*1*T vi ■Jb&Âï# ^"âs \^ ,1111 il _■* \t. / M/a y 'l^\S, / c /C JL^t— u Digitized by the Internet Archive in 2010 with funding from Associates of the Boston Public Library / The Boston Foundation http://www.archive.org/details/etudessurlhistoi10ardo ÉTUDES L'HISTOIRE D'HAIT 'iiris,— imprimerie de K. Donnaud, me Cassette, 9. ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI PAR B. ARDOUIN ANCIEN MINISTRE D'HAÏTI PRES LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS, ANCIEN SECRÉTAIRE D'ÉTAT DE LA JUSTICE, DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES CULTES. TOME DIXIÈME. PARIS UÉZOBRY, E. MAGDELEINE ET Ce, LIBRAIRES-ÉDITEURS RUE DES ÉCOLES, 78
(près du Musée de Cluny et de la Sorbonne)
ù 6 *7> ;i7/ LITRE C1NQUII X HT TH T. X. CHAPITRE PREMIER. 1823. Impressions produites dans tonte la République par la publication de l'ordonnance
de Charles X. — Boyer se porte vivement au Cap-Haïtien : il y prend des mesures pour
assurer la tranquillité publique, — Il est rappelé à la capitale par la maladie de Célie
Pétion qui y succombe. 7- Arrivée de M. le baron Maler, consul général, et de consuls
envoyés par le gouvernement français. — Proclamation du Président qui convoque le
corps législatif pour le 10 janvier 1826. — Réclamation du consul général de France,
à propos d'un article publié dans le Télégraqhe. — 1826. Discours de Boyer à la fête
de l'Indépendance et à l'ouverture de la session législative. — La Chambre des communes déclare dette nationale l'indemnité consentie envers la France, et vote différens
codes et d'autres lois. — Examen des dispositions du code rural ; effets qu'il produit
dans les campagnes. — Exécution difficile de diverses lois successives établissant une
contribution extraordinaire sur l'universalité des citoyens pour payer la dette nationale.
MM. Rouanez et Frémont retournent a Haïti, après avoir contracté un emprunt pour
payer le premier terme de l'indemnité, et signé une convention de commerce et de
navigation. — Message de Boyer au Sénat : accord des deux pouvoirs pour refuser
la ratification de cette convention. — Boyer fait écrire au gouvernement français pour
en déduire les motifs. — Il publie une déclaration qui fait savoir dans quel sens il a
accepté l'ordonnance de Charles X, et envoie en France un million de piastres qui ne
suffit pas pour acquitter le premier terme de l'indemnité. — Sur la réponse du ministère fiançais, il adresse un nouveau message au Sénat qui s'accorde avec lui pour faire
cesser le demi-droit en faveur du commerce français. — Cette disposition empêche la
conclusion d'une nouvelle convention au Port-au-Prince : on en réfère au gouvernement français. — La Grande-Bretagne envoie M. Charles Mackensie en qualité de consul général et des consuls particuliers : d'autres puissances également. — Proclamation
qui permet la navigation haïtienne sous certaines restrictions. — Célébration de la
fête de l'Agriculture. — Recrutement des troupes. — Création du papier-monnaie. —
Convocation des électeurs pour la formation d'une nouvelle législature. — Convocation
des généraux à la capitale. — Le secrétaire d'Etat envoie une obligation de 30 millions
de francs pour le deuxième terme del'indemuité. — Agent haïtien au Havre chargé de
recevoir et de vendre des denrées pour compte de la République. — Examen du système financier.
de l'Agriculture. — Recrutement des troupes. — Création du papier-monnaie. —
Convocation des électeurs pour la formation d'une nouvelle législature. — Convocation
des généraux à la capitale. — Le secrétaire d'Etat envoie une obligation de 30 millions
de francs pour le deuxième terme del'indemuité. — Agent haïtien au Havre chargé de
recevoir et de vendre des denrées pour compte de la République. — Examen du système financier. Le gouvernement haïtien avait pris une grande résolution, en se décidant à accepter l'ordonnance rendue par
Charles X sur la question qui se débattait entre la France
et Haïti depuis la paix générale de 1814. Mais, si le président Boyer personnellement hésita à souscrire à cet acte,
parce qu'il ne lui sembla pas réunir toutes les garanties 4 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. désirables pour F indépendance et la souveraineté de son
pays; s'il -crut cependant pouvoir se confier en la loyauté
du gouvernement français pour terminer définitivement
ce long litige par un traité subséquent, d'après la note
officielle qu'il obtint de son envoyé, expliquant les clauses
de l'ordonnance, il ne pouvait pas raisonnablement espérer
qu'aucune répugnance ne se manifesterait dans le pays, à
propos de cette transaction, et par les mêmes motifs qu'il
avait eus pour ne pas vouloir la conclure. Quelque confiance qu'un chef d'Etat inspire à ses concitoyens, l'opinion publique ne saurait abdiquer son droit
d'examen de ses actes, surtout lorsqu'ils se rattachent à
l'existence politique de la nation. Elle le pouvait d'autant
moins en cette circonstance, que, durant toute l'année
182-4, elle avait été surexcitée à l'endroit de la France,
par le Président lui-même. Ses discours à la fête de l'indépendance et à l'ouverture de la session législative; ses
proclamations du 6 janvier, du 14 avril et du 18 octobre;
ses instructions aux commandans d'arrondissement pour
mettre la République en état de défense; la réunion de ces
généraux à la capitale où ils conférèrent avec lui secrètement : tout avait préparé les esprits à résister vigoureusement à toutes prétentions injustes de la part de la France.
Est-il donc étonnant, qu'en apprenant les particularités
relatives à l'acceptation de l'ordonnance; en lisant cet actesur le journal officiel du gouvernement sans y trouver
aussi la note de M. de Mackau; en sachant que cet officier
avait emmené à sa suite une force maritime qui pénétra
dans la rade du Port-au-Prince; est-il étonnant qu'on ait
montré presque partout un sentiment de mécontentement,
sinon d'indignation, de la conduite mal comprise de Boyer?
'en apprenant les particularités
relatives à l'acceptation de l'ordonnance; en lisant cet actesur le journal officiel du gouvernement sans y trouver
aussi la note de M. de Mackau; en sachant que cet officier
avait emmené à sa suite une force maritime qui pénétra
dans la rade du Port-au-Prince; est-il étonnant qu'on ait
montré presque partout un sentiment de mécontentement,
sinon d'indignation, de la conduite mal comprise de Boyer? Mais il était plus naturel <|iic ce sentiment éclatât dans [1825] CHAPITRE 1. 5 le Nord, où le long régime de H. Christophe avait toujours
excité la méfiance et la haine contre la France, où existait
une opposition permanente contre le système du gouvernement, surtout parmi les anciens généraux du régime déchu qui avaient essayé d'y établir un État distinct de la
République. Au Cap-Haïtien, le général Magny, qui ne partageait pas leur sentiment, qui s'était pénétré des grandes ; ,,.
vues politiques de Pétion, suivies par son successeur à
l'égard de la France, en recevant l'information officielle de
ce qui s'était passé à la capitale, avait fait publier avec
pompes la proclamation du Président, du 1 1 juillet; par ses
soins, le chef-lieu du Nord fut illuminé pendant trois jours
de suite. Ces démonstrations, calculées sans doute pour
rallier l'opinion en faveur du gouvernement , déplurent
singulièrement aux généraux du Nord et à d'autres officiers^ à des fonctionnaires publics et à des particuliers : ils
manifestèrent si hautement leur désapprobation de la conduite tenue au Port-au-Prince, que Magny jugea la situation assez grave pour la mander à Boyer et l'engager à se
transporter au Cap-Haïtien. Le Président n'y mit aucun délai : le 25 juillet il partit
avec sa garde à pied et à cheval et arriva au moment où il
était le moins attendu clans le Nord. En passant à SaintMarc et aux Gonaïves, il avait trouvé ces villes paisibles
comme tout le département de l'Artibonite, par les soins
des généraux Bonnet et Beauvoir. Magny lui signala le
général Toussaint (celui qui avait pris possession de Samana en 1822), le général Nord Alexis, commandant de la
place du Cap-Haïtien, et l'officier de santé L. Eusèbe,
comme ceux qui avaient le plus tenu des propos tendant à
compromettre la tranquillité publique. A une réunion des
généraux, des fonctionnaires de l'ordre militaire et civil et
par les soins
des généraux Bonnet et Beauvoir. Magny lui signala le
général Toussaint (celui qui avait pris possession de Samana en 1822), le général Nord Alexis, commandant de la
place du Cap-Haïtien, et l'officier de santé L. Eusèbe,
comme ceux qui avaient le plus tenu des propos tendant à
compromettre la tranquillité publique. A une réunion des
généraux, des fonctionnaires de l'ordre militaire et civil et G ÉTUDES SUR L'HISTOIRE DHAÏTI. des citoyens, qui eut lieu au palais national, le courageux
Magny soutint hautement l'information qu'il avait donnée
au Président d'Haïti, en sa qualité de commandant d'arrondissement chargé du maintien de l'ordre; il y ajouta
tout ce que lui suggéraient sa profonde conviction politique
et sa longue expérience des affaires de son pays, pour reprocher à ceux dont il se plaignait la légèreté de leur conduite en cette circonstance. Son ancienneté militaire, son
honorable conduite dans tous les temps,, l'estime générale
dont il jouissait, tout contribua à donner un grand poids à
sa parole. Boyer ne put qu'y déférer, sachant combien il
était sincère dans son dévouement à la patrie; et après
avoir parlé lui-même à cette assemblée, avec cette modération qui inspire la confiance, avec cette intelligence des
choses qui fait naître la conviction, avec cet accent du
patriotisme qui le distinguait et qui se communique par la
persuasion , afin de prouver à ses concitoyens du Nord
qu'il n'avait pu sacrifier les intérêts de la nation, il considéra néanmoins qu'il devait se montrer assez ferme pour
interdire toute velléité de troubler tordre public. Il ordonna aux généraux Toussaint et Nord Alexis et au
citoyen Eusèbe, de se rendre au Port-au-Prince immédiatement. Le premier était sans emploi, le second ne pouvait
plus occuper celui de commandant de place au CapHaïtien, après avoir été dénoncé par le commandant de
l'arrondissement , et ce fut regrettable ; car Nord Alexis
était un excellent officier, bien propre aux fonctions qu'il
remplissait depuis la conspiration de Richard. Ce qu'il y
eut encore de regrettable, c'est que le général Toussaint,
dont nous avons parlé aussi avec éloges , à propos de sa
conduite à Samana, arrivé sur le bord de l'Artibonite, se
fit sauter la cervelle par un coup de pistolet. Cet acte de [1825] CHAPITRE I. 7 désespoir n'avait aucun fondement, puisque ni lui ni ses
compagnons n'étaient conduits sous escorte, et qu'il aurait
dû considérer cette mesure du Président comme dictée
seulement par la prudence gouvernementale. Parvenu à la
capitale, le général Nord Alexis reçut ensuite l'ordre de se
rendre à Jacmel; et Eusèbe, d'aller au Petit-Trou, dans
l'arrondissement de Nippes. Après quelques mois de séjour
en ces endroits, ils revinrent au Port-au-Prince où Boyer
leur dit qu'ils pouvaient retourner à leur domicile 1.
'il aurait
dû considérer cette mesure du Président comme dictée
seulement par la prudence gouvernementale. Parvenu à la
capitale, le général Nord Alexis reçut ensuite l'ordre de se
rendre à Jacmel; et Eusèbe, d'aller au Petit-Trou, dans
l'arrondissement de Nippes. Après quelques mois de séjour
en ces endroits, ils revinrent au Port-au-Prince où Boyer
leur dit qu'ils pouvaient retourner à leur domicile 1. D'après la relation de ces faits, le lecteur peut reconnaître qu'il n'y eut pas conspiration, ni même projet de
conspiration de la part des trois personnes que nous venons
de nommer. S'il existait dans le Nord une opposition constante, elle avait ses causes dans le système du gouvernement de la République qu'on n'y agréait pas, d'après les
précédens régimes qui y avaient longtemps prévalu. Mais
le mécontentement manifesté en cette circonstance fut un
fait général dans tout le pays, et nous en avons dit les
motifs dans la précédente Époque. Au Port-au-Prince même,
où l'on fut témoin de tout, il était certainement plus vif
que partout ailleurs; à Santo-Domingo, le général Borgeila
fut le premier à le manifester, sans calculer ce que l'autorité de sa parole pouvait avoir d'influence sur l'esprit public : aussi verra-t-on ce que produisit deux ans plus tard
son opinion généralement connue à ce sujet. I Le respectable sénateur Larosc, ancien ami du général Magny, fut très-courroucé
contre lui à propos de la dénonciation qu'il porta au Président contre le général Nord
Alexis. M. Larose avaitbeauconp d'estime pour ce dernier, et il pensait que l'expression
de ses opinions en cette circonstance, ne pouvant compromettre la pais publique dans le
Nord, Magny aurait dû les combattre par le raisonnement appuyé de son exemple. Nord
Alexis resta sans emploi pendant longtemps et obtint ensuite le commandement de l'arrondissement du Port-de-Paix où il mourut. Eusèbe ne fut pas non plus employé, et il
exerça la médecine au Cap-Haïtien : c'était un bien digne citoyen. 8 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. C'est ici le lieu et l'occasion cle remarquer qu'en Haïti,
il arrive assez souvent que les fonctionnaires publics surtout
ne semblent pas toujours bien pénétrés cle l'obligation où ils
sont, de se tenir dans une réserve commandée par leur position, lorsqu'il s'agit de juger les actes du gouvernement.
Ils oublient que ce qui est permis aux simples citoyens
leur est interdit à eux-mêmes, sous peine de voir colporter
leur opinion d'une manière fâcheuse pour eux et pour le
pays. Ils passent alors pour être opposans au chef du gouvernement; celui-ci se défie d'eux, et la chose publique en
souffre. Certainement, on ne cesse pas de s'y intéresser,
on n'abdique point sa qualité de citoyen, quand on occupe
une fonction quelconque dans l'État; mais comme l'on
contracte en même temps l'obligation de suivre le système
que le gouvernement a adopté , selon les circonstances,
pour mieux régir le pays, on est tenu à beaucoup de prudence dans l'examen de ce système, — à moins peut-être
qu'on ne se trouve dans ces temps de désolation où les
mauvaises intentions du chef du gouvernement se décèlent
par ses actes mêmes.
abdique point sa qualité de citoyen, quand on occupe
une fonction quelconque dans l'État; mais comme l'on
contracte en même temps l'obligation de suivre le système
que le gouvernement a adopté , selon les circonstances,
pour mieux régir le pays, on est tenu à beaucoup de prudence dans l'examen de ce système, — à moins peut-être
qu'on ne se trouve dans ces temps de désolation où les
mauvaises intentions du chef du gouvernement se décèlent
par ses actes mêmes. Tel n'était point le cas où se trouvait Boyer,, quand il
accepta l'ordonnance du roi de France. Mais il n'y eut
que trop de gens satisfaits de cette espèce d'échec subi par
son gouvernement, parmi ceux qui lui étaient opposés personnellement. Malheureusement, — nous l'avonsdéjà dit,. —
il avait eu le tort de ne pas imiter la conduite de Pétion,
il avait néglige ce qui pouvait le plus excuser, sinonjustifier la sienne ; et quand il apprit que de tous côtés on
lui jetait la pierre, quand les journaux étrangers vinrent
augmenter cette fâcheuse situation par leurs réflexions
plus ou moins acerbes sur l'acceptation de l'ordonnance, le
Président se laissa aller à une sorte de dégoût dans sesrap- [1825] CHAPITRE 1. 9 ports avec les fonctionnaires et les citoyens. Dès cette époque, il n'eut plus cet enthousiasme qu'il avait toujours montré dans les affaires publiques. Il continua, certainement, de
prouver la fermeté, l'énergie de son âme dans les circonstances difficiles qui survinrent ensuite ; mais on peut dire
qu'il était désenchanté du pouvoir. Son caractère était trop
impressionnable pour ne pas l'être. Au moment où ii raffermissait son autorité dans le Nord,
il reçut une nouvelle pénible pour son cœur : l'intéressante
fille de son prédécesseur, la bonne et sensible CéliePétion,
était dangereusement malade au Port-au-Prince! N'écoutant que ses affections pour cette jeune personne, sa fille
adoptive, dont il s'était plu à achever l'éducation, il partit immédiatement du Cap-Haïtien avec son état-major,
laissant l'ordre à sa garde de le suivre, et il arriva à la capitale le 25 août, à 4 heures du matin, avec deux officiers
seulement : il avait franchi ces 60 lieues de distance en une
trentaine d'heures. Malheureusement, tous les soins, tous
les secours de la science du docteur Pescay, ne purent
sauver sa pupille : après une maladie persistante, qui avait
tous les symptômes de la fièvre typhoïde, Gélie expira le
28 septembre, âgée d'environ 20 ans 1 . Durant le cours de cette funeste maladie, la population
tout entière du Port-au-Prince s'associa aux inquiétudes
qu'éprouvaient Boyer et sa famille; elle prouva sa profonde
sympathie à la mort de la jeune fille qui lui rappelait les 1. A l'occasion de la mort de Célie, Boyer se brouilla avec le docteur Pescay dont le
caractère avait bien des défauts, si celui du Président n'en manquait pas non plus. Il
parait que Boyer lui aura reproché d'avoir négligé la maladie à sa naissance : aussi voulut-il dès lors lire les ouvrages sur la médecine, afin d'avoir des idées géuérales de cette'
science. Ayant demandé au docteur Pescay de produire son compte, celui-ci, disait-on
alors, éleva ses prétentions à une somme considérable que le Président lui paya néanmoins;
mais il ne fut plus appelé à soigner sa famille.
parait que Boyer lui aura reproché d'avoir négligé la maladie à sa naissance : aussi voulut-il dès lors lire les ouvrages sur la médecine, afin d'avoir des idées géuérales de cette'
science. Ayant demandé au docteur Pescay de produire son compte, celui-ci, disait-on
alors, éleva ses prétentions à une somme considérable que le Président lui paya néanmoins;
mais il ne fut plus appelé à soigner sa famille. 10 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI. actes de bienfaisance de Pétion. Il y eut bien des pleurs
versés aux obsèques deCélie, car elle méritait ce témoignage
de regrets; et l'on voyait avec douleur s'éteindre en elle
l'unique rejeton de celui que le peuple honora du nom de
Père de la Patrie. Son cercueil fut placé dans le même caveau où sont les restes de son père . \ Après le retour de M. de Mackau en France, avec les trois
plénipotentiaires haïtiens, Daumec, Rouanez et Frémont,
chargés de conclure un traité par suite de l'acceptation
de l'ordonnance du 25 avrils et un emprunt destiné à payer
le premier terme de l'indemnité consentie^ le gouvernement
français nomma M. le baron Maler, consul général et chargé
d'affaires pour résider au Port-au-Prince, M. Raguenaud
de la Chênaie, consul aux Caves, et M. Molien, vice-consul
ait Cap-Haïtien. Ces agents arrivèrent au Port-au-Prince
dans les premiers jours de novembre : le 10, leurs lettres de
créance furent présentées, et le 15, Boyer les reçut au palais de la présidence. Il leur accorda Yexequatur indispensable à l'exercice de leurs fonctions consulaires. Dans sa préoccupation pour prendre les mesures les plus
convenables à l'exécution de l'ordonnance sous le rapport
pécuniaire, Boyer publia une proclamation qui convoqua la
Chambre des communes au 10 janvier 1826. A peine le chargé d'affaires de France était-il arrivé, que
l'occasion s'offrit à lui de faire au gouvernement une réclamation dont l'objet était tout politique. Jusqu'alors, le Télégraphe portait le titre de : Journal officiel ; mais ses colonnes
étaient ouvertes à l'insertion de tous articles quelconques
'exécution de l'ordonnance sous le rapport
pécuniaire, Boyer publia une proclamation qui convoqua la
Chambre des communes au 10 janvier 1826. A peine le chargé d'affaires de France était-il arrivé, que
l'occasion s'offrit à lui de faire au gouvernement une réclamation dont l'objet était tout politique. Jusqu'alors, le Télégraphe portait le titre de : Journal officiel ; mais ses colonnes
étaient ouvertes à l'insertion de tous articles quelconques 1 Ce douloureux événement fournit à Juste Clianlatte l'occasion de faire de nouveau*
éloges de l'étion, dans des stances élégiaques, en acrostiches, qu'il publia sur les journaux pour témoigner les regrets éprouvés par la mort de Célie. [1820] CHAPITRE I. 11 qu'il plaisait aux particuliers de publier, en vertu de la liberté de la presse. Or, le numéro du 20 novembre produisit
un long article, sous la rubrique de Santo-Domingo, qui
commentait l'ordonnance de Charles X avec une certaine
vivacité de patriotisme^ et telle qu'en général on la concevait dans la République. M. le baron Maler en fut ému; il
s'adressa immédiatement au gouvernement, qui semblait
patroner cet article, puisqu'il avait paru dans son journal
officiel, et qu'il en devenait en quelque sorte responsable
aux yeux du gouvernement français. Le secrétaire général
Inginac lui répondit que la liberté des opinions existait en
Haïti et que chacun avait le droit d'exprimer les siennes.
Mais il fut facile à M. Maler de lui démontrer que, cela étant,
et le gouvernement laissant à chacun la faculté de publier
sur son propre journal, celui-ci devait avoir/comme le Moniteur français^ une « partie officielle » pour insérer les actes du gouvernement, et une partie « non officielle » pour
insérer les écrits des particuliers, afin de n'en être pas responsable et solidaire. Cette réclamation était trop judicieuse
pour n'être pas aussitôt accueillie : depuis lors, la distinction futetablie, selon que le suggéra le chargé d'affaires
de France. L'anniversaire de l'indépendance d'Haïti, jour de fête
nationale consacrée par la constitution, survint peu après, et
M* Maler fut invité à assister aux cérémonies usitées. Dans
son discours du 1 1 juillet précédent, Boyeravait dit que désormais, dans cette solennité, les Haïtiens devraient ajouter au serment « de vivre indépendans ou de mourir » le
vœu « qiVune confiance et une franchise réciproque cimen-
« tent à jamais l'accord qui venait de se former entre eux
« et les Français. » Son discours du Ie1' janvier 1826 fut en
rapport avec cette idée, tout en rappelant à ses concitoyens
1 1 juillet précédent, Boyeravait dit que désormais, dans cette solennité, les Haïtiens devraient ajouter au serment « de vivre indépendans ou de mourir » le
vœu « qiVune confiance et une franchise réciproque cimen-
« tent à jamais l'accord qui venait de se former entre eux
« et les Français. » Son discours du Ie1' janvier 1826 fut en
rapport avec cette idée, tout en rappelant à ses concitoyens 12 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. l'obligation qu'ils avaient contractée envers leur postérité,
de défendre leur indépendance nationale contre n'importe
quelque puissance que ce fût; et la formule du serment
prêté en cette occasion ne fut pas textuellement celle de
1804, mais à raison de la position nouvelle d'Haïti comme
Etat reconnu indépendant. L'ouverture de la session législative eut lieu le 1 4 janvier,
par un discours du Président : il annonça à la Chambre des
cjommunes la transaction conclue entre la République et
la France, et la nécessité pour la première de donner des
gages de sa bonne foi dans les arrangemens contractés ; et
pour y parvenir plus facilement, il indiqua une série de mesures législatives appropriées à la situation. Parmi ces mesures, il y en avait qui devaient produire des économies
dans les dépenses publiques, d'autres qui tendaient à augmenter les ressources de l'État, surtout en provoquant une
plus grande production agricole. Enfin, la législation du
pays devait se compléter par le vote des différens codes que
le Président avait fait préparer par des commissions : aussi
cette session fut-elle lapins laborieuse de celles où participa
la 2e législature de la Chambre des communes, dont le mandat allait cesser dans la même année. Elle vota d'urgence, quatre jours après l'ouverture de ses
travaux, une loi qui réorganisa « la gendarmerie^ » en créant une légion pour chacun des six départemens de la République, formant en tout 5,000 hommes dont le service, assujetti anx règlemens militaires, dut se faire à cheval. Cette
gendarmerie était destinée « à la haute police des arrondisse-
» mens, à l'acheminement de la correspondance du gouver-
» nement et des autorités administratives et à faire exécuter
» lcsjugeinens des tribunaux. » Là liante police s'entendait particulièrement do celle des campagnes, en vue de la
des six départemens de la République, formant en tout 5,000 hommes dont le service, assujetti anx règlemens militaires, dut se faire à cheval. Cette
gendarmerie était destinée « à la haute police des arrondisse-
» mens, à l'acheminement de la correspondance du gouver-
» nement et des autorités administratives et à faire exécuter
» lcsjugeinens des tribunaux. » Là liante police s'entendait particulièrement do celle des campagnes, en vue de la [1826] CHAPITRE I. 15 production agricole et de l'exécution du « code rural » qui
fut voté le 6 mai. Ce code était le résumé, une sorte de
compilation de tous les anciens règlemens des divers gouvernemens du pays sur les cultures, et l'on y trouvait beaucoup de dispositions empruntées au code rural publié par
H. Christophe, lequel avait emprunté aussi auxprécédens règlemens. — « Le code de commerce, le code d'instruction
» criminelle et le code pénal » furent aussi votés, ainsi qu'une
nouvelle loi « sur l'organisation judiciaire, » une autre « sur
» l'organisation et les attribution s de la chambre des comptes »
ycréantdes fonctionnaires'titulaires, et d'autres « sur les en-
» canteurs, sur le notariat, sur la taxe des médecins et des
» chirurgiens 1. » Par suite des dispositions du code civil,
une loi décréta « l'organisation et la conservation des hypo-
» thèques, » et une autre établit « l'enregistrement » par
rapport aux actes civils et judiciaires. Cette dernière devait
produire des revenus au fisc, de même que les lois rendues
» sur l'établissement de la poste aux lettres, sur les pa-
» tentes, sur l'impôt foncier assis sur la, valeur locative des
» maisons des villes et bourgs et sur les produits des était blissemens ruraux consommés dans le pays. » Afin de diminuer les dépenses de l'État, d'autres lois furent rendues, — l'une, qui réduisit le nombre « des aides
de camp et des guides des généraux, » à la moitié de ceux
qui servaient auprès d'eux; l'autre, qui supprima « l'indemnité annuelle de 600 gourdes » qui était accordée aux commandans d'arrondissement pour frais de tournées ; la troisième, qui ferma les ports de Miragoane, Anse-d'Eynaud, 1 Le public malicieux prétendit à cette époque, que la loi « sur la taxe des médecins et
n des chirurgiens, » copiée d'une loi française sur la même matière, n'était que le résultat de la demande exagérée d'honoraires faite par le docteur Pescay, après la mort de
Célie Pétion. Au fait, cette loi ne fut jamais exécutée. 1i ÉTUDES SUR l'hISTCMRE D'HAÏTI, Aquin, Monte-Christ, Azua, Port-de-Paix et Saint-Marc,
jusqu'alors ouverts au commerce étranger et où se trouvaient de nombreux fonctionnaires et employés de l'administration des finances, auxquels de simples préposés furent
substitués; la quatrième, sur une « nouvelle organisation
des troupes de ligne » dont les bataillons n'eurent plus que
six compagnies au lieu de neuf qu'ils avaient auparavant :
ce qui rendit disponibles une foule d'officiers qui allaient
être employés à la « police rurale » créée spécialement par
le code rural ' „
au commerce étranger et où se trouvaient de nombreux fonctionnaires et employés de l'administration des finances, auxquels de simples préposés furent
substitués; la quatrième, sur une « nouvelle organisation
des troupes de ligne » dont les bataillons n'eurent plus que
six compagnies au lieu de neuf qu'ils avaient auparavant :
ce qui rendit disponibles une foule d'officiers qui allaient
être employés à la « police rurale » créée spécialement par
le code rural ' „ Le corps législatif vota encore, 1° une loi sur « l'établis-"
» sèment d'entrepôts réels de produits étrangers dans les
y ports du Port-au-Prince, des Cayes, du Cap-Haïtien, de
» Jacmel et de Santo-Domingo, » clans des vues fiscales
qui ne furent point réalisées; 2° une loi « sur la création
» d'une Banque d'Haïti, » qui ne put jamais s'établir;
5° une loi qui « accorda des avantages aux armateurs et
» commerçans haïtiens, trafiquant au long cours et par
» navires sous pavillon national, tant à l'importation qu'à
» l'exportation, » mais que quelque temps après on abrogea, parce qu'ils servaient de prête-noms aux étrangers ;
A? une loi qui rapporta toutes celles en vertu desquelles le
gouvernement délivrait « des concessions nationales de ter-
» rains dans les campagnes; » 5° une loi qui mit en vente
« tous les biens domaniaux non réservés pour l'utilité pu-
» blique; « 6° une loi « sur l'organisation delà garde na1 Par une loi du 13 avril 1807,1e Sénat avait organisé les demi-briyades d'infanterie à
3 bataillons chacune, et 9 compagnies par bataillon : ce qui portait leur force à 1861
hommes. Mais Pétion en avait formé des rtgimcns à 2 bataillons de 9 compagnies chacun, comprenant de fi à 700 hommes. La loi de 1826 conserva les deux bataillons avec
6 compagnies chacun, et le régiment ont alors 630 hommes, officiers, sous-offioiers, soldats et musiciens. Cette nouvelle organisation réforma ainsi 18 officiers, par régiment,
outre les sous-ofûciers dps compagnies supprimées. [1826] CHAPITRE I. 15 » tionale; » 7° une loi « additionnelle à celle du 8 juillet
» 1824, sur les propriétés de l'Est, accordant remise à des
» particuliers de redevances dues à l'Etat sur les biens qui
» lui étaient échus, » Enfin^ après avoir rendu, dès le 26
février, une loi qui déclara dette nationale l'indemnité de
1 50 millions de francs consentie en faveur de la France pour
la reconnaissance de l'indépendance d'Haïti, en laissant au
Président de la République la faculté de prendre les mesures
que sa sagesse lui suggérerait pour en libérer la nation, le
corps législatif vota encore une loi qui imposa « une contiï-
» bution extraordinaire de 50 millions de gourdes (piastres
» fortes) payables en dix ans, à partir du iev janvier 1827_,
» sur l'universalité des citoyens d'Haïti. »
épendance d'Haïti, en laissant au
Président de la République la faculté de prendre les mesures
que sa sagesse lui suggérerait pour en libérer la nation, le
corps législatif vota encore une loi qui imposa « une contiï-
» bution extraordinaire de 50 millions de gourdes (piastres
» fortes) payables en dix ans, à partir du iev janvier 1827_,
» sur l'universalité des citoyens d'Haïti. » Ainsi, en outre des quatre codes comprenant ensemble
25 lois sur les matières dont ils traitaient, 24 autres lois sur
des objets divers furent discutées et votées dans la session
de cette année : aussi avait-il fallu la prolonger d'un mois
pour parfaire cet immense travail. Le 10 mai, la Chambre
des communes publia une « adresse au peuple » pour lui en
rendre compte : elle terminait son mandat par cet acte. Par le code de commerce, des tribunaux formés de commerçans exerçant gratuitement leurs fonctions furent établis dans les villes du Port-au-Prince, des Cayes, du CapHaïtien et de Santo-Domingo; leur ressort étant le même
que celui des tribunaux civils de ces lieux, les autres tribunaux civils du pays durent continuer à connaître des affaires
commerciales dans l'étendue de leur juridiction. Par le code
d'instruction criminelle, l'institution du jury fut établie
pour la première fois en Haïti, afin de juger les causes criminelles; mais l'exécution de ce code, du code pénal et du
code de commerce, fut ajournée à Tannée 1827, à cause de
la difficulté de leur impression. 16 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. Le code rural seul, imprimé avanl les autres, put être exécuté trois mois après sa promulgation, tant on avait hâte
d'obtenir les résultats qu'on espérait de cette nouvelle organisation des travaux agricoles. Mais, s'il suffisait de publier
des lois sur-cette matière pour faire prospérer un pays, le
code rural ayant amplement statué à cet égard, Haïti aurait
dû être, sous son régime, le pays le plus fortuné de l'univers. Le législateur n'oublia qu'une chose : c'est qu'après
vingt années écoulées depuis que la République était instituée; après l'entière liberté fondée par Pétion et laissée à
chacun de cultiver son champ selon qu'il le jugerait convenable à ses intérêts; après la distribution des terres
accomplie par lui et continuée encore par son successeur ;
surtout après la jouissance, par les ouvriers agricoles, d'une
faculté indéfinie de locomotion, il n'était pas possible d'imposer des règles qui tenaient d'ailleurs à l'ancien état de
choses qu'ils avaient en horreur et auquel ils avaient toujours cherché le moyen de se soustraire. En effet, nous avons dit comment, sous Toussaint Louverture, les cultivateurs imaginèrent de s'associer entre eux
pour acheter d'anciens propriétaires^ de petites portions de
terrains où ils se réfugiaient pour cultiver des vivres ou autres denrées, afin d'être indépendant, des colons restaurés
dans leurs biens, ou des chefs militaires et civils fermiers
des biens séquestrés, et de jouir d'une complète liberté : ce
qui porta Toussaint à publier un arrêté du 7 février 1801
restreignant la vente des terrains à 50 carreaux au moins 1 .
Ensuite, nous avons fait remarquer que, sous Dessalines,
les cultivateurs, de l'Ouest et du Sud particulièrement,
trouvaient dans l'exploitation du bois de campêche le même
ons restaurés
dans leurs biens, ou des chefs militaires et civils fermiers
des biens séquestrés, et de jouir d'une complète liberté : ce
qui porta Toussaint à publier un arrêté du 7 février 1801
restreignant la vente des terrains à 50 carreaux au moins 1 .
Ensuite, nous avons fait remarquer que, sous Dessalines,
les cultivateurs, de l'Ouest et du Sud particulièrement,
trouvaient dans l'exploitation du bois de campêche le même 1 Voyez tome 4 de cet ouvrage, pages 31 7 et suivantes. [1826] CHAPITRE I. 17 moyen vainement imaginé par eux en 1800 et 1801 1.
Quant au régime suivi sous H. Christophe, nous avons dit
qu'il était en réalité autre chose que ce que faisait supposer
sa loi sur la culture ou code rural publié en 1812 2. Enfin,
en parlant de la loi du Sénat, du 21 avril 1807, sur la police
des campagnes, code rural de cette époque, et des vues
contraires de Pétion à ce sujet, nous avons dit quel fut le
résultat de la divergence entre les opinions du pouvoir législatif et celles du pouvoir exécutif3. Jusqu'en 1826, Boyer
fut le continuateur du système agricole de son prédécesseur; il l'étendit dans l'Artibonite et le Nord après les événemens de 1820, et dans l'Est après ceux de 1822. Maintenant, par le code rural que nous examinons, il re«
venait aux anciennes idées qui avaient dominé dans le pays
depuis les règîemens publiés par Sonthonax et Polvérel,
parce qu'il est vrai de dire que l'article 216 de la constitution disposait ainsi : « La police des campagnes sera sou-
» mise à des lois particulières. » Le moment lui parut convenable, sans doute, pour exécuter cette disposition : la
nation venait de contracter une dette immense, il fallait la
payer .pour lui procurer sa parfaite tranquillité, garantir
son indépendance désormais incontestée; et les produits de
l'agriculture, augmentés par des travaux incessans et réguliers, devaient en fournir le moyen. Boyer et tous les hommes qui concouraient avec lui à l'administration du pays,
ne pouvaient que concevoir cette pensée judicieuse en ellemême; car la culture des terres est la base de la prospérité
de tous les peuples, et le peuple haïtien y est nécessairement voué, puisque ses produits agricoles servent d'échan- •1 Voyez tome 6 de cet ouvrage, page 261 » 2 Voyez tome 7 » » 475 3 Voyez tome 7 » » 25 à 37, 30 à 45. T. X. 2 18 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI, ges dans ses transactions avec les autres nations commerçantes qui lui apportent les marchandises qu'il ne fabrique
pas et dont il a besoin. Indépendamment de ces réflexions
qu'ils devaient faire dans l'état des choses, les idées qtîi venaient de l'étranger n'étaient propres qu'à stimuler le zèle
de nos gouvernans à cet égard.
25 à 37, 30 à 45. T. X. 2 18 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI, ges dans ses transactions avec les autres nations commerçantes qui lui apportent les marchandises qu'il ne fabrique
pas et dont il a besoin. Indépendamment de ces réflexions
qu'ils devaient faire dans l'état des choses, les idées qtîi venaient de l'étranger n'étaient propres qu'à stimuler le zèle
de nos gouvernans à cet égard. A l'étranger, on nous reprochait sans cesse l'espèce d'abandon où le gouvernement semblait laisser l'agriculture
du pays, parce qu'on ignorait la véritable constitution du
système y relatif, ou qu'on jugeait d'après l'ancien régime
colonial et d'après ce qui passe dans les autres Antilles. Les
défenseurs de notre indépendance,, plus bienveillans que
ceux-là, attribuaient le dépérissement des cultures au retard
mis par la France à la reconnaître, ce qui contraignait notre
gouvernement à maintenir sur pied une armée considérable
et disproportionnée à notre population, armée qui , selon
eux, pourrait être mieux employée dans les travaux agricoles, si nos craintes cessaient pour notre existence politique. Eh bien! en présence de toutes ces idées conçues à l'intérieur et à l'étranger, n'est-il pas convenable d'examiner
le système adopté par le code rural et ses principales dispositions ? On appréciera mieux les résultats qu'il a
produits. La loi numéro 6 de ce code organisa la police rurale sous
l'autorité principale des commandans militaires d'arrondissement, secondés des commandans militaires de communes, ceux-ci surveillant l'action d'officiers militaires
assistés de gardes^champêtres dans les sections rurales, employant aussi la gendarmerie, et, au besoin, des détachemens de troupes de ligne, afin d'activer les cultures, de
mettre de l'ordre et de l'assiduité dans les travaux, de faire [■18'26] CHAPITRE I. 19 observer la discipline dans les ateliers, de réprimer le vagabondage et de veiller à l'entretien et aux réparations des
routes publiques et particulières. Dans certains cas déterminés', les juges de paix exerçaient aussi la police rurale ^
et les conseils des notables des communes et les conseils
d'agriculture formés dans chaque section, assistaient au
besoin, ces autorités militaires et civiles. Dans chaque habitation où le propriétaire ne résiderait pas, il y aurait un
gérant ayant des conducteurs d'ateliers sous ses ordres; pareillement, si l'habitation avait un fermier qui n'y résiderait pas. Les officiers de police rurale et les conseils d'agriculture
étaient les autorités le plus fréquemment en contact avec les
cultivateurs des champs. Le code prescrivait une foule de
dispositions qui exigeaient des lumières pour être bien comprises, et presque tous ces hommes étaient Métrés, ainsi que
d'autres agents. Par exemple, art. 169 : « Les attributions
» des conseils d'agriculture sont : 1° de veiller à ce que les
» dispositions des lois relatives à la culture ne soient pas trori*
» quées dans leur exécution; 2° de chercher, par des expé-
» riences nouvelles, et par le maintien de la concorde entre
» tous les intéressés, à augmenter progressivement ses ré-
» sultats ; 5° de signaler au conseil de riotables et aux auto-
» rites militaires, tous les abus ou négligences qui pourront
» avoir lieu dans la section qu'ils habitent. » En outre, les
membres de ces conseils d'agriculture, dont les fonctions
étaient honorifiques, devaient correspondr ^individuellement
ou collectivement avec les autorités militaires ou civiles.
Ils étaient nommés, tous les ans au 1er mai, par le juge de
ivement ses ré-
» sultats ; 5° de signaler au conseil de riotables et aux auto-
» rites militaires, tous les abus ou négligences qui pourront
» avoir lieu dans la section qu'ils habitent. » En outre, les
membres de ces conseils d'agriculture, dont les fonctions
étaient honorifiques, devaient correspondr ^individuellement
ou collectivement avec les autorités militaires ou civiles.
Ils étaient nommés, tous les ans au 1er mai, par le juge de 1 Par une loi du 15 novembre 1839, les attributions données aiu juges de paix à ce
égard furent laissées aux commandans des conimuues. 20 ÉTUDES SUR l/HlSTOlRE D'HAÏTI. paix et le conseil de notables de chaque commune, au nombre de trois pour chaque section rurale, parmi les propriétaires, les fermiers principaux ou les gérans, et ils pouvaient
être continués indéfiniment dans leurs fonctions. Mais la
plupart des propriétaires sachant lire et écrire, demeurant
dans les villes ou bourgs, il est clair que le choix des membres de ces conseils d'agriculture se portait sur les petits
propriétaires, sur les petits fermiers et sur les gérans, tous
illétrés et occupés de leurs propres travaux; et c'étaient à
de tels hommes que le code confiait son exécution et le progrès de la culture! Les commandans de communes n'avaient jamais reçu de
l'État des frais de tournées dans l'étendue de leurs commandera ens, et le code leur enjoignait d'en faire trois, chaque année, afin de visiter toutes les habitations des sections
rurales. Une loi venait de supprimer les 600 gourdes accordées antérieurement aux commandans d'arrondissement
pour leurs tournées d'inspection, et le code leur prescrivait
néanmoins d'en faire une tous les ans dans toutes les sections rurales de leurs commandemens respectifs. Désormais,
cette obligation devait être inévitablement négligée. Jusqu'alors, les conventions habituelles entre les ouvriers
des campagnes et les propriétaires et les fermiers étaient
verbales, soit qu'il s'agît de la culture des champs, de l'élève
des bestiaux ou de la coupe des bois destinés à l'exportation. Mais comme il arrivait souvent que les travailleurs
rompaient leurs engagemens, soit par inconstance ou par
tout autre motif, dans le moment où les travaux agricoles
exigeaient le plus leurs soins et leur présence, le code rural
prescrivit qu'à sa publication comme à l'avenir, ces conventions devraient être constatées par « contrats synallagmatiques » passés par devant notaire qui en garderait minute sur
'élève
des bestiaux ou de la coupe des bois destinés à l'exportation. Mais comme il arrivait souvent que les travailleurs
rompaient leurs engagemens, soit par inconstance ou par
tout autre motif, dans le moment où les travaux agricoles
exigeaient le plus leurs soins et leur présence, le code rural
prescrivit qu'à sa publication comme à l'avenir, ces conventions devraient être constatées par « contrats synallagmatiques » passés par devant notaire qui en garderait minute sur [1826] CHAPITRE I. 21 papier timbré, de même que les expéditions qui en seraient
délivrées aux parties, ce qui devait profiter au fisc 1 . La
durée des contrats ne pouvait être moindre de six mois, ni
plus d'un an pour les coupes de bois; de deux ans à neuf
ans pour les cultures secondaires et les manufactures; de
trois ans à neuf ans pour les autres cultures 2, Par ces dispositions, on espérait éviter les perturbations
qui survenaient dans les travaux de toute nature, en contraignant les engagés volontaires à remplir leurs obligations.
Les propriétaires, fermiers ou gérans qui souffriraient que
des ouvriers restassent sur les habitations sans avoir passé
un contrat, seraient passibles d'une amende. L'ouvrier qui
aurait rompu le contrat avant son terme, qui aurait déserté
l'habitation, y serait ramené par la police pour l'achever,
et en outre condamné à une amende. Ensuite, par rapport
aux grandes propriétés rurales exploitant n'importe quelles
denrées que ce soit, à la fin de la récolte le partage de l'argent provenant de sa vente devait avoir lieu, selon les conventions prises, entre les propriétaires ou fermiers et les
travailleurs en masse; et la part de chacun de ces derniers,
divisés en trois classes, par quarts de parts, demi-parts et
parts entières , selon l'importance de leurs travaux. C'était
l'une des dispositions adoptées par le Sénat, dans sa loi de
1807 sur l'agriculture. Les ouvriers contractans ne pouvaient voyager à l'intérieur, qu'après avoir obtenu un permis du propriétaire, du
fermier ou du gérant de toute habitation ; ceux que la police \ Dans le même but fiscal, le code prescrivait aux propriétaires, fermiers ou gérans, île
fournir à l'administration des états de population chaque année, lesquels états devait-il l
être dressés sur papier timbré. 2 On entendait par « cultures secondaires, » celles des potagers, des fleurs, des arbres
fruitiers, des vivres et des fourrages. Les autres cultures étaient celles de toutes autres
denrées.
du gérant de toute habitation ; ceux que la police \ Dans le même but fiscal, le code prescrivait aux propriétaires, fermiers ou gérans, île
fournir à l'administration des états de population chaque année, lesquels états devait-il l
être dressés sur papier timbré. 2 On entendait par « cultures secondaires, » celles des potagers, des fleurs, des arbres
fruitiers, des vivres et des fourrages. Les autres cultures étaient celles de toutes autres
denrées. 22 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. rencontrerait les jours ouvrables, non munis d'un tel permis, seraient considérés comme vagabonds et punis d'emprisonnement, et en cas de récidive condamnés aux travaux
publics de la ville ou bourg. Les heures du travail dans les
campagnes furent fixées, et les ouvriers ne devaient pas se
livrer « à des danses ou festins, » ni jour ni nuit, durant
les jours ouvrables fixés du lundi matin au vendredi soir
de chaque semaine. Tout individu qui ne serait pas employé
au service public, ou comme domestique, qui n'exercerait
pas une industrie assujettie à la patente, qui ne pourrait enfin
justifier de ses moyens d'existence, devait cultiver la terre;
et ceux qui se trouvaient dans ce cas, ne devaient pas avoir
la faculté de quitter les campagnes pour habiter les villes ou
bourgs, sous peine d'être considérés comme vagabonds. Aucune réunion ou association de cultivateurs fixés sur une
même habitation ne pouvait se rendre fermière de la totalité
du bien pour l'administrer par eux-mêmes en société; et
aucun propriétaire, fermier ou gérant d'habitation ne pouvait établir un système contraire à l'ordre établi par le code
rural : — ce qui revenait à dire, qu'on ne pouvait volontairement suivre le régime qui avait été adopté jusqu'alors,
par suite du dissentiment qui exista entre Pétion et le Sénat
sur le système agricole. Les cultivateurs contractans étaient
tenus d'être « soumis et respectueux » envers les propriétaires, les fermiers et les gérans, « obéissans » envers les
conducteurs de travaux, et toute « désobéissance ou insulte »
de leur part les exposait à être punis à emprisonnement par
les juges de paix. Du reste, le code prescrivit aussi aux propriétaires^ fermiers ou gérans, « de les traiter en bons pères
» de famille, de s'abonner avec un médecin pour les soigner
» dans leurs maladies, de fournir les médicainens néces-
» saires, etc. » [1826] CHAPITRE I. 23 Mais il aurait suffi de l'obligation imposée aux ouvriers des
campagnes, en général et en quelque genre de travaux que
ce fût, de s1 engager par « contrats synallagmatiques » durant
n'importe quel temps, pour les porter à envisager le code
rural comme créant un ordre de choses contraire à la liberté
complète dont ils avaient joui jusqu'alors, comme nuisible à
leurs intérêts; et quand ils se virent contraints à se livrer
aux travaux à des heures fixes, à y être assidus, à renoncer
aux danses et aux festins durant les jours ouvrables, etc, 1,
ils ne considérèrent le code que comme prescrivant le re*
tour, sinon à l'ancien régime colonial, du moins au régime
des divers gouvernemens qui avaient adopté des mesures
pour les campagnes, fort opposées à celles pratiquées sous
Pétion 2.
ts; et quand ils se virent contraints à se livrer
aux travaux à des heures fixes, à y être assidus, à renoncer
aux danses et aux festins durant les jours ouvrables, etc, 1,
ils ne considérèrent le code que comme prescrivant le re*
tour, sinon à l'ancien régime colonial, du moins au régime
des divers gouvernemens qui avaient adopté des mesures
pour les campagnes, fort opposées à celles pratiquées sous
Pétion 2. Le code rural fut donc frappé ô'improbation, dès sa publication, aux yeux des masses employées aux travaux de
toute nature dans les campagnes. Les officiers ruraux, leurs
gardes-champêtres, les conseils d'agriculture, auxquels tant
de devoirs étaient imposés sans qu'ils pussent bien comprendre le texte de la loi ; même les conseils de notables,
les juges de paix et les commandans de communes, qui 1 On connaît ce mot d'un cultivateur au sujet des contrats synallagmatiques : «Vous
» signé nom moi, mais vous pas signé fi moi. » Ce qui veut dire : «Vous avez porté
» mon nom sur le contrat, mais vous ne pouvez pas m'empêcher d'aller où je veux.» 2 « Si c'est un sentiment très-développé chez l'homme que sa prédilection pour tout
» ce qui lui appartient, son indifférence pour ce qui estpossédé par autrui n'est pasmoins
» grande ; ni peines, ni fatigues ne coûtent à un propriétaire pour faire fructifier son
» champ; mais lorsqu'il s'agit de cultiver celui d'nn autre, tout soin devient pénible.
» Jusque dans les plus froides régions du Nord où la rigueur de la température fait à
» l'homme une loi tout hygiénique du mouvement et dn travail, les populations rédui-
» tes au servage se font remarquer par leur apathie. A plus forte raison en Orient, où le
« climat invite à la paresse, les peuples sont-ils difficilement assujettis à un labeur ardent
» et assidu, à moins que l'intérêt ne les stimule. Pour qu'une société se perfectionne, pour
» qu'elle marche vers le progrès d'un pas calme et soutenu, il fautlaplacer sur ses bases
» naturelles et la délivrer des institutions qui violentent tous es instincts. » L'Ègijple
contemporaine, par Hf. Paul Merruan, page 46. (A/ l 2i ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D* HAÏTI. voyaient leurs attributions s'étendre de manière à les surcharger d'occupations : tous ces agents de l'autorité publique finirent par se dégoûter de ce code de lois. On l'exécuta
tant bien que mal dans les premières années et clans les départemens à l'Occident de la République, car dans ceux de
l'Est on ne l'agréa en aucune manière; les autorités ellesmêmes reconnurent l'impossibilité de l'exécuter et en aver
tirent le gouvernement.
leurs attributions s'étendre de manière à les surcharger d'occupations : tous ces agents de l'autorité publique finirent par se dégoûter de ce code de lois. On l'exécuta
tant bien que mal dans les premières années et clans les départemens à l'Occident de la République, car dans ceux de
l'Est on ne l'agréa en aucune manière; les autorités ellesmêmes reconnurent l'impossibilité de l'exécuter et en aver
tirent le gouvernement. Accueilli avec beaucoup de faveur cependant, par certains propriétaires qui réclamaient sans cesse des mesures
coercitives pour la prospérité de l'agriculture, parce qu'ils ne
purent jamais se convaincre que le temps des rigueurs était
passé, le code rural devint la ruine de leurs biens; car après
l'expiration des premiers contrats synallagmatiques, la
plupart des cultivateurs ne voulurent plus les renouveler et
abandonnèrent ces biens pour se réfugier, ou sur les petites
propriétés de leurs parens et amis où ils étaient assurés de
l'inexécution des dispositions de contrainte contenues dans
ce code, ou sur leurs propres propriétés. La loi qui mit en
vente tous les biens domaniaux provoqua de leur part une
acquisition extraordinaire pendant la durée des contrats, de
sorte qu'à leur expiration, les nouveaux acquéreurs étaient
en mesure de passer sur leurs petites propriétés où ils se
trouvaient les égaux des grands propriétaires et pas plus
contraignables qu'eux 1. Nous l'avons souvent dit et nous le répétons ici : l'une des
causes principales du dépérissement des cultures en Haïti
doit être attribuée à l'habitude contractée par les anciens ou
les nouveaux grands propriétaires, de ne pas résider sur 1 Le gouvernement qni.cn Haïti, ne pourra on ne. voudra pas se convaincre, que l'égalité, en tontes choses, est le droit le plus précieux aux yeux du peuple, sera toujours exposé
à se fourvoyer. [1826] CHAPITRE I. • 25 leurs biens, pour les exploiter eux-mêmes au lieu d'en confier la gestion, à des gérans pris nécessairement dans la
classe des cultivateurs et n'ayant pas le même intérêt à les K
faire prospérer, occupés d'ailleurs de soigner les petites (
propriétés qu'ils possèdent, soitpar concessions délivréespar
le gouvernement, soit par acquisition de terrains du domaine
national. La plupart de ces grands propriétaires étant des
fonctionnaires publics ou ayant fui le séjour des campagnes
dans les temps de troubles civils, résident dans les villes ou
bourgs et ne peuvent par conséquent concourir par leurs lumières aux progrès de l'agriculture, par leperfectionnement
des méthodes, par l'introduction de nouvelles machines inventées ailleurs clans le but de diminuer le travail manuel
de l'homme; de là la propension de leur part à croire qu'à
l'aide de mesures coercitives, on parviendrait à obtenir plus
de résultats dans les cultures. On peut citer cependant
l'exemple de beaucoup de grands propriétaires qui,
administrant eux-mêmes leurs biens , en ont obtenu à
leur satisfaction. Mais, pour la généralité d'entre eux,
lorsqu'ils virent l'effet produit par le code rural, ils
furent les premiers à se récrier contre Y impuissance du
gouvernement à le faire exécuter dans toutes ses dispositions ; ils formèrent dès lors ce qu'on peut appeler « l'Opposition négative. »
dans les cultures. On peut citer cependant
l'exemple de beaucoup de grands propriétaires qui,
administrant eux-mêmes leurs biens , en ont obtenu à
leur satisfaction. Mais, pour la généralité d'entre eux,
lorsqu'ils virent l'effet produit par le code rural, ils
furent les premiers à se récrier contre Y impuissance du
gouvernement à le faire exécuter dans toutes ses dispositions ; ils formèrent dès lors ce qu'on peut appeler « l'Opposition négative. » De son côté, « l'Opposition active » ne fit pas faute de reprocher au gouvernement et son insuccès dans l'exécution du
code rural, et les dispositions de contrainte qu'il contenait.
Par ces dernières, elle lui imputa d'avoir voulu rétablir
les anciens régimes sur les cultures, contraires aux droits
des citoyens habitant les campagnes; par son insuccès, elle
l'accusa d'inertie et d'incapacité; et il arriva un moment où,
dans son infructueux triomphe contre Boyer, elle compta 26 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. ce code au nombre des actes arbitraires qu'elle lui trouvait
dans l'exercice de sa magistrature 1. A l'étranger, les faiseurs de systèmes d'organisation et
d'administration pour Haïti, qu'ils ont toujours très-imparfaitement appréciée, firent chorus à toutes ces accusations,
et leurs écrits vinrent encore réagir à l'intérieur du pays où
il n'y a que trop d'esprits disposés à accueillir sans examen, tout ce qui s'imprime au dehors. Parmi tous ces opposans, aucun ne sembla vouloir reconnaître une chose essentielle cependant : c'est qu'avec le système libéral dont Pétion fut le fondateur, par le morcellement et la distribution des terres, il n'était plus possible
de maintenir une immense supériorité au profit des grandes
propriétés rurales, comme anciennement; et que les petites
propriétés, au contraire, devaient l'emporter avec le temps,
bien certainement en faveur des masses de la population laborieuse qui cultive les terres de ses mains. Par là, le bienêtre se déplaçait; il passait des mains des hautes classes
dans celles des classes qui, jusque là, avaient été subordonnées/ puisque l'agriculture^ en Haïti, est, sans contredit,
la base la plus solide delà fortune. C'est aux hautes classes à
comprendre que, possédant des biens étendus dans les campagnes, elles doivent, autant que possible, les faire valoir
par leurs propres soins : sinon, elles se verront dans la nécessité de les morceler, de les vendre partiellement à ceux
qui peuvent les cultiver. Le séjour des hommes éclairés
parmi ceux-là aurait le bon effet de diriger leurs efforts vers
la prospérité des cultures, par l'exemple qu'ils traceraient,
par les procédés qu'ils emploieraient dans l'exploitation
de leurs biens.
endus dans les campagnes, elles doivent, autant que possible, les faire valoir
par leurs propres soins : sinon, elles se verront dans la nécessité de les morceler, de les vendre partiellement à ceux
qui peuvent les cultiver. Le séjour des hommes éclairés
parmi ceux-là aurait le bon effet de diriger leurs efforts vers
la prospérité des cultures, par l'exemple qu'ils traceraient,
par les procédés qu'ils emploieraient dans l'exploitation
de leurs biens. 1 Voyez le décret du gouvernement provisoire, du 22 mai 1813, sur la réforme di
droit civil et criminel : décret rédigé par l'avocat Franklin. [1826] CHAPITRE I. 27 Si le code rural ne put être exactement exécuté, par les divers motifs déduits dansle long examen que nous venons d'en
faire; s'il finit par tomber en désuétude, on peut en dire au-_.
tant de la loi qui imposa, sur l'universalité des citoyens, une
« contribution extraordinaire » de 50 millions de gourdespiastres, payables en dix ans. De même que pour le code
rural, le gouvernement ne sembla pas se préoccuper de l'inconvénient que présente toujours l'établissement de tout
impôt direct^ ni de leur difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, qu'il y aurait à effectuer celui-ci d'une manière
équitable, en supposant même que les ressources de chaque
citoyen le rendissent réalisable durant cette période de dix
années. Il est vrai qu'avant les arrangemens contractés avec
la France, bien des gens disaient à Boyer qu'ils consentiraient volontiers à sacrifier une partie de leurs moyens pour
payer l'indemnité, afin d'asseoir la stabilité du pays sur
l'indépendance nationale reconnue par cette puissance ;
mais c'était encore un de ces mécomptes auxquels il ne
s'était pas attendu, à propos de cette affaire importante. Toutefois, pour mieux disposer les citoyens au sacrifice
qu'ils avaient promis de faire, pendant que la Chambre des
communes discutait la loi, il adressa, au Sénat, le 26 avril,
un message par lequel il lui déclara qu'il destinait, comme
« don patriotique, » les indemnités d'une année de sa
magistrature (40 mille gourdes), qu'il verserait successivement au trésor public par cinquième, de manière à parfaire
cette somme en 1830, A son exemple, les grands fonctionnaires se décidèrent à faire un don semblable, à raison de
leurs émolumens, et après eux, presque tous les magistrats
et autres fonctionnaires publicsdela capitale consentirent à
verser aussi au trésor, en général un mois de leurs appointemens.S'il y eut des imitateurs dans les autres villes, parmi 28 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. les fonctionnaires et les citoyens, le nombre en fut trop restreint pour former une somme considérable par ce don pa
triotique. La loi votée par la Chambre des communes le
27 avril, laissa d'ailleurs à tous la faculté de compenser avec
le trésor le montant de ce qu'ils y auraient versé, lorsque
tous les citoyens auraient été taxés pour payer la contribution extraordinaire. Cette loi répartit entre tous les arrondissemens la quotité
que chacun devait donner par an, pour compléter les 3 millions de gourdes payables chaque année durant la période
décennale. Dans chaque arrondissement, une commission
spéciale extraordinaire fut formée pour répartir entre les
communes dudit arrondissement la somme à payer par chacune. Dans ces communes, une nouvelle commission devait
procéder à la confection des rôles^ afin de taxer individuellement les contribuables. Ceux-ci furent divisés en dix
classes, et la commission devait les taxer en raison de leurs
facultés comme propriétaires, industriels, rentiers, etc., etc.
la période
décennale. Dans chaque arrondissement, une commission
spéciale extraordinaire fut formée pour répartir entre les
communes dudit arrondissement la somme à payer par chacune. Dans ces communes, une nouvelle commission devait
procéder à la confection des rôles^ afin de taxer individuellement les contribuables. Ceux-ci furent divisés en dix
classes, et la commission devait les taxer en raison de leurs
facultés comme propriétaires, industriels, rentiers, etc., etc. On conçoit dès lors quelles difficultés devaient se présenter
pour l'application équitable de la loi, dans un pays qui n'avait point de cadastre, dont les habitans ne furent jamais
assujettis à payer des*contributions personnelles de cette
nature, dont on n'a jamais pu savoir exactement le chiffre
de la population; et cela, dans le temps où chacun était plus
ou moins mécontent de l'acceptation de l'ordonnance de
Charles X, et alors que les plénipotentiaires haïtiens, envoyés en France, étaient déjà revenus sans avoir pu obtenir
le traité qui devait en faire disparaître les ambiguïtés. Aussi
cette loi ne put-elle atteindre son but, parce qu'elle était
réellement inexécutable. Néanmoins, le gouvernement ne
voulant pas reconnaître qu'il était impossible d'obtenir du
peuple celle contribution extraordinaire, la Chambre des [1826] CHAPITRE I. 29 communes vota une nouvelle loi à ce sujet, le 50 mars 1827,
qui abrogea la précédente et établit la contribution de
2 millions de gourdes pour cette seule année, sauf à la
renouveler annuellement s'il y avait lieu. Voici les motifs
énoncés dans la loi : « Considérant l'état de gêne où se trouve la nation, causé » par la stagnation du commerce et par la crise financière
» qui existe généralement 1 , et voulant autant que pos-
» sible aviser, par un nouveau système de classement, au
» moyen de déterminer la quotité du contribuable d'une
» manière proportionnelle aux facultés de chacun, etc. »
En conséquence, les contribuables furent divisés cette fois
en vingt classes, la première payant 500 gourdes, la deuxième 300, la troisième 200, ainsi de suite jusqu'à la vingtième payant 5 gourdes. Une commission spéciale dans chaque commune, composée des principaux fonctionnaires et de
trois citoyens propriétaires de biens ruraux, de maison de
ville ou de bourg, et commerçans^ était chargée de la formation des rôles et « d'y inscrire chaque citoyen dans la classe
» qu'elle jugerait convenable, d'après les revenus provenant
» soit de ses fonctions, de son industrie, de ses propriétés ou
» de son commerce. » Il était établi quatre catégories de personnes à exempter de la contribution, — les femmes n'ayant
d'autre industrie etd'autresrevenusque ceux de leurs maris;
les enfansqui sont sous la puissance de leurs pères ou mères;
les mineurs n'ayant aucune propriété; les infirmes hors d'état de gagner leur propre existence. Du Ier juillet au 51 décembre 1827, les contribuables taxés' devaient avoir payé
leur quote de contribution en trois termes égaux, de deux
établi quatre catégories de personnes à exempter de la contribution, — les femmes n'ayant
d'autre industrie etd'autresrevenusque ceux de leurs maris;
les enfansqui sont sous la puissance de leurs pères ou mères;
les mineurs n'ayant aucune propriété; les infirmes hors d'état de gagner leur propre existence. Du Ier juillet au 51 décembre 1827, les contribuables taxés' devaient avoir payé
leur quote de contribution en trois termes égaux, de deux 1 La crise financière et commerciale dont s'agit avait commencé dès 1825, en Europe
et aux Etats-Unis, et elle continuait encore eu réagissant sur les affaires eu Haïti comme
partout. 50 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. mois en deux mois, et tout retardataire serait contraint
par les voies de droit. Il suffit de lire les dispositions de cette nouvelle loi pour
comprendre encore qu'elle n'était pas plus exécutable que
la précédente, du moins qu'elle ne pouvait atteindre que les
fonctionnaires public sou les citoyens les plus aisés des villes,
et par là, occasionner des mécontentemens. Mais, toutefois,
le gouvernement persista dans ses vues en obtenant de la
Chambre des communes, clans la session de 1828, une loi
qui établit « une imposition personnelle et mobilière sur
» tous les Haïtiens » pour l'année 1829 et prorogée pour
1 850, — les citoyens en étant exempts en 1 828. Aussi, cette
persistance insolite fit-elle penser et dire : que Boyer n'avait
d'autre but que de prouver à la France, qu'il avait vainement fait ses efforts pour porter les Haïtiens à remplir les
engagemens pécuniaires contractés envers elle; d'où résultait la nécessité de réduire la somme de l'indemnité*, d'après l'espoir que M. de Mackau lui avait donné à ce sujet. Mais ce négociateur militaire avait promis plus qu'il
n'espérait peut-être lui-même. Il fut aisé de s'en convaincre^ au retour de MM.*Rouanez et Frémont qui arrivèrent
au Port-au-Prince dans les premiers jours de février, sur la
frégate française la Médée. L'infortuné Daumec avait terminé sa carrière à Paris, sans pouvoir concourir avec ses
collègues, à remplir toute la mission dont le gouvernement
les avait chargés. Sa mort fut un événement malheureux
pour le Sénat haïtien où ses lumières auraient été d'un
grand poids 1 .
aincre^ au retour de MM.*Rouanez et Frémont qui arrivèrent
au Port-au-Prince dans les premiers jours de février, sur la
frégate française la Médée. L'infortuné Daumec avait terminé sa carrière à Paris, sans pouvoir concourir avec ses
collègues, à remplir toute la mission dont le gouvernement
les avait chargés. Sa mort fut un événement malheureux
pour le Sénat haïtien où ses lumières auraient été d'un
grand poids 1 . 1 Je tiens de feu M.Frédéric Martin, Français» qui avait habité le Port-au-Prince ci qui était passager sur la frégate lu Circé, que dans la traversée, Davtuiee manifesta souvent le pressentiment de sa lin dans cette mission, quoiqu'il fût toujours d'une humeur
gaie et charmante. Il fut malade en se renflant de Brest à Paris et mourut quelques se- [1826] CHAPITRE I. 51 MM. Damnée, Rouanez et Frémont eurent à discuter avec des commissaires du roi de France, une simple
« convention de commerce et de navigation, » seul acte
que le gouvernement français voulut faire avec Haïti, et
qui contenait encore au moins autant de clauses incompatibles avec son honneur et sa dignité, que l'ordonnance
du 17 avril 1825. Bien qu'ils se persuadassent que Boyer
ne la ratifierait pas, à raison de sa teneur et des circonstances politiques du pays, ils consentirent néanmoins à
signer cette convention le 51 octobre, pour terminer la
discussion qui durait depuis plus d'un mois, et afin de
pouvoir se livrer entièrement aux négociations de l'emprunt qu'ils étaient chargés de contracter et dont les
obligations allaient exiger d'eux un travail long pour les
signer, etc. Le A novembre, l'emprunt fut adjugé à des
banquiers représentés par MM. Ch. Ternaux, J. Gandolphe
et compagnie, au taux de 80 pour cent et à 6 pour cent
d'intérêt par an* Il fallait verser à la caisse des dépôts et consignations,
à Paris, la somme de trente millions de francs pour le
premier terme de l'indemnité, et les instructions de Boyer
aux commissaires haïtiens portaient qu'ils ne devaient
souscrire des obligations que pour cette somme 1 . Or, au
taux que fut contracté l'emprunt, les prêteurs donnant
800 francs, recevaient une obligation de 1,000 fr. ; de
sorte, qu'ils ne déboursèrent effectivement que 24 millions
de francs et reçurent des obligations pour trente millions,
signées de MM. Rouanez et Frémont, qui se renfermèrent mairies après. Par les soins de ses collègues, son corps fut embaumé ; et quand sa famille
le fit porter à Haïti, Boyer ordonna qu'à ses obsèques on rendit à Daumec les honneurs
dus à sa fonction sénatoriale et au rang de plénipotentiaire qu'il avait dans sa mission.
1 II parait que le Président croyait que l'emprunt se ferait au pair, que ses envoyés recevraient 30 millions en espèces, contre 30 millions en obligations souscrites par eux :
autrement, on ne comprendrait pas cette limitation dans leurs instructions.
é ; et quand sa famille
le fit porter à Haïti, Boyer ordonna qu'à ses obsèques on rendit à Daumec les honneurs
dus à sa fonction sénatoriale et au rang de plénipotentiaire qu'il avait dans sa mission.
1 II parait que le Président croyait que l'emprunt se ferait au pair, que ses envoyés recevraient 30 millions en espèces, contre 30 millions en obligations souscrites par eux :
autrement, on ne comprendrait pas cette limitation dans leurs instructions. 52 ÉTUDES SLR LH1ST01RE D'HAÏTI. ainsi dans leurs instructions. Mais ils ne satisfirent pas
aux exigences cle l'ordonnance de 1825, quant à l'indemnité, n'ayant que ces 24 millions à verser à la caisse
des dépôts et consignations. Les obligations de l'emprunt, au nombre de 50 mille,
furent divisées en vingt-cinq séries de douze cent chacune,
portant les lettres alphabétiques de A à Z. Chaque année,
l'une de ces séries devait être amortie par un tirage au
sort, en payant les 1,200 mille francs du capital outre les
intérêts de 6 pour cent payables par semestre, pour le
capital de toutes les obligations émises. Pour la première
année, échéant le 1er janvier 1827, ces intérêts seraient de
1 800 mille fratics : mais ils diminueraient chaque année par
l'effet de l'amortissement, qui seraient terminé au 1er janvier 1851, si Haïti remplissait exactement cet engagement. Cet emprunt était déjà une lourde charge pour elle; et
en supposant qu'on en contractât un semblable pour chacun des versemens à faire à la caisse des dépôts et consignations, afin de se libérer des lt>0 millions de l'ordonnance, cette somme énorme serait presque doublée par ces
emprunts i. Une telle perspective était effrayante et
propre à suggérer de pénibles réflexions à Boyer qui, en
offrant en 1821 de payer « une indemnité raisonnablement
calculée, » — sur les ressources de la République, —
n'avait certainement pas cru qu'il fallût atteindre un chiffre
aussi disproportionné. Et encore, ses espérances étaient
déçues au sujet du traité qui devait faire disparaître les
ambiguïtés de l'ordonnance! ' Le 14 février, le Président informa le Sénat du contrat 1 Si je ne me trompe p;is dans mon calcul, le seul emprunt de 1825, au bout de 25 ans,
aurait coûté 23,210,000 fr. d'intérêts, qui, avec les 30,000,000 du capital souscrit, feraient
Ja somme d 53,210,000 fr. En quintuplant ce chiffre, on obtient celui de 266,050,000 fr.
tandis que les préteurs n'auraient déboursé que 120,000,000. [1826] CHAPITRE I. 53 passé à Paris par MM. Remariez et Frémont, au sujet de
l'emprunt, et du versement opéré par eux des 24 millions
de francs qu'il avait produits : ce qui rendait la République
débitrice de 6 millions pour acquitter le premier terme
échu de l'indemnité. Le 24, il adressa un nouveau message
au Sénat. Il lui dit : « Citoyens sénateurs, « Par l'article 125 de la constitution, vous devez connaître des traités faits par le Président d'Haïti avec les
puissances étrangères, afin de les approuver, s'il y a lieu.
Dans l'occurence actuelle, je crois devoir vous transmettre
sous ce pli, en communication, l'acte conventionnel arrêté
et signé à Paris le 31 octobre dernier entre les commissaires du roi de France et ceux de la République.
dit : « Citoyens sénateurs, « Par l'article 125 de la constitution, vous devez connaître des traités faits par le Président d'Haïti avec les
puissances étrangères, afin de les approuver, s'il y a lieu.
Dans l'occurence actuelle, je crois devoir vous transmettre
sous ce pli, en communication, l'acte conventionnel arrêté
et signé à Paris le 31 octobre dernier entre les commissaires du roi de France et ceux de la République. » Par suite de l'acceptation de l'ordonnance de Sa Majesté Charles X, du 17 avril dernier, pour la reconnaissance de notre indépendance, j'avais donné aux commissaires qui furent expédiés à Paris, des instructions pour
former avec le gouvernement français un traité expliquant
clairement toutes les parties de l'ordonnance dont il est
question, en réglant en même temps les bases futures des
rapports et du commerce des deux nations. Les commissaires, de retour, ne m'ont pas laissé ignorer que cette
convention, telle qu'elle se trouve, est tout ce qu'ils ont
pu obtenir dans leurs négociations avec les commissaires
du roi de France. Comme elle ne se trouve pas conçue dans
des termes qui assurent l'intérêt général de la République,
je serais bien aise, citoyens sénateurs, d'avoir votre opinion
motivée sur le meilleur parti qu'il conviendrait de prendre
à cet égard. « J'ai l'honneur, etc. « Signé : Boyer. » 54 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. Le Sénat trouva, comme le Président, que cette convention ne répondait pas à ce qu'on avait attendu du gouvernement français, d'après la note d'explications fournie
par M. de Mackau pour obtenir l'acceptation de l'ordonnance. Il fut d'avis que cette convention ne devait pas être
ratifiée, et que le Président devait insister pour avoir un
traité qui effacerait les ambiguïtés de l'ordonnance, —
qui fixerait le délai où la faveur du demi-droit, « à l'importation, » cesserait pour les produits français, — qui
ferait cesser immédiatement cette faveur étendue « à
l'exportation » des produits d'Haïti par navires français,
dès le jour où l'ordonnance fut acceptée. Car, si Haïti avait dû consentir à payer une indemnité
en faveur des anciens colons, rien ne devait l'obliger à en
payer une autre au commerce de la France sous la forme
du demi-droit ; et il était aussi absurde qu'injuste que, tandis qu'elle s'épuiserait pour acquitter la première, on
voulût lui en ôter les moyens qu'elle trouverait dans la
perception des deux impôts, à l'importation et à l'exportation. D'ailleurs, les droits perçus par le fisc, à l'exportation des produits indigènes, n'étaient que la représentation de Y impôt foncier établi sur les Haïtiens sous cette
forme. Aussi, cette extension abusive avait fait affluer
dans nos ports une foule de navires français venus la plupart sur Test, pour se charger de nos denrées ; les armateurs et les commerçans de cette nation avaient compris
que ceux des autres nationsen profiteraient pour opérer
leur retour par ces navires ; et par là, le commerce de ces
nations partagerait effectivement la faveur du demi-droit
que l'ordonnance du 17 avril n'accordait qu'à celui de la
France. Mais peu importait au gouvernement français qui,
de cette manière, voyait favoriser la navigation de son
de navires français venus la plupart sur Test, pour se charger de nos denrées ; les armateurs et les commerçans de cette nation avaient compris
que ceux des autres nationsen profiteraient pour opérer
leur retour par ces navires ; et par là, le commerce de ces
nations partagerait effectivement la faveur du demi-droit
que l'ordonnance du 17 avril n'accordait qu'à celui de la
France. Mais peu importait au gouvernement français qui,
de cette manière, voyait favoriser la navigation de son [1826] CHAPITRE I. 55 pays et introduire dans ses ports presque toutes les denrées d'Haïti sur lesquelles il percevait des droits très-élevés. Il est inutile de dire qu'il n'était nullement question,
dans la convention du 51 octobre, de la « réduction » du
chiffre de l'indemnité. A ce sujet, Boyer avait tout espéré
de la réclamation qu'il en fit par sa lettre autographe à
Charles X, et ce monarque avait fait la sourde oreille.
C'était un nouveau motif pour qu'il refusât de ratifier la
Convention , et ce fut en vain que M. le baron Maler, et
M. de Mélay, commandant de la frégate la Médée, qui lui
avait été adjoint dans ce but, le pressèrent d'y apposer sa
signature. Le 3 mars, il fit adresser au ministère français
une dépêche signée par le secrétaire général Inginac,
contenant ses divers motifs; et il sentit en même temps
qu'il devenait nécessaire et urgent, autant par rapport aux
circonstances politiques où se trouvait le pays depuis l'acceptation de l'ordonnance, que pour fixer le gouvernement
français et les autres puissances étrangères, sur le sens
qu'il y avait attaché, de publier une déclaration solennelle
qui fut rendue sous la forme d'une « proclamation aux
Haïtiens , » datée du o mars. Nous en donnons ici un
extrait : En acceptant l'acte qui reconnaît l'indépendance
d'Haïti, nous ne nous sommes pas dissimulé le vague des
dispositions qu'il renferme. Nous avons prévu dès-lors la
diversité des interprétations qu'on pouvait lui donner;
mais nous aurions cru faire injure au gouvernement français en lui supposant d'autres pensées, d'autres intentions
que celles qui, dans une déclaration de cette nature, peuvent seules honorer et immortaliser le souverain qui Ta
proclamée. Des intérêts aussi chers, des droits aussi sacrés que ceux de la patrie, ne pouvaient pas toutefois être 56 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. abandonnés à l'arbitraire des interprétations. Mon devoir
me prescrivait de réclamer des explications : je lésai demandées. Les commissaires sont de retour. ... Les clauses essentielles de la convention qu'ils m'ont remise, ne
s'accordantpas exactement avec les intérêts d'Haïti, la prudence a commandé de ne rien conclure à cet égard, dans
l'espoir fondé que des explications ultérieures amèneront
le résultat désiré Cependant, dans l'état des choses, je
me dois à moi-même, je dois à mon pays, au monde entier,
de déclarer solennellement le sens d'après lequel le gouvernement d'Haïti a accepté l'ordonnance du 17 avril :
s'accordantpas exactement avec les intérêts d'Haïti, la prudence a commandé de ne rien conclure à cet égard, dans
l'espoir fondé que des explications ultérieures amèneront
le résultat désiré Cependant, dans l'état des choses, je
me dois à moi-même, je dois à mon pays, au monde entier,
de déclarer solennellement le sens d'après lequel le gouvernement d'Haïti a accepté l'ordonnance du 17 avril : « Libre et indépendante de fait depuis vingt-deux an-
» nées, Haïti n'a vu dans cette ordonnance que l'applica-
» tion à son égard d'une formalité pour légitimer aux yeux
» des autres nations le gouvernement d'un peuple qui s'est
» constitué en Etat souverain. C'est cette formalité, d'où
» résulte la renonciation du Roi de France, pour lui, ses
» successeurs et ayant-cause, à toute souveraineté sur le ter-
» ritoire de la République, que nous avons obtenue en
» compensation d'une indemnité dont le premier payement
» a été effectué, comme les autres léseront religieusement
» aux termes convenus. La présente législature, en décla-
» rant cette indemnité dette nationale, vient de donner une
» nouvelle preuve de la garantie oiïerte par la République
» de la bonne foi de son gouvernement. Ainsi, il ne peut
» exister dans l'opinion du monde le moindre doute que
» ce ne soit là la seule interprétation raisonnable de l'or-
» donnance reconnaissant l'indépendance d'Haïti : interpré-
» lai ion qui, d'ailleurs, s'accorde naturellement avec les
» précédons manifestes du gouvernement. » « Citoyens! la déclaration de votre premier magistrat
est en harmonie avec votre inébranlable détermination, [1820] CHAPITRE I. , 57 qui depuis longtemps est universellement connue — »
Cette déclaration produisit le meilleur effet dans les rangs
de ceux des Haïtiens qui, blessés des termes de l'ordonnance du 17 avril, avaient pensé que le Président n'aurait
pas dû l'accepter, sans être pour cela de l'opposition existante contre son gouvernement. Ils virent avec satisfaction
qu'il tenait un langage digne du premier magistrat d'un
peuple qui se reconnaissait « libre, indépendant et souverain » sur son territoire, dès le jour à jamais mémorable
du 1er janvier 1804. Après cet acte^qui posait Haïti en face
de la France comme résolue à soutenir ses droits, il n'y
avait plus qu'à persévérer à obtenir le traité qui devait
expliquer l'ordonnance, ou l'annuler par la conclusion
de nouveaux arrangemens, pour satisfaire l'honneur national. Mais cet honneur même obligeait le gouvernement à vider le trésor public de tous les fonds qui y étaient en réserve, afin de compléter, s'il y en avait suffisamment, le
premier terme de l'indemnité. Boyer fit expédier en consô- *
quence un million de piastres qui produisit en France la
somme de 5,500,000 francs, lorsqu'il en aurait fallu six g,h
millions. Le citoyen Seguy Villevaleix, chef des bureaux -> ,
de la secrétairerie générale, fut chargé d'accompagner ces
fonds qu'on plaça sur la corvette française YHébé et qui fu- >
rent versés à la caisse des dépôts et consignations. C'étaient
donc 700,000 francs qui restaient dus encore.
astres qui produisit en France la
somme de 5,500,000 francs, lorsqu'il en aurait fallu six g,h
millions. Le citoyen Seguy Villevaleix, chef des bureaux -> ,
de la secrétairerie générale, fut chargé d'accompagner ces
fonds qu'on plaça sur la corvette française YHébé et qui fu- >
rent versés à la caisse des dépôts et consignations. C'étaient
donc 700,000 francs qui restaient dus encore. Pendant que la corvette se rendait en France, le gouvernement reçut la réponse du ministre des affaires étrangères de ce pays, à la dépêche que le secrétaire général lui
avait adressée le 5 mars. On va voir ce que disait cette
réponse et ce qui motiva le message suivant, en date du
1er août, adressée par Boyer au Sénat : 58 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. « Citoyens sénateurs, « Par suite de la non-ratification de la convention qui
avait été signée à Paris le 51 octobre 1825, par les commissaires que j'y avais envoyés et ceux de S. M. T. G., je
fis adresser des observations, le 5 mars dernier, au gouvernement français, sur différentes clauses de cette convention, en demandant que le roi de France nommât des
commissaires et leur donnât des instructions et pouvoirs
suffisans pour terminer ici un traité favorable aux deux
nations. » La réponse du minis tre des affaires étrangères de France,
en date du 25 mai dernier, m'apprend que Charles X, accédant aux observations et aux propositions faites à son gouvernement, avait nommé des commissaires pour s'occuper
avec ceux du gouvernement d'Haïti de la conclusion d'une
nouvelle convention. » Les instructions envoyées à ces commissaires ' ne les
autorisant pas, à ce que m'a dit le consul général Maler, à
rien statuer au sujet du demi-droit qui a été établi par l'ordonnance du 17 avril, sur les marchandises et navires
français ; et comme cependant c'est le point le plus important à régler, parce que Haïti, payant une indemnité déterminée à la France, pour la reconnaissance de son indépendance pleine et entière, ne pouvait pas, sans atténuer son
indépendance, se soumettre àperpétuitéh l'obligation d'admettre dans ses ports le commerce français au demi-droit,
il est indispensable de s'expliquer clairement à cet égard
avec le gouvernement français, afin de fixer le temps pen1 Nous croyons nous rappeler (jn'à M. Maler il fut encore adjoint M. de Mélay qui passa
quelque temps en station au Port-au-Prince, sur la frégate qu'il commandait. [1826] CHAPITRE I. 59 dant lequel les Français devront jouir en Haïti, sur leurs navires et leurs productions ou marchandises, de la faveur du
demi-droit, et de faire cesser l'extension onéreuse qui,
jusqu'ici, a étenducet avantage sur les droits dus pour l'exportation des denrées et productions du sol d'Haïti. » D'après le développement de ma pensée, que je viens
de manifester dans l'intérêt aussi bien que pour l'honneur
d'Haïti, je désire, citoyens sénateurs, avoir l'opinion motivée du Sénat. Je viens donc la réclamer, et vous reconnaîtrez dans cette nouvelle démarche combien je désire donner
du poids ou de la stabilité à toutes les démarches du gouvernement d'Haïti, pour fortifier de plus en plus la prospérité nationale.
après le développement de ma pensée, que je viens
de manifester dans l'intérêt aussi bien que pour l'honneur
d'Haïti, je désire, citoyens sénateurs, avoir l'opinion motivée du Sénat. Je viens donc la réclamer, et vous reconnaîtrez dans cette nouvelle démarche combien je désire donner
du poids ou de la stabilité à toutes les démarches du gouvernement d'Haïti, pour fortifier de plus en plus la prospérité nationale. » J'ai l'honneur, etc. Signé : Boyer. Ce ne fut qu'un mois et demi après, le 15 septembre, que
le Sénat répondit à ce message ; probablement, les sénateurs présens à la capitale n'étaient pas en nombre suffisant
pour former la majorité, eton en aura mandé d'autres pour
la délibération. Le Sénat dit au Président : qu'il était d'avis qu'il fallait
s'entendre avec le gouvernement français pour fixer l'époque où le demi-droit, à l 'importation, devait cesser ; mais
que, quant à l'exportation, cette faveur devait être immédiatement supprimée. Malgré l'opinion du Sénat sur ce dernier point, la mesure
ne fut pas prise, parce que le Président fit écrire de nouveau au gouvernement français, en même temps que
M. Maler lui demandait de nouvelles instructions sur la
double question du demi-droit. Les choses ayant traîné en
longueur, on verra ce qu'imagina le gouvernement haïtien,
en 1827, pour atteindre le but qu'il se proposait. 40 ÉTUDES SUR l' HISTOIRE D'HAÏTI, A l'exemple tracé par la France, le gouvernement britannique appointa dans cette année un consul général en la
personne cleM. Charles Mackensie^ etdes consuls et vice-consuls pour résider clans divers ports d'Haïti1. Successivement, plusieurs autres puissances européennes, la Hollande,
la Suède, le Danemarck, etc., établirent aussi des consulats
dans la République 2. Se fondant sur ces faits, le 1 er avril Boyer publia une proclamation qui rapporta celle du 20 mars 1825, en permettant aux navires haïtiens de naviguer dans les hautes mers
et de commercer avec les pays amis d'Haïti. Néanmoins, il
leur fut encore défendu d'aller dans les colonies de ces pays
et dans les deux États delà Caroline du Sud et de la Caroline du Nord. Mais, à raison des démarches que les gouverneurs de Saint-Thomas et de Curaçao avaient faites dans le
temps, les navires nationaux eurent la faculté de s'y rendre
mars 1825, en permettant aux navires haïtiens de naviguer dans les hautes mers
et de commercer avec les pays amis d'Haïti. Néanmoins, il
leur fut encore défendu d'aller dans les colonies de ces pays
et dans les deux États delà Caroline du Sud et de la Caroline du Nord. Mais, à raison des démarches que les gouverneurs de Saint-Thomas et de Curaçao avaient faites dans le
temps, les navires nationaux eurent la faculté de s'y rendre 1 Avant l'arrivée de M. C.Mackensie en Haïti, des journaux anglais avaient fait savoir
qu'il était « homme de couleur, », né dans une des colonies de la Grande-Bretagne. Son
origine africaine prédisposa les Haïtiens à l'accueillir avec nne bienveillance particulière.
Mais quelqu'un lui ayant avoué ce sentiment, il s'en trouva excessivement choqué ; de là
la morgue offensante qu'il ne cessa de montrer durant son séjour dans le pays. On sait
quel rappoit il fit au gouvernement auglais qui l'avait chargé « de recueillir des rensei-
» gnemens sur les progrès et les conséquences de l'abolition de l'esclavage en Haïti. » A
cette époque, ce gouvernement préparait les voies à l'émancipation des esclaves de ses
colonies. Ce rapport fut si malveillant pour les Haïtiens et leurs gouvernemens, et il pouvait tellement nuire à l'œuvre d'émancipation, que la Société abolitioniste de Londres
jugea qu'il était convenable de faire prendre de nouveaux renseignemens sur l'état des
choses en Haïti ; et dans ce but, elle y envoya M. Richard Hill, homme de couleur de la
Jamaïque. M. R. Hill examina la situation avec plus de calme et de sagacité, et ramena
l'opinion à des appréciations mieux raisonnées. Il jouit en Haïti, durant son séjour, de
toute l'estime et de la considération qu'il méritait, car il s'y montra un vrai gentleman. 2 En 1825, M. John Quincy Adams était Président \les États-Unis. Cette République ne
voulant pas accréditer des consuls en Haïti, dans un message qu'il adressa au Congrès, ce
Président dit : « On trouve de nouvelles raisons contre la reconnaissance de la République
• d'Haïti dans ce qui s'est passé dernièrement, quand ce peuple a accepté de la France
i , » une souveraineté nominale, accordée par un prince étranger, sous des conditions par-
» faitement convenables à un état de vasselage colonial, et ne laissant de l'indépendance
» rien que le nom. » Mais quand en 1821, le même personnage, alors secrétaire d'État,
adressait une lettre « à S. E. le général Boyer, Président d'Haïti, » an sujet d'une affaire
d'argent, c'était bien reconnaître l& République d'Haïti comme un État indépendant et
souverain.
, sous des conditions par-
» faitement convenables à un état de vasselage colonial, et ne laissant de l'indépendance
» rien que le nom. » Mais quand en 1821, le même personnage, alors secrétaire d'État,
adressait une lettre « à S. E. le général Boyer, Président d'Haïti, » an sujet d'une affaire
d'argent, c'était bien reconnaître l& République d'Haïti comme un État indépendant et
souverain. [1826] CHAPITRE l il pour le commerce. La proclamation recommanda aux
Haïtiens de respecter strictement les droits des nations. En conséquence de la publication du code rural et afin
de prouver aux citoyens qu'il voulait honorer les travaux
des champs, le gouvernement ordonna de célébrer avec
pompes, dans toutes les communes, la fête de l'agriculture
fixée au 1er mai. A la capitale, le cortège des autorités civiles et militaires, des commerçans et autres citoyens notables, clés instituteurs et leurs élèves, et des groupes de cultivateurs, se réunit au palais de la présidence, d'où il se
rendit sur l'autel de la patrie, avec les membres de la Chambre des communes, ceux du Sénat, les grands fonctionnaires et le Président d'Haïti. Là, le conseil des notables proclama les noms des agriculteurs qui avaient été désignés
d'avance, comme ayant mérité cette distinction par leurs
travaux ; des couronnes civiques furent posées sur leurs têteS; au bruit de la musique militaire et d'une salve d'artillerie, conformément au programme de la fête. Puis, le cortège se rendit à l'église de la paroisse où une messe fut
chantée^ et le soir la ville fut illuminée, après bien des divertissemens de la part de la population. Dans les années
suivantes, les mêmes cérémonies eurent lieu le 1er mai;
mais, hélas! l'agriculture n'y gagna pas grand' chose! Le
code rural lui avait porté malheur. On finit très-souvent
par couronner les plus hardis paresseux qui enviaient cette
distinction civique, lorsque le gouvernement imagina d'y
joindre des instrumens aratoires comme prix du travail qui -
honore l'homme des champs : les officiers de police et les ,Ur
conseils d'agriculture se prêtèrent même à ces fraudes1. ' ■ 1 A toutes ces fêtes, les cultivateurs apportaient des produits de leur travail, comme sQ j spécimen. On vit à l'une d'elles, un travailleur habituel des magasins de commerce au Lyi'
Port-au-Prince, se présenter parmi eux avec une canne à sucre d'une longueur prodi42 études sur l'histoire d'haïti. / A la nouvelle organisation des troupes de ligne, lePrésident avait saisi cette circonstance pour congédier du service un grand nombre de soldats qui y comptaient vingtcinq années. Le 28 juin il publia un arrêté qui ordonna
un recrutement général dans la République, afin de compléter les cadres. Cette opération fut confiée aux soins des
commandans d'arrondissement, comme par le passé en
pareil cas, et il leur fut recommandé « de ne pas enrôler
» les hommes qui travaillaient à la culture de la terre, les
» employés au service public, ni les hommes mariés. j> —
Le recrutement fut toujoursune mesure laissée à l'arbitraire
del'autoritémilitaire, le défaut d'états de population n'ayant
jamais permis au gouvernement de la régler sur l'âge des
citoyens. Aux exceptions indiquées pour la première fois
dans cet arrêté, d'autres exceptions furent ajoutées par une
loi de 1841; alorg on congédiait les hommes qui avaient
dix-huit années de service militaire, et successivement ce
service devait se borner à douze années.
une mesure laissée à l'arbitraire
del'autoritémilitaire, le défaut d'états de population n'ayant
jamais permis au gouvernement de la régler sur l'âge des
citoyens. Aux exceptions indiquées pour la première fois
dans cet arrêté, d'autres exceptions furent ajoutées par une
loi de 1841; alorg on congédiait les hommes qui avaient
dix-huit années de service militaire, et successivement ce
service devait se borner à douze années. Trois mois étaient à peine écoulés depuis que le gouvernement avait expédié en France tous les fonds qui existaient
au trésor national, que le service public ne pouvait être
payé par l'insuffisance des revenus: la faveur du demidroit accordée au commerce français, tant à l'importation
qu'à l'exportation, en était la principale cause. Dans de
telles circonstances, le gouvernement devait y pourvoir par
le seul moyen qui se présentait; c'était une impérieuse obligation qui lui incombait. Cet état de choses se compliquait
par la crise financière et commerciale qui se faisait sentir en
Europe et aux États-Unis depuis \ 825, et qui réagissait en gieuse : cet individu eut le temps d'être couronné et de recevoir une serpe en prix,
avant qu'il eut été reconnu par les meinbresdu conseil de notables dont plusieurs étaieut
comraercans. [J826] CHAPITRE I. 45 Haïti comme dans tous les autres pays d'Amérique. Jusqu'alors il avait suffis pour toutes les transactions commerciales et autres du pays, d'environ un million de gourdes
de monnaie nationale frappée à l'effigie de Pétion et de
Boyei% d'environ dix-huit cent mille gourdes de monnaie
à serpent (l'hôtel des monnaies n'en ayant produit que
1,100,000 et les 700,000 autres étant venus de l'étranger
en contrefaction) et de la monnaie d'Espagne qu'importait
le commerce ; mais la crise financière dont s'agit avait fait
disparaître une partie de cette dernière. La circulation était
donc gênée, en même temps que le fisc ne percevait, en
1826, que % 305^408 gourdes enrecettes contre 5,648,986
gourdes de dépenses. Le 25 septembre, Boyer publia un arrêté qui ordonna
l'émission, par le trésor général, de billets de caisse, d'une
valeur nominale d'une, de deux et de cinq gourdes., imprimés et attachés à des cahiers à souches avec une série de
numéros; ils étaient signés par le trésorier général et contre-signes par les membres de la chambre des comptes et
par le secrétaire d'État 1 . Toute falsification ou contrefaction de ces billets entraînait les peines portées contre
les faux monnayeurs. Telles furent les causes et l'origine de ce papier-monnaie
qui dut circuler dans la République comme argent, servir
comme tel aux dépenses du trésor et y être reçu en payement des impôts de toutes sortes. Nul individu ne pouvait
le refuser ou le recevoir pour une valeur au-dessous de sa
valeur nominale 2. Dès lors, aucune prévision humaine ne 1 Avant la fin de 1826, le trésor général mit en circulation 222,600 gourdes en billets de toutes valeurs. Cette idée fut suggérée par A, Nan, trésorier général.
comme argent, servir
comme tel aux dépenses du trésor et y être reçu en payement des impôts de toutes sortes. Nul individu ne pouvait
le refuser ou le recevoir pour une valeur au-dessous de sa
valeur nominale 2. Dès lors, aucune prévision humaine ne 1 Avant la fin de 1826, le trésor général mit en circulation 222,600 gourdes en billets de toutes valeurs. Cette idée fut suggérée par A, Nan, trésorier général. 2 A l'apparition des billets de caisse, un négociant anglais, M. Maunder, essaya de les
refuser : on le menaça de lui retirer sa patente, et il se soumit à l'arrêté du Président. 44 ÉTUDES SUT. L'HISTOIRE d' HAÏTI. put assigner l'époque où les billets de caisse, véritable
expédient financier, pourraient être retirés de lacirculation ;
car, lorsqu'un gouvernement entre dans cette voie par une
urgente nécessité, il est rare qu'il ne s'y enfonce pas chaque
jour davantage, à moins de circonstances extrêmement
favorables. La deuxième législature avait terminé son mandat dans
la session de cette année. Au terme de la constitution,
c'était au Ier février 1827 que les électeurs devaient se
réunir pour nommer les membres de la nouvelle Chambre
des communes; mais le pouvoir exécutif désirant, à raison
des circonstances, qu'elle s'assemblât à la capitale avant le
1er avril, Boyer publia, le 4- décembre, une adresse aux
électeurs, qui les convoqua au 10 janvier afin de pouvoir
ouvrir la session législative au 10 février. Il leur recommanda de se montrer tous empressés à se trouver aux
assemblées communales : « Songez, leur dit-il, que l'ab-
» sence d'un seul bon citoyen peut laisser le champ libre
» à l'intrigue et à l'ambition; et souvenez-vous que la
» constitution, en vous confiant le soin d'élire les man-
» dataires du peuple, a entendu que le patriotisme uni
» aux lumières, obtînt seul vos suffrages. » Ces paroles sensées avaient évidemment le cachet d'un
regard rétrospectif sur les élections et sur la session de
1822. Mais comme toujours, le gouvernement ne désigna
aucun candidat par l'entremise de ses agents. Il oublia
peut-être que la nature même de l'institution d'une Chambre de représentais admet la brigue, sinon l'intrigue; et
que, quant à l'ambition, « le patriotisme uni aux lumières »
n'en est point exempt, que cet ardent sentiment l'inspire,
au contraire, dans l'espoir d'être utile à la chose publique.
Parla, nous entendons bien certainement cette généreuse
toujours, le gouvernement ne désigna
aucun candidat par l'entremise de ses agents. Il oublia
peut-être que la nature même de l'institution d'une Chambre de représentais admet la brigue, sinon l'intrigue; et
que, quant à l'ambition, « le patriotisme uni aux lumières »
n'en est point exempt, que cet ardent sentiment l'inspire,
au contraire, dans l'espoir d'être utile à la chose publique.
Parla, nous entendons bien certainement cette généreuse [1826] CHAPITRE I. 45 et noble émulation qui porte un citoyen à vouloir se distinguer honorablement : dans la carrière civile comme dans
la carrière militaire, une telle ambition est légitime. Dans la situation où se trouvait la République, dont le
le gouvernement continuait à correspondre avec celui de
France, par rapport au traité qu'il désirait conclure, Boyer
pensa sans doute qu'il était sage et prudent d'instruire
particulièrement les généraux de l'armée commandans
d'arrondissement, de tout ce qui s'était passé depuis l'acceptation de l'ordonnance de Charles X. A cet effet , il
les convoqua à la capitale dans le mois de décembre, ainsi
qu'il l'avait fait deux ans auparavant; presque tous s'y
rendirent. Une communication leur fut donnée de tous les
actes du gouvernement, avec l'explication des motifs qui
l'avaient guidé dans les vues patriotiques dont il était
animé, et du but auquel il désirait atteindre. C'était le
vrai moyen de convaincre les chefs qui dirigeaient le
peuple dans leurs commandemens respectifs, et de les porter à soutenir le Président de la République dont l'aménité
ajoutait un nouveau prix à cette communication. S'ils ne
se retirèrent pas tous pénétrés des raisons qu'il allégua
pour justifier sa conduite dans ces graves circonstances,
du moins ces généraux ne pouvaient se plaindre qu'il
eût dédaigné de les mettre au courant des affaires de
l'État. L'arrêté du Président qui créa les billets de caisse avait
imposé une trop rude besogne au secrétaire d'État Imbert,
en l'obligeant à les viser. Indépendamment de ses occupations multipliées et de ses fréquentes indispositions causées
par l'asthme dont il était atteint depuis de longues années,
ce moyen de contrôle financier n'était pas de foute nécessité. Un nouvel arrêté du 12 décembre avertit le public 46 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hAÏTI.
a les billets de caisse avait
imposé une trop rude besogne au secrétaire d'État Imbert,
en l'obligeant à les viser. Indépendamment de ses occupations multipliées et de ses fréquentes indispositions causées
par l'asthme dont il était atteint depuis de longues années,
ce moyen de contrôle financier n'était pas de foute nécessité. Un nouvel arrêté du 12 décembre avertit le public 46 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hAÏTI. que désormais ce visa ne paraîtrait plus sur le papiermonnaie. Cet expédient même auquel le gouvernement avait dû
recourir pour payer le service public à l'intérieur, et l'impossibilité où il s'était trouvé de solder le premier terme
de l'indemnité, après avoir épuisé tous les fonds qu'il y
avait au trésor, avaient sans doute fait pressentir au gouvernement français que le second terme, échéant au 51 décembre 1826, ne serait pas versé à la caisse des dépôts
et consignations. Il ne voyait d'ailleurs aucun agent haïtien chargé de contracter un nouvel emprunt en Europe
pour cet objet, si tant est qu'il eût été possible d'y trouver encore des prêteurs. Aussi, M. de Villèle lui-même
ne fut-il pas étonné quand, au lieu d'argent, le Président
d'Haïti fit expédier par le secrétaire d'État, une obligation
écrite pour la somme de 50 millions de francs, qui fut déposée à la caisse des dépôts et consignations. On a eu lieu
de croire, en Haïti, que M. le baron Maler, convaincu de
l'insuffisance des ressources, et pour mieux dire, de la pauvreté de la République, avait préparé son gouvernement à
endurer cette nécessité, à considérer que l'exécution littérale de l'ordonnance du 17 avril était chose absolument
impossible ' . Toutefois,, quant à l'emprunt, Boyer avait pensé que le
pays devait faire tous les efforts possibles pour prouver 1 On a dit que M. Maler était un ami particulier de M. de Villèle. Durant son séjour
en Haïti, il se montra toujours conciliant et d'ilne bonhomie qui plaisait par ses formes
et ses discours. On connaît Je conseil qu'il donna un jour au général Inginac qu'il Visitait
souvent. Le secrétaire général se récriait contre l'énormité de la dette contractée envers la France ; M. Maler lui répondit : « Nous avons fait avec Haïti une mauvaise affaire ;
» on vous croyait plus riches. Mais la France est très-puissante; ne tenez pas un langage qui
» puisse blesser son honneur. Dites toujours que vous lui paierez, et prenez votre temps:
» il se peut qu'à la flu elle réduira votre dette. En attendant, ayons de bons rapports en-
» tre nous. • — Si ce ne sont pas ses propres paroles, c'en est du moins le sens.
M. Maler lui répondit : « Nous avons fait avec Haïti une mauvaise affaire ;
» on vous croyait plus riches. Mais la France est très-puissante; ne tenez pas un langage qui
» puisse blesser son honneur. Dites toujours que vous lui paierez, et prenez votre temps:
» il se peut qu'à la flu elle réduira votre dette. En attendant, ayons de bons rapports en-
» tre nous. • — Si ce ne sont pas ses propres paroles, c'en est du moins le sens. [1826] CHAPITRE ï. 47 qu'on avait la sérieuse intention de remplir les engagemens
contractés. A cet effet, dès le 'retour de MM. Rouanez et
Frémont, il avait fait choix de M. Calix Brouard, négociant
au Port-au-Prince et ancien administrateur des finances
dans le Sud, pour remplir les fonctions d'agent du gouvernement au Havre, afin de recevoir et de vendre les
denrées qui y seraient expédiées pour le compte de la République, en remettant les valeurs à la compagnie d'adjudication de l'emprunt. Ces fonds devaient servir à payer
les séries d'obligations qui sortiraient du tirage au sort et
les intérêts semestriels du reste. Mais cette combinaison ne
fut pas de longue durée; notre agent ne put effectuer que
le payement des intérêts de l'emprunt échus le 1er juillet
1827, le 1er janvier 1828 et une portion de ceux du 1er juillet de la même année, parce que 1° les cafés envoyés cl!Haïti
supportaient des droits énormes, comparativement à ceux
que payaient les cafés des colonies françaises, et bien qu'ils
fussent importés au Havre par des navires français 1 -, 2° la
valeur commerciale cle cette denrée, qui était de i 4 piastres,
en 1825, dans ce port, était descendue à 12 piastres un
quart en 1826, et descendit encore à 10 et demi en 1827,
et à 8 piastres seulement en 1828, par l'effet de la crise
financière. Le gouvernement haïtien se vit donc contraint
de renoncera cette combinaison et de rappeler son agent.
Nous reviendrons sur les affaires de l'emprunt et de l'indemnité dans d'autres chapitres de ce livre et successivement d'après l'ordre chronologique. Mais au moment où 1 Le gouvernement avait essayé d'envoyer ses denrées en France par navires sons pa«
Villon haïtien, mais il dut y renoncer à cause des droits. Suivant diverses lois rendues en
1816 et 1818 et le 17 mai 182.6, les navires haïtiens payaient 105 fr. par 100 kilogr.
net de café, les navires français, 95 fr. En même temps, les cafés des colonies françaises
importés par navires français, payaient 60 fr. et même S0 fr., suivant la situation de ces
colonies. 48 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. Haïti venait de s'engager à payer une dette aussi considérable, où la session législative de 1826 avait produit tant
de lois en vue de lui en faciliter les moyens, il est peutêtre convenable d'examiner sur quel système d'impôts,
l'administration basait ses ressources financières, et quelles
étaient ses dépenses à l'intérieur. Sans qu'il soit
besoin de rechercher quelle fut l'origine des divers
impôts établis, en remontant jusqu'au temps de l'ancienne colonie et à celui des gouvernemens qui précédèrent l'établissement de la Republique d'Haïti, prenons-les
tels qu'ils résultent de ces lois.
il est peutêtre convenable d'examiner sur quel système d'impôts,
l'administration basait ses ressources financières, et quelles
étaient ses dépenses à l'intérieur. Sans qu'il soit
besoin de rechercher quelle fut l'origine des divers
impôts établis, en remontant jusqu'au temps de l'ancienne colonie et à celui des gouvernemens qui précédèrent l'établissement de la Republique d'Haïti, prenons-les
tels qu'ils résultent de ces lois. Il nous semble qu'on peut les grouper en deux catégories distinctes, sous la désignation de contributions directes
ou de contributions indirectes, ainsi que le font les vieilles
nations civilisées. Et d'abord, il est utile de se ressouvenir qu'Haïti est un
pays essentiellement agricole; qu'elle n'a point de manufactures donnant des produits ouvragés à l'aide de machines, à moins qu'on ne veuille compter comme telles,
les usines attachées aux établissement d'agriculture dans
lesquelles on prépare quelques-unes de ses denrées, pour
les livrer à la consommation ou les rendre exportables, ce
qui serait peu rationnel; qu'elle possède certaines industries indispensables à tous les peuples, telles que le commerce d'échanges, la fabrication d'objets divers qui tiennent aux arts et métiers, etc. Les contributions directes du pays se divisaient alors en
quatre classes: 1° en impôt territorial, assis sur la production des denrées qui s'exportent à l'étranger, perçu par
le fisc, non pas des mains du producteur, mais dans les
douanes, au moment de l'exportation de ces denrées et suivant leurs quantités; 2° en droit d'exportation, assis égale- [1826J CHAPITRE I. 49 ment sur les quantités de ces denrées, perçu en même temps
dans les douanes. Le fisc ne demandant pas au producteur
lui-même ces deux impôts, à la rigueur on pouvait les
classer dans les « contributions indirectes ; » mais nous les
classons comme directes, parce qu'effectivement ils tiennent lieu de l'impôt qu'en d'autres pays on appelle « contribution foncière, » et qui est assis sur le revenu net des
propriétés rurales; 3° en impôt foncier, assis directement
celui-ci, — sur les établissemens ruraux dont les produits
ne sont pas exportés à l'étranger, mais sont consommés à
l'intérieur, tels que sucre, sirop, rhum ou tafia, cannes
plantées sans moulins y attachés, bois à brûler, charbon
de bois^ chaux, poteries, briques^ tuiles, sel, herbes en
coupes réglées servant au fourrage des animaux ; — sur
les établissemens urbains qui produisent un loyer, tels
que maisons ou cases habitées dans les villes ou bourgs,
emplacemens vides ou masures clôturés qui servent è recevoir les animaux des voyageurs, à déposer les matériaux; 4° enfin, endroit de patente >s y assis sur l'industrie, la
profession, le commerce en gros ou en détail, et payé par
les individus qui y sont soumis, à moins d'exceptions spéciales. A ces impôts, le gouvernement ajouta, comme on l'a vu,
une contribution extraordinaire, d'abord pour dix ans, en
1826, puis pour l'année 1827 seulement, laquelle devait
prendre pour base, dans le classement des individus, « les
» revenus provenant soit de leurs fonctions, de leur in-
» dustrie, de leurs propriétés ou de leur commerce. » Ensuite, elle ne fut pas établie pour 1828; mais elle reparut
pour 1829 et 1850, sous le nom d'imposition personnelle
et mobilière, et dut être prélevée en 5 pour cent du mini-
» mum présumé des revenus ou produits de l'industrie de
7 seulement, laquelle devait
prendre pour base, dans le classement des individus, « les
» revenus provenant soit de leurs fonctions, de leur in-
» dustrie, de leurs propriétés ou de leur commerce. » Ensuite, elle ne fut pas établie pour 1828; mais elle reparut
pour 1829 et 1850, sous le nom d'imposition personnelle
et mobilière, et dut être prélevée en 5 pour cent du mini-
» mum présumé des revenus ou produits de l'industrie de T. X. 4 50 ÉTUDES SUR L HISTOIRE d' HAÏTI. » chaque citoyen. ■» Cependant « les personnes dont
» les revenus ou les produits de l'industrie n'atteindraient
» pas la somme de 60 gourdes ne pourraient être
» taxées moins d'une gourde et demie. » — A l'égard de
ces contributions spéciales, nous avons déjà dit qu'elles
n'atteignirent point le but que le fisc se proposait : il faut
donc s'en tenir aux autres contributions directes qui restèrent permanentes. Parmi elles, les mieux assises, sans contredit, étaient
celles que le fisc percevait dans les douanes, au moment de l'exportation des denrées à l'étranger, sans
que les contribuables s'en doutassent même; car on
ne leur demandait rien, à eux personnellement, tandis
que leurs produits avaient été payés dans le commerce, par les spéculateurs en denrées ou les négocians, à
raison des sommes que les expéditeurs seraient tenus de
verser au trésor public, pour « l'impôt territorial et le
droit d'exportation. » — Cependant bien des gens ont
souvent blâmé le gouvernement d'asseoir ainsi cette vraie
« contribution foncière, » en prétendant que c'était « nuire
» à la production agricole, l'entraver, empêcher son dé-
» veloppement, etc. » Ce sont surtout des commerçans
qui tenaient ce langage, parce qu'ils y trouvaient une augmentation de frais dans leurs expéditions, dont ils n'auraient pas voulu charger leurs comptes. — A cela, on n'a
eu qu'à leur répondre : qu'il faut prendre le pays tel qu'il
est, avec les embarras du gouvernement pour trouver des
agents assez généralement éclairés, actifs et zélés, pour
percevoir intégralement la contribution foncière qui eût
été établie sous une autre forme^ et des contribuables disposés à la bien payer. Ce qui s'est toujours passé à l'égard de V impôt foncier, [1826] CHAPITRE I. 51 porté au numéro 5° ci-dessus, en estime preuve. Assis sur
le sucre, le sirop, le charbon de bois, etc., produits dans
les établissemens ruraux; sur les loyers des maisons,
etc., dans les villes ou bourgs, cet impôt a-t-il pu être ^<^
jamais perçu intégralement, soit par la négligence ou l'incapacité des agents du fisc, soit par le mauvais vouloir des ^ ::
contribuables? L'impôt des patentes même ne fut-il pas
aussi dans le même cas? L'imposition personnelle et mobilière eut le même sort, par les habitudes invétérées du
pays ; et tel est l'inconvénient attaché à toutes les contributions directes.
dans les villes ou bourgs, cet impôt a-t-il pu être ^<^
jamais perçu intégralement, soit par la négligence ou l'incapacité des agents du fisc, soit par le mauvais vouloir des ^ ::
contribuables? L'impôt des patentes même ne fut-il pas
aussi dans le même cas? L'imposition personnelle et mobilière eut le même sort, par les habitudes invétérées du
pays ; et tel est l'inconvénient attaché à toutes les contributions directes. ■ — Quant aux contributions indirectes^ elles présentaient
une plus grande diversité dans leur nature. C'étaient : 1° Le droit d'importation, prélevé dans les douanes à
l'entrée des marchandises venant de l'étranger, d'après le
tarif établi^ soit d'une manière fixe, soit sur la valeur estimative de ces marchandises; — 2° le droit de consignation, ou côte proportionnelle au montant des marchandises reçues en consignation par les nationaux ou les
étrangers; 5° les droits de pesage et de icarfage, sur les
quantités des marchandises importées ou les denrées exportées ; — 4° les droits de tonnage et de fontaine, sur la
capacité des navires étrangers ; — 5° l'impôt sur les boucheries, ou produit du fermage de la faculté d'abattre les
bestiaux ; — 6° le produit des biens domaniaux, par leur
fermage ou leur vente; — 7° le produit des cimetières, par
le fermage de ceux qui sont clôturés; — 8° le produit des
bacs, par le fermage de ceux qui sont établis sur certaines
rivières; — 9° le produit des salines, par le fermage de
celles appartenant au domaine; — 10° le produit du tifn=
bre, par la vente du papier timbré ou le timbre apposé
sur les registres ou livres de commerce ; — 11° le produit o2 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. de V enregistrement et des hypothèques, sur les actes de
propriété ou tous autres actes civils et judiciaires; — 12°
le produit de la vente des objets mobiliers, appartenant
au domaine; —-^15° : les droits sur les marchés passés
avec l'administration,, en cas de fournitures, de bâtisses
d'édifices publics, etc. ; — J4° le produit des monnaies,
par la fabrication des monnaies métalliques ou de billets de
caisse; — 15° le produit des greffes, pour frais de justice
ou amendes prononcées en faveur de l'Etat , en cas de contravention de police municipale ou correctionnelle, ou en
matière criminelle, de douanes, etc. ; — 16° le produit
de recettes accidentelles, par les successions vacantes, la
vente des animaux épaves, les encans publics, etc. A partir de l'administration éclairée du général Bonnet,
secrétaire d'Etat, qui mit de l'ordre dans les finances de
la République en jetant les bases d'une comptabilité régulière ', la recette générale des divers impôts établis en
faveur du fisc subit des modifications successives dans la
classification des chapitres où on les groupait; à la fin,
ces chapitres, au nombre de dix, renfermaient le produit
de toutes les contributions directes et indirectes pendant
chaque année. Il en fut de même pour la dépense générale. Dans ces
chapitres figuraient les sommes dépensées pour : les appointemens des fonctionnaires civils et militaires; la solde
des troupes, leur habillement et équipement, leurs rations;
les approvisionnemens; le remboursement de logemens;
les arsenaux et les hôpitaux ;" la marine; les travaux publics; la dette nationale; et enfin, diverses dépenses accidentelles. 1 Voyez au I ■ I de cet ouvrage, pag"es 294 cl 2i9o
rale. Dans ces
chapitres figuraient les sommes dépensées pour : les appointemens des fonctionnaires civils et militaires; la solde
des troupes, leur habillement et équipement, leurs rations;
les approvisionnemens; le remboursement de logemens;
les arsenaux et les hôpitaux ;" la marine; les travaux publics; la dette nationale; et enfin, diverses dépenses accidentelles. 1 Voyez au I ■ I de cet ouvrage, pag"es 294 cl 2i9o [1826] CHAPITRE 1. 55 Nous regrettons de ne pouvoir donner ici, en détail, le
chiffre cle chacune des branches de la recette générale,
pour l'année 1826 et celles qui la précédèrent et la suivirent immédiatement, mais seulement en totalité. Comme
cette recette dépendait surtout des principaux produits
du pays, voyons d'abord à combien ils s'élevèrent de 1818
à 1824 inclusivement; les voici : Années Café. Coton. Cacao. Sucre. Tabac. Campèche Gayac. 1818. . 20,280,589 384,001 326,26611,896,449 » » 6,717,408 101,892 1819. . 22,526,745 21 4,962 283,313 875,243 » » 3,003.781 90,628 1820. . 25,192,912 345,341 435,282 413,463 » » 1,870,837 28,511 1821. . 29,925,951 820,563 264,792 600,934 » » 3,648,524 16,337 1822. . 24,235,372 592,368 464,154 200,454 588,957 7,470,925 268,834 1823. . 33,593,116 323,806 332,711 14,920 365,765 6,331,533 31,575 1824. . 44,269,084! 1,028,045 461,694 5,106 718,679 3,767,293 223,308 Acajou.
129,962
141,577
129,509
55,005 2,622,277
222,850 2,181,747 La quantité de ces produits est en livres pesant, excepté
pour l'acajou qui se mesure par pieds réduits. Ces chiffres
exposent leur augmentation ou diminution, et il faut se
rappeler que le café, le coton, le cacao, le sucre et le tabac,
dépendent de la récolte. Mais il ne faut pas conclure qu'il
n'y eut que 5,106 livres de sucre produit en 1824 dans tout
le pays ; ce chiffre n'accuse que la quantité qui en fut exportée; et tout le reste, inconnu, soumis à l'impôt foncier,
à cause de sa consommation à l'intérieur, n'acquitta point
cet impôt, de même que la grande, quantité de café qui
sert annuellement à l'usage des habitans. Nous avons déjà dit que le chiffre de la recette et de
la dépense, en 1818, échappa à toutes nos recherches;
mais voici celui des autres années correspondantes : RECETTES en sourdes. DEPENSES en gourdes. -18-18 4819. . . 1,832,940. 1,660,404 4820 . 2,213,440 4,809,228 1821 3,570,691 . 3,461,993 1822 2,620,012 2,728,149
déjà dit que le chiffre de la recette et de
la dépense, en 1818, échappa à toutes nos recherches;
mais voici celui des autres années correspondantes : RECETTES en sourdes. DEPENSES en gourdes. -18-18 4819. . . 1,832,940. 1,660,404 4820 . 2,213,440 4,809,228 1821 3,570,691 . 3,461,993 1822 2,620,012 2,728,149 4823 2,684,548 2,251,157 4824 3,101,716 3,105, Mo 54 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. Par la comparaison entre le chiffre des produits et celui
de la recette, on voit bien que celle-ci dépend beaucoup
des bonnes ou mauvaises récoltes; et si l'année 1821 présente un accroissement de recette aussi extraordinaire,
par rapporta 1820 et 1822, c'est que ce fut en cette année
que le trésor général fit figurer les sommes provenant de
celui de H. Christophe. Examinons maintenant quels furent les produits exportés du pays, de 1825 à 1851 inclusivement. Cet examen
nous fera devancer l'ordre chronologique que nous suivons
toujours, mais il mettra à même de connaître les ressources
financières dont on disposait au moment où fut contractée
la dette nationale. Années.
1825
1826
1827
'182S
1829
1830
1831 Café.
36,850,484
33,223,347
49,672,102
4i.469.489
39,968,200
42,479,802
40,591,817 Coton.
1,026,495
523,614
910,768
1 ,334,535
1,019,656
1,363,809
1,214,2.38 Cacao.
362,746
505,345 702,300
484,497
812,895
457,451
310,412 Sucre.
56,083
31,084 293,970
37,932
46,676 166,226
5,114 Tabac.
692,517
600,308
853,026
527,956
521,236
522,736
770,946 Campèche.
3,582,540
4,974,773
5,420,982
S,3 16,258
7,630,257
16,087,571
21,100,161 Gayac.
479,721
500,099
68,030
431,515
123,268 314,069 Acajou.
2,922, 549
2,951,616
4,202,982
5,322, 49 7
4,297,905
4,557,939
3,832,860 Mettons encore en regard le chiffre de la recette et de
la dépense, dans les mêmes années. ANNEES. RECETTES DEPENSES en gourdes. en gourdes. 1825 2,820,496 3,115,295 1826 2,303,148 3,648,986 1827 2,210,585 2,913,1 31 1828 2,598,117 2,423,2694 829 2,656,291 3, '145,294 1830 2,631,680. 2,998,355 1831 2,336,549. 2,543,039
. RECETTES DEPENSES en gourdes. en gourdes. 1825 2,820,496 3,115,295 1826 2,303,148 3,648,986 1827 2,210,585 2,913,1 31 1828 2,598,117 2,423,2694 829 2,656,291 3, '145,294 1830 2,631,680. 2,998,355 1831 2,336,549. 2,543,039 Si cet exposé des produits d'Haïti, exportés à l'étranger,
dans une période de quatorze années consécutives, prouve
d'une part, qu'il y eut accroissement dans la production,
progrès dans l'agriculture, principalement pour le café;
de l'autre, le chiffre delà recette générale, comparé à celui [1826] CHAPITRE I. m de la dépense générale, dans les sept années qui précédèrent l'acceptation de l'ordonnance de Charles X, prouve
aussi que les revenus de la République suffisaient à tout
son service intérieur. Mais à partir de l'obligation contractée de payer une indemnité à la France et de faire jouir
son commerce d'un privilège, tant à l'importation qu'à
l'exportation, on voit décroître, non la quantité des produits indigènes, mais la somme du revenu public, au point
qu'il fallut de toute nécessité créer le papier-monnaie. Il
résultait donc de cette situation l'impérieuse nécessité aussi
d'adopter de nouvelles mesures financières pour obvier au
déficit constaté. Au commencement de 1 826, on fondait le plus grand
espoir d'accroitre les ressources financières du pays, par
l'exploitation de mines d'or et d'argent situées dans la partie de l'Est, d'après un contrat passé avec une compagnie
formée à Londres : le 8 février le Président en informa le
Sénat par un message. Cette compagnie avait envoyé un
ingénieur et d'autres agents qui étaient placés sous la direction de M. Âlbaret. Ils visitèrent les lieux où existaient
les mines exploitées dans les premiers temps de la colonie
espagnole, suivant les indications des historiens de cette
époque et celle des habitans actuels; mais la faible population de l'Est parut à M. Albaret être une difficulté pour
les travaux; il aurait fallu ensuite ouvrir des routes pour le
transport du minerai jusqu'aux lieux d'embarquement,
construire des usines, habiter ces endroits éloignés des
villes ou bourgs afin de diriger les travaux au meilleur profit de la compagnie. Le gouvernement exigeait 55 pour
cent, un tiers pour sa part, à cause de la concession qu'il
fit à cette compagnie. Tout cela, réuni à la crainte de gagner la fièvre jaune ou d'autres maladies, dans une direc56 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI.
ai jusqu'aux lieux d'embarquement,
construire des usines, habiter ces endroits éloignés des
villes ou bourgs afin de diriger les travaux au meilleur profit de la compagnie. Le gouvernement exigeait 55 pour
cent, un tiers pour sa part, à cause de la concession qu'il
fit à cette compagnie. Tout cela, réuni à la crainte de gagner la fièvre jaune ou d'autres maladies, dans une direc56 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. tion active, porta M. Albaret à y renoncer et à dégoûter la compagnie de donner suite à son entreprise. Il avait
vu nos villes commerçantes de la partie occidentale, et il
pensa qu'il y ferait bien mieux ses affaires ; il devint en
effet un des premiers négocians du Port-au-Prince où il
fut généralement estimé pour la loyauté de son caractère. Le code civil ayant été voté définitivement en 1825^
pendant qu'on préparait les autres codes qui le furent dans
la session de cette présente année, Boyer se laissa persuader
de la nécessité de réviser la constitution, par bien des fonctionnaires publics, sénateurs, etc., qui, ainsi que lui,
croyaient voir une nouvelle ère ouverte pour Haïti par la
reconnaissance de son indépendance, toute défectueuse
qu'elle fût. A cet effet, il leur demanda des projets qui
lui furent remis. La divergence de vues que ces projets présentèrent, jointe aux mécomptes survenus après
le retour de MM. Rouanez et Frémont, de France,
porta le Président à réfléchir et à maintenir son opinion exprimée au Sénat dans son message du 14 mars
1825, tendante à ajourner toute révision, et il n'en fut
plus question. Eut-il tort de persévérer dans cette opinion? Si les auteurs de réformes dans les institutions étaient si peu d'accord entre eux, que n'aurait-on pas vu dans une assemblée
de révision qui eût été formée à cette époque où l'esprit
public, en général, était si mécontent de la manière dont
les arrangemens avec la France avaient eu lieu? Certes,
la constitution de 1816 offrait bien des imperfections, et
nous les avons signalées nous-même d'après nos appréciations; mais elle ne s'opposait pas à une bonne administion du pays, si l'on organisait des ministères ou des se- [1826] CHAPITRE I. 57 crétairer ies d'Etat comme le réclamaient les divers services
publics; et c'est avec raison que le proverbe dit : « Le
mieux est l'ennemi du bien 1 . » 1 Dans ses Mémoires, page 76, luginac parle de cette intention de reviser la constitution et d'un projet qu'il soumit à Boyer. Mais quand il dit à ce propos : « Il était fa- -
» crie d'obtenir sans commotion cette révision, parce que l'état du pays était tranquille, »
il n'a pas été dans le vrai, car lui-même a pris soin de parler des difficultés de la situation. J'ai eu occasion de lire un des projets soumis à Boyer : j'ignore quel en fut l'auteur,
mais ce ne fut pas celui d'Inginac. On y proposait de substituer au titre de Président
d'Haïti, celui de Grandeur, et de qualifier ce premier magistrat de Monseigneur, etc. C'est,
à cette époque que l'Opposition imputa à Boyer le désir de se faire Roi d'Haïti pour être
l'égal de Charles X. De bonne foi, Boyer valait mieux que certains de ses détracteurs.
mis à Boyer : j'ignore quel en fut l'auteur,
mais ce ne fut pas celui d'Inginac. On y proposait de substituer au titre de Président
d'Haïti, celui de Grandeur, et de qualifier ce premier magistrat de Monseigneur, etc. C'est,
à cette époque que l'Opposition imputa à Boyer le désir de se faire Roi d'Haïti pour être
l'égal de Charles X. De bonne foi, Boyer valait mieux que certains de ses détracteurs. CHAPITRE il. 1827. — Discours de Boyer à l'installation de la 3e législature, — Lois votées pour obvier au déficit occasionné dans les revenus publics par l'ordonnance de CharlesX, et conséquence de ces mesures. — Diverses autres lois sur les finances. — Le général Voltaire
est nommé grand juge de la République.— Origine probable d'un complot formé contre
le pouvoir et la vie de Boyer : dénonciation, arrestation de quelques militaires qui sont
jugés, condamnés à' mort et exécutés. — Le général B. Noël est suspecté d'en être le
clief et perd le commandement de l'arrondissement du Mirebalais. — Proclamation du
Président d'Haïti relative au complot. — Explosion à l'arsenal du Port-au-Prince,
incendie et pertes qu'elle occasionne. — Boyer échappe au danger d'y périr et à une
grave maladie ensuite. — Ouragan dans le département du Sud-Est. — 1828. Retrait de
la circulation, des billets de caisse de 5 gourdes et de la monnaie à serpent. — Session législative et lois rendues. — 1829. Négociations suivies en France et en Haïti,
pour des projets de convention financière et de traité de commerce et de navigation entre
les deux pays : ils sont signés et envoyés en France. — Intention supposée au gouvernement d'Espagne, de faire une tentative contre l'Est d'Haïti, et mesures militaires. —
Session législative, lois votées et mesures administratives. — 1830. Ferdinand Vil envoie un plénipotentiaire chargé de réclamer l'ancienne colonie de l'Espagne : refus motivé du gouvernement. — Proclamation du Président d'Haïti à ce sujet, et publication
de doenmens. — La Grande-Bretagne ouvre les ports des iles Babama au commerce
haïtien. — Le gouvernement français ne ratifie pas lesprojets signés à Haïti , et y envoie un agent pour négocier de nouveau. — Autres projets non terminés et retour de
l'agent en France. — Boyer y envoie M. Saint-Macary pour suivre la négociation. —
Elle est interrompue par la Révolution de juillet. — Message de Boyer au Sénat, à l'occasion de cet événement: il prend une attitude expectante. — Sentimens éprouvés eu
Haïti, à la nouvelle reçue de la révolution. — Session législative, discours de Boyer et
du président de la Chambre des communes. — Lois volées et mesures administratives.
