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L E T-T R E A MM.- LES D'ÉPUTÉS DES TROIS ORDRES, Pour les engager à faire nommer par les
Etats-Généraux , à l'exemple des An glois,
une Commission chargée d'examiner la
cause des Noirs. ~ vous ne croirez pas, avec les Co;ons, qu'il
foit indiscret de parler & d'écrire, pour sauver,
toutes les années, la vie de cinq cent mille
ho>mnes. --- Page 8 --- --- Page 9 ---
A 2 LETTRE A MM. les Députés des trois Ordres de la Nation. M ESSI EURS , Des hommes sages, l'élite d'un oeSSÏe u IX
sensible, écouteront sans doute favorablement tous ceux qui leur parleront en faveur de l'humanité. Vous vous devez à
vous-même & à l'Etat de régler le sort,
de veiller sur les jours de tous les hommes
quelconques qui vivent sous la domination
rrancoise. Tels sont mes titres pour m'aaresTer à
vous, tels sont ceux des infortunés dont
j'entreprends la défense. Il n'est pas douteux que les Noirs des
colonies , qui n'ont d'autre idiôme que le
nôtre , qui sont gouvernés par nos Loix &
ne communiquent qu'avec nous, ne dussent
être mis au rang de nos concitoyens. Il
n'est pas douteux qu'ils ne soient beaucoup
plus utiles à laN atlon & au Gouvernement --- Page 10 ---
( 4 ) que les cultivateurs européens, puisque le£
planteurs ont prouvé y dans leur Mémoire
aux Notables, que les Colonies dont les
Noirs sont les seuls laboureurs, rapportent
infiniment plus, à population égale , qu 'aucune province de France, & rendent à
l'Etat près de la. moitié de leurs revenus (i),
Quelqu'injuste que soit l'esclavage
quelque soit la nécessité de l'abolir, même
pour notre intérêt, on ne peut sans doute
le détruire que par degrés ; mais il est un
autre abus plus funeste, que rien ne peut
excuser, & dont la continuation nous rend ,
à chaque instant, coupables de nouveaux
crimes, celui du commerce esclave ; inutile , quoiqu en disent ses partisans, à l'entretien de la population dans les Colonies
& qui fait périr tous les ans ( on en a d. s
preuves authentiques) plus de 500 mille
Noirs. ■ Dès que l'on parle d'abolir la Traite, les
Colons, qui veulent être crus exclusivement dans leur propre cause, & traitent
d'insensés déclamateurs tous ceux qui ne
font pas de leur avis , parce qu'ils n'ont (1) 45 pour 100 suivant les Colons qui évaluent à
120 millions les productions de Saint-Donwigue ou il
n'y a pas en tout 400 mille ames. --- Page 11 ---
( 5 ) A'} rien à leur répliquer, les Colons s'écrient
qu'il est des maux nécessairès pour en éviter
de plus grands, & que l'on détruiroit, parlà , les Colonies , dont la ruine entraîneroit
celle de la Nation , sans répondre directement à tous leurs sophismes. L'obligation
d'abolir la Traite sera suffisamment démontrée si l'on parvient à prouver ;
pas en tout 400 mille ames. --- Page 11 ---
( 5 ) A'} rien à leur répliquer, les Colons s'écrient
qu'il est des maux nécessairès pour en éviter
de plus grands, & que l'on détruiroit, parlà , les Colonies , dont la ruine entraîneroit
celle de la Nation , sans répondre directement à tous leurs sophismes. L'obligation
d'abolir la Traite sera suffisamment démontrée si l'on parvient à prouver ; 1 °. Que nous excitons seuls la plupart
des guerres entre les Princes negres, &:
que l'abolition de la Traite sauveroit la vie
à une foule de matelots, à un nombre infini
de Noirs -, 2°. Que le commerce de la Traite est
ruineux pour la Nation ; 30. Que les Colonies peuvent se paÍser'
de la Traite , comme l'expérience l'a démontré. 40. Qu'il est nécessaire d'abolir la Traite
si l'on veut conserver les Colonies, & que
l'on ne peut remédier aux abus sans nombre que l'on y voit tant que la Traite &
l'esclavage subsisteront -9 5°. Que les Negres sont maltraités dans
nos ïsles, & que l'abolition de la Traite
est le seul moyen d'améliorer leur fort $ 6°. Qu'il est aisé de prévenir les révolter --- Page 12 ---
< 6 ) qu entraîneroit, suivant les Colons, l'abolition de la Traite. Malgré tous les efforts des Colons (i) ,
bientôt, Meilleurs, personne ne doutera
d'aucunes de ces vérités, dont on voit les
preuves les plus fortes, fondées sur des faits
& des calculs inconte stables , dans l'Ouvrage de M. Frossart & dans celui de M. Clarkson . sur les désavantages de la
Traite que l'on vient de traduire en françois. Vos occupations importantes ne vous
permettent pas une aussi longue h tture ,
& je me bornerai ici à quelques obscrvations sur les assertions précédentes qui suffiront peut-être pour les prouver. 1°. Nous excitons seuls les guerres entre les
Princes Negres, &c. A qui faut-il s'en rapporter sur l'article
de la Traite, ou aux Colons qui se croient
intéressés à la maintenir, & n'ont jamais
vu l'Afrique, ou à des gens qui ont un vé-
occupations importantes ne vous
permettent pas une aussi longue h tture ,
& je me bornerai ici à quelques obscrvations sur les assertions précédentes qui suffiront peut-être pour les prouver. 1°. Nous excitons seuls les guerres entre les
Princes Negres, &c. A qui faut-il s'en rapporter sur l'article
de la Traite, ou aux Colons qui se croient
intéressés à la maintenir, & n'ont jamais
vu l'Afrique, ou à des gens qui ont un vé- (:t) Il n'y a point de sophifnnes que les Colons n'emploient pour se justifier. L'un d'eux, M. Sanadon, pTOpose sérieusement, à la fin de sa brochure, pour améliorer le sort des Noirs , de ne plus appeller les Esclaves
esclaves, parce qu'alors, dit-il, (quoiqu'ils sustent toujours esclaves ) en ne les regarderoit plus comme tels. --- Page 13 ---
( 7 ) A4 ritable intérêt à ce commerce, & qui écrivent sur les lieux mêmes, a tous les facteurs Européens , par exemple y établis sur
les côtes de Guinée, qui ont fait la Traite
toute leur vie , & peuvent seuls nous aprprendre ce qui en est ? A MM. Barbot >
de BrueMoor, & cent autres , François ,
Anglois , de toutes les Nations. Ouvrez;
leurs journaux , vous y verrez qu'une partie
de nosesclaves nous est fournie par desbri-r
gands qui enlevent, sur les chemins & dans
les champs , les. hommes isolés<,. & les
enfans qu'ils y rencontrent , & ne se
mettent en campagne que lorsqu'ils attenddent les Européens \ que cependant la plur
part des Noirs que nous achetons, sont des,
prisonniers de guerre r & que les Princes
d'Afrique, qu'ils nomment, n'entreprennent:
ces guerres que pour se procurer, des marr
chandifes d'Europe & n'attaquent leurs
voisins que lorsque les Blancs les font averv
tir de l'arrivée de leurs Navires. que ces.
guerres toujours très-fanglantesfont quelquefois répandre beaucoup de sang , sans
faire de prisonniers, ils. en.citent des exeror
ples -, & que sou vent pour se procurer cent
esclaves , les Blancs font tuer ou MesIer
plus de mille Noirs. On prouvera aux Cer
Ions que les Africains n'ayant point dl.
attaquent leurs
voisins que lorsque les Blancs les font averv
tir de l'arrivée de leurs Navires. que ces.
guerres toujours très-fanglantesfont quelquefois répandre beaucoup de sang , sans
faire de prisonniers, ils. en.citent des exeror
ples -, & que sou vent pour se procurer cent
esclaves , les Blancs font tuer ou MesIer
plus de mille Noirs. On prouvera aux Cer
Ions que les Africains n'ayant point dl. --- Page 14 ---
( 8 ) haute culture , leurs esclaves sont beaucoup
moins malheureux que les nôtres, &:leurs
maîtres bien moins cruels , puisqu'il y a
des pays en Afr*que , tels qu'à Sherbro ,
eu il cil défendu paj- les Loix de répandre
de [mg. Mais quand il seroit vrai ( ce qui
ne l'est pas ) que les Noirs que nous portons dans nos Isles , méritent tous l'elclavage , quel droit- avons nous d'en faire
périr près de la moitié , car on sait que sur
25 mille que nous enlevons par an à l'Abrique , il n'en existe pas 15 mille au bout
de l'année ? Quel droit ont nos Négocie ns
de leur faire souffrir des tortures cruelles
à bord de leurs vaisseaux où ils sont enchaînés pendant deux ou trois mois, &. n'ont
pour respirer qu'un espace de dix-huit pouces
cariés chacun , ou pour peu qu'il faiTe de
gros tems , ils nagent plusieurs jours dans
la fange , & dans un air si postilentiel ,
que les Blancs prennent des maladies affreuses, en le respirant quelques instans,
Et que l'on ne dise pas que l'on peut faire
des réglemens pour que l'on en porte moins
à-la-fois , car les Colons conviennent euxmêmes qu'alors le Commerce cesseroit ,
parce que les Négociants seroient obligés
de les vendre si çhers , qu'ils ne trouveraient plus d'acheteurs. Les Maures, difenç --- Page 15 ---
( ) les Colons, si nous abandonions la traite,
s'empareroierçt de nos comptoirs, & feroient notre Commerce. Qui ne Tait que
les Turcs & les Maures , ne font point travailler les Noirs à la terre , & qu'ils n'en
ont que pour ieu: s sérails ? Il n'eit pas
plus vrai de dire que les Anglois qui veulent abolir la traite chez eux, (1) augmenteroient leur traite & leur culture ,
car nous verrons que notre culture ne diminueroit pas , ou du moins fort peu, &
POUt peu de tenis. Clarkson a prouvé en Angleterre , &
il en est de même en France , puiiqueles (1) Leo Colons assurent que les Anglois font semblint de vouloir abolir la traite 3 pour nous persuader de
l'abolir en effet, comme si une société aussi nombreuie,
suffi bien composée que de celle des amis des Noirs en
Angleterre , amoit pu méditer dans le secret un projet
aussi peu honnête ; comme si leurs Colons qui s'écrient
comme les nôtres , qu'on les fera égorger par leurs
Negres, auroient pu ignorer ce projet ; comme si les
Anglois qui ont réclamé contre la traite bien avant
nous, avoient pu deviner qu'il se formeroit à Paris une
Société sur le modele de la leur. Ainsi quand la plupait
des Etats- Unis d'Amérique ont désendu chez eux l'importation des Esciaves, c'étoit une rute pour nous assoir
blir. Que d'absurdités l'intérêt fait avancer ! On va voir
d'ailleurs , que dans le cas même où les Aoglois contie
ipuçroient à faire la traite, nous gagnerions beaucoup $
l'abolir,
iner qu'il se formeroit à Paris une
Société sur le modele de la leur. Ainsi quand la plupait
des Etats- Unis d'Amérique ont désendu chez eux l'importation des Esciaves, c'étoit une rute pour nous assoir
blir. Que d'absurdités l'intérêt fait avancer ! On va voir
d'ailleurs , que dans le cas même où les Aoglois contie
ipuçroient à faire la traite, nous gagnerions beaucoup $
l'abolir, --- Page 16 ---
( 1O ) circonstances sont les mêmes, Clarksorr a
prouvé qu'il périt tous les ans plus du cinquième des Matelots que l'on emploie à
la traite , & cinq fois plus que dans le
Commerce des Indes il le plus meurtrier de
tous (i) , il y a eu l'année passée des révoltes à bord de quatre Négriers François,
dont deux ont été brûlés par les Noirs ; que
d hommes ont péri dans ces incendies, dans
ces révoltes , & dans les combats où ces
malheureux ont été faits prisonniers ! Une
preuve incontestable que nous excitons
seuls ces combats , c'est qu'il est avéré que
pendant la derniere guerre , où la traitè
étoit nulle , tous les Peuples de Guinée
etoient en paix , & que les Noirs courtiers
d esclaves , aujourd 'hui si riches , étoient
obligés d'y cultiver la terre pour vivre ;
il n 'y a donc rien de moins fondé que les
assertions des Colons, & de M. Malouet,
qui affirment que quand la traite seroit
abolie, » il y auroit autant de guerres
» autant d'esclaves en Afrique que nous
» transportons les nôtres d 'un eiclavage (1) Sur 910 Matelots employés à la traite, dans un
an , il en périt 200 ; & sur 910 employés dans un an >
au Commerce des Indes, & il n'en périt que 37. --- Page 17 ---
( II ) » très-dur dans un esclavage plus moderé".
Et il est évident au contraire que nous
excitons seuls les guerres entre les Princes negres , & que l'abolition de ta traite sauveroit
la vie CL une joule de Matelots , à un nombre
insini de Noirs. 11°. Le commerce de la traite est ruineux
pour la Nation. On sait que les Anglois nous portent le
tiers de nos esclaves. Ils enlevent donc tous
les ans à la nation le tiers des 43 millions
que ces esclaves coûtent par année aux
Colons. On ne peut nier que notre commerce maritime ne pût être beaucoup plus
considérable, & que si nos Armateurs ne
manquoient de Matelots, ils n'entreprissent
plusieurs navigations dont s'emparent les
étrangers qui abondent dans nos rades. La
traite, en sassant périr tous les ans le cinquieme des Matelots qu'on y emploie ,
hommes si utiles à leurs semblables, fait
donc perdre encore à l'Etat le produit de
rindustrie de tous ces Matelots pendant le
reste de leur vie, ce qui efl très-considérab le, & le fret de beaucoup de navires nègriers qui reviennent à vuide des Colonies 5
ations dont s'emparent les
étrangers qui abondent dans nos rades. La
traite, en sassant périr tous les ans le cinquieme des Matelots qu'on y emploie ,
hommes si utiles à leurs semblables, fait
donc perdre encore à l'Etat le produit de
rindustrie de tous ces Matelots pendant le
reste de leur vie, ce qui efl très-considérab le, & le fret de beaucoup de navires nègriers qui reviennent à vuide des Colonies 5 --- Page 18 ---
( 12 ) la traite, qui est un commerce très - désavantageux , puisque plusieurs d'Armateurs
s'y sont ruinés , a fait perdre de plus à
, l'Etat, depuis quatre ans , millions 600
mille livres, employés pour encourager le
trafic de l'espece humaine. Quand 'même on seroit obligé de dédommager les Armateurs nègriers, si la
construction de leurs bâtimens les empêchoit ( ce qui n'est pas probable ) de les
faire servir à un autre commerce, il en
coûteroit beaucoup moins à l'Etat pour
abolir la traite, que pour la continuer. En
effet, nous n'avons pas cent vaisseaux qui .
fassent ce commerce , & , l'un portant
l'autre, ils ne coûtent pas certainement
zoo mille livres chacun; en supposant qu'ils
les valuflent, ce ne seroit que zo millions,
dont l'intérêt n'est que 500 mille 1. ; & il
en coûte tous les ans au Gouvernement
2,400,000 livres pour la traite. Au reste,
loin d'y perdre, il eSt démontré que le commerce gagneroit à ce qu'on l'abolît, & que
nosmanufaaures n'en souffriroientpas; l'on
trouve en Guinée du coton, du riz, dû café,
de l'ivoire, de la poudre d'or , des épices ,
de superbes bois de teintures, mille denrées
préçieuses que nous allons chercher plus. --- Page 19 ---
on i loin , & que nous aurions en' Afrique a
beaucoup meilleur marché. Quoi qu'on
puisse dire de la paresse des Nègres, ils se
se sont mis d'eux-mêmes à couper des bois
de teinture , dès que les Anglois leur en
ont demandé. Il n'est donc pas douteux que
ne pouvant plus se passer de nos superfluités , auxquelles ils sont accoutumés, ils ne
nous fournirent, & même sur le champ ,
pour avoir les produits de nos manufactures , tous les obets dont j'ai parlé, &
beaucoup d'autres. Le trasic de la traite est
donc ruineux pour la nation parce qu 'il
coûte au Gouvernement , & ne peut que nuire
au commerce & aux manusactures, 111°: Les Colonies peuvent se paffer de la.
traite. On sait que le climat de la Guinée est le
même que celui des Antilles, que la Guinée
est même plus malsaine , parce qu'il y a
beaucoup de marais, & que l'on a deŒcché
une partie de ceux des Antilles. Une preuve
qu'elle est plus mal-faine , c'est que les
blancs y ont beaucoup plus de maladies
que dans nos isles ; cependant la population augmente en Guinée y & même dans
Colonies peuvent se paffer de la.
traite. On sait que le climat de la Guinée est le
même que celui des Antilles, que la Guinée
est même plus malsaine , parce qu'il y a
beaucoup de marais, & que l'on a deŒcché
une partie de ceux des Antilles. Une preuve
qu'elle est plus mal-faine , c'est que les
blancs y ont beaucoup plus de maladies
que dans nos isles ; cependant la population augmente en Guinée y & même dans --- Page 20 ---
( T4 ) les Antilles , parmi tous les Nègres libres,
c'est un fait que l'on ne peut nier. Les Colonies pourroient donc se passer de la traite >
& ne se dépeuple/oient pas y si les noirs y
cloient menés plus doucement ; & il est évident qu'ils seroient menés plus doucement,
dès que les blancs y auroient intérêt, &•
ne pourroient plus les remplacer par d'autres. Les Colons, dit M. Malouet, étant
alors moins riches, ne pourroient plus faire
la même dépense, & cela nuiroit aux manufaéÍures. Nous verrons peut-être que les
Colons ne seroicnt pas moins riches -, mais,
en supposant qu'ils le fussent, les Nègres,
dans le nouveau fyslême de douceur, ne
feroient-ils pas en revanche gagner beaucoup à ces manufactures ? Si on abolissoit
la traite, on seroit obligé, sans contredit,
de leur donner un jour de la semaine pour
eux, en supposant que sur 600 mille noirs
qui gémissent dans nos fers, il n'y en eut
que le quart, 150, qui travaillaflent pour
eux ce jour-là ( on sait qu'ils emploient en
vêtemens, en ornemens, presque tout l'argent qu'on leur donne) , ils gagneroient au
moins chacun un escalin (10 sols de France);
ce qui formeroit tous les ans une somme
de trois, millions °0 mille livres, laquelle * --- Page 21 ---
( 15 ) reroit vivre plus de quinze mille Manufacturiers à 14 sols par jour. Donc les manufactures ne perdroient pas à l'abolition de
la traite. Voyons maintenant si les Colons eux- 1
mêmes y perdroient. On sait que le terrein
& le climat à la Jamaïque sont absolument les mêmes qu'à Saint-Domingue ; &
les Anglois y citent plusieurs habitations,
où l'on a employé pour la culture du sucre,
* & avec succès , Tufage de la charrue (1),
qui permet de défricher plus de terrein
avec beaucoup moins de bras ; & il n'est
pas douteux que l'on s'en servit dès que
l'on seroit intéressé à ménager les esclaves.
Il esi prouvé que dans la derniere guerre,
où la traite étoit nulle, les Colons de la
Jamaïque obligés, pour ne pas se ruiner,
d'adopter un systême de douceur, ont fait
autant de revenus que dans le tems où la
traite étoit la plus florissante ; & à SaintDomingue même les récoltes ont été aussi
considérables, quoique les importations en
France aient été moindres.
é à ménager les esclaves.
Il esi prouvé que dans la derniere guerre,
où la traite étoit nulle, les Colons de la
Jamaïque obligés, pour ne pas se ruiner,
d'adopter un systême de douceur, ont fait
autant de revenus que dans le tems où la
traite étoit la plus florissante ; & à SaintDomingue même les récoltes ont été aussi
considérables, quoique les importations en
France aient été moindres. (i) Les Colons conviennent qu'une charrue fait l'ouvrage de vingt-cinq Nègres, & ils ne l'emploient pas,
parce que leurs esclaves ne iayent pas labourer, & qu'il
faudroit les y dresser, --- Page 22 ---
( 16 ) Clarkson a cité plusieurs habitans de là
Jamaïque qui n'achetoient jamais de Nègres, & étoient plus riches que ceux qui
luivent l'usage ordinaire, quoiqu'ils Ment
de moins grandes recettes, parce qu'ayant
be¿.ucoup mcins de dépenses à faire , le
produit net étoitplus confdérable; on en
pourroit citer aussi plusieurs dans nos Co^
lonies. Si cela etoit, dira-t-on, on adopteroit ce systême, ce n'est point une raison, l'autre est plus commode, on y est •
accoutumé, &. les néuf dixièmes des grandes
propriétés fonr gouvernés par des gérans ,
qui sont jaloux de présenter de grosses
recettes sur leurs livres, à quelque prx que
ce soit. Les habitans ne perdroient donc rien
à l'abolition de lamTraite, ou, tout au plus ,
une petite partie de leurs revenus, jusqu'à
ce qu'ils eussent adopté le nouveau svsl-ême
de douceur ; & ils y gagneroient d'un autre
côté, puisque le prix de leurs esclaves
augmenteroit considérablement. Tous ceux
qui connoissent la Guinée savent que l'on
pourroit y faire un commerce très-avantageux, dont nous sommes privés par celui
de la traite, que nous avons \u être trèsdélavantageux. Les Colons doivent doncr
souhaiter que l'on abolisse la traite, comme
bons --- Page 23 ---
( 17 ) B bons François, & même pour leur intérêt
particulier, puisqu'il vaut mieux, sans contredit pour eux-mêmes, qu'ils perdent un
peu à présent ( si tant est qu'ils perdent),
que de tout perdre dans vingt ou trente
ans ; car nous allons voir qu'à cette époquè
les Colonies seront ruinées, si l'on n'abolit pas la traite. " - IV°. Il ejl nécejjaire d'abolir la Traite si
l'on veut conserver les Colonies. Les Colons se plaignent que les Negres
augmentent sans cesse de prix, & cependant il est impossible que cela soit autrement , & parce que la Guinée se dépeuple
tous les jours , & parce qtw nos marchandises y deviennent tous les jours plus com- -
munes & moins cheres. Les Negres sont
augmentés de 120 pour cent depuis 20
ans. Dans 20 ans ils seront donc plus que
doublés de ce qu'ils sont à présent ; alors
on ne pourra plus en acheter, & la Traite
sera supprimée d'elle-même. Si l'on abolissoit aujourd'hui la Traite, les Colons qui
doivent tous au commerce , pourroient
encore payer avec de l'économie , même
sans augmenter leur culture , parce que
leurs dettes ne sont pas encore énormes ;
cheres. Les Negres sont
augmentés de 120 pour cent depuis 20
ans. Dans 20 ans ils seront donc plus que
doublés de ce qu'ils sont à présent ; alors
on ne pourra plus en acheter, & la Traite
sera supprimée d'elle-même. Si l'on abolissoit aujourd'hui la Traite, les Colons qui
doivent tous au commerce , pourroient
encore payer avec de l'économie , même
sans augmenter leur culture , parce que
leurs dettes ne sont pas encore énormes ; --- Page 24 ---
(.18 ) mais dans 20 ans ces dettes s'accumulant
sans cesse & augmentant avec le prix des
Negres , elles seront ptodigieuses , ne
pouvant plus en payer l'intérêt comme à
présent en augmentant leur culture, parce
que la Traite sera supprimée ; ils seront
obligés de tout abandonner & les Colonies
seront ruinées. J'ai dit que tant que l'on laisseroit subsister la Traite & l'esclavage , on ne pouvoit remédier aux abus sans nombre que
l'on voit dans les Colonies , parce que je
crois être en état de prouver, que dans le
régime a£tuel les Blancs y ont mille fois
plus de causes de corruption qu'en Europe,
& par conséqucnt y doivent être mille
fois plus corrompus ( 1 ) , quelque chose
que l'on faire. ( 1 ) Il seroit aisé de prouver , & l'on prouvera dans
le tems, que Ja Traite même abolie, les Blancs dans
les Colonies seront toujours prodigieusement corrompus
tant que l'esclavage subsistera, & qu'il saut par consé- -
quent l'abolir , par cette raison & pour mille autres;
les Colons crient à l'injurtice , ont-ils raison ? Ils conviennent qu'un Esclave en dix ans les a plus que dédommagé de ce qu'il leur a coûté, on ne leur feroit pas
d'injustice de les obliger d'afftanchir cet Esclave au bout
de 15 ans, je suppose ; les Colons, sans contredit,
n'ont aucun droit sur les enfans qui naissent dans les
Colonies, & qu'ils n'ont point achetés ; ces enfans leur
paieroient de relie leur éducation, par leur travail depuis 15 ans jusqu'à 2.5. On peut donc, sans injustice ,
les obliger de les affranchir à 25 ans, ainsi du feste. --- Page 25 ---
( 19 ) B 2 On connoît la nullité absolue de la
Milice blanche des Mes qui a reculé dans -
la derniere guerre , tandis que l'on a été
très-content des Negres & Mulâtres libres; si nos isles étoicnt cultivées par des Noirs
libres , elles n'auroient besoin pour se défendre de nos troupes ni de nos vaisseaux.
Si feulement la Traite étoit abolie nos
tic laves étant mieux traités, & la plus
grande partie étant créoles, ils ne nous
feroient pas contraires en cas d'attaque.
Mais tant que l'on permettra la Traite,
ces Esclaves qui font fort mal traités , aimant beaucoup le changement, & principalement ceux qui font nés en Afrique
étant nos ennemis naturels , Saint-Domingue la Capitale des Colonies , qui d'ailleurs a 200 lieues de côtes à garder, dont
les rades sont mal défendues & les Villes
point fortifiées , est exposée à être prise à
a premiere invasion de l'ennemi : donc
r la Tralte si l'on veut conserver
les Colonies.
tra la Traite,
ces Esclaves qui font fort mal traités , aimant beaucoup le changement, & principalement ceux qui font nés en Afrique
étant nos ennemis naturels , Saint-Domingue la Capitale des Colonies , qui d'ailleurs a 200 lieues de côtes à garder, dont
les rades sont mal défendues & les Villes
point fortifiées , est exposée à être prise à
a premiere invasion de l'ennemi : donc
r la Tralte si l'on veut conserver
les Colonies. V°. Les degrés sont maltraités dans nos
IJles, & F abolition de la Traite est le
seul moyen d'améliorer leur fort. ' Les Colons avouent, par l'organe de --- Page 26 ---
r 10 ) M. Malouet, que l'on peut mener les
Negres sans fouet, & cependant ils les
châtient : premiere preuve qu'ils les traitent mal. Donnez, disent-ils, la liberté au
commerce, alors nous pourrons nourrir les
Esclaves à meilleur marché & ils seront plus
heureux ; & n'ont-ils pas à présent de quoi
les nourrir ? Dans les années ordinaires un
Negre ne coûte pas à un habitant le dixieme de ce qu'il rapporte : une preuve
que les Negres seroient encore très-malheureux y c'est que les Colons s'opposeroient toujours à l'abolition de la Traite,
qui leur deviendroit inutile si les Esclaves
étoient heureux. Mais Íans se donner la
peine de confondre leurs sophismes & les
tableaux séduisans que l'on nous fait du
bonheur des Noirs, sans entrer là - dessus
dans des détails qui feroient frémir, &
montreraient que les Colons, sans avoir
un mauvais cœur, peuvent être cruels
envers leurs Negres , parce qu'ils les tegardent comme des animaux ; sans parler
des précautions qu'ils sont obligés de
prendre contre les avortemens, & des
suicides si fréquens parmi les Esclaves.
On ne peut nier que la population ne
diminue tous les ans de plus d un seiziema --- Page 27 ---
( 21 ) B 3 dans nos Isles , & qu'en comptant la proportion des naissances à la population générale de un à vingt-deux comme en Europe , il n'en meure beaucoup plus que
dans des hôpitaux où l'on compte beaucoup d'incurables ; cependant la population augmente parmi les Negres libres &
dans plusieurs habitations bien tenues que
l'on peut citer ( i ). C'est en vain que les
Colons nous disent que les Negres libres
font moins libertins , que le tétanos emporte un grand nombre d'enfans. Dans les
habitations dont j'ai parlé , il y a autant de
libertinage , autant de tetanos & de maux
d'estomac qu'ailleurs, & cependant la population y augmente , or elle diminue prodigieusement par-tout ailleurs : donc il est
évident, quelque chose qu'on puisse dire,
que les Noirs sont très-maltraités dans nos
Isles. Les Colons conviennent, & il est aisé
de prouver, qu'il seroit fort dangereux, ( i ) Je dis que la population diminue tous les ans de
plus d'un seizieme , parce qu'il y a environ 5oo mille
Esclaves dans nos Isles ; que 31 mille est a-peu-près le
seizieme de 500 miile ; qu'on porte tous les ans 36
imite Esclaves dans ces Isles , & que le nombre de nos
Esclaves n'augmente pas de }ooo tous les ans; il est
même douteux, depuis longtems, qu'il augmente sen-.
siblement.
ux, ( i ) Je dis que la population diminue tous les ans de
plus d'un seizieme , parce qu'il y a environ 5oo mille
Esclaves dans nos Isles ; que 31 mille est a-peu-près le
seizieme de 500 miile ; qu'on porte tous les ans 36
imite Esclaves dans ces Isles , & que le nombre de nos
Esclaves n'augmente pas de }ooo tous les ans; il est
même douteux, depuis longtems, qu'il augmente sen-.
siblement. --- Page 28 ---
( 22 ) dans le regime acruel, que le Gouvernement se mêlât de la police intérieure des
habitations -, aussi, malgré les Ordonnances , les Administrateurs des Colonies
sont-ils obligés de fermer les yeux là-dessus.
M. Malouet propose dans chaque Paroi sse
pour veiller à la conservation des Noirs,
un Tribunal composé de trois Habitans
qui seroient ainsi Juges & Parties ; quoique chacun , dit-il, en d'autres termes,
blâme mon projet & veuille avoir chez
soi une autorité illimitée , ils rougiroient,
étant assemblés , de ne point punir une
injusiice , comme si leurs ancêtres avoient
rougi de dicter le Code noir ; comme si
des hommes accoutumés au déspotisme ,
pour qui il avoue que l'esclavage est une
cause de corruption, qui regardent, &
d'après leurs Loix & leurs Usages ne peuvent regarder leurs Esclaves que comme
des pieces de bétail, iroient se piquer de'
justice envers leurs instrumens de labourage , à qui ils ne croient pas qu'on puisse
faire d'injustice , & cela contre leur propre
intérêt : qui ne sait d'ailleurs, que s'ils
pouvoient croire leur honneur compromis,
ils auroient cent moyens de le sauver ,
puisque les Negres ne sont jamais crus en
Justice. Il est donc démontré que les Negres --- Page 29 ---
( 23 ) B 4 sont très-maltraites , qu'il qu'il est impossible ^
quelque choje que l'on jasse y qu ils le soient
mieux tant que la 1 raite subsistera. M. Malouet sent mieux que personne
rimpoffibiiité de mettre en exécution ses
projets de bienfaisance , tant celui-ci que
les autres que l'on refutera ailleurs 5 & il
est évident qu'il ne les a hasardés que
pour faire passer son apologie de la Traite. V 1°. Il efl aisé de prévenir les révoltes
qu entraîneroient , suivant les Colons
T 'abolition de la. Traite. Les Planteurs assurent que l'abolition dela Traite seroit une torche allumée qui
porteroit le feu dans les Colonies, parce
que les Negres se perfuaderoient qu'ils.
vont être libres ; d'abord il est plus que
douteux qu 'à Saint - Domingue , par
exemple , notre plus belle Colonie, où ils
sont abrutis par i'esclavage & un travail
continuel qui les empêche de communiquer ensemble , qu'à Saint-Domingue dont
les principaux quartiers sont quelquefois
très-éloignés & séparés par des montagnes
incultes , ils pussent jamais se rassembler ^
comme à la Jamaïque qui est petite & oise
, ils sont plus rapprochés il est. plus que.
est plus que
douteux qu 'à Saint - Domingue , par
exemple , notre plus belle Colonie, où ils
sont abrutis par i'esclavage & un travail
continuel qui les empêche de communiquer ensemble , qu'à Saint-Domingue dont
les principaux quartiers sont quelquefois
très-éloignés & séparés par des montagnes
incultes , ils pussent jamais se rassembler ^
comme à la Jamaïque qui est petite & oise
, ils sont plus rapprochés il est. plus que. --- Page 30 ---
( 24 ) probable qu'ils seroient vendus par les gens
de couleur libres ( i ), à qui ils ne peuvent
rien cacher , & qui sont intéressés à maintenir l'esclavage. Mais quand même on
auroit lieu de croire qu'ils seroient portés
à la révolte , n'y auroit-il pas moyen de
les prévenir ? Quoique les Loix ne la leur
accordent pas, il est de fait que les Colons
ont à présent une autorité illimitée sur
leurs Enclaves ; voulez - vous épouvanter
les Negres & les empêcher de croire qu'ils
vont être libres, en même-tems que l'on
abolira la Traite -, donnez par les Loix une
autorité illimitée aux Colons , ils auront
intérêt à n en point abuser ; prenez d'ailleurs toutes les précautions de sûreté que
l'on croira néceUaires, avant de publier des
Réglemens pour l'abolition de l'esclavage,
attendez plutôt quelques années pour laisser
rasseoir les esprits des Noirs, si tant est
qu'ils en aient besoin , ce qui n'est pas
vraisemblable , tous les Colons conviendront qu'en s'y prenant de la sorte, il efl
impossible que L'abolition de la Traite entraîne
aucune révolte. Je crois vous avoir démontré, Meilleurs, ( i ) On appelle gens de couleur dans les Isles les Noirs
& tous ceux qui tiennent de cette race, tels que les
Mulâtres, Miûifs, Quarterons, &c, --- Page 31 ---
( 25 ) que l abolition de la traite ne nuiroit point
à la Nation, & n'exposeroit les jours d'aucun Particulier ; si, non content de convaincre votre raison , je voulois émouvoir
votre sensibilité, je vous peindrais la multitude effroyable de crimes que la traite
occasionne nécessairement en Afrique ,
toutes les atrocités qui se commettent à
bord des navires négriers , atrocités nécefsaires pour épouvanter les Africains, qui
sont plus de dix contre un , & pour empêcher les révoltes sur ces navires (i) ; je
vous peindrois les larmes, le désespoir, la
misere des enfans, des parens , des époux ,
des épouses de tous les infortunés que nous
enlevons à leur patrie, & dont la moitié
périssent en mer ou avant d'être aclimatés
dans nos Isles ; mais les Colons feroient
passer de pareils tableaux , tous vrais qu'ils
sont, pour de la déclamation ; il suffit pour
la cause des Noirs de prouver que la traite en
fait périr un tiès-grand nombre, & que les
Colonies peuvent s'en passer. On m'a objecté que les Etats-Generaux , qui avoient
infortunés que nous
enlevons à leur patrie, & dont la moitié
périssent en mer ou avant d'être aclimatés
dans nos Isles ; mais les Colons feroient
passer de pareils tableaux , tous vrais qu'ils
sont, pour de la déclamation ; il suffit pour
la cause des Noirs de prouver que la traite en
fait périr un tiès-grand nombre, & que les
Colonies peuvent s'en passer. On m'a objecté que les Etats-Generaux , qui avoient (1) On a vu des Capitaines Négriers faire attacherdes
chess de révoltés aux cordages de leurs vaisseaux , & là »
les faire mutiler, tout vivants leur faire découper le corps
X avec des canifs pour servir d'exemple aux --- Page 32 ---
( it ) - tant d'objets à traiter , ne pourroient vraisemblablement pas s'en occuper. Quoi ! lorfqu'il s'agit d'un abus aussi désastreux, puisquil
oûte la vie à des Nations entieres, & à nousmêmes une foule de Matelots, qui ruine
notre commerce, corrompt les moeurs nationales , qu'il faudra abandonner avant
peu, & dont la cessation nous illuftreroit
à jamais ; des considérations de cette espece
ne sont-elles pas plus que suffisantes pour
engager les Etats-Généraux à nommer une
Commission de vingt ou trente hommes
sages , chargée d'examiner la cause des.
Noirs ? Ne pourroit-on trouver dans une
Assemblée de mille personnes choisies ,
vingt ou trente hommes sans préjugés y
inaccessibles aux intrigues des Colons , qui
ne craignissent pas leur crédit, & ne tinssent
au Commerce ni aux Colonies, par eux
ni par leurs amis ? Car toutes ces conditions sont nécessaires pour être Juge compétent des Africains : quelqu'importantes
que soient les délibérations de l'Assemblée,.
l'absence de 20 ou 30 personnes y pourroit-elle nuire un instant, y seroit-elle feulement apperçue ? J'ose le dire, puisqu'ils
le peuvent sans faire tort à leurs concitoyens , rien ne peut dispenser les repréentans d'une Nation aussi douce qu'éclair --- Page 33 ---
( 27 ) ree, de discuter nn préjugé dont les fuites
sont si affreuses , & qui doit intéresser tousles habitans de la terre. Je m adresserai à tous les Membres de
cet auguRe Sénat, & je dirai d'abord à
ceux du premier Ordre : Pontifes d'une
Religion fainte , c'est au nom de 5oo mille
innocens qui gémissent dans l'esclavage ,
de plusieurs millions de familles qui (e
voient sans cesse enlever par des Chrétiens
leurs parens, leurs fils & leurs filles, que
j ose vous engager à porter aux pieds du
trône, à mettre sous les yeux de la Nation
assemblée , les réclamations de tous les Noirs de l Afrique & des Colonies. Les partisans de l esclavage vous les représenteront
dans leurs écrits comme des brutes qu'il
faut châtier pour leur bicn : mais comme
ils vous citeront ensuite des habitations
bien tenues, où l'en ne se sert pas de
fouet (1), vous ne croirez pas à des alertions si opposées. Ils vous diront que
l on ne doit point se faire scrupule de
la traite , parce que tous les esclaves
que nous achetons sont des brigands &
des criminels : mais comme ils ajoutent
esclavage vous les représenteront
dans leurs écrits comme des brutes qu'il
faut châtier pour leur bicn : mais comme
ils vous citeront ensuite des habitations
bien tenues, où l'en ne se sert pas de
fouet (1), vous ne croirez pas à des alertions si opposées. Ils vous diront que
l on ne doit point se faire scrupule de
la traite , parce que tous les esclaves
que nous achetons sont des brigands &
des criminels : mais comme ils ajoutent (0 Voyez l'Ouvrage de M. Malouet,) pages 33 & 13U --- Page 34 ---
( 28 ) quelques pages après , que ces mêmes
hommes sont si bons,, si honnêtes, que dans
une habitation de 500 Noirs, la plus grande
punition que l'on puisse leur faire est de les
priver de la présence du maître (1) ; vous
aurez mauvaise opinion d'une cause dont les
meilleurs défeiseurs sont obligés de se contredire sans cesse ; vous ne vous laisserez pas
éblouir par le tableau présenté par eux des
pertes que feroit la Nation à l'abolition de la
traite, pertes que nous avons vues être imaginaires , qui même au premier coup-d'œil
doivent paroître plus que douteuses ; & lorfqu'il vous sera démontré que la traite, dont
l'abolition ne peut nous coûter de sang, fait
périr pour la France seule environ 180 mille
Noirs par année (2), que nous ne faisons (1) Voyez M. Malouet, pages 65 , 69 & 133. (1) Les Européens exportent tous les ans 100 mille
Noirs d'Afrique, qui d'après des calculs très exa8s, occafionnent la mort de plus de 5oo mille Africains. Sur ces
100 mille , il y en a 36 mille pour la France, dont 25 mille
seulement sont fournis par les Armateurs François , & le
reste par les Anglois. En renonçant à ce commerce, nous
obligerions les autres Nations d'y renoncer , patce que les
Noirs, qui commencent à être révoltés de notre brigandage , & souve! t excitent à la révolte par dessous-main %
les Esclaves qu'il; ont vendus, plus frappés par notre conduite de l'injustice des autres Européens, les recevroient
peut-être fort mal, & ne s'adresseroient plus qu'à nous
pour avoir dfs marchandes d'Europe en échange de leurs
productions. --- Page 35 ---
( 29 ) - que le tiers de ce commerce, & que notre
exemple obligeroit vraisemblablement les
autres Nations d'y renoncer , vous ne
croirez pas avec M. Malouet, qu'il soit
indiscret, qu'il l'oit dangereux de parler &:
d'écrire pour sauver tous les dix ans la vie
de cinq millions d'hommes ; vous engagerez la Nation à écouter, à protéger les
défenseurs des Africains , & à nommer des
Commissaires pour décider une que11:ion si
importante à l'humanité. Je dirai aux représentans de la Noblesse :
hommes de la Nation , (c'eStle sens du mot
Gentilhomme) vous devez votre protection
aux hommes les plus utiles à la Nation ?
aux Cultivateurs de ces Colonies, que l'on
' croit si nécessaires à l'Etat. On sait que votre
Ordre y a plus de possessions qu'aucun
autre. Distingués du peuple par votre naifsance, vous devez vous en distinguer par
vos vertus, en demandant les premiers
que l'on regle le sort des Noirs.
Noblesse :
hommes de la Nation , (c'eStle sens du mot
Gentilhomme) vous devez votre protection
aux hommes les plus utiles à la Nation ?
aux Cultivateurs de ces Colonies, que l'on
' croit si nécessaires à l'Etat. On sait que votre
Ordre y a plus de possessions qu'aucun
autre. Distingués du peuple par votre naifsance, vous devez vous en distinguer par
vos vertus, en demandant les premiers
que l'on regle le sort des Noirs. Je dirai enfin aux Députés du Tiers :
croyez qu'une classe d'hommes, de quelque
Couleur qu'ils soient, dont l'industrie n'est
avantageuse qu'à nous, puisqu'ilsn'ont aucune communication avec les autres peuples,
qui paient à l'Etat autant & plus d'impôts --- Page 36 ---
• 7 ( 30 ) que nous (i), & sont obligés de nous acheter deux fois, de leur maître & de l'Etat,
une liberté que nous leur avons enlevée ,
qui nous procurent le coton, le café , le
sucre , tant de jouissances, tant de denrées y
dont nous ne pouvons nous passer , qui
soutiennent seuls ces établissemens éloignés , dont la ruine, suivant les Colons ,
entraîneroit celle de la Nation ; que des
hommes enfin à qui nous devons tant, qui
ne vivent que pour nous , qui parlent notre
langue & que nous avons privés de leur
patrie , ont droit d'en trouver une parmi
nous, & de faire partie d'un peuple à qui
ils sont si utiles. Songez que vous êtes
moins les représentans d'une Province particulière que de la Nation en général, &
que par conséquent vous vous devez , autant à vos concitoyens des Colonies, qu'à
ceux d'Europe & aux François noirs, qu'aux
François blancs -, comment donc oserezvous vous élever contre les abus des privileges, quand vous laisserez subsister des abus
plus odieux, prononcer le mot de liberté, (1) Les Colons disent que les Negres ne payent pas
d'impôts, & ils sont convenus tacitement qu'ils donnoient
à l'Etat p:ès de la moitié de leur travail , puifqu'ils ont
avancé que Saint-Domingue, qui n'est fertilisée que par
les Noirs , rend à l'Etat 4S pour cent de ses revenus. --- Page 37 ---
( 3i ) quand vous ne réclamerez pas contre les
" horreurs de la traite ? Songez que les Noirs
ne pouvant se faire entendre par euxmêmes , & leurs malheurs ne vous frappant
pas autant que ceux des Blancs , que vous
avez sous les yeux , il seroit peut-être à
propos de commencer par régler le sort
des premiers que vous pourriez oublier, &
quelques soient parmi nous les infortunes
du pauvre , s'il est consiant que le Negre
livré aux caprices d'un maître colere &
intéressé, & craignant à tous momens pour
sa vie, doit être encore plus à plaindre ,
vous avez certainement l'obligation de vous
occuper des Noirs, aussi-tôt au moins que
des Blancs. Une motion tendante à adoucir le sort
des Noirs vient de passer sans contradiction
au Parlement d'Angleterre : sans doute il
sèroit honteux pour des François de se laisser prévenir par leurs rivaux, & de recevoir d'eux des leçons de bienfaisance. Qui
pourroit donc vous empêcher, Messieurs,
de faire lune pareille motion aux EtatsGénéraux pour nommer , à l'exemple des
Anglois , une Commission chargée d'examiner la cause des Noirs ? Ces malheureux
ont d'autant plus lieu de l'espérer de votre
justice, que , d'après toutce que nous avons
doute il
sèroit honteux pour des François de se laisser prévenir par leurs rivaux, & de recevoir d'eux des leçons de bienfaisance. Qui
pourroit donc vous empêcher, Messieurs,
de faire lune pareille motion aux EtatsGénéraux pour nommer , à l'exemple des
Anglois , une Commission chargée d'examiner la cause des Noirs ? Ces malheureux
ont d'autant plus lieu de l'espérer de votre
justice, que , d'après toutce que nous avons --- Page 38 ---
( 31 ) vu, il est, je crois, démontré que vous le
devez, je le répete , à vous-même & à
l'Etat. Je suis avec respect, MESSIEURS, Votre très-humble & trèsobéissant Serviteur A Paris ce un ami des Noirs.
Mai 1789. POST-SCRIPTUM. J'ai avancé que dans le régime a&uel,
les mœurs des Colonies seroient toujours
tèrs-corrompues, que les Colons regardent
leurs esclaves comme des animaux , que
tous les projets de M. Malouet étoient
inadmissibles ; on pourroit contester ces
assertions, il n'est pas inutile d'y revenir.
Lorsqu'on parle de la corruption des
mœurs dans les Colonies , on ne peut
offenser les grands propriétaires qui font
eu France, dont la plupart ne font pas
sortis d'Europe ; il en est un grand nombre
dont il faut respe&er les vertus & l'humanité , & j'ose dire que ceux-là penseroient'
comme --- Page 39 ---
( 33 ) L comme moi s ils connoissoient le pays. Il
y a beaucoup de corruption dans les Isles,
parce que ces grands propriétaires n'y vont
jamais , par ce qu'il n'y a pas la dixiéme
partie des blancs qui y vivent, qui soient
nés dans le pays. Ainu l'on peut dire en
général que les Colonies ne sont la patrie
d'aucun blanc. Il est impossible que cela
soit autrement dans un climat si différent
de celui d'Europe ^ où l'on n'a aucune
jouissance, où l'on eli tourmenté de mille
passions , où la moitié des Européens
meurent dans la premiere année , où presque tous essuyent des maladies dangereuses. Si l'on réfléchit à tous les dangers
auxquels les blancs sont exposés dans les
Antilles, & que l'on y voit généralement
parlant que des gens qui veulent faire fortune au péril de leur vie, & sont tirés. des
classes les plus corrompues parmi leurs Concitoyens; si l'on nous accorde que l'exemple
de tous ceux avec qui l'on vit, l'éloignement
de sa famille , des personnes , des objets
qui retiennent dans leur devoir la plupart
des individus,l'assurance de l'impunité,& de
n'être pas moins considérés en revenant dans
sa patrie, quelque chose que l'on fasTe ; qije
la réunion de toutes ces circonstances pour- --- Page 40 ---
(u) roit corrompre des hommes bien nés , &
que l'intérêt dans les isles est le Dieu de
tous les esprits, on concevra les désordres
affreux dont se plaignent les Colons, ce
sont leurs propres termes , on concevra
que l'on y vende tout. Que dans
tous les états, l'on y regarde comme ordinaires , des procédés qui déshonoreroient
en Europe, & que l'on s'y permette journellement , sans perdre l'estime publique ,
des concussions, des extorsions. qui feroient
pendre un homme en France.
de
tous les esprits, on concevra les désordres
affreux dont se plaignent les Colons, ce
sont leurs propres termes , on concevra
que l'on y vende tout. Que dans
tous les états, l'on y regarde comme ordinaires , des procédés qui déshonoreroient
en Europe, & que l'on s'y permette journellement , sans perdre l'estime publique ,
des concussions, des extorsions. qui feroient
pendre un homme en France. Si à toutes les eau (es de corruption que
j'ai indiquées, on ajoute encore celles qui
dépendent de l'esclavage & du climat,
on concevra & l'on croira, parce qu'il
est impossible , je le répété, que cela soit
autrement , on concevra que les grands
crimes doivent être assez communs dans
les Isles, & que les blancs y doivent
être plus vicieux que les noirs qui ont
moins d'occasions de le devenir. En effet,
les blancs ne cherchent qu'à se tromper
mutuellement, & les noirs , du moins , se
gardent fidélité entr'eux. M. Malouet, qui sait tout Cela , assure
que les Negres seroient mieux traités, par la
suite, si l'on changeoit les mœurs Colo- --- Page 41 ---
( 35 ) C 2 niales ; & pour y parvenir , il propore
d'établir,dans les Isles , des Collèges , destinés à l'éducation des jeunes Créoles.
Changer les mœurs Coloniales ! Comment trouvera-t-il des maîtres sag s pour
ces enfans , dans un pays où il ne peut
aller , comme nous avons vû , que des
hommes avides & déjà à moitié corrompus.
Comment formera-t-il des hommes dans un
pays où la température rend ordinairement
les Européens incapables d'aucune contension d'esprit, où tout porte à la licence, où
les noirs & mulâtres, des deux sexes, vont
nus jusqu'à l'âge de 10 à 12 eins , où ces
enfans verroient leurs semblables traités
comme des animaux. M. Malouet aura beau
dire, il est impossible que les mœurs, des
Colons soient meilleures, & que les Negres soient plus heureux tant que la traite
subsistera. Comment a-t-on pu se laisser séduire un
instant par l'ouvrage de M. Malouet, qui
montre par-tout des préjugés contre les
noirs , qui affirme que tour seroit p'. rdu ,
si l'on voyoit d es Financiers , des Négocians mulâtres, comme si on ne pourroit
pas , comme à piésent , leur interdire l'entrée de la France & les reléguer dans --- Page 42 ---
( \6 ) les Isles ? Comment a-t-on pu s'en rapporter à M. Malouet qui convient, en quelque sorte , en commençant son ouvrage ,
qu'il sera de mauvaise foi ; après avoir
avoué que la traite produit des scenes attroces , il donne à penscr , qu'il va en
décrire une, & s'arrête tout-à-coup , en
disant : ici le peintre a dû voiler le visage
d'Agamemnon A dû voiler Et
pourquoi ne pas achever cette description, pourroit lui dire l'Avocat des noirs?
Si vous étiez impartial, n'ajouteriez-vous
pas à la peinture exagérée de ce que l'on
perdroit à l'abolition de la traite le tableau des maux qu'elle cause ? Et vous
voulez les voiler ces maux , cacher ce
qui est contre vous ; vous pouvez avoir
ce projet, mais il n'est pas adroit d'en
convenir.
d'Agamemnon A dû voiler Et
pourquoi ne pas achever cette description, pourroit lui dire l'Avocat des noirs?
Si vous étiez impartial, n'ajouteriez-vous
pas à la peinture exagérée de ce que l'on
perdroit à l'abolition de la traite le tableau des maux qu'elle cause ? Et vous
voulez les voiler ces maux , cacher ce
qui est contre vous ; vous pouvez avoir
ce projet, mais il n'est pas adroit d'en
convenir. J'ai dit que les Colons regardoient leurs
enclaves comme des piéces de bétail ,
parce que leurs loix, leurs usages , tout
ce qu'ils ont sous leurs yeux, contribuent
à leur donner cette opinion. D'abord le
Code noir, que l'on suit encore , déclare
que les Negres sont des meubles, & que
comme tels, ils doivent entrer dans la Communauté. Les Créoles s'accoutument, dès- --- Page 43 ---
( 37 ) C 3 leur enfance , à voir leur avilissement , à
en faire leur jouet , à entendre calomnier
sans celle l'intelligence & les mœurs de ces
malheureux ; notre amour-propre , & la
teinte de leur peau, nous porte naturellement à nous croire au-dessus d'eux ; d'un
autre coté , la supériorité que nous donne
en général, sur eux , la civilisation , dont
ils sont pourtant fort susceptibles , la diftance immense que les loix mettent entre
deux hommes égaux en talens , mais de
couleur différente , l'abrutissement dans
lequel l'habitude d'être traités comme des
animaux, en retient une pâme , le speélacle habituel de cinq ou six cens noirs ,
conduits par une trentaine de blancs, sans
qu'ils puissent se défendre, entassés dans la
calle d'un navire comme des poulets que
l'on porte au marché ; tout cela peut faire
excuser le préjugé des Colons , & l'usage
où ils sont, usage autorisé par les loix ,
de les vendre à l'encan comme des chevaux , & de les confondre sans celle
avec les animaux ; entr'autres , dans les
annonces de vente, où l'on lit journellement , Habitation , consistante en tant de carreaux , tant de mulets , tant de negres
Comment des hommes habitués à ces usages, gouvernés par ces loix , témoins de --- Page 44 ---
( 38 ) ces speB-acles, ne prendroient-ils pas pour
des bêtes, ces Negres qu'ils voient par-tout
traiter impunément comme tels, quoiqu'ils *
soient dix fois plus nombreux que leurs
oppresseurs ? Aussi le croient-ils fermement. Et le blanc le plus pauvre , le plus
grossier , qui aura reslé quelque tems dans
les Colonies , refuscra d'épouser une mulâtresse riche & inf,ruite ; il se croira déshonoré de manger avec un mulâtre opulent
& bien élevé, parce que ces grns-là tienlient un peu de la race des enclaves. Ce que l'on entend dire à tout le monde,
& tant d'autres cr.uscs , dans les Isles , con"
tribuent à nous donner ce préjugé , que
sans des circonstances particuliere s , si l'on
n'a pas le tems & l'habitude de réfléchir, si
l'on a résolu d'avance de se roidir contre
l'opinion générale , il est très-difficile à
l'homme le plus philosophe de pouvoir
s'en garantir. Tout ce que nous avons dit
ne peut donc fai, e aucun tort à M. Malouet, qui penseroit sans doute tout autrement, s'il n'eût vu le pays que comme
observateur.
sans des circonstances particuliere s , si l'on
n'a pas le tems & l'habitude de réfléchir, si
l'on a résolu d'avance de se roidir contre
l'opinion générale , il est très-difficile à
l'homme le plus philosophe de pouvoir
s'en garantir. Tout ce que nous avons dit
ne peut donc fai, e aucun tort à M. Malouet, qui penseroit sans doute tout autrement, s'il n'eût vu le pays que comme
observateur. On a plus d'un exemple de Sociétés où
des institutions vicieuses rendent cruels ,
envers certaines classes de leurs feulblables,
des hommes naturellement bons. C'cil ce --- Page 45 ---
( 39 ) C 4 qui arrive dans les lues où le même Colon,
que le préjugé rend cruel envers ses esclaves . parce qu'il les regarde comme
des bêtes, & ne croit pouvoir les mener
que par la crainte , est souvent honnête ,
humain même envers les blancs. Nous sommes donc loin de croire , comme M. Malouet en accuse les amis des noirs, nous
sommes loin de croire que les Colons soient
des Ogres, & qu'il faille qu'en France on ait
horreur d'un Créole; ce sont les loix , les
institutions, que nous accusons de tout le
mal ; les loix, les inflitutions, les obligent
à regarder leurs Negres comme des animaux ; il est naturel qu'ils les traitent de
même. Cependant, si l'on observe que l'accroissement des lumières y qui rend tous
les jours les mœurs plus douces en Europe , ne fait pas le même effet dans les
Colonies , quoiqu'en cl iê M. Malouet ,
parce qu'on n : pjut profiter de ces lumieres dans un pays où l'on ne pense qu'à
s'enrichir , ou la chaleur , qui relâche au
moral comme au physîque , empêche de
réfléchir Se de s'appliquer à la lecture ; si
l'on conçoit qu'il esi dans la nature que
les Colons s'irritent plus souvent contre
leurs esclaves que contre leurs animaux ,
parce qu'ils leur soupçonnent quelquefois --- Page 46 ---
( 40 ) de la tnauvaise volonté , ce qifils ne peuvent penser des bêtes ; si l'on se figure les
fureurs que doit exciter la plus petite contradiction dans des hommes accoutumés au
despotisme , & que ces hommes ne pensent pas qu'il y ait plus de mal à détruire un Negre qu'à égorger un mouton ,
on croira d'autant plus à ce que l'on raconte des cruautés de quelques Colons ,
qu'il seroit extraordinaire dans l'ordre actuel des choses, que de pareilles scènes n'arrivasfent pas très-souvent. Et comme il est
important , pour l'humanité , que ces
cruautés soient connues , on n'accusera
pas, avec M. Malouet, d'avoir la fievre
chaude ceux qui les feront connoître, peutêtre , au contraire , on leur en saura quelque gré . sur-;#Dut s'ils ont le ménagement
de n'en point nommer les auteurs. M. Malouet Lit entendre que la Traite
deviendroit inutile, si tçs Colons étoient
en état d'employer, en avances foncières,
l'argent qu'ils donnent aux Etrangers pour
avoir des bois & des besliaux ; &, pour
n'avoir plus besoin des Etrangers, il les
engage à planter des forêts , à nétoyer
de mauvais terreins pour en faire des pâturages , cela est très-bien vu sans doute.
Mais comment M. Malouet persuadera-
et Lit entendre que la Traite
deviendroit inutile, si tçs Colons étoient
en état d'employer, en avances foncières,
l'argent qu'ils donnent aux Etrangers pour
avoir des bois & des besliaux ; &, pour
n'avoir plus besoin des Etrangers, il les
engage à planter des forêts , à nétoyer
de mauvais terreins pour en faire des pâturages , cela est très-bien vu sans doute.
Mais comment M. Malouet persuadera- --- Page 47 ---
( 41 ) t-il aux Colons qui doivent tous, & font
pressés de jouir, de détourner leurs Esclaves de travaux très-productifs , pour les
employer à des travaux qui ne produiroient rien au moins de- très-long-témps ?
Croit - il qu'ils feront sur le champ une
perte certaine, dans l'espoir d'un gain à
venir, fort douteux encore tant que la
Traite subsistera ? Tels sont les moyens
que M. Malouet propose pour adoucir le
fort des Noirs -, a-t-on eu tort de le mettre
au nombre de cessages intéressés, qui en s'affligeant sur les maux de l'humanité y indiquent des remèdes qu'ils savent être inad—
rniffibles, afin d'avoir droit de sonner l'alarme sur tout projet qui tend à les réformer ? Si les Etats - Généraux nomment une
'Commission pour régler le sort des Noirs,
elle s'occupera vraisemblablement avant
tout, d'une institution atroce, l'impôt sur
la liberté qui, de l'aveu même des Colons,
ne leur est point avantageux, & de la
- demande qu'ils font d'être admis à l'Assemblée nationale ; cette demande, cet impôt
•ne sont rien moins qu'indifférens aux Noirs,
nous devons donc en parler. Le Gouvernement qui ne peut tout voir
-par lui-même , obligé de s'en rapporter à
des hommes que les Colons avouent eux- --- Page 48 ---
( 41 ) mêmes avoir des préjugés contre les
Noirs (i) non-seulement leur est pas favorable en Amérique , il s'oppose même,
à ce qu'on leur fasfe du bien : par quelle
fatalité un Monarque bienfaisant qui a
aboli la servitude dans ses domaines, empêche-t-il un Particulier à Saint-Domingue de donner la liberté à ses Enclaves ?
C est une grace que l'Administration n'accorde guere que pour un seul individu &
pour laquelle il faut payer 2000 livres ,
par tête, sans compter les frais de Bureau. On a donné quelques raisons pour
motiver cet impôt -, je vais tâcher d'y
.répondre & d'en montrer les inconvénlens. On a dit que la plus grande partie des
libe rtes se donnoient à des enfans de Blancs
& de Negresses -, qu'en empêchant les peres (1) Voy, z ','Ou vrage de M. Malouet qui est Colon,
& a été Administrateur dans !es Colonies. » Les Ad-
» miniOrateu's (dit-^pag? t6) reçoivent ces préjugés
» avec une forte de relpeit; ils s'en laissent dominer » Ils se familiarisent ensuite avec ce spe&acte habituel
». du despotisme colonial Tous les hommes ont une
» tendance naturelle à cet abus de la force & de la
» position (l'un homme reiativement à un aune. Ils re-
» viennent en France rendre ces impressions irréfléchies,
" & l'indifférence, l'inattention du Gouvernement se pet-
» pétue par toutes ces causes n.
ivent ces préjugés
» avec une forte de relpeit; ils s'en laissent dominer » Ils se familiarisent ensuite avec ce spe&acte habituel
». du despotisme colonial Tous les hommes ont une
» tendance naturelle à cet abus de la force & de la
» position (l'un homme reiativement à un aune. Ils re-
» viennent en France rendre ces impressions irréfléchies,
" & l'indifférence, l'inattention du Gouvernement se pet-
» pétue par toutes ces causes n. --- Page 49 ---
( 43 ) de les affranchir, il y aurait plus de mariages légitimes , & que la population,
dans les lies, augmenterait parmi les Blancs.
D'abord, nous avons vu que le climat, dans
les îles, étoit trop contraire aux Blancs,
pour qu'ils pussent jamais y peupler -, nous
avons vu que les Européens s'y regardent
tous comme en exil, ce qui fait que la
plupart y seront toujours célibataires -, &
si quelqu'un à present prend une femme,
c'est pour la mener en France. D'ailleurs,
on y a tant de facilité de satisfaire ses
desirs, qu'on ne peut s'y marier que par
spéculation , & les Blancs pauvres , qui
ne sont pas en état, de racheter leurs
bâtards , ne pouvant, sans déshonneur,
épouser une femme de couleur, ne s'y
marieront jamais. L'impôt sur la liberté
ne peut donc augmenter la population
parmi les Blancs. On a dit qu'il falloit empêcher qu'il
y eût beaucoup d'affranchis, qui deviendroient des sainéans & des vagabonds, &
pourroient porter les Enclaves à la révolte.
Sans doute, il ne faut point de vagabonds,
il ne faut pas laisser affranchir un Negre ,
qu'il n'ait un métier ou une petite habitation qui puisse le faire subsister; il faut
le remettre dans l'esclavage , si pouvant --- Page 50 ---
1 ( 44 ) avoir un état honnête, il préfere à ne vivre
que de rapines ; mais pourquoi faire payer
pour avoir droit de l'affranchir, plus de
2000 livres à son maître qui, avec cet
argent, pourroit lui donner un état, &
en faire un homme utile ? Tout le monde
sait, d'ailleurs, que loin de favoriser les
révoltes, les affranchis sont fort partisans
de l'esclavage, parce qu'ils ont tous des
Esclaves, ayant bientôt gagné de quoi en
acheter au moins un. L'impôt sur la liberté,
qui rapporte fort peu, qu'il seroit aisé de
remplacer par d'autres, qui déplaît au plus
grand nombre des Colons , n'a donc pu être
proposé que par quelques-uns d'entr'eux,
qui voudroient persuader aux Negres que
l'esclavage est leur état naturel & n'être
point taxés d'ingratitude , en n'affranchit-
- sant pas ceux qui les auroient bien servis. Non-seulement cet impôt n'est d'aucune
utilité, il a encore de grands inconvéniens.
Lorsque des enfans mulâtres, élevés comme
des hommes libres par un pere blanc, le
perdent avant qu'il ait pu les racheter &
qu'ils se voyent traiter en esclaves par son
héritier, ou par le Gouvernement qui s'en
.empare au défaut d'héritier , quel doit être
leur désespoir, leurs fureurs ; combien ne
doivent-ils pas erre tentés de s'enfuir, de
utilité, il a encore de grands inconvéniens.
Lorsque des enfans mulâtres, élevés comme
des hommes libres par un pere blanc, le
perdent avant qu'il ait pu les racheter &
qu'ils se voyent traiter en esclaves par son
héritier, ou par le Gouvernement qui s'en
.empare au défaut d'héritier , quel doit être
leur désespoir, leurs fureurs ; combien ne
doivent-ils pas erre tentés de s'enfuir, de --- Page 51 ---
( 45 ) se donner la mort ou de la donner à leurs
tyrans ? Lorsque des Esclaves favorisés perdent un maître bienfaisant, qui leur eût
donné la liberté , & tombent entre les
mains d'un barbare qui les accable d'outrages & les soumet aux ordres de ceux
qu'ils ont commandés , quelle doit être
la rage de ces hommes naturellement vains,
& combien ne doivent pas succomber à
la tentation de se détruire ou de déserter ?
L'impôt, sur la liberté, doit donc faire
verser beaucoup de larmes, causer des
meurtres, produire des désertions & des
vagabonds ; & s'il eSt vrai que les Negres
libres peuplent beaucoup plus que les
Esclaves, il doit encore diminuer la population parmi les Noirs, qui seuls peuvent devenir indigènes dans les Antilles.
Ce n'est pas tout, on sait que presque
tous les affranchis ont un métier ; en em—
péchant les affranchilTemens, on prive encore les Colonies & les Colons d'un grand
nombre d'ouvriers qui travaillent à beaucoup meilleur marché que ceux qui viennent d'Europe. Il est donc indispensable /
de supprimer au plutôt cet impôt atroce,
parce qu'il n'est d'aucune utilité & qu'il
nuit aux Colons & aux Colonies ; mais
venons-en à la demande qu'elles font --- Page 52 ---
( 46 ) d'avoir des Représentans à 1 Assemblee
nationale. Si la Colonie de Saint-Domingue, que
je prends pour exemple , parce qu elle
vaut à elle seule le double de toutes les
autres, étoit composée d'hommes libres,
comme la nouvelle Angleterre, c que
tous les Propriétaires fussent sur les lieux ,
il n'est pas douteux qu'elle ne dût avoir
des Députés -, mais si, à Saint-Domingue,
au contraire, il y a dix fois plus d'eiclaves
que d'hommes libres, si ces derniers veulent avoir des Représentans aux EtatsGénéraux pour faire l'apologie de l'esclavage , & par conséquent resserrer les fers
des autres, si les neuf dixiemes dis Blancs
qui y vivent, ne comptent pas y mourir
& n'y ont pas de propriétés ; si la plupart
des grands Propriétaires ne sont jamais
sortis de France, & y ont déjà eu voix
délibérative, Saint-Domingue assurément
ne peut être comparée en rien à une
Province de France, quoiqu'en disent quelques Colons. Nous avons vu qu'ils traitoient très-mal
leurs Enclaves, puisque la population qu'il
leur i'eroit facile d'entretenir diminue tous
les ans d'un scizieme ; nous avons vu qu'il
étoit impossible que ces Esclaves sussent * --- Page 53 ---
( 47 ) plus heureux tant que la Traite subtisteroit ;
or ils demandent & leurs Députés demanderoient la continuation de la Traite, c'està-dire la facilité de pouvoir immoler tous
les ans, sans se ruiner, le seizieme de leurs
Esclaves, environ 22 mille : donc l'humanité efl intéressée à ce que les Colons n'aient
pas de Députés.
d'un scizieme ; nous avons vu qu'il
étoit impossible que ces Esclaves sussent * --- Page 53 ---
( 47 ) plus heureux tant que la Traite subtisteroit ;
or ils demandent & leurs Députés demanderoient la continuation de la Traite, c'està-dire la facilité de pouvoir immoler tous
les ans, sans se ruiner, le seizieme de leurs
Esclaves, environ 22 mille : donc l'humanité efl intéressée à ce que les Colons n'aient
pas de Députés. Nous avons vu que les Colons avoient
des préjuges , & de grands torts envers
les Noirs : il n'est donc pas douteux qu'ils
ne leur furent contraires dans i'Assemblée
Nationale : les Noirs n'y ayant pas d'Avocats , est-il jusle d'y admettre les Avocats
des Blancs qui parleroient contre les Noirs
sans que ceux-ci pussent se défendre l Mais
examinons les raisons que MM. du Comité
de Saint-Domingue alléguent pour avoir
des Députés. Saint-Domingue (disent-ils),
fondée par des Flibufliers François qui se
sont donnés à la France, ejl doublement une
Province Françoise. Quel est celui de ces
MM. qui descend des Flibusiiers? Y en
a-t-il un sur dix qui regarde Saint - Domingue comme sa patrie f Tous les Blancs,
au contraire , ne la considerent - ils pis
comme une auberge où ils ne sont qu'en
passant ? Nous sommes exposés aux 'promières attaques de l'ennemi y aux intempé- --- Page 54 ---
( 48 ) ries d'un climat mal sain. D'abord , ceux
qui parlent, & presque tous les Propriétaires , n'y sont point exposés puisqu'ils
résident en France : leurs Gérans sont exposés, mais c'est parce qu'ils sont avides,
& ce n'est pas pour le bien de l'Etat qu'ils
s'exposent. Nous sommes utiles à i'Etat ; si
vous l'êtes, c'est par hasard, parce que vous
y trouvez votre profit. Nous cultivons sous
un ciel brûlant des productions devenues en
Europe de premiere nécessité. Ce n'est pas
vous qui labourez, ce sont les Negres , ce
sont ces hommes que vous comptez pour
rien à qui nous en avons l'obligation. Une
partie de la Cour est Créole. Dites comparée
de personnes qui ont des propriétés à SaintDomingue , ce qui est fort différent. Si ces
personnes rendent des services à l'Etat, les
Colonies qu'ils n'ont jamais habitées doivent - elles s'en glorifier ? Nous sommes
braves, dévoués à la Patrie. Oui, ceux qui
parlent, Messieurs du Comité sont trèsbraves, mais encore une fois ils ne sont
pas Créoles ; à Saint - Domingue tous les
Blancs sont miliciens , & il n'y a pas de
troupe plus corrompue , moins aguérie
que cette milice, qui a fui dans la derniere
guerre , où les Noirs libres ont très-bien
■ fait. Comment des hommes honnêtes s'obstinent-ils
braves, dévoués à la Patrie. Oui, ceux qui
parlent, Messieurs du Comité sont trèsbraves, mais encore une fois ils ne sont
pas Créoles ; à Saint - Domingue tous les
Blancs sont miliciens , & il n'y a pas de
troupe plus corrompue , moins aguérie
que cette milice, qui a fui dans la derniere
guerre , où les Noirs libres ont très-bien
■ fait. Comment des hommes honnêtes s'obstinent-ils --- Page 55 ---
( 49 ) D ' tinent - ils à vouloir faire corps avec des
gens si méprisables à très-peu d'exceptions
près, & des concussions desquels ils se
plaignent sans cesse ? Nous avons quatre mille signatures, cela
n'est pas étonnant -, vous avez fait ligner
tous les gens qui peuvent avoir besoin de
vous, des Négocians , des Ouvriers , vos
Gérans, une foule d'hommes qui veulent
l'être. D'ailleurs, il y a 25 mille Blancs à
Saint - Domingue qui presque tous lavent
signer. On dégoûteroit les Colons en leur
resusant des Députés, & l'on nuiroit aux
Colonies qui sont nécessaires à l'Etat. C'est
ainsi qu'on les compare toujours à une
Province de France ; les trois quarts des
Européens , même des Colons , n'y allant
que pour faire fortune, & n'ayant pas
l'intention de s'y fixer, que l'on accorde
ou non aux Colonies quelques priviléges
honorifiques, ils n'y porteront pas moins
leurs capitaux & leur industrie : mais revenons à la question. Le plus grand nombre
des Blancs qui vivent à Saint-Domingue ,
nés en Europe , ne s'y croient pas dans
leur Patrie ; n'y étant pas propriétaires, ils
s'intéressent peu à sa gloire, & il doit leur
être indifférent qu'elle aie des Députés.
De toutes les personnes qui composent en:' --- Page 56 ---
( 50 ) France le Comité colonial de Saint-Domingue , aucune n'y a habité de suite, &
les deux tiers n'y ont jamais été. Il ne devroit donc y avoir que les Créoles libres ,
blancs & noirs qui pussent être Electeurs,
& comme les premiers ne voudroient pas
délibérer avec les autres, qui, d'ailleurs
sont plus nombreux ( i ), il n'y auroit pas
de députation. Qu'est-ce donc qui demande
cette députation? Un petit nombre d'hommes qui tous résident en France, qui y ont
été Electeurs & dont plusieurs ont été
élus Députés AinU, ceux qui seuls
auroient drcir: de demander des Députés
ne députeroient pas ; c,ux qui en demandent
n'en ont pas k droit -, & si on leur en accordoit, on feroit une injustice aux gens
de couleur libres qui n'auroient aucune
part à, l'éle&ion. - Résumons & concluons : nous avons vu.
que les Noirs qui font dix fois plus nom-'
breux que les Blancs perdroient à ce qu'ils
eussent des Députés : donc , si l'intérêt du
plus, grand nombre doit l'emporter, ils ne
devroient point en avoir. ( 1) On ne compte, à la vérité , à Saint-Domingue,
que 15 mille gens de couteur libres & 2 5 mille Blancs,
mais il n'y a pas le dixieme des Blancs qui soient nés
dans les Isles f & presque tous les. gens de couleur sont
Créoles. j -
perdroient à ce qu'ils
eussent des Députés : donc , si l'intérêt du
plus, grand nombre doit l'emporter, ils ne
devroient point en avoir. ( 1) On ne compte, à la vérité , à Saint-Domingue,
que 15 mille gens de couteur libres & 2 5 mille Blancs,
mais il n'y a pas le dixieme des Blancs qui soient nés
dans les Isles f & presque tous les. gens de couleur sont
Créoles. j - --- Page 57 ---
( 5i ) Les Blancs qui maltraitent beaucoup les
Noirs ne peuvent les représenter : donc
( en supposant qu'on n'eût aucune des raisons que nous avons vues pour rejetter leur
demande ), ils ne peuvent avoir au plus ,
comme en France , qu'un Député sur 20
mille, c'est-à-dire un pour Saint-Domingue.
Et puisqu'il esi prouvé que les Noirs font
très-malheureux, & que l'abolition de la
Traite est le seul moyen d'améliorer leur
sort, les Colons ne peuvent avoir des Députés en raison de la population des Colonies , c'ei1-à-dire représenter les Negres,
tant que leur Comité ne demandera pas d'avance
l'abolition de la Traite. --- Page 58 --- --- Page 59 ---
RÉFLEXIONS
SUR L'ADMISSION, AUX ETATS - GÉNÉRAUX ,
DES DÉPUTÉS DE SAINT-DOMINGUE, PAR /. P. BRISSOT DE WARVILLE,
Membre de lz Société des Amis des Noirs ,de
Paris , & Membre Honoraire des Sociétés inflituées pour i' abolition de la Traite & de l'Esclavage des Noirs à Philadelphie , à Newyorck *
& à Londres. --- Page 60 --- --- Page 61 ---
t 3 ] A 2 RÉFLEXIONS SUR l'admission , aux Etats-Généraux ,
des Députés de Saint-Domingue. L A Colonie Françoise de Saint-Domingue ,
ou plutôt les grands Propriétaires-Planteurs de
cette Isle , ont nommé trente Députés aux EtatsGénéraux. Douze de ces Députés se font présentés. Ils ont
profité pour se saire admettre , d'un moment d'allarme, où les Membres de l'Assemblée Nationale
étoient disposés à ne voir dans eux que de bous Citoyens, qui venoientcourageusement se dévouer au
danger; que des Représentans d'une Colonie , gémissant sous ce despotisme ministériel, dont elles
redoutent encore elle-même les attentats. On les a provisoirement admis ; on a renvoyé
l'examen de leurs titres au Comité de la vérification des pouvoirs conteftis. Il paroît, par la quatorzième Lettre de M. la
Comte de Mirabeau , que le CommilTaire chargé
JU # 't
du rapport, a , dans son Discours, plutôt plaicé
leurs raisons qu'il n'a plaidé leur c iusc. Les dé-,
, si 2
bats à ce suet , continue-t-il, ont été nombreux --- Page 62 ---
i 4 ] mais les événemens ultérieurs de cette journée ,
ont empêché que la décision ne fût prononcés
le même jour ; les débats m'ont paru superficiels ,
vides de choses, étrangers à la question du moment , & tout-à-fait indignes d'un si beau sujet La décision de l'Assemblée Nationale n'est donc
pas encore prononcée. Il est donc encore tems
de l'éclairer sur les dangers , & l'inconstitutionalité d'une admission de ces Députés trop nombreuse. Je le dois comme François, comme Ami ,
comme Défenseur des Noirs. ■ Je suivrai le
Commissaire-Rapporteur des Colons , dans ses
trois divisions , & j'en ajouterai une , qu'il n'auroit
pas dû omettre.
indignes d'un si beau sujet La décision de l'Assemblée Nationale n'est donc
pas encore prononcée. Il est donc encore tems
de l'éclairer sur les dangers , & l'inconstitutionalité d'une admission de ces Députés trop nombreuse. Je le dois comme François, comme Ami ,
comme Défenseur des Noirs. ■ Je suivrai le
Commissaire-Rapporteur des Colons , dans ses
trois divisions , & j'en ajouterai une , qu'il n'auroit
pas dû omettre. 1°. Faut-il admettre les Représentans de Sain'tDomingue, & des Colonies en général aux EtatsGénéraux? LeurEle&ion est-elle valide , & leurs pouvoirs sont-ils en bonne forme ? 3°. En quel nombre doivent-ils être admis ? 40. Les Noirs de nos Colonies ne sont ils pas
lésés par cette admiilion, & que doit faire l'Afsemblée Nationale, pour la défense de leuil
droits ? --- Page 63 ---
C 5 1 A 3 Première QUESTION. Faut-il admettre les Députés des Colonies aux
Etats-Généraux ? Il paroît, d'après le récit de M. de Mirabeau ,
qu'on n'a pas même agité cette question, tant
on a cru utile le principe évidemment favorable
aux Colons. M. de M. le contre, parce que, dit-il, les
Colonies n'ont jamais affilié aux Etats-Généraux,
& qu'elles n'y devoient paroître que sous la.
convocation du Roi. Mais il n'est point étonnant que nos Colonies
n'aient jamais envoyé de Députés à nos EtatsGénéraux ; car l'origine de toutes est bien pof.
térieure aux derniers Etats-Généraux de 1614. Il faut donc renoncer à ce moyen de fait ,
il faut encore abandonner celui de l'irrégularité
apparente de l'Election faite contre les ordres du
Roi, ou plutôt des Ministres. Le despotisme paroit avoir diétc cet ordre , & il ne convient point
à des amis de la liberté de s'en appuyer. Remontons aux principes,, & examinons, à la.
lueur qu'ils nous prêtent , cette question importante , Faut il admettre les Dcputcs des Colonies.
aux Etats-Généraux de France ? --- Page 64 ---
t 6 ] Les Colons sont hommes , sont François ;
ils ne peuvent donc être. taxés , ni gouvernés
sans leur consentement ? Mais résulte-t-il de là, qu'ils doivent être représentés aux Etats Généraux de la France ? Non,
car ils peuvent tout-à la-fois n'être pas taxés sans
leur contentement , & n'être pas représentés à
nos Et - Généraux. L'exwien de cette question entraîneroient de
grands développemens, sur la nature des Colonies,
leur rapport politique avec la Métropole ; mais
il faut les réserver pour le tems où l'on s'occupera de la constitution fondamentale, & de la
place qu'on doit y assigner aux Colonies. Quant
à présent il suffit de faire entrevoir très-rapidement les motifs qui doivent faire rejetter l'admiffion des Députés des Colonies aux Etats-Généraux. Comment y admettre , en effet, d:.s hommes
qui appartiennent à un autré hémisphère , qui ,
étant éloignés de la France, de plus de iyoo
lieues, ne pourront députer qu'irrégulièrement,
sur-tout si les Etats-Géncraux , devenant permanens, sont réélus tous les deux ou trois ans ; des
hommes, qui, bien instruits peut-être des besoins
& des intérèts de Saint-Domingue, ne peuvent
connoître qu'imparfaitement les besoins, les res-
:.s hommes
qui appartiennent à un autré hémisphère , qui ,
étant éloignés de la France, de plus de iyoo
lieues, ne pourront députer qu'irrégulièrement,
sur-tout si les Etats-Géncraux , devenant permanens, sont réélus tous les deux ou trois ans ; des
hommes, qui, bien instruits peut-être des besoins
& des intérèts de Saint-Domingue, ne peuvent
connoître qu'imparfaitement les besoins, les res- --- Page 65 ---
C 7 ] A 4 sources, les intérêts de la France ; des hommes,
qui, vivant au milieu d'un peuple d esclaves ,
ne peuvent qu'apporter des habitudes de derpo.
tisme & de corruption , au milieu d une Nation
qui veut être libre ; des hommes appartenant à'
une Colonie, dont, quoi qu'on en dite, l'intérêt est , quant à présent, non-seulement différent
de celui de la Métropole , mais même oppose
à cet intérêt. Car enfin , dans le systême actuel, le contrat
entre la Méttopole & les Colonies , est un contrat defclavage. L'une accorde la protection aux
autres , mais sous les conditions les plus onéreuseF. Les Colonies doivent donc chercher autant
à secouer leurs fers que la Métropole à les resserrer. Et , dans le fait, elles le cherchent & elles
réussissent. Elles échappent aux fers de l'Europe
par la contrebande la plus adive , qui fournit,
par exemple , aux Américains libres les vingt
millions de livres de sucre, & les deux millions
de livres de café qu'ils consomment ? Nos Isles
& les Isles Angloises ; car on ne croira pas ,
sans doute, comme l'ont imprimé faussement les
Colons , que ces Américains éclairés viennent chercher en Europe le sucre qu on leur
offre à Saint-Domingue ; non-seulement ils n en --- Page 66 ---
r 8 i viennent pas chercher, mais ils en rainent &
exportent pour l'Europe. Non pas que je prétende condamner en cela les
Américains libres, ni les Colons. Les fers que l'Europe leur impose , (ont contre la nature des
choses. Il est donc de la nature des choses qu'ils
cherchent a s'y soustraire par la contrebande; mais
quand on la fait, il ne faut pas le nier ; il ne saut pas
tant vanter cet envoi exclusif de toutes les Marchandises Coloniales à la Métropole, ni s'en faire
un titre pour faire admettre les Députés des Colonies aux Etats-Généraux. En un mot, les Colonies ont un intérêt diamétralement opposé à celui de la France. La
France & les Colonies (ont trop éloignées, &
ont des rapports intérieurs trop différens pour
être gouvernés par le même systême ; donc ilest impolitique d'admettre les Députés des Colons
aux Etats-Généraux. S'ensuit-il de-Jà qu'il faille taxer ou gouverner les Colons sans leur consentement ? Non , encore une sois. Ils ont les mêmes droits que nous ;
mais ils doivent les exercer ailleurs que dans une
Assemblée générale de France. Où les exerceront-ils ? La nature des chos-s
l'indique clairement. Saint-Domingue, & toutes les
autres Colonies Françoises étant trop éloignées
de Ta Fra-ce, doivent appartenir a un autre sysléœe --- Page 67 ---
tl que la France ; elles doivent s'appartenir à ellesmêmes , elles doivent avoir dans leur sein une
Assemblée générale des Colonies , semblable à '
notreAssemblée Nationale, & des Assemblées particulières, semblables a nos AsTembîéesProvinciales.
