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MÉMOIRE
POUR LES NÉGOCIANS DE RHEIMS,
S U R L E PROJET D'ABANDON DES COLONIES; SUIVI D'UNE LETTRE ADRESSÉE A M. B LIN,
Député de Nantes aux Etats Généraux <9 1789. --- Page 8 --- --- Page 9 ---
À 2 MÉMOIRE POUR les Négocians de Rheims , sur le
projet d'abandon des Colonies. LES Négocians de Rheims ont déja porté à
rassemblée des Représentans de la Nation leur
vœu sur là conservation du régime qui a fondé
& qui maintient l'ordre & les liens de l'union des
Colonies Ftançoiscs avec la Métropole. Déjà ils ont fait entendre leur voix sur les conséquences effrayantes &: destructives de l'affranchiisement des Nègres & de l'abolition de la
traite , proposée à rAssemblée comme un objet
digne d'entrer dans le plan sublime de la régénération du premier Empire de l'Univers, Ils ont bien senti qu'un systême aussi peu réfléchi ne pouvoit être que le résultat des maximes outrées d'une Philosophie inquiété , avide
de nouveautés. Mais pleins de confiance dans les
lumières de l'auguste Assemblée, convaincus qu'ils
ne pouvoient rien ajouter aux écrits lumineux que
le Commerce de France Se des Ides a produits
sur cette matière, ils se sont contentés de pré- --- Page 10 ---
( 4 ) tenter leur vœu, en indiquant seulement les ba*
ses sur lesquelles il est appuyé. C'est avec effroi qu'ils apprennent aujourd'hui
qu'ils n'ont pas à lutter seulement contre d'abltraits Métapnysiciens , de vains discoureurs ,
aussi novices dans la science de gouverner les
hommes, que jaloux de s'en dire les réformateurs ;
mais qu'il existe une ligue puissante des ennemis
du nom François au sein même de la Capitale.
Qu'une Société se disant LES AMIS DES NOIRS, est l'instrument que met en œuvre le
/ Cabinet de Londres pour machiner la perte de
• notre Commerce, de notre Marine, & de nos Colonies. Que le plan d'attaque de cette artificieuse conjuration est de présenter à l'Assemblée Nationale,
sous le spécieux prétexte de biensaisance & d'humanité, l'affranchissement des Noirs comme le
chef- d'œuvre de la Constitution Francoise ; bien
j 7
convaincue qu'une sois décrété, il opère sur le
champ le double effet & de la révolte la plus
meurtrière dans cette classe d hommes foncièrement ennemis de leurs Maîtres, ôc d'une sçission
.absolue entre les Colonies & la France. Quelque étrange que paroisse une telle spéculation, est-elle invraisemblable quand on réfléchit au caraétère de cette Nation ambitieuse &
vindiçgtiye , quand on se reporte en esprit au --- Page 11 ---
( S.) A 3 temps de ses humiliations en Amérique, quand
on est sorcé d'avouer la part que la France y a
prise ? Craindra-t-on de la calomnier, en lui
appliquant le manet altâ mente, en se tenant en
garde contre les effets d'une vengeance profondément méditée, en se défiant des protestations
d'amitié, de fraternité dont un Minière adroit
& rusé sait prodiguer les témoignages?
e en esprit au --- Page 11 ---
( S.) A 3 temps de ses humiliations en Amérique, quand
on est sorcé d'avouer la part que la France y a
prise ? Craindra-t-on de la calomnier, en lui
appliquant le manet altâ mente, en se tenant en
garde contre les effets d'une vengeance profondément méditée, en se défiant des protestations
d'amitié, de fraternité dont un Minière adroit
& rusé sait prodiguer les témoignages? Et ce honteux Traité de Commerce conclut
en France sous une Administration aveugle, inepte,
ou corrompue, qu'est - il autre chose dans son
vrai point de vue , qu'une vengeance palliée ,
qu'une guerre livrée à notre industrie , à notre
or, à notre agriculture, comme l'a dit publiquement un Ministre Anglois?' Désespérée du rétablissement de notre Marine 0
forcée d'abandonner le projet ambitieux de l'empire des mers. hors d'état de songer à la guerre;,
quel autre moyen lui reste t-il contre nous , que
la ruse & l'artince? C'est à nous rendre nousmêmes les artisans de notre ruine, que sa profonde politique met toutes ses études. Faut-il donc s'aveugler en plein jour, & ne
pas voir que là se réunissent tous ses efforts?
Qu'est-ce que cette question de l'abolition do
la Traite proposée si longuement, agitée avec
tant de chaleur dans leur Parlement, ces écrits, -,
si multipliés au nom de l'humanité pour la dé --- Page 12 ---
( 6 ) sense de la liberté & des droits de la nature en
faveur des Noirs ; quand on voit la question
tomber tout-à-coup & être renvoyée à une
autre session ; quand on sait que dans le plus
fort de la discussion, le rusé Ministre s'engageoit à fournir à i'Espagne la quantité nécetsaire de Nègres pour ses Colonies ? N'est-ce pas autant de pièges tendus à l'urbanité & à !a légèreté Françoise, que ces correspondances de Sociétés, de Corporations formées sous diverses dénominations dans la Capitale , sous le prétexte apparent d'éteindre
toute rivalité entre deux Nations faites pour
s'estimer, mais de sait à dessein de pratiquer,
de former le génie François. Et qui nous garantit que tandis qu'on échauffe
les ames sensibles & honnêtes par les élans du
patriotiûne, par des maximes d'humanité, par
des idées de vertu sublime & d'une morale
épurée de tout préjugé, l'or n'a pas été- prodigué à ces génies ardens, ambitieux , capables d'intrigues, à des écrivains exercés à présenter sous .le coloris le plus séduisant, les pa.
radoxes qu'ils ont intérêt de faire adopter ?
'on échauffe
les ames sensibles & honnêtes par les élans du
patriotiûne, par des maximes d'humanité, par
des idées de vertu sublime & d'une morale
épurée de tout préjugé, l'or n'a pas été- prodigué à ces génies ardens, ambitieux , capables d'intrigues, à des écrivains exercés à présenter sous .le coloris le plus séduisant, les pa.
radoxes qu'ils ont intérêt de faire adopter ? Quel sujet d inquiétude, 3 dans un siècle où
une faufile dialectique a tant d'empire sur les csprits pour mettre la vraisemblance à la place
de la vérité ! --- Page 13 ---
( 7 ) 1 4 A4, Mais quel sujet de terreur & a effroi, quand
on aperçoit la chaîne de désastres & de malheurs que traîneroient après soi la subversion &
la perte des Colonies, suite nécessaire de l'affranchissement ! Qui peut soutenir l'idée du soulevement Se
des massacres auxquels les Colons seront livrés
de la part de cinq à six cent mille Noirs, espece en général indisciplinée, qui, abusant cruellement de l'idée de la liberté dont elle ne connoît pas l'usage, voudra établir son indépendance sur la ruine des Propriétaires ? Et quand
un tel malheur n'arriveroit pas, est-il sage d'en
courir les risques ? Mais déjà il en est des exemples; & l'on n'est que trop certain d'une séd!<
tion (uscitée à la Martinique- par des émiflaires, sans doute de ces hommes qui, dans les
temps de fermentations & de troubles , se complaisent à en étendre au loin la maligne influence. Cette perspedive est aflsreuse; elle afflige &
révolte l'humanité. Mais s'il se peut ajouter au
malheur de voir une terre, jusqu'ici chérie &
privilégiée, souillée du sang des infortunés habitans qui la cultivent avec tant de foins &
de peines pour notre bonheur & nos jouissances; formons-nous, il cst aisé, le tableau de
ce qu'opérera en France la perte de nos Co --- Page 14 ---
( S ) loiaies sur le Commerce , l'Agriculture, & la
Marine. Les idées se confondent, l'imagination se
trouble, & ne peut soutenir le bouleversement
affreux de toutes les classes de la société. En
vérité, il faudroit avoir juré la dissolution de
l'Empire François. Qui dédommagera les Négocians régnicoles de 400 millions peut-être qui leur sont dus
par les Colonies ? Qui remboursera les Capitalises de tout état à qui ces Négocians doivent eux-mêmes ? Qui comblera le vide d'une
sousiraétion de plus de 200 millions de profit annuel? ' Ah! pourquoi faut-il que nous ayons àjutter contre un systême aussi extravagant, dans la
circonstance la plus critique peut- être qu'il puifîo
exifterj lorsque le Commerce est aux abois,
que le numéraire est disparu, que tous les Arts
la-.igkli,qènt; lorsqu'un déficit incroyable a ébranlé
toutes les fortunes, a tari toutes les sources de
l'aisance, & laisse sans travail une foule de bras
qui peuvent à peine se procurer la plus chétive subsistance, & sont livrés à tous les désordres de l'oisiveté?
la
circonstance la plus critique peut- être qu'il puifîo
exifterj lorsque le Commerce est aux abois,
que le numéraire est disparu, que tous les Arts
la-.igkli,qènt; lorsqu'un déficit incroyable a ébranlé
toutes les fortunes, a tari toutes les sources de
l'aisance, & laisse sans travail une foule de bras
qui peuvent à peine se procurer la plus chétive subsistance, & sont livrés à tous les désordres de l'oisiveté? Si des fortunes particulières , nous jetons
un coup-d'oeil sur le sort de)'Etat; n'est - il
pas évident que la perte des Colonies ruine --- Page 15 ---
( )
« la Manne marchande, que celle-ci celle d'ali..
menter la Marine militaire, que sans Marine
plus de cinq cents lieues de côtes ressent sans
défense, exposées aux inCultes de nos voisins? Et nous nous obstinerions à fermer les yeux
sur l intérêt capital de la Nation Angloise à
nous inspirer l abandon de nos-Colonies , par
le systeme perfide de l'affrancliiitement ! Quel
coup de partie pour elle ! quelle profondeur de
politique! Politique détestable ! Ah ! défionsnous des dons de, notre ennemi, de ses douceurs affedées, de son langage d une insidieuse
fraternité. A la violence du lion qui n'est
plus en scn pouvoir , il substitue l'adresse
& l'artifice du serpent. Sa philosophie, qui se
fait gloire d'épargner le sang par les sentimens
de tolérance universelle qu'elfe s'efforce d'inspirer, na certainement pas de leçons contre
la perfidie des vengeances politiques. Et sans une Marine imposante & formida- j
ble, que devient notre influence politique en ! Europe ? A-t-on les plus simples notions des j
principes du Gouvernement , quand on en- I
tencf froidement & qu'on se laisse persuader que j
la France peut se paner de ses Colonies ? Quel :
renversement d'Idées! Nous étions donc bien. /
msensés de créer à si grands frais ces établit- ?
semens insulaires, pour nous croire obligés de --- Page 16 ---
( 10' les abandonner à l'époque de leur plus grande
force & splendeur. Mais les Anglois eux-mêmes, mais tous les Peuples de l'Europe commerçante ont donc été dans le même délire? Oh! s'il esi au monde une chose inconcevable & qui tienne du prodige, c'est que dans
lin Royaume aussi éclairé que la France , où
brillent les lumières les plus éclatantes en tout
genre, où la science politique a été connue
& pratiquée par les plus habiles Administrateurs, on ait pu mettre en problême & livrer
a la discussion une question de cette nature.
Terrible exemple de ce que peut l'esprit de systême! vérité humiliante pour l'esprit humain!
il s'aveugle dans ses lumières; son propre éclat
l'éblouit, & il s'égare. Ah ! puissions-nous éloigner à jamais le sou venir de tant d'Empires dont
l'histoire nous a transmis le sort ! C'est du faîte
de la grandeur qu'ils sont tombés dans le néant
par une chute rapide; aux plus vives lumières
a succédé sans intervalle la nuit de l'ignorance
& de la barbarie.
humiliante pour l'esprit humain!
il s'aveugle dans ses lumières; son propre éclat
l'éblouit, & il s'égare. Ah ! puissions-nous éloigner à jamais le sou venir de tant d'Empires dont
l'histoire nous a transmis le sort ! C'est du faîte
de la grandeur qu'ils sont tombés dans le néant
par une chute rapide; aux plus vives lumières
a succédé sans intervalle la nuit de l'ignorance
& de la barbarie. DiGNES RFPRÉSENTANS d'une Nation qui
vous a si long-temps désirés , & qui s'honore
delà confiance'qu'elle vous a donnée; ah! re'
poussez loin de nous de tels malheurs ; déconcertez par votre prudence les desseins insensés --- Page 17 ---
( » ) de nos ennemis ; démêlez, sous les dehors imposans de maximes insidieuses, le langage du
serpent. Evitez le piège que vous tendent des
hommes qui vous flattent du vain espoir d'une
réforme totale des abus, d'une création nouvelle qui n est point au pouvoir de l'homme.
Ah 1 plutôt, imitant la sagesse de celui dont vous
exercez la puiÍfance, de celui qui permet le mal,
parce qu'il peut en tirer de plus grands biens; '•
souffrez, souffrez un mal que vous ne pouvez
empêcher sans causer à votre Patrie des maux
plus grands encore & incalculables, sans ren- \
verser 1 ordre de la société, sans provoquer, en /
iin mot,toutes les horreurs d'une guerre intestine. CADOT l'aîné, Juge.
TRONSSON, 1er Consul.
IPONSARDIN , 2E Consul. --- Page 18 ---
( 12 ) COPIE DE LETTRE ADRESSÉE à M. B LI N ) Député de
Nantes aux Etats Généraux , en date
du i $ Décembre 178p. M. RECEVEZ nos remerciemens de l'envoi que
vous nous avez fait de plusieurs exemplaires
de votre opinion sur la proposition d'établie
un comité colonial ; elle a été couronnée diL
succés que vous devie{ en attendre. L'aflemblée a ajourné indésiniment la demande de
Messieurs les députés des colonies , & attend
que les assemblées coloniales, légalement formées, aient exprimé leur vœu, pour pouvoir
s'occuper d'elles. Cette décision a rassuré tous nos proprié-
? taires de biens dans nos colonies , parce
qu'ainG que vous l'avez très-bien observé,
malgré toutes les lumieres, toutes les connoifsances qui se trouvent réunies dans l'assemblée --- Page 19 ---
( 13 ) nationale, pour prononcer sur le régime inté- !
rieur de ces contrées , il faut une théorie coloniale , des connoissances locales , qu'il est impossible d'acquérir ailleurs que sur les lieux;
ision a rassuré tous nos proprié-
? taires de biens dans nos colonies , parce
qu'ainG que vous l'avez très-bien observé,
malgré toutes les lumieres, toutes les connoifsances qui se trouvent réunies dans l'assemblée --- Page 19 ---
( 13 ) nationale, pour prononcer sur le régime inté- !
rieur de ces contrées , il faut une théorie coloniale , des connoissances locales , qu'il est impossible d'acquérir ailleurs que sur les lieux; & la moindre erreur seroit de la plus fatale
& de la plus dangereuse conséquence. Ce sera
donc le corps des représentans qui travaillera «
dans son territoire à présenter un plan de cons- ■■
titution qui n aura son effet qu'après avoir été
discuté & approuvé par l'assemblée nationale, & [andionné par sa majesté. Après un tel arrêté , après les assurances
que nous tenions de vous & de MM. vos codéputés , nous ne pensions pas que nos terreurs sur l'abolition de la traite des noirs pussent être renouvelées ! Nous ne pouvions croire
qu'il y eût encore des François assez ennemis
de leur patrie pour persister à vouloir étendre
sur nos colonies les droits des hommes. Quelle
a été notre surprise , en lisant dans le Journal
de Paris du 14, de ce mois , une lettre du fleur
de Condorset, au nom des amis des noirs qu'il
préside. Il aggrave ses torts en .voulant les difculper : oui, c'est cette société, ce font ses écrits
qui ont occasionné les insurrections survenues
dans nos colonies, & celles dont nous sommes
encore menacés. Il ose avancer affirmativement
que dès aujourd'hui cette traite peut "être sup- --- Page 20 ---
( If ) primée, sans ruiner les colonies, sans arrêter
leurs progrès , sans faire pressentir aux negres.,
par cette abolition, que bientôt ils seront proclamés libres : n'est ce pas ruiner ces colonies ?
C'est exciter tous les negres à devancer le
moment de la liberté, en se soulevant contre
leurs maîtres , en les massacrant : quand ces
suites inévitables n'arriveroient pas, quel cst
donc l'avantage de la suppression de ce commerce pour les amis des noirs ? Les Danois *
les Holiandois , les Portugais, les Anglois le
continueraient - ils moins? N'ayant plus les
François pour concurrens, sachant qu'ils trouveroient à les vendre dans leurs colonies à des
prix avantageux , ils le feroient avec plus d'activité : qu'auroit donc produit la prétendue
humanité des amis des ncirs? Nul bien à ces
noirs qu'ils prétendent protéger, & des pertes
immenses aux colonies & au commerce de
France. Soixante millions au moins en marchandises uniquement propres au commerce de
la traite , qui sont répandues sur les places de
commerce, seroient vendues aux étrangers ,
s'ils en vouloient, à des pertes imuienses •, près
de deux cents navires occupés uniquement à
ce commerce, deviendroient inutiles & tomberaient en pure perte ; trois mille ouvriers
employés, dans cette feule ville, à la sabrique --- Page 21 ---
( l ) des marchandises propres à ce commerce , seroient réduits à la plus affreuse indigence , &
nos colonies, recrutées de negres par les étrangers, ne reconnoîtroient bientôt plus la France;
& les ressources immenses qu'elles produisent à
la nation, seroient à jamais perdues, & iroient
enrichir les étrangers. La sérié des maux que
l abolition de la traite des noirs entraîneroit,
est incalculable ; vous le tentez comme nous :
persister à la demander , c'esl annoncer une
conspiration contre sa patrie.
, &
nos colonies, recrutées de negres par les étrangers, ne reconnoîtroient bientôt plus la France;
& les ressources immenses qu'elles produisent à
la nation, seroient à jamais perdues, & iroient
enrichir les étrangers. La sérié des maux que
l abolition de la traite des noirs entraîneroit,
est incalculable ; vous le tentez comme nous :
persister à la demander , c'esl annoncer une
conspiration contre sa patrie. S'il est de vrais amis des noirs, qu'ils sbllicitent de nouvelles lois ( mais séveres ), pour
que les negres jouissent dans nos colonies du
sort le plus heureux que leur état peut comporter. Il est dès actuellement bien préférable
à celui de nos paysans ; qu'il soit encore meilleur : il n'est point de propriétaire qui n'adhere
avec plaisir à ces lois, & qui ne les fane exécuter. Voilà le seul moyen de les protéger.
Les vrais amis des noirs doivent être & font
leurs maîtres, & non cette société qui, en
voulant les conduire à la liberté , ruineroit
l'état en perdant les colonies , réduiroit au
désespoir plus de huit millions d'individus qui
vivent de leur produit, exciteroit une guerre
civile entre les blancs & les noirs , & feroit
de nos colonies un théâtre d'atrocité 8c de
carnage. --- Page 22 ---
(i 16) Nos craintes s'accroissent en lisant le Courier
de Provence , le Courier François, & une
multitude d'autres écrits éphémeres , qui tous
: préconisent' cette funeste société. Combien ces
| écrits peuvent-ils faire de maux ! Nous con-
| noiflons votre patriotisme, votre zele pour le
\ bien public ; ne seroit-il pas essentiel que l'asfemblée nationale défendît de pareils écrits? Doit -on prêcher la perte de sa nation ? Que cette société se rende en Afrique *
qu'elle y prêche la liberté , l'humanité ; qu'elle
travaille à faire regretter aux negres leur patrie : c'est là ce qu'elle a à faire. Car qu'on
questionne tous les esclaves de nos colonies ,
il n 'en est pas un seul qui voulût retourner
dans son pays. Qu'on les laisse donc dans le
nôtre, sans treubler leur tranquillité par un
esprit d'inquiétude aussi ridicule que nuisible. Nous avons l'honneur d'être avec le plus
sincere attachement, MONSIEUR ET CHER CONCITOYEN, Vos très-humbles & très-obéissans
serviteurs, les Officiers Municipaux & Membres du Comité ,
Signé DE K. VEGAN
ROHIER , Echcvin. --- Page 23 ---
OBSERVATIONS Pour servir de réponse aux différens
faits avancés par les prétendus amis
des Noirs, et notamment à une lettre
du 4 janvier 1790, qui se trouve dans
le supplément du journal de Paris ,
du j3 dudit mois ; PAR les capitaines du Havre-de-Grace,
navigans ci la cote d'Afrique. --- Page 24 --- --- Page 25 ---
A ij HAVRE, LE 20 JANVIER 1 790. OBSERVATIONS PouR servir de réponse aux différens
faits avancés par les prétendus Amis
des Noirs, et notamment à une lettre
du 4 janvier 1790, qui se trouve dans
le supplément du journal de Paris,
du i3 dudit mois; PAR les capitaines du Havre-de-Grace.,
navigans à la cote d'Afrique.
,
navigans ci la cote d'Afrique. --- Page 24 --- --- Page 25 ---
A ij HAVRE, LE 20 JANVIER 1 790. OBSERVATIONS PouR servir de réponse aux différens
faits avancés par les prétendus Amis
des Noirs, et notamment à une lettre
du 4 janvier 1790, qui se trouve dans
le supplément du journal de Paris,
du i3 dudit mois; PAR les capitaines du Havre-de-Grace.,
navigans à la cote d'Afrique. Nous respecterions, jusques dans vos erreurs, l'intention de votre société, si, avertis
comme vous l'avez été par une foule d'écrits
lumineux, vous aviez au moins eu la sagesse
de douter, le desir de vous éclairer des lumières de ceux qui ne pensent pas comme --- Page 26 ---
f 2 ) vous, et de leur communiquer les vôtres,, en
mettant respectivement toute l'honnêteté et
l'impartialité qui doivent faire évanouir le
plus léger soupçon d'intérêt, Nous lisons dans le supplément du journal
de Paris du mercredi i3 janvier, une lettre
datée de Paris , du 4 du même mois , écrite
par un de vos membres aux auteurs du jourQaI. Cette même lettre est rapportée motà-mot dans la gazette universelle du 19 janvier, comme extraite d'une de Saint-Domingue en date du i3 novembre 1789. . Voilà, Messieurs, une infidélité. " L'auteur de celte lettre sait mauvais gré
à un Colon aisé à connoître > de se cachet,
sous le voile de l'anonyme } et lui-même
ne signe pas : il prodigue des injures au
Colon qu'il veut désigner , et il se plaint que
l'on débite contre les amis des Noirs mille et
une calomnies. Il veut sans doute se réserver
le privilège exclusif d'injurier et de rester
inconnu à ceux qu'il attaque. Cet ami des N-oirs ose avancer que M.
Monneront n'est arrivé à des résultats satisfaisais, que parce qu'il a supposé prouver
des faits en contestation : il ne veut pas permettre qu'on dise que l'abolition de la Traite
n'épargneroit pas-une larrne à l'Afrique; cette --- Page 27 ---
( 3 ) A iij assertion lui paroit étrange et dénuée de
preuve. Eh ! quelle preuve lui faut-il donc?
S'il n'en croit pas les rapports unanimes des
voyageurs qui ont fréquenté les côtes d'Afrique , nous l'invitons à s'y transporter ; et
il y sera témoin des atrocités que se permettent journellement contre des esclaves Noirs,
des Noirs que nulle loi, nulle autorité ne
contient. Il y verra la plus légère injure, le soupçon
même d'un mot qui peut déplaire, puni de
mort, et par le genre de mort qu'il plaît au
maître d'inventer. Il y verra les précipices qui
bordent les côtes d'Afrique, remplis des oSsemens des malheureux esclaves que l'dg'e ou
quelq-u'infirmité ont rendus inutiles à leurs
maîtres; il y apprendra que ces barbares ont
mille fois livré aux flammes, ou abandonné
it la dent vorace des bêtes féroces, des femmes même enceintes , sur un simple soupçon
d'infidélité; il y apprendra que les esclaves
qu 'on y achète sont nés esclaves, ou qu'ils
ont perdu la liberté à bi guerre; il se convaincra que le commerce arrache ces malheureux prisonniers il la mort , puisqu'on lui
prouvera que ceux qui ne peuvent pas être
vendus, sont impitoyablement massacrés, et
que c'étoit ainsi qu'ils s'affranchissoient du
enceintes , sur un simple soupçon
d'infidélité; il y apprendra que les esclaves
qu 'on y achète sont nés esclaves, ou qu'ils
ont perdu la liberté à bi guerre; il se convaincra que le commerce arrache ces malheureux prisonniers il la mort , puisqu'on lui
prouvera que ceux qui ne peuvent pas être
vendus, sont impitoyablement massacrés, et
que c'étoit ainsi qu'ils s'affranchissoient du --- Page 28 ---
( 4 ) soin de les nourrir, avant que les Européens
parussent sur leurs côtes; il saura enfin que
l'homme né libre l'est toujours dans ce payslà, à moins qu'ayant commis un crime contre
quelqu'un plus puissant que lui, il ne se
trouve soustrait au supplice par la perte de
sa liberté, dont le prix est payé à celui qui
l'a condamné; il connoîtra le caractère féroce et vindicatif des Nègres ; il gémira des
cruautés qu'ils exercent de sang froid sur
tout ce qui leur est subordonné ; il frémira
quand il apprendra qu'à quelque distance
des bords de la mer , il y a des boucheries
de chair humaine; que les Nègres, avant de
connoître le commerce , étoient antropophages, et qu'on n'est point encore parvenu
à corriger de cette horrible coutume la nation
appellée Mondongue. C'est alors qu'il bénira
l'industrie Européenne d'avoir trouvé les
moyens de soustraire tant de victimes à la
fureur de leurs tyrans. Quelque assreux que soit ce tableau , nous
avons dû le tracer ; il n'est malheureusement que trop fidèle , et nous aimons à
croire que vous n'y serez pas insensible. Vous conviendrez que, d'après cet exposé , la Traite est un bien pour l'humanité. Voyons maintenant si elle est aussi un --- Page 29 ---
( 5 ) A iv bien en politique. Nous nous imposons la
tâche de réfuter l'anonyme ami des Noirs ,
de le suivre dans sa marche, et de détruire
ses propres raisonnemens. Nous remarquons d'abord une assertion
si exagérée , qu'il est impossible de l'attribuer à quelqu'un qui a la plus petite ronnoissance de la Traite : elle Jait peru ( ce
sont ses propres expressions ) plus de cent
cinquante mille hommes par ail. Et il est
évident que toutes les nations qui font la
Traite , n'enlèvent pas cent mille Noirs chaque année, et qu'elles n'emploient pas à ce
commerce quinze mille hommes. Or , quand
tous les Noirs traités périroient ; quand , de
tous les Blancs qu'on y envoie , il n'en reviendrait pas un , ce qu'il avance ne seroit
pas exactement vrai. Son étrange partialité
est bien plus évidente encore quand on peut
lui prouver , et par les laits journaliers , et
par le calcul des chambres d'assurance ( qui
connoissent un peu mieux ce commerce-là
que notre Anonyme ), que la perte en hommes ne va pas à cinq sur cent. Au reste ,
nous n'en sommes pas réduits aux suppositions ; on peut compulser les registres des
bureaux des classes, on connoîtra au juste le
nombre des Blancs que nous perdons à la
trange partialité
est bien plus évidente encore quand on peut
lui prouver , et par les laits journaliers , et
par le calcul des chambres d'assurance ( qui
connoissent un peu mieux ce commerce-là
que notre Anonyme ), que la perte en hommes ne va pas à cinq sur cent. Au reste ,
nous n'en sommes pas réduits aux suppositions ; on peut compulser les registres des
bureaux des classes, on connoîtra au juste le
nombre des Blancs que nous perdons à la --- Page 30 ---
(6 ) Traite, et les déclarations en registres
amirautés feront connoître celui des Nègres,
Ajoutons à cela, que notre Assemblée nationale ne peut dicter des loix qu'aux François; que le décret qui aboliroit la Traite,
ne la défendroit qu 'à nous; que les autres
nations rempliroicnt le vuide que nous, laisser
rions, et nous verrions en esset que le tort
immense que la France en recevront , n'é*
pargneroit pas une larme à l'Afrique. :d
Quand M. Monneron a dit que la cessation de ce commerce feroit mourjr de faim
cinq millions de François, il a eu raison.
Pour réfuter cette assertion , fondée sur Ja
plus exacte vérité, notre Anonyme invoqua
maladroitement le temps de guerre, quj
d'ailleurs n'est qu'un fléau passager; et il
croit son raisonnement à l'abri de toute
censure, en soutenant que, pendant ce temps
désastreux, ces cinq millions d'hommes ne
meurent pas. Non sans doute, ils ne meurent
pas, quoique pendant la guerre la Traite
soit presque totalement suspendue, parce
que les armemens que la guerre nécessite
emploient et alimentent tous les lparins et
tous les ouvriers qui ont rapport avec Ja nier ;
parce que les négocians, dont les capitaux
sont oisifs, - spéculent sur les marchandises --- Page 31 ---
( 7 ) de nos fabriques, qu'ils se proposent d'en.
voyer au retour de la paix. Mais que seroit'ce , si une décision indiscrette autant
qu'impoli tique ( et que , par cette raison ,
nous regardons comme impossible ) nous défçndoit d'espérer un temps plus heureux?
8i tout espoir étoit ravi à nos manufactures,
que deviendroit l'industrie nationale ? Ne
$eroit-ce pas consommer irrévocablement sa
ruine ? r . 4 Notre auteur veut nous persuader que
nous ferions en Guinée uti commerce plus
avantageux y et que les Nègres devenus
plus heureux -, feront une grande consommation du produit des manufactures. Cet
étrange raisonnement prouve avec évidence , ou l'extrême partialité de ce zélé partisan des Noirs, ou le peu de connoissance
qu'il a de leurs mœurs et de leur industrie.
Nous lui demanderons donc avec quoi les
Nègres paieront le produit de nos manufactures? Ignore-t-il qu'ils n'ont rien autre
chose à donner en échange de nos marchandises, que des esclaves? Croit-il qu'ils deviendront cultivateurs, et que le produit deleurs terres pourra jamais être un objet
d'échange? Il ne sait donc pas que les Nègres
sont aussi paresseux que cruels." Le besoin
peu de connoissance
qu'il a de leurs mœurs et de leur industrie.
Nous lui demanderons donc avec quoi les
Nègres paieront le produit de nos manufactures? Ignore-t-il qu'ils n'ont rien autre
chose à donner en échange de nos marchandises, que des esclaves? Croit-il qu'ils deviendront cultivateurs, et que le produit deleurs terres pourra jamais être un objet
d'échange? Il ne sait donc pas que les Nègres
sont aussi paresseux que cruels." Le besoin --- Page 32 ---
( 8 ) même, ce maître impérieux, ne peut les
tirer de leur inertie. Les femmes sont obligées de cultiver la terre pour en tirer
leur subsistance, et les hommes ne s'occupent nullement de la culture.' . Les amis des Noirs prouvent que F humanité prescrit l'abolition de la Traite j
ils démontreront qu'il est de l'intérêt des
Colonies de proscrire ce commerce , et
qu'elles périront > si on ne le défend pas.
Et nous, nous vous avons prouvé incontestablement que l'humanité ordonne la Traite ,
loin de la proscrire, et que les Colonies
qui connoissent mieux que vous ce qui
leur est avantageux, en désirent et en" ordonneront même la continuation. II est vrai que , depuis vingt ans, la va-
-, leur des Nègres a augmenté numériquement
d'un tiers ou d'un quart , et non pas de
s moitié; mais il est vrai aussi que le prix
T des denrées coloniales a augmenté dans une
proportion plus considérable , de sorte qu'il
ne faut pas plus , même pas tant de denrées aujourd'hui pour payer un Nègre ,
qu'il en falloit il y a 20 ans. Les objets
d'échange qu'on porte à la côte de Guinée,
, ont suivi la même progression ; et il est
très.-cej-tajjp. que, plus la consommation des --- Page 33 ---
( ) denrées coloniales, qui en fait hausser le
prix , augmentera , plus les Nègres augmenteront de valeur. Dans le cas contraire,
ils diminueront ; et le seul moyen de mettre
les Colons, qui doivent tout au. commerce,
en état de s'acquitter, c'est de leur procurer des bras qui puissent mettre leurs possessions dans l'état le plus florissant, ce qui
ne peut s'opérer que par la Traite. Notre Anonyme ami des Noirs , recon'
noit lui-même la vérité de cette assertion ,
quand il dit que les Colons ne pourront
plus , dans 2o ans > payer l'intérêt de leurs
dettes en augmentant leur culture, parce
que la Traite sera supprimée ; qu'ils seront
alors obligés de tout abandonner > et que
les Colonies seront ruinées Pourquoi donc l'abolition de la Traite ne
produiroit-elle pas aujourd'hui le mal que,
selon lui, elle doit produire dans 2.0 ans? Les amis des Nègres disent et ne prouvent
pas , que les Nègres sont horriblement inaltraités dans nos Colonies; ils disent qu'il en
périt tous les ans un seizième quoique les
sexes soient en nombre égal, et que la population augmente parmi les Nègres libres.
Pour être exact, il fal 1 oit dire que les Nègres
sont maltraités sur quelques habitations; car,
pas aujourd'hui le mal que,
selon lui, elle doit produire dans 2.0 ans? Les amis des Nègres disent et ne prouvent
pas , que les Nègres sont horriblement inaltraités dans nos Colonies; ils disent qu'il en
périt tous les ans un seizième quoique les
sexes soient en nombre égal, et que la population augmente parmi les Nègres libres.
Pour être exact, il fal 1 oit dire que les Nègres
sont maltraités sur quelques habitations; car, --- Page 34 ---
( Io ) sur la plus grande partie, ils y sont traités
fort doucement ; sur plusieurs, on a même
proscrit l'usage du fouet, on n'y inslige que
la punition de porter des fers pendant un
temps limité et proportionné aux fautes. Mais
au nom seul de ce genre de punition, il nous
semble voir toute la secte nigrqphile s'agiter,
et dire que nous faut-il de p!us Eh bien,
Messieurs, cette punition est infiniment plus
douce que celle d'être enfermé dans une prison : elle n'empêche pas d'aller où l'on veut;
elle ne prive pas les Nègres de voir ce qui
Jeur est cher; c'est plutôt an indice de la
volonté que le maitrea eue de punir , qu'une
punition élective. Il en périt Ions les ans un seizième. Nous
croyons que c'est exagérer ; mais les Blancs
perdent aussi tous les ans un seizième, et
ce ne sont ni les mauvais traitemens ni l'as8ervissemcnt au travail qui les font périr.
Il n'est pas vrai de dire non plus que, parmi
les Nègres esclaves, les sexes soient eîl nombre égal. Il n'y a pas un quart de femmes ;
ainsi la population ne peut être proportionnée
à la mortalité. Parmi les Nègres libres, l'a dilirérence est
dans un sens confire : il y a plu s de femmes
que d'hommes; 1° parce que l'affranehisse- --- Page 35 ---
( II ) ment d'une femme rend libres toire les en fan s
qui en proviennent; 2P. parce que les Femmes
obtiennent plus souvent que les hommes leur
liberté, qui est presque toujours plutôt la
récompense de leur lubricité que le prix de
leurs services; elles la desirent plus que les
hommes; les Nègres y sont plus indifférens,
et quand ils l'ont reçue, la plupart n'en restent pitS-; moins attachés à leurs maîtres. " Enfin les amis des Noirs disent que les
Nègres entendant le cri dé la liberté de tous
côtes ^ se révolteront sans doute avant peuy
si on n' améliore pas leur sort puisque les
loix qui leur sont favorables ont toujours
été sans vigueur y 'et que les Colons as suirnt--qi?il est née essaim pour leur sûreté qu'ils
aient line puissance illimitée sur leurs Nègres. *^ ^ Sans doute, ils ont entendu dé' toutes'
parts le cri de la liberté; leurs prétendus
amis ont pris soin de le leur faire entendre ;
de perfides émissaires ont asé leur conseiller de.s'affranchir par quelques moyens que
ce fût : ils ont osé leur persuader que tous,
les forfaits devenoient légitimes; quand on
les commettoit pour revendiquer sa liberté;
et quelques-uns ont déjà reçu la juste plinition qui étoit due à leur crime'.
*^ ^ Sans doute, ils ont entendu dé' toutes'
parts le cri de la liberté; leurs prétendus
amis ont pris soin de le leur faire entendre ;
de perfides émissaires ont asé leur conseiller de.s'affranchir par quelques moyens que
ce fût : ils ont osé leur persuader que tous,
les forfaits devenoient légitimes; quand on
les commettoit pour revendiquer sa liberté;
et quelques-uns ont déjà reçu la juste plinition qui étoit due à leur crime'. --- Page 36 ---
( 12 ) Les Colons ne demandent point sur leurs
Nègres une puissance illimitée; ils la demandent telle qu'elle a été limitée par les loix ,
et elle suffira à leur sûreté; ils sont tous
persuadés que le moyen d'améliorer le sort
de leurs esclaves, est de continuer de leur
permettre d'appliquer à la culture autant de
bras qu'elle en est susceptible. Arnib des Noirs, le protecteur le plus puissant des Nègres , dans les Colonies, c'est l'intérêt. Vous craignez que leur prix n'augmente ? Sous ce point de vue , ils en deviendront plus précieux, ils seront mieux
soignés. D'ailleurs les Colonies ne sont plus
habitées par des possesseurs féroces; les lumières y sont plus généralement répandues
qu'en Europe ; on y reconnoît les droits sacrés de l'humanité. Vous calomniez leurs habitans que vous ne connoissez pas; et vos
prétentions mal-adroites ont déjà fait un mal
infini aux Nègres que vous défendez et aux
Blancs que vous haïssez. Une secte isolée conime la vôtre , corn-
. posée d'une poignée de gens qui veulent prononcer dans une cause qui leur est aussi étrangère qu'inconnue, devroit au moins avoir la
sagesse de céder au vœu de quarante mille
hommes qui connoissent les Colonies, et du --- Page 37 ---
( .3 ) - De l'Imprimerie de P.-F. DIDOT jeune. 1790quart de la nation qui réprouve leur opinion. Signes, J. Bas sac , Lemoine, Favre , Th. Barbel y A. Bu que ty F. Plet y le Provost,
Liibin y Odievre, Guerin ainé y C. Dupuis,
Ch. Costé y J. Donat, P. Godin, D. Clément y Burguin, Auberty P. Acher y Bellange r, Fleuryy le Dué, Revet y L. Rousseau y S. J. Sacra/y y H. Rousseau , Bernier3
Levasseur, Queval> Renault, Derrej y Piénoël, G roui y Lequesne y Toublan, L. Lechevaher _l J, Lambert. .onn< i f --- Page 38 --- --- Page 39 ---
A ADRESSE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE, PAR LES REPRÉSENTANTS DE LA COMMUNE DE ROUEN, * NOSSEIGN Les Représentans de la Commune de Rouen
viennent déposer dans votre fein leurs inquiétudes --- Page 40 ---
( 2 ) & leur voeu , sur une question importante à la prospérité & à la puissance de la Nation. UN bruit s'est: répandu dans toute la France
dans toute l'Europe , & jusqu'en Amérique , que
les Représentants de la Nation Francoise alloient
juger cette causefameuse, restée indécise au Tribunal suprême de la Grande-Bretagne, la liberté des
Noirs dans les Colonies. Comme , au saint nom de Religion, on vît autrefois nos peres abandonner leurs foyers , & sacrifier leurs intérêts les plus chers , pour aller affranchir des pays lointains de la servitude & l'incrédulité ; de même, au nom sacré de liberté, les Philosophes ont tressailli de joie , &, dans un pieux
enthousiasme, ils ont prononcé le sacrifice de ces
riches & belles contrées, fruits précieux de trois
siecles de travaux & d'industrie.
me , au saint nom de Religion, on vît autrefois nos peres abandonner leurs foyers , & sacrifier leurs intérêts les plus chers , pour aller affranchir des pays lointains de la servitude & l'incrédulité ; de même, au nom sacré de liberté, les Philosophes ont tressailli de joie , &, dans un pieux
enthousiasme, ils ont prononcé le sacrifice de ces
riches & belles contrées, fruits précieux de trois
siecles de travaux & d'industrie. f Ah ! sans doute , si l'intérêt le plus pressant ne
| s'opposoit point à un si grand sacrifice , ce seroit
! à la Nation Françoise, ce seroit au peuple le plus
,juflement célebre par ses vertus douces & sensibles 3
jd'en donner le premier & généreux exemple. Mais, sans considérer si la masse des maux dont
gémit l'humanité devroit s'accroître ou diminuer par --- Page 41 ---
(3 ) A 2 x l'abolition de la Traite des Noirs ; sans chercher à
justifier la condition servile de ces étrangers dans
nos Colonies ; ensin, sans approfondir les motifs secrets d'intérêt & de politique qui ont empêché l'Angleterre de prononcer sur cette question importante
& sacrée ; il ne faut que s'intéresser au sort de plusieurs
millions de François subsistant uniquement du C ommerce des Colonies ; il ne faut que réfléchir à la
dette immense des Colons envers la Métropole ; il
ne faut qu'envisager tous les moyens de richesse
de prospérité & de puissance, que la Nation trouve dans ses Colonies ; pour être effrayé, d'avànce des
suites funestes qu'entraînerait l'affranchissement des
Noirs. Vivement frappés de ces considérations, NosSEIGNEURS , nous avons cru devoir à nos Concitoyens justement alarmés , nous avons cru nous *
devoir à nous-mêmes , de vous présenter , avec nos
remontrances respedueuses, le tribut de nos méditations & de notre expérience. LA France a des possessions dans l'Inde, en Afrique & en Amérique; mais ses Colonies les plus floriffantes sont aux Isles Antilles. Les productions principales, qu'elle retire de ces
établissements , sont le Sucre, le Coton , l'Indigo, --- Page 42 ---
(4) le Casé , le Cacao , le Poivre, la Gomme, la Cire Í
l'Ivoire , & un grand nombre de Graines , Fruits,
. Plantes, Bois de teintures, Bois de marqueterie »
&c. Elle leur fournit en échange du Vin , de l'Eaude-Vie, de l'Huile, de la Farine , des Batistes ,
des Linons, des Toiles, des Cotonades, des Mouchoirs, des Soieries, des Gazes f des Glaces, des
Bijoux , des Modes, des Meubles, des Papiers, de la
Faïance, des Cuivres oeuvrés, de la Bonneterie, de
la Chapellerie , de la Quincaillerie, des Infiniment*
de culture , des Outils de toute espece , &c. Quarante mille Familles Françoises , six cent mille
Negres, deux mille lieux carrées d'e terreins jadis
incultes, fertilisés par notre industrie ; des Plantations , des Moulins, des Forts, des Ateliers, des
Magasins, des Edifices , des Propriétés de tout
genre, s'élevant à plus de dix milliards : voilà le
tableau des Colonies. Quinze cent Navires, trente mille Matelots ,
trois millions d'Ouvriers, Cultivatenrs, Artistes,
Manufacturiers , Négociants, & autres Citoyeus
de toutes les Classes, vivant & s'enrichissant de ces
échanges immenses ; un moyen toujours assuré de
recruter nos Flottes; un excédent annuel de soi-
des Edifices , des Propriétés de tout
genre, s'élevant à plus de dix milliards : voilà le
tableau des Colonies. Quinze cent Navires, trente mille Matelots ,
trois millions d'Ouvriers, Cultivatenrs, Artistes,
Manufacturiers , Négociants, & autres Citoyeus
de toutes les Classes, vivant & s'enrichissant de ces
échanges immenses ; un moyen toujours assuré de
recruter nos Flottes; un excédent annuel de soi- --- Page 43 ---
(D A 3 xante millions dans la balance du Commerce ; 1
croissement relatif de la richelTe & des revenus de
la nation ; l'augmentation proportionnelle de son
influence dans le systeme politique de l'Europe;'
voilà les avantages que la France retire de ses
Colonies. Hommes estimables, qui vous attendrissez sur
l'esclavage des Noirs ! contemplez ce tableau ; pesez ces avantages ; écoutez la voix de trois millions de François tremblants pour leurs propriétés, leur subsistance & leurs jours; écoutez les accents d'une grande province déjà souffrante des effets d'un traité désastreux, & dont la perte du
commerce des Colonies acheveroit la subversion ;
écoutez les nombreuses réclamations de toutes les
manufactures, les pays vignobles, & les places maritimes ; écoutez la Nation entiere, alarmée sur sa
prospérité, sa richesse, sa puissance; & jugez tout
^ la fois en hommes & en citoyens. AVANT de nous livrer au plaisir généreux de ren- 1
dre la liberté à des hommes , examinons si cette I
liberté ne coûteroit pas la vie à des citoyens, & j
des larmes à la Nation entiere ; car, si c'est une vertu I
de s'intéresser à des étrangers malheureux , c'est un
devoir de prévenir les malheurs de sa patrie. Cou- --- Page 44 ---
(6 ) siderons donc quelles seroient les suites de l'affran
chiflement des Negres : considérons si les Colonies
peuvent être cultivées autrement que par des Negres ; si les Colonies cultivées par des Negres libres
seroient fruâueuses à la Métropole ; si même elles lui
relleroient soumises ; & ensin jusqu'à quel point la
perte des Colonies seroit funeste à la Nation françoise. PERSONNE n'ignore que la température est insiniment plus douce en France que dans les Colonies , & l 'on sçait aussi que les moyens de culture
y different dans une très-grande proportion. Ici, le
bœuf & le cheval épargnent à l'homme la tâche laborieuse d'ouvrir le sein de la terre : là, il faut que
l'homme lui-même la fouille, la retourne, l'interroge journellement, pour qu'elle réponde aux VŒUX
du propriétaire. Ainsi , les travaux les plus durs ,
réunis à une chaleur insupportable, empêcheront
toujours le François de cultiver lui-même les Co,
lonies. Apres de nombreuses & inutiles tentatives pour
cultiver à l aide de la charrue ; après avoir essayé
en vain d 'y suppléer par des Engagés Européens t
les premiers Colons imaginèrent, que , né sous un
ciel brûlant, organisé plus vigoureusement que nous,
& habitué dès son enfance à l'image & aux travaux --- Page 45 ---
( 7 ) A 4 de la servitude, l'Afriquain seroit propre à cette
culture laborieuse. Le défrichement de plaines immetises, le dessechement d'un grand nombre de marais , ne tardèrent pas à justifier leur opinion ; &
bientôt la canne à Sucre, le Café & l'Indigo remplacèrent des landes & des forêts aussi anciennes
que le monde.
oureusement que nous,
& habitué dès son enfance à l'image & aux travaux --- Page 45 ---
( 7 ) A 4 de la servitude, l'Afriquain seroit propre à cette
culture laborieuse. Le défrichement de plaines immetises, le dessechement d'un grand nombre de marais , ne tardèrent pas à justifier leur opinion ; &
bientôt la canne à Sucre, le Café & l'Indigo remplacèrent des landes & des forêts aussi anciennes
que le monde. Ce que le Negre a fait dans l'esclavage, il semble au premier coup d'oeil que, libre , il devroit le
faire encore ; il semble même qu'il devroit faire:
davantage. Mais si l'on réfléchit aux causes de pros-;
périté ordinaires du commerce & de l'agriculture, & si l'on veut descendre un instant dans le cœur5
de l'homme , on se convaincra promptement du:
contraire. Qu'on se représente en effet le moment & l'exécution de l'affranchissement ; qu'on se peigne le développement terrible de tant de passions long-tems
comprimées ; le déchaînement de la haine , la fureur , la engeance ; des Colons massacrés, d'autres fugitifs , tous dépouillés ; six cent mille esclaves se partageant, se disputant, s'arrachant le patrimoine de leurs maîtres ; tous les excès réunis
de la violence , du brigandage & de l'anarchie : tels
seroient les premiers, les inévitables effets de l'affranchissement ; & l'on n'imaginera pas sans doute --- Page 46 ---
(8 ) que les Colonies pussent être frudueuses au milieu
de ces scènes d'horreurs ! Que si l'on suppose le rétablissement du calme,
sans que l'ennemi ait profité de l'anarchie pour
s'emparer de nos possessions ; combien de temps encore s'écoulera-t-il, avant que les nouveaux affranchis
aient acquis l'art difficile de cultiver frudueusement,
avant qu'ils aient réuni tous les moyens d'économie
que le crédit, l'expérience, & de grandes exploitations afluroient à nos anciens Colons ? Qui leur inspirera cette intelligence du maître qui dirige, si
différente de l'intelligence de l'esclave qui obéit?
Qui leur procurera des instruments de culture &
des installations convenables ? Qui leur avancera des
meubles, des vêtements, des subsisiances ? Qui voudra , qui osera les leur confier ? Ce sera peut-être cette Nation rivale & industrieuse, toujours prête à recueillir le fruit de nos
fautes, & à faire de légers sacrifices dans la vue
de nous faire un grand mal ! Peut-être leur offrira-t-elle les moyens de crédit que la prudence nous
feroit hésiter à leur accorder ! Et alors, qui oseroit
lui défendre l'entrée de nos Colonies ? &, les étrangers une fois admis dans les Colonies, pouvonsnous espérer d'en conserver long-temps les avantages & la propriété > --- Page 47 ---
( ) « Par tout pays où le marché est libre, (a dit un
» Ecrivain Anglois * ) celui qui pourra faire de
» meilleures conditions , c'est-a-dire, celui qui pour-
» ra acheter plus cher & vendre à plus bas prix,
» sera sûr d'attirer le commerce. » Or, quel est le Peuple qui pourra faire de meilleures conditions, si ce n'est celui qui a l'argens
en plus grande quantité & à plus bas prix ; celui
dont la marine est la plus nombreuse & la plus active ; celui dont les droits d'entrée & de sortie sont
le plus sagement combinés ; celui enfin chez qui il
regne le plus d'esprit de commerce & d'esprit
public?
ire, celui qui pour-
» ra acheter plus cher & vendre à plus bas prix,
» sera sûr d'attirer le commerce. » Or, quel est le Peuple qui pourra faire de meilleures conditions, si ce n'est celui qui a l'argens
en plus grande quantité & à plus bas prix ; celui
dont la marine est la plus nombreuse & la plus active ; celui dont les droits d'entrée & de sortie sont
le plus sagement combinés ; celui enfin chez qui il
regne le plus d'esprit de commerce & d'esprit
public? Ne nous le dislimulons pas : l'entrée des Colonies une fois ouverte & libre, ce ne sont plus des
Colonies; c'elt dès-lors le marché, le patrimoine
commun de toutes les Nations commerçantes; &
l'on y comptera bientôt cent bâtimens Anglois,
Hollandois & Américains, contre un seul pavillon
François. Que deviendront cependant les millions de Citoyens que faisoit subsister le commerce des Colo- (* ) Jojïas CllILDt --- Page 48 ---
( 10 ) nies? Que deviendront lesPlaces maritimes qui s'enrichifloient de l'échange continuel des denrées Co..
loniales contre les produdions de nos Manufatlures? Que deviendra le commerce , créancier de plus
de 5oo millions sur des Colons qui ne reconnoîtront plus les loix de la Métropole ? Que deviendront ces Arsenaux, ces chantiers, ces navires , &
cette quantité plécieuse de Matelots , qui assuroit en
tout temps à la France un moyen de faire rcspeder
son pavillon sur toutes les mers de l'univers? LA voix de l'humanité parle , & tout autre intérêt doit se taire , s'écriront les partisans de l'affran"
chissement des Negres ! — Non, la voix de l'humanité , toute sainte , toute refpedable qu'elle est,
n'est pas la seule qui doive se faire entendre dans
le Conseil des Nations. La propriété, la sureté%
lasublîstance des citoyens; la prosperité , la gloire,
la puissance de l'Etat, doivent y trouver aussi des
défenseurs. Ce sentiment inné, cette loi impérieuse
de la nature, qui nous dit : veille à ta conservation ; cette même voix crie au Législateur : veille
au dépôt sacré qui t'est confié ; prélerve-le de la
plus légere atteinte; garde-toi des illusions de l'amour--propre & de la sensibilité; &, par l'espoir
généreux d'affranchir l'univers, par le noble désir
d'honorer la philosophie , ne va point altérer le --- Page 49 ---
I
( II ) bonheur de ta Patrie, énerver ses forces politiques
& la rendre le jouet des Nations. On demande l'afFranchissement des Nègres Mais ces Nègres sont une propriété acquise sous
l'autorité des loix ; mais nul ne peut étre privé de
sa propriété que pour cause de nécessité publique, & avec
une indemnitéjuflu & préalable j mais loin que la nécejjitépublique exige que les Colons soient dépouillés
de leur propriété, elle réclame pour eux protection & encouragement; mais loin que la Nation soit
en état d'indemniser préalablement les Colons, elle
gémit sous le poids d'une dette énorme , & peut à
peine remplir des engagements légitimes & arriérés. L'afFranchissement des Negres Mais peut-on
les rendre libres sans leur donner une propriété ?
Mais peut-on leur donner une propriété sans priver
un Colon de la sienne ? Et comment encore en
sera-t-il indemnisé > L'affranchissement' des Nègres Mais les
Colons le permettront-ils ? Mais , alarmés sur leur
propriété, tremblants pojr leurs jours , livrés au
désespoir , ne rompront-ils pas les liens qui les attachent à la Mere-Patrie ? Mais cette scission funeste ne sera-t-elle pas fomentée par les autres
donner une propriété ?
Mais peut-on leur donner une propriété sans priver
un Colon de la sienne ? Et comment encore en
sera-t-il indemnisé > L'affranchissement' des Nègres Mais les
Colons le permettront-ils ? Mais , alarmés sur leur
propriété, tremblants pojr leurs jours , livrés au
désespoir , ne rompront-ils pas les liens qui les attachent à la Mere-Patrie ? Mais cette scission funeste ne sera-t-elle pas fomentée par les autres --- Page 50 ---
v - - y Puissances d'Europe , qui craindront que l'affran
chifTement dans nos Colonies ne provoque une insurrcâion dans les leurs ? L'afsranchissement des Nègres Mais si cet
affranchissement avoit lieu , l'humanité & la philosophie s'applaudiroient - elles long-temps de leur
triomphe ? Moins sensible & plus éclairé que nous
sur ses intérêts , le nouvel affranchi tarderoit-il à
faire divorce avec la France , si la France lui défendoit d'avoir des esclaves, sans lesquels il n'y a.
point d'exploitation frudueuse dans les Colonies? L'affranchissement des Negres Mais lorsque
<ious aurons renoncé au seul moyen d'exploiter , do
conserver nos établissements de l'Inde , de l'Afrique
& de l'Amérique , les Nations qui, comme nous ,
y ont des Colonies , se détermineront-elles à en
faire le sacrisice ? N'embralTons pas cet espoir chimérique ; ne nous
laissons pas éblouir par le systême illusoire d'une
égalité parfaite , d'un bonheur général, d'une liberté universelle , incompatibles avec les vices ,
les foiblesses & les passions des hommes ; & ne nous
flattons pas de faire germer l'humanité dans les
fables brûlants de l'Afrique, lorsqu'une partie de --- Page 51 ---
( 13 ) l'Europe présente encore le honteux & affligeant
exemple de tant de millions d'humains courbés
sous le joug de l'esclavage & le despotisme de la
glebe. N'oublions jamais que, dans la balance des Empires , la puissance de l'un s'accroît toujours de
l'affoiblissement d'un autre; songeons qu'en diminuant nos forces , nous augmenterions celles de
nos ennemis , & qu'en nous privant de l'avantage
immense de la vente des denrées coloniales , nous
nous rendrions tributaires de l'étranger pour l'achat
de celles utiles à nos besoins. Et, que l'on ne dise point que ces denrées sont
en majeure partie superflues ! Qu'importe , si ce
superflu alimente nos fabriques, s'il vivifie notre
marine , encourage notre agriculture , enrichit
l'Etat, affure sa prospérité au dedans, sa puissance
au dehors, & lui donne cette force, cette splendeur , cette prépondérance politique , qui feules
peuvent garantir la France contre les entrepriseii
des autres Nations? NE point permettre que des millions de Fran- --- Page 52 ---
( 14 ) cois soient privés de leurs seuls moyens de sub-»
sister ; ne point souffrir que quarante mille familles de Colons soient livrées aux horreurs du
brigandage, de la violence & du désespoir : voilà
ce que nous ordonne l'humanité. Resserrer les liens qui unisient la France & ses
Colonies, affurer à la Métropole la vente exclusive de leurs produâions, en défendre rigoureusement l'entrée aux Nations étrangeres , établir entre
les Colonies & la France une réciprocité d'assistan.
ce, une uniformité de principes , d'égards & de
loix : voilà ce que nous ordonnent la prudence ,
la raison, l'intérêt & le salut de l'Etat.
onne l'humanité. Resserrer les liens qui unisient la France & ses
Colonies, affurer à la Métropole la vente exclusive de leurs produâions, en défendre rigoureusement l'entrée aux Nations étrangeres , établir entre
les Colonies & la France une réciprocité d'assistan.
ce, une uniformité de principes , d'égards & de
loix : voilà ce que nous ordonnent la prudence ,
la raison, l'intérêt & le salut de l'Etat. La Grece , autrefois libre , & justement célébré
par la sagesse de ses loix , est passée de joug en joug
sous celui de la plus affreuse servitude , parce
qu'elle s'occupa plus d'assurer les droits des partis
culiers que la puissance de la Nation , & parce
<ju'elle ne s'occupa point aisez des moyens de réfister à l'oppression étrangère. Vous avez fondé, NOSSEIGNEURS, vous avez
élevé l'édifice immortel de notre constitution ; rien
ne peut ajouter à votre gloire & à la reconnois- --- Page 53 ---
( 1) ) sance de la Nation , que d'affermir les bases de sa
prospérité & de sa puissance. Nous sommes avec resped , NOSSEIGNEURS, Vos très-humbles & trèsobéissants Serviteurs, les Représentants de la Commune
de Rouen. Rouen > te 24 Décembre 1789. signés > Du Eosc, C**de Rade-^Queval 1^
pont, Maire. Bigot. De Bonne fils. Pierre Quesnel,
Ribard fils. N. Prével. Roger fils. Quesnel. De Bonne pere. Robert Selot. - Ribard pere. Lézurier. De Sacquépée. Chefd'hôtel.
Le Couteulx de Verclives. Clérot. Duval dlmberville. F. Caudron, Le Vavasseur l'aîné. Wulgis-Dujardin, --- Page 54 ---
(I* ) A Rouen. De l'Imp. de P. SEYER & BEHOURT, Le Vieux. Ch. Delespine.
Jean-Baptiste Asselin. Massé. Tarbé. Ferry. Durand, Proc. du Roi. Bademer. Midy d'Andé. Taillet. Le Borgne. C. Dufour. Teurquet. Hardy, DoO. en Médec4
Louis Hurard. Méry de Villers.
Hubert. Méry. Tamelier.' Pavie. Henri Adam. Le-Bourgeois de Belles
Balicorne. ville. Alexandre Prével. Pierre Pinel l'aîné.
Frémont. Le Febvre le jeune.
Houel. P. N. Malandrin le jeune,
P. Deschamps. Elie le Feb /re l'aîné. L. Riviere. Collationné conforme au plumitif, par Nous Sécre.
taire-Greffier d* l'Assemblée Municipale & Eleâorale
de la Commune de Rouen , soussigné. Signé, HAVARD , avec paraphe. --- Page 55 ---
A EXTRAIT Des registres du greffe du comité d administration de la ville de Nantes. Du samedi vingt-un novembre mil sept
cent quatre-1 ingt-neuj, environ les cinq
heures du soir. As S EMBLÉE ordinaire du comité d'administration de la ville de Nantes, où préiidoit «
M. DE KERVEGAN , maii e et ,. , , 1 \
de police; assistant,, M M. MAISONNELVE, \
sorts-maire ; DUBERN , ROZIER , et LEGRIS
aîné, conseillers - magistrats- échevins , avant
avec eux Me. MENARD DE ROCHECAVE, conseiller, secrétaire-greffier de Jacommunauté
de ville ;
S EMBLÉE ordinaire du comité d'administration de la ville de Nantes, où préiidoit «
M. DE KERVEGAN , maii e et ,. , , 1 \
de police; assistant,, M M. MAISONNELVE, \
sorts-maire ; DUBERN , ROZIER , et LEGRIS
aîné, conseillers - magistrats- échevins , avant
avec eux Me. MENARD DE ROCHECAVE, conseiller, secrétaire-greffier de Jacommunauté
de ville ; M. CORNET, écheviu faisant les fonctions
de procureur du roi syndic , absent ; M M. LE POT , CANTIN , DUVAL , LEBAS ,
lieutenant de maréchaussée; GENEVOIS, SOT-
"fIN DE LA COINDIÈRE , Cii A NTE AULME , --- Page 56 ---
O) DROUIN DE PARCAI, BELLIER jeune , PAUL
GERBIER , CHIRQ'N , GUESDON , PIPEAU , VAUDEZ, LECADRE , FOURMI père et LAENNEC,
membres du comité d'administration. Sont entrés MM. DUCOLLET , juge en chef
du consulat de Nantes ; HENRI BOUTEILLER,
JEAN-BAPTISTE LEBOURG , FRUCHARD , JuLIEN GAUDIN , MATHURIN BAUDOUIN , et
YVES VIDEMENT , négocians , consuls 'et
membres du comité de commerce , lesquels
ont dit être envoyés par le général du commerce, extraordinairement assemblé ce jour,
pour faire part aux représentans de la commune de la délibération qui y a été prise sur
| l'avis donné par les députés du commerce
l près l'Assemblée nationale ; du projet d'une
? motion tendante à prohiber , aux Français ,
la Traite et le commerce des Noirs, et pour
:: concerter avec eux le parti qu'il convient de ■
prendre pour arrêter cette motion et en prévenir les 'dangereuses conséquences. Sur quoi lecture par eux faite de la lettre
du 18 novembre , contenant avis du projet de
ladite motion et de la délibération prise à ce
sujet par le général du commerce , en date
de ce jour, l'assemblée de MM. lespinaire,
échevins et membres du comité , représentant la commune de cette ville, aussi vive- --- Page 57 ---
( 3 } A ij nient affectée que le général du commerce,
des dangers d'une pareille motion, dont l'idée
seule excite déjà parmi le peuple des mouvemens remarquables et inquiétans ; persuadée
que son succès entraînerait la ruine de la
F rance , et que la publicité seule de sa discussion pourroit occasionner les plus grands ma!-
heurs , a arrêté de charger MM. les députés
de la sénéchaussée de Nantes à l'Assemblée
nationale, et ceux du commerce de cette ville,
près ladite Assemblée, de réunir leurs efforts
et d'employer tous les moyens que leur patriotisme et leur prudence connus leur suggére1 ront, pour s'opposer à l'admission d'une motion
si impolitique et si dangereuse ; et qu'en conséquence il sera sur-le-champ , et toute autre
affaire cessante, procédé à la rédaction d'une
adresse respectueuse à l'Assemblée nationale,
tendante à même sin ; laquelle adresse sera
portée à MM. les députés de la sénéchaussée
et du commerce, avec une copie de la présente délibération , par un courrier extraordinaire expédié demain a\l plus tard, et pour
rédiger ladite adresse , conjointement avec
MM.DLCOLLET et HENRI BoUTEILLER , nommés par MM. les députés du commerce. L'Assemblée a, de son côte, nommé pour commissaires MM. MAISONNEUVE et 'PR ou IN DE
sera
portée à MM. les députés de la sénéchaussée
et du commerce, avec une copie de la présente délibération , par un courrier extraordinaire expédié demain a\l plus tard, et pour
rédiger ladite adresse , conjointement avec
MM.DLCOLLET et HENRI BoUTEILLER , nommés par MM. les députés du commerce. L'Assemblée a, de son côte, nommé pour commissaires MM. MAISONNEUVE et 'PR ou IN DE --- Page 58 ---
( 4 ) P ARC Al , lesquels se sont à l'instant retirés
pour vaquer à le, r commission. Et environ une heure après, lesdits quatre
comissaires rentres à l'Assemblée, ayant donné
lecture du projet d'adresse par eux rédigé, il
a été unanimement approuve et sjgné.de tous
les membres de l'Assemblée; ordonné qu'il
sera inscrit sur le registre à la suite de la présente délibéiation , et de suite envoyé avec
copie d'icelle délivrée par le greffier, tant à
M M. les députés de la sénéchaussée de Nantes
qu'a MM. les députés du commerce. Fait lesdits jour et an que devant. Signé ail registre .'DE KER VEGAN,
Maire; et MENARD DE IIOCHECAVE, Secrétaire-greffier. NOSSEIGNEURS, PÉNÉTRES du plus profond respect pour
votre auguste Assemblée, les représentants
de la commune et du commerce de Nantes --- Page 59 ---
(5) réunis, viennent avec confiance déposer dans
son sein leurs inquiétudes et leurs alarmes. Si les avis qu'ils reçoivent sont exacts,
on doit incessamment vous proposer, N o s- | s E 1 G N R U R S, de décréter la liberté des Ne- }
grès, ou au moins d'en interdire à l'avenir {
le commerce aux François. Ce genre de commerce, on en convient,
peut paraître, sous certains rapports, contraire à l'égalité que la nature établit entre
tous les hommes; mais si dans l'état actuel
de l'Europe, il est tellement nécessaire à la
France que sa prohibition dût entraîner sa
ruine, cst-il possible, n'est-il pas même criminel de vous proposer d'en, prononcer l'interdiction ? Or, nous ne craignons pas de le dire , il n'est personne assez dépourvu de lumières, qui ne voie, comme une conséquence
nécessaire de la prohibition de la Traite
des Noirs, la perte de nos Colonies, l'anéantissement de notre commerce maritime, la
destruction de nos manufactures, la nullité
des matières qu'elles emploient, la chute de
l'industrie et des arts qu'elles entretiennent, le découragement de l'agriculture, l'avilissement de tous les genres de propriété , le
renversement de toutes les fortunes, la dé-
vu de lumières, qui ne voie, comme une conséquence
nécessaire de la prohibition de la Traite
des Noirs, la perte de nos Colonies, l'anéantissement de notre commerce maritime, la
destruction de nos manufactures, la nullité
des matières qu'elles emploient, la chute de
l'industrie et des arts qu'elles entretiennent, le découragement de l'agriculture, l'avilissement de tous les genres de propriété , le
renversement de toutes les fortunes, la dé- --- Page 60 ---
co. population, le désespoir et la mort de sa
plus belle contrée de l'univers. On ne peut
concevoir qu'il existe en France des hommes assez téméraires, assez ennemis de la
nation , pour oser, au sein même de ses
augustes représentants, essayer de mettre
en discussion un objet qui ne tendroit à rien
moins qu'à soulever dans le royaume neuf
à dix millions de citoyens. Déjà les manufacturiers de cette ville,
dont les établissemens sont faits pour le
commerce particulier de la cote, sont disposés à renvoyer leurs ouvriers. Déjà toutes
les classes de citoyens s'inquiètent, se rassemblent, s'indignent; les mouvemens tumultueux des artisans, que l'idée seule de
cette calamité jette dans la consternation ,
commencent à devenir inquiétons pour la
municipalité. On menace hautement les auteurs de cette dangereuse motion ; on les
déclare ennemis de la patrie, parce que tout
10 monde sent qu'ils ne peuvent-se proposer
d'autre but, en la faisant, que de tarir les
sources de son bonheur, et de déconcerter,
en augmentant le nombre des mécontens,
tous les projets de réforme qui devroient
lui redonner la vie et l'activité. L'on apprend que les Nègres ont com- --- Page 61 ---
( 7 ) mencé à se révolter à la Martinique, et "que
les Colons tremblent pour la conservation
de leurs jours. L'extravagante motion, que
nous vous supplions de rejeter , tendroit
donc évidemment à faire assassiner tous les
Blancs, à faire égorger tous les Français qui
se trouvent dans nos Colonies, à occasionner
une banqueroute universelle en France , à
faire rendre impossible la perception du quart
des revenus, et à réduire au désespoir des \
citoyens disposés à tous les genres de sacrifice,. pour soutenir l'ouvrage d'une sage
et utile régénération. Agriculteurs, artistes , manufacturiers ,
commerçans , navigateurs , ouvriers , gens
de peine, mariniers , tous frappés à-la-fois de
la même calamité, seroient forcés de quitter
le royaume, ou de s unii-, pour venger la
nation, de cette criminelle et impolitique absurdité. Effrayés, comme nous, du déluge des
maux qui suivraient le succès et même la
seule admission de la motion cruelle que
nous combattons, nous espérons, NOSSEIGNEURS, que vous ne balancerez pas à la proscrire, si un organe corrompu osoit la faire
entendre. --- Page 62 --- --- Page 63 ---
ADRESSE
DU RÉGIMENT DE SAINTE-EULALIE
A L'ARMÉE PATRIOTIQUE. --- Page 64 --- --- Page 65 ---
A ij ADRESSE DU RÉGIMENT DE SAINTE - EULALIE A L'ARMÉE PATRIOTIQUE, AUJOURD'HUI 12 janvier 1790, le régiment patriotique de SAINTE - EULALIE légalement convoqué et assemblé, sous la présidence de M. le chevalier de MONTBRUN, colonel , assisté de MM. les lieutenant-colonel
et major du régiment ;
ULALIE
A L'ARMÉE PATRIOTIQUE. --- Page 64 --- --- Page 65 ---
A ij ADRESSE DU RÉGIMENT DE SAINTE - EULALIE A L'ARMÉE PATRIOTIQUE, AUJOURD'HUI 12 janvier 1790, le régiment patriotique de SAINTE - EULALIE légalement convoqué et assemblé, sous la présidence de M. le chevalier de MONTBRUN, colonel , assisté de MM. les lieutenant-colonel
et major du régiment ; Considérant que les milices nationales de
la plupart des villes du royaume, se sont empressées d adresser à la Garde nationale parisienne les témoignages de leur reconnois- *
sance , et des assurances d'union et de fraternité ; Que plusieurs villes même ont fait présenter leurs vœux par des députés-; --- Page 66 ---
(2 ) Que cet marque d'affection et d'estime de
la part de l'Armée patriotique de Bordeaux,
devient d'autant plus nécessaire, que des ennemis secrets ont interprété défavorablement
son silence , et se sont permis d'élever des
doutes sur des sentimens qu'elle partage avec
tous les bons Fi ançais ; Que des mal - intentionnés se sont flattés,
peut-être, en répandant avec profusion dans
les provinces des écrits calomnieux contre la
Garde nationale et les chefs de la IUUllicipalité de Paris, d'affoiblir la reconnoissance
inaltérable que doit la Nation française aux
généreux défenseurs de sa liberté ; Qu'il est important de détruire jusqu'à l'apparence du soupçon que ces écrits criminels
aient pu laisser quelque impression dans nos
cœ'u's ; ! Que l'Armée patriotique, bordelaise ayant
j le bonheur d'avoir pour général le proche
J | parent d'un des héros libérateurs de l'Amé-
| rique, du brave marquis delà Fayette, cette
! circonstance heureuse nous impose plus par-
\ ticulièrement qu'à tous autres corps milita,ii --- Page 67 ---
( 3 ) res , l'obligation de resserrer nos liens avec
nos frères de la capitale ; Considérant enfin que cette réunion de
fo rces et de sentimens, en établissant entre
Pans et les provinces une confédération amicale et fraternelle, raffermira de plus en plus
notre constitution , et présentera aux ennemis de notre liberté un faisceau formidable,
contre lequel viendront se briser tous les efforts de l'aristocratie ; Le régiment a unanimement délibéré d'in- ;
viter tous les corps militaires patriotiques de,
Bordeaux de se réunir à lui pour voter de \
concert, au nom de l'Armée , une Adresse à /
la Garde nationale et à la Commune de \
Paris. lui autre objet de la plus haute importance a également fixé l'attention du ré2i-L-'
ment de Samte-EuLdie. Mille cris s'elèvent à la fois de tous les
bouts de la France. Cette multitude de commercans laborieux , auxquels elle doit son
lustre et la plus grande partie de ses riches.
ses, sont plongés dans les alarmes et le dé- --- Page 68 ---
( 4 ) couragement. Les manufactures , les arsenaux , les fabriques , les ateliers des arts
sont menacés d'une cliûte prochaine. Des
écrivains , égarés par de faux systèmes, ou
vendus aux séductions de nos éternels rivaux,
s'agitent pour réduire ce beau royaume dans
un état de dégradation et de barbarie ; pour
précipiter violemment la France au dernier
rang dans la balance politique de l'Europe;
pour placer, en un mot, cent mille Français
sous le couteau, en proposant l'affranchissement des Nègres dans nos Colonies.
ûte prochaine. Des
écrivains , égarés par de faux systèmes, ou
vendus aux séductions de nos éternels rivaux,
s'agitent pour réduire ce beau royaume dans
un état de dégradation et de barbarie ; pour
précipiter violemment la France au dernier
rang dans la balance politique de l'Europe;
pour placer, en un mot, cent mille Français
sous le couteau, en proposant l'affranchissement des Nègres dans nos Colonies. Cette proposition révoltante a été déguisée
sous une apparence insidieuse. On a osé dire
que les Colons français demandoient la liberté indéfinie de leur commerce: assertion
imaginaire, qui ramènei\)it les ennemis de
l'Etat à leur véritable but, et qui f;épareroit
pour jamais les Colonies de leur métropole. Le régiment ne consignera point dans cette
i Adresse tous les motifs qui lui font repousser avec indignation une entreprise aussi
coupable. Il se borne à inviter de nouveau
tous les corps militaires de l'Armée patrio- --- Page 69 ---
(5) tique à se réunir à lui, afin de rédiger, de
concert, au nom de tous les citoyens, une
Adresse à l'Assemblée nationale , dans laquelle les paradoxes de ces novateurs téméraires seront terrassés sans retour, et qui sera
envoyée , sans délai , dans toutes les villes
maritimes du royaume, et dans toutes celles
où des manufactures sont établies. Le ré giment de Sainte-Eulalie a l'honneur
de prévenir ses camarades qu'il pense que
deux députés par régiment suffiront pour la
rédaction de ces deux Adresses, qui seront
présentées à l'Armée patriotique , pour être
approuvées par elle , et signées de tous les
chefs et de tous les députés des corps militaires. Il prend la liberté d'indiquer, pour lieu
de réunion, l'une des salles de l'intendance,
ou Iéglise des IIR. PP., Jacobins; et dans le
cas où tout autre lieu paraîtrait plus convenable, il avertit qu'il sera assemblé les 17
et 18 de ce mois, à cinq heures du soir, chez
les n H. PP. Feuillans, à l'effet de connoître les intentions des divers régimens , et convenir désinitivement, avec leurs députés, du --- Page 70 ---
( 6) lieu et du jour qu'ils jugeront à propos de
choisir pour l'Assemblée générale des représentans de l'Armée. Arrêté que la présente Adresse sera surle-champ livrée à l'impression , pour copies
en être envoyées à tous les régimens, et présentées par députation au général, au Conseil
militaire, à MM. les électeurs, à M .M. les
officiers municipaux, à MM de la chambre
de commerce, et au comité américain. Délibéré à Bordeaux, le régiment assemblé , les jour, mois et an que dessus. Le chevalier DE MONTBRUN DE POMAREDE t
colonel c017z17zalldant du régiment j et
présidant l'Assemblée. DALESME , lieutenant-colonel. DUVERGIER aîné, llzajor. LEYDET, GRIGNET , DESMIRAIL, Le cher. Du- ? | §
LARTIGUE , PERRIER DE S % §* 2."S I*
3 I— "T * Y
BEGORRAT, L'-ARSAN, >£ £• %'
' I V
DE MONTBRUN DE POMAREDE t
colonel c017z17zalldant du régiment j et
présidant l'Assemblée. DALESME , lieutenant-colonel. DUVERGIER aîné, llzajor. LEYDET, GRIGNET , DESMIRAIL, Le cher. Du- ? | §
LARTIGUE , PERRIER DE S % §* 2."S I*
3 I— "T * Y
BEGORRAT, L'-ARSAN, >£ £• %'
' I V Par délibération du régiment, MARANDUN ,
aide-major? secrétaire général. --- Page 71 ---
A VILLE DU HAVRE-DE-GRACE. ADRESSE \ A L'ASSEMBLÉE NATIONALE.
NOSSEIGNEURS, LES officiers municipaux du Havre, au
nom de leurs concitoyens, justement alarmés
des avis récemment reçus de l'Amérique, --- Page 72 ---
co s'empressent de vous présenter le tableau des
évènemens survenus dans les Colonies françaises en cette partie du monde, et des malheurs qui en doivent résulter. f On a pris un soin perfide d'y répandre
parmi les Noirs, que les décrets de l'Assem-
/ blé nationale et la volonté du roi les affran-
| chissoient de l'esclavage ; qu'ils avoient droit
! de se soustraire à la domination de leurs
i maîtres, et que tous les moyens propres à
| y parvenir étoient légitimes. Ces bruits soutenus, accrédités en diverses
parties de nos Colonies , ont été un signal de
révolte. Les Noirs ne se sont pins entretenus
\ que de projets de liberté; ils ont su qu'ils
ne pouvoient l'obtenir qu'en détruisant les
Blancs, et ils en ont conçu l'horrible projet.
Des maîtres qu'ils chérissoient sont devenus
à leurs yeux des tyrans qui les retenoient
contre le vœu de la loi ; on a découvert d'horribles conspirations ; tout a été en armes dans
la Colonie ; et, sans une surveillance particulière de la part des Colons, tous eussent --- Page 73 ---
(3) Aij été massacres. Ainsi la plus funeste catastrophe dont l'histoire ait fourni l'exemple, eût
fait perdre à la France ses riches possessions
en Amérique , et anéanti spn commerce. Les Colons paroissent avoir réussi à étouffer ces conspirations et à contenir leurs Noirs y
mais ils n'ont pos recouvré la tranquillité
dont ils jouissoient. Chaque jour, menacés
de nouveaux périls, ils se croient obligés de
prévenir , par des mesures violentes , des
mouvemens d'insurrection. Convaincus que l'esprit d'insubordination
et de révolte qui règne parmi leurs Nègres,
n'a son origine que dans les écrits multipliés
et les déŒlamations exagérées des prétendus
amis des Noirs ; persuadés que cet esprit pou..
voit y être entretenu par d'odieuses machina-»
tions des ennemis de la régénération de la
France ; - 3- : Ils ont cru avoir à combattre un système
destructif de leur propriété : dès-lors, ils ont
• pris des précautions peutr5êtrf nécessaires, --- Page 74 ---
( 4 ) mais surement bien propres à relâcher les
liens qui unissent les Colonies à la Mère. patrie. Tout leur est devenu suspect; ils ont
établi une sorte d'inquisition sur ce qui leur
vient d'Europe : ils s'emparent des lettres ,
les inspectent, visitent les malles, les effets
des passagers , et se livrent à des perquisitions exactes ; enfin, les Colons se comportent envers la métropole , comme si on y eût
conjuré la perte de leurs propriétés.
bien propres à relâcher les
liens qui unissent les Colonies à la Mère. patrie. Tout leur est devenu suspect; ils ont
établi une sorte d'inquisition sur ce qui leur
vient d'Europe : ils s'emparent des lettres ,
les inspectent, visitent les malles, les effets
des passagers , et se livrent à des perquisitions exactes ; enfin, les Colons se comportent envers la métropole , comme si on y eût
conjuré la perte de leurs propriétés. Ces mouvemens ont nécessairement occasionné une suspension de travail dans les atteliers, et dans les affaires une interruption
très-préjudiciable au royaume. Telles étoient, NOSSEIGNEURS, les dispositions des esprits, tel étoit l'état des choses
dans les Colonies françaises, aux dernières
époques connues. Nous ne nous arrêterons pas à vous présenter tout ce que de pareilles circonstances
ont d'alarmant, La France est menacée de perdre ses Co- --- Page 75 ---
(S) lonies. Les maux irréparables que cette perte
lui préparereroit, sont trop vivement sentis,
pour qu'il soit utile de les retracer. Le découragement de son agriculture, la
décadence de son commerce, la destruction
de sa marine royale et de sa navigation , la
ruine de ses manufactures, l'anéantissement
de son existence politique parmi les puissances de l'Europe , peut-être la dissolution de
l'empire, seroient les suites funestes de l'étrange systême qu'ont osé hasarder quelques
personnes entraînées par des raisonnemens
philosophiques qui ne leur permettent aucune
de ces réflexions , ou séduites par des puissances jalouses de la prospérité que vos glorieux travaux préparent à la Nation., La France, disons-nous , est menacée de
perdre ses Colonies. Nos citoyens , nos frères
en cette partie du monde a sont exposés aux
plus grands dangers. C'est à la Nation , c'est à vous , NOSSEIGNEURS , qui la représentez si dignement, --- Page 76 ---
< 6 ) qu'il appartient de prévenir la sanglante révolution qu'une confération inouïe semble
avoir préparée. L'esprit de sagesse qui a présidé à vos décrets , et vous a fait surmonter les obstacles
qui s'opposoient à la régénération de l'empire, vous en dictera le moyens. Qu'il nous soit seulement permis, NOSSEIGNEURS , de vous présenter les réflexiong que
nous suggèrent la correspondance et les relations du Havre avec l'Amérique. Nous sommes fondés à croire qu'il est indispensable et très-pressant de faire cesser
l'incertitude des Colons sur leur état actuel ;
de rétablir, sans aucun délai, une confiance
mutuelle entre eux et la métropole ; de leur
faire connoître que la France regardera toujours ses possessions en Amérique comme
précieuses et nécessaires à sa prospérité ; de
manifester solemnellement que l'Assemblée
nationale n'a rien statué sur l'esclavage des --- Page 77 ---
( 7 ) De l Imprimerie de P. - F. DIDOT jeune. 1790. Noirs, et ainsi de les détromper des fausses
idées qu'on leur a inspirées à ce sujet. Nous sommes avec un très-profond respect, NOSSEIGNEURS, Vos très-humbles et trèsobéissans serviteurs, Les officiers municipaux
du Havre-de-Grace. Au Havre, le 26 décembre 1789. --- Page 78 --- --- Page 79 ---
A IDÉES JUSTES
--- Page 77 ---
( 7 ) De l Imprimerie de P. - F. DIDOT jeune. 1790. Noirs, et ainsi de les détromper des fausses
idées qu'on leur a inspirées à ce sujet. Nous sommes avec un très-profond respect, NOSSEIGNEURS, Vos très-humbles et trèsobéissans serviteurs, Les officiers municipaux
du Havre-de-Grace. Au Havre, le 26 décembre 1789. --- Page 78 --- --- Page 79 ---
A IDÉES JUSTES SUR LES NÈGRES, Sur l'importance des Colonies pour toute la
France , et sur l'intérêt qu'y doit prendre
la Capitale. UNE société qui a embrassé la cause des Noirs , et quelques écrivains qui adoptent ses
principes , et qui prêchent sa doctrine , ont
d'abord conseillé l'affranchissement des Nègres dans les Colonies. Les Colons ont démontré avec tant de force et d'évidence l'impraticabilité de ce projet, et même le danger
qu'il y avoit à le mettre en question, que les
membres les plus zélés de cette société, ont
été forcés de renoncer à cette idée. Voyez la
lettre de M. de Condorcet dans le Journal de
Paris du 14 décembre dernier. Mais ils se rabattent, et ils insistent avec
opiniêttreté sur l'abolition de la traite , 1°. parce
que, disent-ils , ce commerce est infâme, et
que l'esclavage n'existeroit pas en Afrique,
sans la certitude.qu'ont les Nègres, de vendre
aux blancs leurs esclaves 5 i0. parce que les --- Page 80 ---
O) défenseurs des Noirs sont persuadés que la
traite n'ayant plus lieu, et les Colons étant
déchus de l'espoir de recruter leurs ateliers,
ils seroient forcés de traiter mieux leurs Nègres afin de les conserver. Les Colons et tous les gens instruits, qui
connoissent parfaitement les usages , les coutumes , les mœurs très-anciennes des peuples de l'intérieur de l'Afrique. Voy. le Merc.
de France, 25 juillet 1789, et ont cent fois
répété, affirmé et démontré que l'esclavage
règne en Afrique depuis un temps immémorial ; que les peuples s'y font la guerre à
toute outrance, et sans y être provoqués par
les nations européennes ; que les prisonniers
faits dans ces combats, y sont exposés à l'alternative, ou d'être massacrés impitoyablemrnc , ou d'être vendus comme esclaves ; qu'en
outre les lois du pays condamnent à :1'escJavage pour differens crimes , tels que le vol,
l'adultère etc. qu'il résulte de tout cela deux
vérités essentielles à établir ; l'une, que les
Européens ne 'sont pas les auteurs de l'esclavage , qui étoit antérieur en Afrique à l'établissement des Colonies, et qu'il y survivrait
à l'abolition de la traite ; l'autre , que la traite
n'est donc pas , comme le prétendent les défenseurs des Noirs , une chose abominable,
ens crimes , tels que le vol,
l'adultère etc. qu'il résulte de tout cela deux
vérités essentielles à établir ; l'une, que les
Européens ne 'sont pas les auteurs de l'esclavage , qui étoit antérieur en Afrique à l'établissement des Colonies, et qu'il y survivrait
à l'abolition de la traite ; l'autre , que la traite
n'est donc pas , comme le prétendent les défenseurs des Noirs , une chose abominable, --- Page 81 ---
( 3 ) A ij infâme, puisqu'il n'en résulte que le transport
dans les Colonies, de Nègres condamnés par
les lois de la guerre à périr , ou, par les lois
civiles , à subir l'esclavage , ou les plus affreux supplices; qu'à ce sort est substitué celui de vivre sur des habitations , où , pour
prix de leur travail, ils sont logés , nourris,
vêtus, soignés dans leurs maladies , où ils ont
des propriétés et mille douceurs , qui leur
procurent une existence infiniment préférable à celle de la plus grande partie des peuples d'Europe; qu'en vain tous ces faits,tout
cet exposé sont démentis , ils n'en sont pas
moins vrais et attestés par tous ceux qui connoissent bien les Colonies; et qu'enfin le
sort des nègres , déja adouci de jour en
jour en Amérique , touche au moment de
l etie encore davantage, autant que peuvent
le desirer la raison, la justice et l'humanité
bien entendue , par l'effet d'une nouvelle administration et de réglemens qui seront le
fruit de l'expérience des habitans ainsi que
de l'intérêt qu'ils ont eux-mêmes à la conservation de leurs Nègres. Quant à la seconde objection sur l'abolition de la traite , dont l 'efret, dit-on , seroit
de foi cer les Colons à ménager leurs ateliers , on se trompe : beaucoup d'habitans ne --- Page 82 ---
(4) peuvent porter plus loin les ménagemens et'
les soins attentifs ; et cependant ils perdent
des Nègres par des accidens, ou des maladies
épidémiques et imprévues. Il ne seroit ni
juste à leur égard, ni convenable aux intérêts
de la France, de les privera jamais du moyen
de se relever de ces pertes, d'où résulteroit
l'abandon des terreins en culture ,et la nécessité de laisser en friche ceux qui n'attendent
que des bras. Loin que l'abolition de la traite servît à
adoucir le sort des Nègres, elle pourrait produire l'effet contraire parmi le petit nombre
des habitans qui, moins humains , moins soigneux que les autres , et qui , éprouvant une
diminution successive dans leurs ateliers ,
voudroient peut-être soutenir leurs cultures
au même niveau. Il est plus vrai de dire que
la continuation de la traite est plus capable
d'améliorer le sort des Nègres, en donnant
aux Colons les moyens de recruter et de renfor cer leurs ateliers; ce qui allégera nécessairement la somme <lu travail de chaque individu. Tel est l'état juste de la question , sur
le point de vue moral ; tels sont les faits d'après lesquels on peut asseoir un jugement raisonnable, et non d'après d'infidèles exposés, --- Page 83 ---
r 5 -) des exagérations ridicules , extravagantes ,
atroces, invraisemblables, formées par des
philantropes transportés d'un fol enthousiasmc de liberté, ou par des économistes
calculant à faux et sur des données absurdes,
ou par quelques citoyens égarés, séduits par
tout système nouveau et revêtu des noms
respectables de bienfesance et d'humanité.
jugement raisonnable, et non d'après d'infidèles exposés, --- Page 83 ---
r 5 -) des exagérations ridicules , extravagantes ,
atroces, invraisemblables, formées par des
philantropes transportés d'un fol enthousiasmc de liberté, ou par des économistes
calculant à faux et sur des données absurdes,
ou par quelques citoyens égarés, séduits par
tout système nouveau et revêtu des noms
respectables de bienfesance et d'humanité. Sous le point de vue politique, je vous
prie, MESSIEURS, de considérer, Que la Franceconserve ou abandonne ses colonies , les défenseurs des Noirs sont toujours
responsables des maux qu'a occasionnés la publicité de leurs opinions. Il existe déjà parmi
les N Nègres des murmures,de l'insubordination,
le refus du travail. On sait ce qui s'est passé
a la Martinique , ou corn ment les mouvemens qui ont eu lieu à Saint-Domingue ;
et l'on doit prévoir qu'ils ameneroient enfin
la plus horrible catastrophe. Si la France ne veut plus de colonies , leur
régime doit lui être indifférent. Ce seroit de sa
part le comble de l'injustice de vouloir le changer ; il seroit affreux , en lui en conseillant
l'abandon, d'en préparer la destruction totale
par l'égorgement de cent mille citoyens dont
elles sont peuplées. 1 elles sont, MESSIEURS, les grandes véri- --- Page 84 ---
( 6 ) tes que j'avois à vous exposer, et sur lesquelles je vous invite à méditer. Si Paris, ainsi que Londres, étoit un vaste
port de mer, il seroit impossible que ses
nombreux habitans ignorassent tous les avantages résultans du commerce maritime, et
de son influence prodigieuse sur la prospérité
du royaume. Je lui montrerois cette forêt de
vaisseauxet ces pavillonsdetoutesles couleurs,
et ces produits, et ces trésors de toutes les
parties de l'univers ; et ce grand spectacle
offert à ces yeux rendroit mes preuves inutiles. Mais le paisible Parisien , tranquille
dans ses foyers , jouissant des fruits de
son travail, et de toutes les ressources qu'ofsse
à l'industrie une capitale peuplée d'un million
d'hommes, semble méconnoÎtre les sources
de cette abondance de moyens et de matières
premieres. Fier du spectacle du luxe et de
l'opulence qui l'entoure, peut-être ne réfléchi t-il pas assez sur les causes multipliées ,
et sur les ressorts secrets de ce mouvement,
de ces richesses incroyables qui frappent habituellement ses yeux. Et cependant c'est
aux provinces qu'il en est redevable. Elles
sont ses mères nourrices. C'est du produit
de leur sol, de leur commerce, de leurs
manufactures, qu'il subsiste. Ce sont elles qui --- Page 85 ---
( 7 ) renouvelleut, qui entretiennent une partie
de sa population. S'il est vrai que Paris est
utile aux provinces , il ne l'est pas moins
que c'est des provinces qu'il tire son plus
grand lustre. C'est pour Paris qu'elles créent ;
mais il est le rendez-vous , le magasin général de la France. Il n'est fort que de
leur force , il n est riche que de leur richesse. Quand les provinces languissent, il
ne peut que languir lui-même ; et l'anéantissement ou l'affoiblissement de leur commerce , de quelque nature qu'il soit, sont
autant de coups portés à son existence. Il doit
donc prendre le plus vif intérêt à leur prospérité; et s 'il est vrai que le commerce maritime y contribue essentiellement, il doit
en embrasser la cause, et repousser de toutes
ses forces tout ce qui tendrait à sa destruction.
iche que de leur richesse. Quand les provinces languissent, il
ne peut que languir lui-même ; et l'anéantissement ou l'affoiblissement de leur commerce , de quelque nature qu'il soit, sont
autant de coups portés à son existence. Il doit
donc prendre le plus vif intérêt à leur prospérité; et s 'il est vrai que le commerce maritime y contribue essentiellement, il doit
en embrasser la cause, et repousser de toutes
ses forces tout ce qui tendrait à sa destruction. Or ce n'est plus un problême, que des colonies dépend l'entretien de la navigation,
et que ce sont les matelots qu'elles forment
et qu'elles emploient, qui alimentent la puissance navale de la France. Ces grands aperçus
suffiraient sans doute à des citoyens François,
et il est presque superflu de leur mettre
sous les yeux les motifs de l'intérêt particulier que la capitale doit prendre aux co- --- Page 86 ---
(8 ) De l'Imprimerie de P. F. D 1 D o T le jeune. lonies. Paris leur fournit les modes, les bijoux, les ajustemens, les voitures, des livres,
des outils de diverses espèces : et les riches
Colons que leurs affaires, que le soin de
l'éducation de leurs enfans rappellent en
France, et particulièrement dans la capitale, y répandent la plus grande partie de
leurs revenus : semblables à ces jets d'eau , qui
renouvellent sans cesse la source où ils ont
pris naissance. D'après cet exposé , il paraîtrait convenable que Paris , non seulement prît le
parti d'interdire ou de rejeter toute motion
tendante à demander l'affranchissement des
Nègres et l'abolition de la traite , mais qu'il
joignît ses réclamations à celles des Colons et des députés des villes maritimes ,
et sollicitassent l'Assemblée Nationale de supplier le Roi d'accorder aux colonies la plus
haute protection par l'envoi du nombre de
troupes qu'elle jugeroit nécessaires , et dy
faire faire en son nom une proclamation
qui arrête l'insubordination des Nègres , et
rétablisse le calme dans toutes les colonies. --- Page 87 ---
MÉMOIRE
SUR LE COMMERCE EN GÉNÉRAL
ET CELUI DU LANGUEDOC, Dans se s rapports avec les Echelles du
Levant, la Compagnie des Indes , les
Colonies & la Traite des Noirs. t
PAR M. DUPRÉ , Député de Carcassonne , i
& Représentant des Manufactures du |
Lauguedoc. j A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE. 1790. --- Page 88 --- --- Page 89 ---
A x ME SSIE URS, Δu nom de tout le Commerce de France, au
nom d'une immense Province éerasée par les impots s & qui ne peut plus en supporter la charge,
si vous ne ranimei son indujlrie ; au nom de
quatre-vingt mille ouvriers qui depuis longtemps luttent contre la misère, l'oisivete' & la
tentation du crime , les fabricans du Languedoc
vous prient, vous sollicitent de vous occuper inceffamment des grands intérêts du Commerce. Nous avons 1 honneur de mettre fous vos yeux
les objets de leur réclamation & nos idées sur --- Page 90 ---
; le Commerce en général Notre \ele réclame votrt
indulgence & quelque attention à notre Mémoire. Nous sommes très-refpeclueufement, Messieurs s Fos très-humbles & très-obéissans serviteurs,
DUPRÉ, Député; ROQUES ) Député. --- Page 91 ---
A i MÉMOIRE SUR LE COMMERCE EN GÉNÉRAL ET CELUI DU LANGUEDOC, Dans ses rapports avec les Echelles du Levant;
la Compagnie des Indes, les Colonies & la
Traite des Noirs.