— Circulaire du secrétaire d'Etat aux administrateurs, pour faire cesser au 1er janvier
1831, le demi-droit accordé aux navires et au commerce français.
. — Message de Boyer au Sénat, à l'occasion de cet événement: il prend une attitude expectante. — Sentimens éprouvés eu
Haïti, à la nouvelle reçue de la révolution. — Session législative, discours de Boyer et
du président de la Chambre des communes. — Lois volées et mesures administratives.
— Circulaire du secrétaire d'Etat aux administrateurs, pour faire cesser au 1er janvier
1831, le demi-droit accordé aux navires et au commerce français. D'après la proclamation du Président, les nouveaux re
présentant avaient été élus dans les communes. Le 12 février , il ouvrit la session par-un discours où il assurait que
que le nouveau système adopté pour la police rurale produisait déjà de bons résultats, qu'il ne négligerait rien [1827] CHAPITRE II. 59 pour favoriser également le commerce, et qu'il était nécessaire de diminuer la contribution extraordinaire. « Lorsque l'année dernière, continua-t-il, à l'ouverture
de la session, j'exprimai mes sentimens sur la reconnaissance de l'indépendance d'Haïti, il était naturel de penser
que les doutes entretenus à l'étranger, sur la légalité de
notre existence nationale, devaient cesser et que la déclaration du roi de France était, en quelque sorte, dans l'opinion
des autres puissances, une consécration de la légitimité de
nos droits... Cependant, il était essentiel d'obtenir des
éclaircissemens sur des points importons, et nous avons successivement demandé au gouvernement français des explications devenues indispensables. Le résultat de nos réclamations n'est pas tel que nous avions droit de l'espérer ; mais
l'empire de la raison finira sans doute par écarter des difficultés qui nepeuventse soutenir devant ce principe qui régit
tout État véritablement indépendant. De notre côté, quelles
que soient les circonstances, nous ferons notre devoir, et
serons toujours fidèles à ce que prescrivent l'honneur et la
loyauté... » On voit que si Boyer correspondait secrètement avec le
Sénat et prenait ses avis, pour mener les choses abonne tin,
il savait aussi parler hautement pour rendre compte de ses
opérations aux mandataires directs delà nation; et ce langage mesuré, mais ferme, il le tenait en présence du chargé
d'affaires de France qui assistait à cette cérémonie. Mais il
ne suffisait pas d'avoir publié la déclaration du 5 mars 1 826
et de prononcer des discours, pour prouver au gouvernement français qu'Haïti entendait exercer pleinement sa souveraineté, rester indépendante comme elle l'était avant
l'acceptation de l'ordonnance; il fallait des actes. En conséquence, le Président proposa une loi que la Chambre des 60 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. communes vota le 19 février, huit jours après son installation ; la voici : « Considérant que les plus grands encouragemens de-
» vaut être donnés à l'agriculture et au commerce, il con-
» vient de les dégrever d'une partie des charges qu'ils
» supportent ; — après avoir délibéré et reconnu l'urgence,
» ... Art. 1er. A partir du jour delà promulgation de la
» présente loi, les produits de l'industrie et du sol d'Haïti
» ne seront plus assujettis aux droits d'exportation, à leur
» sortie du territoire de la République. — 2. Toutes dispo-
» sitions de lois antérieures qui seraient contraires aupré-
» cèdent article sont rapportées. »
'ils
» supportent ; — après avoir délibéré et reconnu l'urgence,
» ... Art. 1er. A partir du jour delà promulgation de la
» présente loi, les produits de l'industrie et du sol d'Haïti
» ne seront plus assujettis aux droits d'exportation, à leur
» sortie du territoire de la République. — 2. Toutes dispo-
» sitions de lois antérieures qui seraient contraires aupré-
» cèdent article sont rapportées. » Le gouvernement français ne pouvait rien arguer contre
cette loi, car en tous pays il est d'une bonne administration
d'alléger les charges imposées à l'agriculture et au commerce; et au contraire, en favorisant ces deux branches de
la fortune publique, c'était lui donner des garanties pour
l'exécution des engagemens contractés envers la France.
Mais de cette manière, Haïti annulait la partie de l'art. 1er de
l'ordonnance du 17 avril concernant les droits" àlasortie, »
que cet article réduisait « à la moitié » pour le pavillon
français. Alors qu'il n'y avait plus de droits à payer pour
l'exportation de ses produits, ce pavillon n'était pas plus
favorisé que ceux des autres nations commerçantes, et
celles-ci ne trouvaient plus aucun avantage à opérer leur
retour par navires français, comme elles l'avaient fait depuis
juillet 1825. Cependant, l'administration haïtienne eût encore peu
fait si elle s'était bornée à cette loi. Afin de remédier à la
diminution de ses ressources, qui résultait de l'abrogation
des droits à l'exportation des produits du pays et du demidroit que payaient ceux de France « à l'importation,» il [1827] CHAPITRE II. 61 fallait encore atteindre l'art. 1er de l'ordonnance du 17 avril
sous ce rapport, et pour cela remanier le tarif accompagnant la dernière loi sur les douanes rendue en 1825 1. Ce
tarif établissait un droit de 12 pour cent sur l'évaluation du
prix moyen des marchandises importées de l'étranger, et
un droit fixe sur certaines d'entre elles : il s'agissait d'augmenter ces deux droits. Sur la proposition du Président
d'Haïti, une loi sur les douanes fut votée par le corps législatif: « Art. 1er. Les droits à l'entrée sur le territoire de la République seront perçus à l'avenir, sur les marchandises ou
productions des autres pays, venus par bâtimens nationaux
ou étrangers, conformément au tarif des droits d'importation annexé à la présente loi. « Art. 2. Les droits d'importation sont fixés à 16 pour
cent sur le montant de l'évaluation portée au tarif mentionné en l'article précédent, sur les marchandises ou productions de tous les pays sans distinction, introduites par
bâtimens étrangers, sauf néanmoins la nation ou les nations avec lesquelles, par des traités ou conventions, il serait
autrement stipulé. « Art. 5. Toutes les marchandises ou productions étrangères importées par des bâtimens nationaux et pour compte
d'Haïtiens, ne paieront que 8 pour cent de droit d'entrée,
pris sur le montant de l'évaluation au tarif. I Dans un discours que prononça le baron de Las Cases à la chambre des députés, en
1S40, après être convenu que le privilège du demi-droit diminuait les revenus d'Haïti,
obligée cependant à payer « une indemnité énorme, » il dit : «La conséquence fut que,
h tout en protestant de sa bonne foi Haïti ne paya plus rien. Elle alla plus loin : elle
» trouva moyen à! escamoter, pour ainsi dire, le bénéfice du demi-droit que la France
» s'était réservé par l'ordonnance de 1825. »
en
1S40, après être convenu que le privilège du demi-droit diminuait les revenus d'Haïti,
obligée cependant à payer « une indemnité énorme, » il dit : «La conséquence fut que,
h tout en protestant de sa bonne foi Haïti ne paya plus rien. Elle alla plus loin : elle
» trouva moyen à! escamoter, pour ainsi dire, le bénéfice du demi-droit que la France
» s'était réservé par l'ordonnance de 1825. » II fallait bien qu'Haïti usât des armes mêmes qu'on lui avait fournies dans cette singulière ordonnance méditée si longtemps, et en cela, elle suivait les bons conseils de
M. le bai nu Maler. 62 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI. « Art. 4. Les marchandises ou productions importées
par bâtimens étrangers, de n'importe quel pays, et dont les
droits fixes sont relatés dans le tarif des importations,
seront assujetties-an' payement de ces droits fixes. — ■
Les mêmes marchandises ou productions importées
par bâtimens nationaux, pour compte d'Haïtiens, payeront la moitié moins des droits fixes portés audit
tarif, etc. » Ainsi, les produits étrangers, autres que ceux de la
France, devaient payer désormais 16 pour cent, et ces derniers 8 pour cent au lieu de 6 qu'ils payaient sous l'empire
de la loi de 182o. Mais ce fut surtout par l'évaluation du
prix moyen porté au tarif, que l'administration se récupéra
d'une partie de son déficit annuel, puisqu'il lui fallut toujours de nouvelles émissions de papier-monnaie pour alimenter le service public à l'intérieur 1. Les produits français ne furent pas plus ménagés que d'autres dans cette
évaluation; et bien qu'en définitive, c'étaient les] consommateurs haïtiens qui supportaient cette augmentation d'une
manière indirecte, le commerce d'importation n'en soutînt
pas moins par la réduction de la consommation. Celui de
France, qui fournissait exclusivement le pays d'une foule
de choses, vit insensiblement diminuer son importance,
lorsqu'on avait espéré, au contraire, un plus grand débouché en sa faveur2. Par l'art. 2 ci-dessus, il en aurait pu
être autrement si le gouvernement français eût voulu franchement faire avec la République, un traité pour dissiper 4 En 1827, il y eut une émission de 777,400 gourdes de billets de caisse do toutes valeurs. 2 A qui la faute? Aux ministres français qui ne surent on ne voulurent pas être équitables envers Haïti, qui espérèrent l'enchaîner par la rédaction ambiguë de leur ordonnance. M. de Villèle était natif du Languedoc ; mais il paraît qu'à Haïti il se trouvait des
descendans des anciens Normands qui fondèrent Saint-Domingue. [1827] CHAPITRE 11. G5 le vague des dispositions de l'ordonnance et qui eût favorisé
en même temps les produits du sol d'Haïti introduits en
France. Mais ce gouvernement était bien éloigné de vouloir
l'une et l'autre chose, ni de réduire le chiffre de l'indemnité. On le verra consentir seulement à la cessation du demi
droit, tant àl'entrée qu'à la sortie, mais après l'effet produit
parles deux lois ci-dessus mentionnées.
RE 11. G5 le vague des dispositions de l'ordonnance et qui eût favorisé
en même temps les produits du sol d'Haïti introduits en
France. Mais ce gouvernement était bien éloigné de vouloir
l'une et l'autre chose, ni de réduire le chiffre de l'indemnité. On le verra consentir seulement à la cessation du demi
droit, tant àl'entrée qu'à la sortie, mais après l'effet produit
parles deux lois ci-dessus mentionnées. Outre ces deux lois financières relatives aux douanes, snr
la proposition du pouvoir exécutif, le corps législatif en
vota d'autres dans le même but: 1° sur le timbre, taxant les
actes civils et judiciaires de six centimes un quart à trois
gourdes, selon les distinctions établies dans la loi ; 2° sur la
contribution extraordinaire pour 1827, dont il a été parlé
au chapitre précédent ; 5° sur les billets de caisse ou papier-monnaie, confirmant l'arrêté du Président d'Haïti du
25 septembre 1826 à cet égard, maintenant en circulation
les billets d'une, de deux et de cinq gourdes, et autorisant
l'émission d'autres billets de dix gourdes ; 4° sur la fabrication de pièces d'argent de la monnaie nationale, de la valeur d'une demi-gourde et d'une gourde ; 5° sur la fabrication d'une monnaie de billon ou de cuivre, en pièces d'un
et de deux centimes ' ; 6° sur les patentes, votée annuellement. ■ — Une loi fixa les appointemens des secrétaires des
bureaux d'arrondissemens, déplaces et de postes militaires;
une autre affranchit totalement les propriétés urbaines des
départemens du Sud-Est et du Nord-Est, des redevances
dues à l'État sur ces biens. Enfin, une nouvelle loi réorganisa la garde nationale sur un pied à peu près militaire. 1 L'hôtel des monnaies, qui avait chômé depuis 1819, fut remis eu activité de 1827 à
1834. Il est entendu que les pièces d'un et de deux centimes sont des fractions de la piastre forte d'Espagne, divisée en 100 centimes. Une petite monnaie semblable circulait déjà
à Santo-Domingo où le peuple l'appelait cobre (enivre) : ce nom populaire passa à celle
frappée à l'hôtel. 64 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI.
chômé depuis 1819, fut remis eu activité de 1827 à
1834. Il est entendu que les pièces d'un et de deux centimes sont des fractions de la piastre forte d'Espagne, divisée en 100 centimes. Une petite monnaie semblable circulait déjà
à Santo-Domingo où le peuple l'appelait cobre (enivre) : ce nom populaire passa à celle
frappée à l'hôtel. 64 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. D'après cette loi, tout Haïtien, depuis l'âge de 15 ans
jusqu'à celui de 60 ans, non employé dans leservice civil ou
clans les troupes soldées, était tenu de s'inscrire dans la
garde nationale de sa commune. Ceux venant de l'étranger
pour résider dans le pays et en devenir citoyens, n'y étaient
tenus qu'au bout d'une année. Les anciens officiers militaires retirés du service formaient des compagnies d'élite
dans cette garde nationale. Étaient exempts du service
actif, hors le cas où la patrie serait en danger : 1° les pères
de sept enfans légitimes; 2° les cultivateurs travaillant sur
la propriété d'autrui et engagés par contrat synallagmatique, au terme du code rural. Un uniforme fut décrété poulies compagnies d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie,
dans chaque commune: les gardes nationaux le portaient à
leurs frais, de même que leurs armes, mais le gouvernement
fournissait les canonset tout l'attirail del'artillerie. Le chef
de l'Etat nommait tous les officiers supérieurs; les autres et
les sous-officiers étaient à la nomination de leurs compagnies respectives. Des peines de discipline furent établies
pour être appliquées parmi conseil dans chaque compagnie :
les arrêts pour les officiers, l'emprisonnement pour les
sous-officiers et les gardes nationaux; ces peines étaient de
48 heures au plus. La garde nationale ne faisait aucun service en temps ordinaire, sinon de prendre les armes tous
les trois mois pour être passée en revue par les autorités
militaires; mais en cas d'alarme, elle devait se réunir
sur le champ et se trouvait à la disposition de ces autorités. Telle fut l'organisation définitive de cette force armée
non soldée qui, de même que les troupes soumises au régime
militaire, est préposée au maintien de l'ordre public et des
institutions nationales. [1827] CHAPITRE 11. 65 Le grand juge Fresnel étant arrivé à un âge avancé qui
ne lui permettait plus de continuer ses hautes fonctions, l'ut
proposé comme candidat au sénatorial : le 19 février il fut
élu, et le lendemain un arrêté du Président nomma le général de brigade Voltaire, grand juge provisoire 1.
militaire, est préposée au maintien de l'ordre public et des
institutions nationales. [1827] CHAPITRE 11. 65 Le grand juge Fresnel étant arrivé à un âge avancé qui
ne lui permettait plus de continuer ses hautes fonctions, l'ut
proposé comme candidat au sénatorial : le 19 février il fut
élu, et le lendemain un arrêté du Président nomma le général de brigade Voltaire, grand juge provisoire 1. Deux années étaient déjà écoulées, depuis que le gouvernement avait accepté l'ordonnance de Charles X qui occasionna une si grande répugnance dans la République. Mais
si la tranquillité matérielle n'avait été troublée nulle part,
tous les esprits étaient loin d'être dans le calme désirable
pour le maintien de l'ordre et la prospérité du pays. L'Opposition qui n'avait cessé de subsister contre Boyer personnellement, qui subsista toujours jusqu'au jour de son
renversement du pouvoir, cette Opposition continuait son
travail de désaffection, en désapprouvant tous ses actes.
En vain faisait-il tous ses efforts pour réparer ce qu'il y
eut de malencontreux clans les arrangemens pris avec la
France, pour la meilleure administration de l'État; elle ne
lui en tenait aucun compte. Et il faut le dire, la station navale que le gouvernement français faisait entretenir dans
quelques ports de la République, au Port-au-Prince principalement, — sans doute sur la demande de sfcn chargé d'affaires et pour la protection de ses agents et de ses nationaux, par la certitude acquise du sourd mécontentement
du pays; — cette présence continue de ces navires de
guerre dont les officiers étaient constamment à terre, contribuait beaucoup à l'exaltation des esprits opposans : il
leur semblait que la France considéraittoujours Haïti comme 1 Durant seize ans, le gi and juge exerça ses fonctions à titre provisoire. Révocalde à la
volonté du Président d'Haïti, il ne devait pas être désigné ainsi dans l'acte de sa nomination ; mais que d'auties fonctionnaires étaient dans le même cas ! C'était une sorte de
manie de la part de Boyer. T. X. ;> 66 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D* HAÏTI. une de ses colonies et qu'elle la faisait garder comme les
autres. Des navires de guerre de la Grande-Bretagne paraissaient souvent aussi dans les ports où des consuls de
cette puissance étaient établis; mais ils ne suscitaient point
d'observations, parce que les opposans ne voyaient aucune
autre intention en cela, qu'une surveillance exercée à l'égard des Français : tant l'esprit d'opposition à tout gouvernement est ingénieux à trouver des motifs ou des prétextes à toute chose! Dans une telle situation, il était
presque impossible qu'une tentative n'eût pas lieu contre
l'autorité et la personne de Boyer; et nous allons dire,
avec notre franchise ordinaire et notre entier dévouement
à la vérité historique, toutes les fois que nous pouvons la
saisir, ce qui, selon nous, aura le plus contribué à l'affaire du mois de juin de cette année»
: tant l'esprit d'opposition à tout gouvernement est ingénieux à trouver des motifs ou des prétextes à toute chose! Dans une telle situation, il était
presque impossible qu'une tentative n'eût pas lieu contre
l'autorité et la personne de Boyer; et nous allons dire,
avec notre franchise ordinaire et notre entier dévouement
à la vérité historique, toutes les fois que nous pouvons la
saisir, ce qui, selon nous, aura le plus contribué à l'affaire du mois de juin de cette année» Déjà, dans le précédent chapitre, nous avons dit que le
général Borgella avait manifesté publiquement sa désapprobation de l'acceptation de l'ordonnance française, à
cause de ses termes, sans calculer ce que l'autorité de son
opinion pouvait avoir d'influence sur l'opinion publique,
sur celle des militaires surtout dont il était généralement
fort estimé. L'Opposition, sachant cela, avait colporté ses
paroles pour mieux accuser le Président : elle crut même
pouvoir compter sur lui en cas d'un événement politique
qui était dans le goût et les aspirations des réformateurs ;
mais elle était complètement dans l'erreur! Jamais il ne se
fût prêté, ni à seconder de pareils desseins,, ni à profiter de
leur résultat. 11 l'a prouvéen 1815! Mais ce que l'on ignore,
ce que nous allons consigner ici, c'est qu'en décembre 1826, il s'y refusa d'une manière absolue. Le général Quayer Larivière se trouvait à l'assemblée des
généraux dont nous avons parlé au chapitre précédent. A [1827] CHAPITRE II. 07 la mort de Pétion, il avait été d'opinion, on le sait, que
Borgella dût être préféré à Boyer pour le remplacer, et depuis, il avait toujours conservé à ce général la plus profonde estime. Bien qu'il n'eût peut-être aucun motif particulier de se plaindre du Président qui l'avait élevé en grade
et l'avait placé à l'arrondissement de la Grande-Rivière,
Quayer Larivière nel'agréait pas. Vieux révolutionnaire du
Nord, subissant l'influence du milieu où il se trouvait, mécontent du déplacement du général Nord Alexis avec lequel
il était étroitement lié d'amitié, il était un de ceux qui
blâmaient aussi Boyer par rapport à l'acceptation de l'ordonnance; et comme il avait appris l'opinion manifestée
par Borgella à ce sujet, il saisit l'occasion de la réunion des
généraux à la capitale, pour lui proposer « de contraindre
)> Boyer à se démettre de la présidence, de le déposer de
» cette magistrature pour avoir subi, disait-il, les exigen-
» ces du gouvernement français qui continuait à se jouer de
» lui, puisque le Président n'en pouvait encore obtenir un
» traité destiné à effacer ce qui était humiliant dans l'or-
» donnance, pour l'honneur national. » Et en faisant une
telle proposition à Borgella, il lui dit que la plupart dé
leurs collègues partageaient sa résolution, que le moment
était opportun, qu'il fallait en profiter; il cita particulièrement le général Benjamin Noël comme le plus d'accord
avec lui dans cet audacieux projet. Il est vrai que ce dernier avouait depuis longtemps beaucoup d'estime pour
Borgella et lui en avait donné des témoignages. Mais Borgella fut loin d'agréer cette proposition aussi étrange que
coupable; car il n'appartenait pas aux généraux de l'armée
de substituer leur volonté à ce que les institutions du pays
avaient prévu, et la constitution ne donnait qu'au Sénat
seul le droit d'apprécier la conduite du Président d'Haïti,'
. Il est vrai que ce dernier avouait depuis longtemps beaucoup d'estime pour
Borgella et lui en avait donné des témoignages. Mais Borgella fut loin d'agréer cette proposition aussi étrange que
coupable; car il n'appartenait pas aux généraux de l'armée
de substituer leur volonté à ce que les institutions du pays
avaient prévu, et la constitution ne donnait qu'au Sénat
seul le droit d'apprécier la conduite du Président d'Haïti,' 68 ÉTUDES SUK LH1ST01RE D HAÏTI. pour le mettre en état d'accusation, s'il y avait lieu, et le
faire juger par la haute cour de justice : or, le Sénat luimême avait contribué et contribuait encore à tout ce que
les opposans reprochaient au Prêsiden t . Le général Borgella put donc facilement démontrer au
général Quayer Larivière ce qu'il y avait d'insolite dans
son projet. Mais il s'attacha bien plus encore à lui prouver
ce qu'il présentait de dangereux pour le pays, pour ses institutions politiques dont l'influence sur les esprits avait
facilité la réunion de tout le territoire d'Haïti sous le même
drapeau. Il lui dit : que si on violait la constitution par
une entreprise aussi téméraire, ce serait autoriser sa violation par tous ceux qui, à l'avenir, seraient mécontens du
gouvernement, et qu'ainsi la patrie n'aurait aucune stabilité. A l'égard de Boyer personnellement, Borgella lui dit :
qu'aucun de ses compagnons d'armes ne pouvait révoquer
en doute son patriotisme, qu'il en avait fait preuve dans
tous les temps et surtout depuis qu'il était an pouvoir; qu'il
pouvait y avoir eu erreur de sa part quand il accepta l'ordonnance française, au lieu de la repousser vigoureusement , mais que ce n'était pas par manque de dévouement
à son pays ; que d'après les communications qu'il venait de
faire aux généraux, ceux-ci devaient reconnaître qu'il faisait tous ses efforts pour réparer ce que cette ordonnance
offrait de défectueux et pour donner des garanties à la nation; qu'il fallait patienter, et que si le gouvernement
français ne voulait pas donner ces garanties en prenant de
nouveaux arrangemens , eh bien ! on suspendrait tout
payement de la dette nationale; qu'on ne devait pas oublier que l'indemnité avait été offerte par Pétion lui-même,
qu'elle était exorbitante, sans doute, mais qu'il fallait espérer ([uc la France finirait par consentir à la réduire,
fectueux et pour donner des garanties à la nation; qu'il fallait patienter, et que si le gouvernement
français ne voulait pas donner ces garanties en prenant de
nouveaux arrangemens , eh bien ! on suspendrait tout
payement de la dette nationale; qu'on ne devait pas oublier que l'indemnité avait été offerte par Pétion lui-même,
qu'elle était exorbitante, sans doute, mais qu'il fallait espérer ([uc la France finirait par consentir à la réduire, [1827] CHAPITRE II. 69 quand elle serait convaincue de l'insuffisance de nos ressources. Et Borgella ajouta: qu'il avait lui-même désapprouvé l'acceptation de l'ordonnance, qu'il eût préféré que
la guerre survînt entre la France et Haïti par un refus formel ; mais qu'aujourd'hui, c'était une affaire conclue depuis dix-huit mois, et par le Président et par le Sénat auxquels la constitution avait donné le pouvoir de la terminer;
que si Boyer était renversé de la présidence pour ce motif,
la conséquence nécessaire d'un tel attentat serait la rupture
d'une convention librement contractée, ce qui donnerait à
la France le droit de faire une guerre acharnée à Haïti ; que
dans ce cas^ Haïti n'aurait plus les sympathies des autres , I:
puissances étrangères qui avaient déjà reconnu son indépendance par l'envoi de leurs consuls. En résumé, Borgella
dit àQuayer Larivière qu'il n'y avait réellement aucun motif pour vouloir arracher l'autorité à Boyer , qui, s'il avait *
des défauts clans le caractère, possédait aussi de belles &Aj> fi
qualités comme homme et comme chef de l'État ; que
depuis longtemps il était son ami et qu'il ne se prêterait
jamais à aucune tentative contre sa personne ou son pouvoir, étant persuadé, convaincu, que ce serait travailler
à la ruine de la patrie commune. « Renoncez, mon cher
» général, renoncez aux idées que vous avez conçues; car
» vous seriez le premier à vous repentir du succès que vous
» obtiendriez, par les passions que vous verriez naître et se
» développer autour de vous. C'est à grand'peine que nous
» nous sommes donné une patrie : sachons la conserver. »
Telles furent ses dernières paroles. A des raisonnemens aussi puissans, à des sentimens
exprimés avec tant de franchise, Quayer Larivière, qui
n'était que passionné et qu'un brave et énergique militaire,
ne put rien opposer de judicieux. Il témoigna seulement à 70 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. Borgella le regret qu'il éprouvait de le trouver si éloigné
d'un projet qui, selon lui, serait facile à exécuter, et qui
le mettrait en possession de la première magistrature de
l'État, à la grande-satisfaction de l'armée et des citoyens
dont il était vénéré. Il n'en fut plus question entre eux, et
peu de jours après tous les généraux partirent du Port-»
au-Prince et retournèrent à leurs commandemens res*
pectifs.
�TI. Borgella le regret qu'il éprouvait de le trouver si éloigné
d'un projet qui, selon lui, serait facile à exécuter, et qui
le mettrait en possession de la première magistrature de
l'État, à la grande-satisfaction de l'armée et des citoyens
dont il était vénéré. Il n'en fut plus question entre eux, et
peu de jours après tous les généraux partirent du Port-»
au-Prince et retournèrent à leurs commandemens res*
pectifs. Bien que Borgella pût reconnaître qu'il n'avait pas convaincu Quayer Larivière , il ne crut pas qu'il était de son
devoir strict d'en informer le Président, Une telle dénonciation était incompatible avec son loyal caractère ; elle eût
occasionné uu grand embarras à Boyer, détruit sa sécurité,
provoqué peut-être l'événement qu'il avait écarté par le
refus qu'il fit ; car, à cette époque, arrêter un général
comme Quayer Larivière , qui était fort estimé dans la
propre garde du Président et par les autres troupes, c'eût
été courir de grands risques : il y avait trop de fermentation dans les esprits 1. Borgella devait espérer, enfin, que
ce général réfléchirait et reviendrait aux seuls sentimens
qu'il devait professer. Mais il paraîtrait qu'ayant été d'accord surtout avec le
général Benjamin Noël, Quayer Larivière lui aura laissé entendre que, dans son entretien avec Borgella, il avait seulement reconnu en lui les scrupules d'un honnête homme,
qui le portaient à ne pas vouloir donner son assentiment au
projet qu'ils avaient conçu contre Boyer; mais que si ce
projet réussissait d'une manière quelconque, étant pro1 Conçoit-on, en effet, le mouvement qui se serait produit dans la capitale, pendant que
les généraux étaient assemblés et que probablement plusieurs d'entre eux étaient dans le
secret de Quayer Larivière ? J'en ai vu plus d'un venir cliez moi, où Borgella était logé,
pour le visiter; et leur attitude envers lui, les égards qu'ils avaient pour lui, m'ont donné
à penser qu'ils n'ignoraient pas ce projet. [1827] CHAPITRE II. 71 clame « chef de l'État, » Borgella accepterait sa nomination ; qu'il s'y déciderait par dévouement à son pays. On
doit présumer ainsi d'après ce que nous allons relater, à
moins de supposer que Benjamin Noël se résolût à poursuivre lui-même cette coupable entreprise. Et pour la mener
à maturité par une autre combinaison et par des agents
subalternes, ce ne fut pas trop de six mois pour y gagner un
certain nombre.
RE II. 71 clame « chef de l'État, » Borgella accepterait sa nomination ; qu'il s'y déciderait par dévouement à son pays. On
doit présumer ainsi d'après ce que nous allons relater, à
moins de supposer que Benjamin Noël se résolût à poursuivre lui-même cette coupable entreprise. Et pour la mener
à maturité par une autre combinaison et par des agents
subalternes, ce ne fut pas trop de six mois pour y gagner un
certain nombre. Le fait est, enfin, que dans les derniers jours du mois de
juin, un sergent des grenadiers de la garde à pied du Président, nommé Pierre Juste, s'adressa à son chef de bataillon Constant Domingue , dont il était un ancien camarade,
pour le gagner au complot formé contre l'autorité et la personne de Boyer. Constant, officier d'honneur et plein de
mérites dans sa noble profession, parut se prêter à ce complot et fit causer le sergent en le questionnant pour savoir
quels étaient les individus qui en faisaient partie. Lorsqu'il
en eut su les principales ramifications, il déclara à Juste
qu'il n'entrerait point dans un tel projet, et qu'il fallait se
rendre immédiatement avec lui auprès de leur colonel
Denis Tréméré , afin de déclarer à ce dernier tout ce
qu'il en savait, parce que Juste lui avait nommé plusieurs
officiers, sous-officiers et soldats du régiment des grenadiers et d'autres corps comme participant au complot. Juste .
se montra effrayé de cette injonction et dit alors que c'était
une dénonciation qu'il entendait faire à son chef de bataillon, et non pas un embauchage qu'il tentait. Constant lui
dit que c'était une raison de plus pour en parler à leur colonel. Ils allèrent donc chez ce dernier qui reçut la déclaration du sergent et de Constant, et qui les amena tous
deux auprès de Boyer. C'était à une heure avancée de la soirée. Le Président se 72 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. fit raconter par Juste tout ce que ce sergent savait de la
trame , et quoiqu'il ne restât pas dupe de la démarche que '
ce sous-officier avait faite auprès de son brave chef de bataillon, il l'en félicite et le promut de suite au grade de
sous-lieutenant. A l'instant même, il manda le général
Thomas Jean, commandant titulaire de la place et provisoirement de l'arrondissement, ainsi que le colonel Victor
Poil, adjudant de place, et il leur donna l'ordre d'arrêter
sans délai ceux que Juste avait désignés comme les principaux auteurs ou complices du complot. C'étaient : Le capitaine Jean-François Mathurin, du 8e régiment d'infanterie;
le lieutenant Jean Michel, du même corps ; le sous-lieutenant Léon Cauchois, des grenadiers à pied de la garde ; le
sergent Léon Pierre-Louis, du même corps ; et le lieutenant
Jean-Louis Bellegarde, des chasseurs à cheval de la garde.
Ce dernier s'évada et ne put être arrêté ; Jean Michel se
tint caché quelques jours avant d'être saisi.
C'étaient : Le capitaine Jean-François Mathurin, du 8e régiment d'infanterie;
le lieutenant Jean Michel, du même corps ; le sous-lieutenant Léon Cauchois, des grenadiers à pied de la garde ; le
sergent Léon Pierre-Louis, du même corps ; et le lieutenant
Jean-Louis Bellegarde, des chasseurs à cheval de la garde.
Ce dernier s'évada et ne put être arrêté ; Jean Michel se
tint caché quelques jours avant d'être saisi. Par ordre du Président, une instruction d'enquête s'ouvrit au bureau de la place dès le lendemain matin, afin d'interroger les inculpés en présence de Juste, dénonciateur
du complot. Le général Inginac s'y trouva pour mieux la
diriger. La dénonciation était si formelle, que les inculpés
ne pouvaient pas nier les faits à eux imputés ; mais ce fut
surtout le lieutenant Jean Michel qui, lorsqu'il fut arrêté,
avoua avec fermeté, comme ses complices., l'objet et le but
de ce regrettable complot. Ils déclarèrent qu'à leur avis, le
Président ayant compromis l'honneur, la dignité et les intérêts de la nation, par l'acceptation de l'ordonnance de
Charles X et les arrangemens pris avec la France, il était
urgent de le déposer du pouvoir qu'il exerçait; qu'alors les
troupes proclameraient le général Borgella, « Président
d'Haïti ; » qu'elles feraient un appel à son patriotisme afin [1827] CHAPITRE II. 73 de réparer tout le mal que Boyer avait produit. Les inculpés ajoutèrent, qu'ils espéraient que le général Borgella ne
serait pas sourd à la voix de la patrie en danger. On a dit
alors que le général Inginac, pressant Jean Michel de
questions adroites afin de découvrir si Borgella avait connaissance du complot, s'il en était l'âme secrète, cet officier lui répondit : « Général, vous voulez surprendre ma
» bonne foi; ce n'est pas loyal de votre part. Je vous le ré-
» pète: le général Borgella n'a aucune connaissance de
» notre projet, mais en le proclamant chef de l'Etat, nous
» aurions espéré qu'il se rendrait au vœu des militaires et
» des citoyens qui se rallieraient à eux1. » Après cette enquête, les inculpés furent livrés au jugement d'un conseil spécial qui les condamna tous à la peine
de mort, J.-L. Bellegarde aussi, mais par coutumace. Le o
juillet ils furent exécutés . Dans cette affaire, à jamais déplorable par le but que
poursuivaient ces militaires, qui n'étaient pas sans mérite
par les services qu'ils avaient rendus à leur pays, le nom du
brave général Benjamin Noël, qui lui-même avait tant de
droits à la gratitude publique par ses antécédens, ce nom
fut assez cité pour laisser planer de graves soupçons sur sa
conduite. Une circonstance y ajouta: propriétaire de l'habitation jadis connue sous le nom de Turbé, dans la plaine
du Cul -de-Sac, il s'y trouvait dans le moment ; sa présence
en ce lieu voisin de la capitale parut être calculée pour être 1 Certainement, il était du devoir d'Inginac, secrétaire général, ministre du gouvernement, de s'efforcer de découvrir toute la vérité dans cette affaire. Mais ces particularités
le firent accuser de chercher à perdre Borgella, afin d'écarter un concurrent éventuel dans
le cas où la présidence viendrait à vaquer. Le colonel Lercbonrs fut aussi accusé de s'entendre avec lui à ce sujet. Il est certain qu'ils tinrent bien des propos alors contre Borgella, et nous ferons connaître des faits subséquens qui légitimèrent les imputations du
public.
, de s'efforcer de découvrir toute la vérité dans cette affaire. Mais ces particularités
le firent accuser de chercher à perdre Borgella, afin d'écarter un concurrent éventuel dans
le cas où la présidence viendrait à vaquer. Le colonel Lercbonrs fut aussi accusé de s'entendre avec lui à ce sujet. Il est certain qu'ils tinrent bien des propos alors contre Borgella, et nous ferons connaître des faits subséquens qui légitimèrent les imputations du
public. 2 Tons ces braves militaires montrèrent le courage le pins calme au moment de recevoir la mort. Il fut vraiment regrettable qu'ils entrèrent dans un tel complot. 74 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. à proximité de diriger le mouvement qui serait résulté de
la mort de Boyer, car il aurait été impossible de le déposer
simplement. Le Président, qui parut avoir saisi toutes les
ramifications de^e-eomplot, où bien d'autres officiers de sa
propre garde et des autres corps de troupes de la garnison
lurent plus ou moins impliqués, le Président se borna,
quant au général Benjamin Noël, à lui ôter le commandement de l'arrondissement du Mirebalais et à l'y faire
remplacer par le colonel Per qui commandait la commune de laCroix-des-Bouquets : il fit partie désormais de
l'état-major général de l'armée, à la résidence du Portau-Prince1. Des mutations eurent lieu ensuite pour plusieurs officiers de la garde qui passèrent dans d'autres
corps de la ligne. Cette modération du pouvoir futaussi intelligente qu'humaine, car Boyer comprit parfaitement qu'il y avait surtout erreur et entraînement regrettable dans les reproches
qu'on lui faisait. S'il avait fallu frapper tous ceux qui partageaient ces opinions à son égard, la plupart de ses concitoyens auraient été des victimes. Il était donc de son devoir
d'être patient et de tout attendre du temps pour calmer les
esprits et le justifier. Le dimanche 1er juillet, après l'arrestation des prévenus, il vint dans la grande salle du palais
de la présidence, où se trouvaientlesfonctionnaires publics,
tous les officiers des corps de troupes; et là, au milieu de tons
il parla du complot ourdi contre lui et de sa conduite dans
tous les temps, et dans les circonstances où il prit les arrangemens avec la France, pour faire admettre Haïti au rang
des nations indépendantes : il s'exprima avec un chaleureux
sentiment de patriotisme et une éloquence qui entraîna Pap 1 Le général Benjamin Nool décéda au Port-au-Prince, en 1831. [1827] CHAPITRE H. • 75 probation de tous ses compagnons d'armes et des citoyens
auxquels il s'adressait 1 . Le cri de : vive le Président d'Haïti !
se fit entendre de tous les assistans. Le 4 juillet une proclamation énergique fut publiée à la
capitale. Elle parla du complot comme l'œuvre de « quel-
» ques pervers, ennemis de la paix et de la tranquillité pu-
» blique, dominés par l'ambition et la cupidité, qui se sont
» imaginés qu'il n'y avait d'autres moyens de parvenir à » leur but, qu'en conspirant contre le chef de l'État » Militaires, si de vos rangs sont sortis les traîtres qui voun laient déchirer le sein de la patrie, c'est aussi dans vos
» rangs que se trouvent les braves qui ont dévoilé leurs per-
» fides machinations... » Aucune allusion n'eut lieu dans
cet acte, aux accusations portées contre le Président parcenx
qui furent victimes du complot, et ce fut sans doute d'une
sage politique.
, qu'en conspirant contre le chef de l'État » Militaires, si de vos rangs sont sortis les traîtres qui voun laient déchirer le sein de la patrie, c'est aussi dans vos
» rangs que se trouvent les braves qui ont dévoilé leurs per-
» fides machinations... » Aucune allusion n'eut lieu dans
cet acte, aux accusations portées contre le Président parcenx
qui furent victimes du complot, et ce fut sans doute d'une
sage politique. Le 7 septembre suivant, le grand juge Voltaire publia un
avis sur le Télégraphe, par lequel il déclara que « celui qui
» serait convaincu d'avoir entretenu des intelligences avec
» J.-L. Bellegarde, de lui avoir donné asile, d'avoir favorisé
» sa retraite, ou même qui ne l'aurait pas fait connaître par
» une prompte déclaration aux autorités locales, "après en
» avoir eu connaissance, serait considéré comme complice
» de ce traître et poursuivi comme tel. » Mais personne ne
donna aucune information au gouvernement à ce sujet; et
au commencement de 1828, Bellegarde vint lui-même se /t^: 1 Je n'ai jamais vu Boyer aussi éloquent que ce jour-la. Il dit au colonel Adam, du
11e régiment : a Vous, mon cher colonel, vous qui avez été l'ami de ma mère, cette né-.
» gresse africaine dont je m'honore d'être le fils, ne savez-vous pas quel amour et quel
n respect je lui portais ? Ignorez-vous, colonel, que les Français ont failli me noyer dans
nia rade du Cap, en même temps que Maurepas? Comment donc peut-on m'accu-
» ser d'avoir voulu sacrifier mon pays à la France, mes concitoyens, mes frères, aux
» Français? » Cette apostrophe produisit une sensation indicible dans cet immense auditoire. 76 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. rendre au palais du Président, vers minuit: arrêté par un
officier de garde, il lui dit qu'il venait se soumettre pour implorer sa grâce de Boyer. Averti par l'officier,le Président
ordonna qu'il fut-conduit en prison et mis au secret. Le lendemain, le général Lerebours, devenu commandant de
l'arrondissement par la mort du général Thomas Jean, y alla
l'interroger sur les motifs et le but du complot auquel il avait
pris part. Bellegarde lui fit les mêmes réponses qui avaient
été faites au général Inginac par Jean Michel ; car il lui avait
posé des questions semblables, par rapport au général Borgella. Le Président commua la condamnation à mort en une
détention au Môle, que Bellegarde subit quelque temps ;
puis il fut remis en liberté. Nous savons positivement que Boyer resta convaincu
que le général Borgella n'avait eu aucune connaissance du
complot découvert au mois de juin 4827; mais il lui reprochait d'avoir exprimé trop ouvertement son opinion à l'occasion de l'acceptation de l' ordonnance française : ce qui
avait été cause que les opposans croyaient pouvoir compter
sur lui, en cas qu'il eût été victime du complot ' . Ce ne fut pas le seul danger auquel Boyer échappa dans
cette année 1827. Le 2 février, vers 7 heures du matin, il se
rendit à l'arsenal où l'on préparait l'envoi de vingt milliers
de poudre et d'autres objets de guerre pour Santo-Domingo,
'acceptation de l' ordonnance française : ce qui
avait été cause que les opposans croyaient pouvoir compter
sur lui, en cas qu'il eût été victime du complot ' . Ce ne fut pas le seul danger auquel Boyer échappa dans
cette année 1827. Le 2 février, vers 7 heures du matin, il se
rendit à l'arsenal où l'on préparait l'envoi de vingt milliers
de poudre et d'autres objets de guerre pour Santo-Domingo, 1 Mon assertion a ce sujet repose sur la confidence que voulut bien me faire un aide de
camp du Président, qui servit de secrétaire au général Lerebours lorsqu'il alla interroger
Bellegarde en prison. Cet aide de camp avait remarqué l'intérêt que le général semblait
prendre à ce que le condamné accusât le général Borgella, d'avoir été le chef du complot
de 1827, tandis qu'il niait toujours; et comme ce jeune officier estimait et aimait Rorgella, qui avait été l'ami de son père, il crut devoir faire part de son observation au Président qui lui répondit ce que je viens d'avancer. — Peu après, au mois de mai, le général
Lerebours fut envoyé en mission a Santo-Domingo, avec ordre de s'enqnérir de la situation de toutes les parties du service public dans cette ville et dans les bourgs par lesquels
il passa pour s'y rendre. À son retour, il présenta au Président un rapport écrit dont j'ai
la copie sons les yeux, en se réservant, disait-il, de communiquer d'autres informations (1827) CHAPITRE II. 77 que les garde-côtes de l'Etat allaient prendre. Les ouvriers
de cet établissement, dirigé par le chef de bataillon Louis
Charles, garde-magasin, avaient mis cette poudre dans des
barils, et cet officier fut assez imprévoyant pour laisser employer des marteaux défera foncer ces barils. Le Président
s'en aperçut et fit des observations à ce sujet au garde-magasin, en lui disant de se servir de marteaux de bois, dont
on se sert ordinairement dans une opération aussi dangereuse ; et remontant presque aussitôt à cheval, il sortit de
l'arsenal avec son escorte. Il y avait à peine cinq minutes
qu'il en était sorti, quand une effroyable explosion se lit
entendre : un marteau de fer, on doit le présumer, avait fait
jaillir une étincelle qui mit le feu à l'un des barils, et les vingt
milliers de poudre s'enflammèrent, de même que la quantité
qui se trouvait encore dans la salle d'artifice voisine dont la
charpente vola en éclat. L'incendie se propagea en un instant dans les autres bâtimens de l'arsenal qui étaient remplis
d'objets d'armement et d'équipement: fusils, sabres de cavalerie et d'infanterie, gibernes, etc. Les bâtimens du magasin
général de l'État, attenant à ceux de l'arsenal, prirent feu
également, et une immense quantité d'objets pour les approvisionnemens de la marine, pour l' habillement des troupes
et autres parties du service public : tout fut la proie des flammes qu'on ne putmaiuïser, à cause du vent qui soufflait en
ement et d'équipement: fusils, sabres de cavalerie et d'infanterie, gibernes, etc. Les bâtimens du magasin
général de l'État, attenant à ceux de l'arsenal, prirent feu
également, et une immense quantité d'objets pour les approvisionnemens de la marine, pour l' habillement des troupes
et autres parties du service public : tout fut la proie des flammes qu'on ne putmaiuïser, à cause du vent qui soufflait en verbalement. 11 avait réuni an palais de justice tous les fonctionnaires publics en présence
du général lîorgella, pour les interpeler sur leurs services respectils. Il dit que leurs réponses ne fuient pas catégoriques, « ee qu'il faut attribuer à la crainte produite par la
» présence du chef d'arrondissement dont l'autorité et l'influence paraissent tenir tout le
» monde courbé sous sa volonté, même sous celle des personnes qui l'entourent (ses aides
» de camp). » 11 ajouta « que la justice n'était administrée que sous le bon plaisir de ce gé-
» uéra], que les juges consultaient préalablement sa volonté, etc.» Bien d'antres accusations furent articulées dans ce rapport contre le général Borgella. Le Président se borna à
■lui demander quelques explications sur certains points du service militaire, auxquelles il
répondit d'une manière satisfaisante ; et le général Lerebours dut s'en tenir à ses injustes
reproches. 78 • ÉTUDES SUR LHISTOIRE d'hAÏTI. ce moment, malgré les quelques pompes de la ville et celles
qui furent envoyées par le commandant de la frégate française, mouillée clans la rade extérieure, avec un grand nombre des matelots de son équipage, dirigés par des officiers.
Outre la perte matérielle que ce malheureux événement occasionna à l'État, et qu'on a évaluée à environ 5 millions de
piastres, édifices et objets compris, il y périt plus cle-30 hommes qui étaient réunis sur le lieu où l'on préparait la
poudre : le chef de bataillon Louis Charles et les ouvriers de
l'arsenal, le commandant Beatigé, le commissaire de marine
Poursaint et plusieurs matelots, ces derniers étant venus
pour enlever les barils de poudre. Les membres, les tronçons des corps de ces infortunés furent recueillis à des distances assez éloignées du lieu de ce sinistre accident. Ainsi, la vie du Président a couru le plus grand risque
en cette déplorable circonstance i. Et au mois d'août suivant, il essuya une grave maladie, une fluxion de poitrine
qui l'atteignit encore à l'arsenal, en visitant les travaux
qu'on exécutait dans les forges de cet établissement, la
seule partie qui échappa à l'incendie du 2 février 2. Presque au même jour, le 21 août, un terrible ouragan frappait
San to -Domingo et toute la partie méridionale du département du Sud-Est : une douzaine de navires de toutes dimensions périrent dans cette tourmente, ainsi que 80 hommes environ de leurs équipages. L'année 1828 commença, pour ainsi dire, par la constatation de la dépréciation du" papier-monnaie émis par le 1 L'absence du colonel Vian, directeur de l'arsenal, fut peut-être ce qui sauva Boyer en
cette circonstance. Ordinairement, il y passait plus de temps quand le directeur y était. 2 Le Télégraphe du y septembre 1 827 parla de cette grave maladie de Boyer ; et celui du
oO annonça la mort du général Thomas Jean, arrivée le 20, par une apoplexie. Le colonel
Lerebours le remplaça dans le commandement provisoire de l'arrondissement du Port-auPrince, et fut promu général de brigade peu après.
peut-être ce qui sauva Boyer en
cette circonstance. Ordinairement, il y passait plus de temps quand le directeur y était. 2 Le Télégraphe du y septembre 1 827 parla de cette grave maladie de Boyer ; et celui du
oO annonça la mort du général Thomas Jean, arrivée le 20, par une apoplexie. Le colonel
Lerebours le remplaça dans le commandement provisoire de l'arrondissement du Port-auPrince, et fut promu général de brigade peu après. [1828] CHAPITRE II. 79 gouvernement : le 18 février, une ordonnance de police
fut publiée au Port-au-Prince, pour défendre de faire aucune différence entre ces billets de caisse et les espèces
monnayées, nationales ou étrangères, dans les transactions
entre les particuliers, attendu que le trésor public n'en
faisait pas lui-même. Mais c'était une chose impossible à obtenir, puisque déjà la monnaie nationale en espèces n'avait
qu'une valeur nominale à côté de la valeur intrinsèque de
celles des autres nations qui circulaient aussi dans la République, et qu'elle était sujette à un agiotage dans le commerce. Peu après, le 21 avril, un avis du secrétaire d'État
Imbert annonça au public le retrait des billets de 5 gourdes
de la circulation, lesquels devaient être échangés aux trésors de diverses administrations dans le délai d'un mois, du
1er au 50 juin suivant. Et le 24 novembre, un nouvel avis
du même grand fonctionnaire fut publié, prescrivant le retrait de la monnaie nationale à serpent. Cette opération se
fit comme la précédente, les détenteurs furent remboursés
en papier-monnaie, excepté pour les petites sommes que
présentaient les classes populaires, qui furent échangées en
nouvelle monnaie frappée à l'effigie du Président d'Haïti :
ce qui fut cause de plus de lenteur. Il arriva que le trésor
public reçut de cette monnaie à serpent une somme de
1,800,000 gourdes, lorsqu'il n'en avait été frappé que
pour celle de 1,100,000 gourdes: le surplus était de la
contrefaçon de l'étranger, principalement des États-Unis,
où l'on ne se gêna pas pour contrefaire également la monnaie à effigie. Toutes ces 1,800,000 gourdes passèrent
aux creusets de l'hôtel des monnaies.
reçut de cette monnaie à serpent une somme de
1,800,000 gourdes, lorsqu'il n'en avait été frappé que
pour celle de 1,100,000 gourdes: le surplus était de la
contrefaçon de l'étranger, principalement des États-Unis,
où l'on ne se gêna pas pour contrefaire également la monnaie à effigie. Toutes ces 1,800,000 gourdes passèrent
aux creusets de l'hôtel des monnaies. Diverses lois furent rendues dans la session de cette année, qu'une proclamation du Président avait prorogée au
10 juin. La première retira aux bâtimens nationaux 80 ÉTUDES SUR LHISTOIRE d' HAÏTI. voyageant à l'étranger, les avantages qui leur avaient été
accordés précédemment, à l'importation : la loi fut exécutoire à partir du 1er janvier 1829. Ces bâtimens durent
payer les mèinesjiroits, pour les marchandises de n'importe quelles nations, et les mêmes frais imposés aux navires étrangers : ils étaient exempts seulement du droit de
patentes. L'art. 6 de cette loi disait: «Les nations qui,
» n'ayant point de traités avec la République, imposeront,
» dans les ports de leur domination, sur les bâtimens
» haïtiens ou sur les produits (d'Haïti) par eux importés,
» d'autres droits ou de plus forts droits que ceux auxquels
» seront assujettis leurs bâtimens ou les bâtimens d'autres
» nations dans leurs mêmes ports, seront traitées, en Haïti,
» sur le pied de la réciprocité. » Or, comme les bâtimens
nationaux étaient assimilés à ceux de tous les étrangers, et
qu'il n'y eut jamais de traité de commerce entre Haïti et
aucune puissance, il s'ensuivait simplement que les navires
étrangers étaient soumis aux lois du pays. Une autre loi,
dans les matières de douanes, consacra ce qui était déjà
prescrit par la loi sur les patentes : « que nul étranger ne
» pourrait devenir cosignataire, s'il n'obtenait du Prési-
» dent d'Haïti la licence nécessaire. » Elle prescrivit encore l'enregistrement de sa patente au greffe du tribunal
de commerce de son domicile ou établissement. Tous nécians cosignataires ou réclamateuis de marchandises, nationaux ou étrangers, furent assujettis à payer un droit de
consignation, proportionnel à la valeur des marchandises
consignées : demi pour cent pour les Haïtiens, un et demi
pour les étrangers. La perception de ce droit se réglait sur
les mêmes bases que la perception du droit d'importation, et ne devait commencer qu'à partir du 1er janvier
182V).
commerce de son domicile ou établissement. Tous nécians cosignataires ou réclamateuis de marchandises, nationaux ou étrangers, furent assujettis à payer un droit de
consignation, proportionnel à la valeur des marchandises
consignées : demi pour cent pour les Haïtiens, un et demi
pour les étrangers. La perception de ce droit se réglait sur
les mêmes bases que la perception du droit d'importation, et ne devait commencer qu'à partir du 1er janvier
182V). [1828] CHAPITRE II. 84 La loi de 1826 sur l'enregistrement, reconnue très-imparfaite, fut remplacée par une autre qui a toujours régi
la matière depuis cette époque. Celle-ci régla convenablement cette administration et la perception des droits fixes
ou proportionnels établis sur les actes civils et judiciaires.
D'autres lois sur l'imposition personnelle et mobilière,
pour 1829, dont il a été fait mention déjà; sur l'augmentation de l'impôt territorial établi sur les bois d'acajou et
d'espinille, sur les animaux épaves, et enfin, sur les patentes, devaient accroître les revenus publics, tandis qu'une
dernière décréta des dispositions de police par rapport
aux personnes arrivant de l'étranger dans le pays, ou en
partant pour l'étranger. Les juges de paix, dans les ports
ouverts, devaient tenir trois registres spéciaux à ce sujet :
le premier, destiné à inscrire les noms des Haïtiens; le second, ceux des personnes habiles à le devenir au terme de
la constitution et en remplissant les formalités prescrites
par l'art. 14 du code civil; le troisième, pour les étrangers,
autres que les agents consulaires ou diplomatiques et les
personnes de leur suite, et les équipages des navires de
commerce ou de guerre : même les étrangers qui habitaient
déjà le pays, sauf les exceptions ci-dessus, devaient se faire Au.
inscrire sur le registre qui les concernait. Diverses formalités
étaient prescrites par cette loi, qui fixait des amendes pour
non-exécution de la part detous ceuxquiyétaientassujettis;
mais elle tomba bientôt en désuétude. On était trop habitué
au régime du laissez-faire, du laissez-passer, pour s'y soumettre; les autorités elles-mêmes négligèrent l'accomplissement de leurs devoirs 1.
, devaient se faire Au.
inscrire sur le registre qui les concernait. Diverses formalités
étaient prescrites par cette loi, qui fixait des amendes pour
non-exécution de la part detous ceuxquiyétaientassujettis;
mais elle tomba bientôt en désuétude. On était trop habitué
au régime du laissez-faire, du laissez-passer, pour s'y soumettre; les autorités elles-mêmes négligèrent l'accomplissement de leurs devoirs 1. 1 En 1828, en mai ou juin, la République perdit le même jour, presque à la même
heure, deux de ses vaillans défenseurs : les généraux Magny et Gédéon. Ces deux hommes honorables avaient fourni une carrière brillante par leur courage, calme en Magny, T. x 6 ] ,
82 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. On a vu qu'en envoyant au Havre, un agent chargé de
vendre les denrées qui y furent expédiées, le gouvernement n'avait pu faire payer aux porteurs de ses obligations que peu d'intérêts de l'emprunt, et qu'il avait aussitôt rappelé son agent à cause du mauvais résultat de
cette combinaison commerciale 1. L'année 1827 allait
s'écouler sans qu'il pût pourvoir au service de cet emprunt,
malgré les nouvelles lois sur les douanes, puisqu'il avait
dû recourir au papier-monnaie pour payer les services publics à l'intérieur. Dans cet état de choses, la maison
Laffitte, qui avait été substituée à celle de MM. Ch. Ternaux, Ganclolphe et compagnie pour l'emprunt, imagina
d'envoyer à Haïti, sur la fin de 1827, M. Larréguy, son
agent, chargé de s'entendre avec le gouvernement pour
trouver une solution aux embarras de la République. Elle
consistait à ce que celle-ci consacrât, chaque année, une
somme de 6,500,000 fr. pour payer le service de l'emprunt et '-les in térêts des 120 millions restans de l'indemnité, à 5 pour cent, jusqu'à entière libération de l'emprunt, puis à reporter le tout au service de l'indemnité.
Dans cette combinaison, le gouvernement français aurait
contracté une convention avec celui d'Haïti à ce sujet, et il
se serait substitué ainsi aux droits des prêteurs pour contraindre Haïti à remplir ce nouvel arrangement. Déjà,
M. de Yillèle, qui avait patroné l'emprunt, avait autorisé
ou engagé M. Laffitte à payer les intérêts échus et à échoir,
et les tirages du Ie' juillet 1.827 et du Ie* janvier 1828 : ce audacieux en Gédéon. Ils ne furent pas moins estimables sous le rapport du patriotisme.
Nous avons parlé d'eux assez souvent dans le cours de cet ouvrage, pour nous dispenser
ici de nous étendre sur leur vie, abrégée trop tôt pour leur pays qu'ils servaient avec zèle
dans les arrondissemens du Cap-Haïtien et de Léogaue. 1 . Pour opérer ces envois de denrées au Havre, le gouvernement eu faisait acheter sur
les places d'Haïti ; ce çui entravait les opérations des comraerçaus.
patriotisme.
Nous avons parlé d'eux assez souvent dans le cours de cet ouvrage, pour nous dispenser
ici de nous étendre sur leur vie, abrégée trop tôt pour leur pays qu'ils servaient avec zèle
dans les arrondissemens du Cap-Haïtien et de Léogaue. 1 . Pour opérer ces envois de denrées au Havre, le gouvernement eu faisait acheter sur
les places d'Haïti ; ce çui entravait les opérations des comraerçaus. [18^8] CHAPITRE H. 83 qui éleva ses avances à 4, 8i8,905 fr. jusqu'au 1er juillet 1828, desquelles avances M. Laffitte fut ensuite remboursé
par le trésor royal, considéré comme garant de cette
somme par l'intervention du ministre des ^finances, sauf
à répéter contre Haïti. Boyer adhéra à la combinaison de M. Laffitte, qui resta
chargé de la proposer au gouvernement français, et M. Larréguy retourna en France où il arriva en janvier 1828.
Déjà, le ministère présidé par M. de Yillèle était renversé, et le comte Roy remplaça ce dernier pour les finances. Sur la proposition faite par M. Laffitte, ce ministre
composa une commission qu'il présida et dont faisaient
partie M. Laine, le baron Portai, le duc de Lévis, etc.,
pour examiner la combinaison. Elle fut acceptée, après
quelques délais ; mais alors, on apprit en France que le
Président y envoyait un agent avec de nouvelles propositions. Ce fut M. Saint-Macary qui avait été membre de la
Chambre des communes et qui était en ce moment chef
des bureaux du secrétariat des 'finances; il arriva à Paris
au mois d'octobre 1828. Le ministère désigna MM. Esmangart et Pichon pour l'entendre et arriver à une convention. Elle ne put aboutir. M. Saint-Macary était chargé de
proposer diverses choses : 1 ° que la République affecterait
6 millions de francs par an, pour l'indemnité et l'emprunt,
payables en denrées au cours, en Haïti ; 2° les 6 millions
payables en denrées remises en France, mais affranchies
de tous droits; -3° 5,800,000 fr. par am, durant Vingt
années consécutives,, après quoi elle serait entièrement
libérée des deux dettes; 4° enfin, o millions payables en
France, à la charge par le gouvernement français de les
appliquer au service de l'indemnité et de l'emprunt jusqu'à
leur extinction. Ces diverses propositions, successivement 84 études sur l'histoire d'haïti. faites, furent toutes repoussées par MM. Esmangart et
Pichon, au nom de leur gouvernement. Celui-ci, sachant
que Boyer avait adhéré à la combinaison de M. Laffitte,
espérait l'y ramener. En conséquence^, une ordonnance fut
rendue par Charles X, le 25 décembre 1828, portant
comme ultimatum : qu'il serait demandé à Haïti de payer
annuellement 6,500,000 fr. , à savoir : 5,600,000 fr. pour
les intérêts, à 5 pour cent, des 120 millions restant dus sur
l'indemnité; 600,000 fr. pour servir à leur amortissement,
à raison d'un demi pour cent; et 2,500,000 fr. pour Je
service de l'emprunt. Si Boyer consentait à cet ultimatum,
le gouvernement français consentirait aussi à faire un traité
de commerce et d'amitié avec la République.
6,500,000 fr. , à savoir : 5,600,000 fr. pour
les intérêts, à 5 pour cent, des 120 millions restant dus sur
l'indemnité; 600,000 fr. pour servir à leur amortissement,
à raison d'un demi pour cent; et 2,500,000 fr. pour Je
service de l'emprunt. Si Boyer consentait à cet ultimatum,
le gouvernement français consentirait aussi à faire un traité
de commerce et d'amitié avec la République. M. Molien était alors en France; il fut chargé de remplacer M. Maler comme consul général par intérim1. Il
partit de Brest en janvier 1829, avec M. Sain t-Macary, sur
la frégate la Cérès, et ils arrivèrent au Port-au-Prince dans
les premiers jours de mars. Le nouveau consul général
était chargé de signifier l'ordonnance royale au Président.
Boyer nomma les trois grands fonctionnaires Imbert, Voltaire et Inginac pour négocier avec lui à ce sujet. Le 5
avril, une convention fut arrêtée, d'après laquelle le gouvernement haïtien écarta l'affaire de l'emprunt pour la
régler directement avec les porteurs de ses obligations; et
quant à l'indemnité, il consentit à payer annuellement
5,600,000 fr. pour les intérêts des 120 millions, à 5 pour
cent, en délégations ou rescriptions sur les douanes de la
République , « au pair de la gourde haïtienne, » se réser1. M. Malrr quitta Haïti en juin 1827, au moment de l'arrivée de M. F. Cerffber qui
fut envoyé comme vice-consul, pour remplacer M. Ragneneau de la C.t.enaie, aux Cayes.
Ce dernier vint alors au Port-au-Prince où il occupa le consulat général par intérim. En
1828, il se rendit en France d'où il ne revint plus. M. Molien y avait été dans la même année. [1829] CHAPITRE II. 85 vant d'aviser plus tard au payement du capital. Mais le
gouvernement demanda, et M. Molien consentit, que le
demi-droit stipulé en faveur des navires et du commerce
français cessât définitivement à la fin de 1850. Le consul
général s'empressa d'obtenir du Président qu'il approuvât
cette convention et la signât, comme les grands fonctionnaires l'avaient déjà fait. Ensuite, un projet de traité de
commerce fut arrêté et signé aussi, le a 6 avril, parles
négocia leurs respectifs. h» Pour avoir dérogé ainsi aux clauses de l'ordonnance
royale contenant l'ultimatum de son gouvernement, il a
fallu que M. Molien eût toute latitude à cet égard. Du
reste, il avait déjà résidé en Haïti, en qualité de consul au
Cap-Haïtien; il connaissait parfaitement l'exiguïté des ressources de la République, et de plus comment l'esprit public était opposé aux arrangemens pris avec la France :
donner des facilités au gouvernement haïtien était d'une
sage politique. Il expédia en France les actes qu'il avait
souscrits. Le Président fit écrire en même temps au gouvernement français pour les appuyer, en exposant toujours
la malheureuse situation du pays.
Haïti, en qualité de consul au
Cap-Haïtien; il connaissait parfaitement l'exiguïté des ressources de la République, et de plus comment l'esprit public était opposé aux arrangemens pris avec la France :
donner des facilités au gouvernement haïtien était d'une
sage politique. Il expédia en France les actes qu'il avait
souscrits. Le Président fit écrire en même temps au gouvernement français pour les appuyer, en exposant toujours
la malheureuse situation du pays. Nous dirons bientôt ce qui eut lieu entre les deux gouvernemensj par suite de l'accord entre celui d'Haïti et le
consul général. Dans les premiers mois de 1828, le bruit avait couru à
l'étranger, que l'Espagne faisait préparer à la Havane une
expédition militaire pour venir s'emparer de la partie de
l'Est d'Haïti. On disait qu'un amiral Laborde aurait le commandement de la flotte qui transporterait les troupes. Ce
bruit, répandu dans l'Est, y avait occasionné une certaine
émotion; et bien queBoyer ne le crût pas fondé, il avait
jugé prudent d'y faire passer plusieurs régimens de l'Ouest 8(3 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI, et du Nord. La garnison de Santo-Domingo fut renforcée;
un de ces régimens fut placé à Azua, et d'autres à SaintJean, àSaint-Yagueet à Puerto-Plate. Cette mesure de précaution ramena le -calme dans les esprits- et ces corps de
troupes furent rappelés au commencement de 1829. Le 7 mars, une proclamation du Président prorogea la
session législative au 10 août suivant. La seule cause de
cette mesure fut la préoccupation occasionnée au gouvernement par l'arrivée du consul général de France, chargé
de négocier la convention mentionnée ci-dessus. Au reste,
la législation du pays ne réclamait pas grand' chose dans
cette année. La session fut ouverte le 17 août; et dans
son discours d'usage, le Président fit allusion à l'accord
existant entre les gouvernemens de France et d'Haïti pour
la cessation du demi-droit accordé au commerce- français. Il annonça positivement à la Chambre des communes,
« que cette faveur ne subsisterait plus au 1er janvier 1831,
» attendu qu'elle n'avait été concédée, dans sa pensée, que-
» pour le laps de cinq années entières à partir du verse-
» ment opéré du premier cinquième de l'indemnité, le
» 51 décembre 1825 '. » Il n'y eut que deux lois votées
dans cette session : celle qui prorogea, pour 1850, une
autre rendue en 1828 sur l'imposition personnelle et mobilière^ qui n'allait plus être renouvelée, et celle annuellement rendue sur les patentes. Parmi les quelques autres actes d'administration qui
s'offrent dans cette année, on peut citer une nouvelle circulaire deBoyeraux commandans d'arrondissement, pour
leur dire de veiller à la culture des terres; à la plantation 1 Lorsque ftoyer annonça la cessation du demi-droit, avant la ratification de la convention souscrite par M. Molien, on trouva que c'était prématuré de sa part, le gouvernement fiançais pouvant encore refuser sa ratification, [1830] CHAPITRE II. 87
quelques autres actes d'administration qui
s'offrent dans cette année, on peut citer une nouvelle circulaire deBoyeraux commandans d'arrondissement, pour
leur dire de veiller à la culture des terres; à la plantation 1 Lorsque ftoyer annonça la cessation du demi-droit, avant la ratification de la convention souscrite par M. Molien, on trouva que c'était prématuré de sa part, le gouvernement fiançais pouvant encore refuser sa ratification, [1830] CHAPITRE II. 87 des vivres en grande quantité afin d'assurer la subsistance
des populations; à la bonne préparation des denrées d'exportation pour leur garantir une vente avantageuse sur les
marchés étrangers ; à la répression du vagabondage clans
les campagnes afin de procurer une entière sécurité aux
propriétaires et aux cultivateurs laborieux, etc. Le Président leur rappela les diverses autres circulaires qu'il leur
avait adressées à différentes époques , et notamment ses
instructions du 17 avril 1820 sur les mêmes objets, et il
fit imprimer deux de ces circulaires, du 11 décembre 1824
et du 29 août 1828, avec celle du 12 novembre de la
présente année. Tous ces actes prouvent certainement [la
sollicitude de Boyer en faveur de l'agriculture de son
pays, comme une infinité d'autres relatifs à la protection
due au commerce. Mais il faut reconnaître que la contrainte n'étant pas possible, ne devant pas même être
exercée à l'égard des cultivateurs producteurs de vivres et
autres denrées, la tâche des comman clans militaires devenait difficile : aussi combien d'entre eux ne disaient pas
souvent, que le Président semblait les blâmer, les accuser
de négligence, lorsque les mêmes choses se passaient sous ' ;
ses yeux dans l'arrondissement du Port-au-Prince, sans
qu'il pût obtenir de meilleurs résultats. Nous voici à 1850. Le 16 janvier une frégate espagnole
arriva au Port-au-Prince, ayant à son bord Don Felipe
Fernandez de Castro, intendant de l'île de Cuba, venant
directement de la Havane. Il était revêtu cle la qualité de
plénipotentiaire de Sa Majesté Ferdinand VII, roi d'Espagne, et il s'empressa d'en informer le Président d'Haïti,
en lui disant qu'il était chargé d'une mission auprès du gouvernement de la République. Le 17, le Président remit
agnole
arriva au Port-au-Prince, ayant à son bord Don Felipe
Fernandez de Castro, intendant de l'île de Cuba, venant
directement de la Havane. Il était revêtu cle la qualité de
plénipotentiaire de Sa Majesté Ferdinand VII, roi d'Espagne, et il s'empressa d'en informer le Président d'Haïti,
en lui disant qu'il était chargé d'une mission auprès du gouvernement de la République. Le 17, le Président remit 88 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hAÏTI. ses pleins-pouvoirs au général Inginac, secrétaire-général,
au sénateur J.-F. Lespinasse, et au colonel Frémont^ son
aide de camp, afin de recevoir les communications de cet
envoyé et d'entrer en conférences avec lui sur tous
les points qu'il proposerait de mettre en discussion, promettant de ratifier ce qu'ils auraient fait et arrêté dans l'intérêt d'Haïti. Dès le même jour, ils reçurent l'envoyé de
S. M. C.qui leur exhiba ses pleins*pouvoirs,en même temps
qu'ils lui exhibèrent les leurs; et ils convinrent ensemble
d'une deuxième réunion pour le 18,, où l'échange en aurait lieu. A cette séance, Don F. de Castro, après cette formalité remplie, exposa l'objet de sa mission, indiqué d'ailleurs par ses pleins-pouvoirs, et qui était : « d'obtenir la
» remise au roi d'Espagne, du territoire de l'Est d'Haïti
» formant anciennement une des colonies de ce royaume. »
Mais, sur les objections faites par les plénipotentiaires haïtiens et la discussion qui s'en suivit, Don F. de Castro,
ne s' exprimant pas très-facilement en français, ni eux en
espagnol, il leur demanda à traiter de la question par
notes diplomatiques basées sur ses instructions : ce à quoi
ils consentirent, et la séance fut levée. Le 19, Don F. de Castro leur adressa une première note
écrite en espagnol, où il déclara que les vues de son souverain étaient : « d'employer les moyens concilians et conve-
» nables aux sentimens qui l'ont toujours animé envers le
» gouvernement de l'État d'Haïti, pour faire rentrer sous
» sa domination paternelle, ceux de ses sujets qui résident
» dans la partie espagnole de" cette île ; et il fit l'historique des événemens qui s'y passèrent depuis la cession
faite à la France par le traité de Baie, en 1795, jusqu'en
1821 où « le soulèvement de quelques factieux avait ex -
» puisé les autorités locales, en substituant au pavillon [1830] CHAPITRE II. 89 » royal de leur souverain légitime, celui qui n'était pas
j> dans le rang de ceux des nations 1. » Argumentant
contre les dispositions de la constitution d'Haïti qui comprenaient toute l'île dansle territoire de la République, il
dit qu'elles ne pouvaient détruire les droits de l'Espagne
qui, en dernier lieu et par l'ordonnance de Charles X, du
17 avril 1825, se trouvaient confirmés conformément à la
rétrocession de 1814, puisque cette ordonnance qui a constitué légalement la République, n'a disposé qu'en faveur
de l'ancienne partie française. Il admit cependant qu'en
1821, la République a pu, pour sa propre sécurité, occuper
momentanément le territoire de la colonie espagnole, pour
se préserver de la contagion de l'anarchie ou pour éviter
qu'il ne devint celui d'un ennemi, par suitedel'insurrection;
mais qu'aujourd'hui, n'ayant jamais eu ni guerre ni hostilités avec lanation espagnole., son occupation étant temporaire, elle devait restituer ce territoire au roi d'Espagne.
ependant qu'en
1821, la République a pu, pour sa propre sécurité, occuper
momentanément le territoire de la colonie espagnole, pour
se préserver de la contagion de l'anarchie ou pour éviter
qu'il ne devint celui d'un ennemi, par suitedel'insurrection;
mais qu'aujourd'hui, n'ayant jamais eu ni guerre ni hostilités avec lanation espagnole., son occupation étant temporaire, elle devait restituer ce territoire au roi d'Espagne. Les plénipotentiaires haïtiens répondirent le 21 à cette
note, en disant à leur adversaire : que l'ancienne colonie de
l'Espagne, ayant étécédée à la Francequi en prit possession
en 1 801 (par Toussaint Louverture) et qui l'occupait encore
le 1er janvier 1804, jour où les Haïtiens se déclarèrent nation libre et indépendante de cette puissance et de toutes
autres, ce territoire s'est trouvé « indispensablement com-
» pris, » par eux et pour leur sûreté et leur conservation,
dans le nouvelÉtat qu'ils fondèrent; qu'ainsi l'ont toujours
entendu les diverses constitutions politiques du pays, notamment celle du 27 décembre 1806 qui l'érigea en République; qu'en vain on objectaitque ces actes n'avaient point
été signifiés à l'Espagne, que « les constitutions se procla1 Le pavillon colombien arboré à Santo- Domingo seulement, par Nuacz de Cacérès. 90 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. » ment et ne se signifient point; » que si, à cansecle laguerre
civile, le gouvernement ne s'était pas opposé à ce qu'en
\ 809 le pavillon espagnol fût arboré clans la partie de l'Est
d'Haïti, après que Pétion eut fourni auxindigènes désarmes
et des munitions pour combattre les Français, les droits des
Haïtiens sur ce territoire n'avaient pu, par cette circonstance, recevoir aucun affaiblissement; que les objections
faites par le plénipotentiaire du roi d'Espagne n'étaient puisées que clans « des droits perdus; » que les habitans de
l'Est eux-mêmes l'avaient si -bien 'compris ainsi, qu'aussitôt
la cessation cle la gueiTe civile par la mort de H. Christophe,
ils déclarèrent îeurincorporation à la République à laquelle
ils jurèrent fidélité ; qu'il est vrai que quelques individus de
Santo-Domingo avaientvoulu ériger un État distinct pour
s'allier à la République de Colombie; mais que les citoyens
de l'Est, en général, s'en indignèrent et appelèrent immédiatement le Président d'Haïti pour les faire jouir définitivement des bienfaits cle la constitution de la République, et
que le 9 février 1822 il effectua la prise de possession, en
entrante Santo-Domingo où le pavillon haïtien flottait depuis quelques jours, tandis qu'il avaitété arboré sur les autres points il y avait un mois, ce qui prouvait la volonté
unanime des citoyens ; que l'ordonnance du roi cle France^
du 17 avril 1825, n'avait pu atténuer les droits cle la République, ni fortifier ceux que le roi d'Espagne pensait avoir
conservés sur l'ancienne partie espagnole cle File, parce cpie
la prise de possession était antérieure à cet acte1 ; enfin,
que le gouvernement d'Haïti n'ayant rien envahi de ce qui
points il y avait un mois, ce qui prouvait la volonté
unanime des citoyens ; que l'ordonnance du roi cle France^
du 17 avril 1825, n'avait pu atténuer les droits cle la République, ni fortifier ceux que le roi d'Espagne pensait avoir
conservés sur l'ancienne partie espagnole cle File, parce cpie
la prise de possession était antérieure à cet acte1 ; enfin,
que le gouvernement d'Haïti n'ayant rien envahi de ce qui 1 En reconnaissant l'indépendance des Haïtiens de l'ancienne partie française, même
sous la forme d'une concession royale, le Roi de France admettait in petto qu'ils avaient
eu le droit cle brisci le jong delà domination de cette puissance. Donc, Le même droi!
c pétail aux Haïtiens de l'Es'l à l'égard cle l'Kspagne. [1850] . . CHAPITRE II . 91 appartenait à l'Espagne, n'avait non plus rien à lui restituer
et ne lui restituerait .rien.de son territoire; qu'il n'abandonnerait jamais les hommes qui se sont réunis à lui dans la
ferme espérance d'être protégés. Du reste, la note haïtienne
se termina par l'assurance donnée au plénipotentiaire de
S. 'M. G., que le gouvernement de la République continuerait à désirer ardemment devoir s'établir entre les peuples
d'Haïti et de l'Espagne, les rapports qui doivent exister
entre les nations civilisées, et qu'il serait toujours prêt à
entrer dans toutes négociations qui auraient ce but. Don F. de Castro aurait bien pu s'en tenir à sa note et à
celle des plénipotentiaires haïtiens, car cette dernière terminait toute discussion entre eux; mais il s'y trouvait deux
mots, — droits perdus, — qui semblaient être une humiliationpour le beau royaumed'Espagne, pourson monarque
qui espérait encore, à cette époque, rétablir son autorité
absolue dans toutes ses colonies d'Amérique devenues des
Etats indépendans. Il y répliqua le 24 par une très-longue
note diffuse, dans laquelle il releva trois fois cette expression, en disant même à ses adversaires que c' était une injure
faite aux droits parfaits de Ferdinand VII sur la partie de
l'Est; que demême que la République avait obtenu, à force
de « sacrifices louables, » la sanction par le Roi Très-Chrétien de son état actuel, avec bien plus de raison elle pouvait
obtenir «la même sanction » de S. M. Catholique, pour la
possession de sa colonie. « Aussi, dit-il, le soussigné de-
» mande une satisfaction en forme à l'injure ci-dessus men-
» tionnée, — à moins que le gouvernement d'Haïti, con-
» vaincu de la justice et de la modéra tion qui guident S. M.
» C . , en ce cas et en tous les autres, ne convienne à restituer
» le territoire de la partie espagnole qui lui appartient si
» i liipreseri ptiblemen t, en faisant pour cela une transaction
colonie. « Aussi, dit-il, le soussigné de-
» mande une satisfaction en forme à l'injure ci-dessus men-
» tionnée, — à moins que le gouvernement d'Haïti, con-
» vaincu de la justice et de la modéra tion qui guident S. M.
» C . , en ce cas et en tous les autres, ne convienne à restituer
» le territoire de la partie espagnole qui lui appartient si
» i liipreseri ptiblemen t, en faisant pour cela une transaction 92 ETUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. » dont la base sera cette restitution, et dans laquelle les
» désirs du gouvernement de S. M. C. pourront très-bien
» s'accorder avec celui de la République pour établir des
» relations en faveur des intérêts des deux États. » Et dans
le cas contraire, don F. de Castro demandait que lePrésident
de la République s'expliquât définitivement sur sa juste réclamation de la partie espagnole de l'île, et sur l'injure qui a
été faite à son souverain, en le dépouillant d'un de ses domaines et en donnant accueil « à ses vassaux soulevés. »
Il termina sa note en faisant entrevoir que Ferdinand VII
pourrait recourir à la force pour exercer son droit, et disant
qu'il ne ferait plus d'autre communication. Les plénipotentiaires haïtiens n'y répondirent que le 29.
Ils s'exprimèrentavecautant de modération que leur adversaire avait mis de vivacité dans son langage; et justifiant
de nouveau la prise de possession de l'ancienne colonie par
le vœu de la très-grande majorité du peuple qui l'habitait,
ils lui dirent qu'ilsconsidéraient leur tâche comme terminée,
que la République ne peut remettre ce territoire à l'Espagne, et que ce refus ne peut être considéré comme une injure. Le lendemain, Don F. de Castro accusa réception de cette
dernière note, en déclarant que sa mission était également
terminée par le refus qu'il y trouvait encore de restituer à
son souverain cette partie de ses États, et qu'il allait partir
le 51 janvier : ce qu'il fit effectivement. Ainsi finit la seule démanche que fit le gouvernement
espagnol, par rapport aux départemens de l'Est d'Haïti.
Dans la diplomatie entortillée de son plénipotentiaire, on
croit voir qu'il n'aurait pas été éloigné d'accepter de la République une proposition « d'indemnité » à accorder à son
pays. Maisiln'y aurait eu aucune raison d'en faire à l'Espa- |18o0] CHAPITRE II. 93 gne, comme à la France, par le respect qui fut porté aux
propriétés particulières dans l'Est d'Haïti, par l'admission,
en 1822, comme Haïtiens, de tous les blancs qui s'y trouvaient propriétaires et qui jurèrent fidélité à la République.
Quant au domaine public, il lui échut par cela seul que le
peuple de cette partie voulut irrévocablement se soustraire
à la domination de l'Espagne pour s'incorporer à elle.
, comme à la France, par le respect qui fut porté aux
propriétés particulières dans l'Est d'Haïti, par l'admission,
en 1822, comme Haïtiens, de tous les blancs qui s'y trouvaient propriétaires et qui jurèrent fidélité à la République.
Quant au domaine public, il lui échut par cela seul que le
peuple de cette partie voulut irrévocablement se soustraire
à la domination de l'Espagne pour s'incorporer à elle. Le 6 février, le Président d'Haïti adressa une proclamation à ses concitoyens; elle leur rendit compte de l'issue de
la mission envoyée par le roi d'Espagne. Cet acte récapitula
les événemens antérieurs à la réunion de l'Est à la République, cita le texte de la constitution et les motifs qui déterminèrent les fondateurs de l'indépendance nationale à comprendre toute l'île dans le territoire haïtien. Il rappela aux
citoyens de l'Est comment ils s'étaient adressés au chef de
l'État, pour opérer cette réunion que les malheurs des temps
de désordre avaient seuls ajournée jusqu'en 1822, et les
engagea à toujours rester unis au giron du gouvernement
qui faisait tout pour leur procurer bonheur et prospérité 1 .
Il dit en terminant : « Nous avons déclaré à l'univers que
» notre désir est de vivre en paix avec toutes les nalions;
» nous nous en sommes imposé la loi par notre constitu-
» tion; nous sommes toujours dans la détermination de
» respecter la sécurité des États qui ne troubleront pas la
» nôtre. Mais si jamais notre territoire était violé, nous sert rions dégagés envers nos agresseurs, et nous remettrions
» les destinées d'Haïti entre les mains du souverain arbitre
» des peuples et des rois. » 1 Au mois de février suivant, le gouvernement fît publier, en brochure, tontes les pièces qui lui avaient été adressées par le peuple de la partie de l'Est, pour le conjurer de
venir en prendre possession, précédées de l'historique des événemens antérieurs; et en
juin, il fît publier aussi le texte des notes échangées entre Don F. de Castro et les plénipotentiaires haïtiens, les pleins-pouvoirs respectifs, etc. 9$ ÉTUDES SDR L HISTOIRE D HAÏTI. Et le 28 du même mois, le secrétaire général Inginae publia un avis au commerce haïtien, par ordre du Président,
qui prouvait au mondé que la Grande-Bretagne avait foi en
nos promesses, de ne pas troubler le régime des colonies
européennes qui entourent Haïti : elle ouvrait les ports des
îles Bahamaau pavillon de la République. Dès le 22, une autre proclamation du chef de l'État prorogea la session législative au 10 septembre suivant. Il faut
en dire le motif.
général Inginae publia un avis au commerce haïtien, par ordre du Président,
qui prouvait au mondé que la Grande-Bretagne avait foi en
nos promesses, de ne pas troubler le régime des colonies
européennes qui entourent Haïti : elle ouvrait les ports des
îles Bahamaau pavillon de la République. Dès le 22, une autre proclamation du chef de l'État prorogea la session législative au 10 septembre suivant. Il faut
en dire le motif. Le gouvernement français avait gardé le silence sur la
convention et le traité signés au mois d'avril 1829, entre
M.Molien, son consul général, et les grands fonctionnaires
delà République; mais on venait d'apprendre qu'un nouvel
agent arriverait incessamment de France : ce fut la cause
de la prorogation de la session du corps législatif. En effet, M. le baron Pichon, parti de Brest à la fin de
janvier, arriva bientôt au Port-au-Prince 1 . Il était porteur
des deux actes de 1829 que Charles X n'avait pas voulu ratifier, à moins de nouvelles explications sur le sens attaché
à l'expression « au pair de la gourde haïtienne, » à propos
des rescriptions que le gouvernement d'Haïti donnerait
pour payerles intérêts des 120 millions restans derindemnité,soit 5,600,000 fr. par an, sur les droits perçus dans les
douanes de la République, ces droits étant payés en monnaie nationale. Au fait, la mission de M. Pichon consistait à
refaire cette convention spéciale, à porter le gouvernement
à consentir au payement de vette somme en France même
et en monnaie française, parce que la convention dérogeai I
à la clause y relative de l'ordonnance de 1 825 qui exigeait les I. Dans une note de la page 281 du 4" tome, j'ai commis une erreur en disant, que
M. Le baron Pichon fui envoyé auprès de Boyer par le gouvernement de Louis-Philippe :
ce fut par celui de Charles N. [1850] CHAPITRE SI. 95 payemens à ia caisse des dépôts et consignations. Au moyen
de ce consentement, ie traité de commerce et de navigation
pourrait être ratifié. — Disons une fois que ce refus de ratification, delà part du gouvernement français, fut une chose
heureuse pour Haïti qui se serait engagée ainsi à payer indéfiniment des sommes exorbitantes, en sus du capital de
l'indemnité. La Providence lui réservait mieux que cela, par
suite d'événemens dont elle avait seule le secret. MM. Imbert, Voltaire et Inginac furent encore chargés
d'entrer en négociation avec M. Pichon, qui avait ordre de
s'adjoindre M. Molien.Les grands fonctionnaires expliquèrent la convention, enlui déclarant que l'expression aupair
s'entendaitnécessairement ainsi : « que la gourde haïtienne
» serait acceptée pour la valeur de cinq francs. » Or, la monnaie nationale, soit métallique ou billets de caisse, perdait
75 pour cent, au change de la monnaie d'Espagne, le café,
sur le prix duquel se règle toujours ce change en Haïti, ne
valant en Europe, en 1850, que huit piastres et un huitième'1 .
ant que l'expression aupair
s'entendaitnécessairement ainsi : « que la gourde haïtienne
» serait acceptée pour la valeur de cinq francs. » Or, la monnaie nationale, soit métallique ou billets de caisse, perdait
75 pour cent, au change de la monnaie d'Espagne, le café,
sur le prix duquel se règle toujours ce change en Haïti, ne
valant en Europe, en 1850, que huit piastres et un huitième'1 . A cette déclaration, M. Pichon se récria et opposa ce fait
notoire qui ne permettait pas, selon lui, au gouvernement
■ français de souscrire une telle convention, qui serait onéreuse aux intérêts des ayants-droit à l'indemnité. Mais les
grands fonctionnaires lui objectèrent qu'en acceptant l'ordonnance de 1825, sur la foi de la note explicative de M. de
Mackau, sur sa promesse verbale d'appuyer les réclamations du Président d'Haïti pour une réduction delà quotité
de l'indemnité, la République, n'ayant pas obtenu cette ré1 Je tiens delà complaisance deM. F.Mirarnrjeati, ci-devantnégociant an Port-au-Prince,
une note où sont portés le prix du café et du coton, en Haïti et en Europe, de 1825^ a
1839, et le cours du cbange, dans la même période, entre la piastre [d'Espagne j t la
gourde d'Haïti. 96 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. duction, ne pouvant évidemment payer l'indemnité aux
termes assignés, et consentant à payer des intérêts pour la
somme restante, le gouvernement français devait consentir
aussi à lui donner des facilités à cet égard, en acceptant les
rescriptions sur ses douanes, telles que son gouvernement
l'entendait. Lanégociation neputaboutir sur ce point, chaque partie tenant à sa manière de voir. C'est alors que
M. Pichon eut recours à Boyer pour le porter à lever la
difficulté, en l'attribuant surtout à Inginac qui lui paraissait personnellement opposé aux prétentions du gouvernement français, parce qu'il faut le dire, des trois grands fonctionnaires, Inginac était le plus capable de soutenir la discussion, etil l'avait soutenue avec chaleur; et parce que, de
plus, tous les agents français s'obstinaient à voir en lui un
homme plus disposé en faveur de la Grande-Bretagne que
de la France ' . Sur ce recours de M. Pichon, Boyer invita les grands
fonctionnaires à chercher une autre combinaison. M. Pichon, reconnaissant lui-même les embarras d'Haïti, conseilla en ce moment au Président de publier une loi qui
ordonnerait de payer désormais les droits de douanes, sur
marchandises importées de l'étranger, « en monnaie d'Espagne, » ce qui donnerait à la République les moyens de
s'acquitter facilement envers la France 2. Il lui dit que le
commerce étranger, même celui de son pays, ne pourrait se
plaindre de cette mesure administrative, attendu qu'un fait
analogue se passait depuis longtemps à l'égard des Haïtiens
eux-mêmes qui, en achetant des propriétés du domaine national, versaient au trésor la moitié du prix de vente « en
, « en monnaie d'Espagne, » ce qui donnerait à la République les moyens de
s'acquitter facilement envers la France 2. Il lui dit que le
commerce étranger, même celui de son pays, ne pourrait se
plaindre de cette mesure administrative, attendu qu'un fait
analogue se passait depuis longtemps à l'égard des Haïtiens
eux-mêmes qui, en achetant des propriétés du domaine national, versaient au trésor la moitié du prix de vente « en 1 Voyez ce qu'Inginac dit à ce sujet, dans ses Mémoires, page 79. 2 On verra à quelle occasion cette mesure fut prise en 1835. [1850] CHAPITRE II. 97 monnaie d'Espagne, » et l'autre moitié en monnaie
d'Haïti '. Il résulta donc de la reprise des conférences, que deux
projets furent arrêtés conjointement : une convention financière en sept articles, et un traité de commerce et de navigation en vingt autres articles. Mais les plénipotentiaires
haïtiens proposèrent un article additionnel à chacun de ces
actes, que les négociateurs français ne voulurent point admettre, en vertu de leurs instructions. Il n'y eut par conséquent rien de définitif, et M. le baron Pichon partit pour la
France à la mi-avril. Boyer, désirant éviter une rupture qui eût pu être la suite
du rapport qu'il ferait à son gouvernement, se résolut à y
envoyer de nouveau M. Saint-Macary, avec des instructions
nouvelles et des pleins-pouvoirs pour essayer de traiter définitivement en France même. Mais auparavant, le 18 avril,
il adressa un message au Sénat en lui annonçant que les
trois grands fonctionnaires se présenteraient dans son sein,
pour lui soumettre, à huis-clos, les deux projets dont s'agit avec les articles additionnels. Le Président demanda au
Sénat son opinion sur ces actes. Le 20, ce corps les approuva
par un message en réponse au sien, ce qui fortifia Boyer
dans sa résolution défaire poursuivre la négociation àParis. En conséquence, le 24 il signa ses pouvoirs et ses instructions qui furent remis à M. Saint-Macary, et cet envoyé
partit sur un navire marchand qui arriva au Havre, en même
temps que M. Pichon arrivait à Brest sur la frégate la Junon. Ils négociaient à Paris, lorsque les journées de juillet
décidèrent la grande révolution de cette année. Ce serait ici
le lieu de faire connaître les instructions de Bover; mais 1 Cette mesure avait été prise pour avoir les matières servant à la fabrication de la
monnaie nationale.
urent remis à M. Saint-Macary, et cet envoyé
partit sur un navire marchand qui arriva au Havre, en même
temps que M. Pichon arrivait à Brest sur la frégate la Junon. Ils négociaient à Paris, lorsque les journées de juillet
décidèrent la grande révolution de cette année. Ce serait ici
le lieu de faire connaître les instructions de Bover; mais 1 Cette mesure avait été prise pour avoir les matières servant à la fabrication de la
monnaie nationale. 98 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hAÏTI. comme son envoyé fut amené à signer des traités, le 2 avril
1851, auxquels ii ne donna point sa ratification, nous renvoyons à en parler dans cet ordre chronologique. Cependant, nous pouvons placer ici le message que le
Président adressa au Sénat, le 4 octobre 1830, lorsqu'il apprit les événemens survenus en France.
« Citoyens sénateurs, » L'article 121 de la constitution fait un devoir au Sénat de correspondre directement avec le Président d'Haïti
pour tout ce qui intéresse l'administration des affaires publiques en général, et de mon côté, je n'ai jamais manqué
d'appeler les membres qui le composent à délibérer avec
moi sur les grands intérêts de l'État, chaque fois que les
circonstances l'ont nécessité. C'est ce motif puissant qui me
porte à vous inviter à méditer sur les événemens qui ont eu
lieu en France vers la fin du mois de juillet dernier, et qui
ont amené le changement de la dynastie régnante. Plus ces
événemens sont graves, plus vous devez mettre de sagesse
et de maturité dans la résolution que vous allez prendre. Il
s'agit principalement de considérer le changement de gouvernement sous le point de vue des avantages qui peuvent
en résulter en faveur de la conclusion de nos rapports politiques et commerciaux avec la France, et de me faire connaître votre opinion sur la marche qu'il conviendra le mieux
d'adopter et de suivre pour parvenir à cet heureux résultat.
Je me repose, citoyens sénateurs, sur vos lumières autant
que sur votre patriotisme, et je ne doute pas que votre résolution aura pour base la dignité, la gloire et la prospérité
de la République. » J'ai la faveur de vous saluer, etc. » Signé : Boyer. » Le lecteur pressent déjà la réponse que le Sénat fit à ce jjfSoOj CHAPITRE lï- 99 message: elle fut en harmonie avec les espérances qu'il
exprimait, par le changement de gouvernement en France.
Néanmoins, le Sénat conseilla au Président une attitude
expectante, afin de savoir quel parti on pourrait mieux tirer
de cet événement. Nécessairement, on devait attendre des
communications de la part de M. Saint-Macary : il en fit au
Président qui partagea l'espoir qu'il avait, d'obtenir des
concessions plus favorables que celles qu'il devait demander. Toujours est-il constant, qu'accrédité auprès du gouvernement de Charles X, en droit international ses pouvoirs
devenaient caducs, et qu'en /aii ils ne furent pas renouvelés
par le Président d'Haïti. Cet agent ne fut pas non plus rappelé; on le laissa poursuivre de lui-même une négociation
dont on espérait des résultats avantageux pour la République.
obtenir des
concessions plus favorables que celles qu'il devait demander. Toujours est-il constant, qu'accrédité auprès du gouvernement de Charles X, en droit international ses pouvoirs
devenaient caducs, et qu'en /aii ils ne furent pas renouvelés
par le Président d'Haïti. Cet agent ne fut pas non plus rappelé; on le laissa poursuivre de lui-même une négociation
dont on espérait des résultats avantageux pour la République. Le Président avait cet espoir, et cependant il ne fit pas ce
qui pouvait le réaliser. Il eût été convenable, ou qu'il envoyât en France un nouvel agent dans l'unique but de complimenter Louis-Philippe sur son avènement au trône, ou
pour s'adjoindre dans ce but à M. Saint-Macary, ou qu'il
eût écrit ou fait écrire pour transmettre ses félicitations au
nouveau Roi; mais Boyer s'abstint de ces actes de haute
convenance dans la situation où se trouvait Haïti à l'égard
de la France. Il a été même dit, à cette époque, qu'à la première nouvelle des événemenscle Paris, Charles X étant encore en France, Boyer avait manifesté publiquement un vif
regret pour ce succès de l'opposition dans cette capitale, et
que le général Inginac surtout avait prononcé des paroles
aCerbes. Comme homme d'État, Inginac aurait eu tort de
parler ainsi; et quant à Boyer, ce n'aura été qu'une prudence gouvernementale, car on était incertain sur le résultat final de la résistance du peuple. Mais quand on eut reçu 100 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hàÏTI. d'antres informations annonçant l'expulsion de la branche
aînée des Bourbons, il ne devait plus y avoir d'hésitation. M. Molien, en sa qualité de consul général, était dans la
même situation d'esprit, et cela se conçoit 1. Les Français
présens au Port-au-Prince ne s'abstinrent pas comme lui;
ils applaudirent avec tout l'enthousiasme ordinaire de leur
caractère distinctif ; ils organisèrent un banquet auquel il
assista cependant avec de nombreux Haïtiens; ils arborèrent
un immense drapeau tricolore à la maison où ce banquet eut
lieu ; et après cette fête, ils allèrent offrir ce nouvel emblème de la nationalité française au consul général, pour
qu'il le fit hisser en place du drapeau blanc de la légitimité
qui flottait au mât de pavillon du consulat. M. Molien le
garda et ne déféra à ce désir que lorsque de nouvelles informations ne laissèrent plus de doute sur le succès complet
de la révolution. Quant aux Haïtiens, en général ils furent satisfaits du
renversement de Charles X, et par rapport à son ordonnance
de 1825 qui avait déplu à la nation, et parce que ses ordonnances de la fin de juillet, qui soulevèrent la population de
Paris, leur parurent aussi une flagrante violation de la charte
française qui avait été octroyée par son frère, son prédécesseur. Le sentiment populaire, en Haïti, était que, puisque ce
monarque avait pu violer la charte octroyée, il aurait pu tout
aussi bien violer l'ordonnance concédée^ et d'autant mieux
qu'elle avait été rédigée en termes ambigus qui décelaient
une arriêre-'pensée, et que jusqu'alors son gouvernement ne
voulait pas donner des explications, par un traité qui aurait
octroyée par son frère, son prédécesseur. Le sentiment populaire, en Haïti, était que, puisque ce
monarque avait pu violer la charte octroyée, il aurait pu tout
aussi bien violer l'ordonnance concédée^ et d'autant mieux
qu'elle avait été rédigée en termes ambigus qui décelaient
une arriêre-'pensée, et que jusqu'alors son gouvernement ne
voulait pas donner des explications, par un traité qui aurait 1 M. Molien présidait a la fête du mariage d'un Français, lejour où arriva du Havre le
navire Y Heureuse Union, qui apporta des journaux de Paris annonçant l'événement et qui
avait le pavillon tricolore. Pendant que ses compatriotes s'exaltaient à la lecture des journaux, le consul général observait le décorum auquel il était naturellement tenu par sa
charge. Je dis ici ce que j'ai vu. [1850] CHAPITRE II. 101 satisfait l'honneur et la dignité de la nation, ni réduire la
quotité de l'indemnité. D'ailleurs, il existe entre tous les
peuples une solidarité d'intérêts moraux qui excite toujours
une vive sympathie en faveur de celui dont on méconnaît
les droits, et ce sentiment ne pouvait manquer d'éclater
en Haïti pour le peuple français, auquel elle se rattache
par ses idées et par une foule de considérations toutes
morales , bien que les Haïtiens entendent rester complètement indépendans de la France sous le rapport politique. Mais si, généralement, ils éprouvèrent de la satisfaction,
ceux d'entre eux qui formaient l'Opposition dans le pays, se
réjouirent bien davantage de la chute de la Restauration,
que l'opposition française avait constamment harcelée.
Cette chute leur parut un avertissement utile à Boyer, ou un
avant-coureur de la sienne. Et quand on eut dit que le Président avait témoigné hautement un vif regret de cet événement, loin de voir en cela un acte de prudence de sa part
comme chef du gouvernement, ils n'y trouvèrent que l'instinct cle sa propre conservation au pouvoir qui le portait à
s'abstenir de toute approbation anticipée. Ce fut pis par
rapport au secrétaire général Inginac, à qui l'on avait imputé des paroles qui furent colportées et envenimées.
Quelques mois après, on vit éclater ces sentimens hostiles; mais n'anticipons pas sur le temps où il faudra en
parler. La session législative, ajournée par le Président d'Haïti,
s'ouvrit le 20 septembre. Dans son discours à cette occasion, Boyer parla de la parfaite tranquillité du pays, de l'étrange réclamation faite au commencement cle l'année par
le gouvernement d'Espagne, de la partie de l'Est de la République, qui n'avait servi qu'à prouver l'attachement de 102 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. ses habitans aux institutions nationales et leur ferme volonté
de rester unis à leurs concitoyens de la partie occidentale.
Puis il dit : « Je regrette de ne pouvoir encore annoncer la conclu-
» sion du traité entre Haïti et la France. A cet égard, on a
» fait ici, personne ne l'ignore, tout ce que la raison et
» l'honneur prescrivaient. Ainsi, invariable dans mes prin-
» cipes et dans les déclarations que j'ai déjà proclamées, il
» est de toute évidence que cet acte important ne sera con-
» clu que sur des bases réciproquement avantageuses aux
» deux pays, etc. »
regrette de ne pouvoir encore annoncer la conclu-
» sion du traité entre Haïti et la France. A cet égard, on a
» fait ici, personne ne l'ignore, tout ce que la raison et
» l'honneur prescrivaient. Ainsi, invariable dans mes prin-
» cipes et dans les déclarations que j'ai déjà proclamées, il
» est de toute évidence que cet acte important ne sera con-
» clu que sur des bases réciproquement avantageuses aux
» deux pays, etc. » Le président de la Chambre des communes répondit à ce
discours : « que les représentais étaient heureux de témoi-
» gnerau chef de l'État, au nom de la nation entière, leur
» reconnaissance pour les nobles efforts qu'il ne cessait de
» faire, pour assurer le bonheur du peuple et garantir la
» stabilité de ses institutions , pour l'encouragement de
» l'agriculture et du commerce, pour les progrès de l'ins-
» traction publique. « La nation , pleine de confiance dans le chef qui la di-
» rige, attend sans anxiété le moment où ses négociations
» avec la France seront terminées. La marche lente des
» choses n'est point d'une prévention défavorable pour
» elle. Le temps déroule tout avec lenteur; mais, quelle que
» soit l'époque à laquelle les traités seront conclus, la nation
» reste convaincue qu'ils seront basés sur des principes
» réciproquement avantageux; qu'il en découlera de nou-
» velles garanties pour la conservation de ses insli tu lions,
» de son indépendance et de sa prospérité. Tel est le vœu
» du peuple ; en le manifestant, il sent aussi la nécessité de
» répondre avec loyauté, et autant qu'il dépendra de lui,
» aux engagement contractés pour asseoir sa prospérité et [1850] CHAPITRE II. 105 » assurer sa tranquillité : aucun sacrifice ne sera trop grand
» pour remplir des promesses devenues inviolables pour
» une nation jalouse de son honneur,, etc. » Ces paroles furent aussi remarquables que le bon accord
existant entre les deux pouvoirs et que les louanges données à Boyer pour son administration. Trois lois seulement
furent votées dans cette session : une qui amenda le code
de commerce, en créant un tribunal de cette juridiction
dans les villes de Jacmel, de Jérémie, des Gonaïves et de
Saint-Yague où le tribunal civil de ces lieux faisait jusquelà ces fonctions; la deuxième, sur quelque allégement
porté à l'impôt foncier établi sur les maisons des villes et
bourgs; la troisième, sur les patentes.
er pour son administration. Trois lois seulement
furent votées dans cette session : une qui amenda le code
de commerce, en créant un tribunal de cette juridiction
dans les villes de Jacmel, de Jérémie, des Gonaïves et de
Saint-Yague où le tribunal civil de ces lieux faisait jusquelà ces fonctions; la deuxième, sur quelque allégement
porté à l'impôt foncier établi sur les maisons des villes et
bourgs; la troisième, sur les patentes. Il y eut de la part de la haute administration plusieurs
actes également remarquables. Le 1er juillet, le secrétaire
d'État ïmbert avait publié un règlement sur l'emploi du
matériel dans les hôpitaux militaires et sur le service de
ces établissemens. Le 25 septembre, il publia un avis sur
la résolution prise par le gouvernement, de faire construire
des magasins en maçonnerie sur un terrain de l'État situé
à la Coupe, à une forte lieue du Port-au-Prince, au ''pied
des montagnes, afin de servir au dépôt d'objets de guerre,
d'approvisionnement, etc., là même où l'année suis^ante
commença l'établissement de la ville Pétim. Le 8 octobre,
un autre avis eut pour objet d'affermer aupublic des embarcations que le gouvernement avait fait construire sur les
lacs d'Âz-uai et de Xaragua, vulgairement appelés étangs
Saumâtre et Salé, afin de faciliter les communications entre /
la capitale et le département du Sud-Est , les deux routes
qui conduisent à Neyba étant tracées, l'une sur la montagne
de Himany, l'autre parmi d'énormes rochers, du côté op- £,
posé. Mais cette conception échoua, soit par la mauvaise (f- s^_ 104 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. construction de ces embarcations, soit par la difïic 'lté de
la navigation sur ces lacs. Enfin, le 27 décembre , le secrétaire d'État adressa une
circulaire aux administrateurs des finances de tous les ports
ouverts au commerce étranger, pour les prévenir qu'à partir du 1er janvier 1831, la faveur accordée aux navires
français et aux marchandises importées par eux, de ne
payer que le demi-droit , aux termes de l'ordonnance de
Charles X, cesserait à leur arrivée à Haïti. Déjà, ils n'en
jouissaient plus à l'exportation des denrées du pays,
puisque ces denrées ne payaient plus de droits de cette nature. Cette circulaire n'était que le résultat de l'accord
existant entre les deux gouvernemens de France et d'Haïti,
suivant les projets faits au Port-au-Prince et qui n'étaient
pas encore ratifiés. C'était trancher la question souverainement.
ordonnance de
Charles X, cesserait à leur arrivée à Haïti. Déjà, ils n'en
jouissaient plus à l'exportation des denrées du pays,
puisque ces denrées ne payaient plus de droits de cette nature. Cette circulaire n'était que le résultat de l'accord
existant entre les deux gouvernemens de France et d'Haïti,
suivant les projets faits au Port-au-Prince et qui n'étaient
pas encore ratifiés. C'était trancher la question souverainement. Vers le mois de juin de cette année, l'archevêque Pedro
Valera, obsédé de scrupules religieux et politiques après la
réclamation faite par Ferdinand VII du territoire de l'Est ,
prit la résolution de quitter Santo-Domingo pour se réfugier à la Havane, d'abandonner son siège, son diocèse, pour
aller s'enfermer dans un couvent de cette ville. Le gouvernement ne pouvait faire violence à ce respectable vieillard ;
par ses ordres et de lui-même, le général Borgella lui avait
vainement fait des représentations à cet égard. Depuis
quelque temps, le grand vicaire Aybar était mort, et l'archevêque avait nommé à sa place le chanoine Portez. Décidé à le suivre à la Havane, le chanoine Correa y Cidron
s'était démis de son vicariat général de l'Artibonite. En
partant, l'archevêque revêtit le vicaire général Portez de
ses pouvoirs spirituels, en cas de mort, et jusqu'à décision
nouvelle de la Cour de Rome : il confirma ceux que possé-
vicaire Aybar était mort, et l'archevêque avait nommé à sa place le chanoine Portez. Décidé à le suivre à la Havane, le chanoine Correa y Cidron
s'était démis de son vicariat général de l'Artibonite. En
partant, l'archevêque revêtit le vicaire général Portez de
ses pouvoirs spirituels, en cas de mort, et jusqu'à décision
nouvelle de la Cour de Rome : il confirma ceux que possé- [1850] CHAPITRE II. 105 daient le vicaire général- Picbardo pour le département du
Nord, et le vicaire général J. Salgado pour les départemens du Sud et de l'Ouest, en les étendant sur l'Artibonite.
L'administration religieuse continua donc d'être dans un
état assez régulier. \ CHAPITRE III, 1831. Agitation des esprits au Port-au-Prince, et ses diverses causes. — Publications qui
l'entretiennent. — Prorogation de la session législative par Boyer qui veut aller dans le
Sud : ses motifs. — Duel à la capitale et ce- qui a lieu à cette occasion. — Le ministère public poursuit quelques individus; ils sont acquittés par le tribunal correctionnel.
— Proclamation du Président sur cette agitation. — Article officiel du Télégraphe sur
la caducité des pouvoirs donnés à M. Saint-Macary, et blâmant son séjour prolongé en
France. — Retour de cet agent au Port-au-Prince. — Instructions qu'il avait reçues de
Boyer. — Traités qu'il signe à Paris : leur examen. — Louis-Pbilippe les ratifie. —
Boyer refuse sa ratification. — Notes échangées entre M. Molien, consul général de
France et le secrétaire général Inginae. — Rupture des relations diplomatiques. — Conduite du consul général en cette circonstance. — Proclamation du Président d'Haïti
sur son refus de ratification des traités : effet qu'elle produit à la capitale et dans tonte
la République. — Départ de M. Molien pour la France. — Article semi-officiel du
Télégraphe sur les traités. — Dépêche du gouvernement haïtien au gouvernement français, expliquant les motifs du refus de ratification des traités. — Réponse à cette dépèche par une Note verbale. — Examen des motifs du gouvernement français. — Message de Boyer et communication au Sénat par les grands fonctionnaires. — Message
du Sénat en réponse. — Boyer répond au gouvernement français par une Note verbale :
la rupture est complète. — Tournée qu'il fait dans le Sud ; ouragan furieux dans ce département. — Mort du général Marion aux Cayes. — Retour du Président à la capitale.
Ouverture de la session législative, lois rendues. — Le général Inginae est envoyé à
Saint-Marc, par rapport à des propos tenus dans l'Artibonite, qui n'ont pas de suite. Une nouvelle année s'ouvrit pour Haïti, année d'agitation fiévreuse dans les esprits qui avaient besoin d'une
issue pour la surabondance des idées qui les travaillaient en
tous sens, depuis que les événemens de juillet 1850, en
France, avaient ému tous les cœurs généreux. C'est le privilège qu'exerce la France dans le monde entier, qu'aucune
révolution ne peut surgir dans son sein, sans que tous les
peuples frémissent d'indignation contre le gouvernement
qui ;i provoqué ce grand mouvement national, sans que les
prits qui avaient besoin d'une
issue pour la surabondance des idées qui les travaillaient en
tous sens, depuis que les événemens de juillet 1850, en
France, avaient ému tous les cœurs généreux. C'est le privilège qu'exerce la France dans le monde entier, qu'aucune
révolution ne peut surgir dans son sein, sans que tous les
peuples frémissent d'indignation contre le gouvernement
qui ;i provoqué ce grand mouvement national, sans que les [3 851] CHAPITRE III. 107 esprits ardens se croient en quelque sorte conviés à une résistance semblable contre les propres gouvernemens de
leur pays, par une imitation puérile, par le désir de se distinguer aussi dans une telle lutte, à l'instar des acteurs de
ces terribles drames. Et si l'on réfléchit aux relations
naturelles qui existent entre la France et Haïti, malgré le
divorce solennellement proclamé entre elles, — à l'influence des idées de la France sur sa fille émancipée, on ne
sera pas étonné de ce que nous avons déjà dit à cet égard et
de ce que nous allons faire connaître encore au lecteur. Avant l'avènement de Boyer à la présidence, il y avait
des personnes qui lui étaient opposées. Les succès de son
administration jusqu'à juillet 1825, n'avaient produit que
de l'irritation dans leurs sentimens, et nous avons cité assez
cle faits pour le prouver. De son côté, n'ignorant pas ces
dispositions malveillantes, il les avait en quelque sorte entretenues par son caractère ardent, par les traits spirituels
qu'il lançait souvent contré ses adversaires, bien que son
cœur le détournât des moyens que dans sa position il eût
pu employer pour les frapper. Ces opposans avaient vu leur
nombre grossi, depuis l'expulsion de quelques membres de
la Chambre des communes, en 1822; l'acceptation de l'ordonnance de Charles X fut encore un fait qui accrut l'Opposition, et quoi que fit le Président pour le réparer par ses
actes postérieurs, elle le lui reprochait toujours. Il faut dire aussi, que si Haïti avait dû ouvrir ses bras à
ceux de ses enfans que les événemens antérieurs en avaient
éloignés, et aux hommes de notre race habiles à le devenir, la plupart d'entre eux arrivaient dans le pays avec des
prétentions non justifiées d'occuper des positions éminentes, ou avec des idées souvent irréalisables dans son administration, dans sa situation particulière, par cela seul i 08 ÉTUDES SUR L HISTOIRE D HAÏTI.
dire aussi, que si Haïti avait dû ouvrir ses bras à
ceux de ses enfans que les événemens antérieurs en avaient
éloignés, et aux hommes de notre race habiles à le devenir, la plupart d'entre eux arrivaient dans le pays avec des
prétentions non justifiées d'occuper des positions éminentes, ou avec des idées souvent irréalisables dans son administration, dans sa situation particulière, par cela seul i 08 ÉTUDES SUR L HISTOIRE D HAÏTI. qu'ils avaient vu autre chose dans les pays étrangers. Ceux
qui y avaient souffert plus ou moins des préjugés nés du
système colonial, étaient les plus ardens à prêcher une
sorte de croisade contre les étrangers, à entretenir les préventions nationales contre eux ; et comme le gouvernement ne voulait ni ne devait écouter ceux-là, c'était encore
pour eux un motif d'opposition. Enfin, on était arrivé à une époque où l'instruction publique avait produit ses fruits, au Port-au-Prince surtout où
le lycée national était établi. Les enfans qui y avaient été
placés en 1816 étaient aujourd'hui de jeunes hommes de
2o ans ; dans les années suivantes, cette pépinière avait été
entretenue et elle présentait encore des jeunes gens de 16
à 21 ans. Plus instruits , mais non pas plus éclairés que
beaucoup de leurs devanciers , ils entraient dans la société
avec toutes les illusions naturelles à la jeunesse, avec le désir de se caser aussi dans l'ordre administratif ou politique,
de se distinguer en servant leur pays avec patriotisme 1 .
Leur esprit, nourri des beaux faits de l'histoire de Grèce
et de Rome, avait besoin d'atteindre à un résultat ; ils entendaient le langage acrimonieux de l'Opposition qui accusait le chef du gouvernement d'une foule de choses , de ne
pas faire avancer le pays, et ils ne pouvaient guère se défendre de partager ses opinions. On conçoit sans doute
qu'en nous exprimant ainsi, nous entendons noter des
exceptions parmi eux : il n'y a pas de règle générale qui
n'en admette. Si l'Opposition se manifestait surtout dans la société, dans 1 Plusieurs élèves du lycée, pensionnaires de l'État dansles premiers temps, avaient été
admis par Boyer, à leur sortie, comme élèves dans le corps du génie militaire, an grade
de sergent-major pour devenir ensuite officiers. D'autres devinrent d'abord répétiteurs,
pois professeurs au lycée même. [1831] CHAPITRE III . 109 la conversation, elle trouvait aussi à la capitale une sorte
d'organe en un journal hebdomadaire fondé depuis 1825, par
M. J. Courtois,* imprimeur, sous le litre de Feuille du Commerce; et cet éditeur était lui-même l'un des opposans, à en
juger par la tournure de son esprit et par les articles qu'il
y publiait de son crû1. Cependant, il faut lui rendre cette
justice, de dire que, moyennant finance, il y accueillait
aussi bien tout article en faveur du gouvernement ou simplement écrit dans un but d'utilité générale.
fondé depuis 1825, par
M. J. Courtois,* imprimeur, sous le litre de Feuille du Commerce; et cet éditeur était lui-même l'un des opposans, à en
juger par la tournure de son esprit et par les articles qu'il
y publiait de son crû1. Cependant, il faut lui rendre cette
justice, de dire que, moyennant finance, il y accueillait
aussi bien tout article en faveur du gouvernement ou simplement écrit dans un but d'utilité générale. Dès le mois d'août 1830, une nouvelle feuille hebdomadaire avait paru au Port-au-Prince, sous ce titre: le Phare.
Comme il n'y avait que deux établissemens d'imprimerie, —
celui de M. Courtois et celui de l'État, — force avait été à
ses éditeurs de s'adresser à ce dernier pour sa publication.
C'étaient MM. Duton Inginac, fils du général,, et C. Nathan,
avocat, liés par une étroite amitié. M. D. Inginac était l'un
de ces jeunes hommes qui avaient reçu leur instruction au
lycée national, et qui sentaient le besoin de se produire, de
justifier de leurs lumières. M. Nathan avait reçu la sienne
en France et était un esprit distingué autant qu'avocat trèscapable et habile dans sa profession. L'imprimerie de l'État
étant sous la surveillance du secrétaire général Inginac, son
fils étant le principal rédacteur du Phare, et de plus, employé au secrétariat général et allié du Président par son
mariage avec l'une de ses nièces, ce journal avait été mal
accueilli par l'Opposition qui le considérait comme un organe du gouvernement, ou du moins du secrétaire général
auquel on était aussi opposé qu'à Boyer lui-même. Cependant, ses rédacteurs y publiaient des articles d'intérêt géné1 Ce n'est pas le gouvernement seul qui était l'objet des articles de cet éditeur, des
fonctionnaires publics, des particuliers ont eu plus d'une fois raison de s'en plaindre, et
des procès ont eu lieu entre eux et lui par-devant les tribunaux. 110 ÉTUDES SDR l'eISTOIRE d'hàÏTI. rai qui avaient par fois îa teinte de ceux de l'Opposition;
mais on les attribuait ai' inspiration du général ïnginac qui
aurait trouvé ainsi le moyen de décrier l'administration du
Président. Le fait réel est que D. ïnginac partageait les idées
de ses anciens condisciples, de tous les jeunes hommes de
son âge, qui désiraient l'avancement, le progrès du pays en
toutes choses, selon leur manière de voir1. Or, pour mieux
exposer ces idées, il fallait raisonner sur l'économie politique, s'appuyer sur les principes de cette science : Adam
Smith, J.-B. Say, Ricardo^ Sismondi, etc., étaient cités souvent.
ident. Le fait réel est que D. ïnginac partageait les idées
de ses anciens condisciples, de tous les jeunes hommes de
son âge, qui désiraient l'avancement, le progrès du pays en
toutes choses, selon leur manière de voir1. Or, pour mieux
exposer ces idées, il fallait raisonner sur l'économie politique, s'appuyer sur les principes de cette science : Adam
Smith, J.-B. Say, Ricardo^ Sismondi, etc., étaient cités souvent. Il était impossible que, dans de telles discussions et par
rapport à l'application des principes de l'économie politique
en Haïti, les rédacteurs du Phare ne fournissent pas occasion de combattre, de réfuter leurs opinions. Ce fut principalement M. Fruneau qui se chargea de ce soin. Depuis
peu de temps, ce jeune homme, habile à devenir citoyen
d'Haïti, était arrivé de France où il avait reçu sa brillante
instruction : connaissant parfaitement les mathématiques,
il avait été employé aussitôt au lycée national en qualité
de professeur de ces sciences^ par M. Granville, directeur
de cet établissement après le docteur Pescay, M. Granville
était aussi un allié de la famille du Président, par son
mariage avec la cousine de la femme de Boyer. Mais nous
avons dit dans une note 2, que mécontent de la désapprobation qu'il avait reçue après sa mission aux États-Unis, il
l'avait attribuée au général Ïnginac qui aurait excité le Président contre lui. Le PAarcétant considéré comme l'organe
de ce général, il était assez naturel que le jeune Fruneau, \ D. Ïnginac était très- souvent en opposition avec son père, dans les matières de gouvernemant : pins d'une fois je les ai entendus discuter à ce sujet.
2 Tome 9, page 303. [1851] CHAPITRE M. Ht accueilli comme un fils et employé au lycée par M. Granville qui le logeait dans cet établissement, épousât sa querelle avec son éminent adversaire ; et indépendamment de
l'instruction de Fruneau qui le mettait en mesure de contester les opinions de ce journal, — ce qu'il faisait par des
articles sur la Feuille du Commerce, — ses publications
devaient se ressentir de cet état de choses, fort regrettable,
tandis que les articles de D. Inginac sur le Phare reflétaient aussi la disposition de son esprit, par rapport à luimême et à son père. D'ailleurs, toute polémique en Haïti
aboutit toujours à des personnalités plus ou moins offensantes : il y en eut entre les deux jeunes écrivains, et cela
pouvait conduire à une catastrophe. Pendant que ces discussions avaient lieu, une ordonnance de police fut publiée à la capitale par l'autorité compétente, et pour prescrire aux commerçans étrangers de se
renfermer dans les limites de leurs patentes ; c'est-à-dire,
pour ne pas empiéter sur le privilège accordé par la loi
aux nationaux dans la vente en gros et en détail. Les agents
du gouvernement veillaient donc à la protection due aux
Haïtiens dans leur industrie. Et une proclamation du Président, du 5 mars, prorogea la session législative au 10
août suivant, parce qu'il se proposait de faire une tournée
dans le département du Sud. Voici à quelle occasion : Dès le mois de janvier, l'avocat Giraudié, du barreau
des Cayes, était arrivé au Port-au-Prince. Il venait de subir
un emprisonnement par ordre du général Marion, commandant de l'arrondissement, pour l'avoir outragé dans
l'exercice de ses fonctions. Mais sous prétexte de former
plainte au Président, contre ce qu'il appelait un acte arbitraire, il sollicita de lui une audience privée « afin, disait-
» il, de lui révéler des choses très-importantes pour la
ocat Giraudié, du barreau
des Cayes, était arrivé au Port-au-Prince. Il venait de subir
un emprisonnement par ordre du général Marion, commandant de l'arrondissement, pour l'avoir outragé dans
l'exercice de ses fonctions. Mais sous prétexte de former
plainte au Président, contre ce qu'il appelait un acte arbitraire, il sollicita de lui une audience privée « afin, disait-
» il, de lui révéler des choses très-importantes pour la 112 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hAÏTI. » sûreté de l'État, qui se passaient aux Caves, » en donnant à entendre que le général Marion conspirait : sa
demande était formulée par écrit. Le Président qui connaissait les antécédens de cet avocat, avisé d'ailleurs par ce
général des causes de l'emprisonnement, ne voulut pas lui
accorder l'audience qu'il sollicitait : il chargea le grand
juge Voltaire, le général ïnginac et un autre fonctionnaire public dont le nom nous échappe, de l'entendre sur
ce qu'il avait à dire et d'en dresser « procès-verbal. »
Mais, invité à se trouver à l'hôtel du grand juge, Giraudié
se refusa à toute déclaration, en disant que ce qu'il avait
à faire savoir ne pouvait être confié qu'au Président luimême ; et il lui adressa une nouvelle lettre où il disait :
qu'il ne pouvait rien dire du général Marion, au grand juge
qui était son beau-frère, ni au secrétaire général, son intime
ami. Alors le Président chargea les commissaires du
gouvernement au tribunal de cassation et au tribunal civil
de l'appeler et de l'entendre, toujours en dressant « procès-verbal » de ce qu'il déclarerait ; mais Giraudié refusa
de nouveau de rien dire, en avouant à ces fonctionnaires
qu'étant avocat, il savait qu'il ne fallait pas avoir affaire au
ministère public r Désormais, il se croyait dans l'impossibilité de retourner aux Cayes; car, s'il ne fit aucune déclaration aux autorités, il ne se retint pas pour insinuer dans
le public les choses les plus malveillantes contre le général Marion. C'était aux opposans surtout qu'il tenait ces
propos, parce qu'il se jeta de-leur côté, du moment que le
Président ne voulut point l'entendre. L'Opposition exploita
sa malveillance, en répandant le bruit que le département
du Sud allait opérer une nouvelle scission avec le gouver1 Les deux commissaires du gouvernement étaient MM. Pierre. André et B. Ardouiu.
