, sous le comte d'Estaing. Rigaud,
qui avait aussi fait la guerre du continent , fut nommé colonel.
se répandirent dans les campagnes et se réunirent le 21 Août, la veille de l'insurrection du Nord, dans la maison
Rateau, près du Port-au-Prince, nommérent capitaine-général, Bauvais
qui se: trouvait au Mirebalais, homme expérimenté, ayant fait la guerre
- de l'Indépendance des Etats Unis, sous le comte d'Estaing. Rigaud,
qui avait aussi fait la guerre du continent , fut nommé colonel. lis allèrent camper sur 1'habitation Diègue à la Charbonnière, d’où ils
expédièrent partout des émissaires alin de donner de l'unité à l'i insurrection.
Ceux du Mirebalais vinrent se joindre à eux. Pinchinat, ainsi que Antoine
Chanlatte, demeuré dans ‘ce bourg, dirigeait les opérations de l'Assembiée générale dont il était le président. Les affranchis s'organisèrent en
compagnies et enescadrons. Daguin fut nommé major général ; ; Picre
re Café et Marc Borno, commant lants ; les principaux capitaines furent
Aubrant, Doyon, Tessier, Pétion®, Labastille ; Jean-Baptiste Boyer fut
nommé porte-étendard. Ils donnèrent la liberté à 300 eselaves noirs
et mulätres dont ils formérent plusieurs DUPUIS sous la dénomination de suisses. Le capitaine général Bauvais se fit donner pour lieutenant Lambert,
noir libre, plein d'expérience, ayant fait avec lui la guerre de l'indépendance américaine. Les nouyeaux confédérés étaient assez bien armés: ils portaient des
couteaux de chasse, des lances , des piques, des sabres, des épées ;
ils étaient la p' lupart montés , soit sur des mulets, soit sur des chevaux. Els étaient comme tous les hommes du peuple qui se révoltent,
sans uniforme, en blouses, en vestes , en chapeaux de paille. Ils ve:
naient de s organiser quand ils apprirent qu’un escadron de la milice
blanche, ua des habitans du Grand-fond descendait, au Port-auPrince, commandé é per un colon blanc nommé Jean François Lespinasse,
Sur le champ Beauvais demanda cinquante hommes de bonne volonté
pour aller à la rencontre des blancs. Toute la petite armée se présenta. Il
fut contraint d'en choisir lui-même cinquante , et se mit en marche à
leur tête. Il rencontra les planteurs à la Coupe sur l'habitation Nérette, le 30 Août 1791, à l'entrée du chemin qui conduit au Portau-Prince. Là s'engagea un combat de cavalerie, Les blanes après
é Jean François Lespinasse,
Sur le champ Beauvais demanda cinquante hommes de bonne volonté
pour aller à la rencontre des blancs. Toute la petite armée se présenta. Il
fut contraint d'en choisir lui-même cinquante , et se mit en marche à
leur tête. Il rencontra les planteurs à la Coupe sur l'habitation Nérette, le 30 Août 1791, à l'entrée du chemin qui conduit au Portau-Prince. Là s'engagea un combat de cavalerie, Les blanes après \ L 4 78 | HISTOIRE D'HAITI.— (1791 ) AE avoir perdu trois hommes, prirent la fuite, blessés la plupart. Le succés des hommes de couleur n'était pas douteux; ils étaient animés de à
fureur du désespoir, le cœur soutenu par la justice de leurs droits,
et déterminés à vaincre ou à mourir; les blancs de leur côté nes’attendaient pas à cette attaque; el la surprise qu'ils éprouvèrent dese
voir assaillis par leurs affranchis jusqu'alors si humbles devant eux, ne
contribua pas peu à leur défaite.
Après ce combat, les hommes de couleur manquant de vivre à Diègue , se relirérent à Métivier. Ils virent arriver sur cette habitation
des députés envoyés par Hanus de Jumécourt, riche planteur du parti
royaliste, chargés de s'informer des circonstances du combat de la
Coupe et des dispositions des affranchis. Ea Croix des-Bouquets était
oceupée par les blancs royalistes qui, fuyant la tyrannie des pomponsrouges du Port-au-Prince, s’y étaient réunis. Hanus de Jumécourt
était l'âme de toutes leurs opérations. Les hommes de couleur ‘ui ré:
pondirent qu'ils ne mettraient bas les armes, que lorsqu'ils auraient
obtenu l'exécution du décret du 45 Mai. De Jumécourt convoqua tous les habitans, leur exposa la cause de la révolte des affranchis, le | danger de la circonstance, et la nécesstié de nommer un officier réunissant tous les pouvoirs. Quoiqu'il fût très-favorable aux hommes de
couleur il fut nommé procureur général de la paroisse. Il-offrit sa
médiation aux pompons-rouges et aux affranchis ; ceux-ci lPacceptè.
rent; mails les patriotes la rejetèrent. p
Les petits blancs du Port-au-Prince, en voyant entrer en ville, les habitans du Grand-Fond couverts de sang, ne purent contenir leur fureur ; ils ne demandaient que vengeance contre les hommes'de couleur. Dans la nuit du premier au deux Septembre, là garde. nationale, composée de blancs, 190 hommes d'artillerie avec six pièces
de campagne, commandés par Praloto, 209 hommes des régiments
d'Artois “et de Normandie, et 200 matelots de la siation, sortirent du
Port-au-Prince, et pénétrérent dans la plaine du Cul-de-Sac. Les matelots étaient chargés de sacs destinés à être remplis de têtes de.
mulâtres , pour lesquelles on leur avait promis des sommes importan
. nationale, composée de blancs, 190 hommes d'artillerie avec six pièces
de campagne, commandés par Praloto, 209 hommes des régiments
d'Artois “et de Normandie, et 200 matelots de la siation, sortirent du
Port-au-Prince, et pénétrérent dans la plaine du Cul-de-Sac. Les matelots étaient chargés de sacs destinés à être remplis de têtes de.
mulâtres , pour lesquelles on leur avait promis des sommes importan tes. * L'armée blanche s'arrêta à Pernier où elle campa. Pendant cet intervalle, les hommes de couleur résolurent de se rendre au Trou Caïman, au pied des montagnes du Mirebalais, afia de
se mettre plus facilement en rapport avec leur assemblée générale:
Ils moarchèrent sur trois colonnes, la plupart à cheval, sans ordre,
caracofant , riant et chantant. lis étaient pleins de confiance en l'avenir; et l'on ne voyait dans leurs rangs que des élancemens d’enthousiasme. Lambert et Bauvais leur défendirent d'attaquer les blancs. La
première colonne avait déjà laissé loin derrière elle l'habitation Pernier , lorsque Aubrant qui commandait celle du centre, revint sur
ges pas et exhorta Doyon, chef de l'arrière-garde à attaquer. Doyon - * 80 gourdes par tête, | | 3 STOIRE D'HAITI ef 1791 5 #9 Jui répondit que Bauvais et Lambert leur avait défendu de combattre,
Aubrant, sans répliquer, retourna au galop, à la tête de sa colon:
ne, pénétra à Pernier, et demanda aux officiers d'Artois et de Normandie s'ils voulaient toujours être les instrumens de la tyrannie. Les
blancs indignés de son audace sc précipitèr ent sur lui; il les arrêta
en abattant Fun deux d'un coup de pistolet, et le combat commença
Aussitôt. C'était le 2 septembre. La colonne du centre soutint sans
sébranler le feu le plus vif. Aux détonnations de l'artillerie de Praloto, l'avant-garde et l'arrière-garde des affranchis accoururent au secours d'Aubiant, Les blancs, enfoncés de toutes parts, taillés en
pièces, perdirent toute leur artillerie.. La fureur des affranchis fut
portée à son comble, quand ils virent les sacs qui devaient être remplis de leurs têtes: presque tous les matelois furent impitoyablement
égorgés, | Pendant la déroute, un officier du bataillon d'Artois allait être vic-
“time de la rage des vainqueurs , lorsqu'un jeune homme de couleur
sélança au-devant. des sabres et des épées, et s'écria : Grâce aux vaineus, ne souillons pas notre victoire par des actes de cruauté. Le blane
fut sauvé. Ce jeune homme était Pétion, le principal fondateur de
la République d'Haïti, qui débutait dans la carrière militaire par une
noble action. Pendant la bataille de Pernier, Bauvais s'était fait remarquer de toute l'armée par son sang froid et un rare courage.
élança au-devant. des sabres et des épées, et s'écria : Grâce aux vaineus, ne souillons pas notre victoire par des actes de cruauté. Le blane
fut sauvé. Ce jeune homme était Pétion, le principal fondateur de
la République d'Haïti, qui débutait dans la carrière militaire par une
noble action. Pendant la bataille de Pernier, Bauvais s'était fait remarquer de toute l'armée par son sang froid et un rare courage. Après ‘cette bataille, les hommes de couleur se retirèrent au Trou-
‘Caïiman. Ils yprirent ‘une attitude si respectable que les planteurs royalistes du Mirebalais et de la Croi-des-Bouquets firent avec eux, le 7
Septembre, un concordat qui soumetlait les parties contractantes à l'exécution précise des décrets nationaux, sanctionnés par le roi, sans resinietion ni protestation, en les assujétissant également à l'exécution de
celui du 15 Mai, sil arrivait révêtu de la sanction royale. Le concordat fut signé à Ja Croix-des Bouquets ; les planteurs y étaient représentés par Messieurs de Jumécourt, Lespinasse , Droüillard, Tarbé Las
marre ; et les hommes de couleur par Messieurs Bauvais , Rigaud,
Daguin fils, Barthélemy, Joseph Lébastilles Daguin ainé, Pierre Café*
et Pierre Pellerin. Les affranchis vinrent camper à la Croix-des-Bouquets ; et quoiqu'ils
fussent tout dévoués à la France révolutionnaire, ils pactisaient cependant avec les royalistes afin de pouvoir mieux résister au parti des
petits-blancs ou pompons-rouges. Les petits blancs se montraient bien
aussi . révolutionnaires zélés; mais ils voulaient le maintien de l'ancien
régime quant -aux mulâtres et aux noirs ; ils faisaient une guerre cruelle
aux grands planteurs qui formaient l'aristocratie coloniale. Les affrañchis et les pompons-blancs devaient done se réunir contre l'ennemi
commun.
istes afin de pouvoir mieux résister au parti des
petits-blancs ou pompons-rouges. Les petits blancs se montraient bien
aussi . révolutionnaires zélés; mais ils voulaient le maintien de l'ancien
régime quant -aux mulâtres et aux noirs ; ils faisaient une guerre cruelle
aux grands planteurs qui formaient l'aristocratie coloniale. Les affrañchis et les pompons-blancs devaient done se réunir contre l'ennemi
commun. t Pierre Café était le fils de Coutard le planteur; son père ne l'ayant
pas reçonnu, il prit le.nom de Pierre Café, 80 | | HISTOIRE D’HAITI. —( 1791 } “ Pendant ce temps Jourdain et Gérin, hommes de couleur, qui s 1
taient trouvés À la réunion de Rastau, prés du Port:au-Prince, s'étaient
rendus dans le quartier du Petit-Trou (province du Sud) où ils avaient
leurs propriétés. Ils résolurent d'exécuter ce qu'ils avaient promis à
leurs frères de l'Ouest, c’est-à-dire de soulever les ateliers et de s'emparer du bourg sur les blanes. Ils se réunirent la plupart, armérent
les esclaves et vinrent assaillir Roy &@e Kermcler, colon blanc qui
commandait au Petit: Trou. Après un combat sanghnt, iis pénétrérent
dans la place et s’en emparërent le 40 Août, jour du eombat de Né-m
rette. Ils Po Cost les personnes et les propriétés. Avant 4789,
Roy de Kermeler avait cruellement persécuté Jourdain. Les affranchis
et les esclaves ne den da ent qu'une seule tête, c'était celle de Kermeler. His se précipitèrent en foule vers sa demeure, se disposant à
exercer sur lui les plus cruelles vengeances. Jourdain arrêta leur fureur; et par l'influence qu'il exerçait sur eux, les contraignil à respecter la demeure de son ennemi. Il entra seul dans la maison de
Kerméler , lui présenta une épée, lui déclara qu'il venait non pas l'assassiner, mais se PANBNANT ae combat singulier, des affronts qu'il
avait reçus. Le mulitre et le blanc croisèrent le fer en présence des
insurgés qui formèrent le cercle, et après une lutte dont le succés
demeura long-temps douteux, Kermeler tomba , ‘atteint à la poitrine.
Jourdain lui fit donner la sépulture. Quelques jours après, lé$ blanes
des paroisses qui avoisinent-le Petit Trou marchèrent eontre les insurgés; mais ils furent battus sur tous les points. Jourdain donna la li:
berté aux plus intrépides des esclaves qu'il avait soulevés, et rétablit
l'ordre et le travail ans les campagnes. Le Petit-Trou, pendant touten
la révolution ne fut jamais enlevé aux affranchis. . Les pompons-rouges du Port-au Prince; effrayés de la puissance qu'ac-m
quéraient Îles hommes de couleur, se ‘résolurent à traiter avec eux,
contre l'avis de Praloto qui demandait toujours leur extermination. Ils - envoyèrent à la Croix-des-Bouquets des députés qui signèrent dans
l'Eglise de ce bourg, le 11 Septembre, un concordat avec les affran=
chis. On voit ces derniers se faire accorder par leur énergie ce qu ile
n'avaient pu obtenir par les plus justes réclamations.
issance qu'ac-m
quéraient Îles hommes de couleur, se ‘résolurent à traiter avec eux,
contre l'avis de Praloto qui demandait toujours leur extermination. Ils - envoyèrent à la Croix-des-Bouquets des députés qui signèrent dans
l'Eglise de ce bourg, le 11 Septembre, un concordat avec les affran=
chis. On voit ces derniers se faire accorder par leur énergie ce qu ile
n'avaient pu obtenir par les plus justes réclamations. Les blancs avaient proposé de stipuler dans le traité que les esclaves,
connus sous la dénomination de suisses, qui avaient combattu contre
eux dans les rangs des affranchis, retourneraient dans la servitude sur
leurs habitations respectives. À cette proposition, Daguin avait dégai-"
né son épée et s'était écrié: Tambours, battez la générale! Les blancs:
déconcertés n'avaient pas insisté davantage. # "Ce nouveau concordat renfermait les mêmes dispositions que celtéil
du 7 Septembre, si ce n’est quelques dispositions relatives aux frères
qui avaient combattu contre
eux dans les rangs des affranchis, retourneraient dans la servitude sur
leurs habitations respectives. À cette proposition, Daguin avait dégai-"
né son épée et s'était écrié: Tambours, battez la générale! Les blancs:
déconcertés n'avaient pas insisté davantage. # "Ce nouveau concordat renfermait les mêmes dispositions que celtéil
du 7 Septembre, si ce n’est quelques dispositions relatives aux frères $ * On avait donné le nom de Suisses à ces esclaves, par allusion à ces intrépides montagnards de FRERES qui surent toujours faire Rad leur . liberté, | | | 7 - … po % ’ “ HISTOIRE p’uarTi.—( 1791 } » NP 81: “Poisson, à Desmarres, à Renaud, à Lapointe, à Ogé et à Chavanñes
ic. Les jugemens par lesquels ils avaient été condamnés furent dé.
“clarés infâmes, dignes d'être voués à l'exécration contemporaine et fu
“ture, ct regardés comme la cause des malheurs de la colonie. Mr.
“Gamot , le président des commissaires blancs, déclara dans un discours
“prononcé à la fin de la cérémonie, que ce jour où le flambeau de la
“Raison les éclairait tous était à jamais mémorable. Il se faisait en mé.
metemps un coneordat entre les blancs et les “hommes de couleur
de St-Marc.
L'esprit d'indépendance qui avait fait de grands progrès dans la classe
blanche, existait non seulement parmi les grands planteurs, mais aussi
parmi les petits-blancs qui aimaient mieux se détacher de la France que
“de.reconnaltre les-affranchis pour leurs égaux. Excités par la municipalité, les pompons-rouges du Port-au-Prince demandèrent des secours
4 là Jamaique, et virent arriver dans leur port un brick anglais le
Centurion, et une corvette chargée de munitions de guerre et de
bouche. Enhardis par ces secours, ils offrirent aux affranchis d’accep.
ter leur projet d'indépendance à l'égard de la métropole. Ceux-ci repoussérent avec indignation cette proposition. Alors la municipalité
“poria l'assemblée coloniale à ne pas ratifier le concordat du 14 Septembre; elle fit plus elle le cassa. Cette manière d'agir fut désapprouvée,
non seulement par Hanus de Jumécourt, mais par Caradeux lui-même,
Pendant ce temps, la eonfédération des hommes de couleur faisait
dérapides progrès dans la province du Sud où la ville de St-Louis
Avail aussi fail un concordat avec les blancs. +
Dans. le Nord, l'insurrection devenue presque générale menaçait de’
se propager dans l'Ouest.
Les blancs du Port-au-Prince, ayant vu ani de la rade les
bâtimens de guerre anglais, furent effrayés d'être réduits à leurs
propres forces. IL était de leur intérêt que les hommes libres,
noirs, blancs et jaunes se réunissent pour maintenir l'esclavage. Mais
lxille était livrée à une telle anarchie que la plus vile populace et
les soldats y dominaient, Les membres de la municipalité qui jusqu'alors avaient excité la canaille contre les pompons blancs , ne purent
“contenir ; ils furent débordés. En vain s'efforçaient-ils de lui faire
“comprendre quil fallait traîter avec les affranchis dont le nombre s’élevait déja à 4000 hommes environ: Praloto et les siens qui ne pouNaient exister que par l'incendie, le massacre et le pillage, s'opposaient
doutes sortes de négociations tendant à ramener la tranquillité.
la canaille contre les pompons blancs , ne purent
“contenir ; ils furent débordés. En vain s'efforçaient-ils de lui faire
“comprendre quil fallait traîter avec les affranchis dont le nombre s’élevait déja à 4000 hommes environ: Praloto et les siens qui ne pouNaient exister que par l'incendie, le massacre et le pillage, s'opposaient
doutes sortes de négociations tendant à ramener la tranquillité. mLe 10 Octobre une députation des planteurs de la Croix-des-Bouquets,
envoyée par Hanus de Jumécourt, vint au Port-au-Prince, demandant
Pexéeution du concordat du 41 Septembre ; les députés ne purent rien
Obtenir, et faillirent même d'être égorgés dans les rues. De leur côté. les affranchis y vinrent chercher des vivres; mais les agitateurs
les en chassèrent à »“ | J 83 | . STOYRE. D'HAITI —( 1781 } Nr USE Cependant la municipalité déployant un peu d'énergie, eonvoqua le“
47 Sejiembre une Assemblée de la commune pouf faire exéeuterle |
eoncordat du 14. Mais la canaïlle envahit les sailes ; le tumulte is
affreux , ét rien ne fut décidé. | Caradeux ne se découragea pas: malgré l'opposition ct les menaces |
de Praloto, 11 filnommer le 49 Octobre des commissaires qui se rendirent sur - babitation’ ES pour y discuter les articles d'un nouveau
traité avec les afiranchis, EE y avait vingt-sept députés blancs présie .
dés par Caradeux aîné, sa ésenta nt, les paroisses du Port-au-Prince,
de Sti-Marc, de Léogane, du Mirchalais, des Me de la PetiteRivière, de la Croix des Bouquets, au Petit Goûe, e Jacmel, de l'Arca:.
haie. Les dé ‘putes des citoyens de couleur présides pur Pinchinat étaient
réunis au nombre de trente-six; ils représente ient les mêmes. paroisses,
= Le 49 Octobre, jour de la réunion , un nouveau concordat futsim
gné à Goureau, par lequel celui du FE Septembre fut recennu légak
et conforme à la constitution. Il y fut en outre stipul é que les citogens blancs rappeleraient leurs députés qui siégeaient à Assemblée co
loniale, et priraient Blanchelande d'en prononcer la dissolution, Ee Di
manche 23 Octobre, des députations de blancs ‘et d’affranchis se ren=
direut à Damiens où le maire du Port-au-Prince, le citoyen Lérem- ;
bourg leur donna lecture du concordat du 49. De part et d'autreon
jura de maintenir le traité dans toute sa teneur. Î
. Le lendemain 24 Octobre, les hommes de couleur au nombre*des
deux mille environ, entrérent solennellement au Port au-Prince , con 1
jointement avec les blancs. Caradeux et Bauvais, bras dessus bras des.
sous marchaient à leur tête. Les blancs et les aff ranchis s'embr ass #
rent et se jurèrent de demeurer toujours unis. D
at du 49. De part et d'autreon
jura de maintenir le traité dans toute sa teneur. Î
. Le lendemain 24 Octobre, les hommes de couleur au nombre*des
deux mille environ, entrérent solennellement au Port au-Prince , con 1
jointement avec les blancs. Caradeux et Bauvais, bras dessus bras des.
sous marchaient à leur tête. Les blancs et les aff ranchis s'embr ass #
rent et se jurèrent de demeurer toujours unis. D Au milieu de l'enthousiasme général, Caradeux fut proclamé général des gardes nationales de FOuest, ct Bauvais commandant, en "se
cond. Les affranchis occupèrent le palais du gouvernement sous leg
ordres de Bauvais, et le quartier du Bélair, sous les ordres d'Aübrant
_ Peu de jours après, ils furent renforcés par les hommes de couleur
du Mirebalais commandés par Borno aîné, par ceux de l'Arcahaié, ayantm
à leur tête Lapointe, et par ceux de la Petite Rivière de l'Artibonite, 1
de St Marc, des Verreites, de Jacmel. Lapointe se transporta au grelfes
de la municipalité , se fit livrer tous les jugements rendus contre les.
gens de couleur avant et depuis la révolution, et les Hivra aux flammes. Pendant cet intervalle, Caradeux et Lérembourg quine perdaient pas de’
vue le maintien de l'esclavage , proposérent à Bauvais, à Lambert et à
Pinchinat, de déporter les esclaves qui avaient pris les armes avec les
affranchis , sous la dénomination de Suisses. Cette proposition qui avait!
déjà été faite à la Croix-des-Bouquets lors du coneordat du 11Septembre.
mit Bauvais, Lambert e4 Pinchinat dans une pénible alternative. Ms
p osérent en décider seuls. Les chefs des.blanes , et ceux des hom=
mes de couleur, réunis en assemblée, volérent par assis et Fe ns als + # HISTOIRE D'HAITI. Fear 1701 ) | "88 gré l'opposition de Rigaud , de Pétion et de plusieurs autres, qu'il
serait dangereux de renvoyér dans les atéliers des hommes qui avaient
_joui de la liberté. 11 fut résolu qu'ils seraient envoyés chez les Mosquitos du Guatémala avec des instrumens aratoires. Ils furent em.
barqués sur le bâtiment l'Emmanuel, de Nantes, (deux Novembre ; 5) tk
‘quatre commissaires de couleur, les citoyens Charles Haran, Louis Bon=.
-neau, Cadet Chanlatte et Barthélemy Richiez, les accompagnérent montés
sur un brick de guerre la Philippine, capitaine Bélanger. Ces quatre
commissaires étaient chargés de faire exécuter la déeision des eïtoyens,
blancs et des affranchis à l égard des infortunés Suisses. L'affranchi Bois -
rond le jeune protesta par un écrit énergique contre ce crime affreux. Combien la journée du 24 Ociobre eût été belle et noble, si chacun y
“eüt-trouvé la -récompense due à sa valeur; elle demeure au coniraire, dans notre histoire, un jour sombre et néfaste. Quand! Emmanuel et la Philippine arrivèrent dans les eaux de Jérémie, les capitaines Bélanger et Colimin se séparèrent pendant la nuit, après s être abouchés. Le bâtiment de guerre que ‘montaient les COMMIS=
contre ce crime affreux. Combien la journée du 24 Ociobre eût été belle et noble, si chacun y
“eüt-trouvé la -récompense due à sa valeur; elle demeure au coniraire, dans notre histoire, un jour sombre et néfaste. Quand! Emmanuel et la Philippine arrivèrent dans les eaux de Jérémie, les capitaines Bélanger et Colimin se séparèrent pendant la nuit, après s être abouchés. Le bâtiment de guerre que ‘montaient les COMMIS= “sdires se rendit dans fa baie @es Mosquitos, en visita Îles côtes ;:
“atteignit Carthagène, et ne rencontra nulle part l'Emmauuel. Il se
rendit à la Jamaique où 1l apprit quelle avait été la conduite du capitaine cohinuin. Celui-ci au licu de conduire les Suisses noirs et de couleur:
aufand du golfe du Mexique, les avait jetés sur les côtes de la Jamaïque,
“aprés avoir vaihement tenté de les: vendre. Le gouverneur et lAssemblée. de cette colonie furent indignés de cet acte dw gouverne.
ment de Si- Domingue ; ils craignaient que de tels hôtes ne répandis-
» sent, parmi leurs esclaves des idées de liberté. Le commodore Afleck fut chargé de demander raison de cette. bffens e à l’Assemblée colohiale qui donpa au gouvernement anglais toutès sortes de satisfaction.
L‘Assembiée coloniale envoya au Môle Si Nicolas les maiheureux Suiss
ses qui avaient été ramenés à St-Domingue par les angiais. Ils. furent mis aux fers sur un ponton. (a
Au bout de quelques jours, des assassins montèrent à bord, pendant
une nuit trés-obscure, les égorgérent la plupart et jetérent léurs eada-
- vres à la mer. Tout porte à croire que l'Assemblée coloniale avait ordonné-cetite exécution , car elle ne fit jamais poursuivre les. assassins
d'une manière sérieuse. Les blancs eme yarent dans l'Ouest une.
vingtaine de ces esclaves comme une preuve de la perfidie des hommes de couieur à l'égard des noirs. Les quatre commissaires conduits
au Cap par le capitaine Bélanger, furent emprisonnés. Blanchelande
les mettra en liberté, quand le décret du A4 Avril 1792 arrivera Officiellement à St- Domingue.
.. L'assemblée coloniale, en apprenant le concordat de Goureau entre
… les blancs et les’ affranchis de l'Ouest, envoya à la Jamaïque des dé-
… puiés chargés de prier le gouverneur de cette Île de venir prendre
possession de St-Domingue, Celui-ci répoudit que l'union parfaite qu 84 | AISTOIRE m'MAITI.—( 1791 ) existait entre la france et l'Angleterre ne lui permettait pas d'entreprendre cette expédition. Pendant cet intervalle, le club Massiac, s'étayant de l'influence de
Barnave qui seul dirigeait le comité colonial de l'Assemblée nationale
de France, s’efforçait de faire révoquer le décret du 15 Mai: Barnave porta Louis XVI à nommer pour exécuter ce décret à St-Do:
mingue , trois hommes dévoués à la contre révolution, Guillot, Dhérisson et Lahuproye ; mais | Assemblée nationale les remplaça par trois
citoyens dévoués aux principes de 89, Roume, Mirbeck et St-Léger.
qui seul dirigeait le comité colonial de l'Assemblée nationale
de France, s’efforçait de faire révoquer le décret du 15 Mai: Barnave porta Louis XVI à nommer pour exécuter ce décret à St-Do:
mingue , trois hommes dévoués à la contre révolution, Guillot, Dhérisson et Lahuproye ; mais | Assemblée nationale les remplaça par trois
citoyens dévoués aux principes de 89, Roume, Mirbeck et St-Léger. ny s 4
| je tiel:
; L
| | Barnave parvint à faire ajourner leur départ : et ‘pendant cet intervalle, ‘\ Assemblée nationale apprit, par les rapports des vilies maritimes,
que le décret du 15 Mai avait fait éclater des maux imcalculables dans
Ja colonie. Elle l'annula ir celui du 24 Septembre « qui assurait.
« aux blancs des colonies la législation exclusive sur les hommes de.
s couleur et les esclaves sous la sanction absolue du roi.’ » L'Assemblée coloniale qui venait d être forcée de souscrire au/concordat du 24 Octobre, en apprenant la nouvelle du décret du 24 Sep:
tembre, rétracta la promesse quelle avait faite le 5 du même mois
d améiorer le sort des affranchis. Comme le bruit se répandait que les trois commissaires arrivaiené avec 6,000 hommes de troupes, les blancs pensèrent qu'ils n'avaient plus rien à eraindre de leurs ennemis communs. L'Assemblée coloniale, se divisa en deux CAMP : les Rossus ou côté-est formaient le parti aristocratique, composé des employés civils et militaires, des grands plan:
teurs et voulant le maintien de l'ancien régime à Saint-Domingue, comme en France; les Crochus ou côté ouest formaient le parti démocraz#
tique composé en majorité de petits-blancs, voulant le triomphe de la,
révolution, mais l'asservissement des nègres et des mulâtres. Ce dernier parti dominait dans À Assemblée, Blanchelande avait à combattre le parti révolutionnaire, les sffanchie ll
et les esclaves. Il envoya demander des secours à la Martinique ; et le . gouverneur de cette île, M” de Behague, lui spé a le vaisseau l'Eole, 1 la frégate la Didon et le brick le Cerf, sous les ordres de M' de Girar=
din. L'escadre mouilla au Gap le 16 Novembre, Les officiers de las station la plupart royalistes, suscitérent au Cap de grands troubles. La générale y fut battue; les Bossus et les Crochus faillirent en vepir aux mains; enfin le parti révolutionnaire l'emporta, et les offih ciers “royalistes furent renvoyés en France. L'Assemblée coloniale nom= ma alors, capitaine général, Dassas, major du régiment du Cap.
Ce Dassas, quoiqu il appartint à une "famille aristocratique, s'attachas
au parti révolutionnaire , ne se fit remarquer que par ses défaites, et par sa conduite séditieuse dans les rues du Cap. L'Assemblée colonias
ir aux mains; enfin le parti révolutionnaire l'emporta, et les offih ciers “royalistes furent renvoyés en France. L'Assemblée coloniale nom= ma alors, capitaine général, Dassas, major du régiment du Cap.
Ce Dassas, quoiqu il appartint à une "famille aristocratique, s'attachas
au parti révolutionnaire , ne se fit remarquer que par ses défaites, et par sa conduite séditieuse dans les rues du Cap. L'Assemblée colonias le ajourna l'émancipation politique des affranchis , malgré les discours #
J sisiouns p'aaint( 1191) #8 gâges él même en harmonie avec les intérêts des blancs, de Rouvrai et
de Thouzard. *
…. Peridant ce temps, dans Ouest, tout semblait annoncer que la
guerre ne tarderait pas à éclater de nouveau entre lesaffranchis et les blancs,
La municipalité et Praloto, quoique trois des quatre sections du Port:
au-Prince ; eussent voté là ratification et l'exécution dû traité de paix,
mettaient tout en œuvre pour rompre avec les hommes de couleur.
“Pinchinat, Bauvais, Lambert commencaient à éprouver des inquiétudes. Les blancs prenaient une attitude menäçante; ils se tenaient
sous les armes dans leurs quartiers; les hommes de couleur s'étaient
au contraire en grande partie dispersés; presque tous ceux du Sud
Sétaient retirés avec Rigaud dans leur province; leurs compagnies
étaient peu nombreuses. C'était le 21 Novembre. La quatrième section du Port au- Prince, où dominait en maître l'italien Praloto, de
Mmanda qu'on renvoyât à une autre époque l'exécution du concordat;
en même temps les soldats d'Artois et de Normandie se réunissaient
“dans leurs casernes, Les affranchis voyant que tout s’agitait autour
d'eux, se réunirent au Palais du gouvernement et au Bélair. Un nom:
mé Scapin , tambour noir, se rendant à son poste , fut arrêté
par des blancs qui prétendaient qu'il n'avait jamais été libre.
Avant que Bauvais eût eu le temps de faire ses réclamations, Seapin
avait été flagellé et pendu à un des réverbères dela municipalité. Les
hommes de couleur indignés délibéraient sur le parti qu ils auraient à
prendre, quand un officier blanc sortant du gouvernement, où Praloto l'avait
envoyé auprès de Bauvais , traversa la Place d'Armes, el fut atteint au bras
d'une balle que lui lança le lieutenant Valrmhé, homme de couleur. Aussitôt
les blancs crièrent aux armes de toutes parts , la générale fut batiue,
Praloto partit de l'arsenal à la tête de trois bätaillons de la garde nas
lionale , avec vingt piéces de campagne, et vint se ranger en bataille
Meyant le palais du gouvernement. Bauvais n'avait à lui opposer que
sept faibles compagnies tant d'infanterie que de cavalerie, et une compagnie d'artillerie commandée par Pétion. Celui-ci avait établi 2 piéces de eanon, au milieu de la barrière du gouvernement.
raloto partit de l'arsenal à la tête de trois bätaillons de la garde nas
lionale , avec vingt piéces de campagne, et vint se ranger en bataille
Meyant le palais du gouvernement. Bauvais n'avait à lui opposer que
sept faibles compagnies tant d'infanterie que de cavalerie, et une compagnie d'artillerie commandée par Pétion. Celui-ci avait établi 2 piéces de eanon, au milieu de la barrière du gouvernement. Le feu commença aussitôt; les bouiets ramés et la mitraille eussent
anéanti les hommes de couleur, si l'artillerie. blanche avait été bien
servie. ‘Les affranchis dont le courage était soutenu par le sang-froid
de Bauvais, répondaient énergiquement au feu de l'ennemi. Les chasseurs de Sale Trou , adroits tireurs, reuversaient la plupart des artilleurs blancs. Tout à coup les troupes de Praloto furent renforcées par
“les régimens d'Artois et de Normandie qui, ayant reçu dans leurs ca
sernes quelques boulets lancés par les hommes de couleur, avaient
rompu la neutralité qu'ils obstrvaient depuis le commencement de l'af:
faire, et étaient venus prendre part au combat. Aubrant descendait
du Bélair avec trois compagnies, pour attaquer en flanc Pralote et le * Voir ces discours dans les pièces justificatives; Fr _ campa à Bizoton, à une lieue du Port-au-Prince; Savary homme de“ « 86 | &iSTOIRE D'HAITI.—( 1791 ) forcer à la retraite, lorsque le major-général Taillefer , a ia tèteuune «
colonne de troupes blanches, vint l'assaillir par derrière, après avoir ‘ traversé la rue des Gésars. Aubrant rétrograda, s’élença avec fureur
oir ces discours dans les pièces justificatives; Fr _ campa à Bizoton, à une lieue du Port-au-Prince; Savary homme de“ « 86 | &iSTOIRE D'HAITI.—( 1791 ) forcer à la retraite, lorsque le major-général Taillefer , a ia tèteuune «
colonne de troupes blanches, vint l'assaillir par derrière, après avoir ‘ traversé la rue des Gésars. Aubrant rétrograda, s’élença avec fureur aur les blancs, les culbuta , et les poursuivit jusque sur la place“de
} Eglise où Taillefer fut tué. Il se retrancha ensuite sur de Belair. Alors les
régimens d'Artois, de Normandie, et le corps royal d'artillerie attaquèrent
le gouvernement du côté Sud. Déjà Bauvais privé de projectiles: avait
remplacé les boulets par des pierres ; la poudre même vint à lur man:
quer; il ordonna de battre en retraite ; et pendant qu'il enclouait ses
pièces et les jetait dans les fossés, le capitaine Doyon , campé à Moi"
talet, protégeait sa retraite, en arrêlant Caradeux qui ;s’efforçait de tour"
ner le palais du gouvernement. Bauvais traversa en bon ordre Phas
bitation Coviu et se relira à la Croix-des-Bouquets. On s'était battu”
depuis deux heures de l'après midi jusqu'au soir. 8%
Dès que le eombat fut terminé, le feu éclata dans tous les quartiers de la ville. Aucun effort ne put arrêter l'incendie propagé par
Praloto et sa bande. Les hommes de couleur qui n'avaient pas pris
les armes furent massacrés dans les rues, ainsi que leurs femmes:
Beaucoup de ces malheureuses se réfugièrent dans les eampagness d'au:
tres, poursuivies de toutes parts dans la ville, se précipitèrent, dans”
la rade et atteignirent les mangliers des ilots qui ferment le port; mais elles
furent mitraillées, du rivage, par l'artillerie de Praloto. La canaïlle blanche«
répandue le long du quai accusa les négocians blancs d’être les auteurs
de l'incendie, et livra au pillage les plus riches magasins. E
Le lendemuin, à la pointe du jour, Aubrant abandonna le bélair et
prit le chemin de la Croix-dés-Bouquets où il rencontra Bauvais. è
Le feu ne cessa de répandre ses ravages qu'au bout de 48 heures:
27 îlets de la ville sur 30 furent la proie des flammes; 500 maisons
furent brûlées, et les pertes s’élevèrent à 50 millions de livres tournois.
Les affranchis indignés de la conduite perfide des citoyens du Portau-Prince à leuriégard, ne gardèrent plus aucun ménagement envers
les blancs. 4
Ceux du Sud, apprenant l'affaire du %1 Novembre, sortirent des
Cayes et allérent se retrancher dans les campagnes; les blanes-vinrent«
les attaquer, et furent sans cesse battus. Rigaud revenu de sa province, couleur, prit uné attitude menaçante à St-Marc. Pinchinat, Bauvais,
Chanlatie et Rigaud, par une adresse d'une grande énergie revolution-«
naire , appelérent aux armes leurs frères de toute la colomie : : « Amis, la Patrie est en danger; de tous côtés nos frères armés
« marchent à la défense de leurs droits méprisés, et à la vengeance
« de la foi des traités violés; il n'y à pas un instant à perdre : qui
« conque diffère ou balance à marcher en ce moment, est, à tropjuste
« titre, suspect, coupabie du erime de lèse-nation, déclaré traitre à la Pas
appelérent aux armes leurs frères de toute la colomie : : « Amis, la Patrie est en danger; de tous côtés nos frères armés
« marchent à la défense de leurs droits méprisés, et à la vengeance
« de la foi des traités violés; il n'y à pas un instant à perdre : qui
« conque diffère ou balance à marcher en ce moment, est, à tropjuste
« titre, suspect, coupabie du erime de lèse-nation, déclaré traitre à la Pas L. + A és À A à A+ AA A * À À A À HISTOIRE D'HAITI—{ 1791 ) À 85
trie, indigne de vivre, ses biens confisqués, et son nom voué à
lexécration contemporaine et future. \ « Volons, chers amis, au siège du Portau Prince; plongeons nog
"bras ensanglañtés, vengeurs du parjure et de fa perfidie , dans le
“sein dé ces monstres d Europe. Assez et trop long-temps , - nous
avons sérvi de jouet à leurs passions et à leurs manœuvres insidieuses ; assez et trop long-temps nous gernissons sous le joug. Dé.
truisons nos iyrans, ensevelissous avec eux jusqu'aux moindres vesti
ges de notre ie arrachons jusqu à ses racines les plus pro
fondes, cet arbre du préjugé. Engagez les uas, iutimidez les autres,
promettez , menacez , entrainez dans volre marche les citoyens
blanes et vertueux; mais surtout, chers amis, unions courage et
célérité; ainenez-nous, bagagés, eanous, munitions de guerre et
de bouche, et venez tout de suite vous rallier sous Fétesdard comEmun; Cest là que nous devons tous périr ou venger Dieu, la nature, la loi et i humanité si long-temps ouiragés dans ces ciinatsg
d'horreur. » * ru brome D | Les hommes dé couleur de l'Artibonite et du Sud, ne demeurérent
pas sourds à cet appel, el vinrent en grand nombre renforéer leurs
frères de 1 Ouest. Bauvais demeura à la Croix-des- Bouquets qu'il fortibia ; le Mirebaiais fut garni de troupes; et Rigaud étabii à Marquissant
inquiétait eonsidérablement le Port-au Prince. Pinchinat présidani tous
les conseils, donnait une direction active à toutes les opérations.
Quant aux blancs royalistes de la plaine du Gui-de Sac, ils continuè= a! L
rent. à respecter le concordat de Goureau: » Depuis l'expulsion des afframchis du Port au-Prince, les plus grans
des” horreurs s cxerçaient dans cetie ville. Praloto el ses satellites pourSuivaient à outrance les blancs conuus par leurs richesses qu'ils trai- {aieni daristocrates ; et les contraignaient à fuir ; soit à l'étranger, soit dans la plaine ‘du Cul-de- Sac: -On en vit pendre plusieurs” aux
! L
rent. à respecter le concordat de Goureau: » Depuis l'expulsion des afframchis du Port au-Prince, les plus grans
des” horreurs s cxerçaient dans cetie ville. Praloto el ses satellites pourSuivaient à outrance les blancs conuus par leurs richesses qu'ils trai- {aieni daristocrates ; et les contraignaient à fuir ; soit à l'étranger, soit dans la plaine ‘du Cul-de- Sac: -On en vit pendre plusieurs” aux portes de leurs demeures. Beaucoup vinrent demander asyle aux gens de couleur qui les reçurent avec genérosiié. La division qui existait
parmi les blancs favorisait grandement la cause des affranchis.
Cependant le Port au-Prince cerné étroitement par les mulâtres , enwoya à la Croix- -des-Bouquets Caradeux de ia Caye frère de Caradeux le cruel, chargé d'anioncer à Pinchinai et à Bauvais, que le concordat du 23 Octobre n’était pas détruit, et de leur proposer la forma
tion d'une nouvelle municipalité composée de blaues et d'hommes de
couleur. Caradéux ne fut pas accueilli. ; Alors la municipalité jeta les
jeux sur Grimouard qui commandait depuis la mort de Village la
division navale, composée du vaisseau le Borée et de la frégate ia GaHithée. Grimouard. ofticier estimé des deux partis, fit conduie aux
gens de couieur leurs enfans, et celies de leurs femmes qui ü aNaient pas été égorgées dans la jour née di 24 Novembre. Ai vint lut2 Cette adresse iut rédigée par Juste Uhanlatte:
ueilli. ; Alors la municipalité jeta les
jeux sur Grimouard qui commandait depuis la mort de Village la
division navale, composée du vaisseau le Borée et de la frégate ia GaHithée. Grimouard. ofticier estimé des deux partis, fit conduie aux
gens de couieur leurs enfans, et celies de leurs femmes qui ü aNaient pas été égorgées dans la jour née di 24 Novembre. Ai vint lut2 Cette adresse iut rédigée par Juste Uhanlatte: LL 4 Ages a 0" &s | a pisToiRs p'watr—( 1791) même à la A idehanttns et trouva Bauvais disposé à entrer @
| mégociations. - :
Les hommes de couleur demandèrent l'embarquement des de
tionaux soldés, des canonniers de Praloto et des chefs de brigands,
\ d'aprés une liste qui en serait fournie; la remise à leurs troupes du
fort St-Joseph et de celui de Belair , la formation d'une nouvelle garde
nationale et d'une municipalité provisoire; l'annulation des actes del
l'ancienne municipalité et de l'assemblée de l'Ouest , la ratification ‘du
traité de paix du 23 Octobre par Blanchelande. Les blancs hésitaient,
à accepter ces conditions que repoussait Praloto , quand üls apprirentu
l'arrivée au Cap des commissaires civils envoyés par la France: La
municipalité ne douta pas que ces délégués ne fissent exécuter le dé”
cret du 24 Septembre; elle ne voulut pl us traitér avec les gens de’
couleur comptant du reste beaucoup sur les six mille hommes promiss
par la métropole. Grimouard rappelé de la Croixdes Bouquets fait
d'être déchiré par la populace, et les négociations furent rompues.
La ville fut cernée plus étroitement par les confédérés. Ils” en "dé:
tournèrent les eaux de Turgeot et de Marquissant ; les vivres ne purent
y arriver et la famine y devint horrible. Jusqu’alors les esclaves dé
FOuest n'avaient pas pris les armes; les affranchis qui exerçaientsur
eux une puissante influence les maintenaient dans une tranquillité par -
faite. Si les hommes de couleur du Nord n'avaient pas perdu leur
prestige par la non-réussite de l’entreprise d'Ogé, ils eussent exercé
la même influence sur les {ateliers de leur province. Il est vrai que
le territoire de l'Ouest est plus favorable à la guerre que celui du Nord
presque toutes les forces des affranchis de l'Ouest se trouvaient con“
centrées dans un cercle étroit rempli de positions militaires naturel: -
lement inexpugnables. Maîtres des montagnes du Mirebalais qui sés
parent à l'Est la province de l'Ouest de la partie espagnole, les mu
‘âtres garantissaient Île Cul-de-Sac, de toute attaque; maitres 44
plaines de Léogane cet des montagnes de Jacmel, ils coupaient toutes
:les communications entre les blancs du Sud et le Port au-Prince À foyer. de la puissance de leurs ennemis dans l'Ouest.
Pendant ce temps les aflranchis du Sud bloquaient par terre Li il
des Cayes, rompaient les traités qu'ils avaient faits avec les blancs,
les massacraient dans les campagnes. Le jour même de l'incendie du
Port-au-Prince, ceux de Jacmel avaient contraint les blanes de cette ville :
à faire avec eux un eoncordat. 1
À la même époque, Garran-Couion député de Paris à la législative L
demandait la confirmation provisoire du concordat passé à
_entre les blancs et les hommes de couleur. (Moniteur de EE
Cayes, rompaient les traités qu'ils avaient faits avec les blancs,
les massacraient dans les campagnes. Le jour même de l'incendie du
Port-au-Prince, ceux de Jacmel avaient contraint les blanes de cette ville :
à faire avec eux un eoncordat. 1
À la même époque, Garran-Couion député de Paris à la législative L
demandait la confirmation provisoire du concordat passé à
_entre les blancs et les hommes de couleur. (Moniteur de EE DO j ; 5 LIVRE SIXIÈME. Sommanre. Arrivée des commissaires civils , Mirbeck, Roume & St-Léger.— Jean
François et. Biassou envoient des députés au Cap—Arrivée de St.-Léger au Port-anPrince—Bleck.—Combat de Mercy.—-Romaine la prophétesse.—Les blancs da Portau-Prince prennent la Creix-des-Bouquets.—Eapointe fait égorger les blancs de
l'Archhaie —Les affranchis soulèvent les esclaves du Cul-de-Sac,—Bataiile de la
Croix-des Bouquets. — Des troupes européennes arrivent dans la colonie. — Ré:
volte au Cap contre Blanchelande. — Mirbeck et .St Léger partent pour Fiance.
—Reume demeure seul dans la colonie.—Biassou attaque le Cap.—Dumontellier.—
Borel.—Concordat du 14-Avril—Concordat de paix et d'union —Prépondérance des
affranchis dans l'Ouest— Départ de Caradeux pour les Etats Unis, Pendant que les affranchis de l'Ouest bloqüaient le Port-au-Prince ,
les commissaires civils Mirbeck, Roume et St-Léger étaient arrivés au
Cap. (28 Novembre.) En débarquant ils furent saisis d'horreur à la
mue des nombreux gibets auxquels étaient suspendus des cadavres noirs
“et jaunes, le long du rivage. Ces’ trois délégués appartenaient au parti
constitutionnel. Le 3 Décembre l’Assemblée coloniale les reçut dans
son sein et les combla d’éloges. Roume dans le discours qu’il prononça laissa découvrir que l'Assemblée coloniale aurait à marcher en
- harmonie avec les déerets de. la constituante. De nouveaux débais s'élevèrent ensuite au sujet de la dénomination de l’Assemblée qui changea son titre d'Assemblée générale, en celui d'Assemblée coloniale de
la partie française de St-Domingue. |
Les insurgés de la province du Nord qui n’avaient pu s’entendre avee
#Blanchelande voulant envoyer des députés au Gap, obtinrent des com:
missaires civils une suspension d'hostilités. Deux hommes de eouleur Raynal et Duplessis se chargèrent d'être leurs représentans. Conduits à la barre de l'Assemblée coloniale , ils donnérent lecture d’une
“lettre datée du 4 Décembre, par laquelle Jean Frauçois et Biassou
demandaient que l'on s’ogcupât du sort des esclaves, et qu’on en
#Blanchelande voulant envoyer des députés au Gap, obtinrent des com:
missaires civils une suspension d'hostilités. Deux hommes de eouleur Raynal et Duplessis se chargèrent d'être leurs représentans. Conduits à la barre de l'Assemblée coloniale , ils donnérent lecture d’une
“lettre datée du 4 Décembre, par laquelle Jean Frauçois et Biassou
demandaient que l'on s’ogcupât du sort des esclaves, et qu’on en CAE 7 “UE US SEARSEE
’ ON A MD Lin
LeNYAX LORS L Ég : Misvore D'uarri— (1991 )
vint à une paix promyte et sincère. Elle était signée de Jean Frais
Gois, général, de Biassou ; maréchal de camp, de Desprez et de Mans
zoau (hommes de couleur ) de Toussaint et d Aubert commissaires ads
hoc. RATE CR SAUTER
Raynal et Duplessis, munis d'ün sauËconduit que leur’ avait donnés
cs commissaires civils, s’en rétournérent au cémp de ean François
Dix jours après, ils revinrent au Cap prendre la réponse de l'Assem=
blée coloniale. Le 16 Décembre , ils se présentèrent fe nuuveauvà as
barre de Assemblée. Le président se leva et leur dit: © Émissai#
« res des nègres en révolte, vous allez entendre les intentions ae PASS
_« semblée eoloniale : l'Assemblée fondée sur la loi et par a 16
« ne peut correspondre avec deë gens armés contre la lor, contre#
« toules Îles lois; fAsscmbiée pourrait faire grâce à des coupables res
* pentans, » AR eue LR A AR Les commissaires se retirérent humiliés, au milieu des huces de J&
populace blanche. Quand ils rapportérent cette réponse à Jean François"
Biassou dans son indignation voulut faire égorger tous les blancs ses”
prisonniers. Mais son livutenant Toussaint Louverture lapaisa “en lui
faisant comprendre que les, négociations pourraient s'entamer avec Iles
commissaires civils, et quil ne fallait pas tout rompre en se laissant
dominer par la fureur. Il fut écouté ; et Biassou accueillit la propos
Siion faite par les commissaires civils aux chefs des insurgés de se réus
nir sur l'habitation St-Michel pour une entrevue. Mirbeck, Roume et*
SL.-Léger avaient parfaitement reçu Raynal et Duplessis. Cependanss
Biassou se plaignait à chaque instant dé l'insolence de l'assemblée colo male qui osait lui écrire avec st peu de: ménagement. 0 J Gest la seconde fois que l'hisioire fait mention de Toussaint Lou”
verture, un des principaux fondateurs de la liberte des noirs, que lon
nommait ainsi, selon les uns, à cause d'une de ses dents incisives!
cassée qui formait une ouverture quand il riait; * selon d’autres ,eparces
qu'il fut un des premiers auxquels Blanchelande fit l'ouverture dw
plan de l'insurrection générale, comme nous l'avons vu : ilouvrit une
nouvelle ère à ses fréres. Et IS RQUUESE
de Toussaint Lou”
verture, un des principaux fondateurs de la liberte des noirs, que lon
nommait ainsi, selon les uns, à cause d'une de ses dents incisives!
cassée qui formait une ouverture quand il riait; * selon d’autres ,eparces
qu'il fut un des premiers auxquels Blanchelande fit l'ouverture dw
plan de l'insurrection générale, comme nous l'avons vu : ilouvrit une
nouvelle ère à ses fréres. Et IS RQUUESE Au jour fixé pour lentrevue, on se réunit sur l’habitation Michel,
Ballei, créole blanc, un de ceux quel’Assemblée coloniale avait chaïgés d ac-"
compagner les commissaires, se précipita sur Jean François et le frappa des
Sa cravache. Celuirei aulieu de l'abattre d’un-coup de pistolet ou de lé
percer de son épée demeura stupéfait; ce qu'on ne peut attribuer qu'&
un résie de ce profond respect que les esclaves avaient pour ieurs maîs
tres. I voulut se retirer; mais St Léger le retint par ses bons procé”
dés. Il se jeta aux genoux du commissaire civil en lui disañt qu'il
‘eu Avant 1789, on disait, dans ja province du Nori, qu'une bouche res
semblait à là barrière ou à l'ouveiture de Bréda, quand elle était dégarnie
de dents incisives. Dans la province de l'Ouest, on disait barrière ou ouveT=.
ture de Biâche, pour désigner un esclave privé de ses dents de devant, V0
: 20 HISTOIRE B'HAITI—( 1792 ) : ÿT Mait le à ui wiane en qui il avait reconnu de l'humanité, I lui promit
demarre cesser les hosulités st on voulait seulement lui accorder quatrë |
cents libertés pour les principaux chefs de son armée. St-Léger accépia tout à condition qu'on rendit les prisonniers blanes. Les captifs
furent renvoyés sous escorte ; ) et sans Toussaint Louverture qui Îles
accompagnait ils eussent été égorgés en chemin. Lé-24 Décembre, Toussaint et les autres ofliciers de Jean françois,
qui étaient veaus au Cap avec les prisonniers se présentérent à la barre
de PAssemblée coloniale. Le bé leur dit: « Continuez à donner
& des preuves de voire repentir, et, dites à -ceux qui vous envoient de
4 les adresser à messicurs les commissaires civils : ce n'est que ‘par
(I leur intercession que l’Assemblée peut s'expliquer sur votre sort. » “Les blancs royalistes, quoique les insurgés leur fissent la guerre aussi
bien qu'aux pairiotes , faisaient tous leurs efforts pour rompre les négocialions , craiguaut qu une fois la paix rétablie lés noirs ne prissent
ln cocarde tricolore aulieu de la cocarde blanche qu'ils portaient. Hs
excitaient secrélement Jean François et Biassou à se défier des com:
missaires civils. De retour au camp, Toussaint exposa aux siens, combien était grande .
Pinfluence de l'Assemblée coloniale; qu'aucun waité ne pouvait avoir
lieu, atiendu qu'elle n'en voulait pas et quelle était pius puissante
que les commissaires civils.
noirs ne prissent
ln cocarde tricolore aulieu de la cocarde blanche qu'ils portaient. Hs
excitaient secrélement Jean François et Biassou à se défier des com:
missaires civils. De retour au camp, Toussaint exposa aux siens, combien était grande .
Pinfluence de l'Assemblée coloniale; qu'aucun waité ne pouvait avoir
lieu, atiendu qu'elle n'en voulait pas et quelle était pius puissante
que les commissaires civils. En effet, malgré leurs instances, ces derniers n'avaient pu obtenir
la mise en liberté de la femme de Jean François, quoiqu'ils leussent
promise. Les insurgés n'eurent plus aucune confiance en la commission
civile, et la guerre recommença avec fureur. …, Pendant cet intervalle , il existait au Port-au-Prince deux camps :
Grmouard et la marine marchande, d'une part; la municipalité et les .
ägitateurs de Praloto, d'autre part. Praloito tenta de soulever eontre
Grimouard l'équipage du vaisseau le Borée, et échôua dans son entreprise. Grimouard indigné contre la municipalité refusa de canonner
les affranchis campés à Bizoton. Cependant quelqnes jours après, les
agitateurs parvinrent à gagner l'équipage, attaquèrent le Cain p de Bizoton et forcèrent. Rigaud à la retraite. Après ce léger succès, Praloto fil assassiner beaucoup d'hommes de couleur et de paisibles blancs. De son côté, l’Assemblée coloniale, aulieu de calmer les esprits par
de sages mesures » les excitait au contraire: elle annulait les concôrdats et déciarait quelle ne statucrait sur le sort des affranchis qu'à la
fin de la guerre. Aussi les massacres continuérent-ils de tous côtés.
Les affranchis de Jacmel renforcés par les confédérés de la Croix-desBouquets, attaquèrent la ville, y pénétrèrent, la livrérent aux flammes,
et nen furent chassés que par l'intrépidité des marins de la corvette
le Sein commandée par le capitaine Bessière. (Janvier 1792.)
statucrait sur le sort des affranchis qu'à la
fin de la guerre. Aussi les massacres continuérent-ils de tous côtés.
Les affranchis de Jacmel renforcés par les confédérés de la Croix-desBouquets, attaquèrent la ville, y pénétrèrent, la livrérent aux flammes,
et nen furent chassés que par l'intrépidité des marins de la corvette
le Sein commandée par le capitaine Bessière. (Janvier 1792.) Léa "coalition des affranchis de la Croix-des Bouquets avait pris un
immense développement ; tous les mésontens du Pori-au-Prince , beau- + _ 52 HISTOIRE BEA. + 1799 ) coup d'employés blancs civils et iii étaient venus $e joindre aux
hommes de couleur. Les paroisses de Léogane , de l’Arcahaie , du Mire:
balais , de St-Marc, du Grand-Goûve, de dataiels du Petit-Goâve , de Bay:
net, dos Cayes de ‘Jacniel, du Fond. des-Nègres et des Gonaïves , avaient
envoyé! Ges députés à la Croix-des- -Bouquets. Les hoinmes de couleur
déclarérent qu'ils représentaient plus légitimement la province de l'Ous
est que l'Assemblée du Port au-Prince ; etils se constituérent d'abord
en conseil provincial de l'Ouest, puis en conseil des commissaires de: $
paroisses de la dépendance de l'Ouest. Ils demandèrent aux commis:
Saires civils, par une adresse, qu'il leur fut permis d'exercer, ei
tous points , les. droits de l’homme , d'aprés les décrets de la cons:
tituante.… Les commissaires leur répondirent qu'ils blamaient leur con
duite ; ainsi que celle des blancs. (10 Janvier 1782.) Les trois dé:
légués de la métropole, sans conviction politique , et par conséquent,
sans énergie, jouaient un rôlé incertain entre les mulâtres et les Co=
lons.. ils Shbrtérent les confédérés et les blanes à suspendre les
hostilités jusqu’à leur arrivée dans l'Ouest, Les hommes de couleur
accueillirent leur conseil, ct envoyèrent Pinchinat vers le Port-au Pr
ce, pour demander une trève ; mais la municipalité, au lieu de le laisser
entrer en ville, fit tirer sur lui tous les carions du fort St. eos
Cependant il revint sain et sauf à la Croix-des- Bouquets. Les affranchis du Nord, sans cesse humiliés et persécutés par l'Agi
semblée coloniale , se joignirent la plupart à Candy qui par ses crus
autés se montrait ‘le digne successeur de Jeannot. D’autres tentèrent
en vain de forcer le cordon des Gonaïves ou de FOuest, pour-81rs |
lier à la confédération de la Croix-des-Bouquets. Là Le camp de Rocou, commaïidé par Dassas, protégeail la sénéchaus se
sée du Fort Dauphin. Candy à la tête d'une nombreusé cavalerie dé"
couleur, l'attaqua, battit les blancs, et s’'empara du Trou. Dassas sen
réfugia à Ouanamainthe ; mais Candy souleva contre lui les affranchis
de cette ville, et le contraignit à faire avec eux un concordat. Candy
abandonna ensuite le parti de Jean François, se rallia aux blancsets
s'établit à Sainte Suzanne sous les ordres du général Pageot. Peu den
jours après, il délivra Pageot qui allait succomber sous les coups. de
plusieurs milliers de noirs.
s, et s’'empara du Trou. Dassas sen
réfugia à Ouanamainthe ; mais Candy souleva contre lui les affranchis
de cette ville, et le contraignit à faire avec eux un concordat. Candy
abandonna ensuite le parti de Jean François, se rallia aux blancsets
s'établit à Sainte Suzanne sous les ordres du général Pageot. Peu den
jours après, il délivra Pageot qui allait succomber sous les coups. de
plusieurs milliers de noirs. L’insurrection languissait dans le Nord ; Jean François résolut dé
se rendre dans lOuest pour en soulever ‘les esclaves. 11 se mit ef
marche avec sept mille hommes. Quand il atteignit Jacquezy;
il rencontra Candy qui était à la tête de six-cents affranchis , et l'aë
aqua. Mais il fut DAC battu et repoussé loin du cordon dé
l'Ouest. ’ 4 Malgré les services de Candy et des hommes de couleur, l'Acseme
blée coloniale fit arrêter au Cap plusieurs députés de la Groix des-Bot &
quets porteurs de lettres pour Blanchelande. Les affranchis du Nord
indignés de là mauvaise foi des blancs, et ne PONTS plus comptera x \ M
HisToiREe D'HAITr.—( 1792 ) dE nte M | she civils dont l'autorité était méprisée par l'Assemblée -
olomiale, rompirent le concordat de Ouanamainthe, abandonnèrent le
amp de Rocou et réunirent de nouveau leurs forces à eclles des. noirs.
S"marchérent avec Jean François sur Ouanamainihe et s'en rendirent
maitres. La guerre devénait de plus en. plus affreuse; de part et d'aufé les prisonniers, les femmes, les enfans étaient égorgés. Le déOuragement se répandait parmi les blancs : de Thouzard et Rouvrai,
‘ovalistes zélés, fatigués des excès des petits-blancs auxquels ils attriJuaient et l'insurrection des noirs et celle'des mulâtres, se rapprochaient
les insurgés et commençaient à les ménager dans l'espoir de les ramener.
Dans” les quartiers du Môle St-Nicolas, Rouvrai alla jusqu'à méconnaiWe lautorité de lAssemblé coloniale, et à exciter les esciaves à prendre
lés”armes sous le drapeau blanc. (Cambefort autre chef royaliste; dans
espoir d'opérer la contre-révolution , s'entendait indirectement avec
Jean François et Biassou qui prétendaient combattre pour le roi. Heuléusement pour la liberté, les blancs aveuglés par leurs passions potiques se divisaient aulieu de s'entendre pour étouffer l'insurrection ;
ét par de courts rapprochemens, les esclaves les trompaicnt et faisaient
de rapides progrès. | ;
blanc. (Cambefort autre chef royaliste; dans
espoir d'opérer la contre-révolution , s'entendait indirectement avec
Jean François et Biassou qui prétendaient combattre pour le roi. Heuléusement pour la liberté, les blancs aveuglés par leurs passions potiques se divisaient aulieu de s'entendre pour étouffer l'insurrection ;
ét par de courts rapprochemens, les esclaves les trompaicnt et faisaient
de rapides progrès. | ; De leur côté, les espagnols satisfaits de la ruine de la colonie fran-
(aise, entretenaient l'insurrection, en fournissant des armes et des munitions à Jean François et à Biassou qui vendaient au roi d'Espagne,
comme esclaves, les noirs, hommes , femmes et enfans qu'ils faisaient
prisonniers dans les rangs’ des blancs. Ce trafic d'esclaves par des csclaves insurgés, prouve que ces derniers n'étaient mus jusqu'alors que
par l'instinct de la liberté personnelle, et qu'ils n'avaient nullement
énvue l'émancipation générale de leurs frères leur horison politique
se renfermait encore dans un cercle trés-étroit. D'une autre part, les
alfvanchis ne demandant que la jouissance des droits politiques pour
eux seuls, consentaient à la déportation des suisses; et les chefs des esclaves soulevés ne combattant que pour leur propre liberté, offraient à
Stbéger, moyennant 600 libertés, de faire rentrer dans la servitude leurs
hordes innombrables. Si les préjugés coloniaux qui contrariaient les pro+
jets les plus sages, n'avaient pas étouffé la voix de la raison , les blancs
gussent pu alors, en contentant et les affranchis et les chefs des esclaves,
peut-être faire renaître la tranquillité. D'un autre côté, la révolution
radicale qui s opérait alors en France, la liberté générale proclamée plus
tard en 1794, eussent sans doute déjoué les plans les mieux comDinés. Comme St Domingue faisait alors partie intégrante de la France,
notre révoiulion devait parcourir les mêmes phases que la révolution
française, et no se terminer que par l'extermination des classes privigiées. s
La commission civile ne pouvant obtenir aucun renseignement sur
Métat de la province de l'Ouest résolut d'y envoyer un de ses membres.
St-Léger fut choisi pour cette mission. À peine fut-il parti que BiasLES HISTOIRE D'HaiTt 1492)
ue faisait alors partie intégrante de la France,
notre révoiulion devait parcourir les mêmes phases que la révolution
française, et no se terminer que par l'extermination des classes privigiées. s
La commission civile ne pouvant obtenir aucun renseignement sur
Métat de la province de l'Ouest résolut d'y envoyer un de ses membres.
St-Léger fut choisi pour cette mission. À peine fut-il parti que BiasLES HISTOIRE D'HaiTt 1492) sou résolut d'attaquer le Cap. Un large fossé rempli d'eau quie
tourait la ‘ville, ne fut pas pour lui un obstacle: le désir qu'ilaxaies
de délivrer sa mère esclave dans le couvent des Pères de LRTES |
excilait son audace. Après avoir traversé le fossé, 1l vint au milieu d
la nuit assaillir le fort Bélair, au haut du Cap. H en surprit la gan
nison, la dispersa, et tira sur la ville où il répandit la: plus cran d
terreur. IL marcha ensuite sur l'hôpital des. Saints-Pères dont il serenk
dit maître. Tous les malades qui avaient sur leurs lits des habits de
gardes nationaux farent poignardés. Les. insurgés leur disaient envle $ |
tuant: « vous n'éles point des gens du roi. » Le lendemain. à la pointes
du jour la garde nationale ge Fes des environs du Cap. On ne
vit ni dans les rues, ni sous les armes, un seul des. membres” ei
l'Assemblée coloniale. On se demard sn « où est celle écharpe rouges
« que les représentans doivent porter au combat au miliew des: dangers | der
«la colonie. » Les députés si bhardis à la. tribune s'étaient tous-cass
ehés pendant l'action, Biassou se retira avec sa mère qu'il avait déliss
vrée. L ‘à
L'égorgement des malades patriotes à 1 hôpital des Saints-Pères, por] |
les ré \outi onnaires à accuser les royalistes d'être en intelligence avec
les insurgés : lanimosité augmenta entre les deux partis.
Cependant et révolutionnaires avaient pris au Cap une prépondérail 1
ce réelle. Pour: se donner plus de force, ils installérent la municipas
lité avec une grande pompe. Ils enlevérént aux dr apeaux de la garile
nalionale les insignes inciviques qui les surmontaient et les remplacés
rent par des cravates tricolores. (Jauvier.) Le: régiment du Cap pris
aussi la cocarde tricolore. Néanmoins la municipalité laissa ausshôt
découvrir ses projets anti-métl apol litains. Elle fk briser la presse d'un
citoyen qui imprimait une proclamation par laquelle une araistie étais
aceÿrdée par la constituante aux esclaves révoltés; et le commissaire
. civil Roue: accusé par elle d'être un émissaire de la société des Ames
des Noirs fut obligé de se justifier. L'Assemblée colontale, accusée pat
Brissot à Î Assemblée, nationale de travailler à l'ind’pendance, coms
traignit Roume et Mirbeck de déclarer à la Franee, contre leur com
viction, qu'elle était toute dévouée à la métropole. Un des membre
de l'Assemblée coloniale proposa dans uñe séance orageuse de don
der le remplacement des commissaires civils; le peuple qui occupait
les galeries vociférait contre eux, et disait qu'il serait. plus simple de
les noyer. La séance fut très- -orageuse : et Bacon dé la Chevalerie
demanda , pd quils fussent sur-le-champ embarqués pou
France. s députés se retirèrent sans avoir pris aucune décision.
Pour FFE AA. les commiss is civils parmi les blancs, l'Assem:
blée coloniale fit imprimer et publier contre eux des libelles dont 1
colonie fut inondée. On les vendait au milieu des places publ 4e
et ceux qui les colportaient disaient au peuple « que les commissaires
s eivils étaient les protecteurs déclarés der esclaves ct des gens de cou
-champ embarqués pou
France. s députés se retirèrent sans avoir pris aucune décision.
Pour FFE AA. les commiss is civils parmi les blancs, l'Assem:
blée coloniale fit imprimer et publier contre eux des libelles dont 1
colonie fut inondée. On les vendait au milieu des places publ 4e
et ceux qui les colportaient disaient au peuple « que les commissaires
s eivils étaient les protecteurs déclarés der esclaves ct des gens de cou «A = : si} HISTOIRE D'AIDE F?91 pat | | LEA à eur; qu ils voulaient donner la liberté aux uns, et renûre les autre
“les égaux des blancs. »
? Pendant que tout St. Domingue' était à feu et à sang, l'Assemblée :
coloniale perdait un temps précieux.
«Nous ävons vu que les hommes de co:leur du Sud, après avoir en-
“aim demandé aux blancs de leur province l'exécution du décret du 15
À ai, s'étaient retirés dans les campagnes , avaient battu les colons qui
avaient marché contre eux , et avaient étroiteme nt cerné la viile des Gayes.
“Les blancs de toute la province excepté ceux de a Grand Anse, ef-
| de la puissance des affianchis devenue formiduble, traitèrent avec
eux. Ceux des Cayes acceptèrent le concardat de la ” Croit-des-BoujArts, ainsi que ceux de Cavaillon. Ils consentirent à respecter les camps
Ashommes de couleur, établis dans lcs campagnes , et s'obligèrent meme
“à leur fournir des vivres. La ville des Cayes déclara l'Assemblée Cooniale illégale, ordonna à ses députés de labandonner et envoya aux
{ ommissaires civils des Ares chargés de les prier de ratifier tout te
qu elle avait fait en faveur des hommes de couleur.
Les affranchis de St Michel, du Fond des-Nèvres, d'Aquin, de Ti
buron, des Côteaux, de Baynet étalent si puissans dans ces quartiers
que ls blancs qui les habitaient n° avaient Ja osé envoyer des dé4 à l'Assemblée coloniale.
Les mulâtres ne lardèrent pas à s’apereevoir que À les blancs ne s'éfaient soumis qu'à la force des circonstances ; enmême temps appreant que la guerre continuait dans F'Onest entre les leurs et la ville du
D: au Prince, ils rompirent les prenuers les traités qu'ils avaient faits
avec les blancs, quoique Mangin d Ouence, « mmandaut de la province
du Sud, leur eût saranti la bonne loi, dé Ha raie Comme ils
avaient à leur tète des hommes moins sdtes, moins éclairés que les chefs
desraffranchis de l'Ouest, ils ne surent observer aucune modération
dans leur conduite, se lissérent alter à toute la fureur de leur haine
€tse livrérent aux "plus affreuses cruautés. Ils se précipitérent sur les
Diancs, avea une rage frénétique, et en fucillérent un grand nombre
à Aquin, à St-Eouis, sans forme de procès, sous prétexte de consPirations anti- révolutionnaires. ls pendirent des femmes sepluagénaifes, des vieillauds sourds et aveugles, ainsi que tous les économes qui
_se trouvaient sur les habitatiéns. Ils écorchérent vif Caumot, proeuur de l'habitation de la Grande-Crête, burent son sang avec du tafia et
firent saler sa chair. L'enfant d’une dei rne blanche fut retiré vivant
du sein de sa mère et jeté aux pourceaux. Le blanc Picot # sa fem.
me furent égorgés, après avoir été témoins de l'assassinat de leurs
gnfans dont les entrailles avaient été jeteés à la figure du père et de la
mére. Ils chassaient avec d'é énormes chiens dévorants, dans les bois et
“dans les mornes, les blancs qui s ÿ étaient réfugiés, el Augustin Rigaud
parcourait les campagnes en proclamant « qu'il fallait nécessairement
# qu'une des deux classes fit place à l'autre, » Ils avaient conçu Le
avoir été témoins de l'assassinat de leurs
gnfans dont les entrailles avaient été jeteés à la figure du père et de la
mére. Ils chassaient avec d'é énormes chiens dévorants, dans les bois et
“dans les mornes, les blancs qui s ÿ étaient réfugiés, el Augustin Rigaud
parcourait les campagnes en proclamant « qu'il fallait nécessairement
# qu'une des deux classes fit place à l'autre, » Ils avaient conçu Le L2 P “ra
85 COMENT : HESTRIES D'HAITL—-( 1793 ) | “Qt
projet d'abandonner le Nord et l'Ouest, de réunir tous leurs frérés
dans le Sud, et de s’y organiser à leur manière, aprés avoir exters
iné tous les blancs de la presqu'ile. Ils étaient tellement dominés:
par celte idée qu'ils répondirent à la nfunicipalité de Torbeck quisieur
avait fait connaître la preclamation d’amnistie des commissaires civils «
« Nous savons qu'il y a trois blanes de plus dans la colonie.» Enfin,
depuis-Aquin jusqu'au-delà des montagnes des Cayes, il n'existait plus:
qu'un seul blanc dans les campagnes; tout le reste avait été égorgés"
- De leur côté, les blancs massacraient tous les hommes de couleur”
qu'ils faisaient prisonniers, avec des circonstances aussi horribles,et
envoyaient leurs têtesà Mangin d'Ouence. Vingt-sept mulâtres pris
sur un bâtiment qui était en mer allant chercher de Ia farine pour
la ville d Aquin, furent noyés. | 1
Si les hommes de couleur du Sud avaient eu à leur tête des citoyens
tels que Pinchinat et Bauvais, ils ne se seraient jamais livrés à des
tels excès. Ce fut une heureuse eirconstance pour la province de POu=
est d'avoir eu, dès l'aurore de la révolution, des hommes sages ets
instruits à la tête de toutes les opérations. Les affranchis: bien gui
dés firent leur révolution avec ordre, avec méthode , évitant les excès,
manœuvrant avec adresse cntre les blancs royalisies et les pompons=
rouges, et profitant des fautes des deux partis, pour arriver à leurs fins
Les esclaves de l'Ouest quise souléveront sous leur direction, lesimi
téront et parviendr@t à l'émancipation générale sans s'être livrés à des!
cruautés aussi horribles que celles qui ensanglantèrent les autres pars
ties dela colonie. | | DEF)
La province de l'Ouest doit encore à -la politique saine et adraite des
Pinehinat et de Bauvai$ l'union étroite qui ‘exisia d’abord entre les af
franchis noirs et jaunes; ensuŸte entre les afiranchis et les régénérés
ou esclaves devenus libres; car, dès la prise d'armes de Diègue, nous
voyons Bauvais homme de couleur s’adjoindre au commandement Lamberts
noir ; et depuis cetteépoque les hormmes de couleur de l'Ouest, supérieurse
aux noirs en instruction, par le fait des circonstances, * employant à Pass
mélioration morale et intellectuelle des masses leurs connaissances, n’ont
jamais abandonné cette ligne politique: delà la fusion, la fraternité.
entre les deux eastes dans l'Ouest ; delà la cause de la tranquillité dont:
cette province a souvent joui pendant que les autres ‘parties deVile
étaient bouleversées. Bauvais et Pinchinat furent les fondateurs de Ian
politique conciliatrice-qu'ont suivie les Pétion, les Borgella,* les: Guer”
.rler et que pratique actuellement le président Riché; politique qui$:
pendant notre première révolution, sauva la minorité éclairée, Pâmé
de notre République, des fureurs des masses ignoranies. Ces masses, penDans l’ancien régime les mulâtres, la plupart affranchis par leurs. pères.
blancs apprenaient à lire, à écrire, à calculer. : Beaucoup d’entre eux étaient.
même envoyés en Europe où ils recevaient une éduçation libérale s à
ler et que pratique actuellement le président Riché; politique qui$:
pendant notre première révolution, sauva la minorité éclairée, Pâmé
de notre République, des fureurs des masses ignoranies. Ces masses, penDans l’ancien régime les mulâtres, la plupart affranchis par leurs. pères.
blancs apprenaient à lire, à écrire, à calculer. : Beaucoup d’entre eux étaient.
même envoyés en Europe où ils recevaient une éduçation libérale s à \ HISTOIRE D'HAITI.—( 1792 ) 1
ant long-temps, ont conservé les traces de cette infème éducation éos
oniale, par laquelle les hommes étaient classés, pal catégories, selon
leur couleur. FN Pendant cet intervalle le commissaire civil St. Léger, envoyé dans
l'Ouest parses collègues, débarqua au Port-au-Prince le 29 Janvier. M
fit de vains efforts pour rétablir la paix entre les blancs et la confédération de la Creix-des-Bouquets. 11 ne fut pas plus heureux dans
H négociation qu'il entreprit pour râmener la eoncorde entre les blancs
€tles mulâtres de Jacmel. me à RL ARE Les affranchis des Cayes campés à.Merey sous lés ordrés de Bleck,
homme de couleur élevé en France, avaient réduit la place qui ne
recevait pas de navires, à la plus affreuse famine. Cependant les équipages des bâlimens en station dans la rade descendirent en ville avec & l'artillerie et dégagèrent un peu la place. Sur ces entrefaite
800 hommes du régiment de provence vinrent débarquer aux Cayes.
Mangin d'Ouence marche avec-eux à la tête de la garde nationale contre
lé camp Mercy. Bleck sortit de ses retranchemens et rangea sonarmée
ën bataille. Il ne put lutter contre la tactique européenne, et fut
complétement battu. Les affranchis comptèrent 70 morts et perdirent toute
léurartillerie. Ceux qui furent pris furent rompus sur la roue ; ou brûlés
vifs. * Les blancs armèrent un dixième de leurs esclaves et les lanécrent contre les mulâtres. Ceux:ci donnèrent la liberté aux leurs et
léS excitèrent contre les blancs. La guerre fut plus horrible que
Dar le passé ; toute là presqu'ile du Sud devint un vaste incendie et
le sang ruissela de tous côtés. En même temps les blancs des Cayes
Se divisaient ; les pomponsrouges l'emportérent sur les’ pompons blancs, et Mangin d'Ouence royaliste fut remplacé par Thiballier.
et les lanécrent contre les mulâtres. Ceux:ci donnèrent la liberté aux leurs et
léS excitèrent contre les blancs. La guerre fut plus horrible que
Dar le passé ; toute là presqu'ile du Sud devint un vaste incendie et
le sang ruissela de tous côtés. En même temps les blancs des Cayes
Se divisaient ; les pomponsrouges l'emportérent sur les’ pompons blancs, et Mangin d'Ouence royaliste fut remplacé par Thiballier. Pendant cet intervalle le quartier de Léogane était ravagé par un grif
éspagnoi nommé Romaine Rivière qui avait pris le titre de prophète, se
disant filleul de la vierge Marie. Il signait Romaine la Prophétesse. Il dominait par la superstition les bandes d'esclaves qu'il avait soulevées dans les montagnes. 11 disait la messe, livrait les blancs à toutes
sortes de tortures, et prétendait que C'était d'après les ordres de la
Vicrge. Léogane qui recennaissait l'autorité des confédérés de la Croixdes-Bouquets était cependant sans cesse livrée à ses fureurs. LabuisSonnière, capitaine général des hommes de couleur de celte ville , Aix
mait mieux pactiser avec Romaine que de reconnaître l'autorité du Portau-Prince où dominait Praloto. Mais les bandes de Romaine exereë:
rent lant de eruautés à Léogane, pillant, violant, assassinant , que les
alfranchis demandèrent au commissaire St. Léger de leur envoyer cinq
cents hommes de troupes de ligne pour les protéger. St. Léger ne
“put rien obtenir de la municipalité du Port-au-Prince qui refusa or-
+ Cest à tort que Garran Coulon dit que Bleck fat pris dans cette affaire
et brulé vif. Bleck vécut bien des années après cet évenement. _— " È : " ù DS.
: :& LA e
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< : 7 g8 : HISTOIRE D'HAITI.—( 1792 à mellement de sechir les mulâtres. 11. s'adressa alors à Bauvais et à
Pinchinat qui envoyèrent de la Croix-des-Bouquets à Léogane un bas
taillon ‘d’affranchis destiné à y attendre le commissaire civil. St-Lé«
ger partit du Port-au- Prince le 5 Mars sur la frégate la Galatée. Peu
de jours aprés l’arrivée du commissaire civil à Léogane, Romaine Ian
Prophétesse et Courlonge , son lieutenant, vinrent au milieu d'une nuit,
-{ du 11 au 12 Mars) assaillir la ville. Ils y entrèrent, la pillèrentet se rendirent maîtres des canons et des munitions. Mais le bataillons
d'affranchis protégea St. Léges, attaqua avec fureur les bandes de Ro maine, reprit les canons, et les chassa de ia place. Le lendemain les,
marins de la Galatée et les hommes de couleur du Grand: Goâve, du Petit-Goûve .aecourus au secours des léoganais, repoussérent au loin les montagnards. - St. Léger profitant de son succés , confia à un homme.
de couleur nommé Sinclar, le commandement d'une division qui attei=
gea St. Léges, attaqua avec fureur les bandes de Ro maine, reprit les canons, et les chassa de ia place. Le lendemain les,
marins de la Galatée et les hommes de couleur du Grand: Goâve, du Petit-Goûve .aecourus au secours des léoganais, repoussérent au loin les montagnards. - St. Léger profitant de son succés , confia à un homme.
de couleur nommé Sinclar, le commandement d'une division qui attei= gnit le Trou-Coffi, quartier. général de Romaine, dispersa sa bande et fallitle faire prisonnier. Dès lors Léogane fut délivré des fureurs
de cet imposteur. Rigaud vint trouver St. Léger qui lenvoya aux Cayés pour yfaire
un concordat avec les blancs. Ceux-ci refusrent de pactiser avec les,
affranchis.. Alors les noirs des montagnes de la Hotte appuyant les ré
elamations des hommes de couleur, se soulevérent, se retranchèrents
aux Platons, et poussèrent leurs incursions jusqu'aux portes des Cayes” Pendant que St. Léger éteignait l'insurrection du Trou-Coff , l'asn
semblée de l'ouest ne demandait que lextermination des hommes de
couleur de la Croix-des-Bouquets. Elle ordonna qu'une expédition fut
dirigée contre ee bourg. En vain Degers , commandant de la place, s'op=
posa à cette folle entreprise ; il fut destitué. Praloto et Caradeux
avaient armé plusieurs cents d'esclaves dont ils avaient formé une compagnie dite des africains. Ces nouveaux soldats parcouraieut la plaine
du Cul-de-Sac, pendant la nuit, surprenaient les mulâtres sur leurs propriètés, les égorgeaient , et promenaient leurs têtes au bout des
piques à travers les rues de la ville. L armée du Port-au-Prince, coms
posée de la garde nationale, du 4e. et du 9e. régiment, ci-devant d'Ar=
tois et de Normandie, marcha’ contre la Groix- -des-Bouquets le 10
Mars. Les gardes nationaux d’une tenue magnifique étaient commans
dés par Caradeux ; l'artillerie était sous les ordres de Praloto, et
compagnie des africains était commandée par Breton de la Villandry |
par un noir intrépide nommé Philibert. Toutes les troupes fourmais=
saient une force effective de 3,000 hommes. L’avant garde de l'ars
mée qui suivait la grande route , était composée des africains. En mê”
me temps une autre colenne sortie du Port-au-Prince, alla OCEUPERS hs |
Coupe. Tout senfuit à l'approche des blancs : l'armée des hommes.
‘de couleur s'était presque dissoute ; car le découragement s'était mn |
pandu parmi eux depuis la publication de Ja loi du 24 Septembre,
qui révoquait celle du 45 Mai, et depuis le rétablissement des muni \ HISTOIRE D'HAITI.—( 1702 } | 99. Cpalitts qui ne furent composées que de colons. Ils n° avaïent que quel. ües centaines d'hommes à opposer à la masse des blancs. Un seul ate
er de la plaine, celui du Baron de Santo-Domingo, tenta d'arrêter la
marche des patriotes ; mais les trois cents hommes qui le cornposaient
firent envain une vigoureuse résistance. Bauvais et Pinchinat évacuêrent la: ‘Croix-des-Fouquets et se retirérent avec leur artillerie au Mifebalais , après s'être battus jusqu aux Crochus, harcelés par Caradeux et Philibert.
mes à opposer à la masse des blancs. Un seul ate
er de la plaine, celui du Baron de Santo-Domingo, tenta d'arrêter la
marche des patriotes ; mais les trois cents hommes qui le cornposaient
firent envain une vigoureuse résistance. Bauvais et Pinchinat évacuêrent la: ‘Croix-des-Fouquets et se retirérent avec leur artillerie au Mifebalais , après s'être battus jusqu aux Crochus, harcelés par Caradeux et Philibert. Praioto prit possession de la Croix-des Bouquets qu'il
trouva entiérement abandowmnée. Hanus de Jumécourt, chevalier de
St Louis, maire de ce bourg, dont l'existence élait en acée par ic8
petits blanes , s'enfuit aux Grands-Bois. Les ateliérs du Cul-de- Sie dans
journée du 40 Mars, ne firens a#cun mouvement et observèrent
Un morne silence. La plupart & des blancs ss alistes de là plaine refusèrent d'entrer à la Croix-des Bouqueis, ne -voujant pas se livrer à discré
ion aux petits blancs; du reste ils craignaient d'exciter l’indignation
des hommes de couleur qui devaient, à leur avis , reprendre le des:
LLC dès qu'ils pourraient se réunir. Quelques jours après, Caradeux et Präloto, maîtres de la Croix-désuquels , tentérent de faire arrêter tous les mulâtres de l'Arcahaie €
de semparer de toute l’autorité dans ee quartier. Maîtres de l’Areahaie
ils coupaient les communications entre les mulâires de St-Marc et ceux
du Cul-de-Sac. Après le traité de Goureau, les affranchis de l’Arca=
baie avaient fait un concordat avec les blancs. ils avaient nommé Ca=
meau capitaine-général , et Juste Chanlatte, major- général. Le plus
habile d'entre eux Lapointe, était l'âme deleurs opérations. Les blancs
avaient nommé Canteloup , leur capitaine péacrah Caradeux excita la
Tunicipalité composée en grande partie de bà Ines d'annuler le concors
dat et de chasser les hommes de couleur. Lapointe découvrant ce projet souleva le 22 Mars les ateliers depuis la hatie Aubry jusqu'à l'ex=
mrémité des Vases. Les affranchis-äbandonnérent aussitôt le bourg , et
se relirérent. à la digue des Matheux. . D'aprés les ordres de Lapointe,
les esclaves égorgérent Îles blancs des campagnes, pénétrèrent à l'Ar«
<ahaie , et tuèrent la plupart des membres de la municipalité qui
délibéraient sur les moyens à prendre pour se défaire des mulâtres. Les insurgés massacrérent impitoyablement :tous les colons qu’ils purent
atteindre ; pillèrent toutes les maisons, excepté deux qui apparteaient à des planteurs , qu ils appelaient de bons blancs. Lapointe se
“dirigea vers St-Marc suivi d'une : trentaine de colons qui avaient échap-
“pé au massacre fait dans le bourg: Quand il arriva, 28 Mars, à la
Ravine Sèche, près de lembarcadaire Malary, il laissa sacrifier ces in-
“orlunés qui avaient compté sur ça générosité ; par Gauthier commandant de St:Mare auquel il déclara qu'il ne les connaissait pas. Peu de
Jours aprés, quand le massacre fut consommé, Lapointe revint à l’Arfahaie, et s’en fit nommer maire ; Jn-Baptiste Leroux fut nommé capftaine
néral.
Mars, à la
Ravine Sèche, près de lembarcadaire Malary, il laissa sacrifier ces in-
“orlunés qui avaient compté sur ça générosité ; par Gauthier commandant de St:Mare auquel il déclara qu'il ne les connaissait pas. Peu de
Jours aprés, quand le massacre fut consommé, Lapointe revint à l’Arfahaie, et s’en fit nommer maire ; Jn-Baptiste Leroux fut nommé capftaine
néral. Les aflranchis donnérent la liberié aux principaux chefs dos ins ,! précipitaient en désordre sur les baïonnettes. Par intervatles, les dragons TE 100 "HISTOIRE DHAIPI —( 1792 ) - surgés qui front rentrer leurs compagnons dans l'esclavage." Lapointe’
en forma une compagüie de 40 gendarmes. Pour maintenir l'ordre
dans son quartier, il construisit deux forts, lun à. Dégand aux Ma
theux, l’autre à Cabaret au Boucassin. ‘&
” Pendant ce temps, les hommes de couleur qui s'étaient retirés au
Mirebalais et aux grands bois , après avoir évacué la Croix-des-Bouquets,"
se répandirent dans Îes campagnes du Gul-de Sac excitant les esciaves
à l'insurrection. Quoiqu'ils fussent la plupart propriétaires, 1ls se “+
minérent à faire le sacrifice de leurs biens, tant les injuëlices des
blancs les avaient exaspérés. Caradeux qui s était aperçu qu'ils par=
couraient les‘habitations, repandit parmi les esclaves que s His prenaient"
les armes pour les affranchis, ceux-ei les traiteraient comme les Suisses
Pinchinat et Bauvais furent obligés d'employer toute leur éloquences
et leur adresse pour détruire dans l'esprit des noirs ces fâcheuses 111%
pressions. Enfin ils réussirent; et les esclaves répoussérent les ÉmiIs="
saires de Caradèux. Les affranchis nommérenl capitaine général des.
ateliers, un jeune noir, brave et intelligent,- nommé Hyacinthe Du
coudray, et un autre noir Garion Santo | major général. Le 28 Mars,
des manifestations hostiles aux blancs éclatèrent sur les habitâtions®
Dans la nuit du 30 au 31 Mars, les esclaves se soulevérent sans se"
livrer à aucun désordre: pas un colon ne fut tué, pas une maison ne”
fut brülée. ls marchèrent au nombre de 15,000 sur la Croix-des=
Bouquets, Hyacinthe à leur tête, et commandés par des hommes de
couleur répandus dans leurs rangs. Dans toute éelte multitude, il ny
avait pas soixante fusils. Ils étaient armés de couteaux, de houes, de
bâtons ferrés et de frondes. A trois heures du matin, ils attaquérént
les blancs rangés en bataille autour du bourg , avee une détermination,
prodigieuse. Les noirs fanatisés par leurs sorciers couraient à la morts
avec gaieté, simaginant qu'ils ressusciteraient en Afrique. Hyacinthe
armé d'une queue de taureau. parcourait les rangs disant quelle dés”
tournait les balles. Pendant qu'il tenait en échec les dragons blancs,
il faisait attaquer, d’un autre côté, la garde nationale Les jeunes colons
du Port-au-Prince qui composaient ce corps, quoique braves, fiers et”
magnifiquement équipés, ne purent résister à l'impétuosité des insure
gés. Ils perdaient du terräin, quand Philibert avec ses africains vint)
rétablir le combat. On se battait avec une égale fureur de part et |
d'autre. Les régimens d'Artois et de Nurmand'e, par des feux de pelos
tons vifs et soutenus, renversaient des lignes entières de noirs qui 8 se
ce corps, quoique braves, fiers et”
magnifiquement équipés, ne purent résister à l'impétuosité des insure
gés. Ils perdaient du terräin, quand Philibert avec ses africains vint)
rétablir le combat. On se battait avec une égale fureur de part et |
d'autre. Les régimens d'Artois et de Nurmand'e, par des feux de pelos
tons vifs et soutenus, renversaient des lignes entières de noirs qui 8 se faisaient de brillantes charges ; mais ils étaient vite refoulés dans lé
bourg par les insurgés quise crampennaient avec rage à leurs chevaux, se
faisaient sabrer et les démontaient, Le carnage le plus affreux avails
dieu dans l'endroit qu'occupait l'artillerie de Praloto. Les noirs se * précipitaient audâcieusement sur les Canons ; (mais ils élaient écrasés
‘gous la ‘mitraile la plus meurtrière; ils fléchissaient un peu, lorsqu&
oulés dans lé
bourg par les insurgés quise crampennaient avec rage à leurs chevaux, se
faisaient sabrer et les démontaient, Le carnage le plus affreux avails
dieu dans l'endroit qu'occupait l'artillerie de Praloto. Les noirs se * précipitaient audâcieusement sur les Canons ; (mais ils élaient écrasés
‘gous la ‘mitraile la plus meurtrière; ils fléchissaient un peu, lorsqu& L L HISTOIRE, P'HAITI—( 1799 }. 40) # , :
Jiyacinthe ranima leur ardeur par ces paroles , en agitant sa queue
de taureau : en avant! en avant ! les boulets sont de la poussière ; en même
temps affrontant la mort , il s’élançait à leur tête au milieu des balles :
et de la mitraille. On. vit des. insurgés s'emparer des piéces, les teln embrassées, et se faire tuer sans Tâcher prise; on en vit d'autres
45 le bras dans l'intérieur des canons pour en arracher les bouJets, et s'écrier en s'adressant à leurs camarades: venez, venez; nous
Jés tenons ! les pièces partaient et leurs membres étaient emportés au
mloin. Après six heures d’uit tel combat, l’armée du Port-au Prirce
fut obligée de céder à la supériorité numérique ; elle se débanda, prit
la fuite, après avoir fait sauter le magasin à poudre de Ia Croix-desPouquets, et brûle le magasin à vivres. Les blancs Hivrant tout aux
flammes sur leur passage rentrérent au Port au-Prince dans le plus grand
désordre. Ils avaient perdu plus de 109 soldats, et les.insurgès comptérent au moins 4200 hommes tués. Les hommes de couieur trouvérent toutes.
és pièces du bourg enciouées. Hyacinthe maître de la Groix-des-Bouquets
ne se liyra à aucunexces. Quelie différence entre cette insurrection des
esclaves de l'Ouest dirigés par les afhanchis, et celle des esclaves du Nord,
livrés à eux-mêmes. D'unepartl'ordre, le respect des propriétés, pas un
assassinat ; d'une autre part, désordre, pillage, et affreuses .vengeances,
Parmi les insurgés s'étaient fai remarquer Haiaou, Bébécoutard , Bélisaire
‘homme de couleur , qui devinrent des chefs fameux. Tlsorganisérent leurs
bandes à l’africaine: la tête chargée de plumes de coqs et de paons, ils se
firent porter en triomphe, avee droit de vie et de mort sur les leurs,
…._ Par cette victoire, la prépondérance des alfranchis devint définitive
dans l'Ouest. Hyacinthe Ducoudray, jeune homme plein d'humanité,
“qu'ils tenaient sous leur influence, obligea le pére Thomas curé de la
“Croix des-Bouquets, à bénir son armée. Il établit son quartier-général sur l'habitation Santo. Là ilréunit tous les commandeurs.blanes
et leur dit qu'il était devenu leur chef, qu'ils devaient lui obéir, qu'il
Contraindrait les cultivateurs à travailler , que le premier qui se liNrerait au brigandage serait fusillé, et qu'il fallait planter des vivres.
Sur ses instances Hanus de Jumécourl revint à la Croix-des-Bouquets.
“Il le nomma capitaine de gendarmerie. Les hommes de couleur vinrent de nouveausbloquer le Port-au-Prince; Bauvais cerna étroitement
Ja place , du côté du Cui-de-Sac ; et Rigaud qui s'était hâté de revenir
‘du Sud s'établit à Bizoton avec son armée. |
Pendant ce temps, plusieurs régimens. promis par Île gouvernement
métropolitaia arrivèrent dans la colonie; mais Blanchelande ne: sut pas
les occuper. Du reste LoujourS attaqué par le parti révolutionnaire que di-
“rigeait Larchevèque Thibaud, grand agitateur et procureur syndic de la Mu-
“nicipalité, il vit ies patriotes s'insurger contre fui le 27 mars. Des brigands
“parcouraient les rues du Cap, en plein jour et erlalent: « Citoyens,
« prenez garde à vous; fermez vos portes, aux armes ! aux armes ! »
Mais il se fit heureusement en sa faveur une réaction dirigée par les
le parti révolutionnaire que di-
“rigeait Larchevèque Thibaud, grand agitateur et procureur syndic de la Mu-
“nicipalité, il vit ies patriotes s'insurger contre fui le 27 mars. Des brigands
“parcouraient les rues du Cap, en plein jour et erlalent: « Citoyens,
« prenez garde à vous; fermez vos portes, aux armes ! aux armes ! »
Mais il se fit heureusement en sa faveur une réaction dirigée par les à HISTOTRM D'HAITI—( 1792 ) - jeunes gens royalistes ; et le parti. des petits-blancs eut le dessous. 8h
Blanchelande avait su profiter de sôn triomphe, les agitateurs eussent
été entiérement écrasés. M Mirbeck et St Léger ne voyant dans les deux partis blancs de la colonie:
‘que des ennemis cachés de la révolution française où des partisans dé
J'étranger, en butte à toutes sortes de passions, partirent pour France,
Mirbeck le premier avril, et St-Léger le 8 du même mois. Roume de
meura seul, représentant la commission civile. Biassou , profitant des divisions qui régnaient parmi les blues du
Cap, réunit à ia Tannerie cinq cents hommes et mareha contre cette ville”
A neuf heures du soir, il fut arrêté par l'artillerie de la Petite Anse:
à onze heures, il reprit sa marche, traversa le gué qui existait au poire. à
de jonction de la rivière Galifet et du canal de l'habitation Lefévre ;u
négligea d'attaquer les postes du haut du Cap et tomba sur fa cité” Een“
danger ayani réuni tous les blancs, Bianchelande , Cambefort et Dassas”
le forcèrent à la retraite. Ces divisions entre les blancs existaient dans un
. moment où la révolte était considérablement affaiblie ; Biassou était dans cm
moment le seul ennemi acuif que les blancs eussent à combattre: Jean-Fran-«
Gois en mésintelligence avec lui, paraissait vouloir se rendre; il avaite
même écrit à l'assemblée coloniale à ce sujet. Candy, de son côté,
venait de faire sa soumission, pour la seconde fois, au eommandant
Pageot, soumission déjà entamée avec Rouvrai. Candy avait commis,
autant de cruautés que n'importe quel chef de révoltés; mais les blanes.
étalent si affaiblis que l'Assemblée coloniale ne voulut pas qu'on parlâti
de sa conduite passée. Jusqu alors Jean François $ était montré le plus
humain des insurgés du Nord. Le parti des factieux du Cap toujours
dirigé par Dassas et Larchevêque Thibaud, s’agita de nouveau le 29%
Mar. Mais par l'énergie de Pageot, Blanchetande lui fit éprouver un.
second échec. È
révoltés; mais les blanes.
étalent si affaiblis que l'Assemblée coloniale ne voulut pas qu'on parlâti
de sa conduite passée. Jusqu alors Jean François $ était montré le plus
humain des insurgés du Nord. Le parti des factieux du Cap toujours
dirigé par Dassas et Larchevêque Thibaud, s’agita de nouveau le 29%
Mar. Mais par l'énergie de Pageot, Blanchetande lui fit éprouver un.
second échec. È Un nommé Dumontellier, prétendu patriote, qui ne vivait que de
dévastations et de pillage, arma contre les mulâtres de l'Artibonite une
bande d'Africains qui prit la dénominatièn de Saliniers du nom de leurs
uarter-général établi près de vastes salines. Il fit alliance avec uw
autre chef de brigands, Borel, membre de l'Assemblée coloniale. Boré
établit deux camps: l’un sur une habitation qu'il possétiait dans la plaines
de FArtibonite, lautre sur l'habitation Comon. Le Port-au Prinee
ui envoya pour le renforcer 800 hommes du régiment d'Artois. "IF
souleva plusieurs ateliers contre les hommes dé couleur et vint les attaquer. Ceux-ci le battirent à la Petite Rivière de l’Artibonite, fortifièrent
la position dite la Crête-à-Pierrot , et firent un eoncordat avec les blancs
représentés par Fontanges et Cambis. (14 Avril). Ge concordat sauva
jes colons de l’Artibonite de la fureur des mulâtres. ‘4 Alors la Sénéchaussée de St-Marc, formée des paroisses de St:Mare*,
de l’Arcahaie, des Verreites et des. Gonaives , fit avec les affranchis un:
traité d'union ayant pour Eu de sceonder el d'appuyer leurs réclamas L1 RISTOIRE HAITI. —( 1792 ) +. {08 tions. (49 A. ) Un conseil de paix et d'union indépendant de lAssemblée coloniale fut institué pour la direction des quatre paroisses... La
ligue se renforça de la Marmelade et de plusieurs autres quartiers. La prépondérance des affranchis devint immense et incontestable tant
dans la province de l'Ouest que dans celle de lArtibonite.
… Caradeux cet ennemi implacable des noirs et des jaunes se montra
dégouté de St-Domingue. Il découvrit que la colonie échapperait aux
blanes tôt ou tard, les esclaves ayant levé la main sur leurs maîtres :
le prestige de l'aristocratie de la peau blanche était détruit. Il prédit
aux siens , qu'ayant à lutter un contre vingt , ils succomberaïient infail--
liblement. Profitant dun moment de calme, il partit pour les EtatsUnis ayec cinquante de ses esclaves. C’est presque avec douleur qu’on
voit un tel monstre échapper aux vengeances de 4804. Que de blancs
philantropes, républicains, ayant toujours eu des entrailles pour leurs
esclaves, ont péri victimes de nos sanglantes représailles sous Dessalines.
Forts de la pureté de leur conscience, ils n’avaient jamais songé à quits
ter St-Domingue.
. Profitant dun moment de calme, il partit pour les EtatsUnis ayec cinquante de ses esclaves. C’est presque avec douleur qu’on
voit un tel monstre échapper aux vengeances de 4804. Que de blancs
philantropes, républicains, ayant toujours eu des entrailles pour leurs
esclaves, ont péri victimes de nos sanglantes représailles sous Dessalines.
Forts de la pureté de leur conscience, ils n’avaient jamais songé à quits
ter St-Domingue. - EE … Pa) 1
LIVRE SEPTIÈME. |
1752. US RS Sommaire. Loi du 4 Avril 1702-Roume & Blanchelande se rendent dans FOu
estRoume à la Croix dés-Bouquets—Son entrevue avec Bauvais—Entrée dés
Blanchelande et des affranchis au Portau Prince —Proseri Mort de Praloto:
—Loc parti anarchique abattu.—£La loi du 4 Avril exécutée dans l'Ouest —Roume
accorde aux esclaves 344 libertés.—Blanchelande se rend à Jérémie—Etat de læ
Grand’ Anse.—Guerre entre les blancs et les affranchis— Conseil d'administration
de la Grand Anse.— Blanchelande fait publier à Jérémie ke décret du 4 Avril. En
arrive aux Cayes.—Marche contre les insurgés des Platons— Défaite des blancs
Blanchelande quitte le Sud-—Les hommes de couleur abandonnent entièrement Ies.
blancs royalistes.—Ils suivent la marche de la révolution en française —Loi du 454 uin.—Polvérel, Sonthonax et Aiïllaud sont nommés commissaires civils pour St
Domingue.— Leur arrivée au Cap—Leur installation—Aspect de la colonie
Blanchelande destitué.— L'assemblée coloniale est dissoute — Une commission inter
médiaire est établie—Journée du 19 Octobre: le parti royaliste écrasé. —Despars
bès destitué — Gouvernement provisaire—Vimeur Rochambeau gouverneur —Pols
vérel et Aillaud se rendent dans l'Ouest —Aillaud part pour France.—Clubrau Caps
Centributions dites patriotiques.—Quart de subvention. — Expédition contre Jean-Frans
çois—Rochambeau prend Ouanaminthe—Affuire du 4 Décembre—!le parti des.
petits blancs écrasé au Cap par Sénthonax.—Larchevèque Thibaud, est embarqué. 4
Rochambeau part pour la Martinique —D:lasalle le remplace— Lutte à Jérémie
entre les blancs et les hommes de couleur. ME ue prend le fort de la Tanneri
sur Jean François. —$onthonax s'appuie sur les affranchis.—Lavaux leur devient hos-.
tile—Harty s'empare du camp des Platons. —Poivérel contient aux Cayes le partis
colonial à l'aide des affranchis —Il revient dans l'Ouest.— Borel s'empare de l'aux
torité au Port-au-Prince.—Prise de cette ville par les commissaires civils. — Formes
tion de la légion de Vsaulié de POuest. à Pendant cet intervalle, les commissaires civils Mirbeck et St. -Léger,
ainsi que les citoyens Viart , Dubourg et Chanlatte Jeune , étaient ar
rivés en France. Ils firent connaître à la métropole le projet de l'as
semblée coloniale de se rendre indépendante sous la protection anglaise,
et l'envoi ofliciel au gouvernement britannique, d'agens de la Grand”-
Anse ; dans le but de UsreE St-Domingue à l'étranger, Brissot , l'a
le, les commissaires civils Mirbeck et St. -Léger,
ainsi que les citoyens Viart , Dubourg et Chanlatte Jeune , étaient ar
rivés en France. Ils firent connaître à la métropole le projet de l'as
semblée coloniale de se rendre indépendante sous la protection anglaise,
et l'envoi ofliciel au gouvernement britannique, d'agens de la Grand”-
Anse ; dans le but de UsreE St-Domingue à l'étranger, Brissot , l'a L- + ; “misToiRe D'rarri.—( 1792 ) NE
Fr | “dent défenseur des noirs et des hommes de couleur, déploya à aussitôt tout son zèle pour ebtentr Îa révocation du décret “ad 24 Septembre
4791 si contraire aux principes eonsacrés daus la déclaration des “droits de l'homme. L'Assemblée nationale qe ouverte.le premier Octobre 1791 avait remplacé la Constituante. La législative enfantée
par un nouvel élan révolutionnaire était animée d” idées plus radicales
que l'Assemblée qui l'avait Lise * Brissot [ui exposa quil était
urgent de dissoudre l'assembiée colontaie ennemie, malgçé ses formes patriotiques , des principes révolutionnaires ; que le seul moyen
de mettre obstacle à son projet d'indépendance était d'ap peler les gens
“de couleur à la jouissance de tous Îles droits politiques, et que ces
hommes , mus par a reconnaissance, s'attacheraient invariablement à à révolution et combattraient tous les projets des iadépendans.: Sur la
“motion de Brissot a légisiative rendit le 2% Mars 1792 une lo qui fut “sanctionnée par le roi le 4 Avril suivant. Elle rapportait celle du
“24 Septembre 4791, prescrivait de réunir d’autres assemblées coloniales
-€t d’autres municipalités dans les îles du vent et sous le vent, et
stipulait que les hommes de couteur et noirs libres soraient adinis à
voter daus toutes les assemblées paroissiales et seraient éligibies à
toutes les places, Avant que l’Assemblée coloniale de St Domingue eut reçu la nouvelle
du décret du 24 Mars, elle avait chargé une commission de rédiger un
- plan de constitution un peu en harmonie. avec és idées qui triomphaient
en France; car cile commençait à découvrir les dangers auxquels elle
s exposait en résistant sans cesse aux décrets de fa métropole. Du reste
la PAPE des membres de l’Assemblée, hommes sans conviction poli_ tique, n'aspirant qu ‘aux p' aces, paraise saient ‘disposés à ne pius contrarier un systéme qui prenait racine en France. Ce plan de constitution .
fut fait en quelques jours; et Mr. Dumas un des membres de la com-
“mssion chargée de la rédaction, en donna lecture à Assemblée qui
Tapprouva. Le projet fut cependant combattu par MM. de Léaumont
et de Cadusch qui demandèrent, Fun quil n'y eut point d'institutions
démocratiques à .St-Domingue leu elles améneraient mfatilibiement la
destruction des blancs en minorité, l'autre qu il y eutune constitution qui
rétablit l'ancien régime. Ce fut alors que le décret du 24 Mars arriva
au Cap; les blanes’ prétendaient qu'il ne serait pas sanctionné par le
roi; peu de jours après la sanction du À avril arriva.
aumont
et de Cadusch qui demandèrent, Fun quil n'y eut point d'institutions
démocratiques à .St-Domingue leu elles améneraient mfatilibiement la
destruction des blancs en minorité, l'autre qu il y eutune constitution qui
rétablit l'ancien régime. Ce fut alors que le décret du 24 Mars arriva
au Cap; les blanes’ prétendaient qu'il ne serait pas sanctionné par le
roi; peu de jours après la sanction du À avril arriva. L'Assemblée coloniale fut obligée de s’y soumettre, d'arrêter que Les
corps populaires - seraient renouvelés, eteque les hommes de couleur
geraient reçus dans les Assemblées électorales. Blanchelande et le commissaire Roume se déterminérent ane à partir
pour l'Ouest afin d'y faire exécuter la loi du 4 Avril. Ils écrivirent à
— Grimouard chef de la station du Port au-Prince de se rendre à St-Marc \ à pour les y attendre. . Le parti des soi-disant patriotes, ennçgmi des affranchis et: des grands PR HISTOIRE B'HAITI.— (1792 } planteurs, dirigé au Cap par Larchevéque Thibaud et- Dassas, au Port
au-Prince par Pralnto , avait, comme on l'a déja vu, éprouvé deux forts
échecs dans le Nord où cependant il se remuait encore clandestinement.
Mais il était tout-puissant au Port-au-Prince; 1! failait [à [ui porter un.
coup terrible. * Penlant ce temps, Borel se livrant au Môle S1-Nicolas à toutes sortes
de crimes , faisait égorger deux blancs les citoyens Mollet et_Guiton
riches pr M qui se rendaient aux Etats-Unis, et s'emparait de
leurs trésors. Le commañdant de la frégate la Prudente , Villaret
Joyeuse, sortant du Cap cet arrivé au Môle le lendemain du ‘crime, ne
put faire arrêter les assassins, tant la faction de Borel était puissante
Depuis le départ de Caradeux, les agitateurs du Port-au-Prince ca R
chaient ua chef tel que lui. Lis jelèrent enfin les yeux sur Borel, Jui <péd lièrent, pour l’amener en leur ville, le: Fateau armé LA Etes
et plusic curs autres bâtimens. Borel partit du Môle , monté sur l'Agathe,
illégalement expédiée , accompagné de onze bâtimense légers chargés.
d'ufie pelite armée composée de brigands, pirates x» ASSASSINS, de léeunii |
des aventuriers de St-Domingue. Grimouard croisail à la hauteur de
St Marc quand il découvrit la flotille; aussitôt il aborda les deux plus
gros navirés, prit Borel et les commissaires que le Port-au-Prince
ui avait envoyés, et les conduisit à St-Marc où ils furent retenus prison
niers. Le reste de la flottille fut dispersé.
pelite armée composée de brigands, pirates x» ASSASSINS, de léeunii |
des aventuriers de St-Domingue. Grimouard croisail à la hauteur de
St Marc quand il découvrit la flotille; aussitôt il aborda les deux plus
gros navirés, prit Borel et les commissaires que le Port-au-Prince
ui avait envoyés, et les conduisit à St-Marc où ils furent retenus prison
niers. Le reste de la flottille fut dispersé. Blancheïande et Roume déterminés à s'entendre avec les affranchis ;
de l'Ouest pour agir contre le Pori-au-Prince, partirent du Cap, et
arrivèrent à St-Marc sur le vaisseau le Jupiter. Les affranchis les accucillirent par de grandes aeclamations. Le conseil de Paix et d'Union
de St Mare, dominé par les hommes decouleur, leur demanda la dis:
solution de l'Assemblée de lOuest, le licenciement des troupes, soidées
du Port-au-Prince, la rentrée en cette vile des gens de couleur bour=
geois ou militaires et où troupes de couleur qui en avaient été chassés:
ils demandèrent aussi que Borel fut traduit par devant la haute cou
nationale. PPS coloniale envoya à Blanchelande deux commis=
saires chargés de lui demander la mise en liberté de Borel. Elle ne
pui rien obtenir quoiqu elle eût réclamé l'inviolabilité de tous ses mem-«
bres, en faveur du prisonnier, Après avoir ordonné à Bauvais et à Rigaud de cerner par terre le
Pori-au Prince ,. Blanchelande vint bloquer la ville par mer avec les«
vaisseaux le Jupiter, le Borée, et la barque l'Agathe commandés par
Grimouard.. L'escadre étais chargée de troupes "de. couleur sous les
ordres de Fontanges. | De son côté, Roume partit de St- Marc, accompagné d'un escadron.
d'afiranchis A l'Arcahaie, dans la plaine du Cul de-Sac , il trouva les
ateliers pleins de respeet et de soumission: les hommes de couleur qui
les tenaient sous leur influence leur ayaient recommandé cette attitude
NS reçu à la Croix des-Bouquets SO capitaine général Bauvais qui CT s
, } :
|
£
À HISTOIRE D'HAITI 1792 ) % 107 après lui avoir garanti le dévouement des hommes de couleur à la révoAution française, lui fit comprendre qu'ils n'avaient um moment paclisé
“avec les royalistes, que parce qu'ils avaient eu besoin de leurs secours
contre la fureur dés petits-blancs. Roume crut reconnaître en lui un ®
“Homme vertueux par tempérament, par prencipes et par caraclère.
M Bauvais, d'une haute taille, d’une figure noble, était un des officiers
les plus beaux de St-Domingue; 1l était instruit, avait un style correct
étagréable, et son intelligence s'était considérablement développée par
les woyages ; il avait servi en Europe dans les troupes françaises et avait
fait là guerre’ de l'ndépendance américaine. De retour à St-Domingue,
l'avait été instituteur, avant 1789; de mœurs sévères, d'un tempéœament froid, fier et hautain, il n'était généralement pas aîmé des
jeunes gens qui formaient ses bataillons et qu'il traîtait un peu en écolièrs; mais d’une probité exirème, juste envers tous, il était craint
étestimé de tous, Après Pinchinat, c'était alors le plus distingué des
afiranchis. Quoique sang-mêlé, il avait la peau blanche.
, avant 1789; de mœurs sévères, d'un tempéœament froid, fier et hautain, il n'était généralement pas aîmé des
jeunes gens qui formaient ses bataillons et qu'il traîtait un peu en écolièrs; mais d’une probité exirème, juste envers tous, il était craint
étestimé de tous, Après Pinchinat, c'était alors le plus distingué des
afiranchis. Quoique sang-mêlé, il avait la peau blanche. Pinchinat était un quarteron clair, bruni par l’âge, ayant les che
veux plats. En 1791 il avait 60 ans environ. I} était d'une belle taille,
doux et patient ; il avait de grands yeux, noirs et brillants ; ils’exprimait
bien et avec facilité, et avait fait de fortes études en France, De mœurs
peu sévères, 1l aimait le jeu avec passion. Les affranchis avaient en lui
Une confiance qui allait jusqu'au fanatisme. Port-au-Prince fut investi de toutes parts par les coalisés; Rigaud
était campé à Bizoton, Bauvais au portail St.-Joseph, et Grimouard
commandaht le Jupiter et le Borée menaçait de canonner la place. Les
anciens pompons-blances étaient plein de rage contre les pompons-rouges: -
un blanc royaliste proposa d’armer tous les esclaves, d'entrer aveceux
dans la ville, et de ne pas laisser un être vivant, ni une seule maison
“dans cette abominable Babylqne. Les hommes de couleur qui:avaient
beaucoup plus souffert que 1 royalistes des persécutions de la municipalité, étaient cependant plus calmes. La ville, sommée dese rendre,
ouvrit ses portes, malgré les efforts de Praloto et de Dumontellier qui
menaçaient de la brûler, si on ne se défendait pas. Le % Juillet
Parmée des coalisés entra au Portau-Prince; l'ordre y régna; il n’y “eut pas même une rixe. Le même jour la loi du 4 Avril fut publiée
“avec pompe. Blanchelande, après avoir reproché à la municipalité la
conduite criminelle qu’elle avaif tenue lors de l'assassinat de . Mauduit,
prit des mesures contre les agitateurs. Le régiment de Normandie
fut embarqué; celui d'Artois ne subit pas le même sort grâce aux ins- “iances des autorités. Dumontellier fut déporté; Praloto fut arrêté,
“embarqué sur un navire qui le transporta à St-Marc d'où il devait être
“conduit en France. Mais dans la nuit du 9 au 10 Juillet, un de ces
royalistes qui avaient souffert des persécutions des petits blancs, Roy
“de la Grange, monta, accompagné de plusieurs assassins, à bord du
maire où était Praloto, le descendit dans un çanot, sods prétexte de = + 108 HISTOIRE arme 1792 } ° le conduire dans les prisons de St Mare, et le tua à COUPS hé sabre
Son cadavre fut: jeté à la mer. L’anarchie était teile à cette époqti
que personne ne songea à poursuivre Roy de la Grange : il trouva au
contraire un grand nombre d’aäpprobateurs. Quant à Praloto, il fut
regretté par les petits-blancs: comme un martyr de la liberté. Mais
des pompons-blancs virent dans son assassinat, un fait par lequel 4
colonie avait été délivrée d'un monstre. |
UPS hé sabre
Son cadavre fut: jeté à la mer. L’anarchie était teile à cette époqti
que personne ne songea à poursuivre Roy de la Grange : il trouva au
contraire un grand nombre d’aäpprobateurs. Quant à Praloto, il fut
regretté par les petits-blancs: comme un martyr de la liberté. Mais
des pompons-blancs virent dans son assassinat, un fait par lequel 4
colonie avait été délivrée d'un monstre. | Sur de us los instances de Assemblée colonial ; Blanche in
eut la faiblesse de mettre en liberté Borel qui partit aussutôt pour LS
tranger. ä. Les. Cxcès auxquels se livrérent les petits-blancs sur les affranchiss aidèrent considerablement au triomphe de ces derniers. qui avaient cl
recours aux moyens désespérés. Dune autre part les riches colons perséeuiés par les petits-blancs, avaient été contraints des allier au
hommes de couleur par une coalition dont le centre d'abord à la Crorxss
des-Bouquets fut ensuite transporté à St-Marc. : Gest cette alliance de”
l'affranchi avec le planteur qui amena la chûte violente des pomponss
rouges clans FOuest, Le parti des anarchistes fut. pendant quelque”
temps comprimé dans presque toute la colouie. La masse des afiranchis dont les iniérèts se trouvaient de plus en plus satisfaits, se montrait.
trés-dévouée à la France révolutionnaire: Rouine donna. tant dans le
plaine du Cul-de-Sac que dans celle de l'Arcahaie, trois cent ques
quatre hbertés. Les esclaves célébrèrent en son honneur de grande et belles fêtes. Cependant l'exécution de la loi du: 4 Avil éloigna
davantage les blancs dés affranchis: [a paix n'était qu'apparente.. La soumission du. Port-au Prince donna au gouvernement une PUIS ‘sante influence dans la province de VOuest. La tranquillité Y étant rétablie, Blanchelande se détermipa à faire un voyage, dans les
Sud, et Roume à rester au Port au- Prin pour. tout y réorganiser, et
pour entièrement détacher les hommes de couleur du parti des poms pons biances qui n'étaient que d'acharnés royalistes. Blanchelande. partie
pour Jérémie , et Roume eut à futter contre les planteurs qui avaient,
pris au Port au- Prince une attitude hostile depuis qu'ils s'étaient aper
Çus qu on pes it les nie des affaires pui oliques. Le commissaire ciy
célébra le 44 Juillet la fête de la fédération à laquelie les royalistes refusé»
reni dassietors mais les affranchis y inrent en masse; etelle eutliew
avec la plus grande solenmité. Bauvais secondant. Roume énergique
“ment éloigna sans peine les mulatres des pompons blancs ; : ceux-ci
isoiés devinrent impuissans et fureut contraints de prendre les, cou:
oliques. Le commissaire ciy
célébra le 44 Juillet la fête de la fédération à laquelie les royalistes refusé»
reni dassietors mais les affranchis y inrent en masse; etelle eutliew
avec la plus grande solenmité. Bauvais secondant. Roume énergique
“ment éloigna sans peine les mulatres des pompons blancs ; : ceux-ci
isoiés devinrent impuissans et fureut contraints de prendre les, cou: leurs nationales. Bauvais dit au commissaire civil, au nom des affran
‘chis: « Nous n'avons jamais été dupes des ponipons blanes ; 1l nous « fallait conquérir nos droits; nous avions besoin d'auxiljaires ; le dia
*« ble se serait présenté que nous laurions enrégimenté ; ces MM. se
.& sont ofleris, et nous les avons employés «en leur permettant de.croir D CA à | HISTOIRE raie 1792 ) | 109 LE “qu is nous dupaient. mais nous sommes incapables de
& tromper la nation. » * et ,
Après l'entrée de Blanchelande au Pért-au- Prince, Bauvais ct Rigaud
avaient été nommés chacun géuéral de brigarde par le commission civile.
Depuis le concordat entre les affranchis de la Croix des-Bouquets et
ès pompons-rouges du Port-au-Prince , une guerre acharnée avait éclaté dans la Grand’'Anse ‘entre les hommes de couleur et les bianes.
Les affranchis avaient envain réclamé la jouissance des droits politiques ; ils avaient pris les armes sous les ordres d’un des leurs nomtmé. Bernard , avaient attaqué le poste Plingué dans la commune du GoŒal, l'avaient enlévé et : avaient refoulé les blancs dans le bourg.
“Dès qu'on avait reçu cetie nouvelle à Jérémie , Desombrage qui en eommandait la place, Lachaise capitaine général des blancs , et le maire
Charbon firent tirer l'alarme. Les hommes de couleur de la ville
furent traîtreusement désarmés et arrêtés ainsi que ceux des Abrieots,
de Dame-Marie et des Irois. Mais aux Caymites et au Corail, dirigés
par les frères Lafond ils avaient vaineu les blancs. Les jérémiens avaient
demandé des secours à l'Assemblée coloniale qui elle-même , ayant besoin
de toutes les troupes du Cap pour combattre les insurgés du Nord , n'avait
pu léur en envoyer. Alors craignant que les affranchis del Ouest ne vinssent
renforcer ceux de leur quartier , ils avaient pris une attitude presque indépandante des autorités de la métropole, et avaient formé une confédération avec les autres paroisses de la Grand Anse. Ils avaient établi
un conseil d'administration surtout dans le but de s'opposer à l’exécution des décrets de la métropole. C'était un acheminement vers le
projet déjà arrêté dans ce quartier d'appeler les anglais. Ë
» Un des premiers actes de ce conseil fut d'armer tous les esclaves
de la Grand'Anse contre les affranchis. Alors les hommes de couleur furent massacrés dans les campagnes ; leurs têtes portées à Jérémie furent payées chacune quarante gourdes par la municipalité, et
exposées au bout de longues piques au fort Lapointe. L'armée
organisée par le conseil d'administration était composée de blancs commandés par Lachaise, et de noirs commandés par Noël Bras. Elle.
vint attaquer Bernard retranché au Fond Bayard. Celui-ci ne pouvant
résister à des forces dix fois supérieures aux siennes, fit une retraite
“honorable, et se rendit dans lès campagnes des Cayes où étaient campés les
hommes de couleur. Les mulâtres prisonniers qui ne furent pas égorgés furent entassés au nombre de trois-cents dans la cale du navire négrier le
Nouvel Amour , et Hvrés à toutes sortes de tortures. La municipalité
“fit faire des chemises de souffre pour les brüler vifs; cette cruelle déMermination fut cependant mise aux voix dans l'assemblée des. citoyens
blancs; il y eut 80 voix pour qu'ils fussent brûlés sur 463. Alors
on se contenta de leur hop ua la petite vérole,
urent entassés au nombre de trois-cents dans la cale du navire négrier le
Nouvel Amour , et Hvrés à toutes sortes de tortures. La municipalité
“fit faire des chemises de souffre pour les brüler vifs; cette cruelle déMermination fut cependant mise aux voix dans l'assemblée des. citoyens
blancs; il y eut 80 voix pour qu'ils fussent brûlés sur 463. Alors
on se contenta de leur hop ua la petite vérole, . DE à ds... Re ai # h ‘4 # Garran Coulon, HISTOIRE D'HAITI—{ 1791 D - Blanchelande, qui avait appris que les gros navires ne peuvent
mouiller dans la rade de Jéréme sans être exposés aux plus grandé«
dangers à cause des vents gui FA oufflent du Nord avec une extréme
violence , était parti parterre pourla Grand’Anse. Trois-cent-cinquantés
hommes du régiment de Berwick, commandés par Rochefontaine ,
ke précédèrent ‘à Jérémie. Rochefontaine avait reçu l’ordre dé fairén
mettre en liberté tous les.affranchis; mais’ ses soldats ayant été la
plupart gagnés par les blanes, il ne put exécuter l’ordre qu'il avaitrew
eu. Blanchelande ACCOMpPAGRÉ du général Rigaud et de forces assez con
sidérables atteignit la ville. Rochefontaine renforcé fit mettre en liberté
tous les hommes de couleur et publia la loi du 4 Avril ‘sañs avoir é*«
gard à de violentes oppositions de la part de la population. Blanche+
lande forma plusieurs compagnies d'affranchis et leur donna pour offi#
ciers des noirs et des jaunes. La veille de son arrivée, les blanes a
vaient fait abattre toutes les piques qui portaient des têtes Aer
de couleur. Le service de la place fut fait par les colons et par les"
muilâtres. Mais ces derniers ne tarderont pas à être livrés de nous .
veau à toute la fureur des blanes. + Vers le milieu du mois d’Aoùût, Blanchelande partit de Jérémie : $ il
s'arrêta vingt- quatre heures à He Nr et arriva aux Cayes deux Four
aprés son départ. L Assemblée du Sud , quoique três-hostile aux sgens |
de ia métropole, aila hypocritement au devant de lui précédée du.
clergé. Le gouverneur invité à se placer sous le dais , n'y consenis
tit pas et dit à Bontemps président de l'Assemblée qu'il Pengageait à en
éloigner les serpens quelle nourrissait. La présence de Rigaud qui
marchait à ses côtés froissa l’orgueil des blancs. Hs furent encoreplus
indignés quand ils le virent manger à sa table, Cependant Blanchiem
lande lui confia le eommandement des hommes de couleur et des trous.
pes de ligne de la ville des Cayes. La loi du & Avril es déjà ae.
vait été publiée fut exéeutée avec sévérité. | Nous avons vu que les noirs des montagnes dès Platons s'étalenti
soulevés pour soutenir les droits des hommes de couleur , lorsque
Rigaud envoyé aux Cayes par le commissaire St.-Léger n'avait pu ré”
ussir à faire un concordat avec les blancs. Cette is wédtiee était
devenue formidable ; elle répandait la terreur aux Cayes et entretes
nait cette ville dans de continuelles alarmes. Les noirs sous les or“
&res d’un des leurs nommé Armand occupaient des mormes escarpés,
couverts de bois, travérsés de gorges bo à et longeant la plaine:
du Fond. |
aux Cayes par le commissaire St.-Léger n'avait pu ré”
ussir à faire un concordat avec les blancs. Cette is wédtiee était
devenue formidable ; elle répandait la terreur aux Cayes et entretes
nait cette ville dans de continuelles alarmes. Les noirs sous les or“
&res d’un des leurs nommé Armand occupaient des mormes escarpés,
couverts de bois, travérsés de gorges bo à et longeant la plaine:
du Fond. | L'Assemblée du Stud exhorta Blanchclande, au nom du salut de. la
province, à marcher contre les isurgés. Thiballier commandant den
Ja province, et Mangin d'Ouencé, traitérent ce projet de campagne de
folle témérité. Rigaud s’efforca en vain de détourner Blanchelande de
cette expédition, lui avouant que les affranchis ne combattraient, pas
contre des hommes qui s'étaient soulevés en faveur des décrets de A | %
ii Histoire p’aaiti.—( 1792 ) L 1
métropole... Rigaud n'avait plus aucune influence sur ces masses qu'il
“avait soulevées ; car la loi du 4 Avril étant exécutée il n'y avait plus
lieu à demeurer sous les armes. Mais Rigaud n'avait jamais songé à
faire comprendre aux cullivateurs du Sud, comme Pinchinat et Bauvais
dans l'Ouest, que, les affranchis devenant citoyens actifs, la liberté
générale ne tarderait pas à être proclamée. | … Blanchelande, accueillant d’abord lesavis des hommes de couleur, se
rendit au pied des Platons, accompagné de quelques officiers, et se
présenta en pacificateur aux noirs qui refusérent de rendre les armes.
Cependant il ne se découragea pas, et eut de nouveau une conférence
avec eux. Ils demandèrent d’une part qu'on leur accordât 300 libertés
comme aux eultivateurs de l'Ouest, d’une autre part l'exécution franche
et sincère à l'égard des affranchis de la loi du 4 Avril; ils promirent
du reste d'envoyer dans trois jours leurs dernières conditions. L'Assemblee du Sud refusa d'accepter ces dermandes, et pressa le faible
Blanchelande d'entrer en campagne, ne voulant pas laisser échapper
une si belle occasion de le perdre. Blanchelande finit par promettre
quil marcherait contre les Piatons, s'il ne recevait aucune réponse
des insurgés à l'expiration des trois Jours. Mais pendant cet intervalle,
les blancs du parti anti-métropilitain , indignés contre le gouverneur
qui avait fait exécuter la loi du À Avril, excitèrent les insurgés à rompre
la négociation, en leur faisant insinuer qu'on leur tendait des pièges.
Aussitôt, avant l'expiration des trois jours, le camp Berrault, un des
postes qui protégealent Îles Cayes, fut assaiifi par les noirs et enlevé.
Dès que cette nouvelle parvint en ville, on battit la générale; il était
huit heures du soir, il y avait si peu de zèle de da part des citoyens
qu'à dix heures on n'avait pas réuni trente gardes nationaux. . Blanchelande se détergina cependant à combattre. EX fixa le jour de l'attaque
générale pour le 6 Août. Trois colonnes devaient être lancées contre
les insurgés ; ét différents corps cantonnés dans le-voisinage des Cayes,
au Port-Salut, à l'Abbaye et aux anglais reçurent ordre de marcher,
ainsi que le corps de réserve qu'il devait commander en personrie. *
ix heures on n'avait pas réuni trente gardes nationaux. . Blanchelande se détergina cependant à combattre. EX fixa le jour de l'attaque
générale pour le 6 Août. Trois colonnes devaient être lancées contre
les insurgés ; ét différents corps cantonnés dans le-voisinage des Cayes,
au Port-Salut, à l'Abbaye et aux anglais reçurent ordre de marcher,
ainsi que le corps de réserve qu'il devait commander en personrie. * Eledry , commandant du Port-Salut, capilaine au 73.°* régiment cidevant Royal-comtois, après avoir fait battre la générale, ne put
#éunir les colons qui refusèrent de se mettre en campagne. Il se
brüla fa cervelle de désespoir. Saint-Léger, commamiant du camp dè
d'Abbaye, officier au 4e régiment ci-devant de Provence, après avoir
rencontré de son côté, la même résistance de la part des planteurs,
se mit en route avec douze soldats de son régiment. .
… Blanchelande avait établi son quartier-général vis à-vis du pied des
Platons, non loin du camp principal des insurgés oùse tenait Armand
Ven personne , surveillant les mouvements des blancs et disposé à leur ." Nous avons pris la plupart des détails de la bataiile des Platons dans les
débats des colonies: é de Ni | à LS se
112 ; CHrsrToirE D’aarri.( 1799 ) | "F2
opposer partout une forte résistance. Le corps de réserve que com:
mandait Blanchelande , était composé de trente-trois propriétaires blancs,
d'une compagnie d'artillerie sous les ordres de $t.-Gyr, d’un bataillon
de soldats de marine commandés par. Esmangart et Sercey, el de quarante. hommes de couleur sous les ordres de Rigaud. à. 0 Les noirs au nombre de dix mille occupaient .une éféndue de six
heues ; ils n'avaient que neuf cents hommes portant fusils, dont als!
avaient formé trois bataillons, le reste était armé de piques et dé
pierres. L'armée blanche était de 404? hommes. | 1 ‘ La première colonne composée de eent-vingt hommes du 92° régiment
ci-devant Walsh, de deux-cents miliciens tant blancs que muiâtresss
était commandée par Deschet. Elle partit de Torbeck et arriva aux
Platons le six Août, jour fixé pour l'attaque générale. Les deux autres colonnes n'avaient pas encore atteint les Platons. Deschet attendit.
vainement le coup.de canon qui devait être le signal de l'attaque, ca
Blanchelande ayant appris le retard de la seconde et de fa troisième
colonne, avait envoyé l’ordre de n’atiaquer que le sept. Mais dans l'as
près-midi du 6, les insurgés qu'Armand avait opposés. à Deschel, ass
saillirent vigoureusement la première colonne de front et sur les flancss
Les blancs combattirent avec le plus grand courage jusqu'à la fin du
jour; mais dés que la nuit fut venue, ils battirent en reiraite SOUS UNE
grèle de balles et de pierres, et traversérent en désordre le pie le plus
élevé des Platons, le fameux défilé bordé de précipices nommé, dompie
mulâtres. Us périrent la plupart dans les gorges de la montagne. Les
prisonniers succombérent au milieu des tortures : Thiolière, blanc ;
après avoir été contraint d’embrasser la tête tranchée de Walsh son ami
périt dans d'affreux tourmens. PR Lt "à
NE
grèle de balles et de pierres, et traversérent en désordre le pie le plus
élevé des Platons, le fameux défilé bordé de précipices nommé, dompie
mulâtres. Us périrent la plupart dans les gorges de la montagne. Les
prisonniers succombérent au milieu des tortures : Thiolière, blanc ;
après avoir été contraint d’embrasser la tête tranchée de Walsh son ami
périt dans d'affreux tourmens. PR Lt "à La seconde colonne composée d’une compagnie du, 4e. régiment ; den
200 hommes du- 88e ci-devant Berwick et de quelques colons, étaile
commandée rar le colonel Thiballier. Les hommes de couleur qui. des
vaient la renforcer ne s’y étaient pas ralliés, disant qu® les noirs SOU“
tendient la même cause qu'eux. : Le colonel Fhiballier ignorant que ha.
première colonne ayait été anéantie, attaqua dans la journée du pt Les
noirs se tenant derrière les arbres et les rochers pour n'être pas atteints,
renversaient les blanes de tous côtés par un feu plongeant des plus vifs
Les soldats du S8e., Rochefontaine à leur tête, supportérent ‘hèroïqués
ment ce feu, pendant plus d'une heure; mais îls furent contraints d’abandonner le champ de bataille après avoir perdu leur Heutenant-colonel
Dovle. | ; | | La troisième colonne formée de 150 colons blancs, de 50 mulätres,
d'une compagnie du 4e, régiment était commandée par Mr. de Sam:
son. Il y régnait le plus grand désordre; chacun voulait commans
der. Samson fit trainer dans des. chemins presque impraticables unê
pièce de canon qu'il dirigea contre. les insurgés. 1 D, Pendant cet intervalle, Blanchelande apprit la défaite’ dela prenuère, 1 essor D 'ITAITI. —{ 1752 ) EE ( ) 113 dela seconde colonne, fl envoya l'ordre à Samsôn de rétrograder : nai
quand. cet ordre arriva la troisième colonne était assaillie de toutes:
ls par les noirs qui dirigeaient tous leurs efforts contre la pièce. amson fut tué; les blancs prirent la fuile et abandonnèrent leur.
canon aux insurgés. F
M En mêmé temps, Armand attaquait le quartier général de Blinches
Ende ; mais le général Rigaud l’accueülit par un feu si meurtrier,
quil renträ dans ses retranchemens.