Notre \ele réclame votrt
indulgence & quelque attention à notre Mémoire. Nous sommes très-refpeclueufement, Messieurs s Fos très-humbles & très-obéissans serviteurs,
DUPRÉ, Député; ROQUES ) Député. --- Page 91 ---
A i MÉMOIRE SUR LE COMMERCE EN GÉNÉRAL ET CELUI DU LANGUEDOC, Dans ses rapports avec les Echelles du Levant;
la Compagnie des Indes, les Colonies & la
Traite des Noirs. L E traite desastreux de la France avec l'Angleterre
a frappé de paralysie presque toutes nos manufac.
tures ; elles ne peuvent de long-temps espérer le
mouvement de la vie, a moins que l'esprit public
Se le patriotisme ne ramènent les bons Citoyens
à une juste préférence de nos ouvrages manufacturés sur ceux dont l 'Angleterre inonde nos marchés (i). Mais lorsque l'Assemblée Nationale, en
gemissant des erreurs & des fautes du Gouverne- (i) C est le seul & véritable aéte de patriotisme que
la Nation a droit d attendre de nos dames. --- Page 92 ---
[texte_manquant] mène j doit respecter une alliance commerciale
quel que soit le préjudice qu'elle porte à la profpërité de l'Etat, il lui appartient de régénérer notre
industrie & notre commerce en détruisant les privilèges des Compagnies, ces fléaux destructeurs -
des droits de tous les Citoyens, à l'explosion de
leur génie industrieux que les excluions circonscrivent, énervent & affoiblissent. Le mot privilége doit irriter les Restaurateurs
de la Liberté Francoise. Ils ne verront, dans les
privilégiés, que les enfans gâtés du pouvoir arbitraire , & des branches parasites qui absorbent
les sucs vivifians du commerce. Dénoncer à l'Assemblée Nationale les privilèges,
c'est prononcer l'arrêt de leur proscription. La Province du Languedoc est celle qui souffre
le plus des priviléges & des entraves mis û l'industrie de ses habitans. Elle a dû sa prospérité & son immense population à ses manufactures. Les seules fabriques des
draps destinés aux Echelles du Levant & aux arme mens pour l'Inde , la Chine, les Colonies &
la traite des Noirs , ont formé une masse de
commerce de seize millions & un bénéfice annuel
de sept millions par la main-d'œuvre, puisque la
fabrication est composée de soixante pour cent de --- Page 93 ---
( 7 ) A 4 matières premières, & de quarante pour cent de
salaire aux ouvriers. Ce bénéfice de sept millions étoit indépendant
de celui du fabriquant, de celui de l échange
avec l'étranger, 8c de celui que procuroit a 1 agriculture le sur-haunement des prix des laines &
des huiles de la Province. ^
Mais ces temps heureux ne sont plus : les priviléges exclusifs de la ville de Marseille , de la
Compagnie des Indes , l introduction des étrangers
dans nos Colonies, ont flétri & desséché cette
branche précieuse de commerce, & la Province
fait la cruelle expérience de l'afroiblitement progreflif de l'industrie de ses habitans, par la diminution des consommations, le découragement des
fabriquans, la misère des .ouvriers & leur funeste
émigration.
temps heureux ne sont plus : les priviléges exclusifs de la ville de Marseille , de la
Compagnie des Indes , l introduction des étrangers
dans nos Colonies, ont flétri & desséché cette
branche précieuse de commerce, & la Province
fait la cruelle expérience de l'afroiblitement progreflif de l'industrie de ses habitans, par la diminution des consommations, le découragement des
fabriquans, la misère des .ouvriers & leur funeste
émigration. Privilége de la Ville de Marseille. Cette ville possède exclusivement le droit de
commercer avec les Echelles du Levant, d 'y former
des établissemens , & plus particulièrement celui
de l importation des draperies du Languedoc, de
manière que le fabriquant ne peut vendre les draps
qu'aux négocians de Marseille : il ne peut les --- Page 94 ---
( 8 ) exporter que par le port de Marseille ; & sJil ea:
forcé quelquefois de les expédier pour son compte
dans les Echelles , c'est aux maisons - Marseille
qui y sont établies qu'il est obligé d'en confier
exclusivement la vente. t Les villes d'Agde, de Cette, de Montpellier,
ont plusieurs fois sollicité de concourir avec celle
de Marseille, & qu'il leur fût permis- de former
des établissemens dans le Levant. Leur situation,
leurs productions, leurs rapports immédiats avec
les fabriques, sollicitoient en leur faveur une faculté que le droit naturel leur avoit acquis avant
; les loix prohibitives des privilèges. Leurs réclamations ont toujours échoué contre
la dureté de l'arbitraire & les efforts de la chambre de commerce de Marseille. Le Languedoc a resté privé de l'avantage de
faire l'expédition directe des produits de son industrie.On n'a jamais pu couvrir cette injustice que
sous le prétexte frivole du Lazaret de Marseille. Mais les Négocians d'Agde, de Cette, de
Montpellier, ont offert de faire réparer le Lazaret
de Cette. Et si les dangers de la pesle pouvoient alarmer
sur la multiplication des Lazarets, ricn n'empêche --- Page 95 ---
( ) que leurs bâtimens venant du Levant ne soient
assujétis à faire leur quarantaine à Marseille. Personne n'ignore d'ailleurs que les vaisseaux
de la ville de Marseille font souvent leur quarantaine à Malte, i Livourne, a Toulon. Et la Nation n'auroit d'autre condition à exiger
des bâtimens des ports d'Agde & de Cette, que
celle d'y arriver avec patente nette, condition
indispensable qui leur seroit commune avec ceux
du port de Marseille. C'est la faculté de former
des établissemens dans le Levant, que les ports
de la Méditerranée réclament. C'esi la concurrence des acheteurs que les fabriquans sollicitent. Le commerce d'industrie ne peut être soutenu
& encouragé que par cette concurrence., & alors
que les fabriques seront dépouillées du droit sacré
de vendre à qui voudra leur acheter, d'exporter
par tous les ports, & par la médiation des Négocians qui leur feront des offres plus avantageuses , l'industrie, contrariée par les loix prohibitives, sera toujours sans activité, sans mouvement-,
& tributaire du caprice Se de la cupidité d'un Lu:
acheteur privilégié.
peut être soutenu
& encouragé que par cette concurrence., & alors
que les fabriques seront dépouillées du droit sacré
de vendre à qui voudra leur acheter, d'exporter
par tous les ports, & par la médiation des Négocians qui leur feront des offres plus avantageuses , l'industrie, contrariée par les loix prohibitives, sera toujours sans activité, sans mouvement-,
& tributaire du caprice Se de la cupidité d'un Lu:
acheteur privilégié. On a souvent fait l'injuste reproche aux fabnquans du Languedoc d'avoir dégradé la qualité de --- Page 96 ---
( 1° ) leurs draps, & d'en avoir avili la réputation dans
les Echelles. — Ce n'est pas eux qu'il faut accuser
de cette dégradation, mais plutôt le privilège &
les privilégiés. Alors que les Négocians de Marseille sont les
maîtres de fixer les prix des draperies, parce qu'ils
ont eux seuls le privilège de la consommation ,
le fabriquant est nécessité dt combiner le prix des
laines avec celui qu'on lui offre pour ses draps,
& frosTé entre les prétentions de son unique acheteur , & le surhaussèment du prix des laines , il
en économise & la qualité Se la quantité. Je dirai plus : il a été sou vent encouragé à cette
dégradation par l'acheteur lui-même qui lui a souvent prescrit de fabriquer des draps d'un prix
déterminé. Je dirai, plus encore : les premières fabriques
du Languedoc qui ont maintenu la réputation de
leurs draperies, ne trouvent plus d'acheteurs, &
forcées de les expédier pour leur compte dans les
Echelles & aux maisons Marseilloises , elles éprouvent des résultats ruineux. Parce que les régisseurs des établissèmens toujours plus empressés de vendre les draps auxquels
ils ont intérêt, laissent languir ceux du fabriquant,
les vendent souvent à de mauvais débiteurs, & --- Page 97 ---
( 11 ) appliquent au fabriquant les retours les moins avantageux. > . Dans les trop fréquentes révolutions qui affligent
la ville de Marseille par les faillites & un discrédit général, les fabriquans du Languedoc restent
surchargés de draps, sans acheteurs, & sont souvent forcés de sacrifier leur fortune & leur honneur, après avoir nourri cent mille ouvriers , &
procuré à l'Etat un immense bénéfice de maind'œuvre. J'oserai avancer aussi que les draps restent fouvent invendus à Marseille, quoique les Echelles
du Levant en soient dépourvues, parce les Négocians qui, autrefois, n'expédiaient dans le Levant
que des marchandises nationales ou coloniales,
ont calculé un plus grand bénéfice dans l importation des karagrouk ou autres monnoies d'Allemagne qui servent à l'achat plus immédiat des
laines , des cotons, des cires, des huiles , &c. ils
réalisent plus immédiatement, & font des bénéfices plus aéfcifs & moins arbitraires. Je ne fais pas un crime à la ville de Marseille
de ses spéculations, mais je lui en fais un de l'abus
de son privilège, puisqu elle ne veut souvent ni
Acheter ni laisser acheter. Les Négocians de Livourne & les Vénitiens --- Page 98 ---
( Il ) ne cessent de réclamer la même concurrence refusée aux Négocians d'Agde, de Cette & de Montpellier : elle leur est interdire * & par une suite
de l impolitique du Gouvernement, lorsque nos
ports sont ouverts aux draperies angloises, ils sont
fermés aux étrangers qui voudroient acheter celles
de nos manufactures.
elle ne veut souvent ni
Acheter ni laisser acheter. Les Négocians de Livourne & les Vénitiens --- Page 98 ---
( Il ) ne cessent de réclamer la même concurrence refusée aux Négocians d'Agde, de Cette & de Montpellier : elle leur est interdire * & par une suite
de l impolitique du Gouvernement, lorsque nos
ports sont ouverts aux draperies angloises, ils sont
fermés aux étrangers qui voudroient acheter celles
de nos manufactures. Ces Négocians étrangers excitent le fabriquant
par l offre d 'un prix avantageux, mais ils veulent
le laisser responsable du risque de la confiscation,
& ce risque dangereux rend tous les marchés
inutiles. Les Vénitiens, dans l'impossibilité d'acquérir les
draps de France, ont surmonté les obstacles que
le haut prix de leur main-d'œuvre mettoit à une
fabrication utile ; ils ont fabriqué & fabriquent
encore des draps qu'il leur feroit plus avantageux
d'acheter aux fabriquans du Languedoc. Les Ministres qui ont résisté auæ consiantes réclamations de la Province, ont consulté la chambre
de commerce de Marseille sur les avantages ou
les inconvéniens de cette concurrence sollicitée
par l 'industrie 5c Marseille n'a pu opposer que
le préjudice qui en résulteroit pour ion établifsement exclusif dans les Echelles du Levant j les
Ministres qui n'aiment pas d'être importunés, qui --- Page 99 ---
( 13 ) n'ont pas l'habitude des combinaisons cottlmer..
ciales , ont été convaincus avant d'être instruits. C'est aux Représentans d'une Nation libre a
sentir que les fabriques du Languedoc n'ont pas.
été établies pour la prospérité de quelques François établis dans le Levant, mais que les établissemens dans le Levant ont été formés pour favoriser la consommation de nos draperies; que le
grand intérêt d'un Etat commerçant est d'augmenter l'iRdustrie par la consommation, la consommation par les débouchés & par la liberté de
l'exportation. Les étrangers peuvent acheter à Marseille les
lucres, les cafés, les indigos, quoique ces productions coloniales soient destinées à être vendues
dans le Levant, en concurrence avec les maisons
de Marseille. Par quelle fatalité nos productions
territoriales ne jouiroient-elles pas de la même
concurrence ? Les bénéfices & les progrès de l'industrie ne
méritent-ils pas la considération & la même faveur
que les bénéfices & les progrès de l'industrie
coloniale ? La Nation Françoise n'est pas dans les Echelles
du Levant ; elle est dans les diverses manufactures
du Royaume ; elle est dans le nombre infini --- Page 100 ---
( 14 ) d'ouvriers employés à la fiibriquation, qu'il est
si intéressant de conserver, & que nous voyons
en Languedoc réduits à la plus cruelle indigence,
ne pouvant mettre fin à leur misère que par
le crime ou l'émigration. C'est d'après ces principes que les fabriquant
du Languedoc sollicitent deTAfifemblée National©
O ... la liberté pour tous les Négocians François de
former des étabîisîemens dans le Levant, peur les:
ports d'Agde & de Cette, le droit d expédier directement leurs vaisseaux dans les Echelles, & pour
eux celui de vendre à qui voudra leur acheter. Privilège de la Compagnie des Indes. D'antiques préjugés avoient consacré l'opinion
de la nécessité de faire le commerce des Indes
par compagnie, c'étoit alors le régne des- privilé£res } peut-être étoient-ils néceflaites dans les premiers temps d'un commerce inconnu.
'Agde & de Cette, le droit d expédier directement leurs vaisseaux dans les Echelles, & pour
eux celui de vendre à qui voudra leur acheter. Privilège de la Compagnie des Indes. D'antiques préjugés avoient consacré l'opinion
de la nécessité de faire le commerce des Indes
par compagnie, c'étoit alors le régne des- privilé£res } peut-être étoient-ils néceflaites dans les premiers temps d'un commerce inconnu. La chute de l'ancienne Compagnie, créée pa.r
Colbert, peur résoudre ce problême. Encore cette compagnie étoit-elle une grande
association de tous les François; elle faisoit valoir
des fonds immenses & nécessaires à 1 exploitation
du grand commerce des Indes & de la Chine. - --- Page 101 ---
( M ) La bafe de son établiflcment étoit l'utilité publique , & l'importation du produit de l'industrie
nationale j les fabriques du Languedoc lui fjurnifloicnt annuellement sept à huit mille pièces de
-draps. Les malheurs de la guerre, le despotisme mÍnistériel qui pompoit la Caille dé cette Compagnie , le luxe des armemens, le brigandage des
régisseurs , les sacrifices de magnificence , entraînèrent la chute de cette compagnie, & la liberté
fut rendue à tous les Armateurs de nos ports. Les expéditions particulières furent très-aftives,
souvent répétées ; elles purent être avantageuses
à l'Armateur, puisque pliifieurs Négocians les continuent sous pavillon neutre : alors chaque Armateur achetoit en Languedoc quatre à cinq cents
pièces de draps, & la consommation annuelle de
nos fabriques resta à-peu-près la même pendant
l'heureuse intervalle de l'ancienne à la nouvelle
. compagnie. Mais celle d'aujourd'hui dont toutes les manufactures du Royaume sollicitent la slippression
soit par-insuffisance de moyens, soit que les objets
de notre industrie ne lui promettent pas les mêmes
bénéfices d'entrée que les piastres & les écus de
France, soit encore parce. qu'elle fait peu d'expé- --- Page 102 ---
( 16 ) dirions dire&es , cette compagnie ( dis-je ) s'est
absolument interdit la draperie , & nos fabriques
sont privées, depuis son inutile & fatale existence,
d'une précieuse consommati.on. Le tableau rapide des rapports de cette Compagnie avec la Nation, le commerce maritime &
nos manufaclures, fera la honte du Ministre qui
lui donna l'existence , & démontrera la nécessité
de sa proscription. Le 14 Avril 1785, M. de Calonne, abusant de
la confiance du Monarque, obtint en faveur de douze
Négocians établis dans la Capitale, le privilége exclusif du commerce de l'Inde & de la Chine ; & au
moment qu'il en dëpouilloit nos villes maritimes
& la Nation , il eut dû sans doute les consulter. Dans l'une des affaires les plus importantes à
l'Etat & au commerce, le Ministre devoit justifier & prouver les avantages d'un établissement
exclusif ; mais cette affaire fut au contraire traitée
dans le silence du cabinet pour écarter les oppositions , étouffer les murmures , & dérober à la
Nation la connoissance des grands sacrifices qu'il
faisoit à ces douze Négocians privilégiés. Il céda à la Compagnie, pour tout le temps de
la durée du privilège, la jouissance, dans le port
de l'Orient, des hôtels, magasins, caves, chantiers
de
ages d'un établissement
exclusif ; mais cette affaire fut au contraire traitée
dans le silence du cabinet pour écarter les oppositions , étouffer les murmures , & dérober à la
Nation la connoissance des grands sacrifices qu'il
faisoit à ces douze Négocians privilégiés. Il céda à la Compagnie, pour tout le temps de
la durée du privilège, la jouissance, dans le port
de l'Orient, des hôtels, magasins, caves, chantiers
de --- Page 103 ---
( 17 ) Mémoire sur le Commerce 3 &c. B de constrtiâion, corderie, ateliers, pontons , ustenfiles & facilités du port, 8c autres bâtimens 8c
emplacemens nécessaires à la construction, radoubs
8c équipemens, le tout réparé aux frais de Sa
Majesté ( c'est-à-dire aux dépens de la Nation qu'on
dépouilloit ), & à la condition que Sa Majesté
¡esteroit chargée de l'entretien des grosses rmf..
parafions. Le même arrêt lui accorde la jouissance gratuite des bâtimens , magasins , ateliers, loges &
comptoirs que possedoit ci-devant la Nation daiu»
les divers établissemens au-delà du Cap de BonneEspérance , la Nation restant également chargée
des réparations 8c entretiens. Et pour consommer l'injustice faite à l'Etat 8c
aux Citoyens, par les charges dont ils étoient grévés , par les concevions 8c frais d'entretien, le
même arrêt soulage la compagnie, du payement
du droit d'induit sur toutes marchandises prove «
nant du commerce de l'Inde 8c de la Chine,
que les Armateurs particuliers payoient ci-devant
sur le pied de cinq pour cent. Il résulte du préjudice des concessions, charges
8c indemnités, une privation pour l'Etat d'environ
deux millions que le commerce particulier produiroit annuellement, par les droits de jouissance --- Page 104 ---
( 18 ) des effets appartenans à la Nation , & par ceux
d'entrée sur les marchandises que les Négocians particuliers auroient exportées de l'Inde & de la Chine. C'est aflfez pour démontrer que, dans ses rapports avec le Gouvernement, l'établissement de la
Compagnie est une source d'accroissement d'impôt , lorsque le commerce des particuliers en affureroit la diminution. , Dans ses rapports avec le commerce en général, cet établissement est infiniment onéreux à sort
activité, à ses progrès & à la navigation. M. de Gournay, Intendant de commerce, M.
l Abbé de Morellet, & bien d'autres écrivains
ont prouvé par des tableaux comparatifs que
l'établijffement de la Compagnie a resserré notre
navigation. Elle osa persuader au Gouvernement qu'avec
vingt millions de capital elle pourroit exploiter
un commerce auquel les Armateurs de nos ports
pourroient employer cent millions, un commerce
qui ne peut devenir utile à la Nation qu'autant
que les marchandises exportées des Indes excédent
les besoins de notre consommation • & que par
l'exportation de l'excédent aux étrangers nous ferions rentrer en espèces ou en échange une partie
du numéraire nécessairement importé dans l'Inde.
a persuader au Gouvernement qu'avec
vingt millions de capital elle pourroit exploiter
un commerce auquel les Armateurs de nos ports
pourroient employer cent millions, un commerce
qui ne peut devenir utile à la Nation qu'autant
que les marchandises exportées des Indes excédent
les besoins de notre consommation • & que par
l'exportation de l'excédent aux étrangers nous ferions rentrer en espèces ou en échange une partie
du numéraire nécessairement importé dans l'Inde. --- Page 105 ---
( 19 ) B a Par le privilège les Négocians ont été dépouillés
du commerce avantageux d'Inde en Inde, qui,
indépendamment du bénéfice de cabotage & de
spéculation, occupoit un grand nombre de matelots , considération d'autant plus importante que
personne n'ignore que notre marine marchande
est la pépinière des matelots de la marine royale. Il faut observer que la Compagnie n'a jamais
pu se livrer à ce cabotage, par la médiocrité de
ses moyens & que ce commerce ne favorisoit
pas allez sa cupidité. Eh ! le moyen qu'avec vingt
millions elle puisse remplir toute l'étendue de son
privilège, qui lui donne le droit exclusif de commercer, soit par merm foit par terre, par caravanne, ou autrement, depuis le Cap de BonneEspérance , jusques dans toutes les mers des Indes
orientales, côtes occidentales d'Afrique , Madagascar, Isles Maldives, Mer Rouge, Mogol, Siam,
la Chine, Cochinchine & le Japon, ainsi & de
la même manière que l'ancienne Compagnie en
avoit joui. Or, il est essentiel de faire remarquer
qu'en 1769, époque de la suppression de la précédente Compagnie , celle-ci avoit un fonds re-
-
présentatif de soixante millions, & que ses Directeurs , interrogés par le Parlement de Paris ssir
leur Situation, convenoient qu'ils avoient besoin, --- Page 106 ---
( io ) pour soutenir le commerce 8c leur privilège, d'un
emprunt de cinquante millions. Ils ajoutèrent
( pressés par le sentimeut de leur conscience ) que
ce commerce pouvoir être exploité avec succès,
8c un grand avantage pour la Nation , par les Armateurs particuliers de tous les ports du Royaume. C'est par l'insuffisance de ses moyens que la
nouvelle Compagnie, dans l'impoilibilité d'approvisionner la France des marchandises des Indes,
nécessaires à nos manufactures 8c à nos consommations, dont les besoins annuels s'élèvent à la
valeur de cinquante millions, obtint le 10 juillet
1785 , un Arrêt qui, en interdisant à tout Manufacturier d'acheter chez l'étranger les marchandises
nécessaires à son approvisionnement, accordoit à.
la Compagnie le privilége exclusif de l'achat 8c
de la vente des mêmes marchandises, dans les
ports d'Angleterre 8c de Dannemarck, qu'elle vendoit ensuite à nos Manufacturiers, à vingt-cinq
pour cent au-dessus du prix d'achat.
int le 10 juillet
1785 , un Arrêt qui, en interdisant à tout Manufacturier d'acheter chez l'étranger les marchandises
nécessaires à son approvisionnement, accordoit à.
la Compagnie le privilége exclusif de l'achat 8c
de la vente des mêmes marchandises, dans les
ports d'Angleterre 8c de Dannemarck, qu'elle vendoit ensuite à nos Manufacturiers, à vingt-cinq
pour cent au-dessus du prix d'achat. Et ce monopole odieux fut exercé sous le règne
du meilleur des Rois , mais par une suite 'de
l'influence despotique d'un Ministre qui usa de
tous les moyens de nuire à l'Etat. De ce monopole, ou plutôt de ce brigandage,
résulta la décadence de nos manufactures qui, par --- Page 107 ---
( 11 ) B 3 le surhatisfement forcé de leurs toiles peintes, se
trouvèrent dans l'impossibilité de soutenir la concurrence des étrangers. De ce monopole a résulté
une des principales causes de la déperdition de
notre numéraire. Je laisse aux Négociants des
villes Maritimes à retracer à l'Assemblée Nationale l'insuffisance de la Compagnie des Indes, les
grands abus de son privilège, & le préjudice incalculable qu'elle porte au commerce & à la navigation. y
Je dois plaider les intérêts des manufactures
du Languedoc. J'ai déja avancé que l'ancienne
Compagnie faisoit l'achat annuel de huit mille
pièces de drap dans nos fabriques } qu'après son
anéantilïement, les Armateurs particuliers nous
ménageoient la même consommation , & que
depuis l'établissement de la nouvelle Compagnie
elle n'a jamais fait la moindre expédition de
draps. Inutilement la province du Languedoc a-t-elle
voulu ramener le Gouvernement aux principes de
justice & d'équité, qui exigent que les Compagnies de commerce favorisent l'industrie nationale,
augmentent les consommations, & réparent par
une grande utilité l'injustice de leur privilège : la
Province ne fut jamais écoutée. --- Page 108 ---
( " ) Les Fabriquans firent en 1786 des tentatives
pour réveiller &r exciter le patriotisme des Administrateurs j ceux-ci leur firent l'offre dérisoire de
charger sur leurs bâtimens les draps de la fabrique,
pour le compte & ritoue des Fabriquans , à la
charge de bonifier à la Compagnie dix pour cent
de commission, & de n'être payés que six mois
après la vente des retours. Cette proposition étoit un persiflage insultant;
elle indigna tous ceux qui savent qu'un Fabriquant ne peut pas être Armateur ; qu'obligé de
renouveler chaque année l'achat des laines & le
numéraire nécessaire à la main-d'œuvre , il ne
peut attendre trente mois la rentrée de ses fonds,
sans être exposé à la suspension impossible de ses
ateliers, & à l'engourdissement de son industrie. A peu-près à la même époque, M. Seimandy,
de Marseille, Négociant connu par son mérite &
son génie, obtint du Gouvernement la liberté de
faire le commerce de l'Inde par la Mer Rouge
& l'Isthme de Suèz : il étoit assuré de procurer
aux fabriques du Languedoc une consommation
importante, il avoit même déja conclu des traités
avec les F abriquants ; mais il fut obligé de renoncer â son projet, forcé sans doute à ce sacrifice
par la nouvelle Compagnie qui, pour l'indemniser
son mérite &
son génie, obtint du Gouvernement la liberté de
faire le commerce de l'Inde par la Mer Rouge
& l'Isthme de Suèz : il étoit assuré de procurer
aux fabriques du Languedoc une consommation
importante, il avoit même déja conclu des traités
avec les F abriquants ; mais il fut obligé de renoncer â son projet, forcé sans doute à ce sacrifice
par la nouvelle Compagnie qui, pour l'indemniser --- Page 109 ---
( 1; ) B 4 lui accorda le titre fastueux, mais illusoire, de
Directeur de la Compagnie de Suèz, qui n'existe
pas. En dernière analyse, le Languedoc, cette Province surchargée d'impositions, cette Province qui
devoit à son commerce les moyens d'en supporter
le fardeau, parce qu'il existe une Compagnie privilégiée, est privée d'une consommation annuelle
de huit mille pièces de drap, dont la valeur
s'éleveroit à plus de deux millions. Il est inutile d'ajouter des réflexions à ce récit
historique , je les laiŒe à faire aux Représentans
d'une Nation qui a tant soufFert des abus des
privilèges. Colonies & traite des Noirs. Je crois que les seuls ennemis du bien public y
soudoyés par les Anglois, & prosélites de leur
politique, destruétrice de l'industrie françoise,
peuvent mettre en problème si nos Colonies ne -
sont pas plus à charge qu'utiles à la France. C'est mettre en problème si le sol de la France
peut suffire à l'existence de vingt-six millions
d'habitans, fournir aux frais d'une armée confidérable, 8c soutenir la richeise & la force compa- --- Page 110 ---
( 14 ) rative , nécessaires à la balance politique des puissances de l'Europe. C'est à l'union des Colonies à la métropole
que la France doit son immense population, l'entretien & la vie de dix millions d'hommes, ou
femmes , consacrés à l'industrie de nos manufactures. Troubler cette union seroit écraser le peuple
fous les ruines de nos ateliers • & lorsque tous
les Empires tendent à augmenter leur population
par l'industrie, la France seroit sans arts, sans
commerce, sans marine & sans communication
avec les Nations voisines. Que ferions-nous de l'excédent de nos productions territoriales, en huiles, en savons, en vins,
en farines, en draperies, en soieries , &c. consommées par nos Colonies, & qui s'élève annuellement à la valeur de 60 millions. Personne n'ignore que les retours de nos Isles ,
en coton, sucre, café, indigot, &e. sont évalués
à cent quarante millions, & que ces précieux objets sont indépendans des avantages de la navigation de six cents navires, qui occupent au moins
quinze mille matelots ; que l'excédent des productions coloniales, vendu aux étrangers, nous
a donné une balance annuelle de 60 millions. L'activité --- Page 111 ---
( t5 ) Mémoire sur le commerce, &c. B 5
retours de nos Isles ,
en coton, sucre, café, indigot, &e. sont évalués
à cent quarante millions, & que ces précieux objets sont indépendans des avantages de la navigation de six cents navires, qui occupent au moins
quinze mille matelots ; que l'excédent des productions coloniales, vendu aux étrangers, nous
a donné une balance annuelle de 60 millions. L'activité --- Page 111 ---
( t5 ) Mémoire sur le commerce, &c. B 5 L'activité de l'industrie, & son rapport immédiat avec nos Colonies, déterminent le prix des
produits de notre agriculture ; & la valeur de
nos. denrées peut seule faciliter le payement des
impôts nécessaires à la balance du passif & de
l'a<Stif de nos finances. Si nous renoncions à nos Colonies, si nous
permettions même aux étrangers de s'y introduire,
la France, infidèle à ses créanciers, réduite à la
misère la plus cruelle, seroit obligée ( en maudissant sa population ) de rejeter de son sein une
grande partie de citoyens qu'il lui seroit impossible de nourrir. Je n'exagère pas les effets de
cette renonciation. J'ai peut-être affoibli les avantages des rapports de notre commerce avec nos
Isles qui doivent à la Métropole une somme immense. Les Négociants de nos ports pourront
redresser mes erreurs, & me ramener à la plus
juste appréciation de l'importance de nos établisfemens, & de la nécetlité d'y maintenir les loix
prohibitives. Traite des Noirs. Autant les Colonies sont nécessàirës à la Métropole, autant les Noirs sont illdispensables à --- Page 112 ---
1 ( 26 ) nos Colonies : le temps, des circonstances encore
imprévues, pourront nous ramener à des prin.
cipes de charité 8c de bienfaisance réclamés par
l'humanité en faveur de ces hommes condamnés
à la servitude. Les amis des Noirs, s'abandonnant à toute la
sensibilité de leur aIne, ont cru pouvoir se permettre les plus fortes exagérations sur le sort des
esclaves ; des écrivains plus instruits ont combattu
Jeurs assertions, en développant les principes d'humanité & de bienfaisance, suivis dans nos Colonies pour le traitement des Noirs que les Colons
ont le plus grand intérêt de conserver. Je crois devoir donner connoissance aux Représentans de la Nation, des notions non suspectes
qui m'ont été transmises par un Officier François
qui a long-temps habité le Sénégal, qui a visité
nos Colonies, & qui connoît les avantages & les
abus du commerce de la traite. Voici la copie fidèle de son mémoire. Après avoir parlé des diverses opinions agitées
dans le Parlement d'Angleterre, pour ou contre
la traite, & de l'ajournement de cette grande
question à une époque reculée, il ajoute : « Voici quel étoit le but des Anglois, en agi-
» tant cette question. --- Page 113 ---
(- 27 ) » Leurs Mes sont presque épuisées par la cul-
» ture, ôc ils n'ont que peu de nouveaux terreins.
» Pour se dédommager de la perte que la dimis> nution de produaion leur occasionne , ils
5? viennent de former des plantations considérables
„ du côté de Gambie, où ils ont des possessions
>3 fort étendues; ils entreprennent d 'y cultiver les
w diverses denrées coloniales : le sol & le climat
JJ de cette partie d'Afrique sont favorables a cette
» culture, & ils espèrent y retrouver les avan-
» tages qu'ils ont perdu en Amérique.
dédommager de la perte que la dimis> nution de produaion leur occasionne , ils
5? viennent de former des plantations considérables
„ du côté de Gambie, où ils ont des possessions
>3 fort étendues; ils entreprennent d 'y cultiver les
w diverses denrées coloniales : le sol & le climat
JJ de cette partie d'Afrique sont favorables a cette
» culture, & ils espèrent y retrouver les avan-
» tages qu'ils ont perdu en Amérique. » En agitant l'abolition de la traite, & les
» grands principes philosophiques, dont ils con-
» noiilent bien mieux la théorie que la pratique,
« ils ont espéré que la Nation Françoise, tou-
» jours supérieure en bienfaisance & en moralité
» sentimentale, .s'emprefleroit de les devancer &
» de proscrire l'esclavage j ôc que, profitant de
35 notre impolitique ôc de notre excès de pnilajij» tropie, ils acauerroient les Noirs, que nous aban-
» donnerions, à un prix avili, pour les employer
,3 à leurs nouveaux établissemens. ,3 Voici d'ailleurs (continue le mémoire) mon
" opinion particulière sur la traite. Les Noirs sont
33 plus mal chez eux que dans nos Colonies. 33 En supposant qu'il fut possible de nous en
interdire le commerce , notre humanité seroit --- Page 114 ---
( 18 ) » funeste à une multitude de ces malheureux. » Tous ceux qui auroient été conduits sur la côte
» pour être vendus, 8c particulièrement les vieillards
» 8c les infirmes , seroient massacrés sans pitié. ,j Ce fut le parti que prirent les marchands
» d'esclaves au commencement de la dernière
» guerre , & qu'ils pratiquoient avant que les Eu-
» ropéens , allant traiter sur leurs cotes , leur pro-
» curalfent les moyens de s'en défaire sans meurtre.
« A la question que je leur fis moi-même, à
« l'époque de la paix, sur le sort de leurs ef-
» claves au moment qu'il ne se présenta plus
» d'acheteurs , ils répondirent : nous en avons
l' fait ce que nous en faisions avant la commu-
» nication des Européens avec nos côtes , nous
» les avons rués. » Ainsi , le commerce dans cette partie du
M monde, tout révoltant qu'il paroisse aux yeux
35 de l'humanité , sauve la vie à une multitude
>•> d'infortuné. Leur sort dans nos Colonies est
» plus doux que celui qu'ils éprouvent chez eux
» ou dans tout autre pays où ils seroient trans-
» portés. Car , dans l'intérieur des terres, il existe
» plusieurs marchés considérablesou ils sont vendus
» pour Tripoli, Tunis , & autres Ports de la
» Méditerranée, d'où ils sont transportés dans
« les Etats du Grand-Seigneur, où ils font mu- --- Page 115 ---
( 19 ) » tilés &r destinés à la garde des plaisirs de Sa
» Hautesse & des Pachas. Au lieu que dans nos
» Colonies on leur laisse la faculté précieuse de
55 se reproduire , & leur reproduction considé-
» rable est sans contredit une preuve de la dou-
» ceur de leur esclavage. ï> Il est à remarquer que depuis le transport
» des Nègres dans les Colonies, les Turcs sont
» moins empressés à s'en procurer , à raison du
» plus haut prix de leur vente.
r destinés à la garde des plaisirs de Sa
» Hautesse & des Pachas. Au lieu que dans nos
» Colonies on leur laisse la faculté précieuse de
55 se reproduire , & leur reproduction considé-
» rable est sans contredit une preuve de la dou-
» ceur de leur esclavage. ï> Il est à remarquer que depuis le transport
» des Nègres dans les Colonies, les Turcs sont
» moins empressés à s'en procurer , à raison du
» plus haut prix de leur vente. » Le même Officier ajoute que M. le Che-
» valier de Boufflers , qui a résidé au Sénégal
5> & à Gorée , peut attester que les Noirs qui
» sont à St. Louis, ne veulent pas revenir dans
» leur pays, crainte d'y être repris, vendus, &
» envoyés dans l'intérieur des terres , & qu'ils
3) préferent leur esclavage, chez nous, à la nouvelle
» liberté dont ils pourroient jouir chez eux. » Mais , dans mon opinion sur l'impossibilité
» ou le danger de renoncer de suite à ce com35 merce , j'estime qu'il peut être insensiblement
» diminué, en augmentant même les avantages
» de notre marine & de nos manufactures. i °. En n'accordant pas des primes aux naM vires qui font au rachat. 33 On entend par navires qui vont au rachat, <# --- Page 116 ---
( 30 ) « les navires qui, lestés dans nos Ports, partent
33 à vuide, & vont acheter des Noirs aux Etran3» gers. 33 Ces navires doivent être privés de la prime,
« puisqu'ils ne procurent aucun avantage à notre
33 industrie , & qu'ils augmentent la déperdition
33 de notre numéraire. 2°. 33 En défendant aux Négociant françois de
M- prêter leurs noms aux Négocians anglois , da33 nois, ou autres qui font armer dans nos Ports, &
33 qui n'employant dans leurs cargaisons que des
33 marchandises étrangères } viennent uniquement
33 arborer le pavillon françois, pour dérober à la
* 33 Nation une prime qui n'est accordée à nos Né33 gocians qu'en considération de l'exportation im33 portante des produits de notre industrie. 3?. 33 En refusant la prime aux Négocians
33 françois qui formeroient leur cargaison en tout
33 ou en partie de marchandises étrangères (i). 33 Le goût , ou plutôt la fureur de plusieurs Né33 gocians pour les marchandises étrangères , sont
33 portés à cet excès, que quelques armateurs font ( i ) Dans la classe des marchandises étrangères ne
doivent pas être comprises celles qui seroient justifiées
être venues de nos établissemens dans l'Inde. --- Page 117 ---
( 31 ) " venir d'Angleterre jusqn'à leur coffre de chi-
» rurgie. 4?. 35 De ne plus payer la prime par tonneau,
» mais par tète de. Noir } c'est-à-dire , dans la
55 proportion de la quantité de Noirs qu'ils jus55 "tifieroient avoir introduits dans nos Colonies,
» ou sur la valeur connue des marchandises de
y> France qu'ils auroient chargées sur leurs bâtimens.
» Ces considérations importantes doivent frapper
>5 l'attention de l'AŒemblée Nationale.
'à leur coffre de chi-
» rurgie. 4?. 35 De ne plus payer la prime par tonneau,
» mais par tète de. Noir } c'est-à-dire , dans la
55 proportion de la quantité de Noirs qu'ils jus55 "tifieroient avoir introduits dans nos Colonies,
» ou sur la valeur connue des marchandises de
y> France qu'ils auroient chargées sur leurs bâtimens.
» Ces considérations importantes doivent frapper
>5 l'attention de l'AŒemblée Nationale. Conclusion. L'Assemblée Nationale est frappée & attendrie
par le grand nombre des représentations qui lui
sont faites sur la misère qui afflige leurs habitans,
& sur les progrès de la mendicité. Il est sans doute digne de la bienfaisance d'une
Nation souverainement sensible de s'occuper des
moyens de secourir les malheureux ; mais il est
plus essentiel encore & du devoir du Législateur
de remonter à la source des calamités, & de couper
la racine de l'oisiveté forcée d'un Peuple immense
& induStrieux. Le plus grand Empire de l'Europe,
avec les plus grands moyens de rendre ses habitans heureux , est devenu la victime d'une administration vicieuse, ignorante ou coupable. --- Page 118 ---
( 32 ) Nos Manufactures sont sans activité, nos ouvriers souffrent, nos ateliers sont déserts , notre
commerce languit, nos vaisseanx pourrissent dans
nos Ports. Ce sont de grands maux sans doute,
mais il ne sont pas incurables. Il appartient aux Représentans de la Nation
Francoise de rendre le mouvement à l'industrie,
en détruisant les abus qui l'oppriment , & de
faire échouer les projets des ennemis de l'Etat, qui
pourroient .espérer de la misère du Peuple & de
son désespoir. Moyens. Le traité de commerce avec l'Angleterre est
ruineux pour nos Manufactures. Il est possible de
diminuer les effets désastreux de ce fléau. 1°. En reculant les barrières aux frontières, Se
en soulageant les produits de notre industrie, de
toute espèce d'entraves & de fiscalité. 2°. En ordonnant que les Municipalités de tous
les Ports, sous la surveillance des Départemens,
choisiront dans toutes les corporations, arts Se métiers, des Commissaires appréciateurs des marchandises angloises qui seront introduites en
France, & que sur cette appréciation, sera exigé --- Page 119 ---
( 33 ) le droit d'entrée de douze pour cent, suivant les
clauses du Traité de Commerce avec l'Angleterre (i). 3°. En supprimant le privilège de la Compagnie
des Indes , celui des villes de Marseille , l'Orient
& autres , & en accordant à tout Négociant
d'expédier soit dans l'Inde, soit dans le Levant,
par tous les Ports du Royaume, avec la liberté
de former des établissemens en concurrence des
ci-devant Privilégiés.
ée de douze pour cent, suivant les
clauses du Traité de Commerce avec l'Angleterre (i). 3°. En supprimant le privilège de la Compagnie
des Indes , celui des villes de Marseille , l'Orient
& autres , & en accordant à tout Négociant
d'expédier soit dans l'Inde, soit dans le Levant,
par tous les Ports du Royaume, avec la liberté
de former des établissemens en concurrence des
ci-devant Privilégiés. 4°. En permettant aux Négocians qui armeront ponr l'Inde & la Chine , l'entrée de leurs
bâtimens , & la vente des retours dans tous les
Ports du Royaume. 6°. En interdisant aux étrangers leur introduction dans nos Colonies , & en renouvelant
l'exécution des loix prohibitives , avec telles modifications relatives à leur subsistance, qui paroîtront convenables à l'AŒemblée Nationale. ( 1 ) Il est essentiel d'observer que l'introduétion des
marchandises angloises a été si peu surveillée par les
Préposés des fermes , que , par leur moindre évaluation,
le droit n'a été souvent perçu qu'à raison de trois ou
quatre pour cent , Iorsque les draperies du Languedoc
ne parvenoient au Havre, Saint-Malo , &c. qu'après avoir
payé dix-huit pour cent de leur valeur. --- Page 120 ---
( 34 ) 7°. En affranchissant les produits) de l'industrie
nationale destinés pour les étrangers, de tout droit
quelconque. >
8°. En permettant aux étrangers l'achat des
draperies, ou autres marchandises manufacturées,
quoique destinées pour les échelles du levant. °. En sollicitant le pouvoir exécutif de ne
négliger aucun des moyens politiques qui peuvent ménager à nos ouvrages manufacturés l'entrée
dans les ports du Portugal, & autres , aux mêmes
conditions & droits des marchandises angloises &
hollandoises. 1 0°. En supprimant les droits sur les papiers,
cartons & cuirs fabriqués dans le Royaume (i). 11°. En autorisant chaque Département a décerner chaque année des prix aux ouvriers artistes
ou manufacturiers qui se feront le plus distingués
par la perfection de leurs ouvrages. ( 1 ) Presque toutes nos tanneries font abandonnces
ou négligées par les droits énormes auxquels sont afsujétis nos cuirs , & les vexations exercées dans leur perception ; aussi nos cuirs font mauvais & insuffisans pour
notre consommation. Les cartons propres aux apprêts des draps, coûtent
d'achat dans les fabriques , en Languedoc , vingt-cinq à
trente livres le cent, & supportent un droit de douze
livres sur la même quantité. t --- Page 121 ---
( 35 ) il*. En favorisant l'établissement des jeunes
ouvriers qui se seront le plus distingués par leurs
bonnes mœurs, leur assiduité 8c leurs talens. 130. En formant un Conscil permanent de
commerce , composé des Négocians & Fabriquans, annuellement élus par les Assemblées de
leurs corporations, dans les villes maritimes 8c
pays de fabrique, alternativement convoqués dans
l'une des villes, pour faire cette élection dans
le nombre qui seroit déterminé.
isant l'établissement des jeunes
ouvriers qui se seront le plus distingués par leurs
bonnes mœurs, leur assiduité 8c leurs talens. 130. En formant un Conscil permanent de
commerce , composé des Négocians & Fabriquans, annuellement élus par les Assemblées de
leurs corporations, dans les villes maritimes 8c
pays de fabrique, alternativement convoqués dans
l'une des villes, pour faire cette élection dans
le nombre qui seroit déterminé. 140. Que ce Conseil permanent soit chargé de
se concerter avec le pouvoir exécutif sur tous les
objets d'utilité, relatifs au commerce intérieur &
extérieur. 15°. Que les Chambres de commerce 8c pays
de fabrique formeront, par contribution personnelle, une caille pour fournir aux dépenses extraordinaires de commerce 8c d'encouragement. 160. Que pour rendre moins nécessàires les
laines d'Espagne, la sortie de nos laines nationales, hors du Royaume , soit rigoureusement interdite , 8c que le Conseil permanent de commerce s'occupe elTentiellement d'encourager les
agriculteurs à la perfection du lainage, par les procédés que les économistes ont déja utilement
employés dans plusieurs cantons du Royaume. --- Page 122 --- --- Page 123 ---
TABLEAU
DE LA SITUATION ACTUELLE DES COLONIES,
PRESENTE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE. --- Page 124 --- --- Page 125 ---
A ij . TABLEAU MIS SOUS LES YEUX DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE, DE LA SITUATION ACTUELLE DES COLONIES, Et de la nécessité pressante d j rétablir le calme. MESSIEURS, LORSQUE vous avez tracé les élémens de
la législation de l'empire français, vous n'avez pas cru qu'ils fussent également applicables à toutes les parties qui le composent --- Page 126 ---
( 1 ) |.ou qu i y correspondent ; et, en décrétant y util
n'y avoit lieu à là formation d'un comité colonial, vous avez reconnu que les colonies
îavoient le droit de faire elles - mêmes leur
* | constitution. Celle de Saint-Domingue , qui
§ doit être maintenant assemblée, se livre à ce
travail important : bientôt sans doute ses députés le présenteront à la sanction de la
métropole ; et cet acte solennel consolidera à
jamais une union d'où résultera leur prospérité mutuelle. Mais, en attendant ce jour desiré de tous
les bons citoyens, il est des maux pressans
dont l'idée seule effraie l'imagination, dont
les suites seroient incalculables, et que votre
sagesse, nous osons dire plus, que votre justice peut et doit prévenir. Vous connoissez, MESSIEURS, cette doctrine répandue par quelques hommes qui ne
paroissent animés que des plus purs motifs.
Mais la vertu et l'humanité ont aussi quelquefois leur fanatisme, et il est d'autant plus
jour desiré de tous
les bons citoyens, il est des maux pressans
dont l'idée seule effraie l'imagination, dont
les suites seroient incalculables, et que votre
sagesse, nous osons dire plus, que votre justice peut et doit prévenir. Vous connoissez, MESSIEURS, cette doctrine répandue par quelques hommes qui ne
paroissent animés que des plus purs motifs.
Mais la vertu et l'humanité ont aussi quelquefois leur fanatisme, et il est d'autant plus i --- Page 127 ---
( 3 ) A iij dangereux, qu'il se présente sous les couleurs
de ce qu'il y a de plus respectable sur la
terre. Le choix du moment a dû favoriser
leur entreprise ; et c'est lorsque le mot de
liberté est dans toutes les bouches et retentit
dans tous les cœurs, qu'on a cru devoir solliciter avec ardeur l'assranchissement des Nègres et l'abolition de la Traite. Votre opinion , MESSIEURS, est sûrement déja fixée
sur cette grande question , ou du moins vous
avez suspendu un jugement qui doit être
éclairé par les réclamations des Colons et du
Commerce. Qu'il nous soit permis cependant
de relever quelques contradictions palpables
dans le système de nos adversaires, adopté par
quelques écrivains très-connus. Il est en effet
bien extraordinaire que les mêmes écrivains
qui proposent l'assranchissement des Nègres et
l'abolition de la Traite, conseillent en même
temps l'abandon des Colonies, et veulent ou
que la France renonce absolument à toute
liaison avec elles (car il en est qui vont jusque-là ), ou qu'elle se borne à les considérer
« non plus comme des provinces asservies, --- Page 128 ---
( 4 ) « mais comme des états amis, protégés, si
« l'on veut, mais étrangers et séparés. >> Il seroit trop long , MESSIEURS, et ce
n'est pas ici le lieu de réfuter des idées si contraires aux vrais intérêts de la France , et
dont les députés des villes maritimes sauront
bien faire sentir toutes les inconséquences.
Mais il nous importe de vous observer que
s'il est prouvé que la France doit laisser les
Colonies libres et indépendantes , c'est le
comble de l'injustice et de la démence , de
lui proposer en même temps l'affranchissement des Nègres ; c'est-à-dire, de dépouiller,
de mutiler les Colonies, en y renonçant ; ainsi
qu'un Général ravage les champs qu'il est
forcé de livrer à l'ennemi. Qu'en vain, pour
se justifier et atténuer leurs torts, ces écrivains , abandonnant depuis peu l'idée de l'affranchissement , se rabattent sur celle de l'abolition ; ils n'en sont pas moins coupables
d'avoir cherché à entraîner, à égarer l'opinion
publique sur le premier objet , en semant
leurs principes et leurs conseils avec tant de
renonçant ; ainsi
qu'un Général ravage les champs qu'il est
forcé de livrer à l'ennemi. Qu'en vain, pour
se justifier et atténuer leurs torts, ces écrivains , abandonnant depuis peu l'idée de l'affranchissement , se rabattent sur celle de l'abolition ; ils n'en sont pas moins coupables
d'avoir cherché à entraîner, à égarer l'opinion
publique sur le premier objet , en semant
leurs principes et leurs conseils avec tant de --- Page 129 ---
(5) A iv profusion, qu'ils ont pénétré parmi les Nègres, qui déja réclament la liberté à haute
voix et avec menaces. Qu 'à l égard de la
Traite, leurs idées non moins fausses et dangereuses manquent également le but de l intérêt national, et celui d'humanité qu ils se
proposent : 1°. en ce qu'ils ne feroient que
transporter dans des mains étrangères ce qu'ils
enlèveroient à la France ; 2,°. en ce qu indépendamment des réglemens sages, qui écloront à coup sûr du.sein des assemblées coloniales, sur l'objet intéressant de la nourriture
et du traitement des Nègres, un des plus sûrs
moyens d'améliorer leur sort, est d'en augmenter le nombre et de reriforcer les ateliers , ce qui rendra la somme du travail
proportionément plus légère pour chaque individu. Que de la publicité des principes
erronés et incendiaires de ces écrivains , il
résulte , pour les colonies , une atteinte portée à leur crédit et à leurs cultures; pour le
commerce, la crainte de perdre, en tout ou
en partie, une créance sur elles de plus de
3oo millions, et une diminution sensible dans --- Page 130 ---
(6) la navigation ; pour le royaume en général,
la suspension du travail de plusieurs millions
d hommes , que les Colonies seules mettent
en activité; pour la France, sous le rapport
politique, l'extinction de la marine royale,
la perte d un numéraire immense, l'accroissement de puissance des peuples voisins et
rivaux : enfin, s'il est vrai que tant de maux
ne puissent être envisagés que dans le lointain , il en est plusieurs qui menacent nos
têtes dès à présent, et qui sont le triste fruit
de ces conseils perfides ou indiscrets. 'V ous le savez, MESSIEURS, des avantcoureurs effrayans annoncent dans toutes les
Colonies francoises un embrasement prochain
et terrible-, ou plutôt il y a éclaté par-tout;
et peut-être, étouffe dans sa naissance, ne tardera-t-il pas à reparoître. Une inquiétude ,
une terreur universelle suspendent tontes les
affaires, tous les armemens dans nos ports ,
et multiplient Je nombre des ouvriers sans
travail, au milieu d'une saison rigoureuse,
et dans un moment de crise, où cette foule --- Page 131 ---
( 7 ) de bras oisifs doit faire trembler. Les malheureux Colons répandus en France , et privés des avances que leur refuse le commerce
à l'approche de l'orage, sont suspendus entre
le desir de voler au secours de leurs familles
et de leurs compatriotes dont les cris les appellent , et la crainte de n'arriver à la vue de
leurs foyers, que pour en contempler l'embrasement , entendre les derniers gémissemens
de leurs frères , et peut-être devenir les témoins de la destruction totale de ces Colonies
jadis si florissantes.
, et privés des avances que leur refuse le commerce
à l'approche de l'orage, sont suspendus entre
le desir de voler au secours de leurs familles
et de leurs compatriotes dont les cris les appellent , et la crainte de n'arriver à la vue de
leurs foyers, que pour en contempler l'embrasement , entendre les derniers gémissemens
de leurs frères , et peut-être devenir les témoins de la destruction totale de ces Colonies
jadis si florissantes. Non, MESSIEURS, vous ne permettrez
point que ces scènes désastreuses se réalisent.
Vous êtes hommes, et vous ne laisserez point
égorger vos semblables. Vous êtes justes, et
vous nous conserverez nos propriétés. Vous
êtes Français, et vous estimerez, vous défendrez vous - mêmes ces Colons si lâchement
persécutés, si indignement calomniés, en qui
le patriotisme , l'attachement à la France ,
l'emportent sur tout autre sentiment, et qui,
sollicités par des émissaires ennemis, par des --- Page 132 ---
( 8 ) écrivains égarés ou pervers, par des circonstances pressantes, exposés au danger extrême
de perdre et leurs biens et la vie, tournent
encore leurs derniers regards vers la France,
lui tendent leurs mains suppliantes , et lui
crient : Nos cœurs sont Français, toujours
Français ! Mais si, délaissés, dédaignés,
repousses , les Colons, à la vue d'un pavillon
étranger, cédoient au sentiment si naturel de
leur conservation , à qui faudrait-il s'en prendre-? Serait-ce à eux, ou aux mauvais citoyens
qui auraient préparé une telle révolution favorable à nos seuls ennemis, et si fatale à la
France ? Dans quelle classe faudrait-il chercher et punir des assassins, et des traîtres à
la patrie? Un mot, MESSIEURS , un seul. mot, et vous
rassurerez les Colons réduits au désespoir;
vous dissiperez les alarmes du commerce; les
travaux renaîtront dans nos ports ; les mers seront bientôt couvertes du pavillon français; les
manufactures se relèveront ; les sources précieuses de l'abondance reprendront leur cours, --- Page 133 ---
( ) et fertiliseront ce beau royaume , comblé des
dons de la nature, et qui ne demande que des
lois sages, et la proscription de tout système
insensé ou destructeur. Un mot, MESSIEURS, un seul mot , et
vous permettrez aux Colons d'être Français \
vous leur permettrez de verser, dans le sein
du royaume , des trésors qui y portent partout le mouvement et la vie ; vous leur permettrez d'enrichir une patrie qu'ils aimeroient
encore , même après avoir été forcés de l'abjurer. Loin de l'éteindre, vous ranimerez en
eux ce sentiment vif et inexprimable qui ,
dans le cœur des infortunés habitans du Canada , de l'Acadie et de la Louisiane, survivoit
encore aux revers de la France. Enfin, MESSIEURS, vous prononcerez
hautement que loin d'adopter l'idée de l'affranchissement des Nègres, de l'abolition de
la Traite et celle de l'abandon des Colonies,
la France, instruite, pénétrée de tous les
avantages qu'elle en recueille , resserre les --- Page 134 ---
( 1O ) liens qui les unissent depuis près de deux
siècles ; mais qu'elle leur laisse le soin de
rédiger leur constitution, et d'ordonner leur
régime intérieur , en se réservant le juste
droit de le sanctionner , et de régler , de concert avec elles , les lois commerciales qui
doivent assurer à la métropole le prix de la
protection qu'elle leur donne.
pénétrée de tous les
avantages qu'elle en recueille , resserre les --- Page 134 ---
( 1O ) liens qui les unissent depuis près de deux
siècles ; mais qu'elle leur laisse le soin de
rédiger leur constitution, et d'ordonner leur
régime intérieur , en se réservant le juste
droit de le sanctionner , et de régler , de concert avec elles , les lois commerciales qui
doivent assurer à la métropole le prix de la
protection qu'elle leur donne. En conséquence, MESSIEURS, vous décréterez que , d'après des nouvelles alarmantes reçues des Colonies françaises, S. M. sera
S A 7 suppliée d'employer les moyens qu'elle jugera
convenables, pour y rétablir l'ordre qu'on a
tenté d'y troubler, et dy faire faire, en son
nom, une proclamation qui détruise l'effet
des faux bruits, que des esprits inquiets ont
eu la coupable témérité d'y répandre. Alors, MESSIEURS , les projets de tous
nos ennemis seront confondus : les Colons et
le commerce se livreront avec courage et
confiance à leurs entreprises et à leurs cultures , sous la sauve-garde des lois conserva- --- Page 135 ---
( il ) trices de l'ordre et du pouvoir exécutif, prêt
à, le maintenir dans toute sa vigueur, et sous ,
les auspices d'un Roi dont le nom toujours
cher à des Français, et toujours respecté des
Negres dans les Colonies , y rappelle à lui
seul l'idée imposante de la force publique. Paris, 28 décembre 1789. 1 /% --- Page 136 --- --- Page 137 --- --- Page 138 --- --- Page 139 ---
A PRÉCIS SUR L'IMPORTANCE .DES COLONIES, ET S U R LA SERVITUDE DES NOIRS, Suivi d'Observations sur la Traite
des Noirs. LE but de la fondation des Colonies, est de
procurer par la consommation des Colons une
plus grande activité d'industrie & de culture
dans la Métropole, & de fournir à cette Métro- '
pole, en retour de ses envois, des objets d échange plus avantageux avec l'Étranger, que les
ouvrages de Manufa&1res, & les productions de
la Métropole elle-même. Un autre avantage de la plus haute importance
qui résulte pour la France de ces mêmes Colonies ;
c est la navigation néceilitée & entretenue par les --- Page 140 ---
L r O transports des productions Coloniales : navigation
qui est la base unique de sa puissance navale. Car
sans Colonies, la France n'auroit point ou presque point de Commerce maritime ; sans Commerce maritime , elle n'auroit point de forces
navales, conséquemment nul moyen de protéger
ses pêches qui elles-mêmes sont à leur tour la
pépiniere la plus féconde en matelôts. Elle seroit
entièrement dominée par l'Angleterre, sans la
permission de laquelle elle ne pourroit pas mettre
une barque à la mer, & perdroit totalement son
influence politique en Europe. En effet, si la France perdoit ses Colonies,
elle perdroit la consommation qu'elles font des
objets de ses Manufactures, & d°s productions
de son territoire. Ces objets sont principalement
des gingas ; des baÍÎns ; des toiles de fils & de
coton de toute espece des Manufactures de Normandie qui occupent une immense population }
des fayences & poteries de la même Province j
de.s toiles de fil & de ménage de Flandres, de
Picardie, de Bretagne, d'Anjou ; des étoffes &
soyeries de Tours , de Lyon, de Nismes ; des
draps d'Abbeville, de Carcassone, de Sedan,
sont principalement
des gingas ; des baÍÎns ; des toiles de fils & de
coton de toute espece des Manufactures de Normandie qui occupent une immense population }
des fayences & poteries de la même Province j
de.s toiles de fil & de ménage de Flandres, de
Picardie, de Bretagne, d'Anjou ; des étoffes &
soyeries de Tours , de Lyon, de Nismes ; des
draps d'Abbeville, de Carcassone, de Sedan, --- Page 141 ---
[ t 1 A 2 de Louviers; des clincailleries du Forez; des
verres de Lorraine & d'Alsace; des meubles y
bijoux & modes de la Capitale ; des farines ; des
vins de Bordeaux, de Bourgogne & de Champagne } des savons, huiles , fruits & comestibles de toute espece, &c. Car il est impossible
d'énumérer cette foule d'articles qui composent
les cargaisons de 7 à 80Q navires employés directement à la navigation des Colonies: il suffit de
dire que toutes ces productions brutes ou manufacturées s'élevent annuellement à environ 50
millions tournois, non-compris 2o autres millions d'objets de Manufactures nationales, employés à la traite des Noirs \ d'où il est aisé de
conclure combien nos Manufactures dépériroient,'
combien notre agriculture souffriroit, si de telles
consommations & Un pareil débouché venoient 1
cesser pour elles. Si nous perdions nos Colonies, nous cesserions
de recevoir d'elles, en retour de ces envois, leurs
productions qui maintenant s'élevent annuellement à plus de 230 millions qui se répartissent à
peu près de la maniere suivante : 70 millions entre les laboureurs , vignerons & manufacturiers --- Page 142 ---
[ 4 ] qui ont fourni & façonné les objets des charge,
mens ou cargaisons envoyées dans les Colonies ;
20 millions entre les calfats , charpentiers, voiliers , cordiers, poulieurs & autres qui travaillent
aux armemens & équipemens des navires dans
les ports, & dont la main d'oeuvre & le bénéfice
&:intérêts des avances des armateurs, sont représentés par le fret des navires.
Ces sommes qui mettent tous ces ouvriers en
état de consommer & d'alimenter par une nouvelle réaction toutes les branches d'industrie, sont
décuplées par leur circulation rapide dans toutes
les parties du Royaume ; 8c ces ° millions de
denrées Coloniales sont à peu près le terme de la
consommation du Royaume. Le surplus s'élevant
à près de 150 millions, est la matiere d'un immense Commerce avec l'Etranger qui le rend tributaire de la France , & procure ainsi à la Nation
une balance annuelle de Commerce très-avantageuse : ce qui augmente son numéraire Se les
moyens du peuple de fournir les contributions
nécessaires au maintien de la chose publique,
tandis que sans cette malle de denrces Coloniales,
non - seulement la France perdroit cette balance
terme de la
consommation du Royaume. Le surplus s'élevant
à près de 150 millions, est la matiere d'un immense Commerce avec l'Etranger qui le rend tributaire de la France , & procure ainsi à la Nation
une balance annuelle de Commerce très-avantageuse : ce qui augmente son numéraire Se les
moyens du peuple de fournir les contributions
nécessaires au maintien de la chose publique,
tandis que sans cette malle de denrces Coloniales,
non - seulement la France perdroit cette balance --- Page 143 ---
[ 5 ] A 3 avantageuse, mais deviendroit au contraire tributaire de l'Etranger d'une balance annuelle de
plus de cent millions pour ses consommations habituelles. Il seroit difficile de calculer l'accélération
de l'appauvrissement, 8c le terme de la dégradation
de puissance qu'elle en éprouveroit. En perdant ses Colonies, la France perdroit
les 7 à 800 navires qu'elle emploie directement à
cette navigation, 8c qui ne trouveraient plus
d'emploi, 8c 4oo autres bâtimens faisant ce
qu'on appelle le cabotage d'un port du Royaume
à l'autre : cabotage qui dépend en grande partie
du Commerce des Colonies. Ces 1000 à 1200
navires valent au moins 40 millions tournois ;
mais cette valeur > toute considérable qu'elle est,
sollicite encore moins notre attention,. que les
avantages qui en dérivent : car la navigation de
ces 1000 à 1200 navires procure auxports de mer,
8c communique aux Provinces le mouvement 8c
la vie. Il faut considérer d'abord qu'elle a pour
base la construction , genre de Manufacture infiniment important, qui employe une foule d'ouvriers utiles & nécessaires à la Marine royale ; en
second lieu, que ces navires duCqmmerce formenc --- Page 144 ---
t 6 ] & tiennent en activité 15 mille matelots pour
cette même Marine, & pour le service de l'État'
en troisieme lieu, que ces 15 mille matelots mis
en état, par ces occupations, d'élever leurs familles nombreuses, alimentent également par
leurs consommations, les Manufactures & l'agriculture ; qu enfin la navigation est par elle-même
la plusimportante & la plus précieuse de toutes les
branches d'industrie, soit qu'on la considere fous le
rapport de l'emploi des hommes, ou fous celui
de véhicule & de moyen d'extension du Commerce national. Si nous perdions nos Colonies, n'ayant plus
cet objet majeur de navigation, nous ne pourrions.
plus former & entretenir ces 25 mille matelots.
qu'elle emploie. Il nous seroit alors impoiïîble
d'avoir une Marine royale , parce qu'il est évident qu 'il ne peut exister de forces navales dans
un État, qu'en raison du nombre des matelots
que fort Commerce maritime peut lui fournir au
besoin, pour l'armement de ses Escadres.
Si nous perdions nos Colonies, n'ayant plus
cet objet majeur de navigation, nous ne pourrions.
plus former & entretenir ces 25 mille matelots.
qu'elle emploie. Il nous seroit alors impoiïîble
d'avoir une Marine royale , parce qu'il est évident qu 'il ne peut exister de forces navales dans
un État, qu'en raison du nombre des matelots
que fort Commerce maritime peut lui fournir au
besoin, pour l'armement de ses Escadres. Enfin, en perdant nos Colonies &, avec elles,
notre navigation marchande & notre Marine
royale, nous perdrions toutes nos pêches, par --- Page 145 ---
[ 7 'l A 4 l'impossibilité où nous ferions de les protéger conrre l'ambition des Puissances maritimes, 8c surtout de l'Angleterre. Nous perdrions la pêche de
la morue à l'Isle & au banc de Terre - Neuve ;
celle du hareng 8c du maquereau dans la Manche ,
8c même la petite pêche du poisson frais qui
donne la subsistance à ce nombre incalculable de
familles qui peuplent l'immense étendue des
côtes du Royaume baignées par l'Océan 8c la
Méditérannée. Il faudroit un Mémoire particulier pour faire sentir convenablement la hauteimportance de la pêche. Elle a été le berceau de
la Hollande ; c'est par la pêche que cette République a jetté les premiers fondemens de sa
gloire & de sa puiiïance. L'agriculture & la pêche
sont les deux sources les plus fécondes de la ri.
chesse 8c de la prospérité des Nations. Sully
les appelloit les deux mameles de l'État. La pêche est la culture de la mer , comme
l'agriculture est la culture de la terre. Cette comparaison est exacte. La mer y comme la terre ,
donne un produit qui lui cst propre, 8c qui excede de beaucoup le simple remplacement du
travail des hommes : c'eil à la pêche qu'est due --- Page 146 ---
[ 8 ] principalement la nombreuse population des
côtes de Bretagne & de Normandie. Qu'on
jette les yeux sur les Villes de Dieppe, Fécamp ,
Honfleur, Granville, S. Malo , Portrieux, Bénie
& S. Brieux ; on verra l'influence étonnante de la.
pêche, & l'attivité qu'elle donne à l'industrie &
à l'agriculture. La seule pêche de la morue seche
aux côtes de Terre-Neuve, & à S. Pierre de MikeIon , emploie dans les Ports de S. Malo & de
Granville, 10 à 12 mille Marins, environ 170
navires accompagnés ou armés, suivant le terme
technique, de plus de 2. mille bateaux ( i ). Une observation importante sur toutes les pêches en général , c'est qu'elles n'exigent prefqu* aucune autre mise que du travail. Des filets, (1) Il n'est point d'état plus dur, plus pénible & plus
périlleux que celui de ces hardis navigateurs; mais aussi il
n'en est point de plus sain , & qui fortifie à un aussi haut
dégré l'âme & le corps. Ces hommes sont à la fois cultivateurs & pêcheurs. Quand la pêche est faite, un certain
nombre de navires versent leur poisson sur d'autres, &: se
destinent à .rapporter en France une grande partie des
équipages qui cessent d'être alors nécdTaires en totalité,
dur, plus pénible & plus
périlleux que celui de ces hardis navigateurs; mais aussi il
n'en est point de plus sain , & qui fortifie à un aussi haut
dégré l'âme & le corps. Ces hommes sont à la fois cultivateurs & pêcheurs. Quand la pêche est faite, un certain
nombre de navires versent leur poisson sur d'autres, &: se
destinent à .rapporter en France une grande partie des
équipages qui cessent d'être alors nécdTaires en totalité, / --- Page 147 ---
t J du sel & des vivres composent toute la cargaison des navires pécheurs & cependant ces
pêches réunies produisent annuellement à la
France plus de 40 millions qui, après avoir nourri les nombreuses familles des pêcheurs, tous
les hommes employés dans les ports à la construttion & aux armemens des navires, circulent dans toutes les claies industrieuses, les
vivifient , & les mettent en état de subvenir à
leurs propres besoins , & aux subsides exigés
par l'Etat. C'est le produit d'une grande Province conquise en quelque sorte sur la mer, &
ajoutée au Royaume. Il résulte évidemment de ces développemens ,
que c'est principalement par l'action du Commerce & de l'exploitation des Colonies , que les à ceux qui se rendent avec leur poisson, soit dans les
Colonies, soit en Espagne , en Italie ou en France. Ces
équipages renvoyés en France par ces bâtimens qu'on
appelle ressacs, y arrivent au moment convenable pour
préparer & ensemencer les terres. Ces hommes voués tout
à la fois & à la mer & à l'agriculture, sont les citoyens les
plus utiles & les plus précieux. --- Page 148 ---
[ 1O 1 Manufactures de la. Métropole sont animées ,
que toutes les branches d'industrie sont vivifiées,
que l'agriculture est encouragée, que nos pêches sont protégées, que les bras des millions
d'hommes sans propriété qui existent en France,
sont employés , & que ces hommes trouvant
leur subsistance dans le sein de leur Partie s'y
attachent, s'y établirent, y élevent leurs familles par qui sont recrutés nos atteliers nos flottes
& nos armées ; que c'est ainsi que les Colonies
favorisent & accroissent la population de l'État x
parce qu'en tous lieux la population est en
raison des moyens de subsister, & que les Colonies fournirent ces moyens directement ou
indirectement à plus d'un tiers des habitans du
Royaume , tandis que leur population libre n'exige pas un récrutement de mille personnes
par an. Sans nos Colonies , sans le mouvement imprimé par la masse de leur-s productions , par le
travail de tout genre qu'elles occasionnent ou.
nécessitent dans toutes les parties du Royaume , tout tomberoit dans la langueur & dans.
l'inertie, parce que l'Étranger qui ne peut se --- Page 149 ---
C» ] paffer de nos denrées Coloniales, repousseroit
les ouvrages de nos Manufactures 8c de notre
industrie par sa propre industriè au movis égale,
& souvent supérieure à la nôtre. Nos ouvriers
sans emploi mourroient de faim , ou émigreroient jusqu'à ce que leur réduction les eut
mis de niveau avec la pénurie de nos moyens.
Les consommations éprouvant alors necefsairement une forte diminution , toutes les propriétés foncieres tomberoient de valeur ; & l 'impossibilité d'obtenir des peuples les impôts necessaires pour la dépense & l'entretien des divers départemens , ainsi que pour payer les arrérages des dettes de l'État, condamneroit forcément la Nation à la honte & aux malheurs
de la banqueroute , ce fléau redoutable que
t l'Assemblée Nationale a repoussé avec une juste
horreur.
fsairement une forte diminution , toutes les propriétés foncieres tomberoient de valeur ; & l 'impossibilité d'obtenir des peuples les impôts necessaires pour la dépense & l'entretien des divers départemens , ainsi que pour payer les arrérages des dettes de l'État, condamneroit forcément la Nation à la honte & aux malheurs
de la banqueroute , ce fléau redoutable que
t l'Assemblée Nationale a repoussé avec une juste
horreur. Les Colonies par toutes ces considérations, sont
donc la base sur laquelle reposent principalement la gloire , la force , & la prospérité de
r-État : leur perte occasionneroit une secousse
effrayante dans toutes les parties de son économie politique, financiere 8c commerçante , --- Page 150 ---
( il ] & tout bon citoyen ^ tour vrai François n"envisa1 gera jamais qu'avec terreur le danger de les
perdre, soit par l'envahissement d'une Puissance étrangere, foit par tout autre événement. Avec quelle vigilance & quelle jalousie , l'Angleterre conserveroit de pareilles possessions si
elles lui appartenoient ! & quel sujet de joie
& de triomphe ce seroit pour cette Nation y
si nous les laillions échapper de nos mains, faute
d 'en connoître & d'en sentir tout le prix ! Quelle
riche proye offerte à son ambition ! Mais quelle est l'organisation de ces Colonies? Comment sont-elles habitées, cultivées,
administrées? Elles sont habitées de propriétaires libres Européens , & d'esclaves noirs. Ces
derniers, en proportion au moins décuple des
premiers, sont les laboureurs , les cultivateurs
de ces terres fertiles : ils ont été pour la plupart tirés des côtes d'Afrique & transplantés dans
nos Colonies. Tout le monde sait que l'idée
de vouer ainsi les Esclaves Africains à la culture des terres de l'Amérique, vient du vertueux
Évêque de Chiappa qui ne trouva point d'autre --- Page 151 ---
[ 13 ] moyen d'y soustraire les Indiens qu'il affedionnoir. Je ne veux & ne crois pas devoir examiner
cet ordre de choses sous un rapport philosophique. Un pareil établissement & ses résultats
doivent être envisagés & discutés en politique
& en administration. Si cet établissemens existe
depuis deux siecles ; si nous ne condamnons par
là personne à l'esclavage ; si nous ne faisons
que transporter en Amérique des hommes déjà
esclaves en Afrique ; si leur sort, bien loin d'être
aggravé en Amérique, y est très-amélioré } si
tous les Colons & les citoyens François qui
en ont acquis la propriété, l'ont fait sous la
protection des Loix de l'État; si les Colonies
que ces esclaves cultivent sont une immense
propriété pour la Nation : si cette propriété ne
-peut exister sans l'organisation actuelle, sans
ce mode de culture } si leur existence est devenue nécessaire à l'État ; si leur anéantiflement ou leur perte devoit entrainer les plus
grands malheurs particuliers & nationaux, &
pour les esclaves eux-mêmes ; si sur-tout il étoit
possible d'adoucir leur sort r' de les rendre
de l'État; si les Colonies
que ces esclaves cultivent sont une immense
propriété pour la Nation : si cette propriété ne
-peut exister sans l'organisation actuelle, sans
ce mode de culture } si leur existence est devenue nécessaire à l'État ; si leur anéantiflement ou leur perte devoit entrainer les plus
grands malheurs particuliers & nationaux, &
pour les esclaves eux-mêmes ; si sur-tout il étoit
possible d'adoucir leur sort r' de les rendre --- Page 152 ---
[ 14 ] au inoins aussi heureux , & peut-être pîuS
heureux en réalité que l'homme libre de
la derniere classe en Europe , tandis qu'il est
au contraire impossible de leur donner la liberté qu'ils ne sont pas en état d'accepter, de
recevoir, & dont ils ne pourroient jouir : n'estil pas alors juste & raisonnable de conserver
à la Nation des possessions qui lui sont nécesîaites, auxquelles la subsistance & le bonheur
d'un peuple immense est attaché ? Et n'est-il
pas permis de combattre le vœu chimérique
d'un tel affranchissement, par la considération
des désastres sans nombre dont il serait la
cause ? Il est consiant que l'esclavage existe de temps
immémorial en Afrique; & tous les voyageurs
comme tous les Millionnaires nous attestent que
1 esclavage y est atroce comme le despotisme
que le maître non-seulement traite son esclave
avec la plus grande dureté, mais encore dispose
de sa vie avec autant de légereté que de barbarie }
& quelques soient les déclamations violentes
qu ait occasionné, depuis quelques années en
France & en Angleterre, cette question del'escla- --- Page 153 ---
[ 15 ] vage des Noirs, il n'est pas moins certain qu'en
général ils sont traités avec douceur & humanité
O dans nos Colonies -, que l'ordre le plus exact, les
soins les plus attentifs, les plus vigilans pour les
malades, les infirmes, les femmes en couche,
les vieillards & les enfans,regnent dans la majeure
partie des habitations j que les esclaves y présentent l'aspe&de la gaieté & de la satisfa&ion ; que
loin de redouter leurs maîtres, ils les chérissent
& les respectent; que ceux ci n'ont point sur eux,
comme en Afrique, le droit redoutable de vie &
de mort ; qu'ils fournissent à leurs esclaves tous
les moyens de se faire à eux-mêmes un pécule
particulier, une petite propriété toujours sacréa
& respeB:ée, n'y ayant pas d'exemple qu'aucun
maître se permette de la leur enlever. Enfin quiconque connoît véritablement nos Colonies françosses, & voudra comparer sans partialité le sort
des esclaves qui les cultivent avec celui des dernieres classes du peuple en France, conviendra
certainement que celles-ci jouissent réellement
d'une moindre somme de bonheur, d'une existence plus troublée, plus inquiété & plus exposée
toujours sacréa
& respeB:ée, n'y ayant pas d'exemple qu'aucun
maître se permette de la leur enlever. Enfin quiconque connoît véritablement nos Colonies françosses, & voudra comparer sans partialité le sort
des esclaves qui les cultivent avec celui des dernieres classes du peuple en France, conviendra
certainement que celles-ci jouissent réellement
d'une moindre somme de bonheur, d'une existence plus troublée, plus inquiété & plus exposée --- Page 154 ---
[ ,s ] k la misere & à tous les malheurs de l'humanité (1). Ce seroit calomnier mes intentions, que de
prétendre que je sois, pat cette comparaison,
l'apologiste de l'esclavage. Je neveux que démontrer que l'humanité n'est point méconnue ni outragée dans nos Colonies, comme on s est plu a
le répandre. Si quelques violences particulières
qu'on cite, qu'on répete, & qu'on exagere peutêtre , font gémir les âmes sensibles , elles peuvent & doivent être sévérement reprimées, mais
elles ne peuvent pas autoriser la proscription des
innocens. Les crimes de quelques particuliers ne
doivent pas être imputés à tous, ni faire prononcer une condamnation générale. N'y a-t-il
en effet de criminels que dans les Colonies ? Et
les contrées les plus libres n'ont-elles jamais été
fouillées d'atrocités ? Il existe un grand nombre d'habitations parfaitement bien administrées, où regne le [meilleur
ordre qui assure parmi les esclaves la tranquillité, (x) Voyez la note à la fin de ce Mémoire. le --- Page 155 ---
I 17 ] B
* le bonheur, l'abondance } dès ^ lors rien n'empêche d'établir le même ordre sur toutes les
habitations, & on y parviendra plus sûrement &
plus facilement, si on y substitue, le régime &
l'établissement d'AiTemblées Municipales au
Gouvernement arbitraire auquel elles sont en.
core , & ont toujours été soumises depuis l'époque de leur découverte (i). On reconnoîtra que
ce régime salutaire est le seul moyen que puisse
adopter une Nation éclairée, une Administration
sage & humaine, quand on voudra bien considérer l'état des Colonies , leur situation géographique, leur climat, leur exploitation, leur culture,
la division & la position des propriétés. On verra
en examinant avec attention ces précieuses pofsessions, 1°. Que si elles étoient toutes nouvelles ,
si l'on devoit y porter aujourd'hui le premier -
découverte (i). On reconnoîtra que
ce régime salutaire est le seul moyen que puisse
adopter une Nation éclairée, une Administration
sage & humaine, quand on voudra bien considérer l'état des Colonies , leur situation géographique, leur climat, leur exploitation, leur culture,
la division & la position des propriétés. On verra
en examinant avec attention ces précieuses pofsessions, 1°. Que si elles étoient toutes nouvelles ,
si l'on devoit y porter aujourd'hui le premier - (i) Ces Assemblées Municipales ne devront avoir que
des fondions relatives à l'administration intérieure de la
Colonie, & ne devront jamais s'immiscer de leur administration extérieure, qui continueroit à être confiée à
des agens du pouvoir exécutif chargés de maintenir les
loix qui les lient à la Métropole. --- Page 156 ---
[ 18 ] esclave , y former le premier établissèment de
culture & de Manufactures, il seroit extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de
les faire cultiver & exploiter par des Européens
qui, transplantés d'un climat doux & modéré,
ne pourroient supporter les travaux de la terre,
sous ce ciel brûlant : qu'en supposant une papula.
tion égale à celle des Noirs, & un recrutement
successif de la même importance, la Nation,
toute grande qu elle est, eût souffert consîdéra*
blement par ce recrutement ; de forte que ces
Colonies eussent attaqué la population du
Royaume , loin de contribuer , comme elles
font, à son accroissement. 2°. Que dans leur état
actuel, un pareil changement, c 'eft-à-dire la subs'
titution d'hommes libres à des esclaves répartis sur
chaque attelier, & dirigés dans tous leurs travaux,
fuiva nt les besoins de l'exploitation, devient absolument impossible, & au dessus de toute tentative. En éffçt, comment y parviendroit-on ? Seroitce par un changement subit ou graduel ? Le changement subit, l'affranchissement général ne
présente à l'esprit qu'une catastrophe efsroyable,
également destru&ive des Noirs & des Blancs. Ce --- Page 157 ---
[ 19 ] B 2 ferait une calamité semblable à un tremblement
de terre qui engloutiroit les Isles 6c leurs habitans*
Car l'affranchissement subit ne peut s'accorder
dans la pensée avec Pexiftenee du pays, & aveu
la possibilité de le faire cultiver pour la France ,
par des hommes libres. Un tel affranchissement
livrant tout-à-coup les Colonies aux Noirs, là
premiere effervescence de leur liberté les porterait à poignarder tout ce qu'il y a de Colons, de
citoyens François dans nos Colonies ; êc ils y sont
au moins au nombre de 6o à 70 mille. Cet affranchissement ne rempliroit aucun but
d'humanité à l'égard des Noirs eux-mêmes qui
sont bien loin d'être en état de recevoir le bienfait
de la liberté. Ils tourneroient bientôt leurs mains
les uns contre les autres ; & après avoir versé
des flots de sang , une ligue des plus forts & des
plus audacieux d'entr'eux reduiroit les autres soiss
le joug d'un esclavage mille fois plus dur que celui des François, parce qu'ils ne connoissent que
l'esclavage, & sont incapables de former une
autre police. La face de la Colonie, au lieu de
présenter l'ordre actuel de propriétaires Blancs 3c
d'esclaves Noirs, n'offriroit donc que des maîtres
avoir versé
des flots de sang , une ligue des plus forts & des
plus audacieux d'entr'eux reduiroit les autres soiss
le joug d'un esclavage mille fois plus dur que celui des François, parce qu'ils ne connoissent que
l'esclavage, & sont incapables de former une
autre police. La face de la Colonie, au lieu de
présenter l'ordre actuel de propriétaires Blancs 3c
d'esclaves Noirs, n'offriroit donc que des maîtres --- Page 158 ---
[ 20 ] 6c des enclaves de la même couleur ; & ces derniers feroient une cruelle expérience de la différence des mœurs de leurs propres compatriotes,
& de celles des François. Cependant la France, par cet affreux bouleversement, auroit perdu à jamais d'immenses &
superbes Colonies, sans lesquelles, comme je
l'ai déjà dit, elle ne peut avoir ni petites ni
grandes pêches, ni navigation marchande, ni
Marine militaire, ni influence politique en Europe , ni la possibilité de maintenir sa population
par le travail, ni celle de subvenir par l'impôt
aux dépenses des Départemens & au payement
des arrérages de la dette nationale. Ainsi le défastre' seroit général & complet ; les esclaves &
les maîtres en seroient également les victimes ;
la religion, la morale & la philosophie n'auroient que d'amers regrets a offrir à la Nation,
sans aucun moyen de reparer tant de maux. Dira-t-on qu'il n'est pas question de prononcer
un affranchissement général & subit, mais d'y
tendre par des moyens lents & gradués ? Cette
voie présenterois sans doute au premier coup d'ccil
des résultats mains effrayans. Mais où font les --- Page 159 ---
t il ] B 3 plans d'affranchissemens de cette espece susceptibles d'une exécution réelle?Sans douteil est possible,
il est même convenable que le Gouvernement
cesse de mettre des obstacles aux affranchissemens
volontaires \ & l'on pourroit aussi améliorer le
sort de ces affranchis, fixer leur état civil, & les
intéresser a concourir avec les Blancs au maintien
de l'ordre, de la tranquillité, de la propriété.
C'est ce que doivent opérer les Assemblées Municipales qui seront établies dans les Colonies.
C'est à elles qu'il appartiendra de propager une
Cage police sur toutes les habitations , & d'y
effettuer gradativement toutes les améliorations
dont leur régime est susceptible pour le bonheur
commun de tous les individus qui existent, de
quelque état & de quelque couleur qu'ils soient;
maîtres , affranchis ou esclaves. Mais un plan d'afïranchisïement qui forceroit les Colons à donner la liberté à leurs esclaves au bout de 15 ou 20 ans de servitude,
est également impraticable & inadmissible. 1°. Il est aisé de concevoir qu'une telle loi
produiroir, à l'aide d'instigateurs qui ne man- --- Page 160 ---
[ î» 1 queroient pas , une fermentation qui occasionneroit des révoltes sanglantes. 20., En supposant qu'elle pût s'exécuter tranquillement , elle mineroit & anéantiroit successive,ment les Colonies Françoises qui, grevées
de cette condition onéreuse, ne pourroient soutenir la concurrence des Colonies étrangeres ,
a qui une pareille charge ne seroit point imposée. Il est évident que le Colon François ne
tireroit ainsi de son esclave qu'environ la moitié du service qu'il en tire actuellement, &
que continueroient d'en tirer les Colons Anglois,
Espagnols, Portugais, Danois. Ce seroit donc
transporter à ceux-ci la supériorité la plus décidée dans leurs cultures, & forcer le Colon
François à abandonner les fîennes.
ir la concurrence des Colonies étrangeres ,
a qui une pareille charge ne seroit point imposée. Il est évident que le Colon François ne
tireroit ainsi de son esclave qu'environ la moitié du service qu'il en tire actuellement, &
que continueroient d'en tirer les Colons Anglois,
Espagnols, Portugais, Danois. Ce seroit donc
transporter à ceux-ci la supériorité la plus décidée dans leurs cultures, & forcer le Colon
François à abandonner les fîennes. Où placer d'ailleurs ces Negres, à mesure
qu'ils obtiendroient la liberté ? Ce ne pourroit
être au milieu des habitations actuelles toutes
. contigues. Si, à chaque affranchissement, un Colon étoit contraint de donner , ou d'affermer ,
ou de vendre à son affranchi une portion de
la propre habitation, après 50, 6o ou 100 --- Page 161 ---
1 >3 ] B 4
/ affranchissemens, l'habitation principale n'existefoit plus. A chaque époque, elle se détérioreroit, & marcheroit à son anéanti sse ment certain. Si les assranchis sont obligés ainsî, par
l'état & la nécessité des choses, d'établir leurs
domiciles derriere toutes les habitations, dans
les mornes 6c les montagnes, alors il est impollible d'en faire des journaliers comme ceux
d'Europe ; ils ne seroient plus à portée des atteliers du travail. Bien loin de servir a la culture & à l'exploitation des terres, ils deviendroient comme à Surinam les fléaux & les
ennemis les plus redoutables des cultures qu ils
ravageroient. Cet affranchissement graduel ne
differe d'un affranchissement subit, qu'en ce qu'il
condamnerait les Colonies à une destruction
lente , au lieu d'une mort subite & violente. Cependant les Colonies s'était formées sous
la protection des Rois & de la Nation Françoise , tous les Colons y ont acquis & pofsedent leurs terres & leurs esclaves , fous la sanction des loix. Comment les priver de leurspropriétés ? Ne font-elles pas sacrées comme ;
toutes les autres propriétés ? Qui les indemm- --- Page 162 ---
t 24 1 \ ferait, si on les détru*soit ? Et quand même par
un abus de raisonnemens philosophiques, maie
inadmiilibles dans les principes de la société ,
■on prétendroit ne leur devoir aucune indemnité pour leurs esclavcs, il est au moins incontef1:able que leurs terres , batimens, ustenfIles de Manufactures , ne pourroient leur être
enlevés ou rendus inutiles dans leurs mains , sans
une indemnité complette ; 8c ces objets seuls
valent bien au delà de quinze cents millions.
Qui fera ce ren-iboursement ? Consentira-t-on à
faire perdre en outre aux Négocians & Capitalistes François quatre àcinq cents millions qui leur
sont dus par les Colonies ? N'est-ce pas encore
une propriété infiniment importante pour l'État?
Proposer d affranchir les Noirs , c'est proposer de
> perdre ou de détruire les Colonies ; prononcer cet anarhemé contr elles, c'est prononcer la
meme condamnation , je ne dis pas seulement
contre les Négocians & Capitalistes à qui ces quatre a cinq cents millions sont dus, qui les perdroient , mais encore contre une foule de particuliers à qui ces Négocians Se Capitalistes doivent à
leur tour une grande partie de cet immense capital
été infiniment importante pour l'État?
Proposer d affranchir les Noirs , c'est proposer de
> perdre ou de détruire les Colonies ; prononcer cet anarhemé contr elles, c'est prononcer la
meme condamnation , je ne dis pas seulement
contre les Négocians & Capitalistes à qui ces quatre a cinq cents millions sont dus, qui les perdroient , mais encore contre une foule de particuliers à qui ces Négocians Se Capitalistes doivent à
leur tour une grande partie de cet immense capital --- Page 163 ---
[ 1 5 ] qu'ils ne pourroient rembourser, & par une
chaîne non interrompue, contre la clasTe innombrable des ouvriers de toute espece & Manufacturiers que tous les possesseurs de ces fonds saisoient
travailler, que leur ruine condamneroit à l'oisiveté
& à la misere. Ce seroit effe&uer dans l'État autant de banqueroutes particulieres qu'il existe
de personnes & de familles intéressées directement ou indirectement aux Colonies. Qu'il foit permis de ramener encore une fois
l'attention de nos lecteurs sur les huit cents navires marchands qui font le commerce direct de
la France avec les Colonies , & sur les trois ou
quatre cents moindresbatimens occupés aux tran£
ports de port en port du Royaume , relatifs à ce
commerce. Cette grande & importante propriété
mobiliere ne paraîtra pas sans doute moins
sacrée que les propriétés immobilières. Si on
l'anéantitroit dans les mains des armateurs , qui
les dédommageroit ? Qui remplaceroit dans la
Nation ce vuide nouveau ? & que substitueroiton à la masse de travail qu elle procure & qu elle
entretient ? Il existe dans tous les ports de mer, des éta- --- Page 164 ---
r 16 1 blifremens publics & particuliers relatifs au
commerce , àj la navigation , à la Marine :
tous seroient détruits. Ces innombrables magasins appartenant aux Négocians, & destinés à
recevoir les denrées du nouveau Monde, deviendroient inutiles, par la cessation du Commerce
des Colonies, & tomberoient dans une non-valeur absolue. Il en serait de même des maisons.
Le même coup frapperoit nos superbes arsenaux
de marine de Toulon, de Rochefort 8c de Brest.
A quoi serviroient tous les établissemens qu'on y
a faits pour l'entretien & la construction des
vaisseaux, lorsque nous n'aurions plus de marins
pour les armer & les faire mouvoir ? Et quel moment prendroit-on pour conseiller
à la Nation d'aussi immenses & d'aussi étranges
sacrifices, que celui où son honneur & son existence sont attachés au maintien de la foi publique y
à l'exécution de l'engagement solemnel qu'elle a
pris envers les créanciers de l'État ; où un déficit
immense qu'accroît de jour en jour le défaut de
perception des revenus publics, exigera un accroissement d'impôts; où il seroit conséquemment
de la plus grande inconséquence d'en tarir à la --- Page 165 ---
1 [ 11 1 fois toutes les sources ; où tous les retranchement
de grâces, de traitemens, de pensions, des abus
lucratifs de tout genre vont sans doute renvoyer
vers le travail & les arts utiles une foule de bras.
retenus iusqu'à présent dans l 'oisiveté par le luxe
en même temps que ces retranchemens & les
fonds que l'inquiétude a fait paffer a l Étranger,
diminueront les consommations des riches, les
occasions de travail pour le peuple, 8c les produits du fisc ; où enfin le défaut d énergie de la
force publique démontre, de la maniere la plus
impérieuse, la nécessité d'assurer, par le travail &
utiles une foule de bras.
retenus iusqu'à présent dans l 'oisiveté par le luxe
en même temps que ces retranchemens & les
fonds que l'inquiétude a fait paffer a l Étranger,
diminueront les consommations des riches, les
occasions de travail pour le peuple, 8c les produits du fisc ; où enfin le défaut d énergie de la
force publique démontre, de la maniere la plus
impérieuse, la nécessité d'assurer, par le travail & l'occupation, la subsistance & la tranquillité de
ce peuple immense , sous peine des désordres les.
plus effrayans , &: peut-être de la dilTolution de
l'Empire. Certes, sil'on doit s'étonner d'une chose, c'est
de la discussion d'une pareille question. C'est
qu'on puisse craindre qu'elle fasse jamais l'objet
d'une délibération, & qu'on hasarde de proposer
à une grande Nation de réduire en aéte, aux
dépens de son bonheur & de son existence, cette
conception philosophique : l'abandon d une propriété de plus de trois milliards, produisant \ --- Page 166 ---
[ iS ] dans l'État & dans un État obéré, un revenu
annuel de 130 à 240 millions. Mais il est de toute impossibilité que les sages
représentans de la Nation se laissent séduire par
de telles opinions. Elles ont été imprudemment
semées par quelques personnes dont sans doute
les vues sont pures & honnêtes , mais dont le zele
en: aussi dangereux que mal informé : que de
malheurs en effet il pourroit accumuler sur la
Nation ! Et combien déjà la seule connoissance
-de l'existence de ces opinions dans quelques têtes,
& leur discussion n'ont-elles pas fait de mal ? Dans ce moment le commerce des Colonies
est presqu interrompu. Les armemens & les
expéditions suspendus vont laier dans nos atceliers de Manufactures & dans nos ports de
Mer, l'ouvrier sans travail. Déjà près d'un tiers
des navires faisant le commerce des Colonies,
font désarmes. Ceux qui sont encore en voyage
resteront de même sans emploi à leur retour.
ILe défaut de travail & de subsistance réduira,
dès cet hiver, une foule immense d'ouvriers
à un désespoir dont il est impossible de calculer
les effets. --- Page 167 ---
[ 19 1 Si j'ai prouvé combien la perte de nos Colonies seroit désastreuse , j'ai démontré par là
même, la nécessité non-seulement de les conferver, mais encore d'en diriger le commerce ,
de la maniere la plus utile pour la Nation. Il convient a cet effet que les Colonies soient portées au
plus haut degré de prospérité possible , mais ce
doit être par les moyens du commerce national. ; Les loix prohibitives , c'est-à-dire, les loix
par lesquelles sont régies toutes les Colonies
de l'Europe, qui les assujettissent à ne recevoir \
que de leurs Métropoles respectives, les objets !
de leurs consommations , & qui réservent à
ces seules Métropoles l'extraction & le transport de leurs denrées , n'ont point été rendues
en faveur des commerçans, mais en faveur
de la Nation elle-même, & dans le seul but,
ainsi qu'il a été démontré , de favoriser sou
industrie , son agriculture & sa population.
ies toutes les Colonies
de l'Europe, qui les assujettissent à ne recevoir \
que de leurs Métropoles respectives, les objets !
de leurs consommations , & qui réservent à
ces seules Métropoles l'extraction & le transport de leurs denrées , n'ont point été rendues
en faveur des commerçans, mais en faveur
de la Nation elle-même, & dans le seul but,
ainsi qu'il a été démontré , de favoriser sou
industrie , son agriculture & sa population. Il n'y a pas un seul individu dans l'État ,
quel qu'il soit , rentier , propriétaire ou salarié , j
dont l'intérçt ne soit de conserver les Colonies,
& d'en réserver à la Nation exclusivement le j
commerce & l'exploitation. C'est la Nation elle- --- Page 168 ---
f 3° ] même qui trafique avec ses Colonies. Si elle y
admet d'autres Nations , ce sont des concurrens
qu'elle se donne. C'est elle qui est repoussée
z de ses propres Colonies , quand ses commerçans le sont par la concurrence étrangère , parce
que dans toute Nation les commerçans ne sont
que les agens nécessaires de son commerce. Mais la Métropole en assujettissant ses Colonies à ne trafiquer qu'avec elle, leur doit
fûreté , protection , & encouragement. Sûreté, en mettant hautement les propriétés
Jes Colons sous sa sauve-garde, & en ne permettant pas qu'il y soit porté la moindre atteinte. Protection , en les défendant contre toute
invasion étrangère. Encouragement, dont le plus important ou
du moins le plus direct seroit d'y supprimer
les impositions, en déclarant que leur juste contribution aux charges de l'Etat se trouve dans
l'obligation expresse de ne trafiquer qu'avec la.