Ils offrirent vainement à Giraudié de n'écrire que sous sa dictée.
général Marion. C'était aux opposans surtout qu'il tenait ces
propos, parce qu'il se jeta de-leur côté, du moment que le
Président ne voulut point l'entendre. L'Opposition exploita
sa malveillance, en répandant le bruit que le département
du Sud allait opérer une nouvelle scission avec le gouver1 Les deux commissaires du gouvernement étaient MM. Pierre. André et B. Ardouiu.
Ils offrirent vainement à Giraudié de n'écrire que sous sa dictée. [1831] CHAPITRE III. 113 nement de la République, et ce fut par ce motif que le Président voulut s'y rendre pour prouver le contraire, assuré
qu'il était d'y être bien accueilli par les citoyens , comme
antérieurement. > Peu après, c'était un autre bruit qui circulait au Portau-Prince et qui venait à l'appui de celui-là. Le Président
avait expédié l'ordre au général Marion d'envoyer le 13e régiment d'infanterie (alors le 12e), pour y tenir garnison, à
l'instar des autres corps de troupes du Sud, de l'Ouest et des
autresdépartemens, et pendant laquelle il congédiait ordinairement les vieux soldats : il trouvait d'ailleurs l'occasion
de parler aux officiers et d'entretenir leur attachement au
gouvernement. Mais comme ce régiment des Cayes n'était
pas arrivé immédiatement, — le colonel réunissant tous ses
inférieurs pour l'amener au complet, — on disait qu'il se
refusait à l'exécution de l'ordre du Président. Ce régiment
parvint enfin à Léogane où ce bruit s'était propagé, et le général Ulysse, commandant de l'arrondissement, en parla
au corps d'officiers en citant nommément le citoyen
Lully, qu'il disait être celui qui avait le plus imputé cette
mauvaise disposition au 13e. Les officiers, indignés, prièrent ce général de le faire comparaître sur le -champ pardevant eux; mais averti, M. Lully monta à cheval et se
rendit au Port-au-Prince, afin de se mettre sous la protection d Président, en lui déclarant qu'il avait innocemment répété le bruit qui circulait. Il se présenta au palais
le dimanche 17 avril, peu après une séance orageuse dont
nous allons dire la cause 1. A la suite de la polémique entre D. Inginac et Fruneau, 1 Boyer se borna à lui reprocher vivement sa légèreté et son inconséquence. Il occupait une fonction publique à Léogane, et il ne la perdit pas; T. X. 8 111 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. ce dernier ayant publié un article qui outrageait son adversaire et attaquait l'honneur de sa famille, un cartel lui
fut envoyé par D. Inginac et accepté par lui 1. Le mercredi
1 3 avril, ce duel se vida entre eux, au sabre, en présence de
nombreux témoins. D. Inginac reçut un coup sur la têtequi
lui fit une profonde blessure; mais se servant de la pointe
de son arme, il perça la poitrine de Fruneauqui tomba mort.
Il fallut soutenir le vainqueur de ce funesteduel, dont la vie
était en danger et qui resta assez longtemps aulit. Le corps
de Fruneau fut transporté au lycée.
3 avril, ce duel se vida entre eux, au sabre, en présence de
nombreux témoins. D. Inginac reçut un coup sur la têtequi
lui fit une profonde blessure; mais se servant de la pointe
de son arme, il perça la poitrine de Fruneauqui tomba mort.
Il fallut soutenir le vainqueur de ce funesteduel, dont la vie
était en danger et qui resta assez longtemps aulit. Le corps
de Fruneau fut transporté au lycée. C'était un douloureux événement, et il n'y eut pas une
seule âme sensible qui ne s'en affligeât. Les hommes réfléchis voyaient avec peine un si triste résultat des discussions
soutenues entre deux jeunes intelligences remarquables ;
mais les passions des opposans se donnèrent libre carrière :
ils eussent préféré, naturellement, que le sort eût été plus
contraire à D. Inginac qu'à Fruneau. Danslasoirée,le lycée
se remplit d'eux. A côté du cadavre, se réunirent d'anciens
élèves et les plus âgés de ceux qui suivaient encore les
classes de cet établissement; tous étaient les amis du jeune
professeur et le regrettèrent sincèrement. Le lendemain,
jour fixé pour les obsèques, la réunion fut plus nombreuse;
les pères et mères de famille dont les enfans étaient élèves
du lycée se rendirent là pour y assister. Aux regrets manifestés sur la mort prématurée de Fruneau, aux paroles élogieuses prononcées en faveur de son caractère, de ses talens,
se mêlèrent bien des vociférations^, ou sincères, ou calculées de la pai't de certains opposans, pour exciter la sensibililéde la jeunesse, et le général Inginac et sa famille en 1 Voyez le Phare An jeudi 14 avril, n» 2 , le dernier de ce journal qui cessa de paraître. [1851] CHAPITRE III. US . furent l'objet. Cela avait eu lieu dans la soirée même du 15,
et l'autorité publique en avait été avertie. Mais comme il
avait été dit que le défunt étant protestant, le convoi se rendrait directement au cimetière, situé à proximité du lycée,
elle n'avait pas cru devoir prendre aucune mesure extraordinaire; et d'ailleurs, Fruneau eût-il été catholique, il n'y
aurait pas eu lieu à en prendre davantage. L'autorité ne
pouvait supposer un seul instant ce qui se passa en cette circonstance. Vers onze heures du matin du 14 avril, le cercueil fut enlevé; et au sortir du lycée, le convoi allait prendre la direction du cimetière, lorsque des voix passionnées crièrent:
« Non, non! à l'église! » et l'on se dirigea de ce côté. Il
était évident que c'était un plan conçu par les meneurs. En
suivant en droite ligne la rue du lycée à la terrasse, dite de
{Intendance, pour arriver à l'église paroissiale, il fallait
passer devant la grande barrière du palais de la présidence,
puis au coin de la rue où était située la demeure du général
Inginac. Il est plus que probable que si Boyer était à la capitale, on ne se fût pas permis ce changement dans la marche du convoi ; mais il était alors sur l'une de ses habitations
del'Arcahaie.
ite ligne la rue du lycée à la terrasse, dite de
{Intendance, pour arriver à l'église paroissiale, il fallait
passer devant la grande barrière du palais de la présidence,
puis au coin de la rue où était située la demeure du général
Inginac. Il est plus que probable que si Boyer était à la capitale, on ne se fût pas permis ce changement dans la marche du convoi ; mais il était alors sur l'une de ses habitations
del'Arcahaie. Lorsqu'on arriva devant le tombeau de Pétion et en face
de la barrière du palais qui en est tout près, les cris suivans
furent poussés : « Vive V indépendance ! Vive la liberté de la
presse! Vive la constitution ! A bas le despotisme, la tyrannie
et les tyrans! Pourquoi de tels cris et à qui s'adressaient-ils,
à propos de la mort déplorable, sans doute, d'un jeune homme tué en duel, ayant failli pourfendre son adversaire? D'un
jeune homme qui avait certainement du mérite, mais qui
n'en avait pas plus que l'autre. L'intention coupable des op=
posans, meneurs de cette scène séditieuse, se décelait suffi116 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hAÏTI. samment1. Près des anciennes casernes, dans le voisinage
du logement de D. lnginac, ce fut encore la même fureur
dans de semblables cris. Au coin de la rue du logement de
son père, ces extravagances se renouvelèrent avec ces autres cris: « A bas le ministre despote ! A bas lnginac, le coupable lnginac ! » Cette fois l'application de la pensée des opposans était tout à fait directe. Enfin, le convoi parvint à l'église: il était midi, et les
portes en étaient fermées selon l'usage. Le vicaire général
J. Salgado, curé de la paroisse, n'avait reçu aucune invitation dumarguillierpour procéder aux cérémonies du culte
catholique, ainsi que le voulait la loi; maison voulut exiger
de lui qu'il vînt les faire. Il excipa d'un autre empêchement,
c'est qu'il savait que l'infortuné Fruneau était protestant et
que son enterrement avait dû se faire selon le rite de cette
religion : ce qui était vrai. Il ne pouvait donc déférer au vœu
des requérans 2. Ceux-ci, alors, dirigèrent le convoi par la
rue des Fronts-Forts et par la longue rue Républicaine d'où
ils aboutirent au cimetière. Durant tout ce trajet, les cris ne
cessèrent point d'être proférés. Une grande partie des pères
et mères de famille se retirèrent successivement du convoi
qui fut cependant encore nombreux jusqu'au cimetière. Lorsque le général Lerebours fut informé des premiers
cris poussés devant le palais, il envoya l'ordre de faire venir
de tous côtés au bureau de l'arrondissement, un certain
nombrede militaires pris danschaque poste; enmême temps, 1 On lit dans le n° 19 de la Feuille du commerce du 8 mai 1831, un article écrit par
l'éditeur J. Courtois où il convient que, durant la marche du convoi funèbre, il y eut des
cris de : Vive la liberté de la presse! Vivent les articles 217, 218,38 et 39 de ta constitution! cris irréprochables. Cet aveu même implique ce qui fut imputé à cette cabale séditieuse ; car il n'y avait nulle nécessité de crier ainsi à ces obsèques de Fruneau, si les
opposans n'avaient pas des intentions coupables contre le gouvernement.
où il convient que, durant la marche du convoi funèbre, il y eut des
cris de : Vive la liberté de la presse! Vivent les articles 217, 218,38 et 39 de ta constitution! cris irréprochables. Cet aveu même implique ce qui fut imputé à cette cabale séditieuse ; car il n'y avait nulle nécessité de crier ainsi à ces obsèques de Fruneau, si les
opposans n'avaient pas des intentions coupables contre le gouvernement. 2 Dans son journal, M. Courtois affirma qu'on avait payé pour les cérémonies du cultr,
mais c'était contraire a la vérité. [1831] CHAPITRE III. 117 il fit inviter le commissaire du gouvernement de se rendre
auprès de lui. A l'arrivée de ce fonctionnaire, le convoi
était encore devant la porte principale de l'église. Le général voulait avoir son avis sur la résolution qu'il prenait d'envoyer ces troupes, pour contraindre le convoi funèbre à se
porter immédiatement au cimetière. Mais le commissaire
l'engageaà s'en abstenir, en lui représentant quecette scène
séditieuse ne pouvait produire aucun effet sur la population
de la capitale, qui la jugeait déjà aussi absurde que ridicule;
et qu'il fallait aussi prévoir le cas de résistance de la part
des meneurs qui entraînaient beaucoup déjeunes gens à les
imiter; qu'en ce cas, il faudrait faire agir les troupes pour
être obéi; qu'il pouvait en résulter de grands malheurs, et
qu'il ne fallait pas y exposer les pères et mères de famille et
leurs enfans qui étaient en grand nombre dans le convoi,
sans participer aux manœuvres coupables des meneurs. Le
commissaire lui exprima l'opinion qu'à son retour, le Président approuverait cette abstention de sa part, par ces motifs 1 . Le général Lerebours déféra à cet avis et reçut effectivement l'approbation du Président. Dans l'après-midi, la
tranquillité étant parfaite à la capitale, il adressa une lettre
à Boyerpour l'en informer; et le samedi 16 avril, il alla audevant de lui à Drouillard, afin de lui faire connaître les
moindres circonstances de ces faits démagogiques des opposans. 1 II y a un grand inconvénient pour celui qui écrit une histoireet qui a été acteurdans
les événemens : c'est d'être obligé de dire ce qu'il a fait. Le moi humain peut être supposé intéressé àne pas dire la vérité exactement, ou être suspect de vanité. Mais,àmoitis
de consigner les faits dans des Mémoires, ce que l'auteur écrit sur l'histoire devient incomplet ; et si je m'arrêtais à cette considération, je ne poursuivrais pas mon œuvre, car
on sait en Haïti que j'ai pris part à bien des événemens sous le gouvernement du président Boyer, et jusqu'à son renversement du pouvoir. Je réclame donc l'indulgence du lecteur pour la fausse position où je me trouve; il restera toujours libre d'apprécier et de
juger ma conduite personnelle.
moires, ce que l'auteur écrit sur l'histoire devient incomplet ; et si je m'arrêtais à cette considération, je ne poursuivrais pas mon œuvre, car
on sait en Haïti que j'ai pris part à bien des événemens sous le gouvernement du président Boyer, et jusqu'à son renversement du pouvoir. Je réclame donc l'indulgence du lecteur pour la fausse position où je me trouve; il restera toujours libre d'apprécier et de
juger ma conduite personnelle. 118 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hâÏTI. Cette manifestation desentimens hostiles à son pouvoir,
ou seulement au général Inginac et à son fils, ne pouvait
qu'exciter en lui un profond mécontentement. Il était évident que les opposans de la capitale avaient saisi cette occasion, pour essayer de leurs moyens d'action sur l'esprit
public et le pousser dans la voie d'une révolution, par une
ridicule imitation des événemens passés en France Tannée
précédente. Rentré en ville dans l'après-midi du samedi,
Boyer ne dit et ne fit rien qui pût déceler ses intentions; il
les réserva pour éclater le lendemain, jour d'audience générale où les fonctionnaires publics, les magistrats, les sénateurs, etc., se rendaient habituellement au palais. Il alla
passer l'inspection des troupes de la garnison sur le champdeMars : à son apparition avec son état-major, elles firent
retentir les cris de : Vive le Président d'Haïti ! probablement
stimulées par les soins du général Lerebours qui l'aura recommandé aux chefs de corps. Quoi qu'il en soit, c'était le début de l'une de ces scènes
ou de ces séances orageuses qui se passèrent si souvent,
trop souvent même au palais de la présidence, sous le gouvernement de Boyer; car, en toutes choses, l'abus doit être
toujours évité. Mieux vaut qu'un chef d'Etat fasse sentir le
poids de son autorité, avec ce calme de la raison qui porte
aux résolutions telles que Pétion savait en prendre irrévocablement, plutôt que d'éclater avec colère, de parler
beaucoup, de tenir les discours les plus sensés sans qu'il
en résulte des mesures d'une efficacité frappante. Dans la
colère, on s'expose à dire des choses qui offensent les
amours-propres, qui irritent les passions, qui désaffection -
nent : au contraire, punissez avec sang-froid, mais avec
justice, et vous convaincrez le coupable lui-même, s'il est
doué de quelque raison, sinon il saura ce qu'il peut atten-
colère, de parler
beaucoup, de tenir les discours les plus sensés sans qu'il
en résulte des mesures d'une efficacité frappante. Dans la
colère, on s'expose à dire des choses qui offensent les
amours-propres, qui irritent les passions, qui désaffection -
nent : au contraire, punissez avec sang-froid, mais avec
justice, et vous convaincrez le coupable lui-même, s'il est
doué de quelque raison, sinon il saura ce qu'il peut atten- ]185I| CHAPITRE III. 119 dre de vous clans une autre circonstance. Mais le caractère
de Boyer ne lui permettait pas de suivre cette dernière méthode : l'ardeur surabondait en lui, alors que son cœur
était plus porto à l'indulgence qu'à la punition. Tous les officiers des corps de troupes avaient reçu l'ordre
de se rendre au palais. Au retour du Président, chacun
était curieux de savoir ce qu'il allait dire et faire : la réunion des fonctionnaires était nombreuse. Il éclata contre la
commission d'instruction publique, dont M. Yiallet était le
directeur, en lui reprochant sa faiblesse pour ne l'avoir pas
averti de tout ce qui se passait au lycée, à sa connaissance;
il destitua tous les membres de cette commission1, ainsi
que M. Granville, directeur du lycée, et les professeurs qui
seraient reconnus avoir pris part à la démonstration du
jeudi. Il déclara que M. Granville était indigne de la confiance qu'il avait placée en lui, en contribuant plus que
personne à égarer la jeunesse, à pervertir son esprit et ses
sentimens, et que c'était surtout à lui de s'opposer au
scandale démagogique dont on avait donné le spectacle
dégoûtant à la capitale2. A ce sujet, Boyer dit, comme
toujours, les choses les plus sensées sur les conséquences
qui pourraient résulter de fâcheux pour le pays, par l'esprit
d'anarchie que certains hommes essayaient d'y répandre,
sans prévoir qu'ils en seraient des victimes, de même que 1 l'iie nouvelle commission fut formée sous la direction du sénateur Lespinasse : son
collègue Audigé, le juge de paix Théodore et les membres du conseil des notables en faisaient partie, ainsi que le commissaire du gouvernement, B. Ardouin. 2 Boyer avait raison de s'en prendre surtout à Granville qui aurait dû empêcher ce
scandale; mais .après lui avoir reproché toutes ces choses et l'avoir destitué avec cet
éclat, six mois ensuite il le rétablit dans ses fonctions de directeur du lycée dont il fut encore révoqué avec colère, à la fin de 1832. — Après sa destitution, Granville avait vainement tenté d'établir un pensionnat au Port-au-Prince (Feuille du Commerce du 8 mai
1831). On doit regretter qu'une aussi belle intelligence, un cœur aussi généreux, se soit
trouvé dans une si fâcheuse situation. Personne ne possédait mieux que lui le talent de
l'enseignement et l'art de se faire aimer de ses élèves. 120 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D* HAÏTI. ceux auxquels ils étaient opposés. Passant ensuite dans la
grande salle où se tenaient les corps d'officiers, il les harangua en termes chaleureux et leur recommanda de maintenir les troupes en bon ordre et toujours prêtes à frapper
les coupables qui oseraient attenter à l'existence du gouvernement national. Ces paroles furent accueillies par les
militaires avec leur enthousiasme patriotique ordinaire; ils
crièrent: Vive le Président d'Haïti! en promettant de le
seconder, de lui obéir en tout ce qu'il leur ordonnerait de
faire.
les harangua en termes chaleureux et leur recommanda de maintenir les troupes en bon ordre et toujours prêtes à frapper
les coupables qui oseraient attenter à l'existence du gouvernement national. Ces paroles furent accueillies par les
militaires avec leur enthousiasme patriotique ordinaire; ils
crièrent: Vive le Président d'Haïti! en promettant de le
seconder, de lui obéir en tout ce qu'il leur ordonnerait de
faire. Mais qu'y avait-il à ordonner et à faire? C'était la question difficile à résoudre, même pour le Président. Après
avoir réuni autour de lui les sénateurs présens et quelques
magistrats, il les invita à le suivre dans le pavillon situé au
jardin du palais où d'autres conseils secrets avaient été
tenus précédemment, et il y fit appeler aussi les colonels
de la garnison. La curiosité des assistans au palais fut vivement excitée en ce moment, pour savoir quelle résolution allait sortir de cette assemblée civile et militaire. Là,
Boyer demanda l'opinion de ceux qui l'entouraient, à commencer par le grand juge Voltaire. Celui-ci opina pour « la
déportation à l'étranger » des hommes considérés comme
les meneurs de l'affaire du 14. M. Dieudonné, doyen du
tribunal de cassation, opina comme son chef hiérarchique.
Mais le sénateur J.-F. Lespinasse, le premier, son collègue
Audigé, ensuite, firent observer que les faits qui avaient
eu lieu aux obsèques du jeune Fruneau étaient indubitablement prévus au code pénal, qu'il y avait des tribunaux
établis pour en juger les auteurs, et que les lois voulaient
qu'ils y fussent traduits par le ministère public. Cette opinion était trop judicieuse, trop préférable à la première
émise, pour ne pas être accueillie par Boyer; et, sans de- [1831] CHAPITRE III. 121 mander celle des autres personnes, il dit au commissaire du
gouvernement près le tribunal civil : « C'est à vous d'agir;
» il n'y a pas au!,] ? chose à faire. » Mais remarquant aussitôt une sorte d'étonnement de la part des colonels , qui
s'attendaient probablement à d'autres mesures , il leur ordonna de tenir en cantonnement actif tous les militaires de
leurs corps respectifs. Immédiatement après, on sut généralement la décision qui venait d'être prise. Mais, si lesopposans eurent encore quelque espoir, du moment que l'autorité publique suivait les formes légales, d'un autre côté,
ils n'étaient guère rassurés par la mesure militaire qui
retenait sous les armes une garnison de 5 à 6,000
hommes.
ient probablement à d'autres mesures , il leur ordonna de tenir en cantonnement actif tous les militaires de
leurs corps respectifs. Immédiatement après, on sut généralement la décision qui venait d'être prise. Mais, si lesopposans eurent encore quelque espoir, du moment que l'autorité publique suivait les formes légales, d'un autre côté,
ils n'étaient guère rassurés par la mesure militaire qui
retenait sous les armes une garnison de 5 à 6,000
hommes. Le ministère public ne pouvait refuser de poursuivre les
individus qui avaient été dénoncés , ou à lui-même ou au
général Lerebours, comme ayant été les meneurs de l'affaire du 14, ou ayant le plus poussé les cris qui décelaient
une intention coupable ; il venait d'en recevoir l'ordre direct du chef de l'État, en présence de hauts fonctionnaires.
Mais, personnellement, il était persuadé que cette poursuite aboutirait à un acquittement des prévenus, parce qu'il
connaissait intimement l'esprit de certains juges du tribunal civil, et qu'il ne trouvait pas dans les dénonciateurs les
garanties désirables pour être crus, ou dans ceux qui seraient appelés comme témoins à charge, la fermeté d'âme
qui consiste à dire toute la vérité devant un tribunal ; il
savait d'ailleurs comment l'Opposition agissait sur les esprits pusillanimes. Cependant, obligé d'agir, il prit sur lui
d'écarter de sa poursuite tous les jeunes gens qui avaient
été dénoncés, et il revit ensuite le Président à qui il déclara
cette résolution, en lui représentant que ces jeunes gens
ayant tous été liés d'amitié avec Fruneau qui était de leur Î22 ÉTUDES SUR L'HISTOIHE d'hAÏTI. âge, ils avaient pu être entraînés par leurs sympathies ou
par l'excitation des hommes âgés, meneurs de cette manifestation aussi ridicule qu'hostile au gouvernement 1 . Il
trouva Boyer parfaitement disposé à accueillir cette exception, et il ne lui cacha point son opinion personnelle sur
l'issue probable de la poursuite, tout en convenant que dans
la situation des choses il fallait montrer que l'autorité publique était résolue à ne pas souffrir que des actes semblables se renouvelassent. En conséquence, le ministère public
se borna à poursuivre huit individus prévenus qu'il assigna
directement au tribunal correctionnel., dans une audience
fixée extraordinairement le samedi 25 avril1. Ce jour-là, ainsi qu'il l'avait prévu, les dénonciateurs et
les témoins à charge balbutièrent complètement; et en dépit de ses efforts pour prouver que les cris imputés aux
prévenus étaient séditieux et méritaient une punition légale, quoique n'ayant point produit sur la population de la
capitale l'effet qu'ils désiraient évidemment, le tribunal les
acquitta tous. C'étaient le droit et le devoir des magistrats
de prononcer ainsi, du moment que la prévention ne leur
paraissait pas suffisamment établie contre les inculpés;
mais le tribunal alla plus loin, en déclarant « qu'il n'y avait
pas eu de cris séditieux. » Or, le 20 avril, trois jours avant le prononcé du tribunal, une proclamation du Président d'Haïti avait constaté
ce fait. Elle disait des opposans : « Dévorés par l'ambition
» et la soif du pouvoir, ils- ont organisé une ténébreuse 1 A ce sujet, je pourrais citer des personnes qui vivent encore et qui ont reeuma confidence a cette époque. Je chargeai l'une d'elles de donner un conseil utile à un jeune
homme qui m'avait été dénoncé spécialement.
20 avril, trois jours avant le prononcé du tribunal, une proclamation du Président d'Haïti avait constaté
ce fait. Elle disait des opposans : « Dévorés par l'ambition
» et la soif du pouvoir, ils- ont organisé une ténébreuse 1 A ce sujet, je pourrais citer des personnes qui vivent encore et qui ont reeuma confidence a cette époque. Je chargeai l'une d'elles de donner un conseil utile à un jeune
homme qui m'avait été dénoncé spécialement. % Ces huit personnes étaient : MM. Saint-Laurent, .1. Courtois, Franklin, Liugendre,
Richet, Philips D'Goaws, Coppel et Ciraudié. — Saint-Laurent, directeur de l'enregistrement, se cacha et partit ensuite pour les États-Unis d'où il retourna en France. A l'exception de Giraudié et de Coppel, tous les autres étaient venus de France à Haïti. [1851] CHAPITRE III. 125 » conjuration dont les fils semblent avoir été dirigés sur
» divers points de la République, mais dont le foyer paraît » être dans cette capitale Abusant du nom de cette » liberté qui nous est si chère, ils ont tenté de profiter ici
» d'un événement particulier et déplorable pour égarer une
» jeunesse intéressante et remplie de généreux sentimens,
» mais trop facile, par son inexpérience, à se laisser entraî-
» ner à l'exaltation. Dissimulant leurs perfides intentions,
» ils ont voulu tirer parti d'une circonstance de deuil : au
» lieu du silence observé ordinairement dans un convoi
» funèbre, ils ont, en exaspérant les esprits, fait un appel
» à la sédition. Leurs vociférations et leurs cris séditieux
» n'ont laissé aucun doute sur le but où tendait cette ma-
» nœuvre abominable » Ainsi, par son jugement, le tribunal correctionnel avait
fait « de l'opposition » au chef de l'État qui rendait compte
de l'événement à la nation ; mais son prononcé fut respecté,
et le lendemain dimanche 2i avril, les troupes tenues en
cantonnement purent reprendre leur train ordinaire 1. Cependant, le Président ne pouvait être satisfait du résultatregrettabledespublications qui avaienteu lieu par les
journaux; il ordonnaqueleP/iarecessât d'êtreimprimé par
les ouvriers de l'État, et ce journal ne put plus paraître.
En même temps, une circulaire du grand juge, adressée
aux magistrats, fut publiée sur le Télégraphe du 24 : elle
contenait de judicieuses réflexions sur la liberté de la I An mois de mars, le même tribunal, sur mes poursuites, avait condamné le citoyen
Ramsey à un an d'emprisonnement, pour avoir outragé le Président d'Haïti à l'occasion do
ses hautes fonctions, dans deux écrits publiés sur la Feuille du Commerce. Et le 25 avril,
le citoyen Fouchard, professeur destitué du lycée, ayant publié aussi sur ce journal un article injurieux et outrageant pour les officiers de l'armée, je le poursuivis : le tribunal
correctionnel le condamna à trois mois d'emprisonnement. Ces deux jugemens, mis à côté
de l'autre, prouvent qu'il faut respecter l'indépendance de la magistrature : la garantie
sociale exige ce respect.
la Feuille du Commerce. Et le 25 avril,
le citoyen Fouchard, professeur destitué du lycée, ayant publié aussi sur ce journal un article injurieux et outrageant pour les officiers de l'armée, je le poursuivis : le tribunal
correctionnel le condamna à trois mois d'emprisonnement. Ces deux jugemens, mis à côté
de l'autre, prouvent qu'il faut respecter l'indépendance de la magistrature : la garantie
sociale exige ce respect. 124 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI. presse et sur l'abus qui peut en être fait, en recommandant
à la magistrature de veiller à rendre justice aux particuliers, lorsque leur réputation ou leur honneur sont attaqués
par cette voie, afin de leur ôter la faculté de recourir à celle
des armes, par le duel, pour avoir une satisfaction que la
raison condamne dans tout pays civilisé. Après la destitution de M. Granville, la direction du lycée
fut confiée provisoirement à M. V. Plésance, jeune professeur de cet établissement, qui avait été d'abord répétiteur
après avoir achevé ses classes. On n'eut que des éloges à
lui décerner durant les six mois qu'il remplit ces fonctions:
il sut maintenir l'ordre et la subordination parmi les élèves
qui avaient pris plus ou moins part aux émotions du récent
événement, et les études reprirent leur cours jusqu'au retour de l'ancien directeur Granville , que professeurs et
élèves regrettaient. Cette décision du Président, relative
au jeune V. Plésance, fut appropriée aux circonstances et
et d'accord avec ce qu'il dit de la jeunesse dans sa proclamation. Que n'a-t-il pensé alors qu'il était convenable,
opportun, de l'associer aux fonctions diverses de ses de •
vanciers, pour la préparer à leur succéder avec une expérience acquise qui eût profité à la chose publique L'agitation de la capitale était à peine terminée, quand
Boyer apprit par M. Saint-Macary qu'il était sur le point de
conclure, à Paris, deux traités avec le gouvernement français. Aussitôt, on vit paraître dans le Télégraphe du 50 avril,
un article officiel qui prouvait la caducité des pouvoirs qu'il
avait reçus du Président d'Haïti pour traiter avec le gouvernement de Charles X, et qui le blâmait aussi d'avoir
prolongé son séjour en France au delà du terme qui lui
avait été assigné. Cet article n'était ainsi rédigé, sans doute, [1851] CHAPITRE III. 125 que parce que le Président savait que, d'après les exigences
du nouveau gouvernement, il lui serait impossible de ratifier les traités auxquels M. Saint-Macary souscrirait probablement, et par là il se préparait le terrain qui lui conve-,
nait. Mais, en même temps, cette déclaration officielle
pouvait amener un refroidissement dans les relations entre
les deux gouvernemens, puisque cet agent n'avait pas été
rappelé par le Président.
ITRE III. 125 que parce que le Président savait que, d'après les exigences
du nouveau gouvernement, il lui serait impossible de ratifier les traités auxquels M. Saint-Macary souscrirait probablement, et par là il se préparait le terrain qui lui conve-,
nait. Mais, en même temps, cette déclaration officielle
pouvait amener un refroidissement dans les relations entre
les deux gouvernemens, puisque cet agent n'avait pas été
rappelé par le Président. Quoi qu'il en soit, c'est ici le lieu de faire connaître les
instructions qu'il avait reçues en 1850. On a vu plus avant que les trois grands fonctionnaires,
d'une part, et MM. Pichon et Molien, de l'autre, avaient
arrêté entre eux une convention financière en sept articles,
et un traité de commerce et de navigation en vingt autres
articles, sans les signer néanmoins, à cause de deux articles
additionnels proposés par les fonctionnaires haïtiens et
refusés par les agents français. Il s'agissait d'ajouter à la
convention : « que les denrées envoyées en France par le
» gouvernement haïtien, pour payer l'indemnité, y seraient
» admises à des droits moins élevés que ceux payés par le
» commerce français pour les mêmes denrées; » — ou au
traité de commerce : « que les denrées d'Haïti, à l'excep-
» tion du sucre, seraient admises en France à ce qu'on y
» appelait vulgairement les petits droits; et en réciprocité,
» les vins et les huiles du crû de la France ne payeraient en
» Haïti que les demi-ckoils. » La mission de M. Saint-Macary avait donc pour but
principal de faire agréer « l'un ou l'autre de ces deux articles additionnels , » afin de donner à Haïti des facilités
pour sa libération. Du reste, la République reconnaissait
devoir encore à la France, 120,700,000 francs, et consentait même à en payer les intérêts à 5 pour cent l'an, ainsi 126 ÉTUDES SUR L HISTOIRE D HAÏTI. qu'il en avait été déjà convenu, sauf à amortir successivement cet énorme capital. Quant au traité de commerce et
de navigation, la rédaction devait en être telle, qu'elle
ferait disparaître les ambiguïtés renfermées dans les formes
et les clauses de l'ordonnance du 17 avril 1823. En tout
ceci, certainement, le gouvernement haïtien ne proposait,
ne demandait que des stipulations fort raisonnables; et il y
avait droit, parla déclaration spontanée de M. deMackau,
par la confiance qu'on avait mise dans ses paroles et ses
promesses, même encore par les projets déjà préparés par
les autres agents français pour arriver à une solution.
ître les ambiguïtés renfermées dans les formes
et les clauses de l'ordonnance du 17 avril 1823. En tout
ceci, certainement, le gouvernement haïtien ne proposait,
ne demandait que des stipulations fort raisonnables; et il y
avait droit, parla déclaration spontanée de M. deMackau,
par la confiance qu'on avait mise dans ses paroles et ses
promesses, même encore par les projets déjà préparés par
les autres agents français pour arriver à une solution. Après avoir démontré au négociateur haïtien la convenance et la nécessité d'obtenir du gouvernement français
l'adoption de l'un ou de l'autre des articles additionnels,
qui ferait partie intégrante de la convention ou du traité,
et prévu le cas où l'un de ces actes ne pourrait être ratifié,
— « ce qui entraînerait la non-ratification de l'autre ,
» parce qu'ils étaient liés l'un à l'autre; » le Président lui
disait : « que le succès de la négociation était tout entier
« dans l'admission de l'un clés deux articles additionnels; »
et que s'il ne pouvait obtenir ce point décisif, il devrait
demander ses passeports pour revenir à Haïti. -
Toutefois, Boyer ajouta dans ses instructions :
« Comme il pourrait se faire cependant que, par des
•> combinaisons qu'il est bon de prévoir , le gouvernement
» français, tout en rejetant les deu» articles additionnels,
» vous proposât des facilités équivalentes, par exemple :
» — que les payemens se feront en Haïti et au pair de la
» gourde haïtienne, ainsi qu'il avait été convenu en 1829
» avec M. Molien ; ou bien encore : — que la République
» ne payera que le capital de sa dette, ou du moins ne payera
» d'intérêt que sur les annuités ou les portions d'annuité [1851] CHAPITRE m. 127 » laissées en souffrance; dans ces deux cas, je vous donne
g la latitude d'adhérer à l'une ou l'autre de ces combi-
» naisons. » Enfin, le Président avait dit à M. Sain t-Ma cary : « Je
» limite à un mois la durée de votre séjour à Paris ; mais
» vous sentez trop de quelle importance il est pour le
» gouvernement de la République d'être informé au plus
» tôt de l'issue de votre négociation, pour ne pas accélé-
» rer encore votre retour, si les circonstances vous le per-
» mettent, et pour ne pas profiter, en attendant, de toutes
» les occasions qui se présenteront de me teuir au courant
« de tout. » M. Pichon, qui venait d'Haïti où il avait discuté la convention financière et le traité de commerce et de navigation, avait paru propre à entrer en négociation à ce sujet,
avec M. Saint-Macary. Mais ils étaient à peine entrés en
conférence, quand la révolution de 1850 survint et rompit
cette négociation. Si, d'un côté, l'agent haïtien se voyait sans pouvoirs
pour traiter avec le nouveau gouvernement de la France ,
de l'autre, il voyait arriver au ministère les hommes honorables qui, dans tous les temps, avaient toujours émis des
opinions favorables à la cause d'Haïti.. M, Laffitte, qui avait
pris l'affaire de l'emprunt dans sa maison de banque, était
ministre des finances ; le général Lafayette , qui avait correspondu avec Boyer, et d'autres encore, étaient assez
influens auprès de la monarchie de juillet, pour que cet
agent espérât mieux obtenir d'elle que de celle des Bourbons de la branche aînée, les facilités qu'il était chargé de
demander pour Haïti, et même plus de faveur encore. Il
n'est donc pas étonnant qu'il ait bercé le gouvernement de
cet espoir, et pris sous sa responsabilité de prolonger son
finances ; le général Lafayette , qui avait correspondu avec Boyer, et d'autres encore, étaient assez
influens auprès de la monarchie de juillet, pour que cet
agent espérât mieux obtenir d'elle que de celle des Bourbons de la branche aînée, les facilités qu'il était chargé de
demander pour Haïti, et même plus de faveur encore. Il
n'est donc pas étonnant qu'il ait bercé le gouvernement de
cet espoir, et pris sous sa responsabilité de prolonger son 128 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hâÏTI. séjour à Paris, malgré la caducité de ses pouvoirs et le
délai qui lui avait été assigné. En ne se voyant pas rappelé
en Haïti, il dut se croire encore autorisé à agir ainsi. Quant au Président, qui ne lui envoya pas de nouveaux
pouvoirs ni d'autres instructions, qui ne le rappela point,
sans nul doute, il agit irrégulièrement à l'égard de son
agent. Mais,sans qu'il partageât l'espoir deM. St-Macary, il
pouvait s'attendre néanmoins à ce que le ministère français
refusât de traiter avec lui, à moins de pouvoirs nouveaux
qui l'accréditeraient auprès du gouvernement issu de la révolution. Du moment que, de prime-abord, on n'opposait pas
cette formalité diplomatique à M. Saint-Macary, c'était
pour Boyer une présomption favorable que la République
recevrait plus d'avantages dans la négociation. Mais on
vient de voir, qu'informé du contraire, le 30 avril il fit
désavouer d'avance la prolongation du séjour de l'agent
à Paris, pour se donner la faculté de refuser la ratification
des actes qu'il aurait signés, s'il y avait lieu. Les nombreux événemens qui se passèrent en France,
après la révolution, n'avaient pas permis qu'on s'occupât
de suite des arrangemens à prendre avec Haïti. Cependant,
vers la fin de 1850, le gouvernement français nomma une
commission présidée par M. le comte Laine, pour examiner
la question. Son travail aboutit à une proposition ainsi
conçue : « de réduire le solde de l'indemnité, de 120 mil-
» lions à 60 millions et les 700 mille francs restant dus sur
» le premier cinquième, mais avec la garantie du trésor
» français, qui servirait l'intérêt des 60 millions à 5 pour
» cent, aux colons ou à leurs ayants-droit. » Lene pro^
sition était certainement très-avantageuse pour Haïti, et
l'on ne doit pas s'en étonner; car M. Laine fut toujours
modéré et juste envers noire pays. D'ailleurs, la commit-
à 60 millions et les 700 mille francs restant dus sur
» le premier cinquième, mais avec la garantie du trésor
» français, qui servirait l'intérêt des 60 millions à 5 pour
» cent, aux colons ou à leurs ayants-droit. » Lene pro^
sition était certainement très-avantageuse pour Haïti, et
l'on ne doit pas s'en étonner; car M. Laine fut toujours
modéré et juste envers noire pays. D'ailleurs, la commit- [1851] CHAPITRE III. 129 sion concluait ainsi à ramener le chiffre de l'indemnité, à
peu de chose près, au chiffre qui avait été convenu dans la
négociation de 1824, entre M. Esmangart et MM. Larose
et Rouanez 1 . Mais la proposition ne fut pas adoptée, à
cause de la garantie du trésor français, que le ministère ne
voulut pas admettre: question qui a été si souvent agitée en
France en faveur des colons, et qui fut toujours repoussée.
On reconnaît ainsi que M. Saint-Macary avait de justes
raisons d'espérer qu'il obtiendrait beaucoup mieux du
gouvernement de Louis-Philippe que de celui de Charles X,
et que Boyer, à qui il transmettait ces renseignemens,
pouvait également espérer une conclusion favorable à la
République. Ce ne fut que dans les premiers mois de 1851
que M. Pichon fut encore chargé de négocier avec l'agent
haïtien. Celui-ci en informa le Président, qui attendait
avec anxiété ses nouvelles communications sur les conditions mises aux traités, lorsqu'il apprit ce que, dans sa
candeur, cet agent considérait déjà comme très-avantageux pour Haïti : de là l'empressement mis à publier l'article officiel dans le Télégraphe du 50 avril. En effet, le 2 avril, M. Saint-Macary signa avec M. Pichon deux traités : l'un était relatif aux arrangemens
financiers, l'autre au commerce et à la navigation entre la
France et Haïti. Dans le premier, toute la dette d'Haïti fut
comprise ; ainsi, l'agent haïtien reconnaissait, par l'art. 1er,
que son pays devait : 1° 120 millions 700 mille francs pour solde de Findemnité<w ~JG 4,648,905 francs pour les avances faites par le trésor public de France pour le service de l'emprunt; 1 C'est-à-dire 1 00 millions de francs.
T. X. 150 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d" HAÏTI. 5° 27^,600,000 francs montant des obligations non remboursées de l'emprunt, et les intérêts dus pour cette somme
depuis le 51 décembre 1828, lesquels étant capitalisés jusqu'au 51 décembre 1851, formeraient à cette époque un
total de 55,196,000 francs pour le capital dudit emprunt ' .
00 millions de francs.
T. X. 150 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d" HAÏTI. 5° 27^,600,000 francs montant des obligations non remboursées de l'emprunt, et les intérêts dus pour cette somme
depuis le 51 décembre 1828, lesquels étant capitalisés jusqu'au 51 décembre 1851, formeraient à cette époque un
total de 55,196,000 francs pour le capital dudit emprunt ' . L'article 2 du traité stipula que : « le gouvernement
» d'Haïti s'engageait à employer annuellement, et à partir
» du 1er janvier 1852, à l'extinction des diverses parties de
» la dette ci-dessus exprimée, la somme de 4 millions de
» francs. » Par l'art. 5 : « S. M. le Roi des Français consentait à
» ce qu'il fût affecté par préférence, au service de l'emprunt,
» la somme de 2 millions qui seraient versés chez les ban-
» quiers chargés des affaires de la République à Paris (J.
» Laflitte et C*), en deux payemens égaux, de six mois
» en six mois, le premier devant se faire le 50 juin
» 1852 %. L'autre somme de 2 millions serait versée en
» deux payemens semblables à la caisse d'amortissement
» à Paris, pour venir, jusqu'à due concurrence, en déduc-
» tion du solde restant dû sur l'indemnité ; et après le
« remboursement de l'emprunt, le gouvernement haïtien
» s'engageait à continuer le payement de l'annuité stipulée
» de 4 millions, et à les verser à la caisse d'amortissement
» jusqu'à parfait payement de l'indemnité. » « Art. 4. Le gouvernement haïtien s'engagea rembour-
» ser, d'ici au 51 décembre 1855, tant en principal qu'en
» intérêts (lesdits intérêts fixés à trois pour fp'^L t'1* se 1 Les intérêts capitalisés s'élèveraient à 5,b%,000 francs. % Eu sa qualité de ministre des finances, M. Laffitte assurait ainsi à sa maison de banque
le payement de l'emprunt dont elle s'était chargée. Du reste, cet honnête homme resta
constamment nu chaud défenseur de la cause d'Haïti. [1851] CHAPITRE III. 151 » envers le trésor public de France pour les avances faites
» pour le service de l'emprunt. — Le premier des paye-
» mens à faire pour l'acquittement de l'indemnité aura lieu
» immédiatement après l'accomplissement de ces condi-
» tions. » Et par un autre article, S. M. le Roi des Français consentait à faire acheter du gouvernement d'Haïti, des tabacs
en feuilles, selon les qualités et les quantités et aux prix qui
seraient convenus. Un dernier article disait que : « sous la
» foi des engagemens pris ci-dessus par le gouvernement
» d'Haïti, un traité de commerce et de navigation avait été*
» signé le même jour, pour ne faire des deux traités qu'un
» seul acte. » Mais à la suite du dernier que l'on vient de lire,
M. Saint-Macary consentit à un article additionnel secret
que voici : « Tous les droits qui, avant la mise à exécution du traité
« de ce jour, auraient été perçus en Haïti sur le com-
» merce et la navigation de la France, en sus de ceux
» déterminés par l'ordonnance du 17 avril 1825, seront
» restitués par les douanes haïtiennes, soit aux parties
» intéressées, soit, en leur absence, au consul général de
» France, avajit l'échange des ratifications dudit traité. »/
que voici : « Tous les droits qui, avant la mise à exécution du traité
« de ce jour, auraient été perçus en Haïti sur le com-
» merce et la navigation de la France, en sus de ceux
» déterminés par l'ordonnance du 17 avril 1825, seront
» restitués par les douanes haïtiennes, soit aux parties
» intéressées, soit, en leur absence, au consul général de
» France, avajit l'échange des ratifications dudit traité. »/ Comme on voit, cet article secret n'était autre chose
qu'une clause pénale infligée au gouvernement d'Haïti
et basée encore sur la malencontreuse ordonnance de
Charles X, — pour avoir ordonné aux douanes de laRépuieVique de mvwîmer, à partir du 1er janvier 1851., les demidroits que payaient Jusque-là les navires et les marchandises
de la France, à leur entrée dans les ports; car, depuis
1827 il n'existait plus de droits à prélever à la sortie. Mais, voyons aussi l'autre traité souscrit par M. Saint1 52 ÉTUDES SUR L HISTOIRE D HAÏTI . Macary, et destiné à régler les rapports politiques, commerciaux et de navigation entre la France et Haïti. Nous n'en
citerons que quelques articles avec le préambule qu'il est
aussi intéressant de faire connaître : « Sa Majesté le Roi des Français et le Président de la
République d'Haïti, désirant détruire à jamais toutes fausses inductions qui pourraient être tirées de l'ordonnance
du 17 avril 1825, au sujet de la reconnaissance pleine et
entière qu'a faite la France de l'indépendance d'Haïti, et
établir sur des bases durables entre les deux pays, des
rapports d'amitié, de commerce et de navigation, réciproquement avantageux, ont résolu de conclure un traité
pour régler ces différens points, et ils ont fait choix à cet
effet, etc. » Art. 1er. Il y aura paix constante et amitié perpétuelle
entre la France et Haïti, ainsi qu'entre les citoyens des deux
Etats, sans exception de personnes ni de lieux i. « Art. 2. Les citoyens des deux Etats pourront, sur les
territoires respectifs, aller ou séjourner, commercer tant en
gros qu'en détail, effectuer des transports de marchandises
ou d'argent, louer ou occuper des maisons, magasins ou
boutiques : ils seront entièrement libres de faire leurs affaires eux-mêmes, ou de se faire suppléer par qui bon leur
semblera , facteurs, agents ou cosignataires, sans avoir,
comme étrangers, à payer aucun surcroît de salaire ou de
rétribution. Ils sei^ont également libres, dans tous leurs
achats comme dans toutes leurs ventes, d'établir et de fixer
le prix des effets, marchandises ou objets quelconques 'fi tant importés que destinés à l'exportation ," 'comme us
le jugeront convenable, sauf, pour tous les cas indiqués
dans ce paragraphe, à se conformer aux lois et règlemens du 1 Néanmoins, les Haïtiens devaient s'abstenir d'aller dans les colonies françaises. [1831] CHAPITRE III. 135 pays. Ils ne seront d'ailleurs assujettis dans aucun cas, à
d'autres charges, taxes ou impôts, que ceux payés par ls
nation la plus favorisée.
'comme us
le jugeront convenable, sauf, pour tous les cas indiqués
dans ce paragraphe, à se conformer aux lois et règlemens du 1 Néanmoins, les Haïtiens devaient s'abstenir d'aller dans les colonies françaises. [1831] CHAPITRE III. 135 pays. Ils ne seront d'ailleurs assujettis dans aucun cas, à
d'autres charges, taxes ou impôts, que ceux payés par ls
nation la plus favorisée. » Art. 4. Les Français en Haïti et les Haïtiens en France,
seront libres de disposer, comme il leur conviendra, par testament, donation ou autrement, de tous les biens qu'ils y
posséderaient. De même, les citoyens de l'un des deux États
qui seraient héritiers de biens situés dans l'autre, pourront
succéder sans empêchement à ceux desclits biens qui leur
seraient dévolus ab intestat ; et lesdits héritiers ou légataitaires ne seront pas tenus à acquitter des droits cle succession ou autres plus élevés que ceux qui seraient supportés, dans les cas semblables, par les nationaux eux-mêmes. Bien entendu qu'il n'est point dérogé^ par le présent
article, aux lois actuellement en vigueur, ou qui viendraient à être promulguées dans l'un ou l'autre des deux
Etats, quant à la possession, par des étrangers, de certaines natures de biens-, seulement, il est convenu que dans le
cas ou les lois limiteraient ou même interdiraient aux étrangers l'exercice du droit de propriété sur certaines natures de
biens, il sera accordé aux héritiers ou légataires un délai
d'un an pour disposer desdits biens, sans que la vente soit
soumise à aucun droit spécial, à titre de détraction. » Art. 7. — Les évaluations officielles d'après lesquelles
seraient perçus des droits de douanes, établis ou à établir
dans l'un et l'autre pays sur la valeur des produits respectifs, auront pour base les prix de la vente en gros et non les
feHx de la vente en détail. « Art. lo. Les arméniens des deux pays seront reçus dans
les ports respectifs avec leurs prises ; ils y jouiront ainsi que
leurs prises, des exemptions accordées par l'article 10 aux
navires de commerce en relâche. Les prises ne pourront 134 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. d'ailleurs être ni arrêtées ni saisies : les autorités locales
ne pourront prendre connaissance de leur validité, ni
s'opposer, sous aucun prétexte, à leur départ pour les lieux
indiqués sur les commissions dont les capitaines seront porteurs, et dont ils seront seulement tenus de justifier, etc. » i Il faut que la révolution de juillet ait fait naître un singulier engouement en M. Saint-Macary, pour qu'il ait signé
les traités dont on vient de lire quelques articles; car nous
cherchons vainement une excuse en sa faveur, en présence
des instructions qu'il avait reçues, en considération de ses
lumières et de la position qu'il occupait dans son pays,
comme chef des bureaux du secrétariat des finances.
, et dont ils seront seulement tenus de justifier, etc. » i Il faut que la révolution de juillet ait fait naître un singulier engouement en M. Saint-Macary, pour qu'il ait signé
les traités dont on vient de lire quelques articles; car nous
cherchons vainement une excuse en sa faveur, en présence
des instructions qu'il avait reçues, en considération de ses
lumières et de la position qu'il occupait dans son pays,
comme chef des bureaux du secrétariat des finances. Quant au traité financier^ il savait d'abord, que le gouvernement haïtien tenait à ne pas confondre ensemble la
dette relative à l'emprunt et celle contractée pour l'indemnité, et que M. Molien, puis ce consul général et M. Pichon,
en avaient déjà fait la séparation par deux projets; et
cependant, il consentit aies réunir dans l'article 1er. Il est
vrai qu'il obtenait du gouvernement français, que la République ne payerait point d'intérêts pour l'énorme capital de
l'indemnité, mais seulement pour la somme des avances
faites par le trésor public de France. En cela, le nouveau
gouvernement de ce pays n'était que juste envers Haïti ,
puisqu'il était prouvé qu'en 1824 on s'était contenté de
de 100 millions,, et qu'Haïti n'avait accepté l'ordonnance
de 1 825 portant la somme de 1 50 millions que dans la pensée de la voir réduire au premier chiffre. Il était encore 1 m **i 11» équitable de ne pas exiger d'intérêt pour l'indemnité, lorsqu'on était convaincu de l'exiguïté des ressources d'Haïti,qui
avait vidé son trésor en 1826, et créé forcément alors un
papier-monnaie, afin de subvenir à Ses dépenses intérieures. [1851] CHAPITRE III. 435 Et qu'avait donc fait M. Molien, en 1829, lorsque par le
projet de convention de cette année, il consentit à ce que
l'indemnité fût payée en Haïti, « en rescriptions sur les
» douanes et au pair de la gourde haïtienne^ » et de plus,
« à la cessation des demi-droits à l'entrée, h partir du 1er
» janvier 1831 ? » Le consul-général n'avait agi ainsi que
par un haut sentiment d'équité, et l'on peut dire encore,
par une bienveillance marquée en faveur du pays où il
exerçait ses importantes fonctions ; car il savait que le pays
était pauvre, qu'il y avait des embarras de toute nature,
et que cependant le gouvernement haïtien avait à cœur
de remplir ses engagemens. . Et après ces précédens, après que le gouvernement eut
fait mettre à exécution sa résolution hautement manifestée de faire cesser les demi-droits à l'entrée, son agent consentit à un article secret du traité financier, par lequel il
serait tenu de faire restituer les droits qui avaient été perçus
en sus! Qu'il y serait contraint « avant l'échange des ratifications de ce traité » En cédant à une telle clause, qui
aurait été une humiliation pour le gouvernement, M.SaintMacary n'avait pas seulement de l'engouement ; il était sans
doute en proie à la nostalgie après un séjour d'une année
en France ; car il n'ignorait pas les sentimens personnels de
Boyer et l'état de l'opinion publique en Haïti.
droits qui avaient été perçus
en sus! Qu'il y serait contraint « avant l'échange des ratifications de ce traité » En cédant à une telle clause, qui
aurait été une humiliation pour le gouvernement, M.SaintMacary n'avait pas seulement de l'engouement ; il était sans
doute en proie à la nostalgie après un séjour d'une année
en France ; car il n'ignorait pas les sentimens personnels de
Boyer et l'état de l'opinion publique en Haïti. Ce n'est pas tout. Dans le traité de commerce, il consentit
encore à accorder aux Français le droit « de commercer
» en Haïti, tant en gros qu'en détail, » lorsqu'il savait que
les lois du pays réservaient ce privilège pour les Haïtiens,
et qu'elles n'accordaient aux étrangers de toutes les nations
que le commerce de consignation. Qu'importait la clause
de la réciprocité en faveur des Haïtiens, en France? M. SaintMacary ne pouvait-il pas concevoir que c'était là une sti156 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. pulation illusoire? Cet avantage étant accordé aux Français, les autres puissances n'auraient pas manqué de le
réclamer en faveur de leurs nationaux, et il aurait fallu y
consentir; et alors^ les Haïtiens auraient-ils pu soutenir la
concurrence avec eux tous '' ? Ensuite, par l'article 4 du traité qui, en cela, était politique, l'agent d'Haïti compromettait les dispositions de la
constitution et celles du code civil par une convention
dangereuse. Ces dispositions existaient, et cependant cet
article, dans son second membre, admettait des suppositions conditionnelles pour le cas « où des lois haïtiennes
» limiteraient, interdiraient, viendraient à être promul-
» guées, etc., » par rapport au droit de propriété « sur certaines natures de bien. » Les blancs ou tous étrangers quelconques ne pouvant être propriétaires de biens fonciers, ni
usufruitiers à vie de tels biens, ni succéder qu'aux biens
meubles laissés en Haïti par leurs parens étrangers ou
haïtiens; l'Haïtien ne pouvant disposer, par testament ou
donation, que de ses biens meubles en faveur d'étrangers
(art. 450, 479, 587 et 740 du code civil, corrélatifs aux
art. 58 et 59 de la constitution de 1816), comment le cas
aurait-il pu arriver que des Français eussent été « héritiers
» ou légataires de biens qu'ils ne pouvaient posséder, —
» d'immeubles, par exemple, — pour qu'il leur fût accordé
» le délai d'un an pour en disposer ? » Ce fut une aberration de la part de M. Saint-Macary, que d'avoir engagé Haïti
dans une semblable convention avec la France 2. 1 II aurait fallu accorder la même faveur à tons les étrangers, sous peine de" vtTai'On
replacer Haïti, à leurs yeux, sous la condition de colonie française-, et ils auraient eu raison de juger ainsi. 2 L'interprétation diplomatique serait survenue ensuite; on nous aurait dit : « Vous
» avez admis la possibilité du fait dans un traité obligatoire pour vous; or, voici un cas
* qui se présente (un legs testamentaire, nul de droit) : donc le fait peut continuer à
» exister. » Et qu'on n'oublie pas qu'Haïli était débitrice à peu près insolvable !
, à leurs yeux, sous la condition de colonie française-, et ils auraient eu raison de juger ainsi. 2 L'interprétation diplomatique serait survenue ensuite; on nous aurait dit : « Vous
» avez admis la possibilité du fait dans un traité obligatoire pour vous; or, voici un cas
* qui se présente (un legs testamentaire, nul de droit) : donc le fait peut continuer à
» exister. » Et qu'on n'oublie pas qu'Haïli était débitrice à peu près insolvable ! [1851] CHAPITRE III. 157 Par l'article 15, il en faisait presque « une colonie française, » en convenant que « les arméniens français seraient
» reçus dans les ports d'Haïti avec leurs prises; » et ce,
pour les cas de guerre maritime. La judicieuse politique
du pays avait toujours été et était encore de tenir une
exacte neutralité entre les puissances belligérantes, partant,
de ne pas donner accès clans ses ports à leurs corsaires ni
à leurs prises; et une telle convention n'était autre chose
que la renonciation à cette politique, alors que .les bâtimens haïtiens ne pouvaient, ne devaient même pas aborder une des colonies de la France où existait l'odieux esclavage des noirs et de leurs descendans. Prétendre à justifier cette convention par la réciprocité établie en faveur
« des arméniens haïtiens et de leurs prises, » c'était le
comble de l'absurdité. Enfin, sous le rapport du commerce d'importation, convenir avec la France que « les évaluations officielles pour
» les droits à percevoir clans les douanes,, auraient pour
» base le prix de la vente en gros et non celui de la vente
» en détail, » c'était anéantir les lois existant en Haïti sur
les douanes, et dénier au gouvernement le droit d'en promulguer à l'avenir, de faire des tarifs, — à moins de se
soumettre aux caprices et aux prétentions de cette foule de
commerçans français « en gros et en détail, » que l'article 2 du traité allait attirer clans le pays1. En cela, comme
dans les autres stipulations, M. Saint-Macary se laissa égarer par le mirage de la réciprocité, véritable duperie pour
Haïti, si elle y avait consenti. Il faut peu de réflexions, en effet, pour reconnaître que, 1 On avait remarqué sans doute que le tarif de la loi de 1827- portait l'évaluation du
prix moyen à un taux élevé, et l'on voulait contraindre le gouvernement haïtien à le retourner. Mais alors et à toujours, plus d'indépendance pour Haïti ! 138 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hàÏTI. sous tous les rapports., il est impossible aux Haïtiens de
lutter avec les étrangers de toutes les nations dans les pays
étrangers, lorsqu'il leur est si difficile de soutenir cette
concurrence en lîaïti même : de là la nécessité de ne faire
des traités de commerce que sur le principe de la nation la
plus favorisée'1. Haïti peut et doit comprendre qu'il est de son intérêt de
favoriser cette branche d'industrie en tout ce qui ne peut
nuire à ses nationaux, par le respect porté aux étrangers,
par une entière sécurité pour leurs établissemens dans son
sein, par toutes les facilités données à leurs transactions.,
ainsi que cela se pratiquait avant l'existence des consulats;
et alors, sa législation doit être en harmonie avec ces dispositions bienveillantes, et basée sur les principes du droit
des gens.
Haïti peut et doit comprendre qu'il est de son intérêt de
favoriser cette branche d'industrie en tout ce qui ne peut
nuire à ses nationaux, par le respect porté aux étrangers,
par une entière sécurité pour leurs établissemens dans son
sein, par toutes les facilités données à leurs transactions.,
ainsi que cela se pratiquait avant l'existence des consulats;
et alors, sa législation doit être en harmonie avec ces dispositions bienveillantes, et basée sur les principes du droit
des gens. M. Saint-Macary était si bien entré dans les vues du
gouvernement français, que le roi Louis-Philippe n'hésita
pas à ratifier les deux traités. On s'était fait d'ailleurs en
France une idée exagérée du caractère de Boyer, en le
croyant trop difficile et plus mobile qu'il ne l'était effectivement, d'après tous les projets de convention et de traité
qui avaient été essayés depuis 1825, parce qu'on ne voulait pas reconnaître la nécessité où il se trouvait d'obtenir
des garanties pour son pays, que l'ordonnance du 17 avril
n'offrait pas. On ne prenait pas en considération non plus
les susceptibilités qu'avait soulevées l'acceptation de cette
ordonnance. En ratifiant les traités , le Roi des Français
espérait donc lier le Président d'Haïti par le respect pour^
sa signature apposée à ces actes. Peu après, M. Pichon fils 1 La France ne pouvait raisonnablement nous blâmer de vouloir assurer une protection efficace à nos nationaux, en leur réservant les privilèges établis de tout temps en leur
faveur; car la France est bien le pays de la protection pour toutes les industries nationales. [1831] CHAPITRE III. 139, fut chargé de les apporter à M. Molien, consul général, qui
reçut la mission de les faire accepter et ratifier : il partit
de Brest sur la frégate la Junon, et M. Saint-Macary y prit
passage. Ils arrivèrent au Port-au-Prince à la fin de
mai. Boyer ne pouvait hésiter à refuser sa ratification aux
traités que lui remit son agent : trop de motifs s'opposaient
à cette sanction. Il réunit cependant autour de lui les sénateurs présens à la capitale et les grands fonctionnaires de
l'État, et tous furent unanimes à lui conseiller de persister
dans son refus. Cette détermination fut communiquée à
M. Molien, avec promesse d'adresser au ministère français
une dépêche qui exposerait les motifs du gouvernement
haïtien. Le consul général avait déjà vu où tendait l'article officiel du 30 avril, dans le Télégraphe, et des explications
verbales avaient eu lieu entre lui et le secrétaire général
Inginac à ce sujet ; il en était résulté de l'aigreur entre eux 1 .
Il ne pouvait accueillir le refus de ratification de la part du
Président, puisqu'il avait mission, au contraire, de l'obtenir. 11 demanda et obtint de Boyer une audience privée, afin
de conférer avec lui et de le persuader à cet égard. Comme
le Président, M. Molien avait toutes les formes et la politesse nécessaires en pareil cas; mais, dans la discussion
qui s'ensuivit entre eux, ils finirent tous deux par s'animer,
chacun à son point de vue. Boyer ne céda point à ses représentations, même fondées sur \û puissance de la France
et sur le peu d'égards qu'il semblait montrer pour le non1 Avant cela même et à propos de l'affaire Pruneau, des malveillans avaient imputés
M. Molien d'avoir exprimé des sentimens hostiles au général Inginac. C'était une perfidie des opposans qui voulaient les diviser.
entre eux, ils finirent tous deux par s'animer,
chacun à son point de vue. Boyer ne céda point à ses représentations, même fondées sur \û puissance de la France
et sur le peu d'égards qu'il semblait montrer pour le non1 Avant cela même et à propos de l'affaire Pruneau, des malveillans avaient imputés
M. Molien d'avoir exprimé des sentimens hostiles au général Inginac. C'était une perfidie des opposans qui voulaient les diviser. 140 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. veau souverain qu'elle avait placé sur le trône. La rupture
fut complète entre eux dans cette audience '. Le lendemain, le consul général lui adressa la note suivante : « Président, « Le soussigné, Consul général de France, par intérim,
a ordre de demander uniquement à Votre Excellence si elle
consent à ratifier les deux traités signés à Paris le 2 avril
dernier par MM. Pichon et Saint-Macary. » Le soussigné ayant eu l'honneur d'entretenir longuement hier Votre Excellence de la mission toute spéciale que
le gouvernement du Roi des Français lui a confiée, et
lui ayant déclaré qu'il n'a pas pouvoir de rien changer
au traité définitif du 2 avril, n'a plus qu'à vous annoncer, Président, que M. Pichon fils, chargé de rapporter
votre réponse, partira très-incessamment sur la frégate
la Junon. » Président, le soussigné est avec respect, de Votre Excellence, le très-humble serviteur, Signé : Molien 2. » A cette note, le général Inginac eut ordre de répondre
ce qui suit : « Port-au-Prince le 4 juin 1 851 , au 28edel'indépendance. » Le soussigné, secrétaire général près Son Excellence
le Président d'Haïti, est chargé d'accuser réception à Monsieur le Consul général de France, par intérim, de sa note
du 2 courant, par laquelle il demande à S. E. si .elle con1 Boyer a dit en ma présence que, dans cette audience, M. Molien semblait vouloir
l'exposer à commettre sur sa personne la même injure que le dey d'Alger se perîutî SitF*
le consul de France. Il tenait à la main un rouleau de papier, et gesticulant comme d'habitude, il trouva que le consul s'approchait trop de lui, sur le sopha où ils étaient assis.
Mais M. Molien se respectait trop pour avoir eu une telle intention : évidemment, Boyer
était dans l'erreur. % On ne peut disconvenir que cette note est pleine d'égards pour Boyer, même après
leur discussion si vive do la veille. [1831) CHAPITRE III. 141 sent à ratifier les deux traités signés à Paris, le 2 avril dernier, par MM. Pichon et Saint-Macary. » Le soussigné à Tordre de rappeler à M. le Consul général^ que S.E. lui a déjà fait connaître, dans l'audience
qu'elle lui a accordée, que cette ratification n'aura pas lieu.
Les motifs delà détermination du gouvernement d'Haïti seront exposés dans une dépêche qui va être incessamment
remise à M. Pichon fils pour le gouvernement français.
à ratifier les deux traités signés à Paris, le 2 avril dernier, par MM. Pichon et Saint-Macary. » Le soussigné à Tordre de rappeler à M. le Consul général^ que S.E. lui a déjà fait connaître, dans l'audience
qu'elle lui a accordée, que cette ratification n'aura pas lieu.
Les motifs delà détermination du gouvernement d'Haïti seront exposés dans une dépêche qui va être incessamment
remise à M. Pichon fils pour le gouvernement français. » Le soussigné profite de cette occasion pour assurer
M. le Consul général de sa haute considération. « Signé: B. Inginac. » Mais le même jour, M. Molien répliqua ainsi :
« Monsieur le Secrétaire général, » Je m'empresse de répondre à votre lettre de ce jour.
Les motifs que le gouvernement haïtien se propose de prêter ,,
à son refus de ratifier les deux traités définitifs du 2 avril, f '
ne pouvant, quels qu'ils soient, être accueillis par le gouvernement deSaMajesté, ni changer sa résolution, M. Pichon ne
se chargera pas de les transmettre. Veuillez donc, Monsieur,
choisir une autre occasion pour faire passer vos dépêches. » Tout en vous exprimant pour la dernière fois, Monsieur, le regret que les relations de bonne amitié qui subsistaient depuis cinq ans entre la France et Haïti aient cessé
si tôt, je me félicite en même temps que le bon droit soit
resté de notre côté. Il ne me reste plus qu'à vous prier,
Monsieur, de réclamer auprès de M. le Président sa protection efficace pour ceux de mes compatriotes que leurs af-
■" irj: pourraient retenir encore quelque temps à Haïti, malgré mes avis pressans. » Agréez , Monsieur, l'assurance de ma considération
distinguée. » Signé : Molien. » 142 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. Le mot définitifs employé dans ces deux notes pour qualifier les traités du 2 avril, expliquait suffisamment la conduite du consul général en cette circonstance, car c'était
dire quelles étaient les instructions qu'il avait reçues de
son gouvernement ; et en affirmant que « quels que fus-
» sent les mothVdu gouvernement haïtien pour refuser
» sa ratification à ces traités, ils ne seraient pas ac-
» cueillis, » M. Molien faisait lire en quelque sorte ces instructions. Après les différens projets débattus et même signés avec
le gouvernement de Charles X, celui de la nouvelle dynastie considérait les traités du 2 avril comme le necplus ultra
des concessions qu'il fallait faire aux demandes réitérées de
la République, qui se montrait si difficile. Il ne prévoyait
pas, peut-être, qu'il arriverait un moment où, mieux convaincu de la justice des réclamations d'Haïti, il serait parfaitement équitable envers elle, en agissant comme il convenait à la grandeur de la France de le faire. Quant au consul général personnellement, nous avons
déjà fait remarquer qu'en avril 1829, il avait été, non-seulement équitable, mais bienveillant envers notre pays, en
souscrivant le projet de convention financière de cette
époque. Son refus de laisser prendre par M. Pichon fils les
dépêches du gouvernement, n'était que la conséquence de
la déclaration qu'il fit, « que les relations de bonne amitié
cessaient entre la France et Haïti ; » et en cela encore il se
conformait à ses instructions.
fait remarquer qu'en avril 1829, il avait été, non-seulement équitable, mais bienveillant envers notre pays, en
souscrivant le projet de convention financière de cette
époque. Son refus de laisser prendre par M. Pichon fils les
dépêches du gouvernement, n'était que la conséquence de
la déclaration qu'il fit, « que les relations de bonne amitié
cessaient entre la France et Haïti ; » et en cela encore il se
conformait à ses instructions. Mais ce qui parait avoir été de sa part un nivjyeu dte
midation , pour porter Boyer à réfléchir sur l'issue que
pouvait avoir la cessation des relations diplomatiques avec
la France, ce fut la tentative qu'il fit auprès des Français
établis au Port-au-Prince^ et qui est prouvée par la fin de [1851] CHAPITRE III. 145 sa seconde note adressée au général Inginac, où il le priait
« de réclamer la protection efficace du Président pour ceux
» de ses compatriotes que leurs affaires retiendraient quel-
» que temps encore à Haïti, malgré ses avis pressans. »
M. Molien les convoqua au consulat général et leur enjoignit de quitter le pays sans délai, à cause des éventualités
qui allaient surgir du refus fait par Boyer de ratifier les
traités. Contre son attente, ses compatriotes, en majorité,
refusèrent péremptoirement d'obéir à cette injonction, et
ils lui remirent même une protestation écrite dont ils adressèrent la copie au ministre des affaires étrangères de
France. Ils alléguaient pour motif de leur résolution,
qu'ayant leurs intérêts engagés en Haïti, ils ne pouvaient
les abandonner par rapport à de semblables difficultés
entre ce pays et le leur, difficultés qui finiraient probablement par être aplanies entre les deux gouvernemens; et
que, d'ailleurs, ils étaient assurés de la protection de
Boyer pour leurs personnes et leurs propriétés, car avant
l'établissement du consulat français, ils en jouissaient pleinement. Ce fut un mécompte pour M. Molien : de le néanmoins
sa sollicitude pour ses compatriotes, et la résolution qu'il
prit lui-même de partir pour la France avec M. Pichon
fils. Il appela du Cap-Haïtien M. Cerffber, afin de lui laisser
la gérance du consulat général ; et les « relations de bonne
amitié » ne continuèrent pas moins entre ce consul et le
gouvernement haïtien, après le départ cle son chef1.
-■ M, ï.ïol-! -?n éiait encore à la capitale, quand le Président
publia, le 12 juin, une proclamation qui récapitula tous 1 Si M. Cerffber cessa de correspondre officiellement arec le gouvernement (ce que
j'ignore}, il ne continua pas moins à jouir de tous les égards dus à sa personne et à son
rang. iii ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI. les faits antérieurs, toutes les phases des négociations suivies entre les gouvernemens d'Haïti et de France, depuis
l'acceptation de l'ordonnance de Charles X. En parlant de
la dernière mission de M. Saint-Macary, qui avait pour but
« de demander des avantages relatifs à l'introduction denos
» denrées expédiées pour notre libération , » Boyer disait :
à sa personne et à son
rang. iii ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI. les faits antérieurs, toutes les phases des négociations suivies entre les gouvernemens d'Haïti et de France, depuis
l'acceptation de l'ordonnance de Charles X. En parlant de
la dernière mission de M. Saint-Macary, qui avait pour but
« de demander des avantages relatifs à l'introduction denos
» denrées expédiées pour notre libération , » Boyer disait : « Cet agent avait ordre de ne séjourner qu'un mois à
Paris. Il n'avait même pas été encore admis à discuter les
propositions qu'il était chargé de faire, lors de la révolution qui renversa du trône la maison des Bourbons. Si, par
cet événement, il fallait nécessairement d'autres pouvoirs
à ce commissaire pour être en droit de continuer sa mission, on conçut ici néanmoins les plus grandes espérances
sur les avantages du système libéral que devait naturellement adopter à notre égard la France régénérée. En effet,
pouvait-on avoir une autre pensée, en voyant appeler à la
tête du gouvernement de ce royaume les hommes remarquables qui, tant de fois à la tribune comme par leurs
écrits, proclamaient des principes en faveur d'Haïti, et
considéraient sous un point de vue plus élevé les relations entre Haïti et la France, condamnaient hautement
les exigences du gouvernement déchu? » Contre cette attente, l'agent haïtien prit sur lui d'outrepasser sa mission. Il est revenu ici, après une absence
de plus d'une année, apportant deux traités contenant
des conditions auxquelles il n'était pas autorisé à souscrire, et que par conséquent je ne pouvais pas ratifier. » Haïtiens! le consul général de France, par intérim, a
déclaré, à cause de ce refus de ratification, que les relations d'amitié entre la France et Haïti ont cessé. Que de
réflexions cette étrange déclaration fait naître! Le sort
d'Haïti pouvait donc dépendre d'une convention signée [1851] CHAPITRE III. 115 en France par un envoyé haïtien , quel que fût le vice
dont cet acte aurait pu être entaché! Les deux traités dont
il est question sont donc des traités imposés » Et comme toujours en pareil cas, renouvelés si souvent,
des exhortations furent faites aux Haïtiens de se tenir parés
aux éventualités, aux fonctionnaires publics et aux militaires de remplir leurs devoirs envers la patrie, aux commandans d'arrondissement de se rappeler les instructions
du Président d'Haïti. « Que les étrangers, que la confiance
» a conduits sur notre territoire, y trouvent la sécurité que
» la loi et notre loyauté leur ont constamment garantie. »
il cas, renouvelés si souvent,
des exhortations furent faites aux Haïtiens de se tenir parés
aux éventualités, aux fonctionnaires publics et aux militaires de remplir leurs devoirs envers la patrie, aux commandans d'arrondissement de se rappeler les instructions
du Président d'Haïti. « Que les étrangers, que la confiance
» a conduits sur notre territoire, y trouvent la sécurité que
» la loi et notre loyauté leur ont constamment garantie. » Cette proclamation, publiée avec pompe, excita un enthousiasme extraordinaire dans la population du Port-auPrince. Adhérens ou opposans à Boyer se confondirent
dans une exaltation patriotique; car chacun croyait voir
dans la rupture des relations diplomatiques entre les deux
gouvernemens, la libération de la dette nationale contractée envers la France^ qui persistait à refuser à Haïti les
garanties que réclamaient sa sécurité comme pays indépendant et souverain, et son honneur et sa dignité profondément blessés par les termes et les clauses de l'ordonnance
de 1825. Voilà clans quel sens il faut expliquer la joie qui
éclata en cette circonstance. L'éventualité d'une guerre
avec la France, loin d'attiédir le dévouement à la patrie, le
ranima au contraire. Le glorieux exemple que venait de
donner au monde la courageuse population de Paris servit
même à produire ce résultat, et la lutte héroïque que soutenaient encore la Pologne et la Belgique contre leurs dominateursn'y contribua pas moins, en surexcitant les esprits 1 . Depuis quelques mois on avait commencé des construc1 La capitale fut spontanément illuminée. Le sénateur J.-F. Lespinasse se distingua par
un transparent sur lequel on lisait : Indépendance ! Souveraineté! Assez longtemps nous
avons gémi sous le fouet des colons ! T. X. 10 146 ÉTUDES SUR LHISTOIRE D HAÏTI. lions à la Coupe; il n'y eut qu'une pensée générale : c'était
d'y fonder une ville pour être la capitale de la République,
pour y transporter les objets précieux, les archives de
l'État, les armes et autres choses du dépôt de guerre, afin
de les mettre à l'abri d'un coup de main; et c'est alors
que le PrésideuLdéeida que cette ville porterait le nom de
Pétion. Il ordonna à toutes les administrations de préparer
les objets qu'elles auraient à y envoyer. Le consul général de France fut témoin de tout cet enthousiasme. L'aménité de son caractère et sa bienveillance
pour le pays lui avaient fait contracter des relations de
société avec un certain nombre d'Haïtiens, dont la plupart
se crurent obligés de les cesser immédiatement, pendant
que ses compatriotes eux-mêmes résistaient à son injonction de quitter Haïti; et il se trouvait ainsi dans une sorte
d'isolement regrettable, par l'accomplissement de son devoir envers son gouvernement, lorsqu'il partit sur la frégate la Junon avec M. Pichon fils : ils arrivèrent en France
à la fin de juillet \
ociété avec un certain nombre d'Haïtiens, dont la plupart
se crurent obligés de les cesser immédiatement, pendant
que ses compatriotes eux-mêmes résistaient à son injonction de quitter Haïti; et il se trouvait ainsi dans une sorte
d'isolement regrettable, par l'accomplissement de son devoir envers son gouvernement, lorsqu'il partit sur la frégate la Junon avec M. Pichon fils : ils arrivèrent en France
à la fin de juillet \ Après leur départ, on publia, dans le Télégraphe du 19
juin, un article semi-officiel dans lequel le gouvernement
fit connaître tous ses vrais motifs pour avoir refusé de
ratifier les deux traités. Cet article résuma de nouveau les
faits antérieurs, à partir même des premiers temps de la révolution jusqu'à l'acceptation de l'ordonnance de Charles X,
en prouvant la légitimité de l'indépendance d'Haïti par celle
des États-Unis^ de la Colombie, du Mexique, du Chili^ que
la France n'avait pas hésité à reconnaître formellement; il
parla encore de la Grèce, de la Belgique et de la Pologne
dont la résistance avait toutes les sympathies de cette puisf 1 Quand Boyervint à Paris où il mourut en 18!i0, M. Molien le visita et lui témoigna / toute son estime : il en fut parfaitement accueilli. Vf* [1851] CHAPITRE 111. 1 17 santé nation; du langage qu'avaient toujours tenu, par
rapport à Haïti, les hommes qui se trouvaient maintenant
au pouvoir. Il dit du cabinet français sous Charles X :
« Si ce gouvernement ou celui qui l'a remplacé pour le
» continuer, n'avait jamais conservé Y arrière-pensée d'exer-
» cer une suprématie quelconque sur Haïti; s'il avait sin-
» cèrement entendu qu'elle jouît d'une indépendance réelle
» et absolue, comme elle en a pour toujours manifesté la
» volonté, pourquoi n'a-t-il pas, dans un acte solennel,
« proclamée, la face du monde entier sa renonciation for-
» melle à toute espèce de prétentions sur notre territoire et
» à toute espèce d'influence sur nos affaires intérieures ?. . .
» M. Saint-Macary reparaît enfin, et au grand étonne-
» ment de la nation, quoique sans pouvoirs, il rapporte
» deux traités frappés d'un vice radical qui entraîne la
» nullité, et qui ne pouvaient être acceptés, et parce qu'ils
» n'avaient pas été discutés par un agent compétent, et
» parce qu'ils renferment des dispositions que la nation
» rejettera éternellement : traités pourtant qu'on paraît
» nous imposer comme un ultimatum... Que le consul de
» France se rassure : Haïti saura toujours distinguer les
» Français de leur gouvernement... Quoi qu'il en soit,
» tous les peuples généreux, l'Angleterre, l'Allemagne,
» une partie des États-Unis, et ce peuple français lui-même
» si magnanime quand il ne suit que ses inspirations, ap-
» plaudiront à notre détermination, parce que l'honneur
» national, le respect pour nos droits et notre indépen-
» dance nous l'auront seuls dictée. »
rassure : Haïti saura toujours distinguer les
» Français de leur gouvernement... Quoi qu'il en soit,
» tous les peuples généreux, l'Angleterre, l'Allemagne,
» une partie des États-Unis, et ce peuple français lui-même
» si magnanime quand il ne suit que ses inspirations, ap-
» plaudiront à notre détermination, parce que l'honneur
» national, le respect pour nos droits et notre indépen-
» dance nous l'auront seuls dictée. » Mais ces publications ne suffisaient pas, il fallait expliquer directement au "gouvernement français les motifs de
la non-ratification des traités du 2 avril1. A cet effet, 1.11 faut convenir que le mois à! avril a été peu favorable clans les transactions entre 148 ÉTUDES SUR ^HISTOIRE d'hAÏTI. MM. Jmbert, Voltaire et Inginac, en leur qualité de grands
fonctionnaires, lui adressèrent une longue dépêche où ces
motifs étaient entièrement exposés; et de ce qu'ils exprimaient l'espoir qu'on avait conçu en Haïti, que ses anciens
défenseurs du temps de la Restauration, arrivés au pouvoir
en France où régnait maintenant un esprit libéral, auraient
été plus favorables à ce jeune peuple, le cabinet français
voulut bien croire que celui d'Haïti demandait la suppression de l'indemnité, tandis qu'il ne désirait qu'une réduction de cette dette et des facilités pour la payer, indépendamment d'un traité où il serait dit que « la France
» reconnaît la République d'Haïti comme Etat libre, indé-
>» pendant et souverain, et renonce à toutes prétentions
» quelconques sur son territoire et ses affaires intérieures
» et extérieures. » Nous croyons avoir prouvé, par le texte de quelques
articles des deux traités et par les raisonnemens dont nous
les avons accompagnés, que Boyer ne pouvait les ratifier.
Mais, s'il n'avait eu que les motifs résultant de la caducité
des pouvoirs donnés à M. Saint-Macary, le gouvernement
français aurait dû encore les accepter; car la faute en était
à lui-même qui n'en exigea pas de nouveaux, tandis qu'il
renouvelait ceux que M. Pichon avait reçus de l'ancien
gouvernement, après avoir prêté serment à la nouvelle dynastie à laquelle il se rallia en sa qualité de conseiller
d'Etat. Le respect dû à la France et à son roi ne pouvait Haïti et la France. L'ordonnance de Charles X a été signée dans ce mois ; les premiers
projets de convention et de traité signés par M. Molien ont été faits en avril 1829; les
deux antres, discutés par lui et M. Pichon, ont été rédigés en avril 1830 ; et les traités
conclus par IM. Saint-Macary, en avril 1831. Aucun de ces actes n'a convenu pour la
bonne entente entre les deux pays. M. Saint-Macary resta dans une sorte de disgrâce pendant environ deux ans, et fut appelé en 1833 à la direction du lycée national où il se montra dévoué, capable et propre
à une fonction aussi importante. Cet établissement prospéra sous son intelligente direction. Il mourut en 1837.
digés en avril 1830 ; et les traités
conclus par IM. Saint-Macary, en avril 1831. Aucun de ces actes n'a convenu pour la
bonne entente entre les deux pays. M. Saint-Macary resta dans une sorte de disgrâce pendant environ deux ans, et fut appelé en 1833 à la direction du lycée national où il se montra dévoué, capable et propre
à une fonction aussi importante. Cet établissement prospéra sous son intelligente direction. Il mourut en 1837. [1831] CHAPITRE III. 149 être poussé jusqu'à l'oubli des intérêts d'Haïti, de son
honneur et de sa dignité, à la violation de ses institutions
par le chef qui présidait à ses destinées. Sur le refus fait par M. Molien d'accepter la dépêche du
gouvernement, le Président en chargea M. Edouard Lloyd, i
négociant anglais établi au Port-au-Prince, qui allait en
Europe. Attaché au pays où il jouissait d'une considération
méritée par sa conduite., M. Lloyd se rendit lui-même à
Paris où il remit cette dépêche, en septembre, au général
comte Sébastiani, ministre des affaires étrangères. D'après les faits qui venaient de se passer à Haïti, la
dépêche du gouvernement ne pouvait être que mal accueillie. Le consul général de France avait déclaré la cessation
des relations de bonne amitié entre son pays et le nôtre,
partant la rupture des relations diplomatiques entre les deux
gouvernemens: le ministère français maintint cette déclaration. Cependant il trouva, dans les procédés usités en pareil
casentre lesnations, un moyen de faire connaître sa pensée,
son mécontentement au gouvernement haïtien, par ce qu'on
appelle une note verbale, sans signature. Le 2 octobre, le
comte Sébastiani en remit une à M. Lloyd, datée du 25 septembre, pour être expédiée à Boyer. Cette note devait nécessairement se ressentir de l'irritation du cabinet français
et même du roi Louis-Philippe. Elle contenait principalement ce passage : « Sans cloute, si, comme on l'insinue,
» l'indemnilé stipulée dans l'ordonnance du 1 7 avril, avait
» été leprix de la reconnaissance de l'indépendance d'Haïti
» par la France, le gouvernement de Sa Majesté, autant
» par respect pour la liberté des peuples que par senti-
» ment de générosité pour Haïti, aurait pu lui en faire la
» remise. Mais il n'en est point ainsi : la révolution d'Haïti,
» qui n'a d'ailleurs rien de commun avec les autres révo150 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. » lulions, a été marquée par la spoliation des proprié-
» lés, etc. » Le ministre terminait par dire que^ si le gouvernement
haïtien voulait faire de nouvelles propositions, on lui accordait un délai de cinq mois à cet effet '. Quel que fût le ton général de cette note verbale, le passage que nous venons de citer n'était pas moins un hommage rendu au droit que les Haïtiens avaient eu de résister
à la France, pour conserver leur liberté par l'indépendance
de leur pays; et dans l'état des choses, il faut l'avouer, le
gouvernement français , prévenu contre le caractère de
Boyer, et ne 's' expliquant pas assez peut-être le but qu'il
voulait atteindre, ne pouvait guère tenir un autre langage.
verbale, le passage que nous venons de citer n'était pas moins un hommage rendu au droit que les Haïtiens avaient eu de résister
à la France, pour conserver leur liberté par l'indépendance
de leur pays; et dans l'état des choses, il faut l'avouer, le
gouvernement français , prévenu contre le caractère de
Boyer, et ne 's' expliquant pas assez peut-être le but qu'il
voulait atteindre, ne pouvait guère tenir un autre langage. Pour être juste envers son adversaire, même son ennemi^ il faut comprendre sa situation réelle comme on comprend sa propre situation. Malgré les principes libéraux qui prévalaient en France 1 M. Frédéric Martin, dont j'ai parlé dans une note de la page 30, étant employé aux
archives du ministère de la marine, apprit qu'il était question d'envoyer une expédition
contre Haïti, aprèsle retour en France de MM. Molien et Pichon fils. Il rédigea un mémoire qu'il présenta à l'amiral de Rigny, ministre de la marine, dans le but d'éclairer le
gouvernement français sur la situation que l'ordonnance du 17 avril 1825 avait faite à
Haïti, sur la bonne foi de Boyer qui avait compromis sa popularité pour servir son pays.
11 y disait qu'il fallait, ou réduire l'indemnité à 100 millions comme on en était convenu
en 1824, ou abaisser les droits sur les cafés d'Haïti, afin de faciliter ses payemens et de
contenter les Haïtiens ; il appuya son opinion par des cbifires pour prouver les pertes
faites sur la vente des cafés en France. M. Frédéric examina les conséquences des deux
hypothèses, ou d'une expédition de troupes pour envahir Haïti, ou d'un blocus de ses
ports, et osa dire que le gouvernement français ne réussirait pas; que les petites propriétés de 5 carreaux de terre délivrées aux Haïtiens les attachaient désormais au sol do
leur pays qu'ils défendraient à outrance ; que le temps était passé où l'on pouvait espérer
de semer la division entre eux. etc. Le 21 septembre, l'amiral de Rigny lui écrivit une lettre dans laquelle il le complimenta sur son mémoire, en lui disant qu'il l'avait soumis à
M. Casimir Périer, président du conseil des ministres. M. Frédéric m'a fait lire, à Paris, cette lettre et son mémoire, et je puis dire qu'un
Haïtien n'aurait pas mieux plaidé la cause de la République que ce loyal Français, qui
s'y était fait estimer par sa conduite, durant un séjour de dix années. Ce serait donc après
cette démarche, que le ministère aura résolu d'écrire la note verbale au gouvernement
haïtien ; et en même temps, le ministère de la marine expédia à Haïti le brig de guerre
le Cuirassier, commandé par M. de Rruix, pour s'assurer si les Français jouissaient réellement de sa protection.
cause de la République que ce loyal Français, qui
s'y était fait estimer par sa conduite, durant un séjour de dix années. Ce serait donc après
cette démarche, que le ministère aura résolu d'écrire la note verbale au gouvernement
haïtien ; et en même temps, le ministère de la marine expédia à Haïti le brig de guerre
le Cuirassier, commandé par M. de Rruix, pour s'assurer si les Français jouissaient réellement de sa protection. [1831] CHAPITRE 111. 151 depuis la révolution de juillet, le gouvernement de LouisPhilippe ne pouvait rompre avec tous tes droits acquis aux
particuliers sous le règne précédent; il ne pouvait pas plus
renoncer à l'indemnité consentie en faveur des colons, qu'abroger la loi qui accorda un milliard d'indemnités aux
émigrés français, bien que les anciens membres de l'opposition, qui avaient repoussé cette dernière loi dans la discussion des chambres législatives, se trouvassent maintenant au pouvoir. Or, après l'offre spontanée d'une indemnité
faite par Pétion et par Boyer lui-même ; après l'acceptation
par ce dernier de l'ordonnance du 17 avril 1825; après la
loi de répartition de cette indemnité, publiée en France ;
après tous les projets de convention entre les deux gouvernemens pour le payement intégral de cette indemnité;
les anciens colons avaient un droit acquis aux yeux de leur
gouvernement. Pour les convaincre et se convaincre luimême de la nécessité d'une réduction, il fallait autre chose
que des allégations d'impuissance de la part d'Haïti, que
l'espoir qu'on y avait conçu à ce sujet en acceptant l'ordonnance fixant la somme à 150 millions. Mais déjà une
proposition équitable avait été faite par la commission que
présida M. le comte Laine, de réduire le solde dû de
120 millions à 60; et il était réservé à un brave officier
français, — ancien colon, — d'émettre la même opinion
après avoir eu communication de documens officiels, en
Haïti même, qui le convainquirent de l'exiguïté des ressources dont ce pays disposait '. Lorsque Boyer reçut de M. Lloyd la note verbale du
ministre des affaires étrangères en réponse à la dépêche des
grands fonctionnaires, il fut excessivement froissé de la 1 M. l'amiral A. Dupetit-Thouars, alors capitaine de vaisseau, dans sa mission à Haïti
en 1835, le même personnage (juiy yinteu 1821. 152 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hàÏTI. forme employée et de l'expression de spoliation. Cette note,
sans signature, lui parut une injure personnelle, un mépris
pour le gouvernement haïtien, et le mot spoliation, un outrage à la nation '. Il ne se pressa pas de prendre une résolution à ce sujet, et le 20 décembre, il adressa au Sénat
le message suivant :
en 1835, le même personnage (juiy yinteu 1821. 152 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hàÏTI. forme employée et de l'expression de spoliation. Cette note,
sans signature, lui parut une injure personnelle, un mépris
pour le gouvernement haïtien, et le mot spoliation, un outrage à la nation '. Il ne se pressa pas de prendre une résolution à ce sujet, et le 20 décembre, il adressa au Sénat
le message suivant : « Citoyens sénateurs, » L'état des négociations entre le gouvernement de la
République et celui cle la France est parvenu à un point qui
exige enfin une détermination positive. D'après les dispositions de l'article 121 de la constitution, et dans le désir
d'être constamment en harmonie avec le Sénat, je vous ai
toujours communiqué la situation de nos rapports politiques avec ce gouvernement. Les changemens survenus
en 1850, dans ce royaume, ont dû naturellement faire espérer ici des avantages, dans les arrangemens à conclure,
en faveur de la République. Je n'ai pas négligé, en conséquence, de chercher à le porter à en reconnaître la nécessité. Aujourd'hui que le résultat des communications faites
dans ce but au ministère de France m'est parvenu, je
m'empresse de vous en donner une connaissance officielle. » A cet effet, citoyens sénateurs, j'ai donné des instructions au secrétaire d'Etat, au grand juge et au secrétaire
général, pour se présenter au Sénat, afin de vous communiquer les pièces y relatives. Je réclame, dans l'intérêt de
la patrie, que vous me fassiez connaître votre opinion mo1. Ou croira difficilement que, malgré son instruction, Boyer ignorait les formules diplomatiqnes : il ne possédait pas un seul ouvrage traitant de ces matières. Mais M. S. Villevaleix, chef des bureau* du secrétariat général, lui en présenta un où il trouva que la
noie verbale était ordinairement employée dans le cas de rupture des relations diplomatiques, et qu'on pouvait y répondre par une note semblable : ce qui le porta à s'apaiser.
Cette anecdote ne me semble pas indigne de l'histoire. [1851] CHAPITRE III. 155 tivée sur la détermination à prendre dans l'état des choses
et dans celui desdites négociations. » J'ai la faveur, etc. Signé : Boyer » Parmi les documens soumis au Sénat par les grands
fonctionnaires, qui lui donnèrent, d'ailleurs, toutes les
explications nécessaires, se trouvait une lettre de M. Lloyd
au Président, rendant compte de la manière polie avec laquelle il avait été reçu par le comte Sébastiani. Cette réception l'avait porté à croire qu'il eût pu être admis à
traiter avec le gouvernement français, au nom de la République; et M. Lloyd manifesta cette intention en demandant des pouvoirs au Président, et l'engageant à envoyer
tous les fonds dont on pouvait disposer, afin de faciliter la
négociation.
vait une lettre de M. Lloyd
au Président, rendant compte de la manière polie avec laquelle il avait été reçu par le comte Sébastiani. Cette réception l'avait porté à croire qu'il eût pu être admis à
traiter avec le gouvernement français, au nom de la République; et M. Lloyd manifesta cette intention en demandant des pouvoirs au Président, et l'engageant à envoyer
tous les fonds dont on pouvait disposer, afin de faciliter la
négociation. Mais, le 24 décembre, le Sénat répondit au message de
Boyer. Il lui dit d'abord, qu'il l'approuvait d'avoir refusé
sa ratification aux deux traités signés par M. Saint-Macary et d'avoir fait connaître ses motifs au gouvernement
français1. Ensuite, il lui dit qu'il fallait considérer la
note verbale du ministre de France comme ayant été écrite
» sous l'inspiration des colons. » Le Sénat émit enfin l'opinion : qu'il ne fallait envoyer aucun fonds en France,
comme le proposait M. Lloyd, ni charger un Anglais ou
un étranger quelconque., de suivre des négociations avecson gouvernement; que des Haïtiens seuls devaient y être
employés ; qu'il se reposait sur la sagesse et les lumières
de Boyer, pour discuter les intérêts de la patrie ; et qu'au
surplus, les articles 155, 156 et 158 de la constitution lui
donnaient les attributions de traiter avec les puissances
étrangères. 1 En juin, le Sénat n'était pas assemblé en majorité; mais en décembre, il était en
session législative. 154 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hAÏTI. On remarquera que le message du Sénat ne répondait
guère à celui du Président qui lui demandait « son opi-
» nion motivée sur la détermination à prendre dans l'état
» des choses et dans celui des négociations. » Quoi que pensent les rêveurs qui jalousent toujours le
pouvoir des chefs de gouvernement, il est prouvé que les
corps clélibérans sont peu propres à diriger des négociations ; et d'ailleurs, on s'était habitué à compter réellement
sur les lumières de Boyer à cet égard. Mais, clans cette
circonstance, le Sénat avait un motif particulier pour lui
parler ainsi. Ce corps était quelque peu mécontent d'un
passage de sa proclamation du 12 juin, où il semblait rejeter sur lui et sur quelques fonctionnaires toute la responsabilité de l'acceptation de l'ordonnance de Charles X. Le
Président y disait que cet acte avait été d'abord repoussé.
» Cependant, dans cette circonstance, un conseil de séna-
» teurs et des principaux fonctionnaires présens alors clans
» cette capitale, fut convoqué, et sur la décision motivée qui
» enest résultée, V acceptation en fut résolue, » etc. Or, ce conseil privé, comme il le constata lui-même par son procèsverbal, n'avait pas eu communication de la copie de l'ordonnance que tenait le Président ; il n'avait émis son opinion que sur des questions posées par ce dernier, et alors
que tout était réglé entre lui et M. de Mackau. Voilà le motif du Sénat pour se retrancher clans ses propres attributions
constitutionnelles et dire au Président d'Haïti d'exercer
les siennes.
etc. Or, ce conseil privé, comme il le constata lui-même par son procèsverbal, n'avait pas eu communication de la copie de l'ordonnance que tenait le Président ; il n'avait émis son opinion que sur des questions posées par ce dernier, et alors
que tout était réglé entre lui et M. de Mackau. Voilà le motif du Sénat pour se retrancher clans ses propres attributions
constitutionnelles et dire au Président d'Haïti d'exercer
les siennes. Boyer, on le conçoit bien, n'ignora pas cette particularité ; et piqué de la réponse du Sénat autant que de la note
verbale du ministre des affaires étrangères de France, il n'y 1 Je connus cette particularité par le respectable sénateur F. Dnbrenil, des Cayes, qui
m'honorait de. son amitié. [1851] CHAPITRE III. 155 fit répondre que le 22 juin 1832, par une note semblable
rédigée avec une énergie patriotique ; on y releva l'expression de spoliation dont le ministre s'était servi ', et il fut
proposé: 1° d'annuler l'ordonnance du 17 avril 1825;
2° de reconnaître la République d'Haïti comme Etat libre,
souverain et indépendant, dans un traité de paix, de commerce et de navigation sur le pied réciproque de la nation
la plus favorisée ; 5° de conclure une convention pour réduire l'indemnité à 75 millions dont 30 avaient été déjà
payés ; 4° de fixer à un million par an la quotité à payer
pour l'indemnité, le gouvernement haïtien devant affecter
aussi un autre million par an pour l'emprunt de 1825. Cette réponse complétait, pour le moment, la rupture
des relations diplomatiques entre les deux gouvernemens :
elle fut envoyée à M. Lloyd pour la transmettre au cabinet
français. Le consulat de France subsista à Haïti, entre les
mains du chancelier qui remplaça M. Gerffber, parti pour
cause de maladie, et le commerce de cette nation continua
paisiblement ses transactions fructueuses, mais sur le même
pied que celui de tous les autres peuples dont les navires
fréquentaient les ports d'Haïti. L'ordre chronologique nous
amènera à relater successivement ce qui eut lieu par la suite. Une tournée du Président dans le département du Sud
était devenue nécessaire, avons-nous dit; et à cet effet, il 1 « Spoliation. Action par laquelle on dépossède par violence on par fraude. »
Certainement, en expulsant les colons de notre sol, en massacrant une partie d'entre
eux, en confisquant leurs biens, il y a eu de notre part dépossession violente. Mais, qui
nous avait fait gémir durant deux siècles, qui avait provoqué l'expédition de 1802, qui
commit contre nous tant d'actes de violence atroce? Ne sont-ce pas les colons? La moralité restait du moins de notre côté, quand nous offrions une indemnité raisonnable pour
leurs biens. Peut-être Boyer se fâcha trop à cause du mot de spoliation ; car, du reste la
note verbale rendit hommage à nos droits comme nation. Mais il insistait toujours à considérer l'indemnité comme le prix de la reconnaissance de notre indépendance. S'il en
était ainsi, il y aurait eu moins d'honneur pour nous d'y avoir consenti,
ce? Ne sont-ce pas les colons? La moralité restait du moins de notre côté, quand nous offrions une indemnité raisonnable pour
leurs biens. Peut-être Boyer se fâcha trop à cause du mot de spoliation ; car, du reste la
note verbale rendit hommage à nos droits comme nation. Mais il insistait toujours à considérer l'indemnité comme le prix de la reconnaissance de notre indépendance. S'il en
était ainsi, il y aurait eu moins d'honneur pour nous d'y avoir consenti, 156 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hâÏTI. avait prorogé la session législative au 10 août; mais occupé de l'affaire des traités avec la France, il ne put entreprendre ce voyage que clans les premiers jours de juillet.
Il visita d'abord l'arrondissement de Jacmel, que commandait le général Frédéric. Bien accueilli dans cette ville,
dans celle d'Aquin où commandait le général Bergerac Trichet, aux Cayes, parle général Marion etla population, dans
tout le Sud^ enfin, Boyer se convainquit que les opposans
n'avaient répandu que des bruits mensongers, comme de coutume, sur les sentimens réels des citoyens de ce département. Par rapport à la session législative , il ne séjourna que
peu de temps dans chaque localité; et bien lui valut d'avoir
quitté si tôt la ville des Cayes, car, dans la nuit du 12
au 15 août, le plus terrible ouragan dont on ait gardé le
souvenir se déchaîna contre cette cité qui., à cette époque,
était dans toute sa splendeur. Le palais national (ancienne
maison bâtie par le général Rigaud, dont les héritiers la
vendirent à l'État) fut entièrement renversé : Boyer y eût
probablement péri avec son état-major et une partie de sa
garde. Tous les autres édifices publics et les maisons des
particuliers, ou furent abîmés ou endommagés par les vents
furieux; les flots de la mer, soulevés par cette horrible
tempête, envahirent la ville et montèrent à plus de cinq
pieds de hauteur. Il y eut de nombreuses victimes,, ainsi
que dans la plaine voisine de la ville. Le Président, qui
était alors à Jérémie, n'y courut pas moins de danger :
sur les pressantes instances de quelques officiers de son
état-major, il ne sortit du palais national , vieil édifice ,
que peu d'instans avant son écroulement par les efforls du
vent. Indépendamment des désastres occasionnés par ce fléau
dans tout le département du Sud, des pertes que subit la [1851] CHAPITRE m. 157 récolle du café et des autres denrées, la République eut à
regretter la mort du général Marion, le 20 novembre suivant, survenue par l'excès des fatigues qu'il éprouva en
s'occupant, avec une activité bien louable, de faire réparer
les maux de la ville des Cayes et de son arrondissement.
Cet administrateur éclairé emporta également les regrets
de la population qui était confiée à sa haute direction.
la [1851] CHAPITRE m. 157 récolle du café et des autres denrées, la République eut à
regretter la mort du général Marion, le 20 novembre suivant, survenue par l'excès des fatigues qu'il éprouva en
s'occupant, avec une activité bien louable, de faire réparer
les maux de la ville des Cayes et de son arrondissement.
Cet administrateur éclairé emporta également les regrets
de la population qui était confiée à sa haute direction. Revenu à la capitale, Boyer ouvrit la session législative
le 14 septembre. Dans son discours d'usage, il annonça
aux représentais l'infructueux résultat des négociations
avec la France, en termes qui ménageaient la susceptibilité de cette puissance et de son gouvernement, et tels
qu'il convenait à la dignité de celui d'Haïti de s'exprimer
à cet égard. Diverses lois furent proposées par le Président, pour exempter des droits, pendant plus d'une année,
les matériaux importés dans les ports du Sud; pour exempter ses industriels^ durant 1852, du droit de patentes, et
ses propriétaires de l'impôt foncier; pour ouvrir au commerce étranger les ports d'Aquin, de l'Anse-d'Eynaud, de
Miragoane, du Port-de-Paix et de Saint-Marc, qui avaient
été fermés en 1826. Une loi décréta la fondation d'une ville
à la Coupe, sous le nom de Pétion, consacrant ainsi ce que
le Président avait déjà décidé; et enfin, une dernière loi
régla le tarif des frais à percevoir dans les actes des justices de paix, afin de diminuer les charges du peuple.. Pendant qu'il était aux Cayes, Boyer avait reçu avis de
quelques troubles qui semblaient menacer la tranquillité
publique dans l'arrondissement de Saint-Mare. Arrivé à
l'Anse-à-Veau, d'autres nouvelles lui parvinrent à ce sujet, et dès qu'il fut rendu à la capitale, il chargea le général Inginac de se porter sur les lieux, afin de s'assurer des
faits et de lui faire un rapport. Ces faits provenaient de | 58 ÉTUDES SLR L'HISTOIRE D HAÏTI. quelques propos malveillans imputés au colonel Edouard
Michaud, commandant de la commune des Verrettes, et qui
inquiétaient les habitans ? Le général Bonnet avait dû s'y
rendre pour calmer les esprits, et y avait réussi. Mais le
secrétaire général, survenant, crut qu'il s'était trop alarmé
des bruits qui avaient couru, et eut le tort de manifester
cette opinion publiquement en parlant aux citoyens et aux
troupes; ce qui amena un désaccord, un refroidissement
entre lui et Bonnet. Celui-ci soupçonnait le général Guerrier, commandant de l'arrondissement de la Marmelade à
la résidence cle Saint-Michel, de n'être pas étranger aux
projets qu'on supposait à E. Michaud, d'après les propos
qu'on lui imputait. Il est probable qu'en tout ceci, la malveillance et le bavardage des opposans, qui s,e trouvaient
partout, avaient beaucoup contribué à cet état d'inquiétude
qui n'eut heureusement aucune suite fâcheuse '.
ait le général Guerrier, commandant de l'arrondissement de la Marmelade à
la résidence cle Saint-Michel, de n'être pas étranger aux
projets qu'on supposait à E. Michaud, d'après les propos
qu'on lui imputait. Il est probable qu'en tout ceci, la malveillance et le bavardage des opposans, qui s,e trouvaient
partout, avaient beaucoup contribué à cet état d'inquiétude
qui n'eut heureusement aucune suite fâcheuse '. Dans cette tournée du Sud, le Président apprit la mort
de l'évêque Henri Grégoire, à Paris, le 28 mai. Aussitôt, il
donna des ordres à tous les commandans d'arrondissement de la République, de faire célébrer dans toutes les
communes un service funèbre à la mémoire du pieux philanthrope qui s'était montré un constant ami de la race
noire durant le cours de sa longue vie. Ce service dut avoir
lieu le même jour, au mois de septembre où Boyer devait
être de retour à la capitale, afin que la nation entière se
réunît ce jour-là dans le temple catholique, pour implorer
le Tout-Puissant en faveur de l'âme de celui qui fit graver
sur sa tombe ces paroles d'un chrétien : «< Mon Dieu, faitesmoi miséricorde et pardonnez à mes ennemis- » 2. Au Portau-Prince, le service fut chanté avec pompe; le Président, 1 Voyez les Mémoires d'Inginac, pages 83 et 84. 2 La tombe de l'ancien évèque de Blois est au cimetière du Sud ou du Mont-Parnasse,
à Paris : sur une pierre, on lit son nom et les paroles citées ci-dessus. [1851] CHAPITRE III. 159 les grands fonctionnaires, le Sénat, la Chambre des communes, la magistrature, efcc, et un nombre prodigieux de
paroissiens y assistèrent : l'éloge funèbre de Grégoire fut
prononcé par le citoyen S. Villevaleix aîné. A Santo-Domingo, le clergé déploya tout son zèle pour rendre imposante cette triste cérémonie, dans l'antique cathédrale de
cette cité. Partout, enfin, elle fut digne, et du vénérable
défunt et du peuple haïtien.
, efcc, et un nombre prodigieux de
paroissiens y assistèrent : l'éloge funèbre de Grégoire fut
prononcé par le citoyen S. Villevaleix aîné. A Santo-Domingo, le clergé déploya tout son zèle pour rendre imposante cette triste cérémonie, dans l'antique cathédrale de
cette cité. Partout, enfin, elle fut digne, et du vénérable
défunt et du peuple haïtien. CHAPITRE \1. 1832. Proclamation du Président d'Haïti, invitant le peuple à former la quatrième législature.— Proclamation prescrivant à tout Haïtien de prendre un passeport pour aller
à l'étranger. — Élection des représentans. — Le général Borgella est nommé commandant de rarrondissemeniniës Caves. — Ouverture de la session législative. — Discours
et adresse de la Chambre des communes au Président d'Haïti, réclamant des améliorations sur divers objets, — Érection de tribunes à la Chambre et au Sénat. — Boyer
propose des projets de loi qu'il retire ensuite, à cause de l'opposition violente manifestée dans la Chambre. — Rivalité d'influence entre certains représentans. — Trois lois
seulement sont volées pendant la session. — La Chambre propose au Sénat de voter le
budget des dépenses publiques comme en 1817. — Le Sénat répond qu'il a seul le droit
de le voter et qu'il le fera à l'avenir. — Grand incendie au Port-au-Prince. — Miss
Franr.es Wright amène à Haïti 32 noirs des États-Unis qu'elle rend à la liberté. — Circulaire du grand juge décidant qu'il y a incompatibilité entre les fonctions de représentant et celles des officiers ministériels. — M. J. Courtois est condamné à trois années d'emprisonnement par le tribunal correctionnel. — M. Granville est révoqué de
nouveau de la charge de directeur du lycée national. — 1833. Le Président d'Haïti proroge la session législative et fait une tournée dans l'Artibonite et le Nord. — Intrigues
de prêtres au Cap-Haïtien et au Port-au-Prince. — Mort de l'archevêque Pedro Valéra à la Havane. — La Cour de Rome nomme un légat pour venir à Haïti. — Discours
du ministre des affaires étrangères de France, et nouvelles propositions faites par Boyer
pour l'indemnité. — Il fait remboursera M. Laffitte mille actions de l'emprunt de 1823.
— Ouverture de la session législative. — Attitude du Président d'Haïti envers la Chambre des communes : il lui adresse deux projets de loi qui sont votés d'urgence.— Il
propose des candidats pour l'élection de six sénateurs : ils sont nommés. — Débats dans
la Chambre, dissidence profonde entre des représentans. — Discours menaçant de
R.-S. Rodriguez. — La Chambre appelle le secrétaire d'État en comité général : il y
comparait et donne les explications qui lui sont demandées sur les finances. — Hérard
Dumesle prononce un discours sur la circulaire du grand juge et propose de l'appeler en
comité général.— Milscent réfute ce discours et cette proposition.— Lettra de M. Courtois à la Chambre. — Elle refuse de mander le grand juge et passe a l'ordre du jour
sur cette lettre. — Discours offensant de Milscent contre H. Dumesle et David SaintPreux. — Milscent est élu président de la Chambre.— Le 13 août, sur la proposition de
Latortue, elle prononce l'exclusion de Hérard Dumesle et de David Saint-Preux. —
Adresse au peuple, messages au Président d'Haïti et au Sénat à ce sujet. — Protestation
remarquable des représentans exclus : ils demandent au Sénat la convocation de la
haute cour de justice pour les juger. — Le Sénat refuse. — Réflexions sur ces actes. —
Le Sénat fait une remarque relative aux lois d'impôt, qui obtient l'assentiment du Président d'Haïti et de la Chambre. — Le Président lui demande s'il peut continuer à
exercer le droit de grâce. — Le Sénat répond affirmativement.
sujet. — Protestation
remarquable des représentans exclus : ils demandent au Sénat la convocation de la
haute cour de justice pour les juger. — Le Sénat refuse. — Réflexions sur ces actes. —
Le Sénat fait une remarque relative aux lois d'impôt, qui obtient l'assentiment du Président d'Haïti et de la Chambre. — Le Président lui demande s'il peut continuer à
exercer le droit de grâce. — Le Sénat répond affirmativement. La troisième législature venait à peine de clore sa dernière session, quand le Président d'Haïti publia une pro- [1852] CHAPITRE IV. 161 clamation 5 le janvier 1832, pour inviter les électeurs à
renouveler intégralement la Chambre des représentons des
communes. Cette fois, il leur disait : « Les électeurs se pénétreront de l'importance du man-
» dat qui leur est confié par la loi fondamentale. Dans l'in-
» ter et du bien public, ils sentiront la nécessité de ne faire
b tomber leur choix que sur des citoyens vertueux, distin-
» gués par leur patriotisme et leurs lumières. Une représen-
» tation ainsi composée saura apprécier les améliorations
» réclamées par le véritable intérêt national , et coopérera
» efficacement aux mesures législatives tendant au bon-
» heur et à la gloire de la patrie. » Ainsi, le mot amélioration qui a produit tant d'effets en
Haïti, qui a été pour ainsi dire le pivot de toutes les aspirations de l'Opposition, qui lui a servi de véhicule pour renverser Boyer du pouvoir ; ce mot qui exprime l'idée de
« progrès vers le bien, de meilleur état, » a été employé
par Boyer lui-même, avec d'autres termes qui donnaient
toutes les espérances imaginables de le voir entrer avec
résolution dans cette voie, selon que le jugeraient convenable, et l'opinion publique et surtout la Chambre des communes. Toute la question soulevée par ce mot devait consister désormais entre lui et elle^, à savoir ce que « réclamait le véritable intérêt national. » Aussi verra-t-on bientôt que la nouvelle législature prit la chose au sérieux, en
posant les bases d'un programme que la Chambre des
communes devait développer successivement. Quatre jours après la proclamation ci-dessus, une autre
fut publiée. Le Président, « considérant que tout citoyen
» doit ses services à la patrie, toutes les fois qu'il est
» appelé à la défendre, et que dans les circonstances pré-
» sentes, le gouvernement croit nécessaire d'appeler sous T. X. Il 1(52 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D* HAÏTI. » les drapeaux une partie de la jeunesse, il arrêta: 1° que
» tout Haïtien qui voudra se rendre à l'étranger devra
b être muni d'un passeport signé du Président d'Haïti;
» 2° que tout Haïtien qui quittera le pays sans en avoir la
» licence du Président, sera considéré comme ayant abano donné la patrie au moment du danger et sous le coup de
» l'art. 18 du code civil. »
ÏTI. » les drapeaux une partie de la jeunesse, il arrêta: 1° que
» tout Haïtien qui voudra se rendre à l'étranger devra
b être muni d'un passeport signé du Président d'Haïti;
» 2° que tout Haïtien qui quittera le pays sans en avoir la
» licence du Président, sera considéré comme ayant abano donné la patrie au moment du danger et sous le coup de
» l'art. 18 du code civil. » Le but principal de cet acte était, comme on le voit, un
recrutement pour l'armée, indépendamment de la convenance qu'il y avait de régler la mesure du passeport pour
voyager à l'étranger, imposé à tous les citoyens du pays
afin que leur nationalité y fût respectée. Ce recrutement
eut pour cause le bruit répandu par les journaux français à
la tin de 1851, de la probabilité d'une expédition contre
Haïti 1, par suite delà rupture des relations diplomatiques
dont il a été fait mention au chapitre précédent, et un incident survenu au Port-au-Prince pendant la présence dans
le port du brig de guerre le Cuirassier, commandé par
M. de Bruix, que le gouvernement français y avait envoyé
pour s'assurer si ses nationaux étaient en sécurité dans la
République.* Une rixe avait eu lieu entre un Français établi
dans la capitale et un jeune soldat de la garde du Président;
ce soldat fut condamné à un emprisonnement de quelques
jours, par le tribunal correctionnel qui reconnut ses torts
dans cette rixe. Mais M. Barbot, chancelier gérant le consulat de France, et M. de Bruix dont les excentricités étaient
remarquables, en avaient voulu faire une affaire d'Etat 1 . La
conduite de M. Bruix fut telle, que l'on crut généralement
qu'il avait eu mission de provoquer une échauirourée, afin 1 Au chapitre précédent, j'ai parlé dd mémoire de M. Frédéric Martin à ce sujet.
21 Le ministère publie, en poursuivant le jeune soldat de la garde et obtenant sa corn
damnation, ôta tout prétexte à ces messieurs. [1852] CHAPITRE IV. 165 de donner raison à l'expédition dont il était question. Dominé par cette opinion générale, le gouvernement prit la
mesure du recrutement comme un moyen de rassurer les
esprits, par l'attitude de guerre qu'elle créait. Cette proclamation du 9 janvier nous fournit une nouvelle occasion de produire les remarques que nous avons
faites en parlant de l'art. 1 8 du code civil, et elle les corrobore même ; à savoir : « que l'abandon de la patrie au mo-
» ment d'un danger imminent » ne doit s'entendre que
dans le cas « d'une attaque contre Haïti par une puissance
« étrangère, ou de l'invasion de son territoire. » En effet,
on voit que Boyer, admettant alors la possibilité, soit d'art
blocus de nos ports, soit d'une invasion de notre territoire*
par les motifs énoncés ci-clessus, rappelait aux citoyens
leur devoir envers la patrie, et les menaçait de l'effet du
2e paragraphe de l'art. 18 du code civil, c'est-à-dire de la
perte de la qualité d'Haïtien, s'ils quittaient le pays sans
passeports signés de lui. Mais, nous maintenons notre opinion,—que ce serait aux tribunaux civils de prononcer
cette déchéance, et non au gouvernement, parce que, lorsqu'il s'agit des droits civils et politiques, c'est la magistrature qui doit en connaître ' .
ait de l'effet du
2e paragraphe de l'art. 18 du code civil, c'est-à-dire de la
perte de la qualité d'Haïtien, s'ils quittaient le pays sans
passeports signés de lui. Mais, nous maintenons notre opinion,—que ce serait aux tribunaux civils de prononcer
cette déchéance, et non au gouvernement, parce que, lorsqu'il s'agit des droits civils et politiques, c'est la magistrature qui doit en connaître ' . Du 1er au 10 février, toutes les assemblées communales
avaient élu les membres qui devaient former la nouvelle
législature, qui était la quatrième depuis la publication de
la constitution. Aux époques précédentes, même en 1822,
on n'avait pas vu un tel empressement de la part des électeurs, ni autant d'intrigues ou de brigues clans ces assemblées populaires. A la capitale surtout, soit par suite des \ Dans les temps antérieurs à la publication du code civil, le gouvernement avait pu
être investi du droit de déciderde telles questions ; mais depuis, cette autorité n'appartient qu'au pouvoir judiciaire. 164 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. événemens qui s'y étaient passés en avril 1831, soit qu'on
sentit davantage l'importance de la Chambre des communes dans l'Etat; dans les autres grandes villes et dans tous
les bourgs également, chacun se prépara à s'y trouver pour
élire les citoyens de son choix ou être élu soi-même. La
proclamation du 5 janvier semblait avoir, par ses termes,
servi de stimulant à ce concours. Jusqu'alors, on avaitpensé
que les militaires ne devaient pas y prendre part; mais
beaucoup d'entre les plus éclairés parmi eux, ayant réclamé
leur titre de citoyen pour y être admis, — l'armée delà
République n'étant' qu'une « garde nationale soldée, » — le
général Lerebours, au Port-au-Prince, le général Carrié, à
Santo-Domingo et en l'absence du général Borgella, et
d^ autres aussi, autorisèrent les militaires des garnisons de
ces villes à aller voter dans les assemblées communales. A la capitale, nous devons le dire dans l'intérêt de la vérité historique, le commandant de l'arrondissement voulut
déjouer ainsi les intrigues des nombreux opposans de la localité. 11 réussit à faire élire des citoyens modérés dont le
choix préalable fut concerté entre lui et quelques fonctionnaires publics ; mais on devra nous croire, quand nous dirons qu'il agit en cette circonstance sans entente avec
Boyer et qu'il en fut même blâmé. Le Président sembla
craindre que l'esprit des troupes n'éprouvât une altération
par leur participation avec les citoyens de la classe civile
dans les opérations électorales. Le général Borgella avait obtenu du Président l'autorisation d'aller dans le Sud, par rapport à ses propriétés que
l'ouragan de 1831 avait dévastées; il y arriva après la mort
du général Marion. Sur le point de retourner à Santo-Domingo, en mars 1832, il reçut de Boyer l'invitation pressante et amicale de prendre le commandement de l'arron- [1852] CHAPITRE IV. 165 dissement des Cayes, et il déféra à ce désir uniquement
pour être agréable au Président ; car il préférait celui où il
avait déjà passé dix années. Voilà comment il se trouva placé
à un poste qu'il avait décliné en 1815, et où son patriotisme
éclairé devait le porter, quelques années après, à soutenir
honorablement l'autorité du chef de l'Etat.
le commandement de l'arron- [1852] CHAPITRE IV. 165 dissement des Cayes, et il déféra à ce désir uniquement
pour être agréable au Président ; car il préférait celui où il
avait déjà passé dix années. Voilà comment il se trouva placé
à un poste qu'il avait décliné en 1815, et où son patriotisme
éclairé devait le porter, quelques années après, à soutenir
honorablement l'autorité du chef de l'Etat. Enfin, les représentans élus se réunirent en majorité à la
capitale, dans les premiers jours d'avril. Ce n'est pas en
faire une satire déplacée de dire que, dans la vérification de
leurs pouvoirs, <« ils se passèrent mutuellement la rhubarbe
» et le séné, » tant les procès-verbaux d'élections étaient
entachés d'irrégularités; et la Chambre des communes ellemême en fit presque l'aveu ensuite. Parmi ses membres, on
distinguait des défenseurs publics ou avocats, tels que
Milscent (du Cap-Haïtien), Hérarcl Dumesle (des Cayes),
David Saint-Preux (d'Aquin), Latortue (des Gonaïves), J.
Depa (de Jacmel), des notaires, des arpenteurs, des officiers
de l'état civil, etc. Le 10 avril, le Président d'Haïti procéda à l'ouverture de
la session, par un discours qu'il improvisa cette fois et dont
la Chambre constata le sens par son procès-verbal. « Il té-
» moigna combien il était satisfait de voir que le choix de
» la nation haïtienne s'était fixé sur des citoyens capables
» de répondre au vœu du peuple, tant par leur patriotisme
» et leur zèle, que par leurs lumières et leur loyauté,, en
» concourant à l'affermissement de l'édifice de la prospé-
» rite de la patrie. » Milscent, élu président, répondit à Boyer par un discours
écrit. Il lui dit : « que la Chambre, au nom du peuple, lui
» payait le tribut d'une profonde reconnaissance... L'in-
» dépendance nationale était proclamée ; mais une portion
« intéressante de notre population souffrait dans la divi166 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. - -, - » sion. Sons votre haute magistrature, les différentes par-
» ties de l'administration publique ont été organisées assez
» . bien pour que l'on puisse en espérer le perfectionnement;
ii l'indivisibilité du territoire a été rétablie... Vous avez
» beaucoup fait, Président d'Haïti, mais il vous reste encore
» beaucoup à faire. . .Votre proclamation du 5 janvier der-
» niera excité la plus vive sensation... La Chambre des
» représentans du peuple, fidèle à la loi fondamentale qui
» nous régit, appréciera justement tous les moyens que
» pourront lui développer les orateurs du pouvoir dont
» vous êtes investi... »
le perfectionnement;
ii l'indivisibilité du territoire a été rétablie... Vous avez
» beaucoup fait, Président d'Haïti, mais il vous reste encore
» beaucoup à faire. . .Votre proclamation du 5 janvier der-
» niera excité la plus vive sensation... La Chambre des
» représentans du peuple, fidèle à la loi fondamentale qui
» nous régit, appréciera justement tous les moyens que
» pourront lui développer les orateurs du pouvoir dont
» vous êtes investi... » Boyer se retira après ce discours qui présentait du nouveau, en ce que la Chambre manifestait l'espoir de discussions entre elle et les orateurs du gouvernement. Immédiatement ensuite, elle envoya au palais une dépulation chargée de complimenter le Président et de lui remettre « une
» adresse » qu'elle avait préparée avant l'ouverture de la
session. C'était encore une nouveauté destinée à exprimer
d'autres idées que celles contenues dans un simple discours.
En voici des extraits : » Président d'Haïti, — les députés de la nation haïtienne,
pénétrés de l'importance de leur mission, et pleins de la
conscience de leur devoir, viennent vous offrir le témoignage de ce généreux concours que réclame votre adresse
de convocation... Animés du patriotisme le plus pur, ils
n'hésiteront pas à vous dire, Président d'Haïti, que partout
un besoin impérieux réclame ces améliorations annoncées
par votre adresse de convocation... Toutes les portions de
la République réclament^ sollicitude d'une administration
bienveillante et paternelle. . . L'industrie etlecommerce se ressentent de l'état de malaise où les tient encore Vinsuffisancc
des lois... L'aurore des sciences et des arts qui se lève [1852] CHAPITRE IV. 167 sur notre horizon serait bientôt obscurcie , s'ils n'obtenaient cl es encouragemens indispensables à leurs progrès;
Y éducation, ce bienfait inexprimable^ a besoin, pour produire d'heureux fruits, de prendre une physionomie toute
nationale. Depuis longtemps on sent le besoin d'un mode
électoral, et déjà on a pu apprécier les oscillations auxquelles l'absence d'une loi réglementaire pouvait livrer les
assemblés communales. Le recrutement... sollicite, pour
être en harmonie avec notre système social, des régies
aussi fixes que celles de la discipline... Il faut, Président
d'Haïti, donner à la loi toute la perfection dont elle est
susceptible poser les bornes de la responsabilité de ceux
dont la charge est d'en assurer l'exécution; il faut, peutêtre, retoucher nos institutions judiciaires... Rappeler tous
ces objets au chef auguste n'est-ce pas célébrer son
génie ?. . . Les orateurs du pouvoir exécutif trouveront dans
les discours des orateurs de la Chambre, lorsqu'ils seront appelés à discuter les projets de loi, des inspirations patriotiques -î » La Chambre vota, le 16 avril, un règlement pour sa police intérieure. L'art. 20 disait : « Il sera érigé dansla salle
» des séances de la Chambre deux tribunes destinées aux
» orateurs de la Chambre et à ceux du gouvernement. % » 1 1] y a tout lieu de croire que cette adresse fut rédigée par Hérard Dumesle ; on y
trouve son style et ses idées qu'il reproduisit en 1833. La députation qui l'apporta à
Boyer se félicita de l'accueil qu'elle en avait reçu, et le Bulletin des lois, n°2, de cette année, dit : « C'est encore pour nous un sujet de regret, de ne pouvoir consigner ici la ré-
» ponse du Président d'Haïti : nous aurons souvent ce chagrin, car ordinairement il im-
» provise les plus grandes idées. »
umesle ; on y
trouve son style et ses idées qu'il reproduisit en 1833. La députation qui l'apporta à
Boyer se félicita de l'accueil qu'elle en avait reçu, et le Bulletin des lois, n°2, de cette année, dit : « C'est encore pour nous un sujet de regret, de ne pouvoir consigner ici la ré-
» ponse du Président d'Haïti : nous aurons souvent ce chagrin, car ordinairement il im-
» provise les plus grandes idées. » 2 Ce règlement fut publié dans le n0 4 du Bulletin des lois, avec l'avis suivant : s La
» Chambre, voulant tenir le public en garde contre l'infidélité des rapports de certain
» folliculaire, déclare qu'elle n'avoue les faits attribués à ses membres, qu'autant qu'ils
» sont consignés dans le Bulletin des lois. » Cet avis concernait des articles publiés dans la Feuille du Commerce par M. Courtois,
son éditeur, qui tendaient à exciter une opposition dans la Chambre, à faire naître la méfiance entre elle et le pouvoir exécutif. 168 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI. Et le Sénat ne voulut pas rester en arrière sous ce dernier rapport : il fit aussi ériger des tribunes dans la salle de
ses séances, tant on croyait que Vere du régime parlementaire, des discours plus ou moins éloquens, allait enfin
s'ouvrir pour Haïti 1. Si la Chambre des communes avait habilement interprété
la proclamation du 5 janvier, pour énumérer les mesures
qu'elle réclamait dans son adresse, c'est qu'effectivement
l'opinion publique^ excitée, travaillée en tout sens par l'Opposition^ surtout depuis la révolution de 1850 en France,
éprouvait un vague désir de changemens, de modifications
en toutes choses. Les idées avaient fait des pas rapides
dans l'examen des devoirs imposés à tout gouvernement,
partant au nôtre; on se lassait en Haïti, de l'état paisible
dont, malgré tout, le pays jouissait, de la continuation
d'une situation qui n'offrait rien de nouveau ou d'extraordinaire pour les intelligences2. En même temps, les affaires
commerciales, la position de chacun, se ressentaient de
l'effet produit parle système financier depuis la création
du papier-monnaie, bien que dans cette année il y eût une
amélioration sensible 3. Mais les espérances conçues par la Chambre, même par
le Sénat, du moins par ceux de leurs membres qui se sentaient orateurs, pour avoir occasion de discuter publiquement, de prouver leur capacité en élucidant toutes les
questions d'intérêt national, de provoquer du pouvoir exé1 Ces tribunes furent établies sur la proposition du sénateur Joseph Georges. 2 S'il nous était permis de parodier a notre tour, nous dirions : «Haïti s'ennuyait, » — comme M. de Lamartine a dit en 18V7 : « La France s'ennuie. » 3 Le café se vendait en Haïti, — en 1830, à 9 piastres; en 1831, à 10; en 1832, à 12; — et respectivement en Europe, en France pa-rticulièrement, — en 1830, à8 piastres 1j8 ;
en 1831, à 12 1j2; en 1832, à 15 1j2. La situation commerciale s'était donc améliorée
en Haïti, partant la position de chacun, puisque le café est la principale production du
pays et que les transactions se règlent d'après son prix.