La nature des chos-s
l'indique clairement. Saint-Domingue, & toutes les
autres Colonies Françoises étant trop éloignées
de Ta Fra-ce, doivent appartenir a un autre sysléœe --- Page 67 ---
tl que la France ; elles doivent s'appartenir à ellesmêmes , elles doivent avoir dans leur sein une
Assemblée générale des Colonies , semblable à '
notreAssemblée Nationale, & des Assemblées particulières, semblables a nos AsTembîéesProvinciales. Les impôts seroient arrêtés, les Loix consenties dans l'Assemblée générale. Les Assemblées
particulières veilleroient sur la répartition des
impôts & sur l'exécution des Loix. La sanction du Gouverneur représenteroit la
sanction royale. Dans cet ordre de choses, les Colonies n 'auroient à s'imposer que pour leurs propres dépenses -, c est-à-dire, celles entraînées par leur gouvernement ; que pour leurs propres dettes ; & les impôts ne devroient être appliqués qu'à ces dépenses
Coloniales. Dans cet ordre de choses , les Colonies ne prendrojent aucune part à la dette générale de la
France, pas plus que l'Irlande ne prend part à
la dette de l'Angleterre. Elles ne conserveroient de rapport avcc la
France que pour l'exportation de leurs productions , & pour l'importation des marchandises
étrangères. Le double systems devroit en être
concerté entre l'Assemblée nationale de France
& les Colonies, de manière à n'être point oppressif
pour ces dernières. --- Page 68 ---
[ 1O1 Pour le concerter, les Colonies devroient avoir
des Agens ou des Députés près des Etats Généraux , qui feroient les fondions de leurs Représentans. Ces Agens ne pourraient jamais être Partie s de
l'Assemblée Nationale , & ce seroit, comme on
l'a prouvé, pour l'avantage commun de la France
& des Colonies. Ces Agens, près des Etats-Généraux , traiteroient de tous les intérêts extérieurs des Colonies , lesquelles ne risqueroient point de se compromettre , en ne donnant à leurs Agens que des
pouvoirs limités, & en se réservant la faculté de
consentir par elles-mêmes pour les objets importans. Voilà le systême qui, tôt ou tard, sera admis
pour les Colonies , parce que c'est celui que
prescrit la force des choses. Cette force tend à
affranchir les hommes & les Sociétés, & il est
impossible que dans le tourbillon qui entraîne tout
vers la liberté, des Colonies considérables restent
seules attachées à des Corps qui sont à deux
milles lieues d'elles, & consentent à se laisser
gouverner par eux. Etre gouverné de loin , c'esl: s'exposer à être
mal gouverné. Etre refendu de loin, c'eff s'exposer à être mal défendu; les intérêts personnels --- Page 69 ---
r il 1 & intérieurs de la Colonie ne peuvent être bien
jugés, & par conséquent, ne doivent être jugés
que par elle ; & elle ne doit discuter au-dehors,
que les intérêts du dehors. Les Colonies, loin de rechercher l'honneur
dangereux d'avoir des Députés aux Etats-Géné.
raux , devront donc, quand elles seront éclairées,
adopter l'autre systême , qui est aussi plus conforme à l'intérêt de la France.
Page 69 ---
r il 1 & intérieurs de la Colonie ne peuvent être bien
jugés, & par conséquent, ne doivent être jugés
que par elle ; & elle ne doit discuter au-dehors,
que les intérêts du dehors. Les Colonies, loin de rechercher l'honneur
dangereux d'avoir des Députés aux Etats-Géné.
raux , devront donc, quand elles seront éclairées,
adopter l'autre systême , qui est aussi plus conforme à l'intérêt de la France. Un exemple frappant fortifiera ces raisonnemens ; c'esl celui de l'Angleterre. La Jamaïque,
ni ses autres Colonies, n'ont point de Représcntans au Parlement d'Angleterre ; elles n'ont que
des Agens, pour y discuter leurs intérêts. « En tout ce qui ne regarde pas le Commerce
extérieur, les Colons Anglais, dit le Docteur
Smith , conduisent librement leurs affaires ; ils
jouissent, chez eux, des mêmes droits que leurs
Concitoyens de la Métropole. Ces droits sont
assurés de la même manière par une assemblée
composée des Représentans du Peuple. L'aiTernblée lève elle seule les deniers nécessaires à l'entretien du Gouvernement civil ; elle en impose
au pouvoir exécutif ; & tant qu'un Citoyen
obéit aux Loix , il n'a rien à craindre , ni du
Gouvernement, ni d'aucun Officier Civil ou Militaire. Quoique ces assemblées Provinciales ne --- Page 70 ---
[ 12 1 soient peut-être pas, non plus que notre Chambre des Communes, une représentation du Peuple distribué en de justes proportions , il arrive
pourtant que le pouvoir exécutif n'ayant pas en
main de quoi les corrompre , ou n'ayant pas besoin de le taire, parce qu'il est suffisamment soutenu, 1 assemblée est, plus qu'en Angleterre, le
fidèle interprête des sentimens des constituans ;
les Conseils qui, dans le Corps législatif des
Colonies , répondent à notre Chambre Haute ,
ne sont point composés de Membres auxquels la
naissance y donne entrée. ( Richesse des Nations,
Chap. 8 , Liv. 4. ) Il est donc vrai de dire que, quoique les Co-
• lonies Anglaises ne soient pas représentées au
Parlement, elles ont cependant la liberté politique. Je ne prétends pas, cependant, que cet exemple serve entièrement de modèle ; car les Colonies Anglaises me paroident dans une trop grande
dépendance de la Métropole; peut être ne réclarne-t-on pas contre cet assujettissement, parce
que la plupart des Propriétaires des plantations
& de leurs créanciers résidans en Angleterre , ont
une grande influence sur les décidons données
par les Parlemens sur les Colonies, Se que cette --- Page 71 ---
t 13 3 influence leur paroit préférable à une représentation directe. Mais je cite cet exemple pour faire voir qu'en
Angleterre on a senti les inconvéniens de la représentation des Colonies dans le Parlement, &
qu'on ne doit pas, à cet égard, se décider trop
légèrement en France. On me dira peut-être que c'est faute d'avoir
admis les Colonies de l'Amérique du Nord à se
faire représenter au Parlement d'Angleterre, que
l'Angleterre les a perdues. On se tromperoit.
L'Amérique du Nord n'a jamais été bien jalouse
de se faire représenter à ce Parlement ; mais elle
desiroit n'être point taxée sans le consentement
de ses assemblées législatives , elle ne s'est révoltée
que parce qu'on vouloit la taxer sans son consen*
tement.
'est faute d'avoir
admis les Colonies de l'Amérique du Nord à se
faire représenter au Parlement d'Angleterre, que
l'Angleterre les a perdues. On se tromperoit.
L'Amérique du Nord n'a jamais été bien jalouse
de se faire représenter à ce Parlement ; mais elle
desiroit n'être point taxée sans le consentement
de ses assemblées législatives , elle ne s'est révoltée
que parce qu'on vouloit la taxer sans son consen*
tement. Les Colons de Saint-Domingue citent encore,
ou plutôt défigurent l'Hisioir.e Romaine , pour
prouver la nécessité d'admettre leurs Représentans. « Quel étoit, disent-ils le secret avec lequel
Rome s'attachoit les Provinces conquises ? Elle
leur donnoit la faculté d'envoyer leurs- Représentans voter dans l'assemblée du Peuple Romain »
& prendre part aux Arrêts qu'il dicloit à l' un i"
vers ». ( Mémoire inftruélif aux Notables p. ). --- Page 72 ---
t 14 ] C est un trait d ignorance que l'on auroit peine
à croire, si je ne copiois pas fidèlement ici les
paroles des Colons. Le systême de la représentation , tel qu'il est pratiqué par les Républiques
modernes, a été inconnu des Romains. La démocratie pure ou personnelle étoit la seule méthode qu ils suivoient. Tous les Romains votaient
en personne , & les Etrangers, qu'ils admirent ensuite au droit de Cité, votoient également en
personne, & jamais par Représentans. Mais ils
furent pendant très long-tems avares de ce droit,
persuadés qu'ils étoicnt, que la République cesseroit d'être, du moment où tant de millions d'hommes auroient droit de Cité, & la réfiftance* à
cet égard, causa la guerre longue & sanglante
avec les Latins. Les malheurs de Rome datent de l'instant où
le droit de Souveraineté fut étendu à tous Ces
Sujets : alors , commencèrent les guerres civiles,
qui précédèrent la chute de h République , &
établirent sur ses ruines un Gouvernement despotique. Si l'on vouloit prouver que l'exemple de Rome
ireft point applicable ici, il faudroit entrer dans
, des détails qui me conduiroient trop loin .-mais
on peut dire en deux mots,'que Rome ne pouvoit se conserver-libre, ni en ayant des Sujets si --- Page 73 ---
C 15 ] nombreux , ni en se les incorporant, comme
Citoyens. Assujettis, il falloit perpétuellement les
tenir enchaînés, ou combattre. Devenant Citoyens , & admis à voter à Rome , ils servoient
d'instrumens aux factions des divers Aristocrates.
Rome eut prévenu ce double mal, en laissant la
liberté politique, c'est-à dire , le droit de se gouverner à tous les pays qu'elle avoit conquis, &
en ne conservant avec eux que des rapports de
protedion & de Commerce.
comme
Citoyens. Assujettis, il falloit perpétuellement les
tenir enchaînés, ou combattre. Devenant Citoyens , & admis à voter à Rome , ils servoient
d'instrumens aux factions des divers Aristocrates.
Rome eut prévenu ce double mal, en laissant la
liberté politique, c'est-à dire , le droit de se gouverner à tous les pays qu'elle avoit conquis, &
en ne conservant avec eux que des rapports de
protedion & de Commerce. Tel est le systême que la raison conseille aux
Gouvernemens Européens : s'ils veulent conserver leurs Colonies, ils doivent plus les traiter en
Gouvernemens confédérés, en Alliés, qu'en Sujets. Ces] raisonnemens, qui doivent être examinés,
lorsqu'on bâtira une constitution fondamentale,
& qu'on organisera des Etats-Généraux durables ,
ne doivent point s'appliquer aux Etats-Généraux de 1789. En attendant qu'on ait adopté un systême régulier, qui, quoiqu'excluant les Députés des
Colonies, ne nuira point à leurs droits, qui ,
loin d'y nuire, revêtira les Colonies elles-mêmes
du pouvoir qu'elles n'exerceroient que par un
petit nombre de Délégués à notre Assemblée ,
..en attendant, dis-je, ce systême, il faut ouvrir
--- Page 74 ---
[lO aux Colons le sanfiuaire de nos Etats-Généraux
actuels. Ils sont persécutés, tyrannisés , ils ont
besoin d'un asyle , ils n'en peuvent trouver
un meilleur que dans le Temple commun où la
Nation s'occupe de réformer les abus & de détruire tous les genres de despotisme. DEUXIEME QUESTION. L'élection des Députés de Saint-Domingue ejl-ellt
valide ? Comment l'élection de ces Députés s'est-elle
faite ? Je l'ignore. M. de Mirabeau nous apprend
qu'on a glissé sur ce point, probablement parce
qu'on a senti les vices de l'éleftion. Si l'on a suivi le plan publié dans le Mémoire
des Colons, il en résulteroit que l'élection n'auroit été ni libre, ni générale. Ce plan portoit ,
que pour élire, il falloit avoir vingt-cinq Nègres ,
& pour être élu cinquante. Ces distinctions de
propriété ont été rejettées par le Réglement de
convocation. On a bien senti que la représentation devoit être personnelle. Cette distindion
feroit d'autant plus condamnable pour la Colonie
de Saint-Domingue, qu'elle a dû exclure plus
des trois quarts des hommes libres pour le droit
d'élection » --- Page 75 ---
[ 17 ] B d'éleétion, & plus des neuf dixièmes pour le droit
d'être Député. Les Noirs libres ont droit de se plaindre , parce
qu'ils n'ont pas été convoquas , qu'ils n'ont pas
concouru à l'élection des Diputés ; que parmi
eux il existe des Propriéraires , & qu'ainsi on ne.
peut alléguer aucun prétexte raitonnable de les
exclure ; ainsi le défaut de convocation des
Noirs libres, suffit pour rendre nulle l'élection
faite à Saint-Domingue. Une circonstance particulière rend plus évident encore le droit des Noirs libres ou esclaves,
c est que la Colonie de Saint; Domingue n'a point
été convoquée par des Lettres du Roi : de quel
droit donc s'est-elle assemblée ? En vertu du droit
naturel, sans doute ; or le droit naturel ne pouvoit donner aux habitans blancs de Saint-Domingue le pouvoir légitime d'exclure les Noirs
libres de leur assemblée. Ce vice pourroit engager les Etats-Généraux
à ordonner une nouvelle éle&îoi ; & , en attendant , à conserver quelques-uns des Députés âctuels.
'a point
été convoquée par des Lettres du Roi : de quel
droit donc s'est-elle assemblée ? En vertu du droit
naturel, sans doute ; or le droit naturel ne pouvoit donner aux habitans blancs de Saint-Domingue le pouvoir légitime d'exclure les Noirs
libres de leur assemblée. Ce vice pourroit engager les Etats-Généraux
à ordonner une nouvelle éle&îoi ; & , en attendant , à conserver quelques-uns des Députés âctuels. --- Page 76 ---
[ 18 3 TROISIEME QUESTION. En quel nombre les Députés de Saint-Domingue
doivent- ils être admis ? Pour le déterminer, il faut suivre la base de
la convocation pour la France , non pas que les
Etats-Généraux devront toujours la respeuier ,
mais parce qu'on ne pourroit l'étendre ici , en
faveur de Saint-Domingue, sans faire une injuftice à toutes les Provinces de France. La représentation du Tiers-Etat est à-peu-près
dans le rapport d'un à quarante mille. Je ne parle pas ici de la représentation de la
Nohle!se & du Clergé, parce qu'il n'y a ni Noblesse ni Clergé à Saint Domingue , & qu'ainsi il
ne doit point y avoir de représentation de ces.
deux Ordres. ( Voy. le Mémoire injlruélif. ) La Colonie de Saint-Domingue , d'après les
calculs de M. l'Abbé Raynal , contient 38,686
personnes libres, & d'après ceux de M. le Marquis de la Feuillade , environ 40,000 (r). Donc, dans l'exacte proportion, elle ne doit
pas avoir plus d'un Député , & cependant elle
en a nommé trente. Dans un Précis distribué par (1) Voyez la lettre adressée aux Etats-Généraux. --- Page 77 ---
C 19 3 B 2 ces Députés, ils disent que Saint - Domingue
contient dix Sénéchaufles Royales , qui auroient pu conséquemment envoyer quarante
Députés. Ils comparent vraisemblablement les Sénéchaussées à nos Bailliages Royaux. Mais chaque
Bailliage , pour envoyer deux Députés du Tiers,
devoit , à la rigueur , contenir quatre-vingt mille
amjs, c'est à-dire , re double de la population
libre des dix Sénéchaussées de Saint Doningie. S'arrètera-t-on aux autres motifs présentés par
ces Députés pour .soutenir leur prétention. ? Ils
sont encore p!us absurdes. Ils s'écrient , par exemple , dans leur Lettre
au Roi : Toute votre Cour efl créole , Sire , les
liens du Sang ont pour jamais uni votre Noblesse avec Saint. Domingue ; tous les grands propriétaires font Nobles. Eh ! tant pis pour la Colonie ; ceux qui l'habitent doivent être tour-à-tour les victimes &
du despotime des gouverneurs , & des Ministres ,
& de l'Arisiocratie.' Tant pis pour les malheureux Noirs, car ces
Nobles aiment mieux vivre à la Cour & dans
la Capitale, que dans leurs plantations. Ils les
abandonnent donc à des Inspecteurs , qui , pour
se conserver les faveurs de leurs Maîtres, & --- Page 78 ---
E 20 j faire fortune eux-mêmes , écreasent les Nègres de
travaux. Tant pis pour la Nation Française ; si l'on
admettoit trente Députés de Saint-Domingue,
ce seroit ajouter peut-être au Parti de l'Aristo.
cratie , trtnte Partisans nouveaux.
la Capitale, que dans leurs plantations. Ils les
abandonnent donc à des Inspecteurs , qui , pour
se conserver les faveurs de leurs Maîtres, & --- Page 78 ---
E 20 j faire fortune eux-mêmes , écreasent les Nègres de
travaux. Tant pis pour la Nation Française ; si l'on
admettoit trente Députés de Saint-Domingue,
ce seroit ajouter peut-être au Parti de l'Aristo.
cratie , trtnte Partisans nouveaux. Les Colons ne cessent encore de vanter les.
richeises de Saint-Domingue; ils prétendent même
que c'est la seule base qui doit fixer leur représentation ; mais leurs calculs mêmes présentent des
variations & des contradidions si considérables ,
qu'elles doivent leur faire refuser toute espèce
de confiance. En effet, ils disent, par exemple , dans leur
requête présentée aux Etats - Généraux , qu'ils
font agir un million de bras Africains, lorsqu'il
n'y a pas plus de trois cens mille Noirs à SaintDomingue. Ils disent qu'elle verse tous les ans six cens
millions dans la circulation, tandis que dans leur
Lettre au Roi, ils ne parlent que de deux cens
millions (i). Dans un endroit, ils font voguer cinq cens (i) Voyez encore le Procès - Verbal des Nobles de
Paris. --- Page 79 ---
1 . [ 21 ] B 3 vaisseaux pour leur Commerce ; ailleurs, c'est un
millier. Ils disent qu'ils procurent tous les ans à la
France , tantôt quarante millions ( I ) , & tantôt
une créance de trente millions de numéraire ; ce
qui fait, ajoutent-ils (2) , la quatrième partie de
l'or & de l'argent que l'Europe reçoit chaque
année de l'Amérique ; & l'on sait que les mines
d'argent seules , versent près de deux cens millions de numéraire tous les ans en Europe. Oubliant ces anertions , ils disent ailleurs que
la France retire neuf millions d'impôts directs ,
& soixante millions d'impôts indirects. Eh ! que
leur reste-t-il de leur produit de cent millions?
Trente un millions pour payer leurs avances,
nourrir trois cens mille Nègres, & soutenir leurs
dépenses excessives. N'est-ce pas une absurde exagération ? Oubliant encore qu'ils ont réduit, dans cette
assertion , à neuf pour cent l'impôt dire<3, ils
disent, dans un autre Mémoire, que la France.
retire quinze pour cent d'impôts directs sur leurs
productions ; & plus loin, ils disent qu ils appor- (1 ) Voyez le Procès-Verbal ci dessus cité. (z) Voyez Deuxième Lettre au Roi, p. 3. --- Page 80 ---
£ 213 tent à l'Etat quarante-cinq pour cent de toutes
leurs productions. - - Veut-on avoir une idée nette de c"e que produit à l'Etat Saint - Domingue ? Consultons M.
Necker ; il dit que toutes les Colonies ne rendent pas plus de 5,800,000 livres, & coûtent
plus de quinze millions par an.
ez le Procès-Verbal ci dessus cité. (z) Voyez Deuxième Lettre au Roi, p. 3. --- Page 80 ---
£ 213 tent à l'Etat quarante-cinq pour cent de toutes
leurs productions. - - Veut-on avoir une idée nette de c"e que produit à l'Etat Saint - Domingue ? Consultons M.
Necker ; il dit que toutes les Colonies ne rendent pas plus de 5,800,000 livres, & coûtent
plus de quinze millions par an. Les Colons disent enfin, que c'eâ la. Province
la plus puissante, la. plus productive, la moins -
' à charge, la plus utile à la France &c. un second Royaume enfin. Or, Saint-Domingue 1. suivant MM. Raynal &Xadebat, ne verse pas plus
de cent millions de produit par an; ce qui n'est
qu'un trentième du revenu général de la -France,
apprécié par JVI. Claviere, d'après de profondes „
recherches, à trois milliards (i). La- population
de Saint-Domingue est dans le même rapport
avec celle de la France; ce sécond Royaume
n'est donc que le trentième du premier, & il y
a dix Provinces en France , beaucoup moins
étendues, & cependant plus peuplées & plus
productives qne 'Saint-Domingue. Toutes ces contradictions, ces exagérations,
prouvent combien les calculs des Députés de (1) "oyez ses Ouvrages de la Foi publique, & Opinions d'un Créancier de l'Etat.
--- Page 81 ---
1 23 ] % Saint-Domingue sont défectueux , & qu'ils ne
méritent aucune attention -, on a été trop longtems dupe, d'ailleurs , de cette manie de calculer
des choses incalculables , telles, par exemple,
que les circulations , pour appuyer aucune décision sur des bases aussi incertaines ( l ). Il paroit, cependant, d'après le récit de M. Ie
Comte de Mirabeau , que ce grand mot de circulation a produit le plus grand effet dans l'Afsemblée Nationale, qu'on a été séduit par ces
600 millions versés dans la circulation. Eh ! si
la somme de la circulation devoit être la base
de la représentation , quel nombre immense de
Députés ne devroient pas avoir nos principales
villes de commerce, comme l'a fort bien observé
M. de Mirabeau ? Paris devroit avoir des centaines de Députés, puisque dans ces derniers
tems, par l'effet funeste dé l'agiotage ; des milliards accumulés ont circulé dans sonsein. Mais encore une fois , cette base de la repré. Tentation est étrangère au droit de repréfentation ; ce droit dérive de celui de ne point être (1) Voyez encore, pour vous en convaincre, le Chapitre II de l'Ouvrage sur la France & les Etats- Unis ,
_par MM. Clavier t & Brissot de Warville. --- Page 82 ---
24 1 taxé ni gouverné sans son consentement ; ce droit
est personnel, tient à la nature de l'homme & du
Citoyen , & non à les richesses ou à son commerce ; qu il ait peu ou beaucoup , qu'il faffe circuler peu ou beaucoup d'argent, tout cela est
indifférent à la représentation ; la représentation
est un droit personnel. Partant de ce principe, la quotité de la représentation ne doit admettre d'autre base que
le rapport de la population, & tel est le rapport
qu 'on a suivi pour la convocation des EtatsGénéraux de 1789; ainsi le droit & le fait se
réunissent ici pour condamner la prétention des
Colons de Saint-Domingue. La règle doit-être
générale , puisque toutï la France s'y est soumise. On ne peut faire ici d'exception sans
commettre une injustice envers les autres Provinces de France.
la quotité de la représentation ne doit admettre d'autre base que
le rapport de la population, & tel est le rapport
qu 'on a suivi pour la convocation des EtatsGénéraux de 1789; ainsi le droit & le fait se
réunissent ici pour condamner la prétention des
Colons de Saint-Domingue. La règle doit-être
générale , puisque toutï la France s'y est soumise. On ne peut faire ici d'exception sans
commettre une injustice envers les autres Provinces de France. L'Assemblée Nationale n'est pas libre d'admettre par indulgence des Députés qui ne sont pas
régulièrement élus, ou qui n'ont pas qualité
pour être admis ? outre qu'elle doit se faire une
loi invariable de ne jamais dévier des règles,, elle doit se rappeller qu'admettre un Colon de Saint Domingue, ce n'est pas simplement
faire représenter cette Isle, mais c'est donner un
nouveau représentant atout le Royaume de France. --- Page 83 ---
[ 25 ] Si ce Colon , en effet, bornoit son suffrage aux affaires qui concernent sa colonie , on pourroit
s'écarter du principe , il y auroit moins de
danger à en admettre beaucoup. Mais comme
les Colons voteront sur toutes les affaires générales , c'est réellement faire représcnter le
Royaume par des Co!ons de Saint - Domingue.
La grandeur & l'importance de ce titre, doit
faire la loi à l'Assemblée Nationale , 'de ne l'accorder que d'après la base proportionnelle de représentation qui a été suivie. Les Députés n'ont pas osé s'appuyer trop ouvertement sur la population Noire de Saint-Domingue, pour prouver qu'ils avoient eu droit de
nommer trente Députés; ils ont probablement
reconnu l'impossibilité de répondre aux ratfonnemens que j'ai développés ailleurs (1). Ils se
sont cependant servi du nombre de leurs esclaves, comme d'une consédération pécuniaire ,
d'un moyen indirect pour obtenir une représentation nombreuse. « Voyez , s'écrient-ils emphatiquement , quarante mille têtes Françaises qui
font agir un million de bras 4ff ricains ». (1) Voyez la Note contre l'admission des Planteurs, à
la fuite de mon Plan de Conduite pour les Députés
du Peuple aux Etats-Généraux , chez Buillon, Libraire. --- Page 84 ---
r 26 ] On a vu que ce calcul étoit un mensonge,
puisqu'il n'y a pas plus de trois^mille Noirs esclaves à Sa;nt-Domingue. Mais dans leur lettte au Roi, ils ont développé ce moyen d'une manière trop étrange ,
pour qu'on ne cite pas ici leurs propres paroles. >9 Quand il a été bien reconnu, dirent - ils,
1 » que la nature refusoit aux Français la force
» de corps nécessaire pour cultiver un sol brûlé
» sous une zone ardente, nous avons conservé
» nos têtes pour ordonner les travaux, & nous
» avons été chercher au sein de l'Afrique un
» Peuple entier d'habitans acclimatés, nous leur
ii avons* prescrit d'enrichir la Métropole & notre
» Souverain ; & pour prix d'un travail , tribut
que le pauvre paye par-tout aux riches, nous
» les traitons par humanité & par intérêt com2) me nos enfans, en dépit des assertions erro-
» nées de quelques Philosophes novateurs n.
nos têtes pour ordonner les travaux, & nous
» avons été chercher au sein de l'Afrique un
» Peuple entier d'habitans acclimatés, nous leur
ii avons* prescrit d'enrichir la Métropole & notre
» Souverain ; & pour prix d'un travail , tribut
que le pauvre paye par-tout aux riches, nous
» les traitons par humanité & par intérêt com2) me nos enfans, en dépit des assertions erro-
» nées de quelques Philosophes novateurs n. Peut on déguiser d'une manière plus révoltante , l'horrible trafic & la captivité des Noirs
nous avons été chercher au sein de l'Afrique un
Peuple c'esi.à-dire, que la flamme & le fer
à la main , nous avons ravagé les côtes & l'intérieur de l'Afrique , que nous avons assassîné,
enlevé des Peuples confians qui nous avoient d'a- --- Page 85 ---
E 2 1 bord accordé l'hospitalité, que pour p{ix de
jeur confiance, nous les avons condamnés à une
captivité & des travaux éternels, c'est-a-dire.,
que lorsqu'une guerre ouverte est devenue ou
dangereuse , ou trop dispendieuse, nous ayons
femé lçs divisions éntre les Africains même,
nous les avons, avec nos marchandises & nos li-
.queurs infernales, provoqués criminellement aux
combats, pour nous vendre leurs prisonniers ;
c'est-à-dire, que lorsque ces guerres n'ont pas
encore rempli notre sois insatiable, nojus avons
dressé des Chasseurs de Noirs, qui les attiroiènt
dans des pièges, nous avons provoqué le père
a nous vendre ses enfans, les enfans / â nous
vendre leur père ; c'est-à-dire , en un mot,
que pour peupler les Colonies de quelques milliers d'hommes^ nous en avons fait assassiner
des millions, que nous avons engloutis, pour
nos plaisirs , des g-énérations inombrables de
Noirs pour prix de tant de forfaits, nous
demandons d'être admis dans l'Assemblée la
'Plus auguste, pour prix de la captivité rigoureuse dans laquelle nous tenons cinq cent mille
hommes, nous demandons d'être admis dans^le
Sénat d'un Peuple libre, & qui veut former une
Constitutlon libre N 'est-ce donc pas une dérision insultante que --- Page 86 ---
[ 28 1 d'employer des argumens aussi révoltans auprès
d'une Nation sensible , éclairée, enthousiaste
de la liberté & exaspérée elle-même par le souvenir. poignant de son long esclavage ? N'est ce pas insulter encore à ses lumières , à
sa sensibilité, à sa passion pour l'égalité des
droits, que d'imprimer cette phrase ariflocratique : « Pour prix d'un travail , tribut que le pari-
.. vre paye par-tout aux riches... ». Un tribut! Non :1e pauvre qui travaille pour
le riche ne paye point un tribut Il échange
librement son travail contre un salaire ; mais cet
échange est volontaire ; le pauvre peut refuser
ou quitter ; l'esclave ne le peut pas. L'esclave seul
paye donc un tribut. Ne le disois-je pas avec
raison tout à l'heure ? les Colons portent & introduisent par-tout leurs idées de despotisme ,
ils voyent des tributs, là où nous ne voyons
que des salaires, & delà à l'idée de regarder les
pauvres comme des esclaves , de les traiter
comme des esclaves, il n'y a qu'un pas Ah !
défions-nous, défions nous de ce langage, il
nous empoisonneroit insensiblement.
. Ne le disois-je pas avec
raison tout à l'heure ? les Colons portent & introduisent par-tout leurs idées de despotisme ,
ils voyent des tributs, là où nous ne voyons
que des salaires, & delà à l'idée de regarder les
pauvres comme des esclaves , de les traiter
comme des esclaves, il n'y a qu'un pas Ah !
défions-nous, défions nous de ce langage, il
nous empoisonneroit insensiblement. Mais suivons l'apologie des Colons. Nous traitons nos Nègres par humanité, par --- Page 87 ---
c 29 1 intérêt comme nos enfan s, en d'it des assertions
erronnées de quelques Philosophes novateurs. Grand Dieu ! Les pères dans nos Colonies
sont-ils donc des bourreaux ? Vont-ils aussi tous
les matins le fouet à la main arracher leurs ensans au sommeil ? Les condimnent - ils à être
brûlés tout le jour par un soleil dévorant ? Ne
leur donnent-ils pour soutenir leurs forces que
des racines ou des alimens corrompus & dessèchés ? Les font - ils tailler ou déchirer par des
supplices barbares ? Non. Quoique les rapports
de père & d 'ensans soient & doivent être anéantis par 1 habitude du despotisme, cependant les
Celons n'ont pas abjuré à ce point tous les sentimens naturels; ils ne traitent pas leurs enfans
comme leurs esclaves ; mais ils ne traitent pas
non plus leurs esclaves comme leurs enfans ;
sans doute l'humanité , l'intérêt devroient leur
en saire la loi ; mais 1 humanité est un mot inconnu dans nos Ides , & tant que des Colons
pressés de jouir auront l'espoir de remplacer les
Nègres qu'ils excèdent & qu'ils tuent en quelques années, par des Nègres nouveaux, ils renonceront par calcul à l'humanité. Je ne dis pas que ce calcul soit exact , il est
celui d'un mauvais Fermier pre1Té d'épuiser sa
terre parce qu'il veut la quitter. --- Page 88 ---
C 30 ] Démentir ces faits de cruauté, c'est démentir les Voyageurs, les Ecrivains les plus refpeétables, c'est démentir des Planteurs ; enfin ,
c est démentir l évidence même ; car on ne peut
pas sur ce point rassembler plus de dépositions
que ne l 'a fait la Société de Londres ; dépositions
qu'on ne détruit point, en disant niaisement,
que ce font des ajjertions de quelques Philofophes Si ce sont des Philosophes qui ont
sonné le tocsïn contre les tyrans des Colonies,
qui ont vengé les Noirs, qui ont excité l'opinion publique en leur faveur, grâces leur en
soient rendues, ils ont fait leur devoir, ils ont
fait une œuvre d humanité, & l'innovation dans
ce régime barbare devient un autre devoir. Eh ! que les Colons remercient ces Philosb-
- phes ; encore quelques années, peut - être, &
las d'un joug insupportable, les Noirs se révoltant, auroient vengé dans leur sang les tourmens
de deux siècles. La réforme préviendra ce massacre, eq attachant désormais les Noirs aux
Blancs, en rendant aux premiers tous leurs
droits. /■ --- Page 89 ---
[30 QUATRIÈME QUESTION. Les hoirs, esclaves de nos Colonies, font-ils
lézés par A 'admission d'un trop grand nombre
de Députés des Colons , 6. ont-ils le droit Je
s'y oppofcr?
voltant, auroient vengé dans leur sang les tourmens
de deux siècles. La réforme préviendra ce massacre, eq attachant désormais les Noirs aux
Blancs, en rendant aux premiers tous leurs
droits. /■ --- Page 89 ---
[30 QUATRIÈME QUESTION. Les hoirs, esclaves de nos Colonies, font-ils
lézés par A 'admission d'un trop grand nombre
de Députés des Colons , 6. ont-ils le droit Je
s'y oppofcr? La solution de cette questiorj n'est pas difficile à donner. Où les 300,000 Noirs de Saint - Domingue
sont représentés par les Députés des Colons de
Saint-Domingue , ou iis ne le sont pas. Sils le sont, c tft sans leur consentement, &
par conséquent ils sont lézés par cette admislion. S ils ne le sont pas, ils sont encore lézés
car ces Députés font ou leurs maîtres absolus
ou les représentans de leurs maîtres absolus ?
ils ont donc à défendre des intérêts contraires à
ceux de leurs esclaves ; & par conséquent lorsqu'il sera question de juger ces intérêts, il est
évident que les Noirs esclaves dans vingt on
trente Juges , auront vingt ou trente parties ;
ils ont donc un intérêt maniferte à ce que l'on
admette ces-Députés dans le plus petit nombre
possible. Et qui a iutérêt a droit i donc les Noirs ont --- Page 90 ---
E J2 ] le droit de demander que ceux qui profitent de
leur servitude, ne contribuent pas à la formation des loix relatives à la servitude, que leurs
ennemis ne soient pas leurs législateurs & leurs
juges. Les Députés des Colons, diront-ils qu'il ne
faut pas fixer la représentation de Saint-Domingue, d'après la population Noire, mais d'après
ses immenses produits? Soit ; mais quelle main créée ces produits?
Sont-ce ces Planteurs qui étalent un luxe révoltant en France, ou qui font de si belles phrases
sur les richesses & l'importance de Saint-Domingue ? Non, ce sont les 300,000 Noirs esclaves.
Ne seroit-ce donc pas une iniquité scandaleuse
que les produits qui sont le prix des larmes &
du sang des Noirs, 'servissent de prétexte pour
donner une représentation plus nombreuse & plus
d'influence à leurs ennemis ? Je vais plus loin, & je dis : si l'immensité
des [produits ess le titre de la représentation
des Colons, les Noirs esclaves ont bien plus de
droit à cette représentation que les Planteurs,
car c'est à leur travail que la France les doit; &
pourquoi, lorsque leur travail seul nous enrichit,
les priverions-nous de ce droit ? Pourquoi les
transporterions-nous à des hommes qui n'ont aucune --- Page 91 ---
t 33 ] c tune part a ces travaux, que pour torturer les
hommes utiles ? Cette idée semblera un paradoxe , parce que
nous sommes encore trop près du préjugé, trop
loin du droit naturel ; mais les Noirs de nos Colonies devroient plutôt être représentés que les
Planteurs, si l'on suit leur bafe de représentation ; car ces Noirs sont hommes comme eux,
Français comme eux, & plus qu'eux ils produisent, ils sont utiles à la France. Les Colons nous diront-ils qu'on ne peut pas
se déterminer ici rar le droit naturel? Eh quoi ! l'habitude de le violer, ou le profit
qu'on en retire, sont-ils des motifs pour l'étouffer ? S'ils le sont, pourquoi les Planteurs euxmêmes se plaignent-ils du despotisme de leurs
Intendans, qui les tyrannisent depuis si long-tems?
Ils invoquent ce droit naturel contre ces derniers ; les Noirs peuvent donc l'invoquer à leur
tour contre les Colons.
ons nous diront-ils qu'on ne peut pas
se déterminer ici rar le droit naturel? Eh quoi ! l'habitude de le violer, ou le profit
qu'on en retire, sont-ils des motifs pour l'étouffer ? S'ils le sont, pourquoi les Planteurs euxmêmes se plaignent-ils du despotisme de leurs
Intendans, qui les tyrannisent depuis si long-tems?
Ils invoquent ce droit naturel contre ces derniers ; les Noirs peuvent donc l'invoquer à leur
tour contre les Colons. Les Colons ont encore invoqué le droit naturel pour s'assembler & nommer des Députés,
quoiqu'ils n'eussent point de Let ï ?s de convoca.
tion, quoiqu'il leur fût défendu , par le Gouvernement, d'en nommer. Ils ont cru le droit naturel supérieur à ces défenses arbitraires, & l'Assemblée Nationale l'a jugé de même. --- Page 92 ---
[ 34 ] Pourquoi ce droit naturel si salutaire aux Co*
Ions, ne le seroit-il pas aux Noirs? Non , l'Assemblée Nationale composée d'Amis
de la liberté , ne fera point une distinction aussi
révoltante; elle protégera les droits des Noirs,
comme elle doit protéger ceux des Colons. Le tems n'est pas encore venu d'admettre les
Noirs Esclaves à être représentés, de leur restituer tous leurs droits civils & politiques. Mais , au moins, en attendant cette époque oùla justice triomphera, ne doit on pas admettre
en si grand nombre parmi nos Législateurs, des n
hommes qui ne peuvent représenter les Noirs,
& qui peuvent nuire beaucoup à leurs intérêts,
par l'influence nécessaire qu'ils auront sur la formation des Loix Coloniales. J'ai prouvé que les Noirs avoient intérêt,
avoient droit à s'opposer à une députation trop
nombreuse de Saint - Domingue ; c'est prouver
que la Société des Amis des Noirs a le même'
droit. Defendre celui qui ne peut se défendre
contre ses ennemis , qui a, les mains liées , est
non seulement un droit naturel à tous les hommes, mais c'efl un devoir impérieux. Ce droit,
o J plutôt ce devoir de tous les individus btancs
envers les Noirs esclaves , est sur-tout celui d'une
Société d'hommes désintéressés, éclairés amis --- Page 93 ---
[55] du bien public , qui s'est dévouée à la défense
des Noirs. Cette Société a balancé si elle s'opposeroit formellement en leur nom à l'admission
des Colons ; mais elle a penlé qu'elle ferait douter de la bonté de la cause, en réclamant d'avance contre l'influence future d'un trop grand
nombre de Juges; qu'elle offenseroit l'impartialité & l'esprit de justice de l'Assemblée Nationale : en croyant à cette influence , elle a pensé
que cette réclamation pourroit paroître odieuse ,
parce qu'elle priveroit les Colons tyrannisés , d'un
grand nombre de détenteurs ; enfin , elle a pensé
que lors de la décision de ce grand procès , les
Colons, en quelque nombre qu'ils fussent admis ,
auroient allez d'équité pour descendre de leur
Tribunal. Elle n'a donc pas cru trahir ni les intérêts ni les droits des Noirs ; en gardant le silence sur l'admission des Colons , elle s'en est
rapportée à la sagesse de l'Assemblée Nationale ,
pour limiter le nombre de leurs Députés.
nombre de détenteurs ; enfin , elle a pensé
que lors de la décision de ce grand procès , les
Colons, en quelque nombre qu'ils fussent admis ,
auroient allez d'équité pour descendre de leur
Tribunal. Elle n'a donc pas cru trahir ni les intérêts ni les droits des Noirs ; en gardant le silence sur l'admission des Colons , elle s'en est
rapportée à la sagesse de l'Assemblée Nationale ,
pour limiter le nombre de leurs Députés. Elle attend que cette augufle Assemblée ait
déclaré nos droits, proposé un plan de Constitution, consolidé la dette , & terminé les grands
objets qui méritent la préférence ssir tous les
autres , pour lui présenter la pétition des Noirs
Esclaves de nos Colonies, & provoquer l'abolit on de la. Traite. C'est alors qu'elle réfutera les
r --- Page 94 ---
[ 36 ] exagérations , les sophirmes, les mensonges qu'on
a fait circuler depuis quelque tems, Toit dans
des écrits , soit dans les assemblées, sur la néceflîté de conserver cet infâme trafic , ainsi que
1 esclavage ; c'est alors qu'elle prouvera qu'il est
de sa dignité , de la justice, de l'intérêt politique
de la Nation Française , d'abolir immédiatement
la Traite. Puisque les circonstances ne permettent pas encore d'élever les Noirs au rang des hommes libres ,
de leur accorder des Représentans , l'Assemblée
Nationale accueillera , sans doute , les défenseurs
que la Société des Amis des Noirs (i) a choisis
pour appuyer leurs droits à l'Aflerhbîée Nationale. ( i ) L'assemblée générale de la Société, du 1i Avril 1789,
m'a fait l'honneur de me charger de la rédadion du
Mémoire à présenter, en faveur des Noirs aux Etats-Généraux j & dans des assemblées générales subséquentes,
elle a choisi MM. le Marquis de Condorcet 8c de Bourges ,
pour suivre, avec moi, cette cause près des Etats-Généraux. FIN. --- Page 95 ---
L E T T R E S DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DES NOIRS, A M. N E C K E R, AVEC LA RÉPONSE DE CE MINISTRE. r
\ Juillet 1789. --- Page 96 --- --- Page 97 ---
A 2 L E T T R E DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DES. NOIRS, A M. N E C K E R, MINISTRE D'ÉTAT, ,, 6* Dirdleur - Glnéral des Finances, ' Paris , le 6 Juin 1789. MONSIE U R , L A Société des Amis des Noirs, croiroit manquer à l'obligation sacrée qu'elle a contractée de
défendre la cause des malheureux Africains , si
elle ne vous témoignoit pas , en leur nom, sa
vive reconnoissance pour l'hommage que vous
avez rendu à leurs droits , & pour les vœux
pleins d'humanité que vous avez saits en leur
faveur , dans votre Discours prononcé à l'ouverture des Etats-Généraux. Il étoit digne d'un
Ministre qui s'est entièrement consacré au bon.
sacrée qu'elle a contractée de
défendre la cause des malheureux Africains , si
elle ne vous témoignoit pas , en leur nom, sa
vive reconnoissance pour l'hommage que vous
avez rendu à leurs droits , & pour les vœux
pleins d'humanité que vous avez saits en leur
faveur , dans votre Discours prononcé à l'ouverture des Etats-Généraux. Il étoit digne d'un
Ministre qui s'est entièrement consacré au bon. --- Page 98 ---
f:4 ] heur des Français , de fixer les yeux de cette
Nation douce & généreuse, sur le sort assreux
de millions d'hommes , qu'on enlève, qu'on condamne a une captivité éternelle , sous le prétexte
d'augmenter nos jouilTances & notre grandeur. Il étoit digne de vos lumières de faire entrevoir j que la prospérité des Colonies pouvoit se
concilier avec l'abolition de la Traite des Noirs,
& de louer les mesures prises par la Nation
Anglaise, pour constater cette vérité, dont la
démonflration doit entraîner l'anéantissement de
ce Commerce. Les innovations, dans le systcme politique des
Finances Européennes, & sur-tout dans celui de
l'Angleterre, ne peuvent plus être indifférentes
à la France. Telle est maintenant la force des
choses qui les gouverne , que la prospérité suivra
constamment les principes conformes aux droits
de l'humanité, & que l'Etat le plus libre dans
sa constitution , & le plus éclairé dans sa politique , doit l'emporter sur ses Rivaux. Si nous tendons vers ce but, nous devons donc observer
nos voisins, & emprunter d'eux tout le bien
qui se fait chez eux. Ainst, nous osons espérer
avec vous, Monsieur, que la conduite du Parlement d'Angleterre , relativement à la Traite
des Noirs ? aura une influence efficace sur les --- Page 99 ---
1 5 1 A 3 Etats-Généraux ; qu'elle les engagera à établir,
dans leur sein , un Comité semblable à celui
que la Chambre des Communes a indîtué. Les momens sont précieux. Si d'après l'enchaînement des preuves que M. Willberforce a
présentées au Parlement , si, d'après la vérification
des faits, des dépositions, & la discussion des
raisonnemens qu'il a accumulés , l'Angleterre
prend un parti décisif, la France ne peut fesser
dans une inaétion qui lui seroit fatale ; elle ne
peut laisser s'opérer, à ses côtés , un changement
total dans le systême des Colonies, sans examiner quelles conséquences pourroient en résulter
pour les siennes. Pénétrée de cette vérité , la Société des Amis
des Noirs, doit solliciter incessamment la création
d'un semblable Comité, afin d'y discuter publiquement cette grande cause , avec les Armateurs
& les Planteurs eux-mêmes. Elle ose se flatter
qu'alors elle trouvera, dans votre amour pour
l'humanité & la liberté , une protection confiante,
& tous les secours nécessaires , pour se procurer
les renseignemens dont elle aura besoin. La Société ne doit pas, cependant, vous diflimuler, Monteur, qu'elle a entrevu, avec peine ,
dans un autre endroit de votre Discours, que
vous n'aviez en vue qu'une diminution , & non la
avec les Armateurs
& les Planteurs eux-mêmes. Elle ose se flatter
qu'alors elle trouvera, dans votre amour pour
l'humanité & la liberté , une protection confiante,
& tous les secours nécessaires , pour se procurer
les renseignemens dont elle aura besoin. La Société ne doit pas, cependant, vous diflimuler, Monteur, qu'elle a entrevu, avec peine ,
dans un autre endroit de votre Discours, que
vous n'aviez en vue qu'une diminution , & non la --- Page 100 ---
1 C 6 ] suppression entière des primes qui savorisent la
Traite des Noirs , d'où réiulteroit, qu'on ne songe
pas encore à son abolition. Permettez-nous de vous retracer ici ce passage
de votre Discours. ce Les primes (y dites-vous) que le Roi ac53 corde pour l'encouragement du Commerce,
s'élèvent aujourd'hui à trois millions huit cens
» mille livres, & celle accordée sur la Traite
» forme seule un objet de deux millions quatre
iD cens milte livres. » Il y a lieu de croire que ,cette dernière dé-
» penCe pourra être diminuée de près de moitié,
» en adoptant une disposition que l'humanité seule
^ auroit dû conseiller , Sa Majesté a déjà fait con33 noître ses intentions à cet égard, & il vous
» en sera rendu compte plus particulièrement 35. Si la Société des Amis des Noirs nç se trompe
point en interprétant cet article, elle croit y lire
qu'on se propose de laissèr subsister ce Commerce ,
en y faisant uniquement quelques changemens. •
Dans cette interprétation, la Société le croit
obligée de réclamer, au nom des Noirs, contre
ce projet. Elle croit, avec les Sociétés de Londres & d'Amérique, que la Traite des Noirs tft
fondée sur le vol, l'assassinat, le brigandage;
qu'il n'est ni de l'équité, ni de la dignité d'une --- Page 101 ---
E 7 1 Nation éclairée , de modifier, ou de réglementer
un trafic, qui ne peut jamais être qu'atroce 8c
criminel ; trasic, d'ailleurs aussi funefie que déshonorant pour la Nation Française -, qu'il est donc
impolitique d'alimenter & d'encourager la Traite
par des primes, quelques médiocres qu'elles soient;
qu'il l'ect doublement, en ce que la plus grande
partie de cette prime passe entre les mains des
Anglais , auxquels des Négocians Français ne
rougissent pas de prêter leur nom, pour éluder
l'intention du Conseil ; & en ce que pour payer
cette prime, on enlève à l'indigent Habitant de
nos campagnes ion pain, le fruit de son labeur..
Ainsi, l'on agrave sa misère, pour faire d'autres
malheureux ; on l'impole , pour enrichir d.s Anglais & des Marchands de chair humaine ; on
Impose ce Paysan , qui n'a pas la trille faculté
de se rassasier de pain , pour encourager , par
un moyen barbare, la culture du sucre & du
café , qu'il ne consomme point. Cet enchaînement d'horreurs engagera, sans
doute , les Etats-Généraux à abolir entièrement
cette prime. Vous nous pardonnerez donc, Monsieur , de solliciter auprès d'eux cet acle de Juftice & de politique ; vous nous pardonnerez de
nous élever, à cet égard, contre un adouciiTement
suggéré par votre hum;lniti ; adoucissement. qui, dans le fait, la rendroit illusoire. A 1 --- Page 102 ---
C 8 ]
d'horreurs engagera, sans
doute , les Etats-Généraux à abolir entièrement
cette prime. Vous nous pardonnerez donc, Monsieur , de solliciter auprès d'eux cet acle de Juftice & de politique ; vous nous pardonnerez de
nous élever, à cet égard, contre un adouciiTement
suggéré par votre hum;lniti ; adoucissement. qui, dans le fait, la rendroit illusoire. A 1 --- Page 102 ---
C 8 ] Elevé a une place éminente, environné, à
juste titre, de l'estime universelle , votre opinion
doit avoir une grande influence sur l'opinion publique ; nous devons donc en prévenir l'effet.
L'obligation que nous avons contractée pour les
Noirs nous en fait la Loi. Mais nous espérons que, torsque nous aurons
soumis à votre sagesse les faits & les motifs qui
doivent faire proscrire la Traite, vous abandonnerez l'inutile projet de l'adoucir par de nouveaux
Réglemens. Par-là, vous ajouterez à la célébrité
de votre nom, & vous le ferez bénir des Noirs
de nos Colonies, des Français, & de l'humanité
entière. Nous avons l'honneur d'être, avec respect, MONSIEUR, Vos très-humbles & très-obéissans serviteurs, ( Par ordre de la Société des Amis des Noirs) Signé, E. CLAVIERE , Président GRAMAGNAC , Secrétaire. DE B R E E A N, Trésorier. --- Page 103 ---
1* 3 RÉPONSE DE M. NECKER A LA LETTRE PRECEDENTE. Versailles , le <14 Juin 1789J'ai reçu, Messieurs, la Lettre que vous m'avez fait l'honneur de m écrire. La contradiction
que vous paroissez vouloir trouver dans mon
Discours , ne me paroît pas juste, puisque la
phrase dont vous rappelez les termes, est applicable au moment présent ; & vous penserez sûrement que tant que la Traite des Noirs subsistera,
il est à desirer que la dépense des primes soit diminuée de moitié, en adoptant une disposition que
l'humanité seule auroit du conseiller. J'ai l'honneur d'être, avec un parfait attachement , Messieurs , votre très-humble & trèsobéissant serviteur. Signé, NECKER. A M. C L A VIE RE, Président du trimeflre de la Société des Amis des Noirs, A PARIS, --- Page 104 ---
E la] RÉPLIQUE A M. NECKER. ou s avons l'honneur de vous présenter nos
remerciemens pour la Lettre que vous nous avez
adressée le 14 de ce mois, relativement à la phrase •
de votre Discours d'ouverture , sur laquelle nous
nous sonames permis quelques observations. Nous n'avons prétendu trouver aucune contradiction dans ce que vous avez dit sur l'abolition de la Traite des Noirs. Nous avons rendu
hommage à votre opinion sur cette abolition, mais
sans nous écarter du moment présent, nous avont
réclamé contre le projet de diminuer la prime a
au lieu de la révoquer immédiatement. Nous aurions dû , sans doute, développer davantage notre idée. La Traite étant en elle-même
un attentat contre les Loix divines & humaines,
un trafic fondé sur le brigandage & l'assàssinat, -
la Société des Amis des Noirs est dans l'opinion ,
qu'en attendant l'abolition de ce commerce , nulle
espèce de faveur ne doit lui être accordée ; qu'il
serait même heureux que le désaut de prîmes le
fît cesser, & que, si l'humanité conseille des
développer davantage notre idée. La Traite étant en elle-même
un attentat contre les Loix divines & humaines,
un trafic fondé sur le brigandage & l'assàssinat, -
la Société des Amis des Noirs est dans l'opinion ,
qu'en attendant l'abolition de ce commerce , nulle
espèce de faveur ne doit lui être accordée ; qu'il
serait même heureux que le désaut de prîmes le
fît cesser, & que, si l'humanité conseille des --- Page 105 ---
Cil] adouciiïemens aux maux inévitables , elle s'y refuse , dans tous les cas , où son intervention
prolonge ou autorise des maux, qu'aucune nécessité ne sauroit justifier. Cette opinion , fondée en principes, est encore
fortifiée par l'inutilité de tout règlement que
l'humanité entreprendroit de dicter ici. Les maux
de la Traite sont tels, que le moindre est intolérable , & leur effrayante accumulation écarte
absolument toute idée d'adoucissement. C'est par
sa nature même que la Traite n'en est pas susceptible, & c'est en cela, Monsieur, que vos vues
bienfaisantes seroient trompées. Le but de notre Société nous a imposé la Loi
de rassembler toutes les lumières qui doivent diriger les Etats Généraux & le Gouvernement sur
cet objet. Le Parlement d'Angleterre a ordonné
quelques palliatifs , & c'est vous en prouver l'inutilité , que de vous informer que les Armateurs
eux-mêmes ont déclaré , que les nouvelles disposissons étoient incompatibles avec la Traite. Ainsi , ceux-là même qui sollicitent la continuation de cet exécrable trafic , ont déclaré , en
dernière analyse , que tout ce qu'il a d'atroce &
d'inhumain est nécessaire ; que tout y est combiné ;
que la Traite des Nègres devient un négoce ruineux, si l'on ne peut pas ,à tous risques, en entasser --- Page 106 ---
[ 12 ] un grand nombre dans l'espace construit rigoureusement pour un nombre beaucoup moindre ; si
l'on ne peut, enfin , contenir leur désespoir par
la terreur. Il est impossible , d'après de telles déclarations,
de songer à adoucir la Traite. Ce que peut ajouter
a ses rigueurs la férocité d'un Capitaine endurci
par 1 habitude, est un mal léger en comparaison
des horreurs incalculables auxquelles il faudroit
que l humanité même consentît , si elle étoit
condamnée à conserver la Traite. Permettez-nous donc, Monsieur, d'insister auprès
de vous sur la nécessîté de sa suppression , nécessité
plus sensible encore , quand on considére attentivement le sort futur du trafic des Noirs. Il
est condamné dans l'opinion publique en Angleterre. Le Parlement ne se seroit pas prêté à la
solemnité de ce grand procès , n'en auroit pas
ordonné l'insiruétion dans le plus grand détail,
s il n eut pas prévu qu'il ne ressoit plus qu'à
motiver sa destruction. Elle semble éprouver des
lenteurs : mais, n'est-ce point que le Ministère
s occupe en silence des moyens de montrer, à
1 instant même où l abolition de la Traite sera
prononcée, un remplacement agréable à la Nation , un remplacement qui présente immédiatement à toute la partie du Commerce Anglais ,
'en auroit pas
ordonné l'insiruétion dans le plus grand détail,
s il n eut pas prévu qu'il ne ressoit plus qu'à
motiver sa destruction. Elle semble éprouver des
lenteurs : mais, n'est-ce point que le Ministère
s occupe en silence des moyens de montrer, à
1 instant même où l abolition de la Traite sera
prononcée, un remplacement agréable à la Nation , un remplacement qui présente immédiatement à toute la partie du Commerce Anglais , --- Page 107 ---
t 13 1 habitué aux expéditions pour l'Afrique , une
occupation propre à le dédommager? Le Parlement n'auroit-il point cru que cette intention
aiïureroit d'autant mieux l'anéantissement de fpéculations , qu'il ne peut plus tolérer, après la publicité de leur barbarie ? Si telles étoient les vues du Parlement d'Angleterre, il n'en deviendroit que plus important pour
la France de s'occuper de la révolution que le respeçt humain commande, & que des combinaisons
plus éclairées conseillent depuis long-tems. Quoi qu'il en soit, Monsieur, nous osons espérer que vos vœux étant conformes aux nôtres,
vous voudrez bien favoriser les travaux de notre
Société ( i ). Nous joignons à cette Lettre un Exemplaire
du dessin & de la description d'un Navire chargé
d'Esclaves ; c'est le résultat d'informations prises
par ordre du Conseil Privé d'Angleterre , & la
Société Anglaise, qui poursuit l'abolition de la
Traite, s'est empressée de nous envoyer cette
preuve irrésistible du crime dont elle veut dé- (1) La Société a nommé trois Députés auprès des
Etats-Généraux, pour y suivre ces travaux, & défendre la
cause des Noirs. Ces Députés sont, MM. le Marquis de
Condorcet > BriJJot de Warville, & de Bourges. --- Page 108 ---
C 14 ] livrer l'humanité. Comme il est important que
tous les travaux de la Société soient publics,
nous avons cru devoir imprimer la Lettre que
nous avons eu l'honneur de vous écrire : la néceflité de faire connoître le sens de votre phrase ,
qui a excité nos réclamations , nous force à donner à votre Réponse la même publicité.: Nous
osons espérer que vous voudrez bien l'approuver,
en considérant que nous n'avons d'autre objet
que l'instrudion publique.
ité. Comme il est important que
tous les travaux de la Société soient publics,
nous avons cru devoir imprimer la Lettre que
nous avons eu l'honneur de vous écrire : la néceflité de faire connoître le sens de votre phrase ,
qui a excité nos réclamations , nous force à donner à votre Réponse la même publicité.: Nous
osons espérer que vous voudrez bien l'approuver,
en considérant que nous n'avons d'autre objet
que l'instrudion publique. Nous avons l'honneur d'être, avec respect, MONSIEUR, * Vos très-humbles & très-obéissans serviteurs , ( Par ordre de la Société des Amis des Noirs. ) Signé, E. CLAVIERE, Président. GEAJIAGNAC, Secrétaire. Paris, le 24 Juin 1789. --- Page 109 ---
RÉFLEXIONS , SUR LE COMMERCE.- T ' ASSEMBLÉE Nationale s'occupe de la régénération de la France. Elle portera ses regards sur toutes
les causes du bonheur d'un grand peuple , qui a résolu d'être libre & heureux , après douze siecles d'exclavage & de misere. L'Assemblée vient de poser
les droits de l'homme, elle travaille à la constitution
des François , ses soins se tourneront ensuite vers le
Commerce, ce lien de tous les hommes & de tous les
peuples. Elle appellera auprès d'elle , nous n'en pouvons douter, les hommes qui le pratiquent, ces
hommes simples & industrieux, auxquels un sens
droit, & une expérience que le pere transmet à ses
enfans , ont appris à déméler à travers les théories
brillantes & trompeuses , les moyens les plus sûrs de
commercer utilement. >
Nous offrirons quelques réflexions préliminaires ,
en attendant que l'Assemblée Nationale examine de
près, avec une longue attention , les refiforts de cette
. méchanique immense , qui sont faciles à saisir dans les
lieux où elle est en mouvement, mais qui se com-
; pliquent & s'embrouillent, si on se place à une grande
,,distance, sur-tout si on substitue lessyftcmes aux lu-
■.mieres de l'expérience. L'immortel Auteur du contrat social , qui a éclairé --- Page 110 ---
( 2 ) d'une lumiere si pure & si vive les droits de
1lhomme , qui en a peut-être fait germer parmi nous
les premieres sémences , offre dans plusieurs endroits
de ses sublimes ouvrages, un grand exemple de la
pente qui entraîne les génies ardens & profonds , vers
les systêmes , & de l'art avec lequel ils donnent à l'er'
reur les séduisantes couleurs de la vérité. Une société qui se forme a trois moyens de subsister.
Le premier consiste dans les fruits qu'elle tire du rein
de la terre. Le second est dans l'échange qu'elle fait de son superflu , avec une société voisine , pour obtenir ce qui
lui manque. Le troisième enfin appartient à la société, qui,
n'ayant point de territoire, est obligée de se faire l'agent des autres Nations. Celle-ci peut acquérir une grande puissance, & un
grand éclat, mais ses bases sont imaginaires ; elles ne
durent, qu'autant que les autres sociétés consentent à
ce qu'elle soit l'agent de leurs échanges.
. Le second est dans l'échange qu'elle fait de son superflu , avec une société voisine , pour obtenir ce qui
lui manque. Le troisième enfin appartient à la société, qui,
n'ayant point de territoire, est obligée de se faire l'agent des autres Nations. Celle-ci peut acquérir une grande puissance, & un
grand éclat, mais ses bases sont imaginaires ; elles ne
durent, qu'autant que les autres sociétés consentent à
ce qu'elle soit l'agent de leurs échanges. La société acquerra la plus grande force si , après
avoir tiré de son sol les matieres premieres, elle les
façonne chez elle , & n'emploie pas d'agent étranger
pour les échanges intérieurs & extérieurs. Elle aura , par tous les moyens qui sont en son pouvoir , multiplié ses richesses ; & sa population franchira les limites que son territoire avoit alignées. Elle aura réuni les trois grandes causes de la fortune
des peuples; l'Agriculture, les Manufactures & le Commerce. Quand nous avons parlé d'échange, nous n'avons pu , par ce mot, entendre que le Commerce.
Tout homme qui échange sa propre denrée , ou celle
des autres , par quelque moyen que ce soit, contre
une autre denrée , ou contre de l'argent, le signe
universel & convenu de toutes les denrées, est devenu
commerçant. --- Page 111 ---
( 3 ) Celq.i qui n'cft pas commerçant, efl: le propriétaire , qui réglant ses besoins sur les produirs de son
sol, se borne à ce produit, & ne vend , ni n'acheta.
On voit que cet homme ne peut pas exiGer dans l'état
social. 11 n'y a donc dans l'état social aucun propriétaire qui ne soit commerçant. Les autres hommes qui ne tiennent point au sol,
vivent à la solde du propriétaire. Il y a ici une réa&ion
admirable. Les classes nombreuses des individus soudoyés par le propriétaire, les manufacturiers, les
commerçans, les artisans , en un mot tous les citadins , en procurant de nombreux débouchés aux fruits
de la terre, en les façonnant, en les appropriant à
nos usages , à nos goûts , à nos fantaisies , à tous les
besoins de la nécessité , & aux caprices du luxe national & du luxe étranger , sollicitent par le plus puissant
de tous les ressorts l'industrie du propriétaire. Le
sol se réfroidit sous la main du cultivateur qui ne lui
demande que sa subsistance ; il a besoin de peu, il travaille peu, & recueille peu. Mais si vous éveillez ses désirs par l'espérance d'échanger avec avantage le superflu
de ses récoltes, si vous pratiquez des communications
directes & commodes pour aller à lui, si vous enflamez son imagination par des idées d aisance & de richesse, il rend bientôt à la terre , par son travail &
ses inventions, le feu que vous lui avez communiqué. Nous ne concevons pas une société sans commerce ,
& nous ne connoissons aucun peuple ancien qui ne l'ait
pratiqué. Les Romains même qui paroissent l'avoir
dédaigné pendant quatre siecles , trafiquoient avec
leurs armes , & le fer à la main s'approprioient les
fruits du Commerce des peuples vaincus. Depuis ce dernier des anciens peuples, jusqu'aux
Génois & aux Vénitiens, il regne une longue nuit
qui ne fut éclairée ni par le Commerce , ni par les
Arts. Une foule de siecles de féodalité, d'esclavage
ait
pratiqué. Les Romains même qui paroissent l'avoir
dédaigné pendant quatre siecles , trafiquoient avec
leurs armes , & le fer à la main s'approprioient les
fruits du Commerce des peuples vaincus. Depuis ce dernier des anciens peuples, jusqu'aux
Génois & aux Vénitiens, il regne une longue nuit
qui ne fut éclairée ni par le Commerce , ni par les
Arts. Une foule de siecles de féodalité, d'esclavage --- Page 112 ---
( 4 ) '& de barbarie, transformèrent les Nations de l'Europe en autant de hordes de sauvages. Les peuples
furent malheureux , livrés à un petit nombre de tyrans avides & cruels , ils arroserent de leur sang &
de leurs sueurs le sol auquel ils étoient enchaînés. La liberté se réfugia dans les lagunes de Venise , <5C
sur les rochers de Gênes. Ces deux républiques appellerent le Commerce & les Arts j elles devinrent rivales
de puissance & de bonheur ; & pendant que les peuples se précipitoient les uns sur les autres , elles conserverent le feu sacré d'une liberté que l'Europe sembloit avoir perdue pour toujours. Le délire des Croisades en prépara le retour. Les
Seigneurs ruinés dans ces entreprîtes insensées , permirent enfin aux villes & aux particuliers , d'acheter
des droits qu'ils ne tenoient que de la nature. Alors
les hommes commencèrent à respirer. Il se forma des
rélations de ville à ville , les communications s'établirent, on navigua sur les rivieres, on ouvrit des
routes, on creusa des canaux , les échanges se multiplierent de province à province , de peuple à peuple , le Commerce adoucit insensiblement des mœurs
féroces, & apprirenfin aux hommes qu'ils étoient sreres. Le Portugal , en découvrant une nouvelle route
pour aller aux Indes, enleva aux Génois & aux Vénitiens, la source de leurs richeiïes. Ces deuxPuissances,
en perdant leur Commerce , reprirent leur rang parmi
les Nations. Elles subsistent aujourd'hui par leurs soieries, par l'intérêt des sommes gagnées dans le tems de
leur splendeur qu'elles placent chez les autres Nations,
& sur-tout par l'extrême économie d'un peuple misérable, qui crie liberté dans les fers de l'autocratie. 11 n'est resté aux Portugais que Goa , dans la
Fresqu'Isle de l'Inde, & le Brésil, dans le Continent
de l'Amérique. Cette derniere possession bien administrée suffiroit pour leur donner une balance avanta- --- Page 113 ---
(S ) geuse avec les autres Nations : mais l'Inquisition qui
hébete les hommes , & tient dans le rachitisme leurs
facultés intelleduelles , le despotisme des compagnies
privilégiées, la situation de ce royaume trop voisin de
l'Espagne, pour ne pas s'armer contr'elle d'une proteétion étrangère , quelle achete au plus haut prix ,
le font languir dans une foiblesse qui semble lui ôter
pour jamais le pouvoir de briser les fers que l'Angleterre lui a forgés.
: mais l'Inquisition qui
hébete les hommes , & tient dans le rachitisme leurs
facultés intelleduelles , le despotisme des compagnies
privilégiées, la situation de ce royaume trop voisin de
l'Espagne, pour ne pas s'armer contr'elle d'une proteétion étrangère , quelle achete au plus haut prix ,
le font languir dans une foiblesse qui semble lui ôter
pour jamais le pouvoir de briser les fers que l'Angleterre lui a forgés. L'Espagne, avec tant de moyens d'être la premiere
Nation de l'Europe , a ajouté à l'Inquisition , & à la
tyrannie des compagnies à privilèges , qu'il faut
avoir vu soi-même en Amérique, pour en avoir une
juste idée, la folie de l'exploitation des mines. Les
mines ne peuvent appartenir qu'à un petit nombre
d'individus. Le transport & l'affinage des métaux n'exigent pas un grand concours d'hommes & de machines. Ce concours de bras & de travaux qui fait
toute la force des peuples agricoles & commerçans
tourneroit même au détavantage des peuples qui possedent les mines , parce que dépensant davantage
pour leur exploitation , les métaux leur reviendroient
à plus haut prix , & leur valeur relative décroissant
lorsque les denrées augmentent s ils seroient obligés de
donner plus , pour obtenir moins. Il existe encore
une autre cause de la foiblesse de l'Espagne » c'est
l'immensité de ses possessions dans les deux Indes. Cependant en s'appliquant, comme elle commence à le
saire, à la culture de ses colonies, à la destruction de
tous les privilèges exclusifs, à dissiper les ténebres de
l'ignorance, entretenues soigneusement par le monachisme , elle peut espérer de regagner une partie du
grand éclat dont elle a brillé si long-tems. Dans l'état actuel de l'Europe, il semble que ce
soit le Commerce qui en regle la def1:inée. C'est un
vasse domaine que toutes les Puissances se disputent.
Il est devenu le sujet de toutes les guerres, & le fon- --- Page 114 ---
( 6 ) dement de toutes les négociations. Les succès dans la
guerre sont Couvent compensés par un épuisement
pire que les désastres , mais l'habileté dans le Commerce & dans les traités , donne une supériorité durable à la Nation qui a remporté l'avantage. Elle dépeuple les atteliers, elle desseche les sources de la
population, elle frappe de Stérilité le sol de la Nation
vaincue.
de toutes les guerres, & le fon- --- Page 114 ---
( 6 ) dement de toutes les négociations. Les succès dans la
guerre sont Couvent compensés par un épuisement
pire que les désastres , mais l'habileté dans le Commerce & dans les traités , donne une supériorité durable à la Nation qui a remporté l'avantage. Elle dépeuple les atteliers, elle desseche les sources de la
population, elle frappe de Stérilité le sol de la Nation
vaincue. C'est ainsi que l'Angleterre, cette rivale éternelle
'de la France, s'est emparée du Commerce du Monde
entier. Elle affoiblit de jour en jour celui des Hollandois qui sont eux-mêmes un exemple bien remarquable
de ce que peut une poignée d'hommes qui s'applique
au Commerce. Le grand art du Gouvernement d'Angleterre , est
d'ouvrir des débouchés aux produits de son sol, lorsqu'ils ont paffé p. le métier du fabriquant; & il a
considéré la navigation , comme la plus importante de
toutes les manufactures , & celle qui multiplie plus
les travailleurs. Nous avons sous les yeux un tarif (i)
de ses droits d'entrée & de sortie. Toute marchandise
entrant dans les ports d'Angleterre, est soumise à un
droit; quelques-unes, comme les bois, peuvent être
importées par navires étrangers. Mais alors le droit
est plus fort, que parles navires nationaux. Quant aux
marchandises Françoises, l'esprit public & un code fiscal imaginé exprès, en ont presqu'arrêté toute introduction , même par les navires nationaux. Toute
marchandise sortant des ports d'Angleterre , reçoit
une gratification , elle s'appelle droit de ujfitution. Si
la marchandise entrée en Angleterre, en sort après
avoir été &çonnée par le fabriquant, le droit de restitution devient plus considérable. ( x ) Avant I Assemblée du Parlement, ce tarif a été envoyé au
Maire de chaque ville, afin, est-il dit, que ceux qui étoient les plus
intéreflfés à cet objet, puissent avoir le tems de délibérer & d'inftruire leurs représentans sur la propriété ou l'impropriété du plan. --- Page 115 ---
( 7 ) Qu'on s'éleve, si on veut, contre les abus de ses
pr mes , qu'on blâme son fameux A de de navigation.
Avec des méthodes , des théories, des systêmes &
des sophismes , on peut aisément blâmer ces belles
institutions ; mais un siecle de succès atteileront toujours leur sagesse, & les mettront au-dessus de' nos
vaines critiques. Le Gouvernement Anglois ne fait aucun pas,
n'entame aucune négociation, ne figne pas un traité, ne
promulgue aucune loi, qu'il n'invoque toutes les lumieres, qu'il ne s'environne de tous les manufacturiers, de tous les commerçants. Quelqu'instruction
qu'une longue habitude de voir les agents du Commerce , ait pu donner à l'administration , quelqu'étude
que les membres de la législation fassent continuellement des intérêts commerciaux de l'Angleterre , ils ne
se croient pas pour cela autorisés à prononcer légèrement , & sans l'avis de ceux qui pratiquent. Entre
mille faits que nous pourrions citer, nous en rapporterons deux seulement qui sont récens & connus.de tout
le monde.
ants. Quelqu'instruction
qu'une longue habitude de voir les agents du Commerce , ait pu donner à l'administration , quelqu'étude
que les membres de la législation fassent continuellement des intérêts commerciaux de l'Angleterre , ils ne
se croient pas pour cela autorisés à prononcer légèrement , & sans l'avis de ceux qui pratiquent. Entre
mille faits que nous pourrions citer, nous en rapporterons deux seulement qui sont récens & connus.de tout
le monde. Le premier est le traité de Commerce avec la France.
Le célebre Pitt qui le conçut, employa à cette négociation, un homme consommé dans la science du Commerce , qui avoit examiné attentivement les manufactures Anglaises, qui avoit fait visiter les manufactures
Françoises, qui s'étoit formé un plan de négociation
sur la comparaison exaâe des deux Nations, & de leurs
moyens de fabriquer. Les fabriquans Anglois furent
appellés, furent consultés : on tira d'eux toutes les
lumieres nécessaires pour établir un traité avantageux.
Le cabinet de Versailles n'appella personne : ne consulta personne, quoiqu'il fait avancé; aucun manufacturier , aucun commerçant du royaume ne fut entendu -, & on prononça froidement & sans examen ,
sur l'existence de plusieurs millions d'ouvriers qui
vivoient de leur travail. Csest dans les ports de mer » --- Page 116 ---
(8 ) & dans nos atteliers déserts qu'il faut maintenant aller
voir de près les effets de ce traité de Commerce; ils
sont tels qu'avant qu'il soit long-tems, la Nation sera
obligée, ou de le rompre,quelles qu'en puissent être les
suites, ou de le réformer sur de meilleurs principes, &
sur-tout d'en assurer Inexécution (i j. Tant qu'on s'étévera en France à de hautes théories, à des balances
imaginaires, qu'on dédaignera de s'instruire sur les
lieux, ou dans les entretiens simples & familiers de
ceux qui pratiquent, on commettra de grandes erreurs ; & la plus petite en ce genre pese sur le peuple , en le privant de son travail, & sur le territoire ,
en diminuant le nombre des consommateurs. L'Espagne a été plus sage : elle a repoussé constamment
toutes les ouvertures qui lui ontété faites parM. Eden. Le sécond est la suppression de la traite des Negres. Les plus célebres Philantropes d'Angleterre se sont
réunis pour la faire abolir , ils ont cherché à échauffer
tous les esprits , le Ministre a feint d'être ébranlé , le
parti de l'opposition a paru se réunir uninstant avec le
Gouvernement, pour faire promulguer cette loi. Il
sembloit, à voir cette coalition générale, qu'elle n'éprouveroit aucune discussion ; mais les bons esprits accoutumés à juger les mouvemens du Parlement, n'étoienr point éblouis par cette décoration magique. Le
Parlementa d'abord écarté toutes les déclamations qui
ne portoient pas sur des faits prouvés , & à l'insiant te
prestige s'est dissipé.Il est résultéd'une discussion froide,
longue, méthodique, & sur-tout de l'interrogatoire
qu'on a fait subir, à la barre du Parlement, au Gou-
esprits accoutumés à juger les mouvemens du Parlement, n'étoienr point éblouis par cette décoration magique. Le
Parlementa d'abord écarté toutes les déclamations qui
ne portoient pas sur des faits prouvés , & à l'insiant te
prestige s'est dissipé.Il est résultéd'une discussion froide,
longue, méthodique, & sur-tout de l'interrogatoire
qu'on a fait subir, à la barre du Parlement, au Gou- (t) On apperçoit un autre moyen de diminuer les funestes effets
de ce traité de Commerce ;ce seroit, comme en Angleterre, une
convention générale & tacite de ne porter que des étoffes nationales. Mais pour recueillir ce beau fruit de l'esprit public , il
faut que l'arbre ait pouffé de profondes racines, & à peine eû*il
planté en France. --- Page 117 ---
( ) verneur Milflf, qui a résidé 18 ans dans les Comptoirs
d'Afrique, que l'esclavage a exiSté de tout tems en
Afrique; & que la traite des Noirs, loin d'en être la
cause , loin de le perpétuer, en a au contraire adouci
les horreurs. Le Parlement a prononcé que la traite des
Negres seroit continuée (i). C'est par cette sagesse consiante du Gouvernement d'Angleterre dans ses loix commerciales, qu'il
est parvenu à commercer avantageusement dans
toutes les parties du Monde. I a France a plus d'avantages naturels que l'Angleterre , son sol est aussi fertile & plus varié, son
territoire est trois fois plus grand , sa population
est considérable , elle domine sur deux Mers, &
ion peuple est industrieux. C'est cette situation admirable , c'est cette industrie qui ont résisié à toutes
les fautes du Gouvernement François, qui ont réparé
les désastres de toutes les guerres, qui enfin , à travers tant de calamités & d'erreurs , ont triplé le
numéraire depuis un siècle, & augmenté d'un quart
ou d'un cinquieme la population. On croit communément le peuple François léger
& inconstant. Ceux qui sans préjugés l'ont observé, non dans la Capitale , mais dans ses travaux ,
dans les manufactures 5 dans les ports de mer , conviennent qu'il n'y a aucun peuple aussi aétif, aussi
laborieux, aussi patient. Mais le voyant sans cesse
inquiété par les visites insolentes & inquisitoriales
des sbirres fiscaux, par les droits dont les marchandises [ont chargées, par les entraves semées dans toutes
les routes de leur circulation , découragé par le
défaut de protection & d'avance pour l'établissement
des machines, écrasé par le mépris que les Grands
verso,ient sur ces hommes utiles, gêné par le prix
aétif, aussi
laborieux, aussi patient. Mais le voyant sans cesse
inquiété par les visites insolentes & inquisitoriales
des sbirres fiscaux, par les droits dont les marchandises [ont chargées, par les entraves semées dans toutes
les routes de leur circulation , découragé par le
défaut de protection & d'avance pour l'établissement
des machines, écrasé par le mépris que les Grands
verso,ient sur ces hommes utiles, gêné par le prix (i) Nous aurions désiré donner le bill ; mais il ne nous est pas
encore parvenu. --- Page 118 ---
( IO ) excessif de l'intérêt de l'argent que le discrédit du
Gouvernement & les manoeuvres des Agioteurs avoient
porté à un taux usuraire , troublé dans toutes les
entreprises maritimes , tantôt par une Compagnie à
privilèges , tantôt par des insultes faites à la côte
d'Afrique qui ruinoientdes opérations & demeuroient
sans vengeance & sans indemnité , presque toujours par des réglemens ou mesquins ou oppressifs,
par des concessions faites aux Etrangers , par le
caprice des Gouverneurs des Colonies , ils ne conçoivent pas qu'il puisse s'armer un seul navire
dans nos ports, & qu'on puille fabriquer une seule
balle de drap dans nos atteliers. La consiance , l'opiniâtreté de ce peuple si mal jugé, ont surmonté
tous ces obstacles. Il en est seulement résulté une
chose inévitable, c'est que son commerce a été exploité plus chérement que celui des Etrangers. Nous
développerons, quand il en sera tems à l'Assemblée
Nationale , la tyrannie de ces diverses formes. Quelques-unes sont détruites par la Révolution : nous lui
offrirons avec confiance les moyens d'anéantir celles
qui restent, & de donner au commerce de France
la direction la plus convenable & la plus utile. Nous nous bornerons dans ce moment à détruire
en peu de mots deux opinions auxquelles on cherche
à donner de la consistance. La premiere est que les Colonies sont nuisibles
à la prospérité du Royaume, & qu'il sera plus fort
de leur abandon. la seconde est que , pour posseder des Colonies,
il faut avoir un superflu de population & de moyens,
& que la France en est éloignée. Les Colonies versent en France 24-3 millions
par an : elles occupent 800 grands navires marchands
dessinés aux voyages de longs cours, & 6 à 700
petits dessinés au cabotage : elles donnent une occupation directe à ; ou 6 millions d'hommes qui ha- --- Page 119 ---
( II ) bitent les côtes du Royaume : elles mettent en
mouvement nos manufactures : elles doublent la valeur des terres par la multitude infinie de consommateurs qu'elles employent. Le Royaume consomme
environ pour 80 millions des denrées coloniales : ces
80 millions se décuplent par la circulation : cette
circulation s'étend jusque dans les provinces les plus
reculées, par les fleuves , les canaux & les routes qui
les traversent en tout sens : elle fournit à des besoins
qu'un long usage a transformé en besoins de premiere nécessité : quelques-unes des denrées coloniales
sont indispensables pour nos manufactures : enfin
163 millions de ces denrées coloniales sont exportés
à l'Etranger, & mettent dans la balance de notre
commerce national ce poids énorme ; & malgré
ce prodigieux avantage tiré de nos Colonies , le
résultat de cette balance n'est que de 7y millions.
aux & les routes qui
les traversent en tout sens : elle fournit à des besoins
qu'un long usage a transformé en besoins de premiere nécessité : quelques-unes des denrées coloniales
sont indispensables pour nos manufactures : enfin
163 millions de ces denrées coloniales sont exportés
à l'Etranger, & mettent dans la balance de notre
commerce national ce poids énorme ; & malgré
ce prodigieux avantage tiré de nos Colonies , le
résultat de cette balance n'est que de 7y millions. Qu'on imagine maintenant la France privée tout
à coup de ses Colonies. C'est inutilement qu'on voudroit
changer les moeurs , les gouts & l'esprit d'un peuple
qui a des habitudes de plus d'un siecle. La France
consommera donc les denrées auxquelles elle est accoutumée. Elle devra pour ce seul article , 80 millions
par an à l'Etranger ; ensuite elle rayera de sa créance
annuelle 163 millions de ces mêmes denrées qu'elle
lui fournit tous les ans ; mais comme dans l'état
présent , elle est créanciere de millions , la
nouvelle balance de son commerce avec l'Etranger
sera de 168 millions en perte , chaque année.