Métropole , de livrer à elle seule tous leurs
produits, de ne consommer que des productions
ou manufactures nationales. Tels sont les principes &les maximes invoqués --- Page 169 ---
[ 31 1 par l'intérêt général, & qui, pour le bonheur de
la Nation, devront être solemnellement adoptés
& consacrés par FAsTemblée Nationale. Alors les
esprits feront calmés, il n'y restera plus, sur l'exis4
tence & sur le Commerce des Colonies, des
doutes infiniment nuisibles à l'industrie, puifqu'ils tendent à augmenter la stagnation générale
des affaires, a laquelle concourent déjà tant de
causes réunies. Il est donc infiniment urgent de raflfurer les
Places de commerce, & de les mettre en état
de continuer avec sécurité leurs opérations ; seul moyen de ramener efficacement l'ordre &
la tranquillité publique qui ne peuvent absolument exister, sur-tout dans les circonstances
actuelles, si le peuple manque de travail. FIN. NOTE. Une habitation bien administrée , ( & il y en a
beaucoup de telles dans nos Colonies ) peut être com- --- Page 170 ---
[ 32 ] parée à une grande famille travaillant en commun. Dans
cette habitation, le Negre a régulièrement deux heures
par jour en hiver pour ion repas , & juCqu'à trois heures
cri été. Les Dimanches & les Fêtes sont des jours
de repos pour eux, comme pour les Blancs. Si des événemens imprévus obligent de les réunir pour le travail, on
leur rend sur la semaine le temps qu'on a été con.
traint de leur ôter. Leur propriété est sacrée, & bien
plus assurée que ne l'étoit celle d'un vassal, sous le
régime féodal ou sous la main des Collecteurs. Cette
propriété est son petit territoire , ses meubles, ses poules ,
ses cochons ; & beaucoup sont assez riches pour avoir
des juments dont ils vendent les produits. Tout propriétaire ou gérant qui tenreroit de violer cette propriété seroit bientôt puni par la désertion de son attelier, & par la ruine qui s'ensuivroit.
, & bien
plus assurée que ne l'étoit celle d'un vassal, sous le
régime féodal ou sous la main des Collecteurs. Cette
propriété est son petit territoire , ses meubles, ses poules ,
ses cochons ; & beaucoup sont assez riches pour avoir
des juments dont ils vendent les produits. Tout propriétaire ou gérant qui tenreroit de violer cette propriété seroit bientôt puni par la désertion de son attelier, & par la ruine qui s'ensuivroit. Sur un sol qui réunit les principes de la végétation
3ans le dégré le plus éminent, qui n'a besoin que
d'être légèrement effleuré avec le plus foible instrument, pour produire y à 6 récoltes par an, quelques
heures par semaines suffisent à un Negre pour cultiver
son jardin, & recueillir de quoi nourrir abondamment
sa famille , & porter un superflu considérable au marché.
Cette vente lui donne non les vêtemens de nécessité , il les
tient de son maître, mais les vêtemens de luxe, des bijoux,
une nourriture plus recherchée, C'est dans ces familles,
dont le Chef est industrieux , qu'on voit une aisance, nn
luxe qu'on chercheroit envain chez le peuple, dans les
Provinces --- Page 171 ---
[ 3! 1 c Provinces de France les plus riches. Les plus belles Perses, V r
les toiles les plus fines, les mouchoirs de l'Inde les plus
chers sont à peine suffisans pour ce Negre qu'on croit si
miserable. En voyant les fêtes qu'ils se donnent entre
eux, & leurs danses pleines d'expression, on croit être au ;
milieu d'une pejplade riche & libre. Les soins sont prodigués dans les hôpitaux ; & tour
Negre qui, sans avoir de maladie réelle, désire quelques jours de repos , se présente à l'hôpital, sous un léger
prétexte : il y est reçu 5c nourri, sans qu'on cherche à approfondir avant deux ou trois jours le cours de sa maladie. Cts hopitaux sont, dans presque toutes les habitations,
tenus avec une propreté insinie ; la viande fraiche, le
bouillon , le pain bîanc , le vin, y sont distribués à tous
ceux qui en ont besoin. Les femmes reconnues enceintes '
font traitées avec une très-grande douceur, & on leur
permet d'imaginer toutes les petites ruses pour se dispenser
d'aller au travail. On y a presque toujourségard, quoiqu'on
sâche qu'elles n'ont aucune indisposition réelle. Les nourrices n'y font aucun travail ; on les assujettit seulement à
s'y présenterà certaines heures; elles viennent avec leurs
enfans, & passent presque tout le temps du travail à les
allaiter ou à jouer avec eux. Les meres qui ont deux ensans jouissent de quelques faveurs : ces faveurs vont en
croissant à chaque enfant ; & celle qui en a cinq ou six ,
jouit de la liberté, sans en avoir les embarras ; c'est-à-dire
que sa subsistance estassurée , qu'elle est dispensée de tout
travail, que Ces cnfansuc sont point à sa charge, & qu'elle
elles viennent avec leurs
enfans, & passent presque tout le temps du travail à les
allaiter ou à jouer avec eux. Les meres qui ont deux ensans jouissent de quelques faveurs : ces faveurs vont en
croissant à chaque enfant ; & celle qui en a cinq ou six ,
jouit de la liberté, sans en avoir les embarras ; c'est-à-dire
que sa subsistance estassurée , qu'elle est dispensée de tout
travail, que Ces cnfansuc sont point à sa charge, & qu'elle --- Page 172 ---
% I 54 ] n'a point à craindre la pauvreté, les infirmités de la
vieillcfTe. Les enfans vers l'âge de 3 ou 4 ans, sont remis à des
vitilles Négresses qui ont soin de les tenir propres, de les
baigner & de leur préparer une nourriture saine & abondante. A 6 ou 7 ans, on commence à leur donner de petites occupations , comme garder des poules , des moutons. Ils sc
réunisient en troupe ; & leurs jeux continuels, leur embonpoint, le développement rapide de leurs forces, atteftent que l'esclavage est tel qu'il n'arrête point la marche
physique de leur accroissement & que leur condition est
préférable4à celle des autres hommes de peine & de travail,
que la nécessité & la misere ont soumis aux caprices des
~ riches. A 12 ou 1 y ans, on commence à les incorporer au petit
attelier dirigé par des femmes. Ils vont tard au travail,
reviennent de bonne heure ; & leur occupation consine
à gratter légèrement la terre pour larder les herbes. Enfin à 17 , 18 ou 20 ans suivant la force du sujet &
le développement de ses forces, on les place dans le
grand attelier ; mais les commandeurs qui le conduisent
cnt soin , sur les ordres qu'on leur donne , de les faire
accompagner par un Negre robuste qui les suive, les
aide à se tenir en ligne , jasqu'à ce que leurs sorces Icur
-permettent de Ce passer de secours. Ce qu'on observe pour ce jeune Negre cst pratiqué
pour les femm_cs, les Nègres foibles Se tous les au. --- Page 173 ---
135] C I tres insirmes qui ne peuvent s'aligner avec les chefs
de l'attelier qu'on pourvoit en appeller les grenadiers.
On double , on triple , on quadruple même certaines files , ensorte que quoique tous paroissent marcher
cnsemblè , & que la marche du travail Toit réglée sur
le Negre le plus robuste, par le moyen des doublemens
& triplemens , chaque individu ne travaille qu'en proportion de sa force. S'il en étoit autrement > un atteliec
(croit détruit en moins d'un an, --- Page 174 ---
OBSERVATIONS S u n LA TRAITE DES NOIRS. To u TE s les Colonies de l'Archipel Américain,
soit qu elles appartiennent aux François, aux
Anglois , aux Hollandois, aux Danois, aux
Espagnols ou aux Portugais, sont cultivées par
des esclaves Noirs. Les vaisseaux de toutes ces Nations vont les chercher aux côtes d'Afrique ,
où 1 'esclavage existe de temps immémorial, 8c
est le résultat de leurs guerres & la punition de
tous les délits. Les Capitaines de ces vaisseaux
achètent ces esclaves, & les transportent dans leurs
Colonies respectives. C'est le Commerce que l'on
connoît sous le nom de la traite des Noirs.
ais, sont cultivées par
des esclaves Noirs. Les vaisseaux de toutes ces Nations vont les chercher aux côtes d'Afrique ,
où 1 'esclavage existe de temps immémorial, 8c
est le résultat de leurs guerres & la punition de
tous les délits. Les Capitaines de ces vaisseaux
achètent ces esclaves, & les transportent dans leurs
Colonies respectives. C'est le Commerce que l'on
connoît sous le nom de la traite des Noirs. La philosophie en a souvent fait de séveres
censures } mais il est soutenu par un grand intérêt national : je veux dire par l'intérêt de conserver --- Page 175 ---
[ 37 ] C 5 nos Colonies, ces grandes & magnifiques possessions sur lesquelles reposent essentiellement les
richesses, la force & la puissance du Royaume ,
& qui procurent au peuple François des moyens
si multiplies & si précieux de travail & de subsistance. Il y a de fortes raisons de penser que les Colonies n'auroient jamais pu être cultivées par des
Blancs, par des Européens, parce qu'ils n'auroient pu y soutenir les travaux de la terre, &
qu'ils auroient promptement succombé à l'adion
de ce climat brûlant ; de sorte que le recrutement
nécessaire à leur exploitation ellt dévoré la population de la France. Et quand même ce plan de
culture eût été susceptible d'exécution dans
l'origine de la fondation des Colonies, il est
certainement devenu impossible dans l'état actuel
des choses. La culture, l'exploitation & l'existence de ces
Colonies ne peut pas davantage se concilier aujourd'hui avec l'affranchissement des. esclaves
Noirs. La liberté feroit pour eux le plus funeste des
dons; ils ne sont pas en état de la connoître , --- Page 176 ---
[ 3 1 1 'de la recevoir, & d'en jouir. On ne pourroit m
les contenir, ni prévenir leurs révoltes, ni obtenir d'eux aucun travail ; de sorte que l'affranchissement, soit subit, soit graduel, occasionneroit subitement ou graduellement la destruâion.
des Colonies , ainsi qu'il a été développé plus au
long dans le Mémoire sur l'importance des Colo*
nies & sur l'esclavage des Noirs. Telles sont les bases dont je pars, pour exa- .
miner quel seroit l'effet de l'interdiction de 1 &
traite en France. Les Colonies Françoises & sur-tout celle de
S. Domingue ont besoin d'être recrutées tous les
ans d'un assez grand nombre d'esclaves. Deux
causes y concourent : 1°. leur état susceptible
d'accroissement, d'améliorations & de nouveaux
défrichemens ; 20. le vuide occasionné par
l'excédent des mortalités sur les naissances, dans
le plus grand. nombre d'habitations. Ces deux
causes d'une espece bien différente, peuvent &
doivent cesser toutes deux avec le temps. La pre- '
miere a un terme naturel dans l'étendue des
terreins à défricher, qui diminue d'année en
année. La deuxieme cede journellement aux
d'accroissement, d'améliorations & de nouveaux
défrichemens ; 20. le vuide occasionné par
l'excédent des mortalités sur les naissances, dans
le plus grand. nombre d'habitations. Ces deux
causes d'une espece bien différente, peuvent &
doivent cesser toutes deux avec le temps. La pre- '
miere a un terme naturel dans l'étendue des
terreins à défricher, qui diminue d'année en
année. La deuxieme cede journellement aux --- Page 177 ---
[ 39 I A 4 lumières de la raison, aux vues d'humanité qui.
se répandent de plus en plus , & à l'impulsion de
r exemple qui peu à peu fera adopter & établir
dans toutes les habitations le régime 8c l'ordrequi existe dans plusieurs d'entr'elles, &: qui les
fait visiblement prospérer. Ainsi c'est sans doute un apperçu consolant que
celui d'une époque où la traite des Noirs, consîdérablement diminuée par la nature même des
choses, tombera d'elle-même, ou sera devenue
si peu importante, qu'elle pourra être alors prohibée sans secousse , sans produire des malheurs
& sans détruire ou faire perdre à la Nation Françoife des possessions aussi importantes que le sont
les Colonies. Il en serait tout autrement, si l'on prononçoit aduellement en France la défèqse de la.
traite des Noirs. Cette défense circuleroit rapidement, & parviendroit jusqu'aux atteliers des.
Noirs. Il ne manqueroit pas de gens qui la leur
feroient envisager comme le premiet signal d'un
projet d'affranchiflfement total. Ils se livreraient a
des révoltes qu'il faudroit repousser a main armée:
& qui sait combien de sang il faudrait verser --- Page 178 ---
[ 40 ] pour réprimer leur impatience de secouer le jougt'
& empêcher une insurrection générale plus ou
moins violente de leur part ? Mais supposons qu'il fût possible de prendre des précautions assez justes & assez sures
pour mettre la Colonie à l'abri de ces malheurs , & voyons quelle seroit l'influence qu 'auroit l'interdiétion de la traite sur toutes les
transadtions du Commerce & des Colonies. Les
armateurs justement inquiets sur le sort de leurs
créances, en prefleroient la rentrée , borneraient
à ce but toutes leurs opérations , refuseroient
aux Colons toute avance nouvelle , suspendrÕient
leurs armemens , ou n'enverroient que des
navires en lest , dans l'espoir & l'objet de retraire
des denrées en payement de leurs anciennes
avances. Mais leur espoir seroit trompé , leuts
navires reviendroient à vuide comme ils y seroient allés, parce que le plus grand nombre
des Colons ne pourroient, ou ne voudroient
pas payer leurs dettes. Des banqueroutes multipliées dans les ports de mer entraineroienr
celles des villes de Manufactures , à raison des
rapports , des liaisons intimes qui existent entre
'objet de retraire
des denrées en payement de leurs anciennes
avances. Mais leur espoir seroit trompé , leuts
navires reviendroient à vuide comme ils y seroient allés, parce que le plus grand nombre
des Colons ne pourroient, ou ne voudroient
pas payer leurs dettes. Des banqueroutes multipliées dans les ports de mer entraineroienr
celles des villes de Manufactures , à raison des
rapports , des liaisons intimes qui existent entre --- Page 179 ---
[ 41 ] eux ; & un désordre universel dans lès Colonies
en accéléreroit la ruine. Environ deux cents navires sont occupés
dansinos ports a cette branche de commerce;
tk comme ces voyages , y compris le temps nécessaire aux armemens & désarmetnens , employent
à peu près deux ans, il s'en expédie annuellement cent, dont les deux tiers des cargaisons
sont composés de marchandises de Manufac-.
tures nationales , pour le montant d'environ vingt
millions par an. Il en resulte une premiere base
de travail très-précieuse pour toutes les Manufactures : les fabriques de Normandie , celles
de Bretagne, de Languedoc, de Picardie,
& de beaucoup d'autres Provinces , en reçoivent sur-tout de grands encouragemens , & perdroient, par la suppression de la traite, des moyens
de subsistance pour un très-grand nombre de
familles. Les ventes de ces cent navires négriers
dans les Colonies, s'élevent à environ cinquante
ou soixante millions , & fournirent annuellement des chargemens à ico autres navires ; ce
qui alimente de accroît d'autant notre naviga-.
tion. Ces cinquante millions reçus en France --- Page 180 ---
'f- ; [ 4% J procurent les bénéfices accumulés des droite
pour le fisc , du fret pour les navires, d'entretien 8c solde des équipages, du magazinage
de la commission , du travail pour des millions
d'hommes , & des transports pour la Nation ,
& sont la base d'un commerce important &
très-riche avec les Nations étrangères. Renoncer à la traite , c'est non-seulement abandonner
tous ces avantages, mais encore les céder , les
transporter aux Nations étrangères, & sur-tout
à nos rivaux. Cependant cette interdiction de la traite en
France n'attaqueroit nullement l'esclavage. Elle
ne diminueroit le nombre des esclaves ni eti
Afrique ni en Amérique. Il n'y auroit dane
cet ordre de choses rien à gagner, ni pour l'huma-'
nité en général, ni pour la liberté des Africains en particulier. En effet les vaisseaux François cesseroient d'aller chercher des esclaves aux
côtes d'Arrique : mais croit-on que cela pût
apporter aucun changement aux mœurs & aux:
usages des Africains ? Cesseroient-ils d'avoir
des guerres entr'eux, de faire esclaves leurs --- Page 181 ---
[ 4? ] prisonniers de guerre? Cesseroient-ils de punir
tous les délits par l'esclavage (i) ? Les Turcs, les Maures , les Barbaresques ne
renonceront pas sans doute non plus au commerce & à l'usage des esclaves ni à les acheter des
Africains. Mais sans parler de ces peuples, les
Anglois, les Hollandois, les Danois continueo * roient, ou plutôt augmenteroient leurs armemens pour les côtes d'Afrique, & nous y remplaceraient avec empressement. Nous ne ferions
donc autre chose , par l'interdiction de la traite
en France , que leur transmettre & leur céder
entièrement cette branche de commerce , qui:
oute non plus au commerce & à l'usage des esclaves ni à les acheter des
Africains. Mais sans parler de ces peuples, les
Anglois, les Hollandois, les Danois continueo * roient, ou plutôt augmenteroient leurs armemens pour les côtes d'Afrique, & nous y remplaceraient avec empressement. Nous ne ferions
donc autre chose , par l'interdiction de la traite
en France , que leur transmettre & leur céder
entièrement cette branche de commerce , qui: (1) Qu'on lise les interrogatoires récemment faits à
la barre du Parlement d'Angleterre , & entr'autres celui
du sieur Miles qui a passé 18 ans à la, côte d'Or : on
verra ce qu'on doit penser des mœurs de ces peuples , on verra que l'esclavage existant en Afrique
de temps immémorial, n'y est nullement l'effet de la
traite des Européens , que ceux-ci au contraire y ont
fauvé beaucoup d'enclaves d'une mort cruelle , & que
leur commerce en Asrique , loin d'y aggraver le sort des
cfdaves, contribue à l'adoucir. --- Page 182 ---
[ 44 ] en y comprenant les arméniens, délarmemens ,
fret des navires , & autres avantages accessoi.
res, employe annuellement un capital d'environ cinquante millions dont les retours de la
Colonie, ec la circulation qui en résulte dans
le Royaume , occupent une foule immense d'agens dans les villes 8c dans les campagnes. Au
défaut du commerce François, les Colons
recevroient des Etrangers les Negres dont ils ont
besoin pour leurs cultures. Ces Étrangers recevroient cinquante ou soixante millions tournois
de denrées coloniales, en payement de leur fourniture de Noirs ; 8c nous augmenterions ainsi, à
nos propres dépens, leur industrie , leur commerce , leur agriculture , leur navigation. Et
comme , entre tous les peuples, les Anglois
sont ceux quipoiTedent le plus de Forts, de Comptoirs 8c d'Etablissements sur les cotes d'Afrique , que ce sont eux qui ont le plus de moyens
de tout genre pour étendre ce commerce ,
c 'est: a eux sur-tout, cest à ces éternels rivaux
de la France, que nous accorderions nous-mêmes
tant de moyens de richesses, de puissance 8c de --- Page 183 ---
[ 45 1 prospérité. Tel seroit l'effet dired de l'interdiftion
de la traite en France. Mais cet effet ne se borneroic pas là. Les
Colonies une fois séparées d'intérêt de leur
Métropole pour cette importante fourniture de
Noirs, agens nécessaires de leur exploitation,
cesseroient bientôt toute relation avec elles. Les
mêmes Etrangers ne tarderaient pas à se mettre
en possession de leur fournir tous les autres objets
de leurs consommations, soit comestibles d'Europe, soit meubles, étoffes, toiles de toute
espece ; de sorte que la perre des Colonies seroit
pour la France la suite infaillible, inévitable Be
nécessaire de l'interdiction de la traite. L'État
seroit obligé d'y renoncer formellement, parce
que dans cette potition, elles cesseroient de lui être
utiles, & deviendroient pour lui une charge accablante, sans aucune compensation.
ommations, soit comestibles d'Europe, soit meubles, étoffes, toiles de toute
espece ; de sorte que la perre des Colonies seroit
pour la France la suite infaillible, inévitable Be
nécessaire de l'interdiction de la traite. L'État
seroit obligé d'y renoncer formellement, parce
que dans cette potition, elles cesseroient de lui être
utiles, & deviendroient pour lui une charge accablante, sans aucune compensation. C est ici qu 'il doit être permis de rappeller
l'opinion du grand Administrateur des financés,
qui jouit a si juste titre de la confiance de la
Nation. Voici comme il s'exprime dans son
ouvrage sur 1 'Administration des finances. " Nous arrêterons - nous sur ces discourt si --- Page 184 ---
t 46 i 35 légèrement hasardés sur l'inutilité des Colonies ?
» Ce qu'on leur vend , dit-on tranquillement ,
» on le vendroit aux Nations étrangères. Le
» Royaume ne perdroit rien à cette révolution.
» Mais crée-t-on ainsi des acheteurs à son gré ? » « Ce n'est pas faute d'une grande quantité de
» toiles , de draps eu d'étoffes de soie, qu'on
M n'en vend pas davantage aux autres Nations-
» Ce sont les limites de leurs besoins qui circonf*
» crivent leurs demandes, & non l'impuissance
s> d'y satisfaire. Ainsi c'est une belle idée politiJ? que , que de convertir une partie des denrées
55 ou des ouvrages d'industrie du Royaume,
« dans une sorte de biens étrangers à son sol &
» à son climat, 8c dont cependant aucun pays
» de l'Europe ne peut aujourd'hui se passer »». « D'ailleurs les marchandises qui viennent
» des Colonies, ne sont pas seulement le prix des
» productions nationales que la France y envoie,
» soit directement, soit indireétement, par ses
» échanges à la côte d'Afrique : toutes ces exportations équivalent à peine à làr moitié des
55 retours d'Amérique } le surplus est la représen-
» tation & des frais de navigation, & des --- Page 185 ---
[ 47 1 » bénéfices du commerce, & des revenus que
J) les Colons dépensent dans le Royaume « Que seroit-ce si, en négligeant des poffes-
" sions si précieuses, ou si en les perdant jamais,
» la France se trouvoit privée de la créance du
" commerce, qu' elle acquiert annuellement par
» l'exportation des denrées de ses Colonies ? Que
» seroit-ce si elle avoit encore à acheter des
:» Étrangers même la partie de ces denrées qui
» est nécessaire aujourd'hui à sa propre consom-
» mation ? Une pareille révolution suffiroit pour
« faire sortir de France annuellement beaucoup
« plus d'argent qu'il n'y en entre aujourd'hui,
» &c. Ce n'est qu'en vendant pour 220 ou 2.30
» millions de marchandises ou manufactures na-
» tionales , ou apportées des Colonies , que la
« France obtient une balance de Commerce de 7 o
» millions dans laquelle les Colonies seules en
« fournirent quarante. Ce résultat est immense ,
« & l'on ne doit jamais le perdre de vue, &c.
suffiroit pour
« faire sortir de France annuellement beaucoup
« plus d'argent qu'il n'y en entre aujourd'hui,
» &c. Ce n'est qu'en vendant pour 220 ou 2.30
» millions de marchandises ou manufactures na-
» tionales , ou apportées des Colonies , que la
« France obtient une balance de Commerce de 7 o
» millions dans laquelle les Colonies seules en
« fournirent quarante. Ce résultat est immense ,
« & l'on ne doit jamais le perdre de vue, &c. Avant de pouvoir songer à proscrire la traite
des Noirs, il ne faudroit rien moins qu'un accord
général, un patte universel & solemnel entre
toutes les Puissances maritimes de l'Europe. Ainsi --- Page 186 ---
t 48 ] le préalable indispensable d'une telle loi serait f é-1
tablisïement d'un Congrès entre toutes les Puissances,pourtraiter cette grande affaire, dans laquelle ce
ne seroit pas une des moindres difficultés, que
de trouver des moyens de faire exécuter généralement la convention après l'avoiffaite. La Franceen'acquiesçant à cette convention, seroitsans contredit celle de toutes les Puissances de l'Europe à qui elle conviendrait le moins, 8c qui
feroit en cela le plus grand sac£iûce * parce que
nulle Puissance n'a des Colonies aussi florissantes & aussi importantes, à quoi il faut ajouter
que toutes possedent une grande navigation marchande indépendante du commerce de leurs
Colonies, ce que la France n'a pas. Enfin je termine jen faisant observer la conduite de l'Angleterre sur cette matiere, dan& les
deux sessions de 1788 & de 1789- Elle vient
d'être discutée avec la plus grande attention &
avec beaucoup de chaleur , de la part de ceux
qui prétèndoient faire prononcer l'interdiction
de la traite. Cependant le résultat de ces longues
discussions & des informations authentiques qui
les ont accompagnées, a été la continuation
de --- Page 187 ---
[ 49 1 de la traite & la fixation du nombre des Noirs
que les navires peuvent transporter dans le trajet
d'Afrique en Amérique } ce qui a été réglé
à cinq hommes par trois tonneaux de port. Cet exemple de la part d'une Nation non
moins respectable par ses lumieres & sou humanité , que renommée par son habileté en
administration » doit. ètre pour nous une leçon
d'autant plus imposante ,que ses Colonies sont,
dans un état bien différent des nôtres ; qu'elles!
ont, ' infiniment moins besoin d'esclaves, de, . sorte que le sacrifice de' sa " part, seroit bien
moins considérable, que de la nôtre ; que d'ailleurs
elle en trouveroit un grand dédommagement
dans ses possessions de l'Inde ; qu'enfin elle peut,
même perdre ses Colonies des Antilles, sans
cesser d'avoir une grande navigation , tandis que
la France au contraire n'ai presqu'aucune navigation marchande indépendante du commerce
de ses Colonies ; qu'en les perdant elle perdroit conséquemment tout mpyen , toute possibilité d' avoir une marine royale & une force
navale : 8c qu'enfin de la perte de ces Colonies
dériveroient pour la Nation tous les malheurs
l'Inde ; qu'enfin elle peut,
même perdre ses Colonies des Antilles, sans
cesser d'avoir une grande navigation , tandis que
la France au contraire n'ai presqu'aucune navigation marchande indépendante du commerce
de ses Colonies ; qu'en les perdant elle perdroit conséquemment tout mpyen , toute possibilité d' avoir une marine royale & une force
navale : 8c qu'enfin de la perte de ces Colonies
dériveroient pour la Nation tous les malheurs --- Page 188 ---
[ ?" I développes dahs le précédent Mémoire : la' perte
d'immenses capitaux soustraits tout à coup à
là' circulation , ce qui occasionneroit la faillite
& la, ruine non-seulement' de tous " les Négocians du, Royaume, mais encore d'un nombre
incalculable de citoyens* par les contrecoup
des relations générales d'affaires & d'intérêts
de familles : la chûte ides' Manufactures : la
dépréciarion de toutes: les propriétés foncières t'
la. diminution considérable du travàil' conséquemment la misere, les émigrations du peuple &
la: dépopulation du Royaume : par une suite
nécessaire, l'impossibilité d'élever lès revenus
publia an niveau des dépenses indispensables :
& •_ pour dernier résultat, la perte du crédit'
National & la banqueroute forcée, ' i crr' FI N. ° À' V E RSA IL LES.
DE l'Imprimerie de PH.D. PIERRES , Premier. Imprimeur Ordinaire du Roi, rue S. Honoré. n°. Z j. --- Page 189 ---
1790, MÉMOIRE
SUR LES NÈGRES; il POUR SERVIR DE MATERIAUX AUX CAHIERS DES COLONIES. --- Page 190 --- --- Page 191 ---
( 4i ) .A PARIS, chez CLOUSIER, Imprimeur du ROI,
rue de Sorbonne. où la révolution aboutira dans les Colonies i
il restera du moins un monument de vérité,
qui prouvera, d'une part, jusqu'où les sophistes
peuvent abuser de la morale, & qui attestera,
d'une autre part, combien la cause des Colons
François, étoit intéressante, même par la modération & la philosophie, avec laquelle une
de ses victimes a su la défendre. Par un Propriétaire à St-Domingue, Députe
Suppléant à l'Assemblée Nationale. --- Page 192 --- --- Page 193 ---
A MÉMOIRE SUR LES NÈGRES; POUR servir de matériaux aux Cahiers
des Colonies. INTRODUCTION. ON a suscité une queslion terrible. On
y voit d'un côté, il cst vrai., l'enthoufiasme de la vertu, l'intérêt général de
l'humanité, une exaltation de sentimens
généreux, & les déclamations les plus
favorables aux formes oratoires. --- Page 194 ---
( * ) DE l'autre côte, on ne voit que l'intérêt personnel, la raison d'Etat, la
prevoyance inquiète pour une des sources
de l'antique prospérité de la France, de
froids calculs, & la défense d'une odieuse
propriété : mais enfin avec le courage
d'un homme qui voyoit sa fortune mise
en danger par un grand Ministre, &: surtout qui soutientles intérêts de sa Patrie,
j'écrivois, il y a quelque-temps, a M.
Necker, ce qui suit :
on ne voit que l'intérêt personnel, la raison d'Etat, la
prevoyance inquiète pour une des sources
de l'antique prospérité de la France, de
froids calculs, & la défense d'une odieuse
propriété : mais enfin avec le courage
d'un homme qui voyoit sa fortune mise
en danger par un grand Ministre, &: surtout qui soutientles intérêts de sa Patrie,
j'écrivois, il y a quelque-temps, a M.
Necker, ce qui suit : » ON frémit à l'afpec1 seul d'une dif55 cuffion sur une matière dont il efl si danvgereux de parler, & sur-tout qu'il est si
» impolitique de traiter dans une Assem55 blée qui doit n'avoir en vue que les
intérêts de la France, sa richesse & la >3 prospérité de ce qui constitue cette ri55 cheŒe, intérêts auxquels cette discussion
55 tend à porter les plus vives atteintes et. A quoi avons-nous à répondre ? à des
écrits dont les Nègres les plus séditieux --- Page 195 ---
' ( 3 ) A 2 désa vouer oient la plupart des détails ! aies
ecrits , où les faits (je ne dirai pas altérés,
mais presque tous inventés &c supposés) ne
sont nulle part présentés avec cette impartialité qui rend compte de ce qu'il y a de
bien, comme de ce qu'il y a de mal ! à des
écrits où l'on ne parle du sort des Nègres
que comme d'une chose hideuse, (expression que même un Propriétaire de biens à
Saint - Domingue n'a pas craint d'employer). ET cependant la plume s'arrête ; elle
semble refuser tout ministère à une question dénuée de moyens solides d'attaque,
& au contraire tellement surabondante
en moyens de défense , qu'il n'y a que
l'ignorance ou l'intention d'armer les
Noirs eux-mêmes pour recouvrer leur
liberté, qui aient pu en faire un problême. Si les scènes sanglantes des Vêpres Siciliennes j ôc de la conquête de l'Amcrique --- Page 196 ---
( n ) ib renouvellent; s'il pouvoit en résulter
qu'une peuplade de Noirs restât libre dans
les Antilles (chose impossible), seroit-il
donc si glorieux à ces écrivains modernes
de se nommer, à ce prix 3 les amis des
Noirs ? sur les débris de nos propriétés
devant le sang de plusieurs milliers de
Citoyens, qui osera dire : « c'est moi qui
33 ai écrit le premier sur la liberté des
» Nègres et. A ces écrivains, dont le nombre se
multiplie chaque jour, auxquels les Journalistes s'ailocient, en disséquant 6c propageant leurs mensonges imprimés , se
joignent encore les Cahiers de quelques
Bailliages ; des Députés à l'Assemblée
se proposent, font d'avance trophée, d'y
provoquer la discussion du problême. Il
est donc important de s'armer de bonnes
raisons, 8c d'en armer les Députés des
Colonies pour le sou tien du régime actuel,
avec quelques modifications toutefois, non
telles que M. Malouet les propose, en
6c propageant leurs mensonges imprimés , se
joignent encore les Cahiers de quelques
Bailliages ; des Députés à l'Assemblée
se proposent, font d'avance trophée, d'y
provoquer la discussion du problême. Il
est donc important de s'armer de bonnes
raisons, 8c d'en armer les Députés des
Colonies pour le sou tien du régime actuel,
avec quelques modifications toutefois, non
telles que M. Malouet les propose, en --- Page 197 ---
( s ) Pi 3 créant un Tribunal & de nouvelles Loix ;
mais telle qu'une bonne Constitution Coloniale les amènera naturellement. JE diviserai ce Mémoire en plusieurs
Chapitres, &. je commence par celui de
l'Esclavage, en le considérant sous sou
acception générique. --- Page 198 ---
.. ( 6) C II A r I T R E PREMIER. De VEfclavage, SERVIR, être dépendant ! dans quelque langue,
& de quelque manière que l'on tourne les définitions de ce mot , on y verra toujours la
nécessité de servir, imposée par la nature. A quelle
classe d'hommes ce mot fatal servir n'est-il pas
appliqué ? . ^ Ce Soldat ! si mal soudoyé, qu'il n'a pas
d'autre reiïource au terme de son engagement
que de le renouveller ; ce Soldat ! qui n'eu: pas
sur après de longs services d'obtenir le triste
asyle de's Invalides ; ce Soldat ! assujetti aux
punitions les plus rigoureuses , à la mort, &
souvent sur l'Interprétation arbitraire d'un article
d'Ordonnance , l'appellerez - vous un homme
libre ? Ce Matelot ! mal nourri dans les travaux
pénibles de la mer, fréquemment battu j arraché
par contraire à son metier de pécheur, enlevé de
force, au Jervice lucratif des vaisseaux de commerce
pour un service dur, ingrat j mal payé3 & dangereux pour sa vie , jouit-il de la liberté ? --- Page 199 ---
( 7 ) A 4 Ce Paysan , ce Cultivateur journalier ! réduit;
pour la vie à l'aliment le plus grossier & le plus
mal saisi ; ce Paysan qui, ne peut s'éloigner de
la glèbe qu'il arrose de ses Tueurs, sans s'exposer
à la mendicité, à laquelle les gens aises, pour
la plupart, ne répondent que par des refus mêlés
de mépris & de dureté ; ce Paysan ! qui ne
connoît nul milieu, entre endurer toutes les
intempéries des saisons, ou mourir de faim ,
qui subit tous les maux attachés à l'humanité-,
sans pouvoir se procurer aucun remède , sans
vêtement, pour ainsi dire, sans autre asyle qu 'une
cabane ouverte à tout vent ; est-ce-là l'homme
libre qu'on veut substituer au Cultivateur Esclave ? (i) car, sans doute, on ne pousse pas
l'humanité pour les Noirs, au-delà du degré (i) Et que l'on ne dise pas que ce tableau des misères
du Paysan n'ait de réalité que passagèrement ! lisez le
Procès - verbal des Etats - généraux de 1576, vous y
voyez « que le pauvre laboureur des champs sème &
moissonne, fait & exerce toute espèce d'agriculture, soir
ct matin, à la chaleur & au froid, qu'il ne perd aucune
faison, soit de pluie, soit de beau temps, de travailler
à la sutur de sin corps , 6' vivant librement de gros
pain ct d'eau sroide , presque nud & mal vêtu , pour
faire vivre les Grands splendidement *, & l'on n appellera
pas cela être de fait esclave du luxe des Grands!
sème &
moissonne, fait & exerce toute espèce d'agriculture, soir
ct matin, à la chaleur & au froid, qu'il ne perd aucune
faison, soit de pluie, soit de beau temps, de travailler
à la sutur de sin corps , 6' vivant librement de gros
pain ct d'eau sroide , presque nud & mal vêtu , pour
faire vivre les Grands splendidement *, & l'on n appellera
pas cela être de fait esclave du luxe des Grands! --- Page 200 ---
( 8 ) d exercice qu'on en fait envers les Cultivateurs
Blancs en Europe. Voilà les découvertes où aboutit l'examen impartial & vrai de la liberté des hommes, nés
pour gagner, jour par jour, la jujle mesure de
leur nourriture. Et l on ne contestera pas
que cette classe ne soit la plus nombreuse
par - tour. Que l'on promène ces infortunés, de l'extrémité-nord à l'extrémité-sud de rifle SaintDomingue, qu'ils' visitent les hôpitaux de nos
habitations, de ces hôpitaux où l'assiduité continuelle d'une Hospitalière, les visites fréquentes
d un Chirurgien, tous les secours de la Pharn1acie viennent au secours de l'humanité souffrante ( i ). Qu'ils voient les cases à Nègres,
qu'ils les voient entourées de volailles &: de
cochons, acquis & nourris par le superflu des
vivres, que nos Nègres récoltent sur le morceau
de terre que nous leur abandonnons ! Ces ( i ) A cette peinture très-vraie, de la tenue de nos
hopitaux, opposez le spetbcle, très-vrai aussi, d'un
Paysan malade, étendu sur une misérable paillasse, n'ayant
pas même de la tisane, & entouré 4'enfans , que l'interruption du travail de leur père, réduit à n'avoir pas
«le pain, à mourir de faim. --- Page 201 ---
( ) Paysans envieront le sore de ceux que vous
plaignez. Promenez au contraire, n'importe quel Nègre,
dans une de vos campagnes, n'importe laquelle 5
vous lui entendrez dire avec transport, je préfère
mon sort. Il n'y a point de faits plus généralement
attestés que ceux-là, & cependant, sans prendre
la peine de s'en assiirer, sans approfondir les
suites d'une insurrection dont l'idée est inséparable des idées de révolte & de guerre
intestine , des personnes distinguées, soit au
Barreau, soit dans l'Administration, foit dans
les premières Académies du Royaume , ont
cmbraffé ce sanguinaire apostolat, elles se sont
laissé aller à l'appas de quelques phrases, plus
ou moins spécieusement tournées, qui leur ont
paru suffisantes pour acquérir le titre d'amis des
Noirs, eheu vanas, hominum mentes. CHAPITRE II. Des exceptions au parallèle que je viens
de tracer. " Vous nous peignez, me dira-t-on, d'un
»> côté la condition du Cultivateur libre, sous --- Page 202 ---
( 10 ) » l'aspeâ: le plus repoussant, & d'un autre côté
» le sort du Cultivateur esclave, sous un maître
3' humain & généreux «. Qu'importe si j'ai présenté, des deux cotés r
le rapport le plus général, le rapport presque,
universel.
II. Des exceptions au parallèle que je viens
de tracer. " Vous nous peignez, me dira-t-on, d'un
»> côté la condition du Cultivateur libre, sous --- Page 202 ---
( 10 ) » l'aspeâ: le plus repoussant, & d'un autre côté
» le sort du Cultivateur esclave, sous un maître
3' humain & généreux «. Qu'importe si j'ai présenté, des deux cotés r
le rapport le plus général, le rapport presque,
universel. Une différence seule décide péremptoirement
l avantage du régime actuel des Colonies., pour
la classe (par- tout asservie) des Cultivateurs.
Dans l ordre de liberté de vos Paysans les
bons comme les médians font esclaves de fait.
Si je prouve encore que les bons sont en
proie, sans ressource aucune, à tous les maux
de l 'humanité , qu aura - t - on a répliquer ?
Choisissons, pour administrer cette preuve, la
terre d'un Seigneur bienfaisant, sans même
aller la chercher trop avant dans l'intérieur des
Provinces. Quels affiigeans spedac1es s'offrent
par-tout ! prendrons - nous le moment d'une
abondante récolte ? Voyez dans la chaleur la
plus ardente, depuis l'aube du jour jusqu'au
coucher du soleil, voyez des infortunés sans
ombre, sans abri, mangeant un pain noir, que
des chiens refuseroient, & n'ayant souvent pour
se désaltérer qu'une eau fcride, échauffée par
les rayons du soleil brûlant de la canicule.
Remarquez parmi eux cette mère, allaitant --- Page 203 ---
( il ) l'enfant dont elle est accouchée deux Jours auparavant. La liberté que vous exaltez, la liberté
de ces malheureux ne va pas jusqu'à entremêler
ce pénible labeur, d'un jour de repos ; car
alors l'aliment leur manquerait, & le lendemain 3
peut-être, le Fermier leur refuseroit un emploi
donné à d'autres plus assidûment courbés sous
le joug. Parlerai-je de la saison des frimats ? suivez
alors ces mêmes gens dans l'intérieur des Villages : combien le speâacle de tous les maux
devient plus déplorable ! vous n'entendez que
plaintes j vous ne voyez que les symptomes de
la douleur morale & physique : interrogez le
Pasteur de cette Paroiiïe : » ces malheureux,
>» vous dira-t-il, sont bons , laborieux, fidèles
» à leurs devoirs ; le Seigneur , dont ils sont
" les vassaux , est charitable ; sans cerre, il
» répand sur eux ses bienfaits, j'y ajoute moi3) même autant que je le peux, cependant
H voilà leur lort : il est tel , que de grands
» sacrihces de revenu pécuniaire, des remises
» sur les Fermiers, &c. suffisent à peine à emis pêcher les dernières extrémités de: la misère
Ainsi donc, en présentant le tableau général des
Laboureurs sur la surface du globe, le sort de
ceux que l'on nomme libres 3 qu'ils soient bons
j'y ajoute moi3) même autant que je le peux, cependant
H voilà leur lort : il est tel , que de grands
» sacrihces de revenu pécuniaire, des remises
» sur les Fermiers, &c. suffisent à peine à emis pêcher les dernières extrémités de: la misère
Ainsi donc, en présentant le tableau général des
Laboureurs sur la surface du globe, le sort de
ceux que l'on nomme libres 3 qu'ils soient bons --- Page 204 ---
t 11. > ou méchans, est de souffrir. Dans les Colonies Z
les bons Nègres, du moins, sont heureux, sous
la domination des bons maîtres on ne conteste
pas cette vérité, 8c personne, sans se refuser à
l'évidence, ne peut nier que ce ne soit le plus
grand nombre; accordons, si on le veut, que
les bons maîtres n'aient pas d'autre mobile que
leur intérêt. Leur intérêt ! quel mot ! comment peut-on
ne pas se reposer sur un Ange tutelaire , si
puissant pour les Nègres ! cettè considération.
seule devroit rendre circonspeâs les détracteurs
du régime colonial. Qu'opposercient-ils à ce
raisonnement-ci ? » Un de vos Vassaux , un des
3» Cultivateurs journaliers de votre terre meurt \
« convenez que cela n'y fait aucune sensation \
« un autre le remplace : la. mort, l'émigration,
« rien n'occasionne le moindre dommage a
» votre fortune, ni même à votre récolte (i).
« Qu'un de mes Nègres meure ! s'il en: accli-
» maté, je perds une somme au moins de mille
» écus, & je perds en outre le srui:t de sun (i) A la Paroisse de Gennevilliers, il est mort plus
de cent personnes dans l'espace d'un mois. La culture
y est-elle diminuée ? non. Le revenu du Seigneur sera-.
t-il moindre cette année? non. --- Page 205 ---
X 13 ) » travail «. Que cette mort soit accompagnée
tle celle de deux, trois, quatre autres Nègres
& plus ! me voilà livré à l'alternative cruelle
ou d'un remplacement très-dispendieux, ou de
multiplier mes pertes, en surchargeant de. travail
le reste de mon attelier (i). Revenons aux exceptions : celle d'un maître
barbare sur mille bons maîtres, a des effets
terribles, qu'aucune autre police ou administration ne laisse à redouter, & cela seul est une
cause de proscription.. Et pourquoi donc de proscriptioij? toutes
les fois que l'intérêt met un frein à l'abus de
cette autorité, l'exception alors ne mérite pas .
-de fixer l'attention. Sans retracer de nouveau ce que j'ai dit plus
haut, des traitemens barbares que l'on fait
éprouver aux soldats , aux matelots , sans y
joindre l'exemple d'un si grand nombre de
domestiques, que l'inhumanité de leurs maîtres
soumet à une condition déplorable ; je demanderai
à mon tour , quelle est l'autorité sur la terre
frein à l'abus de
cette autorité, l'exception alors ne mérite pas .
-de fixer l'attention. Sans retracer de nouveau ce que j'ai dit plus
haut, des traitemens barbares que l'on fait
éprouver aux soldats , aux matelots , sans y
joindre l'exemple d'un si grand nombre de
domestiques, que l'inhumanité de leurs maîtres
soumet à une condition déplorable ; je demanderai
à mon tour , quelle est l'autorité sur la terre (i) L'intérêt ! l'intérêt .1 Qu'on y réfléchisse bien.
L'intérêt des propriétaires est la plus sure fauve-garde
pour les Nègres. --- Page 206 ---
( 14 ) qui ne soit pas susceptible des plus cruels excès.
Fixons-nous à l'autorité paternelle. Que d'enfans
dont la vie même a succombé sous le poids
des cruautés de leurs pères ! combien de morts
lentes „ & de supplices ( pires que la mort 1 )
occasionnés par ceux-ci ! à un aîné ! des cadets
sacritiés, privés de l'état où leur vocation les
appelloit , & en butte à une sorte de dédain de
la part de leurs frères. Des filles ! telles que la
fleur qui se fane, desséchant dans le fond d'un
cloître, des inclinations contraintes, des dots
vendus à de grands noms, & bientôt dissipées,
des séparations, la ruine des familles, & tous
les maux qui en sont inséparables. Attaquez donc l'autorité paternelle. Ses effet*
sont les plus terribles él les plus multipliés, qui
que ce soit cependant ne pense, dans aucun
Gouvernement , à établir des Tribunaux de
surveillance contre l'abus de cette autorité !
la nature l'a imposée. Il semble avec ce mot
que tout est dit, & qu'il n'y a plus qu'à se
soumettre : & pourquoi donc des loix, si ce
n'eH: pour réprimer & corriger ce que la nature
a formé d'injuste & de vicieux ? Et cependant l'humanité 1 ce' mot que vous
faites tant sonner, comment s'arrête-t-il aux
titres de père & de fils ? l'homme ! l'homme --- Page 207 ---
( 15 ) souffrant Se sacrifié, l'homme vidime. Philantropes ! cet objet doit seul arrêter vos regards,
sévissez contre les pères. Oh, qu'à bien plus juste titre je dirai qu'il n'est
point d'inititutions humainesquin'aient des abus, &
qu'une partie de ces abus sont inattaquables, parce
que de bien plus graves naîtroient de ceux que l'on
détruirait. Auriez - vous des Tribunaux pour
régler le frein qu'on peut imposer à l'autorité
d'un père qui en abuse ! des Tribunaux î pour
y voir des enfans attaquant au criminel l'auteur
de leurs jours 1 cela fait horreur. Pourquoi donc ne pas faire l'application de
cette sage retenue, à le police distinctive des
Noirs avec les Blancs, à l'avantage de ceux-ci?
Je ne dirai pas que l'institution est faite, & que,
fût-elle aisée à abolir, pour une Nation, elle
subsistera pour plusieurs autres j mais je dirai
en frémissant, que l'esclavage est un vice inhérent
à Vespece d'hommes qui naît dans une des pluf
vajles parties du monde. Si l'on vouloir profiter de tous ses avantages,
quel tableau à tracer ici de toutes les horreurs
que l'esclavage originel , en Afrique, y fait
subir aux Nègres. Qu'on se peigne seulement
un Temple , construit entièrement avec des
crânes de Nègres, par un souverain : cinq cents
je dirai
en frémissant, que l'esclavage est un vice inhérent
à Vespece d'hommes qui naît dans une des pluf
vajles parties du monde. Si l'on vouloir profiter de tous ses avantages,
quel tableau à tracer ici de toutes les horreurs
que l'esclavage originel , en Afrique, y fait
subir aux Nègres. Qu'on se peigne seulement
un Temple , construit entièrement avec des
crânes de Nègres, par un souverain : cinq cents --- Page 208 ---
( 16 ) mille Nègres, peut-être, ont fourni les matériaux de ce monstrueux édifice : plaignez donc
leur race, d'être enlevée à cette infernale patrie ï
il est de fait encore, que, dans l'intérieur où la
Traite ne pénètre pas, les Noirs sont Cannibales,
les Mondongues en tiennent boucherie. L'immuable base , de cet esclavage, posée-,
reconnoissons combien c'efi: tracasser vainement
l'esprit humain par des subtilités plus pitoyables , que les subtilités de l'école; reconnoissons
que c'est sur-tout bien mal remplir le but des
grands objets qui rassemblent la Nation , que
d'occuper toutes les têtes ( instruites ou non )
à sophistiquer, pour dire avec emphase, des lieux
communs sur l'humanité ! comment ne voit-on
pas qu'en agitant seulement cette question, l'on
ne tend qu'à opérer une grande révolution, 8c
que cette révolution ne peut se faire sans que
le sang coule à grands flots ? A dieu ne plaise, toutefois, que je me refuse
a la recherche des moyens de réprimer les abus
d'autorité qui dégénèrent en cruauté ; mais je
proscrits tout moyen qui peut dépendre des
Tribunaux connus. Quel a été le résultat des
démarches qui y ont été faites par quelques
Propriétaires qu'un excès de bonne-foi a entraînés ? la voici : Le? --- Page 209 ---
( l7 ) B Les Nègres dénoncés ont séjourné , à grands
srais, dans les prisons publiques : leur délit
n'a pu être constaté, puisque les preuves par
écrit manquent avec les Nègres, 3c celles par
témoignages sont insuffisantes. Sur la plupart des
Habitations il n'y a que deux Blancs, & souvent
qu un. Du reste les Esclaves ne sont point admis
comme témoins, & enfin ils se tiennent tous
entre eux : qu'est-il arrivé ? que les Tribunaux,
qui ne jugent que suivant les Loix & les Ordonnances, ont mis hors de cour & de procès les
accusés, faute de preuves : les Maîtres en ont
été pour des frais considérables de procédure , &: leurs Nègres rentrés dans l'attelier, y ont porté
la certitude de l'impunité dans l'exercice du
poison. A quels désordres affreux ne mène pas >.
cette marche ! cela ce va-t-il pas droit à la
subversion de nos Colonies ? CHAPITRE III. Réflexions sur les remèdes à employer , pour arfêter ou diminuer du moins les cruautés de quelques Maîtres. C E chapitre est d'autant plus intéressant à
traiter, qu'il est eLseutiellement lié à la nécessité
ont porté
la certitude de l'impunité dans l'exercice du
poison. A quels désordres affreux ne mène pas >.
cette marche ! cela ce va-t-il pas droit à la
subversion de nos Colonies ? CHAPITRE III. Réflexions sur les remèdes à employer , pour arfêter ou diminuer du moins les cruautés de quelques Maîtres. C E chapitre est d'autant plus intéressant à
traiter, qu'il est eLseutiellement lié à la nécessité --- Page 210 ---
( 11 ) 3e refondre totalement la constitution de nos
Colonies 5 c'est pourquoi, en portant des plaintes
très-amères à M. Necker 3 sur l'article de son
Idiscours qui concerne les Nègres , je m'exprimois ainsi : o L'admission de nos Députés à la grande
» Assemblée ! voilà , Monsieur, ce qui seul méritoit le développement de votre éloquence ,
M voilà ce qui seul pouvoit vous mener aux
8) utiles résultats de régénération des Noirs dans
•> les Colonies mêmes «. Mais comment ( dans une tâche aussi circoncrite > & si fort au-dessus de mes forces ), comment m'y prendre , pour tracer la refonte de
la constitution des Colonies ? Cet objet exige
un ouvrage particulier , & je me contenterai
4e quelques indications sur un seul point contre
lequel nul contradicteur ne s'élève ; la création
d'Etats Provinciaux 3 d'Assemblées Provinciales.
Je supplie qu'on ne perde pas de vue , que ce
que je vais dire présentement n'est qu'une exquisse ,un simple apperçu. Je tiens à ce mot Provincial ; car il est temps
de ne plus regarder en politique » les Colons que
comme des "François, & les Colonies que comme
des Provinces de France. Aucune de ces provinces
* est plus importante à la Métropole & à la richesse --- Page 211 ---
( 19 ) B 1 de l'Etat ; c'est une vérité qui n'a pas besoin de
plus ample démonstration , nulle Province n'a
fourni au Roi de plus fidèles Sujets, il n'y a
nulle Province , enfin , dont quelques membres
distingués ne tiennent à ceux des Colonies par
acquittions, ou par le fil des alliances. Rien ne prouve plus la néceilité d'aflimiler aux Provinces de France, Saint-Domingue,
la Martinique &:c. par le régime de l'administration , que la manière dont on a procédé à
Saint Domingue aux élevions des Députés pour
les Etats-Généraux. Les Règlement, Ordonnance , Résultat d'Arrêt du Conseil avoient à peine
paru en France, qu'à 1000 lieues , on agissoit
sur les mêmes formes, autant que la localité &
la confusion des ; Ordres en un seul, ont pû
le permettre. Chaque Paroisse , à l'instar de vos Bailliages
secondaires, a nommé ses Electeurs au Scrutin ,
& ceux-ci se sont réunis à l'Assemblée générale,
c'est-à-dire aux Comités des grandes villes
où l'élection des Députés s'est faite au Scrutin,
& de là manière la plus légale, tout en luttant
contre mille contradictions suscitées par les administrateurs de la Colonie. Voilà j sans pouvoir le révoquer en doute , le
moule de la meilleure constitution j à procurer
vos Bailliages
secondaires, a nommé ses Electeurs au Scrutin ,
& ceux-ci se sont réunis à l'Assemblée générale,
c'est-à-dire aux Comités des grandes villes
où l'élection des Députés s'est faite au Scrutin,
& de là manière la plus légale, tout en luttant
contre mille contradictions suscitées par les administrateurs de la Colonie. Voilà j sans pouvoir le révoquer en doute , le
moule de la meilleure constitution j à procurer --- Page 212 ---
( io ) &ux Colonies , voila le modèle des Assemblées
Provinciales. Chaque quartier s , je m'adresse principalement
11 mes Compatriotes , je dois donc employer
les mots de leur Dictionnaire actuel , je crois
néanmois ru'en acquérant des rapports immédiats a\cc h Mé tropole , il conviendra de substituer les termes le plus généralement connus ,
tels que Distri cts, Paroi sis ) , chaque quartier
tiendra ses assises une fois par semaine , ( le
dimanche & une fois par mois les différents
quartiers enverront deux ou trois Députés a la
grande Assr-ti-ib'lée Provinciale dans les villes. La distinction de grand à petit propriétaire
, sera sur tout bannie de ces Assemblces ; il n.est
point de sujets plus grands pour les Colonies ,
que ceux qui y résident , qui en étudient les
différens modes de cultivation , qui observent les
mœurs des Nègres , & enfin , qui connoissent
a fond les Colonies. 11 est inutile de répéter, que je ne fais qu'indiquer, esquisser , ébaucher ; des développemens
plus marqués ici , distrairoient de l'objet important de ce Mémoire. j'indique donc simplement) mais d'une manière bien pojidve , que voilà où gît le maintien
,de la police, à l'égard des Maîtres, relative- --- Page 213 ---
C 1. ) B 5. ment au traitement de leurs Esclaves \ est-il en
effet une Parosse, un District 3 où ies désordres
d'une habitation ne soient connus par l'habi-r
ration voisine ? un Poncec , ( nom à jamais en
exécration à Saint-Domingue parmi les Blancs enr
core plus que parmi les Noirs ) un Poucet 1
pourroit-il se flatter d'exercer clandestinement
ses massacres ? Non certainement. Ses cruautés y
dénoncées à l'Assemblée Paroissiale, ou de District j seroient erisuite portées à la grande Assemblés des Etats - Provinciaux , dont les Décrets
infligeroient un bannissement perpétuel de la Colonie avec cette note infamante : indigne de gouverner des Nègres. Personne ne pourroit se refuser à ce genre
de délation ; tant de motifs d'intérêt y sont attachés ! 1°. L'intérêt d'éviter que le bruit de
nouvelles cruautés ne renouvellât l'insurrection
que nous cherchons à étouffer. 2°. L'intérêt mar
jeur de concilier la vénération que toute l'efpèce des Noirs ne sauroit refuser au corps des
Habitants propriétaires & des Blancs , en gé:"
néral, pour avoir mis ainsi un frein à la barbarie de ceux qui passent les bornes de l'équité
dans l'exercice de leur autorité. 3°. ( & j'aurois '
dû commencer par ce motif ) La pratique constante des loix de l'humanité.
ffer. 2°. L'intérêt mar
jeur de concilier la vénération que toute l'efpèce des Noirs ne sauroit refuser au corps des
Habitants propriétaires & des Blancs , en gé:"
néral, pour avoir mis ainsi un frein à la barbarie de ceux qui passent les bornes de l'équité
dans l'exercice de leur autorité. 3°. ( & j'aurois '
dû commencer par ce motif ) La pratique constante des loix de l'humanité. --- Page 214 ---
( 11 ) Fixons ici toute notre attention. Qu'est-ce qui
fonde cette institution ? l'intérêt. Qu'est-ce qui
veillera à l'exécution de ce qu'elle impose ? rintérêt. Oui l'intérêt générai sera l'axe sur lequel rouleront tous les cercles de cette importante & vaste
machine. On peut être sur que chaque Habitant
se voyant ainsi surVeillé de près & menacé de
recevoir de ses compatriotes , de ses frères , le
châtiment de la cruauté & de l'injustice , ne
donnera jamais lieu aux plaintes. CHAPITRE IV. Des Etats - Provinciaux & de leus influence sur
la nourriture des Nègres. JE ne prétends point présenter un plan de conftitution pour des AlTemblées Provinciales , ou
des commissîons intermédiaires dans les Colonies ; ce travail appartient à des mains plus habiles & à des têtes plus fraîchement exercées sur
les lieux mêmes, aux observations locales , qui
ont tant varié depuis bien des années , sous une
administration arbitraire. J'esquisserai, relativement à l'objet qui m'occupe , seulement quelques vues très vagues. Ce que l'on cultive de vivres dans ce que
nous appelions les places à Nègres, est insuflisant, quoique nos Eclaves y économisent indé- --- Page 215 ---
( 13 ) B 4 pendamment de ce qu ils consomment pour leur
propre usage , la nourriture de leurs volailles y
& de leurs cochons ; d'ailleurs y cela est subordonné aux hasards des saisons , a la sécheresse
qui souvent intercepte toutes végétation , enfin y
ces vivres ne sont point allez substantiels pour
des gens qui travaillent beaucoup. 11 ne faut pas croire qu'en accordant plus
d'étendue aux places à vivres, l'on parvînt au
grand résultat d'abondance de nourriture pour
les temps de disette, car il est de toute certir
tude, que par la nature du sol & par la qua-,
lité des végétaux ( sosis la dénomination de vivres ), rien ne peut se conserver , ni en terre »
ni en magasin. Tout approvisionnement d'un
mois seulement en mais mil, patates , bananes x-
&c. est gite , piqué & perdu. Des app w v isio nne m eus en bïscuit i voilà ce
qu'il faut, joignez-y des salaisons , donnez - y
des encouragemens pour l'importation de la morue; avec cela , les Nègres nageront dans l'abondance de vivres , & leur prospérité , leur propagation , seront les infaillibles réCultats de ce
régime phy£que. Combien il m'en coûte d'être circonscrit dans
des bornes étroites 1 à quelle digression ceci
n'entraîne-t-il pas ? La grande question de l abro-
joignez-y des salaisons , donnez - y
des encouragemens pour l'importation de la morue; avec cela , les Nègres nageront dans l'abondance de vivres , & leur prospérité , leur propagation , seront les infaillibles réCultats de ce
régime phy£que. Combien il m'en coûte d'être circonscrit dans
des bornes étroites 1 à quelle digression ceci
n'entraîne-t-il pas ? La grande question de l abro- --- Page 216 ---
\
( 24 ) gation des Loix prohibitives, au moins relativement aux farines, au biscuit & à la morue,
tient nécessairement à la loi indispensable de
pourvoir à la subsîstance des Nègres. Amis des
Noirs ! qu'il me soit permis de vous interpeller encore } rien de ce que j'ai à vous dire ne
pourra aigrir votre haine contre nous ; je ne
veux vous parler que. du bonheur des Nègres.
Si vous voulez l'opérer efficacement , attachezvous uniquement à prêcher pour qu'on nous fournisTe les moyens de suffire abondamment à leur
subsistance (i). Sur ces contrées, que le double despotisme
des Ministres de la Marine & des commerçans
a jusqu'à présent opprimées , attirez ce genre de
liberté qui rentre dans les vrais principes de la
constitution nouvelle. Quelque étendue que nos
sages Législateurs veuillent donner à l'égalité naturelle entre les hommes, va-t-elle au-delà des
soins de sarisfaire amplement aux besoins de la
vie pour la clasTe des Laboureurs ? Voilà ce que (1) Tant mieux si cela s'opéroit par l'entremise des
Négocians François ; mais depuis le temps que l'on agite
cette grande queslion, infructueusement pour les Colons,
on ne peut se dissimuler que c'est un mal à-peu-près
sans reflcurce ; nos Négocians sont trop exclusivement
adonnés à un Commerce de luxe. --- Page 217 ---
( 1S ) les cultivateurs Noirs auront obtenu, ce qui les
rendra heureux , si l'Assemblée Nationale ouvre
de libres canaux à l'introduction des vivres dans
les Colonies. Philantropes ! cessez de méconnoître vos Compatriotes Américains : croyez que
les vertus , qui sont dans le cœur de tout bon
François, l'humanité sur-tout & la sen sibilité,
sont en eux. Il semble même qu'elles soient des
qualités propres au climat. Remontez à la découverte du Nouveau monde, vous verrez , dans
le naturel brut des Indiens , bonté , douceur ,
hospitalité : tels sont les caractères distinCtifs ,
en général, de ceux qui naissent par-delà le
tropique. Fussiez-vous fondé à contester cette
vérité , il faudroit toujours en revenir à la caution
irrecusable du bien-être des Nègres que nous
vous avons déjà proposée ; l'intérêt que ceux , à
qui ils appartiennent, ont à leur conservation. La Conclusion de cet important chapitre ,
est qu'en laissant aux Habitants des Colonies la
prérogative ( que chaque Bailliage obtient ) de
t'occuper des intérêts de sa P/ovince , les Loix
de la Police auront pour base l'humanité ;
venu, dont la pratique presqu'universdle dans
les Colonies , réellement très - dispendieuse ,
mais aussî très-utile pour ceux qui y pcflèdent
des Nègres , doit prévaloir sur les déclamations
de ceux qui , ne fournissant aucun enjeu ,
issant aux Habitants des Colonies la
prérogative ( que chaque Bailliage obtient ) de
t'occuper des intérêts de sa P/ovince , les Loix
de la Police auront pour base l'humanité ;
venu, dont la pratique presqu'universdle dans
les Colonies , réellement très - dispendieuse ,
mais aussî très-utile pour ceux qui y pcflèdent
des Nègres , doit prévaloir sur les déclamations
de ceux qui , ne fournissant aucun enjeu , --- Page 218 ---
( 26 ) saisissent la circonstance de cette révolution, pour
figurer sur la liste dçs apôtres de la liberté. CHAPITRE V Des Loix prohibitives. J'AI terminé le chapitre précédent par une digression relative à ces Loix, & quoique je me
fois prescrit de ne pas m'écarter de mon sujet ;
la connexion est telle, 5 entre l' empire prohicitif des
commerçans & tout ce qui concerne les Nègres ,
que je me crois obligé de traiter à fond un article des Loix prohibitives , auquel il est peutêtre le plus essentiel d'attacher le sceau de la
réprobation 5 c'est celui de la defense d'introduire
des Nègres étrangers dans nos Colonies. En ceci,
le vœu de la Nation devient unanime , & nul
Colon ne niera que la manière de transporter
les Nè gres d'Afrique en Amérique , sur nos navires Négriers , ne soit barbare. Tel est l'avantage des Propriétaires Américains
dans cette discussion , c'est qu'en tout ce qui .
tient à l'exacte vérité & aux intérêts de l'humanité , on les voit provoquer & indiquer euxmêmes la réforme. Il feroit sans doute impolinque à nous , d'indiquer ici celle qui concerne la traite en Afiique ; mais puisque les Anglois agitent cette --- Page 219 ---
( 17 ) question, laissez-les la resoudre ; & bien que ce
soit une question pour eux seuls , attendons leur
décision. S'ils renoncent à ce commerce , nous
les imiterons } alors cette conduite dictee par
l'humanité & mise en pratique par les deux
Nations de l'Univers les plus commerçantes &
auxquelles on ne petit aussi contester l empire de
la raison & de la philosophie, servira de précepte
aux autres. Si au contraire ( comme nous ne devons pas
en douter, puisque par le relevé des armemens
pour la traite, fait sur les règles de l 'Amirauté d'Angleterre , ils sont plus nombreux depuis un an qu'ils n'ont jamais été ) , si au contraire , dis-je , les Anglois donnent plus d activité que jamais à la traite > n'aurez-vous pas
toujours la ressource de leur abandonner l 'iniquité entière de ce transport , où sont violes
tous les droirs de l'humanité & de la politique même , puisque la manière dont les Nèw
gres sont accumulés &: entaliés au fond d'un
vaisseau , cst une source de maladies & de mortalité , non-seulement p~nr eux , mais encore
pour les Matelots employés sur ces navires.
les Anglois donnent plus d activité que jamais à la traite > n'aurez-vous pas
toujours la ressource de leur abandonner l 'iniquité entière de ce transport , où sont violes
tous les droirs de l'humanité & de la politique même , puisque la manière dont les Nèw
gres sont accumulés &: entaliés au fond d'un
vaisseau , cst une source de maladies & de mortalité , non-seulement p~nr eux , mais encore
pour les Matelots employés sur ces navires. Remarquons de plus qu'il y a un autre point
de rapprochement entre les amis des Noirs , 8c
nous, ils citent les Anglois , ils excipent de leur --- Page 220 ---
(i8) exemple, & c'est où nous voulons toujours ramener ces ennemis de norre propriété. Qu'ils lisent donc ( dans les papiers Anglois du 2. 1 Mai ),
ces paroles sages 8c dignes de régler notre conduite. » Il est aisé d'appercevoir que ni le Gou-
» vernement y ili le Corps le'gislatif, après avoir
» eu le tort de souffrir Ù'encourager , de sane-
» donner la traite des Nègres , ne ponvoient
» dans un pays libre 3 où les propriétés sont sous l'é99 gide de Loix inviolables, revenir brusquement
» sur leur erreur passée ni renverser ( uniqueà) ment par esprit de philantropiz ) la fortune 8c
» les établiffemenrs d'une nombreuse classe de
» sujets Britanniques. Aussi l'administration d'An-
» gleterre ne se laine pas subjuguer par cette
» reine de la sottise, par cette mère féconde
M de toutes les méprises , par l'opinion du jour.
JI L 'Angleterre s'est pénétrée de deux vérités : la
M première , qu'un examen lent & approfondi
» ( on auroit dû ajouter dans l'ombre du myf-
» tère ) devoit précéder le jour où l'éloquence
» en appuieroit les résultats : la deuxième, qu'on
n ne parviendra jamais à faire révoquer la traitt des
» Nègres 3 sans prouver qu'elle offense en même-
>> temps l'humanité, & le commerce National
» (preuve que l'on n'administrera jamais) , ni
» sans présencer à celui-ci ( au commue Na- --- Page 221 ---
( i ) » tional ) des moyens plausibles de suppléer
» à l' utilité présumée de l'importation des Nègres
« aux Colonies Britanniques «. Représentants de
la Nation ! Assemblée respectable , que des
opérations sages , équitables & fondées principalement sur les Loix inviolables des propriétés
doivent immortaliser ! Voilà , le prototype de
votre jugement sur la cause des Nègres. CHAPITRE VI. De la Traite des Nègres 3 & de la maniéré
différente dont les Anglais & les François traitent
cette Quejlion. JUSQU'A-PRÉSENT, , je n'ai envisagé la question
des Nègres, que relativement à l'esclavage en
lui-même. Je parlois à des François, je repoussois les attaques de quelques François. Je
vais l'envisager relativement à l'abolition de la
Traite, & alors c'est aux Anglois principalement que je répondrai : telle est l'influence du
caractère National , qu'entre deux Nations qui
agitent la même question, un seul objet semble
en former deux.
JUSQU'A-PRÉSENT, , je n'ai envisagé la question
des Nègres, que relativement à l'esclavage en
lui-même. Je parlois à des François, je repoussois les attaques de quelques François. Je
vais l'envisager relativement à l'abolition de la
Traite, & alors c'est aux Anglois principalement que je répondrai : telle est l'influence du
caractère National , qu'entre deux Nations qui
agitent la même question, un seul objet semble
en former deux. Avouons - le , le François s'attache aux
superficies j sa tête est prompte à s'exalter j --- Page 222 ---
( 30 ) l'amour du bien, qu'il pratique autant que ses
rivaux, a beaucoup plus d'empire sur lui, s'il
s'y mêle de l'ostentation, & ce véhicule est tel
qu'il consigne dans les Journaux ses bonnes
œuvres, ses actes de Philantropie : l'exemple
alors est le coup électrique qui meut la multitude y la Bienfaisance est devenue une vertu,
pour ainsi dire, de mode, à chaque circonstance
où elle peut être exercée ; le mot de l'ordre,
le soir dans les cercles , est, en vérité c'est prodigieux à quel point on est charitable ! Cela seul ne fait pas le prix du bienfait (à dieu
ne plaise que je le pense , le François est bon,
généreux, bienfaisant) ; mais cela y ajoute. Nous chercherions en vain à nous le dissismuler , ce cachet National est empreint sur tous
les écrits qui ont suivi parmi nous l'insurrection
des Anglois contre la Traite des Nègres. L'esclavage sous tous ses rapports défavorables ,
voilà ce que les François ont saisi uniquement
sans rien combiner„ sans établir dans une balance exacte, non-seulement, ce qui peut comm
penser l'horreur du mot esclavage , mais encore
l'énormité des inconvéniens attachés à la vibration
de cette fatale corde. L'humanité Ce sont des hommes semblables
à nous par la pensée, & sur-tout par la triste --- Page 223 ---
( 31 ï faculté de souffrir Amis des Noirs Se
montrer Philantrope, &c. &c. &c. Avec ces mots, il n'y a pas de François qu'on
ne rallie aveuglément sous sa bannière, & il est
positif que les spéculations de ceux qui écrivent
sur les Nègres n'ont pas plus de profondeur.
C'est le pivot sur lequel ils tournent & retournent sans celle : ces écrivains s'emparent de
quelques faits, sans en avoir constaté l'authenticité : quiconque a pu citer un trait de cruauté,
a été cru sur sa simple déposition, & sans approfondir si ce trait isolé est vraiment un fait Y
& s'il trouve d'immenses correctifs dans les soins
paternels que les 99 centièmes des Propriétaires
Colons exercent envers leurs Esclaves, sans
comparer le sort que ceux-ci ont dans leur
pays natal, avec celui qu'ils acquièrent sur nos
Habitations, on crie Tolle^ Toile, contre la servitude. Cemot passe de bouche en bouche3 ils'acccédite au point que personne ne prend la peine
d'entendre les deux parties. On condamne sans
juger : l'animosité est telle, enfin, qu'on a été
jusqu a provoquer l'exclusion de nos Députés
aux Etats-generaux : on Je voit dans une brochure des Amis des Noirs (c'est ainsi qu'elle est
lignée), on y demande qu'une commission formée
indifféremment de trente Députés juge la questien.
bouche3 ils'acccédite au point que personne ne prend la peine
d'entendre les deux parties. On condamne sans
juger : l'animosité est telle, enfin, qu'on a été
jusqu a provoquer l'exclusion de nos Députés
aux Etats-generaux : on Je voit dans une brochure des Amis des Noirs (c'est ainsi qu'elle est
lignée), on y demande qu'une commission formée
indifféremment de trente Députés juge la questien. --- Page 224 ---
( 51 ) L'assassin, pris même en flagrant délit ! encore
est-il interroge ; les Tribunaux lui accordent une
sellette pour s'asseoir devant ses Juges, & se
jullifier, s'il étoit possible, du crime qu'on lui
impute ; ses Juges sont compétens ; ils sont
versés dans les matières criminelles. Quelle place dans l'ordre civil nous assignentils donc ces prétendus Philantropes ) lorsqu'ils
disposent ainsi de notre propriété (mot si généralement &. si respectueusement invoqué) ! lorfqu'ils en disposent , sans vouloir même nous
entendre? lorsqu'ils soumettent la vie de plusieurs
milliers de Citoyens qui deviendroient infailliblement les victimes d'une révolution parmi les
Nègres , à la décision de trente personnes, dont
pas une, peut-être, ne connoît le régime Colonial,
les moeurs des Nègres, la police des Habitations,
l'importance des Colonies pour la richesse Nationale j dont pas une n'a étudié le code Noir,
n'a lu seulement , l' Hifloire d'Afrique , de ne
connoît les principes d'esclavage qui sont établis
chez ces Peuples mêmes. A côté de ce tableau si fidèle, de la légèreté
& de la jactance des François en général, crayonnons en traits, non moins fidèles, la politique
fage & réfléchie des Anglois. Lorsqu'en croyant servir l'humanité., ceux-là
en --- Page 225 ---
( 33 ) c en sacrifient effectivement les droits : suivez ia
marche de ceux-ci. Pour peu que l'on connoisse le génie de la
Nation Angloise , génie sans cesse appliqué
aux objets de Commerce, on conviendra d'une
vérités C'efi: que les Anglois nous ont tendu un piége
en suscitant cette discussion, ils ont prévu avec
quelle avidité nous nous jetterions sur une question où nous ne verrions que le charme de développer un grand fond de sensibilité. Ils ont de
plus calculé qu'il n'y auroit que du bénéfice
pour eux, si nous avions la mal-adressc de nous
livrer à la discuter. La disproportion d'eux 1
nous, en possessions Coloniales, cultivées par
les Noirs, est si énorme; notre Commerce (en
Sucre, Café, & Indigo ) a un si prodigieux
avantage sur le leur en ce genre , qu'ils ont
spéculé que l'éclat de la réunion de la France
à l Angleterre , pour rendre l'Univers entier
confident d'un mouvement vif de compassion sur
le sort des Nègres, porteroit nos fages étourdis
a exciter une révolution, & à soulever les Nègres
eux-mêmes. Les Anglois ont combiné que cette
révolution seroit partielle ou universelle. En la
calculant partielle, ils ont senti que vû l'effervescence de l'esprit National, vu le petit nombre
que l'éclat de la réunion de la France
à l Angleterre , pour rendre l'Univers entier
confident d'un mouvement vif de compassion sur
le sort des Nègres, porteroit nos fages étourdis
a exciter une révolution, & à soulever les Nègres
eux-mêmes. Les Anglois ont combiné que cette
révolution seroit partielle ou universelle. En la
calculant partielle, ils ont senti que vû l'effervescence de l'esprit National, vu le petit nombre --- Page 226 ---
( i4 ) de vaisseaux armés en France pour porter dit
secours aux Colonies, vu enfin la manière irréfléchie avec laquelle nous engagerions la discussion,
les premières secousses de la rebellion culbuteroient nos possessions, que nous pourrions même
en être les seules vid:imes : dès-lors, quel avantage incalculable pour l'Angleterre ! Dans la chance d'une révolte universelle &
de la subversion totale des Colonies cultivées par
les Noirs j les Anglois ont encore découvert un
très-grand avantage pour eux, puisque 1°. ils ne
perdroient qu'un contre nous dix, & plus; 2°. ils
ont plus de moyens dans leur Marine que nous
-dans la nôtre, pour reconquérir ce que la rebellion
feroit perdre; 3e. Le commerce de l'Inde leur
fournit des dédommagemens que nous n'avons
point ; & enfin tout est défriché dans leurs Colonies, ils n'ont plus qu'à maintenir tandis
■que nous avons à créer & à perfectionner : ce .qui ne peut se faire qu'à force de multiplier les
cultivateurs (1). Remarquez comme cette vérité perce par-tout (1) St-Domingue a plus de la moitié de ses terres à
mettre en valeur : il y a beaucoup de défrichemens à
faire à Sainte-Lucie, à Tabago, à Cayenne; les Anglois
le savent bien, il fondent iur cela le calcul des pertes
qui résulteroient pour nous de l'abolition de la Traite. --- Page 227 ---
( 35 ) C 1 clans leurs dissertations sur cette matière ! v
scrute.t-on a 2000 lieues de distance l'intérieur
des Habitations pour généraliser quelques traits
extrêmement rares de cruauté ? non : y exhale-t-ori
la fureur en imprécations & en injures attroces contre les Colons ? non : y voyez-vous
enfin des, on dit, travestis en faits ? non : les
Anglois nous laissent exclusivement ce genre »
cette manière de discuter, & eux ils analysent
la question fous le vaste rapport de l'intérêt National j 8c sous la combinaison de la richesse
de l'Etat ; ils la traitent, après une étude philosophique, des moyens de concilier l'humanité
avec les avantages du commerce. En un mot,
l'abolition de la Traite des Noirs le remplacement de cette branche de Commerce par quelqu'autre dont le soi de l'Afrique soit susceptible
la régénération des Nègres dans leurs Colonies
voilà les seuls points auxquels les Anglois s'attachent, & c'est incontestablement la seule manière sensée d'agiter la question , & d'opérer
; ils la traitent, après une étude philosophique, des moyens de concilier l'humanité
avec les avantages du commerce. En un mot,
l'abolition de la Traite des Noirs le remplacement de cette branche de Commerce par quelqu'autre dont le soi de l'Afrique soit susceptible
la régénération des Nègres dans leurs Colonies
voilà les seuls points auxquels les Anglois s'attachent, & c'est incontestablement la seule manière sensée d'agiter la question , & d'opérer Au contraire ceux qui écrivent en France ignorent ces
vérités importantes ; ils në connoissent pas, ou bien iis
feignent de ne pas connoître de quelle conséquence sont
tous ces fils qui aboutissent au centre de la question qu'ils
n envisagent que sous le seul rapport de l'esclavage
que fous ce rapport même ils jugent très-infidèlement. --- Page 228 ---
.( y 6 ) le bien de l'humanité , sous le double rapport
des Noirs & des Blancs. La politique de ces dangereux rivaux est enfin
démasquée par eux-mêmes ; vous voyez dans
les papiers anglois, du mois de Juin, que l'on
a fait dans la Chambre des Communes , la
motion pour renvoyer à la Session prochaine
l'examen ultérieur du Commerce des Nègres :
la motion a passé, 5c il a été arrêté » que !e
» Comité, sur cette affaire, cesseroit de siéges
» pour reprendre ses fonctions au commencement
« de la Session prochaine «. Quel motif peut-on
supposer pour ce renvoi ? le voici, les Anglois
n'ont voulu qu'occasionner de la fermentation
en France ; ils ont vu, dans la discussion de cette
Thèse, une cause menaçante de subversion four
nos Colonies. L'Angleterre jouit des succès de sa prévoyance;
tout ce qu'elle se promettoit de notre enthousiasme s'effectue, & dès qu'elle a vu la question
bien engagée en France, elle s'est tenue à l'écart ;
une entreprise formée avec une ardeur incroyable
s'est attiédie, les délais ont succédé à l'impatience,
& bientôt le silence succédera aux délais. Voyez encore comme l'adroite politique des
Anglais s'est développée , ils ont imprimé
dans un autre de leurs papiers publics : » Qu'on --- Page 229 ---
( 37 ) » a reçu plusieurs lettres d'Afrique, datées du
» 20 Avril, qui portent, qu'il y étoit arrivé
J) un assez grand nombre de vaisseaux, de
» Londres & de Liverpool, dans l'intention
» d'achetet des Nègres \ mais que, sur la
» nouvelle qui s'y étoit répandue, qu'il devoit
" être rendu un bill en Angleterre, pour abolir
»> ce commerce, les Habitans avoient porté le
» prix de leurs Esclaves si haut, qu'on ne
» savoit pas si aucun des vaisseaux pourroit se
» procurer une cargaison u. Cet article de Gazette, n'est ni vrai, ni
vraisemblable ; en effet, comment suppose-t-on
1111 marché quelconque , d'où les Marchands
s'avisent de ramener leur marchandise chez eux,
ou de la renchérir, sur la siinple probabilité
qu'on ne viendra plus en acheter ? 11 semble, t
au contraire, que ce soit le cas de s'en défaire,
n'importe à quel prix, puisqu'il y a lieu de
'craindre j que l'occasion du débit soit perdue
pour jamais.
'est ni vrai, ni
vraisemblable ; en effet, comment suppose-t-on
1111 marché quelconque , d'où les Marchands
s'avisent de ramener leur marchandise chez eux,
ou de la renchérir, sur la siinple probabilité
qu'on ne viendra plus en acheter ? 11 semble, t
au contraire, que ce soit le cas de s'en défaire,
n'importe à quel prix, puisqu'il y a lieu de
'craindre j que l'occasion du débit soit perdue
pour jamais. ReconnoilTons, même dans ces niaiseries 3 la
finesse des Anglois : rien ne leur est indifférent,
tout incident, qui peut donner aux François
matière à écrire & disserter sur un objet dont il
ejl dangereux de parler feulement est bon &
utile à leur politique. Le moindre résultat de --- Page 230 ---
( 38 ) ces discussions doit être de leur affurer exclujivemcnt la Traite des Nègres , branche de
commerce que le fanatisme non raisonné des
François veut au moins leur abandonner. Ainsi,
près d'être seuls vendeurs & sans concurrence,
les Anglois préparent de loin le renchérissement ;
rien nest plus clair que cette manœuvre, d'une
Nation pour laquelle le commerce est tout. CONCLUSION. CE petit ouvrage n'avoit d'abord pour objet,
que de fournir des matériaux aux Cahiers pour
les Colonies : quelques personnes en ont deGré
l'impression ; je cède, peut-être un peu tard,
a ce desir ; chaque courier des ports de mer,
qui apporte des nouvelles de Saint-Domingue
& de la Martinique, ne fait entrevoir que des
précipices prêts à engloutir ces riches possessions
de la France. Sans doute nous aurions dû prévenir l'explosîon, mais mon opinion avoit toujours été, qu'il étoit très - dangereux de parler
feulement d'une matière si délicate. C'en: par
cette phrase, que j'ai commencé mon ouvrage,
je le finis de même. Le coup de la révolution est a-peu- près porté j
& qui pouvoit prévoir que la fureur de faire
«irculer des écrits incendiaires jusques par de 11 --- Page 231 ---
( 39 ) les mers, seroit suivie de l'expédition de plusieurs Missionnaires : telle est l'extrémité à
laquelle les Amis des Noirs se sont portés. Le premier mot que ces Missionnaires ont
proféré, en débarquant, a été une impoflure t
ils ont dit que l'Assemblée Nationale a voit
décrété l'affranchissement des Nègres. Combien
ne seroit-il pas important, d'après cela, que
l'Assemblée décrétât promptement, qu'elle n'a
rien prononce sur les. Colonies 3 & que dans fit
sagesse profonde elle a déterminé qu'elle attendoit 3 même pour la création d'un Comité des [
Colonies j que les Commettans manifestâssent leurs
intentions par de nouveaux Cahiers. Un tel
Décret, affiché dans les Colonies, auroit le ;
double avantage, ï°. de faire connoître la
vérité ; 20. d'avertir que les Municipalités bien
organisées ont seules le droit de diriger les
opérations de nos sages Législateurs.
sagesse profonde elle a déterminé qu'elle attendoit 3 même pour la création d'un Comité des [
Colonies j que les Commettans manifestâssent leurs
intentions par de nouveaux Cahiers. Un tel
Décret, affiché dans les Colonies, auroit le ;
double avantage, ï°. de faire connoître la
vérité ; 20. d'avertir que les Municipalités bien
organisées ont seules le droit de diriger les
opérations de nos sages Législateurs. Encore une réflexion ; L'Assemblée Nationale, le public, toute la
France, l'Europe entière même, ont les yeux
ouverts sur nous. Que découvre -1 - on relativement aux Colonies ? Une Société (qui a pris pour devise ce mot
Philantropie) tramant avec un acharnement sans --- Page 232 ---
( 40 ) exemple, une révolution qui ne peut être que
très-sanglante ; car O11 ne voit pas attaquer,
pour les détruire de fond en comble, toutes
ses possessions, sans en vendre cher les derniers
débris. L'Amérique est - elle donc destinée à
n'être qu'un théâtre d'horreurs ? On n'ouvre
point l'Histoire de sa conquête sans frémir.
Frémissons aujourd'hui des nouveaux spe&acles
qui s'apprêtent ! Qu'une Nation fanatique, avide d'or & de
richesse , mue par ce double caractère, ait été
égorger des millions d'Indiens, à deux mille
lieues de ses foyers. La connoissance des hommes
sait concevoir ce fatal effet de deux puissantes
passions, le fanatisme & l'avarice : on voit
dans l'une & l'autre un mobile d'intérêt. Mais ici que voit-on ? Malum quâ malumi
cet être réputé imaginaire en morale : c'est une
Société qu'un zèle aveugle pour la Religion
n'entraîne pas, qui n'héritera point des propriétés qu'elle arrache, avec la vie, à une partie
de ses Concitoyens ; qui ne peut pas - même
se parer du voile de l'humanité , puisque des
flots de sang sont l'infaillible résultat de sort
entreprise. Arrêtons-nous ! mon objet est rempli, &
mon ouvrage peut paroître. Quelle que soit la fin --- Page 233 ---
A ADRESSE A L'ASSEMBLÉE NATIONALE, Pour Vabolition de la Trait de Noirs. Par la Sociéte des Amis des Noirs, de Paris. - L'HUMANITE, la justice la magnanimité
qui vous ont dirigés dans la féforme des abus
les plus prosondément enracines, font espérer à
la Société des Amis des Noirs que vous accueillerez avec bienveillance sa réclamation en faveur
de cette nombreuse portion dli genre humain, si
cruellement opprimée depuis deux siècles. Cette Société, si lâchement, si injustement
calomniée (1), ne tient sa mission que de l'humanité qui l'a portée à désendre les Noirs ,
même sous le despotisme pigé ? Eh ! peut-il être (i) La réponse à ces calomnies se trouvera dans
l'Adresse au Peuple Franfois, qui va suivre celle-ci. --- Page 234 ---
( 2 ) un titre plus rspeâable aux yeux de cette auguste
Assemblée, qui a si souvent vengé dans ses
décrets les doits de l'homme }
calomniée (1), ne tient sa mission que de l'humanité qui l'a portée à désendre les Noirs ,
même sous le despotisme pigé ? Eh ! peut-il être (i) La réponse à ces calomnies se trouvera dans
l'Adresse au Peuple Franfois, qui va suivre celle-ci. --- Page 234 ---
( 2 ) un titre plus rspeâable aux yeux de cette auguste
Assemblée, qui a si souvent vengé dans ses
décrets les doits de l'homme } Vous les arez déclarés, ces droits ; vous avez
gravé sur un monument immortel, que tous les
hommes naisbnt & demeurent libres & égaux en
droits ; vous les avez rendus , ces droits, au peuple
François , qœ le despotisme en avoit si longtemps dépouilés ; vous venez de les rendre à
ces braves insulaires , aux Corses, jettés dans
l'esclavage sous le voile de la biensaisance ; vous
avez brisé les liens de la féodalité qui dégradoicpt
encore une partit de nos concitoyens ; vous avez
annoncé la destruction de toutes les distinctions
flétrissantes que bs préjugés religieux ou politiques aVoient intioduites dans la grande famille
du genre humain. Les hommes, dont nous défendons la cause,
n'ont pas des prétentions aussi élevées, quoique ,
citoyens du même Empire & hommes comme nous,
iîs ayent les mêmes droits que nous. Nous ne
demandons point que vous restituiez aux Noirs
François ces droits politiques, qui seuls cependant,
attellent & maintiennent la dignité de l'homme;
nous ne demandons pas même leur liberté. Non;
la calomnie, soudoyée sans doute par la cupidité des Armateurs, nous en a prêté le dessein --- Page 235 ---
( 3 ) A 2 & l'a répandu par-tout ; elle vouloit soulever tous
les esprits contre nous , soulever les planteurs,
& leurs nombreux créanciers, dont l'intérêt s'allarme de l'affranchissement' même gradué. Elle
vouloit allarmer tous les François, aux yeux desquels on peint la prospérité des Colonies , comme
inséparable de la Traite des Noirs & de la perpétuité de l'esclavage. Non, jamais une pareille idée n'est entrée dars
nos esprits ; nous l'avons dit, imprimé dès l'origine de notre Société (i), & nous le répétons, |
afin d'anéantir cette base, aveuglément adoptée \
par toutes les villes maritimes , base sur laquelle
reposent presque toutes leurs adresses (2). L'as- ( 1 ) Voyez le diseours prononcé à l'origine de cette :
Société, la lettre aux Bailliages, le préambule des réglemens de la Société, &c. & cependant on a imprimé que
nous avions varié. (2) Presque toutes les adresses des villes de commerce
portent sur ce fait faux. Elles réclament toutes contre
l'affranchissement des Noirs, que personne ne demande ;
elles injurient les amis des Noirs qui ne le demandent
point. ( Voyez mtr' autres l'adrejje de la ville de Roi en ).
Ce fait prouve avec quelle légèreté ces adresses ont été
faites, ou plutôt avec quelle coupable perfidie ces villes
ont été trompées ; car on ne peut se dissimuler que le
concert entre toutes ces adresses n'ait été prépare par les
sur ce fait faux. Elles réclament toutes contre
l'affranchissement des Noirs, que personne ne demande ;
elles injurient les amis des Noirs qui ne le demandent
point. ( Voyez mtr' autres l'adrejje de la ville de Roi en ).
Ce fait prouve avec quelle légèreté ces adresses ont été
faites, ou plutôt avec quelle coupable perfidie ces villes
ont été trompées ; car on ne peut se dissimuler que le
concert entre toutes ces adresses n'ait été prépare par les --- Page 236 ---
( 4 ) franchissement immédiat des Noirs seroit nonseulement une opération satale pour les Colonies ;
ce seroit même un présent funeste pour les Noirs,
dans l'état d'abjection & de nullité où la cupidité
les a réduits. Ce seroit abandonner à eux-mêmes
& sans secours des enfans au berceau , ou des
êtres mutilés & impuissans. Il nest donc pas temps encore de la demander,
cette liberté ; nous demandons seulement qu'on
cesse d'égorger régulièrement tous les ans des'milliers de Noirs, pour faire des centaines de captifs ;
nous demandons que désormais on cesse de prostituer , de prosaner le nom François , pour autorîser ces vols, ces assassinats atroces ; nous demandons en un mot l'abolition de la Traite, & nous
vous supplions de prendre promptement en considération ce sujet important. Faut-il, pour vous y déterminer, vous mettre
ious les yeux le tableau de cet horrible commerce >
Vous peindrons-nous les manœuvres infâmes
employées par les Armateurs, les Capitaines ou
leurs saveurs, pourse procurer des Noirs? Vous j Armateurs, qui, sachant combien la Traite est odieuse,
I ont cherché à donner le change, & insinué, pour la sauver, qu'on vouloit rendre tout-à-coup les Noirs libres ,
1 projet dont l'absurdité faute aux yeux. --- Page 237 ---
1 ( 5 ) A 3 citerons-nous ces marchés de chair humaine, saits
au milieu d'une orgie préméditée , oil pour quelques flacons d'une liqueur enivrante, ou de misérables hochets , on sorce un Prince à challèr ses
sujets , comme des bêtes fauves , à les voler, à
les vendre ? Vous citerons-nous ces procès commandés par les Européens , oit l'injustice du
Prince condamne tant d'innocens à un esclavage
dont son avarice doit retirer le sruit ? Vous citerons-nous ces guerres sanglantes, où , pour payer
des dettes artificiellement imposées, on sorce
encore ces Princes à surprendre & à enchaîner
leurs paisibles voisins? Vous seriez révoltés , si
nous exposions à vos regards toutes les circonftances de ce brigandage atroce , si nous vous
racontions , par exemple, qu'en surprenant les
Noirs dans leurs cabanes, leurs chasseurs inhumains arrachent souvent cle leur bras leurs petits
enfans, qu'ils abandonnent ensuite à la saim, à la
mort, parce que lewrs bras trop foibles seroient
inutiles, & coûteux à leurs bourreaux ! Et les
hommes qui spéculent ssir ce brigandage , qui
le commandent, qui en vivent , se disent encore humains !
roce , si nous vous
racontions , par exemple, qu'en surprenant les
Noirs dans leurs cabanes, leurs chasseurs inhumains arrachent souvent cle leur bras leurs petits
enfans, qu'ils abandonnent ensuite à la saim, à la
mort, parce que lewrs bras trop foibles seroient
inutiles, & coûteux à leurs bourreaux ! Et les
hommes qui spéculent ssir ce brigandage , qui
le commandent, qui en vivent , se disent encore humains ! Eh ! si vous vous transportiez ensuite dans
ces prisons flotantes , dans ces cloaques dont
l'espace est mesuré par l'avarice, olt l'on entaÍse --- Page 238 ---
(6 ) les uns sur les autres ces malheureux Africains, quel
sentiment douloureux n'éprouveriez vous pas à cet
aspect affreux ! Représentez-vous ces infortunés,
furieux d'être arrachés à leur patrie , à leurs
enfans, qu'ils ne reverront jamais , se croyant
entre les mains d'anthropophages & dessinés à la
boucherie, amoncelés dans des entre-ponts étroits,
dont l'infcétion & la chaleur étouffantes sont augmentées par un soleil dévorant ; enchaînés deux
à deux , condamnés par les chaînes & cet entafsement au supplice affreux d'une immobilité ;
immobilité qui n'est interrompue que dans les
tempêtes, par les tourmens plus cruels encore de
roulis violens. Représentez-vous ces captifs vio-,
lemmcnt froissés les uns contre les autres. dérchirés par le srottement de leurs chaînes , suffotjués dans les temps pluvieux par l'interruption
totale de< l'air , aspirant au lieu d'air des exhalassons putrides, rongés par des maladies infectes,
appellant la mort qui frappe à leurs côtés, & ne
la trouvant souvent que dans un poison bienfaisant adminiilré par les calculs de la cupidité (i). Ah ! qui peut contempler ce spectacle, sans
frissonner d'horreur, sans être révolté de voir (i) Voyez la defcriptiou d'un vaisseau negrier par le
Capitaine d'un de ces vaisseaux : nous la publierons
incessamment. --- Page 239 ---
(7) A 4 des hommes traiter avec cette inhumanité leurs
semblables On vous dira que ces tableaux sont des déclamations romanesques. Ne le croyez pas : le tableau
de ces faits, attestés même par les Capitaines de
Vaisseaux Négriers , est encore au-deiTous de la
réalité, & les pinceaux les plus énergiques sont
trop foibles pour le rendre. On voie dira que le pays habité par des Noirs
est un pays affreux & stérile , que les, hommes
y sont anthropophages , toujours en guerre ;
mensonges démentis par les Armateurs même ; car
ils disent, d'un autre côté, que ce pays est couvert d'une population immense, qui se renouvelle rapidement. Or , comment accorder cette
population avec la stérilité & l'anthropophagisme?