“Armand n'avait pas encore appris la nouvelle de la défaite de Thiballier , commandant de la seconde colonne; son quartier général
bétait à une distance de six lieues dé Pen droit où ee col ionel avait été
battu. Il réunit ses liéulenans, et leur proposa d’ envoyer à Blanche
Jände un parlementaire chargé de jui demander un armisticé, afin de
agner du temps jusqu'à ce qu'il eùt reçu des nouvelles de Thiballiers
f ajoula que si celui-ci était battu 1 romprait à négociation ; qué
s'il était vainqueur il accepterait l'armistice. La proposition fut favora=
Blement accueillie par Giles Bénèche et Maréchal filleul du G'# Rigaud:
éulenans, et leur proposa d’ envoyer à Blanche
Jände un parlementaire chargé de jui demander un armisticé, afin de
agner du temps jusqu'à ce qu'il eùt reçu des nouvelles de Thiballiers
f ajoula que si celui-ci était battu 1 romprait à négociation ; qué
s'il était vainqueur il accepterait l'armistice. La proposition fut favora=
Blement accueillie par Giles Bénèche et Maréchal filleul du G'# Rigaud: À trois heures de l’'aprés-midi, les blancs virent les noirs agiler ua
drapeau blanc. Blanchelande s’approéha aussitôt du camp des insurgés, et vit venif à lui un parlementaire qui lui annonça qu'Armand
Jui demandait un armislice. Le gouverneur conséntit à avoir une en-=
trevue avec le chef now; ül y avait déjà plus de deux heures qu'il
Vattendait, quand il entendit battre la générale dans lé camp des
insurgés. Armand qui venait d'apprendre la défaite de Thiballier
avait ordonné à toutes ses forcés de sé réunir sur un seul point, et
Sélait déterminé à envelopper les blancs üe tous côtés. Au lieu du
‘drapeau blanc, il fit agitér un drapeau rouge tenit du sang dés blancs
égorgés. En même témps, les noirs placérentau bout d'üne pique
élevée la tète de Doyle lieutenant-colonel au régiment de Berwick. BlanChelandé passa là nuit en vue de ce hideux spectacle ; toute la montagne étant illuminée par de grands feux: Lès noirs nc cessaient dû
crier vive le roi! vive Blanchelande ! äfini d’ PR la défiauce parmi
lés blañcs en leur faisant accroire qu il y avait des traîtres parmi eux.
Le lendemain , au point du jour, le Duran ur ayant appris la
défaité de la troisiëme colonne, se résout à renfrér aux Cayes. Sd.
petite armée fut assaillie aussitôt qu'elle se fut ébrantée; elle fut
obligée de livrer aux flafnmes ses convois de vivres et d'abandonner
üne partie de son arlillerie. La déroute fut complète; les noirs
tout en poursuivant les blänes, brülaient et saccogeaient les habita=
tions de tous côtés. Blanchelaude , malgré ses eforts, ne put rallier
lès fuyards qu'au camp Gérard, non loin des Cayes. Le 10 Août,
quand il rentra én ville ; les citoyens fui attribuérent tous leurs
malheurs. Le lendemain il partit pour le Nord, au milieu des huées de la
populuion. Les insurgés, tout en demandant La paix vinrent cerner les \ {14 D HISTOIRE D'HAITI.—( 1792 ) Cayes. Le parti des petits blanes qui dominait dans la ville, ref
sa de traiter avec eux, quoiqu’ils eussent offert pour 400 libertés des
retourner sur les habitaiions de leurs maîtres. Aussitôt la guerre«
fecommença avec fureur et les noirs demeurérent maîtres des PIa
huées de la
populuion. Les insurgés, tout en demandant La paix vinrent cerner les \ {14 D HISTOIRE D'HAITI.—( 1792 ) Cayes. Le parti des petits blanes qui dominait dans la ville, ref
sa de traiter avec eux, quoiqu’ils eussent offert pour 400 libertés des
retourner sur les habitaiions de leurs maîtres. Aussitôt la guerre«
fecommença avec fureur et les noirs demeurérent maîtres des PIa m3 tons. FN | 4
L'échee que Blanchelande venait d’éprouver abattit entièrement son
autorité. Quand il arriva au Cap, le parti révolutionnaire y avait res"
pris sa puissance primitive, et l'assemblée eoloniale le dénonça à Ia
France comme traître à la patrie. Cependant sa conduite à Jérémie
et aux Cayes avait rallié autour de lui tous les affranchis; il avait
en outre aboli plusieurs cérps populaires qui leur étaient três-hostiles«
Avant son départ pour le Sud, le eonseil de paix et d'union de St«
Mare, où dominaient les hommes de couleur, lui avait témoigné la
plus vive sympathie; mais Pinchinat, qui dirigeait ce conseil où
étaient aussi représentés les anciens pompons blancs , et qui jusqu'alors
avalt indirectement soutenu le parti du gouvernemeut encore royaliste
parcequ il en avait eu besoin jour protéger sa caste contre l’animoæ
sité violente des petits blancs, résolut d’éloigner les affranchis de”
l'Artibonite des grands planteurs, comme il avait déjà porté ceux den
la Croix-des Bouquets à ne voir que des ennemis dans les blancs dont
Hanus de Jumécourt était le mandataire, (Comme le système démo
gratique iriomphait sur tous les points de la France , il comprit quen
sa caste devait marcher en harmonie avec la Métropole. ‘ Il rompit ses
relations avec les royalistes en faisant imprimer une lettre dans laquellen
il déclara que la ville du Cap ètait un repaire d’aristocrates, partisans
de l'ancien régime , et que la révolution française était la plus gloriss
ouse des révolutions. Les planteurs ne pouvant plus s’appuyef sur
Je conseil de paix et d'union de Saint-Marc, couvrirent Pinchinat d'in
vectives dans de nombreux écrits qu'ils lancèrent contre lui ; cependant
ils ne nièrent pas qu'il n'eut des talens. Delmas, colon blanc, dites.
parlant de lui: « Ce mulâtre a joué un grand rôle à Saint-Domingues
c'est lui qui a été le guide, comme l’oracle de sa caste. IL avait”
de l'instruction, même le talent de s'énoncer et d'écrire avec mé"
thode. . c’était sans contredit un homme instruit, mais ill
était mulâtre. » H |
: Pendant ce temps, le parti populaire faisait en France d’étonnans
progrès; la loi du 4 Avril avait été sanctionnée comme nous Pavons
vu, malgré toutes les oppositions du parti colonial ; les nouvelles
qui arrivaient de la colonie portaient Brissot ; Gensonné , Vergniaud à
en hâter l'entière exécution, d'une manière énergique; les lettres de
Roune avaient confirmé les rapports de Mirbeck et de St. Léger. Sur’
Ja motion des girondins , l'assemblée nationale décréta le 15 Juin 1792"
que la loi du 4 Avril serait exécutée dans toute sa teneur, On nome
Ma aussitôt, sous le ministère de Roland, trois commissaires chargés
de ectle exéeution, Sonthonay, Rolvérel, ardens révolutiennaires, e
manière énergique; les lettres de
Roune avaient confirmé les rapports de Mirbeck et de St. Léger. Sur’
Ja motion des girondins , l'assemblée nationale décréta le 15 Juin 1792"
que la loi du 4 Avril serait exécutée dans toute sa teneur, On nome
Ma aussitôt, sous le ministère de Roland, trois commissaires chargés
de ectle exéeution, Sonthonay, Rolvérel, ardens révolutiennaires, e A, A. À À | SUSTOIRE D'HAITT.—( 1798 1 < (15 illaud , homme faible et timide , appartenant tous Îles trois an arti de la Gironde. Ce fut en vain que le parti colonial lança
contre eux à Paris les calomnies les plus outrageantes. Ils reçurent
Pour instructions de tout faire pour parvenir à la liberté génés |
tale des esclaves, quoiquils ne fussent chargés ouvertement que de
exécution du décret du 4 Avril. Ils étaient autorisés « à suspendre
et à dissoudre toutes les assemblées et corps administratifs o
@autres se disant populaires dans la colonie, sans exception ; à suspen.
& dre l'exécution des actes des autorités, qu'ils jugeraient contraires à la
« souveraineté nationale ou au rétablissement de Îa paix ; à remettré.
provisoirement en activité les anciens tribunaux, en attendant l’or<
ganisation définitive de l'ordre judiciaire dans la colonie; à transe.
lérer leurs séances, dans les lieux où les circonstances l'exige
@raient, et à présenter deux sujets pour remplir les places vacans
“otes, au gouverneur, qui serait tenu de donner à l'un d’entre
Ceux une commission provisoire. Dans tous les cas de conflits de
« pouvoirs qui pourraient naître, ou dans les doutes qui pourraient
«s'élever sur l'étendue des leurs, on était tenu de déférer provisoi<
« rement à leur réquisition, sauf le recours à l'Assemblée natio<
& nale. » * |
… Julien Raymond eût été nommé commissaire si Tarbé , membre de l’ags
semblée nationale, appartenant au parti colonial, n'avait pas proposé
d'ajouter à la loi un article portant que les citoyens ayant des propriétés
dans les colonies de l'Amérique seraient exclus de l'expédition. Avant la révolution de 89, Polvérel et Sonthonax étaient avoeats à
Paris. Le premier s'était fait remarquer au parlement de Bordeaux
en défendant les libertés publiques; et Sonthonax avait été un des
collaborateurs de la gazette révolutionnaire de Paris. En 14790, ils
avaient été l’un et l'autre reçus au club des Jacobins. … Les blancs patriotes et royalistes, en apprenant leur nomination, vous
Rient pendant un moment s'opposer à leur débarquement. Fe
Dans le mois de juillet, les navires qui portaient les trois gommis«
saires, ainsi que Desparbès, nonveau gouverneur, partirent de l'ile
d'Aix. ul était chargée de 6000 hommes de troupes patriotiques.
Les maréchaux de camp d’'Hinisdal, Delasalle et Montesquiou Fesenzac,
ui accompagnaient la commission civile, devaient commander les pro
vinces du Nord, de l'Ouest et du Sud. Le 18 septembre, Îles commis:
Saires débarquèrent au Cap, et le 49, Desparbès mouilla dans la rade
avec le reste de l’escadre. Aussitôt après leur arrivée, les planteurs
se reudirent en foule au palais national, pour tâcher de découvrir les
sentimens intimes des délégués ; mais ils se retirèrent consiternés , en
“oyant qu'ils avaient affaire à des Jacobins qui ne parlaient que de
juillotiner les aristocrates. LÉ et
commis:
Saires débarquèrent au Cap, et le 49, Desparbès mouilla dans la rade
avec le reste de l’escadre. Aussitôt après leur arrivée, les planteurs
se reudirent en foule au palais national, pour tâcher de découvrir les
sentimens intimes des délégués ; mais ils se retirèrent consiternés , en
“oyant qu'ils avaient affaire à des Jacobins qui ne parlaient que de
juillotiner les aristocrates. LÉ et Li Ve Article ler, 26, et 3e, de la loi du 15 Juin sanctionnée le 22 du même mois, MG | - HISTOIRE D'HAITI.—( 1702 F Le 20 septembre, Polvérel, Sonthonax et Aiïllaud furent mstallés avét
pompe et solennité dans l'Eglise du Cap. Daugyÿ, président de l'AS
semblée coloniale, leur adressa un discours dans lequel il fit l’apologis
de l'esclavage. Frappés de la puissance du parti colonial, ils furent
@bligés de faire le serment de ne pas abolir la servitude, et d’exécus
ter seulement le décret du 4 avril. Mais en France de nouveaux évès
memens dont l'esprit devait être favorable à la liberté des noirs, ve*
naient d'éelater: la révolution du 10 Août s'était accomplie ; et les effets”
en seront tels à Saint-Domingue que les commissaires civils y proclas
meront la liberté générale avant Îa Convention Nationale elle-même
. Roume, annulé par l'arrivée de la nouvelle commission, s'embarqua
pour France le 28 nôvembre, : F M
La province du Nord n'offrait alors que l'aspect le plus hideux : des#*
roues et des gibeis ÿ étaient dressés de toutes parts; on exécutait les
affranchis et les esclaves par trentaine. La province du Sud présens
tait également un aspect horrible, surtout depuis la bataille des Pla*
tons : les pertes de la colonie s’élevaient déjà à plus de 500 millions
un dixième de la population avait succombé dans les combats, dans les
massacres el dans les tortures. | Ÿ
Polvérel et Sonthonax ne tardérent pas à s’apercevoir qu'ils auraienk
dressés de toutes parts; on exécutait les
affranchis et les esclaves par trentaine. La province du Sud présens
tait également un aspect horrible, surtout depuis la bataille des Pla*
tons : les pertes de la colonie s’élevaient déjà à plus de 500 millions
un dixième de la population avait succombé dans les combats, dans les
massacres el dans les tortures. | Ÿ
Polvérel et Sonthonax ne tardérent pas à s’apercevoir qu'ils auraienk à lutter contre un parti royaliste qui s’efforçait de les séduire pour
les jeter dans des pièges inextricables, Révolutionnaires ardens et au
dacieux, hommes de la trempe des conventionnels, ils résolurent de
ne reculer devant. aucun moyen pour faire triompher les principes dont
Je succès s’obtenait en France au travers de tant de résistances. Mais
pour mettre en pratique les droits de l'homme, il fallait renverser
les obstacles qui se tenaient devant eux. | 4
Sans consulter Desparbès qui se laissait déjà dominer par Cambefort
Thouzard, Rouvraï et les autres chefs royalistes, ils embarquérent pouss
France l’ex-gouverneur Blanchelande. Celui-ci à son arrivée à Rochefort,
sera emprisonné ; il sera traduit au tribunal révolutionnaire par un
décret de la convention nationale, sur la motion de Garnier de Sain=
tes, député de la Charante Inférieure, sera eondamné et guillotiné
Officiellement avisés de la révolution du 40 Août, par laquelle Loi
XVI avait été suspendu de ses fonctions , les commissaires ordonnnèrent«
le 42 Oetobre la dissolution de l'Assemblée coloniale, attendu que les”
hommes libres de toutes les couleurs n’y étaient pas représentés ; els
le 13 Octobre, ils proclamérent qu'ils étaient investis des mêmes.
pouvoirs et chargés des mêmes travaux que les délégués de l'Assem”
blée nationale, envoyés par la loi du 41 Août, dans les armées eh
dans les départemens. Ils remplacèrent l’Assemblée coloniale par une com
Mission intermédiaire composée de douze membres dont six blancs et six”
affranchis. - Parmi ces derniers on remarquait Pinchinat, Chanlatte, Case
fainget Boisrond le jeune. Les six blanes, d’uue ignoranee honteuse,
travaux que les délégués de l'Assem”
blée nationale, envoyés par la loi du 41 Août, dans les armées eh
dans les départemens. Ils remplacèrent l’Assemblée coloniale par une com
Mission intermédiaire composée de douze membres dont six blancs et six”
affranchis. - Parmi ces derniers on remarquait Pinchinat, Chanlatte, Case
fainget Boisrond le jeune. Les six blanes, d’uue ignoranee honteuse, étgent des hommes dépravés que la révolution avait tirés de Ja fs ‘2 fsrotre wuatri.( 1702 \ DL ge. La commission intermédiaire laïssa les délégués exercer Ja dice « “ature la plus large. Ceux-ci se déterminèrent alors à écraser le para h royaliste. Le Cap se divisa aussitôt en deux camps: Îles hommes
de couleur de cette ville que dirigeait Pinchinat venu dans le Nord,
u de jours après la commission civile, les dragons d'Orléans, les
volontaires à pied de la garde nationale, le. bataillon de lAisne, le
club, composaient Îles forces sur lesquelles s'appuyaient Polvérel et
Sonthonax ; la garde nationale à cheval, composée des jeunes gens des
remières familles. du Cap, tous royalistes, portant jusqu'alors l’ha=
bit jaune, costume des troupes de Condé, les bataïflons de walsh,
Je régiment du Cap dont Cambefort était le colonel. , soutenaient
le parti du roi. Les troupes arrivées avee Îles commissaires civils,
la plupart d'une grande énergie révolutionnaire, avaient été envoyées
par Desparbès dans différents quartiers de la province, afin que Polvérel et Sonthonax ne les eussent pas à leur disposition.
… Le club du: Gap qui s'était ouvert le 2 Octobre, sous la présidence
de Daugy, êtait rempli de petits blancs qui, quoique ennemis des
affranchis, Gémontraient un zèle outré pour la révolution. Borel revenu à St-Domingue , après l’arrivée de la commission civile, en avait
été nommé un des secrétaires. Les membres du club sur la motion:
afin que Polvérel et Sonthonax ne les eussent pas à leur disposition.
… Le club du: Gap qui s'était ouvert le 2 Octobre, sous la présidence
de Daugy, êtait rempli de petits blancs qui, quoique ennemis des
affranchis, Gémontraient un zèle outré pour la révolution. Borel revenu à St-Domingue , après l’arrivée de la commission civile, en avait
été nommé un des secrétaires. Les membres du club sur la motion: de Larechevêque Thibaud, prirentla dénomination d'Amis de la cenvention nationale ; ils s'appelaient entre eux petits blancs, terme de mépris avant la révolution , et alors très en faveur au Cap. Laveaux un des officiers. supérieurs arrivé avee Sonthonax Polvérol
ét Aillaud, chef des dragons d'Orléans, en garnison à Rennes avant
4789 , excita ouvertement le peuple contre les royalistes. Le 417 Oc«
tobre , on proposa au club de pendre Cambefort; cependant par les
elforts que fit Desparbès pour contenir l'élan populaire, la journée se
passa sans cffusion de sang. Le 18, la municipalité arrêta que les
chefs royalistes seraient embarqués; et le 19 toute la ville était en
armes. Les troupes des deux partis, rangées en bataille en seraient
venues aux mains sur tous les points, si Cambefort avait soutenu la
détermination. qu'avait prise son régiment de se faire exterminer pour
lui. EH prit la résolution, contre-l'avis de. Thouzard, de se soumettre
d l'arrêté de la: municipalité. H fut: signifié. à la garde nationale.à che.
val de se réunir- aux. troupes patriotiques et de changer de: costume,
Quand’ ce corps que commandait Mr Cagnon, arriva près du couvent
des Religieuses , il fut assailli par les révolutionnaires et; tes dragons
d'Orléans. Ces jeunes gens, qui avaient déployé une si brillante vas
leur dans toutes. les campagnes contre les insurgés , furent sabrés et
dispersés. Mr Cagnon fut tué, et l'on n’entendait dans toute la. ville
que ces cris: à: mort les. vestes. jaunes ! Les. patriotes. aux cris de vive
li Nation ! vive la Constitution ! vinrent braquer quatre pièces de cas
Aon devant la maison de Cambefort; ils l’eussent égorgé, si Polvérel,
5e Rrésentant au milieu de la foule, ne lui eût donné le bras. ainsi #
- us | HISDOIRE HAITI — tive ) a qu'à sa dame, et ne l'eût accompagné jusqu'à bord du vaisseat Vas
mérica. Thouzard, Poitou et un grand nombre d’autres royalistes,
Ja plupart riches planteurs . furent aussi embarqués, bannis pan
un arrêté du club. Le lendemain la ville était plongée dans la plus”
grande consiernation. On remplaça par des hommes nouveaux un grang.
pombre des officiers des régimens de Walsh, de Béarn ; de Royal
eomtois.
I — tive ) a qu'à sa dame, et ne l'eût accompagné jusqu'à bord du vaisseat Vas
mérica. Thouzard, Poitou et un grand nombre d’autres royalistes,
Ja plupart riches planteurs . furent aussi embarqués, bannis pan
un arrêté du club. Le lendemain la ville était plongée dans la plus”
grande consiernation. On remplaça par des hommes nouveaux un grang.
pombre des officiers des régimens de Walsh, de Béarn ; de Royal
eomtois. Le 21 Octobre, Desparbès fut destitué et embarqué par les commisgaires civils, comme suspect et incapable. La classe des riches pro
priétaires blancs reçut un coup mortel par les journées du 17, du 18,
@t 49 Octobre. La vieille aristocratie coloniale fut anéantie ‘dans le
Nord. Polvérel et Sonthonax servirent dans cette circonstance les 1 ins
térêts des noirs et des jaunes en écrasant les blancs Dès les blancs. Pen
dant ces évènemens Aillaud s'était tenu à l'écart ; d'une nature ti”
mide, balletté par les passions des deux si tis qui venaient de com
battre, il ne secondait ni ses collègues dont les violences l'effrayaient M ;
hi les affranchis , ni les blancs. ; | Aussitôt après la chute des royalistes, on | forma un gouvernement
Provisoire: le général Vimeur Rochambeau qui était revenu des iles.
du vent d'où il avait été repoussé par M. de Behague contre-révolutrons
naire, fut nommé gouverneur provisoire ; et Laveaux reçut le commian*
dement de la place du Cap. Une réforme générale eut lieu dans l'ad*
ministration ; - RACE Thibaud fut nommé contrôleur de la ma:
#iné. «| Polvérel et Sonthonax sentendirent pour frapper le parti royalistes
dans les autres provinces de la colonie; le premier et Aillaud de”
väient se rendre dans l'Ouest et dans le Sud, et Sonthonax denetl
rer au Cap. Iis annoncérent leur séparation par une proclamation»
en date du 23 Octobre. Ils eussent mieux fait de ne passe séparer
car leurs avis mutuels auraient servi à la cause commune: le carac®
ière calme et sévère de Polvérel eùt tempéré la fougue de Sontho=
max. Aillaud et Polvérel partirent du Cap le29 Octobre, sur la fré
gate l’Astrée, et débarquérent le 2 Novembre à St-Marc où dominait”
eneore le parti contre-révolutionnaire, malgré les efforts qu'avail faite
Pinchinat pour l'abatire. Les affranchis de cette ville, la plupart
possesseurs d'esclaves, nullement animés des sentimens patriotiques
qui dirigeaient les Bauvais, les Rigaud , avaient été effrayés des ten:
dances de la commission civile vers l'émancipation générale. Les blancs:
leur représentaient l'anéantissement: prochain de, la colonie, si les:
commissaires civils n'étaient pas vite déportés ou: sacrifiés. , Savary, maire de Saint-Marc, Roy de la Grange, Decoigne, ardens
royalistes , tentèrent de soulever contre eux toute la population ; ; mais,
ces coupables projets furent déjoués par Chanlaite qui promit aux aten
_ diers des hauteurs de Si-Marc, qu'on avait remués en Îles égarant, un : eur, franc de travail chaque semaine. Polvérel et Aillaud AS af _ HISTOYRE P'HAITI me 1790 ). Er 2019
Savary, maire de Saint-Marc, Roy de la Grange, Decoigne, ardens
royalistes , tentèrent de soulever contre eux toute la population ; ; mais,
ces coupables projets furent déjoués par Chanlaite qui promit aux aten
_ diers des hauteurs de Si-Marc, qu'on avait remués en Îles égarant, un : eur, franc de travail chaque semaine. Polvérel et Aillaud AS af _ HISTOYRE P'HAITI me 1790 ). Er 2019 t-Mare sans avoir pu éeraser Île parti reyaliste, et arrivé ranir au PertMau-Prince où ils furent accueillis par le parti révolutionnaire qui y rés
“gnait. Cependant Roy de la Grange qui était dans le parti royalistes.
“eo que Praloto avait été dans le parti des pompons rouges, avait été
obligé de se sauver de St-Marc et de se réfugier à la Jamaïque. Les petits blancs du Port-au Prince, tout en accueillant favorablement les
æomumissaires eivils rêvaient à l'indépendance -de St-Domingue ; ils ne se
“allaient à Polvérel que pour écraser les royalistes: .qui les génaient,
Le commissaire civil découvrit aussitôt leurs projets. Aillaud auquel fais
saient horreur les mesures SAAREIU ES que nécessitaient les circonsians
“ces, voyant , dans ses momens de désespoir, deux scélérats dans ses
collègues, annonça à Polvérel qu'il se rendait dans la province du Sud, our y faire exécuter la loi du 4 avril; mais au lieu d'aller aux Cayes,
il fit voile pour France. Sonthonax et Polvérel n'apprirent son arri.
xée à Lorient que trois mois après son départ. Aussitôt après son dé»
Larquement, le Conseil exécutif provisoire lança. contre lui un mandat
ru arrêt ; il allait être exécuté quand on reconnut qu'il n avait pas cons. -
piré contre la, république , et que la faiblesse seule l'avait guidé : 08.
nen: était pas encore au règne de la terreur. Pendant ce temps Sonthenax demeuré au Capne pouvant satisfaire aux
dépenses de la: province du Nord, eut recours à de préténdues contributions patriotiques. De gré ou de force , les riches négocians fourni.
rent des fonds ; les exécuteurs testamentaires même. vidéreat dans leg
“caisses, publiques les sommes qui étaient à leur disposition ; chacua
paraissait faire aete de patriotisme ; car les. dénoneiations du elub
étaient mortelles. Cependant la défiance devint générale; la misère pu
blique augmenta. Alors la commnssion intermédiaire établit un impôt
forcé sous le nom de subvontion qui € ealevait le quart des denrées destinées à l'exportation.
s ; les exécuteurs testamentaires même. vidéreat dans leg
“caisses, publiques les sommes qui étaient à leur disposition ; chacua
paraissait faire aete de patriotisme ; car les. dénoneiations du elub
étaient mortelles. Cependant la défiance devint générale; la misère pu
blique augmenta. Alors la commnssion intermédiaire établit un impôt
forcé sous le nom de subvontion qui € ealevait le quart des denrées destinées à l'exportation. … Dans l'Ouest, Polvérel refusa de sanctionner cette mesure qu'il dé»
clara trop arbitraire, et fit tARBlaoEe le quart de subvention par des
dons volontaires. | Pendant cet intervalle les commissaires civils négligeaient d'étouffer
Jinsurrection des esclaves. Jean François et Biassou maîtres de toutes
“les campagnes depuis le Fort Dauphin jusqu'au Limbé s ‘étaient divisés:
ils avaient même failli d'en. venir aux mains. Sonthonax, excité par
le peuple du Cap, ordonna au général Rochambeau d'entreprendre
une expédition eontre les insurgés. - Celuici s'embarqua avec un ma
tériel de guerre considérable, mouilla au Fort Dauphin , marcha ensuite contre Jean François qui prit la fuite à son approche, et se
“rendit maître de Ouanaminthe sans coup férir. Au lieu de continuer
“ses succès, il revint au Cap où sa présence était nécessaire, Car
“Sonthonax , s’apercevant que les petits blancs, quoiqu'ils prissent les
- formes paniouquess conspiraient contre les ‘décrets de l'Assemblée
“nationale favorables aux afiranchis , avait résolu de les écraser à à leur + PE 120 SE BISTOIRE D’HAITI'—( 1792 } tour. Le club excitait les blancs prolétaires à ne pas marcher con:
tre les insurgés, prétendant que c'était l'affaire des propriétaires ; Iles
petits blanes demandaient hautement Flabolition des dettes, sinon ils"
ne feraient pas le service même des postes; l'ambition des-placesm
les tourmentait cruellement. Ils trouvaient déjà que Sonthonax proté: $
geait trop les homimes de couleur, et les six blancs de la commis"
Sion intermédiaire, écrasés sous. les talens de Pinchinat, s'enten-…
daieni avec eux pour calomnier les affranchis. Quoiqu'ils ne voulus" ù
sent pas marcher contre les insurgés, les clubistes assassinaient sans
cesse des noirs dans la ville; 1ls pénéiraient de vive force et en plein
jour chez les riches blancs qu'ils appelaient aristocrates, les maltrais
taient , les piliatent et les forçaient à abandonner la colonie. Au Fort
Dauphin, les mêmes excès étaient commis.
Sonthonax se résolut à mettre fin à cette anarchie. Proconsul de 19
République, il mettait en pratique ces mots : périssent les colonies plus
iôt qu'un principe. Indigné des horreurs auxquelles se livraient. le
club et ies pelits blancs, dont le but évident était de le renversen
pour semparer de l'autorité et faire rentrer les affranchis dans 16
néant, il lança le 45 Novembre une proclamation par laquelle il dés
clara quil ne voyait dans les petits blancs qu'une horde de factieux x
dirigée tour à tour par des meneurs cachès dont les vues étaient plus erimi
neiles encore, et qui nourrissaient en secret une haine envenimée contre an
France, et l'espoir de s’en rendre tôt ou tard indépendans; que de prétendue
patriotes qui détestaient cordialement la loi du 4 Avril , etne s’en cachaient pas.
embre une proclamation par laquelle il dés
clara quil ne voyait dans les petits blancs qu'une horde de factieux x
dirigée tour à tour par des meneurs cachès dont les vues étaient plus erimi
neiles encore, et qui nourrissaient en secret une haine envenimée contre an
France, et l'espoir de s’en rendre tôt ou tard indépendans; que de prétendue
patriotes qui détestaient cordialement la loi du 4 Avril , etne s’en cachaient pas. #.
À H déclara en outre qu'ils étaient plus dangereux que les anciens aris=\
tocrates. Il fit poursuivre plusieurs d’entre eux qui avaient
douze esclaves, 11 rencontra une vive GR dans le club qui depuis la révolution contre Cambefort voulait priver les affranchisden
la jouissance des droits politiques. Mais Sonthonax et Rochambeau en-«
tendaient que la loi du 4 Avril fut sévérement exécutée. Laveaux de
venu commandant de la province du Nord, manifesta en place publ
que ses sympathies pour les hommes de couleur; et Sonthonax placa
eomme officiers dansles troupes venues d'Europe, trois affranchis qu'y
furent bien accueillis. Mais le régiment du Cap ne voulut pas en“
recevoir un seul dans ses rangs. Il alla jusqu'à refuser à Laveaux dé”
reconnaître la lor du 4 Avril. Alors Sonthonax résolut de livrer ba+.
taille aux petits blancs qui entretenaient cette anarchie,. Le 4 Dé
cembre toute la garnison du Cap était réunie sur la place d'armes ;"
les affranchis au nombre de trois cents se montraient résolus à périr n
jusqu'au dernier pour le commissaire civil ; Pinchinat les avait ani
-_ més de la plus grande détermination. Laveaux devenu général prit”
le commandement des troupes de hgne et de la garde nationale. Leg”
soldats du régiment du Cap qui n'avaient pas reçu de munitions vi
rent avec indignation les affranchis rangés vis à-vis d'eux charger leurs rmes. Sonthonax couveri de rubans wicolores , entouré d’un RON LA | " | à M" = HISTOIRE D'HAITI.—( 1792} | 124 Dreux état major vint au Champ de Mars et exhorta en vain le régiment du Cap à se soumettre à la loi du 4 avril. En même temps, un
noir portant un sac, traverse la place d'armes; les blanes s'écrient:
tirez dessus ! tuez-le! Les aflranchis, de leur côté, s'écrient: ne ti
rez pas! il nous apporte du biscuit. Des soldats le poursuivent; il
jette son sac, prend la fuile; les blancs prennent le paquet, louvrent;
milétait rempli de cartouches. L'exaspération des soldats du régiment
du Cap et des petits blancs est à son comble; Sonthonax pour éviter
un engagement ordonne aux troupes de se retirer dans lours quartiers
respectifs ; ; 1l est obél. Aussiiôt contre les ordres du commissaire civil, les petits blancs battent la générale à travers la ville, et s’emparent de l'arsenal. Les matelots de l'escadre qu'ils avaient gagnés
Winrent les renforcer. Ayant à leur tête deux aventuriers Pinsse ct # Gervais , ils marchérent au nombre de deux mille, sur trois colonnes.
contre les affranchis , rangés en bataille devant leur caserne. La premiére colonne composée du régiment du Cap ct de trois cents patriotes , attaqua les hommes de couleur qui, malgré une vive fusillade et les
décharges de l'artillerie, résistérent énergiquement; le feu ne se ralentit
que lorsque Dassas, se plaçant au milieu des combattans pour faire
cesser l'action, fat renversé atteint d’une balle. Mais un instant aprés,
colonnes.
contre les affranchis , rangés en bataille devant leur caserne. La premiére colonne composée du régiment du Cap ct de trois cents patriotes , attaqua les hommes de couleur qui, malgré une vive fusillade et les
décharges de l'artillerie, résistérent énergiquement; le feu ne se ralentit
que lorsque Dassas, se plaçant au milieu des combattans pour faire
cesser l'action, fat renversé atteint d’une balle. Mais un instant aprés, les autres colonnes soutenues par les matelots vinrent assaillir les
hommes de couleur sur les deux flancs, par de vives décharges de mousqueterie et par la mitraille la plus meurtrière. Les affranchis cédant à la supériorité numérique, abandonnèrent en bon ordre leur
quartier, et se retirérent à la Fossette qu'ils évacuérent à la fin de
Ja journée pour se rendre au haut du Cap où ils se retranchèrent. Ils
entrèrent aussitôt en communication avec les insurgés et se disposèrent à les lancer sur la ville. Pendant ES Sonthonax et Laveaux étaient un peu déconcertés; Rochambeau était malade ; la ville
était au pouvoir des petits blancs. La municipalité effrayée de son suecés, au lieu d'en profiter, envoya au commissaire civil une députation qui l'exhorta à faire rentrer en ville les affranchis avec lesquels
on traiterait. Sonthonax découvrant l'hésitation de la Commune, reprit
Son énergie ordinaire, ordonna aux hommes de couleur de se tenir
campés au haut du Cap, gagna dans la nuit qui suivit quelques chefs
du parti populaire, et déconcerta le lendemain les agitateurs par une
hardiesse étonnante. Pendant que les affranchis se disposaient à lancer sur Îa ville des bandes d'insurgés, si la vie du commissaire se “trouvait en péril, Laveaux, et Rochambeau encore malade: ) Parçoupurent la ville le sabre à la main avec six dragons d’ Orléans , arrêtérent les principaux clubistes , Baillio, Fournier, Verneuil, Gervais,
et les embarquèrent à bord de P'América où se trouvèrent réunis comme
prisonniers, royalistes et patriotes. Le calme fut un peu rétabli
Alors les hommes de couleur, ayant à leur tête Pinchinat, rentréfeat au Cap , fiers etarrogans envers les blancs qui étaient dans l'abats
132 | BUSTEIRR DHATPI— 1792.) SAFENESS tement. ls marchaient avee armes et bagages, enseïgnes déployées,
et agitant des lauriers. Sonthonax, Rochambeau , la commission 1
termédiaire, la municipalité, un grand nombre de citoyens vinrentæ
leur reneontre: ce fut pour eux un vrai triomphe. Ce fut en xair
que la municipalité et Larchvèque Thibaud demandèrent la grâce des
quatre agitateurs qui avaient été embarqués. Le lendemain, 6, Re
chambeau accompagné de quelques dragons d'Orléans, arrêta trois blanes,
Daugy, Delaire el Rahoteau, membres de la commission intermédi=
aire et les envoya à bord de lAmérica; le même jour il. serrendits
avec un piquet de vingt-cinq affranchis chez Larehevèque Thibaude"
et l’arrêta aussi comme perturbateur du repos publie. Le peuple ne
- fit aucun mouvement en sa faveur. Il sortit de chez lui, sous escorte,
tenant d'une main son épouse en pleurs , et de l’autre son fils aîné
que le club appelait l'espoir de la patrie. Ainsi finit la cariére polite"
* Que d’un homme sans conviction qui ne fut habile que dans l'art den
soulever les viles passions de la populace. DU D |
èque Thibaude"
et l’arrêta aussi comme perturbateur du repos publie. Le peuple ne
- fit aucun mouvement en sa faveur. Il sortit de chez lui, sous escorte,
tenant d'une main son épouse en pleurs , et de l’autre son fils aîné
que le club appelait l'espoir de la patrie. Ainsi finit la cariére polite"
* Que d’un homme sans conviction qui ne fut habile que dans l'art den
soulever les viles passions de la populace. DU D | Les anciens commissaires de l'assemblée coloniale à Paris, Pageet
Brulley, obtiendront la mise en liberté de Fournier, de Baillio, de
Gervais et de Larehevêque Thibaud, en les représentant comme des
martyrs de la hHberté, quand ils arriveront en France. Plus tard eesn
quatre hommes poursuivront avec le dernier acharnement par-devant
le tribunal révolutionnaire, en se donnant pour les seuls patriotes de
la colonie, tous ceux qui avaient défendu les droits des hommes de
couleur , les Brissot, les Mülscent, qui seront guillotinés ; 1ls entreront,
dans le parti des montagnards, se feront sans-culoties, pénétreront
dans les clubs avec le bonnet rouge, et feront jeter dans les fers les
Roume, les Si-Léger, les Boisrond, les Raymond; aristoerates de la”
peau à St Domingue, ils prendront à Paris toutes les formes du Ja
cobinisme afin de trouver l’occasion d’assouvir leur vengeance contre
tous ceux qui s'étaient montrés les défenseurs des noirs et des hommes
de couleur. | Trois jours après leur embarquement, Rochambeau partit pour læ
Martinique. Le commandant de la province de l'Ouest, Delasalle , le
remplaça en qualité de gouverneur général; et comme il était dans
l'Ouest avec Polvérel, toutes les forces de la province du Nord furent
confiées au général Laveaux, R F1 0f: 10 La journée du 4 Décembre amena le triomphe définitif des affranchis
sur la classe blanche; et les commissaires civils qui ne tarderont pas
à être assaillis par de nouveaux ennemis des principes de 89, ne sau*
veront la liberté à St-Domingue qu'en ralliant à la République, par
l'émancipation générale, les masses en insurreetion. ti Pendant cet intervalle , les blancs de Jacmel n'avaient pas voulu
exécuter la loi du 4 Avril: ils avaient ehassé de leur ville la plupart
des affranchis. Polvérel partit du Port-au-Prinee pour Jacmel ; mais
di ne put pas y pénétrer, les blancs s'opposant à ce qu'il y vint age” L DL : de à, ‘D ReES misToimE D'HAITI.—e ( 1792- A UE 123 con pagné D arohis - ; 1ls avaient tellement ces iii rs en horreur
quil leur répugnait d'écrire et de prononcer le mot de couleur. Ils
“avaient écrit au commissaire civil de ne pas se présenter avec des.
hommes de . . . . .. .: dans tout le Sud, si ce n’est à Cavaillon,
“les blancs refusaient aussi d'exécuter la loi du 4 Avril aux Caves,
“ils avaient forcé Mr. de Fesenzac homme modéré à quitter la viile
Fr. à sembarquer pour France.
lement ces iii rs en horreur
quil leur répugnait d'écrire et de prononcer le mot de couleur. Ils
“avaient écrit au commissaire civil de ne pas se présenter avec des.
hommes de . . . . .. .: dans tout le Sud, si ce n’est à Cavaillon,
“les blancs refusaient aussi d'exécuter la loi du 4 Avril aux Caves,
“ils avaient forcé Mr. de Fesenzac homme modéré à quitter la viile
Fr. à sembarquer pour France. Polvérel revint au Portau-Prince; delà il se rendit aux Cayces où
sa présence était de la plus haute importance: l'autorité de la eommission civile y était presque méconnue. H apprit en cette ville que
les hostilités avaient recommencé à Jérémie enire les affranchis et les
blancs. Après le départ de Blanchelande de Jérémie, les blanes decetie ville, en renouvelant leur municipalité, d'après la loi du 4 Avril,
n'avaient pas voulu nommer un seul affranchi membre de la commune,
Gependant le, service de fa place se faisait régulièrement par les colons
ét par les hommes de couleur; la paix et l'union paraissaient vouloir
Sétablir enire eux, lorsqu'un noir libre , Thomany, frappa un de ces
Noirs esclaves qui avaient traqué Îles affranchis dans les campagnes.
Lesclave s en plaignit aux blancs qui frent ircarcérer Thomany. Les
hommes de couleur demandérent inutilement qu'il fut mis en liber6: ils se répandirent alors dans les campagnes et se réanirent sur
Thabitation Colimon d'où ils marchérent sur le poste Pinquiére qu'ils
enlevèrent sur les blancs; ceux-ci armèérent de nouveau conire eux
tous leurs esclaves; les affranchis ne pouvant lutter contre une trop
. grande supériorité numérique furent dispersés par Lafuge, membre de
la municipalité, et tentéreut de se retirer vers les Cayes auprès du général Rigaud. Quand ils arrivèrent dans les montagnes de la Hotte, ils tombèrent
dans les défilés qu'occupaient les insurgés des Platons mal disposés
a l'égard des hommes de couleur depuis que Rigaud et Blanchelande
“avaient marché contre eux. Armand et Gille Bénèche chefs de ces
“bandes les cernèrent de tous côtés, et les auraient peut-être passés au
fil de J'épée, si le général Rigaud qui avait accompagné dans le Sud,
-Polvérel, n'était sorti des Cayes à la tête de 1500 hommes, et ne les
avait délivrés : ils furent conduits aux Côtéaux où ls demeurérent eantonnés. Polvérel envoya aussitôt à Jérémie des commissaires eonciliateurs qui ne purent rien obtenir en faveur des hommes de couleur.
Le conseil d'administration de la Grand’Anse refusa d'exécuter la loi
du 4 Avril, et établit même des droits territoriaux; ce que la métropole
seule avait le droit de faire. Ce fut alors que Polvérel dit ces parolés praphétiques : « Les deux classes d'hommes libres s égorgeant l'une par
4 Jautre, laisseront aux esclaves Ia propriété de File. »
ciliateurs qui ne purent rien obtenir en faveur des hommes de couleur.
Le conseil d'administration de la Grand’Anse refusa d'exécuter la loi
du 4 Avril, et établit même des droits territoriaux; ce que la métropole
seule avait le droit de faire. Ce fut alors que Polvérel dit ces parolés praphétiques : « Les deux classes d'hommes libres s égorgeant l'une par
4 Jautre, laisseront aux esclaves Ia propriété de File. » . Pendant: que Delasalle se trouvait dans l'Ouest, Sonthonax ordonna
4 Laveaux de marcher contre Jean François et. Biassou qui oceupaient
des montagnes Qu Limbé, de la Souflriére, et la Tannerie, position “ 124 , IMISTOIRE D'HArTI.—( 1793 }- bien fortifiée , Drésque inexpugnable , ceinte d’un. fossé large et profôn 3
et armée de quatorze pièces. de canon. Parmi les blancs prisonniers
il y avait plusieurs ingénieurs qui avaient été contraints de diriger les.
travaux de fortification. Cctle forte redoute avait été élevée dans le
- lieu ou M. de Belsunce ancien RATES de la, colonie avait fait mone
ter quatre pièces de campagne ‘ |
Les jeunes blancs royalistes qui formaient . avant la journée du 1%.
Octobro 1792, le corps des volontaires à cheval, et dont l'intrépidité.
était connue, mécontens depuis la déportation de Cambefort, se montraient
peu disposés à entrer en campagne ; les pêtits-blancs, depuis l'em=«
-barquement de Earchevèque Thibaud et le triomphe ‘des. affranchis. ”
étaient découragés et abattus; et Îles hommes. de couleur exprimaients
hautement Eire répugnance à marcher contre les insurgés. Laveaux
allait être réduit à entreprendre cette expédition avec les troupes: ve"
nues de France déjà décimées par Îles maladies, mais toujours. pleines
d'enthousiasme, Sonthonax réunit à la Fossette les jeunes blancs , les
caressa, les flatta et les porta à se nommer des officiers >; MM. Des.
sources et de Russy, deux riches planteurs furent placés, l’un à la tête
dés volontaires à PIEdES l'autre à la tête des volontaires à cheval. C'était
en Janvier 1793: Sonthonax et Laveaux firent un fort beau plan de
campagne: on dedait en rétrécissant le cerele‘qu' occupaient les troupes »
du cordon de l'Ouest et de celui de FEst,, cerner étroitement les
insurgés dans le bassin de la Grande Rivicre, ensuite les chasser du.
fort de la ReqRare les jeter dans la vallée, et les traquer de manière -
à les refouler dans les gorges des montagnes où ils auraient été exterminés par les blancs qui s'y étaient déjà établis. Trois corps, d'armée partirent du cordon de l'Ouest, du F ort Liberté et du Cap. Lcs
insurgés occupaient du côté du cordon de l’Ouést une chaine de mor-…
nes qui s'étendait de la Marmelade au Limbé; il existait une telle
mésinteliigence entre Jean François et Biassou qu'ils refuseront de se
secourir mutuellement. Le lieutenant colonel Nully, commandant du
cordon de l'Ouest, attaqua les insurgés, enleva successivement huit
post tions qu'ils occupaient : il renconira une vigoureuse résistance en
s'emparant de. la dernière, le camp du Petit- Thouars : ; en même temps,
le commandant du cordon de | Est, parti du Fort Liberté, quoique. |
abandonné de Candy, homme de couleur , chef d'une nombreuse ca=
valerie, enieva un poste à | Acul de Sämedi : mais il échoua au camp.
Lesec où commandait un homme dé co: EE De son côté, Laveaux
sorut du Cap à la tête de son armée, inarchant sur trois colonnes : ê
la première était commandée par Mr. Dubuisson la seconde par Des
prés, lieutenant colonel au Ale régiment, la troisième par Degouttés,
ancien officier au PUS Auvergne. La atteignit Îies habitations. 1
Bérard et Langardière, et atiaqua le jour suivant le camp de Miloë n
que les insurgés livrèrent aux flammes. Il les poursuivit jusqu au.
pied du fort de la Tannerie où ils se roufermérent. Il ne pouyaif
la première était commandée par Mr. Dubuisson la seconde par Des
prés, lieutenant colonel au Ale régiment, la troisième par Degouttés,
ancien officier au PUS Auvergne. La atteignit Îies habitations. 1
Bérard et Langardière, et atiaqua le jour suivant le camp de Miloë n
que les insurgés livrèrent aux flammes. Il les poursuivit jusqu au.
pied du fort de la Tannerie où ils se roufermérent. Il ne pouyaif HISTOIRE D'HAITI—( 1703 ) 6 123 Hatire en brèche cette redoute n'ayant que six pièces de campagne :
mas profitant de l'ardeur de ses soldats, il ordonna aux troupes de
ligne de monter à l’assaut. Elles obéissent avec enthousiasme, et sont
“repoussées avec perte, écrasées sous la mitraille des 14 pièces de là
Mortification. Biassou , soutenant le courage des siens , déployait la
plus grande audace, et s exposait sur Îles remparts avec une rare intré-
“pidité. Les volontaires du Cap, sous les ordres de Dessources, attaQquent à leur tour, et marchent avec fierté sans tirer un seul coup de
fusil au milieu de la mitraille qui les foudroie, Le reste de l’armée,
étonné de tant de courage, jette des cris d'admiration et d’enthousiasme; les volontaires parviennent au sommet d'un petit morne qui
dominait la Tannerie. Se voyant soutenu par la colonne commandée
par Després, ils se précipitent vers les retranchemens, atteignent les
fossés, puis fes embrasures du fort, malgré le feu le plus vif des
insurgés; en même temps arrivent les troupes de ligne, le corps des
firanchis, qui escaladent les murs; la cavalerie s'ébranle pour couper
la retraite à l'ennemi; Biassou, déconcerté par tant d’audace, prend
Ja fuite; et les blancs arborent le drapeau tricolore sur les remparts.
C'était le 18 Janvier. De Russy poursuivit les fuyards jusque dans la
laine de la Grande Rivière; mais il n’en prit que quelques uns, les
‘Hp ne pouvant lutter d agilité à travers les bois, avec les noirs.
Ceux ci gagnèrent les hauteurs de la Grande Rivière et du Dondon.
Jean François alla camper à Piveteau, pour delà se ruer sur les blancs
et les attaquer en détail. Ainsi fut enlevée la fameuse redoute de la
Tanuerie, boulevard des pays occupés par les insurgés, ot que pendant
Jlong-temps on avait cru imprenable. Pendant l'attaque de ce fort,
Jean François n'avait fait aucun mouvement pour secourir Biassou dont
41 était envieux, et quil voalait voir périr. |
Laveaux continuant ses succès, s'empara du camp Piveteau, après
‘avoir éprouvé une résistance héroïque. Nully rencontra 400 fuyards
qui mirent bas les armes. Les insurgés, chassés du Dondon, se reti-
“rèrent sur les hauteurs orientales de la Grande-Rivière du côté de Moka et des Ecrevisses. Jean-François se retrancha sur un plateau assez
élové de l'habitation Gerbier que Nully cerna aussitôt. Les insurgés
parlaient de se rendre ; c'en était fait de Jean-François ; la guerre du
Nord allait finir, quand Sonthonax envoya l'ordre à l'armée de rentrer au Cap. Tout en promettant aux blanes que la liberté générale
me serdit jamais proclamée, il n'ignorait pas qu'il lui serait difficile de
tenir à ses engagemens, car la Convention nationale composée des
patriotes les plus enthousiastes, les plus généreux, les plus instruits,
que la France eut alors, ne pouvait reculer devant l'émancipation générale des esclaves ; d’un autre côté, témoin de la
marche des évènemens et des dispositions des colons, plus hostiles
“que jamais envers la métropole, il voulait ménager les insurgés dont la
: républicaine pourrait ua jour avoir besoin pour défendre la colonie.
, car la Convention nationale composée des
patriotes les plus enthousiastes, les plus généreux, les plus instruits,
que la France eut alors, ne pouvait reculer devant l'émancipation générale des esclaves ; d’un autre côté, témoin de la
marche des évènemens et des dispositions des colons, plus hostiles
“que jamais envers la métropole, il voulait ménager les insurgés dont la
: républicaine pourrait ua jour avoir besoin pour défendre la colonie. % 126 | HISTOIRE D'iAITI( 1709 ) Ainsi cette brillante campagne qui coûta beaucoup de sang futsans
résultat. Sonthonax en profila cependant pour mettre en évidence beau=
œoup d'affranchis: ilen plaça un grand nombre dans les troupes de Tien
gne comme offieiers, dars Îes bureaux de l'adminisiration, dans 14"
marine ێt dans {cs tribunaux. Les hommes de couleur devinrent
plus que jamais fiers et arrogans envers les blancs. Sonthonax qui
avait besoin d'eux: pour les opposer à l'influence royaliste , et aux.
éxigences des pctits blancs, les caressait et leur pardonnait ‘tout. Les“
commissaires qui étaient devenus les dispensaleurs des places et des”
bonneürs:, les prodiguaient largement aux citoyens du 4 Avi. Mais
Laveaux qui, pendant la campagne, s'était trouvé en relations intimes
avec plusieurs officiers royalistes, entre autres avec Nuily , commença à
s'éloigner des affranchis en lesquels il crut voir-des ennemis implacas”
bles de la peau blanche, et à adopter insensiblement les idées colo
siaies quant à ce qui les concernait. Il n'en demeurera pas moins
dévoué à la république, eomme la suite de cette histoire le prouvera.m
Pendant ce temps Polvérel était aux Cayes , luttant contreles plan
teurs et es petits blancs qui ne s'étaient soumis à la loi du À Avril
que forcés par Îles circonstances. Il était soutenu en cette ville , par
les affranchis commandés par Rigaud, et par 400 hommes du bataïllo 2
de Aube, commandé par le Hieutenant-colonel Harty. Les blancs
éolons menacaient sans eesse de l’assassiner ; la nuit, les hommes de.
couleur se réunissaient chez lui et y faisaient bonne garde.” * "0
La ville des Cayes ‘était étroitement cernée par les insurgés deg
Piatons sous les ordres d'Armand et de Gille Bénèche. Dans le cou
rant de Février, Polvérel se résolut à les refouler dans les mohtagnes.
Quoique la garde nationale refusât de marcher , il ne se découragea pas.
__H sortit de Ja ville avec le bataillon de l'Aube, ei proposa aux in-*
surgés une entrevue sur lhabitation Smith. [ls y vinrent la plupart ,“
aprés avoir abandonné leur camp retranché des Platons, pleins de con
fiance en Ja loyauté du commissaire civil. Pendant qu’il négociait ave
eux, Harty, à là tête de son bataillon, atteignit les Platons, tra
versa sans obstacle la belle rivière du Fond Palmiste qui coulaif du.
pied du camp. Il n'ÿtrouva que quelques vieillards, des femmes,
des enfants. Ces maïheureux furent la plupart éventrés à coups baïon.
nettes ; les enfans à la mameille eurent le crâne brisé contre les ro"
chers, les vieilles femmes furent préeipitées dans des abimes | et les
jeunes filles violées ou égorgées. C'est ainsi que Harty se rendit maître
des Piatons. Polvérel se hâta de rentrer aux Cayes, ‘et les insurgés"
se dispersérent de tous côtés. Pour récompenser Harty, il lenom-n
ma commandant de la province du Sud par intérim, en remplacement
de Fesenzac. Il déploya tant d'énergie qu'il contint les agitateurs
de Ia ville, et les contraignit à exécuter tous ses arrètés, malgré l'ops”
positon sourde que lui faisait le maire Delaval, ex-député du côté ou"
est de l'assemblée coloniale, Ke bataillon de l'Aube ét les affranghis
{ | CR
HISTOIRE D'HAITI. | 1793 ) x di 127
intérim, en remplacement
de Fesenzac. Il déploya tant d'énergie qu'il contint les agitateurs
de Ia ville, et les contraignit à exécuter tous ses arrètés, malgré l'ops”
positon sourde que lui faisait le maire Delaval, ex-député du côté ou"
est de l'assemblée coloniale, Ke bataillon de l'Aube ét les affranghis
{ | CR
HISTOIRE D'HAITI. | 1793 ) x di 127 | eds éneïrgiquement. Ayant appris par deux citoyens Dufay ct
Delpech envoyés dans le Sud par Sonthonax que le Portau Prince,
avait méconnu l'autorité de la commission civile, il partit pour l'Ouest
£tse rendit à Léogane où dominaient les citoyens du 4 Avril. Après
son départ, la ville des Cayes retomba dans l'anarchie, et les insurgés des Platons se réunirent de nouveau. Il attendit à Eéogane des
mouvelles de Sonthonax. | ‘Après la dissolution de l'assemblée coloniale, Borel était venu au Portau-Prince accompagné de Dumontellier ; il avait séduit Polvérel, par
ses formes patriotiques et l'avait porté à rétablir le club que Roume
| ét-Blanchelande avaient fermé, IL était entouré de ses saliniers et des
énciens satellites de Praloto. Après le départ de Polvérel pour le Sud,
il consigna au palais national ie gouverneur Delasalle, vieillard usé,
“sans aucune énergie, qui n'évita la mort qu'en se réfugiant à SaintMarc. C'est cependant ce même Delasalle qui avait été nommé par les
“électeurs de Paris, commandant de la capitale, après la prise de la
Bastille. | |
… Borel méconnaissant l'autorité de la commission civile, refusa d'exé- ”
Cuter la loi du 4 Avril, contraignit les hornmes de couleur à sortir de
Ma ville, accusa Sonthonax et Polvérel d'être les auteurs des malheurs
de ia colonie, et accepta tous les actes révolutionnaires de la métropole excepté ceux en faveur des affranchis. Bauvais s'était retranché
Là la Croix-des Bouquets avec quelques centaines d'hommes de couleur,
Met communiquait avee ceux de Léogane par les montagnes.
Borel qui ne cherchait que l'occasion de piller, voulut trouver un
“prétexte pour marcher avec une armée contre la Croix-des-Bouquets :
Milexcita Memzelle chef des bandes indépendantes du Bahoruco à ravager
Mlepays pourri. Dès qu'on apprit au Portau Prince que Memzelle
Mgétait montré dans ce quartier, il se mit en marche, pour protéger,
“disait-il, les habitans du Cul-de-Sac. Il fit une promenade militaire
dans la plaine, et arrêta traîtreusement Hanus de Jumécourt et Cou:
tard chevaliers de St-Louis, aprés les avoir hypocritement embrassés,.
Les petits blancs leur en voulaient depuis longiemps , à cause de leur
ancienne alliance avec les affranchis.
Borel rentra au Port-au-Prince, et en sortit peu de Jours aprés avee
huit pièces de campagne, 1,800 fantassins, cent dragons, déterminé
“cette fois à rançonner tous les propriétaires de la plaine. Son armée
us de Jumécourt et Cou:
tard chevaliers de St-Louis, aprés les avoir hypocritement embrassés,.
Les petits blancs leur en voulaient depuis longiemps , à cause de leur
ancienne alliance avec les affranchis.
Borel rentra au Port-au-Prince, et en sortit peu de Jours aprés avee
huit pièces de campagne, 1,800 fantassins, cent dragons, déterminé
“cette fois à rançonner tous les propriétaires de la plaine. Son armée ui marchait sur deux colonnes campa à Santo et à Beaugé, La masse
des noirs du Cul-de-Sac ne se remuait pas; et Hyacinthe qui avait refusé de faire partie de l'expédition s'était reiiré aux Varreux; Baue
“ais à la tête des hommes de couleur de la Croix-des-Bouquets , trop faible pour attaquer Borel, observait tous ses mouvemens. Le 12 Mars,
blancs atiaquêrent une bande d’africains, commandés par un nomMé Guimbeau , et les chassèrent de Digneron. Le 18, Guimbeau
saillie Beaugé et l'eût eulevé, si Les noirs qui se bataient pour les ï hé tistorré b’uatri—( 1708 ) blancs sous les ordres de Philibert ne lui avaient opposé la plus vive
résistance. Si Hyacinthe avait soulevé Îles atéliers , les blancs eussent
üté taillés en pièces. Borel revint au Port aü-Prinee, chargé dé butin
lise résolut alors à se venger du. massacre des blanes de l'Arcahaié , par
les noirs, à l'instigation des hommes de couleur. Lé Capitaine gén
néral Lapointe commandait dans ce bourg, et Juste Lerdux en était le
maire. Borel fit partir pour l’Arcahaïe trois cents homniés du régi"
ment d'Artois, sous les ordres de Canteloup, ennemi implacable des«
affranchis, sous prétexte d'étouffer une révolte d'esclaves éclatée dans
les mornes, mais réellement dans le but d'arrêter Lapointe et .de fairen
massacrer tous les gens de couleur. Aussitôt après le débarquement
des troupes, Lapointe réunit autour de l'églisé ‘touté la population dun
bourg, la gagna à son parti, fit arrêter Canteloup et l'embarqua ayeém
le bataillon d'Artois pour le Port-au-Prince. Borel échoua dans cette
entreprise qui devait lui livrer le beau et riche quartier de l'Arcas
haie et lui procurer de nouvelles richesses. - ne
Tel était l'état d’une partie de la province de l'Ouest quand les coms
missaires civils s’entendirent pour se réunir à St-Marc, afin de dé
ployer toutes leurs forces contre le Port-au Prince. Sonthonax ; pour
se faire préparer une réception favorable, s'était fat précéder à St
Marc per Pinchinat, membre de la commission intermédiaire. Celuisn
ci s'empara sans peine de l'esprit de Chanlatte lé jeune, homme de!
couleur lui-même, qui avait fatili arrêter, Polvérel lors de son pass
sage à St. Marc. Chanlatie, séduit par les avantages politiques quém
les commissaires civils offraient à sa caste, abandonna les blancs, et«
entraina sous les bannières de l'autorité nationale tous les .affranchis den
per Pinchinat, membre de la commission intermédiaire. Celuisn
ci s'empara sans peine de l'esprit de Chanlatte lé jeune, homme de!
couleur lui-même, qui avait fatili arrêter, Polvérel lors de son pass
sage à St. Marc. Chanlatie, séduit par les avantages politiques quém
les commissaires civils offraient à sa caste, abandonna les blancs, et«
entraina sous les bannières de l'autorité nationale tous les .affranchis den mA £ son quartiér. Re: RS 75 0
Après avoir confié le Cap à la commission intermédiaire et âu gén
néral Laveaux, se déliant de la municipalité que dominaient les fac
tieux , Sonthonax parlit du Cap, à la fin de Février et arriva #
St Marc le 4 Mars. Il y fut reçu magnifiquement. Sonthonax ne
découvrit pas que la haine que les hommes de couleur de St. Marc
portaient aux blancs, les aniniait bien plus que leur dévouement àlan
république. Ils promirent de sacrifier leur vie et leurs richesses pour
soumettre le Port-au Prince. Sonthonax écrivit à la municipalité et 4m
Borel, pour leur demander des renseignemens sur l’état de la ville
Comme ils ne lui répondirent pas il déclara Port-au-Prince en révolten
contre la république, et annonça que ics quatorze paroisses de l'Ou
est mettraient leurs gardes nationales à la disposition du gouverne
ment. Après avoir peint dans une proclamation en date du 21 Mars,
les efforts continuels des indépendans, soit révolutionnaires , soit ro
yalistes pour jeter la colonie dans l’anarchie ,. il dit : « C’est surtout
« dans la ville du Port-au-Prince qu'est le siège de ces audacieux cri”
# minels; c’est là que domine avec fureur cette insolente faction (den
# l'Assemblée de St. Marc), tant de fois -proscrite par les représens n a
e ET. &
D “6 HISTOIRE D'HAITI.—( 1793), 129.
ans da peuple français, couverte encore du sang que ses prélens
tions insensécs ont fait répandre; ealomniant sans cesse fa révolu-
«tion et ses plus zélés défenseurs. Toujours d'accord avec les mimnistres qui ont fait le malheur de la France, et constamment sou-
“enue et protégée par tout ce quil \ avait dans l'assemblée consti<
“MHuante#d'amis ardens du clergé, de la noblesse et de la monarchie
RS 0 NON SUR 1, Net Oe PENSE Gay 7
S'adressant ensuite aux soldats des régiments d'Artois et de Provence
en garnison au Port-au-Prince, et trop souvent égarés par les factieux :
«que vous importe Ja querelle des aristocrates de la peau! vous n'è-
-
“enue et protégée par tout ce quil \ avait dans l'assemblée consti<
“MHuante#d'amis ardens du clergé, de la noblesse et de la monarchie
RS 0 NON SUR 1, Net Oe PENSE Gay 7
S'adressant ensuite aux soldats des régiments d'Artois et de Provence
en garnison au Port-au-Prince, et trop souvent égarés par les factieux :
«que vous importe Ja querelle des aristocrates de la peau! vous n'è- @ies pas venus dans la colonie pour venger l'amour propre des en-
@némis de l'égalité, encore moins les prétentions des indépendans
« contre la mère patrie. » | Cette proclamation à laquelle avait Lravaillé Pinchinat est empreinte de
influence que les hommes de couleur exerçaieut alors sur Sonthonax
qui lui-même mû par de nobles señtimens état imdigné des injustices des blancs. | ï
“Lcs affranchis de la Sénéchaussée de St-Mare répondirent à Fappel
du Commissaire civil avec enthousiasme. Is firent plus; lis signèrent
une adrèsse à leurs frères de toute la colonie rédigée par Ghanlatte le
jeune par laquelle ils les exhortaient à se rallier aux représentants de
France. « Accourez, accourez de tous les poiats de la colonie,
© citoyens régénérés ;. entourons les organes de la lon, et que nos corps
‘tombent mille fois sous les coups de nos misérables ennemis, plutot
“que de laisser avilir un instant les lois de la République... .
Déployons toute noire énergie; que nos ennemis tremblent deffrot
en voyant la courageuse ardeur que nous allons mettre &attérer et
“à ancantir cette faction insolente, dont Îe foyer est au Port-au-Prinec;
jurons tous de ne pas revenir que le dernier, ne soil exterminé
Plus de repos, anus, plus de grâce; écrasons celte ermine infecte
“qui porte: la désolation jusque dans nos mornes les plus reculés.
Süngeons que les ennemis extérieurs nous défendent impérieusemenf
«de composer avec les agiiateurs qui sont dans notre sein, el puris
&fions par. la. mort ceite terre encore fumante de crimes. » Les: affranchis, :dans leur rage contre le Portau-Prince, n'appeHient plus ceite ville que Port aux-Crimes. Borel de son côté invita
lès quatorze varoisses de l'Ouest à s'armer contre les commissaires
cils. Jacmel répondit à son appel et déclara que Portau-Prince
Éiait calomnié. | | | H
Pendant cet intervalle Polvérel se rendit de Léogane à St Mare sur
li gabarre la Normande. Sonthonax se transporta sur le rivage pour
réceyoir son collègue. Ils s embrassèrent avec efusion,_ et se rendirent,
Suivis d'un peuple immense, à | Eglise, pour remercier Dieu de, les avoir
réunis. La messe fut célébrée avec pompe; aulieu du Té-Deum, la
Marseillaise fut entounée; et. au, dernier eouplel: Amour sacré de la
à St Mare sur
li gabarre la Normande. Sonthonax se transporta sur le rivage pour
réceyoir son collègue. Ils s embrassèrent avec efusion,_ et se rendirent,
Suivis d'un peuple immense, à | Eglise, pour remercier Dieu de, les avoir
réunis. La messe fut célébrée avec pompe; aulieu du Té-Deum, la
Marseillaise fut entounée; et. au, dernier eouplel: Amour sacré de la A RAR AA À A À 130 HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 } 7 "S Patrie, Sonthonax se jeta à genoux et sé prosterna la face contre
terre; tous les ‘assistans l'imitère nt. A En recevant ia proclamation du 21 Mars des commissaires civils,
Bauvais abandonna [a Croix-des-Bouquets «où dominait le parti des
Borel , ét alla sc retrancher à Grescier avec cinq cents hommes." Les commissaires civils avaient sous leurs ordres cent cinquante hom
mes de troupes . POUR et douze cenis aflranchis que ieur avaiti
fournis St. Marc. Après avoir abordé à ÎArcahate axec le xaisseatn
América, les frégates Lafine, l'Astrée, et la gabarre la Normande ,ilss
vinrent bloquer le Pert-au-Prince le 5 Avril. La ville était défendu
par une nombreuse artiierie ; on y avait fuit beaucoup de griiles pours
chauffer les bouleis. En même temps Farmée de St. Mare qui avait,
opéré son débarquement à lArcahaie pénétra dans la plame du Cul-n
de-Sac, et vint camper au portail St-Joscph. Elle était commandées
par le souverneur Delasalle ; Chanlatte en était Le major- général, Bauvais, après : avoir abandonné Grescicr, s'était rctranché à Bizoton. Le
6, la municipalité déclara qu’elle rendait Les commissaires civilsres sponsaeh
bles de tous les maux dont la ville aurait à gémir. Les les négocians ter- 4
rifiés par Borel firent une semblable déclaration. Polvérel et Sonthonax am
noncèrent de leur côlé qu'ils entendaient que la loi du 4 Avril et la ou
raineté nationale fussent respectées, Borel entouré des anciens satellites des
Praloto qui ne reéspiraient qu'incendie, pillage ct carnage € déclara aux hon
nètes gens qui osaient lui faire des observations, qu'el était le peuple, cl
qu'il fallait lui obéir. Le maire de la ville, Borgella , Sauva beauccup de“
citoyens de ses fureurs. Ricard commandant du Port t-au-Prince
le même qui s'était distingué à la prise de la Bastille, à la tête de Fi
compagnie de l’arbalète, fat arrôté ot embarqué. Les commissaires civils
aprés avoir inutilement aceordé trois jours à la ville pour se soumet
tre ,' ordonntrent- l'attaque le 42 Avril. Le vaisseau l'América et la
frégate la Fine tirérent sur le Port-aa-Prinecirois coups de canon
poudre. Tous les forts de la plâce. leur répondirent aussi{Ôt par des
boulets rouges. La canonnade devint généraie de part et d'autre: Deus
lets rouges mirent Île feu à bord de l'América ; on l'éteignit ; la fré
gate la Fine reçut à fleur d'eau deux boulets de 24 partis du forts
St. Clair, où commandait Borel le Bossu, frère du fameux Borel. Où
se canonna plusicurs heures pendant lesquelles l'escadre lança sur I
ville 4500 boulets, Le 13, les commissaires menacéreni de donner ass
saut à la place si elle ne se rendait pas. La municipalité et la masses
des citoyens, effrayées des malheurs quiles menaçaient, exhortèrent Borel
à sc soumettre. Celui-ci armé d’un sabre et d'un pisiolet, couchés
au milicu de la salle des séances de la municipalité, entouré de ses.
principaux sicaires, Binsse, Philibert, déclara qu il ferait déciniell 1
garde nationale si clle parlait de se rendre, et qu'il ferait brüler tes
magasins des négocians qui demandaient la paix. Il se vit déborder;s
cependant ne “eonsenuit à abandonner le Port-au-Prince, avec se
armé d’un sabre et d'un pisiolet, couchés
au milicu de la salle des séances de la municipalité, entouré de ses.
principaux sicaires, Binsse, Philibert, déclara qu il ferait déciniell 1
garde nationale si clle parlait de se rendre, et qu'il ferait brüler tes
magasins des négocians qui demandaient la paix. Il se vit déborder;s
cependant ne “eonsenuit à abandonner le Port-au-Prince, avec se ” 1 HISTOIRE D'HAITI—( 1708 ) 151
faliniers et ses africains, qu'après avoir reçu des citoyens 66,000 lis
tres en or, et 300,000 livres en lettres de change. Ilse rendit à Jacæ
mel qui lui était dévoué, et de là à la Jamaique. | | Le 14 Avril les comiissaires firent leur entrée au Portau- Prince.
Cette cité fut frappée d'une contribution de 450,000 livres, et traitée en
ville rebelle. De nombreux citoyens furent déportés : el quarante soldats
du 48e régiment ci-devant d'Artois furent envoÿés en France, pour
aller apprendre à être patr iotes, et à perdre les préjugés de couleur. La
garde nationale fut réorganiste, et Sonibonax donna 500 libertés aux
esclaves de la plaine du Cul-de Sac. Un grand nombre de colons ,
Pour n'être pas maltraités ou humiliés par les hommes * couleur ,
demandérent et obtinrent des passeports pour les Etats- ‘Le gouvérneur Delasalle fut solennellement réta bii dans ses Bad
Quand on apprit dans le Sud. la prisé du Port-au-Prince, la ville
des Cayes se hâta de se soumettre. Toute fa colonie, Jacmel et Jé.
fémie exceptés, reconnaissait l'autorité des comrnissaires civils. |
Cependant, dans les premiers jours de Mai, Jacmel -effrayé des foces qui le menaçaient fit sa soumission. Les cominissaires CIVUS s'y
rendirent à la tète des affranchis du Port-au-Prince, dé Léogane, dû
Grand-Goûve, du Petit Goâve et de Bainet. lis y firent exécuter la
loi du À Avril Dr De retour au Port-äu-lrince ‘ formérent ia légion de lEgalité
de l'Ouest des affranchis qui avaient servi avec tant de zèle la cause réDublhicaine. Ils firent éutrer dans ce corps une@@ixantaine dé ces in:
fortunés connus sous la dénomination de Suisses que Sonthonax avait
fait sortir des pontons du Môle St-Nicolas: C'était le reste des 250
qui avaient élé embarqués pour la bäie de Honduras et qui étaient
revenus dans Îa colonte ; comme nous l'avons vu. Ea légion de l'Es
galité fut composée de trois bataillons d’ infantérie, de neuf Com papnies d' artillerie et de neuf compagnies de cavalerie, * Elle fournissait un
ellectif de 8800 hommes. Le colenel A, Chanlatte cut le commandement eu chef de tout le corps. Ce sont les premières troupes régulières qui furent organisées dans la colonie; aussi cette légion fut. elle
toujours trés-dévouée aux principes de liberté. Elle: rivalisera de
atriotisme, d’ enthousiasme et de tactique avec les mefïlleures troupes de
h République francaise, ‘Quand Polyérel retournera aux Gays, il ÿ
formera la légion du Std,
enel A, Chanlatte cut le commandement eu chef de tout le corps. Ce sont les premières troupes régulières qui furent organisées dans la colonie; aussi cette légion fut. elle
toujours trés-dévouée aux principes de liberté. Elle: rivalisera de
atriotisme, d’ enthousiasme et de tactique avec les mefïlleures troupes de
h République francaise, ‘Quand Polyérel retournera aux Gays, il ÿ
formera la légion du Std, Pour faire rentrer dans le devoir de nombreux esclaves qui s’étaiont
soulevés dans les ateliers, les commissaires civiis leur accordèrent encorc quelques libertés. Ils firent dans la police des atcüers, des réformes dont les principales dispositions étaient. contenues dans une
D en date du 5 Mai qui fut publiée en créoleet en français. proclamation était lue tous les lundis aux ateliers réunis. .IL y
aNait dans ces nouveaux réglemens des dispositions très très-rigoureuses. Sonthonax et Polvérel faisaient un dérnier sacrifice. à Ps, Ÿ
4 ; A æ. 4
# i ans 167 000,8 afpvoit WISTOIRE D’HAITI.— (1405 } | “ l'influence coloniale, en attendant une occasion favorable pour procla *
mer la liberté-générale que demandait du reste avec persévérance Ien
parti grondin auquel ils appartenaient. M ;
Jérémie fut également saisie de terreur en apprenant la prise du
Port-au-Prince: elle parut vouloir faire acte de soumission: Mais elles
ne. cherchait qu'à gagner du temps afin d'organiser une sérieuse résiss
tance à l'autorité nationale. Cependant les commissaires civils n'igne
yant pas que toute la populatidn de la Grand’Anse était en révolte
contre la République, confièrent au général Rigaud Je soin de réduire
Jérémie, eté@thargérent Pinchinat, Albert et Delestang de l'accompa="
gner dans cette expédition comme représentans de la commission
civile. Rigaud partit du Port-au-Prince pour le Petit-Trou qu’oceupait
les affranchis sous les ordres de Jourdain. Celui-ci avait établi um
ordre parfait dans ce canton; les ateliers sy livraient au travail ,
attendant, pleins de confiance en leur chef, l'émancipation générale:
i-Geux des esclaves qui avaient tenté de bouleverser ce quartier en avaiënt
46 chassés, et étaient allés grossir Le nombre des insurgés des platons:
‘LTaNeS "à | LIVRE HUITIÈME. 4798. Sommaire. Jean Francois et Biassou gagnés à la cause du roi d'Espagne. — No .
“ mination de Galbaud'au gouvernement de. Saint-Domingue. Il remplace. Despar
bès = Son arrivée au Cap.— Les commissaires civils se rendent dans, cette ville.
_— Galbaud destitué.— Bataille au Cap.— Incendie de cette ville Les commissaires civils déclarent libres les insurgés qui ont combattu pour la République. —
Gardes des Mandatsires de la ‘Ténvention nationale Macaya. = Toussaint Louveriuré.— Extermination du parti colonial au Cap.— La Commune. ;est remplacée
par un bureau municipal — Bataille: du, camp Desrivaux.-— Jean, François prend la
aires civils se rendent dans, cette ville.
_— Galbaud destitué.— Bataille au Cap.— Incendie de cette ville Les commissaires civils déclarent libres les insurgés qui ont combattu pour la République. —
Gardes des Mandatsires de la ‘Ténvention nationale Macaya. = Toussaint Louveriuré.— Extermination du parti colonial au Cap.— La Commune. ;est remplacée
par un bureau municipal — Bataille: du, camp Desrivaux.-— Jean, François prend la *
« h | Pannerie.— Succès de . T'oussaint.—Anniversaire du 14 Juillet— Depart. de Polvérel …. pour. l'Ouest— Il prend Plaisance.— Défaite de Desfourneaux ‘à Saint-Michel de _ J'Atalaya. — Arrestation de Guiambois. — Arrestation. d’'Eyacinthe! Affaire du 14 Juillet aux Cayes— Le parti colonial ‘est écrasé dans cette wille. — Proclamation de Polvérel du 27 Août— Sonthonax :proclame la liberté générale. le 29 Août. — be 22 Septembre, Polvérel en fait autant dans : l'Ouest.— Port-au-Prince prend le. nom de Port-Républicain.— Moït de Delpeche.—Polvérel se rend dans le Sud, Harty est destitué— Rigaud est nommé commandañt de la province du ‘Sud. — Aux Cayes Pautorité passe aux mains des affranchis:— Formation dela légion de
l'Egalité du Sud.— Polvérel établit des écoles sur les habitations. if -à En France, la convention nationale avait déclaré la: guerre à presque
“toutes les puissanees. de l'Europe , à l'Allemagne, à la Prusse, à la
Hollande , à l'Angleterre ; à l'Espagne , à la Sardaigne. Emportée par un
“élan révolutionnaire .dont.les annales des nations n’offrent.pas.d'exemple,
“elle bravait les trônes de l’ancien continent avec une audace prodigieuse,
Met par ses. vietoires. relevait avec éclat Ja dignité du peuple dont les
toutes les puissanees. de l'Europe , à l'Allemagne, à la Prusse, à la
Hollande , à l'Angleterre ; à l'Espagne , à la Sardaigne. Emportée par un
“élan révolutionnaire .dont.les annales des nations n’offrent.pas.d'exemple,
“elle bravait les trônes de l’ancien continent avec une audace prodigieuse,
Met par ses. vietoires. relevait avec éclat Ja dignité du peuple dont les . C0 . ’ mbaïionnettes-républicaines répandaient au loin Ja liborté et l'égalité. Cette “assemblée de géans.dont les travaux semblent au-dessus des forces humai-
“nes, absorbée par l'idée fixe de sauver la nationalité française et les, princi-
“pes de 89, ijetera bientôt un regard. sur les.-colonics ; elle s'étonnera + & te . : è 134 | HISTOIRE P'HAITI.—( 1793 } È
d'y voir encore des esclaves, s’écriera avec enthousiasme : périssent fes.
colonies plutôt qu'un principe, et proclamera la liberté générale des
noirs el des sangs-mêlés. En 4
Les commissaires civils suivant avec anxiété la marche de la révæ
lution en France, ne cachaient plus leurs tendances vers l'émance
pation générale. Le parti colonial était au désespoir; l'Espagne qui
combattait la France à St-Domingue comme eu Europe lui tendit la mains
Alors les colons royalistes qui avaient excité en 91 les bandes du
Nord à s’armer pour le roi, envoyèrent des agens à Jean François
et à Biassou qui arborèrent le drapeau espagnol dans leurs camps
devinrent des officiers généraux de sa majesté catholique , et prirent
des titres de noblesse. |
Les républicains, noirs, de couleur et blancs eurent à lutter contre
des ennemis mieux organisés, mieux armés, ayant dans leurs rangs
des officiers européens espagnols et un grand nombre d'officiers
blancs, français royalistes. Jean François et Biassou reçurent des mus
nitions en abondance, se déclarèrent les vengeurs de Louis XVI, les
soldats du roi d'Espagne et combattirent la république avec le derniew
acharnement. Ils furent reconnus libres par le roi d'Espagne, ainsh
que leurs principaux officiers; mais la masse des leurs excitée contre
les républicains , qu'on lui représentait eomme des ennemis implas
cables de la race noire, combattait pour le rétablissement de l'escla”
vage, sous l'influence des prêtres, préférant l’ancien ordre de choses.
à la domination de ceux qu'elle considérait comme des assassins du
roi de France, de Jésus-Christ et de la Vierge; on leur avait même
dit que le roi de Congo s'était armé contre les républicains. Tous*
saint Louveriure lui-même si perspicace se trouva pendant quelque
temps sous l'influence de ces idées. Comme il avait été, avant la rés
velution , vétérinaire sur l'habitation Bréda où il était esclave, àl prit
le titre de médecin des armées du roi. S #4: 0
Pendant ce temps le conseil exécutif provisoire, à Paris, approu*
vait la conduite des commissaires civils à l'égard de Desparbés, er
nommait pour le remplacer le général Galbaud qui avait servi avec
gloire dans les armées de la République en Europe. Les planteurs den
St-Domingue réfugiés cn France avaieat particulièrement sollicité cettè
dignité pour Galbaud dent le modérantisme était connu; et Page, Cha
relte de la Colinière, Périgny, colons de St-Domingue, l'avaient êx*
horté, lorsqu'il serait dans la eolonie, à capter la confiance despl S
teurs. Is savaient qu'il pourrait être d'autant plus favorable au systès
me colonial, qu'il était devenu par héritage de sa mère, propriétaire.
de plusieurs habitations à Si-Domingue, Mais par la négligence d&
Ministre de la marine, cette nomination était entachée de nullité; cl
par la loi du 4 Avril, celui qui était propriétaire dans la colonie nés
ouvait y être général, administrateur où ordonnateur. Cependant dans
les instructions données à Galbaud on lui recommandait de se sou
ient qu'il pourrait être d'autant plus favorable au systès
me colonial, qu'il était devenu par héritage de sa mère, propriétaire.
de plusieurs habitations à Si-Domingue, Mais par la négligence d&
Ministre de la marine, cette nomination était entachée de nullité; cl
par la loi du 4 Avril, celui qui était propriétaire dans la colonie nés
ouvait y être général, administrateur où ordonnateur. Cependant dans
les instructions données à Galbaud on lui recommandait de se sou el HISTOIRE D'HAÏTI me ( 1703) 135
.
“Micttre aux réquisilions des commissaires civils. Ée nouveau gouver-
“eur partit de Brest dans Îles premiers jours d'Avril, et arriva au
“Cap le 7 Mai, sur la frégate la Cogcorde, accompagné de Fordonmatcur Masse, et de Barbault Royer, homme de couleur, son secrétaire.
“H trouva la ville plongée dans une profonde tristesse; les royaïistes et
les potits blancs qui avaient été successivement frappés, étaient mé-
“Contens du gouvernement, et de la commission intermédiaire qui suivait
“séwérement les instructions de Sonihonax.: Ennemis Îles uns et les
autres de la loi du 4 Avril, Hs.s'étaient réunis, agissaient dans l’om
“bre, et attendaient, pour éclater, une occasion favorable. La coai-
“ion des puissances. de l'Europe: contre la France les comblait d'espé-
“rance. Ils cherchérent à séduire le général Laveaux , les dragons d’Or-
“éans, le bataillon de l'Aïsné ct les autres troupes venues de France; mais
Hs los trouvérent incbranlablement dévoués'aux décrets de la métropole,
“Au contraire, les soldats européens, les affranchis dont l'opinion était
“dirigée par Boisrond le jeune, un des membres de là commission in.
termédiaire, découvrant leurs projets anti-révolutionnaires., s’éloigné-
“rent deux. Alors les planteurs et les petits blancs jetèrent les yeux
Sur le gouverneur Galbaud qui fut bientôt séduit par plusieurs royalistes, revenus au Cap, l'ex-député- Ponecignon, Thomas Millet, le baron
de la Valtière, maréchal des camps et armtes du Roi dans Îles rangs espagnols. Galbaud se fit installer au Cap, sans avoir daigné se rendre
auprès des commissaires civils, eomme.le conseil exécutif provisoire
Aui avait ordonné de le faire aussitôt après son débarquement.
Polvérel et Sonthonax. apprirent son arrivée au Cap, au moment qu'ils
allaient soumettre toute la eolorie à l'autorité nationale. La révoite de
la Grand Anse les avait privés d’une partie de leurs forces. Cependant
Hs se résolurent à se rendre dans le Nord pour y écraser Gaibaud,
leur ennemi le plus dangereux , déterminés à revenir dans l'Ouest pour
y consolider leur triomphe.
Quand 1ls arrivèrent. au. Gap, is virent accourir au devant d'eux les
femmes et les enfans des affranchis, la municipalité et la commission
Anterniédiaire. La: joie était grande parmi les citoyens du 4 Avril, et
les blancs étaient froids ét consternés. pee
Dune nature faible et patriote modéré, Galbaud avait en. horreur
le républicanisme sévère des commissaires eivils; du reste son ambition
excitée par les colons Île portait à tenter de semparer de toute lauMorité. El fut gravement compromis par une proclamation du”gouverneur de S°-Domingo ,don. Gaspar Cassasola, par laquelle celui.ei l'engageait à se rallier au parti da roi d'Espagne, Îe jugeant trop éclairé
æt trop humain pour servir fa république. Les commissaires eivils
commencérent par destituer son frère César Galbaud qui déjà avait vi-
#ité les différents cantonnemens de l’armée,. dans le but d'exciter les
Mroupes& contre leur autorité.
Le 13 Juin, par une proclamation, ils. destituèrent Galbaud lui-mk
laquelle celui.ei l'engageait à se rallier au parti da roi d'Espagne, Îe jugeant trop éclairé
æt trop humain pour servir fa république. Les commissaires eivils
commencérent par destituer son frère César Galbaud qui déjà avait vi-
#ité les différents cantonnemens de l’armée,. dans le but d'exciter les
Mroupes& contre leur autorité.
Le 13 Juin, par une proclamation, ils. destituèrent Galbaud lui-mk = LE à pied , et des anciens cavaliers de la garde nationale. principale du Palais national qu'occupaient les affranchis et où étaient
{es commissaires civiis ; la seconde , commandée par César Galbaud
devait le tourner et Fassaiilir par derrière ; le général Gaibaud se tes cendit sui le rivage, à là tête d’une nouvelle colonne de matelots. 1 436 . HisToirep'ifatTi—( 1703 +) me et Île consignérent à bord de la gabarre la Normande. Tanguy
Laboissière et Thomas Millet, ist pale à bord des navirés de Pesca de cordon républicain qui protégeait le Cap contre les attaques de Jeams dre, excitêrent ausshiôt les équipages à la révolte, malgré la conduite éners
gique du contre-amiral Cambis: Les matelots demandèrent à aller ex=
terminer cette race exécrable de mulâtres. Cependant le vaisseau d’Amè» “rica demeura fidéie à l'autorité nationale. Me Gaibaud qui entrétenait des relations avec Gauvain et les autres ro “yalistes de la RES prit sur Cambis le commandement de lescadne
mouillée dans la rade du Cap, et lança le 20 Juin une ‘proclamation.
“contre les commissaires civils, dans laquelle il les traita de fléaux dé
“St-Domingue. Le même jour dans la matinée, César Galbaud descens
dit en ville avec 3009 hommes, sans rencontrer d' obstacles, tant les
“commissaires 8 attendaient peu à ce coup de main. Presque toutes. les pe PAL troupes patriotiques venues de France oceupaient dans les campagnes:
François, Gauvain vint le renforcer à la tète de 209 jeunes royalistes _ Cette armée mon(a à 3,590 hommes ; elle ge partagea en deux cd
Tonnes ; la première sous les orûres de-Gauvain marcha contre l'entrée naïf sur un vaisseau avec un corps de réserve, «2 vi
Comme Laveaux était malade, Sonthonax et Polvérel confiérent, le
commandement des troupes de Higne et des affranchis au colonel Antoi.
ne Chanlaite, homme de couleur, et à Mars Belley officier noir.
Les hommes de couleur attaqués d'abord par la première colonne
résistérent -avec énergie; la mitraille même ne put les ébranler. Apt
avoir repoussé Gauvain dans l'arrière-cour du gouvernement, ils s’él
cèrent sur ses FRE à Ja baiounette ; les volontaires du Cap bettir
en retraite; les matel es atlaqués à à leur tour avec impétuosité prirent.
la fuite ; et la déroute fut complète. E4
Au ssitôt après la défaite de Gauvain, les hommes de couleur se pré
cipitérent sur la colonne qui avait tourné le gouvernement, eomposées
resque en entier des marins-de l’escadre, lui enlevèrent un obusier
la culbutèrent , firent prisonnier César Galbaud et le conduisirent aux
commiesaires civils. D |
Toute l’armée blanche se retira sur le rivage, Les hommes de ne |
leur n'étant pas assez nombreux pour la contraindre à se rembarquet;
ne la poursuivirent pas. /
Le lendemain 21 Juin, au point du jour, le général Galbaud dé À
ées
resque en entier des marins-de l’escadre, lui enlevèrent un obusier
la culbutèrent , firent prisonnier César Galbaud et le conduisirent aux
commiesaires civils. D |
Toute l’armée blanche se retira sur le rivage, Les hommes de ne |
leur n'étant pas assez nombreux pour la contraindre à se rembarquet;
ne la poursuivirent pas. /
Le lendemain 21 Juin, au point du jour, le général Galbaud dé À marcha sur l'arsenal qu'occupaient cinquante affranchis, comma
ar un blanc. Celui-ci, après avoir défendu aux hommes de te.
de tirer en leur disant que les marins étaient des frères quineB HISTOIRE, D'HAITI.—( 1793 : 137
voulaient qu'aux commissaires civils, s’avança au- dbvans de Galbaud,
J'embrassa et lui livra l'arsenal. La piupart des affranchis firent égor:
egés. Polvérel , pour faire cesser ce carnage, envoya son (is en partementaire auprès des matelots; mais ceux-ci sans respect pour Ïé drèit
des gens, l'arrôtérent. Galbaud, maître de plusieurs forts qui domi:
muent le palais du gouvernement , assailit les hommes de couleur. Son
“artiiierie bien servie éteignit le fen de fa batterie des commissaires civils.
“Antoine Chanlatte ne pouvant résister à des forces aire fois, supéricures”
“aux siennes, conseilla à Polvérel et à Sontuonax de se retirer au haut
du Cap. A onze heures du matin les alfranchis et les commissaires
eivils avaient atteint l'habitation Bréda. Les matelots maîtres de Îla
place, n'écoutérent plus la voix de la jeunesse royaliste et se livrérent
auplus affreux pillage. Les esclaves qui étaient au Cap et Îos mal-
-faileurs de tous les partis et de toutes les couleurs Les imitérent. I ne fut. plus possible à Galbaud de maintenir lordre; il se retira sur
. Ja flotte ; de carnage devint affreux; beaucoup de bourgeois blancs fuyant
la mort vinrent chercher ‘un asyle à Bréda auprès des hommes de couleur qui les accucillirent généreusement. Le feu éclata dans la ville, _et l'incendie se développant avec une rapidité prodigieuse couvrit le
… Cap de tourbilions de flammes et de famée. Ce fut < alors une affreuse
calamité. Les affranchis réduits au désespoir lancèrent sur la ville dix mille
noirs et mulâtres insurgés conduits par un chef de bandes nommé
“Pierrot. Les blancs assaillis de toutes parts étaient égorgés dans tous
les quartiers ; on se battait dans chaque rue, dans chaque maison.
“Pendant ce massacre, le général Gaibaud, fit offrir aux commissaires
civils d'échanger son frère, contre le fils de: | Polrérel. Celui-ci lui fit
“répondre que son fils ayant été arrêté contre le droit des gens, l'hon-
- neur de la République ne lui peau nettait pas d'accepter une telle tranMsaction. / Cependant trois cents affranchis offraient d'aller se constituer
6 prisonniers en échange de son fils. {l commanda de nouveau à Galbaud
de se rendre à bord de la Normande, pour y attendre les ordres de
. la commission civile.
fils de: | Polrérel. Celui-ci lui fit
“répondre que son fils ayant été arrêté contre le droit des gens, l'hon-
- neur de la République ne lui peau nettait pas d'accepter une telle tranMsaction. / Cependant trois cents affranchis offraient d'aller se constituer
6 prisonniers en échange de son fils. {l commanda de nouveau à Galbaud
de se rendre à bord de la Normande, pour y attendre les ordres de
. la commission civile. Au. milieu de mille combats et d’un immense embrasemont, les “commissaires civils, par une proclamation (21 Juin 1793) déclaraient
“libres et citoyens français tous les esclaves noirs et de couleur
qui combattraient pour la République. Galbaud fit jeter dans la mer
. les poudres de l'arsenal, et enclouer les canons, pour qu'on ne put pas sen servir conire là flotte. Avant la fin de la journée, ses partisans avaient évacué la place. … IMptiste Léveillé, Martial Besse, Viliate, plusicurs autres affranchis, et Bédos commandant du 73e régiment de ligne, s’entendirent avec d Pierrot pour faire rentrer dans l'ordre ses bandes indisciplinées. Pierrot les fit sortir de la ville et abandonna la cause du Roi d'Espagne, ainsi …quun autre chef de bandes nommé Macaya, Les commissaires civils 138 î HISTOIRE D'HAITI —( 1793 )
abandonnés de presque fous les blancs qui s'étaient embarqués, venaient
de gagner à a Républiqué dx mile OUVeaux citoyens. Ils en choi«
sirent mile et en formérent un HPatalilen sous le nom de garde” des
mandataires de la eonvention nation ale.… hs Galbaud vaiacu partit pour les Etats Üris le 23 Juin. 4798 avce deux
vaisseaux J'Eole et le Jupiier. Ea ville du Cap était rendue à Pauto
rité nationale. Polvérel el Sonthonax exécutant les lois du gouverne
ment républicain, exerçaient à St.-Domingue contre les blanes \quin
représentaient l'ancienne aristocratie coloniale, les mêmes rigueurs que
le comité de salut public en France contre les nobles, les” prètres ef.
les modérés. Par la journée dx 21 Juin, fe parti co lit entiérement
abattu au Cap et rendit le dernier soupir. De cette époque date l'ex"
tinction du prestige ct de Finfluence des blanes dans la colonie. Ilny
eut pius de bornes à la puissance des chine “ins ils rempias=…
cûrent la commune qui avait soutenu Gafbaud par un büreau munis
cipal de trois membres, et firent quelques mutations dans là commis
sion intermédiaire. : Pendant la luite entre Gal baud et la commission civile, Nully lieu-
{enant-celoncl au 24e régiment, commandant du cordon de l'Ouest,
officier royahste, avait passé aus espagnols ; son exemple fut suivi par”
Eofeuilié qui Hvra Quanaminihe à 40, ‘000 lrommes dont six mille sol
dats espagnois curcpéens, et quatre mille, guerriers des bandes de
Jean François. On répandeit parmr les noirs des camypegues, pour Îles”
“détacher du parti de là République, que Paris avait été saccagé et livré«
aux fiammes par les arnces alliées. Mais le commandant du cordon
de l'Est demeura fidèle à la Franec, @& conserva à la République le
l'ort Dauphin. |
ille sol
dats espagnois curcpéens, et quatre mille, guerriers des bandes de
Jean François. On répandeit parmr les noirs des camypegues, pour Îles”
“détacher du parti de là République, que Paris avait été saccagé et livré«
aux fiammes par les arnces alliées. Mais le commandant du cordon
de l'Est demeura fidèle à la Franec, @& conserva à la République le
l'ort Dauphin. | Pendant ce temps, hacay a gui avait été chargé de proposer à Jean.
François et à Biassou d arborcr le drapeau tricolore, fut lui même
gagné par eux. Ce ne fut qu'après beaucoup d’'instances de Pol\érel
Gbüint de lui une entrevue. Il dit au commissaire civil : « Jesuislen
« sujet de trois rois, du roï de Congo, maître de tous Je noirs, du
« roi de France qui représente mon ne du roi d'Espagne qui rem
présente mia mère; ces trois rois sont les descendans de ceux qui
conduits par une étoile, ont éié adorer l'Homme-Dieu. » Quant à Jean
François et à Biassou , excités par les chef royalistes qui venaient d'em«
brasser la cause du Roi d’ Espagne, ils se déclarèrent le-25 Juin par
une proclamation les vengeurs des all ieureuses. victimes des COM IMISSAaI=M
res civils, répondirent à la proclamation que leur avait apportée Mas M
caya, qu ayant perdu le roi de Franee, et qu'étant aimé du roi d'Es=«
pagne, ils ne reconnaîtraient l'autorité ‘des commissaires que lor ue
ceux-ci auraient proclamé un -roI. Cependant plusieurs chefs de bandes tels que Pierre Michel, Paul
Lafrance, Barthélemy et Zéphirin qui commandaient dans. les campa- :
gues du Limbé, du Port-Margot et du Port-de:Paix, arborérent le AU S es “drapeau tricolore. Les commissaires désiraient surtout gagner. à
HISTOIRE D'IIAITI—( 1793 ) 139 t
publique Toussaint Louverture. Né sur Fhabitation Bréda au hui du Cap, supérieur en intelligence à Jean François ct à Biassou, doué d'un profond génie que nous verrons se développer par los cir constances,
“Houssaint, quoique dans un rang subaltérne, était l'âme de toutes les
opérations militaires et ces négociations politiques des insurgés. . “appris à lire et à éerire pendant à servitude, plein de perspicacié,
“il comprenait que la liberté ne consiste ni dans le pillage ni dans l’assassinat. Jusqu'alors juste ct humain, il savait resnecter la propriété
ët les’ personnes. ‘Il ne cessa jamais de condamner le trafic infâme “aue faisaient Jean François et Biassou avec les espagnols, des femmes et des enfans noirs républicains qu tombaient en leur pouvoir. * Plon “de piété, 1l repoussa les offres des commissaires civiis en lesquels il voyait encore des athées et d'infâmes régicides. La véritable cause “de son éloisnement fut le peu de confiance € ile avait'alors en la liberté
+. 1 Ï e ,
“penérale dont parlaient Sonthonax et Polvérel. Da reste, le commandant du fort de la Tannerie, chargé de s'aboucher avec lui, conduisit
mal la négociation. ro NP
Nous avons vu que les commissaires civils, avant de partir du
commissaires civiis en lesquels il voyait encore des athées et d'infâmes régicides. La véritable cause “de son éloisnement fut le peu de confiance € ile avait'alors en la liberté
+. 1 Ï e ,
“penérale dont parlaient Sonthonax et Polvérel. Da reste, le commandant du fort de la Tannerie, chargé de s'aboucher avec lui, conduisit
mal la négociation. ro NP
Nous avons vu que les commissaires civils, avant de partir du “Port-au-Prince pour aller combattre Galbaud, avaient ordonné à Rigaud de réunir un corps d'armée pour soumettre fa Grand’Anse. Fe
général Rigaud était parti avee trois représentans de la commissio civile, Pinchinat, Delestang et Albert. Son armée composée des “
franchis de Jacmel, du Grand-Coâve , du Petit Goâve , de Miragodne,
de St-Michel et de quelques compaguies de ceux des Cayes se réunit au Peut-Trou où commandait Jourdain. il v trouva 3 com DAgDICS cComMDPHoOÏ sées d'hommes de couleur et de noirs de Jérémie, du pari républicain, Toûtes ses forces s’élevérerit à mille: cinq cents hommes. Au fé de marcher directement sur Jérémie après s'être renfogé de tous les ateliers
du quartier du Peut-Trou, il s'approcha du camp Desrivaux, forti. fication construite sur une éminence de l'habitation du même nom ; non loin de Pestel, de vingtpieds de diamôûtre. Les jérémiens étaient :
GS sil J Ar * Voici une lettre par laquelle Jean François demande à l’un des agens
du gouvernement espagnol , l’autorisation de faire le commerce des jeunes noirs
ses prisonniers, A M. TABERT commandant de S. M. Supplie très-humblement Mr. Jean François, Chevalier des ordres royales “et militaires de Saint-Louis, Amiral de toute la partie française de SE
Domingue conquise, que ayant de très-mauvais sujets, et n'ayant pas le
cœur de les détruire, nous avons recours à votre bon cœur pour vous demander de vous les faire passer pour les dépayser. Nous aimons mieux /es wer-
“dre au profit du roi, et employer les mêmes sommes à faire des cmplettes
de S. M. Supplie très-humblement Mr. Jean François, Chevalier des ordres royales “et militaires de Saint-Louis, Amiral de toute la partie française de SE
Domingue conquise, que ayant de très-mauvais sujets, et n'ayant pas le
cœur de les détruire, nous avons recours à votre bon cœur pour vous demander de vous les faire passer pour les dépayser. Nous aimons mieux /es wer-
“dre au profit du roi, et employer les mêmes sommes à faire des cmplettes en. fs a concerne pour l'utilité de l’armée Em à pour défendre les droits de S. M. 140 HISTOIRE D'HAITI.—( 1795 ) commandés par deux officiers royalistes. Débrosse et Duperrier. "Hs
demandérent aux républicains à entrer avec cux en négociations; "el
jeur envoyérent des députés.” Pinchinat dit avec hauteur aux parles
mentaires, qu'il était venu pour faire exécuter la loi du 4 Avril
qu'il entendait que Jérémie ouvrit ses porics sans aucune condition,
pré sa à lParmée républicaine, sinon élle serait traitée en willeren
belle. Bébrosse demanda cinq jours pour envoyer cet ultimatum
Jérémie et pour en recevoir la FÉPONSe ; Rigaud- y consentit. Ce nés
ait qu'une ruse des jérémiens qui avaient déjà demandé des renfortss
Leurs envoyés dirent au conseil d'administration: « On ne ;veut ps
« de condition; il faut vous soumettre à la discrétion de vos bar
«bares ennemis. » La popuiation animée de l'énergie du désespoi ;
és “x la guerre ; on n’entendit que ces mots: plutôt mourir que
de se soumettre aux affranchis. Il y avait à Jérémie une jeunesse”
blanche brave et intrépide; les femmes même se montrèrent disposées
à combattre. Cette population télle que la mer orageuse, qui baïgnes
ses rivages fui toujours énergique ct tu: mullueuse. Le conseil d'adminiss
tralion confia à un nommé Domingeau un corps composé d'esclaves ar”
més et de jeunes créoles blancs, et lui ordonna de s'acheminer surle cam
Desrivaux. Dâns la nuit qui précéda le cinquième jour de la tréve
Domingeau pénétra dans la fortification. Le lendemain 49: Juiny#an
neuf heures du malin, un soldat noir très-bien équipé, montas ul
les remparts ét dit: aux affranchis des Cayes : retournez sur vos me
laiions 3 vous avez abimè votre pays, et vous voulez maintenantruine
le nôtre ; relournez chex vous , misérables hommes. libres, pillards tout: nus:
et en chapeau de paille. Les républicains commençaient, à répondre
quand quelques coups de-fusiis partirent du fort ; ils. ne pouvaientuse:
rendre compte de la conduite de Débrosse ;. mais uninstant: aprés: ils,
apprirent que Le général Rigand avait été trompé. Le soldat qui
s'était montré sur @s remparts, se représenta ct dit aux républicains:
vous ne connaïssez pas celui qui vient de vous parler ; c’est mor, je maps
pelle Café mür ; vous êtes venus pour cueillir notre cafés eh bien! sè vous:
l'emportez, ce sera à bon titre. Un des ofliciers de Rigaud, Bernar&
ordonna de commencer le feu. On se battit avec ac harnement pendant:
toute la journée; les canons du fort firent de grands ravages ‘dans
les rangs des républicains, sans artillerie. Rigaud ayant perdu trois.
cents des siens, entre autres Jourdain emporté par un boulet, battit”
en retraite, aprés avoir envoyé ses blessés sur l'Anse-à-Veau. Ignace}
un de ses lieutenants, grièvement blessé se brûla la cervelle pourné”
pas tomber au pouvoir de l'ennemi. Domingeau poursuivit les fuyards
jusqu à la Rivière Salée ; et Rigaud rentra au. Petit Trou. À
Après eette victoire les royalistes de la Grand Anse menacèrent. le
quartier + de Nippe. Delasalle ordonna à Poyon, homme de cou
leur, de s’y rendre pour s'opposer à leurs progrès. Le 29 Juin, Doyoi
partit du Port-au-Prince avee quatre compagnies de la légion de l'Ouest
ennemi. Domingeau poursuivit les fuyards
jusqu à la Rivière Salée ; et Rigaud rentra au. Petit Trou. À
Après eette victoire les royalistes de la Grand Anse menacèrent. le
quartier + de Nippe. Delasalle ordonna à Poyon, homme de cou
leur, de s’y rendre pour s'opposer à leurs progrès. Le 29 Juin, Doyoi
partit du Port-au-Prince avee quatre compagnies de la légion de l'Ouest “ L . | | #
| tisvorre p'uaiti.—( 1709 ) 141
et arriva au Petit Trou le 2 Juillet. I prit, d'après les ordres de
Rigaud , le commandement des troupes républicaines ; et les
communes de lAnse-à-Veau ; de St.-Michel, du Petit-Trou formèrent
sous son aulorité un nouvel arrondissement qui fut nommé arrondis$s
éement de l'Ouest. Il enleya aux royalistes le camp Labiche qu'il détruisit dans les hauteurs de Cavaillon. Secondé par Blanchet jeune
et Gérin, officiers d'un rare courage, il contint partout la fureur
des insurgés de la Grand Anse.
LA Un faveur -de la confusion que l'affaire de Galbaud avait répandue
“dans les troupes républicaines , Jean François attaqua le fort de la Tannerie œu'occupaient vingt artillours du Morbihan et quelques compagnies de troupes franches des plus indiseiplinées, sous les ordros du
commandant Lallemand.* Il s’en empara après un lêger combat. En même
temps un homme de couleur, nomme Üharles, à-la tête d'une bande
“devenue espagnole enleva le eamp Lesec où il trouva trois milliers de
“poudre. Ge fut une perte réelle; car depuis l'affaire de Galbaud, la
ville du Cap était presque dépourvue de munitions de guerre. Jean
Rrançois se trouva ainsi le maitre du cordon de l'Ouest ; if menaçait
le Cap, et parlait d'enlever Îes commissaires civils. : Peu de jours après
le Dondon , la Marmelade, Plaisance, se rendirent aux espagnols.. Ces
“nouvelles abattirent un peu Polvérel et. Sonthonax ; ils redoutaient même
ne pouvoir faire triompher la liberté à St-Domingue. Cependant ils
“ne se dlaissérent pas dominer par l'adversité; fs firent ee avec
pompe l'anniversaire. du 14 Juillet. Les anciens affranchis et les émancipés du 21 Juin laissérent éclater un enthousiasme prodigieux. Des
“milliers d'hommes demandèrent la liberté générale ; à leur tête était un
blanc républicain nommé Guillaume Henri Vergniaud. Sonthonax l'eût
proclamée ce même jour, si Polvérel n'avait arrêté son élan. Gelui ci
Jui disait de laisser à la convention nationale la gloire de cet acte immortel,
Le lendemain Polvérel partit pour la province de l'Ouest avec une division d’affranchis commandée par Antoine Chanlatte. Il prit Plaisance
sans coup férir; et Chanlatte enleva aux espagnols Ennery et plusieurs autres paroisses. Dé son côté Sonthonax attaqua en personne
le Grand Boacan et fut repoussé par Jean François. | | |
L… Pendant ce temps Toussaint Louverture était emprisonné à Valliére
par Jean François dont il excitait la jalousie; Biassou le délivra. Ïl se
plaça sous les ordres iminédiats du marquis d'Almonas officier espa-
‘gnel gouverneur de St-Raphaël, et obtint le grade de maréchal de camp.
1 attaqua la Marmelade qu'avaient reprise les républicains et l'enieva
= Sur Vernét officier de couleur:qu'il attacha à sa personne. fl poursul-
“vit ses succès jusqu'aux portes des Gonaives qu'occupait.un bataillon
de la légion de l'Ouest qui y était venu planter l'arbre de la liberté.
* On appela troupes franches les corps qui avaient été formés des noirs
ét des hommes de couieur esclaves que les Commissaires civils avaient émancipés
ade qu'avaient reprise les républicains et l'enieva
= Sur Vernét officier de couleur:qu'il attacha à sa personne. fl poursul-
“vit ses succès jusqu'aux portes des Gonaives qu'occupait.un bataillon
de la légion de l'Ouest qui y était venu planter l'arbre de la liberté.
* On appela troupes franches les corps qui avaient été formés des noirs
ét des hommes de couieur esclaves que les Commissaires civils avaient émancipés * » 142 . HISTOIRE D’uATi.—( 1793 ) F de Les bandes espagnoles cenvahirent presque tout le Nord; et les répue
blicains furent réduits à leur disputer | le terrain pied à pied. 3
Pendant cet intervalle, Polvérel arrivait à da Petite-Rivière de PAr
tibouite. Il ÿ fit arrêter un chef de bandes nommé Guiambois qui R
<onspirat en faveur des Espagnols auxquels il voulait livrer le quar
er de FArtibonite. Cette trâme avait Cté ourdie par. des Re
blancs du parti royaliste. Polvérel se rendit à la Groix-des-Bouquels®
où Bauvais et les hommes de couleur presque débordés ne pouvaient plus se maintenir. Les ateliers du - Cul-de-Sac,, jusqu'alors si soumis, - étaient indignés de ne pas voir proclamer la liberté générale. Hyas cinthe qui par tageait leur indignation les excitait à ia révolte. Polvés rel le fit arrêter. Le commissaire civil sentant la terre trembler pars
iout sous ses pas, comprit que sans la liberté générale, 1l ny avait
plus d'ordre possible à St-Domingue; cependant “il f'osait prendre sur
lui de la proclamer. ne | ;l Quand il arriva au Port-au-Printe, il apprit qüe des royalistes quim
avaient pris Ie nom ‘d'émigrés occ paient Ste Michek de Latalaya. Il or
donna au Hcuteuant-colonci Desfourneaux d'aller les chasser de cette” position. Le baron de Montalembert , Hanus de Jumécourt et une cen=« taine d'autres français ayant vu leurs espérances trompées par le dés part de Galbaud, s'y élaienit réunis. Desfourneaux traversa l'Arcahaie St-Morc et vint les altaquer à la têie de 2,009 hommes. Hfut com
plètement battu, et se replia sur les Gonaives. L à Peu de jours après cette affaire, Blanc-Cassenave, homme de COUA ©
lour., au sertiee du roi d'i Espagne, colonel &un régiment de l'Artis «
bone nommé Congos tout nus, vint altaquer un détachement républis" ain campé à là Coupe-H aleine, près des Cahos. Il s'empara du pos: te et on égorgea tous les sol lats._ Polvérel ordonna à Lully, homme w de. couleur, chef d'une compagnie de troupes franches, d'aller repren dre la posiuon. Eully partit @ la Petite Rivière de l'Ar ubonite et ar. riva à Ja Coupc-Haleine qu'il trouva abandonnée. Les républicains fu rent Sa1518 d horreur à la vite de nombreux cadavres sans (êtes. C6 iéles avaient été apportées aux commmians espagnols ; car le ae
gea tous les sol lats._ Polvérel ordonna à Lully, homme w de. couleur, chef d'une compagnie de troupes franches, d'aller repren dre la posiuon. Eully partit @ la Petite Rivière de l'Ar ubonite et ar. riva à Ja Coupc-Haleine qu'il trouva abandonnée. Les républicains fu rent Sa1518 d horreur à la vite de nombreux cadavres sans (êtes. C6 iéles avaient été apportées aux commmians espagnols ; car le ae neur de Santo-Domingo donnait quatre gourdes pour chacune. d'elles: fluit jours aprés l'arrivée de Luily, B Blanc Cassenave prepa pouvoir M
surprendre les républicains , se présenta de nouveau à la Coupe-Ha M: à leine : mais il fut repoussé après quatre heures d'un vistid acharné et perdit, six cents hommes.*.
Pendant cet intervalle, la ville des Cayes était agitée par le parti royaliste qui y fesait son dernier effort. Delpèche qui avait remplacé les
commissaire civil Ailhaud , y représentait la République. Le général «
Rigaud, depuis sa défaite au camp Desrivaux, y était à la disposition …
“
, se présenta de nouveau à la Coupe-Ha M: à leine : mais il fut repoussé après quatre heures d'un vistid acharné et perdit, six cents hommes.*.
Pendant cet intervalle, la ville des Cayes était agitée par le parti royaliste qui y fesait son dernier effort. Delpèche qui avait remplacé les
commissaire civil Ailhaud , y représentait la République. Le général «
Rigaud, depuis sa défaite au camp Desrivaux, y était à la disposition …
“ de la commission civile àvec quelques compagnies de la légion de l'Ouest.
F Blauc Casseuave qui était d'une grande cruauté, buvait toujours dans VS Wh crâne, | | fi 6 MASTOIRE p'IHLAITE—( 1493.) 143 La proclamation de Sonthonax du 91 Juin y avait cité publiée sans
aucune opposition. Mais depuis Péchec de Desrivaux le parti royaliste
lévait la tête dans tout le Sud, aux Caves surtout. Une conspiration
yant pour but de livrer cette “ville aux confédérés de la Grand Anse,
hu ie 44 Juillet, aussitôt aprés la célébration de la fète de la prise de té
Dastille. Un bl ane, officier Le À garde pationale, normimé Badoiet demanda inutilement à Deipèche he, © à Harty commandant de la pores
de lui livrer plusieurs de ses. ae js, ä aient été affranchis par
Ja proclamation du 21 Juin. I ce mit à la tête des royalistes ct des
pets blancs, soutenu par Mouchet Re de la garde natiopale, et vint assaillir la maison de Delpéche. Le général Rigaud
sur dequel les blancs venaient de tirer, accourut au secours du comMissaire civil. Une lutte sanglante s'engage dans les rues entre les
royalistes et les hommes de couleur ; les prisons sont ouvertes par les
colons ; Ja ville est remplie de malfaiteurs s; et des matelols déscrteurg
Qu'on appelait aux: Cayes flibustiers la parcourent, pi illant et assassinant. Hlarty soutenu par plusieurs bataillons de là Seine inféricure
ét de l'Aube, chasse les royalisies du centre de Ja ville, Ceux-ci s'emparent du fort Lilet et celui de la Tourtcrelle; et Harty pour protéger fe
commissaire Clvil braque une pièce de canon devant le parais national.
Le général Rigaud réunit tous les hommes de couleur DA Badoiet
à 5 heures de T après- midi. On se battit toute la nuit; et fe lendemain à
40"heures du matin les affranchis cnievèrent d'assaut les deux forts. Bas
dolet et Mouchet avaient pris la fuite dans la nuit même; ils se retirèrent
à Jérémie. Les royalistes qui s'étaient dispersés dans la \ille, après avoir
Clé chassés des deux forts, se réunirent de nouveau, et marchérent
contre le général Rigaud. Celui- -ci sortit de Fislet s’élança à leur roncontre ct les buit prés de la place des Tanneurs. Après cctte affaire
Je parti colonial fut anéanti aux Cayes: la garde nationale blanche fut
en partie désarmée , et les hommes de couleur continuèrent à se tenir
sous les armes. Le bruit s'était répandu que Rigaud avait élé assassiné
par les aristocrates ; les blancs avaient été aussilôl arrêtés à Aquin
A St-Louis; et les atélicrs qui s'étaient remués en faveur des hommes
couieur , furent calmés par les sages mesures que prirent les commandans nur et Lefranc. Dès lors les affranchis des Cas commencé:
“ent à s organiser en troupes sagute res. Rigaud forma un bataillon de
jeunes cultivateurs recrutés dans. la plaine des Cayes. Il en avait pris
dix dans chaque atelicr: Ce fut l'os jigine de la légion de l'égalité du
pad: | | |
“Dans l'Ouest, les ateliers demandant la liberté générale, se remuaient
sans cesse, se soulevaient même. Polvérel pour les faire rentrer Gans
lordre , déclara libres par une proclamation en date du 27 Août, tous
les africains et descendans d'africains qui retourneratent sur les ha
buations vacantes auxquelies ils avaient appartenu ; 11 déclara en outre
que la Lerre appactenant à celui qui la défrichait, ces propriété seraient
l'Ouest, les ateliers demandant la liberté générale, se remuaient
sans cesse, se soulevaient même. Polvérel pour les faire rentrer Gans
lordre , déclara libres par une proclamation en date du 27 Août, tous
les africains et descendans d'africains qui retourneratent sur les ha
buations vacantes auxquelies ils avaient appartenu ; 11 déclara en outre
que la Lerre appactenant à celui qui la défrichait, ces propriété seraient * par laquelle la liberté générale était demandée avait été rédigée au bureau! ui entouraient Sonthonax, à la tête desquels était Yergnaue sénéau nom des cullivateurs de St Domingue. G'était le 24 Aoûl. ‘Lapés .« reconnus libres et français. » _nomie fianche , des yeux CXprimant toute l'ardeur dé son ame, 300 se - s
“ A: mistoie D’Hatri.—( 1703 ) parlagtes entre les cultivatcurs et les guerriers républicains. &
mere en mème temps une pétition couverte de huit cents signatures nunicipal du Cap. ‘Les hômmes. de couleur et les blancs: républicains chal de la ville et Heutenant de l'amirauté, parent de lillustre convention="
nel, suivis des officiers municipaux, ‘d' une foule de femmes, d’enfans, de
viéillards chantant des hymnes patriotiques, agitant dans Tair des bon
nets de Hberté, vinrent déposer la pétition sur lautel"de la patrie, | tition entre autres dispositions renfermait le passage suivant: « Nous
« réclamons dés droits que toutes les puissances humaines et diviness
« ne peuvent nous refuser, des droits que la nature elle-même nousa
« concédés, les droits de l’homme , liberté, sûreté, propriété, résis®i
« tanec à l'oppression. La France les a garantis à tous ies hommes
« Ne sommes-ñous'pas des hommes? Quelle loi barbare a donné à desk
« Européens le droit de, nous porter sur up sol étranger , et de nous”
& y consacrer à dés tortures élernelles? vous nous ‘avez expatriés:
à Eh bien! que votre patrie devicnne la nôtre? Mais nous voulons êtrem
’homme , liberté, sûreté, propriété, résis®i
« tanec à l'oppression. La France les a garantis à tous ies hommes
« Ne sommes-ñous'pas des hommes? Quelle loi barbare a donné à desk
« Européens le droit de, nous porter sur up sol étranger , et de nous”
& y consacrer à dés tortures élernelles? vous nous ‘avez expatriés:
à Eh bien! que votre patrie devicnne la nôtre? Mais nous voulons êtrem Les femmes noires ct de couleur, la tête ornée de lunes à trie
colores , portant sur leurs scins nus éurs petits enfants, demandérents
avec ant d'ardeur cette liberté si longtemps attendue ; que le com
missaire civil céda à des vœux qui étaient aussi dans son cœurs
11 s'engagea solennellement à répondre à la pétition dans quatre jours. JE ne lui restait au Cap que 1800 soldats tant affranchis qu'eu
ropéens ; il était presque sans munilions de guerre; Jean Françoiset
Biassou à la tête de leurs bandes, ‘les troupes de ligne espagnoles ,
au nombre de trente mitle hoinres ; menacçaient de fondre sur le“
Cap; ül fallait sauver Îes principes révolutionnaires à: laide: de nouveaux citoyens. Enfin le 29 Août arriva. Dès la pointe du jour les
affranchis, fes troupes européennes prire ent les armes. Les rues étaient,
jonchées de palmes et de fleurs; tout sous notre beau ciel re :
pirait amour , la Joie, flatteidrissement. Les citoyens et les cr
toyennés se rendaient en foule sur la place d'armes, où était LS
l'autel dé la patrie entouré de guirlandes et'-de drapeaux, sur une
base de seize pieds. Sonthônax monta sur l'autel déjà convert d'enf
AE de fommes, de vieillards. La solennité était majestueuses uh
peuple immense plein d'émotion entourait le palmier de la liberté
surmonié de banderofles tricolores. D'une petite taille, d'une physiothonax dit d’unê voix forte : « Tous les nègres et sangs-mêlés actu
« lement dans l'esclavage sont déclarés - libres pour jouir des doll
« attachés à la qualité ‘de citoyens français. » Le ciel retentit de cris
‘de joie entrecoupés de sanglots , ss sabres et les baïonnettes étin
otion entourait le palmier de la liberté
surmonié de banderofles tricolores. D'une petite taille, d'une physiothonax dit d’unê voix forte : « Tous les nègres et sangs-mêlés actu
« lement dans l'esclavage sont déclarés - libres pour jouir des doll
« attachés à la qualité ‘de citoyens français. » Le ciel retentit de cris
‘de joie entrecoupés de sanglots , ss sabres et les baïonnettes étin L A . LA HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 } : a 7 F celérent , les détonnations solennelles de Tartillerie éciatèrent. Le rès5h la journée S'écoula dans l'ivresse du bonheur; on joua ja mort
de César. Quand les africains virent exposer sur le théâtre Île corps
sanglanté de César qui avait été, leur disait on, un ennemi de la
berté. ts applaudirent avec une ae Der et resmplirent la
ilte de- cris prolongés. Les fêtes dürèront plusieurs jours |
BE proclamation de Ja hberté générale, publiée dans toutes les
| ie du Nord où régnait l'autorité de la république, par des officiers municipaux précédés du. bonnet rouge porté au bout d'une
pique, fit naître dans le peuple émancipé un enthousiasme qui alla
jusqu'au délire. Boisrond le jeune, homme de couleur, membre de
4 Commission intérmédiaire, chargé par Sonthonax de faire ces puDlications , voyait accourir au-devapt de Hui, de bourgs en bourgs,
dé villes en villes, les cultivateurs réunis en masse. : Ces hommes
Neufs et impressionnables paraissaient ne pas croire à tant de féficité ;
S créaient des ponts sur son passage avec des madriers qu'ils
dvaicnt portés sur leurs iôtes de plus de trois lieues, el couViaient les routes de feuilles d'arbres. Le nom de Sonthonax était béni ;
ils Lappelaient le bon Dieu. Du Port-de-Paix au Gros - Morne, Boisfond fut porté on chaise à bras d'homines par un chemin en ligne
droite ouvert en quelques heures à travers les bois. * |
… L'allégresse était partout, si ce n’est dans le cœur des colohs roalistes. Hs mirent tout en œuvre pour troubler les joies populaires;
us répandirent dans les ateliers de Pilate et de Plaisance que les
cultivateurs ne devaient plus travailler, puisqu'ils étaient libres. Les
ateliers de ces quartiers prirent les armes et assaillirent A. Ghantatte ,
Commandant du cordon de { Ouest. Ce ne fut pas sans peine que
Sonthonax parvint à le dégager. Au Port-de-Paix, au Port-Margot,
évarés par les colons, 1ls se livrérent aussi à des excès; mais à la Tor-
{ue tout se passa avec Ja plus grande tranquillité ; le cémmandant
Pierre Labatut y ft lire la proctamation du 29 Août aux ateliers réLE qui laissèrent éclater la même joie que partout ailleurs.
ordon de { Ouest. Ce ne fut pas sans peine que
Sonthonax parvint à le dégager. Au Port-de-Paix, au Port-Margot,
évarés par les colons, 1ls se livrérent aussi à des excès; mais à la Tor-
{ue tout se passa avec Ja plus grande tranquillité ; le cémmandant
Pierre Labatut y ft lire la proctamation du 29 Août aux ateliers réLE qui laissèrent éclater la même joie que partout ailleurs. MAlors Sonthonax convoqua les assemblées primaires pour la nOMiDalion des députés à la convention nationale. Le 23 et le 24 sepfembre l'assemblée électorale du Cap nomma cinq représentants : Mills,
Bussicre Laforest, hommes de couleur ; Dufay natif de Paris, et Garnot , blancs; Mars Belley, citoyen noir d'une grande moralité, ayant
Semi, pendant La guerre de la Nouvelle-Angleierre sous. le. comte
d'Estaing. $ CE
Ces cinq députés partirent pour France par la voie des Etafs Unis,
Avec mission d'obtenir la confirmation de ! acte de l'émancipation générale.
Pour la première fois on verra en France des noirs et des hommes de
à : Se ne |
Dufay natif de Paris, et Garnot , blancs; Mars Belley, citoyen noir d'une grande moralité, ayant
Semi, pendant La guerre de la Nouvelle-Angleierre sous. le. comte
d'Estaing. $ CE
Ces cinq députés partirent pour France par la voie des Etafs Unis,
Avec mission d'obtenir la confirmation de ! acte de l'émancipation générale.
Pour la première fois on verra en France des noirs et des hommes de
à : Se ne | M Vow à la fin da volume le préanbule et lé dispositif de l'acte du 29 Août 1793. 146 | 7 HISTOIRE D'narTI.— (1793 ) couleur faire entendre leur voix dans une assemblée délibérante,
Polvérel plus âgé, moins fougueux que Sonthonax, blama son col
. égue d'avoir proclamé la. Hberté sans aucuné espèce de restriction
il défendit même de publier la proclamation du 29 Aoùt. H@&
dans cette occasion La simplicité, quoique homme de talent ._ded de
mander aux esclaves de F Obest sils n’aimeraient pas miéux eva Ï
libres-progressivement. 1! s'adressa à eux en les appelant frères
amis; ils lui répondirent par l'insurrection, Dans les hauteurs de
Marc, ils livrèrent toul à'la dévastation et aux flammes. Alors
s'aperçut quil ne pouvait que suivre l'exemple de Sontlionax. HS
hâta de Lontetiass tous les citoyens. possesseurs d'esclaves pour a.
célébration de l'anniversaire de la fondation de la république. Le 29
Septembre toute la pepufation du Port-au Prince était réunie sur
Place d’Armes ; Polvérel, entouré des autorités de la villé, y arr
au mulieu des acclamations universelles, et monta sur l'autel de
Patrie. C'était un bel homme; ïl avait de grands yeux bleus, de
cheveux roux , une physionomie sombre qu'animait par intervalle bens
thousiasme républicain. Les possesseurs d'esclaves vinrent les un
après les autres signer sur un grand registre ouvert sur Pautel qua
_ reconnaissatent libres leurs eselaves. A. ta fin de la cérémonie Polé
rei déclara citoyens français tous les maihcureux que la servitude té
nait sous le joug. Ce fut dans cette solennité qu'il donna au Port
au-Prince, le nom de Port-Républicain.
Le même jour, les colons blancs, noirs et de couleur signérent dan
chaque quartier, en présence du peuple réuni, l'acte de l'émancie
pation générale.
. On fut étonné ‘de voir les affranchis du Môle, de St. Mare, de VAR
cahaie, du Mirebalais et de Léogane, prendre part à la consternati M
des Colors blancs en présence Ue tels” actes: Cependant ils avaier
trouvé fort juste que les commissaires civils eussent écrasé les plan
teurs et les petits blancs pour leur assurer la jouissance des droit
politiques. Leurs intérêts matériels lésés les aveuglaient. Aussi So
ihonax commença-t-1l dès lors à les confondre avec Îles aristoeratesé
à les traiter comme tels.
Quant à Polvérel il écrivit à la paroisse de l'Anse- à-Veau qui hés
tait à accepter lacte de l'émancipation générale. « Vous parlez dèdl
PRES j'entends ! l c'est l'effervéscencé des maîtres dont vou
« me, par! eZ ; moi jordonne d'instruire les esclaves. C’est. le ne |
« moyen d'empêcher une effervescence plus terrible qui ferait « égorge |
« tous les maitres. Si je n'apprends pas que vous avez prompt
« ment réparé votre faute, vos têtes men répondront. »
Are les affranchis d'élite avaient accueilli avec enthousiasn
Ja Liber générale, les Pinchinat, les Chanlatte, les Bauvais, les R
gaud, Îcs Villate, tes Martial Besse, les Boisrond, les Aubrant,
_Poÿon, les Lambert, les F crbos, les Toureaux, les Lefranc, lc Pétio
maitres. Si je n'apprends pas que vous avez prompt
« ment réparé votre faute, vos têtes men répondront. »
Are les affranchis d'élite avaient accueilli avec enthousiasn
Ja Liber générale, les Pinchinat, les Chanlatte, les Bauvais, les R
gaud, Îcs Villate, tes Martial Besse, les Boisrond, les Aubrant,
_Poÿon, les Lambert, les F crbos, les Toureaux, les Lefranc, lc Pétio ke
De.
à A + he es F
} HISTOIRE D'HAITI.—( 1793) -147 es Jean Baptiste Médor, les Faubert , les Blanchet, ete. ete. lis
Séconderont partout avec un zèle remarquable les commissaires civils
pour le triomphe de cet acte humanitaire et de salut public.
à Dans les derniers jours de Septembre Polvérel envoya au commissaire civil Delpèche, qui se tenait toujours aux Cayes, sa proclamation
“et cclle de Sonthonax , en l'invitant à les faire publier, Delpéche
D'exécula pas ses ordres, prétextant qu'il n'appartenait qu'à la conVention nationale de proclamer la liberté générale. I oubliait que Fesclivage est un si grand erime que chaque homme a Île droit d'en proclamer l'abolition. Cependant il se disposait à se rendre au Port-Ré-
“publicain pour s'entendre avec Polvérel sur la détermination qu'il au:
ait à prendre, lorsqu'il mourut aux Cayes, le 27 Septembre.
Pandant cet intervalle Polvérel se disposait à se rendre dâns le Sud.
Il confia le commandement militaire de la province de l'Ouest à F'adjudant général Monbrun, et l'administration civile à Pinchinat. Bau-
“us eut le commandement du quartier du Mirebalais. Ainsi toute
lautorité se trouva entre les mains des hommes de couleur. Monbtun.
élait un quarteron né à St.-Domingue, où il avait de riches. propriétés.
Il avait été élevé. à Bordeaux, et il était revenu dans la colonie à la
iôte d’un des bataillons du département de la Gironde; il était un en-
“nemi implacable des blancs royalistes.
“ polvérel partit pour le Sud. Aussitôt qu'il arriva aux Cayes, il fit
publier la, liberté générale. Ce jour, le temps était magnifique ; tout&
la population était en agitation et pleine de gaieté, si ce n'est la plupart des blancs qui se montraient mécontens, taciturnes ; cependant
ils ne pouvaient résister à l'entrainement général; ils .maudissaient tout
bas leur mêère-patrie, et songeaient déjà à la trahir en_tournant vers l'An-
“oicterre une main suppliante. L'acte de l'émancipation générale éerit
sur une large feuille de papier fut publié. dans tous les quartiers de.
lille, par le procureur de la commune précédé de douze tambours.
Pendant toute la- journée, les hommes de couleur et les noirs craimenant que le commissaire civil ne füt assassiné par les royalistes firent
autour de sa maison une garde vigilantes
Polvérel destitua un grand nombre de fonelionnaires,. établit partout
de nouvelles autorités. Le général Harty soupçonné de royalisme fut
remplacé par le général Rigaud dans le commandement de la province
du Sud. Aux Cayes, comme au Port-Républicain, toute l'autorité passa
Aux mains des hommes de couleur; et. la légion de l'Égalité du. Sud
fut organisée sur un pied formidable.
… Poivérel établit ensuite une sévère police. dans les campagnes, fit de.
sages règlemehs , forma, sur chaque habitation un conseil d'administration composé de noirs et de mulâtres nouveaux libres auxquels il re-
“Commanda de faire apprendre à lire et à écrire aux petits enfans. En
“Conséquence il fit ouvrir des écoles sur les habitations ;, ais il voulut,
“eh maticre de religion qu’on n'y enseignät que le dogmede l'existence
Poivérel établit ensuite une sévère police. dans les campagnes, fit de.
sages règlemehs , forma, sur chaque habitation un conseil d'administration composé de noirs et de mulâtres nouveaux libres auxquels il re-
“Commanda de faire apprendre à lire et à écrire aux petits enfans. En
“Conséquence il fit ouvrir des écoles sur les habitations ;, ais il voulut,
“eh maticre de religion qu’on n'y enseignät que le dogmede l'existence Le. AMEN ss SUR COM gi
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HISTOIRE. D’ HAITI. —( 1798 ÿ AS de Dieu. cs règlements ‘quoique rigides, n étaient en rien co |
aux droits de l'homme : il fit emprisonner peu de temps après le
_mandant du quartier de Baynet, Faubert, qui avait défend ae
| ARaux ‘fibres de sortir de son arrondissement. v+,
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* 1 Ÿ D LIVRE NEUVIÈME. < 7 rire Maire Conduite criminelle que tiennent à Paris Page, Brulley, taches: jus
… Thibaud &c.—Les royalistes font la propagande à St. Domingue en faveur des
anglais—Jérémie envoie à la Jamaique Venant de Chaïmilly. —Le colonel Whit:
| loke prend possession si Jérémie. — Le commodore Ford prend possession da
Môle. — Whitioke attaque sans succès Tiburon. — Les . affrarchis persécutés
à Jérémie, — i'elasalle se retire aux Etats Unis. — Lavaux le remplace
comme gouverneur provisoire. — Les affanchis de, Saiïnt-Mare tentent d’arrêter _Sonthonax—:Il est délivré par Liapointe.—ettre de Pinchinat aux affranchie
de St-Marc—Coalition des blancs et des affranchis de l'Artibonite contre la Mé.
m…tropole—Proclamation de Whitloke-—Proclamation de don Garcia de Moreno —
Le quartier de Haies proclamé la résistance à l'oppression —St- -Marc ;, l'Arca-
“chaie, les Verrettes, la Petite-Rivière de l’Artibonite $e livrent à étranger. —
-Lécgane se livre aux anglais—Autre lettre de Pinchinat.-Réflexions sur cette lets
tre—Succès de Toussaint Louverture combattant pour le roi d'Espagne contre la
République. —Les espagnols sont les maîtres de presque tout le Nord.—Mesures
“énergiques de Sonthonax contre Les anciens libres qui se livrent aux anglais
«La guillotine dressée &u Port-Républicain:— Lettre de Polvérel à Sonthonax, L'enceirité de la Convention nationale était devenue le théâtre de la lutté
des deux parts républicains qui partageaient la France. Les girondins
qui venaient de succomber faisaient encore ; sous les verrous ; des
vœux pour la gloire de la république. Le 34 Octobre ils porteront
à l’échafaud leurs têtes nobles ét pures. Leur crime fut de n'avoir
pas compris que la liberté eirconvenue d'un million de mercenaires
ärmés ne pouvait sortir triomphante de la lutte. qu'elle soutenait ;,
des deux parts républicains qui partageaient la France. Les girondins
qui venaient de succomber faisaient encore ; sous les verrous ; des
vœux pour la gloire de la république. Le 34 Octobre ils porteront
à l’échafaud leurs têtes nobles ét pures. Leur crime fut de n'avoir
pas compris que la liberté eirconvenue d'un million de mercenaires
ärmés ne pouvait sortir triomphante de la lutte. qu'elle soutenait ;, au travers des flots de sang. Les plus cruelles persécutions étaient
nu. contre leurs partisans: “Larehevèque Thibaud, Ballio, Fournier, déportés. à à la fin de 1792,
ne pouvaient manquer, dans celte occasion , de viser au cœur Son:
Uonax et Polvérel qui appartenaient au parti de la Gironde. Ils se LL ! 150 | HISTOIRE D'HAITI 1793 } Î
r réunirent à Page et à Drulley anciens agens de l'assemblée coloniales
à Paris, ennemis implacables des commissaires civils, prirent le bons
net rouge, fréquentèrent les montagnards les plus ardens, et sel
rent remarquer par des démonstralions outrées de républicanisme
quoiqu'ils ne révaggent le bonheur à St. Domingue que par la sers
vitude des is hommes de couleur. En Février 1793 Col
lot d'Herbois et Monestier (du Puy de Dôme) les présentèrent au cluis
des Jacobins. Ils ne cessérent dès lors de peindre les commissaires
civils, dans toutes les séances, comme des ennemis de la liberté des
noirs, . des blanes et des hommes de couleur, comme des Brissotins”
qui calomniaient la Montagne et que soudoyait l'Angleterre. HsMi
nirent par arracher au club une pétition contre eux. Billaud Varens
nes s’en saisit, la présenta à la Convention qui, le 16 Juillet 17934
vota un décret d'accusation contre les commissaires civils. Cepens
dant le comité de salut public, absorbé par ses immenses travauxé
oublia dans ses archives ce décret qui ne sera mis à exécution qu'en
1794. Mais Page, Bruliey, Larchevèque Thibaud en firent secrés
tement. passer une copie à Londres, et les journaux anglais enrés
tentirent. Ils proposèrent, sans succès , à la Convention d'envoyer dans”
la colonie pour le faire exécuter, deux planteurs de St. Domingue
devenus montagnards, Simondès et Fierville. Ils dirigèrent alors leur
haine qu’ils n'avaient pas encore assouvie contre tous les hommes qua
avaient combattu dans la colonie leurs projets ambitieux et liberucides
contre les grands planteurs, et contre les républicains sincères. Ceux
ci, contrairement à leur système, voulaient que les noirs et les sangs:
imêlés indistinctement devinssent citoyens français. Quant à eux, aps
partenant au parti des petits blancs, ils avaient combattu les royaliss
tes pour se mettre en leur lieu et place. Leur plan était de former
une nouvelle aristocratie blanche sous les formes révolutionnaires , et
de maintenir l’ancien régime quant à tout ce qui concernait les eselæ
ves et les affranchis.* Ils firent publier des mémoires contre Cambe=
fort, Desparbès, Thouzard, les firent arrêter par leurs dénonciationss
mais ils ne purent empêcher leur mise en fiberté: toutes les passions
étaient alors dirigées contre les Girondins. Ils réussirent à conduire
à l’échafaud Milscent , ce zélé défenseur des noirs et des hommes de”
couleur, devenu en France rédacteur d'une feuille intitulée le Créole Patriote“
où il exposait d’une manière victorieuse les injustices des colons à bé
gard des affranchis et les cruautés qu'ils exerçaient sur les esclaves
Barnave qui avait contrarié leurs projets, en défendant les intérét
contre les Girondins. Ils réussirent à conduire
à l’échafaud Milscent , ce zélé défenseur des noirs et des hommes de”
couleur, devenu en France rédacteur d'une feuille intitulée le Créole Patriote“
où il exposait d’une manière victorieuse les injustices des colons à bé
gard des affranchis et les cruautés qu'ils exerçaient sur les esclaves
Barnave qui avait contrarié leurs projets, en défendant les intérét : * Nous avons déjà dit que l’on appelait à Saint-Domingue affranchis ou.
hommes de couleur , les noirs et les hommes de couleur libres ; ceux nés"
de pères et mères libres étaient aussi appelés affranchis. Désormais nous
tes appèlerons indifféremment affranchis, hommes de. couleur, ou anciens li
bres par opposition aux nouveaux libres où émancipés du, 29 Août 17058
Ces derniers étaient aussi appelés régénérés “6 » » ; n HISTOIRE, D'HAITI.— ( 1598 ) 151 des grands planteurs, Îles vit aussi dans les rangs de ses âccusateurs: “Leur haine poursuivit avec le dernier acharnement Brissot, Gens0hné, principaux auteurs de la loi du 4 Avril, qu'ils comparaient à
Pit, Pétion, Guadet, Vergniaud, Ducos, Fonfrède. +
“Page, Bruley, Larchevèque Thibaud travaillèrent avéc Amar à l’acté
in lequel les girondins furent accusés. [ls avaient de fréqueñtes reions avec Fouquier-Tinville, - président du tribunal révoiutionnalré
qu'ils appelaient leur cher ami, avec Robespierre, St-Just, Couton. Ils
énvoyérent à la mort Grimeuard dont la conduite avait été pure à St:
Domingue, et peu s'en fallut qüe sur leurs dénonciations Julien Raymond re fut guillotiné; Celui-ci ne dat son salut; prétend-on, qu à la couleur brune de sa peau; car les Jacobins ne pouvaient supposer qu un desééndant du nègre opprimé fut un ennemi de là liberté. Tei était ie
{ôle vil, infâme, criminel, que jouaient à Paris les anciens agilateyrs
dé St-Domingue, dont les commissaires civils avaient purgé la colonie.