Conçoit-on une Nation qui puisse subsister avec un
tel désavantage ? Sans doute qu'avec le tems l'équilibre se rétablira ; mais quel sera le contrepoids qui
ramenera cet équilibre ? Ce sera la privation de
toutes nos anciennes jouissances ; ce sera la cessation
de tout travail & de toute industrie ; ce sera une
situation semblable à celle de la Pologne qui est le
grenier de l'Europe, & néanmoins la plus pauvre --- Page 120 ---
( 12 ) Nation. Toute Nation qui veut être riche, nombreuse, puissante, doit construire des Villes pour
consommer le superflu de ses campagnes, & ces Villes
ne peuvent être habitées que par l'industrie , le travail
& le commerce. Elles accumulent les richesses, elles
appellent les ouvriers & les consommateurs , enfin
elles donnent aux terres leur véritable valeur. Nous
dirons plus : c est dans l aisance des Villes que la
liberté se retrouve quand elle est perdue ; le travail
trop matériel & trop assidu des campagnes rémoufle & l'éteint. Mais, dira-t-on, il faut une marine pour protéger
ces Colonies ; & elle coûte millions par an ;
elle occasionne des guerres ruineuses. Nous répondrons qu'il faudroit toujours avoir une marine à
peu-près égale à celle que nous avons, parce que
nous aurions un commerce de cabotage à protéger ,
parce que nous aurions toujours des pêcheries sur
les cotes 8c sur le banc de Terre-Neuve, parce que
sans cette marine nous serions exposés aux insultes
de toutes les puissances maritimes, 8c forcés d'acheter
par des tributs 8c des outrages la protection de notre
rivale qui est attentive sur toutes nos démarches , 8c
toujours prête à profiter de nos fautes. Nous répondrons que la marine qui paroit dispendieuse est
une manufacture immense qui occupe une foule
d 'ouvriers , 8c devient l'occasion d'un grand travail.
Nous répondrons que si les abus, le défaut d'ordre
dans les travaux 8c dans les fournitures ont causé
des dépenses excessives , il faut remonter à la source
de ces abus & la tarir. C'est un établissement nécpflaire à la France qu'il faut réparer 8c non détruire.
La marine Angloise eit bien plus considérable que
la nôtre , elle a toujours un grand nombre de bâtimens de guerre en a&ivité; 8c la dépense votée
par le Parlement pour son entretien est cependant
moins forte que la nôtre,
dans les fournitures ont causé
des dépenses excessives , il faut remonter à la source
de ces abus & la tarir. C'est un établissement nécpflaire à la France qu'il faut réparer 8c non détruire.
La marine Angloise eit bien plus considérable que
la nôtre , elle a toujours un grand nombre de bâtimens de guerre en a&ivité; 8c la dépense votée
par le Parlement pour son entretien est cependant
moins forte que la nôtre, --- Page 121 ---
( 13 ) Nous combattrons la seconde opinion, non par
des raisonnemens, dans lesquels un espric exercé a
de prodigieux avantages. Nous avons un sentiment
profond de l'importance de la cause que nous défendons , mais nous avons auiu le sentiment de
notre foiblesse , en présence du grand Ecrivain ( i)
qui lui a porté cette attaque. Nous osons l'inviter
à diriger ses méditations & Ton génie vers le ComC1 merce , & nous ne doutons pas qu'il n'en devienne
le plus ardent défenseur ; nous lui répondrons par
des faits qu'on ne peut contredire. La Hollande sans territoire, exploitant des Colonies mal saines & dévorantes , à batavia & à Surinam , promene encore son Pavillon sur toutes les
mers & sur toutes les côtes. On ne conçoit pas qu'une
si petite réunion d'hommes puisse fournir à tant d'entreprises hazardeuses & lointaines, sans s'épuiser entiérement en peu d'années. Qu'on la visite , on y verra
les hommes accumulés & pressés sur un terrein qui
manque à leur population. L'Angleterre, comme nous l'avons déjà dit, s'est
emparée de presque tout le commerce du Globe,
elle a fondé des Colonies par tout où elle y a trouvé
quelqu'avantage , & sa population s'accroît sans cesse.
Donnez aux hommes la liberté & le travail , & ne
calculez pas comment ils peuvent naître & mourir. Enfin venez sur nos côtes , vous verrez des villes
où, il y a un Cède , on ne trouvoit que des villages : vous verrez ce magnifique cadre du plus beau
Royaume du Monde , dans un état de prospérité 8c
d'aisance qui vous est inconnu. Un Intendant de
Bretagne fut chargé en 1696, de faire le récensement de la population.de cette Province: il
la trouva de 1,700,000 hommes. Suivant M. Necker,
elle étoi:, en 1783, de 2,250,000 hommes. C'est-à-peu-
on ne trouvoit que des villages : vous verrez ce magnifique cadre du plus beau
Royaume du Monde , dans un état de prospérité 8c
d'aisance qui vous est inconnu. Un Intendant de
Bretagne fut chargé en 1696, de faire le récensement de la population.de cette Province: il
la trouva de 1,700,000 hommes. Suivant M. Necker,
elle étoi:, en 1783, de 2,250,000 hommes. C'est-à-peu- (1) Courier de Provence, N° 14 , Page 25. --- Page 122 ---
( 14 ) près vers la fin du siecle dernier qu'on a commencé à
cultiver les Colonies avec des succès marqués. Les
malheurs des dernieres années de Louis XIV, les
guerres désastreuses que la France a entreprises, les
erreurs sans nombre de l'Administration n'ont pas -
empêché la population d'une province maritime
d'augmenter d'un tiers , en moins d'un siecle. Nous
sommes convaincus que , si on faisoit de semblables
recherches sur les autres provinces, on trouveroit
qu'elles ont, depuis la même époque, augmenté leur
population , dans une proportion exade avec leur
voisinage des côtes , des grands fleuves, ou des canaux de navigation. Nous pensons que celles qui
n'ont pas pu se procurer des débouchés, & augmenter
leurs produits par les échanges, n'ont pas dû recevoir un grand accroissemens de population. En étendant ces recherches sur les terres , on trouveroit
qu'elles ont augmenté de valeur, dans la même raison;
car plus les débouchés ont été multipliés par les exportations , par les manufactures, par le travail &
les consommateurs , plus les fruits du sol ont dû
acquérir de valeur ; & les faits prouvent encore
cette assertion. Les propriétés territoriales ont triplé
de valeur depuis un siecle ; & ce sont celles qui ont
éprouvé l'effet le plus salutaire & le plus considérable des mouvemens du Commerce. Il résulteroit
de ces observations qu'en graduant l'échelle du
Commerce de France , on auroit l'échelle de sa
riche sse territoriale , de son numéraire & de l'accroissement de sa population. C'est cet excédent de
population , qui est peut-être de 7 à 8 millions d'individus , qu'il faut condamner à l'exil ou à la mort ,
en renonçant aux Colonies. Les Historiens de toutes
les Nations ont reproché à Louis XIV la révocation de l'Edit de Nantes ; mais cette plaie n'étoit
pas incurable. Nous ne perdimes pas nos matiere<:
premieres. L'industrie Françoise répara les erreurs --- Page 123 ---
( irs ) glantes du Gouvernement ; & le vuide affreux causé par
l'émigration des Protestans , se combla avec le tem.. Ici, nous perdons nos matieres premieres ; nous
perdons 2.43 .millions que fournissent nos Colonies;
nous perdons le grand marché auquel toute l Europe
vient s'approvisionner ; nous perdons huit millions
d'hommes mis en mouvement par la circulation de ce
produit; nous réduisons la valeur des terres dans la
proportion de la diminution du travail & des consommateurs.
le vuide affreux causé par
l'émigration des Protestans , se combla avec le tem.. Ici, nous perdons nos matieres premieres ; nous
perdons 2.43 .millions que fournissent nos Colonies;
nous perdons le grand marché auquel toute l Europe
vient s'approvisionner ; nous perdons huit millions
d'hommes mis en mouvement par la circulation de ce
produit; nous réduisons la valeur des terres dans la
proportion de la diminution du travail & des consommateurs. Et dans quel tems voudroit-on nous faire consentir
ces épouvantables sacrifices ? Dans le tems où l 'Assemblée Nationale appelle tous les hommes au travail,
en déclarant qu'aucune profession n'est déshonorante ;
dans le tems où elle consolide la dette publique, &
la met sous la sauve-garde de l'honneur national; dans
le tems où il faut combler un déficit incalculable qui
s'accroît tous les jours par la suspension de la recette
des revenus publics. Avec quoi prétendroit-on combler. ce déficit? Sur qui asieoiroit-on les impots? Seroit-ce sur huit millions d'hommes ou émigrans , faute
de travail & d'occupations, ou réduits audésespoir,
si l'attachement à leurs foyers les retenoit dans leur
Patrie? Seroit-ce sur les propriétés territoriales? elles
auroient perdu les consommateurs qui les faisoient
valoir. Seroit-ce sur les manufadures ? leurs atteliers
déjà déserts attendent qu'une meilleure direction du
commerce & une protection éclairée puissent les repeupler. L'Assemblée Nationale a déclaré que le mot
de banqueroute étoit infâme. Eh bien , il est de notre
devoir de lui déclarer que cette banqueroute est inévitable , si elle ne prend les mesures les plus iultes & les
plus aétive6 pour rouvrir les sources de la richesse nationale qui se dessechent, & qu'on voudroit tarir. Ces
sources sont dans Ja plus grande extension possible
des manufactures & du commerce de France , & surtout dans la con(ervaion des Colonies, dont la perte --- Page 124 ---
( 16 ) feule causeroit des désaflres qu'aucun génie ne pourroit
ni détourner ni réparer. Ce n'est point par surabondance de moyens pécunaires, par excès de population, par supériorité de
génie que les Anglois déployent une si grande richeile
commerciale , source unique de leur richesse territoriale & de leur puissance. Les François sont leurs égaux
en génie, & leurs supérieurs en population & en numéraire. C est par l application constante du Gouvernement à étendre son commerce, à l'honorer par
l'opinion, à le protéger par ses armes, à le favoriser
par les négociations , par les récompenses, par les
établissemens utiles, par le dégagement de tous les
embarras qui peuvent arrêter sa marche. C'est en un
mot en faisant du commerce, le sujet éternel de ses
méditations.
, & leurs supérieurs en population & en numéraire. C est par l application constante du Gouvernement à étendre son commerce, à l'honorer par
l'opinion, à le protéger par ses armes, à le favoriser
par les négociations , par les récompenses, par les
établissemens utiles, par le dégagement de tous les
embarras qui peuvent arrêter sa marche. C'est en un
mot en faisant du commerce, le sujet éternel de ses
méditations. Nous sommes convaincus que l'Assemblée Nationale , après avoir donné à la' Nation Françoise
les loix qui conviennent à un peuple libre , établira
ses rapports avec les autres peuples; qu'elle examinera
avec la plus sérieuse & la plus longue attention cet
objet dont l'importance est si grave ; qu'elle ne prononcera point sur le commerce des Colonies, sur la
traite des Noirs, sans avoir appellé de toutes parts
les lumieres , sans avoir écarté ce sentiment impétueux
& ardent qui nuit aux délibérations que les décrets
qu elle prononcera dans sa sagesse, seront le fruit d'une
mûre & profonde connoissance des relations du commerce national & de l influence qu'il peut avoir sur
la population, sur la richesse territoriale, sur le travail de citoyens auquel elle les a tous invités, sur les
manufactures, sur l'acquittement de la dette de la Nation, enfin sur la fortune publique qui est le seul but
vers lequel l Assemblée a constammentfixé ses regards,
& si courageusement dirigé ses pas. FIN. ; --- Page 125 ---
RÉCLAMATIONS ET OBSERVATIONS . DES COLONS, SUR l'idée de r Abolition de la
Traite et de 1 affranchissement
des Nègres. o SECONDE ÉDITION. Il Septembre 1789. --- Page 126 --- --- Page 127 ---
A 2 RÉCLAMATIONS ET OBSERVATIONS DES COLONS, SUR L idée de l'Abolition de là Traue et de 1 Affranchissement
des Nègres* kt U NE inquiétude génétale , un désir exagéré
» d'innovations se sont emparés des esprits, et
e, nuiraient par égarer totalement les opi3ï nions, si l'on ne se hâtait de les fixer par
* une réunion d'avis sages et modérés* » C'est ainsi que s'est exprimée Sa Majesté ;
et tel est le langage convenable à un Souverain qui, du haut d'un trône où l'ont placé
les destinées, supérieur aux cris des passions
et des intérêts divers, mais assez prés de ses
Peuples pour entendre leurs justes réclamations , les appelle près de lui, non pour leur
prescrire ou pour en recevoir des lois, mais, --- Page 128 ---
(4) de concert avec eux, pour en établir uni ne
soient que l'expression du vœu général , les
garans du bonheur public , et la base inébranlable de l'Empire ; non pour se laisser
égarer pa-r le fanatisme et l'enthousiasme ,
qui peignent tout sous des couleurs fausses
et outrées, mais pour être guidé par la raison,
dont l'emploi est de mettre les objets à leur
place et sous leur vrai point de vue ; non
pour prêter l'oreille à de pompeuses et viclentes déclamations, mais pour connaître la
Vérité, dont la lumière douce et bienfaisante,
loin de br âler , loin d.e détruire, éclaire,
échauffe, vivisie.
l'enthousiasme ,
qui peignent tout sous des couleurs fausses
et outrées, mais pour être guidé par la raison,
dont l'emploi est de mettre les objets à leur
place et sous leur vrai point de vue ; non
pour prêter l'oreille à de pompeuses et viclentes déclamations, mais pour connaître la
Vérité, dont la lumière douce et bienfaisante,
loin de br âler , loin d.e détruire, éclaire,
échauffe, vivisie. Oui , sans doute, il est temps de ramener
l'opinion publique égarée , enflammée sur
beaucoup de questions auxquelles tiennent
la tranquillité publique et la marche assurée
du Gouvernement- Parmi ce nombre est ceilp
de l'esclavage des Nègres, qui a donné naissance à tant d'écrits, et produit une fermentation qui menace les Colonies srançaises
d'un embrasement prochain, et d'une révolution funeste à la métropole elle-même. Mais quelles en doivent être les victimes ?
quels sont ceux qu'il s'agit de venger ? qui
donc excite cet incendie ? Français y
l. A --- Page 129 ---
c, ) AS .. poussés par un zèle, respectable darts son Origine et dans ses motifs , mais ma1 éclairé,
mais devenu trop ardent, ne craignent pas
de mettre en danger les propriétés , l'existence de leurs concitoyens , de leurs frères,
et d exposer les Colonies à la plus horrible
catastrophe. Bientôt ces possessions si précieuses offriront un spectacle qui effraie
1 in agination. Tous, les liens die la subordination sont rompus, tous les travaux sont
abandonnes ; les scènes les plus cruelles se
préparent ; lalFreux signal est donné : au
nom de liberté, tout s'ccrie , tout s'arme ,
et déjà . . . Ces tableaux sont-ils exagérés ? y ont-ils
bien réfléchi, ces passionnés défenseurs de Ici
cause des Noirs ? Ignorent-ils , ou peuventils se dissimuler la réalité de ces effets désastreux ? Tout dit que ce ne sont point dd
fausses terrèurs ; tout autorise donc les Colons poursuivis sans mesure, calomniés, déchirés sans ménagement ; tout les force à
réclatner hautement la protection de la métropole , dont ils se font gloire d'être les erisans les plus affectionnés. Que la Nation
assemblee les reçoive dans son sein ; qu'elle
accueille leurs doléances.; quelle leur assure- --- Page 130 ---
( 6 ) les secours tes plus prompts et les plus efficaces. Et puisqu'on attaque avec tant d'achar*
nement leurs propriétés par l'idée de l'affraii*,
chissemcnt futur des Nègres , et l'espoir de
l'accroissement de leur culture par celle de
l'abolition présente de la traite, qu'elle daigne
prendre en considération l'exposé de la situation et de la manière d'être des Colonies »
de tous leurs rapports avec la métropole,
du système meurtrier par lequel on tend à
les anéantir, et du véritable régime qui peut
seul le4, entretenir et les faire prospérer. lies défenseurs des Noirs (c'est ainsi qu'ils
se qualifient, et ils pourraient, à juste titre %
s'appeler les persécuteurs des Blancs), ces
défenseurs posent pour principe, que l'esclavage étant une usurpation révoltante, et le
plus grand mal qui puisse exister sur la terre .i
il saut l'attaquer dans sa, racine. D'abord
renoncer à l'instant même à la traite , et
préparer l'extinction de l'esclavage dans les
colonies, parl'affranchissement successif dea
Nègres dont elles sont peuplées. Ils sont persuadés qu'on pourrait y substituer des cul*
tivateurs Blancs, ou les y employer el1. con-
étant une usurpation révoltante, et le
plus grand mal qui puisse exister sur la terre .i
il saut l'attaquer dans sa, racine. D'abord
renoncer à l'instant même à la traite , et
préparer l'extinction de l'esclavage dans les
colonies, parl'affranchissement successif dea
Nègres dont elles sont peuplées. Ils sont persuadés qu'on pourrait y substituer des cul*
tivateurs Blancs, ou les y employer el1. con- --- Page 131 ---
( 7 > A4 currence avec les Nègres devenus libres.
Enfin, si toutes ces choses sont impossibles f
ils conseillent d'abandonner plutôt les Colomes... Renversons l'ordre de ces questions,. et
commençons par examiner la. dernière. Il faudrait donc demander, 1 siles Colonies
JOnt utiles ou non à la métropole. Dans
le cas de la négative, et en supposant que
eelle-ci voulut les. abandonner ,, examiner si
elle aurait le droit, avant cet abandon, d'y
changer le régime actuel, et de terminer ses.
relations, avec elles, en- portant l'atteinte la
plus forte aux propriétés Or il est évident que tout ce que pourrait
faire la metropole décidée à ce sacrifice,
ce serait de abandonner à elles-mêmes,
en leur laissant le soin de conserver leurmanière d'être, ou d'y apporter des chan.
gemens, si elles le jugeaient convenable. Autrement ce rte serait pas les abandonner , ce
serait les détruire. Abandonner, c'est renoncer à la possession, et même au droit de puissance et de domination ; et ce serait la dérision la plus révoltante, ce serait l'acte 1e
plus tyrannique que de commencer par dé- --- Page 132 ---
( 8 } trtiirs ce que l'oil reconnaîtrait ne vouloir
plus iii gouverner ni posséder. J
Dans le cas de l'affirmative , et en admettant que la métropole doit et veut conservet
ses colonies , il faut examiner s'il est possible de le faire, ' i°. En abolissant absolument et dès-àprésent la traite. ' 2°. En préparant l'extinction de l'esclavage. •' C'est-là le point le pins essentiel, et celui
sur lequel s'élèvent les plus fortes objections.
Il est inutile d'en renouveller ici la liste tant
de sois répétée ; et les Colons de France se
bornent à faire la déclaration suivante, au
nom de leurs compatriotes , desquels ils ne
craignent pas d'être désavoués. *
Nous n'avons point d'intérêt direct à demander le maintien de l'esclavage; nous 'le
regardons seulement et le soutenons désormais inhérent à la constitution des Colonies,
et nous sommes disposés à en admettre la
suppression , - S 'il est démontré que l'on peut s'en passer •
Si 11 on offre un plan, non pas spéculatif,
»ais admissible, mais praticable , dans lequel' --- Page 133 ---
( ) on trace , clairement et sans lacune, le passage délicat de ce nouvel ordre cle choses
avec l'ancien ; de manière à ce que 1 état ,
dont les Colonies font partie f et avec lequel
elles ont la connexité la plus étendue , ne
souffre point de convulsion , et que la sûreté
et les propriétés des Colons n'éprouvent
qu'une très-légère atteinte ( 1 ) ;
ais admissible, mais praticable , dans lequel' --- Page 133 ---
( ) on trace , clairement et sans lacune, le passage délicat de ce nouvel ordre cle choses
avec l'ancien ; de manière à ce que 1 état ,
dont les Colonies font partie f et avec lequel
elles ont la connexité la plus étendue , ne
souffre point de convulsion , et que la sûreté
et les propriétés des Colons n'éprouvent
qu'une très-légère atteinte ( 1 ) ; S 'il est bien constaté que l'Angleterre , qui
paraît disposée au renoncement à la traite ,
n 'ait point cl intérêt 'à nous l'inspirer. T els sont l'es elémens d'un problème qu'il
faut tacher de résoudre par la méthode de
1 analy se que nos maîtres nous ont enseignée A
èt dont il est probable qu'ils ne voudront pas
s'écarter. , II faudrait donc s abstenir de toucher à la
question de l'esclavage considéré moralement , sur laquelle noNs sommes tous d'accord. Autrement nous serions, arrêtés, dès le ( i ) L'Angleterre , bien loin de renoncer à la traite
des Noirs , vient, tians cette dernière session du Parle-
,de diminuer les gènes qu'elle-avoit mises à* ce
commerce dan$:la session précédente, ti
On se contentait d'abord d'imiter cette Nation. Nous
voulons maintenant aller .plus loin qu'elle en Raison»,
en Politique, en Humanité. J --- Page 134 ---
r 1
( 10 y premier pas , et ne pourrions plus nous éritendre. Qu'on y prenne bien garde, c'est lefvrai nœud de la question ; et si elle se posait
de cette manière , ainsi que le prétendent les,
défenseurs des Noirs , Il est évident que l'esclavage est I'effet d'un
principe vicieux. Donc toutes: ses conséquences Sont vicieuses ; Donc il faut le proscrire. La clarté du premier axiome fixant les as*-
jprits et les préparant à reconnaître les deux
autres propositions comme incontestables
ferait peut-être décider la question conformément à leurs vues. Mais, ne conviendrait - il pas de la poser
ainsi ? Quoique l'esclavage soit l'effet d'un principe vicieux , Est-il bien sûr que toutes les conséquences
sen soient vicieuses ? . Et ne peut-on pas avoir de très-fortes raisons de le maintenir, ou de trop grands obstacles à surmonter pour le détruire ? H s'ensuivrait une discussion qui est écartéepar la première méthode de raisonnement ;4
mais nos adversaires ne prétendront sans. --- Page 135 ---
[texte_manquant] fîoute pas qu'elle doive être préférée. Il n'y
a qu mi seul cas où elle dut l'être ; c'est ce":
lui de la formation d'un Etat. Alors il faudroit s énoilcer ainsi : Il est evident que l'esclavage est l'effet
d 'un principe vicieux. : Donc il est à craindre que toutes ses coll*
Séquences ne soient vicieuses. Donc il ne faut pas l'admettre. Ce raisonnement alors serait aussi juste
qu il l est peu , en partant du point où nous
sommes parvenus. Car pouvant admettre , ou
non , un principe vicieux , il est très-raisonnable de le rejeter, ne fut - ce que par lâ
crainte dé ses conséquences : au lien que ,
ce principe une fois admis , l'avantage d'en
souffrir, ou l'inconvénient d'en rejeter le®
résultats est du moins problématique.
l'admettre. Ce raisonnement alors serait aussi juste
qu il l est peu , en partant du point où nous
sommes parvenus. Car pouvant admettre , ou
non , un principe vicieux , il est très-raisonnable de le rejeter, ne fut - ce que par lâ
crainte dé ses conséquences : au lien que ,
ce principe une fois admis , l'avantage d'en
souffrir, ou l'inconvénient d'en rejeter le®
résultats est du moins problématique. C'est le seul moyen de tirer la question du
point de vue purement moral dans lequel
on veut la renfermer , et'"c'es.t la poser avec
plus de justesse en combinant ce principe
de morale ( qu'il faut reconnaître sans balancer ) avec les considérations politiques,
auxquelles il est impossible qu'on se refuse.
Car si, pour changer ou détruire un ordre
de choses quelconque , il ue s'agit que d'y --- Page 136 ---
i 1-':1. V. i ' 0PÎ? etcevoir de l'im moralité , ou le renversement de ce que l'on appelle les loix de la
nature , savoir de l'égalité , de la liberté ,
ces droits reconnus inhérens à l'homme,
et dont .la violence seule , dit - on , a pu le
priver , dans ce cas , tout présente autour
■de nous cet affligeant tableau ; ce contraste
frappant de l'opulence avec la misère ; cette
supériorité , cet ascendant des puissans et des riches sur les indigens et les faibles ; cette
lutte étonnante et continuelle dans laquer
le plus grand riomlire cède au plus petit. En vain on dira que l'esclavage n'est pas
comparable a tout cela ; que c'est le dernier
terme de dégradation de l'homme : il n'en
sera pas moins vrai que , si l'esclave a droit
de se plaindre de n'être pas libre , et de vour
loir le devenir , le pauvre a droit de se plaindre de n'être pas riche , et de demander les
richesses ; le citoyen des classes inférieures
a droit de se plaindre de la place où il se.
trouve , et' de demander les honneurs et les
rangs les plus élevés; et .malgré l'ancienneté
(îles usurpations qui ont produit entre îe£
hommes cette prodigieuse disproportion, il
n'est pas qu'en remontant d'âge cix
^ K * r 4 '■ \r --- Page 137 ---
( 3 ^ v / . ,
âge , et en parcourant les diverses époques
auxquelles l'homme a successivement perdu
quelques parcelles de son indépendance et
de son égalité originaires, on parviendra
enfin au moment où elles existaient dans
toute leur intégrité. Eh bien ! le croiriezvous fondé à réclamer , sans restriction , à
l'instant même, la jouissance de tons ces
biens usurpés sur ses ancêtres , la liberté,
la richesse y la puissance , ou plutôt l'égalité
dans le partage de ces deux derniers attributs ? Croyez-vous qu'il en ait le' droit, que
cela se puisse , et qu'il soit de l'intérêt de
la société qu'une partie quelconque de ses
membres tende à ce but ? - Qu'on ne dise pas que c'est là ériger l'esclavage en principe , et vouloir le consacrer
dans le temps même où il s'agit de l'anéantir , s'il est possible. Non , ce seroit dénaturer
l'idée et en empoisonner les conséquences. L'esclavage est un mal ; mais il existe ;
mais il n'est pas du fait des Colons ; mais
on ne peut le détruire sans les plus fâcheux
résultats ; mais il est moins dur en Amérique
qu'on ne se plaît à le publier ; mais les CoIons sont disposés à adopter les adoucisse
dans le temps même où il s'agit de l'anéantir , s'il est possible. Non , ce seroit dénaturer
l'idée et en empoisonner les conséquences. L'esclavage est un mal ; mais il existe ;
mais il n'est pas du fait des Colons ; mais
on ne peut le détruire sans les plus fâcheux
résultats ; mais il est moins dur en Amérique
qu'on ne se plaît à le publier ; mais les CoIons sont disposés à adopter les adoucisse --- Page 138 ---
( i4 ) mens qui tendraient à la conservation dt
leurs Nègres , à laquelle ils ont le premief
et le plus grand intérêt. Que l'on daigne faire ces distinctions eST
Bentielles qui intéressent doublement les ColIons , en ce qu'elles écartent Une imputation
calomnieuse , et en ce qu'elles remettent la
question à sa vraie place. L'esclavage, dans son origine, est Urie USUF
ration : c'est le droit du fort sur le faible ,
c'est celui du vainqueur sur le vaincu. Mais
si l'ancienneté de l'usurpation n'en rend pal
moralement le titre plus favorable ; si, au*
yeux de la raison, la loi du vainqueur impitoyable paroît dure et excessivement injuste , du moins l'ordre civil l'a admise et
légitime une telle possession. Elle est de venue une propriété que les lois garantissent #
ainsi que toutes les autres, sous l'obligation
tacite imposée par l'humanité à. tout ce qui
est riche ou puissant, de secourir tout ce qui
est faible , tout ce qui souffre , totit ce qui
est opprimé. L'humanité dit aux riches : Ces biens, ces
terres que vous possédez font partie du doinaine général qui appartenait jadis en comtnun au genre humain. Vos ancêtres, vas --- Page 139 ---
( 15 ) auteurs plus industrieux , plus actifs , mieux
servis par le hasard, peut-être en reconnaissance de quelques découvertes précieuses
aux hommes, ont acquis ou obtenu uns
portion plus considérable que celle de leurs
voisins et de leurs égaux. Cette possession
est légitime ; le temps l'a consacrée ; les lois ,
l'intérêt de la société vous en assurent 1 a
Conservation .Jouissez donc de ces biens : mais
sachez en faire un noble et digne usage. Au->
û tour de vous, sous vos yeux, vos semblables g.
vos frères , des hommes languissent dans les
horreurs de l'indigence. Secourez-les , soulagez-les : ils ne vous disputeront pas ces richesses qu'une main libérale et bienfaisantes
partage avec eux ; ils vous béniront, vous setez des heureux, et vous le serez vous-mêmes. Elle dit aux grands : c'est aux vertus de
vos ancêtres , c'est à des services utiles ou
éclatans rendus par eux à la patrie que
vous devez ce lustre qu'accroît encore la nuit
des temps et l'antiquité des races. Mais ces
titres éminens , ces places distinguées, qui
semblent être devenus un domaine inaliénable dans vos familles , ne vous élèvent
au-dessus des autres hommes que pour vous
assurer les moyens de. les servir et de lep
. Elle dit aux grands : c'est aux vertus de
vos ancêtres , c'est à des services utiles ou
éclatans rendus par eux à la patrie que
vous devez ce lustre qu'accroît encore la nuit
des temps et l'antiquité des races. Mais ces
titres éminens , ces places distinguées, qui
semblent être devenus un domaine inaliénable dans vos familles , ne vous élèvent
au-dessus des autres hommes que pour vous
assurer les moyens de. les servir et de lep --- Page 140 ---
16 ï défendre. Les lois sociales ne perpétuent en
vous ces honorables jouissances que sous
la condition de remplir le plus beau , le plus
sacré des ministères , celui d'être utile à ses
semblables. L'honneur seul peut soutenir des
droits acquis par l'honneur. La vertu seule
peut légitimer ces distinctions accordées par
l'estime et la reconnaissance publique. Descendans' de ces héros qui fondèrent ou défendirent l'Etat, ils vous ont prescrit le devoir d'en partager et non d'en aggraver le
fardeau ; ils vous ont recommandé tout ce
qui réclame des secours , vos inférieurs, vos
vassaux, les indéfendus. Soyez-en donc les
ardens, les généreux protecteurs ; n'usez de
votre puissance et de votre crédit que pour
plaider leur cause. Ils ne vous envieront plus
que ce pouvoir heureux de faire du bien ;
ils vous béniront, ils vous respecteront, ils
vous honoreront comme des dieux tutëlaires. Colons , ces Nègres que vos pères vous
ont transmis, ceux qu'un usage autorisé livre,
dans vos mains, ne sont esclaves que par.
l'effet d'une ancienne usurpation. Un zèle indiscret et persécuteur jette des doutes sur la
nature de vos Jroits., \oudïait vous en dépouiller t --- Page 141 ---
i 7 ) B pouiller , et va jusqu'à vous peindre des coifr
leurs,les plus odieuses. Désavouez ces calom.
nies atroces et extravagantes. Ne craignea
pas, ne rougissez pas de défendre ces proprié tés que l'on vous dispute. La justice ,
r intéret de l'état vous en assurent la possession et repoussent les attentes que l'on
y voudrait dppner; mais ce n'est qu'à un prix-.
mais pour réparer, pour expier cet an..
cien, ce premier attentat, sur lequel sont
fondés tous vos droits mais si vous voulez
jouir de vos biens sans remords, et les pos.
séder sans crime , écoutez la voix de l'hu,
manité , celle de votre intérêt même : elle,
vous prescrivent de ménager vos Nègres , de
les gouverner suivant les règles de la raison et
de l'équité naturelles. ÎU ne sentiront plus,
ils oublieront leurs chaînes devenues si légères ; ils vous chériront, ils vous béniront i
Vous les conserverez , et ils vous enrichiront.
vos biens sans remords, et les pos.
séder sans crime , écoutez la voix de l'hu,
manité , celle de votre intérêt même : elle,
vous prescrivent de ménager vos Nègres , de
les gouverner suivant les règles de la raison et
de l'équité naturelles. ÎU ne sentiront plus,
ils oublieront leurs chaînes devenues si légères ; ils vous chériront, ils vous béniront i
Vous les conserverez , et ils vous enrichiront. De telles maximes déshonorent-elles l'es.
prit humain ? Faut-il craindre dé les avouer f
Tendent-elles au renversement de la société.
h. en troubler l'ordre ? Ou plutôt n'en sont
elles pas conservatrices ? Ou vaudrait - il
mieux proposer de nouvelles loix agraires ï
Veut-on revoir encore la révolution 4es --- Page 142 ---
( 18 > Gracques et les scènes de Spartacus ? Lorsqu enfin les Colons, en s'opposant aux
prétentions d un zèle réformateur et aveugle ,
font sentir tous les iiicorivénicns qui résulteraient de ces plans chimériques ; lorsqu'il^
conviennent de quelques changemens utiles
h faire Jans le régime actuel, osera-t-on leur
dire que ce sont des aveux arrachés ; que
c est le dernier cri de l 'intérêt tremblant pour
la sûreté de ses trésors , et qui consent i
en abandonner une partie pour s'assurer a
reste f Ce serait une injustice , un outragé
de plus. Depuis long-temps ils avoient hautement reconnu quelques imperfections du
régime des Colonies, et ils en avaient de.
mande la réforme. Qu'il leur soit donc pcr.
ulis de renouveller ici cette profession dé
ici qui est particulièrement consignée dans
l'écrit d'un de leurs compatriotes (1) ; et
cela dans un temps où ne se montraient
pas encore , du moins avec tant d'assurance,
ces ardens défenseurs de la cause des Noirs. Ils la déposent sous les yeux de la Nation,
et ils en demandent acte. (1) Discours sur l'esclavage des Nègres, fait en
1785, et publié en 178*6 , pag. 106 et suiv. --- Page 143 ---
( 19 ) , 1 Ba 1 1 Résumons-nous. Que disent, que veulent
ces prétendus Philantropes ? Ils disent que
l'esclavage est un mal, et ils veulent qu'on
l anéantisse , parce que c'est une usurpation , parce que c'est un mal, parce queTon peut s'en passer. Les colons répondent
à ces trois chefs : 1°. Que la société serait renversée si l'on
prétendait annuller toutes les usurpations
sur laquelle elle est fondée : et ils croient
ce point démontré ; 20. Qu'il est impossible de guérir tous les£
maux résultans de l'ordre civil , sur-tout
lorsqu'ils y sont tellement enracinés, tellement entrelacés, qu'il faudrait abattre l'arbre
pour le débarrasser de toutes les lianes pa-'
rasites qui l 'é*touffent ou le font languir : et'
cette vérité n'est que trop incontestable;:
qu'une foule d'obstacles s'opposent à l'ex-c
tinction de l'esclavage dans les Colonies ::
çt ces obstacles sont réels , évidens, insur-:
montables ; qu'en admettant qu'ils ne sontpas indéfiniment insurmontables , on ne peut
prévoir ce changement désiré , et en quelque
sorte inespéré, que par l'effet d'adoucissemèns successifs, et gradués par l'art le plus
kabile et les nuances igs plus fines j
'une foule d'obstacles s'opposent à l'ex-c
tinction de l'esclavage dans les Colonies ::
çt ces obstacles sont réels , évidens, insur-:
montables ; qu'en admettant qu'ils ne sontpas indéfiniment insurmontables , on ne peut
prévoir ce changement désiré , et en quelque
sorte inespéré, que par l'effet d'adoucissemèns successifs, et gradués par l'art le plus
kabile et les nuances igs plus fines j --- Page 144 ---
( 2,ô Y • Que ndéè de rcrtiplàccr , (Yars \i s t^oIôrtics, les Nègres par à'eï Cultivateurs Rlhn'cs:
<*t et schïît funeste à la nié-!
îrnpole (i). cc en de raisons , en eïïet
* i^â«^seiit pour la ^osctlre. Ert Voicîf.
îl^i'dïait rie 'songtrT
» transporter dans les Colonies que la smr-
>îk âkâftdâtfcé' W la population , apiVs s'être
« hien assure que k Wfe eVj'es arts', en
Europe , seraient Siifïisaihniei^t 'pourvus'
» de brns. Admis par la pblitîquë:, il faucïrait
5* '^rtôôi'e ce projet ne Àit pas meur-
^ ttfei. Or f c'est une veriie de Ifait que nô$
*> frànçais , S£>Wmi& atix^îravàux de la'cuïV * îim?, nè f>ouTt,^'éïit résister" à. * l^ction
» d'rttt climat bruant sous lequel ï\s\në
* On ne pÜlirraÍf fcùr otôir
KÙ Îà r-^HVtncte ' d'un 'Yneiîïèùr sôrî qui tes
dJciW/!t y mi tespoir d'uri avenir ùhWah 't
m qui ses séJmsfc Si on lëtir: montrait îâ
D> v&rftaj ils æ - refiis-eraiént à la traiWplârï-* .si" oh la leur cachait, ce serait1
* k<$ ttdifipe-i-- , et Peifetr serait bientôt
3i qcinflUér Si l'oh n'envoyait que des'en-f
» iwisfréta, ai'rtsâ (juë qtielquetfgens 1 ont pro- / (0 V Gyèi Piécîs for rEfciavagepag". as & futy* --- Page 145 ---
( 21 ) B 3. * pose , ce serait une laute capitale en po-
» litique et en administration que l'on np
» tarderait pas à reconnaître , niais qui se-
» rait difficile à réparer. En supposant ap-
» planis les obstacles qui s'opposent l'a^-
» mission des Blancs en place des Nègres,
» combien d'autresà combattre relatifs à leur
» demeure f aux moyens de pourvoir à
leur subsistance 1, à leurs salaires, à la
» discipline , etc. Les défenseurs des Noirs disent que., s:
cela est bien prouvé, il faudrait courageusement abandonner les Colonies ; et, par un
de ces rapprochemens prétendus lumineux ,
(jui font tant d'impression sur certains e&-
prits , ils apprécient cette vaine jouissxtncp
de quelques livres de sucre çt de caie ,
achetée par les gémissement et. Içs larmes
de cinq cents mille infortunés. ; Pour répondre sérieusement à une réflexion aussi légère , et à une imputation
aussi grave , les Coloris observent,
rait courageusement abandonner les Colonies ; et, par un
de ces rapprochemens prétendus lumineux ,
(jui font tant d'impression sur certains e&-
prits , ils apprécient cette vaine jouissxtncp
de quelques livres de sucre çt de caie ,
achetée par les gémissement et. Içs larmes
de cinq cents mille infortunés. ; Pour répondre sérieusement à une réflexion aussi légère , et à une imputation
aussi grave , les Coloris observent, Qu en se permettant de raisonner ainsi,
il n 'y a rien sur la terre qu'on nç put la;
cilement calomnier çt empoisonner j qu'il
p y a pas un seul Gouvernement qu'on iiç
à renverser d^. fond eu comble. --- Page 146 ---
(*o Ne pourraient-ils pas vous dire : Ces vins
délicieux, tous ces dons , tous ces tributs
des divers élémens dont vos tables sont cou",
vertes; ces toiles , ces draps qui vous habillent , tous ces produis si variés de l'indus. rie et des arts, ou de nécessité première , ou de luxe et de superfluité ; non
pas seulement ce qui satisfait les désirs capricieux du riche , mais ce (lui sert, ce qui
est utile à tous les hommes ; eh bien ! tout
cela est acheté par les larmes et les gémisgemens de plusieurs millions d'infortunés.
Voulez-vous que nous les visitions ensemble,
que nous les suivions depuis le moment où ,
pour eux, le travail commence à la faible
lueur d'une lampe , jusqu'à celui où se teiv
mine une journée laborieuse , et trop courte
encore pour ces malheureux chefs d une
famille nombreuse et affamée ? Qui nous
empêcherait de vous offrir ici des scènes
qui ne nous sont point inconnues, auxquelles
nos cœurs ne sont point insensibles , et qui
nous invitent à l'exercice de quelques vertus
qui ne nous sont point étrangères ? Et ce
pain dont vous vous nourrissez chaque jour
n'est dû qu'au travail forcé de plusieurs
millions d'hommes. Vous les peindrons-noua --- Page 147 ---
( 23 ) B 4 ces infortunés , courbés v ers nn sol qui
fertile pour d'au ires hommes , ne semble
ingrat que pour eux seuls ; arrachant à la
terre ses trésors qui leur sont presque étrangers , et trop heureux , trop satisfaits lorsqu'il leur en reste une faible portion destinée
à apaiser le plus impérieux des besoins ! Vous nierez peut-etre la vérité de ces tableaux ; vous contesterez la justesse de ces
comparaisons. Mais nous en appelons à. des
témoins irrécensables, et aux esprits justes
qui peuvent seuls les apprécier. Sans doute ce spectacle de l'homme condamne , dans 17in et l'autre hémisphère, ;t
un travail dur et presque continuel, et surtout aux penibles soins de l'agriculture,
rappelle cette terrible loi qui lui fut imposée
(lès le premier âge du monde : ce spectacle
émeut tout cœur sensible, et fait naître les
reflexions de tout ctre pensant. Mais en vain*
l'humanité sonne des vœux , en vain la mison et le génie imaginent des p'ans, il faut
céder à l'inflexible loi de la nécessité , il
faut admettre et souffrir YiurViuible effet
delà société , et même avec Joutes les nio..
difications que lui donnent oir d'anciennes
coutumes , ou d'anciens préjugés, ou le génie
cœur sensible, et fait naître les
reflexions de tout ctre pensant. Mais en vain*
l'humanité sonne des vœux , en vain la mison et le génie imaginent des p'ans, il faut
céder à l'inflexible loi de la nécessité , il
faut admettre et souffrir YiurViuible effet
delà société , et même avec Joutes les nio..
difications que lui donnent oir d'anciennes
coutumes , ou d'anciens préjugés, ou le génie --- Page 148 ---
<MÎ différent des peuples , cm l'influence de#
climats divers. La marche lente et mesurée
des siècles peut seule amener quelques légers
çhangemens dans ces causes secrètes et pro.
fondes ; mais les conseils répétés, les secours
çonstans de la bienfaisance , et les soins infatigables et bien dirigés d'une bonne adminisi ration peuvent y apporter des adoucis--
semens. Ils y en portent: en effet, et sur-tout
lorsque s'y joint ce mobile puissant qui sa il
agir tous les hommes , l'intëret. Examinez!
ce qu'il fait en faveur de ces Nègres
vous exagérez l'infortune. ' Voyez-les d'abord en Afrique, victimes dea
usages les plus barbares , ou prisonniers de
guerre, ou soumis aux caprices d'un despote effréné , ou condamnés par des lois sanguinaires , dévoués à la mort, quelquefois
aux plus affreux supplices, n'y échapper que
par l'esclavage qui les livre dans nos mains.
Vous contestez ces faits , mais ils n'en sont
pas moins réels; tout le Prouve, ( i ) et d'anciennes relations, et l'anecdnte connue de
Las Casas t et mille récits modernes, et la ( < j V oyez le, -Rletcttre 4C France qu M jmwçt, --- Page 149 ---
( %S ) propre déclaration de ces Nègres, tirés di
l'intérieur des terres, où règne également,
avec force , depuis un temps immémorial ,
et indépendamment du commerce qu'y font
les Européens, l'esclavage , dont le nom seul
révolte l'homme, libre, l'esclavage pire que
la mort : oui, pour qui n'y est pas né , pour
qui ne le connut jamais, ppur qui n'y peut
imaginer ni souffrir la plus légère compengalion. Mais n'établissez donc aucune comparaison entre des Européens , entre des
peuples libres , et ces Nations &i ancienne ment asservies , et croyez que pour eiia§
l'esclavage est souvent un bienfait. C'es£ 4$usces dispositions que les Nègres no#8* --gon-t .
livrés ; et il s'agit maintenant de vous" montrer quel est leur sort sur nos habitations- ( 1 ) Vous y verriez; des logemens coin- ' "
modes pour les Nègres , une nourriture
assurée, saine et agréable ; un vêtement
suffisant et analogue à la chaleur du climat ;
jdes hôpitaux où les malades reçoivent tous
I123 soins , tous les secours que leur état
exige ; des femmes enceintes traitées avec
les plus grands ménagemens ; des nourrices ,
de vous" montrer quel est leur sort sur nos habitations- ( 1 ) Vous y verriez; des logemens coin- ' "
modes pour les Nègres , une nourriture
assurée, saine et agréable ; un vêtement
suffisant et analogue à la chaleur du climat ;
jdes hôpitaux où les malades reçoivent tous
I123 soins , tous les secours que leur état
exige ; des femmes enceintes traitées avec
les plus grands ménagemens ; des nourrices , ( 1 ) pifeour$ sur i'EsclaV. t jpage 65 et suiy, --- Page 150 ---
( 2.6 ) des enfants, auxquels les maîtres prodiguent
.mille douceurs inconnues, ou bien rarement
accordées à la classe , non pas des indigens ,
mais des artisans d'Europe ; des jardiné cut-
• tivespar des Nègres, à qui seuls en appar- ■tientle produit, ainsi que celui des volailles
et autres élèves qu'on leur permet de raire-;
-un pécule si sacré aux yeux du maître,
qu'il ne se permet jamais d'y toucher, ét
qn un usage, en cela contraire aux dispositions du Code Noir , en assure la propriété
à sa famille ; enfin l'image de l'ordre , de
aisance, du consentement , et de tout ce
qui caractérise une bonne administration,
Tel est le régime des habitations bien administrées Toutes ne sont pas. de même , nous,
en convenons-; mais toutes peuvent le devenir et les Colons non - seulement se prêtent a l'idée des adoucissemens raisonnables
et admissibles, mais ils tes sollicitent avec
ardeur. VoUa donc un point de fait qui contredit,
absolument un des apperçus les plus importans des défenseurs de la cause des Noirs ;
et qui suffirait pour faire crouler tout lent
systême. Il ne s'agit donc que de vérifier lcbien annoncé comme réel, et de réaliser le
mieux désigné comme possible --- Page 151 ---
( 27 ) .1 Quant à l'abandon généreux et philosophique de ces Colonies à sucre , dont la possession leur paraît si indifférente pour un
royaume tel que la France , il suffit d'offrir
à la Nation assemblée un tableau précis de
leurs productions, de tous leurs rapports
avec la métropole , et de leur influence sur
la prospérité nationale. Ces avantages sont connus des gens instruits ; ils n'ont échappé à aucun des administratetirs : tous ont senti la multiplicité et
l'importance de ces embranchemens qui portent la vie dans toutes les parties du corps politique , et entretiennent une réaction continuelle d'où dépend toute la force et la
Splendeur de la France. Ecoutons l'un de ses plus habiles Ministres : ce Nous arrêterons-nous sur ces discours si
» légèrement hasardés sur l'inutilité des CoJ» lonies ? Ce qu'on leur vend, dit-on tran-
» quillement , on le vendrait aux Nations
>3 étrangères. Le royaume ne perdrait rien
» à cette révolution : mais crée-t-on ainsi
n des acheteurs à son gré ? » « Ce n'est pas faute d'une grande quantité
» de toiles, de draps ou d'étoffes de soie , --- Page 152 ---
[texte_manquant] y* qu 'on n 'en vend pas davantage aux aTftres
» Nations : ce sont les limites de leurs be-;
» soins qui circonscrivent, leurs demandes ^
» et non l'impuissance d'y satisfaire. Ainsi
» "c'est une belle idée politique que. d-e cpnsi vertir une partie des denrées ou des. ou-
"vrages d industrie du royaume y d tus une
*> sorte de biens étrangers à son sol pt ^
» son climat, et douL cependant aucun
» pays de l'Europe ne peut aujourd'hui A
» passer. - .
: ce sont les limites de leurs be-;
» soins qui circonscrivent, leurs demandes ^
» et non l'impuissance d'y satisfaire. Ainsi
» "c'est une belle idée politique que. d-e cpnsi vertir une partie des denrées ou des. ou-
"vrages d industrie du royaume y d tus une
*> sorte de biens étrangers à son sol pt ^
» son climat, et douL cependant aucun
» pays de l'Europe ne peut aujourd'hui A
» passer. - . *> D ailleurs les marchandises qui viennent
» des Colonies ne sont pas seulement le prix,
» des productions nationales que la Fran-cq
» y envoie, soit directement , soit indirec-
» tement, par 'ses échanges , à la cote d'A-
» frique : tonnes ces exportations équi valenK
)J' à peine à la moitié des retowrs d'Améri-
» que ; le surplus est la représentation et
- des Irais de navigation , et des bénéfices
» du commerce , et des revenus que le.f
v> C pi on s dépensent dans le royaume. 35 Que serait-ce si, en negligeant des ppsT≥ serions si précieuses , ou si ÇIÏ les perdant
» jamais, la France se trouvait pri.vée dg
» la créance du commerce qu'elle acquiert
• » annuellement par l'exportation des 4r% --- Page 153 ---
f ~Q ^ ' sf Vées rîïrsfes f ser, t -cc, sî eui
31 avait eift;orft à acheter des étrangers morriê^
M la par ,,ie il*? ces denrée qÙ i est rtéeessairè*
» aujowrti'liùi 'L. sa propre consommation '1
A Une pare i 11 ère Voira loir suffirait pour fair#
?» sortir de France annuellement beauctiit^T
* plus d'argent qu'il n'v en entre aujôtif5> d'liui, etc. Ce n'est (Élr"eii- Vendant pont..
>î 220 du ê-3o millions- d'einarchandises od1
» manufacturées, ou avortées d es Colonies',*
z,i que da. France obtient une balance de'
» commerce dé 70 miliorts £ dans laqilellÊî*
» ksColoniés seulesénfoàttiisséhtquarante).*
» Oe-Tesultat est immeJrisè',"eé Poh lie doit*
Il jamais Iq pë-^dre de Vûe', etc. Jllleurs.
» C'est don'o utie propriété magnifique que'
celle des Colonies d*Amérique. La £^nn-*
5» deur'de la pttiss'âitee Vie: là.* 'Frtitice semblé',
5», en assurer la longue jtôssôsâron , '(i) etc, » -, Qvieqtonrrkttts-n ots diro^ de plus Vrai, dâ1
pins (rivc.rgique et de pliÙ; frappant r ïl ne^
notsstfeite peut-drj qu'ù développer le tableau dé tous les àvAnlkgès qui (lécoill'éj,)É.
commerce des GoioniéS;1 % <3\?St ç>éur eUes q?# 'ks champs (1 e ta
<^uy£amt- nmltip lient- feTrr5™fchja Et' fours vi
gnes ; la Provence, la-Teuraiiîe^e^s huiles et
et de pliÙ; frappant r ïl ne^
notsstfeite peut-drj qu'ù développer le tableau dé tous les àvAnlkgès qui (lécoill'éj,)É.
commerce des GoioniéS;1 % <3\?St ç>éur eUes q?# 'ks champs (1 e ta
<^uy£amt- nmltip lient- feTrr5™fchja Et' fours vi
gnes ; la Provence, la-Teuraiiîe^e^s huiles et --- Page 154 ---
( 30 ) leurs fruits; presque toutes les manufactures d1l
royaume, les produits de la main-d'œuvra
de leurs ouvriers. C'est pour elles que se.
façonnent, dans la capitale , les ouvrage»-
agréables des arts et de luxe ; dans toutes
les. provinces, les instrumens aratoires indispensables pour nos cultures ; les étoffes et
les draps, les toiles de Flandres , de Normandie , de Bretagne , non-seulement ce qui^
est exclusivement destiné au riche propriétaire , mais ce que recherchent avec un égal
empressement et les maîtres et leurs esclaves.
Combien de milliers de bras font agir et ces
arts et ces manufactures, auxquels les Colonies fournissent les matières première?
telles que les sucres , les indigos et les cotons, cette source inépuisable de travail pour ,
le peuple des villes et des campagnes ! Combien de milliers de bras employés à la construction , à l'équipement de huit cents vaisseaux dont les mers sont couvertes, et qui
sont occupés , sans interruption , au trans-:
port des denrées et des marchandises de
France dans les Colonies, et à en rapporter
leurs productions territoriales. ; Vingt-cinq . (i) Adm. des finances, tom. 2. 1 --- Page 155 ---
(31). Àille matelots font cette navigation , pépi.
nière de ces, hommes si précieux à la lnarine royale , également utiles lorsque la paix': v
réunit les deux mondes , et quand les crist
de la discorde bouleversent l'Univers... * ^ Qui osera contester ces' vérités simples f
claires , et universellement reconnues ? Per-'
sonne, dit-on ; vous combattez une chilnère.)
Pressés par l'evidence des faits et la forcé'
des raisonnemens , les défenseurs de la cause
4es ne prétendent pas- que l'on' supprime 1,esclavage, si cette suppression entraînait, avec elle la perte des Colonies ; ils.
demandent seulement la suppression de la
traite. Vous ne pouvez plus leur objecter la
crainte qu'un. sihel exemple ne soit pas suivi
par l'Angleterre , puisque cette puissance
paraît décidée au même sacrince. Fort bien;
mais c'est ici particulièrement que les Colons ,
non plus en cette seule qualité de' Colons ,
mais comme citoyens Français , proposent
a, la Nation assemblée leurs observations ,
ou, si l'on veut, leurs doutes et leurs scrupûtes. Ils lui dénoncent la fameuse question
de la traite, et ils la supplient de l'examiner
sous le rapport de l'exemple que l'Angle --- Page 156 ---
:( 3a ) terre semble nous inviter à suivre , ou plutôt
à lui cl onner. Cette puissance peut songer de bonne foii
à proscrire là traite, et désirer (lùe la France
llimite, Dans ce ôas , pour juger du dégnf
d 'estime qu'il faudrait lui"accorder à l'asneet d'un tel sacrifice , il convient de 1 'apprécier par l'évaluation de ieâ colonies occiMentales , et par celle de leur importance èlT
de leur prix comparés avec les nôtres. : Ci
Il en résulte d'abord une vérité que l'intérêt palpabte des Colons ne cherche poiriè'
à exagérer *• mais sur 1aquelle iis désirent
que la Nation daigne fixer se& regards. L^'
Vtfici : <:'
order à l'asneet d'un tel sacrifice , il convient de 1 'apprécier par l'évaluation de ieâ colonies occiMentales , et par celle de leur importance èlT
de leur prix comparés avec les nôtres. : Ci
Il en résulte d'abord une vérité que l'intérêt palpabte des Colons ne cherche poiriè'
à exagérer *• mais sur 1aquelle iis désirent
que la Nation daigne fixer se& regards. L^'
Vtfici : <:' . Toutes les Copies occidentales de l'Angleterre sont parvenues à letrr dernier degré
de culture , et tendent vers-leur tléclii1 ; ellest
sont d'ailleurs plus que suffisamment pourvues de Nègres. '' :
l)e ceci il résulte plusieurs conséquences
évidentes, , of. ' y} f Elles ne pbuvent pas s'accroître. Elles touchent, si elles n'y sont déjà ten*
dues , à une diminution sensible. La supériorité proportionnelle de leur
population en Nègres rendrait proportionutilement --- Page 157 ---
( 33 ) c tellement aussi cette diminution moins fâcheuse pour elle que pour la France. Donc elle a peu à perdre; Voyons maintenant la position de là
France. De ses îles du Vent une seule , et
c'est la plus ancienne, la Martinique, ne peut
guère se promettre d'accroissement ; la Guadeloupe en est encore susceptible j et le sol
en est en général excelleht ; Tabago à peine
commence à se montrer, et promet j dès soit
enfance, les plus heureux développemens ;
Sainte-Lucie peut au moins doubler ses pro.
duits ; enfin, Saint-Domingne, cette Capitale de l'Archipel Franco-Américain, compta
plusieurs moyens puissans de progression ;
elle a encore des parties de montagnes à
défricher, surtout dans cette loriguec hamé
qui règne entre la bande du Sud et le revers -
du Nord, et s'étend du cap Tiburort jusqu'aux limites espagnoles ; le fond du cul-,
de-sac, les grands bois, aux environs du
Mirbalais, dans la dépendance des Verettes.
et bien d'autres terrains moins considérables. De ses plaines, la plus anciennement
établie, celle du Cap, offre encore quelques
défrichemens à faire. Celle de l'Artib^nnit®
n'est pas à moitié de sa culture ppssible, eti --- Page 158 ---
( 34 ) n'attend, pour augmenter ses produits infi- "
niment précieux, que la réussite du projet '
tant de fois entrepris et abandonné , d'employer à son arrosement les eaux d'un
fleuve jusqu'à ce jour bien plus connu .pai
ses ravages que par ses bienfaits. Sang >
parler de la plaine du cul-de-sac, de cello :
de Léogane et d'autres moins étendues,
situées entre cette dernière et le cap Dame ;
Marie, que de conquêtes à faire dans la.;
partie du Sud qui ne demande que des bras, )
de l'encouragement, de la protection, dont i
le sol exquis , et qui né pèche. que par un
excès de vigueur, assure, pour l'avenir,, les •
récoltes les plus' abondantes. Enfin, par-tout '
où règnent déjà les cultures, il reste encore.
à les perfectionner et à en accroître les pro.-'
duits. La France aurait donc beaucoup à perdre
en abolissant la traite des Nègres. Il ne s'agit plus ici de ménagemens; il en
est. que la bienséance, que les loix tacites
de la société prescrivent d'individu à individu ; il en est de reçus et d'indispensables.
de Nation à Nation : mais lorsqu'on médite
une opération importante, et celle-ci l'est
bans doute, lorsqu'on agite une de ces grandes --- Page 159 ---
i 35 ,
La France aurait donc beaucoup à perdre
en abolissant la traite des Nègres. Il ne s'agit plus ici de ménagemens; il en
est. que la bienséance, que les loix tacites
de la société prescrivent d'individu à individu ; il en est de reçus et d'indispensables.
de Nation à Nation : mais lorsqu'on médite
une opération importante, et celle-ci l'est
bans doute, lorsqu'on agite une de ces grandes --- Page 159 ---
i 35 , C * questions d'état qui influent sur le sort deâ
empires et embrassent les générations , tout
homme , tout citoyen doit être admis à se
faire entendre et à proposer ses doutes ,
surtout s'il avertit d'un danger. C'est à ses
concitoyens de juger s'il est imaginaire ou
réel, et du degré d'attention qu'il mérite. Honorons les vertus privées , croyons
même aux vertus publiques ; mais notre estime et notre admiration pour certains personnages illustres , dont le suffrage, dont
l'opinion déterminent les résolutions d'un,
grand peuple ; mais la connaissance que nousavons des sentimens généreux , de la loyauté
d'une Nation qui rivalise avec nous de
commerce , de puissance et de con sidération,
ne doivent pas nous interdire l'examen scrupuleux du motif de ses délibérations sur
des points communs entre nous. Tranchons donc le mot. Ne nous laissons
point entraîner par l'exemple dé l'Angleterre
dans cette grande et importante questàôrU7
Nous l'avons déjà vu , ses possessions
occidentales perdent chaque jour' de leur
prix : peut-être craint-elle de les voir échapper de ses mains. ••• ~ Et si elle ne fesait que suspendre Et traite ! --- Page 160 ---
{ 36 ) Cette idée de suspension n'est point invrair
semblable, et elle peut arriver de deux
maniérés : l une par l'effet d'une politique
profonde et de desseins ultérieurs qu'il est
permis de prévoir ; l'autre, par le changement de système qui ne tiendrait qu'à l'existence d un seul homme, et que son successeur peut faire révoquer à son gré. Faut - il donc confier le sort d'un grand
empire a l opinion que l'on peut prendre du
caractère d 'un seul homme , d'un mortel
surtout lorsque cet homme est le minis'r©
d une nation rivale et savante en politique,
et que son devoir lui prescrit peut-être d'employer les moyens d'augmenter la gloire et
la puissance de sa patrie, ou d'abaisser celle
des peuples voisins et rivaux ? Faut-il s'abandonner sans réserve à l'invitation d'un peuple qui peut vouloir nous
egarer ( car, quand il y va de la vie, il
est permis de tom croire et de tout craindre).,
qui peut du moins se tromper, mais à qui
cette erreur ne coûterait presque rien, et
sur laquelle il pourrait revenir, tandis qu'en
l'adoptant elle entraînerait votre ruine, et
Sans retour? Enfin j soit alarmes t soit erreur, soit in- --- Page 161 ---
( 37 > G 1 différence, nous croirons donc, si l'on veutl'Angleterre disposée à ce sacrifice. Mais ^
en le faisant, tout né s'erà pâ perdu pour
elle. Il kri reste l'Inde , source féconde de
richesses et de navigation ; il lui reste sa position Insulaire, qui lui fait du'commerce
maritime une nécessite y quand ce ne seroit
pas un goût ; il lui reste cet attrait pour là
iner, qui, de ses encans fait autant de matelots ; il lui reste ce souvenir orgueilleux,
che tous ses triomphes sur un élément qui
semble son domaine naturel et exclusif; il
lui reste enfin ce Trident de Neptune, quZ
est le sceptre- du monde.
l'Inde , source féconde de
richesses et de navigation ; il lui reste sa position Insulaire, qui lui fait du'commerce
maritime une nécessite y quand ce ne seroit
pas un goût ; il lui reste cet attrait pour là
iner, qui, de ses encans fait autant de matelots ; il lui reste ce souvenir orgueilleux,
che tous ses triomphes sur un élément qui
semble son domaine naturel et exclusif; il
lui reste enfin ce Trident de Neptune, quZ
est le sceptre- du monde. Et la France , que lui reste-t-il ? A quoi lui sert la supériorité de sa popirfcition, l'excellence de son sol, la variétéde ses productions, le génie industrieux et
actif deseshabitans, la faveur de sa situation
locale ? Que lui sert tout cela, si sa culture
est diminuée, si ses manufactures languissent , et elles languiraient par la privation
des matières premières ; si elle devient tributaire des autres puissances maritimes chez
lesquelles il faudrait s'en pourvoit; s'il ne
lui est plus permis de se montres sur les
mers, dont elle aura cçdç l'empire, cet em. --- Page 162 ---
*3&V pire depuis si longtemps, e L si opiniâtrement
dispute ! Tout, jusqu'à son commerce du i
Levante jusqu'à ses pêcheries lointaines,
jusqu à son. grand et petit cabotage , tout
lui sera enlevé ou dépendra d caprice de
1 'Angleterre. L'Angleterre inquiétera, poursuivra nos pécheurs jusque dans nos ports,
devenus. désormais inutiles. (Elle régnera sur
l 'Océan, dans la Méditerranée , sur nos,
côtes, où elle portera l'épouvante et les ravages; elles régnera par-tout où des flottes
peuvent pénétrer, partout gfo. peut aborder
r .. j, ", Et la France, dites vous tiendra à
ses ressources, territoriales, son, commerce
intérieur , u son commence de, terre. Mais
pourquoi couloir . qu'ejW perde sa 1 magnifique branche, du commerce-maritime qui
donne la vie à tout le reste t - $ t que B
ennemis, que nos voisin-s, . que toute l'Eu-:
rope regarde avec un oeil d'envie. Ah ! certes
si la nature leur eût accorde tous ces dons,
qu'elle nous a prodigués sans mesure, ils
sauraient bien les faire valoir, ils en favoriseraient le développement, ils se garderaient bien d'y mettre obstacle, et plus encore
d'y renoncer à jamais. Ce serait donc pour --- Page 163 ---
( 39 ) C 4 eux un jour de triomphe et de fête que celui
où ils verraient la Fiance prendra une résolution qui la mettrait, en un instant, plus bas. « qu'ils n'eussent osé l'espérer, et qui terminerait enfin cette querelle que tant de siècles
et de combats ont laissée indécise'. "■i Est-ce donc là le terme auquel on aspire,
, et où nous porteraient le système et les
vœux des défenseurs de la cause des Noirs ? Peuvent ds se persuader que ce soit \k l'intendon. du Gouvernement ? Qu'ils daignent
relire le Discours de M. Necker à l'ouver-
• ture des Etats généraux , ils. y trouveront %
dans l'énumération des moyens de prospéc
L. rite de la France des Colonies plus riches » {€t plus fertiles que celles des puissances
voisines. " . Ce n'est pas là un langage destructeur;
le prix qu'on met à un objet n 'annonce
xr-pas la résolution prochaine de l'abandonner
: ou de l'affaiblir. Voudraient-iis tirer parit
de quelques expressions qu'ils croient favo-
- Tables à leurs. idées• sur la traite -, et auxquelles il est clair qu' ils donnont trop d'extension ? Examinons-les. ■'
€t plus fertiles que celles des puissances
voisines. " . Ce n'est pas là un langage destructeur;
le prix qu'on met à un objet n 'annonce
xr-pas la résolution prochaine de l'abandonner
: ou de l'affaiblir. Voudraient-iis tirer parit
de quelques expressions qu'ils croient favo-
- Tables à leurs. idées• sur la traite -, et auxquelles il est clair qu' ils donnont trop d'extension ? Examinons-les. ■' i « Un jour viendra peut-être où, associant
" » i vos délibérations les Députés des Colo- --- Page 164 ---
(4°) » nies, etc. TOUS vous occuperez des moyens
» d'adoucir un esclavage considéré comme
» nécessaire ». Un jour viendra peut-être ; nous le désirons ,
nous l'espérons , nous concourrons de tout
tiotre pouvoir à rapprocher ce jQl1r « qui fera
f' succéder aux maux inséparables de la traite
» d'Afrique > aux maux qui dévastent les
» deux Mondes -, ces soins fécpnds et pros-
» pères , qui multiplieraient dans no,s Cotonies même les hommes destinés à nous
ij seconder dans nos utiles travaux (1 Et çe souhait juste et humain , et cet espoir consolant, les Colins l'ont déjà formé. « Je nie rangerai du moins. à l'opinion
» que l'on pourrait y à une époque que je
» crois encore éloignée, et dont je. n'iiie-
» gine pas que nous devions être les témoins *
» que l'on pourrait , dis-je, renoncer à la
» traite des Nègres aussitôt qu'il n'y aura
» plus de défrichemens à faire dans aos
» Cplonies. Ce serait la première borne de
» ce commerce ; et si, par reflet d'une.
» meilleure législation , et surtout d'un ré-,
» gime plus doux, on parvenait à y sona» tenir levr population généralement sur (1) Discçur^ M, Nççkcr, --- Page 165 ---
( 41 ) . » tous les biens, ainsi quelle se soutient
sur un certain nombre-, il n"eît pas
» douteux %u'alors on verrait tomber de
4» lui-même un trafic que les plumes les plus
;1> éloquentes ne réussiront jamais à légitiP mer (1) C'est ainsi qu'écoutant les conseils delà,
raison et de l'équité naturelles , c'est ainsi
que , devançant ces grandes idées d'ordre et
d'intérêt général, ils s'associaient déjà à ces
plans d'amélioration que le cours des siècles
et le progrès des lumières , et l'adoucissement des mœurs amènent parmi les hommes.
Qu'au lieu de les calomnier, on daigne leur
en tenir compte. C'est la seule réponse qu'ils
opposent à ces reproches outrageans de dureté , d'insensibilité , de cupidité qu'on ne
se lasse point de leur faire , que leurs principes , que leur conduite démentent > ey' quf
leurs cœurs désavouent., .. * ,,
siècles
et le progrès des lumières , et l'adoucissement des mœurs amènent parmi les hommes.
Qu'au lieu de les calomnier, on daigne leur
en tenir compte. C'est la seule réponse qu'ils
opposent à ces reproches outrageans de dureté , d'insensibilité , de cupidité qu'on ne
se lasse point de leur faire , que leurs principes , que leur conduite démentent > ey' quf
leurs cœurs désavouent., .. * ,, Ces soins féconds et prospères , ils les ont
. entrevus et désignés, ila en ont calculé
l'effet, ils s'y sont mutuellement invités , ils
ont eux-mêmes sollicité les. regards du Gouvernement sur les moyens de l^es faire naître,, (t) Disuoius sur TEsçlavagè, peg. 103. .' --- Page 166 ---
. Ï4*> ils- te consignent encore ici . ils le tenonneflent, ce toeu qui satisfait à: la fois le grand
intérêt de' l'humanite , levant lequel des.
hbrhmes doivent touj ours 1 'prosterner ; et
intérêt de la société y et lë respect dû aux
propriétés , qu'il ne faut jamais (perdre de
Vue. Tout dît 'qu'on dort chercher ces moyens
bienfaisans et conservateurs. lien est de si
faciles dë si sûr S \ que la shrtJ3ë: indication
suffit pour en déterminer l'essai et en promettre le succes. ' Ce premier besoin de l'homme, celui à
qui tout cède, la faim, non-seulement il
faut l'apaiser * il faut y satisfaire avec prd-»
fusion. Une nourriture abonante et saine',
voilà ce qu'il faut d'abord assumer' aux Nègres ; et des lois en vigueur, et une inspec-
"tiort activé 'et sévère rempl iront cet objet
l'aide d'un sol productif et' d'une puissante
végétation. On pourrait dépendant ne pas
négliger les secours exterieurs qui s# joiniraient aux productions des îfes ; et là sagesse dit Gouvernement pésera, pour l'approvisionnement des Colonies , les' moyens qui
augmentent les relations de la métropole avec
elles, ou qui, ne soient pas intérêt
de son commerce renfermé dans de justes bo*- --- Page 167 ---
( 43 * nes. Çe serait d'ailleurs un moyen d'accroître
des cultures précieuses, en leur rendant des
terrains jusqu'ici consacrés à celles des vivres
distribues en commun aux Nègres ; car, dans
aucun cas , il. ne faudrait les priver de leurs
..jardins. Le riz de la Caroline , le biscuit, la
morue , cette manne précieuse même en
JEurope , toutes les nourritures , soit végétales , soit. de toute autre espèce , que pourraient désigner, les Colons, devraient remplacer avec la plus grande abondance, --ce
que , jusqu'à ce: jpur, fournissait- la ≥Colonie
.elle-même. Mais en adoptait ces moyens de
subsistances étrangères a son sol, il faudrait,
.dWi côté, prendredes pfeis fortes précautions pour, que cette dépendance , où elle
se mettrait Sur un article si important, ne
l'exposât jamais A des-disettes funestes , ou
à des retards fâcheux ; par exemple, dans
. le cas d'une, guerre imprévue; et de l'autre,
que la vigilance la plus soutenue s'assurât
4le l'exactitude des Colons à remplir cette
obligation sacrée. Autrement nous retpmbpO
,
.dWi côté, prendredes pfeis fortes précautions pour, que cette dépendance , où elle
se mettrait Sur un article si important, ne
l'exposât jamais A des-disettes funestes , ou
à des retards fâcheux ; par exemple, dans
. le cas d'une, guerre imprévue; et de l'autre,
que la vigilance la plus soutenue s'assurât
4le l'exactitude des Colons à remplir cette
obligation sacrée. Autrement nous retpmbpO rions dans çet état de pénurie qui est le
plus grand fléau dont les Colonies puissent
etre asiligées, çt qui entraîna tant , de maux
a sa suite ( 1}. ; (1) Discours sur TEsclav., pag. 77- --- Page 168 ---
( 44 ) Le point se plus délicat est un frein an
despotisme ; et l'on ne d'oit guère l'attendredes lois positives., qui ne peuvent surveiller
à chaque instant les détails intérieurs des
habitations , et être admises que dans les cas
assez rares ôù leur ministère doit intervenir
exclusivement. " Il pourrait être illusoire de compter sur
les avantages d'un tribunal permanent, même
composé de propriétaires, danslequel, chaques
jour, à tout moment, pour une cause légère , peut-être sans objet réel , l'esclave
aurait le 'droit de traduire son maître et de
plaider contradictoirement avec lui. Cetee
-lutte indécente-et dangereuse -, au surplus.,,
ne serait pasde longue durée ï- son, moindre
Inconvénient serait de contraindre bientôt
-à y renoncera it l'essai qu'on en ferait, si
eourt qu'on le supposât, aurait déjà eu le
. temps de porter un coup fatal aux Colo- ■ nies. ,f Mais' il né serait point illusoire de comp-
' ter surl'effet des administrations provinciales K
' qui répandraient dans les Colonies un esprit
tordre , de modération, de tendance au
Men public qui seul leur manque pour les.
faire ileorir. L'objet de ces. assemblées étant
1. --- Page 169 ---
< 45 1 de s'occuper de l'intérêt général, celui des
Nègres n'y serait jamais oublié. Il y tient
si essentiellement, qu'on ne pourrait discuter les moyens d'accroissement et de splendeur des Colonies , sans que tout ce qui est
relatif à leur nourriture , à leur bien - être f
à leur conservation , à leur reproduction #
n'y tînt la première place. Là les Colons
s'inviteraient, se rappelleraient mutuellement aux idées d'ordre et de justice dont
quelqu'un d'cntr'eux aurait pu s'écarter.,
Dans les faits d'une certaine gravité, le cri
public est une dénonciation aux Administrateurs, dont le devoir serait alors de faire
venir pardevers eux le coupable , auquel
ils feraient sentir avec force tout ce que sa
conduite aurait de repréhensible et d'odieux.
Il éprouverait là le second degré, de censure t
et le dernier de tous serait la peine imposer
au maître inhumain de quitter une Colonie
souillée par l'exemple de sa conduite atroce
ou tyrannique , avec défenses d'y remontrer
jamais l'homme incapable de gouverner des
hommes, et indigne d'en posséder. >
Mais on pourrait compter sur l'effet des
affranchisseiriens, auxquels le Gouvernement
lui - même met les plus fortes entraves ea
le second degré, de censure t
et le dernier de tous serait la peine imposer
au maître inhumain de quitter une Colonie
souillée par l'exemple de sa conduite atroce
ou tyrannique , avec défenses d'y remontrer
jamais l'homme incapable de gouverner des
hommes, et indigne d'en posséder. >
Mais on pourrait compter sur l'effet des
affranchisseiriens, auxquels le Gouvernement
lui - même met les plus fortes entraves ea --- Page 170 ---
( 46 ) tine taxe égale à la valeur de l'affranchi >
qui, souvent, détourne le maître d,,accorder,
et prive l'esclave de recevoir le prix de son
zèle , ou de ses longs et pénibles travaux ;
ou de ses bons et fïdelles services. Cette taxe
est un impôt mis sur la bienfaisance ; elle
est un prétexte pour l'avare ingratitude ,
elle est un découragement pour la fidélité
e la soumission. Mais il ne serait point illusoire de compter
sur l'effet de l'opinion , à qui tout obéit, qui
dit à l'homme : « Sois juste, sois Humain,
» si tu veux être considéré ; ne sois point
» un barbare, si tu ne' veux être abhorré
» et proscrit » ; de l'opinion qui vient de
donner à cet objet un ressort, une activité
incroyables, et qui peut concourir puissamment avec les intentions plus' calmes les
idées plus vraies, les moyens plus doux dô
gens aussi bons citoyens, mais mieux instruits que ne le paraissent les défenseurs de
la cause des Noirs. ' ' *'1' Mais il ne serait point illusoire de compter
sur l'effet des encouragemens qui dépendent
.Iu Souverain d'une Nation chez laquelle
tin mot flatteur de sa bouche, ou dit en son
nom, fait affronter tous les dangers i coa- --- Page 171 ---
( 47 > tole de toutes les pertes, excite toutes lt*
Vertus ; où un mot réprobateur est un
de proscription qui fait rougir le vice , ou
l'invite à réparer ses erreurs, ou flétrit le
coupable aux yeux de ses concitoyens re..
tenus par la crainte d un tel blâme. Il serait dangereux, osons le dire, il serait
exécrable d'écouter les conseils emportés
d'une religion qui, empruntant au fanatisme
ses torches incendiaires , armerait, au nom
du ciel et de l'humanité , des hommes contré
d'autres hommes, et remplirait la terre dé
meurtre et de carnage. *
Mais il ne serait point illusoire de compter
sur les préceptes et' sur les conseils d une
religion qui prêche la modération, la charité , l'amour du prochain , dont l'esprit est
d'adoucir à la fois l'effet de l'inégalité introduite parmi les hommes , et de maintenir
l'ordre établi dans la société , qui ne croit
point l'Univers habité par des anges, mais
qui veut former des hommes justes et humains , qui dit : (c Esclaves , obéissez à vos
35 Maîtres : Maîtres, soyez bons envers vos
:» Esclaves n.
la charité , l'amour du prochain , dont l'esprit est
d'adoucir à la fois l'effet de l'inégalité introduite parmi les hommes , et de maintenir
l'ordre établi dans la société , qui ne croit
point l'Univers habité par des anges, mais
qui veut former des hommes justes et humains , qui dit : (c Esclaves , obéissez à vos
35 Maîtres : Maîtres, soyez bons envers vos
:» Esclaves n. Ayons , dans nos Colonies , des Pasteurs
éclairée, et sur tout vertueux , qui rappellent --- Page 172 ---
(48) souvent ces préceptes divins dune religion
pure et sainte. Que ses ministres soient
toujours estimables , pour que leur ministère
soit toujours respecté : que non - seulement
on n'y néglige point, mais que l'on y Inultiplie les mariages en're les Nègres. Ce seul
moyen bien employé peut produire tous les
biens imaginables , rappeler les mœurs,
faire des Nègres fidelles et attaches , acçroitre y ou du moins soutenir la population, et
mener ainsi au but désiré , l'abolition d<$
la traite. Que l'on ne regarde point ceci
comme une chimère : on en trouverait
l'exemple dans une de nos Colonies des
iles du Vent, à la Guadeloupe. Il serait si
facile de le suivre , et si heureux d'en par,
tager les fruits 1 Voilà, ( du moins les Colons en sont persuadés , ) voilà les soins, les moyens prospères dont on peut attendre ce que ne présente point le système destructeur des défenseurs de la cause des Noirs : la conservation , l'accroissement, la splendeur des Colonies , obtenus par l'efset d'une bonne administration intérieure , et d'un traitement
juste et humain pour les esclaves, dont le
sort s'adoucit chaque jour. RÉSUMÉ --- Page 173 ---
,~ . "" -~ ■" ( 49 ) D RÉSUMÉ. C'EST une idée invraisemblable que là
France puisse jamais songer à abandonner
$es Colonies. L'intérêt qu'elle a à les conserver paraît
au contraire incontestable. La loi, non-seulement de les conserver, mais de les protéger et d'en favoriser le développement ,
lui semble rigoureusement imposée par les
considérations suivantes : Que d'elles dépendent une partie de sa
culture : une plus grande partie du mouvement* de ses manufactures : l'acquisition
annuelle d'un numéraire évalué à 40 millions dans la balance de son commerce avec
le reste de l'Europe : l'entretien de sa navigation marchande , aliment de sa marine
royale , et par conséquent le seul moyen de
disputer à l'Angleterre l'empire des mers ,
auquel cette puissance prétend sans partage. Or les Colonies ne peuvent être cultivées
que par des Nègres esclaves < --- Page 174 ---
( 50 ) Par des Nègres : attendu que déjà ils y sont ;
que des cultivateurs Blancs ne peuvent y être
admis ni confondus avec eux, soit libres, soit;
esclaves ; qu'en supposant l'absence des Nègres , les Blancs ne pourraient les remplaceren clualité d'engagés ou de journaliers sala
ries ; et qu'enfin ils succomberaient bientôt
fous l'action d'un climat brûlant , & si
différent de celui sous lequel ils sont nés.
Par des Nègres : attendu que déjà ils y sont ;
que des cultivateurs Blancs ne peuvent y être
admis ni confondus avec eux, soit libres, soit;
esclaves ; qu'en supposant l'absence des Nègres , les Blancs ne pourraient les remplaceren clualité d'engagés ou de journaliers sala
ries ; et qu'enfin ils succomberaient bientôt
fous l'action d'un climat brûlant , & si
différent de celui sous lequel ils sont nés. Par des Nègres esclaves , parce que tel
était originairement leur sort en Afrique ;
parce que tel a été jusqu aujourd 'hui leur
sort dans les Colonies ; parce qu 'il serait
impossible de les contenir s'ils venaient à
être affranchis ; parce qu'il ne faudrait plus.
compter sur eux pour la culture des terres
parce qu'il ne susfirait pas de leur donner
la liberté , si l'on n'y joignait des propriétés et des moyens sûrs de subsistance
pour eux et pour leur famille ; parce que
ëi l'on cherchait , par exemple à Saint"
Domingue , à les forcer au travail , et que
l'on voulut en faire une nation agricole , ils
passeraient bientôt dans ta partie Espagnole ,
où ils croiraient trouver une subsistance
assurée , et un asile contre ce qu lis caractériseraient de persécution j que soit qu îiA --- Page 175 ---
(Si ) y réussissent on non, ils n'en seraient pas
moins perdus pour la France. Les Colons supplient donc les Etats généraux d'examiner, i*. Si la France doit abandonner ses Colonies , et si elle aurait le droit , avant cet
abandon , d'en changer le régime ; 2,0. S'il est possible de changer ce régime
sans entraîner la subversion totale des Colonies ; oQ. S'il n'est pas convenable de rejeter, ou
du moins prudent de suspendre le projet
d'abolition de la traite, en considérant que
réellement l'esclavage règne avec force dans
presque toute l'Afrique , indépendamment
du commerce qu'y font les Européens. ;; Que leur renonciation à ce commerce n'y
produirait pas l'extinction de l'esclavage ; Qu'on ne pourrait guère se promettre
cett3 extinction que de l'effet d'une civile
sation parmi ces peuples, presqu'ilnpossible
à espérer ; Et qu'enfin, en attendant cette heureuse
révolution, on peut admettre une police
dans l'achat et dans le transport des Nègres. *
qui satissasse à la sois le vœu de l'humanité
et celui même du commerce de France ^
ainsi que des Colons $. --- Page 176 ---
( 52 ) 40. S'il convient à la France de faire le
sacrifice de tous ses avantages , tels que
ceux de son commerce , de son numéraire ,
de sa navigation , de sa puissance navale ,
pour écouter les conseils d'un zèle plus humain qu'éclairé , et les insinuations suspectes
d'une Nation rivale. Paris, Juin 1789. ... - --- Page 177 ---
A TROISIEME AVIS IMPARTIAL AUX CITOYENS, OU LE FIDÈLE ORGANE DE L'OPINION PUBLIQUE. SANS aucun intérêt personnel , n'ayant à soutenir ni
parens ni alliés ; richesses ni biens à conserver 5 François j par hasard , en son pays natal, jaloux seulement
de remplir les devoirs de Citoyen reconnoissant , voilà ^
nies chers Compatriotes celui qui ( en ce moment ) a
l'honneur de vous soumettre ses idées , et voici l'esprit qui dicte les avis sur lesquels vous daignez faire
la grace à l'Auteur de jeter des regards attentifs.
personnel , n'ayant à soutenir ni
parens ni alliés ; richesses ni biens à conserver 5 François j par hasard , en son pays natal, jaloux seulement
de remplir les devoirs de Citoyen reconnoissant , voilà ^
nies chers Compatriotes celui qui ( en ce moment ) a
l'honneur de vous soumettre ses idées , et voici l'esprit qui dicte les avis sur lesquels vous daignez faire
la grace à l'Auteur de jeter des regards attentifs. Déjà l'on remplit avec un empressement louable ,
la double tâche de conserver à la postérité les faits
mémorables de cette étrange révolution , et de lui
transmettre les noms des SAGES MODERNES qui nous
ont si éloquemment mis en garde contre les dangers
qui nous menaçaient, ainsi que des HÉROS dont la.
bravoure a si heureusement secondé leur opinion. Oui ,
nous pouvons être tranquilles sur cet article ; les Auteurs et Rédacteurs , jusqu'à présent, se sont acquittés
de leur devoir avec autant d'éloquence que de franchise. Si quelques Citoyens y trouvoient cependant
des oublis ou fautes de précision, s'ils exigeaient. enfin --- Page 178 ---
( 2 ) plus de fidélité , ils peuvent être assurés que tôt ou
tard avant la conclusion de leur ouvrage , les Rédacteurs des révolutions , après un scrupuleux et rigoureux examen , reviendront sur leurs pas , et rendront
à chacun la justice qui lui est due. Plusieurs personnes se plaignent amèrement que quelques-uns de
leurs amis ont été négligés ; ont-elles tort ou raison ?