Et la stérilité d'un pays est-elle d'ailleurs une cause
qui autorise l'esclavage ? On vous dira que ce commerce subsiste depuis
longtemps. Mais le brigandage se légitime-t-il par
la prescription ? On vous dira que de grandes propriétés sont
sondées sur la Traite , que de grands capitaux
ont été versés à l'ombre de la Loi qui la permettoit, que l'abolir, c'eil: ruiner des commerçans de bonne-foi. Mais de quel poids peut être
l'or de ces commerçans . mis dans la balance , " --- Page 240 ---
( 8 )
vous dira que ce commerce subsiste depuis
longtemps. Mais le brigandage se légitime-t-il par
la prescription ? On vous dira que de grandes propriétés sont
sondées sur la Traite , que de grands capitaux
ont été versés à l'ombre de la Loi qui la permettoit, que l'abolir, c'eil: ruiner des commerçans de bonne-foi. Mais de quel poids peut être
l'or de ces commerçans . mis dans la balance , " --- Page 240 ---
( 8 ) avec le sang de milliers d'hommes versé tous les
ans ? De quel poids peut être un pareil calcul aux
yeux d'une Assemblée qui met la justice & les
droits de l'homme au-dessus de tout bien ? Il
n'est aucun gain, aucune propriété , qui puisse
légitimer l'assassinat prémédité, marchandé de millions d'hommes. Eh ! ne croyez pas d'ailleurs à ce tableau de
pertes exagérées ! Nous vous prouverons, quand
vous daignerez nous entendre, que le petit nombre
de vaisseaux employés à cette Traité barbare,
le sera bien plus fructueusement à d'autres commerces , sur cette côte même d'Afrique & dans
d'autres mers ; commerces, qui s'ouvriront, lors
que le génie de la fiscalité ne les enchaînera
plus. On vous dira que l'abolition de la Traite portera le coup le plus funeste à la Marine, au revenu public, aux Colonies, au commerce. Et nous vous démontrerons que ce commerce
emporte chaque annçe dans le tombeau la moitié des matelots qui y s0nt condamnés, gangrène
physiquement & moralement l'autre moitié, &
infe&e de sa contagion les autres commerces. Nous vous démontrerons que la Traite est un
fardeau pesant pour les revenus publics; que pour
la soutenir, l'Etat est obligé d'entrenir à grands
srais des établissemens en Asrique ; qu'il est encore --- Page 241 ---
( ) obligé de payer annuellement une prime d'environ
<Ieux millions cinq cent mille livres (i) , que cette
prime est triplement funeste, en ce qu'elle sert à
alimenter un commerce de sang , en ce que, pour
la payer, on enlève à l'indigent habitant de nos
campagnes, le sruit de son travail ; en ce qu'elle
se verse, pour la plus grande partie , dans les
mains des Armateurs Anglois , auxquels des
Négocians François ne rougissent pas de prêter
leur nom , pour éluder l'intention du Gouvernement. Nous vous démontrerons que la Traite des
Noirs n'est point un commerce avantageux à la
France ; qu'elle lutte contre des désavantages qui
lui font particuliers, puisqu'elle ne peut exister
sans une prime considérable, tandis que l'Angle- - (i) Voyez le discours de M. Necker, à l'ouverture
des Etats - Généraux. Au reUe , cet impolitique fardeau ne doit pas peser longtemps sur la France. Le premier Miniltre des Finances a dit à M. Clarkson &
au President aétuel de cette Sociéte, queJe Comité des
Finances avoit arrête la suppression entière de cette prime,
& que pour lui, il y confentiroit avec joie. Ce Minière ,
qui a déjà développé plus d'une fois son opinion en faveur
des Nègres, ne nous a pas caché combien il désiroit luimême l'abolition de la Traite.
impolitique fardeau ne doit pas peser longtemps sur la France. Le premier Miniltre des Finances a dit à M. Clarkson &
au President aétuel de cette Sociéte, queJe Comité des
Finances avoit arrête la suppression entière de cette prime,
& que pour lui, il y confentiroit avec joie. Ce Minière ,
qui a déjà développé plus d'une fois son opinion en faveur
des Nègres, ne nous a pas caché combien il désiroit luimême l'abolition de la Traite. La plupart des Armateurs regretteront plus cette prime
que la Traite. --- Page 242 ---
( 10 ) terre n'en accorde aucune de ce genre à ces Armateurs. Nous vous démontrerons que la néceffité de lui accorder cette prime , prouve
incontestablement combien ce commerce est ruineux; que les Armateurs François conviennent
eux-mêmes de l'impossibilité de soutenir la Traite
Françoise sans ce secours ; que malgré cette
prime, ils aiment mieux se concerter avec des
Armateurs Anglois, que de courir des risques ;
ensorte que la Traite Françoise n'eu: dans la réalité qu'un prétexte , pour voler l'Etat, au profit
d'Etrangers. Nous vous démontrerons que cette Traite a
été de tout temps ruineuse ; que dix Compagnies
y ont vainement englouti des fonds immenses ;
que la Compagnie aéluelle du Sénégal seroit
déjà ruinée sans les monopoles qu'elle exerce &
sans les profits qu'elle a saits sur la gomme & quelques autres productions de l'Afrique ; qu'en portant le commerce sur ces productions, on ouvrircit un débouché bien plus avantageux pour nos
Manufactures. A l'égard des Colons , nous vous démontrerons que, s'ils ont besoin de recruter des Noirs en
Asrique, pour soutenir la population des Colonies
au même degré, c'en: parce qu'ils excèdent les
Noirs de travaux , de coups de fouet, d'inanition;
que, sTils les traitoient avec douceur & en bons --- Page 243 ---
( II V pères de famille , ces Noirs peupleroient, & que
cette population , toujours croissante , augmenteroit la culture & la prospérité ; que l'expérience de
beaucoup de Planteurs Anglois & François , pendant un grand nombre d'années & dans différentes
Isles, attel e ces vérités incontestables, que la
douceur du traitement augmente la population,
que la population indigène dispense des recrues
étrangères, parconséquent enrichit le Maître en
améliorant le sort de l'esclave. Or, ce qui 1C fait
dans vingt habitations , peut s'exécuter & réussir
dans cinq cent ? & parconséquent dans toutes
les Isles à sucre. Nous vous démontrerons que l'abolition de la
Traite sera avantageuse aux Colons , parce que
son premier effet fera d'amener cet état de
choses , de sorcer les Maîtres à bien traiter >
bien nourrir leurs esclaves, à favoriser leur
population, à les aider dans leurs travaux ,
par le secours des bestiaux & d'instrumens qui
multiplieront les travaux en les sacilitant ; parce
que ces Nègres étant mieux secondés feront mieux
& davantage, dans le même espace de temps, &
par conséquent produiront davantage parce que
la population noire s'augmentant par elle-même
dans les Isles, plus de travaux, plus de défrichcmens & moins de mortalité en résulteront, puiiqu'il est démontré que les Nègres-créoles son
,
par le secours des bestiaux & d'instrumens qui
multiplieront les travaux en les sacilitant ; parce
que ces Nègres étant mieux secondés feront mieux
& davantage, dans le même espace de temps, &
par conséquent produiront davantage parce que
la population noire s'augmentant par elle-même
dans les Isles, plus de travaux, plus de défrichcmens & moins de mortalité en résulteront, puiiqu'il est démontré que les Nègres-créoles son --- Page 244 ---
( 12 ) plus laborieux , plus tranquilles , mieux accIÍmatés , & par conséquent moins sujets aux maladies que les Nègres Africains. Nous vous démontrerons que l'abolition de la
Traite sera avantageuse aux Colons, parce que
n ayant plus de Noirs à acheter, ils ne seront
plus obliges de contracter des dettes énormes envers les Armateurs $T Capitalises d'Europe, qui
les engagent par leur crédit meurtrier , à continuer ce recrutement pernicieux d'esclaves : dettes,
dont le montant ne peut que se tripler rapidement
par la hausse rapide & insaillible du prix des
Noirs, qui, ne pouvant plus se voler qu'à des
distances immenses dans l'interieur de l'Asrique,
deviennent une marchandise très-chère. Nous vous démontrerons que cette abolition
sera même avantageuse à nos Manufactures ,
parce que, dans cet ordre de choses , les planteurs ayant moins d'avances à saire & traitant
mieux leurs esclaves , la population s'accroîtra
rapidement, & par conséquent la consommation
de nos denrées ; parce que le superflu des avances
libres sera reversé sur les objets de nos Manufactures , dont les Maîtres & les esclaves consumeront une meilleure qualité & une plus grande
quantité; parce que cette consommation s'accroîtra encore, lorsque. les esclaves pouvant
disposer de leur travail , acquérir de l'aisance & --- Page 245 ---
( i3 ) -1 leur liberté, adopteront nos goûts & nos habitudes , & pourront consacrer une partie du fruit
de leurs travaux, à l'achat des marchandises Européennes. Eh ! ne vous laissez pas écarter du devoir que
vous impose ici l'humanité , par la crainte de
quelque interruption dans les travaux peu nombreux qu'occasionne en France la Traite des
Noirs? Avez-vous écouté cette crainte, lorsque
d'une main hardie vous avez renversé tous les
abus qui contrarioient une Constitution libre ?
Ces abus alimentoient cependant des milliers
d'individus ; la commotion causée par cette révolution a jetté toutes les fortunes dans l'incertitude , fait resserrer les capitaux , suspendu
presque tous les travaux. Quel mauvais citoyen
ose cependant se plaindre de cette suspension néceflaire ! Ce n'étoit pourtant pas votre fang que
versoient vos tyrans ; ils ne violoient pas à chaque instant l'asyle de votre maison ; ils ne vous
condamnoient pas injustement pour avoir le droit
-de vous vendre ; ils ne vous arrachoient pas à
vos foyers pour vous plonger dans une éternelle
' captivité, & sur une terre étrangère. Or, si, pour recouvrer la liberté, à laquelle
sans doute on doit sacrifier la vie même, vous
n'avez pas balancé à suspendre le mouvement
d'une immense Société, pourriez-vous balancer, --- Page 246 ---
( 14 ) lorsqu'il s'agit du sang de milliers d'hommes , à
suspendre le commerce de quelques individus, par
la crainte de compromettre leur sortune ? Ils sont
pères de samille ! Eh quoi ! ces Nègres ne sont-ils
pas pères aussi ? N'ont-ils pas aussi une famille à
entretenir ?
oute on doit sacrifier la vie même, vous
n'avez pas balancé à suspendre le mouvement
d'une immense Société, pourriez-vous balancer, --- Page 246 ---
( 14 ) lorsqu'il s'agit du sang de milliers d'hommes , à
suspendre le commerce de quelques individus, par
la crainte de compromettre leur sortune ? Ils sont
pères de samille ! Eh quoi ! ces Nègres ne sont-ils
pas pères aussi ? N'ont-ils pas aussi une famille à
entretenir ? Mais d'ailleurs, on s'exagère toujours l'effet de
ces commotions, dans les travaux, produites pi r
de grandes inventions. Le travail peut être momentanément suspendu ; mais il reprend bientôt
pour une autre destination, ou un autre emploi lui
succède. Et comment autrement expliquer l'effet
de ces guerres , qui, pendant longtemps , interrompent le commerce ? La guerre dernière, qui,
pendant six ans a suspendu la Traite, a-t-elle fait
descendre dans le tombeau les cinq à six millions
(d'individus, dont, par un calcul extravagant, on
attache l'existence à la Traite? Comment encore . /
expliquer l'effet de ces découvertes, qui, simpliliant les travaux , paralysent les bras de milliers
d'individus ? La machine à filer le coton , a par
exemple, réduit d'abord à une inaétion momentanée plus d'ouvriers que l'abolition de la
Traite des Noirs ne le fera. Or, a-t-on balancé /
pour leur intérêt, a employer par-tout l'heureuse
découverte d'Arkwright ? On prétend calculer l'effet sutur de cette sta- --- Page 247 ---
: M ) gnation, par celle qui exilte déjà dans les armemens pour la Traite; Stagnation qu'on attribue
à la réclamation de la Société des Amis des Noirs. Mais cette Stagnation est elle aussi grande qu'on
la peint ? Est-elle le produit de la seule réclamation des Amis des Noirs ? Ne tient elle pas à cette
cause générale de suspension, d'engourdi{femer.t
qui attaque toutes les branches du commerce; à
la stagnation ou l'exportation du numéraire , au
désaut de confiance, au défaut de Gouvernement ?
Si nous examinions toutes ces questions, il nous
seroit facile de disculper la Société. Mais cette justification est inutile. Les armemens pour la Traite languissent ; tant mieux.
C'est un fléau de moins. Le coup est porté dans
cette partie du commerce, il ne peut que s'étendre,
& au lieu de gémir, sur ses conséquences , il faut
s'occuper des moyens de changer le mal en bien J
de substituer un commerce humain & utile a En
commerce barbare , destructif & désavantageux.
Cette circonstance même vous fait donc la loi de
presser l'examen de notre pétition ; & pour l'intérêt du commerce & des Planteurs , vous devez
hâter l'abolition de ce commerce, qui , frappé
dans l'opinion publique , ne pourroit jamais sublister, quand même l'Assemblée Nationale ne le
proscriroit pas.
uper des moyens de changer le mal en bien J
de substituer un commerce humain & utile a En
commerce barbare , destructif & désavantageux.
Cette circonstance même vous fait donc la loi de
presser l'examen de notre pétition ; & pour l'intérêt du commerce & des Planteurs , vous devez
hâter l'abolition de ce commerce, qui , frappé
dans l'opinion publique , ne pourroit jamais sublister, quand même l'Assemblée Nationale ne le
proscriroit pas. --- Page 248 ---
( 16 ) ? On vous dira sans doute, qu'il suffiroit d'adoucir la Traite , au lieu de l'abolir ; qu'on pourroit
en diminuer l'horreur Vains palliatiss ! Le
Parlement d'Angleterre les a tentés, & la Loi a
été infrudueuse. Les Armateurs ont eux-mêmes
déclaré que ces adouciflemens étoient incomptibles
avec la Traite. Ainsi ceux-là même qui sollicitent la continuation de cet exécrable trasic, ont déclaré qu'en dernière analyse, pour le rendre profitable, il salloit
conserver tout ce qu'il a d'atroce ; que tout y
est combiné; que la Traite des Noirs devient un
commerce ruineux , si l'on ne peut pas, à tous
risques, en ent3!fer un grand nombre, dans l'efpace calculé rigoureuscment pour un nombre beaucoup moindre ; si l'on ne peut enfin contenir leur
désespoir par la terreur. On vous dira , & c'est l'éternelle objection des
Armateurs ; si nous abandonnons ce commerce,
les Anglois en recueilleront seuls les sruits. Eh !
qu'importe, si c'est un commerce insâme , d'en
abandonner la honte & le profit à nos voisins !
Pourquoi regretter d'ailleurs des profits qui ne
font qu'imaginaires , puisque ce commerce est ruineux par sa nature, puisqu'il n'yauroit qu'une
chance inévitable de perte, s'il n'y avoit pas une
prime pour la couvrir ? Pourquoi --- Page 249 ---
A D R E S S E A L'ASSEMBLÉE NATIONALE, POUR L'ABOLITION DE LA TRAITE DES NOIRS. Par la Société des Amis des Noirs de Paris. FEVRIER 1790. A PARIS. De l'Imp. de L. POTIER DE LILLE y
Rue Favart, N. 5. 1790. --- Page 250 --- --- Page 251 ---
( i7 ) B Pourquoi regretter de céder ce commerce aux
Anglois , aux Etrangers, lorsqu'ils fournissent
les quatre cinquièmes du commerce général, &
au moins le tiers du nôtre. Pourquoi regretter de le leur laisser , lorsqu'il
a été démontré d'une manière incontestable, par
les Auteurs Anglois même, que ce commerce est
le tombeau de la Marine Angloise , que pour soutenir , d'une manière précaire & languissante,
quelques maisons de commerce de Liverpool & de
Bristol, on porte un préjudice immense au commerce en général , que l'abolition de la Traite
Angloise seroit tout-a-la-fois avantageuse aux
Colonies Angloises & aux revenus publics. N'en doutons pas, le moment où ce commerce
sera aboli, même en Angleterre , n'est pas éloignu. Il y est condamné dans l'opinion publique ,
dans l'opinion même des Ministres. Le Parlement
ne se seroit pas prêté à la solemnité de ce grand
procès, n'en auroit pas ordonné l'instruaion dans
le plus grand détail , s'il n'eût pas prévu qu'il ne
ressoit plus qu'à motiver sa destruction. Elle semble
éprouver des lenteurs -, c'est que le miniflère, &
il existe des preuves de ce sait , s'occupe en silence
des moyens de montrer , à l'instant même où
l'abolition de la Traite sera prononcée, un remplacement qui présçnte immédiatement au com-
ès, n'en auroit pas ordonné l'instruaion dans
le plus grand détail , s'il n'eût pas prévu qu'il ne
ressoit plus qu'à motiver sa destruction. Elle semble
éprouver des lenteurs -, c'est que le miniflère, &
il existe des preuves de ce sait , s'occupe en silence
des moyens de montrer , à l'instant même où
l'abolition de la Traite sera prononcée, un remplacement qui présçnte immédiatement au com- --- Page 252 ---
( i8 ) merce Anglois , habitué aux expéditions pour
l'Afrique , une occupation propre à le dédommager. Ces lenteurs dans la décision touchent à leur
fin, & l'empressement avec lequel le Parlement
vient de déclarer qu'il s'occuperoit immédiatement
& constamment de cette matière importante dans
cette fc-aion , prouve l'opinion générale de ses
Membres , qu'il n'est pas un moment à perdre
pour arrêter l'efFusion du sang Asricain. Eh comment a-t-on pu sérieusement avancer
que cette marche du Parlement, de la Nation Angloise, des Minières, n'étoit qu'un jeu, pour nous
tromper? Peut-il exiger un pareil concert parmi
• tant d'individus, dont les intérêts sont si différens
& si opposés ? Peut-on supposer ce concert miraculeux pour conserver, à quelques maisons de
Liverpool , Je. privilège exclusif de continuer
un commerce inhumain ? Enfin l'on vous dira , pour vous détpurner
d'une matière.aussi pressante, qu'abolir la Traite,
que même en prendre la résolution en considération , c est allumer la révolte parmi les Noirs. Tel étolt aussi le langage qu'on tenoit autresois,
pour empêcher la réforme des abus parmi nous.
Eil-ce donc avec des aôes de bienfaisance qu'on
irrite les hommes? Ah: si les oppresseurs des Noirs --- Page 253 ---
( 19 ) B 2. font, à sorce de tourmens & d'humiliations, parvenus à éteindre presque tous les sentimens dans
leur ame, ils n'ont pas au moins éteint celui de la
reconnoissance ; mille saits éclatans en déposeront
Et de quelle reconnoissance ne seront-ils pas pénétrés , quand ils apprendront que la première Assemblée de la France veut adoucir leur sort, empêcher à jamais le meurtre de leurs semblables ;
leurs chaînes leur sembleront moins pesantes en
pendant, que peut être un jour leurs enfans n'en
seront plus accables. Ils n'enseveliront plus leur
postérité dans le néant. Mieux traités , ils attendront avec patience le moment oil leur esclavage
devra finir, & la sédition sera loin de leur ame.
Est-on séditieux au sein des bons traitemens ? Si quelque motif pouvoit au contraire les porter à l 'insurrection , ne seroit-ce pas l'indisférence
de l'Assemblée Nationale sur leur sort ? ne seroitce pas la persévérance à les charger de chaînes,
lorsqu 'on consacre par tout cet axiome éternel :
que tous les hommes font nés libres & égaux en
droits. Eh quoi donc, il n'y auroit pour les Noirs
que des fers & des gibets , lorsque le bonheur
luiroit pour les seuls blancs? N'en doutons pas,
notre heureuse révolution doit réelectriser les
Noirs, que la vengeance & le ressentiment ont
électrisés depuis longtemps ; & ce n'est point avec
charger de chaînes,
lorsqu 'on consacre par tout cet axiome éternel :
que tous les hommes font nés libres & égaux en
droits. Eh quoi donc, il n'y auroit pour les Noirs
que des fers & des gibets , lorsque le bonheur
luiroit pour les seuls blancs? N'en doutons pas,
notre heureuse révolution doit réelectriser les
Noirs, que la vengeance & le ressentiment ont
électrisés depuis longtemps ; & ce n'est point avec --- Page 254 ---
(2.0 ; des iuppiices qu'on réprimera l'effet de cette commotion. D'une insurrection mal !appaisée en naîtront vingt autres, dont une seule peut ruiner à
jamais les Colons. Il n'est qu'un moyen pour les
prévenir ; c'est l'abolition de la Traite ; c'est au
moins la résolution prise par cette Assemblée de
s en occuper sans délai. La nouvelle d'un Décret,
même préparatoire, produira deux bons effets à
la fois; elle calmera l'effervescence des Noirs, elle
forcera les Planteurs , qui n'attendront bientôt
plus de recrues Africaines, à mieux traiter leurs
Noirs. Ainsi vous arrêterez, d'un seul mot, l'effufion du fang sur les côtes d'Afrique , les traitemens barbares dans nos Isles, & vous préparerez
par un autre ordre de choses, une prospérité durable pour nos Colonies. Eh ! ne vous Iaissèz point effrayer par la crainte
d exciter le ressentiment des villes engagées dans
la Traite , & de les voir s'opposer à la révolution ;
c'est les outrager que de leur prêter une pareille vengeance ; c'est s'outrager que de la craindre. Malheur aux villes qui, pour se venger d'un
juste décret, auroient recours à une opposition
aussi criminelle! Elles ne seroient pas dignes d'être
libres. Malheur auæ Législateurs qui écouteroient
ces craintes ! ils seroient indignes de leur titre. Si donc vous attachez le plus grand intérêt & à --- Page 255 ---
( 2.1 ) votre gloire, & au respett pour les grands principes & à la conservation des colonies, hâtez-vous,
non d'abolir la Traite ; nous ne cherchons pas à précipiter cette décision , quoique nous soyons convaincus de sa justice & de ses avantages; mais hâtezvous de prendre promptement en considération la
demande de cette abolition , & si les grands objets
qui sixent maintenant vos regards , ne vous permettent pas de nous entendre & d'examiner tous
les faits ( i) & les calculs que nous pouvons vous offrir , hâtez-vous au moins de déclarer vos principes for cette question, de déclarer à l'univers
que vous ne prétendez pas les écarter, lorsqu'il
s'agit de l'intérêt d'une autre Nation. L'honneur
du nom François l'exige. Les peuples libres d'autres fois ont déshonoré la liberté en consacrant
l'esclavage qui leur étoit profitable. Il est digne
de la première Assemblée libre de la France, de
consacrer le principe de philantropie, qui ne fait
du genre humain qu'une seule famille, de déclarer
qu'elle a en horreur ce carnage annuel qui se sait
sur les côtes d'Afrique, qu'elle est dans l'inten- ( i ) Il n'est pas un des faits avancés dans cette Adresse ,
que nous ne puissions prouver par vingt citations de
voyageurs & d'Ecrivains dignes de foi. Elles auroient
trop grossi cette Adresse; nous les renvoyons au Mémoire
détaillé , dont elle n'est qu'un sommaire. --- Page 256 ---
( 2.2 ) tion de l'abolir un jour , d'adoucir l'esclavage
qui en est le résultat, d'en rechercher , d'en prépréparer , dès-à-présent, les moyens.
cette Adresse ,
que nous ne puissions prouver par vingt citations de
voyageurs & d'Ecrivains dignes de foi. Elles auroient
trop grossi cette Adresse; nous les renvoyons au Mémoire
détaillé , dont elle n'est qu'un sommaire. --- Page 256 ---
( 2.2 ) tion de l'abolir un jour , d'adoucir l'esclavage
qui en est le résultat, d'en rechercher , d'en prépréparer , dès-à-présent, les moyens. Nous vous en conjurons , au nom des Colonies même, qu'une pareille déclaration peut seule
tranquilliser, au nom de votre gloire, au nom
de la justice, au nom de l'humanité, à laquelle
un mois, un jour de délai coûte de flots de sang...
Nous vous en conjurons enfin au nom du Ciel,
qui contemple sans doute avec joie, la révolution
que vous avez opérée, qui la bénira , qui la
protégera bien plus fortement, en vous voyant
employer votre pouvoir, pour essuyer les larmes
de ces infortunés, contre lesquels la cupidité Européenne conspire depuis si longtemps. Imprime par ordre de la Société, 5 Février i 790. Signé B-RISSOT DE WARVILLE , Président. LE PAGE , Secrétaire. --- Page 257 ---
DISCOURS SUR LA QUESTION
RELATIVE A LA LIBERTÉ DES NÈGRES, Prononcé en l'Assemblée générale du
district des Filles-Saint-Thomas, le
février, par M. MAGOL, citoyen, et
ex-président de ce district. . ' A PARIS, DE L'IMPRIMERIE DE MONSIEUR. 1790. --- Page 258 --- --- Page 259 ---
A DISCOURS Sur la Question relative à la liberté
des' Nègres ; Prononcé en l'assemblée générale du • district des Filles-Saint-Thomas, le
sévrier, par M. Magol, citoyen,
et ex-président de ce district. Ire. PARTIE. Au milieu de cette foule d'évènemens qui
tiennent tous les esprits en fermentation,
est-il quelque objet sur lequel le moindre citoyen puisse être indifférent ? Non , MESSIEURS t sur - tout quand la destinée de l'empire en dépend. Une grande question s'agite depuis longtemps ; c'est celle de la liberté des Nègres.
Séduit, comme tout le monde, par ce que
cette question présente d'intéressant aux yeux
de la philosophie et de l'humanité, et à dé- --- Page 260 ---
( 2 ) faut de 1 avoir envisagée sous ses rapports politiques, j'ai voté dans le fond de l'ame pour la
liberté des Noirs. Mais à ce que cette idée
avoit pour moi de touchant et de sublime,
ont bientôt succédé la terreur et l'effroi,
lorsque j'ai pu m'éclairer sur les conséquences funestes et désastreuses de cette liberté,
et sur-tout sur l'atrocité et les vues profondes
de ceux qui les premiers l'ont soumise à la
discussion de l'Europe Arrêtons-nous un moment. Avant d'entrer
en matière, je crois devoir vous rappeler ici
les causes éloignées et prochaines de la révolution. Cette digression, qui semblerait
étrangère à mon sujet, va M'y ramener naturellement. Tout, depuis long-tems, préparait cette
révolution, Des esprits profonds et faits pour
tirer des conséquences justes du calcul des
probabilités, l'avoient prévue. Une guerre
honteuse, suivie d'une paix ignominieuse,
nous avoit fait perdre dans la balance de l'Europe , cette consistance imposante que notre
. position géographique , nos productions ,
notre industrie, nos arts, notre commerce,
nos manufactures, et sur-tout notre caractère et notre valeur , nous assignent. Une fin
. de règne où nous avions vu se développer
its profonds et faits pour
tirer des conséquences justes du calcul des
probabilités, l'avoient prévue. Une guerre
honteuse, suivie d'une paix ignominieuse,
nous avoit fait perdre dans la balance de l'Europe , cette consistance imposante que notre
. position géographique , nos productions ,
notre industrie, nos arts, notre commerce,
nos manufactures, et sur-tout notre caractère et notre valeur , nous assignent. Une fin
. de règne où nous avions vu se développer --- Page 261 ---
( 3 ) A ij avec impudence tous les genres de dépravation et de corruption , la perte de nos
mœurs, le relâchement de tous les liens, la
cupidité , l'égoïsme, tout conduisoit l'Etat à
sa dissolution. Il ne manquoit plue pour la
Consommer, que la monstrueuse dilapidation
de la cour et des ministres : des emprunts
ouverts sans mesure pour soutenir la guerre
la plus impolitique, et qui préparaient inévitablement l'impôt, nous avoient réduits à
l'état de détresse le plus déplorable. Tout étoit
perdu, sans la résistance courageuse des parlemens. Mais cette résistance , qui les eût
couverts de gloire , si elle n'eût eu que des
motifs purs et désintéressés , n'étoit que le
masque dont se couvroit leur ambition secrète, et le prétexte dont ils avoient l'art de
couvrir leurs vues profondes. Ils ont demandé des états-généraux, avec la certitude de
ne pas les obtenir. La cour et le ministère
les leur ont promis, avec l'envie de ne pas
les accorder. Il a fallu cependant les convoquer. Je ne vous rappellerai pas toutes les
secousses qui ont précédé la tenue de ces
états à jamais mémorables , tout ce qu'on
a employé de ruses et de mauvaise foi pour
les rendre nuls ou pour les dissoudre. La
révolution était devenue inévitable ; mais --- Page 262 ---
( 4 ) pourrions-nous nous abuser assez pour croire
au désintéressement de ceux qui l'ont provoquée ? Il semble que la Providence se soit fait
une tâche de déjouer cette foule de manœuvres ténébreuses qui n'avoient d'autre but
que de satisfaire une haine secrette, et l'ambition particulière d'une troupe de scélérats
qui se couvroient du masque de l'amour du
bien public , et qui n'étoient que les a gens
obscurs de la politique profonde d'une nation qui avoit à satisfail e sa vengeance et des
r et se n t i rn ens perso nnels. Maîtres de donner l'impulsion, mais non
de la diriger ou de 1 arrêter à leur gré, une
force supérieure les a entraînés eux-mêmes ,
et les a contraints de se laisser aller au torrent;
ils ont feint d'applaudir à des résultats qui
déconcertoient leurs mesures, sans perdre
néanmoins l'espoir de mieux calculer leurs
nouvelles impulsions, et d'en déterminer les
effets vers leur but pernicieux et coupable.
Maîtres de donner l'impulsion, mais non
de la diriger ou de 1 arrêter à leur gré, une
force supérieure les a entraînés eux-mêmes ,
et les a contraints de se laisser aller au torrent;
ils ont feint d'applaudir à des résultats qui
déconcertoient leurs mesures, sans perdre
néanmoins l'espoir de mieux calculer leurs
nouvelles impulsions, et d'en déterminer les
effets vers leur but pernicieux et coupable. La confiance et le courage d'un monarque,
digne à-la-fois de notre amour et de notre
vénération , par ses vertus , ses mœurs t son
goût pour l'économie et sa bonté, ont fait
notre salut : il a senti qu'il ne devoit saire
qu'un avec la nation ; que ses véritables intérêts l'unissoient intimement avec elle. Sa --- Page 263 ---
( 5 ) A iij 'confiance n'la pas été trompée, et ne le sera
iamais.. Envain lui reprocheroit-on de la foiblesse ; elle est une vertu chez lui, puisqu'elle est l'effet de sa bonté, tandis qu'elle
-est presque toujours un vice chez le reste
des hommes , parce qu'elle est cruelle, et
toujours prête à devenir l'instrument de la
méchanceté de ceux qui la dirigent au gré de
leurs passions. Trompés de nouveau dans "leurs sinistres
calculs , ceux qui s'étoieat nattés de forcer
4e meilleur des rois à fuir ses sujets , ses encans, et d'allumer à la faveur de cet abandon
tous les flambeaux de la guerre civile, ces
persides ennemis du bien public s'étoient mé-1
nagé depuis long-temps une ressource puissante pour opérer la ruine de l'empire ; mais
nous , habitans de cette immense capitale,
nous qui, sans concert, sans chef, sans nous
être en quelque sorte communiqué les sentirnens qui animoient tous les véritables ci-
-toyens ; nous qui, sans no.us en douter, avons
su déterminer la révolution vers un but tout
différent que celui où tendoient les vues coupables et désastreuses de nos ennemis secrets; souffrirons - nous qu'ils consomment
leurs odieux projets ? pourrons-nous nous
résoudre à devenir leurs complices, par un --- Page 264 ---
( 6 ) coupable silence? Non, MESSIEURS; je crois
trop bien connoître l'esprit de mes concitoyens , pour craindre qu'ils ne partagent pas
tous à l'envi le zèle et le courage qui m'anime. Vous n'ignorez pas à quel point on a
voulu calomnier la capitale dans l'esprit des
provinces. Montrons-leur que nous n'avons
jamais séparé nos intérêts des leurs ; que nous
sommes intimement unis de cœur et d'esprit
avec elles ; que tout ce qui tient à leur prospérité, à leur bonheur, est l'objet constant de notre
sollicitude et de notre vigilance, et que s'il
existe au milieu de nous une coalition dangereuse et perfide, nous nous faisons un devoir sacré de la dénoncer et de la poursuivre. Vous savez, MESSIEURS , avec quelle profusion nous sommes inondés chaque jour
d'une foule d'ouvrages, fruits de la licence
et de l'anarchie, et dont les coupables auteurs ne méritent que le mépris et la haine
publique. Excédés de l'abondance de ces viles productions qu'enfante la noirceur ou la
cupidité de quelques malheureux faméliques,
les citoyens honnêtes dédaignent cet insipide
fratras d'écrits imposteurs ou incendiaires,
qu'un même jour voit naÏ-tre et mourir; mais
il en est dans le nombre que l'on doit distinguer, et qui méritent toute l'attention des
urs ne méritent que le mépris et la haine
publique. Excédés de l'abondance de ces viles productions qu'enfante la noirceur ou la
cupidité de quelques malheureux faméliques,
les citoyens honnêtes dédaignent cet insipide
fratras d'écrits imposteurs ou incendiaires,
qu'un même jour voit naÏ-tre et mourir; mais
il en est dans le nombre que l'on doit distinguer, et qui méritent toute l'attention des --- Page 265 ---
( 7 ) A iv citoyens enflammés de l'amour de la chose
publique. Tel est celui qui m'est tombé dans les
mains il y a quelque temps, et qui a pour
titre : De l'état des Nègres relativement à
la prospérité des colonies et de la métropole } discours aux représentans de la nation. Séduit, comme je vous l'ai déjà dit, par
l'apparence .d'humanité que présente le projet de rendre la liberté à cette foule de
malheureux Africains que depuis deux siècles on arrache du sein de leur famille et
de leur patrie pour les condamner aux plus
pénibles travaux sous un climat dévorant,
je n'avois écouté que mon cœur en mq livrant à ce que la philosophie peut arguer de
captieux et d'imposant , pour déterminer
l'Europe à briser les fers de ces infortunés;
mais avec quelle douleur et quelle consternation je me suis vu forcé d'imposer silence
à mon cœur et à ma raison, lorsque j'ai vu
se développer à mes yeux le système d'horreur que présente cet insidieux projet! A
Dieu ne plaise, cependant, que j'oublie ce que,
comme hommes, et sur-tout comme francois , nous devons à ces infortunés qui sont
des hommes ainsi que nous, et qui, à ce
titre, méritent notre justice et notre huma- --- Page 266 ---
( 8 ) nité! Oui, nous devons desirer l'adoucissement de leur sort; nous devons solliciter
leurs maîtres de s'empresser d'ôter eux-mêmes
tout prétexte aux argumens captieux dont
les amis des Noirs ont abusé, de favoriser
eux-mêmes les unions légitimes de ces hommes susceptibles de passions si vives, et pour
qui le plus doux, le plus impérieux des
sentimens peut être une consolation puissante
au sein de leur servitude. Je dis plus : ces
unions peuvent être le seul moyen de réparer
les pertes que font annuellement les colonies, de suppléer à l'épuisement de l'Afrique,
et de se passer enfin de la Traite des Nè.
gres, à laquelle on sera peut-être forcé de
renoncer un jour. Je vous demande grâce pour cette digression , et je reviens à mon sujet. Les ouvrages utiles et d'une certaine étendue, ne trouvent que peu de lecteurs. Il est
une classe de citoyens, que le genre de leurs
travaux et de leurs occupations, éloignent
nécessairement de la connoissance de ces
productions intéressantes. S'il en est une qui mérite d'être connue et
accueillie par tous les citoyens, c'est celleci , j'ose le dire. Vous ne tarderez pas à en
juger par vous-mêmes, MESSSIEURS, et à
ages utiles et d'une certaine étendue, ne trouvent que peu de lecteurs. Il est
une classe de citoyens, que le genre de leurs
travaux et de leurs occupations, éloignent
nécessairement de la connoissance de ces
productions intéressantes. S'il en est une qui mérite d'être connue et
accueillie par tous les citoyens, c'est celleci , j'ose le dire. Vous ne tarderez pas à en
juger par vous-mêmes, MESSSIEURS, et à --- Page 267 ---
C ) "ous convaincre que si jamais ouvrage fut
digne de votre attention, c'est celui-ci, puisque c'est à sa publicité que tient peut-être
le salut de la France et de l'Europe entière. C'est à ces titres , MESSIEURS , que je réclame votre indulgence et même votre patience : quelque longue que soit la lecture
que j'ai à vous faire, elle présente un tel
intérêt que j'ose y compter. = J'aurois pu m'approprier les idées de l'auteur, que je ne fais que transcrire; mais j'aurois rougi de lui dérober la gloire qu'il mérite à juste titre. J'en obtiendrai sans doute
assez, si, parvenant à réveiller tous les esprits sur une cause d'une importance aussi
grande , j'amène mes concitoyens à prononcer fortement leur vœu sur cet objet. Vous savez , MESSIEURS, qu'il existe dans
cette ville une société, connue sous le nom
des amis des Noirs ; qu'ils plaident depuis
long-temps pour la liberté de ceux qui sont
esclaves dans nos colonies, et qu'ils ont paré
leur cause de tout ce que la philosophie,
la morale et l'humanité ont de plus spécieux et de plus imposant. Vous allez voir ,
MESSIEURS , quels sont les motifs secrets qui
dirigent cette secte pernicieuse. J'ai voulu, d'abord, ne vous présenter --- Page 268 ---
( 10.) qu'un extrait du discours que je vais vous
lire; mais tout ce qu'il contient est tellement utile à connoître, que je me serais fait
un crime d'en rien retrancher. --- Page 269 ---
DISCOURS Sur la Question relative à la liberté
des Nègres ; Prononcé en rassemblée générale du
district des Filles-Saint- Thomas , le
fivrier, par M. Magol, citoyen, et
ex-président de ce district. I le. PARTIE. v o-v s venez devoir, MESSIEURS, par quelle
infernale politique les Etats-unis, pour s enrichir de la dévastation de l'Europe, et l'Angleterre, pour assouvir sa vengeance et sa
haine long-temps dissimulée, semblent avoir,
de concert, favorisé et propagé la secte odieuse
et perfide des Nigrophiles. Vous devez vous
rappeller que pendant la dernière guerre,
un ministre Anglois, acharné à la perte de
la France, a osé renouveler en plein parlement cet anathême du senat de Rome contre les Cartaginois; Delenda est Carlhago,
dévastation de l'Europe, et l'Angleterre, pour assouvir sa vengeance et sa
haine long-temps dissimulée, semblent avoir,
de concert, favorisé et propagé la secte odieuse
et perfide des Nigrophiles. Vous devez vous
rappeller que pendant la dernière guerre,
un ministre Anglois, acharné à la perte de
la France, a osé renouveler en plein parlement cet anathême du senat de Rome contre les Cartaginois; Delenda est Carlhago, --- Page 270 ---
co il faut anéantir Carthage , et que l'on demande un jour : Où fut donc cette ville fameuse ? Non, MESSIEURS , nous ne devons pas nous
abuser sur cette haine mortelle que nous
ont vouée nos implacables et éternels rivaux;
elle les rend capables de tout pour nous perdre à jamais : c'est dans tous les points du
monde, qu'elle cherche à nous tendre des
pièges. On nous vante avec emphase l'abolition de la Traite des Noirs au Bengale,
par les ordres du lord Cornwalis ; mais ,
a-t-on oublié que ce général Anglois, acculé
à Yorck-Town par les armées combinées
de France et des Etats-unis, à venger l'affront particulier d'avoir été forcé de faire
mettre bas les armes à toute son armée? Savez-vous à quoi se borne la Traite des Nègres au Bengale ? à environ 60 à 80 Caffres qu'y conduisent les Portugais dans le
cours d'une année. Et ces politiques perfides , croient nous en imposer par cet acte apparent d'humanité , tandis qu'ils ne rougissent
pas de réduire eux-mêmes à l'esclavage les
malheureux habitans du Bengale, dont ils
achetent les enfans pour une ou deux roupies; tandis qu'ils ont laissé impunie l'infâme cupidité du lord Clives, de ce monstre qui, --- Page 271 ---
(3) en 1^63, provoqua lui-même une famine
dont plus de trois millions d'Indiens furent
les victimes? Et ce sont là les ennemis dont
les principes vous en imposent, dont les flagorneries vous séduisent ! A Dieu ne plaise que je
vous propose de leur rendre perfidie pour
perfidie, haîne pour haîne. Non, MESSIEURS,
montrons-leur que rien ne peut altérer le
caractère généreux des François. Ne cherchons pas à les détruire eux-mêmes ; mais
mettons-nous en mesure de ne jamais les craindre , et de rendre leur rage impuissante. Î La société des amis des Noirs paroît vou-
| loir se réduire à demander l'abolition de la
Traite. Nous laisserons-nous encore abuser
par ce nouveau subterfuge ; tandis qu'il est notoirequeles Anglois ont oHërt eux-mêmes aux
Espagnols de faire la Traite pour leur compta?
tandis qu'il est également notoire, que quand
ils consentiroient à l'abolition de la Traite,
ils auroient peu de chose à perdre , attendu
que leurs possessions dans les Antilles sont
abondamment pourvues de Noirs ; que leursol
ebt épuisé, et qu'elles ne sont plus susceptibles d'augmentation ; parce qu'enfin si les productions de leurs îles réunies mettent pour
environ quatre-vingt millions dans la circu-
Espagnols de faire la Traite pour leur compta?
tandis qu'il est également notoire, que quand
ils consentiroient à l'abolition de la Traite,
ils auroient peu de chose à perdre , attendu
que leurs possessions dans les Antilles sont
abondamment pourvues de Noirs ; que leursol
ebt épuisé, et qu'elles ne sont plus susceptibles d'augmentation ; parce qu'enfin si les productions de leurs îles réunies mettent pour
environ quatre-vingt millions dans la circu- --- Page 272 ---
(4) lation, les colonies Françaises y en versent
plus de deux cent quarante ; tandis enfin
qu'il est de la plus grande évidence que si
les Anglois perdoient leurs possessions dans
les Antilles , il auroient encore une grande
prépondérance et un avantage infini dans la
balance du commerce , par celui qu'ils font
dans l'Inde, qui est infiniment supérieur à
celui qu'y fait la France. L'abolition de la Traite et de l'esclavage,
entraineroit la ruine absolue du commerce.
Nos manufactures, notre agriculture seroient
anéanties : plus de cinq millions d'hommes
qu'occupe le commerce des îles , seroient réduits â la plus affreuse misère. Nos villes maritimes et nos ports deviendroient déserts ;
notre marine marchande, et par conséquent
la marine royale seroient également anéanties; et la capitale elle-même ne seroit pas
la dernière à ressentir l'influence désastreuse
de cet anéantissement. Quel est d'après ce
tableau, qui n'est encore qu'ébauché, le François qui, sans devenir indigne du titre de citoyen, oseroit nous proposer d'imiter l'exemple insidieux de l'Anglettere, quand elleauroit réellement décrété l'abolition de la Traite
et de l'esclavage des Noirs? Il est important, au surplus, d'observer que --- Page 273 ---
( 5 ) . la partie de St. Domingue occupée par les Colons françois, est bien loin d'être au point de
prospérité dont elle est susceptible. Le sol de
la partie de cette île dont les Espagnols sont
les maîtres, (grace à leur paresse ) est encore
vierge ; l'île entière est l'objet de la convoitise des Anglais. Croyez-vous que si la France
avoit l'impéritie, je dis plus, la barbarie de
décréter la liberté des Nègres, cette foule de
Colons qui verroient leur ruine et leur mort
dans ce funeste décret, pût hésiter à se jeter
dans les bras des Anglois ? Il en est déja que
le désespoir a failli précipiter dans cette démarche imprudente, et qu'un reste d'amour
pour la patrie, et de confiance en sa sagesse
a retenus : mais qui pourrait les blâmer de
prendre le seul parti capable de prévenir leur
ruine absolue, et même leur destruction personnelle, si la liberté des Noirs étoit décrétée?
dans ce funeste décret, pût hésiter à se jeter
dans les bras des Anglois ? Il en est déja que
le désespoir a failli précipiter dans cette démarche imprudente, et qu'un reste d'amour
pour la patrie, et de confiance en sa sagesse
a retenus : mais qui pourrait les blâmer de
prendre le seul parti capable de prévenir leur
ruine absolue, et même leur destruction personnelle, si la liberté des Noirs étoit décrétée? Il est bon de ne pas vous laisser ignorer que
près de mille à douze cents Colons viennent
annuellement à Paris, ou dans le reste de la
France, consommer chacun depuis quarante
jusqu'à cent, et même deux cent mille livres j
que cela forme près de cent millions, dont
Paris, dont la France elle-même seroit à jamais privée, et dont nos rivaux s'enrichiroient
encore. --- Page 274 ---
( 6 ) Qu'ont produit jusqu'à présent les sophismes
des prétendus amis des Noirs? aucun bien, et
un Inal incalculable. L'insurrection de la Martinique est leur ouvrage ; c'est par la voie de
l'Angleterre, que lle président de cette société
a été le premier informé de cette insurrection. On l'a prévenue à S. Domingue par des
mesures sages et douces ; mais les principes
meurtriers de cette société ne tarderoient pas
à produire un effet fâcheux pour les Nègres,
dont les Colons se sont fait jusqu'à présent un
devoir d'adoucir le sort. Vous jugerez, MESSIEURS, de l'activité des
manœuvres employées par la secte Nigrophile
pour soulever les esclaves dans nos colonies,
et les porter au massacre universel de leurs
maîtres; on y a fait parvenir tout récemment
une pacotille de faïance blanche, sur le fond
de laquelle est représenté un Nègre enchaîné,
avec ces mots écrits en rouge au-dessous : Je
suis homme et libre comme les blancs. Nombre de prosélites de la secte des amis
des Noirs, commencent à rougir de leur erreur; et, honteux d'avoir pu se laisser abuser,
se sont éloignés de ses assemblées. Mais son
infatigable apôtre, jaloux de mériter le salaire qu'il ne rougit pas de recevoir de nos
éternels ennemis, vient de faire un dernier
effort --- Page 275 ---
( 7 ) B effort pour rallier ses partisans."Il faut rompre
toutes -ses mesures , opposer une force irrésistible à l'exécution de ses projets désastreux.
- Tel est l'objet de la motion que j'ose ici
vous proposer. " Je demande que, sans désemparer, il soit
pris un arrêté portant i 1°. Que le discours, que je viens d'avoir
l'honneur de' vous lire, et dont voici 60 exemplaires, sera communiqué sur-le-champ aux
59 autres districts, avec invitation à chacun
de le saire lire dans une assemblée extraordinaire, convoquée à cet effet pour demain,
$'il est possible. 2°. Que les districts seront invités à former
un comité central, composé de deux députés
de chaque district, à l'effet de prendre une
délibération ultérieure, ayant pour objet d'envoyer à l'Assemblée nationale une députation
générale des districts, pour lui exposer que la
capitale, croyant pouvoir prendre sur elle de
se faire l'interprète des Colons, des provinces
maritimes, et même de toutes les autres provinces du royaume , de qui ses intérêts sont
inséparables, elle supplie l'Assemblée nationale , dont la décision sur l'objet de la liberté
des Noirs peut être suspendue, à défaut d'être
. suffisamment éclairée sur l'opinion et le vœu
députation
générale des districts, pour lui exposer que la
capitale, croyant pouvoir prendre sur elle de
se faire l'interprète des Colons, des provinces
maritimes, et même de toutes les autres provinces du royaume , de qui ses intérêts sont
inséparables, elle supplie l'Assemblée nationale , dont la décision sur l'objet de la liberté
des Noirs peut être suspendue, à défaut d'être
. suffisamment éclairée sur l'opinion et le vœu --- Page 276 ---
C 8 ) universel, de vouloir bien terminer l'incertitude et les justes allarmes des Colons et des
provinces maritimes, en rejetant, par un décret formel, toute pétition et discussion relative à l'abolition de l'esclavage des Nègres
et de la Traite, sauf à décréter, dans sa sagesse, tout ce qui pourra servir à réformer
les vices du régime administratif des îles,
et procurer aux Noirs tous les adoucissemens
qui peuvent leur faire supporter leur servitude. --- Page 277 ---
A U N MO T SUR LES NOIRS, A LEURS AMIS. « M ESSIEURS, S'il est vrai que nos, affections s'affoiLlissent en proportion qu'elles se communiquent : si même elles ne se portent au loin
qu'au préjudice de ce qui ndus touche de
plus près ; si enfin il est d'observation cous-1
tante que l'ami de tout le monde n'est véritablement l'ami de personne : le cosmopolisme n'est dans tout homme qu'une vertu da
ses lèvres , et les soi-disant amis des Noirs
sont déjà iuges. Ils ne sont pas les amis de leur patrie i
puisqu'ils réservent à son préjudice , en saveur d'hommes étrangers , un sentiment
d'affection et d'intérêt qu'ils lui doivent tout
entier. Ils ne sont pas même les amis des --- Page 278 ---
(2 ) ," Noirs : car ils doivent sentir combien ime
doctrine tendante a exciter dans leurs âmes
l'horreur et l'injustice prétendues de leur
maniéré d'être corrompt leurs antiques:,
opinions, dissout les liens qui les attachent, L
leur fait détester leurs devoirs , trouble leur
existence, et ne fait plus de cette multitudes
d hommes , dont toutes les habitudes étoient
fixées par un ordre régulier de choses physiques et morales , qu'un assemblage 'd individus que ces innovations tourmentent
jusques dans le pressentiment fallacieux de
la prétendue félicité qu'on leur prépara. *: Tous les gouvernemens, Messieurs, f)sfrent des indigènes qui s'élevent toujours,
contre leur pays. Ses opinions, sa morale,
sa religion, sa politique ne sont pas les leurs, J
dès-lors ql1 'elles sont les siennes: s'ils sont nés
sous une monarchie, ils vantent et veulent
le républicisme : s'ils sont nés dans une république, ils célèbrent çt veulent le monarchisme. A" Tyr, à Sidon, ils auroient écrit /,
que l'objet du gouvernement devoit être la y
guerre ; a Rome, ils auroient indiqué ley
commerce ; en Asie , ils auroient plaida
pour le théisme ; et chez nous, ils diroient
sans doute que nous devons être alliées ; et si
< -
ous une monarchie, ils vantent et veulent
le républicisme : s'ils sont nés dans une république, ils célèbrent çt veulent le monarchisme. A" Tyr, à Sidon, ils auroient écrit /,
que l'objet du gouvernement devoit être la y
guerre ; a Rome, ils auroient indiqué ley
commerce ; en Asie , ils auroient plaida
pour le théisme ; et chez nous, ils diroient
sans doute que nous devons être alliées ; et si
< - --- Page 279 ---
( 3') \A. pk par un malheur, dont lé ciel seul petit, dans J
sa colère , punir un pays , ces esprits désapprobateurs s'y insinuent dans les' dignités , *
c'est alors qtre le premier usage qu'ils sont -
de leur élévation est de réchauffer leurs idées
singuliers y de les propager à l aide aè leur
surcroît d'importance et de moyens ; et cM?
le bouleversement dè l'empire être le fruit
amende leurs funestes innovations, il faut
qu'ils lesr soutiennent, qu'ils 1 es accréditent
qu'ils les fassent réussir. ,
:Ne' donnons parmi nous. Meneurs , au- »
cun accès- à de tels caracteres. Pourquoi êtes-vous assemblés. Messieurs ?
c'est pour faire le bien de Votre pays. Que
vous demande, dans la détresse qui 1 'accable ,la France, cette France autrefois ' si
resplendissante? elle vous demande , elle
vous prescrit de servir de' tous vos moyens
ses intérêts ; elle veut, elle exige de fous
que vous l'aimiez , que vous aimiez ses intérêts de l'amour lé pins ardent, d'un amour
de préférence'; elfe veut tp1e ses intérêts '
vous soient plus chers que les' intérêts des
Anglois , des Américains, des Africains.
La France, votre patrie , vous démandet-elle trop ? 4 w - --- Page 280 ---
( 4 ) Or, il est de son premier intérêt que nous
maintenions et la traite et l'esclavage des
Noirs, et notre commerce colonial exclusif. Il est du plus grand intérêt de la France
die maintenir la traite et l'esclavage des
Noirs ; et afin "de rassurer d'abord certains
esprits sur la légitimité politique et morale
de l'esclavage : Je dis que l'esclavage est, en politique, une
institution du droit des gens dérivant d'un
état de guerre , qui rend un homme vaincu.
soumis a un aùtre homme vainqueur. Du
droit de la guerre dérive le droit ide la" viç- ~
toire ; du droit de la victoire dérive le droit
de la conquête des personnes ou des choses ;
de la conquête de la personne dérive pour le
vainqueur le droit de disposer le plus utilement pour soi de son ennemi, comme, la,,
guerre donne le droit de le combattre le plus
avantageusement: Il. y a deux manières connues d'user de la conquête dé la personne ;la '
premiere, de disposer de son ennemi sans, t
autre fruit que celui de s'en délivrer pour
1 oujours. Le calcul et la combinaison des -
dangers qu'encourroit le vainqueur , en
laissant vivre sa conquête, peuvent seuls
excuser, çhçz;'un peuple policé, ce terrible
emi, comme, la,,
guerre donne le droit de le combattre le plus
avantageusement: Il. y a deux manières connues d'user de la conquête dé la personne ;la '
premiere, de disposer de son ennemi sans, t
autre fruit que celui de s'en délivrer pour
1 oujours. Le calcul et la combinaison des -
dangers qu'encourroit le vainqueur , en
laissant vivre sa conquête, peuvent seuls
excuser, çhçz;'un peuple policé, ce terrible --- Page 281 ---
.. r ? ) A 1 moyen : ailleurs et chez les peuples non policés, il faut tuer pour prouver qu'on est vainqueur. La seconde manière causer de la conquête
de la personne est, de disposer de son ennemi d'une façon utile pour le vainqueur r,
et avantageuse pour le vaincu : c'est de lui ,
conserver la. vie à certaines cliarges. Cliezi
tes peuplés policés on exige ordinairement
alors ou une rancon ou la parole de ne pas
servir contre, ce qui, dans ce dernier cas,
est tuer indirectement. Chez les peuples non
policés on conserve quelquefois la vie au
vaincu , à là charge d'en retirer tout service
direct ou indirect analogue à ses moyens , a,
ses forces, et par c onséquent aussi à la charge
dé lui fournir la nourriture » car qui veut la
fin doit bien vouloir les moyens. / ; Maintenant, je le demande : ne vaut'il pasmieux pour les deux partis que lè vaincu
existe dè cette maniéré que s'il n'existât
d'aucune ? Eh bien, voilà la cause et ■. l'Oçir ,
gine de l'esclavage ! Ainsi, dès qu'un éta,t.
inévitable dé guerre-entre des peuples. non .
policés laisse au vainqueur le droit d'user de [
saconquête, peut-on blâmer même en morale
n. peuple policé, qui réprouvant partout --- Page 282 ---
',(6 ) pays chez tout vainqueur, le malheureux
droit de tuer le vaincu, intéresse ce vainqueur même à conserver son ennemi ? Voilà
sous ce premier apperçu l'efset moral et politique de notre traite en Afrique. E11 Afri1 que le vainqueur tueroit le vaincu il en déVoreroit les membres; eh bien, la France, par
la traite, intéresse ce vainqueur même à
conserver soigneusement le vaincu ; nous
, venons le lui acheter dans l'état physique et
moral où il se trouve; et devenant a notre
tour intéressés à le conservera à en retirer
permanemment des avantages, le calcul luimême nous montre que ces avantages seront
toujours en proportion des facultés physi-
" ques et morales de l'esclave. Dès-lors nous
veillons a tout son être ; nous alimentons ,
nous développons se s forces ] vhysiques ; nous
* exerçons, nous agrandissons ses facultés
morales ; son existence nous devient plus
cliere en raison de nos succès , et les exemples que nous fournissons dans nos colonies , et que nous montrons fréquemment à
l'Europe , de Noirs qui sont bons serviteurs, iideies et sorts, actifs et inte lligens,
-empêcheront sans doute nos détrac teur de
veillons a tout son être ; nous alimentons ,
nous développons se s forces ] vhysiques ; nous
* exerçons, nous agrandissons ses facultés
morales ; son existence nous devient plus
cliere en raison de nos succès , et les exemples que nous fournissons dans nos colonies , et que nous montrons fréquemment à
l'Europe , de Noirs qui sont bons serviteurs, iideies et sorts, actifs et inte lligens,
-empêcheront sans doute nos détrac teur de --- Page 283 ---
. ( 7 ) . À4 nous disputer la r eau te de nos soins, qui
seuls les ont ainsi formés. t Mais, diront les amis des Noirs , l'esclavage est un état contre nature : non ; l'esclà.-
vage seroit tout au plus un état hors de la
nature ; mais l'esclavage n'est ni contre ni
même hors la nature. La nature nous retient
nous-mêmes esclaves ; et cet esclavage nous Z
ç.st tellement essentiel, tellement utile, que
c'est à cause de'lui que sont tous nos mouvemens , toutes nos pensées , toutes nos afsections, tous nos désirs; que c'est à lui que
nous sacrifions tout. Quelle servitude plus
marquée, plus sentie, que celle que nous impose à chaque instant la nature par l'empire
suprême de ses loix ? Que l'homme fasse un
retour réfléchi sur sa maniere d'être avec la
nature. Il se verra sans cesse ccmmandé, asservi par elle , toujours dépendant et soumis
envers elle. N'exagérons donc pas nos maux
et ceux de notre société politique pour avoir
l'insipide avantage dé' calomnier nos sentiniens et nos institutions. L'esclavage fût-il
même un état contre nature , qu'importe , si
la nature elle-même devient intéressée à le'
maintenir. L'économie politique est aussi un
état contre nature. Il est contre la nature que --- Page 284 ---
( s ) je consente soumettre a ^ moi,, à obéir à un autre qu'à moi ; il ^
filtre la que j'emploie mes soins, „•
mes veilles et ma yie même pour un autre
que moi; il est contre la nature que la. politique m'impose la: condition de lui donner
une t portion, dn fruit de ; mes labeurs si je
xeux jouir de l' autre , car le tout est-, à
moi ..et je devrois jouir de tout ce qui est à
mpi ,. et néanmoins j'obéis servilement à la
politique , je lui donne et ines soins set mes
filles, et la position quelle exige du produit
de mes labours, et; la. naturç et la politique
moi-même nous, trouvons bien de^ cet aç"
cord, et nous convenons tous que tout est
assez biqu pour le tout. Voilà les idées élémentaires qu'il faut prendre sur la traite et l'esclaygge des Noirs, sans être détournés par
1. histoire et le récit des abus. Car où n'y en
tril pas> et; les meilleures institutions en sontelles exemptes
s Mais la traite fût-elle condamnée par la
nature * la nécessite , l'impérieuse nécessité
ne pourroit pas en suivre les loix. La né-,
çessité d'entretenir les organes vitaux de la
société; actuelle , en mettant à profit dans
les dons privilégiée, (lue: l'aut
eol :k.4
histoire et le récit des abus. Car où n'y en
tril pas> et; les meilleures institutions en sontelles exemptes
s Mais la traite fût-elle condamnée par la
nature * la nécessite , l'impérieuse nécessité
ne pourroit pas en suivre les loix. La né-,
çessité d'entretenir les organes vitaux de la
société; actuelle , en mettant à profit dans
les dons privilégiée, (lue: l'aut
eol :k.4 --- Page 285 ---
. C ) 1 tëtrr même de la nature y offre âtf travail,
frous impose l'indispensable obligation d&
faire cultiver nos fonds coloniaux par deai
bras africains J II h'éSt pas de blanc qiir j
sous un climat aussi chaud ^ puisseasans
bientôt périr, ajouter a l'effet destructeur
que la Chaleur produit déjà sur lui l'effet
bien plus r anéantissant f encore du travail des bras. Tout Fé monde est convaincu
de cette grande vérité ; l'expérience la plus
multipliée est Sx fort d'accord àvec les ih4
ductions locales, qu'il est inutile de s'appesantir sur * cette considération. La tïàitë
qui sètile nous procure et renouvelle tëé
brasèst donc encore justifiée. Les soi-disant amis des Noirs, non conte ns de Combattre la traite , combattent
encore l'esclavage des Noirs dans nos coP
lon les. * -
Mats puisque" ces amis des' Nbirs doivent convenir que nos terres ' coloniales
ne peuvent être cultivées que ptfr des
bras africains , quel caractere veulent-ils
qu?e la politique et la colonie impriment ài
ces hommes nécessaires, êt sous qUtl rappôrî
prétendent-ils qu'on doive les considérer •?'
Les amis des Noirs veulent et prétendent
qu'il faut, les reeonnoitre libres et les sa --- Page 286 ---
( 10 y larier en raison de leurs travaux. Les Noirs
libres dans nos colonies î nos colonies seraient bientôt à eux^ car il y a cinq Noirs
pour un blanc. Eh ! à quelles dispendieuses
précautions de prudence , de force, et d'état
perpétuel de surveillance offcnsiv:e ou défensive la politique ne seroit-elle pas obligée
de s asservir et d'asservir nos freres colons ?
Les Noirs salariés dans nos colonies en raison de leurs travaux ! Mais par une combinaison qui est assez dans ] a nature , comme
elle est dans l'observation et l'expérience en
Europe , l'homme de travail calcule son travail avec son salaire, son salaire avec ses
besoins; et bientôt nos colons ne retireroient
aucun serv ice.de ces Noirs. Les seuls premiers besoins intéressent
cette classe, et ils les satissont de peu.
Si ce salaire étoit modique , toujours les
Noirs en auroient-iLs assez pour satisfaire
à leurs modiques besoins : et dès-lors on
ne verroit résulter, entre la masse de terrein à cultiver et celle .cultivée , qu'une
disproportion funeste aux colons, funeste
à la France. Si, au contraire, dans les vues
d'exciter leur activité par la cupidité , ce
salaire jétpit considérable, on n'en, savoriseroit que plus la paresse naturelle des Noirs ,
Noirs en auroient-iLs assez pour satisfaire
à leurs modiques besoins : et dès-lors on
ne verroit résulter, entre la masse de terrein à cultiver et celle .cultivée , qu'une
disproportion funeste aux colons, funeste
à la France. Si, au contraire, dans les vues
d'exciter leur activité par la cupidité , ce
salaire jétpit considérable, on n'en, savoriseroit que plus la paresse naturelle des Noirs , --- Page 287 ---
( Il ) .. et on ne leur donne roi t que de plxis grands
moyens de fournir avec plus d'aisance a leurs
besoins , ce qui diminueront encore la masse
cultivée. Que ne n'est-il permis ici de citer
des exemples très-analogues que nous avons
tous les jours -sous les yrtix ! nous noué
.contenterons d'inviter à observer en philosophie politique , les rapports qu ont avec
la masse de >notre culture en France , lee
modiques «et les forts salaires , suivant le$
différentes localités. Et je prie de se souvenir que les Noirs supportant :bien miôux
les privations , que tout ce que produit naturellement la terre peufieur-servir de nourriture , et qu'étant encore moins portes vers
Ja vie rac.tiveet sur tout bien moins prëvoyais de l'avenir, ils sauront toujoursmettre plus rigoureu sement en mesure leur .travail et leur salaire du jour avec leurs besoins du jour. Que les soi-disant amis iles -Noirs n'opposent , pas pour derniere objection, qu'un
peuple qui consacre l'esclavage est dèsJors avili et corrompu. I<es François avilis
parce qu'ils, auraient des esclave ! oserions.
nous . Messi eurs , prétendre e à être plus vertueux que des Spartiates ! Eh bien , Spirte --- Page 288 ---
( 12 ) elit des esclaves Oserions-nous prétendre à plus de grandeur d'ame que les:
premiers Romains! ph bien, Home eut des1
■esclaves. Ah ! sans nous livrer à la poursuite -
d'aucuns excès, earl la vertu les cbndamne
même pour elle contentons-nous d'imiter
fidèlement ces graudS, ces magnifiques mo*
deles, et soyons sûrs que nous aurons sait;
pôur la patrie, pour la . vertu et pour notfë ''
propre honneur, tout ce que nious devions
et pouvions faire. ( . •' i Il y eut aussi à Rome, du tems ;deCiceron, ' •
des soi-disans amis des esclaves. il faut voirdans l'un de ses ouvrages a^ec quel mépris et quelle indignation ce philosophé ^
repoussa leurs ridicules élégies. » ,Vèus tous
récriez, (i-)leur dit-il, contre cet esclavage ;
et vous ne vous êtes pas encore élevés contre l'esclavage de l'ambition; contre l'esclavage de la cupidité, contre l'esclavage 1
de la crainte. Voilà le plus terrible, le plus
funeste des esclavages. L'esclave peut être un
bon s-erviteur ; .mais l'homme libre qui sera
ambitieux, avide, livré à ses passions ,
ridicules élégies. » ,Vèus tous
récriez, (i-)leur dit-il, contre cet esclavage ;
et vous ne vous êtes pas encore élevés contre l'esclavage de l'ambition; contre l'esclavage de la cupidité, contre l'esclavage 1
de la crainte. Voilà le plus terrible, le plus
funeste des esclavages. L'esclave peut être un
bon s-erviteur ; .mais l'homme libre qui sera
ambitieux, avide, livré à ses passions , peut jamais l'être ». En effet si le corps di* - (1 Cicer.- liv. 6 des paradoxes» , --- Page 289 ---
( 13 ) - iNoir est esclave , son esprit et Son coeur
lie le sont pas ; il conserve donc toute -la
dignité de l'homme dans ses plus nobles
facultés et s'il en use convenablement ,
aWrs, dit Bion (i) ; un btm esclave est tou"; j ours libre ; car ilveut toujours faire ce qu il
doit, et toujours il le peut. Il n'y a que io
mauvais esclave qui^ïe soit pas libre. Or,
dans tout» société ne prive-t-on pas, "de sa
liberté, le méchant ? Eh ! pourquoi demandet-on, Messieurs , la liberté pour les Noirs
de nos-colonies ! Veut-on qu'ils puissent
aspirer à être un jour des électeurs, des
éligibles , des eommandans de milices coloniales, des tribuns d'un peuple noir. En
les tenant jusques à présent privés de ces
avantages, estime-t-on ce préjudice assez
grand que . pour le réparer, il nous faille
changer nos opinions , nos mœurs, nos
institutions ? ne suffît-il pas que ce Noir
puisse être rendu un honnête homme ; ne
trouvez vouR pas assez grand , assez civique \
ce caractère que vous lui offrez à acquérir?
Et que desireriez-Vous faire -de plus des deux
tiers et demi des hommes libres de notre
France ? — -
^ (I) Lib. de serviture, - --- Page 290 ---
( i4 ) Je ne dis rien ici des abus de toute es-.
pece dont les prétendus amis des Noirs sont,"
une peinture peut-être trop exagérée; ces.'
abus fussent-ils tous réels, il ne faut pas les
confondre avec la chose, si l'on veut apporter dans la discussion un esprit d'odre "
Car que dïroiènt les rhéteurs et les sarvans , ... f
si l'on attaq.uoit les sciences et l'éloquence
par les criminels abus qu'ils en ont fait ?
Il est de toute justice de remédier à tous'
les abus qui existent à cet égard dans les
colonies, et je demandé sur-tout une sage J
modération dans les peines infligées aux ~
esclaves. L'humanité a toujours par-tout le
droit de faire entendre sa voix. Mais pour
donner même à ce sentiment ses limites,
car la vertu elle-même eh a , entendons sur
ce:sujet le judicieux Platon (1), » ne punissez pas , dit-il, votre esclave de la maniéré
dont vous puniriez un homme libre. L'esclave est moins sensible > et bientôt vous le,
rendriez mou èt efféminé. Que votre lan- .
gage avec lui soit toujours celui du commandement; ne participez jamais a ses jeux,
qüé jamais il lié participe aux vôtres ; tenez
en tout et par-tout , envers lui , votre rang
elle-même eh a , entendons sur
ce:sujet le judicieux Platon (1), » ne punissez pas , dit-il, votre esclave de la maniéré
dont vous puniriez un homme libre. L'esclave est moins sensible > et bientôt vous le,
rendriez mou èt efféminé. Que votre lan- .
gage avec lui soit toujours celui du commandement; ne participez jamais a ses jeux,
qüé jamais il lié participe aux vôtres ; tenez
en tout et par-tout , envers lui , votre rang i riar. de leg. hb. 60. --- Page 291 ---
( 15 ) 1 ' - - de maître; car sans ces précautions , bientôt il vous seroit pluse, difficile de lui commander;, et a lui de vous obéir. Soyez tour
jours juste envers lui , et n'oubliez jamais
que sa nourriture est sa .récompense ». ,
Il reste à proiiyer la nécessité de .mainte
nir exclusivement notre commerce colonial.
Epargnons - nous les discussions toujours
dangereuses dans les affaires de famille ;
et disons seulement aux loyaux et braves,
colons : le commerce ressemble à un grand
et magnifique fleuve , dont les eaux roulent
sur toutes ses rives l'or et l'abondance , en'
même tems qu'elles les fertilisent, Ses bran,
clics sont ces flots qui , formant autant de
superbes cascades, en reçoivent et luirendent
tour-à-tour les eaux qui les ont créées, qui
les entretiennent et qui l'embellissent luimême. Alors , le plus léger détour de leur,
part nuiroit bientôt à sa générosité, et privées d'un secours qu'elles mêmes auroient
épuisé, ou bien elles perdroient à jamais dans
une obscurité funeste leur mouvement et leur
éclat, ou bien elles seroient réduites à implorer d autres neuves voisins une nouvelle vie,
qui n'animeroit que leurs regrets. --- Page 292 ---
Ii6) Graves et généreux colons, la France est
pour vous ce fleuve ; vous êtes pour elle ces
flots et ces cascades. C'est à elle que vous
v devez votre existence et votre éclat. Elle
vous demande aujourd'hui de vous garantir
de tout écart, et de ne recevoir que d'elle,
et de ne rendre qu'à elle les eaux avec lesquelles elle vous a formés et embellis. Projette/. vous même ce que vous croyez juste
et convenable à cet égard ; notre amour
e.t notre intérêt réciproques, même vos senti -
mens de reconnoissance, nous font présumer
ce projetl de votre part juste pour nous tous,
utile à nous tous, alors nous l'accepterons,
et calmant ainsi bientôt les sollicitudes que
vous donnez involontairement à votre merepatrie, nous continuerons avec une confiance réciproque à faire directement entre
nous , le juste échange de nos productions
mutuelles ; nous, nous y ajouterons toujours les chefs-d'œuvre de notre goût, de
nos arts , ces vrais charmes de la vie que
vous demanderiez vainement ailleurs. C'est
par ce sage concert que nous avions toujours prospéré ensemble et c'est ainsi que
nous prospérerions encore. --- Page 293 ---
[texte_manquant] REFUTATION DU PROJET DES . AMIS DES N01RS, SU R la suppression de la traite des nègres
& sur l'abolition de l'esclavage dans nos
colonies. PAR M. DE SAINT-CYRAN, capitaine en premier
au corps-royal du génie, employé depuis
plusieurs années dans les îles angloises et
françoises de l'Amérique. 1790. --- Page 294 --- --- Page 295 ---
-A a RÉFUTATION
--- Page 293 ---
[texte_manquant] REFUTATION DU PROJET DES . AMIS DES N01RS, SU R la suppression de la traite des nègres
& sur l'abolition de l'esclavage dans nos
colonies. PAR M. DE SAINT-CYRAN, capitaine en premier
au corps-royal du génie, employé depuis
plusieurs années dans les îles angloises et
françoises de l'Amérique. 1790. --- Page 294 --- --- Page 295 ---
-A a RÉFUTATION DU PROJET DÈS AMIS DES NOIRS, SUR la suppression de la traite des nègres y
et sur l'abolition de l'esclcivage dans nos
eolonies. DANS des tems calmes , et quand l'effervescence
inséparable de la révolution actuelle permettra
des réflexions froides et tranquilles, on ne se
rappellera qu'ayec étonnement, que des écrivains aient pu fixer l'attention publique et trouver
des partisans, en proposant à la France, sous un
voile de justice et d'humanité, d'échanger, sans
nécessité, sans retour et à plaisir, ses richesses
et sa puissance, contre un état de foiblesse et
de pauvreté, auquel trente années de la guerre
la plus malheureuse, combinée avec tous les --- Page 296 ---
1 1 4 1 autres genres de calamité, ne pourroient la réduire. On va cependant se convaincre que telle est
la conséquence nécessaire des idées avec lesquelles une multitude de gens oisifs,peu instruits
de ce qui concerne nos colonies et notre commerce , ou disposés à acheter la célébrité à tout
prix ; de philantropes , que nous devons sans
doute considérer comme des fanatiques de bonnes
foi , malgré l'opinion et les apparences contrai •
res, ne cessent d'échauffer les esprits dans cette
capitale ; elles ont fomenté dans des têtes exaltées
et disposées à se livrer , sans examen, à tout
sentiment favorable à la liberté. Ces bruits ont
passé les mers; nos colonies sont menacées de
subversion ; les négocians françois , livrés aux
plus cruelles inquiétudes, sur des sommes immenses qui leur sont dues par les colons, et sur
les évcnemens futurs , ,suspendent leurs arme
mens , et il est difficile d'évaluer la perte qu'occasionnent déjà à notre commerce ces rumeurs,
qui sembloient n'être destinées qu'il couvrir leurs
auteurs de ridicule.
favorable à la liberté. Ces bruits ont
passé les mers; nos colonies sont menacées de
subversion ; les négocians françois , livrés aux
plus cruelles inquiétudes, sur des sommes immenses qui leur sont dues par les colons, et sur
les évcnemens futurs , ,suspendent leurs arme
mens , et il est difficile d'évaluer la perte qu'occasionnent déjà à notre commerce ces rumeurs,
qui sembloient n'être destinées qu'il couvrir leurs
auteurs de ridicule. On a déja prouvé plusieurs fois que l'état des
esclaves, dans nos colonies, est moins dur, habituellement, que celui des journaliers en France ;
qu'ils ont sur-tout, pardessus ces derniers, l'a van- --- Page 297 ---
[ s 1 A 3 tage d'être soignés dans leurs infirmités et leur
vieillesse, et que la nourriture de leurs femmes
et de leurs enfans y est assurée; qu'excepté aux
heures de travail, ils jouissent d'une liberté parfaite ; qu'il n'en est aucun qui ne possède une
maison et des terres pour lui et les siens, qui n'ait
des poules, des cochons et d'autres propriétés,
toujours soigneusement respectées par te maître;
qu'un grand nombre d'entre eux n'ont jamais
. connu la plus légère punition , et remplissent
leurs devoirs avec attachement et fidélité ; qu'ils
chantent presque tout le jour, et s'assemblent
pour danser, au moins deux fois la semaine,
souvent pendant la nuit entière ; que les jours
de fêtes, ceux qui ont la moindre industrie , paroissent dans les bourgs, habillés très-élégamment : qu'ils se donnent fréquemment, entre eux,
des dîners en règle ; que leur noces sont somptueuses , ainsi qu3 leurs convois funèbres, et
qu'enfin la plupart seroient infiniment, surpris,
s'ils apprenoient ce que des philosophes parisiens racontent de leur état. On pourvoit ajouter
que l'Afrique ayant , dans tous les tenis , été dans
l'usage de vendre ses habitans, ou ils demeureroient dans un esclavage plus dur dans leur
propre pays , si les européens ne, les venoient
.point acheter, ou ils seroient vendus sur la côte --- Page 298 ---
r 6 ] orientale d'Afrique et dans une grande partie de
l'Asie, contrées qui, depuis la culture d'Amérique , ne peuvent plus s'en procurer une quantité suffisante, à cause de leur trop haut prix ;
ou enfin, ils continueroient de vivre sous la tyrannie despotique des princes Africains, que tous
les voyageurs nous dépeignent comme l'oppression la plus cruelle. Mais je me dispenserai d'insister sur ces motifs et sur plusieurs autres qui ont été allégués,
quelques forts qu'ils puissent être, pour diminuer la défaveur de l'esclavage établi dans nos \
colonies ; sans doute on a peine a concilier cet
état avec les principes du droit naturel, et si les
plus fortes raisons de nécessité politique ne peuvent dispenser une nation de proscrire toute
institution contraire à la théorie djune morale
rigoureure, si elle doit s'y déterminer, même
quand cette infraction n'aggraveroit le sort de
qui que ge soit, & qu'au contraire ceux qui auroient le droit de réclamer contre elle , devroient
en redouter le redressement, et trouver alors à
la placel d'un malheur imaginaire les maux les
plus réels, nul doute que le roi ne doive s'empresser de suivre le conseil mentionne dans le journal
du comte de Mirabeau, de faire afficher sans délai 3
s'y déterminer, même
quand cette infraction n'aggraveroit le sort de
qui que ge soit, & qu'au contraire ceux qui auroient le droit de réclamer contre elle , devroient
en redouter le redressement, et trouver alors à
la placel d'un malheur imaginaire les maux les
plus réels, nul doute que le roi ne doive s'empresser de suivre le conseil mentionne dans le journal
du comte de Mirabeau, de faire afficher sans délai 3 --- Page 299 ---
l7l la déclaration des droits de l'homme, dans tous
les coins de nos îles. J'objecterois envain , que le premier effet dé
la liberté accordée aux nègres, seroit le massacre
général des blancs et des gens de couleur libres;
que la culture de nos îles seroit abandonnée, et
qu'il en résulteroit pour nous un désavantage
annuel de plus de deux cens millions , dans la
balance du commerce, soit en raison des denrées coloniales, que nous cesserions de vendre
à l'étranger, soit pour celles que nous achèterions de lui ; qu'ainsi nôtre numéraire sortiroit
entièrement du royaume ; que toute les provinces
maritimes , et une grande partie des manufactures et de la culture intérieure seroient ruinées;
que nos matelots actuels seroient obligés de diriger leur industrie vers d'autres pays ou d'autres -
occupations, et que notre marine militaire, dont
la dépense très-considérable n'auroit plus d'ailleurs , à beaucoup près, d'aussi grands objets d u*
alité , s'annéantiroit, et bientôt avec elle, le reste
de notre commerce par mer ; que nos côtes seroient impunément insultées-, que les-nègres euxmêmes , après avoir exterminé les blancs, incapables d'établir entre eux aucune-police, s entre
égorgeroient, et que ceux qui survivroient, sel'oient bientôt réduits de nouveaux en esclavage, --- Page 300 ---
E 8 1 par des puissances moins scrupuleuses ; qu'enfin
nous ne pouvons mieux faire que de suivre
l'exemple des Anglois et des anglo-Américains,
qui ont cru devoir restreindre, à cet égard, l'ap.
piication de leurs principes sur cette liberté,
dont ils se montrent d'ailleurs si jaloux. On auroit droit de me répondre, qu'il est moins
odieux de voir cinquante mille oppresseurs massacrés, avec leurs femmes et leurs enfans, que
l'oppression de cinq cents mille hommes continuée : que la sûreté du royaume : quelques centaines de millions par an, et l'avantage de voir
fleurir la marine , l'agriculture, les manufactures
et tous les genres de commerce , sont payés trop
cher par une injustice ; que si les nègres devenus
libres, s'entredétruisent, ce sera leur faute; que
si des puissances étrangères les remettent sous le
joug, la nation françoise s'en lave les mains, et
quant à l'exemple des Anglois et des anglo-Américains , que nous devons le suivre, en posant,
comme eux , de bons principes de constitution,
et l'abandonner quand ces peuples s'écartent des
justes conséquences qui en dérivent.
si les nègres devenus
libres, s'entredétruisent, ce sera leur faute; que
si des puissances étrangères les remettent sous le
joug, la nation françoise s'en lave les mains, et
quant à l'exemple des Anglois et des anglo-Américains , que nous devons le suivre, en posant,
comme eux , de bons principes de constitution,
et l'abandonner quand ces peuples s'écartent des
justes conséquences qui en dérivent. Ce n'est donc pas pour les partisans d'une
morale si intraitable, que j'ai cru devoir entrer
dans ces détails, mais pour ceux qui, pénétrés
du désir de voir réparer, autant qu'il est possible, --- Page 301 ---
19 1 les Injustices publiques et particulières, pensent
cependant, d'après l'exemple de tous les peuples,
et l'expérience de tous les tems , qu'une sage politique peut quelquefois se trouver dans la'nécessité de faire entrer en balance des avantages et
des abus ; qui savent que les moyens de prospérité et de sûreté des différentes nations , reposans presque toujours sur les rapports qui
existent entre elles, un peuple ne doit pas compromettre de si grands intérêts , en entreprenant
seul de changer ces anciennes relations , d'après
des idées extravagantes de perfection, pour ceux
qui j sur-tout, sont bien loin d'imaginer qu'une
nation , uniquement par délicatesse de conscience, doive s'exposer aux inconvénicns les plus
affreux, et renoncer à d'immenses avantages,
pour le redressement d'une injusice, sans que
ceux qui en sont les victimes , doivent éprouver,
par ces sacrifices, aucun adoucissement dans leur
sort: on a dit, il y a long - tems, que les états
'Je se gouvernoient pas avec des chapelets , on
peut ajouter qu'une ancienne monarchie , riche
et corrompue , ne peut étre réformée d'après
1, s principes métaphisiques d'une morale ahnv
biquée. Je viens de dire que, si par quelque événement que ce soit, les nègres de nos colonies se --- Page 302 ---
[ 10 ] trouvoient en pleine possession de leur liberté,
le premier effet qui en résulterait, seroit le massacre des blancs ; car, sans parler du ressentie
ment dont on doit supposer plusieurs de ces
esclaves animés contre eux, leur génie grossier ne les empêchera pas de voir que la ruine
absolue de leurs maîtres est la suite d'un événement aussi inconcevable, et sur lequel ils auront peine à croire le témoignage de leurs propres yeux ; ils ne pourront douter que ceux-ci
ne fassent tÓt ou tard leurs efforts pour amener
une révolution contraire , et jamais ils ne se
croiront libres, aussi long tems qu'ils verront
un blanc dans leur île. Devenus indépendant,
affranchis de la police sévère des habitations ,
pouvant s'assembler, conférer ensemble, se trouvant cent contre un , dans les campagnes, ils
forceront les colons, qui pourront échapper à
leur fureur, à chercher un premier asile dans les
forteresses , abandonnant tous leurs biens au pillagc. Envain les foibles garnisons qui les occupent actuellement, tenteraient de remettre l'ordre
parmi cette multitude effrénée, sans propriétés,
sans moyens de subsistance, sans loix , ne con-,
noissant d'autre subordination que celle de l'esclavage, et dans cette occasion, toujours pleine
de défiance à la vue d'un blanc ; et quand ces
échapper à
leur fureur, à chercher un premier asile dans les
forteresses , abandonnant tous leurs biens au pillagc. Envain les foibles garnisons qui les occupent actuellement, tenteraient de remettre l'ordre
parmi cette multitude effrénée, sans propriétés,
sans moyens de subsistance, sans loix , ne con-,
noissant d'autre subordination que celle de l'esclavage, et dans cette occasion, toujours pleine
de défiance à la vue d'un blanc ; et quand ces --- Page 303 ---
su ] garnisons seroient plus considérables , elles n'y
réussi roient qu'en exterminant ces nouveaux asfranchis , ou en les réduisant de nouveau en servitude. Sans doute cet événement auroit d'autres suites; on sait quel avantage nos îles , et les étatsunis de l'Amérique , retirent de leu'F commerce
réciproque; il est borné, de la part des colonies,
à leur vendre & à acheter d'eux , ce que la mère
. patrie , ne peut commodément fournir ou recevoir. Ces sortes de négociations sont d'autant
plus précieuses aux An glo-Américains , que depuis leur révolution , l'entrée des iles ang!oises
leur est interdite; & l'on ne peut douter que , s'ils
parvenoient à jouir librement du commerce de
nos îles , ils ne dussent être comptés, dans peu
d'années , parmi les premières puissances d_U
monde. Ce seroit donc à eux que nos fugitifs
pourroient s'adresser; apprenez, leurs cîiroientils, que nous avons tout perdu en un infini ; nos
frères ont été massacrés ; nos femmes et nos Iules, réservées à l'infamie, sont réduites à envier
leur sort ; apprenez que , comme nos pères se
sont entre tués pour des querelles théologiques ,
nous sommes exterminés d'après des subtithes
de morale, et que les poignards, aiguises autre -
ibis en France, par les prêtres, le sont aujour- --- Page 304 ---
[ 12 1 d'hui par des philosophes, non moins fanatiques,
qui en ont armé nos esclaves ; venez nous aider à
recouvrer tout ce que les hommes ont de plus
cher, et en échange de ce bienfait, recevez de
nous l'avantage du plus riche commerce de l'univers , et que notre patrie a toujours méconnu. Qui peut douter que la pitié, la reconnnoissance, l'intérêt ne fissent accueilliir cette demande
avec transport, par ce peuple de soldats, et que
bientôt les ncgres, déjà divisés entre eux, manquans de subsistance , mal armés , fatigués de la
plus effroyable anarchie , ne fussent obligés de
reprendre leurs fers ? Nous venons de supposer les nègres en pleine
possession de leur liberté; mais , véritablement,
nous avons peine à concevoir comment ils pourraient se la procurer, même en la supposant,
contre toute possibilité, prononcée par un decret sanctionné, rendu au gré des amis des noirs,
car sans doute on ne se flattera pas de trouver
les colons disposés à s'y conformer amiablement,
et c est encore une idée folle et cruelle , d'imaginer que les nègres pourroient alors s'affranchir
eux-mêmes de l'esclavage, comme s'ils n'y étoient
demeurés jusqu'ici que faute d'un decret : sans
doute il en pourroit résulter une effervescence
dangereuse, et dont on a déja vu des étincelles
car sans doute on ne se flattera pas de trouver
les colons disposés à s'y conformer amiablement,
et c est encore une idée folle et cruelle , d'imaginer que les nègres pourroient alors s'affranchir
eux-mêmes de l'esclavage, comme s'ils n'y étoient
demeurés jusqu'ici que faute d'un decret : sans
doute il en pourroit résulter une effervescence
dangereuse, et dont on a déja vu des étincelles --- Page 305 ---
[ 13 ] effrayantes, mais qui seroit certainement éteinte
dès que les maîtres, sacrifians au soin de leur sûreté, et à la conservation du reste de leur sortune, le prix de ces esclaves, et leur compassion pour ces malheureux, se résoudraient, en
cédant à la plus impérieuse nécessité , à exterminer une partie des révoltés, dont le sang crieroit à jamais vengeance contre les auteurs de ces
maux. Il faudra donc se déterminer à faire accompagner cette nouvelle loi par 20 vaisseaux
de guerre , 500 navires de transport et 30 mille
hommes de débarquement; on ne peut douter
qu'il ne se présente en foule des officiers de la,
marine, des matelots et des soldats, qui, pleins
de respect pour les spéculations de nos philantropes, toujours soigneusement éloignés du péril, s'empresseront d'aller verser leur sang dans
une guerre civile, qu'ils regarderoient comme la
plus absurde injustice de la part de la métrople,
s'ils n'avoient fait l'abandon de toutes leurs idées.
Le C. G. fera la bénédiction des drapeaux de
cette croisade, et prononcera, avec son onction
ordinaire , un discours dans lequel il assurera des
couronnes civiques ou les paimes du martyre,
à ceux qui travailleront à conquérir à la liberté,
ces bastilles américaines, ces terres depuis si
long-tems souillées des crimes dt ces insames --- Page 306 ---
C J4 ] colons ) de ccs scélérats , de ces négrophages j
mais de leur côté, les Anglais verront-ils pour
la première fois sans une inquiétude véritable
ou affectée, de si grands armemens , qui pourroient ménacer leurs îles d'une invasion ou de
la contagion non moins dangereuse des opinions
philantropiques , et ne paraîtront-ils pas aussitôt que nous dans cet archipel, et avec des
forces égales ? au milieu de ce tumulte, que
deviendront nos colonies, en supposant même
qu'elles aient attendu jusqu'alors à prendre leur
parti? c'est ce qu'il n'est pas difficile de deviner.