Cependant l'acte d'accusation qu'ils avaient obtenu contre les ‘com:
Missairés civils ne contribua pas peü à faire perdre à la République de
Jacobins ne pouvaient supposer qu un desééndant du nègre opprimé fut un ennemi de là liberté. Tei était ie
{ôle vil, infâme, criminel, que jouaient à Paris les anciens agilateyrs
dé St-Domingue, dont les commissaires civils avaient purgé la colonie.
Cependant l'acte d'accusation qu'ils avaient obtenu contre les ‘com:
Missairés civils ne contribua pas peü à faire perdre à la République de Patriotique de beaucoup de citoyens qui demeurérent néanmoibs fidèles
à l'autorité nationale. . Les noirs et un grand nombre d'hommes de
Couleur ne pouvaient comprendre la culpabilité de ces deux hommes
qui avaient proclamé la liberté générale; voyant que la Métropole ng
Soutenait pas de tels délégués, ils se persuadaient qu'il Sopérait en
France une réaction contre les droïits de hommes
Depuis la proclamation de la liberté générale par Sonthonax et Pol:
vétel, les blanes royalistes et la plupart des anciens libres du Môle,
de S'-Mare s'étaient déterminés à se jeter dans les bras des Anglais.
Comme la coalition européenne, à la tête de laquelle était l'Angleterre,
combattait dans l'ancien coutinent les principes révolutionnaires, le
gouvernement. britannique devait rétablir Pancien régime à S'-Domingue
où, ainsi quen France, luttaient les royalistes et les républicains.
“Quant à if Graud Anse elle avait déjà rompu les liens qui laitachaïent à la Métropole; et depuis la bataille du ‘camp Desrivaux, il
my avait plus de rapprochement possible entre elle @ la Républi
que. | Les émissaires de Jérémie se répandirent au Môle, à S'-Mare ; à
PArcahaie , à Léogane, et mèmé au Port-Républicain: Les planteurs
étules négocians créoles, voulant se libérer de leurs dettes envers Île
Commerce français, se montraient surtout disposés à se livrer à l'Angleterre. | | Ë Apfer | É
“Le conseil de sûreté et d'exécution de Jérémie qui avait rêmplacé
lé conseil d'administration depuis le combat de Desrivaux, était lâme de ces manœuvres coupables. Dès le 18 Août, il avait donné
Ses pouvoirs à un colon, Venant de Charmilly , pour traiter de la
féddition de la Grand'Anse. Venant de Charmilly s'embarqua sur
parlementaire le Poisson Volant, ei se rendit à la Jamaïque où il nombreux partisans qu'elle avait à St-Domingue, et à affaiblir le zèle La | rencontra Cadusch et d’autres colons du Môle qui déjà avaient pré: recourir à leur légitime souverain pour les délivrer de la tyrannie qui A LÀ A A «rer qu'à la fin des dites dix années de sursis accordées pour lé La 152 HISTOIRE D’HAITI 1793 ). LENS à paré le gouverneur Wiki iamson au traité qui allait se conclure. Le“
3 Septembre 1793, la capitulation fut signée à St. Yago de la Véga,
par Pierre Venant de Cha: miily , propriétaire tà Si- “Domingue , ut
nom des habitans de la Grand'Anse, d'une part, «et par A dan)
Williamson, gouverneur de la Jamai ique pour le roi George, d'autti
part. El y "était stinulé que les habitans de St-Domingue me pouvanf |
au traité qui allait se conclure. Le“
3 Septembre 1793, la capitulation fut signée à St. Yago de la Véga,
par Pierre Venant de Cha: miily , propriétaire tà Si- “Domingue , ut
nom des habitans de la Grand'Anse, d'une part, «et par A dan)
Williamson, gouverneur de la Jamai ique pour le roi George, d'autti
part. El y "était stinulé que les habitans de St-Domingue me pouvanf | les opprimait, invoquaierit la protection de S. M. B., lui prétaient
serment de tidélité , Ja suppliuent de conserver la colonie , et de
Jes traiter comme bons et fidcles suicts jusqu'à la paix générale
époque à laquelle sa Majesté Britannique , iC gouvernement françaiss
et les puissances alliéés décideraient définitivement entre elles de k
soyveraincté de Si- Domingue; #0 Ouc des homines de Cosbeur auraient tous les privilèges dont jouit cetk
castle dans les colonies anglaises ; e Que la religion catholique serait maintenue sans acception d' aucuns
autre culte évangélique. {
+ L'article VI était ainsi congu : « Attendu les incondi ei M IS
tions, révoltes des nègres, vols et pillages qui ont dévasté la colonie,
le représentant de Sa Majesté Britannique, au moment où il prendre: L
possession de la colonie, pour salsfaire à la demande qu'en font Is"
habitants, les à autorisés à prociamer qu'il accorde pour le paiement}
« des dettes , un sursis de dix aunées, qui commencera à courir dû
« Jour de la prise de possession, et la suspension des intérêts com
« mencera à courir depuis l'époque du 4. Août 1794, pour nexpis « true des deites, ét cependant ne pourront être comprises dans
« lesdits sursis les dettes pour compte de tutelle et compte de geste
« . propriétaires absens, et aussi Îles dettes pour tradition de fond
« de propriétaires. » Le sursis accordé pour le paiement des dettes
n'était pas la disposition qui plaisait le moins aux colons’, car Sts -Domingue devait Mr au commerce de la métropole qu ‘il ne pouvait
Sd EE Aer ns 4
Pendant NT intervalle les habitants de Jérémie persistant dans leur
trahison envers la mère-patrie, et excitéspar Favaranges ex-présidentié
l'Assemblée coloniale, membre dü conseil, attendaient los Anglais taveen
impatience. 0
Adam Williamson fit un armement de peu d'import ance ; car
Grand’Anse livrée à ‘ses propres foyces avait déjà résisté à la Républi
ue. ‘L'armée expéditionnan re fut composée du 13.° régiment d'infan
terie, de sept compagnies du 49.° et d’un détachement d'artillerie, en
tout 870 hommes. Elle forma deux divisions. La première del6®
hommes, sous les ordres du lieutenant-colonel Whitloke, partit-du for
fit un armement de peu d'import ance ; car
Grand’Anse livrée à ‘ses propres foyces avait déjà résisté à la Républi
ue. ‘L'armée expéditionnan re fut composée du 13.° régiment d'infan
terie, de sept compagnies du 49.° et d’un détachement d'artillerie, en
tout 870 hommes. Elle forma deux divisions. La première del6®
hommes, sous les ordres du lieutenant-colonel Whitloke, partit-du for "hoyut, le ÿ Septembre 1793, et arriva à Jérémie, Île 49 du mèn . 0 tusioinn p'Hairi.—( 195 ) PC 153 Mois cscortée par le vaisseau l'Europa que commandait le commodoré
Ford , Chef. de la station de la Jamaïque. Les troupes anglaises qui dé:
Harquérent le lendemain, furent reçues ‘avec joie par toute la popula-
“ion au milieu des cris. de vive le roi Georgel vivent les Anglais! Tous
les forts de la place arborërent le drapeau de S. M. B., en faisant le
‘salut royal auquel répondit aussitôt le commodore Ford. La prise de possession de Jérémie fut consommée. Whitloke fut frappé de l'attitude
militaire de la ville et des ressourecs qui y existaient. Ayant acquis la
certitude qu'elle pouvait se défendre livrée à elle-même, il songea hardiment aux autres points de l'ile où les Anglais entretenaient des intelligences, au Môle, à St:Marc, à l’Arcahaie. … Pendant ce temps le Môle qui était alors une ville riche et peuplée
se disposait à se livrer aussi à l’Angleterre. Cette place était parfaitement approvisionnéé de munitions de guerre et de bouche. Tous les
Crioyens ÿ étaient royalisies, excepté le maire Jeanion qui instruisit
Southonax des dispositions de la garde nationàle et de la garnison en
faveur de l'Angleterre. Le commandant” de la place Deneux, la mu- ”
micipalité, le colonel de la garde nationale Chaumette, le régiment de
Dillon ou 87° commandé par: OFarel, Bellisle maire de Bombarde,
Jaunas commandant de la Plate Forme, ayant appris que Sonthonax
organisait les bandes des nouveaux ltbres du Port-de-Paix et de Jean:
Rabel, sous les ordres de Pierrot et de Joseph, pour les diriger sur
le Môle, envoyérent au commodore Ford à. Jérémie une députation
chargée de l’exhorter à venir le plus tôt possible prendre possession de
leur ville sérieusement menacée par les républicains. Sonthonax venait
“de déclarer traîtres à la patrie, par une proclamation du 19 Septembre, Deneux, O'Farel, Jaunas, Chaumette. Le Môle était dans la plus
grande terreur; le commissaire civil s’avançait, et Îles anglais ne se
montraient point. Pendant ce temps Île commodore Ford était parti de Jérémie avec
le vaisseau Europa de 50 canons et plusieurs petits navires de charge;
Ce fut avec des transports de joie que le 21 Septembre les habitans du
Môle aperçurent l'escadre anglaise. Une capitulation semblable à celle
de Jérémie fut signée dans la même journée ; et le lendemain, au
lever du soleil, le pavillon anglais fut arboré sur tous les forts de la
place. La garde nationale de 500 hommes et le régiment de Dillon
prirent la cocarde noire. On vit la trahison livrer à un vaisseau anglais
de 50 canons, un des plus beaux ports de guerre du nouveau monde,
“défendu par des batteries disposées en gradins , armées de cent pièces
“de gros calibre. Les anglais y trouvérent deux cents milliers de pou-
journée ; et le lendemain, au
lever du soleil, le pavillon anglais fut arboré sur tous les forts de la
place. La garde nationale de 500 hommes et le régiment de Dillon
prirent la cocarde noire. On vit la trahison livrer à un vaisseau anglais
de 50 canons, un des plus beaux ports de guerre du nouveau monde,
“défendu par des batteries disposées en gradins , armées de cent pièces
“de gros calibre. Les anglais y trouvérent deux cents milliers de pou- …dreet 200 canons. Le 28 Septembre il leur arriva de Jérémie une com-
“pagnie du 43.° régiment; et le 42 ‘Octobre la seconde division de lex-
“pédition de Williamson, sortant de la Jamaïque, composée de cinq
“compagnies du 49° régiment, débarqua au Môle. Jusqu'à l'arrivée de
ces ouvelles forces, deux cent cinquante marins de J'esçadre de Ford: * +, AMIE a. MISTOIRE D'HAITE —( 1793 )
iva de Jérémie une com-
“pagnie du 43.° régiment; et le 42 ‘Octobre la seconde division de lex-
“pédition de Williamson, sortant de la Jamaïque, composée de cinq
“compagnies du 49° régiment, débarqua au Môle. Jusqu'à l'arrivée de
ces ouvelles forces, deux cent cinquante marins de J'esçadre de Ford: * +, AMIE a. MISTOIRE D'HAITE —( 1793 ) avaient gardé la place. Quelques jours après les frégates anglaisesnla
Pénélope et l’Iphigénie vinrent mouiller dans la rade. +" 4100
Les anglais , après avoir confié le commandement du quartier-dum
Môle au lieutenant-colonel Dansey, déportèrent le maire Jeanton comes
me ayant été’le seul dés habitans qui se fut opposé à Îa capitulations
Cependant quand il arriva en France il faillit périr victime dem
perfidie des colons qui, prenant le masque du patriotisme, l'accusèrent
d'avoir été un mauvais républicain. Mau FER ‘#
Pendant ce temps, d'après les conseils des blanes de Jérémie, Whitlokew
se résoiut à attaquer Tiburon, place importaute qui couvrait la Grand'Ansen
du côté Sud. Il s’embarqua avec six cents soldats anglais, et arriva danse
. Ja baie de Tiburon le 4 Octobre. Gelte place était océupée par cinq
cents hommes de troupes noires et de couleur du parti républicain
Morin Duval riche planteur, à la tête de 500 noirs de la Grand Anse
devait le seconder dans son entreprise. Duval avait pour lieutenant
un nommé Jean Kina , “ancien esclave de Mr ELaroc des Irois, que“
le conseil de Jérémie avait nommé colonel, ê D
Whitioke ne pouvant opérer son débarquement sous Île feu assez
vif des batteries républicainés alla descendre à une lieue de Tiburon
Il ne reçut aucune nouvelle de Morin Duval qui efrait à travers les
bois, où il s'éiait égaré. En même temps un corps de cavalerie“
commandée par Rigaud, et envoyé des Cayes par Polvérel, vintren«
forcer les républicains. Whitloke tenu en échec par des forces su
périeures aux siennes ne put agir contre la ville. : Il se rembarquam
sous le feu des républicains après avoir éprouvé une perte impor
tante, et revint à Jérémie. Il fit de vifs reproches au conseil de st
reté et d'exécution auquel il attribua l'échec qu'il venait de recevoir."IM
Se :plaignit des mauvais renseigénemens qui lui avaient été fournis’ Al
était d'autant plus indigné que la Gévre jaune s'était déclarée dans sam
petite armée. Il se résolut même à évacuer Jérémie ét le Môle.' Maigu
les Jérémiens, effrayés dé l'abandon dans lequel ils se trouveraient*
craignant la fureur des républicains, ‘supplièrent tellement les an
glais de ne pas se rembarquer, que Whiiloke se déterminaä à deman-«
der des renforts au gouverneur de la Jamaïque. Williamson lui en”
voya en toute hâte quelques compagnies du 45e., du 20e et le corps
des Royaux , en tout 899 hommes. I ne demeura à la Jamaïque
que 400 soldats. L'arrivée. de ces troupes releva le moral "du parti
royaliste qui crut découvrir que le gouvernement anglais était déterminé à conquérir St-Domingue, par toutes sortes de sacrifices. OnM
répandit au loin que six mille anglais venaient de débarquer à Jérémie."
Pendant ce temps le conseil de la Grand'Anse dirigeait les plus eruelles
“persécutions contre les hommes de couleur de Jérémie, la plupartdévouésà
la république française. I en fit fusiller 160. Whitioke qui ñ’entendait pas M
Je français le laissait agir; cependant il s’indignait quelquefois à la vue
des tortures auxquelles on Jivrait çes infortunés; alors 1 en faisais «
à Jérémie."
Pendant ce temps le conseil de la Grand'Anse dirigeait les plus eruelles
“persécutions contre les hommes de couleur de Jérémie, la plupartdévouésà
la république française. I en fit fusiller 160. Whitioke qui ñ’entendait pas M
Je français le laissait agir; cependant il s’indignait quelquefois à la vue
des tortures auxquelles on Jivrait çes infortunés; alors 1 en faisais « PR
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meltre quelques uns en liberté. Les frères Henncquin allaient être
décapiés; une circonstance imprévue fit suspendre l'exécution ; Whit:
Moke en profita pour ‘obtenir leur grâce. Des mémoires de l'époque
apportent que l'exécution ne fut suspendue que parceque le bourreau
émnandait huit portugaises pour chaque tête , tandis que le conseil
men voulait donner que cinq. * fil
Après avoir appris la capitulation du Môle, Sonthonax resolut de se
rendre au Port-Rspublicain. 1! avait écrit à Polvérel de venir le join-
“dre dans cette ville afin qu'ils pussent prendre ensemble des mesures
_en harmonie avec les événemens qu! se passaient, Il partit du Cap et
confia au gouverneur de Lasalle le commandement de la province
du Nord. Vieillwd épuisé de corps et d'esprit , Delasalle au lieu de s’occuper des affaires publiques se rendit à la Tortue pour s'y livrer au
repos. 1 avait presque perdu la raison lorsqu'il avait appris l'entrée
des Anglais au Môle St-Nicolas. En sa qualité de gouverneur il eût
“oulu mancher contre les troupes britanniques; mais son état d'épuiSement ne lui permettait pas d'entreprendre.une campagne. Il écrivit
à Sonthonax qu'il serait imprudent d'aller attaquer le Môle , puisque
quatre-vingts voiles remplissaient la rade de cetie ville. Il n’y en avait
que trois | Europa, la Pénélope et lIphigénie. Delasalle était seerêtement l'ennemi du commissaire civil qu'il eût voulu voir succomber.
Au lieu de combattre les Anglais, il écrivit au commodore Ford des’
lettres pleines de complimens et de flatteries, lui dit qu'il aimait trop
son pays pour se soumettre à S. M. B.; que néanmoins il ne pouvait
Servir sous les ordres d'un chef de bandits tel que Sonthonax. Par
une lettre du 5 Octobre, il lui demanda un sauf conduit pour les EtatsUnis voulant, disait-1l, lui donner un témoignage de la confiance qu'il
avait en la loyauté d’un peuple aussi généreux que la Nation anglaise.
Après qu'il eùt obtenu le sauf conduit il lança contre Sonthonax qu'il
traitla de cannibal une proclamation annonçant son refus d'approuver
Pacte du 29 Août concernant la liberté générale, attendu disait ii qu'il
était attentatoire à tous les droits de propriété. Il partit ensuite pour
les États-Unis. Genet ambassadeur de la République près du gouvernement’ fédéral condamna sa conduite. Il lui permit cependant de re.
tourner en France; ce qu'il fit à bord du contre-amiral Van Stabel.
Le général Laveaux le remplaça dans le gouvernement provisoire de
St-Domingue. |
Pendant cet intervalle Sonthonax était sur le point d'entrer à StMarc où les blancs et la plupart des anciens libres se seraient déjà
prononcés pour les Anglais, si le dévouement à la République de Pin-
“hinat et de A. Chanlatte qui exerçaient sur eux une grande influence,
ne les avait contenus jusqu'alors dans le devoir. La eonduite impru-
“lente de Sonthonax dans la plaine de ’Artibonite les irrita davan-
Pendant cet intervalle Sonthonax était sur le point d'entrer à StMarc où les blancs et la plupart des anciens libres se seraient déjà
prononcés pour les Anglais, si le dévouement à la République de Pin-
“hinat et de A. Chanlatte qui exerçaient sur eux une grande influence,
ne les avait contenus jusqu'alors dans le devoir. La eonduite impru-
“lente de Sonthonax dans la plaine de ’Artibonite les irrita davan- » Mémoire de Daguaha, . , F PR
= pt # À NT | * { RE 4 us wisrome p’uarris—( 1798 ) tage contre la République qu'ils éxécraient depuis que la commission,
civile leur avait enlevé leurs esclaves. Sonthonax indigné contre 14
plupart des hommes de couleur, parce quil en avait vu un grand
nombre dans le Nord abandonner la cause de la République depuis
la proclamation du 29 Août, avait résolu de livrer l'autorité de la cos
Jonie aux nouveaux libres ou régénérés qui étaient à Son avis moln$
susceptibles de trahir la France. Comme les anglafs et les espagnols
appelés par le parti colonial rétablissaient l'esclavage partout où als
pénétraient, les nouveaux libres étaient intéressés à soutenir lé gous
ernement français qui seul leur garantissait cette liberté à laquelle
aspirent tous les opprimés. Le commissaire civil dit à Christophe"
Morney, à Lafond et à Guiambois, trois noirs de l'Artibonité de sé"
défier des hommes de couleur qui voulaient les replonger dans la sers
vitude en livrant St.-Domingue aux Anglais: Passant la main sur lan
tête de Christophe Morney, il ajouta: si j'avais tes cheveux et ta peau"
la liberté de ta race serait assurée à tout jamais.* Lés trois noirs”
qui étaient d'anciens libres rapportèrent ces paroles aux hommes de
couleur de St-Marc. Ceux-ci qu'effrayaient de telles idées, résolurent
d'assassiner Sonthonax lorsqu'il arriverait dans leur ville. |
+ Quelques jours après le commissaire civil entra dans la paroissé de”
St-Marc. S'apercevant des dispositions hestiles des habitans, 1l alla sé
:fablir sur lhabitation Dessoulier. Celui qui avait élé chargé de le
poignarder n’osa lui porter le coup, craignant les dragons d'Orléan
et les hommes de eouleur républicains qui remplissaient la -maison
principale de l’habitation. Alors les gens de St-Marc cernérent la pro*
priété déterminés à le prendre mort ou vif. Sonthonax découvrant
les dangers auxquels il était exposé, éerivit à Lapointe noi I
de l'Arcahaie d’'accourir à son secours. Il basardait beaucoup sa CON.
fiance, car Lapointe lui-même, dès cette époque préparait les gens
de son quartier à se livrer aux Anglais. (Cependant Lapointe partibs
aussitôt pour St.-Marc à la tête de cinq cenis hommes et de quatre
.. pièces de campagne. Avant qu’il eût atteint cette ville, il en vit les
autorités arriver au devant de lui, le maire Savary, et Gautier officier
militaire, qui le conjurèrent de ne pas sauver le commissaire civil
Lapointe leur fit observer que le moment de se prononcer contre, a"
République française n'était pas ‘arrivé, que les paroisses de St-Marc,«
des Verrettes et de l’Arcahaie livrées &elles seules ne pourraient résister"
à la commission civile. Il ajouta qu'il n'agirait du reste que d’après les”
conseils de Pinchinat. I entra à S°-Marc et vit Pinchinat -qui lui dit quen
Fhonneur lui commandait de dégager le plus tôt possible le commissaire”
civil. Pinchinat, quoiqu'il vit avec inquiétude les dispositions hostiles de
Sonthonax envers sa easte, ne pouvait se résoudre à abandonner la cause
dela liberté générale: Lapointe se rendit à Déssoulier, plaça le _commis®
* Toussaint ouverture ayant les cheveux et la peau de C. Morneÿ put
acquérir assez d'influence sur les siens poux jéaliser Je projet de Sonthogax, \
possible le commissaire”
civil. Pinchinat, quoiqu'il vit avec inquiétude les dispositions hostiles de
Sonthonax envers sa easte, ne pouvait se résoudre à abandonner la cause
dela liberté générale: Lapointe se rendit à Déssoulier, plaça le _commis®
* Toussaint ouverture ayant les cheveux et la peau de C. Morneÿ put
acquérir assez d'influence sur les siens poux jéaliser Je projet de Sonthogax, \ -
Î Ÿ * 5" Ne à LV Cape LE
HISTOIRE D'HAITI 1793 ) 154 aire civil aû milieu de son bataillon, et le conduisit à St-Mare, Sonlonax ne craignit pas de faire emprisonner le maire Savary qu'il
| 4 cependant en liberté d'après les conseils de Lapointe. I partit
Saint Marc avec Pinchinat et A Chanlaité, le cœur plein
Sindignation contre les citoyens du 4 Avril. De l'Arcahaie il se rendit
au Port- Républicain. Les citoyens de St-Marc craignant sa fureur lui
écrivirent qu'ils étaient tous dévoués à la liberté généralé.
Peu de temps après l'arrivée du commissaire civil au Port-Républieain,
(Pinchinat qui était indigné de la eonduite des hommes de couleur
de St-Marc leur adressa une lettre dont les prifcipalés dispositions
étaient les suivantes : « La plus lâche, la plus odieuse conspiration vient d’éelater à St.
& Marc; les ééélérats et les lâches hé eéss ae cette ville et des en-
“irons viennent de célébrer l'anniversaire de la rébellion dont ils
€
« Sétaient rendus coupables envers le commissaire civil Polvérel. Semblables aux habitans de Jérémie et du Môle, ils se sont commeeux
signalés par leurs forfaits ; il ne leur reste plus qu'à se rendre aux
anglais et aux espagnols; cest du sein de cette ville impie qu'on
ose écrire au commissaire civil Sonthonax qu'elle est peuplée de
républicains de toutes les couleurs ; et quel est celui qui ose le
dire? c'est un homme sur le patriotisme duquel on comptait, qui
au lieu d'employer les moyens que la nature indique’ pour arrêter
l'anarchie, voudrait plonger dans le précipice les vrais amis de la
liberté en les rendant les insirumens aveugles des ennemis de l'humanité. Et dans quel temps ose-t-il dire que la ville de St-Marc
est peuplée de républicains de toutes les couleurs? Dans un temps
où personne niguore l'attentat qui à été commis; dans un temps
où , comme tout le monde le sait, le brave Lapointe commandant
militaire de lArcahaie, se transporta à St-Marc avec un détachement, fit pâlir les factieux et les conspirateurs , pril sous sa conduite le commissaire civil, l'accompagna à l'Arcahaie d’où il s’est
“rendu par mer au Port- Républicain : dans un temps où la foudre
peut-être trop long-temps suspendue sur les têtes sacrilègés des haL bitans de St.:Marc, va éclater et les anéantir; car ne croyez pas,
en supposant que vous n ayez rien À craindre ‘de la juste sévérité
du commissaire civil qui, malgré l’outrage qu'il a reçu , a la générosité de vous pardonner , que vous saurez échapper a la ven-
“ocance des fils de la liberté que vous voulez maintenir dans l’es-
« clavage ; leur DARPSRUS poursuivra sans cesse vous el toute votre
(race... ...
éclater et les anéantir; car ne croyez pas,
en supposant que vous n ayez rien À craindre ‘de la juste sévérité
du commissaire civil qui, malgré l’outrage qu'il a reçu , a la générosité de vous pardonner , que vous saurez échapper a la ven-
“ocance des fils de la liberté que vous voulez maintenir dans l’es-
« clavage ; leur DARPSRUS poursuivra sans cesse vous el toute votre
(race... ... mc Oui les légions républicaines sont destinées à faire respecter les
EL Principes de la république et les ordres de ses délégués ; leurs ar.
wmes doivent être employées à l'abolition de la tyramnie et à la desÆMruction des tyrans!. Loin‘ donc qu’elles aillent combattre ce que PEER A À À A @ AA AA A À. a PE CPE \ « la défense de vos droits et de vos intérèts. Vous devez conceom
le combien il m'en coûte de vous dire des vérités dures ei choquantes s
458 | | HISTOIRE p'harrr.—( 1793 Ÿ :
« vous avez l'imprudence d'appeler la eupitité sans bornes des africains, « elles iront au contraire soutenir leurs justes prétentions ete
« ront disparaître tous les vestiges de l'esclavage dans, lequel vous « vous eflorcez de les maintenir. fe ME UN « Si vous êtes républieains , livrez ma lettre à l'impression ; fait « en répandre des exemplaires avec profusion; que chaque citoyen, san
« distinetion de rang et de couleur, la lise, et qu'il se pénètre €
« vérités qu'elle renferme; el puis faites venir parmi vous ces: mêm
q
« africains que vous avez outragés; montez en leur présencé sur
l'autel de da patrie, jurez en face de la Nature que vous. abjurez.
« vos erreurs criminélles, et par un retour sincère et. vertueux, mn
« ritez votre pardon; cest le seul parti quil vous reste à prendre
« Envisagez surtout qué c'est voire frère qui vous parle, lui qui de- % « puis le commencement de la révolution n'a cessé de s'occuper der « mais vous devez sentir aussi que vous m'avez aflligé de la manière
« la plus cruelle; je dirai plus, vous m'avez déshonoré. , Oui des ar
« mes de désespoir me suffoquent; je donnerais tout mon sang pou
« expier VOS excès abominables. Je suis prêt à vous tendre. les bras
si vous êles justes , libres et reconnaissants ; mais je vous parle pouls
la dernière fois, si je trouve en vous des ingrats, des traîtres, dess
«ennemis de la révolution, de la liberté et de légalité.» Les hommes de couleur de St Marc demeurèrent saurds à ces exhor
talions patrioliques de Finchinat. Tr Cie +. SONORE Pendant cet intervalle Whitloke inondait la colonie d’une proclamaæ
tion par laquelle il exhortait tous les colôns à se ranger. sous: l'obéiss
sance de la Grande-Bretagne, et annonçait que le roi George accot
-dait aux habitans un sursis pour poursuites de deites , ét la suspenste®
des. intérêts pour douze années à parur. du 1.% Août 1797: Fe
oliques de Finchinat. Tr Cie +. SONORE Pendant cet intervalle Whitloke inondait la colonie d’une proclamaæ
tion par laquelle il exhortait tous les colôns à se ranger. sous: l'obéiss
sance de la Grande-Bretagne, et annonçait que le roi George accot
-dait aux habitans un sursis pour poursuites de deites , ét la suspenste®
des. intérêts pour douze années à parur. du 1.% Août 1797: Fe De son côté le gouverneur de le partie espagnole Don Joacm Gas
cia de Moreno, par une proclamation en date du 48 Octobre, promets
tait les plus grandes faveurs aux colons qui se soumeltraient à son poil
ce, et menaçait de raser les maisons. et de confisquer les biens de ceu
qui feraient résistance. | | dejà | :3 00 Peu de jours après l'arrivée de Sonthonax au Port Républicains,
africains des hauteurs de St-Mare se soulevérent, brülant ét saccagei
tout. Ils parlaient d'égorger les” gens de couleur qui, leur avait
dit, ne voulaient pas qu'ils fussent libres. Cet évènement détermh
les blanes et les anciens libres de l'Artibonite à former aussitÔt ul
coalition contre les commissaires civils. Les habitants de St.=Mane
des Verrettes, de la Petite-Rivière de lArtibonite , ayant à leurie
Gauticr el Savary, hommes de couleur, dressèrent le 47 Novembl
un acte intitulé Résistance à l'Oppression, par lequel ils abjurère / ve HISTOIRE D'AITI.— ( 1795 Ÿ à 459 d'autorité des commissaires civils, les vouèrent à l’exécration publique,
“out en protestant de leur fidélité à la France. Ils prociamèrent que
e but de Ia coalition était de s'opposer # la liberté générale publiée
par les commissaires civils qui, disaient-ils, pratiquaient, comme un de:
wir, le vol, le pillage et l'assassinat ; que ces commissaires avaient
butrepassé leurs pouvoirs, et qu'ils voulaient enlever St Dominate à
“la France, en ne la peuplant que d'africains. : Get acte était revêtu de
800 signatures. Jusqu'alers les coaiisés prétendaient ne pas méconnai-
“re l'autorité de la convention. —…. Savary écrivit à Bauvais commandant du Mirebalais pour Lane gager à
se réunir à la coalition. Bauvais dévoué aux principes révolutionnaires repoussa énergiquement sa proposiiron. Péu de jours après le drapeau blanc fut arboré à St-Marc; les hom:
mes de couleur _— du protectorat espagnol, les blancs du pro-
“eciorat anglais. Mais plusieurs frégates de S. M. B. vinrent mouiller
dans la rade avant qu'on eût eu des nouvelles de l’armée ‘espagnole
dont le général se trouvait à St-Raphaël ; et le major Thomas Brisba.
me, après avoir arboré surstous les forts le pavillon britannique, prit
Je commandement de la place. Il fit brûler au milieu des plus grandes
acclamations des habitants l'arbre de la liberté orné de banderoles ‘tricolores.
. Mais plusieurs frégates de S. M. B. vinrent mouiller
dans la rade avant qu'on eût eu des nouvelles de l’armée ‘espagnole
dont le général se trouvait à St-Raphaël ; et le major Thomas Brisba.
me, après avoir arboré surstous les forts le pavillon britannique, prit
Je commandement de la place. Il fit brûler au milieu des plus grandes
acclamations des habitants l'arbre de la liberté orné de banderoles ‘tricolores. — Les blancs et les anciens libres de lArtibonite auraient marché tout de
“suite contre le Port- Républicain , si Lapointe qui était à St-Marc ne les
“avait détournés de cctte entreprise. I leur dit que pour éviter la guerre
“civile, ilirait lui-même au Port Républicain , qu'il s’efforeerait de faire
entrer dans la coalition Pinchinat et A. Chanlaite, et que s'il réussissait, on déporterait Polvérel et Sonthonax sans effusion de sang. NH
«partit pour l'Arcahaice d’où il se rendit au Mirebalais. Il y gagna Rebelle homme de couleur, profitant de l'absence momentanée de Bau-
“ais qui était à la Croix des Bouquets, 11 se rendit ensuite à Léogane
où il gagna Labissoniére, aussi homme de couleur. Il eut l'audace
Wde se rendre ensuite au Port. Républicain. Sonthonax étonné de le voir
en cette ville et se doutant de ses projets anti révolutionnaires l'accueildit froidement. Lapointe se hâta de s'ouvrir à Pinchinat, à ChanlatMic et à Monbrun, Mais il les trouva inébranlablen:ent attachés à la cause
épublicaine. Pendant cet intervaile il fut dénoncé par plusieurs
“patriotes qui avaient fui de St-Marc. Le commissaire civil ordonna à
Moribrun de l'arrêter; Pinchinat qui croyait l'avoir détourné de son infâme
“projet l'en avertit. Lapointe s'embarqua dans [a nuit qui suivit
“pour. l’Arcahaie. Lorsque le, bâtiment qu'il montait passa près
“dun corsaire républicain mouillé dans la grande rade , le NiNeleur, il dit au capitaine de ce navire de se rendre à l’Arcahaic
dou il avait à lui livrer des sucres pour le commissaire civil. Le
“Niveleur apparcilla aussitôt. Le lendomain Lapointe arrivé à l'Area-
“haie fit descendre sur le rivage l’équipage du Kiveleur, arrèta le çaLE ; 160 = HISTOIRE D'ART -— ( 1793 } “ « protection sans laquelle nous ne pouvons espérer de survivre pitaine et les matelots, ct s’empara du bâtiment. I avisa aussitôt
Thomas Brisbane qui était à St.-Mare, qu'il s'était détaché de latRé | publique. Comme à St.-Mare Îles anciens fibres de l'Arcahaie voulaier se soumettre à l'Espagné quitraitait mieux que l'Angleterre ses affranen chis. Lapointe leur fit observer que le bourg de l'Arcahaie étant Sur, le littoral , les espagnols n'ayant qu’ une faible marine ne ous les protéger efficacement contre le bombardement des bâtiments de guers re mouiiles au Port- Républicain , et qu'il valait micux arborer lé pan villon’ britannique. Il réunit les blancs et les anciens libres” autou d'une croix qui se dressail au milieu de la Place d’Armes, étendié,
. Lapointe leur fit observer que le bourg de l'Arcahaie étant Sur, le littoral , les espagnols n'ayant qu’ une faible marine ne ous les protéger efficacement contre le bombardement des bâtiments de guers re mouiiles au Port- Républicain , et qu'il valait micux arborer lé pan villon’ britannique. Il réunit les blancs et les anciens libres” autou d'une croix qui se dressail au milieu de la Place d’Armes, étendié, à ses bras contre cette croix, et se mit à verser des larmes sur les dot
leurs du Christ sauveur du monde , et à sindigner contre les rép blicains déstructeurs de toutes re! igions. El dit ensuite à la foule | « La France notre mère-patrie en proie à des divisions intestines, résulte
« des crimes commis dans son sein, gémit sans doute sur notre situations « mais ne peut nous protéger; l'Espaguol indigné pareequ’il nous"
« croit les complices de tous les forfaits exécutés par une secle abos
« minable, nous menace d'entrer dans n#tre territoire dont il est déjà
« voisin, la-torche d’une main, et le poignard de l'autre, si nous
4 ne nous hâtons de reconnaitre sa puissance. L'Angleterren « touchée de nos malheurs , nous offre sa protection. Je sens, mes
« sieurs, quils est dur à des français que l'honneur a toujours gui:
« dés d'abandonner leurs drapeauxz; mais telle est la fatalité de not
«
« sort, quil faut opter entre le fer meurtrier des destrucieurs de I
plus riche des contrées ; la domination espagnoie ou la protection « anglaise. Je ne me permettrai pas de chercher à vous influencé” « loux de votre satisfaction que de la mienne, c’est à vous de pronom”
« cer. Je vous exhorte seulement à réfléchir sur vos Intérêts , sur nos « rapports commerciaux, el sur les avaniages que nous pouvons re# « tirer de ladoption d'un des: deux partis. Croyez, messieurs , que
« la France ne. saurait vous blâmer d'avoir chéréké à conserver. les « restes infortunés des hommes et &es propriétés de cette colonie. «a S'ilest des cas où l'abandon de ses drapeaux soit excusable, c'est
« Sans contredit alors que l’on est réduit au point où nous sommes”, « D'après cela, messieurs, prononcez et que la bannière de la nati®
« que vous aurez choisie, arborée sur vos forts, soit le signal d'un « long-temps aux trames ourdies contre nous. » E Après ce de discours il se fit un profond pie ence qui fut tout à cou
interrompu par les cris de vive S. M. B.! vive sa protection hr vi
Louis XVII! vivent tous les rois de la ou dt L? « par mon opinion, sur le parti que nous devons prendre. Plusjas | | | [l
ÿ | 1] * H y avait à l’Areahtie plusieurs failles’ de couleur très. dévouées. à République et très influentes , entre autres. la faille Leroux: a
/ 4 L 14 HISTOIRE D'ART. —( 1793 } + 161 _ fe Pendant que Lapointe fisait arborer sut. les forts le pavillon du roi
George F1, qu'on saluait de vingt un coups de canon, l'acte de laréds
dition de là place était signé par Thomas Brisbane major et commans
M" dé S'-Marc, et par tous lés officiers dela garde nationale, mans
taires des habitans de l'Arcahaié. Brisbane prit possession du quaré
fau non du roi George son maître. En réconi pense de sa tras
h n, Lapointe reçut des colons une. somme qui s'élevait, prétend
LR à 400,000 piastres. L'esclavage fut aussitôt rétabli das tout lé
ds
dition de là place était signé par Thomas Brisbane major et commans
M" dé S'-Marc, et par tous lés officiers dela garde nationale, mans
taires des habitans de l'Arcahaié. Brisbane prit possession du quaré
fau non du roi George son maître. En réconi pense de sa tras
h n, Lapointe reçut des colons une. somme qui s'élevait, prétend
LR à 400,000 piastres. L'esclavage fut aussitôt rétabli das tout lé Mitier de l'Arcahaie. Peu dé jours après, les habitans des Verrettes ét de là Petité. Ris
fière de Arubohité, ayant à leur tête Briquet et Morin, se Livrèrent
‘Aux espagnols. Routes ces trahisons irritaient de plus eñ nié -SohihônaE éontré ‘anciens libres. Il excita contre eux les nouvéaux libres ou ré? nérés dont il fürma une légion au Port-Républicain pour combat:
tre l'influence de la légion dé l'ouest composée €n grande partié
danciens affranchis dont il se défiait, Hi ques dans ce nouveau corps
comme officiers supérièurs deux noirs qui dotinaient les bandes du
Grand Fond, Dieudonné et Pompéé; el il nomma officier niunicipal
au Port Républicain Guiambôis en lequel il reconnaissait une intelliz cé assez développée. Cependant dans l'Ouést Bauvais , Piuchis
dt, Martial Besse, Clhanlatie, Monbrun; dans le Sud Rigaud ct
tous les hommés de couleur de cette dernière province, étaient d'un
dévouement sans borné à la libérté générale des masses: Pinchinat qui était aussi indigné que Sonthosax de là trahison d'u
Sgrand nombré d'hommes de couleur, répandit dans la colonie un
écrit adressé à ses frères égarés de l'Arti bonite. , Entre autres choses,
A leur disait
“« Cen est donc fai! le Soit conçu dépués le cotnmencément dé
€ " révolution par les colons blancs va enfin être exécuté : cet horri-
© bié projet, pérsonné ne lignore : cest de soulever les africains con
tre lés hommes de couleur , en léur insinuant que ces derniers
«s apposent à leur régénération HEURE |
L« Cest après avoir voufu assassiner le commissaire civil Sonthoïiaÿ que les liabitans réunis de S'Marc; des Verrettes, de la Petitée-Ris
& vière, ont arraché et mutilé l'arbre de la Hberté, foulé aux pieds Ja Mcocarde nationale, arboré l'étendard de ia révolte -contre l'autorité
« des délégués de la République , entretenu des correspondances avec
pe Anglais, reçu. les vaisseaux du roi d Angleterre dans leurs ports, Ps
LS onné l'exemple de la coalition la plus criminelle , et invité les
autres paroisses à entrer dans leur affreuse conspiration. … P Parfaitement insiruits de tous ces attentats, bien convaincus de la haine
és planteurs blatics contre la révolution française, les citoyens de * Æ # gouleur égarés, séduits ou cofrgmpus sont devenus traitres à la patrie} ÿ ‘1.
| De. | |
- 6 Je2 y HISTOIRS PHAïi.— (1793 ) et ceux de quelques pareisses ‘qui n'ont pas encore pris part à I
coalition , languissent dans une lâche et perfide neutralité. Cito*
yens , que fautil donc faire pour ranimer cette noble ardeur
que naguère vous manifestiez pour a liberté et l'égalité? qu'est des
venu ce-courage avec dJequel vous avez fait la conquête de ces mêmes”
droits que vous livrez aujourd'hui à la discrétion de vos tyranss
et de vos persécuteurs ? que signifiaient alors ces sermens-réitéré
ont pas encore pris part à I
coalition , languissent dans une lâche et perfide neutralité. Cito*
yens , que fautil donc faire pour ranimer cette noble ardeur
que naguère vous manifestiez pour a liberté et l'égalité? qu'est des
venu ce-courage avec dJequel vous avez fait la conquête de ces mêmes”
droits que vous livrez aujourd'hui à la discrétion de vos tyranss
et de vos persécuteurs ? que signifiaient alors ces sermens-réitéré de vaintre ou de mourir pour la patrie et l'égalité? Attendrez=
vous pour sortir de l'engourdissement dans lequel vous êtes enses
velis, que vous soyez placés enire da 1yrannie et da liberté, au milie®
des torches «et des poignards? . Pouvez-vous rester ep suspehs ? Vous
oubliez que vous êtes du sang africain; si la voix de la nature ne
trouve pas d'accès dans vos cœurs endurcis, ne devez-vous pass
par reconnaissance, vous décider-en faveur des noirs qui vous ont sers
æ vi de remparts contre les colons blancs; sans les noirs, 1l ne serait,
æ plus question depuis longtemps de votre existence. » * - | 4008 À à À À à à À À À À à « ss Pinchinat termina son ‘adresse en rappelant aux hommes de couleur
l'état abject dans lequel 1ls étaient plongés avant 4789, les persécutions»
que les colons blancs avaient exercées sur eux depuis cette époque,
les décrets de l’Assemblée nationale en leur faveur; et en leur re
prochant leur ingratitude envers la révolution française qui avait tout
fait pour relever leur eouleur avilie. Il leur fit un crime de pactiser
avec les colons blancs contre les noirs émancipés par la proclamatio®
du 29 Août 1793. | “+ Pendant cet intervalle Labissonière maire de Léogane et Tabi Salée "efficier militure, adoptaient le traité d'union des habitans de l’Artis
bonite. Ils envoyèérent des députés à Jérémie; et le conseil de cette
ville embarqua pour Léogane une compagnie de soldats anglais, sous,
les ordres du capitaine Smith. Celui-ci prit possession de la Place de
Léogane au nom du roi George, et y rétablit l'esclavage. L'air re
tentit de nouveau du bruit des fers de l’esclaye et du fouet du coms
mandeur ; le sol fut de nouveau arrosé du sang des cultivateurs.. ; Pinchinat était dans le vrai quand il disait que sans les noirs l'exiss ‘ #ence des hommes de couleur ne serait plus une question à St-Do*
mingue. On est aussi dans le vrai quand on dit que sans les hommes,
de eouleur la cause de la liberté générale n'aurait pas triomphé à St
Pomingue. Les deux casies n'ont terrassé leurs anciens oppresseurs, LA * Malgré tous nos efforts, nous n'avons pu nous procurer un exemplaire.
de cet écrit; mais nous devons l’extrait que nous venons de transerire à,
Vobligeance d'un de nos compatriotes, le citoyen Merlet père, vieillard qu
mingue. On est aussi dans le vrai quand on dit que sans les hommes,
de eouleur la cause de la liberté générale n'aurait pas triomphé à St
Pomingue. Les deux casies n'ont terrassé leurs anciens oppresseurs, LA * Malgré tous nos efforts, nous n'avons pu nous procurer un exemplaire.
de cet écrit; mais nous devons l’extrait que nous venons de transerire à,
Vobligeance d'un de nos compatriotes, le citoyen Merlet père, vieillard qu A Ëté temoin actif de la plupart de nos drames révolutionnaires, et quisen
a conservé de bonnes notès, Nous lui devons aussi l’extrait de l’autre écri de Pinchinet que nous avons transcrit à la page 157. HISTOIRE D'HAITI—( 3798 ) 164 der réunissant leurs forces: les blancs colons, soutenus par la mosse $s mulâtres auraient maintenu la servitude : soutenus par Îa masse noirs, auraient exterminé les hommes de couleur. Dansla Grand’.
Anse les coions et Îes anglais trouvant lés esclaves dévoués à leurs in.
D, maintinrent le système de la servitude; et firent disparaître
15 mulâtres ; dans plusieurs cantons dé l'Artibonite, et à l’Arcahaie,
ls colons et les anglais souterius par les anciens libres, maintinrent les
noirs dans l'esclavage. La liberté générale ne fut sauvée que par l'umon étroite qui existà entre les Jaunes et les noirs; entre les anciens
ét les nouveaux libres, du Nord, de l'Ouest et de tout lé Sud, en
éxceplant toutefois la Gränd’Ansé. Nous ne devons pas oublier que
Jean François et Brassou ont toujours servi, et que Toussaint luième servait encore jusqu alors, à là têie de nombreuses bandes, la
cause du roi d'Espagne qui rét: 1biissait l'esclavage. L'intérêt réel des
foirs ét des hommes de couleur était, à cette époque, de combattre pour la
République française qui seule les avait émancipes. Ceux qui s'étaient pro:
noncés contre elle étaient des esprits-égarés , ou des cœurs corrompus qui
asservissaient leurs sembiables. Les hommes de couleur ëêt les noirs devaient se réunir pour écraser le parti colonial, car en combattant soit
pour lAngleterre Soit pour l'Espagne, es us et les autres eussent
fétabli l'ancien régime, c'est-à-dire l'avilissemént et la servitude. . C'est
üne grave erreur que d'avancer qu'üne casté sauva l'autre de PasserMssement : le noir fut redevenu esclave, sil avait abandonné l’homme
de couleur pendant la lutte; le mulâtre fut redevenu le misérable affranchi, le vil protégé du blanc, s'il avait abandonné le noir. Nous
verrons en effet les noirs et les hommes de couleur de la Grand’Anse
ét de St Marc qui.s étaient ralliés aux Anglais, être courbés de nouYéau contre la terre sous le fouet du commandeur, ou périr victimes
de la fureur des colons: Nous avons déjà vu que les anciens libres
avaient été exterminés à Jérémie où les noirs s'étaient prononcés pour
Je blanc, et que l'esclavage y avait élé maintenu avec ses tortures.
… Pinchinat était indigné contre les mulâtres de lArtibonite ; parce
tqu'il reconnaissait qu'un sordide intérêt les armail contre la liberté
générale : ils étaient en grand nombre possesseurs d'esclaves. IE
Méur rappeläit que ces mêmes esclaves, dans de nombreux quartiers ,
tSélaient soulevés en leur faveur , au comineñcement de la révolution,
Worsque les blancs soutenus par les troupes de la colonie, les traquaient
éomme des bêtes fauves.
W…. Dans la province du Nord les Espagnols obtenaient d importans succcès par la trahison de la plupart des anciens libres dü cordon de l'ouest
qui Jivrèrent à Toussaint Louverture le Gros-Morne , Terre-Neuve , FAul, le Limbé, le Port-Margot, Plaïsance. Porchet commandant is
| Plaisance et les troupes européennes” qui occupaient ce bourg, n
Woulant pas se rendre aux Espagnols , s€ retirérent én bon ordre a#
Port-de-Paix. Cette dernière ville eut ouvert ses portes à Simon Gau-
des anciens libres dü cordon de l'ouest
qui Jivrèrent à Toussaint Louverture le Gros-Morne , Terre-Neuve , FAul, le Limbé, le Port-Margot, Plaïsance. Porchet commandant is
| Plaisance et les troupes européennes” qui occupaient ce bourg, n
Woulant pas se rendre aux Espagnols , s€ retirérent én bon ordre a#
Port-de-Paix. Cette dernière ville eut ouvert ses portes à Simon Gau- / BR... . ee
À 17
| k.
_ È t à
É s 164 misToine Dam —( 1703 ) ‘(0 = |
{ || lard, maître du camp. Lacorne, sile commandant Dubois n’avait opposé |
la plus grande énergie aux dispositions anti-révolutionnaires des blancs”,
et des anciens libres. En même temps Joan Delaire homme de cou”
leur livrait Jean Rabel aux espagnols ; mais les. anglais y vinrent en
forces supérieures ; et les espagnols leur cédèrent la places! 1
” Toussaint Louverture le plus intelligent des chefs noirs qui.combattaient
@ontre la République, contribua beaucoup à donner de Pascendant”
dans le Nord aux armes du roi d'Espagne. Les habitans des Gonai
ves et les colonels ÆCaze, Paul Lafrance lui envoyèrent une dépus
tatien qui l'invita à venir s'emparer de cette ville. Il y entra sans,
coup férir et fut reçu magnifiquement. A son approche, un des bas
taillons de la légion de l'Ouest avait évacué les Gonaives et s'était pos,
üré au-delà de l’Ester. Il eut la générosité d'envoyer aux répubhcans,
leurs malades «et leurs blessés. Après avoir confié le commandement
de la Coupe à Pintade au fieutenant-colonel Clervaux, il se rendit a
St. Raphaël où le marquis d'Amonas général des troupes européennes"
espagnoles lui fit don dune épée et d'une décoration. Il aila ensuite”
à St. Michel de l'Atalaya où le général don Cabrero le fêta magni
fiquement ; il'assista ensuite à plusieurs combats de taureaux. H se transe
porta à la Marmelade ‘où il établit son quartier général. “11400
_ Pendant ce temps Biassou voulant se montrer aux populations de”
FaArtibonite, était venu aux Gonaïives avec un état.:major nombreux et
brillant. Les habitans lai donnèrent des fêtes pompeuses où:1l déploya
un luxe prodigieux. Il quitta les Gonaïves après y avoir laissé en gars
nison un régiment espagnol européen. | 7 Le marquis d'Almonas fut rappelé à Sto. Domingo; et le général
don Léonard le remplaça dans le commandement en chef des troupes
espagnoles de la province du Nord. Jean François toujours envieux
de Toussaint Louverture, indisposa contre lui don Léonard: par! de
faux rapports; Il faillit même le faire assassiner par le brigadier Thos
mas. commandant du camp Barade. Ce fut sans résultat que Tous
saint reprocha à don Léonard d’avoir, prêté une oreille complaisantes
aux éalomnies de Jean François. Dés lors il songea sérieusement
abandonner la cause espagnole. ET
pagnoles de la province du Nord. Jean François toujours envieux
de Toussaint Louverture, indisposa contre lui don Léonard: par! de
faux rapports; Il faillit même le faire assassiner par le brigadier Thos
mas. commandant du camp Barade. Ce fut sans résultat que Tous
saint reprocha à don Léonard d’avoir, prêté une oreille complaisantes
aux éalomnies de Jean François. Dés lors il songea sérieusement
abandonner la cause espagnole. ET Pendant ce temps Sonthonax désespérait, de la. république. dans le
Nord où le gouverneur Laveaux et le chef de brigade Viate se maintes
naientà grand peine sur les ruines du Cap. Ilattribuait tous ces mal
heurs aux blancs royalistes et à la trahison des anciens libres.
ordonna, leur désarmement, dans les quartiers encore soumis à, larré*
publique. Dans le courant de Décembre, le général Martial Besse
à Jacmel, l'adjidant-général. Monbrun, au Port-Républicain., en ar
rêtérent un grand nombre. Quant à Monbrun il ne fit emprisonner.
que des,blancs ; ee qui. indigna Sonthonax qui voyait: beaucoup «de
traîtres, parmi les, hommes de couleur. Mais déjà la légion, de l'Ou*
est. se monirait plus dévouée, à Moubrun qu'au sommissaire. civil. Le - HigrorRr D'HALTE, ee 1793 à 165 tablissement de: Ksntie dans les fquartiers occupés par les en. lis excita de terribles soulétéméns. Dans les campagnes de l'Artibomie et de Léogane, les noirs s'armèrent contrée eux. Comme ils Ss'atcas
goaient ct brülaient tout les anglais dans leurs É r les traitaient
de brigands. Quant aux anciens libres de St-Marc, ils appelaient les
isurgés congos {out nus, car ils étaient presque nus.
F Sonthonax envoya l'ordre au général Eaveaux d’être impitoyable en*
vers les royalistes ; et s'il y était contraint, de livrer Les villes aux
flammes, de les abandonner, ét de se retirer avec les bandes dé Pier.
rot, de Zéphirin, de Barthélemi au sommet des plus hâutés monta. s, boulevards de la liberté. Hi fit dresser une guillotine au Porte
Républicain, sur la place qui s'étend au pied de là Terrasse. Beu de
Jours après un blane royaliste, nommé Pelou, naüf de Rouen, fut condämné par læ cour martiale du Port Républ: cain. Au lieu de le faire
fusiller ,, Sonthonax voulut essayer sa guüillotine. Tout le peuple rempuit la Place pour voir fonctionner cet instrument. Quand la tête de
Pelou tomba dans le panier, un ri d'horreur sortit de la foule. Cette:
Mideuse machine effraya l'imagination impressionable des noirs qui se
précipitérent sur elle et la renversèrent. Depuis cette époque, onn'en
dressa plus jamais en Haïti. |
l: cain. Au lieu de le faire
fusiller ,, Sonthonax voulut essayer sa guüillotine. Tout le peuple rempuit la Place pour voir fonctionner cet instrument. Quand la tête de
Pelou tomba dans le panier, un ri d'horreur sortit de la foule. Cette:
Mideuse machine effraya l'imagination impressionable des noirs qui se
précipitérent sur elle et la renversèrent. Depuis cette époque, onn'en
dressa plus jamais en Haïti. | Au milieu de tant de catastrophes, Polvérel montrait au peuple du
Sud une figure calme et grande. Quand il apprit les orüres que son
collègue avait envoyés à Laveaux, il lui écrivit « qu'il lui tardaÿ au.
@tant qu'à lui que les révoltés ‘fussent punis, et que: la liberté gé-
@nérale triomphât, mais qu'il n’approuvail pas les moyens quil emæployait. Les flammes! dit-il, vous vouez donc à l'incendie
tous. les édifices, toutes les plantations des quartiers où la. révolte
@sest manifestée! vous voulez donc que les guerriers et les: eulti-
@xaicurs perdent toutes les propriétés qui leur étaient destinées par
@lémigration, la révolte ou là trahison des anciens propriétaires...
« Ainsi la plus belle entreprise que des hommes puissent faire pour
le rétablissement des droits de l'homme, pour la liberté et l'égalité,
«pour Ja paix et la prospérité de St. Domingue, n'aboutira qu à des-
«honorer les entrepreneurs, perdre la colonie sans rélour et river pour
eioujours les chaînes des africains dans les Antilles; car c'est de aunoire succès que doit dépendre leur sort chez :les autres puissances
@.. Je-vous crois sincère, mais. peul- être n : a t-il pas vingt personnes dans la colonie qui pensent comme moi. Que disent les
a révoltés : Sonthonax ne respire que le feu, le feu le suit partort;
ail à donné l'ordre à Finiels de tout brûler en. cas de retraite forcée ; ;
il a donné le même ordre à Laveaux ; la ville du Cap a été brûlée
4SOUS ses yeux et par ses ordres, La plaine de Léogane l'est sous
MT DEUX Et pair ses Ondres. À : . « . so ee +» ++ +. + «+ L)
& À e. . . e 0] « Je m'enterrerai s'il le faut sous les ruines de St. Domingue : mais | 416$ | ( HUSTOIRE D’HAITI.—( 1794 ) « je n'en provoquerai pas la: destruction. :h..: 0 .Ne brül
4 rien, conservons tout, sauvons, la colonie , la liberté et l'égali
« mais _entendons- nous une fois ,et que je sache pourquoi je me be
La contre qui jet me bats, et quels sont nos ennemis. » = Sonthonax lui proposa de partir pour France afin dy aller chers
cher des secours. Il jui répondit que ce serait manquer à leur devoi
que d'abandonner alors la colonie; qu'il fallait faire face au dangers
que le temps quils mettraient pour aller chercher des secours, la co
lonie serait livrée à l'ennemi; et qu'il aurait le courage de rem]
sa mission | jusqu au bout ge et de Pere, s'il le fallait, +60 Donne EX RUE un, RO em ENS UT LS RE
ax lui proposa de partir pour France afin dy aller chers
cher des secours. Il jui répondit que ce serait manquer à leur devoi
que d'abandonner alors la colonie; qu'il fallait faire face au dangers
que le temps quils mettraient pour aller chercher des secours, la co
lonie serait livrée à l'ennemi; et qu'il aurait le courage de rem]
sa mission | jusqu au bout ge et de Pere, s'il le fallait, +60 Donne EX RUE un, RO em ENS UT LS RE L] à SEE
Ai CES EÏVRE DIXIÈME. aoæ D Sommaire. Le commodore Ford fit sommer-le Port-Républieain.— Conduite énergique” dé Sonthonax — L'escadre anglaise se retire—Le Mirebalais tombe au pouvoir des es
pagnols.—Le coloncl Spencer prend Tiburon:— Nouvelles démonstrations des anglais devant le Port-Républicain—Les espagnols se rendent maîtres du KFort-Dauphin—Arrivée en France des députés. de St: Domingue —[Les mâchinations du parti
colonial contre la liberté des noirs et dss sangs-mêlés. sont dévoilées à la France.
Les députés de St Domingue sont reçus à la Convention. Nationale. —La Convention. Nationale décrète l'abolition de l’esciavage—Fête à Paris, dans le temple
dela Raison, de l'abolition de l'esclavage.--Conduite héroïque de. Laveaux au:
Pori-de-Paix.—Il repousse les attaques des anglais. —Les anglais prennent. l'Acul de
Léogane —Sonthonax suspecte la. fidélité detons les hommes de couleur à la République Française—Il excite contre eux les noirs du Cul-de-Sac.—Halaou.—Il vient
au Port-Républicain—Sonthonax iui fait une magnifique réception.—Halaou pénètre
à la Croix-des-Bouquets —5a mort.Combat livré au Port Républicain: par Mon--
brun à: Desfourneaux.—£onthonax subit la prépondérance des hommas de couleur.
Mort de Bébé Coutard.—Les anglais sont repoussés de Bombarde.—Attaque in--
fructueuse de Rigaud contre Tiburon—Famine aux Cayes.—Polvérel expécie un
navire pour Aquin.— Le navire est pris par les anglais— Le gouverneur de la
Jamaïque fait vendre aux espagnols de la Cote-Feime soixante-dix soldats noirs et:
jaunes de la:légion de l'égalité du Sud:—Détresse du. Port-Républicain.—Les an- ,
glais. prennent cette ville —Sonthonax. et Polvérel se retirent à la Coupe—Pareles de Sonthonax à Dieudonné —Les commissaires. civils arrivent à Jacmel.—Ils
y reçoivent: Î8 décret: d'accusation lancé contre eux—Lettre de Polvérel à Rigaud'
Le décret: de la liberié générale arrive offiviellement à: St Domingue.— Départ
des commissaires. civils. pour France.—Lutte d'autorité entre Bauvais ct Monbrun
à Jaemel—Pinchinat: et Rigaud pris pour médiateurs — Ils condamnent la. conduite
de Monbrun.—Rigaud fait. déporter Monbrun pour France.
y reçoivent: Î8 décret: d'accusation lancé contre eux—Lettre de Polvérel à Rigaud'
Le décret: de la liberié générale arrive offiviellement à: St Domingue.— Départ
des commissaires. civils. pour France.—Lutte d'autorité entre Bauvais ct Monbrun
à Jaemel—Pinchinat: et Rigaud pris pour médiateurs — Ils condamnent la. conduite
de Monbrun.—Rigaud fait. déporter Monbrun pour France. Les anglais possédaient le Môle, St: Marc, V'Arcahaie ; pour qu'ils fussent - Jés maitres de la baie dela Gonave, il ne leur restait plus qu'à s'empar #. 168 * misrormpep’marri.—( 1794 )
rer du Port-Républicain. Le commodore Ford dans l'espoir d'en gagner.
les habitans vint mouiller vis-à-vis du fort Bizoton dans la nuit du premier“
au deux Janvier 1794, avec une escadre composée des vaisseaux l'Eutro=
pe, le Sceptre, et de la frégäte la Pénélope. Comme il n'ignorait pas la
mésintelligence qui existait déjà entre Monbrun et le commissaire cie
vil, il croyait pouvoir compter sur les hommes de couleur. Du reste;s
il n’y avait que peu de forces en cette ville: le Ase. régiment euro
péen ci-devant d'Artois, la légion de l'Ouest et le nouveau corps des
régénérés. D’après les ordres de Ford le commandant. de la Péné
lope, Rowiey, se rendit en parlementaire auprès de Sonthonax. Il fut
aussitôt conduit au palais national, Il était suivi dun peuple noms
breux qui ne criait que vive la République! mort aux traitres ! a bas
les anglais! Rowley offrit à Sonthonax de l'entretenir en particulier, « Un républicain n'a rien à entendre secrètement, répondit le com:
missaire civils parlez publiquement, ou retirez-vous. » L'anglais dit à la foule quil était venu sommer le délégué de Ia Ré
publique de lui remettre la place qui serait sous la protection de S;
M. B., qu'on offrait aux habitans du Port-au-Prince, les mêmes con:
ditions qu'à ceux de St, Marc; que le roi d'Angleterre accorderait
à la fin de la guerre de grands privilèges aux gens de couleur. Hl
annonça ensuite à Sonthonax que Île commodore Ford attendait des
forces imposantes de la Barbade, et que la résistance serait mutile ; que
du reste plusieurs villes de France étaient tombées au pouvoir des anglais.
la place qui serait sous la protection de S;
M. B., qu'on offrait aux habitans du Port-au-Prince, les mêmes con:
ditions qu'à ceux de St, Marc; que le roi d'Angleterre accorderait
à la fin de la guerre de grands privilèges aux gens de couleur. Hl
annonça ensuite à Sonthonax que Île commodore Ford attendait des
forces imposantes de la Barbade, et que la résistance serait mutile ; que
du reste plusieurs villes de France étaient tombées au pouvoir des anglais. Le roi d'Angleterre ne désire plus que les bâtimens marchands qui
sont dans la rade, dit ironiquement Sonthonax, Ces navires seront
de bonne prise, répliqua Rowley, puisque S. M. B. fait la guerre àla
France. Eh bien! s'écria Sonthonax , si nous étions contraints d’aban-“
donner le Port-Républicain, $. M. B. n'aurait de ces navires que la fumée, «
car les cendres en appartiendraient à la mer, Le parlementaire se retira
au milieu des cris de vive la République! vive le commissaire civil!
Sonthonax mit aussitôt la ville en état de résister à un bombardement : il confia le fort l'Ilet aux équipages des bâtimens marchands,
sous les ordres du capitaine Adeélon; réunit toutes les auiorités civis
les et militaires, et leur fit connaître les propositions du commodere
Ford. Pinchinat, les généranx Antoine Chanlatte, Desfourneaux et“
Monbrun, jurèrent de vaincre ou de mourir pour la République: Le“
capitaine Adelon porta la réponse du commissaire civil au commodere”
Ford; Sonthonax lui disait que les anciens libres de toutes les couleurs”
étaient réunis de cœur et d'esprit pour la défense de la liberté géné-«
pale; et qu'ils ne souffriratent Jamais que leurs frères fussent plongés une seconde fois dans l'ignominie et dans la barbarie d’un préjugé:
devenu intolérable chez un peuple éclairé, ‘11 lui annonça la prisedem
Toulon sur les anglais , sans le savoir, ear elle n’avait eu lieu que des puis quelques jours; mais sa confiance dans le suecès des armes ré “ Len, LÉ. 5: en Sie ÊTRE ps: EE 2 publicaines était igébranlable, one aus Ù ele RM 5 A ra EL 2 HISTOIRE D'HAtTI—( 1794 ) . 169 “Le lendemain Ford menaca de bombharder la place, si elle ne se
Yendait pas. « Commencez , Monsieur le commodre, lui répondit Son.
@thonax; nos boulets sant rouges et nos canonniers sont à leur pos “+ te. » L'escadre anglaise s’éloigna. seit à | 4 : —…Presque.en même Lemps (8 Janvier) le Mirebalais tombait au pou.
voir des espagnols. Le général Bauvais n'abandonna la place qiraprès
une heure d'un combat meurtrier. Il se retira à la Croix-des Bouquets; et Mr Despinvilie commanda au Mirebalais pour Île roi d'Espagne. RE ’ Un mois:après les anglais s'emparaient de Tiburon d'où ils avaient
dé repoussés une première fois. Cette ville armée de vingt deux piès
ces. de canon étaient défendue par 500 républicains noirs et de cou
leur sous les ordres de Dartiguenave. Le 2 Février dans la soirée l’escare anglaise mouilla dans la rade, pendant que les chasseurs noirs de Jean
Kina se retranchaient aux Irois pour ménager une retraite aux anglais
en cas qu ils éprouvassent un échec. A la pointe du jour du 3 les vais-
és une première fois. Cette ville armée de vingt deux piès
ces. de canon étaient défendue par 500 républicains noirs et de cou
leur sous les ordres de Dartiguenave. Le 2 Février dans la soirée l’escare anglaise mouilla dans la rade, pendant que les chasseurs noirs de Jean
Kina se retranchaient aux Irois pour ménager une retraite aux anglais
en cas qu ils éprouvassent un échec. A la pointe du jour du 3 les vais- “seaux par plusieurs bordées balayérent le rivage; Îles troupes anglaises
européennes ayant. à leur tête le lieutenant-colonel Spencer, débar-
“quérent sous la fusillade des républicains, se mirent en bataille, mar.
chérent contre eux, les taillèrent én pièces et enlevèrent Tiburon.
Spencer fit cent-cinquante prisonniers ot trouva l'arsenal de la ville garni de poudre. D'après les bullétins des anglais, ils n'auraient COMPe “6 que trois hommes tués, et onze blessés. i Pendant ce temps Sonthonax ranimait le patriotisme des habitans
du Port-Républicain. Le commodore Ford se présenta de nouveau
devant cette ville où il répandit des proclamations de John Gervis
amiral, et de Charles Gray vice amiral du roi George, dans lesquelles la République était représentée toute souillée de crimes , et l'Assemblée de F rance traitée de prétendue convention nationale. Monbrun reçut “une {titre de Larue émigré qui ne pouvait que l'éloigner davantage
deSonthonax: on lui disait de se livrer aux anglais avec lesquels
Sonthonax traitait déjà secrètement, Geite calomnie produisit son
meliet ; elle augmenta l’animosité qui existait déjà entre Monbrun et
“le commissaire civil, Patrice Smith, commandant de Léogane, s’efforçait, de son côté, de rallier aux anglais les homines de couleur de
POuest en leur donnant l'assurance des bonnes dispositions du gou-
“ernement britannique à leur égard. Le commodore Ford s’éloigna
une seconde fois du Port Républicain, en présence des mesures éner- “giques prises par Sonthonax. |
… Le 3. Février, la République perdit le Fort Dauphin, boulevard de
là province du Nord, du côté de la partie espagnole. Les commissatres civils avaient confié à Candy le commandement de cette place,
Les Espagnols la bloquaient par Lerre et par mer. Un caboteur nommé Juan Delmonte gagna le commandant du fort Labouque qui proÿ tège. Le port, et le vaisseau espagnol San Ramond de 64 capons y pés
thonax. |
… Le 3. Février, la République perdit le Fort Dauphin, boulevard de
là province du Nord, du côté de la partie espagnole. Les commissatres civils avaient confié à Candy le commandement de cette place,
Les Espagnols la bloquaient par Lerre et par mer. Un caboteur nommé Juan Delmonte gagna le commandant du fort Labouque qui proÿ tège. Le port, et le vaisseau espagnol San Ramond de 64 capons y pés 170 8 | IMISTOIRE D'HAITE ——É 179€) nétra sons obstacle. Alors Candy fit un traité de capitulation avee Far
miral Don Gabriel Aristizabal, à condition. que Jean François et ses
bandes ne seraient jamais introduits ‘dans la ville. Quand les espagnols: à
se furent emparés de tous. les points de la place, ils violèrent les dis
positions de la capitulation, arrêtèrent Candy, et l'envoyérent au Mexr=
que dans les travaux des mines. Candy s’échappera des mains des espa=
gnols en 4797 et reviendra à St Domingue d'où il sera déporté par
Sonthonax qui ne. verra en lui qu'un traître et un ennemi de ja race
noire. {1 l'accusera d'avoir immolé au Trou 200 noirs. Don Joaquim=
de Saso du régiment de Porto-Rico. prit le commandement du Fort.
Dauphin. H se montra bientôt dégomé de cette charge. H écrivit à
Don Garcia gouverneur de S'-Domingo: « On n'a pas besoin de mi-
« litaires pour conduire une guerre de Pater Noster et: d'Ave Maria; le
« pêre Velasquez suflit Au surplus je suis habitué à me bat-
« tre, et non à cajoler. » IL faisait allusion aux caresses que l'on
prodiguait à Jean François pour le- retenir dans les rangs espagnols:
_ Pendant cet intervalle, trois des cinq députés de St-Domingue à la Convention nationale , Mars Belley noir, Dufäyblane et Mills métis, représen-"
tanila province du Nord, que Sonthonax avait fait nommer par l'Assemblée
électorale du Cap, étaient arrivés en France. Ils étaient cliargés de
demander à la Convention la confirmation de la liberté générale pros «
clamée par les commissaires civils. Presque en même temps qu'eux
étaicni arrivés Boisrond et Castaing hommes de couleur ,. Vergniaud®
-sénéchal du Cap, chargés par Sonthonax d’exposer à la: Convention «
l'état de S'-Domingue, et de lui faire un rapport sur les évènemens
qui s’y étaient passés. | | k
Victor Hugues qui avait habité la colonie, ennemi implacable de la
liberté des noirs et des jaunes, président du tribunal révolutionnaire «
de Brest, dès qu'il apprit que les députés de S'"Domiague étaient dé"
barqués à Lorient, obtint de Prieur de la Marne, l'autorisation em
faire apposer les scellés sur leurs papiers, les représentant. comme des
Brissotins, des Fonfrédistes. Il {it arrèter Boisrond et Castaing qui furent
envoyés au tribunal révolutionnaire. Le contre amiral Cambis que Ge
net, ambassadeur de la République aux États-Unis, avail envoyé en
France, fut aussi arrêté. Les coions Jacobins lur firent un. crime d'ê-"
tre né à Chartres, et d'être par conséquent le. compatriote. de Brissot.
Son véritable crime, à leurs yeux, fut de s être toujours soumis, &
St.-Domingue, aux réquisitions de Sonthonax.et de- Polvérel.: Quant a
Boisrond et à Castaing, Victor Hugues ne leur pardonnait pas d'avoir
été membres de la commission intermédiaire. Pendant ce {emps Page:
et Brulley qui étaient à Paris, avaient appris l’arrivée à: Lorient des
députés de la province du Nord. lis se rendirent aussitôt chez: AMar
qu'ils avaient gagné depuis longtemps, eu. lui dirent que St:-Dominguen
_Sgrail perdu sans ressources, si ces députés parvenaient à justifier, la: 1
conduite de Sonthonux et de Pohérel et à faire convertir en loi la pro
iaire. Pendant ce {emps Page:
et Brulley qui étaient à Paris, avaient appris l’arrivée à: Lorient des
députés de la province du Nord. lis se rendirent aussitôt chez: AMar
qu'ils avaient gagné depuis longtemps, eu. lui dirent que St:-Dominguen
_Sgrail perdu sans ressources, si ces députés parvenaient à justifier, la: 1
conduite de Sonthonux et de Pohérel et à faire convertir en loi la pro Du DE ne à ES EN ER pa IISTOIRE D'HAITI.—( 1704 ) 17À “lamation du 29 Août 1793 relative à la liberté générale. Ils obtin-
“rent par l'entremise d'Amar un ordre du comité de süreté générale par lequel les députés furent arrêtés et incarcérés. = Cependant les Mantagnards eommençaient à être éclairés sur le rôle
infime que jouait en France le parti colonial. Thuriot venait de dévoiler à la nation toutes les machinations de ces royalistes aux bonnets
rouges contre la liberté des noirs. Barrère indigné d’avoir été lui même
trompé par Page et Brulley les appela princes colons dans un entretien “qu'il eut avec eux. Ceux des komnies de couleur arrivés à Paris qui n'avaient point été emprisonnés, placardèrent dans les rues des lettres
de Page et de Brulley en faveur de la royauté avant le 10 Août. De
leur côté, les députés de St-Domingue envoyèrent à la Convention nationalé le 44 Pluviôse an 2 (2 Février 1794,) une adresse énergique » contre les viles menées du parti colonial. Le lendemain ïls furent mis en liberté; et le même jour ils se présentèront à la Convention. C'était le 45 Pluviôse an 2 (3 Février 1794); Vadier présidait la Convention nationale. Un des députés, N: . . . . se leva : « Au nom du
comité des décrets. Citoyens, votre comité des décrets a vérifié les
pouvoirs des députés de S1.-Domingue à la représentation nationale , par là colonie de St-Domingue; il les a trouvés en règle. Je vous propose de les admettre au sein de la Convention. »
Camboulas : « Depuis 1789, un grand procès restait en Suspens ; - Faristocratie nobiliaire et l'aristocratie sacerdotale étaient anéanties , { mais l'aristocratie cutanée dominait encore; celle ct vient de pousser
le dernier soupir, l'égalité est consacrée ; un noir, un jaune, un
blanc vont siéger parmi vous, au nom des cito;ens libres de St. Domingue. » (L'on applaudit. ) Danton ,.ce beau piedestal du peuple, qui fut si sauvent dominé
par des élans de générosité se leva et dit: « Oui l'égalité est consacrée, mais il faut que l'arbitraire cesse; et je demande que le comité des colonies vous fasse un rapport sur les persécutions qu’on à fait ® éprouver aux noirs, en France, depuis 1787. »
- Gette proposition fut arloptée. « Une musique militaire se fait entendre; Pair retentit des airs ché
& ris de la révolution; des canonniers ouvrent la marche, des citoyens
« armés les suivent; s’avancent ensuite des citoyens portant de gran-
« des chaudières remplies de salpêtre. Le cortège est terminé par un
ité des colonies vous fasse un rapport sur les persécutions qu’on à fait ® éprouver aux noirs, en France, depuis 1787. »
- Gette proposition fut arloptée. « Une musique militaire se fait entendre; Pair retentit des airs ché
& ris de la révolution; des canonniers ouvrent la marche, des citoyens
« armés les suivent; s’avancent ensuite des citoyens portant de gran-
« des chaudières remplies de salpêtre. Le cortège est terminé par un grand nombre d’autres citoyens, portant des petles, des pioches
« et tous les instrumens nécessaires pour la fouille des terres. La salle
« retentit des plus vifs applaudissemens. » * Après qu'un des ciloyens du cortège eut rendu compte des travaux des Parisiens pour obtenir du salpètre, les trois députés de St-Dominr# Moniteur Français, 172 HISTOIRE D'Hatrr.—( 1794 )
! ) ! gue entrérent dans la salle. La figure noire de Belley et la figure jaute
de Miils firent éclater le plus grand enthousiasme ; les applaudissemens.
furent plusieurs fois répétés. | te Lacroix d'Eure et Loir prit la parole: « Depuis longtemps PAssém-
« blée désirait d’avoir dans son sein des hommes de couleur qui furent
« Opprimés pendant tant d'années. Aujourd'hui elle en posséde deuxs
«je demande que leur introduction soit marquée par l’accoladesfras
« ternelle du Président. » Cette motion fut décrétée au milieu des acclamations. Les trois députés de St.-Domingue s’avancèrent vers le Président 3
ils en reçurent le baiser fraternel. (La salie retentit de nouvelles aecla=,
matlons. ). “y Le lendemain 16 Pluviôse an 2 (4 Février 4794.) la Convention était
nombreuse ; Vadier la présidait encore. Un des trois députés de St.-
Domingue « fit un rapport sommaire sur les évènemens qui y avaientew
« lieu. Il remonta à la cause des malheurs auxquels elle avait été en
« proie : 11 la vit dans la politique odieuse et les intrigues de PAn-
« gleterre et de l'Espagne, qui voulant faire perdre à la République
« celle colonie intéressante, avaient trouvé le moyen d'y organiser la
« guerre civile. Mais les nègres armés pour la cause de la: France
« avaient déjoué, par leur courage, ces perldes projets, -et avaient
« demandé pour prix de leurs services la liberté qui leur avait été ac-
« cordée.. L'orateur conjura la Convention de confirmer cètte promes®
« se, et de faire jouir pleinement les colonies des bienfaits de la li-
« borté et de l'égalité. » |
. H parka des persecutions qui avaient été dirigées contre eux aux
Etals Unis par les colons et lés émigrés français. «Ceux qui sontà:
« la tête de ectte inquisition, dit-il, dans le continent de l'Amérique.
«sont Talon et Noulles, et quatorze ou quinze mille émigrés de:
« lrance et ecux de St-Domingue, sont leurs agens. » |
des bienfaits de la li-
« borté et de l'égalité. » |
. H parka des persecutions qui avaient été dirigées contre eux aux
Etals Unis par les colons et lés émigrés français. «Ceux qui sontà:
« la tête de ectte inquisition, dit-il, dans le continent de l'Amérique.
«sont Talon et Noulles, et quatorze ou quinze mille émigrés de:
« lrance et ecux de St-Domingue, sont leurs agens. » | « Si était permis de parler de soi, continua t-il, nous pourrions ajou-
(cr: ce sont encore eux qui par une suite de leur système ont voul&
nous faire assassiner à notre débarquement à Philadelphie, parles émigrés français réfugiés en cette ville, ont forcé nos malles, enlevé.
partie de mos dépèches pour la Convention et pour les Ministres, pillé
tous nos papiers, notre argent, nos effets, ont appuyé le: poignard:
sur le sein de mon collègue Belley pour le forcer à quittérelæ con.
Carde nationale (ce qu'il n'a pas. voulu faire ) ont volé sa montre
Son argent, Lous ses elicts jusqu à ceux de son enfant ; enfin ils loi
ont lait essuyer les plus mauvais trailemens. Un de ces hommes à.
poignard disait à Belley, mon collègue : © Comment , coquin, {us
s oses tre oflicicr dans un régiment ? Tu as linsolence de vouloir
€ Cominander Les blancs! — Et pourquoi: pas, leur répondit mon col“
« lëgue, (et avec une fierté énergique, l'expression de celui qui sent
« profondément sa dignité d'homme): je sers depuis-25 ans. sansues
er les plus mauvais trailemens. Un de ces hommes à.
poignard disait à Belley, mon collègue : © Comment , coquin, {us
s oses tre oflicicr dans un régiment ? Tu as linsolence de vouloir
€ Cominander Les blancs! — Et pourquoi: pas, leur répondit mon col“
« lëgue, (et avec une fierté énergique, l'expression de celui qui sent
« profondément sa dignité d'homme): je sers depuis-25 ans. sansues <& L ‘4 : HISTOIRE D'HAITI —( 1794 ) | 173 ce proche ; et a on sait sauver les blancs et Îles défendre à È À
À « Ce n'est que par une merveille que nous avons échappé aux pour.
« suites de ces brigands et sauvé le reste des dépèches. pour la Convenuon. Ils voulaient nous empêcher d'arriver jusqu'à vous, parcequ’ils
- prévoyaient bien que nous allions vous découvrir la vérité , vous dé-
- noncer tous leurs crimes et démasquer tous les traitres. Ils nous ont
| même poursuivis Jusqu'ici, ct à notre arrivée, ils nous ont fait es-
- suyer une nouvelle persécution. Nous ne nous plaindrons pas de ce
que nous avons souilert. N'est-on pas trop heureux quand on fait
quelques sacrifices à la Patrie. etc. ete. etc. »
« Levasseur de la Sarthe se leva et dit : Je demande que la Convention ne cédant pas à un mouvement d'enthousiasme, mais aux prine
cipes ‘dé la justice, fidèle à la declaration des dr REA de l'homme, dicrète,, dès ce moment, que l'esciavage est aboli sur tout le territoire
de la République. St: Domingue fait partie de ce territoire, et cependant nous avons des esclaves à St-Domingue. Je demande donc que
- ious. les hommes soient libres sans distinction: de’ couleur
Lacroix d'Eure et Loer : « en travailfant à la constitution du peuple
français:, nous n'avons pas porté nos regards sur les malheureux hommes
de couleur. La postérité aura un grand reproche: à nous faire de ce
e0té; mais nous devons réparer ce ‘tort. Inutilement nous avons dé-
» crété que nul droit féodal ne serait perçu, dans la République frans »
çaise. Vous venez d'entendre un de nos collègues dire. qu'il y a en-
* core des esclaves dans nos colonies. Il est temps de nous élever à
la hauteur des principes de la liberté et de légalité: On aurait beau
dire que nous ne reconnaissons pas d'esclaves “ France ; n'est:il pas
vrai que les hommes de couleur sont esclaves dans nos colonies. *
» Proclamons la liberté, des hommes le couleur. En faisant cet acte
de justice vous donnez un grand exemple aux hommes. de couleur
esclaves dans les colonies anglaises et espagnoles. Les hommes de
couleur ont comme nous voulu briser leurs fers; nous avons brisées
® nôtres ; 5 nous n'avons, voulu nous soumettre au joug d'aucun maitre;
accordons-leur. le même bienfait. »
Levasseur : « S'il était possible de mettre sous les: yeux:dé la Convention
- le tableau déchirant, des maux: de l'esclavage , je la ferais, frémir de
l'aristocratie: exercée dans, nos colonies par quelque es blanes. »
Lacroiæ : « Président, ne souffre pas que la Convention se deshonere
par une plus, longue discussion.
L'Assemblée se lève. par agclamation.
Le Le tro prononce l'abolition: de: l'esclavage, au: mihieu-des ap:
sous les: yeux:dé la Convention
- le tableau déchirant, des maux: de l'esclavage , je la ferais, frémir de
l'aristocratie: exercée dans, nos colonies par quelque es blanes. »
Lacroiæ : « Président, ne souffre pas que la Convention se deshonere
par une plus, longue discussion.
L'Assemblée se lève. par agclamation.
Le Le tro prononce l'abolition: de: l'esclavage, au: mihieu-des ap: “On entendait en- Franco par. hommes de couleut- les’ noirs et les sangs
» mèlés. 5 . LXEE | HISTOIRE D'HAITI.—( 1794 ) phaudissemens et des cris mille fois répétés, de vive la République!
vive la Convention! vive la Montagne. ” Les deux députés de couleur qui étaient à la tribune, Mars: Belley
et Mills s'embrassèrent. On applaudit. Le député Lacroix les conduit au président qui leur donne le bas
ser fraternel. Ils furent successivement bnihraséés par tous les députés. Cambon : « Une citoyenne de couleur qui assiste régulièrement aux M
séances de la Convention et qui a partagé tous les mouvemens ré<
volütionnaires, vient de ressentir une joie si vive en voyant la liberté
accurdée par nous à tous ses frères, qu’elle à entièrement perdu con"
naissance. (On applaudit. } Je demande que ce fait soit consigné au
procès-verbal, que cette citoyenne admise à la séance, reçoive au moins”
ectte récontaissance de ses vertus civiques. -{
couleur qui assiste régulièrement aux M
séances de la Convention et qui a partagé tous les mouvemens ré<
volütionnaires, vient de ressentir une joie si vive en voyant la liberté
accurdée par nous à tous ses frères, qu’elle à entièrement perdu con"
naissance. (On applaudit. } Je demande que ce fait soit consigné au
procès-verbal, que cette citoyenne admise à la séance, reçoive au moins”
ectte récontaissance de ses vertus civiques. -{ On vit sur Île premier bane de lamphiihéâtre, à la gauche du pré- À $
R | Us fr sident,- cette citoyenne qui essuyait les larmes que cette scène atten=.
drissante faisait couleur de ses yeux (on applaudit. }) N Je de_maude que le ministre de la marine soit tenu de faire sai sur le
champ, des avisos pour porter aux colonies l'heureuse nouvelle de …
jeur aff anchissement. | ;
Danton: « Représentans du peuple français, jusqu'ici nous n'avions |
décrété la liberté qu’en égoïsies et pour nous seuls. Mais aujour- |
d'hui nous proclamons à la face de l'univers, et les générations
futures trouveront leur gloire dans ce. décret ; nous proclamons [à ="
berté universelle, Hier lorsque le président donna le baiser frater- M
nel aux députés de couleur , je vis le moment où la Convention devait décréter la liberté de nos frères. La séance était trop peu nom- :
breuse: La Convention vient de faire son devoir. Maïs aprés avoir
accordé le bienfait de la Hberté, 1! faut que nousen soyons pour ainsi
dire les modérateurs. Renvoyons aux comités de salut publie et des
colonies ,, pour combiner les moyens de rendre ce décret utile à l'hu- i
manité sans aucun dauger pour elle. L.
« Nous avions deshonoré noire gloire en tronquant nôs travaux, Les.
cote principes developpés par le vertueux Lascasas avaient été mé
connus. Nous travaillons jour Îles générations futures; lançons 1% 4
liberté dans les colonies: €’est aujourdhui que l'anglais est mort.
(On applaudit. ) En jetant la liberté dans le nouveau monde, elle |
y portera des fruits abondans , elle y poussera des racines profondes.
En vain Pitt et ses complices voudront par des considérations politiques,
écarter la jouissance de ce bienfaits ils vont être entraînés dans
le néant; là France va reprendre le rang et l'influence Les lui assu- 3
rent son énergie, son sol et sa population. | ‘1
« Nous jouirons nous-mêmes de notre générosité ; mais nous ne P étene
drons pas au-delà des bornes de la sagesse. Nous abattrons les tyrans, …
cogne nous avons écrasé Les hommes perlides qui voulaient faire rés CA ao nd il HISTOIRE D'HAITI.—( 1794 } 175
Xograder la révolution. Ne pcrdons point notre éncrgie ; Jlançons nos
drégaies ; soyons sûrs des bénédictions de l'Univers el de la postérité,”
et décrétons le renvoi des mesures à l'examen des comités. »- Ce renvoi fut décrété. |
11 s’éleva quelques débats relatifs à la rédaction du décret.
Lacroix en proposa une qui fut adoptée en ces termes :
I.—( 1794 } 175
Xograder la révolution. Ne pcrdons point notre éncrgie ; Jlançons nos
drégaies ; soyons sûrs des bénédictions de l'Univers el de la postérité,”
et décrétons le renvoi des mesures à l'examen des comités. »- Ce renvoi fut décrété. |
11 s’éleva quelques débats relatifs à la rédaction du décret.
Lacroix en proposa une qui fut adoptée en ces termes : « La Convention nationale déclare aboli l'esclavage des nègres dans
“outes les colonies ;* en conséquence, elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleur, domicités dans les colonies, sont
citoyeus français, et jouiront de tous les droits assurés par ia Constitution. te |
« Renvoie au Comité de Salut public pour lui faire incessamment
« un rapport sur les mesures à prendre pour lexécution du présens * « décret. » | | AR | La séance fut levée à deux heures et demie.** Au sortir de lAs.
samblée, les Représentans de St-Domingue furent portés en triomphe
par le peuple. Cette scène fut une des plus touchantes de la revsfutoin. Alors s'accomplit la prophétie de Mirabeau: « la révolution « française bannira l'esclavage des colonies. » LT M Queiles qu'aient été les horreurs de l’époque de la Terreur, lHaï-
“tien doit toujours nourrir pour la Convention nationale de France le
plus grand amour: cette immortelle Assemblée est la mère d'Haïti.
“Nous ne devons pas la confondre avec Bonaparte qui avant
d'avoir tenté le rétablissement- de l'esclavage dans notre pays,
net d'avoir révoqué le décret de la liberté générale par celui du
“Conseil d'État du 20 Mai 4802, avait déjà horriblement persé-
-cuté a plupart des conventionnels dont les glorieux travaux s’étaient accomplis , et pour la France , et pour tous les peuples
du globe. | Sept jours aprés la proclamation de la liberté générale, 41 Février,
les trois députés de Si. Domingue se présentèrent au Conseil général
de la commune, et y prononeërent chacun un discours dans lequel ils
“exprimèrent les sentimens d'affection et d'estime que leur avaient inspirés les vertus, le courage du peuple et des magistrats de Paris. Mills,
le député de couleur dit: « c'est aux progrès de l'esprit que le peuple. « de Paris a développés, que nous devons l'heureuse régénération qui « nous à d’abord faits citoyens, et qui vient enfin de rendre à nos frè- « res le nom d'hommes, en échange de celui d'esclaves. x4 Mars Belley, le député noir, s'écria : « Je fus esclave dans mon e-
« fance. Il y a treute-six ans que je suis devenu libre par mon = Æ À # * On appelait nègres les esclaves noirs et de eouleur ; et gens de couleur
les noirs et les mulâtres libres.
à d’abord faits citoyens, et qui vient enfin de rendre à nos frè- « res le nom d'hommes, en échange de celui d'esclaves. x4 Mars Belley, le député noir, s'écria : « Je fus esclave dans mon e-
« fance. Il y a treute-six ans que je suis devenu libre par mon = Æ À # * On appelait nègres les esclaves noirs et de eouleur ; et gens de couleur
les noirs et les mulâtres libres. .* * Extrait du Mouiteur Français de 1794. Ra L 5 TT HISTOIRE D'HAITI. _— 1794 3 € industrie ; 5 Je me suis .acheté moi-mêine. pastis dans te as &. dé ma vie, je me suis senti digne d’êtré ab ent | 4 A Æ e e e. e es s e e e - 0 e 0 . 0 - 0 e e e . ° e e e e -s «a de n'ai qu'un motà vous dire: c'est que, cest le pavillon |
tricolore qui noüs à ur äla liberté ; c'est sous sës auspices que
nous avons reconvré cette Bberté, nôtre patriotisme et le trésor dé
notre postérilé ; et tant qu'il resiéra dans nos veines uné goûtie de
sang, je vous jure, au nom de mes frères, que ce pavilion flottèrd
touiours sur nos rivagesret dans nos montagnes. » Dufay, le. député blanc, jura d’être toujours fidèlé 4 14 caüsé!dé 1° & À À A À liberté générale. Le pr ésident du conseil général de la commune rés. pondit: « eitoyens, les droits de l’honime étaient violés depuis loñg- ‘& temps; des scélérats, des rois avaïént, par un long esclavage, abaz
tardi l'espèce humaine e; ils ne rougissaient pas de faire le commer® «
ce de Grâcés À notre sainte révolution , nous avons recons
œuis nos droits, nous Îles maintiendrons; unIsséz vous À nous ; |
ormons un faisceau inébran! able ; jui vons là mort dés tyrans Bién Lôt nos vœux seront exaucés, et la terre purgée des moñstre$ qu veritablement Tres, » à = 4 AA à Ja souiilaient , n'ofirira plus que le spectacle touchant d'homnies
Ï ] 1 _ Après uu discours de Chaumerté sur les horrcürs dé l'esclavage, il
fut décidé par le conseil que le trente pluviôse (18 février ) l'abolition” {
PER ee à SP PNNE ET de l'esclavage serait éelébrée dans le témple de la Raïson, que IS
droits de l'hümme y seraient lus, et que les par dé ‘là liberté ÿ serdient chantées.
Au jour fixé, le peuplè de Paris, lés autorités constituées , le ind électoral, les sections, les sociétés: populaires les comités civils et re
voluticrinaires , se réunirent dans le temple dé là Raison. «Le con
cours était immense. À l’arrivée de la M de la Conventicts nationale, au nombre de laquelle étaient les députés dé St Doiinigue ; …
Jes cris répétés de vive la Convention nationale ; et les applaudissemiens;
Au jour fixé, le peuplè de Paris, lés autorités constituées , le ind électoral, les sections, les sociétés: populaires les comités civils et re
voluticrinaires , se réunirent dans le temple dé là Raison. «Le con
cours était immense. À l’arrivée de la M de la Conventicts nationale, au nombre de laquelle étaient les députés dé St Doiinigue ; …
Jes cris répétés de vive la Convention nationale ; et les applaudissemiens; fnélés au bruit des HiSLUUMENS guerricrs , firent reientir les voûtes de.
l'édifice et furent répétés au-dehors. ‘1 « Les citoyens et les citoyennes de couleur étaient’ placés tee la dés
putation de la Convention Nationale , dans une enceinte’ érnée de guirlances et de couronnes.
« La cérémonie commença par une ouverture de Gossec, exécutée par l’Institut national de Musique. Le Président du Conseil luttensuité
la déclaration des droits de l'homme. Aprés cette létturé', on éxécusm ta un autre morceau de musique, pendant iéquef les’plus doux épane chemens de fraternité se manifestèrent. Les cris de vive la Républis Que unrent: fin à cette scène touchante.* |
* Extrait du procès-verbal de la Séance du Conseil général de la Cas
mune, (Paris) le 48 Pluviôse, l'an £me dé la'R épublique,
#& ÉYBTOÏRE D'HAÏTI ee ( TOR 177 … + Le Secrctaire-greffier donna ensuite lecture de l'analyse de toutes
es belles actions qu'avait vu naître le mois passé. » Ensuite le citoyen$#Chaumette prononça un discours dont les principaux passages.
furent les suivans :
* —._« arbitraire ayant pris naissance, la force dut nécessairement devenir la- loi suprême. fe crime et tous les débordemens qui
marchent à sa suite, durent étouffer jusqu’à l’idée des vertus primitives; la faiblesse dut aussi dévenir un tort, impardonnable aux yeux.
des plus forts, et un-motif pour être tourmenté par eux; mais le fai:
ble, de son côté, se voyant à tout moment dépouillé: du fruit de ses
sueurs par ses nouveaux maîtres, cessa de-travailler paree qu'il cessait
de jouië.. Le courage lui manqua; son âme abattue- n'eut bientôt da
sensations que pour la douleur: ikfut.asservi. . . . . . . . . . ….. Date: 9. . a. &, € & . & , e Sn 6 6:28 5 0 « Où sont-ils les remparts- sacrés de Eacédémone? les portiques.
d'Athènes? les- flottes de Tyr, les immenses travaux. de Sidon? les.
temples de Persépolis ? Où sont-ils ces immenses troupeaux: de MemPlus? Qu'est devenu ce - monde de laboureurs, de pasteurs , d'artistes,
de matclots, de guerriers? O terres désolées et veuves d’habitans,
vous noffrez- pias à- l'imagination que la vaste urne cinéraire de cent
peuples détruits, sur laquelle-la nature a gravé votre épitaphe : : Eselawage. Corruplion. Destruction. |
temples de Persépolis ? Où sont-ils ces immenses troupeaux: de MemPlus? Qu'est devenu ce - monde de laboureurs, de pasteurs , d'artistes,
de matclots, de guerriers? O terres désolées et veuves d’habitans,
vous noffrez- pias à- l'imagination que la vaste urne cinéraire de cent
peuples détruits, sur laquelle-la nature a gravé votre épitaphe : : Eselawage. Corruplion. Destruction. | Mais aujourd hui le tocsin dela justice éternelle à sonné, les paroles sacramentelles ont été fononcées par l'organe d’un peuple puissant
et-bon: l'esclavage est aboli! « Est-ce ta-vuix, Ô-nature? Est-ce-ta voix qui vient de se faire entendre ? ou si les voûtes du temple des lois n’ont fait que lui servir d'éeho ?
Ministres de læ morale des nations, heureux législateurs, vous. l'avez
prononcé, ce décret immortel : il est déjà votre récompense. Entene
dez.vous ce concert d'actions de grâces, ces cris d'allégresse et de bénédiction, partis du milieu de ces esclaves. dont-vous venez de briser
“les chaînes. Les voyez-vous ces hommes, la joie peinte. sur la figure,
bondir en. criant liberté !: etecourir- raconter leur bonheur. à toute: la
mature? Ils-te-&isent aux arbres, aux rivières, aux montagnes...
Eh oui! semblable à l'éclair électrique, qui parcourt, en un:-cind'œil l’espace, l'oracle que- vous venez de prononcer, sur les rives-de
à Seine,. va bientôt retentir de la cime des. cordilièéres, dans-les antres
glacés de la Sibérie... Mais que vois-je Hommes noirs La
flèche homicide entre vos: mains! Bientôt eile va, signal de guerre,
parcourir toutes les habitations de la- contrée, le sang va couler encore... Arrêtez, gardéz cette: flèche pour le Gesler anglais, ou espan qui tenterait de. vous réasservir. Arrêtez, il ny a plus dans
éjpays que vous habitez, ni maîtres durs à punir, ni esclaves. à délivrer, vous êtes tous égaux. Qui, tous-égaux Voyez-vous les fruits.
homicide entre vos: mains! Bientôt eile va, signal de guerre,
parcourir toutes les habitations de la- contrée, le sang va couler encore... Arrêtez, gardéz cette: flèche pour le Gesler anglais, ou espan qui tenterait de. vous réasservir. Arrêtez, il ny a plus dans
éjpays que vous habitez, ni maîtres durs à punir, ni esclaves. à délivrer, vous êtes tous égaux. Qui, tous-égaux Voyez-vous les fruits. {178 MISTOYRE D'HAITI.— (1794 } moirs di Troëne, mélés aux bouquets blancs de l’'oranger? Le sole"
éclaire, vivilie l’un et l'aatre sans distinction , et ce mélange formes
un spectacle encuanteur : eh bien, voilà” désormais. votre destigée. ,"
Û 1 : : OT
MENT surtout recueillez précieusement les cendres de votre fidèle ani,
du courageux Ogé. Le premier il osa vous parier. de liberté; fort”
de toute la PRES que donnent la vertu et la conscience d'un honime li=
bre, le premier il osa braver la tyrannie. Vainqueur sans cruauté ,il fut
vaincu sans montrer de fblesse, et mourut en grand homme. Sur lé.
chafaud même, son port majestueux et sa foree d'âme semblaient com«
mander à de vils bourreaux. : Dressez-lui, hommes nouveaux, dressez
lui un monument simple comme vos : cœurs ; susp rendez y pour tros
phées tous les infames attributs de l'esclavage : passé ; gravez y, POU
apaiser son ombre, ces mots qui sont Île gage de votre félicité: D&
cret de la Convention Nationale, qui abolit l'esclavage. Et toi, cendre d'Ogé, }
cendre respectable et Gore reçois de . la part d hommes libres, le just”
tribut d'éloges que méritent les grands efforts que tu fis, et les mâles
vertus que tu dé Sployas ; attends en paix que É nation, dont fu fus
l'interprète hardi, ait elle même prononcé sur ta vie et tes travauxe,,
son irrévocable jugement. » « Le discours fini, les citoyens de couleur vinrent donner à l'oras.
teur le baiser de fraternité. Un enfant noir, élevé sur. les bras el
ainsi remis aux représentans du peuple, produisit le plus grand effets.
mais bientôt les hommes de couleur , suivis de la municipalité , s'avan<.
cèrent au son d’une marche guerrière, auprés des représentans du peus
ple, les mains chargées de couronnes qu'ils leur présentérent. Il fau+
drait avoir vu cette beile scène pour la bien sentir. Des hommes de“
toutes les couleurs, jadis esclaves, pressés entre les bras des représ.
sentans du peuple français ; arrosés de leurs larmes. . Les bras de”
tous les spectateurs tendus vers le ciel, les cris de vive la Républi-"
que, vive la Convention, mille fois répétés. . Ce jour-là, les législa=s
teurs durent sentir combien la reconnaissance du peuple est expressives « Après un reulement de tambours, chacun reprit sa place, et les
hommes de couleur , toujours pressés aytour des représentans du peus
ple, restèrent dans cette attitude, pendant l'hymne de la libertés,
par laquelle fui terminée cette fête intéressante. | ‘ul « Au sortir du temple, le concours avait augmenté au dehors, les
places et rues adjaçantes étaient remplies de républicains qui, à lei £
tour, témoignaient leur reconnaissance à la représentation populaire
ainsi que la part qu'ils prenaient à la fête qu'on venait de célébrer.”
pressés aytour des représentans du peus
ple, restèrent dans cette attitude, pendant l'hymne de la libertés,
par laquelle fui terminée cette fête intéressante. | ‘ul « Au sortir du temple, le concours avait augmenté au dehors, les
places et rues adjaçantes étaient remplies de républicains qui, à lei £
tour, témoignaient leur reconnaissance à la représentation populaire
ainsi que la part qu'ils prenaient à la fête qu'on venait de célébrer.” Page et Brulley répandirent sur Danton, Camille Desmoulins et leurs
parüsans, tout le venin mortel qu'ils avaient lancé sur les Giro 0
Us les dénoncèrent à Robespierre , à St. Just. É Mais la Convention instruite de la véritable situation de Si. Domin
gue, décréla le 49 Ventose an 2 (9 Mars 1794) sur la motieaw MISTOIRE D’HAITI.—( 1794.) : 170 « Thuriot « que tous les colons qui avaient été membres®de l'Assem, & blée de St.-Marc et de celle connue depuis sous le nom diAssemblée « coloniale, les agens de ces Assemblées actuellement en France, et les « membres du club Massiac seraient mis en état d’arrestation; que « les scellés seraient apposés sur les papiers de tous les colons actuelle.
« ment résidans à Paris. » Cependant elle ne révoqua pas le décret
d'aceusation contre Polvérel et: Sonthonax , attendu qu'ils appartenaient
au parti de la Gironde. Page et Brulley, quand le. décret: du 9 Mars fut mis à exécution,
avaient déjà été arrêtés par le comité de la section des Tuileries. Ils
écrivirent en vain. à, Robespierre pour obtenir leur mise-en:liberté. Ils.
ñe seront sauyés que par la révolution du 9 Thermidor. Les conutés révolutionnaires (de Paris), des sections de l'Unité, du Mail, de la. “Halle aux Blés, du Mont-Blanc, de Bonne-Nouvelle, arrêtèrent une
foule de colons. | Hé
Larchevèque Thibaud fut aussi emprisonné. Sen mandat d'arrêt por
tait , par une étrange tournure, pour désignation précise le nom de
Thibaut, ci-devant Archevêque. *
Pendant ce temps les républicains déployaient. à St. Domingue, la plus
grande énergie contre les anglais, les espagnois et les royalistes français.
Le gouverneur Laveaux s'était retiré au Port-de-Paix, après avoir eonfié à.
Villate le commandement du Gap. Cette. dernière ville ouverte alors de
tous côtés n'était qu'un monceau de ruines dépuis l'affaire de Galbaud,
Villate homme de couleur, par son énergie et son administration intelli.
… gente releva le courage des habitans, organisa 2 régimens de troupes franches, établit des redoutes autour de la place, et chassa par de vigoureuses
sorties les espagnols dont les bivouacs. atteignaient presque la barrière
Bouteille.
ate le commandement du Gap. Cette. dernière ville ouverte alors de
tous côtés n'était qu'un monceau de ruines dépuis l'affaire de Galbaud,
Villate homme de couleur, par son énergie et son administration intelli.
… gente releva le courage des habitans, organisa 2 régimens de troupes franches, établit des redoutes autour de la place, et chassa par de vigoureuses
sorties les espagnols dont les bivouacs. atteignaient presque la barrière
Bouteille. # Le eommissaire Ronme, dans une lettre aux généraux Linveaux , Toussaint Louverture | Pierre Michel, Villate et Pierre Léveillé, datée de Santo-Do-
“mingo, 22 Floréal an A ( 9 Mai 1796 ) leur dit que les colons voulaient faire
jouer. à St..Domingue une tragédie en trois actes : ( C’est ,uu colon qui parle ):
… “ 1© Nous commencerons pargbrouiller les mulâtres avec les nègres, en
“mt Coalisant ceux-ci avec les blancs. Ce moyen procurera. la destruction totale
“de ces figures à rhubarbe. F : |
“ 2S {Ensuite nous brouillerons les nègres créoles avec-les nègres de guinée,
“ on çcoalisant. ceux-ci avec les blancs: ce second moyen nous délivrera
“: de tous. ees docteurs maroquins. |
“ 3® Enfin, la France ennuyée de tous les crimés. qui se seront Commis,
“ ne pourra plus regarder les nègres que comme des bêtes féroces indignes
& de la liberté ; elle rétablira l’esclavage ; nous nous déferons de tous ceux qui
“auront de J'énergie ; nous en. ferons venir d'Afrique, et nous les tiendrons
“sans cesse sous le. fouet et les chaines. ?
“: de tous. ees docteurs maroquins. |
“ 3® Enfin, la France ennuyée de tous les crimés. qui se seront Commis,
“ ne pourra plus regarder les nègres que comme des bêtes féroces indignes
& de la liberté ; elle rétablira l’esclavage ; nous nous déferons de tous ceux qui
“auront de J'énergie ; nous en. ferons venir d'Afrique, et nous les tiendrons
“sans cesse sous le. fouet et les chaines. ? Les événemens que nous rapporterons prouveront en effet que nous devons nos
“plus grandes calamités aux. machinations infernales du parti colenial : guerre
mciviie entre les noirs et les hommes de couleur; guerre civile entre les noirs africains et les noirs créoles, : CS C4 *60 WISTGIRE D'ITAITI—( 1794 ) Le Cap ef le Port. de-Paix étaient dévenus les boulevards de Ja lt: 4 berté dan$ le Nord. Le Port-dé-Paix ne renfermait que sept cents
soldats européens supportant les plus grandes privations. Ils n'avaient ni pain, ni biscuit, ni vin, ni tafia, ni sel, n1 savon. Hs
étaient la plupart malades et sans chaussures. Cependant Laveaux , par
son courage chevaleresque, ranimait tous.les cœurs. Les anglais qui
bloquaient le port, et les espagnols qui donnaient chaque jour des
assauts, ne pouvaient corrompre la fidélité des soidats, auxquels ils
offraient du pain et de la ‘viande fraiche en abondance. Le gouverneur ordonna aux conimandans des postes voisins de ne répondre aux
propositions de Jean François que par des boulets et des balles. II
leur écrivait: « quil serait déshonorant de quitter leurs postes sans
« tirer un coup de fusil; que s'ils étaient contraints à la retraite,
« dene le faire qu'après "Ja plus vigoureuse défense, d’enclouer les
« canons qu'ils ne pourraient pas emmener; de faire porter au 102
« des soldats toutes les poudres qu'ils pourraient enlever. Büt toute.
« Ja colonie se rendre aux anglais, ou aux espagnols, leur disant il,
« tenons bon; conservons à Ia République un endroit où les forces
« qu'elle enverra pourront débarquer, et trouver à la minute un lieu
« 1 les reçoive. Pour moi Je ne me rendrai jamais. Les troupes
« que j'ai l'honneur de commander sont dans les mèmes sentimens.
« Go on préière la mort à la trahison , on meurt sans Faune avoir
a été vaincu. » Withioke lui fit offrir par un émissaire de trahir sa patrie, moyennant
5,000 livres sterlings (9 Février.) Laveaux repoussa cette proposition
avec une violente indignation qui fut partagée par ses soïidats. Ilen: f * Le demanda satisfaction à l'officier anglais. Wililoke honteux d avoir of ê fensé une âme si belle, n'accepta pas le cartel qui lui était parvenu.
Trois jours après , James Grant, ‘commandant du Môle St. Nicolas
échoua honteusement en tentani de son côté de séduire le général Laveaux.
Alors Withloke attaqua le Port-de-Paix tant par mer que par terre;
violente indignation qui fut partagée par ses soïidats. Ilen: f * Le demanda satisfaction à l'officier anglais. Wililoke honteux d avoir of ê fensé une âme si belle, n'accepta pas le cartel qui lui était parvenu.
Trois jours après , James Grant, ‘commandant du Môle St. Nicolas
échoua honteusement en tentani de son côté de séduire le général Laveaux.
Alors Withloke attaqua le Port-de-Paix tant par mer que par terre; 4l fut repoussé avec une perte considérable. II apparetlla et sortit ‘du k: canal Ge la Tortue.
Pour ne pas laisser ses troupes dans l'inaction , il se résolut à at
taquer lAcul, Re oceupée par Îles républicains et située à une lieue de Léogane. 1 vint débarquer en celte ville à la tête de sa division composée des 4 3e., 20e., 49e. et 62e. régimens européens.
Il marcha contre lAcul le 19 Février avec deux obusiers de 5 pouces
et demi et deux pièces de quatre. Secondé par le courage du baron
de Montalembert, du colonel Spencer , et du capitaine Vincent , il enJeva la position sur les républicains, après un combat de 3 heures.
Les compagnies d'élite du 49e., Pinfanterie légère de la garde Men
et du 43c. se battirent avee ardeur. Les anglais perdirent soixante
soldats par l'explosion de la poudrière du fort à laquelle un jeune noir
vépublieain avait mis le feu. Ils perdirent en outre le capitaine Mers
de Montalembert, du colonel Spencer , et du capitaine Vincent , il enJeva la position sur les républicains, après un combat de 3 heures.
Les compagnies d'élite du 49e., Pinfanterie légère de la garde Men
et du 43c. se battirent avee ardeur. Les anglais perdirent soixante
soldats par l'explosion de la poudrière du fort à laquelle un jeune noir
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L head du 20e., le lieutenant Caulfieds du 82e. et lelieutenant du gés
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—__ Les succès qu'obtenaient les anglais ‘irritaient de plus en plus
Sonthonax contre les anciens libres: 11 paraissait être convaincu que
Pinchinat, Monbrun et Bauvais, se disposaient à livrer le Port. Répu-
… blicain aux anglais. Il se rapprocha plus étroitement des nouveaux
- libres et de Desfourneaux , commandant de la place, ennemi personnel
de Monbrun. Il renforça la légion des régénérés en recrutant dans
Ja plaine du Cul-de-Sac, de nombreux jeunes noirs: 1l se disposait
en organisant de nouvelles forces, à écragr la légion dé l'Ouest
“toute dévouée aux hommes de couieur. If redoutait surtout le général
Bauvais qui cependant était aussi attaché à la République que les commissaires civils eux-mêmes. {fl envoya dans la plaine du Cul-de-Sae plusieurs -
émissaires entire autres Guiambois, qui excitérent les ateliers contre
les anciens libres. Une insurrection formidable éclata; Bauvais dont
l'autorité fut méconnue à la Croix-des-Bouquets voyait son existence sans
cessemenacée. Les insurgés du Cul-de-Sac avaient à leur têle un africain
nommé Halaou, d'une taille gigantesque, d’une jorce herculéenne.
Il régnait sur ses bandes par. la suptrstition, tenant toujours sous
le bras un grand coq blane qui lui transmettait, prétendait-il, les vo-
-loniés du ciel. EH marchait précédé d’une musique dé tambours, de
lambis, * de trompettes , et deses sorciers ou papas qui chantaient qu'il
était invulnérable, que le canon n'était que dti bambou et la’ pouûre
de la poussière. Sa garde portait de longues queucs de bœuf qui, disait-on, détournaient les balles. Halaou curieux de voir Sonthonax qui
était devenu le Bon Dieu des nouveaux libres, partit pendant une nuit
obscure dé l'habitation Meilleur; et arriva aux fossés du Port-RépubliCain, à la Pointe du jour, à la tête de 12,000 noirs.
Tout-à-coup éclaia sa musique infernale, et tous les citoyens se précipitèrent versles fossés pour voir ces bandes effrayantes. Le commis
Sdire alla au-devant d'Haiaou , l'ernbrassa, lui paria à l'oreille et line
vita à faire entrer ses troupes dans la ville. Les nouveaux libres remplirent le Port-Républicain ; et sans. la présence de Pinchinat , de
Monbrun , à la tête de la légion de FOuest rangée en bataille, les
anciens libres eussent été égorgés: Sonthonax conduisit Halaou au päJais national où 11 lui fit servir un magnifique repas. JL serait diffis
cile de peindre la joie, lorgueil et l'enthousiasme de ces bandes dé
congos, d'ibos, de dahomets, de sénégalais, quand elles virent leur
chef suprème presqué nu, couvert de fétiches, lenant son coq blanc
à son côlé, assis près du représentant de la France couvert de rubans tricolores. Si nous én croyons toules nos traditions, Sonthonax,
après le repas, aurait exhortée Halaou à se rendre à la Croix-des-Bous
quets, pour y faire périr le général Bauvais, qu il lui aurait représen:
, de dahomets, de sénégalais, quand elles virent leur
chef suprème presqué nu, couvert de fétiches, lenant son coq blanc
à son côlé, assis près du représentant de la France couvert de rubans tricolores. Si nous én croyons toules nos traditions, Sonthonax,
après le repas, aurait exhortée Halaou à se rendre à la Croix-des-Bous
quets, pour y faire périr le général Bauvais, qu il lui aurait représen: x Gjosse coquille ayant à l'intérieur la forme d’un alambic. 182 HisTOiRs D'HAITI.—( 1794 ; té comme l’ennemi de la liberté des noirs. Halaou sortit aussitôt de la ville, et se rendit à la Croix-des-Bouquets où Bauvais était entouré d'un détachement de la légion de l'Ouest. Le bourg fut inondé des bataillons des nouveaux libres. Bauvais en présence de ce danger émi-" “nent sentit grandir tout son courage. Il invita Halaou à venir boire
avec lui; et celui-ci vint s'asseoir à sa table. Les noirs et les hommes de couleur du détachement de la légion de l'Ouest entourèrent
aussitôt la maison, et des factionnairés se piacèrent aux portes et aux
fenêtres. Ces braves soldats avaient pris la détermination de mourir
avec leur chef. Halaouf sans s’en douter se trouvait en ôtage : Bauvais «succombant , il devait aussi périr. Les bandes des nouveaux libres," en demandant leur souverain, poussaient des cris affreux qui remplis-
“saicnt le ciel. Ils n’osaient agir contre les anciens libres qui, par leur
“attitude, annonçaient qu'ils tenaient entre leurs mains la vie d'Halaou,
et qu'ils étaient résolus à mourir. Bauvais jusqu'alors ne défimssait
pas bien le but de ce terrible mouvement. Fa Pendant ce temps, il n’était bruit au Port-Républicain que de lordre donné par Sonthonax de faire assassiner le général Bauvais. Pin: chinat et Monbrun expédiérent pour la Croix des-Bouquets , deux offi= ciers de la légion de l'Ouest, avec ordre de tuer Halaou n'importe la
circonstance, s'ils arrivaient avant que le crime fut consommé. Marc Borno officier des dragons de la légion expédia de son côté un détas chement de troupes. De nombreux fantassins s'élancèrent au pas
de course, volontairement , ‘vers le bourg. Quand les deux officiers
€nvoyés par Pinchinat arrivérent à la Croix des-Bouquets, ils pénétré:
rent dans la maison qu'occupait Bauvais; un sergent les y suivit. Étonné de l'audace du sergent qui enfreignait si audacieusement la dis= cipline, le général Bauvais se leva pour lui brûler la cervelle; mais le” sergent abattit Halaou d'un coup de fusil. Alors tout fut compris. Les soldais de la légion de l'Ouest se précipitèrent sur les insurgés, et ut combat des plus sanglants s’engagea. Les nouveaux libres formant des masses épaisses étaient horriblement mitrailiés presque à bout portant Leurs queues de bœuf qu'ils agitaient en criant Halaou ! Halaou! pour détourner les projectiles, disparaissaient, emportées au loin. Les nou:
veaux libres, mal armés, perdant des lignes entières enlevées par les
fut compris. Les soldais de la légion de l'Ouest se précipitèrent sur les insurgés, et ut combat des plus sanglants s’engagea. Les nouveaux libres formant des masses épaisses étaient horriblement mitrailiés presque à bout portant Leurs queues de bœuf qu'ils agitaient en criant Halaou ! Halaou! pour détourner les projectiles, disparaissaient, emportées au loin. Les nou:
veaux libres, mal armés, perdant des lignes entières enlevées par les boulets, abandonnèrent la Croix-des-Bouquets dont les rues et les fossés étaient déjà remplis de cadavres. La plus grande fureur ét le plus grand acharnement furent déployés aux Trois Rigoles près du bourg®
Enfin les bandes d'Halaou terrifiées de la mort de leur chef qui, cro* ÿaient-elles, était invulnérable, et de la disparition du cog blanc"quim passait, à leurs yeux, pour un esprit céleste, prirent la fuite de 1ous cô:
tés, et Se dispersèrent dans les montagnes aux extrémités de la plaine du Cul-de-Sac. Bauvais demeura maître de la Croix-des-Bouquets. Aü Port-Républicain, aussitôt après cette affaire, l'autorité de Sonthonax fut
ealièrement méconnue par les aneièns libres: (Février 4794. ) = à Histoire D'HAITI.—( 1794 ) 185 “ie commissaire civil ne se découragea pas; il continua à recruter là
légion des nouveaux libres ou des régénérés qu’il avait formée, des cultivaieurs du Cul-de Sac. IE renforça également le 48° régiment ci-devant d'Artois que commandait Desfourneaux tout dévoué à son autoré. De son côté, le général Monbrun résolut de surprendre Desfourneanx par une brusque attaque, et de détruire entiérement le 48°
régiment , le seul corps réellement formidable sur lequel put compter
le commissaire civil. Le 17 Mars 1794, à onze heures du soir, ül
marcha avec de l'artillerie, à la tête de la légion de l'Ouest, contre
es casernes du 48° régiment plongé dans le sommeil, et commença à
les mitrailler. Les soldats blancs quote surpris ripostérent vivous
reusement, et firent bonne contenance jusqu'à l'arrivée de Desfour-
…_neaux. Celui-ci tourna le Palais national, pénétra jusqu’à Sonthonax
dont les appartemens recevaient déjà un feu routaut des plus vifs. H
entraîna le commissaire civil dans les rangs du 48° régiment et se dirigea
vers le fort St Claire. Quand Sonthonax passa près de la geôle, il ordonna de mettre les prisonniers en liberté, craignant que les blancs
qui y étaient ne fussent massacres: RER € En ,
A 5 heures du matin le feu durait encore dans la ville entre les affräne
, pénétra jusqu’à Sonthonax
dont les appartemens recevaient déjà un feu routaut des plus vifs. H
entraîna le commissaire civil dans les rangs du 48° régiment et se dirigea
vers le fort St Claire. Quand Sonthonax passa près de la geôle, il ordonna de mettre les prisonniers en liberté, craignant que les blancs
qui y étaient ne fussent massacres: RER € En ,
A 5 heures du matin le feu durait encore dans la ville entre les affräne “ chis et citoyens blancs. Alors on vit entrer au Port Républicain 6,000 nou
veaux libres sortant de la plaine du Cul-de Sac ayant à leur tête Hya-
-cinthe qui demanda à Sonthonax à marcher contre Monbrun. Le com.
Linissaire civil sé rappelant là Cätastrophe du Cap du 21 Juin 1793;
refusa de céder à ses instances. À huit heures du matin, il reçut
une lettre de Monbrun, par laquelle celui-ci lui demandait l’embar:
quement du 45° régiment et de Desfourueaux} il ajoutait que s'il n'y
consentait pas, il ne répondrait pas de la Vie d’un seul des blancs de
Ja ville. Sonthonax fut obligé de consentir à toutes les exigences dé
Monbrun qui alla le chercher au fort St-Clair, et le conduisit au PaJaïs” national. Le 48° régiment fut embarqué pour France Desfourheaux fait prisonnier par Îles Anglais refusa de servir dans leurs rangs:
Sith qui commandait à Léôgane eut la générosité de l'envoyer aux
États-Unis à bord d'un parlementaire. Le commissaire civil Compré«
“nant que son autorité était perdue, donna des passe-ports à tous les
“blancs qui voulureut quitter la colonie, leur disant qu'il n'était plus
assez puissant pour garantir leur existence: Quelques jours après pluSiéurs milliers de nouveaux libres; envahirent la Croix-des: Bouquets
sous les ordres d’un nouveau chef de bandes, nommé Bébé Coutard.
Hs voulaient venger l'affront que venait de recevoir le Commissaire
civil. Les hommes de couleur se retrauchérent daris l'Eglise du bourg
et résolurent de vendré chérément leur vie. Un d'eux, Daguin, sortit
Seul des rangs, armé d'un fusil, traversa la foute des cultivateurs étonnés, ét demanda à parier à Bébé Coutard. Dès qu'on le lui montra,
il l'ajusta, et l'abattit d’un coup de fusil. Ce trait d’audace répandit
la terreur dans les rangs des nouveaux libres qui-se_dispersérent de e 184 HISTOIRE D'HAITI 1794 ) tous.côtés. Le général Bauvais sauvé une seconde fois continua à oc- :
<uper :la Croix-des-Bouquets. Depuis :plusieurs mois les hommes de couleur: ne'se soutenaient au milieu des passions que Sonthonax souJevait contre eux qu'en déployant le plus grand courage, la plus grande ntrépidité et la plus grande audace. A «Pendant ce temps, 200 hommes de troupes anglaises et 800 marins
de Ja station du Môle, sous les ordres des licutenants-colonels Spen:
cer et Markham marchèrent contre le bourg de la Bombarde. ls-avaient”
pour -guides -et pour interprètes Deneux et Charmilly. Ils furent re-w
poussés par 150 Allemands qui occupaient la place , et poursuivis
jusqu'au Môle.* Iis-perdirenÿ 16 hommes tués et 36 prisonniers. Chars
nully fut blessé. | | |
Ja station du Môle, sous les ordres des licutenants-colonels Spen:
cer et Markham marchèrent contre le bourg de la Bombarde. ls-avaient”
pour -guides -et pour interprètes Deneux et Charmilly. Ils furent re-w
poussés par 150 Allemands qui occupaient la place , et poursuivis
jusqu'au Môle.* Iis-perdirenÿ 16 hommes tués et 36 prisonniers. Chars
nully fut blessé. | | | Presque en même temps 4,500 Républicains noirs -et jaunes .attas
“qualent le fort de l'Acul de Léogane. Le baron de Montalembert les
repoussa, leur tua 300 hommes. et leur prit une pièce de canon. Le général Rigaud, de son côté, Purtit des Cayes avec 2,000 hom="
mes et-2 pièces de 4, et se présenta devant Tiburon Le 16 Avril. A
trois heures du matin, il attaqua la ville que défendait le chevalier de
Seyvré ayant sous ses ordres Jean Kina. Il‘fut repoussé, et laissa aus
tour de la place 470 morts. Cette victoire -coûta cher aux Anglaiss
_£ar outre un cent des soldats de Jean Kina., ils perdirent 28 eure_ péens, ct en eurent 109 mortellement blessés. Comme il y avait: peu
de troupes anglaises à St.-Domingue, de telles victoirés affaiblissaient
plus les vainqueurs que les ‘vaincus. Rigaud fut blessé dans :cette
action. F Le parti républicain était aux abois, Aux Cayes la famine étaitiaffreuse; les vivres du pays, l’igname, la patate et la banane y étaient …
rares; quant à la farine il n’y en existait pas du tout. Polvérel ayant
appris qu'il y en avait à Jacmel, expédia pour cette ville le brick le
Sans Culotte de 14 canons commandé par Villeneuve, officier blanc.”
Ce navire devait revenir aux Cayes, après s'être chargé de farine à
Jacmel. L'équipage du brick était composé de matelots blancs ; mais
Polvérel y avait embarqué 70 hommes d'élite de la légion du Sud sous
les ordres du capitaine Jean Cécile, et de deux lieutenans Linstant et"
Quéné. Le brick fut arrêté par le calme le long des côtes de fer de
Baynet où -croisaient un vaisseau et deux frégales de S. M B. Le len=…
demain, la mouche del'escadre anglaise, prenant le brick pour un na:
vire marchand, s'en approcha et fut capturée après avoir essuyé une
bordée. Villeneuve l’envoya à Aquin. Le brick républicain continua
sa route; mais il fut attaqué par une des frégates anglaises, et captu=…
ré. Les prisonniers noirs, jaunes et blancs furent envoyés à la Jamaïque. Dès que Rigaud apprit cette nouvelle, il fit conduire à Jags…
mel soixante mulets qui revinrent aux Cayes chargés de farine. _# @es allemans avant 1789 étaient venus s'établir à la Pombarde, . HISTOIRE D'HAITI.—( 1794 ) 185 Pendant ce temps le gouverneur Williamson avait fait jeter dans les
_pontons de la Jamaïque tous les matelots blanes du Sans Culotte : quant
aux soldats noirs et de couleur, ils avaient été emprisonnés avec la
chaine au cou. Les trois officiers avaient été attachés par Les pieds
à une barre de fer. Ils recevaient de fréquentes visites des colons des
Cayes, réfugiés à la Jamaïque, qui leur annonçaient qu'ils seraient
envoÿés-aux mines de la Côte Ferme. Ces colons les représentaient
aux anglais comme des monstres, ‘assassins de femmes enccine
TER | :
noirs et de couleur, ils avaient été emprisonnés avec la
chaine au cou. Les trois officiers avaient été attachés par Les pieds
à une barre de fer. Ils recevaient de fréquentes visites des colons des
Cayes, réfugiés à la Jamaïque, qui leur annonçaient qu'ils seraient
envoÿés-aux mines de la Côte Ferme. Ces colons les représentaient
aux anglais comme des monstres, ‘assassins de femmes enccine
TER | : Peu de temps après, Jean Cécile, Linstant et Quéné furent conduits, sous escorte, sur une des places de Kingston, pour assister à la
vente des soixante-dix soldats noirs et de couleur, fleurs compagnons d'inlortune. Ces malheureux furent livrés, avec condition qu'ils ne pourraient être jamais rachetés, à des ofliciers espagnols de la NouvelleGrenade, Ils périront la plupart dans les travaux des mines. Les trois
ofliciers des Cayes retournérent en prison. Quelques semaines après un anglais vint leur proposer de les acheter. Il leur promit qu'ils seraient bien traités, ét qu'à la paix générale ils pourraient retourner dausleur pays. lis lui répondirent qu'ils
étaient des officiers de la République française ; et qu'ils sauraient moumir, S'il le fallait, pour leur honneur; qu'ils ne consentiraient jamais
au péril de leur vie à une telle dégradation, et que s'il persistait à
leur faire une telle proposition , sa vie ne serail pas en sûreté au
milieu d'eux. | En 1795, le général Rigaud les échangea contre plusieurs officiers
anglais faits prisonniers à bord du vaisseau le Switchoold qui s'était
jeté sur la Folle. E'équipage de ce navire s'élevant, à 400 hommes,
‘avait été recueilli par le chef d'escadron Bonnet. La conduite du gouverneur Williamson le déshonora aux yeux de
“ious les philantropes. 11 foula aux pieds la doctrine évangélique, et
viola, avec une barbarie toute ottomane, Île droit des gens, en ven-
‘dant comme esclaves, au 48.° siècle, des hommes libres, ses prisonniers de guerre. Cette action, quand elle fut connue à S'-Domingue,
nuisit considérablement aux intérêts Anglais. Au Port-Républicain la défiance, la désunion, la Baine existaient
entre les autorités. Dès que Poivérel reçut la nouvelle de l'affaire du
47 Mars, il se hâta d'y revenir. Pinchinat, Monbrun et tous les an-
-ciens libres l’accucillirent avec enthousiasme. Gomme il avait vu dans
le Sud Rigaud et tous les hommes de couleur se montrer trés-dévoués
à la République, et les noirs de la Grand'Anse s armer tous pour Îles
Anglais, il n'était pas animé contre les anciens libres des mêmes sentimens que Sonthonax; au contraire, il ne cessail de vanter leur patriotisme. |
revenir. Pinchinat, Monbrun et tous les an-
-ciens libres l’accucillirent avec enthousiasme. Gomme il avait vu dans
le Sud Rigaud et tous les hommes de couleur se montrer trés-dévoués
à la République, et les noirs de la Grand'Anse s armer tous pour Îles
Anglais, il n'était pas animé contre les anciens libres des mêmes sentimens que Sonthonax; au contraire, il ne cessail de vanter leur patriotisme. | _Le Port-Républicain était dans une détresse affreuse; la garnison en était faible; depuis le départ du 48° régiment, elle ne se compo Lu
MS « 1o8 | HISTOIRE B'HAITT 1794 ) suit plus que de la légion de l'Ouest et du bataillon des régénérés ;!
troupes coloniales. Les républicains n'avaient plus qu'un peu de pour
dre avariée; ils manquaient de fusils, d'habillemens ; les caisses étaient
aides; il n y aveit-pas une aune de toile dans le Magasin de l'Etat ; les«
anglais étaient nt les maitres des deux tiers de la colonie française. È
H n'y avait dans la rade du Port-Républicain que deux vaisseaux des
ligne, l'un de 50, l'autre de 64, plusieurs frégates , et quarantenas
vires marchands chargés de denrées coloniales qui n'étaient pas Une
proie à dédaigner. Sur ces cntrefaites Sonthonax apprit que les home
mes de ANNE de Montruis avaient pris les armes contre le gouver
nement britannique. Ii leur envoya un officier supérieur , pour don=.
ner une direction intelligente à leur insurrection. Quand cet off
ee arriva à Montruis, 11-n y trouva aucun campement. Brisbané
vait étouffé le mouvement insurrectionnel en promettant aux nl
de couicur que le gouvernement anglais les traiterait comme tous sesu
autres sujets. Lapointe apprenant qu un officier républicain était, à
Montruis y envoya une compagnie de ses dragons qui PAR et
le vonduisirent à l'Arcahaie. 7 |
Pendant cet intervalle 2,377 hommes de belles troupes euro pée #0
‘arrivèrent d'Angleterre à Ia Barbade, le 5 Mai 1794. Le général an
_glais sir Charles Grey, après avoir conquis la Guadeloupe et les au
tres Îles françaises du vent, en envoya quelques compagnies à la, Ja"
maique, le reste fut embarqué pour St. Domingue. Le 19 Mai on vit.
arriver au Môle St. Nicolas les vaisseaux Île Belliqueux , l'Irrésistible ;
le Fiysloop, chargés des 22°, 98°, et 41" régimens, fournissant 1600 ù
hommes sous les ordres du brigadier général Whyte. Le 23 du mé:
me mois, ce général vint mouiller dans la rade de l'Arcahaie , el o=
donna à Hanus de Jumécourt qui avait embrassé le parti des anglais
ainsi quà Lapointe, de s'achetminer vers la plaine du Cül-de-Sac à
la tête de leurs troupes. Le 30 il jeta l'ancre dans la rade du Por"
tépublicain. L'escadre sous les ordres du commodore Ford sé trotNam
composée des vaisseaux l'Europa ; le Bclliqueux , l'Irrésistible , le Scep:.
tre, de trois frégates ét de cinq corvettes 6t bricks. Elle portait u
4465 hommes de troupes , et pouvait faire jouer sur la ville trois cent |
seize bouches à feu. :
Le Port-1 HAVE dont les défenseurs n'étaient qu'au nombre ai
800 paraissait disposé à se défendre. Quant à Monbrun, il promét-.
tait de s'ensevelir sous les ruines de la place ; néanmoins Sonthonax se
défiant de son patriotisme avait fait venir de Jacmel Martial Besse, hom
de couleur, et lui avait confié le commandement de la ville. Le 31 Mai,
dans l'après-midi, les commissaires civils repoussérent un canot parlenéil |
taire du général Whyte qui s'avançait vers le fort Ilet. Les anglais sem
déterminèrent à canonner la place. En même temps, ils dirigèrent contre
elle trois colonnes: la première sortant de Léogane forte de mille hôme
mes était commandée par le baron de Montalembert ; # deuxième ae.
et lui avait confié le commandement de la ville. Le 31 Mai,
dans l'après-midi, les commissaires civils repoussérent un canot parlenéil |
taire du général Whyte qui s'avançait vers le fort Ilet. Les anglais sem
déterminèrent à canonner la place. En même temps, ils dirigèrent contre
elle trois colonnes: la première sortant de Léogane forte de mille hôme
mes était commandée par le baron de Montalembert ; # deuxième ae. G
{
"#4
r ; Histoire Diatri.—{ 1794 ) 187 "vivant de l’Arcahaie sous les ordres de Lapointe ei d'Hanus de JuméCourt était de 1200 hommes; la troisième de 4465 hommes avait dans :
Mes rangs les restes des corps émigrés qui n'étaient paint entrés däns
Mlarmée du prince de Condé: les régimens de Hompech, de Rohan
“Hussards , ei les Hulans de Bouillé. |
Le 1” Juin, à onze heures du matin, Îa frégate la Pénélope sem:
Dossa contre le fort Touron, et les vaisseaux le Belliqieux et le Sccp-
“ire contre le fort Bizoion armé de cinq pièces et de deux mortiers,
Monbrun occupait cette dernière fortification avec quelques artilieurs et
2450" hommes de la légion de l'Ouest, Les Anglais commencèrent le:
Meu contre la place. À Ia faveur du bombardement, 800 hommes de
Mroupes de ligne européennes débarquêrent au LamanüUn, ayant à leur
Miète le colonel Spencer. Le fort Bizoton ne répondit que faiblement
‘aux bordées de l'escadre anglaise. A six heures du soir, la pluie vint
“à tomber avec tant d'abondonce que le feu cessa de part et d'autre.