Je ne puis en être juge. Mais , dans des instans que l'ÊTRE SUPRÊME nous
a ménagés depuis tant de siècles pour puiser à grands
traits le bonheur de notre Patrie , quels reproches ,
nos NEVEUX , la POSTÉRITÉ n'auroit-elle pas à nous
faire ! Quels remords n'auriez-vous pas , ILLUSTRES
LÉGISLATEURS , si vous laissiez échapper un si précieux moment sans établir une base fondamentale ^
et sans avoir donné la dernière main au Temple de
Justice , et du vrai bonheur dont le CiEL , par la voix
de la NATION vous a nommés les Architectes ! Sag es François , ne nous manquent-ils pas de ces
plumes qui , remplies de miel , soient capables de
donner des avis prudens , et fixer enfin un essaim
de mouches auxquelles les araignées ne cessent de
tendre des lacs tissus avec adresse , enduits de leur
fiel empoisonné. La DOUCEUR , L'HONNÊTETÉ et la POLITESSE 1 de
tout temps , ont été , des Français , les signes caractéristiques ; ces vertus ne suffisent pas pour méta.
morphoser un siècle de fer en or ; faire le bien ,
dis-je , dans cet âge éclairé , n'est pas chose facile.
Il nous faut une mâle et naive éloquence ; il faut
être goûté des personnes très - instruites qui nous
adresse , enduits de leur
fiel empoisonné. La DOUCEUR , L'HONNÊTETÉ et la POLITESSE 1 de
tout temps , ont été , des Français , les signes caractéristiques ; ces vertus ne suffisent pas pour méta.
morphoser un siècle de fer en or ; faire le bien ,
dis-je , dans cet âge éclairé , n'est pas chose facile.
Il nous faut une mâle et naive éloquence ; il faut
être goûté des personnes très - instruites qui nous --- Page 179 ---
( 3 ) A 2 . donnent des Loix , négliger un moment les fleurs de
réthorique , se mettre à la portée , clairement nous
faire entendre de cette classe du bon Peuple pour
le bonheur duquel on les fait, et qu'une politique
aussi barbare que superstitieuse , avoit jusqu'à présent plongés dans l'obscurité du gouffre affreux de
l'ignorance ; enfin, mes chers Compatriotes , il ne
suffit pas que l'on nous rende un compte exact du
passé , ne faudroit-il pas pénétrer davantage les conséquences du présent pour l'avenir ? N'est-ce pas-là
le devoir le plus essentiel pour le bonheur de la Na.
tion , tant que ses Augustes Représentons tiendront
leurs immortelles Assemblées ? Il est nombre d'Auteurs
très-capables sans doute de remplir cette tâche ; mais
la crainte de se montrer trop officieux ne les retientelle pas ? Tous les individus n'aiment pas également
un Auteur véridique ; dans ce moment d'alarmes et
d'effervescence , où , sans le secours des Bastille , sur
de simples soupçons , l'on s'arroge le droit de faire
sauter la tête à des hommes comme à des moineaux ,
on y regarde à deux fois, et chacun se laisse persuader
aisément que son heure fatale n'est pas encore venue.
La mienne , François , est toujours prête à recevoir les coups de vengeance et d'injustice ; je mourrai
satisfait , pourvu qu'auparavant je laisse échapper une
étincelle de lumière dans l'horrible obscurité du sombre
voile dont nous sommes obscurcis maintenant. Illustres et respectables Représentans de la plus
formidable des Nations de la Terre , c'est à vous que
j'ai l'honneur d'adresser cette humble remarque : puissiez-vous avoir une idée de la crainte, de l'effroi, de --- Page 180 ---
( 4 ) la consternation du troupeau immense dont les regards
tremblans , fixés vers le CIEL , implorent l'assistance de
11 T?tre qui venoit de lui donner une seconde existence
par cette révolution, et que des cabales infernales menacent de replonger incessamment dans le tombeau ! jugez-en , ARBITRES, de son sort r par l'effroi de ceux
mêmes qui sont à l'abri des injustices que l'on voudroit
vous faire commettre , & qui vous seroient reprochées
par ceux-là même qui vous les suscitent.
, fixés vers le CIEL , implorent l'assistance de
11 T?tre qui venoit de lui donner une seconde existence
par cette révolution, et que des cabales infernales menacent de replonger incessamment dans le tombeau ! jugez-en , ARBITRES, de son sort r par l'effroi de ceux
mêmes qui sont à l'abri des injustices que l'on voudroit
vous faire commettre , & qui vous seroient reprochées
par ceux-là même qui vous les suscitent. Noble Député POPULAIRE du midi de la France ,
ne soyez point étonné qu'une foible voix telle que la
mienne ose adresser des idées à un homme qui ^ d '-un
seul trait de plume , pourroit les étouffer ; le même
amour , la même hardiesse qui vous fit entreprendre la
défense de la BONNE CAUSE m'anime & me soutient
aujourd'hui pour vous mettre en garde contre vos ennemis , & vous prier de continuer loyalement a défendre
cette cause divine. Ne vous y trompez pas , brave
homme , nous vous connoissons tous ; vous avez le
cœur bon & franc , un esprit seul capable de faire le
plus grand bien à la Nation , pourvu que vos ennemis
flatteurs ne le guident pas vers le mal ; vous avez l 'art
étonnant de laver la cause la pins noire : quel
champ d'honneur pour vous , homme incomparable !
Inspiré par un bon génie , vous rendriez celle-ci plus,
blanche que la neige. Ne démentez pas l'espoir de vos respectables Commettains , ne flétrissez pas les lauriers qu'ils ont cru
mériter en vous, donnant leur confiance ; veillez sur
les; vôtres 5 sont-Ils aussi touffus qu'ils l'étoient vers
le milieu de Juillet dernier? Qnel plaisir nous goûtions --- Page 181 ---
( 5 ) à -Paris , en prêtant l'oreille aux douces émotions dè
cœur du bon Peuple , en faveur du noble DÉPUTE
qui le défendoit. On souloit aux pictls les maudites
paperasses qui rappeloient des faits auxquels une fougueuse jeunesse avoit donné lieu , des faussetés peutêtre inventées tout exprès , pour perdre le Héros que
l'on vouloit proner. Eh bien , qui le croiroit ! ce même
Peuple aujourd hui change d'avis ; il veut exterminer
celui qu'il a chanté : l'on ne doit pas juger par des
bruits populaires , mais lorsqu'ils sont appuyés de
libelles , de chansons et d'écrits signés , alors le plus
grand des Héros doit lui - même trembler. Je suis
porteur de copies de quelques - uns qui m'ont été
confiés par des personnes auxquelles ils ont été adressés,
qui pour vous ont de l'estime, et pour lescluelles vous
en avez. Eh ! pourquoi me suis-je fait une loi de ne
nommer ici personne ; je citerois votre nom sans crainte
de le flétrir, persuadé comme je le suis que le même
esprit qui d abord , pour la défense de cette cause ^
vous inspira , sera votre guide jusqu'à la conclusion de
la crise. Votre père fut l'AMI DES HOMMES ; le Ciel
vous forma sans dotue pour en être le défenseur. Si
l'on vouloit ajouter foi aux bruits populaires, quelle
idée se formeroit-on des cercles du PALAIS-ROYAL ,
dont Vous , <^t trois autres , passez pour les supports ,
ne diroit-on pas que la moitié de Paris , dont vous
passez aussi pour le GÉNIE , voudrait égorger l'autre ; ne s imagineroit - on pas que la Capitale veut
donner des Loix à la France , se former en Répub^que j diriger , menacer, conseiller, appeler ou
congédier I'ASSEMBLÉE NATIONALE ; absurdité , rieu
des cercles du PALAIS-ROYAL ,
dont Vous , <^t trois autres , passez pour les supports ,
ne diroit-on pas que la moitié de Paris , dont vous
passez aussi pour le GÉNIE , voudrait égorger l'autre ; ne s imagineroit - on pas que la Capitale veut
donner des Loix à la France , se former en Répub^que j diriger , menacer, conseiller, appeler ou
congédier I'ASSEMBLÉE NATIONALE ; absurdité , rieu * --- Page 182 ---
( 6 ) de plus faux , mais véritablement inventé par ceux
qui desirent pêcher en eau trouble. Braves et fidèles insulaires François , que le sort du
Clergé de FRANCE , relativement aux dÙnes-, ne vous
épouvante pas, malgré les bruits sourds, sinistres avantcoureurs de l'iniquité : le vôtre, il faut l'espérer, ne
sera pas aussi rigoureux. Vous avez du moins l'avantage d'un moment pins calme que celui dn 4 au
5 Juillet 1789. NOSSEIGNEURS les Représentans sont
beaucoup plus circonspects qu'on ne vous les dépeint ;
ils pèsent dans leur -sagesse, à plus d'une reprise, les
démarches, Décrets et Délibérations qui seroient dans
le cas de les compromettre , si la nécessité les ôbligeoit à revenir sur leurs pas , pour modifier des actes
qui devraient toujours l'ètre avant que de passer. Reposez-vous sur leur sage politique et le zèle des
voyageurs qni sachant vous apprécier , ne négligeront
rien , et passeront les nuits à veiller pour démontrer la
différence étonnante qui existe entre des COLONIES riches, florissantes et utiles à la mère Patrie par la seule industrie de ses Colons ; des ISLES qui cependant ne sont
que des points dans l'immensité, en comparaison du vas¡e
Continent auquel elles servent d'avant-garde, cette terre
ferme, avec bien moins de peines , peut fournir à la subsist ance de ses Habitans , et demande que sa régie
soit calculée et proportionnée à son étendue et à ses
ressources. Douze années de résidence dans l'Amérique Septentrionale m'ont mis à portée de connoître
ses facultés , ponr donner un libre essor à l'humanité
de ses Irebitans , relativement à L'ESCLAVAGE DE<
N EGRES 5 malgré le grand moyen dont la nature
arde, cette terre
ferme, avec bien moins de peines , peut fournir à la subsist ance de ses Habitans , et demande que sa régie
soit calculée et proportionnée à son étendue et à ses
ressources. Douze années de résidence dans l'Amérique Septentrionale m'ont mis à portée de connoître
ses facultés , ponr donner un libre essor à l'humanité
de ses Irebitans , relativement à L'ESCLAVAGE DE<
N EGRES 5 malgré le grand moyen dont la nature --- Page 183 ---
( 7 ) a doué ces insurgens , et qui les met à portée de donner
au loin à leurs affranchis des terreins incultes , pour
s'établir , y former des Colonies d'alliés et de défenseurs contre les Souvages , encore n'ont-ils pas laissé
de n'agiter cette importante question qu'avec la plus
grande prudence et modération. Tout homme, de quelque couleur qu'il soit, est né
pour être LIBRE. La Loi naturelle rend ce fait incontestable ; le crime seul doit lui donner des fers. Satisfaites
vos sentimens humains envers ceux qu'une barbare avarice a asservis; affranchissez-les, s'il est en votre pouvoir
d'améliorer leur sort, sans les rendre antropoplzages ,
et exposer également à leur vengeance nombre de leurs
maîtres qui , par leur cruauté , ne l'ont que trop
méritée ; et ceux qui, pour la plupart humains et
laborieux , les ont employés utilement à remuer
un sol ingrat et à arracher de son sein des secours
qui plus d'une fois ont rendu les plus grands services
à la Mère-Patrie. S'il étoit possible d'imiter le Général de là Milice de Paris ! de congédier les Noirs
cultivateurs des Isles Françoises avec le même art et la
même humanité que ce sage Commandant met en usage
pour purger la Capitale des constructeurs de la PLA TEIOUME de MONTMARTRE. Si l'on pouvoit en donnant
à chacun sa liberté , lui assigner un coin de terre
hors des Isles , le munir d'argent pour subsister en
voyage , et un certificat qui réclamât la protection
des habitans chez lesquels il seroit dans le cas
de passer pour retourner dans son pays , ou que des
vaisseaux , l'y reconduisissent avec autant d'ardeur et
de douceur qu'ils ont mis d'inhumanité à aller les --- Page 184 ---
(8) enlever , ils pourroient ramener en retour avec eux
j malheur eux qui manquant d'ouvrage , végétent
comme des brutes sur les terres Européennes ; alors
on verr oit la SAGESSE , le Pouvant et l'HUMANiTE.
Françoise briller dans tout son lustre. Je n'ai jamais mis pied à terre dans les isies Françaises : je n y ai aucune propriété 5 à peine y ai-je
des connoissances 5 mais ayant assez séjourné dans
les isles Ilolandoises leurs voisines ^ je puis me tracer
une idée juste du désastre qui résulterait dans ces
isles , et reflueroit jusqu'en France , si tout-à-coup
on alloit affranchir des millions d'esclaves ; le dernier
exemple de Paris et de ses environs sur - tout , peut
donner une idée exacte de la barbare effervescence ,
qu un coup aussi inattendu donne à l'imagination des
malheureux esclaves.
ayant assez séjourné dans
les isles Ilolandoises leurs voisines ^ je puis me tracer
une idée juste du désastre qui résulterait dans ces
isles , et reflueroit jusqu'en France , si tout-à-coup
on alloit affranchir des millions d'esclaves ; le dernier
exemple de Paris et de ses environs sur - tout , peut
donner une idée exacte de la barbare effervescence ,
qu un coup aussi inattendu donne à l'imagination des
malheureux esclaves. Je vois d'ici des millions d'hommes malheureusement
accoutumés à trav ailler sous les coups de fouet, comme
des bêtes de somme , s'assoupir enfin sous cet arbre
de liberté , le terrein participant en quelque sorte de
leur nature ? qu'il me soit permis de m'exprimer ainsi,
accoutumé comme eux à ne produire qu'à force d'être
tourmenté , dans une sorte d'ivresse lui-même , ne fourni
plus que le dixième du nécessaire aux indulgens Cultivateurs qui , bientôt affamés, assouvissent leur rage
dans le sang de leurs anciens maitres , lesqnels dénués
de bras ne peuvent plus suffire à fournir des vivres. Ces
affranchis , après avoir fait un massacre de tous ceux
qui n'ont pu les éviter , emiivrés de paresse et de
liberté 5 devenus téméraires et cruels , finissent par
revenir à leur première nature ? tôt s'entremanger les --- Page 185 ---
( ) uns les autres Lorsqu'il est impossible de faire et
parfaire le bien , il ne faut pas ébaucher le MAL 5 il
soroit plus politique et beaucoup plus humain de faire
une Loi qui rendît esclaves à leur tour les maîtres
qui seroient légalement convaincus d'avoir traité leurs
Nègres avec inhumanité , d'effacer absolument cette
tache de naissance que l'injustice et la loi du plus
fort ont rendue telle. Respectez et admettez dans les
sociétés les esclaves qui s'affranchiront honorablement,
ils le méritent d'autant mieux qu'ils se seront en quelque sorte récréés eux-mêmes. CiTOYENs , ce préjugé est
encore un reste de barbarie Gauloise qui doit faire place
au bon sens et à la philosophie Française. Prenez le milieu dans tout , il en résultera que si
le bien n'est pas aussi évident, le MAL sera dans le
même cas , et nous ne serons peut-être pas exposés,
à payer plus que nous ne pouvons , en dommages &
intérêts à tous les Colons ruinés , échappés du carnage ,
et qui auroient infailliblement droit de réclamation
contre une injustice criante et déshonorante pour la
Nation. Ces insulaires , sur un refus dicté par 'l împossibilité, ne seroient malheureusement que trop dis:-
posés à porter contre nous la bravoure qne nous leur
connoissons, et dont un grand nombre vient de donner
des preuves dans Paris , je ne les vois ces braves
gens que trop disposés à se venger de l'injustice sur
la Mère-Patrie ; ils susciteroient des troubles dont
nous n'avons que faire , et qui sont bien loin d'être
les. Motifs pour lesquels ils ont pris les armes dans
Paris, le i3 de Juillet. --- Page 186 ---
( 10 ) Je supplié tous les bons Citoyens de croire qu'il en
est ainsi de celui qui sera toujours de pied-ferme ,
des François en général , Le très-humble et très-zèlé Serviteur , Le Chevalier QUESNAY DE BEAUREPAIRE T
Ancien et premier Commandant du District
des Mathurins , Président de l'Académie,
de Richemond en Virginie. Paris, ce 29 Août 1789. ERRATA. Second Numéro de l'Avis Impartial, première page
dixième ligne , au lieu de l'esprit du Gouvernement
Monarchique , lisez , Gouvernement PATERNEL Olj
MONARCHIQUE.
François en général , Le très-humble et très-zèlé Serviteur , Le Chevalier QUESNAY DE BEAUREPAIRE T
Ancien et premier Commandant du District
des Mathurins , Président de l'Académie,
de Richemond en Virginie. Paris, ce 29 Août 1789. ERRATA. Second Numéro de l'Avis Impartial, première page
dixième ligne , au lieu de l'esprit du Gouvernement
Monarchique , lisez , Gouvernement PATERNEL Olj
MONARCHIQUE. Même Numéro , page 8, treizième ligne de l'Avis au
Lecteur , lisez, MoRiN au lieu de Morisot. AVIS AU LECTEUR. Selon le vœu de nombre de personnes, l'Auteur veut bien continuer de livrer à la publicité.
ces sortes d'Avis , &c. mais sans s'astreindre
a aucune obligation, tant pour la durée que
pour le nombre des pages qu'ils emploieront x --- Page 187 ---
( 11 ) A VERSAILLES , chez BAUDOUIN , Imprimeur de
^'ASSEMBLÉE NATIONALE, Avenue de SaintCloud, N°. 69. ne voulant y insérer, autant que faire se pourra ,
aucuns faits inutiles, redits ou incertains. Ils seront
publiés selon que la nécessité des circonstances le
requerra, soit une, deux ou trois fois par semaine , ou tous les quinze jours, en raison de l'abondance ou de la disette des matières à traiter. Ces
Avis, du même format et caractère, se trouveront
À Paris, chez MORIN , Libraire, au bas de la
rue Saint-Jacques ; et à Versailles, chezBLAisoT,
rue Satory , à raison de i sols lorsqu'ils seront
contenus dans quatre pages, et de 3 lors qu'il y
en aura huit , de même en proportion. Les personnes qui desireront s'abonner pour
la totalité, aux adresses ci-dessus, les auront à
raison de 4 sols les seize pages. Le Rapport Militaire t par le même Auteur #
intitulé : Galliæ Libertas , se trouye aux
mêmes endroits. --- Page 188 --- --- Page 189 ---
ADRESSE A MESSIEURS LES DÉPUTÉS, DE la part des Villes de Commerce à
l occasion de l'affranchissement deâ
Negres. 1 7 8 94 --- Page 190 --- --- Page 191 ---
A 7. ADRESSE A Messieurs les Députés , de 'la part des Villes de
Commerce à l'occasion de l'affranchissement des
Negres. BRAVO! cent fois bravo! tels sont, Noffeigneurs , les cris dont retentirent toutes nos places de commerce, lorique les papiers publics
viennent chaque jour nous apporter les détails
de vos grandes opérations : &: certes nous avons
tout le temps de les lire à.loisir, puisque nous
n'avons plus rien à faire. I! n'y a plus d'armemens dans nos ports , encore moins de construction de navires; les manufact ures sont désertes & les boutiques mêmes
ient fermées. Ainsi donc, graces à vos sublimes ¡
arrêtes, tous les jours sont des jours de sêtes5
pour les ouvriers : on en pourroit compter plus
de trois cent mille dans nos différentes villes qui
n'ont plus d'autre occupation que de s'entretenir,
les bras croises, des nouvelles du temps, des
droits de Thérapie & de la constitution. Il est
vrai ttue, la fait? les gagne., mais fonge-t-on à
l'estomac quand le cœur est content ?
. Ainsi donc, graces à vos sublimes ¡
arrêtes, tous les jours sont des jours de sêtes5
pour les ouvriers : on en pourroit compter plus
de trois cent mille dans nos différentes villes qui
n'ont plus d'autre occupation que de s'entretenir,
les bras croises, des nouvelles du temps, des
droits de Thérapie & de la constitution. Il est
vrai ttue, la fait? les gagne., mais fonge-t-on à
l'estomac quand le cœur est content ? --- Page 192 ---
(4) II feroit impofîlble , Noucgneurs, de vous
donner une idée des mouvemens convulsifs de
joie qui viennent d'éclater dans nos différentes
p aces dè commerce à la lecture d'un des numéros
de M. le comte de Mirabeau, ,qui nous annonce
de votre part la résolution pnie ou du moins
^projettée de donner la liberté aux nègres. Quel
bonheur, se iont à la fois écriés les matelots &c
les capitaines ! C'est bien nous qu'on va affrançhir. Nous n'aurons plus à traverser les mers
peur aller fous in autre hémisphère chercher des
denrées dont on speut si bien ie .palier & des riçhesies dont notre pays n'a nul beloil1, Plus de
commerce avec ces innés colonies qui vont
Gomme de raison devenir le. partage de ces negres qui, après y avoir été 1i long-temps esclavos sauront bien s'y rendre maîtres à leur tour »
attendu qu'ils sont cent noirs contre un blanc.
Au premier moment d'fnthousiasine, à la pre.
miere explosion d'une liberté naissante, ils ne
manqueront pas de faire, à l'égard de leurs arif.
tocrates , ce que nous avons tant de peine à faire
à l'égard des nôtres. En un jour la race des blancs
va diiparoître, de ces tristes contrées, & tous
noirs vendes autrefois dans leur pays par
leurs peres meres qui ne pouvoienc'les nourrir, par un Vainqueur clément qui j suivant
i J. --- Page 193 ---
(% ) les loix de la guerre &. i'usage reçu pouvant les
égorger tous, aimoit mieux les vendre ; tous ces
noirs vont devenir les rois de nos riches colonies où ils se trouvoient heureux de vivre dans
l'esclavage. Ils vont en un moment recueillir le
fruit des longs travaux de ces hommes infatigables qui, dans l'espace d'un siecle , sont venus à
bout de défricher & de fertiliser un sol brûlant,
qui paroissoit dtfHné à servir éternellement de
repaire aux serpens venimeux , & toutes ces riches habitations vont devenir leur patrimoine.
C'est-là qu'ils vont former la plus belle république qu'on ait jamais vue ; pour opérer une si
belle révolution , il n'est question que de facrifier environ quarante mille blancs , & c'est au >
nora de l'humanité qu'on va ordonner ce léger
sacrifice. m Quant à nous, ajoutent les matelots & les
ouvriers de toute espece, il paroit au premier
coup d'œil ci .e nous allons rtfier sans ressource i
mais ce seroit mal connoître la sagesse & la lu-*
preme juilice de l'assemblée nationale , que d'avoir un infant une pareille idée. Ces augulks
légi/lateurs ont tout prévu & cout arrangé. Ils
vont commencer par indemniser tous ceux de
ces braves colons qui auront eu le temps de Jéguerpir & de sè réfugier en France. Tous leurs
coup d'œil ci .e nous allons rtfier sans ressource i
mais ce seroit mal connoître la sagesse & la lu-*
preme juilice de l'assemblée nationale , que d'avoir un infant une pareille idée. Ces augulks
légi/lateurs ont tout prévu & cout arrangé. Ils
vont commencer par indemniser tous ceux de
ces braves colons qui auront eu le temps de Jéguerpir & de sè réfugier en France. Tous leurs --- Page 194 ---
( 6 ) ttabliffemens leur seront payes, ainsi que le prix
• de leurs nègres , & on fait qu'il yens, pour la
colonie de Saint'Domingue seule , p*u^ de trois
crnt mille qui ont coûté, l'un portant i" Jirtre, trois
mille libres, ce qui sorme un capital de neuf
cent millions. C'est la propriété des cotons qui
n ont fait le commerce que sous la protcdion des
joix & la fauve - garde du gouvernement , qui
l'approuva constamment , &c qui donna m*me
des primes d'encouragement, tandis que de son
côté il en retiroit un bénéfice in men!e. Tout
sera payé, l'aflemblde nationale a tous les f-vnds
necessaires, & c'est M. le comte de Mirabeau
qui garde les clefs de la caisse , conjointement
avec l'abbe de Cournand (i). Quant à nous , ajoutent-ils, nous ferons disporiés dans les provinces les plus icrtiics cie
f: ance. On va nous y donner des terres à culti*
ver y & comme il n'y en a riu'le part de vacan.
tes, les anciens propriétaires, oien convaincus
que tous les hommes naissent égaux en droits *
s'empresseront de partager avec nous. Noflei- (i) Cet abbé de Cournand est le dernier rimailleur,
qui pourtant occupe une chaire au college royal, graces
à la proteftion de M. le baron de Breteuil, d'heureuse
mémoire. Il vient de faire une mauvaise brochure sur la
libsrré des nègres. --- Page 195 ---
( 7 ) gneurs les députés donneront le premier exemple, Se le comte de Mirabeau, qui heureusement
vient de recueillir la succession d'un pere furnommé l'ami des hommes , M. de Mirabeau va
se hâter de partager avec nous toute sa fortune. Hâtons-nous donc, mes amis t de quitter les
bords ftcriles de la mer , où le commerce ne peut
se soutenir sans coloriies. Formons une armée de
trois cent mille hommes, allons offrir nos hommages respectueux & l'exercice de nos bras à
l'assemblée nationale. Allons la remei cier , &
partager avec elle les fruits d'une constitution
qui va ramener les beaux jours où les hommes,
sortans des mains de la nature, vivoient dans une
égalité parfaite & mangeoienc tous en commun
le gland des forêts. A Paris, chez la veuve BEAUFLEURY 1 Libraire
au Palais - Royal. --- Page 196 --- --- Page 197 ---
EXTRAIT Du Procès-Verbal de l'Assemblée
des COLONs AMÉRICAINS. Du 1 1 Septembre 1789. L'ASSEMBLÉE, délibérant sur la proposition qui lui a été faite par un de ses
Membres, a unanimement arrêté que,
pour donner à la Nation une preuve de
leur zèle & de leur dévouement, les Colons
Américains vetoient, &: que MM. leurs
Députés demeuroient autorisés , en vertu
des Présentes, à offrir à l'Assemblée Nationale , pour subvenir aux charges de
l'Etat, la quatrième partie de tous leurs
revenus, ce qui peut être un objet de six
millions ; & en outre un cautionnement
de la cinquantiéme partie de leurs biens,
pour liquider la dette Nationale.
uve de
leur zèle & de leur dévouement, les Colons
Américains vetoient, &: que MM. leurs
Députés demeuroient autorisés , en vertu
des Présentes, à offrir à l'Assemblée Nationale , pour subvenir aux charges de
l'Etat, la quatrième partie de tous leurs
revenus, ce qui peut être un objet de six
millions ; & en outre un cautionnement
de la cinquantiéme partie de leurs biens,
pour liquider la dette Nationale. DE JOLY , Présîdent. --- Page 198 --- --- Page 199 ---
ADRESSE A L'ASSEMBLÉE-NATIONALE, Pour les Citoyens-Libres de, Couleur, des Lies
& Colonies Françoises, 18 Octobre 1789, --- Page 200 --- --- Page 201 ---
A
ADRESSE A L'ASSEMBLÉE-NATIONALE. A NOSSEIGNEURS, Nosseigneurs les Représentans de, la Nation* NOSSEIGNEURS, | •„ .< * LES Citoyens-libres, &; Propriétaires de
couleur, des Isles & Colonies-Françoises,
ont l'honneur de vous représenter Qu'il existe encore, dans une des Contrées de cet Empire , une espéce d'hommes
avilis & dégradés ; une classe de Citoyens
voués au mépris, à toutes les humiliations
de l'esclavage ; en un mot, des François
qui gémissent sous le joug de l'oppression. Tel est le sort des infortunés ColonsAméricains , connus , dans les Isles , sous
le nom de Mulâtres, Quarterons", &c. --- Page 202 ---
Nés Citoyens & libres, ils vivent étrangers dans leur propre Patrie. Exclus de
toutes les Places, de toutes les Dignités,
de toutes les Professions , on leur interdit
ju[qu'i l'exercice d'une partie des Arts Méchaniques ; sournis aux diftin&ions les plus
avilissantes , ils trouvent l'esclavage , au
sein même de la Liberté. Les Etats-Généraux ont été convoqués.
Dans toute la France, on s'est empressé
de seconder les vues bienfaisantes du Monarque : les Citoyens de toutes les Classes
ont été appellés au grand œuvre de la Ré.
génération publique 5 tous ont concouru
à la formation des Cahiers , & à la nomination de Députés, chargés de défendre
leurs droits , & de stipuler leurs intérêts. Le cri de la Liberté a retenti dans l'autre Hémisphère. Il auroit dû , sans doute , étouffer jusqu'au. louvenir de ces diftinétions outrageantes entre les Citoyens d'une même
contrée j il n'a fait qu'en développer de
'p!us odieuses encore. Pour l'ambitieuse Aristocratie, la Li- --- Page 203 ---
A ij berce n'efi: que le droit de dominer, sans
partage, sur les autres hommes. Les Colons blancs ont agi conformément à ce principe j & tel est encore aujourd'hui le naobile confiant de leur conduite. Ils se sont arrogé le droit de sembler
& d'élire des Représentans pour les Colonies. Exclus de ces Assemblées, les Citoyens
'de Couleur ont été privés de la faculté de
s'occuper de leurs intérêts personnels , de
délibérer sur les choses qui leur sont communes , & de porter, à l'Assembléetionale , leurs voeux , leurs plaintes &
leurs réclamations. - Dans cet étrange systême, les Citoyens
de Couleur se trouveroient représentés par
les Députés des Colons blancs , quand il
cft: confiant, d'un côté , qu'ils n'ont point
été appellés à leurs Assemblées partielles, &
qu'ils n'ont confié aucun pouvoir à ces
Députés ; & flue, d'un autre côté , l'opposition d'intérêts , malheureusement trop
sembléetionale , leurs voeux , leurs plaintes &
leurs réclamations. - Dans cet étrange systême, les Citoyens
de Couleur se trouveroient représentés par
les Députés des Colons blancs , quand il
cft: confiant, d'un côté , qu'ils n'ont point
été appellés à leurs Assemblées partielles, &
qu'ils n'ont confié aucun pouvoir à ces
Députés ; & flue, d'un autre côté , l'opposition d'intérêts , malheureusement trop --- Page 204 ---
évidente rendroit une pareille tepréientâtion absurde Se contradictoire. C'est à vous, Nosseigneurs, à, peser ces
considérations j c'eH: à vous a rendre , a des
Citoyens opprimés, les droits donc on les
a injustement dépouillés *, c'est à vous
d'achever glorieusement votre ouvrage } en
assûrant la liberté des Citoyens François
dans l'un & l'autre Hémilphère. Instruits par la Déclaration des Droits
.de l'Homme & du Citoyen , les Colons
de Couleur ont senti ce qu'ils étoient
ils se sont élevés à la dignité que vous leur
3viez„ assignée i ils ont connu leurs droits 1
& ils en ont usé. Ils se sont réunis ; ils ont rédigé un
Cahier qui contient coûtes leurs demandes;
ils y ont consigné des réclamations , dont
les bases sont établies dans le Code que
vous avez donné à l'Univers > ils en ont
chargé leurs Députés ; & ils se bornent,
en ce moment , à solliciter , dans cette
auguste Ailemblée , une représentation néeessaire , pour être en état d'y faire valoir --- Page 205 ---
5 1 leurs droits, & sur-tout d'y défendre leurs
intérêts, cancre les prétentions tyranniques
des Blancs. Pour demander cette représentation, les
Citoyens de couleur ont évidemment les
mêmes titres que les Blancs. Comme eux , ils sont tous Citoyens,
Libres & François > l'Édit du mois de
Mars 1685 leur en accorde tous les droits,
il leur en affure totis les privilèges; il veut(i)
m que les Affranchis (& a plus forte raison
« leurs descendans ) méritent une liberté
53 acquise ; que cette liberté produire en eux,
» tant pour leurs personnes que pour leurs
» biens, les mêmes effets que le bonheur
M de la liberté naturelle à tous les Fran-
« çois (1) "; Comme eux, ils sont propriétaires & cultivateurs ; comme eux , ils contribuent au soulagement de l'Etat, en payant
les subsides, en supportant toutes les charges
qui leur sont communes avec les blancs -, com1ne eux, ils ont déjà versé 8: ils sont prets x
verser leur sang pour la defense de la Patrie ; (0 Art. 59. --- Page 206 ---
comme eux, enfin, & toujours avec moins
d'encouragement & de moyens, ils ont multiplié les preuves de leur patriotisme. Tout récemment encore, malgré l'oppreflion sous laquelle ils gémissent , malgré les
efforts combinés de leurs Adversaires, les
Citoyens de Couleur ont eu la générosité
de députer auprès des Blancs, de leur proposer le paâe qu'ils viennent soumettre à
votre justice; &: ils ont eu la douleur de
se voir repousser, avec le mépris dont on
les a toujours accablés.
, ils ont multiplié les preuves de leur patriotisme. Tout récemment encore, malgré l'oppreflion sous laquelle ils gémissent , malgré les
efforts combinés de leurs Adversaires, les
Citoyens de Couleur ont eu la générosité
de députer auprès des Blancs, de leur proposer le paâe qu'ils viennent soumettre à
votre justice; &: ils ont eu la douleur de
se voir repousser, avec le mépris dont on
les a toujours accablés. Par un dernier effort, & nous devons
le publier, c'est de tous ceux qu'ils ont
faits, celui qui coûte le moins à leur cœur,
parce qu'ils brûlent du desir de travailler
pour la cause commune; les Citoyens de
Couleur ont voté, & ils déposentici, par nos
mains, la soumission solemnelle de subvenir
anx charges de l'Etat , pour le quart de
leurs revenus ; ils déclarent avec vérité que
ce quart forme un objet de six millions.
Ils ont encore voté un cautionnement de
la cinquantiéme partie de leurs biens pour
acquit des dettes de l'Etat. Ils vous sup~ --- Page 207 ---
plient d'en agréer l'hommage, & de leur.
indiquer inceiïamment les moyens de le
réaliser. Loin de nous cependant toute idée,
tout esprit d'intérêt personnel ; les Citoyens
de Couleur n'entendent point faire ces
offres pour entraîner votre Jugement. Ils vous supplient, Nosseigneurs, de les
oublier, pour ne vous attacher qu'à la rigueur
des principes. Ils ne demandent aucune faveur. Ils réclament les droits de l'Homme 3c
du Citoyen , ces droits imprescriptibles,
fondés sur la Nature & le contrat social,
ces droits que vous avez si solemnellement
reconnus, & si authentiquement consacrés,
lorsque vous avez établi pour bafe de la
Constitution, « que tous les hommes naif-
» sent &: demeurent libres & égaux en
» droits " ; » Que la Loi est l'expression de la volonté
» générale > que tous les Citoyens ont le droit
t) de concourir personnellement, ou par leurs
» Représentans, à sa formation, bb Que chaque Citoyen a le droit, par --- Page 208 ---
» lui ou par ses Représentons, de confk-
» ter la nécessité de la contribution publique ,
M & delà consentir librement y
Prétendroit - on repousser ces maximes
fondamentales, en opposant l'intérêt des
Blancs & celui des Colonies ? Seroit-ce donc
par les calculs, d'un intérêt soJdide, qu'on
voudroit étouffer la voix de la Nature ? N'y reconnaÎt-on pas le langage de l'Ambition & de la Cupidité , qui n'estiment là
prospérité de l'Etat, qu'à raison dc leurs
jouissances personnelles ? Mais ce n'eil: pas encore ici le lieu de se
livrer à des discussions sérieuses, sur le fonds
des droits des Citoyens de Couleur. Lorsque vous aurez admis leurs Rëcla ma¡-
tions préliminaires ; lorsqu'ils seront descegdus dans l'arène, pour combattre leurs adversairesl, ils démontreront facilement que l'intérêt-légitime desBlancs eux-mêmes, se réunit
à celui des Colonies , pour assûrer l'état $c
la liberté des Citoyens de Couleur, parce
que le bonheur d'un Etat consiste dans
Ja paix & l'harmonie des Membres qui le
composenr, & qu'il ne peut y avoir de
préliminaires ; lorsqu'ils seront descegdus dans l'arène, pour combattre leurs adversairesl, ils démontreront facilement que l'intérêt-légitime desBlancs eux-mêmes, se réunit
à celui des Colonies , pour assûrer l'état $c
la liberté des Citoyens de Couleur, parce
que le bonheur d'un Etat consiste dans
Ja paix & l'harmonie des Membres qui le
composenr, & qu'il ne peut y avoir de --- Page 209 ---
V véritable paix & de bonne union entre
force qui opprime , & la foiblesse qui
code ; entre le Maître qui commande, ôc
j'Esclave qui obéit. Encore une fois , Noileigneurs, les Citoyens de Couleur se bornent, dans ce moment, à réclamer un droit de Rsprésentanon ; ils le tiennent également de la Nature
& de la Loi ; 6c ils espèrent , avec une
entière confiance, recevoir, dans votre DécHlon, la confirmation de Titres, aussi inviolables. Signé, DE JOLY , Avocat aux Conseils ;
Commissaire Député nommé à cet effet, avec
MM. RAYMOND, FLEURY, AUDIGER,
LAFOURCADE , DU SoUCHET l'ainé, OGÉ
jeune, DE VAUREAL , le Chevalier de
LAVIT , LANON , HELLOT , HONORÉ,
POIZAT & LA SOURCE , CommiJJaires. --- Page 210 --- --- Page 211 ---
A CAHIER. Contenant les Plaintes, Doléances & Réclamations des Citoyens-libres & Propriétaires
de Couleur, dés Isles & Colonies Françoijes•
ARTICLE PREMIER. LES Habitans des Colonies Francoises >
sont uniquement & généralement répartis
& divisés en deux claflses, celle d'hommes
libres, & celle d'hommes qui sont nés 8c
qui vivent dans l'esclavage. 1 I. La classe d'hommes libres comprend
non-seulement torts les Blancs, mais encore
tous les Créoles de Couleur, soit Nègres
libres , Mulâtres, Quarterons 3 & autres. I 1 I. Les Créoles affranchis, ainsi que leurs
enfans & leur postérité doivent jouir des
mêmes dr(ftts, rangs, prérogatives , franchises, privilèges, que les autres Colons. I V. A cet effet, les Créoles de Couleur demandent que la Déclaration des droits de --- Page 212 ---
l'homme, arrêtée dans l'Assemblée Nationale , leur soit commune avec les Blancs;
en conséquence que les Articles LVII
& LIX f l) de l'Edit du mois de Mars 1685)
soient renouvellés & exécutés suivant leur
&îrme & teneur. V. Pour faire cesser les diftinclions humiliantes qui , au mépris de la Loi, ont
régné jusqu'à présent , entre les hommes
blancs 6c les hommes de Couleur , dans
quelque clasTe que la Nature les ait places,
il doit être pris des résolutions qui fixent
irévocablement les droits & les prétentions
respctives des Citoyens oppreLIeurs, Se de
ceux qui sonc opprimés. VI. En conséquence l'Assemblée Nationale
sera suppliée de déclarer, 1 0 Que les Nègres &: les Créoles de Cou- ( 1 ) Art. 59 de la Déclaration de 1685 ; cc Odroyons
33 anx Affranchis les mêmes droits, Privilèges & immunités ,
» dont jbuiflent les Personnes nées libres ; voulons qu'ils
« mentent une Liberté acquise , & qu'élis produise en eux ,
a» tant pour leurs personnes que pour leurs biens , les mêmes
« effets que le bonheur de la Liberté nature le cause à nos Sujets ».
les Créoles de Cou- ( 1 ) Art. 59 de la Déclaration de 1685 ; cc Odroyons
33 anx Affranchis les mêmes droits, Privilèges & immunités ,
» dont jbuiflent les Personnes nées libres ; voulons qu'ils
« mentent une Liberté acquise , & qu'élis produise en eux ,
a» tant pour leurs personnes que pour leurs biens , les mêmes
« effets que le bonheur de la Liberté nature le cause à nos Sujets ». --- Page 213 ---
«3 A a leur seront admis concurremment avec les
Blancs, à tous les rangs, places, charges,
dignités, honneurs, en un mot qu'ils partageront avec les Blancs les fonctions pénibles 8c honorables du Gouvernement Civil
& du service Milicaire ; 1O Que pour cet objet ; l'accès des Tribunaux leur sera ouvert j qu'ils pourront
parvenir aux premières places de judicature, comme il leur sera libre de se livrer
aux fondions secondaires que la Juilice entraîne nécessairement après elle -, telles que
celles d'Avocat, de Notaire, de Procureur,
de Greffier,d'Huissier,& toutes autres, quelle
que soit leur dénomination , soit en France,
soit dans les Colonies; 30 Qu'ils seront également promus, avec
la même concurrence, à toutes les places oC
charges Militaires, ensorte que leur couleur ne soit plus désormais un titre d'es-
~ellusion ; • 4° Que, pour faire cesser, jusqu'au prétexte d'une distinction, qui ne doit pas exifler
entre des hommes libres, les Compagnies
de Volontaires, Nègres, Mulâtres, Quar- --- Page 214 ---
terons feront confondues & incorporées les
unes avec les autres 3 qu'à compter de ce
jour, elles seront indiftin&ement recrutées
par les Blancs & les hommes de Couleur,
sans que > sous aucun prétexte , ceux - ci
puissent en être exclus 5 50 Que ces trois Compagnies étant ainsi
réunies, les Officiers Blancs, qui jusqu'à
ce jour les ont commandées exclusivement,
seront tenus de se retirer, pour être renlplacés par des Officiers de Couleur , lésquels seront élus librement par chacune
des Compagnies ; sauf par la suite 3 lorsque la réunion des hommes libres , sans
exception , sera pleinement consommée ,
à prendre indistin&ement les Officiers parmi
les Créoles Blancs & ceux de Couleur; 6° Que pour assûrer l'exécution des Régle-
-fnens, & veiller à la conservation des droits
& des prérogatives des Citoyens, il sera
établidans toutes les Colonies, aux clauses &
conditions que l'Ailemblée-Nationale jugera
à propos de fixer, des administrations Coloniales , & même des Municipalités dans
toutes les Villes, Bourgs &, Villages des
Colonies ; --- Page 215 ---
[texte_manquant] 79 Que les Blancs &. les Colons de Couleur seront indiflincfcement admis aux charges municipales 5 8° Que le Sacerdoce , les Sciences, les
Arts, les Métiers, en un mot, tous les
Etats . seront accessibles aux Citoyens de
Couleur, comme jusqu'à présent ils ont été
dévolus aux Blancs 5 ° Qu'il sera fondé, dans les différentes
Colonies ) des Ecoles & Collèges publics,
dans lesquels les Créoles de couleur,
même les Nègres affranchis, ou leurs ensans seront admis concurremment avec les
Blancs, sans aucune préférence , aucune
espéce de prédilection;
, les Métiers, en un mot, tous les
Etats . seront accessibles aux Citoyens de
Couleur, comme jusqu'à présent ils ont été
dévolus aux Blancs 5 ° Qu'il sera fondé, dans les différentes
Colonies ) des Ecoles & Collèges publics,
dans lesquels les Créoles de couleur,
même les Nègres affranchis, ou leurs ensans seront admis concurremment avec les
Blancs, sans aucune préférence , aucune
espéce de prédilection; 10" Que dans aucuns temps, dans aucun
cas, pour aucune raison, les Citoyens de
couleur ne pourront être traités, ni en
public, ni en secret, ni dans le général,
ni dans le particulier, en Adminislration,
ni en Jurisdiclion , ni même dans la Société -, ct'une autre manière que les Blancs ,
ensorte que les Créoles ne fassent plus qu'une
même association, & qu'ils soient regardés
comme un peuple de frères; - a 1 --- Page 216 ---
11°. Enfin, que les piquets établis jour
& nuit chez les Commandants - généraux 6C
particuliers des Colonies , seront 6c demeureront supprimés, comme ils i'avoient été
fous le gouvernement de M. le Comte de
la Luzerne ; &, dans le cas ou lé service
public exigerait la conservation de ces
piquets, qu'ils seront toujours nlipartis, ou
du moins indistinctement compotes de Colons blancs 6c de Colons de Couleur. , V I I. . c- L'Assemblée Nationale sera spécialement ^
suppliée d'ordonner que l'Article IX de la
Déclaration du mois de Mars .1685 , sera
Confirmé dans la 1:11 posi non qui ordonne
" que les hommes qui auront un ou plu-
» fcurs enfants ; avec leurs escJaves , ensemble les maîcres qui l'auront: souffert,
.» feront condamnés à une amende de 2000
» liv. de Sucre ; r Mais il sera révoqué en ce" qu'il ci-
« que l'épave ainu que 1 enfant seront confisqués au profit de l'Hô*pital ,
^ Uns pouvoir jamais être affranchis ». --- Page 217 ---
À 4 - VIII. Cet article sera remplacé par une disposition qui consacre, tout-à-la-fois, la dignité de l'homme , l'honneur 6c la sureté
des femmes esclaves , leurs droits & ceux
de leurs enfans. A cet effet, très-expresses inhibitions,
& défenses seront faites à tout Citoyen
propriétaire d'Esclaves de l'un ,& l'autre
sexe, soit Citoyen Blanc , soit Citoyen
de Couleur , de vivre en concubrnage, &c
même de co-habiter, en aucune manière,
avec leurs enclaves , sous peine, lorsque
la preuve en scra .acquise de iooo livres
d'amende envers les pauvres, & de l'affranchissement absolu de l'esclave , avec
laquelle le maître aura vécu. 1 X. Pareilles défenses seront faites à tout
homme Libre, relativement aux femmes
Esclaves appartenant à tout autre Citoyen. X. Dans le cas , où par une contravention
à l'article précédent, les hommes Libres qui --- Page 218 ---
i suroient co-habité avec des Esclaves, 8G
échappé à la peine, ci-devant prononcée y
auroienc un ou plulieuirs enfans, de leur
concubinage, la femme , par le seul fait de
sa grossesse, & les enfans, à l'instant de leur
naissance , feront & demeureront libres , ôc
maîtres de leurs personnes , & de leurs
droits.
l'article précédent, les hommes Libres qui --- Page 218 ---
i suroient co-habité avec des Esclaves, 8G
échappé à la peine, ci-devant prononcée y
auroienc un ou plulieuirs enfans, de leur
concubinage, la femme , par le seul fait de
sa grossesse, & les enfans, à l'instant de leur
naissance , feront & demeureront libres , ôc
maîtres de leurs personnes , & de leurs
droits. XI. Dans ce cas, le Maître, perdant I'Esclave
& les enfans qu'il en aura eus, sera tenu de
leur payer une somme proportionnée à
son état & à sa fortune, de maniéré que
la femme & les enfans ayent une ressource
assurée , tant pour leur subsistance, que
pour leur entretien , & l'éducation des
enfans, auxquels il sera en outre tenu de
donner un état. XII. Peur ne rien biffer à l'arbitraire, l'Asfemblée-Nationale voudra bien prononcer
sur la quotité des sommes, que sà justice
croira convenables de déterminer, pour
les alimens de la femme & l'cntretien des
enfans. --- Page 219 ---
f XIII. La déclaration, entre les mains du JugeRoyal , &, après l'établissement des Municipalités , entre les mains des Officiers Municipaux , faite par l'Esclave qui se dira.
enceinte de son Maître, fuffiia pour la
faire autoriser à se retirer provisoiremene
de chez lui. X 1 V. S'il existe des preuves littérales ou testimoniales de la co- habitation, la liberté
fera définitivement acquise. X V. S'il n'en existe point, , la couleur de l'enfant lèvera la difficulté. XV I. S'il est noir, comme sa mère, la mere
& lui resteront dans le même état. X V J I. S'il cst mulâtre, il sera libre, ainG que
sa mère; & les peines ci-deilus énoncées,
feront à l'inslant prononcées contre le
Maître. --- Page 220 ---
1O XVIII. Dans le cas où le Maître prollveroit
que l'Esclave n'est point enceinte de les
oeuvres . il lui sera accordé un recours
contre l'auteur de, la grossesse ; mais la
femme & l'enfant ne feront pas moins
libres i parce que c'est à lui à surveiller ses
Esclaves. X 1 X. Néanmoins, si l'Esclave s'étoit prostituée
à un homme notoirement insolvable, dans
ce cas feulement, elle restera dans l'esclavage, mais l'enfant sera libre. X X. Pour consolider la Régénération de
l'Espéce , le rétablissement des Mœurs,
même pour prévenir toutes méprises sur
l'exécution des Articles ci-deffiis énoncés,
J'Assemblée-Nationale sera suppliée de déclarer, qu'à compter du jour du Décret à
intervenir, tous les Mulâtres, & tous les
gens de couleur, autres que les Nègres,
seront & demeureront libres ; ensorte qu'il
n'y en ait déformais aucun dans l'esclavage. --- Page 221 ---
1 1 XXI. L'esclavage existant dans les Colonies,
étant inutile & même prohibé dans le reste
du Royaume, les Colons qui se font accompagner par leurs Nègres, n'ayant d'autre
objet que de satisfaire leur vanité, en contrevenant aux Ordonnances générales du Royaume i l'Assemblée-Nationale sera suppliée d'ordonner que les Négres qui àrriveront en France,conduits par leurs Maîtres,
feront 6c demeureront libres, à l'instant olt
ils y seront introduits.
utile & même prohibé dans le reste
du Royaume, les Colons qui se font accompagner par leurs Nègres, n'ayant d'autre
objet que de satisfaire leur vanité, en contrevenant aux Ordonnances générales du Royaume i l'Assemblée-Nationale sera suppliée d'ordonner que les Négres qui àrriveront en France,conduits par leurs Maîtres,
feront 6c demeureront libres, à l'instant olt
ils y seront introduits. X x I I. ~ L'article VI de l'Edit de 17141 qui défend aux Blancs , de l'un 6c de l autre
Sexe, de contracter mariage avec les Noirs,
étant contraire, aux Loix naturelles, a la Religion , à la Liberté civile, & même
contradictoire avec l'article IX de l'Edic
de 168s, l'Assemblée-Nationale sera également suppliée de le révoquer, 6c de laisftr'cant aux Blancs, qu'aux gens de couleur,
la liberté de s'unir, entr'eux, par les liens • du Mariage. --- Page 222 ---
Ï2 ' XXIII. La couleur des Colons, la qualité d'Atfranchi, ne pouvant apporter aucun changenlent à la nature de leurs droits, l'Assemblée-Nationale sera suppliée de révoquer
l'Article LVIII de l'Edit de 16S5, l'Article
LIII de la Déclaration de 1714, & cous ceux
qui s'y référeroient, en ce qu'ils ordonnent
que l'injure faite par un Affranchi , à ses
anciens Maîtres, à sa veuve, à ses enfans-,
doivent être punis plus grièvement, que
si elle étoit faite à tout autre. XXIV L'article 51 de l'Edit de 1718, sera également révoqué, en ce qu'il déclare les
Affranchis & les Négres incapables de
recevoir, des Blancs, aucune Donation entrevifs , à causé de mort, ou autrement. ^ 'XXV. Defenses seront faites à totis Curés, Prêtres
Deflervantsles Paroisses, Cours Supérieures,
Juges ordinaires, Notaires, Greffiers , Huiffiers & autres Officiers, tant Civils que Militaires , d'insérer dans leurs Actes, de quel- --- Page 223 ---
Ï:ï ique nature qu'ils soient, que les Citoyens
dont il est question , sont Nègres Libres,
Mulâtres, Quarterons ou autres ; les conséquences attachées à ces distinctions, ne
pouvant exisler, ni entre les Citoyens blancs
& les Citoyens de Couleur , ni entre les Citoyens de Couleur. XX VL Les Citoyens, de quelque classe qu ils
soient, ayant, aux termes de la Déclaration des droits, un droit égal pour aller,
venir, 6c même pour demeurer dans la commune Patrie, l'article 21 de la Déclaration
de 1777, sera révoqué, oc les Citoyens
libres, quelle que soit leur Couleur, jouiront désormais , concurremment avec les
Blancs, du droit réservé a ces derniers, de
venir 8c de séjourner dans le Royaume , tant
& aussi souvent qu'ils le jugeront à propos. XXVII. La Propriété 6c la Liberté ne pouvant être
gênées en aucune manière , l'AssembléeNationale sera suppliée de révoquer 1 Ordonnance du 15 Juin 1736,6: d'ordonné qu'à --- Page 224 ---
J4 l'avenir, les Maîtres jouiront du droit d'affranchir les Enclaves , sans qu'il soit nécessaire de
permission de l'Intendant, des GouverneursGénéraux , Particuliers & de tous autres
Commissaires délégués à cet esset.
é ne pouvant être
gênées en aucune manière , l'AssembléeNationale sera suppliée de révoquer 1 Ordonnance du 15 Juin 1736,6: d'ordonné qu'à --- Page 224 ---
J4 l'avenir, les Maîtres jouiront du droit d'affranchir les Enclaves , sans qu'il soit nécessaire de
permission de l'Intendant, des GouverneursGénéraux , Particuliers & de tous autres
Commissaires délégués à cet esset. XXVIII. L'Assemblée Nationale sera également suppliée d'ordonner qu'il ne pourra être perçu, à
raison desdits Affranchiiïemens,aucune sorte
de droits, à quelque titre que ce soit, par les
Gouverneurs, Intendans, Commissaires, ôu
autres , chargés d'une partie de l'Aminîftration ; le touit sous peine de conculîion
&: de privation de leurs places. Il y aura
feulement, dans toutes les Villes, un registre
public, dans lequel le Greffier inscrira gratuitement le nom des Maitres & celui des
Affranchis, qui partageront désormais avec
eux ) les droits & les prérogatives de la
Liberté, j X X 1 X. L'article 34dei'Edit de 1685 , sera exécute dans toute sa rigueur : en consequence,
très-expresses inhibitions Se défenses seront
faites aux Epaves, de se permettre aucune --- Page 225 ---
i5 voie de fait contre les Citoyens, de quelque couleur qu'ils soie nt ; pour intéresser
les Maîtres à la conservation de l'ordre ,
ils seront garans envers tous les Citoyens,
sans exception de Couleur, des excès auxquels leurs Esclaves auroient pu se porter. XXX. Enfin , l'Ailemblée-Nationale sera suppliée d'admettre, dans son sein , les Députés
que les Citoyens-Libres de Couleur, se
proposent d'élire > & d'ordonner , qu 'à
l'avenir , les Blancs , confondus avec les Citoyens-Libres de Couleur, concoureront
dans les AiTemblées Elémentaires, Municipales 6c Coloniales, tant pour l'Aministration des intérêts communs , que pour la Nomination de leurs Représentans. Rédigé e? lu , dans les Assemblées des
3 , 8, 1 2 & 2 1 Septembre 1789. - Signé , FLEURY, AUDIGER , LA FOURCADE , DU SOUCHET, l'aîné, QGÉ , jeune ,
DE VAURÉAL, LE CHEVALIER DE L'AVIT,
LANON , HELLOT , HONORÉ , POIZAT ,
& LA SOURCE, Commissaires. DE JOLY , Président. --- Page 226 --- --- Page 227 ---
OPINION DE M. DE COCHEREL, DÉPUTÉ DE SAINT-DOMINGUE, S'ur 1 admission des Nègres et Mulâtres libres
aux Assemblées Provinciales, M SSIEURS., LORSQUE trente-un Députés de l'Isle de SaintDomingue se sont présentés à votre auguste Assemblée
pour y demander leur admission dans ce nombre,
vous avez ordonné que leurs pouvoirs seraient remis
à votre Comité de vérification, qui a jugé que leur
nombre serait déterminé, non en raison composée de
leurs richesses et de leur population, comme ils
avaient lieu de l'espérer, mais en raison de leur
seule population. DANS cette population, votre Comité de rapport n'a pas cru devoir comprendre la classe des --- Page 228 ---
( 1) ) Noirs non-libres ^ ni celle <Ies Noirs et Mulâtres r
affranchis/ appelles Gens de Couleur3 que vous avez
vus à la Barre de l'Assemblée Nationale.. VOTRE Comité de vérification vient de suivre '
la même marche dans son rapport pour l'admission 1
des Députés' de la' Guadeloupe & de la Martinique.**
ANS cette population, votre Comité de rapport n'a pas cru devoir comprendre la classe des --- Page 228 ---
( 1) ) Noirs non-libres ^ ni celle <Ies Noirs et Mulâtres r
affranchis/ appelles Gens de Couleur3 que vous avez
vus à la Barre de l'Assemblée Nationale.. VOTRE Comité de vérification vient de suivre '
la même marche dans son rapport pour l'admission 1
des Députés' de la' Guadeloupe & de la Martinique.** Vous avez sanctionné par un Décret le rapport
de votre Comité de vérification 3 c»est-à-dire 3 quel
vous avez décrété qu'on ne devait pas avoir égard
à la population des Noirs non-libres, ni même à
celle des Noirs et Mulâtres affranchis, mais uniquement à la population des Citoyens blancs qui ha-'"
binent Saint-Domingue , pour fixer le nombre des
Députés de cette isle que vous deviez admettre à
l'Assemblée Nationale, et que vous avez réduits,
par cette raison j à la faible représentation de six. CEPENDANT les Députés de Saint-Domingue
dirigés d'en côté par les droits d'égalité que vous
venez d'établir / de l'autre par les vues politiques et
nécessaires à la conservation d'une de vos plus belles
possessions insulaires, se sont empressés à communiquer à'leurs commettant leurs embarras j et à leur --- Page 229 ---
( * ) représenter en même-temps qu'ils croyaient qu'il
était de leur équité d'appeller à leurs Assemblées et
à leurs délibérations les Nègres et Mulâtres affranchis.
Nous avons cru que nous devions réserver à nos
frères l'honneur de vous proposer eux-mêmes un
plan d'Assemblées Provinciales , où ils seraient entrer
d'une façon convenable nos affranchis. Par ce généreux procédé de leurs Patrons , ces affranchis en
éprouveront un nouveau bienfait qui resserrera de
plus en plus les liens qui les attachent à leurs protecteurs naturels. A cet effet , MESSIEURS ,, nous avons même déja
sollicité du Roi la permission de nous assembler à
Saint-Domingue ; on s'emp.ressera d'y former un plan
de constitution propre à nos mœurs, à nos usages,
à nos manufactures et à notre climat; ce plan vous
sera présenté pour en obtenir la sanction d'après un
mûr examen que vous en ferez. Vous sentez, MESSIEURS, que cette constitution
doit être différente de la vôtre. La France n'est
habitée et ne peut l'être que par un peuple libre ;
les Colonies, au contraire, sont habitées par des
peuples mélangés d'Européens et d'Africains. Leur --- Page 230 ---
( d" ) A Paris , de l'Imprimerie de CLOUSIER, '
Imprimeur du ROI, rue de Sorbonne. régime n'est, ni doit être le même que celui rie la
-Métropole 5 le système politique 3 l'intérêt du commerce de France la sûrété individuelle et publique
de vos Colonies 3 tous ces motifs et bien d'autres
qu'il serait trop long de; vous détailler dans ce moment j vous annoncent s MESSIEURS 3 la nécessité
d'une constitution mixte propre à ces Colonies j qui
ne peut s'approprier qu'à elles seules, et n'être
faites que par elles seules. / Vous trouverez naturel 3 MESSIEURS 3 que ces
Provinces insulaires qui ne peuvent être strictement
regardées comme Provinces Françaises, forment elles- ■
mêmes leur constitution dans des Assemblées générales et régulières 3 où tous les objets qui les
intéresseront 3 seront examinés 3 débattus et approfondis avec tout l'avantage des connaissances locales
qui ne peuvent vous appartenir 3 mais dont- vous
vous réserverez la discussion, --- Page 231 ---
RÉCLAMATIONS
MESSIEURS 3 que ces
Provinces insulaires qui ne peuvent être strictement
regardées comme Provinces Françaises, forment elles- ■
mêmes leur constitution dans des Assemblées générales et régulières 3 où tous les objets qui les
intéresseront 3 seront examinés 3 débattus et approfondis avec tout l'avantage des connaissances locales
qui ne peuvent vous appartenir 3 mais dont- vous
vous réserverez la discussion, --- Page 231 ---
RÉCLAMATIONS DE S NÈGRES L I B RES( COLONS AMERICAINS. Xj E Nègre est issu d'un sang pur ; le Mu.;
litre. au contraire, est issu d'un sang mélangé; c'est un composé du Noir & du Blanc *
c'est une espèce abâtardie. s D'À PRÈS cette vérité, il est aussi évident
que le Nègre est au-dessus du Mulâtre, qu'il
l'est que l'or pur est au-dessus de l'or mélangé. D'A PRÈS ce principe , le Nègre libre
dans Tordre social 4 doit être claue avant 1ft --- Page 232 ---
( 1) Mulâtre ou homme de couleur 5 donc le*
Nègres libres doivent au moins espérer ,
comme les Gens de couleur , une représensation à l'Assemblée Nationale, si ces.
derniers obtiennent cette faveur qu'ils viennent de solliciter ; les Nègres libres se repo*
fent à cet effet sur la haute sagesse des.
Représentans de la Nation ; ils réclament
d'ailleurs les bons offices des Députés d&
Saint-Domingue , leups Patrons: ôç leurs Prolecteurs naturels, qui ne souffriront point une
exclusion injurieuse à la pureté de leur origine i ils ne doutent pas que les Députés de
Saint-Domingue ne dévoilent , avec toutç
l'énergie dont its font capables, l'ingrati-*
tude des Gens de couleur qui semblent dé^
daigner les Auteurs de leurs êtres , qui les
ont oublié volontairement dans ta demande
qu'ils viennent de former au Tribunal de
la Nation, en lui faisant une offre patriotitique de six millions , sans daigner les y
comprendre. MAIS les Nègres libres, Colons Américains plus généreux que leurs enfans, se proposent de venir incessamment offrir eux-me-*
pies; à l'Assemblée Nationale un Don patrie* --- Page 233 ---
( i ) tique de douze millions ; ils ont lieu de croiro
qu'il sera reçu avec le même enthoufiasmç
& qu'il leur méritera lès mêmes bontés i
etant en beaucoup plus grand nombre que
les Gens de couleur, non moins fondés en
droits & en pouvoirs , ils ne seront pas plus
cmb^rrasfés qu'eux à réaliser ce foible Don
patriotique. LES NÈGRES LIBRES, COLONS AMÉRICAINS. --- Page 234 --- --- Page 235 ---
A MOTION DE M. DE COCHEREL, DÉPUTÉ DE S. DOMINGUE, A la Séance du Samedi 29 Août 1789 > foir. MESSIEURS, LES Députés de SAINT-DOMINGUE ont écouté jusqu'à
présent vos décrets dans un respeB:ueux silence ; ils ne se sont
pas permis de vous interrompre dans vos longs & pénibles travaux ; ils n'ont point abusé de vos momens précieux : mais aujourd'hui, la LOI DE LA NÉCESSITÉ leur impose le devoir
de se faire entendre, & de réclamer de votre humanité des
secours urgens pour l'Isle de Saint-Domingue, que le plus
cruel des fléaux, celui de la FAMINE, dévaste maintenant.
vos décrets dans un respeB:ueux silence ; ils ne se sont
pas permis de vous interrompre dans vos longs & pénibles travaux ; ils n'ont point abusé de vos momens précieux : mais aujourd'hui, la LOI DE LA NÉCESSITÉ leur impose le devoir
de se faire entendre, & de réclamer de votre humanité des
secours urgens pour l'Isle de Saint-Domingue, que le plus
cruel des fléaux, celui de la FAMINE, dévaste maintenant. M. le Marquis DU CHILLEAU, Gouverneur général de
Saint-Domingue, instruit de la position désastreuse de la
France, appréhendant, avec raison, la cessation de l'exportation de ses farines dans les Colonies , justement effrayé
par un Arrêt du Parlement de Bordeaux, a cru devoir
prendre sur lui de rendre une Ordonnance PROVISOIRE,
limitée au mois d'OB:obre prochain, qui autorisât les EtatsUnis de I Amérique à importer des farines dans tous les
Ports d'Amirauté de l'Iile de Saint-Domingue, où les Navires François vont ordinairement décharger leurs cargaisons. EH bien ! MESSIEURS , cette sage prévoyance de M. le
Marquis du CHILLEAU a été blâmée de M, le Comte DE --- Page 236 ---
LA LUZERNE , Ministre de la Marine ; cette Ordonnance,
si précieuse à la Colonie , a été cafïce , & le vertueux
Gouverneur vient d'ètre rappelé. Les Députés de Saint-Domingue ont fait d'inutiles représensations à cet égard , au Ministre de leur Département;
en vain Ónt-ils mis sous ses yeux les dangers d'une FAMINE
inévitable ; en vain lui ont-ils tracé le tableau effrayant du
désespoir ; en vain ont-ils réclamé le secours du pouvoir
exécutif pour en arrèter les suites ; en vain ont-ils provoqué
la san£tion du Roi sur l'Ordonnance de M. le Marquis du
Chilleau : M. de la LUZERNE a fermé l'oreille à leur juste
réclamation ; il a refusé les secours d'humanité, commandés
impérieusement par la LOI NATURELLE ; il a opposé à
cette Loi irrésistible, les Loix PROHIBITIVES qui condamnent les Colonies à la famine , lors même que le
Commerce François ne peut fournir à leur subsistance. VOUS frémiriez , MESSIEURS, si le temps me permettoit
de vous développer les détails de nos malheurs ; mais vous
ne les attendrez pas pour sauver des Citoyens, vos frères,
de l'horreur d'un fléau qui les désole. Vous ordonnerez promptement. des secours PROVISOIRES ; les ÉTATS-UNIS nous les offrent : limitez-en
la durée dans votre sagesse ; pesez nos besoins ; envisagez
un instant nos malheurs, & oubliez au moins , dans des
momens de calamité , la rigueur des loix prohibitives,
toujours odieuses, toujours tyranniques, lorsqu'elles portent lur des objets de première néceHité. REMETTEZ , si vous le voulez , MESSIEURS , à un autre
moment , 1-a discussion du fond de cette question importante; mais décrétez provisoirement que l'importation^ des
sarines Américaines sera libre dans tous les Ports d'Amirauté de Saint-Domingue, & même dans ceux de toutes --- Page 237 ---
A VERSAILLES, chez BAUDOUIN, Imprimeur
de L'ASSEMBLÉE NATIONALE, Avenue de
Saint-Gloud, N°. 69. les Colonies Françoises, pendant six mois, qui commenceront, à compter du jour de la publication & de l'enregistrement de votre Décret provisoire, au Conseil Souverain de Saint-Domingue (i).
des
sarines Américaines sera libre dans tous les Ports d'Amirauté de Saint-Domingue, & même dans ceux de toutes --- Page 237 ---
A VERSAILLES, chez BAUDOUIN, Imprimeur
de L'ASSEMBLÉE NATIONALE, Avenue de
Saint-Gloud, N°. 69. les Colonies Françoises, pendant six mois, qui commenceront, à compter du jour de la publication & de l'enregistrement de votre Décret provisoire, au Conseil Souverain de Saint-Domingue (i). (1) 0N s'attend bien qu'on ne manquera pas d'opposer aux
Députés de Saint-Domingue le rempart formidable des Loix
prohibitives. On osfrira sans doute l'ouverture de leurs trois
principaux Ports à l'importation des farines des États-Unis
de l'Amérique , comme un moyen suffisant de subvenir aux
besoins urgens de leurs Commettans. LE vœu trop manifesté hier par M L'ÉVEQUE DE LANGRE, ,
MINISTRE de CHARITÉ , de ne pas même délibérer sur la
potion affreuse d'une Isle immense , en proie à la EAMINE ,
avant d'avoir pris les conseils de l'Administrateur, c'est-à-dire,
ceux de M. le Comte DE LA LuzERNE , Ministre de la Marine ,
on frère ; ce voeu , dis-je , fait pressentir de cruelles entravesde sa part : mais il sera facile aux Députés de Saint-Domingue , de démontrer à L'ASSEMBLEE NATIONALE que ce systême d'administration , au soutien des Loix prohibitives , n'est
qu'un nouveau moyen de MONOPOLE & D'ACCAPAREMENT ,
propre à exciter la CUPIDITÉ , & à entretenir la FAMINE
dans une contrée de deux cent cinquante lieues de côtes. ON en fournira la preuve, lorsqu'on pourra DÉNONCER à
ASSEMBLEE NATIONALE toutes les VEXATIONS du lieur DE
MARBOIS', Intendant de Sainc-Domingue , dont les Députés
viennent, en conséquence , d'oBTENiR LE RAPPEL , de la justice du Roi. ON croit devoir remettre cette dénonciation à QUINZAINE , &
POUR CAUSE. ' --- Page 238 --- --- Page 239 ---
CORRESPONDANCE DE M. le Marquis DU CHILLEAU,
Gouverneur-Général de St-Domino-ue y
avec M. le Comte DE LA LUZERNE ,
Minière de la Marine, 8c M. DE
MARBOIS J Intendant de Saint-Domingue, relativement à l'introduction
des farines étrangères dans cette
Colonie ; REMISE à MM. les DÉPUTÉS de
< Saillit-Domingue 3 d'après la demande
de M. le PRÉSIDENT de l'Assemblée
Nationale ? en date du 16 Septembre
178* --- Page 240 --- --- Page 241 ---
A
COPIE de la Lettre de M. DU CHILLEAU
à M. DELÀ LUZERNE > du 18 Mars 1789N°. 3;. MONSEIGNEUR, LES nouvelles affligeantes que nous avons reçues ;
celles qui nous arrivent journellement sur la rigueur de
fJiiver qui a régné en France 3 sur la perte totale des
récoltes 3 sur les besoins de la Méttopole 3 sur ceux
que nous serions dans le cas d'éprouver dans cette
Colonie 3 m'ont fait chercher les moyens de les prévenir , et d'assurer ici la subsistance jusqu'à la récolte
prochaine 3 d'une manière qui augmente le moins possible la situation déjà fâcheuse des Habitans par les
effets de l'ouragan dernier.
ueur de
fJiiver qui a régné en France 3 sur la perte totale des
récoltes 3 sur les besoins de la Méttopole 3 sur ceux
que nous serions dans le cas d'éprouver dans cette
Colonie 3 m'ont fait chercher les moyens de les prévenir , et d'assurer ici la subsistance jusqu'à la récolte
prochaine 3 d'une manière qui augmente le moins possible la situation déjà fâcheuse des Habitans par les
effets de l'ouragan dernier. EN m'entretenant avec M. DE MARBOIS sur cet
objet important je lui fis connaître que mon intention
étoit de permettre pour un tems 3 l'introduction dans
la Colonie, de la farine étrangère ainsi que du biscuit 3
tant par les Nationaux que par les Américains ; moyen
qui me paraissait le plus convenable et le seul qui
pût le mieux ¡emplir mes vues 5 M. DE MARBOIS --- Page 242 ---
( 1 ) voyait ainsi que moi, à certains égards ; il pensait tiret
des secours de la Nouvelle Angletterre 3 mais les moyens
qu'il proposait pour les faire venir n'étaient pas les
miens. IL voulait d'abord expédier trois Frégates pour l'Amérique du Nord 3 à l'effet d'y aller faire un chargement de farine et de biscuit, pouer", à leur retour 3 les
verser dans les Magasins de la Colonie 3 et être vendus
aux particuliers. MAIS distraire de la Station ces trois Bâtimens, c'était
presque découvrir nos Ports 3 et assurer au Commerce
interlope le succès de ses spéculations 3 auxquelles
il n'aurait pas manqué de donner plus d'activité. Nous
allons même envoyer dans le mois prochain à TerreNeuve, conformément à vos ordres 3 une Frégate et
un Aviso. OUTRE ces motifs, il n'aurait résulté des chargement
apportés par les Frégates qu'une importation de cinq
ou six mille barils de farine au plus 3 secours très-foible
en raison de nos besoins j d'ailleurs il ne m'a pas paru
convenable que l'administration ni la vente. Que le
Roi vienne au secours de ses Sujets c'est très-louable,
qu'il leur fasse part de ce qu'il a ici et qu'il avait
destiné pour sa consommation 3 c'est digne de ,sa --- Page 243 ---
(j ) A z Majesté. Mais quelle fasse acheter des farines pour
les revendre ; cette démarche toute pure qu'elle peut
être , le public la couvrirait d 'un soupçon qu'on doit
éviter. Il peut se commettre une infinité d'abus par
les préposés , on peut convertir de bonnes farines et
de bon biscuit fmm de très-mauvais qu'on payera toujours an prix fixé pour les bonnes qualités , et sur
lesquelles on n'oserait peut-être point réclamer. Ces
sortes de ventes saites pour le Roi, ont souvent produit
'de pareils effets dans différentes Colonies. Tous ces motifs ayant prévalu j, M. DE MARBOIS
in a proposé de donner des permissions à divers Négocians , pour remplir cet objet. Mais ennemi de tout
privilége qui tend à l'exclusion, je n'ai pu encore me
décider à prendre ce parti. CES priviléges exclusifs sont des remèdes pires que
les maux qu'ont veut guérir. Ceux qui les obtiennent,
ceux qui les font obtenir, sont les seules personnes
à l avantage de qui ils tournent. Il semble d'abord
que ces priviléges vont adoucir le mal, mais on ne
tarde pas à s'appercevoir qu'ils l'aggravent par les abus
qu'ils entraînent.
, je n'ai pu encore me
décider à prendre ce parti. CES priviléges exclusifs sont des remèdes pires que
les maux qu'ont veut guérir. Ceux qui les obtiennent,
ceux qui les font obtenir, sont les seules personnes
à l avantage de qui ils tournent. Il semble d'abord
que ces priviléges vont adoucir le mal, mais on ne
tarde pas à s'appercevoir qu'ils l'aggravent par les abus
qu'ils entraînent. CES observations ayant encore été senties, M. DE
MARBOIS m'a enfin proposé d'attendre huit jours --- Page 244 ---
(4) avant d'exécuter mon projet 3 dans l'idée de recevoir
des nouvelles plus satisfaisantes. Je me suis rendu à
ses dcsirs en lui remettant cependant sous les yeux
que les malheurs de la Métropole n'étaient que trop
certains 3 que ceux dont nous étions menacés se réaliseraient sans doute j si nous ne prenions pas un
parti décisif pour les prévenir 3 que la farine se vendait
le premier Mars , 70 livres et qu'on la vendait aujourd'hui 140 livres, que le biscuit se vendaii aussi le premier Mars 60 livres et aujourd'hui 80 livres ^ que
les Habitans des Quartiers qui ont soufferts de l'ouragan du mois d'Août 3 manquent de vivres pour leurs
Nègres 3 et que s'ils ne peuvent pas avoir de biscuit
pour les nourrir ils courront risque de les perdre. M. DE MARBOIS agité d'un côté., par mes observations 3 et d'un autre par son opinion sur l'envoi de s
Frégates 3 ou les permissions à accorder 3 s'est rendu ,
mais difficilement 3 à seconder mes vues 3 et nous permettrons le 3 d'Avril j époque de l'expiration du délai de huit jours, tant aux Français qu'aux Améri-'
cains 3 d'introduire dans la Colonie de la farine et
du biscuit jusqu'au premier Juillet exclusivement 3 sans
aucune condition ni réserve; et en attendant j comme
les magasins de la Colonie et de la Marine contiennent maintenant des vivres' pour cinq mois 3 qu'on --- Page 245 ---
( s ) A 1 courrait le risque d'en perdre une grande partie par
le défaut de consommation , il ne peut résulter aucun
inconvénient d'en distribuer au public au moins la
moitié , qu'il payera en argent à raison de cent livres
le baril de farine , et dont la livraison commencera
le 2 d'Avril. De cette manière nous éviterons que
des Négociants ou des Accapareurs en s'emparant des
comestibles qui sont dans la Colonie 3 ne profitent
d'une circonstance malheureuse pour les porter à des
prix exorbitans ; et au moyen de la permission géné-i rale d'en imporrer 3 nous introduirons,jiécessairemenc bientôt içi l'abondance, CETTE introduction 3 cetçeabondaftcre 3 ne^ pourront
point nuire au Commerce national,, ntd'la conservation des productions de cette narurè^de la Métropole , puisqu'elle en manque elle-même 3 et que pour s'en
procurer elle accorde une prime, afin d'encourager
les Négociants à l'alimenter ; le Commerce ne peut
donc point prétendre de fournir à la Colonie.
irons,jiécessairemenc bientôt içi l'abondance, CETTE introduction 3 cetçeabondaftcre 3 ne^ pourront
point nuire au Commerce national,, ntd'la conservation des productions de cette narurè^de la Métropole , puisqu'elle en manque elle-même 3 et que pour s'en
procurer elle accorde une prime, afin d'encourager
les Négociants à l'alimenter ; le Commerce ne peut
donc point prétendre de fournir à la Colonie. MAIS on pourra observer peut-être 3 que la permission a trop d'extension 3 et qu'on aurait dû n>ypoint comprendre les Américains. Tout au contraire,
J'ai mûrement réfléchi cette admission. Mon but est
de donner des secours à la Colonie 3 et ses besoins
étant urgents j les moyens les plus. prompts et lei --- Page 246 ---
( « ) plus efficaces m'ont paru ceux que je devais saisir j
sans quoi 3 accorder des permissions ou accorder l'introduction de la farine et du biscuit par les seuls Négociants de Saint-Domingue, c c'eût été à-peu-près la même
chose. Trois ou quatres Négociants dans chaque partia
de la Colonie ^ auraient pu se mettre à même de remplir les vues du Gouvernement. Mais il leur aurait
été très-aisé de se concilier A et les effets de leur
opération n auraient tourné qu'à leur avantage. En
permettant donc aux Américains de concouiir à cette.
introduction ,, c'est en même-tems introduire l'abondance sans nuire au Négoçiant ni au Consommateur. M. DE M ARBOIS VOUS écrira J sans doute, particulièment sur cet objet. :Peut-être qu'il vous exposera des.
motifs, qu 'il aura voulu me laisser ignorer 3 ou bien ceux
qui n'ont pu me persuader. Mais dans tous les cas,
MONSEIGNEUR J je pense que les vivres ne sauraient.
être trop près des hommes qui doivent les consommer j que les Colons ne doivent pas toujours attendre
leur subsistance uniquement des Négocians de la JvIétropole. Et que dans les malheurs qui affligent maintenant la France 3 j ai cru qu'il devait résulter le plus
giand bien du parti que j'ai pris et que j'ose me flatter
que vous voudrez approuver. TOUR Copie conforme À l Original, DU CHILLEAU. --- Page 247 ---
(7 ) A 4 Ç O PIE de la Lettre de M. le Marquis DIT
CHILLEAU, à M. le Comte DE LA
LUZERNE J en date du 2 Avril 1789. NP. 56. M ONSEIGNEUR, J'AI eu l'honneur de vous rendre compte par ma
dépêche en date du 28 du mois dernier 3 n°. 3 5 3 des nouvelles fâcheuses que nous avions reçues sur les malheurs qui affligeaient la France > de mes craintes sur
les effets qu'ils pourraient produire ici ; de mon intention de permettre l'introduction de la farine
étrangère , et des moyens que je devais mettre en usage
pour cet effet : des observations de M. DE MARBOIS,
de mes réponses 3 et enfin de la permission qui devait
être donnée pour cette introduction., à commencer du
3 de ce mois. Vous aurez vu 3 Monseigneur y par cette lettre,
que nos opinions différaient 3 non pas précisément sur
la situation de la Métropole 3 sur la disette dont nous
étions menacés ici 3 sur la nécessité d'introduire de la
farine étrangère ^ mais seulement sur les moyens d'opérer cette introduction. --- Page 248 ---
( 8 ) LES nouvelles du Courier du 19 Mars, et un Bâtiment arrivé de Bordeaux au Cap > nous ayant confirmé celles que nous avions déja reçues , j'écrivis à M.
DE MARBOIS J la lettre ci-jointe cottée A.
isément sur
la situation de la Métropole 3 sur la disette dont nous
étions menacés ici 3 sur la nécessité d'introduire de la
farine étrangère ^ mais seulement sur les moyens d'opérer cette introduction. --- Page 248 ---
( 8 ) LES nouvelles du Courier du 19 Mars, et un Bâtiment arrivé de Bordeaux au Cap > nous ayant confirmé celles que nous avions déja reçues , j'écrivis à M.