Quant à nos provinces maritimes et manufacturières , ce qui comprend à peu-près tout le
royaume, lisez seulement les adresses qui arrivent
de toutes parts à ce sujet, et notamment celle
la ville de Nantes; informez-vous de ce
qui se passe en Guyenne, et prévoyez les'
troubles et les commotions qui vous attendent,
commotions capables de porter atteinte à la
révolution si heureusement avancée : car, comme
les maladies contagieuses se déclarent le plus"
souvent et sont plus dangereuses dans les lieux
où beaucoup d'hommes sont rassemblée, de
même, c'est à Paris seulement que cet enthousiasme, qui seroit ridicule, s'il n'étoit atroce,
a été transplanté de Londres, où il n'avoit
enne, et prévoyez les'
troubles et les commotions qui vous attendent,
commotions capables de porter atteinte à la
révolution si heureusement avancée : car, comme
les maladies contagieuses se déclarent le plus"
souvent et sont plus dangereuses dans les lieux
où beaucoup d'hommes sont rassemblée, de
même, c'est à Paris seulement que cet enthousiasme, qui seroit ridicule, s'il n'étoit atroce,
a été transplanté de Londres, où il n'avoit --- Page 307 ---
[ 15 ] pour objet que la suppression de la traite, et
a formé une secte , dans laquelle les provinces
ne se sont point fait initier ; réduites au sens
ordinaire et naturel, elles sont incapables d'atteindre à la conception trop relevée , que la
France doit abandonner ses colonies ; et ce n'est
point non plus chez elles que les disciples illuminés du docteur Quesnay, et le baquet de
Mesmer ont sait fortune : mais quelqu'absurde
que soit le systême des amis des noirs , l'on
peut croire qu'il ne sera pas classé parmi ces
sortes de solies éphémères, et ils ne peuvent
se flatter d'être regardés seulement comme
extravagans, lorsque leurs projets sont précisément les mêmes que s'ils étoient dirigés par \
nos ennemis étrangers, ou par ceux de la révolution, et qu'on les voit travailler à découvert
et avec ordre, et conduite à la ruine et à la
désolation de cette monarchie. Et qui pourroit même assurer qu'au milieu
du trouble et des craintes que ces bruits excitent
dans nos colonies, pendant qu'une secte de
fanatiques insensés, et peut-être une ligue d'ennemis publics, proiitans de ce moment d'ivresse,
fait des efforts inconcevables et dont on ose à
peine imaginer le motif, pour en dévouer les
habitans à la proscription , en armant contre --- Page 308 ---
1 16 ] eux, l'opinion publique, si puissante dans les
circonstances actuelles , si aisée à égarer , et si
dangereuse sur cette matière : pendant que cek
prétendus philantropes interprètent hautement
les décrets de l'assemblée nationale,' comme iïii
arrêt de ruine et, de mort prononcé contre lies
Colons, lorsque ces assertions si appropriées
aux dispositions actuelles sont adoptées avec
avidité par une multitude de citoyens passionnés
pour toute liberté , et auxquels • il est; •comme
impossible d'approsondir cette question \ qui
pourroit, dis-je, assurer que les habitans ,dei
nos îles osassent attendre les extrémité, dont
on les menace, pour se jetter dans; les. bras
qui leur sont ouyeits, en leur offrant. toutessortes avantages, et lie fissent céder, à; lacrainte de tous les malheurs réunis leur attachement connu à la mère patrie ? Vous combattez des chimères, me dira-t-on.
jamais il n'a pu être question d'abolir toiit -
coup l'esclavage, et par conséquent la culture £
des colonies, mais de substituer par des moyens
doux et lents , tels que des affranchissemens .
successifs, le travail salarié, travail de l'esclave. .. ■■ D'abord il existe un grand préjugé contre
la possibilité de cette transformation : jamais
a * on --- Page 309 ---
1 17 ] - B
Vous combattez des chimères, me dira-t-on.
jamais il n'a pu être question d'abolir toiit -
coup l'esclavage, et par conséquent la culture £
des colonies, mais de substituer par des moyens
doux et lents , tels que des affranchissemens .
successifs, le travail salarié, travail de l'esclave. .. ■■ D'abord il existe un grand préjugé contre
la possibilité de cette transformation : jamais
a * on --- Page 309 ---
1 17 ] - B on ne vit de manoeuvres salariés occupés dans
nos îles, aux grandes cultures , quoique des
propriétaires se trouvant souvent dénués d'esclaves, en quantité suffisante, eussent volontiers
employé ces expédions, s'il eût été praticable. La plus grande partie des manœuvres libres
qui se rencontrent aux iles , sont des soldats
actuellement au service, ou nouvellement congédiés. La journée d'un tel homme employé
par le Roi, est de 40 ou jo f. tournois; mais
quand il se loue aux particuliers , il exige au
moins 3 1. ou 3 1. 10 f. et il travaille deux ou
trois heures de moins par jour que le nègre
esclave, dont la journée ne coûte au meilleur
maître que 8 f. Or, en supposant contre toute
vérité que les colons pussent faire les avances
énormes , qu'exigerait ce travail salarié, et
trouver , pour cet objet, un numéraire immense
qui n'existé ni ne peut exister dans ces contrées toujours endettées envers la métropole;
à quel prix faudroit-il donc porter les denrées
des colonies produites par ces nouveaux moyens
et comment souiiendrorent-elles dans le grand
marché de l'univers la concurrence avec celles
des autres nations qui continueraient de fabriquer
par la méthode ordinaire, sur-tout quand erf- --- Page 310 ---
E 18 ] couragées par les prix excessifs de ces produits
elles étendroient leurs travaux dans une immeivsite de terres neuves qui appellent les cultiva- "
teurs à Saint-Domingue Espagnol, à Portorico,
à Cuba, à la Trinité let dans le Continent f '
cette seule remarque sembleroit suffire pour
prouver que l'effet de l'admission de la culture4
salariée dans nos colonies, en seroit la ruine
prompte et infaillible. *
Ne pensez pas au reste qu'on puisse jamais .
ramener les prix des salariés beaucoup au-dessous de ce qu'ils sont aujourd'hui dans ces.climats où le nécessaire physique se réduit à
quelque nourriture que la nature fournit abondamment," pour peu qu'elle y soit sollicitée,
et où la chaleur constante rend insupportable
le travail et sur-tout le travail de la terre. D'ailleurs vos salariés seront-ils des blancs f
Sachez qu'il est comme impossible qu'un blanc
résiste long-tems dans les colonies à un travail
pénible et continu : les soldats dont je viens de
parler, bien nourris, très-peu satigués, soignés
dans leurs maladies, y succombent le plus
souvent; voyez dans quel état çn reviennent
nos régimens. Un ministre qui montra beaucoup
de légèreté en cette occasion, avoit tenté d'établir
vos salariés seront-ils des blancs f
Sachez qu'il est comme impossible qu'un blanc
résiste long-tems dans les colonies à un travail
pénible et continu : les soldats dont je viens de
parler, bien nourris, très-peu satigués, soignés
dans leurs maladies, y succombent le plus
souvent; voyez dans quel état çn reviennent
nos régimens. Un ministre qui montra beaucoup
de légèreté en cette occasion, avoit tenté d'établir --- Page 311 ---
( 19 ) B 2
k il y a quelques années, la culture blanche danà
la Guyanne; on sait quel a été le succès de
cette folle tentative. D'après le systême d'alors,
le crédit sut rejetter sur l'intendant Chanvallon
ce défaut de succès, mais qu'il eut des torts
ou non dans les détails, l'entreprise étoit vicieuse
en elle-même, et ne pouvoit réussir. Un assez
grand nombre de ces infortunés, la plupart
Allemands, se retirèrent ensuite à la Martinique
et à la Guadeloupe. Le gouvernement leur y
accorda des terres, à la charge de les cultiver
eux-mêmes, et leur fournit des vivres pendant
quelque tems : malgré ces secours, ils y sont
péris jusqu'au dernier, de maladies et de misère
en peu données, et sans avoir laissé de traces
de leur existence. D'ailleurs, où trouver l'immense quantité de blancs nécessaires, pour
une culture aussi étendue, et pour en réparer
Sans cesse l'effroyable consommation f Si vous dites que les nègres rendus à l'a liberté
travailleront, à nos cultures, comme manoeuvres
salariés; je vous demanderai comment il se fait
que parmi tant de nègres libres qui se trouvent
déjà dans nos îles, il n'y ait pas d'exemple
d un seul qui ..consente non-seulement à se louer'
de cette matière, mais à cultiver sa propre --- Page 312 ---
' 5 - < ( 20 ) iëne ; tous s'adonnent à des métiers y don*
l'exercicé est véritablement beaucoup moins
pénible. Il existe même une nation de six a
huit mille nègres libres à Saint-Vincent, dont
l'origine n'a jamais été bien connue. Jls pam
tagent cette île avec les Anglois ; livrés à une
misère à laquelle ils sont insensibles, et à une
idblence qui fait leur bonheur, on n'en visc
Jamais un seul se louer aux colons. pour le travail le plus modéré. Ils vont exactement nud^,
'et quelque culture en vivres et la pèche, surtout fournissent à leur subsistance toujours trèsmédiocre. L'usage du rum fait tout leur luxe,
-.et quand ils peuvent s'en procurer, ce que
leurs moyens leur permettent rarement, ils le
"payent avec un peu de tabac. - ^ ., Mais objectera-t-on , les nègres libres âbnt
vous parlez, Ol1t quelque ressource, soit dans
leurs professions, soit dans "leurs propriétés,
et les nègres nouvellement affranchis, n'ayant
.aucun autre moyen de subsistance, seront obligés
,de se dévouer au travail de la ctilture, Moyennant salaire : vaines illusions naturelles dans un
Jf r, -
pays où toutes les terres reconnoissent un propriétaire et où l'homme accablé de besoins
semble condamné à un travail constant auquel
nt
vous parlez, Ol1t quelque ressource, soit dans
leurs professions, soit dans "leurs propriétés,
et les nègres nouvellement affranchis, n'ayant
.aucun autre moyen de subsistance, seront obligés
,de se dévouer au travail de la ctilture, Moyennant salaire : vaines illusions naturelles dans un
Jf r, -
pays où toutes les terres reconnoissent un propriétaire et où l'homme accablé de besoins
semble condamné à un travail constant auquel --- Page 313 ---
t 21 ) 1 [texte_manquant] d'ailleurs la nature ne répugne pas ! apprenez
que dans ces climats brûlans et si différens du
vôtre, le repos est la première de toutes les
jouissances, qu'une subsistance moindre que lî
moitié de celle du paysan Européen le. plus
sobre, compose, tout le nécessaire physique
d'urç nègrc, qu'il ne se résoudra pas à l'acheter
par un travail pénible, quand la nature la lu
offre , pour ainsi dire, gratuitement ; quancf
l'Afrique , sa patrie , ou d'immenses déserts
dans le Continent de l'Amérique lui assurent
en outre une. retraite contre, les nouvelles entreprises de ses anciens maîtres : Là huit jours
de travail dans le courant d'une année employés
à ia culture d'une terre neuve et d'une végé-,
tation prodigieuse joints à l'amusement de la
chasse ou de la pêche, suffiront pour l'entretenir lui et sa famille dan^une heureuse, oisiveté.
Les. nègres devenus libres imiteront donc
l'exemple des Caraïbe^ , habitans indigens; de
nobles qui en étoient peuplées, lors dç leuc
découverte : aucun d'eux s'est-il jamais, venu
, offrir au travail ou au service ? aucun a. t-il été
assez ennemi de lui-même pour échanger son
repos contre nos jouissances f. Kon sans doute,
à mesure que nos cultures se sont étendues,
ces hommes paisibles ont abandonné leur terre --- Page 314 ---
( 22 ) natale à l'avarice, au luxe, aux fureurs des
Européens et se sont enfin retirés dans le
» Continent : au reste si parmi ces affranchis, il
s'en trouvoit qui voulussent continuer de vivre
sous la police Européenne, les Espagnols leur
ofssiraient des concessions gratuites de terres.
dans plusieurs de leurs établissemens, avantage
dont un grand nombre a déjà profité. Ces divers exemples parfaitement appropriés à notre sujet, et ces considérations
prouvent d'après la nature même que jamais
des hommes libres de quelque couleur et de
quelque pays" que ce soit, ne s'astreindront à
-nos cultures actuelles d'Amérique, moyennant
.salaire. Quelques écrivains ont avancé qu'il étoit possible que les terres de nos colonies presque
toutes divisées en grandes propriétés , fussent
morcelées en petites qui appartiendroient aux
nègres devenus libres , et que si le genre, de
culture l'exigeoit, comme pour le sucre , les
denrées pourraient être portées pour la fabrication au principal établissement qui conti--
nueroit d'appartenir à celui qui ci-devant étoit
le maître : ainsi tdis.ent-ils, nous voyons que
ancé qu'il étoit possible que les terres de nos colonies presque
toutes divisées en grandes propriétés , fussent
morcelées en petites qui appartiendroient aux
nègres devenus libres , et que si le genre, de
culture l'exigeoit, comme pour le sucre , les
denrées pourraient être portées pour la fabrication au principal établissement qui conti--
nueroit d'appartenir à celui qui ci-devant étoit
le maître : ainsi tdis.ent-ils, nous voyons que --- Page 315 ---
( 23 ) B 4 les vignes n'appartiennent pas toutes au propriétaire du pressoir. Mais d'abord, par quelle transition se fera
cette conversion de propriété actuellement dans
la main d'un seul ? Quel est le propriétaire
qui vendroit sa terre à des nègres qui n'ont
rien , et avec certitude de n'être pas payé ?
Qui voudroit d'ailleurs construire ou entretenir un établissement de 400 mille livres
qu'exige, non un pressoir , mais une sucrerie
médiocre en bâtimens , ustensiles , bœufè ,
mulets, louer une multitude d'ouvriers , de
manœuvres, de rafineurs , au Jiazard de voir
toute cette dépense inutile s'il plaisoit à ces
nouveaux propriétaires ou à plusieurs d'entre
eux de cultiver du caffé, de l'indigo, du
coton, des vivres, au lieu de cannes ? Se
coricerteroient-ils d'ailleurs pour planter, de
• sorte que leurs cannes ne se trouvassent mûres
que successivement, et dans les tems convenables , de manière cependant à en fournir à
la fôis précisément la quantité suffisante pour
fabriquer, et avec cette continuité uniforme
qu'exige absolument le travail du moulin et de
la sucrerie ? se concerteraient - ils pour laisser
en chommage la quantité de terres nécessaires --- Page 316 ---
(24 ) pour la pature des bestiaux ! dépendans
l'établissement, et pour tant d'operations qui
ne pèuvent être dirigéq que par : une seule tête ?
Oà prendroient-ils dejs • engrais f Mais c'est-trop
s'arrêter' â réfuter ' de telles > absurdités. Enfin dans l'état actuel, les nègres travaillent
près de douze heures par jour et n'ont d'autre
salaire que leur subsistance ; sï l'on suppose
donc que lorsqu'ils seront propriétaires, ils ne
gagneront également que la valeur dé leur nourriture en travaillant douze heures a la culture,
ils la quitteront bientôt, parce que deux heures
4e travail employées à cultiver des vivres fetir
fourniront cette même subsistance, et si vous
dites qu'ils gagneront plus 1 et ce dévroît être
six fois plus , alors comme nous savons déja
observé, le renchélissement extrême de la
main d'oeuvre dans nos travaux ne nous permettra plus de soutenir la concurrence avec
l'étranger, ••
leur nourriture en travaillant douze heures a la culture,
ils la quitteront bientôt, parce que deux heures
4e travail employées à cultiver des vivres fetir
fourniront cette même subsistance, et si vous
dites qu'ils gagneront plus 1 et ce dévroît être
six fois plus , alors comme nous savons déja
observé, le renchélissement extrême de la
main d'oeuvre dans nos travaux ne nous permettra plus de soutenir la concurrence avec
l'étranger, •• Puisqu'il est nécessaire ,dira-t-ort , peut-être ,
que le maître conserve la propriété d,5 sa terré',
au moins il pourrait en faire des divisions et
les donner à cultiver a chaque affranchi, ou à
plusieurs d'entre eux, de manière qu'ils fussent
obligés de lui payer une ferme annuelle d'une --- Page 317 ---
( 25) certaine quantité de denrées, et aux époques
qui lui çonviendroienu Mais je répète -que pour soutenir la concurrence avec l'étranger qui n'aura fait aucun changement dans le prix de-sa culture il est nécessaire que nos nègres rendus libres et propriétaires
ou fermiers, travaillent autant que lorsqu'ils étoient
esclaves, sans gagner autre chose que leur subsistance. comme par le passe, et c'est, ce q'il
seroit impossible d'obtenir d'eux cqmme on
vient de le voir. Qu'auroient-ils , d'ailleurs, à
craindre en manquant d'exactitude à acquitter
leur tribut? Peut-être des poursuites en justice,
eux qui vivent nuds sous une cabane de
roseaux, couchans sur une natte et ne conçoissans aucun genre de meubles : d'ailleurs , j'ai
qéjà. remarqué que les nègres affranchis trouveroient ailleurs autant de terres qu'ils en voudroient, sans s'assujétir à aucune redevance. Quelques philantropes mitigés ne pouvant se
refuser aux conséquences de l'abolition de
l'esclavage , conviennent qu'à la vérité le tems
n'est pas encore venu de s'occuper de la liberté
des nègres, mais seulement d'adoucir leur sort,
au moyen de l'abolition de la traite : alors,
disent-ils, es maîtres qui ont toujours élu i dé --- Page 318 ---
( -26 y les plus justes réglemens en faveur de ces
malheureux, ne pouvant plus les remplacer par
des moyens' étrangers, seront obligés par leur
propre intérêt à les conserver; ainsi leur population s'entretiendra et s'accroîtra , car nous
voyons par l'exemple constant de quelques habi -
tarions où les nègres sont moins fatigues de
travail et mieux nourris, et par. celui des nègres
libres, que ce climat est favorable à leur espèce
et que le défaut de nourriture, le travail forcé
et les mauvais traitemens qui en sont la suite,
s'opposent seuls à leur conservation et' à leur
population. On peut ajouter à ces assertions, que si un
tel projet pouvoit se réaliser, les nègres de nos
Colonies au métaphisique près de la liberté qu'ils
connoissent peu , et déja plus heureux que les
journaliers jouiroient d'un sort préférable à celui
des cultivateurs de France , et que les maîtres
dorénavant , entourés pour ainsi dire d'amis
auroient autant qu'eux à se féliciter de ce changement. La première difficulté qui se présente dans
son exécution , c'est qu'il ne petit réussir que par
- Ja coalition de toutes les puissances maritimes ,
ensorte, que si la France interdisoit à ses sujets
d'aller chercher des nègres en Afrique j pendant
jouiroient d'un sort préférable à celui
des cultivateurs de France , et que les maîtres
dorénavant , entourés pour ainsi dire d'amis
auroient autant qu'eux à se féliciter de ce changement. La première difficulté qui se présente dans
son exécution , c'est qu'il ne petit réussir que par
- Ja coalition de toutes les puissances maritimes ,
ensorte, que si la France interdisoit à ses sujets
d'aller chercher des nègres en Afrique j pendant --- Page 319 ---
( 27 ) que d'autres nations continueroient ce commerce -, les Colonies francoises s'en recruteraient
comme par le passe. En effet, si les étrangers transportent d'Afrique comme ci-devant des nègres à la Dominique , à Antigues , à Saint-Eustache y à SainteCroix , comment en empêchera-t-on l'introduc.
- tion à la Martinique, et aux autres isles françaises du vent ? Si les Anglois en apportent, à
la Jamaïque , si les Espagnols , ou si d'autres
nations, sous leur pavillon, en introduisent dans
la partie de Saint-Domingue qui leur apparu
tient ; comment s'opposera-t-on à ce qu'ils
entrent dans la partie françoise ? On sait par
une expérience de [plus d'nq siècle , que pour
des avantages beaucoup moindres , la vigilance
des administrateurs à' toujours été insuffisante
-pour proscrire dane nos isles le commerce interlope , et , d'ailleurs le prix des nègres nouveaux croissant en proportion de la difficulté ,
et des dangers qui s'opposeroient à leur entrée
les feroit toujours braver : autrefois la peine
des galères étoit prononcée par les ordonnances
,contre les capitaines faisant le commerce prohibé 5 malgré cette loi attroce il avoit lieu comme
aujourd'hui. Le seul esset de l'abolition de la traite bornée --- Page 320 ---
( 28 ) à la nation françoise., seroit donc de priver
places de commerce , et nos manufactures du
bénéfice qu'elles en retirent et de le transporter
aux étrangers , notamentaux Anglois; de perdre
une pépinière de, matelots, de faire renchérir
Jes nègres nouveaux et autres , dans nos colonies , et par- conséquent le prix de la culture.
Ainsi, nos colons , notre commerce , nos manufactures , notre marine, perdroient beaucoup
à ces généreuses dispositions , toutes ces pertes
tourneroient au profit de nos rivaux et l'humanite ny gagpçroit rien. Croiroit-on que cette objection si simple et
si peremptoire quoique répétée dans diversccrîts,
semble n'avoir pas été entendue par les amis
des noirs ? Que sans qu'ils y aient répondu ,
ils continuent de nous assurer dans des jotirnaux
et des pamphlets que cette abolition est sans
inconvéniens et présente une multitude d'avan -
tage : les anglois, disent-ils , y consentent, et
où celà, s'il vous plait, est-il consigné ? Nous
savons au contraire que leur parlement vient
de faire des réglemens sur la traite , par lequel
il accorde aux nèguis que l'on transporté d'Afrique un peu Plus d'espace dans les naviris, et
qu'il sfest déterminé à ne rien changer d'ailleurs
ce commerce après avoir entendu une multi-
et présente une multitude d'avan -
tage : les anglois, disent-ils , y consentent, et
où celà, s'il vous plait, est-il consigné ? Nous
savons au contraire que leur parlement vient
de faire des réglemens sur la traite , par lequel
il accorde aux nèguis que l'on transporté d'Afrique un peu Plus d'espace dans les naviris, et
qu'il sfest déterminé à ne rien changer d'ailleurs
ce commerce après avoir entendu une multi- --- Page 321 ---
(29) tude de témoins oculaires , qui totis ont déposa
qu'il arrachoit les nègres à un état infiniment pluà
malheureux que celui qu'ils rencontrent en Amérique. M. le curé, Grégoire cité pour garant de la
prochaine abolition de la traite en Angleterre \
Vestimable M. Clarkson, auteur de l'essai poétique
«ur l'avantage de lafc traite des nègres : mais que
nous fait l'assertion de M. Clarkson aussi estimable que l'on voudra, assertion démentie d'ail.
leurs par ses faits f Certes ? M. Clarkson pour
roit citer comme garant de l'abolition prochaine
dé la traite en France 1vL de Condorcét estimable par ses connoissances mathématiques, un
duc dont les maximes sont connues, le M. D.
L. F. tellement persuadé que la supression de
l'esclavage aura bientôt lieu, qu'il s'empresse de
vendre l'attélier de nègres qu'il a établi à Cayenne,
pour essaier de la culture libre., enfin un club
entier de françois dont le nombre au moins doit
être de quelque poids, sans que le parlement
d'Angleterre d'après des autorités aussi fortes crût
devoir l1ous prévenir dans cette opératiop. . Supposons d'ailleurs que la Ffance et l'Angleterre conviennent de cette interdiction., les autres puissances, à qui ce commerce deviendra
d'autant plus avantageux, y accèderont-elles ? Ce* --- Page 322 ---
( 30 ) pendant, si elles s'y refusent, la traite subsifléra
encore, même dans les colonies angloises et fran- "
çoises, au moyen de quelque renchérissement;
mais ces inconvéniens arréteroient-ils les amis
des noirs et de l'humanité ? Non sans doute , et
ces hommes de paix décideront qu'il est permis
d'employer la force des armes pour contraindre
les puissances récalcitrantes à -se réunir à une,
coalition si désirable. Enfin, quand même les autres états de l'Europe , et notamment la. Grande Bretagne , qui se.
moque de nous, voudroient encourir à l'abolition
de la traite, nous devrions observer que les cultures , dans les îles à sucre , angloises , ne sont
pas le tiers des nôtres, et celles de toutes les
autres nations beaucoup moindres encore • que
notre colonie'de St. Domingue, la plus productive et la plus avantageuse à sa métropole, qui
sut jamais dans le monde ancien et moderne ,
vaut seule presque toutes celles étrangères en.
semble ; on ne peut donc instituer aucune comparaison entre les sacrifices que coùteroit à la
France., la diminution de ces produits, suite;
nécessaire de cette interdiction, et ceux qui en
résuiteroient à l'Angleterre, dont les possessions
sont d'ailleurs boaucoup mieux fournies de nègres que les nôtres ; et à plus forte raison aux
plus avantageuse à sa métropole, qui
sut jamais dans le monde ancien et moderne ,
vaut seule presque toutes celles étrangères en.
semble ; on ne peut donc instituer aucune comparaison entre les sacrifices que coùteroit à la
France., la diminution de ces produits, suite;
nécessaire de cette interdiction, et ceux qui en
résuiteroient à l'Angleterre, dont les possessions
sont d'ailleurs boaucoup mieux fournies de nègres que les nôtres ; et à plus forte raison aux --- Page 323 ---
(31 ) autres puissances : n'est - il pas notoire que lm- <
commerce de nos îles, est pour ainsi dire le seul
important qui nous reste, le seul sur-tout au moyen
duquel nous puissions nous acquitter annuellement envers l'étranger, pendant que l'Angleterre
en réunit une multitude de branches ? Et aussi
long-tems que nous la verrions continuer de s'en -
richir dans les Indes orientales , des fruits de la
plus odieuse oppression cimentée, si l'on en.
croit ses propres écrivains par une suite de
forfaits incroyables , ne serions nous pas fondés
à attribuer à sa politique plutôt qu'à son humanité et à sa justice , son adhésion , à la suppression de la traite , s'il étoit vrai qu'elle s'y prétât? Suppression qui effleurerait à peine l'universalité de son commerce, pendant qu'il en résulteroit la ruine presqu'entièrè du nôtre , et surtout l'anéantissement de notre marine , l'objet
des voeux les plus ardens de cette nation ; quç
son parlement recommence donc ou non la co-*
médie de cet examen ; mais souvenons-nous que
si M. Pitt est ami des noirs, la hainç du nom
françois est héréditaire dans sa famille. Veut-on supposer contre toute possibilité que
la traite des nègres continuant de subsister chez
quelques-uns des peuples étrangers, le gouvernement pût en empêcher l'introduction dans les --- Page 324 ---
( 3* ) îsles francoises, dabord il est certain que les nègres ne pouvant plus être remplacés de dehors,
deviendraient beaucoup plus précieux à leurs
maîtres, qui en exigeroicnt moins de travail et
qui les nourriraient mieux , et qu'ainsi les denrées produites en moindre quantité , et à plus
grands frais dans nos possessions ne pourroient
plus soutenir la concurrence avèc celles des
étrangers cultivant d'après l'ancienne méthode >
et encouragées par ce renchérissement même à
de nouveau défrichés et de nouveaux établissemens; bientôt ils nous arracheroient des mains,
non-seulement cet immense tribut que nos colonies imposent à tant de nations diverses » au
grand avantage de leur mère patrie , mais encore
nous verrions les denrées coloniales des étrangers au moyen de leurs prix très inférieurs aux
nôtres versées frauduleusement dans nos îles , et
de là s'introduire en France ; que deviendrqit
aussi une dette de plus de joo millions tournois
dont les colonies sont chargées envers la métropole et dont le paiement ne peut avoir lieu
que d'après une culture très-active et des défrichemens sur lesquels on avoit cru pouvoir compter, mais qui ne pourroient plus avoir lieu d'après
ces nouvelles dispositions ? ,Au moment où l'on commençoit l'impression
de --- Page 325 ---
1 [33] c de ce mémoire , la société des amis des noirs de Paris, a fait distribuer une adresse à l'assemblée nationale, pour l'abolition de la traite effrayée du cri général qui s'élève contre ces dangereuses extravagances dans les provinces , et
même dans cette capitale, qui voit combien la
ruine des colonies augmenteroit chez elle l'inaction et le défaut de consommation , elle paroit
disposée à composer siir l'affranchissement des
pression
de --- Page 325 ---
1 [33] c de ce mémoire , la société des amis des noirs de Paris, a fait distribuer une adresse à l'assemblée nationale, pour l'abolition de la traite effrayée du cri général qui s'élève contre ces dangereuses extravagances dans les provinces , et
même dans cette capitale, qui voit combien la
ruine des colonies augmenteroit chez elle l'inaction et le défaut de consommation , elle paroit
disposée à composer siir l'affranchissement des Degrés , et même à accorder un long délai pour
la suppression cîe ce commerce, contre ce qu'à-.
-v oit annoncé M. e président ? dans le journal de
Patis', dû 14 décembre dernier j son humeur
perce contre les lenteurs sdu parlement d'Ange-.
terre, et même contre notre assemblée iiatiônale, qui est accusée d'indifférence pour sa bonne
cause; ësle rapporte des. confidences ministérielles
ët dé-s effusions de cœur, sur cette affaire , .de h
part dô M. eckel:, envers l'estimable M. Clarckson, résident d'Angleterre, près la société çfc
Paris; enfin , elle annonce incessamment, à ce
iujet, nne adresse au peuple frânçois, sans ddute
pour cbritreljàttre a la fois celles qui arrivent de
toutes parts, surtout celles tres-énergiques de la
f ille de Nantes, et dans lesquelles les amis "des
noirs sont très-durement qualités; en attendant
Cet ouvrage, je ' me contenterai de relever 3 dans --- Page 326 ---
■E.H1 celui q il vient de paroître, quelques contradictiors q ii l'anéantissent ou le réduisent à une
déclamation de collège. On y. lit (page il) qu'agi
moyen de l'abolition de la traite , les maîtres
seront obligés de mieux seconder leurs esclaves
qui, par ce moyen, feront mieux, et davantage „
dans le même espace dç tçms y et par conséquent
produiront davantage, ensorte que , suivant les
amis des noirs, qui n'ont jamais vu les colonies
que dans des livres, c'est par un malentendu ou
par méchanceté pure , ert contre leur, propre intérêt pécuniaire,, que, les colons, après une si
longue expérience , continuent d'acheter 4ps nègres nouveaux, et ne traitent et ne nourissent pas
mieux leurs esclaves; mais il y a plus , ils çQnviennent, (pages 10 et 17) et ne. pourroient
en disconvenir, que les étrangers, qui font déjsC
le tiers de notre commerce dans ce genre , ep au-i
ront alors , en entier, le profit et. la honte ; et
qu'ainsi nos colonies seront fournies, comme par
le passé, de nègres nouveaux ; qu'ils nous expliquent donc alors , comment s'opérera cet adouGisement prétendu dans le sort des esclaves,
adoucissement fondé, d'après eux-mêmes , sur
l'impossibilité de les remplacer; enfin, je le répète , après la suppression de la traite, les nègres
seront fournis par les étrangers ou lion; dans la
profit et. la honte ; et
qu'ainsi nos colonies seront fournies, comme par
le passé, de nègres nouveaux ; qu'ils nous expliquent donc alors , comment s'opérera cet adouGisement prétendu dans le sort des esclaves,
adoucissement fondé, d'après eux-mêmes , sur
l'impossibilité de les remplacer; enfin, je le répète , après la suppression de la traite, les nègres
seront fournis par les étrangers ou lion; dans la --- Page 327 ---
[ is ] C 2 premier cas, qui sûrement aura lieu, il y aura
perte immense pour la France , sans gain pour
1 humanité; dans le second, l'obligation de ménager davantage les esclaves, causant un renchérissement considérable dans la main-d'œuvre de
nos colonies , ne leur permettra plus de soutenir
la concurrence avec les autres nations; jamais les
amis des noirs ne se tireront de ce dilemme : quanti
à ce qu'ils allèguent, que ce commerce est désavantageux, puisqu'il est nécessaire de lui accor -
der une prime, on trouvera cette objection réfutée par analogie, dans ce qu'on va lire, au
sujet des dépenses que les colonies occasionnent
411 fisc. Les philantrophes n'ont pas manqué de faire
grand bruit de l'exemple des quakers en Pensylvanie, et de quelques autres anglo-américains du
Nord, qui ont affranchi leurs esclaves il y a
plusieurs années ; mais supposons pour un moment, qu'en France nous en possédions comme
ces peuples, un petit nombre, et nous verrcfns
bientôt que notre intérêt nous invitera à les
affranchir et à nous servir , par préférence , de
journaliers et de domestiques payés ; en effet,
qitel salaire donnons-nous à ces derniers ? Moins
sans doute que la subsistance et le vêtement nécessaires à eux et à leur feuille ; nous en don- --- Page 328 ---
[ 36 ] nerions donc autant ou plus à nos esclaves, que
nous serions en outre obligés de soigner et de.
nourrir dans leur enfance, leurs maladies et leur
vieillesse , de plus la crainte d'être congédiés est
un aiguillon pour nos salariés , qui ne pourroit
atteindre les esclaves, et qui mettroit une grands
différence dans le prix de la main-d'œuvre; ainsi
dans .tous les pays comme la France et la PensyI vanie où les journalistes sont communs , où Il
culture telle que celle du bled, de la vigne, du
chanvre, n'exige pas à la fois et sans interruption, un grand nombre de bras, où le climat
porte à l'exercice du corps et rend le travail doux
et supportable, nul doute qu'il ne soit beaucoup plus expédient à tous égards d'employer
des salariés , que des esclaves ; tels ont été les
motifs des quakers ; mais quoique beaucoup
moins nécessaire que dans nos colonies, l'esclavage a été corservé dans le sud des Etits-Unis , où
l'on îfe paroît nullement disposé à l'abolir, malgré
ce que le curé Grégoire se permet d'assurer que
les anglo-américains ne veulent plus que des libres..
En Virginie le général Vashington lui-même, ce
patriarche de la liberté ne se fait aucun scrupule de
posséder une magnifique plantation de tabac culti
vée par 200 nègres esclaves; plusieurs états du Nord
esront aussi conservés, mais ils y sont et y ont tou-
l'on îfe paroît nullement disposé à l'abolir, malgré
ce que le curé Grégoire se permet d'assurer que
les anglo-américains ne veulent plus que des libres..
En Virginie le général Vashington lui-même, ce
patriarche de la liberté ne se fait aucun scrupule de
posséder une magnifique plantation de tabac culti
vée par 200 nègres esclaves; plusieurs états du Nord
esront aussi conservés, mais ils y sont et y ont tou- --- Page 329 ---
t 37 1 C 3 jours été en petit nombre comme ils l'étoient autrefois chez les quakers, et regardés comme un
objet de luxe plutôt que d'utilité ; il est donc
de toute évidence que la conduite des quakers
en Pensylvanie , ne peut être admise ni comme
uns preuve ni une induction qu'il soit possible
d'affranchir les nègres dans nos îles. Sans doute d'après ce qu'on vient de lire,
il est difficile de nier que l'abolition de l'esclavage n'entraîne nécessairement l'abandon de nos
colonies et que celle de la traite n'est guères
sujette à inoins d'inconvéniens ; mais parmi nos
adversaires, il en est que ces conséquences même
ne peuvent ébranler : ces possessions , disent-ils,
sont plus à charge que profitables à l'état, elles
.ne peuvent être maintenues que par l'entretien
d'une immense marine militaire ; il en dérive
des causes de guerres fréquentes et ruineuses ,
et enfin les influences funestes de ces climats,
les maladies et les dangers inséparables de la
navigation moissonnent chaque année une grande
quantité d'hommes au grand désavantage de la
population de ce royaume. » Pour répondre à la première objection, il faut
considérer que dans \m état, il n'est pas toujours
possible d'assujettir directement les différentes
branches de culture et d'industrie à des impôts --- Page 330 ---
T 38 J qui soient en proportion de leur importance
des dépenses qu'elles occasionnent au gouvernement, ensorte que les unes sont, fiscalement
parlant, plus avantageuses que les autres ; il
est même possible qtul s'en trouve qui, ayant
plus particulièrement besoin de défense , de protection et d'encouragement, soient à charge au
trésor-public, sans que, par cette seule raison, 011
doive les prescrire,, si, d'ailleurs ,il est démontré qu'il en résulte de grands moyens d'aisance
et de subsistance, par conséquent le paiement de
beaucoup d'impôts > l'emploi d'un grand nombre de bras qui autrement courroient risque d'être
oisifs , enfin si -ces objets, sont de nature à être
recherchés ,par l'étranger. Or, sous ce point de vue, et dans la suppo,
sition que les Colonies., dont on veut favori^
s,er l'exportation des denrées aux autres natipns , ne versent pas au. trésor-royal , une,
somme égale à la dépense qu'elles lui occasionnent, on ne peut assurer que ce dut être
une raison Polir les abandonner , lorsqu'il est
reconnu, qu'elles procurent la vie et i'abondance et par conséquent les moyens de payer
d'immenses impôts g plusieurs millions d.'entr«*
nous », en vivifiant tout le royaume et en ep
prévenant la r totale, suite inévitable çx
versent pas au. trésor-royal , une,
somme égale à la dépense qu'elles lui occasionnent, on ne peut assurer que ce dut être
une raison Polir les abandonner , lorsqu'il est
reconnu, qu'elles procurent la vie et i'abondance et par conséquent les moyens de payer
d'immenses impôts g plusieurs millions d.'entr«*
nous », en vivifiant tout le royaume et en ep
prévenant la r totale, suite inévitable çx --- Page 331 ---
( Î ) C 4 Simmehsè désavantage de la balance dit commerce pour la France, si elle ne lcà pôssédôît
plus. 6 Au reste , entrons dans quelques détails sur
cette dépense, d'abord, il seroit injuste de vouibir imputer en entier celte dè la marine militaire/sur ce seul point , car vous n'avez pas
encore formellement annoncé que vous eus-?
siez dessein de renoncer à la pêche de toute
espèce qui vous produit quarante millions par
âfr, art cbmmerce du Levant, à celui des Indé^ Orientales , à toute espèce de cabotage..
Voiis n'avez silis doute paà envie d'abandonner vos côtés, non-seulement à l'invasion d'un
ennemi , mais au pillage du premier pirate. et
dfe devenir, vous-mêmes, esclave par horreur pour
l'esclavagë. Voire marine vous seroit donc encore nécessaire , après avoir abandonné vos
Colonies, et ne dites pas que vous la diminueriez , car bientôt vous n'en auriez plus. Néanmoins consentons à faire supporter à des
établissemens, la moitié de la dépense de la marine, comme eUe est au total de 3 o millions, ce sera
ïy millions à ajouter a 10,360,782 livres , que la
France fournit annuellement pour toutes les
dépenses des Colonies, en outre des impots
qui àb pérÇoivebr dans les îles mêmes } ainsi --- Page 332 ---
( 4° 5 elles coûtent au fisc 2^,3 60,702 livres ; et &
est à propos dç considérer, que dans cette somme est comprise celle de 4,528,361 livres ;
pour les îles de France et de Bourbon , quoique /entretien de la première qui absorber
presque le tout, n'ait guères pour objet que
d'assurer le çommerce des Indes Orientales, (,
qui n'a rien de commun avec celui des Colonies. ? - . Il sera plus difficile d'évaluer au juste ce que
la possession de nos îles fait verser annuelles,
ment dans le trésor-public : on porte au moins
à 240 millions le produit de ces denrées rendues dans les ports de France , où les droit$v
de domaine d'Occident , et quelques autres
auxquelles elles sont assujetties , montent au
moins à huit millions ; ainsi la dépense du lise
excéderoit toute sa recette de 17,3 60,782 livres. • " Mais que deviennent ces 240 millions, pro-*)
venant du prix des denrées coloniales arrivées,'
en France ? vingt millions en doivent être dé- y
duits pour les objets que les négocians François achètent de l'étranger , et qui sont employés -
directement ou indirectement au commerce deso
Colonies , et le reste se distribue à des armateurs pour leurs frais , l'intérêt de leurs aYan-
excéderoit toute sa recette de 17,3 60,782 livres. • " Mais que deviennent ces 240 millions, pro-*)
venant du prix des denrées coloniales arrivées,'
en France ? vingt millions en doivent être dé- y
duits pour les objets que les négocians François achètent de l'étranger , et qui sont employés -
directement ou indirectement au commerce deso
Colonies , et le reste se distribue à des armateurs pour leurs frais , l'intérêt de leurs aYan- --- Page 333 ---
( 41 ) ces , leurs gains-, à des assureurs , à des ou- ^
vriers , à des artistes de toute espèce, à des
navigateurs , à des cultivateurs , à des manufacturiers , enfin, ( et cet objet est immense) , à
des capitalistes, ou à des propriétaires d'habitations résidens en France , et sur-tout i
Paris. Ainsi plusieurs millions d'hommes établis , soit dans les provinces du royaume, soit
dans la capitale, trouvent dans ces produits
des moyens de subsistance , d'aisance , et de
richesse : ainsi les Colonies procurent à la.
France, l'emploi de 220 millions de ses denrées et de son industrie, et par conséquent
des impôts proportionnés, qui autrement ne
pourroient trouver d'assiette ou qui seroient
infiniment moindres. A combien au reste montent ces- impôts ? C'est ce que je ne puis arbitrer avec quelqu'exactitude , jusqu'à ce que je
sache à combien l'industrie, la culture , les
consommations sont communément taxées en *
France, sous tant de formes et de dénominations différentes : sûrement c'est fixer ce taux
moyen trop bas que de l'établir au sixième :
Ainsi d'après cette évaluation beaucoup trop *
foible , nos Colonies nous fourniroient, pour cet
article , Ses moyens d'impôt pour le sixième de
£2Q millions , c'est-à-dire , pour près de 37 --- Page 334 ---
i 12 ) millions : par conséquent le trésor-public trouveroit dans la possession des Colonies près de
20 millions de profit, bien loin qu'elles lui fussent à charge.) , Ces propriétaires, direz-vous , ces manufacturiers, et tous ceux que les Colonies alimentent directement , ou a qui elles fournissent
des débouchés, et du travail, participent dans le
royaume, aux avantages de la sûreté , de la
justice , de la police , et ce ne doit pas être
gratuitement ; ainsi il ne suffirait pas que les
impôts qu ils supportent, joints aux droits perçus directement, sur les denrées coloniales , dé.
fi ayassent seulement le fIsc de la dépense partis
culière des Colonies j d'ailleurs si notre industrie ne trouvoit pas ce débouché elle se
porterait vers d autres objets , et quant aux
denrées que nous échangeons actuellement avec
elle., elles pourroient être vendues directement
l'étranger, et remplacer ainsi ces produits
dans la -balance du commerce ; ainsi la même
quantité d 'impôts au droit du domaine d'occident. près. y serait payée, et nous aurions de,
profit, les dépenses occasionnées par ces établissemens.
ies j d'ailleurs si notre industrie ne trouvoit pas ce débouché elle se
porterait vers d autres objets , et quant aux
denrées que nous échangeons actuellement avec
elle., elles pourroient être vendues directement
l'étranger, et remplacer ainsi ces produits
dans la -balance du commerce ; ainsi la même
quantité d 'impôts au droit du domaine d'occident. près. y serait payée, et nous aurions de,
profit, les dépenses occasionnées par ces établissemens. Mais , comme l'a remarqué M. Necker, se
créé-t-on ainsi des* acheteurs à son gré? la con- --- Page 335 ---
(43 ) Sommation n'a-t-elle pas des bornes ? Si vous
ne vendez pas plus de denrées à l'étranger, si
vous même n'en consommés pas plus, ce n'est
pas que vous ne puissiez en fabriquer d'avantage:
ne voua opposez donc pas à ce que l'excédent
de ce dont l'étranger , et vous , avez à satiété,
, ou qui du moins ne pourroit plus être vendu
qu'à -perte, soit échangé avantageusement dans
nos 'Colonies , pour d'autres denrées dont le
débit est sur , et par conséquent représentatives de tout: en outre, nous concevons difficilement de quel côté se tourneroit tout-à-coup ,
tant de culture et d'industrie sans emploi ; et
nous ignorons; si le nouveau régime que l'on dit
devoir succéder à l'ancien , seroit plus ou moins
-dispendieux pour le lise ; mais nous voyons dans
ce moment même des exemples frappans et trop
multipliés des inconvéniens de la cessation d'emploi et d.u déficit dans la consommation , sur-tout
cette capitale : à quel point effrayant ces
maux n'y .seroient-ils pas portés par l'abandort
-des Colonies ? Et par quelle nouvelle occupa-
.rion y, dédommageroit - on tant d'ouvriers de
luxe , et autres, dont les ouvrages sont envoyés
dans nos isles , ou payés par des consommateurs qui y possèdent des biens ou des créances
quoique établis à Paris. Que deviendroiept aussi --- Page 336 ---
< ( 44 5 Sans les provinces tant de bras .tombes dans
l 'inaction, tant de matelots, tant de gens adonnés
à certains métiers, et qui ne peuvent en exercer
d'autres ? Considérons qu'actuellement dans les
* 24° millions de denrées coloniales que la France
reçoit chaque année , il - en est 220 qu'elle
achète au prix de son industrie, ou qui appartiennent à- des particuliers qui y résident , et
qu'il en résulte d'immenses moyens de subsistance pour la classe laborieuse, de l'Etat, moyens
d 'autant plus avantageux a la prospérité publique
,que la plus grande. partie de,,ces produits est
vendue aux autres nations j niais si nos colonies
sont abandonnées ou passent entre. les mains
d'un autre peuple, ce seront des étrangers
dont la cuivre et l'industrie bientôt augmentées
par cet encouragement et renforcées des . bras
désormais chez nous inutiles, payeront ces produits , à. l'exception peut être , et pendant un
certain tems , d'un petit, nombre d'objets .qui
semblent exclusifs à la France, et desquels nos
îles se passerQicnt difficilement ; ils nous ven..
dront donc le sucre, le café, l'indigo, le coton, &c.
et ils continueront de nous fournir, mais sans
réciprocité ,, les autres denrées accoutumées,
qui, ci-devant ,étoient. payées en produits deç
colonies : ains* le. pjfix de toutes ces consomma-
tems , d'un petit, nombre d'objets .qui
semblent exclusifs à la France, et desquels nos
îles se passerQicnt difficilement ; ils nous ven..
dront donc le sucre, le café, l'indigo, le coton, &c.
et ils continueront de nous fournir, mais sans
réciprocité ,, les autres denrées accoutumées,
qui, ci-devant ,étoient. payées en produits deç
colonies : ains* le. pjfix de toutes ces consomma- --- Page 337 ---
( 45 ) lions faites en France, ne servira plus à ta
subsistance de nos compatriotes , mais à celle
des nations qui auront mis à profil notre folie,
et de-plus la balance du commerce , que l'on
assure à présent être à peine au pair, se trouvera de plus de 200 millions à notre désavantage. Dira-t-on que la France n'ayant presque
plus rien à donner en retour, renoncera à l'usée des denrées des colonies et des marchan -
dises étrangères , et qu'elle y substituera de
nouvelles jouissances , pour ainsi dire du crû
du pays ? Mais donner dans de pareilles idées
seroit bien mal connoître les hommes qui, dans
ce genre, se décident, non par aucune considération politique, mais par leur goûts et leurs
habitudes : d'ailleurs, si vous refusez de commercer avec les étrangers, consentez donc a
être simplement leur tributaire, puisque vous
leur deVez annuellement de très -grosses sommes
pour les intérêts de ce qu'ils vous ont prêté :
et c'est encore en cette occasion que nous
devons reconnoître qu'une ancienne monarchie
ne peut être moditiée d'après les mêmes principes , qu'une horde de sauvages qui , pour la
première fois , consentirait à se donner des L':x
et à former une société. --- Page 338 ---
( 4 6 ) 1 Il faut donc convenir que sans la possession
de nos colonies, le numéraire s'écoulcroit du
royaume avec une rapidité effrayante, d'où
résulteroit une diminution, sans doute considé •
rable dans la masse générale- des impositions il
qu'en outre ceux qui en tirent en France leur
subsistance de quelque manière que ce soit, y
vivraient dans la pauvreté, ou seroient obligés
de porter ailleurs leur industrie et leurs ressources,
qu'ainsi ils ne contribueroient plus aux charge?"
de I'E:at, ou seulement pour une somme infiniment moins forte, et cela jusqu'à ce que les
goûts du.' sucre, du café et des objets que nous
recevons de l'étranger, en échange de ces dén.
ré^s, se fussent convertis en d'autres auxquels
la France même, pût fournir; goûts dont le
changement très-incertain exigerait plusieurs
siècles et dont nous ignorons , d'ailletirs , s'ils ne
seroient pas plus coûteux an. fisc que ceux
actuels. Enfin nous avons fait voir que dans les
37 millions d'impôts, que la culture et l'industrie
salariées en France par les colonies, payent au
trésor public; impôts évalués certainement beaucoup trop bas; il n'y en a que 17 qui passent
aux dépenses de ces établissemens, et qu'ainsi
il en reste plus de 20 que l'on peut regarder,
si l'on veut, comme la partie pour laquelle cet
plus coûteux an. fisc que ceux
actuels. Enfin nous avons fait voir que dans les
37 millions d'impôts, que la culture et l'industrie
salariées en France par les colonies, payent au
trésor public; impôts évalués certainement beaucoup trop bas; il n'y en a que 17 qui passent
aux dépenses de ces établissemens, et qu'ainsi
il en reste plus de 20 que l'on peut regarder,
si l'on veut, comme la partie pour laquelle cet --- Page 339 ---
( 47 ) sujets de l'Etat doivent en outre contribuer aùx
charges du gouvernement. I Passons à l'objection tirée des guerres ruineuses qu'occasionnent, dit-on , à la France, la
possession de ces colonies : d'abord il est
constant que nous avons été .aggresseurs, et
sans nécessité , dans la plupart, des guerres ,
depuis un siècle : celle avec les Anglois, termince par la paix de 1763 , est la seule où il
pourroit y avon- discussions sur ce point, etpour ne parler ,que. de c$; qui concerne notre
sujet, quand la France, sans vues hostiles, se
contentera de tenir sa marine sur un pied respectable , alors elle peut espérer de vivre paisiblement avec la Grande-Bretagne , ou bien
les avantages de la possession de ses colonies ,
et du reste de son commercey maritime , la
dédommageront amplement des dépenses d'une
guerre intercallée dans un grand nombre d'années
de paix : mais certes ce seroit un moyen aussi
insuffisant que honteux, pour conserver cette
paix avec les Anglois, que de leur sacrifier
nos colonies et notre marine. Ces lâches concessions en nécessiteroient bientôt de nouvelles ,
jusqu'à ce que le reste de notre commerce sut
envahi et que toute rEurope, on plutôt le monde
• entier ; dont potrc marine militaire est actuelle- --- Page 340 ---
( 4S ) ment le boulevard, eÚt reconnu la domination
universelle de l'Angleterre, sur les mers et
dans toutes les colonies et possessions Européennes, en Asie, en Afrique et en Amérique..
Que d'autres plus habiles prévoyent quels
pourroient être aussi pour notre continent les
dangers de l'établissement d'une puissance aussi
monstrueuse et aussi formidable; mais qu'on
excuse ceux qui ne pouvant expliquer autrement les motifs dc& assertions , d'où suivent
naturellement ces conséquences effrayantes ,
assertions semées et propagées avec tant de
chaleur et d'intrigue, croient devoir les attribuer
à une conspiration fomentée par la GrandeBretagne. Quant aux raisons , en saveur de l'abandon
des colonies, tirées delà prétendue'dépopulation
qu'elles causent dans le royaume, elles sont
également contredites par une expérience générale et constante et par le raisonnement; c'est
depuis environ 7° ans que nos grandes cultures,
celles des Anglois et des Hollandois se sont
établies en Amérique, et personne n'ignore
-que la population est considérablement augmentée
depuis cette èpoque dans ces différens Etats.
D'ailleurs, quelle est la source ordinaire de la
population ? Des moyens abondans de subsistance ,
qu'elles causent dans le royaume, elles sont
également contredites par une expérience générale et constante et par le raisonnement; c'est
depuis environ 7° ans que nos grandes cultures,
celles des Anglois et des Hollandois se sont
établies en Amérique, et personne n'ignore
-que la population est considérablement augmentée
depuis cette èpoque dans ces différens Etats.
D'ailleurs, quelle est la source ordinaire de la
population ? Des moyens abondans de subsistance , --- Page 341 ---
( 4P ) .
D
..
y tance, or vos colonies fournissent ces moyens
à plusieurs millions de citoyens qlJi, sans cette
ressource pour leur'industrie, ou n'existeraient
pas, olt émigreroient, ou languiroient dans la
11lisère, cette véritable ennemie dé la popu -
ation : ces ; donc d'entrer dans les détails de
quelques certaines d'hommes moissonnés annuelllement par l'influence des climats ci rangers,
par les naufrages , ou d'autres causes de cette
espèce, ou opposez leur des milliers d'enfans
nés en France ou aux îles, et qui n'auroient
jamais vu le jour, si ces établissemens n'avoient
donné de l'emploi à l'industrie de leurs pères :
aucun peuple ne montra jamais plus d 'égards à
la qualité d'hommes,,et d'attention pour la conservation des individus que la nation angloise,
aucun peuple cependant n'a plus encouragé le
commerce maritime eL les cultures étrangères :
enfin bien loin que i'abandon des colonies
devint favorable à noce population, il en résulteroit au contraire Immigration d'une grande
partie de ceux qui se trouvant ainsi sans occupation, iroient offrir leur travail aux nouveaux
propriétaires de ces établissemens, qui seroient
trop heureux de les accueillir. Mais avant de proposer, oovir adoucir le sort
des mVres. des moyens extraordinaires, inouïs , --- Page 342 ---
1 ( So ) impraticables , atroces, pourquoi les amis des
noirs négligent-ils ceux qui se présentent si
naturellement et avec si peu d'inconvéniens?
l'ourquoi, au tieu d'employer tant de ressorts,
pour persuader au public que la liberté doit
être rendue à ces esclaves, que du moins la
traite en doit être supprimée , ne travaillent ils
pas, à moins de frais, à persuader au ministère
de délivrer les navires Anglo-Américains qui
fréquentent nos îles, des entraves de l'entrepôt,
en leur permettant do mouiller, sauf la. surveillance convenable, devant tous les bourgs, pour
y commercer des denrées permises? Là chaque
propriétaire d'habitation pourrait acheter de la
première main la moine et les autres salaisons,
tous les animaux vivans, le mays, les pommes
de terre, le riz, les poix et les autres légumes,
et donner en payement directement, ses syrops,
rums ou taffias; au heu qu'en tirant ces objets
d'achats des entrepots exclusifs, .ce n'est qu'avec
beaucoup de lenteurs et. de risques , qu'il peut
se. les procurer à un prix devenu double, âpres
qu ils ont passé par tant de mains et d'embarcations ; la même perte se trouve par les
mêmes raisons sur les denrées données en
payement de celles-ci ; d'après ces nouvelles
dispositions, les maîtres pourroient conformç -
ias; au heu qu'en tirant ces objets
d'achats des entrepots exclusifs, .ce n'est qu'avec
beaucoup de lenteurs et. de risques , qu'il peut
se. les procurer à un prix devenu double, âpres
qu ils ont passé par tant de mains et d'embarcations ; la même perte se trouve par les
mêmes raisons sur les denrées données en
payement de celles-ci ; d'après ces nouvelles
dispositions, les maîtres pourroient conformç - --- Page 343 ---
C 51 5 De l'Imprimerie de DEVAUX, rue des Boucheries
Saint-Honoré, :i". 7. ment à leur intérêt et à leur inclination ; fournirune nourriture plus abondante à leurs nègresT;
et ces changemens légers en apparence en
apporteraient de très grands dans leur sort, qui
n'a véritablement besoin d'amélioration que
dans cette partie. Pourquoi aussi les amis des
noirs, au lieu de vouloir imposer aux maîtres
la nécessité de donner la liberté à leurs esclaves,
ne leurs obtiennent-ih pas plutôt le droit de la
leur accorder par leur seule volonté , sans
avoir besoin de la permission d'un gouverneur
et d'un intendant qui semblent devoir être étrangers à ces arrangemens i Permission qui peut
être refusée, et qui ne s'accorde ordinairement
qu'en payant une somme souvent anssi sorte
que le prix de l'affranchi. Ces facilités. augmenteraient de beaucoup le nombre des affranchisse mens , faveur par laquelle ces maîtres si
calomniés sont tellement disposés à récompenser
la fidélité et les services de leurs esclaves, que
le gouvernement a cru devoir assujettir à une
multitude d'entraves leur, générosité qui lui a
paru excessive et nuisible à la culture. --- Page 344 --- --- Page 345 ---
MÉMOIRE SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. CONTENANT réponse à divers Écrits qui ont
été publiés en leur faveur; Par M. D L. D M F y¡ A P A R ï S i Chez GARNERY, Libraire, quai des Augustins,
Ne. 25. 7 O# --- Page 346 --- --- Page 347 ---
13 1 A a MÉMOIRE SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES, CONTENANT réponse à divers Écrits qui ont
été publiés en teur faveur. jLIE cri de l'humanité sur l'esclavage des Negres,
s'est fait entendre dans les deux hémispheres. Une
partie de l'Amérique Septentrionale leur a accordé
la liberté. L'accroissement des denrées territoriales,
le genre de cette culture , ainsi que l'intérêt national,
néceflitoient cet affranchissement. En Angleterre,
cette importante question y a été débattue , mais
plus par politique que par humanité. Le Ministere en
a provoqué la discussion, & c'efl: un piege tendu à la
Nation Françoise. Les Colonies Angloiles seront
bientôt nulles pour leur Métropole. La plus considérable, la Jamaïque, est menacée d'une destruction
prochaine. Les volcans , les tremblements de terre ,
& les ouragans annuels , priveront les Anglois de
cette Colonie. A ces calamités se réunissent l'insubordination des Negres, dont une partie jouit d'une
indépendance obtenue par la force.
c'efl: un piege tendu à la
Nation Françoise. Les Colonies Angloiles seront
bientôt nulles pour leur Métropole. La plus considérable, la Jamaïque, est menacée d'une destruction
prochaine. Les volcans , les tremblements de terre ,
& les ouragans annuels , priveront les Anglois de
cette Colonie. A ces calamités se réunissent l'insubordination des Negres, dont une partie jouit d'une
indépendance obtenue par la force. --- Page 348 ---
1,4 1 Si, dans ce hec1e de lumieres, la b rance vouloit
réduire en ferv.tude, une race d'hommes quelconque , ce feroit sans doute outrager l'humanité, &
violer les droits les plus sacrés de la Nature. Le
François s'avilirait lui même, en cherchant à dégrader la dignité de l'Homme dans les autres. Nul besoin nouveau & nulle circonstance ne pourroient l'y
iutorifer. Mais aujourd'hui qu'il ne s'agit pas de
mettre les Negres en servitude, puisqu'ils sont afservis avant qu'on les achete, à l'esclavage desquels
l'intérêt de l'Etat est attaché, ainsi que la fortune
de plus d'un million de François des deux hémifpheres, & que toutes les branches du commerce indistinctement , tiennent absolument au régime actuel , ne seroit-ce pas adopter des idées fausses &
impolitiques, que de n'écouter qu'un sentiment d'huinanité ? Les cruautés que quelques Philosophes modernes attribuent aux Colons, ne font que des fi&ions,
afin d'émouvoir la sensibilité de la Nation sur l'esclavage des Negres, & pour provoquer une révolution désastreuse. Ils se rendent injustes envers leurs
Concitoyens & leurs freres, en les inculpant d'une
manière aussi odieuse ; car les Colons n'e mploient
ce corrections que celles permises par la Loi. Il y a
eu des se vérités outrées dans des temps moins
éclairés ; mais il faudroit encore , pour les mettre
au rang des cruautés réfléchies, connoitre les mo- --- Page 349 ---
C 5 ] A3 tifs qui les ont fait ordonnér, & on verroit, n'en
doutons pas, que la sûreté publique en étoit une
suite. Si quelquefois il y a eu des sévérités arbitraires, c'est la faute des Tribunaux. Si, à chaque
délit commis par un Negre , les Juges avoient ccnsenti de faire faire l'éxecution , sur l'habitation d'où
il dépendoit, pour servir d'exemple au reUe de
l'attelier, jamais on n'auroit vu un Coion se déterminer à prononcer une peine capitale. En France ,
lorsqu'il se commet un crime capital dans un Village , l'exécution se fait dans le lieu du délit ; chaque habitation est autant de grands Villages , &
beaucoup sont plus considérables que certains gros
Bourgs & certaines Villes. Il sera toujours absurde de
dire, que le Colon est cruel dans ie choix des châtiments. Jusque dans les invraisemblances, au moins
devroit-on être conséquent. Les Colons seuls apprécient peut-être réellement la valeur de ces ferres
de propriétés. Ils sont tellement exposés à perdre
chaque jour une partie de celles qu'ils poiïedent,
que tous leurs soins journaliers tendent à les conserver. Et où d'ailleurs ne se trouve t-il pas des
assassins ? La France est~elie donc assez heureuse
pour ne pas en avoir dans son sein ? Lorsqu 'il s 'en
trouve , peut-on pour cela appliquer en principe,
que tous les François sont des assassins ? On les punit
en France , qu'on les puniiTe également, s 'il s en
trouve dans les Colonies (A ).
que jour une partie de celles qu'ils poiïedent,
que tous leurs soins journaliers tendent à les conserver. Et où d'ailleurs ne se trouve t-il pas des
assassins ? La France est~elie donc assez heureuse
pour ne pas en avoir dans son sein ? Lorsqu 'il s 'en
trouve , peut-on pour cela appliquer en principe,
que tous les François sont des assassins ? On les punit
en France , qu'on les puniiTe également, s 'il s en
trouve dans les Colonies (A ). --- Page 350 ---
[ 6 1 Le pacte naturel, qui existe entre les Colons &
les Nègres, exige leur travail pour le maître , d'une
part ; & de l'autre, une nourriture saine & suffisante,
ou tes moyens nécessaires pour que le Nègre puisse
se la procurer, des vêtements analogues au climat,
des soins dans la maladie & une subsistance assurée
dans la vieillesse ; un adoucissement particulier aux
Negresses enceintes, des secours aux nouveaux nés,
& une proportion juste entre les peines & les délits.
L'exécution de cette convention naturelle met ainsi
l'esclavage des Negres sous la protection de la Religion , de la justice & de l'humanité ; alors c'est
accorder un bienfait aux Negres, que de les transplanter dans les Colonies. Les laiiTer en Afrique ,
c'cst les abandonner aux atrocités d'un vainqueur
sanguinaire. Les Colons exécutent ponctuellement
ce que l'humanité réclame de leur part, & ils accordent beaucoup plus que ce qu'a prescrit le Légiflateur. On prétend que le sort des Negres est arbitraire.
Le (eul que j'y apperçoive est en leur faveur, puisqu'il ne peut consister qu'à leur donner la liberté,
lorsqu'ils s'en rendent dignes. Il n'y a pas plus d'arbitraire que d'injustice à les garder dans l'esclavage >
puisque ce sont les conditions de l'achat. Ces ventes
sont autorisées par la Constitution Africaine, où on
ne reconnoît que la loi du plus fort. Consacrer l'efclavage des Negres dans les Colonies, n'est pas de --- Page 351 ---
[ 7 1 A 41 la part des Européens une violation du droit naturel : cette violation , qui en seroit une quant à nous,
n'en est pas une en Afrique. L'esclave auroit immolé ou vendu le vainqueur, s'il s'étoit trouvé le plus
fort. La condition des Negres, dans les Colonies Françosses ,n'est pas aussi malheureuse que quelques Ecrivains veulent le faire croire. On ne prétend pas
persuader qu'il faille préférer l'esclavage à la liberté,
ni en conclure que les Anglo-Américains ont mal
sait d'affranchir leurs Negres j mais on peut dire,
avec assurance, que quant au nécessaire & aux besoins
de l'existence, le sort des Negres est plus heureux
que celui des Paysans ; que les Anglo-Américains
ont trouvé leur avantage particulier dans l'affranchisiement de leurs Noirs ; qu'il en seroit de même
en Pologne & en Ruffie ; que ces deux Royaumes ,
en adoptant, en faveur des Polonois & des Russes,
les principes d'une partie de l'Amérique Septentrion
nale, obtiendroient une prospérité qu 'ils n acquerront que par de pareils affranchissements, puisque la
culture est la même.
celui des Paysans ; que les Anglo-Américains
ont trouvé leur avantage particulier dans l'affranchisiement de leurs Noirs ; qu'il en seroit de même
en Pologne & en Ruffie ; que ces deux Royaumes ,
en adoptant, en faveur des Polonois & des Russes,
les principes d'une partie de l'Amérique Septentrion
nale, obtiendroient une prospérité qu 'ils n acquerront que par de pareils affranchissements, puisque la
culture est la même. Les Colons n'ont pas le droit de mutiler ni de faire
périr un Negre ; les Nobles Polonois sont les seuls
qui aient droit de vie & de mort sur leurs pay sans.
L'humanité & la conservation de la propriété détouriveroient toujours les Colons d'user d une pareille faculté, si le Législateur avoit pu leur donner --- Page 352 ---
r s? une fcmbtable autorité. Il est réservé à l'Italie
& à l'Asie de faire mutiler légalement Blancs &
Noirs , par raffinement & par jalousie. Aucun Peuple
n'est aussi humain que les Colons. Parce. qu'il y a eu
quelques hommes cruels, faut-il, pour cela, briser
les liens de l'autorité domestique (B)? Pour renoncer à une pareille idée, il suffit de comparer les corrégions que prononcent les Colons, avec les peines
établies par le Code Criminel François & le Code
Noir. On ne verra, d'un côté, que 25, 50 & 100
coups de fouet au plus; & de l'autre, les galeres ou
la mort, pour des délits qui sont cependant semblabîes. Où sont alors les cruels ? Les vues qui dirigent une Nation, lorsqu'elle établit des Colonies, sont de sortir de la dépendance
des Etrangers, de multiplier les moyens de travail
& d'industrie, & d'obtenir par l'échange ce qui lui
manque. D'après ces vérités incontestables, les Colonies sont nécessaires a la France: les abandonner,
ou rendre la culture des denrées impossible, ce seroit non- seulement renoncer aux avantages qu'en
retire l Etat, mais encore se mettre ablolument dans
une dépendance étrangère, perdre les moyens de
travail & d d'industrie , & faire ie sacrifice de tout son
numéraire, pour acquérir ce qui manque à la Nation.
ir par l'échange ce qui lui
manque. D'après ces vérités incontestables, les Colonies sont nécessaires a la France: les abandonner,
ou rendre la culture des denrées impossible, ce seroit non- seulement renoncer aux avantages qu'en
retire l Etat, mais encore se mettre ablolument dans
une dépendance étrangère, perdre les moyens de
travail & d d'industrie , & faire ie sacrifice de tout son
numéraire, pour acquérir ce qui manque à la Nation. Pour peu qu'on veuille éloigner tout esprit de
.parti, on ne peut disconvenir, que les Colonies --- Page 353 ---
tg 1 ite donnent à l'Etat une prépondérance marquée,
qu'elles le font jouir par l'échange de toutes les produétions, que l'universalitc de la terre offre. Que la
balance du commerce, qui est àç soixante-dix millions tournois par an , au profit de l'Etat, ne provient que du superflu des denrées coloniales, -qui
n'est pas consommé dans le Royaume. Sans les Colonies, la Marine Royale s'éteint de fait, & c'esl
s'abandonner à une grande erreur, que de présumer
qu'elle peut également sublistcr parle cabotage (C).
Et le cammerce en général que devicndron-il ?
L'Agriculture est la prcmiere & la véritable richesse d'un Etat. Sans le Commerce, l'Agriculture &
tous les Arts sont sans activité. Le Commerce est
donc l'aliment nécessaire de l'Agriculture, comme
l'Agriculture est le principe & la baie du Commerce.
Sans moyens d'échange, point de Commerce, conséquemment plus de Manne-Marchande, puisque la
navigation n'ell qu'une Cuite du Commerce. Sans fuperflu nécessaire aux autres Nations, toutes les liaifons d'intérêt, d'une Puissance avec une autre ceffent. La consommation étrangers des denrées territoriales de la France, étant fixée, son Commerce se
réduirait donc à très-peu de choie, il sortiroit
annuellement de l'Etat plus de quarante millions du
numéraire existant, pour acquérir tout ce qui manque à la France. Plus de construction de navires,
plus d'armements, qui procurent la subsistance a --- Page 354 ---
[ >0 ] des minions d'infortunes. Les Manufactures seroient
désertes, puisqu'elles ne pourroient pas se désdire
des marchandises , qu'actuellement elles fabriquent
en superflu, pour les Colonies, & que consomment
tous ceux qui, pzr état quelconque , tiennent à ce
Commerce. Ce seroit. rendre la France tributaire des
Nations qui possedent des Colonies , & on seroit
forcé d'acheter de l'Etranger des denrées, dont la
consommation est devenue d'une nécessité absolue.
Toutes les fortunes seroient dans un désordre
effrayant. Les biens-fonds diminueroient consîdérablement de valeur ; l'effet seroit en proportion de la.
consommation actuelle des Colonies, & du résultat
de son Commerce , qui ne procurant plus alors dedébouché pour les denrées territoriale;, serait en
superflu inutile pour la' Nation. Ce seroit mettre la
France à l'époque des premiers siecles ; car le bou-,
leversement universel de toute chose doit faire disparortre la prospérité acquise. Si I 'intérêt de l'Etat demande la conservation des
Colonies & la culture de leurs productions, l'affran.
chi slement des Negres est impossible, parce que,
sans individus , attachés comme propriété à la
terre, il y a impossibilité à la culture. Les Colonies
étant nécessaires à la conservation & à la prospérité de l'Etat , on ne peut donc affranchir les
Nègres, puisque c'd1 par eux-seuls que h culture
peut se continuer, & pour qu'elle le continue, il
érêt de l'Etat demande la conservation des
Colonies & la culture de leurs productions, l'affran.
chi slement des Negres est impossible, parce que,
sans individus , attachés comme propriété à la
terre, il y a impossibilité à la culture. Les Colonies
étant nécessaires à la conservation & à la prospérité de l'Etat , on ne peut donc affranchir les
Nègres, puisque c'd1 par eux-seuls que h culture
peut se continuer, & pour qu'elle le continue, il --- Page 355 ---
r rI J Je nécessité absolue qu'ils fassent partie de la propriété. L'affranchissement des Negres est impossible . en
tant que propriété ; & à cet égard, la propriété
est incontestable, puisque l'achat n'est pas contessé. La traite des Negres est autorisée par la Loi.
Elle a été encouragée dans tous les temps. par
des primes. On accorde encore actuellement,
deux cents livres par tête de Negre , introduit
aux Cayes. La Loi, ayant autorisé l'achat des
Negres, en Afrique, elle en a fait une propreté
en faveur des acquéreurs. C'est sous la garantie
de la Loi, que les acquisitions ont été faites ; .
& la Loi nouvelle , qui mettroit les Negres en
liberté, ne pourroit le faire , qu'en indemnisant
préalablement ceux qui sont propriétaires des
Nègres , ainsi que des propriétés foncières. Le
décret d'affranchissement mettroit les Negres en
possession de toutes les Colonies , comme on le
prouvera. Les Negres , introduits dans les Colonies en
vertu de la Loi, se paient actuellement au Commerce de France , de 2400 à 2800 livres ; de
tout temps on en a perdu un tiers, par le changement de climat & par les maladies pestilentielles qu'ils contrarient a bord des Navires (D).
Les Negres reviennent donc à plus de trois raille
livres, dès la premiere année. --- Page 356 ---
r iij Il y a dans les Colonies Françoises, six cents
mille Negres. La seule Colonie de Saint-Do m ingue
en possede plus de trois cents mille ; en portant leur
valeur à trois mille livres, ( 2000 liv. tournois ) qui
n'est que le prix de l'achat primitif, la Nation se greveroit donc d une dette d'ún milliard huit cents millions,( 1,200,000,000 liv. tournois) sans compter que
l'acte peu réfléchi d'humanité qu elle voudrôit exercer, causeroit la ruine & la décadence de l'Empire. On ne mettra sûrement pas en question, si les
Negres seront affranchis , sans esseduer le remboursement de 1 'acquisition. La proposition seroit
trop révoltante , & ce seroit assîmiler la Nation
au brigand, qui, ayant vendu un effet quelconque, & en ayant reçu la valeur, dévaliseroit l'acquéreur, parce qu'il se trouveroit le plus fort. Les
Colons n'ont pas cette injustice à craindre ; l'Afsemblée Nationale, par l'article dix-septieme de la
Déclaration des droits, a décrété inviolables toutes
les propriétés. Cet article porte : a: La propriété
étant un droit inviolable & Jacré, nul ne peut
étre privé de la sienne , que quand la nécejjiié
publique , légalement confinée, l'exige évidemment,
ET SOUS LA CONDITION D'UNE JUSTE ET PRÉALABLE INDEMNITÉ >J.
à craindre ; l'Afsemblée Nationale, par l'article dix-septieme de la
Déclaration des droits, a décrété inviolables toutes
les propriétés. Cet article porte : a: La propriété
étant un droit inviolable & Jacré, nul ne peut
étre privé de la sienne , que quand la nécejjiié
publique , légalement confinée, l'exige évidemment,
ET SOUS LA CONDITION D'UNE JUSTE ET PRÉALABLE INDEMNITÉ >J. Affranchir les Negres , c'efc leur accorder la
liberté de mettre en exécution toutes leurs volontés. Si cette liberté étoit conditionnelle, elle --- Page 357 ---
[ 13 } n'existeroit pas. Leur donner la perspcâive du travail , pour pourvoir à leur subsistance, ou pout
l'intérêt de la Métropole, c'est condamner à la
mort l'individu qu'on affranchit , parce qu'il ne
travaillera pas, & qu'il est de la nature du Nègre, de ne pas travailler sans contrainte, & sans
y être assujetti par une force supérieure. En affranchiflant les Negres , il faudroit donc leur donner
une propriété foncière. Pour les gratifier d'une
propriété foncière, il faut en avoir la faculté, &
cette faculté ne peut exister , qu'autant que la
Nation auroit du terrein à concéder. Les Colonies
sont entiérement en culture. La concession est
donc impraticable ; mettroit-on en vigueur les
Loix agraires dans les Colonies ? En derniere
analyse , il faudroit leur donner une propriété foncière , ou ils s'en procureraient une par la force*
Puisque tout est poilible à celui qui est le plus
fort , les propriétaires aétuels devroient donc
s'attendre à être dépoissédés d'une maniere quel- x
conque. Si la Nation, en disposoit, elle ne pourroit le faire , sans indemniser les Colons. Si, au
contraire , les Nègres le l'approprient, on verrait
ruisseler le s ng des Colons sur cetre même terre >
qu'ils cultivent depuis delt" (iecles. Si le fang des
Inkas & des Casiques crie encore vengeance, celui
des François ne doit pas expier les assassinats commis par d'autres. --- Page 358 ---
r 11 ] On ne pourront pas donner moins d'un carreau
de terre (E) à chaque Negre. Les Colonies ne
comportent que la quantité de terre nécessaire pour
gratifier ceux qu'on voudroit affranchir, en les bornant encore à cette petite portion de terrein. Toutes les Colonies réunies contiennent au
plus sept cents mille carreaux de terre , sufceptibles de culture. La Nation, qui ne pourroit se
dispenser d'indemniser les Colons, à raison de deux
mille livres (1333 liv. 6 8 deniers tournois ) le carreau (F), par suite des bâtiments qu'on
y a élevés, se grevcroit donc encore d'une dette d'un
milliard quatre cents millions, (933,333,333 liv.
6 sols 8 deniers tournois ) , avec la certitude
que ce partage de terre détruiroit entiérement la
culture des denrées. • De l'affranchissement des Negres, il en résulteroit de toute nécellité, une cessation de culture
ces denrées, n'importe le point de vue sous lequel on voudroit l'envisagcr. Si on affranchit les
Negres, on le répété, ils seront libres de travailler à leur volonté. Ils ne travailleront pas,
parce qu'indolents & paresseux de leur naturel,
pour exister, ils n'ont pas besoin de travailler. Dans
.toutes les régions du monde, excepté l'Afrique
& l'Amérique méridionale, l'homme est forcé de gagner sa subsistance. Dans ces deux parties , l'homme
peut subsister sans travailler. L'Être-Suprême a
it les
Negres, on le répété, ils seront libres de travailler à leur volonté. Ils ne travailleront pas,
parce qu'indolents & paresseux de leur naturel,
pour exister, ils n'ont pas besoin de travailler. Dans
.toutes les régions du monde, excepté l'Afrique
& l'Amérique méridionale, l'homme est forcé de gagner sa subsistance. Dans ces deux parties , l'homme
peut subsister sans travailler. L'Être-Suprême a --- Page 359 ---
[ 1; ] tellement fixé h température de ces pays , que
constamment les plantes fruttifient, & que le bananier y croît sans culture. Cette prédilection est
sans doute un bienfait du Créateur , comme aussi
il en tache la race primitive qui y a pris naifsance , & dont le naturel indolent & paresseux
réclamoitde l'Être-Suprême une subsiilance sans
labeur, puisqu'il le créoit. Le partage des terres seroit tellement nuifible à la culture des denrées , qu'il suffit, pour s'en
convaincre , de considérer les partages résultants
des successions, dont les divisions ne sont jamais
que de moitié , tiers ou quart. Une habitation
de 200 carreaux de bonne terre, & 300 Negres,
peuvent faire 600 milliers de sucre terré. En divifant une pareille habitation par moitié seulement,
c'est en former deux petites sucreries de ico carreaux , & de 15° Negres , qui ne rendront au
plus, l'une & l'autre, que 20D milliers de sucre.
Cette simple division opere donc une diminution
de denrées d'un tiers ( G ). Les différentes autres
especes de culture éprouvent, par le partage des
successions, des pertes plus sensibles encore. La
division des sucreries par tiers, ou par quart,
ruineroit absolument les héritiers. Que seroit donc
la culture des denrées, si on morceloit les habitations par carreau ? Dans rindostan, on cultive las cannes à sUA --- Page 360 ---
[ i6 ] tre , par petite portion de terre. Dans la partie
Espagnole de Saint-Domingue , cet wsage y est
aussi établi, mais uniquement pour la consommation de chaque propriétaire. Deux carreaux de
terre ne rendent aux Espagnols qu'environ trois
cents livres pesant de sucre. Ils extraient le viii
de cannes, au moyen d'un moulin à bras, qui ne
peut que faiblement pressurer la canne , & ne lui
fait rendre que peu de liqueur. Si on mettoit là
Loi agraire en vigueur dans les Colonies , chaque Negre n'auroit qu'un carreau de terre eil
propriété. En admettant, contre toute raison, qu'ils
pourroient planter un demi-catreau en cannes, le
résultat de cette maniere de cultiver la denrée,
ne seroit que du quarantième de la consommation
actuelle. Et en admettant un moulin bannal > de
grande Manufacture , le résultat seroit. nul , parce
que chaque Negre , ne pouvant apporter au
moulin que très-peu de cannes , la liqueur sô
perdroit par le fait même de cette opération. En
cultivant les cannes, & en adoptant la manipulation de l'Indostan , & de quelques Espagnols de
Saint-Domingue * 200 carreaux, divisés en 10a
petites propriétés f ne rendraient que trente 'milliers de sucre ) qui seroient le vingtieme, du. revenu. d'une habitation 4e 200 carre cmx en grande
culture. En admettant , contre toute possibilité g
que chaquç Nègre , en particulier f pourroit
retirée
cultivant les cannes, & en adoptant la manipulation de l'Indostan , & de quelques Espagnols de
Saint-Domingue * 200 carreaux, divisés en 10a
petites propriétés f ne rendraient que trente 'milliers de sucre ) qui seroient le vingtieme, du. revenu. d'une habitation 4e 200 carre cmx en grande
culture. En admettant , contre toute possibilité g
que chaquç Nègre , en particulier f pourroit
retirée --- Page 361 ---
r 17 1. B ferrer d'un dcim-carreau de. terre, les vivres né-,
cessaires à sa subsistance , & encore remplacement pour sa case , son poulailler , le parc pour les
porcs , car autrement ils dévaPieroieot les vivres &
les cannes ; le sucre qu'il présenteroit à la conrom.
mation , ne seroit que de soixante-quinze livra
par demi - carreau. Les deux cents carreaux , qui
seroient livrés aux Nègres , ne rendroient donc
que cent cinquante quint eaux de sucre , ce qui
feroit le quarantième du produit d'une habitation
de deux cents carreaux en grande çulture, qui donne
six cents milliers de sucre terré. . Obligeroit-on, moyennant un salaire, les Ne.
gres , à travailler aussi constamment que par le
paffé, & que la culture des denrées l'exige f Alors
il n'y auroit dans le fait aucune liberté pour eux.
Avec la liberté, on le répété, on leur auroit également présenté la mort. Le décret d'afFranchissoment n'auroit réellement d'autre utilité pour le
Negre, que de le déclarer l'ennemi des Colons,
& libre seulement à l'instant de sa propre mort.
Le décret seroit donc un acte légal des cruautés
qu'on pourrait exercer , puisque ce seroit prononcer la peine de mort contre le Negre qui
ne voudroit pas travailler, & il ne travailleroit
pas, parce qu'il n'auroit pas besoin de travailler
pour exister.
cret d'afFranchissoment n'auroit réellement d'autre utilité pour le
Negre, que de le déclarer l'ennemi des Colons,
& libre seulement à l'instant de sa propre mort.
Le décret seroit donc un acte légal des cruautés
qu'on pourrait exercer , puisque ce seroit prononcer la peine de mort contre le Negre qui
ne voudroit pas travailler, & il ne travailleroit
pas, parce qu'il n'auroit pas besoin de travailler
pour exister. - La loi qui affranchirait les Nègres , sans leuc --- Page 362 ---
- 19, li assigner de propriété, Si qût leur erijoindfoit, de
travailler,moyennant un salaire, ser ont impolitique", & d'autant plus désastreuse, qu'ohi ne
roit plus revenir aux anciens principes; Ce seroit
procurer aux Negres les moyens de' se' replonger
dans les atrocités africaines Y qûf malheureusement se renouvellent trbp sou vent dans les hordes indépendantes de Surinam, de 'la Jamaïque &
même de Saint Dominguè. Les'Negres ne travailleroient paç , & la culture seroit nulle. Cette derniere vérité cft également démontrée par ce qui
se pa1fe dans ces hordes indépendantes, avec lef-",
quelles les Hollandois & les Anglois ont eu là
foiblesse de faire des traités. Ils sont tellement
paresseux , qu'ils négligent même de* s'assurer la"
subsistance; aussi éprouvent-ils d'affreuses' disettes.1
On croiroit que réduits par l'indolence ,■ à tôutëi
les calamités qui font la suite du manque de
néceflTaire, ils envlsageroient l'avenir,, & préviendroient de pareils malheurs, mais rien ne peut
les éclairer sur la nécessité de s'appliquer au travail, lors même que l'existence en dépend. Ili redeviennent alors anthropophages , par la nédéfliVé
d'assouvir la faim, qui , lorsqu'elle est extrême J
livre l'individu à toutes les atrocitéï.' - Ils négligent
jùsq u'aux arts qui leur faciliteroièht' îeS moyens
de défense, & dont ils ont besoin, lorsqu'ils nt
trouvant plut de végétaux. ils ne manquent cepeïf- --- Page 363 ---
t -,Ig I B 2 - dant pas d'ouviiers j c'est la paresse qui les domine. ;
Si les Nègres indépendants ont des armes à feu ,
ils ne les doivent qu'à la foiblesse & aux principes.
impolitiques , qui ont dirigé les Hollandois &
les Anglois. Ils les ont, rendus redoutables par ,
l'exécution même des ,traités. Les armes. qu'ils
cèdent, font le remplacement de la. Comme convenue , qui seroit acquittée pour chaque tranffuge que les Negres indépendans, rameneroicnt.
aux Colons. f —■ Quel seroit d'ailleurs le quartier qu'on affigneroit à ces affranchis , puisqu"il ne resle ptps de
terre à concéder ? Où seroit-il possible de les fixer?
Quelle.part pourroient-ils avoir au contrat social ?
A quelle loi pourroit-on les aîTujettir ? Ils sont
dans la totalité, quinte contre un; & dans cha-.
que habitation , cent contre un. Les mœurs des
Negres indépendants de Surinam & de la Jamaïque, doivent prouver à la France, ce qu'elle auroit à craindre de ceux que l'erreur pourroit la
déterminer d'affranchir.
éder ? Où seroit-il possible de les fixer?
Quelle.part pourroient-ils avoir au contrat social ?
A quelle loi pourroit-on les aîTujettir ? Ils sont
dans la totalité, quinte contre un; & dans cha-.
que habitation , cent contre un. Les mœurs des
Negres indépendants de Surinam & de la Jamaïque, doivent prouver à la France, ce qu'elle auroit à craindre de ceux que l'erreur pourroit la
déterminer d'affranchir. . Donner pour exemple les affranchis exilant
actuellement dans les Colonies , c'est tromper la.
Nation, si elle n'étoit assez instruite pour démêler
la fausseté des principes qu'on voudroit lui voir
adopter. Lorsque les Colons réclament des brevet
de liberté ven faveur de quelques ^sgres f Ve$
toujours pour des sujets qui sa fpnt élevés au- --- Page 364 ---
[texte_manquant] deiîus de leur e1pece , ou pour des Négrenes que
les familiarités avec les Européens rendent mères. !
Alors , c'est envers les premiers un acre de juftice & un bienfait mérité. Dans le fécond cas ,
c'est en faveur de l'Enfant Métis (H). Dans l'un ou
l'autre cas, les maîtres pourvoient à la subsistance
dè ces affranchis, en les gratifiant d'une propriété
foncière, de quelques Negres à talents, dômeitiques ou de place, qu'ils louent, pour du produit de la. location , être en état de subvenir à
leurs besoins. Le parallele de ces assranchis avec
les Negres qu'on voudroit affranchir , n'est pas
applicable. Les premiers sont des Sujets qui ont
bien mérité, & les Colons continueront toujours
de répandre les bienfaits sur ceux qui s'en rendront dignes. La race noire , prise collectivement,
tant en Afrique , que dans les hordes indépendantes
dé Surinam, de la Jamaïque & de Saint-Domingue,
n'a jamais offert'que des mœurs atroces. 'Quand on admettroit la possibilité de la culture
des denrées, par le salaire'qu'on donneroit aux
"affranchis , en supposant encore que la totalité
dés Ncgrcs consendroit à travailler journellement,
comme par le paffé, ce seroit un être de raison.
Pour que cette fiction puissè se réafiser, il faudroit au moins que les revenus soient dans le
cas de supporter cette dépense. A cet égard , il
n'y a -pas de proportion. -On est convaincu par --- Page 365 ---
1 * £ £ I"5 3 1 • B 3 £ l'expérience d'un siecle, que les récoltes ne rendent que sept cents divus par tête de Negre ,
* (466 liv. 13, sols 4 deniers tournois), dans l'une
ou l'autre culture. Et pour atteindre à ce taux ,
* il faut encore que les récoltes soient abondantes ,
& que la denrée ait une valeur eonhderable. On ne pourroit donner moins de trois livres ,
* (2 livres tournais) par jour, à un Negre libre,
ainsi que leurs maîtres les louent actuellement ,
Iorsque les récoltes exigent un surcroît de force
momentanée» Or une habitation dont la culture
exige cent Negres , travaillant journellement, au-
* roit trois cents livres , (iQO fiv. tournois) par
jour, de salaire de Negre à payer, & pour les
* trois cents jours de l'année ,occupés au travail, une
dépense annuelle, de quatre-vingt-dix mille livres,
(60,000 liv. tournois ), pour ce seul article.
que les récoltes exigent un surcroît de force
momentanée» Or une habitation dont la culture
exige cent Negres , travaillant journellement, au-
* roit trois cents livres , (iQO fiv. tournois) par
jour, de salaire de Negre à payer, & pour les
* trois cents jours de l'année ,occupés au travail, une
dépense annuelle, de quatre-vingt-dix mille livres,
(60,000 liv. tournois ), pour ce seul article. Les récoltes ne rendant qu'à raison. de sept cents
~ livres , (466 liv. 13 fols 4 deniers) par tête de
. Negre ( I ) , la recette provenant du travail de
4 cent Nègres , n'est que de faisante-dix mille
livres, (46,666 liv. 13 sols 4 deniers), & il faut
prélever un quart de cette somme, pour acquitter
les frais qu'exige la denrée, jusqu'au moment de
la vente; ainsi, le net de la récolte n'est réellement que de cinquante-deux mille cinq cents livres,
( K ).( ,3 5,000 liv. tournois ). Il ré fui te roit donc de l'affranchissement des --- Page 366 ---
[ 22 j Nègres, en supporant qu'ils conscntîrolent tous à
travailler avec autant d'assiduité que lorsqu'ils
étoient cfcbvcs, que î'habit.mt seroit arriéré annuellement de trente-sept mille cinq cents livres
(2jyyjo !iv. tournois), occasionné par le seul salaire qu'il feroit obligé de donner. Et en mettant
en balance 7 s quinze mille livres, ( 10,000 liv.
tournois; de rente que li Nation seroit obligée
de fair j , en remplacement du remboursement des
cent mille ccus, ( 200,000 liv. tournois), qu'ont
coûté les cent Nègres, l'habitant feroit toujours
arriéré Je y ing-deu r mille cinq cents livres
(15,000 liv, tournois). Les récoltes ne pouvant avec cette surcharge
cc frJsj indemniser le Colon, lors même qu'il no
détourneroit pas un sol pour sa subsistance, il y
aurait impossibilité de continuer la culture des
denrées. Il saut cependant à l'habitant un intérêt quelconque, puisque le capital qui produit ce
revenu de cinquante-deux milie cinq caus livres ,
( 35,000 Ev, tournois), e st de six cents mille livres^
' - 00,000 L tournois ). Les vingt-Jenr mille, cinq
cents Ihr ' 5;000 !• liv. tournois ), qui ie trouvent
tn fus des trente mille livres , (20,000 liv. tour..
nois), que formeroit l'intérêt il cinq pour cent
du capital de f:x cents mille livres, (400,000 Hv.
tournois ; ce rrii'e dehors, n établiroit l e salaire des
Negres ÇU'Û qui ze sols , (fo fors tournois). C«
Les vingt-Jenr mille, cinq
cents Ihr ' 5;000 !• liv. tournois ), qui ie trouvent
tn fus des trente mille livres , (20,000 liv. tour..
nois), que formeroit l'intérêt il cinq pour cent
du capital de f:x cents mille livres, (400,000 Hv.
tournois ; ce rrii'e dehors, n établiroit l e salaire des
Negres ÇU'Û qui ze sols , (fo fors tournois). C« --- Page 367 ---
C âj 1 ; Bi
salaire feroit trés-insuffisant. Le Nègre ne pourroit
ni se vêtir, ni subsister, n'ayant aucune propriété
foncière, & encore moins se fairé soigner dans les
maladies, & donner la subsistance nécessaire à ses
enfants. On ne prétendroit sûrement pas obligée
les Colons aux mêmes dépenses envers les Negres libres, qu'ils font pour les Nègres escîaves*
Ce seroit alors contraindre les habitants, à prélever sur leur capital, les sommes nécessaires pour
„ nourrir les Negres, pour les salarier & pour satisfairé
. a tous leurs be[oins. Ce seroit de la part de la Nation , déclarer qu'elle a besoin des denrées coloniales, & exiger qu'on les cultive, quoiqu'il en
s doive coûter la fortune des Colons. Si le surptus
... qui se trouve en sus de l'intérêt à cinq pour cent »
étoit employé en salaire pour les Negres , avec
quoi alors remplaceroit-on la mortalité des anir
maux, les bâtiments incendiés par le tonnerre, qui
est journalier dans les Colonies, ceux qui tombent de
vétusté, & ceux qui sontdétruits par des incendiaires?
C'est un capital qui s'éteint, & qu'il saut remplacer
par un autre. Ces remplacements ne peuvent donc
- s'effectuer que par le surplus qui est en sus de l'intérêt à cinq pour cent. Nulle pollibilité conséquemJ ment de donner un salaire journalier aux Negres,
tel modique qu'il puisse être. Le surplus , qui cst ^
- en fui de l'intérêt à cinq pour cent , fera jugé
♦ encore bien peu consequent, lorsqu'on voudra con-
ires?
C'est un capital qui s'éteint, & qu'il saut remplacer
par un autre. Ces remplacements ne peuvent donc
- s'effectuer que par le surplus qui est en sus de l'intérêt à cinq pour cent. Nulle pollibilité conséquemJ ment de donner un salaire journalier aux Negres,
tel modique qu'il puisse être. Le surplus , qui cst ^
- en fui de l'intérêt à cinq pour cent , fera jugé
♦ encore bien peu consequent, lorsqu'on voudra con- --- Page 368 ---
{ 24 ] sidérer la mortalité des Negres, dont les causes sont
Journalières- fait par les effets de la nature humaine,
soit par le suicide t qui est fréquent sans motifs che.'
les Nègres , sur-tout chez ceux qu'on nomme Minay
& chez ceux de tous les pays connus, sous le nont
général de la Côte d'Or ; soit enfin par les épidémies de toute efpeçp, qui souvent enlevent en
quinze jours trente & quarante Nègres d'une habita
tion(L). Les défenseurs des Negres prétendent que
lesuicide est la suite des traitements qu'ils éprouvent;".
la vérité efl:, que la plus grande partie des Negres
ont, une métempsycose qui leur est particulière. Ils
croient que, dans quelque lieu qu'ils aillent, ou qu'on
les transporte, ils doivent après leur mort, soit qu'ilsse la donnent, ou qu'ils l'attendent, revenir dans leuc.
pays natal. Avancer le terme du retour est la seuler
cause du suicide , qui est aussi familier en Afrique quer
dans les Colonies. Il est constaté dans les Colonies ,
que les maladies ordinaires enlevent annuellement à
la culture le vingtième des Negres : une habitation de
cent Negres en perd conséquemment cinq tous les ans,
Pour les remplacer, il saut en acheter attendu
la mortalité du tiers qu'éprouvent les Negres nou-i
veaux. Ils se paient actuellement au commerce, de
deux mille quatre cents à deux mille huit cents livres.
C'est indistinâement 2600 livres, ( 1733 livres 6 fols >
S deniers tournois ) par tête. Les sept Negres , que
l'Habitant qui en possede cent, esi obligé d'achetec --- Page 369 ---
- .25 J annuellement, lui occafionneht par.année un dcboursé
de dix-huit mille deux cèhts livres. Le surplus , qui
se trouve en fus de l'intérêt à cinq pour èent, dans le
revenu d'une habitation de cent Negres j n'étant que
de vingt-deux mille cinq cents livres , ce surplus se
réduit absolument à quatre mille trois cents livres,
avec lequel il. faut remplacer les mortalités db
Negres, qui surpassent le nombre ordinaire ; la mortalité des animaux , qui est toujours d'un dixiem*
annuellement ; les bâtimens incendiés, &c. On peut assurer qu'en général , la culture dès
denrées coloniales ne rend pas quatre pour cent
aux Colons, par les pertes annuelles qu'ils éprouvent. La culture des denrées est donc uniquement à
l'avant age de la Nation. Si quelques Colons sont fortunés , ils doivent cette faveur au. fol particulier
qu'ils possedent; mais il s'en faut de beaucoup que
tous les Colons jouissent du même avantage. Quant à remplacer les Negres par des Européens , la nature meurtriere du climat s'y oppose
absolument. Il faut., comme les Negres , avoir une
constitution physiquement analogue à cette région y
pour soutenir à toute heure les ardeurs d'un soleil
presque perpendiculaire & d'un sol continuellement
brûlant. Employer des Européens à la culture des.
terres de la Zone Torride, ce seroit remettre en
friche toutes les terres de la France, que l'établissemuent des. Colonies a nécessite de mettre en valeur :
ens , la nature meurtriere du climat s'y oppose
absolument. Il faut., comme les Negres , avoir une
constitution physiquement analogue à cette région y
pour soutenir à toute heure les ardeurs d'un soleil
presque perpendiculaire & d'un sol continuellement
brûlant. Employer des Européens à la culture des.
terres de la Zone Torride, ce seroit remettre en
friche toutes les terres de la France, que l'établissemuent des. Colonies a nécessite de mettre en valeur : --- Page 370 ---
1. ( 26 1 Ce ferait enlever le Laboureur à la terre, & renoncer à tous les Arts. Les Colonies feroient alors
onéreuses à la Nation : ce seroit renouveller les
pertes sensibles & déplorables de la Guyane, où ,
en dix-huit mois, la mort a moissonné vingt mille
hommes, qu'on y avoit envoyés pour cultiver les
denrées de cette région : ce seroit alors. se faire réellement un jeu de l'humanité., que d'augmenter les
causes de mort. Combien d'Européens qui, arrivant
sans facultés ni crédit dans les Colonies, ont tenté
de défricher eux-mêmes le sol qui paroissoit devoir
leur procurer la subsistance & l'aisance, & n'y ont
trouvé que la mort ? Le soleil a tellement de prise
sur l'Européen, qu'il desseche jusqu'à la moëlle de
ses os (M). Le Negre , au contraire, ayant la chair
huileuse, le soleil n'a pas de prise sur lui, parce que
la partie ondueuse s'oppose à ses rayons. Le Negro
étant d'ailleurs né sous un ciel plus chaud encore,
est préparé, par une transpiration facile, à toutes lçs
révolutions que peut causer le climat. Abolir l'esclavage, & le remplacer par des engagements volontaires, & ordonnés par une Loi •
c'est encore un être de raison. Ces engagements
devroient avoir un terme : à leur expiration, il
faudroit également donner aux Negres, les moyens
de subsister, sans troubler la société, conséquemment leur donner une propriété foncière. La Nation n'ayant aucune terre à . concéder , le pillage --- Page 371 ---
t ] feroit toujours la suite de la non-propriété, sang
pouvoir y porter de frein , puisque la force seroic
en faveur des Negres. Dans l'Amérique Septentrionale, les engagements, foi. qu'ils soient sous-
"crits par des Européens, ou des Negres, répondent aux vceux des Législateurs, parce qu'il y a
encore beaucoup de terrein à concéder; en gratifiant chaque engagé d'une propriété foncière,
c'étoit coopérer particulièrement à la prospérité de
TEtat; & que dans cette région, la culturo des
denrées est la même que celle d'Europe. Dans
l'Amérique Méridionale, les engagements seroient
çau contraire la ruine des Colonies, soit que ce
régime s'adoptât en faveur des Negres, soit qu'après
qu'on les auroit tous reconduits en Afrique, il Ce
trouveroit pour les remplacer, assez d'Européens
qui, bravant constamment la certitude d'une mort
prochaine, consentiroient à s'adonner à des travaux aussi pénibles que ceux qu'exige la culture
des denrées coloniales , avec l'assurance de ne
pouvoir jamais obtenir qu'un modique salaire, qui,
quoique triplé, seroit toujours plus insuffisant entore pour l'Européen que pour le Negre, qui,
accoutumé aux productions françoises, ne pourtoit s'en passer.
d'Européens
qui, bravant constamment la certitude d'une mort
prochaine, consentiroient à s'adonner à des travaux aussi pénibles que ceux qu'exige la culture
des denrées coloniales , avec l'assurance de ne
pouvoir jamais obtenir qu'un modique salaire, qui,
quoique triplé, seroit toujours plus insuffisant entore pour l'Européen que pour le Negre, qui,
accoutumé aux productions françoises, ne pourtoit s'en passer. - Si lors de l'établissement des Colonies la loi
avoit prescrit de ne cultiver les terres de la Zone
Tôrrîde, qu'autant que les Nettes eurent consenti --- Page 372 ---
£ .5? iî k les défricher, comme engagés ,»en leur. assurant
même un avenir plus heureux, & en leur promettant
dé les Faire jouir des droits de Citoyens, les mœurs
même des' Negres s'y seroient opposces. . En Afrique, chaque Negre pris individuellement, est satisfait de sonTort. Ses vues étant fixes.,
il trouve Ton. bonheur dans. l'exécution de sa volonté. Les Negres pris collectivement, n'ont dans
l'ensemble que le même but, pris individuellenient. Ils font tous dirigés par les mêmes principes ». leur réunion n'a d'autre cause que
d assurer l'exécution de leurs desirs. Le Negro
n auroit offert à l'Européen, comme à présent p
que les moyens de multiplier les bienfaits, pourvu
Çti il r eût trouvé son intérêt particulier. L'Européen eût obligé d'acheter les Negres , comme
actuellement. Les besoins journaliers, &
concurrence des Nations, qui en eussent acheté
pour les garder esclaves, en auroient élevé
le prix, & quoique fort chers, leur valeur auroit
plus quadruplé j par ]a nécessité de les remplacer a terme fixe. On eut alors été obligé dp
renoncer a la culture ces denrées. Ce moyen e^
encore bien plus impraticable aujourd'hui, qu'il
ne se trouve plus de terre à concéder,, . L'établissement de la,, féodalité dans les Colonies,
feroit paiement contraire à la-culture des denrées , même impraticable ^ parce qu'il n'y ai4- --- Page 373 ---
... [29] .. - roit pas d'assurance pour l'exécution des conventions. Concéder par les propriétaires à 'cens &
rentes, ou même à bail par , petite portion j en--,
traîneroit les mêmes désastres que produiroit le
partage des terres par carreau. Dansées Co!o-.
nies d'ailleurs, il ne reste plus des terrein à con- ♦ céder, pour le donner à cens & rentes. Cet usage
a été adopté en Europe, parce que la force avoit v
fait gratifier quelques individus d'une étendue de
terre, dont leurs facultés ne permettoient pas .
qu'ils fissent défricher la totalité , & qu'en don-^
nant à cens & rentes, ils retiroient au moins un ,
revenu de ce qui ne leur rendoit rien. En adoptant 'dans les Colonies un pareil régime, il en
rèsulteroit au contraire , qu'on retireroit de la terre
beaucoup moins que sa culture donne a&uellement, puisque tout est en valeur. La tranquillité
publique & la sureté de tous, nécefliteroient également de cette maniere d'opérer , des armées
formidables toujours en activité. Alors ce seroit
tomber: dans les mêmes malheurs qui résulteroient de* la culture des denrées; si elle étoit
suivie par des journaliers Européens. Le systême
de féodalité détruiroit donc la culture des den- „
rées coloniales, & la population européenne. Dé-,
membrer les habitations & les donner à
& la sureté de tous, nécefliteroient également de cette maniere d'opérer , des armées
formidables toujours en activité. Alors ce seroit
tomber: dans les mêmes malheurs qui résulteroient de* la culture des denrées; si elle étoit
suivie par des journaliers Européens. Le systême
de féodalité détruiroit donc la culture des den- „
rées coloniales, & la population européenne. Dé-,
membrer les habitations & les donner à ferme , on ne l'espere sûrement pas ; & quelle
feroit l'assurance des propriétaires ? Seroit-ce' la --- Page 374 ---
C301. Nation entiere qui cautionneroit le» affranchis.?