Me capitaine Daniel à la tête de soixante grenadiers du 41° régimeht
“narcha à la baïonnette contre Bizoton dont les portes lui furent ou:
“ertes par des traîitres. Monubrun, voyant pénétrer une compagnie dans
“le fort, crut que des Républicains y cherchaient un abri contre la-
“verse. Le capitaine Daniel laborda et lui dit en français: vous êtes
Mon prisonnier. — Pas encore, répondit Monbrun, et 1 le renversa
d'une balle à ia tête. Le colonel Spencer pénétra dans le fort avec
üun bataillon; on se bauit dans l'obscurité, à la baïonnette, el corpsà corps. Les soldats de la légion de l'Ouest se voyant trahis replièrent
“ur la ville. Monbrun avait été blessé à la main, dans la méiée; on
le soupçonnait dans toute la ville d'avoir trahi. Le 2 Juin, au point
du jour , le drapeau anglais flottait sur le fort Bizoton. Dans l'après-
“nidi le colonel Hampfeld débarqua avec 200 hommes à la pointe de
Saline , et s'empara du fort Touron qui lui fut livré par un bBa-
“iillon des Régénérés. Les blancs de la ville craignant fa fureur des nouNeaux libres se réfugièrent les uns à bord des navires de la rade, les
autres au fort St-Joseph, afin de prèter plus facilement main forte aux
Anglais. Polvérel et Sonthonax réunirent les régénérés, les harangucrent,
Jeur disant que s'ils étaient vaincus ils retourneraient dans a servitu-
“le; ils répondirent par des bravos prolongés; mais ils ne songeaient
“réellement qu'à piller la ville. Sonthonax qui croyait que Monbrun
manait livré le fort Bizoton aux Anglais, voulait le farre arréier, mais
il renonça à ce projet ne pouvant plus tenir dans la place. Un conseil de guerre se réunit, et il y fui décidé que les commissaires eivils
Se rendraient à la Charbonnière, à quatre lieues du Pori Républicain.
‘Sonthonax et Polvérel partirent de a ville, après avoir exhorté les
“nouveaux libres à ne pas l’'ineendier Le général Bauvais, à la tête
“d'un détachement de a légion de l'Ouest sorti de la Croix-desBouquets , les accompagna (3Juin). Bauvais ne pouvant plus se
“maintenir dans la plaine du Gul-de-Sac où avaient pénétré les Am
ient à la Charbonnière, à quatre lieues du Pori Républicain.
‘Sonthonax et Polvérel partirent de a ville, après avoir exhorté les
“nouveaux libres à ne pas l’'ineendier Le général Bauvais, à la tête
“d'un détachement de a légion de l'Ouest sorti de la Croix-desBouquets , les accompagna (3Juin). Bauvais ne pouvant plus se
“maintenir dans la plaine du Gul-de-Sac où avaient pénétré les Am 188. 7 02 mistorme D'æartr.—| 1704 )
5 | olais, avait évacué Ja Croix-des Bouquets et s'était railié à Sonthoriax
en lequel il respectait toujours le représentant de la France. x, Martial Besse demeura dans la place; 11 parcourut tous les postes, ets
trouva les solduis de la légion des Régénérés plutôt disposés à pilléé
qu'à se battre. Le temps était si affreux que les Anglais ne sortaient
pas des positions qu'ils occupaient ; mais la ville était déjà presque vides
il n'y avait plus aucune autorité qui fut respectée. Blaise, lieutenants
colonel dans la légion de Ouest, livra aux Anglais le fort Stiss
Joseph (tn es Ad eu , Le 3
Dans la même journée l’armée brilannique forte de 4,000 hommes.
entra au Port-Républicain, elle tira sur tous ceux quelle rencontr
dans les rues. Un colon français de la légion de Montalembert, nomm
Béranger, se rendit au fort Si Joscph où se trouvaient réunis tousiless
blancs qui avaient appclé Ics Anglais. Il portait une liste de trentes
pianteurs, ses anciennes connaissances qui étalent, disait-il, des Ré
publicains. Il les appela en commençant par MM. Goy et Gau, etes
jeta successivement dans le fossé en leur brûlant la cervelle de sa pro
pre main, et en leur disant, à chacun+ Républicain, fais le saut de
la roche tarpéienne. I eût ainsi tué tous ces malheureux, qui ve
‘ natent de trahir Ha patrie, si le général Whyte, arrivant dans le fort
à 8 heures du soir, n'avait fait ccsser cet affreux carnage. Le général
anglais le fit arrêter, ‘et le lendemain (6 Juin) fit publier une procla
mation dans laquelle ik condamnait ce crime. Bévanger prit la Site
A se noya dans la Voldrogne, en se rendant à Jérémie. » Les Anglais
sil faut en croire leur buliotin, comptérent huit hommes tués, et huit
blessés dont cinq sur la frésate l'Hermione. sain * Pendant ce temps, les commissaires eivils étaient arrivés à la Couper
sur Fhabitation Nérette où le général Martial Besse vint les joindre
avec un bataiilon de [a légion de l'Ouest demeurée fidèle à la Répu-.
blique. Ce fut là que Sonihonax reçut les adieux. de plusieurs off
ciers noirs, entre autres de Dieudonné chef des volontaires nationaux ou régénérés du Port-Républicain. Il passa au cou de Dieudonné
son cordon de commissaire eivil, lembrassa et lui dit: « Je te dé
« lègue tous mes pouvoirs dans l'Ouest ; tu es le représentant de I&
« France; n’oublies pas que tant que tu verras des, hommes de cou
« leur parmi les tiens, tu ne seras paslibre. » H fut question pen
dant un moment, dans toute la montagne, de l’égorgement des mu-«
lâtres; et ce ne fut pas sans peine que Polvérel et. Martial Besse
Parvinrent à calmer l'effervescence des noirs contre les anciens libres.*«
mes pouvoirs dans l'Ouest ; tu es le représentant de I&
« France; n’oublies pas que tant que tu verras des, hommes de cou
« leur parmi les tiens, tu ne seras paslibre. » H fut question pen
dant un moment, dans toute la montagne, de l’égorgement des mu-«
lâtres; et ce ne fut pas sans peine que Polvérel et. Martial Besse
Parvinrent à calmer l'effervescence des noirs contre les anciens libres.*« Fe à : : 2. À h de | k ue + de 5
__ Lettre de Grandet alors attaché près de Santhonax. ( Juillét 1794)
Traditions Haïiennes.- ra : +45 FER PAT JE PR mas à P ; $ EC F â x | Lol
‘‘ Ce fait à été déposé par tous les officiers de la garnison de Jacméel,
A où Santhonax s'est embarqué pour France: le mémoire qui le contient à
f été adressé par le général Baavais, à la Conrention Nationale, * M FLAN ne. dy #
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. TA) L e HISTOIRE D'HAITI.—( 1794 ) 189 Le commissaires civils partirent de la Co oup@ , traversèrent le
alanga un des mornes de la chaîne de la 4 ie , ( depuis lors miorne : l'Espérance commandée par le capitaine Chambon mouilla
dans la rade de cetie ville. Chambon porteur du déeret d'aeci usation,
contre Santhonax et Polvérel était chargé de lexéeuter. Quoiqu'il n’eùt
aucune force à sa di isposition il vit les commissaires civils, qui n iÿnO<
paient pas le sort de Brissot et des autres députés de la. Gironde e EXÉCUtés en Octobre 1793, se soumettre au déeret sÂns résistance. Sonthonax et Polvérel écrivirent à Martial Besse, « que toute la force armée
« dont ïl était Île dépositaire était en ce moment à Îa disposition du
« citoyen Chambon ; qu'en conséquence, 11 devait obéir à toutes les
« réquisitions que ce commandant pourrait lui faire mème contre eux. ».
Sonthonax écrivit à Laveaux de maintenir Fhonneur du nom républiCain à St. Domingue. Polvérel de son côté en écrivit autant au général Rigaud ; il ajouta : : « La Renommée à dà vousapprendre que le
..Port- Républicain a été livré aux Anglais : cette trahison est louvrage des anciens hbres ce toutes les couleurs. Ils'en fant beaucoup que Monbrun soit exempt de soupson; il est à craindre qu'il
ne livrera aux Anglais tous les quartiers où il aura de la prépondérance, et qu il intriguera dans Îles autres pour y propager le
même plan de trahison; vous savez que je n'ai jamais eu de confiance- en sa moralité: je ne comptais que sur la justesse de son
ambition bien calculée. IL m'a trompé même sur ce dernier point ;
il est décidément ennemi de la liberté et - des nouveaux libres : …l
l'assassine en la caressant ; il finira par recevoir la récompense qu'it
mérite. » En | | Il lui écrivit encore : « Ce n’est plus le commissaire civil qui vous
écrit. Sonthonax et moi sommes rapnelés en France, nous partons , et il est probable que ns successeurs arriveront bientôt; en
attendant c'esi sur vous seul que a pes dans votre départément
le salut de la colonie et la défense de la liberté et de Fégahié. Je
Suis tranquille sur ce département us je vous connais intré-.
spide et loyal républicain. (41 Juin 1794.)
crivit encore : « Ce n’est plus le commissaire civil qui vous
écrit. Sonthonax et moi sommes rapnelés en France, nous partons , et il est probable que ns successeurs arriveront bientôt; en
attendant c'esi sur vous seul que a pes dans votre départément
le salut de la colonie et la défense de la liberté et de Fégahié. Je
Suis tranquille sur ce département us je vous connais intré-.
spide et loyal républicain. (41 Juin 1794.) L Monbrun était toujours dévoué à la Républ que ; mais il commit Ja
faute eapitale de se ‘conduire mollement en présence de l'étranger ,
en haine de Sonthonax. Le capitaine Chambon avait aussi apporté le décret de la’ Convention sur la liberié générale des esclaves. Ce fut un véritable triomphe
pour le partit républicain; et ce décret releva extraordinairement le mofal des noirs et des hommes de, couleur demeurés fidèles à la République. Dès lors lon put découvrir que le drapeau tricolore surmou-
“6 du bonnet de la liberté, triompherait du pavillon britannique sous
lèquel de nombreux infortunés gémissaient dans la servitude.
le décret de la’ Convention sur la liberié générale des esclaves. Ce fut un véritable triomphe
pour le partit républicain; et ce décret releva extraordinairement le mofal des noirs et des hommes de, couleur demeurés fidèles à la République. Dès lors lon put découvrir que le drapeau tricolore surmou-
“6 du bonnet de la liberté, triompherait du pavillon britannique sous
lèquel de nombreux infortunés gémissaient dans la servitude. * À la même époque Wilberforce avait demandé au pariement britan: 4 commissaires ) et arrivèrent à Jfacmel le 6 Juin. Trois Jours après PT IN AR TC TA RU PONT ON UNS CUP = = 8 A A4 …
- Ü - * ” “ 190 AE isTOiRE D'uarTr 1794 ) nique l'émancipation des esclaves dans les colonies. anglaises : mais P
avait entrainé le parlement à déclarer « qu'il ne pouvait. rien déeid der
« sans le concours des planteurs des colonies. » Si la. demande de
Wilberforce avait été alors accueillie, l'Angleterre eût enlevé à toul
jamais S'-Domingue à la France . Î
Les commissaires eivils s'embarquérent à bord de la corvette Eee
_rance, el partirent pouts France Quand als Y arriveront ils seron
emprisonnés comme girondins, et la révolution du 9 Thermidor “qui
amènera la: chûte de Rbbespierre, Îes sauvera de la mort. 4
_Monbrun demeura à Jacmel comme commandant de la.provinee 4
l'Ouest, et Martial Besse, comme commandant del arrondissement de Jac=
nel. Bauvais, chef de la légion de l'Ouest, prit le commandement. de
Marigot et dé Sale-Trou. Néanmoins il se tenait le plus souvent :
Jacmel.. Pinchinat qui avait été nommé commissaire. du Pouvoir-Exés .
cutif prés du conseil supérieur de l'Ouest et du Sud , se trouva sans
emploi, la plupart des membres de ce tribunal étant restés auPort-Ré
publicain, L F0
Monbrun d'un caractère impérieux ne tarda pas à entrer en
lutte d'autorité avec Bauvais. Pinchinat et Rigaud pris pour mé»
diatéurs par les deux rivaux, se transporiérent à “Jacmel et condamné"
rent la conduite de Monbrun qui se retira sur son habitation prés
d'Aquin, lieu de sa naissance. Mais Riga ud qui, comme Sonthonax el
Polvérel, le croyait dévoué au parti Anglais, le fit arrêter el-4n=
_carcérer à St. Louis du Sud, aprés avoir livré au pillage ses propriés|
tés. Peu de temps après il J'envoya en France. Monbrun fat. -emprisonné aussitôt après son arrivée à Rochefort. Ce ne fut qu'en 4798
(2 Juin) qu'il fut acquitté et mis en liberté à Nantes par le conseil
de guerre de La 49° division militaire présidé par l'adjudant- général
Peste Turenne Laval. H avait Cié principalement'accusé d'avoir: livré
le Port- Républicain aux Anglais. Il dovint un général distingué dans
les armées de l'empire Français , aprés avoir été commandant du Chà=
teau Frompette” à Bordeaux, *
qu'en 4798
(2 Juin) qu'il fut acquitté et mis en liberté à Nantes par le conseil
de guerre de La 49° division militaire présidé par l'adjudant- général
Peste Turenne Laval. H avait Cié principalement'accusé d'avoir: livré
le Port- Républicain aux Anglais. Il dovint un général distingué dans
les armées de l'empire Français , aprés avoir été commandant du Chà=
teau Frompette” à Bordeaux, * & e, pote et Rond avaient non en France sur K frégate F" Concors
de toutes les pièces concernant l'affaire de Monbrün. ; L a
LA se: LIVRE ONZIÈME. i7SA. }
JU ER Sommaire. Les Anglais organisent des troupes coloniales. Adrinistration anglaise,
— Laveaux” en négociations avec Toussaint Louveiture pour le faire entrer dans le parti de la République. T'eussaint embrasse la cause de la République françai.
se, —{-onduite héroïque de Villate au Cap — Succès de Laveaux dans le Nord —Efl est
secondé par Villate et T'onssaint. — !,es Français sont écorgés au Fort-Dauphin. —
Laveaux tente de gagner Jean François — Réponse de Jean François.— Toussaint
prend St-Michel et St Raphaël sur les Espagnols. —Bauvais et Rigaud combattent
les Anglais avec acharnement — Whyte foitifte le Port-Républicain.—La fièvre jaune
se déclare dans les troupes anglaises. — Mission de Charmilly en Angleterre, — "Whyte est remplacé par le brizadier général Hornock.— Conspiration à lPArcahaie
… en faveur de la République.— ‘Toussaint a une entrevue avec Brisbane — Exécu. tion de Gauthier.— Toussaint pénètre dans St-Marc et en est chassé. — Il attaque
de nouveau cette ville — Rigaud s'empare de Léogane sur les Anglais.— Les An. glais tentent mais en vain de gagner Rigaud en lui offrant plusieurs millions de francs —Rigaud prend ‘Tiburon.— Animosité entre Villate et Laveaux.— Laveaux parcourt les quartiers soumis à la République.— Toussaint combat avec succès Île major Brisbane—TIl est battu au camp Cbarles Sec par Jn François — Conspiration
à St-Mare et au Port-Républicain contre les Anglais—Les Auglais énlèvent le Mirebalais aux Espagnols — Mission de Chanlatte auprès de Rigaud et de Bouvais —
Les républicains de l'Artibonite se prononcent les uns pour Villate, les autres pour
Läveaux.— ‘Toussaint fait arrêter Blanc Cassenave.— Mort de celui-ci. La guerre continuait avec fureur dans l’ancien monde entre l'Europe gt la République. Les armées françaises triomphaient partou! ; la cause
de la liberté était sauvée, et les rigueurs de la terreur ‘étaient devenues insupportables, -parcequ'elles n'étaient plus nécessaires. La'CGonmention nationale qui avait été absorbée par la défense du territoire, ft qui maintenant réunissait ses forces pour abattre le despoiisme pa:
192: HISTOIRE D’faiti.—{ 1764 Y
: \ y
ane 2e, Eédetéos a pulaire de Robespierre ,. ne portait plus ses rognedis au-delà de l'a
tlhstique. Depuis qu ‘elle avait proclamé F émancipation générale des esclaves elle n'avait pas douté que ces derniers, livrés à eux-mêmes, ne sen
tissent assez la dignité que: la liberté fait naître dans le cœur del homme,
pour délenure un sol où l'on ne respirait plus l’air infect de la. servitude.
ane 2e, Eédetéos a pulaire de Robespierre ,. ne portait plus ses rognedis au-delà de l'a
tlhstique. Depuis qu ‘elle avait proclamé F émancipation générale des esclaves elle n'avait pas douté que ces derniers, livrés à eux-mêmes, ne sen
tissent assez la dignité que: la liberté fait naître dans le cœur del homme,
pour délenure un sol où l'on ne respirait plus l’air infect de la. servitude. Elle ne s'était poini trompée dans ses conjectures : les noirs.et les sangs=\
mèlés répubiicains presque abandonnés de la Métropole, vont conti 1
nuer ja guerre à St Domingue contre les Angiais, avee autant devaz
leur: qu'en: déployaient en. Europe les troupes Patriotiques. La. [utte«
sera celle de la liberté contre te déspotisme: d'une part. les citoyens®
du Æ Avril 1799-et du: 4 Février 1794; de: l’autre les. Anglais, les
Espagnols et les. royalistes français rétablissant. l'esciavage. S'il est vrai.
que là servitude même rmposée par là force peut avilir l'espèce humaine, les noirs et les homines de couleur de St-Domingue par les luttes“
songlantes qu'ils vont supporter ; se laveront de leur dégradation, et se”
couronneront de toute la, dignité qui brille sur le front de l'homme dont
le cœur à été épuré par l'hérois. re. En s'emparant des différents quarticrs de la colonie qu'ils occupaient.
les Anglais n'avatent rien changé aux lois et aux règlemens qui exis=«
taiont du temps de la monarchie française. Les privilèges des anciens.
colons avaiont êté rétablis, et ceux-ci se montraient déjà aussi fiers, aussi
arrogars envers Îes | homiwes de couleur qu'ils. l'avaient été avant 1789.
Ceux des. affranchis qui s'étaient soumis aux Anglais ne tarderont pas” à Sarmer contre eux, froissés des prétentions des. planteurs qui, avaient=,
us cru, éevaient- être deurs égaux sous la domination britannique; mais.
mous les verrons succomber, el. sous les coups de leurs auxiliaires qu’ils
trahiront, el SOUS les coups. des. vengean es nationales. Ils seront.
woins à plaindre que les colons cux:mêmes, car ceux-ci, queiqu ‘ils
méritassent la mort pour avoir trahi la: patrie, mavaient. jamais. neçus
aucun bienfai de la République.
, éevaient- être deurs égaux sous la domination britannique; mais.
mous les verrons succomber, el. sous les coups de leurs auxiliaires qu’ils
trahiront, el SOUS les coups. des. vengean es nationales. Ils seront.
woins à plaindre que les colons cux:mêmes, car ceux-ci, queiqu ‘ils
méritassent la mort pour avoir trahi la: patrie, mavaient. jamais. neçus
aucun bienfai de la République. -Béjà la fièvre jaune avait considérablement moissonné: les: troupes.
européennes de S. M. B. Les Anglais sentirent la nécessité de recru-«
er des noirs et des hommes de couleur pour former des. légions coloniales. |
Hs organisérent, au Môle, deux régimens ; à St-Marc, les légions de Dessources, de Cocherel et de Savary; à l'Arcahaie, la. légion. d'Yorck …
commandée par Lapointe devenu colonel, et celle de a reine ; au …
Pori-Républicain, les régimens du prince de Galles, de Bruges et de«
Montalembert ; dans les hauteurs de Banica, les chasseurs de Banique ; à
à Jérémie, les légions de Sevré, de Domingeau et de Jean. Kina. …
Avant leur entrée au Port-Républicain, ils avaient déjà formé les régimons des Hussards de Hompech ct de. Rohan. composés en: entier
< d émigrés Fragcats, Toutes ces. troupes qui fournissaient. une force de
12,000 hormes étaient parfaitement, vêtues et bien armées. Rien né,
fait si beau, si bien rangé que les régimens de Dessources et, de hs ÈS 7e + HISTOIRE B'HAITI.—( 1794 ) 193 Montalembert dont les états-majors n'étaient composés que de blancs. Les soldats anglais portaient des habits rouges, recevaient une nourri “iure abondante et solide , tandis que les républicains presque nus suppor- “Haient tottes sortes de privations. Mais l'amour de la liberté, la profonde
horreur qu'ils éprouvaient pour l'ancien régime, vaincront tous les obsta.
cles qui s'opposeront à la régénération des africains et de leurs descendans. Les Angiais tout en ménageant les hommes de couleur dont ils avaient be
soin, accordaient toute leur confiance aux anciens planteurs. Aussi voyaiton dans le conseil privé du gouverneur des possessions britanniques, Blin de.
Milleneuve, Loménie de Marmé, Dulan d'Aflemans, de Villars, de Buffon, an:
ciens colons ; dans l'état-major des places, des officiers Français émigrésen”
grand nombre sous les ordres des officiers Anglais; dans les troupes , les
Gambefort, les Thouzard , les Rouvraï revenus à St. Domingue, O’Gor- “man, Contades, Henri Ségur de Montazeau, Montalet, Duquesne, Cocherel ; dans les finauces, Rainville, Fourmy pére, Rousselot ; dans
Padministration des biens des absents, Malouet d’Alibert, Buranthon ;
au conseil supérieur établi au Port-Républicain , Ronceray ; président et
chef de justice, Valentin de Cuillen, l’Aésassin de Ferrand de Baudiêres,. Vincendon Dutour, doyen. - | Dans les @eampagnes où l'esclavage avait été rétabli, on voyait se
renouveler les mêmès horreurs qu'en 1789. Il-y avait des légions.
coloniales britanniques où le noir ne pouvait parvenir quau grade
de sergent-major. |
il supérieur établi au Port-Républicain , Ronceray ; président et
chef de justice, Valentin de Cuillen, l’Aésassin de Ferrand de Baudiêres,. Vincendon Dutour, doyen. - | Dans les @eampagnes où l'esclavage avait été rétabli, on voyait se
renouveler les mêmès horreurs qu'en 1789. Il-y avait des légions.
coloniales britanniques où le noir ne pouvait parvenir quau grade
de sergent-major. | Hyacinthe Ducoudray , par l'influence qu'il exerçait sur les cultivateurs du Cul-de-Sac, les porta à ne pas s'armer contre les Anglais.
La légion de Montalembert alla occuper la Croix-des-Bouquets, et
tous les ateliers retournèrent dans la servitude. Mais Dieudonné occupait pour la République les montagnes de la Coupe et du. Grand Fond. “Quoiqu'il suivit les conseils de Sonthonax et qu'il ne voulût pas reconnaître l'autorité des hommes de couleur, de Bauvais , de Rigaud,
il se montrait jusqu'alors très-dévoué à la France, et prenait le: titre. L de commissaire civil. Al demanda une entrevué à Hyacinthe, luïten. * dit un piège, le prit, et le fit fusiller. Ne
Pendant cet intervalle , le général Martial Besse partit pour France. Le général Bauvais réunit à Jacmel les débris de la légion de l'Ouest,
véorganisa ce corps et rétablit l'ordre ainsi que le travail dans tout son
arrondissement. Le général Rigaud, de son côté, faisait aimer son
ädministration, par la sagesse de ses. règlemens. |
Laveaux, dans le Nord, se résolut à gagner définitivement au parti de
Ja République Toussaint , alors un des officiers les plus influens des bandes
Spagnoles , auquel l'abbé de la Haie avait déjà fait des ouvertures. Depuis plusieurs mois Toussaint Louverture eût arboré le drapeau tricodore, si Villate. auquel il avait offert sa soumission ne lur avait “répondu qu'il ne voulait pas. entrer en négociations avee ua misérable esclave dévoué à la cause de la servitude. Cette réponse avait d'autant x
” # < plus indigné Toussaint qu'elle venait d'un homme de ali qui avait (QE
‘trop vite oublié sa condition primitive. Ce fut l’origine de la bai - ‘aprés avoir commune à la Marmelade où commandait le marquis d'Al xeur le trafic que faisaient Jean HU et Biassou des noirs républiblique, en lui adressant une leitre que lui avait fait parvenir Ghevas, gains. Ce qui prouve la” phpRle de ses sentimens à cet égard, eesk, 194 | pisroire p'arr.—( 1794 }) quil porta à Villate, .
Dès le 5 Mai 1794, Laveaux L'axait exhorté à reCONNA TON Répush lier, commandant de Terre-Neuve et du Port-ä-Piment. Le 48 du
même mois Toussaint lui’avait répondn qu'il serait heureux de se plan
cer sous les drapeaux de la République, et qu'il avait été égaré par les
espagnols. Cet homme d'une profonde dissimulation, résolut de donnèp
à ja RépaONue un témoignage effrayant de la sincérité de sa soumis-… sion, en plaçant un abime entre lui et les Espagnols: le 25 Juin monas , il renouvela son serment de fidélité au roi d'Espagne, monta
à cheval, fit massacrer par ses troupes les soldats européens Cantons
nés dans le bourg, se rendit à la Petite Rivière ,. puis au. Dondon >
ensuite au Gros Morne, où furent également égorgées les garnisons ess
pagnoles qu'il y avait placées. * 1 arbora dans tous ces lieux le drapeau
un abime entre lui et les Espagnols: le 25 Juin monas , il renouvela son serment de fidélité au roi d'Espagne, monta
à cheval, fit massacrer par ses troupes les soldats européens Cantons
nés dans le bourg, se rendit à la Petite Rivière ,. puis au. Dondon >
ensuite au Gros Morne, où furent également égorgées les garnisons ess
pagnoles qu'il y avait placées. * 1 arbora dans tous ces lieux le drapeau _ tricolore, Quand il sapprodMà des Gonaives, les soldats de: S. M. G; 4 qui occupaient celte ville prirent la _fuite, et se retirèrent au pont des
l'Ester. Il ordonna à un de ses lieuten ans, Blanc Cassegave, hommes
de couleur, d’ailer s'emparer de ce pont. I se rendit ensuiteau Port . de-Paix où ‘le général Laveaux le reçut avec la plus grande distinction fl passa “en revue les troupes de la garnison; ce fut une courtoisie que lues
fitle général français qui partagea avec fui son lit et sa table. Toussain£"
avait sous ses ordres 3,000 hoinmes; l'influence de son nom, était déjà.
considérable ; la cause fe ançaise réduite aux dernières extrémités dans le.
Nord y eût succombé , sil ne s'était soumis à la République. Le gou
verneur lui confia le commandement du cordon de l'Ouest | aprés Lan
voir nommé général de brigade. La proclamation de Sonthonax du 29 Août < sur la liberté générale
transformée en loi le 4 Février 4794 par la Convention nationale, avai
déterminé Toussaint à* embragser la cause de la République. En prés
sence d’un acte aussi solennel, il ne pouvait plus doûter de la sincé…
riié du gouvernement français à l'égard des noirs: le bonheur futur
des siens faisait toute sa sollicitude. D'une autre part, il voyait ques
le triomphe des armes es pagngis améênerait le rétablissement de lan-.
eien régime, et son horison po litique s'était assez agrandi. pour qui il.
comprit qu'une révolution aussi sanglante, aussi générale ne pouvait
se terminer par la servitude des masses, et par la liberté octroyée à Et
quelques centaines de chefs. Depuis longtemps il avait pris en horAI & “ :# Vie de Toussaint par Didiées Traditions des Hnitiens: de l'Ouest P)
de ci et du Nord, Es 6 RE À | Er HISTOIRE D'HAITI 1794 ); 0
| | qu'il abandonna la cause du roi d'Espagne lorsque tout'en annonçaié
le triomphe. | ‘
Pendant ce temps le eolonel Villate défendait la ville du Cap et contre
JS Anglais qui en bloquaient le port, et contre les Espagnols qui la
cennaicnt étroitement, avec autant d'héroïsme qu'en déployait Laveaux
au Port-de Paix. El réunit sous le drapeau de la- France les citoyens “de toutes les. cou'curs., el. oblint d'éclatans succès contre les troupes.
européennes de Cantabre, et contre Jean. François. Les deux régimens. de troupes franches formés au: Cap, se battaient, dans les sorties, avec
toute la fureur du. fanatisme de. la liberté: Les Anglais-tentérent de
gagner Villate, en fur. offrant des. sommes considérables ;: 1l leur réDondii-en- faisant Jurer. à. son armée de s’ensevelir sous les murs: de
succès contre les troupes.
européennes de Cantabre, et contre Jean. François. Les deux régimens. de troupes franches formés au: Cap, se battaient, dans les sorties, avec
toute la fureur du. fanatisme de. la liberté: Les Anglais-tentérent de
gagner Villate, en fur. offrant des. sommes considérables ;: 1l leur réDondii-en- faisant Jurer. à. son armée de s’ensevelir sous les murs: de place plutôt que de se rendre. Les. Espagnols cherchèrent aussi à. Je séduire: pour toute réponse, il leur envoya des paquets: de cariou-
“ches et du plomb. Pendant plus de deux mois ia garnison ne se nourfil que de cannes à sucre, d'oranges et de racines, Les-Anglais.
furent obligés d abandonner le blocus du port, et Jean François, après.
avoir perdu un quart de son armée dans les attaques infructueuses qu’il “avait dirigées. contre la place , se retira Lonteusement au: Fort-Dauphin. J'ordonnateur Perroud qui. par ses talens et son activité parvint à créer
“des ressources à l'armée.. Perroud prêcha. l’ordre-et le travail äux nou-
“eaux libres, administra les biens des ‘émigrés, fit hausser le prix des
“denrées coloniales et tomber celui des comestibles- américains. Il eut. assez de patriotisme, pour vendre à crédit à fa République, dans ua.
Moment, si difficile, toutes. les. marchandises qui. remplissaient. ses. Magasins partieuliers. De son côté, Labatut commandant de la- Tortue
secourait l'armée du Port-de-Paix par des envois fréquens de vivres et
de bestiaux.. Laveaux ne tarda pas à se trouver prét à. reprendre
“offensive. Il en était temps, car de: nombreux émigrés français arri-
“és au Fort-Dauphin ne demandaient qu'à marcher contre le Cap.. Quoi-
“que ennemis de la race noire, ils s’honoraient alors d'ètre placés. sous
“cs ordres. de Jean François et de Biassou, et avaient demandé des ar-
“mes au capitaine généal de. S°-Domingo.pour reprendre Vallière, la.
Grande-Rivicre, Terrter-Rouge el le Grand-Boucan. Les Espagnols-qui
#0 défiaient. d'eux. ne tarderont. pas à les faire tous égorger. : …Laveaux dirigea. une attaque générale contre les Espagnois. D après
Ses. instructions , Danly commandant du Gros Morne marcha contre le
Doste.la Chapelle; Villate commandant du Cap, contrele Port-Wargot ; et. Toussaint. Louverture , contre la Petile-Rivière.. Le gouvereur marcha en, personne contre le Borgne: Apres avoir lraversé des
Mornes presque inaccessibles, il établit, une pièce de 24 sur la Vigie
Porgne, et s’empara de: ce bourg, secondé par le courage éclairé
es adjudans-généraux Suire et Pageot, Le drapeau. tricolore fut en. 7. 4 … Laveaux excilait l'admiration des. républicains. tant par ses prodiges.
de valeur que per son administration intelligente. I était secondé par. … | saint Louverture enlevait le long de l'Artibonite le bac d'enhaut ,1es | 2 @spagnols craignant qu'il ne se jetât dans le parti républicain comme” déjà une animosité bien dessinée n'avait éloigné Laveaux de ViL 4 “publique, Il ne doutait pas du patriotisme de Viilate, mais les pré156 re HISTOIRE D'HAITI.— (1794 )-
ses prodiges.
de valeur que per son administration intelligente. I était secondé par. … | saint Louverture enlevait le long de l'Artibonite le bac d'enhaut ,1es | 2 @spagnols craignant qu'il ne se jetât dans le parti républicain comme” déjà une animosité bien dessinée n'avait éloigné Laveaux de ViL 4 “publique, Il ne doutait pas du patriotisme de Viilate, mais les pré156 re HISTOIRE D'HAITI.— (1794 )- suite arboré dans les quartiers de Plaisance, de la Marmelade, dû Dondon,
de Limonade et de Terre-Neuve. En même temps Villate enlevaitle Porte.
Margot et le colonel Mongeot s'emparait du poste Legros. De son côté Touscamps Campan, Bellanger, le pont de lEster et le bourg des Ve +
rettes, secondé par le lieutenant colonel Blanc Cassenave. :
Cependant ces succès auraient été plus éclatans dans le Nord , late. Laveaux, comme Sonthonax, était devenu hostile aux anciens“
libres du Nord quoiquiis fussent la” plupart demeurés fidèles à la Rés : tentions de celuici au commandement en chef du département. du a.
+
Fa Nord, et son népotisime exclusif en faveur des hommes de sa caste ÿrritaient extraordinairement le gouverneur. Aussi dès lors vOyons- è
nous Laveaux favoriser les chefs noirs, et se montrer plus disposé à leur
livrer l'autorité de la colonie qu'à l'abandonner aux hommes de couleur Toussaint Louverture vint dans le Nord à la tête d'une partie de ses
troupes , battit les espagnols au camp Bertin et leur enleva Île Limbé. |
11 attaqua le Dondôn que Jean François avait re pris sur le eolonel Moy se. Après un léger combat, il y pénétra, y trouva deux pièces de. 2,5
beaucoup de fusils, et poursuivit ensuite Jean François qui full
prendre , jusqu'à ta montagne Noire. Il envoya à Villate avec géné
rosité une grande quantité de munitions de bouche. Son exemples
rallia au parti republicain de non:breux noirs qui combattaient pour le.
roi d'Espagne. | les disciplina, ies contraignit .à respecter les pro
prictés. Dans les troupes de Jean François et de Biassou le désordre”
était au contraire à son comble ; le pillage et, l'assassinat étaient à
l'erdre du jour. Tout ense Géciarant les protecteurs des blans royaliss
tes, ces deux chefs les égorgealent de temps à autre et les dépouil laïent. Le gouvernement Espagnol craignant de les perdre, leur par donnait tout. Il les entretenait à grands frais. Jean François et Bias=s
sou recevalent une pension annuelle de 400,000 francs; üls avaient
des gardes du corps, des cordons bleus et rouges ét les titres de ma
réchaux de France. Un nommé Cagnet au service des espagnols por
tait le titre de Monseigneur Duc et Pair et Maréchal de France”
Pendant ce temps Biassou refusait de se soumettie à l'autorité de
Jean François. Celuici nobint de ses soldats qu ils marchassent
contre lui qu'en ieur promettant le pillage du Fort Dauphin. Apres
la victoire, ses bandes exigèrent qu'il accomplit sa promesse. Il'y"a*
vait au Fort Dauphin un millier de français royalistes des deux sexes
revenus dans la colonie, rappelés par les proclamations espagnoles qui
leur avaient promis aide’ et protection. Jean François demanda ‘aux
autorités du Fort Dauphin le sac de cette ville. Sa demande fut sou
tenue par Vasquez son confesseur ‘et vicaire-général de l’armée. Le: 4
Apres
la victoire, ses bandes exigèrent qu'il accomplit sa promesse. Il'y"a*
vait au Fort Dauphin un millier de français royalistes des deux sexes
revenus dans la colonie, rappelés par les proclamations espagnoles qui
leur avaient promis aide’ et protection. Jean François demanda ‘aux
autorités du Fort Dauphin le sac de cette ville. Sa demande fut sou
tenue par Vasquez son confesseur ‘et vicaire-général de l’armée. Le: 4 _ PA à
à _ “ HISTOIRE D'HAITI.—( 1794 ) 19? Toussaint Houveriure, lui accordérent tout ce qu'il voulut. Le 6 Juiliet , Jean François se présenta aux portes du Fort-Bauphin, et
pénétra dans la ville. La population blanche n’en éprouva aucune inquiétude , le sacliant au service du roi d'Espagne. La garnison euro: péenne composée des régimens de Cantabre, de la Nouvelle-Espagne, de da Havane, était rangée en bataille sur la place d'armes, sous les
“ordres du colonel Montalvo. Les bandes de Jean François étaient aussi
sous les armes, attendant avec impatience l'ordre de se précipiter sur
les français qui-jusqu'alors ne se doutaient pas du sort qui leur était
reservé. Vasquez célébra l'office divin, se rendit sur la place d’ar.
mes ct bénit fes drapeaux des troupes noires, Alors il présenta sa
main à baiscr.à Jean François en lui disant : Exterminez ces athées,
cos régicides, ces hébreux. Aussitôt la garnison européenne se ren-
…{crma dans le fort de la place, et le massacre commença dans les rues
“et dans les maisons. En quelques heures 950 français, hommes, fem:
mes et enfans avaient été égorgés. Quelques émigrés purent se sau=
ver en se couvrant des habits du soldat castillan. Mais les troupes européennes ne firent aucun mouvement en faveur de ces malheureux
“dont les richesses devinrent la proie des autorités. * Les bandes de
Jean François Jusqu'au coueher du soleil ne cessèrent de piller. Le
“lendemain elles sortirent de la ville chargées de butin. De tels auxi-
—liaires étaient plus funcstes que lennemi lursmême. |
* Peu de jours après cet horrible événement, Jean François envoya au
“camp quoccupait Blanc Cassenave, un émissaire nommé Césaire , charsé de gagner tes noirs républicains en leur distribuant 209 portugaises (8,000 francs). Césaire avait déjà corrompu plusieurs officiers ,
“quand Blanc Cassenave découvrit ce qui setramait, et en avisa Tous-
“saint Louverture. Celui-ci marcha contre tes espagnols, les attaqua
met les culbuta au-delà de la savanne Aïlfort, Quelques soldats du
“régiment des Cantabres furent faits prisonniers, et toutes les fortifications espagnoles de la ligne d’Alfort furent détruites.
Jean François ayant réuni des forces imposantes vint dans les preHiers jours du mois d'Août attaquer la Crête Samedyÿ où commandait pour la France un nommé Noël Ailhaud. Après un combat de
“rois heures, les républicains manquant de munitions évacuérent la
Position qui tomba au pouvoir des espagnols. | “FH
Peu de temps après le général Laveaux adressa une lettre à Jean
“François, dans laquelle il l'exhorta abandonner la cause du roi
“d'Espagne lui faisant les offres les plus séduisantes. Un mois aprés
Jean François lui @t la réponse suivante :,
ÿ où commandait pour la France un nommé Noël Ailhaud. Après un combat de
“rois heures, les républicains manquant de munitions évacuérent la
Position qui tomba au pouvoir des espagnols. | “FH
Peu de temps après le général Laveaux adressa une lettre à Jean
“François, dans laquelle il l'exhorta abandonner la cause du roi
“d'Espagne lui faisant les offres les plus séduisantes. Un mois aprés
Jean François lui @t la réponse suivante :, j + j| y avait dans les troupes Espagnoles des hommes que se firent plustard
Témarquer sur le continent américain : St.-Martin, au Pérou; Barbastro, à
Buenos-Ayres; Bustamente, au Mexique. (Relation du sac du Fort-DauMphüin par le eitoyen Céligny Ardouin. ) | ‘198 ANUS CRISTOIRE D'HAITI.—( 1794 :) ” À DORE. + AA ame à à À A «
« €
€ « jamais la trahison et la perfidie ne seraient 1e partage du général 1
« dean- d'sAngols. «et seulement je crorrai à celuy à que jusqu'à ce que je vois que _cordent leurs filles en mariage aux nègres. Alors je pourrai croi sieur le Président que vous citez dans d’autres écrits qui sont entre de tous les prisonniers espagnols, de vous prier de faire’ la guerre, Ci L « Au Fort Dauphin, le 20 Novembre 1794. « Jean François, Général des troupes auxiliaires de S. M. C. à
Étienne Laveaux, Gouverneur-Général, pour la République française,
au Cap. ne
« Votre lettre datée du 20 Prumaire-de l'an 3 de la République.frangaise (21 “Octobre 1794} me fait connaître les nobles sentimens 4
avec lesquels vous l'avez dietd elle commence avec -le mépris que …
tous vous autres auraient toujours pour les gens de ma-race, J'ayl hon- ;
neur d'être nommé général parmi mes amis el mes ennemis, litre
glorieux que je me suis acquis par mes exploits, ‘ma bonne. CON= :
duite, ma probité ét mon courage, et vous me privez de cet honneur dans Ja première parole de votre lettre, en mo nommant
avec un air dédaigneux et méprisant Jean François comme vous
pourriez faire dans ces temps malheureux où votre orgueil et votre
cruauté nous confondaient avec les chevaux, les bêtes à cornes
et les plus vils animaux, précisément dans une occasion où vous
avez besoin de moi, et vous me proposé la perfidie la plus noire
que vous cherchez À embellir avec des promesses séduisantes, men2
ieuses et remplies d'artifices , et par lesquelles vous faites connaître
Tlindigne idée que vous avez de mon caractére et de mon procédé,”
Mon parti est pris, et je suis Inébranfable une fois déterminé, je vieu
vrai, je mourrai dans la belle cause que j'ai adoptée, et sans lâcher j
de faire l'apologie de Messieurs les Espagnols , je pourrai vous. prouer que je nai que des louanges à faire d'eux les ayant (OUJOUrS
initiée fidèles et religieux observateurs dans loutes leurs promesses, M
« Quoique je pourrai bien répondre à tous les chapitres de votre 1
lettre, je les omets parce qu'ils sont presque tous détaillés dansun
manifesie que j'ai fait cireuler à mes compatriotes dans lequel je leur %
fais connaître sans arlifice, le sort qui les attend, s'ils se t laissent
séduire par vos belles pyrol 68, l'Egalité, la Liberté ete, ele. , etc. 20
ieux observateurs dans loutes leurs promesses, M
« Quoique je pourrai bien répondre à tous les chapitres de votre 1
lettre, je les omets parce qu'ils sont presque tous détaillés dansun
manifesie que j'ai fait cireuler à mes compatriotes dans lequel je leur %
fais connaître sans arlifice, le sort qui les attend, s'ils se t laissent
séduire par vos belles pyrol 68, l'Egalité, la Liberté ete, ele. , etc. 20 TS DRE PAL Monsieur Laveaux el d'autres messieurs frangais de sa qualité, ac=- à l'Egalité prétendue. Ine me reste plus, monsieur le Général,=
que de vous demander la grâce de m envoyer cette lettre demon mes .:Mmains, dans laquelle il vous promet ma tête pour la rançon
en respectant les droits des gens et cette générosité -observée ancien nement pee les nobles guerriers français ‘dont vous trouverez bien
des exemples dans vos illustres. ancêtres, et de vous instruire que « JEan FRANÇOIS, Génératsdé S. M. C. k #
’ — pas TE
HISTOIRE D’HAITI 1794 ) ” | 199 eLes dernières dispositions de cette lettre attestent qu'elle a été écrite par un émigré français. ae
{
ss
. Laveaux ayant perdu l'espoir de gagner Jean François: à la cause
révolutionnairé, ordonna à Toussaint Louverture d'attaquer S' Michel et … S'Raphaël. Toussaint marcha contre S'-Raplaël avec plus de 4,500 hommes, sur diflérentes colonnes. , Un corps nombreux de cavalerie républi.
…caine occupa la route du Dondon derrière un petit morne dans un coude
“que formait le chemin. Les Espagnols avaient dressé dans cet endroit
un retranchement garni de canons et défendu par un fossé rempli
“d'eau s'étendant de la rivière eu pied du Mornet: . Une colonne. d'infanterie républicaine gravit la montagne qui dominait le camp
retranché avec ordre de l'attaquer dès que Faffaire commencerait ; une
autre colonne s'éehelonna le long du revers du même morne pour:
couper la retraite à l'ennerhi; une troisième traversa la rivière, et
alla occuper les positions qui dominaient le retranchement à gauche. Foussaint ordonna de commencer le feu, et le combat s’engagea avec
acharnement de part et d'autre. La cavalerie qui eccupait le grand
chemin chargea sur le camp retranché; mais elle fut vigoureusement
lepoussée par la mitraille; elle revint à la charge et fut de nouveau -Culbutée: elle se retira; laissa dans la grande route 200 hommes tués; Les autres colonnes se précipitérent des mornes sur la redoute, eë
Passaillirent. de toutes parts: Les Espagnols firent bonue contenance
de tous côtés. Toussaint à la tête de sa cavalerie les chargea une
troisième fois et pénétra dans le camp retranché. L'ennemi baitit-en
retraite précipitamment, fui poursuivi au loin, et. laissa le champ de
bataille couvert de morts. Le résultat de cette journée fut la prise
Les autres colonnes se précipitérent des mornes sur la redoute, eë
Passaillirent. de toutes parts: Les Espagnols firent bonue contenance
de tous côtés. Toussaint à la tête de sa cavalerie les chargea une
troisième fois et pénétra dans le camp retranché. L'ennemi baitit-en
retraite précipitamment, fui poursuivi au loin, et. laissa le champ de
bataille couvert de morts. Le résultat de cette journée fut la prise de. St-Michel et de St Raphaël Tr sense ie - hé 0 Toi
Pendant ee temps, la prise du Port Républieain paraissait devoir soumettre à La domination anglaise le reste de l'Ouest, et tout le Sud : iais Bauvyais dans les montagnes qui avoisinent le Port-Républicain,
et Rigaud dans le Sud, ne cessaient de harceler les troupes britanniques. Le général Bauvais euleva Sale-Frou sur un corps de royalistes
français que des vaisseaux de S. M. B: y avaient déharqués, et mit
Jacmel à l'abri d'un coup de main. Les républicains qui occupaient
lès montagnes receyaient de Jacmel el des Uayes des munitions de …ouerre et de bouche: les ports de ces deux villes étaient peuplés de lavires des États-Unis, de la Côte-ferme, de Curaçao et des iles du — Le général Whyte, pour mieux fermer l'enceinte du Port-Républicain, WE Î
€
: ’
LA “ Mit fortilier cette ville à l'Est et au Sud par les soldats anglais; ik .
“ éleva dans le quartier du Mofne à-Tuf un blockaussau milieu de ta place + (lu cimetière intérieur, et à l'Est -au sommet Qu morne de l'habi ation
ires des États-Unis, de la Côte-ferme, de Curaçao et des iles du — Le général Whyte, pour mieux fermer l'enceinte du Port-Républicain, WE Î
€
: ’
LA “ Mit fortilier cette ville à l'Est et au Sud par les soldats anglais; ik .
“ éleva dans le quartier du Mofne à-Tuf un blockaussau milieu de ta place + (lu cimetière intérieur, et à l'Est -au sommet Qu morne de l'habi ation “_Covin ; un fort bien assis qui domine et la ville et les campagnes
“énvironnantes.*. Il counstruisit aussi dans le morne de l'Hôpital sue
Agé 200 HusTOIRR s'uxiere CN ) Le Fhabitation Dessources au-dessus du fort Bizoton une redoute, qu'il
arma de quelques canons. Le soldat européen nullement habitué à se
livrer à de rudes fatigues sous le ciel brûlant des tropiques ne &urda
pas à tomber malade. Dans la journée ilétait exposé aux rafons du soleil,
et pendant la nuit il faisait la patrouille souvent dans la pluie. De 1
"40 hommes d'élite des 22°, 23°, 35°, et 41° débarqués au Port
Républicain dans le mois de Juin, il ne restait pas cent soldats. IIS
avaient “été enlevés par la fièvre jaune. Les colons qui s'étaient livrés
aux Anglais, profondément découragés, obtinrent du général Se L
que Venant de Charmillÿ partit pour Londres, avec mission de de
mander des renforts au gouvernement britannique. De son côté Whyte
craignant de succomber sous l'influence meurtrière du climat retourna ;
en Angleterre. 11 fut remplacé dans le commandement en chef de. à
Si-Domingue par le brigadier général Horneck qui vint de la Jamaïique«
au Port-Républicain au milieu de Septembre 1794. Horneck réunissait «
toutes les qualités propres à donner de l'éclat aux armes anglaiseset
à faire aimer le gouvernement brilannique ; mais comme 1l n'avait
pas assez de forces pour attaquer, il se tint sur la défensive. à
Dans le quartier de l'Artibonite, Thomas Brisbane remportait peu
de succès sur les républicains noirs et jaunes commandés par Toussaint
Louverture et par Blanc Cassenave. Rarement il parvenait à forcer
le cordon de l'Ouest qui s’étendait des ‘Gonaïves au Mirebalais. Toussaint ayant réuni toutes ses forces baitit les Anglais à
Marchand, les chassa du pont de l'Ester, et les contraignit à abandonner toute la rive droite de l’Artibonite. Ses troupes en les poursuivant s'emparérent des Verrettes où il vint avec 40 dragons faire
arborer le drapeau tricolore. Il enleva ensuite la Petite-Rivière de
l'Artibonite au général espagnol Santacilia. | 3
Le major Brisbane se résolut à le gagner au parti britannique. I
lui proposa une entrevue qui fut acceptée. . Il ordonna à Lapointéecom-= L
mandant de l'Arcahaie , de se rendre auprès de lui avec quelques
troupes. Lapointe arriva à St.-Marc avec 800 hommes de la milice
royale et deux pièces de 4. Brisbane se rendit à la digue de PAr-«
tibonite à la tête de 2000 hommes et avec huit pièces de 4 et de 8.
H y avait à l'entrevue Brisbane, et Morin homme de couleur, son
secrétaire, Lapointe, d'une part; Coudelet, Guy, officiers de couleur;
le colonel Christophe Mornay, le commandant Gabriel Lafond , noirs,
et Toussaint Louverture, d'autre part. Après huit jours de conféren-«
ces, .le général républicain , n'ayant pas trouvé l’oecasion d’enlever %
Thomas Brisbane , parut s'être soumis au roi d'Angleterre; cependant
‘il avait gagné au parti de la France, Morin l'interprète de Brisbane.
Les deux armées se confondirent et fraternisèrent. Toussaint ne per:
dant pas l'espoir d'arrêter le major anglais, voulut lui donner un gage
de la sincérité de sa soumission en lui livrant la place des Genaives,
1 pensait qu'il s'y rendrait en personne. Mais Brisbane en envoya
Thomas Brisbane , parut s'être soumis au roi d'Angleterre; cependant
‘il avait gagné au parti de la France, Morin l'interprète de Brisbane.
Les deux armées se confondirent et fraternisèrent. Toussaint ne per:
dant pas l'espoir d'arrêter le major anglais, voulut lui donner un gage
de la sincérité de sa soumission en lui livrant la place des Genaives,
1 pensait qu'il s'y rendrait en personne. Mais Brisbane en envoya mes Lan AE A < mn: St + 12e » Fe : Ne” ns D'HAITI—( 1794 } 20! prendre possession le colonel Gauthier, homme de couleur. Pen de
Jours après, Toussaint à R tête de plus dé 2090 hommes pénétra aux
Gonaives, arrêta Gauthier, ‘ct l'envoya au Port-de-Paix. Les troupes
anglaises qui occupaient quelques postes prés des Gonaïves. échaugérent quelques coups de fusils avec les républicains, et rentrérent à
“ Si Marc. Lapointe retourna à FArcahaie où le parti républicain s'était
un peu agité pendant son absence. Le colonel Gauthier était arrivé au Port-de-Paix. Le gouverneur
Lavcaux lui:proposa d'entrer dans Îles troupes de la Pépublique. Gauthier lui déclara quil aimerait mieux mourir que de
trahir la cause du roi d'Angleterre. fi fut livré à une commission
militaire qui le èondamna à la peine capitale, comme francais traître
à das patrie. I marcha au supplice en criant vive le roi George et
mourut avec le plus grand courage. j Nous avons vu que pendant l'entrevue de la digue de lArtibonite,
Toussaint avait séduit le secrétaire de Brisbane, Morin homme de couleur, qui jouissait de toute la confiance du major anglais. Morin.
fil entrer dans une vaste conspiration contre S. M. B. tous les 'mulâtres de St. Marc et de Montruis dont la fidélité à l'Angletcrre était
déjà ébranlée par les écrits patriotiques de Pinchinat, et par les mauais traitemens qu'ils éprouvaicnt presque comme dans l'ancien régime
de la part des colons biancs. 11 écrivit à Toussaint Louverture que
sil se présentait devant St. Marc, les portes lui en seraient ouvertes.
Il ny avait en cette ville que quatre-vingts soldats européens, 209 “hommes du bataillon de Dillon, la légion de St. Mare commandée
par le colonel Dessourees, 396 espagnols qui avaient évacué les Verrettes et les milices des campagnes voisines; en tout 1,500 hommes.
Pendant une nuit Toussaint à a tête de 11,090 fommes s'ap- -procha de St. Marc, et y fut introduit par 300 mulâtres ‘qui » s'étaient emparés des portails; cétalt le 6 Septembre. Son armée … pénétra du côté des Guêpes. Brisbane surpris n eut que le temps dese
retirer au fort Libre avec quelques centaines de soldats. Les républicans nus da plupart, au lieu de lui donner assaut vigoureusement , se
mirent à piller la ville. Cependant à la pointe-du jour, il allait succomber, lorsqu'une frégate anglaise sortant du Môle entra dans le port,
sembossa aussitôt visà-vis des Guëpes, et canonua sans relâche les
républicains. Le lendemain arriva une autre frégate. Toussaint per-
le temps dese
retirer au fort Libre avec quelques centaines de soldats. Les républicans nus da plupart, au lieu de lui donner assaut vigoureusement , se
mirent à piller la ville. Cependant à la pointe-du jour, il allait succomber, lorsqu'une frégate anglaise sortant du Môle entra dans le port,
sembossa aussitôt visà-vis des Guëpes, et canonua sans relâche les
républicains. Le lendemain arriva une autre frégate. Toussaint per- - dant beaucoup de soldats, abandonna sa proie, et sortit de la ville
avec un riche butin, accompagné de Morin qui dès lors s attacha à
Sa fortune. Le colonel Dessources le poursuivit et lui tua quelques
traineurs. Les trois cents hommes de couleur qui avaient pris les
armes en faveur de la France, n'eurent pas l'énergie d'abandonner
leurs propriétés pour suivre les républicains qui étaient dans les
plus grandes privations ne se nourrissant que de maïs et d’oranges
Sures. ls envoyèrent à Brisbane une adresse par laquelle ils le eur Ÿ 3 s-., # l l
A & : de x . 3 is
‘5 207 HISTOIRE D'HAITI 1704 5
pliaient de leur permettre de rentrer en ville. Le major anglais leu
ace corda, leur, demande. Mais dès qu'ils se furent dispersés dans leurs
maisons, il les fit désarmer, arrêter et enchaiñer à bord de trois bâ- 1
timens de guerre qui étaient dans la rade. Le lendemain, on en fit
lusiller 20 des plus coupables, parmi lesquels on remarquait Boabon Hu-"
gueville, Archin,; Laease, Couyo ete. etc. Les colons blancs de St, "
Mare profitè sént de celte circonstance pour en faire périr un plus #
grand nombre. Hs se transportèrent pendant une nuit obscure, à
bord des trois havires de guerre, en firent descendre. soixante sur: . le rivage et les Lüèrent à coups de sabres et de baïonuettes: 4
Lapointe homune de couleur, en apprenant ce crime, vint à St-Mare «
et s’en plaigait avee indignation au major Brisbane, lui disant queles«
anciens libres en se livrant aux Anglais ; ne pensaient | vas qu'ils dus- »
sentec trouver de houveau sous le joug des colons blanes. Le mal était 5
fait. Brisbane l'écouta; mais il ne poursuivit aucun des assassins. Il en- «
voya même le reste des prisonniers à la dore où ils périrent 4 M
plupart dans des ponions infects. Tel est. le sort de presque tous
ceux -qui ;< en se. livrant à l'étranger, trahissent a patrie; 2x. Ji
Lapointe se hâta de retourner à l'Arcahaie où conspiraient.les ré
publicains qui ‘avaient été énanaéé par une femme de couleur. Les
trois frères Leroux, Burette, Basquia, Prosper avaient résolu de-livreen
le bourg à Toussaint Louverture. Toute la gendarmerie du. quartiers
était dans la conspiration qui ‘devait éclater le lèndemain: du retour de
Lapointe: Celui-ci ordonna aussitôt de rentrer au bourg au chevalier
de Peste, colonel de la mihee ioyale cantonnée dans la montagne ; au CoJonel Layal commandant du Boucassin, et au capitaine Arthur Dubourg |
commandant des Vases.
, Prosper avaient résolu de-livreen
le bourg à Toussaint Louverture. Toute la gendarmerie du. quartiers
était dans la conspiration qui ‘devait éclater le lèndemain: du retour de
Lapointe: Celui-ci ordonna aussitôt de rentrer au bourg au chevalier
de Peste, colonel de la mihee ioyale cantonnée dans la montagne ; au CoJonel Layal commandant du Boucassin, et au capitaine Arthur Dubourg |
commandant des Vases. Les troupes de ces trois officiers pénétrérent
à l'Arcahaic. Elles tinrent en respect la gendarmerie, et arrêtèrent tous
les conjurés. Lapointe qui venait de condamner le crime commis à St-Mare
profila cependant de cette circonstance pour se défaire d un grand nombre
desesennemis personnels: il en fit égorger trente à l'embarcadére du bourg:
Les frères Leroux, Burette, Basquia , Prosper furent embarqués sur une
régate qui appareilla pour le Port-Républicain; ils devaient être en. voyés dans les pontons de Fa Jamaïque. Lapointe lui-même monta sur. sun brick et fit voile aussi pour le Port-Républicain. H y avait à bord M
du navire quatorze prisonniers, entre autres les nommés Mathurins
Greffin, Pierre Lachimbo, Louis Petit, Rauz; :1l les fit égorger, et
jeta leurs cadavres à la mer. e
Toussaint ayant réuni aux Verrettes presque toutes les troupes de l Arts. bonite partit de ce bourg, et alla assièéger St-Marc. Quoique cette ville fut à
protégée par le feu des bâtimens de geurre anglais ; ils empara du fort
Bélair (5 Octobre) et établit une batterie sur le morne Diamant. LL 4
travailla lui-même avec ses soldats à y monter une pièce qui en tom- |
bant lui écrasa plusieurs doigts, Ne pouvant plus diriger lui- même. los opérations , il en chargea Blanc Cassenave, Guy el Morin, etse retira, | PIC REA ES. EL cuéroité p'aarre" ("1794 ) 0 | Tag
LE 6 nl = : < L à me L « Ê “ 4 .r . ER & PRG] A ure lieuc de St-Mare. Les Anglais-ässaillirent le morne Diamant et 10 fort Bélair, en chassèrent les républicains, et vinrent attaquer le et menagçait St-Michel-et St-I quartier général de Toussaint Louveriure qui ne dui son salut qu à la résistance opiniâtre de la 6° légion des troupes franches. Les répuDiicains levérent le siège de St-Marc et allèrent se refaire aux Gonaives.
Toussaint ne tarda pas à apprendre que Jean François qui avait su l'échec qu'il‘venait d'essuyer, se disposait à s'emparer de la Marmelade,
Fa Raphaël. ‘AL renforça le cordon de l'Ouest “ot vola à la rencontre-de l'ennemi dont il arrêla l'ardeur. Jean François x Je partisan de Villate ennemi personnel de Laxe on voit le gouverneur Laveaux insinuer à ‘ou … jJes anciens-libres seront toujours les ennemis implacables des émancipés de 1793. Pour réparer l'échec qu'il venait de recevoir, le général
MPoussaint se porta sur. Hineke, y tailla en pièces les Espagnols, et
laissa dans le bourg une forte garnison.
-de l'ennemi dont il arrêla l'ardeur. Jean François x Je partisan de Villate ennemi personnel de Laxe on voit le gouverneur Laveaux insinuer à ‘ou … jJes anciens-libres seront toujours les ennemis implacables des émancipés de 1793. Pour réparer l'échec qu'il venait de recevoir, le général
MPoussaint se porta sur. Hineke, y tailla en pièces les Espagnols, et
laissa dans le bourg une forte garnison. avait recruté beaucoup de cultivateurs républicains en donnant à chacun
d'eux une portugaise (8 piasires.) . | Pendant, que Toussaint était dans le Nord, les Anglais de St-Marc, cé les Espaonois du Mirebalais, après avoir combiné leurs manœuvres, for9 FA 2 “cérent le cordon de l'Artiboaite, et reprirent les Verreties. Les républicains se réfugièrent à la Petite Rivière de l’Artibonite -et au pont
de l'Ester.. Toussaint n'attribua cet écheg qu'à la pertidie des hommes
‘de couleur qui avaient fait savoir à Brisbane, disait-H, combien H Y avait peu de troupes au cordon. I écrivit à Laveaux que ces scélérats s'en repentiraient un jour.* Dès lors il commença à accuser Blanc Cassenave de complicité avec les Anglais. Bianc Cassenave, bomme de
“couleur, était très-dévoué à a cause- de a liberté; mais 1l se montrait aux. Dés cette époque
saiat Louverture -que
3 PR Le
a
Pendant cet intervalle les hommes de couleur et les noirs du Sud -qui vivaient dans la plus parfaite fraternité, dirigenient -tous leurs efforts contre les anglais et-obtenaient d'éclatans. succes. Il ne restait plus dans ceile province, aucune trace de l’ancien régime. Tout my était changé: les usages, ies mœurs, uRe foule des mots de fa fan4 gue. Les ‘hommes ny éiaient plus les mêmes; à cel air bumDle de la servitude avait suécédé une -expression noble ct fière; r ‘chacun marehait la lôte haute: Îles idées républicaines s'étaient par-
“tout infiltrées; on s'habituait peu à peu à donner &'autres noms aux
jours, aux mois, aux années. Le général. Rigaud, républicain ardent, éxerçait les plus grandes rigueurs contre les royalistes, les Anglais et
leurs. partisans, n'importe (eur couleur. Suivant les préceptes de
Polvérel, il ne faisait enseigner dans les écoles que le dogme de
l'existence de Dicu.. Chose étrange que les changements qui s operent dans l'esprit humain! Sous Uharles VIT, à la voix d'une vierge
que les populations accucillent, pour ainsi dire comme une prophé- "Lettre de Toussaint à Laveaux. _ at | HISTOIRE D'HAITI— ( 1794 :} se.
{esse ; les franc sais découragés , . se raniment , volent au combat et Te
franchissent. leur pays du joug de l'étranger ; en 1793, les: peuples k
de France alors qu’ils adoraient la Raïson, qu'ils envoyaient à Pécha
faud les prêtres, et anéantissatent les saintes reliques , se ruaient avec
fareur contre les légions étrangères et les vainquaient. Au 15° siècle l'indépendance nationale était sauvée par le zèle religieuxs"au
48° siècle, par l'amour de la liberté. Heureux le peuple dont l'esprit
demeure Lou jours enthousiaste , et dont le cœui peut toujours s'animer de nobies passions !
'ils envoyaient à Pécha
faud les prêtres, et anéantissatent les saintes reliques , se ruaient avec
fareur contre les légions étrangères et les vainquaient. Au 15° siècle l'indépendance nationale était sauvée par le zèle religieuxs"au
48° siècle, par l'amour de la liberté. Heureux le peuple dont l'esprit
demeure Lou jours enthousiaste , et dont le cœui peut toujours s'animer de nobies passions ! RS ge Pendant que-le général Rigaud rétablissait l'ordre cet le travail dans
l'étcndue de son commandement, la plupart des hommes de couleur.
de Ecogane, mécontens de la domination angla aise sous laquelle les M
coions recevalent une proleclion toute apr en lui envoyèrent plu- D
sieurs députés PORC d'une adresse par laquelle ils lexhortaientra«
venir attaquer leur ville lui promettant de le seconder éncrgiquément,
Les dépulés rencontrèrent au Petit-Goûve Pinchinat qui y était malade.
Celui ci les félicita de Ia noble détermination qu'ils avaient prises
Rigaud envoya cette adresse au général Bauvais qui fit parür de
Jaemel pour Île Grand Goûve une partie de fa légion de l'Ouest; “ins
fantcrie , artillerie et cavalerie. Ces troupes y attendirent l'armée-dur
Sud. On bauit la générale dans les rues des Cases, et beaucoup
de jeunes gens s’enrolérent avec “enthousiasme, Rigaud partit ave@
2,000 hommes tant de la légion de lEgalité du Sud que de la garde nas
tionale. ‘Il laissa ‘des garnisons à SL. Lo 'uis, à Aquin, au Petit Goâve. M
Dans tous ces lieux il {it : arrêter les partisans de l'Angleterre 4 de «
n'importe quelle couleur. Après avoir accordé à ses troupes quelques
jours le repos au Grand Goûve où il rencontra mille hommes de la
légion de l'Ouest, 11 :marcha audacicusement contre l'ennemi. Léoga=
ne alors bien fortifiée, est’bâtie au milicu d'une belle plaine, et'est
située à une demi-lieue de {a- mer avec laquelle elle communique par
un grand chemin maguifique bordé de maisons. Le port de la ville
était défendu par un fort de gazon prèsque au niveau de la mer,
appelé anciennement Ea pointe, mais (aira, depuis la fondation Ge la
République. Gette redoute était garnie deÂ4 pièces de Canon de 12eb«
48. Rigaud en débouchant dans Ia plaine vit accourir au-devant delui«
les priücipaux républicains de Léogane qui s'étaient cachés dans des
jardins de cannes, Iis fui annoncèrent: que leur conspiration avait. été
découverte par les Anglais, qu'ils avaient été obligés de fuir , que les”
royalistes ‘animés de: la plus grande détermination occupaient loutes les
fortifications ; et que tous les patrioles étaient dans les cachots. Nous
devons nous rappeler queLabuissonnière homme de couleur, gagné par
Lapointe, avait livré Léogane aux troupes anglaises. Un bataillon du |
« régiment de Berwick occuyait la place. 71
Rigaud confia l'avant. garde de son armée au lieutenant-colonel F au #
és de fuir , que les”
royalistes ‘animés de: la plus grande détermination occupaient loutes les
fortifications ; et que tous les patrioles étaient dans les cachots. Nous
devons nous rappeler queLabuissonnière homme de couleur, gagné par
Lapointe, avait livré Léogane aux troupes anglaises. Un bataillon du |
« régiment de Berwick occuyait la place. 71
Rigaud confia l'avant. garde de son armée au lieutenant-colonel F au # Os | HISTOIRE ne pbs 1794 À" 208 bert commandant du deuxième Helen æ la lt de l’écalité du
Sud." Cette avant-garde fût arrêtée par le feu d'une redoute élevée au
milieu du chemin qui DORATERR à la ville. Lelie sépne x colonel Faubert écrasé sous la mitraille replia sur le centre de la colonne. Ri igaud
ordonna au chef d'escadron Mare Borncau de prendre [à droite. Les
grenadiers de fa légion de l'Ouest pénétrèront dans les fossés de la ville
sousile feu le plus vif, pendant que le: commreudant Pétion braquait
une batterie contre lo fort Ça-Ira. ‘Aprés une heure d’un combat des
plus dt ot , les rires blicains escaladérent les remparts, entrèrent
dans "Ha place, et y arborérent le drapeau tricolore. (6 Uéibhirés ) Pendant cet intervalle le commandant Pétion , de h] Fer n de 1 Ouest,
s'était ‘emparé du fort Ça-fra, et avait contraint les bâti mens degucrre
anglais à préndre le large. Le bataillon allemand de Berwick, au service de lPAngleterre, commandé par un nommé Salomon, fat en entier fait prisonnier. Las
buissonnière , un nommé Thiballier, le curé de la paroisse et tous
les autres chefs royalistes, furent arrètés, Labuissonnitre et les autres
principaux Fabistes furent Hivrés à une commission militaire qui les
condämna à la peine capitale, comme tralires à la patrie. Hs appar.
tenaient tous aux premières families de Léogane. De nombreuses
femmes de couleur vinrent en pleurs demander leur grâce au général
Rigaud:— Elles le suppliérent d'oublier le passé, de se montrer humain et de les gagner au parti de la République par sa générosité:
Rigaud demeura inflexible. Alors dans leur indignation elies s'écrièrent : il est ivre comme à son ordinaire. —Oui, Mesdames, répondit
Rigaud , Je suis ivre, mais de vous voir. Tous les condamnés furent
exécutés sur la place d'armes. Rigaud se montrait toujours Imptioyable envers les noirs et les hommes de couleur qui avaient embrassé
la cause du roi d'Angleterre. Il ne concevait pas que des hommes
relevés de l'avilissement par la révolution française , püussent se rallier
à un parti qui rétablissait l'esclavage. Quant aux prisonniers anglais curopô éens 1 les traïita avec la plus grande
générosité. Il les fit acheminer sur les Cayes sous l'escorte d'un bataillon. Pendant la route les républicains usèrent de beaucoup d égards
envers eux. Pas un Anglais ou Allemand ne fut dépouiilé : chose rare
dans noire pays, Surlout à cette époque... Cependant Thibaïlier officier blanc français, et le curé de Léogane furent fusillés aux Gayes.
iers anglais curopô éens 1 les traïita avec la plus grande
générosité. Il les fit acheminer sur les Cayes sous l'escorte d'un bataillon. Pendant la route les républicains usèrent de beaucoup d égards
envers eux. Pas un Anglais ou Allemand ne fut dépouiilé : chose rare
dans noire pays, Surlout à cette époque... Cependant Thibaïlier officier blanc français, et le curé de Léogane furent fusillés aux Gayes. Cinq semaines après la prise de Léog gane, les Anglais vinrent altaquer, dans le grand chemin du Port Républicain, les- avant-postes de
l'armée républicaine. Le général Rigaud marcha à leur rencontre avec
toute son armée et leur livra bataille sur lhabitation Trutier. Les
Républicains se précipitèrent sur les Anglais à la baionette, el les
culbutèrent. - Mais des renforts et plusieurs pièces de campagne e sortis
de -Bizoton arrivèrent à Trutier et rétablirent le combat. L'ar tillerie
anglaise bien servie démonta une pièce de 4 qu'avaient les Républt | à È ds ; FR CUS Ê
206: | pisToiRe p’irarri —( 1794) Es
| cains ; et Rigaud, foudroyé par la: mitraille, baltif en rotraites"mats:
en bon ordre, jusqu'à Léogane. (5 déce mbre 4794. ) Les Anglais comp:
tèrent 40 hommes. tués et cinquante blessés; parmi ces: te. on:
roemarquait (rois officiers. Grant, Clunes. et Hamilton. Rigaud partit pour les Caÿes le lendemain de ce combat, aprés axes :
lissé à Léogane une forte garnison. Dés qu'il arriva: dans le Sud , il réunit: pe rs milliers d'hommes et :marcha sur ‘Tiburon. qu oc:
cupaient les Anglais. L'armée républicaine s'arrêta «lans la: plainesde:
Ja Cobance. Elle était forte des quatre bataillons dê la légion du Sud,
alors de 4,509 hommes chacun. La flottille républicaine composée d'un.
brick de 46 pièces et de trois chaloupes canonniéres’,. devait partir:
des Caÿes le 23 Décembre. Le lendemain de l'arrivée de Rigaud à la Cohanne , un officiér Anglais sorti de Tiburon, tenent: à l'extrémité d'un bâton un. mouchoir:
blane, se présenta: a camp républicain. On l'introduisit. dans Ja.
tente du général qui ne voulut lPentendre qu'en présence des: officiers.
supéricurs de son armée. Aussitôt il se forma autour de l'Anglais:
un cercle d'officiers ps lesquels on. remarquait. les. Fausse nies
Dartisuenave, les Polycarpe, les. Lapoty. Le : parlementai: re dit: « que le roi d'Angleterre proposait au géné: « ral Rigaud de lui livrer les Cayes et St. Louis, moyennant une somme.
« de trois millions de livres tournois; il ajouta que Rigaud serai.
« également général dans les troupes britanniques, qual aurait la.
« faculté. de demeurer dans la colonie ou: de se rendre en Angle-
« terre; que tous les officiers et sous-officiers de son. armée monteraient.
«. en grarle. »
re dit: « que le roi d'Angleterre proposait au géné: « ral Rigaud de lui livrer les Cayes et St. Louis, moyennant une somme.
« de trois millions de livres tournois; il ajouta que Rigaud serai.
« également général dans les troupes britanniques, qual aurait la.
« faculté. de demeurer dans la colonie ou: de se rendre en Angle-
« terre; que tous les officiers et sous-officiers de son. armée monteraient.
«. en grarle. » Les ofticiers républicains se. regardérent avec étonnement’, et: leur
physionomie exprimait la. plus vive indignat ion. Le lieutenant-coJonel Faubert rompit le silence, et dit qu'il fallait toujours se teniri«
en garde contre la perfidie ang gaise; que S. M. B. ne üendrait pas.
pius à ses promesses qu'elle n'avait récompensé les colons français qui
Jui avaient livré le fort St. Louis avant 4789 , que -du reste il valait:
mieux mourir pauvres en défendant là liberté , que d’être dans l'opuJence en ‘combattant pour l'esclavage. IE fat interrompu par les cris.
de vive la liberté; et le parlementaire confus , se retira au plus vite:
les jeunes sens de l’armée voulaient. l'arrêter ‘et. le faire rôur sur un.
lit de charbons ardens. | Rigaud envoya chercher aux Cayes un hateau-plat:que dépuis plus de
deux mois 1lavait ordonné de construire. On chargea le bateau d'une
E uèce de 16, de 600 boulets, de gargousses, de 3,000:sacs vides’,
ét on le lui exp édia. Le navire longeant la côte de très-près étaitsuivie
de 2140 grenadiers chargés de le proléger par. la. fusillade en cas d'a:
gression. 1} arriva à la Cohanne le 19 Décembre, et y débarqua
toutes les munitions de guerre dont il était chargé. Pendant quuises
æeournait aux Caycs il fut capture par les Anglais. 53% {col L | CURE + 2 ta À - à : ha
me | | : à
Rigaud se résolut alors à attaquer Tiburon. Avant d'atteindre cette
nxille, 1 fallait enlever un poste avancé nommé Moisson qu'occupaient
500 Anglais. Pendant la nuit du 24 au 25 Décembre, il ordonna
“à cinq jeunes noirs forts et intrépides d'enlever les sentinelles anglaises. Ces jeunes gens se glissant à travers les heibes S Appro-
“chèrent assez près des soldais européens pour es” poignarder
avant quils eussent eu le temps de décharger leurs armes. Rigaud
qui s'avançait au pas de course à la tête de 6,009 hommes, surpritle
£amnp ennemi et passa au fit de l'épée presque tout Île batailion Anglais.
Aussitôt 11 fit établir sa pièce de 16 sur une hauteur vis-à-vis d'un
gens se glissant à travers les heibes S Appro-
“chèrent assez près des soldais européens pour es” poignarder
avant quils eussent eu le temps de décharger leurs armes. Rigaud
qui s'avançait au pas de course à la tête de 6,009 hommes, surpritle
£amnp ennemi et passa au fit de l'épée presque tout Île batailion Anglais.
Aussitôt 11 fit établir sa pièce de 16 sur une hauteur vis-à-vis d'un HISTOIRE D'HAITI—( 1794 } : | 807 —_ {fort nommé Vainqueur, armé de trois piètes de 48 et couvrant la ville: de Tiburon. Il { remplir de terre ses trois mille sacs qui formérent
contre Fennemi un rempart de 18 pieds, d'épaisseur. Tous ces tra-
“vaux s exéculérent dans la nuit même., six-mille hommes y travailtJant, ofliciers et soldats. gs
_ La garñison anglaise était de 459 hommes du 93° régiment sous les
“ordres du lieutenant-colonel Bradford et du chevalier de Sevré. A la poinmie du jour. (25 Décembre,) l’armée républicaine retranchée à 4,000 pas
des redoutès ennemies , déploya ses drapeaux et frappa d'étonnement lès
soldats Axiglais qui croyaient le général Rigaud vers la Cohanne, La canonnade commença aussiiôl de part et d'autre. En même temps l’escadre
“républicaine attaquait une corvelte anglaise, le Roi George, qui défen.
dait l'entrée du port de Tiburon. Les femmes elles enfans des pre-
“mières familles de la ville s'étaient réfugiés à bord de ce navire.
Le général Rigaud fit débarquer sur le rivage lartillerie de sa flouiile,
et dressa tant contre la place que contre le Ror George une nouvelle
batterie d@ cinq pièces et d'un mortier de 8 pouces. Après 48 heures de combat, [a corvette anglaise reçu: dans le flanc une bombe
de 50 qui l'éhrania; elle s’enfonça jusqu à sa batterie supérieure. Un
“boulet rouge vint ensuite sy fixer et y mettre le feu. Un jnstant
après le Roi George sauta daus l'air. La plage, et les montagnes
“qui dominent Tiburon retentirent de cette horrible explosion. Un
cri de désespoir sortit de la ville, et les lamentations dominèrent
“le bruit de la mousqueterie. Le général Rigaud fit aussilôl pointer
“ses canons contre une balterie nommé Sevré , dressée au bas de la
ville le long du rivage; il en éteignit le feu. Alors il porta tous ses
coups contre le grand fort le seul point qui résisiàt encore. Plusieurs
“bombes. qui y. éclatèrent forcérent les Anglais à l'abandonner et à prendre le chemin des lrois. Rigaud aussitôt après l'explosion Qu Roi Anglais tombèrent dans l'embuscade, et furent taillés en pièces, Le
“carnage qu'en faisaient les républieains ne cessa que lorsque Rigaud
“envoya l'ordre de faire des prisonniers. Cent hussards Anglais ne mient bas les armes qu'après avoir tué leurs chevaux pour en priver “George avait ordonné au lieutenant-colonel Giies Benech d'aller établir _
“une. embuscade au morne Mam Sannile dans la route des Irois. Les
dans l'embuscade, et furent taillés en pièces, Le
“carnage qu'en faisaient les républieains ne cessa que lorsque Rigaud
“envoya l'ordre de faire des prisonniers. Cent hussards Anglais ne mient bas les armes qu'après avoir tué leurs chevaux pour en priver “George avait ordonné au lieutenant-colonel Giies Benech d'aller établir _
“une. embuscade au morne Mam Sannile dans la route des Irois. Les LT LA
# \# "à de PF \ - :
“ = Er CNE HISTOIRE D'#rarri.—( 17904 ) æ à "4
CA les Républicains. Le Re Eire aima mieux se brüterla ecr-u
velle que de se rendre. Il n’y eut pas cinquante Anglais qui atttien
gntrent les. Irois® nr entra à Tiburon le 29 décembre, Après
_@n'avoir confié. le commandement à Darticuenave, il retourna aux
. Cayes où 11 fut m agniliquement accueilli. En mème temps le co
lonel Geffrard contenait l'élan des Anglais dans les montagnes de. Py 7 mouth et obtenali sur eux des succès. . Pendant cet intervalle, la mésintelli Igence € augmenfait cntre Villate et: La- 1 veaux. Les'intérêls de prépont dérance de castes qui dans l'Ouest avaient
éloigné les hommes de couleur des commissaires civils, entretenaient
dans le] Nord la plus grande nimosité entre les anciens ‘libres et le gt verncur. Les gens ‘de couleur voyaient avec indignation que les blancs se montratent plus CISPOSGS, à livrer l'autorité du pays aux nouveaux: ue, Hbres qu'à se soumettre à leur domination. Laveaux aimait mieux faire grandir Toussaint Louverture dont il croyait pouvoir faire un: ins ;
trument, que Villate, son émule de gioire. Telle fut la cause de Lau lutte qui ne tardera pas à éclater entre les deux rivaux. Le gouverneur accompagné de l'ordonnateur Perroui, de Pageot comman ant de la province du Nord, partit du Port-de- Paix , et vint a& barras. El n'en adnura pas moins la belle tenue des troupes fran: ‘Cap où- la nr dévouée à Viilate lui suscita cétitdé sortes dem
j- ; ches, et en complimenta Villate qui avait sous ses ordres les colonels E> à Pierre Michel, 1 virigue el PA Le 4 Novembre ïl partit du d'u Cap, visita oh fort qui protégeait le bourg de Bréda, travèrsa la Mar
l , pi ICE PEN Le SNE Mrs k
melade, et se nn au Dondon où 1 félicita Toussaint Louverture« d'avoir élevé à des grades supérieurs, les ofiiciers Moyse, Dessalines; Christophe, Desrouleaux, Daiménil, Clervaux, Maurepas æ Bonaven:
ture, Il rontra au Cap le 7 Novem Dre où ik trouva le peuple qu'excitait Villate, beaucoup plus hostile à son égard. L'ambition jouait m €
ñ
à
4,
à le principal rôle «ans ces circonstances, Les citoyens adressérent à 1 Laveaux une pétition par laquelle ils lui demandaient que le com=
ofiiciers Moyse, Dessalines; Christophe, Desrouleaux, Daiménil, Clervaux, Maurepas æ Bonaven:
ture, Il rontra au Cap le 7 Novem Dre où ik trouva le peuple qu'excitait Villate, beaucoup plus hostile à son égard. L'ambition jouait m €
ñ
à
4,
à le principal rôle «ans ces circonstances, Les citoyens adressérent à 1 Laveaux une pétition par laquelle ils lui demandaient que le com= mandement de fa province du Nord fut confié à Villate. Le généralm
Pageot qui avait toujours bien mérité de la patrie avait ce comman= 4
dement. Le gouverneur repoussa cette demande avec d'autant plus.
d énergie quil croyait découvrir dans cette démarche le désir ardent
qu'éprouvait lhomme de couleur de s'emparer de l’autorité dans le
Nord, comme Bauvais et Rigaud l’excrçaient déjà, dans l'Ouest et dans le Sud. Les anciens libres noirs et jaunes en Lémoignérent hautementleur mécontentement, el une insurreclion fault même d'éclater le 142 Novembre. Viilate qui, sans se montrer, faisait agir la
population , parvint à calmer l'effervesecnce. Le 26 du même mois
il y eut un nouveau tumuite. Le peuple criait, en parcourant les
jues , que les affaires ne mareheroieni que lorsqu il y aurait deux
'Ouest et dans le Sud. Les anciens libres noirs et jaunes en Lémoignérent hautementleur mécontentement, el une insurreclion fault même d'éclater le 142 Novembre. Viilate qui, sans se montrer, faisait agir la
population , parvint à calmer l'effervesecnce. Le 26 du même mois
il y eut un nouveau tumuite. Le peuple criait, en parcourant les
jues , que les affaires ne mareheroieni que lorsqu il y aurait deux têtes ‘de: moins dans la colonie (celles de Laveaux et de Perroud.} M Le gouverneur, de son côté, mauquait de tact au milieu d'une \ 6 M, HISTOIRE D'HAITI—( 37047 + 208. Ne ennemie : son despotisme Bt gémir Îles citoyens qu’il écrasa par
_d'énoriñes impôts. Ne prenant pas en considération les malheurs
qu'ils a avarent éprouvés, ni les grands sacrifices d'argent qu'ils avaient
“dits pour ‘relever leur ville ruinée par l'incendie de Gal baud, ï}
Mevigea impttoyablement le bd des foyers de toutes les maisons
“qu'on avait bâties sur les emplacemens appartenant à PEtat. Hloua
D” des actés authentiques, cent quatre- vingt dix-huit maisons pOur: 122
“cent chiquante deux mille-quatre vingt dix-neuf francs. Cette conduite
“augmenta le mécontentement. qui était déjà presque: pénéra Villate
en profità pour organiser un mouvement populaire contre Laveaux,
afin, en Jabattant, "de sesoustraire à l'autorité de Toussaint Louver_ ture qui grandissait chaque jour. Par son aümi inistration douce et
mcomplaisante , le Cap quil avait sauvé par son courage, s'était relevé de ses ruines. Pendant ce temps les anciens libres s’agitaient au
-Limbé à i Hot de Blondeau , homme de couleur , en lutte d’au-
“toriié avec le colonel : 6 noir du parti de Laveaux. Celui-ci -
rétourna au Port-de-Paix le 27 Décembre. Au Cap, on continua
“à le représenter au peuple, comme l'ennemi de la liberté générale,
travaillant à livrer la eolonie aux Anglais, et songeant à émigrer
avec Pagcot et Perroud. Le gouverneur de son côté représentait les
“hommes de couléur comme les ennemis de la liberté des noirs ei travaillant à les replonger dans la servitude.
Dés cette époque nous voyons la plupart des Agens æé la métropole
ufforcer. de faire naître la plus grande animosité entre les noirs et les
hommes de couleur. Certainement le général Lavaux , ainsi que Villite, était sincèrement dévoué à la: liberté des noirs; mais comme
ces Métaibrs n'avaient alors ni l'éducation , ni les lumières , ni les pré-
“tentions des mulâtres, il leur accordait plus de sympathies, parce:
quil creyait pouvoir les tenir sous saiutelle. D'un autre côté il existait entre le mulâtre-et le blanc, la rivalité qui se dessine toujours
entre deux fréres, l'un bâtard, l'autre légitime , la rivalité d'Ismaëi et
“d'sanc. Mais sur notre théâtre, le mulâtre avait un avantage sur le
“blanc, dest qu'il était aussi le frère du nvir. Il est à déplorer que
» l'orgueil colonial qui le repoussa toujours l'ait empêché d’être l'arche
potence entre l’africain et l'européen.
Pendant cet micrvalle, le colonel Thomas Bris isbane résolut d'enlever
ke camp Labadie, et le Pont de l'Ester afin de s'ouvrir le chemin des
* Gonaives dont ü voulait s'emparer. H réunit aux Verreites son ar-
| mée composée de la garnison de St. Marc , des milices des hauteurs
Dde cotte ville , des Lianes et d'uu détachement de la légion d'York com-
- mandée par Lapointe. Il avait sous ses ordres Borel el Biquet. Les
espagnols du Mirebalais commandés par Despinville avaient réuni leurs
» forces aux siennes. Aprés avoir divisé SCs Iroupes en plusieurs coionD il s'ébranta pour traverser PArtibonite à Babadie où était retrans
" coimmandant Vallery , à'la tête d'un bataiion répubte one Sa. * :
‘4 27 7 .
la légion d'York com-
- mandée par Lapointe. Il avait sous ses ordres Borel el Biquet. Les
espagnols du Mirebalais commandés par Despinville avaient réuni leurs
» forces aux siennes. Aprés avoir divisé SCs Iroupes en plusieurs coionD il s'ébranta pour traverser PArtibonite à Babadie où était retrans
" coimmandant Vallery , à'la tête d'un bataiion répubte one Sa. * :
‘4 27 7 . Je camp Buquet situé à la montagne Noire; la quatrième: sous leg” .# =. çembre dans la nuit l'armée s'ébranla sur tous les points, Toussaint après # ; ” M mA, 210 Re HISTOIRE Dp'iraiti.—( 1794 ) : marche fut arrêtée par un combat des plus sanglants. Vallery filaus
8ilôt connaître sa position à Toussaint Louverture qui était à lArs,
tibonite, au camp Daguin. Celui-ci quoique malade s'élança sur son
cheval au milieu de la nuit, arriva à la pointe du jour à la Petite
Rivière de lArtibonite, d'où il se transporta au camp Labadie avec trois
cent trente cavaliers : fes anglo espagnols se retirèrent dès qu'ils lea
rent. Pour les inquiéter, fit tourner leur camp, par un détachement"
de trente hommes quil envoya dans les hauteurs des Verrettes. Ce
détachement rencontra trois cents noirs royalistes commandés par. Bis
quet, qui incendiaient les propriétés des hommes de couleur du paru.
républicain. Biquet l'attaqua, et fut repoussé; il revint deux fois älan
charge et fut encore deux fois culbuté. Si Toüssaint avaitpu franchie
l'Artibonite avec sa cavalerie, il eût taillé en pièces le bataillon roya
liste, | ne Es 40
Ayant arrêté la marche des Anglais sur les Gonaïives, il parcouru£"
tous les postes du cordon de l’Artibonite et los exhôria à supporter
avec héroïisme les privations contre lesquelles ils luttaient, aassi bien
que ‘contre l'ennemi. |
Toussaint se rendit ensuite aux Gonaïves dont la rade était souvent
visitée par les croiseurs Anglais qui débarquaient à la Saline et en
enlevaient beaucoup de sel. Ils brûlaient les bourgs du littoral : 118
venaient d'incendier le, Port-à-Piment.* Ces brigandages ne cessérent
que par l'armement d'une goëlette qui fut lancée contre les corsaires,
Foussaint et plusieurs négocians de la ville l'avaient achetée et l'avaient
rommée la Liberté, se” . 140
Le gouverneur Laveaux écrivit à Toussaint Louverture d'assurer con
tre l'ennemi les quartiers qui formaient le cordon de F'Artibonite, ef“
de marcher contre la Grande-Rivière qu'infestaient les Espagnols. Lam
4 Nivôse an 3 (27 Décembre 1794) Toussaint expédia à Villate com
égocians de la ville l'avaient achetée et l'avaient
rommée la Liberté, se” . 140
Le gouverneur Laveaux écrivit à Toussaint Louverture d'assurer con
tre l'ennemi les quartiers qui formaient le cordon de F'Artibonite, ef“
de marcher contre la Grande-Rivière qu'infestaient les Espagnols. Lam
4 Nivôse an 3 (27 Décembre 1794) Toussaint expédia à Villate com LE
n En _mandant général du Cap un courrier extraordinaire pour 18 prier dé faire parvenir ses instructions à Thomas Andre commandant de Limo* made, à Pénel commandant du Trou, et à Noël Arthaud, Ces trois
officiers étaient invités à attaquer l'ennemi le 30 Décembre, pour opé-«
rer une d'version favorable aux opérations de Toussaint Louverture.
Les pluies qui étaient tombées avec abondance ne permirent à Toussaint
d'arriver au Dondon que le 30 dans l'après-midi. Il résolut d'attaquer …
le lendemain. Il forma de son armée cinq colonnes : la première sous k
les ordres du commandant Moyse passa par le grand Giles, pour attaquer les postes avancés du bourg de la Grande-Rivière; la deuxième
sous les ordres du commandant Charles devait s'emparer du Camp «
Baujoin, la troisième commandée par Noël recut ordre d'occuper « …— FE ordres des lieutenans-colonels Jérôme et Flevand, devait attaquer \
le camp Vauxel, Il commanda en personne la cinquième. Le 30 Dés e * HISTOIRE D'HAITI.—( 1795 ) 211 L - es ordres de Paparel, par la Ravine à Mariane. Le lieutenant-colonel.
Dessalines marcha sur- le posle is, à travers le Pignon. Après avoir. “lancé-ses. colonnes sur tous les peints qu'oceupait l'ennemi, Toussaint : marclia lui-même contre le eamp Flamin: Avant de, l’atteindre, ik
rencontra: un fort qu'il attaqua et cnliva. d'assaut. après une-seule décharge. Les. chefs de colonnes Moyse,. Charles ,. Noël,. Jérôme, Fa.
“xand:, Dessalines, avaient. déjà cuibuté l’ennemi- de toutes parts, et
Pavaient. refoulé au camp Flamin.. Quand toute l'armée se treuva réunie près de celte redoute, Toussaint. ordonna. à: Dessalines d'attaquer.
Les autres colonnes. se portérent sur la Crête espagnole et assaiilirent
tous. les postes qui protégeaient Flamin: Après un vigoureux assaut
Dessalines enleva ce camp que les Espagnols abandonsèrent sans cependant: prendre la fuite. Toussaint enleva ensuite Le fort. Cambron. Les
Espagnols chassés des positions qu'ils occupaient, s'étaient dispersés
dans les. bois, et: inquiétaient vivement: les Républicains. Pour éviter
“les cmbuscades, Toussaint, dès que:la nuit.tomba, fit rentrer toutes
ses iroupes à Flamin. Les Espagnols. cherchèrent: à. le tourner. Il
Sen apcreut, courut. à leur rencontre à fa tête de sa cavalerie, Îles
atteignit dans un chemin. étroit, mit pled-à-ierre: avec ses: dragons,
“Sarma d'un fusil.et les. eulbuta.
, et: inquiétaient vivement: les Républicains. Pour éviter
“les cmbuscades, Toussaint, dès que:la nuit.tomba, fit rentrer toutes
ses iroupes à Flamin. Les Espagnols. cherchèrent: à. le tourner. Il
Sen apcreut, courut. à leur rencontre à fa tête de sa cavalerie, Îles
atteignit dans un chemin. étroit, mit pled-à-ierre: avec ses: dragons,
“Sarma d'un fusil.et les. eulbuta. Le 4% Janvier 4795 (42 Nivôse an 3), à la pointe du jour deux
écionnes républicaines commandées par le capitaine Médor et par Desalines soriirent du camp Klamin.s Gelui-ci atteignit la Crête-Plate
Où il fit denombreux prisonniers ,.et. celui-là s’empara:.du camp Roque. UDans. la même journée Toussaint et. le capitaine Laurent marchèrent
Écontre le fort St-Malo, lui donnérent-assaut tête baissée et l'enlevèrent,
Mila baïonnette. Laurent s'élanga aussitôt vors le. Boispin pour dégager
les autres colonnes qui étaient assaillies par les Espagnols des camps
Cormine, Bense, Salenave et Dupuis. Ces camps furent pris et livrés
“aux flammes. Mais.au-commencement de la nuit, les troupes. républi Caines harcelées. de tous côtés, se replièrent- sur le quartier général.
Le 13 Nivôse (2 Janvier 1793) Toussaint sorlit du fort St-Malo, à la
tête de sa cavalerie, et-alla examiner les positions de l'ennemi. Il dérétranchemens. à Ducasse et à Pistau. Comme celui de Ducasse était
dSsis sur une hauteur que dominait un autre camp, Il m'osa attaquer
Pistau dans la crainte d'être cerné: IE rentra au quartier-général où
il réunit un conseil de guerre. H fit à ses lieutenants la description
des positions ennemies, et les exhorta à: s'en rendre maires. Les
Commandans Moyse, Paparel, Dessalines. et, Noël. demandérent avec
éhthousiasme à marcher contre l'ennemi, et promirent à Toussaint de
suivre partout. Celui-ci se résolut. à profiter des bonnes dispositions
da l'armée qui quoique exténuée de fatigues ,, élait pleinc-d'ardeur. |
(
avoir aticint la savanne espagnole , fit passer par la: montagne Nôira-
“une compagnie commandée par Jean François Dupuy, une autre, sous Couvrit un: camp aux Cardinaux et s'en empara. MH aperçut deux autres - ne
e dressé sur un morne; Thomas André prit le camp Gomez Psp min qui conduisait de ce bourg au camp Charles Sée , était interceptés + ce qui se tramait fit arrêter cinquante des principaux conspirateurs
-H voulut les envoyer sur les pontons de la Jamaique ; mais*il rer
fit passer par la: montagne Nôira-
“une compagnie commandée par Jean François Dupuy, une autre, sous Couvrit un: camp aux Cardinaux et s'en empara. MH aperçut deux autres - ne
e dressé sur un morne; Thomas André prit le camp Gomez Psp min qui conduisait de ce bourg au camp Charles Sée , était interceptés + ce qui se tramait fit arrêter cinquante des principaux conspirateurs
-H voulut les envoyer sur les pontons de la Jamaique ; mais*il rer soldats de ce cor ps sans répondre au feu de l'ennemi, Jesfusilrsur 912 fisToiRe p’uairi.— (1795 ) . Toussaint s'était imprudemment engagé dans les montagnes de là
Grande-Rivières; déjà il était cerné de tous côtés ; Jean Frauçois
cédait le terrain afin de \l'attirer au camp Charles:See, position bie
fortifiée où il devait infailliblement le ‘battre. * Après avoir envoyé ses prisonniers au Dondon, Toussaint se mit en
marche le 14 Nivôse (3 Janvier 1795) contre les camps Pistau et Dus
casse quil prit après un combat sanglant. En même temps Boys®
s'émparait des. camps Sabourin et. Ta anache. il attaqua ensuite dé
fort. Bamby assis sur le sommet d'un morne presque inaccessible , A
ordonna aux troupes franches du Donüon de monter à l'assaut "Les le dos, grimpèrent le long du morne à travers la mitrailleret destbaïles
de la fortification qu'ils enlevèrent à la baïonneite. De son côté ‘18n
liéutenant-colonel Thomas André s'empara he camp Barbara. % Le 15 Nivôse (4 Janvier) Toussaint fit enlever toutes les: positions S
qui protégealent { importante fortifieation de Gharles Sec, afin de late
taquer avec plus de facilité. Un détachement s'empara du camp Nayeo le camp Boispin; Dessalines le camp Denis au Giromond ; Ie"capitarne
Noël les camps Gilette, Räteau, Delaunay et Jourdan, dans la mon=
tagne de Caracol. : : 4 Vallière était oecupée par les espagnols. Foussaint pensait que le che: par Noël Arthaud, un de ses lieutenans. Mais Arthaud n'avait de
résister à l'impétuosité de Jean François qui eccupa ce chemin, après.
Ven avoir chassé. Toussaint croyant n'avoir rien à redouter ‘du côtés
de Vallière, vint attaquer le camp Charles Sec avec toutes ses for
ces réunies. Jean François s'élança sur lui avee la plus gants 1
gueur , el apres un combat des plus opiniètres , le culbuta, mits
troupes en pleine déroute, et le poursuivit jusqu ‘à La montigne À Noïf
au Pico. | 4 Cette défaite fit perdre à Toussaint. tous les avantages qu il avai
obtenus jusqu ‘alors. Les républicains se retirérent à “ta Marmelade
‘ls comptèrent plus de deux cents hemmes tués et autant de bless Pendant cet intervalle les hommes de couleur de St: Marc quistés
taient livrés aux Anglais ne pouvaient plus supporter la domination
britannique. De plus en plus humiliés par les colons blancs , ils formè:
rent Île projet d'abattre Thomas Brisbane, de surprendre la garnise
anglaise , et de livrer la ville à la République , en y appelant Blar
Cassenave qui, en l'absence de Toussaint, commandait au cordon d
l'Artibonite, Mais le. projet fut dénoncé par un des conjurés quist
tit le cœur lui faillir au moment de l'exécution. Brisbane averti
ique. De plus en plus humiliés par les colons blancs , ils formè:
rent Île projet d'abattre Thomas Brisbane, de surprendre la garnise
anglaise , et de livrer la ville à la République , en y appelant Blar
Cassenave qui, en l'absence de Toussaint, commandait au cordon d
l'Artibonite, Mais le. projet fut dénoncé par un des conjurés quist
tit le cœur lui faillir au moment de l'exécution. Brisbane averti centra de la part dos celsuis blaucs unc si forte résisiance-qu il # HisTorRn D'HAîti=( 1708) ; g19 püt les embarquer : : ils furent tous égotgés dans les prisons de St: Mre,
Un mois après, une autre conspiration , excitée par les lettres de
inchinat , fui découverte au Port-au- Prince. Les républicains devaient
Vdésarmer. lo ébhen ue de la Poe et Rire mourir tous les Anglais, Le
centra de la part dos celsuis blaucs unc si forte résisiance-qu il # HisTorRn D'HAîti=( 1708) ; g19 püt les embarquer : : ils furent tous égotgés dans les prisons de St: Mre,
Un mois après, une autre conspiration , excitée par les lettres de
inchinat , fui découverte au Port-au- Prince. Les républicains devaient
Vdésarmer. lo ébhen ue de la Poe et Rire mourir tous les Anglais, Le pe : “quinze nt nt à » Ja peiné He NEalee et lasillés le 18
vrien. Ces nombreuses exéeutions firent trembler les homnies de
uleur des auires quartiers OCCUPÉS pa les Anglais et les maintins
ent dans la soumission, |
HU Lapointe disait souvent , à l’Arcahaie, qu “il redoutait dx les écrits
“de Pinchinat qu'une armée. [ fit fusiller le commandant Birette qui
appel ait soû catéchisme les adresses de ce noble républicain à ses
De noirs et jaunes. Les colons de l’Arcahaie proposérent plusieurs
cisanutiement à Pinchinat de lui faire une rente considérable s’il
“voulait abandonner [a eolonie pour aller vivre aux PE Unis ou er
urone. |
… Lapointe depuis long temps travaillait à ne réntrer le Mirebalais’
pes la domination anglaise. Il avait pour émissaire dans ce quartier
nommé Rébelle, homme de couleur, qui gagna les habitans en fa-
“voue de S. M. B. "Alors les Anglais marchérent contre le M irebalais sur
deux colonnes : l'une sortant de l'Argahaie commandée par Lapointe,
“autre sortant du Port- Républicain. - Hs y pénétrérent sans coup férir, |
en chassèrent les Espagnols qui étaient cependant leurs alliés, et en:
prirent possession , ainsi que du quartier des Grands Bois. Le vi
comie de Bruge fut nommé commandant de la paroisse, et Rébelle
“chef de lo milice royale. Les bienfaits de cette Run de possession sa
firent aussitôt sentir au Port-Républicain, car il s'établit entre ceite:
pue et la-partie espagnole un ea commerce dé bestiaux:
Alors se trouvait au Port-Républicain Juste Chanlaite, frère du: colo-
“nel Antoine Chanlatie. IL avait été contraint de prendre parti avec les
À \nglais, s'étant trouvé à l'Arcahaie en 1793, lorsque Lapointe avait:
“livré ce quartier à Thomas Brisbane. Comme il faisait des démarches
Dour se faire mettre en posses sion de ses biens séquestrés, les colons le’
. dénoncérent comme un des agens de la République française. li fat
“arrôté etvmis aux fers à bord d'un des navires de la rade. 1} attira
“sérieusement l'attention du gouverneur anglais par une lettre qu nl lux
“adressa. Celui:ci le mit en clibrté et le chargea d'une mission impor-
“linte auprés de Rigaud et de Bauvais : c'était de les gagner à la cause
royaliste. Chanlat ta partit pour les Ca yes. Quand il ysarriva il HER
nonça-à Rigaud quil n'avait Res revenir au milieu de ses frères qu'en |
Dromettant aux Anglais de s’eflorcer" de leur faire arborer le pavillon:
britannique. Ilse rendit à Jaemel, en dit autant à Bauvais: Il écriit ensuite aw gouverneur anglais qu'il avait rempli sa mission, mais
sans suCCés ; el que se trouvant bien avec ses anciens compagnons |
d'armes , il demeurait parmi eux.
and il ysarriva il HER
nonça-à Rigaud quil n'avait Res revenir au milieu de ses frères qu'en |
Dromettant aux Anglais de s’eflorcer" de leur faire arborer le pavillon:
britannique. Ilse rendit à Jaemel, en dit autant à Bauvais: Il écriit ensuite aw gouverneur anglais qu'il avait rempli sa mission, mais
sans suCCés ; el que se trouvant bien avec ses anciens compagnons |
d'armes , il demeurait parmi eux. } 4 37 | HISTOIRE B'HAITI—( 1795 ) Nous avons déjà vu se dessiner “l’animosité qui existait entre 16
gouverneur Laveaux et Villate. Presque tous Îes anciens libres; noirs
et jaunes s'étaient prononcés pour Villate et dans ‘le Nord et dans”
l’Artibonite ; au contraire, les nouveaux libres étaient la plupart pou
Laveaux ; nous en avons dit les causes. Toussaint perséculait Sn
lement Blanc Cassenave son lieutenant, homme violent, brave et par
tisan enthousiaste de Villate. 41 avait eru s'apercevoir qu'il Ron
enlever le commandement du cordon de FArtibonite : ce qu'aucunem
des pièces que nous avons eues sous Îles yeux ne constate. Blane Cas-M
senave occupait la Petite-Rivière de 'Artibonite ; il avait fortifié pou à
s’opposer aux incursions -et des Anglais et des Espagnols, le mornetw
de la Crête à Pierrot qui domine le bourg , -et avait armé ce nouveau
fort d'une pièce de. 12 et d’une pièce de 16.
ement du cordon de FArtibonite : ce qu'aucunem
des pièces que nous avons eues sous Îles yeux ne constate. Blane Cas-M
senave occupait la Petite-Rivière de 'Artibonite ; il avait fortifié pou à
s’opposer aux incursions -et des Anglais et des Espagnols, le mornetw
de la Crête à Pierrot qui domine le bourg , -et avait armé ce nouveau
fort d'une pièce de. 12 et d’une pièce de 16. Pendant cet intervalle, les Espagnols forcèrent la porte de la savanne;«
mais ils furent taiilés en ‘pièces par Blanc Cassenave. En mêine temps,
Vallery, commandant du poste Labadie, n'ayant à sa disposition que:
25 livres de poudre que Toussaint lui avait envoyées des Gonaives,
arrêta l'élan des Anglais par une rare opinâtreté; 11 ne cessa de repousser l'ennemi par l'arme blanche. Toussaint se fit une arme contrew
Eassenave des succès obtenus par Vallery, sans muuitions : 1 Paecusa
de vendre à son prôfit les poudres de la République, parce qu'il lui
en avait envoyé 300 livres et qu il en demandait encore.* Al expédia
aux autorités de la Petite Rivière un adjudant-major qui leur annonça;
en son nom, que si elles ne ménageaient pas mieux la poudre, elles
en répondraient sur leurs iêtes. Blanc Cassenave ne put plus con-.
tenir son indignation; il déclara quil aimerait mieux vivre sauvage
dans les bois que de continuer à recevoir des humiliations de Tous-«
saint Louverture; il fit même l'éloge de Villate, et dit que c'était le"
seul homme qui put sauver ja colonie. Il avait gagné à son partie
Guy et Christophe Morney. L’insubordination et le désordre se manifestèrent dans les camps de ces deux officiers ainsi qu'à la Petite-Ris
vière de l’Artibonite. Les Anglais se disposaient à en profiter. Blanc
Cassenaxe fit fusiller plus de quarante hommes qui étaient, disait-il, »
dévoués au parti royaliste. Toussaint, de son côté, qui avait résolu £
de l'arrêter assurait qu'ils n'étaient que ses euneris personnels. Il
manda aux Gonaïves successivement les différents chefs qui comman-«
daient au cordon de l'Artubonite, et les renvoya à leurs postes. Cassenave fut mandé le dernier’; mais quand il entra aux Gonaives il fut
arrêté et emprisonné : 1l y avait en cette ville plus de 4,000 hommes
que Toussaint y avait réunis. Alors vinrent contre lui des dénon=«
ciations de tous les points de l'Artibonite : c'était à qui le chargerait
pour plaire à Toussaint Louverture. On l’aecusait d'avoir excité les“
Artubonite, et les renvoya à leurs postes. Cassenave fut mandé le dernier’; mais quand il entra aux Gonaives il fut
arrêté et emprisonné : 1l y avait en cette ville plus de 4,000 hommes
que Toussaint y avait réunis. Alors vinrent contre lui des dénon=«
ciations de tous les points de l'Artibonite : c'était à qui le chargerait
pour plaire à Toussaint Louverture. On l’aecusait d'avoir excité les“ A] eultivateurs à ne pas travailler, en leur disant que Laveaux eb Fous + .* Correspondance de Toussaint avec Layeaux, EF : * * Ex 4
A SN à HISTOIRE D'aaiTi—( 1705 } : 51 Mint voulaient rétablir l'esclavage ; d’avoir contrarié l'établissement dé
| Ja municipalité à la Petite Rivière; d'avoir fait transporter chez lui lé
Mbutin qu'il faisait sur l'ennemi, et d'en avoir privé les soldats; d’avoir
été l'auteur de la grande misère qui existait au cordon de l’Artibonite,
. De son côté, Toussaint l'accusa auprès du gouverneur Laveaux ,
“d'avoir conçu le projet de se retirer dans les montagnes des Cahos voi:
msines du Mirebalais, pour y vivre dans l’indépendance; de n'avoir
Mpas fait cultiver un pouce de terre, et d'avoir travaillé à la ruine de
MIA République. Il prétendait que lorsque des soldats noirs étaient
mbiessés, Blanc Cassenave leur refusait les soins que commandait l'hummonité, sous prétexle qu'il y avait déjà trop de nègres. Cependant
Cassenave étail aimé de ses soldats, noirs la plupart, et ils apprirent sa mort avec une désapprobation bien marquée... :
Péu de jours après son arrestation en Février 1795, il fut trouvé
mort dans sa prison des Conaïves. Le lieutenant colonel Vernet qui
commandait la place , annonça à Toussaint qui se trouvait à lPArtibonite, que Cassenave était mort étouffé par la colère. Il est im.
possible de peindre la joie cruelle qu’en resséntit Toussaint Louver-
“iure. Le 6 Février 1795, il écrivit à Laveaux : « Blanc Cassenavé
« pendant sa détention a été alteint d'une colère bilieuse qui avait
« loutes lés apparerices d'une rage effrénée ; ilest mort- étouffé : requis
& escat in pace. Il est hors de ce monde; nous en devons à Dieu des
« actions de grâces. Cette mort de Blanc Cassenave a anéanti contre
« lui toute espèce de procédure, atiendu que de son crime il n'y à
« point de complices ni de parheipes. » .
le Après cet événement , l'autorité de Toussaint Louverture ne rencontra
“plus aucun obstacle dans l’Artibonite ; et parmi les hommes de couleur du Nord, il n’y en avait plus qu'un dont Fautoriié put con<
irebalancer la sienne : c'était Villate que nous verrozs bientôt iomben. Aprés la chuté de ce dernier, Toussaint favorisé par le gouvers
“neur Laveaux, grandira prodigieusement et songera à faire pénétrer
son influence tant dans l'Ouest que dans le Sud. ÿ - Rs F
+ & 1798. Sommaire. Mort de. RD te JubA ent sur Robespierre. Toussaint ps Fee A à attaque St-Marc sans succes —Bauvais et nigaud attaquent le fort Bizoton.— 7h riure en prend possession — Lapointe et, D:ssources: reprennent 18 Mircbalais= . T'Espagns — Rapport de Garran Coulon=—[La Convention nationale déerêtes la -née du 30 Ventôse.— Arrestation de Laveaux.—Le colonel Léveillé en avertit T
ire. Mort de. RD te JubA ent sur Robespierre. Toussaint ps Fee A à attaque St-Marc sans succes —Bauvais et nigaud attaquent le fort Bizoton.— 7h riure en prend possession — Lapointe et, D:ssources: reprennent 18 Mircbalais= . T'Espagns — Rapport de Garran Coulon=—[La Convention nationale déerêtes la -née du 30 Ventôse.— Arrestation de Laveaux.—Le colonel Léveillé en avertit T glais, sur, toute la ligne de l’Artibonite. Mort de Thomas Brisbane. — T'ousse de Markham—Les Anglais se tiennent sur a défensive —Résultats adminis
de Bauvais et de igaud.—Révenus pulies — De nouvelles troupes anglaises
barquent au Port Républicain. Le général. Willismson remplace: le brigadiere
général Horaeck,—Adresse de Jean François aux troupes républicaines —Rép
de NOR PMR TeARE fepne des numéros aux troupes franches.—Formation
Ve De, , 8e, 6e ; Te. et 8e démibrigades coloniales — Le majo éral Forbes SA Willis son De Bruge évacue le Mirebalais.— Paul Traité de Bâle—Décret du 5: Thermidor an 8-—Départ, de Jean! Erançois, en lhbeïté définitive de Sonthonax— Résumé de la. conduite de Sonthonax. à
Domingue.— Le général Bowyer est repoussé de Léogane.— Laveaux parcoutil
cordon de l'Artibonite.— Dessources incendie les Verrettes — Toussaint reconstruit 1
bourg-— Dieudonné einbrasse la caus@ des Auglais— Rigaud et Bauvais le-fon
arrêter — EWenne Uaty soulève la montagne du Port-de-Paix.— Toussaint a
la révolte —Révolte de Titus étouffée —Bauvais et Rigaud envoient au Cap,
ghinat, Sala et Fontaine—Bauvais et Rigaud démandent à Laveaux la con:
tion des. Assemblées primaires.—Grande agitation au Cap contre Laveaux.==Jo saint— La Municipalité du Cap met Laveaux en liberté — Villate se retire
Martellière — Toussaint arrive au Cap.— Laveaux le proclame son lieutenant
gouvernement de St-Domingue.— Prépondérance défimitive des noirs dans le No
et dans l’Artibonite, Lt 3 À ‘ : CARS
24 k M: Ca. En France la Convention Nationale avait abattu | Robespierre, ce
ange de la mort Le avait armé la Liberté, et qui lui fit herraur a pr : LAN NT CE HE DNS ie ES 124 TRE
Laveaux en liberté — Villate se retire
Martellière — Toussaint arrive au Cap.— Laveaux le proclame son lieutenant
gouvernement de St-Domingue.— Prépondérance défimitive des noirs dans le No
et dans l’Artibonite, Lt 3 À ‘ : CARS
24 k M: Ca. En France la Convention Nationale avait abattu | Robespierre, ce
ange de la mort Le avait armé la Liberté, et qui lui fit herraur a pr : LAN NT CE HE DNS ie ES 124 TRE à ‘ É !
“it HISTOIRE D’uarrt.—( 1795 } ALT. Aa victoire. Robespierre se jeta. dans un abime en voulant précipiter
la marche de. la révolution. Le peuple françaisemporié dans les tour_mentes. “hote, ARE politiques ne: pouvait mettre en pratique la
théorie de la démocratie pure qui ne se maintient dans un. état qu au
sein d'une paix profônde qu'entretiennent le travail et l’industrie.
… Le. développement de la civilisation, les principes de 89 qui pénètrent
peu à pen dans les veines des populations européennes, améneronk
…infuiliblement ce que Robespierre voulait obtenir sans retard par la force
des baïonnettes. Néanmoins l'histoire ne peut maudire ces êtres terribles ,
effrayants, au cœur de for, à intelligence supérieure, que la Providence
envoie aux peuples quaud leur existence, nationale est attaquée par des
“légions de mercenaires qui, pour détruire un noble principe, croyant
… défendre, une cause sainte et légitime, se livrent aux plus grandes:
horreurs et poignardent la liberté. Robespierre transforma la France
en un volcan en éruption dont 1} était le foyer. Ees laves de ce
volcan, allaient couvrir toute l'Europe déjà épouvantée des tourbillons:
“qui là menaçaient, lorsqu'il perdit le souffle embrasé qui lanimait.
Sub n'était pas tombé que serait-il arrivé? Que l'Europe entière comme
…lx lrance jouirait aujourd'hui des bienfaits de la liberté aussi douce,
aussi tendre, aussi compalissante, qu’elle est foudroyante , quand elle:
est attaquée. Nous. autres Haïtiéns ; nous devons aussi noire indépen-
— dance à un de ces êtres terribles; nous lavons aussi abattu, après. la:
victoire, parce quil n'avait pas compris que sa mission était terminée,
+ Pouvons-nous ne pas élever Dessalines sur un piédestal, tont en frémissant! devant son bras de géant, qui, pour nous tirer de l'avilissementt,
…_ exécuta ce que nous n'avions pas le cœur de faire. Sinous reconnais’
. sons que ces hommes en extirpant le mal jusqu'à la racine, nousont
—_ sauvés, quoiqu'iis pous aient fait souffrir cruellement, racontons nos
époques: de gémissemens, mais ne nous en plaignons pas: nous avons
“été heureux de la proclamation de la: fiberté générale par là Convention
nationale en 4794; cependant cet aete occasionna l’extermination de
l'ancienne classe privilégiée de: la colonie ; si nous. voulons être hbres,
“ayons l'énergie de le devenir, sinon soyons de dociles esclaves. La
Providence envoie sur la terre, à. de longs intervalles, ces anges ex-
(erminateurs pour punir les classes. privilégiées qui, trop souvent, sans
entrailles, pour le peuple, le confondent avec le bétail. Les Romains
se défirent de Romulus parce qu'il était devenu tyran; mais us le
placèrent au ciel parce qu'il avait été le fondateur de Rome.,
Nous ne tarderons pas à voir la Convention dont les victoires avaient
_sanvé la nationalité française, jeter un regard sur S'-Domingue, et
envoyer des récompenses aux fils de l'Afrique qui y défeadaient la
cause de ia liberté avec un héroïsme égal à celui que déployatent en
Europe les troupes patriotiques.
Pendant ce temps la guerre continuait avec fureur à S*Domingue
sue la.-rive gauche de: L'Axtibonite entre les anglais et les républicanss
ons pas à voir la Convention dont les victoires avaient
_sanvé la nationalité française, jeter un regard sur S'-Domingue, et
envoyer des récompenses aux fils de l'Afrique qui y défeadaient la
cause de ia liberté avec un héroïsme égal à celui que déployatent en
Europe les troupes patriotiques.
Pendant ce temps la guerre continuait avec fureur à S*Domingue
sue la.-rive gauche de: L'Axtibonite entre les anglais et les républicanss D er DT NE 2 2 file à BR “ss dun. is 2 æ 13 histoire D'narTi.—( 1795 ) Brisbane fit sortir de son camp un convoi de munitions de guerré ét.
de bouche pour un des postes qu'occupaient ses troupes le long des
l'Artibonite. Ghristophe Morney traversa ce fleuve, tourna le camp
ennemi et alla s'établir en embuscade sur le chemin de S'-Marc. Les
Anglais tombant dans les embüches qu'on leur avait dressées: furent
taillés en pièces. Le colonel Dessources agcourut au secours du con
, voi, à la iète de sa légion coloniale ; il fut battu à son tour, fut
blessé à la cuisse, et ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval”
11 laissa. soixante grenadiers sur le champ de bataille, Cet échec ne“
ralentit pas l’ardeur de Brisbane ; il attaqua le cordon républicain aveem
des forces supérieures, traversa même lArtibonite, et se"répandit sur
la rive droite du fleuve. Christophe Morney le contraignit à repasser
j'Artibonite, après lui avoir fait éprouver des pertes importantes. 8
Brisbane et Duquène revinrent à la charge, et attaquèrent les Camps
Coursin et Moreau; le combat dura toute la journée; mais les Anglais
furent obligés de battre en retraite. En mèine temps ils assaillaient
les redoutes élevées au bas de lArtibonite. M
Brisbane résolut de diriger une atiaque. générale sur toute la ligne
du cordon républicain. Lapointe vint à S' Marc avec la légion d’York;
infanterie, cavalerie et artillerie. Pendant que tous les camps du cordon
étaient atiaqués, Brisbane se porta en personne sur le bourg de Ia
Petite-Rivière de lArtibonite. Toussaint y commandait; il fit dresser
contre l'armée anglaise une batterie de deux pièces, l'une de 4 , l'autre
de 12, et força Brisbane à la retraite. Ea même temps une frégate
de*S M. B. canonnait le fort de la Grande Saline, en éteignait le feu:
Les Anglais débarquérent, et se retranchérent non loin du rivage,"
au heu nommé la Guildive, RU
Toussaint, après avoir chassé Brisbane des environs de la PetiteRivière, lança toute sa cavalerie dans la Grande Saline, chargea les
Anglais avec fareur et les rembarqua malgré le feu vif de leur artilleries”
Pendant son absence Brisbane s'était établi à la digue de PArtibo=
nite. Le 6 Fevrier, dans une escarmouche, il fut atteint d'une balle
derrière le cou, et fut transporté à°St-Marc. 11008
Le commandant Valery, d'après les ordres de Toussaint ; enleva dans
les hauteurs des Verreites les camps Martineau et Dessources qu'occu="
paient les Anglais. Toussaint se transporta dans les Grands Cahos,”
montagnes presque inaccessibles, éloignées de douze lieues de la Petite- «
Rivière, et y établit une ligne de camps sur les limites du quartier
de l'Artibonite. | |
Au eommencement de 4795, une multitude de personnes sorties de
St-Marc, de Montrouis, des Verrettes, vinrent se réfugier à lArtibo=
nie, ne voulant plus vivre sous la domination anglaise. Elles augmentérent la disette qui y régnait déjà. Il fallut y*nourrir 6,000
hommes qui occupaient trente-deux camps. Toussaint souffrait de toutes |
sortes de privalions: quatre-senis livres de poudre qu'il reçu de Las
eommencement de 4795, une multitude de personnes sorties de
St-Marc, de Montrouis, des Verrettes, vinrent se réfugier à lArtibo=
nie, ne voulant plus vivre sous la domination anglaise. Elles augmentérent la disette qui y régnait déjà. Il fallut y*nourrir 6,000
hommes qui occupaient trente-deux camps. Toussaint souffrait de toutes |
sortes de privalions: quatre-senis livres de poudre qu'il reçu de Las # Mil est vrai souvent sans succès, le regretièrent. H était arrivé à S'- CRISTOIRE D'HAITI.—( 1795 ) | 219 eaux, par Fentremise du commandant Vernet, lui fut d’un, grand
secours. Déployant toujours beaucoup de pieté, il ne négligeait pas
“ses devoirs religieux tout en combattant les Anglais. Il avait fait venir
aux Gonaives le curé de la Marmelade ui officiait chaque jour, et
baptisait tous les enfants. Il se rendit au camp Grasset. Avant d'attaquer le camp Mollet
quoecupaient des royalistes français au service de l'Angleterre, il les
exhorta à arborer le drapeau de la République qui se couvrait de gloire
aux yeux de l'univers entier. Mais 11 les avertit aussi que st dans une
heure, ils ne s'étaient pas prononcés, il les passerait au fil de l'épée.
En effet dès que l'heure accordée fut expirée, il nrarcha eontre eux,
les battit, et fit tuer tous ses prisonniers à coups de baïonnettes. Quinze jours après, Thomas Brisbane mourait à St Mare des suites
de la blessure quil avait reçue à la digne de lArtibonite. (2 Mars
4195: } Sa mort fut ure perte récile pour les Anglais; et les hommes de couleur de St-Marc qu'il protégeait contre ie partr colonial, Domingue, capitaine au 49° régiment. Les Anglais commandés dans
le quartier de l'Artibonite par des officiers moins habiles perdirent ,
deux semaines après sa mort, plusieurs points Importants. En Mars
Toussaint adressa une proclamation à tous ses frères et sœurs des Verret:
tes. Il leur disait que le moment était arrivé où le voile épais qui
obscurcissait les lumières allait tomber; qu'on ne devait plus douier
des décrets de la Convention nationale ; que ies Français étaient leurs
frères; mais que les Angiais, les Espagaols et les Royalistes étaient
des bêtes féreces qui ne les caressaient que pour sucer jusqu’à satiété
leur sang, celui de leurs femmes et de leurs enfans. Cependant il
re put entrer aux Verrettes.
. Il leur disait que le moment était arrivé où le voile épais qui
obscurcissait les lumières allait tomber; qu'on ne devait plus douier
des décrets de la Convention nationale ; que ies Français étaient leurs
frères; mais que les Angiais, les Espagaols et les Royalistes étaient
des bêtes féreces qui ne les caressaient que pour sucer jusqu’à satiété
leur sang, celui de leurs femmes et de leurs enfans. Cependant il
re put entrer aux Verrettes. Laveaux résolut de diriger une attaque générale contre les Anglais,
dans toute la province de l'Ouest. H écrivit à Toussaint d'assièger
Si-Mare, à Bauvais et à Rigaud, d'assiéger le Port-Républicain. Il
comptait beaucoup sur une diversion de la part des républicains qui “étaient dans ees deux villes ; et il avait appris d’une manière certaine
n
‘ Ds qu'un parti s'était organisé au Port-Républicain , en faveur ‘de la
France. AE |
Toussaint partit des Gonaîves, et cerna étroitement St Marc avec 6,
000 hommes. Cette place avait été admirablement fortifiée par Brisbane. Les républicains donnèrent sans suecès plusieurs assauts à Îa
ville ; ils fureñt vigoureusement repoussés par la garnison anglaise dont
Vartillerie était parfaitement servie. Comme Toussaint perdait beaucoup
de braves soldats à ces attaques infructueuses, Laveaux lui envoya Lordre de lever le siège. JL obéit; mais il transporta sur la rive gauche
de l’Artibonite tout son cordon qui était sur la rive droite.
Pendant ce temps les généraux Bauvais et Rigaud avaient réuni à
héogane 8,000 hommes de troupes tant de la légion de l'Ouest que de _ 220 per HISTOIRE D'autr( 1795 } celle de légalité du Sud. “Xu: milieu de Mars ‘Hs arrivèrent au carre
four de Trutier où ils rencontrèrent les avant-postes anglais qu'ils:
butèrent. Pauvais à la tête de la légion de l'Ouest s'avança jusque
sur lhabitation Gôte où 11 établis son quartier général. : Il ordonna rux
troupes de netioyer leurs armes ; les compagnies d'éñte seules demeurè
rent rangées autour de satente. Les soldats rompirent aussitôt leurs rangs. Pendant que les uns démontaientdeurs fasils , les autres: allaient-àätlamas
paude dans le voisinage, Des où tivateurs qu ils maltraïtérent vinrent annonss
cer aux Anglais que les républicains n'étaient pas sur la défensive, ét qu'ils
étaient dispersés dans les campagnes. Le 18 Mars (23 Ventôsean 5 lego
verneur Horneck fit sortir du Port-Républicain, mille hommes de troupe
européennes, sous les ordres: du lieutenant culonel Markham. A: neu
heures du matin, les Anglais surprirent les avant-postes Te
et les culbutèrent. Mais les compagnies d'élite de la légion del'Ouesbt
qui étaicnt sous les armes accoururent sur le: champ: de bataille, et! rélabliveut*le: combat: : Mal, gré le feu vif de leur artilleries, les Anglai
furent contraints de perdre du terrain. Leurs tirailleurs se nérandi
rent sur la gauche du grand chemin pour ‘tourner les républicains/#l
mais ils rencontrérent le Hieutenant-colonel Pétion qui les arrêta par!
d'élite de la légion del'Ouesbt
qui étaicnt sous les armes accoururent sur le: champ: de bataille, et! rélabliveut*le: combat: : Mal, gré le feu vif de leur artilleries, les Anglai
furent contraints de perdre du terrain. Leurs tirailleurs se nérandi
rent sur la gauche du grand chemin pour ‘tourner les républicains/#l
mais ils rencontrérent le Hieutenant-colonel Pétion qui les arrêta par! plusieurs décharges à mitraile d’une pièce de 8 qu'ils avait ME
sur une petite élévation dominant la route.‘ Ils: formérenttalors une
masse él altaquérent avee une nouvelle vigueur la légion de l'Ouest.h
Les 350 grenadiers et chasseurs de ce corps qui supportaientseuis les
feu depuis le commencement de l’aetion , avaient déjà perdu 209 homs - 4
Ines. Bauvais à leur tête, s'expos: it comme le dernier des soldatsiu
La légion du Sud qui était à Mariani et à Trutier, entendantle bruit à
au canon, aceourut sur le champ de bataille. Æ larrivée de RigaudW
Jes Anglais: battirent en retraite. Pendant ce temps lesrtrois bataitæ. lons de la légion_ de l'Ouest, qui étaient dispersés à la maraude, sen
réumrent et vinrent renforcer l'armée répubhca ine. Un'jeune sergent
En Ja légion de FlOuest que les Anglais avaient, entrainé danswlieur
retraite, mit le feu à leurs caissons, et se fit sauter, en sevsaeri="
fiant pour la cause de la liberté. Cette explosion répandit le plus
grand désordre dans les troupes brilanniques; Bauvais et Rigauds, en. profitant, se précipitèrent avec impétuosité sur les Anglais , les ‘eule
butérent , et leur prirent quatre piéces de canon (de 4, de'8s de 12,
et: de 16.) Le lieutenant-colonel Markharmm fut tué dans Ja déi ‘
cavalier républicain, encore adolescent, eut l'imprudence poursui_ vre Îles Anglais jusqu'à’ Bizoton-où il fut pris. Le conimandant Pos 4
tiller , touché de son jeune âge, l'exhorta à crier vive le roi George
ou vive le roi de France. HI préféra la mort à la trahison: “ee
cha au suppliee en criant ‘vive la République! 5 1908 34
Bauvais et Rigaud: firent offrir au général Hérneck de lue ‘envoyer 1
cadavre de Markham, demeuré sur le champ de bataille. Le contre] K
neur Anglais accepta cette générosité avec reconnaissance: On
é de son jeune âge, l'exhorta à crier vive le roi George
ou vive le roi de France. HI préféra la mort à la trahison: “ee
cha au suppliee en criant ‘vive la République! 5 1908 34
Bauvais et Rigaud: firent offrir au général Hérneck de lue ‘envoyer 1
cadavre de Markham, demeuré sur le champ de bataille. Le contre] K
neur Anglais accepta cette générosité avec reconnaissance: On - RER N 3105) à ER . DOTE
endit des “hostilités pour le reste de la journée, Cinquante cinq of.
ciers républicains el 500 grénadiers aceompagérent le corps jusqu'au
portail de 1Léogane où il fut livré aux autertiés anglaises. Ioineck
» envoya ‘des : ‘complime: ts” à Bauvais et à Rigaud. ‘Ceux-ci UE
4 Laveaux, mais sans succès, de fairé de nOUvEAR assiéger. SL. Mare
Pr de {aciliter ge nouvelle attaque contre le Port- Républi Cain.
Les républicains reconnaissant l'impossibilité d'enlever d'assaut le
fort Bizoton, et manquant de munitions de guerre et de ‘bouche,
“rctournérent à Léogane avec les canons qu'ils avaient pris.
ercbes SR AR firent arrêter les français noïrs, jaunes et blancs qui
avaient été soupçonnés d'avoir voulu favoriser l'entrée au Port Répu_ blicain de oBauvais et de Rigaud, Ils en fusillèrent ‘cent soixante
sepl, tantien cetle ville qu'à 'Arcahaie:
1 Hes "Anglais m'ayant pas asssez de troupes pour étendre pret con‘
pee se tinremt sur la défensive. |
Les généraux Bauvais et Rigaud portèrent alors toute leur aftenMtontsur la culture et l’ordre publie : ils parcoururent les campagnes
Li POuesttet du Sud, préchèrent le travail, exhortèrent les nouveaux
Hbnes' àsy livrer, leur faisant co: npreudre que. sans culture , par
“conséquent sans ressources , la Répuplique ne pourrait soutenir: la
-gucrre ,/uqu'ils seraient vaincus, et que les Anglais les replongeraïent “dans l'esclavage. Ils obtinrent de bons résultats : : laculiure re-
- prit de la vigueur ; de nouvelles constructions s'élevèrent dans les campagnes sur les ruines des anciennes. Gette disette aisés qu'on ressentait dans de Nord et dans lArtibonite était inconnue dans larsrondissement : de Jacmel et dans le Sud. Rigaud, secondé par l'or:
donnateur Gavanon, mit en vigueur la plupart des régleméens de Polvérel sur la culture.