DE MARBOIS J la lettre ci-jointe cottée A. M. DE MARBOIS me répondit la lettre B, JE lui récrivis la lettre C, IL y fit la réponse D. ET la lettre commune cottée E termina notre Coç*
respondance. L'INTRODUCTION de la farine étrangère va donc
avoir lieu par les Nationaux dans les lieux des Siéges
d'Amirauté 3 et par les Américains s dans les trois
seuls Ports d'Entrepôt. CETTE permission générale est une des grandes sollicitudes de M. DE MARBOIS. Il aurait voulu lui don.
ner moins d'extension : envoyer des Frégates à la
Nouvelle Angleterre, pour y chercher des farines et
les verser dans les magasins où elles auraient été vendues. Ce moyen n'étant pas admissible 3 M. DE
MARBOIS ^ a proposé de renfermer dans les mains de
quelques Négociants la subsistance nécessaire à cette
Colonie. --- Page 249 ---
( ) IL auroit aussi désiré ouvrir les trois seuls Ports
d'entrepôts ; mais c'était encore jetter l'abondance
dans ces lieux principaux où elle règne plus qu ailleurs , et laisser dans la misère et l'abandon le reste
des Habitans de la Colonie, PEUT-ON se dissimuler que les Négocians des Villes
d'Entrepôts ne se fussent pas emparés des farines qui
y seraient débarquées : peut-on croire de bonne-foi
qu'ils les auraient fait passer ensuite , par la voie
du cabotage, au Fort Dauphin j au Port de Paix 3 à
Saint-Marc 3 au Petit Goave , à Jérémie 3 Jacmel 3 StLouis, afin de les y vendre à un prix un peu plus
haut seulement que dans les Villes du Cap 3 du Portau -Prince et des Cayes. Il ne faut point s'abuser à
cet égaid. Ils auraient allégué les frais de cabotage ,
qui en effet sont très-coûteux 3 ceux de chargement ,
de déchargement, les risques 3 etc. 3 et ils auraient
porté la farine à un prix considérable. Dans aucun
pays du monde l'intérêt n'est plus actif qu'à SaintDomingue ; tout y est soumis à l'égoïsme le plus
outré. POURQUOI ne pas traiter les Sujets de Sa Majesté
tous également : pourquoi ne pas procurer aux habitans d'un quartier la même facilité de subsister qu'à --- Page 250 ---
( 10 ) çeux d'un autre. Cette manière de voir a bien ses.
inconvéniëns ; et à Dieu ne plaise que je veuille
jetter le plus léger soupçon sur qui que ce soit,
mais les permissions particulières 3 les privilèges exclusifs 3 ont toujours pour base des motifs dangereux :
ils sont proposés par des agens payés pour cela 3 qui
sous de frivoles prétextes , et animés 3 disent-ils,, de l'amour du bien 3 n'ont réellement pour objet que leur
intérêt.
manière de voir a bien ses.
inconvéniëns ; et à Dieu ne plaise que je veuille
jetter le plus léger soupçon sur qui que ce soit,
mais les permissions particulières 3 les privilèges exclusifs 3 ont toujours pour base des motifs dangereux :
ils sont proposés par des agens payés pour cela 3 qui
sous de frivoles prétextes , et animés 3 disent-ils,, de l'amour du bien 3 n'ont réellement pour objet que leur
intérêt. CRAINDRA-T-ON de nuire au Commerce de h
Métropole ? Cette Métropole n'a point de farines
pour pourvoir ses Colonies 3 puisqu'elle en manque
pour elle-même 3 puisqu'elle accorde une prime aux
farines étrangères. Le Commerce aurait donc tort de
se plaindre. - CRAINDRA-T-ON de verser dans la Colonie une
quantité de farines surabondante ? Dans l'état de
misère en vivres j tant pour les Nègres que pour les
Blancs 3 où va se trouver incessamment la Colonie x
cette surabondance ne pourra pas avoir lieu ; nous
a^ons au moins huit mois à courrir avant de recevoir
des farines de France. MAIS 3 dira-t-on 3 en versant dans la Colonie des,
farines étrangères} on aura la liberté d'y jetter aussi f --- Page 251 ---
(Il) Vautres objets non permis. La liberté, non. Je na
pourrais point répondre qu'il ne se glisse quelqu'abus :
ce qu'il y a de bien certain t c'est que je vais donnée
les ordres les plus prècis aux Commandans pour le
Roi 3 afin qu'il ne s'en commette pas, et que je
serais inflexible si par leur négligence il s'en intro»
duisait. J'AI recommandé au Chef de la Marine Royale ,
de la manière la plus expresse de faire veiller avec l'attention la plus scrupuleuse à l'observation des règlemens
établis ; d arrêter et de dénoncer rigoureusement aux
Amirautés , les bâtimens qui s'en seraient écartés y
et je veillerai très-soigneusement à ce que ces Sièges
fassent leur devoir. UNE lettre de M. le Maréchal DE CASTIUES, en
date du 13 Novembre 1784 3 autorise l'introduction
étrangère d'objets de première nécessité j par des
permissions générales et jamais de particulières 3 après
en avoir constaté le besoin : Elle prescrit des dispositions auxquelles je me suis conformé. Le besoin du
Port-au-Prince , est prouvé par le Procès-verbal de
visite cotté F (1 ) : Le Cap 3 les Cayes ne sont pas
mieux pourvus que le Port-au-Prince : J'en ai la cer-
du 13 Novembre 1784 3 autorise l'introduction
étrangère d'objets de première nécessité j par des
permissions générales et jamais de particulières 3 après
en avoir constaté le besoin : Elle prescrit des dispositions auxquelles je me suis conformé. Le besoin du
Port-au-Prince , est prouvé par le Procès-verbal de
visite cotté F (1 ) : Le Cap 3 les Cayes ne sont pas
mieux pourvus que le Port-au-Prince : J'en ai la cer- (1) Envoyée à M. le Comte DE LA LUZERNE. --- Page 252 ---
( 12) titude. J'aurai l'honneur de vous en adresser les Procès-verbaux par le premier Navire.. A défaut de Chambre de Commerce s j'ai assemblé
chez moi tous les Négociants; j'ai consulté le Conseil
les Officiers de FEtat-Major. La farine a monté en
quinze jours à 15° livres le baril : Le bruit général
l'annonçait à 200 livres. Le public se plaignait ; j'ai
voulu calmer ses allarmes : je lui avais annoncé des
farines étrangères j j'ai cru devoir lui tenir parole.
L'ouragan du mois d'Août et la sécheresse qui a suivi
ce premier fléau et qui règne encore, ont détruit la
plus grande partie des vivres de la Colonie. J'ai regardé
comme la première de mes obligations d'y suppléer
autant qu'il serait en moi.) et j'ai cru concilier l'intérêt
du Roi avec celui de la Colonie et celui du Commerce national 3 en prenant les mesures dont je viens
de vous rendre compte. M. DE MARBOis et moi
avons rendu une Ordonnance en conséquence. JE me suis opposé à restreindre l'introduction des
farines étrangères dans les trois Ports d'Entrepôt ,
parce que j'ai craint que leurs Négociants n'accaparassent;
la farine & la vendissent à des prix exorbitans au
reste de la Colonie : Je l'ai étendue aux Ports d'A.,
mirauté 3 parce que les visites qu'elle fera, des bâti- --- Page 253 ---
( i3 ) timens 3 seront au moins aussi sévères que celles des
Commis employés dans les Ports d'Entrepôt.D'ailleurs,
si je croyais en avoir besoin 3 je pourrais tirer avantage du paragraphe 8 de la lettre du Ministre 3 qui
en parlant de l'introduction d'objets prohibés dit Que
les introductions doivent avoir lieu par les Ports où
il y a des Amirautés cc. Il semblerait donc que les
seuls Ports d'Entrepôt, ne sont pas ceux par lesquels
on peut seulement permettre l'introduction. TELS sont, Monseigneur 3 les motifs qui m'ont déterminé. M. DE MARBOIS a été à plusieurs égards
d'opinions contraires. S'il a signé la lettre que j'ai
écrite à nos Représentans ; s'il a rédigé l'Ordonnance
'qui était nécessaire c'est contre son gré j je lui dois
cette vérité. J'ai cru que les moyens qu'il proposait
n'étaient pas admissibles & que le parti que j'ai pris
était le seul convenable à la circonstance. Je désire que
vous l'approuviez et que vous daigniez mettre sous
les yeux du Roi ma détermination. Elleintéresse46o,ooo
de ses Sujets. Je dois avoir l'honneur de vous observer
qu'en pareille circonstance MM. DARGOUT & DE
VAIVRES, prirent le 1O Juillet 1778 le même parti.
cru que les moyens qu'il proposait
n'étaient pas admissibles & que le parti que j'ai pris
était le seul convenable à la circonstance. Je désire que
vous l'approuviez et que vous daigniez mettre sous
les yeux du Roi ma détermination. Elleintéresse46o,ooo
de ses Sujets. Je dois avoir l'honneur de vous observer
qu'en pareille circonstance MM. DARGOUT & DE
VAIVRES, prirent le 1O Juillet 1778 le même parti. JE suis avec respect 3 &c. P. S. Je dois avoir l'honneur de vous observer 3
Monseigneur, que l'Ordonnance rendue par MM. DAR- --- Page 254 ---
14) COUT &r DE VAIVRES 3 permettaient l'exportation
des denrées Coloniales pour payer celles étrangères
à importer. J avais le plus grand désir de suivre leur
exemple ; M. DE MARBOIS s'est élevé contre mon
opinion au point que3 quoique né peu craintif 3 je
n'ai pas osé le faire. JE certifie la présente copie consorme d l'original envoyé
au Ministre de la Marine. A Paris le 1.9 Septembre
1785. DUT CHILLEAU. il COPIE de la Lettre de M. le Marquis DU
CHILLEAU à M. DE MARBOIS 3 en date
du 29 Mars 1789. Cotte A. LES besoins sont urgens, Monsieur 3 & nul espoir
de ressource à attendre de France > nous n'avons pas
un instant à perdre pour pourvoir à la subsistance
de la Colonie. Elle me paraît déja beaucoup trop
compromise. La Lettre Ministérielle adressée aux Administrateurs des Colonies avec l'Arrêt du 30 Août
1784, me confirment dans mon opinion d'une permission générale d'introduire des farines étrangères. Jamais
circonstance ne l'exigea plus impérieusement & Je
Vous demande en grace 3 Monsieur 3 que toute autre --- Page 255 ---
( 1y ) affaire cessante, il parte par le Courier de' ce jourune. Lettre commune pour nos Représentans au Fort.
Dauphin , au Cap , au Port de Paix 3 à Saint-Marc,
au Petit Goave, aux Cayes 3 à Jéremie & à Jacmel
qui leur enjoignent de prévenir tous les Négociants
que les farines étrangères seront admises dans ces
différens lieux , et de donner les mêmes avertissemens aux Américains , pour les trois Ports d'Entrepôts ; je vous demande aussi , Monsieur 3 de faire
ouvrir les magasins du Roi le plutôt possible. Nous
sommes convenus que la farine y serait vendue à
raison de ico liv. le baril 3 à commencer du i Avril.
Il est bien nécessaire que cela ne soit pas retardé pour
rétablir l'équilibre et les prix chez les Négocians. P. S. Nous aurons à traiter „ Monsieur 3 la manière
dont les farines étrangères seront payées. RÉPONSE de M. DE MARBOIS du même'
jour. Cotte B. JE viens , Monsieur le Marquis y de recevoir la Lettre
que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ce matin.
J ai mis les affaires du Courier de côté et j'ai jetté sur le
papier quelques idées sur la proposition que vous me
faites de donner dès ce matin des ordres pour ouvrir les-
aurons à traiter „ Monsieur 3 la manière
dont les farines étrangères seront payées. RÉPONSE de M. DE MARBOIS du même'
jour. Cotte B. JE viens , Monsieur le Marquis y de recevoir la Lettre
que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ce matin.
J ai mis les affaires du Courier de côté et j'ai jetté sur le
papier quelques idées sur la proposition que vous me
faites de donner dès ce matin des ordres pour ouvrir les- --- Page 256 ---
{ iS ) i1 Ports de la Colonie au Commerce étranger. Je vous
conjure de l'examiner de nouveau. Le parti que vous
proposez ne me paraît pas le plus avantageux à la Colonie elle-même -3 et il m'est impossible d 'y concourir
en ce qui regarde l'admission des farines et biscuit de
l'étranger par d'autres Ports que par ceux d Entrepôt.
Les ordres du Roi contenus dans la Lettre de son Ministre
sont précis à cet égard. Je vous prie aussi instamment de
vous réunir à mon avis pour limiter les permissions quant
aux quantités. Si vous n'adoptez pas cependant ce que
je propose sur ce dernier point j je me réunirai au votre.
Mais donnez-moi du moins jusqu'à ce soir pour rédiger un
Règlement que nous porterons à l'enregistrement aussitôt qu'il sera signé. Je ne pourrais nullement dans deux
ou trois heures de temps consulter toutes les loix qu 'il
nous faut suspendre ou modifier , et encore moins
changer par une simple Lettre, le régime de la Colonie fondé sur tant de loix émanées de Sa Majesté. Au
reste je vais à tout évènement et toute affaire cessante^
donner à cet objet tout le temps dont je puis disposer j et j'aurai l'honneur de vous voir aujourd'hui pour
vous communiquer mon travail aussi-tôt qu'il sera en
état. JE suis fermement persuadé que si 1 exportation des
farines du Royaume pour nos Colonies était défendu
nous --- Page 257 ---
( 17 )
nous en serions instruits par le Ministre 3 et que
nos Commerçans eux - mêmes iraient des Ports du
Royaume en chercher aux Etats-Unis pour nous les
apporter. Je suis assuré que le Département n'aura
pas abandonné l'existence des Colonies 3 sans nous
avertir d'une mesure aussi importante. SECONDE Lettre de M. DU CHILLEAU à M.. DE MARBOIS , 19 Mars 1789. Cotte C. JE ne peux me réunir, Monsieur., à votre opinion
de limiter les permissions d'importation des farines
étrangères dans cette Colonie et d'en fixer les quantités. C'est se refuser à l'évidence que de paraître se
flatter qu'il en viendra de France avant la fin de l'année.
Donnez-vous la peine de lire la Lettre Ministérielle
dont j'ai eu l'honneur de vous parler ce matin. Vous
renoncerez sûrement à particulariser les permissions >
quant à moi je tiendrai toujours pendant mon Administration à les généraliser 3 et si les Lettres communes
que je vous ai demandé d'écrire à nos Représentans
ne partent par le Courier de ce jour , je vous prie
de ne pas trouver mauvais que je vous rende responsable vis-à-vis du Roi et vis-à-vis de la Colonie a de la
disette qui doit résulter de ce délai-là.
'honneur de vous parler ce matin. Vous
renoncerez sûrement à particulariser les permissions >
quant à moi je tiendrai toujours pendant mon Administration à les généraliser 3 et si les Lettres communes
que je vous ai demandé d'écrire à nos Représentans
ne partent par le Courier de ce jour , je vous prie
de ne pas trouver mauvais que je vous rende responsable vis-à-vis du Roi et vis-à-vis de la Colonie a de la
disette qui doit résulter de ce délai-là. --- Page 258 ---
(i8) JE VOUS renouvelle ma prièie de me faire fournir
l'état de ce qui existe dans les magasins du Roi. RÉPONSE du 29 Mars > à la Lettre précédente. Cotte D. JE reçois, Monsieur le Marquis, la deuxième Lettre
que vous m'avez fait l honneur de m ecrire ce matin.
Le parti que je vous ai proposé n'expose point la Colonie j et prévient au contraire tous les maux que je
prévois. Le Ministre a prescrit sur la Lettre du Novembre 1784 , que les Chambres de Commerce seraient consultées ; qu'il serait rendu une Ordonnance
pour permettre l'introduction de farines, ect. Enfin
que dans tous les cas cette introduction ne pourrait
avoir lieu que par les Ports d'Entrepôt. Nous n'exécuterons aucun de ces ordres en suivant le parti que
vous me proposez 3 mais sans vouloir adopter l avis
que j'ai ouvert et qui me paraît pourvoir à tout ^ vous
me mandez que vous me rendez responsable vis-à-vis
du Roi et de la Colonie , de la disette qui doit résulter
de ce délai-là. Votre refus positif force dans la circonstance ma propre opinion 3 ayez la bonté de faire
expédier chez vous les Lettres a nos Représentans. Je
ferai mal le projet d'un ordre aussi contraire à mon
sentiment. Je signerai tout ce que vous m'enverrez. --- Page 259 ---
( 19 ) B 1 JE donne ordre qu'on diffère jusqu'à deux heures
l'expédition du Courier. JE joins ici , Monsieur le Marquis , l'extrait des
mouvemens des magasins du Cap et du Port-au-Prince.
Je pense toujours que nous ferons bien de faire vendre tout ce que nous avons au-delà de deux mois et
demi, mais il faut en même-temps nous assurer des
remplacemens. P. S. J'avais commencé un projet d'Ordonnance
pour donner une forme à cette importante opération.
Elle sera inutile si vous pensez qu'une simple Lettre
suffit ; au reste, Monsieur le Marquis , j'ai l'honneur ,
en vous conjurant de faire un nouvel examen, de vous
prévenir que je signerai tout ce que vous m'enverrez
sur cette matière ^ mais je le signerai avec la plus
vive peine. COPIE de la Lettre des Adminiflrateurs à leurs
Reprifentans dans la Colonie j en date du 19
Mars 1789. Cotte E. LE peu de bled qu'il y a eu en France l'année dernière } Messieurs j et la prime qui est offerte aux farines
étrangères 2 nous persuadent que nous ne pouvons nous --- Page 260 ---
%
( 2.0 ) occuper trop-tôt de prévenir la disette dont cette Colonie
pourrait être menacée ; en conséquence vous voudrez
bien , au reçu de cette lettre, inviter tous les Négocians de votre Ville à prendre les mesures les plus
efficaces pour y importer des farines étrangères , vous
les préviendrez que cette liberté d'importation subsistera jusqu'au premier de Juillet exclusivement, et que
les Américains jouiront de la même liberté, mais qu ils
seront restraints à verser leurs farines dans les trois
seuls Ports d'Entrepôts. Au surplus notre intention est
que les permissions soient générales et non particulières.
cette lettre, inviter tous les Négocians de votre Ville à prendre les mesures les plus
efficaces pour y importer des farines étrangères , vous
les préviendrez que cette liberté d'importation subsistera jusqu'au premier de Juillet exclusivement, et que
les Américains jouiront de la même liberté, mais qu ils
seront restraints à verser leurs farines dans les trois
seuls Ports d'Entrepôts. Au surplus notre intention est
que les permissions soient générales et non particulières. Signé DU CHILLEAU Y COPIE de la lettre de M. le Marquis DU
CHILLEAU à Monseigneur le Comte DE LA LUZERNE > en date du 19 Mai 1789. N°. 75). MONSEIGNEUR, TANT que M. DE MARBOIS s'est borné à contrarier
mes vues d'utilité, je ne vous ai point porté contre
lui de plaintes graves, mais je vous le dénonce aujourd'hui comme paraissant avoir formé le projet le plus
formel d'une insubordination publique. J'ai eu l'honneur de vous rendre compte, par ma Dépêche, N . 36, --- Page 261 ---
. ( il ) O B 3 des motiss qui m'avaient déterminé à promulguer une
Ordonnance pour l'introduction des farines étrangères ;
l'expérience en a démontré l'utilité » sans cette mesure
la Colonie eût manqué totalement de farine pendant
dix ou douze jours , et il est notoire que la petite
quantité qui en a été importée jusqu'à présent par
les étrangers , le peu que l'on doit en espérer de France
avant le mois de Décembre > nécessitent la prorogation
de cette même Ordonnance du 31 Mars. Il n'est pas
moins certain qu'il y a très-peu de numéraire à SaintDomingue , et que si on continuait à payer en argent
la farine nécessaire des étrangers, ce peu de numéraire
existant serait enlevé. Cette alternative de manquer
de vivres ou d'argent m'a paru trop fâcheuse pour ne
pas employer le seul moyen qui puisse. y remédier.
En conséquence j'ai permis le paiement de la farine
étrangère s en denrées Coloniales, avec les précautions
convenables pour qu'il ne puisse pas en être exporté
par les étrangers au-delà de la valeur de leur farine
importée. M. DE MARBOIS , conformément à son usage,
a été d'un avis contraire au mien; et sans égard, à ce
que ses Ordonnances, nos instructions communes, lui
prescrivent de déférer à mon opinion lorsque nous pensons différemment, il s'est absolument refusé à signer
l'Ordonnance dont j'ai l'honneur de vous addresser
quatre exemplaires. Je ne doute pas 3 Monseigneur * --- Page 262 ---
( 21 ) que cette répétition d'insurrection de la part de
M. l'Intendant ne vous paraisse très-condamnable, et
je vous demande avec instance ds prononcer le plutôt
possible son rappel 3 ou le mien. J'insiste avec force
sur le mien j si j'éprouve le malheur qu'une seule de
mes opérations soit désapprouvée par le Roi et par vous,
parce que je ne pourrais plus servir à Saint-Domingue
avec utilité. JE joins ici, Monseigneur 3 copie de ma première
Lettre à M. DE MARBOIS sur la question dont il
s'agit ; elle est cottée A. CELLE de ses observations avec la Lettre qui les
accompagnait, cottée B. JE lui fis la réponse 3 cottée C. J'EN reçus cellç D. ET enfin je lui écrivis celle E. EN vcus les transmettant mon intention est de vous
mettre à même de, nous juger 3 M. l'Intendant et
moi.
, Monseigneur 3 copie de ma première
Lettre à M. DE MARBOIS sur la question dont il
s'agit ; elle est cottée A. CELLE de ses observations avec la Lettre qui les
accompagnait, cottée B. JE lui fis la réponse 3 cottée C. J'EN reçus cellç D. ET enfin je lui écrivis celle E. EN vcus les transmettant mon intention est de vous
mettre à même de, nous juger 3 M. l'Intendant et
moi. te suis j etc. --- Page 263 ---
( 2; ) B 4 COPIE de la Lettre de M. le Marquis DU
CHILLEAU à M. DE MARBOIS J en date,
du 2.r, Mai 1789. Cotte A. LORSQUE j'eus l'honneur de vous proposer,, Mon.
sieur j de prolonger la permission de l'introduction des
farines étrangères , vous me fîtes celui de me demander
un délai de quinze jours, je vous en offris un de huit,
le voici à la veille d'expirer j je crois que nous compromettrions la subsistance de la Colonie si nous différions
plus long-temps cette prolongation, elle est devenue
indispensable par la certitude acquise que le Commerce
National ne pourra expédier des farines qu'après la
récolte prochaine, et par la petite quantité qui en a
été introduite par les Etrangers depuis qu'ils y sont .
autorisés : Je crois donc, Monsieur, qu'il est de notre
devoir de leur en prolonger la permission jusqu'au premier Octobre prochain : en conséquence, j'ai l honneur
de vous le proposer, ainsi que de permettre qu ils reçoivent , en denrées coloniales y le montant du prix des
farines qu'ils importeront 3 les assujettissant toutefois --- Page 264 ---
( 24 ) à payer les dçpits de Domaine d'Occident j et en leur
défendant d'exporter plus de valeur en denrées Coloniales que celles des farines importées. Cette mesure
me paraît nécessaire pour éviter 1 exportation totale du
peu de numéraire qui existe à Saint-Domingue j elle
contrariera le Commerce de France momentanément 3
mais le besoin urgent de la circonstance devra nous
justifier à ses yeux. J'AI l'honneur d'être j etc. EXTRAIT d'une Lettre de M. l'Intendant j en
date du z6 Mai 1789 j en Réponse à la Lettre
ci-dessus. Cotte B. J'A i l'honneur de vous adresser s M. le Marquis y
mes observations sur le projet d'une prolongation de
trois mois pour l'importation des farines étrangères
dans cette Colonie ; je desire beaucoup qu'elles vous
paraissent fondées 3 sur-tout en ce qui regarde la préférence à donner à la navigation Nationale.
EXTRAIT d'une Lettre de M. l'Intendant j en
date du z6 Mai 1789 j en Réponse à la Lettre
ci-dessus. Cotte B. J'A i l'honneur de vous adresser s M. le Marquis y
mes observations sur le projet d'une prolongation de
trois mois pour l'importation des farines étrangères
dans cette Colonie ; je desire beaucoup qu'elles vous
paraissent fondées 3 sur-tout en ce qui regarde la préférence à donner à la navigation Nationale. JE suis 3 etc. --- Page 265 ---
( 25 ) AUTRE Lettre de M. le Marquis DU CHILLEAU à M. DE MARBOIS J en date du
16 Mai 1789. Cotte C. Si M. DE MARBOIS m'eûtjfait part de son desir
de consulter les Commerçans du Cap et du Portau-Prince 3 lorsque j'eus l'honneur de lui proposer la
prolongation de l'Ordonnance du 31 Mars 3 j'y aurais
consenti avec empressement ; mais le délai que cette
consultation entraînerait 3 peut exposer la Colonie à
manquer 3 ainsi que cela lui fût arrivé si cette Ordonnance du 31 Mars avait été retardée de quelques jours.
Ce motif ne me permet pas d'acquiescer au voeu de
M. DE MARBOIS. M. BONHOMME aura l'honneur de
lui présenter une Ordonnance qui me paraît convenable
à la circonstance. Je desire qu'il veuille se réunir à moi
pour la rendre commune 3 et s'il s'y refuse s je le prie
de ne pas trouver mauvais que j'aie recours aux mêmes
moyens dont j'ai fait usage pour celle enregistrée le 11
de ce mois. JE suis., etc. --- Page 266 ---
( 26 ) AUTRE Réponse de M. DE MARBOIS J en
date du 26 Mai 1789 , à la Lettre cidessus. Cotte D. J'Ai l'honneur, M. le Marquis, de vous renvoyer
le projet d'Ordonnance que vous m'avez proposé. Son
effet serait d'introduire les Etrangers dans les différent /
ports de la Colonie, et de leur permettre l'extraction
de toutes les denrées Coloniales. Les Loix de Sa Majesté , les instructions s les ordres qu'elle m a donnés ,
et nombre de lettres de ses Ministres ne me permettent
pas de concourir à cette opération ; j'aurais pu me
joindre à vous pour permettre l'introduction des farines
au-delà du terme fixé par notre Ordonnance du 31 Mars
dernier 3 mais il m'est interdit d'annexer à cette permission les différentes dispositions que vous me proposés. JE suis, etc. --- Page 267 ---
( 27 ) TROISIÈME Lettre de M. le Marquis DU
CHILLEAU à M. DE MARBOIS J en date
du 27 Mai 1789. Cotte E. LES Ordonnances s nos instructions communes a"
Monsieur 3 vous prescrivent de déférer à mon opinion,
et vous ne .cessez de donner l'exemple le plus scandaleux d'insubordination. Je ne dois pas vous taire que
je vais en porter les plaintes les plus fortes au Miniltre ,
et que je ne me bornerais pas à cette précaution si
j'étais moins certain de l'obéissance des troupes, et
de la fidélité des Habitans.
Mai 1789. Cotte E. LES Ordonnances s nos instructions communes a"
Monsieur 3 vous prescrivent de déférer à mon opinion,
et vous ne .cessez de donner l'exemple le plus scandaleux d'insubordination. Je ne dois pas vous taire que
je vais en porter les plaintes les plus fortes au Miniltre ,
et que je ne me bornerais pas à cette précaution si
j'étais moins certain de l'obéissance des troupes, et
de la fidélité des Habitans. JE suis, etc. Pour copies consormes aux Originaux 3 DU CHILLEAU. --- Page 268 ---
( 28 ) RÉFLEXIONS de M. le Gouverneur Général sur les Observations de iU. D E M A R B OIS. PO U R se convaincre de l'inexactitude de l'assertion
de M. DE MARBOIS 3 sur la nécessité de l'introduction des Farines étrangères 3 il faut lire sa Correspondace avec moi sur cet objet s elle est jointe à ma Dépêche au Ministre N°. 36 j son intention à la fin de
Mars 3 était de donner des permissions particulières 3 ou
pour parler plus correctment, des Priviléges exclusifs
pour introduire 6000 barils de farines. Il propose
aujourd'hui de ne permettre l'introduction qu'à des
Négocians des trois Villes principales de la Colonie 3
il ne peut pas ignorer que ce serait un moyen insufsisant s ces Négocians ne sont que des Commissionnaires
à l'adresse de qui viennent" les Navires d'Europe , ils
n'en ont pas la disposition. et ils n'oseraient prendre
sur eux d'abandonner les opérations qui leur sont
prescrites pour entreprendre une nouvelle spéculation
dont ils deviendraient responsables vis-à-vis de leurs
Commettans et des Assureurs 3 M. DE MARBOIS a-t-il --- Page 269 ---
( *9 ) OBSERVATIONS relatives à une prolongation proposée par M. le Gouverneur-Général
de VImportation des Farines étrangères pendant trois mois > en y ajoutant la permission
aux Etrangers d'exporter des Denrées Coloniales j jusqu à concurrence du prix de leurs
Farines. LORSQU'IL a été question à la fin de Mars dernier d'admettre les farines étrangères 3 j'en ai aussi-tôt
reconnu la nécessité ; mais je demandais que cette
opération fût confiée à l'universalité de tous les Négocians Français au Cap 3 au Port-au-Prince 3 et aux
Cayes ( i ). Je voyois avec peine que notre Commerce ( i ) Si nous adoptions le parti de limiter, je penserais toujours qu'il faut laisser aux Chambres &e Assemblées de Commerce, le soin de distribuer les permissions dans les trois Villes
d'Entrepôt de la Colonie, et dans le cas où 6oco barils paraîtraient insuffisans , ce dont je ne suis pas encore persuadé,
nous pourrions aller successivement ou des-à-présent jusqu'à 10
ou 11 mille. EXTRAIT des Observations remises le zg Mars 1789. --- Page 270 ---
( 30 ) RÉFLEXIONS. pu croire qu'une permission pour trois mois détermi-»
nerait aucun Négociant domicilié de faire l'achat d'un
bâtiment , d'en entreprendre l'armement pour un ou
deux voyages de farines. Cette permission serait donc
nécessairement illusoire & infructueuse pour la subsistance des Habitans ; M. DE MARBOIS proposerait de
l'étendre jusqu'à 10,000 barils, qu'est-ce que cette
petite quantité pour un pays qui en consomme 1 50,000
par an? la France ne pouvant en envoyer qu'après
la récolte prochaine.
'achat d'un
bâtiment , d'en entreprendre l'armement pour un ou
deux voyages de farines. Cette permission serait donc
nécessairement illusoire & infructueuse pour la subsistance des Habitans ; M. DE MARBOIS proposerait de
l'étendre jusqu'à 10,000 barils, qu'est-ce que cette
petite quantité pour un pays qui en consomme 1 50,000
par an? la France ne pouvant en envoyer qu'après
la récolte prochaine. EN supposant qu'une cargaison de 32,000 livres eût
produit 67,000 livres au Capitaine Américain interrogé
par M. l'Intendant, ce bénéfice n'eût pas été le même
pour un Négociant Français , l'Américain a joui d'une
faveur sur l'achat de la farine dont le Français aurait
été privé , son armement a été moins dispendieux , son
voyage plus prompt, et ce gain de 3 5,000 livres exporté en argent, démontre la nécessité de permettre
le paiement de la farine en denrées Coloniales. LE prix de la farine Américaine au Port-au-Prince
est aujourd'hui de 75 livres, et celui de la Française
de 11° à 120 livres, les prix ne sont pas aussi forts
au Cap , mais les Bourgs , les Campagnes intermédiaires la paient ifo3 160, 180 livres le baril, tous
les bâtimens arrivant de Fiance, annoncent qu »ii en viendra fort peu du Royaume, et ceux venant de l'Améri- --- Page 271 ---
( 3i ) OBSERVATIONS. déjà accablé par le malheur des temps serait privé de
tous les bénéfices de cette opération , si elle était
abandonnée aux Etrangers , et qu'il en résulterait une
double exportation de notre numéraire ; c'est ce que
l'événement n'a que trop prouvé, et un Capitaine
Américain que j'ai interrogé , il y a peu de jours, m'a
dit que les farines qu'il avait apportées ;, lui avaient
coûté 32,000 livres, et qu'il en emportait 67,000
livres. Il est constant que si un Négociant Français
edt été chargé de cette opération , il aurait bénéficié
35,000 livres qui ne seraient pas sorties de la Colonie , ou qui si elles en fussent sorties , en partie,
auraient été envoyées dans le Royaume au profit de
la Navigation et du Commerce National. J'étais certain de toute opération, soit que les Etrangers y participent pour deux millions, soit que la somme soit
plus ou moins forte. LE prix auquel sont en cet instant les farines au
Port-au-Prince, est de 70 livres comptant pour celles
des Américains , et de 90 livres pour celles de France ,
pour lesquelles on accorde du crédit. Les mêmes prix
sont au Cap de 66 livres, de 85 livres. Les prix n'indiquent point le besoin j et indépendamment de celles --- Page 272 ---
(30 RÉFLEXIONS. que, bien loin d'annoncer des expéditions nombreuses ,
en promettent fort peu, se plaignent unanimement de
la brièveté de la permission limitée au 30 Juin, et
de ne pouvoir j à leur retour, se charger de denrées
Coloniales.
accorde du crédit. Les mêmes prix
sont au Cap de 66 livres, de 85 livres. Les prix n'indiquent point le besoin j et indépendamment de celles --- Page 272 ---
(30 RÉFLEXIONS. que, bien loin d'annoncer des expéditions nombreuses ,
en promettent fort peu, se plaignent unanimement de
la brièveté de la permission limitée au 30 Juin, et
de ne pouvoir j à leur retour, se charger de denrées
Coloniales. EN prenant l'avis des Chambres de Commerce3 on
doit craindre qu'il ne soit dirigé par leur intérêt particulier 3 plus que par des vûes bienfaisantes. Sa Majessé a prescrit aux Administrateurs de les consulter ,
mais c'est quand ils ne se croiraient pas suffisamment
éclairés ; j'ai pris cette précaution avant de rendre
l'Ordonnance du 31 Mars 3 et tous les Négocians du
Port-au-Prince reconnurent alors 1 indispensabilite de
l'introduction des farines étrangères ; la circonstance
actuelle, la nécessite encore davantage : on pouvait
croire alors qu'il y avait eu des accapareurs s qu il existait plus de farine qu'on le supposait, et c'était vrai ;
mais on connaît aujourd'hui toute celle qui existe, et
M. DE MARBOIS sait qu'il n'y en a pas pour un mois:
serait-il de la sagesse d'un Administrateur de sacrifier
la subsistance, la vie des sujets du Roi, à l intérêt
momentané du Commerce de France ? IL y a si peu de numéraire dans la Colonie , que --- Page 273 ---
( H ) c
t OBSERVATIONS. qui sont déjà arrivées tous les Capitaines Etrangers.
conviennent qu'il se fait des expéditions nombreuses
de leurs Ports pour ceux de Saint-Domingue ; la nécessité de l'admission des farines étrangères me parait
donc moins certaine quant à présent 3 qu'elle ne me l'a,
paru à la fin du mois de Mars dernier. L'évidence du.
besoin rendait alors superflue une mesure dont je crois
que nous ne devons point nous abstenir aujourd'hui.
C'est conformément à la lettre de M. le Maréchal DE
CASTRIES du mois de Novembre 1784, de prendre
1 avis de la Chambre du Commerce du Cap et même
^ ■ des Négocians du Port-au-Prince. Je ne suis point
éloigné d'une prolongation de la permission j et leur
avis pourra achever de me déterminer. C'est pour lever
nos propres doutes ^ que Sa Majesté a jugé à propos
d ordonner que nous prissions leurs avis. J'observe en
attendant., que si le Commerce National est chargé
de cette opération , à l'exclusion des Etrangers 3 nous
diminuerons ses pertes de moitié 3 et que nous réduirons à-peu-près d autant l'exportation des capitaux x
et même des denrées qui doivent payer les farines.
avis pourra achever de me déterminer. C'est pour lever
nos propres doutes ^ que Sa Majesté a jugé à propos
d ordonner que nous prissions leurs avis. J'observe en
attendant., que si le Commerce National est chargé
de cette opération , à l'exclusion des Etrangers 3 nous
diminuerons ses pertes de moitié 3 et que nous réduirons à-peu-près d autant l'exportation des capitaux x
et même des denrées qui doivent payer les farines. A L'ÉGARD de l'exportation des denrées Coloniales ^ --- Page 274 ---
( ,,4 ) RÉFLEXIONS. son exportation entraînerait des inconvéniens qui se
prolongeraient fort au-delà du terme de l'exportation
même 3 et le mal qui résultera de celles des denrées
Coloniales ne sera au contraire que momentané. LES difficultés de l'estimation des farines importées
et des denrées exportées ne peuvent être proposées que
par le desir d'en faire naître : les déclarations des Capitaines j les vérifications de ces déclarations, les visites
sont prescrites par l'Ordonnance ; le prix des farines
\ indues 3 celui des denrées achetées seront facilement
constatées, et si on découvre de la fraude sur les droits
attribues au Roi , les bâtimens coupables seront confisqués au profit de Sa Majesté. Au surplus , personne
n'a plus de ressource que M. DE MARBOIS pour la
fiscalité, qu il fasse usage de ses ralens_, de ses moyens,,
toutes les difficultés s'applaniront bientôt. SANS contredit le pavillon Français mérite toute préfcrcnce 3 mais lorsqu'il est insuffisant aux besoins les
plus urgents , on est forcé d'accueillir les Etrangers i
c'est le seul moyen de calmer les craintes,, les clameurs,
et d éviter la disette : un Administrateur pourrait-il compromettre la subsistance d'une Colonie entière sans se
rendre criminel aux yeux de Sa Majesté ? 11. n'est pas vraisemblable que la privation des profits --- Page 275 ---
( )y 1 OBSERVATIONS. elle est aussi contraire à mes principes 3 qu'à la pratique constante de la Colonie en temps de paix 3 et
aux ordres de Sa Majesté. L'avis de la Chambre du
Commerce du Cap 3 et des Négocians du Port-auPrince 3 pourra encore nous donner des nouvelles
lumières sur cette question ; mais si cette exportation
doit avoir lieu > je dois observer qu'il sera impossible
de la réduire à la valeur des farines importées, on n'y
parviendrait qu'au moyen d'une évaluation uniforme
pour les trois mois, ou du moins de mois en mois ,
et le maintien d'un régime fondé sur cette évaluation,
exigera une surveillance pour laquelle les Bureaux du
Roi dans les trois Entrepôts ne sont pas suffisans. Cette
surveillance s'exercera cependant., avec beaucoup plus
de facilité sur les Nationaux que sur les Etrangers x
& cette considération 3 indépendamment de celle de
la préférence que mérite le Commerce National serait
un motif de plus pour n'admettre que notre Pavillon
à l importation et à l'exportation dont il s'agit. Tout
sollicite pour les Français 5 la jouissance exclusive d'une
pareille faveur, et un dernier motif me semble devoir
influer beaucoup sur le parti à prendre j c'est que dans
l état désastreux où se trouve en ce moment le Ccmmerce et la Navigation Nationale , les profits que cette
3 indépendamment de celle de
la préférence que mérite le Commerce National serait
un motif de plus pour n'admettre que notre Pavillon
à l importation et à l'exportation dont il s'agit. Tout
sollicite pour les Français 5 la jouissance exclusive d'une
pareille faveur, et un dernier motif me semble devoir
influer beaucoup sur le parti à prendre j c'est que dans
l état désastreux où se trouve en ce moment le Ccmmerce et la Navigation Nationale , les profits que cette --- Page 276 ---
tîO RÉFLEXIONS. que le Commerce National perdra, pendant trois mois»,
sur la petite portion de denrées Coloniales qui seront
exportées par les Etrangers j puisse occasionner des banqueroutes ; mais encore doit-on préférer le dérangement des affaires de quelques Negocians, à faire mourir
de faim une Colonie entière. Au Port-au-Prince t ce 29 Mai 1789. DU CHILLEAU. --- Page 277 ---
( 37 ) O B S E R V A T I 0 N S.
opération procurera à quelques Négocians 3 balanceront leurs pertes , et les sauveront peut être des hor-1
reurs d'une banqueroute. Au Port - au - Prince 3 le 26 Mai 1789: Signé D E MARBOIS. Pour copie du CHILLEAU. --- Page 278 --- --- Page 279 --- --- Page 280 ---
LE PORT-AU-PRINCE. 1 SAINT-DOMINGUE. IMPORTATION. ETAT sommaire, contenant la quantité des Farines importées par les di fférens Capitaines de
Navires d'Europe, pendant les six premiers mois 1788) & pendant les six premiers de 1789, SAVOIR: ANNÉE I7SS. ANNÉE 1789. Janvier 11521 Barils. Janvier 1^O^ Barils
Février J 5798 Février 2481 Mars i 3175 Mars I74~
Avril 6836 Avril Izog 32 59 . Mai 2350
Juin 6181 Juin ; TOTAL * 36770 Barils. TOTAL * 9116 Barils. «M-M mi J E soussigné, Receveur de l'Octroi au Port-au-Prince, certifie le présent Etat véritable & conforme au Régi (Ire
des Acquits a Caution, ce 8 Juillet 1789- Signé> LA BICHE DE GIPOULOU. % TABLEAU des Farines Françaises & Etrangères, importées à Saint-Domingue, depuis le premier
Avril 1789, & de celles qui y existaient aux époques des Procès verbaux qui le confiaient, fournis à
M. le Marquis Du CHILLEAU, à son départ pour France. IMPORTATION DE FARINES existantes à ' 1111 A l'époque du 0 B S E -R ,]7 A T ION S. i? » „ -r ES -r- - t1 départ de M. FARIN ES FARINES lè Maquis
Françaises. Etrangères. du Chilleau. .. ~ ^ "" '' 1 «M. {la ville du Cap & sa Plaine, consomment de 110 à uo Barils de Farine par jour. Elle
avait, à l'époque du 17 Juin, avec les secours des Etrangers, la subsistance de six jours
en Farine. Sans le secours des Etrangers, elle aurait éprouvé une disette certaine. La seule, ville du Port-au-Prince consomme environ 100 Barils de Farine par jour. Elle
i fournit les quartiers du Mirbalais, de la Croix des Bouquets, Larcahaie 8c les environs ,
t qui consomment à-peu-près la même quantité.
Elle
avait, à l'époque du 17 Juin, avec les secours des Etrangers, la subsistance de six jours
en Farine. Sans le secours des Etrangers, elle aurait éprouvé une disette certaine. La seule, ville du Port-au-Prince consomme environ 100 Barils de Farine par jour. Elle
i fournit les quartiers du Mirbalais, de la Croix des Bouquets, Larcahaie 8c les environs ,
t qui consomment à-peu-près la même quantité. I Les quartiers du Perit-Goave, Miragoane , Fond des Nègres 8c l'Anse à Vaux, s'approviiionnent pareillement au Port-au-Prince. En évaluant leur eonsommation à 100 Barils le
J total de celle du Port-au-Prince serait donc de 300 Barils par jour, & il a été bien confÀU PORT-AU-PRINCE. 3 3°5 78g4 Barils. taté qu'avec les Farines qu'elle avait au premier Avril , 8c celles qui lui étaient arrivées depuis
Ide France , montant ensemble à-peu-près à 6400 Barils, elle aurait eu de la Farine pour
su ou Il jours; d'où il faut conclure que, sur 95 ou "96 jours qui s'étaient écoulés depuis
# le premier Avril jusqu'à répoque du 7 Juillet, elle aurait manqué de pain 73 011
S 74 jours sans le secours des Etrangers ; & avec le secours des Etrangers, qui en ont intro..
f duit 7884 Barils, elle avale, à la même époque du 7 Juillet, pour environ 14 ou 1z jours
de Farine. 1 ÀUX CAYES 464 3doo 4 SAINT-MARC 74Z 2010 120 PETIT GOAVE 1,5 141 75 * FORT DAUPHIN 381 562 25
JÉRÉMIE 425 1241 '100 JACMEL 400 ioo
SAiNT-Louis.. » » « TOTAUX 73P 27058 4918 J £ certifie le présent Etat véritable & conforme aux Procès-verbaux que j'ai en main. A Paris s ce 19 Septembre 1789,
- Signé, DU CHILLEAU, --- Page 281 --- --- Page 282 ---
( 1 ) REMONTRANCES
DE MONSIEUR DE M A R B O I S, INTENDANT DE SAINT-DOMINGUE, Contre l'Arrêt d'enrégistrement de VAch
intitulé : Ordonnance de M. le Gouverneur-général, concernant la Liberté
du Commerce pour la partie du Sud de
Saint-Domingue. AUJOURD'HUI , onze Mai mi! sept cent
quatre-vingt-neuf, la Cour étant en sé ance, &
délibérant sur le nouveau régime proposé par
M. le Gouverneur-général, pour l'admission des
Etrangers dans la partie du Sud de la Colonie
M. de Marbois, Intendant, Premier Président 8
a dit :
de M. le Gouverneur-général, concernant la Liberté
du Commerce pour la partie du Sud de
Saint-Domingue. AUJOURD'HUI , onze Mai mi! sept cent
quatre-vingt-neuf, la Cour étant en sé ance, &
délibérant sur le nouveau régime proposé par
M. le Gouverneur-général, pour l'admission des
Etrangers dans la partie du Sud de la Colonie
M. de Marbois, Intendant, Premier Président 8
a dit : MESSIEURS, Le maintien, l'exécution des loix de Sa Majesté,
relatives à la Colonie de Saint-Domingue , est
spécialement confié aux Administrateurs. Les
Lettres-patentes du mois d'Octobre 1711 leur font
un devoir de les garder & conserver, & attribuent
même une jurisdiéhon encore plus particuliere à --- Page 283 ---
( o l'Intendant , en matière de commerce étranger.
Mes instructions, & nombre de lettres ministérielLs, contiennent les mêmes dispositions. C'est
donc par une fuite de l'obéissance que je dois à la
loi & au Roi, que j'ai déclaré qu'il m'e impossible de concourir a l'acte qui vous eit présente; il
cii contraire à une multitude de loix positives,
émanées de Sa Majesté , & il m'est interdit, dé la
maniéré la plus exprelie d'y déroger. Nous pouvons
faire des règlements ; mais je. ne pense pas que
nous puisons faire des loix : il est confiant que nous
ne pouvons changer celles du Souverain, & tout
ce que nous ferions à cet égard seroit radicalement
nul. Les constitutions coloniales sont sous vos
yeux, & j'en cite les dispositions. « Les Gouver-
» neur, Lieutenant - général & Intendant, veil-
» leront à ce qu'il ne soit fait aucun commerce
» étranger, soit par l'entremise des Sujets de Sa
» Maieité , ou de ceux des autres Nations ; leur
» enjoint au surplus Sa Majeflé de veiller à 1 obser-
» vation des règlements sur le fait du Commerce ,
» & à tout ce qui pourra l'augmenter, & de leur
» donner avis sur-le-champ de tout ce qu ils
» lugeront devoir y être réformé ou fait pour le
» bien & l'avantage de la Colonie , à 1 effet d y
» être par elle pourvu ainsi qu'il appartiendra. »
(Ordonnance du premier Février 1766, ) «Ne
» pourront néanmoins lesdits Gouverneur, Lieu-
» tenant-général & Intendant, faire aucuns regle-
» ments de police contraires aux dispositions des
t) édits, déclarations , réglements émanés de Sa
)) Maiesté, & enrégisttés aux Conseils supérieurs ,
» sauf à proposer à Sa Majesté les changements
» qui hur paroîtront nécessaires, pour y être par
« elle pourvu ainsi qu'elle avisera bon être. »
( Ordonnance du 22 Mai 1775.)
Gouverneur, Lieu-
» tenant-général & Intendant, faire aucuns regle-
» ments de police contraires aux dispositions des
t) édits, déclarations , réglements émanés de Sa
)) Maiesté, & enrégisttés aux Conseils supérieurs ,
» sauf à proposer à Sa Majesté les changements
» qui hur paroîtront nécessaires, pour y être par
« elle pourvu ainsi qu'elle avisera bon être. »
( Ordonnance du 22 Mai 1775.) Cet ade est, d'ailleurs, incomplet, puisqu'il --- Page 284 ---
( 3 ) cst l'ouvrage d'un seul Administrateur, & qne,
par son objet , il appartient éminemment aux
pouvoirs communs. Je pourrois , je devrois peut-être m'arrêter ici t
Meilleurs, & me borner à avoir prouve que nous
n'avons pas le pouvoir de détruire airsi t & dans
en instant, l'ouvrage de trois Rois, de leurs sages
Conseils, & les travaux de plus d'un flecle. Mais,.
puisque les considérations politiques ont paru
initier sur î'opinion de quelques-uns de vous,
l'espoir de répandre un nouveau jour sur cette
qu' iiion me détermine a vous faire connoître mes
principes concernant le régime prohibitif, & sur
cette matière en général. Vous m'avez vu , pendant trois ans & demi, actif à la poursuite des
contraventions du commerce étranger , & les
déférer, sans aucun ménagement, à la Justice
dont vous êtes les Ministres. Eh bien , Messieurs ,
j'abhorre, du fond de mon'caur, ces principes
exclusifs, ces jalouses, ces rivalités nationales ; &c
je suis fermement persuadé que la liberté du commerce , & la communication universelle de tous
les Peuples du monde , sont les moyens les plus
assurés de procurer le bien général, & de faire
atteindre toutes les Nations de l'univers au plus
haut point de prospérité auquel leur génie , le
climat & le sol qu'elles habitent leur permettentO'aspirer. Mais les Nations se surpassent réciproquement les unes les autres dans quelques branches
de commerce ou d'indulhie; & si nos Colonies
peuvent recevoir chaque article des Peuples quir
peuvent le donner au plus bas prix , sans que , deleur côté, ils soient tenus, ou sans même qu'ils
aient la liberté de venir prendre chez nous ceux que
nous somrnes en état de leur livrer à meilleur
compte, il est manifeste que le poids que la France
mettra dans la balance du commerce des Colonies
les Nations se surpassent réciproquement les unes les autres dans quelques branches
de commerce ou d'indulhie; & si nos Colonies
peuvent recevoir chaque article des Peuples quir
peuvent le donner au plus bas prix , sans que , deleur côté, ils soient tenus, ou sans même qu'ils
aient la liberté de venir prendre chez nous ceux que
nous somrnes en état de leur livrer à meilleur
compte, il est manifeste que le poids que la France
mettra dans la balance du commerce des Colonies --- Page 285 ---
(4) se réduira a ce qu'elle peut leur fournir exclusivement, parce qu'il n'y aura que son sol qui le
produise. Il y a sur-tout des Nations qui s'isolent,
par leurs maximes, de toutes celles de l'univers;
des Nations en possession de toutes les jouissances
qui peuvent résulter de ce fyflême. Elles sont encore
bicn éloignées de reconnoître que l'introduction
de la liberté donneroit un nouveau développement
a tous les avantages dont elles ne jouirent aujourd'hui que par un état violent, & qui ne peuvent leur
être ôtés , parce que les fruits de leur usurpation les
mettent en état de protéger leur usurpation même. Je
les vois , attentives a nos erreurs, à nos moindres
fautes, prêtes à en profiter aussitôt; & je ne puis
qu'envisager, avec la plus vive inquiétude, les.
suites funeste qu'auroit la mesure qui vous est
proposée , si jamais elle étoit adoptée. Un régime
prohibitif sévere leur assure exclusivement tous les
bénéfices du sol de leurs Colonies, & elles viendroient encore recueillir ceux de nos posleslionf.
On verroit s'élever chez elles de nouvelles raffineries , des manufactures de toutes especes, avec
tous les avantages assurés à ceux qui, ayant porté
au plus haut point l'industrie , & tous les instruments des arts mécaniques , y réuniront abondamment les matieres premieres que ces manufactures emploient. Celles du Royaume, au contraire,
tomberont successïvement ; & nos Artisans pafferont en foule dans les pays qui leur offriront des.
salaires. La navigation de ces Nations rivales
s'étendra aux dépens de la r.ôtre; nos Matelots >
sans cm ploi, iront peut-être leur en demander:
&, puisqu'ii s'agit de livrer, pendant cinq années,
cette Colonie à l'étranger, que vous tous, qui êtes
bons Français , que celui sur-tout qui a soutenu ce
caractere avec tant d'éciat & de gloire pendant la
derniere guerre, [ongcnt à ce qui peut arriver
offriront des.
salaires. La navigation de ces Nations rivales
s'étendra aux dépens de la r.ôtre; nos Matelots >
sans cm ploi, iront peut-être leur en demander:
&, puisqu'ii s'agit de livrer, pendant cinq années,
cette Colonie à l'étranger, que vous tous, qui êtes
bons Français , que celui sur-tout qui a soutenu ce
caractere avec tant d'éciat & de gloire pendant la
derniere guerre, [ongcnt à ce qui peut arriver --- Page 286 ---
( 5 ) pendant cinq atis. La Justice & la Modération ;
assises sur le trône, semblent nous présager une
longue paix. Mais , li elle éprcuvoit quelque
interruption , comment la Colonie , comment les
Provinces maritimes, comment celles même de
l'intérieur seront-elles protégées contre une invalion, si nous sommes sans Marine? J'ai dit qu'il
s'agissoit de livrer, pendant cinq ans, la Colonie
aux Etrangers. En effet, jamais on ne me persuadera que l'acte proposé ne doive finir par ernbra11èr
la Colonie entiere , & que l'on puisse empêcher
efficacement les Ports non libres de porter les
denrées coloniales dans les Ports de la partie ouverte
à l'Etranger, qui les exportera sans difficulté. Je
ne dis rien des embarras que pourra éprouver la
perception du revenu colonial, & de l'impossibilité
d'empêcher les fraudes du commerce étranger. Il
exportera impunément le double ou le triple des
denrées qu'il aura déclarées, & il ne paiera que
moitié ou le tiers des droits : il n'y auroit même
aucun moyen de conflater la fraude , puisque les
vérifications, au déchargement, ne pourront avoir
lieu chez les Etrangers comme elles ont lieu dans le
Royaume. Mais cet objet , quelque grand qu'il
soit , me paroît exigu , quand il s'agit d'une crise
nationale. Resircignons-nous dans les termes mêmes
de l'ade proposé. Dix J urisdi lions compétent la
Colonie ; & le ressort de quatre doit être, avec
les deux tiers d'une cinquieme , livrés aux Etrangers. Heureuses les Nations de l'univers, si , par une
révolution imprévue , les barrieres qui les séparent
tomboient toutes au même instant ! & si chacune
d'elles, entrant dans la carriere , pouvoient, dégagées d'entraves, y combattre avec toutes leurs
forces & y déployer toutes leurs ressources ! la
France n'auroit rien à redouter de cette lutte natio- --- Page 287 ---
( 6 ) nale. Mais, en attendant cette époque fortunée,
que de maux menacent le Peuple ! Qui le premier
renversera les obstaclcs que la jalousie & l'égoïsme
national ont autrefois posés ? Seul généreux,
seul libéral , il donnera continuellement, sans
jamais recevoir, & sera bientôt réduit à l'impuissance de défendre même les débris de son ancienne
prospérité. Que diroit-on de l'habitant d'unegrande
ville , qui, seul, animé de sentiments d'hospitalité & de confiance, admettroit dans sa maison
tous les étrangers indistinctement, ordonneroit que
toutes les portes fussent ouvertes nuit & jour aux
premier-venus? Croye7.-vouS, Messieurs, qu'à la
longue il ne réduisît pas sa famille à la misere?
Va nement dira - t -on que ces étrangers feront
val ir son sol & ses possessions; rien n'est aussi
douteux. Et qu'importe, d'ailleurs, à sa famille
.Ji , pendant cinq années, ces étrangers doivent en
consommer tous les produits, & la précipiter dans
un état de misere dont elle ne se relévera plus ?
venus? Croye7.-vouS, Messieurs, qu'à la
longue il ne réduisît pas sa famille à la misere?
Va nement dira - t -on que ces étrangers feront
val ir son sol & ses possessions; rien n'est aussi
douteux. Et qu'importe, d'ailleurs, à sa famille
.Ji , pendant cinq années, ces étrangers doivent en
consommer tous les produits, & la précipiter dans
un état de misere dont elle ne se relévera plus ? Poussons plus loin l'examen d'un sujet aussi grave,
& lié par tant de rapports aux plus vastes intérêts
de la Nation. Le régime actuel subsiste depuis un
grand nombre d'années, en vertu deloix solemnellement promulguées ; elles sont la parole sacrée du
Souverain ; il a dit à ses Sujets: la Colonie de SaintDomingue sera unie au Royaume par toutes sortes
de liens, & spécialement par ceux du Commerce,
& le marché où s'approvisionncra cette Colonie ,
celui où elle pourra faire ses ventes , sera toute la
France même. Nos Rois ont depuis adopté des maximes plus libérales , & tandis que les Anglais
refusent l'entrée de leurs Colonies à tous ceux dont
ils redoutent la concurrence , trois Ports d'entrepôt
ont été ouverts aux Etrangers à Saint-Domingue,
& sept à huit cents de leurs vaisseaux y arrivent
annuellement : mais cette activité étonnante laisse --- Page 288 ---
(7 ) encore aux Nationaux les moulons les plus abondantes; ceux-ci, sur la foi des loix coloniales auxquelles le Législateur seul peut porter la main ,
forment leurs spéculations , & si elles sont infructueuses , fussent-elles même ruineuses, ils ne peuvent s'en prendre qu'à leur impéritie , ou à des
événements supérieurs qui ont déconcerté la combinaison de leur prudence. Mais rappellonsnous que go,occ têtes d'esc!aves ont été introduites depuis trois ans par le Commerce de France
dans cette Colonie , & il est vraisemblable que
le nombre importé cette année ne sera pas moindre
que les précédentes ; qu'un Armateur de Nantes
plein de confiance dans la constitution donnée
aux Colonies , certain qu'elle ne peut être changée
sans qu'il ait été averti d'avance par le Souverain
lui -même qui en a posé les fondements; que cet
Armateur, dis-je , rempli d'une confiance trompeuse expédie en ce moment un vaisseau pour traiter
à la côte d'Afrique, d'où il se rendra , ou aux
Cayes, ou à Jacmcl. ou à Jérémie. Il a été instruit
par ses correspondants des prix auxquels il pourra
vendre sa cargaison , &du prix probable des denrées
coloniales qu'il chargera en retour ; mais il arrive
en Août ou Septembre prochain t & une révolution
inattendue le frappe soudainement. Il trouve la
marchandise diminuée de vinrt à vingt- cinq pour
cent par l'affluence de toutes les Nations admises
à la concurrence , & d'un autre côté, les denrées
coloniales ont éprouvé par la même cause une augmentation proportionnée ; il perdra donc vingt
à vingt-cinq pour cent sur les envois, & autant
sur les retours; il est ruiné & sa famille , ses associés,
ceux qui lui ont prêté des fonds pour des entreprises
sagement conçues partagent son infortune. Celui-ci
avoit préparé des expéditions de la même nature:
les magasins sont remplis, & les marchandises sont
& d'un autre côté, les denrées
coloniales ont éprouvé par la même cause une augmentation proportionnée ; il perdra donc vingt
à vingt-cinq pour cent sur les envois, & autant
sur les retours; il est ruiné & sa famille , ses associés,
ceux qui lui ont prêté des fonds pour des entreprises
sagement conçues partagent son infortune. Celui-ci
avoit préparé des expéditions de la même nature:
les magasins sont remplis, & les marchandises sont --- Page 289 ---
t 8 > ( sur le point d'être portées sur le vaisseau qui les
attend. La nouvelle fatale arrive , & il s'arrête
tout-à-coup , également sûr de sa ruine , soit qu'il
expédie , soit qu'il n'expédie point. Un autre, ijé
par une suite d'affaires anciennes , s'attend à parcourir avec ses débiteurs dans la Colonie ce cercle
qui consiste à recevoir le paiement d'une dette ,
tandis que les mêmes Habitants en contraâent de
nouvelles avec lui ; mais la chaîne va être rompue , si des étrangers prennent sa place. Et, nonseulement il ne pourra, sans de grandes difficultés,
faire acquitter les anciennes dettes, mais sera encore
embarrasse de sa cargaison , & il ne pourra la
vendre qu'à très-grande perte. Qui indemnisera ces
malheureux de ce désafire imprévu? Sera-ce la
Nation? Ah! ne troublons point, par l'opération
qui nous est proposée, celles des hommes sages qui
s'occupent en ce moment à guérir les maux de l'Etat.
Gardons-nous d'un changement qui tend à faire
paÍfer chez l'Etranger les capitaux du Royaume, &
à diminuer les moyens que la Nation pourra avoir
de supporter les charges que peut-être elle s'impose
présentement. Les rapports de Saint - Domingue
avec l'agriculture, les manufactures, la navigation-
& le commerce du Royaume , sont si multipliés ,
qu'il n'est pas une seule de ses Provinces qui ne
sentît le contre-coup de l'admission des Etrangers;
elles le sentiront , par la cessation d'une partie de
leur commerce d'exportation ; elles le sentiront, par
l'augmentation du prix de toutes les denrées coloniales , qui se consomment dans l'intérieur du
Royaume; elles le sentiront encore long-temps
après l'expiration des cinq années , parce que les
Etrangers, créanciers de la Colonie à cette époque,
pour de grandes sommes, ne quitteront pas aisément prise, & prolongeront de fait leur privilège,
par l'impuissance où ils tiendront les habitants de
reprendre leurs liaisons avec leurs compatriotes.
le sentiront, par
l'augmentation du prix de toutes les denrées coloniales , qui se consomment dans l'intérieur du
Royaume; elles le sentiront encore long-temps
après l'expiration des cinq années , parce que les
Etrangers, créanciers de la Colonie à cette époque,
pour de grandes sommes, ne quitteront pas aisément prise, & prolongeront de fait leur privilège,
par l'impuissance où ils tiendront les habitants de
reprendre leurs liaisons avec leurs compatriotes. --- Page 290 ---
() Mais , tandis que mes inquiétudes paroissent Je
porter vers la métropole, la partie même de la
Colonie qu'il s'agit de favoriscr ne doit-elle pas
plutôt en être l'objet? Qui m'assurera que le commerce national ne suspendra pas tout-à-coup ses
expéditions, & que, d'un autre côté, les Etrangers , ne voyant point dans l'aâe proposé les caractères d'une loi solemnelle & permanente, craignant
une révocation immédiate d'un régime passager,
n'oseront bazarder des expéditions dont l'issue
pourroit leur être funeste. Il arriveroit .de la sorre
que cette partie, subitement fréquentée, aussi subitement abandonnée, éprouveroit des révolutions
convulsives qui ne cesseroient que long-temps
après que la rcgle auroit repris son empire. Ah !
ne touchons qu'avec précaution & rcspeél à ce
que le temps a consacré; & si le temps même a
tendu les changements nécessaires, apportons-y
une circonspeCtion qui surpasse, s'il se peut, les
regles de la prudence ordinaire ; que ces changements s'operent sans secousses, sans bouleverser les
loix établies, sans contrarier ce qui se fait peut-être
en ce moment dans le Royaume. Eh , Messieurs 1
où en serions-nous , & dans quelle confusion la
Colonie ne seroit-elle pas plongée, si l'ade présenté, une fois enregistré, il arrivoit de France
une loi émanée du Souverain, revêtue de toutes les
formes que la constitution exige, & qui contînt
dvs dispositions contraires à celles de l'établissement
proposé! Les Français, & les Etrangers d'Europe , se régleroient d'après le régime prescrit par
cette nouvelle loi, par laquelle le seul véritable
Législateur auroit fait connoître sa volonté ; ils
l'expédieroient en conséquence, & ils trouveroient
une autre loi , un autre régime en arrivant dans la
Colonie. Quelle sera alors votre regle dans les
procès en contravention ? dans ceux entre les par-
celles de l'établissement
proposé! Les Français, & les Etrangers d'Europe , se régleroient d'après le régime prescrit par
cette nouvelle loi, par laquelle le seul véritable
Législateur auroit fait connoître sa volonté ; ils
l'expédieroient en conséquence, & ils trouveroient
une autre loi , un autre régime en arrivant dans la
Colonie. Quelle sera alors votre regle dans les
procès en contravention ? dans ceux entre les par- --- Page 291 ---
( 10 ) ties? Sera-ce la loi du Souverain? sera-cel'aciequi vous est proposé? L'une permet, l'autre continuera de défendre; ce qui cil délit dans l'une,
sera approuvé pir l'autre : les peines prononcées
seront également différentes. A quelle mesure vous
arrêterez-vous? Peut-être fuis-je coupable, en
paroissant en douter. Et si , en Septembre ou Octobre , il survient un
Arrêt du Conseil de Sa Majesté , qui casse tout ce
qui auroit été fait, comment rétablir l'ancien état
des choses, sans préjudice d'une multitude d'individus compromis par les changements? Les Navigateurs seront long-temps incertains du parti à
prendre , & ne fiuront où se porter. L'entreprise
de l'Administration leur causera un effroi, que le
temps seul pourra faire cesser. Je ne parle pas de la
chute des villes du Cap & du Port-au-Prince , aux
dépens desquelles Jérémie , Jacmel , vont devenir
les entrepôts importants. Je ne parle pas de la perte
quisuivra nécessairement le déplacement des individus & des capitaux, lorsquc la volonté du Souverain aura été manifestée. Enfin je ne puis, à la
suite d'aussi grands intérêts , parler du sort des
Commis & Employés de toute espece , qu'exigeroit le nouveau régime, & que la réforme laissera
sans ctat. Avant de terminer , j'ouvre l'aéte qui vous est
en ce moment présenté. Arrêtons-nous aux exprefsions qui le terminent : Maintient l'exécution- des
Lettres-patentes d' 080bre 1727, en ce qui n'y est
pas dérogé par cette Ordonnance. Croyez-vous , Messieurs, qu'il puisse dépendre
de nous de déroger ainsi à une loi aussi solemnelle?
Sans doute, mon opinion en cette manere n*'cst
que le résultat isolé de mes connoissances individuelles ; mais elles sont appuyées sur tant de loix,
que je ne puis les abandonner sans violer mon. --- Page 292 ---
( Ir ) devoir. J'en fuis tellement persuadé, que Je ne
pourrois considérer l'acte dont il s'agit comme
valide , même après l'enrégilrement, & je ne
cesserois pas, pour cela , de prendre pour regle les
loix de Sa Majesté. Je propose donc de nouveau à
M. le Gouverneur-général, s'il persiste à demander
qu'on enrégistre , je lui propose de renvoyer
l'exécution de cet aâe au premier Octobre pro"
chain : nous aurons de la sorte le temps de recevoir
des instrudions, & les maux que je crains pourront
encore être prévenus. Signe, DE MARBOIS , si porté suries regiflrts
du Conj'eil supérieur de Saint-Domingue, à la
suite de l'Arrêt d'enrégistrement de l'Acte intitule:
Ordonnance de M. le Gouverneur-général, concernant la liberté du commerce pour la partie du
Sud de Saint-Domingue. Nota. Un Arrêt du Conseil d'état du Roi, du
2. Juillet 1789 , casïe & annulle ladite Ordonnance.
La Corvette VEngageante , commandée par M.
Dejailli , est partie de Bress le 18 Juillet 1789.
On croit que sa dellination est relative à cet objet.
rement de l'Acte intitule:
Ordonnance de M. le Gouverneur-général, concernant la liberté du commerce pour la partie du
Sud de Saint-Domingue. Nota. Un Arrêt du Conseil d'état du Roi, du
2. Juillet 1789 , casïe & annulle ladite Ordonnance.
La Corvette VEngageante , commandée par M.
Dejailli , est partie de Bress le 18 Juillet 1789.
On croit que sa dellination est relative à cet objet. Se trouve chel M. Louis, Libraire , place
Saint - Nicolas. --- Page 293 --- --- Page 294 ---
A M OT ION DE M. LE COMTE DE REYNAUD, DÉPUTÉ DE SAINT-DOMINGUE g A la Séance du 3l Août. MESSI EURS, Les Commerçans des Ports de mer de France
ont le privilége exclusif de pourvoir les Colonies
de farines. Lorsque l'Assemblée Nationale s occupera de
prononcer désinitivement sur les Loix prohibitives ,
nous prouverons que la France est sans intérêts
dans le commerce des farines avec les Colonies,
que c'est un vrai monopole, non point comme
le glissent adroitement les Commerçans, en faveur de l Etat, mais bien en leur faveur seulement , & même au détriment de l'Etat. Comme dans ce moment-ci la Colonie de Saint- --- Page 295 ---
. 1 i Domîngue ne demande que la permission PROVISOIRE de tirer de l'Etranger des farines 8c biscuits
dans ces circonstances de disette, & que ce provisoire lui avoit été accordé par l'Ordonnance du
17 Mai dernier du Gouverneur-général, nous
nous bornerons à en démontrer la sagesse 8c la
nécessité de la rétablir. La sécheresse qui régnoit à Saint-Domingue
depuis le mois de Janvier, jointe aux nouvelles
alarmantes reçues de France, sur la disette des
grains , a déterminé, le premier Avril suivant, le
Gouverneur-général à permettre l'introduction des
farines & du biscuit étranger, jusqu'au premier
Juillet prochain, dans les TROIS PORTS D'ENTREPÔT établis en 1784 par Arrèt du Conseil. Tout le monde sait que le commerce 8c l'échange
sont une seule 8c même chose. Les navires étrangers n'ayant pas la permissïon
de se charger en retour des denrées de la Colanie,
ont importé si peu de farine, que le Gouverneurgénéral voyant que la Colonie étoit à la veille
d'éprouver toutes les horreurs de la famine, parce
que la sécheresse continuoit, 8c qu'il n'arrivait
point de farine de France , a senti la nécessité de
lever les restrictions portées dans son Ordonnance;
en conséquence, il en a rendu une nouvelle le z7 --- Page 296 ---
f A z. Mai suivant, portant permission aux Bâtîmen?
étrangers d'importer , jusqu'au premier Octobre
prochain y des farines 8c biscuits DANS TOUS LESPORTS où il y a Amirauté & de se charger en
denrées de la Colonie pour la valeur feulement
des farines qu'ils y importeront. Cette Ordonnance PROVISOIRE commandée pas
les circonstances , a été CASSÉE par un Arrêt du
Conseil d'Etat du 13 Juillet dernier, sans que
les Députés de la Colonie à l'Assemblée Nationale ayent été appelés ni entendus.
au premier Octobre
prochain y des farines 8c biscuits DANS TOUS LESPORTS où il y a Amirauté & de se charger en
denrées de la Colonie pour la valeur feulement
des farines qu'ils y importeront. Cette Ordonnance PROVISOIRE commandée pas
les circonstances , a été CASSÉE par un Arrêt du
Conseil d'Etat du 13 Juillet dernier, sans que
les Députés de la Colonie à l'Assemblée Nationale ayent été appelés ni entendus. On afFe&e de confondre cette Ordonnance générale a toute la Colonie avec une autre Ordonnance
dn Mai concernant la partie du Sud. Nous prouveverons , lorsqu'il en. sera temps, les avantages
qui auroient résulté pour le bien de l'Etat & de la Colonie , du maintien de cette Ordonnance qui a
été cassée par Arrêt du Conseil, du 2 Juillet, &
contre lequel nous faisons toutes nos réserves. Les Colonies manquent annuellement de vivres
du Pays pendant trois ou quatre mois, parce que les
sécheresses fréquentes, les. ouragans & les pluies
lurabondantes, se succédant alternativement, les
arrêtent dans leur croissance, & les font périr;
les Habitans auroient toutes leurs terres plantées e*, --- Page 297 ---
vivres ; qu'ils n"en seroient pas moins dans le cas
d'en manquer pour leurs Nègres.' D'ailleurs, les
légumes, les fruits , les racines & autres végétaux
du Pays, ne pouvant se conserver en magasin, il
est impossible d'en faire des approvisionnemens. Les Marchands des Ports de mer ne portent
dans les temps de la plus grande abondance, que
cent cinquante mille barils de farine a SaintDomingue, année commune. " Cette fourniture suffit à peine pour les Colons. Il en faudroit en outre quatre cents mille barils
pour la subsistance des Nègres pendant les trois
ou quatre mois que les vivres du Pays manquent
annuellement. Le Marchand de farines de France demandera comment donc ils ont pu subsister jufqua
présent ? Nous répondrons qu'il en meurt de faim
10 à 12. mille par an. L'opinion publique se fait entendre de toutes
parts pour l'adouciilement du sort des Nègres auquel les Colons sont intéressées plus que personne,
& dont ils s'occupent depuis long-temps avec
succès.. On peut dire avec vérité que le moyen le plus
efficace de parvenir à faire à cet égard ce qui reite --- Page 298 ---
? A 3 à denrer, est de donner en abondante aux Noirs,
des vivres, dont la disette occasionne plus de punirions que tout autre motif, car le manque de
vivres entraîne des vols , des querelles, des déserrions , des révoltes & même des afisaffinats , & il
faut bien cependant maintenir l'ordre dans les atteliers. Si 1 introduction des farines et biscuits étrangers
étoit permise, les habitans 'en auroient toujours en.
magann pour subvenir au moment de la disette, et
éviter tous les malheurs dont ils sont les premieres
victimes. L abondance des comestibles augmenterait la
population, & la culture suivrois cette proportion
de maniere que le commerce de France, loin d'y
perdre, y gagnerait, parcequ'il trouverait un plusgrand débouché des marchandises manufacturées y
par le concours des bâtimens étrangers, et que, la.,
culture croissant, il y auroit beaucoup plus de
denrées à exporter.
la disette, et
éviter tous les malheurs dont ils sont les premieres
victimes. L abondance des comestibles augmenterait la
population, & la culture suivrois cette proportion
de maniere que le commerce de France, loin d'y
perdre, y gagnerait, parcequ'il trouverait un plusgrand débouché des marchandises manufacturées y
par le concours des bâtimens étrangers, et que, la.,
culture croissant, il y auroit beaucoup plus de
denrées à exporter. Les Députés de Saint-Domingue attendent de la
justice de l'Assemblée Nationale qu'elle fera le
décret suivant. L'ASSEMBLEE NATIONALE voulant pourvoir
d une manière sûre et à l'abri de tout événement, i --- Page 299 ---
la subsistance des Colons & des Nègres à SaintDomingue, a décrèté & décrete 'PROVISOIREMENT
& ce, jusqu 'à ce qu'elle ait prononcé définitivement
sur les loix prohibitives, 10. Que les Navires étrangers, chargés de farine
et de biscuits, seront reçus dans tous les ports de la
Colonie où il y a Amirauté, et qu'il leur sera permis de se charger en denrées de la Colonie, pour le
montant seulement des farines qu'ils y importeront. 20. Que les Bâtimens étrangers seront assujétis aux
droits locaux, et qu'ils paieront en outre le droit
d'Occident pour les denrées qu'ils exporteront, et tel
que les Bâtimens françois le payent en France pour
les denrées coloniales qu'ils y importent. --- Page 300 ---
OBSERVATIONS Sur le commerce exclusif des farines
dans les Colonies. L A France manque souvent de grains par ellemême ; & elle est dans le cas, de temps à autres,
d'en défendre l'exportation à l'étranger, comme
dans la circonstance actuelle. Ses grains, dans les marchés de l'Europe, feront
chers ou à bas prix. S ils sont chers, la métropole en aura un débit
avantageux en Europe \ si, au contraire, ils sont a •
bas prix, les farines françoises ne manqueront pas
d'acheteurs dans les Colonies, puisque, à quelque
prix qu elles soient, les Colons les préféreront toujours , pour leur consommation personnelle, aux farines de l'Amérique septentrionale, qui sont d'une
qualité bien inférieure, 8c qui peuvent à peine se
conserver trois mois. Dans les temps ordinaires, la Métropole trouvera toujours en Europe la défaite et la vente de ses
grains, plus aisement que des productions de ses
Manufactures. --- Page 301 ---
s D'ailleurs, il y a toujours des inconvéniens à envoyer au-delà des mers les objets de première néce flité , parce qu'on ne peut les remplacer au moment du besoin, & il semble que la providence arrange en Europe les choses, de manière que l'abondance règne dans une contrée, tandis que la daette
se fait sentir dans une autre. Le commerce en Europe rétablit bien vîte.
l'équilibre; au lieu que lorsqu'il s'agit d'une
distance de deux mille lieues, les secours arrivent trop tard ou avariés, & c'est à cette opération impolitique & detestable que l'on doit en
partie la cherté & la mauvaise qualité du pain que
l'on mange actuellement dans le royaume, & principalement à Paris & a Versailles. La France doit donc préférer d'exporter les produits de ses Manufactures qui sont moins commerçables en Europe que fcs grains -, elle en trouvera une défaite plus avantageusè dans les Colonies
par le concours des étrangers qui y apporteront les
farines des Etats-unis de l'Amérique. La nature
fembb avoir placé exprès ces contrées pour fournir
cet objet de consommation à deux tiers meilleur
marché que les régnicoles.
, & principalement à Paris & a Versailles. La France doit donc préférer d'exporter les produits de ses Manufactures qui sont moins commerçables en Europe que fcs grains -, elle en trouvera une défaite plus avantageusè dans les Colonies
par le concours des étrangers qui y apporteront les
farines des Etats-unis de l'Amérique. La nature
fembb avoir placé exprès ces contrées pour fournir
cet objet de consommation à deux tiers meilleur
marché que les régnicoles. Le commerce exclusif des farines srançoises dans --- Page 302 ---
.9 les Colonies; est un véritable monopole , sans
aucun profit pour l'Erat. Le bénéfice de l'Etat consiste à vendre à l'étranger , plus qu'il n'en achète ; mais il n'a aucun intérêt a ce qu'un de ses sujets vende à un autre de
ses sujets , un objet deux fois au-dessus de sa
valeur. Son avantage n est point dans les bénéfices que
font ses sujets entre eux, par l'aétion de teur industriej son bénéfice est seulement dans l'augmentation de la masse des productions , 8c le commerce
exclusif des farines françoises dans les Colonies,
diminue la masse de leurs productions. Je vais rendre ce fait sensible par un exemple.