1831, à 10; en 1832, à 12; — et respectivement en Europe, en France pa-rticulièrement, — en 1830, à8 piastres 1j8 ;
en 1831, à 12 1j2; en 1832, à 15 1j2. La situation commerciale s'était donc améliorée
en Haïti, partant la position de chacun, puisque le café est la principale production du
pays et que les transactions se règlent d'après son prix. [1852] CHAPITRE IV. 169 cutif ce qui était dans ses attributions constitutionnelles;
ces espérances pouvaient-elles se réaliser? Quels étaient
alors les orateurs du gouvernement, aux termes formels de
l'art. 224 de la constitution ? Le grand juge Voltaire., et
le trésorier général Nau qui, dans cette année, occupait
l'office du secrétaire d'Etat des finances par la maladie de
M. Imbert : c'est-à-dire, deux hommes capables dans les
fonctions qu'ils exerçaient, mais nullement propres aux discussions, ni disposés, par leur âge et par leur caractère, à
entrer en lutte à la tribune avec ceux qui demandaient, qui
désiraient ces discussions. M. Imbert lui-même, chacun le
sait, n'eût pas eu plus d'aptitude que son remplaçant provisoire. Boyer ne pouvait donc déférer au désir des deux
branches du pouvoir législatif, manifesté par l'érection des
tribunes dans leurs salles de séances ; et celles destinées
aux orateurs du pouvoir exécutif restèrent ainsi veuves
ou plutôt vierges, au grand désappointement des orateurs
des deux Chambres. Toutefois, rien n'empêchait Boyer de proposer les lois
réclamées par la Chambre des communes, s'il partageait
toutes ses vues. C'était là la difficulté, surtout avec son caractère] personnel qui ne lui permettait pas d'admettre
qu'on le devançât dans la conception des mesures utiles à
la bonne administration du pays, qui souffrait de ce qu'on
en manifestât le besoin 1. Cependant, parmi ces réclamations faites parla Chambre,
ces améliorations proposées, il en trouva d'abord une qui
lui parut convenable, nécessaire : celle qui tendait à don- Ç k
ner au pays une loi réglementaire pour les opérations électorales dans la nomination des représentans. A cet effet, 1 Voyez à ce sujet les Mémoires d'inginac, pages 84 et suivantes. Il y a du vrai à travers tout ce qu'il dit avoir vainement proposé à Boyer. 170 ÉTUDES SUR L/HISTOIRE d'hâÏTI. il invita la Chambre de charger un comité de ses membres
de formuler un projet qu'il ferait examiner ensuite. La
Chambre déféra à cette invitation : ce comité était présidé
par HérardDumesle, il s'occupa activement de ce travail
qu'il ne tarda pas à présenter. Le Président nomma une
commission pour l'examiner : elle était dirigée par le général Inginac. Il y eut des conférences entre le comité et la
commission, et dissentiment entre eux par rapport aux
conditions de Vélectorat. Boyer adopta un projet rédigé
par la commission, qu'il proposa à la Chambre. Les membres du comité, dont D. Saint-Preux faisait aussi partie,
le combattirent avec une violence empreinte d'amour-propre. On imputa à ce représentant d'avoir dit, en comité
général, des paroles offensantes pour le caractère et les
vues du Président, lesquelles paroles auraient excité le mécontentement de ses collègues, du Nord surtout et ceux de
l'Est \ Informé de cela, le Président retira son projet de
loi.
la Chambre. Les membres du comité, dont D. Saint-Preux faisait aussi partie,
le combattirent avec une violence empreinte d'amour-propre. On imputa à ce représentant d'avoir dit, en comité
général, des paroles offensantes pour le caractère et les
vues du Président, lesquelles paroles auraient excité le mécontentement de ses collègues, du Nord surtout et ceux de
l'Est \ Informé de cela, le Président retira son projet de
loi. D'un autre côté, entre les représentais eux-mêmes il n'y
avait pas un accord parfait, et cela tenait à une question
d'înflïïenœ qui s'agite presque toujours dans toute assemblée politique. Elle surgit, dès la réunion de la Chambre,
entre Milscent appuyé de Latortue, d'une part, et Hérard
Dumesle secondé par David Saint-Preux, de l'autre. Tous
quatre avocats, s'exprimant avec facilité^ il était naturel
qu'ils aspirassent à diriger leurs collègues. Jusqu'alors, la Chambre des communes avait été presque 1 A cette époque, on imputa à D. Saint-Preux d'avoir dit que, pav le projet do loi,
Boyer voulait » favoriser les mulâtres plus, que les noirs, » parles conditions mises à
Yéleclorat, lesquelles tendaient, croyait-il, à écarter ces derniers des assemblées communales, particulièrement ceux des campagnes. Le projet du comité de la Chambre fut publié dans la Feuille du Commerce du 17 juin
1832, évidemment par le soin de l'un de ses membres, qui s'entendait avec l'éditeur. [1852] CHAPITRE IV, 171 toujours présidée par des représentais ou de l'Ouest ou du
Sud. Dans la session de 1824 de la 2e législature, H. Dumesle avait brillé, et il ne faisait point partie de la 3e législature. Le Nord et rArtibonite semblaient vouloir cette fois,
par leurs représentais, tenir le sceptre législatif en mains :
de là la rivalité entre les quatre avocats. Milscent, écrivain élégant, ambitieux, n'entendait point
céder à H, Dumesle, qui n'était pas moins ambitieux et qui
avait aussi des titres comme écrivain de beaucoup d'imagination, qui s'exprimait avec plus d'éloquence que son compétiteur. Dans une telle disposition entre ces membres éclairés de
la Chambre, il était facile au pouvoir exécutif de s'entremettre pour se former une majorité, sinon docile, . du
moins plus en rapport avec ses vues ; et il trouvait dans les
représentais des communes de l'Est une sorte de tiersparti
disposé à faire pencher la balance de son côté. Ce fut le
secrétaire général Inginac qui se chargea de ce soin, en appuyant Milscent de toute l'influence dont il jouissait par sa
position, et peut-être par ressouvenir des paroles que lui
avait dites H. Dumesle l'année précédente, aux Cayes,
quand il s'y trouvait avec Boyer 1. Le Président lui-même
accueillait Milscent d'une manière distinguée* et aidait par
là à son influence clans la Chambre.
son côté. Ce fut le
secrétaire général Inginac qui se chargea de ce soin, en appuyant Milscent de toute l'influence dont il jouissait par sa
position, et peut-être par ressouvenir des paroles que lui
avait dites H. Dumesle l'année précédente, aux Cayes,
quand il s'y trouvait avec Boyer 1. Le Président lui-même
accueillait Milscent d'une manière distinguée* et aidait par
là à son influence clans la Chambre. Cela posé, on ne sera pas étonné que nous disions que
trois lois seulement furent votées dans cette session de
trois mois : la première, « sur les successions vacantes, »
créant un curateur principal, pour toute la République,
résidant à la capitale, et des curateurs particuliers dans 1 Voyez les Mémoires d'Inginae, pages 82 et 83; c'est de H. Dumesle qu'il parle. 11 lui
avait refusé un certificat, a l'aide duquel ce citoyen aurait pu toucher du trésor public
quelques milliers de gourdes, pour une affaire passée aux Cayes en 1806, et il se plaignit
toujours que H. Dumesle lui en gardait ràiicunc. 172 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. chaque arrondissement financier, afin de centraliser ce
service; la seconde, prorogeant au 51 décembre 1855
les exemptions prescrites l'année précédente en faveur
des victimes de l'ouragan qui sévit sur le département
du Sud \ la dernière, « sur les patentes pour 1855, » dispensant également ceux des habitans du Port-au-Prince
qui venaient de subir la perte de leurs propriétés clans l'affreux incendie du 8 juillet. Il ne fallut, pour ainsi dire,
presque pas de discussion pour le vote de ces lois dont l'urgence était reconnue. Dans la loi sur les patentes,, la Chambre des communes
constata « le retard » qu'avait mis le secrétaire d'État à lui
présenter les comptes généraux cle 1851 pour être examinés. Le fait est, que ce retard provenait de ce que, M. Imbert étant malade, son remplaçant avait pris le service
dans un moment où il lui était impossible de les apurer
lui-même assez à temps. Mais M. Nau compensa cet inconvénient, en prenant une initiative louable, par la publicité
qu'il donna l'année suivante de sa gestion des finances, en
comparant l'exercice de 1851 à celui de 1852. On n'en
avait jamais eu l'idée auparavant, ni de la forme que
M. Nau donna à cette reddition cle comptes généraux, dont
la clarté ne laissait rien à désirer. Il est vrai que la Chambre des communes, en terminant
sa session le 10 juillet, adressa au Sénat un message par
lequel elle appelait son attention sur la nécessité de voter
« le budget annuel des dépenses, » de la même manière
cju'il avait été fait en 1817 , c'est-à-dire, qu'il serait dressé
par le secrétaire d'État, pour être soumis d'abord à la
Chambre cpii le voterait selon qu'il y aurait lieu. Mais le
Sénat, par son message en réponse, revendiqua les dispositions de l'art. 126 de la constitution, en disant «qu'il
lequel elle appelait son attention sur la nécessité de voter
« le budget annuel des dépenses, » de la même manière
cju'il avait été fait en 1817 , c'est-à-dire, qu'il serait dressé
par le secrétaire d'État, pour être soumis d'abord à la
Chambre cpii le voterait selon qu'il y aurait lieu. Mais le
Sénat, par son message en réponse, revendiqua les dispositions de l'art. 126 de la constitution, en disant «qu'il [1832] CHAPITRE IV. 175 n'appartenait qu'à lui seul de voter le budget. » Les comptes
publiés par M. Nau portant la date du 22 mai 1833, la
session législative de cette année n'ayant été ouverte qu'en
juin, le Sénat prévint toute réclamation de la part de la
Chambre, en lui écrivant en juillet, qu'à l'avenir il voterait
le budget. La Chambre dut se contenter de cette promesse
qui ne devait pas s'effectuer, à raison d'un événement
passé dans son sein et qui sera relaté en son temps. Depuis environ deux mois, une sécheresse extraordinaire se faisait sentir dans la plaine du Cul-de-Sac et au
Port-au-Prince, par l'effet du vent du nord-est qui soufflait
chaque jour. Le 8 juillet le feu prit par accident à une petite maison située près des anciennes casernes ; on ne put
le maîtriser par insuffisance d'eau sur le lieu même, et il se
communiqua à une autre maison voisine. La violence du
vent était telle, qu'en moins d'une demi-heure des flammèches répandues au loin dans quatre ou cinqîlets à la fois,
sur les toits des propriétés couvertes en aissantes de bois,
les embrasèrent et rendirent tout effort inutile. Une
vingtaine d'îlets dans la direction du vent, l'hôtel du grand
juge, l'imprimerie nationale, la prison, le tribunal civil et
son greffe, deux loges maçonniques, tout fut consumé en
quelques heures. Cet événement désastreux qui, malheureusement, ne devait pas être le dernier pour la capitale,
servit, comme toujours en pareil cas, à prouver le grand
inconvénient des constructions en bois adoptées depuis le
tremblement déterre de 1770, pour éviter des malheurs
plus affreux, quand ce terrible phénomène renverse les
constructions en maçonnerie. Il donna lieu à la publication
de plusieurs ordonnances de police, dans le but de prévenir de nouveaux accidens, ou pour mettre fin à des tentatives d'incendie que le brigandage de leurs auteurs essaya,
la capitale,
servit, comme toujours en pareil cas, à prouver le grand
inconvénient des constructions en bois adoptées depuis le
tremblement déterre de 1770, pour éviter des malheurs
plus affreux, quand ce terrible phénomène renverse les
constructions en maçonnerie. Il donna lieu à la publication
de plusieurs ordonnances de police, dans le but de prévenir de nouveaux accidens, ou pour mettre fin à des tentatives d'incendie que le brigandage de leurs auteurs essaya, 174 études sur l'histoire d'haÏti. en vue de piller les malheureux habitans dont les propriétés auraient été atteintes. Peu avant cet incendie, la capitale avait joui du spectàtle
d'un grand acte de philanthropie, d'humanité, de charité
chrétienne : 52 noirs esclaves y étaient arrivés de la Nouvelle-Orléans, pour être rendus à leur liberté naturelle sur
la terre d'Haïti. Miss Frances Wright, Ecossaise habitant
les États-Unis depuis plusieurs années, fut l'auteur de cet
acte admirable, dicté par la bonté de son cœur autant
que par l'élévation de son esprit. Engouée d'abord des progrès étonnans des Américains, elle avait vu avec peine la
hideuse institution de l'esclavage et toutes les horreurs
qu'elle occasionne parmi eux ; elle écrivit, elle prêcha contre cette violation des droits sacrés de l'humanité ; elle conseilla aux planteurs d'user au moins de bonté et de douceur
envers leurs esclaves j et afin de prouver qu'un tel régime
produirait les mêmes résultats en adoucissant le sort de ces
infortunés, elle acheta des esclaves et fonda un établissement sur les rives du Mississipi qu'elle dirigeait elle-même.
Ses succès répondirent à son attente, mais les planteurs en
furent jaloux et lui nuisirent de toutes les manières. Nepouvant plus tenir contre leurs méchancetés, elle renonça à
son établissement, affréta un navire sur lequel elle s'embarqua avec ses esclaves et vint au Port-au ■Prince les livrer à
la République pour en faire des citoyens. Elle poussa sa
prévoyante bonté jusqu'à apporter des provisions de bouche pour leur usage pendant quelques mois. Accueillie par
Boyer avec une distinction empressée, mêlée de bienveillance et de gratitude, Miss Frances Wright reçut aussi du
général Inginac et de tous les fonctionnaires publics des
témoignages d'une respectueuse admiration pour sa conduite si humaine. Elle fut fêtée et passa quelques semaines [1852] CHAPITRE IV. 175 à la capitale ; les 52 noirs furent placés sur diverses habitations où ils devinrent d'excellens cultivateurs. De retour
aux États-Unis, Miss Frances Wright y fut tellement l'objet
de la haine des planteurs, qu'elle se décida à retourner en
Europe. Le 15 décembre suivant, le grand juge Voltaire adressa
aux commissaires du gouvernement près les tribunaux civils et de cassation, en vertu d'ordre du Président d'Haïti,
une circulaire par laquelle il déclara qu'il y avait incompatibilité entre les fonctions des membres de la Chambre des
communes, et celle des défenseurs publics, des notaires,
des arpenteurs et des officiers de l'état civil, tous dénommés parla loi sur l'organisation judiciaire, officiers ministériels près les tribunaux. Cette circulaire se basait sur une
interprétation de l'art. 81 de la constitution, disant : « Il
» y a incompatibilité entre les fonctions des représentant
» des communes et toutes fonctions publiques salariées
» par l'État. »
Chambre des
communes, et celle des défenseurs publics, des notaires,
des arpenteurs et des officiers de l'état civil, tous dénommés parla loi sur l'organisation judiciaire, officiers ministériels près les tribunaux. Cette circulaire se basait sur une
interprétation de l'art. 81 de la constitution, disant : « Il
» y a incompatibilité entre les fonctions des représentant
» des communes et toutes fonctions publiques salariées
» par l'État. » Or, aucune de ces fonctions d'officier ministériel n'était
salariée par l'Etat; elles étaient soumises, pour les actes qui
en dépendaient, à des tarifs spéciaux, et ce sont les particuliers qui payaient les frais de ces actes. Cette décision du
gouvernement parut donc arbitraire et occasionnée par les
vues d'opposition qui s'étaient manifestées dans la Chambre
des communes, pendant la session de cette année, de la
part de quelques-uns de ces officiers ministériels. Mais le
vrai motif du Président pour décider de la sorte, c'est qu'en
plusieurs circonstances et tout récemment encore, quelques
tribunaux s'étaient plaint au grand juge que des irrévérences graves, des outrages même avaient été commis
envers eux par des officiers ministériels, surtout des défenseurs publics, en pleine audience et dans l'exercice de leurs 176 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. fonctions près ces tribunaux ; que ceux-ci ayant voulu les
en punir, au terme des lois qui prévoyaient ces infractions,
ils avaient réclamé leurs immunités de « représentais du
peuple » pour se mettre à l'abri de toute punition: il en
était résulté un scandale facile à comprendre. Le but essentiel de la circulaire du grand juge était de porter ceux qui
réunissaient en eux ces deux qualités, à opter entre l'une
ou l'autre fonction. On conçoit qu'une pareille décision devait augmenter les chances d'une opposition plus manifeste dans la session législative de 1855 : on la verra éclater
avec véhémence. Une autre opposition individuelle eut tout l'éclat de la publicité dans les derniers jours de 1852, et contraignit le ministère public à une poursuite contre son auteur, pour avoir
outragé également le Président d'Haïti, le Sénat et la Chambre des communes, à l'occasion de leurs fonctions législatives et politiques. M. J. Courtois fit paraître un long article sur saFeuille dû-Commerce, qui motiva cette poursuiteau
tribunal correctionnel, et qui entraîna sa condamnation à
trois années d'emprisonnement. La loi du 25 septembre 1851, en décrétant la fondation
d'une ville à la Coupe sous le nom de Petion, disait : « Art. 2. Conformément à l'art. 449 du code civil, il
sera acheté des particuliers propriétaires audit lieu, les terrains qui seront compris dans le tracé de ladite ville. Ces
terrains, distraction faite de la portion nécessaire pour les
édifices nationaux, places, rues et fortifications, seront divisés en emplacemens. » Art. 5. Les emplacemens seront cédés par l'État, au
prorata du prix de leur acquisition, aux citoyens qui voudront bâtir. »
ément à l'art. 449 du code civil, il
sera acheté des particuliers propriétaires audit lieu, les terrains qui seront compris dans le tracé de ladite ville. Ces
terrains, distraction faite de la portion nécessaire pour les
édifices nationaux, places, rues et fortifications, seront divisés en emplacemens. » Art. 5. Les emplacemens seront cédés par l'État, au
prorata du prix de leur acquisition, aux citoyens qui voudront bâtir. » La fondation de cette ville ayant été jugée nécessaire à [1852] CHAPITRE IV. 177 l'intérêt national, le législateur s'appuyait sur le code civil
qui voulait que « nul ne peut être contraint de céder sa
» propriété, si ce n'est pour cause d'utilité publique, et
» moyennant une juste et préalable indemnité. » En respectant ainsi le droit des particuliers propriétaires, ceux-ci
n'avaient plus qu'à s'entendre avec l'administration pour
vendre leurs terrains à la Coupe; mais, dans le cas où cette
vente ne pourrait s'effectuer à l'amiable, l'administration
aurait le droit de les exproprier, en vertu de la loi promulguée et en suivant les formes usitées pardevant les tribunaux. Le tribunal civil du Port-au-Prince resterait juge de
la contestation, de la nomination d'office des arbitres pour
estimer les terrains, si les parties ne pouvaient s'entendre
pour en nommer elles-mêmes. Enfin, le tribunal civil aurait encore le pouvoir de juger si l'estimation du [prix du
terrain n'était pas au-dessous de leur valeur réelle, afin
d'assurer aux propriétaires « la juste et préalable indemnité » exigée parle code civil. Telles étaient les formes à
suivre et présentant toutes les garanties désirables pour les
particuliers. Or, M. J. Courtois était l'un des propriétaires de terrains
inoccupés, incultes, de la Coupe. Les autres parvinrent facilement à s'entendre avec l'administration et lui vendirent
leurs propriétés de gré à gré. Mais M. Courtois ne voulut
point faire comme eux , il ne consentit qu'à une chose : à
la division de son terrain en emplacemens, se réservant de
les vendre lui-même aux particuliers qui voudraient en acquérir pour bâtir, et d'être indemnisé par l'Etat pour les
portions de son terrain qui entreraient dans les rues, places, etc. Une telle prétention ne pouvait se soutenir ni être
admise par l'administration, en présence du texte formel
de la loi de 1851, qui voulait évidemment faciliter i'étaT. X. 12 178 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hAÏTI. bassement de la nouvelle ville, en cédant les emplacemens
au prorata du prix d'acquisition, tandis que M. Courtois
aurait exigé le prix qui eût été à sa convenance. Menacé de
l'expropriation par les formes indiquées ci-dessus, il publia dans son journal l'article dont il est question, où il
outragea le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif
dans les termes les plus offensans, les accusant de despotisme, de tyrannie, de violateurs des droits des citoyens, etc.
placemens
au prorata du prix d'acquisition, tandis que M. Courtois
aurait exigé le prix qui eût été à sa convenance. Menacé de
l'expropriation par les formes indiquées ci-dessus, il publia dans son journal l'article dont il est question, où il
outragea le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif
dans les termes les plus offensans, les accusant de despotisme, de tyrannie, de violateurs des droits des citoyens, etc. La loi traçait au ministère public son devoir; il n'avait
besoin d'aucun ordre de son chef hiérarchique, du grand
juge, ni du Président d'Haïti, pour poursuivre M. Courtois,
comme on l'a cru à cette époque. Il remplit son devoir avec
toute la fermeté exigée par ses fonctions, en citant directement au tribunal correctionnel celui qu'il considérait
comme un délinquant. M. Courtois était capable de se défendre, sans l'assistance d'un avocat; il le fit avec vigueur,
avec toute la conscience du droit qu'il s'imaginait, soutenant son article par des paroles qui ajoutaient à son délit :
de là le jugement sévère du tribunal correctionnel qui le
condamna à trois années d'emprisonnement, maximum de
la peine prévue. Le ministère public, requis ensuite par
l'administration dont il était l'organe en vertu de la loi,
poursuivit l'expropriation des terrains de la Coupe, par devant le tribunal civil qui ordonna toutes les formalités nécessaires en pareil cas. Le jugement du tribunal correctionnel du 17 décembre,
portant condamnation contre M. Courtois, précéda de
quelques jours, celui de la distribution des prix au lycée
national, replacé sous la direction de M. Granville depuis
environ un an. Ces deux citoyens étaient liés d'une amitié
contractée en France, quand ils se trouvaient avec d'autres [1852] CHAPITRE IV. 179 enfans d'Haïti au collège de la Marche ' . A raison de cette
liaison, il était tout naturel que M. Granville fût sensible
au désagrément, au malheur éprouvé par son ami. Mais il
profita de cette occasion que lui offrait cette distribution de
prix, en présence de la commission d'instruction publique
et des familles des élèves du lycée, pour adresser à ces derniers une allocution virulente contre le pouvoir supérieur
qui, croyait-il comme beaucoup d'autres, avait fait pour-M^
suivre l'auteur de l'article incriminé de la Feuille du Commerce2. Cependant, après avoir rempli lui-même les fonc^
tions du ministère public, il devait mieux que personne
connaître les impérieux devoirs imposés à l'organe de la
société, au magistrat chargé de veiller à la répression des
délits qui la troublent matériellement ou moralement, pour
se persuader que le commissaire du gouvernement n'avait
pas besoin d'nn ordre supérieur pour agir comme il avait
fait. Lorsqu'un homme accepte une telle fonction pour là
remplir avec loyauté envers tous, il doit avoir le courage
de ses actes, quelles que soient les circonstances et quoi
qu'il puisse en advenir3. Enfin, l'allocution de M. Granville parut si déplacée dans une telle cérémonie, que la commission d'instruction publique se crut obligée de dénoncer
le fait au Président d'Haïti. Ce jour-là, à la fin de décembre,
elle était présidée par le sénateur Audi gé ; le juge de paix
Théodore s'y trouvait : tous deux étaient, non-seulement
les amis, maisfcs alliés de M. Granville, et ce furent eux qui
fin, l'allocution de M. Granville parut si déplacée dans une telle cérémonie, que la commission d'instruction publique se crut obligée de dénoncer
le fait au Président d'Haïti. Ce jour-là, à la fin de décembre,
elle était présidée par le sénateur Audi gé ; le juge de paix
Théodore s'y trouvait : tous deux étaient, non-seulement
les amis, maisfcs alliés de M. Granville, et ce furent eux qui i Ou sait déjà qu'en 1797, plusieurs jeunes enfans du pays furent envoyés en France
pour y être élevés par ordre du Directoire exécutif. 2 Le lendemain de la condamnation de M. Courtois, M. Granville alla le voir en prison ;
et là, il prononça des paroles compromettantes que le geôlier rapporta ad ministère public. Ce magistrat l'aimait trop pour en faire l'objet même d'un reproche. 3 Je dois dire ici, à la louange de M. Courtois, que parmi les opposans contre lesquels je dus lutter, il est celui qui m'a donné le plus de preuves de son estime après li
chute du président Boyer. 180 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. portèrent la parole contre lui. Irrité pins qu'en avril 1851,
Boyer le révoqua immédiatement, et il donna la direction
du lycée à M. Saint-Macary qui était resté sans emploi depuis l'année précédente 1. Le 6 janvier 1855, le secrétaire d'État publia un avis
pour annoncer que les emplacemens de la ville Pétion
étaient mis en vente. Bien des personnes en achetèrent avec
le projet d'y faire des constructions, mais peu d'entre elles
le réalisèrent, parce que de son côté, le gouvernement se
borna à y faire édifier quelques magasins où furent mis en
dépôt des objets de guerre. L'établissement de cette ville
resta ainsi, comme on disait dans l'ancien régime colonial,
« un projet de Saint-Domingue : » à cette époque reculée,
on en formait incessamment dans l'intérêt public, mais on
ne les mettait guère à exécution. Une commission de fonctionnaires publics avait décidé que les noms des principales
places et rues de la ville, seraient ceux des vétérans de la
révolution, qui combattirent pour la cause de la liberté et
de l'égalité dans le pays 2. Le Président avait fait, au commencement de 1 852, une
courte tournée dans le département de l'Artibonite. Voulant se porter cette année dans celui du Nord, le 15 février
il publia une proclamation qui prorogea la session législative au 10 juin suivant. Pendant son séjour au Cap-Haïtien,
il eut à s'occuper de mettre fin à un schisme religieux entre les paroissiens, occasionné par un prêtre français nommé
Legros, adversaire de l'abbé Jean Echevarria, prêtre
espagnol qui était venu à Haïti depuis quelque temps. Ce
dernier était un homme instruit, éclairé, qui avait professé
le 15 février
il publia une proclamation qui prorogea la session législative au 10 juin suivant. Pendant son séjour au Cap-Haïtien,
il eut à s'occuper de mettre fin à un schisme religieux entre les paroissiens, occasionné par un prêtre français nommé
Legros, adversaire de l'abbé Jean Echevarria, prêtre
espagnol qui était venu à Haïti depuis quelque temps. Ce
dernier était un homme instruit, éclairé, qui avait professé 1 Après sa révocation, M. Grauville ne fut pl'ns employé à aucune fonction publique.
" S Voyez ma Géographie d'Haïti à l'article Vêlim. 1835] CHAPITRE IV. 181 des opinions libérales aux certes d'Espagne, en 1821, et il
avait dûémigrer de son pays. Réfugié à Paris, il fut conseillé par l'évêque Grégoire de passer à Haïti, et il apporta
au Président une vive recommandation de ce philanthrope.
Nommé curé du Cap-Haïtien, il fut en butte aux intriguesde
l'abbé Legros qui, occupant une petite paroisse voisine,
enviait cette cure ; ce dernier le représentait comme
excommunié par le Pape. Afin de terminer ce schisme, Boyer
envoya l'abbé Legros à la cure d'Aquin où il resta nombre d'années, et l'abbé Echevarria à celle du Port-de-Paix,
parce qu'il lui aurait été impossible de se concilier l'esprit
des paroissiens du Cap-Haïtien 1 . A peine de retour à la capitale, en avril, le Président dut
encore intervenir dans une querelle religieuse suscitée à
l'abbé J. Salgado, curé de la paroisse et vicaire général, par
trois prêtres originaires de la partie de l'Est, nommés Ramond Pichardo, Bonilla et Cadenas, et curés à Hinche, à
Las Matas et à Las Caobas, ces trois communes étant situées dans les départemens de l'Ouest etdel'Artibonitequi
étaient dans le ressort spirituel du vicaire général. L'abbé
Salgado, dans un mandement aux divers curés, avait eu le
tort de prendre le titre de « vicaire général du diocèse, »
et qui emportait l'idée qu'il l'était pour toute la République,
comprise dans le siège archiépiscopal de Santo-Domingo, ainsi que l'avait décidé le Saint-Père Léon XII,
enl82l2. Ces trois prêtres rédigèrent en commun un mémoire qu'ils 1 Dans ses Mémoires, pages 86 et 87, Inginac parle de ce schisme entre les habitans
du Cap -Haïtien. 2 L'abbé Hchardo, curé du Cap-Haïtien et vicaire général du Nord nommé par l'archevêque, étant mort eu septembre 1S3I, le Président avait, de son cbef et en l'absence de
l'archevêque, étendu la juridiction de l'abbé Salgado sur le Nord, dès le mois d'octobre :
de là le titre ambitieux que prit à tort ce dernier; car à Santo-Domingo, le vicaire général Portez siégeait pour la partie de l'Est»
é du Cap-Haïtien et vicaire général du Nord nommé par l'archevêque, étant mort eu septembre 1S3I, le Président avait, de son cbef et en l'absence de
l'archevêque, étendu la juridiction de l'abbé Salgado sur le Nord, dès le mois d'octobre :
de là le titre ambitieux que prit à tort ce dernier; car à Santo-Domingo, le vicaire général Portez siégeait pour la partie de l'Est» 182 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. lui adressèrent par une lettre. Ils relevaient son tort avec
vigueur et irrévérence pour son autorité réelle, en prétendant dans le mémoire : que l'absence de l'archevêque
Pedro Yalera équivalait « à une mort civile, » qui laissait
vacant l'archevêché^ et que c'était à FévêquedePorto-Ilico,
comme sufiragant, à donner des ordres aux curés d'Haïti;
sinon, et si le gouvernement n'y consentait pas, ces curés
devaient rester tousindépendans les uns des autres pour Se
diriger par les lois générales de l'Eglise et par les maximes
des Saints-Evangiles. Par leur lettré, ils menaçaient l'abbé
Salgado de la publication du mémoire^ s'il ne se rétractait
pas, à propos du titre qu'il avait indûment pris. Or, sien
cela il avait erré, il n'était pas moins le supérieur régulier
de ces prêtres en sa qualité de vicaire général de l'Ouest
et de l'Artibonite, d'après sa nomination par l'archevêque
Pedro Valera. Il se plaignit au Président de l'irrévérence
commise envers lui, et les juges de paix des communes
desservies par ces prêtres reçurent l'ordre du grand juge,
de leur déclarer, qu'ils cessaient d'être curés. Mais ces magistrats comprirent mal cet ordre, en leur disant qu'ils cessaient d'être prêtres, par la volonté du gouvernement.
Emus d'une telle décision, ils se rendirent à la capitale et
adressèrent à Boyer une supplique à ce sujet. Le Président
chargea le grand juge de présider une commission compo^
-=sée de MM. Rouanez, J. Elie et B. Ardouin, et de les mander à son hôtel pour être entendus.
curés. Mais ces magistrats comprirent mal cet ordre, en leur disant qu'ils cessaient d'être prêtres, par la volonté du gouvernement.
Emus d'une telle décision, ils se rendirent à la capitale et
adressèrent à Boyer une supplique à ce sujet. Le Président
chargea le grand juge de présider une commission compo^
-=sée de MM. Rouanez, J. Elie et B. Ardouin, et de les mander à son hôtel pour être entendus. Ces prêtres persistèrent clans leurs prétentions de considérer l'archevêché comme vacant, ce qui, selon eux, annulait de droit les pouvoirs de vicaire général donnés par
l'archevêque à l'abbé Salgado, pouvoirs qu'il n'appartenait
pas au Président de continuer, dirent-ils, et que cet abbé
aurait dû l'éclairer sur ce point, au lieu de lui avoir porté [1853] CHAPITRE IV, 183 plainte contre eux pour entraîner leur révocation de leurs
cures. Il fut facile à la commission de leur prouver que le
siège archiépiscopal n'était pas vacant par la seule absence
du titulaire qui avait témoigné au Président le désir de se
Tendre à la Havane, ce qu'il n'avait fait qu'après avoir réglé l'ordre ecclésiastique et la subordination due aux vicaires généraux qu'il avait institués ; que sa mort naturelle
seule pouvait entraîner la vacance du siège; et qu'alors ce
serait au Saint-Père à y pourvoir; mais qu'en attendant, les
curés de la République devaient leur obéir. Ces trois prêtres, loin de reconnaître l'irrévérence qu'ils avaient commise envers l'abbé Salgado, déclinèrent leur comparution
devant la commission, dans un nouveau mémoire qu'ils lui
remirent le lendemain et où ils déclarèrent qu'elle n'avait
aucun pouvoir pour les juger, bien qu'elle se fût attachée
à leur dire dans la conférence, qu'il ne s'agissait que de les
entendre dans les motifs de leur conduite et de faire son
rapport au chef cle l'État. Sur ce rapport, et à raison de
la persistance qu'ils mirent dans leurs prétentions, leur révocation fut maintenue ' . Elle devait l'être par le Président qui avait eu connais^
sance d'un bref du Saint-Père Léon XÏI^ en date du 20 septembre 1826, adressé à l'archevêque Pedro Valera par le
cardinal J.-M. Somaglio, et dans lequel le Pape avait tout
prévu, même pour le cas de la mort de ce prélat : ce qui
avait autorisé ce dernier à régler les affaires ecclésiastiques,
ainsi que nous l'avons dit, au moment de son départ pour
la Havane. Il y était décédé au commencement de cette année, mais on l'ignorait à Haïti, tandis que la cour de Rome 1 Après leur comparution par devant la commission, ces trois piètres firent publier le
mémoire qu'ils avaient adressé à l'abbé Salgado, et celui-ci dut publier [un mandement
pour en combattre l'effet. 184 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. était déjà informée de cet événement, et que, le 15 mars,
le Saint-Père Grégoire XVI nommait le révérend Jean England, évêque de Charleston, pour venir à Haïti en qualité
de légat y chargé de ses pouvoirs pour y régler les affaires
religieuses, de concert avec le Président d'Haïti. Cet évêque
n'y étant venu qu'en janvier 1834, nous renvoyons à parler de sa mission à cette époque.
HAÏTI. était déjà informée de cet événement, et que, le 15 mars,
le Saint-Père Grégoire XVI nommait le révérend Jean England, évêque de Charleston, pour venir à Haïti en qualité
de légat y chargé de ses pouvoirs pour y régler les affaires
religieuses, de concert avec le Président d'Haïti. Cet évêque
n'y étant venu qu'en janvier 1834, nous renvoyons à parler de sa mission à cette époque. Une autre question préoccupa le gouvernement dès les
premiers jours de février de cette année. M. J. Laffitte
adressa une lettre au Président pour l'informer des paroles
qui avaient été prononcées à la tribune de la chambre des
députés, le 29 décembre 1 832, par M. le duc de Broglie,
ministre des affaires étrangères et président du conseil, à
l'occasion d'un rapport fait à cette chambre sur des pétitions de colons qui réclamaient l'action du gouvernement
français contre Haïti. Ce ministre avait parlé des traités
de 1 85 1 , non ratifiés par Boyer, de la rupture et de la correspondance qui s'en étaient suivies entre les deux gouvernemens, et il avait dit en terminant : « Le gouvernement
» haïtien répondit dans un langage qui s'écarte des bien-
» séances qui s'observent entre les nations civilisées, et qui
» ne permet pas à la France de faire l'avance de nouvelles
» relations. » Il s'agissait de la note verbale de Boyer en
réponse à celle du comte Sébastiani. M. Laffitte, qui avait
essayé de défendre le Président à la tribune, lui fit observer
que ces paroles du ministre, tout aigres qu'elles fussent,
devaient être considérées par lui comme une invitation à
faire des propositions à ce gouvernement français, afin de
renouer les relations diplomatiques. C'est alors que Boyer fit adresser à ce gouvernement, par
les trois grands fonctionnaires," une dépêche en date du 20
mai, par laquelle il proposait de réduire l'indemnité, de [1833] CHAPITRE IV. 185 150 millions de francs à 75 millions; et en précomptant
les 30 millions déjà payés, moins 700 mille francs encore
dus, ce seraient 45 millions à payer par Haïti pour se libérer envers le gouvernement français. Exposant la situation
de la République, dénuée de ressources et obligée à rembourser en outre les obligations de son emprunt de 1825,
la dépêche demandait 45 années de délai pour payer ce
solde, à un million par an. En même temps, elle offrait
d'acquitter de suite les avances faites par le trésor public de
France pour le service de l'emprunt et s'élevantà la somme
de 4,848,905 francs. Elle fut confiée à M. J.-P. Vaur, Français négociant à Haïti, qui se rendait en Europe, pour être
remise à M. Lafïitte, chargé de la présenter au ministre des
affaires étrangères. Cette dépêche reproduisit d'ailleurs les
autres propositions contenues clans la note verbale du
22 juin 1832. M. le duc de Broglie y répondit le 51 juillet 1 835. Il dit :
« qu'il voyait que le gouvernement haïtien était disposé à
» se replacer vis-à-vis de la France sur le terrain de l'or-
» donnance du 17 avril; que la France n'était pas éloignée
» d'admettre, le cas échéant, une réduction de l'indemnité ;
» et il laissa entendre que si on ne terminait pas dans une
» nouvelle négociation, la France et Haïti seraient repla-
» cées dans la situation où elles étaient avant lan-
» née 1825, »
gouvernement haïtien était disposé à
» se replacer vis-à-vis de la France sur le terrain de l'or-
» donnance du 17 avril; que la France n'était pas éloignée
» d'admettre, le cas échéant, une réduction de l'indemnité ;
» et il laissa entendre que si on ne terminait pas dans une
» nouvelle négociation, la France et Haïti seraient repla-
» cées dans la situation où elles étaient avant lan-
» née 1825, » Cette dépêche du ministre français avait un grand mérite : c'était d. avouer Y arrière-pensée conçue au moment de
la rédaction de l'ordonnance de 1825; elle faisait ressortir
ainsi le plan du gouvernement de la Restauration. Mais celui de Juillet, essentiellement libéral par son origine même,
ne pouvait recueillir un si odieux héritage; il l'avait prouvé
dans les traités de 1851, ratifiés par Louis-Philippe; et 186 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. bien que ces traités ne l'eussent pas été par Boyer, ils ne consti tuaient pas moins pour Haïti le droit à se considérer authentiquement reconnue par la France, C'est ce que fit
remarquer à son tour le Président, clans une nouvelle dépêche des grands fonctionnaires adressée au ministère français, le 51 octobre. Alors, M, le duc de Broglie n'était plus
ministre, et la correspondance cessa entre les deux gouvernemens jusqu'à la fin de 1854. En écrivant à Boyer, M. Laffitte lui avait exposé la malheureuse situation où la révolution de 1850 avait jeté sa
maison de banque. Il lui disait qu'il était détenteur de mille
obligations de l'emprunt d'Haïti, pour lesquelles il avait
dépensé 800 mille francs, et que si le Président pouvait lui
rembourser cette somme en recevant les mille obligations,
ce serait lui rendre service 1. On sait, en effet, que cet honorable citoyen avait fait des pertes telles, après avoir été
si libéral envers tous, que la nation française s'honora en
ouvrant une souscription pour racheter son hôtel et le lui
conserver. Boyer n'honora pas moins la nation haïtienne,
en remboursant à M. Laffitte, non 800 mille francs, mais un
million, selon le prix intégral des mille obligations. Il lui
adressa à cette occasion une lettre pleine de sentimens
d'estime pour lui, en le remerciant de la bienveillance qu'il
prouvait sans cesse à la République, par la défense de sa
cause à la tribune. Cette lettre fut communiquée par Boyer
à des sénateurs et autres fonctionnaires, qui le félicitèrent
aussi de l'acte qui témoignait de la probité de son gouvernement.
ille francs, mais un
million, selon le prix intégral des mille obligations. Il lui
adressa à cette occasion une lettre pleine de sentimens
d'estime pour lui, en le remerciant de la bienveillance qu'il
prouvait sans cesse à la République, par la défense de sa
cause à la tribune. Cette lettre fut communiquée par Boyer
à des sénateurs et autres fonctionnaires, qui le félicitèrent
aussi de l'acte qui témoignait de la probité de son gouvernement. L'ouverture de la session législative eut lieu le 12 juin, 1 L'emprunt fut contracté an taux de 80 pour cent : pour 800 francs payés parles
prêteurs, la République avait souscrit une obligation de 1000 francs. [1833] CHAPITRE IV. 187 avec une certaine froideur de la part du Président d'Haïti,
laquelle dénotait qu'il n'était pas satisfait de se trouver en
face de quelques représentans dont l'opposition l'avait mécontenté l'année précédente, en tenant à la Chambre des
communes un langage injurieux pour ses sentimens et qui
l'avait porté à retirer le projet de loi électorale demandé par
ce corps; en donnant publicité à celui préparé par son comité, dans un journal toujours hostile au gouvernement,
dont l'éditeur paraissait s'entendre avec ces représentans
dans le but qu'ils poursuivaient. Incapable de dissimulation, Boyer laissait entrevoir ainsi que la session serait
aussi stérile cette année qu'elle l'avait été en 1852, qu'il se
renfermerait dans son droit d'initiative constitutionnelle
pour en user selon qu'il le jugerait convenable aux intérêts
publics. De leur côté, jugeant la situation des choses à leur
point de vue, ces représentans étaient décidés à provoquer
de la Chambre l'usage de l'initiative que la constitution lui
accordait aussi, surtout en matière de finances. Dans une
telle circonstance, il était facile de prévoir des tiraillemens
entre les deux pouvoirs, sinon un grand éclat, préjudiciables
à l'harmonie toujours désirable entre eux pour le bonheur
de la patrie. Deux projets de loi furent adressés à la Chambre : le premier, pour abroger celle de 1826 qui établissait des entrepôts réels de produits étrangers : la loi fut votée d'urgence
le 17 juin1; le second, pour laisser indéfiniment ouverts
au commerce extérieur les ports d'Aquin, de l'Anse-d'Eynaud, de Miragoane, de Saint-Marc et du Port-de-Paix; la
loi eut encore un vote d'urgence le 26 juin. En procédant 1 A défaut d'orateurs du gouvernement, Boyer adressa des messages à la Chambre et
au Sénat, pour expliquer les motifs de l'abrogation de cette loi. Dans les années suivantes.
il continua ce mode de faire connaître sa pensée, sur les projets qu'il envoya au corps
législatif, et ces messages parurent sur le journal officiel. 188 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. ainsi, la Chambre des communes semblait être impatiente
d'avoir d'autres projets à méditer et discuter ; mais le pouvoir exécutif lui laissa le soin de s'occuper des lois d'impôts
qui étaient dans ses attributions.
. Dans les années suivantes.
il continua ce mode de faire connaître sa pensée, sur les projets qu'il envoya au corps
législatif, et ces messages parurent sur le journal officiel. 188 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. ainsi, la Chambre des communes semblait être impatiente
d'avoir d'autres projets à méditer et discuter ; mais le pouvoir exécutif lui laissa le soin de s'occuper des lois d'impôts
qui étaient dans ses attributions. Il y avait six sénateurs à remplacer par expiration de
fonctions, deux dans la présente année et quatre pour les
premiers mois de 1834. Le 10 juillet, Boyer adressa une
liste de candidats pour le premier à élire; il fut nommé le
même jour; les autres le furent successivement dans le
même mois et le mois suivant. Abandonnée à elle-même, la Chambre des communes devait inévitablement arriver à des discussions entre ses propres membres, les opinions ne pouvant pas être uniformes
dans une assemblée politique. Des deux tribunes élevées
dans son sein, l'une restant toujours inerte., l'autre pouvait
servir aux orateurs de l'assemblée. Le trésorier général Nau, chargé du portefeuille des finances, avait expédié à la Chambre quelques exemplaires
imprimés des comptes généraux de 1852, au moment où il
requérait le secrétaire d'État Imbert de reprendre son service, et parce qu'il n'était plus malade, et parce que son
remplaçant prévoyait sans doute des débats animés au sujet
des finances, d'après les précéclens de la session de 18521.
Le 12 juillet, le représentant David Saint-Preux proposa à
la Chambre d'adresser un message au secrétaire d'État, pour
l'inviter à lui envoyer annuellement autant d'exemplaires
des comptes généraux qu'elle avait de membres. Mais la
Chambre, considérant la responsabilité que l'art. 128 de la
constitution attachait aux fonctions de ce ministre, décida
qu'à l'avenir les comptes généraux ne seraient imprimés
session de 18521.
Le 12 juillet, le représentant David Saint-Preux proposa à
la Chambre d'adresser un message au secrétaire d'État, pour
l'inviter à lui envoyer annuellement autant d'exemplaires
des comptes généraux qu'elle avait de membres. Mais la
Chambre, considérant la responsabilité que l'art. 128 de la
constitution attachait aux fonctions de ce ministre, décida
qu'à l'avenir les comptes généraux ne seraient imprimés 1 .Te parle ainsi d'après ce <jne me dit M. Nau lui-même» |185o] CHAPITRE IV. 189 qu'après avoir été débattus et arrêtés par elle. Il s'ensuivit
que leur impression, dont M. Nau avait pris l'initiative, fut
interrompue et ne reprit qu'en 1857 pour s'arrêter encore
à 1840. Le même jour, 1 2 juillet, le représentant Hérard Dumesle
s'inscrivit pour une motion, « en priant la Chambre de lui
» accorder une séance solennelle 1 . » Mais quelques membres exigèrent de lui une communication préalable de sa
.motion, en comité général, à huis-clos : il le fit, et la1
Chambre renvoya à une autre séance pour statuer sur sa
demande. Le 15, la séance fut ouverte en comité général;
le président Almonacie, représentant de l'Anse- à-Veau, invita H. Dumesle à lire sa motion ; il persista clans sa'demande
de « séance solennelle, » publique. Plusieurs membres s'y
opposant, le président alla aux voix, et « le silence absolu »
fut considéré par la Chambre comme un refus 2. D. SaintPreux invoqua alors l'art. 78 de la constitution disant :
« que les séances sont publiques, et que cependant la Cham-
>- bre peut délibérer à huis-clos^ sauf à rendre ses clélibéra-
» tions publiques par la voie du Bulletin des lois. » Milscent
opina dans le même sens. Plusieurs autres voix s'écrièrent :
« La séance publique! » Une partie des représentais s'y
rendit, l'autre resta en comité général : la majorité ne pouvant se former dans l'une ni dans l'autre salle, la séance fut
ainsi interrompue et levée. On trouve là une preuve du
désaccord existant parmi les représentais , à raison du
discours préparé par H. Dumesle qui en avait donné communication, un indice du mauvais effet qu'il allait produire. Deux jours après, la séance fut publique. Milscent, ora1 Bulletin dis lois, n° 3. 2 I! y a cependant Un proverbe à ce sujet : t. qui ne dit rien cousent. » 190 ÉTUDES SUK L'HISTOIRE d'haÏTI. teur de la section des finances, y lut un projet de loi « sur
l'impôt foncier » et un rapport qui expliquait sa réduction
de 5 pour cent à 2 et demi, en y attachant des moyens plus
rigoureux que par le passé, afin d'assurer la perception de
cet impôt que les contribuables ne payaient guère 1 . Immédiatement après cet orateur, Raphaël Servando Rodriguez,
représentant de Saint- Yague, monta à la tribune et lut un
discours dont nous donnons ici des extraits qui feront comprendre ce qui se passait dans la Chambre et ce que
voulaient ses membres modérés. Après un exorde où il
s'excusait de ne pouvoir bien s'exprimer en français^
il dit :
'assurer la perception de
cet impôt que les contribuables ne payaient guère 1 . Immédiatement après cet orateur, Raphaël Servando Rodriguez,
représentant de Saint- Yague, monta à la tribune et lut un
discours dont nous donnons ici des extraits qui feront comprendre ce qui se passait dans la Chambre et ce que
voulaient ses membres modérés. Après un exorde où il
s'excusait de ne pouvoir bien s'exprimer en français^
il dit : « A des époques précédentes, cette enceinte a retenti de
débats empreints d'amertume : ce n'est pas sans aigreur
qu'ont été repoussés par vous des projets émanés du chef
de l'Etat ; c'est avec des formes peut-être acerbes qu'ont été
présentés par vous, des vœux peut-être intempestifs. Sous le
masque du bien public, une Opposition violente s'est élevée
de vos rangs et n'a dû produire d'autre effet que d'inspirer
du dégoût au chef de l'Etat à la vue de ses intentions méconnues et de ses efforts contrariés. Aussi faut-il s'étonner,
Messieurs, si des projets d'améliorations réclamés par de
bons citoyens et élaborés déjà par le gouvernement, sont
restés en ses mains, en attendant des jours plus calmes et des
dispositions moins hostiles? Messieurs, c'est toujours sous
le manteau de l'intérêt public que, dans tous les temps,
l'erreur et la passion cachent leur face hideuse. . . C'est ainsi
Messieurs, que chez tous les peuples qui ont passé sur la
surface de la terre, des esprits inquiets et turbulens ont con1 M- Nttu avait signalé les difficultés de la perception par les moyens de l'ancienne loi
et provoqué des changemens de la part de la Chambre. [1835] CHAPITRE IV. 191 triste la patrie, abusant des grands noms d'intérêt public et
de liberté/dont l'appât entraîne la nation. Représentans,
si, au mépris de l'histoire, quelque germe de mésintelligence
était jeté dans cette enceinte, fidèle à notre mission de paix,
hâtons-nous de Vétouffer. Je dis plus : si, parmi nous,
quelque main imprudente voulait se saisir de ce germe pernicieux pour le féconder au détriment de la République,
hâtons-nous de châtier V imprudent : justiciables de vous
seuls, c'est à vous qu'il appartient d'étouffer ces cris de
discorde capables d'amonceler sur l'horizon politique des
nuages porteurs de tempête et de mort » Toutefois, cet orateur dit qu'il aimait à croire qu'il se
trompait, que tous ses collègues étaient animés du désir du
bien, et il les invita à la concorde. Il fit un appel particulier
à ceux de la partie de l'Est, pour soutenir le gouvernement
qui les protégeait. « Tous, tant que nous sommes, représentans du peuple
haïtien, donnons l'exemple de la concorde à cette population dont les yeux sont fixés sur nous... et disons-lui qu'il
faut boire avec modération dans la coupe enchanteresse de
la liberté... Disons à cette jeunesse effervescente^ chez qui
fermente une fièvre ardente d'amélioration et de liberté, disons-lui que les peuples comme les individus ont besoin de
passer par l'adolescence avant d'arriver à la maturité. Sortie hier de l'enfance, et à peine dégagée des langes de son
berceau, Haïti a besoin de se mûrir pour la liberté et ne
peut pas arriver subitement à la prospérité et à la civilisa--
tion des peuples qui ont longuement vécu. »
fièvre ardente d'amélioration et de liberté, disons-lui que les peuples comme les individus ont besoin de
passer par l'adolescence avant d'arriver à la maturité. Sortie hier de l'enfance, et à peine dégagée des langes de son
berceau, Haïti a besoin de se mûrir pour la liberté et ne
peut pas arriver subitement à la prospérité et à la civilisa--
tion des peuples qui ont longuement vécu. » Et il dit ensuite : « A ces vœux généraux, qu'il me soit
permis de mêler quelques vœux particuliers. Quoique l'initiative appartienne au chef de l'Etat, ce n'est pas empiéter
sur ses droits que de solliciter la présentation de quelques 192 ETUDES SUR L'HISTOIRE d'hàÏTI. projets de lois qui échappent à sa prévoyance, distrait qu'il
est parle fardeau de la chose publique... » Et ces vœux particuliers comprenaient : 1° un projet sur
la contrainte par corps en toutes matières pour la garantie
des obligations 1 ; 2° un projet sur le mode de recrutement
de l'armée; 5° à réclamer Y application du code rural dans
les départemens de l'Est. Après ce discours, Milscent fit observer à l'orateur « que
» déjà la Chambre avait résolu de faire, à la fin de la pré-
» sente session, une adresse au Président d'Haïti, pour lui
» faire connaître les besoins du peuple. » En 1852, elle
avait adopté cette voie au début de la session; cette année,
ce devait être à la fin; probablement la Chambre voulait attendre pour voir quel serait l'effet de la première adresse. Dans la séance du 19, Milscent, au nom du comité des finances^ déclara que ce comité ne pouvait pas s'occuper de
laloisurles patentes, avant que le secrétaire d'Etat eût
été appelé pour donner des explications, 1° sur une somme
de 70 mille piastres qui avait été mise en dépôt au Mirebalais, en 1851 ; 2° sur le produit de la vente des domaines
nationaux dont la moitié était payée en piastres ; 5° sur les
moyens qui auraient été pris pour faire restituer au trésor
des sommes (16, 459 gourdes), constatées en déficit dans la
caisse de divers trésoriers. La Chambre invita M. Imbert à
comparaître en comité général^ le 26, mais il demanda à ne
comparaître que le 51 : ce jour-là, il répondit d'une manière satisfaisante. Les 70 mille piastres et encore 5-4,900,
étaient toujours au Mirebalais, figurant comme étant à la
trésorerie générale; il y avait aussi 11,600 piastres auPort- ■1 Le Président avait proposé un projet de loi à ce sujet et qu'il retira, tant on réclama
en faveur « de la liberté ■> de ne pas'payer ses dettes. Cette loi l'ut rendue en 183ï,
selon le vœu de Uodriguez ; mais 1843 advint, et elle fut abrogée. [1855] CHAPITRE IV. 195 aii-Prince : seulement, les comptes généraux ne faisaient
point mention de cette particularité, omission qui avait
excité le zèle de certains représentans r. Le 24 juillet, enfin, la séance étant publique, HérardDumesle en profite, monte à la tribune et commence son discours. Mais le président l'interrompt et lui rappelle que la
Chambre a déjà décidé que ce discours ne doit pas être
prononcé en séance publique, mais en comité général. A ces
mots, tous les représentans s'y rendent, et l'orateur est
forcé de les suivre, de n'être entendu que de ses collègues,
tandis qu'il eût désiré l'être dupublic v
étant publique, HérardDumesle en profite, monte à la tribune et commence son discours. Mais le président l'interrompt et lui rappelle que la
Chambre a déjà décidé que ce discours ne doit pas être
prononcé en séance publique, mais en comité général. A ces
mots, tous les représentans s'y rendent, et l'orateur est
forcé de les suivre, de n'être entendu que de ses collègues,
tandis qu'il eût désiré l'être dupublic v Son discours roulait sur la circulaire du grand juge concernant l'incompatibilité des fonctions de représentant avec
celles des officiers ministériels. Nous ne saurions le produire ici clans toute son étendue qui comprend sept colonnes du Bulletin des lois dans lequel il fut publié. L'orateur, examinant le texte de l'art. 81 de la constitution,
interprété par le grand juge, dit d'abord : que cette interprétation « en torturait le sens pour les exigences du
moment; » que vouloir que les représentans qui exercent
les professions libérales de défenseurs publics, de notaires,
d'arpenteurs, etc., optent entre leurs fonctions législatives
et celles de ces officiers ministériels, c'est attenter à leurs
droits civils et politiques, c'est limiter le droit électoral et
porteratteinteà l'acte fondamental de la société, c'estessayer
d'écarter de lareprésentationnationale « des hommes éclai-
» rés etcapablesdeveillerau respectdûpar le gouvernement
» aux droits des citoyens,, etc. » Il cita l'exemple de ce qui 1 Jusqu'alors, la monnaie d'Espagne, celle d'Haïti, en métal, les billets de caisse, tout
était porte dans les comptes sous le nom de gourdes : à partir de ces inquiétudes de la
Chambre, le secrétaire d'État distingua les piastres des autres valeurs.
% Depuis 1832 un jeune public surtout se montrait assidu aux séancr s : de là le passage
du discours de Rodriguez adressé « à la jeunesse effervescente. » T. X. 13 19-i ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. se passait dans la chambre des députés, en France, dans
celle des communes, en Angleterre, dans celle des représentai, aux Etats-Unis, où l'on voyait les avocats les plus
illustres de ces pays ; il rappela même les beaux jours de la
Grèce, de la république romaine « où l'on vit la toge unie
» aux faisceaux consulaires. Le barreau, dit-il, est aussi
» la pépinière des hommes d'Etat : c'est de là qu'ils sor-
» tent pour aller défendre les libertés publiques ; et si, sous
» Henri VIII, ils furent persécutés et exclus des parlemens,
» l'histoire, en dénonçant cette époque fatale, nous révèle
» qu'elle fut marquée par des lois funestes à la nation
» anglaise. » Mais sentant bien que cette dernière citation pourrait paraître une allusion à ce que Boyer ordonna au grand juge, H. Dumesle dit ensuite :
'Etat : c'est de là qu'ils sor-
» tent pour aller défendre les libertés publiques ; et si, sous
» Henri VIII, ils furent persécutés et exclus des parlemens,
» l'histoire, en dénonçant cette époque fatale, nous révèle
» qu'elle fut marquée par des lois funestes à la nation
» anglaise. » Mais sentant bien que cette dernière citation pourrait paraître une allusion à ce que Boyer ordonna au grand juge, H. Dumesle dit ensuite : « Eh quoi ! Messieurs, sous l'administration du chef il-
» lustre auquel Haïti a confié ses destinées, verra-t-on cette
» profession, ainsi que ses compagnes d'indépendance, dés-
» héritée de ses apanages ? Les verra-t-on ensemble exclues
» des assemblées politiques, et n'oser toucher à la couronne
» civique? Non, l'émule, le successeur du grand Haïtien, ne
» saurait concevoir une telle pensée; comme son prédéces-.
» seur, il encouragera ces hommes qui exercent une profes-
» sion si éminemment libérale, il les verra avec plaisir ap-
» pelésau concours des améliorations sociales; et puisqu'à
» l'exemple de notre Alexandre, le président Jean-Pierre
» Boyer ne perd pas de vue l'univers et la postérité, ces
» juges inflexibles delà conduite des gouvernails, comme
» lui, dédaignant le zèle aveugle ou intéressé, il n"ap-
» préciera que les nobles pensées de la liberté, les sublimes
» dévouemens à la patrie. » Rappelant encore que depuis l'institution de la Chambre
des communes, seule juge delà validité des élections de [1855J CHAPITRE IV. 495 ses membres, elle a toujours admis dans son sein les officiers ministériels que la circulaire du grand juge voulait en
écarter par un abus de l'interprétation, il dit: « Tout doit
» demeurer dans l'ordre tracé dans le livre de la loi, jus-
» qu'à ce que la révision tant désirée vienne enfin donner
» un nouvel être à nos principes et les rendre plus vivaces.
» Osons donc, législateurs, osons remplir un devoir sacré,
« celui cle conserver au vote électoral son influence sur les
» libertés publiques. Sauvons le gouvernement conslitu-
» tionnel du danger de l'interprétation; rappelons-nous
» sans cesse que la responsabilité des grands fonetionnai-
» res est la sauvegarde des garanties sociales : si elle est
» illusoire, la constitution est en péril. Que recevant de
» nous un généreux et salutaire avertissement, ces déposi-
» taires de l'autorité n'approchent cle l'arche sainte des
» droits et du devoir qu'avec le respect religieux que la
» patrie leur impose; qu'ils reculent à l'idée d'y porter une
» main téméraire ; qu'en secondant les nobles intentions
» d'un chef qui ne saurait avoir de plus grandes passions
» que celles du bien public, ils n'oublient jamais qu'ils
. » doivent être ses conseillers fidèles, qu'ils doivent attacher
» leurs noms à la gloire de son administration, en la con-
» servant pure comme son patriotisme, qu'ils doivent en
n un mot faire de l'harmonie le bien universel de l'Etat !.. »
Et l'orateur termina son discours en demandant que le
grand juge fût appelé en comité général, pour être entendu
sur l'objet de sa circulaire.
» que celles du bien public, ils n'oublient jamais qu'ils
. » doivent être ses conseillers fidèles, qu'ils doivent attacher
» leurs noms à la gloire de son administration, en la con-
» servant pure comme son patriotisme, qu'ils doivent en
n un mot faire de l'harmonie le bien universel de l'Etat !.. »
Et l'orateur termina son discours en demandant que le
grand juge fût appelé en comité général, pour être entendu
sur l'objet de sa circulaire. A défaut d'orateur du pouvoir exécutif, ce fut Milscent
qui prit immédiatement la parole pour répondre à H. Dumesle, par un discours écrit qui remplit six colonnes du
Bulletin des lois : il avait entendu celui de son collègue
précédemment, et il put ainsi préparer sa réponse. Il s'ap^ 196 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hAÏTI. puya d'abord sur la nécessité du maintien de l'harmonie
entre les pouvoirs publics, dans la situation où'se trouvait
le pays, après avoir passé par tant de périls politiques. « Un
« fait, dit-il, doit réveiller votre attention. Un système
» schismatique menace l'édifice social. L'ordre public,
» l'autorité magistrale, toute la machine politique semble
» être sur le pouxLde se choquer. Hé ! Messieurs, revenons
» aux principes que la nature a gravés dans le cœur de ses
» enfans bien-aimés, ceux-là qui cherchent les utiles pré-
» ceptes, moins dans une vaine théorie que dans une pra-
» tique simple et honnête... J'admire la brillante élo-
» quence qui, telle qu'unesentinelle vigilante^, semble crier
» aux armes ! au milieu du trouble des inquiétudes noc-
» turnes, parce qu'elle redoute l'approche d'un ennemi
» imaginaire ; mais combien je préfère à la pompe de cette
» dialectique qui prodigue tant de belles fleurs, la logique
» calme et mesurée qui n'a d'autres ornemens que ceux
» d'une vérité sans parure ! . . . » 11 dit ensuite que pour bien comprendre le vrai sens des
dispositions de l'art. 81 de la constitution, il fallait rechercher son origine dans la constitution de la république française, de 1795, et dans celle de la république cisalpine,
d'où la nôtre était sortie; et il cita lesarticles de ces actes qui
s'y rapportaient, pour établir que le même esprit a présidé
à leur rédaction, que Y incompatibilité entre les fonctions
de législateur et toutes autres devait être reconnue1; que
u le défenseur public » étant soumis à la discipline des tribunaux, était exposé à ne pouvoir , dans certains cas,
remplir son devoir de représentant, tels, par exemple, s'il
était désigné comme juré ou chargé d'office de la défense
de l'innocent indigent, etc. f que « le notaire, » souvent
présidé
à leur rédaction, que Y incompatibilité entre les fonctions
de législateur et toutes autres devait être reconnue1; que
u le défenseur public » étant soumis à la discipline des tribunaux, était exposé à ne pouvoir , dans certains cas,
remplir son devoir de représentant, tels, par exemple, s'il
était désigné comme juré ou chargé d'office de la défense
de l'innocent indigent, etc. f que « le notaire, » souvent 1 Même idée exprimée par Bruno Blanche t dans son projet de révision, en 1822. |185o| CHAPITRE IV. 197 unique dans une commune, vil la rareté des sujets capables
d'une telle fonction, rie devait pas s'en absenter, afin d'être
toujours à iadisposition du public pour la rédaction des actes
de son ministère; que cette nécessité était encore plus
grande pour « l'officier de l'état civil, » etc. Il fit remarquer que c'était une erreur de croire que la circulaire du
grand juge tendait « écarter les divers officiers ministériels
de la représentation nationale, qu'ils restaient toujours éligiblés : « S'il en est quelques-uns qui préfèrent la richesse
» privée à l'honneur national , leur choix dépend de leur
» volonté; ou ne les en estimera ni plus ni moins... On
» n'est pas appelé à la législature pour grossir sa fortune,
» mais pour se dévouer à l'utilité publique. Je n'ignore
» pas, ajouta Milscent, que je m'inscris contre mes pro-
» près intérêts; mais j'avais déjà pris mon parti; j'en
» fais le sacrifice sans me plaindre... » Et il fut d'avis de
ne pas appeler le grand juge qui, d'ailleurs, était valétudinaire. Après ces discours, David Saint-Preux en improvisa un
pour soutenir la proposition de H. Dumesle, et la Chambre
renvoya à en décider à sa prochaine séance. Ensuite, elle
prit lecture d'une lettre qui lui fut adressée par M. Courtois,
détenu dans la prison, réclamant de la Chambre une déclaration tendante à constater « qu'elle n'avait jamais dirigé
aucune plainte contre lui. » Milscent prit encore la parole et
fit observer que, bien que la Chambre n'en eût point formée
elle ne pouvait s'immiscer dans les causes judiciaires; que
la loi avait établi un ministère public pour la poursuite d'office des délits; que M. Courtois avait subi un jugement qui 0.
avait acquis l'autorité de la chose jugée ; qu'il plaignait son
sort, mais que le condamné n'avait qu'à recourir à la clémence du chef de l'Etat. H. Dumesle et-D. Saint-Preux sou198 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI.
er dans les causes judiciaires; que
la loi avait établi un ministère public pour la poursuite d'office des délits; que M. Courtois avait subi un jugement qui 0.
avait acquis l'autorité de la chose jugée ; qu'il plaignait son
sort, mais que le condamné n'avait qu'à recourir à la clémence du chef de l'Etat. H. Dumesle et-D. Saint-Preux sou198 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. tinrent au contraire sa demande à la Chambre; elle renvoya
à y statuera sa prochaine séance. A cette séance, qui eut lieu le 26 juillet, en comité général comme la précédente, divers orateurs prirent la parole.
H. Dumesle reproduisit sa motion. J. Depa dit : « Messieurs, si nous étions appelés à décider de la beauté,
de l'élégance d'un discours parsemé de phrases recherchées,
nul doute que celui du représentant H. Dumesle n'eût obtenu toute notre approbation; mais telle n'est point notre
mission... Veiller de bonne foi aux intérêts de nos mandans
et concourir de tout notre pouvoir à leur prospérité, conjointement avec le chef auquel la nation est fière d'avoir
confié ses destinées, tel est notre mandat... Soyons bienveillans , soyons assez amis du collègue H. Dumesle pour
lui dire, que sa proposition tendant à faire venir ici le grand
juge de la République... est inadmissible. En effet, Messieurs, ne voyons-nous pas qu'il existe une incompatibilité
réelle entre les fonctions de représentant et toute autre fonction publique, surtout celles qui soumettraient les mandataires du peuple à la discipline du corps judiciaire auquel
ils appartiendraient comme officiers ministériels Vous
ne serez pas étonnés, Messieurs, de me voir, partie intéressée, me déclarer contre cette proposition ; car l'intérêt personnel disparaît ou doit disparaître devant l'intérêt général... » D. Saint-Preux soutint de nouveau cette proposition.
Milscent la repoussa encore par un discours écrit où il présenta d'autres considérations pour appuyer la circulaire du
grand juge; il dit « que le Président d'Haïti, nommant les
» officiers ministériels, pouvait les révoquer, caries emplois
» publics ne sont point une propriété individuelle. En vous
» laissant ¥ option, il a respecté votre liberté. Que pouvait-il ]1855] CHAPITRE IV. 199 de plus? » Il fit remarquer que déjà le tribunal de cassation
avait rendu un arrêt qui avait approuvé la décision gouvernementale , dans une affaire portée par-devant lui. Il repoussa également l'idée émise clans le cours de la discussion, de renvoyer cette question à la décision du Sénat,
chargé du dépôt de la constitution; et il proposa « l'ordre
du jour » sur la proposition de H. Dumesle. Le représentant Pérez, de la partie de l'Est, fit observer
que la circulaire du grand juge portait qu'elle était écrite
« en vertu de l'wdre du Président d'Haïti; » qu'il était inutile d'appeler ce ministre, puisque la Chambre des communes ne pouvait juger les actes du chef de l'Etat; que le
Sénat seul pouvait en connaître; que H. Dumesle pouvait
s'adresser à ce corps, s'il entendait obtenir justice dans une
question qui lui était « trop personnelle. » Le représentant
Thame, deLéogane, demanda enfin la mise aux voix de la
proposition.
Président d'Haïti; » qu'il était inutile d'appeler ce ministre, puisque la Chambre des communes ne pouvait juger les actes du chef de l'Etat; que le
Sénat seul pouvait en connaître; que H. Dumesle pouvait
s'adresser à ce corps, s'il entendait obtenir justice dans une
question qui lui était « trop personnelle. » Le représentant
Thame, deLéogane, demanda enfin la mise aux voix de la
proposition. Le président résuma les opinions et mit aux voix. La
Chambre décida « que le grand juge ne serait point appelé
dans son sein. » Elle passa ensuite à l'examen de la lettre qui lui fut adressée par M. Courtois, demandant : 1° s'il était vrai, cons- -
tant, que la Chambre eût été offensée et outragée, à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, soit en paroles, gestes
ou menaces de sa part; 2° dans le cas d'affirmative, si elle
avait porté contre lui une plainte au ministère public du
ressort de la capitale? Quelques membres proposèrent de lui répondre : que la
Chambre lui remettait volontiers la peine prononcée par le
tribunal correctionnel, quant à ce qui la concernait, parce
qu'elle était trop haut placée dans la hiérarchie politique
pour pouvoir être outragée par un individu, Mais Milscent 200 ÉTUDES SUR L HISTOIRE D HAÏTI. reproduisit sa première opinion, en disant : « Soumettez
seulement Courtois à la clémence du Président d'Haïti, et
reposez-vous sur la sagesse de cet illustre citoyen. » J. Depa
dit qu'il n'appartenait pas à la Chambre de 'rien décider au
sujet d'une cause judiciaire et dans laquelle un jugemenl
avait d'ailleurs acquis l'autorité de la chose jugée; qu'au
surplus, le code d'instruction criminelle autorisait le ministère public à poursuivre d'office la répression des délits ; qu'il fallait donc considérer comme non -avenue
la lettre de M. Courtois. H. Dumesleprit encore la parole
et soutint sa demande. La Chambre passa « à l'ordre du
jour. » Par tout ce que nous venons de relater, depuis l'ouverture de la session législative, on peut reconnaître qu'il existait une profonde dissidence entre deux membres de la
Chambre, — H. Dumesle et D. Saint-Preux, — et la majorité de cette assemblée. Ils échouèrent dans les deux questions soumises à ses délibérations^, celle relative à la circulaire du grand juge et celle concernant la singulière demande de M. Courtois. Ils ne réussirent pas mieux dans le
désir qu'avait le premier de prononcer un discours en une
« séance solennelle, » disait-il. Si H. Dumesle, défenseur public ainsi que son collègue,
paraissait plaider une cause qui leur était personnelle dans
l'objet de la circulaire, Milscent et J. Depa, également défenseurs publics, étaient aussi intéressés dans la question.
Mais du moins, H. Dumesle s'appuyait, il faut le dire, sur la
théorie constitutionnelle de 1816, quand il demandait la
comparution du grand juge en comité général, pour donner des explications sur sa circulaire; quand il distinguait
entre la responsabilité attachée aux fonctions de ce ministre
collègue,
paraissait plaider une cause qui leur était personnelle dans
l'objet de la circulaire, Milscent et J. Depa, également défenseurs publics, étaient aussi intéressés dans la question.
Mais du moins, H. Dumesle s'appuyait, il faut le dire, sur la
théorie constitutionnelle de 1816, quand il demandait la
comparution du grand juge en comité général, pour donner des explications sur sa circulaire; quand il distinguait
entre la responsabilité attachée aux fonctions de ce ministre [1853] CHAPITRE IT. 201 et celle qui aurait pu être attribuée au Président d'Haïti
d'après l'ordre duquel il avait agi. L'art. 223 de la constitution disait : « que le secrétaire d'État et le grand juge
» sont respectivement responsables de l'inexécution des lois
» rendues par le corps législatif, ainsi que des actes du pou-
» voir exécutif ; » et l'art. 128 donnait le pouvoir à la Chambre de les mander en son sein pour les entendre sur les
faits de leur administration, eux ou tous autres grands
fonctionnaires. Or, l'orateur avait eu soin de mettre à
convertie Président d'Haïti, pour ne voir dans la question
que le grand juge, l'un de ses conseillers, « responsable
de ses actes, » et devant, prétendait-il, lui faire «des représentations, » surtout quand il s'agissait d'interpréter un
article de la constitution qui ne paraissait pas bien clair
à tous les esprits. Supposons que la Chambre eût mandé le grand juge.
Interpellé par elle, il aurait pu expliquer le vrai sens de sa
circulaire aux magistrats de l'ordre judiciaire, prouver à
.H. Dumesle qu'elle n'avait pas pour but, ainsi qu'il le prétendait, d'écarter des élections pour la formation de laChambre, les divers officiers ministériels soumis à la discipline
des tribunaux, qu'ils restaient toujours éligibles. Mais en
citantles faits, d'ailleurs notoires, commis par quelques-uns
qui prétendaient se soustraire à cette discipline parce qu'ils
étaient en même temps représentans du peuple ; mais en
démontrant que les notaires et les officiers de l'état civil
ne pouvaient s'absenter du lieu de leur domicile, trois à
quatre mois dans l'année, sans nuire aux intérêts des familles, le grand juge eût justifié sa circulaire, prouvé Y incompatibilité qu'elle prononçait, et la nécessité de Yoption
qui en résultait pour tout officier ministériel élu représentant. 202 études sur l'histoire d'haïti. Mais il est vrai que cette circulaire elle-même était motivée par ces considérations et qu'elle fut soumise à l'enregistrement dans les greffes des tribunaux. H. Dumesle ne
pouvait donc consciencieusement dire qu'il ignorait pourquoi le gouvernement l'avait émise : c'est ce qui fournit à
ses adversaires, clans la Chambre, le moyen de combattre sa
demande et de la faire rejeter par la majorité. Il paraît, au
surplus, que cette majorité fut déterminée par la convenance qu'il y avait, à empêcher tous débats irrilans entre
la Chambre et le pouvoir exécutif; car elle s'apercevait où
tendait le discours de H. Dumesle. Celui prononcé parR. S.
Rodriguez, dans la séance du 17 juillet, fait comprendre
suffisamment au lecteur ce qui se passait parmi les représentais et même dans le public. L'appui donné par H. Dumesle et D. Saint-Preux àla demande de M. Courtois, après
le jugement d'un tribunal compétent passé à l'état de
chose jugée, est encore un indice des justes craintes de la
majorité de la Chambre. Mais on va voir autre chose dans
les séances qui suivirent celles-là.
, dans la séance du 17 juillet, fait comprendre
suffisamment au lecteur ce qui se passait parmi les représentais et même dans le public. L'appui donné par H. Dumesle et D. Saint-Preux àla demande de M. Courtois, après
le jugement d'un tribunal compétent passé à l'état de
chose jugée, est encore un indice des justes craintes de la
majorité de la Chambre. Mais on va voir autre chose dans
les séances qui suivirent celles-là. Celle du 29 juillet fut publique. Milscent, au nom du comité des finances, donna la troisième lecture du projet de
loi « sur l'impôt foncier. » La loi du 23 décembre 1850 portait à 5 pour cent cet impôt, établi sans limitation de temps,
comme celui des patentes toujours voté pour un an. Par le
nouveau projet, il s'agissait de le réduire à 2 et demi pour
cent, afin d'en faciliter la perception plus intégralement et
de favoriser en même temps les contribuables. Mais D.
Saint-Preux déclara « qu'il ne voyait pas la nécessité de
» rendre cette loi, attendu que, par les comptes rendus du
» secrétaire d'Etat, il existait une balance en faveur delà
» caisse publique, et qu'il votait pour le rejet de la loi. 11 a
d encore parlé du budget. » îl fut appuyé parRoquirol, re- [1855] CHAPITRE IV. 205 présentant des Coteaux, et par H. Dumesle qui parla aussi
du budget. J. Depa réfuta leurs argumens1. Milscent reprit la parole et put facilement démontrer l'avantage que le nouveau projet allait procurer, d'abord aux
contribuables, puis au fisc; mais, étant d'un esprit sardonique, il se laissa emporter par le désir de battre en brèche
les orateurs opposés à ce projet. Il fit ressortir leur « inconséquence, » en ce qu'ils se prétendaient être « des défen-
» seurs du peuple, de leurs mandataires, » puisqu'ils voulaient le rejet de la loi destinée à diminuer leurs charges.
Il alla plus loin. « L'idée, dit-il, délaisser lacaisse publique sans aliment
durant un temps si considérable (en attendant le budget
promis par le Sénat, qui le ferait en 1854 pour 1855), est
vraiment digne de la doctrine incomparable de ceux qui
prétendaient garder en otage les comptes du secrétaire
d'Etat 2 ... On prétend, parce qu'il existait à la caisse publique, au 51 décembre 1851, un peu plus de 1,082,000
gourdes (presque toutes en papier-monnaie), que nos finances sont dans une situation prospère Quelle pauvretél quelle ridicule insinuation!.. Mais l'erreur ne regarde pas de si près ; elle se plaît dans l'éblouissement d'un
faux zèle. On s'enroue à crier que la section des finances
propose la création d'un nouvel impôt ; c'est pousser loin
Y absurdité... On devrait se faire un scrupule de substituer
l'illusion à la réalité ; mais toutes les inductions paraissent
bonnes, quand on agit moins par un défaut de discernement
que par un système qui ne saurait se soutenir sans un peu
d'illusion et de patelinage... Je préfère mie intelligence depuis longtemps donnée aux hommes, aune diffusion costumée
èle. On s'enroue à crier que la section des finances
propose la création d'un nouvel impôt ; c'est pousser loin
Y absurdité... On devrait se faire un scrupule de substituer
l'illusion à la réalité ; mais toutes les inductions paraissent
bonnes, quand on agit moins par un défaut de discernement
que par un système qui ne saurait se soutenir sans un peu
d'illusion et de patelinage... Je préfère mie intelligence depuis longtemps donnée aux hommes, aune diffusion costumée 1 Bulletin des lois , n° 4. 2 La Chambre déchargea M. Nan delà responsabilité attachée à sa gestion, en approuvant les comptes de 1832. 201 études suis l'histoire d'haïti. à la nouvelle mode. . . C'est bien clommageque nous n'ayons
pas un panthéon pour loger nos économistes après leur
mort : ils y seraient en meilleure compagnie qu'à Y hôtel des
fous... Je crois que nos économistes seraient aussi embarrassés de nous procurer des secours inopinés, qu'il leur esî
aisé actuellement de donner carrière à leur quinteuse imagination » Ce langage mêlait nullement parlementaire. Mais ce qui
est étonnant, c'est que D. Saint-Preux et H. Dumesle auxquels il s'adressait, ne répondirent point à Milscent. Ce ne
fut que dans la séance du 7 août que le premier proposa à
la Chambre, d'appliquer les dispositions de l'art. 77 de la
constitution contre tout représentant qui userait de « personalités» à l'égard de ses collègues dans une séance; c'eslà-dire,, la censure ou les arrêts. A quelle cause attribuer
cette abstention de leur part ? C'est qu'ils voyaient que Milscent disposait d'une majorité dont ils redoutaient l'effervescence, si leurs paroles excitaient son irritation. A la séance du 5 août, R. S. Rodriguez prononça un
nouveau discours dont le but était de joindre à ses vœux
précédemment exprimés, celui de voir ouvrir le port de
Monte-Christ au commerce extérieur, afin d'y faire passer
les produits de Saint-Yague, delà Yéga, de Cotuy, etc.,
principalement le tabac; et il appuyait sa proposition sur la
possibilité de trouverune route plus facile pour le transport
de ces denrées que par la voie de Puerto-Plate. La Chambre ne décida rien à ce sujet. Asaséancedu7,elleentenditla
lecture du projet de loi « sur les patentes » pour 1854; à
celle du 12, elle reforma son bureau en élisant Milscent,
président, Phanor Dupin et Yolpélière, secrétaires '. 'I Phanor Dupin, l'un des représentais du Nord et ancien officier do marine, n'était
pas orateur; mais personnelle savait autant que lui discipliner une majorité dans la
Chambre. Sousce rapport, il était le liras droit de Milscent. [S 855] CHAPITRE IV. 205 Le lendemain 45 août, Milscent convoqua la Chambre à
une « séance extraordinaire » dans l'après-midi et en comité général : elle se réunit en majorité. H. Dumesle et
D. Saint-Preux, qui n'avaient pas été convoqués nominativement comme leurs collègues, s'y présentèrent néanmoins;
mais on leur refusa l'entrée par ordre du président de la
Chambre. Qu'allait-eîle donc faire dans cette séance, qui
exigeât leur non-comparution, cette mesure arbitraire à leur
égard ?
« séance extraordinaire » dans l'après-midi et en comité général : elle se réunit en majorité. H. Dumesle et
D. Saint-Preux, qui n'avaient pas été convoqués nominativement comme leurs collègues, s'y présentèrent néanmoins;
mais on leur refusa l'entrée par ordre du président de la
Chambre. Qu'allait-eîle donc faire dans cette séance, qui
exigeât leur non-comparution, cette mesure arbitraire à leur
égard ? Latortue, représentant des Gonaïves, obtint la parole el
lut une motion : « T'ai conçu sans balancer, dit-il, le plus juste et le plus
salutaire des desseins : craintes, espérances, tout nous est
commun, tout nous rapproche... N'est-il pas honteux que
nous soyons ici, voilà déjà deux mois, dans l'inaction la
plus complète, promenant soir et matin notre désœuvrement par toute la ville ?. . . A qui attribuerons-nous l'inaction
dans laquelle nous aurons passé deux de nos sessions?. . . On
a vu de nouveau apparaître à cette 4e législature, avec un /
profond sentiment de douleur, une secte impie et audacieuse
qui, couverte du manteau de l'inviolabilité de la représen- .
tation nationale, cachait sa tète hideuse et sa perfide machination sous le masque d'un faux patriotisme... Ali ! Messieurs, leur projet était vaste; ils ont voulu et désiré avec
ardeur de voir le renversement de ce gouvernement dont
vous êtes une des puissantes colonnes, dussent-ils même,
pour réussir, entraîner les Haïtiens à Je frémis de prononcer le mot. Heureusement, législateurs, ils n'ont point trouvé parmi nous des partisans Nous nous plaignons que le chef du pouvoir exécutif, à qui appartient l'initiative
de la proposition, ne nous envoie pas des projets de lois;
mais, Messieurs, examinons notre conduite... Depuis le 206 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI. commencement de cette 4e législature, quelques membres
de la Chambre se sont mis constamment en travers; ils
voyaient avec un plaisir, malin prêter des intentions perfides,
odieuses et attentatoires au caractère du chef du pouvoir
exécutif, sur tous les projets de lois qu'il a pu nous adresser '. Les auteurs de cette imputation calomnieuse ont
poussé le ridicule-et l'insulte jusqu'à dire, au milieu de nous,
et même à répandre dans les papiers publics 2, qu'il voulait
établir la monarchie en Haïti, se faire Dictateur > Roi, et tant
d'autres absurdités que je me dispense de répéter ici. Les
insensés! ils feignent de vouloir la concorde et l'harmonie
entre les pouvoirs, et chaque mot qui leur sort de la bouche
prêche le désordre et la désunion ! . . . heurs vœux ne seront
accomplis que quand ils auront précipité Haïti dans l'anarchie et dans tous les maux qui en sont inséparables. Voilà,
législateurs, la coupable pensée que je vous signale, des représentais Hérard Dumesle et David Saint-Preux... Ne
devriez-vous pas trembler de souffrir plus longtemps dans
votre sein ces êtres turbulens qui creusent l'abîme où ils
voudraient engloutir vous et la nation? Ne voyez-vous pas
que leurs efforts tendent à soulever le peuple sous le prétexte
de l'éclairer 3 Ne balançons donc pas à expulser de
notre sein, par un décret, ces intrus. . . Je demande à ce qu'il
plaise à M. le président de la Chambre, de vouloir bien
mettre la question aux voix, après qu'il en aurait fait le
résumé. »
usent l'abîme où ils
voudraient engloutir vous et la nation? Ne voyez-vous pas
que leurs efforts tendent à soulever le peuple sous le prétexte
de l'éclairer 3 Ne balançons donc pas à expulser de
notre sein, par un décret, ces intrus. . . Je demande à ce qu'il
plaise à M. le président de la Chambre, de vouloir bien
mettre la question aux voix, après qu'il en aurait fait le
résumé. » La proposition fut livrée aux délibérations de l'assemblée. Aucun membre ne réclama la comparution des deux 1 Allusion aux projets de loi électorale et de contrainte par corps, proposés en 1 83 2,
et retirés par le Président. 2 Dans la Feuille du Commerce. 3 Mais l'orateur ne provoquait que trop à cela, par la conclusion de son discours, [kula décision qu'il fit prendre. [1855] CHAPITRE IV. 207 accusés pôVr être entendus, mais il y eut diverses opinions
émises. Labarrière demanda contre eux l'application « de
la censure et des arrêts; » — A. Pierre, « une punition
exemplaire; »— Loiseau, « la mise aux voix; » — Lebrun,,
« que la 'Chambre fût assez indulgente pour les expulser.
» seulement, car leur crime est prévu par l'art. 94 de la
» constitution ' ; » — Lafontant, « que les arrêts fussent
prononcés; » — Verdier, « que les motifs d'accusation
fussent déduits. » — La tortue reprit la parole pour persister dans sa motion. Milscent, présidant, déclara les débats terminés. Au lieu
de résumer ces débats, il prononça un discours écrit d'avance, qui ne pouvait manquer de conclure selon la motion
cleLatortue, et par les mêmes considérations. Il imputa de
plus auxaccusés « d'avoir divulgué, publié des délibérations
à huis-clos. » Pour établir le droit de la Chambre de décider
souverainement à leur égard, il dit : « Il est d'une vérité éternelle, que celui qui peut faire ,
peut défaire. Il vous appartient réellement d'apprécier le
mérite des élections législatives, puisque le tout qui se
compose de la réunion de vos individus est le résumé de la
nation entière. Une fois constitués en corps], la généralité des
citoyens, légalement parlant, est soumise à vos décrets2... Il
n'est pas moins certain que, lors même que vous auriez
consacré la validité d'un mandat communal, vous ne pourriez tolérer parmi vous un élu qui tenterait à renverser l'édifice social ; un crime commis dans votre sein peut être réprimé
par vous-mêmes, parce que, dans ce cas, la dénonciation 1 Art. 94. Ils (les représentais) sont traduits devant la même cour (la haute cour de
justice) pour les faits de trahison, de malversation, de manœuvre pour renverser la constitution et d'attentat contre la sûreté intérieure de la République. 2 Etrange doctrine de la part d'un avocat ! En faisant des lois votées par le Sénat
aussi et promulguées par le Président d'Haïti, oui; mais non dans le sens de ce passage du
discours.
94. Ils (les représentais) sont traduits devant la même cour (la haute cour de
justice) pour les faits de trahison, de malversation, de manœuvre pour renverser la constitution et d'attentat contre la sûreté intérieure de la République. 2 Etrange doctrine de la part d'un avocat ! En faisant des lois votées par le Sénat
aussi et promulguées par le Président d'Haïti, oui; mais non dans le sens de ce passage du
discours. 208 études sur l'histoire d'haïti.' ne saurait vous en être faite de l'extérieur1... Législateurs
incorruptibles j la question se réduit à savoir si vous céderez la victoire à une minorité qui ne peut rien sans vous,
ou si vous rendrez ses efforts nuls. « « La question mise aux voix, la Chambre décide que les
» citoyens Hérarcl Dumesle, de la commune des Cayes, et
- » David Saint-Preux, de celle d'Aquin, cessent d'être membres
» de la Chambre des représentais des communes d'Haïti,
» et que leurs suppléans seront appelés à les remplacer à
> la session prochaine 2. » Le 14 août, la Chambre se résolut à faire une adresse au
peuple : elle en prit lecture, car cet acte avait été préparé.
Elle adressa aussi un message au Sénat et un autre au Président d'Haïti, pour les informer de l'expulsion des deux
représentais, « qui, dès le commencement de cette législa-
» ture, n'ont cessé de fomenter la discorde, de provoquer
» des dissensions civiles et d'entraver notre marche législa-
» tive. Il nous en a beaucoup coûté de sévir contre des
» représentais de la nation ; mais rien ne peut balancer
» l'intérêt public. » L'adresse au peuple commençait par ces mots : « Le salut
du peuple est la loi suprême. » Elle disait ensuite : « Vos mandataires fidèles vous annoncent avec douleur
un acte de sévérité, mais indispensable à la tranquillité, à
l'union et à la force qui sont nécessaires à la prospérité de
Ja patrie. Nos soins, dès le commencement de cette législature, tendaient à établir entre les pouvoirs constitués une
harmonie qui devait les faire concourir avec la même
intelligence au bonheur de la commune famille ; mais deux 1 Que devenait donc la constitution, art. 94, qui voulait que représentais, sénateurs,
etc., fussent jugés par la haute cour do justice? Pendant la présente session, le citoyen Malval, second représentant des Caves, avait
envoyé sa démission. — Bulletin des Lois, n<> îi. [1853] CHAPITRE iv. • 209 hommes, pervertis par un système absurde, persistaient,
avec une constance condamnable, à rendre nuls tous nos
efforts, soit en cherchant à corrompre l'esprit public par
des écrits perfides, soit en faisant retentir la tribune nationale devocifératiojis séditieuses. De telles entraves ne pouvaient manquer de vicier notre marche législative, et il
n'est que trop vrai que nous étions tombés dans une inaction qui ne pouvait se prolonger sans devenir ignominieuse. Vos mandataires fidèles... ont expulsé de leur sein
les citoyens Hérard Dumesle , de la commune des Cayes,
et David Saint-Preux, de celle d'Aquin, dont les manœuvres tendaient visiblement à provoquer la dissolution du
corps politique 1 . . . »
les entraves ne pouvaient manquer de vicier notre marche législative, et il
n'est que trop vrai que nous étions tombés dans une inaction qui ne pouvait se prolonger sans devenir ignominieuse. Vos mandataires fidèles... ont expulsé de leur sein
les citoyens Hérard Dumesle , de la commune des Cayes,
et David Saint-Preux, de celle d'Aquin, dont les manœuvres tendaient visiblement à provoquer la dissolution du
corps politique 1 . . . » Dans la même séance, une députation de sept membres
de la Chambre avait apporté au Président d'Haïti le message
qui lui fut adressé. Six autres n'y avaient pas paru et demandèrent par lettres la permission de s'en absenter pendant quelques jours. Le 16, trois autres écrivirent à la
Chambre et sollicitèrent des permis de s'en éloigner. La
Chambre, voyant cette espèce de sauve-qai-peut, décida à
l'unanimité : « que ceux de ses membres qui n'ont pas ob-
» tenu de permis pour s'absenter, et qui refuseraient de
» donner leurs signatures à ses actes, seront réputés avoir
» donné leur démission. * Tous se soumirent à cette décision et vinrent signer sur les registres. Elle avait aussi
arrêté que les représentans exclus seraient avertis de leur
déchéance : ce qui eut lieu. Hérard Dumesle et David Saint-Preux n'étaient pas
hommes à se soumettre passivement à leur expulsion de la
Chambre des communes, prononcée surtout avec les cir1 Ceci r, ppelle assez bien les procès de tendance qui eurent lieu en France sous la Restauration. t. x. 44 210 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. constances que nous avons relatées d'après le Bulletin des
lois. Ayant produit les accusations portées contre eux, il
est juste que l'histoire fasse connaître ce qu'ils ont dit pour
leur défense devant la nation et la postérité. Ils n'avaient
pu se faire entendre de leurs collègues; ils adoptèrent la
voie d'une protestation en date du 14 août; la voici : « Nous soussignés, représentons des communes des Cayes
et d'Aquin, déclarons à la face de la nation haïtienne, dans
l'intérêt de nos électeurs, pour notre proore honneur et la
conservation de nos droits imprescriptibles, protester solennellement contre l'acte attentatoire par lequel ceux de nos
collègues qui ont profané leurs mandats, s'attribuent exclusivement le droit de composer la Chambre des représentans des communes et prétendent nous exclure de cette
assemblée. Et, dans le sentiment d'une profonde douleur,
d'une juste et patriotique indignation, nous déclarons que,
s' étant emparés de toute la puissance législative, ceux-là
ont frappé d'interdit les prérogatives du Sénat, usurpé le
pouvoir judiciaire et rompu l'équilibre social; ils ont, par
cette perturbation subversive, compromis le gouvernement
constitutionnel, en imaginant des dangers de position pour
immoler les principes consécrateurs de l'ordre et de la sûreté publique à leur prétendu dévouement; qu'ils ont violé
dans nos personnes les garanties assurées à la représentation nationale et tous les droits des électeurs; qu'ils ont
foulé aux pieds les formes protectrices des libertés publiques, proclamé la révolte de rinconstitutionnalité, établi le
despotisme et ses funestes théories ; et puisant dans les souvenirs des temps désastreux l'exemple de la plus monstrueuse politique, ils ont calomnié pour proscrire, et les
pensées généreuses et les vœux formés pour les améliorations sociales et le bonheur commun.
représentation nationale et tous les droits des électeurs; qu'ils ont
foulé aux pieds les formes protectrices des libertés publiques, proclamé la révolte de rinconstitutionnalité, établi le
despotisme et ses funestes théories ; et puisant dans les souvenirs des temps désastreux l'exemple de la plus monstrueuse politique, ils ont calomnié pour proscrire, et les
pensées généreuses et les vœux formés pour les améliorations sociales et le bonheur commun. ]1855j CHAPITRE IV. 211 » Ayant fait sortir la Chambre de la sphère de ses attributions, ils ont accompli un dessein conçu contre elle et
détruit le but et l'objet de son institution. En effet, en ouvrant cette constitution qu'ils ont si outrageusement méconnue, nous y lisons : que la Chambre ne peut prononcer
de plus fortes peines contre ses membres, que la censure et
les arrêts pour quinze jours au plus; nous nous convainquons que nul député ne peut être recherché pour avoir
usé de la liberté tribunitienne ; que les législateurs ne
peuvent être poursuivis qu'en vertu des formes légales,
et que le droit de les juger est remis à la haute cour de
justice. » C'est donc porter la hache de l'arbitraire sur le pacte
social, c'est ériger l'anarchie en système régulier, c'est
prouver au peuple haïtien que ses institutions sont purement nominales, c'est faire tomber le voile de l'illusion,
que de dévier ainsi des dispositions qui constituent l'existence morale et politique de la Chambre. Eh ! comment ontils osé, ceux-là, se croire en droit d'exercer cette puissance
incommensurable qui écrase de son poids les droits et les
intérêts de tous! C'est que la crainte et l'espérance, ces
deux mobiles du cœur humain, ont été mises en action
pour subjuguer la plupart d'entre eux^ et qu'ils n'ont pu
résister à la pernicieuse influence qui les entraînait ; cat^
si la raison constitutionnelle les éclairait dans ces instans
de turbulence et de déception, ils eussent compris qu'en
attaquant le caractère sacré de deux membres de la Chambre, ils se dépouillaient eux-mêmes de l'inviolabilité, et
qu'en se plaçant sur le sable mouvant de l'intrigue, ils rendaient leur existence précaire.
la plupart d'entre eux^ et qu'ils n'ont pu
résister à la pernicieuse influence qui les entraînait ; cat^
si la raison constitutionnelle les éclairait dans ces instans
de turbulence et de déception, ils eussent compris qu'en
attaquant le caractère sacré de deux membres de la Chambre, ils se dépouillaient eux-mêmes de l'inviolabilité, et
qu'en se plaçant sur le sable mouvant de l'intrigue, ils rendaient leur existence précaire. » Les menaces qu'on a entendu tomber de la tribune, à la
dernière session, et que l'un de nous a relevées dans un 212 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. discours publié clans le temps ; les paroles sinistres qui sont
sorties de la même bouche à la séance du 29 juillet dernier \
à l'occasion d'une loi d'impôt contenant des dispositions
acerbes, loi qui a été rejetée à la presque unanimité de la
Chambre 2; ces paroles, disons-nous, sorties de la bouche
du principal machinateur de cette trame, étaient sans
doute des indices suffi sans pour faire penser que le ressort
invisible qui fit mouvoir l'événement du 30 août 1822 3, de
cette époque qu'il faudrait pouvoir arracher des pages
de notre histoire, était remis en activité pour reproduire le
dénouement fatal avec moins d'agitation et plus d'immoralité encore. Toutefois, nous n'avions pas besoin de cet
avertissement pour savoir que ceux qui sèment les principes
ne recueillent le plus souvent qu'amertume et dangers;
mais en entrant dans la carrière, nous avions écrit sur nos
cœurs : Dieu, la Patrie, l'Univers et la Postérité! Nous n'ignorions pas que la présence d'un seul homme de bien fait
le supplice des médians, et que ceux qui renoncent à toute
pudeur politique sont propres à être les instrument des plus
funestes desseins ; nous étions avertis, avant de quitter nos
foyers domestiques, que la palme législative devait être pour
nous changée en cyprès ; mais nous n'avons pas dû reculer
devant nos devoirs et la confianceclenosélecteurs. D'ailleurs,
il était naturel de croire qu'au sein de la paix la plus parfaite, on n'oserait pas, pour arriver à nous, consommer un
si grand attentat contre la constitution, et lugubrer l'avenir
par le présent! Qu'a-t-on, en effet, à nous reprocher? Une
intime et profonde conviction que la vérité est le principe
régénérateur des Etats. Disciples de cette révélation politique et morale qui enseigne les droits des peuples, et les 1 Allusion au discours de Milscent, à propos de la loi sur l'impôt foncier. 2 Elle fut seulement ajournée, mais votée ensuite. 3 Allusion a l'affaire de F. Darfour, qui entraîna l'expulsion de plusieurs représentai! [1855] CHAPITRE IV. 215 devoirs de ceux auxquels ils confient leur salut, inspirés
par cetie vérité, objet de notre culte, nous avons exprimé,
avec l'indépendance du républicanisme le plus pur, des
vœvx :
ilscent, à propos de la loi sur l'impôt foncier. 2 Elle fut seulement ajournée, mais votée ensuite. 3 Allusion a l'affaire de F. Darfour, qui entraîna l'expulsion de plusieurs représentai! [1855] CHAPITRE IV. 215 devoirs de ceux auxquels ils confient leur salut, inspirés
par cetie vérité, objet de notre culte, nous avons exprimé,
avec l'indépendance du républicanisme le plus pur, des
vœvx : « Pour que le mode électoral fût composé d'élémens qui
pussent à la fois garantir l'indépendance des votes et en-,
tretenir le feu sacré des principes ; — pour que le recrutement et le renouvellement progressif de l'armée fussent
l'objet d'une loi libérale; pour que la solde des militaires fût
améliorée, et que le sort des vétérans de la gloire nationale '
fût fixé; — pour qu'un système d'ordre régulier s'introduisît dans nos finances, et que la fortune particulière, s'asseyant sur des bases réelles, assurât la fortune publique ;
— pour que le budget vînt centraliser la marche de l'administration publique, réprimer les désordres de la spoliation
et faire tourner l'impôt au plus grand avantage des contribuables; — pour que l'éducation, ce véhicule de la civilisation, prît une physionomie nationale, à l'aide des encouragemens qu'elle sollicite ; — pour que les nobles pensées
de liberté et d'indépendance fussent appréciées ; — pour
que l'agriculture, cette base réelle de la puissance des
Etats, fût vivifiée par des institutions formées par l'esprit
de liberté et de bon ordre; — pour que le commerce prît
un nouvel essor et animât l'industrie; — pour que le pouvoir
judiciaire jouît de sa pleine indépendance ; — pour que
l'interprétation ne transportât pas l'anarchie dans les lois.
» Nous avons plus fait, nous avons porté nos regards
dans l'avenir; nous avons invité Haïti à le conquérir, en
revisant sa constitution. Nous avons honoré la mémoire
du grand Haïtien (Pétion). Notre sollicitude a souvent embrassé la situation du pays à l'égard du dehors et de la
dette de l'Etat. (WéJiM 214 ÉTUDES SUR l/H!STOIRE d' HAÏTI. » Si ces pensées nationales, si ces pensées de liberté et
de félicité publique sont des crimes, nous dévouons nos
têtes à l'anathème. Mais, si ce sont des vertus qui eussent
été honorées dans le monde entier, nous avons rempli, au
moins en efforts, notre mission de vérité, d'ordre, de
conservation et d'amélioration; nous avons mérité les honneurs que cette proscription attire sur nous. Ainsi, nous
protestons :
ÏTI. » Si ces pensées nationales, si ces pensées de liberté et
de félicité publique sont des crimes, nous dévouons nos
têtes à l'anathème. Mais, si ce sont des vertus qui eussent
été honorées dans le monde entier, nous avons rempli, au
moins en efforts, notre mission de vérité, d'ordre, de
conservation et d'amélioration; nous avons mérité les honneurs que cette proscription attire sur nous. Ainsi, nous
protestons : » 1° Contre toutes entreprises que l'inconstitutionnalité
a conçues et oserait concevoir contre les droits et l'intérêt
du peuple haïtien; — 2° contre l'acte qui a entrepris de
nous dépouiller violemment et au mépris de la constitution,
du caractère dont nous avons été revêtus par le vœu libre
de nos concitoyens ; — 5° contre les conciliabules que les
machinateurs de cette trame criminelle ont tenus en dehors
de la Chambre, etoùils ont lié leurs adhérens par d'affreux
sermens, où ils les ont enrôlés dans l'infamie; — 4° contre
l'envahissement qu'ils ont fait de tout pouvoir, en se constituant législateurs, accusateurs, rapporteurs, jurés et juges, pour accomplir cette œuvre d'iniquité ; — 5° contre
l'action qui nous priva du droit naturel, du droit sacré de
nous défendre, et qui substitua aux formes protectrices de
la société, celles de l'inquisition ; qui introduisit la terreur
dans le sein de la Chambre, pour forcer les députés qui conservaient leur conscience pure, à signer une adresse impie.
— 6° nous protestons contre eux, pour nous avoir fermé les
issues de la Chambre avec des baïonnettes, à la séance
vraiment extraordinaire du 15 du courant, où ils prodiguèrent les vociférations les plus vénéneuses contre nous,
mais où ils se gardèrent de nous convoquer ; — 7° pour
avoir, mais en vain, cherché à égarer l'opinion publique
contre nous et à provoquer des malheurs; — pour avoir, [1855] CHAPITRE IV. 215 enfin, encouru la mise hors la loi prononcée par l'art. 24 de
la constitution 1. » Et afin que la présente protestation ait toute la force
que la loi, la raison et les principes conservateurs de l'ordre
social ont attachée à son importance, nous en appelons au
tribunal de l'opinion publique; au Sénat, dépositaire et
conservateur de la constitution d'Haïti ; au jugement des
amis des principes et aux philanthropes de tous les pays, de
l'iniquité de cet acte qui recèle en lui tous les germes de
dissolution. Nous déclarons nous éloigner de cette assemblée qui a perdu tout caractère légal et constitutionnel, pour
conserver purs les mandats que nous a délégués la confiance, et aussi, l'inviolabilité y attachée. Déclarons que
nous attendons du patriotisme et du respect que le Sénat a
toujours montrés pour les principes qui sont les bases de
notre existence politique, la convocation de la haute cour
de justice devant laquelle nous comparaîtrons avec la sécurité que nous inspirent notre conscience et notre conviction.
ons nous éloigner de cette assemblée qui a perdu tout caractère légal et constitutionnel, pour
conserver purs les mandats que nous a délégués la confiance, et aussi, l'inviolabilité y attachée. Déclarons que
nous attendons du patriotisme et du respect que le Sénat a
toujours montrés pour les principes qui sont les bases de
notre existence politique, la convocation de la haute cour
de justice devant laquelle nous comparaîtrons avec la sécurité que nous inspirent notre conscience et notre conviction. » Port-au-Prince, le 14 août 1855, an 50e de l'indépendance d'Haïti. » Signé : Hérard Duméslè, David Saint-Preux. » Ces deux représentons adressèrent, en effet, leur protestation accompagnée d'une lettre au Sénat, dans laquelle
ils insistèrent pour que ce corps convoquât la haute cour de
justice, afin de les juger. Mais le Sénat rendit un décret, le
16 septembre, qui déclara : « qu'il n'y avait pas lieu à con-
» voquer la haute cour de justice, comme le demandaient
» les citoyens Hérard Dumesle et David Saint-Preux, pour y 1 Art. 24. Celui qui viole ouvertement la loi se déclare en état de guerre avec la
société. 216 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. » être jugés sur les faits qui ont causé leur expulsion de la
» Chambre des représentons 1 . » Ainsi le décida la majorité; car il y eut des membres qui
opinèrent en faveur de la convocation, qui furent même
d'avis, tout d'abord, que le Sénat adressât un message à la
Chambre, pour lui représenter qu'elle n'avait pas le droit
d'exclure ses membres, mais seulement celui de les mettre
en accusation, ense conformant aux dispositions des art. 94
et suivans de la constitution 2. D'autres sénateurs firent
remarquer que la Chambre était entièrement indépendante du Sénat, et vice versa; que le Sénat n'avait par conséquent aucun droit de censure sur elle; qu'elle était responsable de ses actes devant l'opinion publique ; que si
elle-même avait mis en accusation les deux représentai et demandé au Sénat la convocation de la haute
cour de justice, alors seulement cela aurait pu avoir
lieu 3. Cette opinion était tout à fait conforme à la constitution. Quant au message de la Chambre qui l'informait de l'exclusion prononcée, le Sénat n'y répondit que clans la session de 185-4, et par un simple « accusé de réception. »
Nous ignorons quelle fut la réponse du Président d'Haïti à
celui qui lui fut adressé, et ce qu'il dit à la députation qui 1 H. Dnmesle considérait le Sénat comme étant le premier corps politique de l'État, le
conservateur de ses institutions : ainsi il en parlait dans l'adresse de la Chambre au
peuple, du 30 juin 1824. Mais après le prononcé du Sénat sur sa protestation, et par la
suite encore, il ne lui reconnut pins cette haute position; ce fut à la Chambre qu'il
d'Haïti à
celui qui lui fut adressé, et ce qu'il dit à la députation qui 1 H. Dnmesle considérait le Sénat comme étant le premier corps politique de l'État, le
conservateur de ses institutions : ainsi il en parlait dans l'adresse de la Chambre au
peuple, du 30 juin 1824. Mais après le prononcé du Sénat sur sa protestation, et par la
suite encore, il ne lui reconnut pins cette haute position; ce fut à la Chambre qu'il • , , attribua l'exercice plein et entier de la souveraineté nationale. 2 MM. J. Georges et Audigé, amis de H. Dnmesle, furent surtout ceux qui opinèrent
ainsi : ils ne cachèrent pas leur indignation contre la Chambre. 3 En juin 1817, le Sénat n'ayant pas voulu d'abord admettre la réélection du sénateur
Larose, adressa un message à la Chambre, par lequel il lui ordonnait de choisir un autre
des trois candidats proposés par Pétion. Mais la Chambre releva ce terme en disant au
Sénat: qu'il ne lui appartenait pas de censurer ses actes; que les deux corps étaient indépendans l'un de l'autre; que le Sénat, dépositaire de l'acte constitutionnel, avait seulement le veto a l'égard des lois rendues par la Chambre. [1853] CHAPITRE IV. 217 le lui apporta, mais il est probable qu'il se félicita de la
mesure. En présence de l'art. 94 de la constitution dont nous
avons cité le texte, le lecteur ne pense pas, sans doute, que
nous allons produire aucun argument en faveur de l'exclusion de ces deux membres de la Chambre des communes.
Nous avons d'ailleurs manifesté notre opinion sur l'inconstitutionnalité d'une pareille décision de la part de la
Chambre, à propos des événemens de 1822, en disant que
la convocation de la haute cour de justice était une chose
possible alors; par la même raison, il y avait possibilité à
cet égard en 1833. Dans l'un et l'autre cas, la Chambre
n'eut pas recours à cette voie légale tracée d'avance, probablement parce qu'elle reconnut la difficulté d'asseoir une
accusation. L'art. 9-4 voulait des faits pour la motiver, et
ceux allégués contre H. DuinesJeetD. Saint-Preux n'auront
pas paru suffisans, aux avocats mêmes qui les accusèrent,
dans le but qu'ils poursuivaient : les exclure par le vote de
la majorité sembla préférable, et on s'y arrêta; mais ce n'était qu'une oppression. La Chambre fut-elle entraînée à cet acte coupable, somme
en 1822, par l'intimidation exercée à son égard par le Président d'Haïti? Les faits et les circonstances que nous avons
relatés ne le prouvent nullement en 1853. Céda-t-elle seulement à une pression de Boyer sur l'esprit de ses membres,
ou à une insinuation d'imiter la conduite de la législature
de 1822? Rien ne saurait le prouver. On peut penser, croire
ainsi, mais sans fournir les élémens nécessaires pour ajouter foi à cette induction.
ée à son égard par le Président d'Haïti? Les faits et les circonstances que nous avons
relatés ne le prouvent nullement en 1853. Céda-t-elle seulement à une pression de Boyer sur l'esprit de ses membres,
ou à une insinuation d'imiter la conduite de la législature
de 1822? Rien ne saurait le prouver. On peut penser, croire
ainsi, mais sans fournir les élémens nécessaires pour ajouter foi à cette induction. En effet, qu'a-t-on vu dès qu'il s'agît de la formation de
cette 4e législature? Une proclamation du Président aux élec218 ÉTUDES SUR L HISTOIRE D'HAÏTI. teurs, les conviant à nommer « des représentais éclairés,
» vertueux et patriotes, qui sauraient apprécier les amélio-
» rations réclamées par le véritable intérêt national? » La
Chambre des communes se réunit, se prévaut de ces paroles, fait un discours au Président et lui envoie une adresse;
dans ces deux actes, elle exprime sa satisfaction des dispositions qu'il montre à agréer les vœux qu'elle pourra former;
elle en énumèrejin certain nombre, elle hii dit « qu'il a
» beaucoup fait, mais qu'il lui reste encore beaucoup à faire
» pour la patrie. » Elle érige deux tribunes dans la salle de
ses séances, destinées à ses orateurs et à ceux du pouvoir
exécutif, et porte le Sénat à l'imiter en cela, sans envisager néanmoins la difficulté de réaliser ses désirs à cet
égard. Que fait le Président d'Haïti? Il propose deux projets de
loi qui entrent dans les vœux exprimés : l'un d'eux a été
élaboré entre un comité de la Chambre et une commission
du gouvernement. Mais, de ce que le Président s'arrête aux
idées conçues par la commission, l'amour-propre, peut-être
la présomption de deux représentais, les porte à repousser
ce projet préféré, par des paroles offensantes pour le caractère du chef de l'État, à qui ils supposent des vues contraires
à l'intérêt général, de perfides intentions envers une partie
de ses concitoyens. Ces imputations injustes excitent le
mécontentement delà majorité de la Chambre; elles ont un
éclat qui décide le Présidentà retirer ce projet de loi. L'autre
projet est pareillement retiré, parce que les mêmes représentais l'ont attaqué par des motifs analogues. Ils font plus ;
ils livrent à la publicité, dans un journal hostile au gouvernement, le projet de loi préparé par le comité de la Chambre, faisant ainsi un appel à l'opinion publique, occasionnant par là des commentaires injurieux pour la personne [1855] CHAPITRE IV. 219 du Président, augmentant clans la capitale le nombre des
opposansqui s'y trouvaient. Boyer se décide alors à abandonner la Chambre à elle-même ; il la laisse à sa propre
initiative pour les lois d'impôts, en se retranchant dans celle
que lui donne la constitution, pour en user selon qu'il le
jugera convenable. Et la première session de cette législature, qui s'annonçait sous des auspices si favorables, se
borne à trois lois peu importantes.
APITRE IV. 219 du Président, augmentant clans la capitale le nombre des
opposansqui s'y trouvaient. Boyer se décide alors à abandonner la Chambre à elle-même ; il la laisse à sa propre
initiative pour les lois d'impôts, en se retranchant dans celle
que lui donne la constitution, pour en user selon qu'il le
jugera convenable. Et la première session de cette législature, qui s'annonçait sous des auspices si favorables, se
borne à trois lois peu importantes. Dans l'intervalle de cette session à celle qui l'a suivie,
une circulaire du ministre de la justice, écrite par ordre
du Président, interprétant un article de la constitution d'après l'esprit de ce pacte fondamental, fondée sur des faits
graves contraires à la hiérarchie judiciaire, sur des besoins
publics, vient décider qu'il y a incompatibilité entre les fonctions de représentant et celles d'officier ministériel, afin
de porter ceux qui les cumulent à opter entre les unes et les
autres ; et les mêmes représentans qui se sont montrés opposans, s'en prévalent pour crier à l'arbitraire, pour vouloir que le ministre soit mandé à la barre de la Chambre
des communes, afin de s'expliquer sur cet acte. Il est vrai
qu'ils se basent sur la constitution qui permet cette comparution, que dans la forme ils couvrent la responsabilité du
Président par celle du ministre ; mais qui ne s'aperçoit
qu'au fond de leur démarche ils désirent atteindre le Président dans la personne du ministre ? Leurs collègues en sont
convaincus et repoussent leur demande comme inutile ; ce
sont surtout des officiers ministériels comme eux qui prouvent cette inutilité, eux qui sont également intéressés dans
la question qui est soulevée ; ce sont eux qui leur disent de
pas en faire une question personnelle sous le masque des
principes. Dans la même séance, on voit encore ces opposans essayer de soutenir une demande inconcevable, 220 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. adressée à la Chambre par un journaliste légalement condamné ; cette demande est reponssée par la majorité. Mais, dès le début de cette 2e session, on voit surgir
entre ses membres les plus éclairés, une dissidence d'opinions qu'animait la rivalité d'influence, chacun cherchant
à l'exercer sur ses collègues : elle éclate dans toutes les
questions qui sont agitées. 11 arrive même un moment où
Milscent, devenu chef de la majorité depuis l'année précédente, prononce un discours plein de personnalités à l'égard
de H. DumesleetD. Saint-Preux, à propos d'une loi d'impôt. Ce discours, après celui prononcé par R.S. Rodriguez,
signalant une « opposition violente dans la Chambre, laquelle
» a inspiré du dégoût au chef de l'État, à la vue de ses in-
» tentions méconnues et de ses efforts contrariés, » invitant la Chambre, « à châtier les imprndens, les esprits iti-
» quiets et turbulens : » ce discours de Milscent, disonsnous, fait évidemment voir qu'il aspirait à rester seul influent dans la Chambre, et pour cela, à se débarrasser des
deux autres représentans qui marchaient d'accord dans
leur opposition et qui le gênaient, par leur aptitude à discourir à la tribune. De là cette résolution de la majorité
qui l'élit président le 12 août et qu'il réunit le lendemain
clans une séance extraordinaire, pour exclure H. Dumesle
et D. Saint-Preux de la Chambre.
évidemment voir qu'il aspirait à rester seul influent dans la Chambre, et pour cela, à se débarrasser des
deux autres représentans qui marchaient d'accord dans
leur opposition et qui le gênaient, par leur aptitude à discourir à la tribune. De là cette résolution de la majorité
qui l'élit président le 12 août et qu'il réunit le lendemain
clans une séance extraordinaire, pour exclure H. Dumesle
et D. Saint-Preux de la Chambre. Dansnotre conviction, cette lutte d'influence et d'amourpropre, de jalousie, a été la véritable cause de cette mesure
inconstitutionnelle et oppressive. QueMilscent et ceux qui le
secondèrent, aient pensé, aient espéré être agréables en cela
à Boyer, nous n'en cloutons pas : ils auront encore espéré
qu'alors le Président souscrirait aux vœux modérés manifestés par la Chambre, et le sacrifice de leurs collègues leur
aura paru une chose urgente aux besoins publics. Ils se [1851] CHAPITRE IV. 22 i seront crus autorisés à le faire, par le déplorable précédent
de la législature de 1822, sans envisager la différence des
temps et des circonstances, sans considérer les funestes
conséquences qui résulteraient nécessairement de cet acte
arbitraire et d'autant plus odieux, qu'ils n'admirent pas les
deux représentans exclus à entendre les accusations portées
contre eux et à se défendre. En 1822, la Chambre avait au
moins une excuse, quelque faible qu'elle fût, en ce que ses
membres exclus avaient été arrêtés, disait-on, par le peuple,
et emprisonnés par l'autorité executive, comme complices
de l'auteur d'une pétition jugée séditeuse ; mais en 1855,
quelle excuse pouvait-elle présenter en faveur de cette
violation du droit sacré de la défense? H. Dumesle et D.
Saint-Preux se montraient opposans, cela est vrai ; mais
l'institution d'une assemblée législative et politique n'entraîne-t-elle pas la faculté, sinon le droit, de faire de Y opposition au pouvoir exécutif, même d'en abuser? La majorité de leurs collègues étant formellement décidée à combattre^ à repousser leurs opinions plus ou moins contraires
aux vues de ce pouvoir, elle aurait pu leur laisser la faculté
de discourir à leur aise, si elle n'était pas elle-même passionnée comme son chef. Aussi, quel parti H. Dumesle n'a-t-ii pas tiré de son exclusion de la Chambre des communes ! Il n'y était qu'un
opposant, elle en fit le Chef de l 'Opposition existante dans le
pays contre le gouvernement de Boyer. Le Président passa
naturellement à ses yeux pour être l'auteur secret, « le
» ressort invisible qui fit mouvoir cette trame, comme
» l'événement du 50 août 1822, » ainsi que le fait entendre
sa protestation; car elle est tout entière de lui, on y reconnaît son style, etD. Saint-Preux, malgré le concours intelligent qu'il lui prêtait et qui fit de lui le lieutenant de H. Du222 ÉTUDES SUU LH1ST0IRE d' HAÏTI.
ident passa
naturellement à ses yeux pour être l'auteur secret, « le
» ressort invisible qui fit mouvoir cette trame, comme
» l'événement du 50 août 1822, » ainsi que le fait entendre
sa protestation; car elle est tout entière de lui, on y reconnaît son style, etD. Saint-Preux, malgré le concours intelligent qu'il lui prêtait et qui fit de lui le lieutenant de H. Du222 ÉTUDES SUU LH1ST0IRE d' HAÏTI. mesle, n'était, pour ainsi dire, qu'un satellite attaché à cette
planète. H. Dumesle possédait tout ce qu'il fallait pour être un
tribun du peuple. Il était doué d'une imagination vive et
brillante; il écrivait et s'exprimait avec facilité; sa phraséologie séduisait et captait les esprits inexpérimentés. Son
tempérament, ses mœurs mêmes se prêtaient au rôle
que son ambition le portait à jouer dans la République.
Avide de popularité, à l'exemple des orateurs des chambres législatives en France et en Angleterre dont les
discours nourrissaient son esprit mobile, il visa dès
lors à la conquérir par son attitude envers le pouvoir exécutif . Sa protestation en est une preuve convaincante; il s\
posa en réformateur de tout ce qu'on considérait comme
abus dans l'administration ; en provocateur de toutes les
mesures d'améliorations publiques et sociales, en embrassant dans ses vœux celles qui pouvaient le plus intéresser
tout le monde : les esprits éclairés, les militaires en activité
de service, les vétérans, les pères de famille, les proprié-*
taires agriculteurs, les commerçans, les magistrats de
l'ordre judiciaire. Il n'oublia pas de parler de sa « sollici-
» tùde » pour le pays tout entier, dans ses rapports avec
l'étranger et eu égard à la dette nationale, ni d'exalter la
mémoire de Pétion pour l'opposer à Boyer. Cette protestation .devint le programme qu'il lança au public, à tous les
esprits arclens ou calmes qui désiraient sincèrement lepro1 H. Dumesle envoya des copies de sa protestation à Lord Brougham, à O'Connell, a
M. Isambert, tant il était désireux de renommée et de prouver qu'enfin Haïti pouvait
aspirer a la civilisation par le règne des principes. En 1836, M. Isambert m'en parla et
me demanda si la Chambre des communes avait le droit d'exclure ses membres, comme
celle de la Grande-Bretagne, ,1e lui iépondis ; a Àvez-vous la constitution d'Haïti ? — Oui,
e l'ai.— Alors, vous pouvez y voir qu'elle n'a pas ce droit, qu'elle peut seulement accuser ses membres et les faire juger par la liante cour de justice.» • [1835] CHAPITRE IV. 225 grès, l'avancement d'Haïti dans une voie civilisatrice. Tous
ses écrits publiés ensuite, tous les discours prononcés par
lui, n'ont été que le développement de cet acte qui rallia
l'Opposition autour de lui, pour suivre désormais sa ban- '
nière sur laquelle il écrivit ce mot magique : Amélioration 1. Et pour dessiller tous les yeux, il a fallu que le succès, couronnant son œuvre et lui donnant une influence
décisive en 18 45, vînt prouver son inaptitude à réaliser
tout ce que désiraient son ambition, et sans nul doute son
patriotisme.