"« Des inspecteurs choisis parmi les hommes les plus humains, des
anciens conducteurs et les plus instruils dans ces opérations furent
commis à-eette surveillance, sous Îles ordres d'un ispec teur général. Le citoyen. hefrane, commandant le quartier de St. Louis , fut
élu pour remplir cette place pénible. Le zèle avec lequel il exerça
celle fonction a puissamment contribué à ‘la festauration des cultures. » * Le port des Cayes était rempli de bätimens neutres qui
apportaient de riches cargaisons. Les rivages étaient nRéteges par de
nombreux corsaires qu 'armait le général Rigaud. Souvent ces ravi-
» res captu aient des négriers Anglais qui Lransportaiont des noirs, de
_ Ja côte d'Afrique , à là Jamaïque. Rigaud donnait la liberté aux
| esclaves et en récompensant les corsaires , 11 les excitait à faire aux négriers une chasse active. Quand ils entraient aux Cayes avec «es
africains qu'ils avaient délivrés, il leur donnait lé A éouser!ptions volontaires qui s'élevaient quelquefois jusqu'à 20,090 drenes,
négriers Anglais qui Lransportaiont des noirs, de
_ Ja côte d'Afrique , à là Jamaïque. Rigaud donnait la liberté aux
| esclaves et en récompensant les corsaires , 11 les excitait à faire aux négriers une chasse active. Quand ils entraient aux Cayes avec «es
africains qu'ils avaient délivrés, il leur donnait lé A éouser!ptions volontaires qui s'élevaient quelquefois jusqu'à 20,090 drenes, 4 A A À A A @ + Bonnet. Le _ 202 L HisToire p'iairl—( 1795 } « fit, qui pouvaient être cultivées. » Vers la fin d'Avril les Anglais recurent au Port-Républieain un ren
fort de 2,500 hommes des 81°, 82° et 96° régimens européens. Leu
général Williamson, gouverneur de la Jamaïque, dans le même: mois
fut honoré de Fordre du bain. vint au Port-Républicain dans le” courant de Mai, avec le litre de gouverneur général et commandant
en chef des possessions de $S. M. B. à St. Domingue. Il remplaça
le général Horneck. Aussitôt après son arrivée, il établit une ligne
de fortifieations depuis l'habitation Thaumazeau jusqu'aux extrémités
de la plaire du Cul-de-Sac; et depuis le quartier des Grands Bois
jnsqu'à St. Marc, en suivant la chaîne de mornes qui s'étendent entre la plaine de l’Arcahaie et celle qui longe les bords de PArtibo: « Les revenus publics eonsistaient prineipalement dans Îa percepliom
« d'un ancien droit de douane, conservé sous le nom de droit doc
« troi et d'oceident; dans la recette de la subvention du quart de”
« tous les revenus particuliers, établie par décret de la Convention
« Natiouale du mois de Mars 1793, et dans le produit de toutes celles
« des habitetions appartenant à la République et séquéstrées à son, pro= nite. Dans le Sud, une ligne des postes s’étendit de Jérémieà Dame Marie à travers les montagnes. Pour occuper tant de points , il fallait
de nouveaux soldats. Williamson acheta des planteurs les plus riches,
une grande quantité d'esclaves, et en fit des. soldats : les légions colo-=
niales déjà. formées furent renforcées. | La plaine du Culde Sac et celle de lArcahaie étaient admirable ment cultivées. Les colons, sous la domination anglaise, déployaient
autant de férocité contre leurs esclaves que dans l'ancien régime:
Quant à Lapointe ïl retirait de la petite plaine de l'Arcahaie, des
produits considérables, par un travail presque au-dessus des forces hu:
maines. Jamais avant 1789 les esclaves n'avaient été aussi maltraités.
Dans la lésion d'York les noirs ne pouvaient atteindre qu’au grade de sous officiers. Lapointe était aussi impitoyable envers eux, qu'à l'égard des colons et des émigrés français. Quand ces derniers lui
fournissaient l’occasion de les frapper , ik les immolaient sans commisération: il était le type de beaucouq d’anciens libres : fier et”arrogant avec le noir, et ennemi implacable “du blanc. Les Anglais qui avaient besoin et de son influence et de son courage, lui pardonnaient tout. Le commerce ctait florissant à l'Arcahaie, au Port Républicain
envers eux, qu'à l'égard des colons et des émigrés français. Quand ces derniers lui
fournissaient l’occasion de les frapper , ik les immolaient sans commisération: il était le type de beaucouq d’anciens libres : fier et”arrogant avec le noir, et ennemi implacable “du blanc. Les Anglais qui avaient besoin et de son influence et de son courage, lui pardonnaient tout. Le commerce ctait florissant à l'Arcahaie, au Port Républicain et à Jérémie ; et quand les troupes n'étaient pas en campagne, on
se livrait dans ces villes à toutes sortes de plaisirs : bals, concerts;
théâtre. : | Pendant ce temps les espagnols employaient tons les moyens pour. attirer dans leur parti les noirs républicains. ke marquis de Casa
Calvo qui cammandait à Bayaha ou Fort Dauphin écrivit (24 Awril} 4:
#1 à Jean françois de ne rien négliger pour oblenir ce résultat. Celui-ci
envoya à l’armée républicaine, campée au Doadon (11 Juin ) , une =
Ÿ 7. L‘ Ÿ La *
= +
û 5 :
: P / - s Les
* A . a ? à FG J £
HISTOIRE D'HAITI.—{ 1795 ) | ). 993 / ; , :
“adresse dans laquelle il oxhortait les noirs français, royalistes ct ré.
publicains, à se faire espâgnols, s'ils ne voulaient. pas s’exposer à
redevenir un jour esclaves. I leur disait, que si la République fra
çaise triomphait de la monarchie française, ils seraient de nouveau “plongés dans la servitude; et que ce serait la même chose, si la monarchie renversait la République, attendu que ni l'une ni l'autre
ne les avaient rachetés. Il ajoutait que le roi d'Espagne en payant une
indemnité aux maîtres de tous les noirs devenus espagnols , avait réellement émancipé ces derniers. | Toussaint et les officiers de l'armée campée au Dondon lui répondirent, (15 juin) entre autres ehoses, « Vous avez bien raison de
« dire que notre liberté est bien différente de la vôtre. Vous n'êtes
« que de vils esclaves ou sujets du roi d'Espagne vous
« demandez si un républicain est libre? Il faut être esclave pour
« faire une pareille demande, Osez vous bien, vous Jean François,
& qui avez vendu à l'espagnol vos malheureux frères, qui actuelle-
« ment fouillent les mines de cette détestable nation, pour fournir
& à l'ostentation de son roi ; osez-vous bien nous représenter que c’est
« du produit de nos sueurs que la République fournit à nos besoins
prete: 0fc. » | Jean François ayant échoué dans ses tentatives de séduction, fit
attaquer tous les camps républicains de la Montagne Noire et de la
Granïle Rivière. Il fut repoussé avec perte sur tous les points.
(Juillet). En mème temps les troupes anglaises qui occupaient le
-Mirebalais attaquèrent un des postes établis dans les montagnes des
“Cahos , et l'enlevèrent. Une autre colonne anglaise qui était sortie,
de St. Marc, sous les ordres d'un nommé Jean Jeanton , rencontra
une forte patrouille républicaine; l’on se baitit de part et d'autre
“avec acharnemént ; les Anglais culbutés, laissérent leur chef sur le
champ de bataille, Coimme Jeanton était un royaliste forcené on le
fusilla. Sa tête et ses épauleites furent envoyées au cordon républicain.
'enlevèrent. Une autre colonne anglaise qui était sortie,
de St. Marc, sous les ordres d'un nommé Jean Jeanton , rencontra
une forte patrouille républicaine; l’on se baitit de part et d'autre
“avec acharnemént ; les Anglais culbutés, laissérent leur chef sur le
champ de bataille, Coimme Jeanton était un royaliste forcené on le
fusilla. Sa tête et ses épauleites furent envoyées au cordon républicain. Pendant que les Anglais renforçaient leurs troupes coloniales, le gouverneur Laveaux ordonnait à Toussaint Louverture de donner des numéros aux troupes franches sous ses ordres. Il lui envoya des bre-
“ets en blanc pour les officiers qui devaient être placés dans ces corps. Les paroisses de Plaisance, de la Marmelade, du Dondon, d'Enne:
ry, de Hinche, fournirent 4,000 braves citoyens dont Toussaint forma “deux régimens; le 1” oudes sans culoties; et le 2°” de jeunes gens
“principalement reerutés à Plaisance et au Dondon. HI y avait déjà au
Cap une légion dite du Nord de trois batatilons, et composée en grande
partie des anciens et des nouveaux libres du Cap. Gest eetie légion
avec laquelle Villate fit tant de prodiges de valeur-contre les Espagnols
ot contre les Anglais. | | |
: Les 3° et 4° régimens, commandés par Christophe Morney et par
oties; et le 2°” de jeunes gens
“principalement reerutés à Plaisance et au Dondon. HI y avait déjà au
Cap une légion dite du Nord de trois batatilons, et composée en grande
partie des anciens et des nouveaux libres du Cap. Gest eetie légion
avec laquelle Villate fit tant de prodiges de valeur-contre les Espagnols
ot contre les Anglais. | | |
: Les 3° et 4° régimens, commandés par Christophe Morney et par 234 PR HISTOIRE D'AAETE. 1395 ) èe Bessalines furent composés de 4,009 hommes qui oectrpaient k |
don s'étendant de da Salins de l'Artiboni te au haut des’ Liane
les fimiies du Mirebalais.. Le ‘camp Flaville occupé par Mes,
toyens de la Souffrière,. de, la Grande. Rivière, de la rivière ES H
du Fond-Bleu, fournit quatre régimens: le 5°, colonel Moyse, le64
colonel Clervaux, le 7° colonel. Desrouleaux, Le 8° colonel Jean- Ban
tiste Paparel. Ces deux derniers SE demeurè rent sous gs ordres
du colonel Flaville. 4
Dans le courant du mois d'Août Ie reste du 82° asneRE anglais
arriva au Port-Républicain : 980 hommes débarquérent en. pari
santé; au bout de six semaines , n'en resta que 350 hommes :
fièvre jaüne.- on. avait enlcvé 630. Ces troupes, moissonnées par
maladie, abattues, découragées ne purent être d'une grande utilité. L
gouverneur, NVil liamson , contrarlé par une peste aussi pour
ne putrien entreprendre d'important. D'un caractère faible , ilse laissa”
dominer par quelques personnes qui ne cherchant. qu'à satisfaire leurs
intérêts privés lentrainèrent dans un système ruinéux -de dépenses. +
Le vicomte :de Bruge qui commandait au Mirebalais obtint dé) Will
hHamson ‘des ‘sommes considérables pour élever |, une fortification
contre les agressions des républicains : il ne construisit qu'une
redoute de péu d importance , en contraionant au travail les cultivateurss
et les soldats , @t fit son profit de la total ité des sommes qu'il avait +
reçues. Wilamson curieux de visiter ce fort qui avait nécessitémtam
de dépenses, écrivit au vicomte de Bruge qu'il allait se rendre’au Mi
rebaluis. Celui-ci, clreye d’une visite dont lé résultat eût été de faire
découvrir toutes ses fraudes , “et apprenant qu'une faible colonne ré
publicaine sé tait présentée dans les hauteurs du Mirchalais, fit sauter
fa redoute qu'il avait élevée , évaéua le bourg, et rentra au Ports
Républicain. ‘l annonça au: gouverneur anglais que menacé par. des
forces eonsidérables. qui l'ivaient. déjà presque tourné, la prudence mis
Htaire: avait obligé à abandonner le Mirebalais.. 6
- Toussaint apprenont lévacuation de cetle importante position, LA er :
voya le lieutenant-colonel Paul Louverture son frère aui en!prit pose.
session. Lescahebes tomba aussi au pouvoir, des républicains.
WiHiamson eut a faiblesse de ne pas punir de Bruge.' ‘Isecontens
ta d’ordonner de reprendre le Mirebalais. Doux celonnes anglaises $e 1
rent en niarche contre. ce bourg: l'une sortant du Port Républicain , |
l'autre sous les ordres de L Lapointe sortant de l'Arcahaie. Après deux
Jours de marche les troupes britanniques atteignirent le camp ichells
Paul ÆLouvertüre vif à Ja rencontre de l'ennemi. Dès que les ANGES
Je découvrirent , ils laneèrent contre lui les régimens deYorck et d
ue Les républicains furent culbutés après une résistance opi
niâtre.. Les hussords allemans, au service de l'Angleterre, ainsi qi
Ja cavalerie d'Yorck, les poursuivi irent avec impétuoëité. Paul Louve
ture n'évita les coups de l'ennemi qu'en se.sauvant à | Lravers les bois,
de l'ennemi. Dès que les ANGES
Je découvrirent , ils laneèrent contre lui les régimens deYorck et d
ue Les républicains furent culbutés après une résistance opi
niâtre.. Les hussords allemans, au service de l'Angleterre, ainsi qi
Ja cavalerie d'Yorck, les poursuivi irent avec impétuoëité. Paul Louve
ture n'évita les coups de l'ennemi qu'en se.sauvant à | Lravers les bois, EvA
Tac : » ; Û , :
A | HISTOÏRE D'AAŸTI ee ( 1793 Ÿ e28 fiprés avoir jeté son chapeau, son habit et sos épaulettes qui tombès
Yent au pouvoir des Anglais. Ceux-ci rentrérent en triomphe au Mix
-robalais. | | M
… Pendant cet intervalle le major-général Forbes remplaça le gouvers
uneur Williamson. Forbes parcourut les différents quartiers qu'occuepaient les troupes anglaises et y fit élever de nouvelles fortifications.
11 renforça toutes les garnisons des camps qui formaient le cordon
“qu'avait établi son prédécesseur ; et il mit à couvert les frontières du.
Mirebalais et de Banica afin de se ménager des communications avec la
colon'e espagnole d'où il fit venir dans le quartier du Caul-de-Sac, de
nombreuses bêtes-à -cornes. Le drapeau de S. M. B. flottait à Banica; des
troupes anglaises européennes, des troupes coloniales, et quelques soldats
espagnols, en formaient la garnison que commandait sir Wm Cookburn,
…._ Toussaint Louverture, de son côté, renforga tous les postes du cordon de l'Artibonite, et augmenta les fortifications de la Petite-Rivière,
Lapointe qui vint l'atiaquer pour interrompre ses travaux, fut vigous
reusement repoussé. £ En même temps, la division croissait sans cesse parmi les républi.
cains de la province du Nord: les partisans de Villate travaillaient
à abattre Foussaint Louverture devenu une arme terrible entre les mains
de Laveaux; et celui-ci execitait Toussaint à détruire ceux des chefs
noirs qui se montraient dévoués à Villate. Ces querelles faillirent faire
éclater une guerre intestine dans le Nord. Le colonel Joseph Flaville commandant du camp Flaville avait entière ment mésonnu l'autorité de Toussaint Louverture; pour favoriser des comHunications qu il avait établies entre l'Acul et la Marmelade, Flavike avait
mêmegaguné à son parti les troupes du régiment de Moyse, cantonnées au
Mornet et aux Bonnets. Toussaint voulut le fare arrêter ; mais il se
“retira au Cap, sous la protection de ‘Villate. Les ‘passions étatent
irès-animées de part et d'autre: on allait en venir aux mains, quand
Laveeux et Villate effrayés des maux que cetie guerre occasionnerait,
s’entendirent pour mettre d'accord deux hommes qu'ils avaient euxmêmes divisés. Toussaint ne coansentit à oublier que Flaville avai mé.
conau son autorité, que-lorsque celui-ci lui eût fait des .sxeuses par
écrit. Au milieu de 1795, la République française était presque partout
triomphante sur le continent de l’Europe. La Prusse exténuée avait
la première de toutes les puissances traité avec elle ; la Hollande avait
été vaincue et soumise ; une tève avait suspendu les hostilités avec
l'Autriche; la Vendée, après une lutte sanglante, après avoir ellleuré
de sa baïonnette le sein de la patrie, avait été contrainte d'accepter
un arrangement; et | Espagne ne pouvant résister à limpéluosité républicaine avait été obligée de renoncer à venger les Bourbons de
Prusse exténuée avait
la première de toutes les puissances traité avec elle ; la Hollande avait
été vaincue et soumise ; une tève avait suspendu les hostilités avec
l'Autriche; la Vendée, après une lutte sanglante, après avoir ellleuré
de sa baïonnette le sein de la patrie, avait été contrainte d'accepter
un arrangement; et | Espagne ne pouvant résister à limpéluosité républicaine avait été obligée de renoncer à venger les Bourbons de “France. Par le traité de. Bâle, conciu entre celte dernière puissance
et là France, le 22 Juillet 1795, la partie espagnole de Saint-Dom.ne
RE | i | À v
26 | HISTOIRE ee 1795 ÿ >. gue fut cédée à la République. La corvette la Vénus commandée par
le capitaine Desagenaux arriva au Cap le 4 Octobre 1795 (12 Ven
démiaire an 4) avec le décret du 5 Thermidor an 3 (23 Juillet 171953
ét avec le traité de Bâle. Aussitôt que Laveaux apprit l'arrivée den la Vénus, il se transporta au Cap, et reçut les dépèches de Desa® genaAUx : la Convention nationale avait décrété le 5 Thermidor an 3 , que
les hommes armés dans la colonie de Saint-Domingue pour la défense”
de la République avaient bien mérité de la patrie; que Laveaux ékaitm romu au grade de général de division, et était maintenu provisoire-M
ment dans es fonctions de gouverneur de Îa colonie; que Perroud
l'était provisoirement dans celles de commissaire crdonnateur ; que des ‘ brevets de généraux de brigade seraient expédiés à Viilate, à Tous
saint Louverture , à Bauvais et à Rigaud ; et que, les autres « , A LA
grades donnés par le général Laveaux seraient provisoirement maintenus. j | |
Laveaux reçut les brevets de Toussaint, de Rigaud et de Bauvais quil leur fit parvenir. Le ministre Fauchet lui avait aussi expédié une petite cargaison de poudre, L'après le traité de Bâle, les troupes espagnoles devaient évacuer à les places, les ports, et tous les points qu ‘elles occupaient, pour les livrer aux troupes françaises : les places devaient être livrées avec leurs 1
canons, et toutes les munitions qui s'y trouveraient au moment que . le traité arriverait dans la colonie ; les habitans espagnols qui aimeraient mieux aller vivre avee leurs biens dans les états du roi
d'Espagne, auraient pour le faire un an, à partir de la date ‘du traité. Ce traité qui devait être exécuté un mois aprés son arrivée officielle ” dans la colonie, ne le fut pas, parceque le général Laveaux n'ayante déjà pas assez ‘de troupes pour chasser les Anglais, ne pouvaitencore se dégarnir, en envoyant des régiments dans la partie espagnole: ÿ
Les autorités de S. M. C. en attendant la prise de possession des vil-M
les et bourgs qu'elles occupaient, s obligèrent à une parfaite neutralité . entre la France et l'Angleterre, LE gouverneur Laveaux, après avoir notifié le traité de Bâle au mar
que le général Laveaux n'ayante déjà pas assez ‘de troupes pour chasser les Anglais, ne pouvaitencore se dégarnir, en envoyant des régiments dans la partie espagnole: ÿ
Les autorités de S. M. C. en attendant la prise de possession des vil-M
les et bourgs qu'elles occupaient, s obligèrent à une parfaite neutralité . entre la France et l'Angleterre, LE gouverneur Laveaux, après avoir notifié le traité de Bâle au mar quis de G%a Calvo gouverneur du Fort Dauphin, envoya auprès de lui,
gomme agent de la République, le chef de bataillon Vital Grandet ,
en attendant la prise de possession de la place, au nem du gouverne ment français. Cette notification officielle jeta le désespoir. parmi les chefs «
noirs français qui avaient embrassé la cause du roi d'Espagne : ils voyaient
leur avenir perdu. Quant à Jean François , il ne put se faire à l'idée
de devenir républicain , de renoncer à ses titres de noblesse, à ses
cordons , à ses croix. Sa présence dans la colonie devenait du reste
nuisible aux iniérêts français ; il pouvait se jeter dans le parti anglais
avee toutes ses bandes dont la force numérique était de plus de 10000
noirs français qui avaient embrassé la cause du roi d'Espagne : ils voyaient
leur avenir perdu. Quant à Jean François , il ne put se faire à l'idée
de devenir républicain , de renoncer à ses titres de noblesse, à ses
cordons , à ses croix. Sa présence dans la colonie devenait du reste
nuisible aux iniérêts français ; il pouvait se jeter dans le parti anglais
avee toutes ses bandes dont la force numérique était de plus de 10000 hommes. Vital Grandet négocia son embarquement avec Casa Calvo:
il fut transporté à _k Havanne d'où il se rendit en Espagne. En 1794 * :
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CA ; BISTOTRE D’HarTi.—( 1795 ) 227 il étalait à Madrid où: il était l’objet de la curiosité des habitans, um
faste extraordinaire. Il vécut ensuite à Gadix entouré de toutes les
… considérations dues à son rang de: lieutenant général des: armées du
roi d'Espagne, ayant dix officiers. noirs à son service.
Nous: devons nous rappeler que les commissaires civils Polvérel et:
…_Sonthonax, décrétés d'accusation, étaient partis de Jacmel pour France en. 1794, peu de jours aprés. la prise du Port-Républicain. par les
Anglais. Ils étaient arrivés à Rochefort au moment que-la révolution
. du 9 thermidor abattait Robespierre: Cependant: ils: demeurérent en
prison , attendu. que le décret: d'accusation. laneé contre eux n'avait
point été révoqué. Mais le parti girondin: ou des modérés reprenant
… de: la: prépondérance: dans: les affaires, l'exécution de l'acte d'accusation
… porté contre eux fut suspendu par un décret dela: Convention. ls
- lurent provisoirement mis en: liberté. Le comité. de salut public,
celui de-la marine, et celui: des colonies furent chargés de. faire un
rapport sur leur conduite à S'.-Domingue. Leurs. accusateurs. de-
- man(lérent à la Convention nationale qu elleles entendit,, ainsi que les
commissaires civils, eontradictoirement, afin. que la vérité éclatât. au
milieu des débats. D’après le rapport du: comité de salut public, de
celui de sûreté générale, de celui de la marine el de celui des colonies,
Ja Convention nationale déeréta qu une commission: de: neuf membres
s oceuperait de l'examen et du rapport des événemens de S° Domingue. Pour former éette: commission, elle nomma au scrutin neufde
ses membres qui furent d'abord: Garran Coulon, président, Marec,
Lecointre, (des deux. Sèvres). secrétaire, Guyomard , Grégoire, Thibau-
- deau, Fouché (de Nantes), Mazade, Castillon. Plusieurs. de ces mem-
… bres furent remplacés plus tard par Dubray, Moilevauit , Lanthénas,
et Merlino. Les principaux accusateurs. des commissaires. civils étaient
Page, Brulley, Thomas Millet, Verneuil, Senac, Duny,. Fondeviole
et Daubonneau , grands agitateurs à,S. Domingue, partisans de l'ese
“clavage, ennemis aeharnés des: décrets de la Métrepole, qui. avaient
pris à Paris les formes. républicaines. pour mieux perdre les vrais amis
“ce la race fioire. -Les débats furent pleins de ehaleur. Les colons
aceusaient les commissaires civils: d'avoir été les auteurs de tous les
mailieurs. de S'. Domingue. - Polvérel et Sonthonax “ privés de leurs
… notes, cijde toutes les pièces officielles qu'ils avaient apportées de la
colonie, déployèrent un rare talent. en répondant, de mémoire et avec
…_ succès à chaque accusation. |
— Pendant les, débats, Polvérel qui était atteint d'une maladie de lan-
- gueur , mPürut. Sonihonax, demeuré seul , triompha devant, une com-
… mission impartiale de ses nombreux ennemis. La commission des coonies , réunie aux commissaires des comités; dé salut public, de lé-
“pislation et de marine, après avoir entendu le rapport de Garran Cou-
«lon sur les troubles de S'. Domingue , arrèta le 23 Octobre 1795 (1°
MBrumaire an 4) qu'il serait présenté par Étienne Molievaut, ua 68
mPürut. Sonihonax, demeuré seul , triompha devant, une com-
… mission impartiale de ses nombreux ennemis. La commission des coonies , réunie aux commissaires des comités; dé salut public, de lé-
“pislation et de marine, après avoir entendu le rapport de Garran Cou-
«lon sur les troubles de S'. Domingue , arrèta le 23 Octobre 1795 (1°
MBrumaire an 4) qu'il serait présenté par Étienne Molievaut, ua 68 dl æ _ + ee 28 ; HISTOIRE P'HAITI,— (E1BS:E 7, « à cette assemblée de déclarer qu'il n’y avait pas lieu à inceulpation
contre Sonthonax, et d'ordonner que sa mise en hberté provisoire
fut définitive. * SORT
Le 25 Ociobre suivant ( 3 Brumaire) la Convention nationale , après
avoir entendu le rapport de la commission, décréta que Léger-Félicité Sonthonax, ex-commissaire civil à S'..Domingue, était définitive." ment mis en liberté. AE La Convention nationale ne peuvait, sans condamner elle-même tous
les nobles principes qu'elle avait proclamés, ne pas élargir Sonthonax
qui fit à S'. Domingue pour sauver la liberté ce que pratiquait en France la révolution. Quand il vint dans la colonie en 479% avecses collègues Polvérel et Aïlhaud, ïl la trouva déchirée par les faetions,
et ravagée par la guerre la plus sanglante. La masse des noirs était
soulevée; les hommes de couleur ou anciens libres n'avaient pas en:
core obtenu pleinement la jouissance des droits politiques que les
grands planteurs ou aristocrates et les petits blancs leur contestaient.
Cinq semaines environ après leur arrivée au Cap, ils prononcent la
dissolution de l’assemblée coloniale (12 Octobre 1792 ), assembléede
factieux , d'aristocrates, d'ennemis de la liberté des noirs et des hommes-de couleur, ne travaillant qu'au rétablissement de l’ancien régime,
tout en prônant la révolution française. Comme l'assemblée coloniale
n'avait cessé de tourmenter S'. Domingue, tous les partis virent avec
indifférence tomber sa puissance. Les petits blancs entourérent Nes
commissaires civils, et leur demandérent à grands cris la ruine des
grands planteurs, à la tête desquels étaient Cambefort, &e Thouzard,
Cagnon. Sonthonax et Polvérel pour écraser ce premier obstacle à la
liberté générale, réunirent les hommes de couleur et les petits blanes
contre la vieille aristocratie eoloniale ; et dans la journée du 24 Octobre 1792, le parti des grands pass fut anéanti par l'embarquement de Cambefort, de Desparbés. Les petits blancs ou les prétendus patriotes de S'. PORRENE à après leur triomphe, refusèrent de «
i fraterniser avec les anciens libres, et se montrèrent à leur tour aussi
aristocrates à leur ègard que des planieurs l'avaient été envers eux. Les commissaires civils virent s'élever un nouvel obstacle au triomphe L
des principes révolutionnaires ; ils appelérent à eux les aneïens libres
noirs et jauncs; et soutenus par les troupes patriotiques venues dem
de France avec eux, ils écrasèrent le 8 Décembre 1792 le parti po-.
pulaire ou des agitateurs, et embarquèrent Larcheyèque Thibaud ainsique«
leur ègard que des planieurs l'avaient été envers eux. Les commissaires civils virent s'élever un nouvel obstacle au triomphe L
des principes révolutionnaires ; ils appelérent à eux les aneïens libres
noirs et jauncs; et soutenus par les troupes patriotiques venues dem
de France avec eux, ils écrasèrent le 8 Décembre 1792 le parti po-.
pulaire ou des agitateurs, et embarquèrent Larcheyèque Thibaud ainsique« la plupart des autres factieux. Après eette victoire les aMffanchis devinrent tout puissans; ils purent jouir de tous les droits politiques com-«
me citoyens français. Alors Sonthonax se résolut à proclamer la liberté” * Arrêté de la commission signé de Garran, président, Mollevaut, La “bray, Merlino, Grégoire, Lanñthénas, secrétaire, Î + ses membres à la Convention Nationale, et que celui-ci proposcrait PS 7 7e op a RESTE * STORE D’HAITI 1705 } 529 ……_fénérale des esclaves. Mais il fut un moment arrêté par un autre
m_ obstacle. Pendant qu'il était dans l'Quest, Galbaud nouveau gouvers
… neur, républicain timide, égaré par kes restes des deux partis qui ve-
— naiëent de succomber, réunit autour de lui les petits blancs et les grands.
- planteurs. Il se rend maître de toute l'autorité dans le Nord , etse détermine à déporter Sonthonax et Polvérel. Ceux-ci volent au Cap, à la tête d’une armée d'hommes de couleur, qui sont les seuls soutiens
des commissaires civils et de l’autorité nationale. Galbaud est destitué:;
il prend les armes ; et dans la journée du 21 Juin 1793, au milieu des
ruines fumantes du Cap, les restes du parti eolonial rendent le dernier
soupir. Dès ce jour le pouvoir échappe à tout jamais à l’aristoeratie | blanche. Dix-mille noirs insurgés étaient aecourus au secours des commis.
… Saires civils: ils sont déclarés libres. Beancoup d'affranchis, possesseurs d'esclaves ; voyant les commissaires se disposer à appeler les masses à la liberté; commencent à leur devenir hostiles ; ils se jettent en
grand nombre dans le parti du roi d'Espagne ; et songent à se livrer
aux Anglais. L’'intéret établit une alliance entre eux et les colons
royalistes. Sonthonax voyant une foule d'affranchis * abandonner la
République , appelle à li défense’ de là causé nationale là masse du _ peuple de S'-Domingue en proclamant la liberté générale, le 99 Aoûs
1193; il saüve dans notre pays les principes de liberté et d'égalité,
atiaqués par la coalition européenne dans le nouveau monde comme
dans l’ancien. Les affranchis de FArtibonite livrent le quartier qu'ils
bceupert aux. Anglais qui rétablissent l'esclavage: Sonthonax affrontant la mort, méprisant LES intérêts privés contraires au triomphe de
la liberté ; marchant exposé à tous les poignards, met en pratique les
mesures les plus énergiques. Les Bauvais, les Rigaud, les Pinchinai,
les Chanlatte, les Monbrun, les Villate, quoique dévoués à la France,
excitent ses défiances ; il craint qu'ils ne livrent aux Anglais le reste
de da colonie; et pour assurer à la République sa domination , ül
tente de livrer au chefs noirs, citoyens du 29 Août, la prépondérance politique. Le 4 Février 1794, la Convention nationale, par un
décret rendu sur la motion de Danton, confirme Îa liberté générale
latte, les Monbrun, les Villate, quoique dévoués à la France,
excitent ses défiances ; il craint qu'ils ne livrent aux Anglais le reste
de da colonie; et pour assurer à la République sa domination , ül
tente de livrer au chefs noirs, citoyens du 29 Août, la prépondérance politique. Le 4 Février 1794, la Convention nationale, par un
décret rendu sur la motion de Danton, confirme Îa liberté générale _ proclamée par les commissaires civils. Par la seule promulgation de ce
décret, Sonthonax et Polvérel obtenaient là sanction de tous leurs ac-
“tes. La masse du peuple d'Haïti qui a recueilli tous les fruits de no-
“tre révolution , le jour qu'elle coñnaîtra son histoire seplacera à côté
des fondateurs de notre liberté Sonthonax et Polxérel.
On ignoraït encore à S'-Domingue l'installation du Directoire exécutif (27 oetobre 1795). Toussaint Louverture, voulant remercier Ja Convention de lavoir promu au grade de général de brigade, se résolut à
énvoyer à Paris, dans Îles premiers jours de décembre, trois députés, # Nous devons ‘nous rappeler que Îles afrancihs étaient les hommes de
couleur et les noirs libres avant Vaete de l'émancipation générale, L 2:0 usToiRe D’HaTI.—( 1796 ) AU R S eaux, des ‘différentes, actions où il s'était trouvé en personne, et de
gon earaciére.
Malgré le traité de Bâle les Espagnols continuaient à faire passer des
_bœufs aux Anglais; ils s’enrôlaient même dans leurs troupes. Tous:
saint plusieurs fois en serait venu aux mains avec eux, si Laveaux ve
lui avait ordonné sévèrement de respecter le traité. ‘Lapointe, de son
côté, attaquait le bourg des Verrettes qui était peu fortifié ; cependant Caze, Etienne Viart et Lacroix, Ils furent chargés de rendre compté
& la Convention, de son administration, des services qu'il avait rem”
dus à la patrie, de ses conquêtes sous les ordres du gouxerneur La il échoua dans son entreprise. Toussaint mit ce.bourg ‘à l'abri d'un” coup de main en l’entourant de fortes redoutes. Les Anglais enlevérent « un camp sur la limite du Mirebalais; mais ils en furent chassés par un renfort qui arriva au secours des républicains. Ils attaquèrent en-.
suite un poste de la Petite-Montagne d'où 1lS furent repoussés avee perte, après un combat de deux heures, des plus acharnés.
Le gouverneur Forbes avait pris l'offensive sur tous les points. A
fit attaquer Léogane par le major-général Bowyer. Cette place était
commaudée par Renaud Desruisseaux. Le 22 Décembre 1795 ( {er Aivôse, an 4 ) une escadre anglaise qui vint canonner Île fort Ça-fra, fut
repoussée avec perte, | |
+ En même temps, le gouvernenr Laveaux dont l'activité re se ralentissait pas, parcourait dans les premiers jours de Janvier 1796, accompagué de Toussaint Louveriure, les quartiers du Nord et de
yer. Cette place était
commaudée par Renaud Desruisseaux. Le 22 Décembre 1795 ( {er Aivôse, an 4 ) une escadre anglaise qui vint canonner Île fort Ça-fra, fut
repoussée avec perte, | |
+ En même temps, le gouvernenr Laveaux dont l'activité re se ralentissait pas, parcourait dans les premiers jours de Janvier 1796, accompagué de Toussaint Louveriure, les quartiers du Nord et de l'Artibonite où flottait le drapeau tricolore. {visita le cordon de
l'Ouest. Toussaint ne le conduisit pas aux Verrettes dans la crainte
que Lapointe, par un coup d'audace, ne l'enlevât. Laveaux retourna au Port-de Paix où 11 combla Toussaint Louverture de caresses ;
il le plagait à table à $es côtés et prenait plaisir à le servir lui-méme. H lentretenait de Villate, et continuait à le lui représenter
comme un cioyen dangereux. Il se préparait un auxiliaire puissant
qu'il devait bientôt uuliser, car il avait pris la résolution de transporter le siège du gouvernement au Cap où il se trouverait face à face
avec son rival. | Profitant de l'absence de Toussaint, le colonel Dessources sortit de St-Marc avec sa légion, prit le bourg des Verrettes, et l'incendia. H livra égalementeaux flammes plusieurs manufactures de sucre, et six. moulins à eau. Ce fut une perte pour les républicains de ce quartier, car ces manufactures subvenaient à une partie de leurs nombreux besoins. (Comme Dessourcesine pouvait se maintenir aux Verrelies, il se retira, brûlant et saccageant tout sur son passage. : Toussaint ayant appris ses incursions, vint aux Verrettes avec un
bataillon de la 4° coloniale. Comimne le bourg était dominé par plus
sieurs mornes, il le transporta dans une vaste savanne, parfaitenent découverte et traversée par un beau qunal. J fit creuser des fossés PA
Ed Hisroire p'Haiti.—( 1796 } “#4i
“les cultivateurs de cette paroisse autour des fortifications, et: les
remplit d'eau. Pour mettre ses travaux à l'abri d'un coup de main deg
Anglais qui tentaientde les interrompre, il fi élever un fort à l’entrég”
du bourg , et envoya quatre compagniés de la 4° sous les ordres de
Christophe Morney camper dans la montagne de S'-Marc. |
Lapointe et Dessources, à la tête de plusieurs bataillons de l’Arcahaie, de Sant Marc et de la Croix-des Bouquets, marchèrent côntre
… Christophe Morney Sur trois colonnes, el l'attaquérent vigoureusement.
… Les républicams inférieurs en nombre supportèrent énersiquement le
choc de l'ennemi jusqu à ce que Toussaint leur eût envoyé un renfort
de 150 grenadiers commandés par Desrouleaux. Ou se battit pendant dix
heures, avec le plus grand acliarnement: Les Anglais culbutés, serre.
“tréreut en désordre, et Christophe Morney se maintint dans sa position:
Les affaires de la République à S'. Domingue commençaient à prenle une tournure favorable. Cependant dans la province de l'Ouest;
choc de l'ennemi jusqu à ce que Toussaint leur eût envoyé un renfort
de 150 grenadiers commandés par Desrouleaux. Ou se battit pendant dix
heures, avec le plus grand acliarnement: Les Anglais culbutés, serre.
“tréreut en désordre, et Christophe Morney se maintint dans sa position:
Les affaires de la République à S'. Domingue commençaient à prenle une tournure favorable. Cependant dans la province de l'Ouest; la conduite que tenait Dieudonné avait failli livrer aux Anghis le
quartier de Léogane et toutes les montagnes du Grand Fond. Nous
… devons nous rappeler que Sonthonax en partant de la Coupe pour
- Jicmel en 1794, avait «dit à Dieudonné en l'embrassant qu'il lui déléz
« guail ses pouvoirs de eommissarre civil. Dès celte époque Dieudonné
avait pris le titre de délégué de la Convention nationale, et ne re-
… connaissait ni l'autorité de Bauvais ni celle de Rigud. Il occupait
les mornes de ja Charbonnière et du Grand-Fond. Ses troupes étaient
en grande partie composées de ces africains dont Sonthonax avait for-
“mé au Port Républicuin le corps des Régénérés pour contrebalancer
l'influence de la légion de l'Ouest dévouée aux anciens libres. Il
avait pour lieutenans Pompé et Laplume; et son secrétaire était un
blanc royaliste nommé Baudoin. se livrait à toutes sortes d'excès,
ét avait , à l'instigation du baron de Montalémbert, égorgé beaucoup
de mulâtres républicains. Jusqu'alors ceperidant Il n'avait pas arboré
le pavillon de S. M. BR. Mais il avait refusé de secondér Bauvais et
Rigaud lors de leur dernière attaque contre lefürt Bizoton. Ces deux
bénéraux le voyant sur le point dembrasser la cause anglaise firent
tous feurs. efforts pour l'en détourner. Is lui envoyèrent lé décret du
“5 Thermidor et le traité de Bâle; il les fit lire et ies déclüra. Enfin
dans les premiers jours de Janvier 1796, il reconuut l'autorité britañ-
“nique et ouvrit aux Anglais un marché aux portes dusPort Répubiicain. Rigaud et Bauvais firent encore; avant de l'attaquer ; quelques
“ientatives pour le ramener à la République. Ils lui envoyérent des
députés auxquels il déclara, € qu'il he reconnaîrait jamais des
« mulôtres pour chefs, quil ne voulait pas laisser exister un seul
« mulôtre, quil les tuerait tous ; qu'il ny avait pas un seul nègre
“« commandant. » Dieudonné .trompé par les royalistes, ignorait que
Toussaint Louverture fut général; Moyse, Christophe Morney, Dessalt-
-hes, çtç. eolonolë. : FA Rs
rent des
députés auxquels il déclara, € qu'il he reconnaîrait jamais des
« mulôtres pour chefs, quil ne voulait pas laisser exister un seul
« mulôtre, quil les tuerait tous ; qu'il ny avait pas un seul nègre
“« commandant. » Dieudonné .trompé par les royalistes, ignorait que
Toussaint Louverture fut général; Moyse, Christophe Morney, Dessalt-
-hes, çtç. eolonolë. : FA Rs 232 : Histoire D'HarTI.—( 1796 } Bhirvaïé ét Rigaud l’atiaquérent vigoureusement et dispersérent ses |
bandes; mais quand l'un se retira à Jacmel et l'autre à Léôgane, Dieu à
. donné reprit ses anciennes positions. 3 Pendant ce temps, un corsaire dés (onaïves, longeant la côte À
entre le Port Républicain et Léogane, découvrit quelques hommes nus
armés de piques , au Morne à Büleau. 1 y envoya sa chaloupe: Cesm
hommes étatent Dieudonné et ses principaux compagnons. Ils accueil
lirent avec Âraternité et même avec atiendrissement les républicains qui
avaient abordé au rivage. Ils leur dirent qu'ils ne s'étaient soumis |
aux Anglais que parcequ'ils ne pouvaient supporter le joug des bon Ë
mes de couleur. Les républicains retournèrent aux Gonaïves, et ane
noncérent à Toussaint ce qu'ils avaient vu ei entendu. Celw-ci exe.
pédia une goëlelte vers le Morne à-Baleau, afin d entrer én négociaa
tions avec Dieudonné dans le but de le ramener au parti de la Rép
blique, et de s'en-faire un zélé partisan, dans l'Ouest où il n'ét
connu que par le bruit de ses fais d'armes. La goëlette fut prise.
par les corsaires de Rigaud et conduite à Léogane. | Rigaud ne permit
pas aux. envoyés de Toussaint de pénétrer jusqu'à Dieudonné, 11 rés
pandit à la Charbonnière et au Grand-Fond des émissaires qui gagnè- 1
rent Laplume au parti de la France. Celui- ci tendit un piège à Dieu
donné , le prit et le livra à Rigaud qui le fit périr comme traître à 14"
Patrie. | A là même époque un nommé Étienne Daty s'était soulevé dans les
montagnes du Puort-de- Paix, ei y livrait tout à feu et à sang. Le général Pageot commandant de la province du Nord, aprés avoir déployé .
toutes ses forces contre lui, avait été obligé de se renfermer au Ports.
de-Paix. De nombreux colons blancs avaient été égorgés dans les came
pagnes. Daty déclarait à tous les députés qu'on lui envoyait qu'il ne
mettrait bas les armes que lorsqu on lui aurait rendu Sonthonax, Pau
teur de la liberté des noirs. Laveaux ordonna à Toussaiut Louvérture
de marcher contre lui. Geluïci apaisa là révolte par les voies de 1à
persuasion. Laveaux se vit contraint de pardonner à Daty, et de
lui confier le commandement du Moustique. ‘à
Daty déclarait à tous les députés qu'on lui envoyait qu'il ne
mettrait bas les armes que lorsqu on lui aurait rendu Sonthonax, Pau
teur de la liberté des noirs. Laveaux ordonna à Toussaiut Louvérture
de marcher contre lui. Geluïci apaisa là révolte par les voies de 1à
persuasion. Laveaux se vit contraint de pardonner à Daty, et de
lui confier le commandement du Moustique. ‘à Pendant eet intervalle les Anglais qui désiraient s'emparer du Fort.
Dauphin, Vi avaient pratiqué des intelhigences, par l'entremise de quels l
ques émigrés français. Ïs avaient fait ‘entrér dans le port une goëleite M
armée en guerre et un brick de 138 canons; et ils ténaient mouillés 4
dans là baie de Mancenille deux corveites, deux frégales et un Vaisseau
de 74, Ils avaient établi un camp retranché à la pointe Isabellique:
Le marquis de Casa Calvo, gouverneur du Fort-Dauphin, qui depuis 18m
iraité de Bâle, avait Done d observer une parfaite neutralité, ne contrariait"
cependant pas les opérations anglaises. Les émigrés français exeEitè=
rent un noir nommé Titus, ancien lieutenant de Jean François à sou»,
lever les cultivateurs. Ils lui firent passer de la poudre, 1,200 fusils. ek des pistolets. Titus alla camper au Magiharoux das Ja paroisse de 1 |
€
fs Y
# ÿ |
| (à Histoire D'HAITI.-en( 1796 } :" Nalliére. Laveaux se plaignit à Casa Calvo des infractions faites au
_ traité de Bâle. Célui-ei sengagea à faire respecter sa neutralité par
“les Anglais ; mais 11 fui répondit qu'il ne eombattrait les révoltés que
“sur linvitation du gouverneur de S"-Domingo, Laveaux ordonna au.
…pénéral Vilate de marcher contre Titus. Vülate, # la tête de 1,000
4 fantassins ej de 200 cavaliers alla camper à Caracol. Le 21 Février,
mil atiiqua Titus, dispersa sa bande, le fit prisonnier, et lexéeuta. Les
Anglais déconcertés par la mort de Titus et par la sévère neutralité
“de Casa Calvo, qui avait pris une attitude menaçante, se retirèrent,
…_ Cepcndant le quartier du Fort-Dauphin fut encore ravagé pendant
… quelque temps, par Cambelort et Rouvrai qui servaient dans Îles rangs
anglais. | ;
à Caracol. Le 21 Février,
mil atiiqua Titus, dispersa sa bande, le fit prisonnier, et lexéeuta. Les
Anglais déconcertés par la mort de Titus et par la sévère neutralité
“de Casa Calvo, qui avait pris une attitude menaçante, se retirèrent,
…_ Cepcndant le quartier du Fort-Dauphin fut encore ravagé pendant
… quelque temps, par Cambelort et Rouvrai qui servaient dans Îles rangs
anglais. | ; Pendant ee temps , Bauvais et Rigaud résolurent d'envoyer en France
plusieurs députés chargés de témoigner à la Convention nationale la res
… connaissance qu'ils éprouvaient d'avoir été confirmés chacun dass le grade
“dé générat de brigade , par le décret du 5 Thermidor an 3. Comme il n'y avait pas aux Cayes de bâtiments de guerre, is envoyérent au
» Cäp, Pinchinat, Sala et Fontaine , * qui devaient s embarquer pour
France sur la corveite la Vénus, avec les commissaires de Laveaux et
dé Villate. Le Gap se relevait de ses malheurs; la confiance et Île
CofMmiéree y renaissaient par les soins et l'activité de Viliate: Laveaux
abandouwna définitivement le Port-de Paix, et vint s’y établir avec Fors
donnateur Perroud. Il y rencontra les commissaires de Bauvais et de
Rigaud. | ARR
Ocs deux généraux voulant resserrer de plus en plus les liens qui
éxistaient entre les provinces où ils commandaient et fa métropole ,
demandèrent au gouverneur, d'après les avis qu'ils avaient reçus de
Pinchinat, l'autorisation de convoquer des Assembiées primaires pour
à nomination des députés à là Convention nationale; car jusqu'alors
POuest et le Sud n'étaient pas représentés en France. En s'adressant
# Laveaux, ainsi qu'à lordonnateur Perroud, ils se conformaient à la
loi du % Thérmidor. Laveaux n’afréa pas leur demande: c'eût été
donner en Europe, des organes trop directs aux anciens libres avee
lesquels il était en hostilité. 1 se contenta d'autoriser Rigaud et Bauvais à envoyer en France des commissaires qui demanderaient à la
Convention elle:mème la éonvocation des Assemblées primaires à S'.-
- Domingue. Le 8 Février 4796, (19 Pluviôse), ces deux généraux lux
-écrivirent de nouveau, et réitérèrent leur demande trés-énergiquement.
“ Le gouverneur et le commissaire ordonnateur se virent dans lobliga-
“ tion de rendre le 18 Février 4796, (29 Pluviôse) une ordonnance qui
. portait : RER UE ' 10
1° Convocation des assembiées primaires dans les paroisses ou can
tons des dépariemens de l'Ouest et du Sud, pour le premier Germi "# Bixchinat , homme de couleur, Sala blanc, Fontaige , xoir. # # D | tistoire D'tarti.—( 1496 ÿ pal an 4 (21 mars 1196); 2 Désignation de la ville de Léogaté pol
le siège de l'Assemblée électorale de Ouest , el de la ville des Cayes
pour celui de l’Assemblée électorale du Sud : ‘3. Fixation du nombré
es “députés à élire, à raison de trois. pour chaque département.
, homme de couleur, Sala blanc, Fontaige , xoir. # # D | tistoire D'tarti.—( 1496 ÿ pal an 4 (21 mars 1196); 2 Désignation de la ville de Léogaté pol
le siège de l'Assemblée électorale de Ouest , el de la ville des Cayes
pour celui de l’Assemblée électorale du Sud : ‘3. Fixation du nombré
es “députés à élire, à raison de trois. pour chaque département. Dès que Toussaint Louverture reçut celle ordonnance @il écrivit à"
Laveaux, qu'atiendu qu'il y avait dans le quartier de, ‘Artibonite
une population plus forte que dans l'éténdue du commändement du
général Bauvais, le siège de l'Assemblée électorale de l'Ouest ne
être fixé aux Gonaives. Laveaux, en présence de ceite observatiôn dé
son protégé, se détermina* à suspendre la convocation des Assemblées 4
primaires dans la province de l'Ouest; 0 Villale,, Pinchinat, Sala et Fontaine, se mnontrérent indigués de
eette éclatante partialité du gouverneur en faveur de Toussaint Louver- £
ture. Ils se déterminérent à organiser une insurrection conire Laveaux, À
à le déporter, et à hvrer, dans le Nord, la haute aulorité aux anciens …
libres, eotnme ceux-ci l'exerçaient déjà presque sans contrôle dans
l'Ouest et dans le, Sud par Bauvais et Rigaud. De toutes parts les
anciens affranchis de la province du Nord vinrent s'entendre avec eux
et recevox leurs instructions. J1 y avait au Cap trois régimens à
troupes franches. Le premier de ees corps corses par un blanc
nommé Rodrigue , était particulièrement dévoué à Villate, Les officlers qui en formaient l'état-major se livrèrent à ie sortes d'exi
gences à l'égard de Laveaux. Hs lui demandérent la solde arriérée, «
lui reprochant de donner aux troupes blanches du Port de-Paix, qui
n'avaient pas mieux combattu qu'eux contré les Anglais et les Espagnols, une paie beaucoup plus élevée que la leur. Les officiers des
deux autres régimens firent la même demande, Le colonel Rodri=
pue se présenta au palais national, para au gouvérneur avec arrogance
au nom des ofliciers, et soublia jusqu'à lui dire que son seul regret
était d'être blanc, et que la colonie ne serait en paix que lorsqu elle
serait gouvernée par un mulâtre. Laveaux se vit obligé de le faire …
emprisonner. Mais quatre jours après 1l ie mit en liberté, cédant aux M
clameurs des femmes noires et de couleur du Cap. En même temps
Pinchinat, Sala et Fontaine lui déclarèrent qu'ils ne partiraient plus
sur la corvette Ia Vénus, qu'ils avaient besoin de recevoir de nouvelles instructions de Bauvais et de Rigaud: il y avait déjà deux mois
qu'ils étaient au Cap. Villate de son côté lui annonça qu'il retirait
au eitoyen Hennequin le mandat qu’il lui avait donné de le représen-=«
ter auprès de la Convention. Pinchinat, Sala et Fontaine , dont la
présence devenait inutile au Cap , partirent pour Léogane le 21 Février, et y arrivèrent le 23 du même mois.
, qu'ils avaient besoin de recevoir de nouvelles instructions de Bauvais et de Rigaud: il y avait déjà deux mois
qu'ils étaient au Cap. Villate de son côté lui annonça qu'il retirait
au eitoyen Hennequin le mandat qu’il lui avait donné de le représen-=«
ter auprès de la Convention. Pinchinat, Sala et Fontaine , dont la
présence devenait inutile au Cap , partirent pour Léogane le 21 Février, et y arrivèrent le 23 du même mois. Le 28 Février (9 Ventôse) le gouverneur suspendit la convocalion |
des Assemblées primaires, dans la province de l'Ouest jusqu’à nouyel«
erdre. Cet acte fit naître contre lui au tou toute la fureur des
anciens libres. Comme il voyait que la révolte était sur le point »- tistoine p'warti—( 1796 ) 856 ivlater ; il sortit du Cap, pour s’efforcer de s’aboucher avec TousLouverture ou avec les autres chefs noirs qui lui étaient dévoués,
ate réunit aussitôt ses troupes, prit possession du haut du Cap,
“ordonna au commandant Edouard auquel il confia ce poste de faire
u sur toutes les forces qui se présenteraient. Laveaux revint en ville
ns obstacle , accompagné seulement du colonel Pierre Michel. H-y
eut dans le Nord une quinzaine de jours de calme.
…. Dans la nuit du 49 Murs, beaucoup d'homines de couleur et de
Moirs entrérent au Cap: dans la journée, Viilate avait résolu l’arrespe de Laveaux. Le lendemain (30 Ventôse), le gouverneur. passa
Jes troupes en revue sur la place d'armes. Après la parade pendant
que Laveaux se reposait au palais national, une trentaine d hommes
pénétrérent dans sa chambre, l'arrètèrent, le imaltraitèrent de coups,
*t le conduisirent en prison. En même temps l'ordonnateur Perroud,
ngénieur Gailey, et l'adjudant-général Fressinet étaient aussi brutaieSent arrêtés. La foule parcourait les rues, criant qu'on tenait Îa
correspondance de Laveaux avec les Anglais, et qu'il avait à bord de
ja corvetiela Hiéna, une soinme de cinq millions. Viilate qui prétenWdit plus tard que le moutemeat avait éclaté à son insu, se tenait.
Mchez lui, etne donnait aucun ordre pour arracher Laveaux de la bruMialité des soldats.-1i ne se présenta aux troupes que lorsque la Municipa:
Élité eût arrêté qu'il remplacerait le gouverneur. Qu'avait-il a faire alors ?
TI fallait décapiter Laveaux, ou le déporter sur-le champ pendant que
Uses partisans étaient terriliés, el que Toussaint Louverture était à plus
Me trente lieues du Cap. Mais Villate ordinairement si audacieux et
si énergique, fut effrayé d'avoir porté la main sur le représentant de
Ma france. On ne le vit pas se mettre à la tête du peuple, et diuiger.
“en personne les opérations ; il laissa agir pour Lui, donnant des or-
“dres vagues, voulant peulêire qu'on exéeutât ce quil B avait pas
“l'énergie de commander. Alors le peuple eût commis ie crime ; lui même,
“il l'eût déploré publiquement, el eût annoncé à la France que Laveaux
“avait péri victime d'un mouvement populaire que rien n'avait annoncé.
IL était presque le maitre de la ville. Mais les habitants du Cap
“n'avaient pu gagner à ieur parti Léveillé colonel du 5° régiment. Celuimi Lenta envain de traverser kes barrières pour se répandre avec les
siens dans les campagnes. Cependant il envoya une lettre, par un enfant,
Mu colonel Pierre Michel qui ocupait le fort Bélair. Michel réunit
es chefs noirs de l'Acul, du Port français, du Limbé, de la Marmejade, de Plaisance, et awgrtit Toussaint Louverture de ce qui se passait.
Dans la nuit suivante, kes commandants Pierrot, Barthélemy, : Ro-
“ main, Ignace, vinrent le renforcer. En même temps Léveillée et son
fière Lechat parcouraient les rues, bravant la fureur du peuple, criant
que Laveaux était le protecteur des noirs, que sil périssail, les mulâtres
livreraient les nègres aux Anglais qui les replongeraient dans l'esclavage.
Villate repris ua moment sou duergie ordinaire, fit battre la généra
ants Pierrot, Barthélemy, : Ro-
“ main, Ignace, vinrent le renforcer. En même temps Léveillée et son
fière Lechat parcouraient les rues, bravant la fureur du peuple, criant
que Laveaux était le protecteur des noirs, que sil périssail, les mulâtres
livreraient les nègres aux Anglais qui les replongeraient dans l'esclavage.
Villate repris ua moment sou duergie ordinaire, fit battre la généra ee — = ‘du haut äu Cap, où.Villaté l'avait envoyé au prés de Pierre Michelk
3 ? ‘5e livraient à aucun excès : dès lors son influence sur elles était til . 26 Histoire »'Hairr.—( 1706 ÿ à : LA re le, arrêter le colonel Lévoillé, et traîner sur la place de la i Foéseilé
deux pièces de canon. La garde nationale marcha sur l'Arsertil qu'o ù
cupait le 3° régiment de troupes franches. Ce corps ne consentit à
en livrer l'entrée que lorsqu'on eût mis son colonel en liberté.
_Yeillé sorti de prison fut <e: isigné chez Villate qui se trouva maît
de toute la ville. - Toussaint était aux Gonaïves quand à reçut la lettre de Pierre Michel
El entra dans une violente fureur: Laveaux était son protécteur,
Villate son ennemi personnel. Il fit batire la générale dans tout
quartier de l'Artibonite, et fit acheminer 6,000 hommes sur le Ca
Ces troupes réunies à celles déjà campées autour du fort Bélair s'élese
ront à 10,060 hommes. Pierre Michel envoya à la municipalité, pa
le capitaine Christophe, une leitre dans laquelle il demandait lanmis
en hberté de Laveaux. En même temps, le capitaine Ameécy qui venait À annonça à le municipalité déjà efrayée, qu'une armée était prête à
fondre sur la ville, si le gouverueur n'était mis hors de prison. Villate or
donna aussitôt de conduire tous les bourgeois bläncs à la grande caserne;
distribua des munitions à ses net H ft répondre : re la municipalité, à la lettre de Pierre Michel, ainsi qu'il suit: «Nous espé:
« rons que la journée de demain ne "se passera pas, sans que nous
« vous donnions de nouvelles satisfactions. » - 4 À minuit arrive une lcitre de Toussaint Louverture qui produit une
forte sensalion dans la ville. Il damaudait aussi èn termes énergiquess
la mise eu liberté du gouverneur. Le 24 Mars, dans la journée, la mu
hicipalité, sous l'influence de cette lettre menaçante- élargit Laveaux;
Perroud, et les auires prisonnie?s. Le gouverneur n'étant pas en sûreté dans une ville qui lui était si
hostile, alla établir son quar Ré général an haut du Cap, aprés avoir
confié le commandement de la place au colonel Lévetllé. tj Villate, de son côté, menacé par des forces vingt fois supérieures
aux siennes, sortit de la ville à ta tête de 600 bomieds traversa le
bac, passa par la Petite-Anse, et se retira au fort de la” Martellière |
Laveaux le fit poursuivre pour le fäire arrêter; mais personne n'osa
exécuter. ses ordres. Les postes Admèt®, Limonade, du grand et du
petit Caracol, les camps Sauvage, Lcirou et Lamartelliére-se remuez
rent en faveur de Villate. Pierre Michel et Léveillé demandérents |
Marcler contre lui; mais Laveaux redoutant les suites graves d'u
bataille, se conténta d'embarquer à bord de la Hiéna plusieurs de s
partisans. 4
; mais personne n'osa
exécuter. ses ordres. Les postes Admèt®, Limonade, du grand et du
petit Caracol, les camps Sauvage, Lcirou et Lamartelliére-se remuez
rent en faveur de Villate. Pierre Michel et Léveillé demandérents |
Marcler contre lui; mais Laveaux redoutant les suites graves d'u
bataille, se conténta d'embarquer à bord de la Hiéna plusieurs de s
partisans. 4 Le 23 Mars, Toussaint Louverture entra au Cap à la tête de deux
bataillons et d’une nombreuse cavalerie. La ville était déjà inondée
dé troupes noires presque nués. (Ces masses que Toussaint dominait Eaveaux redoutant ‘une iusurrection dans le quartier de Caracol s. HISTOIRE P’HAITI.—( 1796 ) 23% Dre le siège de son gouvernement à la Petite Anse, ‘pour pro:
“éger le Cap. Toussaint vint 4y trouver avec deux bataillons et 800
hommes de cavalerie. El fut résolu qu'une députation serait envoyée
É: Villate, pour linviter à venir au Cap. Les députés partirent sui-
“is d'une centaine de femmes. Villate les accueillit avee brutalité, et
“leur dit qu'il voulait que Laveaux fût égorgé par les noirs mêmes qu'il
Caressait. Cependant 1! consentit à accepter une entrevue avec Teous-
“saint Louverture, mais à condition qu'elle eût lieu dans la savanne de
Caracol. Celui-ci craignant des embüches refusa de se rendre au rendez-vous. Les femmes noires qui avaient accompagné la députation
avaient été gagnées par les soldats de Villate. Quand celles rentrèrent
na Petite Anse, elles parcoururent le bourg , en criañt que Laveaux
et Perroud avaient fait venir deux navires chargés de chaînes pour
“remettre les noirs dans les fers. Aussitôt les soldats qui étaient acCourus au secours du gouverneur, se ruërent contre sa demeure,
demandant sa tôte avec fureur. La maison qu'oceupait La-
“veaux fut assaillie ; il allait être sacrifié, quand Toussaint se présenta
à la foule, l'entraina vers le magasin général, lui en ouvrit les porles ,et,la init à même de s'assurer qu'il n’y avait pas de chaînes.
“Laveaux fut sauvé par Toussaint de la fureur des noirs ‘quon avait
Légarés. Ilse rendit au Gap le 4% Avril (42 Germinal). Le même
jour il installa Toussaint dans les fonctions de lieutenant au gouvernement de St. Domingue, au bruit solennel du canon de tous les
forts. Toussaint l'embrassa avec effusion, l’appela cent fois son père.
__Laveaux , touché de reconnaissance, le proclama en présence du peuple et de l'armée, réunis sur la place d'armes, Ie sauveur des
4h le vengeur des autorités constituées. Il s'écria en le montrant du doigt: « Voilà ce Spartaeus, ce noir prédit par Raynal,
%« dont la destinée était de venger los outrages faits à toute sa race. »
Toussaint s’'éeriait de son côté : aprés le bon Dieu, c'est Eaveauæ. Le gouverneur éleva au grade de général de brigade, chacun des colonels Léveillé, Pierre Michel et Pierrot qui s'étaient montrés dévoués à sa cause.
L'événement du 30 Ventôse, un des plus importass de notre histoire,
veut pour résultat d'établir définitivement la prépondérance noire dans
le Nord et dans l’Artibonite. Dès lors les hommes de céuleur n'exercé-
- rent qu'une autorité subalierne dans ces deux provinces. D'un autre côté,
l'autorité des agens de la métropole devint presque nulle. Laveaux ne
ut plus rien refuser aux exigenees de Toussaint Louverture qui de
Ron entiérement. : Chaque officier supérieur noir devint un cacique
qui nese soumettait qu'aux volontés de Toussaint. Quant aux efliciers
“blancs, ils n’exercérent plus aucune influence sur les troupes : le général Pageot se vit obligé de supporter la licence la plus effrénée au
Port-de Paix, et même de grandes dilapidations. On enlevait des armes des arsénaux , des habillements des magasins du gouvernement,
sans en rendre compte aux autorités constituées. |
. : Chaque officier supérieur noir devint un cacique
qui nese soumettait qu'aux volontés de Toussaint. Quant aux efliciers
“blancs, ils n’exercérent plus aucune influence sur les troupes : le général Pageot se vit obligé de supporter la licence la plus effrénée au
Port-de Paix, et même de grandes dilapidations. On enlevait des armes des arsénaux , des habillements des magasins du gouvernement,
sans en rendre compte aux autorités constituées. | r 5238 | HISTOIRE D'HAITI. —( 1796 } UN.
ENT FE Hs # : JE
D'un autre côté, les eultivateurs voyant un des leurs entrer d
Je gouvernement eurent plus de confgice en la France, et trav
lèrent avec ardeur. La culture reéommença à RES ro
la perspective d'un peu d'ordre. |
Mais Laveaux noublia jamais l'humiliation que lui avait fait subi
les hommes de couleur du Cap. « Dès lors il résolut la perte des
« mulâtrés: c'était le projet de déporter tous les hommes de couleur,
« leurs femmes, leurs enfans, depuis l'âge de dix ans jusqu'à cin=
« quanie ans, projet écrit en ent de ‘a main de Laveaux. » *. h.
Le général Villate, de son côté, retiré au fort de la Martellière, main:
tenait l'ordre autogr ‘de lui, faisait respecter les voyageurs, les citeyens
et les propriétés. I'entretenait avec dignité des relations de bonne amitié
avec je mafquis de Casa Calvo, gouverneur du Fort Dauphin.
Toussaint partit du Cap et se rendit au Gros-Morne: I y réunit
tous les cultivateurs de la commune, ainsi que les conducteurs def
habitations, et leur donna lecture lui même des proclamations du gou
verneur Laveaux. Il leur fit ensuite un sermon sur Jésus-Christ et
da Sainte-Croix. H s’efforça d 'humilier les gens de couleur afin qu'ils
tinssent des propos pour qu'il pût les faire fusiller. Mais ils, eurent
assez de sang froid pour se contenir. Cependant il en: fit éniprs os
quelques uns qui s'étatent réjouis de l'arrestation de Laveaux et de Per
roud; et jt chassa de sa présence les femmes qui vinrent lui demande :
laur.grâce. 11 rentra aux Gonaïves le 43 Avril. 1 reçut, en cette
vi ile , plusieurs dénonciations contre les gens de couleur du Gr
qui ne cher “chaient, fui cerivait on , qu'à le perdre. H écrivit à La
veauv : « Bien leur vaudra de m ajuster , car sils me manquetit
:& les raterai pas ; et s'ils réussissent, ma cendre sera doublements
eu: Fyée par ceux qui naturellement doivent me succéder. » Il dé
noncça à Laveaux des concitiabules qui se tenaient au Cap, chez Chan:
latte, et l’'exhorta à bei avec ses complices auprès ‘de lui, au
Gonaives, * Bonnet. Éo j 1724. LA : Sommaire. La Convention nationale se sépare-—Constitution de l'an 3 Le direc- ; toire exécutif installé —Ea faetion coloniale lève la tête aux Conseils des 509.—
Le directeire lui résiste — Liufay, député de St-Domingue fait adopter en principe
la proposition du directoire d'envoyer de nouveaux agens à St-Domingue.— Décret qui
autorise le directoire à envoyer des agens dans les eolonies. — Sonthonax, Julien
LA : Sommaire. La Convention nationale se sépare-—Constitution de l'an 3 Le direc- ; toire exécutif installé —Ea faetion coloniale lève la tête aux Conseils des 509.—
Le directeire lui résiste — Liufay, député de St-Domingue fait adopter en principe
la proposition du directoire d'envoyer de nouveaux agens à St-Domingue.— Décret qui
autorise le directoire à envoyer des agens dans les eolonies. — Sonthonax, Julien Raymond, Leblanc et Giraud nommés commissaires pour St-Domingue — Attaque infructueuse des Anglais contre Léogane — Rigaud et Bauvais font nommtr des “députés au corps législatif — Arrivé de Roume à Sto-Domingo.—Il réconcilie: :6s chefs républieains.—Don Fernando-Portillo y Torrès archevêque de Sto Len 3. »— Le général Forbes établit des fortifications dans les montagnes qui avoisinent le Port-Républicain-—Arrivée au Cap des commissaires eivils Sonthonax, Julien
Raymond, Leblanc et Giraud.— Sonthonax accusé de vouloir rendre St-Domingue
indépendant de la France.—Villate déporté —T'oussaint général ?9 divisien.—Son- : ; - a: US £ - d re .
Pthonax distribue 20,000 fusils aux nouveaux Hbres— [nsürrection. des anciennes bandes de Jean François à la Grande Rivière. — Sonthonax établit des écoles au
Cap.—Départ des fils de Toussaint pour Franee—Pièce jouée au Cap sur la liberté générale.—Sonthonax exhorte les nouveaux libres au travail.—Laveaux prend
possession du Fort-Dauphin ou Bayaha qui reçoit le nom de Fort-Liberté. —Rochambeau déporté —Service funèbre à la mémoire de Polvérel.—Succès contre les
révoltés de la Grande-Rivière.—Lettre de Sonthonax à Toussaint. — Projet de Sonthonux de mettre le peuple de St-Domingue à l’abri des réactions de la métropole
contre la liberté générale —Mission dans le Sud, de Leborgne de Boigne, Rey et
Kerverseau, délégués de la commission eivile— Conduite des délégués aux Cayes.
—Rigaud attaque sans succès le fort des [rois —Désfourneaux battu au camp Raymond—Doyon bat les Anglais près du camp Desrivaux —Lettre de Sonthonax aux délégués dans le Sud.—Affaire du 28 Août 1796 — Massacre des blancs dans les gampagnes des Cayes—Les délégués quittent les Cayes —Mission de Chanlatte et de
Martial Besse dans le Sud—Sonthonax accuse Rigaud auprès du directoire exécutif de vouloir se rendre indépendant de la Franee.—Mésintelligence entre Toussaint
et Sonthonax—Flections au Cap des députés au corps législatif. —Sonthôtiax, Mer # 240 é à prsromme p'rairi.—( 1796 rv … l'Onest _pour France. 2 Mission de on Pinchinat, Road &e. sont Etes pri
sonniers par les Anglxis— [Le directoire approuve la conduite de Sonthonax à St
Domingue. a confirmé ob de sions mil est récompensé de sa con . ne la conduite de Rigaud, et ue qu elle pe e correspondra. plus avec 40 Bi
gaud rend compte de son administration à lagent Roume résidant à Sto-Dominzo
me p'rairi.—( 1796 rv … l'Onest _pour France. 2 Mission de on Pinchinat, Road &e. sont Etes pri
sonniers par les Anglxis— [Le directoire approuve la conduite de Sonthonax à St
Domingue. a confirmé ob de sions mil est récompensé de sa con . ne la conduite de Rigaud, et ue qu elle pe e correspondra. plus avec 40 Bi
gaud rend compte de son administration à lagent Roume résidant à Sto-Dominzo La Convention nationale avait terminé ses glorieux travaux : elle avait"
siégé trois ans et trente cinq jours. Avant de se séparer elle avait
rédigé la Constitution de Fan trois (28 Septembre 1795 ) que le peus
ple français accepta. Ceite conslitution avait créé le Directoire exé
cutif composé de cinq membres, le Conseil des Anciens .et celui 2
Cinq Cents. Ces deux conseils exerçaient le pouvoir législatif. Les
Directoire exéeutif fut installé le 4 Novembre 1795. (13 Brumaire Fe
8), et les cinq premiers directeurs furent La Réveillère-Lepeauxs
Letourneur, Rewbell, Barras et Carnot , ee dernier ci-devant membr
du comité de salut publie. Les déput és deS!. -Domingue Dufay, Mars.
Belley, Garnot passèrent au Conseil des 500. Depuis la chute de:
Robespierre, le parti royaliste levait la tête; tout en prenant si
formes révolutionnaires , il attaquait avee hardiesse la plupart de ces
hommes désintéressés qui, par des mesures énergiques , avaient sauvé
la nationalité feançaise et les principes de 89. "Au conseil des Cinq
Cents se trouvaient aussi de nombreux colons royalistes; Vaublanc 1
plus ardent de tous attaquait sans ménagement les actes de Lex-commis
salre civil Sonthonax, et le représentait comme un monstre qui s'était”
plu à faire égorger les blancs par les noirs. Vaublanc était particulièm
rement soutenu par Tarbé et Bourdon de I Qise, qui avaient fat depuis:
longtemps de vains efforts pour se faire envoyer à. S'-Domingue, comme comissaires civils. Le Directoire exécutif résista énergiquement à toutes les attaques qu ils dirigérent contre ses agens à S°-Domingues Les cinq directeurs qui avaient été de zélés révolutionnaires , “02 :
prenaient combien les mesures: que condamnait le parti royaliste , a.
vaient été salutaires à da liberté tant en France qu'à S'.- Done
iis proposérent. au conseil des 509 une loi par laquelle” ils devaient.
être aulorisés à envoyer de nouveaux commissaires dans les colonies." Dufay appuya cette prapostian et a fit adopter en principe. Enfin
le 25 Janvier 1796 (5 pluviôse an À) 6 Directoire fut autorisé par an
loi à envoyer dés agens See les colonies. Sonthonax, Julien Ray mond,
Leblanc et Giraud, malgré les intrigues opiniâtres du parti royaliste,
furent nommés commissaires civils pour $'Domingue. Le général Ro=
chambeau reçut le commandement en chef de la partie ci-devant espæs
gnole (12 Février 4796). Nous devons nous rappeler que Julien Rays
mond, victime des persécutions de Page et de Brull ey, avait été em
prisonné sous la terreur; le 5 Avril 4793 il avait été mis en liberté,
RreTHamament en vertu d'un décret; mais, d'après jun rapport,
urent nommés commissaires civils pour $'Domingue. Le général Ro=
chambeau reçut le commandement en chef de la partie ci-devant espæs
gnole (12 Février 4796). Nous devons nous rappeler que Julien Rays
mond, victime des persécutions de Page et de Brull ey, avait été em
prisonné sous la terreur; le 5 Avril 4793 il avait été mis en liberté,
RreTHamament en vertu d'un décret; mais, d'après jun rapport, TE à ” L : .. “A HISTOIRE D'HAITI.—( 1796 j | EZT “Aù nom de Ja commission des colonies , et des comités de salut pu=
blic, de législation, de la marine réunis, par Garran Coulon, député
du Loiret , le 13 Mai 1795, la Convention nationale avait décrété qu’il My avait pas lieu à inculpation contre lui, et que la liberté qui lui
avait été rendue provisoffement demeurcrait définitive. | … Pendant ce temps, la guerre continuait avec fureur à S'Domingue endre les républicains et les anglais. Ceux-ci qui aväient reçu d'Europe “de nouvelles forces se résolurent à attaquer encore Léogane dont les intrépides corsaires nuisaient prodigieusement à la navigation de leurs
bâtimens marchands. Les républicains avaient capturé plusieurs navires
de l’Arcahaie. Quelques royalistes qui avaient été faits prisonniers
séchappérent, vinrent au Port-Républicain et annoncèrent au général
Jorbes que les anglais avaient à Léogane de nombreux partisans qui : e la ville, si la place était attaquée, Ce rapport détermina Forbes à Fr mentraient disposés à opérer une diversion en leur faveur au sein “hâter le départ de son expédition. Du 47 au 18 Mars 1796, une diision de troupes anglaises s’embarqua au Port-Républicain et fit voile “pour Léogane. Le 18 elle débarqua à la Petite-Rivière, et se forma en deux colonnes de 2500 hommes chacune. Léogañe était eommandée
par Renaud Desruisseaux , et renfermait une garnison de 800 hommes
de la légion de l'Ouest. Le fort Ça-Ira qui en protège la rade était com-
-mandé par le lieutenant colonel Pétion de la légion de l'Ouest. La flotte anglaise, sous les ordres de l'amiral Parker, eanonna vigoureusement le fort
Ça-lra, pendant que Forbes et Montalembert se dirigeaientsur là ville. Elle “était composée de neuf bâtimens, la frégate la Cérès de 32 canons, capitaine Newman, le sloop le Lark de 16 canons, capitaine Opily, la frégate l'Iphigé- “nie, de 32 canons, capitaine Gardner, les sloops le Corniorant et la Syrène; lé Serin, de 16 canons, capitaine Guérin, les vaisseaux le “Swifisure de 74, le Leviathan de 74, l'Africa de 74, commandés par
ait composée de neuf bâtimens, la frégate la Cérès de 32 canons, capitaine Newman, le sloop le Lark de 16 canons, capitaine Opily, la frégate l'Iphigé- “nie, de 32 canons, capitaine Gardner, les sloops le Corniorant et la Syrène; lé Serin, de 16 canons, capitaine Guérin, les vaisseaux le “Swifisure de 74, le Leviathan de 74, l'Africa de 74, commandés par les capitaines R. Parker, Duckworthi, et Rod. Home. * Le Leviathan, l'Africa , le Swifsure, inalgré une canorinade soutenué de 4 heures contre le Ça-fra, ne purent éteindre le feu de cette
redoute qui n'était armée que de 4 pièces de canon. Le commandant Pétion, dont l'artillerie était bien serie, répondit si heureuses
nent au feu de l'amiral Parker, qu'avaüt la fin de la joürnée l'eséadre, profitant d'un vent de terre, rompit sa ligne d'embossage et
älla mouiller au large. Le Leviathan compta cinq hommes tués et douze
blessés ; l'Africa, un homme tué et sept blessés. Ges deux vaisstaux
“avaient eu leurs mâts, leurs vergués si maliraités qu'ils firent voile
pour le Port-Royal de la Jamaique: FD SMS | | Pendant ce temips le général Forbes avait cerné Léogane. IL com- “mandait en personne l'aile gauche de son armée, quis était établie à “Dampus ; la légion d’York qui formait l'aile droite occupait les bois
“de Delval, et était exposée au feu du poste Miton. Les Anglais étaient . * Bulletins anglais,
6, _ PTE : LOU | edit bhantiiet 1796 Le les maîtres de toute la plaine. Le quatrième jour, après heu aupil
quemènt ils dressérent contre la ville une batterie de 4 pièces de 24,
et d’un obusier. Après une canonnade de moins d'une heure, le, major Greem donna assaut au fort Laroche et fut repoussé avec pertes
par le commandant Dupuche. Le troisiè®® baiaillon de fa légion de.
l'Ouest fit une vigoureuse sortie, eulbuta les Anglais et leur enleva.
deux pièces de canon; la cavalerie d’un autre côté chargea la légions
d'York qui fut poursuivie Jusqu'à l'embarcadère de l'habitation Boss
san. Au commencement de la nuit, 2,000 hommes de troupes eus
ropéennes sortant du Port Républicain , vinrent déboucher dans la saw
vanne de Dampus. Les Anglais renfor cés se disposaient à donner un
assaut général à la place le lendemain, au point du jour, lorsqu'ils
arrétérent un courrier venant du Sud dont les dépèches AU
que Rigaud était arrivé au Petit-Goûve, à la tête de forces imposauss
tes. Dans la nuit du 21 au 22 Mars y le général ne à leva le.
siège ei se retira au Port- -Républicain. n À
ain , vinrent déboucher dans la saw
vanne de Dampus. Les Anglais renfor cés se disposaient à donner un
assaut général à la place le lendemain, au point du jour, lorsqu'ils
arrétérent un courrier venant du Sud dont les dépèches AU
que Rigaud était arrivé au Petit-Goûve, à la tête de forces imposauss
tes. Dans la nuit du 21 au 22 Mars y le général ne à leva le.
siège ei se retira au Port- -Républicain. n À Quoique le commandaut Pétion eût eu la plus grande He à la belle“
défense de Léogane, l'on ne fit aucune mention de lui dans la relation \
officielle de €e siège. Pétion s'était créé de nombreux ennemis ét
condamnant la conduite que Villate avait tenue dans le Notd contre ï
Vin gouverneur Laveaux. v n Le jour qui suivit Ke départ des Anglais, le général Rigaud arriva |
à Léogane. Bauvais parlii de Jacmei èt vint l'y rencontrer. Is réso
Jurent de convoquer des Assemblées s primaires pour la nomination des"
députés au corps législatif, quoiqu'ils n'eussent pas encore reçu ofli=
<ciellement la Constitution de l'an HI. L'Assemblée électorale de l'Ouest
se réunit à Léogane, et nomma deputés Reydelmas et Fontaine ; cat
du Sud réunie äux Cayes le 9 Avril nomma Sala, blanc, Pinchinat ;
Julien Raymond, Décand, blane, George Pierre noir, et Daniel Gélee, |
mulâtre. Ces députés ne larderont pas à s’embarquer la plupart pour +
la Métropole dont l'attention se ponait sérieusement sur $! Domirigue. \
Le directoire exécutif venait de nommer commissaire pour lan
eienne colonie espagnole , ‘le citoyen Roume qui s'embarqua à Cadix, #
et arriva à S° Doiningo le $ Avril 1796. I était chargé d'y repré- à
senter la France, jusqu à ce que celle ei put en prendre possession , en Yu
envoyant des forces. D'une humeur douce, sans préjugés de caste,sm
il apprit avee douleur l'animostié qui régnait parmi les chefs républiss * Je ne suis pas surpris que la fermeté et la franchise de votre caractère,
votre entier dévouement aux organes légitimes des lois de la Républiquess
vous aient. fait des ennemis. Je sais que depuis longtemps vous êtes sour#
dément persécuté par les factieux; je m'ignore poiut que vous avez eu la
“plus grade part aux succès contre les anglais au siège de Léogane en ger .«minal dernier [ Mars ], et que par la plus injuste partialité , la relation de
ce siège u'@fait aueune mention de vous. (‘Lettre de Sonthonax à Pétion
"chef du bataillon d'artillerie ; à Léogane , 10 Nivôse an 5 .(20 Décembre 4796.)
+ +.
cuté par les factieux; je m'ignore poiut que vous avez eu la
“plus grade part aux succès contre les anglais au siège de Léogane en ger .«minal dernier [ Mars ], et que par la plus injuste partialité , la relation de
ce siège u'@fait aueune mention de vous. (‘Lettre de Sonthonax à Pétion
"chef du bataillon d'artillerie ; à Léogane , 10 Nivôse an 5 .(20 Décembre 4796.)
+ +. Do +. 5e nisrôtRe pravri—( 1796 ) _ $48 “cins , depuis l'affaire du 30 Véntôse. _ Il écrivit, en conséquence ; le
…11Ma4796, aux genéraux Laveaux , Villate, Rigaud, Bauvais et Tous=°
Saint Louverture, d'oublier le passé ét de fraierniser en bons républis
cains. : Ces généraux envoyèrent à S Domingo des députés qui, en.
“leur nom , jJurèrent entre les mains de Roume d'observer la plus par-
“faite intelligence entre eux, et de diriger ensemble et de: bonne foi
tous leurs efforts contre des Anglais; ils s’embrassérent. par l'entres
mise de leurs représentans, = | |
… Les nobles et lès prêtres espagnols voyaient avec douleur à Santo:
“Domingo, le commissaire Roume dont le langage et les arrêtés ne pous
vaient que nuire à leurs anciens privilèges. Don Fernando Portillo-ys
- Torrès ; archevèque de Sto-Domingo, ordonna à tous les prêtres d’évaeuer Pile, -etvd'enlever tout le mobilier des églises et des communautés:
- CéMne fut pas sans peine que Roume parviit à neutraliser de tels
“ordres, et à érhpêcher les plus grands désordres. Il fut obligé de
- flatier le clergé et de lui faire des concessions. > | y
"Les républicains enhardis par les nombreux succès qu'ils avaient
“obtenus, se répandaient déjà dans les montagnes qui avoisinent le PortRépublietin, et inquiétaient séricusement cette place. Le général
Forbes sentit la nécessité de protéger la ville du côté des montagnes;
il fit fortifier le morne Grenier à deux lieues du Port Républicain,
la. Coupe et toutes les hauteurs environnantes; il établit des camps
à St.-Laurent, à Boutillier , et employa plusieurs semaines à armer de
“canons toutes ces fortifications. | spidhé
Pendant ee temps des armemens assez importans se faisaient à Brest
et à-Rochefort; et, dans les premiers jours d Avr“ 1796 une escadre
française portant 4200 hommes de troupes tant de volontaires natiohaux.que d'artillerie, 20,000 fusils, 400,000 livres de poudre, douze
piéces de campagne , partit des ports de France en deux divisions: lune commandée par le chef de division Henri Alexandre Théwenard, apparcilla de l'ile d'Aix le 6 Avril; elle était composée
des vaisseaux le Fougueux et le Waiigny, de 74; de la frégate la
Vengeance, de 40; et de la corvette le Berceau de 20; elle portait les 4
“Commissaires civils Sonthonax, Giraud, Raymond, Leblane, le gé:
nérai Rochambeau, des adjudans:généraux Kerverseau, Duport du Tertre, les généraux de brigade Mirdonday, Desfourneaux , Martial Besse,
“Bédos , Lesuire, le commissaire des guerres le Borgne et le général
IChanlatte qui sortait des prisons d'Angleterre; et Hautre division naNale, commandée par le capitaine Guillaume Thomas, partit de Brest.
lle était composée de la frégate la Méduse de 40, de la frégate l'Insur-
“sente de 36, de la corveite la Doucereuse de 20, et 8 bâtimens de transport.
“La concorde paraissait renaître parmi les chefs républicains. de ia
“colonie: elle se fut peut être maintenue quelqne temps , si l'arrigée de
“Sonthonax, moins conciliant que ERoume, de prinçipes plus sévères ,
Mn'avait de nouveau agité toutes les passions,
Méduse de 40, de la frégate l'Insur-
“sente de 36, de la corveite la Doucereuse de 20, et 8 bâtimens de transport.
“La concorde paraissait renaître parmi les chefs républicains. de ia
“colonie: elle se fut peut être maintenue quelqne temps , si l'arrigée de
“Sonthonax, moins conciliant que ERoume, de prinçipes plus sévères ,
Mn'avait de nouveau agité toutes les passions, gif . ÉISTGIRE D'HAITT (1756 )
L'escadre traversa la mer sans PR et arriva à $S4, Domingie
le 12 Mai. Les commissaires civils, d' après l’article 156 dela constilution, devaient exercer les mêmes fonctions que le Directoire ; tout
en lui demeurant subordonnés. « Ils étaient chargés spécialement
« d'anéantir les préjugés de couleur , et de réaliser dans la dispensa-
« tion équitable des grades et des emplois , le grand principe de Lé-,
« quité politique, et de purger la colonie des anglais et des émigrés. » v#
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À Dés que le vaisseau le Watigny mouilla dans la rade du Cap, le
gouverneur Laveaux s’y rendit et eut une longue conférence avec Sons
thonax. Dès lors la déportation du général Villate fut résolue. On se rappelle que Sonthonax était parti de la colonie en 1794,
plein d’indignation contre les anciens libres qui en grand nombre avaient
embrassé la cause des Anglais. Il était revenu avec une idée fise cm
celle d’anéantir :complètement la prépondérance politique des ne
de couleur, et de confier toute l'autorité aux émavucipés de 1794, les
jugeant seuls capables d'un sincère dévouement à la France répus |
blicaine. | Il ne songea jamais à l'indépendance de Si. Domingue , comme ilen
a élé accusé par les colons, par Rigaud, par Toussaint lui-même dont %
il contrariera l'ambition. 11 voulait que la colonie eût une constitution
spéciale, et que. dans cetie constitution la liberté des noirs fut consacrée
tellement que ceux-ci n’eussent pas à redouter les réactions de la métropole
contre la liberté générale. Car il voyait le parti colonial déjà si puissant,
en France, sous le Directoire, qu'il redoutait ce qui arriva, sous le
Consulat, lorsqu’ en mai 1802 le corps législatif rétablit l'esclavage. Il débarqua au Cap avec ses collègues, au milieu d'une grande S0- À
Jennité. Les noirs se transportèrent en file au-devant de Jui, agi-M
tant des palmes et aux cris de vive la République !vive la liberté gé«
nérale ! vive Sonthonax ! Les nouveaux libres, en général , l'adoraient,
le soir et le matin, dans leurs familles, ils apprenaient à leurs en
fants à prier Dieu pour Sonthonax. | Giraud et Leblanc, aussitôt après leur arrivée, commencèrent à s'é
loigner de Sonthonax dont les passions violentes les effrayaient. Mais
Raymond, homme de couleur et commissaire civil, en suivit- le systèe
me politique. ï
ive la liberté gé«
nérale ! vive Sonthonax ! Les nouveaux libres, en général , l'adoraient,
le soir et le matin, dans leurs familles, ils apprenaient à leurs en
fants à prier Dieu pour Sonthonax. | Giraud et Leblanc, aussitôt après leur arrivée, commencèrent à s'é
loigner de Sonthonax dont les passions violentes les effrayaient. Mais
Raymond, homme de couleur et commissaire civil, en suivit- le systèe
me politique. ï Sur les plaintes de Laveaux, la commission civile a0pdis au Cap le…
général Villate, pour qu'il rendit compte de sa conduite. Le peuple
renorait les dispositions hostiles de Sonthonax à l'égard de ce général 1
Villate partit du fort de la Martellière, et vint au Cap avec quelques
ofliciers. Dès qu'il se présenta aux portes de cette ville, quil «avai
sauvée plusieurs fois par son grand courage, tous les anciens Libres
noi el jaunes et presque tous les bourgeois blancs, se précipitèrents
au-devant de lui, le pressérent, le couvrirent de lauriers , l’accompas.
gnérent au Palais National , aveg de at acclamalions ; ek aux ais éatéix \ HISTOIRE D'HATTI Fa ) 245 de Vive la Rép ublique , vivent les commissaires civils , vive Villate, le sauveur du Cap! Ce fut pour Jui un vrai triomphe. Cet enthousiasme, ces cris d'allégresse, attirèrent Eaveaux sur læ _ place du gouvernement. Dans son indignation , il lança des dragons
sur la fou le qui fut dispersée. Après avoir élé entendu. pendant deux héures par la commission civile, Villate fut renvoyé à la Martcilicre,
malgré les efforts de Sonthonax pour le faire arrêter. Celui-ei déjà en mésintellisence: avec ses. collègues Leblana et Giraud,
resserra ses liaisons avec Raymond, s’attacha l’adjudant-général Mentor,
noir de la Martinique, d'un esprit cultivé, et les généraux de brigade
Pierre Michel, et Léveillé. ; Quant à Roume , aussi membre de la Commission , il devait se tenir à S°-Domingo eomme nous l'avons dit, jusqu'à la prise de possession
| # la colonie espagnole par les troupes françaises. À
". Sonthonax dominant au Cap, sans obstacle, se: laissa aller à toute
avec Raymond, s’attacha l’adjudant-général Mentor,
noir de la Martinique, d'un esprit cultivé, et les généraux de brigade
Pierre Michel, et Léveillé. ; Quant à Roume , aussi membre de la Commission , il devait se tenir à S°-Domingo eomme nous l'avons dit, jusqu'à la prise de possession
| # la colonie espagnole par les troupes françaises. À
". Sonthonax dominant au Cap, sans obstacle, se: laissa aller à toute Panimosité qu'it entretenait contre les anciens libres et même contre
les créoles blancs. Excité par Laveaux et Perroud, il ne craignit pas
de casser la décision de la commission civile en faveur de Villate ; ‘et
d'arrêter le 45 Mat (26 Floréal an 4) qu'il serait envoyé en arrestation à bord d’un des vaisseaux de la rade. Villate continua à demeu-
- rer à la Martelliére. Alors Sonthonax le mit hors la loi, ape de
lui courir sus et de l'emmener mort ou vif. |
_ Ces mesures que les passions politiques dictaient , (car la première
dégision de la commission civile devait être respectée), jetérent le dé-
-sespoir dans la classe des anciens libres qui furent sur le point de
courir aux armes. Sonthonax se vit contraint de révoquer sa proclamation. El réunit Îles. généraux Chanlatie, Laveaux , Toussaint, Pierre
Michel, Léverllé, et après les avoir entendus, arrèta conjointemen tavee
Raymond , le 18 Mai, que Villate serait arrêté @t conduit à bord du
Watgny. Villate vint au Cap et se rendit à bord de la frégate la Méduse ; vingt huit de ses principaux partisans furent arrêtés et envoyés
sur la corvette la Hiéna. Ils partirent pour France, et furent emprisonnés à eur arrivée à Rochefort. Tous ces événemens import ANS CU»
rent lieu dans la semaine qui suivit le retour de Sonthonax à Saint.
Domingue.
Pour récompenser Toussaint de la conduite qu'il avait tenue envers
Laveaux, dans l'affaire du 89 Ventôse, et pour le mettre au-dessus
de tous les officiers anciens ibres, la commission eivile le proclama
"général de division. |
Sonthonax fit distribuer aux nouveaux libres 20006fusils neufs. H disait
à chacun d'eux en lui remettant une arme: « voici ta liberté que
te donne Sonthonax ; celui qui t'enlèvera ee fusil voudra te rendie eslave. » Il disait aux cultivateurs: « travaillez; mais n'oubliez pas
que personne n'a le droit de vous forcer à disposer de votre temps
<ontre votre gré, » EH écrivit à lous Ics commandans d'arrondisse246 WISTOIRE D'HAITI.—( 1796 ).
mens et de communes de ne pas maltraiter les laboureuré,. de ne pas
les enrôler , et de les laisser cultiver leurs champs. Par”un arrêté,"
il ordonna d’arracher une chaîne et un carean fixés dans une des mai: À
“sons du Cap, afin quil n exislät ss dans la colonie aucun signe dem
l'ancien esclavage. it 160 ‘Il commit là faute de distribuer aussi des méritent à tous les culti- «
vateurs de la Grande Rivière et de Vallière qui avaient formées
bandes de Jean François, et étaient des ennemis acharnés de là Ré
publique. Ces hommes ,. à linstigation des Anglais, se soulevérent
dans les montagnes, et recommencérent une lutte sanglante contre
autorité nationale. Ils firent aux républicains une guërre de parti
sans portant le drapeau blanc, et prirent le nom de Vendéens de St.
Domingue. À
i- «
vateurs de la Grande Rivière et de Vallière qui avaient formées
bandes de Jean François, et étaient des ennemis acharnés de là Ré
publique. Ces hommes ,. à linstigation des Anglais, se soulevérent
dans les montagnes, et recommencérent une lutte sanglante contre
autorité nationale. Ils firent aux républicains une guërre de parti
sans portant le drapeau blanc, et prirent le nom de Vendéens de St.
Domingue. À Toussaint équipa avec les armes qui étaient arrivées de France dix
demi-brigades qui fournirent un effectif de plus de 16,000 hommes 1
La 9° et la 10° furent organisées au Port-de- Paix et dans les mon- \
tagnes qui avoisinent le Mirebalais. | 14 Rigaud , de son côté, ayant appris la conduite de Sohthona à à .
Pégard des hommes de couleur du Nord, se tint sur $es gardes, et.
administra le département du Sud presque dans l'indépendance de l'au- +
toriié du gouverneur Laveaux. { Sonthonax établit au Cap des écoles que les jeunes gens noïrstet jau-"
nes de toutes conditions fréquentèrent. Il les exhortait à s’instruire
afin de se montrer dignes de la liberté dont ils jouissaient. On leur
enseignait outre les élémens ordinaires, l'histoire grecque et la ro
maine; ils employaient plusieurs heures , chaque jour, à chanterles »
hymnes patriotiques. Il en envoya un grand nombre en France, qui M
entrérent dans les écoles du gouvernement. Pour contraindre les noirs ?
et les hommes de ‘couleur ci-devant esclaves à apprendre à lire et à
écrire, il annonça qu'il ne délivrerait aueun brevet d’officier aux ci
toyens qui ne pourraient signer une pièce queleonque. Alors dans chaque
maison du Cap, on vit pour ainsi dire, une petite école, où des hommes
même de 50 ans s'efforçaient d'apprendre à lire et à éerire. Le citoyen Raymond se chargea particulièrement de tout ce qui é*
tait relalif à l'instruction publique. On publia au Cap un journal
officiel intitulé l'Impartial, dans lequel la commission fitimprimerses
arrêtés et ses proclamations; et un comité d'instruction publique. fut
établi, : Les cultivateurs qui comprenaient combien l'instruction était
nécessaire à la conservation de la liberté, demandèrent à Sonthonax
de jeunes enfans européens sachant lire et écrire; pour les instruire
a particulièrement de tout ce qui é*
tait relalif à l'instruction publique. On publia au Cap un journal
officiel intitulé l'Impartial, dans lequel la commission fitimprimerses
arrêtés et ses proclamations; et un comité d'instruction publique. fut
établi, : Les cultivateurs qui comprenaient combien l'instruction était
nécessaire à la conservation de la liberté, demandèrent à Sonthonax
de jeunes enfans européens sachant lire et écrire; pour les instruire DRE Dale NE à à faites Hé
RL ec EI T7 Toussaint envoya au Gap. son fils Isaac et son beau fils Placide , et .
annonça à Sonthonax qu'il voulait les faire partir pour France le plus |
tôt possible, pour qu'ils fussent placés dans les écoles nationalesM
Le 12 juin, Sonthonax lui écrivit que ses fils ne partiraient pas sur
la corveite la Hiéna , voulant qu'ils se rendissent en France sur ua” # “tr SE … HISTOIRE D'HAITI.—( 1796 ). oo
$
bâtiment de fürce, afin que les enfans d’un des plus fermes soutiens
de la libertés à St.-Domingue , ne fussent pas exposés à retomber dans
l'esclavage: ile lui annonça qu'ils partiraient sur le vaisseau le WatiSony de, 74,.assez rédeutable pour forcer les lignes anglaises. En effet
“quelques semaines après ce navire appareilla, et emporta ces. deux
“jeunes gens qui furent placés en France au collège de Liancourt.
… Sonthonax-fit jouer au Cap, dans une maison particulière, une piè-
“cerintituiée la Liberté Générale ,, dans laquelle sl fit figurer Page, ;
Brulley ; Earchevèque Thibaud qui avaient pris à Paris le titre de com-
(émissaires de St. Domingue. (Ces personnages étaient représentés aux
énouveaux libres comme les ennemis les plus implacables de leur liberté.
“La plupart des blancs du Cap s'indignérent de cette représentation,
“et prétendirent que Sonthonax voulait rendre: odieux’ aux noirs tous
“les anciens propriétaires de St. Domingue, qu'il soufllait le poison dela
“vengeance contre les malheureux. blancs, et appelait le poignard sur
leurs têtes. Ils écrivirent en France quil excitait les noirs à la li-
“cence, en faisait des vagabonds et des assassins. Cependant Sonthomax écrivait sans cesse aux commandans de sections, d'exhorter les
cuitivateurs: au-travail, afin que les enfans de la liberté vinssent à
“sentir qu'on ne peut la conserver qu'en gagnant de quoi la défene
dre.* Il réprimanda plusieurs fois le colonel Moyse qui dans le quar-
“tier où 11 commandait détournait les laboureurs de leurs travaux en
“les enrdlant ; il refusa même de lui faire délivrer à l'arsenal du Cap,
300 fusils qu'il avait demandés pour armer de jéunes cultivateurs
“eutrés dans la 5° demi-brigade coloniale. | -
Pendant cet intervalle, 11 était arrivé au Môle St-Nicolas un renfort
considérable de troupes ; il s'élevait à 4,000 hommes, sous les ordres
“du brigadier-général Howe. Les Anglais profitant de l'arrivée de ces
nouvelles troupes en dirigèrent une partie contre Bombarde. Cette
“paroisse, parfaitement plantée de vivres de toutes espèces , devait être
“dune haute importagce pour la garnison et la flotte du Môle. Bom.
barde est à cinq lieues du Môle, et le seul chemin par où on peut y
“aller avec de lPartillerie était rempli de barricades faites de, grands
“arbres renversés et d'énormes pierres. Quand les Anglais se mirent-
“en marche, le vent soulevait d'épaisses poussières dans le. grand cleminin. ls arrivèrent au nombre de 2,000 devant le fort qui protégeait
Je bourg , à midi, à travers une atmosphère brûlante, sans avoirren; nm
“contré une gouite d'eau. Bombarde était OCCUPÉ par 300 allemands
“où sang-mélés d’allemands et d'africains qui en étaient les habitans.
“Aprés une heure de combat la garnison capitula. (44 Juin 1796 ) Les
“anglais compièrent 8 hommes tués tant officiers que soldats et 18
“blessés. Mais, peu de jours aprés, assaillis de toutes parts par Île
b
2 | (
4 * Lettre de Sonthonax à Noël, ‘commandant de la garde nationale du Don_ don — ses lettres à plusieurs autres officiers noirs,
’allemands et d'africains qui en étaient les habitans.
“Aprés une heure de combat la garnison capitula. (44 Juin 1796 ) Les
“anglais compièrent 8 hommes tués tant officiers que soldats et 18
“blessés. Mais, peu de jours aprés, assaillis de toutes parts par Île
b
2 | (
4 * Lettre de Sonthonax à Noël, ‘commandant de la garde nationale du Don_ don — ses lettres à plusieurs autres officiers noirs, * RE AG CA 948 . HISTOIRE D'HAITI.—( 1796 ) général Pageot qui commandait au Port-de-Paix , ils farent
d'évacuer le bourg, après avoir perdu 400 hommes. ;
En même temps, “le gouverneur Laveaux se rendait avec quelques trou à
pes au Fort- -Dauphin ou Bayahaà, et en prenait possession au nom de la Ré
publique, le 44 Juin (26 prairtal an 4). La commission civilearrêta que Fort”
Dauphin serait appelé Fort-Liberté. Cetie nouvelle dénomination plut
aux noirs de cette ville qui donnèrent de magnifiques fêtes au _gouverneur Laveaux. Cêlui-ci arma aussitôt le fort Labouque , ainsi que“
la batterie de l'Anse. Le jour qui si l'entrée des républicains (154
Juin) les troupes espagnoles évacuérent la place; elles s'embarquérent
pour S° Domingo, sur quatre vaisseaux de l'escadre du marquis d'EEN
Socorro- ‘4
Peu de jours après la commission civile se détermina à envoyer la
général Rochambeau prendre possession de S.° Domingo , à la tête de
quelques forces. Celui-ci avait été nommé, comme nous l'avons vu 4
commandant en chef de la partie espagnole, par le directoire exécutif, à
le 42 Février 4796. Sonthonax écrivit au général Bauvais ,à Jacmel, ;
de tenir, aux ordres de Rochambeau, 200 hommes d'infinieis de lé F
légion de l'Ouest; et à Rigaud, dans le Sud, de faire partir pour len
Cap, 800 grenadiers de là lésion du Sud, destinés à aller tenir gare
nison à S.° Domingo. Ces deux généraux se montraient peu disposés \
à exécuter les ordrés du commissaire civil qui, pensaient ils, VOUlait les affaiblir pour mieux les écraser ; ils lui avaient même fait des.
observations au sujet de ces envois de troupes, quand une sérieuse
mésintelligence éclaita entre Rochambeau et la commission civile. Ro
ehambeau ne voulait pas, en se rendant dans la partie espagnole , frois-«
ser des populations déjà hostilét , en y implantant les lois et les usa |
ges de la République. Sonthonax voulait que les aristocrates de cette
colonie fussent traités eomme ceux de tous les autres points de lam
République ; ; que l'autorité y fut livrée aux esclaves dont la liberté se
rait proclamée. Ce fut en vain que Rochambeaugui fit observer que 3
la Politique exigeait une manière d'agir moins violente. Il finit par
refuser d'accepter le plan de conduite que lui avait tracé [a commus- À
sion civile. Il excita contre lui:même le général Toussaint en letrai-.
tant d'ambiteux, d’ennemi des blancs ; il se plaignit des dilapidations
des chefs noirs et de couleur qui, disait. il, disposaient des hommes et des
choses dans tous les arrondissements où ils étaient de véritables caciques ;
et il accusa Sonthonax de favoriser les nouveaux libres au détriment des
blanes. Le 21 Juillet, la commission civile arrêta que Donatien Rochams«
beau, général dixisionnaire , serait à l'instant arrêté et conduit à bord
de la Corvette le Berceau, -pour y être détenu, à la disposition de las
commission jusqu'à ce qu'il en fut autrement ordonné, sous la respons
sabilité personnelle du capitaine de cette corvette. Rochambeau s'em
“barqua, et partit pour France ie 26° Juillet. Quand il arriva à Bor=«
deaux, il fut emprisonné au Ghateau du Hà. Il fut mis en liberté"
beau, général dixisionnaire , serait à l'instant arrêté et conduit à bord
de la Corvette le Berceau, -pour y être détenu, à la disposition de las
commission jusqu'à ce qu'il en fut autrement ordonné, sous la respons
sabilité personnelle du capitaine de cette corvette. Rochambeau s'em
“barqua, et partit pour France ie 26° Juillet. Quand il arriva à Bor=«
deaux, il fut emprisonné au Ghateau du Hà. Il fut mis en liberté" dus es Me bide HISTOIRE D'HAITI 1796 } 249
“après n'y ètre resté que douze jours. Sonthonax écrivit au commissaire civil Rôume à S°-Domingo quil allait envoyer Laveaux prendre
possession de ectie ville. |
La commission civile fit célébrer au Cap, une grande solennité fumébre à la mémoire de Polvérel. Le gouverneur Eaveaux fi battre la
générale; tous les citoyens prirent des armes, et le service fut chanté,
au milieu des détonnations de l'artillerie et des acclamations du peuple
qui laissa éclater un enthousiasme presque aussi grand que le jour
de la proclamalion de la liberté générale. Déjà le général Bauvais avait
fait célébrer un pareil service à Jacmel. Pendant ce temps le délégué de la commission civile au Port de-Paix,
Albert, s’efforçgait à porter les cullivateur$ au travail, poursuivait avec
acharnement les agitateurs. Toussaint de son côté, enlevait Banica aux Anglais; et la corvette la Méduse, en croisière, Fentrait au Cap avec
“cinq prises anglaises, 450 prisonniers, 2,400 fusils, ‘et de nombreux
habillémens de troupes. Les frégates. la Raiileuse, la Renommée,
J'Insurgente , l'Harmonie, la Méduse, croisaient alternativement. Moline, homme de couleur, armateur et corsaire, Inquiôtait considérablement le commerce anglais le long des côtes de la colonie. Les révoltés de la Grande Rivière qu'armaient et que soudoyaient les
Anglais, pénétrèrent à S' Rose, assassinèrent Gagnet, le commandant
du bourg , et se livrérent aux plus grands oxcès. En même temps les
Anglais prirent sur les républicains Banica et Lescahobes, et massaererent la plupart de leurs prisonniers. Moyse assailli au Dondon, par les
insurgés de la Grande Rivière, s’y maintint avec péine étant privé de
munitions. Les généraux Pierre Michel et Léveillé, après avoir combiné leurs opérations marchérent contre les révoltés, les culbutèrent,
les repoussérent au loin, et leur enlevèrent le camp Charles Scc.
les
Anglais prirent sur les républicains Banica et Lescahobes, et massaererent la plupart de leurs prisonniers. Moyse assailli au Dondon, par les
insurgés de la Grande Rivière, s’y maintint avec péine étant privé de
munitions. Les généraux Pierre Michel et Léveillé, après avoir combiné leurs opérations marchérent contre les révoltés, les culbutèrent,
les repoussérent au loin, et leur enlevèrent le camp Charles Scc. Cependant Toussaint était un peu découragé ; ses soldats abattus par
les privations de tous genres, allaient au feu sans enthousiasme ctétaient
depuis quelque temps souvent batius. I se plaignit à Sonthonax de
la détresse de son armée. Le commissaire civil lui répondit: « L'é-
« at de détresse que vos troupes éprouvent en ce moment est. une suite malheureuse, mais inévitable des guerres que la liberté soutient
contre le despotisme. S'il était nécessaire de vous citer des exemples à l’appui de cette vérité, j'en trouverais à cliaque page de lhistoire de tous les peuples qui ont combattu pour leur indépendance.
À Suratoga, 2,000 Américains, sans habits, sans bas, sans souliers,
ont, sous les ordres du général Gates , fait prisonniers 9,000 Anglais commandés par Burgoyne. A la retraite de Charlestown , les
Anglais suivaient les Américains et Washington à la trace du Sang
de leurs pieds. Les Français dans la lutte terrible qu'ils ont eu à
soutenir contre l'Europe entière ont supporté tout le poids de ia
guerre et toute la rigueur-des saisons, presque nus, sans argent
et souvent sans vivres; l'armée du Nord a fait au milieu de l'hiver æ À A A & À 2 8 À À A = 250 . HISTOIRE D'HaÏTI.—( 1796 } k * «le plus cruel la conquête de Ja Hollande, bivotiaquant. toile les.
« nuits sur les neiges et sur les glaces. Notre révolution, cénemll »i
« est remplie de ces traits sublimes de dévouement; ce nest pas pour
« Vous que je les rappelle, accoutumé depuis longtemps à à tout souf.…
frir pour la cause de la liberté; quelques sacrifices que la Palriat
vous demande encore , ne a pas capables. dé. vous. arrêter au
milieu de vos glorieux. travau 4
« Mais rappelez- -les, ces ete, héroïques , AUX républicains que Fous à
« commandez ; qu ils servent à soutenir leur courage, et à leur faire.
« attendre avec une nouvelle constance l'instant où ils poursall jouirtw « d'un sort plus heureux. « Nous aimons à le croire; il n’est pas éloigné ce | moment or aE 4
« et combien alors ils SCHONE fiers de Îcurs sacrifices , tandis que. les. « Jâches, vendus aujourd'hui aux ennemis de la liberté, ne- recueille“ « vont dautre prix de leur confiance que l'esclavage et la hainede 2
« leurs. fiéres. Le titre dé congos lout nus que leur donnent Îles sas
« lolites de l'Angleterre , loin de les avilir,. les honore; les soldats
« des despotes aussi trailaient de carmagnoles , de sans culottes ceux de 4
« Ja République, qui ont immortalisé, le nom français. ÿ ete
emis de la liberté, ne- recueille“ « vont dautre prix de leur confiance que l'esclavage et la hainede 2
« leurs. fiéres. Le titre dé congos lout nus que leur donnent Îles sas
« lolites de l'Angleterre , loin de les avilir,. les honore; les soldats
« des despotes aussi trailaient de carmagnoles , de sans culottes ceux de 4
« Ja République, qui ont immortalisé, le nom français. ÿ ete Toussaint grandissait chaque jours son UE s'était prodigieusez.
ment développée; il désirait secrètement remplacer Laveaux gouverneurs et conmandant en chef des troupes. de la. colonie. Sonthonax qui
evoyail pouvoir en faire: l'instrument de sa politique, entretenait som « ‘4 ambilion en la flattant; il lui laissait entrevoir la possibilité de parvenir à la première dignité coloniale; mais, il rencontrera en lui un obs=s tacle d'autant plus dif ficile à surmonter -que les colons l'auront dressé en haïne-des p rincipes révolulionnai: res. Sonthonax qui sacrifiait tout à la liberté des noirs, lanes et Dep [4
mes de couleur, commençait déjà à parler à Raymond , son collägue. {
d'une Constitution coloniale par laquelie S°- Domingue se régirait selon . ses mœurs, ses localités, son climat. La France n’eût exercé qu'une: _suzeraineté sur la colonie, et eût été obligée de respecter les dignités”
. qui eussent été conférées par l'Assemblée coloniale. Les nouveaux li-«
bres inhabiles dans l'administration des affaires publiques, auraientew, besoin d'être guidés dans le nouvel ordre de choses , qui pouvait s'établr; une. tutelle leur serait devenue néce essaire ; on ne peui 5 empés
cher de reconnaître que Sonthonax eül voulu exercer celte tuteiles
Mais Toussaint qui comprenait fort bien ce qu 1 y avait d'avantageux pour sa castle dans l'exécution de ce projet, se sentit capable de lac M
complir. Son ambition contrariée par -eelle de $Sonthonax fera naître
la fplus grande animosité entre lui et le commissaire civil, quicédant
à la force numérique se verra contraint de quitier la colenie. Déja le
empés
cher de reconnaître que Sonthonax eül voulu exercer celte tuteiles
Mais Toussaint qui comprenait fort bien ce qu 1 y avait d'avantageux pour sa castle dans l'exécution de ce projet, se sentit capable de lac M
complir. Son ambition contrariée par -eelle de $Sonthonax fera naître
la fplus grande animosité entre lui et le commissaire civil, quicédant
à la force numérique se verra contraint de quitier la colenie. Déja le *
+ * Lettre de Sonthonax à Toussaint, RO D A À HISTOIRE D'HAITI'—( 1796 } 251 ER ARMES parti cotonial qui découvrait que la puissance anglaise s'affaiblissait
chaque jour. à St-Domingue, avait jeté les yeux sur Toussaini Louver-
“ture et l'entourait de séductions. Les colons ne pouvaient se-rallier
autour de Sonthonax qui les poursuivait à oulrance parce qu iis COmM1battaicnt las République ; ils ne pouvaicnt non-plus se rallier sulour
“de Rigaudvet. de Bauxais qui leur appliquaient avec la dernière rigueur
“les lois contre les émigrés et les prètres non assermentés. Toussaint
qui relevait les auteis dans les quartiers: où :il commandait, -qui avait
“servi dans les troupes royales espagnoles était pour eux d'un accès plus
“facile Ils l'aideront à mettre en pratique cé que voulait Sonthonax,
etils seront à l'abri, sous sa puissante égide, des vengeances révolu-
. tionnaires. JET: sé |
Bauvais.et Rigaud étaient pleins de fot enla République française; ils ne
“croyaient pas qu'une réaction contre la liberté générale fut possible. Aussi
iraittient-ils déjà de projet criminel, de projet d'indépendance, le plan
“de Sonthonax qui avait transpiré,. par lequel St.-Domingue, tout en
“demeurant partie intégrante de lempire français, devait avoir une
“ Consiitution spéciale. Quoique très-dévoués à la liberté des noirs, comme
“oute leur conduite Fa prouvé, ils avaient la prétention d'en être Îes
“tuteurs. Ils durent donc se trouver d'abord en hostilité avec_Sonthonax qui considérait les nouveaux libres comme ses enfans, él ensuite
- avec Toussaint qui vouiait diriger les siens en exerçant sur eux une
rautorité immédiate. | | TS |
* Sorthonax savait que Bauvais professait un si grand respect pour
les agents de la métropole, qu'il ne doutait pas qu'il ne se sounit à
“son autorité, tant que le Directoire ne le rappelerait pas: Aussi se e hâta-t-il de tenter d'écraser Rigaud dont les passions violentes, le caractère indomptable ne lui permettaient pas d'attendre: une obéissance passive. Déjà Rigaud, depuis l'embarquement de Villate, se plaignait
hautement du projet de Laveaux et de Sonthonax de faire passer toute.
l'autorité entre les mains des nouveaux libres, et de placer en seconde
- ligne les anciens libres. Il disait souvent que lorsqu'il versait son
- sang pour ia République, pour la liberté. générale , Toussaint servant
“ins les armées du roi d'Espagne, combattait pour Île rétablissement
de la servitude. Il n'accusait pas la France de perfidie à l'égard des
hommes de couleur, ‘mais bien ses agens, qu'il considérait comme
toute.
l'autorité entre les mains des nouveaux libres, et de placer en seconde
- ligne les anciens libres. Il disait souvent que lorsqu'il versait son
- sang pour ia République, pour la liberté. générale , Toussaint servant
“ins les armées du roi d'Espagne, combattait pour Île rétablissement
de la servitude. Il n'accusait pas la France de perfidie à l'égard des
hommes de couleur, ‘mais bien ses agens, qu'il considérait comme Ques, travaillaient à satisfaire leurs intérêts particuliers, à s’eurichir au plus vite en égarant les masses encore plongées dans l'ignorance. … Cependant Sonthonax ne meltait en pratique que la politique française;
… car le Directoire, d'aprés les rapports de Laveaux et de la commission civile, ne doutait pas que les meïileurs français de la colonie ne fus-
“sent les nouveaux libres qui devaient tout à la révolution. Le Directoire exécutif croyait aussi que les noirs seraient plus faciles à “diriger que los hommes de couleur dont les prétentions à Ja dominaÀ | sn... el - des ambitieux qui méprisant, eroyait-il, les instructions-qu'ils avaient re-: #7 RD. - “HISTOIRE D'irAITI.—{ 1796 ) uon politique centrariaient les mesures de la métropole. Ce ne sera
qu'après la mission du pénéral Hédouville que le gouvernement franais acquerra Îa certitude que les. anciens fibres quoique travaillant ans cesse à exercer la prépondérance politique , ‘étaient les: cHtoyel
#3 plus dévoués à la métropole. Aussi Hédouville s'efforcera-t-1l
relever le parit français en excitant Rigaud à Ss’armer contre Toussaint
Louverture, De là naïtra la guerre civile ; et par la chute de Rigaud,
le principal obstacle à la proclamation de l'indépendance d'Haïti seraë
renversé. Quant à Sonthonax, son négrophilisme s'était tellement dés
veloppé, qu'il eût peut-être, : dès lors, quoique français, excité 1684
noirs à proclamer Findépendance pleine et entière de st Domingue ,M
sil avait eu la certitude ‘que la France düt un jour rétablir lescl#
vage dans:ses colonies. Jusq d'alors il n'avait que des appréhension É
pour la liberté des masses; dé là son projet d'une constitution colo-M
niale, dans laquelle la liberté des noirs eût été consacrée, demass
ps à la mettre à l'abri.des réactions de la métropole, de maniére
aussi à légitimer la nésistree en cas que la servitude fat rétablie ,"
uéoique la résistance à. l'oppression soit toujours lég'time. | 44 il, résolut d'enlever fige le Sud l'autorité aux hommes de couleur,
pour la Hivrer, comme dans Je Nord et dans F'Artibonite, aux nouveaux
libres. Il avait déjà écrit à Rigaud que l'assemblée électorale tenue
aux Cayes était 1llôgale. La commission civile qui dés le 29 Mai17964
avait résolu d'envoyer des agens dans le Sud, délégua pour cette proxincs |
trois citoyens, Île général Kerverseau , homme d'une grante équité, .
mais faible, Rey et Leborgne de Boigne connus par leur immoralité -
et leurs AHApa anse Ces délégués recurent pour instructions « (34 3
« Mai) Ge surveiller, de conduire et ‘de diriger toutes les branches «
« du gouvernement dans l'es space ‘de terrain qui sétend depuis le cap
& a BAIE 1 à Sale-Trou et au Port-Républicain. Ils étaient revêtusm
trois citoyens, Île général Kerverseau , homme d'une grante équité, .
mais faible, Rey et Leborgne de Boigne connus par leur immoralité -
et leurs AHApa anse Ces délégués recurent pour instructions « (34 3
« Mai) Ge surveiller, de conduire et ‘de diriger toutes les branches «
« du gouvernement dans l'es space ‘de terrain qui sétend depuis le cap
& a BAIE 1 à Sale-Trou et au Port-Républicain. Ils étaient revêtusm d'une autorité supérieure à toutes les aulorités civiles et militaires, et mûñe inveslis du droit de décerner des mandats d'arrêt contre"
« CCUX qui conspireraient contre la sûreté et Ja tranquillité publique. »
Leurs pouvoirs ne devaient durer que lrois mois. [ls étaient em ou
ire spécialement chargés d'arrêter Pinchinat, cet apôtre de la liberté“
dont le seulcrime étaii ,au yeux de Sonthonax, d'être Fâme des opérations
des anciens libres. Piachinat voulait que les nouveaux libres eussentm
à leur tête les noirs et les hommes. de couleur les plus éclairés jusqu'à ce qu'ils fussent par lcur éducation et leurs lumières capables
de diriger eux-mêmes la nouvelle société coloniale, La commissioncivile envoya en même temps, dans l'Ouest AHRÈSR comme commiIssak " re ordonnateur. .
Les délégués arrivérent aux Cayes sur Ja corvelts la Doicé
vers la fin de Juin, La population les accucillit avee froideur, car elle se doutait de l’objet de leur mission. : La masse noire qui aimait
les hommes de couleur dans cette province, les vif avec céfiances Long : | HISTOIRE D’narti.( 1796.) 253 mulätres du Sud n'avaient jamais cessé de combattre pour la liberté ;
ceux de la Grand’Anse avaient mieux aimé se faire exterminer que de
se soumeltre à l'ancienne domination coloniale. C'est la seule province
de notre ile, où les ancieus libres en masse aient embrassé la cause
de l'émancipation générale. Rigaud Ctait aussr vénéré parmi les noirs
du Sud que Sonthonax et Toussaint Pétaicnt parmi les noirs du Nord
et de lArtibonite. | i A
Peu de jours après l’arrivée des délégués , le général Desfourneaux
vint aux Cayes avec le titre de général en chef de l'armée da Sud que
commandait Rigaud. Celui-ei était à Tiburon, Alors Pindignation fut
“à son comble. On apprit en même temps que Desfournaux, de Ti-
“buron aux Cayes, n'avait parlé que de l’extermination des hommes de
couleur, qu'il s'était efforcé d'exciter les africains contre les anciens
libres. Les africaius pleins d'amour pour les mulâtres avaient eux-
-mèmes rapporté à ces derniers les paroles du général européen. Rey,
eu Leborgne qui s'appelait le Marat des antilles, es officiers de l'étatmajor de Desfourneaux insultaicnt publiquement les hommes de couleur , leurs femmes , leurs filles. Ils se livraient ouvertement aux diJapidations les plus scandaleuses. Leborgne de Boïgne avait même osé
séduire la fiancée du général Rigaud; il s'en gloritiait par toute la ville.
Dang cet intervalle les délégués reçurent une lettre de Sonthonax
qui les exhortait à agir avec force et courage. * Le bruit se répan-
» dit aussitôt aux Cayes que Sonthonax avait envoyé l'ordre d'arrèter
Pinchinat. Par un arrèté du 45 Juin, la commission avait mandé
au Cap Pinchinat, pour qu'il rendit cempie de sa conduite. ** Cette
fiancée du général Rigaud; il s'en gloritiait par toute la ville.
Dang cet intervalle les délégués reçurent une lettre de Sonthonax
qui les exhortait à agir avec force et courage. * Le bruit se répan-
» dit aussitôt aux Cayes que Sonthonax avait envoyé l'ordre d'arrèter
Pinchinat. Par un arrèté du 45 Juin, la commission avait mandé
au Cap Pinchinat, pour qu'il rendit cempie de sa conduite. ** Cette #* Lettre de Sonthonax aux délégués dans le Sud (9 Thermidor an 4, 27
Juillet 1796.) 4 | RE *# 27 Prairial an 4 [15 Juin 1796. | Ea Commission du gouvernement
français déléguée aux iles sous le vent, considérant qu'il résulte des décla- - rations prises à l'occasion de l'arrestation du gouverneur général Laveaux et dé dk Li toire. Il avait alors 67 aus environ, l'ordonnateur général Perroud , le 30 Ventose dernier [ 20 Mars 1796 |, qu'un des
motifs cachés de cette rébellion était de détacher la colonie da métropole,
et de former une assemblée coloniale ; que le citoyen Pinchinat est l’auteur
de ces troubles, l'instigateur secret de ce projet criminel , qu'il est venu dans
cette partie qui n’est pas sol SÉJOour ordinaire pour ourdir cette trame ; Arrête que le citoyen Pinchinat est mandé au Cap par le retour de la corvette
Ja, bioucereuse, pour:rendre compte de sa conduite à la commission ; charge la
délégation dans le département du Sud de, l'exécution au présent arrêté, Au Cap 27 prairial l'an 4 de la République françause, une et indivisible.
Signé, Sonrhonax, président de Ja commission. Pinchinat depuis le départ de Polvérel et de Sonthonax pour France ,en
1794, vivait aux Cayes en simple particulier. Quand les colonnes républicaiues sortaient contre l’ennemi il s’armait, marchait avec elles comine simple
grenadier, se battait avec intrépidité, et chantait leurs exploits, après a vie
au présent arrêté, Au Cap 27 prairial l'an 4 de la République françause, une et indivisible.
Signé, Sonrhonax, président de Ja commission. Pinchinat depuis le départ de Polvérel et de Sonthonax pour France ,en
1794, vivait aux Cayes en simple particulier. Quand les colonnes républicaiues sortaient contre l’ennemi il s’armait, marchait avec elles comine simple
grenadier, se battait avec intrépidité, et chantait leurs exploits, après a vie ” . :
” oi - HisToiRE D'Harmt.—( 1796) mo -
… nouvelle exaspéra tellement la population noire et jaune qu’une insu
rection faillit éclater. Maïs déjà Pinchinat avait pris la fuite ets
"tait retiré dans les montagnes des Baradères. En même temps, "les”
africains de la plaine entrèrent en ville, pleins d'indignälion contre
la délégation, annonçant qu'un jeune noir nommé Edouard',"instruit
d'une belle figure , parcourait les campagnes, el excitait, mais en vain
les cultivateurs contre les «hommes de couleur. Edouard attaché à dés
tat-maior de Desfourneaux avait été envoyé dans le Sudpar lameom"
mission civile. Les délégués, pour opérer une diversion à l'efferves®
cencé générale, se résolurent à -entreprendre une expédition contrerles"
Anglais de ia Grand’Anse. Il fut décidé que l’armée républicaine“ens
trerait en campagne contre l'ennemi, divisée en trois colonnes: Rigaud
reçut lordre de marcser de: Tiburon contre ‘les Hrois ; Deslourneauxe
devait attaquer en personne le camp de Plymouth, et le lieutenants
colonel Doyon reçut l'ordre d'attaquer le camp Desrivaux: 4564
_ Rigaud en recevant les dépêches dela’ délégation , apprit "part les"
lettres d'un de ses amis, Juste Bigot officier dans la légion du Sud
là conduite que tenaient aux Cayes, Rey et Desfourneaux. ‘On netlu
laissa pas non plus ignorer que Léborgne avait séduit sa-fiancées quoi"
que d'un tempérament très-violent , 1l eut assez d'empire sur! lui pour
étouffer son indignation. El obéit aux ordres de la délégation et se
mit en marche contre les [rois qu'occeupait. le général: -Bowyer! "ja
garnison anglaise était de plus de 2,000 hommes. : L'armée épubli®
caine s'arrêta sur l'habitation Laros où elle campa le long delarmen
Une frégate anglaise la découvrit , la canonna pendant trois heureset”
Jui fit éprouver quelques pertes. Le lendemain Rigaud leva le camp;
et arriva dans la même journée à la portée du canôn du fort destrois
C'était le 7 Août. Cette fortification s'élevait au sommet d’un roche
ison anglaise était de plus de 2,000 hommes. : L'armée épubli®
caine s'arrêta sur l'habitation Laros où elle campa le long delarmen
Une frégate anglaise la découvrit , la canonna pendant trois heureset”
Jui fit éprouver quelques pertes. Le lendemain Rigaud leva le camp;
et arriva dans la même journée à la portée du canôn du fort destrois
C'était le 7 Août. Cette fortification s'élevait au sommet d’un roche tac als L2
presque à pic que baigne la mer. Le sentier qui y conduisait était si étroit que deux hommes pouvaient à peine y marcher-tde front. Ri-\
gaud rangea son armée, forte de 2,000 hommes , en bataille dans la
plaine. Une colonne de 300 grenadiers portant de longues échelles,
reçut ordr@de donner l'assaut. Les Républicains, malgré les bou
lets et la mitraille du fort, eu atteignirent le pied, sans tirer unseuh
coup de fusil, appliquèrent leurs échelles contre le rocher et commen”
cérehl à grimper. Aussitôt un feu plongeant des plus. meurtriers“
l'eau bouillante, le plomb fondu, d'énormes pierres couvrirent mos«
grenadiers. Le gros de la division, larme aux bras dans la plaine, se
tenait immobile sous le feu des Irois, sans pouvoir y répondre: Nos
grenadiers renvérsés de leurs échelles, périrent la plupart. Rigaud
ordonna la retraite. Mais la cavalerie ennemie s'élança dans la plaine,
et chargea avec fureur. Les hussards anglais ‘traversérent l'armée républicaine dans toutes les directions, faisant le plus affreux carnag
de nos soldats qui furent en grand nombre précipités dans la mer,
Blusieurs bataillons perdirent leurs drapeaux. La terre mouvante de a Ù . HISTOIRE D'HAITI.—( 1796 7 : . | 05% %. plaine ralentit l'impétuosité de fa cavalerie, et sauva le reste de nore armee. Rigaud rentra à Tiburon avec les débris de ses troupes.
+ En mème temps le général Desfourneaux était parti des Cayes à la
_Aète d'une colonne. Les délégués accompagnaient l’armée qui arriva
_ en.vue du camp Raymond, le 7 Août(20 thermidor an 4). Un corps
“dAnglas, et des colons royalistes Oteupaient fa position. Les délégués
_oilrirent à ces derniers de se soumettre, leur promettant qu'ils joui-
…raicnt d'une amnislie (5 Juillet 1796) que la commission civile venait
Mdraccorder aux royalistes. Ils répondirent ‘aux républicains par la fu-
…sillade; on en vint aux mains, et Deésfournaux complètement battu,
“se retira au camp Perrin.
corps
“dAnglas, et des colons royalistes Oteupaient fa position. Les délégués
_oilrirent à ces derniers de se soumettre, leur promettant qu'ils joui-
…raicnt d'une amnislie (5 Juillet 1796) que la commission civile venait
Mdraccorder aux royalistes. Ils répondirent ‘aux républicains par la fu-
…sillade; on en vint aux mains, et Deésfournaux complètement battu,
“se retira au camp Perrin. . Doyon aîné , de son côté, à la tête de la colonne du centre, attei4 guit és Anglais ; au camp Thomas, non loin du camp Desrivaux, et
les Lailla en piéces; mais ayant appris la défaite: de Desfourneaux, il
ne pui profiter de son succès, et baltit même en retraite pour n'ètre pas assailli par toutes les forces ennemies. |
—_ Au camp Périn, Desfourneaux et les délégués éclatèrent en invecties contre les hommes de couleur auxquels ils aitribuaient, dans leur
fureur, l'échec qu'ils venaient d'éprouver. Sur ces entrefaites , ils re-
-curent une leitre de Sonthonax qui les exhortait à ne pas renoncer à
…l'éxécution des instructions qu'ils avaient reçues. « Il est malheureux,
…« ieur disait le comimissaire civil, que toutes les démarches que vous
_« avez faites jusqu à ce jour pour vous saisir de Pinchinat alent été
…« infructueuses; les intrigues de cet homme dont l'influence dans la
« partie. du Sud est vraiment colossale, peuvent nuire beaucoup aux
—« suceës de vos opérations; ne négligez done rien pour que les ordres
4 de là lommission à son égard soient exécutés promptement. . ...
—« Ma derniére lettre contenait l'ordre d'arrêter Lefranc. La ,condui-
«te politique que vous avez tenue à l'égard de cet homme, est peut-
…« être préférable à un eoup d'éclat. » * SAR
….. Les délégués renirérent aux Cayes qu'ils trouvèrent en grande agt-
“tation. Le chef de brigade Boyé, officier européen, et le générel Baum\ais qui sy trouvaient, s’efforçaient de calmer !'elfervescence. Les bom-_
“nes de couleur, certains de 1 appui du général Rigaud qui était Lou-
“jours à Tiburon, préparalent un mouvement insurrectionnel. Es avaient
à leur tète Augustin Rigaud, frère du général. Le 27 Août, aprés
avoir fait solennellement publier la constitution par ie général Bauvais ,
Sur l'autel de la Patrie, les délégués ayant reçü de nouveiles instruc-
sy trouvaient, s’efforçaient de calmer !'elfervescence. Les bom-_
“nes de couleur, certains de 1 appui du général Rigaud qui était Lou-
“jours à Tiburon, préparalent un mouvement insurrectionnel. Es avaient
à leur tète Augustin Rigaud, frère du général. Le 27 Août, aprés
avoir fait solennellement publier la constitution par ie général Bauvais ,
Sur l'autel de la Patrie, les délégués ayant reçü de nouveiles instruc- “+ “tions par lesquelles ils devaient agir dite et vigoureusement, firent
“cmprisonner plusieurs ehefs de couleur. Le lendemain Lefranc,
“Cominandant de Saint-Louis , fut arrêté. Mais il s'échappa des
“hains des officiers européens qui le conduisaient à bord de la corL' ? Lettre de Sonthonax, aux délégués dans les Sud 30 Thermidor am 4 [y Aoû 4796. ) à + 254 é HISTOÎRE D'HAITI.—( 1796 Mi
vette L Africairie, A le fort l'Ilet , et y fittirer l’alarme. (14 Frucii: |
doran- 4. 28 Août 1796.) Il était quatre heures de’ l'après-midi:
Toute la population noire et jaune en état &e porter les armes, ré.
pondit à son appel; les hommes de couleur s'emparèrent aussi du.
qe de la Tourterelle.. En même temps Augustin Rigaud faisait son
* Je tocsin sur toutes les habitations de Ïa plaine... Les noirs prie.
sed les armes en faveur des mulätres leurs frères; l’insurrection s'é*
tendit sur toutes les campagnes, et Îles blancs furent égorgés de toutes
parts. Les cultivateurs insurgés saccageant tout, demandaient à grands.
cris le général Rigaud, et disaiént qu ils ne cesseraient le Carnage que «
lorsqu'i ils l'auraient parmi eux. Le général Desfourneaux et le délé.«
gué Rey, craignant d'être sacrifiés , s'embarquèrent à bord de l’Afrigaine ; mais comme ils virent que les canons du rivage allaient tirer”
sur eux, ils se jelérent dans june barque, atteignirent l'ile-à-Vaches, -
d'où ils se rendirent aux Gonaives. Ils arrivèrent au Cap par terre.
Les délégués avaient reçu l'ordre de tenir Rigaud éloigné des Cayesh
pendant tout le temps qu'ils y séjourneraient, Cependant, quand Kerver
seau et Leborgne virent leur existence sérieusement menacée, ils l’ap
pelèrent. C'était le soul moyen de faire cesser l’égorgement des blancs <
qui commençait aussi à avoir lieu dans les rues dés Cayes. Les cul
tivaleurs armés de manchettes, de piques, de lances, de baionnettes,
de fusils, inondaient la villé. ‘Ils demandaient aussi qu'on leur ren-«
voyât l'ordonnateur Gavanon consigné à bord de l'Africaine. Ils lais…
saient éclater la plus vive indignation contre Bauvais qui s'était sou
imis sans pépugnance à l'autorité de Desfourneaux. à
Augustin Pigaud fit arrêter Edouard, ce jeune noir. qui faisait la.
PE ou dans les campagnes , pour Ja délégation , contre les hom=
s de. couleur. Ille fit fusiller à l'Islet. Edouard mourut avec le
# us grand courage. Lilladam, jeune homme de couleur, partisan de
Sonthonax , fut aussi éxécuté: | %
Le général Rigaud, dés qu'il eut reçu les dépêches des (ES 14
partit de Tiburon avec 400 hommés et arriva aux Cayes le 80 Août,
apres quarante huit heures de marches forcées. Au lieu d'aller au-. E
près de la délégation , il se rendit au fort l'islet, dans la nuit même
de son arrivée. Le massacre des blancs continuait dans les campagnes.
Rigaud qui pouvait arrêter la fureur dés noirs; ne put contenir I
sienne propre. Non seulement il était indigné contre Îles délégués
qui avaient tenté delui enlever sa prépondérance politique , mais encore il atait le cœur saignant de l'affront personnel qu'il avait reçu.
Il ne calma la fureur’ des noirs qu après qu'il eut reçu de Kerveïseau
æ#t de Leborgne les pouvoirs nécessaires pour rétablir l’ordre et sau:
ver la chose publique. * Il prit les délégués sous sa proteclion, el
confia à un bataillon la garde de leur demeure. Peu de jours aprés,
delui enlever sa prépondérance politique , mais encore il atait le cœur saignant de l'affront personnel qu'il avait reçu.
Il ne calma la fureur’ des noirs qu après qu'il eut reçu de Kerveïseau
æ#t de Leborgne les pouvoirs nécessaires pour rétablir l’ordre et sau:
ver la chose publique. * Il prit les délégués sous sa proteclion, el
confia à un bataillon la garde de leur demeure. Peu de jours aprés, LE ‘ k "8
# Arrêté du 14 Fractidor an 4 (31 Août 1796. 2 mn, m ’ HISTOIRE D'HAITI.—( J706 ) C7 Rey et _Leborgne de Poigne , reçurent une lettre ae sonthonax qui
Jeur disait que l'arrestation de Lefranc était plus indispensable que jamais.
Rigaud rendit compte à la Commission civile des événemens des
Caÿes, et la pria d'envoyer dans le Sud d’autres délégués. Pinchi.