Je suis Colon de Saint-Domingue ; un Navire
de Bordeaux m'apporte des farines ; le Marchand
me les vend fort cher, deux fois même au-dessus
de ce que me les vendroient les étrangers : c'est
bien fait pour lui ; mais c'est bien injuste pour
moi qui suis son frère. S 'il exige de moi deux quintaux de sucre pour
un baril de farine, n est-il pas évident que ma
subsistance me devient plus couteuse de moitié,
que s 'il se contentoit d un quintal ; que dans ce
dernier cas, le quintal qui me ser oit resté, m'eût
servi a me procurer des forces exploitantes qui --- Page 303 ---
ro A VERSAILLES, chez BAUDOUIN, Imprimeur de
L'ASSEMBLÉE NATIONAL » Avenue de Saint Cloud Ne- • manquent toujours sur une habitation, & que ne
le pouvant plus, parce que mon premier besoin est
de vivre, et que pour le remplir , il a fallu donner
à ce marchand une trop forte portion de mes produits *, l'état en autorisant ce monopole, à voué à
la stérilité et à l'inaâdon un sol que j aurois fertilisé. Donc le commerce exclusif des farines irançosses J diminue la mane des productions dans les
Colonies, & n'est qu'un vrai monopole au déstriment de l' Etat. --- Page 304 ---
A RÉPLIQUE De M. DE COCHERELJ, Député de St-Domirigue, aux inculpations du Commerce contre
M. le Marquis DU CHILLEAfl. MESSIEURS, ON ne .peut répandre du jour sur la question de
l'importation des farines Américaines, demandée par
les Députés de Saint-Domingue 3 et combattue par
les Négocians des Ports de mer, que par des faits
exposés avec vérité. On s'est apperçu au contraire que
plusieurs Membres du Commerce avoient embrouillé
la question au lieu de la présenter comme elle dévoie
1 étre. Pour y parvenir , on va faire l'historique des
faits ; les Députés de Saint-Domingue les attestent &
en garantissent l'exactitude.
aines, demandée par
les Députés de Saint-Domingue 3 et combattue par
les Négocians des Ports de mer, que par des faits
exposés avec vérité. On s'est apperçu au contraire que
plusieurs Membres du Commerce avoient embrouillé
la question au lieu de la présenter comme elle dévoie
1 étre. Pour y parvenir , on va faire l'historique des
faits ; les Députés de Saint-Domingue les attestent &
en garantissent l'exactitude. M. le Marquis DU CHILLEAU , Gouverneur-général de Saint-Domingue , alarmé par des nouvelles qu'il
avoit reçues de France en Mars dernier,, qui faisoient
craindre la destruction presque totale des productions --- Page 305 ---
(O du Royaume , occasionnée par un hiver des plus rigoureux 3 informé d'ailleurs que Sa Majesté venoit d'accorder
des primes au Commerce pour encourager l'importation des farines dans le Royaume, ce qui ne permettoit
pas de douter qu'elle n eût voulu prévenir les calamités
de la disette dont il étoit menacé , & qu'il ne fût
impossible, par cette raison politique ., au Commerce
National de faire pour l'Isle Saint-Domingue des chargemens suffisans à ses besoins, a rendu., le 31 Mars
1789, une Ordonnance enregistrée au Conseil Supérieur de Saint-Domingue , le premier Avril de la même
année, portant permission d'introduire des farines étrangères. CETTE Ordonnance, rendue pour prévenir la disette
que la situation de la Métropole devoit naturellement
faire craindre 3 n'ayant pas entièrement rempli les vues
que s'étoit proposé le Gouverneur - Administrateur de
Saint-Domingue > puisqu'il ne s'étoit introduit qu une
très-petite quantité de farines 3 & que le prix du pain
n'avoit éprouvé qu'une diminution peu sensible, qui ne
s'étoit même fait sentir que dans les trois villes principales , les points intermédiaires privés de ces secours 3
étant réduits à une détresse fâcheuse } M. le Marquis
DU CHILLEA U a cru devoir rendre une seconde Ordonnance le 27 Mai de cette année J dont le but étoit de --- Page 306 ---
(i ) A 1 remédier à ce défaut d'importations; il provenoit, d'après les différens rapports des Armateurs des Bâtiments
étrangers, de ce que ces mêmes Bâtimens ne pouvoient se remplir par des denrées Coloniales de la valeur des farines qu'ils pourroient importer. De ce régime
prohibitif résultoient deux effets absolument contraires
a la Colonie; le premier, de la laisser dépourvue du
principal objet qui pouvoit la faire subsister, et le
second , 'de la priver du peu de numéraire qu'elle pouvoit posséder, parce que les étrangers ne pouvant pas
former leurs chargemens en toute espèce de denrées ,
emportaient en argent une grande partie du montant
des farines importées. CES maux exigeant un remède prompt et efficace '
une prorogation de délais à son Ordonnance du 31
Mars, & un échange en denrées, paroissant à M. le
Marquis DU CHILLEAU les mesures les plus propres
pour réparer les inconvéniens reconnus, il a rendu une
feconde Ordonnance, le 17 Mai de cette année, qui
porte qu'à compter, du jour de l'enregistrement de la
présente Ordonnance, la permission d'importer des farines & du biscuit, accordée par l'Ordonnance du 31
Mars 1789, et dont le terme devoit expirer le 30 Juin
suivant, continueroit d'avoir lieu jusqu'au premier
Octobre suivant, exclusivement.
inconvéniens reconnus, il a rendu une
feconde Ordonnance, le 17 Mai de cette année, qui
porte qu'à compter, du jour de l'enregistrement de la
présente Ordonnance, la permission d'importer des farines & du biscuit, accordée par l'Ordonnance du 31
Mars 1789, et dont le terme devoit expirer le 30 Juin
suivant, continueroit d'avoir lieu jusqu'au premier
Octobre suivant, exclusivement. --- Page 307 ---
(4) VOILA donc deux Ordonnances rendues, l'une le
31 Mars 1789 „ pour avoir son effet jusqu'au 30 Juin
suivant, & l'autre le 27 Mai 1789, portant prorogation de la première jusqu'au premier Odobre suivant â
.1 exclusivement. CE sont ces deux seules Ordonnances dont les Députés de Saint-Domingue réclament dans ce moment les
effets. ILS déclarent que s'il exiiîe d'autres Ordonnances
concernant l'introduction des farines et des Nègres dans
quelque partie de Saint-Domingue „ pendant cinq ans „
ils n'entendent nullement en demander „ dans ce moment , l'exécution à l'Assemblée Nationale , 1 objet de
ces Ordonnances devant être renvoyé au Comité qui
sera chargé de statuer sur le fond des Loix prohibitives
en définitif. IL ne s'agit donc ici que de savoir si M. le Marquis DU CHILLEA U a pu, a dû rendre les deux Ordonnances des 3I Mars & 2.7 Mai 1789. VOILA l'état de la question , et voilà sur quoi les
Députés de Saint-Domingue sollicitent l'Assemblée
Nationale de statuer. LES Députés de Saint-Domingue ne doutent nullement quelle ne donne sa sanction a ces ceux Ordon- --- Page 308 ---
fy3 A 5 rances ^ commandées impérieusement: par les craintes
d une famine qui infailliblement auroit eu lieu sans la
sage ptévoyance du Marquis DU CHILLEAU „ puisqu'il
est constant que les Bâtiments Français ont importé
très-peu de farines dans la Colonie pendant ces temps
de calamités , ce qui sera démontré à l'Assemblée Nationale par l état d introduction des farines Françaises
dans les Ports de Saint-Domingue avant & depuis l'époque des deux Ordonnances jusqu'aujourd'hui. Les Députés de Saint-Domingue osent même interpeller ici les
Négocians des Ports de mer., & leur demander l'état des
farines importées par eux dans lesdits Ports depuis le
mois de Janvier 1789 jusqu'à ce moment. OR , si les Négocians Français n'ont pas pu, n'ont
pas même (*) dû importer des farines à St-Domingue
dans ces circonstances ; M. le Marquis DU CHILLEAU
a donc dû être autorisé à ouvrir les Ports de cette Isle
immense confiée à son Administration aux Etats-Unis
de l'Amérique qui offraient des secours. LES Négociants des Ports de mer ne reprochent
i°.à M. le Marquis DU CHILLEAU , que d'avoir ouvert
tous les Ports d'Amirauté de Saint-Domingue., tandis
qu'il n'auroit dû ne leur en ouvrir que trois.
ans ces circonstances ; M. le Marquis DU CHILLEAU
a donc dû être autorisé à ouvrir les Ports de cette Isle
immense confiée à son Administration aux Etats-Unis
de l'Amérique qui offraient des secours. LES Négociants des Ports de mer ne reprochent
i°.à M. le Marquis DU CHILLEAU , que d'avoir ouvert
tous les Ports d'Amirauté de Saint-Domingue., tandis
qu'il n'auroit dû ne leur en ouvrir que trois. (*) Le Parlement de Bordeaux a rendu un Arrîc pour défendre,
l'exportation des Farines dans les Colonies. --- Page 309 ---
( 6 ) 2°. D'AVOIR permis le retour des farines Américaines en denrées Coloniales j tandis qu'il ne devoit être
permis qu'en sirops „ en taffias et en argent. Voilà donc
les deux seuls sujets d'inculpation actuelle faite à M. le
Marquis DU CHILLEAU par les Négociants des Ports
de mer 3 puisque les Députés de Saint-Domingue n'entendent pas dans ce moment soutenir l'Ordonnance
concernant l'introduction des Nègres ^ dont se sont
plaint ces mêmes Négociants ,, & dont ils prient l'Assemblée de renvoyer la discussion à un autre temps. OR, si nous prouvons que ces deux sujets d'inculpation ne sont pas fondés, nous aurons donc réduit au
silence notre partie adverse ; il faut donc les combattre
l'un après l'autre. LF. premier grief contre M. DU CHILLEAU., suivant
le Commerce, est d'avoir ouvert les dix Ports d'Amirauté de l'Isle de Saint-Domingue 3 au lieu de trois. MAIS quel étoit le but de M. DU CHILLEAU ?
C'étoit sans doute de fournir à Saint-Domingue par la
voie étrangère 3 la même quantité de farines que les
Français avoient coutume de lui fournir ; or 3 les Bâtimens Français vont décharger leurs cargaisons ^ nonseulement dans les Ports d'Amirauté j mais dans tous les --- Page 310 ---
( 7 ) A 4 autres Ports de la Colonie où il n'y a pas Amirauté ;
M. le Marquis DU CHILLEAU n'a donc fait en cela
qu'un acte de Justice, en n'accordant que les Ports
d'Amirauté , tandis qu'il pouvoit ouvrir tous les Ports
généralement. EN effet , son but étoit de soulager toute la Colonie 3 et de s'opposer à la famine qui la menaçoit, et
il ne l'auroit pas atteint s s'il avoit restraint l'intro.-
duction de ces farines seulement dans trois Ports. PAR cette mauvaise manoeuvre 3 il aurait ouvert la
porte au monopole et à l'accaparement. DEUX ou trois Négocians de chacun des trois Ports
auroient pu s'entendre pour acheter toutes les farines qui y seroient arrivées ; alors ils devenoient les
maîtres du prix de ces farines 3 et ils auroient pu
forcer les acheteurs à payer le prix qu'ils auroieat
exigé 3 quelqu'exhorbitant qu'il fût , ou à mourir
de faim. Voilà l'alternative qu'auroit opérée M. du
CHILLEAU 3 s'il n'avoit ouvert que trois Ports à l'introduction des farines étrangères dans une contrée
de 250 lieues de côtes.
ées ; alors ils devenoient les
maîtres du prix de ces farines 3 et ils auroient pu
forcer les acheteurs à payer le prix qu'ils auroieat
exigé 3 quelqu'exhorbitant qu'il fût , ou à mourir
de faim. Voilà l'alternative qu'auroit opérée M. du
CHILLEAU 3 s'il n'avoit ouvert que trois Ports à l'introduction des farines étrangères dans une contrée
de 250 lieues de côtes. OUTRE ce monopole ., vous appercevrez , Messieurs ,
dans cette hypothèse 3 les difficultés j les dangers du --- Page 311 ---
( 8 y transport et les commissions d'achat au profit du Négodant commissionnaire ; ces motifs étoient donc plus
que suffisans pour déterminer. M. ru CHILLEAU à
faire ce qu'il a fait 5 la réclamation du Commerce
à cet égard 3 est donc injuste et ccntraire aux principes d'humanité ^ qui3 dans des momens de calamités 3 ne calculent pas seulement les intérêts du
Commerçant, mais qui doivent embrasser l'intérêt
général du Citoyen. JE vais prouver que le commerce n'est pas plus
heureux dans sa seconde réclamation contre M. le Marquis DU CHILLEAU. COMMANDÉ impérieusement par les circonstances3
si M. le Marquis DU CHILLEAU a dû ouvrir les Ports
d'Amirauté de Saint-Domingue 3 à l'introduction des
farines Américaines pour subvenir aux besoins urgents
de cette Province 3 il a dû en même-tems indiquer
et faciliter les moyens d'achat ; car il seroit absurde
de dire au vendeur 3 je vous permets de vendre 3. mais
j'interdis les moyens de vous payer. IL est donc évident que M. DU CHILLEAU ne pouvoit permettre l'introduction des farines sans permettre en même-tems les moyens de payer. MAIS quels sont ces moyens ? --- Page 312 ---
( ) ' ON n'en connoît pas d'autres que l argent, le papier ou la denrée ; or, il est connu que le premier
moyen , c'est-à-dire, l'argent, manque à Saint-Domingue , on s'en plaint hautement depuis trois ans ;
. c'est même un des objets de réclamation que nous
exposerons contre l'administration du sieur DE MARBOIS, Intendant de Saint-Domingue, qui a obstrué
cette source précieuse de la circulation. SAINT-DOMINGUE manque d'argent ; c'est un fait
que les Négocians des Ports de Mer ne désavoueront
pas; les députés de Saint-Domingue en appellent à
leur témoignage ; or, si l'argent manque, on ne peut
donc pas payer avec de l'argent. LE second moyen, le papier ou lettre de change,
n'est pas de la compétence de l'habitant, mais bien
de celle du commerce 5 l habitant de Saint-Domingue
ne peut donc pas l'employer. IL reste le troisième moyen, celui de la denrée 3
et c'est précisément celui que les Négocians des
Ports de Mer veulent faire interdire aux Cultivateurs
de Saint-Domingue, pour leur abandonner les deux
premiers qui sont illusoires et qui ne peuvent avoir
aucun effet. --- Page 313 ---
( 10 ) PERMETTRE alors l'introduction des farines , sans en
permettre les moyens d'échange, n'est-ce pas la même
chose que si on ne la permettoit pas ? La sage prévoyance de M. DU CHILLEAU auroit donc manqué
&on'but dans cette circonstance, s'il s'étoit conformé aux vues du commerce ; rifle de Saint-Domingue
confiée à son administration , auroit donc été livrée
aux horreurs de la famine, et M. DU CHILLE.AU ,
dans ce cas, n'auroit-il pas été responsable à la Nation
de la perte d'une Province si utile à la Métropole ?
chose que si on ne la permettoit pas ? La sage prévoyance de M. DU CHILLEAU auroit donc manqué
&on'but dans cette circonstance, s'il s'étoit conformé aux vues du commerce ; rifle de Saint-Domingue
confiée à son administration , auroit donc été livrée
aux horreurs de la famine, et M. DU CHILLE.AU ,
dans ce cas, n'auroit-il pas été responsable à la Nation
de la perte d'une Province si utile à la Métropole ? IL est donc évident que M. DU CHILLLEAu a dd
permettre , 1°. L introduction des farines dans tous
les Ports d Amirauté, et non dans trois Ports seulement j il est donc évident, 2°. que de cette première
permission s'ensuivroit nécessairement celle des moyens
d échange , et comme la disette d'argent , ne laissoit
presque point de facultés à cet égard, M. le Marquis "*
DU CHILLEAU a donc dû permettre le payement des
farines Américaines, en denrées Coloniales, de la même
façon que les Cultivateurs de Saint-Domingue payent
aux Négocians Français , les farines qu'ils leur apportent. M. DU CHILLEAU n 'a donc fait que substituer y
sous tous les rapports, les Négocians des Etats-Unis
de l Amérique , à ceux de la France , dans un moment
ou il étoit évident, par les malheurs de l'Etat., que les --- Page 314 ---
(II) Négocfàns de France ne pouvoient pas fournir aux
subsistances de rIfle de Saint-Domingue. Voilà donc
le crime de M. le Marquis DU CHILLEAU, il n appartient qu'à vous 3 Messieurs 3 de juger sa conduite
dans cette circonstance critique. I/ISLE de Saint-Domingue 3 toujours dans la même
situation et dans le même état de crise j sollicite
d'ailleurs, Messieurs, de votre humanité et de votre
justice 3 par l'organe de ses Députés 3 la sanction de
la dernière Ordonnance du 27 Mai 1789 de M. le
Marquis DU CHILLEAU, la seule dont il soit question dans ce moment 3 et comme le terme de cette
Ordonnance expire 3 ils demandent une prorogation
de six mois. LES Députés de Saint-Domingue espèrent, Messieurs,
que vous rejetterez la proposition faite par un des
honorables membres ( i ) de cette Assemblée 3 de
renvoyer la décision de cette question au pouvoir
exécutif. Ils ont l'honneur de vous observer que ce
n'est qu'après avoir employé envain tous les moyens (1) CET honorable Membre est M. l'Evêque de Langres , frère
de M. le Comte DE LA LUZERNE, Ministre de la Marine. --- Page 315 ---
( u; ) imaginables auprès de M. le Comte DE LA LUZERNE,
Ministre de la Marine qu'ils ont cru devoir enfin
vous interrompre dans vos augustes travaux ^ pour
obtenir des secours d'humanité qui étoient refusés à
la plus belle des possessions Françaises. MAIS comment peut-on proposer de renvoyer vers
M. le Comte DE LA LUZERNE les. Députés de SaintDomingue pour obtenir l'objet de leur demande 3
puisqu ils vous annoncent , Messieurs qu'ils viennent
se plaindre à votre Tribunal du refus obstiné et
injuste qu'ils éprouvent de ce Ministre de leur Département ? Ne seroit-ce pas 3 en bonne logique , ce
qu'on appelle un cercle vicieux et peut-on se flatter
qu une Assemblée aussi éclairée adoptera un système
si contraire à la raison ?
Comte DE LA LUZERNE les. Députés de SaintDomingue pour obtenir l'objet de leur demande 3
puisqu ils vous annoncent , Messieurs qu'ils viennent
se plaindre à votre Tribunal du refus obstiné et
injuste qu'ils éprouvent de ce Ministre de leur Département ? Ne seroit-ce pas 3 en bonne logique , ce
qu'on appelle un cercle vicieux et peut-on se flatter
qu une Assemblée aussi éclairée adoptera un système
si contraire à la raison ? LES Députés de Saint-Domingue persistent donc
dans la motion qu'un de leurs Membres a mise sur
le Bureau à la Séance du Samedi 29 du mois dernier ,
et en réclament l'effet de la justice de l'Assemblée
Nationale. --- Page 316 ---
COPIE d'une Lettre de M. le Marquis
DUCHILLEAU, à MM. les Députés -de SaintDomingue, A Paris le 19 Août 1789. IL m'est impossible , MESSIEURS , de vous exprimer
ma sensibilité à vos soins obligeans ; ce témoignage,
aussi flatteur qu honorable, est la récompense la plus
précieuse, à mes yeux, qui pouvoit être accordée à
mon administration. Daignez, je vous prie, agréer
l'hommage de toute la reconnoissance qu elle m'inspire , & celui de mes regrets de n avoir plus l'honneur de commander dans la Colonie la plus importante de l'univers., par le patriotisme de ses Habitans,
& par ses productions. QUOIQU'IL ne me reste d'autres titres auprès de
vous, MESSIEURS , que celui d'un intérêt & d un
attachement sans bornes, je dois vous déposer mes
alarmes sur les suites de l'Arrêt du Conseil qui casse
mon Ordonnance du paiement des farines étrangères,
en denrées coloniales : vous n avez pas un instant à
perdre, MESSIEURS, pour obtenir la cassation de
cet Arrêt. Non-seulement il faut conserver le peu de. --- Page 317 ---
( 14) numéraire qui existe à Saint-Domingue, mais il n'y
en a pas assez aujourd'hui en circulation pour payer
la farine nécessaire à sa subsistance pendant six semaines j & les Étrangers en ont importé fort peu,
parce que l argent ne leur offre aucun bénéfice sur
les retours. Au moment où je suis parti de la Colonie, elle
étoit menacée de manquer ; elle avoit. à la vérité,
1 espoir de recevoir des secours des Américains, en
conséquence de la liberté du paiement en denrées
coloniales ; la suppression de cette liberté les en privera tout-à-l'heure, & entraîneroit nécessairement les
effets les plus redoutables, si les Colons de SaintDomingue étoient moins attachés à leur Métropole,
moins bons Français, & Sujets moins fidèles. J'ai
demandé la permission d'aller à Versailles; si elle
m est accordée , je ne dissimulerai pas mes craintes
au Ministre. Je dois aussi avoir l'honneur de vous
prévenir, MESSIEURS , que je lui ai proposé, en arrivant à Nantes ( (j'ignorois alors l'Arrêt du Conseil),
de proroger mon Ordonnance en question jusques au
mois de Janvier prochain , époque avant laquelle la
France ne peut pas faire parvenir de la farine à SaintDomingue. Si cette mesure vous paroît aussi nécessaire que je l ai jugé être à la subsistance de la Co-
es
au Ministre. Je dois aussi avoir l'honneur de vous
prévenir, MESSIEURS , que je lui ai proposé, en arrivant à Nantes ( (j'ignorois alors l'Arrêt du Conseil),
de proroger mon Ordonnance en question jusques au
mois de Janvier prochain , époque avant laquelle la
France ne peut pas faire parvenir de la farine à SaintDomingue. Si cette mesure vous paroît aussi nécessaire que je l ai jugé être à la subsistance de la Co- --- Page 318 ---
( 15 ) Ionie 3 votre zèle vous engagera sûrement à en solliciter l'obtention, qui ne sauroit être trop prompte.
Je regretterai toujours 3 MESSIEURS } de n avoir plus
le droit de réunir mes soins 3 mes sollicitations aux
vôtres y mon empressement à vous seconder vous eût
convaincu de mon attachement aux intérêts de SaintDomingue. Je le conserverai jusques à la mort, & je
ne crains pas de vous dire qu'il est consigné dans
toute ma correspondance avec M. le Comte DE LA
LUZERNE. --- Page 319 --- --- Page 320 ---
REPONSE SUCCINTE DES DÉPUTÉS DE S. DOMINGUEJ@ AU MÉMOIRE DES COMMERÇANS DES PORTS DE MER , Diflribue dans les Bureaux de l'ASSEMBLÉE NATIONALE , le Octobre z 789, A VERSAILLES; Chez BAUDOUIN , Imprimeur de l'ASSEMBLEE
NATIONALE, Avenue de Paris, N°. 62. X 7 8 9. --- Page 321 --- --- Page 322 ---
A RÉPONSE SUCCINTE DES DÉPUTÉS DE S. DOMINGUE, AU MÉMOIRE DES COMMERÇANS DES PORTS DE MER, Dijlribué dans les Bureaux de l'ASSEMBLÉE
NATIONALE j le Octobre 1789. T OUTF-S les aflcrtions contenues dans ce Mémoire
sont aulîi fausses que les calculs : nous le démontrerons lorsqu'il s'agira de juger l'affaire au fond i
il nous suffit de prouver, pour notre demande provisoire, que les Commerçans commettent de grandes
erreurs lorsqu'ils disent : 1 °. Que la consommation en farine pour les
Colons de Saint-Domingue , n'en; , année commune, que de 140 mille barils (1) ; puisque , par
leur propre aveu, il est constaté que la fournitijre des cinq dernières années est montée , l'une (1) Y compris, sélon le compte des Commerçans,
17 mille barils pour les Negres. Voyez folio 10, Il &
12 de leur mémoire. Nous avons démontré qu'il en faudroit 4 cent mille
barils pour les Negres. Voyez la motion de M. le
Comte de Reynaud, folio 1- --- Page 323 ---
dans l'autre, à 15o mille barils. C'est donc dix
mille barils qu'ils retranchent de notre subsistance en farine , pour prouver qu'ils ne nous en
l^ilsent pas manquer. 1°. Que le baril de farine pèse net, 180 livres ;
il doit en effet les peser : mais, par un calcul mieuæ
entendu pour eux que pour nous, il ne pèse effectivement net, que 170 livres. C'est encore dix
livres de farine par baril qu'ils nous enlèvent, &
qu'ils portent cependant comme effcétives sur le
papier, pour faire cadrer leur compte avec celui
de la consommation par eux prétendue (1).
1°. Que le baril de farine pèse net, 180 livres ;
il doit en effet les peser : mais, par un calcul mieuæ
entendu pour eux que pour nous, il ne pèse effectivement net, que 170 livres. C'est encore dix
livres de farine par baril qu'ils nous enlèvent, &
qu'ils portent cependant comme effcétives sur le
papier, pour faire cadrer leur compte avec celui
de la consommation par eux prétendue (1). 3°. Que le pain ne coûte la livre, argent de
France (1) , année commune , prix moyen , (1) Il est bon d'observer que de tout temps la farine
pour les Troupes Coloniales a été envoyée de France ,
au compte dit Roi , soit sur des flûtes de la Marine
royale , ou sur des bàtimens marchands frétés à cet
effet. Eli bien ! pour multiplier l'approvisionnement de
Saint-Domingue, dans cette disette extrême ? l'Intendant
n'a rien trouvé de mieux que de faire ccffcr, des le mois
de Janvier dernier, les envois ordinaires de Franco jour
les Troupes, & d'en acheter Jur les lieux ,• c'est cncore j'cpt à huit mille barils à diminuer sur l'approvifionnement que les Commerçant veulent bien sixer, à,
leur santaisie , pour les Colons. (1) Nous soxnmes chargés des intérêts des habitans
des Villes cojpme de ceux des Planteurs qui se four- --- Page 324 ---
$ A z que . : i . : ; - • i • • • - • • . • 3 1 Et dans la plus grande rareté 4 s. i den., Le prix du pain varie , en effet, suivant celui des
Urines, & voici le tarif prescrit par les Ordonnances. Lorsque le baril de farine se vend , dans le
Commerce, de 7 5 a 90 liv., le pain de 15 fols pèse 24 onces.
De 90 à io5 liv 21 De io5 à 110 1 9 De 120 à 135 , 17 De 135 à 150, 1 5 Le pain coûte donc, dans le temps de meilleur marché, i o sols la livre, ce qui fait argent
de France , 7 s. 6 d.
& a&uellemen* que le baril vaut 150 liv. & au-delà, il coûte 1 sol l'once, c'est-à-dire, ,1 o s. 8 d. Les Commerçans avancent encore un faux, lorI:
qu'ils prétendent qu'il n'en coûte à un Habitant
riche, pour sa consommation en farines nationales ,
que 140 liv. de plus par an , que s'il la recevoit de
l'Etranger. Nous faisons un compte en gros , bien plus clair
& exactement vrai. Cent cinquante mille barils de farine françoise , nissent la plupart de pain pour leur table , chez les
Boulangers , ainsi que les Nègres , lorsque lesdits Boulangers peuvent leur en vendre. --- Page 325 ---
le baril de 7 5 liv. à 90 liv. , année commune , font,
à 82 liv. 10 s. le baril, . , .. 12,375,0001iv. Pareille quantité de farine étrangère , de 40 à 45 liv. le baril, font, par la moyenne proportionnelle , 41 liv. 10 sols, ci 6,375,000
Donc il en coûte de plus à la Colonie , ... 6,000,000 En employant ces 6 millions en forces exploitantes , c'est-à-dire , en mobilier de toute espèce néceffaire à la culture , il est incontestable que le produit
en denrées coloniales augmenteroit à proportion.
. Pareille quantité de farine étrangère , de 40 à 45 liv. le baril, font, par la moyenne proportionnelle , 41 liv. 10 sols, ci 6,375,000
Donc il en coûte de plus à la Colonie , ... 6,000,000 En employant ces 6 millions en forces exploitantes , c'est-à-dire , en mobilier de toute espèce néceffaire à la culture , il est incontestable que le produit
en denrées coloniales augmenteroit à proportion. Quant aux mortalités des Nègres, occasionnées
par le manque de vivres ^ elles ne sont malheureusement que trop vraies; & nous le prouverons
lorscu'il sera question de leur subsistance & de
l'adoucissèment de leur sort, qui nous occupe plus
que tout le reste de nos maux, & plus encore
par humanité que par intérêt. A l'égard de l'objection contre l'introduction
des farines dans tous les ports ou il y a Amirauté,
6c le paiement en denrées coloniales , nous répondons que c'est précisément parce que nous
sommes amis de l'ordre, & ennemis de la contrebande , que nous insistons sur ces deux permisions,
sans quoi la contrebande est inévitable ; quand on
la fait, on l'étend tous les objets, 8c l'état --- Page 326 ---
perdra. les droits de sorrie sur les denrées coloniales , parce que les préposés, pour empêcher la
contrebande , sont les premiers à la favoriser, lorsqu'ils voient qu'il n'y a pas d'autres moyens de
procurer du pain à ceux qui en manquent. Quant aux quatre moyens proposés par le commerce pour l'approvisionnement de la Colonie , il
nous sera bien aisé de les combattre vi&oricusement. Le premier consiste à prêter aux Commerçans
des Ports de mer plusieurs flûtes du Roi, pour
aller chei'cher des farines aux États-Unis (i). Si les Commerçans sont de bonne-foi j qu'ils
faisent ces expéditions sans intérêt, sans commission j sans honoraires ; quel peut donc être leur
but ? celui de faire payer aux Colons la farine,
le double & le triple de ce que la leur vendroient
les Américains, vu les frais d'armement, de chargement , de déchargement, d'avaries, de magasinage 8c d 'atrurince. Le deuxième moyen , d'accorder, une prime de
cinq livres par baril aux navires Marchands expédiés pour nos Colonies j qui iroient toucher dans
les ports des Etats-Unis,pour prendre des farines"
a le même but de faire payer aux Colons les
farines, le double de leur valeur j de plus, celui
d'y vendre une grande partie de leur cargaifjn, (i) Voyez fol. 40 dudit Mémoire. --- Page 327 ---
s pour augmenter le prix de ce qu'il leur resera
à vendre à Saint-Domingue, & encore celui d'occasionner à la Nation une dépense de 450,000 liv.
pour les primes sur les quatre-vingt-dix mille
barils qu'il faudroit au moins pour les Habitans
& les Troupes pour sept mois, au lieu de 60,000,
comme disent les Commerçans. .Attendu que ce n'cst pas l'intérêt personnel;
mais bien les besoins urgens qui dirigent les
demandes des Députés de Saint-Domingue , ils
ne doutent pas que la Colonie ne préférât de
convertir ce droit de prime en droit d entrees
pour le compte du Trésor-Public j ainsi la Nation
gagneroit 450,000 liv., au lieu de les perdre : mais
l'A iIemblée Nationale sentira aisément toute Vinjuflice qu'il y auroit à mettre des droits sur les
objets de première nécessité.
érêt personnel;
mais bien les besoins urgens qui dirigent les
demandes des Députés de Saint-Domingue , ils
ne doutent pas que la Colonie ne préférât de
convertir ce droit de prime en droit d entrees
pour le compte du Trésor-Public j ainsi la Nation
gagneroit 450,000 liv., au lieu de les perdre : mais
l'A iIemblée Nationale sentira aisément toute Vinjuflice qu'il y auroit à mettre des droits sur les
objets de première nécessité. Le troisième moyen n'est qu'illusoire. Quel est
le Capitaine Américain qui, pour cent ou deux
cens barils de farines qu'il veut vendre pour avoir
du sucre ou du café , prendra des lettres-de-change,
à un an de vue , & deux mois pour la traversée
en Europe, ce qui fait quatorze mois d'attente
pour son remboursement ? Quand tout cela seroit
praticable, les Colons n'en payeroient pas moins
la farine, le double de sa valeur, par toutes ces
entraves & ces frais. --- Page 328 ---
« Le quatrième moyen seroit le moins déraisonnable, si la disette de grains ne régnoit pas en France ;
mais cette disette est constatée de nouveau par le
Décret que l'Assemblée Nationale vient de rendre
pour renouveler ceux du 18 Août& 18 Septembre
dernier, portant défense d'exporter des grains &
farines à l'étranger. L amendement proposé à ces
Décrets par les Députés de Saint - Domingue ,
d'étendre cette défense jusqu'aux Colonies , est
d'autant plus raisonnable, que cette défense existe
de fait, puisque le Peuple de Bordeaux s'oppose
à tout embarquement de farine, & que la Colonie
est à portée de s'en procurer abondamment, & à
bon marché, par les Etats-Unis. Quant à la réflexion par laquelle les Commerçans sinirent leur Mémoire (1), que les 240,000
barils de fari/ç qu'ils efliment suffisans pour
l'approvisionnement des Colonies * ne font pas un
jour & demi de la subsiflance de 26 millions
d'hommesj cette réflexion vient à l'appui des
observations qu'a fait un de nos Collègues, qui
a démontré évidemment que la Métropole n'a
pas d'intérêt à faire le Commerce exclusif des
farines avec les Colonies (2). En effet, que la France ait de plus qu'il ne (1) Voyez fol. 44 & 45 dudit Mémoire. (2) Voy. f. de la Motion de M. le Comte de Reynaud. --- Page 329 ---
[texte_manquant] lui faut par an, pour un jour 8c demi de farine ;
ce mince approvisionement ne peut lui nuire, &
i en s'en privant pour maintenir les Loix prohibitives , elle le rend fort onéreux aux Colons,
puisqu elle les met dans le cas de payer la farine >
le double de sa valeur, & même d'en manquer,
comme dans l'occurence présente. Les Commerçans veulent encore faire valoir
cet approvisionnement forcé , souvent incomplet-
& jamais suffisant, comme un sacrifice fait à des
fier es , des amis 3 des François : le beau sacrifice ! de leur faire payer un objet de première
nécessité , le double de ce qu'ils l'acheteroient de
l Etranger, qui leur en fourniroit à l'envi, & en tout
temps, la quantité nécessaire pour leur subsistance
& pour celle de leurs Nègres. Auri sacra fames Il nous reste à répondre , pour le moment, à
un article de la lettre de M. de la Luzerne, X
MM. les Commilîaires du Comité d'Agriculture
& de Commerce, en date du 14 du courant.
faire payer un objet de première
nécessité , le double de ce qu'ils l'acheteroient de
l Etranger, qui leur en fourniroit à l'envi, & en tout
temps, la quantité nécessaire pour leur subsistance
& pour celle de leurs Nègres. Auri sacra fames Il nous reste à répondre , pour le moment, à
un article de la lettre de M. de la Luzerne, X
MM. les Commilîaires du Comité d'Agriculture
& de Commerce, en date du 14 du courant. Ce Ministre parle toujours des trois ports d'en.
trepôt ouverts aux farines étrangères, comme suffisans} il dit même qu 'il sera aise d'ouvrir tous
les ports d Amirauté , si l'Assemblée Nationale
le décide, mais il ne parle point de l'échange
de ces farines en denrées Coloniales (i). (1) Le Ministre de la Marine } en voulant donner --- Page 330 ---
Il Nous avons prouvé précédemment que les trois
ports d'entrepôts étoient instiffisans, que les quartiers éloignés étoient rançonnés par les Marchands
a qui les Anglo - Américains étoient obligés de
vendre les farines que les Habitans des Ports
d'entrepôt n'avoient pu acheter j d ailleurs que les
Etrangers avoient cette, avant la fin de Juin, leur
importation de farines dans la Colonie , parce que
ayant enlevé tout le numéraire, ils n'avoient plus
aucun moyen d'emporter le produit de leurs cargaisons. Celui de lettres-de-change a un an, que ile la défaveur à la demande des Députés de SaintDomingue , a écrit une grande vérité qui lui est entiérement favorable , lorsqu'il établit le principe que
ce n' est que sur les lieux qu'on peut connoitre la
nature 6' l'étendu des besoins d'une Colonie, & que.
ils Administrateurs ont le droit de rendre les Ordonnances provijbires que les circonstances exigent, 6 -c.
Ce Ministre est donc coupable d'avoir fait casser l Ordonnance de M. du Chilleau, du 27 Mai dernier. Personne - mieux "-que -ce Gouverneur , ne pou voit juger
impartial* nient la* queition , puisqu'il répond sur sa
~tê fc de les opérations ; il n'a agi que d'après le besoin
1 en cnnltaté fous ses yeux par des procès-verbaux
en règle, d'après l'avis des Chambre d'Agriculture &
même des Commeïçans. En vain objecce-t-on que l'Intendant n'a pas signé
t ette Ordonnance. La- Loi prescrit que (lans les cas
pressés où les Administrateurs seroient d'avis différent ? --- Page 331 ---
Il propose le Commerce, est illusoire, comme nous
l'avons déja démontré. Les Anglo-Américains ne fréquenteront pas plus
les autres ports de la Colonie où il y a Amirauté, que les trois ports d'entrepôts, tant qu'ils
n auront pas la liberté de se charger en denrées
de la Colonie, pour la valeur de leurs farines. L'Ordonnance du 29 Mai, dont M. de la Luzerne prétend que la Colonie doit jouir jusqu'au
premier Octobre, ayant été cassée, & l'Arrêt ayant
été mis, le 2; Juillet, dans les papiers publics,
les Américains auront certainement cessé leurs
Armemens aussitôt qu'ils auront été instruits de
cette cassation (1). Les DÉPUTÉS de Saint-Domingue. celui du Gouverneur général prévaudra , & que l'Ordonnance résultante sera rendue & signée par les
deux Administrateurs.
la Colonie doit jouir jusqu'au
premier Octobre, ayant été cassée, & l'Arrêt ayant
été mis, le 2; Juillet, dans les papiers publics,
les Américains auront certainement cessé leurs
Armemens aussitôt qu'ils auront été instruits de
cette cassation (1). Les DÉPUTÉS de Saint-Domingue. celui du Gouverneur général prévaudra , & que l'Ordonnance résultante sera rendue & signée par les
deux Administrateurs. C'est donc par pure modération si M. le Marquis
du Chilleau n'a pas exigé que l'Intendant se conformât à la Loi , l'Ordonnance alors auroit été signée
par les deux Administrateurs , & les formes parfaitement remplies. (1) L'aviso expédié par le Ministre aux Etats-Unis,
n aura pu produire d'autre effet, puisque la dépêche
confirme qu'il ne sera pas permis aux Américains de
prendre des denrées coloniales en échange de leurs Urines, --- Page 332 ---
A DERNIÈRE RÉPONSE D E M. DE COCHEREL, DÉPUTÉ DE S, DOMINGUE, A MESSIEURS LES DÉPUTÉS DU COMMERCE. MESSIEURS, J E vous ai déjà présenté, dans le plus grand jour,
la vérité des faits relatifs aux deux Ordonnances de
M. le Marquis du Chilleau, qui permettoient l'introdu&ion des farines américaines dans les Ports
d Amirauté de 1 isle de Saint-Domingue. Je vous ai aussi développé les motifs qui avoient
dirigé ce sage administrateur dans ses opérations. --- Page 333 ---
i J'ai combattu victorieusement les réclamations
des Négocians des ports de mer, qui s'étoient élevés
avec inhumanité contre ces deux Ordonnances. Il me reste à dévoiler à vos yeux, Meilleurs, l'injustice de M. le Comte de la Luzerne, Ministre
de la Marine, clairement (i) manifestée dans la 1 (i) En 1778, MM. d'Argout & de Vaivre, Administrateurs de Saint-Domingue, ont rendu une Ordonnance
qui permettait l'introduction des farines étrangères dans
tous les ports d'amirauté , avec les retours en denrées co.
loniales : leur Ordonnance a été approuvée du Roi. En 1789, dans des temps bien plus désastreux, M. le
Marquis du Chilleau rend une Ordonnance absolument
semblable. Son Ordonnance est cassée au Conseil du
Roi par l'instigation du Ministre de la Marine. Cependant MM. d'Argout et de Vaivre, en rendant
leur Ordonnance en 1778, n'avoient pu s étayer d aucun exemple précédent. M. du Chilleau , au contraire , sembloit être autorisé,
dans sa conduite, par celle de ses prédécesseurs, approuvée du Roi. La sanction de Sa Majesté , dans cette occasion , devenoit une loi pour M. du Chilleau. Pourquoi donc son Ordonnance a-t-elle été cassée?
C'est qu'en 1778, M. de Sartine étoit Ministre de la
Marine, et qu'en 1789 M. le Comte de la Lu^rne administre ce Département. --- Page 334 ---
A 2 cassation de ces deux Ordonnances ; cassàtion qu'il
a sourdement provoquée au Conseil du Roi, a
l'insçu des Députés de S. Domingue.
pour M. du Chilleau. Pourquoi donc son Ordonnance a-t-elle été cassée?
C'est qu'en 1778, M. de Sartine étoit Ministre de la
Marine, et qu'en 1789 M. le Comte de la Lu^rne administre ce Département. --- Page 334 ---
A 2 cassation de ces deux Ordonnances ; cassàtion qu'il
a sourdement provoquée au Conseil du Roi, a
l'insçu des Députés de S. Domingue. En effet, Messieurs, quel devoit être le but du
Ministre de la Marine, en demandant la cassàtion
de l'Ordonnance de M. du Chilleau ? Celui, sans doute, d'en proscrire les effets.
Pourquoi donc M. de la Luzerne s'est-il borné a
la simple cassation de cette Ordonnance ? Pourquoi n en a-t-il pas ordonné l'enregistrement
au Conseil-Supérieur de Saint-Domingue ? Pourquoi n'y a-t-il pas exigé l'exécution de cet
Arrêt ? Ou l'Ordonnance de M. le Marquis du Chilleau
étoit necellaire, ou elle ne l'étoit pas. Si elle étoit nécessaire, elle devoir être marquée
du sceau de la sanction, & maintenue avec éloges. Si elle ne 1 étoit pas, elle devoit .être réprouvée ,
cejettée dans tous les points. M. le Comte de la Luzerne n'avancera pas qu'il
a été déterminé a suspendre l'exécution de cette
Ordonnance par les réclamations ultérieures des
Députés de Saint-Domingue. Dans cette hypothese, on lui objeéleroit encore
le même dilême, & on lui diroit avec raison :
Ou les réclamations dç? DépUtés de Saint-Do- --- Page 335 ---
mingue, étoient fondées, ou elles ne l'étoient pas; Si elles étoient fondées, il falloit annuller cet Arrêt en cassation; il ne falloit pas en ordonner une
publication afFeCtée dans les papiers publics ;
il falloit au contraire s'empresser d'avouer son
erreur. Si ces réclamations n'étoient pas fondées, le Ministre du Roi ne devoit céder à aucun motif contraire à son devoir; il devenoit responsable envers le
Commerce, de la foiblesse avec laquelle il auroit
cédé à nos réclamations. M. le Comte de la Luzerne ne Coutiendra pas,
sans doute, qu'il n'a laissé subsister les effets de
cette Ordonnance, malgré sa cassation, que pour
éviter aux Etats-Unis de l'Amérique la perte de
leurs frais de chargemens, expéditions de Bâtimens, &c. &;c. Il ne devoit pas ignorer que l Arrêt en cassation,
inséré dans les Journaux & Gazettes, parviendroit
facilement aux Etats-Unis, ce qui n'a pas manqué
d'arriver, & ce qui a arrêté en effet le cours des
transports de leurs farines dans les Colonies Françosses. Guidé d'ailleurs par ses principes prohibitifs,
M. le Comte de la Luzerne ne devoit-il pas, dès
l'infant de la cassation de l'Ordonnance de M. le
«
ignorer que l Arrêt en cassation,
inséré dans les Journaux & Gazettes, parviendroit
facilement aux Etats-Unis, ce qui n'a pas manqué
d'arriver, & ce qui a arrêté en effet le cours des
transports de leurs farines dans les Colonies Françosses. Guidé d'ailleurs par ses principes prohibitifs,
M. le Comte de la Luzerne ne devoit-il pas, dès
l'infant de la cassation de l'Ordonnance de M. le
« --- Page 336 ---
Y A 5 Marquis du Chilleau, faire coniioître cette disposition à l'Envoyé des^ Etats-Unis, & arrêter, par
ce moyen, les nouveaux chargemens qui pouvoient
se préparer dans les ports de cette Puissance, au
lieu de tenir le commerce de l'Amérique dans
un état d'incertitude également nuisible à ses intérêts & aux besoins urgens des Colonies ? Enfin M. de la Luzerne, toujours agité par la
même crainte, ne pouvoit-il pas ordonner promptement aux Administrateurs de Saint-Domingue de
faire rétrograder, dans les trois ports d'entrepôt, tous
les Bâtimens américains qui s'étoient répandus
dans les divers ports d'amirauté, en vertu de l'Ordonnance de M. le Marquis du Chilleau? Et ne
pouvoit-il pas faire acheter, accaparer & déposer les
farines étrangères dans des magasins destinés à cet
effet, puisque ce projet destructeur, imaginé par le
1ieur de Marbois, cadroit si bien avec les vues du.
Ministre? ( Voyez la lettre de M. du Chilleau.
nO. 35.) Telle auroit dû être la marche de M. le Comte
de la Luzerne, s'il eût réellement craint que le
commerce des Etats-unis eût été blesle par l'exécution de l'Arrêt qui avoit caffé l'Ordonnance du
GOUVERNEUR-GÉNÉRAL de Saint-Domingue ; mai,
puisque le Ministre de la Marine n'a rien fait qui --- Page 337 ---
[texte_manquant] pût nous porter à croire qu'il a été conduit, dans
toute cette affaire, par les considérations que je
viens de développer, que peut-on penser de ses
opérations ministérielles ? Lui seul peut vous l'apprendre } & rappellez-vous, Mellieurs, qu'il vous
a demandé, par l'organe de M. l'Evêque de Langres soa frère, de venir vous apporter lui-même les
pièces justificatives de sa conduite. Il en est temps
encore ; 8c je pense, Menteurs, que vous ne pouvez vous dispenser d'écouter ce Ministre du Roi*
dont vous avez décrété la responsabilité. Je l'avouerai cependant, Meilleurs, je ne crois
pas que M. de la Luzerne ait été entraîné par des
motifs coupables ; mais ne peut-on pas lui reprocher une négligence impardonnable en administration ? 1 Pour vous en convaincre, examinez un instant
la correspondance de M. du Chilleau avec le
Ministre de la Marine. Vous verrez l'empreflement du Gouverneur-Général à l'informer des dangers dont étoit menacée la Province confiée à sa
vigilance } vous verrez son exactitude à lui communiquer ses inquiétudes sur le sort de cette superbe contrée, qui commencoit déjà à éprouver les
horreurs d'une famine prochaine; vous verrez sa
fageflfe dans les conseils qu'il se permet de lui
z un instant
la correspondance de M. du Chilleau avec le
Ministre de la Marine. Vous verrez l'empreflement du Gouverneur-Général à l'informer des dangers dont étoit menacée la Province confiée à sa
vigilance } vous verrez son exactitude à lui communiquer ses inquiétudes sur le sort de cette superbe contrée, qui commencoit déjà à éprouver les
horreurs d'une famine prochaine; vous verrez sa
fageflfe dans les conseils qu'il se permet de lui --- Page 338 ---
~
A 4 donner pour prévenir les malheurs qu'il te cessè
d'appréhender ; vous verrez son impartialité dans
ses diverses opérations, qui tendent également au
bien général du cultivateur & du commerçant;
vous verrez sa prudence à concilier les intérêts opposés qui lui sont confiés; son courage à combatttre
le système monopoleur du sieur de Marbois (voyt\
sa lettre, cotée ) ; vous verrez sa justice qui écarte
d'un côté le monopole & l'accaparement, 5c de
l'autre, qui surveille & détruit la contrebande &
l'interlope ; vous verrez sa fermeté à faire exécuter les ordres qu'il multiplie à cet égard ; vous verrez sa loyauté, sa franchise, dans ses négociations
avec l'Intendant son collègue : elle contraste merveilleusement avec les ténèbres dont ce dernier enveloppe ses observations, accoutumé qu'il est à
tromper, à subjuguer, par des ruses inconnues,
tous ceux dont il avoit partagé précédemment
l'administration. M. du Chilleau avoit à combatre en même temps
les intentions pernicieuses de M. de Marbois, 8c
la prévention de M. de la Luzerne, qui sembloit
avoir abandonné à cet Intendant despotique les
rênes du Gouvernement de l'Isle de Saint-Domingue. Dans cette position critique, il ne cessoit d'iir- --- Page 339 ---
l' voquer les ordres du Minière ; il les attendent à
chaque instant. M. de Marbois s'étayoit, avec une sorte de
raison, du silence du Ministre, pour refuser avec
opiniâtreté de coopérer au travail de son Collégue,
commandé par les circonstnnces [ Voyez sa Lettre
cottée B. (i)] En effet, disoit cet Administrateur formaliste en
plein Conseil. Il n3efl pas possible que les nouvelles quon
débite de toutes parts sur la disette qui menacc
la France, soient véritables ; le Ministre prévoyant qui réside sur les lieux * s'empresferoix
certainement, si cela étoit> de donner des avis *
des ordres aux Administrateurs de toutes les
Colonies, pour leur preserire la marche qu'ils
auroient à tenir dans des temps de calamités ex- (i) Extrait de la Lettre de M. de Marbois , cotée B,
Je fuis fermement persuadé que, si l'exportation des
farines du Royaume , pour nos Colonies, étoit défendue } nous en serions instruits par le Ministre , & que
nos commercans eux-m6mes iroient des ports du Royau.
me , en chercher aux Etats-Unis pour nous les apporter. Je suis asfuré que le Département n'aura pas abandonné l'existence des Colonies,, sans nous avertir d'une
saesure aussi importante.
de Marbois , cotée B,
Je fuis fermement persuadé que, si l'exportation des
farines du Royaume , pour nos Colonies, étoit défendue } nous en serions instruits par le Ministre , & que
nos commercans eux-m6mes iroient des ports du Royau.
me , en chercher aux Etats-Unis pour nous les apporter. Je suis asfuré que le Département n'aura pas abandonné l'existence des Colonies,, sans nous avertir d'une
saesure aussi importante. --- Page 340 ---
traordinaires, semblables d celles dont on veut
bien nous menacer gratuitement. Le mal se faisoit déja sentir, & M. de Marbois s'obstinoit dans
son doute; la Colonie manquoit de farines, & M.
de Marbois demandoit encore un délai de huit
' jours j M. du Chilleau fut forcé de le lui accorder
( Voyez sa Lettre nO. 3 5 ). C'est à cette époque qu'il rendit la première
Ordonnance , dont l'inéficacite détermina la seconde que M. de Marbois refusa de ligner, &
dont il sollicita la cassation auprès du Ministre du
Département, qui a eu la foiblefe de se laisser
diriger par les conseils de cet homme pervers, qui 'll
a même soutenu dans ses fondions, tandis qu'il
a fait rappeller l'Administrateur vertueux auquel
la France doit la conservation de la plus précieuse
de ses possessions d'outre-mer. Totis ces faits , Meilleurs, sont avérés : ils ne
peuvent être contestés. Je remets sur le bureau, *
l'appui de ce que j'avance, l'état certifié par le Receveur des Octrois, de la situation de l isle de SaintDomingue, depuis le mois de Janvier 1789, jusqu'en Juin de la même année, époque du départ
de M. le Marquis du Chilleau : daignez y jeter un
coup-d'œil, vous vous appercevrez que l'état d iniportation des farines françoises à Saint- Domin- --- Page 341 ---
ÏO gue, pendant les six premiers mois 1788, qui
auroic dû s'élever à 75,000 barils , ne s'est élevé CIU à 3 6,770 barils,
& que l'état d'importation, pour les
six premiers mois 1785, ne s'est élevé
qua 912,6
Le rapprochement comparatif de
ces deux états vous donnera la différence de l'année 17 8 8, déjà peu abondante sur l'année 1789,& vous verrez
que le déficit de cette dernière année
est de 17,644
Arrêtez-vous ensuite un instant sur
l'importation des farines américaines, qni a eu lieu en vertu des deux Ordonnances de M. du Chilleau ; vous
connoîtrez que l'état de cette importation ne se monte, dans toutes les
parties de lifte, pendant le même
espace de six mois, qu a 27>098
Or si, après les calculs les plus
exacts, l'importation des farines françosses, pendant une donnée de six
mois, est de 36,770
Il est donc évident que l'importation des farines américaines, qui ne
s'est montée qu'à. 27,098barils, --- Page 342 ---
pendant cette même donnée, a été au dessous de
l'importation la plus modérée des farines françaises;
il est donc évident que les deux ordonnances de
M. le Marquis du Chilleau, malgré toute la faveur
accordée aux Américains, n'ont pas même atteint
le but qu'il s'étoit proposé de procurer au moins
à l'isle de Saint-Domingue la même quantité de
farines importée ordinairement dans ses Ports par
.les Négocians François.
pendant cette même donnée, a été au dessous de
l'importation la plus modérée des farines françaises;
il est donc évident que les deux ordonnances de
M. le Marquis du Chilleau, malgré toute la faveur
accordée aux Américains, n'ont pas même atteint
le but qu'il s'étoit proposé de procurer au moins
à l'isle de Saint-Domingue la même quantité de
farines importée ordinairement dans ses Ports par
.les Négocians François. Mais, Messieurs, suivez la marche de cet Administrateur impartial -, parcourez les divers articles
de son ordonnance , vous verrez que loin de vouloir priver le Négociant François de ses priviléges
exéclusifs, il cherche même à les lui conserver dans
les circonstances les plus malheureuses. Que porte le premier article de l'ordonnance du
premier Avril 17 89 ? 33 Qu'à compter du jour de l'enregistrement de
le la présente , tous les Armateurs, Propriétaires
» & Capititaines de Navires Français ou étrangers,
» actuellement dans les Pons d'Entrepôt de cette
?> colonie, pourront s'expédier pour les Ports étrangers & en rapporter des farines & biscuits, &c.
Que porte l'article 8 ? 3) Que les Règlemens concernant soit l'impor-
?» tation des articles venans de l'Etranger, antres que
« les farines &: biscuits, soit l'exportation des --- Page 343 ---
Il » denrées coloniales, seront maintenus dans toute
» leur force & vigueur ; les droits seront payés,
» ainsi que par le passe, sur tous les articles d'impor-
» tation & d'exportation, & néanmoins les Français
» ( remarquez bien ceci ), qui importeront 'des
» farines ou du biscuit, jouiront de l'exemption du
» droit d'un pour cent sur lesdits articles, & ce
» droit ne sera perçu que sur les farines & biscuits
» importés par les étrangers ». Qu'a produit ce encouragement, cette faveur
accordée au commerce françois ? Aucun secours
de sa part. Consultez , Meilleurs, à cet effet, les
états d'importation qui vous sont remis, & vous
serez convaincus de cette vérité ( i ). Cependant, nous savons que les Négocians des
ports de mer disent hautement, que si le Gouvernement avoit voulu leur accorder des primes >
ils se seroient empressés de fournir à toutes les
Colonies les farines étrangères qui sont nécessaires
à leur subsistance \ & pourquoi donc n'ont-ils pas
prosité du bénéfice de l'exemption d'un pour cent,
qui leur étoit accordée par l'article 8 , & dont
étoit grévé le Négociant Américain? (i) Dan6 le Mémoire que les Députés du commerce
viennent de remettre au Comité des six , on voit qu'il,
demandent une prime de cinq liv. par baril de farine&,
pour en procurer aux Colonies. --- Page 344 ---
M Les Négocians des ports de mer demandent des.
primes d'un côté , pour fournir à nos besoins de
première nécessité ; de l'autre , ils s'étayent de leurs
privilèges exclusifs pour s'opposer à l'introduction,
des farines étrangères dans nos ports d'Amirauté,
& nous condamner à la famine , lorsqu'il ne leur
plaît pas de fournir à notre subsistance, ou qu'ils ne
le peuvent pas.
pour en procurer aux Colonies. --- Page 344 ---
M Les Négocians des ports de mer demandent des.
primes d'un côté , pour fournir à nos besoins de
première nécessité ; de l'autre , ils s'étayent de leurs
privilèges exclusifs pour s'opposer à l'introduction,
des farines étrangères dans nos ports d'Amirauté,
& nous condamner à la famine , lorsqu'il ne leur
plaît pas de fournir à notre subsistance, ou qu'ils ne
le peuvent pas. Quelle position afFreuse , Messieurs, pour les
Colonies ! Eh quoi ! il faut que l'Etat écrasé sous
le poids de la dette nationale faffe encore des
sacrifices considérables en faveur des Négocians des
ports de mer, pour les déterminer à fournir, dans
ces circonstances, aux Colonies Françoises, les farines que la France ne peut leur porter! Quoi !
toujours des primes , toujours des privilèges exclusifs pour exciter le commerce françois ! Est-ce ainsi que des Français calculent, marchandent l'existence de leurs frères ? Quoi ! il
existeroit une loi particulière qui pourroit les condamner à la famine, parce qu'ils n'habitent pas
le même continent ! Les enfnns de la même patrie
ne.: partageronr-ils donc jamais également ses bienfait ? Non, la France ne sera jamais une marâtre. D ans le moment où les Représentans de cette
Ninon généreuse s'occupent à établir l'égalité des
états, des droits, des privilèges dans toutes les --- Page 345 ---
Provinces, ils n'oublieront point que la plus belle
de ses possessions gémit sous le joug des Loix
prohibitives; s'ils ne peuvent les abolir entièrement , ils les adouciront , ils proscriront au moins
les plus odieuses de ces Loix qui portent sûr les
objets de première nécessité ; mais, en attendant
le mur examen de cette grande question , l'AfTemblée Nationale décrétera provisoirement que l'ordonnance de M. le Marquis du Chilleau, du 17 Mai,
sera éxécutée suivant sa forme & teneur, & prorogée de sept mois, a compter du jour de son
enregistrement au Conseil supérieur de Saint-Domingue. Les Députés de cette Isle persistent à réclamer de l'Assemblée Nationale l'effet de la Motion
de l'un d'eux appuyée & remise sur le Bureau, le
Samedi soir 29 du mois d'Août dernier. P. S. Il vient de paraître, dans les Gazettes de
Saint-Domingue, l'avis suivant inséré par ordre
de l'Administration. » NOUVELLES DIVERSES, N°. LVIL » Du Mercredi iS Juillet 1789. w Avis d ADMINISTRATION. » Il sera vendu dans les magasins du Roi,
» aujourd'hui & jours suivans, des farines de pre- --- Page 346 ---
'15 » mière qualité, provenant des navires nouvelle-
» ment arrivés en ce Port, à raison de 12.0 liv.
» le baril, au détail d'un ou deux barils par personne qui se présentera munie d'un billet de
» M. le Commandant des Milices, ou de M. le
jj Procureur du Roi, qui certifiront que lesdites
» personnes sont connues & domiciliées en cette
» Ville, ou dans l'étendue de la Jurisdiction. On
» pourra se présenter tous les jours, depuis huit
» heures du mation juiqu'à l'nidi. (1) »
12.0 liv.
» le baril, au détail d'un ou deux barils par personne qui se présentera munie d'un billet de
» M. le Commandant des Milices, ou de M. le
jj Procureur du Roi, qui certifiront que lesdites
» personnes sont connues & domiciliées en cette
» Ville, ou dans l'étendue de la Jurisdiction. On
» pourra se présenter tous les jours, depuis huit
» heures du mation juiqu'à l'nidi. (1) » Pour extrait & copie sidèle de l'article ci-dessus. DE COCHEREL. Cet avis annonce une bien grande disette à
Saint-Domingue, ou un accaparement coupable de
la part du Gouvernement, qui ne peut se présumer.
La rareté des farines a sans doute obligé l'Administration à s'en emparer pour faire une distribution
égale 8c convenable. Elle en a fixé le prix à 120 liv. le baril, afin
d empêcher l'arbitraire du prix qu'auroit pu y mettre
le vendeur dans un moment où il n'y auroit pas de
concurrence. Ce prix auroit pu être porté à 3 oo liv. (1) Dans la même Gazette, on voit qu'il est arrivé au
Cap , à la même époque du 15 Juillet, trois navires François , dont deux Bordelais ; qui »'oat 1 pas porté va
baril de farine. --- Page 347 ---
A VERSAILLES,» chez BAUDOUIN, Imprimeur
de l'ASSEMBLEE NATIONALE, Avenue de Pans,
n'. 62. le baril, comme on l'a vu quelquefois, lorsqu on
n'a pas pris cette précaution. Cet avis confirme donc la disette à Saint-Domingue ; mais comment les Négocians des ports
de mer ont-ils pu insérer dans le mémoire qu'ils
ont remis au Comité des Six , chargé du rapport de la demande des Députés de Saint-Domingue , qu'ils viennent d'en recevoir des nouvelles qui y annoncent l'abondance. On a lieu de penser qu'un avis public, & avoué
par l'administration, mérite plus de croyance que
des lettres isolées , dénuées de vraisemblance ,
puisqu'il est consiant que d'une part les Navires
François n'importent ni ne peuvent importer des
farines dans les circonstances où nous sommes,
& de l'autre que les Américains en fournissent dans
ce moment une très-petite quantité aux Colonies.
On pourroit apporter, à l'appui de ce fait , une
lettre instructive de M. le Comte de la Luzerne,
au Comité des Six ; & assurément cet aveu forcé,
n'eH: pas suspeéè de la part de ce Ministre. --- Page 348 ---
td . A P R É C I S Remis par les Députés de Saint-Domingue aux
six Commissaires du Comité d'Agriculture et
de Commerce , chargés # de rendre compte à
l'ASSEMBLÉE NATIONALE de Vaffaire relative
à l'approvisionnement de cette Isle. XJ A demande des Députés de Saint-Domingue, contenue dans la motion de M. DE COCHE'REL, du 29 Août,
celle de M. le Comte DE REYNAUD , du 3 1 Août,
& la replique de M. DE CocHEREL , le tout imprimé,
annexé au présent Précis, & signé des Députés , est si
simple, si j usse , que tout éclaircissement paroîtroit superflu.
On se bornera donc aux très-courtes réflexions suivantes.
des Députés de Saint-Domingue, contenue dans la motion de M. DE COCHE'REL, du 29 Août,
celle de M. le Comte DE REYNAUD , du 3 1 Août,
& la replique de M. DE CocHEREL , le tout imprimé,
annexé au présent Précis, & signé des Députés , est si
simple, si j usse , que tout éclaircissement paroîtroit superflu.
On se bornera donc aux très-courtes réflexions suivantes. Les Commerçans de France ne portent, année commune, à Saint-Domingue, en farines, Barils, que 150,000. Ce qui fait 11,500 Barils par mois. Cette fourniture suffit à peine pour la consommation des Villes, Bourgs, & des habitans de la campagne ( 1 ). Le département du Port-au-Prince consomme , par jour , trois cents Barils, ce
qui fait pour trois mois 27,003;
Il n 'a été importé de France, dans les trois
premiers mois de cette année , au Port-auPrince , en farines, que . ' 5,526. ( i ) 11 en iaudroit en outre Barils pour les Nègres ,
ainsi qu il est prouvé dans la Motion de M. le Comte de
Reynaud , "pour l'adouçissement complet de leur sort. --- Page 349 ---
I Il en falloit donc encore pour completter Barils.
les trois mois C 'est-à-dire que les Commerçans ont laissé
manquer de farine ce département pendant
soixante-on^e jours. Il en est de même du département du Cap. Celui des Cayes est encore pins délaissé. C'est dans cette circonstance effrayante, que M. le Marquis DUCHLLLEAU , Gouverneur
général, a rendu une Ordonnance, le 3 1 Mars
dernier (1), qui permettoit jusqu'au 30 du
mois de Juin suivant, aux batimens étrangers,
l'importation des biscuits 8c farines dans les
trois Ports d'Entrepôt, en se conformant a
l'article 2 de l'Arrêt du Conseil d 'Etat, du 30 Août 17 8 4 , & par conséquent avec défense
de se charger, en retour, des denrées de la
Colonie, de manière que les Anglo-Américains
ont celle à la fin de'Mai les importations de
farines , attendu qu'ils avoient enlevé le peu de
numéraire qui restoit à la Colonie , 8c qu ils
n'avaient plus aucun moyen de se remplir du
produit de leurs farines. On a déjà observé que la consommation en
farine pour les Colons, est par mois, de 11,5 oo
Barils, ce qui fait pour trois mois ... 7- 37,500. Les approviiionnements de France en farine , loin d'augmenter, ont diminué chaque jour a (1) Ladite Ordonnance a été rcmife à MM. les Commissaires. --- Page 350 ---
$ vue d'oeil, car dans les trois mois d'Avril, Mai
& Juin, il n'en est entré dans toute la Colonie que Sans le secours des étrangers, la Colonie
auroit donc manqué de $o 168
Ce déficit a été suppléé par les farines étrangères introduites pendant lesdits trois mois,
montant à a • 27,095. La Colonie a donc efreélivement manqué,
pendant lesdits trois mois de .. , ... ,°7°.. eit-a-dire que les Habitans ont été sans pain pendant sept jours & plus. M. le Marquis DUCHILLEAU , bien convaincu alors que
sa première Ordonnance étoit nulle pour les besoins prefsans de la Colonie , en a rendu une séconde, le 27 Mai
dernier (i) , portant permission aux barimens étrangers
d'importer jusqu'au premier Odtobre prochain des farines
& biseuits dans tous les Ports d'Amirauté, & de sa
charger en denrées de la Colonie pour le montant seulement des farines qu ils y importeront.
. M. le Marquis DUCHILLEAU , bien convaincu alors que
sa première Ordonnance étoit nulle pour les besoins prefsans de la Colonie , en a rendu une séconde, le 27 Mai
dernier (i) , portant permission aux barimens étrangers
d'importer jusqu'au premier Odtobre prochain des farines
& biseuits dans tous les Ports d'Amirauté, & de sa
charger en denrées de la Colonie pour le montant seulement des farines qu ils y importeront. Par les différents États , extraits des procès - verbaux
qu'a apporté M. le MARQUIS DVCHILLEAU, la Ville du Cap & sa plaine n'avoient , à l'époque du 17 Juin , y
compris les secours de l'étranger , que pour six jours
de farines. Celle du Port-au-Prince n'en avoir à l'époque du 7
Juillet que pour onze à douve jours. . (1) Ladite Ordonnance ainsî que l'Arrêt du Conseil d'Etat
qui i l'A cassée, ont été remis à MM. les Commissaires. --- Page 351 ---
A VERSAILLES, chez BAUDOUIN , Imprimeur de
rASSEMBLÉE NATIONALE, Avenue de Paris , N°. 62. Celles des Cayes n avoit que quatre barils de farine
pour toute provinon. La Colonie n'a pu se ressentir des dispostions favorables de l'Ordonnance du 17* Mai, que dans le courant
de Juillet, & c'est le 2:3 de ce même mois, qu'un Arrêt
du Conseil d'Etat du Roi a cassé cette Ordonnance
commandée par les circonstances. Certainement ïi le Minière de la Marine avoit mis
fous les yeux du Roi les justes & instantes réclamations
qu'ont fait auprès de lui les Députés de Saint-Domingue, le Conseil de'Sa Majesté ne se seroit jamais porté
à un pareil acte de cruauté & d'inhumanité. Cet Arrêt désastreux a été mis dans les papiers publics, Se est parvenu certainement aux Etats-Unis au commencement de Septembre au plus tard , de manière qu'ils
auront cesse tout armement pour Saint-Domingue , &
que la Colonie doit éprouver toutes les horreurs de la
plus cruelle famine. MM. les Commiflfaires du Comité d'agriculture &:
de commerce ne peuvent donc trop s empresser de faire ,
le plutôt poiiible, leur rapport a l assemblée N ationale,
afin qu'elle puisse décréter le rétablissement provisoire
de ladite Ordonnance du 27 Mai dernier, en la prolongeant de sept mois, à compter du jour de sa promulgation dans la Colonie. c SignéJ LES DÉPUTÉs DE SAINT-DoMINGUE. --- Page 352 ---
PRÉCIS REMIS PAR M. LE MARQUIS DE G O U Y D'ARSY, Aux COMMISSAIRES auxquels L'AS S EMBLÉE NATIONALE a renvoyé Pexamen de
la demande faite par les Représentans
de la Colonie y pour obtenir PROVISOIREMENT la liberté de se procurer des FARINES y dont elle manque absolument. 1789. --- Page 353 --- --- Page 354 ---
A PRÉCIS REMIS PAR M. LE MARQUIS DE G O U Y D'A R S Y *
PAR M. LE MARQUIS DE G O U Y D'ARSY, Aux COMMISSAIRES auxquels L'AS S EMBLÉE NATIONALE a renvoyé Pexamen de
la demande faite par les Représentans
de la Colonie y pour obtenir PROVISOIREMENT la liberté de se procurer des FARINES y dont elle manque absolument. 1789. --- Page 353 --- --- Page 354 ---
A PRÉCIS REMIS PAR M. LE MARQUIS DE G O U Y D'A R S Y * Aux COMMISSAIRES auxquels L'ASSEMBLÉE NATIONALE a renvoyé l'examen dela demande faite par les Représentans
de la Colonie pouv obtenir PROVISOIREMENT la liberté de se procurer des FA211 NE s y dont elle manque absolumellt. LA demande saite par les Députés de SAIXT-DoMINGUE leur Requête présentée , il y a trois semaines , pour avoir provisoirement DU PAIN , est si
simple , si juste ? que les Motions imprimées de M. le
Comte DE REYSAUD , celles de M. le Chevalier DE
COCHEREL , et la Réplique verbale faite dans l'AstEMBLEE NATIONALE par M. le Marquis DE GOUY.
D ARSY , aux objections des Opposans , eussent
suffi, sans doute , pour éclairer MM. les Commissaires..
Cependant, le provisoire demandé est d'une telle importance pour le salut de la Colonie , que l'un de ses
Représentons croit devoir en rappeler l'evidence à
MESSIEURS du Comité , par les observations suivantes : --- Page 355 ---
QuELS sont les besoins de SaintrDommgue ? QUELLE est sa consommation annuelle? QUELLES importations en Farine a-t-elle reçu cette
année ? QUEL est Pétat actuel de ses magauns ? DE courtes réponses à ces quatre Questions ne doivent pas laisser le moindre doute sur la position de
la Colonie. PREMIÈRE QUESTION. Qjiels sont les besoins de Saint-Domingue ? LE vœu de la Colonie est ; . depuis long-temps ,
d'adoucir le sort des Nègres , en les faisant participer
à une nourriture saine et fortifiante , que le haut prix
des Farines Françaises nous a empêché de leur donne t'
jusqu'ici. Il est douteux que nous puissions bientôt
voir s'accomplir entièrement les desirs de notre humanité; mais , au moins, est-il indispensable que nous
prémunissions une bonne fois nos ateliers contre le s
horreurs de la sécheresse et du besoin. Le seul mo y en
d'y parvenir serait de se procurer, chaque année , UN
Baril de Farine par tête de Nègres , ce qui porterait
ce seul article d'importation à près de 400
BARILS. Si l'on ajoutait à cette consommation celle qui se
fait annuellement sur la table des Blancs 1 il nous
saudrait encore 150 MILLE Barils. --- Page 356 ---
A 3 D'où résulte que les besoins de Saint-Domingue r
supposée dans une abondance désirable , s'éléveroient
G. 660 MILLE Barils de Farines par année. SECONDE QUESTION. Quelle est la Consommation actuelle ? DES relevés faits avec exactitude dans les Bureaux
de la Manne , ont démontré évidemment que le Commerce de France ne porte , année commune , à SaintDomingue , que 150 MILLE Barils de Farine. Cette
quantité 11 est bien juste que celle qui est indispensablement nécessaire à la consommation particulière des
Blancs , et des Hôpitaux qu'ils entretiennent.
G. 660 MILLE Barils de Farines par année. SECONDE QUESTION. Quelle est la Consommation actuelle ? DES relevés faits avec exactitude dans les Bureaux
de la Manne , ont démontré évidemment que le Commerce de France ne porte , année commune , à SaintDomingue , que 150 MILLE Barils de Farine. Cette
quantité 11 est bien juste que celle qui est indispensablement nécessaire à la consommation particulière des
Blancs , et des Hôpitaux qu'ils entretiennent. » D'où résulte que la consommation annuelle s'élève
actuellement à 11, .)00 Barils par mois , ou à 37,500
Barils par TRIMESTRE. TROISIEME QUESTION. Quelles importations en Farine la Colonie
a-t-elle reçu cette année ? LES désastres qu'éprouva en France la récolte de
l'année dernière n'avaient pas permis au Commerce de
porter beaucoup de Farines à Saint-Dom'ngue , & l'on
avait été loin de pouvoirsaire des emmagasinemens dans
les six derniers mois de l'année 1788 : on avivait donc
au jour le jour, et déjà les trois premiers mois de 1789
se passèrent dans des anxiétés douloureuses. --- Page 357 ---
A l'époque du 3i Mars, Saint-Domingue se trouvant
dans le plus pressant besoin , M. le Marquisis DU
CHILLEAU , en se conformant à l'Arrêt du Conseil du
3o Août 1784, rendit une Ordonnance qui ouvroit, pour
trois mois, aux Biscuits et Farines étrangères, les
TROIS PORTS D'FNTRFPÔT , avec défenses aux Armateurs étrangers de se charger, en retour , des denrées
coloniales. LORSQUE cette Ordonnance fut promulguée, le 7
Avril, nous étions déjà dans une disette effrayante : nos
Magasins étoient vuides , et nos besoins urgens. 0 R , pour satisfaire à ces besoins urgens pendant les
trois mois d'Avril, Mai & Juin, il fallait encore 37,503
barils de Farine. EH BIEN , Messieurs , le Commerce de France noua
en a apporté 7,332, c'est-à-dire, la cinquième partie de
ce qu'il nous fallait. Quelle eût été l'horreur de notre
position, si les ETATS-UNIS ne fussent venus à notre
secours ? Ils nous apportèrent, dans ce même trimestre 1
37,098 barils ; de manière qu'avec ce secours, la Colonie en reçut en tout 34)430 j mais il lui en fallait
37,5oo. D'ou résulte d'abord, qu'il nous a m dv qui 3,0^0
Barils f c'est-à-dire que l'on a été SEPT JOURS SANS
PAI HT f ou que l'on a été réduit à la dure extrémité
de réduire Us rations d'un quart pendant le demie,.
mois. --- Page 358 ---
a. Si nous considérons la consommation particulière
de la partie du Port-au-Prince, nous reconnaîtrons , par
les états authentiques apportés par le Gouverneur, et
par les Procès-verbaux qui sont entre les mains du Ministre, que cette consommation s'élève, par jour, à 3oo
Barils de Farine ; ce qui équivaut à g, ooo barils par
mois, ou à 54,ooo barils par sémestre.
mois. --- Page 358 ---
a. Si nous considérons la consommation particulière
de la partie du Port-au-Prince, nous reconnaîtrons , par
les états authentiques apportés par le Gouverneur, et
par les Procès-verbaux qui sont entre les mains du Ministre, que cette consommation s'élève, par jour, à 3oo
Barils de Farine ; ce qui équivaut à g, ooo barils par
mois, ou à 54,ooo barils par sémestre. En BIEN, Messieurs, le Commerce de France qui }
au lieu de 54,ooo barils de Farine , ne nous en avait
fourni que 36,770 pendant les six premiers mois 17881
ne nous en a apporté, pendant les six premiers mois
J789, que 9,126, c'est-à-dire, le QUART de ce que nous
avions reçu l'année dernière, et le SIxIÈME de ce dont
mous avions strictement besoin. L E Département du CAP n'a pas été mieux traité, et
telui des CAYES est encore plus délaissé. D ou résulte , en second lieu , que les Commercans Français ont laissé manquer absolument la Colonie
pendant cinq mois entiers. QUATRIÈME QUESTION. QUEL est l état actuel des Magasins de la
Colonie PAR les différens états légalisés , apportés par M. le
Marquis Du CHILLEAU 3 (et remis par lui au Ministre ,
IL CONSTE : --- Page 359 ---
1O. Que la partie du PORT-AU-PRINCE n'avait plus,
au 7 Juillet dernier , en Farines , tant Françaises qu'Etrangères , que pour ONZE J OURS de subsistance. 2°. QUE la partie du CAP n'avoit plus, au 17 de Juin ,
que pour six JOURS de subsistance. 30. QUE la partie des CA YES n'avait plus, au premier Juillet, que QUATRE BARILS de Farine, en tout. D'ou résulte , sans réplique, 10. que le Commerce
de France n'a pas , à beaucoup près, alimenté la Colonie
de ses plus stricts besoins; 2°. que les secours
étrangers, appelés , par l'Ordonnancedu O1 Mars 1789 ,
ont été eux-mêmes IN suffi sans pour notre consom.
mation ordinaire. CES quatre conclusions, et la dernière sur-tout , deviennent un argument irrésistible en faveur de notre
demande. EN EFFET, puisqu'il est démontré que le Commerce
Français nous a laissés dans le plus triste de tous les
embarras , puisqu'il est démontré que le secours des
Etrangers a été au-dessous de nos besoins , il faut en
chercher la raison, et nous la trouverons naturellement
dans la contexture de l'Ordonnance rendue le 3i Mars
1789, par le Gouverneur de Saint-Domingue. Aux termes de l'Arrêt du Conseil, du mois d Août
1784 , elle n'ouvrait aux Etrangers que trois Ports d'entrepôt , & elle leur PROHIBAIT d'emporter en échange --- Page 360 ---
des denrées coloniales ; il n'en salloit pas davantage pour
éloigner les Anglo-Américains. 1°. PARCE QUE , forcés de n'entrer que dans trois
Ports désignés , ils se trouvent exposés aux Loix que
leur imposent les Commerçans Monopoleurs de ces trois
Ports , ce qui , en diminuant leurs bénéfices , enchérit
la denrée pour les Habitans.
d'entrepôt , & elle leur PROHIBAIT d'emporter en échange --- Page 360 ---
des denrées coloniales ; il n'en salloit pas davantage pour
éloigner les Anglo-Américains. 1°. PARCE QUE , forcés de n'entrer que dans trois
Ports désignés , ils se trouvent exposés aux Loix que
leur imposent les Commerçans Monopoleurs de ces trois
Ports , ce qui , en diminuant leurs bénéfices , enchérit
la denrée pour les Habitans. 2,°. PARCE QUE , réduits à ne charger que des TATFIAS, et des SIROPS, dont nous manquons, & àne donner
aucune des denrées coloniales que nous avons, ils sont
obligés de recevoir le prix de leur cargaison en ARGENT,
ce qui, en diminuant considérablement les prosits de
leur commerce , dépouille absolument la Colonie d'un
NUMERAIRE dont elle est malheureusement privée ,
& dont elle ne peut plus se passer , sans voir s'élever
le prix des denrées & des objets provenans des Manu-*
factures, à un taux ruineux pour le Colon. LE mal une sois connu, le remède n'était pas difficile
à trouver. Le seul qu'on put opposer aux inconvénient
énoncés, était , sans contredit, 1°. d'ouvrir aux Etrangers tous les Ports d'Amirauté 5 2°. de leur permettre
de charger en retour des sucres & des casés. C'EST le parti qu'a pris en effet le Gouverneur Général, lorsqu'effrayé de la position vraiment alarmante
de Saint-Domingue , il a rendu, le 27 Mai, une Ordonnance dont la sagesse & l'urgence ne peuvent être contestées , & dont, AVEC MODÉRATION, il a sixé les limite.
au premier Octobre prochain.. --- Page 361 ---
L'EXPÉRIENCE ti prouvé combien cette Ordonnance
du 27 Mai était nécessaire, puisque la disette a continué
j'us qu'à l'époque où cette Ordonnance , parvenue à la
connaissance des ETATS-UNIS , a pu déterminer, dans
les Ports de cette Puissance , des armemens qui n'ont
dû arriver au plutôt à Saint-Domingue que dans les premiers jours de Juillet , époque du départ de M. DU
CHIL&EAU. ON pouvait donc espérer alors de voir reparaître
l'abondance si long-temps desirée , lorsque , le 23 du
même mois de Juillet , le Ministre de la Marine a eu
l'horrible procédé de casser cette Ordonnance , dans
son cabinet, par un Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, que
le Roi, peut-être , n'avait jamais lu ; que bien certainement au moins SA MAJESTÉ n'avait point rendu sur un
rapport impartial discuté avec les Députés de la Colonie ,
puisqu'ils n'en ont eu aucune connoissance. . CETTE Ordonnance meurtrière a été mise dans tous
les papiers publics , envoyée en grand nombre dans tous
les Poils 5 & elle a dû parvenir dans les Ports AngloAméricains , dès les premièrs jours de Septembre. Ainsi ,
dès cette époque , leurs armemens ont dù cesser; ainsi
va s'éloigner Ù. jamais d'une terre qui la repousse , une
Nation que la Providence semblait avoir placé près de
nous pour conserver notre existence , & à laquelle nous
aurions dfl notre salut, si un Ministre , à 2000 lieues
d'elle , n'avait eu la barbarie de prononcer froidement
sa ruiné, sa détresse, son désespoir.
les premièrs jours de Septembre. Ainsi ,
dès cette époque , leurs armemens ont dù cesser; ainsi
va s'éloigner Ù. jamais d'une terre qui la repousse , une
Nation que la Providence semblait avoir placé près de
nous pour conserver notre existence , & à laquelle nous
aurions dfl notre salut, si un Ministre , à 2000 lieues
d'elle , n'avait eu la barbarie de prononcer froidement
sa ruiné, sa détresse, son désespoir. T dans -cette position accablante } que des Ci- --- Page 362 ---
toyens Français 1 que des Citoyens utiles 1 sans doute,
représentent à l'ASSEMBLiE NATIONALE , dont ils ont
l'honneur de faire partie; QUE leur consommation desirable étant de 55o mille
Barils de Farine ; QUE leurs besoins annuels étant au moins de 150
mille Barils; Que leurs importations , cette année, ne s'étant
élevées , de la part de la France, qu'à un quart de
cette valeur; QUE les importations étrangères n'ayant pu égaler
leurs besoins , par la gêne dont elles embarassaient
le Commerce. IL EST absolument indispensable de consacrer sans
délai le rétablissement provisoire de l'Ordonnance du
27 Mai , par le DECRET suivant : « L'ASSEMBLÉE NATIONALE , instruite que le Comt) merce de France n'a pu fournir depuis plusieurs mois
» à la Province de SAINT-DOMINGUE , la quantité de
» Farines nécessaires à sa subsistance ; & considérant
» que l'Ordonnance rendue le 31 Mars 1789, parles
» Administrateurs de la Colonie, est insusfisante pour
» attirer les Commerçans étrangers dans les Ports de
» cette Isle , a DÉCRÉTÉ & DÉCRÈTE que l'Ordon-
» quis rendue , le 27 Mai dernier , par le sieur Mar-
» quis DU CHILLEAU } sera provisoirement rétablie f & --- Page 363 ---
ia A VERSAILLES . chez BAUDOUIN, Imprimeur f
L'ASSEMBLÉS NATIONALE , Avenue de Paris, No. 610 ) maintenue suivant sa forme & teneur , pendant sept
» mois seulement , à compter du jour où le présent
» DECRET aura été promulgué dans la Colonie ». --- Page 364 ---
U° MOTION DEM. DE COCHEREL, \ DÉ JP UT É de Saint-Dominguej à l'Assemblée
Nationale. SÉANCE du 10 Octobre 1789, N o M MÎÉ s par vous 3 MESSIEURS 3 mardi dernier3
pour accompagner SA MAJESTÉ à Paris3 M. DE GOUY
. et moi sommes partis de Versailles avant les voitures
du ROI : arrêtés un instant à Sèves 3 notre voiture
a été aussi-tôt entourée par un grand nombre dé particuliers 5 un d'eux m'a adressé la parole 3 m'a demandé
si je n'étais pas un Député 3 si je n'étais pas M. DE
VIRIEU : M. DE GOUY lui ayant répondu- que non.,
plusieurs d'entre eux ont aussi-tôt élevé la voix et
lui ont dit qu'ils le connaissaient parfaitement bien ^ --- Page 365 ---
( 2 ) qu'il était, lui j M. DE Gour J un bon Député ; M. DE GOUY ayant demandé à l'Orateur le motif de
sa question > il a répondu que son dessein était de
massacrer M. DE VIRIEU qu'il ne périrait que de
sa main; il a ajouté qu'il ne serait pas le seul ; qu'il
existait une liste nombreuse des proscrits de l'Assemblée Nationale. M. DE GOUY a été interpellé , par ce particulier,.
de dire mon nom 3 ce qu'il a fait ; ensuite nous avon&
continué notre route.