'ont été que le développement de cet acte qui rallia
l'Opposition autour de lui, pour suivre désormais sa ban- '
nière sur laquelle il écrivit ce mot magique : Amélioration 1. Et pour dessiller tous les yeux, il a fallu que le succès, couronnant son œuvre et lui donnant une influence
décisive en 18 45, vînt prouver son inaptitude à réaliser
tout ce que désiraient son ambition, et sans nul doute son
patriotisme. Dans notre conviction encore, Boyer eût pu modérer,
diriger cette ambition, ou du moins détourner H. Dumesle
de cette voie dans laquelle il entra, forcément en quelque
sorte, car son amour-propre blessé, froissé, irrité, l'y poussait afin de ne pas paraître coupable. Dans sa jeunesse,
H. Dumesle avait reçu de Boyer de nombreux témoignages
d'intérêt affectueux, il en avait gardé le souvenir. Dans son
ouvrage intitulé — « Voyage dans le Nord d'Haïti, » il se
plut à consigner son admiration pour Boyer; à la Chambre,
en 1824, il en fit un éloge pompeux. Mais le caractère du
Président s'opposait à ces moyens qu'un chef de gouvernement emploie souvent, dans l'intérêt public et sans perdre
de sa dignité, pour désarmer un ambitieux %. Après l'exclusion des deux représentans, la Chambre
vota, le 21 et le 50 août, la loi « sur les patentes et celle sur
» l'impôt foncier, » telles que le comité de finances les avait
préparées sous la direction de Milscent. Elle termina sa
session le 12 septembre. Celle de 1854 devait présenter un 1 À présent, le mot progrès a remplacé son devancier. A toutes les époques, l'esprit
humain se saisit toujours d'une idée pour exprimer ses espérances, ses aspirations dans
'ordre moral et dans l'ordre matériel. 2 Je parlerai pins tard d'une lettre que H. Dumesle adressa à Boyer en 1836» et qui
motive l'opinion que j'émets dans ce paragraphe. 22 ï ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. plus grand nombre de lois, proposées par le pouvoir exécutif, selon qu'il entendait l'idée « d'amélio-
» rations réclamées réellement par le véritable intérêt na-
» tional. » Lorsque les deux lois rendues en dernier lieu par la
Chambre des communes parvinrent au Sénat, le sénateur
J. Georges, appuyé de son collègue Audigé(tous deux mécontens de cette Chambre par rapport à l'exclusion de
H. Dumesle et D. Saint-Preux), fit observer que ces lois
d'impôt, émanées de l'initiative des représentans, contenaient des dispositions <X exécution qui rentraient nécessairement dans l'initiative du Président d'Haïti, parce que
la Chambre devait se borner, selon l'art. 57 de la constitution, à « établir les contributions publiques, en détermi-
» nant leur nature, leur quotité, leur durée et leur mode
» de perception. » Il ajouta que les mesures à indiquer aux
agents du gouvernement, les peines à prescrire contre les
délinquans, etc., devaient être proposées par le Président.
Le Sénat adopta cette distinction et adressa un message à
ce sujet à Boyerqui, le 7 septembre, y répondit en accueillant ces observations et faisant savoir qu'il les avait transmises à la Chambre, que celle-ci les avait trouvées justes,
et qu'à l'avenir elle s'y conformerait.
de perception. » Il ajouta que les mesures à indiquer aux
agents du gouvernement, les peines à prescrire contre les
délinquans, etc., devaient être proposées par le Président.
Le Sénat adopta cette distinction et adressa un message à
ce sujet à Boyerqui, le 7 septembre, y répondit en accueillant ces observations et faisant savoir qu'il les avait transmises à la Chambre, que celle-ci les avait trouvées justes,
et qu'à l'avenir elle s'y conformerait. Une question d'une plus haute importance fut examinée
et résolue entre le Sénat et le Président d'Haïti, au moment
où la session législative venait de s'ouvrir. Après avoir exercé, à l'imitation de Pétion, de nombreux actes de clémence envers des condamnés pour toutes
sortes de délits^ Boyer éprouva, non un scrupule à ce sujet,
mais le désir de régulariser de tels actes à raison de l'existence des codes des lois civiles et pénales publiées depuis
plusieurs années. A cet effet, il forma une commission [1855] CHAPITRE IVo 225 composée des citoyens Pierre André, commissaire du gouvernement près le tribunal de cassation ; Seguy Villevaleix
aîné, chef des bureaux de la secrétairerie générale ; Eugène
Seguy Villevaleix, secrétaire particulier du Président; et
B. Ardouin, commissaire du gouvernement près le tribunal
civil, et il îa chargea d'examiner cette question : « Le Président d'Haïti a-t-il le droit de faire grâce? » Cette commission lui avait présenté un rapport à ce sujet, dès le 4 décembre 1852. Elle avait examiné les opinions
émises sur le droit de grâce, par les principaux publicistes
et les jurisconsultes les plus célèbres 1, Elle considéra^ que
si la constitution de 181 6 de même que celle de 1806, n'accordait pas textuellement ce droit au chef de l'Etat, elle ne
le défendait pas non plus; et que Pétion et Boyer en avaient
tous deux usé en bien des circonstances, avec avantage pour
la République, en obtenant certainement l'approbation du
peuple. La commission conclut donc son rapport en disant
au Président : qu'il lui semblait qu'il devait continuer à
exercer cette prérogative auguste, qui était en harmonie
avec toutes les attributions politiques réservées au Président d'Haïti par la constitution. Néanmoins, elle résuma
son opinion à cet égard, ainsi qu'il suit : « l.o Le Président d'Haïti, en sa qualité de chef de l'Etat, et en vertu des attributions qui lui sont déléguées par
la constitution, a le droit de faire grâce. — 2° Le droit de
grâce est celui de remettre ou de commuer les peines établies parla loi et prononcées par les tribunaux compétens.
5° Le droit de grâce ne devant être exercé que lorsque l'ini La commission chargea M. S. Villevaleix aîné de rédiger son rapport, contenant une
soixantaine de pages où furent citées les opinions de Grotius, Hobbes, Montesquieu,
J.-J. Piousseau, Mably, Yattel,B. Constant, Paillet, Bentham, etc. Ou connaît d'ailleurs la
capacité de ce citoyen éclairé qui consacra plus de vingt années de sa vie au service de
la République.
être exercé que lorsque l'ini La commission chargea M. S. Villevaleix aîné de rédiger son rapport, contenant une
soixantaine de pages où furent citées les opinions de Grotius, Hobbes, Montesquieu,
J.-J. Piousseau, Mably, Yattel,B. Constant, Paillet, Bentham, etc. Ou connaît d'ailleurs la
capacité de ce citoyen éclairé qui consacra plus de vingt années de sa vie au service de
la République. T. x. 4 5 226 études sur l'histoire d'hàïti. térêt public l'exige, ou le permet, il est évident que là où il
n'y a pas d'intérêt public, que là encore où cet intérêt n'est
point majeur, ce droit perd son action. Il n'y a donc que
dans les causes criminelles que l'exercice du droit de grâce
puisse être utile : dans les affaires correctionnelles, il
serait contraire à son but; il serait injuste et illégal dans
les affaires civiles. — -4° Le droit de grâce est illimité. Il
s'applique et s^étend indistinctement à tous les citoyens
condamnés par les tribunaux criminels et à tous les militaires des armées de terre et de mer condamnés par les tribunaux compétens. — 5° Le droit de grâce ne préjudicie
en rien au droit d'amnistie qui en dérive et qui regarde
spécialement les délits politiques. — 6° Le droit de grâce,
institué dans le seul intérêt public, ne saurait, par conséquent, préjudiciel* à des intérêts privés. Ainsi, la remise ou
la commutation de la peine corporelle, n'éteint ni ne suspend l'action civile en ce qui concerne la poursuite des
dommages ou intérêts, lorsqu'il y a lieu. — 7° La grâce ne
peut non plus avoir d'effet rétroactif, elle prend le condamné dans l'état où il est au moment que la condamnation
a été prononcée : elle lui restitue l'avenir de ses droits,
mais tous les droits acquis, par le jugement, à des tiers,
leur sont irrévocablement dévolus. Or, quand la succession
d'un condamné a été ouverte à ses héritiers, il ne peut la
recouvrer parla grâce^ d'après ce principe, que le mort saisit
le vif; quand elle n'a été mise qu'en régie, il la reprenc
telle qu'elle se trouve, sans pouvoir réclamer les fruits
perçus ni aucuns dommages et intérêts pour raison des torts
ou négligence de la gestion. Ainsi encore, la remise de la
peine emporte avec elle la remise des amendes prononcées
en faveur du fisc, et qui n'auraient point été payées, mais
non la restitution de celles qui auraient été acquittées. —
le vif; quand elle n'a été mise qu'en régie, il la reprenc
telle qu'elle se trouve, sans pouvoir réclamer les fruits
perçus ni aucuns dommages et intérêts pour raison des torts
ou négligence de la gestion. Ainsi encore, la remise de la
peine emporte avec elle la remise des amendes prononcées
en faveur du fisc, et qui n'auraient point été payées, mais
non la restitution de celles qui auraient été acquittées. — [1855[ CHAPITRE IV. 227' 8° La commutation n'étant qu'une modération delà peine, il
est évident que le condamné qui en est l'objet ne peut prétendre qu'à l'exercice de la portion de droits que lui laisse
la nouvelle peine à laquelle il est assujetti, et sous les conditions ou restrictions énoncées plus haut. — 9o Le droit de
grâce n'ayant pour but que de dispenser des peines ou d'en
adoucir la sévérité, là où il n'y a pas de condamnation définitive, il ne peut y avoir de grâce. — 10° En conséquence
de ce principe fondé sur la raison et sur le respect dû aux
lois, il faut qu'un citoyen ait été définitivement condamné
pour qu'il puisse être gracié. 11° Tel est le cas des contu»
max. Tant qu'ils ne sont pas soumis au jugement définitif,
voulu par les articles 30 et 54 du code civil, ils se placent
eux-mêmes hors du droit de grâce ; pour y rentrer, il faut
qu'ils aient parcouru les voies de juridiction qui leur sont
ouvertes par la loi. — 12° Pour que la grâce soit exécutoire
et pour qu'elle produise les effets qui y sont attachés, il est
indispensable : 1° qu'elle émane du pouvoir quL, seul, a le
droit de l'accorder ; 2° qu'elle soit contenue dans un acte
authentique, signé de lui, qu'on nomme lettre de grâce;
3° que cet acte soit enregistré au greffe du tribunal criminel ou de la commission militaire qui a rendu le jugement de condamnation, lequel sera bâtonné et annulle, ou simplement modifié selon la teneur de la lettre de grâce portant remise entière ou commutation de la
peine. » Le 15 juin, Boyer adressa au Sénat un message accompagné du rapport de la commission, pour lui soumettre la
même question. Il ne dissimula pas que la constitution ne
donnait point, textuellement, le droit de grâce au Président d'Haïti; mais il exposa au Sénat les raisons qui militaient en faveur de ce droit. « Personne n'ignore, dit-il, que 2:28 études sur l'histoire d'haïti. » le fondateur de la République, que l'immortel Pétion a
» plus d'une fois usé de la prérogative du droit de grâce ;
» personne n'ignore que la nation, loin de lui en contester
» l'exercice, s'est plue à lui décerner de justes louanges;
» personne n'ignore que le dernier acte de*sa vie_, si pleine
» de faits glorieux, a été un acte de grâce. Si moi-même
» j'ai cru, dans l'intérêt général, devoir exercer le droit de
» grâce, c'est que j'ai pensé que je ne pouvais m'égarer en
» suivant les traces cle mon prédécesseur; c'est que j'ai eu
» confiance dans l'adhésion, comme clans la justice de la
» nation, qui ne peut blâmer dans mes actes ce qu'elle a loué
» dans les actes d'Alexandre Pétion... Toutefois, dans le
» désir que j'ai de marcher toujours d'accord avec les prin-
» cipes des institutions de mon pays, j'ai pensé ne pouvoir
» mieux faire que de consulter à cet égard les lumières et la
» sagesse du corps qui est le gardien du dépôt sacré de la
» constitution... »
dans l'adhésion, comme clans la justice de la
» nation, qui ne peut blâmer dans mes actes ce qu'elle a loué
» dans les actes d'Alexandre Pétion... Toutefois, dans le
» désir que j'ai de marcher toujours d'accord avec les prin-
» cipes des institutions de mon pays, j'ai pensé ne pouvoir
» mieux faire que de consulter à cet égard les lumières et la
» sagesse du corps qui est le gardien du dépôt sacré de la
» constitution... » Le 8 juillet, le Sénat répondit à ce message en disant :
qu'il s'accordait sur tons les points avec le Président; que
le droit de grâce devait être exercé par lui, comme il l'avait
toujours été depuis la fondation de la République, quoiqu'il
fût à regretter que la constitution ne l'eût pas établi formellement. Dans les dix années qui s'écoulèrent, de cette décision à
la chute de Boyer, il eut occasion d'exercer encore le droit
de grâce; mais nous ne sachions pas qu'il ait délivré des
lettres de grâce à ceux qui en furent l'objet. E V, 1834. — Le pape Grégoire XVI envoie un légat auprès du Président d'Haïti. — Un concordat désiré par le Président n'est pas agréé par le Saint-Père. — Particularités et réflexions à ce sujet.— Session législative ; diverses lois sont votées. — Affaire criminelle
du représentant J. Roche, de Jérémie ; il s'enfuit à l'étranger. — La Chambre des .
communes déclare sa déchéance. — Elle fait poursuivre M.J. Courtois, déjà emprisonné, . pour un article de son journal; le tribunal correctionnel le condamne pour outrages envers les représentans. — Diverses mesures administratives. — Proclamation du
Président d'Haïti an sujet des biens de la partie de l'Est. — 1835. L'administration des
finances offre à l'entreprise l'exploitation des bois d'acajou dans les îles de la Gonave
et de la Tortue. — Arrêté du Président d'Haïti fixant les jours de fêtes légales par
rapport aux bureaux publics. — Le gouvernement français envoie M. le capitaine de
vaisseau Dupétit-Thouars,pour réclamer les avances faites pour le service de l'emprunt
d'Haïti et prendre des renseignemens sur la situation financière. — Des conférences'
ont lieu entre cet officier et des fonctionnaires. — Mesures prises pour payer ces avances. — Messages entre le Président d'Haïti et le Sénat ; accord entre eux sur la manière
de résoudre les questions entre la France et Haïti. — M. Dupetit-Thouars repart satisfait ; son rapport loyal prépare une solution. — Session législative, discours du Président d'Haïti, adresse de la Chambre des commîmes. — Réflexions à ce sujet. — Lois
votées dans la session. Dans le précédent, chapitre, nous avons annoncé la nomination, par le pape Grégoire XVI, d'un légat chargé de
ses pouvoirs pour venir régler les affaires religieuses à
Haïti, de concert avec le Président de la République. Le
prélat revêtu de cette qualité était le révérend Jean England, évêque de Charleston, Irlandais de naissance et fervent catholique comme tous ses compatriotes. Il arriva au
Port-au Prince le 19 janvier, comme un simple particulier,
n'ayant pas annoncé d'avance la mission dont il était
chargé; mais en se présentant au presbytère, il se fil con250 ÉTUDES SUR LHISTOIRE d' HAÏTI.
ti, de concert avec le Président de la République. Le
prélat revêtu de cette qualité était le révérend Jean England, évêque de Charleston, Irlandais de naissance et fervent catholique comme tous ses compatriotes. Il arriva au
Port-au Prince le 19 janvier, comme un simple particulier,
n'ayant pas annoncé d'avance la mission dont il était
chargé; mais en se présentant au presbytère, il se fil con250 ÉTUDES SUR LHISTOIRE d' HAÏTI. naître au vicaire général Salgado, qui s'empressa d'en informer Boyer. Le Président donna l'ordre de l'y recevoir et
de le traiter avec tous les égards et la haute considération
dus à son rang. Le lendemain, il reçut le légat au palais,
où celui-ci lui montra le bref du Saint-Père, daté de Rome
le 15 mars 1855. Ce bref portait : «qu'il était muni de tous
» les pouvoirs nécessaires et convenables pour traiter avec
» S. E. Boyer, Président de la République d'Haïti, de tout
» ce qui concerne la religion catholique et pourvoir à ses
» besoins, etc. » Deux jours après, le Président désigna le secrétaire général Inginac et le sénateur B. Ardouin pour entrer en conférences avec le légat: ils étaient assistés du citoyen E. S. Villevaleix , comme secrétaire de cette commission qui ne
commença ses opérations que le 28 janvier, en l'hôtel du
secrétaire général. Les vues du gouvernement étaient de procurer au pays
un clergé national formé d'Haïtiens, conformément aux
dispositions de la constitution ; et pour y parvenir, il voulait
conclure avec la cour de Rome un concordat dont la France
devait naturellement fournir le modèle, en celui de 1802,
entre le Premier consul et Pie YÏI. Cet acte eût réglé les
choses de manière à avoir un archevêque et trois évêques,
pour le siège existant à Santo-Domingo et trois autres à
ériger dans l'Ouest, le Sud et le Nord. Le Port-au-Prince
était la capitale de la République, mais on visait alors à
transférer ce titre à la ville Pétion, qu'on espérait de foncier
convenablement pour en faire le siège du gouvernement.
Boyer désirait donc que le siège archiépiscopal de SantoDomingo fût transféré à Pétion 1» L'archevêque aurait adDès la réunion de l'Est, il avait vainement essayé de porter l'archevêque Pedro Valera à venir habiter le Port-au-Prince. [1854] CHAPITRE Y. 231 ministre le département de l'Ouest; un simple évêché aurait
été établi à Santo-Domingo, et les deux autres aux Cayes et
au Cap-Haïtien. La population de l'île était assez considérable pour ces créations, et les distances assez grandes pour
les nécessiter ' . Des séminaires auraient pu être fondés dans
chacun de ces chefs-lieux de département, sinon de
suite, du moins avec le temps, afin d'y placer de jeunes
Haïtiens.
APITRE Y. 231 ministre le département de l'Ouest; un simple évêché aurait
été établi à Santo-Domingo, et les deux autres aux Cayes et
au Cap-Haïtien. La population de l'île était assez considérable pour ces créations, et les distances assez grandes pour
les nécessiter ' . Des séminaires auraient pu être fondés dans
chacun de ces chefs-lieux de département, sinon de
suite, du moins avec le temps, afin d'y placer de jeunes
Haïtiens. Au mot de « concordat semblable à celui de 1802, »
proféré par les fonctionnaires haïtiens , le légat déclara
qu'il n'en était nullement besoin ; que le Pape, étant le
chef de l'Église universelle, pouvait et devait régler les
affaires de celle d'Haïti sans le concours de l'autorité temporelle; et que, quant à présent, le Saint-Père eût désiré
n'établir à Haïti qu'un ou des évêques in partibus, vicaires
apostoliques. Mais, sur la déclaration formelle des fonctionnaires, qu'il n'en serait pas admis, puisqu'il existait un
siège diocésain dont la juridiction avait été étendue sur
toute la République par Léon XII, et que ce siège devait
être occupé; qu'il ne suffisait pas aux besoins de la religion
catholique, puisque l'archevêque Pedro Valera avait dû
nommer des vicaires généraux dans plusieurs départemens :
le légat consentit alors. Il fit des objections sur la translation
de l'archevêché de Santo-Domingo à Pétion, à laquelle il ne
pouvait déférer, parce que ce serait une décision « sans
» précédent : » toutefois, il espéra que le Saint-Père ferait
« cette concession, » si le Président d'Haïti la lui demandait
particulièrement. Au projet de concordat présenté par les
fonctionnaires, il opposa, dans d'autres séances, un contreprojet qui ne contenait que des articles réglementaires. ïl 1 L'cvêqne England nous fît l'aven que dans tout son diocèse de Charleston, il y avait
à peine 12 mille âmes catholiques. 2"»2 ÉTUDES SUR LHIST01RE d'hÂÏTI. voulait encore réserver au Pape seul le choix et la nomination de l'archevêque et des évêques. On lui objecta que les
chefs de tous les pays catholiques, jouissant du droit de
choisir et de nommer de tels prélats, le Président de la République ne renoncerait pas à ce droit, sauf l'institution
canonique par le Saint-Père : il y consentit. Le légat se
retrancha alors derrière le choix et la nomination des ecclésiastiques du second ordre, qu'il prétendait réserver uniquement aux évêques; mais il finit par consentir à ce que
leur choix « ne pourrait tomber que sur des personnes
» agrées par le Président. » La destitution ou révocation de
tels ecclésiastiques, que le légat voulait aussi réserver aux
évêques seuls, amena également une discussion qui fut
aplanie delà même manière.
at se
retrancha alors derrière le choix et la nomination des ecclésiastiques du second ordre, qu'il prétendait réserver uniquement aux évêques; mais il finit par consentir à ce que
leur choix « ne pourrait tomber que sur des personnes
» agrées par le Président. » La destitution ou révocation de
tels ecclésiastiques, que le légat voulait aussi réserver aux
évêques seuls, amena également une discussion qui fut
aplanie delà même manière. Le légat eût; désiré encore que l'on consentît à ce que les
évêques eussent seuls le droit de statuer sur les oblations
ou offrandes, dons, fondations, etc., que les catholiques
feraient à leurs églises. Enfin, il voulait un dernier article
par lequel « le Président d'Haïti se serait engagé à proposer
» à la législature, V abrogation de toutes les lois ou articles de
» lois qui seraient reconnues contraires à la doctrine et à la
» discipline de l'Église. » Invité à s'expliquer sur ce dernier
point, il cita la loi « sur le divorce » et les articles du
code pénal, 158 à 167 inclusivement, concernant les divers cas dans lesquels un ecclésiastique peut être puni par
les tribunaux civils. Ces prétentions ne furent pas admises par les fonctionnaires 1 ; et les conférences furent 1 A l'égard du divorce, on fit remarquer an légat que la loi, considérant le mariag
comme un acte civil entre les époux, admettait par cela même que ce contrat pouvait se
dissoudre et qu'elle en indiquait les moyens ; mais que si la religion catholique considérait cette union comme indissoluble, la loi civile n'entendait pas contraindre le prêtre
a donner la bénédiction nuptiale aux divorcis qui contracteraient de nouveaux liens,
que c'était déjà un usage consacré en Haïti. On lui dit vainement encore que les Haïtiens
n'étaient pas tous catholiques, etc.
oux, admettait par cela même que ce contrat pouvait se
dissoudre et qu'elle en indiquait les moyens ; mais que si la religion catholique considérait cette union comme indissoluble, la loi civile n'entendait pas contraindre le prêtre
a donner la bénédiction nuptiale aux divorcis qui contracteraient de nouveaux liens,
que c'était déjà un usage consacré en Haïti. On lui dit vainement encore que les Haïtiens
n'étaient pas tous catholiques, etc. [1834] CHAPITRE V. 253 rompues le 21 février, ou plutôt « suspendues, » disait le
légat, parce qu'il reconnaissait la nécessité d'informer le
Saint-Père de ce que désirait le Président d'Haïti, afin qu'il
arrivât aux moyens de doter la République d'un clergé national. Après cette rupture, le légat obtint une audience de
Boyeret lui fit savoir ce qu'il croyait être plus utile, dans
le moment, pour parvenir à ses vues. ïl dit : — qu'il
croyait convenable d'ajourner l'érection de l'archevêché
à Pétion et des évêchés, pour n'avoir pendant quelques
années, au Port-au-Prince ou à Pétion, qu'un évêque in
partibus, vicaire apostolique du Saint-Siège, nommé par
le Président parmi les prêtres desservant actuellement à
Haïti, et institué par le Pape. Cet évêque présiderait à
rétablissement d'un séminaire pour préparer de jeunes
haïtiens à la prêtrise, et surveillerait tout le clergé cathoiique existant : de cette manière, disait-il, les populations
de la partie de l'Est s'habitueraient à voir le chef de
l'Église haïtienne placé sous les yeux du gouvernement,
dans la capitale, et elles se conformeraient plus facilement
à la translation désirée de l'archevêché de Santo-Domingo
dans l'Ouest. Et si le Président voulait avoir confiance
en lui, il se chargerait volontiers de lui procurer de bons
professeurs ecclésiastiques pour diriger l'instruction des/'
séminaristes. ïl offrit même de se charger d'amener à-i
Rome une vingtaine de jeunes haïtiens pour les faire instruire aux frais de la République, leur instruction et leur
entretien ne devant pas coûter, pour chacun, au delà de y
cent piastres par an. Le Président tenait au remplacement de l'archevêque
décédé et ne se souciait nullement d'un vicaire apostolique, ïl engagea le révérend Jean England à aller lui2o4 ÉTUDES SUR L HISTOIRE D HAÏTI. même à Rome pour aplanit' toutes les difficultés, en lui
disant que si le Saint-Père voulait déférer à ses désirs, il
ne choisirait pas un autre ecclésiastique que lui pour être
l'archevêque d'Haïti, que sa confiance en lui était pleine
et entière ; et il le pria d'accepter de sa cassette particulière 5,000 piastres destinées à le défrayer de ce
voyage 1 . Le légat quitta Haïti et se rendit à Rome où, sans nul
doute, il fit agréer ses dernières idées; car au mois d'août
de la même année, Grégoire XYI le nomma « vicaire apostolique pour la République, » espérant que Boyer l'admettrait en cette qualité, par l'intention qu'il avait manifestée de le choisir pour être archevêque du diocèse. Celui
de Charleston devant vaquer par cet arrangement , le
Saint-Père y nomma un évêque coadjuteur en la personne
de M. Clancy, vicaire général en ce lieu. Disons une fois ce
qui s'ensuivit.
de la même année, Grégoire XYI le nomma « vicaire apostolique pour la République, » espérant que Boyer l'admettrait en cette qualité, par l'intention qu'il avait manifestée de le choisir pour être archevêque du diocèse. Celui
de Charleston devant vaquer par cet arrangement , le
Saint-Père y nomma un évêque coadjuteur en la personne
de M. Clancy, vicaire général en ce lieu. Disons une fois ce
qui s'ensuivit. De retour à Charleston, l'évêque J. England laissa passer toute l'année 1855, quoiqu'il eût annoncé plusieurs
fois à Boyer qu'il allait venir à Haïti pour terminer les
arrangemens avec la cour de Rome. En février 1856; son
coadjuteur Clancy arriva, porteur d'une copie du bref qui
le nommait vicaire apostolique, afin de le faire agréer par
le Président et de se mettre en possession provisoire au
nom du titulaire. Mais le Président chargea les sénateurs
Pierre André et B. Ardouin et M. E.S. Yillevaleix de dire
à l'évêque Clancy : qu'il ne pouvait admettre un vicaire
apostolique en Haïti ; qu'il voulait un concordat avec la
cour de Rome, lequel réglerait les affaires religieuses. 1 On remarquera ce trait d'intégrité de la part de Boyer qui ne voulut pas disposer
des fonds publies pour cet objet, bien que les frais de réception du légat eussent été payés
par le trésor. [1834] CHAPITRE V. 255 L'évêque Clancy obtint néanmoins plusieurs audiences de
lui, dans lesquelles il essaya de vaincre sa résolution : ce
fut en vain. Il retourna bientôt à Charleston d'où l'évêque
England se rendit au Port-au-Prince le 1er mai suivant,
se disant alors nanti de pouvoirs pour faire un concordat.
En effet, il consentit à en signer un provisoirement avec
une commission nommée par le Président et composée
de MM. Inginac, Viallet, Pierre André, S. Villevaleix et
E. S. Villevaleix. L'évêque England se chargea de l'apporter à Rome pour en obtenir la ratification. Le Président
le défraya de ce nouveau voyage, en lui donnant encore
l'assurance qu'il le choisirait pour être l'archevêque
d'Haïti. A quelques modifications près, le concordat arrêté
et signé était le même que celui de 1-802. Mais la cour de
Rome n'en voulut point; et en mars 1857, l'évêque England reparut au Port-au-Prince avec un nouveau bref du
Saint-Père Grégoire XVI qui le nommait « vicaire apostoo lique, administrateur de l'Eglise d'Haïti, attendu qu'il
» n'était pas possible de faire un concordat dans la situa-
» tion où se trouvait cette Église^, etc. » Boyer persista dans sa résolution de refuser un vicaire
apostolique ne relevant que du pape, et voulut que la République d'Haïti fut traitée par la cour de Rome, à l'égal
des autres Etats catholiques. ïl chargea le sénateur B.
Ardouin de notifier son refus et sa volonté à l'évêque England qui en demeura fort affligé, dans l'intérêt, disait-il,
de lareligion catholique etdubien qui pourrait résulterpour
Haïti par son admission, son intention étant de seconder
les vues du Président en établissant de suite un séminaire
pour y élever de jeunes haïtiens. Après avoir eu divers entretiens avec le Président qu'il trouva inflexible, le révérend
évêque retourna à Charleston, d'où il se proposait d'écrire
qui en demeura fort affligé, dans l'intérêt, disait-il,
de lareligion catholique etdubien qui pourrait résulterpour
Haïti par son admission, son intention étant de seconder
les vues du Président en établissant de suite un séminaire
pour y élever de jeunes haïtiens. Après avoir eu divers entretiens avec le Président qu'il trouva inflexible, le révérend
évêque retourna à Charleston, d'où il se proposait d'écrire 256 études suit l'histoire d'haïti. au Saint-Père, pour essayer d'aplanir les difficultés. Il espérait même y parvenir en démontrant la nécessité de ne
pas abandonner le peuple catholique d'Haïti à l'influence
des cultes protestant et méthodiste, qui comptaient déjà de
nombreux adeptes dans son sein; mais ce pieux évêque
ne reparut plus à Haïti et décéda à Charleston quelque
temps après. Dans l'intérêtrdé la religion catholique que professe la
grande majorité du peuple haïtien; dans l'intérêt de ce
peuple lui-même, de sa civilisation, de son avenir tout entier, il faut regretter que la cour de Rome se soit montrée
si tenace clans ses idées préconçues, de vouloir tenir Haïti
dans un état exceptionnel en se refusant à conclure avec
elle un concordat quelconque. ïl y avait déjà un siège diocésain établi dans la partie de l'Est et dont Léon XII avait
étendu la juridiction sur toute l'île; ce siège était vacant
par la mort de l'archevêque de Santo-Domingo ; la translation que désirait Boyer n'était pas une chose nouvelle,
car, lorsque Pie VII conclut le concordat de 1802,, il y eut
en France d'anciens diocèses supprimés et enclavés dans les
nouveaux sièges épiscopaux : pourquoi donc n'aurait-il pas
été possible à Grégoire XVI de transférer cet archevêché à
Pétion ou au Port-au-Prince et d'y mettre en place un évèché? La capitale de la République, siège du gouvernement
politique, devait être aussi le siège du prélat auquel les autres auraient été soumis ; c'était une convenance que la
splendeur de la religion réclamait, et elle n'a pu échapper
à la cour de Rome. Mais cette cour parut vouloir se rattachera la disposition de la constitution de 18-16 qui, accordant au Président d'Haïti la faculté de lui demander « la
» résidence dans la République d'un évêque pour élever
» de jeunes haïtiens à la prêtrise, » semblait autoriser [I83i] CHAPITRE Y. , 257 l'envoi par elle d'un ôvêque in pàrtibus revêtu de la qualité
de vicaire apostolique. Au fait, la constitution n'avait disposé ainsi, que dans l'incertitude où l'on était alors de l'époque où toute l'île serait réunie sous la même loi. Dès
février 1822, cela n'avait plus de raison d'être; à plus forte
raison à partir de 1824 où Léon XÏI fit comprendre à l'archevêque de Santo-Domingo qu'il devait administrer toute
la République.
àrtibus revêtu de la qualité
de vicaire apostolique. Au fait, la constitution n'avait disposé ainsi, que dans l'incertitude où l'on était alors de l'époque où toute l'île serait réunie sous la même loi. Dès
février 1822, cela n'avait plus de raison d'être; à plus forte
raison à partir de 1824 où Léon XÏI fit comprendre à l'archevêque de Santo-Domingo qu'il devait administrer toute
la République. Il est fort probable que l'évêque England aura contribué
à ces idées regrettables, par celles qu'il manifesta après la
rupture des conférences de 1851. il avait remarqué aussi
l'art 48 delà constitution disant que : « la religion catholique, apostolique et romaine, étant celle de tous les haïtiens,
est celle de l'Etat, » et il avait voulu un article spécial du
concordat auquel il consentait, pour renforcer cette déclaration qui était peut-être convenable en 1816, mais qui
n'avait plus le cachet de la vérité en 1834, puisque différens autres cultes chrétiens s'étaient déjà introduits en
Haïti. Il laissa entrevoir encore que la cour de Rome, en
faisant un concordat avec la République, basé sur celui de
1802, craindrait de notre part l'adoption aussi de « la loi
organique des cultes, » en date du 18 germinal anx, parce
que nous puisions naturellement notre législation en toutes
matières dans celle de la France. Il se prononça formellement contre la loi du code civil sur le divorce et contre
certains articles du code pénal, lorsqu'il voulait que le
Président d'Haïti prît l'engagement de faire abroger ces
dispositions. En somme, si le légat du Saint-Père parut
un prélat respectable à tous égards, il parut aussi pousser
son zèle catholique un peu trop loin.
que nous puisions naturellement notre législation en toutes
matières dans celle de la France. Il se prononça formellement contre la loi du code civil sur le divorce et contre
certains articles du code pénal, lorsqu'il voulait que le
Président d'Haïti prît l'engagement de faire abroger ces
dispositions. En somme, si le légat du Saint-Père parut
un prélat respectable à tous égards, il parut aussi pousser
son zèle catholique un peu trop loin. Quant à Boyer, on ne peut lui reprocher d'avoir voulu
que son pays fût placé sur le même rang que les autres pays 238 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. catholiques, que le chef de l'Etat eût les mêmes attributions que les autres chefs de gouvernement, dans les affaires
religieuses et dans les relations de la République avec la
cour de Rome. À cette époque, et jusqu'en 1857, il n'était
pas satisfait de ce que le ministère français ne se prononçait pas encore à l'égard de ses dernières propositions
de 1855, et il soupçonnait ce gouvernement (nous croyons
avec quelque raison) d'entraver nos négociations avec le
Saint-Père, par cela même que le roi Louis-Philippe semblait peu disposé à se décider de faire un traité politique
avec nous, tel que le désirait la nation entière *. Dans une
telle pensée, le Président ne pouvait que tenir davantage à
la conclusion d'un concordat, d'une convention quelconque
avec la cour de Rome. On aurait réglé l'état de l'Église haïtienne, on lui aurait donné des évêques soumis à un serment envers la République, et non pas un seul, semblable
à M. de Glory, vicaire apostolique relevant directement d a
Pape, et prétendant bientôt, comme lui, être indépendant
de toutes manières de l'autorité du gouvernement, pour
vouloir exiger l'abrogation de telles ou telles lois jugées
« contraires à la doctrine et à la discipline de l'Eglise universelle, » ainsi que le disait l'évêque England. Et quand
même le gouvernement viendrait ensuite à adopter une loi
organique des cultes, basée sur celle de la France, aurait-il
mal fait? La liberté des cultes étant décrétée dans la cons1 Eu 1 838, me trouvant à Paris pour l'échange des ratifications des ti aités de cette année,
M. le comte de Montalivet, ministre de l'intérieur, me fit l'honneur de m'inviter à dîner.
Il saisit cette occasion pour me demander les motifs qui avaient empêché nos arrange-'
mens avec la cour de Rome : je les lui dis. Il me répliqua : « A présent, si le Président
» d'Haïti veut réclamer les bons offices du gouvernement du Roi, il lui sera facile de
» les conclure. » Je lui répondis : « Je ne crois pas que le Président le veuille mainte-
» nant, car la cour de Rome l'a dégoûté de tout arrangement avec elle. Mais s'il le vou-
» lait, il me semble, Monsieur le comte, qu'il pourrait s'adresser directement au Pape,
» Haïti étant reconnue indépendante et souveraine par la France. — Sans doute, et je ne
» vous fais cette offre de service que par amitié pour votre pays. »
conclure. » Je lui répondis : « Je ne crois pas que le Président le veuille mainte-
» nant, car la cour de Rome l'a dégoûté de tout arrangement avec elle. Mais s'il le vou-
» lait, il me semble, Monsieur le comte, qu'il pourrait s'adresser directement au Pape,
» Haïti étant reconnue indépendante et souveraine par la France. — Sans doute, et je ne
» vous fais cette offre de service que par amitié pour votre pays. » [185-4] CHAPITRE V. 239 titiilion même, n'exigeait-elle pas des « garanties » contre
l'esprit d'intolérance trop souvent montré par les ministres
d'une religion aspirant à être « celle de l'État? » Les querelles de Pie VII avec l'empereur Napoléon, en dépit du
concordat de 1802, avertissaient qu'il fallait se tenir en
garde avec la cour de Rome, qui ne renonce jamais à des
idées d'envahissement sur l'autorité temporelle, quand elle
le peut ' . Tels furent les motifs de Boyer pour insister dans celles
qu'il jugeait utiles pour son pays. — Nous parlerons plus
tard de l'apparition d'un nouveau légat envoyé encore par
Grégoire XVI, et de ce qui fut convenu entre lui et le gouvernement, mais qui resta, malheureusement aussi, à l'état
de simple projet. En mars de cette année, le secrétaire d'État publia deux
avis : l'un pour rappeler aux administrateurs de finances
et aux directeurs de douanes, les dispositions cle la loi sur
cette administration, concernant les fraudes que tentaient
toujours les commerçans, et auxquelles connivaient trop
souvent, il faut le dire, certains directeurs ou leurs employés; l'autre, pour faire cesser un abus aussi préjudiciable au fisc. Depuis l'établissement des consulats, l'administration avait d'abord permis aux consuls généraux de
France et d'Angleterre, d'introduire, sans payer les droits,
des choses à leur usage personnel. Insensiblement, les autres agents consulaires, tous négocians cosignataires,
obtinrent aussi la même faveur pour de menus objets; mais
ils finirent par vouloir importer des marchandises, du vin
surtout, en grande quantité, en prétendant que c'était pour 1 Voyez tout ce que rapporte M. Thiers à ce sujet, dans son Histoire du Consulat et de
l'Empire. 210 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hAITI. leur usage personnel. L'avis du secrétaire d'État prévint
que dorénavant tous les consuls, sans distinction, ne pourraient jouir d'aucune faveur à cet égard. Presque en même
temps, le Président adressait aux commandans d'arrondissèment une circulaire pour leur enjoindre d'exercer une
police sévère dans les ports ouverts, afin d'empêcher la
contrebande, principalement dans le transbordement frauduleux qui s'opérait de nuit, de marchandises étrangères
que recevaient ainsi les caboteurs du pays '.
navant tous les consuls, sans distinction, ne pourraient jouir d'aucune faveur à cet égard. Presque en même
temps, le Président adressait aux commandans d'arrondissèment une circulaire pour leur enjoindre d'exercer une
police sévère dans les ports ouverts, afin d'empêcher la
contrebande, principalement dans le transbordement frauduleux qui s'opérait de nuit, de marchandises étrangères
que recevaient ainsi les caboteurs du pays '. Le 14 avril, la session législative fut ouverte par le Président d'Haïti. Il prononça le discours d'usage, en annonçant à la Chambre des communes des projets de lois sur
divers objets, notamment sur le mode à observer dans
l'élection des représentai. « Telles sont, en partie, les
» améliorations réclamées par le bien public, et pour les-
» quelles je crois pouvoir compter, de votre part, sur un
» franc et loyal concours. » Il entretint la Chambre des mesures prises pour assurer le progrès de l'agriculture, de
l'industrie, et pour garantir à l'Etat l'intégrité de ses revenus. Un paragraphe de ce discours fit allusion aux rapports
de la République avec la France, «qui étaient clans le même
état d'incertitude; » mais en disant que les relations commerciales avec ce pays continuaient. toujours et seraient
constamment protégées. « Le gouvernement ne déviera ja-
» mais de la voie que l'honneur prescrit : la loyauté, la
» bonne foi et la fermeté caractériseront toujours ses
» actes. » Milscent, élu président, répondit au nom de la Chambre 1 « Lus négociai) s veulent toujours que leur intérêt particulier soit la régie de l'État,
« et ne connaissent du Lieu public que leur gain. » — Mémoires du duc de Saint-Simon.
. Que de plaintes injustes les commercans, étrangers et nationaux, n'onl-ils pas formulées
contre Boyer ! En 1834-, la contrebande était pratiquée sur une large échelle, au Poit-auPrincc même : qui la faisait au détriment du fisc |185l] CHAPITRE V, C2iï par un discours où elle rendit témoignage des efforts de
Boyer en faveur du bien public, en lui exprimant l'admiration dont elle était pénétrée, la reconnaissance et l'attachement que lui portait la nation. Mais ce discours disait
aussi : « que plus un chef de gouvernement obtient des
» éloges, plus ces éloges lui imposent de nouveaux de-
» voirs. » La Chambre promettait enfin de la franchise,
de la loyauté et du zèle dans les travaux dont elle allait
s'occuper. Cinq jours après, elle lui envoya une adresse
qui paraphrasait ce discours et dont le but principal était
de répondre au paragraphe de celui du Président concernant la France. « Quelle que soit, dit-elle^ la cause qui re-
» tarde l'accord politique que nous désirons franchement,
» le salut de la patrie sera votre loi suprême, et notre
» appui le devoir le plus sacré. » Le 15, la Chambre prit connaissance du message que
lui avait adressé le Sénat, le 17 septembre 1855 après la
clôture de sa session, avec le décret que ce corps rendit
alors sur la protestation de H. Dumesle etD. Saint-Preux,
demandant la convocation de la haute cour de justice. Elle
fit insérer ce décret clans le Bulletin des lois. Deux colonels,
élus sénateurs l'année précédente , n'avaient pas accepté
cette dignité : elle pourvut à leur remplacement sur la
proposition des candidats faite par le Président d'Haïti.
Elle rendit successivement, sur sa proposition, les lois /
cret que ce corps rendit
alors sur la protestation de H. Dumesle etD. Saint-Preux,
demandant la convocation de la haute cour de justice. Elle
fit insérer ce décret clans le Bulletin des lois. Deux colonels,
élus sénateurs l'année précédente , n'avaient pas accepté
cette dignité : elle pourvut à leur remplacement sur la
proposition des candidats faite par le Président d'Haïti.
Elle rendit successivement, sur sa proposition, les lois / suivantes : /hyfit**4 1° La loi électorale, prescrivant l'âge de 25 ans pour j0 iù^
être électeur, pourvu que le citoyen jouît de ses droits civils et politiques, et qu'il fût d'ailleurs, ou propriétaire,
ou industriel, ou fonctionnaire, ou employé public. 2° La loi sur la contrainte par corps, pour dettes civiles
ou commerciales, quelle que fût la somme, applicable par T. x. 16 242 études sur l'histoire d'haïti. un jugement du tribunal compétent. Les sexagénaires et
les mineurs en étaient exempts en matières civiles ; mais
en matières commerciales aucune distinction d'âge n'en
exemptait le commerçant. Des délais furent fixés pour
l'exercer contre les débiteurs, à raison de la somme due.
Le créancier n'était pas tenu de nourrir le débiteur emprisonné : il ne pouvait exercer la contrainte par corps deux
fois pour la même dette. 5° La loi sur la responsabilité des fonctionnaires et employés de l'administration des finances. Tous leurs biens,
de quelque nature qu'ils fussent, devenaient le gage privilégié de l'État, à compter du jour de leur entrée en fonction : les immeubles étaient frappés d'une hypothèque
générale, sans qu'il fût besoin de prendre inscription. Les
prévaricateurs étaient soumis au jugement des tribunaux
criminels, sans assistance du jury, et ils étaient passibles
des travaux forcés ou autres peines moins fortes. 4° Une nouvelle loi sur l' organisât] on de la Chambre
des comptes, abrogeant celle de 1826, réduisant ses membres à trois, au lieu de cinq, et quatre employés, et étendant ses attributions. 5° Un nouveau code pénal militaire en six lois, abrogeant celui de 1 805 et l'arrêté du Sénat de 1807 jusqu'alors
en vigueur, adoucissant les peines et les graduant d'une
manière plus raisonnée. 6° Une nouvelle loi sur l' organisation des conseils militaires , abrogeant aussi celle de 1805 et maintenant les
conseils d'administration dans les corps de troupes, créés
en 1820 pour juger les simples cas disciplinaires, et les
conseils de révision créés en 1807. 7° La loi n° Ie1' du code_ de procédure civile, réglant
mieux qu'en 1826 la procédure par devant les tribu- [1854] CHAPITRE V. 245 naux de paix, en attendant la révision entière de ce 8° La loi sur la régie des impositions directes, distinguant ce qui était dans les attributions du pouvoir exécutif
et dans celles de la Chambre des communes en matière
d'impôts % conformément aux observations faites par le
Sénat l'année précédente et à l'accord existant entre
ile, réglant
mieux qu'en 1826 la procédure par devant les tribu- [1854] CHAPITRE V. 245 naux de paix, en attendant la révision entière de ce 8° La loi sur la régie des impositions directes, distinguant ce qui était dans les attributions du pouvoir exécutif
et dans celles de la Chambre des communes en matière
d'impôts % conformément aux observations faites par le
Sénat l'année précédente et à l'accord existant entre eux La Chambre des communes vota ensuite, d'après sa
propre initiative, la loi annuelle des patentes et une nouvelle sur l'impôt foncier, mises toutes deux en rapport avec
la précédente sur la régie. Le Président d'Haïti lui envoya
les comptes généraux rendus par le secrétaire d'Etat
pour 1855, dont ce grand fonctionnaire fut déchargé; et
par leur examen, la Chambre, reconnaissant sans doute
que les recettes s'effectuaient aussi bien que possible^ que
les dépenses ne reposaient que sur les lois et qu'elles tendaient chaque année à atteindre la plus stricte économie ;
la Chambre n'insista plus auprès du Sénat pour lui demander un budget réellement inutile avec un gouvernement
comme celui de Boyer, qui se faisait un mérite de dépenser
le moins qu'il pouvait 2. Deux jours après l'ouverture de la session, la Chambre
reçut du grand juge une dépêche par laquelle il lui transmettait les pièces d'une information judiciaire faite à Jérémie, à la requête du ministère public de ce ressort, à propos 1 Toutes ces lois et celles gui furent votés en 1835, avaient été préparées par une.
grande commission de fonctionnaires dirigée par Inginac. Cliacun émit ses opinions avec
la plus complète indépendance. Il est vraiment à regretter que la constitution de 181 6 n'ait pas institué un Conseil d'État dans le même but, et qui eût pu avoir d'antres attributions . /) A,
non moins utiles à la marche de l'administration en général: déjeunes auditeurs (nous
l'avons déjà dit) s'y seraient formés pour la pratique des affaires publiques. 2 En 1832, les dépenses pour l'habillement et l'équipement des troupes s'élevèrent à la
somme de 295,569 gourdes ; en 1834, à 91,141 gourdes : — en 1832 pour leurs rations( à
206,997 gourdes ; eu 1834, â 155,940 gourdes, etc. ■Q/(\P 244 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. du meurtre commis sur la personne du citoyen M. Laforèt
par le représentant J. Roche, de cette commune, qui, n'ayais t
pu être saisi sur-le-champ, s'était tenu caché et était ensuite
parti pour l'étranger. La Chambre renvoya ces pièces à son
comité de l'intérieur pour en faire un rapport. A la séance
du 9 mai, ce rapport fut présenté par Latortue, au nom du
comité qui constata les faits survans :
. du meurtre commis sur la personne du citoyen M. Laforèt
par le représentant J. Roche, de cette commune, qui, n'ayais t
pu être saisi sur-le-champ, s'était tenu caché et était ensuite
parti pour l'étranger. La Chambre renvoya ces pièces à son
comité de l'intérieur pour en faire un rapport. A la séance
du 9 mai, ce rapport fut présenté par Latortue, au nom du
comité qui constata les faits survans : Par suite d'inimitié entre Laforèt et Roche, le premier
étant monté sur un cheval et armé de sabre et de pistolets,
rencontra son adversaire, sans armes, dans les rues de Jérémie, le renversa sous son cheval et le fouetta, sans pitié, de
sa cravache. Roche forma une plainte et obtint la condamnation de Laforêt, à deux années d'emprisonnement, par le
tribunal correctionnel. Laforêt se pourvut en cassation et
ne subit pas la peine : le jugement fut annullé pour vices
de formes et l'affaire renvoyée au tribunal des Cayes pour
être de nouveau jugée. Le 28 octobre 1855, Laforêt prétendit que dans la nuit précédente Roche avait tenté de l'assassiner en lui tirant des coups de fusil ; et il forma sa plainte
au ministère public, mais sans en fournir la preuve. Il était
encore armé et monté sur un cheval ; il déclara à ce magistrat et aux autres autorités de Jérémie, qu'il resterait ainsi
armé par rapport à son adversaire. Or, un témoin déclara
qu'en sortant de chez ces diverses autorités, Laforèt lui dit
que son intention était de trancher la tête de Roche ; menace
qu'il avait d'ailleurs proférée auparavant, au dire d'autres
témoins qui en avaient prévenu son adversaire. Dans l'après-midi du 28 octobre, Roche le vit venir à cheval, tout
armé, et s'arrêter devant une maison contigué à la sienne,
causant avec une dame. En ce moment, Roche s'arma d'un
fusil ayant baïonnette et chargé à deux balles; il sortit de
sa demeure, et, presque à bout portant, il lira le coup ; les [1834] CHAPITRE V. 245 balles atteignirent Laforêt en pleine poitrine. Ne se contentant pas de ce coup mortel, Roche le frappa à la figure avec
la crosse du fusil, au moment où le cadavre tomba à terre ;
puis il s'enfuit et se cacha. D'après ces faits, la Chambre suivit les dispositions de la
constitution en appelant le représentant Roche, par un
mandat de comparution, à se présenter dans son sein pour
être entendu, huit jours au moins avant la clôture de la
session. Le 12 juillet, étant convaincue de son départ pour
l'étranger, la Chambre : « Considérant qu'il est constant
» que ledit Joseph Roche a contrevenu à la loi, en désertant
» du territoire de la République, et a, en passant à l'étran-
» ger, renoncé à sa qualité de citoyen d'Haïti, et conséquem-
» ment à celle de représentantde la nation ; — par ces mo-
» tifs, la Chambre, sans apprécier la culpabilité principale
» dudit J. Roche, déclare qu'il y a lieu à appeler son sup-
» pléant à le remplacer 1. »
che a contrevenu à la loi, en désertant
» du territoire de la République, et a, en passant à l'étran-
» ger, renoncé à sa qualité de citoyen d'Haïti, et conséquem-
» ment à celle de représentantde la nation ; — par ces mo-
» tifs, la Chambre, sans apprécier la culpabilité principale
» dudit J. Roche, déclare qu'il y a lieu à appeler son sup-
» pléant à le remplacer 1. » Telle fut l'échappatoire adoptée par la Chambre des communes, sur la proposition de ses avocats, Milscent, Latorlue, etc., pour éviter de nouveau le renvoi de l'un de ses
membres par-devant la haute cour de justice ; car J. Roche
était un coutumax qui aurait dû être jugé par cette cour,
suivant la constitution. Mais si jamais cette institution parut mal conçue dans la révision de 1816, ce fut vraiment à
l'occasion de cette triste affaire. S' imagine- t-on, en effet,
la réunion de quinze juges au moins pris dans les huit tribunaux civils delà République, pour décider du sort d'un
accusé volontairement expatrié, après avoir commis un
crime ordinaire? Néanmoins, le motif donné par laChambre
pour prononcer sa déchéance comme représentant, n'était 1 Bulletin des lois, no 3.— J. Roche, réfugié à Saint-Thomas, y passa plusieurs annép.c
Accablé de misère, cet infortuné devint fou -et mourut dans cette île. 246 études sur l'histoire d'haïti. pas fondé. J. Roche avait contrevenu, il est vrai, à la proclamation dû Président d'Haïti, du 9 janvier 1832, en passant à l'étranger'sans passeport émané de lui ; mais il n'avait
pas « abandonné la patrie dans un danger imminent, » pour
être considéré comme ayant perdu sa qualité de citoyen
d'Haïti ou y avoir renoncé ; son cas n'était que celui d'un
coutumax, fuyant la justice qui devait en connaître. En même temps, la Chambre s'occupa d'une autre affaire.
Réunie extraordinairement le 24 avril, elle prit connaissance d'un article inséré par M. Courtois sur sa Feuille du
Commerce, n° 16, du 20. Latortue et plusieurs autres en
firent ressortir toute la malignité envers la Chambre dont ce
condamné était mécontent, pour avoir rejeté sa singulière
demande l'année précédente. Quelques représentans opinèrent pour que le gouvernement fût invité « à supprimer
» ce journal; » d'autres, pour que cet éditeur fût dénoncé
au grand juge, afin qu'il ordonnât au ministère public de le
poursuivre en police correctionnelle. J. Depa^ seul, opina
pour considérer cet article offensant « comme du fatras^, » la
Chambre devant garder le silence à ce sujet. Mais elle adopta
les deux autres opinions en dénonçant le fait au grand juge.
Elle lui adressa un message, « le requérant de faire pour-
» suivre par qui de droit, en son nom et à telles fins que de
» raison, ledit diffamateur dont elle demande que la feuille
» soit supprimée 1. » Il en résulta que, poursuivi par le ministère public,
M. Courtois fut de nouveau condamné à une année d'emprisonnement , pour outrage commis envers la Chambre
des communes. Le tribunal ne prononça pas la suppression
delà Feuille du Commerce, la loi n'ayant pas prévu le cas 1. 1 Bulletin des lois, n° % 2 Peu de temps après, M. Courtois fut mis en liberté par oulre de Boyer. Son journal
publiait chaque jour dos complaintes sur son emprisonnement.
uivi par le ministère public,
M. Courtois fut de nouveau condamné à une année d'emprisonnement , pour outrage commis envers la Chambre
des communes. Le tribunal ne prononça pas la suppression
delà Feuille du Commerce, la loi n'ayant pas prévu le cas 1. 1 Bulletin des lois, n° % 2 Peu de temps après, M. Courtois fut mis en liberté par oulre de Boyer. Son journal
publiait chaque jour dos complaintes sur son emprisonnement. [1854] CHAPITRE V. 247 Par suite de celle rendue sur la responsabilité des fonctionnaires de l'administration des finances, le secrétaire
d'Etat ordonna la vérification de toutes les caisses publiques ; et cette mesure dut se répéter à l'avenir tous les trois
mois, par une commission formée d'autres fonctionnaires
et des membres des conseils des notables. Le Président luimême publia un règlement sur l'administration des douanes,
pour y mettre plus d'ordre et de régularité dans les opérations de cette partie essentielle du service public. De nouvelles difficultés survenant incessamment dans la
partie de l'Est, à l'occasion de la loi rendue le 8 juillet 1824
sur les propriétés de cette partie, principalement dans les
campagnes ; et Boyer ne voulant pas renoncer aux idées qui
avaient présidé au vote de cette loi, dans un but fiscal pour
réunir au domaine public beaucoup de terres, il se vit néanmoins forcé de rendre une proclamation, le i 1 août, par
laquelle il accordait aux propriétaires ou usufruitiers un
délai indéfini pour exécuter les dispositions de cette loi,
lesquelles exigeaient l'arpentage coûteux des terrains possédés par eux. Vainement il expliqua la nécessité de les borner, à l'instar des propriétés rurales de la partie occidentale
de la République : les habitans de l'Est ne purent être convaincus, et les choses continuèrent ainsi. Au mois de juillet, les citoyens du Port-au-Prince, sur
l'invitation de l'un d'entre eux, M. P. Jeanton, formèrent
une « société contre l'incendie, » avec l'autorisation du
gouvernement, et firent venir de Paris des pompes à feu
dans ce but. La cotisation volontaire se fit avec facilité et un
zèle louable ; mais, malheureusement, on s'était adressé à
un fabricant de pompes d'un nouveau système qui ne
réussit pas. au gré des sociétaires, et leur entreprise ne subsista pas longtemps. 248 ÉTUDES sur l'histoire d'haïti. Depuis 1823, une industrie lucrative avait pris naissance
sur les ri\>es de l'Artibonite : — la coupe, l'exploitation
des bois d'acajou. Des forêts vierges et immenses existaient
dans les communes de Hinche, de Banica, de Saint-Michel
de l'Atalaya", de Las Matas, etc., de ce bois précieux, et
jusqu'alors les habitans de ces lieux, ceux des autres communes que traverse le fleuve haïtien, ne pensaient pas à en
tirer parti pour le commerce ; ils croyaient que cette industrie, séculaire dans la partie de l'Est, était réservée aux habitans de Santo-Domingo,de Puerto-Plate,etc. Une circonstance fortuite amena le citoyen J. C. Débrosse, résidant
aux Gonaïves, à réfléchir sur la possibilité d'utiliser les
eaux de l'Artibonite pour portera son embouchure dans la
mer, les billes d'acajou que l'on produirait dans les communes citées ci-dessus; d'autres rivières y avant leurs affluens,
partie de l'Est, était réservée aux habitans de Santo-Domingo,de Puerto-Plate,etc. Une circonstance fortuite amena le citoyen J. C. Débrosse, résidant
aux Gonaïves, à réfléchir sur la possibilité d'utiliser les
eaux de l'Artibonite pour portera son embouchure dans la
mer, les billes d'acajou que l'on produirait dans les communes citées ci-dessus; d'autres rivières y avant leurs affluens, -
devaient concourir aussi à créer cette industrie ; ce sont le Guayamuca, les Canas,leMarcassita, le Todomondo, le Mataya, etc. Plein de cette idée heureuse, M. Débrosse se mit
à l'œuvre, et bientôt, après des peines infinies néanmoins,
il jeta dans l'Artibonite une centaine de billes dont la plus
grande partie fut perdue , car il ne parvint à réunir que
15 à son embouchure. Son entreprise avait réussi toutefois ; dans ce premier essai il avait acquis l'expérience
nécessaire pour la continuer plus fructueusement, et il
réussit mieux. Il ne tarda pas à avoir, sinon des concurrens,
du moins des imitateurs dans les citoyens J. Verna, Samuel
Dupré, Bataille, Milieu Zamor, Alix Rossignol, Basquiat,
P. Dessert, Lewis Pouilh, Dubuisson, etc. Tous réussirent, comme leur devancier, à activer la production nouvelle née sur les bords de l'Artibonite; et c'est
avec une orgueilleuse satisfaction que nous citons leurs
noms, car ces enfans d'Haïti ont prouvé que leurs sembla- [ J 854] CHAPITRE V, 249 blés sont capables de moissonner les richesses de son sol fertile. A leur imitation, des étrangers se sont adonnés également aux coupes d'acajou; les commerçans ont fourni aux
uns et aux autres les moyens nécessaires, et des millions de
billes ont été exportées du pays depuis cette époque. Cette
industrie a donné de la valeur aux propriétés circonvoisines où l'on abat les arbres ; les hattiers ont augmenté leurs
troupeaux de bestiaux pour fournir des boeufs de trait employés à transporter l'acajou aux bords des rivières; de
nombreux ouvriers ont trouvé un emploi utile ; les denrées
cultivées sur les habitations ont eu un nouveau débouché
qu'elles n'avaient pas auparavant; enfim, l'Etat a vu accroître ses revenus parles droits d'exportation prélevés sur
l'acajou ; il a pu tirer aussi des sommes considérables pour
le bois coupé sur les terrains appartenant au domaine.
Voilà le fructueux résultat de la louable entreprise d'un
Haïtien. Le gouvernement, voulant tirer parti de tous le bois
d'acajou qui abonde dans les îles de la Gonave et de la
Tortue, appartenant entièrement au domaine, le 10 janvier de cette année le secrétaire d'Etat publia un avis qui
offrit cette entreprise à qui produirait la proposition la
plus avantageuse; et, le lendemain, un autre avis invita les
débiteurs retardataires à payer au trésor public ce qu'ils
devaient pour avoir coupé des acajoux sur les terres du
domaine dans les communes de l'Est. Il y avait trop de
difficultés dans l'actualité, pour que le premier avis eût
l'effet désiré ; les deux îles de la Gonave et de la Tortue
n'étant pas habitées, il ne s'y trouvait aucune culture de
vivres nécessaires à l'alimentation des nombreux ouvriers
qui devraient s'y transporter pour la coupe des arbres ; il
faudrait faire trop de frais pour en apporter de la grande
sur les terres du
domaine dans les communes de l'Est. Il y avait trop de
difficultés dans l'actualité, pour que le premier avis eût
l'effet désiré ; les deux îles de la Gonave et de la Tortue
n'étant pas habitées, il ne s'y trouvait aucune culture de
vivres nécessaires à l'alimentation des nombreux ouvriers
qui devraient s'y transporter pour la coupe des arbres ; il
faudrait faire trop de frais pour en apporter de la grande 2oO ÉTUDES SUR L HISTOIRE D'HAÏTI. île; il eût fallu en faire beaucoup plus pour y avoir
des bœufs de trait indispensables dans une telle entreprise. Les idées du gouvernement étant alors tournées vers ces
grandes exploitations qui fructifiaient par le haut prix de
l'acajou à l'étranger, un avis du secrétaire d'Etat essaya de
réglementer l'autorisation accordée aux navires étrangers
d'aller se charger de ce bois sur les côtes; et trois semaines
après, un arrêté du Président retira cette autorisation,
non-seulement pour réserver aux caboteurs Haïtiens le
transport du bois dans les ports ouverts, mais parce que les
cosignataires des navires étrangers profitaient de l'autorisation pour faire débarquer en contre bande des marchandises exotiques ; tel fut du moins un des motifs allégués
dans l'arrêté présidentiel. Il se présenta cependant des cas
où, sur les côtes du voisinage de Santo-Domingo surtout,
il était prouvé que les caboteurs ne pouvaient enlever d'énormes billes, à cause de la faible capacité des bâtimens
servant au cabotage. Deux autres arrêtés du Président ordonnèrent, l'un, la
prompte confection déjà ordonnée du cadastre des biens
domaniaux, lequel ne fut jamais entièrement exécuté; —
l'autre, que les particuliers qui occupaient sans titre des
terrains du domaine dans les campagnes, seraient tenus de
les affermer de l'administration ou d'en faire l'acquisition
dans le délai d'un mois, sous peine d'être évincés. Un
troisième arrêté détermina les jours de fêtes légales pendant lesquels les bureaux publics seraient fermés. C'étaient
d'abord les fêtes nationales établies par la constitution, —
celles de l'Indépendance, de l'Agriculture et de la Naissance
de Pétion, puis les Dimanches, *les Jeudi et Vendredi Saints,
la Fête-Dieu, la Saint-Jean, la Saint-Pierre , la Toussaint, [1855] CHAPITRE V. 251 le jour des Morts, et la Noël; et, enfin, clans chaque paroisse respectivement, le jour de fête patronale. Le gouvernement avait raison de se préoccuper d'augmenter les ressources financières de la République, par les
actes que nous venons de citer. Le Président ayant fait
adresser de nouvelles propositions, en 1853, au ministère
français, devait s'attendre que d'un moment à l'autre les
relations diplomatiques pourraient se renouer clans le but
de les examiner au moins ; car les intéressés à l'indemnité
et les porteurs des obligations de l'emprunt de 1825 ne
cessaient d'adresser aux chambres législatives des pétitions
pressantes à l'effet d'être payés. '
citer. Le Président ayant fait
adresser de nouvelles propositions, en 1853, au ministère
français, devait s'attendre que d'un moment à l'autre les
relations diplomatiques pourraient se renouer clans le but
de les examiner au moins ; car les intéressés à l'indemnité
et les porteurs des obligations de l'emprunt de 1825 ne
cessaient d'adresser aux chambres législatives des pétitions
pressantes à l'effet d'être payés. ' A la fin de 185% M. Dupetit-Thouars, capitaine de vaisseau, commandant la corvette la Créole, fut expédié et arriva au Port-au-Prince dans le mois de janvier. Cet officier,
ancien colon de Saint-Domingue, avait déjà rempli, on doit
se le rappeler, une mission secrète auprès de Boyer en 1 821 .
Cette fois, il venait ouvertement réclamer d'abord les
4,848,905 francs dont le trésor français avait fait l'avance
pour le payement de deux échéances cle l'emprunt, et prendre ensuite des renseignemens exacts sur la situation financière de la République, qui prétendait être « si pauvre , »
que son gouvernement n'avait offert que 45 millions pour
solde cle l'indemnité, payables en 45 années, étant obligé
cle reprendre le service de son emprunt. Dans une audience qu'il obtint de Boyer, aussitôt son arrivée, M. Dupetit-Thouars reçut la promesse d'être payé
« de suite » des avances du trésor français. C'était cle bon
augure pour cet officier. Mais il n'y avait au trésor haïtien
qu' environ un million cle gourdes en papier-monnaie ; le
gouvernement ne pouvait décemment les offrir. Boyer 252 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI. chargea le secrétaire d'Etat Imbert de voir les négocians
de la capitale, à l'effet d'obtenir d'eux des traites sur les
places d'Europe en faveur du trésor français, en payement
des droits de douanes à acquitter par eux, ou en échange
du papier-monnaie qu'il y avait à la caisse. Aucun de ces
commerçans ne put satisfaire aux désirs manifestés par
M. Imbert qui, il faut le dire pour la vérité historique,
étant constamment opposé, sans éclat néanmoins, aux vues
de Boyer, ne se donna guère de peine à ce sujet. Le véritable homme d'État, celui qui se dévouait sans cesse dans
le gouvernement avec un zèle patriotique, pour trouver le
moyen de sortir d'une difficulté présente^ le secrétaire général Inginac, fut chargé par le Président de s'occuper de
cette affaire.
qui, il faut le dire pour la vérité historique,
étant constamment opposé, sans éclat néanmoins, aux vues
de Boyer, ne se donna guère de peine à ce sujet. Le véritable homme d'État, celui qui se dévouait sans cesse dans
le gouvernement avec un zèle patriotique, pour trouver le
moyen de sortir d'une difficulté présente^ le secrétaire général Inginac, fut chargé par le Président de s'occuper de
cette affaire. M.E. Lloyd, qu'on a déjà vu figurer dans ce volume^, se
trouvait heureusement au Port-au-Prince en ce moment. Le
secrétaire général pensa que sa maison seule pouvait tirer
le gouvernement de cet embarras 1 . Ayant des affaires importantes avec les banquiers Reid, ïrving etCe, de Londres,
M. Lloyd consentit à donner à la République une « lettre de
» crédit » sur eux, pour « garantir » au gouvernement
français le remboursement de ses avances, à la condition de
recevoir du trésor haïtien, successivement, les sommes nécessaires en papier-monnaie, qu'il emploierait sur les places
du pays à l'achat de cafés ou autres denrées, dont la vente
en Europe produirait l'équivalent de ce qu'il faudrait compter au trésor de France. Au moyen de cet arrangement, par
un contrat écrit, MM. Reid^ ïrving et C « répondraient de
» payer les 4,848,905 francs. » M. Lloyd fit observer néan1 Ce fut à M. Alexis Dupuy, Haïtien (fils de l'ancien baron Dupny, du Nord), et associé
de M. E. Lloyd, que le général Inginac siadressa d'abord ; il se prêta avec un vrai patriotisme à dégager Boyer de sa promesse. — Voyez les Mémoires d'Inginac, pages 90
et 91. Par manque de souvenir, il a parlé de ce fait comme passé en 1837.
francs. » M. Lloyd fit observer néan1 Ce fut à M. Alexis Dupuy, Haïtien (fils de l'ancien baron Dupny, du Nord), et associé
de M. E. Lloyd, que le général Inginac siadressa d'abord ; il se prêta avec un vrai patriotisme à dégager Boyer de sa promesse. — Voyez les Mémoires d'Inginac, pages 90
et 91. Par manque de souvenir, il a parlé de ce fait comme passé en 1837. |1835J CHAPITRE Y. 255 moins que cette opération devait nécessairement exiger du
temps; car il ne lui serait pas possible d'accaparer toutes
les denrées avec les sommes que le trésor haïtien pouvait lui
donner, sans nuire à son propre commerce et à celui des
autres négocians, qui avaient besoin d'effectuer des retours
pour les marchandises importées en Haïti. Telle était la seule combinaison qui se présentait pour
dégager le gouvernement de l'offre qu'il avait faite, dès
1 855, et que Boyer venait de renouveler, de rembourser
« immédiatement » les avances du trésor français. En sa
qualité de négociant, M. Lloycl recevant des fonds, les employant à l'achat de denrées; faisant vendre ses denrées en
Europe pour en verser le prix dans la banque de Londres,
devait nécessairement jouir des commissions d'usage dans
le commerce, et les banquiers, encaissant des fonds et les
versant au trésor français, devaient prélever aussi les commissions qui reviennent à la nature de leurs opérations. Tout
fut précisé entre la maison Lloyd et Ce et le général Inginac,
clans un projet de contrat. Mais lorsque ce dernier apporta
ce projet à Boyer, il se récria contre ce qu'il appelait « des
» exigences » de la part de ces négocians. Il déclara alors
qu'il ne voyait pas d'autre moyen de faciliter le payement
de la dette nationale, — indemnité et emprunt, — que de
faire payer « en monnaies étrangères » les droits à l'importation des marchandises en Haïti. On se rappelle, sans doute,
que M. le baron Pichon en avait, le premier, fourni l'idée;
qu'il avait engagé le gouvernement à la mettre à exécution;
mais le Président, en faisant cette déclaration, prétendait
que cette idée appartenait à lui seul, sa regrettable vanité
ne lui permettant pas d'avouer qu'elle lui avait été suggérée
par l'agent français ' . Quoi qu'il en soit, il finit par consen1 Je dis ce qui s'est passé en ma présence. Le général Inginac, connaissant le carac251 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAÏTI. tir à ce que le contrat fût passé entre le secrétaire d'État
Imbert et la maison E. Lloycl et C°; Biais en stipulant que
cette maison et les banquiers Reid, Irving et Ce prélèveraient « les commissions d'usage, » ce qui revenait au même,
que de les détailler par des chiffres pour chaque opération 1 .
La « lettre de crédit » fut donnée au gouvernement qui la
remit à M. Dupetit-Thouars. M. Lloyd intervint auprès de lui
avec le contratTerf mains, pour lui prouver qu'il pouvait
l'accepter en toute sûreté.
et C°; Biais en stipulant que
cette maison et les banquiers Reid, Irving et Ce prélèveraient « les commissions d'usage, » ce qui revenait au même,
que de les détailler par des chiffres pour chaque opération 1 .
La « lettre de crédit » fut donnée au gouvernement qui la
remit à M. Dupetit-Thouars. M. Lloyd intervint auprès de lui
avec le contratTerf mains, pour lui prouver qu'il pouvait
l'accepter en toute sûreté. Mais cet officier avait une autre mission, celle de s'enquérir des ressources de la République. La lettre de crédit
lui prouvait déjà qu'elles étaient fort bornées. Le Président
avait nommé une commission pour conférer avec lui à ce
sujet, et le convaincre de leur exiguïté ; elle était présidée
par le général Inginac et composée des. sénateurs J. F. Lespinasse, Viallet etB. Ardouin. Les conférences eurent lieu
en l'hôtel du secrétaire général. M. Dupetit-Thouars qui,
dans sa première mission de 1821, avait entendu parler de
sommes fabuleuses laissées par H. Christophe et dont la
République aurait profité, piein de cette idée, croyait difficilement à ce que la commission lui disait de la situation
financière du pays. Le général înginac fut alors assez bien
inspiré^, dans l'une des séances, pour écrire une lettre, en
sa présence, à l'archiviste de la Chambre des communes
afin d'avoir, séance tenante, tous les comptes généraux tére assez soupçonnent du Président lorsqu'il s'agissait de quelque affaire d'argent, avait
prié le sénateur J.-F. Lespinasse et moi, de nous rendre chez lui pour assister à nu entretien qu'il eut avec M. E. Lloyd, au sujet de la lettre de crédit et de l'arrangement y
relatif. Ensuite il nous engagea à aller avec lui an palais, afin de témoigner au Président
qu'il avait discuté les intérêts de l'État, 1 M. E. Lloyd et son associé A. Dnpny durent se rendre au palais, afin de se faire
entendre et de terminer l'arrangement avec Boyer personnellement. Le contrat fut passe
le 11 janvier ; In secrétaire d'État s'y réserva'la faculté d'expédier directement à MM. Reid,
Irving et Cic, des sommes en traites sur l'Europe ou en espèces monnayées que l'Etat
allait avoir par la loi sur le payement des droits d'importation en monnaies étrangères. [1855] CHAPITRE V. 253 rendus parle secrétaire d'État depuis 1818 jusqu'à 1855.
Ces documens furent de suite apportés et mis sous les yeux
de M. Dupetit-Thouars, à qui la commission fit reconnaître
notamment, que le trésor recueilli en 1820 n'était pas aussi
considérable qu'on l'avait cru à l'étranger. Mais il était impossible à l'agent français de parcourir
clans cette séance tous ces chiffres durant seize années ; le
sénateur B. Ardouin proposa à ses collègues de lui confier
ces comptes généraux, pour en prendre connaissance à bord
de la Créole, ce qui fut accepté. M. Dupetit-Thouars en fit
même prendre copie par les jeunes officiers sous ses ordres,
et eut la loyauté de l'avouer à la commission, quelques jours
après., en lui disant qu'il était maintenant « convaincu »
de la vérité des assertions du gouvernement haïtien sur
l'exiguïté des ressources de la République, et qu'il se ferait
un devoir d'éclairer son gouvernement à ce sujet. Il lui apportait, en effet, les preuves les plus palpables dans les copies qu'il avait fait faire 1 .
copie par les jeunes officiers sous ses ordres,
et eut la loyauté de l'avouer à la commission, quelques jours
après., en lui disant qu'il était maintenant « convaincu »
de la vérité des assertions du gouvernement haïtien sur
l'exiguïté des ressources de la République, et qu'il se ferait
un devoir d'éclairer son gouvernement à ce sujet. Il lui apportait, en effet, les preuves les plus palpables dans les copies qu'il avait fait faire 1 . A son retour en France, il fit un rapport très-étendu sur
la situation d'Haïti. 11 dit comment le peuple avait mal accueilli l'ordonnance de 1825, à cause de ses clauses et de
la quotité de l'indemnité, supérieure à la somme dont on
était convenu en 1824; que Boyer avait compromis sa popularité; que des conspirations avaient été ourdies contre
lui | que le pays était plutôt misérable qu'aisé, car il n'y/
avait point de fortunes. Enfin, il conclut en exprimant l'opinion qu'il étQitjuste de réduire la dette de l'indemnité, de
1 20 millions à 60, en accordant des délais à la République
qui avait encore son emprunt à payer, etc. 2. 1 «Eu 1835, M. A. Dupetit-Thouars revint d'Haïti avec des documents qui permirent au
gouvernement d'apprécier la véritable, situation de notre ancienne colonie. » — M. Lepelletier de Saint-Rémy, tome 2, pages 70 et 71 . 2 J'ai eu connaissance de ce rapport, en 1838, par la communication qu'en firent
MM. de Las Cases et Baudin, aux plénipotentiaires Haïtiens qui traitaient avec eux. M^ 256 ÉTUDES SUR LHISTOIRE d' HAÏTI. Il est probable que M. Dupetit-Thouars avait eu connaissance de la proposition qu'avait faite, en 1851, la commission présidée par M. le comte Laine; mais lorsque lui,
intéressé h l'indemnité, il concluait ainsi, le gouvernement
français ne pouvait que porter son attention sur cette affaire.
En conséquence, une nouvelle commission., présidée par
M. le comte Siméon, fut chargée d'examiner les documens
financiers apportes par M. Dupetit-Thouars, son rapport,
les états du commerce de la France avec Haïti, les correspondances diplomatiques entre les deux gouvernemens;
d'entendre les colons, etc., et d'éclairer la question. Cette
commission conclut comme la précédente1. En juin 1856, M. Thiers, ministre des affaires étrangères
et président du conseil, émit à la tribune des deux cjiambres, à propos d'une pétition de colons, une opinion trèsmodérée à l'égard d'Haïti. Il était d'avis que les indemnitaires nommassent un syndicat qui serait chargé de discuter
leurs intérêts et de s'entendre avec le ministère sur ce qu'il
y aurait à faire. Mais, remplacé en septembre de la même
année par M. le comte Mole, il laissa à cet homme d'Etat
le soin de terminer ce litige déjà si long, de la seule manière qui fût digne de la France 2. Néanmoins, nous croyons
que le gouvernement français voulut voir rembourser défini tivemeut les avances faites par le trésor, avant de se décider à envoyer une mission à Haïti. Cette mission n'eut lieu
que dans les derniers mois de 1857, la maison E. Lloyd et
par M. le comte Mole, il laissa à cet homme d'Etat
le soin de terminer ce litige déjà si long, de la seule manière qui fût digne de la France 2. Néanmoins, nous croyons
que le gouvernement français voulut voir rembourser défini tivemeut les avances faites par le trésor, avant de se décider à envoyer une mission à Haïti. Cette mission n'eut lieu
que dans les derniers mois de 1857, la maison E. Lloyd et 1 Voyez l'ouvrage de M. Lepellelier de Saint-Rémy, tome 2, page 71. 2 Quand je vins à Paris, eu '1836, pour cause de santé, Boyer me chargea de prendre
des informations sur les dispositions du gouvernement français envers Haïti. Je vis
M. i. Laffitte et M. le comte de Laborde à ce sujet. Ce dernier me ménagea l'honneur d'un
court entretien avec M. le comte Mole, ministre des affaires étrangères et président du
conseil, qui voulut bien me dire qu'il espérait terminer ce litige à la satisfaction des
deux pays. M. Thiers avait d'ailleurs admis lajaéccssité d'une réduction du solde de l'indemnité ; c'est ce que me dirent JIM. de Laborde et Lafâlte, et j'en avisai le Président par
une lettre datée de Paris, le 22 juillet. [1855] CHAPITRE V. 257 Gie ayant mis environ deux ans à exécuter le contrat qu'elle
avait fait avec le gouvernement haïtien : pendant ce temps,
les banquiers Reicl, Irving et Ci0 opéraient successivement
des versemens au trésor de France 1. Aussitôt que le contrat eut été passé entre le secrétaire
d'État et la maison E. Lloyd et C'% et pendant les conférences entre la commission présidée par le secrétaire général
et M. Dupetit-Thouars, Boyer adressa au Sénat le message
suivant : « Port-au-Prince, le 11 janvier 1855, an 52e de
l'indépendance.
» Citoyens sénateurs, » L'article 158 de la constitution statue que « les rela-
» tions extérieures et tout ce qui peut les concerner, appar-
» tiennent au Président d'Haïti. » Mais l'article précédent
155, en établissant la sanction du Sénat pour la validité des
traités de commerce, d'alliance et de paix, conclus par le
chef du pouvoir exécutif, a voulu par cela même qu'il y eût
une parfaite harmonie de principes entre ces deux pouvoirs;
car autrement la divergence de vues pourrait souvent compromettre les rapports politiques d'Haïti avec l'étranger.
C'est donc pour remplir, autant qu'il dépend de moi, l'intention de notre pacte fondamental et pour donner au Sénat
une preuve de la confiance que je place dans les lumières
et dans le patriotisme de ses membres, que j'ai jugé devoir
lui adresser en communication les derniers documens relatifs aux négociations entamées, depuis 1855, avec le gott1 Au 31 décembre 1835 ces banquiers avaient déjà versé 1,000,000 francs. Au 20 novembre 1837, la somme versée s'élevait à 4,488,000 francs, et il ne restait plus qu'un
solde de 360,905 francs. Ces chiffres prouvent que le gouvernement haïtien avait à cœur
d'éteindre cette dette particulière : il avait fait expédier des sommes importantes en monnaies étrangères, au commencement de 1837. A Londres, M. Irving me dit positivement
que le gouvernement français attendait cette liquidation pour traiter avec la République,
et de là j'en avisai le Président par une lettre do. 1o août 1836.
et il ne restait plus qu'un
solde de 360,905 francs. Ces chiffres prouvent que le gouvernement haïtien avait à cœur
d'éteindre cette dette particulière : il avait fait expédier des sommes importantes en monnaies étrangères, au commencement de 1837. A Londres, M. Irving me dit positivement
que le gouvernement français attendait cette liquidation pour traiter avec la République,
et de là j'en avisai le Président par une lettre do. 1o août 1836. T. X. \1 258 ÉTUDES SUR l' HISTOIRE d' HAÏTI. vernement de S. M. le Roi des Français, pour parvenir à
fixer, d'une pari, la réduction que nous avons demandée de
la dette contractée pour l'indemnité, et, d'une autre part,
à régler, à déterminer dans un traité d'amitié et de commerce, fait sur des bases convenables, tout ce que l'ordonnance du 17 avril 1825 renferme de vague ou d'ambigu au
sujet de la reconnaissance, par la France, de l'indépendance de la République, comme Etat libre et souverain. « Pour mettre le Sénat mieux à même d'apprécier la
communication qne je lui fais par la présente, je joins ici
à la dépêche que le gouvernement haïtien vient de recevoir du gouvernement français, sous la date du 25 octobre 1854: 1° celle que nous lui avions adressée le
25 mai 1855; 2° sa réponse du 31 juillet suivant; 5° enfin,
notre réplique du 51 octobre même année, qui sert de motif à la mission de M. le capitaine de vaisseau DupelitThouars. Entre autres questions dont traite la dépêche ministérielle du 25 octobre 185-4, vous remarquerez, citoyens
sénateurs, celle qui se rapporte à une avance de fonds
faite, dans le temps^ par le trésor de France pour le service
de l'emprunt d'Haïti : le payement de cette avance étant
distinct de celui qui se rattache à l'indemnité dont nous
réclamons la réduction, et intéressant plus particulièrement l'honneur national, je n'ai pas hésité cle me résigner
à des sacrifices pour y faire face : l'envoyé du gouvernement français s'en retournera porteur de traites ou lettres
de crédit d'une valeur égale à la somme avancée. « Le gouvernement haïtien fera également tous ses efforts pour reprendre le plus tôt possible le service arriéré de
son emprunt. « Quant au reste de l'indemnité, la prudence et la né- [1835] CHAPITRE V. 259 cessité d'obtenir les garanties que nous avons jusqu'ici vainement demandées pour la reconnaissance explicite de
notre indépendance, nous commandent d'en subordonner
la liquidation à la conclusion du traité dont il a été parlé
plus haut : le simple bon sens indique qu'Haïti ne peut pas
s'épuiser en sacrifices pour l'entière libération de cette
dette politique, sans avoir préalablement obtenu les garanties pour lesquelles elle a consenti de la souscrire. « Tels sont, citoyens sénateurs, les développemens que
j'ai cru utile de consigner ici pour vous communiquer toute
ma pensée. Je réclame maintenant le concours de votre opinion motivée pour être éclairé sur la ligne de conduite qu'il
convient le mieux de suivre en cette occurrence. Si, toutefois, ce qu'à Dieu ne plaise, il fallait un jour défendre les
droits de la République, en repoussant une agression, à la
suite des prétentions ou des exigences inadmissibles, ma
détermination connue est invariable ; mais la pensée du
Sénat, manifestée sur ce point dans sa réponse, me serait
également satisfaisante.
de votre opinion motivée pour être éclairé sur la ligne de conduite qu'il
convient le mieux de suivre en cette occurrence. Si, toutefois, ce qu'à Dieu ne plaise, il fallait un jour défendre les
droits de la République, en repoussant une agression, à la
suite des prétentions ou des exigences inadmissibles, ma
détermination connue est invariable ; mais la pensée du
Sénat, manifestée sur ce point dans sa réponse, me serait
également satisfaisante. » J'ai l'honneur, etc., Signé: Boyer. » Le Sénat prit connaissance de ce message, à huis-clos, et
y répondit par celui qui suit, adopté à l'unanimité. « Maison nationale, au Port-au-Prince,
le 15 janvier 1855, etc. »
« Président,
« Le Sénat a l'honneur de vous accuser réception de votre
message en date du 1 1 de ce mois, par lequel vous lui avez
transmis en communication divers documens relatifs aux
négociations entamées par le gouvernement haïtien avec le
gouvernement français^ depuis le mois de mai 1855 : votre
message ayant encore pour but de réclamer du Sénat le
concours de son opinion motivées pour être éclairé sur la 260 études sur l'histoire d'haïti. ligne de conduite qu'il convient le mieux de suivre dans
l'état actuel de ces négociations. » Sensibles à cette marque de confiance que vous donnez
au corps politique qui concourt avec le pouvoir exécutif à
régler les rapports d'Haïti avec l'étranger; pénétrés des
importantes obligations qu'un tel pouvoir impose, et jaloux
de contribuer, en de telles occurrences, avec le chef de
l'État au maintien de l'honneur national et à la défense des
plus chers intérêts de la nation, nous consignons dans ce
présent message cette opinion que vous réclamez. » Et d'abord, Président, le Sénat éprouve le besoin de
vous adresser les justes éloges que vous méritez, pour la
dignité avec laquelle le gouvernement haïtien a agi dans
cette correspondance diplomatique. Il ne doit pas moins
vous féliciter de la détermination que vous avez prise, de
réclamer une réduction des charges immenses qui pèsent
sur notre pays. » Mais, si le Sénat ne s'est pas mépris sur le sens des dépêches du ministère français, il semble que son intention
serait de replacer Haïti sur le terrain de l'ordonnance du
17 avril 1825, et c'est avec satisfaction que le Sénat a reconnu que vous avez déclaré, que de cet acte vague et ambigu, il ne subsiste que le solde à fixer de l'indemnité pécuniaire en faveur de la France. Car, en effet, Président, après
la mesure prise par Votre Excellence de faire cesser, au
51 décembre 1850, le demi-droit stipulé pour le commerce
français, le gouvernement haïtien ne saurait pas revenir sur
une pareille concession, sans méconnaître son devoir; et le
gouvernement français ne doit pas non plus penser que les
ports d'Haïti n'ont été légalement ouverts au commerce
qu'en vertu de sa permission. -
faveur de la France. Car, en effet, Président, après
la mesure prise par Votre Excellence de faire cesser, au
51 décembre 1850, le demi-droit stipulé pour le commerce
français, le gouvernement haïtien ne saurait pas revenir sur
une pareille concession, sans méconnaître son devoir; et le
gouvernement français ne doit pas non plus penser que les
ports d'Haïti n'ont été légalement ouverts au commerce
qu'en vertu de sa permission. - t> C'est ce qui nécessite donc indispensablement un traité [18351 CHAPITRE V. 261 entre Haïti et la France, pour fixer désormais les rapports
politiques entre les deux pays, et afin d'effacer à jamais ce
que l'ordonnance de 1825 renferme de vague à l'égard de
la reconnaissance de l'indépendance nationale. Un tel traité,
indépendant de la convention financière qui réglera le solde
de l'indemnité et le délai accordé pour le payer, est tellement important pour l'honneur du peuple haïtien, qu'il
doit être la condition sine quâ non de l'accomplissement des
obligations d'Haïti envers la France : telle est l'opinion du
Sénat. » Mais il ne devait pas en être ainsi, par rapport aux
avances que le trésor royal de France fit, dans le temps,
pour le service l'emprunt contracté en 1825 par la République ; le Sénat approuve donc les sacrifices que V. E . s'est
vue obligée de faire pour payer la somme réclamée par M. le
capitaine de vaisseau Dupetit-Thouars, au nom de son gouvernement, et il verrait également avec plaisir les efforts du
gouvernement haïtien pour reprendre le plus tôt possible
le service arriéré de cet emprunt contracté sous la foi de
l'honneur national. » De telles dispositions vous font déjà pressentir, Président, le vœu du Sénat et son opinion à l'égard de la prétention qu'élève aujourd'hui le cabinet français pour le règlement de ce qui a trait à cet emprunt. La République ne
saurait souffrir que la France intervienne dans les affaires
qu'elle a contractées avec des particuliers; et lorsque la
France n'agit pas ainsi à l'égard d'autres pays, ce serait témoigner qu'elle veut placer Haïti dans un cas exceptionnel,
et cela même serait une injure. » En résumant donc les opinions émises plus haut, le Sénat pense que le gouvernement haïtien doit persister dans
les propositions qu'il a faites au gouvernement français, par 262 ETUDES SUR L HISTOIRE D HAÏTI. la dépêche du 25 mai i 855, et qui tendent : — 1° à réduire
le solde de l'indemnité à 45 millions de francs; — 2° à
payer cette somme en 45 ans, en se réservant de la payer
plus tôt si les ressources du pays en donnent la possibilité ;
pense que le gouvernement haïtien doit persister dans
les propositions qu'il a faites au gouvernement français, par 262 ETUDES SUR L HISTOIRE D HAÏTI. la dépêche du 25 mai i 855, et qui tendent : — 1° à réduire
le solde de l'indemnité à 45 millions de francs; — 2° à
payer cette somme en 45 ans, en se réservant de la payer
plus tôt si les ressources du pays en donnent la possibilité ; — 5° à régler ce payement par une convention linancière ; — 4° à obtenir un traité d'amitié et de commerce sur le pied
respectif de la nation la plus favorisée, pour régler les rapports politiques entre les deux pays. Mais, Président, si, contre l'attente du Sénat et l'espoir
que le gouvernement français sera guidé par le sentiment
d'une honorable politique, des prétentions ou des exigences
inadmissibles venaient à surgir de ces négociations, et qu'il
fallût repousser une injuste agression, le devoir du gouvernement haïtien ne saurait être douteux; et, en mettant notre
confiance dans la justice de l'éternelle Providence qui a su
nous inspirer des sentimens assez généreux pour entreprendre l'œuvre de la réhabilitation de notre race et de
notre émancipation nationale, nous nous abandonnerions
encore aux chances d'une lutte glorieuse où les Haïtiens,
quoique désireux de la paix, retrouveraient la puissante
énergie qui les fit vaincre pour vivre libres et indépendans. » Au surplus, Président, le Sénat aime à se reposer sur la
haute prudence et la sagesse que V. E. a toujours déployées
dans le cours glorieux de son administration, pour défendre
les intérêts et l'honneur du peuple qui lui a confié ses destinées; et, en transmettant à V. E. les documens qu'il avait
reçus en communication, le Sénat vous renouvelle l'assurance, Président, que vous le trouverez constamment disposé à marcher en harmonie avec vous. » Le Sénat a l'honneur, etc. — Signé : N. Viallet,/)res«-
dent; Pierre André etB. Ardouin, secrétaires; G. Georges, [1855| CHAPITRE V. 265 Rigaud, Béchet, J.-P. Oriol, N. Piron, J.-G. Castor, B. Audigé, J.-J. Dieudonné, Frémont et Gupidon. » En conséquence de cet accord entre les deux pouvoirs,
le Président fit remettre à M. Dupetit-Thouars une dépêche
en réponse à celle dont il avait été porteur : le gouvernement haïtien persistait dans ses propositions de 1853. A l'ouverture de la session législative qui eut lieu dans la
première quinzaine du mois d'avril, Boyer exposa la situation paisible de la République à l'intérieur, en manifestant
son espoir de réussir à régler ses rapports avec la France
de la manière la plus conforme aux intérêts de la nation, par
suite de la mission de M. Dupetit-Thouars à laquelle il fit
allusion. Il déclara aussi à la Chambre des communes qu'il
allait lui proposer diverses lois réclamées par les besoins
publics. En effet, depuis plusieurs années les tribunaux
avaient signalé successivement au grand juge des lacunes,
des imperfections dans divers codes publiés en 1826, lesquelles étaient en partie le résultat de la précipitation qu'on
avait mise dans leur confection. L'organisation judiciaire,
l'administration des douanes, etc., nécessitaient également
des réformes ou des améliorations.
ara aussi à la Chambre des communes qu'il
allait lui proposer diverses lois réclamées par les besoins
publics. En effet, depuis plusieurs années les tribunaux
avaient signalé successivement au grand juge des lacunes,
des imperfections dans divers codes publiés en 1826, lesquelles étaient en partie le résultat de la précipitation qu'on
avait mise dans leur confection. L'organisation judiciaire,
l'administration des douanes, etc., nécessitaient également
des réformes ou des améliorations. Mais la Chambre des communes, trouvant sans doute que
Boyer prouvait trop d'optimisme dans ce qu'il avait dit de
la situation intérieure, se réserva de lui manifester son opinion à cet égard. Elle le fit dans une adresse du 24 avril
qu'elle lui fit porter par une députation de sept membres.
Dans cet acte, elle débuta en lui offrant « l'hommage de la
» gratitude de la nation pour la constance avec laquelle il
» persévérait à lui procurer le bonheur. » Elle rendit justice « à son zèle patriotique, à ses lumières et à la pureté de
» ses intentions et de ses principes, » Elle lui dit que son 264 études sur l'histoire d'haïtt. discours à l'ouverture de la session actuelle « procurait un
» nouvel aliment à l'espérance générale, et que flattée et
» honorée de la franchise et de la loyauté dont il avait usé
» envers elle, elle se croyait obligée à son tour de s'entre-
» tenir avec lui à cœur ouvert. Il est certain, Président,
» poursuivi t-elle, que les ressorts du corps politique ve-
» nant aboutir dans vos mains par une tendance nécessaire,
» V. E. peut, mieux que personne, saisir l'ensemble des
» intérêts publics. Néanmoins, l'entière connaissance qu'elle
» peut acquérir de l'état des choses n'est pas tout à fait dé-
» pendante de l'exactitude et de la fidélité que ses agents
» mettent dans les rapports qu'ils ont avec elle. Les repré-
» sentans de la nation, disséminés sur les divers points du
» territoire et ayant des relations d'intimité avec les ci-
» toyens, sont aussi à portée de recueillir des renseigne-
» mens et des observations qui, étant confiés à la médita -
» tion du génie régulateur de la République, peuvent
» produire des résultats utiles pour toute la société... Les
» difficultés qui paralysent quelquefois la marche de l'ad-
» ministration des affaires publiques proviennent moins de
» X imperfection de nos lois que de X incurie des fonction-
» naires qui sont chargés de leur exécution. Cernai existera
» jusqu'à ce que lespeines attachées à leur négligence rece-
» vront une juste application. » — Puis, la Chambre parla
de la culture « du café qui s améliorait chaque jour, et qui
» avait besoin d'être protégée et soutenue; » de la culture
« des cannes à sucre qui ne paraissait pas devoir prospérer
» en Haïti ; du commerce, seconde source de la prospérité
» publique, qui perdait chaque jour de ses avantages ; » et
à ce dernier égard, « la contrefaçon de la monnaie nationale,
» X inégalité dans les moyens .d'importation et d'exporta-
» tion, la substitution commerciale des grandes villes, aux
» avait besoin d'être protégée et soutenue; » de la culture
« des cannes à sucre qui ne paraissait pas devoir prospérer
» en Haïti ; du commerce, seconde source de la prospérité
» publique, qui perdait chaque jour de ses avantages ; » et
à ce dernier égard, « la contrefaçon de la monnaie nationale,
» X inégalité dans les moyens .d'importation et d'exporta-
» tion, la substitution commerciale des grandes villes, aux [1855] CHAPITRE V. 265 » bourgs, » étaient signalées comme des causes de dépérissement. « Votre sollicitude toute paternelle doit reposer
» sur ces grands objets, » disait la Chambre en terminant
son adresse 1 . Cet acte nous semble prouver, de la part de ce corps, une
préoccupation par rapport à ce qu'on disait dans le public :
que la 4e législature s'était montrée « passivement obéis-
» santé » en excluant de son sein H. Dumesle et David
Saint-Preux en 1833, J. Roche en 1 834 ; car l'Opposition
était vivace, à la capitale comme ailleurs, et elle reprochait
aux représentans ces déchéances de leurs collègues. En tenant le langage qu'on trouve dans son adresse, elle voulait
faire preuve d'indépendance. Sans doute, il y avait moins à dire de l'imperfection des
lois en général, que de leur inexécution fréquente dans bien
des cas; mais comment obtenir Imparfaite exécution de ces
lois avec les fonctionnaires qui, en général aussi, étaient
des hommes qui avaient bien mérité de la patrie par leurs
services, qui étaient plus ou moins influens dans le pays,
et que le gouvernement ne se croyait pas en droit de révoquer, malgré X incurie que la Chambre signalait de leur
part et qui provenait plutôt de leur inaptitude à comprendre
les formes légales? Alors, aurait-il été juste de les punir?
Parmi les représentans eux-mêmes qui votaient les lois
chaque année, combien ne s'en trouvait-il pas qui, jouissant
d'une considération méritée dans leurs communes, ou ne
les comprenaient pas, ou auraient été de forts mauvais exécuteurs? Et puis, si la culture du café, notre principal pro1 Bulletin des loin n° 2, Milscent, principal rédacteur de cette adresse, avait été admis
à faire part de ses idées à la commission de fonctionnaires qui prépara la révision des
codes et des autres lois, en 1834 ; mais il s'en était retiré pour avoir été combattu sur des
points essentiels : de là cette adresse ainsi formulée. L'amour-propre ou la présomption a
toujours joué un grand iôle dans les affaires de notre chère patrie.
culture du café, notre principal pro1 Bulletin des loin n° 2, Milscent, principal rédacteur de cette adresse, avait été admis
à faire part de ses idées à la commission de fonctionnaires qui prépara la révision des
codes et des autres lois, en 1834 ; mais il s'en était retiré pour avoir été combattu sur des
points essentiels : de là cette adresse ainsi formulée. L'amour-propre ou la présomption a
toujours joué un grand iôle dans les affaires de notre chère patrie. 266 études sur l'histoire d'haïti. duit, « s'améliorait chaque jour, » c'est une preuve que
cette culture était « protégée et soutenue; » à cet égard,
les nombreuses circulaires de Boyer aux commandans d'arrondissement témoignaient de sa sollicitude pour l'agriculture en général. Si la canne à sucre n'était pas cultivée
comme le café, c'est que sa culture est plus difficile et exige
plus de travailleurs réunis sur une même habitation : or, la
tendance des travailleurs était de s'isoler avec leurs familles
sur les petites propriétés qu'ils acquéraient, ou des particuliers ou du domaine public. Si le commerce souffrait par les
causes indiquées par la Chambre, le gouvernement ne pouvait pas en être responsable. Qui était suspecté d'introduire
et de mettre en circulation la fausse monnaie dans le pays,
sinon des comme rçans étrangers et nationaux des villes? Si
le commerce des grandes villes l'emportait sur celui des
bourgs, n'était-ce pas une chose toute naturelle, le résultat
d'une population plus forte 1 ? Il y avait, disait la Chambre,
inégalité entre l'importation et l'exportation; mais la faute
était imputable à tout le monde. On consommait plus qu'on
ne produisait, au-delà de ses revenus, surtout dans les villes
ou bourgs; et tel spéculateur en denrées de ces lieux excitait
souvent les producteurs des campagnes à la consommation
de marchandises étrangères dont ils n'avaient réellement
pas besoin, en leur faisant des avances pour s'assurer leurs
récoltes de plusieurs années. Combien parmi eux ne se sont
pas ruinés par ces avances inconsidérées? Concluons donc de ce langage « à cœur ouvert, » et des
observations ci-dessus, que la Chambre des communes ne
pouvait guère convaincre Boyer et le porter à renoncer à sa
quiétude. Au reste, il n'aimait pas, comme la plupart des 1 En cela, la plupart des représentais prêchaient pour leurs paroisses i parmi ciu,
. beaucoup étaient commer.Qans, spéculateurs en denrées, etc. [1835] CHAPITRE V. 267
donc de ce langage « à cœur ouvert, » et des
observations ci-dessus, que la Chambre des communes ne
pouvait guère convaincre Boyer et le porter à renoncer à sa
quiétude. Au reste, il n'aimait pas, comme la plupart des 1 En cela, la plupart des représentais prêchaient pour leurs paroisses i parmi ciu,
. beaucoup étaient commer.Qans, spéculateurs en denrées, etc. [1835] CHAPITRE V. 267 chefs de gouvernement, à entendre dire que « les choses
» vont mal : » presque tons sont optimistes 1. ïl aurait porté « les représentais de la nation » à l'être
comme lui, s'il ne les négligeait pas tant, il faut l'avouer :
en cela, il avait un grand tort. Cette législature ne fut pas
plus que la seconde, qui élimina aussi plusieurs de ses
membres, l'objet de ses attentions personnelles. Boyer
semblait vouloir s'isoler des représentans, pour faire penser
au public qu'eux seuls étaient responsables de ces actes inconstitutionnels. Ils ne le voyaient que les dimanches, dans
la matinée, à l'audience générale des fonctionnaires; car,
dans la semaine, le Président était presque toujours sur ses
habitations de la plaine. II invitait rarement à dîner un petit
nombre de personnes; les ministres, n'ayant que leurs
maigres émolumens, ne pouvaient le faire eux-mêmes 2. ïl
n'y avait pas de soirées au palais, dans lesquelles un homme
aussi sociable, aussi séduisant que l'était Boyer, aurait pu
exercer une influence utile à la marche des affaires, à son
gouvernement, en satisfaisant l'amour-propre de ceux qui y
auraient été admis : ministres, sénateurs, représentans,
magistrats, fonctionnaires de tous les ordres, pères et mères
de famille. Les hommes sont partout les mêmes; ils sont
sensibles à ces égards, à ces attentions des chefs qui les
gouvernent et qui sont placés pour donner une sage direction à la société. Si ces chefs s'isolent volontairement de
leurs concitoyens pour ne laisser sentir que leur autorité, ils
finissent par perdre toute influence. Boyer disait souvent : 1 On prétendait que Louis XY1I1 se distinguait sous ce rapport : il aimait qu'on lui dit
que tout allait fort bien. 1 11 faut cependant excepter le secrétaire général Inginac qui s'efforçait de le faire :
il n'est pas un seul étranger de distinction, venu au Port-au-Prince, qu'il n'ait fêté, et
bien souvent des fonctionuaires publics des autres lieux étaient invités à dincr avec lui ;
et il était loin d'être riefae I 268 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. « Je ne demande rien pour moi, mais tout pour la patrie. »
Chacun savait, en effet, que c'était cette patrie qu'on servait
et non pas lui; mais il n'est pas moins vrai que, pour bien
la servir lui-même, il avait besoin de s'entourer de dévouemens, d'exercer de l'influence sur les esprits par la persuasion. Les actes d'un gouvernement ne suffisent pas pour
convaincre de ses bonnes intentions, il faut encore employer
ces moyens qui agissent sur l'esprit public.
rien pour moi, mais tout pour la patrie. »
Chacun savait, en effet, que c'était cette patrie qu'on servait
et non pas lui; mais il n'est pas moins vrai que, pour bien
la servir lui-même, il avait besoin de s'entourer de dévouemens, d'exercer de l'influence sur les esprits par la persuasion. Les actes d'un gouvernement ne suffisent pas pour
convaincre de ses bonnes intentions, il faut encore employer
ces moyens qui agissent sur l'esprit public. Que le lecteur veuille bien nous pardonner ces digressions, car nous les croyons utiles comme étude de mœurs,
et nécessaires pour faire comprendre tout ce qui contribua
au renversement de Boyer du pouvoir 1 . Maintenant, faisons connaître les diverses lois votées dans
cette session, d'après l'ordre de leur promulgation par le
pouvoir exécutif. 1° Celle sur les douanes, qui n'établit aucune distinction
à l'importation et à l'exportation, entre les navires étrangers et les nationaux. Le tarif du droit fixe à l'importation fut plus élevé que dans la loi de \ 827. 2° Celle sur les conseils de notables, définissant mieux
que par le passé leurs diverses attributions. 5° Celle sur l'organisation judiciaire, maintenant les tribunaux établis précédemment et rédigée avec une meilleure entente de la matière. 4° Celle sur les arpenteurs publics, réglant leurs opérations^ les tarifant et précisant la responsabilité attachée
à leurs actes. 5° Celle sur la régie des impositions directes, comblant
des lacunes échappées à la loi de 1854-. 6° Celles sur les patentes et sur l'impôt foncierpour 1856. 1 Pétion était plus accessible que lui; on pouvait le voir dans la journée, à toute
beure : le soir, il y avait cercle de fonctionnaires et de citoyens autour de lui. [1835] CHAPITRE V. 269 7° Celles des n° 2 à 9, complétant le nouveau code de
procédure civile où le législateur fit entrer diverses dispositions du code français qui avaient été élaguées dans
le code de 1826, pour mieux assurer la marche de la
procédure. 8° Celle sur le payement des droits d'importation en
monnaies étrangères., d'or ou d'argent, suivie d'un tableau comparatif de ces monnaies et prenant pour base la
monnaie d'Espagne : cette loi ayant pour but principal,
on peut dire unique, d'assurer le payement de la dette envers la France 1 . 9° Celles formant le code d'instruction criminelle, apportant diverses modifications à celui de 1826, notamment en ce qui concerne le jury, et exceptant plusieurs catégories de crimes de sa compétence, pour n'être plus jugés
à l'avenir que par les tribunaux criminels. 10° Celles formant le code pénal, substituant une gradation mieux entendue entre les diverses peines, surtout
en ce qui avait rapport aux vols dont les moindres devenaient justiciables de la justice de paix, sous la qualification de larcins. La Chambre des communes et le Sénat eurent ainsi une laborieuse session ; et malgré l'opinion émise par les représentans sur les lois en général, ils ne purent se dissimuler le
besoin que l'on avait d'améliorer celles énoncées ci-dessus.
code pénal, substituant une gradation mieux entendue entre les diverses peines, surtout
en ce qui avait rapport aux vols dont les moindres devenaient justiciables de la justice de paix, sous la qualification de larcins. La Chambre des communes et le Sénat eurent ainsi une laborieuse session ; et malgré l'opinion émise par les représentans sur les lois en général, ils ne purent se dissimuler le
besoin que l'on avait d'améliorer celles énoncées ci-dessus. Par une circulaire du 5 décembre, adressée aux doyens
des tribunaux civils par le grand juge, il fut prescrit qu'à \ Cette loi fut promulguée le 14 juillet; elle était exécutoire au 1" octobre, pour
les navires venant des lies ou du coutinent d'Amérique ; au 1er janvier 1836, pour ceui
venant d'Europe ou d'autres contrées. Ne croyant pas devoir avouer le vrai motif de
cette mesure, Boyer avait dit dans son message a la Chambre, a qu'elle était nécessaire
en vue d'améliorer le système monétaire du pays. » On verra ce que produisit,
en 1837, cette déclaration, prise pour prétexte par ceui qui désiraient l'abrogation de
a loi. 270 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. l'avenir, tout postulant à la charge de défenseur public
devait lui présenter, pour en obtenir la commission, deux
certificats : l'un, constatant sa moralité, l'autre, sa capacité, après un examen subi soit pardevant les membres
du tribunal, soit pardevant trois défenseurs publics déjà
commissionnés et désignés par le doyen. Ce fut'un moyen
imaginé, en l'absence d'une faculté de droit dans le pays :
auparavant, le gouvernement nommait à cette charge quiconque désirait l'obtenir, sur une simple pétition.
pour en obtenir la commission, deux
certificats : l'un, constatant sa moralité, l'autre, sa capacité, après un examen subi soit pardevant les membres
du tribunal, soit pardevant trois défenseurs publics déjà
commissionnés et désignés par le doyen. Ce fut'un moyen
imaginé, en l'absence d'une faculté de droit dans le pays :
auparavant, le gouvernement nommait à cette charge quiconque désirait l'obtenir, sur une simple pétition. 1S3G. — Prorogation de la session législative au S août. — Circulaires du Président
d'Haïti aux tribunaux civils, expliquant les modifications apportées aux codes votés
dans la session de 1835. — Ouverture de la session législative. — Le secrétaire d'État
est déchargé de sa gestion financière en 18.35. — Plusieurs lois sont votées et promulguées. Arrêté du Président contre les pirates. — 1837. Proclamation invitant les
électeurs à nommer les représentons de la Se législature. — Conspiration ourdie au
Cap-Haïtien. — Faits relatifs au chef de bataillon Bélonie Narcisse. — Le général
Guerrier dénonce au Président, Gervais Henri comme un des complices de la conspiration ; il est mandé à la capitale. — Révolte d'Isidor Gabriel, colonel des carabiniers
de la garde : elle est étouffée et il est tué. — Proclamation du Président et ordre du
jour qui licencie le corps des carabiniers. — Réflexions au sujet de cette révolte. —
Mort du général Léo qni est remplacé par le général Bottex. — Discours du Président
à l'ouverture de la session législative. — Règlement pour la police intérieure de la
Chambre des communes. — Elle décharge le secrétaire d'État de sa gestion en 1836,
et vote les lois d'impôts directs en y confondant ce qui était de son initiative et ce qui
était de celle du Président d'Haïti. — Elle repousse une plainte formée contre l'un de
ses membres. — Proposition de Couret, pour demander au Président l'abrogation de la
loi sur le payement des droits d'importation en monnaies étrangères., discussion qu'elle
occasionne à la Chambre. — La Chambre adresse au Président un message qui lui
demande la suspension de cette loi : une députation l'apporte àBoyer qui lui repond
qu'il avisera. — La Chambre lui adresse un autre message à l'occasion de la SaintPierre , sa fête patronale : il y répond. — Discours de H. Dumesle, président de la
Chambre, à la séance de clôture de la session. — Proclamation du Président sur les
causes de la situation commerciale du pays. — Réflexions à ce sujet. — Avis officie)
annonçant que le Sénat a rejeté les lois d'impôts votées par la Chambre. — Le Président ordonne au secrétaire d'État de faire percevoir ces impôts, en vertu des lois
précédentes non abrogées. — Circulaire du secrétaire d'État aux conseils de notables à ce sujet. — * Arrêté du Président ordonnant une grande plantation de
vivres. — Réorganisation du lycée national du Port-au-Prince. — Messages
entre le Président et le Sénat, sur les questions à résoudre entre la France
et la République. — Proclamation annonçant qu'un agent français vient de
Haïti.
faire percevoir ces impôts, en vertu des lois
précédentes non abrogées. — Circulaire du secrétaire d'État aux conseils de notables à ce sujet. — * Arrêté du Président ordonnant une grande plantation de
vivres. — Réorganisation du lycée national du Port-au-Prince. — Messages
entre le Président et le Sénat, sur les questions à résoudre entre la France
et la République. — Proclamation annonçant qu'un agent français vient de
Haïti. La tranquillité dont la République jouissait depuis plusieurs années, surtout depuis que l'Opposition avait été
exclue de la Chambre des communes^ devait faire de 1 856
une de ces époques heureuses pour Haïti. Mais comme, en 272 études sur l'histoire d'haïti. politique, tout est action et réaction, ce calme profond était
le précurseur d'un grave événement et d'agitations nuisibles
à la prospérité du pays. C'était encore de la Chambre des
communes que ces agitations allaient sortir, au renouvellement de la législature : son adresse au pouvoir exécutif,
qu'on a lue au chapitre précédent, prouvait que désormais
ce pouvoir serait l'objet de ses remontrances. En attendant le moment d'en parler, citons, comme toujours, les actes les plus remarquables du gouvernement;
car il en est beaucoup que nous devons nécessairement
omettre, parce qu'ils sont purement administratifs. Le 2 février, une proclamation du chef de l'État prorogea
la session législative au 8 août suivant. Le motif de cette
prorogation était l'espoir qu'il avait, que le gouvernement français se fût décidé à entrer dans un arrangement
définitif avec la République avant cette époque, et il se réservait d'en entretenir la 4e législature qui allait terminer
son mandat dans cette session. Dans le même mois de février, le Président crut devoir
lui-même adresser une circulaire aux tribunaux civils^ pour
leur expliquer les motifs des changemens introduits dans la
procédure civile, par le nouveau code, lesquels changemens n'avaient eu lieu, en grande partie, que sur leurs
propres observations. Il leur recommanda sur toute chose,
d'éviter de favoriser Y esprit de chicane des avocats ou défenseurs publics contre lequel il était toujours prévenu (avec
une certaine raison), afin que l'intérêt des familles n'en
souffrît pas. Au mois d'avril, Boyer leur adressa une autre
circulaire dans le même but, par rapport aux nouveaux
codes pénal et d'instruction criminelle, cette dernière recommandant aux magistrats -de veiller à l'accélération de
l'instruction des procès faits aux délinquans, à une équi- [•1836] CHAPITRE VI. 275 table distribution de la justice, afin que ces délinquans
n'eussent pas à supporter d'inutiles lenteurs dans leur situation pénible, et que la société elle-même fût satisfaite. D'après une contestation survenue entre le directeur général de la poste et le consulat français, le gouvernement se
vit obligé de faire publier un avis concernant les sacs aux
lettres apportées de l'étranger. A l'arrivée des navires de
France, ce consulat s'emparait des lettres et les faisait distribuer aux commerçons, au préjudice du fisc. L'avis eut
pour objet de contraindre les capitaines des navires de
toutes les nations à remettre leurs sacs à la poste, à les y
prendre à leur départ, en exceptant de cette mesure la correspondance officielle des agents consulaires; rien n'était
plus juste.
les sacs aux
lettres apportées de l'étranger. A l'arrivée des navires de
France, ce consulat s'emparait des lettres et les faisait distribuer aux commerçons, au préjudice du fisc. L'avis eut
pour objet de contraindre les capitaines des navires de
toutes les nations à remettre leurs sacs à la poste, à les y
prendre à leur départ, en exceptant de cette mesure la correspondance officielle des agents consulaires; rien n'était
plus juste. Le 11 août, la session législative fut ouverte. Boyer expliqua à la Chambre des communes pourquoi il l'avait prorogée; il parla de la régularité et de l'économie qui régnaient dans toutes les parties de l'administration des
finances; de l'ordre et de la tranquillité dont le pays jouissait, « en rendant à cet égard, dit-il, hommage à l'esprit de
« patriotisme de la grande majorité de la nation. » Et en
exprimant sa satisfaction du concours qu'il avait trouvé de
la part de la Chambre, il lui annonça qu'il ne lui proposerait que quelques lois pour coordonner les améliorations
déjà faites à la législation. J. Depa, président delà Chambre, répondit aux paroles
du chef de l'Etat par le discours le plus concis, se bornant à
lui donner l'assurance qu'elle marcherait en harmonie
avec ses vues, rendant justice à sa sollicitude pour le bonheur public et faisant des vœux au ciel pour sa conservation. Cette fois, il ne fut pas question d'adresse à présenter
par la Chambre : elle sembla reconnaître que c'était inutile. T. X. 18 274 études sur l'histoire d'haïti. Dès le lendemain, elle reçut du Président les comptes
généraux pour l'année 1835, et successivement quatre
projets de loi qui furent votés dans le cours de la session. Le
secrétaire d'État fut déchargé de sa comptabilité, comme
il l'avait été dans les années précédentes. On remarqua au
Bulletin des lois de cette année, les messages du Président
accompagnant chacun de ses projets, donnant les motifs
nécessaires pour déterminer la conviction des représentais.
Ainsi, ils votèrent : 1° La loi portant amendement au code d'instruction
criminelle de 1855, afin de simplifier le jugement, à la
justice de paix, des nombreuses contraventions qui lui
avaient été dévolues, de ne pas faire souffrir inutilement
des lenteurs aux délinquans, lesquelles sont toujours une
aggravation de peines. 2° La loi sur l'emprisonnement des débiteurs contraignablespar corps, dans le même esprit que la précédente,
portant amendement au titre 14 de la loi N° 4 du code de
procédure civile, pour diminuer les frais à la charge des
débiteurs. 5° La loi portant tarif des frais judiciaires pour tous
actes faits parclevant les tribunaux de paix., les tribunaux
civils et le tribunal de cassation, par leurs greffiers, les
défenseurs publics, etc., à des taux modérés. 4° La loi qui ferma les ports d'Aquin, de l'Ansed'Eynaud, de Miragoane, de Saint-Marc et du Port-de-Paix,
lesquels avaient été ouverts au commerce extérieur en
1852, en donnant cependant au Président d'Haïti la faculté
d'ouvrir, selon les circonstances, tel de ces ports ou
autres, dans l'intervalle d'une session à une autre '.
les
défenseurs publics, etc., à des taux modérés. 4° La loi qui ferma les ports d'Aquin, de l'Ansed'Eynaud, de Miragoane, de Saint-Marc et du Port-de-Paix,
lesquels avaient été ouverts au commerce extérieur en
1852, en donnant cependant au Président d'Haïti la faculté
d'ouvrir, selon les circonstances, tel de ces ports ou
autres, dans l'intervalle d'une session à une autre '. 1 Ces divers ports restèrent fermés en vertu de la loi, et cette mesure y développa
l'Opposition contre Boyer. Les négociais, tes spéculateurs en denrées, les marchands [1857] CHAPITRE VI. 275 5 Enfin, la loi qui, par l'initiative de la Chambre, prorogea celles de l'année précédente, sur les patentes et sur
l'impôt foncier. La Chambre des communes utilisa ainsi les trois mois de
la session et termina son mandat paisiblement. La législature qui allait la remplacer était destinée à faire plus de
bruit, au début de ses travaux et pendant trois années
consécutives. Deux actes de piraterie, par des bâtimens étrangers,
commis en octobre sur la côte de Neyba, et en novembre devant le port de Jérémie, moti vèren t un ar rê té du Présiden t
d'Haïti qui rendait justiciables « du conseil militaire spécial
» du Port-au-Prince, ayant attribution du conseil d'ami-
» rauté, » tous prévenus de ce crime, conformément à la loi
du 1er novembre 1814 sur la piraterie. L'arrêté enjoignait
aux autorités qui les auraient fait saisir, eux et leurs bâtimens, de les envoyer à la capitale afin que les faits fussent
préalablement examinés par le gouvernement. Le 5 janvier 1857, Boyer publia une proclamation relative à la formation de la cinquième législature. Il n'avait
jamais tenu aux électeurs un langage aussi explicite que
cette fois : c'est qu'il présumait, avec raison, que les oppo^-
sans mettraient tout en œuvre pour se faire élire représentais. Aussi bien, ce mandat était plus apprécié chaque jour, z
la vie politique se répandait dans la nation depuis quelques J
années ; la proclamation du Président, du 5 janvier 1852,
y avait même contribué, quand il s'agissait de laquatrième ou marchandes en détail, qui tous comptaient sur la prospérité du commerce direct
avec l'étranger, furent mécontens d'être forcés de recourir à celui des autres villes
plus importantes. Depuis l'établissement de la République, il y avait de continuelles
fluctuations à cet égard : l'administration voyait une contre bande active dans ces
petits ports et des dépenses onéreuses, par les fonctionnaires qu'il fallait y entretenir ; l'intérêt privé ne lui savait pas gré de ce qui contrariait ses chances de gain.
sur la prospérité du commerce direct
avec l'étranger, furent mécontens d'être forcés de recourir à celui des autres villes
plus importantes. Depuis l'établissement de la République, il y avait de continuelles
fluctuations à cet égard : l'administration voyait une contre bande active dans ces
petits ports et des dépenses onéreuses, par les fonctionnaires qu'il fallait y entretenir ; l'intérêt privé ne lui savait pas gré de ce qui contrariait ses chances de gain. 276 études sur l'histoire d'haïti. législature. Il pouvait prévoir que Hérarcl Dumesle et David
Saint-Preux, dont l'exclusion de cette législature n'avait
pas été sanctionnée par l'opinion publique, feraient tous
leurs efforts pour être réélus, ainsi que cela se pratique
dans tous les pays où le régime constitutionnel, parlementaire, est établi; car leur amour-propre était intéressé à
faire prononcer cette sorte de protestation par leurs communes respectives1. Ne voulant, comme toujours, employer
aucun moyen d'influence auprès des électeurs, Boyer se
bornait à parler à leur esprit : « Sachez, leur clit-il entre
» autres choses, dans vos élections, distinguer le citoyen
» modeste, vertueux, sincèrement dévoué à son pays, de
» celui dont l'intrigue s'agitera pour obtenir votre suffrage,
» et qui n'y aspire que pour satisfaire sa vanité, peut-être
» même son ambition. » Il leur rappela enfin « les temps
3 funestes d'agitations politiques que le pays avait traver-
» ses miraculeusement, pour leur faire « considérer les
» fruits heureux de l'union du peuple avec son gouverne-
» ment, etc. » "jl A mon retour de France, le 30 novembre i836, je me rendis de suite auprès de
Boyer que je trouvai couclié, ayant la fièvre. J'étais porteur .d'une lettre de M. Isambert pour lui, que je lui remis; il me la fit décacheter et lire, en présence de sa
femme qui était seule dans la chambre. Après cette lecture, il me donna à décacheter
cl lire encore une autre lettre qui venait de lui être remise par M. S. Villevaleix : elle
lui était adressée par Hérard Dnniesle et datée d'Aquin où il s'était rendu. Par cette
lettre de quatre pages, H. Dumesle lui rappelait toutes les bontés dont il avait été
l'objet de sa part en diverses circonstances, qu'iJ avait logé chez lui, etc ; ilparla de ses
principes, de ses opinions politiques qui ne pouvaient avoir pour *but le renversement
de Boyer, car ce serait vouloir le malheur de. la patrie. Il l'entretint de quelques lettres
de lui, qu'on avait trouvées dans les papiers de Félix Darfour, en protestant contre toute
idée d'approbation de la conduite tenue par ce dernier. Enfin, H. Dumesle le priait de
permettre qu'il vint au Port-au-Prince lui faire sa profession de foi entière, lui renouveler ses sentimens d'attachement. A ces mots, le Président dit : « Je n'en ai nul besoin :
ii qu'il se conduise en honnête homme, en bon citoyen, c'est tout ce que je désire de lui.»
Je me permis alors de lui faire observer, qu'il était probable que H. Dumesle serait
réélu par la commune des Cayes, et qu'il valait mieux, selon moi, le laisser venir, l'entendre, gagner son concours à la Chambre, par la persuasion, plutôt que de l'y voir
opposant. Mais Boyer persista dans son refus.
« Je n'en ai nul besoin :
ii qu'il se conduise en honnête homme, en bon citoyen, c'est tout ce que je désire de lui.»
Je me permis alors de lui faire observer, qu'il était probable que H. Dumesle serait
réélu par la commune des Cayes, et qu'il valait mieux, selon moi, le laisser venir, l'entendre, gagner son concours à la Chambre, par la persuasion, plutôt que de l'y voir
opposant. Mais Boyer persista dans son refus. [1857] CHAPITRE VI. 277 Pendant que, dans toutes les communes, on se préparait
à se réunir du 1er au 10 février pour les élections, dans
celle du Cap-Haïtien il se tramait une conspiration contre
le gouvernement; le projet en existait même auparavant. Vers octobre ou novembre 1856, le chef de bataillon
Bélonie Narcisse, du 29e régiment, en étant informé, avait
manifesté son opinion publiquement à ce sujet, en disant :
qu'il combattrait toute tentative faite pour renverser le
gouvernement ou seulement porter atteinte à son autorité;
et il cita nommément le colonel ïzidor Gabriel, commandant
du régiment des carabiniers à cheval de la garde, comme
étant l'un des auteurs cle cette conspiration. Il aurait dû
dénoncer ce qu'il savait au Président lui-même ou aux
autorités du Cap-Haïtien. Or, ïzidor avait su capter la bienveillance et on peut dire l'attachement de Boyer1; il
adressa au Président une lettre, se plaignant des propos
tenus sur lui par B. Narcisse, citant les personnes auxquelles ce dernier avait parlé, en prodiguant au Président
les assurances les plus chaleureuses cle son dévouement. Il
le trompait indignement! car B. Narcisse avait raison. Mais
Boyer, séduit, ordonna au général Léo, commandant de
l'arrondissement, de réunir un conseil spécial militaire
pour juger ce chef de bataillon qui avait osé suspecter la
fidélité éprouvée du colonel. Ses ordres étaient sévères 2.