“natrayant appris ce qui s était passé, quitta sa retraite et revint aux
“Cayes où il fut porté en triomphe par le peuple ( 5 Septembre): Sonthonax ne voulant pas exaspérer Rigaud qui avait démontré jus*
“qu où pouvait aller sa puissance, envoya dans le Sud, comme repré:
sentans de la commission civile, deux hommes de couleur, les géné.
raux de brigade Martial Besse et A. Chanlatte. Mais il le. représenta
“au gouvernement français comme un traître travaillant à se rendre in:
dépendant de la Métropole. Ee général {Bauvais fut chargé de prendre de
sérieux renseignemens sur les événemens des Cayes , et d’en faire un
rapport à la Commission civile, Les généraux de couleur Martial Besse
€: Chanatte se rendirent dans le Sud, porteurs d’un arrêté de rappel
des membres de la délégfign. Kerverseau et Leborgne partirent des
Cayes emportant les malédictions de la population. D'après les rap-
“ports des délégués, la Commission civile écrivit au Directoire: « Que
Pinchinat et Augustin Rigaud insinuérent aux noirs que les blancs nouvellement arrivés d Europe n'étaient revenus que pour les remettre
aux fers, et qu'il était temps de les exterminer , afin de n'avoir plus
en à craindre d'eux; que les blancs n'avaient jamais voulu sincèrement
Ja liberté des noirs ni des hommes de couleur; que les hommes de
couleur et les noirs étaient les véritables Habitans, les vrais propriétares des colonies; que tout leur appartenait, et que les blancs de-
“aient être exterminés ou chassés. » ss: "#
n'étaient revenus que pour les remettre
aux fers, et qu'il était temps de les exterminer , afin de n'avoir plus
en à craindre d'eux; que les blancs n'avaient jamais voulu sincèrement
Ja liberté des noirs ni des hommes de couleur; que les hommes de
couleur et les noirs étaient les véritables Habitans, les vrais propriétares des colonies; que tout leur appartenait, et que les blancs de-
“aient être exterminés ou chassés. » ss: "# Kerrerseau et Leborgne arrivèrent au Cap le 6 Novembre. Sontho-
“nax avant d'agir contre Rigaud par des actes officiels, attendait que
Je Directoire exécutif, auquel ïl l'avait peint comme un indépendant,
lui envoyât des instructions à son égard. Cependant Rigaud continua
à rendre compte de ses opérations à la Commission civile, quoiqu'elle
eut cessé de répondre à ses dépêches. Il s'étudia par sa conduite,
“à prouver à la Métropole combien le sentiment de lindépendance était
peu dans son cœur. Ii se livra avec une nouvelle ardeur à l'admiMistration. Les habitans du département du Sud’, abandonnés de la
“Commission civile, se placèrent volontairement sous sa protection. D'un
“Caractère tranchant, il fit partout sentir dans l'administration sa main
énergique. Il confia presque toutes les charges aux nouveaux libres,
“et les eultivateurs qui laimaient, soumis. à une discipline sévère, traNaillérent avec ardeur, et fournirent assez de denrées pour qu'on pâts
subvenir à toutes les dépenses du département par les droits d'exporlion: La caisse publique qui avait été vidée par_ les dilapidatiôns
dés délégnés, commença à se remplir. Pendant le peu de temps qu'ils
étaient demeurés aux Cayes, ils avaient retiré du trésor quatre-cent
D gourdes environ. A # ‘légué de la Commission civile au Port-de-Paix, le citoyen Albert, par _insurgé, étouffa la révolte, et ramena les cultivateurs à l’ordre et 258 | aisrorne D'Harti.—( 1796 } - Le quartier du Port de Paix qui avait joui de quelque tranquillité
depuis la première insurrection d'Étienne Daty, s'était remué de now veau. Les insurgés sé livrêrent au massacre et au pallage, et le dé” nm vint par des mesures sages et énergiques à désorganiser Ja révolte
fit arrêter les principaux auteurs de ces dévastations entre autres Étienne
Daty qui avait été le chef du mouvement de l'année précédente. Lea
Août, la Commission civile arrêta que les nommés Dutacque, Étienne
Baracia, Bélony, Pierre Mondongue, Jacquet, James, André Colass
Poinponot, Antoine, Jean-Baptiste, Lafortune, Basile, Comus, Mom
suy, africains, auteurs ou complices des assassinats commis dans A
montagnes , seraient jugés militairement au Port--dePaix. Étienne B
t; fut condamné à mort et fusillé en Octobre. 4
ût, la Commission civile arrêta que les nommés Dutacque, Étienne
Baracia, Bélony, Pierre Mondongue, Jacquet, James, André Colass
Poinponot, Antoine, Jean-Baptiste, Lafortune, Basile, Comus, Mom
suy, africains, auteurs ou complices des assassinats commis dans A
montagnes , seraient jugés militairement au Port--dePaix. Étienne B
t; fut condamné à mort et fusillé en Octobre. 4 Dès que son exécution fut connue des cultivateurs, une nouvelle ni:
surrection éclata dans la montagne du Port de-Paix. La haine la plus”
prononcée contre le blanc guidait les révéhtés. Ils combattatent les
troupés du gouvernement aux cris de vive Sonthonax, demandant quai
demeurât toujours dans la colonie, car ïls paraissaient redouter que
terme de sa mission ne fut celui de leur liberté. Sonthonax indigne
de ce que Son nom fut mis en avant par des incendiaires et des”as
sassins, ordonna au général Toussaint Louverture de se transporter
au lieu de la révolte, et de létouffer par n'importe quel sacrifice. Le
cultivateurs armés se présentérent à Toussaint, et lui exposèrent leur
griefs, dont les principaux étaient: le supplice d’Étienne; la peine cas
pitale infligée à Étienne, tandis que d’autres avaient étéenvoyés en Frans
ce ou mis en hberté; les persécutions dirigées contre les cultivateurs.
qui avaient servi sous les ordres d’Étienne, les poursuites à mainar
‘mée entreprises contre eux par le général Pageot, enfin le- parti pr
depuis quelque temps, de ne leur payer qu’en monnaie de papier”
produit de leurs travaux, monnaie qui était pour eux presque dent:
valeur. … : à
" Toussaint sans tirer un seul coup de fusil, sans faire arrêter aucur travail. Il découvrit que les Anglais avaient été en relations avec
insurgés ,. et leur avaient fourni des armes. et des munitions. | Comme les royalistes et les Anglais excitaient la plupart de ces“
voltes, en inquiétant les laboureurs sur leur liberté, et en leur im
nuant que la République française projetait le rétablissement de
clavage, la Commission civile fit sortir le & Juin contre tes malve
lants et les agitateurs une proclamation qui fut traduite en créoles
contevait entre autres dispositions la menace de faire arrêter et dett
duire devant le juge de-paix quiconque tiendrait des propos contre
liberté générales la peine de trois, six ou neuf mois de prison con!
quiconque serait convaincu d'avoir tenu ces propos; privation de 10
secours du dehors pour de tels détenus; pareilles menaces contre ceux * L | La | 7. HISTOIRE D'HAITI.—( 1796 ) 259 … “qui se diraient inspirés ou se prévaudraient de titres religieux pour
Mtromper les citoyens ; enfin menaces d’être déclaré en rébellion contre
Ja constitution, traître à la-patrie, et d'être puni comme tel ,. Contre
“quiconque serait convaincu d'avoir dit qu'un homme peut. être là pro-
“pricté ou lesclave d'un autre homme. CUT
* L | La | 7. HISTOIRE D'HAITI.—( 1796 ) 259 … “qui se diraient inspirés ou se prévaudraient de titres religieux pour
Mtromper les citoyens ; enfin menaces d’être déclaré en rébellion contre
Ja constitution, traître à la-patrie, et d'être puni comme tel ,. Contre
“quiconque serait convaincu d'avoir dit qu'un homme peut. être là pro-
“pricté ou lesclave d'un autre homme. CUT “ Comme les anglais traitaient en esclaves et vendaient comme des.
«bètes de somme, les français de la colonie noirs et jaunes, qu'ils faiSaient prisonniers, la commission civile arrêta aussi que les priésonniers anglais seraient traités comme l'étaient les prisonniers français.
É La commission civile fit mettre en liberté tous les détenus pour det-
“tes, et ordonna l'exécution de la loi qui abolissait la contrainte par
Corps. « “Tous ces arrêtés en harmonie avec les intérêts des nouveaux libres...
“contribuèrent à faire renaître dans.les campagnes, un peu. d'ordre et
de travail. Pendant ce temps Sonthonax qui découvrait combien l'ambition de
Toussaint s était développée, et qui s’apercevait qu'il ne suivait plus ses’
impulsions, songea à se créer une position en France, en se faisant nommer député au corps législalif. Il voyait que sa présence contrarwig les projets de Toussaint Louverture qui eut mieux aiméle déporter
ue de se soumettre plus long-temps à l'inflexibilité de son caractère.
D'une autre part, il commençait à être en mésinlelligence avec son
collègue Julien Raymond qui le soupçonnait de vouloir dominer en
maitre absolu à St.-Domingue, en isolant presque cette colonie de la «métropole, par des réglements particuliers , en harmonie avec les mœurs, le climat et les localités. Cepenüant Sonihonax témoigna à Toussaint la
même bienveillance, le même intérêt dans sa correspondance particuJière. Les généraux Pierre Michel, Léveillé, l'ajudant-général Men-
“ior, lui étaient très-dévoués. Comme ils n'étaient pas animés de la méme ambition que Toussaint Louverture, ils se soumetlaient aux lumières du commissaire civil, le considirant comme l'homme le plus
capable de régénérer leur caste. * TE | ki:
” Sonthônax annulla entiérement Raymond , Giraud, et ne les consulta.
plus. Outre les chefs noirs que nous venons de nommer, il avait pour
partisans, Vergniaux président du Tribunal du Cap, Theveneau , Jeune
européen , commissaire du directoire exécutif dans l'administration muicipale, Gignoux grand agitateur. D'après les dispositions de la constitution de lan 3, qui fut publiée dans le Nord avec solennité, et en
“értu d'un arrêté de la Commission civile, du 19 Thermidor an 4 (6
Août 4796), il fit convoquer des Assemblées primaires dans toutes,
avait pour
partisans, Vergniaux président du Tribunal du Cap, Theveneau , Jeune
européen , commissaire du directoire exécutif dans l'administration muicipale, Gignoux grand agitateur. D'après les dispositions de la constitution de lan 3, qui fut publiée dans le Nord avec solennité, et en
“értu d'un arrêté de la Commission civile, du 19 Thermidor an 4 (6
Août 4796), il fit convoquer des Assemblées primaires dans toutes, £ * Dans les conversations que J'ai elles avec un grand nombre de nos vieilMrds, j'ai été frappé de l'enthoustasme avec lequel ils m'ont parlé du nérophilisme de Sonthonax. Plusieurs m'ont dit qu'il était l’homme quiconJenait pour régénérer les nouveaux libres. sh } 260 | HISTOIRE D'HAITI.— (He ) les communes de la province du Nord et de l’Artibonite. Les électeurs
de ces deux départemens devaient se réunir au Cap pour former l'AS
semblée électorale. Il envoya partout des agens pour faire nommer des
électeurs de sa convenance. Mentor partit pour l'Artibomte; le g"! Moyses
le général -Pierre Michel au haut du Cap, les colouclis Michel Chevalier,
Noël Prieur, commandant à Caracole, au Dondon, regurent l'ordre
d'appuyer ses candidats. Pour éloigner Toussaint Louverture de l'As%
semblée électorale, il lui envoya l'ordre de marcher sur le Mirebalais”
Le général Desfournèaux qui s’indigrait de la conduite de Sonthonax,,
reçut l’ordre d’ailer atiaquer Vallière toujours au pouveir des révoltés
‘de la Grande Rivière. Le commissaire civil se ‘vil obligé d'ordonner
à Pierre Michel de se mettre en campagne pour seconder Desfourneaux,
quoique sa présence lui fut nécessaire dans les élections. Enfin 18
électeurs se réunirent au Cap. On leur donna de magn ifiques repas
chez Leborgne de Boigne, chez Menter qui était revenu de sa mission
an leur promit des places. Le jour qu'ils se réunirent (14 Septembre}
. pour procéder à [élection des députés, Gignoux parcourut les rues
armé d'un sabre, et distribuant la liste de ceux qui devaient être noms
més au Corps légistaif. PA
® Pendant ce Lemps il y avait grand tumulte dans l’Assemblée électo=
raie. Les ennemis de Sonthonax faisaient tous leurs efforts pour qu ail
ne fut pas nommé. Gignoux pénètre dans l'Assemblée et menace ‘4
sabrer ceux qui ne nommeront pas EN Tout à coup, le g.°” P}
Michel, suivi, de nombreux soldats, se présente dans la salle. II avait
sbändonné la colonne qui lui ne confiée. 1 tenait d'une main un:
pistolet armé, de l’autre un sabre. 1 s'assit sur le bureau, et déclara
avec fureur qu'il metirait tout à feu et à sang, si Sonthonax et ses.
candidats n'étaient pas-nommés. Les électeurs terrifiés se hattrent de
procéder à l'élection ; les noms de Sonthonax, de Mentor, d'Annecy
de Thomany et de Laveaux sortirent de l'urne. Ils furent proclamés.
députés de St-Domingue. Les partisans de Sonthonax parcoururent ES
ville en chantant la Marseillaise, insultérent Raymond qu'ils traitérent
de royaliste, et le menacérent de lembarquer pour France. Dans la
nuit qui suivit, plusieurs des ennemis de Sonthonax furent arrêtés
embarqués, entre autres le citoyen Vermond. - Sonthonax en remer=
ciant l’Assemblée Electorale lui dit: « En France, la cabale coloniale
dispersée par mes soins, se railie depuis mon absence. Déjà vos is
ciens Lyrans en! circonvenu quelques membres influens de la législa
ture. » Alors on appelait les colons des Négrivores, dans tout le Nord
II y avait pres des deux tiers des propriétés territoriales de Id cos
onie séquestrées au profit de la République; mais elles étaient êms
friche; et Finsubordination qui existait dans les ateliers SUpÉCeSS
les faire exploiter avantageusement. ra 4
Le commissaire civil ayant besoin d'argent, en demanda aurésorieh,
qui lui fit observer que la caisse était vide, attendu que les droits
. » Alors on appelait les colons des Négrivores, dans tout le Nord
II y avait pres des deux tiers des propriétés territoriales de Id cos
onie séquestrées au profit de la République; mais elles étaient êms
friche; et Finsubordination qui existait dans les ateliers SUpÉCeSS
les faire exploiter avantageusement. ra 4
Le commissaire civil ayant besoin d'argent, en demanda aurésorieh,
qui lui fit observer que la caisse était vide, attendu que les droits Pa HISTOIRE D’HAITI.—( 1796 ) °61
d'entrée étaient faibles, et que l’on ne percevait pas les droits de
péage. « Il s'agit bien, répondit Sonthonax, de droits d'entrée, dé
(a droits de péage; nous avons besoin d'argent pour subvenir aux frais
dde la guerre, aux dépenses de l’administration! n'avez-vous pas des
& riches , des propriétaires, des fermiers, des négocians, des bouti-
& quiers ! c'est dans leurs caisses que sont ‘vos ressources; qu’on me |
& charge de la colleete, et je saurai bien rempiir le trésor, » * Il
disait depuis son élection que si la France comprenait bien ses inté.
réts , elle proclamerait l'indépendance de ses colonies, et ne se réserwérait sur elles qu'un droit de suzeraineté ; car ; ajoutait-il, s’il en est
autrement, elles se detacheront entièrement de la métropole. lIldit
dMulien Raymond et à Pascal secrétaire de la commission civile, dans
une réunion des autorités du Cap, que la France avait déclaré qu’un
peuple S appartenait à lui mème, et qu'il ne voyait pas pourquoi celui
de S'. Domingue dut être complèteinent tributaire d’un peuple européen. Raymond lui répondit que la Constitution de l'an 3 avait dé,
Iclaré que les colonies faisaient partie iniégrante de là République. Pendant cet intervalle le général Rigaud envoyait en France les dé-
| au corps législatif des provinces de l'Ouest et du Sud nommés en Avril 1796, à Léogane et aux Cayes , avant l'arrivée officielle à
MS Domingue de a Gonstitution de l'an 3. Il chargea son aide-de-
| , le chef d'escadron Bonnet , de la mission spéciale de le jusMiier auprès du Directoire exécutif des accusations de Sonthonax,
“ représenter celui-ci comine un ambitieux n'ayant en vüe que l'indépendance de S'. Doiningue, et l'anéantissement, de tous les. anciens
Mibres. Pinchinat représentait seul la province du Sud, car Sala,
jéune européen , aide-de-camp de Rigaud, avait été tué à Pattique des Lrois;et les autres depuiés ne pouvaient partir, Rey BelMnas et Fontâine représentaient la province de l'Ouest. Lachapelle,
MGarigou et Rénéum étaiént les commissaires de la eommune. Les députés oh net et les CONHNISSAIrES s embarquérent Le 25 Octobre sur le |
MGerf-Volant , navire parlementaire ayant à bord quinze prisonniers an
Mglais. Le bâtiment au lieu de se rendre diréctement en Angleterre
Mdévait mouiller à la Corogne, d'où les prisonniers aurdient été enVovés à Londres.“ Quand ils arrivèrent au travers de fa Béate, deux
Miégates anglaises la Magicienne et le Québec, sous les ordres du com-
“modore Ricket, capturèreat le navire français, sous prétexte que l'ex-
| ; ES FO, EN NTI À F : FR
Dédition en était irrégulière. (4er Norembre). Les Anglais RON
Mént de la plupart des papiers et de tout l'argent des prisonniers. **
" Rapport de Julien Raymond.
.“ Quand ils arrivèrent au travers de fa Béate, deux
Miégates anglaises la Magicienne et le Québec, sous les ordres du com-
“modore Ricket, capturèreat le navire français, sous prétexte que l'ex-
| ; ES FO, EN NTI À F : FR
Dédition en était irrégulière. (4er Norembre). Les Anglais RON
Mént de la plupart des papiers et de tout l'argent des prisonniers. **
" Rapport de Julien Raymond. ** Alissioh de Bonnet en France.—Pinchinat avaitune somme de 800 piasÿs d’or fixées dans les doublures de sa rediagote. Quand les anglais vouent lui fatre jurer sa parole d'honneur qu'il m'avait pas d'argent sur lui,
Milôta sa redingete et leur livre ses deublons. CJ - Le"
‘ n à
VX ” Y , ‘ TU & "A
7 E > ; :
262 | HISTOIRE D'HAITI.—( 1796 } Ils eurent ensuite pour eux toutes sortes d’égarils. Rénéam et Fon«
taine furent conduits à la Jamaïque. Pinchinat, Bonnet, Rey Delmas,
Lachapelle, Garigou demeurèrent à bord du commodere. Ricket les”
conduisit au Môle St-Nicolas et les livra à l'amiral Parker. Le générah
Rigaud ayant appris qu'ils avaient été faits prisonniers fit de vainess
tentatives pour les échanger. Sonthonax de son côté, voulant avoir
Pinchinat en son pouvoir, s’adressa aussi à l'amiral Parker, pour les“
échanger. Il ne réussit pas mieux que Rigaud. Parker entoura particu=
liôrement Pinchinat de toutes sortes de considérations , et s’opposa éner…
giquement au projet qu'avaient conçu les colons du Môle, d’assassiners
les captifs républicains. Il défendit de les envoyer dans les cachots des
la ville. Les prisonniers demeurérent à bord des vaisseaux l’Indostan
et l'Aventure, et mangèrent à la table des officiers. Peu de temps après*
la frégatè le Suecès les conduisit en Angleterre. À leur arrivée ils furent
mis sur un ponton à Spitheard près de Portsmouth. ÿ
iquement au projet qu'avaient conçu les colons du Môle, d’assassiners
les captifs républicains. Il défendit de les envoyer dans les cachots des
la ville. Les prisonniers demeurérent à bord des vaisseaux l’Indostan
et l'Aventure, et mangèrent à la table des officiers. Peu de temps après*
la frégatè le Suecès les conduisit en Angleterre. À leur arrivée ils furent
mis sur un ponton à Spitheard près de Portsmouth. ÿ La nomination de Laveaux au corps législatif fut une grande joie
pour Toussaint Louverture qui ambitionnait, depuis quelque temps
le commandement en chef des troupes de St-Domingue. Quant à La
- veaux il fut satisfait de se débarrasser de l’administration dure et pénis
ble de St-Domingue. Sonthonax ne perdait pas l'espoir de s'attacher”
Toussaint Louverture; queiqu'il existât une certaine froideur entre lui
et ce général, 1l lui promit le commandement en chef des troupes de
Si-Domingue. Il ne voulut pas que les députés partissent pour France
immédiatement ; il attendait la réponse du directoire à ses dépêches
afin de leur donner des instructions selon les circonstances. Il forea
la frégate l'Harmonie qui devait les transporter en Europe à appareil
ler: ce navire sortit par un temps affreux et se perdit. Il disait ques
si les dix-huit mois que devait durer la mission des délégués du directoi
re, venalent à expirer sans qu'on reçût des nouvelles de France, I
Raymond qui n'avait pas été nommé député dans le Nord, partirait.…
et les élus du peuple de St.-Domingue se constitueraient en Assem
blée, en attendant fa décision de la métropole, tant sur les événemens
du Sud que sur tout te qui s'était passé dans la colonie. Si le dis
recioire exéculif avait approuvé la conduite de Rigaud , Sonthonax eut.
tenté, à travers tous les obstacles, de réaliser son projet de Consti
tution coloniale. 11 eut rencontré des difficultés presque insurmontaæ
bles, car Toussaint lui-même, malgré l'immense influence qu'il exerçait
sur les masses, ne put mettre en pratique ce projet, qu'après une guerre
longue et sanglante qui amena l’embarquement de Rigaud ; et la Gonstitution de 4801 qui suivit cet événement, fui la cause de l'expédition de Leclerc. Cependant les députés déclarèrent que leur devoir les obligeait à al
ler siéger au corps législatif. Sonthonax leur écrivit que la Raïlleuse
et le brick la Mouche étaient à leur disposition. Boisrond le jeune ét
Henri Guillaume Vergniaud, cousin du célébre conventionnel, avaient auss
êté nommés députés. Mentor sedétermina à demeurer avec Sonthonax. Ce mr: [a ,
: : |
1 ;
n. . un HISTOIRE D'HAITI 1796 ) . 11408 lui-ci déclara à la députation avant qu’elle eut appareillé, que la char«
ge de commissaire civil le contraignait à rester à St. Domingue pour
ÿcontinüer ses travaux. Quant au commissaire civil Giraud, honnète homme, de mœurs tranquilles , effrayé du projet de nivellement
le Sonthonax et des malheurs qui pouvaient en résulter., 11 abandon
na la colonie sans regret et retourna en France, quoiqu'il n’eût pas
éié nommé député. :
députation avant qu’elle eut appareillé, que la char«
ge de commissaire civil le contraignait à rester à St. Domingue pour
ÿcontinüer ses travaux. Quant au commissaire civil Giraud, honnète homme, de mœurs tranquilles , effrayé du projet de nivellement
le Sonthonax et des malheurs qui pouvaient en résulter., 11 abandon
na la colonie sans regret et retourna en France, quoiqu'il n’eût pas
éié nommé député. : M Pendant cet intervalle les généraux Pierre Michel et Léveillé combattaient avec succés les révoltés de la Grande Rivière, et les refouaient au sommet des plus ‘hautes montagnes. Malouba un de leurs
Principaux chefs se soumit à la République, et entraîna avec lui
“plus de 3,000 hommes. La division éclata alors parmi les révol{és:
“es créoles noirs firent savoir au colonel Moyse que les africains s opposaient à leur soumission, et Îles assassinaient. Moyse, par les or<
dres de Sonthonax, pénétra dans le quartier de la Grande Riviére,
Culbuta les congos, et protégea l'entrée des créoles. sur le territoire
républicain. ": ED | Martial Besse et Chanlatte qui avaient été ‘délégués dans le Sud,
par la commission civile, aprés l'affaire du 28 Août, étaient parvenus
à calmer par leurs rapports l'animosité: qui existait entre Sonthonax
et Rigaud. Bauvais avait aussi fait son rapport d'après les événenemens qui s'étaient passés sous ses yeux. Mais une corvette arrivant de France dans les derniers jours de NoNembre, apporta à la Commission civile des dépèches par lesquelles
Moute la conduite de Sotithonax était approuvée. Le Directoire exécutif
félicitait Toussaint Louverture de la conduite qu'il avait tenue dans l'affire du 30 Ventôse, en soutenant le gouverneur Laveaux contre Viilate, et le nommait général de division. Ge grade qu'avait déjà conféré
Sonthonax à Toussaint se trouvait confirmé. Le Directoire envoya à ce
“général un sabre magnifique et une superbe paire de pistolets, traVaillés à la manufacture nationale de Versailles. La poignée du sabre
portait cette inscription : Donné par le -Directoire exécutif de France
au général divisionnaire Toussaint Louverture, en récompense de sa
Conduite héroïque dans la journée du 80 Ventôse an 4. Les généraux Pierre Michel et Jean fierre Léveillé furent aussi récompenses
“par l'envoi d'un sabre à chacun d'eux. Ces armes seront distribuées solen-
“nellement à une cérémonie qui aura lieu le 9 Janvier 1797, sous Île
“hom de fête des Victoires nationales. re
…. D'après les dépèches qui “aient arrivées de France, la commission
“civile déclara par un arrèté du 13 Frimaire an 5 (3 Décemhre 1796 }
-que ses délégués , Rey, Leborgne de Boigne el Kerverseau , étaient
>) l'abri de tout reproche , qu'elle était satisfaite de leur conduite
age et modérée, que Îles accusations portées conire le général Desfourneaux étaient fausses et calomnieuses, qu'en attendant la décision
de l'un et l'autre pouvoir , la commission.ne correspondrait plus qu avee
déclara par un arrèté du 13 Frimaire an 5 (3 Décemhre 1796 }
-que ses délégués , Rey, Leborgne de Boigne el Kerverseau , étaient
>) l'abri de tout reproche , qu'elle était satisfaite de leur conduite
age et modérée, que Îles accusations portées conire le général Desfourneaux étaient fausses et calomnieuses, qu'en attendant la décision
de l'un et l'autre pouvoir , la commission.ne correspondrait plus qu avee + : p 14 L s +2 | … 0 à *
LA . r, d2
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f . Fe an a à ;% 264. | HISTÈIRS PR 1196. } les municipalités du Sud. La commission aceusa en outre dés deutil
Rigaud , Pinchinat , Duval Monville Salomon, Lefranc, d'avoir étéles”
auteuts de l'affaire du 28 Août contre Desfourneaux, et d'avoir ASSAS-\
siné Edouard et Lilladam. Elie arrêta encore que le gr Chanlatte prensu
drait le commandement de l'arrondissement de Jacmel; le g""! Bauvais, celum
de Léogane , ayant sous ses ordres le général Laplume , les commu"
nes du Grand-Goûve, du* Petit Goâve, de l'Anse-à-Veau let du Fonds
des-Nègres ; le général Martial Besse, “celui de Si. Louis du Sud ; ces |
généraux devaient être indépendans les uns des autres. |
Cependant cet arrêté qui pouvait faire naïtre la guerre See ef.
fraya tellement les habitans du Sud, qu'ils se réunirent, envoyèrcnte
des adresses au général Rigaud, par lesquelles ils l'invitaient à se
metffe à leur tête, à gouverner la province, jusqu’à ce que le COTPS
législatif et le Directoire décidassent entre lui ét la commission civile, 4
le rendant responsable de tous Îles malheurs qui pourraient survenir M
s'il résistait à Jeur invitation. Dans cette circonstance, Sonthonax
détacha Bauvais de la cause de Rigaud. Toussaint, au commence
ment de la guerre civile, obtiendra le même résultat , Net privera les an- |
ciens libres de là moitié de leurs forces. À
Si Rigaud n'avait pas été de cœur et d'âme dévoué à la liberté générale el à la France, c'eut été pour Mi une occasion favorable de”
se placer sous la domination brilannique, car les anglais faisaient
alors de nouvelles tentatives pour le séduire. Mais il eut mieux aimé
supporter, les plus grandes injustices: et ième des tortures que deser
vir un gouvernement qui rétablissait l'esclavage des noirs et des sang
mêlés. Rigaud n'eut plus aucune relationavec Sonthoneux. Il ne ren=
dit compte, dès lors, de son administration, qu'à l'agent Rouimes
qui était à :S10. Domingo. à
Sonthonax , de son eblé , faisait des efforts pour organiser là jus
tice:, quoique ce fut une tâche difficile ; car l'établissement des {ris
- bunaux devait être en harmonie avec la circonscription territoriale, et
n'existait pas de loi sur la division de la colonie en départemens- Ce=.
pendant il organisa au Cap, pour le département du Nord, un tré
bunal civil, un tribunal criminel : et un tribunal correctionnel. Des“
tribunaux correctionnels furent . Éablis au d'ort-de-Paix et au Fort Li
berté. À
La commission ul fit réimprimer et afficher la publication et las
stricte exécution du décret de la Convention nationale du G. Mars"1798"
qui « en approuvant les mesures prises par les commissaires civils
« Polvérel et Sonthonax, les auiorisait à poursuivre et faire lever H8*
« subvention du quart du revenu sur tous les habitans de S' Donne
« gue,et àen verser le produit dans la caisse du receveur de la cos
« lonie. » |
. Ce futà cette époqne que Baillon Libertat, vieillard de 70 ans qui
Grniter tua. aux D + l'incendie du Cap, revint à Le
L. ri /
ises par les commissaires civils
« Polvérel et Sonthonax, les auiorisait à poursuivre et faire lever H8*
« subvention du quart du revenu sur tous les habitans de S' Donne
« gue,et àen verser le produit dans la caisse du receveur de la cos
« lonie. » |
. Ce futà cette époqne que Baillon Libertat, vieillard de 70 ans qui
Grniter tua. aux D + l'incendie du Cap, revint à Le
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Sel. * * . HISTOIRE D'HAITI.—( +796 }) RARE D 1
| ue “Domingue, appelé par Toussaint. Libertat avaitété économe sur l'habitation Bréda où Toussaint avait éjé dans la servitude. Sonthonax ,
aussitôt après son arrivée, le fit arrêter, comme émigré. ‘Toussaint
“apprenant ce qui Sétait passé, accourut au Cap, obtint, à forcé
d'instances, du Commissaire civil, que son ancien bienfaiteur ft
sinis en liberté. Il entoura Libertal de toutes sortes d’égards ct le
combla de bienfaits. Ce trait fait honneur à Toussaint Louveriure
qui à son tour devint bienfaiteur, + Peu de temps après on apprit à St. Domingue que de nombreux
“cultivateurs s'étaient soulevés à la Jamaïque, que l'insurrection menaçait de devenir générale, et qu'un grand nombre de colons étaient
venus se réfugier à Kingston. Les idées propagées par la révolution
française avaient fait naître ces mouvemens dans la colonie anglaise.
On apprit aussi que le gouvernement colonial de la Jamaïque avait
fait veuir de Cuba des troupeaux de ghiens pour chasser les révoltés
dans les montagnes. Si la France avait été une puissance maritime
de premier ordre, toutes les antilles , à cette époque, fussent devenues
- un embrasement* général; et peut-être formeraient-elles #mianrd’hni
. une république fédérative, dont Haïti serait le centre.
ître ces mouvemens dans la colonie anglaise.
On apprit aussi que le gouvernement colonial de la Jamaïque avait
fait veuir de Cuba des troupeaux de ghiens pour chasser les révoltés
dans les montagnes. Si la France avait été une puissance maritime
de premier ordre, toutes les antilles , à cette époque, fussent devenues
- un embrasement* général; et peut-être formeraient-elles #mianrd’hni
. une république fédérative, dont Haïti serait le centre. e k È - * _ né 1797. ba DS Sommaire. Julien Raymond, Leblanc & Pascal en opposition avec Sonthonax —
+ Départ et mort de Leblanc.—Fête des Victoires nationales.— Arrivée de John Graves Simcoë, gouverneur anglais —Nouvelle politique des anglais.—"T'oussaint nommé général en chef des armées de Saint-Domingue Réorganisation de l’armée
anglaise-— Division territoriale. —Tribunaux —Rapport de Marge. : PEAR de Viennot Vaublane contre la commission civile—Effets de ce-discours à Saint-Dominœue.— Réfutation de ce discours par ‘Toussaint-— Autre réfutation + Laveaux.—
Bald et Bourdon de l'Oise attaquent au Consiel des 500 la conduite de Sonthonax.
— Harty le défend.— Plusieurs autres députés attaquent Sonthorax et tentent de faire
annuler sa nomination an Conseil des 500.—Le Directoire se détermine à le rappeler, ««
et est autorisé par le corps législatif à envoyer d’autres agens à Saint Domingue.
—Rigaud attaque Îles [rois. Incendie de Dame-Marie par des républicains. Come
bat de la baie des Carcasses — Toussaint prend le Mirebalais et envahit les Grands
Bois.—Pétion attaque les camps anglais établis dans le morne de l'Hôpital.— Des
sources enlève aux républicains les camps St-Laurent et Boutillier —Toussaint
échoue devant la Croix-des Bouquets — Dessources chasse les républicains du morne
de l'Hôpital.—Les républicains attaquent St.-Marc.—Les anglais reprennent Le Mirebalais —La légion de Dessources est battue aux Verrettes par Toussaint Louverture — Toussaint reprend le Mirebalais—Fin de la révolte de la Grande-Rivière.
Système de fermage.—Lettre de Lapointe à Rigaud—Réponse de Rigaud
Réflexions de Lapointe sur la lettre de Rigaud.—Arrivée en France de Pinchinat,
de Rey Delmas et de Bonnet —Bataille du Boucassin gagnée par Lapointe sur
Dessalines —Simcoë retourne en Angleterre. Mésintéllisence entre Toussaint etSon
thonax.—Lettre de "l'oussaint à Sonthonax.—lsolement de Sonthonax —Toussaint
force Sonthonax à s'embarquer.—Sonthonax arrive au Férol.—Pinchinat, Rey Del:
mas et Bonnet à Paris.—[is ramènent l'opinion en faveur de Rigaud. — Hédouville
nommé agent du Directoire à Saint Domingue.—Pinchinat et Rey Delmas ne peuvent
entrer au Corps législatif —Arrivée de Sonthonax à Paris. —Ïl est admis au Cons
seil des 590, ainsi que Mentor.—il rend compte de sa mission.
oussaint
force Sonthonax à s'embarquer.—Sonthonax arrive au Férol.—Pinchinat, Rey Del:
mas et Bonnet à Paris.—[is ramènent l'opinion en faveur de Rigaud. — Hédouville
nommé agent du Directoire à Saint Domingue.—Pinchinat et Rey Delmas ne peuvent
entrer au Corps législatif —Arrivée de Sonthonax à Paris. —Ïl est admis au Cons
seil des 590, ainsi que Mentor.—il rend compte de sa mission. Sonthonax était devenu tout Apissan dans la province du Nord ‘en 4% ri }
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TA, RE 2 ‘7 É mé HISTOIRE DHAITI—( 1797 ) 7 267 Raymond, son collègue, dominé par l'ascendant de son énergie , signait toutes les mesures qu'il prenait, quoiqu'il cherchât une puissance
- plus forte que la sienne pour le culbuter. Il s'entendait parfaitement
avec Pascal, le secrétaire de la commission, et l’unet ‘l'aure avaient
jeté les yeux sur Toussaint Louverture auquel l'avenir paraissait appartenir. Aussi, lui insinuaient-ils que Sonthonax , mu par l'ambiton, voulait proclamer l'indépendance de St. Domingue en irritant la
France qui, indignée de l'ingratitudé des nouveaux libres , pourrait
les dévorer dans sa fureur, Toussaint fut heureux de trouver dans la
commission civile des auxiliaires pour se débarrasser de Sonthonax dont
il voulait lui-même réaliser les projets entièrement en harmonie avec
la liberté des noirs. Se sentant la capacité et la force de diriger les
siens, il attendait une occasion favorable de déporter le commissaire
civil dont la présence arrêtait le développement de sa propre ambition.
Un seul homme, depuis peu, s'opposait ostensiblement à Sonthonax;
c'était le commissaire civil Leblanc, homme de quelque éhergie. Avant
. Son arrivée à St.-Domingue il n'avait connu Sonthonax que par les rapports des colons rétugiés aux Etats-Unis, et les premières impressions
qu'il en avait reçues ne s'étaient jamais entièrement effacées. Mais terrifié par les menaces de son collègue, il se retira à bord de
la frégate la Sémillante, mouillée dans la rade du Cap. 1! tomba malade quelques jours après, et accusa’ Sonthonax de lavoir fait empoisonner. Celui-ci, indigné, ordonna au commandant du fort Picolet de
chasser du port à coups de canon la frégate retenue par les vents con.
traires, si à la fin de la journée elle n'avait pas appareïllé. Le capitaine
de la Sémillante connaissant la détermination de Sonthonax, fit remorquer son navire par toutes les chaloupes de fa rade, et partit
pour France. Leblanc. mourut à bord quelques jours après. La Commission civile fit célébrer avec pompe au Cap la fête des vietoires nationales (9 Janvier.) Toute l'armée prit les armes, tout le
peuple-couvrait la place d'armes, et au milieu des bruits solennels du
canon, Sonthonax monté sur Pautel de la patrie, donna à Toussaint
en l'embrassant le magnifique sabre d'honneur et la paire de pistolets”
que le directoire exécutif lui avait envoyés en récompense de sa bonne
conduite dans la journée du 30 Ventôse. Dans la mème solennité les
généraux Léveillé et Pierre Michel reçurent aussi chacun un beau sabre.
d'armes, et au milieu des bruits solennels du
canon, Sonthonax monté sur Pautel de la patrie, donna à Toussaint
en l'embrassant le magnifique sabre d'honneur et la paire de pistolets”
que le directoire exécutif lui avait envoyés en récompense de sa bonne
conduite dans la journée du 30 Ventôse. Dans la mème solennité les
généraux Léveillé et Pierre Michel reçurent aussi chacun un beau sabre. Pendant cet intervalle, le gouvernement anglais envoyait à St-Domingue, comme gouverneur, le générai John Graves Simcoë. On avait L'espoir que son expéfience el ses talents rétabliraient dans la colonie la
domination britannique qui y chancelait; et on s'attendait à voir s 0pérer de grandes choses sous son administration. Il arriva vers le milieu
de Mars au Môle St-Nicolas d’où il se rendit au Port-Républieain. Aussitôt il parcourut toutes les positions qu'occupaient les troupes de $,
M. B. afin de s’en faire une idée par lui-même. Mais il reconnut qu'il
était devenu presque impossible de lutter plus longtemps conire le part 268 HISTOIRE D'HAITI.—( 1797 ) républicain : les “noirs et les hommes de couleur ‘avaient acquis la tacÉd) européenne, et commençalent à comprendre la science gouver-= |
nementale. Aussi la politique anglaise songea-t elle dès lors à ne plus
conserver ses possessions de St-Domingue, mais bien à enlever cette
colonie à la France en excitant les chefs noirs et de couleur à l'indépendance , leur promettant lappui et la “protection du gouvernement
britannique, Les noirs du parti royaliste 2bandonnaient chaque jour
les drapeaux anglais, fuyant le fouet de l'impitoyable commandeur.
Toussaint dont l'influence était devenue sans borne sur les masses, fut .«
nommé par la Commission civile, dans le courant de Mars, général en
chef des armées de Si-Domingue. Cette dignité quil désirait ardemment depuis le départ du gouverneur Laveaux, le plaça , dans la liiérarchie militaire , au-dessus de Rigaud et. de Bauvais. Simcoë rencontra en lui un ennemi infatigable. Pour subvenir aux
frais de la guerre, le gouverneur anglais établit, dans l'administration,
une sévère économie que ses prédécesseurs avaient un peu négligée.…
1 employa au service public les revenus des biéns séquestrés- appartenant à ceux des Français qui avaient abandonné les lieux occupés par
les Anglais. I réduisit à quatorze demi-brigades les troupes coloniales
qui en formaient qe deux, et les officiers qui n étaient pas en
activité furent mis à la demi solde.
neur anglais établit, dans l'administration,
une sévère économie que ses prédécesseurs avaient un peu négligée.…
1 employa au service public les revenus des biéns séquestrés- appartenant à ceux des Français qui avaient abandonné les lieux occupés par
les Anglais. I réduisit à quatorze demi-brigades les troupes coloniales
qui en formaient qe deux, et les officiers qui n étaient pas en
activité furent mis à la demi solde. Pendant ce teinps, Dufay, homme de couleur, et député de St-Domingue au conseil des 500, demandait la discussion sur un projet de
division territoriale des colonies. Après quelques débats, la commission
des colonies fut chargée de présenter un projet sur cet objet, à la lé=”
gislature. D après le rapport fait par Eschasseriaux ainé, au nom de
la commission des colonies , il fut résolu, pour préparer l'établissement
de la Constitution dans les colonies, et pour former les bases de leur.
représentation au corps législatif, que lite de St:Domingue serait di-!
visée en départemens. Ces départemens furent ceux du Sud , dél'Ouest,
du Nord, du Nord Est et du Sud Est. Le département du Sud s'étendait du Cap Tibuion au Lamentin, du Lamentin à la source de la
rivière Blanche , de la soûrce’ de la rivière Blanche au chemin du bourg
d'Azua et de Sto- Domingo, el suivait le même chemin jusques et y
compris la baie de Neybe. Le département du Sud fut divisé en vingt:
cinq cantons, ainsi quil suit: Léogane, Grand-Goûve, Petit-Goâve,
Fond des Nègres, l'Anse à Veau, File de la Caymite, Petit Trou ; és
rémie, Plimouth, cap Dame Marie, Tiburon, les Côteaux, Port-Salut,"
l'Ile à Vaches, Torbeck, les Cayes du Fond, Cavaillon, St Louis , Ac
sie Beynet, Jacmel, Cayes de Jacmel, Sale Trou, Neybe, île de la Béates” Ces cantons étaient COIN poses ainsi que lous CEUX des colonies françaises occidentales, de la cit CONSCrIpion des anciennes paroisses ou
quartiers, et conservaient les mêmes limites. L'administration centrale du département du Sud était placée aux
Cayes, et le tribunal civil à Léogane. IL y avait six tribunaux çorrec-" l HISTOIRE D'HAITI.—( 1797.) 269 tionnels dans le dépariement du Sud; ïls étaient établis aux Cayes,
au Petit-Goâve, à Jérémie, à Jacmel, à Neybe et à Léogane. Le tribunal correctionnel des Cayes comprenait les cantons sŒvans:
Aquin, Saint-Louis, Cavaillon , Torbeck, l'ile à Vaches, Port-Solut. Le tribunal du Petit Goâve comprenait, Petit. Trou, l'ile de la Caymite, |l'Anse-à Veau, Fond des Nègres. Letribunal correctionnel de
Jérémie comprenait cap Dame-Marie , Pliimonth, Tiburon, les Côteaux.
Le tribunal correctionnel de Neybe devait comprendre les cantons de
Sale Trou, de la Béate, et les diverses peuplades ou habitations,
hattes ou corails de, la partie ei-devant espagnole qui avoisinaient cette
«dépendance. Le tribunal correctionnel de Léogane comprenait les cantons de Léogane et du Grand-Goûve.
ègres. Letribunal correctionnel de
Jérémie comprenait cap Dame-Marie , Pliimonth, Tiburon, les Côteaux.
Le tribunal correctionnel de Neybe devait comprendre les cantons de
Sale Trou, de la Béate, et les diverses peuplades ou habitations,
hattes ou corails de, la partie ei-devant espagnole qui avoisinaient cette
«dépendance. Le tribunal correctionnel de Léogane comprenait les cantons de Léogane et du Grand-Goûve. Le départemeut de l'Ouest s étenqait depuis y compris le Lamentin jusqu à la pointe de Padernale, continuant la côte jusqu’à lembouchure de la rivière de Nisao, remontant ladite rivière jusqu’à sa
source, coloyant la montagne déserte laissée à droite, suivant le
chemin jusquà la source de la rivière d Yae, continuant le chemin
_ de Sto.-Domingo à Saint Thomé, de là à St. Jean de Goûve, Hinche, Latalaya , et la baie des Gonaives: Saint Thomé se trouvait compris
* dans ce département. Les cantons du département de l'Ouest étaient au nombre de treize,
savoir : le Port Républicain, les Gonaives, St. Marc, Petite-Rivière,
Verrettes , Mirebalais, Banica, l'Arcahaie, la Croix-des-Bouquets ,lîle
de la Gonave, St. Juan, Saint Thomé , Azua. | | Le Port Républicain devait être le lieu de l'administration centrale
du département de lOuest, et du iribunal evil. Il devait exister
trois tribunaux correctionnels dans le département de l'Ouest, repartis
au Port Républieain , à St. Marc et Si. Jean. Le tribunal correctionnel du Port-Républicain devait comprendre
dans son ressort les cantons de FArcahaie, de la Groix-des-Bouquets,
: l'ile de la Gonave, le Mirebalais, et les diverses peuplailes où habitations, hattes ou coraiis de la partie ei-devant espagnole réunie à la
France , qui avoisinaient le Port Républicain. | Le tribunal de St Juan devait comprendre les cantons de Si. Thomé, de Banica, d'Azua et d'Ocoa. Le tribunal de St. Marc compre-
‘nait les Gonaïves, la Petite-Rivière et les Verrettes. Le département du Nord comprenait la côte depuis la baie des Gonaïves_ jusques à fa pointe du Môle; il partait de la pont: du Môle, et
s'élendait jusqu à la pointe Isabeliique, en traversant les lerres en ligne
droite jusqu à St-Thomé ; il avait pour limites intérieures les limites du
département de l'Ouest. Il étail divisé en treute-lrois cantons Savoir : Montechristo., Laxavon, Ouanamainthe , Fort Liberté ei devant FortDauphin, Terrier Rouge, le Frou, Vailiére, Limonade, Grande-Rivière, Sainte Suzanne, Doudon, Îa Marmelade , Hinche , Saint Raphaël, San Miguel, L'Atalaya , le Quartier Morin, la Peiite-Anse, le \ — 870 HISTOIRE D'HAITI—( 1797") Cap, la Plaine du Nord, l’Acul , le Limbé , le Port-Margot, leBor-…
gne, Plaisance, Petit. Saint-Louis, l'ile de la Tortue, le Port-de-Paix,
le Grôs-Morne, Jean Rabel, le Môle St. Nicolas , Bombarde, le Portà-Piment. Le Cap était le chef lieu de l'adinimistration centrale et du DEA
civil du dépariement du Nord. Six tribunaux correctionnels étaient
distribués au Cap, à Montechristo , à San Miguel, au Môle, au Portde-Paix, au Fort-Liberté.
or-…
gne, Plaisance, Petit. Saint-Louis, l'ile de la Tortue, le Port-de-Paix,
le Grôs-Morne, Jean Rabel, le Môle St. Nicolas , Bombarde, le Portà-Piment. Le Cap était le chef lieu de l'adinimistration centrale et du DEA
civil du dépariement du Nord. Six tribunaux correctionnels étaient
distribués au Cap, à Montechristo , à San Miguel, au Môle, au Portde-Paix, au Fort-Liberté. Le tribunal correctionnel du Cap renfermait dans son ressort les cantons suivans: Limonade, Grande-Rivière, Sainte Suzanne, Dondom,…
la Marmelade, le Quartier-Morin , la Petite-Anse, la Plaine du Nord,
l'Acul, le Limbé, le Port-Margot, Plaisance. Le tribunal correctionnel de Montechristo devait comprendre Laxaæ
von, les montagnes et les mines de Cibao, les diverses peuplades ou
habitations, hattes ou corails qui se trouvaient le long de la côte, de
puis la pointe Isabellique, jusqu'à la rivière au Massacre ; il s'étendait dans l'intérieur des terres jusçà St-Thomé.et jusqu aux limites
du département de l'Ouest. Le tribunal de San-Miguel devait comprendre Hinche, (San Raphaël, _FAtalhya, et es diverses peuplades ou hattes À habitations et corails
qui se trouvaiènt dans l'intérieur jusqu aux limites des départemens
cireonvoisins. Le tribunal du Môle St-Nicolas comprenait les cantons de Jean- Rabel,
de Bombarde et du Port-à-Piment. Le tribunal du Port-de Paix, comprenait les cantons du Petit St. Louis,
du Borgne , du Gros-Morne, et l'ile de la Tortue. Le tribunal du FortLiberté, Ouanaminthe, Terrier-Rouge le Trou et Valhiére. - | Le département du Nord-Est devait s étendre de la pointe Isabellique
au cap Samana, de la pointe du cap Samana à l'embouchure de la rt
vière de Cotuy, prolongeant a rivière Serico jusqu'à sa source, co=
toyant les montagnes désertes jusqu au grand chemin de Sto- Domingo
à St-Thome. : Cinq cantons devaient composer la division du département du NordEst: San-Yago, la Vega, Porto-Plata, Cotuy et Samana. L'administration centrale et le tribunal civil devaient être placés à
San-Yago.' Le gouvernement devait établir quatre tribunaux correctionnels dans le département du Nord-Est: à Porto-Plata, à San-Yago,
à la Vega et à Eotuy. Le tribunal correctionnel de Porto- Plate , comprenait le canton de Porte-Plate et ses dépendances ; le tribunal de - San-Yago, les cantons de San Yago et ses dépendances ; le tribunal de
la. Vega, le canton de la Véga et ses dépendances; le tribunal de GCo=
tuy, le canton de Cotuy et ses dépendances. Le département du Sud-Est partait de l'embouchure de la rivière de
Nisao et atteignait au cap ÆEngaüo ; il s'étendait du eap Engatio, en
centinuant la côte , jusqu'à l'embouchure de Cotuy. $es limites in: $ è ” Lu A HISTOIRE D'HAITI.—( 1797 ) | ° 271 férieures étaient celles désignées pour les départemens du Nord-Est et
de l'Ouest. | 4 , . PART : FRA
Ge département était divisé en dix cantons: Sto. Domingo, MontePlata, Seybo, Higuey, Bayaguaua, Boya, l'île Sainte Catherine , San Lorenzo, los Lianos, l'ile de la Saône.
Sto. Domingo devait renfermer l'administration centrale et le tribunal civil. Deux tribunaux correctionnels devaient être établis dans ce
étaient celles désignées pour les départemens du Nord-Est et
de l'Ouest. | 4 , . PART : FRA
Ge département était divisé en dix cantons: Sto. Domingo, MontePlata, Seybo, Higuey, Bayaguaua, Boya, l'île Sainte Catherine , San Lorenzo, los Lianos, l'ile de la Saône.
Sto. Domingo devait renfermer l'administration centrale et le tribunal civil. Deux tribunaux correctionnels devaient être établis dans ce A département, à Sto. Domingo et à Seybe. Le tribunal dè Sto. Do- … mingo devait comprendre Sto-Domingo, Los Lianos, San Lorenzo, Lile de la Saône, l’île Sainte Catherine, el Rosario, et les diverses peuplades ou “habitations, haties ou coraïls de ces dépendances. Le tribunal de Seybe, devait renfermer Seybe, Monte-Plata, Bayaguana , Boya, Higuey, et les diverses peuplades ou habitations, corails
de ces dépendances. | C'est d'après cetie division territoriale que le général Rigaud, au come.
mencement de la lguerre civile, prétendit que son commandement, comme chef du département du Sud, s'étendait jusqu'au Lamentin, près
du Port-Républicain. | Pendant ce temps, la conduite de la commission civile , celle de
Sonthonax particulièrement, étaient tellement attaquées en France, par
le parti colonial, que le Directoire exécutif se vit obligé de charger
la commission des colonies occidentales, composée des représentants
Birgoing, Villers , Marec, Garran Coulon, Lecointe, Eschasseriaux
aîné et Riou, de faire un rapport sur les événemens de St. Domingue depuis 1794 jusqu'à la fin de 1796. Daus la séance du 1” Mars
4797, Morec donna au Conseil des Cinq Gents, lecture de ce rapport
dans lequel la plupart des actes de la commission civile furent justifiés. Marec, au nom de la commission des colonies, condamna sévérement la conduite de Villate dans la journée du 30 Ventôse, et celle de Rigaud contre la délégation du Sud. Ce rapport fut imprimé, et distribué aux membres du corps législatif.
Le parti colonial s'en saisit et le combattit tant dans les journaux
qu'à la tribune. Viennot Vaublanc, royaliste et colon, député au
Conseil des Cinq-Cents, prononça un discours le 10 Prairial an 6
(29 Mai 1797) contre les agens du Directoire à St Domingue. Il
représenta Sonthonax et ses collègues, comme des monstres couverts
du sang des blancs qu'ils faisaient répañdre à plaisir par Îles noirs;
il accusa Laveaux d'avoir agi arbitrairement, et d'avoir inspiré aux
nouveaux libres l’esprit d'insubordination et de révolte. x C’est la seconde fois, s'écriat-il, que Senthonax est envoyé à « St. Domingue. Qu'a-til fait dans sa première mission? Il a créé « dans la province du Nord un tribunal de cinq juges, sans jurés, a et s’est réservé les nominations des juges et le droit de prononcer « sur les compétences. Par une leltre insérée dans les papiers publics,
| + LyL 2 HISTOIRE D'HAITI.—( 1707 ) a ils'est déclaré revêtu - de la dictature, et n’a pas craint de dire
« dans sa défense qu’il avait des pouvoirs illimités.
dans sa première mission? Il a créé « dans la province du Nord un tribunal de cinq juges, sans jurés, a et s’est réservé les nominations des juges et le droit de prononcer « sur les compétences. Par une leltre insérée dans les papiers publics,
| + LyL 2 HISTOIRE D'HAITI.—( 1707 ) a ils'est déclaré revêtu - de la dictature, et n’a pas craint de dire
« dans sa défense qu’il avait des pouvoirs illimités. « Ila levé des impositions, teuché des sommes immenses, n’a ren « du aucun compte” Il a mis hors la loi des fonctionnaires pubhes,
« des élus du peuple ; il a défendu, sous peine de complicité, de
« leur accorder une retraite ; il a armé quatorze communes contre le
« Port-au-Prince ; il l'a bombardé , en a chassé les habitans ; * et peu
de temps après cette ville privée de ses défenseurs s'est ren due aux
anglais.** Il a défendu par une proclamation d'abandonner la colo:
nie couverte de sang êt de feu, à peine d'être mis hors la loi, et
« de voir ses biens confisqués. I a incendié ie Cap Français; et par « une proclamation , il a porté la peine de mort contre les ma'heureux qui viendraient chercher dans les décombres de leurs maisons les
objets échappés aux flammes, sous : prétexte que les propriétaires Jui appartenir, Gignoux, dentiste, et commandant du Cap, était” chargé de lexécuuon de cette infà me doi... .: 13 00 S0nth0Te a déclaré criminels de lése-nation les marins qui seralent trouvés
« à terre après sepl heures du soir; il a signé l’ordre d'incendier les
a vaisseaux de la République. *** « & j
« s'étant rendus coupables envers. a République, leurs biens devaient
« « & « En est-ce assez, représentans? Et remarquez que je ne vous parle « que d'actes publics, signés, avoués de lui, de lois atroces que ne « feraient pas’ les tigres de la Lybie, si les tigres avaient le mathenr. « d'avoir besoin de lois. A-t-il été puni ce personnage audacieux et
« sanguinaire? non: l'excès de son audace à fait sa sûreté; on a plongé
« ses accusateurs dans les prisons, et on a renvoyé à SL. -Domingue
« Sonthonax revêtu de la pourpre dictatoriale. . : . « Quelle a été dans cette seconde mission la conduite de Sonthônax
« et de ses coïflègues Raymond, Leblanc et Giraud, agens particuliers
« du directoire, et arrivés à St-Domingue le 22 Floréal de l'an 49 quel
« est l'état de: cette colonie ? « Les letires. particulières, trois officiers du génie que j'ai entendus,
« un grand nombre de simples citoyens, le général Rochambeau et nr. : 4 ‘ s \ ;
* 'outes ces ace sations relèvent la gloire de Sonthonax dont nous avons
résumé la première mission dans un des chapitres précédens. Il ‘est heureu. pour la liberté que la France ait envoyé à St.-Domingue un agent d’une tellu
énercie révolutionnaire. | “ Sonthonax “n'a exercé de grandes rigueurs contre de nombreux colon:
dé Port-Républieain, que parce qu’il avait découvert qu'ils trahissaient "if
République en faveur de l'Angleterre. Pourquoi Vaublanc ne faisait il pas un
crime aux proconsuls de ia Convention , d'avoir combattu avec acharneinent
les royalistes qui avaient livré Toulon aux anglais. À
à St.-Domingue un agent d’une tellu
énercie révolutionnaire. | “ Sonthonax “n'a exercé de grandes rigueurs contre de nombreux colon:
dé Port-Républieain, que parce qu’il avait découvert qu'ils trahissaient "if
République en faveur de l'Angleterre. Pourquoi Vaublanc ne faisait il pas un
crime aux proconsuls de ia Convention , d'avoir combattu avec acharneinent
les royalistes qui avaient livré Toulon aux anglais. À _“f* Toute la flotte était en révolte, si ce n’est le vaisseau l'América. &
Le ; 0
t— y
A : ke - HISTOIRE D'HAITE—( 1797 ) ; 273
« ses aides-de-camp, l’ordonnateur général Férary, la correspondance
« dusgénéral Mirdonday , les lettres de la nouvelle Angleterre, les « arrêtés, la correspondance des agens eux-mêmes, la correspondance
V« de leurs propres délégués, tout s'accorde à peindre la colonie dans « le plus affreux désordre, et gémissant sous le gouvernement militai-
« re. Et quei gouvernement militaire ! à quelles mains est-il confié ?
« à deS nègres 1gnorans et grossiers, incapables de distinguer la licence
« la plus effrénée de Faustère liberté fléchissant sous les lois. Le général v« Rochumbeau avait été envoyé à St.-Domingue avec les agens pour « prendre possession de la partie espagnole de cette ile. Voyons d’abord « ce qu'il écrit au ministre de la marine: « La parte française,
« est la. propriété de quatre corps d'armée de noirs, ou de-quatre
« individus. On veut dégouter les officiers blancs venus d'Europe,
«ret les renvoyer en France, afin de travailler plus sûrement le pays
« en finance, et de n'avoir que les africains pour observateurs. On
« spécule beaucoup sur la partie espagnole encore neuve, ajoutait Ro-
« chambeau. On y bâtit des projets. de fortune, et on se doute bien
« que je ne me prêterai jamais à tant de brigandages J'ai par-
« couru la partie du Nord: les citoyens y gémissent sous le joug des
« commandans particuliers des quartiers ,.qui, 'songeant à leurs affaires,
« négligent celles de FÉtat, oppriment lés individus , désobéissent vo-
« lontiers, ou éludent les ordres supérieurs. | «Je croyais en arrivant ici, dit le général Rochambeau dans une
« autre lettre, que j'allais y trouver les lois de la liberté et de l'é-
« galité établies d'une manière positive; mais je me suis cruellement
« trempé. Il n'y a de liberté sur ceite terre que pour les comman-
« dans des africains et des hommes de couleur, qui disposent du reste
« de leurs semblables, eomine de bêtes de somme. Les’ pauvres blancs
« sont vexés et. humiliés partout. I sera, je crois, diffieile de réta-
« blir l’ordre parmi les dilapidateurs, parceque disposant des africains,
« ils les pousseront à la révolte quand on voudra diminuer leur influ-
« ence et leur crédit; je ne crains pas mème de vous prédire qu après
« avoir donné la liberté aux noirs, après les ayoir armés, on sera
« obligé de leur faire la guerre pour les rendre un jour à la culture. »
et. humiliés partout. I sera, je crois, diffieile de réta-
« blir l’ordre parmi les dilapidateurs, parceque disposant des africains,
« ils les pousseront à la révolte quand on voudra diminuer leur influ-
« ence et leur crédit; je ne crains pas mème de vous prédire qu après
« avoir donné la liberté aux noirs, après les ayoir armés, on sera
« obligé de leur faire la guerre pour les rendre un jour à la culture. » Le discours de Vaublane quand il parvint à St. Domingue, produisit parmi les noirs un effet entièrememt défavorable aux intérêts métropolitains. Les nouveaux libres craignirent une réaction en France
contre fa liberté générale; la position de Sonthonax devint plus difficile, et les imprudences, les calomnies de Vaubianc le contraigairent
à user de rigueurs nouvelles contre les. royalistes afin de prouver aux
noirs que la France ne nourrissait pas d’arrière: pensée contre, leur
liberté. Un peuple qui avait été pendant plus de deux siècles plonm.gé dans la servitude la plus cruelle venait d'acquérir tout à coup sa
… hiberté. Pouvait-il ne pas en être étourdi et la confondre avec la licen - | 94 HISTOIRE D'HAITI 1707 } ce? La France qui avait vieilli dans la civilisation , ne s’était-elle pas
livrée à des excès poussés au moins aussi lein que les nôtres, 1ors=M L
que ses fils avaient pris les armes pour revendiquer Îles droits de
l'homme. Vaublane prétendait que Îles officiers européens n ‘étaient pas employés
dans la colonie , et que la figure blanche y était un titre de proscription. Cependant à cette époque, le général de brigade Bédos, blanc,"
avait un commandement au Port de- Paix; le général de brigade Lesuire,
blanc, commandait à la Tortue; le chef de brigade Pellet, blanc , à"
Bomboarde; Mongeot, blanc, à St. Louis du Nord; Dalban À blanc, at
Fort-Liberté ; Grandet, blanc, à Monte-Christ; Ghorié, bianc, aw
Borgne; d Hébécourt , blanc, commandait la place du Cap; Barré,«
blanc, commandait à Laxavon ; Desfourneaux , blanc, commandait là
division du Nord; le général de brigade Agé, blanc, était le chef de
l'état-major de l'armée; l'avancement de ce déreR été avait sollicité |
par Toussaint lui-même. Toussaint Louverture dit dans la réfatation qu'il fit du discours de
Vaublanc. « Les places de l'administration, celles des tribunaux , sont
« presque toutes occupées par des blancs; les noirs et les hommes +
« de couleur se rendent assez de justice et savent quils mont pas
« assez de connaissances pour prétendre à de tels emplois; il leur
« suffit que, pour preuve de l'existence d'une véritable égalité, on
« leur permette de partager avec les blancs les fonctions inilitaires 5
« et ils ne se plaignent pas que les seules places qu'ils occupent soi
« ent précisément eelles qui les exposent à tous les dangers. »
blancs; les noirs et les hommes +
« de couleur se rendent assez de justice et savent quils mont pas
« assez de connaissances pour prétendre à de tels emplois; il leur
« suffit que, pour preuve de l'existence d'une véritable égalité, on
« leur permette de partager avec les blancs les fonctions inilitaires 5
« et ils ne se plaignent pas que les seules places qu'ils occupent soi
« ent précisément eelles qui les exposent à tous les dangers. » Le général Laveaux qui était alors en France réfuta aussi en termes
énergiques et menaçans le discours de Vaublauc et fit l'éloge de Tous
saint Louverture. Cependant le parti colonial ne se tint pas pour bat=«
tu; la conduite de Sonthonax fut de nouveau attaquée au conseil des
Cinq Cents, par Bald et Bourdon de l'Oise ; Harty/le défendit et
rappela en sa faveur qu'il avait été opposé à Robespierre, et qu'on
avait reproché aux 22 girondins qui furent guillotinés leurs liaisons
avec lui. Doulcet; Delahaye et Larivière nièrent pour leur part cette
dernière assertion. Boisronud le jeune et Laveaux defendirent Sonthonax
chaleureusement. Néanmoins le parti colonial proposa, mais envain sn
d'annuter la nomination du commissaire civil au conseil des Cinq.
Cents par l'assemblée électorale de St. Domingue. De nouvelles attaqués
furent dirigées contre lui par Corbin de la Gironde, par Martial Besson
qui le représenta comme l'énnemi des honimes de couleur; ses amis”
citérent en sa faveur le décret de la Convention Nationale qui annuülait
ioute accusation contre lui; mais Doulcet l’attribua à des considéra
tions politiques. Vaublanc dont l’acharnement ne s'affaiblissait pas lu
imputa l'égarement de ses collègues. En présence d'un tel déborde.
ment de passions anti- révolutionnaires: Garran Coulon pe craignit Pas
de faire un exposé des opérations de Sonthonax à SL. Dormingue , et” à
L _ HISTOIRE D’'HAITI.—( 179% }) 215 de rejeter les désastres de la colonie sur les événemens antérieurs à
sa seconde mission. Malgré tous les efforts des vrais patriotes, le
Directoire cédant au vœu du corps législatif arrèêla qu’il serait rappelé pour rendre compte de sa mission ; et sur la motion de Villaret Joyeuse , le conseil des Cinq Cents autorisa, le 21 Jain, le Directoire. exécutif à envoyer de nouveaux agens à St. Domingue. Le 21 Juillet sur le rapport fait par Barbé Marbois le conseil des Anciens approuva larésolution du conseil des Gin Cents. Le parti colonial, triomphant,
reprocha à Truguet d'avoir conseillé l’envoi.de Sonthonax à St. Domingue. Pendant ce temps le général Rigaud combattait les Anglais avec la plus grande opiniâtreté. Li marcha à la tête de deux mille hommes, environ contre le fort des Irois qu'oecupaient un bataillon de troupes
coloniales commandé par le eolonel Degress, une compagnie de troupes
européennes du 17e régiment sous les ordres du lieutenant Talboë,
et tree artilleurs commandés par de Breuil. Après avoir canonné le
fort, le général Rigaud lui donna un vigoureux assaut et fut repoussé.
Alors il linvestit de toutes parts, et continua à le canonner. Mais
le feu vif et soutenu de la frégate la Magicienne embossée non loin du
de troupes
coloniales commandé par le eolonel Degress, une compagnie de troupes
européennes du 17e régiment sous les ordres du lieutenant Talboë,
et tree artilleurs commandés par de Breuil. Après avoir canonné le
fort, le général Rigaud lui donna un vigoureux assaut et fut repoussé.
Alors il linvestit de toutes parts, et continua à le canonner. Mais
le feu vif et soutenu de la frégate la Magicienne embossée non loin du _ rivage , commandée par le capitaine Rickeis , força l'armée républicaine
à se retirer. Le colonel Maitland qui était accouru au secours des [rois avec une force imposante, y arriva après la retraite des républicains.
(20 avril.) Les Angiais avaient perdu plus de 100 hommes, et les
républicains à peu près autant. Rigaud ne se découragea pas. Pendant la nuït qui suivit sa retraite,
il attaqua de nouveau les rois, et donna sans succès, à Ja fortification,
plusieurs assauis. S'apercevant que le colonel Degress, à la tête de
350 hommes des chasseufs noirs du prince Edouard, cherchait à le . tourner, il rétrograda, et alla s'établir sur une éminence du voisinage. Le lendemain, les Anglais ayant réuni toutes leurs forces l’assaillirent
et le culbutérent. Le 22 Avril un bataillon républicain qui s'était dé- > taché du gros de l'armée, surprit le bourg de Dame Marie, le livra aux flammes et se retira. Celte audacieuse diversion vers Jérémie n'ébranla pas la garnison des Hrois. Rigaud qu'aucun échec ne décourageait se disposa à faire régulièrement le siège des Irois. Les Anglais n’ignoraient pas qu'il se proposait
d'aller attaquer Jérémie. Aussi le brigadier Churchill fit-il tous ses
efforts pour contrarier son plan., Rigaud avait réuni,. dans fa baie des
Carcasses, une flotille chargée de munitions de guerre et de bouche,
qui devait suivre l'armée en cotoyant le rivage. Mais au moment qu'il
allait se mettre en marche, les frégates la Magicienne, le Régulus et la » Fortune commandées par le capitaine Rickets , attaquérent les barges
» républicaines et les anéantirent après un combat qui dura plus d'une heure (24 Avril). Rigaud ayant perdu toutes ses munitions de guerre
et de bouche se vit contraint de retourner à Tiburon, pe 2 {
us * LA
976 HISTOIRE D'HAITI.— (1797 ) Les habitans de Jérémie, heureux d’avoir été délivrés des inquiété |
des d’une invasion républicaine, envoyérent une adresse de félicitations
et de remercimens à l'honorable George William Henri Rickets. Sonthonax , de son côté, pressail la guerre contre lé Anglais ave |
une rare activité, Il ordonna à Toussaint Louverture de semparer du,
Mirebalais par n'importe quel sacrifice, et de pénétrer dans la plaine,
du Cul- de-Sac. Ce général partit des Gonaives, remonta l’Artibonite
jusqu'aux environs du Mirebalais qu'il menaça. Les Anglais altachalentn
une haute importance à l'occupation de ce bourg; car c'était par cette
position qu'ils entretenaient des relations de commerce avec la partie,
ave |
une rare activité, Il ordonna à Toussaint Louverture de semparer du,
Mirebalais par n'importe quel sacrifice, et de pénétrer dans la plaine,
du Cul- de-Sac. Ce général partit des Gonaives, remonta l’Artibonite
jusqu'aux environs du Mirebalais qu'il menaça. Les Anglais altachalentn
une haute importance à l'occupation de ce bourg; car c'était par cette
position qu'ils entretenaient des relations de commerce avec la partie, -espagnole, quoiqu'elle eût été eédée à la France par le traité de BHem Mais les espagnols qui haissaient le système républicain, aidaïent se
crèlement au triomphe des armes anglaises. Quoique le Mirebalaisfütm
admirablement forulié, le vicomte de Bruge lévacua avant l'arrivée
de Toussaint, ct ouvrit aux républicains l'entrée de la riche plaine dus
Cul-de-Sac. Les Communications entre Banica , St. Jean, Forian Lam
matle et la Croix-des-Bouqueis furent interceptées. C'était cn Avril.
Toussaint, après avoir pris DIPEon du Mirebalais , envahit le quar=
tier des Grands-Bois. En même temps, pour favoriser l'entrée de Toussaint dans la plai- | ne du Gul-de-Sac, et pour diviser les forces anglaises, les générauxk Bauvais et Laplume firent partir de Léogane plusieurs colonnes de la légion
de l'Ouest , chargées de s emparer des positions qu'occupaient les anglais.
dans les montagnes qui avoisinent le Port Républicain. Le colonel Pétion
fit trainer des canons à bras d'hommes à travers les montagnes et les
torrents de la rivière Froïde. Il fit élever une batterie contre le camp Gre-«
nier qu'oceupaient les Anglais, el menaça le poste Fourmi établi dans lès.
mornes de l'Hôpital. Le "général Simcoë attachait une haute importance,
à ces positions qui couvraient le Port-Républicain du côté du sud
Le projet de Pétion était de s'approcher assez de celte place * pour la canonner, après avoir enlevé tous les camps de la montagne qui la pro= + iégeaient. Aussi les anglais se montraient:ils disposés à ‘disputer le terrain pied-à-pied. k Toussaint, maître des Grands-Bois, hésita à traverser la plaine au
Cul-de-Sac pour opérer sa jonction avec la colonne de Pétion. Le é-.
néral Simcoë en profita pour faire rentrer au Port Républicain le a
ron de Montalembert qui occupait le camp de Thaumazeau au pie
des mornes des Grands-Bois, afin de renforcer la division destinée
chasser les républicains des mornes de l'Hôpital, de la Coupe, et
dégager le camp Grenier déjà étroitement cerné. Le colonel Dessour
ces reçut l’ordre de se rendre de St. Marc àu Port-Républieain ave
2.000 hommes. L'attaque générale fut fixée au 15 Axril. Maïs Dessour
ces, ayant été contrarié par la brise d'Est , ne put arriver au Port
Républicain que le 26 Avril. %
_ Simcoë, ayant appris, contre son attente, que Toussaint avait pénés
dégager le camp Grenier déjà étroitement cerné. Le colonel Dessour
ces reçut l’ordre de se rendre de St. Marc àu Port-Républieain ave
2.000 hommes. L'attaque générale fut fixée au 15 Axril. Maïs Dessour
ces, ayant été contrarié par la brise d'Est , ne put arriver au Port
Républicain que le 26 Avril. %
_ Simcoë, ayant appris, contre son attente, que Toussaint avait pénés « LA Misrorrg D'Haiti.—( 179% ) gy7 Aré dans la. plaine du Cul-de Sac, en confia le commandement au ba: ron de Montalembert. E€ colonel Dessources , le jour de son arrivée
pénétra dans la montagne de l'Hôpital, du côté de Fourmi , et renContra piusieurs embuscades qu'il énléva. La division anglaise parvint
à Fourmi*, sans avoir éprouvé de grandes pertes. Les républicains
OCcupaient deux camps établis sur lé sommet de la montagne de l’'Hôpital, lun à Boutillier, l'autre à St. Laurent, à droite et à gauche
de Fourmi, et à une licue des deux côtés. Dessource résolut de s'emparer de ces deux positions. Il fit marcher contre Boutiilier le colonel
Peysier qui en Chassa l'ennemi; mais le-camp Saint Laurent fut plus
rigoureusement défendu; les anglais y perdirent le major Ponchet qui
Îut Lué en chargeant à la tête des troupes venues de Jérémie. Le
camp, ne fut enlevé qu'avec de lartillerie, Comme l'attaque de St.
Laurent avait été longue et opiniâtre, Dessources remit à ün autre jour attaque de la batterie républicaine dressée contre le fort Grenier. Pendant cet intervalle le baron de Montalembert. qui commandait . dans la plaine du Cul de-Sac, fit occuper par un détachement, sous
- les ordres du major OGorman, le passage qui conduit de cette plaine à Léogane, à travers les montagnes, afin, en empéchant
Toussaint dé communiquer avec Bauvais, de contrarier leurs opérations contre le. Port-Républicain. |
Toussaint voulant enlever la Groix-des-Bouquets fit attaquer sans succès les avant-postes du bourg. Le lendemain il marcha en personne contre les anglais; sa cavalerie rencontra qualre escadrons de
hussards commandés par le comte Manoux. Les anglais, apaès plusieurs
charges brillantes, culbutèrent les républicains et les refoulèrent jusquaux Grands Bois. | En même temps, pour empêcher [a garnison de Léogane de marcher
contre le Port-Républicain, le-capitaine Conchet commandant le vaisseau PAbergavenny et plusieurs bricks vint louvoyer: vis-à-vis du fort
ÇCa-lra faisant des démonstrations de débarquement. Le colonel Dessources, de son côté, marcha sur deux colonnes contre
la batterie républicaine dressée vis.à-vis du camp Grenier; celle de gauche commandée par le colonel Peyster et composée de troupes européennes sobs les ordres du major Ciay, partit de Grenier ; celle de droite cominandée par le colonel vicomte d'Alzune partit de St-Laurent. Quand
là division de gauche arriva dans le ravin qui séparait le camp Grenier
Ge la batterie républicaine, elle joignit, en se dirigeant vers la droite,
la colonne sortie de St Laurent. Comme le brouillard était très-épais
dans le ravin , es républicains ne découvrirent pas ce mouvement.
Du réste leur attention était portée du côté de Fourmi d’où leur afrivaiént des bombes et des boulets que leur lançait le capitaine Spencer
du corps royai d'artillerie. Toutes les embuscades dressées autour de
leur camp retranché furent levées par cette canonnade.
ignit, en se dirigeant vers la droite,
la colonne sortie de St Laurent. Comme le brouillard était très-épais
dans le ravin , es républicains ne découvrirent pas ce mouvement.
Du réste leur attention était portée du côté de Fourmi d’où leur afrivaiént des bombes et des boulets que leur lançait le capitaine Spencer
du corps royai d'artillerie. Toutes les embuscades dressées autour de
leur camp retranché furent levées par cette canonnade. Après la jonction de ses deux divisions, le colonel Dessourees pénétra : : ‘ +
278 HISTOIRE D'HAITI.—( 1797 ) dans une gorge presque impralicable pour tourner la baticrie républi:
caine et les fortifications qui la protégeaient. El avait laissé à St-Laurent
un bataillon qui devait protéger sa retraite au cas qu'il éprouvât un écheë,
et le major Clay occupait la route de Léogane afin de contenir les ren:
forts qui pouvaient arriver de cette ville aux républicains.
Dessources , en s’approchant du flanc de la batterie ennemme, lança
contre elle, ses tirailleurs , sous les ordres des capitaines Rodanes , ConcC
n
{ peut L.
Ë grat et Mouchet, pendant que son frère le lieutenant-colonel Dessources s'emparait d'une hauteur qui la dominait. Après une vigoureuse résistancé, les républicains enclouërent leurs canons, et abandonneregt leur redoute. Cet échec leur enleva l'espoir de pouvoir communiquer avec Toussaint Louverture qui occupait le quartier des Grands Bois Les Anglais demeurèrert maîtres de la chaîne des mornes de l'Hôpital et de la Coupe, et mirent le Port-Républicain à l'abri. d'un siège ré" _guler. Pendant cet intervalle les républicains attaquajent St-Marc et en étaient
repoussés avec perte. Les Anglais renforcèrent la garnison de cette villen
menacte d'une forte armée que Toussaint Louverture faisait réunir aux Gonaïves. En même temps le colonel de Rouvrai marcha à la tête de 300 hommes contre un camp retranché occupé par les républicains près. de Léogane. Il le surprit, s’en empara, le livra aux flammes et revint
au quarter-général de Grenier après avoir perdu quelques soldats.
Le général Simcoë n'ayant plus aucune inquiétude du côté de Eco” gane et de {a Coupe, résolut de se rendre, maître du Mirebalais. “Een brigadier général Churchill fut chargé de cette conquête. Le 30 Mai
il partit du Port Républicain ; et après deux jours de marche, il atter gait le poste Michel qu'occupaient cinquante républicains qui se ré tirèrent à l'approche des anglais, et ailèrent s'emparer plus lcind'une position avantageuse. Le colonel Dessources qui commandait une des divisions de l'armée, ne pouvant se rendre maitre de cette posis tion , se replia sur le général Churchill , et l'aida à en déloger l'ennemi
Les anglais perdirent une vingtaine d'hommes, et prirent deux pièces de canon. Après ce petit avantage, ils entrèrent sans coup férir au
au Mirebalais qu'its trouvèrent abandonné.
des anglais, et ailèrent s'emparer plus lcind'une position avantageuse. Le colonel Dessources qui commandait une des divisions de l'armée, ne pouvant se rendre maitre de cette posis tion , se replia sur le général Churchill , et l'aida à en déloger l'ennemi
Les anglais perdirent une vingtaine d'hommes, et prirent deux pièces de canon. Après ce petit avantage, ils entrèrent sans coup férir au
au Mirebalais qu'its trouvèrent abandonné. L'armée anglaise occupa toute la ligne qui s’étendait du Mirebalais vers St. Marc longeant le fleuve de lArtibonite. Le colonel Dessources se rendit à St. Marc d'où il alla occuper les Verrettes, avec toutes
légion , artillerie, infanterie et cavalerie. Il avait sous ses ordes 2,000“ hommes de bonnes troupes coloniales , magnifiquement équipées. Toussaint Louverture, aussitôt quil apprit la prise du Mirebalais, partit
des Gonaïves avec dix mille hommes, atteignit le bourg de [a Petite-Rivië
re, remon{a l’Artibonite et se présenta devant les Verrettes dont il résolut
de s'emparer pour aller ensuite faire régulièrement le siègo de St. Mare Dessources ne reconnut pas la possibilité de pouvoir lutter contre des forces si supérieures. Il prit la détermination d’évacaer les Verrettesl “ HISTOIRE D'HAIT I 179% ) "29 Sur St. Mare, d'après l’avis d’un conseil de guerre qu’il avait réuni. Maisil
avait deux routes à prendre, celle par les hauteurs de St. Mare, et le grand
chemin de cette :ville. La route par les montagnes était étroite,
boisée , plus courte, et en la suivant on n'avait pas à craindre
une atiaque sérieuse de l'ennemi. Le grand chemin était spacieux, découvert, et permettait aux troupes républicaines d'envelopper faci-
. lement les royalistes. Le’colonel Dessources, homme d'un courage à toute épreuve, mais plein de fougue, dédaigna la route par les monlagnes, contre l'avis du lieutenant-colonel d'artillerie Madiou qui lui
avait fait observer qu'en s’exposait à être anéanti par les forces considérables de Toussaint, en suivant le grand chemin. Dès que les
troupes royalistes s'ébranlèrent üne pluie abondante tomba avec violence et mit les fusils de la légion Dessources hors d'état de partir.
Comme il arrive souvent dans nos climats, l'armée républicaine qui » n était sous les armes qu’à deux milles des royalistes ne fut pas atteinte par la pluie. Aussitôt que Dessources eut pénétré dans la grande route il
lui assailii par Toussaint Louverture. Le combat fut long, acharné
et sanglant ; les royalistes résistèrent énergiquement par la baïonnette; mais quoique leur artillerie commandée par le lieutenant-colonel
Madiou eût fait de grands ravages dans les rangs des républicains, la légion Dessources fut culbuiée et mise en pleine déroute. Madiou se voyant sur le point d'être fait prisonnier, aima mieux se brüler la cervelle
que de tomber au pouvoir de Toussaint Loverture. Les dragons répubücains taillèrent en pièces les troupes anglaises, ct Dessources ne
dut son salut qu à la générosité du commandant de la 8°, Pierre-Louis
Diane , qui, après l'avoir fait prisonnier, le relacba et le fit accompagner à travers les bois jusqu'aux portes de St. Marc, par dix sol
dats. Il rentra dans cette ville presque nu, couvert de boue. Sa belle
légion fut en partie exterminée; mais elle fui aussitôt réorganisée. *
Par cet échec, les anglais perdirent la ligne de lArtibonite et furent étroitément resserrés dans St. Marc.
°, Pierre-Louis
Diane , qui, après l'avoir fait prisonnier, le relacba et le fit accompagner à travers les bois jusqu'aux portes de St. Marc, par dix sol
dats. Il rentra dans cette ville presque nu, couvert de boue. Sa belle
légion fut en partie exterminée; mais elle fui aussitôt réorganisée. *
Par cet échec, les anglais perdirent la ligne de lArtibonite et furent étroitément resserrés dans St. Marc. Toussaint Louverture marcha sur le Mirchalais dont il s’empara de
nouveau, | Pendant cet intervalle Vincent, colonel du génie, homme de talents, connaissant parfaitement St. Domingue et particulièrement les
quartiers de la : Grande- Rivière , avait dressé un plan d'expédition contre Vallière , qu'oceupaient toujours les restes des nombreux africains de Jean François révoltés contre la République, que
les anglais appelaient les Vendéens de St. Pomingue et auxquels ils
fournissaient des munitions de guerre et de argent. La commission civile adoptant le plan de campagne du colonel Vincent,
confia un corps d'armée au générai Desfourneaux qui pénétra dans À ls * La légion Dessources était composée de créoles qui avaient pris parti avec
les Anglais contre la République. * 250 HISTOIRE D'HAITE—( 1797 ) le né de la Grande- Riviahss Les républicains, marchant sur quatre
colonnes , refoulérent les révoltés, aprés plusieurs combats, danse
bourg de Vailière, et les forcérent à mettre bas les armes. Cette insurrection qui avait inquiété le Nord pendant presque une année, rendit alors
le dernier soupir. Le colonei Henri Christophe se lit remarquer | dans
cette circonstance par une conduite énergique et inteiligente. Après celte expédition la culture commença à reprendre de la vie |
gueur par un systême admirable de fermage établi par le colonel Win:
ss et les chefs noirs se pénétfant de ces paroles de Sonthonax, « la liberté des noirs ne peut se consolider que par la prospérité de
« l'agriculture, » excitérent prodigieusement Les cultivateurs au travail:
Les grandes habitations, les plus belles , furent affermées à vil prix
aux chefs de couleur et Noirs ; aux ofliciers européens et aux emplo-. yés civils qui partageaient Îles bonnes grâces de Sonthonax et de "Tous" saint ouverture. Quoique les cultivateurs ne fussent pas battus, car Sonthonax avait énergiquement défendu d'employ er la verge ét Je bâion dans les aieliers, * les produits des habitations devinrent impor4
:
É
# < tans; en peu de temps de grandes fortunes s’élevèérent; cependant la. caisse. PORAAUE ne se remplissait pas. Julien Raymond qui vivait en
mésinteligence avec Sonthonax ne manqua pas de lui faire un crime
d'avoir afftrmé à ses créatures les grandes b habitations pour des sommes .
trop modiques. Il paraissait ne pas comprendre que Sonthonax ne
pouvait relever les habitations qu’en intéressant prodigicusement à leur
prospérité les chefs noirs et de couleur Ste seuls exerçaient une influe
ence réelle sur les masses.
. caisse. PORAAUE ne se remplissait pas. Julien Raymond qui vivait en
mésinteligence avec Sonthonax ne manqua pas de lui faire un crime
d'avoir afftrmé à ses créatures les grandes b habitations pour des sommes .
trop modiques. Il paraissait ne pas comprendre que Sonthonax ne
pouvait relever les habitations qu’en intéressant prodigicusement à leur
prospérité les chefs noirs et de couleur Ste seuls exerçaient une influe
ence réelle sur les masses. Les Anglais an que léciat de leurs armes s’affaiblissait sur tous les points de la colonie, eurent, recours aux moyens” de séduetions
qu'ils avaient déjà assez avantage eusement employés en 1793 et en 1794"
quoiqu ils eussent échoué auprès de Rigaud et de Bauvais. Lapointe,
major-général à |'Arc abaie, homme de couleur, fut chargé d'écrire au
général Rigaud, et de lui faire oftrir 20 ,009, 000 de francs , pour qu'il
embrassai la cause de S. M. B. Le major Ango , porteur de la leitre.
de Lapointe , se rendit au Petit Goàve sur une corvette parlementaire,
commandée par de Pet it Thouars, français du parti royaliste. Les dé: pêches furent remises à Renaud Desruisseaux qui les fi parvenir aux
Cayes. Late élait ainsi conçue : *.Ce ne fut que sous T'aussaint Louverture devent gouverneur, Cent il se
laissa dominer par les colons, qu’on employa le bâton sur les habitations, mais
non pas un bâton tricolorecommeta dit Mr de Las Cases, à la CÉatubré des
Députés de France. [es colons eussent voulu qi'on eût fait usage du bâton
tricolore sur les habitations , afin de porter les cultivateurs à haïr les couleurs
sous lesquelles la liberté générale avait été proclamée,
aint Louverture devent gouverneur, Cent il se
laissa dominer par les colons, qu’on employa le bâton sur les habitations, mais
non pas un bâton tricolorecommeta dit Mr de Las Cases, à la CÉatubré des
Députés de France. [es colons eussent voulu qi'on eût fait usage du bâton
tricolore sur les habitations , afin de porter les cultivateurs à haïr les couleurs
sous lesquelles la liberté générale avait été proclamée, F TS ENT I RO NE. re 4 SEE 2 0 HISTOIRE D’Haitie—( 1797 ) 381
« Arcahaie le 12 Juillet 1797.
_ à Au général Rigaud , commandant de la province du Sud. « La guerre que le commissaire Sonthonax allume-contre vous, doit
“ « vous convaincre de la perversité de ses projets et de sa constante
résolution de faire de St. Domingue le sépulcre de tout ce qui fut,
avant la révolution, libre et propriétaire. Cet homme aliéré de
sang, âprès avoir anéanli, ou pour mieux dire réduit à un tel point
de nullité les blancs, qu'il n’a plus rien -à craindre d'eux, appelle
la vengeance des nègres contre les‘hommes de couleur. Les malheureux blancs qui se trouvent dans son parti, pour les y amener, il a dépeint à leurs yeux les hommes de couleur comme les
-destrueteurs de Si-Domingue : le perfide sait bien le contraire ; mais
pour justifier ses atroces complots, H le répête sans cesse. Le gouvernement français feint de le croire ou le croit récllement. Il vous
a mis hors la loi; et Sonthonax, avide de tout ce qui peut contribuer à faire couler un sang qui n’eut d'autre tort que celuide l'avoir
écouté, a déjà sonné le tocsin de la mort sur la tète de ceux qu'il
appelle aujourd'hui les mulâtres. :
« De grands préparatifs sont faits contre veus : le nègre Toussaint
aidé des blancs qui ont.eu la lâcheté de se ranger sous sa banni-
« ère, emploie la vigilance la plus active pour s'ouvrir une communi-
« cation dans le Sud. (Nous le gênons à la vérité; il faudrait pour
« cela nous forcer, et la chose n’est pas aisée.) Je ne crois pas
« quoiqu'en aient dit quelques-uns de ses partisans que j'ai été à
mème de voir ces jours derniers, que son projet soit de vous attaquer à forcée ouverte. Get esclave est trop lâche pour Fentreprendre, mais je suppose qu'il compte sur l'influence que lui donne
sa couleur et le rôle qu'on lui fait jouer, sur les noirs, pour cape
ter ceux de votre province. Alors vous vous verriez réduità périr
« de la main de ses satellites, devenus plus féroces à linstigation des
« bourreaux qui arment leurs bras contre vous. « Vous connaissez sans doute la proclamation de Sonthonax par
rapport à vous ; vous aurez sans doule remarqué avec queile barbar adresse il rappelle l'affaire des nègres de la Groix-des-Bouquets connus
sous là dénomination de suisses embarqués par Caradeux pour la baie
des’ Moustiques. | 2 « Attendez-vous à ce que ce monstre consomme ses forfaits ! Atten-
« dez-vous à ce quil porte les derniers coups à la pouplation libre ;
« et que par son. machiavélisme il soit parvenu à faire de cette île
« superbe une nouvelle Guinée : la faction dont il est l'agent n'eût
« jamais d'autre but; et quoique ce terrible système soit changé en
.« France, le cruel n’a pas renoncé à ses projets. Ouvrez, je vous
« en conjure, les yeux, promenez vos regards dans l'avenir, etreA À 2 A AR À À À À x
derniers coups à la pouplation libre ;
« et que par son. machiavélisme il soit parvenu à faire de cette île
« superbe une nouvelle Guinée : la faction dont il est l'agent n'eût
« jamais d'autre but; et quoique ce terrible système soit changé en
.« France, le cruel n’a pas renoncé à ses projets. Ouvrez, je vous
« en conjure, les yeux, promenez vos regards dans l'avenir, etreA À 2 A AR À À À À x & À A Æ% ES = A À A A À A & A à LA A LS
282 | HISTOIRE D'HAÏTI—( O7 ) « courez à cetie énergie qui Sauva vous et ceux que la fortune le à « votre sort, du massacre el d'une proscription semblable à’ celle qu'iFexer- « Ga contre “les blancs’; lors de son premier voyage dans cette cotonie.* « Nous touchons peut-être au moment où une paix générale rendue
« à l'Europe, réglera’les destinées de St. Domingue. Ne serait-il pas
& fflatteur pour vous d'avoir préservé les restes Infortunés des hommes
« et des propriétés des lieux où vous commandez de la fureur dévas:
« tatrice des brigands qui ne connaissent que l'anarchie ? Groyez que
« quelle que soit la Dussanee destinée à posséder St. Domiôgue, elle
« s’estimera heureuse *& y trouver un noyau d'une colonie contre las
« quelle tant de coups ont élé dirigés: ‘et les conservateurs auront
« seuls raison. | « N'attendez pas que là guerre s'allume dans les lieux cù vous « commandez ; vous en connaissez les ravages ; ils entr aineraient infail- « liblement la destruction de ce que vous avez conservé, et le hi:
« deux en retomberait sur vous. « Je ne vous propose aucun parti :. vous êtes grand, sage. Je vous « envoie un ouvrage imprimé vers la fin de l'année dernière , Sous les
« veux du Directoire français. ** Lisez-le avec attention; cette lecture « fixera votre opinion sur tout ce qui a trait à la colonie : je désire « que vos réflexions se rencontrent avec les miennes.
« Si vous êtes jaloux de répondre à mon ouverture, j en serai en: « chanté. Ccla pourrait vous mener , sans compromettre votre hon=*
« neur, à quelque chose d'ulile à a colonie. Je suis autorisé à cette « démarche par mes chefs qui me Font fait entreprendre par 1e mo « yen de mes bâlimens armés. Vous pourrez correspondre avec roi « par ies barges de Léogane. Je ne vous indiquerai aucun moyen: « d'exécution. Peut être ne les auriez vous pas; mais ces bâtimens
« me les donnent. Celui qui protège le parlementaire chargé de Ja « présente reparaitra cinq jours après son arrivée; vous pourrez le « renvoyer; votre loyauté m'est gaürante de sa sûreté.
« Faites tout pour la perfection de votre ouvrage , sa conservation ;
« ne souffrez pas quon Île souille. Jene puis m ‘étendre davantage : « il me suffit d'avoir commencé ; continuez, el si vous le désirez, « nous nous expliquerons autrement.
« Signé, J. B. LAPOINTE. * Lapointe paraissait ne plus se rappeler que jusqu’à la proclamation
de la liberté générale il n'avait cessé de soutenir avec fureur Sonthonax et
Polvére! dans leurs luttes contre les grands planteurs et les petits blancs et
qu il avait organisé lui-même l’égorgement des blancs de l’Arcahaie. Tant qu'il
n'avait pas été question de lui enlever ses esclaves , il avait trouvé la conduite des commissaires civils très méritoire.
POINTE. * Lapointe paraissait ne plus se rappeler que jusqu’à la proclamation
de la liberté générale il n'avait cessé de soutenir avec fureur Sonthonax et
Polvére! dans leurs luttes contre les grands planteurs et les petits blancs et
qu il avait organisé lui-même l’égorgement des blancs de l’Arcahaie. Tant qu'il
n'avait pas été question de lui enlever ses esclaves , il avait trouvé la conduite des commissaires civils très méritoire. * Une brochure d’un colon contre ‘la liberté. générale # F ë -# e e
Re É Dh . + HISTOIRE p’Harri—( 1797 }) 283
| Cette lettre fait connaître la haine que les anglais inspiraient
aux hommes de couleur qui avaient embrassé, leur parti, contre les
» noirs et contre la République Française, dont le triomphe ne devait
quamener , prétendaient ts, la destruction complète des anciens libres
- de St. Domingue. Cette lettre que le général Rigaud répandit dans la ville des Cayes
y fit naîtfe la plus violente indignation contre les anglais et
les royalistes. La population jura de mourir pour la République
Française. | -
- Rigaud répondit à Lapointe : « Aux Cayes, le 29 Messidor an 5 de la République Française
« une et indivisibie. (417 Juillet 1797.) | « Le Général Rigaud à J. B. Lapointe, aux Arcahayes. « J'ai reçu avec autant de surprise que vous méritez de mépris, la
lettre que vous m'avez écrite ; et mon étonnement s'est accru à chacune des lignes que Jen ai lues.
« D'abord J'ai cru que ce pouvait être l'aveu des crimes que vous
avez commis envers votre patrie et vos frères ; je m imaginais que
reconnaissant enfin la profondeur de l'abime où vous vous êtes pré.
cipité , vous vouliez, avant de subir le sort qui vous attend, transmettre à la postérité, par mon entremise, le tableau des plates que
vous avez fuites à l'humanité: mon cœur s'ouvrait à la joie en vous
croyant encore susceptible de remords. .. mais non! vous persévérez dans le vice; et vous osez proposer à un républicain intègre
de vous imiter! de sacrifier ainsi la gloire de vous avoir combatiu,
vous et vos maîtres, d'avoir constamment résisté à vos cfforts réunis
à vos promesses et à vos menaces ! et dans quel temps, grand Dieu !
oSez-vous tenir ce laugage! au moment même où la paix rendue
à l'Europe, dites-vous , réglera les destinées do St. Domingue. Ges
destinées peuvent-elles être incertaines ? el, Lapointe peut-il se flatter d’en goûter le fruit? la colonie de St. Domingue peut-elle appartenir à une autre puissance qu'à la République Française ? et pouvez-vous espérer d'y finir paisiblement vos jours, après avoir abreuvé
celte terre de tant de sang innocent ? est-ce vous qui prenez tant
d'intérèt à mes camarades et à moi, vous qui avez fait égorger 1mpitoyablement ceux qu'il était en votre pouvoir de sauver ? vous qui
auriez. consommé, si vous Paviez pu, la destruction de tous les
« hommes de couleur ,.attachésà leur patrie, avez-vous l'audace de vous
« montrer sensible aux malheurs dont vous les croyez menacés ?
iblement vos jours, après avoir abreuvé
celte terre de tant de sang innocent ? est-ce vous qui prenez tant
d'intérèt à mes camarades et à moi, vous qui avez fait égorger 1mpitoyablement ceux qu'il était en votre pouvoir de sauver ? vous qui
auriez. consommé, si vous Paviez pu, la destruction de tous les
« hommes de couleur ,.attachésà leur patrie, avez-vous l'audace de vous
« montrer sensible aux malheurs dont vous les croyez menacés ? « Si nous avons quelques différends avec les agens que le gouverne-
« ment français à envoyés dans la colonie, c'est à ce gouvernement À Il RAR R À A: A À À À A À BA A RS AA ER B54 HISTOIRE D'HAITI. d'ou 1797 ) «
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& seul à on connaître. Nous n'avons et ne vouions avoir d'autre ape pui que sa justice. | « Si les africains pour la lbhcrié dsdidts jai conan devienent Ingrats au point de méconnaitre mes services , je n en serais pas moins fidèle à ma patrie, pas moins attaché aux sublimes principes qui m'ont dirigé: je trouverais au fond de mon cœur fa douce & & consolation d'avoir cmbrassé une cause à laquelle la mienne estnécessairement liée, et qui aurait été aussi la 1ôire , si vous aviez Con="
nu VOS vrais intérêts : mais ils né sont pas tous siinjustes à mon.
égard, et Faffection de ceux qui me connaissent, mevenge bien de Ja haine qu'on. à suggérée à Ceux qui n'ont pas été à portée de m apprécier. Au reste un républicain qu, pour fe bonheur de son pays, sait affronter la mort dans les combats, doit-il la craindre de la’ part des factions de l'intérieur? el cette crainte doit elle le porter + .
> à trahir ses devoirs, à vivre dans l'ignominie plutôt qu à mourir; s'il le faut, avec gloire et sans reproche ? « Il nest pas étonnant que vous m'avez envoyé un livré composé
par-un colon, el qui ne parle que dé ja nécessité de maintenir
l'esclavage. La lecture que j'en ai faite n’a fait que me conyvans
ere de la conformité des principes de l’auteur avec les’ vôtres et
et ceux de vos pareils. « Je dois réprimer votre insoïence, et relever le ton méprisant à avec
icquel vous me parliez du général français Foussaint Louveriure. « I ne vous convient pas de le traiter de lèche , put isque vous avez
toujours craint de vous mesurer avec lui, ni d'esciave , parce qu'un républicain français ne pêul pas être uo esclave. Ces Litres vous apparlionnent parce que vous n'avez jamais su combattre VOS en nemis qu'avec les armes de la perfidie, lorsqu'ils étaient sans défense, parce que. vous servez des hommes dont vous ré pourrez
jamais devenir légal, que vous travaillez, en les servant, à maintenir l'esclavage. Toussaint, au contraire, combas sous les dra-” pes de la hberté pour affranchir les hommes que vous asservissez,
Sa qualité de nègre ne met aucune différence entre lui et ses concitoyens , sous l'empire d'une Constitution qui n'élablit pas les digaie sur les nuances de l’épiderme. Lorsque vous aurez pris con-\ aissance de mes sentimens par la lecture de la présente, vous serez.
a doute convaincu que mon honneur serait gravement compromis,
si javais un® plus longue: correspondance avec vous. Je ne réponds
hberté pour affranchir les hommes que vous asservissez,
Sa qualité de nègre ne met aucune différence entre lui et ses concitoyens , sous l'empire d'une Constitution qui n'élablit pas les digaie sur les nuances de l’épiderme. Lorsque vous aurez pris con-\ aissance de mes sentimens par la lecture de la présente, vous serez.
a doute convaincu que mon honneur serait gravement compromis,
si javais un® plus longue: correspondance avec vous. Je ne réponds à votre ouverture que pour vous payer le juste tribut d indignation
que votre conduite liberticide et sanguinairé vous attire de la part
de tous les hommes. sensibles. Chargé de si grands forfaits ; il. me
vous resie plus d'honneur: vos chefs ont si bien senti cette vérité, qu'après m'avoir envoyé des propositions anonymes , ils vous ont chargé de m'en faire de désignées, comme n'ayant pas d'honneur
à compromettre. Mais moi qui suis jaloux de conserver le mien, ee _ £ £ …
LR SR de ar IRL LS S me té as den, 6 Sete 6 N° je. * - HISTOIRE D’HAITI.—( 1797 } 285
je ne puis plus long-temps m'’entrétenir avec un traître. Vos envoyés ne méritent pas plus d'égards que vous; car ce sont aussi
des français rebelles à leur patrie, et exposés à toutes les rigueurs:
de ses lois. Ils ne peuvent être considérés comme parlementaires,
« étant chargés d'une mission contraire à toutes les lois de la guerre.
Ge ne serait donc pas manquer de loyauté que de les retenir; et
je ne Îles renvoie que pour vous faire parvenir ma réponse. A AA À Hs À Signé. À. RIGAUD,. » + Quand Lapointe, au retour de son parlementaire, reçut la réponse
de Rigaud, il était chez lui entouré de nombreux officiers anglais de
la légion d'York. Aussitôt il se mit à vociférer contre la République
française. « Comment, dit-il, Rigaud peut-il faire l'éloge de Toussaint
Louverture? Nous avons vu Toussaint le fer et la torche à la main incendier la plaine du Nord, en égorger tous les habitans ; il a trahi le
gouvernement espagnol, égorgé la garnison de St.-Michel et tous les
‘ habitans de ce bourg; il s’est rendu à Laveaux avec 49,000 brigands
comme lui; il possède tellement la confiance du gouvernement français
au'on la nommé général en chef de l’armée de St-Domingue; c'est lui _ faire assez savoir qu’on est content de sa conduite passée, et qu'il peut
continuer à égorger, à incendier. Voilà Fhomme que Rigaud dans sa
réponse traite de brave général français ; il faut penser que ce Rigaud
est un brigand comme lui, car il n'ignore pas. sa conduite ;
Rigaud veut toujours vivre dans l'anarchie; c'est un écolier en politique; le gouvernement français l'a perdu en le nommant général de
brigade; il n’est propre qu'à se bien battre comme un eapitaine de
grenadiers; c’est un orgueilleux qui par son entêtement fera massacrer
tous lés hommes de sa couleur; si, malheureusement les anglais viennent à évacuer St-Domingue, alors il connaïtra son brave général Toussaint Louveriure ; peut-être il aura le bonheur de ne pas voir le poignard arriver jusqu à lui; mais que d’infortunés ne seront pas victimes.
Parlez-moi, ajoutait-il, de Bauvais; c'est un général brave, honnête,
un vrai patriote français; c'est dommage. qu'il soit faible; du reste il
viendra un temps où ils seront victimes de leur dévouement à la
République française. * » ji + + RCE
omingue, alors il connaïtra son brave général Toussaint Louveriure ; peut-être il aura le bonheur de ne pas voir le poignard arriver jusqu à lui; mais que d’infortunés ne seront pas victimes.
Parlez-moi, ajoutait-il, de Bauvais; c'est un général brave, honnête,
un vrai patriote français; c'est dommage. qu'il soit faible; du reste il
viendra un temps où ils seront victimes de leur dévouement à la
République française. * » ji + + RCE Pendant ce temps Pinchinat, Rey Delmas, députés au corps législatif,
et Bonnet, qui avaient été faits prisonniers par le commodore Rickets
comme nous l'avons vu, étaient sur Îes pantons en Angleterre. Comme
le gouvernement britannique n'ignorait pas qu'ils étaient hostiles à Sonthonax et qu'ils devaient l'accuser de vouloir rendre là colonie 1n_
n , . 4 à A : ) = ? " LEPCT.
* Notes de plusieurs vieux officiers de la légion d'York de l’Arcazme. 28@ HISTOIRE PHARE 1797 ) ; # dé} xendante , il les. fit parur pour France sur un navire parlementaire, M à
le Tallebot de Bayonne, alin d'augmenter les embarras du directoire
relativement à St-Domingue. Pinchinat, Rey Delmas et Bonnet débar: è
quérent à Cherbourg, le 41 on 1197 , alors que le parti ro
dominait en cette ville. | On y parlait hautement du retour de Louis XVIII. Comme Pinchinat et Bonnet se montraient zélés républicains, [a municipalité de”
Cherbourg , sous prétexte qu'ils étaient des agilateurs, les mit Sous la.
surveillance de la police; er ils ne purent paraître dans les rues, qu ac_compagnés chacun d'un gendarme. Mais le commissaire du gouvernenent de Cherbourg qui était républicain, annula la mesure prise à
leur égard par la municipalité, et les rendit pleinement à la libertés
Enfin la journée du 4 Septembre 1797, contre le parti royaliste, écla=
ta; le parti républicain domina de nouveau souverainemient à Cherbourg comme dans tout le #reste de lg France, et Bonnet n'étant plus
contrarié par la municipalité se disposa à se rendre à Paris, où 1l
déploiera la plus grande activiié-pour détruire l'impression ficheuse
que les directeurs, et la plupart des membres du corps législatif avaient
reçue relativement à Rigaud, par les rapports de la commission civile de
St-Domingue. En atiendant son départ pour Paris, il se mit à travail
ler à un mémoire justificatif de la conduite de Rigaud, se proposant
d'attaquer le commissaire civil Sonthonax aussitôt qu il reviendrait en
Frange. Quant à Pinchinat, dans un mémoire du 31 Octobre, il repoussa victorieusement toutes les accusations de Sonthonax contre
lui, surtout celles relatives à l'indépendance de St-Dowingue.
les rapports de la commission civile de
St-Domingue. En atiendant son départ pour Paris, il se mit à travail
ler à un mémoire justificatif de la conduite de Rigaud, se proposant
d'attaquer le commissaire civil Sonthonax aussitôt qu il reviendrait en
Frange. Quant à Pinchinat, dans un mémoire du 31 Octobre, il repoussa victorieusement toutes les accusations de Sonthonax contre
lui, surtout celles relatives à l'indépendance de St-Dowingue. Pendant cet intervalle Toussaint maître des Verrettes se résolut à
s'emparer du Mirebalais qui était occupé par le vicomte de Bruge.
Celui-ci tout en dépouillant les habitants de couleur qui étaient sous
son autorité, exerçaient sur eux toutes sortes de cruautés. Toussaint
marcha contre ce bourg qu'il assiégea, pendant que le colonel Chris:
tophe Morney à. la tête de la 8.e coloniale forte de 2509 hommes gardait le passage du Trianon. Le générai Simcoë envoya l'ordre à Lapointe d'aller dégager le Mirebalais. Celui-ci se mit en campagne avec
3,000 hemmes de la légion d’York, traversa le Fond Blane, afin de faire
jonction à St-Michel avec les troupes anglaises qui étaient parties du
Fort-Républicain. Le baron de Montalembert qui commandait la division anglaise du Port-Républicain, rencontra à Trianon Christophe
Morney , fut repoussé et baitit en retraite. De Bruge, apprenant las
défaite de Montalembert, évaeua le Mirebalais. La colonne de Lapointe
qui était parvenue au- delà du Boucassin reçut l'ordre de rétrograder. La- m
pointe se retrancha sur l'habitation Dégaux aux Matheux. Mais comme il
s’aperçut que le G Dessalines marchait sur lui avec des forces supérieu- «
res, il abandonna sa position, se rendit au grand fort du Boucassin, en con- ««
fia le commandement au capitaine Moreau et,se retira à l Arcahaie, ‘avec
presque louie sa légion. Ge fort était armé de trois pièces de cañon, 4
grader. La- m
pointe se retrancha sur l'habitation Dégaux aux Matheux. Mais comme il
s’aperçut que le G Dessalines marchait sur lui avec des forces supérieu- «
res, il abandonna sa position, se rendit au grand fort du Boucassin, en con- ««
fia le commandement au capitaine Moreau et,se retira à l Arcahaie, ‘avec
presque louie sa légion. Ge fort était armé de trois pièces de cañon, 4 HISTOIRE B'HAITI.—( 1797 }. 29% et la garnison n'en était que de cent soixante dix hommes. L'ennemi
ne pouvalt y arriver que par un seul chemin à travers un mornet quil dominait. Un ravin séparait le mornet de la fortification.
Dessalines, après avoir inutilement sommé la garnison royaliste de
mettre bas les armes, fit ses dispositions pour l'attaque. Il avait sous
ses ordres cinq demi-brigades qui fournissaient 8,000 hommes. La
4,7 et la 2.° demi brigades du Cap se raugèrent sur le monticule; la
4.° s'établit à gauche du fort derrière les eaux de l'habitation Garescher:
la 7°, après avoir essuyé le feu de la redoute, traversa l'habitation
Torceile et s'établit à Duclos ; elle coupa les communications de la garhison avec l’Arcahaie. Les deux régimens du Cap commencèrent le feu.
On se battit avec acharnement pendant toute la journée ; l'artillerie
du fort fit de grands ravages dans les rangs des républicains. Deux
jours après , Lapointe partit de l'Arcahaiïe , traversa l'habitation Poix la
Générale et marcha contre Dessalines, à la tête de sa légion. I cul:
buta en personne la 4° demi-brigade, secondé par le vicomte d' Alzune,
heutenant-colonel de la légion d'York, pendant que le chevalier de
Peste taillait en piéces la 7° demi-brigade dont le colonel Charles Bélair faillit d'être fait prisonnier. Les républicains furent enfoncés sur
tous les points, et Dessalines se retira à l'Artibonite avec précipitation, autravers des montagnes, après avoir perdu plus de 600 hommes.
Toussaint Louverture ne put jamais pénétrer dans les Arcahaies,
du temps de la domination anglaise; le major Lapointe qui repoussa
toujours toutes ses aliaques , admiuistrait admirabiement ce quartier.
Les Arcahaies fournissaient chaque année, à celte époque, plusieurs
millions de livres de sucre brut, et plus de 5 miilions de calé. Il est
vrai que le système odieux de l'esclavage et parconséqueni le travail
forcé, y étaient en vigueur. | Dans le courant du mois d'Août, le général Simcoë retourna en Angleterre, dégouté d'une guerre désastreuse. Lé général Whyte qui le remplaça, n'obtint pas plus de succés que
son prédécesseur malgré tous ses efforts. Le résuliat de fa lutte ne
pouvait être douteux : la République Française qui avait proclamé la
liberté générale devait l'emporter sur le gouvernement britannique qui
avait rétabli la servitude.
ant du mois d'Août, le général Simcoë retourna en Angleterre, dégouté d'une guerre désastreuse. Lé général Whyte qui le remplaça, n'obtint pas plus de succés que
son prédécesseur malgré tous ses efforts. Le résuliat de fa lutte ne
pouvait être douteux : la République Française qui avait proclamé la
liberté générale devait l'emporter sur le gouvernement britannique qui
avait rétabli la servitude. Pendant cet intervalle, l'ambition de Toussaint, général en chef
des armées de S'-Domingue, s'était prodigieusement développée. il
n'avait pas-contrarié la nomination de Sonihonax comme député au
corps législatif, parce qu'il souhaitait ardemment quil quitta ia colonie. Cependant Sonthonax qui n'avall pas encore reçu le décret qui
le rappelait en France, ne partaitpas. HN y avait une sorte d hostilité
entre lui et son collègue Julien Raymond qui prètait l'appui de son
autorité à Toussaint Louverture. Pascal le secrétaire de la commission civile se montrait aussi tout dévoué au généraken-chef. Toussaint
étant devenu une puissante influence en laquelle on reconnaissalt Un 288 HISTOIRR D'aartr—( 1797 } brillant avenir, tous les regards se tournaient vers Jui. Sonthonax quil
avait remarqué que cette influence pouvait échapper à la direction den
la métropole, s'efforçait, lui qui l'avait établie, d'en arrêter le déve
Joppement. Quant aux hommes de couleur 1l avait rompu en visiére
avec Eux, dés sa première mission, aussitôt qu’il s'était aperçu qu ils,
ne vouhient être dévoués à la commission civile qu'autant que celle ei
se serait soumise à Icur influence. Il avait pris le noir par la mains
l'avait élevé, lui avait servi de tuteur; maintenant le noir, devenu. ù
majeur, exigeait à son tour, quil se soumit à la prépondérance qu'il.
lui avait donnce. SontHotas commença à traiter d'ingrate général
Toussaint Louverture. Julien Raymond et Pascal en avisérent le géné-.
ral en chef qui se rendit au Cap. Toussaint d’une profonde dissE"
mulation parut être affligé de la mésintelligence qui régnait entreles
deux commissaires eivils. 1 écouta les invectives, contre Sonthonax,
de Julien Raymond, et de Pascal qui venait de donner sa démission
il ne leur répondit fien, vit Sonthonax, et parvint à amener entre
celui-ci et son. collègue une explication qui pare franche et sincère; il partit ensuile pour l'Afibonite.
au Cap. Toussaint d’une profonde dissE"
mulation parut être affligé de la mésintelligence qui régnait entreles
deux commissaires eivils. 1 écouta les invectives, contre Sonthonax,
de Julien Raymond, et de Pascal qui venait de donner sa démission
il ne leur répondit fien, vit Sonthonax, et parvint à amener entre
celui-ci et son. collègue une explication qui pare franche et sincère; il partit ensuile pour l'Afibonite. Mais aussitôt après son départ Sonthonax envoya dans l'Ouest Pade
judant-général Mentor pour y remplir une mission secrète. Au retour
de celuici, il se brouilla de nouveau avec J. Raymond, et traita Toussaint d'ambitieux et d hypocrite.” Riymond en avisa le général en
chef par un habitant nommé Sallenave; et le 18 Thermidor (5 Août}
le général Moyse vint du Fort Liberté an Cap, Hannonça à Raymond
la visite de Toussaint Louverture. La présence de Moyse au Cap inquiéta Sonthonax qui craignit que le général en chef n’eût conçu
lidée de le déporter. Ses craintes élaient fondées , car dès que
Toussaint arriva au Cap, il témoigna à Raymond le désir d'embarquer le commissaire civil. Raymond qui parut s'y opposer n'en était
pas fâché; 1l favorisa cependant une entrevue chez Pascal entre Sonthonax et Toussaint , et il y eut entre eux une réconciliation quin’é=
Lait que feinte de part et d'autre. Pour affaiblir l'audace de Toussaint,
Sonthonax lui dit qu'il avait appris que la paix avait été rétablie en«
Europe, et que la France allait envoyer à St-Domingue des forces considérables. Mais Raymond et Pascal eurent soin de faire savoir ‘au
général en chef que ces nouvelles avaien! été inventées par Sonthonax. Pendant ce temps, Îles agens de Toussaint rép Een dans
le peuple et dans l'armée les bruits les plus calomnieux - su
Sonthonax ; ils l'accusaient d'être un ennemi secret de la liberté
des noirs ; et le colonel Christophe le représentait comme un brigand:
Toussaint lui-même prétendait que Sonthonax lui avait proposé d'égorger tous les blancs, de gouverner Île pays avec lui, et qu : ne l'avait
ébranlé dans ses projets” qu'en lui demandant froidement: « Eh bien!
Ca que forai-je de vous?» 11 fit même imprimer la cover EE dans ; s_ HISTOIRE D'HAITI.—( 1797 ) 289 laquelle Sonthonax lui aurait tenu ce langage. L'agitation était à son
comble dans la ville du Cap; tout annonçait une prochaine éXblosion.
Enfin pour éviter à la eolonie de nouveaux malheurs, Sonthonax promit à Toussaint de partir pour France, sous trois jours.
Alors le général en chef eut pour lui tous les égards qu'il devait
au représentant de la France, et lui écrivit la lettre suivante :
Au quartier-général du Cap-Français, le 3 fructidor, an 5
(20 Août 4797). TOUSSAINT LOUVERTURE, Général en chef de l’ârmée de St-Dominque,
au ciloyen Sonrnonax, Représentant du peuple et Commassaire délégué
aux Îsles sous le vent. « Citoyen Représentant, « Privés depuis longtemps de nouvelles du gouvernement français,
« ce long silence affecte les vrais amis de la République. Les ennemis
« de l'ordre ét de la liberté cherchent à profiter de l'ignorance où nous
a sommes pour faire circuler des nouvelles, dont le but est de jeter
« le trouble dans la colonie. ñ f
Sonrnonax, Représentant du peuple et Commassaire délégué
aux Îsles sous le vent. « Citoyen Représentant, « Privés depuis longtemps de nouvelles du gouvernement français,
« ce long silence affecte les vrais amis de la République. Les ennemis
« de l'ordre ét de la liberté cherchent à profiter de l'ignorance où nous
a sommes pour faire circuler des nouvelles, dont le but est de jeter
« le trouble dans la colonie. ñ f « Dans ces circonstances, il est nécessaire qu'un homme instruit
« des événemens, et qui a été le témoin des changemens qui ont
« produit sa restauration et sa tranquillité, veuille bien se rendre
« auprès du Directoire-Exécutif, pour lui faire cennaître la vérité. « Nommé député de la colonie au corps législatif, des circonstances
« impérieuses vous firent un devoir de rester quelques temps encore
« au milieu de nous: alors votre influence était nécessaire; des trou-
« bles nous avaient agités; il fallait les calmer. Aujourd'hui que l'or-
« dre, la paix, le zèle pour le rétablissement des cultures, nos suc:
« cès sur nos ennemis extérieurs et leur impuissanee, vous permet-
« tent de vous rendre à vos fonctions, allez dire à la France ce que
« vous avez vu, les prodiges dont vous avez été témoin , et soyez tou-
« jours le défenseur de la cause sacrée que nous avons embrassée, et
« dont nous sommes les éternels. soldats. « Salut et respect, etc. . « Toussaint LOUVERTURE. »
Voilà ce que Toussaint déjà entaché de royalisme éeriveit à Sonthonax
Fimmortel républicain qui, par dévouement à la cause des noirs , l'avait
fait parvenir à la plus haute dignité de la colonie.
Sonthonax fut indigné en recevant cette lettre; au lieu de partir,
il tenta de résister à Toussaint Louverture qui ayant obtenu la pré-. “ ‘290 HISTOIRE D'HAITI.—( 1797 )
« Toussaint LOUVERTURE. »
Voilà ce que Toussaint déjà entaché de royalisme éeriveit à Sonthonax
Fimmortel républicain qui, par dévouement à la cause des noirs , l'avait
fait parvenir à la plus haute dignité de la colonie.
Sonthonax fut indigné en recevant cette lettre; au lieu de partir,
il tenta de résister à Toussaint Louverture qui ayant obtenu la pré-. “ ‘290 HISTOIRE D'HAITI.—( 1797 ) ‘pondérance politique pour lesnôouveaux libres voulait gouverner la colome, |
mon plus d'apres les intérêts de a République Française, mais d'a- «
près,ses vues personnelles, tout en faisant un pacte avecules restes.
de l'ancien parti colonial qui lentourait déjà de ses séductions. Quant
aux anciens libres ils s'étaient éloignés du commissaire eivil aussitôt
qu'ils avaient obtenu de son énergie l'exécution des décrets de:la 1mé- M
tropole qui les élevaient au rang des blancs. Ceux-ci que Sonthonax
avait frappés énergiquement en faveur des noirs et des jaunes | avaient
aussi abandonné; et en haine de la sévérité de son républicanisme ,
ils préféraient à son aulorité celle de Toussaint de principes moins
sévères. Ainsi finissent, à la honte de humanité, la plupart de ces
hommes à convietion: politique qui: poussent à bout un principe el ne
transigent pas sur leur devoir. On profite desbienfaits que leurénergique loyauté à répandus sur l'humanité , et pour n'être pas tourmenté:
par la reconnaissance , on les poignarde. "t | s
Sonthonax se ‘trouvait sans appui. Cependant il réunit chez lui les
colonels des régiments du Cap, et les autres autorités militaires; 1
les excita contre ceux qui voulaient, disaitil, livrer la coloniesaux
anglais, et les exhorta à s'opposer: à leurs projets liberticides. : Hdéclara au colonel Vincent , européen, directeur général du génie,.gagné au parti de Toussaint, que sa résolution de partir Inavait été
que conditionnelle; Vincent {ui répondit que son consentement à sem
barquer -avait été donné , sans restriction ; il le nia , et.fit sun «appel ”
aux. officiers qui l'entouraient; mais tous demeurérent muets, excepté
les généraux Mentor et Léveillé, qui jurérént de lui ‘éemeurerotoujours fidèles : 11 ordonna d'occuper les postes. Vincent sortitrde Îa
salle, courut chez Raymond ét lavertit de ce qui se passait. Raymond et Pascal assurés de l'appui du général en chef, -coururent chez
Sonthonax et [ui reprochèrent amèrement sa conduite. I y eut au
Cap une grande agitation pendant plusieurs jours. di, 1
Pendant cet intervalle Toussaint était à la Fetite-Anse avec des forces
considérabies., et menaçait Sonthonax de toute sa fureur s'iln'abandonnait
pas la colonie. Le commissaire civil redoutant. les malheurs qui allaient
fondre sur la ville , se délermina à partir. Dans Ja nuits du 2uau 3
Septembre 1797, le général Agé blanc européen, du part dewToussaint , chef de l'état major général de l’armée, redowant l’audace de
Sonthonax, ét craignant qu'il ne s'embarque pas, se-rend chez Raymond , lui annonce que le commissaire civil ne songe plus à partir,
qu'il excite les citoyens à, soppeser à son embârquement, et que le
général en chef instruit de ses desseins, va se précipiter sur la ville.
avec 20,000 hommes. Raymond terrifié, se détermine à «envoyersune
lettre à Toussaint pour, l’exhorter à attendre. jusq'au jour ; mais-pen=
dant qu'il écrit, un coup de canon se fait entendre , puis deux autres; d'alarme se répand dans la ville; chaeun court aux armes. Agé.
part, avec la lettre de Raymond, suivi de Mr. Assaretto , capitaine.
chef instruit de ses desseins, va se précipiter sur la ville.
avec 20,000 hommes. Raymond terrifié, se détermine à «envoyersune
lettre à Toussaint pour, l’exhorter à attendre. jusq'au jour ; mais-pen=
dant qu'il écrit, un coup de canon se fait entendre , puis deux autres; d'alarme se répand dans la ville; chaeun court aux armes. Agé.
part, avec la lettre de Raymond, suivi de Mr. Assaretto , capitaine. / HISTOIRE D’HAITI.—( 1707 } | 291 dewaisseau au service de l'Espagne, et arrive à la Petite Anse auprès
de Toussaint, qui se rend au Cap suivi de plusieurs escadrons. Le _ reste de la muit se passa sans tumulte. Le 3 Septembre, Sonthonax, à six heures du malin , traversa la ville, le. chapeau à la main, au milieu de la foule qui, pleine de respect, le suivit jusqu'au rivage. EL
s'embarqua sur l'indien avec sa famille qu'il s'était créée à St. Domingue-en épousant une femme de couleur, ainsi qu'avec les généraux
Mentor, Léveillé et une foule d’autres officiers noirs et de couleur:
» Toussaint -Louverture dont le tact égalait l'ambition écrivit une nou
velle dettre à Sonihonax, pensant que la première quil Jui avait
adressée n'était pas assez respectueuse. Il contraignait le représentant de la France à: pariir, tout en se prosternant, devant lui, l «Citoyen Commissaire , « Le vœu du peuple de St Domingue s'était fixé sur vous, pour
«de représenter au corps législatif ; dans lalettre que nous vous avons
« écrite, nous avons voulu joindre notre assentiment particulier à la
«lvolonté générale; si les ennemis, de la liberté s obstinent encore à:
«vous poursuivre, dites-leur, que nous avons prolesté de rendre leurs:
< Cflorts impuissans , et que nos moyens sont notre courage, noie
«l persévérance, notre amour du travail et de l'ordre. Gest par nos
e vertus et notre attachement à ta République qe nous répondrons à leurs.
« calomuies, et, d'après ce que nous avons vu dans la colonie, vous
€ avez déjà senti quil nous était aussi facile de défendre notre cause
« que de terrasser nos ennemis. « Salut et respect, etc:
…@ Signé, ToussanTr LOUVERTURE, »
b'Indien appareïlla pour TEurope, et Sonthonax pari't se repen- {ant d'avoir élevé si haut un homme qui avait tromp> son attente ,:
mais-ne se repentañt nullement de ce qu'il avait fait pour Fa race noire. -Ländien. «battu par la tempête relècha au Ferrol en Espagne: le 44 Novembre 1797.
Quand Sonthonax revint à St. Domingue en 4796, il était animé
des mêmes. sentimens quen 4792, 1793 et. 1794; c'était le même
commissaire ‘civil, affrontant Fa mort, méprisant les. intérêts privés :
marchant en. butte à tous les poignards et ttravatiant au triomphe
définitif des nouveaux libres ; e’était cet ardent révolutionnaire poursulvanteelte idée: radicale : « périssent les colonies plutôt qu'un principe. »
Mais il rencontra un obstacle que ses mains avaient dressé : l'enfant
devenu majeur , inquiet sur son avenir , plus confiant enses propres
lumières et en ses propres forces; rèvant à une indépendance pleine
ant en. butte à tous les poignards et ttravatiant au triomphe
définitif des nouveaux libres ; e’était cet ardent révolutionnaire poursulvanteelte idée: radicale : « périssent les colonies plutôt qu'un principe. »
Mais il rencontra un obstacle que ses mains avaient dressé : l'enfant
devenu majeur , inquiet sur son avenir , plus confiant enses propres
lumières et en ses propres forces; rèvant à une indépendance pleine 292 HISTOIRE D'HAITI— ( 1797 ) « et entière, s’arracha violemment de: la tutelle de celui qui avait eniouré son jeune âge de tnutes sortes de sollicitudes. Le général Pétion,
devenu Président d'Haïti, n'oublia pas les services que Sonthonax avait
rendus à la race noire: il le plaça toujours dans ses conversations par-
-mi les fondateurs de notre liberté. Pendant cet intervalle les députés du Sud et âe l'Ouest de St. Domingue, Pinchinat et Rey Delmas, s'étaient rendus de Cherbourg à
Paris. Ils étaient arrivés le 47 Décembre dans la capitale de la France.
Après avoir été consignés à Cherbourg pendant on mois, ils avaient
obtenu la faculté de se faire entendre. Quant à Bonnet, Loujours retenu à Cherbourg , il fut obligé d'adresser au Conseil des Cinq Gents
une pétition par laquelle il demanda qu'il lui fut permis de se rendre
à Paris pour défendre le général Rigaud contreles accusations de Son-"
thonax. Le Conseil des Cinq Cents demanda séance tenante , des explications au Directoire exècuif sur les dispositions de la pétition ;
aiors le Directoire manda à Paris le chef d’'escadron Bonnet. Quant
à Lachapelle et à Garigoux, ils avaient trahi la cause de leurs commettans et avaient lancé contre eux un fibelle. Pinchinat, Rey Delmas et Bonnet eurent une audience particulière du ministre de la
murine qui entièrement sous l'influence des rapports de la commission civile, leur parla de Rigaud comme d’un traître à la patrie ; ce
ne fut pas sans peine qu'ils parvinrent à aflaibhir la fâcheuse opinion qu'il
avait des hommes de couleur du Sud. Bonnet qui venait de recevoir
la réponse que Rigaud avait faite à Lapointe, la transerivit à la fin
d'un mémoire qu'il fit publier en faveur de son général. Cet écrit
ramena un peu l'opinion publique en faveur de Rigaud. Pendant ce temps , le général Hédouvilie, le pacificateur de la
Vendée, avait éié nommé commissaire civil pour St. Domingue , avec.
des pouvoirs illimités. Il état plein de préventions contre Île général
Rigaud, qu'il ne connaissait que d'après les rapports de Sonthonax ;
mais aprés quelques entreliens qu'il eut avec Piachinat, il crut découvrir que les partisans de Rigaud étaient les véritables français de
St. Dominguc. Pinchinat en fut enthousiasmé, et il écrivit au général
Rigaud que le général Hédouville allait se-couvrir de gloire, en ramenant ja paix ‘et le bonheur à St. Domingue; que c'était l'heureux
Aro dr il ürait de sa mission. Il lui dit dans un des passages de
sa lettre: « Vous connaissez, général, le zèle que j'ai montré imper:
«_ turbablement pendant le cours de la révolution , mon cœur pour
« Ines COnCiloyENs , mon amilié pour vous en particulier ; hé bien,
« Cesi à tous ces titres chers à mon cœur que je crois pouvoir vous.
« assurer ainsi qu'à tous mes frères et amis, que personne ne possède
l'heureux
Aro dr il ürait de sa mission. Il lui dit dans un des passages de
sa lettre: « Vous connaissez, général, le zèle que j'ai montré imper:
«_ turbablement pendant le cours de la révolution , mon cœur pour
« Ines COnCiloyENs , mon amilié pour vous en particulier ; hé bien,
« Cesi à tous ces titres chers à mon cœur que je crois pouvoir vous.
« assurer ainsi qu'à tous mes frères et amis, que personne ne possède à un plus haut degré que le général Hédowville , les qualités propres à la pacification et à la restauration de St. Domingue. De même qu'il s'est distingué à la tête des armées en Europe, de même il sera mas HISTOIRE D’HAITI.—( 1797 ) 293 « gistrat intègre et vertueux dans les antilles. » Pinchinat et Rey Del.
mas ne purent entrer au corps législatif, parceque leur élection avait
eu lieu en Avril 1796, àvant l'agrivée ofticielle à Su. Doingue , de
la Constitution de l'an 3. Aussi écrivaitil à Rigaud. « Dites à tous
« mes conciloyens; que, quoique non admis au corps législatif, je
« n'en défendrai pas avec moins de zèle et d'énergie la cause de l'in-
« nocence opprimée. » De son côté , Sonthonax arrivait à Paris, et faisait annoncer à la députation de St. Domingue, son entrée dans la capitale,
Peu de jours après, il prèta son serment comme député au Conseil
des Cinq Cents, et rendit compte de sa mission. Quant à Mentoril
ne fut admis au Conseil des Cinq Cents, qu'aprés plusieurs discussions sur la validité de son élection ; le jour qu'il prèta son serment,
il prononça un discours contenant l'expression de l'attachement et de
la filélité des noirs à la Constitution de l'an 3. Sonthonax en rendant compile de sa mission avait attaqué sans ménagement la conduite du général Rigaud et celle des hommes de couleur
en général. Bonnet fit publier un nouveau mémoire en réponse du
discours de Sonthonax. Pinchinat, de son côté en fit un dans lequel
il représenta lex-commissaire civil comme l'auteur des maux de St.
Domingue. Ces mémoires lus à la tribune, au Conseil des Cinq Cents,
furent combattus par Sonthonax qui ne convainquit pas l'assemblée de
la pureté de ses intentions, pendant sa seconde mission. Il fut violemment arraché de la tribune, pendant que plusieurs députés lur criaient qu'il puait le sang, et quil se croyait à St. Domingue. * Après avoir parlé des partis qui partageaient S'Domingue, Bonnet dit dans son. mémoire : .« Dans le parti de la liberté étaient tous les blancs vertueux et magnanimes, tous les noirs ci devant esclaves et désarmés , ** et les hommes de couleur dont le plus grand nombre était
libre, instruit et propriétaire, mais qu'un préjugé, aussi cruel qu'in
juste et dénaturé , séparait encore. dans l'opinion, de la caste des dominateurs. *** On sent que le parti de la liberté avait dans ceux ei un
appui très-puissant et très actif, et qu'ils étaient pour les philantropes
blancs, et pour les noirs affranchis, des garants sûrs d'une fidélité
inviolable aux principes de l'égalité des droits. La nature semblait les
avoir placés entre la famille innombrable des noirs, et la famille trop
peu nombreuse des blancs, comme un terme moyen d'amitié, de bienveillanee et d'amour , dans lequel devaient s’absorber toutes les haines,
-puissant et très actif, et qu'ils étaient pour les philantropes
blancs, et pour les noirs affranchis, des garants sûrs d'une fidélité
inviolable aux principes de l'égalité des droits. La nature semblait les
avoir placés entre la famille innombrable des noirs, et la famille trop
peu nombreuse des blancs, comme un terme moyen d'amitié, de bienveillanee et d'amour , dans lequel devaient s’absorber toutes les haines, * Bonnet. ** Désarmés par l'émancipation générale. *** Bonnet aurait dû dire que le plus grand nombre des hommes de couleur et la plus grande partie des noirs étaient dans le parti de la liberté,
et non pas tous, à 294 HISTOIRE D'HAITI Le ( 1797 ) toutes les injustices , toutes les vengeances. On peut dire que la nature prévoyante avait introduit exprés cette nouvelle race d'ailianeeentre deux races trop long temps divigées , pour les faire s’embrasser bien:
tôt sous les auspices de la liberté. Les hommes de couleur ont rempli avec un saint zèle ces fonctions augustes de conciliation, auxquelles
leur destinée les appelait. Enfans de deux familles du genre humain, ils ont rappelé l'une et l'autre à l'humanité qui les unissait. Le souvénir de la tyrannie dans les uns, et le désir de la vengeance: dans
les autres , à ‘cédé au souvenir -de leur longue alliance, dont lesshomsmes de couleur sont le gage bicenfaisant. Et dans ce passage brûlant
de ia tyrannie à l'égalité, de l'esclavage à Ja liberté, les hommes de
couleur n'ont cessé de bien mériter de la patrie, de l'humanité, desla nature. Fidèles à leurs parens des deux couleurs, enfans de l Europe etde
l'Afrique rapprochees, ils n'out jamais oublié que le sang: qui coule : dans leurs veines est un sang d'alliance et de paix: et leur igilante
piété n’a cessé de garantir à leurs pères et à leurs frères «leurs droits
des plus sacrés. Lés noirs ont trouvé en eux: un appuiscertain qürles
rassurait contre le rétablissement de. l'esclavage de la part des “blanes.