DE GOUY ayant demandé à l'Orateur le motif de
sa question > il a répondu que son dessein était de
massacrer M. DE VIRIEU qu'il ne périrait que de
sa main; il a ajouté qu'il ne serait pas le seul ; qu'il
existait une liste nombreuse des proscrits de l'Assemblée Nationale. M. DE GOUY a été interpellé , par ce particulier,.
de dire mon nom 3 ce qu'il a fait ; ensuite nous avon&
continué notre route. CE fait , MESSIEURS J n'intéresse pas seulement
l'honorable Membre que je viens de nommer ; il attaque directement la sûreté de l'Assemblée Nationale,
et la liberté de ses délibérations. Vous ne pouvez
laisser subsister cette liste de proscription, je vous le
dis , MESSIEURS , avec le courage que doit montrer
un Représentant de la Nation , dussé - je augmenter
le nombre des proscrits. Quoi ! existerait-il parmi des Français un autre
CATILINA , qui désignerait ici ses victimes ^ qui
vouerait, à une mort infâme* ceux parmi nous qui., fidèles à leurs sermens 3 auraient la noble fermeté de déve- --- Page 366 ---
( 3 ) lopper leurs sentimens, et de parler le langage de leurs
cœurs ? Si malheureusement le courage des Représentans
de la Nation se laissait abattre par des menaces criminelles J pourriez-vous 3 MESSIEURS J compter dorénavant sur la sagesse de vos Décrets qui ne seraient
diçtés que par la crainte. JE crois donc,, MESSIEURS, qu'il est urgent de
prendre en considération la déclaration que je viens
de vous faire, et de délibérer3 sans délai, sur de
nouvelles mesures y tendantes à assurer la liberté de
vos opinions. NOTA. M. DE MALOUET a appuyé avec énergie la
Motion de M. DE COCHEREL; il a témoigné des inquiétudes sur la liberté de l'Assemblée Nationale & sur la
sûreté de ses Membres : il a demandé qu'on délibérât &
qu'on rendît un Décret à cet égard. M. le Comte DE MIRABEAU a répondu que ce
Décret existait déjà; (lui-même l'avait provoqué);
mais il a prétendu que ce Décret ne devait porter
/ que sur la sûreté relative aux affaires contentieuses : --- Page 367 ---
(4) A Paris, chez. CLOUSIER, Imprimeur du ROI,
rue de Sorbonne. d'où, malheureusement, il serait possible de conclure,
(a dit M. DE COCKEREL), que ce Décret d'inviolabilité ne serait qu'un Décret d 'insolvabilité, ce qui est
assurément contre l'intention du premier moteur de ce
Décret ; ce qui blesserait infiniment la dignité de
l'Assemblée Nationale. --- Page 368 ---
[texte_manquant] A SITUATION ACTUELLE DES COLONIES FRANÇOISES; MALHEURS QUI LES MENACENT; NÉCESSITÉ D'UNE NOUVELLE ADMINISTRATION; COMMENTAIRE de la Lettre de l'Ambassadeur
d'Angleterre „ adressée à M. le Comte de
Montmorin Ministre des Affaires Etrangères >
pour être communiquée à l'Assemblée Nationale. PAR LE COMTE DE F S Paris, ce 6 Août 1789. T J-JES troubles qui agitent la France , ne
vont-ils pas se manifester dans les Colonies ,
& la violente secousse qui vient d'ébranler le
Royaume, ne produira-t-elle pas un mouvement reg^nératif parmi des François qui j
quoique transplantés au-delà des mers , ont
toujours les yeux sur leur Patrie? Et dans ce
moment où la France va se donner une Constitution nouvelle, qui doit affurer le bonheur
F S Paris, ce 6 Août 1789. T J-JES troubles qui agitent la France , ne
vont-ils pas se manifester dans les Colonies ,
& la violente secousse qui vient d'ébranler le
Royaume, ne produira-t-elle pas un mouvement reg^nératif parmi des François qui j
quoique transplantés au-delà des mers , ont
toujours les yeux sur leur Patrie? Et dans ce
moment où la France va se donner une Constitution nouvelle, qui doit affurer le bonheur --- Page 369 ---
( * y & la liberté de tous les Citoyens, les Colons
ne partageront-ils pas les impressions de leurs
Compatriotes, & n'en seront-ils pas les fidèles
imitateurs ? Si le despotisme affreux qui abllsoit de l'autorité Royale, a dû finir par révolter tous les esprits & porter le désespoir
dans tous les cœurs ; si l'indignation publique,
parvenue à l'on comble, a dû vouer au dernier supplice les objets de son exécration ,
n'est-ce pas dans un instant aussi décisif que
l'autorité qui préside aux Colonies devoit éloigner tout spectacle de rigueur , ou ne se montrer que sous les formes de la bienfaisance, &
ceux qui oppriment les Colons ne doivent-ils
pas redouter que la fureur armée ne leur fasse
boire jusques à la lie le calice de leurs injustices ? ' Les Colonies avoient envoyé des Députés
aux Etats-Généraux. Accueillis avec bienveillance dans l'Assemblée Nationale , ils réclament une nouvelle forme d'Administration ;
ils dénoncent les abus de celle qui existe , &
désignent les moyens de parer aux inconvénients qui les ont forcés à se plaindre. Loin
de commencer par les satisfaire, en souserivant aux préliminaires de leurs demandes, le --- Page 370 ---
( 3 ) A 2 Minifière se refuse au rappel d'un Intendant
proscrit par toute la Colonie, à cause de ses
vexations ; &, un Gouverneur qu'elle aime
& considère au point de vouloir lui ériger une
Statue, se voit rappeller par cela seul qu'il a
voulu enrichir un canton de l'isle de SaintDomingue , en ordonnant les moyens de produire l'abondance dans un lieu presqu'abandonne. Sont-ce là les moyens que la Métropole
veut employer pour se conserver les Colonies;
& ces Colons, qui attendent tout du succès
de la Députation qu'ils ont envoyée, ne
doivent-ils savoir que des nouvelles désastreuses par ceux qui ne devoient leur en apprendre que de consolation & de paix. Ce dernier coup d'autorité éprouvera sans
doute quelque résistance, & le Gouverneur
parti pour remplacer M. du Chilleau, ne sera
peut-être pas à l'abri du mécontentement des
Colons qui, instruits du malheur qui les menace > s'armeront pour conserver un Chef
qui ne s'occupoit que de leur bien être. Cette première effervescence n'en reliera
pas-là, Des esprits échauffés par les relations
de tout ce qui s'est passé en France, se por- --- Page 371 ---
( 4 ) teront peu à peu à rinsubordination & à la.
licence; les Nègres apprenant, par les Agens'
de la Société des Amis des Noirs, qu'il existe
beaucoup de partisans de leur liberté, supporteront moins patiemment le joug qui leur
est imposé : de-là une crise d'autant plus dangereuse qu'elle n'auroit pas été prévue, & la
fermentation devenant générale, peut également contribuer au malheur & à la perte des
Colonies.
---
( 4 ) teront peu à peu à rinsubordination & à la.
licence; les Nègres apprenant, par les Agens'
de la Société des Amis des Noirs, qu'il existe
beaucoup de partisans de leur liberté, supporteront moins patiemment le joug qui leur
est imposé : de-là une crise d'autant plus dangereuse qu'elle n'auroit pas été prévue, & la
fermentation devenant générale, peut également contribuer au malheur & à la perte des
Colonies. Les Députés ont fait connoître toutes leurs
craintes à ce sujet, envain ont-ils représenté
que les Anglois, toujours aux affiîts, ne laisseront pas échapper l'occalion de s'en emparer,
ou de semer, s'il est possible , la discorde entre
elles & la Métropole, leurs représèntations
ont été regardées comme inutiles, depuis que
l'Ambassadeur d'Angleterre a prié M. le Comte
de Montmorin de communiquer à l'Assemblée
Nationale une lettre qu'il a écrit à ce Ministre. Les François sont naturellement si confians
que les protestations d'amitié faites par cet
Ambassadeur au nom du Roi &r de sa Nation , ont presque paru suffisantes pour éloigner tout soupçon sur leur sincérité ; ainsi les
Anglois n'ont point de vaisseaux armés pour --- Page 372 ---
( 5 ) A 3 nous surprendre, mais pour croiser dans la
mer Baltique. Il est ablolument faux qu'ils
ayent. fait distribuer de l'argent pour susciter
des troubles parmi nous., & vingt-quatre millions que M. Pitt s'est réservé pour n'en rendre
compte qu'après en avoir fait l'emploi , ont
été dessinés sans doute à combler notre déficit.
Bien loin que l'Angleterre cherche à profiter
de la position malheureuse de nos Finances &
de la fermentation desastreuse qui a lieu dans
tout le Royaume, où nous n'avons presque
plus de troupes réglées dans nos Villes de
guerres, ni de vaisseaux prêts à sbrtir de nos
ports, les Anglois * en bons voisins, se sont
refusés à seconder un complot qui devoit remettre entre leurs mains le premier port &:
les deux tiers de la marine Françoise. Oh ! la
chose est sûre, les Anglois sont nos véritables *
amis, &: nous seuls sommes les ennemis de
la Patrie. Malheureusement aujourd'hui les hommes
ne sont pas déshonorés lorsque la politique
est la cause de leurs mensonges. Politique !
terme odieux à tous les bons Citoyens, nous
ne sommes plus votre dupe. Rappelons-nous
que l'Ambassadeur d'Angleterre donnoit, au --- Page 373 ---
( 6 ) moment de la guerre de 175 des fêtes magnifiques à Paris, lorsque les Anglois s'eluparoient de nos vaisseaux & foudroyoient nosColonies ; n'oublions pas non plus, car il ne
faut nous aveugler sur nous-mêmes, que notre
Ambassadeur à Londres assuroit sa Majesté
Britannique &: promettoit à ses Minières que
le Roi de France ne prendrait aucune part à
la guerre des Insurgents , alors même que les
Fr ançois leur donnoient de puissans secours.
Tenons donc les paroles & les lettres des Ambailadeurs pour ce qu'elles valent en matière
politique , contentons-nous d'y ajouter nos
réflexions.
ne
faut nous aveugler sur nous-mêmes, que notre
Ambassadeur à Londres assuroit sa Majesté
Britannique &: promettoit à ses Minières que
le Roi de France ne prendrait aucune part à
la guerre des Insurgents , alors même que les
Fr ançois leur donnoient de puissans secours.
Tenons donc les paroles & les lettres des Ambailadeurs pour ce qu'elles valent en matière
politique , contentons-nous d'y ajouter nos
réflexions. L'Ambassadeur d'Angleterre dÍt, dans sa
lettre à M. le Comte de Montmorin, lui avoir
revele.le complot affreux qui devoit livrer le
port de Brest aux Anglois. Voyons, d'après son exposé, s'il est possible
que cette proposition eût été bien conséquente.
Les personnes qui offroient de mettre en la
possession de l'Angleterre un port aussï confidérable, dont les avenues sont si bien gardées, les arsenaux a l'abri de toute surprise,
devoient sans doute détailler les moyens qui
pouvoient en assurer le succès, puisqu'elles --- Page 374 ---
( 7 ) .» A 4 demandoient des secours & même un asyle en
cas de mal-adreiïe. Cependant l'Ambassadeur
dit qu'il n'a pu découvrir ceux qui lui ont
fait part de ce projet. Si on l'en a instruit verbalement , il pouvoit donc les connoître, &
les désigner au Ministre lorsqu'il lui a dénoncé
ce complot. Si enfin on lui en a donné le plan
en gardant l'anonyme, ce n'étoit pas dans
des conversations qu'il devoit en instruire M.
le Comte de Montmorin, mais en lui remettant une copie de l'expôsé qu'on lui avoit
adressé; alors le Ministre des Affaires Etrangères n'auroit pas fait des recherches infructueuses , parce que leF perlonnes qui donnoient les moyens de surprendre Brest désignoient sans doute ceux qui étoient en leur
pouvoir, il eût donc été facile de connoître
les traîtres de s'en affurer. Quoique l'Amjbaffadeur ajoute qu'il s'est empressé à mettre
le Roi & lès Ministres sur leurs gardes, il est
probable qu'il aura commencé par instruire
sa Cour avant M. le Comte de Montmorin ;
& si véritablement ce complot n'est pas une f
supposition politique, il aura peut-être été
proposé d'une manière si .hazardeufe, que le
Ministère Anglois en ayant appercu l'impossi- --- Page 375 ---
( 8 ) bilité, aura cru trouver l'occasion de se faire
un mérite auprès du nôtre, en ajoutant qu'il a
frémi d'horreur au seul afped de cette propofition ; mais il est très-croyable que si ce projet
eut été annoncé de manière à rendre le succès
infaillible, Brest ne seroit plus entre nos mains.
Eh ! qu'importe à l'Angleterre qu'il y ait des
traîtres en France ? Mais il importe à Londres
d'être plus puissante que Paris. Dans tous les cas, l'Ambassadeur d'Angleterre n'auroit pas dû se justifier auprès de
l'Assemblée Nationale, en disant, sur des rapports futiles &r frivoles, que les traîtres sont
parmi nous, & que les Français sont les seuls
ennemis de leur Nation. En un mot, les Anglois ne perdent pas de
vue notre position, & encore moins celle de
nos Colonie ; ils attendent que l'étincelle qui
commence de luire devienne un incendie
des personnes apostées vont préparer les esprits ; il est par-tout des gens qui n'ont rien à
perdre, Se il en est qui se sont déjà chargés
de fomenter une révolution dans les Colonies.
les traîtres sont
parmi nous, & que les Français sont les seuls
ennemis de leur Nation. En un mot, les Anglois ne perdent pas de
vue notre position, & encore moins celle de
nos Colonie ; ils attendent que l'étincelle qui
commence de luire devienne un incendie
des personnes apostées vont préparer les esprits ; il est par-tout des gens qui n'ont rien à
perdre, Se il en est qui se sont déjà chargés
de fomenter une révolution dans les Colonies. Le mécontentement qui se manifestera tous
les jours davantage , devroit engager le Gouvernement à ramener les esprits, si le Roi ne --- Page 376 ---
() se rend pas aux pressàntes sollicitations des
Députés de Saint-Domingue qui lui ont demandé que M. le Comte du Chilleau soit
maintenu dans son Gouvernement *, si enfin sa
Majeslé écoute encore les Conseils qui ont
causé son rappel, il est à craindre que le désordre le plus affreux ne bouleverse la Colonie. M. le Comte de la Luzerne est trop éclairé
pour ne pas prévoir qu'il auroit à se reprocher des malheurs, causés d'autant plus injustement que ce Général n'a été disgracié que
pour avoir voulu , par une Ordonnance qui
a préservé de la famine une Colonie entière,
afsurer l'avantage d'une partie de lisle j qui
languissoit par l'inculture & la misère. L'Intendant de Saint-Domingue ne doit-il
pas frémir en apprenant le sort des Comptables. Les Colons , éclairés Çur leurs véritables
intérêts, instruits de ce qui vient de se passer
en France , ne pourroient-ils pas se venger
de leurs oppresseurs, lorsqu'ils sauront que
les troupes Françoises n'aiguisent plus leurs
armes pour égorger leurs Compatriotes ; &r,
n'ayant plus à redouter l'arrivée meurtrière
d'une escadre despotique , peut-être feront-ils
ob fer ver à M. Peinier qu'il seroit aussi dange- --- Page 377 ---
( 10 ) reux de vouloir remplacer, à Saint-Domingue,
un Gouverneur chéri de toute la Colonie,
qu'il r étoit en France de succéder à un Minière adoré de la Nation. Il est à présumer que la régénération qui
s'opère en France procurera aux Colons les
mêmes avantages, c'est du moins le cas de
les leur accorder ; & si enfin il étoit prouvé
que les Colonies sont à charge à la Métropole,
c'en: le moment de les livrer à elles-mêmes, la
France ne sauroit perdre au nouveau régime
qu'elles voudroient adopter , les Colons se
feroient des Alliés, & nous serions les premiers qui aurions naturellement cet avantage
par le mélange de leurs familles avec les
nôtres. Lei Commerce rapprochant les distances , leurs besoins rendroient nécessaires
les échanges de leurs productions avec celles
du Royaume; la même exportation fourniroit toujours un débouché à nos Manufactures ;
notre climat & les plaisirs de nos Villes attireroient toujours en France des Habitans qui
viendront y verser leurs richesses ; l'Amérique entière seroit habitée par nos frères
& nos Alliés ; nous les protégerions & ils
nous défendroient > nous attaquerions leurs
. Lei Commerce rapprochant les distances , leurs besoins rendroient nécessaires
les échanges de leurs productions avec celles
du Royaume; la même exportation fourniroit toujours un débouché à nos Manufactures ;
notre climat & les plaisirs de nos Villes attireroient toujours en France des Habitans qui
viendront y verser leurs richesses ; l'Amérique entière seroit habitée par nos frères
& nos Alliés ; nous les protégerions & ils
nous défendroient > nous attaquerions leurs --- Page 378 ---
( II ) ennemis, & ils combattroient les nôtres. Les Députés, organes sincères de ceux qui
les ont envoyés, seroient les Plénipotentiaires
qui régleroient avec le Roi l'Assemblée
Nationale, les articles du traité qui affureroit
le bonheur & la liberté des Colonies. Voilà sans doute l'heureux moment où elles
se font gloire d'être Francoises ; comme nous,
elles vont connoître tout le prix d'une Administration sage & modérée ; comme nous,
elles vont jouir des charmes de la Liberté. Paroiflez , Etendard glorieux , qui avez
triomphé du despotisme ! Puissent les regards
de tous ceux qui les fixent sur vous ne jamais
s'en écarter, & qu'on y lise ces mots gravés
dans tous les coeurs : le Peuple François efi un
Peuple libre / --- Page 379 --- --- Page 380 ---
A PRECIS POUR la Demoiselle MARIE THouzÉ, veuve du Sieur
Antoine Aubry 3 vivant Me. en Chirurgie au Grand
Goave, Habitante audit lieu, tant en son nom personnel, coin m-- commune en biens , que comme Tutrice
de ùs Ensans mineurs ; LE Sieur JACQUES-FRANÇOIS AUBRY, fils majeur, aussi
Habitant au même lillu; LE Sieur VALLÉE DES SAUNERIES, Habitant au même
quartier, au nom fié comme Mari & maître des droits
de Demoiselle Marie - Rose Aubry, son Épouse ; LE Sieur LARROCAUD , aussi Habitant au même endroit,
au nom & comme Mari & maître des droits de DemoisJle Marie-Magdeleine Aubry, son Épouse ; LE même Sieur LARROCAUD , au nom & comme Curateur élu à l'absence du Sieur Jean-Antoine Aubry, fils aîné;
ET enfin Me COLLINET , Notaire du Roi en la Juridiction du Port-au-Prince, en résidence à Léogane, également Habitant au Grand Goave^ au nom & comme
Subrogé-Tuteur desdits Mineurs Aubry; TOUS INTIMÉS ET ANTICIPANS; CONTRE le Sieur CL AUDE - EU S EBE 1 NOMBRET ,
Chirurgien-Major des Milices, & Habitant au même lieu
du Grand Goave, tant en son nom pcrfonnel, que comme
Mari 6, maître des droits & allions de Demoiselle MarieMarguerite Aubry , son Épouse ; APPELANT de Sentence
rendue sur appointement en la S.néchaujfe Royale du Petit
Goave, le 17 Mars dernier 3 6, ANTICIPE. QUESTION COLONI.ALE.
RE le Sieur CL AUDE - EU S EBE 1 NOMBRET ,
Chirurgien-Major des Milices, & Habitant au même lieu
du Grand Goave, tant en son nom pcrfonnel, que comme
Mari 6, maître des droits & allions de Demoiselle MarieMarguerite Aubry , son Épouse ; APPELANT de Sentence
rendue sur appointement en la S.néchaujfe Royale du Petit
Goave, le 17 Mars dernier 3 6, ANTICIPE. QUESTION COLONI.ALE. QU'IL est & qu'il doit être douloureux pour un père &
pour une mère d'avoir à plaider contre ses enfans, & de --- Page 381 ---
r a 1 voir, sur le bord de leur tombe, ces mêmes enfans scan.
daliser le Public par des scènes d'un intérêt sordide & mal
fondé! Le Sieur Aubry père en est mort de douleur, &
la mère qui lui survit baigne ses vieux jours de larmes
amères, qu'un gendre ingrat & vilement intéressé lui
fait répandre avec profusion. Le tendre attachement de
tous ses autres enfans ne peut même adoucir un chagrin
aussi peu mérité qui consume ses jours. Après ayoir fait
tout pour faire avorter ce procès, elle auroit voulu, au
moins , qu 'il fût déddé dans le plus grand sccrct mais
l'indiscrétion du Sieur Nombret, mais son peu de pudeur
à répandre des bruits injurieux sur ce qu'il ose appçfer.
l'injuflice de la mère & de la famille de son épouse, a
décidé la Dame Aubry à rendre le Public, comme ses
Juges, témoin de son innocence, & de toute la tendresse
qu'elle ne cessera d'avoir pour ses enfans. Le Sieur Nombret l'y force, elle s'y détermine, & elle entre en matière. FAITS ET PROCÉDURE. LA Dame Aubry est mère de dix enfans. Feu son
mari étoit un de ces hommes laborieux qui, par leur intelligence & leur industrie infatigable , soutiennent l'éclat
de cette Colonie. Il étoit un de ces pères respectables
qui ne travaillent que pour leur famille. Après avoir parcouru honorablement la carrière d'une profession vraiment
utile, il crut ne pouvoir mieux couronner la fin de sa
vie, qu'en se plaçant au nombre de ces nobles laboureurs , qui forment avec raison la première classe des ci- --- Page 382 ---
[ 3 ] toyens des Iles. Cest dans les Colonies qu'on peut dire
que tout vient de la terre & que tout y retourne. Cett<
idée peut paroître lugubre, mais son application n'en est
pas moins juste. C'est l'agriculture qui soutient & nourrit
toutes les classes des Habitans des Iles ; & il n'est point
d'état, il est peu d'hommes, au moins dans les Colonies,
qui ne tendent à passer dans la classe de ces laborieux solitaires, qui, en admirant la nature, en arrachent les trésors les plus solides. En effet, il n'est point d'homme ni
plus utile, ni plus estimable, ni plus heureux, ni plus
distingué que l'Habitant qui ne doit rien. C'étoit le but
que le feu Sieur Aubry se proposoit, & c'est le bonheur
qu'il vouloit laiSIer à ses héritiers. Pour y parvenir il faut
du temps, du travail & des moyens, & sur-tout lorfqu'on est père de dix enfans que l'on chérit!
ors les plus solides. En effet, il n'est point d'homme ni
plus utile, ni plus estimable, ni plus heureux, ni plus
distingué que l'Habitant qui ne doit rien. C'étoit le but
que le feu Sieur Aubry se proposoit, & c'est le bonheur
qu'il vouloit laiSIer à ses héritiers. Pour y parvenir il faut
du temps, du travail & des moyens, & sur-tout lorfqu'on est père de dix enfans que l'on chérit! Le Sieur Aubry avoit une masse de communauté allez
considérable ; il vouloit la voir fructifier : mais il n'avoit
pas assez de terre, & cependant celle qu'il avoit le privoit, suivant l'Ordonnance, de l'avantage d'en solliciter
personnellement d'autre à titre de concession. Dans ce tems-là même il voit une terre limitrophe de
la sienne; elle n'étoit pas concédée, & lui parut d'une
grande fertilité : il imagine une rufe innocente, une ruse
journalière & connue, & il en sollicite la concession sous
le nom d'une de ses filles, alors âgée de ans, sous le
nom enfin de Demoiselle Marie-Marguerite, épouse aujourd'hui du Sieur Nombret. L'obtention de cette concession
est du 16 Juillet 1770, c'est-à-dire sous l'administration
de MM. de Nolivos & de Bongars. Le Sieur Aubry la fait arpenter, & après en avoir --- Page 383 ---
[4] reconnu la bonté, il y fonda l'espoir & la fortune de
tous ses enfans. D'abord il eut des procès coûteux à soutenir, & enfin au mois de Mars 1777, il obtint un jugement du Tribunal Terrier , qui fit cesser toute contestation. A cette époque il y transporta tous ses établissemens,
& toutes Ls forces de sa communauté. Il l'établit en grand:
mais le sol ne répondit pas à ce qu'il avoit cru voir. Les
cafés furent cinq ans à produire, & kur fort rapport ne
le dédommagea point de ses fraix d'exploitation. Ce père courageux, animé par les obstacles, ennemi de
' la paresse & l'ami de ses enfans, crut que c'étoit le cas
d'essayer d'une autre manière, & d'accroître ainsi le bienêtre de sa nombreuse famille. Il avoit une autre concession
sous le nom d'un de ses autres enfans, Jean-Antoine Aubry;
il s'y transporta, & y fit de pareils etablissemens. Il parvin. ainsi à donner quelque valeur à chacune de
ses terres, & à faire une masse considérable, une totalité
importante. L'excellente terre lui fournissoit les moyens
de travailler davantage celle qui pouvoit lui être inférieure. Il enrichissoit ses enfans ; mais ce n'étoit pas afiez pour
lui : il connoiflcit combien l'intérêt est vil, puisqu'il divise hs parens les plus unis. Il vouloit perpétuer dans sa
famille cette paix qui le rendoit si respectable. Il avoit
des Glles, & l'on sait combien les gendres sont avides &
tourmentans. Les Colonies Sur-tout fourmillent de cette
espèce d'hommes affamés de richesses, qui regardent plus
au bien du père qu'à la beauté de la personne qu'ils demandent en mariage. Il lisoit dans l 'avenir!
êt est vil, puisqu'il divise hs parens les plus unis. Il vouloit perpétuer dans sa
famille cette paix qui le rendoit si respectable. Il avoit
des Glles, & l'on sait combien les gendres sont avides &
tourmentans. Les Colonies Sur-tout fourmillent de cette
espèce d'hommes affamés de richesses, qui regardent plus
au bien du père qu'à la beauté de la personne qu'ils demandent en mariage. Il lisoit dans l 'avenir! En consequence, le 15 Mai 1781, il se transporta, --- Page 384 ---
[ 5 1 avec la Dame son épouse, dans l'étude de Me Charmat
de Villeneuve, Notaire au Petit Goave. Là, en présence
de pluikurs témoins, ils dictèrent l'un & l'autre leur teftament. Ces deux époux, unis même jusques dans leurs dernières volontés, & après avoir recommandé spécialement
dans cet acte, la paix & l union a tous leurs enfans, annoncent saintement à Marie-Marguerite & a Jean-Antoine,
les motifs qui les déterminèrent autrefois à emprunter leuis
noms pour obtenir des concessions. Ils leur exposent que c etoit uniquement dans la vue
d'augmenter la masse générale de la communauté , &
nullement dans la coupable intention d'avantager l'un d'eux
plus que l'autre ; que la tendresse & l'amour qui les animoient également pour chacun de leurs enfans, leur avoient
fait chercher les moyens de leur partager par égale por-r
tion les fruits de leurs p:ines & de leurs labeurs. Après avoir parlé ainsi à leurs enfans, ils furent obligés de prévoir cette discorde infernale qui excite les parens contre les parens, qui les rend ennemis entr eux,
cruds, féroces. Ils imaginèrent d'arrêter les effets affreux
de l'intérêt sordide , par un intérêt mieux combiné, raisonnable & déterminant pour des enfans qui honorent la
mémoire de leur père. En conséquence ils crurent devoir
prendre le ton imposant qui convient a des pères & mères,
jaloux de forcer leurs enfans à être justes entr eux. Il y a
plus, ils ne le croyoierit même pas nécessaire , & s ils
en ont fait usage, ce n'a été que pour obvier a tout,
& parceque dans un acte public on ne doit rien négliger.
Ils déclarent donc 3 dans ce même testament, qu'ils veulent --- Page 385 ---
[6 I te entendent que dans le cas où Jean-Antoine & MarieMarguerite se prévaudront des concessions dont s'agit,
contre l'égalité, la paix & l'union qui doivent régner entre
frères & sœurs, ces mêmes conceJJions, ensemble les AMfLIORATIONS FAITES SUR ICELLES par les forces de la
communauté, leur servent de portion héréditaire dans leurs
successions , sans , en aucune façon quelconque , pouvoir
prétendre à autre chose, tant dans le surplus des immeubles,
que dans le mobilier, Nègres, bestiaux, ustenciles, denrées & autres actifs de leurs successions, qui seront audit
cas partagés entre leurs HUIT autres enfans, ou ceux existant
lors de l'ouverture de leursdites successions. Ils entendent
enfin que ces enfans rebelles & ennemis se trouvent uniquement réduits à leursdues concevions en l'état quelles feront
pour toute portion d-hérédité ; LESDITS SIEUR ET DAME
AUBRT AYANT POUR CET EFFET nommé le survivant
d'eux pour exécuter ce teftamtnt.
ions, qui seront audit
cas partagés entre leurs HUIT autres enfans, ou ceux existant
lors de l'ouverture de leursdites successions. Ils entendent
enfin que ces enfans rebelles & ennemis se trouvent uniquement réduits à leursdues concevions en l'état quelles feront
pour toute portion d-hérédité ; LESDITS SIEUR ET DAME
AUBRT AYANT POUR CET EFFET nommé le survivant
d'eux pour exécuter ce teftamtnt. Telles étoient les sages dispositions des Sieur & Dame
Aubry, père & mère, fondées sur les principes de la nature & de la raison, lorsque le Sieur Nombret n'épargna
rien pour mériter la main de la Demoiselle Marie-Marguerite Aubry. Le Sieur Aubry crut devoir en faire part à son gendre
futur. Il lui dit qu'il ne s'etoit même déterminé à ce parti,
quelque sage qu'il fût en lui-même, qu'après avoir été
éclairé par Mes. Ferrand de Beaudière, Sénéchal, & Duhamel , Avocat, aux lumières desquels tout le monde rendoit hommage; que ces mêmes Jurisconsultes étoient d'avis
qu'il falloit que sa fille, autorisée comme de droit, renonçât expressémeni, dans son contrat de mariage, à ces --- Page 386 ---
[ 7 1 mêmes concessions. En même tems il fit voir a ce gendre
la dot avec laquelle il se proposoit de relever les charmes
de sa fille. Le Sieur Nombret fut touché de cette précaution paternelle, & il y applaudit bien davantage lorsqu'il rit que le
parti n'en étoit pas moins avantageux. Il souscrivit à tout,
& particulièrement à cette condition fine quâ non. Le
contrat de mariage se passa le 20 Mai 178 3 , au rapport de
Me. Charmat de Villeneuve, Notaire au Petit Goave, &
en présence des témoins nécessaires, & des parens & amis. La Demoiselle Marie-Marguerite, autorisée d'avance par
son futur époux, déclara qu'elle (C reconnoissoit que cette
» concession avoit été obtenue en son nom pour augmenter
M la fortune de tous ses frères & sœurs & d'elle-même,-
» qu'elle avoit été établie avec les fonds de la commu-
» nauté de sesdits père & mère ; qu'il en étoit de même
» d'une concession sous le nom du Sieur Jean-Antoine
» Aubry, son frère ; que sentant le TORT qui résulteroit
» pour ses autres frères & sœurs, s'ils réclamoient lesdites
» concevons dans l'état d'alors > & pour donner à sesdits
), père & mère de nouvelles preuves de son respect pour
M eux & de sa soumission à leurs volontés, elle a déclaré
» renoncer A PUR ET A PLEIN , dès maintenant ET A
» TOUJOURS, à la jouissance & propriété de ladite con-
» cession , pour icelle rentrer & faire masse de la com-
» munauté de sefdits père & mère, avec promesse de
» ratifier la présente renonciation à sa majorité. » Pour ne pas être exposés au reproche d'avoir tronqué
le passage qui concerne la Dame Nombret, nous allons
dans le même instant en rapporter la continuité, quelque --- Page 387 ---
[83 inutile qu'elle soit en elle-même, & qu'elle le paraîtra évidemment par la suite. cc La future épouse (y est-il dit) n'entend néanmoins la
» susdite renonciation avoir lieu. que dans le cas d'autre
» pareil abandon de la part du Sieur Jean-Antoine Aubry 3
reproche d'avoir tronqué
le passage qui concerne la Dame Nombret, nous allons
dans le même instant en rapporter la continuité, quelque --- Page 387 ---
[83 inutile qu'elle soit en elle-même, & qu'elle le paraîtra évidemment par la suite. cc La future épouse (y est-il dit) n'entend néanmoins la
» susdite renonciation avoir lieu. que dans le cas d'autre
» pareil abandon de la part du Sieur Jean-Antoine Aubry 3 n son frère, en ce qui le concerne, sans lequel celle par elle
» faite demeure & demeurera nulle & non avenue. » La Demoisdle Marie - Marguerite, ou plutôt le SiemNombrét, mettoit des bornes à sa soumission, & le Sieur
Aubry crut, en bon père, ne devoir pas en mettre à ses
bienfaits. Il dota sa fille. Outre les neuf millé cinquante livres de menus effets
qu'il avoit donnés à la future, il y ajouta une terre estimée
par lui-même beaucoup au-dessous de sa juste valeur , &
qui n'est passée dans le contrat de mariage, que pour un
représentatif de 30 mille livres. Il est si vrai 'que l'estimation de cette terre n etoit pas juste, que le Sieur Nombret
en a vendu le tiers, & la partie la moins bonne, pour le
prix même de trente mille livres, qui lui ont été bien payées. Le Sieur Aubry n'a pas encore borné là ses bienfaits : il a
spécifié encore qu'il donnoit aux futurs la table, le logement
& toutes les douceurs que l'on trouve chez un bon père,
pour les mettre à même de se procurer un sort heureux.
C'est avec cette délicatesse , cette bonne foi, que le Sieur
Aubry a donné sa fille au Sieur Nombret. Depuis çette époque, & jusqu'à la majorité de la Demoiselle Marie-Marguerite, le Sieur Aubry eut beaucoup
à souffiir avec son gendre : çe dernier troubloit les vieux
jours de son excellent beau-père par des tracasseries domeftiques , qui font le malheur & peuvent le désèspoir d'un père --- Page 388 ---
[l de famille! Tirons le rideau sur cet affreux tableau. La
tendresse que la Dame Aubry porte a sa fille le lui impose.
On sait ce qu'est en général un gendre ; il n'entre le plus
souvent dans une famille que pour en troubler le repos &
en devenir l'ennemi. Enfin les bons gendres font si rares
qu'on les cite avec enthousiasme. Quoi qu'il en soit, la Dame Nombret étoit parvenue
à sa majorité. Alors son père, toujours occupé de l'égalité
de bonheur pour tous ses enfans, & feulement par excès
( de précaution, demande la ratification qui lui avoit été
. promise. Aussitôt le Sieur Nombret se place entre le père
& la fille, & repoussant sa femme, il répond que cette
ratification n'aura pas lieu. On devine aisément combien
cette scène si peu respectueuse de la part du gendre, & si
douloureuse pour le beau-père, dut donner lieu a des explications désobligeantes C'est encore un tableau quil
faut cacher.
& feulement par excès
( de précaution, demande la ratification qui lui avoit été
. promise. Aussitôt le Sieur Nombret se place entre le père
& la fille, & repoussant sa femme, il répond que cette
ratification n'aura pas lieu. On devine aisément combien
cette scène si peu respectueuse de la part du gendre, & si
douloureuse pour le beau-père, dut donner lieu a des explications désobligeantes C'est encore un tableau quil
faut cacher. Mais le père fut si affecté de l'ingratitude de son beaufils, & des indécences qui en furent la suite, qu'il fut a
l'instant saisi d'une maladie violente dont il mourut dans
l'espace de Sept à huit jours. Ce souvenir rappelle l'abondance des larmes d'une belle-mère qui méritoit que son
gendre eût la tendresse d'un fils ; ce souvenir rappelle avec
désespoir à des enfans reconnoiflans la perte d'un des plus
excellens pères j ce souvenir enfin rappelle la trop juste indignation qu'inspire si naturellement la conduite barbare
du Sieur Nombret. Quelle leçon pour mépriser l'amour de
l'or 1 A quel avilissement n'expose-t-il pas ! Un si terrible événement, une perte auai sensible,
devaient au moins tempérer l'ardeur de l'intérêt du Sieur --- Page 389 ---
[ 10 1 Nombret ? Point du tout. Il spécule déjà ssir le troubla
de la facceffion de son beau-père. Il croit que ce moment
lui est plus que jamais favorable, & sans attendre même
le délai que la loi donne à une veuve pour calmer sa
douleur & concilier ses intérêts, il se pourvoit en justice
pour faire hâter les opérations relatives à la succession
d'on beau-père qu'il a poussé dans la tombe ! Quelle conduite, quelles moeurs, quel esprit & quel cœur! On s'attend bien qu'un tel gendre n'étoit pas disposé à
traiter savorablement sa belle-mère : aussi l'a-t-il poursuivie, & la poursuit-il avec tout l'acharnement qu'inspire la
cupidité la plus honteuse ! Au moment de l'inventaire, il sentit bien qu'il n'avoit
pas rart nécessaire pour expliquer nettement ses prétentions.
Il imagina de se faire représenter par un Procureur. C'étoit
le 27 Février 1787, & Me. Charmat de Villeneuve fût
chargé de l'inventaire. Le Procureur du Sieur Nombret y déclare, qu'il est
intéressant pour son constituant de ne point « laisïer con-
» fondre dans lesdites succession & communauté , îhabï-
» tation dont est question, concédée & appartenante en
» toute propriété à la Dame Nombret, qu'il n'entendoit
» nullement & en aucune manière ratifier la renonciation
» stipulée en son contrat de mariage ; pourquoi il requéroit
» que sous le plus court délai, & aussitôt la clôture de
» l'inventaire, il lui fut fait remise & abandon de ladite
» habitation, avec tous les titres de propriété, procès-
» verbaux d'arpentage, & généralement tous les papiers y
» relatifs ; lesquels il réclamoit dans le moment avec la-
» dite habitation DANS L'ÉTAT OU ELLE SE TROUVE
stipulée en son contrat de mariage ; pourquoi il requéroit
» que sous le plus court délai, & aussitôt la clôture de
» l'inventaire, il lui fut fait remise & abandon de ladite
» habitation, avec tous les titres de propriété, procès-
» verbaux d'arpentage, & généralement tous les papiers y
» relatifs ; lesquels il réclamoit dans le moment avec la-
» dite habitation DANS L'ÉTAT OU ELLE SE TROUVE --- Page 390 ---
[ II ]. » ALORS, s'opposant formellement a ce quelle fût comprise
» ni décrite auciit inventaire, & à ce quelle entre en
» manière quelconque à la masse desdits biens, sous toutes
)J réserves, &c n. La Dame Aubry opposa la force a la force, ella
prit aussi un Procureur, & le Procureur au nom de la
veuve & des autres héritiers requit: u Que cette habitation fût compr.se & estimée audit
» inventaire, comme faisant partie de ladite communaun té ; qu'il étoit bien vrai que la concession en avoit
» été obtenue au nom de la Dame Nombret, mais qu'il
» étoit vrai aussi qu'on n'avoit employé son nom alors
» à cet effet, que parce qu'ayant déjà de la terre, oa
» craignoit que celle-ci ne passât en d autres mains , que
» lesdits Sieur & Dame Aubry n'ont pris cette marche
» que parce qu'ils ne pouvoient présumer que leur fille,
» ensemble son époux, qui aujourd'hui la fait agir, aui) roient eu l'inconséquence de s'élever contre une préten-
» tion qui forme un intérêt égal entre eux & leurs frères
» & sœurs ; prétentions que toutes les lois du Royaume ont.
» adoptées, puisque l'égalité qu'elles exigent en est l'uni-
» que base ; car lesdits Sieur & Dame Nombret n etoient
» pas sans (avoir que cette terre a été acquise aux dépens
» de la communauté de leurs père & mère, par r 'établis-
» sement qu'ils en ont fait à force de sueurs & de tra-*<
1) vaux, par le coût de la multiplicité de divers frais en
» justice qui ont été énormes, & par tous leurs moyens
)J de communauté qu'ils y ont portés en entier ; quil
» étoit donc d'autant plus injuste que ksdits Sieur & Dame.
» Nombret élevassent une prétention pareille, puisqu'ell. --- Page 391 ---
112 . » le trouve bleiïer & 1 ordre des intérêts dune famille,
» & k-s conventions inférées en leur contrat de mariage,
» par la cession qui a été faite en faveur desdits Sieur
» & Dame Aubry ; cession étayée sur toutes les con-
» ventions d'un acte aussi intéressant à la société ? & 'sur
» la légitimité qu'en reconnonloient les Sieur & Dame
» Nombret. D'ailleurs, n'étoit-ce pas vouloir abuser de
» la sàgesse d'un père & d'une mère, qui n'ont pu, pour
» étayer une fortune égale entre tous leurs enfans , que se
» servir du nom d'un seul: sagesse, à la vérité, que la
» Loi exige, mais qui a été religieusement observée &
» caractérisée dans le testament authentique fait par lefn dits Sieur & Dame Aubry, au rapport de Me. Char-
» mat de Villeneuve, Notaire, & témoins présens, le
» 15 Mai 1782, à peine de réduction dans leur fuccef-
» fion, &c. &c n.
entre tous leurs enfans , que se
» servir du nom d'un seul: sagesse, à la vérité, que la
» Loi exige, mais qui a été religieusement observée &
» caractérisée dans le testament authentique fait par lefn dits Sieur & Dame Aubry, au rapport de Me. Char-
» mat de Villeneuve, Notaire, & témoins présens, le
» 15 Mai 1782, à peine de réduction dans leur fuccef-
» fion, &c. &c n. D'après l'avis du Procureur du Roi il fut décidé que
l'on procéderoit provisoirement à la continuation de l'i inventaire , & que l'on y comprendroit l'habitation dont
s'agit, sàuf aux parties à se pourvoir sur le fond. Le Sieur Nombret pressoit vivement la clôture de cet
inventaire , & à peine fut-il clos, qu'il présenta sa
requête introductive d'instance ; c'est - à-dire, qu'il fit
aŒgner sa bèlle-mère, le premier Mai 1787, pour la forcer
à lui remettre l'habitation dont s'agit. Comme beaucoup de gendres pourroient ignorer de
quelle manière respectueuse l'on peut conclure contre une
belle-mère , en pareil cas, nous allons donner pour
modèle les conclusions du Sieur Nombret, Les voici ; L » Pour s'entendre condamner à" faire rsmtfe ct abandon --- Page 392 ---
r 1% i „ au Suppliant (Sieur Nombret) dans les VINGT-QUATR.
» HEURES de la lignification de la Sentence à intervenir,
» de l'habitation APPARTENANTE & ACCORDEE par MM.
» les Adminifirateurs de la Colonie, le 16 Juin 1770;
» le tout DANS L'ÉTAT OU ELLE SE TROUVE ÊTRE
» DÉCRITE en l'inventaire des biens de feu Sieur Aubry,
„ fors 6. excepté le mobilier ; en conséquence dire & juger
» que TOUT DÉTEMPTEUR ( la Dame Aubry ) de ladite
„ habitation sera tenu de DÉGUERPIR & VIDER les heux
„ dans les délais CI-DESSUS , sinon & faute de ce, autoriser le
)) suppliant à s'en faire mettre en possession par le Ministère du
„ premier Notaire requis, ASSISTÉ DE LA MARÉ-
» CHAUSSÉE pour main-forte, SI BESOIN EST , sous les
„ expresses réserves du suppliant de tous les dommages ct
„ intérêts qu'il peut ou pourroit avoir à répéter, tant a
„ défaut de déguerpissement que pour tout retard & INDUE
„ JOUISSANCE, & autres qu'il avisera, aux offres néanmoins
„ que fait le Suppliant de payer, lors dudlt déguerpifervent,
„ tous les frais qui ont pu être faits pour l'ARPENTAGE de
„ ladite terre , & lors de la procédure en RÉUNION d'icelle
„ au Domaine d.Sa Maj2sté;s'entendre en outre condamner,
„ SANS DÉLAI, à faire remise au Suppliant de tous les
» titres &c. &c. &c. » Il est aisé de se faire une idée de la sensibilité de cette
bonne mère en recevant l'assignation qui portoit ces conclusions. » Ce gendre, dit-elle, dans ce moment douloureux,
„ a jeté mon mari dans la tombe , auroit-il l'affreux
» projet de hâter l'instant où je dois y descendre a mon
„ tour ? » Aussitôt ùs autres enfans l'entourèrent,
& depuis ce moment ils ne cessent dessuyer les larmes que
a
est aisé de se faire une idée de la sensibilité de cette
bonne mère en recevant l'assignation qui portoit ces conclusions. » Ce gendre, dit-elle, dans ce moment douloureux,
„ a jeté mon mari dans la tombe , auroit-il l'affreux
» projet de hâter l'instant où je dois y descendre a mon
„ tour ? » Aussitôt ùs autres enfans l'entourèrent,
& depuis ce moment ils ne cessent dessuyer les larmes que
a --- Page 393 ---
[ 14 J leur mère répand toutes les fois qu'elle pense à la conduite
indécente, à l'intérêt sordide, a Fin justice aveugle dé ce gendre,
à qui Pégoïsme fait oublier ce qu'il doit à sa mère adoptive,
a fès beaux-frères & bdles-fœurs, & même à son épouse,
dont il force sans doute le penchant naturel. Mais le Sieur Nombret s'est monté l'imagination, & il
attife son intérêt par de forts raisonnemens. Par exemple,
il dit dans un de ses écrits : » or, que pourroit donc exiger,
» & qu' EXIGE aujourd'hui la Dame Aubry ? on ne peut
» présumer que, brisant les liens du sang , de la nature, &
» delatendrefle maternelle pour l'épouse du Sieur Nombret,
» elle eût formé de sang-froid le PROJET ODIEUX de
» rendre aujourd'hui sa condition pire que le jour que, sous
tJ fis auspices, elle formoit des noeuds qu'elle lui a appris
» à chérir. » C'est ainsi qu'on se fait souvent illusion à soi-même,
en embellissant une idée par des mots, & par la tournure
des phrases. On croit ne voir que la justesse de l'idée,
lorsque la séduction qu'on éprouve ne vient que de l'arrondissement de la période, que du cliquetis magique des
expressions, de cette malheureuse prévention qui fait qu'on
n'approuve que trop son propre ouvrage. Avec un peu plus de réflexion, le Sieur Nombret auroit
écarté le bruit de ses mots, & il auroit entendu la nature,
l'honnêteté, qui lui crioit qu'il manquoit à lui-même, en
compromettant sa belle-mère, qu'il détachoit ses intérêts
de celui de sa nouvelle famille, en se refusant à l'égalité,
qu'il chassoit l'union sans laquelle les parens ne sont
rien, qu'il exigeoit une chose absolument injuste, &
qu'il préféroit son avantage à la justice & à la bonne foi --- Page 394 ---
[ 15 1 , Il auroit fend la nécessité, en pareil cas, d'écouter wn cœur
plutôt que son esprit, la raison plutôt que son intérêt, la
justice plutôt que sa passion. Il se feroit élevé un monument
au milieu de sa famille, & cette gloire, quoique circonscrise,
n'auroit pas été une vaine fumée. Un pareil monument
vaut mieux que cet amas d'or avec lequel on se fait ériger
des statuts publiques ; une gloire de ce genre vaut au moins
cette haute fumée qui enivre tant de gens , & leur fait saire
tant de choses qui les rabaissent plus qu'elles ne les élèvent.
Le sage préfère l'amitié de sts parens à tout ce qm est
brillant dans le monde, parce que l'une ne cause jamais de
regrets, & que l'autre donne souvent du repentir. L'une
procure une satisfaction céleste, & l'autre se relient toujours
de la terre qui le crée.
ques ; une gloire de ce genre vaut au moins
cette haute fumée qui enivre tant de gens , & leur fait saire
tant de choses qui les rabaissent plus qu'elles ne les élèvent.
Le sage préfère l'amitié de sts parens à tout ce qm est
brillant dans le monde, parce que l'une ne cause jamais de
regrets, & que l'autre donne souvent du repentir. L'une
procure une satisfaction céleste, & l'autre se relient toujours
de la terre qui le crée. Mais le Sieur Nombret a cru voir le contraire, & dans
ce cas sa belle-mère a le droit de lui dire que c'est ainsi
que l'intérêt, l'ambition & la cupidité perdent les hommes
qui suivent aveuglément leurs conseils ; que la justice ne
donne jamais de secours ni d'approbation à des entreprises
aussi nuisibles, qui ont pour base des principes aulh dangereux; que c'est ici le moment de se rappeler de k fage
prévoyance du feu Sieur Aubry, quicraignoitquecequi sembloit devoir augmenter la jouissance de ses enfans, ne servît
quelque jour à troubler leur repos & leur bonheur. La Dame Aubry ne prendra pas le ton d'une personne
qui veut faire prévaloir son sentiment par 1 'autorité : mais
on lui permettra de représenter avec émotion combien
étoit juste le cruel pressentiment qu'annonce h conduite de
ce père de famille, qu'un gendre trop inhufnaia a plonge
dans la nuit éternelle 1 --- Page 395 ---
A
r 161 - S'il est du devoir d'une belle-mère de pardonner à un
pareil gendre, il faut convenir que ce doit être pour elle
un pardon bien cruel à accorder ! On sent bien que ce
n'est pas l'argent inutilement employé & perdu qu'elle
regrette, elle n'a jamais cherché à en acquérir que pour sa
nombreuse famille. S'il ne S'agissoit que de cette perte, elle
facrineroit encore le peu qui lui reste pour appaiser la sois
de son gendre : ce ne seroit pour elle qu'un défaire ment,
& pour ses autres enfans qu'un léger sacrifice. Mais tout cela lui rappelle un souvenir bien plus cher à son
cœur & à ses enfans, un père qui méritoit des jours plus
longs, une vie plus tranquille, & un beau-fils plus humain Néanmoins la tendresse égale qu'elle a pour ses enfans,
qu'elle a par conséquent pour la Dame Nombret, lui fait
accorder ce pardon; 8t elle ne demande en retour de la
part de son gendre, qu'un peu plus d'égards & de ménagement pour ses beaux-frères & belles-sœurs. Elle cessera
donc de parler d'elle. Il ne s'agira plus que de l'intérêt de
tous ses enfans, qu'elle voudroit, à l'imitation de son mari ,
voir également heureux; & si leur bonheur ne l'occupoit
pas, il y a long-temps que le Sieur Nombret. ne crieroit
plus contre sa belle-mère ! Revenons donc à la suite des
faits & de la procédure.
de ménagement pour ses beaux-frères & belles-sœurs. Elle cessera
donc de parler d'elle. Il ne s'agira plus que de l'intérêt de
tous ses enfans, qu'elle voudroit, à l'imitation de son mari ,
voir également heureux; & si leur bonheur ne l'occupoit
pas, il y a long-temps que le Sieur Nombret. ne crieroit
plus contre sa belle-mère ! Revenons donc à la suite des
faits & de la procédure. Cette assignation fut donnée, non seulement à la Dame
Aubry, mais encore à toutes les parties dénommées au
procès, & entr'autres à Me. Collinet, Notaire, ès qualités.
A cet égard il existe une nullité radicale. L'assignation n'a
point été donnée au domicile de Me. Collinet. Toute
réflexion sur cette irrégularité seroit inutile ! rien ne peut
effacer un vice de cette nature. Quoi --- Page 396 ---
[ 17 ] B Quoi qu'il en soit pour l'instant, & sans donner l'énumération fatigante des pièces de procédure, nous dirons
seulement que les parties se sont défendues respectivement,
que la Dame Aubry l'a été parfaitement dans une Requête
du 26 Juin 1787 & signée de Me. Isnard , son défensêur
en première instance ; que c'est sans doute cette Requête
en défense, aussi sagement développée que judicieufcment
raisonnée, qui a donné lieu à la Sentence définitive qui
fait l'éloge des Juges du petit Goave. Elle est du 17 Mars
1788 , & en voici le prononcé: » TOUT vu, considéré & mûrement examiné , M
J) notamment LE TESTAMENT des Sieur & Dame Apbçy^
» du 15 Mai 1782, & le CONTRAT DE MARIAG 3) Sieur & Dame Nombret du 70 Mai 1783, att^rt)u
» que LA CONCESSION dont s'agit n'a été obtenue 1 » sous le nom de la Demoiselle Marie-Marguerite Aubry
» qu'après la Loi qui défend d'accorder deux con-
» cessions à la même personne, QU'IL EST ÉVIDENT
» que les Sieur & Dame Aubry , qui ont sollicité & obtenu
» cette concession, N'ONT EU QUE L'INTENTION de
» l'acquérir pour leur COMMUNAUTÉ, & vû L'AVEU FAIT
» par les demandeurs que ladite concession a été ÉTABLIE
» avant la réunion faite 6* poursuivïe aux dépens de la
» communauté Aubry, NOUVEAUX CONCESSIONNAIRES ;
» VU pareillement la RENONCIATION des demandeurs
» sur leurs prétentions à ladite concession, PORTÉE en
» leur contrat de mariage, EN FAVEUR DE LAQUELLE
» il leur a été constitué en DOT une autre terre, & piusieurs
» têtes de Nègres; AYANT ÉGARD aux fins de non re- --- Page 397 ---
I 18 ] » cevoir, exceptions & défenses des défendeurs, NOUS
)y AVONS déclaré les demandeurs non recevables dans
)t leurs demandes ; ordonnons que la CONCESSION dont
» s'agit, circonstances & dépendances, sera & demeurera
CI COMPRISE dans la MASSE de la communauté d'entre les
)t Sieur & Dame Aubry. DÉBOUTONS les parties de leurs
)> plus amples demandes, fins & conclusions, & condamJ) nons les demandeurs en tous les dépens &c. ».
cevoir, exceptions & défenses des défendeurs, NOUS
)y AVONS déclaré les demandeurs non recevables dans
)t leurs demandes ; ordonnons que la CONCESSION dont
» s'agit, circonstances & dépendances, sera & demeurera
CI COMPRISE dans la MASSE de la communauté d'entre les
)t Sieur & Dame Aubry. DÉBOUTONS les parties de leurs
)> plus amples demandes, fins & conclusions, & condamJ) nons les demandeurs en tous les dépens &c. ». Sans craindre d'être accusé de partialité l'on pourroit
dire que cette Sentence est la raison écrite. On pourroit
en quelque sorte se dispenser de la commenter. Elle porte
sur chaque mot, pour ainsi dire, son motif & son explication.
Ce n'est donc que pour achever de laisser les adversaires
sans défense que nous allons sacrifier quelques instans au
développement des moyens qui militent en faveur de la
Sentence dont est appel. RÉFUTATION. Le Sieur Nombrct, qui vraiment n'a pas un moyen
raisonnable dans cette cause 3 dit dans rm Requête en la
Cour, que les Sieur & Dame Aubry voulurent ; 1.0 rendre vain le bienfait du Prince ; 2.° SE SOUSTRAIRE à la
restitution des fruits ; j.° appeler les autres enfans à l'igaVite dans le partage de ce même fol, comme s'il avoit été
un conquit de leur communauté qu'ils eussent dû distribuer
avec justice. On a réellement peine à croire que le Sieur Nombret
parle sérieusement ! C'est cependant très-vrai. Rendre vain
ie bienfait du Prince 1 Que veut dire par-là le Sieur Nom. --- Page 398 ---
{ 19 I bret ? Le travail. immense qu'a occasionné ce bienfait à
la communauté Aubry , prouve-t-il que les père & mère
dont s'agit étoient de ces vils accapareurs de concevions,
qui s'efforcent, sous des noms empruntés, d'obtenir des pays
Immenses, pour ensuite vendre bien cher ce qui ne leur
a rien coûté ? Ont-ils de cette manière rendu vain le bienfait du Prince, en surprenant la religion du Gouvernement
& de MM. les Administrateurs ? Que veut donc dire le
Sieur Nombret, lorsqu'il prétend que ses beaux-père &
.mère ont rendu vain le bienfait du Prince? Veut-il entendre par-la que la Dame son épouse n'en profite pas?
Mais dans ce cas-là même il s'abuseroit à plaisir. Ce bienSait lui auroit échappé, sans les soins paternels qui l'ont
défendu si vigoureusement contre le Fisc, dont les bras sont
si longs! Ce bienfait seroit tombé en pure perte, sans les
avances innombrables de la communauté Aubry! Assurément ce n'est pas là rendre vain un bienfait du Prince. Il faut donc croire que le Sieur Nombret entend par
ces mots rendre vain un bienfait du Prince, qu'on ne lui
a pas donné en seul l'habitation qu'il convoite si indécemment. Mais dans ce cas il ne seroit pas de bonne
foi. Le contrat de mariage annonce qu'il a été prévenu
à cet égard des intentions honnêtes des père & mère
de son épouse. Il y a plus, il les a agréées, & c'est
pour le récompenser de son approbation même, que la
Dame Nombret a été dotée si avantageusement. D'ailleurs,
de quoi se plaint-il ? Cette habitation ne lui offre-t-elle
point sa part, comme aux autres co-héritiers ? 6c les Sieur
& Dame Aubry ont-ils eu d'autre but que l'égalité par-
u
à cet égard des intentions honnêtes des père & mère
de son épouse. Il y a plus, il les a agréées, & c'est
pour le récompenser de son approbation même, que la
Dame Nombret a été dotée si avantageusement. D'ailleurs,
de quoi se plaint-il ? Cette habitation ne lui offre-t-elle
point sa part, comme aux autres co-héritiers ? 6c les Sieur
& Dame Aubry ont-ils eu d'autre but que l'égalité par- --- Page 399 ---
L 20 ] ml tous leurs enfans? Il faut donc conclure que le Sieur
Nombret n'a pas suffisamment réfléchi lorsqu'il a osé
dire que les Sieur & Dame Aubry ont voulu rendre vain
le bienfait du Prince. Il faut en conclure que l'avidité
trouble ses idées, à peu près comme l'ivresse trouble la
raison de l'homme qui veut trop boire. Il dit aussi que les Sieur & Dame Aubry ont voulu
se soustraire à la restitution des fruits ! Voilà purement
une injure. C'est calomnier pour le seul plaisir de le saire.
Car les Sieur & Dame Aubry, dans la supposition même du Sieur Nombret, n'auroient point de fruits à restituer. Ce sont eux qui ont créé, pour ainsi dire, là terre
dont s'agit ; ce sont leurs soins & leur argent qui en ont
empêché la réunion, ce sont leurs avances immenses qui
lui ont donné toute sa valeur, ce sont leurs sueurs qui l'ont
fertilisée, ils n etoient point obligés à ces actes de bienfaisance , ils seroient donc naturellement créanciers , & on
leur devroit donc & remboursement & récompense. Le
Sieur Nombret dit donc une absurdité, lorsqu'il prétend
que ses beaux-père & mère ont voulu se soustraire à la
restitution des fruits. Mais ils ont voulu, dit-il encore, appeler leurs autres
enfans a Cégalité dans le partage de ce même fol. Quoi! le
Sieur Nombret trouve cette action odieuse ! Comment ce
qui, aux yeux des autres hommes, mérite d'être applaudi,
sera pour lui un objet monstrueux, un sujet de discorde,
& une occaflon de manquer de respect à sa mère adoptive, & d'égards à ses cô-héritiers ? Quelle est donc l'organisation du Sieur Nombret ? --- Page 400 ---
[ 21 ] Oh mais, le Sieur Nombret prétend que ce n'est pas
un conquit de leur communauté qu 'ils eussent d4 distribuer
avec justice. Un instant, le Sieur Nombret ef cobarde!
Comment, il ne savoit pas, que les Sieur & Dame Aubry
n'avoient eu d'autre intention , en sollicitant cette concession , & en la travaillant, que d'augmenter leurs mo-
:yens pour soutenir une des plus nombreuses familles ? Comment ,il ignoroit que ses beaux-père & mère ne desiroient
rien tant que légalité , l'union & la paix dans leur famille? Il croit donc qu'on ne se rappelle pas de son
contrat de mariage, où il a parlé si intelligiblement, de ce
testament dont il a eu une si parfaite connoissance ? Que
le Sieur Nombret ait donc plus de mémoire , ou quil
soit de meilleure foi ! Quant au Droit, le Sieur Nombret prétend encore dans
sa requête de. griefs, que la renonciation de la Demoiselle
Aubry est conditionnelle, & qu'au moyen de linexccution
de la condition cette renonciation est nulle & sans esset. Quelle est cette condition ? Nous l'avons déjà rapportée. ci N'entend néanmoins ladite Demoiselle future épouse,
1) la susdite renonciation avoir lieu que dans le cas d 'au-
» tre & pareil abandon de la part dudit Sieur Antoine
n Aubry, son frère, en ce qui le concerne, sans lequel
» celle par elle. faite demeure & demeurera comme nulle
» & non avenue J).
ution
de la condition cette renonciation est nulle & sans esset. Quelle est cette condition ? Nous l'avons déjà rapportée. ci N'entend néanmoins ladite Demoiselle future épouse,
1) la susdite renonciation avoir lieu que dans le cas d 'au-
» tre & pareil abandon de la part dudit Sieur Antoine
n Aubry, son frère, en ce qui le concerne, sans lequel
» celle par elle. faite demeure & demeurera comme nulle
» & non avenue J). Les Sieur & Dame Aubry n'ont pas tenu à cette reftriction , parceque dans le fait elle ne signifie rien au fond.
L'événement du droit réel ne pouvoit pas dépendre d'un
fait aussi indifférent en loi. Mais en supposant que ce fut. --- Page 401 ---
[texte_manquant] là ce qu'on appelle une condition fine quâ wn, qu'en réfulteroit-il ? Que si Antoine Aubry étoit aussi ingrat, aussi
injuste que son beau-frère, qu'il intentât à sa mère & à ses
frères & sœurs un procès pareil à celui-ci, la Dame
Nombret seroit dégagée de sa renonciation. Mais ce caslà n'existe pas. Antoine Aubry n'a jamais réclamé, &
alors que le Sieur Nombret rapporte le plus léger écrit de
lui sur cet objet. Il y a plus, il ne réclameroit jamais,
s'il le pouvoit encore, parceque heureusement l'avidité du
Sieur Nombret est infiniment rare, & qu'elle ne peut naître que dans l'imagination ardente d'un gendre affamé d'or.
D'un autre côté, Antoine Aubry ne peut plus faire cette
odieuse réclamation, puisque sa famille en pleure la perte
depuis long-temps. On peut donc dire que la clause dont
s'agit est plus que jamais comme si elle n'existoit pas. Parconséquent la cause doit se juger sans eUe. Il y a plus,
si Antoine Aubry vivoit encore, sa réclamation ne détruiroit pas la cause au fond. Il seroit toujours à décider
si, au mépris de la coutume de Paris qui gouverne les
colonies Françoises, on peut avantager un ou plusieurs
de ses enfans, directement ou indirectement, & si la facilité d'obtenir des concevions sous leurs noms & de les
établir aux frais de la communauté, n'est pas un avantage
indirect, digne de la réprobation des loix. Voilà ce qui est toujours à juger. Il est impossible
de ne pas voir que ce seroit-Ià un avantage indirect, qui,
comme l'on sent, ne se borneroit pas aux colonies. Toute
la France s'en serviroit bientôt, c'est-à-dire , tous ceux qui
sont afî:z injustes fovir préférer un de leurs enfans aux --- Page 402 ---
[-13] 1 autres. Il suffit, sans doute, de présenter la question, pour
la faire résoudre aisément. " Il est inutile que ;nous répondions aux autres prétendus
moyens de l'adversaire. Ils sont trop foibles pour mériter une réponse, & ce seroit faire l'avantage de l'Imprimeur sans donner à la défende de la Dame Aubry &
de ses enfans une plus; forte consistance. Il faudroit d'ailleurs relever des injures que' l'on rencontre à chaque pas,
& désobliger à notre tour le Sieur Nombret, en faisant
. retomber sur lui ce qu'il verse avec prodigalité sur des
personnes auxquelles il doit du respect & des égards. Sa
bdle-mère n'oublie pas qu'il est son gendre, & ses beaux.
frères & belles-fœurs ne veulent pas uùr de tous leurs
avantages sur lui. Ils desiréroient tous que le repentir le
leur rendit, & ils le recevroient avec bien de la joie,
parceque rien n'est plus pénible pour des personnes honnêtes que la désunion des parens.
qu'il verse avec prodigalité sur des
personnes auxquelles il doit du respect & des égards. Sa
bdle-mère n'oublie pas qu'il est son gendre, & ses beaux.
frères & belles-fœurs ne veulent pas uùr de tous leurs
avantages sur lui. Ils desiréroient tous que le repentir le
leur rendit, & ils le recevroient avec bien de la joie,
parceque rien n'est plus pénible pour des personnes honnêtes que la désunion des parens. r É S U M É. La cause , dégagée de toutes ses superfluites, est infiniment
simple, & malgré les efforts du Sieur Nombret, elb se
réduit à la question neuve, importante & politique qut
voici : ,
it UNE CONCESSION OBTENUE SOUS LE NOM DUM
» ENFANT , PAR SES PERE ET MÈRE, ÉTABLIE AUX
JJ FRAIS DE LA COMMUNAUTÉ, ET NÉCESSAIREMENT
„ AU DÉTRIMENT DES AUTRES ENFANS, N'EST-ELLE
„ PAS UN AVANTAGE INDIRECT, ET PAR CONSÉQUENT
» DIGNE DE RÉPROBATION, COMME CONTRAIRE AUX --- Page 403 ---
[:24] )J DISPOSITIONS DE LA COUTUME DE PARIS QUI RÉGIT
« LES COLONIES? » Il nous semble que la meilleure réflexion, que la réponse la plus décisive font celles que l'article 303 de la
coutume de Paris inspire naturellement. En voici les
termes : « Père & mère ne peuvent > par donation faite entre
« vifs, par testament & ordonnance de dernière volonté,
« ou autrement, EN QUELQUE MANIERE QUE CE SOIT3
« avantager leurs enfans, venans à leur succession., les
n uns plus que les autres n. Certainement cet article décide impérieusement la question proposée. On nous dispensera sans doute de copier les Commentateurs de cet article. On se persuade aisément qu ils
n'ont pas dû avoir beaucoup de peine à en donner le
sens naturel. Quant au testament qui a éprouvé une si forte censure de la part du Sieur Nombret, les Magistrats s'appercevront aisément qu'il n'est que l'expression même de
la Loi. L'article 307 de la même coutume dit littéralement : néanmoins , où celui auquel on auroit donnz, si
voudroit tenir, faire le peut, en s abstenant de l hérédité,
la légitimité réservée aux autres. D'après cela, il est clair que les enfans renonçans à
la succession, retiennent les avantages qui leur ont été
saits par celui de la succession duquel il s'agit ; mais qu' à
défaut de cette renonciation, ils ne peuvent pas jouir des
avantages directs ou indirects qui leur sont faits par leurs --- Page 404 ---
[ a* ] père ou mère, parceque, encore une fois, père & mère ne
peuvent, EN QUELQUE MANIÈRE QUE CE SOIT , avantager leurs enfans, VENANS A SUCCESSION , les uns plus que
les autres. Le Sieur Nombret n'a point renoncé à la succession du chef de sa femme, il l'a, au contraire, acceptée. Le testament dont s'agit n'a donc fait que ce que
la Loi prcscrit, il a voulu entretenir l'égalité entre tous
les enfans Aubry. Ce testament, outre le ;respect qu'il
devoit inspirer au Sieur Nombret, devoit donc encore
mériter son approbation. Mais l'avidité n'a point de
retenue !
que
les autres. Le Sieur Nombret n'a point renoncé à la succession du chef de sa femme, il l'a, au contraire, acceptée. Le testament dont s'agit n'a donc fait que ce que
la Loi prcscrit, il a voulu entretenir l'égalité entre tous
les enfans Aubry. Ce testament, outre le ;respect qu'il
devoit inspirer au Sieur Nombret, devoit donc encore
mériter son approbation. Mais l'avidité n'a point de
retenue ! En effet, il faut que cette avidité. le tourmente cruellement j pour s'être permis de troubler aussi fortement qu'il
l'a fait, & les cendres d'un beau-père respectable, & le
repos si mérité de la mère de son épouse. et Sieur Nombret,
» vous êtes dans le sommeil de la raison , & vous vous pré-
» parez bien des regrets à votre réveil ! Vous causez
» de la douleur à toute votre famille par vos tracaffe-
» ries domestiques : mais un temps viendra où vous vous
!) en repentirez, & si vous pouviez persister dans votre
» esprit de domination, dans ce caractère de persécution
» pour vos parens, vous pourriez être forcé de vous en
»» repentir, en voyant votre postérité, à votre exemple,
» vous causer les mêmes douleurs ! A dieu ne plaise que
» cela vous arrive! mais vous le mériteriez. Revenez
» donc à vous-même, rentrez dans une famille qui est
n prête à vous rendre sa tendresse , & concourez avec
» vos beaux-frères & belles-sœurs à ramener la tranquil-
,) lité dans l'esprit de Votre belle-mère, qui ne vit que pour --- Page 405 ---
[16] » achever l'ouvrage d'un père dont la mort doit fairé
» le tourment de votre vie. On vous attend avec im*
» patience , & l'on vous tend déjà les bras ! n. C'est en effet avec répugnance que la Dame Aubry
Ô: ses enfans soutiennent ce procès contre le Sieur Nombret. Mais ils sont attaqués, & la défense est de droit naturel. Le Sieur Nombret va de porte en porte, pour
ainsi dire, semer la calomnie , dans le dessein, sans doute,
de justifier sa conduite dans quelques esprits qui ne con:"
noissent pas ses procédés. Il établit ainsi une espèce de
publicité, dont la Dame Aubry &. ses enfans ont intérêt de détruire Feffet injuste, & c'est le motif qui les
engage à rendre publique leur défense. Ils espèrent qu'on
n'y verra aucune animosité ; ils n'en ont point & n'ont
point voulu en faire paroître. Ils n'ont enfin eu d'autrè
but que de se défendre. Leurs moyens sont raisonnables 8t
certains. C'est tout ce qu'ils ont voulu établir aux yeux
des Magistrats supérieurs & du Public. Ainsi la Sentence dWït est appel a parfaitement bien
jugé la question coloniale que le Sieur Nombret
essaie de tourner à son avantage. Ainsi l'on peut,
sans trop de présomption, espérer que cette Sentence
aura l'approbation de la Cour. Ainsi le Sieur Nombret
en sera pour avoir montré une activité répréhensible , pour
avoir porté le trouble dans sa famille , pour donner ridée
d'un caractère peu liant, & pour avoir affligé des parens
dont il n'apprécie pas assez toute la t" ndreiïe. Ainsi puifsent succomber tous ceux qui, comme lui, sac ri fient tout à
la sois t'rs richesses ! L'or ne rend pas heureux, il ne
approbation de la Cour. Ainsi le Sieur Nombret
en sera pour avoir montré une activité répréhensible , pour
avoir porté le trouble dans sa famille , pour donner ridée
d'un caractère peu liant, & pour avoir affligé des parens
dont il n'apprécie pas assez toute la t" ndreiïe. Ainsi puifsent succomber tous ceux qui, comme lui, sac ri fient tout à
la sois t'rs richesses ! L'or ne rend pas heureux, il ne --- Page 406 ---
I 27 ] Au Port-au-Prince, de l'imprimerie de MozARD. Mars 1789. donne que les moyens de le devenir, & on ne l'est jamais quand on l'acquiert aux dépens de la tranquillité
de sa conscience, & sur-tout en lui sacrifiant la paix &
l amour de sa famille. Celui dont la tombe est chargée
d'or & d'argent en est-il plus regretté, & sa vie est-elle
plus digne d'éloge? Avis au Sieur Nombret, avis à tolU
ceux qui lui ressemblent. Me. BAUDRY DES LOZIÈRES, Avocat. Monsieur CANIVET, Consei1!er Rapporteur. --- Page 407 --- --- Page 408 --- --- Page 409 --- --- Page 410 --- --- Page 411 --- --- Page 412 --- --- Page 413 --- --- Page 414 --- --- Page 415 ---
indispensable que nous
prémunissions une bonne fois nos ateliers contre les
horreurs de la sécheresse et du besoin. Le seul moyen
d'y parvenir serait de se procurer, chaque année 2 UN
Baril de Farine par tête de Nègres, ce qui porterait
ce seul article d'importation à près de 400 MILLE
BARILS.
UE Sr lfon njontait à cette consommation celle qui se
fait annuellement sur las table des Blancs, il nous
faudrait encore 150.1 MILLE Barils. --- Page 358 ---
D'ou résulte que les besoins de Suint-Domingue,
supposée dans une abondance désinable, s'éléveroient
à 350 MIILE Barils de Farines par année.
SECOXDE Qurstios.
Quelle est la Consommation actuelle 2
DEs relevés faits avec exactitude dans les Bureaux
de la Marine, ont démontré évidemment que le Commerce de France ne porte 7 année commune, à SaintDomingue, , que 150 MILLE Barils de Farine. Cette
quantité n'est bien juste que celle qui est indispensablement nécessaire à la consommation particulière des
Blancs, et des Hopitaux qu'ils entretiennent.
D'ou résulte que la consommation annuelle s'élève
actuellement d 12, 500 Barils par mois, OL d 373500
Barils par TRIMESTRE.
TROISIENE QUESTION.
Quelles importations en Farine la Colonic
a-t-elle reçu cette année?
LEs désastres qu'éprouva en France la récolte de
l'année dernière n'avaient pas permis au Commerce de
porter beaucoup de Farines à Saint-Domingue, & l'on
avait été loin de pouvoirfaire des emmagasinemens dans
les six derniers mois de l'année 1788: on vivait donc
au jour le jour, et déjà les trois premiers mois de 1789
se passèrent dans des anxiétés douloureuses.
A3 --- Page 359 ---
A l'époque du 31 Mars,
dans le plus pressant besoin Saint-Domingue se trouvant
1 M. le
CHILLEAU, en se conformant à l'Arrêt Marquists DU
30 Aode1784, rendit une
du Conseil du
Ordonnance
trois mois, aux Biscuits et Farines qui ouvroit, pour
TROIS PorTs
étrangères, les
D'ENTRETÔT, avec défenses aux
teurs étrangers de se charger, en
Armacoloniales.
retour, des denrées
Lonsqur cette Ordonnance fut
Avril, nous étions déjà dans une disette promulguée, le 7
Magasins étoient vuides, et nos befoins effrayante nos
urgens.
On, pour satisfaire à ces besoins urgens
trois mois d'Avril, Mai & Juin, il fallait pendant les
barils de Farine.
encore 37,500
En BIEN, Messieurs, le Commerce de France
en a apporté 7,332, c'est-a-dire,la
nous
ce qu'il nous fallait. Quelle eût été cinquième partie de
position, si les
l'horreur de notre
ETATS-Uwis ne fussent venus à notre
secours? Ils nous apportèrent, dans ce même
27,098 barils; de manière
trimestre,
lonie en
qu'avec ce secours, la Coreçut en tout 34,430; mais il lui en fallait
37, 50o.
D'ou résulte d'abord,
qu'il nous
Barils, la c'est-a-dire
asargut3pro
que l'on a été SEPT JOURS
PAIN 3 ou que Pon a été réduit a la dure
SANS
de réduure les rations d'un
extrémité
mois,
guart pendant le dernicr
ils; de manière
trimestre,
lonie en
qu'avec ce secours, la Coreçut en tout 34,430; mais il lui en fallait
37, 50o.
D'ou résulte d'abord,
qu'il nous
Barils, la c'est-a-dire
asargut3pro
que l'on a été SEPT JOURS
PAIN 3 ou que Pon a été réduit a la dure
SANS
de réduure les rations d'un
extrémité
mois,
guart pendant le dernicr --- Page 360 ---
a.Srnous considérons la
de la partie du
consommation particulière
les états
Port-au-Prince, nous reconnaltrons,
les authentiques apportés par le
par
par Procès-verbaux qui sont
Gouverneur, et
nistre, que cette consommation entre les mains du MiBarils de Farine; ce qui
s'élève, par jour, à 300
mois, ou à 54,000 barils équivaut a9, 000 barils par
par sémestre.
En BIEN, Messieurs, le
au lieu de 54,000 barils Commerce de France
de Farine,
qui,
fourni que
2 ne nous en avait
36,770 pendant les six
ne nous en a apporté,
premiers mois 1788,
1789,
pendant les six
que 9,126, c'est-à-dire, le
premiers mois
avions reçu T'année dernière, QUART de ce que nous
nous avions strictement
et le SIXIÈME de ce dont
besoin.
Lz Département du CAP n'a
été
selui des CAYES est
pas
mieux traité,et
encore plus délaissé.
D'ou
resulte, en second
les
çans Français ont laissé
lieu, gue
Commerpendant cing mois entiers. manguer abeolument la Colonie
QUATRTENE
Qurstrox.
Quzz est Pétat actuel des
Magasins de la
Colonic?
PAR les différens états
Marquispu
légalisés, apportés par M. le
IL CONSTE: Camzas,lets remis par lui au Ministre, --- Page 361 ---
1o. Que la partie du PORT-AU-PRINCE n'avait pluss
au 7 Juillet dernier, en Farines, tant Françaises qu'Etrangères, que pour ONZE JOURS de subsistance.
20. QUE la partie du CAP n'avoit plus, au 117 de Juin,
que pour SIX JOURS de subsistance.
3°. QUE la partie des CAYES n'avait plus, au premierJuilletyque QUATRE BARILS de Farine, en tout.
D'ou résulte, sans réplique, 1o. que le Commerce
de France n'apas, à beaucoupprès, alimenté la Colonie
de ses plus STRICTS besoins ; 20. que les secours
étrangers, appelés, par FOrdonnancedu 31 Mars 1789,
ont été eua-mémes INSUTFISANS pour notre consommation ordinaire.
CES quatre conclusions, et la dernière sur-tout, deviennent un argument irrésistible en faveur de notre
demande.
EN EFFET, puisqu'il est démontré que le Commerce
Français nous a laissés dans le plus triste' de tous les
embarras, puisqu'il est démontré que le secours des
Etrangers a été au-dessous de nos besoins, il faut en
chercher la raison, et nous la trouverons naturellement
dans la contexture de l'Ordonnance rendue le 31 Mars
1789, par le Gouverneur de Saint-DomingueAux termes de l'Arrêt du Conseil, du mois d'Août
1784, elle n'ouvrait aux Etrangers que trois Ports d'entrepôt, &c elle leur PROHIBAIT d'emporter en échange
démontré que le secours des
Etrangers a été au-dessous de nos besoins, il faut en
chercher la raison, et nous la trouverons naturellement
dans la contexture de l'Ordonnance rendue le 31 Mars
1789, par le Gouverneur de Saint-DomingueAux termes de l'Arrêt du Conseil, du mois d'Août
1784, elle n'ouvrait aux Etrangers que trois Ports d'entrepôt, &c elle leur PROHIBAIT d'emporter en échange --- Page 362 ---
falloit pas davantage pour
des denrées colonialesjilna'en
éloigner les Anglo-Américains,.
forcés de n'entrer que dans trois
1°. PARCE QUE,
exposés aux Loix que
Ports désignés, 1 ils se trouvent Monopoleurs de ces trois
leur imposent les Commerçans leurs bénélices, enchérit
Ports, ce qui, en diminuant
la denrée pour les Habitans.
des TAF20. PARCE QUE, réduits à ne charger que donner
dont nous manquons, &c àne
FIAS, et des SIROPS,
nous avons; ils sont
aucune des denrées coloniales que
le
de leur cargaison en ARGENT,
obligés de recevoir prix considerablement les profits de
ce qui, en diminuant
absolument la Colonie d'un
leur commerce, déponille
privée 2
NUMERAIRE dont elle est malheureusement s'élever
8c'dont elle ne peut plus se passer, sans voir des Manule prix des denrées & des objets provenans Colon.
factures, à un taux ruineux pour le
LE mal une fois connu, le remède n'était pas difficile
Le seul
pht opposer aux inconvéniens
à trouver.
qu'on
1o. d'ouvrir aux Etranénoncés, était 2 sans contredit, 20. de leur permettre
gers tous les Ports d'Amirauté;
de charger en retour des sucres & des cafés.
C'EST le parti qu'a pris en effet le Gonverneur Génélorsqu'effrayé de la position vraiment alarmante
ral,
2 il a rendu, le 27 Mai, une Ordonde Saint-Domingue. & l'argence ne peuvent être connance dont la sagesse
ila fixéles limites
testées, &c dont, AYEC MODÉRATION,
au premier Octobre prochain.
, 20. de leur permettre
gers tous les Ports d'Amirauté;
de charger en retour des sucres & des cafés.
C'EST le parti qu'a pris en effet le Gonverneur Génélorsqu'effrayé de la position vraiment alarmante
ral,
2 il a rendu, le 27 Mai, une Ordonde Saint-Domingue. & l'argence ne peuvent être connance dont la sagesse
ila fixéles limites
testées, &c dont, AYEC MODÉRATION,
au premier Octobre prochain. --- Page 363 ---
IO
L'EXTERTENCE a prouvé combien cette Ordonnance
du 27 Mai était nécessaire, puisque la disette a continué
jusqu'a lépoque où cette Ordomnance, parvenue à la
counaissance des ETATS-UNIS, aj pu déterminer, dans
les Ports de cette Puissance, des armemens qui n'ont
de arriver au plutôt à Saint-Domingue que dans les premiers jours de Juillet, époque du départ de M. DU
CHILEEAU.
-TAT
D rogtodo DIt
4o
19 Oxr pouvait donc espérer alors de voir reparaitre
l'abondance si long-temps desirée 2 lorsqne, le 23 du
même mois de Juillet, le Ministre de la Marine a eu
I'horrible procédé de casser cette Ordonnance, dans
soncabinet, par un Arrêt du Conseild'Etat du Roi,que
le Ror, peut-étre,n'avait jamais lu ; que bien certainement au moins SA MAJESTÉ n'avait point rendu sur un
rapport impartial discutéarecles) Députés de la Colonie,
puisqu'ilsn'en ont eu aucune connoissance.
CETTE Ordonnance meurtrière a été mise dans tous
les papiors publics, envoyée en grand nombre dans tous
ies Ports, & elle.a di parvenir dans les Ports AngloAméricains, dès les
a
premièrs jours de Septembre. Ainsi,
dès cette époques leurs armemens ont du cesser; ainsi
va s'éloigner à jamais d'une terre qui la repousse 1 une
Nation que la Providence semblait avoir placé près de
nous pour conserver notre existenice, & à Inquelle nous
aurions du notre salat,sit un Ministre, à 2000 lieues
d'elle, n'àvait eu la barbarie de prononcer froidement
sairuine,sa détresse, son désespoir. dons
C'zsr dans cette position accablante, que des Ci- --- Page 364 ---
toyens Français, que des Citoyens utiles, sans doute,,
représentent à T'ASSEMBLÉE NATIONALE, dont ils ont
l'honneur de faire partie;
QUE leur consommation desirable étant de 550 mille
Barils de Farine ;
QUE leurs besoins annuels étant au moins de 150
mille Barils;
Que leurs importations 1 cette année, ne s'étant
élevées, 7 de la part de la France, qu'à un quart de
cette valeur;
QuE les importations étrangères n'ayant pu égaler
leurs besoins 1 par la gêne dont elles embarassaient
le Commerce.