Elle dcyjoit alors bien se pénétrer qu'elle auroit
à payer% la valeur réelle'de toutes les propriétés ,
& elle ne pourroit sans injuflice se dispenser
d'annoncer par le même décret, qu'elle, rembourferoit la totalité du cautionnement, sans examen,
à -la première demande qui en seroit faite.: Dans.
!e cas contraire, toutes les loix qu'on promul"
gueroit à cet égard, ne seroient jamais que des
loix de dépouillement, & leur "exécution ne pour.
roit que fixer des révolutions désastreuses. En ruinant les Colons, on ruineroit également le commerce de France, à qui il est dû plus, de quatre >
cents millions par les habitants des Colonies.
demiere analyse, il résukeroit de , toutes ces
maniérés d'opérer , que l'Etat perdroit sa profpérité acquise ; que les Colons & le commerce
feroient ruinés; que les Negres, à un terme 3ui
feroit toujours prochain , ne pourroient plus, se
procurer la subsistance. Le sol des Colonies.
aussi précaire que les denrées qu'on y cultive.
Dans les montagnes sur-tout , qui procurent la
subsistance des Negres , les pluies d'orage, &
celles qu'on nomme Nord , les dégradent à tel
point, qu'elles entraînent dans les rivieres ou ravices, le peu de terre qu'on trouve sur -la superficie. ne laissent à la culture, qu'an tuffe stérile, ou une masse de rochers IL- eg --- Page 375 ---
t 31 1 ment de l'intérêt des Nègres actuellement dans
lès Colonie s, que les grandes Manufafèurei subsirent, afin que dans un terme donné, ila puifsent être certains de leur subsistance, & que les
Colons acquerront du Commerce par l'échange
de leurs denrées. Que! avantage retirefoient les
affranchis, si; pour jouir de leur liberté , on Its
plaçait sur un rocher C'est cependant ce quéprouver-oint les Negres dans les Colonies , si on
les afiranchiffoit. Le peu de plaines qu'on y
trouve 1 ne fourniroient pas le huitieme des
vivres nécessaires aux Negres ; pour la chan ,
elle est détruite. L'humanité ne peut donc réclamer qu'un plus grand adoucissement en faveur
dès Negres (N) , "s'il est possible , mais il doit
toujours être subordonne au local où ils se trouVent, & à la culture des denrées diverses. ' Si , comme dans l'Amérique Septentrionale, it
y avoit possibilité de faire usage de la charrue
dansées Colonies, les Negres auroient peut-être
dss droits alors aux sentiments d'humanité quis'élefènt pour leur procurer la liberté ; mais le sol s 'y
oppose entièrement , ainsi que la culture des denrées indistinctement La culture des dénréos co!o*
niales ne 'pèut absolument s'effeâuer qua forcé dé
t & par un travail suivi & sans interruption
Si on affranchit Içs Nègres , ils forent confé*
quemment libres dans toute la force du tertoe.
res auroient peut-être
dss droits alors aux sentiments d'humanité quis'élefènt pour leur procurer la liberté ; mais le sol s 'y
oppose entièrement , ainsi que la culture des denrées indistinctement La culture des dénréos co!o*
niales ne 'pèut absolument s'effeâuer qua forcé dé
t & par un travail suivi & sans interruption
Si on affranchit Içs Nègres , ils forent confé*
quemment libres dans toute la force du tertoe. --- Page 376 ---
[ 32 J Nulle autorité ne pourroit les obliger à travailler,
puisque la loi n'a de force que contre le perturbateur & contre l'homme qui trouble la société,
ppur avoir sa subsistance par la mendicité, lorsqu'il peut travailler, & que l'ouvrage lui est offert f
ou contre celui qui pour y pourvoir, s'attaque à
sou semblable, pour l'obtenir par le crime. Lorsqu'il y auroit dans les Colonies des armées furveillantes & suffisantes pour maintenir l'ordre intérieur, les Negres ne troubleroient pas la société;
pour réclamer leurs subsistances, tel modique que
seroit la propriété foncière dont on les auroit gratifiés, parce que le climat le leur procureroit suf.
fifamment pendant un temps. Mais si on ne leur
donne pas de propriété foncière, & que la force
intérieure, qui, dans tous les temps, devra alors
être triple de ce que seroit l'armée, dans le cas
ou on craindroit une invasion étrangère, pouvoit
ne pas être toujours aussi considérable, que n'auroit-on pas à craindre , à Saint-Domingue, par
exemple , d'un peuple dont une partie est anthropophage , les Mondorgues, les Anjicos, les Jdggigs , les Macocos, & qui seroit conduit par plus da
six mille. Negres qui sont indépendants depuis 1718;
époque où ils ont été en marronage, & qu'on n'a
jamais pu parvenir à resaisir , quelques poursuites
qui aient été faites, s'étant réfugiés -dans des pays
inaccessibles, au-dessus de la montagne des grands
bois ? --- Page 377 ---
[ 33 ] c bois ? Les boucheries de ces Negres anthropophages
ien Afrique, sont non-seulement garnies de la chaude leurs ennemis & de leurs esclaves, mais de celles
même de leurs parents & de leurs amis. Ils mangent
leurs peres, meres, freires & fccurs, aussi-tôt qu'ils
font morts. Chaque jour augmente le nombre de ces
réfugiés: & il ne faut qu'un moment pour les déterminer au carnage. La Colonie de Saint-Domingue
n'a-t-elie pas à redouter les mêmes incursions & les
ravages dont celle de Surinam est la victime, ainsï que
- celle de la Jamaïqué (O)? Tous les Colons François feront égorgés, avant que la Métropole Coit
avertie d'aller à leur secours. Que rie doit-on pas
craindre d'un Peuple , que les plùs grands dangers , & la mort même ne péut effrayer ? Faudrat-il , comme à Barbiche, reconquérir les Colonies,
par la destru&ion ds tous les Negres, comme on
y a été obligé .en 1763 , pour cette Colonie ?
Faudra-t-il, comme à Surinam & à la Jamaïque ,
ttre continuellement en guerre ouverte contre les
Negres , & s'accoutumer , sans frémir , à faire ruisCeler. le fang humain ? Faudra-t-il aussi dans les Colonies Françoises , devenir séroce par nécessité? Faudfa-t il renouveller à Saint-Domingue * le carnage
de tous les Negres , comme cela a eu lieu sous
le regne de Charles-Quint * lorsque les Negres sé
sont révoltés contre les Espagnols ? Peut-on oublier les empoisonnements qui déColereot la Co-
Negres , & s'accoutumer , sans frémir , à faire ruisCeler. le fang humain ? Faudra-t-il aussi dans les Colonies Françoises , devenir séroce par nécessité? Faudfa-t il renouveller à Saint-Domingue * le carnage
de tous les Negres , comme cela a eu lieu sous
le regne de Charles-Quint * lorsque les Negres sé
sont révoltés contre les Espagnols ? Peut-on oublier les empoisonnements qui déColereot la Co- --- Page 378 ---
[ 34 ] lonie de Saint-Domingue ? Dépens cette époque,
il le pane peu d'années sans exécution de Nègres
empoisonneurs (p). Sera-t-on aussi allez impo!itique pour faire un traite avec la horde de réfugiés de Saint-Domingue s Ce traité leroit le signai pour faire révolter tous les Nègres, par l'espoir d'une pareille indépendance. Ce traité seroit
aussi le signal pour égorger tous les Colons (Q). L'affranchissement des Nègres porceroit , n'en
doutons pas , ce Peuple à répandre un jour le
sang de tous les Colons. Le cri de l'humanité se
feroit-il entendre aussi alors, pour prouver la néceffité d'immoicr un Peuple entier, qui, en reconnoiiTance d'un bienfait, qu'en naillant il n'obtient pas, puisque le pere ou la mere a droit de
le vendre; dans le sang duquel le vainqueur a le
barbare droit de s'abreuver, & qui auroit, d'une
'main parricide, percé le cœur de son bienfaiteur. Si les Colonies comportoient une population de
quatre ei cinq millions d'individus, comme dans
l'Amérique septentrionale , sans doute qu'alors, un
petit Peuple, composé cependant dù/ix cents mille
Negres , ne pourroit troubler la tranquillité publique; r.jjis les affranchir , les placer évidemment
les pLis forts, parmi un Peuple d'Agriculteurs, que
n 'en auroit-on pas à redouter ? L'affranchissement. des
Nègres ne peut avoir lieu, que lorsqu'il ss trou.
vera dans les Colonies une population créole --- Page 379 ---
C 35 1 C 3 d'Européens , qui puisse forcer les Negres à res-
"écétcr les droits de l'homme. Cette perspeétive
n'est eue d'imagination. Le sol & la culture des
denrées s'y opposent absolument. L'accroissement
d'une population tient absolument aux denrées de
première nécelîité. Si le sol ne le produit point,
& qu'il ne puisse le produire, l'accroissement de
la population est impossible. Les Colonies de
l'Amérique méridionale sont dans ce cas. Les montagnes sont nulles pour la culture du bled, parce
qu'elles sont entiérement dégradées ; qu'il n'y reste
qu'un tuffe stérile , & que cette dégradation devoit
être la suite de quelque culture qu'on eût entrepris. Dans les plaines , les chaleurs sont trop
exccffives ; les pluies y manquent, & quand il seroit possible que le bled y parvînt en maturité,
leur étendue n'en procureroit qu'une petite quantité, & très-insuffisante pour les individus blancs
& noirs qui se trouvent dans les Colonies. Ce
seroit d'ailleurs abandonner la culture des cannes
à sucre, & renoncer conséquemment aux avantages qu'on retire des Colonies. En cultivant le
O A
es , les chaleurs sont trop
exccffives ; les pluies y manquent, & quand il seroit possible que le bled y parvînt en maturité,
leur étendue n'en procureroit qu'une petite quantité, & très-insuffisante pour les individus blancs
& noirs qui se trouvent dans les Colonies. Ce
seroit d'ailleurs abandonner la culture des cannes
à sucre, & renoncer conséquemment aux avantages qu'on retire des Colonies. En cultivant le
O A bled, il faudroit fournir aux Negres cette subsistance , puisque la terre qui leur fournit les vivres
journaliers, seroit employée à une autre production. Il ne relie à la Métropole, pour affranchir les Negres,que de se priver de tous les avantages quelle
retire de- ses Colonies ; dé se rendre tributaire de --- Page 380 ---
C 36 J l'étranger, de rembourser aux Colons,trois milliards
deux cents millions 7 ( 2,1 3 ,3 33,3 livres 6 sols
8 deniers toifrnois), & de les rappeller dans sorî
sein. Alors, les Nègres retireront des Colonies ce
qu'ils pourront, ou ce qu'ils voudront en retirer.
Alors, on aura à rougir, d'avoir établi dans un nouvel hémilphere, une race d'hommes sanguinaires &
anthropophages , & d'avoir crée dans le nouveau
Monde, les moyens de la traite des Noirs, en faveur
de nos rivaux. D'après les mœurs des Negres , soit
de l'Afrique, soit des hordes indépendantes de Surinam , de la Jamaïque & de Saint-Domingue, les
plus forts seront toujours des vainqueurs inhumains;
les plus foibles seront livrés à une servitude barbare,
ou serviront par la vente à satisfaire les caprices de
leurs abominables despotes. Il est inné chez la plus
grande partie des Negres, d'être injustes , cruels,
barbares , anthropophages , traîtres , trompeurs ,
voleurs , ivrognes , orgueilleux , paresseux , malpropres , impudiques, jaloux à la fureur & poltrons:
la poltronnerie conduit à toutes les atrocités. Les
Negresses ne matigent pas avec les Negres : elles ne
paroissent dévant leur mari que dans uns poiition
humiliante ; cet état d'abjection est commun à toutes
les N egresses, de tel rang qu'elles soipnt : ei!es feules,
sont chargée, de la culture des vivres & des soins
comestiques. En Afrique, la barbarie est à son comble. Dans beaucoup de pays de cette région , les --- Page 381 ---
[ 37 ] [texte_manquant] Negresses se levent dès l'accouchement, & suivent
sans délai les travaux journaliers. Les Nègres se couchent , représentent l'accouchée , & se font donner
tout ce qui est réservé pour une malade dans une
pareille circonstance. Ceux même qui sont affranchis dans les Colonies, commandent à leurs enclaves
d'une maniere révoltante. Personne n'est aussi exi-.
geant de ses inférieurs, qu'un Negre affranchi : ils
sont pénétrés , comme en Afrique , que leurs esclaves ne doivent avoir de volonté que la leur, & que
l'obéifëmce doit être aveugle.
, & se font donner
tout ce qui est réservé pour une malade dans une
pareille circonstance. Ceux même qui sont affranchis dans les Colonies, commandent à leurs enclaves
d'une maniere révoltante. Personne n'est aussi exi-.
geant de ses inférieurs, qu'un Negre affranchi : ils
sont pénétrés , comme en Afrique , que leurs esclaves ne doivent avoir de volonté que la leur, & que
l'obéifëmce doit être aveugle. Les Colonies étant nécessaires à la prospérité de
l'Etat , la culture de leurs denrées diverses en étant
une fuite , l'interdidion de ia traite des Negres est:
impossible. La culture actuelle demande une augmen.
tation de bras ; & si les moyens de s'en procurer
étoient interdits, la diminution sensible des denrées
s'opéreroit au désavantage de la Nation. Les nuisfmces ne présenteront jamais les moyens de rc mpla.
cement. Il y a des habitations, sur-tout celles qui
sont à h proximité des Villes & des Bourgs , où la
population est nulle, quoique les Negres y jouissent
de tous les adouciiTemcnts qu'il soit possible de leur
accorder, & quoique les maîtres aient promis aux
KegresTes la liberté » pour celle mêmes qui ne mettroient au monde que trois ou quatre enfants. Le
déplacement des Negresses conTrarie- souvent la nature. Le peu de soin qu'on en a dans les navires, & --- Page 382 ---
[ 38 1 l'air insecte qu'elles y respirent, la contrarie égale-*
ment. Une jeune Negresse, qui étoit féconde en
Afrique, ceile de l'être pendant cinq & six ans dans *
les.Colonies. Lorsqu'eJles le redeviennent, c'est souvent le terme où la nature va celTer de produire.
La première cause eil: dans la mélancolie, à laquelle
elles se livrent: elles croient, qu'ainsi qu'en Afrique , elles vont être livrées à des anthropophages.
Cette funeste idée est plus que [uffifante pour désorganiser tout l'individu , & occasionner un bouleversement intérieur. La traite des Noirs procure
peu de femmes, parce qu'il eil: de l'intérêt des
Negres d'en multiplier le nombre autour d'eux, soit
parce qu'elles sont assujetties à cultiver feules !es
vivres nécessaires à la subsistance ; soit pour trouver
dans leur fécondité les moyens de satisfaire leurs
caprices , en donnant les enfants en échange des
armes, poudre à feu . &c. ; soit enfin Dour se livrer
a des desirs sensuels, qui sont aussi désordonnés que '
leurs mœurs sont dépravées. Les Negres ont en Afi-i- «
que , dix , vingt & jusqu'à trente femmes ; les riches
en ont chacun plus de cent. Les atteliers des Colonies, n'étant pas garnis d'autant de femmes qu'il en faudroit dans la proportion
des Negres , de-là naît, chez les Negresses, un liber.
tinage effrené. L'imagination étant toujours en activité, la stérilité en est la fuite. Toujours occupées,
se délivrant des bras de l'un pour s'abandonner dans --- Page 383 ---
,[ 39] .. C 4 d'autres jj elles doivent, par îa même cause qui les
auroit fécondées, êtree rendues
Colonies, n'étant pas garnis d'autant de femmes qu'il en faudroit dans la proportion
des Negres , de-là naît, chez les Negresses, un liber.
tinage effrené. L'imagination étant toujours en activité, la stérilité en est la fuite. Toujours occupées,
se délivrant des bras de l'un pour s'abandonner dans --- Page 383 ---
,[ 39] .. C 4 d'autres jj elles doivent, par îa même cause qui les
auroit fécondées, êtree rendues Negfesses Cr éoles iri^e v" rçrtefi Cêtre l'èftp4ranGe de
l'habitant, elles font encore plus l&erfiîies,* U-es
ont plus de moyens pour ensi imrn'er & ào':À provoquer les desïrs. Elles mettent au monde-peu d'enfants; & souvent, pour se livrer sans nvèsave-àla violence de leur tempérament eUes détruîsent leùrfrulr,
ou elles donnent Ta mort àu nouveau né=(R_)-; elles
cherchent des jouiffarrces, avant le terme fixé par la.
nature, & elles font souvent uénles à repëque tienne
où elles pou voient devenir more:. - On seroit dans l'errenren se pérsuadant que,
lorfquela culture sera parvenue au plus hsuëdegré
de prospérité, on pourra renoncer a-la tr&fts" des
Negres. Les mêmes vices, qui contrarient attuëi!e
r-nr,'nt« raccroissemerit,de la population, exigeront
alors comme à présent. Il faudra , dans tous les
. temps, urie quantité co'eidér?b,,e de Nègres: Lorsque le fol commencera à se refuser à la culture , 6c
cela exifie déjà dans 'p1uGeurs quartiers", il en faudra, encore plus qu'actuellement. Les terres ont
rendu jusqu'à' présent la réccmpenle dù travail &
l'intérêt dés "avances que la culture néceffite-; mais
Jtarfqué les terres n'auront plus de sëls végetatits,
& qu'elles ne présenteront qu'un turfe- sttàie._, ou
une masse de rochers,'il n'y aura que des travaux
pénibles & multipliés, qui pourront procurer les --- Page 384 ---
f 4° ] denrees qu on cultive dans l'Amérique méridional
La traite des Negres fera plus nécessaire alors,
qu actuellement que lés terres rendent en proporr
tion du travail auquel on se livre. Alors on ne ,
pourra espérer des denrées que par des engrais, ou
des terres artificielles. La végétation de cette espece
de terre étant beaucoup moindre que celle des terres naturelles, les denrées seront aussi en plus petite
quantité. A quels pénibles travaux ne sera-t-on pas
réduit pour présenter à la consommation des denrées devenues de premiere nécessité, & qui seront
d autant plus recherchées, qu'elles seront plus rares?.
Il faudra; multiplier les plantations , afin de balancer
la consommation. Cette nécessité sera d'autant plus
absolue, que les plantations renouvellées dans des.
terres qui ont travaillé, ne rendent pas le dixieme
de ce que donnent celles des terres neuves, & que
souvent elles perissent au premier rapport, sur-tout les
casiers. Nulle espérance conséquemment qu'il puisse
arriver une époque , où l'on pourra interdire la traite
des Negres. L'obligation de satisfaire à la consommation fera toujours la loi, & il sera a!ors , plus que
jamais, de l intérêt de la Nation de présenter des encouragements & de faciliter cette traite.
de ce que donnent celles des terres neuves, & que
souvent elles perissent au premier rapport, sur-tout les
casiers. Nulle espérance conséquemment qu'il puisse
arriver une époque , où l'on pourra interdire la traite
des Negres. L'obligation de satisfaire à la consommation fera toujours la loi, & il sera a!ors , plus que
jamais, de l intérêt de la Nation de présenter des encouragements & de faciliter cette traite. L'interdiction de la traite des Negres, chez les
Français, ne serviroit qu'a saire braisser le prix des,
Noirs, en faveur des Nations, qui continueroient
de cultiver les cannes à sucre, l'indigo, les casiers --- Page 385 ---
r 41 i 1 les cotonniers, &c. d'augmenter leurs Moyens de
prospérité , & de rendre la France tributaire de'
l'Etranger. Si toute l'Europe, par un mutuel accorda
renonçoit à la traite des Noirs , la servitude des
Negres n'e.) subsisteroit pas moins, & les sentiments
d'humanité européenne seroient de? v^ux impuifsants à leur égard. Leurs mœurs & la loi du plus
fort subsisteroient toujours en Afrique. Les Negres
continueroient de vendre leurs semblabics aux Peuples d'Asie. Les Persans, les Turcs, les Régences
Barbaresques & les Marocains, qui ont l'habitude
& le besoin du service des Noirs , leur procure^
roient toujours les moyens d'exercer leurs cruau- '
tés ; de persévérer dans leurs mœurs , & de. contimier à ailet -vir le plus foible à une servitude d'autant
plus barbare & cruelle, qu'en les vendant à i'Asie,
la dégradation enriere de l'homme s'y trouveroit. Les moeurs barbares des Negres, biffent pour
l'avenir peu d'espérances en leur faveur. Ils guerroyc.
ront toujours par atrocité & par la sois du sang.
Les Européens ne provoquent en aucune maniere
les Negres à exercer leurs cruautés. La traite des
Noirs ne peut qu'adoucir les moeurs de ce Peuple , & les pénétrer un jour de cette vérité, que
les hommes ne naissent pas pour être les imitateurs
des animaux carnassiers. C'est par la fréquentation
de peuple à peuple , que les Nations Européennes
se font policées, & qu'elles ont acquis une exiaence --- Page 386 ---
r 42 1 morale & pQUtique. C'en: par de nouveaux besoins
qu'elles y ont été déterminées. Renoncer à la traite
des Negres, lorsque les Missionnaires, après deux
siecles, n'ont pu parvenir à adoucir leurs mœurs,
ce seroit les abandonner à l'exécration L'humanité
réclame donc que la traite des Noirs subsiste, d'autant encore que l'esclavage des Negres, chez les
Européens , 11 est pas pour eux un accroissement;
d'infortune. Si, d'après nos mœurs, l'esclavage est,
à notre égard, un malheur, il ne l'efr pas pour les
Negres, dont les plus foibles seront toujours asservis.
a un joug barbare , & qui, lorsqu'ils sont livres a.
l'A fie, sont mutilés. Les déiiees d'une grande partiedes Negres, sont de s'abreuver dans Je sangdes vaincus, quand ils n'ont pas une autre passion à satisfaire.:
Vainqueurs ou immolés, voi'à ieur sort en Afrique.
l'esclavage est,
à notre égard, un malheur, il ne l'efr pas pour les
Negres, dont les plus foibles seront toujours asservis.
a un joug barbare , & qui, lorsqu'ils sont livres a.
l'A fie, sont mutilés. Les déiiees d'une grande partiedes Negres, sont de s'abreuver dans Je sangdes vaincus, quand ils n'ont pas une autre passion à satisfaire.:
Vainqueurs ou immolés, voi'à ieur sort en Afrique. Si un parti anti-national parvenait, contre tousles principes politiques , contre ceux même d humanité, desquels on cherche à se prévaloir, sans examiner si ce sentiment, si beau en lui-même, etb
applicable ou possible j si enfin, contre toute raison , il Parvenait, en se faisant un jeu de la cause
publique, à faire prononcer que les Colonies ne
sont pas utiles à la France, pour conserver sa puissance politique & sa prospérité intérieure, le Décret
qui boulever[eroic la France entière , & qui auroit
rompu tous les liens qui attachent les Colonies à la;-
Nation , mettroit également impossibilité à l'affranchiiTement des Negres. --- Page 387 ---
E 43 1 Etant démontré que les Colonies sont nécessaires
au bonheur 5c à la prospérité de l'Etat, la prerniere
question qui seroit à juger, avant de parier d'affranchissement, ce seroit d'examiner si la culture des
denrées peut exiger après que les Nègres auroient
obtenu la liberté ; s'ils peuvent être remplacés pardes Européens ; si ce ne seroit pas détruire la population , & si la Nation pourroit se grever d\.n capital
énorme qui seroit dû aux Colons. Si o.n déciaroit,
au contraire, que les Colonies ne font pas utiles à la
Nation , alors la France doit se borner à remettre,
sans réserve aux Colonies , leurfouveraineté primitive , qu'elles n'ont abandonné que dans l'espoir
d'être plus heureuses (S). Les Colonies le gouverneraient alors elles-mêmes ; mais plus juih's que la
Mers-pairie > ses Habitants n'oublieroient jamais que
c'est dans son sein qu'ils ont pris naissance. Si la
France pouvoit méconnaître un moment les principes de jufcice qui doivent la diriger dans cette
importante affaire, il faudroit convenir que la liberté
que les François viennent de recouvrer, seroit un
fléau du Ciel, au lieu d'être un bienfait. Si la Nation
prononçai: l'afFranchissement des Negres, sans indemniser les propriétaires, lorsqu'elle en a reçu la
valeur; qu'elle déclarât même tacitement, que les
Colonies lui sont inutiles, ce seroit alors se reserver
une souveraineté infernale & barbare , afin de sc
repaître du sang des Colons qu'elle auroit provoqués à faire égorger.
, seroit un
fléau du Ciel, au lieu d'être un bienfait. Si la Nation
prononçai: l'afFranchissement des Negres, sans indemniser les propriétaires, lorsqu'elle en a reçu la
valeur; qu'elle déclarât même tacitement, que les
Colonies lui sont inutiles, ce seroit alors se reserver
une souveraineté infernale & barbare , afin de sc
repaître du sang des Colons qu'elle auroit provoqués à faire égorger. --- Page 388 ---
r 44 1
; * RES U Al E. IL est malheureux, sans doute, pour les Negres,
d'après les sentiments d'humanité qui s'élèvent en
leur faveur, pour leur procurer la liberté, que ce
soient les mêmes sentiments qui s'opposent ilce qu'elle
leur soit accordée , puisque leur liberté feroit ruifîe1er le sang des François; qu'ils ne peuvent être remplacés par des Européens, dans la culture des denrées coloniales , qui sont devenues denrées de premiere nécessi-Lé ; que d'après leur naturel & leurs
moeurs, qui ne sont qu'assoupis pendant l'eselavage,
la culture seroit nulle , si on les affranchifsoit.
N ayant plus de terre à concéder dans les Colonies,,
il est impossible de leur donner une propriété foncière , pour se procurer la subtiflance , & que le produit des denrées ne permet pas de leur donner un
salaire journalier, tel modique qu'il puisse être; qu'en
affranchissant les Negres, la Nation seroit obligée
de se grever d'une dette de trois milliards deux
cents millions, (2,133,333,533 liv. 6 sols 8 demers
tournois); que l'Etat perdroit annuellement fins
de cent millions, par la différence qui se trouveroît
dans la balance du commerce avec les autres Nations , puifqu'au lieu de soixante-dir millions tournois , qui en sont le résultat annuel au profit de la
France, il sortiroit, au contraire, plus de quarante
millions tous les ans du numéraire exilant dans se
Royaume, pour acquérir ce qui s'obtient actuellement --- Page 389 ---
C 4) ] par l'échange des denrées coloniales. Les fortunes de
plus d'un million de François, des deux hémispheres, feroient anéanties. Plus de Marine Royale, ou
restreinte à rien ; plut de Matelots , puisque les
voyages de lcJng cours, qui en occupent plus de
vingt milÙ, n'auroient plus lieu. Là circulation de
plus de cinq cents millions, que procurent les denrées coloniales n'existant plusje Commerce s'anéantiroit par l'impossibilité de fixer des opérations. La
levée des impositions seroit impossîble, puisque la
facilité dans la perception, ne dérive que de l'accord qui existe entre l'Agriculture & 1e Commerce,
qui donne une valeur considérable aux denrées territoriales , par l'effet des spéculations. Cent millions
de denrées territoriales en vin, farine, & c. qui est
Un superflu de la Nation , ne trouveraient. plus de
débouchés, les Colonies n'existant plus alors pour
la France. On ne pourrolt forcer 1 Etranger à augtneater sa consommation. Le commerce & la navigation des autres Nations s'auginenteroient en proportion de la décadence de celui de la France. La
gloire & la splendeur de 1 Empire s'éclipses-oient.La
France , après s'être rendue tributaire des autres
Nations t seroit réduite à regretter sans cessè ses
Colonies & son Commerce aétuel, qui lui procurent
l'avantage-inappréciable d'entretenir une Marine for.
midable , dont la dépense, toute considérable qu'elle
pusses être, n'csl qu'une diminution sur le bénéfice
proportion de la décadence de celui de la France. La
gloire & la splendeur de 1 Empire s'éclipses-oient.La
France , après s'être rendue tributaire des autres
Nations t seroit réduite à regretter sans cessè ses
Colonies & son Commerce aétuel, qui lui procurent
l'avantage-inappréciable d'entretenir une Marine for.
midable , dont la dépense, toute considérable qu'elle
pusses être, n'csl qu'une diminution sur le bénéfice --- Page 390 ---
r '1 6 .i que fait annuellement l'Etat , en mettant à conttibution toutes les Nations, qui consument les denrées d es Colonies, & dont elles ne peuvent plus se
jjafler. PoUr peu qu'on veuille réfléchir ssir les conséquences qui résulteroient de l'affranchiffeïaent des N oirs , on le convaincra facilement que c'eH: imposiib!e, & que ce seroit cxpof.r la Nation aux plus
grands dangers. NOTES. (A). S'il s'en trouve dans les Colonies. Il Ternit im politique de punir ccrporelîcra'ent les Colons
propriétaires dans les Colonies ; ce seroit faire perdre aux Negres la considération qu'ils ont en partie pour leurs Maîtres ,
aux yeux desquels i:s sont sacré:;. On doit se berner dans les
Colonies à faire les informations avec précautions , sans que
jamais les Nègres puissent ètr* entendus co,nme délateurs, ou
te:r,o;r.3. Le coupable doit être renvoyé en France, pour y
subir !a peine qu'il a encourue. (.îS ). L;I-Z,Ièr les liens de L autorité domestique. Parce qu 'il y a eu dans ;::s Colonies quelques sé vérités
. d'exercées , & dont la première cause est par la faute des Tribunaux , faut-il , pour cela , faire perdre aux Colons l'autorité
de Chet de famille, qu'ils n'exercent que pour prévenir les
cr;mcs ? Dans toutes les corrections , on y reconncit l'humanité des Colons, quoiqu'ils soient quelquefois obligés d'inflige
jLir-,u'-'t cent coups de fouet, pour insubordination très-répréIienfible, ou pour un délit capital. Eu France, un Domestique
est pendu pour avoir volt une serviette. Dans les Colonies,
un Nègre domestique qui a volé le linge , les proviflons Se --- Page 391 ---
t i7 1 ' î t,Dr de son Maître, & qui l'a dissipé , est: condamna , au plus,
à cent coups de fouet. Il n'y a que l'assassin qui commet le
crime de sang-froid, qui est puni de mort, parce que le Maître le dénonce alors à la Justice, & qu'il le livre lui-même.
Un Ncgre , qil en blesse un autre dans une querelle, & dont
la blessure est mortelle, n'est condamné, par Ion Maitre , qu'à
cent coups de fouet. Un Soldat, qui vole une chemise à son
camarade, paffe par les verges, & reçoit trois & quatre cents
coups de baguettes. S'il récidive, il expire sous les verges. Un
Negre, pour le même délit, ne reçoit que vingt-cinq coups
de fouet. Chaque récidive occasionne une dixaine de coups de
plus. Un Soldat qui déserte,est pour vingt ans aux galeres, ou il
est pendu , s'il fait route vers les frontieres. Un Negre déserte
dix fois par an ; il ne reçoit que trente & cinquante coups
de fouet : presque toujours il est exempt du châtiment, parce
qu'il fait demander sa grace par un ami de son Maître, ou par
un Blanc quelconque , même par les Gens de eouleur, & elle
n'est jamais refusee.
ixaine de coups de
plus. Un Soldat qui déserte,est pour vingt ans aux galeres, ou il
est pendu , s'il fait route vers les frontieres. Un Negre déserte
dix fois par an ; il ne reçoit que trente & cinquante coups
de fouet : presque toujours il est exempt du châtiment, parce
qu'il fait demander sa grace par un ami de son Maître, ou par
un Blanc quelconque , même par les Gens de eouleur, & elle
n'est jamais refusee. ( C ). Cabotage. Comment seroit-il possible que la Marine Royale puisse subsister par le cabotage ? Dans le cas même où il seroit en grande
vigueur, le nombre des Matelots seroit toujours très-modique.
Le cabotage existe à peine en France. Les Etrangers s'en sont
empares. Les François ne peuvent pas soutenir la concurrence,
parce que leurs frais d'armements sont trop considérables. On
assujettiroit les Hollandois à un droit par tonneau, encore plus
fort, que le cabotage seroit toujours nul pour la France. Il
'doit absolument être défendu aux Etrangers de faire, en France,
le cabotage de port à port. Les Chambres de Commerce doivent sérieusement s'occuper de diminuer les frais d'armement?.
Ce qui est possible pour les Hollandois & les Anglois, doit
1 être pour la France. Alors les François porteront leurs den..
rées dans tous les marchés de l'Europe; & ils jouiront des --- Page 392 ---
f r 48 ] ké-néftces que leur élèvent les aurres Nations. ï! faut suffi irvter 'ire aux Minières, la faculté de délivrer des passe-ports, par
lcsquds ils exemptent les Etrangers du droit de, tonnelag.
preferit par la Loi, lorsqu'iÍs veulent faire en France le cabotage
de, port à port. ( l)). Les maladies pefcilcntklles qu'ils contraclent à bord des
Navires. C'est dans les Navires Négriers que regne réellement l'inhumanité. Les Negres sont tellement parqués dans ces Navires,
qu'ils y prennenr le premier germe de la mort. Le Commerce
en est tellement convaincu, qu'il n'a jamais voulu consentir de
déposer les Negres à terre dans les Colonies , bien persuadé
que la révolution qui s'opdreroit en eux , par un air plus salubre, mettroit à iour les malignités dont ils sont infestés. Ces
maladies sont d'autantNplus mortelles, qu'on emploie à bord des
Navires tous les moyens poffib'es pour centrer le venin, &
qu'on s'oppose aux' révolutions salutaires de la nature. Pour
défrayer le Commerce qu'il vende les Negres cent livres de plus.,
quoiqu'ils soient déjà trop chers ; mais que les Noirs soient
dé'posés à terre des l'arrivée. La cupidité est le premier moteur
dï la mort des Negres ; & être inhumain par cupidité , c'est
un cri.r.e que la Nation ne peut plus tolérer , dès qu'elle en est
instruite. (E ).Un carreau de terre. Le carreau cic de cent pas quarrés ; le pas est de trois pieds
siz pouces. (F). A r.sison de deux mille Vivres le carreau. La culture a tellement prospéré, que successivement les terres ont considérablement augmenté. Dans les montagnes ds
la dépendance du Cap François, on ne troúveroit pas de terres
neuves pour quatre mille livres le carreau. Dans le plat-pays ,
quoique toutes les terres aient travaillé, on n'en trouveroit
pas à six mille livres. En joignant à cette dépende, celle que
néceffito
. (F). A r.sison de deux mille Vivres le carreau. La culture a tellement prospéré, que successivement les terres ont considérablement augmenté. Dans les montagnes ds
la dépendance du Cap François, on ne troúveroit pas de terres
neuves pour quatre mille livres le carreau. Dans le plat-pays ,
quoique toutes les terres aient travaillé, on n'en trouveroit
pas à six mille livres. En joignant à cette dépende, celle que
néceffito --- Page 393 ---
[ 49 ] D iicCeflue les cultures diverres pour les bâtiments nécessaires à la
manipulation & à la conservation de la denrée ; pour les Hôpitaux , les bâtiments pour le logement des Negres , ceux des
Gérants, Economes , Ouvriers blancs , des Maîtres, &c. On
conviendra qu'en évaluant la totalité du terrein à deux mille
livres le carreau , les bâtiments compris, que ce seroit encore
léser considérablement les propriétaires. (G). Une diminution d'un tiers. La diuérence qui existe entre le revenu d'une habitation , &
d'une semblable. divisée en deux, vient de ce que pour une
petite habitation , il faut les mèmes especes de bâtiments que
, pour une grande, ainii qu 'un moulin à eau ou à bêtes ; des
savanes , des places à Negres, des Gardiens d'animaux, en
nombre égal pour la moitié d'une habitation , comme pour
. celle qui reste entiere ; des Negres charoyeurs , des tailleurs de
haies , des Negres de barrieres , des Gardiens pour les vivres ,
pour les plantations , pour les bâtiments, & de toute autre
espece ; des Infirmieres, des Gardes - malades, des Domestiques, Cuisinicrs, Aides, Boulangères, Blanchisseuses, Lavandières, Servantes de talents divers , comme Coëffeuses , Couturières ; des Valets , des Postillons, des Jardiniers , des Chaiseurs , des Pourvoyeurs , des Pêcheurs , &c. Non - f.uiement
le revenu se trouve réduit d'un tiers , par la division ; mais
chaque héritier cst encore obligé de contrarier plus de deux
cents mille livres de dettes , pour la confection des bâtiments,
qui ne sont pas tombés dans son lor, ou pour, le remplacement des Negres , l 'un des lots ayant obtenu les bâtiments.
Chaque moitié éprouve également une perte de terre. Douze
carreaux de terre en havane sufififoient pour la nourriture des
animaux de l habitation primitive. En la divisant, les havanes
des deux petites habitations feront augmentées en total de plus
d 'un tier$. Cent animaux trouvoient la pâture dans douze car-
* reaux.; & cinquante ne la trouveront pas dans six carreaux. Les
remplacement des Negres , l 'un des lots ayant obtenu les bâtiments.
Chaque moitié éprouve également une perte de terre. Douze
carreaux de terre en havane sufififoient pour la nourriture des
animaux de l habitation primitive. En la divisant, les havanes
des deux petites habitations feront augmentées en total de plus
d 'un tier$. Cent animaux trouvoient la pâture dans douze car-
* reaux.; & cinquante ne la trouveront pas dans six carreaux. Les --- Page 394 ---
CP: Bâtiments étant doubles , ils enlèvent également une portion au
têrrein. Les vivres des deux grandes cases & des deux hôpitaux
enlevent pareillement une plus grande quantité de terre. Il faut
aussi augmenter les animaux d'un tiers, parce que le travail
ert en surcharge par la division. Les travaux des .petites habitations sont aussi beaucoup plus pénibles, & ils- exigent, pour
chaque opération, tout l'attelier. Jamais une petite habitation
peur couper les cannes , charoyer , rouler & planter en même
temps : elle ne peut que couper les cannes le jour, & les passer
la nuit au moulin. Pour profiter du plant, elles doivent arrêter la roulaison. Les Negres étant surcharges , quoique produisant moins de revenus, les hôpitaux sont toujours plus
garnis de malades , que dans une grande habitation. Si le par- %
tage des terres, par l'effet des successions est impolitique , &
contraire à l'intérêt des Colonies & de la Métropole 1 à combien plus forte raison celui qui résulteroit de l'exécution de la'
Loi agraire, est-il inadmissible? { H ). L'Enfant Metis. Malgré que les Administrateurs des Colonies augmentent
annuellement la taxe des libertés , les Colons ne ceffefint pas
d'en réclamer. Tout politique que foit ce rehaussement 'de
taxe , quoiqu'il présente l'avis salutaire de considérer plus particulièrement la nécessîté d'affermir la sûreté publique, la nature réclamera toujours impérieusement, & les Colons achèteront, à tel prix que ce soit, la liberté des individus qu'ils
défirent affranchir. Les Gens de couleur se sont toujours rendus , jusqu'à resent , dignes, de ce bienfait, par le dévouement
qu'ils ont témoigné aux Colons. On doit, sans doute , .s'attendre à leur voir manifester dans l'avenir les mêmes sentiments.
Aussi jouissent-ils des mêmes droits que tous les Citoyens
blancs. Libres d'un jour, ou de cent ans , ils y ont une égale
prétention, Il n'y a de distinftien que pour les incorporations
dans les Compagnies de Milice. Les bas-Officiers sont Negres --- Page 395 ---
f si ] D 2 tm Mulâtres, suivant la' couleur des individus qui composent
ces compagnies. Ceux qu'en désigne par Sang-melé , les Métifs
& les Quasi-blancs, ils font le service militaire , dans l'Infanterie , avec les Blancs. Les rôles d'impolitions sont les mêmes pour tous les Citoyens , de quelque couleur qu'ils soient. La nomination aux
Emplois civils & militaires , eit réservée au Ministre qui a le
Département des Colonies. Il y à, des Negres ; brevetés par le
Souverain , à la réclamation des Blancs. Le mérite obtiendra
toujours leur suffrage. Les Gens de suivent absolument
toutes les professions, arts & métiers, d'après la donnée de
leurs" lumières & leurs talents. Il y a des professions qui exigent une édacation soignée , des ùiœurs & un acquit de lumieres qu'on n'acquiert que par l'application aux Sciences.
Département des Colonies. Il y à, des Negres ; brevetés par le
Souverain , à la réclamation des Blancs. Le mérite obtiendra
toujours leur suffrage. Les Gens de suivent absolument
toutes les professions, arts & métiers, d'après la donnée de
leurs" lumières & leurs talents. Il y a des professions qui exigent une édacation soignée , des ùiœurs & un acquit de lumieres qu'on n'acquiert que par l'application aux Sciences. - Il y a , sans doute , des préjugés dans les Colonies ; mais
. ils n'existent pas pour les Gens de couleur, qui se rendent
dignes de la consîdération. Le préjugé de naissance, d'après la
parenté existante, n'influe même que d'après leur conduite
licencieuse. Où existe le Citoyen qui recevroit, sans crainte ,
à sa familiarité & dans sa famille , l'homme qui ne rougiroit
pas du dérèglement de ses moeurs ? Les Sangs-mêleS propriétaires sont tellement convaincus que la pureté de mœurs attire
feule la considération, que ceux qui s'écartent de.ces principes,
se privent eux-mêmes d'assister aux assemblées de Paroisse.
Jamais un seul a été refusé. Il y a dans les Colonies plus de quarante mille Affranchis
de différentes couleurs. A Saint-Domingue, on en compte plus
de vingt mille. Les dix-neuf vingtièmes sont célibataires , &
vivent dans un concubinage déréglé. Ceux qui se marient soignent , en général, si peu l'éducation de leurs enfants , qu'ils
forcent eux-mêmes aux distinftions qui existent. Les Femmes
de couleur sont si persuadées qu'elles ne peuvent pas espérer
d'établissement certain avec les hommes de leur couleur, d'après --- Page 396 ---
C P ] le dérèglement des mœurs de ces derniers r qu'en général,
elles les dédaignent. Elles préfèrent s'abandonner à la prostitution, pour s'attacher aux Blancs qu'elles aiment. Le's Mulâtresses sur-tout manifestent particulièrement leur dédain , & la
répugnance qu'elles auroient de vivre avec les Mulâtres, malgré
qu'ils soient plus que prodigues à leur égard , pour se les attacher en concubinage. • Si, en général, les Gens de couleur étoient jaloux de considération , ils l'acquerroient par d'autres moeurs que celles
- qu'ils manifestent publiquement. Ils se marieroient, soigne-
- raient l'éducation de leurs enfants, & leur donneroient l'exemple des devoirs qu'ils ont à suivre. On désigne par Gens de couleur, les Mulâtres, les Tiercerons,
les Quarterons, les Métifs & les Quasi-blancs. Les deux pres mieres générations ont ia peau d'une teinte sensible entre le noir
& le blanc. Les trois suivantes ont la peau blanche, mais d'un
blanc mort. Il faut une longue suite de générations , sans autre
mélange que le blanc, pour parvenir à la carnation européenne.
& leur donneroient l'exemple des devoirs qu'ils ont à suivre. On désigne par Gens de couleur, les Mulâtres, les Tiercerons,
les Quarterons, les Métifs & les Quasi-blancs. Les deux pres mieres générations ont ia peau d'une teinte sensible entre le noir
& le blanc. Les trois suivantes ont la peau blanche, mais d'un
blanc mort. Il faut une longue suite de générations , sans autre
mélange que le blanc, pour parvenir à la carnation européenne. ( I). Par tête de Yegre. Les Colons .» qui ne sont pasvaffez fortunés pour acquérir
les Negres, qui "manquent à la culture qu'ils ont entrepris , ou
qu'une épidémie & la desertion les aient privés d'une certaine
quantité, alors ils en louent. Ils les prennent à bail à ferme ,
pour trois , six ou neuf années, asin de conserver leurs plantations , jusqu'à un temps plus heureux. Les Negres de place
se paient trois , quatre & cinq cents livres par an..Le Preneur
répond de la mortalité & du marronnage : à l'expiration du
bail, il doit représenter le Nègre , ou compter la somme à
laquelle il a été estimé. Les Negres à talents, Domestiques ôu
Nourrices , st louent du , 99 , 132 & 198 livres par mois. Ces
différents prix, dans la location , prouvent que les Colonies
manquent de Negres, & que bien peu de Noirs sont susoepti-
es d'acquérir des talents. --- Page 397 ---
L s J 1 1D3 , (K). Cinquante-deux mille cinq cents livres. Cette somme de 52,500 liv. fait l'intérêt de 600,000 livres j
à 8 ~-1 4 pour cent. Les capitaux employés à la culture des denrées , ne rendent, en général, que cet intérêt. Il faut une cause
particulière , tirée du sol même', pour que les récoltes rendent
un plus fort intérêt, comme quelques habitations qui rendent
10 pour ,cent , mais cela est très-rare. A ne considérer que les
dangers auxquels l'Européen est expose, on conviendra qu'il
ne peut être dédommagé par cet intérêt, sur-tout quand on
fera attention , que , dans les circonstances les plus heureuses ,
il a ses jours abrégé d'un tiers. Si on confidere .les différentes
propriétés en elles-mêmes, on trouvera que cet intérêt n'est
pas suffisant. Toutes les propriétés, dans les Coloniessont
précaires. Le soi ne produit que pendant un temps , sans espoir
d'en retirer de nouvelles productions , sur-iout dans les montagnes. Chaque jour , il faut remplacer la mortalité des Negres
& des animaux. Il faut aussi remplacer la vieillesse , ainsi quo
les Negresses , mises en liberté de savane , lorsqu'elles ont cinq
ou six enfants. Sans être libres de fait, elles ne travaillent plus
que pour leur compte particulier. Il faut également remplacer
par d'autres Negrcs les journées de liberté accordées aux Negresses qui ont trois & quatre enfants, autrement la culture
en souffriroit, C'est l'humanité & la justice des Colons qui
accordent ces adoucissements : ils n'y sont assujettis par aucune Loi. (L). Qui souvent enlevent en quinze, jours , trente 6* quarante
Negres d'une habitation. Les dysenteries, le charbon , les empoisonnements , & d'autres maladies épidémiques , enlevent en peu de jours des atteliers entiers. Ces calamités ne sont pas accidentelles. Si un
quartier s'en trouve exempt pour un temps , dans un autre , la
désolation y regne. A ces pertes se joignent aussi celles des animaux , tant de bâts qu'à cornes. Ce n'est pas dans Ja douleur
ze, jours , trente 6* quarante
Negres d'une habitation. Les dysenteries, le charbon , les empoisonnements , & d'autres maladies épidémiques , enlevent en peu de jours des atteliers entiers. Ces calamités ne sont pas accidentelles. Si un
quartier s'en trouve exempt pour un temps , dans un autre , la
désolation y regne. A ces pertes se joignent aussi celles des animaux , tant de bâts qu'à cornes. Ce n'est pas dans Ja douleur --- Page 398 ---
1 [ 54 1 & les peines qu'on devient inhumain. Qu'on juge par les malheurs qu'éprouvent journellement les Colons , s'ils peuvent
erre cruels ? Les Colons portent l'humanité à un tel degré, que
le Gouvernement s'étoit persuadé qu'ils -n'étoient animés
que par l'intérêt. Il a établi dans les Colonies une imposition % "
sous la dénomination de droit supplicié , afin de rembourser
aux Maîtres le prix des Negres qui seroient suppliciés, ou tués
en marronnage. Cette imposition est toute à l'avantage du fisc.
parce que le sordide intérêt n'a.jamais été la base des sentiments
des Colons envers leurs Negres. (M ). Quil desseche jusquç la moëlle de ses os. Le Soleil a tellement de prise sur l'Européen', qu'il dessechejusqu'à la moelle de ses os. Il est aussi exposé à une fièvre
chaude & maligne', qui est mortelle au moment même qu'elle
se déclare , & qui est toujours la suite d'un coup de soleil. Les
fluxions de poitrine & les pleurésies étant encore des maladies
très-communes & journalieres aux Isles , par les alternatives du
chaud & du froid , l'Européen trouverait encore la mort, par
le travail auquel il se livreront, 'pùisqu'à chaque instant, il
seroit exposé à éprouver les effets d'une transpiration interceptée. Les nourritures salées & épicées , & les liqueurs, étant
les aliments auxquels, par goût on se livre, par suire -du climat,
ne faisant encore qu'appauvrir & enflammer le sang, tout con--
courroit donc à précipiter l'Européen au tombeau. Si l'on est
assez heureux pour ne pas succomber à l'une ou l'autre de cet
maladies, les convalescences sont d'un & de deux àns. Le moin-
'dre mal est d'êrre obstrué ; d'être foscé de repasser les mers,
pour obtenir en Europe des secours contre des souffrances &
des maux qui sont souvent incurables ; ou de périr dans les
langueurs de l'hydropisié.
à précipiter l'Européen au tombeau. Si l'on est
assez heureux pour ne pas succomber à l'une ou l'autre de cet
maladies, les convalescences sont d'un & de deux àns. Le moin-
'dre mal est d'êrre obstrué ; d'être foscé de repasser les mers,
pour obtenir en Europe des secours contre des souffrances &
des maux qui sont souvent incurables ; ou de périr dans les
langueurs de l'hydropisié. ( N ). Un plus grand adoucissement en faveur des Negres. Toutes Loix, telles justes & humaines qu'elles pourraient
erre en faveur des Negres, seroient toujours une violation des --- Page 399 ---
[ 55 ] D 4 droits de la propriété, si elles ne sont pas réclamées par les
Colons. Le Souverain, comme chef de 13 grands famille, ne
peut que présenter les moyens d'améliorer le fort des Negres,
en démontrant l'intérêt qui en résulteroit pour les propriétaires. Avant que les conseils deviennent des loix , l'opinion
des Colonies doit préalablement les consacrer. Le temps seul
peur constater, si une telle Loi seroit juste. Les Coloris accordent , par humaniré , la liberté de savanc aux Negre/Tes qui se
trouvent mères de cinq enfants parvenus à l'âge de douze ans,
& elle leur est aiTurée, quoique les en fants mourroient après
être tous parvenus à cet âge. Ils accordent deux & trois jours
de liberté par semaine à celles qui ont trois ou quatre enfants.
Les Negres jouissent de la même faveur, lorsque les meres sont
décédées, & que les enfants sont en bas âge. Une Loi, qui
prononceroit un pareil adoucissement en faveur des Negresses,
ne fcroit que consacrer les sentiments des Colons, & la Loi
devroit en faire mention. Toutes les Loix sur la propriété, ne
sont justes qu'appuyées de l'epinioll de ceux qui y sont intéressés comme propriétaires. Une Loi, qui fixeroit uniformément par jour la durée du travail des Negres, seroit injuste.
Les différentes cultures exigent, par leur diversité, un travail plus ou moins long dans la journée, & même pendant
la nuit. La culture du sucre n'est pas celle du café, & ainsi
des autres denrées. La nourriture des Negres différencie également , suivant les différentes cultures. Dans l'une & dans
l'aurre espece , les Negres sont taris faits. Dans les montagnes ,
il v a des végétaux en abondance. Dans les plaines , il y en a
moins ; mais ils sont dédommagés par d'autres adoucissements.
Les vêtements des Negres des plaines ne peuvent pas être
semblables à ceux des montagnes. Eg approfondissant les besoins
des Negres, on verra que leur sort est subordonné au local où
ils se trouvent placés , & à la culture des denrées diverses.
Lorsque les Colonies ne seront plus gouvernées arbitrairement, --- Page 400 ---
1- 5e 1 les propriétaites résideront dans leurs domaines, &les Nègres
participeront -:au bonheur de leurs Maîtres. Si les Negres ne
jouissent pas de toute l'aisance possible , c'est la faute du Gouvernement. L'arbitraire est toujours injuste en fait d'admi-
' nistration, & les Colons fuient la tyrannie. Comment peuvent,
; ils être cruels' envers leurs Negres ? ( 0 ). La Jamaïque.
Page 400 ---
1- 5e 1 les propriétaites résideront dans leurs domaines, &les Nègres
participeront -:au bonheur de leurs Maîtres. Si les Negres ne
jouissent pas de toute l'aisance possible , c'est la faute du Gouvernement. L'arbitraire est toujours injuste en fait d'admi-
' nistration, & les Colons fuient la tyrannie. Comment peuvent,
; ils être cruels' envers leurs Negres ? ( 0 ). La Jamaïque. Depuis 1690, les Negres de la Jamaïque font continuelle.
ment la désolation de cette Colonie. Les incUrsions ont été
telles, que les Anglois se virent à la veille d'abandonner toutes
leurs possessîons. Après un demi-siecle d'atrocités rcfpe&ives,
les Negres ont fait la loi. Il a fallu entrer en négociationsOn sur forcé de leur accorder l 'indépendance avec une partie
de l'Isle en propriété. Il réside continuellement, parmi eux,
deux Anglois , en qualité d'Ambassadeurs, asin de maintenir
la bonne harmonie entre les deux Nations. Le Traité que l'Angleterre a fait avec ces Negres, la privera de cette Colonie.
L'espoir d'une pareille indépendance, multiplie chaque jour les
désertions. Des Atteliers entiers se réfugient dans des montagnes inaccessibles. Ils ne laissent après eux que des traces de
barbarie. lis égorgent leurs Maîtres, & ils mettent le feu aux -
bâtiments & aux plantations. Les incursions qu'ils osent effectuer sont d'autant plus déplorables , qu'une barbarie atroce est
tout ce qui les anime. Les Anglois de la Jamaïque ne garantirent une partie de leurs possessions f qu'en étant continuellement sous les armes. Cette guerre est d'autant plus cruelle,
qu'ils sont obligés d'être inhumains par nécessité. (P ). Il se passe peu d'années sang exécution de Negres empoisonnsurs. Il y a quarante ans que tous les Colons de Saint-Domingue
etoient menacés d'être les victimes des Negres empoisonneur!.
La désolation étoit à son comble , lorsqu'on parvint à saisir le
'Chef. C'étoit un Negre, nomme Macanda* qui s'étoit rendu --- Page 401 ---
t 57 ] absolu, quoiqu'il faisoit erapoifonner indistinctement Blancs
& Noirs. Depuis cette funeste époque, il se passe peu d'années
sans exécution de Negres empoisonneurs. Ils emploient l'arsenic & le sublimé corrosif. La sûreté des Colons provoquera ,
sans doute , un jour, un Règlement de Police , qui fera défense
aux Chirurgiens & aux Droguistes, d'employer des Nègres ,
pour la préparation des remedes. Par quelle fatalité des Règlements de prudence & de sagesse , ne sont-ils promulgués
qu'après que les plus grands malheurs les nécessitent pour l'avenir ? Le présent est donc toujours compté pour rien. Les
malheurs passés , & ceux qui sont journaliers, devroient au
moins éclairer sur la nécessité d'un pareil Règlement. *
era défense
aux Chirurgiens & aux Droguistes, d'employer des Nègres ,
pour la préparation des remedes. Par quelle fatalité des Règlements de prudence & de sagesse , ne sont-ils promulgués
qu'après que les plus grands malheurs les nécessitent pour l'avenir ? Le présent est donc toujours compté pour rien. Les
malheurs passés , & ceux qui sont journaliers, devroient au
moins éclairer sur la nécessité d'un pareil Règlement. * (Q). Ce Traité seroit aussi le signal pour égorger tous les Colons. On doit, sans doute, accorder tous' les adoucissements que
le local & la culture des denrées diverses pourront rendre poslible , mais l'humanité ne peut pas commander des sacrifices ,
lorsque les suites doivent être dangereuses à la société. Si les
François , par un sentiment d'humanité peu réfléchi, se déterminoient à faire des Traités avec leurs Negres réfugiés , il régneroit également dans leurs atreliers , de Saint-Domingue furtout „ une insubordination semblabl'e à celle des- Noirs de la
Jamaïque & de Surinam. Les incursions seroient d'autant plus
1 funestes , que le nombre des Negres seroit plus considérable.
' Si les Européens ne renoncent pas à faire des descentes hostiles
dans les Colonies de l'une & l'autre Nation , l'indépendance
de tous les Negres est assurée. En ne songeant qu'a nuire, on.
souleve les Negres de l'ennemi contre leurs Maires. Pour profiter de leurs bonnes volontés, il faudra leur délivrer des armes , & ils en feront usage pour assuer leur indépendance. La
révolte d'une Colonie sera le signal pour toutes les autres. { R ). Elles donnent la mort au nouveau-né. Tous les habitants ont été viélimes de l'intempérance des
--- Page 402 ---
1 58 1 Negrcfses, & le sont encore. Les Accoucheuses disloquent la
mâchoire des enfants , en les retirant du ventre de la mere.
Elles donnent pour cause à ces atrocités , que les enfants font
attaqués d 'un mal qu'elles désignent par maladie de mâchoire.
La figure se trouve en effet renversée, mais c'est uniquemenr
par la suite du crime. Plusieurs habitants, n'ayant pas été
écoutés des Tribunaux, ont agi avec sévérité > & sont parvenus
à déraciner ce crime abominable dans leurs atcelîers. Il n'y
avoit que des exemples frappants qui pouvoient les faire
réussir. Si les Tribunaux avoient consenti à faire faire les
exécutions sur les habitations mêmes où ces délits le commettent, on seroit parvenu à déraciner le mal dès sa naissance.
IJ faudra actuellement des exécutions multipliées. Les Médecins , chez qui tout est palliatif, appellent cet .infanucide
tétanos; & ils attribuent cette, prétendue maladie à la nature
du climat, parce que les Negresses nourrices n'ont pas plus,
épargné les enfants de leurs Maîtres, que les leurs propres..
En Afrique , l'intempérance des Negresses est la cause journa*-
liere de leur mort ou de leur esclavage.
sa naissance.
IJ faudra actuellement des exécutions multipliées. Les Médecins , chez qui tout est palliatif, appellent cet .infanucide
tétanos; & ils attribuent cette, prétendue maladie à la nature
du climat, parce que les Negresses nourrices n'ont pas plus,
épargné les enfants de leurs Maîtres, que les leurs propres..
En Afrique , l'intempérance des Negresses est la cause journa*-
liere de leur mort ou de leur esclavage. (S). Dans l'espoir d'être prus heureuses. Le Gouvernement des Colonies est arbitraire, parce que les
Loix qu'on y a promulguées sont vicieuses ; elles ont toujours
été taites par des Agents qui avoient intérêt à leur imperfection.
Les Loix , pour être bonnes , doivent erre rédigées pour les
Colonies , d'après le climat, l'éducation , le caractère & les
mœurs Je* habitants ; d'après le sol 2 qui est plus ou moins
précaire ; d'après les productions diverses, dont la culture &
la manipulation sont absolument différentes pour chaque espece
de denrée, & qui ne peut s'effectuet qu'à force de bras ; enfin f
d après les différentes Caites , qui compolent l'entier de la population : comme Francois , leurs Affranchis, dont la liberté
est une libéralité des Blancs * & les Esclaves. Comment était-il
pomble que la Coutume de Paris ait pu régir les Isles avec --- Page 403 ---
[ 59 ] justice? Gomment seroit-il possible même que le nouveau Coda
National pourroit être favorable à la prospérit¿ des Colonies,
assurer le bonheur des Colonistes , & faire jouir la Mere-patrie
de tous les avantages qu'elle doit se promettre des plus riches
possessions de l'Amérique-Méridionale? Personne n'ignore que
l'esprit d'une Loi n'eu applicable que pour un objet égal à
celui pour lequel elle a été rédigée. Des Loix provisoires, ré? - digées en France pour les Colonies , ne serviroient aftuellement qu'à affermir le despotisi-ne dans les Isies, fgtétflc pré»
texte spécieux qu'on recherche les moyens de rendré;les Colo-*
niftes heureux. ,f_': L'admission des Députés Colonistes à l'Afi"cmli>fée Nationale j
étoit de justice. Leur mission étoit bornée à témoignât des fèn-, timents de fraternité , & à réclamer l'abolition de 1 sous lequel les Colons sont asservis. Il et été impolitique de \
la part des Colonies, de donner plus d'extension à la mission j
dont ils ont chargé leurs Députés. ; La Déclaration des droits , & la Constitution que décrete !
l'Assemblée Nationale, fera le bonheur des habitants de la France ; *
mais le premier & le fécond ar ticle de la Déclaration des droits
tie l'homme, n'est applicable aux Colonies, qu'en y ajoutant un \
amendement concernant les Negres, ou en l'interprétant par lé ;
dix-stptieme article de la même Déclaration. L'intérêt national T
même réclame que les Colonies aienr une Constitution particuliere, qui ferait commune à toutes les HIes. La conservation
des Colonies réclame également que la nomination aux emplois ne soit jamais que le résultat d'une saine politique. Y admettre mdiflinctementfCtîrott impolitique, & même contraire à h.
sûreté publique. Conserver actuellement, dans les liles, l'établissement de la Milice, seroit également impoiitique & dangereux. Des Régiments de Chasseurs Européens, soUis par les
'Colonies, & dont tous les Officiers seroient Créoles ou Européens propriétaires domiciliés dans les isles , est tout ce qui
que le résultat d'une saine politique. Y admettre mdiflinctementfCtîrott impolitique, & même contraire à h.
sûreté publique. Conserver actuellement, dans les liles, l'établissement de la Milice, seroit également impoiitique & dangereux. Des Régiments de Chasseurs Européens, soUis par les
'Colonies, & dont tous les Officiers seroient Créoles ou Européens propriétaires domiciliés dans les isles , est tout ce qui --- Page 404 ---
[ <5o ] 1 doit exilter pour la sûreté intérieure. L'examen des diff¿rente.
populations nécessite impérieusement cet ordre de clioses. Quant aux Loix particulières, on le répété, elles doivent
être relatives au climat, à la nature du sol, aux propriétés
diverses ; aux droits & au caractère des individus qui composent les différentes Castes ; à la nécessité absolue d'une surveillance aftive, pour assurer la tranquillité publique* aux précautions indispensables pour prévenir la ruine des Colonies ;
aux calamités annuelles qu'elles éprouvent, soit par les tremblements de terre, les ouragans , les incendies provenant du
tonnerre qui est journalier , & sur-tour les séchèresses, qui
alors privent les Noirs de leur subsîstance ordinaire , & à laquelle les Colons ne peuvent que difficilement suppléer , lorsque la Métropole n'y a pas elle-même pourvu, en introdui,
sant régulièrement dans les Colonies les vivres de. première
nécessité ; à l'obligation de correspondre uniquement avec la
Mere-pacrie, & de lui livrer toutes les denrées coloniales en
échange de son superflu. Les Loix, pour les Colonies, ne peuvent donc être rédii gées que dans les Assemblées ad hoc, sur les lieux mêmes r
? pour ensui te être acceptées & sanctionnées par l'Assémblée
; Nationale & le Souverain. Le contrat d'union est au, préalable
i nécessaire. L'esprit de chaque article devra être pour la, prof-
| périte commune ; les avantages devront cons¿quernment être
≈•. réciproques entre la Mere-patrie & les Colonies. i Examinons actuellement si Saint-Domingue a une Conftltution , & quels peuvent être ses droits. L'I-de de Saint-Domingue sur découverte en 1492 : elle esî
sîtuée par les 308 degrés 20 minutes de longitude , & par les
18 degrés 2.0 minutes de latitude. Le climat eCt varié à pro-'
portion de l'élévation des lieux. Dans les montagnes le thermometre y est à 14 & 17 degrés à l'ombre, lorsqu'à la même
expofirion il eit à 25 degrés dans les plaines. --- Page 405 ---
[ 6r ] La moitié de l'Isle fut conquise , en 1639, suries Espagnols, par des Particuliers de différentes Nations , des François , des Anglois, &c. qu'on qualifioit de Flibustiers , parce
qu'ils fuyoient une patrie , qui les tyrannisoit sur leurs dogmes
religieux. On ne voyoit en eux que des Aventuriers & des Brigands , & on oublioit que ce sont de pareils hommes qui fondèrent indistinctement tous les Empires. On ne peut, sans
admiration', se rappeler l'intrépide courage de ces célébrés Flibustiers.
iculiers de différentes Nations , des François , des Anglois, &c. qu'on qualifioit de Flibustiers , parce
qu'ils fuyoient une patrie , qui les tyrannisoit sur leurs dogmes
religieux. On ne voyoit en eux que des Aventuriers & des Brigands , & on oublioit que ce sont de pareils hommes qui fondèrent indistinctement tous les Empires. On ne peut, sans
admiration', se rappeler l'intrépide courage de ces célébrés Flibustiers. Ces hommes j vraiment extraordinaires , furent obligés de
soutenir seuls & par leur courage, les attaques continuelles de
la Nation Espagnole. Abandonnés & méconnus par la France
& l'Angleterre, ils acquirent Incontestablement en souveraineté
rifle qu'ils avoient enlevée à la pointe d''ipée J & qu'ils ont
sçu conserver par leur seule valeur. " ! O1 Après huit années d'anarchie , ils s alQftiblerent pour si;:er
la Constitution de leur République , & se choisir un Chef. Ils
déciderent unanimement de sacrifier leur indépendance individuelle , à la sùreté sociale. Ils élirent pour chef IP^illis, A nglois
d'origine , se réservant le droit naturel de le déposer, dans le
cas où il abuseroit de l'autorité qu'on lui déleguoit. Ils exercerent leurs droits, d'une maniere plus particulière encore quelques années après. Le nombre des François dans 1 îsle s étant
accru, & étant mécontent du gouvernement de Willis , dont
ils ressentoient les effets de la partialité nationale, ils le déposerent, & le forcèrent de se retirer de la République, avec tous
les Anglois. Dongeron . à qui Saint-Domingue doit une grande partie j
de sa prospérité, étoit pafsé dans cette Isle, en 1656. Il aimoit
ses Concitoyens , ses freres d'armes , autant qu 'il desiroit le
bonheur de sa patrie. Il parvint à persuader aux Flibustiers
indépendants , que les hommes ne peuvent être heureux qu'en
vivant sous l'autorité sainte des Loix ; que , pour conServer --- Page 406 ---
r C2 ] tranquillement leur indépendance, ils devaient se mettre lôus
la proteftion de la France, afin d'en imposer aux Espagnols,
leurs irréconciliables ennemis. C'étoit l'unique moyen de réuŒr
- auprès des hommes réellement souverains, qui, seuls 8c par
leur courage soutenoient, depuis trente-cinq ans , une guerre
des plus cruelles, & qui avoient la certitude de conquérir toute
l'Me. Ce ne fut qu'en r665 , lorsque les Flibustiers furent solide.
ment érablis à Saint-Domingue , que la Cour de France Ínanifesta le desir qu'elle avoir de s'attacher cette Colonie, en
avouant ces hommes valeureux pour être au nombre de ses
Sujers. A cette époque , la République comptoit plus de quatre cents Cultivateurs, qui s'éroient adonnés à différentes cultures, & not-nmégft-ut à celle du Tabac. Les autres Colons alloient à la challe paf'faun:au, à la pèche de la Tortue, & d'autres enfin trafiquoîio& avec les Hollandois.
a le desir qu'elle avoir de s'attacher cette Colonie, en
avouant ces hommes valeureux pour être au nombre de ses
Sujers. A cette époque , la République comptoit plus de quatre cents Cultivateurs, qui s'éroient adonnés à différentes cultures, & not-nmégft-ut à celle du Tabac. Les autres Colons alloient à la challe paf'faun:au, à la pèche de la Tortue, & d'autres enfin trafiquoîio& avec les Hollandois. Dongeron mérita par ses vertus la confiance des Flibustiers,
& la Cour de France en profita pour le nommer son Gouverneur à Saint-Domingue. Les Flibustiers, qui nevouloient rien
sacrifier de leur indépendance, & malgré toute la confiance
qu'ils avoient en Dongeron , ne le reconnurent pour Gouverneur au nom du Roi de France , que lorsqu'il les eut assurés
que l'Isle seroit ouverte à toutes les Nations qui voudroient y
aller commercer. La connoissance qu'il avoit des hommes' qu'il
devoir protJgcr, & avec lesquels il vivoit depuis dix ans; ses
eraintes de les voir rechercher une autre proteftion , qui alors
les euffc ,t rendus des ennemis dangereux , parurent devoir le
déterminer à accorder ce qu'ils exigeoient. Pour les rassurer
davantage sur les droits qu'ils vouloient se conserver , il obtint
pour les Domingois, de la Cour de Portugal, des commisfions pour courir sur les Espagnols , même après que ces derniers eussent fait la paix avec la France. Dongeron s'imaginant que les Ministres ne pouvoient être --- Page 407 ---
1 6j 1 dirigés dans les ordres qu'ils décernent, au nom du Souverain ,
que par des vues de justice, & assuré de la consiance que les
Colons avoient en lui, eut la foiblesse de se prêter à l'établissement d'une Compagnie aVide, qui avoit obtenu, en 1664,
le privilege exclusif de trafiquer dans toutes les Colonies Francolles. La cupidité aveugla à ici point la Compagnie , & se$
injustices furent portées à un tel excès , qu'en 167*0, tous les
habitants prirent les armes pour se sou(tra re à uns protection
4!ui les asservisToit, au lieu de les protéger. Après un an de
guerre intestine , Dongeron , qui lui-mime avoir été trompé ,
parvint à rétablir le calme dans la Colonie , & à faire renaître
dans l'ame des Colons, leurs premiers sentiments pour la patrie
où ils avoient pris naissance. Ils mirent bas les armes , mais
sous la condition expresse , que tous les François indijlznRement
auraient la liberté de trafiquer avec l'Isle. Pouvoit-on porter la
magnanimité à un plus haut degré ? La Cour de France ratifia cet accord , en y donnant quatre ans après , c'est-à-dire, en
1674, une entiere exécution. L'Etat paya les dettes de la Compagnie, qui, malgré scs énormes bénéfices, parurent s'élever
à près dç quatre millions tournois ; lui remboursa également
son capital de mise dehors, qui montoit à douze cents mille
livres; & tous les François, sans diftin&ion , eurent la liberté
de commercer avec les Domingois, & dans tous les établiftements Francois du Nouveau Monde.
ire, en
1674, une entiere exécution. L'Etat paya les dettes de la Compagnie, qui, malgré scs énormes bénéfices, parurent s'élever
à près dç quatre millions tournois ; lui remboursa également
son capital de mise dehors, qui montoit à douze cents mille
livres; & tous les François, sans diftin&ion , eurent la liberté
de commercer avec les Domingois, & dans tous les établiftements Francois du Nouveau Monde. En 1722 , la Cour de France voulut assujettir la Colonie de
Saint-Domingue, à ne recevoir les Negres, dont elle avoic
besoin , que de la Compagnie des Indes, à qui elle avoit accordé un privilege exclusif pour la traite des Noirs. Les Colons n'avoient pas oublié l'accord que leurs ancêtres avoient
fait, en 1670 , avec Dongeron & que le Souv erain avoit ratifié en 1674, en en ordonnant l'exécution. Tous les François
avoient un égal droit à commercer avec Saint-Domingue. Leur
ôter cette liberté, c'étoit anéantir la Constitution de l'Ille. --- Page 408 ---
[ 64 ] De F Imprimerie de L. JORRY, rue de la Huchette. r Les Colons se souleverent, & détruisirent les édifices qui âppartenoicnt à la Compagnie des Indes dans la Colonie. Ses
Navires ne furent plus reçus dans les Ports, & ceux qui y
étoienr entrés n'eurent pas la liberté d'y faire leurs ventes. Le
Gouverneur général, qui vouloit maintenir les abus d'une autorité injuste, fut arrêté. Après deux années de troubles, le
Gouvernement s'avoua l'auteur de tout le désordre, pour avoir
voulu remplacer la Constitution de l'Isle par l'arbitraire-, qui
sera toujours absolument contraire à la prospérité de la Colonie. La Constitution de Saint-Domingue est restée intaéle depuis
cette époque , sauf le pouvoir arbitraire que les Agents ministériels veulent y établir , contre les inten.tiorn de la Nation
& du Souverain. Ce sont les liens de la fraternité qui attachent les Colons à la France , & ils esperent leur bonheur
d 'une Nation qui ne veut être gouvernée, ni gouverner , que
d'après la plus parfaits justice. Les Domingois n'ont pas_perdu leur liberté politique., puir.
qu'ils n ont pas été conquis. Leur condescendance pour les
Loix provisoires françoises , a été une suite de leur manque de
lumières, dans les remps primitifs, pour rédiger celles loca.
les , dont ils avoient besoin. La confiance étoit due à la Nation
qui les protégeoit. L'habitude est une sécondé nature;
comment ne produiroit-elle pas quelquefois l'oubli des droits ?
Si on vouloit tirer une autre conséquence de cette condefcendance pour les Loix provisoires rédigées en France , on seroit
forcé de convenir alors, que c'est une souyeraineté surprisc
à l'ignorance des premiers Colons. F 1 N. --- Page 409 ---
CONSIDÉRATIONS
' 5 UR - ;
les RAPPORTS QUI DOIVENT EXISTER
- E-?ïTP.2 LES COLONIES ET LES METROPOLES, J f " Et particulièrement ; Sur l'ït&î aBuel du Cômnierce Français daiis les Antilles,
relativement à celui qu'y font les Etrangers. Sur les avantages réciproques qui réfuteront pour les
nations Anglaise ct Française, de ï'itablijfcmcnt d'un
Commerce libre ct commun à l'une & à l'autre, dans
toutes 'leurs Colonies.
DOIVENT EXISTER
- E-?ïTP.2 LES COLONIES ET LES METROPOLES, J f " Et particulièrement ; Sur l'ït&î aBuel du Cômnierce Français daiis les Antilles,
relativement à celui qu'y font les Etrangers. Sur les avantages réciproques qui réfuteront pour les
nations Anglaise ct Française, de ï'itablijfcmcnt d'un
Commerce libre ct commun à l'une & à l'autre, dans
toutes 'leurs Colonies. : Sur L'admtniflraùon intériere convenable aux Colonies
Françaises ct sur la nicçjjkë de reformer quelqu'une
des Loix qui les gouvernent. w Sur le danger d'afflanchir les Nègres dans çe moment,
ct sur les moyens de procurer peu- -,Z-peu leur a.ff;-Ûilchifjtment3:fansnuire ni à la Propriété ni au Commerce :
projet de Règlement pour la servitude des Nègres , en
attendant l'heureuse époque ou ils feront tous libres. Par M. CASSAN. Justice ! Vente ! Ces deux hemisphères vont devenir votre sejour;
^ le Génie de la France vous y rappelle. . A P A R I SI Chez GUILLOT, Libraire de MONSIEUR,
- rue des Bernardins. - 17 °- --- Page 410 --- --- Page 411 ---
A 2 PREMIERE PARTIE. Sur les rapports qui doivens exister entre les
Colonies & les Métropoles. LeS rapports des Colonies aux Métropoles
doivent être regardés comme la partie la plus
délicate de l'Administration , puisqu'ils one
pour objet le sort des Colons , & la prospérité
des Nations entières commerçantes : aiali
sont-ils depuis long-tems le sujet des méditations de tous les hommes d'Etat & de ceux
qui s'occupent du bien public : cependant
cette matière elt encore peu connue ; ùc si on
en excepte les habitans des Villes maritimes ^
à peinc' trouve-t-on en France quelques pcrsorées qui aient là dessus des notions éclairées. Mon séjour dans les Ines & dans je s cilfférens Ports de France, m'ayant mis à même
de m'occuper de cet objet, je m'empresse de
communiquer mes réflexions à mes Concitoyens: je les crois propres à répandre quelques lumières sur les grandes questions qui
vont s'élever à ce sujet. --- Page 412 ---
ir 4 ! Dans le systême actuel, les Principes suivans
- ' nous ont paru devoir être la base de tous les
règlemens qu'on fera à ce fuje' v ies deux premiers sont le résultat des op Ï1ions qui existent aux Isles & dans les M;, tropoles , sur
les rapports qui doivent se trouver entr'elles:
le troisième appartient au célèbre Walpole ,
& il est fondé sur la justice, & sur l'intérêc
réciproque des Colonirs & des Métropoles.
Nous allons considérer la chose suivant ces
Principes, & établir le systême qui doit naturellement en résulter. PRINCIPE P A E M I J: a. Opinion où Von efl en Europe , ssir les rapports que les Métropoles doivent établir en.
tr elles & leurs Colonies. - LE seul but des Métropoles, en fondant
des Colonies, a été d'étendre leur commerce
& de les faire servir à l'accroiiîement de
leurs richeiTes. Les dépenses qu'elles ont faites pour leur
établissement, leur a donné le droit de les
tenir dans la dépendance , de les approvi-'
donner & d'acheter leurs denrées , exclufivement à toute autre Nation.
ir les rapports que les Métropoles doivent établir en.
tr elles & leurs Colonies. - LE seul but des Métropoles, en fondant
des Colonies, a été d'étendre leur commerce
& de les faire servir à l'accroiiîement de
leurs richeiTes. Les dépenses qu'elles ont faites pour leur
établissement, leur a donné le droit de les
tenir dans la dépendance , de les approvi-'
donner & d'acheter leurs denrées , exclufivement à toute autre Nation. Ce n'est qu'à cette condition qu'elles ont --- Page 413 ---
t A 3 accordé des terres aux Colons / qu'elfes leur
ont fourni les moyens de les cultiver , Se
qu'elles se sont engagées à les défendre
par leurs armes & à les maintenir par leurs
Loix. Par conséquent les Métropoles ont, à
juste titre , sur les productions des Colonies ,
le droit qu'a le Négociant sur les denrées
du Cultivateur à qui il fait les avances
nécessaires pour ses besoins , c'est-à-dire , le
droit d'en faire seules le commerce. PRINCIPE II. Opinion où l'on efl aux Isles , ssir les devoirs qui tient les Colons à la Mère-patrie. Personne ne méconnait, dit-on , aux Isles 'y les liens sacrés qui lient les Colonies
à la Métropole ; mais il s'en faut beaucoup
qu'on doive les regarder comme ses esclaves, & comme étant obligées de sacrifier
aveuglément à sa prospérité tous les soins
de leur fortune. Par le traité tacite qu'elles ont fait avec
la Nation qui les a établies , elles fç font
engagées, à la vérité, à lui accorder le privilège exclusif de leur commerce ; mais --- Page 414 ---
elles n'ont pu s'obliger, ainri que le saïe
le Cultivateur avec son Fournisseur , qu'à
lui donner la préférence dans leurs marchés
sur toutes les autres Nations. Il serait, en
effet, ridicule de penser que quelqu'un eûc
pu faire un contrat par lequel il se serait
engagé à vendre ses denrées , & à acheter
ses objets de consommation à des prix fixés
arbitrairement par ses Fournisseurs. Rien n'est
si nuisible , dit-on, encore aux Isles, à
l'esprit du commerce & à la prospérité des
deux parties commer§ances,que le droit laissé
à l'yne d'elles de donner aux denrées des
prix arbitraires. D'un autre côté, ajoute-t-on,
la concurrence des Négocians peutseule met^ .
tre un prix juste aux marchandises, & établir les vrais rapports qui doivent se trou-?
yer cntr'elles. Enfin y le droit de propriété , qui, dans
toutes les constitutions, a été regardé comme
sacré, consiste évidemment en' ce que chacun
îiit le droit de vendre ce qui lui appartient,
& d'acheter ce dont il a besoin à ceux qui
font le mieux ses affaires. Par conséquent
gêner un citoyen dans ses achats 5c dans
ses ventes, est un acte de tyrannie & un
gtçenta: manifeste à fo propriété. --- Page 415 ---
A 4,
droit de propriété , qui, dans
toutes les constitutions, a été regardé comme
sacré, consiste évidemment en' ce que chacun
îiit le droit de vendre ce qui lui appartient,
& d'acheter ce dont il a besoin à ceux qui
font le mieux ses affaires. Par conséquent
gêner un citoyen dans ses achats 5c dans
ses ventes, est un acte de tyrannie & un
gtçenta: manifeste à fo propriété. --- Page 415 ---
A 4, PRINCIPE III. Fondé sur la juflice & Vintérêt réciproque
des Métropoles & des Colonies. L'extension du commerce des Métropoles
sera d'autant plus grande, & la source des
richesses qu'elles tireront de leurs Colonies sera d'autant plus abondante , que les
Colons, par leur aisance, pourront payer
avec plus de facilité les objets dont ils ont
besoin. Parconséquent, il eftde l'intérêt des Métropoles de contribuer autant qu'elles pourront à
cette aisance des Colons & à l'accroissement
des Colonies. Cette politique les dispensera
de la nécessité où elles sont dans ce moment
de faire à ces dernières des avances confidérables & d'en attendre long-tems le
paiement, & elle leur permettra d'employer
ces mêmes fonds à d'autres spéculations. D* un autre côté , comme les productions
des Isles sont uniquement des produéhons
de luxe, elles ont besoin, par cette raison,
plus qu'aucune autre espèce de denrée d'avoir
des débouchés nombreux ; ainsi c',est une
véritable tyrannie que de leur interdire la
( concurrence des acheteurs. --- Page 416 ---
• ,t Il suit de'ces principes que la Métropole
qui a fondé des Colonies, a) par ce titre
seul, le droit d'en faire exclusivement le.'
commerce : en. outre, les sommes qu'elle a
fècrifiées pour leur établissement r & pour
fournir aux Colons les moyens de travailler
à leur fortune particulière, jointes aux
dépenses continuelles qu'elle fait pour leur
défende & leur administrations, l'autorisent- à
en exiger des dédommagemens proportionnés
aux avances qu'elle a faites & aux frais continuels dans lesquels elle, rengagent. D'un autre côté1, comme le but de la
fondation des Colonies a été l'extenssdn du
commerce de la Métropole, celle-ci a encore
Je droit d'empêcher les Colons de cultiver
les denrées qu'elle, cultive elle-même. C'est
ainii que les Carthaginois défendirent, sous
peine de la, vie, à leurs Colonies de Corse -
& de Sardaigne de planter & de semer des
crains. Heureusement, nos Colonies des
Antilles, par la nature deleurclimat, çultiTenc des objets de commerce que l'Europe
n'a pas , & qu'elles manquent des objets que
cette dernière peut leur fournir. .Enfin la Métropole a le droit de regarder
les Colonies, non comme des Provinces qui --- Page 417 ---
e fontasiocies à sa puissance, mais comme des
possessions qui doivent contribuer à sa prospéritp, & qui n'ont aucun droit au partage
de ses privilèges. Ainsi le commerce qu'elle
établira avec une autre Métropole n'entraînera pas une permission pour ses Colonies,
qui refieront toujours dans un état de prohibition. Jamais, on peut le dire, les Métropoles anciennes, si on exceptÔ' Carthage ,
ne sournirent leurs Colonies à une telle
dépendance.
à sa puissance, mais comme des
possessions qui doivent contribuer à sa prospéritp, & qui n'ont aucun droit au partage
de ses privilèges. Ainsi le commerce qu'elle
établira avec une autre Métropole n'entraînera pas une permission pour ses Colonies,
qui refieront toujours dans un état de prohibition. Jamais, on peut le dire, les Métropoles anciennes, si on exceptÔ' Carthage ,
ne sournirent leurs Colonies à une telle
dépendance. Cependant les Colonies des Antilles soufcrivent & souscriront toujours à toutes ces
conditions , quelques rigoureuses qu elles '
soient : elles observeront seulement que
comme il y aurait de la tyrannie à dispenser
les négocians de la Métropole de suivre
à peu près le prix du marché général, & à
les autoriser à donner des prix arbitraires
aux denrées qu'ils fournilïent & à celles
qu'ils achètent, il sera juste de les soumettre
à un tarif qui, excédant le prix courant des
marchés généraux, ne soit cependant pas
trop révoltant. L'intérêt de l'argent placé dans le commerce est, en Europe , à six pour cent. Ainsi
en accordant aux négocians de la Métropole un bénésice de cinq pour cent au-dessus --- Page 418 ---
le du prix courant du marché général pour
toutes les denrées qu'ils vendront ou qu'ils
achèteront dans les Colonies, outre les
profits qu'ils tireront de leurs spéculations ,
la Métropole retirera sûrement un intérêt
bien usuraire des dépenses qu'elle dit avoir
faites pour ses Colonies, 6c il n'y aura certainement alors que de la faute de ses négocians,
si y avec cet avantage, ils ne peuvent pas
soutenir la concurrence du marché général.
Ce bénéfice en effet est plus que double de
celui que donne l'argent placé dans le commerce , puisque les navires Anglais font trois
voyages par an d'Europe aux Antilles, 6c
que rien ne s'oppose à ce que nous en fassions
autant. ~ S'il arrive que la Métropole ne puisse pas
fournir aux Colonies quelqu'un des objets
nécessaires de consommation, il fera juste
de laitIer sur ces articles, à ces dernières,
la liberté entière de commerce. Le même
privilège devra exister pour toutes les denrées
coloniales que la Métropole ne pourra pas
acheter. Quant aux conquêtes coloniales qui se
feront de nation à nation, il conviendra de
laisser aux Isles conquises leurs loix intérieures, leur forme d'administration, 6c de --- Page 419 ---
tt les soumettre seulement aux Ioix commerciales établies pour les Colonies nationales,
parce qu'un État qui acquiert des Colonies
ne les acquiert pas pour aggrandir ses domaines
& pour étendre sa domination, mais seulement pour donner un nouvel aliment à son
commerce. Tels sont les rapports commerciaux que les
Métropoles doivent établir entr'ellcs & leurs
Colonies. L'exécution de tout autre systême
fera un aéte de tyrannie, soit pour les Colonies,
soit pour les Métropoles. Dans le premier cas,
clio privera la mere-patrie des droits qu'elle
s'est justement réservés en établissant des Colonies : dans le sécond, elle condamnera ces
dernières à un affreux esclavage, dont le fruit
.ne pourra être que leur haine pour la Nation
à qui elles appartiennent ; l'ambition de se
soustraire à les fers, la langueur de leurs
cultures, le commerce interlope qu'elles
feront malgré la vigilance de tous les agens
de leurs tyrans ; ensin elle sera l'effet d'une
sausse politique pour les intérêts même de
la Métropole , parce que ce sera le moyen
d'étouffer l'adivité & l'émulation qu'il convient de donner au commerce national
pourra être que leur haine pour la Nation
à qui elles appartiennent ; l'ambition de se
soustraire à les fers, la langueur de leurs
cultures, le commerce interlope qu'elles
feront malgré la vigilance de tous les agens
de leurs tyrans ; ensin elle sera l'effet d'une
sausse politique pour les intérêts même de
la Métropole , parce que ce sera le moyen
d'étouffer l'adivité & l'émulation qu'il convient de donner au commerce national En adoptant au contraire le systême que
jç propose , il se trouvera qu'on aura accordé --- Page 420 ---
il àux Métropoles un intérêt très-usuraire def
dépenses qu'elles ont faites, & qu'elles font
pour leurs Colonies. D'un autre côté, ce
systême rendra pour leurs négocians la concurrence peu redoutable ; mais il leur donnera
cette aéhvité, & cette émulation que demande
le commerce, puisqu'ils auront à craindre
cette même concurrence, pour peu qu'ils
soient négligens & inaétifs. Eniin , les Colons ne trouveront pas trop
rigoureux le joug que ce systême leur impofera; ils y verront le dédommagement des
sacrifices qu'ils ont faits en quittant kur
patrie, & ils y trouveront un encouragement
suffisant pour leurs cultures,dontl'éclat faisant
leur prospérité, contribuera dans la même
proportion à celle des Métropoles. Le Gouvernement Français sera, sans
contredit, éloigné de ce systême, par les
réclamations continuelles des Négocians
de sa Nation ; mais nous allons voir si ces
réclamations sont aussi fondées qu'elles paraissent l'être dans les Mémoires captieux
de ces Négoeians. --- Page 421 ---
[texte_manquant] s. Tait s qui démontrent l'injustice du Commerce
Francais , au sujet du privilège exclafif
qu'il follicitc dans nos Colonies F Le Ministère Français a été perséctitédans
tous les tcms ; par les Mémoires du' Commerce de sa Nation , qui a toujours cherché à obtenir le privilége entièrement cxclusif du Commerce des Colonies, &: qui
a toujours prétexté pour motifs de ses réclamations , les soins 6c les avances qu'il a
sacrifiés pour leur établissement. Ce n'est qu'après avoir habité les Isles,
& après avoir étudié les besoins & la position des Colons ,• qu'on peut sentir toute
l'injustice de ces réclamations. En France,
on ne peut pas juger combien elles sout déraisonnables , parce qu'on s'intéreilc peu naturellement à ce qui est loin de soi ; paire
que le Commerce Français y elt sans cesse
entouré d'Avocats excellens ; enfin, parcs
qu'on y est encore dans l'opinion , que les
Colonies sont très-riches, & quc leurs habitans sont assez opulens pour supporter des
charges considérables ; mais ceux qui ont
vu & étudié les Colonies ? n'onr pas tardé
ne peut pas juger combien elles sout déraisonnables , parce qu'on s'intéreilc peu naturellement à ce qui est loin de soi ; paire
que le Commerce Français y elt sans cesse
entouré d'Avocats excellens ; enfin, parcs
qu'on y est encore dans l'opinion , que les
Colonies sont très-riches, & quc leurs habitans sont assez opulens pour supporter des
charges considérables ; mais ceux qui ont
vu & étudié les Colonies ? n'onr pas tardé --- Page 422 ---
à s'appercevoir de la fausseté de cette opinion 5
ils ont bientôt senti toute la détresse des
Colons, & ils se sont bientôt apperçus que
la magnificence qu'étalent quelques Créoles
en Europe 7 ne fait que signaler Jeur vanité,
sans être fondée sur une aisance réelle £
( d'ailleurs ces Créoles doivent être consi -
dérés comme les grands Seigneurs des Isles ,
* & on sent qu'on se ferait une bien sausse
idée de la fortune du bas-peuple d'Angleterre,
si on la jugeait d'après les dépenses que
font quelques Milords à Paris Ceux qui
ont étudié avec impartialité , la position &
l'histoire des Colonies, ont bientôt senti
toute l'insuffisance du Commerce Français
pour sa majeure partie de leurs besoins ; ils
ont bientôt appris que la Métropole Française n'a été d'aucun recours pour l'établissement des Colonies, quoiqu'en dise le Commerce Français , & qu'elles n'ont dû leur
accroisicment qu'aux Flibustiers &: à l'aélivité des Nations étrangères; eniin , ils ont
vu bientôt que l'avidité des Négocians
Français, jointe au peu d'économie & d'intelligence de leurs armemens, souvent même
l'état naturel des choses, rendaient leurs
denrées insiniment plus chères que celles
du marché général, & les forçait de ne re- --- Page 423 ---
[texte_manquant] tevoir celles des Colonies qu'à un prix
très-inférieur. Et effet, dans le séjour que j'ai fait aux
Colonies , j'ai été témoin , & les Agens du
Commerce Français ne sauraient le dislimuler, que les Colonies manquaient souvent des provisions indispensables , telles
'!ue les farines , &c. &c. J'ai vu que dans le tems que le Com-
* tnerce Français, n'achetait le sucre brut qu'à
340 & 350 liv. le millier , argent des Isles ,
il se vendait dans les Isles Anglaises, 420
& 410 liv., quoique le poids Anglais soit
moins fort que le poids Français de 12 pour
J 00, & que les Négocians Anglais paient,
en outre, la futaille à raison de 20 livres,
par millier de sucre ; ce qui fait que dans
la réalité , ils achetaient/$oo ou 520 livres,
ce que les Français ne payaient dans le même
tems que trois cents quarante ou trois cent
cinquante. J'ai vu que lorsque ces derniers ne
recevaient le Coton qu'à 2So liv. , argent
des Mes, payable en denrées, il se vendait dans les Colonies Anglaises 300 liv..
comptant. J'ai vu que le Commerce Anglais
était sur-tout très-loyal, & qu'il ne regardait que légèrement à la qualité des denrées qu'on lui livrait, tandis que le Corn-
les Français ne payaient dans le même
tems que trois cents quarante ou trois cent
cinquante. J'ai vu que lorsque ces derniers ne
recevaient le Coton qu'à 2So liv. , argent
des Mes, payable en denrées, il se vendait dans les Colonies Anglaises 300 liv..
comptant. J'ai vu que le Commerce Anglais
était sur-tout très-loyal, & qu'il ne regardait que légèrement à la qualité des denrées qu'on lui livrait, tandis que le Corn- --- Page 424 ---
" \ % 1
mecce Français était toujours extrêmement
difficile, & que quelquefois même il man- -
quait des vertus essentielles au Négociant.