Les blancs ont trouvé en eux un appui contre/les vengeances du noir,
Les hommes de couleur ont trouvé leur bonheur et leur. sûreté dans
le salut de tous. Et la politique la plus raffinée ne pouvañ inventer,
‘au milieu de tant de violences , un moyen de neutralisation plus puissant. On n'hésite pas à le dire, les hommes de couleur ont été dans ele Nouveau-Monde le gage de la réconciliation du genre humain:
Toussaint avait su profiter de toutes Îles circonstances qui pouvaient
le faire grandir dans l'opinion de l’ancienne aristocratie coloniale, et
développer son ambition. H se trouva, après le départ de Sonthonax,
l'homme, sans contredit, le plus puissant de la colonie. Craignant que
l'ancien commissaire civil ne le représentät au Directoire conme travaillant à l'indépendance de St. Domingue , il fit partir pour France,
le colonel du génie , Vincent, chargé de dépèches par lesquelles il
prétendait qu'il n'avait jamais songé à trahir la Métropole. … Il promettait au Directoire de relever la “eolonie dé ses ruines , et dans une
de ses lettres il lui disait: « Aujourd'hui, il n'y a plus de motifs à
« des agliations intérieures ; je réponds, sous ma responsabilité per-
« sonnelle , de la soumission à Pordre, et du dévouement à la France,
du génie , Vincent, chargé de dépèches par lesquelles il
prétendait qu'il n'avait jamais songé à trahir la Métropole. … Il promettait au Directoire de relever la “eolonie dé ses ruines , et dans une
de ses lettres il lui disait: « Aujourd'hui, il n'y a plus de motifs à
« des agliations intérieures ; je réponds, sous ma responsabilité per-
« sonnelle , de la soumission à Pordre, et du dévouement à la France, a de mes frères les noirs. Vous pouvez compiler prochainement, ci-. « toyens directeurs, sur d'heureux résultats, el vous verrez bientôt,
« si j'engage en vain ma responsabilité et vos espérances. »
Cependant le gouvernement français découvrit, tant par ces lettres, \ que par les rapports de ceux qui arrivaient de la colonie en Europe, que Toussaint était devenu si puissant , qu'il était presque en son
pouvoir, ou de conserver à tout jamais la colonie , Sous la domination
française , ou de la lui cie. D'une ‘autre part, les protestations de dévouement du général en chef obligeaient à user de ménagemens L 2 HisrToiRe D’Hatri.—( 179% ) : 205 à son égard. Le Directoire avant de prendre aucune détermination
ni envers Toussaint ni envers Rigaud, attendait le départ d'Hédouville pour St. Domingue, ses rapports, et le résultat de sa mission.
Déjà Toussaint avait été instruit de la prochaine arrivée d’Hédouvillé
à St. Domingue; et pour ôter à la France tout prétexte de nier ses
services , 1l prit la résolution de chasser les anglais de toute l’île,
avant que le nouveau commissaire y débarquât. Du reste Rigaud qui
lui portait aussi quelque ôombrage s'était couvert d’une grande gloiré
dans le Sud; ïl voulait Péclipser par l'éclat de la sienne; car on né
domine une population, au milieu des grandes agitations politiques,
que par le prestige des armes.
�ter à la France tout prétexte de nier ses
services , 1l prit la résolution de chasser les anglais de toute l’île,
avant que le nouveau commissaire y débarquât. Du reste Rigaud qui
lui portait aussi quelque ôombrage s'était couvert d’une grande gloiré
dans le Sud; ïl voulait Péclipser par l'éclat de la sienne; car on né
domine une population, au milieu des grandes agitations politiques,
que par le prestige des armes. 1787. Sommaire. Pétion prend le fort de la Coupe.—ÆExpédition contre le camp Thomas
— Mort de Doyon — Dessalines incendie les montagnes de l’Arcahuie.—Il en est chassé
par Lapointe —Nesbit remplace Whyte.—Hédouville part pour Rochefort. — Objet de
sa mission à St. Domingue-—Démarches de Bonnet en France en faveur de Riques Casting à Paris—Familie Beauharnais.—Boisrond demande au Conseil
es Cinq Cents l'admission de Pinchinat et de Rey Delmas, Projets de Chol..
let relatifs aux élections de St. Domingue—Le corps législatif annulle les élections faites dans toute la République avant l’acceptation par le peuple de la Constitution de lan 3.—Pinchinat et Rey Delmas non admis au corps législatif recoivent pour les frais de leur voyage en France, chacun 6000 fr.— Relations entre.
Maitland et Toussaint © Traité entre Toussaint et Maitland pour l'évacuation du
Port-Républicain —Hédouville débarque à Sto -Domingo.—[l se rend au Cap —Tous:
saint sy transporte — Démarche de Lapointe auprès d'Hédouville.—Les anglais évacuent le Port Républicain.—-Entrée solennelle de Toussaint au Port-Républicain —
Blanchet bat les anglais au camp Thomas.—Rigaud envahit la Grand’'Anse ; ses
troupes prennent possession de Jérémie.—-Hédo:ville traite de la reddition du Môle avec.
Maitland.— Le traité est rompu par Maitland qui traite avec Toussafnt —Réception
magnifique de ‘Toussaint au Môie—"T'oussaint reçoit Maitland dans son camp—
Lettre de Roume—Réponse de Toussaint, — Conférences de ‘Toussaint avec Maitland relativement à l'indépendance de St Domingue.—Les anglais évacuent le
Môle.—Pertes éprouvées par les anglais à St Domiugue. | Pendant que la puissance de Toussaint grandissait à S:-Domingue ,
la domination anglaise s'y affaiblissait de plus en plus. Dans le courant du mois d'Août 1797, le général Simcoë, comme nous l'avons:
vu, était retourné en Angleterre, dégoûté d'une guerre dont les résultats devaient être désastreux. Le gouvernement britannique absorbé
par les affaires européennes, négligeait celles de St-Domingue. Le
général White qui avait remplacé Simcoë, ne trouva pas dans la coJonie plus d’élémens de succés. | | Les Anglais occupaient encore la Grande Anse, le Môle, l’Areahaie,
St-Mare, le Port-Républicain et plusieurs camps qui avoisinaient cette
dernière ville, tels Que ceux de Fourmi, de Grenier et de la Coupe. . Lefort de la Coupe qui prôtégeait le Port Républicain, du côté Est, des es. A LL oct : HISTOIRE D'HAITI ——{ 1798 ) | 297 % incursions des républicains, renfermait un dépôt considérable d’ärmes
et de munilions. S
, l’Areahaie,
St-Mare, le Port-Républicain et plusieurs camps qui avoisinaient cette
dernière ville, tels Que ceux de Fourmi, de Grenier et de la Coupe. . Lefort de la Coupe qui prôtégeait le Port Républicain, du côté Est, des es. A LL oct : HISTOIRE D'HAITI ——{ 1798 ) | 297 % incursions des républicains, renfermait un dépôt considérable d’ärmes
et de munilions. S Le général Laplume qui commandait à Léogane, ordonna à l'adjudant général ‘Pétion de chasser les Anglais des mornes. de la Coupe,
il avait son quartier-général au carrefour Massou.- Un fort détachement de la légion de l'Ouest partit de Léogane, longea la Rivière-Froide,
et atteignit les hauteurs de l'habitation Grenier. Pétion descendit ensuite à la Coupe, et en cerna le fort que commandait un officier
anglais nommé Kerenscoff. Le 5 décembre 1797 , il lattaqua et l'enleva après une heure de combat. Ge succès contraignit les Aoglais
à abandonner Grenier et Fourmi; Pétion vint s'établir au Gros-Morne
dans le chemin de la Coupe, et le Port-Républicain commença à
être étroitement cerné. Vers la même époque le général Rigaud déployait tous ses efforts
pour chasser les Anglais de a Grand Anse. Il ordonna au lieutenantcolonel Doyon d'aller enlever le camp Thomas, daus les hauteurs de
Plymouth, à peu de distance de Pestel. La garnison anglaise qui occupait cette fortilication était commandée par Domingeau, le même
qui avait battu Rigaud au camp Desrivaux. Doyon forma deux colonnes de sa petite armée, en confia une à Faubert, et se mit à la
iôte de l'autre. Quand il parvint à une portée de fusil de la fortificafion , il l'attaqua sans attendre l’arrivée de la seconde colonne. (22 février 4798). Les anglais réunissant contre lui toutes leurs forces,
soulinrent son choc énergiquement; et pendant qu'il montait à l'assaut,
il fut atteint de deux balles l'une à la cuisse, l'autre à la poitrine ;
il tomba mort , et ses troupes repoussées emportèrent son cadävre
loin du champ de bataille. Un instant après Faubert attaqua à son
tour , prit d'assaut la fortification , et passa au fil de l'épée presque
toute la garnison anglaise. Rigaud , apprenant qu'il existait une grande mésinteiligence entre
Faubert «et les officiers de la colonne de Doÿon, envoya au Camp Thomas l’adjudant-général Blanchet qui en prit le commandement. Pendant ce temps Toussaint Louverture réunissait de nombreuses troués, dans le quartier de l'Artibonite, pour envahir lArcahate. fl confia 42.000 hommes au général Dessalines qui pénétra dans les montagnes de ce quartier , et enleva , apres trois semaines de combats,
les camps anglais que Lapointe y avait établis. Après avoir incendié
toutes les propriétés de la montagne, les républicains descendirent
vers la plaine, marchant sur deux colonnes, dont f'une élatt commandée par Dessalines en personne, l'autre ‘par le colonel Christophe
Morney. Dessalines campa au sommet de la digue des Matheux €
Christophe Morney s'établit sur l'habitation Lapointe, avec les 47,
8.°et 8.° demibrigades. A
ointe y avait établis. Après avoir incendié
toutes les propriétés de la montagne, les républicains descendirent
vers la plaine, marchant sur deux colonnes, dont f'une élatt commandée par Dessalines en personne, l'autre ‘par le colonel Christophe
Morney. Dessalines campa au sommet de la digue des Matheux €
Christophe Morney s'établit sur l'habitation Lapointe, avec les 47,
8.°et 8.° demibrigades. A Les royalistes avaient leur quartier général à Poix la Ravine. Le = 298 | HISTOIRE D'HAiTr—( 1798, ) colonel Lapointe lança à la découverte de l'ennemi , le vicomtes Dal"
zon, à la tête de la eavalerie ; Dalzon reconnut l'impossibilité. d'abor:
der de front les républicains, Alors fes royalistes pénétrèrent dans uni
sentier, traversèrent l'habitation Barbancouri, et atteignirentlabarrière der
Fhabitation Lapointe qu'oceupait Christophe Morney. Les répubhcans
commencérent l'attaque aussitôt qu'ils aperçurent les royalistes. La L'eion
d'York ne répondant pas au feu de l'ennemi, marcha au pas de char
se, au-son de la musique, et gravit audacieusement le mornet de Pha=
bitation Lapointe. Quand cile parvint à la hauteur de’ la! position
qu'oceupaient les républicains, ‘elle commença son feu et vitfuir l'en
némi, aprés une fusillade de. vingt minutes. Christonhe Morney ‘alla
se rétrancher dans les bois à une petite distance. Ea légion d'Yorck"
et le régiment de la Réine marchérent contre lui, l'attaquèrent, maïs.
he purent forcer ses retranchemens. Si Dessalines qui occupait fa
digue des Matheux, était venu assuillir les royalistes, par dérriére, aveé
les 8,000 hommes qu'il avait alors sous ses ordres, les troupés anglaie
ses eussent été anéantiess mais 11 ne s'ébranla pas , et ne soutint :
pas Christophe Morney dont 1} était l'ennemi personnel. Lapointe crabe
gnant que Dessalines ne s'emparât du quarter-général de Poix Ja
xavine y rentra pendant la nuit avec ses troupes: Le lendemain Chris
tophe Morneyÿ révecupa Fhabitation Lapointe. Les royalistes marché:
rent de nouveau contre lui; et le chevalier de Peste, après avoir éprouvé une vigoureuse résistance le culbuta , ‘et lança la cavalerte
à sa poursuite. Dessalines détacha de son corps d'armée un bataillon
de la 4e. demi brigade, au secours de Christophe Morney dont les troupes étaient horriblement maltraïtées: Quand ce bataillon fort de 800
hommes arriva dans la savanne qui s étendait derrière lavguildivé
de l’habitation Lapointe, 1} seforma en carré, pour protéger ‘a furté
de la division de Christophe Mornay: Le chevalier de Peste réunit -
toutes ses troupes, dressa contre le carré une batierie“de 2 pièces”
et après l'avoir mitraillé lança contre lui sa: cavalerie, + Le bataillon
de la 4e. fut taiilé en pièces, et le lieutenant coionel: Michaud {noir} …
qui en était le commandant fut fait prisonnier par les grenadiers du
régiment de la Reine. Le lieutenant colonél: Pitraille (blanc) dé fit
aussitôt fusiller. ‘Les républicains eurent dans ces deux combats 800
hommes tués, et les royalistes en comptèrent 150: Lapointe Létè LES
ça contre lui sa: cavalerie, + Le bataillon
de la 4e. fut taiilé en pièces, et le lieutenant coionel: Michaud {noir} …
qui en était le commandant fut fait prisonnier par les grenadiers du
régiment de la Reine. Le lieutenant colonél: Pitraille (blanc) dé fit
aussitôt fusiller. ‘Les républicains eurent dans ces deux combats 800
hommes tués, et les royalistes en comptèrent 150: Lapointe Létè LES à son quartier de Poix fa Ravine. Dessalines n ‘avant pu se rendre maître de la plaine de l'art
fit incendier Fhabitation Lapointe, et se retira aû milieu des mon
tagnes où il établit un cordon. Christophe Morney fit savoir à Tous:
saint Loutverture que Dessalines n'avait fait aucun mouvement pour le
soutenir, pendant qu il était assailli par les royalistes ; et qu'il l'avait
Jaissé écraser , lorsqu'il pouvait exterminer les troupes de Lapointe: ”
Toussaint Gla à Dessalipes le eommandement de l’armée, et le confiasà
Christophe Morney. Dessalines fut misaux arrêts dans le “fort du More -— CR
:
#
IISTOIRE Dati —( 1798 ) - 299
Blanc des Gonaïives. Toussaint était d'autant plus indigné contre lui , qu'il
l'avait laissé lui échapper l’occasion de faire prisonnier Lapointe luimême qui: ne traitait que de misérable nègre le général en chef des
armées de St. Domingue. srsh4, Sete.
- Le général Whyte, commandant en chef des possessions britanniques
“a St Domingue,, ne tarda pas, à être remplacé par le major général
Nesbit qui mourut peu de: temps après son arrivée dans la colonie.
Nesbit eùt pour successeur le brigadier général, l'honorable Thomas
» Maitland qui arriva au Port Républicain , dans le courant d'Avril 1798.
… D'après les rapports de Simcoë , le gouvernement britannique s'était
résolu à évacuer St-Domingue. Maitland reconnut en effet l'impossibilité de se maintenir plus long-temps dans la colonie française, car
les masses se prononçatent partout avec fureur contre les Anglais qui
avaient rétabli l'esclavage. Cependant l'Angleterre qui avait de bonnes
. troupes à Jérémie, au Port-Républicain, à l'Arcahaie, à StMarc, au
Môle, eût pu garder encore quelque temps ses possessions ;. mais il
lui importait peu désormais que son pavillon flottàt à St Domingue,
pourvu que cette colonie füt perdue pour la France, et quelle y trouvât des débouchés pour ses marchandises. Ne pouvant point en demeurer mabresse , elle ne songea plus:qu'à exciter Toussaint Louverture à l'indépendance.
ie, au Port-Républicain, à l'Arcahaie, à StMarc, au
Môle, eût pu garder encore quelque temps ses possessions ;. mais il
lui importait peu désormais que son pavillon flottàt à St Domingue,
pourvu que cette colonie füt perdue pour la France, et quelle y trouvât des débouchés pour ses marchandises. Ne pouvant point en demeurer mabresse , elle ne songea plus:qu'à exciter Toussaint Louverture à l'indépendance. ‘Pendant cet intervalle, le général Hédouville était parti de Paris pour
Rochefort d'où il devait s’embarquer pour St Domingue. Le Directoire
Exécutif, au milieu des rapports contradictoires quil avait reçus sur
la colonie, avait découvert que les noirs et les hommes de, couleur
qui, par la lutte qu'ils avaient supportée contre les Anglais, avaient
acquis le sentiment de leurs forces, finiraiont par se détacher de fa
Métropole. En effet, les agens de là France n'avaient pu contenter ni
les noirs ni les jaunes qui pouvaient, oubliant momentanément leur ri«
valité de castés, se réunir, expulser tous-les blancs, toutes les iroupes européennes, proclamer leur indépendance , sauf à se disputer ensuite la prépondérance politique ; mais la coïonie n ea eut: pas moins
été perdue pour la France. Alors pour y rétablir dx domination: de
la République , il eût fallu entreprendre une conquête quieût pu ne
pas réussir ou qui eût fait éprouver des pertes limenses , ‘en hom- -meset en argent. Le Directoire Exécutif, d'après les renseignemens
qu'il avait obtenus sur St-Domingue, particulièrement depuis Île retour
- de Sonthonax en France, ne pouvait frapper ouvertement hi Les noirs
ni les hommes de couleur, puisque et les uns et les autres ‘étaient
accusés de diriger tous leurs efforts vers l'indépendance. Le gouvernement français se défiant également ces projets des deux castes, se
résolut à les affaiblir, en allumant entre elles une lutte sanglante dont
le résultat devait infailliblement tourner à l'avantage des intérèts méL tropolitains : car la France voyait déjà les vaincus 1mplorani sa protec7 AR y 4
| LU
$ , e |
et les uns et les autres ‘étaient
accusés de diriger tous leurs efforts vers l'indépendance. Le gouvernement français se défiant également ces projets des deux castes, se
résolut à les affaiblir, en allumant entre elles une lutte sanglante dont
le résultat devait infailliblement tourner à l'avantage des intérèts méL tropolitains : car la France voyait déjà les vaincus 1mplorani sa protec7 AR y 4
| LU
$ , e | sain HISTOIRE D'HAÏTI.—( 1798 ) |
q 2 tion et les vainqueurs trop faibles pour résister à ses forces soutenues.
par la’ réaction toujours violente d'un parti terrassé. Tel fut l’objet de la mission du général Hédouville : écraser les an- :.
ciens libres, et rétablir l'autorité métropolitaine sur les ruines des deux
partis. Les évènemens qui vont se dèrouler prouveront ce que nous
avançons; cependant il existait à St. Domingue un parti véritablement,
français , celui de Rigaud , que la métropole , tout en lui promettant
son appui, en l'excitant à s'armer contre Toussaint , ne soutiendra pas,
dès que la lutte sera engagée. Toussaint Louxerture devinera le ma-+
chiavéhisme du directoire, l’exposera sous les yeux de Rigaud qui nes
le reconnaiira pas, qui ne pouvait le reconnaître, dominé par ses idées”
essentiellement françaises et républicaines. Alors Rigaud eût mieux
aimé périr victime des injustices les plus violentes de la métropole,«
que de trahir là France qu'il appelait sa chère patrie, en consentant
à l'Indéperidance de la colonie. C'était un homme à répondre à Tous:
saint Louverture : « Miltüiade injustement condamné par le peuple d'A=.
« thènes, se mourant dans les cachots, faisait encore des vœux pour
« la gloire de son ingrate patrie. » D'une autre part l'alliance ques
projetait Toussaint avec les colons et les royalistes, soulevait toute
lindignation du général Rigaud. | Ainsi, avec un ivsirument tel que Rigaud , le général Hédouville ne
pouvail re pas obtenir à SL, Domingue les résultats les plus satisfaisants, ,
quant «ux intérêis métropolitains. | Le chef d'escadron Bonnet, qui ne cessait de voir les directeurs pour
les couvainere que son général était le meilleur français de la colonie,
crut que ses démarches au ministère de la marine avaient amené l'or"
dre par lequel Hédouviile ne dut pas faire usage de l’acte de mise hors
la loi du général Rigaud. Hédouville partit pour St Domingue aCCOMpogné seulement d'un nombreux étai-major, et d'une briltante garde
d'honneur. Bonnet avait été secondé dans toutes ses démarches, par
Garnot député de St. Domingue au eorps sr. et par Castaing,
home de couleur du Cip établi à Paris depuis 1793. Castaing était
un ciioyen 1struit et d'une éducation accomplie. Il avait épousé la
comiesse Eextharnais, sœur de Joséphine femme du général Bona-«
prie. A cetie époque, il réunissait fréquemment chez lui, Eugène”
Hana ais, depuis vice-roi d'Italie, et la citoyenne Hortense Peau- !
hersais, depuis reine de Hollande. Lorsque Bonaparte dirigera ses
pers secntions contre les hommes de couleur , madame Gastaing: malgré
les cousers opiaiâtres de sa famille n ‘abaudonnéra jamais son époux ,
qui sous le régime de la terreur, l'avait arrachée à l'échafaud.
ie époque, il réunissait fréquemment chez lui, Eugène”
Hana ais, depuis vice-roi d'Italie, et la citoyenne Hortense Peau- !
hersais, depuis reine de Hollande. Lorsque Bonaparte dirigera ses
pers secntions contre les hommes de couleur , madame Gastaing: malgré
les cousers opiaiâtres de sa famille n ‘abaudonnéra jamais son époux ,
qui sous le régime de la terreur, l'avait arrachée à l'échafaud. Pendant ce temps, Boisrond le Jeune, au Conseil des Cinq Cents,
combetiait un projet de Ghollet relatif à l'annulation des élections de”
St.-Duoistngue. - Le 27 Avril Chollet reproduisit à la discussion deux”
projets concernant ces élections. Le premier fut adopté en ces, termes : les upéralions des assemblées électorales tenues en Germinal ag % . LÀ HISTOIRE D'HAITI.—( j798 ) 301 4 (Avail 4796) dans la colonie de St. Domingue , tant dar la ville des
Cayes pour la partie du Sud que dans celle de Léogane pour la partie:
Ouest, avant la connaissance officielle dans ladite colonie de l’accepation faite par le peuple de l'acte constitutionnel, et les nominations
faites par lesdites assemblées de députés au corps législatif contre les
dispositions des arrêtés des 5 Früctidor an 5 (92 Août 4797) et 43
Fructidor ( 30 Août 1797) sont déclarées nulles el non avenues. Cest daprès ce projet transformé en loi le 42 Mai suivant que
Dre et Rey Delmas furent définitivement exclus du corps législ1i.
… Le second projet transformait au Conseil des Cinq Cents Mentor désigné pour celui des anciens, mais qui n'avait pas l'âge pour y siéger ;
par ce second projet Louis Annecy fut déclaré membre du conseil des
Anciens , et Guillaume Henri Vergniaux resta jusqu'au renouvellement
de lan 5, membre au corps législatif, comme septième député de St.
Pomingue. Le 8 Mai 1798, le Conseil des Cinq Cents annulia les
élections faites dans toute ia République , avant l'acceptation de la Cons-
“titution de l'an 3, par le peuple, et le conseil des Anciens approuva
cette résolution. SE - Dans la séance du 16 Prairial an 6 (4 Juin 1798 ) Poncet Delpech
fit adopter un projet de résolution portant que les citoyens Pinchinat
et Rey Delmas, élus en l'an 4 (1796) au corps législatif, par les
départements de l'Ouest et du Sud de St.-Domingue, et déclarés inadmissibles, recevraient pour les frais de leur voyage en France, la
somme de 6000 francs, chacun. Pinchinat et Rey Delmas reçurent , en effet, chacun cette somme. Pinchinat n retourna plus à St.-
Domingue. li mourut en France, en 1804, à l'âge de soixante-quatorze ans environ. * Ne
) au corps législatif, par les
départements de l'Ouest et du Sud de St.-Domingue, et déclarés inadmissibles, recevraient pour les frais de leur voyage en France, la
somme de 6000 francs, chacun. Pinchinat et Rey Delmas reçurent , en effet, chacun cette somme. Pinchinat n retourna plus à St.-
Domingue. li mourut en France, en 1804, à l'âge de soixante-quatorze ans environ. * Ne * Lorsque Bonaparte commence sa réaction contre les hommes de couleur
et les noirs, et pendant qu'il faisait les préparatifs de l'expédition de St.-
Domingue, il fit arrêter le noble Pinchinat un des citoyens les plus verMueux qu'ait produit Haïti, qui ne cessait d’être, à Paris, l’apôtre de la LiMberté de ses frères noirs et jaunes. Le 30 Nivôse an 9,[20 Janvier 1801 |
Pinchinat fut envoyé au Temple, prison d'état. Il en fut extraitie 9 Pluwiôse (29 Janvier 1801}. En 1892, quand Rochambeau devint capitaine géMnéral de la colonie, après la mort de Leclere, il écrivit à Bonaparte qu'il
était extraordinaire que Pinchinat, l’auteur des désastres de St. Domingue,
fut libre dans Paris, pendant que les mulatres qui étaient en correspondance
lavec lui, s'armaient avec les noirs eontre la France. - Le 18 Ventôse an XI
[9 Mars 1803) Pinchinat fut arrêté et envoyé à Sainte Pélagie, pour y deMneurer à la disposition du ministre de la marine. Le 5 Srumaire au XII ( 26
MCctobre 1803) il fut transféré à la Préfecture ; il fut réintégré, et transféré de nouveau à la Préfecture le 27 Brumaire [19 Novembre 1803]; réintégré le 7 Pluviôse an XII (28 Janvier 1804); extrait de nouveau le 28
Pluviôse (18 Février 1804 ) ; le 17 Ventôse an XIL (8 Mars 1804) il fut enyoyé à l’infirmerie de la Force, Ce fut là que mourut cet illustre vieillard, | 302 HISTOIRE D'HAITI—( 1798 ht # Pendant ct intervalle le a" Maitland avait cessé-de eombaître 0
saint Louverture par-la force des armes: il usait envers tluivdes: pro
cédés les plus séduisans. Des courriers parlementaires lui étaient se
cesse expédiés; et l'honorable Thomas: Maittand paraissait ne pas voir.
- en lui un général français, mais le régénérateur des noirs. Toutes cest
démarches plumes de courtoisie éblouireut Toussaint Louverture. , qui, ayant sous ses ordres, dans la plaine du Cul-de-Sac, 145,000 hommes, ne difigea aucune attaque contre le Port- Républicain : il eût pu, par
son: audace: ordinaire, forcer Maitland à une capitulation: des plus he
miliantes ; mais il méditait de favoriser l'évacuation des anglais qui Jus
faisaient entrevoir un aventr si flatteur pour son ambition. Le 22 Avril, le génér al Maitland déclara à tous les français négoss
cians ct planteurs qui avaient embrassé le parti des Anglais qu'il leurd
était loisible de le suivre ou de rester danstla noie) Il conçu
deux plans d'évacuation : le premier était de partir avec rapidité ; après:
avoir embarqué toutestles troupes anglaises et coloniales, ct apréstavoiré
démanteié tous les foris du Port Républicain; le second plus sage et
plus généreux consistait, après avoir cmbarqué toutes des munitions)
égoss
cians ct planteurs qui avaient embrassé le parti des Anglais qu'il leurd
était loisible de le suivre ou de rester danstla noie) Il conçu
deux plans d'évacuation : le premier était de partir avec rapidité ; après:
avoir embarqué toutestles troupes anglaises et coloniales, ct apréstavoiré
démanteié tous les foris du Port Républicain; le second plus sage et
plus généreux consistait, après avoir cmbarqué toutes des munitions) NT de gucrre et de bouche, à traiter avec Toussaint Louverture porr 6b=" tenir des conditions favorables aux nombreux habitans de St Domingue, qui, par nécessité où par goût , devaient demeurer-dans a vcom
lonie. ‘41 avait adopté ce dernier -parti comme le ‘plus- en “harmonie” avee la générosité et-la loyauté. Car s'il eut adopté le premier plans
dans ‘un pays où Îles passions sont vives, le’ Port Républicain 5" où"las légion de l'Ouest avait de grandes représailles à exercer,reût étéslivréen au plus affreux carnage. Il avait en outre le projet en: entrantidéfin= tivement en négociations avec Toussaint de le porter àproclamer Pins"
dépendance de St-Domngue, en fui promettant loutes sortes de ses cours du gouvernement britannique. Le 23 Avril Maitland commençà à faire embarquer re munitions dÿ loutes espèces. En même temps 1! expédia à Toussaint qui était aux Gonaives un navire parlementaire pour linformer de la délermination qu'il avait prise de traiter avec lui sous les conditions du second pro
jet , sinon de ne lui laisser que des monceaux de ruines. Il Pay isa.
en outre que sil consentait à garantir solennellement lexistence, eb
les propi riétés de tous les français qui, ayant servi sous les, drapeaux. anglais, resteraient dans la colonie, x lui abandonnerait le ‘Port-Ré” publicain dans Fétat quil se Lrouverail-au moment. dé l'évacuation. Toussaint promit de respecter ‘la vie et les propr iclés des habitans € n'importe quelle couleur. ‘À 14
Le 28 Avril il envoya au Port-Républicain an officier de confiance, dans la plus affièusé misère, "10° Pioréabn XI (80 Avril 1604 JA S
mois après la proclamation de notre Indépendance. M. B. Ardouin lors de son preiniér voyage en France recueillit sur Ja Al, de Pinchinat des rehselgneniCns qu 11 nous a con nuniqués, + SOUPE
des habitans € n'importe quelle couleur. ‘À 14
Le 28 Avril il envoya au Port-Républicain an officier de confiance, dans la plus affièusé misère, "10° Pioréabn XI (80 Avril 1604 JA S
mois après la proclamation de notre Indépendance. M. B. Ardouin lors de son preiniér voyage en France recueillit sur Ja Al, de Pinchinat des rehselgneniCns qu 11 nous a con nuniqués, + SOUPE sÀ | | 4 : HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 ) ta 303
Jadjudant-général Huin, muni de ses pouvoirs. Maitland chargea l'adudant Nightingal, officier dans les troupes de S. M. B:, de le représenter. Le 30 Avril, ils se réunirent sur le vaisseau anglais lAber_gavenpy mouillé dans la rade du Port-Républicain. : {ls :dressérent et
signérent un traité par lequel à fut convenu que les villes du PortRépublicain , de St Marc avec leurs fortifications et leurs dépendances,
et la paroisse de 1 Arcahaie, seraient abandonnées au général Toussaint
Louverture avec les pièces d'airain hors d'état de servir, excepté trois
ou quatre, et qu'assez de temps serait accerdé aux troupes anglaises pour
se retirer librement ; quecle général Toussaint s'obligerait solennellement
de garantir la vie et les propriétés de tous les habitans qui voudraient
rester dans la: colonie, quoiqu'ils se fussent soumis à S. M. B.; -que
cinq semaines seraient accordées aux Anglais our évacuer les-illes de
St-Marc,-de l'Arcahaie et du Port Républicain; et.que pendant ce temps
“toutes. les hostilités .cesseraient de part et. d'autre. Les choses enétaient là quand'le général Hédouville débarqua à Sto-
"Domingo le 24 Avril. Il -n'était accompagné que d'une garde d'honneur.
“Il reçut de l'agent Roume et des autorités espagnoles un accueil plein de dignité. De là il se rendit au Cap par terre, où il fut également
réçuswavec la plus grande distinction. Il n'était débarqué à Sto.-Domingo que ‘parce quil redoutait quelque piège de Toussaint Louver- “ture dont la profonde dissimulation lui avait été dévoilée par la conduitet qu'il avait tenue à l'égard de l'ex-cominissaire civil Sonthonax. Il
était venu remplacer le commissaire Julien Raymond qu’il ne voulut pas
recevoir ,: Sachant qual avait aide Tousssaint. dans ses projets contre Son-
"thonax. « Le général en chef s'en montra très-niécontent, car Hédouville condamnait sa conduite en cherchant à huwilier Julien Raymond
qui s'était. attaché à son parti: Cependant après le départ de Sonthonax, ayant! découvert quelque velléité d indépendance en Raymond, il
- l'avait exhorté à aller siéger au corps législatif; lex-commissaire civil
“était sur le point de partir pour France. Des propos sortis de la bouche des jeunes officiers qui formaient
Pétat-major d Hédouville ,.et rapportés à Toussaint, le convainquirent
bientôt des dispositions hostiles de l'agent du Directoire à son égard.
Ces jeunes gens , légers etaudacieux, vêtus avec coquetterie, portant des
tresses relevées , des habits à collet noir, tenaient sur les noirs les “nêmes discours que: Vaublanc. Ils disaient hautement quil né leur
Des propos sortis de la bouche des jeunes officiers qui formaient
Pétat-major d Hédouville ,.et rapportés à Toussaint, le convainquirent
bientôt des dispositions hostiles de l'agent du Directoire à son égard.
Ces jeunes gens , légers etaudacieux, vêtus avec coquetterie, portant des
tresses relevées , des habits à collet noir, tenaient sur les noirs les “nêmes discours que: Vaublanc. Ils disaient hautement quil né leur “faudrait que quelques braves pour aller enchainer le magot coiffé de
linge, en parlant de Toussaint Louverture qui portait le plus souvent
un madras. Hédouville paraissait ne pas se douter qu'il eût affaire à
un citoyen d'un tact extraordinaire, d'une finesse prodigieuse. Ipen-.
*sait pouvoir facilement attirer dans les piégos de la politique européenne “un homme qui avait vieilli dans l'esclavage. Il était déjà étonné du peu d'empressement que mettait Toussaint à
“venir le seluer. Mais celui ci, pour ne pas {rop laisser découvrir son : +. +
” RS
| } C1
304 . HISTOIRE D'HAITI.—( 1797 } mécontentement de l'arrivée de l'agent du Directoire, se résolut à se”
rendre au Cap. | FC 2
Le Directoire exécutif, instruit par les événemens, n'ignorait pas”
que le seul parti vraiment français de la colonie fat celui des hapmes
de couleur ou anciens libres, dont le chef le plus saillant était le
général Rigaud. Dès le commencement de la Révolution , les colons
blancs avaient travaillé à se détacher de la métropole. Les assemblées
coloniales n'avaient jamais eu d'autre but; mais elles avaiènt été con
tenues par les hommes de couleur. Foussaint sur lequel se portaient
les regards des noirs du Nord et de l’Artibonite, révait de son côtés
à L'indépendance de St Domingue ; el en outre, autour de lui se
ralhaient tous les blancs planteurs qui avaient voué à la Révolution
française une haine implacable, et auxquels il promettait un gouvers
nement vigoureux, le système des grandes habitations, le travail forcé,
richesses et honneurs. Ainsi donc les colons et Toussaint trahis=
saient la France à laquelle était demeuré fidèle le paru de Rigaud _ qui traitait les planteurs, dans la colonie, comme étaient traités en
France, les royalistes et les émigrés. Hédouville avait pour instructions, d'observer les hommes et les
choses avant d'agir, de relever, s’il le fallait le parti des hommesde”
couleur, et de lui donner la prépondérance politique dans la. colonie
qui livrée aux mains de Toussaint Louverture devait infailliblements
échapper à la France. Le Directoire exécutif qui avait eru, en 1796;
que les nouveaux libres étaient les citoyens les plus dévoués à la
France, avait chargé Sonthonax de leur livrer l'autorité à St. Domins
gue; mais maintenant qu'il avait découvert le projet d'indépendance
de Toussaint, il avait chargé Hédouville, de relever le parti des ans
ciens libres, et de porter à une lutte sanglante les noirs et les jaus
nes qui devaient s’affaiblir au profit des intérêts métropolitains. Ces
pendant il faut le dire, le Directoire ne songeait pas au rétablissement
de la servitude; il vouiat que St. Domingue demeuràt pays français
gue; mais maintenant qu'il avait découvert le projet d'indépendance
de Toussaint, il avait chargé Hédouville, de relever le parti des ans
ciens libres, et de porter à une lutte sanglante les noirs et les jaus
nes qui devaient s’affaiblir au profit des intérêts métropolitains. Ces
pendant il faut le dire, le Directoire ne songeait pas au rétablissement
de la servitude; il vouiat que St. Domingue demeuràt pays français Si Rigaud demeure vainqueur dans la lutte qui va s engager, il sera
applaudi par le Directoire; mais s'il est vaineu, la France ayant un
intérêt puissant à ménager Toussaint Louverture, donnera*à celui-ci des’
preuves éclatantes d'une confiance en apparence illimitée. Cette guerre
civile qui sera longue et cruelle aïfaibliva Toussaint, laissera dans las
colonie des germes de profondes discordes ; et peu de Lemps aprés;
il sera facile au général Leclerc d’écraser le chef noir, et de rame”
ner le pays sous l'autorité immédiste de là France. | 4 Toussaint arriva au Cap ;le générai Hédouviile le reçut avec froideurs
Le général en chef s'en plaignit améremeit ; il vantait les grands ser”
vices qu'il avait rendus à la France qui deviendrait peut être ingrate à
son égard. Le chef de division Fabre qui avait amené Hédouville”sur«
son escadre, lui dit dans un de ces momens quil paraissait plongé
dans le chagrin : « Je serais satisfait, général, de vous conduire en” L , Hu : ; F æ
DU. À | HISTOIRE D’HaiTI.—( 1798 ) . 805 = | de | FI | TE É È . à: Ne J s Ë Li Cu
x Franee aussi heureusement que j'ai amené ici le général Hédouvillé, - « là , vous trouveriez les honneurs et les récompenses dus à vos ser- « vices , et toutes les douceurs du repos dont vous avez besoin »
Toussaint lui répondit avec vivacité: « Votre vaisseau est trop petit
« pour un homme tel que moi. » C'était dire au chef de division
Fabre, combien il se sentait au-dessus d'Hédouville qui semblait le
dédaigner. Peu de jours après, un aïde-de-camp d'Hédouville lens
gagea à aller voir la France. Ces paroles furent comprises de Toas
saint qu'on voulait voir s’éloigoer de Ià colonie, Il répondit aveé
humeur en montrant un arbrisseau: « Je partirai quand on pourra
« faire avec ça, un vaisseau pour me porler. » | Le
Fabre, combien il se sentait au-dessus d'Hédouville qui semblait le
dédaigner. Peu de jours après, un aïde-de-camp d'Hédouville lens
gagea à aller voir la France. Ces paroles furent comprises de Toas
saint qu'on voulait voir s’éloigoer de Ià colonie, Il répondit aveé
humeur en montrant un arbrisseau: « Je partirai quand on pourra
« faire avec ça, un vaisseau pour me porler. » | Le ll se sentit assez fort pour ne plus observer envers les officiers su:
périeurs européens les mêmes ménagemens qu'autrefois: Enfin il alla … saluer Hédouviile, et lui dit que les soins de la guerre ne lui permettaïent pas de demeurer plus longtemps au Cap. I partit pour les Go:
naives ; mais avant son départ, il avait gagné à son parti, Pascal;
ancien secrétaire de la commission civile, qui, pour de l'or, ne
le laissera rien ignorer. Déjà le commissaire Roume qui était à Sto:
Domingo voyait en lui le régéntrateur de St: Domingue |
Dès que Toussaint arriva aux Gonaïves, 1} envoya Fordre dans Île
Nord et dans l'Ouest, aux officiers généraux de s'approcher des points
NES les Anglais, afin que l'année 1798 les vit disparaître de
ft, Domingue. | R et
Le général Maïtland qui connaissait le répüblicanisme violent de Ri.
aud avait fait proposer à Toussaint d'ordonner à Bauvais ou à Laplume d'aller prendre possession de Jérémie, qui à cette condition seraif
aussi évacuée. Bauvais et Laplume étaient des citoyens de la plus haute
modération. Mais Toussaint rejeta cette proposition pour ne pasfaire
à Rigaud le plus éclatant des outrages. ;
Le traité signé à bord de l’Abergavenny, publié au Port-Républicanin, remplit de joie les planteurs qui s'étaient livrés aux Anglais. IIS
conçurent une haute idée de la sagesse du général Maitland , et de
la générosité de Toussaint Louverture. Ils avaient la plupart pris la
détermination de suivre l'armée anglaise, el s'étaient déjà embarqués;
ils revinrent en ville pleins de coufiance dans’ Toussaint Louverture,
Il ny eut pas dix colons blancs qui abandonnèrent leurs propriétés,
‘Pendant ce temps, le colonel Lapointe se disposait à chasser les républicains des montagnes de fArcahaie , quand il reçut lo:are de Mait;
land de se tenir prèt à évacuer son quartier. El se montra indigné
> contre les Anglais, qui trahissaient, prétendit-1l, les blancs royalistes
et les anciens libres de St Domingues I réunit chez lui le chevalier de Peste, le colonel Dessource, le vicomte d'Aizon, le lieutenant-colonel Pitraille, les majors Angau, Magnan et Fadère, et leur
donna lecture de la lettre de Maitland. Ces officiers -furent au désespoir de se senur dans l'obligation d'abandonner leurs propriétés.
Anglais, qui trahissaient, prétendit-1l, les blancs royalistes
et les anciens libres de St Domingues I réunit chez lui le chevalier de Peste, le colonel Dessource, le vicomte d'Aizon, le lieutenant-colonel Pitraille, les majors Angau, Magnan et Fadère, et leur
donna lecture de la lettre de Maitland. Ces officiers -furent au désespoir de se senur dans l'obligation d'abandonner leurs propriétés. 808 HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 ) | | : D'après les conseils de Lapointe, ils écrivirent à Hédouville, qu 8 à
avaient appris qu'il était venu à St. Domingue pour sauver les restes dés
malheureux habitans de cetteîle, poursuivis par une secte de brigands
toujours armés du fer et de la ‘torche : que sil voulait accorder une
amnistiè générale à tous ceux qui avaient servi sous les anglais, Iles
royalistes 4: l'Arcahaie, les légions d'York et de la Reine reconnait
traient la République française. fs ajoutaient dans ja lettre quil Ru
drait qu'il transportât son quartier général au Port-Républicain , et qui
fit marcher. avec les troupes coloniales ci-devant anglaises, celles dé.
Bauvais, de Laplume et de Rigaud , contre la faction de Robespierre
dont Toussaint, l'élève de Sonthonax , était le chef. - Un blanc nommé
Cape de Bosse apporta au Gap cette “lettre à l'agent du Directoire. Hé
douville répondit qu'il amnistiait tous les royalistes excepté Lapointe,
Celui.ci. anéantit la lettre qu'il avait reçue en réponse à la sienne else
prépara à évacuer l’Arcahaie. Le 6 Mai, le général Maitland avait fini d'hmbarauer toutes les mumitions, les marchandises anglaises, ainsi que les commerçans anglais,
les canons de fonte et les mortiers français. Il reçut aussi à bord de
son escadre ceux des français qui voulurent suivre les troupes britan=
niques. D'après ses ordres, le colonel Lapointe évacua le bourg de.
l'Arcahaie, le 7 Mai à midi, Lapointe portait à Toussaint Louvertures
une haine si implacable, qu’en se retirant il détruisit tout à l'Arcahaïe,
fortifications , casernes, munitions de bouche et même les chevaux. Il
pensait qu'en reconnaissant pour ses égaux les nouveaux librés, ceux=«
ci ne tarderajent pas à devenir ses maitres.* Lapointe se retira au
Môle St. Nicolas avec la plupart des officiers de la légion d Yorck. Quant
au régiment de la reine, commandé par le chevalier de Peste, il fut
conduit en entier à Jérémie. Le général Dessalines vint dans les montagnes des Matheux, se mit à la tête de l'armée républicaine et prit
possession de l'Arcahaie. Dans la nuit du 6 au 7 Mai le colonel Grant avait évacué St. Marc;
il fit voile avec toute la garnison de cette ville pour le Môle St Nieolas. Le 8 Mai, à 2 heures du matin, Maiïtland avait embarqué toutes.
les troupes anglaises du Port Républicain et du fort Bizoton ; et dans la.
journée du lendemain , l'escadre anglaise, composce de deux vaisseaux,
le Thunderer de 74, ‘et l’'Abergavenny de 54, de plusieurs autres bâ="
timents de guerre, appareilla pour le Môle St. Nicolas.
;
il fit voile avec toute la garnison de cette ville pour le Môle St Nieolas. Le 8 Mai, à 2 heures du matin, Maiïtland avait embarqué toutes.
les troupes anglaises du Port Républicain et du fort Bizoton ; et dans la.
journée du lendemain , l'escadre anglaise, composce de deux vaisseaux,
le Thunderer de 74, ‘et l’'Abergavenny de 54, de plusieurs autres bâ="
timents de guerre, appareilla pour le Môle St. Nicolas. Dans l'après-midi du même jour, 9 Mai, le général Laplume, à \ ja!
tête de la légion de l'Ouest commandée par l'adjudant-général étions
prit possession du Port-Républicain. Toussaint fidèle observateur de“
Sa parole envers Maitland, envoya le colonel Christophe Mornay pren
dre le commandement de la vite, avec ordre de faire respecter les ba_* La légion d'Vork de l'Arcahaie n’était composée que denoirs et d'Home mes de couleur”qui avaient embrassé le parti des anglais.
+704 + / S >, | “ _
"4 A
4 ” :
4 .
À
, HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 ) - | 80? - bitans et d’acheminér tout de suite la légion de l'Ouest sur Léogane.
Le général Lapiume céda l'autorité à Christophe Mornay non pas sans
mécontentement, considérant la conduite de Toussaint à son égard,
comme un manque de confiance. Toussaint, partout où il pénétrait -déplaçait les autorités qui pouvaient être dévouces à Bauvais et à Rigaud. . La légion de l'Ouest se retira à Léogane en témoignant hau- “tement son mécontentement. Les ménagemens dont usait Toussaint
envers les Anglais et les blancs royalistes n'avaient pas échappé aux
agens de la métropoie : car le Port-Républicain eût pu être enlevé
d'assaut , ou du moins Maitiand en Flévacuant n'aurait pas eu le temps d'embarquer les munitions de guerre, les archives et les
marchandises si le général en chef l'avait attaqué vigoureusement.
Les colons ayant la plupart trahi la France avaient tout à rez
douter du directoire qui punissait les traîtres et les émigrés; aussi
avaient-ils excité Toussaint à faire un pont d'or aux Auglais. Le nom “de Louverture fut béni de la plupart des blancs. Les planteurs s'empressérent d'aller au devant de celui qu'ils appelaient leur libérateur.
ls étaient précédés du clergé; la croix et fa bannière étaient portées
avec pompe, el les encensoirs fumaient. Un peuple immense couvrait
le graid chemin de la plaine du Culde Sac, au millen duquel était “dressé un are de triomphe magnifique. Les dames blanches les plus
riches , à cheval ou en voitures découvertes élaient aussi accourues audevant du général en chef des armées de St-Domingue. Elles étaient es:
coriées d’une brillante garde d’honñeur, composée de jeunes créoles blanes:
… Toussaint Louverture qui venait des Gonaïives apparut dans la gran- “de route, suivi de son état major. I était simplement vêtu : il por:
tait un madras recouvert d'un chapeau galonné , un- petit habit et des
épauleites. De nombreuses jeunes lilles blanches lancèrent sur lui des
fleurs et des couronnes. il descendit de cheval et leur témoigna toute
sa gratitude. On vit alors des colons se prosierner à ses pieds et le
priér avec instances de se placer sous le dais que portalent avec, oreueil quatre des plus riches planteurs da Gul-de-Sac. a ei
était simplement vêtu : il por:
tait un madras recouvert d'un chapeau galonné , un- petit habit et des
épauleites. De nombreuses jeunes lilles blanches lancèrent sur lui des
fleurs et des couronnes. il descendit de cheval et leur témoigna toute
sa gratitude. On vit alors des colons se prosierner à ses pieds et le
priér avec instances de se placer sous le dais que portalent avec, oreueil quatre des plus riches planteurs da Gul-de-Sac. a ei Toussaint humilié et indigné en mème temps de tant de basses= “ses, surtout lorsqu'il découvrait parmi ses adorateurs des colons qui
s'étaient toujours montrés ses plus cruels ennemis, dit à ceux qui le pressaient d'accepter ces honneurs: « In appartient qu à Dieu
« d'étre placé sous le dais et d'être encensé. » Ce fut en vain quon
voulut lüi persuader que c'était ainsi qu'on recevait les anciens gouverneurs. llentra au Port-Républicain avec son état major: * La ville fut illuminée ; on dansa dans toutes les grandes maisons ÿ LE # & Les colons, dit le- colonel Malenfant, étaient au comble de la joie; on j 4 s . _ 1 . J P < 4 ,
»‘ espérait que sous les ordres du général noir on tuerait les mulatres et qu'on “ serait indépendant; c'est ainsi que pensaicnt alors les cinq sixiémes des # colons, ” ? 508 HISTOIRE D'HAITI.— ( ie, ES ne + mn; un ordre parfait régna de toutes parts; et l'armée républicaines core.
posée en grande partie d'atricains , presque nus, sur lesquels Tous
saint exerçäit une influence qui tenait du prodige ne se livra à au
cun excés. | le général en chef confia le commandement de l'arrondissement du
Fort Républicain à l'adjudant-général Huin, colon blanc, et celui de
la pres à Christophe Mornay, colonel de la 8° coloniale. + Les français européens, dévouëés à la métropole, qui étatentaur PortRépublicain, avisèrent le général Hédouviile de tout ce qui s'était
passé des espérances anti-nationales , et de la conduite douteuse qua * Quoique le trait suivant que rapporte Malenfant soit étranger à lhistoir
nous le transcrirons littéralement: il donne une idée exacte de lacorru De
du cœur humain et des bassesses an xquelles se livraient les colons pour plaire
à Toussaint devenu le dispensateur des places et des tenais
Républicain, avisèrent le général Hédouviile de tout ce qui s'était
passé des espérances anti-nationales , et de la conduite douteuse qua * Quoique le trait suivant que rapporte Malenfant soit étranger à lhistoir
nous le transcrirons littéralement: il donne une idée exacte de lacorru De
du cœur humain et des bassesses an xquelles se livraient les colons pour plaire
à Toussaint devenu le dispensateur des places et des tenais “ Après l'entrée de Toussaint au P rt-au-Prince, un colon blanc désirait
‘être garde magasin. Il avait présenté une demande et fait solliciter Pouss
saint de lui accorder cetie place. Soit qu'il ue connut pas ce blanc, soit
‘qu'il le connut trop, il lui avait refusé cet emploi. L’épouse de ce péter
tionnaire 1 fait bien des démarches près de Toussaint ; elles avatent.
‘! été ivutiles. Peu de temps après, elle acconcha d’un garçon ; e elle alla
# prier, le nie) noir d'en être le parrain. Pourauer, madame, voulez-vous"
& que je noinmine votre fils ? Votre démarche n’a d'autre but que de me fure donner une place à votre mari; car votre cœur dément la démarche que vous
“ me faites.— Comment, géuéral, pouvez-vous croire cela ? mon mari vous
‘ aime ; tous Îles blancs vous sont FL madame. je connais les blancs
6 81 Javais leur peau, oûi; mais je suis noir , et je connais leur avérsion
“ pour nous. Avez vous bien réfléc à la demande que vous faites ? Sin
“ J'accepte, qui vous a dit qu'à l’époque de la raison, votre fils voyant qu'un
noir est son parrain ne vous en fasse pas des reproches ? - Mais général
— Madame, [en lui montrant le ciel ) celui qui gouverne tout est
“ senl immortel Je suis général, 1l est vral, mais je suis noir. "Apres
‘ma mort, qui sait si mes frères he seront pas remis dans lPesclavage, ne
‘“ périront pas encore sous le fouet des blancs ? L'ouvrage des hommes n’est.
# pas durable. Les blancs colons sont les ennemis des , noirs, La révolution française a éclairé les européens; nous somines aimés et FA par
‘eux. Vous voulez placer votre mari, eh bien! je lui donne la place quil
“ demande. Qu'il soit honnête homme , et qu'il se rappelle que je ne puis
“tout voir, mais que rien n'échappe à Dieu. Je ne peux accepter d’être parrain de votre enfant, vous en auriez des reproches des colons, et peus
être un jour de votre fils. ” |
“ Cette répouse de Toussaint en créole, continue Malenfant, est superbe
et mille fois plus animée dans ce langage naturel que dans notre langue. æ
CS Pendant la guerre contre Rigaud, et après ti départ de celui. ci, Tous-…
saint ne tiendra plus ce langage envers les blancs colons ; 1! se laissera ga
gner par leurs séductions et se livrera à des excès qui seront une des prine. Û
eipales causes de sa chute. Il aura oublié les préceptes de Sonthonax atilu
avait toujours recommandé de se tenir en garde contre les eolons blancs,
l que dans notre langue. æ
CS Pendant la guerre contre Rigaud, et après ti départ de celui. ci, Tous-…
saint ne tiendra plus ce langage envers les blancs colons ; 1! se laissera ga
gner par leurs séductions et se livrera à des excès qui seront une des prine. Û
eipales causes de sa chute. Il aura oublié les préceptes de Sonthonax atilu
avait toujours recommandé de se tenir en garde contre les eolons blancs, *j : = : Histoire p'nartr.—( 1798 ) : | 309 “wait tenue Toussaint Louverture. L'agent du Directoire en témoigna
toute son indignation; il ne douta plus des relations secrètes qui existaient entre Maitiand et Toussaint Louverture. Aussi se résoiut-il à
traiter lui-même de la reddition du Môle St: Nicolas qu'occupaieni encore les anglais. |
… Pendant cet intervalle, le général anglais qui occupait Jétémie,
“n'ayant pas encore reçu l'ordre d’évacuer la place, résolut d’eniever .
aux républicains le camp Thomas qui renfermait une garnison de 5008:
hommes sous les ordres de l'adjudant-général Blanchet. Le régiment
de ja Reine qui avait évacué lArcahaie marcha contre le camp Tho
mas, près de Pestel, et lui donna sans succès trois vigoureux assauis.
Après deux heures d'un combat des plus sanglants les Anglais furent
repoussés et taillés en pièces. Le régiment de la Reine commandé
“par le colonel Peste fut détruit presque en enter. |
Après celte affaire le géneral Rigaud envoya au Môle, auprès de
Maiiand, l'adjudant-général Blanchet, pour traiter de la reddition de
“Jérémie. Maitland tout en consentant à l'évacuation de cette ville, fit
offrir à Rigaud de lui expédier toutes les troupes noires et de couleur sous ses ordres, s'il voulait consentir à se soumettre au gouver-
“nement britannique. Rigaud répondit qu'il ne trailait avec les en-
“nemis de la France que lorsqu'ils avaient mis bas les armes. Il pénétra dans la Grand'Anse avec un corps d'armée composé des troupes du Sud, de la légion de lOuest et d'un bataillon de Jacmel.
“Après plusieurs combats, il arriva sous les murs de Jérémie qu il bioqua étroilement. Les anglais refusérent de traiter de la reddition de
“la place avéc un général ennemi, implacable du gouvernement britan-
“nique, l'évacuërent le 22 Août, et appareïilérent pour le Môie qui devint” le seul point où flottât le pavillon anglais. Le colonel Dartiguenave, à la tête d’un des régiments du Sud, prit possession de Jérémie.
Rigaud persécuta les coions royalistes qui avaient servi dans les rangs
anglais, quoique Toussaint lui eut recommandé d être Induigent, d'ou-
“blier le passé, comme il le faisait lui-même. es D 2
* Pendant que Toussaint était au Port Républicain, Hédouville fit sommer le général Maitland d’évacuer le Môle St. Nicolas. Il n'ignorait
pas que les Anglais ne songeaient qu'à abandonner cette vie, et que 1680
politique à l'égard de St. Domingue ne consistail plus qu à po (ef
Toussaint Louveriure à proctamer l'Indépendance de la colonie. Aussi
voulait il enlever au général en chef une nouvelle occasion de s’aboulcher avec Maitland. Si les Anglais avaient voulu se maintenir au me
qui renfermait alors 8000 hommes de bonnes troupes , toutes Îles te
ces de Toussaint n'eussent pu les en chasser ; du moins se Sararen te
elles épuisées pendant plusieurs années sous les remparls ee nu
wlfe qu'on nommait avec raison , à cette époque, le Gibraltar de L'Ajérique. | |
© Maitland consentit à évacuer le Môle en y laissant la même quan-
Maitland. Si les Anglais avaient voulu se maintenir au me
qui renfermait alors 8000 hommes de bonnes troupes , toutes Îles te
ces de Toussaint n'eussent pu les en chasser ; du moins se Sararen te
elles épuisées pendant plusieurs années sous les remparls ee nu
wlfe qu'on nommait avec raison , à cette époque, le Gibraltar de L'Ajérique. | |
© Maitland consentit à évacuer le Môle en y laissant la même quan- #10 HISTOIRE D’HAITI.—( 1798 ) |
. tité de bouches à feu que les Anglais y avaient trouvées à leur arrivée en
+ 1793, et en contraignant les tolons et les émigrés à abandonner la place: Une“ pashoaan d’Hédouville annonçant l'expulsion des royalistes de la colonie & ut même publiée et affichée daus les rues du Môle. La conduite de l'Agente
du Directoire en harmonie avec les vues du gouvernement français"
était tout à-fait contraire à celle qu'avait tenue Tôussaint Louverlure«
3 au Port Républicain. Les colons que ce traité proscrivait vexcitérent”
ouverture ‘à én contrarier Flexécution. Celui-ci, de son côté, ie 14
vii une condamnation publique de sa conduite. Il fit entendre des
\ plaintes amères contre Hédouville, qui, prétendait-il, avail outrepassém
ses pouvoirs, en traitant avec Maitland, quand ce droit lui apparte
nait exclusivement comme géuéral en chef des armées de Si Dominguem 1 se rendit aux Gonaïves et expédia à Maitland plusieurs courriers
pour lexhorter à rompre le traité, lui faisant sentir combien il impor
tait aux intérêts anglais que la masse des colons ne tombât pas dans
le désespoir, Maitiand méprisant les promesses solennelles qu'il avait
faites à Hédouviile, déclara officiellement que le traité de la reddition
du Môle éiait nul et non avenu, et qu'il n'entrerait désormais en né
gociations qu'avec Toussaint Louverture chef suprème de l'armée fran:
çaise à St-Domingue. H fit déchirer dans les rues du Môle la procfamation d'Hédouville contre les émigrés. Toussaint partit des Gonaïves à la tête de dix-mille hommes etallak
camper à une lieue du Môle. Maitland envoya auprès de lui un officier anglais qui linvita à entrer en ville avec son fétat-major. Quand
il atteignit les portes du Môle, il s'aperçut qu'un accueil semblable ax
celui du Port Républicain lui avait été préparé. Cette fois-ci ilne crut"
pas devoir refuser ces honneurs-qu'il n avait pas acceptés au Port Ré“
publicain par égard pour Hédouviilé. Mais déjà 1! se jugeait bien”
au-dessus de l’Agent du Direcinire. $
un officier anglais qui linvita à entrer en ville avec son fétat-major. Quand
il atteignit les portes du Môle, il s'aperçut qu'un accueil semblable ax
celui du Port Républicain lui avait été préparé. Cette fois-ci ilne crut"
pas devoir refuser ces honneurs-qu'il n avait pas acceptés au Port Ré“
publicain par égard pour Hédouviilé. Mais déjà 1! se jugeait bien”
au-dessus de l’Agent du Direcinire. $ Les troupes anglaises, magnifiquement équipées, bordaient la haïe.«
Le ‘curé. de la ville portant le St Sacrement vint au-devaut de lui avec
tout le clergé. I! se plaça sous le dais; le peuple le suivait se pres:
sant autour de lui; il recevait les bénédictions des femmes qui se prose*
ternaient sur son passage; les officiers anglais lui témoignaient la plus
grande vénération; chacun des habitans sentait le besoin de la protec- …
tion de cette nouvelle puissance. Eu même temps le canon retentis-…
sait, et les cloches remplissaient la vilie de leurs sons prolongés. Quand
il arriva sur la place d'armes, le général. Maiiland, sortant d'une
tente magnifique, vint au-devant de lui. Hs entrèrent sous la tente
où était dressée une table somptueuse; et après le repas Maitland lui.
fit don de toute l’argenterie dont la table était couverte. Sur l'invitation du général anglais il passa en revue les troupes britanniques …
qui défilèrent ensuite devant lui. Dans l'après-midi il se rendit au .
palais du gouvernement que les Anglais avaient construit et richement.
grné. Maitiand ui fit présent, au nom de S. M. B., de deux çouleux.
où était dressée une table somptueuse; et après le repas Maitland lui.
fit don de toute l’argenterie dont la table était couverte. Sur l'invitation du général anglais il passa en revue les troupes britanniques …
qui défilèrent ensuite devant lui. Dans l'après-midi il se rendit au .
palais du gouvernement que les Anglais avaient construit et richement.
grné. Maitiand ui fit présent, au nom de S. M. B., de deux çouleux. _ 4 É LA
L: > \
: HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 ) 8tt Le vrines en bronze et de tous les ornements du Palais. Toussaint traita
de l’évacuation des troupes anglaises aux. mêmes conditions qu'au PortRépublicain. Il retourna à son quartier-général qu'il avait fait trans:
porter dans l'intérieur des terres. |
Après avoir embarqué toutes les troupes européennes , Maitland se
résolut à lui reudre sa visite. Il avait tant de confiance en Toussaint Louverture dont il vantait la droiture, qu'il ne craignit pas de
pénétrer, accompagné seulement de quatre officiers, au travers d'un
pais inondé de bandes armées. Toussaint venait de recevoir de Sto,
Domingo une lettre de Roume qui l'exhortait à chercher l'occasion d'arrêter Maitland. Le commissaire français lui disait que c était un de
voir qu'il avait à remplir envers la République. Maitland apprit en
chemin celte perfidie de l'agent du Directoire. Mais il ne voulut pas
rétrograder. Il atteignit le camp du général en chef. On lui fi faire
antichambre plus d’une heure; pendant cet intervalle, il éprouva
quelques inquiétudes : le général en ehef faisait rédiger sa réponse à
Roume, Enfin il se présenta devant Maitland, tenant entre ses doigts
déux lettres décachetées. Général, lisez ces lettres, lui ditil,
avant que nous soyons en conférence; l'une est du commissaire Roume, l'äutre est la réponse que je lui ai faite. Jene voulais pas vous
voir avant d’avoir fiui ma réponse ; elle vous fera connaître combien
vous êtes en sûreté avec moi, et combien je suis incapable d'une
trahison. Le passage suivant de la lettre de Toussaint frappa d ad:
miration le général Maitland: « Quoi, disait il à Roume, n'ai-je pas
« donné ma parole au général anglais? Comment pouvez-vous Sup-
« poser que je me couvrirais d’infamie en la violant? La confiance
qu'il a en ma bonne foi lengage à se livrer à moi, et Jeserais deshonoré pour jamais, sije suivais vos conseils. Je suis tout
dévoué à la cause. de ix République; mais je ne la servirai jamais
aux dépens de ma conscience et de mon honneur. »
Tous les factionnaires qui étaient autour de la tente furent relevés : il allait être question de l'indépendance de St. Domingue.
Maitland lui proposa, au nom du gouvernement anglais, de le faire
reconnaître roi de St. Domingue, s'il voulait consentir en montant
sur le trône, à accorder exclusivement aux Anglais le commerce du
nouveau royaume. Il lui promit quuue flotte anglaise croisant sans
ecsse devant les ports de Pile le protégerait contre les agressions de [a
France. Toussaint quoiqu'il eut accueilli ce projet d'indépendance refusa
cependant de le mettre sur le champ en pratique. 1} promit de’le réaliser:
de St. Domingue, s'il voulait consentir en montant
sur le trône, à accorder exclusivement aux Anglais le commerce du
nouveau royaume. Il lui promit quuue flotte anglaise croisant sans
ecsse devant les ports de Pile le protégerait contre les agressions de [a
France. Toussaint quoiqu'il eut accueilli ce projet d'indépendance refusa
cependant de le mettre sur le champ en pratique. 1} promit de’le réaliser: A, NACRE: lorsque de plus heureuses. circonstances se présenteraient. On prétend
qu'il redoutait alors prodigieusement le Directoire, Surtout depuis
le débarquement du général Bonaparte en Egypte , débarquement que
les Anglais n'avaient pu empêcher. + Ce que nous avançons esl constaté par toutes nos traditions ; et ce
projet de Toussaint de proclamer l'indépendance de St. Domingue est L z + +0 812: : | HISTOIRE D'HAÎTI.—( 1798, ) la plus noble de ses conceptions aux yeux des haïtiens. Sa Constitution coloniale qui provoqua l'expédition de 1802, fut presque unacte
d'indépendance; avec un peu plus de hardiesse, il eût enlevé à Dessalines toute sa gloire. Le général Pamphile de la Croix rapporte dans ses mémoires qu'ii a lu au Palais national du Port-Républicain,” lors de l'arrivée en cette ville de la division Boudet , le traité secret. qui avait été fait entre Toussaint et Maitland. Le général anglais retourna au Môle St. Nicolas au milieu des
plus grands honneurs. Il fit passer dans les rangs de l'armée répubhi=
caine toutes les troupes coloniales qu'il avait réunies au Môle St. NE
colas, aprés leur avoir compié d'avance six mois de soide : elles devaient êtreemployées plus tard au triomphe des intérêts anglais. Toussaint les traita bien, s’en fit aimer, et grossit son armée de six mille hommes de bonnes troupes que le général Rigaud avait dédaignées. Plus tard, sous les ordres du chef noir, elles combattront le général de couleur. Les vaisseaux anglais appareillèrent pour la Jamaïque. Beaucoup de chefs noirs ét de couieur eniré autres Jean Kina et Lapointe éva=
éuèrent St, Domingue avec les Anglais. Jean Kina fut magnifique:
ment traité par le gouvernement britannique , ainsi que Lapointe.
Mais celui ci, après avoir cissiné sa fortune , reviendra en Haïti sous
le Président Pétion. Al y jouira de tous les droits du citoyen-haïtien, en sa qualité de sang-mêlé. Quant à Maitiand, il se rendit en An-. gleterre pour présenter à S. M. B. les bases d'un traité définitif avec
Toussaint Louveriure. |
L'armée républicaine prit possession du Môle qui était alors une
ville riche et florissante ; eile ne s'y livra à aucun excès.
Toussaint qui avait été séduit par le général Maitland , ne cessait de répéter : « La République ne m'a jamais rendu autant d'honneurs que a le roi d'Angleterre. » | 44
De 1793 à 1798 Îles Anglais avaient éprouvé des pertes considéraFables à St. Domingue. Des seize-mille hommes de troupes coloniales qu'ils y avaient organisées , il ne leur était resté que six mille. Quant aux troupes blanches, les maladies et le fer les avaient tellement moissonnées quelles s'étaient trouvées réduites au moment de l'évacuation
à deux-mille hommes environ. De 1793 à 1798, il était débarqué à St. Domingue , (outre plusi-.
Îles Anglais avaient éprouvé des pertes considéraFables à St. Domingue. Des seize-mille hommes de troupes coloniales qu'ils y avaient organisées , il ne leur était resté que six mille. Quant aux troupes blanches, les maladies et le fer les avaient tellement moissonnées quelles s'étaient trouvées réduites au moment de l'évacuation
à deux-mille hommes environ. De 1793 à 1798, il était débarqué à St. Domingue , (outre plusi-. eurs bataillons de la Jamaïque), les 81° et 96° régiments venant d'Irlande, le 82° régiment de Gibraltar; les 66° et 69° accompagnés de
450 artilleurs venant aussi de Gibraltar sous les ordres du général Bowÿer; quatre regimens d'infanterie au grand complet , et de forts. détachements de deux autres corps’ arrivés de Cork, sous les ordres. du général Whyte ;. trois régiments de cavalerie allemande et hollan-. daise, deux compagnies d’arullerie anglaise, et un détachement d’ar-. tillerie hollandaise ; toutes ces troupes s'éleyèrent à 15,000 hommes,
soldats européens, ‘ HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 ) sis À peu près la moitié de «ces régimens périt victime de l'influence
meurtrière du climat. Six-cent trente hommes du 82° régiment furent enlevés par la fièvre jaune peu de semaines après leur débarquement; le régiment de hussards qui s'élevait à 1000 hommes fut réduit par la peste en moins de trois mois à 350 hommes; le 96° régi. ment fut presque en entier enlevé par les maladies. En Septembre
4796, les registres de mortalité présentaient une diminution de 7530
hommes de troupes européennes seulement. Les Anglais n'avaient perdu dans les combats, dans un espace de cinq ans environ, que 5500
hommes , de troupes blanches. Quant aux troupes coloniales noires et
jaunes recrutées à St. Domingue , elles perdirent une dixaine de mille
hommes: elles formaient toujours la droite des colonnes anglaises. De 1793 à 1798 , le gouvernement britannique dépensa vingt millions de livres sterlings et perdit vingt trois-mille homimes, enlevés
par la peste ou. morts dans les combats, y compris les dix-mille
hommes de troupes coloniales. Le chiffre de son armée s'était élevé à trente et-un-mille hommes dont
15,000 soldats eurppéens , et 46,000 soldats noirs et jaunes. Aussitôt après l'évacuation des Anglais Toussaint ordonna le désarmement des cultivateurs, afin disait-il que des hommes en général bornés , faciles à être égarés, ne pussent pass armer contre le gouvernement
qui ne travaillait qu'à leur bonheur. IL avait pris cette mesure dans
l'intérêt de la tranquillité publique. Le conducteur principal .de
chaque habitation eut seul le droit d’avoir un fusil. Quand les circonstances le commandaient, il soulevait en masse les cultivateurs
ct leur donnait des armes qu'il retirait ensuile,
désarmement des cultivateurs, afin disait-il que des hommes en général bornés , faciles à être égarés, ne pussent pass armer contre le gouvernement
qui ne travaillait qu'à leur bonheur. IL avait pris cette mesure dans
l'intérêt de la tranquillité publique. Le conducteur principal .de
chaque habitation eut seul le droit d’avoir un fusil. Quand les circonstances le commandaient, il soulevait en masse les cultivateurs
ct leur donnait des armes qu'il retirait ensuile, LIVRE . SEIZIÈME. 00 OR ” ’ 7 1798: Semmaure. Toussaint favorise Îles anciens colons — Il excite les populations contre.
Hédouville.— Son immense influence sur les masses — Il favorise les émigrés. —. + Proclamation /du 10 Octobre —T] favorise le clergé—Watrin retourñe en France —
Départ de Bonnet pour St-Domingue.— Rigaud. se rend au Cap auprès d'Elédou:
ville — Conduite de Rigaïd au Cap—Hédouviile rend impossible un ranprochement
entre Rigaud et Toussaint —Révoite à l’Anse-à Veau contre Rigaud.— Hédouville
organise une insurrection dans le Nord contre ‘Foussaint —Rigaud nommé général
en chef du département du Sud, indépendant de Toussaint général: en chef de
toute la colonie.— Départ de Rigaud. pour le Sud.—Toussaimt contrarie les mesures d'Hédouville contre les zovalistes— Affaire de Manigat au Fort-Liberté.—Insurrection dans les campagnes du Nord en faveur de "Foussaint. Louverture. —Hédouville assailli au Cap s'’embarque pour France. — Sa proclamation contre Voussaint. —"Triomphe de Toussaint—Le commissaire foume vient. de Sto Domingo au
Cap.— Toussaint adresse un mémoire au Directoire-Exécutif—Maitland: revient à StDomingue, en simple particulier.— Traité de Toussaint. avec les Américains, —.
Etat du département du Sud.—Rèslement de culture— Armée du Sud.— Etat de
l'Ouest.—Roume réunit au Port-Républicain les généraux de la colonje.—Il ne peutporter Rigaud à se soumettre à Toussaint.-—Révoite au Corail contre Rigaud. —.
Elle est apaisée — Mission de Renaux Desruisseaux auprès de Toussaint — Pro:
clamations de Rigaud contre celles de Toussaint relatives à. la religion.— Départ.
pour France des élèves de la patrie — Des troupes du Sud prennent le Petit: Goâve.
—Commencement de la guerré civile.—Manifestations au Port Républicain en faveur.
de Rigaud:—Fautes militaires de Rigaud —:es troupes du Sud prennent le Tapion,.
le Blockaus et Thausin.— Toussaint arrive au Poït Républicain.—Son discours con=.
tre les honmes de couleur.—Réflexions sur ce discours.— La garde nationale dx «
Port-Républicain est désarmée. - R ‘ Toussaint par sa grande perspicacité avait découvert combien était
- devenue fausse la position d'Hédouville. Il tenait d’une part sous son.
influence la masse des noirs du Nord, et d'une autre part, par sa réee > HISTOIRE D’HAITI.—( 1798 }) RTE action vers les formes de l’ancien régime, il avait pris une place distinguéc dans l'opinion des colons, qui formaient par leurs richesses et leurs lumières un parti puissant dans les villes. On remarquait parmi
escort S “ti three de Ta plaine du Cul de-Sac, homme de
quelque érudition; les adjudans-cénéraux Hui ‘Hébécour Vollé
D idoutecre : Jr js . généraux Huin, d'Hébécourt, et Vollé,
teurs habiles; Guibre, secrétaire particulier de Toussaint.
une place distinguéc dans l'opinion des colons, qui formaient par leurs richesses et leurs lumières un parti puissant dans les villes. On remarquait parmi
escort S “ti three de Ta plaine du Cul de-Sac, homme de
quelque érudition; les adjudans-cénéraux Hui ‘Hébécour Vollé
D idoutecre : Jr js . généraux Huin, d'Hébécourt, et Vollé,
teurs habiles; Guibre, secrétaire particulier de Toussaint. Quant à Hédouville, il ne pouvait sappuyer dans le Nord, que sur
les re 10 ë la plupart républicains, et sur quelques officiers noirs
et de couleur, tels que Bellegarde, commandant du Môle, Golard, de
Jean Rabel ; le général Pierre Michel, commandant du Limbé; et le
colonel Barthélemy, commandant du haut du Cap. Toussaint s'aperçcut qu Hédouville ne se soutenait encore dans le Nord
que par: le prestige de sontitre d'agent du Directoire Exécutif; il com- . ni Lee ” à ; : | £
prit qu'en soulevant les masses contre lai le prestige disparaitrait devant les gros bataillons. Dés lors il commença à répandre sourdement
sur les habitations qu'Hédouville voulait rétablir l'esclavage, que c’était la cause de son aversion pour le général en chef toujours prèt à
mourir pour la liberté de ses frères. Les cultivateurs naturellement
inquiets sur leur avenir, ajoutant foi à ces propos, s'empressaient _d'accourir au-devant'de fui quand il parcourait les campagnes, lui exposaient leurs craintes, et le suppliaient de les délivrer du danger qui les menaçait. Al calmait leurs alarmes en leur donnant l'assurance
que tant qu'il existerait La liberté ne leur serait pas ravie; mais ül
les exhortait à se tenir toujours prèts à obéir à sa voix. Jamais aucun
chef ne sut mieux s'emparer de la confiance des masses; 1l exerçait
sur elles ainsi que sur les soldats la loute puissance ; une discipline
qui tenait du prodige régnait déjà dans les rangs de l'armée, et dans
les ateliers. Au Port Républicain, à l'Arcahaie, à StMarc, au Môle, des bandes de noirs la plupart africains ne s'étaient livrées à aucun excès ; cependant ces guerriers, combattant les Anglais, depuis plusieurs
années, avaient vécu dans les plus grandes privations, ne se nourrissant que de racines. Lis tremblaient sous les armes à la voix des officiers qui exerçaient sur eux pour ainsi dire droit de vie et de mort; ils observaient envers les habitants des villes un respect extraordinaire, et refusaient mème les libéralités que les bourgeois voulaient leur faire.
ll fallait un tel système pour maintenir dans l’ordre des hordes qui,
riers, combattant les Anglais, depuis plusieurs
années, avaient vécu dans les plus grandes privations, ne se nourrissant que de racines. Lis tremblaient sous les armes à la voix des officiers qui exerçaient sur eux pour ainsi dire droit de vie et de mort; ils observaient envers les habitants des villes un respect extraordinaire, et refusaient mème les libéralités que les bourgeois voulaient leur faire.
ll fallait un tel système pour maintenir dans l’ordre des hordes qui, avant la haute fortune de Toussaint , s'étaient livrées aux plus grandes horreurs sous les Jean François, les Biassou , les Jeannot, les Candy,
guerriers cruels, nés des premiéres fureurs de la révolution. Cette puissance magique que Toussaint exerçait sur ces hommes grossiers est un des plus beaux triomphes de son génie. Quoiqu'il fût instruit des dispositions du Directoire exécutif envers
les émigrés et les prêtres, le général en chef leur accordait toutes
sortes de faveurs. Les ofliciers royalistes qui avaient- servi dans les
troupes anglaises furent la plupart maintenus dans leurs grades ; Tous3:6 | HISTOIRE D’HaiTI.—( 1798 }
saint les plaçait aussi très avantageusement dans Îles aûministrations ci«
viles : c'est qu’il savait qu'ils étaient ennemis de la révolution et disposés à le seconder dans son projet d'indépendance ; pourvu qu'ibfie
refleurir leurs habitations. Quant aux officiers européens’, la plupart
dévoués à la France, ïil les dégoûtait du service, et les contraignait
indirectement à s’éloigaer de l'armée et des fonctions eiviles® Pour
ce qui concernait les hommes de couleur, il n’employait: avantageusement que ceux qui lui ayant vendu leurs âmes, étaient disposés &
ne reculer devant aucun sacrifice pour lui complaire. | “
Le général Hédouville se plaïgnit en vain de toutes ces mesures pri*
ses contrairement aux instructions que le Directoire avait envoyées à
Toussaint. Ce fut sans succès qu'il cendamna l'engouement des-colons
pour le général en chef: il leur disait que tôt ou tard ils seraient sas
crifiés par la politique du chef noir, s'ils continuaieat à trabirla
France; qu'ils n'étaient dans ses mains que des instrumens; que ‘du
reste la Métropole indignée de leur conduite enverrait dans la colonie
une puissante armée qui les anéantirait ainsi que Toussaini lui-même
Mais l'intérêt du moment qui les aveuglait les empêchait de’ découvrir
les nuages qui portaient la tempête. : |
Hédouville envoya en’ Europe le général Watrin qui en arrivanten
France exposa au Directoire Pétat de la colonie, le projet d'indépendance de Toussaint Louverture, et les témoignages éclatans de dévouement que le général Rigaud ne cessait au contraire de donner à"la
France. Ce ne fut qu'alors que le ministère revint entièrement sur
le compte du chef mulätre que Sonthonax avait représenté comme un:
euvemi acharné de la Métropole. Bonnet qui était toujours à Paris sé
transporta au ministère de la marine; il eut un entretien avec let me
nistre qui lui témoigna ses inquiétudes sur une gucrre de castes que
cependant le gouvernement français préparait lut même sourdement.
Bonnet lui dit que le seul moyen d'empêcher cette catastrophe: d'éclater, serait de l'envoyer sur une frégate à St-Domingue, avec mis
sion d'approuver la conduite que Rigaud avaittenue jusqu'alors, etde
lui apporter le témoïgnage des sympatbies du gouvernement. Ilajouta
que cette seule manifestation officicile ferait entièrement pencher la.
balance en faveur de Rigaud et triompher le parti métropolitain. Le
ministre accueillit ce plan, et Bonnet reçut l'ordre d'aller s’embarquer
à Pouillace sur la frégate la Circé. Mais à peine fut-il arrivé à Bordeaux,!
que le Directoire revenant à.la politique qui avait dicté la mission”
d'Hédouville , lui fit connaître que l'ordre qu’il avait reçu était évoqué.
Bonnet se rendit à St Domingue à bord d’un navire marchand et débarqua à Jacmel. | | és
Pour contrebalancer l'influence de Toussaint dont les pas vers l'Indépendance étaient gigantesques, Hédouville conçut l'idée d'armer con
tre. lui le général Rigaud, en confiant à celui-ci le commandement en*
chef du département du Sud. La guerre devait inévitablement éclater
fit connaître que l'ordre qu’il avait reçu était évoqué.
Bonnet se rendit à St Domingue à bord d’un navire marchand et débarqua à Jacmel. | | és
Pour contrebalancer l'influence de Toussaint dont les pas vers l'Indépendance étaient gigantesques, Hédouville conçut l'idée d'armer con
tre. lui le général Rigaud, en confiant à celui-ci le commandement en*
chef du département du Sud. La guerre devait inévitablement éclater hu D dite: 0
MS L « - ARE TL : + + 2 és 2
4 : ER … . Lo -
À » . « - HISTOIRE D'HauTi.—( 1798 ) Re 817 entre ces deux chefs, Toussaint ayant déjà le commandement en chef
“de toute la coloïie. L'agent du Directoire appela au Cap le général
» Rigaud ; et pour ne pas trop exciter la défiance de Toussaint qui se
trouvait au Pôrt-Républicain, 1 ly appela anssi. Toussaint se disposa à s'y rendre, quoiqu'il fat instruit de tous les projets d'Hédouville par Pascal secrétaire de la commission civile qu’il avait corrompu,
et par de vieux royalistes qui affichaient au Cap le républicanisme le
plus pur, et un dévouement sans bornes aux intérêts de la métropole.
1 envoya l'ordre au général Moyse qui était au Fort-Dauphin de se
. tenir prêt à combattre Hédouville, et à soulever les masses.
ne tarda pas à apprendre que Rigaud était sur le point d'entrer
au Port-Républicain pour se rendre au Cap. 11 dit aux officiers noirs
qui lui avaient apporté cétte nouvelle et qui l'ergageaient à le faire arrêtér: « Laissez, laissez aller M. Rigaud, prendre les instructions
« de l'agent du Directoire. Soyez tranquilles, et relirez-vous. »
Un colon blanc qui possédait sa confiance voulut aussi se retirer; il
l'arréta et lui dit: « Non restez, vous n'êtes pas de trop avec mol.
Je pourrais bien le faire arrêtér. mais Dieu m'en garde..#t
j'aibesoin de M. Rigaud... il est violent... il me convient pour
faire la guerre... et cetie guerre m est nécessaire... la caste
des mulâtres est supérieure à la mienne... .. si je lui enievais
M. Rigaud, elle trouverait peat être un chef qui vaudrail mieux que
ui... je connais M. Rigaud... il abandonne son cheval quand
il galoppe mais il montre son bras quand il frappe... moi je
galoppe aussi; mais je sais m'arrèler sur plases et quand je frappe,
on mé£ senl, mais on ne me voit pas... M. Rigaud ne sait faire
des insurrections que par du sang et des massaeres; moi je sais.
aussi mettre Le peuple en mouvement... il gémit, M. Rigaud, de
voir en fureur le peuple qu'il excite mais je ne souilre pas la
fureur... quand je parais il faut que tout se tranquilise, »
Pelle était le politique raffinée d'un homme qui avait vécu dans les_clavage jusqu'à cinquante quatre ans. La servitude qui rend l'homme
tel que la brute n'avait pu étouffer son génie. Queite étendue naurait pas eu celte puissante intelligence , Si des études l'avaient cultivée.
Quand Rigaud arriva au Port-Republican, Toussaint accueillit avec
Hos les déhors d’une sincère fraternité ; cependant 1h élait bruit en
cette ville que de son arrestation. fi ne sen montra pas inquiet; il
invita Toussaint à prendre une place dans sa voiture; le general en
chef accepta cette courtoisie, et ils partirent ensemble pour le Gap.
Jls traversérent l'Arcahaie, St Mare , les Gonaïves. Quoique Rigaud se
montrât peut communicalif ct défiant , Toussaint lui dit de se teuir en
garde contre les conseils d'Hédourille, de ne pas oubliér que les hommes de couleur et les noirs d'une commune origine étalent nés pour
s'aimer et s'entr'aider, et que ce n'était que parleur unton que aie
cien régime ne pourrait renaiire, el que les deux casies devraient
rent l'Arcahaie, St Mare , les Gonaïves. Quoique Rigaud se
montrât peut communicalif ct défiant , Toussaint lui dit de se teuir en
garde contre les conseils d'Hédourille, de ne pas oubliér que les hommes de couleur et les noirs d'une commune origine étalent nés pour
s'aimer et s'entr'aider, et que ce n'était que parleur unton que aie
cien régime ne pourrait renaiire, el que les deux casies devraient A A ARS À À À À À À À A “ 318 HISTOIRE D'HAITT — 1798 ÿ s'entendre pour combattre Îles tendances liberticides du Directoire, prôciamer l'indépendance de St-Domingue, et sisoler par ce grandacte
des réactions qui déjà Sopéraient en France contre la liberté. générale. Rigaud écouta favorablement le discours de Toussaint, si ce. nest ce qui avail trait au projet d'indépendance. Il lui dit que la
France ne rétablirail jamais l'esclavage. Quand ils arrivèrent sur Pha:
bitaion d’'Héricourt dans le Nord, Toussaint réunit tous les cultivateurs de ce quaïtier, et leur présenta Rigaud comme un des défenscurs les plus ardens de leur liberté, celui qui devait le remplacer, Enban ils entrérent au Cap. Hédouyille accueillit Rigaud’ avec la
plus grande cordiaité; il eut des entretiens secrets avec lui, et: lui
donna l'assurance de toute la sympathie du Directoire pour sa caste
doni la fidélité à la France était à toute épreuve. Rigaud, d'une taille ordinaire, était fils d'une noire et dun Ta il avait le teint très-brun, des yeux noirs el vifs, des cheveux erépus, * un caractère auda eux et chevaleresque. Enthousiasnié d'Hédouville, il le cousidéra, ainsi qu'il le dit Juimême : « comme un homme exempt de passions et de préjugés, pés
« nétré d'amour et de zèle pour la prospérité de la France , brûlant
« de concouïtir au bonheur de tous ies babitans de Si-Domingue; un seru-
« puleux observateur des lois, désirant établir l'ordre constitutionnel,
« qui seul, pouvait abattre Thydie de l'anarchie, et mettre chaque ci:
« toyen à ‘la place qui lur était assignée par la Voir Il admira surtout en lui « une haine invincible p'ur tous les enne-
« mis de la République, le désir "de briser le sce ptre de fer de FAns
ce glais, et de bannir à jama’ ‘s du territoire de St Domingue ees infà-
« mes émigrés qui, après avoir vendu et livré lour pays aux ennemis « les plus cruels de la France, s'étaient rangés sous leurs drapeaux « pour combattre la Hberté, qui avaient fait couler à grands flots le
« sang de ses plus zciés défenseurs. » Toussaint se montrait inquict des relations intimes qui existaient entre Rigaud et Hédouville. I réitéra au gé inéral de couleur : les conseiis qu'il lui avait donnés , et lui proposa de nouveau de se détacer
de ia France. Rigaud s'en montra indigné; il oblini une entrevue
d'Hédouville. he -ci, pendant l'entretien ‘fit appeler _ Toussaint qui ignorait que son rival fût dans ce moment au Palais National. Le gé-. néral en chef fut'introduit, en attendant que l'agent du Directoire vint
ient entre Rigaud et Hédouville. I réitéra au gé inéral de couleur : les conseiis qu'il lui avait donnés , et lui proposa de nouveau de se détacer
de ia France. Rigaud s'en montra indigné; il oblini une entrevue
d'Hédouville. he -ci, pendant l'entretien ‘fit appeler _ Toussaint qui ignorait que son rival fût dans ce moment au Palais National. Le gé-. néral en chef fut'introduit, en attendant que l'agent du Directoire vint le recevoir. dans un qui n'était séparé que par une cloison, de:
: Ï celui où se trouvait Rigaud. Ii entendii le général de couleur déclarer à Hédouville, qu ii fui avait proposé de se rendre indépendant de
la France. Ri: gaud se retira, et Toussaint vit aussitôt l'Agent se présenter devant fui avec une physionumi Ie COUrTrOUCLE qui ie déconcerta.
Toussaint se trouvait au pouvoir d Hédouvilie; il pouvait être enJexés . portait toujours une perruque de cheveux plats. EN ch Fr n ».
’ . HISTOIRE D'HAITI 1708 ) 319 “et jeté à bord d'un des bâtimens de la rade; il lui dit qu'il n'avait tenu
ce langage à Rigaud qu'afin de sonder 5es.intentions. * . Dés ce moment il n’y eut plus de rapprochement possible entre Toussaint et Rigaud, et la guerre civile devint inévitable : la mission d'Hé-
, douville était accomplie. sh
ux plats. EN ch Fr n ».
’ . HISTOIRE D'HAITI 1708 ) 319 “et jeté à bord d'un des bâtimens de la rade; il lui dit qu'il n'avait tenu
ce langage à Rigaud qu'afin de sonder 5es.intentions. * . Dés ce moment il n’y eut plus de rapprochement possible entre Toussaint et Rigaud, et la guerre civile devint inévitable : la mission d'Hé-
, douville était accomplie. sh Rigaud sincèrement français, incapable de trahir sa patrie, voyait
“avec horreur le projet de Toussaint Louverture qu'il traitait d'ingrat. I
ne concévait pas comment ji! pouvait songer à trahir fa France qui seule alors avait proclamé l'abolition de l'esclavage. H disait que « Parri-
« vée d'Hédouville avait été l'aurore d’un beau jour ; qu’elle le comblait
a dé la joie la plàs vive; qu'il croyait entrevoir un terme aux maux
« jnfinis qui avaient affligé la colonie jusqu'alors. » |
_ Pendant ce temps Toussaint excitait dans le Sud une révolte dans le
but de faire massacrer les hommes de couleur les plus influents, de
désorganiser le parti de Rigaud, et de lui créer dans ce département
‘assez d'ennemis pour qu'il nè put pas en sortir quand la: lutie s'engagerail. fl voulait lui enlever la faculté de marcher sur ses derrières
pendant quil Vélancerait conire Hédouville. Des colons et quelques
Bois noirs, d'aprés les ordres du général Laplume, s emparérent
d'un petit fort dans la commune de l’Anse-à Veau. Is furent soutenus par. des affidés de Tonssaint, qui vinrent à PAnse-à Veau sur des
barges sorties de lArcähaie. Mais les noirs du Sud} qui aina'ent Is
hommes de couleur ne s’éhranlèrent pas. Les conspirateurs se dispérsérent à l'approche de la force armee. a
Pendant cet intcrsalle Hédouville exaltait le patriotisme de Rigaud
contre Toussaint qu'il lui peignait comme un‘lraitre qui s'était vendu
aux: Anglais. Il lui coufia le commandement en chef du département
…_ du Sud, le rendit indépendent de Toussaint déjà général en chef des
armées de St. Domingue: le. conflit d'autorité devait ainencr 1 guerre
civile. Il lui ordonna de le seconder vigoureusement dès qu'il commencerait ses attaques dans Îe Nord contre Île chef noir : Hédouviile
et Rigaud gagnérent au parti de la métropole, le genérai Pierre Michel,
commandant. du Limbé, Barthélemy, commandant du haut du Cap,
Golart de Jean-Rabcl, Bellegarde, commandant du Môle St.-Nicolas
où se trouvait en garnison la 3.” coloniale, el Daiban commandant du
Fort-Dauphin, tous officiers d'une grande influence. ©
Beaucoup de cultivateurs de Bombarde, du Port de Paix, de JeanRabel et du Moôie furent aussi gagnés au pari de Rigaud. L'oflicier
supérieur, dans le Nord, qui demeura le plus inébraniablement attaché
au général en chef, qui repoussa toutes les séduelions , fut le colonel
Maurepas, commandant du Port-de-Paix.
3.” coloniale, el Daiban commandant du
Fort-Dauphin, tous officiers d'une grande influence. ©
Beaucoup de cultivateurs de Bombarde, du Port de Paix, de JeanRabel et du Moôie furent aussi gagnés au pari de Rigaud. L'oflicier
supérieur, dans le Nord, qui demeura le plus inébraniablement attaché
au général en chef, qui repoussa toutes les séduelions , fut le colonel
Maurepas, commandant du Port-de-Paix. * Rapport de tous les vieux Huïtiens qui se trouvaient alors au Cap ,
particulièrement de ceux qui étaient employés daus les bureaux du Palus
national. 830 HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 ) Rigaud partit pour le Sud avee les instructions d'Hédouville, plein
d'espoir, et considérant déjà le général Toussaint eomme perdu à tout jainais. Sur son passage, aux Gonaives, à St-Marc, à l'Arcahaïe, il organisa de fortes conspirations contre Toussaint Louverture. Son entrée au Port-Républicain où il arriva en voiture, produisit une forte
sensation. : Presque toute la population noire et de couleur de cetie ville lui témoignait de grandes sympathies. Le commandant de la plas ce Christophe Mornay ne faissait pas Ignorer son dévouement à sa cause. Il favorisa la sortie de Rigaud du Port-R épublicam , lois de l'arrêter, comme il en avait reçu l'ordre. Quand Rigaud arriva à Léogase ül fut magnifiquement fêté par la plupart des “citoyens. Il présida un
banquet où il se montra aussi léger que l'avait jugé Toussaint Louverture. El faissa lai léchapper ces mots: « le fruit n’est pas encore « mûr; soyons pallens; quand l'en sera temps nous le cueillerons, »
Ces paroles furent rapportées au génégal Laplunie, commandant de Léogaue, qui en averiit sur-le-champ Toussaint Louverture. Celui-ci ordonna de surveiller activement les'suspects de Léogane. L'adjudant: général Pétion attaché à la division Laplume, faisait clandestinemen(g ja propagande en faveur dé Rigaud. En rentrant dans le département da Sud, le général Rigaud pardonna à ous ceux qui s'étaient AT contre son : autorité dans la,
commune de’ l'Anse-à-Veau. Toussaint de son côté se rendit des Gonaïves au Môle St-Nicolas pour. s'assurer de la fidélité de cette ville alors très-importante, I avait déjà
ordonné au gencral Moyse , son neveu, de se tenir disposé à soulever
le quartier du Fort-Liberté ; Hédouville fui écrivit de nouveau de refuser ses faveurs aux émigrés et au cicrgé, et de cesser de tenir une conduite qui étonnait tous Iles bons français. Toussaint pour toute réponse ne craiguit pas de lancer
une prockumation par iaquelle 1 lui prouva combien 11 méprisait les
, I avait déjà
ordonné au gencral Moyse , son neveu, de se tenir disposé à soulever
le quartier du Fort-Liberté ; Hédouville fui écrivit de nouveau de refuser ses faveurs aux émigrés et au cicrgé, et de cesser de tenir une conduite qui étonnait tous Iles bons français. Toussaint pour toute réponse ne craiguit pas de lancer
une prockumation par iaquelle 1 lui prouva combien 11 méprisait les instructions qu'il fut envoyait. El était dit dans un des passages de [au proclamation : « Voici fa marche que nous devons tous suivre pour
« attirer sur nous la bénédiction du Seigneur; J'espère que : vous ne
« vous en (earlerez Jamais, et que vous rez poactucilement exécuter
« ce qui SUIl* far 9 re « Les chefs de corps sont chargés de faire dire aux troupes la prié
s.re Îe matin.et le soir, selon que le service le permetira. Sitôt Ma
«_preinière revue, les génér aux commandant en chef feront célébrer une
« grand messe et chanter un te- deuin, dans tous les lieux de leur ar-
« rondissement , en action de grâce de: ce que le Ciel ait bien voulu
« diriger nos dernières campagnes, permeltre que l'évacuation} de l’en-
« nemi se soil fuite sans effusion de sang, protéger la rentrée parmi nous"
« de plusieurs milliers d'hommes de Loutes couleurs jusqu'alors égarés ,
« ci rendre enfin plus de vingt mille bras à là cuiture. Le te-deum . _ HISTOIRE D'HAITI.—( 1708 ) 821 « sera annoncé après une salve de vingt-deux coups de canon. »
. Ge fut alors que les troupes républicaines, dans les départemens
du Nord, de l'Artibonité et de l'Ouest, commencèrent à se rendre
chaque dimarehe à L'église pour y entendre la messe. A l'élévation,
elles s'agenouillaient au bruit solennel du canon et adréssaient des cantiques à | Eternel, Cette réaction vers l’ancien régime, quoiqu elle excitàt Pindignation d'Hédouville, le mit eependant dans la nécessité de
noser s'en plaindre officiellement : il eût passé pour athée, s'il avait
voulu empêcher le soldat d'entendre la ‘messe. Toussaint s'apercevant que lopinion coloniale se prononçait en sa
faveur, se détermina à porter le dernier coup à l'Agent du Directoire.
…Hédouville avait publié « que tous les citoyens cultivateurs conti- —« nucrdient leurs anciens travaux dont ie produit serail partagé de
m« façon qu'un tiers tomberait à la République, un autre tiers aux
“« cultivateurs, èt que le tiers restant serait pour Îles propriétaires des « plantations ; que tous les employés blancs qui avaient été au service
«des Anglais étaient congédiés, leurs biens et propriétés confisqués,
—« ainsi que ceux des émigrés de la colonie. »
n Toussaint qui jouait à St-Domingue le rôle que jouera plus tard BoLau
serail partagé de
m« façon qu'un tiers tomberait à la République, un autre tiers aux
“« cultivateurs, èt que le tiers restant serait pour Îles propriétaires des « plantations ; que tous les employés blancs qui avaient été au service
«des Anglais étaient congédiés, leurs biens et propriétés confisqués,
—« ainsi que ceux des émigrés de la colonie. »
n Toussaint qui jouait à St-Domingue le rôle que jouera plus tard BoLau . y avait une amnistie générale; qu'il n’y avait point d'émigrés parmi les colons et les habitans de l'île; que tous les propriétaires,
qu'ils eussent été ou noi employés au service des Anglais, étaient
tnvités à rentrer dans l'ile, qu'ifs y jouiraient de tôute protection ;
qu'à la vérité les noirs étaient libres, mais qu'ils devaient encore
continuer pendant cinq ans leurs travaux chez leurs anciens maitres,
à condition de jouir du quart du produit, duquel quart néanmoins,
les anciens maîtres pourraient défalquer les frais de leur nourriture et entretien. » i
Toussaint entrait hardiment dans le système que voulaient établir
les colons. Excité par Pambition, et voulant, par n'importe quel mo-
» yen, éloigier Hédouville- de la colonie, il saerifiait momentanément
les vrais intérêts des noirs à la cupidité coloniale. Ceux-ci néanmoins
ayant dans le général en chef une confiance sans bornes, surtout
parce qu'il était noir, ne virent dans la proclamation qu'avait publice
Hédouville qu'un acte tendant au rétablissement de Fesclavage. Tant
était grande leur défiance contre quiconque était blane.
Hédouville, de son côté, songeail à détruire i . naparte sur le plus grand théatre du monde, pubiia, de son eûté: « qu’il A & À à À À A À A enr re absente à la puissance de Toussaint au Fort Liberté. Moyse qui -en commandau l'arrondissement,
exerçait la plus grande influence sur ia
rectoire se d'termina à faire désarmer €e eorps. Eustruit des projets du général en chef, il voulait par celte mesure audacieuse, faire
échouer l'insurrection qui était sur le point d'éclater. En même temps
les passions pottiques s'animaient prodigieusement au Fort Liberté. Le
colonel Dalban , oflicier européen, cn commandait Ja place. La 5
se qui -en commandau l'arrondissement,
exerçait la plus grande influence sur ia
rectoire se d'termina à faire désarmer €e eorps. Eustruit des projets du général en chef, il voulait par celte mesure audacieuse, faire
échouer l'insurrection qui était sur le point d'éclater. En même temps
les passions pottiques s'animaient prodigieusement au Fort Liberté. Le
colonel Dalban , oflicier européen, cn commandait Ja place. La 5 nn mes à “ac AS su nn dot DS us, .. SE | LLS le, 2" ANT: A 5° coivnialé. L'Agent du Di922 HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 ) coloniale fut aecusée par le capitaine Quayer Larivière, homme de cou“
leur , de vouloir égorger tous les blancs. Presque en même temps le
colonel Grandet ; commandant de Ja place de Monté Christ , et Raffin,
commissaire de l’Ageni du Directoire près l'Administration municipale
du Fort-Liberté , arrivérent en cette ville; 1ls y avaient été envoyés pars
Hédouville. Ils gagnérent à leur parti le juge de paix Manigat, noir
ui le 24 Vendémiaire , (45 Octobre), reçut d'Hédouville: plein pouvoms
de le représenter dans toutes sortes d opéralions. À neuf heures du
soir du même jour, le colonel Grandet auquel Île commandement en
chef de la partie de VEst avait été promis, confia à Manigat, au nom
de l'Agent du Directoire, tous les pouvoirs civils et mititaires. Mamie
gat devint la première autorité de la ville. Le 46 Octobre (25 Vendémiaire ), 1} lança uue proclamation par laquelle il ordonna le, désar-.
mement de la 5° coloniale, après avoir accusé ce corps d'avoir mécon:
nu les autorités établies, d'avoir résolu la mort des gens de bien et le
pillage de leurs propriétés.
L'adjudant major de là 5, Fringnat qui avait été gagné par Raffin,
fit savoir à Manigat que ce régiment n'avait pas de cartouches, qu il
n'avait que fort peu de pierres à feu; et que pour l'affaiblir al avait délivré aux soldats plus de 200 permis. L'occasion de tenter le desarmement ne pouvait pas être plus favorable |
Déjà le colonel Dafban, d'après les ordres de Manigat, avait réuni.
devant le burea: de la place, les bataillons du Morbihan et du KortLiberié, les 84° et 106.° régimens européens, commandés par le co
lonel Romain; la garde nationale, et ia geudarmerie sous les ordres
de Quayer Larivière, et un corps de cavalerie espagnole que le colonel:
Grandet avait fait venir de Monte Christ el de Laxavon. (Cinq pièces
de canon chargées à mitraïile étaient braquées sur la place d'armes:
Des cartouches furent distribuées à toutes cès troupes qui fournissaient
une force de 3,000 hommes. Le général Moyse 6 était absent de la ville ;
1l parcourait les montagnes de la Grande-Rivièére , préparant les cultivaieurs à l'insurrection qu'il avait concertée avec Toussaint Louverture.
Manigat ordonna à la 5.° coloniale d'aller se ranger en bataille devant
la maison du général Moyse. Ce corps ne présentait qu'une force de
700 hommes, sans munilions ; et Manigat avait à lui opposer 3,000
hommes soutenus par une nombreuse artillerie. Les officiers de h 5.°
tout en murmurant allèrent occuper la position qu'on leur avait assignée. Le découragement était peint sur la figure de tous les soldats
qui voyaient devant eux une mort certaine. M." Moyse femme éner-"
pique êt audacieuse, indignée de leur incertitude, sortit de chez elle,
es harangua, releva leur courage , et entraîna tout le régiment à l'Ar=
senal qui n’était occupé que par’ quelques hommes. Elle ouvrit ellemême aux soldats les caisses de cartouches; et la 5.° munie de prowisions de guerre vint reprendre sa position, mais avec une altitude fièreet,
menaçante. D’après les conseils de Raflin, Manigat fil sommer la 5° de.
use, indignée de leur incertitude, sortit de chez elle,
es harangua, releva leur courage , et entraîna tout le régiment à l'Ar=
senal qui n’était occupé que par’ quelques hommes. Elle ouvrit ellemême aux soldats les caisses de cartouches; et la 5.° munie de prowisions de guerre vint reprendre sa position, mais avec une altitude fièreet,
menaçante. D’après les conseils de Raflin, Manigat fil sommer la 5° de. HISTOIRE D'IHAITI.—( 1798 } - | 328 mettre bas les armes. Le colonel Adrien refusa d'obéir. Le colonel Dalbatr
it avancer le batailion du, Morbihan et le 106.° régiment : l'action com_mença aussitôt. Les troupes européennes firent de terribles décharges;
mais la 5.° répondant vigoureusement à leur feu ne s’ébranlait pas. «Dalban lança contre elle le 84.° régiment qui fut repoussé avec perte:
“Alors les cinq pièces de canon jouèrent contre elle; les soldats noirs
“quoique horriblement mitraillés ne cédaient pas le terrain. Mais Quayer
“Larivière les chargeant avec impétuosité, à la tête de cent cavaliers ,
rompit leurs rangs, les mit en pleine déroute, et les fit la plupart
“prisonniers. Il tua de sa propre main un capliaine de grenadiers nommé Charles Zamore. Le colonel. Adrien et un chef de bataillon nom-
-mé l'African furent aussi faits prisonniers. Le lendemain 47 Octobre (26 Vendémiaire) le général Moyse suivi de
trois dragons se présenta aux portes. de la ville; 1l les trouva fermées. Le colonel Grandet les lui fit ouvrir. Moyse se rendit aussitôt chez
lui pour s'instruire exactement de l'événement de la veille. Mais Ma-
“nigat fui écrivit, que comme délégué de l'agent du Directoire, il avait
“la force armée sous ses ordres, et qu'il linvitait à venir prendre des
Drntons auprès de lui, le rendant personnellement responsable des
désordres qui pourraient éclater dans la ville. Moyse fui répondit qu'il
“ne refusait pas de concourir avec les autorités au maintien de l'ordre,
“mais qu'il désirait l'entretenir du danger qui menaçait encore la ville,
“puisqu'il voyait des canons toujours chargés à mitraiile braqués. sur la
place d'armes, et la garde nationale, ainsi que les troupes européennes,
“demeurer sur pied; que du reste il garantirait la tranquillité de la ville,
si les troupes se retiraient dans leurs quartiers respecuifs. Manigat refusa de lui accorder l'entrevue qu'il demandait. Il lui ordonna de se
prononcer contre Toussaint Louverture qui étai l'agent des Anglais et
d'exécuter les instructions qui lui seraient données. Moyse refusa de
prendre les armes contre le général en chef. Alors Manigat l'accusa. de vouloir faire égorger tous les blancs, et d'avoir crié aux armes quand. ilétait rentré en ville; il le destitua de ses fonctions, ordonna de lui courir sus, et de l'arrèter mort où vif.
ordonna de se
prononcer contre Toussaint Louverture qui étai l'agent des Anglais et
d'exécuter les instructions qui lui seraient données. Moyse refusa de
prendre les armes contre le général en chef. Alors Manigat l'accusa. de vouloir faire égorger tous les blancs, et d'avoir crié aux armes quand. ilétait rentré en ville; il le destitua de ses fonctions, ordonna de lui courir sus, et de l'arrèter mort où vif. Moyse’fut obligé de prendre la
fuite; il n'eut que le temps de se jeter dans la mer el d'atteindre les. mangliers de la rade, d'où au-travers de mille dangers, il se rendit au
“Boisblanc. Le colonel Adrien et lé commandant l'Afrieain furent envoyés
“au Cap, par mer, et Hédouville les fit mettre aux fers: sur une frégate. - - Moyse suivi des soldats de la 5 qui avaient échappé à la mort, par
eourut les environs du Fort-Liberté, et jeta dans l'âme des cultiva
“teurs toute la fureur dont il était animé. Les noirs, au, son lugubre du lambr, se levèrent en masse comme en 4791, s'élancè-:
* rent de toutes paris sur les blancs en vociférant contre Hédouville qui,
» croyaient-ils, voulaient rétablir l'esclavage. Le nom de Toussaint , le
» gardien de leur liberté, dominait leurs cris affreux. En quelques jours
, Linsurrection devint générale. La plaine du Nord fut inondée de bantenir, au Fort Liberté, Manigat investi de tous les. pouvoirs civils et té de résister à cette mulitude bien dirigée, et résolut de sauver la À
ville du plus affreux carnage. 1 ga HISTOIRE D'HAITI— ( 1798 ) des furieuses; cîle fut livrée aux flammes; le poignard poursuivit les
blancs qui étaient sur leurs habitations comme aux premières de s
de la révolution. 6
‘Pendant cet intervalle qécésotift Louverture était parti des Gonaives
pour aller soi-disant, P'nne des instructions de l’agent du Directoire
Mais il se rendait dans le Nord pour y donner le signe de l'insurrection.
Il reçut en chemin l'ordre d'Hédouville de se rendre en toute hâte
au Fort-Liberté pour étouffer la révolte qui venait d’éclater. Hédou=
ville voulait le metire .en demeure de $e prononcer ouvertement contre
la France, Mais Toussaint plein de perspicacité continua sa route vers |
le Cap. Quand ïl atteignit l'habitation d'Héricourt, 1l vit arriverle gé*E $
néral Moyse couvert de poussière, en chapeau de paille ei presque nus.
ne douta plus que l'Agent du Directoire n'eut été instruit de son
projet d'insurreelion, et n'eut essayé de le déjouer. -Alorswil déclodiil
hardiment aux bandes de cultivateurs qui l'entouraient et qui l'exhor=
tient à les lancer sur le Cap qu Hédouville avait fait assassiner les bra
ves soldats de la 5.° sl evaient défendu la République , et qu'il avait
le projet de rétablir | esclavage. il revint ensuite sur ses pas et rentram F
aux Gonaïves. Là il se mit à la tête de la 4. coloniale , et trompa
les autorités dévouées à la Métropele en leur disant qu'il allait sous
entouraient et qui l'exhor=
tient à les lancer sur le Cap qu Hédouville avait fait assassiner les bra
ves soldats de la 5.° sl evaient défendu la République , et qu'il avait
le projet de rétablir | esclavage. il revint ensuite sur ses pas et rentram F
aux Gonaïves. Là il se mit à la tête de la 4. coloniale , et trompa
les autorités dévouées à la Métropele en leur disant qu'il allait sous LE militaires par Fagent du Directoire. I partit des Gonaives, et quand ;
il arriva de nouveau sur l'habitation d Héricourt, il apprit que les“ins
surgés s'étaient ruës sur le Cup, brûlant et saccageant tout sur leur
passage. Il craignit que cette ville ne fut Hivrée au carnage, et il fé
mit pour les jours d'Hédouville; car son projet était de le déporter, mais »
non de le faire périr: il ne voulait pas se compromettre à ce pointen
vers la Métropole. Du reste 11 n'avouait pas cette insurrection qu'il.
avait Jui même préparée. Il s'élança vers le Cap, et se présenta au
milieu de ces bandes innombrables de cultivateurs armés qui s'étaient
déjà emparés des “hauteurs de la ville, et du fort Bélair dont la gar- ÿ
nison avait été passée au fil de l'épée. 11 fit tirer le canon d'alarme
de nouvelles bandes se réunirent, et le Cap fut assailli. Les cites
et les troupes de ligne s'étaient réunis sur le champ de mars; on était
dans l'alternative de marcher: contre les insurgés ou d'envoyer une députation au général en chef. Mais Hédouville ne voulut pas traiter
avec Toussaint Louverture; d'une autre part, il reconnut limpossibis SC nu %
À Il ordouna en conséquence au citoyen Gasson sous-directeur de Vars.
tillerie d’enciouer les pièces de l'arsenal et du fort Picolet afin: que LL
ne pt pas tirer sur la"rade, et Sembarqua suivi de plus deux mile
personnes qui furent distribuées sur trois frégates, ti En appareillant, le 1er brumaire an 7 (22 octobre 4798), 1e lacs à
une proclamation par ni il avertit les habitans de la colonie que HISTOIRE D'HAITI.—( 1708 ) à 825 ? Toussaint s'était entendu avec le gouvernement fédéral des Etats Unis
mot lencabinet de St-James pour se rendre indépendant de la France.
Cette proclamation ne fut que fort peu répandue dans la colonie ;
Toussaint en défendit la publication, et la plupart des babitans de
“St Domingue en ignorérent l'existence. Cette circonstance nuisit consi-
“dérablement à la cause de Rigaud; car les blancs européens véritable:
ment dévoués à la Métropole ; considérerent Toussaint, après le départ
“d'Hédouville, comme le réprésentant de la France, et ne purent lui
refuser le concours de leurs armes et de feurs talens.
ie ;
Toussaint en défendit la publication, et la plupart des babitans de
“St Domingue en ignorérent l'existence. Cette circonstance nuisit consi-
“dérablement à la cause de Rigaud; car les blancs européens véritable:
ment dévoués à la Métropole ; considérerent Toussaint, après le départ
“d'Hédouville, comme le réprésentant de la France, et ne purent lui
refuser le concours de leurs armes et de feurs talens. Aussitôt que Toussaint Leuverture apprit le départ de agent du
Directoire , il caima la fureur de ses bandes avec autant de facilité qu'il
l'avait excitée, et entra au Cap en triomphateur. Sa présence produis
sitMa plus grande agitation ; on crut qu'un massacre allait commencer;
les habitans saisis de terreur parcouraient les rues en criant aux armes : les troupes de ligne rangées en bataille avaient une attitude meinacante , et étaient prêtes à faire feu; un seul coup de fusil eût pro-
“duit les plus grandes horreurs ; une catastrophe paraissait inévitable.
. Cependant ke calme se rétablit par les énergiques protestations de débvouement de Toussaint à l'ordre publie ; et ces masses de cultivateurs
s'écoulérent vers la plaine , se résignant aux ordres de leur chef,
Toussaint fit aussitôt chantér un te deum avec la plus grande solennité. Les colons ci-devant royalistes, aprés lui avoir rendu leurs hommages, le portèrent en triomphe comme un libérateur. Après la cérémonie, il offrit au peuple réuni autour de léglise de se démettre de
-sa charge de général en chef, de demander sa retraite au Directoire,
* ot de se faire remplacer par le général Rigaud. HE versa des larmes
sur le sort des malheureux blanes qu'Hédouville avait fait massacrer
parses imprudences, en songeant, disaitil, qu'on pourrait lui attri-
* buer ces horreurs. Les planteurs l'exhorièrent, pour le bonheur des
habitans de St-Domingue, à demeurer à la tête des affaires. Il fergnit
- de se laisser vaincre par leurs instanecs. Aussitôt après cet événement il écrivit au citoyen Roume, membre
de la commission civile, qui se trouvait à Sto-Domingo, de venir remplacer: Hédouville. Roume, gran adinirateur de Toussaint , demeuré
le seul agent du Directoire dans la colonie, vint au Cap, et prit. les
rênes du gouvernement colonial; il condamna la conduite d Hédouville.
Toussaint de son côté déclarait sans cesse que son dévouement à la
France sa patrie était sans bornes. 5 : Le 42/Novembre, il fit partir pour France le citoyen Caze son aidede-camp , et le citoyen Guibre son secrétaire. Hs étaient porteurs pour
le Directoire exécutif d'un mémoire circonslancié Sur l'évènement du
Fort Liberté, sur l’embarquement d'Hédouille. Toussaint s'efforçait - de constater qu'il n'existait pas un meilleur français que lui. « Sans « doute, dit-il, le premier mouvement du Directoire que je respecie ;
» een les voyant déposer unaninement contre moi, (Hédouville ei ceux LR T À
LA Pal = 326 | HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 ) 140 ‘3 qu'on saura qu'alors qu'on m'aceusait de vouloir faire scissionravee A À À £ «a qui laccompagnaient) sera d'appeler la vengoance-sur ma tête; celui" du peuple français que j'aime, de me vouer à lexécration; celui des
ennemis des noirs que je méprise de crier à l'esclavage; maislors= la France, ma bienfaitrice, je répétais le serment de lui étre fi
ITI.—( 1798 ) 140 ‘3 qu'on saura qu'alors qu'on m'aceusait de vouloir faire scissionravee A À À £ «a qui laccompagnaient) sera d'appeler la vengoance-sur ma tête; celui" du peuple français que j'aime, de me vouer à lexécration; celui des
ennemis des noirs que je méprise de crier à l'esclavage; maislors= la France, ma bienfaitrice, je répétais le serment de lui étre fi s \
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y « dèle. » Il annonça aussi au Directoire que le commissaire Rome" était venu au Cap prendre les rênes du gouvernement. |
Cependant les journaux anglais, le Times, de Noveinbre 1798, “et
le Sun, « parlaient sur un‘ton satisfaisant des négociations sagement! conduites par le général Maitland, négociations dont on représentait le résultat plus favorable à" l'Angleterre que si l'on avait aequisen pro
pre la -possession de St Domingue. Ils annonçaient d'une maniéren positive que le général Maitland avait signé avec Toussaint Louverture
une convention qui équivalait au traité de commerce le plus avantageux; que ceile convention était déjà munie de la raüfication du
roi, et qu'un officier allait incessamment partir de Londres pourla
porter à St.-Domingue. » | Vers la fin de Décembre , le général Maitland envoyé par le gouverprétend qu'il annonça à Toussaint la ratification par le roi d'Angleterre
des conventions arrêtées au Môle St Nicolas. Il était accompagné "de plusieurs agens du Président des Etats-Unis d'Amérique. Toussaint nement britannique, revint à St Domingue en simple particulier: On" * conclut, aux Gonaïves, avec ces derniers, un traité relatif au com-"
merce avec les nations neutres, par lequel le cabotage de File fut per” mis aux américains : le pavillon français seul, d'après les ordonnances de la métropole, avait le droit de faire le cabotage. Il n'avait d'au" tre but, en accordant cette faveur aux américains, que de s’approvisionner de munitions de tous genres. Aussi verrons-nous , péndantia
guerre qui ne tardera pas à éclater entre Rigaud et Toussaint ; le’
gouvernement fdéral des Etats Unis, accorder toutes ses sympathies’
à ce dernier, et même le favoriser. à je" 2
Quaut à Maitland il demeura incognito dans la colonie, afin de
suivre la marche des évènemens qui se préparaient. 4 ” # L'autorité du général en chef était souveraine dans le Nord et dans une partie de l'Ouest. Toutes les. populations paraissaient avoir accep" té sa puissance. Cependant les officiers du Nord que le général Héz douville avait gagnés contre lui n attendaient que l'insurrection de RIM gaud pour opérer une diversion en faveur de celui-ci. Le département du Sud était florissant. Le système de culture établi dans le Nord et dans l'Ouest n’y était pas suivi: le système pra“
tiqué dans le Sud qui produisait d'aussi bons résuliats était plus
doux. Dans ce département le cultivateur et le soldat n'étaient pas”
frappés ; et le général Rigaud punissait sévèrement les gérans-etles’
és contre lui n attendaient que l'insurrection de RIM gaud pour opérer une diversion en faveur de celui-ci. Le département du Sud était florissant. Le système de culture établi dans le Nord et dans l'Ouest n’y était pas suivi: le système pra“
tiqué dans le Sud qui produisait d'aussi bons résuliats était plus
doux. Dans ce département le cultivateur et le soldat n'étaient pas”
frappés ; et le général Rigaud punissait sévèrement les gérans-etles’ j
$ ofliciers qui employaient ce genre de correction. Aussi était il chéri de ses troupes et du peuple des campagnes. Le code rural de Pol” # La |
n ] Se tn "Edo 4 $ | > , !
#
HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 ) | | 327 véreleétait en vigueur; ce code ayant pour titre réglement de police
conceruant la culture et les cultiviteurs, avait été publié par Polvérel
…|e 28 Février 4794 Le commissaire civil y condamnait le fouet; il
voulait que l'existence et l'activité des établissemens ruraux dépendissent de bras libres et d’un travail volontaire. Le cultivateur ayant
“une part dans les produits était indépendant du propriétaire, et même
son égal. Le conducteur qui frappait un individu sous ses ordres où
qui de son autorité privée le mettait aux®arrêts ou en prison, perdait
son emploi et était déclaré incapable de commander à des hommes li-
- bres. Ce règlement était expliqué: chaque dimanche aux cultivateurs,
en créole, et était affiché dans les endroits les plus fréquentés.
…. Dans les départemens du Nord et de l'Ouest on suivait un réglement
que Toussaint avait publié le 3 Août 1798. Quoiqu'il y fût enjomt
aux propriétaires eu gérans de se cohduire envers les cultivateurs comme - des pères de famille, on ne les en exterminait pas moins SOUS les coups. » ÆMarmée du-Sud. était alors composée de quatre régimens coloniaux
. qui formaient la légion de ce département. Le 1.7 était commandé par
le colonel Jean Cécile; le 2.° par le colonel Faubert; le 3.° par le
colonel Dartiguenave Batichon, et le 4° par Île colonel Geffrard. Le.
premier de ces colonels était noir, et les trois autres hommes de cou-
» leur. Il y avait dans cetie armée qui ne fournissait qu’une force ef-
» fective de 2,500 hommes, des ofliciers supérieurs et subalternes qui
- s'étaient couverts de gloire en combattant les Anglais : les adjudansgénéraux Taureaux, Blanchet jeune, les colonels Tessier, Piverger, les
commandans Gérin, Férou, Giles Bénèche, Bonnet, Compas , les Jean
Louis François etc. Les cultivateurs du Sud n'étaient pas organisés
en miliciens comme ceux. de l'Ouest et du Nord. Ce fut une faute
très-grave que commit le général Rigaud: il eùt inspiré plus de confance aux eultivateurs, et eût pu mettre sur pied plus de 14,600 bommes. Pendant sa lutte contre Toussaint Louverture, il s'en repentira
maintes fois; mais il avait pensé que çeüt été détourner les cullivateurs de leurs travaux que de les appeler sous les armes. I avait cru
qu'il eût pu résisier avantageusemeut avec deux ou trois mille hommes
de bonnes troupes aux forces de Toussaint qui s'élevaient à plus de
trente mille hommes, troupes régulières et milices.
mettre sur pied plus de 14,600 bommes. Pendant sa lutte contre Toussaint Louverture, il s'en repentira
maintes fois; mais il avait pensé que çeüt été détourner les cullivateurs de leurs travaux que de les appeler sous les armes. I avait cru
qu'il eût pu résisier avantageusemeut avec deux ou trois mille hommes
de bonnes troupes aux forces de Toussaint qui s'élevaient à plus de
trente mille hommes, troupes régulières et milices. A Jacmel le général Bauvais étail à la tête de la légion de l'Ouest
dont les guerriers étaient les plus renommés de la colenie. | Le général Laplume avait sous ses ordres, à Léogane, la 41° demi. homme de couleur. L’aubrigade commandée par le colonel Nérette, | à |
s'étendait de Léogane au torité de Laplume qui obéissait à Toussaint, Petit: Goûve. | ba nes
Le colonel Christophe Mornay avait Sous Ses ordres au Port Républicain la 8.° demi-brigade. Les chefs de bandes Lafortune et Conflant occupaient les mornes de
Baynet. lis obéissaiont à Bauvals, de. Ad, ' 14448
7] » &r > 4
_ cé +
/ 328 | | HISTOIRE D’HAÏTI.—( 1799, ) Les blancs républicains qui habitaient le département du Sud 'hræ
ternisaient avec les noirs et les hommes de couleur et en étaient res-«
pectés. Quant aux blancs colons royalistes, ils marchaient la tête basses
ils étaient humbles et rampans, car Rigaud républicain ardent exécu-«
tait à leur égard, sans pitié, les ordres du Directoire sur les énmgrés
et les traîires à la patrie. ; A +1) Dans le Nord et dans une partie de l'Ouest, les blanes royalistes
étaient au contraire ficrs et “arrogans:; il8 ne parlaient que de lextermination des mulätres. Les europtens qui avaient servi dans les armées
de la république faisaient des vœux pour le triomphe de Rigaud; mais
ils étaient en petit nombre, isolés, et sans aucune influencé, tandis “ que lancien parti @lonial qui renaissait malgré les coups violents que blicain où ül ies réunit. (24 Janvier 1799). “4 tit-Goûve, le Grar
ment du Sud. lui avait poriés Sonthonax, était puissant par ses richesses. Le général Rigaud refusa d'exécuter les instructions qu'il reçut de
Toussaint après le départ d'Hédouville. Il ne voulut pas même recons
naître son autorité s'appuyant sur la proclamation qu'avait lancée Hé
douviils en s’embarquant. | Ni $ Le commissaire Roume voyant la guerre civile sur le point d’éclater
résolut de rapatrier les deux rivaux. Il se transporta au Port-Répus
Le général Bauvais y vint
aussi. Dun caractère froid, plein d'impartialité, découvrant de grands 4
torts de part et d'autre, Bauvais se moutra disposé à garder la neutralité. | R
'appuyant sur la proclamation qu'avait lancée Hé
douviils en s’embarquant. | Ni $ Le commissaire Roume voyant la guerre civile sur le point d’éclater
résolut de rapatrier les deux rivaux. Il se transporta au Port-Répus
Le général Bauvais y vint
aussi. Dun caractère froid, plein d'impartialité, découvrant de grands 4
torts de part et d'autre, Bauvais se moutra disposé à garder la neutralité. | R Roume s'efforça de persuader à Rigaud qu'il était de son devoir dese”
soumettre à Toussaint disposé à faire tous les sacrifices” possibles pour
ne pas en venir aux mains. Il lui proposa de laisser les choses dans
l'état où elles étaient avant Farrivée d'Hédouville. Rigaud lui dit que
le Petit-Goûve, le Grand-Güäve et Léogane devraient entrer dans lé:
tendue de son commandement puisque ces villes faisaient partie du
département du Sud ,* et qu'il ne pourrait recevoir les ordres d'un chef
qui avait été signalé comme un traître par un agent de la France ;
que du reste, pendant qu'il versait son sang pour la République, le
général Toussaint combattait dans les rangs espagnols en faveur de la
royauté contre la liberté générale. Cependant cédant aux instances dé
Roume , il se montra disposé à se renfermer dans les anciennes limites du département du Sud, (du pont de Miragoâne à Tiburon.) Néanmoins le général en chef vit clairement qu'il ne pourrait jamais
s'entendre avec Rigaud pour réaliser le projet de l'indépendance de St.
Domingue, que celui-ei français de cœur, et de principes révolution”
naires, ne consentirait jamais à pactiser ni avec les Anglais ni avec les - colons royalistes. Il résolut de déployer contre lui toutes ses forces et K.
* Nous avons vu que dans la dernière division territoriale de l’île le Peid Goève , Léogane et Jacmel faisaient partie du départeM : LS NORr : . ” s” 'ÉR ', CA (+ he ee +
“ ÿ , , LES ; à d f* + :
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+ LA HISTOIRE D'HAITI. 1799 +)? 329 toutes ses ressources afin de l’écraser comme de plus grand obstacle à
Pindépendance des noirs: Quant à Rigaud il re voyait , dans son aveu
glement, d'appui pour sa caste, que dans la France qui avait préparé
d'une part sa rüine, de l'afftre l'affaiblissement de la puissance” de
Toussaint, Rigaud pensait qu'il ne lui’serait resté aucune garantie - si Toussaint et les colons ennemis implacables d8S hommes de couleur étaient parvenus à $e rendre indépendans. Représentant d'une
faible portion de la population, privé de l'appui de là métropole,
il craignait d'être tôt ou tard sacrilié. Son grand dévouement à la
France avait son origine, prétendait-il, dans le vif intérèt qu ii portait à
sa casie. A cette époque les noirs et les hommes de couleur jouissaient pletnement, sous la domination française, de tous les droits civils et
politiques. Toussaint, en excitant les passions des noirs contre les
hommes de couleur, afin de parvenir à l'indépendance, ne cherchait
“donc qu’à satisfaire son ambition personnelle, et à mettre les masses
à l'abri des réactions qui pouvaient survenir en France contre la liberté générale. Quant aux inquiétudes qu'il éprouvait relativement
aux réactions, elles étaient fondées , comme les évènemens postérieurs
la domination française, de tous les droits civils et
politiques. Toussaint, en excitant les passions des noirs contre les
hommes de couleur, afin de parvenir à l'indépendance, ne cherchait
“donc qu’à satisfaire son ambition personnelle, et à mettre les masses
à l'abri des réactions qui pouvaient survenir en France contre la liberté générale. Quant aux inquiétudes qu'il éprouvait relativement
aux réactions, elles étaient fondées , comme les évènemens postérieurs - Pont prouvé; mais alors aucun acte du gouvernement franças ne les
annonçait, et Rigaud, moins clairvoyant que son rival, pouvait bien
_ne pas les éprouver, avoir pleine confiance en la République, et croire
sincèrement quil était de l'intérêt des jaunes, comme des noirs , de
né pas rompre avec la métropole qui seule de toutes les puissances
avait reconnu leur liberté. Pendant que Rigaud se trouvait au Port-Répablicain une révolte
_éclaia contre lui au Corail, à sept lieues de Jérémie, dans le département du Sud. Elle avait été excitée parles agens de Toussaint
Louverture. Elle fut plus grave que celle de lAnse-à-Veau. Le 40. - régiment commandé-par le colonel Geffrard, et quelques cultivateurs
avaient été séduits par des agitateurs qui leur- avaient insinué que le
général Rigaud avait été arrêté, qu'il ne reviendrait plus dans le
Sud, qu'il s'était, entendu avec Héduoville pour rétablir l'esclavage, que
le régime des mulâtres élait passé, et que le général Toussaint allait
tout dominér en souverain absolu. D'une autre part les riches colons
de Jérémie , en répaudant un peu d'or parmi les soldats, avaient
achevé d'ébranler leur fidélité. Ces soldats arrôtèrent dans le fort du
Corail le cotonel Geffrard et le chef de bataillon Compas. Hs annoncérent que les noirs allaient se rendre indépendants de la France
à l'aide de l'Angleterre. Les autres officiers de la 4e, la plupart
hommes de couleur, se réunirent sur la place d'armes autour de l'arbre de la liberté, et se disposérent à résister. Mas les soldats
tirérent-sur eux à mitraille. Les ofticiers furent contraints d'abandonner le bourg; ils se retirèrent au Camp Perrin avec les drapeaux
du régiment. Gelrard et Compas dont l'évasion avait été favoriscempar + î un des chefs des révoltés, ne tardèrent pas à venir les. yrjoindre” ie , ù 4 L j rs
(rs
+ 830 HISTOIRE D'HAITI.— ( 1799 }. Les autorités qui commandaient aux Cayes en l'absence de RigaudAirent marcher des troupes contre le Corail. Après un combatnassez
santlant le fort fut enlevé d'assaut. On y trouva des lettres dans lesquelles on annonçait aux révoltés que le règne des mulâtres était
finis elles étaienffen outre pleines des propos les plus susceptibles
de fanatiser les populations. Cependant les euliivateurs de ce quartier ne s'étaient pas remués. | "GE Pendant cet intervalle Rigaud rentrait aux (Cayes. Il fit arrêter
et déporter en grand nombre des colons royalistes de. Jérémie, qui avaient été les principaux instigateurs de la révolte du Corail.Mbsse prononça énergiquement contre les royalistes en exécutant les instructions d Hédouville. Il chassa de ses troupes les bläncs qui avuentt servi sous les drapeaux Anglais, et séquestra les propriétés des” émigrés. Il envoya au Port-Républicain le colonel Renaux Desruisseaux. qu
chargea de demander de nouveau à Toussaint Louverture la cessrom
Jérémie, qui avaient été les principaux instigateurs de la révolte du Corail.Mbsse prononça énergiquement contre les royalistes en exécutant les instructions d Hédouville. Il chassa de ses troupes les bläncs qui avuentt servi sous les drapeaux Anglais, et séquestra les propriétés des” émigrés. Il envoya au Port-Républicain le colonel Renaux Desruisseaux. qu
chargea de demander de nouveau à Toussaint Louverture la cessrom ‘du Petit Goâve ; du Grand-Goûve et de Léogane. Toussaint répondit, comme il l'avait déjà fait, qu'il n’entreprendrait aucune, aggression
contre le département du Sud, si les choses restaient telles qu'avant
l'arrivée d'Hédouville. ‘Cette réponse rapportée à Rigaud le révoltar
et le détermina à commencer la guerre. Cependant il replia tous ses postes sur le pont de-Miragoäne, où commandait Renaux Desruisseaux,: - pendant que Toussaint retournait dans le Nord. Il refusa de, met; tre en pratique l'adresse de Toussaint à l'armée du Sud relative ànla
religion. 11 prétendit qu'elle était l'œuvre d’un fanatique- et inconstitutionnelle. Ce fut en vain que Toussaint lui reprocha d'avoir com:
mis une insubordination militaire. Il lui répondit par un écrit dontal
inonda la colonie. « De quel droit le général Toussaint, s'énigetil
« en pontif absolu d'une seule religion, tandis que la Constitution
« laisse à chaque citoyen la liberté de conscience? De. quel droit quel droit foule-t.il aux pieds tout ce que celte sublime Constitutution a de plus sacré aux yeux d’un vrai républicain ? De quel
droit veutil forcer les consciences? S'il est pénétré de sa religions
comme il veut le paraître, pourquoi l'expose-t-il à: la profanation 2
De quel droit impose-til à tous l'ebligation impérieuse d'assister à
des mystères qui religieux pour les uns, paraissent vains el sus
perflus aux autres? Pourquoi ne laisse-t-il pas à chacun ‘le droit SR. À A, A 2 érige-L-il des autets au fanatisme que la révolution à terrassé? De, « imprescriptible de servir Dieu à sa manière? [ne lui manque que « d'établir l'inquisition espagnole , ce fléau de la religion et de lFhus
« manité. Voudrait il, que violateur de cetie Constitution qui lui don.
« ne l'existence , je devinsse son complice? Voudrait-il que je m Asso.
« glasse à ses crimes? » À did US +
A, A 2 érige-L-il des autets au fanatisme que la révolution à terrassé? De, « imprescriptible de servir Dieu à sa manière? [ne lui manque que « d'établir l'inquisition espagnole , ce fléau de la religion et de lFhus
« manité. Voudrait il, que violateur de cetie Constitution qui lui don.
« ne l'existence , je devinsse son complice? Voudrait-il que je m Asso.
« glasse à ses crimes? » À did US + r :
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+ . OA - / _ HISTOIRE D’HAITI.—{ 1799 ) 331 :L'imprimé n'était rempli que de tirades de ce genre , plus ou moins
“violentes. br |
+ Pour calmer l'exaltation de Rigaud, le commissaire Roume fit publier le 31 Mai, une lettre pleine de modération qu'il lai avait adressé” Rigaud pour se justifier fit publier une leure que lui avait adressée Hédouville le 45 Juin 1798. L | ré
Le général Rigaud était animé de tous les principes proclamés par
Ja Convention nationale. Quoique l'indépendance de notre pays, enfantée par les réactions de 1802, ait consacré notre bonheur politique,
il serait injuste de notre part de vouer à l’exécration, ceux des nôtres
qui en 1799 se montraient attachés à la France. Car celle ei n'avait
pas jusqu'alors décrété un seul acte contraire aux intérêts des noirs
et des hommes de couleur.
| Pendant cet intervalle le commissaire Roume pour resserrer de plus en
plus les tiens qui existaient entre la France et Si Domingue choisissait |
- plusieurs enfants noirs, blanes et de couleur, et les envoyait en Barope où ils devaient recevoir une éducation libérale aux frais de la République. Déjà les fils de Toussaint et de Rigaud avaient été placés
au collége de Liancourt; d'autres étaient aussi partis. Roume en choisit huit dans le département du Nord , les réunit au Cap, les fit assister, au Palais national, à un grand repas où 5€ trouvait. Toussaint
Louverture= Celui-ci leur dit de ne pas oublier que la, France était
leur patrie, que St-Domingue leur avait donné le jour, et que c était
à St-Domingue qu'ils devaient revenir pour y répanire les lumières
que la mére-patrie pourrait leur donner. Le commissaire Roume, de
son côté, leur donna les conseils les plus patriotiqués, et Îles accompagna jusqu'au rivage de la mer. Ces jeunes gens qu'on appelait fes
élèves de la prie partirent le 26 Avril 4799, sur la frégate la Vestale, commandée par le capitaine Gaspard. *
Pendant ce temps le général Rigaud avait préparé tous les espriis,
dans le département du Sud, à la luite qu'il allait entreprendre contre
Toussaint Louvertue. Il ordonna aux colonels Jean Cécile et Faubert,
qui commandaient le premier el le deuxième régiment, de franchir
le pont de Miragoâne, limite des départemens du Sud et de LOuest,
de surprendre la ville du Petit Goäve où se trouvait ai0rs le gencral
Laplume qui ne s'attendait pas à ce coup de main. Rigaud était à
peu près certain, S'il parvenait à enlever Lapiume, de l'auacher à son
parti, et de gagner, par son influence, toutes les troupes de larrondissement de Léogane. -
le deuxième régiment, de franchir
le pont de Miragoâne, limite des départemens du Sud et de LOuest,
de surprendre la ville du Petit Goäve où se trouvait ai0rs le gencral
Laplume qui ne s'attendait pas à ce coup de main. Rigaud était à
peu près certain, S'il parvenait à enlever Lapiume, de l'auacher à son
parti, et de gagner, par son influence, toutes les troupes de larrondissement de Léogane. - _ *# Parmi les jeunes gens de St Domingue qui ont été éleyés à Liancourt
et plus tard au coltèce de Lamarche, nous, citerons Isaac et Placide Louverture, Coco Seraphin, Hyppolite Gélin, noirs; Verrier, blanc; Jonathas
Granville, Jh. Courwis, Séjour Legros, Chartes Jeantil , Jérôme l'obydevenu général dans les armées françaises , Atiné Dufresne, Rigaud fils, Blaise
Lechat, Les. frères Séguy Villevaieix, hommes de couleur, se: à D. Mi HISTOIRE D'HAITI.æ=( 1799 | Le 18 Juin 4799, Faubert, à la tête d’un bataillon du 2. e régiment,
atteignit dans Île plus grand Silence, à la pointe du jour, les remparts
du Petit-Goñve. Il pénétra dans la ville, surprit le fort du rivage et
s'en empara, après un léger combat contre un bataillon de la 4e: En
même temps Delva, officier très-dévoué à Rigaud, suulevait les'cultis
valeurs des e: ivirons ct venait à leur tête’ assaillir la place. Le général.