B. Narcisse comparut pardevant le conseil spécial ; il soutint ses paroles sans pouvoir toutefois fournir la preuve de 1 Voyez les Mémoires d'Inginac, page 87. 2 A la page 89 de ses Mémoires, Inginac dit que B. Narcisse avait dénoncé l'a
conspiration par une lettre adh-ssée au Président, et que celui-ci envoya cette -lettre
a ïzidor pour qu'il pût le poursuivre en calomnie. Mais nous relatons le fait d'après dos
notes écrites dans le temps même où il se passa : le souvenir d'Inginac aura confondu les
cLoscs, six années après. 278 ÉTUDES SUR LHISTOIRE D'HAÏTI. ses assertions. Il fut condamné, comme calomniateur , à
être dégradé de son rang, et il subit ce jugement avec
toutes les circonstances propres à le couvrir d'infamie : jugement prononcé peut-être par des complices de la conspiration qui existait réellement. Izidor triompha, à la grande
satisfaction de Boyer qui s'aveuglait sur son compte. Cette conspiration paraît avoir été conçue par bien des
gens, dans le but défaire du département du Nord un État
distinct de la République, sauf à entraîner dans le mouvement le département de l'Artibonite, même tous les autres,
s'il se pouvait, en renversant Boyer de la présidence. Les
conspirateurs se proposaient de proclamer le général de
division Guerrier, comme chef de leur criminelle entreprise.
atisfaction de Boyer qui s'aveuglait sur son compte. Cette conspiration paraît avoir été conçue par bien des
gens, dans le but défaire du département du Nord un État
distinct de la République, sauf à entraîner dans le mouvement le département de l'Artibonite, même tous les autres,
s'il se pouvait, en renversant Boyer de la présidence. Les
conspirateurs se proposaient de proclamer le général de
division Guerrier, comme chef de leur criminelle entreprise. A cet effet, l'un d'eux nommé Gervais Henri, ancien officier du 1er ou 2e régiment d'infanterie licenciés pour sédition au Cap-Haïtien, en 1821, alla parler de cette conspiration au général Guerrier qui se trouvait à Saint-Michel,
l'une des communes de l'arrondissement de la Marmelade
qu'il commandait. Gervais Henri était envoyé auprès de
lui par ses complices, afin de le persuader de consentir à
leur projet. Loin d'y adhérer, le général Guerrier expédia
de suite un de ses aides de camp auprès de Boyer pour lui
donner connaissance verbalement de la démarche de Gervais
Henri. Cet aide de camp arriva au Port-au-Prince, le 22 décembre 1836. Tout en sachant gré au général Guerrier de cette information, le Président s'étonna qu'il n'eût pas fait arrêter
Gervais Henri et qu'il ne l'eût pas formellement dénoncé
par une lettre, lui et les autres conspirateurs dont il avait
dû citer les noms pour mieux entraîner le général. Le
Président renvoya l'aide de camp immédiatement , avec [1857] CHAPITRE VI. 279 l'injonction de lui rapporter, dans la huitaine^ la lettre
qu'il voulait avoir pour servir de base à l'arrestation des
conspirateurs. Cet officier ne revint à la capitale que le
18 janvier, porteur toutefois de la lettre dénonciatrice de
Gervais Henri seulement. Il répugnait sans doute au général Guerrier de compromettre les autres individus. Mais
Boyer fut mécontent, et du silence gardé à leur égard, et
du délai qu'avait mis ce général à réexpédier son aide de
camp auprès de lui. En même temps qu'il envoyait un
officier porteur de l'ordre à ce général de se rendre au
Port-au-Prince, il en envoyait un autre au Cap-Haïtien pour
ordonner au général Léo de faire arrêter Gervais Henri, et
de l'expédier sous bonne escorte. Mais le général Guerrier,
dont la santé était souvent altérée, ne parut à la capitale
que dans le courant de février, ce qui porta Boyer, néanmoins, à lui ordonner les arrêts dans sa demeure, après lui
avoir adressé les plus vifs reproches de sa molle conduite
en ces circonstances 1 . Quant à Gervais Henri, on ne put ou
on ne voulut pas l'arrêter ; il se tint caché2. A l'arrivée, au Cap-Haïtien, de l'officier porteur de l'ordre de son arrestation, les conspirateurs furent tous en
émoi : ils reconnurent qu'il ne fallait pas compter sur le
général Guerrier. Néanmoins, craignant leur propre arrestation, ils se décidèrent au mouvement, dans l'espoir d'y
entraîner les indécis, les niasses des campagnes, peut-être
même ce général qui ne se pressait pas de se rendre à la
capitale. Le colonel Izidor fut celui qui se chargea d'en
de l'ordre de son arrestation, les conspirateurs furent tous en
émoi : ils reconnurent qu'il ne fallait pas compter sur le
général Guerrier. Néanmoins, craignant leur propre arrestation, ils se décidèrent au mouvement, dans l'espoir d'y
entraîner les indécis, les niasses des campagnes, peut-être
même ce général qui ne se pressait pas de se rendre à la
capitale. Le colonel Izidor fut celui qui se chargea d'en 1 Pendant que ce général était aux arrêts, on jeta sous le pas de sa porte un billet
séditieux, par lequel 'on l'engageait à ne pas désespérer, que le peuple avait les yeux
fixés sur lui, etc. Son premier soin, en ouvrant la porte le lendemain matin, fut de le
faire parvenir à Boyer avec des assurances de fidélité. Peu de jours après, il reçut l'ordre
d'aller reprendre son commandement. 2 Condamné à mort par coutumace, Gervais Henri vécut plusieurs années caché, et
mourut de mort naturelle. On n'en fut certain qu'après la chute de Boyer. 280 études sur l'histoire d'haïti. donner le signal : il croyait avoir l'assentiment cle tout le
régiment des carabiniers. Le 28 janvier, de 9 à 10 heures du soir, il fit sonner
par les trompettes de ce corps l'air de se préparer à monter
à cheval. En ce moment, le capitaine Bottex, fils du générai
commandant au Borgne, arrivait en ville, sortant de son
habitation de la plaine. Étonné d'entendre cet air de la
cavalerie à une telle heure, il se rendit aussitôt auprès du
colonel Castaing, commandant de la place, et lui dit ce
qu'il avait entendu : iï sut alors qu'il n'y avait aucun
mouvement militaire ordonné par les autorités. Le colonel
Castaing l'envoya en avertir le général Léo ; celui-ci lui dit
d'aller ordonner à la garde de l'arsenal de n'y laisser entrer
personne, de défendre ce point contre toute attaque. Bottex
était l'un des adjudans de place du Cap-Haïtien : après avoir
transmis cet ordre, il rencontra Izidor qui, à la tête du
1er escadron des carabiniers, alla s'emparer de l'arsenal de
vive force. Le 2e escadron ne l'avait pas suivi, par Fin-*
fluence de son chef Denis André qui ne voulut point participer à la conspiration 1 . Dans l'intervalle, toutes les autorités civiles et militaires,
et la plupart des citoyens notables s'étaient portés au bureau de l'arrondissement. Le colonel Beaufossé, commandant dû 28e régiment du Dondon, se trouvant au CapHaïtien en ce moment, s'y rendit aussi. Chacun disait son
mot sur la situation, et le général Léo semblait ne savoir
que faire. Beaufossé, dévoué au Président, brave et éner1 Eu se portant sur l'arsenal, Izidor envoya au général Léo, une lettre par laquelle
il l'engageait à se joindre à lui contre Boyer : « Il nous a trahis, disait-il, il est
» sur le point de nous livrer à la nation française. Nous prenons les armes contre ce
, s'y rendit aussi. Chacun disait son
mot sur la situation, et le général Léo semblait ne savoir
que faire. Beaufossé, dévoué au Président, brave et éner1 Eu se portant sur l'arsenal, Izidor envoya au général Léo, une lettre par laquelle
il l'engageait à se joindre à lui contre Boyer : « Il nous a trahis, disait-il, il est
» sur le point de nous livrer à la nation française. Nous prenons les armes contre ce » tyran La masse des noirs et une grande partie des hommes de couleur m'ont » chargé de vous écrire cette lettre, etc. » Et la moitié seulement des carabiniers l'avaient
suivi dans sa révolte ! [1857] CHAPITRE VI. 281 gique, fut le premier à dire qu'il fallait aller reprendre
l'arsenal en chassant ïzidor; il demanda la faculté de se
mettre à la tête du 30e régiment à cet effet. Mais jusqu'alors,
la générale n'avait pas été battue pour réunir les troupes
et la garde nationale : on contraignit en quelque sorte le
général Léo à cela : il la fit battre au bureau même de l'arrondissement. Enfin _, les troupes et la garde nationale
s'étant réunies, Beaufossé prit le commandement du 30e,
le colonel Backer, administrateur principal des finances,
celui de la garde nationale. ïls marchèrent contre ïzidor
auquel ils reprirent l'arsenal, après avoir essuyé un seul
coup de canon chargé à mitrailles : deux hommes furent
tués et plusieurs autres blessés. Débusqué de ce lieu, ïzidor se porta avec l'escadron
rebelle à Milot, où il s'empara encore plus facilement de
l'arsenal de ce bourg, au jour du 29 janvier. Il appela la
population autour de lui et fit distribuer à ces pauvres gens
des fusils et des munitions en leur disant : que toute la
République était en armes, parce que « Boyer avait vendu
le pays aux blancs français. » Cette vieille accusation empruntée au régime de Christophe, fut reçue avec d'autant
plus de crédulité;, que les habitans de Milot l'avaient souvent entendue arguer à la charge du gouvernement fondé
par Pétion, et qu'ils savaient que le colonel ïzidor jouissait
de la confiance de Boyer. Mais le conspirateur, continuant
à déblatérer contre le Président, vint à examiner ses actesq^x^-x^L
successifs depuis la réunion du Nord. Il critiqua amèrement IL
le morcellement clés habitations en petites propriétés concé- }\jL^^-
dées aux soldats et aux cultivateurs, et qui avait entraîné, 0*^4^
disait-il, la ruine des grandes sucreries des plaines du Nord, z>»^t
notamment celle qui lui appartenait où il ne pouvait plus
faire autant de revenus que par le passé; V indiscipline
esq^x^-x^L
successifs depuis la réunion du Nord. Il critiqua amèrement IL
le morcellement clés habitations en petites propriétés concé- }\jL^^-
dées aux soldats et aux cultivateurs, et qui avait entraîné, 0*^4^
disait-il, la ruine des grandes sucreries des plaines du Nord, z>»^t
notamment celle qui lui appartenait où il ne pouvait plus
faire autant de revenus que par le passé; V indiscipline 282 études sur l'histoire d'hàïti. survenue parmi les troupes, etc. Insistant sur le régime
agricole maintenu par le gouvernement, il s'écria, en créole :
« Ce à présent que nègres va travaillé ! 1 » Ce programme de sa révolte était trop clair pour n'être
pas parfaitement compris par tous ceux qui l'écoutaient,
— habitans^ cultivateurs, carabiniers eux-mêmes : le régime
despotique de Christophe était le but à atteindre ! Aussitôt,
la débandade commença parmi les gens qu'Izidor avait
armés; ils jetèrent les fusils et les cartouches derrière les
maisons et s'enfuirent : les carabiniers firent des demitours à droite et à gauche et prirent le trot ou le galop
dans toutes les directions. Ces derniers avaient été abusés,
du reste ; ils s'étaient laissés persuader que toutes les autorités du Cap-Haïtien et du Nord étaient du complot, et la
reprise de l'arsenal, la non-participation du 2e escadron
avaient commencé à les éclairer. Peu d'entre eux étaient restés auprès de leur colonel,
quand le général Monpoint, commandant de l'arrondissement de la Grande-Rivière, avisé des événemens, fit marcher
contre Milot un détachement du 26e régimentet des gardes
nationaux, sous les ordres du colonel Mouscardy, commandant de la place. A leur approche, Izidor décampa et se
porta à Limonade. Poursuivi par Mouscardy, abandonné,
par tous les carabiniers,, il se rendit du côté de SainteSuzane, où Use jeta clans les bois, avec son beau-fils Harmonicle Richeux, jeune homme de couleur, âgé d'environ
25 ans. Traqués par Mouscardy, ils furent rencontrés le
4 février et subirent une décharge de coups de fusil sous
laquelle périt Harmonide, et Izidor fut blessé mortellement;
il trépassa deux heures après. Mouscardy fit porter le corps
du jeune homme au Cap-Haïtien, pour être remis à sa mère,
eSuzane, où Use jeta clans les bois, avec son beau-fils Harmonicle Richeux, jeune homme de couleur, âgé d'environ
25 ans. Traqués par Mouscardy, ils furent rencontrés le
4 février et subirent une décharge de coups de fusil sous
laquelle périt Harmonide, et Izidor fut blessé mortellement;
il trépassa deux heures après. Mouscardy fit porter le corps
du jeune homme au Cap-Haïtien, pour être remis à sa mère, 1 Izidor lui-même était un noir, marié à une mulâtresse. [1857] CHAPITRE VI. 283 Madame Izidor, et celui d'Iziclor à la Grande-Rivière où il
fut enterré 1. La nouvelle de l'événement du Cap-Haïtien était parvenue
à Boyer le 51 janvier. Pendant qu'il expédiait le capitaine
Ethéart, des grenadiers à cheval de la garde, porteur de
ses ordres aux généraux Bonnet, à Saint-Marc ; Guerrier,
à Saint-Michel ; Monpoint, à la Grande-Rivière, pour qu'ils
concourussent à la répression de cette révolte, il expédiait
aussi le capitaine Lestage, de l'artillerie delà garde, porteur
des mêmes ordres aux généraux Beauvoir, aux Gonaïves;
Obas, à Plaisance, et Léo, au Cap-Haïtien, ce dernier devant
opérer l'arrestation de tous prévenus de complicité à
l'attentat d' Izidor Gabriel^ pour les faire juger'2. Une proclamation du 51 janvier renouvelait les mêmes ordres, en
annonçant l'événement à la République. Le Président y
disait que « depuis quelque temps, le gouvernement était
» instruit que des ambitieux machinaient sourdement le
» renversement de l'ordre et de la paix qui font leur
» désespoir, etc. » Il félicita, au nom de la nation, la garde
nationale et les troupes, le général Léo et toutes les autorités du Cap-Haïtien, de leur conduite en cette circonstance; il dit qu'ils avaient bien mérité de la patrie. Le 8fé- ■
vrier, un ordre du jour adressé « à l'armée^ » annonça que
« le régiment des carabiniers de la garde était rayé de son
» tableau, » en ordonnan t que les officiers, les sous-officiers 1 Hélas ! qui eût cru alors qu'un jour arriverait où les ossemens du révolté seraient 0 H exhumés, pour recevoir les funérailles et les honneurs dus à un général de division !
On a assisté à ce spectacle en mai 1843. — Madame Izidor fut accusée, dans le
temps, d'avoir poussé son mari à prendre l'initiative de la révolte, parce qu'elle
aurait été mécontente de Boyer qu'elle supposait avoir influencé le tribunal de
cassation, dans un procès qu'eut son fils Harmonide avec sa femme divorcée ; procès
qu'il perdit. 2 Nous croyons qu'il y en eut qui furent condamnés mort et exécutés, mais nous
ne nous ressouvenons pas de leurs noms ; c'étaient probablement des officiers du 1e' escadron des carabiniers. 284 ÉTUDES sur l'histoire d'haïti. et cavaliers qui n'avaient point pris part à la révolte
fussent répartis dans les autres corps de troupes de l'arrondissement du Cap-Haïtien. Cet acte annonça en même
temps la mort d'Izidor Gabriel.
furent condamnés mort et exécutés, mais nous
ne nous ressouvenons pas de leurs noms ; c'étaient probablement des officiers du 1e' escadron des carabiniers. 284 ÉTUDES sur l'histoire d'haïti. et cavaliers qui n'avaient point pris part à la révolte
fussent répartis dans les autres corps de troupes de l'arrondissement du Cap-Haïtien. Cet acte annonça en même
temps la mort d'Izidor Gabriel. Boyer devait une réparation d'honneur au chef de
bataillon B. Narcisse : il le manda au Port-au-Prince, le
rétablit dans son grade en le comblant de prévenances. Il y
fit venir également le chef d'escadron Denis André qu'il
plaça au Fort-Liberté, en le félicitant de sa belle et
patriotique conduite 1 . On prétendit à cette époque, que cet officier lui fit
connaître toutes les ramifications de la conspiration. On
disait encore que l'arpenteur Beaugé., gendre du général
Quayer Larivière, s'étant brouillé avec son beau-père, était
venu de la Grande-Rivière le dénoncer à Boyer, comme
étant l'un des auteurs, sinon le chef, de cette conspiration
dont le but était de le renverser du pouvoir et d'acclamer
le général Guerrier 2. Le paragraphe de la proclamation du
31 janvier où le Président dit que « depuis quelque temps
» le gouvernement était instruit que des ambitieux machi-
» liaient sourdement, etc., » semble donner créance à ces
traditions orales de l'époque ; mais nous ne les citons que
comme telles, sans les garantir. Quoi qu'il en ait été, il est à remarquer, pour la suite de
ces Études que nous faisons de notre histoire nationale, que
la facilité et la promptitude avec lesquelles la révolte d'Izidor 1 Denis André, toujours ion citoyen, devenu géuéral de division, est mort au Portau-Prince, en décembre 1852. 2 Beaugé fut élu représentant en février 1837 et devint colonel aide de camp du général C. Hérard aine, — Quayer Larivière mourut le 16 novembre 1836, âgé de 73 ans '•
la veille, il écrivit une deuxième lettre à Boyer, car en octobre il lui en avait écrit une
autre pour l'informer de la grave maladie dont il était atteint, et le Président avait
envoyé un olficier auprès de lui pour lui porter des paroles de consolation. C'est à sa
mort qne le général lioupoint devint commandant de l'arrondissement de la GrandeRivière. fi 8371 chapitre vi, °285r Gabriel fut étouffée, inspirèrent beaucoup de sécurité à
Boyer, un peu trop peut-être, sur la solidité de son pouvoir.
En cette circonstance, comme dans une autre qui eut lieu
en 1 858, il se convainquit, que s'il y avait dans la République des ambitieux qui désiraient y. attenter, du moins
la majorité des citoyens des villes et bourgs, les masses des
campagnes, n'adhéraient pas à cle tels projets, et qu'il suffirait toujours de la fidélité et du dévouement de quelques
fonctionnaires dans chaque localité, pour réprimer promptement toute tentative contre l'ordre établi, sans que le chef
de l'État eût besoin de se déplacer de la capitale.
, que s'il y avait dans la République des ambitieux qui désiraient y. attenter, du moins
la majorité des citoyens des villes et bourgs, les masses des
campagnes, n'adhéraient pas à cle tels projets, et qu'il suffirait toujours de la fidélité et du dévouement de quelques
fonctionnaires dans chaque localité, pour réprimer promptement toute tentative contre l'ordre établi, sans que le chef
de l'État eût besoin de se déplacer de la capitale. Oui, cela était évident; mais il fallait aussi qu'il s'assurât
cette fidélité et ce dévouement des fonctionnaires par tous
les moyens dont un gouvernement dispose pour maintenir
la tranquillité publique, au grand avantage cle la société
tout entière, et c'est ce qui n'était pas toujours le fait de
Boyer. Par exemple, dans l'affaire relative à Bélonie Narcisse, fidèle et dévoué, n'eut-il pas le tort d'être trop prévenu
contre cet officier supérieur qui avait longtemps servi dans
sa propre .garde, trop prévenu en faveur du traître Izidor
Gabriel? Au lieu d'ordonner, avec sa vivacité ordinaire, la
mise en j ugement de B. Narcisse, n'aurait-il pasdû lemander
à la capitale avec ce colonel, pour les entendre tous deux?
Après ce jugement, si iniquement prononcé, après la dégradation publique de cet officier supérieur d'un courage si
éprouvé, qui eût voulu s'exposer à dénoncer régulièrement,
légalement, un projet de conspiration qu'on saurait exister
contre le gouvernement? B. Narcisse n'avait pas suivi la
voie légale, cela est vrai; mais il y a toujours des nuances
en de tels cas qu'il faut pénétrer pour être équitable; et s'il
est vrai que Boyer avait été informé préalablement de
menées sourdes contre le gouvernement, le bon sens dit 286 ÉTUDES SUR L HISTOIRE D HAÏTI. qu'il aurait dû entendre cet officier alléguant les mêmes
choses ' . Le général Monpoint n'avait pas été le seul à envoyer
des forces pour réprimer la révolte d'ïzidor ; les généraux
Obas et Bottex agirent de même. Ce dernier se rendit au
Cap-Haïtien à la tête de détachemens du 25e régiment, d'artillerie et de garde nationale. Depuis 1820, Bottex commandait l'arrondissement du Borgne; en 1852, son commandement s'étendit sur celui du Port-de-Paix, vacant par
la mort du général Nicolas Louis, et en 1854 sur celui du
Môle, par la mort de l'amiral Bastien. Le 50 mars 1857, le
général Léo ayant été foudroyé d'apoplexie, Bottex reçut
encore le commandement de l'arrondissement du Cap-Haïtien avec le grade de général de division : témoignages de
la haute estime que lui portait Boyer. Il la méritait à tous
égards, et sous son autorité active, éclairée, dévouée à la
prospérité de tous les citoyens, le Cap-Haïtien et son arrondissement recouvrèrent l'ordre, la tranquillité et le progrès
qu'y avait imprimés celle de Magny, mais que Léo avait
laissé déchoir depuis 1827 2.
avec le grade de général de division : témoignages de
la haute estime que lui portait Boyer. Il la méritait à tous
égards, et sous son autorité active, éclairée, dévouée à la
prospérité de tous les citoyens, le Cap-Haïtien et son arrondissement recouvrèrent l'ordre, la tranquillité et le progrès
qu'y avait imprimés celle de Magny, mais que Léo avait
laissé déchoir depuis 1827 2. 1 Le 9 mai suivant, le régiment des dragons de l'Artibonite étant en garnison au
Port-au-Prince, un cavalier de ce corps s'introduisit dans .la cour du palais de la présidence vers 9 heures du soir ; la garde du palais le vit rôdant du côté de la chambre à
coucher de Boyer et l'arrêta; on le trouva armé d'un poignard, mais il fit le fou,
s'il ne l'était pas réellement. Boyer ordonna qu'on le mit en prison où il resta
quelques semaines avant d'être renvoyé à Saint-Marc aux soins de sa famille.
Peu de temps .après, le Président ordonna, par simple mesure administrative, le
licenciement de ce régiment des dragons et de eelui des Cayes ; ce qui produisit un
mauvais effet, 2 Le général Léo, afiecté de la goutte comme le colonel Castaing, commandant de la
place, n'était capable d'aucune aclivité, et c'est sans doute à cela qu'il faut attribuer sa
molle conduite dans la révolte d'ïzidor. A cette époque, des malveillans répandirent le
bruit qu'il s'était empoisonné, à cause de l'insuccès de cette révolte. Peu de temps après
lui, Backer fut aussi foudroyé d'apoplexie, et ils dirent les mêmes absurdités. Du reste,
presque tous les généraux du Nord étaient morts successivement à l'époque dont nous
nous occupons : ces hommes avaient vieilli plus ou moins. Le général Lcrebours mourut
aussi le 31 octobre 1836. En avril 1837, le général Nord Alexis reçut le commandement
de l'arrondissement de Poit-de-Paix où il décéda en 1840 | J 857] . CHAPITRE VI. 287 La session législative fut ouverte le 10 avril. Dans son
discours, Boyer dit aux représentans : « Maintenant plus
» que jamais, il est cle la dernière évidence que la nation
» veut jouir paisiblement des droits qu'elle a conquis, et
» qu'elle a une aversion prononcée pour les complots de
» l'ambition, comme pour les manœuvres de l'esprit de
» parti. Le résultat de l'affreux attentat commis au Cap-
» Haïtien par un petit nombre de pervers, est une preuve
» éclatante du bon sens du peuple, de son dévouement au
» bon ordre et de son attachement au gouvernement con-
» stitutionnel. Durant le cours de la dernière législature,
» d'utiles et importantes dispositions ont été adoptées...
» Ma sollicitude pour le bien public me fera rechercher
» avec persévérance tout ce qui pourra tourner à l'avan-
» tage de la République; mais il est convenable de ne pro-
» céder qu'avec prudence et maturité. Ainsi, dans l'état
» actuel de la législation, je n'ai pas reconnu la nécessité
» de préparer de nouveaux projets de lois pour cette ses-
» sion. »
ature,
» d'utiles et importantes dispositions ont été adoptées...
» Ma sollicitude pour le bien public me fera rechercher
» avec persévérance tout ce qui pourra tourner à l'avan-
» tage de la République; mais il est convenable de ne pro-
» céder qu'avec prudence et maturité. Ainsi, dans l'état
» actuel de la législation, je n'ai pas reconnu la nécessité
» de préparer de nouveaux projets de lois pour cette ses-
» sion. » Chacun des représentans, comme le public, sentait que
ces déclarations étaient motivées par la réélection de H. Dumesle et David Saint-Preux; eux-mêmes ne se faisaient nulle
illusion à cet égard. Mais, à raison de la récente révolte
d'Izidor, si promptement réprimée par le concours des officiers militaires, l'autorité du Président de la République
paraissant plus raffermie, les deux opposans durent s'étudier à user envers lui des formes les plus convenables dans
cette situation, et propres cependant à ranger l'opinion
publique de leur côté, par ces égards mêmes : tactique habile qu'ils employèrent dans deux autres sessions de la
même législature. La Chambre s'était constituée sous la présidence de 288 ÉTUDES SUR L;HISTOIRE d' HAÏTI. Phanor Dupin, qui avait activement figuré dans la précédente législature, et cela, pour être en quelque sorte
agréable à Boyer. Mais la majorité était toutefois sous l'influence de H. Dumesle, aidé de son ami. Elle forma une
commission, aussitôt que la session fut ouverte, pour présenter à la Chambre un projet de règlement de police intérieure; cette commission fut présidée par H. Dumesle et
composée de D. Saint-Preux, J. Loiseau (de Jacmel), défenseur public, et Rameau, second représentant des Cayes :
les trois premiers membres étaient de l'Opposition. Le
24 avril, le projet de règlement fut présenté ; il fut discuté
et adopté dans la séance du 28. Un rapport bien écrit en expliqua les principales dispositions. Ainsi, désormais, les représentais, en entrant en
fonction, devaient prêter le serment suivant sur la constitution, et en face du buste d'Alexandre Pétion qu'on voyait
dans le tableau allégorique qui était placé au fond de la salle
des séances publiques : « Je jure à la nation de remplir fidè-
» lement l'office de député à la représentation nationale,
» de maintenir de tout mon pouvoir la constitution, de
» respecter les droits et l'indépendance du peuple haïn tien. » A peu de mots près, c'était le. même serment
que prêtait le Président d'Haïti. La commission disait :
« qu'elle avait invoqué la religion du serment... pour at-
» tacher le représentant à ses devoirs par le lien de la
» conscience; qu'il devait en prêter un comme le séna-
» teur; qu'en proposant de le faire prêter sur la constitu-
» tion et devant l'image auguste d'A. Pétion? elle expri-
» niait un vœu : c'est que la vénération pour le grand
» homme devînt un culte populaire, etc. » — Et quant aux
honneurs à rendre au Président d'Haïti, lorsqu'il procède à
l'ouverture de la session : « Entourer le premier représen-
devait en prêter un comme le séna-
» teur; qu'en proposant de le faire prêter sur la constitu-
» tion et devant l'image auguste d'A. Pétion? elle expri-
» niait un vœu : c'est que la vénération pour le grand
» homme devînt un culte populaire, etc. » — Et quant aux
honneurs à rendre au Président d'Haïti, lorsqu'il procède à
l'ouverture de la session : « Entourer le premier représen- [1837] CHAPITRE VI. 289 » tant de la nation de toute la considération qui lui est
» due, c'est proclamer la majesté du peuple; et, en inspi-
» rant cette grande idée, la Chambre s'honorera elle-même.
» Toutefois, elle prouve que le sentiment de la liberté, cette
» source de noble et sublime enthousiasme, de pensées fé-
» condes et pures, d'où jaillissent l'esprit d'examen, l'in-
» dépendance d'opinion et les lumières de l'évidence, est
» compatible avec le plus haut degré de respect. » — La
commission disait encore que : « Comme représentant de
» tous les vœux, de tous les besoins du pays, la Chambre ne
» peut se borner à répondre, par l'organe de son prési-
» dent, au discours d'ouverture du Président d'Haïti : une
» adresse, rédigée dans le calme de la méditation et so-
» lennellement votée, est destinée à apporter au premier
» magistrat de la République, l'expression des sentimens
» de la nation et de ses vœux pour la prospérité pu-
» blique. » Il n'en fallait pas davantage pour rallier autour de la
Chambre des communes l'esprit de la jeunesse possédant
des lumières, celui des hommes d'un âge mûr qui désiraient
quelque éclat pour Haïti dans la discussion de ses intérêts
de toute nature. Ceux mêmes qui étaient le plus dévoués à
Boyer personnellement, ou à son gouvernement qui avait
réalisé déjà des choses importantes pour le pays, n'avaient
rien à dire de la Chambre qui observait ainsi envers lui
toutes les formes usitées dans le régime représentatif. Et
l'Opposition voyait avec plaisir son drapeau arboré par
celui qui savait exprimer ses opinions et qui était déjà devenu son chef.
ïti dans la discussion de ses intérêts
de toute nature. Ceux mêmes qui étaient le plus dévoués à
Boyer personnellement, ou à son gouvernement qui avait
réalisé déjà des choses importantes pour le pays, n'avaient
rien à dire de la Chambre qui observait ainsi envers lui
toutes les formes usitées dans le régime représentatif. Et
l'Opposition voyait avec plaisir son drapeau arboré par
celui qui savait exprimer ses opinions et qui était déjà devenu son chef. Quant à H.Dumesle et D. Saint-Preux, en faisant abstraction de leur ambition (dont on ne saurait leur faire un reproche, puisque tout homme a la sienne), on ne peut se t. x. 49 290 études sur l'histoire d'haïti. dissimuler qu'il leur était bien permis,, se sentant des lumières, d'aspirer à être « les promoteurs » de toutes les
améliorations désirables pour le pays, en se servant du
régime parlementaire établi par la constitution. De ce que
ce pacte fondamental attribuait au chef du pouvoir exécutif
l'initiative des lois et de toutes les mesures d'administration propres à promouvoir la félicité publique, était-ce à
dire que les citoyens, que leurs représentans à la Chambre
des communes, ne devaient former aucun vœu à ce sujet ?
Quand même il n'y aurait eu ni Chambre ni Sénat dans la
République pour en manifester, ce droit n'existerait pas
moins pour tout Haïtien; car elle était la chose de touSj tous
étant intéressés à sa prospérité. Ces deux tribuns se montraient ambitieux, désireux de se distinguer par la parole
dans les travaux législatifs, pour acquérir de la renommée,
de la popularité, de la gloire même, nous n'en doutons pas;
mais si l'on admet que le citoyen qui suit la carrière militaire peut et doit être mu par des sentimens analogues,
pour la fournir honorablement et dans les vues de servir
utilement son pays, pourquoi dénierait-on toute aspiration
semblable à celui qui parcourt la carrière civile? Un gouvernement éclairé et bien intentionné comme l'était celui
de Boyer, devait s'attendre à rencontrer l'ambition individuelle sous ses pas, et essayer de tous les moyens de la
modérer, de la diriger vers le bien. Quoi qu'il en soit, la Chambre des communes, avertie
qu'elle ne recevrait pas de projet de loi du pouvoir exécutif,
dut s'occuper de l'examen des comptes généraux de 1856
qu'il lui adressa ; et elle prit son temps pour le vote de la
loi sur les patentes et de celle sur l'impôt foncier; il fallait
remplir les trois mois de la session, chose essentielle
aux intérêts pécuniaires des représentans. La Chambre [1837] chapitré vi. 291 déchargea le secrétaire d'Etat Imbert de sa gestion finam
cière pendant cette année-là '. Elle ne vota les deux lois
d'impôts que dans les derniers jours de la session, en
juillet; mais n'admettant pas la distinction provoquée par
le Sénat en 1835, régularisée en 1854 et continuée dans les
deux années suivantes, entre les dispositions concernant
simplement l'établissement de ces impôts directs, et celles
concernant leur régie, la Chambre les confondit dans les
mêmes lois émanées de son initiative, ainsi que cela se pratiquait antérieurement 2. La 4e législature avait cependant
acquiescé à cette distinction, mais la 5e ne se crut pas liée à
cet égard. Les chefs de la majorité tenaient à protester de
cette manière contre les représentans qui les avaient exclus
en 1855. On verra ce que firent le Sénat et le pouvoir exécutif au sujet de ces deux lois.
les confondit dans les
mêmes lois émanées de son initiative, ainsi que cela se pratiquait antérieurement 2. La 4e législature avait cependant
acquiescé à cette distinction, mais la 5e ne se crut pas liée à
cet égard. Les chefs de la majorité tenaient à protester de
cette manière contre les représentans qui les avaient exclus
en 1855. On verra ce que firent le Sénat et le pouvoir exécutif au sujet de ces deux lois. Une plainte avait été formée au tribunal correctionnel
du Port-au-Prince par un huissier de la justice de paix de I D. Saint-Preux présida la. commission qui examina ces comptes. Dans son rapport
à la Chambre, il critiqua le mode adopté pour leur reddition, et constata un existant
en caisse de 644,696 gourdes en monnaies étrangères,, dont 543,796 perçues depuis a
loi sur la matière, d'octobre 1835 au 31 décembre 1836. La commission proposa à la
Chambre de demander au secrétaire d'Etat, » quelle était la destination de ces fonds : »
Ce qui eut lieu. Il fut répondu que c'était « dans les vues de pourvoir aux besoins pu-
» blics. « M. Imbert fut loué dans le rapport pour son « incorruptible probité, le lustre
» de sa noble pauvreté après 40 années de service. » La faible récolte de 1836, comparée à celle de 1835, — 37 millions de café au lieu .
de 48 millions, fut attribuée au dépérissement de l'agriculture , etc. — 1837 produisit,
encore moins, environ 31 millions de livres; mais en 1838 on récolta près de 50 millions.
I). Saint-Preux parla de « la désuétude où était tombé le code rural, de l'invasion ^^
» de la licencej de l'apathie que favorise le climat, de la paresseuse et insouciante
» police des campagnes, delà spoliation établie dans les douanes, etc. » II est sous-entendu que le gouvernement était responsable de toutes ces choses ; mais
si la récolte de 1838 fut si supérieure à celle de 1836 et 1837, c'est une preuve que la
nature seule était coupable da peu de produit des calés, etc, que les douanes n'étaient pas
gérées aussi mal que le disait ce représentant. 1 II est constant que de 1817 à 1833, le gouvernement faisait toujours préparer les
lois sur les patentes et autres impôts directs, pour faciliter le travail de la Chambre qui en
avait l'initiative; et alors on y confondait ce qui concernait leur régie avec les dispositions relatives à leur assiette, etc. Mais le Sénat ayant réclamé une distinction à cet
égard, elle, fut reconnue udicieuse, et par le gouvernement et par la Chambre elle-1
même. 292 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hâÏTI. l'Anse-à-Veau, contre le représentant DézéGourdon, de la
même commune, pour une rixe survenue entre eux après
un duel convenu et qui ne fut pas effectué. Le tribunal s'étant décliné en renvoyant le plaignant pardevant qui de
droit, il s'adressa à la Chambre, en transformant sa plainte
et donnant au fait un caractère de tentative d'assassinat sur
sa personne. Néanmoins, la Chambre observa les dispositions de la constitution, entendit son membre accusé qui se
disculpa à ses yeux ; elle décida qu'il n'y avait pas lieu à
admettre la plainte.
duel convenu et qui ne fut pas effectué. Le tribunal s'étant décliné en renvoyant le plaignant pardevant qui de
droit, il s'adressa à la Chambre, en transformant sa plainte
et donnant au fait un caractère de tentative d'assassinat sur
sa personne. Néanmoins, la Chambre observa les dispositions de la constitution, entendit son membre accusé qui se
disculpa à ses yeux ; elle décida qu'il n'y avait pas lieu à
admettre la plainte. Cette affaire fournit l'occasion à plusieurs représentait
de faire des discours ; elle fut même suspendue, séance tenante, sur la motion de D. Saint-Preux tendante à faire
prêter préalablement, aux membres de la Chambre, le serment établi par le règlement que, jusqu'au 5 juillet, les
législateurs avaient négligé de prêter, malgré toute l'emphase du rapport de la commission. A cette occasion,
D. Saint -Preux , dans sa motion , prononça des paroles
acerbes dont le sens était évidemment à l'adresse de ses
collègues, notamment Latortue (des Gonaïves), qui, ayant
fait partie de la 4e législature, avaient été réélus comme lui.
Ce député n'avait pas, comme H. Dumesle, l'avantage de
se posséder, de modérer sa fougue. Latortue, Phanor Dupin et d'autres ne répondirent point à ces paroles; mais
plus tard ils se trouvèrent dans la position de prendre leur
revanche, par une nouvelle intempérance de langage de la
part du même orateur. A l'une des séances du mois de juin, le représentant
Couret, du Port-au-Prince, avait fait la proposition d'adresser un message au Président d'Haïti, pour lui exposer
la situation fâcheuse où se trouvait le commerce du pays,
par suites disait-il, de la loi de 1855 sur le payement des
[1837] CHAPITRE VI. 293 droits d'importation en monnaies étrangères, qui gênait
tontes les transactions, et l'urgente nécessité de rapporter
cette loi. La proposition fut envoyée à l'examen des trois
sections ou comités de la Chambre, de législation, de l'intérieur et des finances, et elle fut appuyée. Onze orateurs
s'inscrivirent pour discourir à ce sujet; on était en plein
régime parlementaire. Le 16 juin, Couret développa sa
proposition : « Le patriotisme, le dévouement, l'honneur
»et le désir de remplir son mandat fidèlement le guidaient
«seuls; la loi avait été rendue avec les intentions les plus
»louables, mais loin d'avoir produit l'effet désiré, elle avait
«entièrement paralysé le commerce, arrêté l'industrie dans
»son essor; et si la misère publique n'en était pas la triste
«conséquence, elle était du moins le complément de ses
«effets; la loi menaçait notre système monétaire d'une destruction d'autant plus redoutable que le mal semblait être
«prochain Tels furent les principaux argumens employés par l'orateur qui , d'ailleurs , parla du Président
d'Haïti avec une parfaite convenance1. A son exemple, les
autres orateurs furent aussi irréprochables sous ce rapport. Mais Daguerre, autre représentant du Port-au-Prince,
tout en admettant le but de la proposition, fut le seul qui
conclut à ce que la Chambre chargeât son président ,
H. Dumesle, d'en entretenir particulièrement Boyer, attendu que c'était auxcommerçans, disait-il, à exposer euxmêmes leur situation et leurs vues pour l'améliorer ; et,
comme s'il était initié aux vrais motifs qui avaient déterminé l'adoption de cette mesure financière , il ajouta à la
Mais Daguerre, autre représentant du Port-au-Prince,
tout en admettant le but de la proposition, fut le seul qui
conclut à ce que la Chambre chargeât son président ,
H. Dumesle, d'en entretenir particulièrement Boyer, attendu que c'était auxcommerçans, disait-il, à exposer euxmêmes leur situation et leurs vues pour l'améliorer ; et,
comme s'il était initié aux vrais motifs qui avaient déterminé l'adoption de cette mesure financière , il ajouta à la 'I M. Couret est le même personnage qui figura dans les faits passés à Samana en 1822,
quand l'amiral Jacob y vint sur la demande des colons français établis dans celte presqu'île. Il était devenu l'un des plus ardents patriotes. 294 études sur l'histoire d'haïti. fin de son discours : « Nous ne devons pas pénétrer dans
» la politique du gouvernement; et ce qui nous semble un
» grand malheur aujourd'hui, pourrait devenir, dans quel-
» ques années, un grand bonheur pour notre patrie. » Daguerre était dans le vrai de la situation; sans cette loi
et les ressources qu'elle produisait au trésor public, « en
bonnes espèces sonnantes, » Haïti n'eût pas été, l'année
suivante, reconnue comme État libre, indépendant et souverain, avec la réduction de 60 millions de francs sur sa dette
nationale. Parmi tous les orateurs qui prirent ensuite la parole, le
lieutenant de V Opposition, David Saint-Preux, se distingua,
comme toujours, par des opinions mieux formulées et qui
tendaient à fixer les principes dont la représentation nationale devait se pénétrer. îl saisit cette occasion, disait-il,
pour faire sa profession de foi : « La pairie universelle, le
» grand jury national, l'assemblée des électeurs, enfin, a
» dessouillé ma probité politique de la bave délatrice des
» méchans. Aussi pure que le feu sacré, ma dignité civique
» et représentative a été proclamée, et la confiance publique
» m'a renvoyé sur la chaise curule... C'est la science du
» monde éclairé, que l'auguste chef qui partage avec la re-
» présentation nationale le droit de fixer les destinées du
» peuple haïtien, est un modérateur ! Et quand il n'y aurait
» d'autre preuve de son indulgente bonté que la sagesse qui
» préside à toutes ses actions, relativement aux derniers
» ôvénemens du Nord , elle suffirait pour convaincre les
» esprits qui ne cherchent que la vérité... Placé à la tête de
» toutes les affections sociales, le Président d'Haïti, sans
» doute, accueillera avec de délicieuses émotions toute re-
» présentation qui a pour objet la félicité publique, etc. »
ï/orateur conclut donc à l'adoption de la proposition Cou-
préside à toutes ses actions, relativement aux derniers
» ôvénemens du Nord , elle suffirait pour convaincre les
» esprits qui ne cherchent que la vérité... Placé à la tête de
» toutes les affections sociales, le Président d'Haïti, sans
» doute, accueillera avec de délicieuses émotions toute re-
» présentation qui a pour objet la félicité publique, etc. »
ï/orateur conclut donc à l'adoption de la proposition Cou- [1857] CHAPITRE Vî. 295 ret, « en appelant la médiation du pouvoir administratif, à
« prévenir les cruelles influences que pouvait exercer sur les
« intérêts du pays la désastreuse crise financière qui existe au
« dehors. » Beaugé, représentant de la Grande-Rivière du Nord,
parla aussi de cette « crise financière, » après sa profession
de foi où il manifesta « son hommage aux sentimens pa-
» triotiques de l'illustre chef qui nous gouverne. La loi,
» dit-il, qui exige de payer les droits d'importation en
» monnaies fortes a manqué son but. Cette loi qui devait
» opérer un heureux changement dans notre système mo-
» nétaire, contribue journellement au dépérissement de
» notre commerce. Il est une vérité incontestable ; les
» étrangers, quelles que soient leurs bonnes intentions de
» s'y conformer, ne peuvent accomplir cette obligation
Enfin, après une digression sur les peuples de l'antiquité,
sur l'Egypte, la Phénicie, la Perse, la Médie, l'Assyrie, la
Macédoine, etc., cet orateur conclut à l'adoption de la
proposition. Il en fut de même de tous les autres. 1 La Chambre des communes, suffisamment éclairée, arrêta
à l'unanimité (moins une voix), qu'un message motivé et
raisonné serait porté au Président d'Haïti, par une grande
députation à la tête de laquelle se trouveraient son président et ses deux secrétaires. Ce message fut approuvé le
17 juin, en comité général. — Rédigé avec beaucoup de
convenance, cet acte débuta par une précaution oratoire
propre à le bien faire accueillir par Boyer : « Président,
» dirigés par les puissantes inspirations du bien public, et
» les idées de concours et d'harmonie qui doivent à jamais
» cimenter l'alliance des pouvoirs constitutionnels, les
» représentais de la nation, organes des vœux et des 1 Bulletin des lois, n° 8, séance du 16 juin. 296 études sur l'histoire d'haiti. » besoins du pays, vous adressent une dépu talion, non
» pour revendiquer des attributions, mais pour vous expo-
» ser les nécessités de porter quelques modifications à la
i> loi sur l'impôt des douanes... * Rappelant ensuite à
Boyer, qu'en présentant la loi dont s'agit, il avait dit à la
législature que c'était dans les vues « d'améliorer le système
monétaire du pays, » le message exposait que la crise financière que subissaient alors l'Europe et les États-Unis, produisait des effets désastreux sur le commerce et l'industrie
d'Haïti, et privait le peuple des objets de première nécessité, en menaçant notre système monétaire d'une chute
funeste. Enfin, la Chambre concluait à demander au Président « une loi suspensive du payement des droits en mon-
» naies étrangères, laquelle reparaîtrait dans une occasion
» plus heureuse^ » et elle manifestait l'espoir qu'elle avait
dans le succès de sa démarche, qui se réaliserait au retour
de sa députation.
ustrie
d'Haïti, et privait le peuple des objets de première nécessité, en menaçant notre système monétaire d'une chute
funeste. Enfin, la Chambre concluait à demander au Président « une loi suspensive du payement des droits en mon-
» naies étrangères, laquelle reparaîtrait dans une occasion
» plus heureuse^ » et elle manifestait l'espoir qu'elle avait
dans le succès de sa démarche, qui se réaliserait au retour
de sa députation. Averti par un autre message qui lui demandait l'heure à
laquelle cette députation pouvait se présenter au palais,
Boyer la reçut avec cette politesse exquise qui le distinguait.
Laissons parler H. Dumesle rendant compte à la Chambre
de cette conférence. « L'accueil gracieux que le chef du
» pouvoir exécutif a fait à votre députation est le présage
» du succès que vous avez droit d'attendre d'une démarche
» aussi nationale que juste et raisonnable. La conférence
» a embrassé les intérêts publics, liés aux effets de la loi
» qui fixe votre sollicitude; elle s'est terminée par l'assu-
» rance que le Président d'Haïti donne à la Chambre, qu'ap-
» préciant sa pureté d'intention, il méditera sur l'objet du
» message et les explications données, et qu'il fera inces-
» samment parvenir sa réponse à la Chambre. » Après ces paroles prononcées en séance publique, — [1857] CHAPITRE VI. 297 représentais, commerçans nationaux et étrangers, citadins
de la capitale et autres villes de la République, tous s'attendaient à ce qu'un projet de loi serait adressé à la Chambre
par le pouvoir exécutif, pour remplir le but proposé. Mais
Boyer méditait encore le 10 juillet, quand arriva le moment
de la clôture de la session législative, et sa réponse fut consignée dans une « proclamation adressée aux Haïtiens : »
nous en parlerons bientôt. En attendant, le 28 juin, veille de la Saint-Pierre, fête patronale adoptée par Boyer, la Chambre lui vota une adresse
de félicitations, proposée par son bureau et lue en séance
publique par D. Saint-Preux, l'un des secrétaires. Elle fut
expédiée sous la forme d'un message, attendu que le Prési^
dent restait absent de la capitale ce jour-là. La Chambre
disait : « Président, c'est un usage vénéré chez les peuples
» libres et jaloux de leurs droits, d'honorer leur premier
» magistrat dans les solennités et aux jours consacrés à la » joie et aux souhaits Représentant de toutes les affec- » tions du pays et expression des désirs populaires, la
» Chambre est profondément persuadée, et aime à le
» répéter : la gloire, cet aliment des grandes âmes, serait
» sans attrait pour vous, si elle ne devait produire
» la félicité publique, objet de vos vœux les plus chers.
» Que cette noble et généreuse pensée dirige à jamais
» votre cœur ! etc. » ïl était impossible, vraiment, de faire plus d'avances pour
concilier le droit constitutionnel de la représentation nationale avec les prérogatives, également constitutionnelles,
du chef de l'État; et dans le cas où elles n'aboutiraient pas
au gré des désirs de l'Opposition, elles devaient être en
quelque sorte comme des fleurs dont on ornerait la victime, avant de la sacrifier sur « l'autel de la patrie.»
reuse pensée dirige à jamais
» votre cœur ! etc. » ïl était impossible, vraiment, de faire plus d'avances pour
concilier le droit constitutionnel de la représentation nationale avec les prérogatives, également constitutionnelles,
du chef de l'État; et dans le cas où elles n'aboutiraient pas
au gré des désirs de l'Opposition, elles devaient être en
quelque sorte comme des fleurs dont on ornerait la victime, avant de la sacrifier sur « l'autel de la patrie.» 298 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. Le 3 juillet, Boyer répondit à ce message en exprimant à
la Chambre combien il était sensible à ses vœux pour sa
conservation : « En associant mon bonheur à celui de la
» nation, la Chambre a toujours compris la pensée qui,
» seul, anime mon existence, et pour l'accomplissement de
» laquelle je consacrerai mes veilles et ma plus vive solli-
» citude. » Enfin, il fallut clore la session. Le 10 juillet, la Chambre,
réunie en séance publique, forma une députation pour aller
annoncer cette fin de travaux au Président d'Haïti . H. Dumesle, en sa qualité de président, était placé pour la diriger;
mais avant de lever la séance, il prononça le discours suivant,
vraie « protestation » contre le manque de tout projet de loi
de la part du pouvoir exécutif, notamment en ce qui concernait la démarche infructueuse de la Chambre. Aussi bien,
il nous faut produire ce discours tout entier, afin que l'on
comprenne les événemens qui eurent lieu en 1858; car il
en était comme le précurseur. H. Dumesle dit aux représentai : « Législateurs, en terminant la première session de cette
législature, j'éprouve le besoin de vous entretenir des
hautes pensées qui en ont marqué le cours. Sans doute,
elle a été stérile, si on la considère sous le point de vue des
améliorations que le pays avait droit d'attendre ; mais cette
stérilité ne nous a pas fait désespérer du bien public. Vous
avez fécondé Y avenir, en jetant les semences de ces idées
de rajeunissement social qui honorent l'intelligence du
siècle, et si la nation vous demande ce que nous avons fait
pour réaliser ses espérances, vous répondrez : « Nous avons proclamé des principes dont les rapports
intimes avec la loi des lois, font sentir la nécessité du perfectionnement politique et moral auquel toute société doit [1837] CHAPITRE VI. 299 aspirer : nous les avons posés dans nos règlemens, pour
leur présenter notre premier tribut d'hommage, et là, ils
ont attesté que le respect de la liberté est consécrateur du
pouvoir; là, nous vous avons offert de nouvelles garanties
de la sincérité de notre dévouement, nous avons lié notre
conscience à nos devoirs par le serment solennel de ne
jamais les trahir. » Vous lui direz aussi : — que dans l'examen des compîes généraux de la- République, vous avez taché de répandre
la lumière sur toutes les parties où il était de son intérêt
d'être éclairé; et elle se convaincra que les transactions les
plus importantes doivent cesser d'être un mystère pour elle,
qu'elle peut aujourd'hui embrasser d'un seul coup d'œil le
tableau de ses dépenses et de ses revenus; et son bon sens
lui révélera que les sources de la prospérité publique ne
sont pas taries, mais qu'il faut, pour les développer, renoncer à cesvieilles théories minées par le temps et dont l'expérience a démontré l'illusion, et à ces utopies qui n'ont
d'autres bases que le désir imprudent d'innover; qu'il ne
faut s'arrêter qu'aux utiles et salutaires pensées de régénérer l'Etat dans ses institutions.
et son bon sens
lui révélera que les sources de la prospérité publique ne
sont pas taries, mais qu'il faut, pour les développer, renoncer à cesvieilles théories minées par le temps et dont l'expérience a démontré l'illusion, et à ces utopies qui n'ont
d'autres bases que le désir imprudent d'innover; qu'il ne
faut s'arrêter qu'aux utiles et salutaires pensées de régénérer l'Etat dans ses institutions. » Vous direz à cette nation intéressante, mais souvent
froissée dans ses espérances : — l'ignorance et la mauvaise
foi avaient osé mettre en doute le droit qu'ont vos
mandataires d'exprimer vos sentimens, vos vœux et vos
besoins; elles contestaient à votre représentation la puissance d'opinion! mais terrassées par l'Hercule de la raison,
— l'évidence, — elles se sont vues forcées de fléchir la tête
devant ces principes proclamés par la liberté en présence
des siècles. » Vous direz : — vos députés ont fait usage du droit le
plus précieux à l'existence du corps social; ils ont soutenu 500 ÉTUDES SUR L HISTOIRE D HAÏTI. cette vérité : aucune des affaires du pays ne peut être
étrangère aux intéressés à sa conservation. Mais unissant
toujours la modération aux hauts sentimens du devoir et
de la responsabilité, ils ont demandé au chef du pouvoir
exécutif un projet suspensif du mode de perception de
l'impôt des douanes; et, si des raisons d'État ont porté
le premier au magistrat de la République à ajourner sa
réponse au message qui lui a été adressé, la nation vous
saura, sans doute, gré et de votre noble et généreuse
entreprise, et du sacrifice que vous avez offert à l'union
et à la concorde ; » Vous lui direz, enfin, et je le dirai avec vous : — le
patriotisme, cette vie du corps politique, a dirigé toutes
nos pensées dans le cours de cette session ; il a élevé nos
âmes à la hauteur de notre mission ; et si nous avons peu
fait pour vous, nous n'avons pas compromis l'avenir, nous
n'avons pas aliéné les espérances que vous avez confiées à
notre garde ; ces espérances ne seront pas trompées, nous en
attestons les souvenirs glorieux de la patrie, ces souvenirs
inspirateurs de sublimes dévouemens ; nous en attestons
la sollicitude du chef illustre qui préside la République,
consolante sollicitude qui promet au pays une prochaine
régénération politique et morale !!! ] » Et, après ce discours qui faisait adroitement un appel à
l'opinion publique, qui se terminait par une sanglante
ironie envers « le chef illustre, » la séance fut levée aux
cris de : Vive la République ! Vive la Constitution! Vive le
Président d'Haïti ! Le Président ne fut sans doute pas dupe de ce dernier 1 Boyer avait employé deux fois le mot sollicitude : dans son discours à l'ouverture
de la session et dans son message en réponse à celui de la Chambre, à l'occasion de la
Saint-Pierre.
'opinion publique, qui se terminait par une sanglante
ironie envers « le chef illustre, » la séance fut levée aux
cris de : Vive la République ! Vive la Constitution! Vive le
Président d'Haïti ! Le Président ne fut sans doute pas dupe de ce dernier 1 Boyer avait employé deux fois le mot sollicitude : dans son discours à l'ouverture
de la session et dans son message en réponse à celui de la Chambre, à l'occasion de la
Saint-Pierre. [1857] CHAPITRE VI. 501 cri qui semblait un vœu pour sa conservation au pouvoir.
Aussi bien, il devait une réponse au message de la Chambre, voté avec solennité, relatif à la perception des droits
d'importation en monnaies étrangères ; et cette réponse, il
la fit dans sa proclamation du 20 juillet. Il y dit que le malaise qu'éprouvait le pays était dû surtout à la crise financière que subissaient l'Europe et les Élats-Unis depuis une
année. « Privé tout à coup du crédit qui le soutenait au
» dehors, le commerce s'est vu forcé de ralentir le mou-
» vement de ses importations; et la rareté des objets
» de première consommation (des comestibles tirés des
» États-Unis) faisant hausser leur prix, a rendu plus dif-
» ficile la subsistance du peuple que son intérêt bien
» entendu ne devrait faire dépendre que de lui-même.
» A cette cause, il faut en ajouter une autre qui n'a pas
» peu contribué à aggraver la position du pays. Une lon-
» gue sécheresse a frappé pour ainsi dire à la fois les diffé-
» rentes parties du territoire de la République, et a ravi
» à la population ses principales ressources. De là ce
» malaise général que toutes les classes de la société ont
» plus ou moins éprouvé et que la malveillance a cherché
» à exploiter, en lui attribuant une origine de tout autre
t> nature... Chez les autres nations, la crise est née de
» l'enivrement des spéculations... Chez nous, elle n'a été
» que le résultat d'une réaction; c'est le contre-coup de
» la commotion qui ébranle encore les pays étrangers
» avec lesquels nous sommes le plus en rapport. Le
» gouvernement pouvait-il empêcher le mal? Non, sans
» doute... ' » \ Une situation semblable vient d'avoir lien en Haïti, au temps où j'écris cette partie
de mes Éludes. La crise financière commencée aux Etats-Unis à la fin de 1857 et qui a
produit tant de désastres en Europe et même dans l'Amérique méridionale, a en son
couire-coup à Haïti; des suspensions de payement, des faillites, des banqueroutes fiaudu302 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. - Et Boyer rappela à cette occasion ses fréquentes instructions données aux autorités chargées de le seconder, afin
de veiller à la plantation des vivres pour la subsistance
du peuple. Il leur parla encore de ces soins qu'elles ne
devaient pas négliger ; il dit aux citoyens, en général,
qu'ils devaient se livrer au travail et observer une sage
économie pour assurer des moyens d'existence à eux et
à leurs famillesrJattendu que « d'ailleurs, des événemens
» inattendus pouvaient subitement interrompre les rela-
» tions du commerce étranger avec la République... »
plantation des vivres pour la subsistance
du peuple. Il leur parla encore de ces soins qu'elles ne
devaient pas négliger ; il dit aux citoyens, en général,
qu'ils devaient se livrer au travail et observer une sage
économie pour assurer des moyens d'existence à eux et
à leurs famillesrJattendu que « d'ailleurs, des événemens
» inattendus pouvaient subitement interrompre les rela-
» tions du commerce étranger avec la République... » Le Président était fondé à tenir ce langage à la nation,
pour la dissuader d'écouter celui de cette Opposition systématique qui ne visait qu'à obtenir une popularité dangereuse pour la société : systématique, en ce qu'elle
reconnaissait elle-même que « des raisons d'Etat m commandaient, non « l'ajournement » de la réponse au message de la Chambre, mais le maintien de la loi qui faisait
payer les droits d'importation en monnaies étrangères;
car les tribuns qui la dirigeaient, n'ignoraient pas que
cette mesure avait été prise en vue de faciliter nos arrangemens avec la France, bien que le gouvernement eût dit
que c'était pour améliorer le système monétaire du pays.
lis savaient que dans cette année, une somme de plus de
500 mille piastres avait été remise à la maison Ed. Lloyd
et Cie, pour être expédiée en France. Leurs intimes relations avec le secrétaire d'État Imbert (personne ne l'ignore)
les mettaient à même de savoir toutes les opérations financières de l'État. Il est vrai ensuite que la sécheresse de 1857 fut extraorleuses ont atteint une foule de personnes dans leurs moyens d'existence; le café do ce
p.'.ys, qui se vendait en Europe à 72 fr. les 100 kilogrammes j est tombé tout à coup
à SOfr., etc. Le gouvernement haïtien actuel « pouvait-il empocher le mal » qui est résulté de toutes ces causes? [1857] CHAPITRE VI. 505 dinaire, qu'elle diminua excessivement les vivres cultivés
dans le pays, en influant également sur la production des
denrées d'exportation, principalement le café dont la récolte ne s'éleva qu'à environ 51 millions de livres, tandis
que 1856 en avait produit 57 millions et que 1858 en offrit
près de 50 millions à l'exportation. La crise financière des
pays étrangers, survenant dans cette circonstance, les ÉtatsUnis ne purent expédier à Haïti autant de comestibles que
d'habitude ; de là la cherté excessive des alimens. Les
commerçant étrangers et nationaux, qui inspirèrent la
proposition Couret, savaient fort bien toutes ces choses ;
mais à côté de la gêne que leur occasionnait passagèrement
la crise financière au dehors, pour payer les droits d'importation en monnaies étrangères, se trouvait l'urgente nécessité permanente d'assurer au trésor de la République des
ressources claires pour payer la dette nationale ; ils ne l'ignoraient pas non plus. Il y avait une autre cause qui contribuait au malaise du
commerce, et elle était aussi indépendante de la volonté du
gouvernement. Une grande quantité de café d'Haïti se vendait en France. Jusqu'en 1856, cette denrée y payait les
mêmes droits que les cafés de toutes autres provenances, à
l'exception de ceux des colonies françaises toujours favorisés, comme de raison. Dans cette année, le 17 maL, la
France, dans la vue de faciliter la grande navigation de ses
bâtimens marchands, de former des matelots, rendit une
loi qui abaissa les droits à l'entrée des cafés de l'Inde, en
maintenant ceux que payaient les cafés d'Haïti, soit par navires français, soit par navires étrangers 1. Il s'ensuivit
provenances, à
l'exception de ceux des colonies françaises toujours favorisés, comme de raison. Dans cette année, le 17 maL, la
France, dans la vue de faciliter la grande navigation de ses
bâtimens marchands, de former des matelots, rendit une
loi qui abaissa les droits à l'entrée des cafés de l'Inde, en
maintenant ceux que payaient les cafés d'Haïti, soit par navires français, soit par navires étrangers 1. Il s'ensuivit ■1 Par cette loi du 17 mai 1836, les cafés de l'Inde payaient, par navires français,
62 fr., par navires étrangers, 105 fr.; ceux d'Haïti payaient par navires français, 95 fr.,
par navires étrangers, 105 fr. ; la différence était donc de 33 fr. au désavantage des eafés
d'Haïti importés en France par les navires français. 504 études sur l'histoire d'haïti. naturellement un désavantage pour ce produit d'Haïti dans
les ports de France, en même temps que la crise financière
en faisait tomber le prix vénal, de 72 francs à 50 et même
au-dessous, les 1 00 kilogrammes ; de là des pertes subies
par le commerce haïtien. Il y avait, enfin, une autre considération en faveur du
maintien de la mesure administrative qui fait l'objet de
cette discussion. On a vu cette Opposition arriver au pouvoir dirigeant six ans après ; s'est-elle empressée d'abroger
la loi contre laquelle elle se récriait en 1857? Elle l'a maintenue au contraire, et par les mêmes motifs qu'avait Boyer :
donc elle était systématique. Deux jours après la proclamation du Président, il parut
sur le journal officiel, un avis qui annonçait au public :
que le Sénat avait rejeté les deux lois votées par la Chambre
des communes, sur les patentes et sur l'impôt foncier. Le
Sénat ne motiva point ce rejet, en vertu de l'art. 154 de la
constitution; mais c'était à cause de la confusion rétablie
par la Chambre, entre les dispositions relatives à l'assiette
de ces impôts et celles concernant leur régie. Se prévalant de ce rejet constitutionnel, le 26 juillet, le
Président adressa au secrétaire d'État une dépêche rendue
publique, par laquelle il l'en informait et lui ordonnait, en
conséquence^ de maintenir la perception de ces deux impôts en vertu des lois du 7 juillet 1855, prorogées par
celles du 8 novembre 1856, qui continuaient d'être en vigueur, disait-il, puisqu'elles n'avaient pas été abrogées
par une autre loi.
, le 26 juillet, le
Président adressa au secrétaire d'État une dépêche rendue
publique, par laquelle il l'en informait et lui ordonnait, en
conséquence^ de maintenir la perception de ces deux impôts en vertu des lois du 7 juillet 1855, prorogées par
celles du 8 novembre 1856, qui continuaient d'être en vigueur, disait-il, puisqu'elles n'avaient pas été abrogées
par une autre loi. On trouve les raisonnemens sur lesquels s'appuyaient
Boyer à ce sujet, dans la circulaire du 8 août suivant qui
fut adressée par M. Imbert, aux conseils de notables des
communes de la République. Il établissait d'abord : que le [1857) CHAPITRE VI. 505 trésor ne pouvait être privé d'une portion de ses ressources,
parce que le Sénat avait rejeté ces deux lois; que l'art. 5
du code civil portait textuellement « qu'aucune loi ne peut
» être abrogée ni suspendue que par une autre loi.» Il disait ensuite ; « l'art. 57 de la constitution dit bien que la
» Chambre des communes détermine la durée des contri-
» butions publiques ; mais que signifie cette disposition, si
» ce n'est que la Chambre a la latitude d'établir l'impôt
» pour le temps qu'elle jugera convenable? Peut-on, avec
» quelque fondement, en induire que l'impôt se trouve
» détruit dès l'expiration de l'époque pour laquelle il a été
» réglé, si la législature ne l'a pas renouvelé pour une
» époque suivante? D'ailleurs, cette latitude de déterminer
» la durée de l'impôt entraîne nécessairement la condition
» de le fixer de nouveau à chaque expiration ; et s'il y a
» empêchement à cette formalité, il y a aussi forcément pro-
» rogation de l'impôt tel qu'il existe. Enfin, l'article cons-
» titutionnel précité, n'établissant rien qui soit contraire
» au principe posé par l'art. 3 du code civil, ce principe
» subsiste dans toute sa force : les lois d'impôts doivent,
» comme les autres lois, continuer de recevoir leur exécu-
» tion tant qu'elles ne sont pas abrogées. » En conséquence,
M. Imbert invita les conseils de notables à concourir avec
les agents de l'administration des finances^ qui avaient
reçu des ordres à cet effet, au maintien de la perception
des impôts dont il s'agissait. Le même jour, il répondit à la
dépêche du Président pour l'informer qu'il avait donné
des instructions en exécution de ses ordres ' . Aux raisonnemens ci-dessus, on pouvait ajouter, que la 1 Quoique opposant au fond du cœur, M. Imbert n'hésitait nullement à donner tous
les ordres nécessaires à la marche du service. Cela peut paiaitre singulier ; mais sa conduite s'explique par l'amour qu'il avait pour sa haute situation dans la République; il ne
voulait pas la perdre par un refus. t. x. 20 506 études sur l'histoire d'haïti.
Aux raisonnemens ci-dessus, on pouvait ajouter, que la 1 Quoique opposant au fond du cœur, M. Imbert n'hésitait nullement à donner tous
les ordres nécessaires à la marche du service. Cela peut paiaitre singulier ; mais sa conduite s'explique par l'amour qu'il avait pour sa haute situation dans la République; il ne
voulait pas la perdre par un refus. t. x. 20 506 études sur l'histoire d'haïti. Chambre des communes elle-même avait reconnu la nécessité de ces impôts, puisqu'elle les avait votés spontanément,
malgré son opposition à la distinction établie en 1854- par
la précédente législature, d'accord avec le pouvoir exécutif
et le Sénat. Quant au Sénat, il devait être conséquent avec
lui-même, en maintenant la distinction entre ce qui était
des attributions de la Chambre et ce qui était de celles du
Président d'Haïti, puisque ce fut sur ses propres observations : le seul moyen qu'il avait de le faire était de rejeter
les deux lois. Mais cette décision, après le refus qu'il avait
fait de convoquer la haute cour de justice, en 1835, sur la
demande de H. Dumesle et D. Saint-Preux, fit naître entre
ces deux branches du corps législatif une froideur qui éclata
l'année suivante : ces deux représen tans excitèrent la majorité de la Chambre des communes qu'ils influencèrent. Le 9 août, par suite de sa proclamation sur la crise
,/ financière, et d'un ouragan qui venait de passer sur divers points du pays, le Président publia un arrêté pour enjoindre aux commandans d'arrondissement de faire faire des
plantations de vivres de toute espèce, en grande quantité. Peu auparavant, au mois de mai, la réorganisation du
lycée national du Port-au-Prince avait eu lieu sous la direction intelligente et dévouée du citoyen P. Faubert,
succédant à feu M. Saint-Macary. Le 2 septembre, la commission d'instruction publique améliora le régime de cet
établissementpar un nouveau règlement basé sur l'ancien;
et il continua de produire d'heureux résultats par les soins
de son directeur. Au moment où la clôture delà session allait porter le
Sénat à s'ajourner, le Président d'Haïti crut devoir le
consulter de nouveau sur les questions pendantes entre la [1857] CHAPITRE VI. 507 France et la République. On trouvera ses motifs exprimes
dans le message suivant qu'il adressa au Sénat, sous la date
du 5 juillet. « Citoyens sénateurs, » Par mon message en date du 1 1 janvier 1855, je fis
connaître au Sénat quelle était à cette époque la situation
des négociations entamées par le gouvernement de la
République avec le gouvernement français, pour parvenir à
la conclusion d'un traité définitif, et je réclamai le concours
de l'opinion de chacun de ses membres sur la ligne de
conduite qu'il convenait le mieux d'adopter dans un tel
état de choses.
ens sénateurs, » Par mon message en date du 1 1 janvier 1855, je fis
connaître au Sénat quelle était à cette époque la situation
des négociations entamées par le gouvernement de la
République avec le gouvernement français, pour parvenir à
la conclusion d'un traité définitif, et je réclamai le concours
de l'opinion de chacun de ses membres sur la ligne de
conduite qu'il convenait le mieux d'adopter dans un tel
état de choses. » Le Sénat, en motivant son opinion sur les différens
points que j'avais présentés à son examen, approuva, par
sa réponse du 15 du même mois, signée par tous les membres présens à la séance du jour, les résolutions prises par
le gouvernement haïtien. » Dès lors j'ai suivi avec persévérance la marche que je
m'étais tracée; mais comme, dans l'intervalle des deux
années qui se sont écoulées, le Sénat a été renouvelé en
partie 1, et que, par suite du remboursement fait au trésor
de France du capital de 4,848,905 fr. dont il avait fait,
dans le temps, l'avance pour le service de l'emprunt de
1825, il est possible que le gouvernement français reprenne
les négociations déjà entamées, j'ai jugé convenable de
rappeler officiellement ici les propositions contenues dans
ma dépêche du 11 janvier 1855, pour avoir actuellement la
pensée du Sénat; et, quoique je ne doute pas que son opinion ne soit conforme à celle motivée dans son message du 1 Dans cette session de 1837, il se trouvait dix nouveaux sénateurs qui n'avaient point participé aux résolutions de 1835, sur quatorze membres qui furent alors
consultés. 508 ÉTUDES SUB L'HISTOIRE d' HAÏTI. 15 du susdit mois, j'éprouve toujours de la satisfaction,
chaque fois que l'occasion se présente, de lui donner la
preuve de la confiance que je place en son patriotisme
éclairé, et du désir que j'ai de m'étayer constamment de
son concours pour consolider la gloire, le bonheur et l'indépendance souveraine de la République. « J'attends donc à cet égard la réponse du Sénat au présent message, dans la même forme que celle adoptée
en 1855, et j'ai l'honneur de le saluer avec une haute considération. Signé : Boyer. » Le 8 juillet, le Sénat répondit ainsi :
« Président, » Le Sénat a l'honneur de vous accuser réception de
votre message en date du 5 de ce mois, par lequel V. E. lui
témoigne le désir d'avoir l'opinion de ses membres réunis
en majorité, sur les mêmes communications contenues dans
son message en date du 11 janvier 1855. » Les circonstances n'ayant point changé nos relations
politiques avec la France, les nouveaux sénateurs, d'accord
avec les anciens, et animés des mêmes sentimens patriotiques, ne forment qu'un faisceau pour manifester ensemble
l'intention bien prononcée de persévérer dans l'opinion
émise précédemment par le Sénat, dans son message du
15 janvier 1855, dont ils reproduisent ici les différens
points qui tendent : » 1° A réduire le solde de l'indemnité à quarante-cinq
millions de francs;
nouveaux sénateurs, d'accord
avec les anciens, et animés des mêmes sentimens patriotiques, ne forment qu'un faisceau pour manifester ensemble
l'intention bien prononcée de persévérer dans l'opinion
émise précédemment par le Sénat, dans son message du
15 janvier 1855, dont ils reproduisent ici les différens
points qui tendent : » 1° A réduire le solde de l'indemnité à quarante-cinq
millions de francs; » 2° A payer cette somme en quarante-cinq ans, en se
réservant la faculté de la payer plus tôt, si les ressources du
pays en donnent la possibilité; » 5" A régler ce payement par une convention financière ; [1857] CHAPITRE VI. 509 » 4° A obtenir un traité d'amitié et de commerce sur le
pied respectif de la nation la^plus favorisée, pour régler les
rapports politiques entre les deux pays. » Tels sont, Président, les vœux que forme le Sénat. » Il a l'honneur de saluer V. E. avec la plus haute considération. » Signé : J.-J. Delmonte, président ; J. Georges et Longf
champ, secrétaires; N. Yiallet, J. Noël,, J.-B. Bavard,
J.-P. Oriol, Gayot, Madiou, Bazelais, D. Maillard, Pierre y -
André, Bouzi et B. Ardouin. » Trois mois après cet échange de messages entre le Président et le Sénat, les journaux français parvenus à Haïti annoncèrent qu'un agent y viendrait incessamment pour
régler et décider définitivement les questions subsistantes
depuis si longtemps entre la France et la République. En
cette circonstance, il était du devoir du Président d'informer la nation de tout ce qui avait eu lieu entre le gouvernement haïtien et le gouvernement français, à partir de la
rupture des relations diplomatiques signifiée en 1851 par le
consul général Molien. Tel fut l'objet de la proclamation
du 22 octobre. Boyer y mit, comme toujours, une grande
modération clans ses termes, ainsi qu'il convenait à la dignité d'un chef d'État parlant au nom de ses concitoyens.
Après la mention de toute la correspondance échangée entre
les deux gouvernemens, depuis le départ de M. Molien jusqu'au retour de M. Dupetit-Thouarsdesa mission en 1855;
de celle échangée entre le Président d'Haïti et le Sénat dans
cette année et tout récemment encore, dans laquelle il
obtint l'approbation motivée de ce corps; après avoir exposé
les quatre points de ses propositions au gouvernement français, tels qu'on vient de les lire dans le dernier message du 510 ÉTUDES SUR L.' HISTOIRE d' HAÏTI. Sénat, et annoncé que le trésor de France avait reçu le remboursement de ses avances; le Président dit : « Le commissaire dont on annonce la prochaine arrivée,
vient-il, dans un esprit de conciliation, pour régler les
propositions que nous avons faites à son gouvernement?
Si telle est sa mission, il trouvera dans le gouvernement
haïtien le désir sincère de se prêter a tout arrangement possible, et qui soit surtout compatible avec l'honneur national. Si, au contraire, comme un bruit généralement répandu semble l'accrédjter, il s'avance, entouré de l'appareil
de la guerre, avec la prétention de nous imposer des conditions que tout peuple libre doit rougir d'accepter, la
nation se rappellera sa première énergie, elle sera fidèle au
serment qu'elle a fait de défendre à extinction ses droits et
son indépendance.
êter a tout arrangement possible, et qui soit surtout compatible avec l'honneur national. Si, au contraire, comme un bruit généralement répandu semble l'accrédjter, il s'avance, entouré de l'appareil
de la guerre, avec la prétention de nous imposer des conditions que tout peuple libre doit rougir d'accepter, la
nation se rappellera sa première énergie, elle sera fidèle au
serment qu'elle a fait de défendre à extinction ses droits et
son indépendance. » Haïtiens, soyez calmes, mais soyez prêts à tout événement. Que votre confiance réponde toujours au dévouement du Président d'Haïti pour vos intérêts les plus sacrés.
Montrez, jusqu'au dernier moment, votre respect inviolable pour le droit des gens^ et que le monde entier, en admirant votre modération et votre héroïsme, reconnaisse que
vous êtes dignes du rang auquel votre courage vous a élevés
parmi les nations civilisées. » Cette proclamation était tout ce qu'il fallait dans la
circonstance. Elle exposait parfaitement les questions à
résoudre entre la France et Haïti ; et, en disant que « le
» gouvernement haïtien avait le désir sincère de se prêter
s> à tout arrangement possible, » le Président déclarait
par cela même qu'en faisant .ses propositions, il n'avait
pas entendu signifier un ultimatum au gouvernement français : ce qui eût été fort déplacé de sa part, et dans la
position d'Haïti comme débitrice d'une somme énorme, et [1837] CHAPITRE VI. 311 envers une puissance comme la France. Parler à sa raison,
à sa justice, faire un appel à ses généreux sentimens,
'c'était le langage qu'il fallait tenir. Comme complément à cet acte important, le Président
fit insérer sur le Télégraphe du 1 2 novembre suivant, ses
deux messages au Sénat, du 11 janvier 1835 et du 5 juillet 1857, et les réponses de ce corps, du 15 janvier et
8 juillet des mêmes années, précédés d'un article dans la
partie officielle où il était dit : « qu'il importait que l'on
» sût que les deux pouvoirs marchaient dans la pins
» parfaite harmonie, et que les efforts de l'un et de l'autre
» ne tendaient qu'au même but : — consolider l'indé-
» pendance nationale et promouvoir la prospérité de la
» République. 1 » Dans le chapitre suivant, on verra comment furent «
résolues ces grandes questions entre la France et Haïti. 1 II me sera peut-être permis de dire, qu'après la publication de la proclamation du
22 octobre, voyant le bon effet qu'elle avait produit à la capitale, je conseillai a Boyer
de publier aussi sa correspondance avec le Sénat, afin de prouver la bonne entente tJQh i
entre lui et ce corps, « Rappelez-vous, Président, lui~dis-je aussi, ce qui se passa en
» 1825; prouvez à la nation que le Sénat vous a donné une approbation entière dans
» vos propositions au gouvernement français ; publiez ces messages avec les noms des
» sénateurs • il faut que chacun ait le courage de ses opinions librement exprimées. »
Et en 1838, M. le baron de Las Cases me dit que ces messages avaient produit une certaine impression sur lui et son collègue, de même que la proclamation.
ident, lui~dis-je aussi, ce qui se passa en
» 1825; prouvez à la nation que le Sénat vous a donné une approbation entière dans
» vos propositions au gouvernement français ; publiez ces messages avec les noms des
» sénateurs • il faut que chacun ait le courage de ses opinions librement exprimées. »
Et en 1838, M. le baron de Las Cases me dit que ces messages avaient produit une certaine impression sur lui et son collègue, de même que la proclamation. CHAPITRE Vil, Le gouvernement français envoie à Haïti, MM. de Las Cases et Baudin chargés de négocier avec le gouvernement de la République, d'après les propositions faites par Boyer
1833. — Ils entrent aussitôt en conférences avec les plénipotentiaires nommés par
le Président. — Phases diverses de la négociation. — Un traité politique et un traité
financier sont conclus et signés : le premier, reconnaissant la République d'Haïti
comme Etat libre, indépendant et souverain ; le second, fixant le solde de l'indemnité
due à la France, à 60 millions de francs payables en 30 ans, etc. — Boyer ratifie les
traités, le Sénat les sanctionne. — Les sommes nécessaires au payement de l'annuité
de 1838 et celles qui sont destinées à l'emprunt sont embarquées. — MM. de Las Cases
et Baudin retournent en France. — MM. B. Ardouin et S. Yillevaleix aîné sont envoyés
avec eux et chargés de l'échange des ratifications des traités, etc. — S. M. le Roi des
Français les ratifie. — Retour des envoyés d'Haïti au Port-au-Prince. — Message
du Président d'Haïti au Sénat et publication officielle des traités du 1 2, février. Enfin, après un quart de siècle passé en négociations
suivies plus ou moins régulièrement entre la France et
Haïti, la France se décida à reconnaître l'existence politique de son ancienne colonie, de la seule manière qu'il
convenait à la raison, à la justice, au droit public des
nations, et à son rang parmi les puissances civilisées.
Mais, que d'efforts employés par elle, dans ce long intervalle, pour y rétablir sa souveraineté, soit sous une forme
absolue, soit indirectement ! Et du côté d'Haïti, quelle
patience, quelle persévérance ne fallut-il pas mettre en
œuvre pour arriver à obtenir la consécration définitive de
ses droits comme État libre; indépendant et souverain !
Ces difficultés incessantes, furent-elles uniquement le
parmi les puissances civilisées.
Mais, que d'efforts employés par elle, dans ce long intervalle, pour y rétablir sa souveraineté, soit sous une forme
absolue, soit indirectement ! Et du côté d'Haïti, quelle
patience, quelle persévérance ne fallut-il pas mettre en
œuvre pour arriver à obtenir la consécration définitive de
ses droits comme État libre; indépendant et souverain !
Ces difficultés incessantes, furent-elles uniquement le [1858] CHAPITRE VU. 315 résultat du regret éprouvé par cette ancienne métropole,
de la perte d'un pays qui l'avait enrichie par ses produits,
qui entretenait entre elle et lui un grand commerce, une
navigation considérable? Non! Elles furent occasionnées
par les préjugés nés du système colonial fondé par l'Europe
en Amérique. C'est que la race noire qui dominait à Haïti,
qui en avait exclu les hommes de la race blanche, ne
paraissait pas digne des mêmes avantages dont jouissaient
les habitans des colonies émancipées dans les mêmes
contrées. Les États-Unis de l'Amérique septentrionale,
à peine constitués inclépendans de la Grande-Bretagne,
avaient vu toutes les puissances européennes s'empresser
de reconnaître leur existence politique. ïl en fut de même
des États formés dans l'Amérique méridionale, bien que
leur indépendance de l'Espagne eût pris naissance après
celle d'Haïti, et que la plupart d'entre eux n'avaient pas
une situation aussi régulière et consolidée par des institutions civiles et politiques, qui la portèrent à marcher
constamment dans les voies tracées par le droit des
gens. Quoi qu'il en soit, le ministère français présidé par
M. le comte Mole, choisit M. le baron E. de Las Cases,
membre de la chambre des députés, et M. C. Baudin,
capitaine de vaisseau, pour venir à Haïti en qualité de
plénipotentiaires de Sa Majesté Louis-Philippe, Roi des
Français, afin de régler et terminer toutes les questions
pendantes depuis si longtemps entre la France et la République. Partis de Brest le 29 novembre 1857 sur la frégate
la Néréide, ils s'arrêtèrent quelques semaines à la Martinique où ils prirent connaissance de la proclamation du
Président d'Haïti, du 22 octobre, et des messages échangés
entre lui et le Sénat, publiés sur le Télégraphe du 12 no514 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hàÏTI. vembre. Ces divers actes leur prouvèrent qu'ils étaient
attendus. Le dimanche 28 janvier 1858, la Néréide jeta
l'ancre dans la rade du Port-au-Prince. ! Aussitôt, un officier de la frégate et M. J. P. Vaur vinrent au port : ils
furent conduits au bureau de la place et de là à l'hôtel du
secrétaire général Inginac. M. Vaur était porteur d'une
lettre adressée au Président par les deux plénipotentiaires
avec la copie de^reurs pleins-pouvoirs; ils demandaient
une audience à Boyer. M. Vaur ne voulut remettre cette
dépêche, ni au colonel Victor Poil, commandant de la
place, ni au secrétaire général ; il fut accompagné au palais
avec l'officier de marine. Le Président les reçut avec affabilité et fit répondre à MM. de Las Cases et Baudin, qu'il
les recevrait le lendemain dans l'après-midi.
la copie de^reurs pleins-pouvoirs; ils demandaient
une audience à Boyer. M. Vaur ne voulut remettre cette
dépêche, ni au colonel Victor Poil, commandant de la
place, ni au secrétaire général ; il fut accompagné au palais
avec l'officier de marine. Le Président les reçut avec affabilité et fit répondre à MM. de Las Cases et Baudin, qu'il
les recevrait le lendemain dans l'après-midi. A l'heure prescrite, ces agents arrivèrent au palais où
ils trouvèrent Boyer entouré du général Inginac, du général Voltaire, grand juge, et des colonels de la garde
et autres officiers 2. Le Président leur fit un accueil
des plus gracieux et répondit aux complimens que lui
adressa M. de Las Cases, chef de la mission en sa qualité
de membre de la chambre des députés. Après l'échange
d'assurances données de part et d'autre, qu'on était disposé à arriver à une conciliation des intérêts de la France
et de ceux de la République, les plénipotentiaires furent
accompagnés, dans la même voiture qui les avait reçus sur
le quai^ au consulat français quiétait géré en ce momentpar
M. Cerffber.Là,M. de Las Cases remit au lieutenant Deluy,
aide decamp, un billet confidentiel pour le Président à qui il *1 En partant de la Martinique, la frégate fut escortée par les brigs le Nisus et le
fjriffon qui vinrent avec elle an Port-au-Prince. 2 Les plénipotentiaires français avaient pour secrétaire M. Galot, inspecteur des
douanes. M. de Las Cases obtint la permission d'emmener à Haïti M. Radiguet, jeune
liomme qu'il affectionnait, et M. Vaur, qui, déjà connu du Président et de tous les personnages du gouvernement, pouvait le renseigner à leur égard. [1858] CHAPITRE VII. 515 demandait une audience en particulier, afin de lui faire connaître intimement les intentions de son gouvernement; il
lui écrivit même que l'article 1er du traité à conclure porterait « la reconnaissance de la République d'Haïti par la
» France, comme État indépendant, sans aucune condi-
» tion. » M. de Las Cases dit encore à l'aide de camp, qu'en
voyant Boyer, il avait conçu pour lui autant de respect
qu'il en portait au Roi des Français. Ces paroles furent rapportées fidèlement au Président qui consentit à recevoir
M. de Las Cases en particulier, le lendemain dans la
soirée. rf Mais il avait fait inviter le général Inginac, les sénateurs
Frémont, Labbée et B. Ardouin, et M. S. Villevaleix aîné,
chef des bureaux de la secrétairerie générale, à se rendre
au palais dans la matinée du 50. ïl leur dit qu'il les choisissait comme plénipotentiaires pour traiter avec ceux du
roi des Français 1. Déjà, par ses ordres, M. E. S. Villevaleix jeune, son secrétaire particulier, désigné pour être celui des plénipotentiaires haïtiens, avait préparé le projet
des pleins-pouvoirs et des instructions qui leur seraient
donnés. Lecture en fut prise, ainsi que de la lettre de
MM. de Las Cases et Baudin, du billet confidentiel du premier, et de leurs pleins-pouvoirs.
iaires pour traiter avec ceux du
roi des Français 1. Déjà, par ses ordres, M. E. S. Villevaleix jeune, son secrétaire particulier, désigné pour être celui des plénipotentiaires haïtiens, avait préparé le projet
des pleins-pouvoirs et des instructions qui leur seraient
donnés. Lecture en fut prise, ainsi que de la lettre de
MM. de Las Cases et Baudin, du billet confidentiel du premier, et de leurs pleins-pouvoirs. D'après ce qui s'était passé en 1825 et dans les négociations subséquentes, dans lesquelles le. Président était
souvent intervenu pour discuter personnellement avec les
agents français, en l'absence des négociateurs haïtiens;
voyant en outre que M. de Las Cases, par son billet confidentiel, essayait d'ouvrir une négociation particulière, et 1 Dès ce moment, j'ai eu l'idée de tenir des notes exactes de tout ce qui se passerait
dans la négociation : c'est ce qui m'autorise à relater bien des particularités essentielles
que l'on ne trouve pas dans les procès-verbaux des conférences. 516 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. que Boyer allait l'entendre dans la soirée du 50 ; le sénateur Ardouin crut devoir proposer qu'une discussion eût
lieu en présence du Président, sur chacun des points des
instructions auxquelles lui et les autres plénipotentiaires
devaient se conformer, afin qu'ils fussent bien pénétrés de
sa pensée et de ses désirs, et que cette négociation, qui
semblait devoir être la dernière, ne fût pas entravée par des
malentendus. Boyer ayant admis cette proposition, la discussion fut ouverte. Les instructions portaient : 1° sur la forme à donner à
la reconnaissance, par la France, de la République d'Haïti
comme État libre, indépendant et souverain ; elles disaient,
en outre, que S. M. le Roi des Français renoncerait, pour
lui, ses héritiers et successeurs, à toutes prétentions sur
Haïti ; 2° quant aux clauses de la convention ou traité de
commerce, on devait admettre toutes celles qui, précédemment adoptées dans les projets qui avaient eu lieu, ne seraient pas contraires aux institutions politiques, aux lois de
la République et aux intérêts nationaux : sa durée pourrait
être de dix à quinze ans au plus; 5° à l'égard du chiffre à
fixer pour solde de l'indemnité, les plénipotentiaires devaient persister dans la proposition de le réduire à 45 millions de francs, s'efforcer de l'obtenir ainsi, payable en
45 ans, par délégation sur les douanes haïtiennes, par
lettres de change ou en espèces monnayées, à la convenance
du gouvernement de la République. — Le principe d'être
traité, réciproquement, en matière de commerce, sur le
pied de «la nation la plus favorisée, » était inséré aussi
dans ces instructions. A ce sujet, M. S. Villevaleix aîné,
émit l'opinion qu'il pourrait être repoussé par les plénipotentiaires français, pour ne pas favoriser l'entrée en France
des cafés d'Haïti, à moins d'obtenir désavantages conimer-
de la République. — Le principe d'être
traité, réciproquement, en matière de commerce, sur le
pied de «la nation la plus favorisée, » était inséré aussi
dans ces instructions. A ce sujet, M. S. Villevaleix aîné,
émit l'opinion qu'il pourrait être repoussé par les plénipotentiaires français, pour ne pas favoriser l'entrée en France
des cafés d'Haïti, à moins d'obtenir désavantages conimer- [18581 CHAPITRE VII. 517 ciaux dans la République, par cela seul que les cafés de
l'Inde jouissaient déjà d'une grande faveur 1. Mais le sénateurArdouin lui fit observer que cette faveur accordée en
France aux cafés de l'Inde n'était point établie dans un
traité, mais par une loi dont le bat était de promouvoir
la grande navigation, de former des marins, puisque les
navires français seuls étaient admis à les importer avec cette
modération de droits ; qu'ainsi les plénipotentiaires de la
France ne pourraient rien arguer contre le principe dont
s'agit, qui n'allait accorder aucune faveur aux cafés d'Haïti.
Cette discussion amena un changement dans la rédaction
des instructions; car il fut résolu qu'Haïti ne demanderait
aucun avantage sous le rapport du commerce et de la
navigation, ne voulant en accorder aucun non plus, afin de
traiter également toutes les nations commerçantes dans
ses ports 2. Comme il en était convenu, Boyer reçut M. de Las Cases
dans la soirée du 30, et passa deux heures à causer avec
lui : nous venons de dire quel devait être le sujet de cet
entretien 3. 1 Ce produit de l'Inde ne payait que 62 fr. pour 100 kilogrammes, à l'importation par
navires français, d'après la loi de 1836 ; mais une loi de 1838 venait de porter le droit
à 78 fr., tandis que les cafés d'Haïti payaient 9o fr. 2 Dans le projet de pleins-pouvoirs, il était dit : « que le Président d'Haïti nommait
n pour ses plénipotentiaires, les citoyens, etc. » Frémont me dit en particulier qu'il serait
plus rationnel de mettre : « pour plénipotentiaires de la République, etc., » le Président
ne devant pas tenir à cet égard le même langage que le Roi des Français. Je lui répondis :
« Vous avez raison; mais vous êtes mon aîné dans la carrière, c'est à vous d'en faire l'observation, et je vous appuierai. » Il la fit, je l'appuyai, et Boyer nous dit en souriant :
« Ce changement sera fait comme vous le désirez. » En ce moment, nos collègues étaient
à quelque distance. 3 En sortant du palais, M. de Las Cases se rendit à bord de la Néréide, où lui et
son collègue se tenaient avant d'avoir pris logement au consulat français. Il s'empressa
de dire au commandant Cosmao Dumanoir, « qu'il venait de tout conclure avec Boyer. »
M. Cosmao le complimenta et alla féliciter aussi M. Baudin de ce succès, croyaut qu'ils
s'étaient entendus a cet effet. Mais M. Baudin, irrité, fit appeler tous les officiers de la
frégate pour être témoins de l'explication qu'il exigea en leur présence, de M. Las Cases:
Celui-ci se rétracta : il v eut dès-lors une certaine froideur entre eux.
ir, « qu'il venait de tout conclure avec Boyer. »
M. Cosmao le complimenta et alla féliciter aussi M. Baudin de ce succès, croyaut qu'ils
s'étaient entendus a cet effet. Mais M. Baudin, irrité, fit appeler tous les officiers de la
frégate pour être témoins de l'explication qu'il exigea en leur présence, de M. Las Cases:
Celui-ci se rétracta : il v eut dès-lors une certaine froideur entre eux. 518 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hàÏTI. Dans la matinée du 51, les plénipotentiaires haïtiens se
réunirent chez le général Inginac, et notifièrent leurs
pouvoirs à MM. de Las Cases etBaudin. Il fut convenu entre
eux, qu'à la première séance, on se bornerait à l'échange
des pouvoirs, à entendre les plénipotentiaires français qui
venaient répondre à des propositions formulées depuis
cinq ans par le gouvernement haïtien, à prendre note de
ce qu'ils diraient contre ces propositions pour être examiné, afin d'être d'accord sur les réponses à faire en
engageant les discussions : le grand nombre de cinq négociateurs, du côté d'Haïti, semblait exiger ces précautions. 11 fut répondu à leur notification de pouvoirs^ que
MM. de Las Cases et Baudin désiraient que les conférences
s'ouvrissent dès le lendemain matin. On se réunit, à cet effet, à l'hôtel de la secrétairerie d'État qui, placé au fond d'une cour, et n'étant pas habité
par M. Imbert, offrait plus d'avantage pour les conférences. Après l'échange des pouvoirs respectifs, M. de Las
Cases lut le préambule d'un traité unique qui devait contenir la reconnaissance de notre indépendance, et les conventions relatives au solde (à fixer) de l'indemnité et au
commerce : l'ordonnance de 1825 y était mentionnée.
Puis il lut le 1er article de ce projet, ainsi conçu : « Il y
» aura paix constante et amitié perpétuelle entre la France
» et la République d'Haïti, dont S. M. le Roi des Français
» reconnaît expressément l'indépendance. » Selon ce qui avait été convenu entre ^plénipotentiaires
haïtiens, ils devaient laisser continuer la présentation de
toutes les propositions des plénipotentiaires français; mais
le général Inginac entama aussitôt la discussion, et sur le
préambule et sur cet article 1C1^ en demandant que deux
traités, l'un ipurementipolitique, l'autre financier, réglassent |1838] CHAPITRE VII. 519 toutes les questions entre Haïti et la France, et qu'il ne fût
point fait mention de l'ordonnance de 1825, source de
toutes les difficultés entre elles depuis treize ans. Tous ses
collègues appuyèrent sa proposition. MM. de Las Cases et
Bauclin se levèrent pour l'examiner en particulier ; et après
avoir délibéré entre eux, ils l'adoptèrent, à la grande satisfaction des plénipotentiaires haïtiens. On rédigea immédiatement le préambule du traité politique, à peu près comme
il a été publié.
fait mention de l'ordonnance de 1825, source de
toutes les difficultés entre elles depuis treize ans. Tous ses
collègues appuyèrent sa proposition. MM. de Las Cases et
Bauclin se levèrent pour l'examiner en particulier ; et après
avoir délibéré entre eux, ils l'adoptèrent, à la grande satisfaction des plénipotentiaires haïtiens. On rédigea immédiatement le préambule du traité politique, à peu près comme
il a été publié. M. S. Villevaleix proposa une autre rédaction que celle
présentée pour l'art. 1er, et fut appuyé par le général
Inginac. Le sénateur Ardouin, ayant remarqué que ses
collègues ne parlaient point de la clause « de la renonciation,
» par S. M. le Roi des Français, pour lui, ses héritiers et
» successeurs, à toutes prétentions de souveraineté sur
» Haïti, » — clause portée dans les instructions dont lecture avait été donnée en présence de Boyer qui paraissait
y tenir beaucoup, — il proposa de l'insérer dans cet arti
cle. MM. de Las Cases et Bauclin objectèrent que cette
clause « pourrait entraîner pour l'avenir des difficultés, » et
le général ïnginac et M. S. Villevaleix adhérèrent à cette
objection, à la grande surprise du Sénateur Ardouin qui
insista sur sa proposition, en disant que c'était pour se
conformer aux instructions du Président d'Haïti. Il ne fut
pas moins surpris d'entendre ses deux collègues dire, qu'il
y avait erreur de sa part. Accusé ainsi de légèreté, il exigea
la lecture de cette partie des instructions et reconnut que
cette clause cle renonciation avait été effectivement retranchée, mais àl'insudes trois sénateurs1. Toutefois, les ins- 'I Je ne cite cette particularité, que parce qu'elle est constatée au procès-vebal de la
première conférence. On avait tout simplement oublié d'avertir les trois sénateurs de cette
modification, 520 ÉTUDES SUR L HISTOIRE d'hàÏTI. tractions portaient que S. M. le Roi des Français devait
» reconnaître, pour lui, ses héritiers et successeurs, la
» République d'Haïti comme Erat libre, indépendant et
» souverain. » Les plénipotentiaires français délibérèrent
entre eux un moment à ce sujet, et acceptèrent la rédaction de l'art. 1er dans cette forme. L'art. 2 fut admis sans discussion. M. de Las Cases
demanda alors si les plénipotentiaires haïtiens désiraient
autre chose; ce qui porta M. S. Villevaleix à proposer
un troisième article : « Les ministres publics que la Ré-
» publique pourra accréditer auprès de S. M. le Roi des
» Français, jouiront des mêmes droits, immunités et
» prérogatives dont jouissent en France les ministres
» publics, de même classe, des États avec lesquels la
» France a des traités. » MM. de Las Cases et Baudin ne
contestèrent pas le principe de cette proposition ; mais ils
firent remarquer, avec raison, que la République, étant
reconnue comme « État indépendant et souverain, » avait
un droit parfait à l'envoi de tous agents diplomatiques
en France et auprès de toutes autres puissances ; cependant, ils demandèrent à réfléchir sur « l'opportunité »
d'un tel article clans le traité.
France a des traités. » MM. de Las Cases et Baudin ne
contestèrent pas le principe de cette proposition ; mais ils
firent remarquer, avec raison, que la République, étant
reconnue comme « État indépendant et souverain, » avait
un droit parfait à l'envoi de tous agents diplomatiques
en France et auprès de toutes autres puissances ; cependant, ils demandèrent à réfléchir sur « l'opportunité »
d'un tel article clans le traité. L'article final, relatif aux ratifications et à leur échange,
fut ensuite convenu, sauf le lieu où cet échange devait
s'effectuer. Ayant ainsi réglé ce qui concernait le traité politique,
les plénipotentiaires français proposèrent deux articles
pour le traité financier, en fixant le solde de l'indemnité
à 70 millions de francs payables en 20 ans et par séries
de 5 années : la première, à 2 millions chaque année; la
seconde, à 5 millions ; la troisième, à i millions ; la
quatrième, à 5 millions. Lesdites sommes seraient payées [1858] CHAPITRE vu. 52 \ dans les trois premiers mois de chaque année, et versées
à Paris en monnaie de France, à la caisse des dépôts et
consignations. Le payement de 1858 s'effectuerait immédiatement, en y joignant les 700 mille francs restant dus
sur le premier cinquième de l'indemnité. La première conférence se termina de cette manière,
sans aucune discussion de la part des plénipotentiaires
haïtiens qui se bornèrent à prendre note de cette proposition. Il était évident que le traité financier allait en
occasionner plus que l'autre, à cause du solde de l'indemnité et du mode de sa libération. En conséquence, ils se
rendirent au palais, dans l'après-midi du 1er février, afin
d'informer le Président de ce qui s'était passé. S'il fut
très-satisfait des clauses du traité politique, qui donnait
enfin raison aux justes réclamations du gouvernement et
du peuple haïtien, Boyer éprouvait une véritable anxiété
par rapport au chiffre de 70 millions, que MM. cle Las
Cases et Baudin avaient dit être celui fixé par leurs instructions : ce qui était réel 1.En vain les plénipotentiaires
haïtiens lui demandèrent l'autorisation d'aller au delà de
celui de 45 millions qu'il avait proposé et payable en
45 ans, en lui exposant qu'il n'avait certainement pas entendu notifier en cela un ultimatum au gouvernement
français. M. S. Yillevaleix, le premier, opina pour proposer 60 millions, et ses collègues l'appuyèrent pour
déterminer Boyer qui finit par consentir, quoiqu'à regret,
disait-il, mais pourvu qu'on s'efforçât d'obtenir ou 50 ou
55 millions, payables en 50 années au moins. Son consentement fut verbal, mais sa ratification devait tenir lieu
de nouvelles instructions écrites. 1 M. J. Laffitte fit savoir < au secrétaire d'État Imbert , par une lettre du 15 octobre 1837, que le gouvernement français fixait le solde de l'indemnité à
ce chiffre. T. X. 21 322 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. Dans la soirée, M. de Las Cases entretint également le
Président de l'objet de la première conférence ; et il conti
nua à agir ainsi après toutes les autres, pour faire marcher
la négociation directement avec lui, autant pour en obtenir
une décision qui la terminerait, que pour se vanter ensuite
d'avoir tout réglé entre eux 1 .
nité à
ce chiffre. T. X. 21 322 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. Dans la soirée, M. de Las Cases entretint également le
Président de l'objet de la première conférence ; et il conti
nua à agir ainsi après toutes les autres, pour faire marcher
la négociation directement avec lui, autant pour en obtenir
une décision qui la terminerait, que pour se vanter ensuite
d'avoir tout réglé entre eux 1 . A la 2e conférence, qui eut lieu le 2 février, les plénipotentiaires français reproduisirent leurs observations à propos de l'article relatif aux « ministres publics » ; et après
diverses considérations présentées par les plénipotentiaires
haïtiens, ils consentirent à son insertion dans le traité politique dont il aurait formé le 5e article, sauf à adopter une
dénomination plus générique, disaient-ils, que celle de
« ministres publics. » Puis ils proposèrent un article qui
devait être le 4e, mais qui resta le 5e du traité, — celui où
il est question de « consuls, » et d'un traité spécial à conclure plus tard pour régler, entre la France et Haïti, les
rapports de commerce et de navigation sur le pied de la
nation la plus favorisée, M. de Las Cases, particulièrement,
fit valoir « la grandeur, l'immense étendue de cette conces-
» sion de la part de la France, tandis qu'elle n'aurait aucune
» réciprocité delà part d'Haïti, à cause des lois restrictives
» qui y existent à l'égard des étrangers, etc. » Le sénateur
Arclouin lui fit observer, au contraire, que cet article produirait « des effets plutôt favorables au commerce français
» qu'au commerce haïtien, qui ne se trouvait pas dans
» une position à pouvoir en profiter. » Un 5e article,
devenu le 4e, relatif à l'échange des ratifications à Paris 1 Je ne me permets de parler ainsi de M. de Las Cases que parce qu'il m'a donné
des preuves de sa vanité. Mon collègue et moi l'avons entendu prétendre que lui et Doyer
avaient réglé les deux traités, au dîner que nous donna M. Barthe, garde des sceaux et
ministre de la justice. L'amiral Baudin fut très-choqué de cette assertion qui lui fut
rapportée* [1858] CHAPITRE VII. 525 dans un délai de trois mois, fut alors définitivement
adopté.
Cases que parce qu'il m'a donné
des preuves de sa vanité. Mon collègue et moi l'avons entendu prétendre que lui et Doyer
avaient réglé les deux traités, au dîner que nous donna M. Barthe, garde des sceaux et
ministre de la justice. L'amiral Baudin fut très-choqué de cette assertion qui lui fut
rapportée* [1858] CHAPITRE VII. 525 dans un délai de trois mois, fut alors définitivement
adopté. On passa ensuite à la discussion du solde de l'indemnité,
les plénipotentiaires français l'ayant fixé à 70 millions de
francs, d'après leurs instructions. Il nous est impossible de
produire ici tous les argumens employés par les plénipotentiaires haïtiens pour faire accepter le chiffre de 45 millions, ni ceux énoncés par MM. de Las Cases etBaudin pour
s'en tenir à leur proposition. Le général ïnginac avait fait
demander aux archives de la Chambre des communes tous
les comptes généraux de la République depuis 1817, de
même qu'il avait fait à l'égard de M. Dupetit-Thouars. On
les soumit aux plénipotentiaires français, après que
M. S. Villevaleix eût proposé 50 millions. Ils demandèrent que la conférence fût remise au lundi 5 février^ et on
leur offrit ces comptes généraux pour être examinés dans
l'intervalle ; ce qu'ils acceptèrent volontiers. Si l'offre faite
de 50 millions dut les porter à espérer que les plénipotentiaires haïtiens finiraient par consentir au chiffre de 70 millions que le ministère français avait fixé, disaient-ils, pour
compléter avec le premier cinquième, déjà payé, celui de
100 millions qui avait été consenti en 1824 par MM. Larose
etRouanez, de leur côté les plénipotentiaires haïtiens espéraient aussi que l'examen attentif clés comptes généraux les
convaincrait de l'exiguïtéldes ressources de la République,
et qu'ils accepteraient 60 millions qu'on était décidé à proposer en dernier lieu 1 . Boyer ne se trouvant pas en ville ce jour-là, ce lie fut 1 MM. de Las Cases et Baudiu avaient eu la loyauté de nous communiquer la copie
du rapport fait par M. Dupetit-Thouars, au retour de sa mission en 1835, pour nous
prouver que cet officier était plus favorable àl'égard d'Haïti que nous ne le pensions. Nous
en conclûmes que, puisqu'il avait émis l'opinion de réduire le solde de l'indemnité à
60 millions, après a\oir eu connaissance et même pris copie des comptes généraux, il en
seraitde même des plénipotentiaires de 1 838. 521 ÉTUDES SUR h HISTOIRE d' HAÏTI. que dans la matinée du 5 que les plénipotentiaires haïtiens
le virent et lui dirent ce qui avait eu lieu la veille ; il partagea leur espoir. Mais, dans l'après-midi, il reçut de
MM. de Las Cases et Baudin une lettre par laquelle ils lui
disaient que, d'après la discussion du 2, ils reconnaissaient
qu'il serait impossible de s'entendre; que leurs instructions étaient positives au sujet des 70 millions et qu'ils ne
pouvaient consentir à moins. Le Président manda aussitôt
les plénipotentiaires haïtiens pour leur communiquer cette
lettre ; ils l'engagèrent à ne pas céder sur ce chiffre, à laisser marcher encore la négociation : ce qui fut résolu.
par laquelle ils lui
disaient que, d'après la discussion du 2, ils reconnaissaient
qu'il serait impossible de s'entendre; que leurs instructions étaient positives au sujet des 70 millions et qu'ils ne
pouvaient consentir à moins. Le Président manda aussitôt
les plénipotentiaires haïtiens pour leur communiquer cette
lettre ; ils l'engagèrent à ne pas céder sur ce chiffre, à laisser marcher encore la négociation : ce qui fut résolu. A l'ouverture de la 5e conférence, le 5 février, M. de
Las Cases revint sur le 2e article du traité politique disant :
«Il y aura paix constante et amitié perpétuelle entre la
«France et la République d'Haiti, ainsi qu'entre les citoyens
«des deux États, sans exception de personnes ni de lieux. »
Il demanda que la République prît l'engagement d'interdire , aussi longtemps que le gouvernement français le
jugerait nécessaire, tout rapport entre les navires et les
citoyens haïtiens et les colonies ^françaises. M. S. Yillevaleix, au nom de ses collègues, y consentit moyennant la
réciprocité ; c'est-à-dire, qu'il fût interdit aux navires et
citoyens des colonies françaises de venir dans les ports
d'Haïti. M. Baudin, en y adhérant comme son collègue., fit
observer cependant que cette interdiction ne devrait pas
s'étendre aux navires français qui, venant des ports de
France ou d'autres lieux , auraient touché aux colonies
françaises avant de venir à Haïti. Le général Inginac et le
sénateur Ardouin répondirent qu'il en était ainsi déjà, et
rappelèrent que le Président d'Haïti, par une proclamation
publiée en 1823, avait interdit toutes relations entre les
citoyens et les navires haïtiens et les diverses colonies des [1858] chapitre nu 525 Antilles, à l'exception des lies de Saint-Thomas et de Curaçao, sur la demande expresse de leurs gouverneurs. Les
plénipotentiaires français, en admettant la réciprocité, déclarèrent qu'ils n'entendaient pas faire de leur demande
l'objet d'un nouvel article du traité politique, mais seulement obtenir une promesse à cet égard, consignée clans les
procès-verbaux des conférences: ce qui fut consenti, après
que le sénateur Frémont eût exprimé le vœu ardent en
faveur de la liberté des esclaves des colonies françaises,
dont la malheureuse position était la seule cause de ce
débat.
mettant la réciprocité, déclarèrent qu'ils n'entendaient pas faire de leur demande
l'objet d'un nouvel article du traité politique, mais seulement obtenir une promesse à cet égard, consignée clans les
procès-verbaux des conférences: ce qui fut consenti, après
que le sénateur Frémont eût exprimé le vœu ardent en
faveur de la liberté des esclaves des colonies françaises,
dont la malheureuse position était la seule cause de ce
débat. Après ce débat, survint la continuation de la discussion
relative au chiffre du solde de l'indemnité. Tous les argumens employés de part et d'autre furent repris et développés de nouveau pendant cette séance de cinq heures. Les
plénipotentiaires haïtiens prirent tous part à cette discussion _, en invoquant leur bonne foi par la communication
qu'ils avaient donnée des comptes généraux, dont l'examen
avait dû convaincre leurs adversaires des ressources excessivement bornées cle la République; ils maintinrent le chiffre
du solde à fixer, à 50 millions. Mais, de leur côté, les plénipotentiaires français semblaient être liés par leurs instructions pour exiger les 70 millions; et ceux cle la République
pensèrent qu'ils ne pouvaient guère consentir au chiffre de
50 millions, et que, pour qu'ils acceptassent celui cle 60
millions qui n'avait pas encore été offert, il fallait qu'ils
prouvassent à leur gouvernement qu'ils avaient employé
les argumens les plus propres à justifier leur conduite par
cette adhésion; car eux-mêmes voyaient bien que leurs adversaires étaient disposés à accorder plus que 50 millions,
et, ils demandèrent que la A° conférence fût renvoyée au
mercredi 7 février. Dans l'après-midi du 5, les plénipoten526 études sur l'histoire d'haïti.
, il fallait qu'ils
prouvassent à leur gouvernement qu'ils avaient employé
les argumens les plus propres à justifier leur conduite par
cette adhésion; car eux-mêmes voyaient bien que leurs adversaires étaient disposés à accorder plus que 50 millions,
et, ils demandèrent que la A° conférence fût renvoyée au
mercredi 7 février. Dans l'après-midi du 5, les plénipoten526 études sur l'histoire d'haïti. tiaires haïtiens allèrent entretenir Boyer des débats qui
avaient eu lieu : il parut soucieux de ce que la négociation
n'avait ainsi fait aucun pas en avant, malgré l'espoir quils
lui donnèrent. MM. de Las Cases et Baudin avaient eu l' attention de faire
une visite à chacun des plénipotentiaires haïtiens, après la
2e conférence : ces derniers allèrent ensemble la leur rendre, le 6, au consulat français. Il fut convenu entre eux
qu'ils essayeraient de traiter amiablement de la seule question qui les divisait, du chiffre du solde de l'indemnité.
A cet effet, pendant que le général Inginac entretenait
M. Baudin plus particulièrement de cet objet, ses collègues
s'attachaient à convaincre M. de Las Cases. Le général Inginac déclara à son interlocuteur que l'on était disposé à
consentir à 60 millions, bien qu'on eût tenu au chiffre de
50 millions dans la conférence de la veille. Il lui exposa les
motifs politiques qui portaient le gouvernement haïtien à
désirer d'obtenir, de la générosité de la France, la réduction du solde effectif de 120 millions à la moitié de
cette somme, pour se réconcilier en quelque sorte avec l'opinion de la nation, qui était encore si mécontente des
termes de l'ordonnance de 1825 et de l'énorme indemnité
que cet acte ambigu avait imposée à Haïti. « En satisfaisant
» l'honneur national, lui dit-il, par le traité politique, et
» en réduisant le solde de l'indemnité à 60 millions, la
» France acquerra pour toujours l'estime et la reconnais-
» sance des Haïtiens, et une telle décision sera digne du
» gouvernement de 1 850 en qui ils ont placé tant de con-
» fiance. » M. Baudin était, sans contredit, plus homme
d'affaires que son collègue; il comprit mieux que lui la
position de Boyer et de son gouvernement : il laissa le général Inginac dans l'espoir qu'il déterminerait M. de Las [1838] CHAPITRE Vil. 527 Cases à consentir au chiffre de 60 millions, pour en finir,
bien que leurs instructions, disait-il, portassent celui de
70 millions. Il est vrai de dire qu'il pouvait s'autoriser à
cela par l'opinion déjà émise à ce sujet par les commissions
que présidèrent M. le comte Laine et M. le comte Siméon,
et par celle de M. Dupetit-Tliouars. M. de Las Cases luimême pouvait se laisser influencer par cette opinion, sans
aucun danger pour sa responsabilité envers le ministre qui
les avait expédiés à Haïti. Cependant, quand M. Baudin
l'eut engagé à céder aux désirs du gouvernement haïtien,
il s'éleva entre eux une vive discussion, et il finit par exiger
de son collègue une « déclaration écrite » pour y consentir : ce que fit M, Baudin pour assumer en quelque sorte
toute la responsabilité sur soi 1.
laisser influencer par cette opinion, sans
aucun danger pour sa responsabilité envers le ministre qui
les avait expédiés à Haïti. Cependant, quand M. Baudin
l'eut engagé à céder aux désirs du gouvernement haïtien,
il s'éleva entre eux une vive discussion, et il finit par exiger
de son collègue une « déclaration écrite » pour y consentir : ce que fit M, Baudin pour assumer en quelque sorte
toute la responsabilité sur soi 1. En sortant du consulat français, les plénipotentiaires
haïtiens allèrent dire à Boyer qu'ils avaient maintenant
plus d'espoir de terminer à 60 millions. Dans la soirée,
M. de Las Cases se rendit chez le général Inginac pour s'entretenir avec lui à ce sujet, et notre ministre ne négligea
rien pour le porter au consentement que nous désirions obtenir de lui. Il demanda alors que la conférence, fixée au 7
fût renvoyée au 8, et cela fut convenu entre eux. Mais ayant
passé la soirée du 7 avec le Président, M. de Las Cases demanda encore le renvoi de la conférence au vendredi 9 : ce
que Boyer fit dire au général Inginac, en invitant en même
temps les plénipotentiaires haïtiens à se rendre au palais,
le 8 à 5 heures de l'après-midi. 1 Cette particularité, que j'affirme pour en avoir en connaissance, vient à l'appui
de ce que j'ai déjà dit à l'égard de la conduite des officiers supérieurs de la marine
française envers les Haïtiens; ces derniers ont presque toujours trouvé en eux une
loyauté chevaleresque , des sentimens élevés , qui tiennent au caractère de leur
nation et à la profession du marin. Des faits postérieurs à celui-ci ont encore prouvé
mon assertion, et je la consigne ici avec plaisir pour rendre hommage à la
vérité. 528 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. Jl leur fit part de son entretien avec M. de Las Cases qui
débuta par lui demander des conseils, disait-il, sur la difficulté qui s'offrait dans la négociation, les instructions des
plénipotentiaires français leur prescrivant d'exiger 70 millions, et ceux d'Haïti n'offrant que 50 millions. Boyer lui
répondit que, par l'examen des comptes généraux, si franchement offerts à leurs investigations, ils devaient être convaincus de l'exiguïté des ressources de la République, et
qu'il n'était pas présumable qu'ils seraient blâmés par le
Roi des Français et son gouvernement, en prenant sur eux
de réduire le solde de l'indemnité au vrai niveau de ce
qu'elle pouvait payer, ayant encore à satisfaire au service
de l'emprunt. M. de Las Cases répliqua alors que lui et son
collègue, « animés du désir d'être utiles à Haïti, de prouver
» la générosité de la France, ne pourraient cependant réo duire le solde à moins de 60 millions.» «60 millions,
» soit,» lui dit Boyer, et ils se donnèrent la main en signe
d'accord1. Ils convinrent ensuite que les payemens seraient répartis en trente années, par séries dont la première
serait de 1,500,000 francs: ce qui serait réglé entre les
plénipotentiaires respectifs. — Le Président se récriant encore contre l'énormité du solde de l'indemnité, le sénateur
Ardouin lui dit : « qu'il fallait moins envisager la somme à
» payer, que celle dont on obtenait la réduction; ce qui
» était un avantage immense pour la République, en outre
» du traité politique si satisfaisant pour l'honneur nalio-
» nal . »
,000 francs: ce qui serait réglé entre les
plénipotentiaires respectifs. — Le Président se récriant encore contre l'énormité du solde de l'indemnité, le sénateur
Ardouin lui dit : « qu'il fallait moins envisager la somme à
» payer, que celle dont on obtenait la réduction; ce qui
» était un avantage immense pour la République, en outre
» du traité politique si satisfaisant pour l'honneur nalio-
» nal . » Quoique ce fût enfin une chose convenue, MM. de Las
Cases et Baudin écrivirent une lettre au Président, par la1 D'après ce qui précède, on voit gne cet accord fut le fait de M. Baudin dont
son collègue avait exigé une déclaration motivée pour consentir lui-même à 60 millions. [1838] CHAPITRE VII. 329 quelle ils lui dirent : qu'il conviendrait que les plénipotentiaires haïtiens offrissent eux-mêmes les 60 millions
et demandassent le terme de 50 années pour les payer.
Cette lettre leur fut communiquée, et Ton reconnut qu'il
était convenable, en effet, qu'il en fût ainsi, par rapport à
la responsabilité de ces Messieurs envers leur gouvernement dont les instructions étaient formelles. La 4e conférence eut donc lieu le 9 février. Elle fut précédée d'un entretien particulier qui dura près de deux
heures, sur la demande des plénipotentiaires français qui
désiraient, disaient-ils, régler «quelques points secon-
» daires des deux traités, à l'amiable, » avant d'entrer en
conférence officielle où tout devient ordinairement définitif. Ces points secondaires consistaient à renoncer, de la part
des plénipotentiaires haïtiens, à l'article du traité politique
relatif « aux ministres publics, » et à consentira ce que le gouvernement d'Haïti donnât une «déclaration écrite particulière » pour le payement de l'emprunt, et une autre
pour celui des 700 mille francs restant dus à la France
sur le premier cinquième de l'indemnité ; et de plus, à
l'insertion, clans le traité financier, d'une « clause commi-
>) natoire » par laquelle «la République, en cas de l'inexé-
» cution même de l'une des annuités du solde de l'indem-
» nité, serait replacée dans les termes et les conditions de
«l'ordonnance de 1825;» c'est-à-dire, surtout, qu'Haïti
s'obligerait à payer les 120 millions. Or, déjà, dans la 2e conférence, MM. de Las Cases et
Baudin avaient parlé d'une garantie, en termes vagues,
que leurs instructions leur prescrivaient d'obtenir du gouvernement haïtien pour l'exécution du traité financier, et
ils avaient semblé ne pas vouloir insister à cet égard. Main530 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI. tenant, ils revenaient sur ce point en demandant les deux
déclarations particulières, le rejet de l'article relatif aux
ministres publics, comme pour faire la condition de la concession des 60 millions pour solde de l'indemnité. Mais les
plénipotentiaires haïtiens, dans cet entretien particulier,
étaient résolus à ne pas céder, notamment sur la clause
comminatoire ou toute autre garantie i .
gard. Main530 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAÏTI. tenant, ils revenaient sur ce point en demandant les deux
déclarations particulières, le rejet de l'article relatif aux
ministres publics, comme pour faire la condition de la concession des 60 millions pour solde de l'indemnité. Mais les
plénipotentiaires haïtiens, dans cet entretien particulier,
étaient résolus à ne pas céder, notamment sur la clause
comminatoire ou toute autre garantie i . En entrant en conférence officielle, M. de Las Cases
proposa le règlement des points secondaires, avant de
discuter le chiffre du solde de l'indemnité. Il dit que leur
résolution à cet égard dépendrait de la solution de ces
questions, et il demanda formellement la radiation de l'article relatif aux ministres publics. Le droit d'Haïti d'en
envoyer auprès de tous les gouvernemens devant résulter,
en effet, de la reconnaissance positive de son indépendance
et de sa souveraineté, le sénateur Ardouin invita ses collègues à consentir à cette radiation, et ils le firent. Il ajouta :
« Nous agissons ainsi, parce que nous ne pouvons pas
» supposer au gouvernement français l'intention de traiter
» nos envoyés autrement que ceux des autres Etats. »
M. de Las Cases répondit : « Toute défiance à cet égard
» serait injuste et mal fondée. » Puis, le général Inginae
proposa les 60 millions payables en 50 ans. M. Baudin déclara que son collègue et lui « prenaient
note » de ces nouvelles offres, et qu'il fallait maintenant
examiner la « clause comminatoire : » il fut appuyé par
M. de Las Cases, qui développa toutes les considérations 1 II paraît que les instructions données à MM. de Las Cases et Baudin leur prescrivaient d'obtenir, ou la clause comminatoire , ou une garantie. Celle-ci eût consisté dans
V occupation, par la France, de la ville du Môle Saint-Nicolas et de ses environs. Il m'a
été fait trop de questions au sujet de cette ville, de son port, de ses environs, de sa
température, etc., par ces Messieurs et même ensuite par S. M. Louis-Philippe, pour que
je ne croie pas que le gouvernement français désirait cette occupation qui, en apparence
temporaire, serait, devenue définitive. [1858] CHAPITRE VII. OOI qui' motivaient cette clause. Mais le général Inginac répondit : « Je le dis ici en mon nom et au nom de tous mes
» collègues : nous n'accepterons jamais des conditions
» semblables; » et il s'étendit aussi sur toutes les considérations'qui nécessitaient leur refus. Le sénateur Ardouin
lui vint en aide, en disant : «. L'acceptation de cette clause
» comminatoire serait pour nous une humiliation, sans
» être effectivement pour la France une garantie. Son seul
» recours en cas de non-accomplissement des conditions
» du traité, serait la guerre Le Président d'Haïti ne
» souscrira jamais à cette clause, et il ne trouverait même
» aucun Haïtien qui voulût la signer ' » Le sénateur
Frémont étaya son collègue par ces mots : « A quoi servirait
» une clause pareille, si l'honneur national ne commandait
» pas de remplir les engagemens ? L'honneur est la seule
» garantie que la France puisse exiger. » Les deux sénateurs furent soutenus par M. S. Villevaleix, et le général
Inginac qui finit par dire : « que l'adoption d'une telle
» clause causerait une irritation excessivement dangereuse
». et soulèverait l'opinion publique ; » et les autres plénipotentiaires confirmèrent cette pensée.
ille, si l'honneur national ne commandait
» pas de remplir les engagemens ? L'honneur est la seule
» garantie que la France puisse exiger. » Les deux sénateurs furent soutenus par M. S. Villevaleix, et le général
Inginac qui finit par dire : « que l'adoption d'une telle
» clause causerait une irritation excessivement dangereuse
». et soulèverait l'opinion publique ; » et les autres plénipotentiaires confirmèrent cette pensée. MM. de Las Cases et Baudin s'entretinrent alors en particulier et renvoyèrent à la conférence suivante, pour faire
connaître leur résolution. Celle-ci se termina par la proposition que firent les plénipotentiaires haïtiens, de répartir
le payement du solde de 60 millions en 30 ans, et par la
déclaration que la République affecterait un million de 1 On peut lire ces paroles dans le procès-verbal de la 4e "conférence. Je sus ensuite
que Boyer trouva mauvais que j'eusse dit : « qu'il ne trouverait même aucun Haïtien
qui voulût signer un traité avec la clause comminatoire, » dans la supposition qu'il
voulût y consentir lui-même. Mais j'avais d'abord dit : « qu'il n'y souscrirait jamais; »
et, dans ma pensée, c'était pour donner plus de force a mon affirmation que
j'ajoutais ces mots, pour faire entendre qu'il était d'accord avec ses concitoyens. 552 études sur l'histoire d'haïti. francs par an, jusqu'à extinction, en faveur de l'emprunt. Sur la demande de M. de Las Cases, le général Inginac assura qu'un engagement écrit, revêtu de l'approbation du Président, serait remis à MM. les plénipotentiaires français. Ils désiraient que la 5e conférence eût lieu le 10; mais
ils consentirent à reprendre la discussion dans l'aprèsmidi du 9, à 5 heures. Elle s'ouvrit par le consentement
donné par MM. de Las Cases et Baudin au chiffre de
60 millions pour solde de l'indemnité, et ils renoncèrent
à la clause comminatoire, après que le premier eût motivé
leur résolution par bien des considérations. Il lut alors
un projet pour le traité politique, qui n'offrit qu'une seule
observation ', et un autre pour le traité financier dont une
disposition était relative au payement des 700 mille francs
restant dus en 1825. Cette disposition devant nécessairement rappeler l'ordonnance du 17 avril, les plénipotentiaires haïtiens n'acquiescèrent pas à ce qu'elle fût insérée
dans le traité. Mais le général Inginac déclara que le gouvernement souscrirait, par un acte particulier, l'engagement de payer ces 700 mille francs en trois termes
égaux, les premiers juillet 1859, 1840 et 1841 : ce qui fut
accepté par les plénipotentiaires français. Le sénateur
Ardouin demanda que l'obligation de 50 millions, souscrite
en 1826 par le secrétaire d'État de la République pour le
2e cinquième de l'indemnité et déposée à la caisse des
dépôts et consignations, fût remise à l'agent haïtien qui
irait à Paris pour l'échange des ratifications des traités : cela
fut convenu.
accepté par les plénipotentiaires français. Le sénateur
Ardouin demanda que l'obligation de 50 millions, souscrite
en 1826 par le secrétaire d'État de la République pour le
2e cinquième de l'indemnité et déposée à la caisse des
dépôts et consignations, fût remise à l'agent haïtien qui
irait à Paris pour l'échange des ratifications des traités : cela
fut convenu. 1 Cette observation était relative aux mots : leurs plénipotentiaires, d'après l'idée
exprimée au Président par les sénateurs Frémont et Ardouin. On supprima le
pronom. [1850] CHAPITRE Vil. 353 Les deux projets de ces traités étant approuvés de part
et d'autre, moyennant les changemens opérés dans leur
rédaction primitive, M. de Las Cases proposa au général/
Inginac de les parapher avec lui, ce qui eut lieu en double i.
expédition. Il n'y avait plus qu'à rédiger définitivement
les actes consentis; la 6e conférence fut renvoyée au lundi
12 février, et à 7 heures du soir, les plénipotentiaires haïtiens allèrent remettre à Boyer les deux projets de traités
paraphés : ce qui lui occasionna une grande satisfaction. La 6e conférence se passa à convenir de la rédaction
des deux déclarations relatives au payement de 700 mille
francs, et à rengagement d'affecter un million par an au
service de l'emprunt. La première devait être signée par
les plénipotentiaires haïtiens, la seconde par le secrétaire
d'État, et toutes deux revêtues de la ratification du Président. Malgré l'accord existant à cet égard, dans l'aprèsmidi du même jour, MM. de Las Cases et Baudin adressèrent à Boyer deux lettres à ce sujet, et une troisième
par laquelle ils proposaient d'envoyer au trésor un agent
chargé de recevoir les fonds destinés à payer : 1° la première annuité de 1500 mille francs pour l'indemnité;
2o le solde d'environ 560 mille francs encore dus sur les
avances faites par le trésor de France; 5o un million pour
le service de l'emprunt. L'objet de la troisième lettre,
ainsi conçue, était évidemment de faire exécuter le traité
financier avant sa ratification par S. M. le Roi des Français.
les fonds destinés à payer : 1° la première annuité de 1500 mille francs pour l'indemnité;
2o le solde d'environ 560 mille francs encore dus sur les
avances faites par le trésor de France; 5o un million pour
le service de l'emprunt. L'objet de la troisième lettre,
ainsi conçue, était évidemment de faire exécuter le traité
financier avant sa ratification par S. M. le Roi des Français. Le mardi, 15 février, les plénipotentiaires respectifs se
réunirent pour la 7e et dernière conférence, afin de signer
les deux traités, les deux déclarations ci-dessus mentionnées et les derniers procès-verbaux, préparés par les seOÔA ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d'hàÏTI. crétaires. Les traités devaient ainsi porter la date du
15 février où ils furent signés ; mais M. Baudin demanda
qu'ils fussent datés du 12, « parce que le 15 février était
» un jour néfaste pour la France, l'anniversaire de l'as-
» sassinat du duc de Berry, événement politique qui fut
» cause du retard mis par les Bourbons de la branche aînée
» à sanctionner les libertés publiques des Français. » Son
collègue ayant adopté la même idée, empreinte d'une certaine superstition, les plénipotentiaires haïtiens devaient
respecter leur scrupule de conscience, et ils consentirent
volontiers à leur désir,
^ff Après cette dernière séance, qui avait commencé à
/ '5 heures de l'après-midi, les plénipotentiaires haïtiens allèrent à 7 heures remettre au Président les deux traités,
politique et financier, signés et scellés. Il leur communiqua
la lettre de MM. de Las Cases et Baudin, relative à l'exécution anticipée du dernier. Sur leurs observations, il fut
décidé : que des agents de l'administration des finances
iraient porter les fonds à bord de la frégate la Néréide, et
les compteraient au commandant de ce navire qui en donnerait un reçu de dépôt, puisque l'envoyé haïtien, à son
arrivée en France, devait en prendre charge pour opérer
d'abord le change de toutes ces monnaies étrangères en
monnaie française, et verser les sommes à la caisse des dépôts et consignations, pour ce qui concernait l'indemnité
et le solde des avances du trésor de France; et quant au
million destiné à l'emprunt, dans la banque de M. J.