Ir EST absolument indispensable de consacrer sans
délai le rétablissement provisoire de l'Ordonnance du
27 Mai, par le DECRET suivant: :
C L'ASSEMIBLÉE NATIONALE, instruite que le Com-
> merce de France n'a pu fournir depuis plusieurs mois
> à la Province de Saixs-Dosrxoux, la quantité de
> Farines nécessaires à sa subsistance; ; & considérant
> que l'Ordonnance rendue le 31 Mars 1789, par les
> Administrateurs de la Colonie, est insuflisante pour
>> attirer les Commerçans étrangers dans les Ports de
> cette Isle, a DÉCRÉTÉ & DÉCRÈTE que l'Ordon-
> quis rendue,le 27 Mai dernier 2 parle. sieur Mar-
> quis DU CHILLEAV, sera provisoirement rétablie, &
Farines nécessaires à sa subsistance; ; & considérant
> que l'Ordonnance rendue le 31 Mars 1789, par les
> Administrateurs de la Colonie, est insuflisante pour
>> attirer les Commerçans étrangers dans les Ports de
> cette Isle, a DÉCRÉTÉ & DÉCRÈTE que l'Ordon-
> quis rendue,le 27 Mai dernier 2 parle. sieur Mar-
> quis DU CHILLEAV, sera provisoirement rétablie, & --- Page 365 ---
5 maintenue suivant sa forme & teneur, 1 pendant sept
- mois seulement, à compter du jour où le présent
> DECRET aura été promulgué dans la Colonie >
32 -
de
A FERSAILLES, chez BAUDOUIN, Imprimeur
L'ASSEMBLÉE NATIONALE, Avenue de Paris, , No. 62. --- Page 366 ---
C
M OTIO N
DE M. DE COCHEREL,
DÉPUTÉ de Scint-Domingue, à l'Assemblée
Nationale.
SLANCE du IO Octobre 1789.
Noxxis par vous 3 MESSIEURS, mardi dernier,
SA MAJESTÉ à Paris, M. DE Goux
pour accompagner:
de Versailles avant les voitures
et moi sommes partis
du ROI : arrêtés un instant à Sèves, notre voiture
aussi-tôt entourée par un grand nombre de para été
adressé la
m'a demandé
ticuliers ; un d'eux m'a
parole,
je n'étais pas M. DE
si je n'étais pas un Député,si
VIRIEU : M. DE Gour lui ayant répondu. que non,
d'entre eux ont aussi-tôt élevé la voix, et
plusieurs
parfaitement bien,
lui ont dit qu'ils le connaissaient --- Page 367 ---
(2)
qu'il était, lui, M. DE
Goux, un bon
M. DE Gour ayant demandé à l'Orateur Député;
sa
le motif de
question, il a répondu que son dessein était de
massacrer M. DE VIRIEU J , qu'il ne périrait
sa main; il a ajouté
que de
qu'il ne serait pas le seul; qu'il
cxistait une liste nombreuse des
blée
proscrits de l'AssemNationale.
M. DE Gour a été interpellé,
de dire
par ce particulier,
mon nom, ce qu'il a fait; ensuite nous
continué notre route.
avons
CE fait, MESSIEURS, n'intéresse
T'honorable
pas seulement
Membre que je viens de nommer; il attaque directement la streté de l'Assemblée
et la liberté de ses délibérations.
Nationale,
Vous ne
laisser subsister cette liste de
Pouvez
dis,
proscription, je vous le
MESSIEURS, avec le courage que doit montrer
un Représentant de la Nation, dussé-je
le nombre des proscrits,
augmenter
Quor ! existerait-il parmi des
Français un autre
CATILINA, qui désignerait ici ses victimes,
vouerait, à une mort
qui
infime, ceux parmi nous
fidèles à leurs
qui,
sermens, 3 auraient la noble fermeté de déve-
de
Pouvez
dis,
proscription, je vous le
MESSIEURS, avec le courage que doit montrer
un Représentant de la Nation, dussé-je
le nombre des proscrits,
augmenter
Quor ! existerait-il parmi des
Français un autre
CATILINA, qui désignerait ici ses victimes,
vouerait, à une mort
qui
infime, ceux parmi nous
fidèles à leurs
qui,
sermens, 3 auraient la noble fermeté de déve- --- Page 368 ---
(3)
leurs sentimens, et de parler le langage de leurs
lopper
coeurs :
Si malheureusement le courage des Représentans
de la Nation se laissait abattre par des menaces criMESSIEURS, compter doréminelles, pourriez-vous,
navant sur la sagesse de Vos Décrets, qui ne seraient
dictés que par la crainte.
JE crois donc, MESSIEURS, qu'il est urgent de
la déclaration que je viens
prendre en considération
de vous faire, et de délibérer, sans délai, sur de
nouvelles mesures, tendantes à assurer la liberté de
vos opinions.
NoTA. M. DE MALOUET a appuyé avec énergie la
Motion de M. DE COCHEREL; il a témoigné des inquiéla liberté de l'Assemblée Nationale & sur la
tudes sur
sûreté de ses Membres : il a demandé qu'on délibéràt 8c
qu'on rendit un Décret à cet égard.
M. le Comte DE MIRABEAU a répondu que ce
Décret existait déja; (lui-méme F'avait provoqué);
mais il a prétendu que ce Décret ne devait porter
sur la sûreté relative aux affaires contentieuses :
que --- Page 369 ---
(4)
il serait possible de conclure,
d'ou, mailheureusement,
ce Décret d'inviola-
(a dit M. DE COCHEREL), d'insolvabilité, que
ce qui est
bilité ne serait qu'un Décret
moteur de ce.
assurément contre l'intention du premier
de
blesserait infiniment la dignité
Décret 5 ce qui
T'Assemblée Nationale.
Imprimeur du ROI,
A Paris, chez CLOUSIER,
rue de Sorbonne. --- Page 370 ---
2>.
SITUATION ACTUELLE
DES COLONIES FRANÇOISES;
MALHEUR'S QUI LES MENACENT;
NÉCESSITÉ D'UNE NOUVELLE ADMINISTRATION;
COMMENTAIRE de la Lettre de t'dmbafiadeur
d'angleterre 5 adrefée à M. le Comze de
Montmorin, Miniftre des Affaires Etrangères,
pour être communiquée alAfemblée Nationale.
PAR LE COMTE DE F - S..
Paris, ce 6 Aoit 1789.
Lis troubles
qui agitent la France, N > ne
vont-ils pas fe manifefter dans les Colonies,
& la violente fecouffe qui vient d'ébranler le
Royaume, ne produira-t-elle pas un mouvement régénératif parmi des
François qui, J
quoique tranfplantés au-delà des mers, 2 ont
toujours les yeux fur leur Patrie? Et dans ce
moment ou la France va fe donner une Conftitution nouvelle, qui doit affurer le bonheur
A
is troubles
qui agitent la France, N > ne
vont-ils pas fe manifefter dans les Colonies,
& la violente fecouffe qui vient d'ébranler le
Royaume, ne produira-t-elle pas un mouvement régénératif parmi des
François qui, J
quoique tranfplantés au-delà des mers, 2 ont
toujours les yeux fur leur Patrie? Et dans ce
moment ou la France va fe donner une Conftitution nouvelle, qui doit affurer le bonheur
A --- Page 371 ---
(:)
& la liberté de tous les
Citoyens, les
ne partageront-ils pas les
Colons
impreffions de leurs
Compatriotes, 3 & n'en feront-ils pas les fidèles
imitateurs? Si le defpotifme affreux
foit de l'autorité
qui abuvolter
Royale, a da finir par. rétous les efprits & porter le
dans tous les coeurs; fil'indignation défefpoir
parvenue à fon comble, a du vouer publique,
nier fupplice les objets de fon
au dern'eft-ce pas dans un inftant auffi exécration, décifif
l'autorité qui préfide aux Colonies devoit éloi- que
gner tout fpectacle de
trer
fous
rigueur, , ou ne fe monque
les formes de la
ceux qui oppriment les Colons bienfaifance, 4 &c
ne doivent-ils
pas redouter que la fureur armée ne leur faffe
boire juiqués à la lie le calice de leurs
tices?
injufLes Colonies avoient envoyé des
aux Etats-Généraux. Accueillis
Députés
veillance dans l'Affemblée
avec bienclament
Nationale 3 ils ré.
une nouvelle forme
ils dénoncent les abus de celle dAdminifiration;
qui exifte; &
défignent les moyens de parer aux inconvénients qui les ont forcés à fe plaindre. Loin
de commencer par les
fatisfaire, en foufcrivant aux préliminaires de leurs demandes, le --- Page 372 ---
(3)
Miniftère fe refufe au rappel d'un Intendant
toute la Colonie, à caufe de fes
profcrit par
Gouverneur qu'elle aime
vexations ; &, un
lui
une
& conlidère au point de vouloir
ériger
cela feul qu'ila
Statue, fe voit rappeller par
enrichir un canton de l'ille de Saintvoulu
ordonnant les moyens de
Domingue, en
produire l'abondance dans un lieu prefqu'abandonné.
Sont-ce la les moyens que la Métropole
fe conferver les Coloniess
veut employer pour attendent tout du fuccès
& ces Colons, qui
ne
ont envoyée,
de la Députation qu'ils
défafdoivent-ils favoir que des nouvelles
treufes
ceux qui ne devoient leur en appar de confolation &c de paix.
prendre que
fans
Ce dernier coup d'autorité éprouvera
réliftance, &c le Gouverneur
doute quelque
M. du Chilleau, ne fera
parti pour remplacer
des
peut-étre pas à l'abri du mécontentement
inftruits du malheur qui les meColons qui,
conferver un. Chef
nacey s'armeront pour de leur bien être.
qui ne s'occupoit que
n'en reftera
Cette première effervefcence
Des efprits échauffés par les relations
pas-là.
fe
de tout ce qui s'elt paffé en France,
porA 2
M. du Chilleau, ne fera
parti pour remplacer
des
peut-étre pas à l'abri du mécontentement
inftruits du malheur qui les meColons qui,
conferver un. Chef
nacey s'armeront pour de leur bien être.
qui ne s'occupoit que
n'en reftera
Cette première effervefcence
Des efprits échauffés par les relations
pas-là.
fe
de tout ce qui s'elt paffé en France,
porA 2 --- Page 373 ---
(4)
teront peu-à peu à l'infubordination & à la
licence; les Nègres apprenant, par les Agens
de la Société des Amis des Noirs, qu'il exifte
beaucoup de partifans de leur liberté, fupporteront moins patiemment le joug qui leur
eft impofé: de-là une crife d'autant plus dangereufe qu'elle n'auroit pas été prévue, & la
fermentation devenant générale, peut également contribuer au malheur & à la perte des
Colonies.
Les, Députés ont fait connoître toutes leurs
craintes à ce fujet, envain ont-ils repréfenté
que les Anglois, toujours aux affuts, ne laifferont pas échapper l'occafion de s'en emparer,
ou de femer, s'il eft poffible, la difcorde entre
elles & la Métropole, leurs repréfentations
ont été regardées comme inutiles, depuis que
l'Ambafladeur d'Angleterre a prié M. le Comte
de Montmorin de communiquer à l'ANemblée
Nationale une lettre qu'il a écrit à ce Miniftre.
Les François font naturellement fi confians
que les proteftations d'amitié faites par cet
Ambaffadeur au nom du Roi & de fa Nation, ont prefque paru fuffifantes pour éloigner tout foupçon fur leur fincérité; ainfi les
Anglois n'ont point de vaiffeaux armés pour --- Page 374 ---
(5)
mais pour croifer dans la
nous furprendre, Il eft abfolument faux qu'ils
mer Baltique.
fufciter
fait diftribuer de l'argent pour
ayent, troubles
nous, & vingt-quatre mildes
parmi réfervé
n'en rendre
lions que M. Pitt s'eft
pour
qu'après en avoir fait l'emploi, ont
compte été deftinés fans doute a combler notre déficit.
Bien loin que lAngleterre cherche à profiter
malheureufe de nos Finances &
de la polition
lieu dans
de la fermentation délaftreufe qui a
tout le Royaume, 2 où nous n'avons prefque
dans nos Villes de
plus de troupes réglées
ni de vaileaux préts à fortir de nos
guerres, les Anglois; en bons voifins, fe font
ports,
devoit rerefufés à feconder un complot qui
mettre entre leurs mains le premier port &c
les deux tiers de la marine Françoife. Oh!1 la
chofe eft sure, les Anglois font nos véritables
amis, &c nous feuls fommes les ennemis de
la Patrie.
Malheureufement aujourd'hui les hommes
ne font pas déshonorés lorique la politique
eft la caufe de leurs menfonges. Politique !
terme odieux à tous les bons Citoyens, nous
ne fommes plus votre dupe. Rappelons-nous
T'Ambaffadeur d'Angleterre donnoit, au
que
A 3
Oh!1 la
chofe eft sure, les Anglois font nos véritables
amis, &c nous feuls fommes les ennemis de
la Patrie.
Malheureufement aujourd'hui les hommes
ne font pas déshonorés lorique la politique
eft la caufe de leurs menfonges. Politique !
terme odieux à tous les bons Citoyens, nous
ne fommes plus votre dupe. Rappelons-nous
T'Ambaffadeur d'Angleterre donnoit, au
que
A 3 --- Page 375 ---
(6)
moment de la guerre de 1756, des fêtes magnifiques à Paris, lorfque les Anglois
roient de nos vaiffeaux &
s'empafoudroyoient nos
Colonies ; n'oublions pas non plus, car il ne
faut nous aveugler fur nous-mémes,
Amballadeur à Londres
que notre
affuroit fa Majefté
Britannique & promettoit à fes Miniftres
le Roi de France ne
que
Prendroit aucune part à
la-guerre des Infurgents, alors méme que les
François leur donnoient de puiffàns fecours.
Tenons donc les paroles & les lettres des Ambaffadeurs pour ce qu'elles valent en matière
politique, > & contentons-nous d'y ajouter nos
réflexions.
L'Ambafladeur d'Angleterre dit, dans fa
lettre à M.le Comte de Montmorin, lni avoir
révélé.le complot affreux qui devoit livrer le
port de Breft aux Anglois.
Voyons, d'après fon expolé, s'il eft poflible
que cette propofition eut été bien conféquente.
Les perfonnes qui offroient de mettre en la
poffeflion de l'Angleterre un port aufi confidérable, dont les avenues font fi bien
:
dées, & les arfenaux à Pabri de toute furprife, gardevoient fans doute détailler les moyens qui
pouvoient en affurer le fuccès, puifqu'elles --- Page 376 ---
(7)
demandoient des fecours & même un afyle eri
cas de mal-adreffe. Cependant lAmballadeur
n'a
découvrir ceux -qui lui ont
dit qu'il
pu
Si on l'en a inftruit verfait part de ce projet.
&
balement. il pouvoit donc les connoitre,
les défigner au Miniftre lorfqu'il lui -
a dénoncé
Si enfin on lui en a donné le plan
ce complot.
n'étoit
dans
ce
pas
en gardant l'anonyme,
inftruire M.
des converfations qu'il devoit en
le Comte de Montmorin, mais en lui remetde
lui avoit
tant une copie
l'expofé qu'on
Etranadreflé; alors le Miniftre des Affaires
gères n'auroit pas fait des recherches infructueufes, parce que les perfonnes qui donnoient les moyens de furprendre Breft délifans doute ceux qui étoient en leur
gnoient il ett donc été facile de coneoître
pouvoir, traitres & de s'en affurer. Quoique T'Amles
qu'il s'eft empreffé à mettre
baffadeur ajoute
il eft
le Roi & fes Miniftres fur leurs gardes,
probable qu'il aura commencé par inftruire
fa Cour avant M. le Comte de Montmorin I ;
& fi véritablement ce complot n'elt pas une /
fuppofition politique, il aura peut-étre été
d'une manière fi.hazardeufe, que le
propofé
l'impofliMiniftère Anglois en ayant apperçu
A 4
les
qu'il s'eft empreffé à mettre
baffadeur ajoute
il eft
le Roi & fes Miniftres fur leurs gardes,
probable qu'il aura commencé par inftruire
fa Cour avant M. le Comte de Montmorin I ;
& fi véritablement ce complot n'elt pas une /
fuppofition politique, il aura peut-étre été
d'une manière fi.hazardeufe, que le
propofé
l'impofliMiniftère Anglois en ayant apperçu
A 4 --- Page 377 ---
(8)
bilité, aura crui trouver l'occalion de fe
un mérite auprès du nôtre, en
faire
frémi d'horreur au feul
ajoutant qu'ila
tion; mais il eft
alpect de cettel propofieût été annoncé de tres-croyable que fi ce projet
manière à rendre le fuccès
infaillible, Breft ne feroit plus entre nos
Eh! qu'importe à P'Angleterre
mains,
traîtres en France? Mais
qu'il y ait des
d'être
il importe à Londres
plus puiffante que Paris,
Dans tous les cas, T'Ambaffadeur
terre n'auroit pas da fe juftifier d'Angle:
T'Affemblée
auprès de
Nationale, en, difant, fur des
ports futiles & frivoles, que les traîtres rap- font
parmi nous, & que les Français font les feuls
ennemis de leur Nation.
En un mot, les Anglois ne
vue notre pofition, &
perdent pas de
encore moins celle
nos Colonie; ils attendent
de
que l'étincelle
commence de luire devienne
qui
des. perfonnes
un incendie 5
apoftées vont préparer les efprits; il eft par-tout des gens qui n'ont rien à
perdre, & il en eft qui fe font déja
de fomenter tine révolution dans les chargés
Le mécontentement
Colonies.
qui fe manifeftera
les jours davantage, devroit
tous
engager le Gouvernement à ramener les elprits, fi le Roi
ne --- Page 378 ---
(9)
follicitations des
fe rend pas aux preflantes
lui ont deDéputés de Saint-Domingue qui Chilleau foit
mandé que M. le Comte du
fi enfin fa
maintenu dans fon Gouvernement;
ont
écoute encore les Confeils qui
Majefté
il eft à craindre que le décaufé fon rappel,
la Colofordre le plus affreux ne bouleverfe éclairé
nie. M. le Comte de la Luzerne eft trop
auroit à fe repropour ne pas prévoir qu'il d'autant plus injufcher des malheurs, caufés
ce Général n'a été difgracié que
tement que
qui
avoir voulu, par une Ordonnance
pour
de la famine une Colonie entière,
a préfervé
d'une partie de l'ifle, qui
affurer lavantage
l'inculture & la misère.
languiffoit par
ne doit-il
LIntendant de Saint-Domingue
le fort des Comppas frémir en apprenant
véritables
tables. Les Colons, éclairés frrleurs
inftruits de ce qui vient de fe palfer
intérêts,
pas fe venger
en France, , ne pourroient-ils fauront que
de leurs opprelfeurs, lorfqu'ils
leurs
n'aiguifent plus
les troupes Françoifes
5 &,
leurs Compatriotes
armes pour égorger
l'arrivée meurtrière
n'ayant plus à redouter
feront-ils
d'une efcadre defpotique, peut-étre
oblerver à M: Peinier qu'il feroit aufli dange-
intérêts,
pas fe venger
en France, , ne pourroient-ils fauront que
de leurs opprelfeurs, lorfqu'ils
leurs
n'aiguifent plus
les troupes Françoifes
5 &,
leurs Compatriotes
armes pour égorger
l'arrivée meurtrière
n'ayant plus à redouter
feront-ils
d'une efcadre defpotique, peut-étre
oblerver à M: Peinier qu'il feroit aufli dange- --- Page 379 ---
(10)
reux de vouloir remplacer, à
un Gouverneur chéri de Saint-Domingue,
toute la Colonie,
qu'il l'étoit en France de fuccéder à
niftre adoré de la Nation.
un MiIl eft à préfumer que la régénération
s'opère en France
qui
mémes
procurera aux Colons les
les
avantages, c'eft du moins le cas de
leur accorder; & fi enfin il étoit
que les Colonies font à charge à la
prouvé
c'eft le moment de les livrer à
Métropole,
France ne fauroit
elles-mémes, la
perdre au nouveau régime
qu'elles voudroient adopter, les Colons fe
feroient des Alliés, & nous ferions les
miers qui aurions naturellement
prepar le mélange de leurs familles cet avantage
nôtres. Le Commerce
avec les
rapprochant les diftances, leurs befoins rendroient néceffaires
les échanges de leurs produétions
du
avec celles
Royaume; la même exportation fourniroit toujours un débouchéà nos
notre
Manufacures;
climat & les plaifirs de nos Villes attireroient toujours en France des Habitans
viendront y verfer leurs richeffes
qui
rique entière feroit habitée
; l'Amé-
& nos Alliés;
par nos frères
; nous les protégerions & ils
nous défendroient; nous attaquerions leurs --- Page 380 ---
(i)
ennemis: ; & ils combattroient les nôtres.
Les Députés, organes fincères de ceux qui
les ont envoyés, feroient les Plénipotentiaires
qui régleroient avec le Roi & l'Affemblée
Nationale, les articles du traité qui affureroit
le bonheur & la liberté des Colonies,
Voilà fans doute Pheureux moment ou elles
fe font gloire d'être Françoifes; comme nous,
elles vont connoitre tout le prix d'une Adminiftration fage & modérée ; comme nous,
elles vont jouir des charmes de la Liberté.
Paroiffez, Etendard glorieux, qui avez
triomphé du defpotifie! Puiffent les regards
de tous ceux qui les fixent fur vous ne jamais
s'en écarter, & qu'on y life ces mots gravés
dans tous les coeurs : le Peuple François eft un
Peuple libre!
ou elles
fe font gloire d'être Françoifes; comme nous,
elles vont connoitre tout le prix d'une Adminiftration fage & modérée ; comme nous,
elles vont jouir des charmes de la Liberté.
Paroiffez, Etendard glorieux, qui avez
triomphé du defpotifie! Puiffent les regards
de tous ceux qui les fixent fur vous ne jamais
s'en écarter, & qu'on y life ces mots gravés
dans tous les coeurs : le Peuple François eft un
Peuple libre! --- Page 381 --- --- Page 382 ---
PI R 1n ECIS
MARIE THOUZÉ, veuve du Sieur
POUR la Demoifelle vivant Me. en Chirurgie au Grand
Antoine Habitante Aubry, audit lieu, tant en fon nom
comme
F
Goave, comme commune en biens, que
nel, de fes Enfans mineurs; AUBRY, fils majeur, anfli
LE Ssjacquis-Passgos Habitant au même licu;
Habitant au même
LE Sieur VALLÉE DES SAUNERIES, comme Mari & maitre des droits
au nom &
-
Demoifelle Marie Rofe Aubry,fon Épouf; endroit,
au même
ERRL
LE Sieur LARROCAUD, Mari aufli & Habitant maitre des droits deDeau nom & comme
Aubry, fon Époufe ;
moifille Mare-Magidaine au nom & comme CuraLE même Sieur LARROCAUD,
fils ainé;
éluàlabfence du a0garAmeinAuhy,
teur
Notaire du Roi en la JuridicEr enfin Me COLLINET, en réfidence à Léogane, éga
tion du Pore-au-Prince, Grand Goavee au nom & comme
lement Habitant au defdits Mineurs Aubry; TOUS INTISubrogé-Tueur
MÉS ET ANTICIPANS;
- NOMBRET,
CONTRE le Sieur CLUDE-Ewstar 6 Habitant au mme lieu
Chinurgien-Mejor des Milices, nom
que comme
du Grand Goave, tant en 6 fon actions paforna, de Demsigelle MarieMari 6 maitre des droits Epoufe ; APPELANT de Sentence Petit
Aubry sfon la
Royale du
LCE fur appointement en S-nechaufe 6 ANTICIPÉ.
Goave, le 17 Mars dernier,
COLONIALE
QUESTION
doit être douloureux pour un père &
Qun est &c quil
contre fes enfans, & de
pour une mère d'avoir à plaider
A
que comme
du Grand Goave, tant en 6 fon actions paforna, de Demsigelle MarieMari 6 maitre des droits Epoufe ; APPELANT de Sentence Petit
Aubry sfon la
Royale du
LCE fur appointement en S-nechaufe 6 ANTICIPÉ.
Goave, le 17 Mars dernier,
COLONIALE
QUESTION
doit être douloureux pour un père &
Qun est &c quil
contre fes enfans, & de
pour une mère d'avoir à plaider
A --- Page 383 ---
voir, fur le bord de leur [al tombe,
daliferle Public
ces mêmes enfans
par des fcènes d'un
fcanfondél Le Sieur Aubry
intérêt fordide & mal
la mère qui lui furvit père en est mort de douleur, &
amères, qu'un gendre baigne fes vieux jours de larmes
fait répandre
ingrat & vilement intéreffé
avec profufion. Le tendre
lui
tous fes autres enfans ne
attachement de
aufli peu mérité qui confume peut même adoucir un chagrin
fes
tout pour faire avorter ce
jours, Après avoir fait
procès, elle auroit
moins, qu'il fàt décidé dans le plus
voulu, au
Tindifcrétion du Sieur Nombret,
grand fecret: mais
à répandre des bruits
mais fon peu de pudeur
injurieux fir ce
Tinjufice de la mère & de la famille quil ofe appcler,
décidé la Dame Aubry à rendre
de fon époufe, a
Juges, témoin de fon
le Public, comme fes
qu'elle ne ceffera d'avoir innocence, & de toute la tendrelle
bret Ty force, elle
pour fes enfans. Les Sieur Nomtière.
s'y détermine, & elle entre en maPAITSEYPROCABUXR
LA Dame Aubry est mère de dix
mari étoit un de ces hommes
enfans, Feu fon
laborieux
telligence & leur industrie
qui,par leur inde cette. Colonie. Il étoit infatigable 2 foutiennent T'éclat
un de ces
qui ne travaillent. que pour leur famille. pères refpectables
couru honorablement la carrière d'une Après avoir parutile, il crut ne pouvoir mieux
profellion vraiment
vie, qu'en fe
couronner la fin. de fa
plaçant au nombre de ces nobles
reurs, qui forment avec raifon la
laboupremière clafle des ci-
industrie
qui,par leur inde cette. Colonie. Il étoit infatigable 2 foutiennent T'éclat
un de ces
qui ne travaillent. que pour leur famille. pères refpectables
couru honorablement la carrière d'une Après avoir parutile, il crut ne pouvoir mieux
profellion vraiment
vie, qu'en fe
couronner la fin. de fa
plaçant au nombre de ces nobles
reurs, qui forment avec raifon la
laboupremière clafle des ci- --- Page 384 ---
[31
toyens des Iles. Cest dans les Colonies
que tout vient de la terre &
qu'on peut dire
idée
que tout y retourne. Cetts
peut paroitre Ingubre, mais fon
pas moins juste, Cest Tagriculrure
application n'en est
toutes les claffes des Habitans
qui foutient & nourrit
des Iles ; & il n'est
d'état, il est peu d'hommes, au moins dans les
point
qui ne tendent à paffer dans la clafle de
Colonies,
taires,
ces laborieux foliqui, en admirant la
fors les plus folides. En
narure, 9 en arrachent les tréplus
effet, il n'est point d'homme ni
utile, ni plus estimable, ni plus heureux, ni
distingué que THabitant qui ne doit rien. C'étoit le plus
que le feu Sieur Aubry fe
but
propofoit, & c'est le
qu'il vouloit laiffer à fes héritiers. Pour
bonheur
du temps, du travail & des
y parvenir il faut
moyens, & fur-tout
qu'on est père de dix enfans
l'on
lorfLe Sieur
que
chérit!
Aubry avoit une maffe de communauté affez
confidérable ; il vouloit la voir fructifier
pas affez de terre, &
: mais il n'avoit
voit, fitivant
cependant celle qu'il avoit le priTOrdonnance, de Tavantage d'en folliciter
perfonnellement d'autre à titre de conceffion.
Dans ce tems-là même il voit une terre
la fienne; elle n'étoit
limitrophe de
pas concédée, & lui
grande fertilité: il
parut d'une
imagine une rufe innocente, une
journalière & connue, & il en follicite la
rufe
le nom d'une de fes
conceffion fous
filles, alors âgée de
nom enfin de Demoifelle
9 ans, fous le
d'hui du Sieur Nombret. Mari-Margaueries, époufe aujourest du 16 Juillet
L'obtention de cette conceffion
de MM. de
1770, c'est-à-dire fous ladministration
Nolivos & de Bongars,
Le Sieur Aubry la fait
arpenter, & après en avoir
follicite la
rufe
le nom d'une de fes
conceffion fous
filles, alors âgée de
nom enfin de Demoifelle
9 ans, fous le
d'hui du Sieur Nombret. Mari-Margaueries, époufe aujourest du 16 Juillet
L'obtention de cette conceffion
de MM. de
1770, c'est-à-dire fous ladministration
Nolivos & de Bongars,
Le Sieur Aubry la fait
arpenter, & après en avoir --- Page 385 ---
14]
reconnu la bonté, il y fonda l'efpoir & la fortune de
tous fes enfans. D'abord il eut des procès coûteux à foutenir, & enfin au mois de Mars 1777, il obtint
ment du Tribunal Terrier, qui fit ceffer
un jugetation.
toute contesA cette époque il y tran/porta tous fes
& toutes les forces de fa communauté. Il Tétablit établiffemens,
mais le foi ne répondit pas à ce qu'il avoit en grand:
cafés furent
cru voir. Les
cinq ans à produire, & leur fort
le dédommagea point de fes fraix
rapport ne
d'exploitation.
Cepère courageux, animé par les obstacles, ennemi de
la pareffe & l'ami de fes enfans, crut que c'étoit le
d'effayer d'une autre manière, & d'accroitre ainfi le bien- cas
étre de fa nombreufe famille. Il avoit une autre conceflion
fous le nom d'un de fes autres cnfans,Jcan-Antoine
ils'y transporta, & y fit de pareils établiflemens. Aubry;
Il parvin: ainfi à donner quelque valeur à chacune de
fes terres, & à faire une maffe confidérable, une totalité
importante. L'excellente terre lui fourniffoit les
de travailler davantage celle qui pouvoit lui être inféricure. moyens
II enrichifloit fes enfans ; mais ce n'étoit pas affez
lui: il connoiffoit combien l'intérêt est vil, puifqu'il pour divife les parens les plus unis. Il vouloit perpétuer dans fa
famille cette paix qui le rendoit fi refpectable. Il avoit
des filles,8 l'on fait combien les gendres font avides &
tourmentans. Les Colonies far-tout fourmillent de cette
efpèce d'hommes affamés de richefles, qui regardent
au bien du père qu'à la beauté de la perfonne qu'ils plus demandent en mariage. Il lifoit dans l'avenir
En confequence, le 15 Mai 1782, il fe transporta,
étuer dans fa
famille cette paix qui le rendoit fi refpectable. Il avoit
des filles,8 l'on fait combien les gendres font avides &
tourmentans. Les Colonies far-tout fourmillent de cette
efpèce d'hommes affamés de richefles, qui regardent
au bien du père qu'à la beauté de la perfonne qu'ils plus demandent en mariage. Il lifoit dans l'avenir
En confequence, le 15 Mai 1782, il fe transporta, --- Page 386 ---
[51
Dame fon
dans l'étude de Me Charmat
avec la
époufe,
de Villeneuve, Notaire au Petit Goave. Là, en préfence
de pluficurs témoins, ils dictèrent Tun & l'autre leur teftament.
unis même
dans leurs derCes deux époux,
jufques
nières volontés, & après avoir recommandé fpécialement
dans cet acte, la paix & Funion à tous leurs enfans, annoncent faintement à Marie-Marguerite & à Jean-Antoine,
les motifs qui les déterminèrent autrefois à emprunter leurs
noms pour obtenir des conceflions.
Ils leur expofent que c'étoit uniquement dans la vue
d'augmenter la mafle générale de la communauté, &
nullement dans la coupable intention d'avantager Tun d'eux
plus que l'autre; ; que la tendreffe & l'amour qui les animoient également pour chacun de leurs enfans, leur avoient
fait chercher les moyens de leur partager par égale portion les fruits de leurs pcines &c de leurs labeurs.
Après avoir parlé ainfi à leurs enfans, ils furent obligés de prévoir cette difcorde infernale qui excite les parens contre les parens, qui les rend ennemis entr'eux,
cruels, féroces. Ils imaginèrent d'arrêter les effets affreux
de l'intérêt fordide, par un intérêt mieux combiné, raifonnable & déterminant pour des enfans qui honorent la
mémoire de leur père. En conféquence ils crurent devoir
prendre le ton impofant qui convient à des pères & mères,
jaloux de forcer leurs enfans à être justes entr'eux. Ilya
plus, ils ne le croyoient même pas néceflaire, & s'ils
en ont .fait ufage, ce n'a été que pour obvier à tout,
& parceque dans un acte public on ne doit rien négliger.
Ils déclarent donc, dans ce même testament, quils veulent
orent la
mémoire de leur père. En conféquence ils crurent devoir
prendre le ton impofant qui convient à des pères & mères,
jaloux de forcer leurs enfans à être justes entr'eux. Ilya
plus, ils ne le croyoient même pas néceflaire, & s'ils
en ont .fait ufage, ce n'a été que pour obvier à tout,
& parceque dans un acte public on ne doit rien négliger.
Ils déclarent donc, dans ce même testament, quils veulent --- Page 387 ---
& entendent
que dans le cas on
Marguerite fe
Jean-Antoine & Marieprévaudroiznt des
contre légalité, la paix &cTunion conceflions dont s'agit,
frères & fceurs, ces mêmes
qui doiventnégner entre
LIORATIONS FAITES SUR conccfions, enfemble les AMÉcommunauté, leur fervent de ICELLES par les forces de la
facceflions,
portion hériditaire dans
fans, en aucune facon
leurs
prétendre à autre chofe, tant dans le guelconque, , pouvoir
que dans le mobilier,
furplus des immeubles,
rées & autres actifs de Nègres, leurs bestiaux, ustenciles, dencas partagis entre leurs HUIT ficcafions, qui feront audit
lors de Touverture de
autres enfans, ou ceux existant
enfin que ces enfans rebelles leurfdites fucceffions. Ils entendent
ment réduits a laurpliucs
& ennemis f trouvent uniguepour toute portion d'herédité concefions en Pétat qu'elles feront
AUBRY AYANT
: LESDITS SIEUR ET
d'aus.pour
POUR CET EFFET nommé le DAME
exicuter ce tefament.
furvivant
Telles étoient les fages
difpofitions des
Aubry, , père & mère, fondées fur
Sieur & Dame
ture & de la raifon,
les principes de la narien
lorique le Sieur Nombret
Pour mériter la main de la Demoifelle n'épargna
guerite Aubry.
Marie-MarLe Sieur
futur. Il lui dit Aubry crut devoir en faire part à fon
qu'il ne s'étoit même
gendre
quelque fage quil fût en
déterminé à ce parti,
éclairé par Mes. Ferrand de lui-même, qu'après avoir été
hamel, Avocar, aux lumières Beaudière, Sénéchal, & Dadoit
defquels tout le monde renhommage; que ces mêmes Jurifconfiltes
qu'il falloit que f fille, autorifée
étoient d'avis
càt expreffement, dans fon
comme de droit, renoncontrat de mariage, à ces
gendre
quelque fage quil fût en
déterminé à ce parti,
éclairé par Mes. Ferrand de lui-même, qu'après avoir été
hamel, Avocar, aux lumières Beaudière, Sénéchal, & Dadoit
defquels tout le monde renhommage; que ces mêmes Jurifconfiltes
qu'il falloit que f fille, autorifée
étoient d'avis
càt expreffement, dans fon
comme de droit, renoncontrat de mariage, à ces --- Page 388 ---
t71
concelions. En même tems il fit voirace gendre
mêmes
de relever les charmes
la dot avec laquelle il fe propofoit
de fa fille.
paterLe Sieur Nombret fut touché de cette précaution
bien davantage lorfquil vit que le
nelle, & ily applaudit
Il foufcrivit à tout,
parti n'en étoit pas moins avantageux.
non. Le
à cette condition fine qud
& particeulièrement
Mai
au
de
contrat de mariage fe pafla le 20
1783, rapport &
Me: Charmat de Villeneuve, Notaire au Petit Goave,
des témoins nécellaires, & des parens & amis.
en préfince
autorifée d'avance par
La Demoifelle Marie-Marguerite,
fon futur époux, déclara qu'elle ( reconnoiffoit que cette
avoit été obtenue en fon nom pour augmenter
1) conceflion
fes frères & foeurs & d'elle-même;
>) la fortune de tous
les fonds de la commu5) qu'elle avoit été établie avec
étoit de même
5 nauté de fefdits père & mère; qu'il en
conceflion fous le nom du Sieur Jean-Antoine
>) d'une
fentantle TORT qui réfulteroit
7) Aubry, fon frère; que
réclamoient lefdites
> pour fes autres frères &c foeurs, s'ils
fefdits
dans Tétat d'alors, & pour donner à
>) conceflions de nouvelles
de fon refpect pour
> père & mère
preuves
déclaré
&c de fa foumiflion à leurs volontés, elle a
>) eux
dès maintenant ET A
n renoncer A PUR ET A PLEIN,
à la
&c proptiété de ladite con-
>) TOUJOURS,
jouiflance & faire malle de la com77 ceffion, pour icelle rentrer
de
de fefdits
&c mère, avec promeffe
>) munauté
père
la
renonciation à fa majorité. 5
> ratifier
préfente
d'avoir
Pour ne pas être expofés au reproche
tronqué
concerne la Dame Nombret, nous allons
le paflage qui
dans le même instant en rapporter la continuité, quelque
-
>) TOUJOURS,
jouiflance & faire malle de la com77 ceffion, pour icelle rentrer
de
de fefdits
&c mère, avec promeffe
>) munauté
père
la
renonciation à fa majorité. 5
> ratifier
préfente
d'avoir
Pour ne pas être expofés au reproche
tronqué
concerne la Dame Nombret, nous allons
le paflage qui
dans le même instant en rapporter la continuité, quelque --- Page 389 ---
inutile qu'elle foit en
[8]
demment par la fiite. ell-méme, & qu'elle le paroîtra évi-
( La future époufe ( est-il
7) fufdite renonciation avoir dit) n'entend néanmoins la
7) pareil abandon de la
lieu que dans le cas d'autre
>> fon
part du Sieur
frère, en ce qui le
Jean-Anoine
))
Aubry,
faite demeure & demeurera concerne, fans lequel celle par elle
La Demoifille Marie-N nulle & non avenue. ))
Nombret, mettoit des Marguerins, ou plurôt le Sieur
Aubry
bornes à fa
crut, en bon
foumilion, & le Sieur
bienfaits. Il dota fa fille. père, ne devoir pas en mettre à fes
Outre les neuf mille
quil avoit donnés à laf future, cinquante livres de menus effets
par lui-méme beaucoup
il y ajouta une terre estimée
qui n'est paffée dans le au-deffous de fa juste valaur, &
contrat de
repréfantatif de 30 mille livres. Il mariage, que pour un
tion de cette terre n'étoit
est G vrai que lestimaen a vendu le tiers, & la pas juste, que le Sieur Nombret
prix même de trente mille partie la moins bonne, pour le
Le Sieur Aubry
livres, qui lui ont été bien
pécifié
n'a pas encore borné là fès
payées.
encore qu'il donnoit aux
bienfaits: ila
& toutes les douceurs
futurs la table,
pour les mettre à
que Ton trouve chez un lelogement bon
même de fe
père,
Cest avec cette délicatelfe, procurer un fort heureux.
Aubry a donné fa fille
cette bonne foi, queleSieur
Depuis
au Sieur Nombret.
moifelle çette époque, & julqu'a la
Marie-Mfargarits, le
majorité de la Deà fouftrir avec fon
Sicur Aubry eut
jours de fon excellent gendre : ce dernier troubloit Beaucoup les vieux
tigues, qui font le malheur beau-père par des tracafferies domef.
& fouvent le délfpoir d'un
père
ux.
Aubry a donné fa fille
cette bonne foi, queleSieur
Depuis
au Sieur Nombret.
moifelle çette époque, & julqu'a la
Marie-Mfargarits, le
majorité de la Deà fouftrir avec fon
Sicur Aubry eut
jours de fon excellent gendre : ce dernier troubloit Beaucoup les vieux
tigues, qui font le malheur beau-père par des tracafferies domef.
& fouvent le délfpoir d'un
père --- Page 390 ---
rideau [91 fur cet affreux tableau. La
de famille! Tirons le
à fa fille le lutimpofe.
tendreffe que la Dame Aubry porte
il In'entre le plus
On fait ce qu'est en général un gendre; troubler le repos &c
fouvent dans une famille que pour en
font fi rares
devenir Tennemi. Enfin les bons gendres
en
qu'on les cite avec enthoufiafme. Dame Nombret étoit parvenue
Quoi qu'il en foit, la
occupé de l'égalité
à fa majorité. Alors fon père, toujours feulement par excès
de bonheur pour tous fes enfans, &
lui avoit été
demande la ratification qui
de précaition,
Sieur Nombret fe place entre le père
.promifs, Anflitôt le
il répond que cette
& la fille, &c repouffant fa femme, aifément combien
ratification n'aura pas lieu. On devine
8L fi
fcène fi peu refpectucufe de la part du gendre,
cette
dut donner lieu à des exdouloureufe pour le beau-père, Cest encore un tableau quil
plications défobligeantes..
faut cacher.
de
de fon beauMais le père fut fi affecté
Tingratitude
fut à
des indécences qui en furent la fuite, qu'il
fils, &
maladie violente dont il mourut dans
Tinstant faifi d'une
Ce fouvenir rappelle TabonTefpace de fept à huit jours.
qui méritoit que ion
dance des larmes d'une belle-mère fouvenir
avec
eût la tendreffe d'un fils; ce
rappelle
g-ndre
reconnoiflans la perte d'un des plus
défefpoir à des enfans
enfin rappelle la trop juste inexcellens pères ; ce fouvenir
la conduite barbare
dignation quinfpire fi naturellement méprifer lamour de
du Sieur Nombret. Quelle leçon pour
aviliffement n'expofe-t-i pas!
Tor ! A quel
événement, une perte auffi fenfible,
Un fi terrible
T'ardeur de Tintérêt du Sieur
devoient au moins tempérer
perte d'un des plus
défefpoir à des enfans
enfin rappelle la trop juste inexcellens pères ; ce fouvenir
la conduite barbare
dignation quinfpire fi naturellement méprifer lamour de
du Sieur Nombret. Quelle leçon pour
aviliffement n'expofe-t-i pas!
Tor ! A quel
événement, une perte auffi fenfible,
Un fi terrible
T'ardeur de Tintérêt du Sieur
devoient au moins tempérer --- Page 391 ---
Nombect? Point du tout. fto] Il
de la faceffion de fon
pécule déjà fur le trouble
lai est plus que jamais beau-père. Il croit que ce moment
le délai que la loi donne favorable, & fans attendre méme
donkeur & concilier fes à une veuve pour calmer fà
pour faire hâter les intérêts, il fe pourvoit en justice
dan bea-père
opérations relatives à la
qu'il la pouffé dans la
fucceffion
daite, quelles mceurs, quel
tombe! Quelle conOn s'attend bien
efprit & quel coeur I
traiter favorablement qu'un tel gendre n'étoit pas
fa bells-mère:
difpofé à
vie, & la pourfiut-il
auffi Ta-t-il
avec tout
pourfi
cupidité la plus
Tacharnement
honteufe !
qu'inipire la
Au moment de
pas Tart néceffaire Tinventaire, il fentit bien qu'il n'avoit
llimagina de fe faire pour expliquer nettement fés prétentions.
le 27 Février
repréfenter par un Procuretir.
1787, & Me. Charmat
Cétoit
chargé de Tinventaire.
de Villeneuve fit
Le Procureur du Sieur Nombret
innéreffant pour fon constitant
y déciare, qu'il est
5 fondre dans lefdites
de ne point ( laiffer con3) tation dont
fuccelffion &
eff
comminanté, Chabi
3> toute
gueftion, concédée &
propriété à la Dame
appartenante en
> mullement & en
Nombret, qu'il
e
aucune manière
n'entendoit
stipulée en fon contrat de
ratifier la renonciation
b que fous le plus
mariage 5 pourquoi il
3)
court délai, & auflitôt la requéroit
Tinventaivre, il lui fût fait
clôture de
>
remife & abandon
habitation, avec tous les
de ladite
s verbaux
titres de propriété,
N relatifs d'arpentage, &
procès-
: lefquels il
généralement tous les papiers y
> dite habitation
réclamoit dans le moment avec
DANS L'ÉTAT OU ELLE
laSE TROUVE
5 pourquoi il
3)
court délai, & auflitôt la requéroit
Tinventaivre, il lui fût fait
clôture de
>
remife & abandon
habitation, avec tous les
de ladite
s verbaux
titres de propriété,
N relatifs d'arpentage, &
procès-
: lefquels il
généralement tous les papiers y
> dite habitation
réclamoit dans le moment avec
DANS L'ÉTAT OU ELLE
laSE TROUVE --- Page 392 ---
ce qu'elle fit comprife
entre en
5p
f'oppofant
elalie
ALORS,
inventaire, & à ce qu'elle
décrite audit
fous toutes
s ni
à la maffe defdits biens,
quelconque
9 manière
&c >.
à la force, elle
> réferves, Aubry oppofa la force
nom de la
La Dame
&c le Procureur au
prit auffi un Procueur, héritiers requit:
audit
veuve & des autres
fût comprife & estimée
4 Que cette habitation
de ladite communautcomme faifant partie
en avoit
n inventaire, étoit bien vrai que la concelfion mais qu'il
n té; quil
de la Dame Nombret,
> été obtenue au nom
fon nom alors
vrai auffi qu'on n'avoit employé de la terre, On
1 étoit
quayant déjà
>) à cet efet, que parce
en d'autres mains ; que
que celle-ci ne palTar
cette marche
77 craignoit Sieur & Dame Aubry n'ont pris
leur fille,
N lefdits
préfumer que
quils ne porvoient
fait
au7) que parce
qui anjourd'iui la
agir,
fon époux,
une prétens enfemble
de s'élever contre
roient eu finconféquence
& leurs frères
5)
forme un intérêt égal entre eux
ont
7) tion qui
toutes les lois duRoyaume
foeurs sprétentions que
en est Tuni3) 8
Tégalité qu'elles exigent
n'étoient
puilque
9 adoptées,
lefdits Sieur & Dame Nombret
>> que bafe; car
terre a été acquife aux dépens
fans favoir que cette
Tétablife
>> pas
de leurs père & mère, par & de tra2) de la communauté fait à force de fueurs
7) fement quils en ont
de divers frais en
le coût de la mulipliciné
leurs
3) vaux, par
&c par tous
moyens
qui ont été énormes,
entier ; quil
>) justice
quils y ont portés en
& Dame
2) de communanté plus injuste quel.iflias Sieur
1 étoit donc d'autant
parcille, puifgrale
Nombret élevallent une prétention
a
2) de la communauté fait à force de fueurs
7) fement quils en ont
de divers frais en
le coût de la mulipliciné
leurs
3) vaux, par
&c par tous
moyens
qui ont été énormes,
entier ; quil
>) justice
quils y ont portés en
& Dame
2) de communanté plus injuste quel.iflias Sieur
1 étoit donc d'autant
parcille, puifgrale
Nombret élevallent une prétention
a --- Page 393 ---
3 fe trouve blelTer & Tordre lr
s
L
Geks conventions inferées
intéréts d'une famille,
7 par la celflion
en leur contrat de
n & Dame
qui a été faite en faveur defdits mariage,
Aubry; : ceflion
Sieur
5 ventions d'un acte anffi
étayée fur toutes les conn la logitimité qu'en
intércffant à la fociété, & far
5 Nombret. Duallaurs, reconnoiffoient les Sieur & Dame
5 la fageffe d'un père & n'étoit-ce pas vouloir abufer de
s étayer une fortune
d'une mère, qui n'ont pu, pour
x fervir du nom d'un égale entre tous leurs enfans 3
fe
> Loi
feul: fagelle, à la
que
cxige, mais qui a été
vérité, que la
5 caractérifée dans le
religicufiment obfervée &
3) dits Sieur & Dame testament aurhentique fait par lef
>> mat de Villeneuve, Aubry, au rapport de Me. Char3 15 Mai
Notaire, & témoins
1782, à peine de
préfens, le
s) fion, &c. &c >.
réduction dans leur fuccef.
D'apres l'avis du Procureur du
lon procéderoit
Roi,il fut décidé que
ventaire, &
provifoirement à la continuation de
que l'on y comprendroit
linsagit, fauf aux parties à fe
Thabitation dont
Le Sieur Nombret
pourvoir far le fond.
inventaire
preffoit vivement la
, & à peine fut-il
clôture de cct
requête introductive
clos, qu'il préfenta fa
alligner fa
d'inance; c'est - à-dire,
ft
belle-mère, le
qu'il
à Jui remettre Thabitation premier Mai 1787,pour la forcer
Comme
dont s'agit.
beancoup de gendres
quelle manière refpectueufe l'on
pourroient ignorer de
Lelle-mere, en pareil
peut conclure contre une
modèle les
cas, nous allons donner
conclafions du Sieur
pour
n Pour s'entendre
Nombret. Les voici:
condamner à faire remife G abandop
ft
belle-mère, le
qu'il
à Jui remettre Thabitation premier Mai 1787,pour la forcer
Comme
dont s'agit.
beancoup de gendres
quelle manière refpectueufe l'on
pourroient ignorer de
Lelle-mere, en pareil
peut conclure contre une
modèle les
cas, nous allons donner
conclafions du Sieur
pour
n Pour s'entendre
Nombret. Les voici:
condamner à faire remife G abandop --- Page 394 ---
dans les VIOTQUATEX
(Sieur
à intervenir,
nlul
y aul Supliant
de la Sentence
MM.
de la fignilficaion
&
par
>2 HEURES
ACCORDÉE
de Thabitation APPARTENANTE
le 16 Juin 1770;
>>
de la Colonies
TROUVE ÈTRE
7) les Adniripraurr L'ÉTAT OU ELLE SE
Sieur Aubry,
3) le tout DANS
des biens de feu
&
en Tinventaire
dire juger
7 DÉCRITE
en conf@qenee
-
le mobiller;
de ladite
>) fors 6 cxcepel
(la Dame Anbry) les lieux:
TOUT DÉTEMPTRUR
&c VIDER
3) que
fera tenu de DÉGUERPIR faute de ce, emtorij@rle
>) habitation CI-DESSUS, finon &
du:
dans les délais
laMinisèree
>
faire mettre en pofcfion par LA MARÉà s'en
DE
37 fappliant Notaire roquie, ASSISTÉ BESOIN EST, fous les
>) prenicr
pour. main-fertes SI
les dommeges 6
>) CHAUSSÉE
du foppliant de tous
tant à
réferves
avoir à répéter,
n exprelles quil peut ou pourroit tout retard 8c INDUE
5 intirêts
que pour
néanmoins
p défaut de digupifinunt quil avifera, aux offres
Scautres
dudit
5)
digurrifamanis
JOUISSANCE,
de payer, lors
de
fait le Supliant
TARPENTAGE
5) que
frais qui ont pu être faits pour RÉUNION dicelle
12. tous les
& lors dela procédure en outre condamne,
)) ladite terre, deSal Majpaépdesendes en
de tous les
99 au Domaine
remife au Suppliant
SANS DÉLAT, - à faire
>)
8cc 8tc. 8cc. 5)
fenfibilté de cette
>) titres
de fe faire une idée dela
ces conIl est aifé
Tafignation qui portoit
bonne mère en recevant
dans ce moment douloureux,
dit-elle,
Taffreux
clufions. > Cegendre, dans la tombe, auroit-il eà mon
mon mari
defcendre
7) a jeté
Tinstant ou je dois y
de hâter
enfans Tentourèrent,
2) projet
Auffitét fes autres
les larmes que
>) tour ? >
ils ne cellent d'effuyer
& depois ce moment
ifé
Tafignation qui portoit
bonne mère en recevant
dans ce moment douloureux,
dit-elle,
Taffreux
clufions. > Cegendre, dans la tombe, auroit-il eà mon
mon mari
defcendre
7) a jeté
Tinstant ou je dois y
de hâter
enfans Tentourèrent,
2) projet
Auffitét fes autres
les larmes que
>) tour ? >
ils ne cellent d'effuyer
& depois ce moment --- Page 395 ---
leur mère répand toutes INT les fois
indécente, àl Tintérêr fordide, à qu'elle penfe à la conduite
à qulégoiine fait
fiajinticesveagde
à fis beann-frères oublierce quil doit à fa mère diexgende,
&
adoptive,
dont i1 force fans doute billas-feurs, & même à fon
Mais le Sieur
le penchant naturel.
époufe,
attife fon intérét Nombret s'est monté
i dit
par de forts
Timagination, & il
dans un de fes écrits : raifonnemens. Par
2 & qu'EXIGE
or, que pourroit donc exemple,
aujourd'hui la Dame
exiger,
préfamer que, , brifant les
Aubry : on ne
>) delatendrelft
liens du fang, , del la
peut
maternelle
nature, &
s elle edt formé de
pour Tépoufe du Sieur
rendre
fang-froid le PROJET Nombret,
aujouredin fa
ODIEUX de
n fesa aufpices, elle formoit condition pire quel le jour que, fous
3 à chérir. 77
des noeuds qu'elle lui a appris
Cest ainfi qu'on fe fait
en embelliflant une idée fouvent illufion à foi-méme,
des phrafes. On croit par des mots, & parla
lorfque la feduction
ne voir que la justelle de tournure
diffement de la
qu'on éprouve ne vient que de Tidée,
période, que du
Tarronexpreflions, de cette malheureufe cliquetis magique des
n'approuve que trop fon
prévention qui fait qu'on
Avec un peu plus de propre ouvrage.
écarté le bruit de fes réflexion, le Sieur Nombret auroie
Thonnéteté,
mots, & il auroit entendu
qui lui crioit quil
la nature,
compromettane fà
manquoit à hi-méme, en
de celui de fa nouvelle belle-mère, qu'il dérachoit fes intérêts
qu'il chaffoit Tunion famille, en fe refufant à
rien, qu'il
fans laquelle les
Tégalité,
exigeoit une chofe
parens ne font
quil préféroit fon
abfolument injuste, &
avantaged la justice &à la bonne foi
mots, & il auroit entendu
qui lui crioit quil
la nature,
compromettane fà
manquoit à hi-méme, en
de celui de fa nouvelle belle-mère, qu'il dérachoit fes intérêts
qu'il chaffoit Tunion famille, en fe refufant à
rien, qu'il
fans laquelle les
Tégalité,
exigeoit une chofe
parens ne font
quil préféroit fon
abfolument injuste, &
avantaged la justice &à la bonne foi --- Page 396 ---
ts) cas, d'écouter fon cOeUr
Ilauroit fenti la nécellité, ,en parcil
fon intérêt, la
fon efprit, la raifon plutôt que
plutôt que
Ilfe feroit élevé un monument
justice plutôt que fa paflion.
quoique circonfcritea 2
au milieu de fa famille,& cette gloire, Un pareil monument
n'auroit pas été une vaine fumée.
on fe fait ériger
vaut mieux que cet amas d'or aveclequel de
vaut au moins
; une gloire ce genre
des statues publiques enivre tant de gens, &c leur fait faire,
cette haute fumée qui rabaiflent plus qu'elles ne les élévent
tant de chofes qui les
de fes parens à tout ce qui est
Tamitié
Le fage préfère
que Fune ne caufe jamais de
brillant dans le monde, parce fouvent du repentir. L'une
regrets, &c que l'autre donne & l'autre fe reflent toujours
procure une fatisfaction céleste,
de la terre qui le crée.
voir le contraire, & dans
Mais le Steur Nombret a cru de.lui dire que c'est ainfi
ce cas fa belle-mère a le droit
les hommes.
Tambition & la cupidité perdent
quelmnérêt,
leurs confeils 3 que la justice ne
qui fuivent aycuglément
à des entreprifes
donne jamais de fecours ni d'approbation
aufli danauffi nuifibles, qui ont pour bafe des principes de la
icile moment de fe rappeler
fage
gereux; que c'est
irquecequi femprévoyance du feu Sieur Aubry,qicrnignoitg de fes enfans, ne fervit
bloit devoir augmenter la jouiflance & leur bonheurquelque jour à troubler leur repos le ton d'ane perfonne
La Dame Aubry ne prendra pas
Taurorisé: mais
faire
fon fentiment par
qui veut
prévaloir
avec émotion combien
on lui permetra de repréfenter
la conduite de
étoit juste le cruel preflentiment quannonce inhurnain a plongé
de famille, qu'un gendre trop
ce père
dans la nuit éternelle 1 :
voir augmenter la jouiflance & leur bonheurquelque jour à troubler leur repos le ton d'ane perfonne
La Dame Aubry ne prendra pas
Taurorisé: mais
faire
fon fentiment par
qui veut
prévaloir
avec émotion combien
on lui permetra de repréfenter
la conduite de
étoit juste le cruel preflentiment quannonce inhurnain a plongé
de famille, qu'un gendre trop
ce père
dans la nuit éternelle 1 : --- Page 397 ---
Sil est du devoir d'une [161
pareil gendre, il faut convenir belle-mère de pardomner à un
un pardon bien cruelà
que ce doit être pour elle
n'est pas Targent inuclement accordsrlOn fent bien que ce
regrette, elle n'a jamais cherché employé & perdu qu'elle
nombreufe famille. S'il
à en acquérir que
fa
facrifieroit
ne sagilloit que de
pour
de
encore le peu qui lui reste
cette perte, elle
fon gendre: ce ne froit
pour appaifer la foif
& pour fes autres enfans pour elle qu'un défagrement,
Mais tout cela lui
qu'un léger facrifice,
coeur & à fès enfans, rappelleun fouvenir bien plus cher à fon
longs, une vieplus
un père qui méritoit des jours plus
Néanmoins la tranquille, & un beau-fils plus humain
tendrefle égale
qu'elle a par confiquent
qu'elle a pour fos enfans,
accorder ce pardon; & pour elle la Dame Nombret, lui fait
part de fon gendre,
ne demande en retour de la
gement pour fes beaux-frères qu'un peu plus d'égards & de ménadonc de parler d'elle. Il
& belles-fGeurs. Elle ceffera
tous fes enfans, qu'ells ne s'agira plus que de Tintérêt de
voir également
voudroit, à limitation de fon
heureux; & fi leur
mari,
pas,y a long-temps que le Sieur bonheur ne Toccupoit
plus contre fa balle-mère!
Nombret ne crieroit
faits & de la procédure. Revenons donc à la fiite des
Cette aflignation fut donnés,
Aubry, mais encore à
non feulement à la Dame
procès, & entr'aurres à Me. toutes les parties dénommés au
A cet égard il existe
Collinet, Notaire, ès
une nullité
qualinés,
point été donnée
radicale.
au domicile de
Lalfignation n'a
réflexion fir cette irrégularité
Me. Collinet. Toute
effacer un vice de cette
feroit inutile! rien ne peut
nature,
Quoi
des
Cette aflignation fut donnés,
Aubry, mais encore à
non feulement à la Dame
procès, & entr'aurres à Me. toutes les parties dénommés au
A cet égard il existe
Collinet, Notaire, ès
une nullité
qualinés,
point été donnée
radicale.
au domicile de
Lalfignation n'a
réflexion fir cette irrégularité
Me. Collinet. Toute
effacer un vice de cette
feroit inutile! rien ne peut
nature,
Quoi --- Page 398 ---
[17] & fans donner YénuQuoiquil en foit pour Tinstant,
nous dirons
fatigante des pièces de procédure,
mération
fe font défendues refpectivement,
feulement que les parties
dans une Requéte
quela Dame Aubry Ta été parfaitement Ifnard, fon défenfeur
du 26 Juin 1787 & fignée de Me. doute cette Requête
instance ; que c'est fans
en première
développée que judicieufement
fagement
en défemnfe,aufi
lieu à la Sentence définitive qui
raifonnée, qui a donné
Goave. Elle est du 17Mars
fait féloge des Juges du petit
1788, & en voici le prononcé:
cxaminé, KE ET
ToUT VU, confidéré &c mûrement
a
-
2)
des Sieur &Dame Apbry
LE TESTAMENT
17 notamment
& le CONTRAT DE MARIAGE BARCHVES
3) du 15 Mai 1782,
du 20 Mai 1783, attemelu
7) Sieur & Dame Nombret
n'a été obtenue A
dont s'agit
1) que LA CONCESSION
Maric-Marguarie Aubry
le nom de la Demoifelle
>) fous
défend d'accorder deux conla Loi qui
2 qulaprès
QU'IL EST ÉVIDENT
à la même perfonne,
& obtenu
7) ceffions
& Dame Aubry, qui ont/fillcis
2 que les Sieur
N'ONT EU QUE L'INTENTION de
9) cette conceflion,
& vû L'AVEU FAIT
leur COMMUNAUTÉ,
2)
Tacquérir pour
conceffion a été ÉTABLIE
les demandeurs queladite
de la
> par
6 pourfaivie aux dépens
2) avant la réunion faite
CONCESSIONNAIRES; 3
Aubry, NOUVEAUX
> communauté
des demandeurs
VU
la RENONCIATION
en
>>
pareillement à ladite conceflion, PORTÉE
22 fur leurs prétentions
DE LAQUELLE
leur contrat de mariage, EN FAVEUR
>)
constitué en DOT une autre terre,8c pluficurs
72 il leur a été
ÉGARD aux fins de non re1) têtes de Nigres; AYANT
B
réunion faite
CONCESSIONNAIRES; 3
Aubry, NOUVEAUX
> communauté
des demandeurs
VU
la RENONCIATION
en
>>
pareillement à ladite conceflion, PORTÉE
22 fur leurs prétentions
DE LAQUELLE
leur contrat de mariage, EN FAVEUR
>)
constitué en DOT une autre terre,8c pluficurs
72 il leur a été
ÉGARD aux fins de non re1) têtes de Nigres; AYANT
B --- Page 399 ---
(18]
& défenfes des défendeurs, NOUS
> cevoir, exceptions
non recevables dans
déclaré les demandeurs
99 AVONS
ordonnons
la CONCESSION dont
2) leurs demandes ;
que
fera & demeurera
& dépendances,
3) s'agit, circonstances
d'entreles
dans la MASSE de la communauté
a COMPRISE
DÉBOUTONS les parties de leurs
3) Sieur & Dame Aubry.
8 condamdemandes, fins & conclufions,
32 plus amples
en tous les dépens &c. )),
32 nons les demandeurs
l'on
Sans craindre d'être accufé de partialité
pourroit
cette Sentence est la raifon écrite. On pourroit
dire que forte fe difpenfer de la commenter. Elle porte
en quelque
ainfi dire, fon motif& fon explication.
fur chaques mot, pour
achever de laiffer les adverfaires
Ce n'est donc que pour
instans au
fans défenfe que nous allons facrifier quelques faveur de la
développement des moyens qui militent en
Sentence dont est appel.
REFUTATIO N.
vraiment n'a pas un moyen
Le Sieur Nombret, qui
en la
raifonnable dans cette caufe, dit dans une Requête
les Sieur & Dame Aubry voulurent ; 1. TeRCour,que
à la
dre vain le bienfait du Prince ; 2.0 SE SOUSTRAIRE
les autres enfans à Pega
restitution des fruits ; 3.° appeler
s'il avoit été
lité dans le partage de -ce mâme fol, comme
distribuer
de leur communauré qu'ils cuffent di
un conguét
avec justice.
à croire que le Sieur Nombret
On a réellement peine
Rendre vain
ferieufement! C'est cependant très-vrai.
parle
veut dire par-là le Sieur Nomle bienfait du Prince! Qne
USTRAIRE
les autres enfans à Pega
restitution des fruits ; 3.° appeler
s'il avoit été
lité dans le partage de -ce mâme fol, comme
distribuer
de leur communauré qu'ils cuffent di
un conguét
avec justice.
à croire que le Sieur Nombret
On a réellement peine
Rendre vain
ferieufement! C'est cependant très-vrai.
parle
veut dire par-là le Sieur Nomle bienfait du Prince! Qne --- Page 400 ---
1391 occalionné ce bienfait à
bret? Le travail immenfe qula
les père & mère
Aubry, prouve-c-lique
la communauté
vils
de conccffions,
dont sagit étoient de ces
accapareurs d'obtenir des pays
quiseforcent, fous des noms empruntés, bien cher ce qui ne leur
immenfes, pour enftite vendre manière rendu vain le bienrien coûté? Ont-ils de cette
a
furprenant la religion du Gouvernement
fait du Prinse,en
Que veut donc dire le
& de MM. les Adminisratsus?
fes beauxpère &
Sieur Nombret, lorfquil prétend que
Vaut-ilenrendu vaia le bienfait du Prince?
mère ont
la Dame fon époufe n'en profite pas?
tendre par-là que
ils'abuferoit à plaifir. Ce bienMais dans ce cas-là même les foins paternels qui Tont
fait lui auroit échappé, fans le Fifc, dont les bras font
défendu fi vigoureufement contre
les
Ce bienfait feroit tombé en pure perte,fans
fi longs!
de la communauté Aubry! Alfuavances innombrables là rendre vain un bienfait du Prince.
rément ce n'est pas
le Sieur Nombret entend par
Il faut donc croire que
du Prince, qu'on ne.lui
ces mots rendre vain un bienfait
fi indé3 donné en feul T'habitation qu'il convoite
a pas
de bonne
-
Mais dans ce cas il ne feroit pas
cemment.
annonce quil a été prévenu
foi. Le contrat de mariage honnètes des père & mère
a cet égard des intentions il les a agrébes, 8c c'est
de fon époule, Il y a plus,
la
de fon approbation même, que
le récompenfer
D'ailleurs,
pour Dame Nombret a été dotée fi avantageufement.
Cette habitation ne lui offre-t-elle
de quoi fe plaint-il?
co-héritiers? 8c les Sieur
point fa part, comme aux autres d'autre but que l'égalité par-
& Dame Aubry ont-ils eu
père & mère
a cet égard des intentions il les a agrébes, 8c c'est
de fon époule, Il y a plus,
la
de fon approbation même, que
le récompenfer
D'ailleurs,
pour Dame Nombret a été dotée fi avantageufement.
Cette habitation ne lui offre-t-elle
de quoi fe plaint-il?
co-héritiers? 8c les Sieur
point fa part, comme aux autres d'autre but que l'égalité par-
& Dame Aubry ont-ils eu --- Page 401 ---
mi tous leurs enfans? Il L20]
Nombret n'a
faur donc conclare que le
dire
pas foffamment réfléchi
Sieur
que les Sieur & Dame
lorfquil a ofé
le bienfaie du Prince. II faut Aubry ont voulu rendre vain
trouble fes idées,
en conclure que Tavidité
raifon de Thomme peu près comme Tivreffe trouble
II dit auffi
qui veut trop boire,
la
f
que les Sieur & Dame
Joustraire à la restieution des
Aubry ont vouln
une injure. C'est calomnier
frits! Voila purement
Car les Sieur & Dame
pour le feul plaifir de le faire.
me du Sieur Nombret, Aubry, dans la fippofition métuer. Ce font eux
n'auroient point de fruits à
dont
qui ont créé, pour
réstis'agit; ce font leurs foins &
ainfi dire, la terrè
empéché la réunion, ce font leurs leur argent qui en ont
lui ont donné toute fa
avances immenfes qui
fertilifée, ils n'étoient valeur, ce fontleurs fueurs quilont
faifance, ils feroient donc point obligés à ces actes de bienleur devroit donc &
naturellement créanciers, &con
Sieur Nombret dit rembotrf@mefit &
donc une
récompenfe. Le
que fes beau-père & mère,ont abfurdité, lorquil prétend
restitution des frits.
voulu fe foustraire a la
Mais ils ont voult, dit-il
enfans d Tigalité dans le
encore, appeler leurs autres
Sieur Nombret
partage de ce méme
troirve cette action
fol. Quoi! le
qui,aux yeux dés autres
odieufe! Comment ce
fera pour lui un objet hommes, mérite d'êre
& uine occaflon de
monistreux, un fujet de applandi, difcorde,
tive; & d'égardsa fes manquer de refpect à fa mère
nifation du Sieur
co-héritiers? Quelle est
adopNomibrer?
doneTomga
Sieur Nombret
partage de ce méme
troirve cette action
fol. Quoi! le
qui,aux yeux dés autres
odieufe! Comment ce
fera pour lui un objet hommes, mérite d'êre
& uine occaflon de
monistreux, un fujet de applandi, difcorde,
tive; & d'égardsa fes manquer de refpect à fa mère
nifation du Sieur
co-héritiers? Quelle est
adopNomibrer?
doneTomga --- Page 402 ---
ILari]
Ohrmaiz, le Sieur Nombret prétend
iun conguét de leur communauté
que ce n'est pas
avec justice. Un:
quils cufent de distribuer
instant, le Sieur Nombret
Comment, il ne favoit pas queles Sieur & cfcobarde!
nlavoientie d'autre
Dame Aubry
cellion,-8 enla intention, en follicitant cette contravaillant, que
yens pour foutenir une des plus nombreufes d'augmenter leurs moment,ilignorait que fes beaux-père & mère familles? Comrien tant que Tégalité, Tunion & la
ne. defiroient
mille? Il rcroit donc
paix dans leur faqu'on ne fe
contrat demariage,oh ila
rappelle pas de fon
parlé fi
testament dont il a eu une f parfaite intellgiblement, de ce
le Sieur Nombret ait donc
connoiffance? Que
foit de.seilleure foi!
plus de mémoire, ou quil
Quant au Droit, leSieur Nombret
fa requêre
prérend encore dans
deugricinique la renonciation de la
Aubry.es conditionnalle,
Demoifeille
de
Grguau mgyen de Pinesicution
la-condition,e cette renonciation est mulle-s
Quelle est cette: condition ? Nous lavons fans effit.
tée. eN'entend néanmoins ladite
déjà rappor7) la fuflite renonciation
Demoifelle future époufe,
avoir lieu
2) tre & pareil abandon de
que dans le cas d'aula
)
part dudit Sieur Antoine
Aubry,-fon frère, en - ce qui le
5) celle par elleifaite.d demeure & concerne, fans lequel
7) & non avenue 27.
demeurera comme nulle
Les Sieur & Dame Aubry n'ont
triction; parceque dans le fait elle
pas tenu à cette ref
Lévénement du droit réel
ne lignifie rien au fand.
fait aufli indifférent
ne pouvoir pas dépendre d'un
en foi. Mais en
fuppofant que ce fit
ur Antoine
Aubry,-fon frère, en - ce qui le
5) celle par elleifaite.d demeure & concerne, fans lequel
7) & non avenue 27.
demeurera comme nulle
Les Sieur & Dame Aubry n'ont
triction; parceque dans le fait elle
pas tenu à cette ref
Lévénement du droit réel
ne lignifie rien au fand.
fait aufli indifférent
ne pouvoir pas dépendre d'un
en foi. Mais en
fuppofant que ce fit --- Page 403 ---
lce qu'on
La]
appelle une
fmlteroit-il? Que fi Antoine conidition/iar qud nony qu'en réinjuste que fon bean-frère, Aubry étoit auffi ingrat, aufi
frères & foeurs
qu'il intentât à fa mère &
un procès pareil à
à fes
Nombret feroit dégagée de fa
cclui-ci, la Dame
là n'existe pas. Antoine
renonciation. Mais ce casalors que le Sieur Nombret Aubry n'a jamais réclamé,
Jui fir cet objet. Il
rapporte le plus léger écrit de
s'il le
y a plus,il ne réclameroit
pouvoit encore, parceque
jamais,
Sieur Nombret est infinimient A heureufement l'avidité du
tre que dans Timagination
rare, & qu'elle ne peur naiDun
ardente d'un
autre côté, Antoine
gendre affamé d'or.
odieufe réclamation,
Aubry ne peur plus faire cette
puilque fa famille en
depuis longtemps. Onp peut donc dire
pleure la perte
s'agit est plus que jamais comme fi elle que la claufe dont
conféquent la caufe doit fe
fans n'existoit pas. Parfi Antoine
juger
elle. Il ya
Aubry vivoit encore, fa
plus,
roit pas la caufe au fond. Il feroit réclamation ne détruifi, au mépris de la coutume de Paris toujours à décider
colonies Françoifes, on
qui gouverne les
de fes enfans, directement peut avantager un ou plufieurs
lité d'obtenir des
ou indirectement, &c fi la faciétablir
conceffions fous leurs noms &
aux frais dela communauté,
de les
indirect, digne de la
n'est pas un avantage
Voilà
réprobation des loix.
ce qui est toujours à
Il
de ne pas voir que ce feroit-là juger.
est impoflible
un
comme lon fent, ne fe borneroit avantage indirect, qui,
la France s'en ferviroit
pas aux colonies. Toute
font allez injustes
bientôt, cest-à-dire ,tous ceux qui
Four préférer un de leurs enfans aux
frais dela communauté,
de les
indirect, digne de la
n'est pas un avantage
Voilà
réprobation des loix.
ce qui est toujours à
Il
de ne pas voir que ce feroit-là juger.
est impoflible
un
comme lon fent, ne fe borneroit avantage indirect, qui,
la France s'en ferviroit
pas aux colonies. Toute
font allez injustes
bientôt, cest-à-dire ,tous ceux qui
Four préférer un de leurs enfans aux --- Page 404 ---
fans doute, de préfenter la question, pour
autres. I-fiffit,
la faire réfoudre aifément.
(
Il est inutile que nous répondions aux autres prétendus
de Tadverfaire. 2 Ils font trop foibles pour mérimoyens
& ce feroit faire Yavantage de T'Impriter une réponfe,
défenfe de la Dame Aubry &
meur,fans donner à la
Il faudroit d'ailde fes enfans une plus forte confistance.
leurs relever des injures que l'on rencontre à chaque pas;
à notre tour le Sieur Nombret, en, faifant
& défobliger
verfe. avèc prodigalité fur des
retomber fur lui ce quil
& des
Sa
auxquelles il doit du refpect
égards.
perfonnes n'oublie pas qu'il est fon gendre, & fes beauxbelle-mère belles-fours ne veulent pas ufr de tous leurs
frères &
lui. Ils defireroient tous que le repentir le
avantages fur
avec bien de la joies
leur rendit, & ils le recevroient
honrien n'est plus pénible pour des perfonnes
parcoque
nêtes que la défunion des parens.
R
E
S
U
M
É.
de toutes fès fuperfluites, estinfiniment
La caufe, dégagée
du Sieur Nombret, elle fe
fimple, & malgré les efforts
réduit à la question neuve, importante & poliriqu: que
voici :
OBTENUE SOUSE NOM D'UN
( UNE CONÇESSION
ÉTABLIE AUX
PAR SES PERE ET MERE,
)) ENFANT,
ET NÉCESSAIREMENT
7) FRAIS DE LA COMMUNAUTÉ,
NEST-ELLE
DÉTRIMENT DES AUTRES ENFANS,
92 AU
INDIRECT, ET PAR CONSÉQUENT
27 PAS UN AVANTAGE
CONTRAIRE AUX
77 DIGNE DE RÉPROBATION, COMME
la question neuve, importante & poliriqu: que
voici :
OBTENUE SOUSE NOM D'UN
( UNE CONÇESSION
ÉTABLIE AUX
PAR SES PERE ET MERE,
)) ENFANT,
ET NÉCESSAIREMENT
7) FRAIS DE LA COMMUNAUTÉ,
NEST-ELLE
DÉTRIMENT DES AUTRES ENFANS,
92 AU
INDIRECT, ET PAR CONSÉQUENT
27 PAS UN AVANTAGE
CONTRAIRE AUX
77 DIGNE DE RÉPROBATION, COMME --- Page 405 --- DISPOSITIONS DE LA COUTUME
( LES COLONIES ? >
DE PARIS QUI RÉGIT
Il: nous femble que la meilleure
ponfe la plus décifive font celles réflexion, que la récoutume de Paris infpire
que T'article 303 de la
termes :
naturellement. En voici les
4 Père & mère ine
e vifs, par testament & peuvent, par donation faite entre
& ou
ordonnance de dernière
autrement, EN QUELQUE
volonté,
e avantager leurs enfans,
MANIERE QUE CE SOIT,
12) uns plus que les autres venans à leur fuccefion, Jes
77.
Certainement cet article décide
tion propofée.
impérieufement la quef
On nous difpenfera fans doute de
mentateurs de cet article. On fe
copier les Comn'ont pas dû avoir
perfuade aifément quils
fens naturel.
beaucoup de peine à en donner le
Qnant an testament qui a
fire de la part du Sieur
éprouvé une fi forte cencevront aifément
Nombret, les Magistratss
qu'il n'est
s'apperla Loi. Liarticle 307 de la que Fexprefion même de
ment : niarmoins, oic celui même coutume dit littéralevoudroit
auquel on auroit donn:,
tenirsfaire le peut, en
fé
la legitimité
Sabstenant de
réfervée aux autres.
Phenidiad,
D'après cela, il est clair que les
la ficcelion, retiennent les
enfans renonçans à
faits par celui de la fucceffion avantages qui leur ont été
défaut de cette
duquel il s'agit; mais qu'à
renonciation, ils ne peuvent
avantages directs ou indirects
pas jouir des
qui leur font faits par leurs
,
tenirsfaire le peut, en
fé
la legitimité
Sabstenant de
réfervée aux autres.
Phenidiad,
D'après cela, il est clair que les
la ficcelion, retiennent les
enfans renonçans à
faits par celui de la fucceffion avantages qui leur ont été
défaut de cette
duquel il s'agit; mais qu'à
renonciation, ils ne peuvent
avantages directs ou indirects
pas jouir des
qui leur font faits par leurs --- Page 406 ---
Las]
père ou mère, parcèque, encore. une
6 mère
fois,père
ne
peuvent, EN QUELQUE MANIÈRE QUE CE SOIT, avantager leurs enfans, VENANS A
SUCCESSION, 2 les uns
les autres. Le Sieur Nombret n'a point renoncé à plus la que
ceflion du chef de fa femme, il
fucla, au contraire,
tée. Le testament dont s'agit n'a donc fait
accepla Loi prefcrit, il a voulu entretenir
que ce que
les enfans Aubry. Ce
Tégalité entre tous
testament, outre le
devoit
(refpect quil
infpirer au Sieur Nombret, devoit donc
mériter fon approbation. Mais Favidité n'a
encore
retenue !
point de
En effet, il faut que cette avidité le tourmente cruellement , pour s'être permis de troubler aufli fortement
l'a fait, &c les cendrès d'un beau-père
quil
repos fi mérité de la mère de fon
refpectable, & le
époufe. C Sieur
2) vous êtes dans le fommeil de lai araifon, &
Nombret,
> parez bien des
à
vous vous préregrets
votre réveil! Vous
5 de la douleur à toute votre famille
caufez
1) ries
par vos tracaffedomestiques : mais un temps viendra où vous
7) en repentirez, & fi vous pouviez
vous
perfister dans
)) elprit de domination, dans ce caractère de
votre
>> pour vos parens, vous pourriez être forcé de perfécution
>) repentir, en
vous en
voyant votre postérité, à
3) vous caufer les mêmes
votre exemple,
douleurs! ! A
5) cela vous arrive! mais
dieune plaife que
vous le mériteriez.
97 donc à vons-même,
Revenez
rentrez dans une famille
5) prête à vous rendre fa tendreffe,
qui est
n vOs beaux-frères &
& concotrez avec
belles-fceurs à ramener
2) lité dans Pefprit de votre
da tranquilbelle-mère, quiine vit que pour
votre postérité, à
3) vous caufer les mêmes
votre exemple,
douleurs! ! A
5) cela vous arrive! mais
dieune plaife que
vous le mériteriez.
97 donc à vons-même,
Revenez
rentrez dans une famille
5) prête à vous rendre fa tendreffe,
qui est
n vOs beaux-frères &
& concotrez avec
belles-fceurs à ramener
2) lité dans Pefprit de votre
da tranquilbelle-mère, quiine vit que pour --- Page 407 ---
5 achever Touvrage d'an [ra6]
1) le tourment de
père dont la mont doip
votre vie.
faire
5) patience, & lon vous tand On vous attend avee imt
Cest en effet avec
déja les brastw
&c fes enfans foutiennent répugnance que la Dame
bret. Mais ils font
ce procès contre le Sieur Aubry Nom
turel. Le Sieur Nombret attaqués,6e la défenfe est de droit naainfi dire, femerla
va de porte en porte,
de justifier fa conduite calomnie, dans le deffcin, fans pour
dans
doute,
noiffent pas fes procédés. Il quelques efprits qui ne conpublicité, dont la Dame
établit ainfi une efpèce de
rêt de détruire Teffet
Aubry & fes enfans ont inté
engage à rendre
injuste, & c'est le motif qui les
publique leur défenfe.
n'y verra aucune
Ils efpèrent qu'on
point voula en faire animofité, ils n'en ont point & n'ont
but que de fe défendre. paroitre. Leurs Ils n'ont enfin eu d'autre
certains. C'est tout ce
moyens font raifonnables &
des Magistrats
qu'ils Ont voulu établir aux
Ainfi
fapérieurs & du Pablic.
yeux
la Sentence dant
jugé la question coloniale esrappel a parfairement bien
effaie de tourner à fon
que le Sieur Nombret
fans trop de préfomption, avantage, Ainfi Pon peur,
aura Tapprobation de la Cour. efpérer que cette / Sentence
en fera pour avoir montré
Ainfi le Sieur Nombret
avoir porté le trouble dans une fa acratrignitenile, pour
d'un caractère peu liant, & famille, pour donner Tidée
dont il n'apprécis
pour avoira affigé dcs
fent ficcomber
pas aflez toute la tendreffe.
parens
tous ceux
Ainfi puic
la foif des richeffes! L'or qui, commelui, facrifient tout à
ne rend pas heureux, il ne --- Page 408 ---
127]
& on ne T'est jadonne que les moyens de le devenir, de la tranquillité
mais quand on Tacquiert aux dépens
la paix &
& fur-tout en lui facrifiant
de fa confcience,
Celui dont la tombe est chargée
T'amour de fa famille.
8 fa vie est-elle
d'or & d'argent en est-il plus regretté,
avis à tous
d'éloge? Avis au Sieur Nombret,
plus digne
ceux qui lui relfemblent.
Avocat.
BAUDRY DES LOZIÈRES,
Me.
CANIVET, Confeiller Rapporteur.
Monfieur
-
ARCHIVES)
de MOZARD. Mars 1789.
deTimprimerie
Au Port-au-Prince,
,
Celui dont la tombe est chargée
T'amour de fa famille.
8 fa vie est-elle
d'or & d'argent en est-il plus regretté,
avis à tous
d'éloge? Avis au Sieur Nombret,
plus digne
ceux qui lui relfemblent.
Avocat.
BAUDRY DES LOZIÈRES,
Me.
CANIVET, Confeiller Rapporteur.
Monfieur
-
ARCHIVES)
de MOZARD. Mars 1789.
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Au Port-au-Prince, --- Page 409 --- --- Page 410 ---
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