-Laplume fut fait prisonnier dans la fortüification.’ Mais un jeuneofficiec
nommé Eloy Bondeau qui paraissait dévoué à la cause de Rigaud abats tit d'un coup de pistolet un des soldats de Faubert, répandit le-plus
grand désordre dans le fort en criant à la trahison, et, favorisa + pen*
dant le tumulte l'évasion de .Laplume qui, après sêtre précipité des remparts dans les fossés, atteignil un canot et se rendit à Léoganeu… La garnison du Petit-Goûve composée de plusieurs détachemens deg 8.e ei dé la 44.e, abandonna la ville, se replia sur le Tapion, Wen blokaus, Thausin et le Grand-Goûve. Maçon, lieutenant colonel dans la
8.e, gagné au parti de Rigaud, avait refusé de tirer sur les troupes
de Faubert. Celui-ci livra au pillage la ville du Petit Goûve. Ce premier succès que la renommée grossit considérablement ébranla
la fidélité des villes de Léogane et du Port- Républicain. La plupart
des hommes de couleur et des noirs anciens libres, les blancs républis
eains , le colonel Christophe Mornay , commandant de la place; laissé:
rent éclater les plus vives sympathies en faveur de Rigaud. "Onverut
que celui-ci était déjà à Léogane, à la tête de son armée, se dispos
sant à marcher en avant. Au milieu de fa nuit une foule de citoyens
du Port-Republiearn se précipiterent dans le chemin de Léogane, armés!
et des noirs anciens libres, les blancs républis
eains , le colonel Christophe Mornay , commandant de la place; laissé:
rent éclater les plus vives sympathies en faveur de Rigaud. "Onverut
que celui-ci était déjà à Léogane, à la tête de son armée, se dispos
sant à marcher en avant. Au milieu de fa nuit une foule de citoyens
du Port-Republiearn se précipiterent dans le chemin de Léogane, armés! PR PL de torches, au-devant du général Rigaud qui fut vainèmens attendu jusqu'au jour.
Dés le début de cette guerre Rigaud commil une faute militaire déé plus graves. Il eût dû se précipiter dans FOuest où les populations n'attendaient que sa présence pour s'insurger en sa faveur; ilwaurait ",. rencontré d'obstacles peut-être qu'aux Gonaives. : Aulieu de profiter | de ces avantages, il ne sortit pas des Cayes où il se livrait aux plais
sirs, oubliant ses nombreux partisans qui pleins de confiance en son
activité , compromettaient pour lui leur existence. | Il se borna à envoyer l’ordre à l'adjudant { géncral Taureau qui commandait en chef en son absence de s'avancer jusqu'à Tausin prés du
Grand Goûve. Les colonels Faubert et Geffrard, à la tête des 2° er 4
régimens , s'emparèrent du Tapion, morne élevé en avant du PetitGoûve. Taureau fit occuper ensuite. un blokaus qui s'élevait à gauche
de l'habitation Tausin entre le Grand Goûve et le Tapion. Dans tous ces lieux , les troupes du Sud ne firent mourir aucun
blanc royaliste, (Cependant les partisans de Toussaint firent répandre
le bruit que le colonel. Faubert avait tout incendie, qu il avait abattu une.
croix à coups de hâche, que le sang avait jaiili de cette croix , et qu'une,
pluie de feu était tombée au Petit-Goàve. Ces bruits répandus au loin + HISTOIRE D’HAITI 1793 ) | 8er
les troupes du Sud ne firent mourir aucun
blanc royaliste, (Cependant les partisans de Toussaint firent répandre
le bruit que le colonel. Faubert avait tout incendie, qu il avait abattu une.
croix à coups de hâche, que le sang avait jaiili de cette croix , et qu'une,
pluie de feu était tombée au Petit-Goàve. Ces bruits répandus au loin + HISTOIRE D’HAITI 1793 ) | 8er _ soulevaient contre Rigaud toute lindignation des âmes supersfiticuses,
“Le commissaire Roume, le représentant de la France à St. Domingue, ayant appris l'occupation du Petit-Goûve déclara que Rigaud avait
commis un acte de rébellion, et annonça que Toussaint se trouvait
dans le parti national |
Le général en chcf partit des Gonaïves pour le Port Républicain avec
une prodigieuse rapidité, à la tête de plusicurs régimens de l'Artibonite,
_Jhavait déjà ordonné aux troupes. du Nord de se mettre en marche
pour le Sud. Quand la population de couleur vit entrer Toussaint
JLouverture au Port Républicain, une stupeur générale se saisit d'elle.
La plupart des blancs colons s'empressérent d'accourir auprés du général en chef et de lui annoncer que les mulâtres et le colonel noir
Christophe: Mornay avaicnt laissé éclater de grandes sympathies pour
le général Rigaud. On parla de nombreuses arreslations qui devaient
“avoir lieu. Les homines de couleur, même ceux dévoués à fa cause
. de Toussaint, éprouvèrent les plus vives inquiétudes. Quant à Ghristophe Mornay il sera plus tard arrêté, et conduit aux Gonaïves où il
sera tué à coups de baionettes. |
Le lendemain de son arrivée , Toussaint réunit à l'Eglise toute la
population. Le général Bauvais qui se trouvait au Port Républicain
sy rendit aussi. Touecsaint plein de fureur, dans une agitation extrême s'élança en chaire et dit à la foule:
« Gens de couleur qui depuis le commencement de la révolution tra-.
hissez les noirs, que désirez-vous aujourd'hui? Personne ne l'ignore;
_ sous voulez commander en maires dans la colonie; vous voulez l'extermination des blancs et l'asservissement des noirs … Mais y
rélléchissez-vous, hommes pervers qui vous êtes à jamais déshonorés
par lembarquemént et ensuite l'égorgement des troupes noires connues
sous là dénomination de suisses. Avez vous hésité à sacrifier à la haine
des petits blancs ces malheureux qui avaient versé leur sang pour votre
cause ? Pourquoi les avez-vous sacrifiés? C'est parce qu'ils étaient noirs.
Pourquoi le général Rigaud refuse-t.il de m obéir? C'est parce que je
suis noirs c'est parcequ il m'a voué, à cause de ma coulenr, une haine
implacable. Pourquoi refuserait-il d'obéir à un général français comme
lui, qui a contribué plus que n'importe qui à l'expulsion des Anglais.
Hotimes de couleur, par votre fol orgueil, par votre perfidie, vous
avez déjà perdu la part que vous possédiez dans l'exercice des pouvoirs
* politiques. Quant &u général Rigaud, il est perdu; il est sous mes
yeux au. fond d'un abyme; rebeile et traître à la patrie, il sera dévoré par les iroupes de la liberté. Mulèives, continua-t-1l, je vois au
fond de vos ämes; vous étiez prêts à vous soulever contre mot; Nails
bien que toutes les troupes aillent incessamment quitter la partie de
l'Ouest , j'y" lisse mon œil et mon bras: mon œil pour vous surveiller,
mon bras qui saura vous atteindre. »
. Toussaint descendit de la chaire avec vivacité, traversa la foule
e, il sera dévoré par les iroupes de la liberté. Mulèives, continua-t-1l, je vois au
fond de vos ämes; vous étiez prêts à vous soulever contre mot; Nails
bien que toutes les troupes aillent incessamment quitter la partie de
l'Ouest , j'y" lisse mon œil et mon bras: mon œil pour vous surveiller,
mon bras qui saura vous atteindre. »
. Toussaint descendit de la chaire avec vivacité, traversa la foule > Dr. 334 His HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 } Ë | be . Fe < it \
tremblante et menacée de nombreuses baïonettes qui étincelaient fsur fa
place. I alla se prosterner au pied du grand autel, pria Dieuvavec
ferveur et se releva en se signant. I s’élança sur son cheval etserendit
au Palais du gouvernement où Fattendaient un grand nombre de colons
blancs et de dames blanches qui le félicitérent de ce qu'il venait de dire. La foule s écoula dans la consternation. Autant les hommes de-couleur étaient abattus au Port tépublicain, autant ils se montraient fiers;
audacieux et intrépides dans le Sud où la présence de Rigaud les transportatt d'enthousiasme. Le général Bauvais qui avait été présent à l'Eglise pendant que
Toussaint Louverture parlait, avait été déconcerté par ‘les flots de {pas
roles que celui-ci avait lancés sur la foule, et n'avait rien répondu
pour relever l'honneur de sa caste. Mais 1 se rendit au palais natios
nal où il répondit avec énergie au général Toussaint. Il lui rappela
que l'embarquement des Suisses avait été une malheureuse circonstan:
ce politique qui n'avait nul rapport avec les préjugés de eastes, puis:
quuu liers environ de ces infortunés était composé honimes de couleur. À
ot réponse faite dans un salon en présence d'une foule de blancs
et n'avait rien répondu
pour relever l'honneur de sa caste. Mais 1 se rendit au palais natios
nal où il répondit avec énergie au général Toussaint. Il lui rappela
que l'embarquement des Suisses avait été une malheureuse circonstan:
ce politique qui n'avait nul rapport avec les préjugés de eastes, puis:
quuu liers environ de ces infortunés était composé honimes de couleur. À
ot réponse faite dans un salon en présence d'une foule de blancs e produisit aucun effet; le grand coup avait été porté à l'Eglise. jh passions politiques étaient alors si animées. que les noirs et
les hommes de couleur, représentés, par Toussaint et Rigaud, s'aceus
salent réciproquement des crimes les plus affreux et des projets les
plus horribles , en présence des blancs qui jouissatent de leur lutte:
déjà engagée. Toussaint Louverture en jetant l'infamie sur les auteurs:
de l’affane des Suisses condamnait des hommes qui dans, eette cir=
constance furent toujours à nos yeux de bien grands coupables ; mais sil
avail été moins dominé par la passion il eût songé que Bauvais pous
vait lui reprocher d'avoir servi pendant longtemps avec zèle contre
la liberté générale, sous les ordres de Jean Frauçois et de Biassow
qui n'ont jamais cessé, pendant la guerre entre la France et l'Espagne, de veñdre comme esclaves leurs prisonniers noirs du part républicain. On peut nous objecter que Toussaint abandonna le parti
espagnol à cause de cet affreux tralic; cest un fait vrai; mais Bauvais et Pinchinat n'ont jamais cessé de gémir d'avoir cédé aux instances de Caradeux, de Praloto, de benotihotins. et d'avoir consenti à la déportation de leurs malheureux frères. Nous devons aussi-nous.
rappeler que Boisrond le jeune , Daguin , Rigaud, Pétion avaient pro
iesté, à l'époque , contre la décision par laquelle les Suisses furent.
embarqués; que Lambert qui était le commandaat en second des hom:
mes de couleur était noir.- Au commencement de la révolution,
alots que les idées de liberté générale étaient peu formulées, les noirs
et les hommes de couleur luttant contre les préjugés enracinés des
colons blancs, croyaient obtenir beaucoup en n'obtenant que peu à
les idées révolutionnaires n'avaient pas encore complètement triomphé.
en France; les décrets de la Constituante, pour l'exécution desquels Lo \ 2 nn
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| À ; | HISTOIRE D’HAITI.—( 1799 ) "ass
les affianchis avaient pris les armes, ne proclamaient pas la liberté générale ; 1ls n'accordaient que quelques avaniages politiques aux anciens hbres noirs et jaunes. Pendant que Bauvais el Lambert sacrifiatent aux exigences des blancs Îles pauvres Suisses, Jean Français et
Biassou dont Toussaint était le conseiller, le secrétaire, offraient à
l'assemblée coloniale de faire rentrer dans l’esclavage, pour 600 libertés
accordées à leurs principaux officiers, les nombreuses bandes qu'ils
dominent; et ces deux hommes Jean François et Biassou, même
après la proclamation de la liberté générale par la Convention Nationale. de France, continuèrent à faire le commerce d'esclaves. 11 faut
être égaré par la passion ou ignorer complètement les fatts pour avancer qu'en 1789, 4790, 1791 el 1792, les idées de liberté générale
fussent, parfaitement formulées dans l'esprit, soit des noirs, soit des
hommes de couleur. Ce sont les commissaires civils , Polvérel et Sonthonax, qui par l'acte du 29 Août 4793, ont rallié autour de l'arbre
rent à faire le commerce d'esclaves. 11 faut
être égaré par la passion ou ignorer complètement les fatts pour avancer qu'en 1789, 4790, 1791 el 1792, les idées de liberté générale
fussent, parfaitement formulées dans l'esprit, soit des noirs, soit des
hommes de couleur. Ce sont les commissaires civils , Polvérel et Sonthonax, qui par l'acte du 29 Août 4793, ont rallié autour de l'arbre . de la liberté les hommes généreux noirs, jaunes et blancs. Rigaud, Bau- * ais et Toussaint par leurs luttes héroïques contre le parti colonial
soutenu par les anglais et les espagnols, ont ensuite fait triompher
la cause sainte de la Liberté, de cette liberté universelle qui à élevé
les enfans d'Haïti à la dignité de l'homme. | Après être sorti du palais national, le général Bauvais partit pour
Jacmel, le lieu de son commandement , déterminé à ne prendre aucuhe part à la guerre civile. Quoiqu'il condamnât l'orgueil de Rigaud
qui, à son avis, aurait dû se souméltre à l'autorité de Toussaint Louverture général en chef des armées de St. Domingue, en attendant
de nouvelles instructions du Directoire exécutif, il lui répugnait \cependant de combattre les guerriers du Sud qui representaient véritablemeut le parti de la France. Bauvais, au lieu de songer à garder
= une neutralité qu'il était: impossible d'observer, aurait dà dès lors, se e prononcer, soit pour Toussaint, soit.pour Rigaud. En se prononcant pour celui-ci il aurait fait tourner la fortune en faveur des hommes de couleur; en se prononçant pour Toussaint, ilaurait empêché
la guerre civile d'éclater et nous eût sauvés des plus grandes calamités.
Car Rigaud resserré dans &g département du Sud, n aurait pas mème
pu franchir le pont de Miragoäne et serait parti pour France, avant
d'avoir tenté la lutte, La prépondérance de Bauvais serait devenue
immense, et Toussaint forcé par les circonstances, l’eût nommé son
lieutenant au gouvernement de St. Domingue. Dans tous les eas cette
guerre de castes si sanglante n'aurait pas eu lieu. Toûssaint Louverture ordonna à Dessalines de réunir la garde nat1omale du Port-Républicain sur la place d'armes. Elie élait en grande
partie composée d hommes de couleur. Eile se laissa désarmer sans
opposer aucune résistance. Un seul #ulatre se montra homme , le
jeune Moreau : il aima mieux brisergon épee ques de la rendre. Dessalines qui admira toujours le courage le prit sous sa protection. Il dit 836. | HISTOIRE D'HAITI. es pis } à la mère de Moreau que Dieu avait béni. ses entrailles, puisqu ‘elle avait
donné le jour à un garçon d'une si grande- détermination. Toussaint lança ensuite contre Rigaud une preclamation foudroyante
dans se le il parla du général Bauvais avec respect, le déclarant incapable de se liguer avec le traître cet le rebeile du Sud, -etwpromit
de lui livrer les rênes du gouverñement colonial après la guerre. IH n'y avait aucune sincérité dans ces parol es de Toussaint ; il voulait par des louanges et d’adroites caresses éloigner Bauvais de Rigaud, :
pour ne pas être obligé de combattre: à la fois deux Républicains dont
les sentimens batriotiques étalent connus, et pour n 'être pas inquiété
ant incapable de se liguer avec le traître cet le rebeile du Sud, -etwpromit
de lui livrer les rênes du gouverñement colonial après la guerre. IH n'y avait aucune sincérité dans ces parol es de Toussaint ; il voulait par des louanges et d’adroites caresses éloigner Bauvais de Rigaud, :
pour ne pas être obligé de combattre: à la fois deux Républicains dont
les sentimens batriotiques étalent connus, et pour n 'être pas inquiété par Ja garnison de Jacmel pendant qu £ marcheraït sur ile Pepe ve’ Il paralysera en effet les résolutions de Bauvais. Rigaud, de son côté, publia un re dans lequel ïl reprocha à
Toussaint d'avoir fait un traité segret avec le général anglais Maïtland,
_et l'averiit que tous les vrais français ne cesseraient de le combattre. « Toussaint ne sait-1l donc pas, ditil, que quand même la mort
« trancherait le fil de mes jours, il est plusieurs de mes frères dont ”
« Îles talens équivalent le peu que j'ai reçu de la nature, ainsisque
« ceux que jai acquis par l'éducation et l'expérience ; tous ont 16.4 même zèle pour la République, tous sont disposés à verser leur sang pour sa défense; nous marcherons ensemble , animés par les grands
« exemples que nous ont donnés Îles héros de la France: qui ont com-
« battu qui ont varncu toute l'Europe conjurée ; nous combattrons
« AUSSI fous ceux qui attaqueront le département du Sud; nous-serons
« invincibles; le génie de la liberté me l'inspire;. mais sile succés
« trahissall nos espérances, les ennemis n'y pénétreront qu'en marchant sur nos corps, après nous avoir {ous pe et combien nous en entraîinerons dans notre. chûles 2. 44 NEO
_‘ @ Toussaint, croit-il, en prenant aujourd'hui un masque trompeur, ;
« croilil, dis- je, effacer du souvenir des honimes de couleur les vexa-
« tions qu'il leur a fait éprouver ? Croit-1l détourner leur attention « des maux qu'il, leur prépare? Non!'non! ils savent qual leur « Jorge des fers et un joug mile fus plus pesant et plus eruelique « CEIUE qu ils portaient sous les anciens despotes. Barbare altéré de « sang, 1 porte à l'excès le désir d'une vengeance éclairée ; leur ané-
# antissement même serait un spectacle trop “doux à ses yeux ; il veut
« qu'ils meurent tous les instans dé leur vie, il veut chaque jour repai-
« ire ses regards avides de ce spectacle douloureux ; mais qu il nesy _. animés par le désespoir dans lequelul les aura plongés, s'ils
e peuvent vaincre les lyrans, ils s'euseveliront sous les ruines de
la patrie et ils emporteroni avec eux dans le tombeau la gloire
d'avoir versé tout leur sang@et rendu leur dernier soupir sous les
drapeaux de la République. æ Dans les deux camps floitait Île drapeau tricolore, et dans les deux camps l'on criait vive Ja France.
ux ; mais qu il nesy _. animés par le désespoir dans lequelul les aura plongés, s'ils
e peuvent vaincre les lyrans, ils s'euseveliront sous les ruines de
la patrie et ils emporteroni avec eux dans le tombeau la gloire
d'avoir versé tout leur sang@et rendu leur dernier soupir sous les
drapeaux de la République. æ Dans les deux camps floitait Île drapeau tricolore, et dans les deux camps l'on criait vive Ja France. À PS L£ À AR A trompe pas : les homines de couleur préféreront ‘la mort à l'esela:
2798. 7 À _ Sommaire. Entrée au Port Républicain de la première division de l'armée du Nord.
—Consternation des Rigaudins du Port-Républicam —Joie des colons blancs.—Arrivée à Léogane des troupes du Nord.—Composition de ces troupes.—Cause réelle
de la guerre civile—Politique de Toussaint à lPégard des hommes de couleur —
Exécution des hommes de couleur de l'Arcahaie, au Port-Républicain.—Les mu
lâtres de lArcahaie sont embarqués et noyés.— Les hostilités commencent à Faucher entre l’armée du Nord et les troupes du Sud.—Le chef de bataillon Octavius
arrête l'armée du Nord à Faucher.— Dessalines est sans cesse battu par les Rigaudins— Conduite de Bauvais— Sa neutralité fatale à la colonie. — Arrivée
de la division Moyse à Léogane.—Conduite molle de Moyse.—Pétion passe dans
les rangs de Rigaud:—Il conseille à Tourean d'évacuer Thausin—Toureau laisse
ane garnison au Blockaus—Position du Blockaus.—Révoite de Bellegarde au
Môle St Nicolas —Rigaud envoie au Môle Renaud Desruisseaux.—Roume autorise Toussaint à faire marcher des troupes contre le Môle— Moyse & Clerveaux se détachent de l’armée expéditionnaire du Sud et marchent contre le Môle,
— Arrestation de Christophe Mormay —Lettre de Toussaint à Christophe sur les
hommes de couleur du Nord.—Rigaud vient des Cäyes au J'apion —H blème
Toureau d'avoir évacué Thausin—Kaubert, Geffrard, Dartiguenave, Martiguac, Jean Cécile, Compas, attaquent Thausin — Thausin est enlevé. — Batail.
Je du Grand-Cioñve ( 15 Août 1799 }, — Dessalines est battu — Rigaud
retourne aux Cayes, — Dessalines réoccupe le : Grand-Goûve , ct attaque Thausin avec des canons.—La flotte du Nord part pour bloquer les Cayes; elle
est prise par les. anglais.—Grande bataille au Grand-Gioûve -— Dessalines battu, évaeue le Grand-Goñve.—H se retire à Papette.— Les troupes. du Sud prennent Paette , ersuite Bellevue.—T'rahison de T'oureau:—Faute militaire de Rigaud.—Guerre
du Nord—Exécution des hommes de couleur.— Toussaint tombe dans une emouscade au Gros-Morne.— Toussaint s'établit aux. Cahos.—Conduite de Maurepas au
Port de Paix —Clervaux et Moyse prennent Îe Mble St. Nicolas —Proclamation de
Toussaint du 11 Septembre 1799— Réponse de Rigaud agi een Roume—Exécution des hommes de couleur de l’Artibonite au fort Wailiamson, aux Vases. —
Toussaint tombe dans une embuscade à la hatte Aubry.— Déseition dans l’armée
au Gros-Morne.— Toussaint s'établit aux. Cahos.—Conduite de Maurepas au
Port de Paix —Clervaux et Moyse prennent Îe Mble St. Nicolas —Proclamation de
Toussaint du 11 Septembre 1799— Réponse de Rigaud agi een Roume—Exécution des hommes de couleur de l’Artibonite au fort Wailiamson, aux Vases. —
Toussaint tombe dans une embuscade à la hatte Aubry.— Déseition dans l’armée F 338 HISTOIRE D'HAITI.—( 1799 ) d Ü du Nord à Léogane— Conduite de Bauvais.— Dressalines gagne au parti de Tous
saint, Lafortune êt Conflant.— Bataille de Tavet gagnée par Birot sur les troupes
de Toussaint — Toutes les forces de Toussaint réunie Te POucst. — La guerre |
N'a * $ Ge ÿ
- 2e) éclate entre Toussaint t Bauvais.— En guerre recommence avec fureur. dans lan
ligne de Bcilevne.— Lettre de Dessalines. à Christophe relative aux hommes de”
couleur — D-ssalines assiève Bellevue — Mort de Tessier — Evacuation de Belle“
vue.— Dassalines fortifié Papette— Les Rigaudins se retranchent au Grand Goûve. » — Hurniliations subies par les hommes dé couleur dans le Nord et dans l'Ouest.
— L'agent Roume envois en France le colonel Vincent — Dessalines marche contre act avec toutes les forces. de Toussaint, C3 La plus grande consternation régnait au Port-Républicain parmi les” hommes de couleur et les noirs rigaudins Depuis plusieurs jours, là
pluie tombait avec ebondance, et a nature semblait prendre part à ce
consternation. Tout-à-coup un officier entra dans la ville, ‘se rendit au b
reau de la place, et annonça que l'armée su Nord descendant vers le dépar= tement du Sud, étaitau portail S' Joseph. ! Il était dix heures du soir. AussitÔL M après cette nouvelle un adjudant de place précédé de douze tambours
parcourut les rues à la lueur des flambeaux, publiant que les citoyens
qui habitaient les quartiers par où Îles Lroupes devaient passer auraient à illuminer. Les colons blancs s’empressèrent d’obéir à l’ordre de“ l'autorité, et Borgella grand planteur du Culde Sac, transporté de
joie, plaça vis-à-vis de sa maison une bassine de goudron à à laquelle il
fit mettre le su Les troupes du Nord défiiérent pendant une partie
de la nuit, au bruit d'une marche lugubre ; et le lendemain dans la
matinée, le ner de brigade Dessalines entra au Port-Répubhcain avec les derniers bataillons. Il était simplement vêtu, et montait un Beau cheval, Il avait da tête enveloppée d'un madras surmonté d'un
Chapeau galonné. Les troupes du Nord ne sarrètèrent qu'un jour dans la ville; elles défilèrent pour Léogane dans la soirée qui suivit
leur arrivée. Elles étaient mornes, Te ses : de St Marc à l'Arcahaie, les hommes de eouleur avaient cherché à ébranler leur fidélité” en leur disant qu'ils défendraient Îles intérêts des Colons blancs 8 IS A combattaient le général Rigaud. , ° Le colonel Christophe Mornay , coimmandant de la place du PortRépublicain, répandait dans l'armée ces idées qui rendaient les trou:
pes irrésolues et leur ôtaient Loutes sortes d'enthousiasme. Riennétait si triste à voir que ces bataillons de noirs et d'hommes de cou- ‘leur allant combattre des hommes de couleur et- des noirs. Fous les
ts des Colons blancs 8 IS A combattaient le général Rigaud. , ° Le colonel Christophe Mornay , coimmandant de la place du PortRépublicain, répandait dans l'armée ces idées qui rendaient les trou:
pes irrésolues et leur ôtaient Loutes sortes d'enthousiasme. Riennétait si triste à voir que ces bataillons de noirs et d'hommes de cou- ‘leur allant combattre des hommes de couleur et- des noirs. Fous les citoyens généreux étaient plonges dans la plus profonde tristesse. Les colons seuls laissaient éclater la joie la plus vive; ils avaient le secret
espoir que lesclavage serait rétabli sur les ruines des deux partis. Ils
me se doutalent pas qu ils étaient des instrumens entre les mains de Toussai nl qui, après avoir vaincu Rigaud, les contraindra à respec:
fer la liberté 14 noirs. Dans les derniers Jours de Juin 1799, l'armée de Toussaint Lou- |
ll
DR D, de à né é on. nn miss … clin + NOTES HISTOIRE D'HAITI.—( 1799 ) 839 Yerture était en partie réunie à Léogane. Le général de brigade
Moyse qui était encore dans le Nord, en avait le commandement
en chef. Dessalines officier déjà trèsdistingné devait commander A] sous ses ordres. Cette armée s'élevait à 10,000 hommes; Dessa4 lines -attendait du Nord d'autres troupes qui devaient en porter le
chiffre à 20,000. Il y avait dans les rangs de nombreux hommes de couleur du Nord et de lArtibonite. La 4° demi-brigade,
diie des sans-culottes, et la 40° étaient presque en entier composées de
mulâtres. . Vaillant: Gabart. homme de couleur, cruel et d’un grand
courage , commandait un des bataillons de la 4°. Dans les rangs de
Toussaint, on remarquait Déimmage, * Guerrier, Montauban, Charles
Bélair, Laplume, noirs; Ferbos, Larose, Bodin , hommes de couleur,
officiers d’un rare courage. ns Le général Rigaud n'avait à opposer aux. masses de Toussaint Lou.
verlure que deux mille hommes , de bonnes et: belles troupes , beaucoup mieux exercées que celles du Nord. Les bataillons du Sud étaient
composés, officiers et soldats, de noirs et d'hommes de couleur confondus dans les rangs. Ils étaient commandés par des officiers
dune prodigieuse intrépidité : Les Delva, les Vaval, les JeanLouis François, les Jean Cécile, noirs; les Faubert, les Dartiguena :
ve Batichon, les Geffrard, les Blanchet, les Tessier, les Renaud Des.
ruisseaux, les Compas, les Martignac, les Octavius, les Piverger, les
Gérin, hommes de couleur.
, de noirs et d'hommes de couleur confondus dans les rangs. Ils étaient commandés par des officiers
dune prodigieuse intrépidité : Les Delva, les Vaval, les JeanLouis François, les Jean Cécile, noirs; les Faubert, les Dartiguena :
ve Batichon, les Geffrard, les Blanchet, les Tessier, les Renaud Des.
ruisseaux, les Compas, les Martignac, les Octavius, les Piverger, les
Gérin, hommes de couleur. Les deux partis en présence invoquaient le nom de la France; l'un
et l'autre prétendaient combattre pour la République. Il en est toujours ainsi dans les divisions intestines; chaque parti se croit le défenseur des intérèts nationaux. Quoique Rigaud se fut armé contre
le général en chef reconnu par la France, il défendait cependant les
vrais intérêts de la métropole, car Toussaint travaillait secrètement à
l'indépendance de St. Domingue; et si Rigaud avait triomphé, la
colonie fut demeurée irrévocablement à la France. Mais comme Toussaint, dans ses pièces officielles, proclamait le plus grand dévouement
au Directoire exécutif qui ne lui avait pas enlevé sa charge de général en chef, il était secondé par l'agent Roume qui n'avait pas assez
de perspicacité pour découvrir son projet d'indépendance, où quiinttié à la polilique du Directoire voulait laisser écraser les hommes de :
couleur par les noirs, afin de rétablir la prépondérance métropolitalne sur les ruines des deux partis. | Si la politique française n'avait pas été d'abattre les hommes de couleur tout en affaiblissant les noirs , elle eût fait au début de cette guerre ce qui arriva én 4802, alors que le gouvernement consulaire ap- * Toussaint appelait Dommage son Labienus Dommige rétait pas son . + <£ 7 dE ; LE. 4 % A PS : D] A nom primitif: il fut un jour blessé dans une affaire ; T'oussaïht s’écria : cest
dommage: et dès-lors il fut ainsi appelé. 840 | HISTOIRE D'HAITI.—— ( 1799 ) prouva’ la conduite de Rigaud, déclara Toussaint*en rébellion depuis
l'embarquement d'Hédouville, et annula les grades qu'il avait donnés à partir de cette #poque. [à | Quint à Toussaint, en triomphant de Rigaud, il aurarenversémlen
principal obstacle à Findénendance de St. Domingue. Nous autres (2
x La NP Ke a = “ Lg VIT Te +
buïtièns qui jouissons #
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À PU LE & Le, les bienfaits de cette indépendance que procla=« 3 ° ns + V Le: à D ) L4
ma Deasslines en 4804. nous devons remercier la Providence d'avoir À secordé Îles armes de Toussaint, tout en condamnant les vengeances
horribles et 4nutiles “qu'il exerça après la victoire. |
La guerre civile eut pour cause réelle la marche de Toussaint Lou
verture vers l'indépendance, marche qué$voulut arrêter le ‘général Rtgaud qui, au mil'eu des passions soulevées conire sa caste, ne croyait
pouvoir se soutenir qu'à laide de læFrance républicaine : Rigaud ne
croyait pas qu'il fût possible de révoquer le décret de la liberté générale. TER
4nutiles “qu'il exerça après la victoire. |
La guerre civile eut pour cause réelle la marche de Toussaint Lou
verture vers l'indépendance, marche qué$voulut arrêter le ‘général Rtgaud qui, au mil'eu des passions soulevées conire sa caste, ne croyait
pouvoir se soutenir qu'à laide de læFrance républicaine : Rigaud ne
croyait pas qu'il fût possible de révoquer le décret de la liberté générale. TER Toussaint Louveriure, pour rallier les masses noires à son parti, avançaii hardiment que Îles hommes de couleur voulaient rétabiir l'es:
clavage. Les mulâtres auraient-ils pu demeurer libres et citoyens,
lorsque les noirs auraient été esclaves à cause de leur épiderme ?. Na=
tureilement il eût fallu reconnaître la suprématie du blane qui aurait
été, comme dans l'ancien régime, à la tête de la société coloniale. Les hommes de couleur qui souffraient encore des préjugés de Paris: tocratie cutanée, malgré tout le sang qu'ils avaient versé pour devenir les égaux des blancs, ne-pouvaient songer au rétablissement de l'ancien régime. Le projet prématuré de l'indépendance de St: Domingue à l’aide des Anglais, en 1799, devait rencontrer beaucoup &'obs=« iacies, parce qu alors les hommes de couleur en général et un grand nombre de noirs n'éprouvaient aucune inquiétude relativement au ré= tablissement de l'esclavage. Toussaint qui était à Léogane, en partit, et se rendit au Port-Ré:-
publicain où il fit arrêter tous les officiers de l'armée du Sud quisy
trouvaient en permis pour leurs affaires particulières, avant le commencement des hostilités. Il se rendit ensuite aux Gonaïves et -
commanda de faire descendre vers le Sud le reste des demi-brigades | du Nord et de l’Artibonite. D'après les instructions qu'il envoya à
tous les commandans d'arrondissemens, un grand nombre d’hemmes de
couleur furent arrêtés. A PArcahaie un mulâtre nommé Constantin
avisa le commandant de la place Bazin , noir, que les hommes de
couleur conspiratent en faveur de Rigaud. Le colonel Laraque * qui
commandait le quartier de l'Arcahaie fit arrêter les principaux conspirateurs et les embarqua pour le Port-Républicain, ** Ils furent livrés * Laraque était un homme de couleur clair qui se disait blanc. ** Camean père, Sannon Damiens, Mondésir Dasse, Valmé Cortade, . Maurice Debelier, Laboulette Laboule, Sézaire Savary, Ê PARTS . fi î HISTOIRE D'HAITI—( 1799 841 à üneé eommission militaire qui les éondamna à la peine capitale, Sezaire Savary ayant déclaré qu'il avait d'importantes révélations à faire
à Toussaint Louvérture, l'exécution fut suspendue. Toussaint vint
des Gonaïves au Port-Républicain , fit amener devant lui Sezaire Savary
(mulâtre). Celui-ci lui dénonça uue foule d'hommes de coëûleur qui
furent arrêtés et baïonettés sans jugement , au lieu appelé aujourd'hui
éondamna à la peine capitale, Sezaire Savary ayant déclaré qu'il avait d'importantes révélations à faire
à Toussaint Louvérture, l'exécution fut suspendue. Toussaint vint
des Gonaïves au Port-Républicain , fit amener devant lui Sezaire Savary
(mulâtre). Celui-ci lui dénonça uue foule d'hommes de coëûleur qui
furent arrêtés et baïonettés sans jugement , au lieu appelé aujourd'hui bla Croix des Martyrs. Déjà la prison du Port-Républicain était remplie de Rigaudins. Un oflicier de la 40e., Jean Philippe Dupin, en
était Je geolier. Il tenait toujours braquées devant la prison deux
pièces de canon chargées à mitraille. I livrait les infortunés qu'on “envoyait à la mort à un nommé Jean Pierre qui présidait aux exécuUons. Quant à Savary, 11 obtint sa grâce; mais ceux qui avaient éié
condamnés avec lui furent fuüsillés dans le Blockaus que les Anglais
avaient élevé au Port-Républicain, sur la place du Cimetière intérieur. Le général en chef ordonna que les hommes de couleur fussent par “tout désarmés. Robe, blanc, adiudant de place à l'Arcahaïie , réunit les” mulatres au nombre de 200 sur la place d'armes, les désarma et les fit emprisonner dans une vaste maison qui fut cernée
de troupes noires et blanches. Deux pièces de canon furent braquées
contre la maison. Trente-ét-un mulâtres qui avaient des protecteurs .
parmi les blancs et les noirs furent mis en liberte. Les autres qui Mfurent embarqués à bord du navire Lesca ne tarderont pas à être égorgés. Dans toutes les villes soumises à l'autorité de Toussaint la
)iupart des hommes de couleur furent désarmés comme à l'Arcabaie,
ei beaucoup furent fusiliés A Du Pendant cet intervalle quelques demi-brigades du Nord s'ébranlérent
et marchérent sur le Grand Goûve au‘delà duquel était établie l'avant
garde de l’armée du Sud, à Thausin: Quand ces troupes attelgnirent l'habitation Faucher, leur marche fut tout-à-coup arrêtéa
dans le grand chemin par Octavius et Compas à la tète du 4e.
régiment du Sud. L'on se baltit depuis sept heures du matin
jusqu'à six heures du soir avec le plus grand acharnement. Enfin
quand la nuit tomba, le général Lapiume qui commandait l'avant garde de l'armée du Nord battit en retraite dans le plus grand désordre et se retira vers l’Acul de Léogane. Quatre cents hommes du Sud
en avaient vu fuir 6000 du Nord. | ol | | L'adjudant général Toureau qui commandait en chef l'armée du Sud
en l'absence de Rigaud, vint du Petit-Goûve à Thausin avecle reste de
ses troupes qui ne s’élevaient qu'à 2,000 hommes. Il ordonna aussitôt au
lieutenant-colonel Octavius de se; maintenir sur l'habitation Faucher en
avant du Grand-Goâve. Le lendemain à la pointe du jour: trois cents
hommes du 4e. régiment sous Îles ordres d'Octavius étaient rangés en
bataille sur cette habitation. Dessalines dont Pardeur n'était ralentie pas aucun échec et qui avait besoin d'aguerrir ses nombreuses
ne s’élevaient qu'à 2,000 hommes. Il ordonna aussitôt au
lieutenant-colonel Octavius de se; maintenir sur l'habitation Faucher en
avant du Grand-Goâve. Le lendemain à la pointe du jour: trois cents
hommes du 4e. régiment sous Îles ordres d'Octavius étaient rangés en
bataille sur cette habitation. Dessalines dont Pardeur n'était ralentie pas aucun échec et qui avait besoin d'aguerrir ses nombreuses Li] 342 HISTOIRE D'HAITI.—( 1799 ) recrues, ordonna à Laplume d'attaquer les Rigaudins. Ses masses s’ébranlérent ; mais les vives décharges ‘du bataillon du Sud les firent reculer. Elles revinrent à la charge; ‘Octavius ne craignit pas de
supporter les chocs les plus violents. Il les laissa s approcher de nouveau, les culbuta par un feu terrible et s’élança sur elles à la baïonettew
suivi de scs grenadiers. I torrifia par l'impétuosité de ses attagnes
les bataillons ennemis qui prirent la fuite dans le plus grand désordre.
La 9e. demi-brigade éprouva des pertes considérables. Oclavius envoya demander des renforts à l'adjudant général Toureau: il promettait de poursuivre l'ennemi la baïonette aux reins jus qu’à Léogane. Toureau , au grand étonnement de l'armée, lui refusa ces renforts, contint l'élan de ses troupes, et lui envoya l'ordre de” soutenir seul les efforts de l'ennemi, dut il être anéanti > JasaU ce . qu'il eût reçu de nouvelles instructions. Dessalines revint à la charge ; il lança contre Octavius la Ale. commandée par le colonel Nérette. Gette demi brigade essuya des feux
de pelotons si vifs et si meuririers quelle battit en retraite laissant plus"
de cent hommes sur le champ de batailto ; la 8e. se présenta ensuite,
et fuL aussi culbutée. Le général Lapi ume ne pouvant forcer le chemin qui traversait l'habitation Faucher demeura en présence de l’ennemi, en attendant F'arrivée des autres troupes du Nord. Ce brillant succès obtenu, au début de la campagne, par le ba:
taillon d'Octavius, enflamma le courage des homiunes de couleur et
des noirs du Sud, et abatüt extraordinatrement le moral des troupes“
de Toussaint. D'après les ordres de Toureau, Octavius se maintint toujours à" Faucher, et la petiie armée du Sud demeura campée à Thausin.
Jusqu'alors le général Bauvais qui avait à Jacmel, sous ses ordres,
trois:mille hommes dont 4809 de la légion de l'Ouest, les meilleures troupes de la colonie, était spectateur de la lutte S'il s'était pro=. noncé pour Rigaud , il aurait pu, en prenant possession de Léogane,
après une journée de marche, placer Dessalines entre deux feux et lanéantir., Il aurail même pu semparer du Port- Républicain 5 car le cotonel Christophe Mornay qui commandait en cette ville et qui croyait qu 1 allait se prononcer contre Toussaint, n’attendait que son arrivée pour lui livrer la place.
oupes de la colonie, était spectateur de la lutte S'il s'était pro=. noncé pour Rigaud , il aurait pu, en prenant possession de Léogane,
après une journée de marche, placer Dessalines entre deux feux et lanéantir., Il aurail même pu semparer du Port- Républicain 5 car le cotonel Christophe Mornay qui commandait en cette ville et qui croyait qu 1 allait se prononcer contre Toussaint, n’attendait que son arrivée pour lui livrer la place. Pendant cet intervalle , les BÉNÉFAUX Moyse et Ciervaux arrivèrent |
du Nord à Léogane, à la tête de quatre demi-brigades et dé dix bataillons
de cultivateurs de la levée en masse, Ces nouvelles troupes portérent à près de 20,000 hommes l’armée de Toussaint. Le général en chef ordonna de former trois divisions de cette forte “€ armée : fa première fut contiée à Moyse, général en chef; la secoïde $ à Dessalines la troisième , à Laplume, 4
Moyse ne déployait pas. son ardeur ordinaire : il gémissait de cette”
de quatre demi-brigades et dé dix bataillons
de cultivateurs de la levée en masse, Ces nouvelles troupes portérent à près de 20,000 hommes l’armée de Toussaint. Le général en chef ordonna de former trois divisions de cette forte “€ armée : fa première fut contiée à Moyse, général en chef; la secoïde $ à Dessalines la troisième , à Laplume, 4
Moyse ne déployait pas. son ardeur ordinaire : il gémissait de cette” guerre entre frères dont les blancs seuls devaient profiter, osait-1l dire, | $ “ > 5Epe le
HISTOIRE D'HAITI 1799 ÿ 843 . én rétablissant l'esclavage. Il eût voulu qué Toussaint eut abandon:
né à Rigaud de commandement en chef du département du Sud jusqu'à Léogane inclusivement, en attendant de nouvelles insiruetions du
Directoire exéculif de France. Le général Movse, de vues boruées, ne
pouvait comprendre que Toussaint ne s'efforçailt d'écraser Rigaud
qu'afin de renverser le principal obstacle à l'indépendance de Saint
Domingue. ‘Gomme il était borgne, il disait souvent: je n aimerai les
blancs colons que lorsqu'ils m'auront rendu Flœil qu'ils m'ont
crévé. Paul Louverture, colonel ‘de la 40e. et frère de Toussaint,
-partageait les opinions de Moyse. RE sp
Léogane était inondée de troupes. Dessalines était absent de cette
ville; 1} était allé reconnaitre une position qu'occupaient Îles Rigaudins dans Îles montagnes ; 1l cherchait en outre'à s aboucher avec Las
fortune et Conflant. les deux chefs de bandes dont nous avons parlé,
qui dominaient dans le quartier de la Vallée.
" Le général Moyse , quoiqu'il se fàt montré irrésolu se déter:
mina à reprendre l'ofiensive. 1} atiaaua Faucher où était toujours
éumpé Octavius. I fut repoussé avec perle. Dans la retraite, la 8° du Nord
perdit un canon; mais la 9.e faisant volie face le reprit. Toussaint
ayant appris ce trait de li 9e fit don à ce corps d'un tableau représentant ce fait d'armes. Dessalines de retour à Léogane, établit quelques embuscades autour du Faucher et transporta son quartier-général à Léogane:
Cependant l'armée du Nord, quoiqu'elle fus sans cesse culbutée,
avait fini par s'auimer. L'on ebténdait dans ses rangs, par Intéervatles, des cris de fureur contre les mulâtres. La plupart des ofliciers
et des soldats de couleur voyaient leurs jours sans cesse menaces ; la
moindre froideur de leur part entrainaitleur perte. Ils étaient obligés
pour conserver leur existence de se montrer envers les rigaudins de
leur caste plus impitoyables que les noirs. Le lieutenant colonel
Gabart de la 4e. se faisait surtout remarquer par Sa cruauté.
L'adjudant général Pétion, de la division Laplume ; se détérmina à
abandonner la cause de Toussaint, voyant chaque jour égorger sous
ses yeux beaucoup d'individus dont souvent Île seul crime était d'avoir
la peau jaune. D'un autre côté il avait appris que son arrestation avait
été résolue. Aù milieu d’une nuit obscure, pendant qu'une pluie abondante contraiguait les soidais du Nord à abandonner leurs rangs pour
chercher un abri contre l'averse, il monta à cheval sous prétexte daller visiter les avant-postes de la aivision Lapiume. Quand il me
les bivouacs les plus reculés de l'armée au Nord , AS er te 6 nr
val, se précipita dans les bois où il s'égara. GS met a pointe
du jour, il arriva sain et sauf à Thausin. ” 11 fut accueilli avec Joie
# Jean-Pierre Boyer depuis Président d'Haïti, et De Nr
passèrent avec lui dans larmée de Rigaud. Boyer alors ofhcier subaltern
était adjoint à Pétion en qualité de secrétaire,
acs les plus reculés de l'armée au Nord , AS er te 6 nr
val, se précipita dans les bois où il s'égara. GS met a pointe
du jour, il arriva sain et sauf à Thausin. ” 11 fut accueilli avec Joie
# Jean-Pierre Boyer depuis Président d'Haïti, et De Nr
passèrent avec lui dans larmée de Rigaud. Boyer alors ofhcier subaltern
était adjoint à Pétion en qualité de secrétaire, 344 HISTOIRE D’HAÎT1 1799, )j' par l'adjudant général Blanchet, et par les autres officiers qui lui
reprochèrent cependant de n'être pas venu les joindre avant le commencement des hostilités. On écrivit à Rigaud son arrivée; celui-ci
s'en montra indifférent, et ne lui confia qu'un commandement sans
importance. Pétion était cependant le plus habile des officiers de Par:
mée du Sud, celui qui eût pu faire triompher la cause des hommes
de couleur, s'il en avait eu le commandement en chef. Sa trahison
fit naître de nouvelles rigueurs contre les mulâtres de l'Ouest ; la plupart
de ceux qui avaient eu des relations d'amitié avec lui furent égorgés.
Pétion qui connaissait exactement la force numérique des troupes
de Toussaint, et qui savait que Dessalines se proposait d'assaillir
l’armée du Sud, à la tête de toutes ses troupes, conseilla à Toureau
d'éviter une bataille rangée, et d'aller se retrancher au point le plus”
élevé du chemin qui traverse le morne du Tapion, entre le Grand:
Goûve et le Petit:Goâve. Toureau accueillit son avis, ordonna à Octavius d'abandonner Faucher, évacua Thausin, laissa une garnison
dans un fort dit le blockaus, et se retira au Tapion avec son armée.
Leblockaus était élevé sur un mornet dans un coude que forme le
chemin qui conduit au Petit-Goûve. Il dominait la grande route et
pouvait inquiéter considérablement par une artillerie bien servie les troupes du Nord qui couvraient fa plaine. Aussitôt après l'évacuation ‘de Thausin Dessalines vint occuper cette
position. ‘ Pendant cet intervalle une insurrection formidable avait éclaté dans
le Nord contre Toussaint Louverture. Cette diversion aurait dû amener la chüûte du général en chef, si Rigaud avait su en profiter; car -
Toussaint se trouvera contraint de détacher de son armée de Léogane
dix-mille hommes qui, sous les ordres des généraux Moyse et Clervaux,
iront combattre dans le Nord contre de puissans ennemis. Si Rigaud
‘était venu se placer à la tête de son armée rien n'eût pu lui résister. | La ville du Môle Saint Nicolas commandée par Bellegarde s'était
soulevée , et avait reconnu l'autorité de Rigaud. La 3e. demi-brigade du:Cap , sous les ordres du colonel Noël, qui y était
en garnison, Sétait portée à de grands excès sur les partisans.
du général en chef. Golart lieutenant colonel d'un des bataillons de la 9e. demeuré au Port-de-Paix, avait soulevé la plupart des
cultivateurs de Jean-Rabél, de Bombarde, et même ceux des mornes
du Pori-de-Paix. Au haut du Cap, et au Limbé, le général Pierre
Michel et le colonel Barthelemy se montraient disposés à se soulever
aussi ; la ville du Fort Liberté manifestait des sentimens peu favorables
à Toussaint Louverture. | & |
colonel d'un des bataillons de la 9e. demeuré au Port-de-Paix, avait soulevé la plupart des
cultivateurs de Jean-Rabél, de Bombarde, et même ceux des mornes
du Pori-de-Paix. Au haut du Cap, et au Limbé, le général Pierre
Michel et le colonel Barthelemy se montraient disposés à se soulever
aussi ; la ville du Fort Liberté manifestait des sentimens peu favorables
à Toussaint Louverture. | & | _Golart, à la tête de plusieurs milliers de cultivateurs, vint assailhr le Port de-faix où commandait le colonel Maurepas. Cette ville
fut réduite en peu de jours aux dernières extrémités. Mais Maurepas HISTOIRE D'HAITI.—( 1799 ) 845 déploya le plus grand courage, tint une conduite admirable et résista
sur tous les points aux efforts incessans des insurgés. En même temps,
au Gros-Morne, aux Gonaives, à St-Marc, à l'Arcahate, à la Croixdes-Bouquets, les hommes de couleur annonçaient avec orgueil la chûte
prochaine de Toussaint Louverlure. Rigaud envoya au Môle, auprès
de Bellegarde ,; comme son lieutenant, Renaud Desruisseaux. Gelui ci
partit avec des munitions de guerre et de bouche et quelques officiers. Cette insurrection du Nord cffeaya l’Agent Roume qui voyait naître
d'immenses malheurs dans la colonie. Il crut avec raison que la plupart des chefs des insurgés n'avaient méconnu l'autorité de Toussaint
que parce que Hédouville l'avait déclaré en rébeltion contre la France. Comme représentant de la France et Agent du Directoire, il
résolut de ramener les esprits en faveur de Toussaint. En conséquence, le 45 Messidor an VIE (3 Juillet 1799), il déclara que le géné
ral Rigaud était mis hors la loi, que le général en chef Toussaint
Louverture était autorisé à faire marcher l’armée de la République
contre les insurgés du Nord, et que tous les bâtimens de guerre français -qui se trouvaient dans la colonie élaient à sa disposition. | Des dépêches qui venaient d'arriver de France l'avaient surtout déterminé à publier cet arrêté. Les citoyens Caze, aide-de-camp de
Toussaint, et Guybre, son secrétaire, qui avaient été envoyés en France, après l'embarquement d'Hédouville, étaient revenus dans la colonie, sur l'aviso l'Enfant Prodigue, et la curvette la Diligence. Ils
avaient apporté au général en chef des lettres de Granet chef de la
4e division du ministère de la Marine et des Golonies, qui agissait
au- nom de Ch. Maurice Talleyrand, ministre des relations extérieures,
remplaçant provisoirement le ministre de la Marine. Toussaint avait
appris postérieurement au relour d'Hédouville en France, les heureuses dispositions et les succès de ses enfans, Isaac et Placide, placés
sous les yeux du gouvernement à FInstitut national et des colonies.
« Vos enfans, général, lui avait-on écrit, sont devenus les nôtres,
parce que selon nos vœux, qui sont aussi les vôtres, ils croissent
pour la liberté. Pendant que vous secondez les vues du gouvernement à StDomingue, il nous est bien doux de remplir 1et vos
intentions auprès de. vos enfans. » |
Le Directoire prévoyant les succès de Toussaint Louverture, le caressait pour qu'il ne s'isolât pas de la France, sil parvenait à valncre Rigaud dont il paraissait cependant souhaiter le triomphe.- Jus.
qu’alors lAgent Roume, Blanchard le secrétaire général de lagence,
et Allier, secrétaire-général de la colonie, se montraient très-dévoucs
à Toussaint Louverture. ; |
rès de. vos enfans. » |
Le Directoire prévoyant les succès de Toussaint Louverture, le caressait pour qu'il ne s'isolât pas de la France, sil parvenait à valncre Rigaud dont il paraissait cependant souhaiter le triomphe.- Jus.
qu’alors lAgent Roume, Blanchard le secrétaire général de lagence,
et Allier, secrétaire-général de la colonie, se montraient très-dévoucs
à Toussaint Louverture. ; | Celui ci aussitôt qu’il avait appris la révolte du Môle, navait pas
pérdu un instant. Hi détacha de l'armée expéditionnaire du Sud dix
mille hommes et les achemina sur le Nord, sous les ordres des géA A 4 A \ 346 HISTOIRE" D'HAITI. —( 1799 ÿ: .
néraux Moyse et Clervaux: celui-ci était notifié de couleur. 11 cts alors
à Dessalines le commandement en chef de l'armée expéditionnaire du Sud;
et Moyse reçut le commandement en chef de larmée du Nord: Des
salines demeura à Thausiu et au Grand PM » à la tête de dix mille
hommes. Les deux bataillons de la 9.e qui étaient au Grand Goàves.
composés de j jeunes gens du Port-de Pait ct ke environs de cette ville,
reçurent l’ordre de ne pas sortir de l'Ouest: Toussaint craignait qu ils
ne se joignissont à Golart. El fit arrêter au Port Républicain, comme rigaudin , le commandant de la place Christophe Mornay, qui fut conduit sous escorte à St Mare d'où on lembarqua pour les Gonaives
où il fut exécuté. Un des lieutenans colonels de la 8’e, Maçon, qui
avait refusé de ürer sur les troupes du Sud, lorsque Faübert et Delva
avaient pris le Petit Goâve sur Lapiume, fut aussi arrêté. De nombreux
hommes de couleur furent tués près du Port-Républicain, au lieu
nommé le Four à-chaux. Le colonel de la 10.e, Paul Louverture’,
prit le commandement de la piace du Port Républicain , et le général
Agé, blanc, celui de l'arrondissement. Toussaint écrivit la lettre suivante au chef de brigade Henri Christophe, commandant en chef l'arrondissement du Cap, et surveillant
celui de PEst: « Port Républicain , 29 Messidor an VI (15 Juillet 1799). « La révolte du Môle, mon cher commandant, vient de s’'opérér
« par les agens secrets du perfide Rigaud; ils ont des prosélytes par:
« tout, et partout ils opèrent le mal quil faut cependant arrêter
« dans sa source. Le Môle correspond directement avec le Fort-Li-
« berté ; 1l y sème la désunion, et Jai la certitude que cette place
« devait aussi se soulever et arborer l'étendard de la révolte; au Cap
« même des agens y provoquent la rébellion ; surveillez-les avec une
« rigueur étonnante ; déployez le caractère dur que nécessitent les tra-
« mes de ces scélérais ; tous les hommes de couleur en général se sont
« donné la main pour culbuter St Domingue, en le désunissant, et
« en armant les citoyens les uns contre les autres; ïls servent la
« passion du rebelle Rigaud ; ils ont Juré de le servir et de l'élever
« le chef suprême sur des corps et des cendres; dans aucun cas ne
-les avec une
« rigueur étonnante ; déployez le caractère dur que nécessitent les tra-
« mes de ces scélérais ; tous les hommes de couleur en général se sont
« donné la main pour culbuter St Domingue, en le désunissant, et
« en armant les citoyens les uns contre les autres; ïls servent la
« passion du rebelle Rigaud ; ils ont Juré de le servir et de l'élever
« le chef suprême sur des corps et des cendres; dans aucun cas ne « molissez pas contre les hommes de couleur, et garantissez par une” « activité sans égale, l'arrondissement que vous commandez, des hor-
« reurs qui menacent déjà quelques-uns.
« L'arrondissement de l'Est doit faire encore l’objet de votre solli-
« citude dans des circonstances aussi critiques; vous savez eombien
« sont remuants les habitans de cette partie de la colonie; faites for
mer des camps qui fassent respecter cette place, et employez et
« faites même descendre des mornes les cultivateurs armés, desquels
vous croirez avoir besoin, pour également 8 garantir celte place im= É HISTOIRE D’HAITI—( 1799 ) 347
, . L L Ù
« porlante ; les hommes de couleur ÿ sont aussi dangereux que vindi-
« catifs; n'ayez aucun ménagement pour eux; faites arrêter et même
« punir de moit ceux qui seraient tentés d'opérer le moindre mou-
« vement ; Vallière doit être aussi Fobjet de lous vos suins.
« Je compte plus que jamais sur votre impcrturbable sévérité; que
« rien n'échappé à voire vigilance. | «a Je vous désire uñe bonne santé.
« Salut et amitié.
« Toussaint LOUVERTURE,. * » Christophe exécuta les ordres de Toussaint avec la dernière rigueur. Pendant ce temps les troupes du Nord campées à Thausin, et clics
du Su campées au Tapion, escarmouchaient sans cesse, sans cependant en venir sérieusement aux mains. e | L'adjudant-général Toureau fit connaître à Rigaud les forces exactes
de l'ennemi, et lui demanda des renforts afin qu if put efhtraindre Dessalines à abandonner Thausin. Rigaud aussitôt quil eut reçu cette nouvelle, laissa les plaisirs auxquels il se livrait aux Gayes , et
arriva au Tapion avee quelques ofliciers. IE était dans üne agitation
difficile à peindre; il tenait d'une main un pistolet, de l'autre un
poignard; il menaçait tous ses ofliciers, et s'étonnait qu'ils eusseut
pu permeitre à lennemi d'occuper Thausin. Il avait à la bouche un
mouchoir blanc qu'il mâchait dans sa fureur. H biäma publiquement
il se livrait aux Gayes , et
arriva au Tapion avee quelques ofliciers. IE était dans üne agitation
difficile à peindre; il tenait d'une main un pistolet, de l'autre un
poignard; il menaçait tous ses ofliciers, et s'étonnait qu'ils eusseut
pu permeitre à lennemi d'occuper Thausin. Il avait à la bouche un
mouchoir blanc qu'il mâchait dans sa fureur. H biäma publiquement Toureau de s'être retiré au Tapion en suivant les avis de l'adjudantgénéral Pétion. Hi nourrissait contre le général Banvais une jalousie
dont Pétion et les autres officiers de la légion de l'Ouest éprouvaient les
effets. Il ordonna de reprendre Thausin. Aussitôt les colonels Jn. Cécile,
Faubert, Bichon, Gelfrard, Delva se disposèrent à attaquer l'ennemi ;
Rigaud dirigea en personne les opérations. : Faubert occupa les établissemens de Thausin avec deux pièces de canon ; Île lieutenant-colonel
Martignac tourna la purgerie de l'habitation, qui avait été crénéiée et
qu'occupait une demi brigade du Nord; Jean Cécile se présenta dans
la savanne, et attaqua de front avec impétuosité. En un instant le feu
devint général; et après plusieurs heures d'un combat très-sanglant ,
Dessalines ceulbuté sur tous les points se retira au Grand-Goûve. L'armée du Sud campa à Thausin; Rigaud y établit son quartier- général ‘et repoussa quelques jours après une attaque opiniätre que Dessalines dirigea contre lui. |
Le 45 Août 1799, dans la matinée, le temps etait magnifique. Les
troupes du Sud qui s'élevaient à 4,800 hommes laissaient éclater le * L'auteur tient cette lettre déposée dans ses archives particulières. 348 | “HISTOIRE D'HAITI.—( 1799 ) plus grand enthousiasme ; orgueilleuses d'avoir leur général à leur tête, ciles demandaient la bataille à grands cris: à EL. Rigaud voulant profiter de l’ardeur de ses soldats , résolut de chasser du Grand-Goâve, le général Dessalines dont les troupes étaient encore
terriliées des- délaites précédentes. |
Le bourg du Grand-Goûve situé à une légère distance de la mer est a! bâti au milieu d'une petite plaine qui, bien cultivée à celle époque, était couverte de cannes à sucre et d'arbres fFuitiers. Cette plaine
était cependant assez étendue pour que Dessalines ÿ put fairé manœuvrer ses nombreuses troupes. Après avoir jeté les yeux sur les bataillons du Nord qui présentaient
une force de 10,090 hommes couvrant ‘le Grand-Goàive, Rigaud forma
trois colonnes de son armée: celle de droite composée du 2.° régiment de 400 hommes fut confiée au colonel Faubert; elle devait en
pénétrant dans les bois de Thausin, prendre l'ennemi en queue, après avoir
tourné le Grand-Goûve ; celle de sauche composée du 4° régiment de 490
“hommes, sous les ordres du général Geffrard, devait attaquer l'aile droite
de l'ennemi, en longeant le rivage de la mer; et le général Rigaud,
ite composée du 2.° régiment de 400 hommes fut confiée au colonel Faubert; elle devait en
pénétrant dans les bois de Thausin, prendre l'ennemi en queue, après avoir
tourné le Grand-Goûve ; celle de sauche composée du 4° régiment de 490
“hommes, sous les ordres du général Geffrard, devait attaquer l'aile droite
de l'ennemi, en longeant le rivage de la mer; et le général Rigaud, à la tte de la*colonne du centre de 4,000 hommes devait s'ayancer par! le grand chemin. Rigaud avait pris la détermination de neconimencer
le feu Oo avoir entendu le bruit dela mousqueterie de la colonne
de Faubert. ais dans son impatience, Il natitendit pas ce signal,
et ordonna d'attidutts. à 4 heures de l'après-midi, L'armée du
Nord présentait un front qui sétendait des bots de Thausin, au rivage de la mer. Le général Rigaud en aftaqua le centre
avec une impétuosité prodigieuse.. Dessalines anime de son intrés pidité ordinaire vit plusieurs fois fléchir ses troupes qu'il maintint cependant sur le champ de bataille, bravant là mort au premier rang," et frappant les soldats de sa canne. Ses grenadiers tombaient, par lie
gnes entières, sous le feu vif et soutenu des soldats du Si ud. Rigaud
reaoubla de fureur contre le centre, masse difficile à perëer. Dessalines dont l'élan n'était pas soutenu par ses bandes lourdes et épaisses , résistait avec héroïsme aux efforts incessants des troupes du Sud.
Tout-à-coup le régiment des Cayes entonne la Marseillaise ; les autres
corps répondent à son enthousiasme , le panache tricolore "de Rigaud
flotte comme un étendard au-dessus des bataillons ; la colonne foudroyante s'élance par un nouvel effort, la baïonette en avant, et ter:
rifie l'armée du Nord qui ne pouvant résister à une impétuosité Si Opiniâtre se rompt, abandonne le champ de bataille, et traverse le Grand:
Goâve dans Île plus grand désordre. Gependant la 4° demi brigade du
Nord, dite des sans culottes, se maintenait encore sans s’ébranter , dans
les jardins de cannes de Thausin: Ce corps élait de 2,000 hotes.
Rigaud lança contre lui le lieutenant-colonel Compas, à la tête de 200
grenadiers. Compas fit une seule décharge sur les sans culottes, et les aborda à la baïonnette; il fut renversé atleint d’une balle; la mêlée HISTOIRE D’IHAITI —( 1799 ) 349 devint horrible 3 Gabart Vaillant qui commandait les sans-eulottes fut
obligé d'abandonner sa position et de se replier sur le Grand-Goûve. Compas griévement blessé, fut transporté à l'ambulance par ses grenadiers.
Dès le commencement de la bataille Gefirard avail mis en pleine déoute l'aile droite de Dessahines, le long du rivage. Rigaud avait été
lessé à la main pendant l'action. |
Quatorze cents hommes qui venaient de donner en avaient vu fuir dix
mille. Celie journée mémorable prouve que Rigaud ent été invincible
s'il était demeuré toujours à la iète de ses troupes. Ses longues absences de l'armée feront naître d'affreuses trahisons, et de funestes divisions parmi ses licutenans qui voudront tous commander les uns aux
autres. Les ofliciers s'étaient couverts de gloire; tous les soklats avaient
été des héros, et les recrues avaient rivalisé d'intrépidits avec les vétérans. L'armée du Sud avait perdu 200 hommes, et celie du Nord
plus de miile. |
iète de ses troupes. Ses longues absences de l'armée feront naître d'affreuses trahisons, et de funestes divisions parmi ses licutenans qui voudront tous commander les uns aux
autres. Les ofliciers s'étaient couverts de gloire; tous les soklats avaient
été des héros, et les recrues avaient rivalisé d'intrépidits avec les vétérans. L'armée du Sud avait perdu 200 hommes, et celie du Nord
plus de miile. | Dessalines eût été écrasé, si le colonel Faubert avait pu donner à
la tôte des 400 hommes qui formaient l’aile droite de l'armée du Sud
Egaré pendant la nuit dans les bois de Thausin, per des guides infidèles, il tomba au milieu des bataillons ennemis. If y eut un grand
carnage dans l'obscurité ; les troupes du même xerti ne se reconnaissant pas s’enire-égorgérent; ce n'était qu'un cri dons les troupes de Dessaiines répandues au-delà du Grand Goûve ,. Faubert |
Faubert! des demi-brigades du Nord s’entre-chargérent avec fureur.
Faubert eut son cheval tué sous lui; fait prisonnier pendant un
moment , il fut délivré par Jn.-Louis François, officier noir, un de
sés chefs de bataillon. À onze heures du soir, il se replia vers Îles
établissemens de Thausin ; et à la pointe du jour il alla oceuper le GrandGoûve qu'avait abandonné Dessalinies. Rigaud en attaquant avec Lrop
de précipitation, ne voulant pas attendre Île signal dont 1} était convenu
avec Faubert, n’obtint qu'un demi succès. Il ordonna à celuici de
rentrer à Thausin où était réunie son armée. Brave soldat, mais mauvais chef d'armée, il partit pour les Cayes_où l’appelaient toujours ses
plaisirs. Voila L'homme auquel était confié le sort de toute la population de couleur. Toussaint faisait preuve de talent quand il disait:
Monsieur Rigaud me convient pour faire la guerre; Dieu m'en garde
dé le faire arrèter! si je le faisais emprisonner sa Castle trouverait facilement un chef qui vaudrait mieux que Jui. ei Déssalines vint réoccuper le Grand-Goûve et les deux armées demeurérent en presence , se livrant chaque jour à des escarmouches. Toussaint profitait des fautes de Rigaud pour instruire el discipliner ses
troupes. 1j, “Dessalines sans perdre un instant fit venir des pièces d'artillerie de
Léogane , et assiégea régulièrement le retranchement de Thausin qu'il
canonna avec activité. Le blockaus répondit énergiquement à son feu;
ines vint réoccuper le Grand-Goûve et les deux armées demeurérent en presence , se livrant chaque jour à des escarmouches. Toussaint profitait des fautes de Rigaud pour instruire el discipliner ses
troupes. 1j, “Dessalines sans perdre un instant fit venir des pièces d'artillerie de
Léogane , et assiégea régulièrement le retranchement de Thausin qu'il
canonna avec activité. Le blockaus répondit énergiquement à son feu; C4 350 | \ HISTOIRE D’HAITI—( 1799 } æ Bés le lendemain la famine se fit sentir et à Thausin et au blockaus > À les barges du Sud formées en deux escadres, la division rouge et la
division bleue , commandées par le capitaine Panayoty , ne pouvant Iutter contre les gras navires de guerre. de là République, cessérent d'aps
provisionner l'armée de Rigaud. ï
Toussaint ordonna au chef de l’escadre répubhcaine, le lieutenant de
vaisseau Lacroix, d'aller bloquer les Cayes. Lacroix monté sur la goëlette
de l'Etat le Vengeur, partit avec son escadrille. ‘Le 26 Août, il arriva à la
hauteur du cap Tiburon, et jeta l'ancre. Un bâtiment ‘anglais de 32
canons, le Solebay, capitaine Poyniz, l'attaqua et le captura, aimsi que les
pavires. sous ses ordres. Il y en avait quatre meniés par 520 hommes : d'Egyptien de 20 canons, le Vengeur de 46 canons , Urie corvette de
48, et un brick de 46. Ces bâtimens conduits à Kinoston de la Jamaique, furent condamnés et vendus. Toussaint envoya à Ia Jamaique
un parlementaire chargé de réclamer ces navires, attendu, disait il, qu'ls
n'avaient point été armés contre le pavillon britannique, mais bien contre les rebelles du Sud, ét que tous les peuples civilisés devaient s entendre pour écrasér Îles révollés. Ses démarches furent infructueuses:
Le gouverneur angiais lui fil répondre que ces navires portaient Île
pavillon français et qu'ils étaient par conséquent de bonne prise.
Pendant cet intervalle, Dessalines dirigeait une attaque générale con:
tre l'armée du Sud. Il établit un mortier contre Thausin; mais les
canons du blockaus le démontérent. Une de ses colonnes passa par
le rivage de la mer, pour occuper le sommet du Tapion qui dominait
Je blockaus; cette colonue fut arrêtée et culbutée par le colonel Geffrard. En même temps Toureau sortit des retranchemens de Thausin
contraint par ses troupes que la faim tourmentait. L'armée du Nord
fut enfoncée et mise en déroute. Dessalines talonné per Faubert abandonna le Grand-Goûve et se retira à Papette qu'it fortilia. Les guerriers du Sud trouvèrent au Grand-Goâve beaucoup de munitions @e bouche que l'ennemi avait ét forcé d'abandonner. Le retranchement de
Papelte était protégé par le bateau le Général Dessalines et plusieurs.
autres bâtimens de guerre, sous les ordres du chef d’escadre Cottineau.
L'armée du Sud s’ébranta pour enlever cette position, après être sortie du
Grand-Goûve. Toureau confia à Pétion le commandement de l'artllerie. L'élan des Rigaudins fut arrêté par le feu vif et meurtrier et de
Papette et de l'escadre. Pétion, au milieu de la mitraille, fit avancer
ses canons sur le rivage, les pointa contre les navires ennemis et en
éteignit le feu. Indigné de la mollesse de Toureau, til avait pris sur
lui de faire agir l'armée. Il Fança l'infanterie contre les retranchemens , les enleva 2 la baionelte , et poursuivit l'ennemi, en le talon
Rent jusqu’ à Bellevue dont il s’ empara.
Le découragement et la terreur étaient tels dans l’armée du Nord
que le général Dessalines avait déjà ordonné d’évacuer l'Acul et Léogane sur le Port-Républicain. Toules les femmes avaient été mises em
sur
lui de faire agir l'armée. Il Fança l'infanterie contre les retranchemens , les enleva 2 la baionelte , et poursuivit l'ennemi, en le talon
Rent jusqu’ à Bellevue dont il s’ empara.
Le découragement et la terreur étaient tels dans l’armée du Nord
que le général Dessalines avait déjà ordonné d’évacuer l'Acul et Léogane sur le Port-Républicain. Toules les femmes avaient été mises em HISTOIRE D’HAITI.—( 1#99 }) 351 réquisition pour transporter les munitions et trainer les pièces d’arUüllerie. Si l'adjudant général Tourcau avait voulu profiter de sa victoire, il {üt entré au Port-Républicain, peut-être sans coup-férir. Mais
il montra de lhésitation ; l'armée en fut indignée; elle demanda à
grands cris à marcher contre l'Acul que lPennemi n'avait pas encore
abandonné. Toureau fut contraint de céder au vœu de ses troupes,
Il confia à Pétion un faible détachement avec ordre d'atiaquer FAcul
par les hauteurs de cette position. Pétion rencontra un poste enneini qui arrêta sa marche. Ii fit savoir à Toureau quil allait enlever
cé retranchement: avant d'assaiilir l'Acul. Mais cclui-ei lui expédia
l'ordre de rentrer à Bellevue. Ce fui en vain que l'armée demanda à
continuer ses succès. Toureau expédia à Laplume un courrier qui lui añnonça qu'il pouvait se maintenir à l'Acul contre lequel 1! ne dirigerait aucune attaque ,et qu'il ne demeurait lui-même dans les rangs de Rigaud
que pour favoriser le triomphe des armes de Toussaint Louverture, Ce fut
le premier acte de la trahison de. Toureau, trahison qui ne sera découverte qu'à la fin de la guerre civile.* Cette petite armée du Sud,
belle et aguerrie ne s'élevant qu’à 2,000 hommes environ, qui avait vu
fuir devaut elle dix miile soldats, se trouva tout à-coup arrêtée dans sa
marche triomphante. Si le général Rigaud avait été à la tête de ses
troupes , dirigeant lui-même les opérations, avec le courage qu'il avait
déployé aux batailles de Thousin et du Grand Goûve, il serait déjà
entré au Port Républicain. Maïs par une inconcevable hésitation , 1 ne
voulut pas, lui si audacieux, pousser ses conquêtes au-delà de Léogane, déclarant qu'il sen tenait au commandement que lui avait confié
Hédeuville. Toussaint général en chef de la colonie, nommé par Île
Directoire, ne l'eût jamais souffert indépendant de son autorité. Il devait, une fois la guerre commencée, s’efforcer d'écraser son rival,
Maïs par une inconcevable hésitation , 1 ne
voulut pas, lui si audacieux, pousser ses conquêtes au-delà de Léogane, déclarant qu'il sen tenait au commandement que lui avait confié
Hédeuville. Toussaint général en chef de la colonie, nommé par Île
Directoire, ne l'eût jamais souffert indépendant de son autorité. Il devait, une fois la guerre commencée, s’efforcer d'écraser son rival, Pendant cet intervalle Toussaint Louveriure conduisait avec vigueur
la gucrre du Môle St-Nicolas. Il se trouvait aux Gonaives où il ordonpa l'arrestation de la plupart des mulatresen état de porter les armes
qui n'étaient pas dans ses iroupes. Beaucoup échappérent à la mort soit par
là protection des blancs leurs pères, soil par l'humanité du g" Moyse. A
Léogane Dessalines en sauva un grand nombre, malgré les fureurs de
Dieudonné Jambon qui les poursuivait avec le dernier acharnement Plusieurs jeunes gens de couleur qui avaient été déjà conduits au lieu du
supplice virent en lui un hbcrateur. [El enrôla dans Ja 4° demi-brigade
sa favorite dont il avait été le colonel tous ceux qui allant à la mort,
démontraient de l'intrépidité. H disait à celles de leurs mères qui Venaient le, prier de ne pas en faire des soldats: Ne pas les enrôler ,
que Dieu m'en garde! j'aime mieux qu ils soient soldats que, fusillés.
_ Toussaint partit des Gouaives pour le Môle. Quand il arriva près
- du Gros Morne, il tomba dans une embuscade que Golart avait établie.
Fr J'raditions haïueunes. Les ojliciers de cette époque rapportent ce fait, la
plupart, | 852 HISTOIRE D'HAITI.—( 1799 } Il essuya plusieurs feux ; lobscurité de la nuit favorisa son évasion. Il revint sur ses pas et alla établir son quartier général dans
les montagnes des Cahos, d'où il dirigea les opérations de FParmée du Nord. Le 19 Juillet 1799, ïl lança une prociamation qu'ils
adressa aux citoyens composant la garnison du Môle ; 11 leur promit d'oublier le passé, s'ils ne de se soumeitre aux ordres
du général Clervaux ; 1l les menaca, ER autrement, de les
bioquer par terre avec une forte armée qui s'avançait contre eux, A
” d'après Îles ordres de lagent Roume; il Icur annonça que le traître
Rigaud avait été mis hors la loi par l'agent du Directoire qui représentait la France à St. Domingue. ; |
ens composant la garnison du Môle ; 11 leur promit d'oublier le passé, s'ils ne de se soumeitre aux ordres
du général Clervaux ; 1l les menaca, ER autrement, de les
bioquer par terre avec une forte armée qui s'avançait contre eux, A
” d'après Îles ordres de lagent Roume; il Icur annonça que le traître
Rigaud avait été mis hors la loi par l'agent du Directoire qui représentait la France à St. Domingue. ; | Il fit marcher contre Golart, non seulement les troupes régulières
sous les ordres de Moyse el de Clervaux, mais encore les Miliciens du
Limbé, de Plaisance, d'Ennery , du Gros- Morne, du Port Margot, du,
Borgne , du Cap Français et de la plaine du Nord. Le colonel Maarepas commandant du Port-de Paix, quoiqu'il fut assait de toutes parts par les bandes de Goiart, fit plusieurs sorties qui
furent heureuses. Pendant ce temps, Île général Moyse, à la tête de la 5e. et de
nombreux cultivateurs armés, attéignit le Port-de-Paix, ét attaqua
les bandes de Golart avec une rare opiniâtreté. Il les battit et les.
dipersa dans les bois. Golart alla se retrancher à Jean - Rabel.
Aprés avoir entièrement dégagé le Port-de Paix , Maurepas exerça de cruelles vengeances sur ses prisonniers: ïl les fit attacher
à la bouche des canons et enlever par la mitraille. Ce fut ainsi
que périrent un jeune capitaine de gendarmerie nommé Couliot } Jacques Laciente, riche bourgeois de la viile, et Eazarre, officiér de
dragons, hommes de couleur. | | Le général Clervaux, de son côté, était arrivé devant Bombarde, avec
la G.° demi-brigade. Il envoya auprès des révollés qui s'étaient renfermés.
- dans le fort de ce bourg un parlementaire qui leur offrit une amnistie, s'ils voulaient se rendre. Ceite offre fut repoussée. Clervaux donna
un formidable assaut à la redoute qui fut enlevée après une énergique résistance. Il sélança ensuite dans la route nornmée la Gorge,
se dirigeant sur le Môle St Nicolas, laissant derrière lui tous les postes
ennemis. En même temps Moyse partait du Port de-Paix, énlevait Jedi Rabef
sur Golart, et dispersait les bandes ennemies dans les mornes du
Moustique. Golart se retira dans Se montagnes rocallieuses, InaCCesSis
bles d’où il ne sortira qu'en 1802, à l'arrivée de l'expédition de Leclerc,
après avoir soulenu avec succès, pendu trois ans, les efforts dés.
troupes de Toussaint Louverture. Moyse continuant ses succès, marcha sur le Môle St- Nicolas, en suivant les côtes de fer. Cette ville fut étroitement bloquée par terre par
les divisions Clervaux et Moyse, et par mer, par l'aviso de FPEtat
, InaCCesSis
bles d’où il ne sortira qu'en 1802, à l'arrivée de l'expédition de Leclerc,
après avoir soulenu avec succès, pendu trois ans, les efforts dés.
troupes de Toussaint Louverture. Moyse continuant ses succès, marcha sur le Môle St- Nicolas, en suivant les côtes de fer. Cette ville fut étroitement bloquée par terre par
les divisions Clervaux et Moyse, et par mer, par l'aviso de FPEtat + $
HISTOIRE D’Haiti.—( 1799 ) 853 TEnfant Prodique , par le Vengeur et par plusieurs autres navires.
Bellegarde et Renaud Desruisseaux commandaient dans la place. Elle
fut vigoureusement canonnée pendant plus d'une semaine. La garnison $e
montra bientôt découragée ; elle ne put résister plus longtemps aux troupes innombrables qui l'assailiaient. Renaud Desruisseaux et Bellegarde
perdant l'espoir de pouvoir supporter un assaut général que préparait
Moyse, se jetèrent dans un canot pendant une nuit obscure, avec le trésor
de la ville, passèrent au travers des bâtimens qui bloquaient le port, et
arrivérént sains et saufs dans le Sud. Le jour qui suivit leur départ, .
armée du Nord pénétra dans la place; plusieurs centaines de têtes,
lombérent sous la hâche des vainqueurs: tous ceux qui avaietit emBrasce avec chaleur la cause de Rigaud furent exécutés. Les partisans
de Toussaint qui avaient été emprisonnés furent mis en fhberté. La
tranquilité rétablie par la terreur régna dans la ville que la. plupart
des labitans avaient abandonnée. Dans les premiers jours de Septembre, Toussaint se rendit au Môlé
Saint Nicolas. Le 25 Fructidor an 7 (11 Septembre 1799 ), il y publià une proélamation dont les principales dispositions peignent bien
le délire politique dont tous les esprits étaient alors saisis. .Apres
avoir annoncé aux habitans de la colonie que les complices de Bellegarde et de Golart avaient été jugés, punis de mort ou emprisonnés ,
après avoir conseillé aux citoyens de se prémunir contre les insiauations
perfides du trattre Rigaud, il rappela que celui ci s'était emparé par
trahison du Petit-Goâve et du Grand Goâve quil avait ensanglantés par
lasbasinat de leurs habitans sans distinction d'âge ni de sexe, qu'il
avait ensuite ourdi une conspiration ayant pour but d'enlever ke Nord
ét l'Ouest à l'autorité légitime, et qué ses agens avaient parcouru tous les
quartiers pour faire entrer les, homines de couleur dans son part.
prétendit que ces agens disaient aux uns que les muläires étaient les
seuls véritables habitans de St-Domingue, que cette ile leur appartenait
de droit, que ia France appartenait aux blancs, la Guinée aux négres,
ét qu'ils devaient en conséquence seconder le général Rigaud qui
voulait leur assurer l'entière possession de leur pays; quils disaient
aux autres que Toussaint voulait exterminer la caste des muiätres . €E
se rendre indépendant de la France, à laide des Anglais, qu'il vou”
lait replonger les noirs dans l'esclavage, et que les blancs qu'il favorisait étaient les plus cruels ennemis des noirs. #: |
inée aux négres,
ét qu'ils devaient en conséquence seconder le général Rigaud qui
voulait leur assurer l'entière possession de leur pays; quils disaient
aux autres que Toussaint voulait exterminer la caste des muiätres . €E
se rendre indépendant de la France, à laide des Anglais, qu'il vou”
lait replonger les noirs dans l'esclavage, et que les blancs qu'il favorisait étaient les plus cruels ennemis des noirs. #: | Après avoir exposé les moyens qu'avait employés le général de couleur pour le renverser el se mettre en son ileu et piace, loussatnt
anhonça, avani de terminer sa proclamation , que le traitre Rigaud jugeant
lés noirs d'une nature inférieure à celle des muläires , s'était Cru
. humilié d’obéir à un nègre, et ne s'était soulevé contre lui que pour ce
motif. Il ajouta que les blancs et les, noirs avaient été créés au contraire pour s'aimer , el que les hommes de couleur seuls pouvaient redouter leur union; qu'il avait eu il est vrai des négociations avec le général 854 HISTOIRE D’HAITI.—( 1799 ) Maitland, mais que c'était en qualité de général français, dans le but
de prendre des arrangemens avec le consul des Elats- Unis, relatifs à
la sûreté du cabotage qui allait s'établir d’un port à l’autre de la colonie en faveur des Américains. Après avoir avoué ses négociations
avec les Etats-Unis, il déclara que du reste, il ne devait compte de sa
conduite qu'au gouvernement français et à son agent, qu'il n'avait ja=
mais songé à détruire les hommes de couleur, puisque dans le Nord
et dans l'Ouest il leur avait confié des arrondissements, qu'il avait dans
son armée un graud nombre de mulätres; et qu'il n'avait pu FOREEF
à l'esclavage des noirs puisqu'il était noir. On doit se rappeler que le général Hédouville en s'embarquant pour
France avait déclaré que Toussaint Louverture s'était entendu avec les
Anglais et le gouvernement fédéral des Etats-Unis pour se rendre indépendant de la France. 11 était parfaitement instruit de toules ces
négociations secrètes. Quelles pouvaient être du reste ces négocialions
avouées par Toussaint lui-même qui n'en fit jamais part au Directoire? Le général Pamphile de la Croix raconte dans ses mémoires que
le général Boudet lui communiqua au Port-Républicain | en 1802,
touies ces RÉROGIAUANS monument de la trahison de Toussaint envers
la France. Toussaint ne fit jamais égorger Îles femmes et les che de couleur
comme l'avançait Rigaud ; il était dans le vr ai, quand il annonçait dans ses
proclamations qu'il ne porta jamais aucune attention au caquet des femmes, quoique plusieurs eussent trempé dans des conspiralions. Mais
il fit immoler sans pitié tous les partisans de Rigaud, en état
de porter les armes. Quant à ce dernier il ne fit jamais ASSASsiner des individus de tout âge et de tout sexe; ses troupes en entrant
au Petii-Goâve, pillérent la ville; mais elles n égorgérent aucun citoyen.
quand il annonçait dans ses
proclamations qu'il ne porta jamais aucune attention au caquet des femmes, quoique plusieurs eussent trempé dans des conspiralions. Mais
il fit immoler sans pitié tous les partisans de Rigaud, en état
de porter les armes. Quant à ce dernier il ne fit jamais ASSASsiner des individus de tout âge et de tout sexe; ses troupes en entrant
au Petii-Goâve, pillérent la ville; mais elles n égorgérent aucun citoyen. Pendant l'insurrection du Nord , le général Rigaud qui aurait pu
forcer le cordon que Dessaiines avait établi de Léogane aux montagnes
de Jacmel, ne sortit pas des Cayes où 1} oubliait les soins de la guerre, livré à de frivoles occupations. Dessalines profitant de son inacs
tion , exerçail ses troupes aux évolutions militaires , et les préparait à
vaincre un ennemi jusqu'alors très-supérieur en tactique. L'armée du
Sud retranchée à Bellevue, se contentait d'en venir de temps à autre
à quelques escarmouches avec les troupes du Nord, et le général Rigaud,
sans avoir fait une diversion favorable à Belleg arde et à Golart par
une marche audacieuse sur le Port- Républicain , les avait laissé écraser,
comme il avait été spectateur tranquille de l'embarquement d'Hédouville. Le décret de l'agent Roume par lequel il fut mis hors la loi l'afiligeait profondément. Cependant dans une de ses proclamations il s’écrie :
« Que fait le citoyen Roume ? spectateur de tant d'horreurs , 1} les sanç-v
tionne par son silence ; : l'agent de la République n'est plus que
l'agent de ses ennemis; il n’écrit et ne parle que pour prostituer
son langage et son autorité à leurs vues criminelles. » 2 A À HISTOIRE D'HAITI.—( 1299 )° #3 3bS. L'agent loin de garder une sorte de neutralité avait déclaré que les
départements demeurés fidèles à la République marcheraient contre
les rebelles du Sud. | Pendant ce temps les hommes de couleur du parti de Rigaud continuaicnt à être égorgés sur tous les points de la colonie; un grand nombre de noirs succombaient aveceux. * | | Robe découvrit à lArcahaie une conspiration; il y restait soixante
hommes de couleur cautionnés par des blancs et par des noirs..
Robe les fit arrêter et ensuite embarquer pour Léogane. Quand ils
arrivérent dans le canal de la Gonave on Wa Île pére avec le fils,
le frère avec le frère, on les tua à coups de baïlonettes malgré leurs
lamentations , et on jeta leurs cadavres à a mer. Ceux qui furent épargnés furent débarqués à Léogane ; Dessalines se hâta
de les incorporer dans la 8° et dans la 11° pour les mettre désormais à l'abri de tout supplice, Les hommes de couleur arrêtés au
Mirebalais, aux Verrettes ei dans tout le quarter de l'Arübonite étaient
réunis au fort Williamson , à l'extrémité de la plaine des Vases à
J'Arcahaie, où ils étaient immolés.
ux qui furent épargnés furent débarqués à Léogane ; Dessalines se hâta
de les incorporer dans la 8° et dans la 11° pour les mettre désormais à l'abri de tout supplice, Les hommes de couleur arrêtés au
Mirebalais, aux Verrettes ei dans tout le quarter de l'Arübonite étaient
réunis au fort Williamson , à l'extrémité de la plaine des Vases à
J'Arcahaie, où ils étaient immolés. Toussaint élait parti des Gonñaïives pour se rendre au Port-Républicain. Quand il arriva à la hatte Aubry, près de la Source Puante, il
tomba dans une embuscade que lui avaient dressée quelques hommes de
couleur. Sa voiture qui le précédait et qui ne contenait personne
fut transpercte de balles. Aussitôt qu'on apprit cette circonstance à la.
Croix-des-Bouquets, un bataillon de la 10° qui y était en garnison
arrêta une trentaine de mulâtres. Le, capitaine Péronneau, homme
de couleur , rallia autour de lui soixante des siens, attaqua avec
impéluosité, dans le grand chemin du Pert-Républicain, les soldats
de la 40° qui escortaient les prisonniers, délivra ces derniers la plupart et se jeta avec eux dans les bois. Les bourreaux des hommes de couleur de Léogane étaient un mulâtre nommé Morba, etle
colonel Dicudonné Jambon, noir. Une forte désertion avait lieu dans
l'armée du Nord retranchée à Léogane. Toussaint ne l'arrêta qu'en
faisant décimer les déserteurs en présence de l'armée. | Nous avons vu que pendant les luttes de Dessalines et de Rigaud au
Grand-Goûve, une insurrection formidable avait éclaté dans le Nord
contre Toussaint Louverture, que celui ci avait été obligé de détacher
de son armée de Léogane pré de dix mille hommes qui, sous les
ordres de Moyse, avaient été envoyés dans le Nord, et que Rigaud demeuant loujours aux Cayes, n’avaij rien fait pour proliter de cette circons
tance si favorable au succès déffa cause. De son côté, le général Bauvais,
Dessalines et de Rigaud au
Grand-Goûve, une insurrection formidable avait éclaté dans le Nord
contre Toussaint Louverture, que celui ci avait été obligé de détacher
de son armée de Léogane pré de dix mille hommes qui, sous les
ordres de Moyse, avaient été envoyés dans le Nord, et que Rigaud demeuant loujours aux Cayes, n’avaij rien fait pour proliter de cette circons
tance si favorable au succès déffa cause. De son côté, le général Bauvais, * Un blanc normné Talbette était chargé de les noyer dans le canal de
Arcahaie. Il déclarait sans'cesse qu'il avait été pris en réquisition par Île
peuple pour saiyner les mulâtres. Le poignard dont 1l se’ NE était cass6 ; il disait qu'il l'avait brisé dans les côtes des hommes de couleur. = 856 | HISTOIRE D'HAITI.— ( 1799 ) $
eommandant de l'arrondissement de Jacmel, observait jusqu'alors Ja
plus parfaite neutraïiité , quand il aurait pu , commenous l'avons dit,
en marchant sur Léogane , écraser Dessalines dont les forces étatent
considérablement affaiblies. Bauvais avait découvert, de part et d’autre, de grands torts. Toussaint ne l'avait pas inquiété parce quul
avait besoin de le ménager, ayant dans Rigaud un ennemi déjà assez,
redoutable, Comme général en chef de la colonie, il eût pu lui ordonner de marcher contre le Sud; mais il n'ignorait pas ses sympa
thies pour la cause de Rigaud devenue celle des hommes de couleur;
aussi l’attaquera-t il dès q@'il se sentira assez fort pour le vaincre.
Bauvais tenait sous son influence le fameux Lamour Dérance, guerrier sauvage, indomptable, qui occupait, dans l'indépendance de toute
autorité, les montagnes du Grand Fond, de la Selleet du Bahoruco.
De nouvelles circonsiances qui se présentérent contraignirent Bauvais à prendre une atitude moins indifférente. Lafortune et Conflant,
guerriers de la trempe de Lamour Dérance , exerçaient dans Îles quar
tiers de la Vallée et de Baynet, non loin de Jacmel, une puissante
influence sur les-‘culiivateurs , et reconnaissaient l'autorité de Bauvais.
Au commencement de la guerre civile, Rigaud s'apercevant que la neutralité de Bauvais lui deviendrait fatale, avait envoyé à Baynet un
commandant du régiment de Faubert, nommé*Bouchard, avec ordre
d'exciter à Ja révolte’ le quartier de ce bourg. Conflant «et
Lafortune, sur les instigations de Bouchard, avaient pris les armes ;
mais Bauvais était parvenu à éteindre celte révolte. Mais vers le milieu de Septembre , pendant que. Toussaint portait les derniers coups
à l'insurrection du Nord, le général Dessalines qui n'ignorait pas l'alternalive pénible dans laquelle se trouvait Bauvais, surtout depuis le
massacre de tant d'hommes de couleur , avait envoyé de Léogane
à la Vallée, des émissaires qui avaient gagné Lafortune et Conflant
au parti de Toussaint Louverture. Ces deux chefs de bandes s’insurgèrent de nouveau contre le général Bauvais, assaillirent, à la tête de
400 hommes, l'habitation Desnoyers qu'occupaient trente gardes nationaux commandes par le capitaine Ridoré, et l'enlevèrent. Ridoré rentra à Jacmel, après avoir fait une honorable retraite. |
Aussitôt après celte nouvelle révolte, Bauvais ordonna au chef de
bataillon Auger, jeune homme de 23 ans, d'aller rétablir la tranquiilité dans le quartier de la Vallée ,@flutôt par la persuasion que
aillirent, à la tête de
400 hommes, l'habitation Desnoyers qu'occupaient trente gardes nationaux commandes par le capitaine Ridoré, et l'enlevèrent. Ridoré rentra à Jacmel, après avoir fait une honorable retraite. |
Aussitôt après celte nouvelle révolte, Bauvais ordonna au chef de
bataillon Auger, jeune homme de 23 ans, d'aller rétablir la tranquiilité dans le quartier de la Vallée ,@flutôt par la persuasion que par la force. Auger ,à la tête d'un détachement de la légion de l'Ouest, atteignit Îles quartiers en DA et fit d'inutiles efforts
. Pour entrer en négociations avec les révoltés. Lafortune, à la tête dé
plus de 1500 cultivateurs armés , lassaillit avec vigueur, abattit ses plus
braves grenadiers, et le contraignit à rentrer à Jacmel, Dessalines apprenant que cette nouvelle insurrection acquérait de l'importance, :
en avertit Toussaint Louverture qui lui ordonna d'envoyer plusieurs demi-brigades dans les montagnes de Jacmel. Néanmoins le général en HISTOIRE D'HAITI.—( 17007) 857 che tout en lui recommandant de respecter la neutralité de Bauvais
qui n'était qu'apparente, soupçonnait-il, lui ordonna de prendre des
mesures telles quil ne put communiquer avec le département du
Sud, sil venait à se prononcer en faveur de Rigaud. Il lui enjoignit aussi de susciter à Bauvais toutes sortes d'embarras , afin qu'il
fut contraint de se prononcer pour l'un ou l'autre des deux partis,
car la neutralité de ce général maître de Jacmel, la clef du département du Sud, devait rendre Ja guerre éternelle.
e, soupçonnait-il, lui ordonna de prendre des
mesures telles quil ne put communiquer avec le département du
Sud, sil venait à se prononcer en faveur de Rigaud. Il lui enjoignit aussi de susciter à Bauvais toutes sortes d'embarras , afin qu'il
fut contraint de se prononcer pour l'un ou l'autre des deux partis,
car la neutralité de ce général maître de Jacmel, la clef du département du Sud, devait rendre Ja guerre éternelle. . Dessalines achemina sur Tavet, dans l’arrondissement de Jaemel, le
colonel Nérette, à la tête de la 14° démi-brigade, après lui avoir ordonné de soutenir secrètement Lafortune et Conflant. Quand Nérette
occupa l'habitation Tavet, Bauvais se plaignit de ce qu'on ne res.
pectait pas le territoire compris dans l'étendue de son commandement;
cependant_il navait rien à reprocher à Toussaint auquel le Directoire
avait confié le commandement en chef de la colonie. Quoiqu'il vou_Jüt éviter d'en venir aux mains avec Toussaint Louverture , il résolut
cependant d'empêcher les quartiers en insurrection de communiquer
avec ceux qui lui étaient demeurés sonmis. Il ordonna au colonel Be
rot, commandant de la légion de l'Ouest, d'aller s'établir près de
l'habitation Dénard avec un bataillon de son corps, et plusieurs détachemens de gardes nationaux des quartiers de la Grande Rivière
et du Cog qui chante. Le chef de bataillon Taco commandait ces détachemens. Birot se trouva campé non loin de Tavet qu'occupait la
44° demi-brigade. Pendant plus de vingt jours, les troupes du Nord
et celles de Jacmel demeurèrent en présence sans en venir aux Mains,
Enfin le colonel Birot cédant à l’impatience des soldats de la légion
de l'Ouest, et outrepassant les ordres de Bauvais, s'élança à la tête
de 500 grenadiers contre Nérette qui commandait à 3000 hommes.
Nérette s'était admirablement bien retranché à Tavet. Le bataillon dela
légion de l'Ouest attaqua l'ennemi avec tant d’impétuosité à la baionette, qu'il le eulbuta cn moins d’une demrheure et enleva la position.
La 44e. fit cependant une honorable retraite, et se retrancha à unelieue
de Tavet, sur l'habitation Béroc, dans l'arrondissement de. Léogane,
Birot avait perdu 150 hommes , et avait été blessé dans l'action.
Au lieu de conserver sa conquête, il se retira à Dénard d'où il se
rendit seul à Jamcel, après avoir confié le bataillon de la légion de
l'Ouest au commandant Gautier. Le général Bauvais condamna sa
conduite qui devait attirer sur Jacmel toutes les forces de Toussaint
Louverture ; car celui-ci loin d'avouer quil soutenait Lifortune et Gonflant, avait déclaré qu'il n'avait envoyé Nérette à TFavet que pour étoufler
la révolte de ces deux chefs d’insurgés, Quand il passa en revue quelques jours après, Ha garnison de Jaémel, il dit à Birot: « Colonel, vous
« Serez l'auteur des malheurs qui vont nous assaiilir. Quant à moi,
« je ne redoute pas les canons du général Toussaint ; mais Je crains les
« horreurs de la guerre civile. de déplore la perte de mes braves quy
'avait envoyé Nérette à TFavet que pour étoufler
la révolte de ces deux chefs d’insurgés, Quand il passa en revue quelques jours après, Ha garnison de Jaémel, il dit à Birot: « Colonel, vous
« Serez l'auteur des malheurs qui vont nous assaiilir. Quant à moi,
« je ne redoute pas les canons du général Toussaint ; mais Je crains les
« horreurs de la guerre civile. de déplore la perte de mes braves quy LA 1858. HISTOIRE B'HAITI.—( 1709 } Li « ont péri à Tavet. La guerre va éclater entre moi et le général « Toussaint; plaise à Dieu que vous fassiez votre devoir, commeje « ferai le mien. » * La lutte était effectivement devenue inévitable entre Jacmel et l'attiée
du Nord. Dès que Toussaint apprit le résultat de la bataille de Favet,
il s'écria que Bauvais s'était aussi soulevé contre la République. H se “hâta de faire descendre du Nord vers le Sud toutes les troupes qui avaient combattu Golart et qui avaient pris le Môle. Ces renforts ‘portèrent à plus de 25,000 hommes l'armée de Dessalines campée ' dans le quartier de Léogane. Nérette reçut l’ordre de réoccuper Tavet ; le commandant Gauthier
sortit de Denard, os fut repoussé avec une perte considérable.
Peu de jours après , Gauthier apprit que de nouvelles troupes, sous
les ordres du colonel Henri Christophe, étaient en marche pour renfor.
cer Nérette. Il abandonna Denard et alla s'établir à Arreguy, à trois
lieues de Jacmel. Dès lors Bauvais se résolut à supporter un siège
régulier; 11 prit en conséquence toutes les mesures de salut public que
nécessitait la circonstance. | Pendant cet intervalle, l’armée du Sud retranchée à Bellevue prés de
Léogane ne s'ébranlait pas. Maintenant que Jacmel s'était prononcé
contre Toussaint , le général Rigaud pouvait encore se porter à la tête
de son armée toujours pleine d'enthousiasme, livrer bataille à Dessalines , le battre et entrer au Port Républicain. Mais il perdait toujoursun
temps précieux en divertissemens , donnait des bals, et oubliait
entièrement les opérations militaires. Par son inaction ilavait donné à
Toussaint le temps d’étoufler entièrement l'insurrection du Nord, de
désarmer dans cette province et dans | Ouest toute ia bourgeoisie de couleur, d'instruire et de discipliner ses masses, et de réunir entre Léogane et Jacmel toutes ses troupes. 4 Le fort de Bellevue était commandé par le eolonel Tessier et par Ré
naud Desruisseaux. En attendant de nouvelles instructions de Toussaint, Dessalines se contentait d'en venir quelquefois à des escarmouches. Vers la fin de Septembre, et dans les premiers "ee d'Octobre, il eut sans cesse le dessous dans ces engagemens. Charles Bélair , colonel de la 7° demi-brigade, commandait. à Milton,
un des camps du cordon de l'Ouest. Un officier noir de l'ar
mée du Sud, déguisé en cultivateur , se présenta à ce camp , etlui
annonça que ses frères fatigués du joug de Rigaud, désiraient lui livrer une forte position qu'ils occupaient à deux lieues dans l'intérieur
des terres. Charles Bélair accueillit cet avis avec empressement et suivit le cultivateur, accompagné de quatorze officiers de son corps,’ au
travers de petits chemins presque pe ir Ils atteignirent un
uest. Un officier noir de l'ar
mée du Sud, déguisé en cultivateur , se présenta à ce camp , etlui
annonça que ses frères fatigués du joug de Rigaud, désiraient lui livrer une forte position qu'ils occupaient à deux lieues dans l'intérieur
des terres. Charles Bélair accueillit cet avis avec empressement et suivit le cultivateur, accompagné de quatorze officiers de son corps,’ au
travers de petits chemins presque pe ir Ils atteignirent un ia Renseignemens fournis à un de re amis par M, M rm de Jac-.
: mel. À { : : 4 WIR 4 ss È # HisToiRE p’Hairi.—( 1799 ) 359
“camp bien fortifié dans leqnel l’on ne pouvait entrer qu'à l’aide d'une
échelle. Le cultivateur leur dit que ceux qui voulaient se rendre ne
s'étaient renfermés dans cette redoute avec leurs femmes et leurs en-
. fans qu'afin de pouvoir se défendre contre les attaques des rigaudins. Char
les Bélair ordonna à ses’officiers de monter dans le fort. À peine y furent-ils arrivés, qu'à un signal donné, des soldats armés de sabres, se
Jevèrent et les firent prisonniers. Charles Bélair n'eut que le temps
de se sauver, aprés avoir abattu d'un coup de pistolet un mulâtre
qui allait l'arrêter. Les prisonniers furent envoyés à St. Louis du Sud
où ils demecureront dans les cachots jusqu'à la fin de la guerre civile. CeHis une lettre de Dessalines à Christophe , annonce faussement qu'ils
urent tons impitoyablement égorgés. « Que ce trait marqué de perfidie,
« vous fasse connaître l'ennemi que nous avons à combattre, la scélératesse
« des hommes de couleur de la partie du Sud, et ce que nous avons lieu
« d'attendre d'eux. Des êtres aussi barbares sont indignes de par-
« don; la vengeance nationale doit s'appesantir sur eux, et tous les
« bons citoyens doivent se réunir en masse pour Îles mettre hors
« d'état d'effectuer leurs projets destrueteurs. Il est bien malheureux
« que les hommes de couleur de la partie du Sud ne se comportent
pas comme ceux qui composent l'armée dont le commandement
€ nrést confié, et principalement les braves officiers des sans-culottes,
» qui ont su, par leur obéissance, leur bonne conduite et leur cou-
« rage, mériter l'estime et la confiance du général en chef, la mienhe et celle de tous les bons citoyens. » Le Corps des sans-culottes ou la 4* demi-brigade était composé en
grande partie de jeunes gens de couleur. Plusieurs écrivains ont
faussement avancé que Toussaint n'avait jamais ordonné le massacre d'un grand nombre d'hommes de couleur, el que Dessalines
outre passant les instructions qu'il en avait reçues, s'était de son-propre mouvement livré à ces horreurs. L'extrait que nous venons de
citer, publié à l'époque dans le bulletin officiel de St. Domingue, prouve as$ez les sympathies de Dessalines pour Îa caste de couleur. Ce
général ne laissa jamais lui échapper une occasion de faire l'éloge des
wulâtres de son armée. Dans les premiers jours d'Octobre, l'agent Roume confirma Île général Dessalines dans le commandement en chef de l'armée de FOuest, et le général Moyse dans celui de l'armée du Nord. Les blancs
européens de ces deux départemens, qui jusqu'alors, étaient demeurés neutres, furent tout à coup eontraints par Toussaint Louverture de
S'armer et de marcher contre le Sud. Ils renforcèrent l'armée sous
les ordres de Dessalines de plus de deux mille hommes.
Octobre, l'agent Roume confirma Île général Dessalines dans le commandement en chef de l'armée de FOuest, et le général Moyse dans celui de l'armée du Nord. Les blancs
européens de ces deux départemens, qui jusqu'alors, étaient demeurés neutres, furent tout à coup eontraints par Toussaint Louverture de
S'armer et de marcher contre le Sud. Ils renforcèrent l'armée sous
les ordres de Dessalines de plus de deux mille hommes. La redoute de Bellevue, qui depuis plusieurs mois arrêtait les masses de Toussaint, n’était armée que d’une pièce de 24 et de deux pièces de 8. Le 30 vendémiaire (22 Octobre), Dessalines l'attaqua viat : ve . A OT ui #
: ne
860 Re HISTOIRE D'HAÏTI——( 1799, )
goureusement. La garnison, animée par Tessier, répondité énergique: ment, pendant louie la journée , à une batterie de plusieurs pièces de
se qui dominait lefort.. Le lendemain (ter brumaire), Dessalines ordonna à Cotineau, commandant de l’escadre du Nord, de s'approcher
de la forufication. , à la portée du canon. L'escadre, après s'être embossée, commença le feu à six heures du matin, pendant que les
batteries de terre jouaient avec vigueur . Le colonel Tessier,
exhortant ses soldats à ne pas fléchir, fut emporté par un boulet. Le feu ne cessa qu’à midi de part et d'autre. La garnison de
huit cents hommes se battit vaillimment ; elle était -assaillie par plus
de vingt mille hommes. Une des pièces de 8 du fort Bellevue fut démontée par un boulet de 44. L'escadre fut renforcée par trois canonhières sous les ordres du lieutenant de vaisseau Lacroix. A deux heures de relevée du 23, elle [ecommença son feu contre le fort, et contre
les embuscades que les rigaudins avaient établies sur le rivage de la
mer. Les batteries de terre tonnèrent aussi de leur côté. Le canon ne
cessa de se faire entendre qu'à la fin de la journée. La garnison de Bellevue avait éprouvé de grandes pertes; elle était privée de munitions de:
bouche. Il lui était devenu impossible de résister plus long-temps. Dans
la nuit du 23 au 24 Octobre, le colonel Renaud Desruisseaux évacua
Bellevue, après avoir envoyé au Petit-Goûve les munitions de guerre , et
avoir enterré sa plèce de 24 dont il cassa un tourillon. Il se retira
au Grand Geâve près de l'adjudant-général Toureau, sans avoir étéinquiété par l'ennemi qui ne s'était pas aperçu de sa retraite. Le 24
au point du jour le chef de bataillon Ferbos annonça.au commandant
Rousselot que Bellevue avait été. évacué. Dessalines en, fut aussitôt
averti. Il entra dans le fort- et fit brûler tous les cadavres quil y
trouva. Il lança en même temps contre l'ennemi deux-cents hommes
que le colonel Faubert écrasa près du Grand-Goûve. Faubert évacua
la position qu'il occupait à huit heures du matin, passa audacieuse.
ment sous les Yeux de l'ennemi, et rentra au Gr and Goûve.
que Bellevue avait été. évacué. Dessalines en, fut aussitôt
averti. Il entra dans le fort- et fit brûler tous les cadavres quil y
trouva. Il lança en même temps contre l'ennemi deux-cents hommes
que le colonel Faubert écrasa près du Grand-Goûve. Faubert évacua
la position qu'il occupait à huit heures du matin, passa audacieuse.
ment sous les Yeux de l'ennemi, et rentra au Gr and Goûve. Le lendemain (25 Octobre), Do détacha de son armée ün ba:
taillon de la 7.° sous les ordres du commandant Montauban, et lenvoya attaquer une faible position qu'occupaient des cultivateurs , à trois
lieues de Bellevue. Le capitaine Marinier , à la tête de 400 hommes,
découvrit les rigaudins, à la pointe du jour. Ceuxci en apercevant
l'ennemi se replièrent sur le poste Thouin , où ils lattendirent. Mais
ils furent culbutés. Montauban prit ensuite possession de ce fort où quelques officiers du Nord avaient été faits prisonniers. Le colonel Charles
Bélair se rendit maître de tous les camps établis parallèlement au fort
Bellevue, qui formaient le cordon des troupes du Sud. Dessalines fit
démolir-et incendier toutes ces fortifications. IL coulia la garde du
Su Million aux miicions de Léogane , et réunit à son corps d'armée
les 7 ° et 9.7 demi- brisades qu'il avait lancées contre l'arrière garde des de. £ 4 D: + ‘ RS &
SL. : +, Es 7 ci
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$ { "# : HISTOIRE D'HAITI—( 1799 ) | 961
troupes du Sud; pour tenir en échec l'armée de Rigaud retranchée
au Grand-Goûve , il fortifia le camp Papeite. » Dans les départemens du Nord ei de FOuest, les hommes de couleur
qui par faveur n avaient pas été égorges et qui avaient été faits prisonniers,
étaient livrés aux humiiations les plus ignominieuses el à toutes sortes de mauvais traitemens. On les contraignait à suivre les demi bri:
gades, par pelotons , sans chapeaux, nu pieds, en gnenilles, sousle bâton
des soldats noirs; ceux qui osulent se plaindre étaient sur le champ -
fusillés. *. La terreur était si grande que les journaux des ‘départes
mens de l'Ouest et du Nord, ne prévoyant pas pour lequel des deux
partis se prononcerait la fortune, transerivaient les proclamations de
_ Toussaint et rapportalent les faits sans oser se permettre aucune réflexion. | | L'Agent Roume fut effrayé des horreurs qui se renouvelaient chaque
jour de toutes paris. Il vit que les destinces de la colonie éiaient compromises, et il ordonna au colonel du génie Vincent de s embarquer
pour France en le chargeant d'exposer fidélement au Directoire Exécutit l'état de la colonie. Vincent partit, et les passions politiques se
développèrent avec une nouvelle fureur. Déjà la révolution du 18 brumaire an VII (9 Novembre 1799) par laquelle Bonaparte se saisit du pouvoir s'était opérée. Le gouvernement des consuls suivra à l'égard de
St-Domingue la même politique que le Directoire.
au colonel du génie Vincent de s embarquer
pour France en le chargeant d'exposer fidélement au Directoire Exécutit l'état de la colonie. Vincent partit, et les passions politiques se
développèrent avec une nouvelle fureur. Déjà la révolution du 18 brumaire an VII (9 Novembre 1799) par laquelle Bonaparte se saisit du pouvoir s'était opérée. Le gouvernement des consuls suivra à l'égard de
St-Domingue la même politique que le Directoire. Toussaint n'ayant plus vieu à craindre des Rigaudins du Nord, et
certain de conteuir les troupes du Sud dans Îles limites du GrandGoùve, ordonna à Dessalines de réunir sur un seul point toute son
armée qui s'élevait alors à prés de trente mille hommes, et d'aller assiéger Jacmel. Après la chüte de cette ville le département du Sud
ne pourra plus offrir une longue résistance. | Dans les’ livres qui formeront le deuxième volume, nous raconterons
le siège de Jacmel, la fin de la guérre civile, l'emibarçuement de Rigaud, le triomphe absolu de l'influence noire, et la domination de
Toussaint Louverture sur toute l'ile après la prise de possession de
Sto Domingo. Nous verrons la constitution coloniale de 1801 qui fut
presque un acte d'indépendance , provoquer l'expédition française de
4802; l'arrivée du générat Leclerc, la guerre de trois mois et enfin
la chûte de Toussaint. Aprés ce dernier évènement l'influence française sera rétablie à St Domingue; toutes les populations ne demandant -
que la paix, se rallieront autour du nouveau gouvernement, heureuses de jouir des droits attachës à la qualité de citoyen français. Mais
l'esclavage rétabli dans les colonies fraCaises, en exceptant toutefois
la Guadeloupe et St-Domingue , par la loi du 20 Mai 1802, la tentative * Dans la sazette officielle de St-Domingue on dit l'ordonnance de Tous:
saint, à la fin üe ia guerre civile ; par laquelle ces humiliations et ces Maur
vais traitemens cessérenul. | , ! « … a\
362 HISTOIRE D'HAITI. —( 1799 ) d du rétablissement de l'ancien régime dans notre pays, D
les noirs et Îles hoinmes de couleur à s'unir franchement, pour la premire fois, contre Fennemi commun. Ces hommes que Bonaparte
voulait replonger dans la servitude ou la dégradation, prendront la dé.
iérmination de vaincre où de mourir, terrasseront leurs persécuteur
après une lutte sanglante et proclameront l'indépendance d'Haïti.
Les hommes de couleur et les noirs comprendront alors qu'ils n'avaient
échappé les premiers à l'ancien avilissement, les derniers à la servi
iude, que po nr l’union franche et sincère qui avait existé entre eux
pendant | la guerre de l'indépendance, Pour effacer le souvenir de leurs
rivalités de castes qui avaient fait leur malheur, ïls se confondront,
jaunes et noirs, sous di at ination d'Haitiens. Le pays reprendra
donc son nom d'Haïti: Hispañola et St Domingue avait gémi sous a
servitude; mais Haïti ei fait exterminer à fa fin du XV siècle plutôt que d'accepter le joug Ge l'Etranger. Le pays ayant conquis sa
liberté primitive devait re eprendre son ancien nom, qui rappelait un
peuple moins boureux , mais non moins héroïque dans sa lutte pour
ja liberté.
noirs, sous di at ination d'Haitiens. Le pays reprendra
donc son nom d'Haïti: Hispañola et St Domingue avait gémi sous a
servitude; mais Haïti ei fait exterminer à fa fin du XV siècle plutôt que d'accepter le joug Ge l'Etranger. Le pays ayant conquis sa
liberté primitive devait re eprendre son ancien nom, qui rappelait un
peuple moins boureux , mais non moins héroïque dans sa lutte pour
ja liberté. FIN DU PREMIER VOLUME. F” L DRE RE RE RER RENE RE RE RE RE RE REINE VE RENE VE NET NE NC ECS NOMS DES PERSONNAGES DONT IL EST FAIT MENTION DANS LE 4 VOLUME, EN, SUIVANT L'ORDRE CHRONOLOGIQUE DE 1492 À 4799. Christophe Colomb, blane. Guarionex, Mbéaène d'haiti jaune. Caonabo, caraibe jaune.
Bébéchio , aborigène d'Haïti jaune.
Anacoïna, 1d.
Hyguanama, id.
Rodrigo de Cordoue, blanc.
Aïonzo de Ojeda, id.
Aguado, ic}. _ Barthélemy Colomb, id. François Roldan, id. Mayobanex, aborigène d’Elaïti jaune. Las Casas, blanc.
Bobadilla , id,
Ovando, id. Esqui bel , id.
Guorocuya , aborigène d'Haïti jaune.
Cotubanama , id, Pedro de Cordoue , blanc.
Garcia Loaisa, id
Velasquez, id. Hatuey, aborigène d'Haïti jaune. Albuquerque , blanc.
Diégo Colomb, id.
Montesino , id,
Ximenes de Cisneros, id,
Zvuazo, id. Henri , aborigène d'Haïti jaune. Valenzuela, , blanc.
Barrio Neuvo, id.
John Haukins, id,
Francis Drake, id,
Noël d'Enombuc, _ id.
Warner , id,
» Frédéric de Tolède, id.
Willis, id.
Levasseur , LS #4
Pierre-le-Grand, du
Michel-le-Basque , id,
Nau POlonais, id.
Monbars, id.
Morgan, id.
Rausset , | id, D'Ogeron , id, 0:0 Delile , Llané.
Pouancey, T0
Padrejean, 7 noir.
Franquesnay : blanc.
De Cussy, _id.
Si-Laureit, “id.
Bégon, 1d.
Dumas, id,
Ducasse, id,
Pointis, id.
Boissy , id.
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Girard, id,
Iberville, id”
Choiseul Beaupré, id,
Gabaret , id,
D’Arquin, | id.
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Châteaumorand, 1},
Mithon-de Senneville, id.
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Champmélin, Re
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D'Argout, id.
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Julien Raymond , homme de couleur. Malôuet , . blanc. |
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Viälentin de, Cuillon, id.
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Moreau de St.-Mery , blanc.
Bacon de la Chevalerie, id,
Lacombe , homme de couleur, Charles Lameth, blanc.
Garran Coulon, id.
Larchevêque Thibaud, id.
Daugy, id,
Hanus de Jumécourt, ïd.
Borel, ic.
Daubonneau, id,
Thomas Millet, id.
Brulley, id,
Campan , id.
Jouette , id.
Mauduit, id.
Lavale Gripière , id.
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Cadusch , G id,
Bordelier , id,
Galissonnière , id, Le marquis de Sto-Domingo, id. Vincent , id, «
Fierville , id,
Codère , id.
Labuissonnière , homme de couleur.
Joly, id.
Miiscent , blanc. Boisrond le jeune , homme de couleur. Bauvois, blanc.
Ozé, homme: de couleur.
Fleury, id.
Guiton , ; blanc.
Chavannes , homme de couleur.
Sicard , blanc:
Blanchelande, id, Don Garcia, 14.4
Vicente de Faura, id. |
Fleurieu, id.
Rigaud , homme de couleur.
Bleck, id.
Remaray, id.
Farbert , id.
Lefèvre Duplessis, blanc. Pinchinat , homme de ceuleur. Jacques Ogé, id.
Praloto , blanc.
Madame Martin , blanche.
Village , blanc.
Pierre, noir.
Caradeux , blanc.
Merveillère , blanc, _ HISTOIRE D’HAITI.. Buisson Desmarre, homme de cotfleus, Poisson, id,
Renaud , HE rie
Ferrier , TUE
Cormier, blanc. .
Linguet, id,
Toussaint Louverture, noir. “
Bouckinan, id.
Flaville , id.
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Jeannot , noir.
Candy, homme de couleur,
Odeluca , blanc.
Daverhout, | id,
Rouvrai, LR id.
Beugnet , id,
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Affleck, id.
Jean François. noir.
Biassou , id.
Sulpice, blanc.
Casamajor , id.
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Antoine Chanlatte, id.
Daguin, id.
Pierre Café, id,
Marc Borno, id.
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Doyon , homme de couleur,
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Pétion , id.
Labastille , id.
Jn.-Bte. Boyer, id,
Lambert, noir,
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Tarbé Lamarre, | s. 14%
Barthélemy , homme de couleur.
Pierre Pelerin, id.
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Gérin , id.
Roy de Kermeler, blanc.
Lapointe, homme de couleur.
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Borno aîné, homme de couleur.
Charles Haran, id.
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Lapointe, homme de couleur.
Gamot , blanc.
Lerembourgs , ide
Borno aîné, homme de couleur.
Charles Haran, id.
Louis Bonneau, id.
Cadet Chanlatte, id.
Borthélemy Richiez, id.
Bélanger, blanc. : ! IISTOIRE D’HAITI. G&uillot , blanc.
Dhérison , id.
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Savary, homme de couleur.
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Caradeux de la Caye , blanc.
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Mirbeck, id.
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Raynal, homme de couleur.
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homme de couleur. Mangin YOuence,
Romaine Rivière, Breton de la Villandri , blanc. Philibert , noir.
Cameau, blanc.
Canteloup, id. Gauthier ,
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Bélisaire , homme de couleur.
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Cambis , id.
Fontanges , id.
Viart, homme de couleur.
Dubourg : id.
Chanlatte jeune, id.
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Roy de la Grange, id,
Bernard, homme de couleur.
Désombrage , blanc.
Lachaise, id.
Charbon, id. Lafond, homme de couleur. Noël Bras,
Rochefontaine ,
Rontemps,
Thiballier ,
Fleury,
Armand, Saint Cyr,
Esmangart,
Sercey ,
Deschet ,
Fhiolière ,
Walsh, :
Doyle,
Saison, Giles Bénèche,
Maréchal,
Sonthonax,
Polvérel,
Ailhaud ,
Tarbé,
Desparbès ,
D'Hinisdal,
Delasaile ,
Montesquiou Fesenzac,
Casting , homme de
Laveaux,
Cagnon,
Poitou, Vimeur Éachombeau :
De Coigne,
Binsse,
Gervais,
Baillio,
Fournier ,
Verneuil ,
Délaire,
Raboteau,
Page, Brulley ,
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De Russy,
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4 ù » * \ 260: HISTOIRE D'IHAITE * Mamzelle, noir. J..Bte. Médor, noir.
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Guimbeau, noir. Simondès , -_ blanc.
Aibert È blanc. Venant de Charmil!y, id,
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Charette de la Colinière, id, Whitlcke, id, *
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Masse, id. Jeanton, id,
Barbot Roger, homme de eouleur. Chaumette, id.
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Don Gaspar de Cassasola, id, Deneux , : ©)
César Galbaud, id, Joseph, noir.
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Gauvain, id, Morin Duval, id. y
Mars Belley, noir. Christophe Mornay, noir.
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Baptiste Léveillé, id, Joncin-Garcia de Moreno, blanc.
Martial Besse, homme de couleur. Thomas Brisbane , Ta
Viilate, id. Rebelle , homme de couleur.
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Macaya , noir. Brique , id.
Lafeuillé , blanc. Morin, : id.
Pierre Michel, noir. Dieudonné , noir.
Paul Lafrance, id. Pompée, HR CS
Barihé'emy , id. Tibi Salec ,* blanc.
Zeéphirin, id, Smith , id.
Fabert, -_ blanc. Porclet , id.
Debrosse , id. Simon Gaulart, noir.
Daperiier, id, Dubois , blanc.
Doningeau, id. Delaire , homme de couleur.
Iouace , homme de couleur. Caze, blanc.' ve
Lallemard , | blune. Clerveaux , homme de couleur.
Vergniaud , id. Cabrero, blanc.
D'Aïmonas, id, Léonard, id.
Vernet , homme de couleur. Thomas, RP rs
Guiambois, noir. | Pelou , id. |
Montalembert, blanc. Rowley, id,
Desfourneaux , id. Adelon , id.
Blanc Cassenave, homme de couleur. Decspinville , id.
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Badolet, lanc. John Gervis, id.
Mouchet , mr Dartignenave , homme de couleur.
Toureaux , homme de couleur. Charles Gray, blanc.
Lefranc , à id. Larue, id.
Labatut, blanc. Juan Delmonte, id,
Mills , homme de couleur. Don Gabriel Aristizabal, id, ç
Bussière Laforest , id, Josquin de $aso, id.
Ferbos, id. Velasquez , id.
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Lully, lé, Spencer, id.
Badolet, lanc. John Gervis, id.
Mouchet , mr Dartignenave , homme de couleur.
Toureaux , homme de couleur. Charles Gray, blanc.
Lefranc , à id. Larue, id.
Labatut, blanc. Juan Delmonte, id,
Mills , homme de couleur. Don Gabriel Aristizabal, id, ç
Bussière Laforest , id, Josquin de $aso, id.
Ferbos, id. Velasquez , id. PL] Victor Hugues, Thuriot,
Amar,
Vadier,
An
Noailles, Levasseur de la Sarthe,
Janes Grant, Morshead,
Cauifieds,
Kerras, Markham,
De Sevre, Villenenve , * Jean Cécile, Linstant,
Quêéné,
Bonvet ,
Whyt'e,
Daniel , - Hampñeld ,
Blhise,
Béranger, CM,
Gau,
Chambon, Lacroix d'Eure et loir, HISTOIRE blancs
blanc.
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1d.
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id, :
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noir. homme de couleur. id,
id. blanc, id.
ii 2 noir.
blanc. Blain de Villeneuve,
Leménie de Marmeé, Dulän d’Allemans, - De Villars,
De Buffon,
Contades, Ségur de Montazeau Montalet,
Duquésne,
Cocherel,
Rainville,
Fourmy,
Rousselot , Malouet d’Alibert, Duranton,
Ronceray , Vincendon Dutour,
L'abbé de la Haie, Chevalier,
Danty,
Suire,
Mongeot,
Moyse,
Cagnet, id.
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id. homme de couleur. id. blanc. id.
noir. id. D'HAITI. 367.
Monta!vo, blanc.
Césaire, | noir. Noël Aïlhaud, id,
Horneck, blanc.
Santacilia ; id, Coudelet , homme de couleur,
Guy, - id, Gabriel Lafond, noir. Bonbon Hugueville, homme de couleur, Archin, id.
Lacase, id,
Couyo, id,
Buret, 1d,
“Basquiat, il,
Prosper, id.
De Pete, b'anc.
Laval, id,
Arthur Dobourg, id. Mathurin Greffin, homme de couleur. Lachimbo, bianc.
Louis Petii, ae Rauz, id
Salomon, blanc.
Clunes, id.
Hamilton, id,
Lapoty, homme de couleur.
Bradford, blanc.
Baskerville, id.
Geflrard, humme de couleur
Léveillé, noir.
Rodrigue, blanc.
Dessalines, noir. Christophe, id. Desrouleaux, fid.
Duinénil, homme de couleur.
Maurepas, noir.
Bonaventure, id,
Perroud , btanc.
Blondeau , homme de rouleur,
Barthélemy , noir,
Thomas Andié, id.
Charles, id.
Jérôme, id,
Flevand, id,
Jean François Dupuy, üd.
Médor, id,
Laurent, ; id.
Paparel , id.
De Bruge, blanc.
Lefranc, homme de couleur.
blanc. Casa Calvo, -
‘Jean Jeannton,
Flaville,
Cookburn,
Desageneaux,
Vital Grandet ,
Lacroix
Laplume,
Baudoin , PUS 7
Sala,
Fontaine,
Edouard,
Galley,
Fressinet
Jgnace,
Romain ,
Lechat,
Thévenard,
Giraud ,
Leblanc ,; * Kerverseanu , .Midonday,
Le Borgne,
Gagnet,
Juste Bigot,
Gignoux,
Boyé,
Liliadam,
Theveneau,
Mentor , Noël Prieur,
Annecy,
Vermond ,
Rey Delmas,
Enchapelle,
Garrgou,
Rénéum,
Ricket,
Baudoin , PUS 7
Sala,
Fontaine,
Edouard,
Galley,
Fressinet
Jgnace,
Romain ,
Lechat,
Thévenard,
Giraud ,
Leblanc ,; * Kerverseanu , .Midonday,
Le Borgne,
Gagnet,
Juste Bigot,
Gignoux,
Boyé,
Liliadam,
Theveneau,
Mentor , Noël Prieur,
Annecy,
Vermond ,
Rey Delmas,
Enchapelle,
Garrgou,
Rénéum,
Ricket, Maiouba , Duval Monville Salomon ,hom. de coul.
blanc. Baillon Liberta, John Graves Simcoë, Birgoing,
Villers,
Marec,
Le: ointe,
Eschasseriaux ,
Riou,
Ferury.,
“VBA,
. Bourdon de l'Oise, \ Mine noir. blunc. id.
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id. noir. blanc.
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now. homme de couleur. blanc.
id. homme de couleur. blanc.
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id, L HISTOIRE D'HAIÏTE.
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Œarty, blanc,
Doulcet , À Met
Larivière , id.
Corbin, . id,
Troguet, id.
Drgress, * id.
Talbot, id.
Breuil, id.
Maitland, ii re
“Churchill, he
Pey:ter, Bus: à
Ponchet, € "id,
O'Gormon, dé. id.
Manoux, id
Conchet, id,
Clay, id.
D'Aizune, id.
Rodaues , id.
Congrat , id.
Mouchet , id.
Pierre Louis Diane, noir.
Vincent, blanc.
Henri Christophe, noir.
Augo, blanc.
De Petit Thouers, id. *
Renaud Deruisseaux, homme de couleur.
Charles Bélair, noir.
Pascal, blanc.
Sallenave, , id,
Hédouville, id.
Kerenskoff, Etes
Blanchet, homme de couleur.
Dalzon , blanc.
Michaud A noir.
Pitraille , blancs,
Nesbit, A (5
Garnot . ” id.
Poncet Delpech, id.
Huin id,
Nigshtingal, id. |
Fadère , id.
M:gnan, id.
D Heébécourt, id.
Giant, - id.
Voile, id.
Beliégarde. homme de coule
Golart, noir.
Watrin, blanc.
Dalban, HUE Quayer Larivière, homme de: couleur: Grandet . blanc, * \ | HISTOIRE
Raffin, | blanc.
Manigat, noir.
Fringnat , id.
Romain, blanc.
Madame Mise, noire.
Charles Zamore , id.
Adrien id,
L’Africuin, id.
asson , blanc.
Gaybre, id.
Tessier , homme de couleur.
Piverger , id,
Férou , id,
Compas, id.
Jo.-Louis François, noir
Nérette , homme de couleur.
Lafortune , noir.
Conftiut, id,
Gaspard , blanc.
Deiva , noir. Eloy Boudeau ,; homme de couleur.
Moreau, id,
Borgella, banc.
Vaillant Gabart, honvme de couleur.
Dommage, noir.
Guerrier , | id,
Montauban , id.
Charles Bélair, 1d.
X'erbos, homme de couleur.
Larose , id.
Bodin, id.
Vaval, : id. Jean Cécile, id.
Martignac, id,
Octauns, id,
Gérin, ” id.
Constantin , id.
Bazin, noir.
baraque , . homme de couleur.
Cameau père, id,
id,
Borgella, banc.
Vaillant Gabart, honvme de couleur.
Dommage, noir.
Guerrier , | id,
Montauban , id.
Charles Bélair, 1d.
X'erbos, homme de couleur.
Larose , id.
Bodin, id.
Vaval, : id. Jean Cécile, id.
Martignac, id,
Octauns, id,
Gérin, ” id.
Constantin , id.
Bazin, noir.
baraque , . homme de couleur.
Cameau père, id, Sanugn Damiens, id, D'HAITI, 369. _Mondésir Dasse, homme de couleur.
Valmé Cortane, id,
Maurice Debelier : Nid.
Laboulette Laboule , id,
Sézaire Savary, id,
Jn.-Philippe Dupin, noir. Jean Pierre, id. Robe , blanc.
Boyer : homme de couleur.
Segrétier, id,
Blanchet , id,
Bellegarde, id, Noël, noir.
Golart, id, Caze , _ blanc.
Isaac Louverture, noir.
Placide Louverture, « homme de coul.
Blanchard , blanc.
Allier , id.
Maçon , homme de couleur.
Lacroix, blanc.
Poyntz , id.
Couliot , homme de couleur.
Jacques Laciente, id.
Lazarre , id.
Talbette, blanc.
Péronneau , homme de couleur,
Morba , id.
Dieudonné Jambon, noir.
Lamour Dérance , id,
Bouchard, homme de couleur.
Auger, id, Büot, id.
Taco;, noir.
Ridoré, homme de couleur,
Gauthier , id,
Marinier , noir, Page 23.
NUL
6 66.
as itE ER ce sé ét # 299. ce 16. 14. 99. 140.
145. 347. ERRATA. Au..lieu de lire et de. nègres, lisez et nègres.
Lisez après cuirs de bœuf , Cacao. Au lieu de aussitôt après ciuquante cavaliers, lisez: aussitôt après
cette nouvelle, cinquante etc. M4 Après cette ie se: Elile souvrit le 1er Aoû; sous Fu résidence
.AP ( du marquis de Cadusth ardent contre e-révolutionnaire, et se montra
animée du même esprit d'indépendance que l'assemblée de SaintMarc ; ” transportez l'alinéa qui suit:-Nous avons vu que ‘depuis
lassassinat de Mauduit, Blanchelande s'était retiré au Cap devenu
la capitale de la colonie, Comme cette ville était bien plus hostile
aux idées nouvelles que La province de FPOuest, l'assemblée coloniale, par un décret en date du 8 Août, s'y transporta. Elle appela à sa Rare le, gouverneur B'anchelan de tell. . Au lieu de: se déterminèrent 4 soulever les ateliers de la: province du Nord'etc. lisez: s'étaient déterminés avant Ja“réunion. au Ca 1P de la p'upart des députés sortis de Léogauie, à soulever les wateliers, etc:
Au leu de : ‘et en même te: nps que Thouzard s'emparait du Limbé ; lisez: et en même temps Thouzard s'emparait da Limibé.
Les Suisses étaient des noirs et des mulâtres esclaves, domestiques
de biancs qui avaient 616 armés pa leurs maitres contre les hom-.
mes de couleur, après le combat de Néreite. Hs se joignirent aüg
affranchis pendant la batajile de Pernier. Ce fut alors qu'ils FU
rent des hommes de couleur le nom de Suisses
ps que Thouzard s'emparait du Limbé ; lisez: et en même temps Thouzard s'emparait da Limibé.
Les Suisses étaient des noirs et des mulâtres esclaves, domestiques
de biancs qui avaient 616 armés pa leurs maitres contre les hom-.
mes de couleur, après le combat de Néreite. Hs se joignirent aüg
affranchis pendant la batajile de Pernier. Ce fut alors qu'ils FU
rent des hommes de couleur le nom de Suisses Au lieu de :excita d'annuler le concordat: lisez : excita. à annuler. Au lieu de :; par celui du décret du Conséil d'Etat, lsez+ par Ja
loi du 20 Mai 1802. >»
Au lieu de: envoyé ses blessés sur l’Ance-à-Veau, lisez: à JAneeà-Veau. * ; à Au lieu de: voir à la fin du volume; lisez : à la fin Qu dernier
volume. Au lieu de : d’où il devait s’embarquer ; lisez : où il devait s ’embarquer.
Lisez partout Toureaux an lieu de T'aureaux. Au lien de: archives particuliers ; lisez : particulières. &$ es <
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L 4 2" PERS s RSR APR à Nov ù PORN PAT TPE SRE EST -S $ EN" PR NE LE ARR On dd D Lo QT À PEN pa nn L
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