Laffitte. Le Président fit savoir cette décision à M. de Las
Cases^ qui vint au palais pendant la présence des plénipotentiaires haïtiens; ce qui le contraria beaucoup, et voici
pourquoi : Au moment où la mission française venait à Haïti, M» J» [1858] CHAPITRE VII. 555 Laffitte adressa une lettre au Président, par laquelle il lui
disait : qu'étant lui-même porteur d'obligations de l'emprunt d'Haïti, il s'était assuré que la grande majorité des
prêteurs consentirait à un mode de libération qu'il fit connaître, et qui devait offrir des avantages à la République. Il
ajouta : que si le Président voulait affecter annuellement
un million de francs pour cette opération et la lui confier,
l'emprunt serait promptement éteint 1.
ident, par laquelle il lui
disait : qu'étant lui-même porteur d'obligations de l'emprunt d'Haïti, il s'était assuré que la grande majorité des
prêteurs consentirait à un mode de libération qu'il fit connaître, et qui devait offrir des avantages à la République. Il
ajouta : que si le Président voulait affecter annuellement
un million de francs pour cette opération et la lui confier,
l'emprunt serait promptement éteint 1. Sans doute, M. J. Laffitte envisageait les intérêts de sa
caisse dans cette proposition ; mais s'il pouvait réussir,
comme il en donnait l'assurance, le Président devait se
confier à lui, qui avait donné tant de preuves de dévouement à la République, en prenant souvent sa défense à la
tribune de la Chambre des députés ; et c'est ce qui avait
motivé la résolution du gouvernement de consacrer le million de francs au service de l'emprunt, résolution qu'il eût
prise, même sans cette proposition. Or, celle-ci, et la combinaison imaginée par M. J. Laffitte, étaient parvenues à la
connaissance du ministère français. Gomme cet homme
honorable était de l'Opposition, qu'il était brouillé avec
S. M. Louis-Philippe, en même temps que les plénipotentiaires français étaient chargés de réclamer en faveur des 1 M. Laffitte proposait de rembourser les 20 raille obligations qui restaient de l'emprunt, intégralement, à 1,000 fr. chacune, sans payer d'intérêts : de cette manière,
on eût tiré au sort mille obligations par an, et en vingt ans l'emprunt eût été
éteint. On a vu qu'en 'l 833, Boyer lui avait fait rembourser 1,000 obligations intégralement.
La République ayant laissé son emprunt en souffrance, ses obligations étaient tombées
à 200 ou 250 fr. au plus, à la bourse. Quand parut la loi sur le payement des droits
d'importation en monnaies étrangères, en 1835, des négocians étrangers proposèrent ail
Président, de payer une portion de ces droits en obligations de l'emprunt, à 500 fr.
chacune, afin de faciliter leur commerce avec Haïti, ce qui serait en même temps un
moyen d'amortir ces obligations avec un grand bénéfice, puisqu'elles étaient de
1,000 fr. Boyer y ayant consenti, le trésor en reçut ainsi une notable quantité fournie
également par des Haïtiens. C'est pourquoi il n'en restait plus en circulation que
20 mille environ. .Mais cette opération encourut le blâme du public en France: on y
disait que la République agissait de mauvaise foi, etci Ô5G ÉTUDES SUR LHIST01RE d' HAÏTI. porteurs de titres de l'emprunt, ils devaient faire tous
leurs efforts pour s'opposer à la réalisation des vues de
M. J. Laffitte. En conséquence, dans la .conférence où ils présentèrent
le projet de déclaration relative à l'engagement que souscrirait le gouvernement haïtien pour l'emprunt, ce projet
étant libellé de manière à obliger le gouvernement à verser
le million, en dépôt, « à la Banque de France, » le sénateur Ardouin leur dit qu'il n'en serait pas ainsi (connaissant parfaitement la pensée du Président) ; que cette
somme serait versée dans toute autre banque, soit à Paris,
à Londres ou à Amsterdam : il fut soutenu par ses collègues, notamment par le général Inginac.
souscrirait le gouvernement haïtien pour l'emprunt, ce projet
étant libellé de manière à obliger le gouvernement à verser
le million, en dépôt, « à la Banque de France, » le sénateur Ardouin leur dit qu'il n'en serait pas ainsi (connaissant parfaitement la pensée du Président) ; que cette
somme serait versée dans toute autre banque, soit à Paris,
à Londres ou à Amsterdam : il fut soutenu par ses collègues, notamment par le général Inginac. Le nom de Paris fit comprendre aux plénipotentiaires
français qu'il s'agissait de la banque de M. Laffitte, et ils
répondirent : que s'ils proposaient la Banque de France,
c'était dans l'intérêt même de la République, aucun autre
établissement de ce genre n'offrant autant de sûreté et
de garantie; qu'ils avaient appris qu'on engageait le gouvernement à adopter une espèce de loterie pour la libération de l'emprunt, laquelle ne serait pas « aussi avantageuse » que le mode qu'ils indiquaient dans la déclaration,
consistant à capitaliser les intérêts échus et dus pour
l'emprunt depuis dix ans, pour former une somme totale
dont les intérêts seraient désormais servis à raison de 5
pour cent, au lieu de 6 pour cent d'après le contrat primitif i; que si le gouvernement adoptait cette loterie, ce 1 Los obligations restant entre les mains des prêteurs étaient an nombre de 20 mille ;
les intérêts non payés depuis 10 ans, à 6 pour cent, formaient une somme de 12 millions ;
en les capitalisant, la dette de l'emprunt serait de 32 millions, au lien de 20 millions.
Une telle opération n'aurait donc pas été « aussi avantageuse » pour la République que
le mode de libération proposé par M. Laffitte. Mais il est vrai que les prêteurs avaient
droit de recevoir des intérêts pour leurs titres, surtout en les réduisant à 3 pour cent
an lieu de 6 pour cent. [1858] CHAPITRE vu. 337 serait de sa part, non-seulement manquer à ses engagement, mais faire une chose qui répugnerait beaucoup en
France, dans le moment où l'on venait d'y abolir toute
espèce de loterie par rapport à l'immoralité qui en résulte1.
M. de Las Cases insistant pour que les sommes destinées à
l'emprunt fussent versées à la Banque de France, à cause
delà sûreté qu'elle présentait, le général Inginac lui dit :
« La République aimera mieux courir le risque d'une
» faillite dans une banque particulière. » Cette déclaration
mit fin aux efforts tentés pour nuire à M. Laffitte ; mais on
y réussit en France même, où le ministère mit tout en jeu
pour porter les prêteurs à ne pas souscrire à la combinaison qu'il avait imaginée : ce qui nécessita l'envoi, à
Paris, de deux commissaires chargés de prendre des arrangerons avec les prêteurs 2. Boyer ratifia les deux traités à la même date du 12 février qui leur avait été donnée, afin de complaire aux idées
exprimées par les plénipotentiaires français. Le \&, il
adressa au Sénat un message en lui disant : que le secrétaire général Inginac et le citoyen S. Villevaleix aîné étaient
chargés de les lui présenter et de fournir toutes les explications propres à éclairer son opinion. «J'aime à penser
» que le Sénat, appréciant l'importance de terminer te
» litige qui dure depuis si longtemps entre la République
» et la France, et l'avantage pour l'avenir d'Haïti de con-
» dure ce différend d'une manière favorable, donnera,
» sous le plus bref délai, sa sanction aux deux traités dont
» s'agit, conformément au vœu de l'art. 125 de notre pacte
» constitutionnel. »
opinion. «J'aime à penser
» que le Sénat, appréciant l'importance de terminer te
» litige qui dure depuis si longtemps entre la République
» et la France, et l'avantage pour l'avenir d'Haïti de con-
» dure ce différend d'une manière favorable, donnera,
» sous le plus bref délai, sa sanction aux deux traités dont
» s'agit, conformément au vœu de l'art. 125 de notre pacte
» constitutionnel. » Le Sénat se réunit dans l'après-midi du 14, sous la
présidence du sénateur Bazelais ; les secrétaires étaient les •1 Les loteries furent abolies par mie loi en 1836. 2 Le sénateur Frémont et M. P. Faubert qui partirent d'Haïti à la fin de 1838.
T. X. 22 338 ÉTUDES sur l'histoire d'haïti. sénateurs Pierre André et Ardouin. Quelques membres opinèrent pour que la présentation des traités eût lieu en séance
publique, et que les trois sénateurs-plénipotentiaires fussent exclus de la délibération ; mais la majorité décida le
contraire. La délibération eut donc lieu à huis-clos; le Sénat approuva et sanctionna les traités, vers 6 heures du
soir, et renvoya au lendemain après-midi pour en donner
connaissance en séance publique. Une foule nombreuse cle
citoyens et d'étrangers y assista. On était curieux de savoir
le résultatdes négociations qui duraient depuis quinze jours,
et une satisfaction générale accueillit les deux traités. Le Sénat envoya une députation composée de son président, des deux secrétaires et de quatre autres de ses membres, pour porter au Président d'Haïti les deux traités
sanctionnés, et un message en réponse au sien qui le] félicitait de l'heureuse issue des négociations qu'il avait entamées avec le gouvernement français, dès l'acceptation de
l'ordonnance de 1825. Boyer reçut cette députation avec
une émotion visible^ par la satisfaction qu'il éprouvait luimême d'être parvenu, enfin, à obtenir une reconnaissance
claire et explicite de la situation politique d'Haïti, et à régler
la dette nationale d'une manière aussi favorable 1. Il chargea la députation de dire au Sénat, que son intention était
de faire embarquer sur la frégate la Néréide les fonds nécessaires au payement de l'annuité de l'indemnité et de l'emprunt pour 1838; que deux agents haïtiens partiraient sur
ce navire avec les plénipotentiaires français, afin d'échanger les ratifications des traités et de régler les conditions 1 Le Président fît savoir à MM. de Las Cases et Baudiu, qu'une salve serait tirée le
Vendredi 16 février, par les forts de la capitale, en signe de réjouissance. Ils demandé
rent à y faire répondre par les navires de guerre; mais M. Baudin proposa de tirer cettc
s:ilve le samedi de préférence, parce que les marins considèrent le vendredi comme un
mauvais jour. Boyer déféra à ce désir. [1858] CHAPITRE VII. 359
. de Las Cases et Baudiu, qu'une salve serait tirée le
Vendredi 16 février, par les forts de la capitale, en signe de réjouissance. Ils demandé
rent à y faire répondre par les navires de guerre; mais M. Baudin proposa de tirer cettc
s:ilve le samedi de préférence, parce que les marins considèrent le vendredi comme un
mauvais jour. Boyer déféra à ce désir. [1858] CHAPITRE VII. 359 d'un nouvel arrangement entre la République et les porteurs des titres de son emprunt, et que l'un de ces agents
serait pris parmi les membres du Sénat. Ce corps reçut
cette communication et s'ajourna dans la séance du 19 février. Si Boyer fut heureux d'avoir réussi à réparer, dans les
traités de 1858, tout ce qu'il y eut de fâcheux dans l'acceptation de l'ordonnance de 1825, par la persévérance, la
modération, la loyauté, le tact qu'il mit dans ses rapports
avec le gouvernement français; si les vrais bons citoyens de
la République partagèrent sa satisfaction, en lui tenant
compte de la difficulté des circonstances et de ses efforts
constans pour servir les intérêts de la patrie, il n'en fut pas
de même assurément de ceux qui, se prétendant être
« les seuls vrais patriotes, » faisaient profession d'être aussi
toujours de l'Opposition 1. On avait remarqué qu'après
chacun des grands succès de son'gouvernement, cette Opposition systématique semblait se raviver ; ainsi il en avait
été à la pacification de la longue révolte de la Grande- An se,
à la réunion de T Artibonite et du Nord, à celle des départemens de l'Est. Ainsi il en devait être après les traités de
1838. Quoi qu'en puissent dire ceux qui font profession d'être
opposans, quoi qu'ils invoquent pour motiver leurs tracasseries^ à côté des quelques idées judicieuses qu'ils émettent
dans l'intérêt de leur pays, il y a souvent au fond de leurs
cœurs un sentiment de jalousie et d'envie contre ceux qui
sont revêtus du pouvoir et de l'autorité, chefs ou ministres;
et ces sentimens les portent à blâmer les actes de ceux-ci, \ Que l'on ne se méprenne pas sur le sens de cette assertion. Si j'affirme qu'il y eut
des personnes systématiquement opposées a Boyer, je sais aussi qu'il y en eut d'autres
dont le patriotisme était sincère, dépourvu de système, et çpii se rallièrent successivement a l'Opposition, dans la seule pensée que Boyer eût pu miens faire et qu'il se
montrait trop obstiné dans ses vues qu'on jugeait rétrogrades. 340 études sur l'histoire d'haïti. ou tout au moins à penser qu'ils eussent mieux fait s'ils
étaient à leur place. D'un autre côté, et ceci est remarquable, toutes les fois qu'une nation est menacée dans son
existence politique par une grande puissance, l'intérêt commun oblige chacun à se rallier au gouvernement pour mieux
résister; mais le danger vient-il à disparaître, on s'empresse de vouloir exiger de sa part des réformes intérieures,
souvent des modifications dans les institutions publiques,
sans envisager s'il y a opportunité de mettre à exécution
toutes les idées, tousles plans qui surgissent alors. Haïti ne
pouvait échapper, exceptionnellement, à une telle situation 1.
politique par une grande puissance, l'intérêt commun oblige chacun à se rallier au gouvernement pour mieux
résister; mais le danger vient-il à disparaître, on s'empresse de vouloir exiger de sa part des réformes intérieures,
souvent des modifications dans les institutions publiques,
sans envisager s'il y a opportunité de mettre à exécution
toutes les idées, tousles plans qui surgissent alors. Haïti ne
pouvait échapper, exceptionnellement, à une telle situation 1. C'est ce que l'on verra dans le livre suivant. On y verra
comment l'Opposition, par son langage peut-être imprudent, remua le bas-fond de la société au point de la menacer
d'une grande perturbation , sinon d'une subversion totale. En attendant le moment d'en parler , complétons
ce qui reste à dire concernant les traités conclus avec la
France. Après que ces traités eurent été ratifiés par le Président
d'Haïti et sanctionnés par le Sénat, les plénipotentiaires
français firent partir le bri g leNisus pour aller en apporter
la nouvelle à leur gouvernement. M. Baudin avait reçu une
mission particulière pour la Jamaïque; il s'y rendit sur le
brig le Griffon et en revint vers le 15 mars. Dans l'intervalle,
les fonds furent successivement apportés à bord de la Néréïde; ils consistaient en 565, 79 i gourdes ou piastres; les 1 J'ai déjà parlé d'une conversation que j'eus avec le maréchal Clausel, en I838t
\Maison-Laffitte (t. 6, p. 296). Eii me témoignant sa satisfaction des traités conclus entre
la France et Haïti, il m'exprima sa pensée sur les embarras que le gouvernement haïtien
éprouverait indubitablement à l'intérieur, [maintenant que toute crainte cessait par rapport à la France. ]1858] CHAPITRE VII. 541 monnaies de France, d'Espagne, d'Angleterre, des EtalsUnis, etc., y figuraient. Le 22 mars, la Néréide et le Griffon
quittèrent le Port-au-Prince. MM. B. Ardouin et S. Villevaleix aîné eurent l'honneu
d'être désignés par le Président d'Haïti, pour aller en France
avec les plénipotentiaires français. Leur mission était :
1° de procéder à l'échange des ratifications des deux traités,
si S. M. le Roi des Français les ratifiait; 2° de convertir en
monnaie française la somme embarquée, pour verser à la
caisse des dépôts et consignations les 1500 mille francs de
l'annuité de 1858 pour l'indemnité, 560 mille francs restant dus au trésor de France pour ses avances, et à la banque de M. J. Laffitte un million de francs destiné à l'emprunt; 5° de demander l'obligation de SOmillions, souscrite
en 1826 par le secrétaire d'État de la République, ainsi que
les 2400 titres de l'emprunt dont l'amortissement avait eu
lieu par le trésor français. En cas de non-ratification par le
Roi de l'un des deux traités, les deux agents haïtiens devaient déclarer au gouvernement français que l'un et l'autre
étant indivisibles, ils demeureraient nuls ; et alors ils verseraient toutes les sommes dans la banque de M. Laffitte,
moins les 560 mille francs du- solde revenant au trésor de
France. Ils étaient en outre chargés de remettre à S. M.
Louis-Philippe une lettre autographe que lui adressa Boyer,
à l'occasion des traités qui mettaient fin aux longues discussions entre la France et Haïti.
déclarer au gouvernement français que l'un et l'autre
étant indivisibles, ils demeureraient nuls ; et alors ils verseraient toutes les sommes dans la banque de M. Laffitte,
moins les 560 mille francs du- solde revenant au trésor de
France. Ils étaient en outre chargés de remettre à S. M.
Louis-Philippe une lettre autographe que lui adressa Boyer,
à l'occasion des traités qui mettaient fin aux longues discussions entre la France et Haïti. Le 24 mars, le Griffon se sépara de la frégate, à l'entrée
des Débouquemens, pour retourner à Haïti, et la Néréide
arriva à Brest le 25 avril1. Les plénipotentiaires haïtiens
s'empressèrent de notifier leurs pouvoirs au ministre des 1 Le 14e jour de son départ, ce navire se trouvait à 300 lieues de. Brest ; il y subit
une quarantaine de 20 jours, à cause de quelques cas de fièvre jaune.} 542 études sur l'histoire d'haïti. affaires étrangères, qui leur répondit que les traités seraient
ratifiés par le Roi, à leur arrivée à Paris avec MM. de Las
Cases et Baudin : ce qui était également annoncé officiellement par un article du Moniteur, et ils purent transmettre
cette agréable nouvelle au Président d'Haïti 1. La ratification royale eut lieu le 21 mai, et le 28, le comte Mole
procéda avec les plénipotentiaires haïtiens à son échange
contre celle du Président d'Haïti : le 2 juin, les traités
■ furent publiés dans le Bulletin des lois, et reproduits officiellement dans le Moniteur. Toutes ces formalités étant remplies, les envoyés d'Haïti
furent invités par M. le comte Mole à se présenter à S. M.
le Roi des Français, pour lui remettre la lettre autographe
dont ils étaient porteurs g. Ils furent reçus au palais des Tuileries, le 9 juin. Après
quelques paroles que le sénateur Ardouin adressa à LouisPhilippe, le Roi lui dit : « qu'il était satisfait des traités qui
» venaient d'être conclus entre la France et Haïti \ que
» c'était la seule manière qu'il convenait de terminer les
» différends qui existaient entre les deux pays ; qu'il l'avait
» ainsi conseillé à Charles X, mais que des difficultés qu'il 1 Le succès de la mission valut à M. Baudia son élévation au grade de contre-amiral,
et à M. de Las Cases sa nomination comme conseiller d'État. Dans le projet des pouvoirs qui furent donnés aux agents haïtiens , Boyer les avait
qualifiés de commissaires ; ils lui firent l'observation, qu'étant chargés de procéder à
l'échange des ratifications des traités, ils étaient nécessairement ministres plénipotentiaires. Mais le Président, en supprimant le premier titre, ne leur en donna aucun ; il
dit à cette occasion : « Ces messieurs se croient sans doute appelés à jouer le rôle d'ambassadeurs. » A leur arrivée en France, ils prirent le titre d'envoyés qui ne leur fut pas
contesté par le ministre des affaires étrangères.
nt l'observation, qu'étant chargés de procéder à
l'échange des ratifications des traités, ils étaient nécessairement ministres plénipotentiaires. Mais le Président, en supprimant le premier titre, ne leur en donna aucun ; il
dit à cette occasion : « Ces messieurs se croient sans doute appelés à jouer le rôle d'ambassadeurs. » A leur arrivée en France, ils prirent le titre d'envoyés qui ne leur fut pas
contesté par le ministre des affaires étrangères. 2 Selon l'usage diplomatique, les envoyés d'Haïti auraient du recevoir du Président
une copie de sa lettre autographe pour être communiquée préalablement au Roi.
M. le comte Mole leur ayant demandé cette copie, le sénateur Ardouin lui répondit :
<i Nous ne l'avons pas ; mais vous voudrez bien nous excuser, car notre chancellerie
» est encore dans l'enfance. » Le ministre rit de cette réponse. Cependant, ils oflrirent
de lui remettre une déclaration portant en substance ce que contenait la lettre dont
ils avaient pris lecture ; ce. qui fut accepté. Il ne leur fut pas délivré de passeports non
pins pour se rendre en France, et à Bcest ils durent en demander au maire pour aller à
Paris. [1858] CHAPITRE VII. 343 » n'est pas toujours facile de surmonter s'étaient opposées
» à ses propres intentions ; qu'il espérait que les Haïtiens
» se ressouviendraient toujours qu'ils avaient été Français,
» et que, quoique indépendans de la France, ils devaient
» se rappeler qu'elle a été leur métropole, afin d'entre-
» tenir avec elle des relations de bonne amitié et d'un com-
» merce réciproquement avantageux. 1 » Louis-Philippe
ajouta : qu'il répondrait à la lettre de Bôyer ; et en congédiant les envoyés, il leur dit qu'il les présenterait incessamment à la Reine et à la famille royale, à Neuilly 2. 1 Après ces paroles, le Roi adressa aux envoyés une foule de questions sur la situation
d'Haïti, sur ses productions, sa population, son armée, sur la partie de l'Est principalement; il désira savoir s'il y avait beaucoup de blancs jouissant de la qualité d'Haïtien,
s'il existait encore au Môle Saint-Nicolas beaucoup des anciens Allemands amenés là
dans le siècle dernier, si ce quartier était fertile, si l'air y était sain pour les Européens .
enfin, quel était le nombre de blancs admis comme citoyens dans toute la République
Toutes ces questions, assez naturelles de la part du Roi des Français, parurent aux
envoyés empreintes de préoccupations politiques, sinon pour le présent, du moins pour
l'avenir. Il lui fut répondu sur toutes, aussi bien que possible ; et quant à la partie
de l'Est : que tous les blancs qui y étaient propriétaires en 1822 et qui prêtèrent serment de fidélité à la République, furent reconnus Haïtiens ; qu'il n'y avait plus d'Allemands dans l'arrondissement du Môle; que ce territoire était excessivement aride, que
l'air y était malsain, ce qui était prouvé par les nombreuses mortalités survenues
parmi les Allemands. Enfin, sur la dernière question : « Le gouvernement ne faisant '
l'Est : que tous les blancs qui y étaient propriétaires en 1822 et qui prêtèrent serment de fidélité à la République, furent reconnus Haïtiens ; qu'il n'y avait plus d'Allemands dans l'arrondissement du Môle; que ce territoire était excessivement aride, que
l'air y était malsain, ce qui était prouvé par les nombreuses mortalités survenues
parmi les Allemands. Enfin, sur la dernière question : « Le gouvernement ne faisant ' » aucune distinction entre les indigènes et les blancs qui jouissent des mêmes droits Ou/ywU/^-
» qu'eux, n'a jamais eu l'idée de constater le nombre de ces derniers. i> Cette réponse, ,/
quoique vraie, parut trop diplomatique à Louis-Philippe; il sourit, et congédia les M^XJ w^
envoyés. 2 En effet, ils eurent l'honneur d'être invités à dîner à Neuilly, le 4 juillet suivant.
Présentés par le Roi à toute sa famille si distinguée, ils reçurent les preuves de la plus ' ,
grande considération pour Haïti qu'ils représentaient; le sénateur Ardouin fut même admis à se placer à table entre la Reine et la princesse Clémentine qu'il y avait accom- ^yW^ "$• \
pagnée. Le comte Mole, M. de Las Cases et l'amiral Baudin y étaient aussi. Les envoyés Jjk^/j^l
d'Haïti remarquèrent néanmoins que le Moniteur ne mentionna point cette réception si
flatteuse pour eux et leur pays, et que le Journal des Débals dit seulement le lendemain : h
« Hier, M. le comte Mole, ministre des affaires élrangères et président du conseil,'
» M. le contre-amiral Baudin et M. le baron de Las Cases ont eu l'honneur de dîner avec ^
» le roi. » Il est impossible que ce journal ministériel n'ait pas été informé de la présence des
envoyés d'Haïti à Neuilly; il y avait donc intention compréhensible dans l'omission de
leurs noms. Au reste, si je parle de cette particularité, ce n'est que comme fait historique ; car, mon collègue et moi, nous n'avons eu qu'à nous féliciter des attentions et des
égards dont nous fûmes l'objet, dans cette mission, de la part des ministres et d'une foule
de personnages éminens auxquels nous avons été présentés. Nous eûmes l'honneur de
dîner également avec quatre des ministres: le comte Mole, l'amiral de Rosamel, M. Barthe V 544 études sur l'histoire d'haïti. La conversion des monnaies, opérée à la caisse des dépôts et consignations où la somme de 563,79-4 gourdes
avait été déposée, produisit 2,986,555 francs1. Le
28 juin, tous les versemens étaient effectués par les envoyés d'Haïti, pour l'indemnité, pour le trésor, pour la
banque de M. Laffi tte qui reçut, outre le million destiné à
)• l'emprunt, un surplus de 106,206 francs 2. Ce million
même y resta en dépôt, parce que les porteurs de titres de
l'emprunt ne voulurent pas acquiescer au mode de libéi^ation qu'il avait proposé au gouvernement haïtien.
ens étaient effectués par les envoyés d'Haïti, pour l'indemnité, pour le trésor, pour la
banque de M. Laffi tte qui reçut, outre le million destiné à
)• l'emprunt, un surplus de 106,206 francs 2. Ce million
même y resta en dépôt, parce que les porteurs de titres de
l'emprunt ne voulurent pas acquiescer au mode de libéi^ation qu'il avait proposé au gouvernement haïtien. A ce sujets et d'après des pétitions très-vives adressées
à la Chambre des députés par quelques-uns d'entre eux, le
ministre des affaires étrangères invita les envoyés à une
conférence où se trouvèrent M. Lacave-Laplagne, ministre
des finances, l'amiral Baudin et M. de Las Cases. Il s'aet le comte de Montalivet ; avec M. Dupin aîné, président de la Chambre des députés, avec
le comte de Laborde, avec M. Datrône, alors conseiller à la cour royale d'Amiens. Dans
tontes ces réunions, on nous exprima une loyale satisfaction de l'issue heureuse des négociations d'Haïti avec la France, laquelle servirait à favoriser la prospérité et la civilisation
du jeune peuple admis désormais sans équivoque, parmi les nations indépendantes. Mais,
à cette occasion, il n'est pas un seul des personnages dont s'agit qui ue nous ait exprimé
le désir de voir la République abroger enfin les dispositions de sa constitution politique
"concernant l'exclusion des hommes de la race blanche de la société haïtienne, et cela dans
l'intérêt, disaient-ils, de son avenir, par l'introduction de leurs lumières, de leur industrie, de leurs capitaux, etc. Hélas ! ces personnes ne se doutaient pas de ce qui se passait alors à Haïti, à propos des
traités si honorables pour elle ! Elles ignoraient l'acte sauvage qui venait d'être commis
sur le principal fonctionnaire haïtien qui avait pris part à ces traités, parce que les auteurs
de cette atrocité jugeaient compromettant pour la sûreté publique tout arrangement pris
avec l'étranger. En général, les Européens ont toujours semblé ne pas pouvoir comprendre
tons les motifs des dispositions exclusives qu'ils reprochent à la constitution politiquo
d'Haïti. Des siècles s'écoulent avant que certaines classes d'hommes, dans ces contrées
civilisées, ne parviennent à la jouissance de tous leurs droits naturels, et souvent ce résultat n'arrive qu'à la suite de grandes révolutions sociales; et l'on veut croire que les choses
sont plus faciles dans un pays qui n'a pas encore 60 années d'existence, et qui est sorti de
la barbarie du régime colonial ! 1 Le vice-amiral Grivel, préfet maritime à Brest, — le même qui vint à Haïti en 1825, —
avait mis tous ses soins pour expédier ces fonds à Paris. Il fit l'accueil le plus bienveillant
à MM. Ardouin et Villevaleix, de même que les autres autorités civiles et militaires de
Brest. 2 Environ 25 mille francs de ces fonds servirent a payer du papier filigrane qae les envoyés d'Haiti firent fabriquer à Paris, pour des billets de caisse. _
rest, — le même qui vint à Haïti en 1825, —
avait mis tous ses soins pour expédier ces fonds à Paris. Il fit l'accueil le plus bienveillant
à MM. Ardouin et Villevaleix, de même que les autres autorités civiles et militaires de
Brest. 2 Environ 25 mille francs de ces fonds servirent a payer du papier filigrane qae les envoyés d'Haiti firent fabriquer à Paris, pour des billets de caisse. _ [1838] CHAPITRE VII. 345 gissait de les convaincre de la nécessité, pour le gouvernement haïtien, de donner des preuves de sa bonne foi envers les porteurs des titres de l'emprunt, en adoptant
d'autres voies de libération que celles qui avaient été suggérées par M- Laffitte, et ils devaient être chargés d'en
faire un rapport au Président d'Haïti. Dans cette conférence, M. le comte Mole, avec ce tact exquis et cette urbanité qui le distinguaient, se montra très-conciliant; il
exprima l'espoir que les créanciers consentiraient à réduire
les intérêts de l'emprunt, de 6 qu'ils étaient d'après le
contrat de 1825, à 3 pour cent. Il n'en fut pas de même
de M. Lacave-Laplagne, dont le langage était quelque peu
acerbe à l'égard de la République : ce qui força le sénateur
Ardouin à relever le ton général de ses paroles, par la citation de faits bien autrement reprochables de la part de
plusieurs gouvernemens de l'Amérique, après avoir fait
un exposé succint des embarras occasionnés aux finances
d'Haïti, et par l'acceptation de l'ordonnance de 1825, et
par les interminables négociations qui l'avaient suivie jusqu'à cette présente année. Les envoyés promirent, enfin,
d'en parler à Boyer à leur retour, et émirent l'opinion
qu'il enverrait prochainement de nouveaux agents pour
prendre des arrangemens avec les porteurs de titres de
l'emprunt. Leur mission étant terminée, les envoyés quittèrent Paris le 21 juillet et s'embarquèrent à Brest le 31, sur la corvette la Sarcelle : le 15 septembre dans la soirée, ce navire jeta l'ancre dans la rade du Port-au-Prince. Une
heure après, le Président d'Haïti recevait les ratifications
de S. M. le Roi des Français aux deux traités du 12 février,
et la réponse autographe qu'il fit à la lettre que lui avait
adressée Bover. 546 études sur l'histoire d'haïti. Quand le Président eut reçu les dépêches de ses agents
annonçant la ratification des traités par Louis-Philippe, il
adressa au Sénat le message suivant, en date du 28 juillet : « Citoyens sénateurs, conformément à l'article 121 de
la constitution, j'ai le plaisir de vous faire part que le dernier sceau a été mis aux arrangemens qui furent conclus
en février de cette année , entre la France et la République. » J'ai reçu des commissaires haitïens en France deux
lettres ; l'une à la date du 28 mai, l'autre à celle du 12 juin,
par lesquelles ils m'informent que les traités ont été ratifiés le 21 mai par le Roi des Français, et que l'échange des
ratifications a eu lieu le 28 cludit mois. Ainsi se trouve
accompli l'œuvre de la reconnaissance de la République
comme État libre, souverain et indépendant, œuvre qui,
depuis vingt-deux ans, était l'objet de la plus vive sollicitude du gouvernement.
du 28 mai, l'autre à celle du 12 juin,
par lesquelles ils m'informent que les traités ont été ratifiés le 21 mai par le Roi des Français, et que l'échange des
ratifications a eu lieu le 28 cludit mois. Ainsi se trouve
accompli l'œuvre de la reconnaissance de la République
comme État libre, souverain et indépendant, œuvre qui,
depuis vingt-deux ans, était l'objet de la plus vive sollicitude du gouvernement. » L'accueil que Sa Majesté Louis-Philippe a fait aux envoyés de la République, qui ont été reçus et traités comme
les agents diplomatiques des autres nations, et l'ordonnance royale, qui prescrit l'exécution des traités conclus
avec Haïti, prouvent que la France est vis-à-vis de la République dans une voie de sincérité qui ne peut manquer
d'affermir de plus en plus les rapports de bonne intelligence entre les deux pays. C'est à la nation haïtienne à
continuer de se rendre digne, par sa loyauté et son respect
pour le droit des gens, du rang où elle s'est élevée par son
courage et par la pratique des vertus qui distinguent les
peuples civilisés. » J'ai l'honneur, etc. Signé : Boyer. Et le même jour, par un acte rendu « au nom de la Ré- ]1838| CHAPITRE Vil. 347 publique, » le Président ordonna que les traités fussent
publiés et exécutés selon leur forme et teneur. La signature de ces traités par les plénipotentiaires respectifs^ leur ratification par le Président d'Haïti, et leur
sanction par le Sénat, étant terminés le 1 5 février, et ne [(
laissant presque aucun doute sur leur ratification par
S, M. le Roi des Français, le gouvernement crut devoir
donner un avertissement indirect à celui des États-Unis '
qui avait institué, dans plusieurs ports de la République, t
<r des agents commerciaux » qui n'étaient point accrédités
auprès de lui. En conséquence, le 23 février, le Télégraphe
publia une circulaire du grand juge aux tribunaux civils,
qui leur enjoignait « de ne point souffrir ni tolérer désor-
»mais qu'aucune personne, sous aucun prétexte, fit aucun
«acte en qualité ft agent consulaire, sans avoir été ofïîcielle-
»ment autorisée par Vexequatur indispensable du gouver-
»nement.» Et, le 3 mars, le secrétaire général publia aussi
un avis au public clans le même but, soit que ces personnes
prissent le titre d'agent consulaire ou celui d'agent commercial. 548 ÉTUDES sur l'histoire d'haïti. RÉSUMÉ DE LA CINQUIÈME ÉPOQUE. Si l'ordonnance du roi de France avait paru ambiguë et
négative de la souveraineté d'Haïti, aux yeux même de
Boyer qui l'accepta, à ceux du Sénat qui l'entérina., il était
tout naturel que la nation éprouvât un sentiment de répulsion à l'égard de cet acte et de mécontentement contre le
gouvernement, dès qu'il fut publié et que l'on apprit les
particularités relatives à son acceptation, surtout la présence d'une flotte française dans le port de la capitale, qui
semblait avoir intimidé le chef de l'État. Ce sentiment
résultait encore de la surexcitation des esprits pendant
le cours de l'année précédente, par divers actes qu'il publia
pour porter la nation à se préparer à une vigoureuse résistance.
'égard de cet acte et de mécontentement contre le
gouvernement, dès qu'il fut publié et que l'on apprit les
particularités relatives à son acceptation, surtout la présence d'une flotte française dans le port de la capitale, qui
semblait avoir intimidé le chef de l'État. Ce sentiment
résultait encore de la surexcitation des esprits pendant
le cours de l'année précédente, par divers actes qu'il publia
pour porter la nation à se préparer à une vigoureuse résistance. Ce fut dans le Nord de la République que se traduisit
immédiatement ce mécontentement, non sans doute dans
un complot formé contre Boyer, mais par des paroles virulentes qui pouvaient en faire naître un. Aussi, avisé de ces
faits par le général Magny, Boyer se porta-t-il de suite au
Cap-Haïtien. Sa conduite énergique, mais en même temps
modérée en cette circonstance, réussit à dissiper ce danger
dont le moindre effet eût été la scission du Nord avec les
autres départemens. Pendant qu'il ramenait les esprits au calme par la persuasion, en expliquant les motifs qu'il avait pour accepter
l'ordonnance dont s'agit, il fut rappelé à la capitale où la
fille de Pétion se mourait. Peu de temps après, un consul général de France y [ J 858] CHAPITRE VII» 519 arriva accompagné de plusieurs autres agents secondaires.
En les accréditant auprès du gouvernement haïtien dont ils
devaient obtenir leur exequatur, le gouvernement français
déclarait, par cela même, qu'il reconnaissait l'indépendance et la souveraineté d'Haïti, malgré l'anomalie et l'équivoque de l'ordonnance du roi Charles X. La transaction opérée nécessita la prompte réunion du
corps législatif; elle eut lieu en janvier 1826. Afin de
prouver sa bonne foi dans cette affaire, et celle que devait
montrer aussi le peuple haïtien, Boyer porta la Chambre
des communes à voter une loi qui déclarait « dette nationale, » les 150 millions de francs consentis envers la
France. Une autre loi imposa une contribution extraordinaire à l'effet de payer cette somme . Les lois formant le code rural, le code de commerce, le
code d'instruction criminelle et le code pénal, et d'autres
sur une nouvelle organisation de la gendarmerie, de l'ordre judiciaire, de la chambre des comptes, des troupes de
ligne, de la garde nationale, de l'enregistrement et des
hypothèques, et sur d'autres matières, préparées à l'avance,
furent décrétées dans cette session législative, l'une des
plus laborieuses de la deuxième législature dont le mandat
allait finir cette année. Les agents envoyés en France avaient contracté un emprunt à Paris pour payer le premier terme de l'indemnité
fixée par l'ordonnance royale de 1825 ; mais la somme obtenue par cet emprunt ne suffisant pas, le gouvernement y
expédia un million de piastres qui lui restait en réserve au
trésor national et qui ne suffit pas encore pour cet objet.
Ces agents n'avaient pu obtenir du gouvernement français
qu'une convention pour régler les rapports de commerce
et de navigation entre les deux pays, au- lieu du traité qui
unt à Paris pour payer le premier terme de l'indemnité
fixée par l'ordonnance royale de 1825 ; mais la somme obtenue par cet emprunt ne suffisant pas, le gouvernement y
expédia un million de piastres qui lui restait en réserve au
trésor national et qui ne suffit pas encore pour cet objet.
Ces agents n'avaient pu obtenir du gouvernement français
qu'une convention pour régler les rapports de commerce
et de navigation entre les deux pays, au- lieu du traité qui 550 ETUDES SUR LHISTOIRE DHAÏTI. devait effacer l'ambiguïté de l'ordonnance par rapport à
l'indépendance et la souveraineté d'Haïti, et réduire l'indemnité à un chiffre raisonnable. Boyer ne pouvait ratifier cette convention qui éludait
ainsi la question principale de la transaction entre Haïti et
la France. Il communiqua sa pensée au Sénat qui fut d'accord avec lui pour refuser cette ratification et faire cesser
la faveur du demi-droit accordé au commerce français au
bout de cinq années. En conséquence, il publia une déclaration pour expliquer dans quel sens il avait accepté l'ordonnance royale, afin de fixer le peuple haïtien et la France
elle-même sur sa résolution. Cet acte d'une ferme politique
porta le gouvernement français à envoyer des pouvoirs à
son consul général,, à l'effet de souscrire une nouvelle convention ; mais elle ne put aboutir au résultat désiré par
Haïti. Pendant qu'on s'en occupait, la Grande-Bretagne accréditait dans la République un consul général et des agents
secondaires, et la plupart des autres puissances de l'Europe y nommaient aussi des consuls. Toutefois, Boyer se vit obligé à prendre une attitude défensive à l'égard de la France; et par suite de la loi sur une
nouvelle organisation des troupes de ligne, il ordonna le
recrutement des corps pour les porter au grand complet.
Ainsi, la transaction politique qui devait amener le désarmement relatif du pays, fut au contraire la cause d'un état
militaire considérable et nuisible aux finances. Aussi fallutil recourir à un expédient pour y faire face ; le papier-monnaie fut créé par cette nécessité impérieuse. Dans une telle situation, il était impossible de contracter
un nouvel emprunt à l'étranger pour effectuer le payement
du second terme de l'indemnité. Aussi bien il fallut obte- [1858] CHAPITRE Vil. 551 nir préalablement de la France les garanties indispensables
pour rassurer Haïti sur la question de son indépendance
souveraine. Le secrétaire d'Etat se borna à envoyer au gouvernement français une obligation pour le second terme de
l'indemnité, en même temps que le Président d'Haïti convoquait de nouveau à la capitale les généraux de l'armée,
afin de leur communiquer ses actes depuis leur première
réunion et d'arrêter avec eux les mesures de guerre que des
éventualités pourraient nécessiter. Loin de reconnaître les
bonnes intentions que Boyer avait eues, plusieurs d'entre
eux osèrent concevoir le projet de le déposer du pouvoir,
et il fallut tout le patriotisme expérimenté de l'un d'eux
pour faire avorter ce projet. Mais cette pensée coupable
entretint la méfiance et le mécontentement qui avaient
surgi de l'acceptation de l'ordonnance royale de 1825 ; ces
sentimens allaient se traduire en une conspiration quelques
mois après.
oin de reconnaître les
bonnes intentions que Boyer avait eues, plusieurs d'entre
eux osèrent concevoir le projet de le déposer du pouvoir,
et il fallut tout le patriotisme expérimenté de l'un d'eux
pour faire avorter ce projet. Mais cette pensée coupable
entretint la méfiance et le mécontentement qui avaient
surgi de l'acceptation de l'ordonnance royale de 1825 ; ces
sentimens allaient se traduire en une conspiration quelques
mois après. Dans l'année 1827, la Chambre des communes fut renouvelée intégralement. Les représentans, s'associant aux
vues du pouvoir exécutif, sanctionnèrent la création du
papier-monnaie et édictèrent plusieurs lois qu'il leur proposa. Deux d'entre elles furent conçues dans le but de modifier, au profit d'Haïti, ce qu'il y avait de trop onéreux
pour ses finances et de trop contraire à sa souveraineté dans
l'ordonnance du roi de France: 1° en abrogeant tous les
droits à l'exportation des produits d'Haïti, ce qui annullait
la faveur dont le commerce français jouissait à cet égard;
2° en augmentant les droits perçus à l'importation des marchandises exotiques et sur-élevant le tarif des douanes par
le prix moyen de l'évaluation de ces marchandises. Avant la session législative, Boyer avait échappé à la
mort dans l'explosion de l'arsenal de la capitale, qui occa552 études sur l'histoire d'hàïti. sioima de grandes pertes à l'État par l'incendie de ces
établissemens et des magasins attenans. La session était à
peine close, qu'il y échappa de nouveau, par la découverte
d'une conspiration ourdie contre ses jours. L'année suivante se passa en mesures financières par le
retrait du papier-monnaie de la quotité de 5 gourdes, et de
l'ancienne monnaie métallique dite à serpent qui circulait
depuis 1815. En même temps l'hôtel des monnaies en frappait une de meilleur aloi. 1829 fut une année de stériles négociations suivies avec
le gouvernement français, pour parvenir à la conclusion
d'un traité formel, quant à la reconnaissance de l'indépendance d'Haïti, et d'une convention financière relative à
l'indemnité. Néanmoins, les bases en furent convenues au
point que Boyerput, en ouvrant la session législative, annoncer à la Chambre des communes que le demi-droit sti-
* pulé pour le commerce français cesserait dès le 1er janvier 1851. Dès 1828, le bruit avait circulé à l'étranger, que l'Espagne se disposait à une tentative de restauration de son
autorité dans son ancienne colonie de l'Est d'Haïti, et cette
nouvelle avait porté le gouvernement à prendre des mesures militaires dans cette partie. En janvier 1850, un
ministre plénipotentiaire de cette puissance se présenta
et réclama pacifiquement la remise de ce territoire; mais
il lui fut répondu que la République n'avait rien enlevé
à l'Espagne, que l'indépendance de sa colonie avait été
proclamée par les populations qui s'incorporèrent volontairement à la République, que partant l'état des choses
ne pouvait changer.
mesures militaires dans cette partie. En janvier 1850, un
ministre plénipotentiaire de cette puissance se présenta
et réclama pacifiquement la remise de ce territoire; mais
il lui fut répondu que la République n'avait rien enlevé
à l'Espagne, que l'indépendance de sa colonie avait été
proclamée par les populations qui s'incorporèrent volontairement à la République, que partant l'état des choses
ne pouvait changer. Dans cette année, un agent français arriva avec la mission de refaire les actes convenus précédemment ; mais, [1858] CHAPITRE VII. 355 n'ayant pu s'entendre avec le gouvernement, il repartit en
même temps qu'un agent haïtien était envoyé en France
pour continuer la négociation. On s'en occupait à Paris,
quand une révolution détrôna Charles X et institua une
nouvelle dynastie en France. L'agent haïtien continua
d'y rester, dans l'espoir de terminer cette négociation. Le grand événement survenu en France exalta tellement
l'esprit public en Haïti, qu'à la capitale, à propos d'un incident déplorable survenu entre deux personnes, on vit éclater une opposition insensée contre le gouvernement ; le
ministère public dut poursuivre les agitateurs, et le calme
se rétablit. En ce moment, par un article officiel, le gouvernement
désavoua la prolongation du séjour de son agent à Paris,
que cependant il n'avait pas rappelé et à qui il n'avait pas
envoyé de nouveaux pouvoirs, à raison de la caducité des
premiers. Bientôt après, cet agent arriva à la capitale et
remit au chef de l'État deux traités qu'il avait signés et que
le roi des Français avait ratifiés ; l'un était relatif aux
arrangemens financiers pour le payement du solde de l'indemnité; l'autre, au commerce et à la navigation entre les
deux pays; ils étaient tous deux indivisibes, le rejet de l'un
entraînant également celui de l'autre. Or, par le dernier,
l'agent haïtien avait outrepassé ses instructions en consentant des stipulations contraires aux institutions politiques d'Haïti :ce traité ne pouvait être ratifié par le chef de
l'État; il refusa sa ratification à l'un et à l'autre. Cette résolution porta leconsul général de France à rompre toutes relations avec le gouvernement et à se retirer dans son pays. Boyer fit écrire au gouvernement français pour expliquer ses motifs. Cette dépêche, mal accueillie, eut pour
réponse une note verbale qui reflétait les sentimens éprout. x. 23 3o4 ÉTUDES SUR L'HISTOIRE d' HAÏTI. vés par le gouvernement français. Il y fut répliqué par une
note de même nature, et les relations diplomatiques entre
les deux gouvernemens furent dès lors suspendues. \ 832 amena le renouvellement de la législature. Dans la
proclamation qu'il publia à cet effet, Boyer disait aux électeurs de nommer des citoyens « qui sauraient apprécier les
» les améliorations réclamées par le véritable intérêt natio-
» nal. » Plusieurs avocats furent nommés représentans, et
par leurs lumières, ils devaient diriger la Chambre des
communes. Aussi, à l'ouverture de la session, firent-ils entendre au Président des paroles en rapport avec les termes
de sa proclamation et l'espoir qu'ils avaient, que le régime
parlementaire s'inaugurerait dès cette session. Dans une
adresse votée immédiatement au pouvoir exécutif, ces orateurs réclamèrent une foule démesures comme des améliorations nécessitées par l'état des choses. Ils firent ériger
des tribunes au sein de la législature, et le Sénat imita cet
exemple.
session, firent-ils entendre au Président des paroles en rapport avec les termes
de sa proclamation et l'espoir qu'ils avaient, que le régime
parlementaire s'inaugurerait dès cette session. Dans une
adresse votée immédiatement au pouvoir exécutif, ces orateurs réclamèrent une foule démesures comme des améliorations nécessitées par l'état des choses. Ils firent ériger
des tribunes au sein de la législature, et le Sénat imita cet
exemple. Ces dispositions auraient occasionné immédiatement une
lutte entre l'Opposition, installée dans la Chambre des
communes,, et le pouvoir exécutif, si parmi ses orateurs
une lutte d'influence n'avait pas surgi, chacun des avocats
aspirant à diriger cette Chambre. Ce fut la cause de la stérilité de la session législative, au grand désappointement
du public et des avocats eux-mêmes : le pouvoir exécutif
profita de leur division. Quelques mois après, des officiers ministériels (avocats
et autres) revêtus de la qualité de représentans, ayant
donné des sujets de plainte aux tribunaux par leur irrévérence, ces tribunaux voulurent les en punir; mais ils réclamèrent leurs immunités à raison de leurs fonctions
comme législateurs. Ces plaintes furent portées au grand [1838J CHAPITRE VII. 555 juge, et ce ministre, par ordre du chef de l'État, adressa
une circulaire à cette occasion. Elle décida que tout officier
ministériel, élu représentant, devait opter entre les deux
natures de fonctions qui étaient incompatibles par ces faits
ci-dessus dénoncés. Le grand juge fondait sa circulaire par
l'analogie des dispositions de l'art. 81 de la constitution
disant: « Il y a incompatibilité entre les fonctions de re-
» sentant des communes et toutes fonctions publiques
» salariées par l'État. » Quelques-uns des avocats représentons, formant l'Opposition dans la Chambre des communes, pensèrent que
c'était à cause d'eux-mêmes que cette mesure avait été
prise; et à la session de 1855, ils demandèrent la comparution du grand juge pour répondre sur sa circulaire. Mais
cette proposition fut rejetée par l'influence des autres avocats qui leur disputaient la direction dans la Chambre,
ceux-ci approuvant la mesure. La lutte entre eux devint si /CX
vive et si passionnée, que H. Dumesleet David Saint-Preuxc'
furent exclus par la Chambre, placée sous l'influence de
Milscent et des autres avocats. Cette décision inconstituJ-^
tionnelle fut attribuée par ceux qui en étaient victimes, à
une entente de leurs collègues avec le chef de l'Etat : ils
protestèrent contre leur exclusion et en appelèrent au
Sénat, afin d'être jugés par la haute cour de justice, si l'on
admettait qu'il y avait lieu cle les accuser. Mais le Sénat
résolut qu'il ne pouvait déférer à leurs désirs, puisque la
Chambre ne lui avait adressé aucune accusation contre
eux, Privés de cette ressource pour se justifier, H. Dumesle et David Saint-Preux devinrent les chefs cle l'Opposition dans le pays, pour poursuivre ce rôle à outrance.
en appelèrent au
Sénat, afin d'être jugés par la haute cour de justice, si l'on
admettait qu'il y avait lieu cle les accuser. Mais le Sénat
résolut qu'il ne pouvait déférer à leurs désirs, puisque la
Chambre ne lui avait adressé aucune accusation contre
eux, Privés de cette ressource pour se justifier, H. Dumesle et David Saint-Preux devinrent les chefs cle l'Opposition dans le pays, pour poursuivre ce rôle à outrance. Dans cette année, l'archevêque d'Haïti, qui s'était retiré 556 ÉTUDES SUR L HISTOIRE d' HAÏTI. volontairement dans l'un des convens de la Havane, dès
1850, y étant décédé, la cour de Rome se décida à envoyer
à Haïti un légat qui y arriva dans les premiers jours de
1834. Sa mission avait pour but de régler les affaires religieuses, de concert avec le Président de la République.
Entré en conférence avec des agents haïtiens, il opposa de
telles difficultés à la conclusion d'un concordat, que cet
acte ne put avoir lieu. Mais le Président le chargea d'aller
à Rome pour aplanir ces difficultés. Loin d'y réussir, il
revint chargé des fonctions de vicaire apostolique dont le
Président né voulut pas permettre l'exercice. Retourné à
Rome, après avoir jeté les bases du concordat désiré par
Haïti, il ne fut pas approuvé par la cour de Rome, et les
choses restèrent dans le même état. Au commencement de 1855, à propos de quelques paroles prononcées à la tribune par le ministre des affaires
étrangères de France, Boyer avait adressé de nouvelles
propositions à ce ministre, concernant le solde de l'indemnité à fixer par un traité. En même temps, il offrait de
rembourser une somme dont le trésor de France avait fait
l'avance pour Haïti, en payant les intérêts de son emprunt. En conséquence, un agent français arriva en janvier 1855, chargé de recevoir cette somme et de s'enquérir de l'état réel de la situation financière de la République.
Cette connaissance lui fut donnée amplement avec une
lettre de crédit sur Londres, relative à la somme due. Sur
son rapport fait au gouvernement français, celui-ci se disposa à traiter définitivement avec Haïti. Marchant d'accord
avec le Sénat, Boyer fut invité par ce corps à persister
dans les nouvelles propositions qu'il avait faites.
iva en janvier 1855, chargé de recevoir cette somme et de s'enquérir de l'état réel de la situation financière de la République.
Cette connaissance lui fut donnée amplement avec une
lettre de crédit sur Londres, relative à la somme due. Sur
son rapport fait au gouvernement français, celui-ci se disposa à traiter définitivement avec Haïti. Marchant d'accord
avec le Sénat, Boyer fut invité par ce corps à persister
dans les nouvelles propositions qu'il avait faites. Dans cette année, plusieurs des codes publiés en 1826
furent revisés par le corps législatif, et une loi fut rendue [1838] chapitre vi. 357 pour faire payer en monnaies étrangères les droits perçus
à l'importation, mesure adoptée en vue des arrangemens
qu'il fallait prendre avec la France. Une conspiration éclata au Cap-Haitien en janvier 1857,
et fut comprimée aussitôt par la vigilance des autorités. Quelques jours après, les élections eurent lieu, pour le
renouvellement de la Chambre des communes; les deux
représentais exclus en 1855 furent réélus par les électeurs
de leurs communes. Ils étaient trop avancés dans l'Opposition pour ne pas reprendre la marche qu'ils avaient déjà
suivie. Dominant la Chambre par leur influence, ils la portèrent à demander au pouvoir exécutif la suspension, sinon
l'abrogation de la loi sur le payement des droits en monnaies étrangères, en se fondant sur la gêne générale du
commerce et sur une disette extraordinaire que subissait
le pays par suite de la sécheresse, Mais cet état de choses
étant surtout occasionné par une crise commerciale qui
portait la perturbation dans les relations des nations de
l'Europe avec les États-Unis, Boyer résista à la proposition
de la Chambre. Celle-ci rendit une loi sur les impôts où
elle confondait les dispositions relatives à leur assiette et
celles qui étaient relatives à la régie de ces impôts, distinction qui avait été faite depuis trois ans sur les observations du Sénat. Aussi ce corps rejeta-t-il cette loi en
vertu de son veto. Sur la fin de l'année, le gouvernement fut informé que
des agents français allaient bientôt arriver à Haïti pour
traiter définitivement de l'indépendance nationale et du
solde de l'indemnité. En conséquence, Boyer publia une
proclamation pour leur faire savoir à quoi il était résolu,
dans l'intérêt du peuple haïtien. Il consulta de nouveau 358 études sur l'histoire d'haïti. le Sénat à ce sujet, et leur correspondance fut également
publiée. En janvier 1858, les plénipotentiaires français arrivèrent. Ils entrèrent aussitôt en conférence avec ceux de la
République, et après des négociations suivies loyalement
de part et d'autre, deux traités furent signés; l'un qui
donnait une pleine satisfaction à l'honneur des Haïtiens,
par la reconnaissance explicite de leur indépendance et de
leur souveraineté, l'autre qui fixait le solde de l'indemnité
à 60 millions de francs^ au lieu de 120 millions, payables
en trente années. Ces traités, furent ratifiés par le Président d'Haïti et sanctionnés par le Sénat. Des arrangemens
particuliers furent également convenus, dans le but de
reprendre le service de l'emprunt de 1825. Deux agents
haïtiens partirent pour France avec les plénipotentiaires
de cette puissance, emportant avec eux les fonds nécessaires pour l'indemnité et pour l'emprunt, et avec mission
de procéder à l'échange des ratifications des traités, s'ils
étaient approuvés par S. M. le Roi des Français; ce qui
eut lieu.
particuliers furent également convenus, dans le but de
reprendre le service de l'emprunt de 1825. Deux agents
haïtiens partirent pour France avec les plénipotentiaires
de cette puissance, emportant avec eux les fonds nécessaires pour l'indemnité et pour l'emprunt, et avec mission
de procéder à l'échange des ratifications des traités, s'ils
étaient approuvés par S. M. le Roi des Français; ce qui
eut lieu. TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME PÉRIODE HAÏTIENNE CINQUIÈME ÉPOQUE LIVRE CINQUIÈME CHAPITRE PREMIER. ■1825. Impressions produites dans toute la République par la publication de l'ordonnance
de Charles X. — Royer se porte vivement au Cap-Haïtien : il y prend des mesures pour
assurer la tranquillité publique. — Il est rappelé à la capitale par la maladie de Célie
Pétion qui y succombe. — Arrivée de M. le baron Maler, consul général, et de consuls
envoyés par le gouvernement français. — Proclamation du Président qui convoque le
corps législatif pour le 10 janvier 1826. — Réclamation du consul général de France,
à propos d'un article publié dans le Télégraphe. — 1826. Discours de Royer à la fête
de l'Indépendance et à l'ouverture de la session législative. — La Chambre des communes déclare dette nationale l'indemnité consentie envers la France, et vote différens
codes et d'autres lois. — Examen des dispositions du code rural : effets qu'il produit
dans les campagnes. — Exécution difficile de diverses lois successives établissant une
contribution extraordinaire sur l'universalité des citoyens pour payer la dette nationale.
—MM. Rouanez et Frémont retournent à Haïti, après avoir contracté un emprunt pour
payer le premier terme de l'indemnité, et signé une convention de commerce et de
navigation. — Message de Royer au Sénat : accord des deux pouvoirs pour refuser
la ratification de cette convention. — Royer fait écrire an gouvernement français pour
en déduire les motifs. — Il publie une déclaration qui fait savoir dans quel sens il a
accepté l'ordonnance de Charles X, et envoie en France un million de piastres qui ne
suffit pas pour acquitter le premier terme de l'indemnité. —[Sur la réponse du ministère français, il adresse un nouveau message au Sénat qui s'acccorde avec lui pour faire
cesser le demi-droit en faveur du commerce français. — Cette disposition empêche la
conclusion d'une nouvelle convention au Port-au-Prince : on en réfère au gouvernement français. — La Grande-Rretagne envoie M. Charles Mackensie en qualité de consul général et des consuls particuliers : d'autres puissances également. — Proclamation
qui permet la navigation haïtienne sous certaines restrictions. — Célébration de la
fête de l'Agriculture. — Recrutement des troupes. — Création du papier-monnaie: —
Convocation des électeurs pour la formation d'une nouvelle législature. — Convocation
des généraux à la capitale. — Le secrétaire d'État envoie une obligation de 30 millions
de francs pour le deuxième terme de l'indemnité. — Agent haïtien au Havre chargé de
recevoir et de vendre des denrées pour le compte de la République. — Examen du système financier . . , 3
— Recrutement des troupes. — Création du papier-monnaie: —
Convocation des électeurs pour la formation d'une nouvelle législature. — Convocation
des généraux à la capitale. — Le secrétaire d'État envoie une obligation de 30 millions
de francs pour le deuxième terme de l'indemnité. — Agent haïtien au Havre chargé de
recevoir et de vendre des denrées pour le compte de la République. — Examen du système financier . . , 3 500 TABLE DES MATIÈRES. CHAPITRE II. 1827. Discours de Boyer à l'installation de la 3e législature. — Lois votées pour obvier
au déficit occasionné dans les revenus publics par l'ordonnance de C'-arles X, et conséquence de ces mesures. — Diverses autres lois sur les finances. — Le général Voltaire
est nommé grand juge de la République.— Origine probable d'un complot formé contre
le pouvoir et la vie de Boyer: dénonciation, arrestation de quelques militaires qui sont
jugés, condamnés à mort et exécutés. — Le général B, Noël est suspecté d'en être le
chef et perd le commandement de l'arrondissement du Mirebalais. — Proclamation du
Président d'Haïti relative au complot. — Explosion à l'arseaal du Port-au-Prince,
incendie et pertes qu'elle occasionne. — Boyer échappe au danger d'y périr et à une
grave maladie ensuite. — Ouragan dans le département du Sud-Est. — 1828. Retrait de
la circulation, des billets de caisse de o gourdes et de la monnaie à serpent. — Session législative et lois rendues. — 1829. INégociations suivies en France et en Haïti
pour des projets de convention financière et de traité de commerce et de navigation entre
les deux pays : ils sont signés et envoyés en France. — Intention supposée au gouvernement d'Espagne, de faire une tentative contre l'Est d'Haïti, et mesures militaires. —
Session législative, lois votées et mesures administratives. — 1830. Ferdinand VII envoie un plénipotentiaire chargé de réclamer l'ancienne colonie de l'Espagne : refus motivé du gouvernement. — Proclamation du Président d'Haïti h ce sujet, et publication
de documens. — La Grande-Bretagne ouvre les ports des iles Bahama au commerce
haïtien. — Le gouvernement français ne ratifie pas les projets signés à Haïti, et y envoie un agent pour négocier de nouveau. — Autres projets non terminés et retour de
l'agent en France. — Boyer y envoie M. Saint-Macary psur suivre la négociation. —
Elle est interrompue par la Révolution de juillet. — Message de Boyer au Sénat, à l'occasion de cet événement: il preud une attitude expectante. — Sentimens éprouvés en
Haïti, à la nouvelle reçue de la révolution. — Session législative, discours de Boyer et
lu président de la Chambre des commues. — Lois votées et mesures administratives. — Circulaire du secrétaire d'Etat aux administrateurs, pour faire cesser au 1er janvier
1 83 1, le demi-droit accordé aux navires et au commerce français. 58 CHAPITRE III. 183). Agitation des esprits au Port-au-Prince, et ses diverses causes. — Publications qui
l'entretiennent. — Prorogation de la session législative par Boyer qui veut aller dans le
Sud : ses motifs. — Duel à la capitale et ce qui a lieu à cette occasion. — Le ministère public poursuit quelques individus; ils sont acquittés par le tribunal correctionnel.
1er janvier
1 83 1, le demi-droit accordé aux navires et au commerce français. 58 CHAPITRE III. 183). Agitation des esprits au Port-au-Prince, et ses diverses causes. — Publications qui
l'entretiennent. — Prorogation de la session législative par Boyer qui veut aller dans le
Sud : ses motifs. — Duel à la capitale et ce qui a lieu à cette occasion. — Le ministère public poursuit quelques individus; ils sont acquittés par le tribunal correctionnel. — Proclamation du Président sur cette agitation. — Article officiel du Télégraphe sur
la caducité des pouvoirs donnés à M. Saint-Macary, et blâmant son séjour prolongé en
France. — Retour de cet agent au Port-au-Prince. — Instructions qu'il avait reçues de
Boyer. — Traités qu'il signe à Paris : leur examen. — Louis-Philippe les ratifie.—
Boyer refuse sa ratification. — Notes échangées entre M. Molien, consul général de
France et le secrétaire général Inginae. — Rupture des relations diplomatiques. — Conduite du consul général en cette circonstance. — Proclamation du Président d'Haïti
sur son refus de ratification des traités : effet qu'elle produit à la capitale et dans toute
la République. — Départ de M. Molien pour la France. — Article semi-officiel du
Télégraphe sur les traités. — Dépèche du gouvernement haïtien au gouvernement français, expliquant les motifs du refus de ratification des traités. — Réponse à cette dépèche par une Noie verbale. — Examen des motifs du gouvernement français. — Mes TABLE DES MATIERES.
sage de Boyer et communication au Sénat par les grands fonctionnaires. — Message
du Sénat en réponse. — Boyer répond an gouvernement français par une Note verbale :
la rupture est complète.— Tournée qu'il fait dans le Sud ; ouragan furieux dans ce département. — Mort du général Marion aux Cayes. — Retour du Président à la capital.11.
Ouverture de la session législative, lois rendues. — Le général Inginac est envoyé à
Saint-Marc, par rapport à des propos tenus dans l'Aitibonite, qui n'ont pas de
suite, , . , '10f>
du Sénat en réponse. — Boyer répond an gouvernement français par une Note verbale :
la rupture est complète.— Tournée qu'il fait dans le Sud ; ouragan furieux dans ce département. — Mort du général Marion aux Cayes. — Retour du Président à la capital.11.
Ouverture de la session législative, lois rendues. — Le général Inginac est envoyé à
Saint-Marc, par rapport à des propos tenus dans l'Aitibonite, qui n'ont pas de
suite, , . , '10f> CHAPITRE IV. 1832. Proclamation du Président d'Haïti, invitant le peuple à former la quatrième législature.— Proclamation prescrivant à tout Haïtien de prendre un passeport pour aller
à l'étranger. — Élection des représentai. — Le général Borgella est nommé commandant de l'arrondissement des Cayes. — Ouverture de la session législative. — Discours
et adresse de la Chambre des communes au Président d'Haïti, réclamant des améliorations sur divers objets. — Érection de tribunes à la Chambre et au Sénat.— Boyer
propose des projets de loi qu'il retire ensuite, à cause de l'opposition violente manifestée-dans la Chambre. — Bivalité d'influence entre certains représentons. — Trois lois
seulement sont volées pendant la session. — La Chambre propose au Sénat de voter le
budget des dépenses publiques comme en 1817. — Le Sénat répond qu'il a seul le droit
de le voter et qu'il le fera à l'avenir. — Grand incendie au Port-au-Prince. — Miss
Frances Wright amène à Haïti 32 noirs des États-Unis qu'elle rend à la liberté. — Circulaire du grand juge décidant qu'il y a incompatibilité entre les fonctions de représentant et celles des officiers ministériels. — M. J. Courtois est condamné à trois années d'emprisonnement par le tribunal correctionnel. — M. Granville est révoqué de
nouveau delacharge de directeur du lycée national. — 1833. Le Président d'Haïti proroge la session législative et fait une tournée dans l'Artibonite et le Nord. — Intrigues
de prêtres an Cap-Haïtien et au Port-au-Prince. —Mort [de l'archevêque Pedro Valéra à la Havane. — La Cour de Rome nomme un légat pour venir à Haïti. — Discours
du ministre des affaires étrangères de France, et nouvelles propositions faites par Boyer
pour l'indemnité. — Il fait rembourser a M. Laffltte mille actions de l'emprunt de 1822.
— Ouverture de la session législative. — Attitude du Président d'Haïti envers la Chambre des communes : il lui adresse deux projets de loi qui sont votés d'urgence. — 11
la pose des candidats pour l'élection de six sénateurs : ils sont nommés. — Débats dans
Chambre, dissidence profonde entre des représentans. — Discours menaçant de la
R.-S. Kodriguez. — La Chambre appelle le secrétaire d'État en comité général : il y
comparait et donne les explications qui lui sont demandées sur les finances. — Hérard
Dumesle prononce un discours sur la circulaire du grand juge et propose de l'appeler eu
comité général. — Milscent réfute ce discours et cette proposition.— Lettre de M. Courtois à la Chambre. — Elle refuse de mander le grand juge et passe a l'ordre du jour
sur cette lettre. — Discours offensant de Milscent contre H. Dumesle et David SaintPreux. — Milscent est élu président de la Chambre. — Le 13 août, sur la proposition de
Latortue, elle prononce l'exclusion de Hérard Dumesle et- de David Saint-Preux. —
Adresse au peuple, messages au Président d'Haïti et au Sénat à ce sujet. — Protestation
remarquable des représentans exclus : ils demandent au Sénat la convocation de la
haute cour de justice pour les juger. — Le Sénat refuse. — Réflexions sur ces actes. —
Le Sénat fait une remarque relative aux lois d'impôt, qui obtient l'assentiment du Pré562 TABLE DES MATIÈRES.
umesle et- de David Saint-Preux. —
Adresse au peuple, messages au Président d'Haïti et au Sénat à ce sujet. — Protestation
remarquable des représentans exclus : ils demandent au Sénat la convocation de la
haute cour de justice pour les juger. — Le Sénat refuse. — Réflexions sur ces actes. —
Le Sénat fait une remarque relative aux lois d'impôt, qui obtient l'assentiment du Pré562 TABLE DES MATIÈRES. sident d'Haïti et de la Chambre. — < Le Président lui demande s'il peut continuer à
exercer le droit de grâce. — Le Sénat répond affirmativement 60 CHAPITRE V. 1 334. — Le pape Grégoire XVI envoie un légat auprès du Président d'Haïti. — Un concordat désiré par le Président n'est pas agréé par le Saint-Père. — Particularités et réflexions a ce sujet. — Session législative ; diverses lois sont votées. — Affaire criminelle
du représentant J. Roche.de Jérémie ; il s'enfuit à l'étranger. — La Chambre des
communes déclare sa déchéance. — Elle fait poursuivre M. J. Courtois, déjà emprisonné,
pour un article de son journal; le tribunal correctionnel le condamne pour outrages envers les représentans. — Diverses mesures administratives. — Proclamation du
Président d'Haïti au sujet des biens de la partie de l'Est. — 1835. L'administration des
finances offre à l'entreprise l'exploitation des bois d'acajou dans les iles de la Gonave
et de la Tortue. — Arrêté du Président d'Haïti fixant les jours de fêtes légales par
rapport aux bureaux publics. — Le gouvernement français envoie M. le capitaine de
vaisseau Dupetit-Thouars,pour réclamer les avances faites pour le service de l'emprunt
d'Haïti et prendre des reuseignemens sur la situation financière. — Des conférences
ont lieu entre cet officier et Ides fonctionnaires. — Mesures prises pour payer ces avances. — Messages entre le Président d'Haïti et le Sénat ; accord entre eux sur la manière
de résoudre les questions entre la France et Haïti. — M. Dupetit-Thouars repart satisfait ; son rapport' loyal prépare une solution. — Session législative, discours du Président d'Haïti, adresse de la Chambre des communes. — Réflexions à ce sujet. — Lois
votées dans la session 220
cet officier et Ides fonctionnaires. — Mesures prises pour payer ces avances. — Messages entre le Président d'Haïti et le Sénat ; accord entre eux sur la manière
de résoudre les questions entre la France et Haïti. — M. Dupetit-Thouars repart satisfait ; son rapport' loyal prépare une solution. — Session législative, discours du Président d'Haïti, adresse de la Chambre des communes. — Réflexions à ce sujet. — Lois
votées dans la session 220 CHAPITRE Yl. 1836. — Prorogation de la session législative au 8 août. — Circulaires du Président
d'Haïti aux tribunaux civils, expliquant les modifications apportées aux codes votés
dans la session de 1835. — Ouverture de la session législative. — Le secrétaire d'État
est déchargé de sa gestion financière en 1835. — Plusieurs lois sont votées et promulguées. Arrêté du Président contre les pirates. — 1837. Proclamation invitant les
électeurs à nommer les représentans de la 5e législature. — Conspiration ourdie au
Cap-Haïtien. — Faits relatifs au chef de bataillon Bélonie Narcisse. — Le général
Guerrier dénonce au Président, Gervais Henri comme un des complices de la conspiration ; il est mandé à la capitale. — Révolte d'Isidor Gabriel, colonel des carabiniers
de la garde : elle est étouffée et il est tué. — Proclamation du Président et ordre du
jour qui licencie le corps des carabiniers. — Réflexions au sujet de cette révolte. —
Mort du général Léo qni est remplacé par le général Bottex. — Discours du Président
à l'ouverture de la session législative. — Règlement pour la police intérieure de la
Chambre des communes. — Elle décharge le secrétaire d'État de sa gestion en 1836,
et vote les^lois d'impôts directs en y confondant ce qui était de son initiative et ce qui
était de celle du Président d'Haïti. — Elle repousse une plainte formée contre l'un de
ses membres. — Proposition de Couret, pour demander au Président l'abrogation de la
loi sur le payement des droits d'importation en monnaies étrangères, discussion qu'elle
occasionne à la Chambre. — La Chambre adresse au Président un message qui lui TABLE DES MATIÈRES. 363 demande la suspension de cette loi : une députation l'apporte à Boyer qui lui répond
qu'il avisera. — La Chambre lui adresse un autre message à l'occasion de la SaintPierre , sa fête patronale : il y répond. — Discours de H. Dumesle, président de la
["Chambre, à la séance de clôture de la session. — Proclamation du Président sur le
causes de la situation commerciale du pays. — Réflexions à ce sujet. — Avis officie)
annonçant que le Sénat a rejeté les lois d'impôts votées par la Chambre. — Le Président ordonne au secrétaire d'État de faire percevoir ces impôts, en vertu des lois
précédentes non abrogées. — Circulaire du secrétaire d'État aux conseils de notables à ce sujet, — Arrêté du Président ordonnant une grande plantation de
vivres. — Réorganisation du lycée national du Port-au-Prince. — Messages
entre le Président et le Sénat, sur les questions à résoudre entre la France
et la République. — Proclamation annonçant qu'un agent français vient à
Haïti , 271
percevoir ces impôts, en vertu des lois
précédentes non abrogées. — Circulaire du secrétaire d'État aux conseils de notables à ce sujet, — Arrêté du Président ordonnant une grande plantation de
vivres. — Réorganisation du lycée national du Port-au-Prince. — Messages
entre le Président et le Sénat, sur les questions à résoudre entre la France
et la République. — Proclamation annonçant qu'un agent français vient à
Haïti , 271 CHAPITRE VJI. Le gouvernement français envoie à Haïti, MM. de Las Cases et Baudin chargés de négocier avec le gouvernement de la République, d'après les propositions faites par Boyer
en 1833. — Us entrent aussitôt en conférences avec les plénipotentiaires nommés par
le Président. — Phases diverses de la négociation. — Un traité politique et un traité
financier sont conclus et signés : le premier, reconnaissant la République d'Haïti
comme Etat libre, indépendant et souverain ; le second, fixant le solde de l'indemnité
due à la France, à 60 millions de francs payables en 30 ans, etc. — Boyer ratifie les
traités, le Sénat les sanctionne. — Les sommes nécessaires au payement de l'annuité
de 1838 et celles qui sont destinées à l'emprunt sont embarquées. — MM. de Las Cases
et Baudin retournent en France. — MM. B. Ardouin et S. Yillevaleix aîné sont envoyés
avec eux et chargés de l'échange des ratifications des traités, etc. — S. M. le Roi des
Français les ratifie. — Retour des envoyés d'Haïti au Port-au-Prince. — Message
du Président d'Haïti au Sénat et publication officielle des traités du 12 février. . 'à\% FIN DE LA TABLE DES MATIERES DU TOME DIXIEME. \ * K II •V" M • " ■% \7 £ ,** Ji :5^r;>:
, liés aux
)) qui fixe votre
effets de la loi
sollicitude; elle s'est
)) rance quel le Présidentd'Haiti
terminée par l'assudonneà la
> préciant sa pureté d'intention, il
Chambre, qu'apméditera
)) message et les explications
sur l'objet du
samment
données, et qu'il fera incesparvenir sa réponseà la Chambre. D
Après ces paroles prononcées en séance
publique, - --- Page 307 ---
CHAPITRE VI.
11857]
citadins
commerçans nationaux ct étrangers,
représentans,
villes de la République, tous s'atde la capitale et antres
la Chambre
loi seraitadresséàl
tendaientà ce qu'un projetdeld
Mais
pour remplir le but proposé.
par le pouvoir exéeutif,
quand arriva le moment
Boyer méditait encore le 10juillet,
de la session législative, et sa réponse fut conde la clôture
adressée aux Haïtiens : )
signée dans une ( proclamation
nous en parlerons bientôt.
fête
,le 28 juin, veille de la Saint-Pierre,
paEn attendant,
la Chambre lui vota une adresse
tronale adoptée par Boyer,
bureau et lue en séance
de félicitations, proposée par son
Elle fut
l'un des secrétaires.
publique parl D. Saint-Proux,
le Présiexpédiée sous la forme d'un messnge,attendu que
absent dela capitale ce jour-là. La Chambre
dent restait
vénéré chez les peuples
disait: ( Président, c'est un usage
de leurs droits, d'honorer leur premier
)) libres et jaloux
consacrés à la
dans les solennités et aux jours
)) magistrat
de toutes les affec-
)) joie et aux souhaits e Représentant
la
du
et
des désirs populaires,
))
tions
pays
expression
et aime à le
est
persuadée,
) Chambre
profondément ds
âmes, serait
la
cet aliment
grandes
)) répéter : gloire,
devait
attrait
vous, si elle ne
produire
) sans
pour
de voS voeux les plus chers.
objet
)) la félicité publique,
dirige à jamais
cette noble et généreuse pensée
) Que
votre coeur! etc. )
d'avances
vraiment, de faire plus
pour
Il était impossible,
natioconcilier le droit constitutionnel de la représentation
également constitutionnelles,
nale avec les prérogatives,
n'aboutiraient
et dans le cas oùl elles
pas
du chefdel'État;
elles devaient être en
au gré des désirs de l'Opposition,
ornerait la vicsorte comme des fleurs dont on
quelque avant de la sacrifier sur (I l'autel de la patrie."
time,
eur! etc. )
d'avances
vraiment, de faire plus
pour
Il était impossible,
natioconcilier le droit constitutionnel de la représentation
également constitutionnelles,
nale avec les prérogatives,
n'aboutiraient
et dans le cas oùl elles
pas
du chefdel'État;
elles devaient être en
au gré des désirs de l'Opposition,
ornerait la vicsorte comme des fleurs dont on
quelque avant de la sacrifier sur (I l'autel de la patrie."
time, --- Page 308 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HATTI.
Boyer répondit à ce message en exprimant à
Le 5juillet, combien il était sensible à ses voeux pour sa
la Chambre
mon bonheur à celui de la
conservation : ( En associant
la pensée qui,
la Chambre a toujours compris
) nation,
de
mon existence, et pour T'accomplissement
)) seul, anine
mes veilles et ma plus vive solliconsacrerai
)) laquelleje
D citude. ))
la session. Le 10 juillet, la Chambre,
Enfin, il fallut clore
aller
séance
forma une députation pour
réunie en
publique,
d'Haiti. H. Duannoncer cette fin de travaux au Président
de
était placé pour ladiriger;
mesle, en sa qualité président,
séance, il prononça le discourssuivant,
mais avantdeleverla:
tout
deloi
)) contre le manque de
projet
vraie (( protestâtion
notamment en ce qui concerde la part du pouvoir exécutif,
Aussi bien,
démarche infructueuse de la Chambre.
naitla
discours tout entier, afin que l'on
il nous faut produire ce
lieu en 1858; car il
les événemens qui eurent
comprenne
II. Dumesle dit aux repréen était comme le précurseur.
sentans :
session decette
en terminantla première
(( Législateurs,
des
j'éprouve le besoin de vous entretenir
législature,
le cours. Sans doute;
hautes pensées qui en ont marqué
de vue des
été
on la considère sous le point
elle a
stérile,si
mais cette
améliorations que le paysavait droit d'attendre;
fait
du bien public. Vous
stérilité ne nous a pas
désespérer
de ces idées
fécondé T'avenir, en jetant les semences
avez
honorent l'intelligence du
de rajeunissement social qui
avons fait
etsi la nation vous demande ce que nous
siècle,
vous répondrez :
pour réaliser ses espérances,
dont les rapports
des principes
( Nous avons proclamé
sentirla nécessité du perintimesavec Ja loi des lois, font
société doit
et moral auquel toute
fectionnement politique
ilité ne nous a pas
désespérer
de ces idées
fécondé T'avenir, en jetant les semences
avez
honorent l'intelligence du
de rajeunissement social qui
avons fait
etsi la nation vous demande ce que nous
siècle,
vous répondrez :
pour réaliser ses espérances,
dont les rapports
des principes
( Nous avons proclamé
sentirla nécessité du perintimesavec Ja loi des lois, font
société doit
et moral auquel toute
fectionnement politique --- Page 309 ---
CHAPITRE VI.
[1857]
pour
aspirer : nous les avons posés dans nos règlemens,
ils
tribut d'hommage, et là,
leur présenter notre premier
du
le
de la liberté est consécrateur
ont attesté que respect
de nouvelles garanties
pouvoir; la, nous vous avons offert
lié notre
de la sincérité de notre dévouement, nous avons
devoirs
le serment solennel de ne
conscience à nos
par
jamais les trahir.
des compdirez aussi : 1 que dansl'examen
)) Vouslui
vous avez taché de répandre
les généraux de la République, où il était de son intérêt
la lumière sur toutes les parties
transactions les
d'ètre éclairé; et elle se convaincra que les
doivent cesser d'être un mystère pour elle,
plus importantes
embrasser d'un seul coupd'eil le
qu'elle peut aujourd'hui
et son bon sens
tableau de ses dépenses et de ses revenus;
les sources de la prospérité publique ne
lui révèlera que
développer, renonsont pas taries, mais qu'il faut, pourles
vieilles tléories minées par le temps et dontl'expécer à ces
n'ont
démontré l'illusion, et à ces utopies qui
rience a
d'innover; qu'il ne
d'autres bases que le désir imprudent
de régés'arrèter
utiles et salutaires pensées
faut
qu'aux
nérer l'État dans ses institutions.
mais souvent
)) Vous direz à cette nation intéressante,
: l'ignorance -
et la mauvaise
froissée dans ses espéranees
doute le droit qu'ont VOS
foi avaient osé mettre en
voeux et vos
mandataires d'exprimer vos sentimens, VOS
elles contestaient à votre représentation la puisbesoins;
terrassées
I'Hercule de la raison,
sance d'opinion! mais
par forcées de fléchir la tète
- - l'évidence, - elles se sont vues
proclamés par la liberté en présence
devant ces principes
des siècles.
ont fait
du droit le
) Vous direz : - - VOS députés
usage
du
social; ils ont soutenu
plus précieux à l'existence
corps
sentimens, VOS
elles contestaient à votre représentation la puisbesoins;
terrassées
I'Hercule de la raison,
sance d'opinion! mais
par forcées de fléchir la tète
- - l'évidence, - elles se sont vues
proclamés par la liberté en présence
devant ces principes
des siècles.
ont fait
du droit le
) Vous direz : - - VOS députés
usage
du
social; ils ont soutenu
plus précieux à l'existence
corps --- Page 310 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAITI.
des affaires du pays ne peut être
cette vérité : aucune
Mais unissant
aux intéressés à sa conservation.
étrangère
hauts sentimens du devoir et
toujours la modération aux
ils ont demandé at chef du pouvoir
de la responsabilité,
du mode de perception de
exécutif un projet suspensif
d'Etat ont porté
des douanes; et, si des raisons
l'impôt
de la République à ajourner sa
le premier au magistrat
la nation vous
lui a été adressé,
réponse au message qui
noble et généreuse
sans doute, gré et de votre
saura,
vous avez offert à l'union
entreprise, et du sacrifice que
et à la concorde;
le dirai avec vous : - - le
lui direz, enfin, et je
) Vous
a dirigé toutes
patriotisme, cette vie du corps politique,
le cours de cette session; il a élevé nos
nos pensées dans
mission; ; et si nous avons peu
âmes à la hauteur de notre
nous
nous n'avons pas compromis Tavenir,
fait pour vous,
vous avez confiées à
n'avons pas aliéné les espérances que
nous en
ces espérances ne seront pas trompées,
notre garde;
glorieux de la patrie, ces souvenirs
attestons les souvenirs
de sublimes dévouemens; ; nous en attestons
inspirateurs
la Républiqne,
la sollicilude du chef illustre qui préside
sollicitude qui promet au pays une prochaine
consolante
politique et morale!!! 1 )
régénération
faisait adroitement nn appel à
Et, après ce discours qui
une sanglante
l'opinion publique, qui se terminait par
le chef illustre, ) la séance fut levée aux
ironie envers C
Vive le
Vive la
Vive la Constitution!
cris de :
République!
Président d'Haiti!
de ee dernier
Le Président ne fut sans doute pas dupe
deux fois le mot sollicitude : dans son discours à l'ouverture de la
1 Boyer avait employé
en réponse à cclui de la Chambre, a l'occasion
de la session et dans son message
Saint-Pierre.
qui se terminait par
le chef illustre, ) la séance fut levée aux
ironie envers C
Vive le
Vive la
Vive la Constitution!
cris de :
République!
Président d'Haiti!
de ee dernier
Le Président ne fut sans doute pas dupe
deux fois le mot sollicitude : dans son discours à l'ouverture de la
1 Boyer avait employé
en réponse à cclui de la Chambre, a l'occasion
de la session et dans son message
Saint-Pierre. --- Page 311 ---
CHAPITRE VI.
[1857]
sa conservation au pouvoir.
cri qui semblait un voeu pour
de la ChamAussi bien, il devait une réponse au message
droits
relatif à la perception des
bre, voté avec solennité,
et cette réponse, il
d'importation en monnaies étrangères;
dit
le madu 20 juillet. Il y
que
lafit dans sa proclamation
dû surtout à la crise finanlaise qu'éprouvait le pays était
une
l'Europe et les États-Unis depuis
cière que subissaient
crédit
le soutenait au
à
du
qui
année. (( Privé tout
coup
de ralentir le moule
s'est vu forcé
S) dehors,
commerce
et la rareté des objets
)) vement de ses importations;
comestibles tirés des
consommation (des
D de première
leur
a rendu plus diffaisant hausser
prix,
)) États-Unis)
son intérêt bien
la subsistance du peuple que
) ficile
de lui-même.
ne devrait faire dépendre que
) entendu
une autre qui n'a pas
il faut en ajouter
> A cette cause,
du
Une lonà
la position
pays.
)) peu contribué aggraver ainsi dire à la fois les diffé-
)) gue sécheresse a frappé pour
et a ravi
du territoire de la République,
)) rentes parties
ressources. De là ce
ses principales
N à la population
les classes de la société ont
que toutes
> malaise général
la malveillance a cherché
) plus ou moins éprouvé et que
de tout autre
en lui attribuant une origine
) à exploiter,
nations, la crise est née de
Chez les autres
D nature...
Clez nous, elle n'a été
) l'enivrement des spéculations...
de
le résultat d'une réaction; c'est le contre-coup
> que
ébranle encore les pays étrangers
)) la commotion qui
Le
nous sommes le plus en rapport.
0 avec lesquels
empècher le mal? Non, sans
)
gouvernement pouvait-il
)) doute... 1
semblable vient d'avoir lien en Haiti, au temps où j'écris cette partic
1 Une situation
anx Etats-Unis à la fin de 1857 et qui a
de mes Eludes. La crise financière commencée et même dans l'Amérique méridionale, a en son
prodnit tant de désastres en Europe de payement, des faillites, des banqueroutes frauducontre-coup à Hlaiti; des suspensions
le mal? Non, sans
)
gouvernement pouvait-il
)) doute... 1
semblable vient d'avoir lien en Haiti, au temps où j'écris cette partic
1 Une situation
anx Etats-Unis à la fin de 1857 et qui a
de mes Eludes. La crise financière commencée et même dans l'Amérique méridionale, a en son
prodnit tant de désastres en Europe de payement, des faillites, des banqueroutes frauducontre-coup à Hlaiti; des suspensions --- Page 312 ---
ÉTUDES SUR
L'UISTOIRE D'HAYTI, -
Et Boyer rappela à cette occasion
tions données
ses fréquentes instrucaux autorités chargées de le
de veiller à la plantation des
seconder, afin
du
vivres pour la subsistance
peuple. Il leur parla encore de ces soins
devaient pas négliger; il dit
qu'elles ne
aux ciloyens, en
qu'ils devaient se livrer au travail et
général,
économie
observer une sage
pour assurer des moyens d'existence à
à leurs familles, attendu
eux et
que ( d'ailleurs, des
) inaltendus pouvaient
événemens
subitement
)) tions du
interrompre les relacommerce étranger avec la
Le Président était fondé à tenir
République... ))
ce langage à la
pour la dissuader d'écouter celui de
nation,
cette Opposition systématique qui ne visait qu'à obtenir une
popularité
gereuse pour la société :
danreconnaissait
systématique, en ce qu'elle
elle-mème que A des raisons d'État ) commandaient, non (
l'ajournement 3) de la
au
sage de la Chambre, mais le maintien
réponse
mesde la loi qui faisait
payer les droits
d'importation en monnaies
car les tribuns qui la dirigeaient,
étrangères;
cette mesure avait été
n'ignoraient pas que
prise en vue de faciliter nos arrangemens avec la France, bien que le
que c'était
gouvernement eût dit
pour améliorer le système monélaire
Ils savaient que dans cette
du pays.
500 mille
année, une somme de plus de
piastres avait été remise à la maison Ed.
et Cie, pour être
Lloyd
expédiée en France. Leurs intimes
tions avec le secrétaire d'EtatImbert
relales mettaient à même de
(personne ne l'ignore)
savoir toutes les
nancières de l'État.
opérations fiIl est vrai ensuite que la sécheresse de
1837 fut extraorleuses ont atteint une foule de personnes dans
à pays, qui se vendait cn Europe à 72 fr. les 100 leurs moyens d'existence; le café de ce
50fr., etc. Le gouvernement haîtien
kilogrames, est tombé tout à
sulté de toutes ces causes ?
actuel I pouvait-il empécher le mal, qui est coup ré-
ne l'ignore)
savoir toutes les
nancières de l'État.
opérations fiIl est vrai ensuite que la sécheresse de
1837 fut extraorleuses ont atteint une foule de personnes dans
à pays, qui se vendait cn Europe à 72 fr. les 100 leurs moyens d'existence; le café de ce
50fr., etc. Le gouvernement haîtien
kilogrames, est tombé tout à
sulté de toutes ces causes ?
actuel I pouvait-il empécher le mal, qui est coup ré- --- Page 313 ---
CHAPITRE VI.
[1857]
excessivement les vivres cultivés
dinaire, qu'elle diminua
des
influant
sur la production
dans le pays, en
également
le café dont la rédenrées d'exportation, prineipalement
tandis
environ 51 millions de livres,
colte ne s'éleva qu'à
1858 en offrit
57 millions etque
que 1856 en avait produit
crise financière des
près de 50 millions à T'exportation. La
les Étatsétrangers, survenant dans cette circonstance,
pays
à Haiti autant de comestibles que
Unis ne purent expédier
des alimens. Les
d'habitude; de là la cherté excessive
la
étrangers et nationaux, qui inspirerent
commerçans,
savaient fort bien toutes ces choses ;
proposition Couret,
occasionnait passagerement
mais à côté de la gêne que leur
droits d'imles
la crise financière au dehors, pour payer
né- Vaere
en monnaies étrangères, se trouvaitl'urgente
portation
d'assurer au trésor de la République des
cessité permanente
la dette nationale; ils ne Piressources claires pour payer
gnoraient pas non plus.
du
autre cause
contribuait au malaise
Ily avait une
qui
del la volonté du
commerce, et elle était aussi indépendante
de café d'Haiti se vengouvernement. Une grande quantité
les
1856, cette denrée y payait
dait en France. Jusqu'en
à
mêmes droits que les cafés de toutes autres provenances,
de ceux des colonies françaises toujours favol'exception
raison. Dans cette année, le 17 mai, la
risés, comme de
de ses
France, dans la vue de faciliter la grande navigation
de former des matelots, rendit une
bâtimens marchands,
l'entrée des cafés de l'Inde, en
loi qui abaissa les droits à
les cafés d'Haiti, soil par namaintenant ceux que payaient
1. Il s'ensuivit
vires français, soit par navires étrangers
cette loi du 17 mai 1836, les cafés de l'Inde payaient, par navires français,
1 Par
105 fr.; ceux d'Haiti payaient par navires français, 95 fr.,
62 fr., par navires étrangers, 105 fr. ; la différence était donc de 33 fr. au désavantage des çafés
par d'Haiti navires importés étrangers, en France par les navires français.
1. Il s'ensuivit
vires français, soit par navires étrangers
cette loi du 17 mai 1836, les cafés de l'Inde payaient, par navires français,
1 Par
105 fr.; ceux d'Haiti payaient par navires français, 95 fr.,
62 fr., par navires étrangers, 105 fr. ; la différence était donc de 33 fr. au désavantage des çafés
par d'Haiti navires importés étrangers, en France par les navires français. --- Page 314 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAITI.
d'Hlaiti dans
naturellement un désavantage pour ce produit
de France, en mème temps que la crise financière
les ports
de 72 francs à 50 et même
én faisait tomber le prix vénal,
subies
les 100 kilogrammes ; de là des pertes
au-dessous,
par le commerce haîtien.
considération en faveur du
Ily avait, enfin, une autre
fait l'objet de
maintien de la mesure administrative qui
discussion. On a vu cette Opposition arriver au poucette
d'abroger
voir dirigeant six ans après; ; s'est-elle - empressée l'a mainelle se récriait en 1857?Elle
la loi contre laquelle
motifs qu'avait Boyer :
tenue au contraire, et par les mêmes
donc elle était systématique.
il
après la proclamation du Président, parut
Deux jours
annonçait au public :
sur le journal officiel, un avis qui
Sénatavait rejeté les deux lois votées par la Chambre
que le
et sur l'impôt foncier. Le
des communes, sur les patentes
de l'art. 154 de la
Sénat ne motiva point ce rejet, en vertu
rétablie
mais c'étaità cause de la confusion
constitution;
relatives à l'assiette
la Chambre, entre les dispositions
par
et celles concernant leur régie.
de ces impôts
constitationnel, le 26 juillet, le
Se prévalant de CC rejet
renduc
Président adressa au secrétaire d'Etat une dépêche
laquelle il l'en informait et lui ordonnait, en
publique, par
la
de ces deux imconséquence, de maintenir
perception
vertu des lois du 7 juillet 1855, prorogées par
pôts en
continuaient d'être en vicelles du 8 novembre 1836, qui
puisqu'elles n'avaient pas été abrogées
gueur, disait-il,
par une autre loi.
les raisonnemens sur lesquels s'appuyaient
On trouve
du 8 août suivant qui
Boyer à ce sujet, dans la circulaire
de notables des
fut adressée par M. Imbert, aux conseils
le
Il établissait d'abord : que
communes de la Répablique. --- Page 315 ---
(1837]
CHAPITRE VI. trésor ne pouvait être privé d'une
portion de ses
parce que le Sénat avait
ressources,
rejeté ces deux
du code civil portait
lois; que l'art.5
textuellement a
> être abrogée ni
qu'aucune loi ne peul
sait
suspendue que par une autre loi. ensuite ; (( l'art. 57 de la constitution
Ildi-
> Chambre des
dit bien que la
communes détermine la
) butions
durée des contripubliques; ; mais que signifie cette
) ce n'est que la Chambre
disposition, si
a la latitude
) pour le temps qu'elle
d'établir l'impôt
jugera
>
quelque
convenable?1 Peut-on, avec
fondement, en induire
) détruit dès
que l'impôt se trouve
l'expiration de l'époque
) réglé, si la
pour laquelle il a été
législature ne l'a pas
))
époque suivante?
des contripubliques; ; mais que signifie cette
) ce n'est que la Chambre
disposition, si
a la latitude
) pour le temps qu'elle
d'établir l'impôt
jugera
>
quelque
convenable?1 Peut-on, avec
fondement, en induire
) détruit dès
que l'impôt se trouve
l'expiration de l'époque
) réglé, si la
pour laquelle il a été
législature ne l'a pas
))
époque suivante? renouvelé pour une
D'ailleurs, cette latitude de
)) la durée de l'impôt entraine
déterminer
)) de le fixer de
nécessairement la condition
nouveau à chaque
') empêchement. à cette
expiration; ; et s'il y a
formalité, il y a aussi
) rogation de l'impôt tel
forcément . proqu'il existe,
) titutionnel
Enfin, l'article consprécité, n'établissant rien
) au principe posé
l'art. qui soit contraire
par
3 du code
> subsiste dans toute
civil, ce principe
sa force : les lois
) comme les autres lois, continuer
d'impôts doivent,
de recevoir
> tion tant
leur exécuqu'elles ne sont pas abrogées. ) En
M. Imbert invita les conseils de
conséquence,
les
notables à cencourir
agents de l'administration des
avec
reçu des ordres à cet
finances, qui avaient
effet, au maintien de
des impôts dont
la perception
ils'agissait. Le même jour, il
dépèche du Président
répondità la
pour l'informer
des instructions
qu'il avait donné
en exécution de ses ordres '
Aux raisonnemens
ci-dessus, on pouvait ajouter, que la
les 1 ordres Quoique opposant an fond du cceur, M. duite
nécessaires à la marche du service, Cela Imbertu'lésitait pent
nnllement à donner tous
voulait s'espliqne pas la par l'amour qu'il avait pour sa haute situation pa.aitre singulier; mais sa conperdre par un refus. dans la République; il ne
T. X. --- Page 316 ---
ETUDES SUR L'HISTOIRE D'HATTI,
Chambre des communes elle-mème avait
recomu la
siléde ces impois,puisqu'elleles
nécesavait votés
malgré son opposition à la distinction
spontanément,
la précédente législature,
établie en 1854 par
d'accordavec le
et le Sénat. pouvoir rexécutif
Quant au Sénat, il devait être
lui-mème, en maintenant la distinction conséquent avec
des attributions de la Chambre
entre ce qui était
Président
et ce qui était de celles du
d'Haiti, puisque ce fut Sur ses
tions : le seul moyen qu'il avait de le faire propres observales deux lois. Mais cette
était de rejeter
décision, après le refus
fait de convoquer la haute cour de
qu'ilavait
demande de H. Dumesle
justice, en 1855, sur la
et D. Saint-Preux, fit
ces deux branches du corps législatifune
naitre entre
l'année suivante : ces deux
froideurqui éclata
représentans
rité de la Chambre des
excitèrentla majocommunes qu'ils
Le 9 août, par suite de sa
influencèrent.
décision, après le refus
fait de convoquer la haute cour de
qu'ilavait
demande de H. Dumesle
justice, en 1855, sur la
et D. Saint-Preux, fit
ces deux branches du corps législatifune
naitre entre
l'année suivante : ces deux
froideurqui éclata
représentans
rité de la Chambre des
excitèrentla majocommunes qu'ils
Le 9 août, par suite de sa
influencèrent. igre eondlinancière, et d'un
proclamation sur la crise
ouragan qui venait de passer sur divers
ronid points du pays, le Président publia un arrèté
dre aux commandans
pour enjoinaitties,
d'arrondissement de faire faire des
plantations de vivres de toute
espèce, en grande
Peu
quantité. auparavant, au mois de mai, la réorganisation du
lycée national du Port-an-Prince
rection
avait en lieu sous la diintelligente et dévouée du citoyen P. succédant à feu M. Fanbert,
Saint-Macary. Le 2
la
mission d'instruction
septembre, compublique améliora le régime de cet
élablissementpar un nouveau règlement basé
et il continua de produire d'heureux
surl'ancien;
de son directeur. résultats par les soins
Au moment où la clôture de la session
Sénat à s'ajourner, le Président
allait porter le
consulterde
d'Haiti crut devoir le
nouveau surles questions pendantes entre la --- Page 317 ---
CHAPITRE VI.
[1857]
On trouvera ses motifs exprimés
France et la République.
sous la date
dans le message suivant qu'il adressa au Sénat,
du 5 juillet.
A Citoyens sénateurs,
1855, je fis
en date du 11 janvier
) Par mon message
la situation
connaitre au Sénat quelle était à cette époque
la
entamées par le gouvernement de
des négociations
parvenirà
Républiqueavee le gouvernement français, pour
et je réclamai le concours
la conclusion d'un traitédéfinitif,
la
de
de chacun de ses membres sur
ligne
de l'opinion
dans un tel
conduite qu'il convenait le mieux d'adopter
état de choses.
sur les différens
en motivant son opinion
)) Le Sénat,
par
j'avais présentésà son examen, approuva,
points que
même
signée par tous les mensa réponse du 15 du
mois,
à la séance du jour, les résolutions prises par
bres présens
le gouvernement haïtien.
la marche que, je
))
Dès lors j'ai suiviavec persévérance
des deux
m'étais tracée; mais comme, dans l'intervalle
le Sénat a été renouvelé en
années qui se sont écoulées,
fait au trésor
partie , et que, par suite du remboursement il avait fait,
de France du capital de 4,848,005 fr. dont
l'avance
le service de T'emprunt de
- dans le temps,
pour
français reprenne
1825, il est possible que legouvernement convenable de
les négociations déjà entamées, j'ai jugé
contenues dans
rappeler officiellement ici les propositions
la
1855, pouravoir actuellement
ma dépèchedu
janvier
son
du Sénat; et, quoique je ne doute pas que
opipensée
à celle motivée dans son messagedu
nion ne soit conforme
Dans cette session de 1837, il se tronvait dix nouveaux sénateurs qui n'a1
aux résolutions de 1835, sur quatorze membres qui furent alors
vaient point participé
consultés.
é
contenues dans
rappeler officiellement ici les propositions
la
1855, pouravoir actuellement
ma dépèchedu
janvier
son
du Sénat; et, quoique je ne doute pas que
opipensée
à celle motivée dans son messagedu
nion ne soit conforme
Dans cette session de 1837, il se tronvait dix nouveaux sénateurs qui n'a1
aux résolutions de 1835, sur quatorze membres qui furent alors
vaient point participé
consultés. --- Page 318 ---
ÉTUDES SUB L'HISTOIRE D'HAYTI,
15 du susdit mois, j'éprouve
toujours de la
chaque fois que l'occasion se
satisfaction,
preuve de la confiance
présente, de lui donner la
que je place en son
éclairé, et du désir que j'ai de
patriotisme
son
m'élayer constamment
concours pour consolider la gloire, le bonheur
de
dépendance souveraine de la
et l'inRépublique.
(( J'attends donc à cet égard la réponse du
sent message, dans la même
Sénat au préforme
celle
en 1855, etj'ai l'honneur de le
que
adoptée
sidération.
salueravec unehaute conLe8j juillet, le Sénat
Signé : BOYER. )
répondit ainsi :
(( Président,
)) Le Sénat a l'honneur de vous
votre
accuser réception de
message en date du 5de ce: mois, par lequel V. E. lui
lémoigne le désir d'avoir l'opinion de ses membres
en majorité, surles mèmes communications
réunis
son message en date du 11j janvier 1855.
contenues dans
)) Les circonstances n'ayant point
changé nos relations
politiques avec la France, les nouveaux
avec les anciens, et animés des
sénateurs, d'accord
mêmes sentimens
ques, ne forment qu'un faisceau
patriotil'intention bien
pour manifester ensemble
prononcée de persévérer dans
émise précédemment par le Sénat, dans
l'opinion
15 janvier 1855, dont ils
son message du
points qui tendent
reproduisent ici les différens
:
n lA réduire le solde de l'indemnité à
millions de francs;
quarante-cinq
)) 2" A payer cette somme en
réservant la faculté de la
quarante-cinq ans, en se
payerplus tôt, si les
pays en donnent la possibilité;
ressources du
)) 5" A régler ce payement
cière;
par une convention finan-
1855, dont ils
son message du
points qui tendent
reproduisent ici les différens
:
n lA réduire le solde de l'indemnité à
millions de francs;
quarante-cinq
)) 2" A payer cette somme en
réservant la faculté de la
quarante-cinq ans, en se
payerplus tôt, si les
pays en donnent la possibilité;
ressources du
)) 5" A régler ce payement
cière;
par une convention finan- --- Page 319 ---
CHAPITRE VI.
[1857]
d'amitié et de commerce sur le
)) 4o A obtenir un traité
les
de la nation la plus -
favorisée, pour régler
pied respectif
politiques entre les deux pays.
rapports
les voeux que forme le SePrésident,
)) Tels sont,
nat.
de saluer V. E. avec la plus haute con-
)) Ila T'honneur
sidération.
président; J. Georges et Longt
)) Signé : J.-J. Delmonte,
J.-B. Bayard,
secrélaires ; N. Viallet, J. Noël,
champ,
Bazelais, D. Maillard, Pierre
J.-P. Oriol, Gayot, Madiou,
Soden
André, Bouzi et B. Ardouin. n)
entre le PrésiTrois mois après cet échange de messages
français parvenus à Haiti andent et le Sénat, les journaux
incessamment pour
noncèrent qu'un agent y viendrait
subsistantes
régler et décider définitivement les questions
En
entre la France et la République.
depuis si longtemps
devoir du Président d'inforcette circonstance, il était du
la nation de tout ce qui iavait eu lieu entre le gouvermer
français, à partir de la
nement haîtien et le gouvernenient
signifiée en 1851 parle
rupture des relations diplomatiques
Molien. Tel fut l'objet de la proclamation
consul général
une grande
du 22 octobre. Boyer y mit, comme toujours,
à la dimodération dans ses termes, ainsi qu'il convenait
d'un chef d'Etat parlant au nom de ses concitoyens.
gnité
échangéeentre
Après la mention de toutelacorrespondance de M. Molien jusdepuis le départ
les deux gouvernemens,
de sa mission en 1855;
qu'au retour de M.I Dupetit-Thouarse d'Haiti etle Sénat dans
de celle échangée entrele Président
il
année et tout récemment encore, dans laquelle
cette
ohtintlapprohation motivéede ce corpsrapnisatuiregesr
au gouvernement franles quatre points de ses propositions
message du
tels qu'on vient de les lire dans le dernier
çais,
orrespondance de M. Molien jusdepuis le départ
les deux gouvernemens,
de sa mission en 1855;
qu'au retour de M.I Dupetit-Thouarse d'Haiti etle Sénat dans
de celle échangée entrele Président
il
année et tout récemment encore, dans laquelle
cette
ohtintlapprohation motivéede ce corpsrapnisatuiregesr
au gouvernement franles quatre points de ses propositions
message du
tels qu'on vient de les lire dans le dernier
çais, --- Page 320 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAYTI,
Sénat, et annoncé que le trésor deFrance avait
boursemento de ses avances; le Président
reçu le rem-
(
Le commissaire
dit :
donton annonce la
vient-il, dans un esprit de
prochaine arrivée,
propositions
conciliation, pour régler les
que nous avons faites à son
Si telle est sa mission, il trouvera
gouvernement?
haîtien le désir sincère de
dans le gouvernement
se préterà tout
sible, et qui soit surtout
arrangement posnal. Si,
compatible avec I'honnenr
au contraire, comme un bruit
natiopandu semble l'aceréditer,
généralement réils'avance,
de la guerre, avec la prétention de entourédelappareil
ditions
nous imposer des conque tout peuple libre doit
nation se rappellera sa première
rougir d'accepter, la
serment
énergie, elle sera fidèle au
qu'elle a fait de défendre à extinction
son indépendance.
ses droits et
)) Haîtiens, soyez calmes, mais soyez prèts à tout
ment. Que votre confiance réponde
événement du Président d'Haiti
toujours au dévouepour VOS intérêts les plus sacrés.
Montrez, jusqu'au dernier
moment, votre
lable pour le droit des gens, et
le
respect inviomirantvotre
que monde entier, en admodération et votre héroïsme,
vous êtes dignes du
reconnaisse que
rangauquel votre courage vousa
parmi les nations
élevés
civilisées. ))
Cette proclamation était tout ce qu'il fallait dans la
circonstance. Elle exposait parfaitement les
résoudre entre la France et
questions à
Haiti; et, en
) gouvernement haitien
disant que ( le
avait le désir sincère
D à tout arrangement
de se préter
possible, D le Président déclarait
par cela même qu'en faisant ses
pas entendu
propositions, il n'avait
signifier un ultimatum au gouvernement français : ce qui eût élé fort déplacé de sa
position d'Haiti
part, et dans la
comme débitrice d'une somme énorme, el
France et
questions à
Haiti; et, en
) gouvernement haitien
disant que ( le
avait le désir sincère
D à tout arrangement
de se préter
possible, D le Président déclarait
par cela même qu'en faisant ses
pas entendu
propositions, il n'avait
signifier un ultimatum au gouvernement français : ce qui eût élé fort déplacé de sa
position d'Haiti
part, et dans la
comme débitrice d'une somme énorme, el --- Page 321 ---
[1857]
CHAPITRE VI.
envers une puissance comme la France. Parler à sa raison,
à sa justice, faire un appel à'ses généreux sentimens,
c'était le langage qu'il fallait tenir.
Comme complément à cet acte important, le Président
fit insérer sur le Télégraphe du 12 novembre suivant, ses
deux messages au Sénat, du 11 janvier 1855 et du 5 juillet 1857, et les réponses de ce corps, du 15 janvier et
8 juillet des mêmes années, précédés d'un article dans la
partie officielle où il était dit : (( qu'il importait que l'on
deux
marchaient dans la
D
les
sût que
pouvoirs
plus
les efforts de l'un et de l'autre
) parfaite harmonie, et que
même but : - consolider l'indéD ne tendaient qu'au
nationale et
la
de la
)
pendance
promouvoir
prospérité
) République. 1,
Dans le chapitre suivant, on verra comment furent
résolues ces grandes questions entre la France et Haiti.
1 I1 me sera peut-être permis de dire, qu'après la publication de la proclamation du
22 octobre, voyant le bon effet qu'elle avait produit à la capitale, je conseillai a Boyer
de publier aussi sa correspondauce avec le Sénat, ain de prouver la bonne entente
entre lui et ce corps. a Nappelez-vons, Président, lui-dis-je aussi, ce qui se passa en
1825; prouvez à la nation que le Sénat vous a donné une approbation entière dans
vos propositions au gonvernement français; publiez ces messages avec les noms des
> sénateurs; ; il faut que chacun ait le courage de ses opinions librement exprimées.
Et en 1838, M. le baron de Las Cases me dit que ces messages avaient produit une certaine impression sur lui et son collègue, de même que la proclamation.
ons, Président, lui-dis-je aussi, ce qui se passa en
1825; prouvez à la nation que le Sénat vous a donné une approbation entière dans
vos propositions au gonvernement français; publiez ces messages avec les noms des
> sénateurs; ; il faut que chacun ait le courage de ses opinions librement exprimées.
Et en 1838, M. le baron de Las Cases me dit que ces messages avaient produit une certaine impression sur lui et son collègue, de même que la proclamation. --- Page 322 ---
CHAPITRE Vli.
envoie à Haîti, MM. de Las Cases et Bandin chargés de négoLe gonvernement français
d'après les propositions faites par Boyer
cier avec le gouvernement de la République, avec les plénipotentiaires nommés par
1833. - lls entrent anssitôt en conférences
- Un traité politique et un traité
le Président. Phases diverses de la négociation. reconnaissant la Républiqne d'Haiti
financier sont conclus et signés : le premier, le second, fixant le solde de lindemnité
comme Elat libre, indépendant el souverain ;
en 30 ans, etc. Boyer ratifie les
due à la France, à 60 milliors de francs payables
au payement de l'anmnité
traités,le Sénat les sanctionne. - Les sommes sont nécessaires embarquées. - MM. de Las Cases
i l'emprunt
de 1838 et celles qui sontdestinées
ets. Villevaleix ainé sont envoyés
et Baudin retournent en France. MM. B. Ardouin des traités, etc. - - S. M. le Roi des
avec enx et chargés de T'échange des ratifications d'llaiti au Port-an-Prince. - Message
Français les ratifie. - Retour des envoyés officielle des traités sdu 12 février.
du Président d'Haiti an Sénat et publication
de siècle passé en négociations
Enfin, après un quart
la France et
ou moins régulièrement entre
suivies plus
l'existence polila France se décida à reconnaitre
Haiti,
de la seule manière qu'il
tique de son ancienne colonie,
des
à la justice, au droit public
convenait à la raison,
civilisées.
les
son
pnissances
nations, et à
rang parmi
interelle, dans ce long
Mais, que d'efforts employés par
forme
souveraineté, soit sous une
valle, pour y rétablir sa
Et du côté d'Haiti, quelle
absolue, soit indirectement!
ne fallut-il pas mettre en
patience, quelle persévérance
définitive de
arriver à obtenir la consécration
ceuvre pour
et sonverain!
droits comme Etat libre; indépendant
ses
furent-elles uniquement le
Ces diflicultés incessantes,
long
Mais, que d'efforts employés par
forme
souveraineté, soit sous une
valle, pour y rétablir sa
Et du côté d'Haiti, quelle
absolue, soit indirectement!
ne fallut-il pas mettre en
patience, quelle persévérance
définitive de
arriver à obtenir la consécration
ceuvre pour
et sonverain!
droits comme Etat libre; indépendant
ses
furent-elles uniquement le
Ces diflicultés incessantes, --- Page 323 ---
CHAPITRE VIT.
[1858]
cette ancienne métropole,
résultat du regret éprouvé par
l'avait enrichie par ses produits,
de la perte d'un pays qui
une
entretenait entre elle et lui un grand commerce,
qui
considérable? Non! ! Elles furent occasionnées
navigation
colonial fondé parl'Europe
les préjugés nés du système
par
C'est
la race noire qui dominait à Haiti,
en Amérique.
que hommes de la race blanche, ne
qui en avait exclu les
dont jouissaient
paraissait pas digne des mêmes avantages
les mêmes
les habitans des colonies émancipées dans
Les États-Unis de l'Amérique septentrionale,
contrées.
de la Grande-Bretagne,
à peine constitués indépendans
s'empresser
avaient vu toutes les puissances européennes fut de même
leur existence politique. Il en
de reconnaitre
bien que
des États formés dans T'Amérique méridionale,
de l'Espagne eût pris naissance après
leur indépendance
la
d'entre eux n'avaient pas
celle d'Haîti, et que
plupart
des institusituation aussi régulière et consolidée par
une
la portèrent à marcher
tions civiles et politiques, qui
le droit des
constamment dans les voies tracées par
gens.
le ministère français présidé par
Quoi qu'il en soit,
le baron E. de Las Cases,
M. le comte Molé, choisit M.
de la chambre des députés, el M. C. Baudin,
membre
venir à Haïti en qualité de
capitaine de vaisseau, pour
Roi des
plénipotentiaires de Sa Majesté Louis-Philippe,
afin de régler et terminer toutes les questions
Français,
entre la France et la Répupendantes depuis si longtemps
la
Partis de Brest le 29 novembre 1857 sur
frégate
blique.
semaines à la Martila Néréide, ils s'arrètèrent quelques
du
connaissance de la proclamation
nique où ils prirent
échangés
Président d'Haili, du 22 octobre, et des messages
sur le Télégraphe du 12 noentre lui et le Sénat, publiés
ler et terminer toutes les questions
Français,
entre la France et la Répupendantes depuis si longtemps
la
Partis de Brest le 29 novembre 1857 sur
frégate
blique.
semaines à la Martila Néréide, ils s'arrètèrent quelques
du
connaissance de la proclamation
nique où ils prirent
échangés
Président d'Haili, du 22 octobre, et des messages
sur le Télégraphe du 12 noentre lui et le Sénat, publiés --- Page 324 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAITI,
vembre. Ces divers acles leur
attendus. Le dimanche
prouvèrent qu'ils étaient
28 janvier 1858, la Néréide
l'ancre dans la rade du Port-an-Prince. 1
jeta
cier de la frégate et M. J. P.
Aussitôt, un offiVaur vinrent au
furent conduits au bureau de la
port : ils
place et de là à l'hôtel
secrétaire général Inginac. M. Vaur était
du
lettre adressée au Président
porteur d'une
par les deux
avec la copie de leurs
plénipotentiaires
pleins-pouvoirs; ils
une audience à Boyer. M. Vaur
demandaient
ne voulut remettre cette
dépêche, ni au colonel Vietor Poil,
place, ni au secrétaire
commandant de la
général; il fut
avec l'officier de marine. Le
accompagné au palais
bilité et fit
Président les reçut avec affarépondre à MM. de Las Cases et
les recevrait le lendemain
Baudin, qu'il
dans l'après-midi.
Al'heure prescrite, ces agents arrivèrent
ils trouvèrent
au palais où
Boyer entouré du général
du
néral Voltaire, grand
Inginac,
g6juge, et des colonels de la
et autres officiers 2, Le Président
garde
des
leur fit un accueil
plus gracieux et répondit aux complimens
adressa M. de Las
que lui
Cases, chef de la mission en sa
de membre de la chambre des
qualité
députés. Après
d'assurances données de part et d'autre,
l'échange
posé à arriver à une
qu'on était disconciliation des intérêts de la
et de ceux de la
France
République, les plénipotentiaires furent
accompagnés, dans la même voiture qui les avait
lequai,aue consulat
reçus sur
français quiétait géré en ce
M. Ceriber.Là,M. de Las Cases remit
momentpar
aide
au lieutenant Deluy,
decamp, un billet confidentiel pourle Président à
il
qui
'1 En partant de la Martinique, la frégate fut escortée
Grifon qui viurent avec elle au Port-au-Prince.
par les brigs le Nisus et le
2 Les plénipotentiaires français avaient
donanes. M. de Las Cases obtint la
pour secrétaire M. Galot, inspectenr des
houme gn'il alfectionnait, et M. Vanr, permission qui,
d'emmener à Tlaiti M. Radignet, jenne
sonnages dn gonvernement, ponvait le renseigner déjà connn à lenr dn Président et de tons les perégard.
viurent avec elle au Port-au-Prince.
par les brigs le Nisus et le
2 Les plénipotentiaires français avaient
donanes. M. de Las Cases obtint la
pour secrétaire M. Galot, inspectenr des
houme gn'il alfectionnait, et M. Vanr, permission qui,
d'emmener à Tlaiti M. Radignet, jenne
sonnages dn gonvernement, ponvait le renseigner déjà connn à lenr dn Président et de tons les perégard. --- Page 325 ---
[1858]
CHAPITRE VII.
demandait une audience en
naitre eintimement
particulier,atin de lui faire conlesi intentions de son
lui écrivit mème
gouvernement; il
que l'article 1er du traité à
terait ( la reconnaissance de la
conelure por-
) France, comme Etat
République d'Haiti par la
indépendant, sans
)) tion. ) M. deLas Cases dit
aucune condiencore à l'aide de
voyant Boyer, il avait
camp, qu'en
conçu pour lui autant de
qu'il en portait au Roi des Français. Ces
respect
portées fidèlement
paroles furent rapau Président qui consentit à
M. de Las Cases en
recevoir
particulier, le lendemain
soirée.
dans la
# Mais il avait fait inviter le général
Frémont, Labbée
Inginac, les sénateurs
et B. Ardouin, et M. S. Villevaleix
chefdes bureaux de la secrétairerie
ainé,
au palais dans la matinée
générale, à se rendre
du 50. Il leur dit
sissait comme
qu'illes choiroi des
plénipotentiaires pour traiter avec ceux du
Français 1, Déjà, par ses ordres, M.
leix
E. S. Villevajeune, son secrétaire particulier,
lui des
désigné pour être ceplénipotentiaires haitiens, avait
des
préparé le projet
pleins-pouvoirs et des instructions qui leur
donnés. Lecture en fut
seraient
MM. de Las
prise, ainsi que de la lettre de
Cases et Baudin, du billet confidentiel
mier, et de leurs
du prepleins-pouvoirs.
D'après ce qui s'était passé en 1825 et dans les
ciations subséquentes, dans
négosouvent intervenu
lesquelles le.] Président était
pour discuter personnellement
agents français, en l'absence des
avec les
négociateurs
voyant en outre que M. de Las Cases,
haîtiens;
dentiel, essayait
par son billet confid'ouvrir une négociation
particulière, et
1 Dès ce moment,j'ai en l'idée de tenir des
dans la négociation : c'est ce qui m'autorise notes exactes de tont ce qui se
que l'ou ne trouve pas dans les procès-verbaux à relater bien des particularités essentielles passerait
des conférences.
les
négociateurs
voyant en outre que M. de Las Cases,
haîtiens;
dentiel, essayait
par son billet confid'ouvrir une négociation
particulière, et
1 Dès ce moment,j'ai en l'idée de tenir des
dans la négociation : c'est ce qui m'autorise notes exactes de tont ce qui se
que l'ou ne trouve pas dans les procès-verbaux à relater bien des particularités essentielles passerait
des conférences. --- Page 326 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HATTI.
que Boyer allait l'entendre dans la soirée du
teur Ardouin crut devoir
50; le sénalieu en présence du
proposer qu'une discussion eût
Président, sur chacun des
instructions auxquelles lui et les autres
points des
devaient se conformer, afin
plénipotentiaires
qu'ils fussent bien
sa pensée et de ses désirs, et
pénétrés de
semblait
que cette négociation,
devoirêtre la
qui
dernière, ne fut pas entravée
malentendus. Boyer ayant admis cette
par des
cussion futouverte.
proposition, la disLes instructions
la
portaient : 1osur la forme à donner à
reconnaissance, par la France, de la
comme Étatlibre,
République d'Haiti
indépendantet souverain; elles
en outre, que S. M. le Roi des Français
disaient,
lui, ses héritiers et
renoncerait, pour
successeurs, à toutes
Haiti; 20 quant aux clauses de la
prétentions sur
commerce, ondevait
convention ou traité de
admettre toutes celles
ment adoptées dans les
qui, précédemraient
projets qui avaient eu lieu, ne sepas contraires aux institutions
la
politiques, aux lois de
République et aux intérêts nationaux: : sa
être de dixà
durée pourrait
quinze ans au plus; 5° à l'égard du
fixer pour solde de
chiffre à
l'indemnité, les
vaient persister dans la
plénipotentiaires delions de
proposition de le réduire à 45 milfrancs, s'efforcer de l'obtenir ainsi,
1S ans, par
payable en
délégation sur les douanes
lettres de change ou en espèces
haîtiennes, par
du
monnayées, à la convenance
gouvernement de la République. - Le
traité,
principe d'être
réciproquement, en matière de
pied de la nation la
commerce, sur le
dans
plus favorisée, )) était inséré aussi
ces instructions. A ce sujet, M. S.
émit l'opinion qu'il
Villevaleix ainé,
pourrait être repoussé par les
tentiaires français,
plénipodes
pour ne pas favoriser l'entrée en France
cafés d'Haiti, à moins d'obtenir des
avantages commer-
traité,
principe d'être
réciproquement, en matière de
pied de la nation la
commerce, sur le
dans
plus favorisée, )) était inséré aussi
ces instructions. A ce sujet, M. S.