Enfin, je ne puis pas dissimuler que j'ai vu
très-souvent les denrées Coloniales rester tins
acheteurs dans les marchés Français , & que
les habitans étaient alors exposés à tous les
, maux que devait leur causer Timpoffibilité
de vendre leurs denrées. Le café 6c le cacao
m'ont paru être les seuls objets Coloniaux
que le commerce Français achetât à peu près
au prix courant. ^ J'ai été également témoin que les farines
de Philadelphie, qui sont beaucoup plus
belles & plus blanches que les farines f rançasses, étaient toujours de vingt-cinq pour
cent meilleur marché que ces dernières ;
que lorsque les farines nationales valaient,
par exemple, dans nos Colonies 85 & °
livres, argent des Isles, celles de Philadelphie
n'en valaient à Saint-EuiTache que 60 & 65.
J'ai vu que lorsque le bœuf salé mess. bess.
se vendait dans nos Colonies 115 liv. le
baril, argent des Islés, il n'en valait que
90 & 95 dans les Illes Anglaises où on le
trouvait même d'une qualité supérieure : enfin
il est reconnu qu'en général les Négocians.
Français achètent les denrées Coloniales
- douze --- Page 425 ---
B douze pour cent, meilleur marché que les
Anglais, & qu'ils vendent alix Colons les
objets de consommation douze pour cent,
plus cher que ces derniers. Par quelle fatalité
peut-il donc se faire que nos Négocians se
plaignent continuellement dans leurs Mémoires , des pertes que leur occasîonoe le
commerce, des Antilles, tandis que ce même
commerce qui est, comme on voit, infiniment moins avantageux pour les Négocians
Anglais, les enrichit eux & leur Métropole ?
Il faut certainement qu'il y ait de la faute
de nos Commerçans. Notre commerce se récrie sariS celle contre
la longueur du tems que ses navires sone
obligés de relier dans les râdes des Isles,
avant de pouvoir y conipletter leur chargement , & ils se plaignent sur-tour des dépenses
que leur occaskmne ce retard ; depenses qu'ils
font monter à 2000 livres tournois par mois
pour chaque gros navire : mais les Colons
doivent-ils être responsables de leur peu
d'intelligence & de leur peu d'activité à ce
sujet ? Pourquoi ne font-ils pas comme les
Negocians Anglais, qui entretiennent dans
leurs Isles des géreurs, soit pour vendre leurs
cargaisons tandis que leurs navires vont en
chercher d'autres, foit pour tenir les charr
askmne ce retard ; depenses qu'ils
font monter à 2000 livres tournois par mois
pour chaque gros navire : mais les Colons
doivent-ils être responsables de leur peu
d'intelligence & de leur peu d'activité à ce
sujet ? Pourquoi ne font-ils pas comme les
Negocians Anglais, qui entretiennent dans
leurs Isles des géreurs, soit pour vendre leurs
cargaisons tandis que leurs navires vont en
chercher d'autres, foit pour tenir les charr --- Page 426 ---
i8 gemens prêts pour les retours de ces derniers?
pourquoi, au lieu de perdre leur tems dans
les rades des Isles, à s'amuser & à suivre les
plaisirs, ne vont-ils pas chercher une cargaison
à la nouvelle Angleterre, qui payerait au
moins les dépenses de leurs navires, tandis
que la vente des denrées qu'ils ont apportées d'Europe, & que l'acquisition de celles
qui doivent former leurs retours , seraient
faites par leurs correspondans ? Mais notre
commerce veut pouvoir faire ses affaires sans
peine & sans discontinuer ses plaisirs, & que
re Gouvernement lui affure des profits certains. Nos Colonies ont encore plus à se plaindre
du commerce national, pour la traite des
Nègres, que pour les autres objets de commerce. Cette traite, qui est la branche de
commerce la plus importante pour les
Colonies , est celle qui souffre le plus dans
les nôtres de l'inactivité desNégocians Français, & qui démontre le plus évidemment leur
insuffisance. La mortalité des Nègres dans nos Colonies
des Antilles, eflimée sur des données assez
exactes, monte tous îes ans à trente-cinq mille.
Cette perte n'est compensée que par quatorze
mille naissances& quinze mille Africains, tout V --- Page 427 ---
ii 2 &ti plus, que lé commerce Français introduit
annuellement dans nos Isles : ainsi en lui accordant le privilège exclusif qu'il sollicite , il cst
évident, qu'au lieu d'accroître la prospérité de
nos Colonies, au lieu même de conserver
celle dont elles jouissent dans ce moment,
il les fera déchoir avec toute la rapidité
que doit occasionner une perte annuelle dd
six mille Nègres* Malgré les primes énormes que le Minifc
tère accorde aux Négocians Français * pour
tette ttaite des Nègres , malgré les établisseiTiensdispendieux qu'il entretient sur les côtes
d'Afrique , le Commerce de la Métropole
n'introduit pas annuellement la sixième partie
des Nègres qu'il faudroit à la Martinique;
& à la Guadeloupe , & il n'en envoie nullement, ni à Sainte-Lucie 1 ni à Tabago ; à
peine , enfin, peut-il surhre à la Colonie de
Saint-Domingue. Il convient donc , suivant:
toutes les loix de la raison , de la julticé
&de la politique, de laisser faire à d'autres,
ce qu'il ne peut pas faire lui-même. Il faut
ajouter à cette insuffisance du Commerce
national, le prix exorbitant des Nègres qu'il
apporte : il est reconnu, qu'il ne les livre
qi/à ipoô, 2000 & 22Ô0 livres * argtnr, des
Isles, payables dans trois & six mois : tandis
Il convient donc , suivant:
toutes les loix de la raison , de la julticé
&de la politique, de laisser faire à d'autres,
ce qu'il ne peut pas faire lui-même. Il faut
ajouter à cette insuffisance du Commerce
national, le prix exorbitant des Nègres qu'il
apporte : il est reconnu, qu'il ne les livre
qi/à ipoô, 2000 & 22Ô0 livres * argtnr, des
Isles, payables dans trois & six mois : tandis --- Page 428 ---
qu'on ne les achete dans les Isles Anglaises,
que 1200, 1300 & 1400 livres, au terme
de neus & douze mois. On juge , d'après cet état des choses,
de l'impossibilité où cst notre Commerce
de fournir à nos Colonies les Nègres dont
elles ont besoin, pour se soutenir dans leur .
état aétuel : à plus forte raison, ne leur
fournira t-il jamais ceuæ qui leur seraient nécessaires pour parvenir au dégré de prospérité
auquel elles doivent prétendre. St. Dominguc,
en effet, occuperait deux cents cinquante
mille Nègres, au-delà de ceux que cette
Colonie possède, & la Guadeloupe cent
cinquante mille, même en laissant les forets & les bois nécessaires. La Martinique n'a
qu'environ soixante-quinze mille Nègres,
ce il lui en faudrait cent quarante mille ; eniin, les Colonies de Sainte - Lucie & de Tabago n'en ont entr'elles deux, qu'environ
trente-neuf mille, & elles en employeraient chacune un aussi grand nombre que
la Martinique, pour rendre tout ce qu'elles
peuvent donnar. L mfuffifance des Négocians Français à ce
sujet, a déterminé le Ministère à permettre dans les Illes du Vent , & dans une
partie de celles fous le Vent, sous la rede- --- Page 429 ---
1 21 Bi vance d'un droit d'entrée modique , l'introduction des Nègres de traite Anglaise :
en même tems, il a accordé une prime énorme d'environ 200 livres tournois par tcu* de
Nègre à nos Négociant, qui, cet
avantage , & quoiqu'ils n'ayent pas de droits
d'entrée à payer, sont, ou allez inact iS, ou
assez peu intelligens pour ne pas pouvoir
soutenir la concurrence. Depuis que cette
prime a cte accordée à notre Commerce,
il esl entré , à la vérité , sous notre pavillon
quelques Nègres de plus que les années
précédentes dans nos Colonies de Saint-Dcmingue ; mais on serait coupable-de laisse-r
ignorer que ces Nègres ont été réellement
apportés par le Commerce Anglais , & voici
comment j'ai été aiiuré que cela se fallait.
Les Négocians d'Angleterre, séduits par la
prime accordée au Commerce de France,
ont obtenu des expéditions Françaises en
engageant quelques-uns de nos Négocians à
leur prêter leur nom , moyennant un certain bénéÍÏce. Ils ont envoyé ensuite leurs
navires dans nos comptoirs d'Afrique, sous
pavillon F/ançais , & ils ont introdUIt les
Nègres de leur traite dans nos Colonies ,
après avoir reçu en Europe, du Gouverne çmers
Français, 100 livres par tête de Ne
prime accordée au Commerce de France,
ont obtenu des expéditions Françaises en
engageant quelques-uns de nos Négocians à
leur prêter leur nom , moyennant un certain bénéÍÏce. Ils ont envoyé ensuite leurs
navires dans nos comptoirs d'Afrique, sous
pavillon F/ançais , & ils ont introdUIt les
Nègres de leur traite dans nos Colonies ,
après avoir reçu en Europe, du Gouverne çmers
Français, 100 livres par tête de Ne --- Page 430 ---
%% environ une pareille somnie à laquelle fq
Plantent les différentes gratifications qui
Jeur ont été payées eu arrivant dans nos
Isles ; ainsi l'inactivité , l'indolence ôç le
? peu de délicatesse des Commerçans Frarç-?
< çais , ont fait tourner, dans le fait, au bçné-*
siçe de l'Angleterre , les dépenses faites par
ieur Nation pour les encourager, Notre Commerce se gardera bien de parler
de ces fraudes ; mais il aura grand soin
d'informer le Ministère ÙLI plus petit Commerce interlope qui se fera dans les Co -
lonics. Le Français impartial 6c désintéressé,
qui cst à porcee de voir & de juger les cho- '
fçs, & qui reconnaît également ses Frères
dans les habitans des Colonies Se dans ceux
dç la Métropole, doit lever le voile & avoiiIe courage de faire sentir toute la tyran-»
nie exercée sur les Colons par un Commerce
avide & insuffisant, 5. Considérations ssir le Ççmmerce des Américain$
dans nos Colonies, Nouveaux sairs qui dé-*
montrent l'injustice dl4 Commerce Français
dans nos Colonies. Depuis que le Ministère a permis Tin* --- Page 431 ---
2e B4 trodu&ion dans nos Colonies d'une partie
des objets de contamination que pouvaient
leur fournir les Anglo-Américains, on a vu
constamment que la morue, qui est pour les
Isles Françaises un objet dq coniommaLion
annuelle de neuf ou dix millions tournois, était
fournie par cette Nation à 30 ou 33 liv. le
cent, argent des Isles , quniqu'elle fut fournise à des droits qui se montaient, tout
compté , à près de 14 liv. argent des Mes par
quintal; tandis que les Négocians Français,
qui n'avaient pas de droits à payer , de qui
recevaient, en outre, du Gouvernement, une
prime énorme de 15 liv. par quintal argent
des Isles . ne voulaient ou ne pouvaient la
céder qu'à 42 ou 4; liv.; c'est un fait dont
on a été constamment témoin depuis 1784.
On ne conçoit pas, en vérité, que notre
Commerce ait pu jamais être allez injuste
pour lolliciter le privilége exclusif d'approvisionner nos Colonies de cette denrée t
puisque toute sa pêche ne saurait suffirc,
malgré les encouragemens énormes qu'elle
reçoit aux bésoins seuls de ces dernières,
& qu'il cst obligé d'en fournir, cri outre, 7
une très-grande quantité à la France & i
l'Italie. Ce fait est constaté par les de
nos Chambres de Commerce rapprochés de
jamais être allez injuste
pour lolliciter le privilége exclusif d'approvisionner nos Colonies de cette denrée t
puisque toute sa pêche ne saurait suffirc,
malgré les encouragemens énormes qu'elle
reçoit aux bésoins seuls de ces dernières,
& qu'il cst obligé d'en fournir, cri outre, 7
une très-grande quantité à la France & i
l'Italie. Ce fait est constaté par les de
nos Chambres de Commerce rapprochés de --- Page 432 ---
l'estimation qu'on a faite aux Isles, de la quantité de morue qui s'y consomme: ainsi, on
ne saurait le révoquer en doute. Il ne faut pas parler des bois, des planches , des essences, des chevaux, des volailles,
des salaisons de toute espèce, & d'autres
objets indispensables pour les Colonies que
le commerce Français est hors d'état de
fournir à un prix double & même triple de
celui auquel les apportent les Anglo-Américains. La proximité, & le peu de dépense
que fait cette nation pour ses armemens,
semblent lui donner un droit naturel sur les
Colonies des Antilles, & sans doute il
viendra un jour où elle le fera valoir. On a cru rendre un grand service à nos
Colonies, par l'Arrêt de 1784, en ouvrant
chez elles aux Américains quelques ports
d'entrepôt ; mais on n'a pas fait attention
que cette prétendue faveur a été dans le
fait une tyrannie pour elles, parce que les
dispostuons de i'Arrêt défendant aux Américains d'exporter des denrées des Illes pour
le paiement de celles qu'ils y apportent,
les Colons sont forcés de les payer avec
de l'argent & de donner peu à peu tout leur
numéraire à ces étrangers. Cet Arrêt a été
en outre véxatoire pour les Colonies, en ce --- Page 433 ---
que les Américains, privés du bénéfice qu'ils
auraient pu faire sur leurs retours, sont forcés
de ne livrer leurs denrées qu'à, un prix qui
puisse les dédommager , non-seulement des
dépenses faites dans l'aller, mais encore de
celles qu'i!s font dans leurs retours. Comment
veut-on ensaite qu'il ne le fafse pas de contrebande dans les Ines l & comment peut-on
être aÍfez inj usie pour faire des repréientations
continuelles au Ministère sur cette contrebande fj Si notre commerce voulait considérer la chose sans partialité, & avec les
feules lumières de la raison ôé de la jullice,
il verrait certainement que les Colonies
font bien excusab!es , & que s'il sc trouve
lézé, ce n'est qu'a l'état naturel des choses
ou bien a son inadivité qu'il doit s'en prendre;
enfin, il verrait que ion despotisme & Ion
insuffisance sont le véritable aliment de la
contrebande qui s'y fait. Rien, si on veut croire notre commerce,
n'est au-dessus de ses forces. Il écoute avidement tous les projets qui lui sont proposés par le Ministère , &; il ne doute jamais
de ses moyens pour l'exécution : mais on
a toujours vu que tout le fruit de ses vastes
promesses se réduisait à l'accouchement de --- Page 434 ---
la montagne : éloignez, dit-il continuellement , les étrangers de nos Colonies , 3c
nous les approvisionnerons abondamment :
les Colonies lui font à ce sujet line réponse
bien simple ; commencez , lui disent-elles,
par nous fournir les choses qui nous sont
nécessaires à un prix raisonnable, & j. t
nous assurer un débouché avantageux pour
toutes nos denrées, & soyez asfiiré que
lorsque nous pourrons enfin compter sur
vos promesses, sans y être forcées par les
Ordonnances, nous nous adresserons toujours à vous prérérablement aux étrangers.
amment :
les Colonies lui font à ce sujet line réponse
bien simple ; commencez , lui disent-elles,
par nous fournir les choses qui nous sont
nécessaires à un prix raisonnable, & j. t
nous assurer un débouché avantageux pour
toutes nos denrées, & soyez asfiiré que
lorsque nous pourrons enfin compter sur
vos promesses, sans y être forcées par les
Ordonnances, nous nous adresserons toujours à vous prérérablement aux étrangers. Comment, enfin, le Commerce Fran-à
çais peut-il être allez déraisonnable pour
solliciter avec tant d'acharnement les privilèges exclusifs qu'il réclame sans celle
dans les Colonies , puisqu'il ne peut pas
suffire lui - même au seul cabotage de la
France , en Europe , & que les Hollandais,
les Genois & les Anglais en font une trèsgrande partie f En esset, le Ministère a été
obligé s pendant long-tems, de charger les
Hollandais d'aller acheter en Ruine , les
bois nécessaires à la construclion des Vaifieaux de la Marine militaire , & enfin , il
s'est décidé à les envoyer chercher par des --- Page 435 ---
Vaisseaux de guerre , qui font aussi aujourd'hui sur les côtes de France, le cabotage
nécessaire pour les Ports de Sa Majesté, Ju'avidité de notre Commerce & son fyftême d'oppression sur les Colonies , se manifestent sur-tout d'une manière bien évidente , par Jes defenses continuelles qu'il
fait à ses Correlpondans d'Amérique , de
tirer sur lui en Europe , son intention etant
de faire payer exactement ses retours par
ses envois. il faut donc que ses Correspondans, au mépris du marché géneral, ne li..
vrent les denrées Européennes Ôç n'achetent
les produdions de nos Colonies qu'à un
prix tel que les premières puissent payer exactement les dernières : c'est bien aussi ce qu'ils
manquent pas de faire : aussi le Colon
qui n'est pas Négociant & qui veut dans ça
moment faire passer des fonds en Europe,
est-il obligé d'y envoyer des denrées ou
de l'argent des Isles, ne pouvant pas trou'
ver dans les Colonies des lettres de change
sur France, à moins d'une perte considérable
dans le change. Cependant personne n'ignore
que la vente des denrées Coloniales s'élcvo
en Europe , les aiTurances payées & cous les )
frais nécellaires prélevés, à une valeur qui ^
surpasse de près d'un tiers, celle qui a été cm- y
v
s en Europe,
est-il obligé d'y envoyer des denrées ou
de l'argent des Isles, ne pouvant pas trou'
ver dans les Colonies des lettres de change
sur France, à moins d'une perte considérable
dans le change. Cependant personne n'ignore
que la vente des denrées Coloniales s'élcvo
en Europe , les aiTurances payées & cous les )
frais nécellaires prélevés, à une valeur qui ^
surpasse de près d'un tiers, celle qui a été cm- y
v --- Page 436 ---
ployée à l'achat des objets de consommation
qu'on porte aux Isles. Cette spéculation du
Commerce Français, qui annonce l'avidité la
plus marquée, & le projet inique d'étouffer
la prospérité des Colonies, est bien faite pour
mériter l'attention du Gouvernement; elle
est dangereuse, 1.° parce que dans son ext^ ition, la Métropole ne versera nullement de
numéraire dans les Ifies, quoiqu'il y soit d'une
nécessité indispensable: en effet, elles en
manquent aujourd'hui considérablement, &
elles en seraient entièrement dépourvues par
le traité fait avec les Américains, sans celui
que le Roi y introduit pour l'entretien de
ses établissemens, & sans les relations qu'ont
nos Colonies avec les Ines voisines, sur-tout
avec celles des Espagnols, qui sont les principaux consommateurs des objets de nos
fabriques nationales, & qui les payent toujours
comptant. i.1 La spéculation dont nous parlons est révoltante, en ce que le Colon, borné
dans ses projets de fortune, ne travaillera que
pour le Commerce Français, puisque ses revenus seront entièrement employés à payer
ses objets de consommation, & qu'ainsi il
nese trouvera que l'instrument de la fortune
de ce dernier. 3.0 Enfin, elle est extrême-» --- Page 437 ---
2,9 ment funeste, même pour/a Métropol &
pourîe Commerce, en ce que le Colon, se
trouvant hors d'état de faire des réserves,
ne pourra ni se libérer de ses dettes a&uelles,
ni se tenir prêt à remédier aux événemens
sans nombre, tels que les coups de vent, &c.
auxquels Cône sujettes les cultures Coloniales , & qui, ruinant toujours sans ressource le
Colon mal-aisé anéantissent en même temps
& les Colonies & le Commerce. L'exposé que je viens de faire, fait sentir
d'une manière évidente toute l'injuilice du
Commerce Français envers les Colonies, ainsi
que les droits de ces dernières aux faveurs
du Gouvernement; il prouve que dans l'état
d'inactivité où se trouvent nos Négocians ,
la France ne doit pas chercher à acquérir
des Colonies > parce qu'elle en a déjà plus
qu'il ne lui en faut pour occuper son Commerce ; enfin, il d émontre que c'est uniquement à l'insuffisance 8c au despotisme de ce
dernitr, qu'il faut attribuer la distance où •
sont encore nos Colonies de l'éclat dont
elles sont susceptibles, tandis que celles des
Anglais touchent p(esque au terme de leur
proipéritc.
égocians ,
la France ne doit pas chercher à acquérir
des Colonies > parce qu'elle en a déjà plus
qu'il ne lui en faut pour occuper son Commerce ; enfin, il d émontre que c'est uniquement à l'insuffisance 8c au despotisme de ce
dernitr, qu'il faut attribuer la distance où •
sont encore nos Colonies de l'éclat dont
elles sont susceptibles, tandis que celles des
Anglais touchent p(esque au terme de leur
proipéritc. . --- Page 438 ---
la SECONDE PARTI Ë. Avantagés réciproques qui refulttront porir les
Nations AnglaiJe & Française i de l'établissement d'un Commercé libre 6' commun 4
l'une f¡ l'autre dans toutes leurs Colonies* Anglais & Fiançais ! Rendez votre Commerce Commun i
vous y gagnerez également les uhs & les autres, &
veus forcerez par votre réunion, le bonheut de l'U*
ni vers entier. N o u s avons vu 7 dans la première Partie i
quel était le systême qui devait naturellement
fésulter du combat des opinions qui existent
en Europe & aux Isles , sur les rapports des
Colonies aux Métropoles i nous avons prouvé
que ce systême était fondé sur la jullice & sut
laraiion.Examinons actuellement ces rapports,
sous leur véritable jour, & suivant les lumières
d'une saine politique ; débarrassons-nous surtout des préjugés qui existent sur le commerce, & cstimons à leur juste valeur les
principes sur lesquels on l'a établi î je demande --- Page 439 ---
un peu d attention ? Se j engage Tuf-tout
ceux qui seront d'un avis contraire au mien,
à ne pas me condamner sans avoir lu mes
raisons ; leur nombre sera certainement trèsgrand , parce que rnes idées sont opposées,
à ce qu'on appelle mal-à-propos l'opinion
publique, & que tel est le sort de la vérité,
qu elle ne peut qu'à la longue triompher des
préjugés : mais je serai heureux si mes efforts
peuvent contribuer dans la suite à faire céder,
en fait de Commerce, le préjugé à la raison,
&, le systême de l'oppression à celui d'une
équité générale. Jusqu'ici les Métropoles n'ont vu de
moyens de balancer leur Commerce , & surtout leur Commerce Colonial, que dans la
rigueur des loix prohibitives, & elles ne se
font faites la guerre que pour maintenir ou
accroître cette balance , en s'arrachanc
mutuellement leurs possessions & en écartant
ensuite les Négocians de leurs rivales. Mais
dans le fait, qu'arrivera-t-il si la France &
l'Angleterre, par exemple, adoptant un
nouveau systême, conviennent de laiiïcr à
leur Commerce réciproque le droit d'acheter
& de vendre dans toutes leurs Colonies ?
Il se trouvera tout naturellement que les
Négocians Français gagneront dans leurs --- Page 440 ---
envois :d'Europe, plus que les Anglais, Se
que ces derniers seront dédommagés par leurs
retours des bénéfices qu'auront fait leurs
rivaux dans l'aller. C'est ainsi que la Métropole Française aura des débouchés nouveaux & très-avantageux pour ses vins, ses
farines surabondantes , ses vinaigres , (es
eaux-de-vie , ses savons , ses huiles , les
batistes, ses toiles fines, quelques-uns do
ses draps , &c. &c. & que l'Angleterre
sera dédommagée, en ce que son attivité
lui ayant assuré des débouchés certains &
nombreux pour les denrées Coloniales , elle
en exportera la plu* grande paruc. Son dédommagement sera considérablement augmente par les débouchés que trouveront
ses Nègres, ses làlaiions, ses grolles toiles,
enfin quelque, uns des produits de ses Ma.
nufactures & de ses Arts.
draps , &c. &c. & que l'Angleterre
sera dédommagée, en ce que son attivité
lui ayant assuré des débouchés certains &
nombreux pour les denrées Coloniales , elle
en exportera la plu* grande paruc. Son dédommagement sera considérablement augmente par les débouchés que trouveront
ses Nègres, ses làlaiions, ses grolles toiles,
enfin quelque, uns des produits de ses Ma.
nufactures & de ses Arts. La balance du Commerce, sera sans doute , dans ce syslème , en faveur des Anglais : en effet , la plus grande partie des
produits de nos Colonies passera dans leurs
mains; la traite de Nègres, qui est la branche
principale du .Commerce des Colonies (1) Elle s'élève tous les ans à 45,000,000 livres tourr
pois pour les Iilcc Anglaises & Françaises. fera --- Page 441 ---
[texte_manquant] c sera presqu'uniquement Faite par eux, parce
que le bon marché de leurs Nègres leur
fera toujours donner la préférence.. Enfin ,
les salaisons , qui sont un objet de la plus
grande importance pour les Colonies, feront
presque en entier fournies par cette Nation ,
parce que ses salaisons sont d'une meilleure
qualité & à meilleur compte que les Françasses. Il faudra donc que la France > pour obtenir une compensation jufle & égale , puisse
établir un droit sur toutes les denrées qui
seront exportées de nos Colonies par les An .
glais, & sur celles qu'ils y apporteront. L'Angleterre pourra établir le même droit sur
celles que nos Négocians introduiront dans
ses Colonies, mais il faudra qu'elle les en
exempte pour celles qu'ils en tireront : le
droit, que nous avons fixé dans la Fremière
Partie, de 5 pour cent , nous paraît juste t
proportionné aux risques & aux frais aétuels
de la contrebande , & propre à dédommager le Commerce Français de la concurrence
que ce sysiême lui donnera. Malgré ce droit, qu'on doit regardercomme
énorme, puisqu'il s'élevera à 15 pour cent
par an, si nous parvenons, comme les Anglais à faire tous les ans trois voyages aux --- Page 442 ---
Antilles, cette concurrence sera sans doute
■" vivement sentie & fortement combattue par
nos Manufacturiers & nos Négocians, parce
que leurs vues seraient d'avoir dans toutes
nos Colonies un privilège entièrement exclusif, afin de pouvoir y donner des loix
arbitraires. Mais un Gouvernement qui commence à s'affranchir de l'erreur où il a été
long-tems de ne voir l'avantage de la Nation , que dans le monopole des privilèges
exclusifs, sera sans doute sourd aux réclamations de quelques particuliers qui soutiennent, s'il faut les croire, l'opulence du
Royaume & celle des Colonies ; mais qui,
dans le fait, n'en ont été jusqu'ici que les
oppresseurs. Nous avons fait voir dans la
première Partie, les vexations qu'ils exer-
- cent sur les Colonies : avant d'aller plus loin,
on nous permettra de nous arrêter un moment sur les rapports de ces mêmes particuliers avec le Royaume, afin de mieux
faire sentir rinjustice de leurs réclamations ,
qu'ils fondent toujours sur le bien public.
ire, l'opulence du
Royaume & celle des Colonies ; mais qui,
dans le fait, n'en ont été jusqu'ici que les
oppresseurs. Nous avons fait voir dans la
première Partie, les vexations qu'ils exer-
- cent sur les Colonies : avant d'aller plus loin,
on nous permettra de nous arrêter un moment sur les rapports de ces mêmes particuliers avec le Royaume, afin de mieux
faire sentir rinjustice de leurs réclamations ,
qu'ils fondent toujours sur le bien public. §• c Les Négocians & Manufacturiers Français
tâchent sans cesse de persuader au Gouver- --- Page 443 ---
[texte_manquant] C 2 nement qu'ils sont le Corps de la Nation ^ ^
que sa prospërité tient à leur opulence, & ;
ils ne cessent de le répéter tout haut, sans
réfléchir qu'ils sont tout au plus en France , la centième partie des sujets , & qu'en sollicitant leurs privilèges exclusifs , ils demandent dans le fait, qu'on sacrifie quacre-vingtdix-neufindividus pour enrichir un d'entr'eux. En effet, on ne saurait disconvenir que le
droit naturel & l'intérêt d'un chacun, 6; de la Nation en Corps > ne soient de vendre
aussi cher qu'il est possible, & d'acheter au
meilleur marché possible, quels que soient les
Vendeurs & les Acheteurs à qui on a affaire. Je serai certainement bien Iplus riche 4
àinsi que tous mes Concitoyens , lorsqu'au
lieu de payer le drap 30 livres , nous ne
le payerons que 24, & qu'au lieu de ven.
dre notre laine 14 sols, nous la vendrons
15 ; comment a-t-il donc pu se faire que
des Négocians-Manufacturiers aient été assez adroits pour tenir le Gouvernement aussi
long-tems dans l'illusion i & pour lui persua-der que l'intérêt de la Nation entière t
était qu'il établit les loix prohibitives les
plus sévères poir l'éloignement des éttangers, & qu'il laissât à eux seuls le droit d'a- 1 ^ cheter & de vendre à la Nation ? L'opulence --- Page 444 ---
36 . 4 qui règne dans nos villes ac Manufactures
& dans nos places de Commerce , en a toujours imposé à cet égard au Ministère, qui
a toujours jugé des richesses de la Nation
& des bienfaits procurés par le Commerce
d'après l'opulence qu'il voyait dans ces Villes :
mais il n'a pas fait attention qu'elles s'enrichiflaient, non en mettant à contribution
les Nations étrangères, mais aux dépens de
nos propres Provinces, qui se voyent sacrifiées & réduites à la misère pour soutenir
la magnificence de ces Villes superbes. Quels que soientles systêmes de politique
qu'on'imagine en fait de Commerce, l'intérêt général de la Nation ne doit être confidéré que comme le résultat des intérèts
privés ;& si ces derniers exigent la concurrence des Négocians & des Manufacturiers,
l'intérêt général doit aussi l'exiger. Quelle idée
se formeroit-on en effet d'un intérêt public
qui serait fondé sur la lésion de chacun des
intérêts particuliers ? Ce serait à-peu-près
l'histoire de ce Marchand qui disait naïvcment, qu'il perdait sur chacun des objets
qu'il vendait, mais qu'il se dédommageait
sur la grandeur de son débit. Enfin , les Négocians & les Manufaéturiers doivent être consi-'
dérés, non comme un Corps particulier dan s la
idée
se formeroit-on en effet d'un intérêt public
qui serait fondé sur la lésion de chacun des
intérêts particuliers ? Ce serait à-peu-près
l'histoire de ce Marchand qui disait naïvcment, qu'il perdait sur chacun des objets
qu'il vendait, mais qu'il se dédommageait
sur la grandeur de son débit. Enfin , les Négocians & les Manufaéturiers doivent être consi-'
dérés, non comme un Corps particulier dan s la --- Page 445 ---
\
C 3 Nation, mais seulement comme les Agens
ou les Faéleurs de la Nation, & il est de
toute ridiculité d'établir des loix qui gênent
cette dernière dans le choix de ceux qu'elle
veut charger de ses affaires. Nos Chambres de Commerce ont toujours
repr enté, 6c elles ne cessent de répéter,
qu'il est dangereux d'introduire chez nous les
marchandises ouvrées des Anglais, parce que
nous avons un goût décidé pour toutes les
produdions Anglaises, & que nous leur donnerons toujours la préférence, même quand
elles seroient plus chères & d'une qualité inférieure. D'abord ce n'est pas à des Manufacturiers à prétendre s'opposer aux goûts de la
Nation, ils doivent chercher au contraire à
s'y conformer 6c à imiter les ouvrages Anglais , s'il est vrai qu'ils nous conviennent
mieux que les leurs: mais d'ailleurs, croientils que la prohibition soit un moyen d'étouffer notre prévention? & pensent-i's que les
Agens qu'ils employeront soient en état
d'empêcher la contrebande qui s'emprcife
de satisfaire notre goût, 6c qui y parvient
avec presqu'autant de succès que si toutes
les barrières étaient levées? Le vrai moyen - '
de détruire notre penchant pour les objets \ :
Anglais est d'en laisser l'introduction parfai- --- Page 446 ---
38 1 tement libre, & d'en laisser approvirionner
i abondamment nos marchés: leur afflucncç
en sera seule le discrcdit, & on peut être
assuré qu'ils seront d'autant moins évalués
qu'on pourra se les procurer avec plus de facilité : dès ce moment, la prévention cessera,
& les Français, ainsi que les Anglais, donneront tout naturellement la préférence au plus
beau, au meilleur & au plus grand marché,
L'indifférence de notre Commerce pour
la prospérité du Royaume ( & en cela son
opinion esl bien différente de celle du Commerce Anglais), est aujourd'hui connue
& vivement sentie par tout le monde, malgré
l'adrelTe qu'il a toujours eue d'identifier l'ob-;
jet de ses réclamations avec le bien public.
Son systême de monopole sur la Nation s'est
manifeflé ssir-tout d'une manière bien évidente dans un de les derniers écrits , fait par
la Chambre de Commerce, qui passe pour
la plus éclairée du monde ( i ). On avait fait
qbserver à çette Chambre, que la perspective
du traité fait avec l'Angleterre avait hâte
de quelques années la conclusion de la derrière paix ; & elle n'a pas craint de témoi- (1) {# Chambre 4c Normandie, \ --- Page 447 ---
C 4 gncr à ce sujet son improbation au point
d'avancer, que la guerre ri était qu'un fléau
passager qui réveillait Vesprit patriotique &
r énergie de la Nation: c'est-à-dire , que suivant
C 1 son opinion, l'état de guerre n'cst pas un
mal réel pour la France ou, pour mieux
savoir sa vraie pensée, qu'il faudrait l'ans
balancer, se décider à ruiner vingt-quatre
millions d'individus, &en faire égorger deux
ou trois cents mille pour ne pas nuire aux
intérêts de quelques Négocians & 'de quelques Manufacturiers.
patriotique &
r énergie de la Nation: c'est-à-dire , que suivant
C 1 son opinion, l'état de guerre n'cst pas un
mal réel pour la France ou, pour mieux
savoir sa vraie pensée, qu'il faudrait l'ans
balancer, se décider à ruiner vingt-quatre
millions d'individus, &en faire égorger deux
ou trois cents mille pour ne pas nuire aux
intérêts de quelques Négocians & 'de quelques Manufacturiers. Mais le voile est déchiré, le tems est venu oll
la parcie la plus considérable de la Nation etl
assez éclairée pour sentir ses vrais intérêts ; elle
s'apperçoit enfin, qu'elle a été sacrifiée jusqu'ici au monopole du Commerce & des
Manufactures, & quç ce n'ess que pour eux
qu'elle a soutenu les guerres ruineuses qui
l'ont écrasée depuis deux siècles, & qui,
loin de lui avoir été avantageuses comme
on voudrait le persuader, n'ont fait malheureusement qu'entretenir ou accroître la
haine & la rivalité qui existaient entre la
France & l'Angleterre. Le tems est venu 011
J'on commence à sentir toute la supériorité
de l'Agriculture sur les Manufactures & où --- Page 448 ---
[texte_manquant] 'on i apperçoit que Roden, Bordeaux, Lyon,
Nantes & Marieiiîe, ne sont qu'une très petite partie de la Nation : le tems est venu
enfin où l'on va tourner vers l'Agriculture
la plus grande partie des encouragemens que
l'erreur & l'illusion ont fait accorder dans
tous les tems aux Manusactures & auæ places
de Commerce d'une manière presque exclufive. Il faut esperer qu'on ne se laissera plus conduire, à cet égard , parce qu'on a long-tems
appelle à Paris Se dans nos places de Commerce l opinion publique ; il efl évident que
cette prétendue opinion publique n'est que
celle de quelques Manufacturiers & de quelques Négociais. En effet, l'établissement des
loix prohibitives ne saurait avoir été demandée, ni par le Cultivateur des grains, ni par le
vigneron qui forment la véritable masse de la
Nation , puisqu'il efl directement opposé à
leurs intérêts; mais ils ont été sacrisiés jufqu'ici, soit comme Consommateurs , soit
comme Fourni:Teurs, parce que, comme on
l'a déjà très-bien dit, n'ayant pas envoyé des
Députés, & n'ayant pas fait des Mémoires,
ils n ont influé en rien sur l'opinion qu'on
a dit publique. --- Page 449 ---
4 r
• m > A » Nos Politiques éclaires Tentent enfin, que
si Ja concurrence qu'on a donnée à nos Manufactures , par le traité fait avec l'Angleterre ,
était capable de les faire tomber dans le
discrédit, la faveur qu'il a donnée à l'Agriculture sera bien propre à nous dédommager, en offrant un emploi bien plus avantageux aux capitaux qui se verraient dans
les Manufactures , & des moyens de fubfistance bien plus assurés aux ouvriers qui
. y, étaient employés. En effet, on convient
, généralement que les produits de l Agriculture , en France , seront au moins doublés,
lorsqu'elle sera parvenue au point où elle est
en Angleterre : on sait aussi que ses produits actuels, 'calculés sur dès données exactes ont été évalués à pl us de trois milliards ;
5par conséquent, lorsqu'elle sera portée au
point où elle doit arriver, elle fournira un
accroissement de richesse annuelle de plus
de trois milliards (1). Je demande si toutes
les Manufactures prises emsemble , quel que
, soit leur éclat., pourront jamais donner là
seront au moins doublés,
lorsqu'elle sera parvenue au point où elle est
en Angleterre : on sait aussi que ses produits actuels, 'calculés sur dès données exactes ont été évalués à pl us de trois milliards ;
5par conséquent, lorsqu'elle sera portée au
point où elle doit arriver, elle fournira un
accroissement de richesse annuelle de plus
de trois milliards (1). Je demande si toutes
les Manufactures prises emsemble , quel que
, soit leur éclat., pourront jamais donner là (i) C'e st alors qu'on pourra entreprendre avec espoir de
t succès, d'effe&uer le projet tant célcbré , & tant defité d'un impôt unique. --- Page 450 ---
persp&ive d'une telle opulence, sans compter
que la prospérité qui résulte de ces dernières est toujours très-précaire, tandis que
celle qui cil: dûe à l'Agriculture est de tous
les tems, & à l'abri de l'inconstance &
des évènemerîs. Le traité de Commerce qu'on a osé conclure avec l'Angleterre pour favoriser cette
source inépuisable de richesses , doit donc
immortaliser les mains fermes & éclairées
qui ont eu le courage de le ligner : il a été
sans doute funeste dans les premiers momens
à nos Manufactures ; mais ce qu'elles ont pu
perdre, la Nation l'a regagné du côté de
l'Agriculture, puisquc la balance des achats
& des ventes s'eil: soutenue entre les deux
Nations, même dans les premières années du
traité où la concurrence devait être le plus
redoutable pour nous. Les états de la balance
qu'on a calculés avec scrupule , démontrent,
quoiqu'en dise la Chambre de commerce
de Normandie, la vérité que nous avançons:
ces états semblent même annoncer un léger
bénéfice en faveur de la France , quoiqu'il
y ait eu de notre part la plus grande négligence dans la perception des droits qui nous
ont été accordés sur les ouvrages Anglais,
& qu'en Angleterre les douanes aient exercé --- Page 451 ---
4i sur nos productions, sur-tout sur nos vins, la
tyrannie la plus cruelle. En outre, le cours
du change prouve lui-même que la balance
du Commerce a été en notre faveur, même
la première année où nous avons satisfait
aveuglément notre goût pour les ouvrages
Anglais, & où nos Manufacturiers n'avaient
pas encore pu adopter la manière de travailler
de leurs rivauæ. Que fera-ce quand notre
prévention pour les objets qui viennent
d'Angleterre sera détruite par un effet même
de leuraffluence, & que nos ouvriers, excités
par une vive émulation, seront parvenus à
mettre dans leurs ouvrages la perfection &
la solidité que mettent les Anglais dans les
leurs ? On me dira, sans doute, que le cours
du change est un thermomètre infidèle des
rapports commerciaux qui existent entre deux
nations, & que mille causes , même étrangè reç au commerce, peuvent le faire baisser
& hausser tour-à-tour. Cette observation est
sans doute juste ; mais on ne peut pas dif.
convenir que le cours du change ne soit un
des moyens les plus fûrs de reconnaître
la position respe&ive de deux nations, &
que celle en faveur de qui est le change,
ne foit dans un état de supériorité sur l'autre,
idèle des
rapports commerciaux qui existent entre deux
nations, & que mille causes , même étrangè reç au commerce, peuvent le faire baisser
& hausser tour-à-tour. Cette observation est
sans doute juste ; mais on ne peut pas dif.
convenir que le cours du change ne soit un
des moyens les plus fûrs de reconnaître
la position respe&ive de deux nations, &
que celle en faveur de qui est le change,
ne foit dans un état de supériorité sur l'autre, --- Page 452 ---
quelle quen ibit la cauie. Cest ce qui cst
arrivé en faveur de la France, même dans
les premières années qui ont suivi le traité;
cet avantage ne s'est sans doute pas soutenu
depuis quelque tems; mais on sent que cette
révolution dans le change doit être attribuée,
vu la disette que nous avons ressentie, &
la circonstance actuelle où nous nous trouvons , à des causes bien étrangères aux spéculations courantes du commerce. Enfin, ce
qui doit rassurer les Minières qui ont conclu
ce traité, contre les clameurs qu'il a occasionné , c'est que ces clameurs n'ont été
que celles des Artisans & des Manufacturiers,
& que la masse de la Nation n'en a rien
dit, ou n'a fait que témoigner sa satisfaction.
L'Angleterre, de son côté, n'a pas eu à se
plaindre des effets de ce traite , parce qu'il a
efficacement encouragé ses Manufactures,
ses Arts & son Commerce. On ne conçoit pas quel a pu être, pour les
deux Nations, le fondement des loix prohibitives qu'elles ont établies chez elles dans tous
les tems, pour gêner mutuellement leur
Commerce : d'abord , dans l'état naturel des
choies, ces loix ont été une tyrannie , parce
que tous les êtres ont droit de participer aux
bienfaits que la terre ou rindustrie accor- --- Page 453 ---
• 4Îdent aux différens climats, à la charge de
dédommager par des échanges respectifs,
ceux qui se les sont procurés par leur travail.
Dans l'état politique, deux Nations ne'doivent mettre de barrières entr'elles que lorf- •
que les moyens moraux & physiques de l'une
d'elles la rendent trop inférieure à l'autre :
dans le cas contraire, les loix prohibitives
ne peuvent servir qu'à étouffer réciproquement leur indufirie en détruisant leur émulation. Sous ce point de vue, la France &
l'Angleterre ont eu grand tort d'en établir
entr'elles : car l'une a autant besoin de protéger son Commerce & ses Manufactures,
que l'autre est intéressée à encourager son
Agriculture, & en unisiant leur Commerce , elles peuvent se procurer mutuellement ces bienfaits.
à l'autre :
dans le cas contraire, les loix prohibitives
ne peuvent servir qu'à étouffer réciproquement leur indufirie en détruisant leur émulation. Sous ce point de vue, la France &
l'Angleterre ont eu grand tort d'en établir
entr'elles : car l'une a autant besoin de protéger son Commerce & ses Manufactures,
que l'autre est intéressée à encourager son
Agriculture, & en unisiant leur Commerce , elles peuvent se procurer mutuellement ces bienfaits. La France a eu principalement bien tort
de s'en tenir à ce systême de prohibition ;
car elle a toute l'intelligence, toutes les lumières & toutes les ressources morales qui peuvent lui être nécessaires pour soutenir &pour
braver la concurrence de l'Angleterre ; en
outre , sa grande population , les avantages
de son sol, & l'espèce d'objets qu'elle apporte dans les marchés, lui assurent une supériorité décidée. Elle n'a donc besoin que --- Page 454 ---
4d de donner à tes Manufactures & à Ton Commerce tout le développement dont ils sont
susceptibles ; le seul moyen d'y parvenir est>
on n'en peut plus douter > l'établissement
d'une vive' concurrence : ce n'est qu'en
privant nos Manufacturiers du monopole qu'ils
exercent sur les Consommareurs & les premiers Fourniileurs , qu'on les forcera cie déployer toute leur industrie & toute leuradivité j afin de devenir aussi habiles que
leurs rivaux ; ce n'est qu'en détruisant ainsi
la certitude où ils sont dans ce moment de
trouver d es acheteurs qu'on les forcera d'imites
leurs concurrens & de perfectionner comme
eux leur fabrication. Les effets de cette concurrence commencent à se réaliser dans
toutes nos places de Manufactures, sur-tout
à Rouen , depuis le traité de Commerce
fait avec l'Angleterre. On y a déjà adopté
les machines Anglaises ; on y a simplifié la
main-d'œuvre, & on a diminué considérablement, par ce moyen , les frais de la fabrication, sans nuire à la qualité des objets
fabriqués. Ces heureux commencemens , qui
nous mettent déjà dans le cas de braver
la concurrence des Anglais pour plusieurs
marchandises ouvrées, nous font espérer que
nous parviendrons un jour à les égaler pou£ --- Page 455 ---
tous les objets manufacturés, & que nous
aurons alors sur eux toute la supériorité que
nous assurent notre sol & notre population,
La Nation Anglaise sent bien elle-même à
cet égard tous nos avantages: car on entend
dire tous les jours à ses Négocians éclairés,
que si la France parvient à mettre dans sou
Commerce Se dans ses Manufadures l'activité, l'intelligence & l'économie, qu'y mec
l'Angleterre , les Anglais seront forcés de
lui céder tous les tributs que leur Commerce leur fait- payer dans ce moment par
tout l'Univers ( i). Tel est le but auquel la France doit prétendre : tel cst aussi le point auquel elle
parviendra, si son gouvernement, qui s'est
enfin affranchi de la routine , suit son systême aCtuel; c'est-à-dire, qu'il maintienne Se
même qu'il rende plus vive la concurrence (i) On a dit que l'Angleterre ayant" relativement à sa
population, beaucoup plus de numéraire réel ou fictif que
la France, aurait toujours l'avantage sur elle, si on rendait leur Commerce commun. Mais cette crainte est
entièrement illusoire , parce que l'argent est dans le
Commerce la chose la moins nécessaire : il ne faut que
des denrées aux Négocians , & à cet égard la France
ne le cède sûrement pas à l'Angleterre.
'il rende plus vive la concurrence (i) On a dit que l'Angleterre ayant" relativement à sa
population, beaucoup plus de numéraire réel ou fictif que
la France, aurait toujours l'avantage sur elle, si on rendait leur Commerce commun. Mais cette crainte est
entièrement illusoire , parce que l'argent est dans le
Commerce la chose la moins nécessaire : il ne faut que
des denrées aux Négocians , & à cet égard la France
ne le cède sûrement pas à l'Angleterre. --- Page 456 ---
4S qu'il a osé établir ; & sur-tout s'il supprime
tous ces règlemens & tous ces impôts sur
l'industrie, qui sont les plus impolitiques des
impôts. La considération qu'elle vient d'accorder au talent & au mérité, ne contribuera pas peu à accélérer cette époque : cette
considération sera sûrement pour le. Négociant Français, la primé la plus efficace qu'il
pouvait recevoir. Quel encouragement: ne
fera - ce pas en effet pour le commerce ,
chez une Nation qui n'est guidée que par
l'honneur & par le désir des distinctions, que t
les grands Négocians puiiTtnt prétendre aux
dignités & aux premières Charges de l'Etat!
On ne verra plus à l'avenir les Négocians.
Français quitter le Commerce, pour se faire
ennoblir, au moment où ils pouvaient le*
faire d'une manière vraiment utile, au moment où leurs fonds accumulés leur permettant d'étendre leurs spéculations, ils pouvaient ouvrir au Commerce de nouvelles
« branches, & à l'Etat de nouvelles sources de
prospéritc. Le militaire, sans doute, défend .
sa patrie, mais le Négociant l'enrichit; un
tems viendra, du moins il est consolant de
l'espérer, que le militaire ne sera plus utile ,
mais le Négociant le fera toujours. Pourquoi
donc a-t-on pu si long-tenis accorder exclu- . sivemcnt --- Page 457 ---
4P D livement les grâces & les dignités ?u Soldat i
que les circon stances seules rendent néccssaire > tandis qu'on les a refusées au Né--
godant, qui, par la nature des choses?
sera toujours essentiellement utile f '§< Nous venons de voir, dans lé §. précédent; combien il importe à la France de
donner à soh Commerce une vive concurfence , afin de n'être pas violée dans ses
achats & ses ventes, & de procurer à les
Négocians l'émulation, le génie & l'atfivité
dont ils ont besoin. Nous avons vu en même
tems , que le traité de Commerce qu'elle
à conclu avec l'Angleterre , avait été fondé,
à cet égard, sur une politique très-réfléchie,
qu'il lui avait été déjà très-favorable, Se
que ses heureux effets né pourront manquet d'aller en augmentant , à mesure quel
nous parviendrons à imiter , ou à surpasser
même nos rivaux ; niais ce" traité saic
entre les deux Métropoles sera hors d'état:
de nous donner efficacement l'émulation Se
le génie Commercial dont nous avons besoin , parce que les avantages de notre fol
nous dispenseront toujours de l'activité, & --- Page 458 ---
que nos seuis Agriculteurs maintiendront la
balance entre les deux Nations. Ce ne sera
qu'en faisant jouir nos Colonies d'un traite
pareil qu'on se procurera ce bienfait d'une
manière efficace, & qu'on forcera notre Commerce de développer tous ses moyens moraux & physiques. En effet, ce n'est que
dans les rapports des Colonies avec les Métropoles , & non dans ceux des Métropoles
entr'elles qu'existent l'esprit & le vrai génie
du Commerce ; il sera donc avantageux
, pour la France de conclure un traité pareil pour ses Colonies, même quand sa rivale ne lui accorderoit pas les droits dont
nous avons parlé.
se procurera ce bienfait d'une
manière efficace, & qu'on forcera notre Commerce de développer tous ses moyens moraux & physiques. En effet, ce n'est que
dans les rapports des Colonies avec les Métropoles , & non dans ceux des Métropoles
entr'elles qu'existent l'esprit & le vrai génie
du Commerce ; il sera donc avantageux
, pour la France de conclure un traité pareil pour ses Colonies, même quand sa rivale ne lui accorderoit pas les droits dont
nous avons parlé. Ce traité sera, sans doute , funeste dans
les premiers momens à nos places de Commerce , comme l'a été, dans les premières
années à nos Manufactures, le traité fait
avec l'Angleterre : mais le mal qu'on redoute
à ce sujet ne serait-il pas aussi illusoire que
celui qu'on a craint d'abord, & qu'on craint
encore de ce dernier traité ? Et ne confondrait-^on pas , sans s'en douter, le tort
passager fait à quelques Négocians avec l'a-,
néantiffement total du Commerce ? Nous
allons développer ces questions. D'abord le traité que nous proposons sera --- Page 459 ---
[texte_manquant] D a avantageux pour là France $ èri ce qu'il
donnera de nouveaux débouchés à plusieurs
des objets qu'elle fabrique , & à tous les
produits de son agriculture, sur-tout à sès
vins. Tout le mal qu'il produira se bornerai
donc à donner à nos Négocians de la concurrence pour une partie des objets qu'ils
vendent aux Isles , & pour la plus grande
partie de ceux qu'ils y achètent : mais i il
ne faut plus se faire illusion là-dessus ; c'esi
cette concurrence même que la Natiori
française doit oser établir dans ses Colonies , comme elle a osé lo faire en Europe :
Ce n'est que par ce moyen qu'elle pourra
ranimer l'activité & l'intelligence d'un Cohi-s
tierce que les privilèges exclusifs prodigués
par l'erreur & l'igndrance n'ont fait qu'assoupir |
c'est alors que notre Commerce, privé de la
certitude de trouver dans les Colonies ses
objets de retour à la Métropole, sera forcé
de doubler d'activité & d'économie , pour
acheter les sucres & les cafés au même prix
que les Anglais, & pour leur assurer des débouchés , en les livrant en Europe, au même
prix que ces derniers ; c'est alors que le
refus qu'on fera de ses Nègres & de ses salassons, l'obligera d'étudier & de suivre dans ce
genre de Commerce i la marche des Anglais 3
objets de retour à la Métropole, sera forcé
de doubler d'activité & d'économie , pour
acheter les sucres & les cafés au même prix
que les Anglais, & pour leur assurer des débouchés , en les livrant en Europe, au même
prix que ces derniers ; c'est alors que le
refus qu'on fera de ses Nègres & de ses salassons, l'obligera d'étudier & de suivre dans ce
genre de Commerce i la marche des Anglais 3 --- Page 460 ---
c est alors enfin que nos Colonies s'avanceront à grands pas vers le terme de leur
prospérité , 8c que la France s'enrichira ellemême des richesses de ses Colonies, parce
qu'il esi certain que l'opulence de ces dernières se réfléchit toujours naturellement
sur la mère-patrie. On ne peut certainement pas se dissimuler
que cette secousse ne soit, dans les premiers
momens, une crise violente pour le Commerce de France ; elle sera sans doute funeste
à quelques Négocians, qui, accoutumés à
des privilèges exclusifs & maîtrisés par une
routine ancienne , se refuseront à changer la
marche de leurs spéculations. Mais on ne
peut pas douter qu'à mesure que cette routine se détruira, cette secousse deviendra
avantageuse à la France, & qu'elle le deviendra d'une manière durable. Nous avons en
effet, je le répète , autant d'activité, autant
de génie, & autant d'aptitude aux Arts de
à tout ce qui tient aux Sciences & à l'industrie > que les Anglais; nous avons en outre
des moyens supérieurs auæ leurs dans notre
fol, & dans notre position. Quest-ce qui pourrait nous empêcher de parvenir au moins à.
4es égaler ? Si nous hommes restés jusqu'ici
si loin d'eux pour le Commerce en général, --- Page 461 ---
S 5 D 3 & sur-tout pour le Commerce Colonial , il
ne faut s'en prendre qu'au défaut d émulation
de nos Négocians ; il n'en faut chercher la
cause que dans les inconvéniens & le refserrement du sol de l'Angleterre, qui ont été
dans tous les tems pour ses Peuples une vive
é mulation qui les a portés à perfectionner
leurs Manufa&ures, & là étendre leur Commerce, tandis que les richesses & l'étendue
de notre sol nous ayant toujours assuré uu
avantage décidé, nous avons été moins intéreffés à prendre le vrai génie du Commerce
Il est très-vraisemblable que, si notre Commerce Colonial eût toujours trouvé de la
concurrence, c'est-à-dire, que les Antilles
n'eutrent jamais été dans un état de prohibition) il est très-vralsemblable, dis-je, que
nous pourrions aujourd'hui acheter & vendre
les denrées Coloniales au même prix que les
Anglais ; que nous en exporterions dans ce
moment beaucoup plus qu'eux, parce que
nos Traités modernes avec les Puissances
du Nord de l'Europe, nous en assureraient
un débit immense ; que nous pourrions, en
outre, fournir les Nègres & les objets de
consommation à aussi bon compte & d'un a
aussi bonne qualité qu'eux: enfin, il est très-
nous pourrions aujourd'hui acheter & vendre
les denrées Coloniales au même prix que les
Anglais ; que nous en exporterions dans ce
moment beaucoup plus qu'eux, parce que
nos Traités modernes avec les Puissances
du Nord de l'Europe, nous en assureraient
un débit immense ; que nous pourrions, en
outre, fournir les Nègres & les objets de
consommation à aussi bon compte & d'un a
aussi bonne qualité qu'eux: enfin, il est très- --- Page 462 ---
— « « » probable que notre Commerce balancerait
aujourd'hui, popr tous ces articles, celui
d'Anglererre, & qu'il aurait, en outre, sur
lui tous les avantages que lui allure notre
sol. Four rendre encore moins redoutable
concurrence que notre plan donnera dan§
les Colonies 4 nos Négocians, Se à nog
Manufacturiers ; il conviendra de mettre
la plus grande févprité dans la perception
des droits que nous obtiendrons sur lo
Commerce que les Anglais feront dans nos
14les , Se il faudra apporter dans cette perception la même rigueur que les Agens deg
Douanes Anglaises ent mise. dans la perception des droits établis en Europe sur le4
denrées Françaises; il faudra user de cette
ligueur non seulement aux Isles, mais encore
çn Europe j & puisque l'Angleterre ne ré*
prime pas la tyrannie exercée par ses Douapiers sur nos productions, tyrannie indigne,
par les moyens bas & substils qu'elle a em-.
ployés, d'une grande Nation; il faudra, disje, que nos Douaniers exercent le même
despotisme tant en Europe qu'aux Isles sur
tous les produits du Commerce Anglais.
Alors nous gagnerons certainement, en Europe ? çç que nous pourrons perdre dans tes --- Page 463 ---
ss [texte_manquant] premiers tems aux Iilcs; en attendant, nous
prendrons peu-à-peu le véritable génie du
Commerce, & bientôt on verra que la réciprocité entre les deux Nations deviendra
telle dans les différentes parties du monde >
que leur infériorité réciproque, pour certains
objets, sera compensée parles profits qu'elles
feront sur d'autres. Enfin, un tems viendra
où tous les droits d'entrée & de sortie, ainsi
que toutes les loix prohibitives qu'elles ont
établies entr'elles, & que les Commis ont
appellées des coups d'état , leur seront entièrement inutiles. Le traité de Commerce que nous proposons pour nos Colonies favorisera non
seulement notre agriculture, & donnera à
nos Négocians une émulation qui leur est
néçeûaiie, mais encore il produira , pour leGouvernement, un avantage bien précieux,
celui de tourner au bénésice de l'Etat & au
rapprochement de sa recette & de sa dépense,
les primes énormes que nous donnons dans
ce moment à nos Négocians pour la traite
des Nègres, pour la morue & autres objets
nécessaires à nos Colonies. En effet, ces
derniers seront dédommagés de ces primes,
par les droits que nous avons proposé d'établir sur ces mêmes denrées fournies par les --- Page 464 ---
[texte_manquant] Anglais, , le Gouvernement , au Uçu
d'avoir à payer des primes, retirera lui-même
dcs droits considérables, & notre Commerce
ne pourra se plaindre que de son inactivité
& de son peu d'économie ; les vues du Gouvernement, en accordant ces primes ? avaient
ççé, sans doute , justes & louables ; mais l'effet
qu'il en attendait n'a été qu'illusoire, parcs
que ces primes, au lieu de donner de l'émulation à nos Négocians, n'étaient pro<
pres qu'à les retenir dans leur inactivité, en
eloignaut encore d'avantage d'eux le seus
moyen de les en tirer, je veux dire, la crainte
de la concurrence,
vues du Gouvernement, en accordant ces primes ? avaient
ççé, sans doute , justes & louables ; mais l'effet
qu'il en attendait n'a été qu'illusoire, parcs
que ces primes, au lieu de donner de l'émulation à nos Négocians, n'étaient pro<
pres qu'à les retenir dans leur inactivité, en
eloignaut encore d'avantage d'eux le seus
moyen de les en tirer, je veux dire, la crainte
de la concurrence, Les confidéracions que je viens d'expofçr,'
m'ont paru propres à faire sentir combien
sera avantageux , pour la France, le traité
de Commerce que je propose d'établir dans
les Colonies. Je vais aauellement rendre
compte des biens inappréciables qui en réfulteroiit également pour la France & pour
rAngleterre, & qui sont bien faits pour les
engager mutuellement à en hâter la conclusion. Je tâcherai de démontrer à l'une &'
& l'autre } que ce traité conciliera véritablement leurs intérêts réciproques, & que les
principes sur lesquels elles ont établi juf-*
qu'ici lcu« loix prohibitives, n'ont eu pour --- Page 465 ---
fondement que l'erreur, une jalousie aveugle,& une ignorante rivalité, §. Les biens qui résulteront pour l'une 5c
pour l'autre Nation de la liberté accordée
a leur Commerce réciproque dans toutes leurs
Colonies, feront ; 3®. De supprimer des prohibitions qu'on
ne respecte, point & qu'il est impossible de
faire respecter dans les Colonies, même avec
les ^épenses les plus énormes. En effet, les
dangers que courent les vaiucaux de la „
Marine militaire sur les côtes orientales des Jfles, & le défaut de mouillages de ces côtes,
les forcent de refier toujours sosis le vent
des Iiles, & de laisser la plus grande liberté
sur les côtes de l'Ea aux contrebandiers, qui
fc trouvent dédommagés des risques auxquels
ils s'exposent par les avantages aétucls du
Commerce interlope. On ne doit pas s'attendre que les commis qu'on emploiera dans
les anses de ces côtes repousseront la contrebande, parce que les habitans des Colonies
étant généralement, par un effet du climat,
très-paresseux, & ne connoissant, pour ainsi
dire, d'autre divinité que celle de l'intérêt, --- Page 466 ---
il sera impossible de les payer assez pour leur
donner l'activité nécessaire, & pour les mettrç
hors d'état d'être corrompus. 2° D'attacher pour toujours les Colonies
à l'Europe, d'étouffer à jamais chez elles
toute idée de rcbellion, & de les porter
en peu de tems au terme de leur prospérité.
L'Europe elle-même profitera de cet accroissement de leurs richesses, parce qu'elle fera
dans le cas de leur faire moins d'avances ;
qu'elle sera mieux payée de ses envois, & que
la passion où sont tous les Colons de voyager
& d'aller finir leurs jours en Europe, les
engagera toujours à porter leur fortune & à
l'aller consommer dans cette partie du monde.
Ainsi, la France & l'Angleterre, en adoptant
le plan que nous leur proposons, étendront
& développeront efficacement leur Commerce , exerceront enfin un aéte de justice
envers l'Amérique , accroîtront la fortune
des Colons r 6c s'enrichiroat ensuite des
biens même qu'elles auront procurés à ces
derniers.
finir leurs jours en Europe, les
engagera toujours à porter leur fortune & à
l'aller consommer dans cette partie du monde.
Ainsi, la France & l'Angleterre, en adoptant
le plan que nous leur proposons, étendront
& développeront efficacement leur Commerce , exerceront enfin un aéte de justice
envers l'Amérique , accroîtront la fortune
des Colons r 6c s'enrichiroat ensuite des
biens même qu'elles auront procurés à ces
derniers. 3.0 De rendre inutiles les états-majors f
les garnisons, & les flottes que ces deux
Nations entretiennent à grands frais pour
la sureté & la défense de leurs propres
Colonies. \ --- Page 467 ---
l' . Non-seulement elles pourront tourner ces
dépenses énormes à l'accroissement de leurs
avenus , mais encore elles seront dans le
droit d'çxiger de leurs Isles des impôts confidérables, ôç elles ne trouveront pas de
f pfi stance 4 les établir. En effet, si on accorde
| pes dernières les privilèges dont nous
parlons, & si on leur donne le titre & les
prérogatives qu'elles désirent avec ardeur
provinces de l'Etat, elles consentiront
sans peine à un subside annuel de vingt..
quatre livres tournois par tête de Nègre,
Cet impôt çalculé sur le pied de çinq cent
mille Nègres que possedent nos Isles d'Amé*
fique, & de quatre cents mille que possèdent
lçs Colonies Anglaises sera tous les ans pouc
la France un accroissement de revenu de
douze millions tournois, & pour l'Angleterre
de près de dix millions qu'elles pourront
f mployer l'une & l'autre au paiement de leurs
dettes. Cet impôt pourra être augmente en
faveur de la France, si elle permet l'entrée
chez elle du rúnl de Ces Colonies, Cette
liqueur ayant des débouchés certains, peut
faire au moins le tiers du revenu des Fabricans de sucre , & on doit juger, d'après
çela , des sacrifices qu'ils fêtaient pour lui
procurer un débit avantageux. --- Page 468 ---
6o 1 L'impôt dont nous parlons, fera sur-tout
donné avec plaisir par les Colonies de l'une
& l'autre Nation, si on accorde aux Américains, dont les Antilles ne sauroient aujourd'hui se palier, la liberté des ports de ces
dernières, &. si on leur permet de prendre
toute sorte de denrées Coloniales en paiement de celles qu'ils y apporteront. Mais pour
que le congrès obtienne cette faveur, il
faudra qu'il accorde de grands dédommagemens à la France & à l'Angleterre ; sans
quoi les Colonies auront à regretter, mais
non à se plaindre, qu'on leur refuse cet avantage. L'admifHon des Anglo-Américains dans
les Antilles sera d'autant moins funeste aux
deux Nations Anglaise .& Française, qu'ils
fourniront à l'une & à l'autre un débouché
très-avantageux pour plusieurs objets qu'elles
apportent aux Isles, tels que les vins, les
eaux-de-vie de vin, & plusieurs produits de
leurs Manufactures & de leurs Arts,
auront à regretter, mais
non à se plaindre, qu'on leur refuse cet avantage. L'admifHon des Anglo-Américains dans
les Antilles sera d'autant moins funeste aux
deux Nations Anglaise .& Française, qu'ils
fourniront à l'une & à l'autre un débouché
très-avantageux pour plusieurs objets qu'elles
apportent aux Isles, tels que les vins, les
eaux-de-vie de vin, & plusieurs produits de
leurs Manufactures & de leurs Arts, On nous permettra d'observer ici , que
l'Arrêt qui a accordé aux Américains la liberté de l'exportation des Sirops des Colonies
Françaises, a été très-impolitique, puisqu'il
n 'a fait que nuire à ces Isles, sans être d'aucune utilité à leur Métropole ; il leur a été
nuisible ; en ce que cette liberté a fait éle- --- Page 469 ---
ét 1 ver dans la nouvelle Angleterre, une grande
quantité de rumeries où l'on distille les Sirops achetés dans nos Isles, & que cette
Fabrique précieuse se trouve ainsi enlevée à
nos Isles. Il aurait mieux valu, comme on
fent, mettre des droirs sur l'exportation des
Sirops, & favoriser celle duRum. 4.0 Enfin, un avantage bien précieux &
bien cher à l'humanité que procurera notre
systême pour l'une T& pour l'autre Nation,
sera d'étouffer le germe de toutes nos guerres, & d'épargner aux deux Peuples les frais
qu'ellesleur occasionnent.Les calculs ontprouvé que lesdépenses annuelles de leurs Marines
militaires, jointes à celles des guerres qu'elles
sont obligés de se faire fréquemment dans
le systême actuel, pour maintenir ou pout
s'entr'arracher la balance du Commerce,
coûtent à chacune des deux Nations, une
année portant l'autre - au moins cent millions
de livres tournois : notre systême convertira
ces hommes au soulagement de leurs Sujets.
Je demanderai à la Chambre de Commerce
de Normandie, quelles sont les Manufactures qui rendront jamais un tel service à
l'Etat, & quels sont les Négocians qui,
avec leurs priviléges exclusifs) pourront jamais procurer à la Nation un tel bienfait. --- Page 470 ---
[texte_manquant] Nous n'avons égard dans de calcul, ni au fang
qui sera épargne , ni au bonheur qui résulteta pour une infinité de familles de n'avoir
plus à craindre qu'on lelif arrache des individus qui letir sont chers &: nécessaires 1
iii enfin à l'avantage qui résultera, pour le
Commerce lui-même, de pouvoir faire avec
plus de facilité un choix de Matelots 1 d'être
dans le cas de les payer moins, & de pou.
voir garder toujours les bons équipages,
sans avoir à craindre qu'ils lui soient enlevés
ni par la presse, ni par les loix cruelles &
tyranniques des clanes. Il est étonnant que les Gouvernemens des
deux nations j n'ayent pas encore senti tous
les biens qui résulteront pour l'une & pour1
l'autre, de leur rapprochement commercial.
L'Angleterre a paru mettre jusqu'ici plus d'activité que de lumieres dans son commerce 4
& la France n'a vu le bien de Ion pays que
dans le monopole des privilèges exciusîfs 3
ce qui lui a toujours fait sâcrifier le bieri
public à des intérêts particuliers : mais il eff
tems qu'elles abandonnent l'une & l'autre leurs
principes, puisque la raison & l'expérience
démontrent qu'ils font faux. Elles ont eu assez
le tenis de considérer & d'apprécier chaque
branche de leur commerce réciproque 7 il
France n'a vu le bien de Ion pays que
dans le monopole des privilèges exciusîfs 3
ce qui lui a toujours fait sâcrifier le bieri
public à des intérêts particuliers : mais il eff
tems qu'elles abandonnent l'une & l'autre leurs
principes, puisque la raison & l'expérience
démontrent qu'ils font faux. Elles ont eu assez
le tenis de considérer & d'apprécier chaque
branche de leur commerce réciproque 7 il --- Page 471 ---
faut actuellement qu'elles en oonlidèrent l'en;
semble ; si elles le font de part & d'autre
avec impartialité , elles verront qu elles pofsedent réciproquement assez de moyens moraux & physiques , tant en Europe qu'aux
Colonies, pour maintenir entr'élles la balance , en ôtant tous les liens qui enchaînent leur commerce mutuel. La rivalité &
la haine qui ont existé entre les deux Nations , ne leur ont pas permis jusqu'ici de
sentir cette vérité ; elles ne leur ont laissé voir
leurs vérirables intérêts que dans leur ruine
mutuelle, & elles ne se sont faites la guerre
que pour s'arracher mutuellement leur commerce ; mais l'expérience doit leur avoir
appris combien cette politique a été funeste
à toutes les deux , puisque ce que l'une à
acquis dans une guerre , elle l'a toujours
perdu dans une autre, & qu'on peut dire
qu'elles se trouvent aujourd'hui respeétivement dans la même position où elles étaient,
il y a un siècle & demi; de manière que tout
le sang qu'elles ont versé, & tous les impôts dont elles ont écrasé leurs sujets pour
soutenir leurs guerres , n'ont procuré aucun
avantage réel ni à l'une ni à l autre. Toutes
leurs loix prohibitives & tous les droits
qu'elles ont établis respectivement, n ont --- Page 472 ---
t4 servî qua faire la fortune de quelques particuliers, à mettre des entraves à leur cornmerce mutuel , & à rallentir réciproquel11ent leur industrie* Telles sont en effet la constitution & les
forces respcftives des deux nations, qu'elles
ne pourront jamais s'arracher leur commerce,
Se que leurs guerres ne serviront qu'à lei
écraser réciproquement (i). Pourquoi donc
s'opiniâtrer à suivre un systême ruineux 1
contraire à la justice & aux droits naturels de l'homme , & qui n'a été & ne
pourra jamais être d'aucune utilité réelle %
ni pour l'un ni pour l'autre des deux peuples ? Il est donc de leur intérêt mutuel
d'abandonner ce systême 5 & puisque l'un
d'eux ne pourra jamais usurper le commerce de l'autre, & qu'ils ont tous les deux.
des moyens égaux de le faire, il leur convient de lever toutes les barrières qu'ils se sont (1) L'Assemblée Nationale de Ftanc^c t a senti déjà
sette vérité , & elle a témoigné à toute l'Europe, combien elle en était pénétrée dans la célébré réponse qa'ellti
a faite à Milord Stanhop. Son opinion à cet égard cft
bie. consolante pour les amis de l'humanité , eù dé qu'élit
semblé préjuger , comme très-prochaines l'exécution des
fameux projets de l'Abbé St, Pierre & une paix durable'
dans tout l'Univers.
a senti déjà
sette vérité , & elle a témoigné à toute l'Europe, combien elle en était pénétrée dans la célébré réponse qa'ellti
a faite à Milord Stanhop. Son opinion à cet égard cft
bie. consolante pour les amis de l'humanité , eù dé qu'élit
semblé préjuger , comme très-prochaines l'exécution des
fameux projets de l'Abbé St, Pierre & une paix durable'
dans tout l'Univers. opposées --- Page 473 ---
? S opposées jusqu'ici > de rendre ieur commerce
commun , de détruire cette rivalité qui leur a
été si funeste, & que toute l'Europe a eu ,
avec raison , très-grand soin d'entretenir ;
enfin, de ne conserver entr'eux que l'émulation nécessaire pour hâter, en s'enrichissant ,
les progrès des arts, des lumières & du bonheur général. Les particuliers des deux Royaumes i qui
S'aiment & s'estiment aujourd'hui, désirent
également cette révolution : ils font des
voeux pour que leurs Nations puissent contracter entr'elles la même amitié & la mêmes
harmonie qui règnent déjà entr'eux ; enfin
ce desir existe dans ce qu'on doit appeller
Vraiment l'opinion publique. Pourquoi dans
leurs Gouyernemens se rcfuseraieni-i!s à ce
grand bienfait ? Qu'ils nous donnent les rai-4
sons de leurs refus ! elles ne seront fûremene
dictées que par l'intérêt de quelques manufacturiers ou de quelques négocians accou..
tumés à des privilèges exclusifs, Celui des
deux Gouvernemens qui y mettra opposition,
annoncera l'insuffisance de sa nation, & sûrement il en sera désavoué. La résistance qu'ils
y on1 opposée jusqu'ici l'un & l'autre, annonce qu'ils n'ont eu raison ni l'un ni l'autre , & qu'ils ont toujours été dominés pas --- Page 474 ---
la passion de procurer à leur patrie respective, un commerce exclusif ; mais en cela
comme nous venions de le voir, ils se sont
cruellement abusés l'un & l'autre sur leurs
vrais intérêts. Vous, que les deux peuples ont fait dépositaires de leur autorité & de leur sort ,
augustes Assemblées ! écoutez un citoyen impartial & désintéresse , qui a étudié les vœux
de toutes les classes des citoyens & des Colons que vous gouvernez. Les uns & les autres réclament en corps, le droit d'acheter
& de vendre à ceux qui feront le mieux
leurs affaires, & quelques Négocians &. Manufaéturiers vous demandent des loix prohibitives : avez-vous à balancer entre les
réclamations de ces derniers, & celles de
trente-trois millions de Citoyens qui vous
ont confié les soins de leur bonheur ? Empressez-vous, il en est tems encore , de mériter leur reconnaissance ; faites qu'ils vous
doivent une révolution que le tems ne
peut manquer d'amener dans un siècle où
toutes les idées d'équité générale surmontent les barrières que leur ont opposées longtems l'erreur, le despotisme & l'ignorance.
réclamations de ces derniers, & celles de
trente-trois millions de Citoyens qui vous
ont confié les soins de leur bonheur ? Empressez-vous, il en est tems encore , de mériter leur reconnaissance ; faites qu'ils vous
doivent une révolution que le tems ne
peut manquer d'amener dans un siècle où
toutes les idées d'équité générale surmontent les barrières que leur ont opposées longtems l'erreur, le despotisme & l'ignorance. . Nations Européennes 1 Et toi France surtout , à qui je m'interesse particulièrement --- Page 475 ---
h. â parce que ê'est dans ton. sein que rai réçu le
four; Nations Européennes ! Il est tems 5
sur"-tout, que vous réformiez" le code de
loix Commerciales que vous avez fait pouf
Vos Colonies, il est tems que vous les ti-'
riez de l'oppression Jans laquelle vous les
faites gémir depuis près de deux siècles 1
ne prétextez plus les frais que vous occa- *
sionnent leur défense & leur administration , puisque vous joignez encore des impôts excessifs à la rigueur de vos loix prohibitives. Ce prétexte ne peut plus d'ailleurs excuser votre tyrannie , parce que
les Colons sont aujourd'hui assez éclairés
pour sentir que vos forticafitions ne sont
faites que pour vous les asservir, & que
leur plus grand bonheur serait de ne pas
&voir de défenseurs. En vain vous avez cru leur rendre un
grand service , en détruisant ces avides
Compagnies , qui étaient pour eux des fang.
sues inaltérables £ vous n'avez pas fait at-«
tention qu'à cette servitude , vous en avez
substitué une autre de la même nature &
àussi. cruelle , puisque vous avet accordé
dans le sait à quelques centaines de Négocians établis dans vos villes de Commerce 1
les privilèges rcivoltans que vous aviez --- Page 476 ---
accordés aux actionnaires de ces Compa-;
grues. Nations Européennes ! ayez enfinle courage
de penser que ces Colons dont vous faites des
esclaves, font vos frères, & si vous ne celiez de
répéter que les Mères-patries ont sur les Colonies le droit d'un père sur ses enfans,
ne leur refusez pas du moins la tendresse
filiale & les égards d'un père raisonnable ;
si l'état des choses ne vous permet pas encore de les ailocier à votre puissance , &
à tous vos privilèges, du moins ne traitez
pas leurs habitans comme des csclaves, &
rendez-leur votre domination supportable :
l'humanité , le droit des gens & le droit
naturel vous en font un devoir ; le dirai-je,
votre politique vous en fait une néceJflité;
vous venez de voir un exemple frappant
& terrible de cette vérité. Espagne ! la même
révolution se prépare pour toi : France î
tu as moins à craindre un pareil malheur,
parce que tu as moins de possessions Coloniales 6c plus de puissance ; mais tu as à
craindre cette même Nation , dont tu viens
de briser les fers, & à qui le voisinage de
tes possessions semble en assurer la propriété;
tu as à craindre le ressentiment de ta rivale ,
dont le cucur saigne encore du sacrifice
appant
& terrible de cette vérité. Espagne ! la même
révolution se prépare pour toi : France î
tu as moins à craindre un pareil malheur,
parce que tu as moins de possessions Coloniales 6c plus de puissance ; mais tu as à
craindre cette même Nation , dont tu viens
de briser les fers, & à qui le voisinage de
tes possessions semble en assurer la propriété;
tu as à craindre le ressentiment de ta rivale ,
dont le cucur saigne encore du sacrifice --- Page 477 ---
<>9 E 3 que tu las forcée de hure; tu as sur-tout
à redouter une opinion sourde qui existe dans
toutes tes Colonies , & qui fàit déjà beaucoup de progrès , c'est qu'elles ne t'on!
aucune obligation ; que tu leur as été peu
utile lors de leur établissement, & que tu
n'as commencé à vivifier leur Commerce que
lorsque tu as trouvé à l'y faire d'une manière avantageuse pour toi. Angleterre ! tu
n'as rien à craindre, à la vérité , pour tes Colonies à sucre, parce que ton Commerce
soutient efficacement leur prospérité ; mais
tu as à redouter dans l'Asie la même révolution que tu viens d'essuyer dans le nouveau monde. Hollande ! tes divisions intesfines t'ont mile depuis peu aussi près du
précipice dans tes Colonies , que dans tes
foyers ; n'oublie pas que l'éloignement de
tes poHesïions, l'insuffisance de tes forces, la
sécurité & l'envie qu'excite toujours la grande
opulence , enfin la cruauté qui se joint dans
tes Colonies à l'injustice de ton administration, rendent pour toi le danger encore
plus pressant que pour les autres Nations
tes rivales. Peuples Européens ! il vous reste un
moyen sûr de prévenir la catastrophe qui
vous menace : faites aimer votre joug à --- Page 478 ---
vos Colonies j traitez leurs habitans comme
des gens qui vous ont des obligations, mais
qui répugnent au despotisme , pat la raison
qu'ils ont eux-mêmes des esclaves; rendez
leur votre Commerce attrayant ; comme ils
ne peuvent s'en passer., leur propre intérêt
joint aux liens du fang , vous les enchar
nera, toujours pourvu que vous ne leur fassies ;
pas porter des chaînes trop pesantes, Un puissant Souverain a avancé dans le
préambule d'un de scs plus célèbres Edits ,
que le desir de voir toutes les Nations unies
par un Commerce libre , était l'objet de
fcs plus chères méditations. Puissiez-vous
peuples Européens , adopter les nobles sentimens de ce Roi-Citoyen ! puissiez - vous
renverser, enfin > ces barrières que l'avidité,
l'erreur & le despoûsme opposent depuis
long-tems au bonheur général! puissent enfin
par vos soins tous les hommes répandus sur
ce globe, user du droit naturel de faire.
librement l'échange de leurs supperfluités
respectives, & de fournir librement ù tous
leurs besoins réciproques 1
éens , adopter les nobles sentimens de ce Roi-Citoyen ! puissiez - vous
renverser, enfin > ces barrières que l'avidité,
l'erreur & le despoûsme opposent depuis
long-tems au bonheur général! puissent enfin
par vos soins tous les hommes répandus sur
ce globe, user du droit naturel de faire.
librement l'échange de leurs supperfluités
respectives, & de fournir librement ù tous
leurs besoins réciproques 1 --- Page 479 ---
7r M TROISIEME PARTIE. De f 'Administration intérieure convenable aux
Colonies Françaises ; de la néce effilé de résormer quelqu'une des loix qui les gouvernent. LE Français est devenu libre, & l'Assemblée Nationale doit prononcer sa liberté à
deux nulle lieues d'elle , comme autour
d'elle ; le Français des Antilles nest pas
différent du Français du Pyrénées ; ils ont
l'un & l'autre le mênle esprit de liberté,
le même amour de la patrie & les mêmes
titres à la jouissance des droits de l'homme ; l'un & l'autre savent aimer & respe&er les autorités modérées par les loix;
niais l'un & l'autre répugnent également au
despotisme , 6c sont également malheureux ,
lorsqu'ils y sonc asservis ; le Français des
Isles a d'autant plas de droits de participer
à la régénération actuelle , qu'il est exposé au
caprice de deux Administrateurs qui sont
ordinairement d'autant plus dangereux Four
lui, que la distance de leur maître , leur --- Page 480 ---
7% assurant presque toujours l'impunité, doit naurellenient les porter à se regarder comme
de vrais Souverains, êç à çxerçer une autorité arbitraire. En vain allégue-t-on , que
la manière d'être des Colonies, demande une
administration intérieure , différente de celle
des Provinces; ei4 vain cite-t-onà ce sujet
l'exemple, de l' Angletterre qui a établi dans
fçs Illes un régime différent de çelui qu'elle
a. établi dans II s Etats d'Europe. D'abord
il est faux que le Colon Anglais foit sou"
mis à l'autorité arbitraire comme le Colon
Français , puisque le Çonseil de Illes An",
glaises peut s'opposer efficacement aux en,
treprises du despotisme; d'ailleurs, est-il bien
reconnu que l'Angleterre n'ait pas fait des
fautes , &; ne se soit pas écartée des vrais
droits de l'homme dans la constitution qu'elle
8 donnée à ses Colonies. On n'a qu'à jetter
un moment les yeux sur sa manière dç ré^
gir tes possessions des Indes Orientales ,
on verra que ses Agens les gouvernent, non
en Monarques, mais en tyrans, & eii ty.
rans barbares. Doit-on citer un pareil exermp'e1 pour de§ Français ? Et sent-on tout
danger qu'il y a d'envoyer dans une Colonie #
pour s'occuper de sa prospérité ? dçs hqmmes
QrdinaUsment ivres du pouvoir qu'on leur
un moment les yeux sur sa manière dç ré^
gir tes possessions des Indes Orientales ,
on verra que ses Agens les gouvernent, non
en Monarques, mais en tyrans, & eii ty.
rans barbares. Doit-on citer un pareil exermp'e1 pour de§ Français ? Et sent-on tout
danger qu'il y a d'envoyer dans une Colonie #
pour s'occuper de sa prospérité ? dçs hqmmes
QrdinaUsment ivres du pouvoir qu'on leur --- Page 481 ---
73 1 confie , & qui ne connaissent ni les moeurs;
ni les intérêts, ni les besoins de ceux qu'ils
vont gouvorner ? Que peut-on avoir à craindre dans les
Colonies, de l'établissement de Municipalités
& d'Assemblées administratives qui fassent les
Joix intérieures convenables, & qui soient
chargées de la levée des impôts ? que peut-on
craindre de la formation de Milices coloniales
dont le régime soit le même que celui des
Milices de France ? craint-on que les Colonies n'abusent de ce privilége pour attenter
aux droits de la Monopole sur elles ? mais
Cette crainte esi absolument sans fondement,
parce qu'une fois que l'Assemblée Nationale
aura fixé les rapports Commerciaux qu'elle
logera à propos d'établir entre la Métropole
& les Colonies , & qu'elle aura statué que
lçs Assemblées Coloniales ne pourront s'qçcuper 'que des loix relatives à leur administration intérieure, ces dernières sç trouveront dans l'impossibilité de nuire aux
intérêts du Royaume ; d'ailleurs, il scra facile
de prévenir toute erpece d'abus à ce sujet
en accordant au Gouverneur le droit de
sanctionner les loix qu'elles feront #c d'en
suspendre l'exécution, lorsqu'il les jugera
contraires au bien de la Métropole, jusqu'à --- Page 482 ---
ce que l'Assemblée Nationale ait prononcé. On observe encore, que les Milices
coloniales étant sous les ordres du ministère
public, les Isles ne seront pas aussi bien
défendues que si tout le pouvoir exécutif
résidait dans les mains d'un seul homme :
cette observation est sans doute très-jufle ;
mais en laissant les Milices pendant la paix
sous l'autorité des Assemblées Coloniales ou
des Municipalités, comme en France, cela
n'empêchera pas de statuer que ces mêmes
Milices paieront sous les ordres immédiats
du Gouverneur, en tems de guerre, &
aussi-tôt que les Colonies seront menacées.
Ainu, rien ne s'oppose à ce que les Colonies
jouissent des avantages des Municipalités &
des Assemblées Provinciales établies en
France : vouloir les en priver serait un adte
de tyrannie dont tout le fruit dans le moment actuel serait de faire haïr la Métropole & de leur faire desirer d'en secouer
le joug. Les Assemblées Coloniales ayant été établies à l'instar des Administrations Provinciales, un des objets les plus intéressans, qui
devront les occuper, & qui doit même fixer
l'attention de l'Assemblée Nationale, sera
la réforme d'une loi qui existe dans nos Co- --- Page 483 ---
1$' lomlçs depuis leur ctabliuement , Se dont
l'objet a été leur prospérité , * mais qui
dans le fait, n'a servi qu'à s'opposer à leurs
progrès, à rallentir chez elles le Commerce -,
& à Idevenir, pour ce dernier, l'a&e de tyrannie le plus révoltant; j'entends cette loi
qui défend la contrainte par corps & la confifeation des biens du débiteur pour. toute
autre dette que celles qu'on appelle dettes de
cargaison.
leur ctabliuement , Se dont
l'objet a été leur prospérité , * mais qui
dans le fait, n'a servi qu'à s'opposer à leurs
progrès, à rallentir chez elles le Commerce -,
& à Idevenir, pour ce dernier, l'a&e de tyrannie le plus révoltant; j'entends cette loi
qui défend la contrainte par corps & la confifeation des biens du débiteur pour. toute
autre dette que celles qu'on appelle dettes de
cargaison. Dans l'état aftuel des choses, un Négociant qui fait des avances aux Colons, &
qui leur fournit les fonds néceiTaires pour
l'établissement de leurs habitations, n'a d'autre garant de la rcnrrée de ses fonds, que la
probité & la bonne-foi de ces Colons: il n'a
aucun droit sur leur personne, & il ne peut
faire saisir, de leurs biens, que leurs meubles & leurs domestiques : encore ne peut-il
en venir à cet acte qu'après les formalités les
plus multipliées; du reste , les Nègres d'habitation, les terres, les établillemens , tout
est à couvert des poursuites du créancier, &
le débiteur , qui est sur tous ces objets dans
la plus grande sécurité, vit content, continue
tes dépenses, & se moque de son créancier. Celui-ci a bien , à la vérité, le droit de
s'emparer de l'habitation entière de son dé- --- Page 484 ---
biteur après les formalités les plus effrayantes;
mais comme il est rare que, dans les Colonies, où les biens déjà montés font d'un
très-grand prix, un Négociant ait sur une
habitation une créance qui approche de sa
valeur, & qu'en outre, il peut ne pas entrer
dans ses vues d'en faire l'acquisition, & de
payer comptant le surplus de sa créance,
cet avantage devient parfaitement nul. Le droit de gens , le droit sacré de la
propriété, enfin le droit politique de la Métropole oc des Colonies , sollicitent la révocation de cette loi ; elle cst nuisible à
la prospérité des Colonies, parce qu'elle détruit leur crédit, en détruisant les sûretés
des Négocians : elle cst nuisible à la Métropole, parce que ses Négocians ne pouvant pas retirer leurs fonds aux termes fixés,
font dans l'impossibilité de suivre leurs fpéculations, & qu'ainsi leur Commerce se trouve
étouffé : elle est nuisible particulièrement
aux Colonies, pour lesquelles cependant le
législateur l'a établie, parce qu'en fuppofant qu'elles soient assez heureuses pour trouver du crédit, elles ne peuvent faire leurs
emprunts qu'à un très-haut intérêt : aussi
cet intérêt est-il couramment dans nos Isles
à dix & douze pour cent , tandis qu'il --- Page 485 ---
n'est qu'à six dans les Colonies Anglaises,
Enfin, cette loi est nuisible aux Colonies,
parce que, donnant trop de sécurité aux
habitans sur leurs posTeslioris, ils en abusenc
pour faire de folles dépenses , pour satisfaire
toutes leurs passions, & qu'ils s'occupent fort
peu du foin de remplir leurs engagemens.
Telle est la cause des dettes énormes , sous
lesquelles nos Colonies se trouvent dans ce
moment écrasées. Le cas dont nous parlons,
ainsi que toutes les affaires de Commerce,
sont peut-être les seuls cas où la loi devrait
autoriser la contrainte par corps, & ce sont
précisément ceux où elle est la plus relâchée
dans les Isles. Il faut espérer que les Colonies ne seront pas oubliées dans un moment,
où l'on s'occupe avec tant de succès de la
réforme si long-tems desiré'e de la plupart
des loix.
vent dans ce
moment écrasées. Le cas dont nous parlons,
ainsi que toutes les affaires de Commerce,
sont peut-être les seuls cas où la loi devrait
autoriser la contrainte par corps, & ce sont
précisément ceux où elle est la plus relâchée
dans les Isles. Il faut espérer que les Colonies ne seront pas oubliées dans un moment,
où l'on s'occupe avec tant de succès de la
réforme si long-tems desiré'e de la plupart
des loix. Les Colonies Anglaises regardent comme
une des plus grande causes de leur prospérité
la loi qui établit chez elle, ainsi qu'en Europe,
le droit des saisies-réelles. Cette loi, au lieu,
de mettre les Colons, comme on l'a cru en
France, dans l'impossibilité de former de
grandes habitations, leur a fait trouver avec
facilité le crédit indispensable pour de pareils établissemens. L'utilité de cette loi est --- Page 486 ---
[texte_manquant] si bien sentie par les Colons Anglais, qu'ils
se garderaient bien eux-mêmes de la révoquer, quand ils en seroient les maîtres4
En 1774 , Corps légillatis de la Grenade promulgua une loi par laquelle il fut
statué, qu'au lieu d'un terme de huit moit
accordé à l'Adjudicataire des biens saisis
pour en payer la valeur, les payemens seraient faits en cinq termes dont le dernier
s'étendrait juiqu'à trente-deux moisi Par ce
moyen, les débiteurs, en se rendant eux--
mêmes, sous un nom supposé, adjudicataires
de leurs proprae biens, auraient eu l'avantage
de se procurer un délai qu'ils ne pouvaient
.pas obtenir de leurs créanciers* Ce Réglement, qui n'était cependant
qu'une restriction à la loi générale, fut désap.a
prouvé, non seulement par les Créanciers
qui étaient en Angleterre, mais encore pat
toutes les autres Colonies Anglaises, quoi- j
qu'elles fussent dans des circonstances aussi
malheureuses que la Grenade, & elles se
réunirent au Commerce d'Angleterre pour
obtenir la révocation de cette loi. En effet,
disaient-elles dans leurs Requêtes, ct une telle
loi ne tendra à rien moins qu'à étouffer
notre crédit, auquel cst attaché notre existence , puisque nos Fournideurs d'Angle- --- Page 487 ---
terre seront en droit de faire le raisonnement
suivant : Si les Colonies, peuvent-ils dire
avec raison, ont le droit d'anéantir, au
moyen d'une pareille loi leurs engageniens
les plus formels, si elles peuvent se libérer
d'obligations contradées dans la bonne-foi
eu Commerce, & éluder toutes les difposissons par lesquelles les Loix du Royaume,
ont tâché de protéger le Créancier contre
la mauvaise-foi du débiteur; sur quoi établirons-nous désormais notre confiance ? Et
quelle sûreté aurons-nous pour la rentrée
des avances que nous ferons à nos Colonies?),
Cette loi fut en effet révoquée. C'elt cette sûreté qu'ont les Fournisseurs
Anglais pour leurs avances, qui fait qu'ils
ne refusent rien aux Habitans de leurs Colonies, & qu'ils leur fournissent, sous la redevance d'un intérêt modique, tous les moyens
possibles de cultiver & d'améliorer leurs biens.
Imitons donc, à cet égard, cette Nation
extraordinaire, & suivons les préceptes suivans d'un de nos plus célèbres Concitoyens :
u Dans les affaires, dit-il, qui dérivent des
» contrats civils ordinaires, la loi ne doic
» point permettre la contrainte par corps,
« parce qu'elle fait plus de cas de la liberté
» d'un Citoyen que de l'aisance d'un autre ;
tous les moyens
possibles de cultiver & d'améliorer leurs biens.