émit l'opinion qu'il
Villevaleix ainé,
pourrait être repoussé par les
tentiaires français,
plénipodes
pour ne pas favoriser l'entrée en France
cafés d'Haiti, à moins d'obtenir des
avantages commer- --- Page 327 ---
CHAPITRE VII,
[18581
seul
les cafés de
dans la République, par cela
que
eiaux
faveur 1, Mais le sédéjà d'une grande
l'Inde jouissaient
faveur accordée en
nateurArdouin lui fitobserver que cette
l'Inde n'était point établie dans un
France aux cafés de
loi dont le but était de promouvoir
traité, mais par une
les
de former des marins, puisque
la grande navigation,
avec cette
navires français seuls étaient admisàlesimporter
de la
les plénipotentiaires
modération de droits; qu'ainsi
contre le principe dont
France ne pourraient rien arguer
faveuraux cafés d'Haiti.
s'agit, quin'allait accorderaucune
dans la rédaction
Cette discussion amena un changement
caril fut résolu qu'Haiti ne demanderait
des instructions;
et de la
le
du commerce
sous
rapport
aucun avantage
afinde
voulant en accorder aucun non plus,
navigation, ne
dans
toutes les nations commerçantes
traiter également
ses ports 2,
M. de Las Cases
Comme il en était convenu, Boyer reçut
deux heures à causer avec
dans la soirée du 30, et passa
devait être le sujet de cet
lui : nous venons de dire quel
entretien 3.
62 fr. pour 100 kilogrammes, à l'importation par
1 Ce produit de l'Inde ne payait que mais une loi de 1838 venait de porter le droit
navires français, d'après la loi de 1836;
à 78 fr., tandis qne les cafés d'Haîti payaient 95 fr.
le Président d'Haîti nommait
de
il était dit : a quc
2 Dans le projet pleins-ponvoirs, etc. > Frémont me dit en particulier qu'il serait
les citoyens,
a pour ses plénipotentinires,
de la République, etc., > le Président
plus rationuel de mettre : ( pour plénipotentiaires le Roi des Franeais. Je lui répondis :
ne devant pas tenir à cet égard le même langage dans que la carrière, c'est à vous d'en faire l'obc Yous avez raison; mais vous êtes mon ainé
et Boyer nous dit en souriant :
servation, et je vous appnierai. n 1l la fit, je Pappuyai,
nos collègues étaient
sera fait comme vous le désirez. D En ce moment,
a Ce changement
lui et
à quelqne distance.
M. de Las Cases se rendit à bord de la Néréide, oû
3 En sortant du palais,
logement an consnlat français. Il s'empressa
se tenaient avant d'avoir pris
conclure avec
son collègue
Cosmao Dumanoir, A qu'il venait de tout
Boyer.
de dire an commandant
féliciter aussi M. Baudin de ce succès, croyant qu'ils
M. Cosmao le complimenta et alla
irrits, fit appeler tous les officiers de la
s'étaient entendns a cet effet. Mais M. Bandin, exigea en leur préseuce, de M. Las Cases:
frégate pour être témoius de l'explication certaine qu'il froideur entre eux.
Celni-ci se rétracta :il y eutdès-lors une
venait de tout
Boyer.
de dire an commandant
féliciter aussi M. Baudin de ce succès, croyant qu'ils
M. Cosmao le complimenta et alla
irrits, fit appeler tous les officiers de la
s'étaient entendns a cet effet. Mais M. Bandin, exigea en leur préseuce, de M. Las Cases:
frégate pour être témoius de l'explication certaine qu'il froideur entre eux.
Celni-ci se rétracta :il y eutdès-lors une --- Page 328 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HATTI.
Dans la matinée du 51, les plénipotentiaires
réunirent chez le général
haîtiens se
Inginac, et notifièrent
pouvoirs à MM. deLas Cases etBandin. Il fut
leurs
eux, qu'à la première
convenu entre
séance, on se bornerait à
des pouvoirs, à entendre les
l'échange
plénipotentiaires
venaient répondre à des
français qui
propositions formulées
cinq ans parle gouvernement haîtien, à
depuis
ce qu'ils diraient contre
prendre note de
miné, afin d'être
ces propositions pour être exad'accord sur les réponses à faire
engageant les discussions : le grand nombre
en
gociateurs, du côté d'Haiti,
de cinq nétions. Il fut
semblait exiger ces précaurépondu à leur notification de
MM. de Las Cases et Baudin désiraient
ponvoirs, que
s'ouvrissent dès le lendemain
que les conférences
matin.
On se réunit, à cet effet, à Phôtel de la
tat qui, placé au fond d'une
secrétairerie d'Ecour, et n'étant
par M. Imbert, offrait plus
pas habité
rences. Après
d'avantage pour les confél'échange des pouvoirs
Cases lut le préambuled'un
respectifs, M. de Las
nir la reconnaissance
traité unique qui devait contede notre
ventions relatives
indépendance, et les co1au solde(à fixer) de l'indemnité et au
commerce : l'ordonnance de 1825 y était
Puis il lut le 1" article de ce
mentionnée.
projet, ainsi
)) aura paix constante et amitié
conçu : ( Il y
) et la République
perpétuelle entre la France
d'Haiti, dont S. M. le
))
Roides
reconnait expressément
Français
l'indépendance. ))
Selon ce qui avait été convenu
haîtiens, ils devaient laisser continuer eutreleplopotetiaines
la
loutes les propositions des
présentation de
le général Inginac entama aussitôt plénipotentiaires français; mais
la discussion, et sur
préambule et sur cet article
le
ter, en demandant
traités, l'un
que deux
purementpolitique, l'autre financier, réglassent
reconnait expressément
Français
l'indépendance. ))
Selon ce qui avait été convenu
haîtiens, ils devaient laisser continuer eutreleplopotetiaines
la
loutes les propositions des
présentation de
le général Inginac entama aussitôt plénipotentiaires français; mais
la discussion, et sur
préambule et sur cet article
le
ter, en demandant
traités, l'un
que deux
purementpolitique, l'autre financier, réglassent --- Page 329 ---
CHAPITRE VII.
|1858]
et
ne fic
toutes les questions entre Hatti et la France,
qu'il
mention de l'ordonnance de 1825, source de
pointfait
elles
treize ans. Tous ses
toutes les difficultés entre
depuis
de Las Cases et
collégues appuyèrent sa proposition. MM.
levèrent
l'examiner en particulier; etaprès
Baudin se
pour
à la grande satisavoir délibéré entre eux, ils l'adoptèrent,
haîtiens. On rédigea immédiafaction des plenipotentiaires
du traité politique, à peu près comme
lement le préambule
il a été publié.
rédaction
celle
M.S. Villevaleix proposa une autre
que
Tart. ter, et fut appuyé par le général
présentée pour
Ardouin, ayant remarqué que Ses
Inginac. Le sénateur
dela clause (( de larenonciation,
collègues ne parlaientp point
héritiers et
le Roi des Français, pour lui, ses
) par S. M.
de souveraineté sur
)) successeurs, à toutes prétentions
dont lec-
-
dans les instructions
)) Haiti, ))
clause portée
avait été donnée en présence de Boyer qui paraissait
ture
de l'insérer dans cet arti
y tenir heaucoup, 1 il proposa
cette
cle. MM. de Las Cases et Baudin objectèrent que
des difficultés, )) et
clause ( pourrait entrainer pourParenir adhérèrent à cette
le généralinginac et M. S. Villevaleix
du sénateur Ardouin qui
objection, à la grande surprise
en disant que c'était pour se
insista sur sa proposition,
Il ne fut
du Président d'Haiti.
conformer aux instructions
d'entendre ses deux collègues dire, qu'il
pas moins surpris
Accusé ainsi de légèreté, il exigea
yavait erreur de sa part.
des instructions et reconaut que
la lecture de cette partie
retrancette clause de renonciation avait été effectivement
Toutefois, les inschée, mais à linsu des troissénateurs'.
que parce qu'elle est constatée an procès-vebal de la
1 Je ne cite cette particularité, tout
oublié d'avertir les trois sénateurs de cette
première conférence. On avait
simplement
modification,
usé ainsi de légèreté, il exigea
yavait erreur de sa part.
des instructions et reconaut que
la lecture de cette partie
retrancette clause de renonciation avait été effectivement
Toutefois, les inschée, mais à linsu des troissénateurs'.
que parce qu'elle est constatée an procès-vebal de la
1 Je ne cite cette particularité, tout
oublié d'avertir les trois sénateurs de cette
première conférence. On avait
simplement
modification, --- Page 330 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAITI,
truetions portaient que S. M. le Roi des
) reconnaitre,
Français devait
pour lui, ses héritiers et
) République d'Haiti
successeurs, la
comme Etat
))
libre,
souverain. )) Les
indépendant et
plénipotentiaires français
entre eux un moment à ce sujet, et
délibérèrent
tion de l'art. ler dans
acceptèrent la rédaccette forme.
L'art. 2 fut admis sans discussion.
demanda alors si les
M. de Las Cases
plénipotentiaires haîtiens
autre chose; ce qui porta M. S. Villevaleix désiraient
un troisième
à
article : ( Les ministres
proposer
) publique
publics que la Répourra accréditer auprès de S.
)) Français,
M. le Roi des
jouiront des mèmes
))
droits, immunités et
prérogatives dont jouissent en France
)
les ministres
publics, de même classe, des Etats
avec
) France a des traités. ) MM. de Las
lesquels la
contestèrent
Cases et Baudin ne
pas le principe de cette
firent
proposition; mais ils
remarquer, avec raison, que la
reconnue
République, étant
comme (( État indépendant et
un droit parfait à l'envoi de
souverain, )) avait
tous agents
en France et auprès de toutes autres
diplomatiques
dant, ils demandèrent à
puissances ; cepenréfléchir sur ((
d'un tel article dans le traité,
l'opporfunité ))
L'article final, relatifaux ratifications
fut ensuite
et à leure échange,
convenu, sauf le lieu oùt cet échange devait
s'effectuer.
Ayant ainsi réglé ce qui concernait le traité
les plénipotentiaires
politique,
français proposérent deux articles
pourle traité financier, en fixant le solde de
à 70 millions de francs
l'indemnité
de Sannées
payables en 20 ans et par séries
: la première, à 2 millions chaque
seconde, à 5 millions; la
année; la
troisième, à 4 millions;
quatrième, à 3 millions. Lesdites
; la
sommes seraient payées --- Page 331 ---
11858]
CHAPITRE VIL. dans les trois
premiers mois de chaque
à Paris en monnaie de
année, el versées
France, à la caisse des
consignations. Le payement de 1858
dépôts et
s'ellectuerait immédiatement, en y joignant les 700 mille franes
sur le premier cinquième de
restant dus
l'indemnité,
La première conférence se termina de
sans aucune discussion de la
cette manière,
part des
haîtiens qui se bornèrentà
plénipotentiaires
prendre note de
tion.
naie de
année, el versées
France, à la caisse des
consignations. Le payement de 1858
dépôts et
s'ellectuerait immédiatement, en y joignant les 700 mille franes
sur le premier cinquième de
restant dus
l'indemnité,
La première conférence se termina de
sans aucune discussion de la
cette manière,
part des
haîtiens qui se bornèrentà
plénipotentiaires
prendre note de
tion. Il était évident
cetle proposique le traité financier allait
occasionner plus que l'autre, à cause du solde de
en
nité et du mode de sa libération. l'indemrendirent
En conséquence, ils
au palais, dans
se
l'après-midi du Jer février,
d'informer le Président de ce
afin
très-satisfait
qui s'était passé. S'il fut
des clauses du traité
enfin raison aux justes
politique, qui donnait
réclamations du
du peuple haîtien, Boyer
gouvernement et
éprouvait une véritable
par rapport au chiffre de 70
anxiété
Cases et Baudin
millions, que MM. de Las
avaient dit être celui fixé
tructions : ce qui était réel 1.1 En vain
par leurs insles
haîtiens lui demandèrent
plénipotentiaires
l'autorisation d'aller
celui de 45 millions
au delà de
qu'il avait proposé et
45 ans, en lui exposant qu'il n'avait
payable en
tendu notifier en cela
certainement pas enun ultimatum au
français. M. S. Villevaleix, le
gouvernement
premier,
poser 60 millions, et ses
opina pour procollègues
déterminer Boyer qui finit
Tappuyèrent pour
par consentir,
disait-il, mais
quoiqu'à regret,
pourvu qu'on s'efforçàt
55 millions,
d'obtenir ou 50 ou
payables en 50 années au moins. Son
sentement fut verbal, mais sa ratification
conde nouvelles instructions
devait tenir lieu
écrites. 1 M. J. Lafitte fit savoir. - au
15 octobre 1837, que le gonvernement secrétaire d'Etat Imbert, par une lettre
ce chiffre,
français fixait le solde de l'indemrité du à
T. X. --- Page 332 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE
D'HAYTI. Dans la soirée, M. de Las Cases
Président de l'objet de la
entrêtint également le
première
nua à agir ainsi
conférence; et il conti
après toutes les autres,
la négociation directement
pour faire marcher
avec lui,
une décision qui la
autantpour en obtenir
d'avoir
terminerait, que pour se vanter
tout réglé entre eux'1. ensuite
Ala 2e conférence, qui eut lieu le 2 février,
tentiaires français
les pléniporeproduisirent leurs
pos de l'article relatif
observations à prodiverses
aux ( ministres publies ) ; et après
considérations présentées par les
haîtiens, ils consentirent à
plénipotentiaires
son insertion dans le traité
litique dont il aurait formé le 5°
podénomination
article, sauf à adopter une
plus génériqne,
( ministres
disaient-ils, que celle de
publics.
2 février,
tentiaires français
les pléniporeproduisirent leurs
pos de l'article relatif
observations à prodiverses
aux ( ministres publies ) ; et après
considérations présentées par les
haîtiens, ils consentirent à
plénipotentiaires
son insertion dans le traité
litique dont il aurait formé le 5°
podénomination
article, sauf à adopter une
plus génériqne,
( ministres
disaient-ils, que celle de
publics. D Puis ils
devait être le 4, mais
proposèrent un article qui
il
qui resta le 50 du traité, -
est
celui où
question de (( consuls, ) et d'un traité
clure plus tard
spécial à conpour régler, entre la France et
rapports de commerce et de
Haiti, les
nation la
navigation sur le pied de la
plus favorisée. M. de Las Cases,
fit valoir (( la grandeur, l'immense
particnlièrement,
étendue de
D sion de la part de la France, tandis
cette concesqu'elle
> réciprocité de la
n'aurait aucune
part d'Haiti, à cause des lois
D qui y existent à l'égard des
restrictives
Ardouin lui fit
étrangers, etc. ) Le sénateur
observer, au contraire, que cet article
duirait (( des effets plutôt favorables
proau
)) qu'au commerce haitien,
commerce français
qui ne se
))
trouvait
une position à pouvoir
pas dans
en profiter. )) Un S
devenu le 4, relatif à l'échange des
article,
ratifications à Paris
des 1 Je ne me permets de parler ainsi de M. de Las
avaient preuves de sa vanité, Mon collègue et moi l'avons entendu Cases que parce qu'il m'a donné
ministre régld de la les deux traités, au diner que nous donna M.
au
)) qu'au commerce haitien,
commerce français
qui ne se
))
trouvait
une position à pouvoir
pas dans
en profiter. )) Un S
devenu le 4, relatif à l'échange des
article,
ratifications à Paris
des 1 Je ne me permets de parler ainsi de M. de Las
avaient preuves de sa vanité, Mon collègue et moi l'avons entendu Cases que parce qu'il m'a donné
ministre régld de la les deux traités, au diner que nous donna M. prétendre que lui et Boyer
justice. L'amiral Baudin fut
Barthe, garde des sceaux et
rapportée,
très-choqué de cetle assertion qui lui fut --- Page 333 ---
CHAPITRE VII.
[1858]
fut alors définitivement
dans un délai de trois mois,
adopté.
ensuite à la discussion du solde de l'indemnité,
On passa
l'ayant fixé à 70 millions de
les plénipotentiaires français
de
leurs instructions. Il nous est impossible
francs, d'après
les plénipoproduire ici tous les argumens employés par
faire accepter le chiffre de 45 miltentiaires haîtiens pour
Baudin
énoncés
de Las Cases et
pour
lions, ni ceux
parMM.
avait fait
Le
Inginac
s'en tenir à leur proposition.
général
tous
archives de la Chambre des communes
demanderaux
depuis 1817, de
de la République
les comptes généraux
On
avait fait à l'égard de M. Dupetit-Thouars.
mème qu'il
français, après que
les soumit aux plénipotentiaires
50 millions. Ils demandèM. S. Villevaleix eût proposé
5 février, et on
la conférence fût remise au lundi
rent que
être examinés dans
leur offrit ces comptes généraux pour
faite
volontiers. Sil'offre
l'intervalle; ce qu'ils acceptèrent
millions dut les porter à espérer que les plénipotende 50
consentir au chiffre de 70 miltiaires haitiens finiraient par
français avait fixé, disaient-ils, pour
lions que le ministère
celui de
le
déjà payé,
compléter avec
premier cinquième,
MM. Larose
100 millions quiavait été consenti en 1824par
haîtiens espéde leur côté les plénipotentiaires
et Rouancz,
les
l'examen attentif des comptes généraux
raient aussi que
de la
convainerait de T'exiguitédes ressources
République,
60 millions qu'on était décidé à proet qu'ils accepteraient
poser en dernier lieu,.
ce ne fut
trouvant
en ville ce jour-là,
Boyer ne se
pas
Cases et Bandin avaient eu la loyauté de nous communiquer la copie
1 MM. de Las
au retour de sa mission en 1835, pour nous
du rapport fait par M. Dupetit-Thouars, était plus favorable àl l'égard d'Haiti que nous) ne le pensions.Nons
pronver que cet officier
avait émis l'opinion de réduire le solde de l'indemnité en à
en conclàmes que, paisqw'il
et même pris copie des comptes généraux, il
60 millions, après avoir en connaissance de 1838.
serait de même des plénipotentiaires
au retour de sa mission en 1835, pour nous
du rapport fait par M. Dupetit-Thouars, était plus favorable àl l'égard d'Haiti que nous) ne le pensions.Nons
pronver que cet officier
avait émis l'opinion de réduire le solde de l'indemnité en à
en conclàmes que, paisqw'il
et même pris copie des comptes généraux, il
60 millions, après avoir en connaissance de 1838.
serait de même des plénipotentiaires --- Page 334 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HATTI.
haîtiens
dans la matinée du 5 que les plénipotentiaires
que
lui dirent ce qui avait ell lieu la veille; il parle virent et
de
Mais, dans T'après * midi, il reçut
tagea leur espoir.
ils lui
MM. de Las Cases et Baudin une lettre par laquelle
d'après la discussion du 2, ils reconnaissaient
disaientque,
leurs instrucde s'entendre; que
qu'il serait impossible
des 70 millions et qu'ils ne
tions étaient positives au sujet
manda aussitôt
consentir à moins. Le Président
pouvaient
haîtiens pour leur communiquer cette
les plénipotentiaires
céder sur ce chilfre, à laislettre; ; ils l'engagèrent à ne pas
marcher encore la négociation : ce qui fut résolu.
ser
de la 5° conférence, le 3 février, M. de
A l'ouverture
le 2 article du traité politique disant:
Las Cases revint sur
entre la
constante et amitié perpétuelle
V all y aura paix
ainsi qu'entre les citoyens
>France et la Republiqued'tlaiti,
ni delieux.
>des deux Etals, sans exception de personnes
d'interIl demanda que la République prit T'engagement
le
aussi longtemps que le gouvernement français
aed dire,
entre les navires et les
jugerait nécessaire, tout rapport
M. S. Villehaîtiens et les colonies françaises.
citoyens
consentit moyennant la
valeix, au nom de ses collègues, y
navires et
c'est-à-dire, qu'il fût interdit aux
réciprocilés
françaises de venir dans les ports
eitoyens des colonies
fit
d'Haiti. M. Baudin, en y adhérant comme son collègue,
cette interdiction ne devrait pas
observer cependant que
venant des ports de
s'étendre aux navires français qui,
colonies
d'autres lieux, auraient touché aux
France ou
à Haiti. Le général Inginac et le
françaises avant de venir
était ainsi déjà, et
sénateur Ardouin répondirent qu'il en
le Président d'Haiti, parune proclamation
rappelerent que
interdit toutes relations entre les
publice en 1825, avait
les diverses colonies des
citoyens et les navires haîtiens et
ant que
venant des ports de
s'étendre aux navires français qui,
colonies
d'autres lieux, auraient touché aux
France ou
à Haiti. Le général Inginac et le
françaises avant de venir
était ainsi déjà, et
sénateur Ardouin répondirent qu'il en
le Président d'Haiti, parune proclamation
rappelerent que
interdit toutes relations entre les
publice en 1825, avait
les diverses colonies des
citoyens et les navires haîtiens et --- Page 335 ---
CHAPITRE VII.
[1858]
de Saint-Thomas et de CuAntilles, à l'exception des iles
Les
la demande expresse de leurs gouverneurs.
raçao, sur
admettant la réciprocité, deplénipotentiaires français, en
faire de leur demande
clarèrent qu'ils n'entendaient pas
mais seuled'un nouvel article du traité politique,
T'objet
dans les
obtenir une promesse à cet égard, consignée
ment
ce qui fut consenti, après
procès-verhanx des conférences:
Frémont eit exprimé le voeu ardent en
que le sénateur
des colonies françaises,
faveur de la liberté des esclaves
de ce
position était la seule cause
dont la malheureuse
débat.
de la diseussion
Après ce débat, survint la continuation
chiffre du solde de l'indemnité. Tous les argurelative au
d'autre furent repris et dévelopmens employés de part et
heures. Les
cette séance de cinq
pés de nouveau pendant
à cette discusplénipotentiaires haîtiens prirent tous part
leur bonne foi par la communication
sion, en invoquant
dont l'examen
qu'ilsavaient donnée des comptes généraux,
convainere leurs adversaires des ressources excesavait dû
ils maintinrent le chiffre
sivementbornées de la République;
à
à 50 millions. Mais, de leur côté, les plénidu solde fixer,
être liés par leurs instrucpotentiaires français semblaient
les 70 millions; et ceux de la République
tions pour exiger
consentir au chiffre de
pensèrent qu'ils ne pouvaient guère
celui de 60
50 millions, et que, pour qu'ils acceptassent
n'avait
encore été offert, il fallait qu'ils
millions qui
pas
avaient employé
prouvassent à leur gouvernement qu'ils
à justifier leur conduite par
les argumens les plus propres
bien
leurs adcette adhésion; car eux-mèmes voyaient
que
étaient
à accorder plus que 50 millions,
versaires
disposés
conférence fit renvoyée aul
et ils demandèrent que la A
mercredi 7 février. Dans T'après-midi du 5, les plénipoten-
ait qu'ils
millions qui
pas
avaient employé
prouvassent à leur gouvernement qu'ils
à justifier leur conduite par
les argumens les plus propres
bien
leurs adcette adhésion; car eux-mèmes voyaient
que
étaient
à accorder plus que 50 millions,
versaires
disposés
conférence fit renvoyée aul
et ils demandèrent que la A
mercredi 7 février. Dans T'après-midi du 5, les plénipoten- --- Page 336 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAITI.
entretenir Boyer des débats qui
tiaires haitiens allèrent
soucieux de ce que la négociation
avaient eu lieu : il parut
l'espoir qu'ils
n'avait ainsi fait aucun pas en avant, malgré
Jui donnèrent.
l'attention de faire
MM. 2 deLas Cases et Baudin avaient eu
la
visite à chacun des plénipotentiaires haîtiens, après
une
derniers allèrent ensemble la leur ren-
% conférence : ces
Il fut convenu entre eux
dre, le 6, au consulat français.
de traiter amiablement de la seule quesqu'ils essayeraient
du chiffre du solde de l'indemnité.
tion qui les divisait,
entretenait
A cet effet, pendant que le général Inginac
particulièrement de cet objet, ses collègues
M. Baudin plus
M. de Las Cases. Le général Ins'attachaient à convaincre
à
déclara à son interlocuteur que l'on était disposé
ginac
bien qu'on eût tenu au chiffre de
consentir à 60 millions,
Il lui
les
millions dans la conférence de la veille.
exposa
haîtien à
motifs politiques qui portaient le gouvernement
la réd'obtenir, de la générosité de la France,
désirer
effectif de 120 millions à la moitié de
duction du solde
sorte avec l'ocette somme, pour se réconcilier en quelque
des
était encore si mécontente
pinion de la nation, qui
indemnité
de l'ordonnance de 1825 et de l'énorme
termes
Haiti. (( En satisfaisant
que cet acte ambigu avait imposéeà
et
national, lui dit-il, par le traité politique,
)) P'honneur
à 60 millions, la
réduisant le solde de l'indemnité
)) en
toujours l'estime et la reconnais-
)) France acquerra pour
telle décision sera digne du
des
et une
> sance
Haitiens,
ils ont
tant de conde 1850 en qui
placé
D gouvernement
homme
Baudin était, sans contredit, plus
)) fiance. )) M.
mieux que lui la
d'affaires que son collègue; il comprit
: il laissa le goposition de Boyer et de son gouvernement
M. de Las
néral Inginac dans l'espoir qu'il déterminerait
connais-
)) France acquerra pour
telle décision sera digne du
des
et une
> sance
Haitiens,
ils ont
tant de conde 1850 en qui
placé
D gouvernement
homme
Baudin était, sans contredit, plus
)) fiance. )) M.
mieux que lui la
d'affaires que son collègue; il comprit
: il laissa le goposition de Boyer et de son gouvernement
M. de Las
néral Inginac dans l'espoir qu'il déterminerait --- Page 337 ---
CHAPITRE VIl.
11858]
chiflre de 60 millions, pour en finir,
Cases à consentir au
celui de
disait-il, portassent
bien que leurs instructions,
s'autoriser à
millions. II est vrai de dire qu'il pouvait
les commissions
déjà émise à ce sujet par
cela parl'opinion
Lainé et M. le comte Siméon,
présidèrent M. le comte
que
M. de Las Cases luiet par celle de M. Dupetit-Thonars.
sans
se laisser influencer par cette opinion,
mème pouvait
envers le ministre qui
sa responsabilité
aucun danger pour
quand M. Baudin
les avait expédiés à Haiti. Cependant,
à céder aux désirs du gouvernement haitien,
l'eut engagé
et il finit parexiger
il s'éleva entre eux une vive discussion,
écrite )) pour y consende son collègue une ( déclaration
sorte
fit) M. Baudin pour assumer en quelque
tir : ce que
toute la responsabilité sursoi 1.
du consulat français, les plénipotentiaires
En sortant
avaient maintenant
haïtiens allèrent dire à Boyer qu'ils
terminer à 60 millions. Dans la soirée,
plus d'espoir de
Inginac pours'enM. de Las Cases se rendit chezlegénéral
et notre ministre ne négligea
tretenir avec lui à ce sujet,
désirions obau consentement que nous
rien pourle porter
fixée au 7
tenir de lui, Il demanda alors que la conférence,
et cela fut convenu entre eux. Maisayant
fut renvoyée au 8,
M. de Las Cases depassé la soirée du 7 avec le Président,
de la conférence au vendredi 9 : ce
manda encore le renvoi
invitant en même
Boyer fit dire au général Inginac, en
que
haîtiens à se rendre au palais,
temps les plénipotentiaires
le 8 à 5 heures de l'après-midi.
j'affirme pour en avoir ett connaissance, vient à l'appui
1 Cette particnlarité, que
de la conduite des officiers supérieurs de la marine
de ce que j'ai déjà dit à l'égard ces derniers ont presque tonjours troové en eux une
française envers les Haitiens; sentimens élevés, qui tiennent au caractère de leur
loyanté cheraleresque, des du marin. Des faits postérieurs à celui-ci ont encore pronvé
nation et à la profession
ici avec plaisir pour rendre hommage à la
mon assertion, et je la consigne
vérité.
particnlarité, que
de la conduite des officiers supérieurs de la marine
de ce que j'ai déjà dit à l'égard ces derniers ont presque tonjours troové en eux une
française envers les Haitiens; sentimens élevés, qui tiennent au caractère de leur
loyanté cheraleresque, des du marin. Des faits postérieurs à celui-ci ont encore pronvé
nation et à la profession
ici avec plaisir pour rendre hommage à la
mon assertion, et je la consigne
vérité. --- Page 338 ---
528,
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HATTI.
Il leur fit partde son entretien
avec M. de Las Cases
débuta par lui demander des conseils,
qui
culté qui s'offrait dans
disait-il, sur la diffila négociation, les instructions des
plénipotentiaires français leur prescrivant d'exiger
lions, et ceux d'Haiti n'offrant
70 milque 50 millions. Boyer lui
répondit que, par l'examen des comptes
chement offerts à leurs
généraux, si franinvestigations, ils devaient ètre
vaineus de l'exiguité des
conressources de la
qu'il n'élait
République, et
pas présumable qu'ils seraient blâmés
Roi des Français et son
par le
de réduire le solde
gouvernement, en prenant sur eux
de l'indemnité au vrai niveau de
qu'elle pouvait payer, ayant encore à satisfaire
ce
au service
del'emprunt. M. de Las Cases répliqua alors
quelui ets
collègue, ( animés du désir d'ètreutilesà
son
> Ja générosité de la
Haiti, de prouver
France, ne
))
0,o0d duire le solde à moins de
pourraient cependant ré60 millions.s (
V
> soit, ) lui dit
et
60 millions,
Boyer,
ils se donnèrent la main en
d'accord 1. Ils convinrent ensuite
signe
raient
que les payemens serépartis en trentea années, par séries dont la
serait de 1,500,000 franes : ce qui serait
première
plénipotentiaires
réglé entre les
respectifs.- - Le Président se
core contre l'énormité du solde de
récriant enArdouin lui
l'indemnité, le sénateur
dit: ( qu'il fallait moins
) payer, que celle dont
envisager Ia somme (
on obtenait la
)) était un avantage immense
réduction; ce qui
pour la
)) du traité politique si
République, en outre
satisfaisant pour
)
nal.
T'honneur natioQuoique ce fut enfin une chose
Cases et Baudin éerivirent
convenue, MM. de Las
une lettre au Président, par la1 D'après ce qui précède, on voit
cet
son collègue avait exigé une déclaration qne motivée accord fut le fait de M. Bandin
lions,
pour consentir lui-méme à 60 mil- dont
la
)) du traité politique si
République, en outre
satisfaisant pour
)
nal.
T'honneur natioQuoique ce fut enfin une chose
Cases et Baudin éerivirent
convenue, MM. de Las
une lettre au Président, par la1 D'après ce qui précède, on voit
cet
son collègue avait exigé une déclaration qne motivée accord fut le fait de M. Bandin
lions,
pour consentir lui-méme à 60 mil- dont --- Page 339 ---
CHAPITRE VIL.
[1858]
conviendrait que les pléniquelle ils lui dirent : qu'il
millions
hattiens offrissent eux-mèmes les 60
potentiaires
le terme de 50 années pour les payer.
et demandassent
et T'on reconnut qu'il
Cette lettre leur fut communiquée,
à
convenable, en effet, qu'il en fut ainsi, par rapport
était
envers leur gouvernela responsabilité de ces Messieurs
ment dont les instructions étaient formelles. février. Elle fut préLa A conférence eut donc lieu le 9
deux
qui dura près de
cédée d'un entretien particulier
français qui
heures, sur la demande des plénipotentiaires
disaient-ils, régler (t quelques points secondésiraient,
à
) avant d'entrer en
) daires des deux traités, l'amiable,
déficonférence officielle où tout devient ordinairement
nitif.
consistaient à renoncer, de la part
Ces points secondaires
à l'article du traité politique
des plénipotentiaires haitiens,
à consentirà ce que le
relatif ( aux ministres publics, n et
d'Haiti donnât une <déclaration écrite pargouvernement
de l'emprunt, et une autre
ticulière )) pour le payement
dus à la France
celui des 700 mille francs restant
pour
de l'indemnité; et de plus, à
sur le premier einquième
commidans le traité financier, d'une (( clause
l'insertion,
cla République, en cas de l'inexé-
) natoire )) par laquelle
du solde de l'indemmème de l'une des annuités
b cution
dans les termes et les conditions de
) nité, serait replacée
de 1825; )) c'est-à-dire, surtout, qu'Haiti
)) T'ordonnance
s'obligerait à payer les 120 millions.
Cases et
dans la 2 conférence, MM. de Las
Or, déjà,
en termes vagues,
Baudin avaient parlé d'une garantie,
du
instructions leur
d'obtenir
gouleurs
preserivaient
que
l'exécution du traité financier, et
vernement haîtien pour
Mainvouloirinsisterà cet égard.
ils avaient semblé ne pas
à-dire, surtout, qu'Haiti
)) T'ordonnance
s'obligerait à payer les 120 millions.
Cases et
dans la 2 conférence, MM. de Las
Or, déjà,
en termes vagues,
Baudin avaient parlé d'une garantie,
du
instructions leur
d'obtenir
gouleurs
preserivaient
que
l'exécution du traité financier, et
vernement haîtien pour
Mainvouloirinsisterà cet égard.
ils avaient semblé ne pas --- Page 340 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D HAITI.
demandant les deux
ils revenaient sur ce point en
tenant,
le rejet de l'article relatif aux
déclarations particulières,
faire la condition de la conministres publics, comme pour
Mais les
cession des 60 millions pour solde de l'indemnité.
haitiens, dans cet entretien particulier,
plénipotentinires
notamment sur la clause
étaient résolus à ne pas céder,
comminatoire ou toute autre garantie 1.
conférence
M. de Las Cases
En entrant en
oficielle,
de
avant
le règlement des points secondaires,
proposa
solde de l'indemnité. Il dit que leur
discuter le chiffre du
solution de ces
de la
résolution à cet égard dépendrait
de l'aret il demanda formellement la radiation
questions,
Le droit d'Haiti d'en
ticle relatif aux ministres publics.
devant résulter,
envoyer auprès de tous les gouvernemens
positive de son indépendance
en effet, de la reconnaissance
invita ses collèle sénateur Ardouin
et de sa souveraineté,
et ils le firent. Il ajouta :
gues à consentir à cette radiation,
ainsi, parce que nous ne pouvons pas
G Nous agissons
l'intention de traiter
français
) supposer au gouvernement
des autres États. )
autrement que ceux
) nos envoyés
défiance à cet égard
M. de Las Cases répondit : ( Toute
et mal fondée. ) Puis, le général Inginac
) serait injuste
les 60 millions payables en 50 ans.
proposa
et lui G prenaient
M. Baudin déclara que son collègue
offres, et qu'il fallait maintenant
note > de ces nouvelles
comminatoire : > il fut appuyé par
examiner la C clause
développa toutes les considérations
M. de Las Cases, qui
instructions données à MM. de Las Cases et Baudin leur prescri1 Il parait que les clanse comminatoire ou une garantie. Celle-ci eit consisté dans
vaient d'obtenir, ou la
de la ville du Mole Saint-Nicolas et de ses environs. 11 m'a
P'occupation, par la France,
de cette ville, de son port, de ses environs, de sa
été fait trop de questions au snjet et même ensnite par S. M. Lonis-Philippe, pour que
température, etc., par ces Messienrs français désirait cette occupation qni, en apparence
je ne croie pas que le gonvernement définitive.
temporaire, serait devenne
d'obtenir, ou la
de la ville du Mole Saint-Nicolas et de ses environs. 11 m'a
P'occupation, par la France,
de cette ville, de son port, de ses environs, de sa
été fait trop de questions au snjet et même ensnite par S. M. Lonis-Philippe, pour que
température, etc., par ces Messienrs français désirait cette occupation qni, en apparence
je ne croie pas que le gonvernement définitive.
temporaire, serait devenne --- Page 341 ---
CHAPITRE VII.
[1858!
réponcette clause. Mais le général Inginac
quimolivaient
nom et au nom de tous mes
dit: ( Je le dis ici en mon
des conditions
jamais
D collègues : nous n'accepterons
toutes les consiD et il s'étendit aussi sur
D semblables;
leur refus. Le sénateur Ardouin
dérations qui nécessitaient
de cette clause
lui vint en aide, en disant : ( L'acceptation
sans
: serait
nous une humiliation,
D comminatoire
pour
Son seul
effectivement pour la France une garantie.
D être
des conditions
D recours en cas de non-accomplisement
d'Haiti ne
serait la
Le Président
D du traité,
guerre
trouverait même
à cette clause, et il ne
) souscrira jamais
1 ) Le sénateur
Haïtien qui voulit la signer
) aucun
ces mots : a A quoi servirait
Frémont étaya son collègue par
commandait
si l'honneur national ne
) une clause pareille,
L'honneur est la seule
de
les engagemens ?
> pas
remplir
exiger. ) Les deux sénala France puisse
) garantie que
et le général
teurs furent soutenus par M. S. Villevaleix,
d'une telle
Inginac qui finit par dire : ( que l'adoption
uneirritation excessivement dangereuse
) clause causerait
) et les autres plésoulèverait
publique;
) et
l'opinion
confirmèrent cette pensée.
nipotentiaires
alors en partiMM. de Las Cases et Baudin s'entretinrent
faire
à la conférence suivante, pour
culier et renvoyèrent
la
résolution. Celle-ci se termina par
proconnaitre leur
haîtiens, de répartir
position que firent les plénipotentiaires
et
la
du solde de 60 millions en 50 ans,
par
le payement
affecterait UI million de
déclaration que la République
dans le
de la 4e "conférence. Je sus ensuite
1 On peut lire ces paroles j'ensse prooès-verbal dit : 4 qu'il ne trouverait même aucun Haîtien
que Boyer trouva mauvais traité que avec la clause comminatoire, > dans la supposition qu'il n
qni voulàt signer un lui-mème. Mais j'avais d'abord dit : e qu'il n'y souscrirait jamais;
voulàt y consentir
donner plus de force à mon affirmation que
et, dans ma pensée, c'était faire pour entendre qu'il était d'accord avec ses conciJ'ajoutais ces mots, pour
toyens.
dit : 4 qu'il ne trouverait même aucun Haîtien
que Boyer trouva mauvais traité que avec la clause comminatoire, > dans la supposition qu'il n
qni voulàt signer un lui-mème. Mais j'avais d'abord dit : e qu'il n'y souscrirait jamais;
voulàt y consentir
donner plus de force à mon affirmation que
et, dans ma pensée, c'était faire pour entendre qu'il était d'accord avec ses conciJ'ajoutais ces mots, pour
toyens. --- Page 342 ---
ÉTUDES SUR L'IISTOIRE D'HAYTI.
francs par an, jusqu'à extinction, en fayeur de
Sur la demande de M. de Las
T'emprunt.
Cases, le général
assura qu'un engagement écrit, revêtu de
Inginac
du Président, serait remis à MM. les
T'approbation
français.
plénipotentiaires
Ils désiraient que la Se conférence eût lieu le
ils consentirent à
10; mais
reprendre la discussion dans
midi du 9, à S heures. Elle s'ouvrit
l'aprèsdonné
par le consentement
par MM. de Las Cases et Baudin
60 millions
solde
au chiffre de
pour
de l'indemnité, et ils
à la clause comminatoire,
renoncèrent
leur
après que le premier eut motivé
résolution par bien des considérations. Il lut
un projet pour le traité politique,
alors
qui n'offrit
observation 1 et un
qu'une seule
autre pour le traité financier dont une
disposition était relative au payement des 700 mille
restant dus en 1825. Celte disposition
francs
devant
ment rappeler
nécessairel'ordonnance du 17 avril, les
tiaires haîtiens
plénipotenn'acquiescérent pas à ce
dans le traité. Mais le
qu'elle fut insérée
général Inginac déclara que le
vernement souscrirait,
goupar un acte particulier,
gement de payer ces 700 mille francs
l'engaégaux, les premiers
en trois termes
juillet 1859, 1840 et 1841: ce
fut
accepté par les plénipotentiaires
qui
Ardouin demanda
français. Le sénateur
que l'obligation de 50
en 1826 par le secrétaire
millions, souscrite
d'Etat de la
20 cinquième de l'indemnité
République pour le
et déposée à la caisse
dépôts et consignations, fit remise à
des
irait à Paris
l'agent haîtien qui
pourl'échange des ratifications des
fut convenu.
traités: cela
1 Cette observation était relative aux mots :
exprimée au Président par les sénateurs
leurs plénipotentiaires, d'après l'idée
pronom.
Frémont et Ardouin, On supprima le
cinquième de l'indemnité
République pour le
et déposée à la caisse
dépôts et consignations, fit remise à
des
irait à Paris
l'agent haîtien qui
pourl'échange des ratifications des
fut convenu.
traités: cela
1 Cette observation était relative aux mots :
exprimée au Président par les sénateurs
leurs plénipotentiaires, d'après l'idée
pronom.
Frémont et Ardouin, On supprima le --- Page 343 ---
[1830]
CHAPITRE VII.
Lesdeux
de
projets
ces traités élant
et d'autre, moyennant les
approuvés de part
rédaction
changemens opérés dans leur
primitive, M. de Las Cases
Inginac de les parapher
proposa au général W à
avec lui, ce qui eut lieu en double
expédition. Il n'y avait plus qu'à rédiger
A
les actes consentis; ; la 6e conférence fut
définitivement
12 février, elà7 heures du
renvoyée au lundi
soir, les
tiens allèrent remettre à Boyer les deux plénipotentiaires haiprojets de
paraphés : ce qui lui occasionna
traités
tion.
une grande satisfacLa 6e conférence se passa à convenir de la
des deux déclarations relatives
rédaction
auj payement de 700
francs, et à Tengagement d'affecter
mille
service de
un million par an au
l'emprunt. La première devait être
les plénipotentiaires
signée par
haîtiens, la seconde par le
d'Etat, et toutes deux revètues de la
secrétaire
sident. Malgré l'accord
ratification du Préexistant à cet
midi du mème jour, MM. de
égard, dans T'aprèssérent à
Las Cases et Baudin adresBoyer deux lettres à ce sujet, et une
par laquelle ils proposaient
troisième
chargé de recevoir les
d'envoyer au trésor un agent
fonds destinés à
:
mière annuité de 1500 mille
payer 1ola prefrancs
20 le solde d'environ 560 mille
pour l'indemnité;
francs encore dus
avances faites par le trésor de
sur les
le service de
France; 30 unl million pour
l'emprunt. L'objet de la troisième
ainsi conçue, était évidemment de faire
lettre,
financier avant sa ratification
exécuter le traité
par S. M. le Roi des
çais.
FranLe mardi, 15 février, les plénipotentiaires
réunirent pour la 7e el dernière
respectifs se
les deux traités, les deux
conférence, afin de signer
déclarations ci-dessus
nées et les derniers
mentionprocès-verbaux, préparés par les se-
troisième
ainsi conçue, était évidemment de faire
lettre,
financier avant sa ratification
exécuter le traité
par S. M. le Roi des
çais.
FranLe mardi, 15 février, les plénipotentiaires
réunirent pour la 7e el dernière
respectifs se
les deux traités, les deux
conférence, afin de signer
déclarations ci-dessus
nées et les derniers
mentionprocès-verbaux, préparés par les se- --- Page 344 ---
34 2
ÉTUDES
9 4
SUR L'HISTOIRE D'HAITI.
crétaires. Les traités devaient ainsi
15 février où ils furent
porter la date du
signés; mais M. Baudin demanda
qu'ils fussent datés du 12, ( parce que le 15
) un jour néfaste pour la France,
février étail
))
sassinat du due de
l'anniversaire de l'asBerry, évènement
) causedu retard mis
les
politique qui fut
par
Bourbons de la
)) à sanctionner les libertés
branche ainée
publiques des Français. )) Son
collègue ayant adopté la même idée,
taine superstition, les
empreinte d'une cerplénipotentiaires haîtiens devaient
respecter leur scrupule de
conscience, et ils
volontiers à leur désir.
consentirent
h Après cette dernière
S heures de
séance, qui avait commencé à
l'après-midi, les plénipotentiaires
lèrent à 7 heures remettre
haîtiens alau Président les deux
politique et financier, signés et
traités,
la lettre de MM. de
wele.learcommmina
Las Cases et Baudin, relative à
cution anticipée du dernier. Sur leurs
l'exédécidé : que des agents de
observations, il fut
iraient
l'administration des finances
porter rles fonds à bord de la frégate la
les compteraient au commandant de
Nérétde, et
nerait un reçu de
ce navire qui en dondépôt, puisque l'envoyé
arrivée en France, devait
haïtien, à son
en prendre charge
d'abord le change de toutes
pour opérer
ces monnaies
monnaie française, et verserles
étrangères en
sommes à la caisse des
pôts et consignations,
dépour ce qui concernait
et le solde des avances du trésor de
l'indemnité
million destiné à
France; el quant au
l'emprunt, dans la banque de
Laflitte. Le Président fit savoir
M. J.
cette décision à M. de Las
Cases, qui vint au palais pendant la
présence des plénipolentinireshaitiens; ce quile contraria beaucoup, et voiei
pourquoi:
Au moment où la mission française venait à
Haiti, M. J.
qui concernait
et le solde des avances du trésor de
l'indemnité
million destiné à
France; el quant au
l'emprunt, dans la banque de
Laflitte. Le Président fit savoir
M. J.
cette décision à M. de Las
Cases, qui vint au palais pendant la
présence des plénipolentinireshaitiens; ce quile contraria beaucoup, et voiei
pourquoi:
Au moment où la mission française venait à
Haiti, M. J. --- Page 345 ---
[1858]
CHAPITRE VHL.
Laflitte adressa
une lettre au Président,
disait : qu'étant
par laquelle il lui,
lui-même porteur d'obligations de
prunt d'Haiti, il s'était assuré
l'emque la grande
des
préteurs consentirait à un mode de libération majorité
naitre, etc qui devait offrir des
qu'il fit conavantages à la
ajouta : que si le Président voulait
République. 11
affecter
un million de franes
annuellement:
pour cette opération et la lui
l'emprunt serait
confier,
promptement éleint 1.
Sans doute, M. J. Laffitte
envisageait les
caisse dans cette
intérêts de sa
proposition; mais s'il
comme il en donnait
pouvait réussir,
l'assurance, le Président
confier à lui, qui avait donné
devait se
tant de preuves de
ment à la
dévoneRépublique, en prenant souvent sa
tribune de la Chambre des
défense à la
motivé la
députés; et c'est ce qui avait
résolution du gouvernement de
lion de franes au service de
consacrer le mill'emprunt, résolution
prise, même sans cette
qu'il eût
binaison
proposition. Or, celle-ci, et la comimaginée par M. J. Laffitte, étaient
connaissance du ministère
parvenues à la
honorable
français. Comme cet hiomme
était de l'Opposition,
S. M.
qu'il était brouillé avec
Louis-Philippe, en même
tiaires
temps que les
français étaient
plénipotenchargés de réclamer en faveur des
1 M. Laffitte proposait de rembourser les 20 mille
pront, intégralement, à1,000 fr.
obligations qui restaient de l'emon ent tiré au sort mille obligations chacune, sans payer d'intérêts : de cette
éteint.
par an, et en vingt ans l'emprunt manière, eût été
On a vu qu'en 1833, Boyer lai avait fait
La République ayant laissé son emprint en rembourser 1,000 obligations
à 200 on 250 fr. au plus, à la bourse. Quand souffrance, ses obligations étaient intégralemeut, tombées
d'importation en monnaies
parnt la loi sur le
Président, de
étrangères, en 1835, des négocians
payement des droits
chacune, afin payer de faciliter nne portion de ces droits en obligations étrangers de
proposèrent at
lenr commerce avec Haiti, ce
l'emprant, à 500 fr.
moyen d'amortir ces obligations avec un
qui serait en même temps un
1,000 fr. Boyer y ayant consenti, le trésor en grand bénéfice, ainsi
puisqu'elles étaient de
également par des Haîtiens. C'est
reçut
une notable quantité
20 inille environ. Mais cette opération pourquoi il n'en restait plus en circulation fournie
disait que la République agissait de mauvaise encourut le blâme du public en France: on que y
foi, etc;
.
moyen d'amortir ces obligations avec un
qui serait en même temps un
1,000 fr. Boyer y ayant consenti, le trésor en grand bénéfice, ainsi
puisqu'elles étaient de
également par des Haîtiens. C'est
reçut
une notable quantité
20 inille environ. Mais cette opération pourquoi il n'en restait plus en circulation fournie
disait que la République agissait de mauvaise encourut le blâme du public en France: on que y
foi, etc; --- Page 346 ---
ÉTCDES SUR L'HISTOIRE D'HAiTI.
ils devaient faire tous
de titres de T'emprunt,
porteurs
à la réalisation des vues de
leurs efforts pour s'opposer
M. J. Laflitte.
où ils présentèrent
dans la conférence
En conséquence,
que sousde déclaration relative à l'engagement
le projet
ce projet
haîtien pourlemprunt,
erirait le gouvernement
à verser
étant libellé de manière à obliger le gouvernement
de France, ) le sénale million, en dépôt, (( à la Banque
Ardouin leur dit qu'il n'en serait pas ainsi (connaisteur
du Président); que cette
sant parfaitement la pensée
versée dans toute autre banque, soit à Paris,
somme serait
ses collèà Londres ou à Amsterdam : il fut soutenu par
notamment par le général Inginac.
gues,
aux plénipotentiaires
Le nom de Paris fit comprendre
et ils
de la banque de M. Laffitte,
français qu'ils'agissait
la Banque de France,
répondirent : que s'ils proposaient
autre
aucun
c'étaitdansl 2 l'intérêt même de la République,
n'offrant autant de sûreté et
établissement de ce genre
le gouavaient appris qu'on engageait
de garantie ; qu'ils
la libéravernementàa adopter une espèce de loterie pour
laquelle ne serait pas ( aussi avantation de Temprunt,
dans la déclaration,
geuse ) que le mode qu'ilsindiquaient échus et dus pour
consistant à capitaliser les intérèts
dix ans, pour former une somme totale
T'emprunt depuis
servis à raison de 5
dont les intérêts seraient désormais
lieu de 6
centd'après le contrat primipour cent, au
pour
cette loterie, ce
tifi; que si le gouvernement adoptait
entre les mains des prèteurs étaient an nombre de 20 mille;
1 Les obligations restant 10 ans, à 6 pour eent, formaient nne somme de 12 millions ;
les intérêts non payés depuis de
serait de 32 millions, at licu de 20 millions.
en les capitalisant, la dette donc Pemprant été a aussi avantageuse > pour la Itépublique que
Une tellc opération n'aurait
pas N. Laffitte. Mais il est vrai que les prètenrs avaient
le mode de libération proposé par Jeurs titres, surtout en les réduisant à 3 pour cent
droit de recevoir des intérêts pour
anl lien de 6 pour cent. --- Page 347 ---
(1858]
CHAPITRE VII. serait de sa part, non-seulement
mens, mais faire
manquer à ses
une chose qui répugnerait
engageFrance, dans le moment où l'on
beaucoup en
espèce de loterie
venait d'y abolir toute
parr rapport à l'immoralité
M. de Las Cases insistant
qui en résulte'. l'emprunt
pour que les sommes destinées à
fussent versées à la Banque de
dela sûreté qu'elle
France, à cause
présentait, le
(
La République
général Inginac lui dit:
aimera mieux courir le
)) faillite dans une banque
risque d'une
mit fin aux efforts
particulière.
espèce de loterie
venait d'y abolir toute
parr rapport à l'immoralité
M. de Las Cases insistant
qui en résulte'. l'emprunt
pour que les sommes destinées à
fussent versées à la Banque de
dela sûreté qu'elle
France, à cause
présentait, le
(
La République
général Inginac lui dit:
aimera mieux courir le
)) faillite dans une banque
risque d'une
mit fin aux efforts
particulière. )) Cette déclaration
tentés pour nuire à M. Laffitte; mais
y réussiten Francemème, où le ministère mit
on
pour porter les prêteurs à
tout en jeu
naison
ne pas souscrire à la combiqu'il avait imaginée : ce qui nécessita
Paris, de deux commissaires
l'envoi, à
chargés de prendre des
rangemens avec les préteurs
ar2. Boyer ratifia les deux traités à la même date
vrier qui leur avait été donnée, afin
du 12 féexprimées
de complaireaux idées
par les plénipotentiaires français. Le
adressa au Sénat un
14, il
message en lui disant :
le
taire
que
secrégénéralInginac etle citoyen S. Villevaleix ainé
chargés de les lui présenter et de fournir
étaient
cations propres à éclairer
toutes les explison opinion. (
)) que le Sénat,
J'aime à penser
appréciant
de
D
litige quidure
l'importance
terminer le
depuis si longtemps entre la
> et la France, etl'avantage
République
pour l'avenir
))
clure ce différend d'une
d'Harti de conmanière
> sous lej plus bref délai, sa sanction favorable, donnera,
aux deux
D s'agit, conformément
traités dont
au voeu del'art. 125
)
de notrep pacte
constitutionnel. ))
Le Sénat se réunit dans
présidence du
l'après-midi du 14, sous la
sénateur Bazelais ; les secrétaires
4 Les loteries fnrent abolies
étaientles
2 Le sénateur Frémont et M. par P. une Faubert loi en 1836. T. X. qui partirent d'Haiti à la fin de 1838. --- Page 348 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAITI. Quelques membres opisénateurs Pierre AndréetAnlonin. des traités eût lieu enséance
nèrent pour quel la présentation
fuspublique, et que les trois stnateuneplinijpdentsire décida le
emclus de la délibération; ; mais la majorité
sent
eut donc lieu à huis-clos; le Sécontraire. La délibération
6, heures du
et sanctionna les traités, vers
nat approuva
pour en donner"
soir, et renvoya au lendemain après-midi
de
séance
Une foule nombreuse
connaissance en
publique. desavoir
y assista. On était curieux
eitoyens et d'étrangers
jours,
négociationsqui dursientdepuisquinse)
le résultatdes
accueillit les deux traités. et une satisfaction générale
composée de son présiLeSénat envoya une députation
secrétaires et de quatre autres de ses memdent, des deux
d'Haiti les deux traités
bres, pour porter au Président
félicien
au sien qui le)
sanctionnés, et un message réponse
issue des négociations qu'il avait entait de l'heureuse
de
français, dèsl l'acceptation
tamées avec le gouvernement
avec
l'ordonnance de 1825.
une satisfaction générale
composée de son présiLeSénat envoya une députation
secrétaires et de quatre autres de ses memdent, des deux
d'Haiti les deux traités
bres, pour porter au Président
félicien
au sien qui le)
sanctionnés, et un message réponse
issue des négociations qu'il avait entait de l'heureuse
de
français, dèsl l'acceptation
tamées avec le gouvernement
avec
l'ordonnance de 1825. Boyer reçut cette députation
éprouvait luiémotion visible, par la satisfaction qu'il
une
enfin, à obtenir une reconnaissance
même d'être parvenu,
d'Haiti, età régler
claire et explicite de la situation politique
Il charnationale d'une manière aussi favorable 1. la dette
était
de dire au Sénat, que son intention
gea la députation
la Néréide les fonds nécesde faire embarquers sur la frégate
l'emde l'annuité de l'indemnité et de
saires au payement
haïtiens partiraient sur
prunt pour 1858; que deux agents
afin d'échance navire avec les plénipotentiaires français,
conditions
ratifications des traités et de régler les
ger les
savoir à MM.de Las Cases et Bandin, qu'une salve serait tirée le
1 Le Président it
les forts de la capitale, en sigue de réjonissance.
embarquers sur la frégate
l'emde l'annuité de l'indemnité et de
saires au payement
haïtiens partiraient sur
prunt pour 1858; que deux agents
afin d'échance navire avec les plénipotentiaires français,
conditions
ratifications des traités et de régler les
ger les
savoir à MM.de Las Cases et Bandin, qu'une salve serait tirée le
1 Le Président it
les forts de la capitale, en sigue de réjonissance. Ils demande
vendredi 16 février, par les navires de guerre; mais M. Baudin proposa de tirer cette
rent à y faire répondre par
que les marins considèrent le vendredi comme un
silve le samedide préférence, paree désir. mauvais jonr. Boyer déféra à ce --- Page 349 ---
CHAPITRE VII.
11858]
entre la République et les pord'un nouvel arrangement
et que l'un de ces agents
teurs des titres de son emprunt,
les membres du Sénat. Ce corps reçut
serait pris parmi
dans la séance du 19 fécette communication et s'ajourna
vrier.
heureux d'avoir réussi à réparer, dans les
Si Boyer fut
de fàcheux dans l'acceptraités de 1858, tout ce qu'ily eut
la
de l'ordonnance de 1825, par la persévérance,
tation
le tact qu'il mit dans ses rapports
modération, la loyauté,
de
si les vrais bons citoyens
avec le gonversenentfnngois
en lui tenant
sa satisfaction,
la République partagerent circonstances et de ses efforts
compte de la dificulté des
servir les intérêts de la patrie, il n'en fut pas
constans pour
être
même assurément de ceux qui, se prétendant
de
d'ètre aussi
seuls vrais
) faisaient profession
6 les
patriotes,
1, On avait remarqué qu'après
toujours de lOpposition
succès de son gouvernement, cette Opchacun des grands
raviver ; ainsi il en avait
position systématique semblait se
de la longue révolte de la Grande-Anse,
été à la pacification
du
à celle des départeà la réunion de T'Artibonite et
Nord,
de
Ainsi il en devait être après les traités
mens de l'Est.
1858.
font
d'être
puissent dire ceux qui
profession
Quoi qu'en
motiver leurs tracasopposans, quoi qu'ils invoquent pour
côtédes
idées judicieuses qu'ils émettent
series, à
quelques
souvent au fond de leurs
dans l'intérêt de leur pays, il y a
de jalousie et d'envie contre ceux qui
coeurs un sentiment
ministres;
revètus du pouvoir et de l'autorité, chefs ou
sont
les portent à blâmer les actes de ceux-ci,
et ces sentimens
sur le sens de cette assertion. Si j'affirme qu'ilyent
1 Que lon ne se méprenne pas opposées à Boyer, je sais aussi qu'il y en eut d'autres
des personnes systéinatiquement était sincère, dépourvu de système, et qui se rallièrent successivedont le patriotisme dans la seule pensée que Boyer eût pu mieux faire et qu'il se
ment montrait a rOpposition, trop obstiné dans ses vues qu'on jngeait rétrogrades.
es de ceux-ci,
et ces sentimens
sur le sens de cette assertion. Si j'affirme qu'ilyent
1 Que lon ne se méprenne pas opposées à Boyer, je sais aussi qu'il y en eut d'autres
des personnes systéinatiquement était sincère, dépourvu de système, et qui se rallièrent successivedont le patriotisme dans la seule pensée que Boyer eût pu mieux faire et qu'il se
ment montrait a rOpposition, trop obstiné dans ses vues qu'on jngeait rétrogrades. --- Page 350 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAITI.
eussent mieux faits'ils
ou tout au moins à penser qu'ils
D'un autre côté, et ceci est remarétaient à leur place.
dans son
toutes les fois qu'une nation est menacée
quable,
l'intérêt comexistence politique par une grande puissance,
chacun à se rallierau gouvernement pour mieux
mun oblige
vient-il à disparaitre, on s'emrésister; mais le danger
de vouloir exiger de sa partdes réformes intérieures,
presse
modifications dans les institutions publiques,
souvent des
de mettre à exécution
sans envisager s'ily y a opportunité
alors. Haiti ne
toutes lesi idées, tous les plans qui surgissent
exceptionnellement, à une telle situapouvait échapper,
tion 1.
dans le livre suivant. Ony verra
C'est ce que l'on verra
imprupar son langage peut-être
comment rOpposition,
sociétéau
de la menacer
dent, remua le bas-fond de la
point
sinon d'une subversion tod'une grande perturbation,
complétons
tale. En attendant le moment d'en parler,
les traités conclus avec la
ce qui reste à dire concernant
France.
traités eurent été ratifiés par le Président
Après que ces
le Sénat, les plénipotentiaires
d'Haiti et sanctionnés par
le brig le Nisus pour aller en apporter
français firent partir
M. Baudin avait reçu une
la nouvelle à leur gouvernement.
il s'y rendit sur le
mission particulière pour la Jamaique;
le Grilfon et en revint vers le 15mars.Dans l'intervalle,
brig
apportés à bord de la Néles fonds furent successivement
les
ils consistaient en 565,794 gourdes ou piastres;
réide;
d'une conversation que j'eus avec lc maréchal Clausel, en 1838, entre
1 J'ai déjà parlé
296). En me témoignant sa satisfaction des traités conels
(Naison-Laffite (t. 5, P.
sa pensée sur les embarras que le gouvernement haîtien
la France et Haiti, il m'exprima
que toute crainte cessait par rapépronverait indubitablement à Pintérienr, [maintenant
port à la France.
794 gourdes ou piastres;
réide;
d'une conversation que j'eus avec lc maréchal Clausel, en 1838, entre
1 J'ai déjà parlé
296). En me témoignant sa satisfaction des traités conels
(Naison-Laffite (t. 5, P.
sa pensée sur les embarras que le gouvernement haîtien
la France et Haiti, il m'exprima
que toute crainte cessait par rapépronverait indubitablement à Pintérienr, [maintenant
port à la France. --- Page 351 ---
CHAPITRE VII.
11858]
des Étatsd'Angleterre,
monnaies de France, d'Espagne,
la Néréide et le Grilfion
Unis, etc., y figuraient. Le 22 mars,
quittèrent le Port-an-Prince.
Ardouin et S. Villevaleix ainé eurent Thomencaia
MM. B.
France
le Président d'Haiti, pourallerenl
d'être désignés par
Leur mission était :
avec les plénipotentiaires français.
l'échange des ratifications des deux traités,
1°de procéderà
les ratifiait; ; 2" de convertir en
siS.M. le Roi des Français
verser à la
monnaie française la somme embarquée, pour
de
les 1500 mille francs
caisse des dépôts et consignations
mille francs resl'annuité de 1858 pour l'indemnité, 560
1 trésor de France pour ses avances, et à la bantant dus au
de francs destiné à l'emde M. J..Laflitte un million
que
de 50millions, souscrite
prunt; 5° de demaderlobligation
ainsi
le secrétaire d'Etat de la République,
que
en 1826 par
l'amortissement avait en
les 2400 titres de l'emprunt dont
le
lieu
le trésor français. En cas de non-ratification par
par
les deux agents haîtiens deRoi de l'un des deux traités,
français que l'un et l'autre
vaient déclarer au gouvernement
nuls; et alors ils verétant indivisibles, ils demeureraient
toutes les sommes dans la banque de M. Laflitte,
seraient
francs du solde revenant au trésor de
moins les 560 mille
à S. M.
France. Ils étaient en outre chargés de remettre
que lui adressa Boyer,
Louis-Philippe une lettreautographe
disdes traités
mettaient fin aux longues
à l'occasion
qui
cussions entre la France et Haïti.
le Griffon se sépara de la frégate, à l'entrée
Le 24 mars,
retourner à Haîti, et la Néréide
des Débouquemens, pour
haïtiens
arriva à Brest le 25 avril'. Les plénipotentiaires
de notifier leurs pouvoirs au ministre des
s'empressèrent
ce navire se trouvait à 300 lienes de Brest ; il y subit
1 Le 14e jour de de 20 son jours, départ, a canse de quelques cas de fièvre jaune.)
une quarantaine
, à l'entrée
Le 24 mars,
retourner à Haîti, et la Néréide
des Débouquemens, pour
haïtiens
arriva à Brest le 25 avril'. Les plénipotentiaires
de notifier leurs pouvoirs au ministre des
s'empressèrent
ce navire se trouvait à 300 lienes de Brest ; il y subit
1 Le 14e jour de de 20 son jours, départ, a canse de quelques cas de fièvre jaune.)
une quarantaine --- Page 352 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE
D'HAYTI,
affaires étrangères,
ratifiés
quileurrépondlit e que les traités seraient
par le Roi, à leur arrivée à Paris
Cases et Baudin
avec MM. de Las
: ce qui était également
lement
annoncé oflicielpar un article du
Moniteur, et ils purent
cette agréable nouvelle
transmettre
au Président d'Haiti . La
tion royale eut lieu le 21
ratificamai, et le 28, le comte Molé
procéda avec les plénipotentiaires
haîtiens à son
contre celle du Président
échange
d'Haiti : le 2 juin, les
furent publiés dans le Bulletin
traités
des lois, et reproduits offieiellement dans le Moniteur.
Toutes ces formalités étant
remplies, les
furent invités
envoyés d'Haiti
par M. le comte Molé à se
le Roi des
présenter à S. M.
Français, pour lui remettre la lettre
dont ils élaient
autographe
porteurs 2.
Ils furent reçus au palais des
Tuileries, le 9 juin.
quelques paroles que le sénateur Ardouin
Après
adressa à LouisPhilippe, le Roilui dit : (( qu'il était satisfait
des
)) venaient d'être conclus
traités qui
entre la France et
) c'était la seule manière
Haïti; que
qu'il convenait de
)) différends
terminer les
qui existaient entre les deux
) ainsi conseilléà Charles
pays; qu'ill'avait
X, mais
des
que
difficultés - qu'il
1 Le snccès de la mission valut à M. Baudin
et à M. de Las Cases sa nomination comme son élévation an grade de contre-amiral,
Dans le projet des ponvoirs qui furent donnés conseiller d'Etat.
qualifiés de commissaires ; ils lui firent
aux agents haîtiens, Boyer les avait
l'écbange des ratifications des traités, ils l'observation, qu'étant chargés de procéder à
liaires. Mais le Président, en
étaient nécessairement ministres
dit à cette
supprimant le premier
plénipotenoccasion : € Ces messieurs se croient sans titre, ne lenr en donna ancun ; il
bassadeurs. >> A leur arrivée en France, ils
doute appelés à joner le rôle d'amcontesté par le ministre des affaires étrangères. prirent le titre d'envoyés qui ne leur fut pas
2 Selon I'nsage diplomatique, les
une copie de sa lettre
envoyés d'Haiti auraient di recevoir du Président
M.1 le comte Molé leur ayant antographe demandé pour être communiquée préalablement au Roi.
a) Nous ne l'avons
mais
cette copie, le sénatenr Ardonin Ini
est encore dans pas;
vous vondrez bien nons excuser, car notre répondit:
de Ini remettre l'enfance. > Le ministre rit de cotte
chancellerie
ils
une déclaration portant en
réponse. Cependant, ils oflrirent
avaient pris lecture; : ce qui fat accepté, II substance ce que contenait la lettre dont
plus pour se rendre on France, ct à Brest ils ne lenr fut pas délivré de passeports non
Paris,
durent en demander an maire pour aller à
in Ini
est encore dans pas;
vous vondrez bien nons excuser, car notre répondit:
de Ini remettre l'enfance. > Le ministre rit de cotte
chancellerie
ils
une déclaration portant en
réponse. Cependant, ils oflrirent
avaient pris lecture; : ce qui fat accepté, II substance ce que contenait la lettre dont
plus pour se rendre on France, ct à Brest ils ne lenr fut pas délivré de passeports non
Paris,
durent en demander an maire pour aller à --- Page 353 ---
CHAPITRE VII. [1858]
facile de surmonter s'étaient opposées
)) n'est pas toujours
les Haïtiens
intentions; qu'il espérait que
)) à ses propres
avaient été Français,
toujours qu'ils
) se ressouviendraient
ils devaient
indépendans de la France,
) et que, quoique
afin d'entrea été leur métropole,
) se rappeler qu'elle
amitié et d'un comelle des relations de bonne
)) tenir avec
avantageux. 1 )) Lonis-Philippe
) merce réciproquement
la lettre de Boyer; ; et en congéajouta : qu'il répondraità
incesil leur dit qu'il les présenterait
diant les envoyés,
2,
à la Reine et à la famille royale, à Neuilly
samment
une fonle de questions sur la situation
1 Après ces paroles, le Roi adressa aux envoyés
sur la partie de l'Est principaled'Haiti, sur ses productions, sa population, son armée,
de la qualité d'Haîtien,
il désira savoir s'il y avait beauconp de bluncs jonissant
amenés là
ment;
Saint-Nicolas beancoup des ancions Allemands
s'il existait encore an Môle
était fertile, si l'air y était sain pour les Européens :
dans le siècle dernier, si ce quartier
comme citoyens dans ionte la République
enfin, quel était le nombre de blancs admis
du Roi des Français, parurent aux
assez naturelles de la part
Toutes ces questions,
politiques, sinon pour le présent, du moins pour
envoyés empreintes de préoccupations anssi bien que possible; et quant à la partie
l'avenir. Il lui fut répondu sur toutes,
en 1822 et qui prétèrent serde PEst : que tous les blancs qui y étaient propriétaires Haitiens ; qu'il n'y avait plus d'Allement de fidélité à la République, furent reconnus territoire était excessivement aride, que
mands dans Tarrondissement du Mole; que ce
nombreuses mortalités snrvennes rene
l'air
était malsain, ce qui était prouvé par les
ne faisant
y Allemands. Enfin, sur la dernière question : & Le gouvernement mêmes droits
parmi les
et les blancs qui jonissent des
Juunie
> ancune distinction entre les indigènes le nombre de ces derniers. D Cette réponse, U
eu l'idée de constater
les
n qu'enx, n'a jamais
il sourit, et congédia
quoiqne vraie, parnt trop diplomatique a Lonis-Philippe;
envoyés. d'être invités à diner à Neuiliy, le 4 jnillet suivant. 2 En effet, ils eurent l'honnenr
ils reçurent les preuves de la plus
Présentés par le Roi à toute sa famille si distinguée, le sénateur Ardouin fut même
grande considération pour Haiti qu'ils représentaient; Clémentine qu'ily avait accomadmis à se placer à table entre la Reine et la princesse Baudin y étaient anssi.
trop diplomatique a Lonis-Philippe;
envoyés. d'être invités à diner à Neuiliy, le 4 jnillet suivant. 2 En effet, ils eurent l'honnenr
ils reçurent les preuves de la plus
Présentés par le Roi à toute sa famille si distinguée, le sénateur Ardouin fut même
grande considération pour Haiti qu'ils représentaient; Clémentine qu'ily avait accomadmis à se placer à table entre la Reine et la princesse Baudin y étaient anssi. Les envoyés yr
pagnée. Le comte Molé, M. de Las Cases et l'amiral
point cette réception sinéanmoins que le Monitenr ne mentionna
:
L
d'Haiti remarquèrent
le Journal des Débats dit senlement le lendemain Ao
Nlattense pour eux et leur pays, et que
affaires étrangères et président du conseil,
comte Molé, ministre des
wefi
G Hier, M. le
le baron de Las Cases ont en P'honneur de diner avec
M. le contre-amiral Baudin et M. et
le roi. >
ministériel n'ait pas été informé de la présence des
Il est impossible que ce jonrnal
dans l'omission de
envoyés d'Haiti à Nenilly: il y avait donc intention compréhensible ce n'est que comme fait histoleurs noms. Ay reste, si je parle de cette particularité,
des attentions et des
et moi, nous n'avons eu qu'à nous féliciter
fonle
rique ; car, mon collègue
dans cette mission, de la part des ministres et d'une
égards dont nons fimes l'objet,
été
Nous eûmes l'honneur de
éminens auxquels nous avons présentés. M. Barthe
de personnages
le comte Molé,1 l'amiral de Rosamel,
dîner égalementavec quatre des ministres: --- Page 354 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE
D'HAYTI. La conversion des monnaies,
opérée à la caisse des
pôts et
déconsignations où la somme de
avait été
565,794 gourdes
déposée , produisit 2,986,555
28, juin, tous les
francs 1. Le
versemens étaient effectués
voyés d'Haiti,
par les enpour l'indemnité, pour le trésor,
banque de M. Laffitte
pour la
qui reçut, outre le million destiné à
l'emprunt, un surplus de 106,206
francs 2. Ce
même y resta en dépôt,
million
parce que les porteurs de titres de
l'emprant ne voulurent
pas acquiescer au mode de
ration qu'il avait
libéproposé au gouvernement haîtien. A ce sujet, et d'après des
pétitions très-vives
à la Chambre des
adressées
députés par quelques-uns d'entre
ministre des affaires
eux, le
étrangères invita les envoyés à
conférence où se trouvèrent
une
M. des
Lacave-Laplagne, ministre
finances, l'amiral Baudin et M. de Las
Cases. II s'aet le comte de Montalivet; ; avec M. Dapin ainé,
le comte de Laborde, avec M. président de la Chambre des députés, avec
tontes ces réunions, on nous Dntrône, alors conseiller à la cour royale
ciations d'Haîti
exprima une loyale satisfaction de
d'Amiens. Dans
avec la France, laqnelle
l'issue beureuse des
du jeune peuple admis désormais
servirait à favoriser la prospérité et la
négoVore à cette occasion, il n'est
sans éqnivoque, parmi les nations
civilisation
id le désir de voir la
pas un senl des personnages dont s'agit qui independantes.
ntrône, alors conseiller à la cour royale
ciations d'Haîti
exprima une loyale satisfaction de
d'Amiens. Dans
avec la France, laqnelle
l'issue beureuse des
du jeune peuple admis désormais
servirait à favoriser la prospérité et la
négoVore à cette occasion, il n'est
sans éqnivoque, parmi les nations
civilisation
id le désir de voir la
pas un senl des personnages dont s'agit qui independantes. ue nons ait Mais,
concernant l'erclusion République abroger enfin les dispositions de sa
exprimé
des hommes de la race blanche de
constitution politiqne
l'intérét, disaient-ils, de son avenir,
la société haitienne, et cela dans
trie, de leurs capitanx. etc. par Tintrodnetion de leurs lumières, de leur indusHélas ! ces personnes ne se doutaient pas de ce
traités si honorables pour elle ! Elles
qui se passait alors à Haiti, à
des
sur le principal fonctionnaire
ignoraient l'acte sauvage qui venait propos
de cette atrocité
haîtien qui avait pris part à ces traités,
d'être commis
jugeaient compromettant
parce que les antenrs
avec l'étranger. En général, les
pour la sûreté publique tont
tous les motifs des
Européens ont toujours semblé ne pas pouvoir arraugement pris
d'Haiti. dispositions exclusives
comprendre
Des siècles s'écoulent avant
qu'ils reprochent à la constitution
que certaines
politiquo
civilisées, ne parviennent à la jouissance de tous classes d'hommes, dans ces contrées
tat n'arrive qu'à la suite de grandes révolutions leurs droits natarels, et souvent ce résulsont plas faciles dans nn pays qui n'a
sociales; et l'on veut croire que les choses
la barbarie du régime colonial ! pas encore 60 années d'existeuce, et qui est sorti de
1 Le vice-amiral Grivel, préfetmaritime
avait mis tous ses soins
à Brest, -le méme qai vint à Haiti
à MM. Ardouin
pour expédier ces fonds à Paris. Il ft
en 1825,-
et Villevaleix, de même
les
l'accneil le plus bienveillant
Brest. que
autres antorités civiles et militaires de
2 Environ 25 mille francs de ces fonds servirent
voyés d'Haiti firent fabriqner à Paris,
à payer dn papier Aligrané gae les enpour des billets de caisse.,
le méme qai vint à Haiti
à MM. Ardouin
pour expédier ces fonds à Paris. Il ft
en 1825,-
et Villevaleix, de même
les
l'accneil le plus bienveillant
Brest. que
autres antorités civiles et militaires de
2 Environ 25 mille francs de ces fonds servirent
voyés d'Haiti firent fabriqner à Paris,
à payer dn papier Aligrané gae les enpour des billets de caisse., --- Page 355 ---
CHAPITRE VII.
[1858]
de la nécessité, pour le gouvergissait de les convainere
de sa bonne foi ennement haîtien, de donner des preuves
des titres de l'emprunt, en adoptant
vers les porteurs
celles qui avaient été sugd'autres voies de libération que
d'en
et ils devaient être chargés
gérées par M. Laffitte,
d'Haîti. Dans cette conféfaire un rapport au Président
et cette urM. le comte Molé, avec ce tact exquis
rence,
se montra très-conciliant; il
banité qui le distinguaient,
consentiraient à réduire
exprima l'espoir que les créanciers
le
de
de 6 qu'ils étaient d'après
les intérêts
l'emprunt, cent. Il n'en fut pas de même
contrat de 1825, à 5 pour
dont le langage était quelque peu
de M. Lacave-Laplagne,
força le sénateur
acerbe à l'égard de la Républiqne: ce qui
la ciArdouin à relever le ton général de ses paroles, par
de la part de
tation de faits bien autrement reprochables
avoir fait
gouvernemens de l'Amérique, après
plusieurs
occasionnés aux finances
un exposé succint des embarras
de 1825, et
de T'ordonnance
d'Haiti, et par l'acceptation
quil'avaient suivie jusles interminables négociations
par
année. Les envoyés promirent, enfin,
qu'à cette présente
et émirent l'opinion
d'en parler à Boyer à leur retour,
de nouveaux agents pour
qu'il enverrait prochainement
de titres de
des arrangemens avec les porteurs
prendre
l'emprunt.
PaLeur mission étant terminée, les envoyés quittèrent
à Brest le31, sur la colris le 21 juillet et s'embarquérent dans la soirée, ce navette la Sarcelle : le 15 septembre
Une
l'ancre dans la rade du Port-au-Prince.
vire jeta
d'Haîti recevait les ratifications
heure après, le Président
traités du 12 février,
de S. M. le Roi des Français aux deux
lui avait
autographe qu'il fit à la lettre que
et la réponse
adressée Boyer.
rent
à Brest le31, sur la colris le 21 juillet et s'embarquérent dans la soirée, ce navette la Sarcelle : le 15 septembre
Une
l'ancre dans la rade du Port-au-Prince.
vire jeta
d'Haîti recevait les ratifications
heure après, le Président
traités du 12 février,
de S. M. le Roi des Français aux deux
lui avait
autographe qu'il fit à la lettre que
et la réponse
adressée Boyer. --- Page 356 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAYTI.
Quand le Président eut reçu les dépêches de
annonçant la ratification des traités
ses agents
adressa au Sénatle
par Louis-Philippe, il
messagesuivant, en date du
(( Citoyens sénatenrs,
28 juillet:
conformément à l'article
la constitution, j'ai le plaisir de
121 de
vous faire
nier sceau a été mis aux
part quele derarrangemens qui furent
en février de cette année, entre la
conclus
France et la
blique.
Répu-
) J'ai reçu des commissaires haitiens
lettres; ; l'une à la date du 28
en France deux
mai, l'autreà celle du
par lesquelles ils m'informent
19juin,
fiés le 21
que les traités ont été ratimaij par le Roi des Français, et
ratifications a eu lieu le 28 dudit
que l'échange des
mois. Ainsi se trouve
accompli l'oeuvre de la reconnaissance de la
comme Etat libre, souverain et
République
depuis vingt-deux
indépendant, ceuvre qui,
ans, était l'objet de la
vive
tude du gouvernement.
plus
sollici-
)) L'accueil que Sa Majesté
voyés de la
Louis-Philippe a fait aux enRépublique, qui ont été reçus et
les agents
traités comme
diplomatiques des autres nations, et
nance royale, qui prescrit l'exécution des
l'ordontraités
avec Haiti, prouvent que la France est vis-à-vis conclus
publique dans
de la Réune voie de sineérité qui ne peut
d'affermir de plus en plus les
manquer
rapports de bonne intelligence entre les deux pays. C'est à la nation haîtienne
continuer de se rendre digne,
à
le
par sa loyauté et son
pour droit des gens, du rang où elle s'est élevée respect
courage et par la pratique des vertus
par son
peuples civilisés.
qui distinguent les
> J'ai Phonneur, etc.
Et le même
Signé: BoYER.
jour, par un acte rendu ( au nom de la Ré-
d'affermir de plus en plus les
manquer
rapports de bonne intelligence entre les deux pays. C'est à la nation haîtienne
continuer de se rendre digne,
à
le
par sa loyauté et son
pour droit des gens, du rang où elle s'est élevée respect
courage et par la pratique des vertus
par son
peuples civilisés.
qui distinguent les
> J'ai Phonneur, etc.
Et le même
Signé: BoYER.
jour, par un acte rendu ( au nom de la Ré- --- Page 357 ---
11858]
CHAPITRE VII.
publique, )) le Président ordonna
les
publiés et exécutés selon leur
que
traités fussent
forme et teneur,
La signature de ces traités par les
pectifs, leur ratification
le
plénipotentiaires respar
Président
sanction par le Sénat, étant
d'Haiti, et leur
terminés le 15
laissant presque aucun doute
février, et ne
S, M. le Roi des
sur leur ratification par
Français, le gouvernement crut
donner un avertissement indirect à celui
devoir
qui avait institné, dans
des Etats-Unis
plusieurs ports de
a des agents commerciaux
la République, eral
)) qui n'étaient point
auprès de lui. En
accrédités
conséquence, le 25 février, le
publia une circulaire du grand
Télégraphe
qui leur
juge aux tribunaux
((
civils,
enjoignait de ne point souffrir ni tolérer
>mais qu'aucune
désorpersonne, sous aucun
pacte en qualité d'agent
prétexte, fit aucun
>ment autorisée
consulaire, sans avoir été officiellepar l'eaequatur indispensable du
onement.. Et, le 5 mars, le secrétaire
gouverun avis au public dans le même
général publia aussi
prissent le titre
but, soit que ces personnes
d'agent consulaire ou celui
mercial,
d'agent com- --- Page 358 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAYTI.
RESUME DE LA CINQUIÈME
ÉPOQUE,
Sil'ordonnance du roi de France avait
négative de la souveraineté
paru ambigue el
Boyer qui
d'Haiti, aux yeux même de
l'accepta, à ceux du Sénat qui
toutnaturel
la
l'entérina, il était
que
nation éprouvât un sentiment
sion à l'égard de cet acle et de
de répulmécontentement contre le
gouvernement, dès qu'il fut publié et que l'on
particnlarités relatives à son
apprit les
acceptation,
sence d'une flotte française dans le
surtout la présemblait
port de la capitale,
avoir intimidé le chef de PÉtat.
qui
résultait encore de la surexcitation
Ce sentiment
le cours de l'année
des esprits pendant
précédente, pardiversactes
pour porter la nation à se
à
qu'il publia
préparer une
tance.
vigoureuse résisCe fut dans le Nord de la République
immédiatement
que se traduisit
ce mécontentement, non sans
un complot tformé contre
doute dans
Boyer, mais pardes
lentes qui
paroles virupouvaient en faire naitre un.
avisé
faits par le général
Aussi,
de ces
Magny, Boyer se porta-t-il de suite au
Cap-Haitien. Sa conduite énergique, mais
modérée
en même
en cette circonstance, réussit à
temps
dont le moindre effet ett été la
dissiper ce danger
scission du Nord
autres départemens.
avec les
Pendant qu'il ramenait les
esprits au calme par la
suasion, en expliquant les motifs qu'il avait
perl'ordonnance dont s'agit, il fut rappelé à la pouraccepter
fille de Pétion se mourait.
capitale où Ia
Pen de temps après, un consul général de
France y
modérée
en même
en cette circonstance, réussit à
temps
dont le moindre effet ett été la
dissiper ce danger
scission du Nord
autres départemens.
avec les
Pendant qu'il ramenait les
esprits au calme par la
suasion, en expliquant les motifs qu'il avait
perl'ordonnance dont s'agit, il fut rappelé à la pouraccepter
fille de Pétion se mourait.
capitale où Ia
Pen de temps après, un consul général de
France y --- Page 359 ---
[1858]
CHAPITRE VII,
arriva accompagné de plusieurs autres
En les
agents secondaires.
acerédlitantauprés du gonvernementhatien dont
devaient obtenir leur
ils
exequatur, le gouvernement
déclarait, par cela même, qu'il reconnaissait
français
dance et la souveraineté d'Haiti,
l'indépenquivoque del'ordonnance
malgré l'anomalie et l'édu roi Charles X.
La transaction opérée nécessita la
corps législatif ; elle eut lieu
prompte réunion du
en janvier 1826. Afin
prouver sa bonne foi dans cette
de
affaire, et celle
montrer aussi le peuple haîtien,
que devait
des communes à
Boyer porta la Chambre
voter une loi qui déclarait ((
nale, ) les 150 millions de francs
delte natioFrance. Une autre loi
consentis envers la
imposa une contribution
naire à l'effet de payer cette
extraordisomme.
Les lois formant le code rural, le code de
code d'instruction criminelle
commerce, le
et le code
sur une nouvelle
pénal, et d'autres
organisation de la gendarmerie, de l'ordrejudiciaire, de la chambre des
ligne, de la garde
comptes, des troupes de
nationale, de
hypothèques, et surd'autres
l'enregistrement et des
matières,
furent décrétées dans cette
préparées à l'avance,
session législative,
plus laborieuses de la deuxième
l'une des
allait finir cette année.
législature dont le mandat
Lesagents envoyés en France avaient contracté
prunt à Paris pour payer le premier
un emlixée parl'ordonnance
terme de l'indemnité
royale de 1825; mais la
tenue par cet emprunt ne suflisant
somme obpas, le
expédia un million de piastres qui lui restait gouvernement y
trésor national et qui ne suffit
en réserve au
Cesagents n'avaient
pas encore pour cet oljet.
pu obtenir du gouvernement
qu'une convention pour régler les
français
et denavigation
rapports de commerce
entre les deux pays, au-lieu du traité
qui
me de l'indemnité
royale de 1825; mais la
tenue par cet emprunt ne suflisant
somme obpas, le
expédia un million de piastres qui lui restait gouvernement y
trésor national et qui ne suffit
en réserve au
Cesagents n'avaient
pas encore pour cet oljet.
pu obtenir du gouvernement
qu'une convention pour régler les
français
et denavigation
rapports de commerce
entre les deux pays, au-lieu du traité
qui --- Page 360 ---
ETUDES SUR L'HISTOIRE D'HAYTI.
de l'ordonnance par rapport à
devait effacer l'ambiguité
d'Haiti, et réduire l'inl'indépendance et la souveraineté
demnitéà un chiffre raisonnable.
éludait
ratifier cette convention qui
Boyer ne pouvait
entre Haiti et
de la transaction
ainsi la question principale
Sénat
fut d'acla France. Il communiqua sa pensée au
qui
lui
refuser cette ratification et faire cesser
cord avec
pour
au
la faveur du demi-droit accordé au commerce français
années.. En conséquence, il publia une déclabout de cinq
sens il avait accepté l'orration pour expliquer dans quel
et la France
donnance royale, afin de fixer le peuplehaitien
sa résolution. Cet acte d'une ferme politique
elle-mème sur
des
à
le gouvernement 2 français à envoyer
pouvoirs
porta
à l'effet de souscrire une nouvelle conson consul général,
aboutir au résultat désiré par
vention ; mais elle ne put
Haiti.
accréPendant qu'on s'en occupait, la Grande-Bretagne
un consul général et des agents
ditait dans la République
de l'Eusecondaires, et la plupart des autres puissances
nommaient aussi des consuls.
rope y
une attitude déToutefois, Boyer se vit obligéà prendre
de la France; et par suite de la loi sur une
fensive à l'égard
de ligne, il ordonna le
nouvelle organisation des troupes
recrutement des corps pour les porter au grand complet.
qui devait amener le désarAinsi, la transaction politique
la cause d'un état
mement relatif du pays, fut au contraire
fallutconsidérable et nuisible aux finances. Aussi
militaire
y faire face; ; le papier-monil recourir à un expédient pour
naie fut créé par cette nécessité impériense.
contracter
telle situation, il était impossible de
Dans une
eflectuer le payement
un nouvel emprunt à l'étranger pour bien il fallut obtedu second terme de l'indemnité. Aussi
insi, la transaction politique
la cause d'un état
mement relatif du pays, fut au contraire
fallutconsidérable et nuisible aux finances. Aussi
militaire
y faire face; ; le papier-monil recourir à un expédient pour
naie fut créé par cette nécessité impériense.
contracter
telle situation, il était impossible de
Dans une
eflectuer le payement
un nouvel emprunt à l'étranger pour bien il fallut obtedu second terme de l'indemnité. Aussi --- Page 361 ---
CHAPITRE VIl.
[1858]
indispensables
de la France les garanties
nir préalablement
Haïti sur la question de son indépendance
pour rassurer secrétaire d'Etat se borna à envoyerau gousouveraine. Le
le second terme de
vernement français une obligation pour
même
que le Président d'Haiti conl'indemnité, en
temps
de l'armée,
voquait de nouveau à la capitale les généraux
ses actés depuis leur première
afin de leur communiquer euxles mesures de guerre que des
réunion et d'arrêteravee
Loin de reconnaitre les
éventualités pourraient nécessiter.
d'entre
bonnes intentions que Boyer avait eues, plusieurs
osèrent concevoir le projet de le déposer du pouvoir,
eux
expérimenté de l'un d'eux
etil fallut tout le patriotisme
faire avorter ce projet. Mais cette pensée coupable
pour
la méfiance et le mécontentement qui avaient
entretint
de l'ordonnance royale de 1825; ces
surgi de l'acceptation
sentimens allaient se traduire en une conspiration quelques
mois après.
la Chambre des communes fut reDans l'année 1827,
s'associant aux
nouvelée intégralement. Les représentans,
création du
sanctionnèrent la
vues du pouvoir exécutif,
lois qu'ill lleur propapier-monnaie et édictèrent plusieurs
d'entre elles furent conçues dans le but de moposa. Deux
avait de trop onéreux
difier, au profit d'Haiti, ce qu'il y
dans
finances et de trop contraire à sa souveraineté
pourses
du roi de France: : 1° en abrogeant tous les
T'ordonnance
des produits d'Haiti, ce qui annullait
droits àl'exportation
français jonissaità cet égard;
la faveur dont le commerce
des mars
tles droits perçus à l'importation
20 en augmentant et sur-élevant le tarif des douanes par
chandises exotiques
de l'évaluation de ces marchandises.
le prix moyen
Boyer avait échappé à la
Avant la session législative,
occade l'arsenal de la capitale, qui
mort dans l'explosion
'Haiti, ce qui annullait
droits àl'exportation
français jonissaità cet égard;
la faveur dont le commerce
des mars
tles droits perçus à l'importation
20 en augmentant et sur-élevant le tarif des douanes par
chandises exotiques
de l'évaluation de ces marchandises.
le prix moyen
Boyer avait échappé à la
Avant la session législative,
occade l'arsenal de la capitale, qui
mort dans l'explosion --- Page 362 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAYTI.
à TÉtat par l'incendie de ces
sionna de grandes pertes
attenans. La session était à
établissemens et des magasins
close, qu'il y échappa de nouveatl, par la découverte
peine
ourdie contre sesjours.
d'une conspiration
financières
L'année suivante se passa en mesures
parle
de la quotité de 5 gourdes, et de
retrait du papier-momnaie
circulait
monnaie métallique dite d serpent qui
l'ancienne
même temps l'hôtel des monnaies en frapdepuis 1815. En
pait une de meilleur aloi.
suivies avec
1829 fut une année de stériles négociations
parvenir à la conclusion
le gouvernement français, pour
de l'indépend'un traité formel, quant à la reconnaissance
relative à
dance d'Haiti, et d'une convention financière
Néanmoins, les bases en furent convenues au
l'indemnité.
session législative, anpoint que Boyerput, en ouvrantla
le demi-droit stinoncer à la Chambre des communes que
français cesserait dès le 1er janpulé pour le commerce
vier 1851.
avait circulé à l'étranger, que l'EsDès 1828, le bruit
de son
à une (entative de restauration
pagne se dlisposait
colonie de l'Est d'Haiti, et cette
autorité dans son ancienne
à prendre des menouvelle avait porté le gouvernement
1850, un
militaires dans cette partie. En janvier
sures
de cette puissance se présenta
ministre plénipotentiaire
mais
la remise de ce territoire;
et réclama pacifiquement
n'avait rien enlevé
il lui fut répondu que la République colonie avait été
T'indépendance de sa
à T'Espagne, que
s'incorporérent volonproclamée par les populations qui
l'état des choses
tairement à la République, que partant
ne pouvait changer.
français arriva avec la misDans cette année, un agent
mais,
sion de refaire les actes convenus précédemment;
territoire;
et réclama pacifiquement
n'avait rien enlevé
il lui fut répondu que la République colonie avait été
T'indépendance de sa
à T'Espagne, que
s'incorporérent volonproclamée par les populations qui
l'état des choses
tairement à la République, que partant
ne pouvait changer.
français arriva avec la misDans cette année, un agent
mais,
sion de refaire les actes convenus précédemment; --- Page 363 ---
[1858]
CHAPITRE VII.
n'ayant pu s'entendre avec le gouvernement, il
même lemps qu'un agent haîtien était
repartit en
pour continuer la négociation.
envoyé en France
Ons'en occupait à
quand une révolution détrôna Charles
Paris,
nouvelle
X et institua une
dynastie en France. L'agent haîtien continua
d'y rester, dans l'espoir de terminer cette
Le grand événement
négociation.
survenu en France exalta
l'esprit public en Haïti, qu'à la capitale,
tellement
dentdéplorable
propos d'unincisurvenu entre deux
ter uine opposition insensée
personnes, on vit éclacontre le
ministère public dut poursuivre les
gouvernement; le
se rétablit.
agitateurs, et le calme
En ce moment, par nn article officiel, le
désavouala prolongation du séjour de
gouvernement
que cependant il n'avait
son agent à Paris,
pas rappelé et à quiil n'avait
envoyé de nouveaux pouvoirs, à raison de la caducité pas
premiers. Bientôt après, cet agent arriva à la
des a
remit au chef de T'État deux traités
capitale et
le roi des
qu'ilavait signés et que
Français avait ratifiés ; l'un était relatif
arrangemens financiers pourle
aux
demnité;
payement du solde de l'inl'autre, au commerce et à la navigation
deux pays; ils étaient tous deux
entre les
entrainant
indivisibes, le rejet de l'un
également celui de l'autre. Or, par le
l'agent haîtien avait
dernier,
sentant des
outrepassé ses instructions en constipulations contraires aux institutions
ques d'Haiti :ce traité ne pouvait être ratifié
politiT'Etat; il refusa sa ratification à
par le chef de
l'un et à l'autre.
lution porta leconsul général de France
Cette résoà
lations avecle
rompre toutes l'egouvernement et à se retirer dans son
Boyer fit écrire au gouvernement
pays.
français
quer ses motifs. Cette dépêche, mal
pour expliaccueillie, eut
réponse une note verbale qui reflétait les
pour
sentimens
T. X.
éprou23
politiT'Etat; il refusa sa ratification à
par le chef de
l'un et à l'autre.
lution porta leconsul général de France
Cette résoà
lations avecle
rompre toutes l'egouvernement et à se retirer dans son
Boyer fit écrire au gouvernement
pays.
français
quer ses motifs. Cette dépêche, mal
pour expliaccueillie, eut
réponse une note verbale qui reflétait les
pour
sentimens
T. X.
éprou23 --- Page 364 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE
D'HAYTI,
vés par le gouvernement français. Il y fut
nole de même nature, et les relations
répliqué par une
les deux gouvernemens
diplomatiques entre
furent dès lors
1852 amena le renouvellement
suspendues.
dela législature.
proclamation
Dans la
qu'il publia à cet effet,
teurs de nommer des
Boyerdisait aux éleccitoyens ( qui
)) les améliorations
sauraient apprécier les
réclamées parle véritable
) nal. ) Plusieurs avocats
intérêt: tnatiofurent nommés
par leurs lumières, ils devaient
représentans, et
communes..
diriger la Chambre des
Aussi, àl'ouverture de la session,
tendre au Président des
firent-ils ende sa proclamation
paroles en rapport avec les termes
et l'espoir qu'ils avaient, que le
parlementaire
régime
s'inangurerait dès cette session. Dans
adresse votée immédiatement
une
au
teurs réclamérent
pouvoirexéutif, ces oraune foule de mesures comme des
liorations nécessitées
amépar l'état des choses. Ils
des tribunes au sein de la
firent ériger
exemple.
législature, et le Sénat imita cet
Ces dispositions auraient
lutte entre l'Opposition, ecasionnéinmcfiatements tune
installée dans la Chambre des
communes, et le pouvoir exécutif, si
une lutte d'influence
parmi ses orateurs
n'avait pas surgi, chacun des
aspirant à dirigercette Chambre.
avocats
rilité de la session
Ce fut la cause de la stélégislative, au grand
du public et des avocats eux-mêmes
désappointement
profita de leur division.
: le pouvoir exécutif
Quelques mois après, des officiers ministériels
et autres) revètus de la qualité de
(avocats
donnédes sujets de
représentans, ayant
plainte aux tribunaux
leur
rence, ces tribunaux voulurent
par
irrévéclamèrent leurs
les en punir; mais ils réimmunités à raison de leurs
comme législateurs. Ces
fonctions
plaintes fureut portées au grand
ésappointement
profita de leur division.
: le pouvoir exécutif
Quelques mois après, des officiers ministériels
et autres) revètus de la qualité de
(avocats
donnédes sujets de
représentans, ayant
plainte aux tribunaux
leur
rence, ces tribunaux voulurent
par
irrévéclamèrent leurs
les en punir; mais ils réimmunités à raison de leurs
comme législateurs. Ces
fonctions
plaintes fureut portées au grand --- Page 365 ---
CHAPITRE VII.
[1858]
ordre du chef de TEtat, adressa
juge, et ce ministre, par
décida
tout officier
circulaire à cette occasion. Elle
que
une
devait opter entre les deux
ministériel, élu représentant,
ces faits
étaient incompatibles par
natures de fonctions qui
circulaire par
dénoncés. Le grandjuge fondait sa
ci-dessus
de l'art. 81 de la constitution
T'analogie des dispositions
de reentre les fonctions
disant: ( Ily ai incompatibilité
et toutes fonctions publiques
)) sentant des communes
))
)) salariées parlEtat.
formant l'OpQuelques-uns des avocats représentans,
dans la Chambre des communes, pensèrent que
position
cette mesure avait été
c'était à cause d'eux-mèmes que
la session de 1855, ils demandèrent la compaprise; et à
circulaire. Mais
répondre sur sa
rution du grand juge pour
des autres avocette proposition fut rejetée par l'influence
la direction dans la Chambre,
cats qui leur disputaient
lutte entre eux devint si
ceux-ci approuvant la mesure. La
H. Dumesle et David Saint-Preux
vive et si passionnée, que
l'influence de
furent exclus par Ia Chambre, placée sous
Milscent et des autres avocats. Cette décision inconstitu.
ceux
en étaient victimes, à
tionnelle fut attribuée par
qui
ils
de leurs collègues avec le chef de l'Etat :
une entente
au
contre leur exclusion et en appelèrent
protestèrent
la haute cour de justice, sil'on
Sénat, afin d'être jugés par
Mais le Sénat
admettait qu'il y avait lieu de les accuser.
déférer à leurs désirs, puisque la
résolut qu'il ne pouvait
contre
Chambre ne lui avait adressé aucune accusation
Privés de cette ressource pour se justifier, H. Dueux.
Saint-Preux devinrent les chefs de l'Opmesle et David
ce rôle à ouposition dans le pays, pour 6 poursuivre
trance.
l'archevèque d'Haiti, qui s'était retiré
Dans cette année,
énat
admettait qu'il y avait lieu de les accuser.
déférer à leurs désirs, puisque la
résolut qu'il ne pouvait
contre
Chambre ne lui avait adressé aucune accusation
Privés de cette ressource pour se justifier, H. Dueux.
Saint-Preux devinrent les chefs de l'Opmesle et David
ce rôle à ouposition dans le pays, pour 6 poursuivre
trance.
l'archevèque d'Haiti, qui s'était retiré
Dans cette année, --- Page 366 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAYTI,
volontairement dans l'un des couvens de la
1850, y étant décédé, la cour de Rome
Havane, dès
à Haiti un légat
se décida à envoyer
qui y arriva dans les
1834. Sa mission avait
premiers jours de
pour but de régler les affaires
ligieuses, de concert avec le Président de la
reEntré en conférence avec des
République.
agents
telles difficultés à la
haitiens, il opposa de
conelusion d'un
acte ne put avoir lien. Mais le Président concordat, que cet
à Rome
le chargea d'aller
pour aplanir ces difficultés. Loin
revint chargé des fonetions
d'y réussir, il
de vicaire
Président ne voulut
apostolique dont le
pas permettre l'exercice. Retourné à
Rome, après avoir jeté les bases du concordat
Haîti, il ne fut pas
désiré par
approuvé par la cour de
choses restèrent dans le même
Rome, et les
état.
Au commencement de 1853, à propos de
roles prononcées à la tribune
le
quelques papar
ministre des affaires
étrangères de France, Boyer avait adressé de
propositions à ce ministre, concernant le solde nouvelles
nité à fixer par un traité. En même
de l'indemrembourser
temps, il offrait de
une somme dont le trésor de France avait
l'avance
fait
pour Haîti, en payant les intérêts de son
prunt. En
emconséquence, un agent français arriva
vier 1855, chargé de recevoir
en janrir de l'élat réel de la
cette somme et de s'enquésituation financière de la
Cette connaissance lui fut donnée
République.
lettre de crédit sur
amplement avec une
Londres, relative à la somme
son rapport fait au gouvernement
due. Sur
français,
posa à traiter définitivementavee
celui-cise disHaiti. Marchant
avec le Sénat, Boyer fut invité
d'accord
dans les nouvelles
par ce corps à persister
propositions qu'il avait faites.
Dans cette année, plusieurs des codes
furent revisés
le
publiés en 1826
par corps législatif, et une loi fut rendue
sur
amplement avec une
Londres, relative à la somme
son rapport fait au gouvernement
due. Sur
français,
posa à traiter définitivementavee
celui-cise disHaiti. Marchant
avec le Sénat, Boyer fut invité
d'accord
dans les nouvelles
par ce corps à persister
propositions qu'il avait faites.
Dans cette année, plusieurs des codes
furent revisés
le
publiés en 1826
par corps législatif, et une loi fut rendue --- Page 367 ---
CHAPITRE VI.
[1858]
étrangères les droits perçus
pour faire payer en monnaies
des
mesure adoptée en vue
arrangemens
à l'importation,
qu'il fallait prendre avec la France.
1857,
éclata au Cap-Haitien en janvier
Une conspiration
la vigilance des autoet fut comprimée aussitôt par
rités.
les élections eurent lieu, pour le
Quelques jours après,
les deux
renouvellement de la Chambre des communes;
exclus en 1855 furent réélus par les électeurs
représentans
étaient
avancés dans T'Oppode leurs commmnes. Ils
trop
avaient déjà
la marche qu'ils
sition pour ne pas reprendre
leurinfluence, ils la porsuivie. Dominant la Chambre par
sinon
au
exécutif la suspension,
tèrent à demander
pouvoir
des droits en monl'abrogation de la loi sur le payement
du
en se fondant sur la gêne générale
naies étrangères,
que subissait
commerce et sur une disette extraordinaire
Mais cet état de choses
le pays par suite de la sécheresse.
commerciale qui
étant surtout occasionné par une crise
nations de
dans les relations des
portait la perturbation
résista à la proposition
l'Europe avec les États-Unis, Boyer
où
Celle-ci rendit une loi sur les impôts
de la Chambre.
relatives à leur assiette et
elle confondait les dispositions
disétaient relatives à la régie de ces impôts,
celles qui
trois ans sur les obsertinction qui avait été faite depuis
cette loi en
vations du Sénat. Aussi ce corps rejeta-t-il
vertu de son véto.
fut informé que
Sur la fin de l'année, le gouvernement
allaient bientôt arriver à Haïti pour
des agents français
nationale et du
traiter définitivement de T'indépendance
En conséquence, Boyer publia une
solde de l'indemnité.
était résolu,
leur faire savoir à quoi il
proclamation pour
haîtien. Il consulta de nouveau
dans l'intérèt du peuple
énat. Aussi ce corps rejeta-t-il
vertu de son véto.
fut informé que
Sur la fin de l'année, le gouvernement
allaient bientôt arriver à Haïti pour
des agents français
nationale et du
traiter définitivement de T'indépendance
En conséquence, Boyer publia une
solde de l'indemnité.
était résolu,
leur faire savoir à quoi il
proclamation pour
haîtien. Il consulta de nouveau
dans l'intérèt du peuple --- Page 368 ---
ÉTUDES SUR L'HISTOIRE D'HAITI,
le Sénat à ce sujet, et leur
publiée.
correspondance fut également
En janvier 1838, les
rent. Ils entrèrent
plénipotentiaires français arrivèaussitôt en conférence avec ceux de la
République, et après des négociations
de part et
suivies loyalement
d'autre, deux traités furent
donnait une pleine satisfaction
signés; l'un qui
par la reconnaissance
à l'honneur des Haîtiens,
leur
explicite de leur indépendance et de
à
souveraineté, l'autre qui fixait le solde de
60 millions de
l'indemnité
francs, au lieu de 120
en trente années. Ces
millions, payables
dent d'Harti
traités, furent ratifiés par le Présiet sanctionnés par le Sénat. Des
particuliers furent également
arrangemens
reprendre le service
convenus, dans le but de
de l'emprunt de 1825. Deux
haîtiens partirent
agents
de
pour France avec les
cette puissance,
plénipotentiaires
saires
emportant avec eux les fonds nécespour l'indemnité et pour
et
de procéder à
l'emprunt,
avec mission
l'échange des ratifications des
étaient approuvés
traités, s'ils
par S. M. le Roi des
eut lieu.
Français; ce qui
us, dans le but de
de l'emprunt de 1825. Deux
haîtiens partirent
agents
de
pour France avec les
cette puissance,
plénipotentiaires
saires
emportant avec eux les fonds nécespour l'indemnité et pour
et
de procéder à
l'emprunt,
avec mission
l'échange des ratifications des
étaient approuvés
traités, s'ils
par S. M. le Roi des
eut lieu.
Français; ce qui --- Page 369 ---
DES MATIÈRES
TABLE
CONTENUES DANS CE VOLUME
PÉRIODE HAITIENNE
CINQUIÈME ÉPOQUE
LIVRE CINQUIÈME
CHAPITRE PREMIER.
la publication de f'ordonnance
produites dans tonte la République par
4825. Impressions
: il y prend des mesures pour
de Charles X. Boyer se porte vivement au Cap-Haitien
la maladie de Célie
publique. - Il est rappelé à la capitale par
assurer la tranquillité
Maler, consul général, et de consuls
snccombe. Arrivée de M. le baron
le
Pétion qui y
Proclamation du Président qui convoque
envoyés par le gouvernement français.
Réclamation du consul général de France,
corps législatif pour le 10 janvier 1826.
1826. Discours de Boyer à la fête
à propos d'un article publié dans le Télégraphe.
- La Chambre des comet à l'ouverture de la session législative.
de TIndépendance
consentie envers la France, et vote différens
e
munes déclare dette nationale l'indemnité
du code rural: effets qu'il produit
codes et d'autres lois. Examen des dispositions
établissant une
Exécntion diflicile de diverses lois successives
dans les campagnes.
des citoyens pour payer la dette nationale.
contribution extraordinaire sur I'nniversalité
avoir contracté un emprunt pour
-MM. Rouanez et Frémont retournent à Haiti, après convention de commerce et de
terme de l'indemnité, et signé une
payer le premier
Sénat : accord des deux pouvoirs pour refuser
navigation. Message de Boyer an
français pour
- Boyer fait écrire atl gouvernement
la ratification de cette convention.
fait savoir dans quel sens il a
déduire les motifs. - Il publie une déclaration qui
ne
en
envoie en France un million de piastres qui
accepté Tordonnance de Charles X, et
-(Sur la réponse du minisacquitter le premier terme de Y'indemnité.
faire
suflit pas pour
au Sénat qui s'acccorde avec lui pour
tère français, il adresse nn nouveau message
la
français. - Cette disposition empêche
cesser le demi-droit en faveur du commerce
: on en réfère au gouverneconclusion d'nne nouvelle convention au Port-an-Prince Mackensie en qualité de conenvoie M. Charles
ment français. La Grande-Bretagne
également. 1 Proclamation
: d'antres pnissances
sul général et des consuls particuliers:
restrictions. Célébration de la
qui permet la navigation haîtienne sous certaines Création du pnpier-momaie: -
de
- - Recrutement des troupes.
fète T'Agriculture.
d'une nouvelle législature. Convocation
Convocation des électenrs pour la formation
de 30 millions
d'État envoie une obligation
à la capitale. - Le secrétaire
de
des généraux
Agent haîtien all Havre chargé
fraucs
le deuxième terme de lindemnité.
de
pour
le compte de la République. Examen du sysrecevoir et de vendre des denrées pour
tème financier.
de
- - Recrutement des troupes.
fète T'Agriculture.
d'une nouvelle législature. Convocation
Convocation des électenrs pour la formation
de 30 millions
d'État envoie une obligation
à la capitale. - Le secrétaire
de
des généraux
Agent haîtien all Havre chargé
fraucs
le deuxième terme de lindemnité.
de
pour
le compte de la République. Examen du sysrecevoir et de vendre des denrées pour
tème financier. --- Page 370 ---
TABLE DES MATIÈRES. CHAPITRE 11. 1827. Discours de Boyer à l'installation de la 3e
an déficit occasionné dans les
législature. Lois votées pour
revenus publics par
obvier
séquence de ces mesures. Diverses autres
l'ordonnance de Curles X, et co1est nommé grand juge de la
lois sur les finances. - Le général Voltaire
le pouvoir et la vie de Boyer: Hépebligue-Origine probable d'un complot formé contre
jugés,
dénonciation, arrestation de
condamnés à mort et exécutés. Le
quelques militaires qui sont
chef et perd le commandement de
général B, Noël est sunspecté d'en être le
Présidcnt d'Haiti relative
l'arrondissement du Nirebalais. au complot. Proclamation du
incendie et pertes qu'elle
Explosion à l'arsenal du
occasionne. - Boyer
Port-an-Prince,
grave maladie ensuite. Onragan dans le
échappe au danger d'y périr et à une
la circulation, des billets de caisse
département du Sud-Est. 1828. Retrait de
sion
de 5 gourdes et de la
législative et lois rendues. 1829. monnaie à serpent. Sesponr des projets de convention financière Négociations suivies en France et en Haiti
les deux
et de traité de
pays : ils sont sigués et
commerce et de navigation entre
nement
envoyés en France. d'Espagne, de faire une tentative contre
Intention supposée an gonverSession législative, lois votées
l'Est d'Haiti, et mesures
et mesures
militaires. voie un plénipotentiaire
administratives. - 1830. Ferdinaud VII
chargé de réclamer
entivé du gonvernement. l'ancienne colonie de l'Espagne : refas mode documens. La
Proclamation du Président d'Haiti à ce snjet, et publication
Grande-Bretagne ouvre les
haîtien. - Le gouvernement
ports des iles Baliama au
voie un
français ne ratifie pas les projets
commerce
agent poar négocier de nonveau. signés à Haiti, ety enAutres
l'agent en France. - Boyer y envoie M. projets non terminés et retour de
Elle est
Saint-Nacary psur suivre la
interrompue par la Révolution de
négociation. casion de cet événement: il
jnillet. Message de Boyer au Sénat, à l'ocHaiti, à la uouvelle
prend une attitude expectante. Sentimens
reçue de la révolation. épronvés en
in président de la Chambre des
Session législative, disconrs de
et
Circnlaire du
commucs. - Lois votées et mesures
Boyer
secrétaire d'Etat aux
administratives. 1831, le demi-droit accordé
administratenrs, pour faire cesser an 1er
aux navires et au commerce
janvier
français. CHAPITRE IlI. 1831. Agitation des esprits an
l'entretiennent. Pori-an-Prince, et SCS diverses canses. Poblications
Sud
Prorogation de la session
qui
: ses motifs. - Duel à la
législative par Boyer qui veut aller dans le
tère public poursnit
capitale et ce qni a lieu à cette occasion.
é
administratenrs, pour faire cesser an 1er
aux navires et au commerce
janvier
français. CHAPITRE IlI. 1831. Agitation des esprits an
l'entretiennent. Pori-an-Prince, et SCS diverses canses. Poblications
Sud
Prorogation de la session
qui
: ses motifs. - Duel à la
législative par Boyer qui veut aller dans le
tère public poursnit
capitale et ce qni a lieu à cette occasion. Le minisProclamation quelqnes individns; ils sont acquittés par le
du Président sur cette
tribamalcorrectionel,
la caducité des ponvoirs donnés
agitation, - Article officiel du
à M. Télégraphe sur
France. Retour de cet
Saint-Macary, et blâmant son séjour
agent att Port-an-Prince,
prolongé en
Boyer, Traités qu'il signe à Paris : leur
Instructions qu'il avait reçues de
Boyer refuse sa ratification.-
examen. Louis-Philippe les ratifie.-
Notes
France et le secrétaire
échangées entre M. Molieu, consul général de
générallnginac. dnite du consul
Roptare des relations
général Cn cette
diplomatiqnes.- Consur son refus de
circonstance. - Proclamation dn Président
la
ratification des traités : clfet
d'llaiti
République. - Départ de M. Molien
qn'elle produit à la capitale et dans tonte
pour la France. Télégraphe sur les traités. Dépèche du
Article semi-officiel dn
cais, expliquant les motifs du refus de gouvernement haîtien an gonvernement franpèche par une Note
ratification des traités. à
verbale. - Examen des
Réponse à cette démotifs du gonvernement
français. - Mes --- Page 371 ---
TABLE DES MATIÈRES. sage de Boyer et communication au Sénat par les
dn Sénat en réponse. grands fonetionnaires. Mossago
la
Boyer répond an gouvernement
une
rapinre est complète.-- Tournée
français par
Note verbale:
qn'ilfait dans le Sud; ;
partement. - Mort du général Marion
onragan forienx dans ce déOaverture de la session
aux Cayes. Retour da Président à la capitalo,
législative, lois rendues. Le général
Saint-Marc, par rapport à des propos tenus dans
lnginac est envoyé à
snite, 1
P'Aitibonite, qui n'ont pas de
CHAPITRE IV. 1832. Proclamation du Président d'Haiti, invitant
lature.- Proclamation
le peuple à former la quatrième légisalétranger. prescrivant à tout Haîtien de prendre un
Election des représentans. Le
passeport pour aller
dant de l'arrondissement des
général Borgella est nommé commanet adresse de la
Cayes. Oaverture de la session législative,
Chambre des communes au Président d'Haîti,
Discours
tions sur divers objets, Erection de tribunes
réclamant des améliorapropose des projets de loi qu'il retire
à la Chambre et an Sénat. - Boyer
tée dans la Chambre,
ensuite, à canse de T'opposition violente
Rivalité d'influence entre certains
manifessenlementsont votées pendant la
représentans. Trois lois
session. - La Chambre
bndget des dépenses
propose au Sénat de voter le
de le voter et
publiques comme en 1817. - Le Sénat répond
a
qu'il le fera à l'avenir. Grand
qu'il seulle droit
Frances Wright amène à Haiti 32 noirs
incendie au Port-an-Prince. Miss
cnlaire du grand juge décidant
des Etats-Inis qa'elle rend à la liberté. Cirqu'il y a
sentant et celles des officiers
incompatibilité entre les fonctions de
ministériels.
ose au Sénat de voter le
de le voter et
publiques comme en 1817. - Le Sénat répond
a
qu'il le fera à l'avenir. Grand
qu'il seulle droit
Frances Wright amène à Haiti 32 noirs
incendie au Port-an-Prince. Miss
cnlaire du grand juge décidant
des Etats-Inis qa'elle rend à la liberté. Cirqu'il y a
sentant et celles des officiers
incompatibilité entre les fonctions de
ministériels. M.J. reprénées d'emprisonnement par le tribunal
Courtois est condamné à trois annouvean de la charge de directeurdu correctionnel. - M. Granville est révoqné de
roge la session
lycée national. 1833. Le Président d'Haiti
législative et fait une tournée dans
prode prètres au
l'Artibonite et le Nord. Cap-Haitien et au Port-an-Prince. Intrigues
léra à la Havane. La Cour de Rome
Mort de l'archevèque Pedro Vadn ministre des affaires
nomme un légat pour venir à Haiti. Discours
étrangères de France, et nouvelles
pour l'indemnité. II fait rembourser à M. Lafitte
propositions faites par Boyer
- Ouvertnre de la session
mille actions de l'emprunt de 1822. bre des communes il
législative. Attitnde da Président d'Haîti
: lui adresse deux projets de loi
envers la Chamla pose des candidats
qni sont votés
pour l'élection de six sénateurs : ils sont
d'nrgence. II
Chambre, dissidence profonde entre des
nommés. - Débats dans iN
R.-S. Rodrignez. La Chambre
représentans. Discours menagant de la
appelle le secrétaire d'État en
comparait et donne les explications qui Ini sont
comité général : il y
Damesle
demandées sur les
prononce un discours sur la circnlaire du
finances. Hérard
comité général.- Milscent réfute ce discours
grandjuge et propose de l'appeler en
tois à la Chambre, Elle refuse de
et cette proposition.. 1 Lettre de M. Courmander le
sur cette lettre. Discours
grandjnge et passe a l'ordre du
offensant de Milscent contre H. jonr
Preux, Milscent est élu président de la
Dnmesle et David SaintChambre,- Le 13
Latortue, elle prononce l'exclusion de
aoàt, sur la proposition de
Adresse au peuple,
Hérard Damesle et. de David
messages au Présilentd'Haiti et au Sénat à ce
Saint-Preux,
remarquable des représentans exclus : ils demandent
sujet. Protestation
hante cour de justice
au Sénat la convocation de
pour les juger. - Le Sénat
la
Le Sénat fait une
refuse. Réflexions sar ces actes.--
remarque relative aux lois d'impôt, qui obtient
l'assentiment du Pré- --- Page 372 ---
TABLE DES MATIÈRES. sident-d'Haiti et de la Chambre. -1 Le Président
exercer le droit de grâce. Le Sénat
lni demande s'il peut continuer à
répond affirmativement,
CHAPITRE V. 1834.-Le pape Grégoire XVI envoie un légat
dat désiré par le Président
auprès du Président d'Haiti.- Un
flexions
n'est pas agréé par le
concor. a ce sujet.- Session
Saint-Père. Partienlarités et rédu
législative ; diverses lois sont votées. -
représentant J. Roche, de
Affaire criminelle
Jérémie; ; il s'enfnit à
commnnes déclare sa déchéance.
4.-Le pape Grégoire XVI envoie un légat
dat désiré par le Président
auprès du Président d'Haiti.- Un
flexions
n'est pas agréé par le
concor. a ce sujet.- Session
Saint-Père. Partienlarités et rédu
législative ; diverses lois sont votées. -
représentant J. Roche, de
Affaire criminelle
Jérémie; ; il s'enfnit à
commnnes déclare sa déchéance. Elle fait
l'étranger, - La Chambre des
pour un article de son
poursnivre M.J. Conrtois, déjà
journal ; le tribunal
emprisonné,
ges envers les représentans. Diverses
correctionnel le coudamne ponr outraPrésident d'Haîti au sujet des biens de la mesnres administratives. Proclamation dn
finances offre à T'entreprise
partie de l'Est. 1835. L'admibistration des
et de la Tortue. Texploitation des bois d'acajou dans les iles de la
Arrété du Président d'Haiti fixant
Gonave
rapport aux bnreans publics. Le
les jonrs de fêtes légales par
vaisseau Dupetit-Thonars,
gonvernement français envoie M. le
de
pour réclamner les avances faites
capitaine
d'Haîti ct prendre des
pour le service de
renseignemens sur la situation
l'emprunt
ontlien entre cet officier etides
financière. Des couférences
fouctionnaires. ces, - Messages entre le Président d'Haiti
Mesures priscs pour payer ces avande résondre les questions
et le Sénat; ; accord entre enx sur la
entre la France et Haiti,
manière
fait; ; son
M. rapport'loyal prépare nne solntion. Dupetit-Thouars repart satisdent d'Hiaiti, adresse de la Chambre
Session législative, discours du Présivotées dans la session. des commnnes. Réfexions à ce snjet. - Lois
CHAPITRE VI. 1836. - Prorogation de la session
d'Haiti
législative au 8 août. aux tribunaux civils,
Circulaires du Président
dans la session de 1835. expliqnant les modifications apportées aux codes
Onvertare de la session
votés
est déchargé de sa gestion financière
législative. Le secrétaire
en 1835. Plusieurs lois
d'itat
guées. Arrêté du Président contre les
sont votées et promulélecteurs à nommer les
pirates. - 1837. Proclamation invitant les
représentans de la Be législature. -
Cap-Haitien. Faits relatifs an chef de bataillon
Conspiration ourdie au
Guerrier dénonce au Président, Gervais
Bélonie Narcisse. Le général
ration ; il est mandé à la
Henri comme un des complices de la
capitale.
d'itat
guées. Arrêté du Président contre les
sont votées et promulélecteurs à nommer les
pirates. - 1837. Proclamation invitant les
représentans de la Be législature. -
Cap-Haitien. Faits relatifs an chef de bataillon
Conspiration ourdie au
Guerrier dénonce au Président, Gervais
Bélonie Narcisse. Le général
ration ; il est mandé à la
Henri comme un des complices de la
capitale. Révolte d'Isidor
conspide la garde : elle est étouffée et il est tné. Gabriel, colonel des carabiniers
jour qui licencie le corps des carabiniers. Proclamation du Président et ordre du
Mort du général Léo qni est
Réflexions an snjet de cette révolte. à l'ouverture de la
remplacé par le général Bottex, Discours du
session législative. Règlement
Président
Chambre des communes. Elle
pour la police intérieure de la
décharge le secrétaire
et vote leslois d'impôts directs
d'État de sa gestion en
était de celle du
en y confondant ce qui était de son
1836,
Président d'llaiti, Elle
initiative et ce qui
ses membres, Proposition de
repousse une plainte formée contre l'un de
loi sur le payement des
Couret, pour demander au Président
droits d'importation en monnaies
l'abrogation de la
occasionne à la Chambre, - La Chambre
étrangères, discussion qu'elle
adresse an Président un message qui lui
État de sa gestion en
était de celle du
en y confondant ce qui était de son
1836,
Président d'llaiti, Elle
initiative et ce qui
ses membres, Proposition de
repousse une plainte formée contre l'un de
loi sur le payement des
Couret, pour demander au Président
droits d'importation en monnaies
l'abrogation de la
occasionne à la Chambre, - La Chambre
étrangères, discussion qu'elle
adresse an Président un message qui lui --- Page 373 ---
TABLE DES MATIÈRES.
demande la suspension de cette loi : une députation l'apporte à Boyer qui Ini ropond
qu'il avisera. La Chambre lui adresse un antre message à l'occasion de la SaintDiscours de H. Dumesle, président de la
Pierre, sa fête patronale : il y répond.
[Chambre, à la séance de clôture de la session. - Proclamation du Président sur le
causes de la situation commerciale du pays. Réflexions à ce sujet. - Avis officiel
annonçant que le Sénat a rejeté les lois d'impôts votées par la Chambre. - Le Président ordonne au secrétaire d'État de faire percevoir ces impôts. en vertu des lois
précédentes non abrogées. Circulaire du secrétaire d'Etat aux conseils de notables à ce sujet.
Arrêté du Président ordonnant une grande plantation de
vivres.
Réorganisation du lycée national du Port-an-Prince.
Messages
entre le Président et le Sénat, sur les questions à résoudre entre la France
et la République.
Proclamation annonçant qu'un agent français vient à
Haiti,
CHAPITRE VII.
Le gouvernement français envoie à Haiti, MM. de Las Cases et Baudin chargés de négocier avec le gouvernement de la République, d'après les propositions faites par Boyer
en 1833. Ils entrent aussitôt en conférences avec les plénipotentiaires nommés par
le Président. Phases diverses de la négociation. Un traité politique et un traité
.financier sont conclus et signés : le premier, reconnaissant la République d'Haiti
comme Etal libre, indépendant et souverain ; le second, fixant le solde de l'indemnité
due à la France, à 60 millions de francs payables en30 ans, etc. Boyer ratifie les
traités,le Sénat les sanctionne. Les sommes nécessaires au payement de l'annuité
de 1838 et celles qui sont destinées à l'emprunt sont embarquées. - MM. de Las Cases
et Baudin retournent en France. MM. B. Ardouin et S. Villevaleix ainé sont envoyés
de
des ratifications des
etc. S. M. le Roi des
avec eux et chargés l'échange
traités,
Français les ratifie. - Retour des envoyés d'Hfaiti au Port-an-Prince. Message
du Président d'Haiti att Sénat et publication officielle des traités du 12 février. . 312
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES DU TOME DIXIÈME. --- Page 374 --- --- Page 375 --- --- Page 376 --- --- Page 377 --- --- Page 378 --- --- Page 379 --- --- Page 380 ---