Imitons donc, à cet égard, cette Nation
extraordinaire, & suivons les préceptes suivans d'un de nos plus célèbres Concitoyens :
u Dans les affaires, dit-il, qui dérivent des
» contrats civils ordinaires, la loi ne doic
» point permettre la contrainte par corps,
« parce qu'elle fait plus de cas de la liberté
» d'un Citoyen que de l'aisance d'un autre ; --- Page 488 ---
[texte_manquant] h filais dans les conventions qui dérivent
« du Commerce, la loi doit faire plus de cas
» de l'aisance publique que de la liberté
j, d'un Citoyen; ce qui n'empêche pas les
si restrictions & les limitations que peuvent
» demander l'humanité & la bonne police. On pourrait, dans nos Isles, laisser subMerles Réglemens aftuels pour les dettes qui
sont déjà faites ; mais il sera indispensable d'en
faire de nouveaux pour celles que les Colons
contracteront à l'avenir. Il sera même justé
d'exiger d'eux, qu'ils prennent des airangemens pour les dettes anciennes, & qu'ils
soient sournis pour les nouveaux engagement
qu'ils prendront à ce sujet, à toute la sévérité des loix nouvelles. Les ouragans, & les
autres accidens, auxquels sont exposés les
fortunes Coloniales, engageront, sans doute,
le Légiilateur à apporter à la loi qui établira
la saisie réelle, quelques modifications relaj
tives à ces événemens ; mais il faudra que
ces modifications soient très-sages & trèsbornées, parce que c'est le Colon, & non
le Créancier, qui court les hazards de la
fortune, & que par conséquent il doit être
seul victime des revers de cette dernière j
comme il est seul l'objet de ses faveurs. Le crédit étant la base fondamentale des
Colonies, --- Page 489 ---
8t - - ^ Colonies ) il conviendra ) pour ranimer &
assurer pour toujours celui de nos Isles,
d'établir dans chacune d'elles un Bureau
d'hypothèques où seront conlignés, avecexac»
titude, un tableau des dettes de chaque habi.
tantl. Se un état de Ces possessions. Au moyen
de cet établissement, le Négociant, à qui un
Colon demandera des emprunts, connaissant
la position de ce dernier> sera parfaitement
instruit du deglé de sûreté qu'aura sa créan*
ce, & il s'empreiïera de lui fournir tous ses
objets de donsommation, Se tout ce qui lui
fera nécessaire, sous la redevance d'un intérêt modique. Ce Bureau d'hypothèques sera^
sans doute, désavantageux à ceux qui doiVent autant, ou plus qu'ils ne possèdent;
mais ce nombre est très-petitî d'ailleurs, ou
est la justice que la loi. protège le débiteur
.plutôt:que le créancier ? ...
an*
ce, & il s'empreiïera de lui fournir tous ses
objets de donsommation, Se tout ce qui lui
fera nécessaire, sous la redevance d'un intérêt modique. Ce Bureau d'hypothèques sera^
sans doute, désavantageux à ceux qui doiVent autant, ou plus qu'ils ne possèdent;
mais ce nombre est très-petitî d'ailleurs, ou
est la justice que la loi. protège le débiteur
.plutôt:que le créancier ? ... Il faudra aller encore plus loin* l'Administration delà justice, dans les Colonies Françaises,
cst tellement remplie d'entraves, de formalités, & elle esi si effrayante par; les longueurs
& les dépenses qu'elle occasipnue, qu'il n'y
a que de très-grands intérêts, jjui pAiiiïenc
déterminer le créancier à la solliciter , & que
le débiteur sc trouve ainsi toujours favorisé --- Page 490 ---
[texte_manquant] 11 faudra donc la Amplifier, & s'écartant des
principes qui serviront de base à la Confli*
tution judiciaire du Royaume, ne suivrc'
dans cette opération que les préceptes dtf
l'immortel Montesquicu. Les affaires de Corn-1
merce, (&"telles sont toutes les affaires qui
se font dans les Colonies); « les affaires' dd
» Commerce, dit-il font peu susceptibles
» de formalités : ce sont des avions de chai
» que jour, que d'autres de même nature
» doivent suivre chaque jour. Il faut dond
» qu'elles puissént sc terminer chaque jour •
» enfin, ajôute-t-il, dans les places de Comy merce , il faut beaucoup de Loix, mais peu
» de Juges ». En donnant des loix aux Créoles j il fera
effentrél d'avoir égard aux influences du
climat qu'ils habitent, & on ne pourra
regarder comme bonnes loix que celles qui
s'opposeront d'une manière efficace aux vices
de ce climat £ parmi ces vices , celui qu'il
importera le plus de corriger, fera l'éloignenient invincible qu'ont les Créoles pour le
travail : ce vice a été très - funeste nortseulement aux Colonies, mais encore aux
Métropoles, par le tort qu'il a fàit aux cultures
des premières, & il làur sera toujours, par cette --- Page 491 ---
s ♦ «, F 3 raiCon, extrêmement nuisible; un Législateur
adroit pourfa te servir avec succès, pouf le
Corriger, de l'amour-propre & de la vanité
qui sont naturels aux Créoles ; il tirera parti
de ce moyen, s'il crée des honneurs & des
marques de distinction pour ceux qui aue
ront perfectionné leurs cultures, qui en aU4
font établi de nouvelles j ou qui auront inVenté ou perfedionné des choses utiles ;
l'opinion sévère qui existe dans ce moment;
sur l'égalité, condamnera, sans doute d 'abordo
Ces marques distinctives , filais l'utilité qui
en résultera pourra peut-être en faire pardonner la création. Il sera encore très-avantageux de chercher
à modérer le goût de§ Créoles pour la d¿a
pense, & à leurinspirer plus de fidélité, qu'ils
n'ont, pour leurs engagemens * & plus de dé*
licateffe pour leurs créanciers. Il faudra pour
cela supprimer la loi dont nous avons déja
parlé, qui défend la contrainte par Corps i
l'amour-propre du Créole achevera le reste,
si on déclare indigne des charges & de la
confiance publique celui qui aura, par son
inconduite, contradé des dettes qu'il ne pourra
payer > ou bien si l'on suit cette loi de Genève, qui exclut des magistratures le fils
de celui qui est mort insolvable * à moins
licateffe pour leurs créanciers. Il faudra pour
cela supprimer la loi dont nous avons déja
parlé, qui défend la contrainte par Corps i
l'amour-propre du Créole achevera le reste,
si on déclare indigne des charges & de la
confiance publique celui qui aura, par son
inconduite, contradé des dettes qu'il ne pourra
payer > ou bien si l'on suit cette loi de Genève, qui exclut des magistratures le fils
de celui qui est mort insolvable * à moins --- Page 492 ---
qu'il ne paie les dettes de son père. Cette
loi aura cet effet d'assurer les fonds des Négocians, d'augmenter le crédit des Créoles & de modérer le penchant irrésistible
qui les entraîne aux plaisirs & à leur ruine. --- Page 493 ---
8; F 2 QUATRIEME PARTIE. De l'affranchissement des Nègres , qui a été
proposé à l'Assemblée nationale. DANS un moment où l'Europe entière a
les yeux ouverts sur le projet de l'assranchiflement des Nègres, & où des sociétés
nombreuses , & même les Assemblées augustes
des deux Nations les plus pui1Tantes de
l'Univers en font l'objet de leurs discusfions , tout individu serait coupable, s'il ne
faisait part des réflexions que les lieux Se
les circonflances peuvent lui avoir suggérées sur une matière dont la décision doit
avoir de si grandes conséquences. Le séjour
que j'ai fait dans les Colonies ,& le soin avec
lequel j'ai étudié l'esprit général du Nègre,
ainii que les rapports de sa servitude avec
les Colonies & avec toute l'Europe , m'ont
fourni le sujet de quelques méditations, dont
je vais présenter le résultat sans enthousiasmc
& sans partialité : je prie tous ceux qui jet.
teront les yeux sur cet essai , de ne pas
en entreprendre la leéture , s'ils ont déjà leur --- Page 494 ---
8 6 ** opinion établie : certainement il ne les intéresserait pas ; mais s'il se trouve quelqu'un
exempt d'enthouûaime & de prévention ,
& qu'il veuille considerer la chose de fang
froid , il pourra, peut-être, parcourir cet ouvrage avec quelque intérêt, Le Philosophe , qui ne consulte que 1O
droit. naturel, s'est toujours révolté contre
l'esclavage des Nègres; l'homme d'Etat, qui
cst obligé de se conduire d'après le droit
politique, a senti qu'il pouvait être nécef-
■ saire à un Etat, & il l'a autorisé: le Législateur , enfin , qui a égard non-seulement au
droit naturel & au droit politique , mai,
encore aux influences du climat & au çaratière des hommes, a pense qu'on pourrait le tolérer dans quelques pays, en mettant de justes bornes aux droits du maître
ôc au devoir de l'elclave. Nous donnerons
notre opinion, après avoir exposé les raisons
de ceux qui condamnent l'esclavage des
Nègres & celles des gens qui l'approuvent. Raisons de ceux qui condamnent l'esclavage
des Nègres, •* ♦ • • LA nature a accordé la liberté à tous les
êtres qu'clle a produit & son intention n'a --- Page 495 ---
F 4 pas été que quelques-uns d'entr'eux fuÍfent:
sacrifiés aux autres. ,. : Le droit des gens nous commande de
respecter dans les autres ce que nous voudrions qu'on respectât en nous. Le sentiment de l'humanité , qui doit-être
le caradère principal de l'espèce humaine,
doit nous porter à traiter avec douceur nos
semblables, & par conséquent, doit nous
inspirer de l'aversion pour l'établissement
.d'une loi qui rend quelques-uns de nous maltres absolus de la vie, de la liberté & des
biens des autres.
és aux autres. ,. : Le droit des gens nous commande de
respecter dans les autres ce que nous voudrions qu'on respectât en nous. Le sentiment de l'humanité , qui doit-être
le caradère principal de l'espèce humaine,
doit nous porter à traiter avec douceur nos
semblables, & par conséquent, doit nous
inspirer de l'aversion pour l'établissement
.d'une loi qui rend quelques-uns de nous maltres absolus de la vie, de la liberté & des
biens des autres. L'homme qui n'a pas secoué toute espèce
de sentiment humain . ne saurait consentir,
sans horreur, à faire un Commerce qui porte
le père à vendre son sils y le fils ion père,
& les frères à se trafiquer entr'eux : il ne
saurait voir, sans frémir , un pays immense
ravagé, sans celle, par des guerres dont le
seul motif ch de faire des prisonniers pour
les vendre aux Européens. Il ne peut y avoir que des ames féroces
qui puissent se décider à présenter dans les
marchés une denrée qui leur ressemble parfaitement, soit du côté de l'organisation
physique, soit du côté des facultés morales ;
& il n'y a que des monstres qui puissent --- Page 496 ---
S8 user du droit de frapper & d6 mutiler &
volonté leur semblable. Enfin, il est ridicule de prétendre tenir
dans une enfance continuelle des gens par.
venus à un âge adulte, & à une vieillefTc
cassée. D'ailleurs, ajoute-t-on , si la liberté était
accordée aux Nègres qui travaillent nos Isles ,
on verrait les habitans de l'Afrique désertcr
en foule leur patrie pour se rendre dans nos
Colonies, où ils seroient attirés par la douceur- de notre gouvernement ,, par nos
moeurs, nos usages, & par notre manière
de vivre. Ainsi il n'y a que le luxe , la volupté , l'avidité & l'atrocité qui ayent pu solliciter
les loix qui ont autorisé l'esclavage des
Nègres, & il n'a pu y avoir qu'un Minisire
dur & féroce, tel que le Cardinal de Richelieu, qui ait pu les établir. Raisons de ceux qui approuvent la servitude
< - des Nègres» ♦ • • ♦ ♦ » • • • • » • LE sucre, le café, l'or , ensin , toutes les
denrées Coloniales étant devenues, dans les
deux derniers siècles, des objets de besoin & --- Page 497 ---
8g Ínême de première nécessité pour toute l'Eu.;
rope, & pour une grande partie de l'Univers
entier, on a cru que le droit politique pouvait
faire sacrifier un million d'hommes au bon*
heur de plusieurs millions d'autres hommes.
La loi qui les a condamnés à l'esclavage a
été d'autant moins injuste, que le Légiliateur,
en l'établissant n'a fait que retenir dans la
servituje, des hommes qui étaient nés efclaves , & dont il a rendu le sort infiniment
plus doux dans nos Isles qu'il n'était chez
eux : ainsi, pour que l'humanité fut en droit
de réclamer contre leur esclavage, il faudrait qu'elle commençât par aÍfurer leur
liberté & leur bonheur dans l'Afrique : ce
qui est encore impossible.
ant moins injuste, que le Légiliateur,
en l'établissant n'a fait que retenir dans la
servituje, des hommes qui étaient nés efclaves , & dont il a rendu le sort infiniment
plus doux dans nos Isles qu'il n'était chez
eux : ainsi, pour que l'humanité fut en droit
de réclamer contre leur esclavage, il faudrait qu'elle commençât par aÍfurer leur
liberté & leur bonheur dans l'Afrique : ce
qui est encore impossible. 2,° L'intempérie du climat de nos Colonies mettant les Européens hors d'état d'y
résister aux travaux nécessaires pour l'exploitation des mines & pour la culture
des terres, on a dû se servir des habitans
de l'Afrique , qui, étant nés sous le même
climat que celui de nos Isles , étaient plus
propres à y soutenir la fatigue d'un travail pénible. D'un autre côté , la chaleur
du climat énervant les facultés physiques,
& disposant invinciblement au repos , il a
fallu faire les Nègres esclaves , afin de les. --- Page 498 ---
po porter au travail par la crainte de châtiment. ' 3.? L'esclavage auquel on a condamné
les Nègres est d'autant moins révoltant, que
les foins de leur existence les occupant en
entier dans leur pays , il doivent être, & ils
sont en effet très - contens de trouver dans
nos Colonies leur nourritures & leur vêtement assurés; d'un autre*côté, il s'en faut
beaucoup que leur sort foit aussi affreux qu'on
le pense ; il doit être regardé , au contraire ,
comme étant infiniment plus doux que celui
des Polonois, des Russes, & même d'une
infinité de paysans Français & Anglais. En
effet, ils sont occupés à des travaux moins
pénibles que ces derniers, puisqu'ils ne font
que gratter la terre au lieu de fouiller ; en
outre, ils ne travaillent pendant toute l'année,
en comptant les Dimanches & les Fêtes, que
lept heures & demie, sur les vingt-quatre,
4; tandis que nos paysans travaillent au moins
le double de tems ; ensin, ils sont mieux
nourris & mieux traités que la plupart de ces
derniers ; & on peut dire qu'ils font plus
heureux à toutes sortes d'égards, parce qu'ils
ne connaissent pas le sentiment de la liberté,
dont la privation paraît être un si grand supplice aux yeux d'un Français & d'un Anglais. --- Page 499 ---
Ce n'est pas enfin, ajoute-t-on, la traite
des Nègres qui a suscité les guerres qui
dévastent l'Afrique \ les Voyageurs assurent
qu'avant que les Européens eussent entrepris
ce Commerce , Its Souverains de cette partie du monde étaient sans cesse armé* les
uns Contre les autres, & que le Nègre ne
pouvant être animé, ni par l'ambition, ni
par aucun des ressorts qui vivifient l'homme
civilisé, l'état de guerre lui était devenu,
pour ainsi dire , un état nécessaire. Telles sont les raisons du Philosophe qui
condamne l'esclavage des Nègres, & celles
de l'homme d'Etat qui a cru devoir l'autoriser : nous allons voir si un juste milieu entre
ces deux opinions, c'est-à-dire, l'adouciflenient de cette servitude, ne pourrait pas
tranquilliser la délicatesse de l'un, & lui
faire pardonner la sévère politique de l'autre.
Nous parlerons d'abord de la manière dont
le Nègre considère lui-même son esclavage & nous examinerons ensuite les effets
qui résulteront de son affranchissement ,
soit pour lui-même, foit pour l'Univers
entter.
allons voir si un juste milieu entre
ces deux opinions, c'est-à-dire, l'adouciflenient de cette servitude, ne pourrait pas
tranquilliser la délicatesse de l'un, & lui
faire pardonner la sévère politique de l'autre.
Nous parlerons d'abord de la manière dont
le Nègre considère lui-même son esclavage & nous examinerons ensuite les effets
qui résulteront de son affranchissement ,
soit pour lui-même, foit pour l'Univers
entter. --- Page 500 ---
p 2 Manière dont les Nègres considèrent leur
efc lavage. Les Nègres qu'on achete sur la côte d'Afrique , sont tous des hommes que des maîtres cruels tenaient déjà dans une servitude
plus affreuse que celles qu'ils éprouvent dans
nos Colonies ; ou bien, des prisonniers que
le droit de la guerre avait comdamnés à
une mort certaine, ou bien , enfin , des malfaiteurs qui, s'étant rendus coupables de
quelque crime, n'avaient à attendre que la
mort, ou une punition équivalente: nous
les dérobons à leur horrible sort, en allant
les acheter. Un pareil motif fut autrefois
suffisant pour engager les Romains à établir
l'esclavage chez eux : ils le firent pour dérober à.lamorc, les prisonniers qu'ils faisaient. On rend donc un véritable service à la
plus grande partie des Nègres qu'on tire
des côtes d'Afrique en allant les acheter;
aussi plusieurs m'ont-ils affuré que ce fût
avec reconnaissance qu'ils reçurent les fers
que leur apportèrent les Européens: ceci
paroîtra un paradoxe aux yeux du Philosophej mais c'est une vérité certaine: d'un --- Page 501 ---
5>5 autre coté, les Nègres reconnaissent dans
la nature des blancs, une supériorisé si
marquée, qu'ils ne répugnent nullement
à être leurs enclaves : je n'en ai vu aucun
qui ne m'ait dit, qu'il y avait entre le blanc
& lui, une si grande distance, qu'il était
fait pour le servir, & qu'il était très-content
de san sort aétuel, lorsqu'il avait affaire à
un bon Maître , & qu'il avait sa nourriture
& son vêtement assurés ; tous les Nè-«
gres sentent si bien cette supériorité des
blancs, que depuis l'établissement de leur
esclavage , on n'a peut-être pas, dans toutes
les Colonies, vingt exemples de Nègres
qui ayent attenté à la vie de leur Maître ;
lorsqu'ils ont voulu se venger de lui, ils ont tué
ses animaux ou ses autres Nègres; mais
jamais ils n'ont exercé leur vengeance sut
ses jours. L'idée feule de ce crime, a toujours
été pour eux si horrible que 4le plus violent
ressentiment ne les a presque jamais portés
à le commettre.
esclavage , on n'a peut-être pas, dans toutes
les Colonies, vingt exemples de Nègres
qui ayent attenté à la vie de leur Maître ;
lorsqu'ils ont voulu se venger de lui, ils ont tué
ses animaux ou ses autres Nègres; mais
jamais ils n'ont exercé leur vengeance sut
ses jours. L'idée feule de ce crime, a toujours
été pour eux si horrible que 4le plus violent
ressentiment ne les a presque jamais portés
à le commettre. - Il n'y a pas de Nègre, parmi ceux qui ont
affaire à un boit Maître, qui' changeât son
sort aftuel contre celui dont il jouissait en
Afrique, & si on a vu quelques, esclaves se
f orter au désespoir, &-se détruire, on ne doit
en chercher la cause que dans l'idée o. ils --- Page 502 ---
$4 font, en partant d'Afrique, qu'ils doivent
servir à la nourriture des Rlancs, ou bien
dans la rigueur des loix qui n'ont mis aucune
borne réelle à l'inhumanité d'un Maître batibare. J'ai essayé plusieurs fois de fonder les
Nègres à ce sujet, je leur ai proposé de les
acheter) de les rendre libres > & de.les Envoyer chez eux; mais je n'en ai trouvé
aucun qui m'ait pris au m-ot: au conr
traire, ils m'ont tous. paru avoir honte de
parler de leur pays; il m'ont paru chercher
à en effacer jusqu'au souvenir, au point dô
sa voir mauvais gré à ceux qui leur en parlaient i
je les ai toujours vus mépriser les mœurs
& les usages de ceux de lèurs compatriotes
qui arrivaient d'Afrique; je les ai vus ne
prendre aucun intérêt à ces derniers^ leâ
dédaigner, & se refuser même à leur servit
d'interprètes , parce qu'ils étaient '■ honteux
de témoigner quz, leur origine était la
même. Ils tentent donc la snpériorité de
leur exislence dans nos Ines sur celle dont ils
jouissaient en Afrique,&loin defetiroire humiliés par leur eselavage, ils se regardent comme
des êtres supérieurs à leurs, compatriotes.
Enfin, on' a reconduit plusieurs fois des.
Nègres en Afrique , foit comme domestiques, soit comme matelots maigre U --- Page 503 ---
♦
S prétendue dureté de leur esclavage dans
nos Isles, aucyn n'a été tenté de resletdans son pays natal. Le Philosophe qui plaide contre l'esclavage des Nègres, ne raisonne que d'après la
manière dont il sent qu'il serait affcété luimême s'il était condamné à subir leur tort.
Il n'a égard, ni au peu de sensibilité du
Nègre., soit dans. le phy%ue, soit dans
le moral, ni à l'état de servitude dans lequel
il a été élevé dans son pays; ni enfin,
à la manière dont ce Nègre confidère son
état; mais qu'il aille lui-même l'étudier &
interroger sa façon de penser, ôc il verra
qu'il a pris à son fort bien plus, d'intérêt
qu'il n'y prend lui-même;: une. preuve do:
cette vérité, c'est qu'on n'a pas encore vu
les Nègres faire un digne effort pour sc
procurer leur liberté, quoique dan^ toutes
nos Colonies, .ils soient neuf ou dix con^
tre un , & qu'ils soient plus en état que les
Blancs d'y soutenir la fatigue d'une guerre.
de penser, ôc il verra
qu'il a pris à son fort bien plus, d'intérêt
qu'il n'y prend lui-même;: une. preuve do:
cette vérité, c'est qu'on n'a pas encore vu
les Nègres faire un digne effort pour sc
procurer leur liberté, quoique dan^ toutes
nos Colonies, .ils soient neuf ou dix con^
tre un , & qu'ils soient plus en état que les
Blancs d'y soutenir la fatigue d'une guerre. Il ne faut donc pas croire que l'esclavage
rende les Nègres aussi malheureux qu'on le
pense communément. If est de fait. que le
malheur , n'est autre chose qu'un changement d'habitudes; ainû les Nègres ayant été
faits à l'esclavage des leur plus bas âge, & l'ex- --- Page 504 ---
c6 périence ayant appris que l'homme s'accoutiH
niait à tout, même à la servitude , lorsqu'elle
n'était pas trop dure, il s'ensuit que le Nègre
doit voir son état avec moins d'horreur qu&
nous ne le voyons nous-mêmes. -i Effets qui rtfulteront de l'affranchissement dit,
' Nègres • • • * • • * 4 4 . * * • < ♦ » J: , LES Colonies seront anéanties , si on prononce la liberté des Nègres, parce qu'il est
impossible d'espérer qu'elles soient jamais cyl*
tivéesni par des Européens, ni par des Nègres
libres. En effet, le mépris qui est. attaché
au travail dans les Isles, & les ardeurs; du
climat éloigneront toujours les Blancs, foie
Européens, soit Créoles, de la culture de
la terre : les partisans delalibertcdes Nègres,
ont eu cependant beaucoup de confiance
dans cet espoir ; mais est-il raisonnable d'e[.
pérer que les produits de l'agriculture feront un motif allez puinant pour faire expatrier tous les Blancs néceiTaires à la culture des Isles, puisque, malgré les avania-'
ges incomparablement plus gtands qu'ils y
trouvent dans ce moment, il y en passe à
peino uû allez grand nombre pour diriger
les --- Page 505 ---
[texte_manquant] G les Nègres, & que nos Colons ont souvent
obligés de faire venir des économes Anglais t
Qu'on se rappelle ces premiers tems où les
Isles furent cultivées par les Européens,
ces tents où une foulé d'Aventuriers y affluait de tous côtés , ces tems , enfin, où
le travail, & sur-tout la culture, y étaient
honorés; à peine y pouvait-on cultivet
trn peu de tabac , même après que tous
les Flibustiers se furent changés en Cultivateurs. Ce ne fut qu'après y avoir introduit les Africains, que les Colonies commencèrent à fleurir , & ce n'est que par
leur secours qu'elles se font avancées peuà-peu vers cet état de prospérité, qui étonne
encore l'Europe. Croit-on que les Européens
d'aujourd'hui, amollis par le luxe Se énervés
par la mollesse de nos villes , auront des bras
plus nerveux que ces vigoureux Flibustiers,
dont les travaux & les exploits font encord
incroyables ? L'exemple récent des six mille
Allemands, qui entreprirent de cultiver des
terres à la Martinique > il y a quinze ans , &
qui furent tous viéhmes du climat en moins
d'un an, achève de nous démontrer que les
Isles ne seront jamais mises en valeur par les
Européens. J'ai entendu quelques petfonnes
citer à ce fuj et l'exemple des Colonies Anglais
libustiers,
dont les travaux & les exploits font encord
incroyables ? L'exemple récent des six mille
Allemands, qui entreprirent de cultiver des
terres à la Martinique > il y a quinze ans , &
qui furent tous viéhmes du climat en moins
d'un an, achève de nous démontrer que les
Isles ne seront jamais mises en valeur par les
Européens. J'ai entendu quelques petfonnes
citer à ce fuj et l'exemple des Colonies Anglais --- Page 506 ---
fcs de l'Amérique Septentrionale; mais ces personnes ne font pas attention que les Américains cultivent les mêmes denrées que les
Européens, qu'ils se trouvent sous les mêmes
latitudes, & qu'ils jouissent de la même
température que ces derniers. Il n'est pas moins ridicule d'espcrer que
les Nègres, une fois devenus libres, continueront à cultiver nos Colonies r former
un tel espoir, c'cst connaître bien peu le
goût & les passions de ces individus. En effet,
le repos & l'oisivcté étant le penchant le
plus irrésistible du Nègre , & cet individu
ne pouvant être porté au travail que par
la crainte du châtiment, il est certain que,
si on prononce sa liberté , il reprendra sa
première manière d'exister, qui est de vivre
vagabond & désœuvré : ainsi , nos Colonies,
loin de devenir le séjour de la liberté &
du bonheur , ne feront habitées que par des
Sauvages qui ne profiteront de leur liberté,
que pour vivre Hans l'abrutissement, & pour
être les instrumens mutuels de leur malheur.
Le soin même de leur nourriture ne les attachera pas au travail de la terre , parce
que les pays chauds leur fourniront abondamment , sans culture , tout ce qu'il leur
faudra pour vivre i le sentiment de l'intérêt, --- Page 507 ---
[texte_manquant] ,- G 2 ni tout autre qu'on cherchera à leur inspirer
n'auront pas plus d'effet sur eux, parce que
le Nègre , une fois rendu libre,, n'aura qu'in*
finiment peu de besoins , & que , par son
caradère , il sera insensible aux effets de
l'amour-propre & à l'empire des distindions
qu'on imaginera de créer pour l'encourager
au travail. L'exemple de ceux qui ont été déjà affranchis, est décisif à cet égard, & il doit
être d'un bien grand poids dans lesconsidéra«
tions qui serviront de base aux Légisîateurs
des Nègres ; ils seraient coupables d'ignorer
que les terres qu'on leur a concédées à font
encore en friche où bien ne sont cultivées
que par les esclaves qu'ils le sont procurés , & que l'appas de l'intérêt a été toujours hors d'état de vaincre leur penchant
au repos. L'état dans lequel vivent leurs
Compatriotes , en Afrique , confirme ce que
nous disons de leur paresse naturelle. Les
Africains pourraient, s'ils le voulaient, accumuler chez eux toutes les richesses que
possèdent nos Colonies, puisque, se trouvant
sous les mômes latitudes , ils pourraient
cultiver les mêmes denrées jamais ils aiment
mieux être pauvres & vagabonds & ne pal
s'astreindre au travaiL
L'état dans lequel vivent leurs
Compatriotes , en Afrique , confirme ce que
nous disons de leur paresse naturelle. Les
Africains pourraient, s'ils le voulaient, accumuler chez eux toutes les richesses que
possèdent nos Colonies, puisque, se trouvant
sous les mômes latitudes , ils pourraient
cultiver les mêmes denrées jamais ils aiment
mieux être pauvres & vagabonds & ne pal
s'astreindre au travaiL --- Page 508 ---
Il faut donc s'attendre, d'une manière certaine , que les Nègres une fois affranchis,
nos Colonies ne seront cultivées ni par eux,
ni par les Européens. Mais je suppose, contre
toute vraisemblance , que l'appas de l'intérêt
devienne un motif assez puiiTan tpour faire sur.
monter aux Nègres leur répugnance naturelle
pour le travail , ou qu'il passe dans nos
Isles un assez grand nombre de Blancs, qui,
bravant les préjugés & les ardeurs du climat, consentent à s'y livrer à l'agriculture ;
il n'en résultera pas moins l'anéantissement
de nos Colonies. En effet, les biens des Illes
exigeant la réunion d'un grand nombre de
bras ne seront jamais exploités, si un seul
Maître n'a une grande quantité d'ouvriers à
sa disposition ; une sucrerie , par exemple ,
pour donner à son propriétaire des produits
avantageux, demande au moins cent Nègres
travaillans , & si elle n'en a que trente ou
quarante , ses produits payent à peine ses
dépenses. Comment peut-on espérer que cent
personnes libres confondront leurs intérêts
& s'entendront allez bien pour réunir tous
leurs efforts vers le même but ? Comment
peut-on espérer que le choc de cent opinions libres pourra permettre de porter dans
la culture des cannes, cette adivité , & --- Page 509 ---
G 3 cette uniformité de travaux, sans lesquelles une sucrerie ne saurait être de nulle
valeur ? Les Manufacturiers de France occupent,
bien dira-t-on, plusieurs centaines d'individus
sous la diredion d'un seul ; mais cet objec
de comparaison ne saurait être d'aucune valeur pour les Illes, parce que les préjugés
qui y existent & qui tiennent, non à des
circonstances passagères, mais au climat, nous
empêchent d'espérer qu'un homme libre, soit
Nègre , soit Blanc , se décide à travailler
sous les ordres, & pour la fortune d'un autre.
Personne ne voudra travailler que pour son
compte & chacun se refusera de se mettre
aux gages d'un autre : il serait infiniment
dangereux de sc faire illusion là-dessus. Pour
moi j'en parle d'après les connaissances que
j'ai acquises sur les lieux, & certainement
tous ceux qui ont étudié les moeurs & l'esprit qui régnent avec empire dans les pays
chauds, seront de mon avis. L'affranchissement des Nègres ne peut donc
pas manquer d'entrainer l'anéantissement
de nos Colonies, & par conséquent d'étouffer la source des richesses & de l'éclat de
la France; mais il se présente ici une opinion
qui est venue à la suite du projet de l'af- --- Page 510 ---
[texte_manquant] franchissement des Nègres, & qui trouve
aujourd'hui un grand nombre de panisansj
c'est que la France , en perdant ses Colonies,
ne sera que plus heureuse & plus riche:
l'importance de cette opinionnous a engages
à en examiner la solidité.
de nos Colonies, & par conséquent d'étouffer la source des richesses & de l'éclat de
la France; mais il se présente ici une opinion
qui est venue à la suite du projet de l'af- --- Page 510 ---
[texte_manquant] franchissement des Nègres, & qui trouve
aujourd'hui un grand nombre de panisansj
c'est que la France , en perdant ses Colonies,
ne sera que plus heureuse & plus riche:
l'importance de cette opinionnous a engages
à en examiner la solidité. la France peut-elle réellement se pajscr de ses
Colonies ?. Les partisans de cette opinion disent, que
les dépenses nécessaires pour la protection
des Isles, & pour .les guerres fréquentes que
nécessite leur défense, doivent être évaluées
chaque année à cent millions tournois, &
qu'avec une pareille somme, nous pourrions
payer, 6c au-delà, toutes les denrées Coloniales dont nous avons besoin pour notre
consommation: mais cette observation est
entièrement illusoire. En effet, quoique les
dépenses néceïïaires pour notre marine &.
pour nos guerres maritimes, soient certainement une charge pour la Nation, on ne
peut pas dire, qu'elles soient pour elle une
perte réelle, parce que la plus grande partie
resle entre les mains des Français, sans
(ortir de l'Etat, & que les bois de conf- --- Page 511 ---
io3 .. 1 G 1 truélion &: le goudron que nous tirons des
- Provinces du Nord, 'sont payés avec les
denrées Coloniales, & avec celles de notre
' sol & de nos Manufactures ; si nous sommes obligés, au contraire, de tirer le sucre
& le café de chez l'Etranger, la solde que
nous en ferons, sera une perte réelle & irréparable pour le Royaume ; aucun Français
n'en profitera, & les richesses de la Nation,
décroîtront' tous les ans, en raison des
~ sommes employées au payement de ces
denrées, sans compter que nos rivaux,
devenant alors nos seuls Fournisfeursmettront
à ces denrées des prix arbitraires. D'un autre côté, il ne faut pas se diffimuler. que ces dépenses énormes contre
lesquelles on se récrie, ne tiennent nullement à la nature du Commerce que nous
faisons avec les Colonies: elles ne tiennent absolument qu'aux circonflances politiques où nous nous trouvons, & le tems
n'est pas éloigne, où vraisemblablement ces
circonstances vont disparaître. En effet ,
les efforts & les voeux mutuels qui se
font dans ce moment, tant en France qu'en
Angleterre, pour le rapprochement commercial des deux Nations, & pour le maintien d'une paix durable entr-elles, semblent --- Page 512 ---
Ï04 annoncer cette heureuse révolution ;, il
faut espérer que le systêine de paix ôc d'é.
quité générale qu'ont adopté depuis quel.,
ques tenis les deux Ministères , nous conduiront bientôt à çette heureuse époque ; alors
plus de marine , plus de guerres à craindre
& plus de frais pour la défense de nos Colonies ; alors tous leurs produits seront
quittes pour la France, & elle n'aura plus
qu'à en jouir.
--- Page 512 ---
Ï04 annoncer cette heureuse révolution ;, il
faut espérer que le systêine de paix ôc d'é.
quité générale qu'ont adopté depuis quel.,
ques tenis les deux Ministères , nous conduiront bientôt à çette heureuse époque ; alors
plus de marine , plus de guerres à craindre
& plus de frais pour la défense de nos Colonies ; alors tous leurs produits seront
quittes pour la France, & elle n'aura plus
qu'à en jouir. Les Indiens, dit-on encore, çultiveront
toutes les denrées Coloniales, & au lieu ,
de les aller chercher en Amérique, nous
irons les chercher dans l'Inde; mais a-t-on
jamais sérieusement réfléchi sur cette proposition f A-t-on jamais pensé aux frais
de transport, aux risques & auæ révolutions
dans le Commerce que le Despotisme
indien rend très-fréquentes? A-t-on quelquefois réfléchi, que malgré l'encourager ment donné, tantôt au Commerce Français porté librement dans l'Inde, tantôt
& des Compagnies privilégiées, la France,
Join d'y faire un Commerce avantageux,
p'y a jamais éprouvé que des pertes considérables, quoiqu'elle y ait quelquefois agi
en Souveraine ? Enfin, a-t-on quelquefois
pensé, que malgré le peu d'objets que --- Page 513 ---
[texte_manquant] nous tirons dans ce moment de l'Afie ,
les denrées Européennes que nous trouvons
à y introduire, ne payent pas la moitié
de celles que nous en exportons, & que
nous sommes obligés de payer le surplus
en numéraire? Que sera-ce, quand il faudra
encore en tirer tous les ans, pour près de
cent millions de sucre, de café, de coton,
& d'indigo ? Quelles seront les mines qui
fourniront à la France une quantité de
numéraire suffisante pour les payer? Enfin, on a dit que la France, dans le
quinzième siècle, se passait de denrées
Coloniales, & qu'elle pourrait également
s'en paller aujourd'hui. Raisonner ainsi , c'est
certainement connaître bien peu le changement qui s'eH: fait depuis cette époque
dans les esprits, dans les goûts tant moraux
que physiques, dans les systèmes commerciaux, enfin, dans les rapports politiques
de tout l'univers. Tel est l'état aduel des
choses. que le sucre & l'indigo, qui étaient
inçonnus dans le quinzième siècle, sont
devenus pour la France, des objets de
première nécessité, & qu'elle en confommera, tant qu'il exiflera un pays qui pourra
lui en fournir. Il est donc de la sagesse
de son Gouvernement, de conserver des
dans les systèmes commerciaux, enfin, dans les rapports politiques
de tout l'univers. Tel est l'état aduel des
choses. que le sucre & l'indigo, qui étaient
inçonnus dans le quinzième siècle, sont
devenus pour la France, des objets de
première nécessité, & qu'elle en confommera, tant qu'il exiflera un pays qui pourra
lui en fournir. Il est donc de la sagesse
de son Gouvernement, de conserver des --- Page 514 ---
io6 contrées où elle peut acheter ces objets
avec les produits de son sol, & de rejetter
tout systême qui voudrait qu'elle allât chercher ces denrées dans un pays insiniment
puis éloigné, où elle ne pourrait les avoir
qu'à un très-haut prix & où elle ne pourrait apporter en échange que du numéraire. La France, dans l'état de détresse où elle
se trouve , doit conserver ses Colonies avec
d 'autant plus de soin que le Commerce avantageux qu elle fait avec elles, lui fournira les
seuls moyens qu elle ait d'acquitter les dettes
énormes dont elle est obérée : elle ne doit
pas se dissimuler que ce Commerce a été
la seule source de prospérité qui lui a procuré
la splendeur dont elle jouit aujourd'hui, &
qui a presque décuplé ses richesses depuis
le quinzième siècle. Elle ne doit pas oublier
que c 'est le Commerce seul de l'Amérique
qui soutient celui que nous saisons avec tout
le nord de l'Europe, avec toute l'Afrique ,
& qui nous fournit les moyens de faire celui
de l'Inde , de la Chine &- de toute l'Asie.
Des calculs exacts prouvent que les Colonies
font entrer tous les ans dans le Royaume
pour près de iSo millions tournois de denrées
dont une très-grande partie cst réexportée
chez les étrangers : ils prouvent aussi que --- Page 515 ---
1°7 le Commerce Colonial fait sortir en même
tems de la France une Tomme égale en
produits de son sol & de ses manufactures ;
enfin, il est démontré que ce Commerce occaiionne dans l'Etat une circulationannuelle
de plus de six cents millions tournois, donc
une très-grande partie est un bénéfice réel
pour le Royaume. Je demande comment la
France, si elle se prive de ses Colonies,
pourra remplacer une telle source d 'adivité,
d'industrie & de commerce, & comment
elle pourra prévenir la ruine nécessaire qui
en résultera pour nos Artisans, nos Négocians & nus Marins ? Si un enthousiasme
d'humanité & de liberté générale lui fait
prononcer la liberté des Nègres, ou, ce qui
est la même chose, ainsi que nous l'avons
vu, l'anéantissement des Colonies ; il faut
s'attendre que toutes nos villes & p aces
de Commerce seront abandonnées, & qu un
million d'individus au moins, qui, directement ou indirectement, tirent leur vie du
Commerce colonial, se transformeront en
brigands qui iront désoier toute l 'Europe :
il faut s'attendre aussi à une banqueroute
telle qu'on n'en a pas d'exemple, parce que
sacrifier les Colonies, ou déclarer cette banqueroute, sont pour la Françe deux actes
des Colonies ; il faut
s'attendre que toutes nos villes & p aces
de Commerce seront abandonnées, & qu un
million d'individus au moins, qui, directement ou indirectement, tirent leur vie du
Commerce colonial, se transformeront en
brigands qui iront désoier toute l 'Europe :
il faut s'attendre aussi à une banqueroute
telle qu'on n'en a pas d'exemple, parce que
sacrifier les Colonies, ou déclarer cette banqueroute, sont pour la Françe deux actes --- Page 516 ---
le8 liés si intimement, que l'un me paraît être
la suite inévitable de l'autre. Ainsi, dire que la France peut se passer
de ses Colonies , tant qn'elle consommera
des denrées de la zone torride, & qu'elle
aura dans Ton sein une foule d'individus
qui refuseront de s'adonnera l'Agriculture,
c'est afficher le comble de la déraison.
Heureusement, il n'y a que des personnes
enthousiastes, & dont la tête s'exalte sans
réflexion au seul mot de servitude, ou
bien, cette foule de rentiers désoeuvrés,
dont Paris fourmille, & qui croyent que
tout doit bien aller, quand leurs rentes
sont bien payées, qui enfantent de pareilles
rêveries; mais qu'on prenne les opinions
des Habitans de Marseille, de Bordeaux,
de Nantes, de Rouen, de Moissac, de
Montauban, enfin, celles de tous ceux
* qui ont des denrées commerçables, c'està-dire, celles de toute la maiTe de la Nation,
& l'on verra si la pluralité des suffrages
est en faveur de l'anéantissement des Colonies. --- Page 517 ---
Dernières & impérieuses considérations qui
doivent empêcher de prononcer l'affranchissement des Nègres, • « « .. Outre les raisons que nous venons d'exposer , qui démontrent le danger d'affranchir les Nègres dans ce moment, il y a
d'autres considérations très-puissantes, qui
doivent arrêter- l'attention de l'Assemblée
Nationale sur cet objet : une des plus impérieuses, est le sort des Colons & celui
d'une infinité de Citoyens, dont toute la
fortune existe dans nos Mes. Comment une
Assemblée qui a fait voeu de n'écouter que
des idées de justice , pourra-t-elle se décider d'un front serein à prononcer la. ruine
irréparable de cette foule de Colons qui se
sont expatriés pour aller cultiver des possessions qui ont enrichi leur Patrie ? Comment l'Assemblée la plus auguste de l'Univers qui a fait , du droit de propriété,
la base de la Confiitution de ses commettans , pourra-t-elle annuller sans dédommagement des propriétés qui n'ont été achetées que sur la foi publique & sur celle
du Gouvernement f La valeur de nos lues
front serein à prononcer la. ruine
irréparable de cette foule de Colons qui se
sont expatriés pour aller cultiver des possessions qui ont enrichi leur Patrie ? Comment l'Assemblée la plus auguste de l'Univers qui a fait , du droit de propriété,
la base de la Confiitution de ses commettans , pourra-t-elle annuller sans dédommagement des propriétés qui n'ont été achetées que sur la foi publique & sur celle
du Gouvernement f La valeur de nos lues --- Page 518 ---
I t 0 .. doit être évaluée au moins à 1800 millions
tournois, puisque celle des Nègres, qui ne
fait que le tiers de la valeur des Isles , est
estimée au moins 6o*millions. La France estelle en état de dédommager les propriétaires
de ces possessions, si, comme elle ne peut s'en
dispenser, elle se décide à leur accorder une
indemnité? D'ailleurs fait-on attention qu'en
prononçant la liberté des Nègres , on ruina
non seulement soixante mille Colons, &
une. foule innombrable de maisons Europécnnes, mais encore tout le Commerce
Français , dont la fortune est établie sur
ce genre de possessions ? Pense-t-on enfin ^
qu'en décrétant cette liberté, c'est occasionner, non seulement un renversement:
général dans la plus grande partie des
fortunes qui existent aujourd'hui, mais
encore, jetter dans le désespoir & dans
la misère nos Manufacturiers, nos Artisans
& même nos Laboureurs, dont le travail
n'est encouragé que par le Commerce immense qui est alimenté par les Colonies. L'importance de cette considération a
été sentie l'année passée d'une manière bien
vive par la Chambre des Communes d'Angleterre, puisqu'elle a reconnu & arrêté
que le résultat des intérêts privés qui s'op- --- Page 519 ---
Ili posaient a 1 abolition de la traite des Nègres, n'était en dernière analyse, que l'intérêt général de la Nation, & qu'elle ne
pouvait pas prononcer cette abolition, sans
compromettre la fortune même de ses Commettans. Comment peut-il donc se faire que des
personnes , d'ailleurs bien intentionnées ,
voyent une ade d'humanité a ordonnerde pareils malheurs, pour accorder à un
demi-million de Nègres une liberté qu'ils ne
désirent pas, & dont ils abuserontpour s'entredétruire & pour rentrer dans leur état de
Sauvages & des vagabonds ? Ceux qui raisonnent ainsi , ne connaissent
certainement ni les Nègres , ni les Colonies,
& n'ont jamais étudié les rapports de ces
dernières avec l'Europe; ou bien ils ne
sont entraînés que par des sentimens irréfléchis d'humanité, & par des idées philosophiques dont le Nègre lui-même ne s'occupe pas. Je voudrais bien savoir ce que
penseraienttous ces rentiers desoeuvrés, dont
nous avons parlé plus haut, qui, rangés autour
d'un poêle employent le tems deleurdigeftion
à faire humainement de si beaux projets ;
je voudrais bien savoir, dis-je, ce qu'ils
penseraient si on leur représentait, que le --- Page 520 ---
lift payement de leurs rentes fait couler tous
x les jours des torrens de larmes, & prive
de pain des malheureux dont le travail
devrait au moins leur aituret une subfistance exemple de trouble &. d'inquiétude.
Si on leur annonçait, enfin, qu'on supprime leurs rentes pour opérer cet acte de
jullice > ils réclameraient, (ans doute, le
droit de propriété; mais ce droit de propriété est-il moins Úlcré pour les ColonsAméricains, & n'ont-ils pas pour le réclamer, les mêmes titres qu'eux, la foi publique & celle des Gouvernemens ?
devrait au moins leur aituret une subfistance exemple de trouble &. d'inquiétude.
Si on leur annonçait, enfin, qu'on supprime leurs rentes pour opérer cet acte de
jullice > ils réclameraient, (ans doute, le
droit de propriété; mais ce droit de propriété est-il moins Úlcré pour les ColonsAméricains, & n'ont-ils pas pour le réclamer, les mêmes titres qu'eux, la foi publique & celle des Gouvernemens ? Il faut espérer que l'Assemblée Nationale â
plus éclairée Se plus indépendante de tous
ces systêmes enfantés par des têtes exaltées , réfléchira sérieusement sur laffranchissement des Nègres, & qu'avant de le
prononcer, elle s'assurera des moyens de
prévenir les malheurs qui doivent en être
la suite. Enfin , la dernière considération qui doit
nous empêcher de prononcer cette liberté,
dans ce momeut, c'est la disposition qui pa-*
fait se manifester dans toutes nos Colonies ,
& qui s'effectuera certainement, si on la prononce , celle de se livrer aux Anglais &
de demander leur protedion auili-tôt que la
liberté --- Page 521 ---
1 tff H liberté dé leufs esclaves aura été arrêtée
par l'Assemblée Nationale; on juge bien que:
nos rivaux ne manqueront pas de laiiir cette
occasion de se venger des iecoiirs que nous
avons donnes à leurs Colonies dans la derlaière guerre* Nous observerons, en hous résumant, due
quatre quellions principales doivent êcre
soumises aux délibérations de notée augulte
Atiembiée avant qu'aie prononce sur l'oujet
que nous traitons. 1.° L'esclavage rend-il les Nègres malheureux , & leur sort nlérite-t-il l'interèe
qu'ils ont inspiré à quelques Philosophes ï
Nous croyons avoir rélolu cette quelhon* 2.0 La France peut-elle voir sans danger
Tes Colonies anéanties ? Il est incontestable
qu'elle ne sauroit en faire le. sacrifice sans
s'exposer .à être ruinées 3.0 Quels moyens emploiera-t-on , si on
affranchit le- Nègres > pour cultiver les
Colonies ? Nous avons vu l'insuffisance dé
tous ceux qu'on a proposds jusqu'ici.
ont inspiré à quelques Philosophes ï
Nous croyons avoir rélolu cette quelhon* 2.0 La France peut-elle voir sans danger
Tes Colonies anéanties ? Il est incontestable
qu'elle ne sauroit en faire le. sacrifice sans
s'exposer .à être ruinées 3.0 Quels moyens emploiera-t-on , si on
affranchit le- Nègres > pour cultiver les
Colonies ? Nous avons vu l'insuffisance dé
tous ceux qu'on a proposds jusqu'ici. 4.0 Quelles seront les ressources de là France pour payer les propriétaires des biens
Coloniaux ? Elie n'en a certainement pas<
L'impollibilité de résoudre ces questions
d'une manière favorable à la liberté ies --- Page 522 ---
Nègres, nous prouve l impossibilité morale qu'il
y a à les affranchir dans ce moment. Je n'ai
pas de biens aux Isles , & ma fortune ne tient
nullement à ce genre de possession ; ainsi
- on ne peut pas ioupçonner que c'est un
sentiment d'intérêt qui a didé mon opinion.
D'un autre côté, je crois avoir des sentimens d'humanité aussi délicats que les Philosophes les plus rigoureux ; mais après avoir
examiné long-tems sur les lieux mêmes , &
fous tous ses rapports la queslion que je viens
de traiter, après avoir étudié le caradère
& les penchaas naturels des Nègres, je me
suis assuré qu'en les affranchitTant) on produirait
pour toute l'Europe 6c pour tout l'univers
des maux irréparables, & qu'on n'opérerait
aucun bien pour l'esclave lui-même, puisqu'au
moyen des Loix que je vais proposer pour
sa servitude, il sera, certainement, beaucoup
plus heureux dans son esclavage, qu'il n'a
jamais été chez lui, & qu'il ne serait dans
nos Isles s'il y est abandonné à lui-même.
Il ferait même à desirer que cette question
n'eût jamais été traitée, parce qu'il y a beaucoup à craindre que les Nègres, instruits
des efforts qu'ont fait quelques personnes
pour leur procurer la liberté, n'en fassent bien-
\ ¡6c l'objet de leurs vœux, qu'il. n'entreprend --- Page 523 ---
r 15 [texte_manquant] tient de rompre eux-mêmes leurs chaînes,
& que, dans le premier feu de la rébellion, ils
ne levent une main meurtrière sur tous les
Blancs qui habitent les Isles. Projet de règlement pour la servitude des Nègres» IL résulte de ce que nous venons de dire,
que l'humanité nous commande, non d'anéantir tout~a-fait la servitude des Nègres f
mais de la leur rendre plus douce Je plus
supportable ; en effet, quelles sont les vues
de tout philosophe qui s'occupe saru enthou»
siasme & avecfincérité du bien cie i'espèce humaine ? ne doivent-elles pas être de procurer à
chacun des individus qui la composent la
plus grandè somme posiiblc de bonheur ?
ne doivent-elles pas chercher à prévenir ,
par des moyens différens, les différens maux
auxquels le caradère & les passions des divers peuples les exposent ? Avant de régler
le fort des Nègres, il faut donc qu'il cherche
à connaître le penchant qui les entraîne
avec le plus de force , & le voici :
i'espèce humaine ? ne doivent-elles pas être de procurer à
chacun des individus qui la composent la
plus grandè somme posiiblc de bonheur ?
ne doivent-elles pas chercher à prévenir ,
par des moyens différens, les différens maux
auxquels le caradère & les passions des divers peuples les exposent ? Avant de régler
le fort des Nègres, il faut donc qu'il cherche
à connaître le penchant qui les entraîne
avec le plus de force , & le voici : Lc' Nègre, privé d'ambition , insensîble à
l'attrait de 'l'intérêt & indifférent pour tous
les sentimens de sociabilité qui réunisient
les Européens, n'a d'autre passion que celle --- Page 524 ---
du repos ou bien celle de la guerre ; il n'est
ému que par des a£es de férocité, & il ne
trouve de jouitTance que dans la deftruction Ôc le speétacle du supplicc de ses semblables. Ainsi, l'état de guerre doit être considéré comme un état qui lui est nécessaire, &
ion abrutissement lui faisant violer toute espece de droit des gens, ses guerres ne doivent etre regardées que comme des carnages
dont l'histoire révolterait l'Européen le plus
féroce. Les principes d'humanité se concilient
donc avec les vues politiques pour retenir
le Nègre dans une servitude, qui, pré venant
tous ses besoins, & le mettant à l'abri des châtimens injures , ne lui permette de faire usage
de ses forces que pour des travaux utiles. Les Loix suivantes m'ont paru à cet égard
justes, humaines & compatibles avec les
sentimens des philosophes les mieux intentionnés : une partie de ces Loix a été déja
adoptée, & mise en exécution par le cheflieu des Colonies Anglaises, la Jamaïque; le
bonheur qu'elles ont répandu sur les esc!aves
de cette Colonie, & la faveur qu'elles ont
donné en même tems à l'agriculture, doivent
engager les autres Puissances qui ont des Colonies, à imiter cet exemple. Il est à regreter,
{ans doute, que la France ait été prévenue --- Page 525 ---
1 17 H3 par une Nation étrangère, pour un a&e d'humanité ; mais il faut espérer qu'elle marchera
bientôt sur les traces de sa rivale , quelle
sera encore plus généreuse envers ces êtres,
qui n'ont été jusqu'ici que les inslrumens
de sa prospérité , & qu'elle leur rendra entin
l'esclavage si doux , que la liberté pourra
être à peine l'objet de leurs vœux. Quelle que soit l'idée qu'on se fait en
Fra nce du caractère des Colons , je suis sûr
que l'humanité seule leur fera recevoir avec
empressement les Loix que nous allons proposer, & qu'ils démentiront, ainsi, l'opinion
injuste qui exiHe contr'eux. Mais s'il se trouvait quelqu'un d'eux aiïez barbare pour rcfiller au cri de la nature , & qu'il n'écoutât
que la voix de l'intérêt, je lui dirais que
son intérêt même doit lui faire desirer l'établiilement de ces Loix. En effet, les Colons
ne sauraient se dissimuler que leurs soins
pour leurs esclaves les attacheront d'ava itage à leur attelier; qu'ils les conservercnc
plus long-temps en les traitant avec douceur, 6c qu'ils favoriseront ainû leur population de manière que , non-seulement elle
se maintiendra au point où elle est dans ce
moment, mais encore qu'elle s'accroîtra.
En outre, ils doivent craindre l'influence des
tabliilement de ces Loix. En effet, les Colons
ne sauraient se dissimuler que leurs soins
pour leurs esclaves les attacheront d'ava itage à leur attelier; qu'ils les conservercnc
plus long-temps en les traitant avec douceur, 6c qu'ils favoriseront ainû leur population de manière que , non-seulement elle
se maintiendra au point où elle est dans ce
moment, mais encore qu'elle s'accroîtra.
En outre, ils doivent craindre l'influence des --- Page 526 ---
I ï8 lumières qui se répandent dans toutes les
clailès, & se rappeller que les hommes se sont
toujours révoltés contre les adles de tyrannie, & qu'ils ont toujours respeété les auto.
rités modérées. Ils doivent, enfin, ne pas
oublier qu'Athènes, qui traitait ses esclaves
avec douceur, ne fut jamais bouleversée par
euæ, tandis que Lacédemone, Carthage 6c la
Sicile, qui traitaient les leurs avec rigueur j
furent plusieurs fois dévastées par les guerres
serviles. Premiers LOI. Le Nègre aura sa nourriture & son vêtement assurés : la loi lui fixera pour cela,
par icmaine, deux pois & demi de farine
de manioc eu soixante livres de bananes,
& deux livres de boeuf salé, on deux iivre«
& demie de morue sèche, avec deux culottes, deux ciiemises & un chapeau tous
les ans. Ce traitement aura lieu pour tous
les enclaves, de quelque âge qu'ils soient ;
il fera juste que les pères & mères soient
encouragés, par cette gratification, à donner
à leurs enfans tous les soins nécessaires.
La constitution du Nègre, & l'effet du
climat qu'il habite, le disposant au relâchement, & rendant néccflaire pour lui, --- Page 527 ---
1 \ H 4 un 4 Usage modéré de liqueurs spiritueuses,
il sera encore juste que la loi oblige chaque
propriétaire à accorder tous' les jours à ses
esclaves, un verre à liqueur de tafia ; je
suis sûr que les esclaves s'en porteront
mieux, qu'ils seront beaucoup plus actifs,
& que le travail qu'ils feront de plus,
dédommagera amplement les propriétaires,
de cette dépense. La plupart des Colons sont dans Pufagp
de donner à leurs esclaves un coin de terre,
où ces derniers cultivent leurs vivres les
jours de Dimanche & de Fête, <5c dans
les momens que leur accorde tous les jours
l'ordonnance, pour prendre leurs repas ou
pour se repo[er: mais cet usage est une injustice faite au Nègre, puisque la loi doit
lui assurer, outre ses momens de repos, sa
nourriture & son vêtement. D'ailleurs, cette
conduite cil assez mal entendue pour les
intérêts même du Maître , parce qu'il cil
évident, que le corps humain ne pouvant
pas soutenir constamment le même degré
de fatigue, toute la lomme de travail que
le Nègre fait dans son jardin particulier,
doit ètre regardée comme enlevée aux cuirtures de son Maître, Ainsi , il vaudrait autant
nue ce dernier lui donnât une part à. la
riture & son vêtement. D'ailleurs, cette
conduite cil assez mal entendue pour les
intérêts même du Maître , parce qu'il cil
évident, que le corps humain ne pouvant
pas soutenir constamment le même degré
de fatigue, toute la lomme de travail que
le Nègre fait dans son jardin particulier,
doit ètre regardée comme enlevée aux cuirtures de son Maître, Ainsi , il vaudrait autant
nue ce dernier lui donnât une part à. la --- Page 528 ---
J30 récolte & qu'il l'obligeât de profiter, pour
fcn repos, des momens qui lui ibiit accourdes par la loi, SECONDE LOI, II fera principalement essentiel d'attacher
peu-à-peu le Negre au travail de la terre,
& de lui en inip:rer le goût par le sentiment de la propriété, & par l'attrait do
l'intérêt, afin de hâler le moment où tes
Rations pourrout prononcer son affranchit
sement, sans avoir à craindre l'anéantisse
vient des Colonies. Pour opérer cet hcu.
reuv changement, il faudra abolir b loi qui
pend le Maître propriétaire de toutes les
poffcsfions de resclave, & la remplacer pwfbn industrie afin qu'elles lui servent à se
racheter lorsqu'elles seront allez considérables, TROISIÈME LOI. Les Nègres iront au travail le matin depuis
six heures jusqu'à huit; ils auront alors une
heure de repos pour leur déjeûner. Ils retourneront ensuite au travail depuis neuf heures
jusqu'à midi, & depuis deux heures jufau'i
six : la loi leur accordera un jour entier dç
repos par semaine & die supprimera toutes --- Page 529 ---
11 t les fêtes, parce qu'elles sont une impofldoii
réelle sur le produit de la terre. La loi veillera encore à ce que les Nègres
ne soieut pas surchargés de travail > & à ce
qu'ils soient traités avec soin dans leurs maladies. Les femmes enceintes seront exemptes
da la culture dans les trois derniers mois de
leur grossesse , , & dans les trois premiers mois
de leur alaitement : l'humanité, & l'intérêt
du Maître exigent également l'établissement
de çettc loi. QUATRIEME LOI, Des loix qui feraient respecter la pudicité
des NègreiTes non mariées, seraient inutiles
pour des personnes qui n ont pas de pudeur
à l'égard des Blancs; mais il conviendra de
faire respecter le lien du mariage, parce qu'il
çst aussi sacré pour le Nègre que pour le Blanc.
La loi des Lombards était juste à ce sujet ;
elle condamnait le maître à donner la liberté
^ 1,% femme qu'il 4vait débauchée , ainsi qu'à
son mari, CINQUIEME LOI. Le Maître qui aura fait mourir un de
ses efchvcs, méritera d'être powrsuivi ex- --- Page 530 ---
traordinairement, & les Officiers de la justice recevront à ce sujet la dénonciation
& le témoignage des autres esclaves ; huit
témoignages de Nègres au dessus de vingtans, seront regardés comme une preuve
convaincante. Le Règlement établi à ce
sujet, dit que, s'il y a lieu d'absolution ,
les Officiers de la J usiice pourront renvoyer
absous le Maître qui aura tué un de ses
escIavcs; mais comme l'interprétation &
les circonstanccs font toujours si favorables au Maître, que dans aucun cas il n'est
puni, il faudra fixer qu'il ne pourra être
absous que dans le cas où il aurait eu sa
vie à défendre, & qu'il pourrait le prouver.
à ce
sujet, dit que, s'il y a lieu d'absolution ,
les Officiers de la J usiice pourront renvoyer
absous le Maître qui aura tué un de ses
escIavcs; mais comme l'interprétation &
les circonstanccs font toujours si favorables au Maître, que dans aucun cas il n'est
puni, il faudra fixer qu'il ne pourra être
absous que dans le cas où il aurait eu sa
vie à défendre, & qu'il pourrait le prouver. L'orsqu'un esclave aura mérite la mort,
son Maître le livrera à la Jufîice, & s'il cil
jugé digne de mort, la Cainc des Nègres
juliiciés lui en paiera la valeur , afin qu'aucun
forfait ne relie impuni. Dans tous les autres
cas, il sera humain de faire juger le délit
par un certain nombre de Nègres les plus
anciens. Le coupable sera certainement puni
plus sévèrement que si le Maître l'avait condamné lui-même, & il se révoltera moins
contre la punition , loriqu'il saura qu'elle
lui a été infligée par ses pairs. Le Maître
aura le droit de commuer ou d'adoucir --- Page 531 ---
I23 la peine prononcée, ou de faire grace entière,
& ce sera pour lui un allez beau droit. Sixieme Loi. Un Nègre, maltraité injustement par son
Maître, pourra exiger qu'il soit vendu à un
autre Maître , & si un Blanc maltraite un
csclave qui ne lui appartienne pas, il méritera
d'être condamné aux mêmes peines que s'il
avait maltraite un autre Blanc. SEPTIEME L 0 T. En faisant le Code pénal des Nègres, on
aura soin d'employer, pour les contenir,
un moyen qui, chez toutes les Nations ,
cft plus puissant, & gouverne les hommes avec
plus d'empire que les loix elles-mêmes ; c'est
l'influence des mœurs. Les Nègres sont aussi
susceptibles de ressentir leur empire que
l'étaient les premiers enclaves des Romains,
& que le sont même les Nations les plus
civilisées. Ce qui m'en a convaincu, c'est
que j'ai toujours vu que les Nègres étaient
moins punis par le fouet que lorsqu'on leur
faisait porter une chaîne ou qu'on leur mettait
un collier de fer au col : j'ai toujours remar- --- Page 532 ---
12-4 que que, maigre l'avilissement de leur état,
cette espcce d'infamie leur était plus sensible
que les châtimens les plus cruels. Peuples
humains ! ne négligez donc pas un moyen
aussi puissant & aussi conforme aux sentimens
d' humanité. Pour en tirer parti, vous n'avez
qu'à rendre moins vil I'esclavage des Nègres
en les rapprochant un peu plus des Blancs,
vous n avez qu 'à accorder quelques récompenses disîinguées à ceux qui auront bien servi
leurs Maîtres, & punir par des marques d'infamie ceux qui se seront rendus coupables,
& vous aurez bientôt la satisfaction de voir
que loix feront peu néceiTaircs. Huit IE M E L O I. : Pour encourager les Nègres au service
de leurs Maîtres, il conviendra d'établir,
que ceux-ci seront obligés de donner tous
les ans la liberté à celui de leurs esclaves
dont ils auront été le plus contents : cette'
loi pourra être établie à raison d'un sur quarante , & on prendra pour fixer cette proportion , le dénombrement de chaque Colonie. Ce sera surement une petite perte
pour les Maîtres, & ils -en feront bien dédommagés par l'émulation, que le désir dt
ager les Nègres au service
de leurs Maîtres, il conviendra d'établir,
que ceux-ci seront obligés de donner tous
les ans la liberté à celui de leurs esclaves
dont ils auront été le plus contents : cette'
loi pourra être établie à raison d'un sur quarante , & on prendra pour fixer cette proportion , le dénombrement de chaque Colonie. Ce sera surement une petite perte
pour les Maîtres, & ils -en feront bien dédommagés par l'émulation, que le désir dt --- Page 533 ---
12) mériter leur liberté, donnera à tous les
aacliers. NEUVIEME LOI. On n'asscanchira que des esclaves qui auront
gûgnc de quoi vivre par leur induÍtrie, ou
qai seront en état de travailler, afin qu'ils ne
deviennent pas à charge au public; mais
comme la constitution physique du Nègre,
jointe à l'effet des climats chauds, l'éloigne
toujours du travail, s'iln'yeftportépar la crainte du châtiment, il faudra l'y porter par un autre moyen; pour cela, on donnera à chaque affranchi qui n'aura pas de métier , un coin de
terre qu'il sera chargé de défricher & de cultiver
avec soin, si-non il sera remis dans l'esclavage. Si dans une Colonie il n'y a pas de
terres à concéder, on l'enverra dans une
autre. Les Administrateurs font aujourd'hui
les plus grandes difficulés pour accorder des
affranchissemens ; mais il me semble qu'elles
seraient toutes levées par le règlement que
nous proposons. DIXIEME L0I. La loi qui imprime la tache de leur origine
aux descendans des affranchis, même lors- --- Page 534 ---
qu'ils ont des Blancs pour ayeuls, m'a paru
n'avoir aucun objet d'utilité ; ce rte loi est
injÙfle & barbare : il eli affreux qu'un Blanc
qui aura des faiblesses avec une femme de
couleur, fasse des enfans, qui, par la loi,
sont exclus de la société, 4c ne peuvent
prétendre à aucun état civil, même lorsqu'ils ont été déclarés libres. Il efi: humain,
par conscquent, d'abolir cette Ici. Il l'est
également de détruire les préjugés, qui,
mettant les Nègres au-dessous de la condition
humaine, rendent honteuses & avilissantes
les alliances des Blancs avec toutes sortes
de gens de couleur, quelle que foie leur
nuance. Pour encourager la population, & prévenir
les avortemens que la barbarie & le libertinage des Nègresses rend très-fréquens,
il faudra que la loi assure la liberté aux
pères 6c mères qui auront élevé sept enfans.
Ce nombre n'est pas trop considérable dans
un pays où la fécondité efl très-grande. Ces loix douces & humaines étant établies,
on pourra s'occuper, sans avoir à craindre
de secousses dangcc ifes, de l'abolition de
la traite des Nègres. En effet, ceux que nous
possédons déjà , suffisent pour la culture des
denrées Coloniales necessaires à l'Europe,
pères 6c mères qui auront élevé sept enfans.
Ce nombre n'est pas trop considérable dans
un pays où la fécondité efl très-grande. Ces loix douces & humaines étant établies,
on pourra s'occuper, sans avoir à craindre
de secousses dangcc ifes, de l'abolition de
la traite des Nègres. En effet, ceux que nous
possédons déjà , suffisent pour la culture des
denrées Coloniales necessaires à l'Europe, --- Page 535 ---
tï 7 & il y a lieu d espérer qu'en les traitant d'après
les loix que je viens de proposer, leur population aftuelle, non-seulement se maintiendra, mais encore s'accroîtra. Ce qui le fait
espérer, c'est que je connois plusieurs habitations où les Nègres sont bien traités , &
où depuis vingt-cinq ans on en a conservé
le même nombre, quoiqu'on n'en aie acheté
aucun. Au moyen de ces loix ,* l'opinion se
préparera ; les Nègres prendront peu à peu
de l émulation pour le travail, & si on déclare
libres à l'avenir leurs descendans, en faisant
en même-tems des règlemens propres à pourvoir à l'existencc de ces- derniers, l'affranchillement général de ces individus arrivera
peu-à-peu sans avoir attenté à la propriété de leurs Maîtres, & sans que leur
liberté expose l'Europe & l'Amérique à des
secousses qui, dans ce moment, détruiraiena
le bonheur des habitans de l'un & de l'autre
monde, ainsi que la source la plus féconde
de leur prospérité. FIN. --- Page 536 --- --- Page 537 ---
RÉPONSE AUX 0 B S E R VAT I 0 N S D'UN HABITANT DES COLONIES, SUR le Mémoire en faveur des Gens de
couleur , ou Jang-melés , de Saint-Do.
mingue , & des autres Isles françoises
de l'Amérique adressé a l'Assemblée
Nationale , par M. GRÉGOIRE 3 Curé
d'Emberménil 3 Député de Lorraine. Par' M. l'Abbé DE COURNAND. --- Page 538 --- --- Page 539 ---
A x RÉPONSE AUX OBSERVATIONS D'UN HABITANT DES COLONIES. J'Ai défendu les gens de couleur ; j'ai attiré ,
pendant quelques momens les regards de l'As- I
semblée Nationale sur les oppressions dont ils gémif- I
soienr. Une voix plus éloquence que la mienne s'est r
élevée : M. Grégoire , Curé d'Emberménil, De-'
pute de Lorraine , s'est déclaré le protecteur de
cette cause intéressante. Son Mémoire , rempli i •
de faits aussi vrais que ses raisonnemens sont ;
solides 6c conduans , est attaqué aujourd'hui parl
un anonyme. Son adversaire se dit habitant des
Colonies : il vise à être gai dans un sujet où il
s agit de ravoir si des hommes libres jouiront de ,
leur liberté , on continueront d'être accablés des
humiliations de 1 'esclavage. L'Anonyme a sans
doure bon cœur de trouver le mot pour rire à
la situation de quarante mille individus , qui
is que ses raisonnemens sont ;
solides 6c conduans , est attaqué aujourd'hui parl
un anonyme. Son adversaire se dit habitant des
Colonies : il vise à être gai dans un sujet où il
s agit de ravoir si des hommes libres jouiront de ,
leur liberté , on continueront d'être accablés des
humiliations de 1 'esclavage. L'Anonyme a sans
doure bon cœur de trouver le mot pour rire à
la situation de quarante mille individus , qui --- Page 540 ---
( T ) " - r ~ regardent leur état actuel comme le plus grand
des malheurs. Il se permet d'outrager dans.M. Grégoire un nom cher à la Nation , une vertu connue.., & des talens digne? des plus grands élo- ^
ges. Je rendrai a l'Anonyme [es Insultes , on ne
doit rien à qui ne respecte rien. Je ne m'embarquerai point dans la discussion des faits qu'il
dénie avec une insigue mauvaise foi , & une
impudence bien digne de lui. J'en croirai bien,
plutôt le témoignage unanime des opprimés que
l'insolence de leur ennemi. Il a pris la plume pour
calomnier ; je m'en saisirai pour le consondre. Est-il vrai que les gens de couleur ou sangmêlés soient vexés dans nos colonies , qu'ils y
soient en butte aux mépris des blancs , & quelquefois à leurs outrages ? Ce fait n'est pas douxeux ; les blancs de bonne - foi en conviennent ;
ceux qui ont de l'humanité défirent qu'on rende
aux hommes libres de cette classe les droits de
citoyens , qui leur sont assurés par nos anciennes
loix. Il est des gens qui nient ces oppressions.;
mais est-il vraisemblable que tant de. faits consignés en tant de Mémoires , soient faux ? Est il
croyable qu'une classe si nombreuse d'hommes
libres se plaigne , s'indigne pour des ofFenses imaginaires ? A qui voudroit-on le persuader ? Hélas !
il n'est que trop vrai que les turcs sont réels, les --- Page 541 ---
( 5 ) A 5 réclamations justes , 6c les esforts que l'on fait
pour les étouffer, un nouvel outrage. L'anonyme .
aura de la peine à se tirer de la ; il a beau faire
l'agréable aux dépens des gens de couleur, rien
n'est moins plaisant que ce qu'ils souffrent ; & si
M. l'habitant des colonies avoit tant soit peu
d'humanité , il n'employeroit pas se s beaux talens
à réfuter des gémitlemens par des railleries , &
des griefs douloureuæ. par des sarcasmes. A-t-il daigne s'attendrir une seule fois sur le
sort des gens de couleur ? Il lui paroît très naturel
qu'ils suient malheureuæ ; il n'a garde de rien
proposer qui rende à améliorer leur situation Il
se retranche dans le préjugé , comme dans un fort
d'où il croit braver impunément, & les plaintes
des gens de couleur , 6c les raisons de leurs défenseurs, dont il ose faire insolemment le fujer
de ses railleries. Nos loix avoient marque , il y a plus d'un siécle , la nature de la liberté accordée aux gens de
couleur dans nos colonies , égale en tout à celle
des blancs. Des réglemens vicieux , des vexations
habituelles ont restreint tantôt plus, tantôt moins,
ce bienfait précieux auquel , ni les loix , ni les
bienfaiteurs n'avoient préscrit de limites. Des nouveaux-venus , des Jurisconsultes barbares , ont
anéanti ou affoibli les dispositions de ces loil
il y a plus d'un siécle , la nature de la liberté accordée aux gens de
couleur dans nos colonies , égale en tout à celle
des blancs. Des réglemens vicieux , des vexations
habituelles ont restreint tantôt plus, tantôt moins,
ce bienfait précieux auquel , ni les loix , ni les
bienfaiteurs n'avoient préscrit de limites. Des nouveaux-venus , des Jurisconsultes barbares , ont
anéanti ou affoibli les dispositions de ces loil --- Page 542 ---
( 6 ) humaines. Aujourd'hui encore l'oppressïon trouve
des apologistes ; tel est l'anonyme. On peut juger
de sa raison, par la maniere dont il arrange les
faits ; & de son cccur , par l'esprit qui regne dans
{on écrir. Tous les honnêtes-gens desirent que les hommes de couleur, libres , rentrent dans leurs droits >
lui, il ne s'étonne ni de la durée du préjugé, ni
il n'indique le moyen de le faire finir ; il le
regarde presque comme une chose niceflaire. Il
ne pense point sur ce sujet comme un a fiez grand
nombre de propriétaires , distingués par le rang
qu'ils occupent dans la société, 6c par la fortune
dont ils jouissent. Sa maniere de voir 5c de sentir le jette dans la classe brutale de ces régions >
parmi ces aventuriers, qui n'ayant ni feu ni lieu
en Europe , vont porter en Amérique la baifeffe
de leurs mœurs , & se croyent autorisés par le
préjugé à insulter les naturels du pays. Ce sont
eux qui déshonorent véritablement le nom Américain aux yeux des ames sensibles. Celui - ci Le
flétrit encore davantage par sa lâcheté ; il se cache de son Mémoire comme d'un mauvais coup,
& soutient la cause de l'oppression avec une plume d'esclave. Malheureux ! qui es-tu ? où as-tu pris ce tort
d'ironie que tu te permets envers le digne Curé --- Page 543 ---
( 7 ) d'Emberménil ! Ne sais-tu pas que le plus grancî
crime qu'un homme puisse commettre contre la
société , c'est de chercher à tourner la vertu ea
ridicule ? Tu as l'audace de ricaner , en prononçant le nom de ce courageux défenseur de l'hur
manité ! Ta plume coupable ne respecte pas
même les morts illustres dont il rappelle la mémoire L Scélérat! tu imputes au vertueux las Casas
d'avoir conseillé de prendre des nègres pour cultiver l'Amérique ! Dis- nous qui t'a fourni cette
anecdote infernale ? Ah ! pense ce que tu voudras
des bourreaux du genre-humain \ mais lailTe-nous
notre Culte pour ce bienfaiteur de l'humanité >
sa vertu est à l'abri de tes calomnies , comme le
Curé Grégoire de tes mensonges. Que prétends-tu par tes sades railleries sur ce nom
de Curé & de Prêtre ? Ne serois-tu point gêné par
le courage que ces qualités donnent quelquesois *
Tu parois surpris qu'un simple Curé de Lorraine
porte un œil curieux sur vos riches Habitations, ôç
qu'il aille jusqu'à la source de ces richesses. Tu ne
conçois pas les devoirs d'un Ministre de paix ; ru
ne sens pas la noblesse de san caractère. Tu devrois au moins respecter la dignité éminente dont
il est revêru, celle de Réprésenrant de la Nation j
je te parlerois de son ame, si tu pouvois l'apprécier, & de sa raison , si la tienne pouvoir y at~
teindre. A. 4
riches Habitations, ôç
qu'il aille jusqu'à la source de ces richesses. Tu ne
conçois pas les devoirs d'un Ministre de paix ; ru
ne sens pas la noblesse de san caractère. Tu devrois au moins respecter la dignité éminente dont
il est revêru, celle de Réprésenrant de la Nation j
je te parlerois de son ame, si tu pouvois l'apprécier, & de sa raison , si la tienne pouvoir y at~
teindre. A. 4 --- Page 544 ---
i g J J'ai la tes Observations avec le scandale d'ua
homme de bien 3 & dès ce moment, j'ai pris le
parti de re communiquer les miennes. Je t'ai juge
dur & méchant ; il y paroît par ton style froidement compasse pour justifies les crimes de l'Amérique. Tu ne donnes pas le moindre signe de
compaHion aux maux donc tu as cté le témoin; tu
applaudis aux mauvaises mœurs, comme si tori
'pays n'étoit pas susceptible d'en avoir d'autres. Tu
Tegardes la tyrannie comme une chose naturelle,
félicite-toi de tes Observations ; elles auroient promis au despotisme un suppôt de plus. Elles te
dénonceront à la poftériré comme un calomniateur
de l'espcce humaine Mais je te renvoie trop loin:
avec ces ulens, que peux-tu attendre d'elle? Qué
peut attendre de toi le Peuple libre à qui tu prëfentes dè pareils principes? Osc retourner en Amérique avec ton écrit :
Assemble les .Gens de Couleur pour leur lire ce
que t'a dicté coutr'eux ton humeur railleuse ite
insolente. Ils te croiront un monstre sorti des ensers pour éterniser sur leur tête la malédiction des
siecles. Tu seras témoin de leur frissonnement &
de leurs sanglors; mais , tu n'en seras point touché. Je te devine a ion style tu es barbare avec
reflexion , & til triomphes dans ton ame de les savoir malheureux. De quel air de supériorité tu --- Page 545 ---
< '9 ) insultes à ce Raymond , l'un de leurs plus intrépides défenseurs ! Ta plus douce jouillance feroit
peut - être d'avoir contribuc a prolonger leurs mifère ; mais désespére-toi : leur cause est trop bonne
pour craindre tes coups , Se la justice éternelle
conspire avec leurs défenseurs contre ta lâche
perversité. Ce n'est point par des- projets criminels qu'ils
veulent réunir ; tu leur prêtes ton ame en leur
snpposant des desseins coupables. Hclas' il leur
zele les avoit emportés au-delà des bornes , leur
enthousiasme seroit pardonnable ; il tst si naturel
de s'échauffer pour les intérêts de l'humanité Tu
ne connais pas ces mouvemens de la vertu, aussi
ta les calomnies; mais à qui persuaJeras-ru que le
bon droit est de ron côté, lorsque tu combats avec
des préjugés contre les plus faintes loix, & contre
des fait:; avérés avec des sophisnes ?' j'avois formé le projet de répondre pied a pied
À tes Observations ; mais ma vertu sert: indignée
d'une tâche qui m'eût été facile (i) , si j avois eij
à ramener une ame droite & honnête. Je me suis
dit à moi-même : qu'ai-je a faire de suivie ce
méchant dans le tortueux dédale où il s embar- ( i ) Je me suis ravisé, & j'ai suivi en effet pkd a pied , l'A nonyme dans les notes portas à fin de cet ouvrée. /
a pied
À tes Observations ; mais ma vertu sert: indignée
d'une tâche qui m'eût été facile (i) , si j avois eij
à ramener une ame droite & honnête. Je me suis
dit à moi-même : qu'ai-je a faire de suivie ce
méchant dans le tortueux dédale où il s embar- ( i ) Je me suis ravisé, & j'ai suivi en effet pkd a pied , l'A nonyme dans les notes portas à fin de cet ouvrée. / --- Page 546 ---
( 1O ) 1 rane ? Non, il y auroit trop de honte a réfuter
ses mensonges qui le perdront en se détruisant
d'eux-mêmes. Le moment est venu de ne plus garder de ménagemens avec ces hommes affreux qui se jouent
de l humanité souffrante , & osent afficher haute-:
ment le mépris qu'ils ont pour elle. Que nous serviroit d'etre libres , si nous craignions de lentir &
de communiquer aux autres l'indignation de la
venu ? Aurions-nous rompu nos chaînes pour voir
indifféremment les méchans attrouper la foule
autour ce leurs faillies doébrines ? Eh! quand l'oppression est leur droit public, notre devoir n'est-il
pas d'invoquer conrr'eux l'opinion publique ? Gardons-nous de ces écrits anonymes qui calomnient norre liberté, en attaquant sourdement celle "*
de nos freres. Estimons-nous heureux d'appeller
de ce nom les fang-mêlés ; nous n'avons pas les
préjugés de l'nabitant observateur • mais nous
avons ces sentimens d'humanité qui valent bien
mieux, & les ames dignes de nous imiter, nous
entendent à merveille. Ne nous en rapportons pas non plus à l'Anonyme
sur le chapitre des moeurs. Écoutons ce que dit ce
'• législateur d'un genre nouveau sur le honteux
concubinage des Colonies. » Ce commerce illégitime , qui offense les --- Page 547 ---
( Il ) » mœurs & la Religion (il va rougir de cet aveu)
» Cst un mal nécessaire dans les Colonies , où les
» femmes sont en petit nombre, & où les mariages
» ne peuvent être nombreux. Il prévient de plus
» grands vices. Les foiblesses des maîtres les ap-
» privoifent, & l'esclavage est adouci. La poput) lation, y gagne, (quelle population grand. Dieu!)
» parce que c'est moins le libertinage que le besoin,
» qui préside à ces unions illicites ; la chaleur du climat, qui irrite les desirs , & la facilite ae les
» satissaire , rendent inutiles les précautions du
» législateur, pour remédier à ces abus, parce que la
» loi se tait où la nature parle impérieusement.» Voilà un échantillon de ses principes moraux.
Il sacrifie , comme on voit , l'honnêteté des
mœurs au préjugé qui défend les mésalliances. Il
ne se souvienr plus des anciennes loix qui avoient
voulu arrêter cette corruption ; & de l'abus des
sens, il en fait un code réglementaire pour l 'Amérique. Eh ! qui empêche que les mariages ne soient
plus nombreux ? Celui qui n 'a pas eu honte de
corrompre une fille de couleur , rougira donc de
légitimer ses enfans par le mariage, & augmentera sans remords, les vices d'une population malheureuse? 0 terre maudite du cid,malgré toutes tes
richesses ! continue d'écouter de pareils Instituteurs.
Et toi , pauvre Nation qu'o.n insulte par de tels
, il en fait un code réglementaire pour l 'Amérique. Eh ! qui empêche que les mariages ne soient
plus nombreux ? Celui qui n 'a pas eu honte de
corrompre une fille de couleur , rougira donc de
légitimer ses enfans par le mariage, & augmentera sans remords, les vices d'une population malheureuse? 0 terre maudite du cid,malgré toutes tes
richesses ! continue d'écouter de pareils Instituteurs.
Et toi , pauvre Nation qu'o.n insulte par de tels --- Page 548 ---
( Il ) ccrits,~ose leur donner ton sufFrage, & flatre-toi
d'une régénération. Mon ame s'étonne de l'immoraliré de l'impudent Anonyme ; mais à la maniere dont il juge le Curé Grégoire , je vois d'ici
qu'il s'étonnera de ma réflexion. Il veut paroître léger, & il n'est que lourd ; ses
plaisanteries sont d'un mauvais ton , &: sa fierté cst
de l'insolence, On le prendroit pour un de ces
Ecrivains à gage , que les méchans payent pour
outrager leurs ennemis , & qu'on méprise à
proportion de la basTe!se du rôle où le vil intérêt
les fait descendre. Quel autre motif peut l'avoir
engagé à insulter grossiérement un vrai habitant
de nos Colonies , un citoyen diltingué par son
caractère moral, 8c qu'il traite bassement du
nommé Raymond comme si les oreilles francosses étaient saites à ces appellations insolentes
M. Raymond, avantageusement connu à SaintDomingue, estimé en Europe, 8c au moment
de voir les hommes libres de sa clasTe, rentrer
par ses soins dans tous les droits de citoyens , a.
l'ame trop noble, pour sentir une insulte qui ne'
déshonore que l'Anonyme. Il se nomme , lui, 8c
l'autre se cache derriere un rideau épais , d'où il
lui décoche bravement ses coups. Mais M. Raymond a-t-il jamais pris contre personne le ton de
l'insulte 8: de la vengeance? Peut-on lui repro- • --- Page 549 ---
1 ( 13 ) cher des observations du genre de celles de l'Anonyme ? 0 esclave ! plus esclave cent fois que
ceux dont tu accuses calomnieusement cet honnête
Américain d'être descendu ; je te défie de te mestirer de principes avec lui , & de mettre dans tes
écrits la même sagesse , le même bon sens qui
brille dans les liens j tu les lui contestes avec son
honnêteté ordinaire ; tu donnes à entendre saufsement , que d'autres lui ont prêté leur plume;
mais s'il se fût adressé à toi pour défendre ses
droits , quel service auroir - il pu espérer de la
tienne ? Tu ne te serois pas excusé sur ta qualité
d'Américain ; ils sont loin la plupart de te ressembler ; mais sur la froideur de ton ame pour de pareils intérêts. Et ne crois pas que je te calomnie c
montre-moi une seule ligne dans tes observations,
qui annonce une ame sensible : je t 'en montrerai
ce nt qui décélent une ame cruelle !
à toi pour défendre ses
droits , quel service auroir - il pu espérer de la
tienne ? Tu ne te serois pas excusé sur ta qualité
d'Américain ; ils sont loin la plupart de te ressembler ; mais sur la froideur de ton ame pour de pareils intérêts. Et ne crois pas que je te calomnie c
montre-moi une seule ligne dans tes observations,
qui annonce une ame sensible : je t 'en montrerai
ce nt qui décélent une ame cruelle ! 0 le plus barbare des hommes ! tu saisis le
moment où des malheureux sollicitent ce que la
loi ne peut leur réfuter , pour leur enfoncer le
poignard dans le coeur ! Tu tourmentes leur liberté
par des railleries , & tu tâches d'être plaisant, lorsque tes semblables s'agitent sons le poids de
leurs longues tribulations ! Est-ce ainsi que tu
acquittes la dette de ton pays envers tes compa- --- Page 550 ---
( 14 ) triotes que tu as vu naître , qui habitoient le
mcme sol que toi, dont les uns sont peut-être tes
freres, & les autres tes enfans- car les privilèges
de vos climats donnent une grande extension
à vos familles. Ces infortunés que tu- persiffles
si cruellement dans le cours de 6S mortelles
pages , que t'ont - ils fait ? par quel crime ontils mérité cette diatribe fastidieuse ? Tu vas
fouiller dans les Greffes des Colonies pour prouver
qu'il y a tu des coupables parmi eux ; le moment
est bien choisi , si tu veux être leur bourreau &
celui de leur postériré , en reculant l'insiant où ils
seront proclamés libres par l'auguste AsTembléfe
qui ne fera que déclarer ce qu'ils sont déjà. Mais
faudra-t-il , avant ce moment , qu'ils dévorent
l'ennui de ton écrit, qu'ils en savourent lentement
toute l'amertume? Les voilà déshérités à jamais de
leurs justes prétentions , si l'Assemblée consacre
les tiennes. Mais ici le doute seroit une injure ;
ceux qui jugeront cette belle cause, sont humains
comme la nature, & impassibles comme la loi. A qui as-ru voulu plaire ? Choisis entre le
peuple des colonies , & les riches des mêmes
contrées. Les uns te regarderont comme un
lâche ennemi qui prend ses avantages pour les
outrager j les autres, s'ils ont de l'humanité , ♦ --- Page 551 ---
( i 5 ) ce mépriseront ; il n'est pas -d'une ame noble
d'insulrer à des esclaves , ou à des hommes que
l'on croit tels. Aurois-tu adopté pour ton compte la maxime
des Romains? Parcere fujeftis, és debellare fuperios. Mais ici où font les superbes, si ce n'est toi ?
Je doute que. ton écrit te fisse beaucoup, de
conquêtes ; ni les hommes, ni les femmes de
notre nation ne s'accommoderont de tes airs de
suffisance. Nous voulons plus de prévenance dans
les manieres, plus de franchise dans les moeurs;
c est tout ce qui manqué à ta personne , si elle
est calquée sur ton style. Je te parle librement,
comme tu vois ; suppose que c'est un mulâtre
qui répond à tes gentillesses ; il faut que la
postérité fache qu'un écrit où ils sont si bien
traités, n'est pa-s absolument ressé sans réponse.
nation ne s'accommoderont de tes airs de
suffisance. Nous voulons plus de prévenance dans
les manieres, plus de franchise dans les moeurs;
c est tout ce qui manqué à ta personne , si elle
est calquée sur ton style. Je te parle librement,
comme tu vois ; suppose que c'est un mulâtre
qui répond à tes gentillesses ; il faut que la
postérité fache qu'un écrit où ils sont si bien
traités, n'est pa-s absolument ressé sans réponse. Le curé Grégoire , le nommé Raymond ,
& l'avocat Joli que tu ne nommes pas , & ce
M. Clarkson dont tu fais un homme très-vain ,
parce que tu l'es peut-être toi-même, & les
comités, &les petits-maîtres , 3c les femmes i
vapeurs, tout est saupoudré du sel de tes plaisanteries. Il saut espérer que j'aurai mon tour ; tn
as, je l'imagine, des plaisanteries de toutes leg
couleurs, pour me servir d'une de tes plus jolies --- Page 552 ---
( >6 ) exprcilîons que ta appliques aux femmes.
t'attends pour ce moment-là, & je te prie de te
nommer : il y va de ta gloire de ne pas te reniermer toujours sous l'enveloppe modcfte de l'Anonyme. Le grand homme ne risque rien de se montrer à découvert, sur-tout lorsqu'il craie les grands
principes d'administration , & qu'il les met en
contraste avec les droits imprescriptibles de l'homme. Je suis curieux de voir comment tu te tireras
de la déclaration des droits, en l'appliquant à la
cause que tu défends. C'est un défi qu'on t'a fait,
& tu n'y as pas répondu. Pardonne à la liberté de
mon style j la révolution m'a un peu gaie ; j'ai apr
pris à tutoyer en me trouvant quelquefois avec
ces mulâtres ; je te parle la langue du pays ; tu
m'entendras sans doute , puisque tu parois en
avoir si bien conservé les mœurs. Cependant
on m'assure que les principes commencent à
changer, & alors il faudra que tu faires une autre
Brochure pour corriger les bévues & les absurdités innombrables de celle que j'attaque. En
attendant, je te conseille d'être un peu plus cire
conspect à l'avenir , & d'apposer ta signature à tes
livres , pour t'épargner de rudes leçons. Un Anonyme qui insulte le bon sens & les personnes , ne
mérite point de grâce, & je me charge , de gré à
gré , d'une commission dont les Américain s'acquitteroient encore mieux que moi. Suiyent --- Page 553 ---
( '7 )' B SUIVENT les bévues de l'Anonyme , dans ses
Observations sir le Mémoire de M. G RÉGoiPE. JL'ANONYME débute par sorrir de la question , ( Page iere )• M ne s pas ici du panégyrique
des gens de couleur, mais de leurs droits incontestables. La mauvaise foi cherche à éluder la difficulté ; la raison l'y ramené avec sa force invincible. Les injures de l'Anonyme, répandues çà & là
dans son écrit , prouvent d'abord la foiblesse de
sa cause ; mais elles méritent une petite observation. Si l'Auteur en: homme de lettres 5. pourquoi
se cache-t il ? Qui le devinera dans les huit lettres
de l'alphabet qui terminent sa diatribe ? Qui cher- ,
chera à le deviner , après l'avoir lu ? L'honneur
demande, ce semble , que l'on se nomme , quand
on détend une bonne cause, & que l'on dit vrai.
geons par les précautions clandestines de l'Auteur , & de sa cause, & de la foi qu'on doit à
son dire.
observation. Si l'Auteur en: homme de lettres 5. pourquoi
se cache-t il ? Qui le devinera dans les huit lettres
de l'alphabet qui terminent sa diatribe ? Qui cher- ,
chera à le deviner , après l'avoir lu ? L'honneur
demande, ce semble , que l'on se nomme , quand
on détend une bonne cause, & que l'on dit vrai.
geons par les précautions clandestines de l'Auteur , & de sa cause, & de la foi qu'on doit à
son dire. Ensuite , quoi de plus mal-adroit', que d'en-'
glober dans ses épigrammes M. Clalkson, qu'il
regarde comme un fou ? Qui le croira , lorsqu'il --- Page 554 ---
{ I» ) s'engage à prouver que cet Auteur avance encore
plus de faulserés que M. l'Abbé Grégoire, surtout après avoir lu cce notes qui lui dominent le
démenti le plus formel ? 1.1 s'acharne contre la≈
société des amis des noirs, dans laquelle on trouve
les noms les plus respeébables ; tout ce qui pense
avec humanité, tente la griffe crochue de l'observateur. Mais qu'il prouve, avant tout, que les
mulâtres sont inadmissibles aux avantages de laè
société , & qu'il ne taxe plus de fanatisme leur
défenseur, en disant, méchamment, qu'il aiguise
les poignards, dans un ouvrage consacré à l'humanité , & qui en respire les plus doux sentimensL'attrocité de l'inculpation retombe sur son auteur ; c'est en cela qu'il est aussi faux que méchant t
X moins qu'il ne croye que le mensonge est néceflaire à sa méchanceté, & que son écrit a befoin de ce double passe-port. Il accuse M. Grégoire d'avoir imprimé son avis „
étant membre du Comité de vérification. Ce n'est
pas ici un fait particulier, mais une question de
droit public qu'on agirair dans l'assemblée , & elle
n'avoit pas défendu aux membres du Comité d'impiimer sur les questions de droit public ; elle ne
pouvoir le détendre. D'ailleurs, les Membres du.
Comité ne jugent pas, ils donnent leur avis , 8c
eia en sait le rapporr à l'Assemblée Nationale i qu& --- Page 555 ---
( 19 ) B z Veut donc dire l'Anonyme, par ce reproche insignifiant ? Il accuse M. Grégoire d'avoir été copiste des
Mémoires de M. Raymond. Il ne les a pas cités j
car. on ne cite que pour mettre à portée de vérifier. Mais est il défendu de consulter des mémoires ? Er, les eût-on copiés, qu'est-ce que cela
fait à une cause ? Elle est bonne ou mauvaise ,
voilà à quoi il faut s'en tenir. Mais il est de toute
fausseté que M. l'Abbé Grégoire ait été plagiaire;
l'Anonyme est un impudent de l'en accuser ; qu'il
se nomme, & qu'il justifie son assertion aux yeux
du public, en attendant, on le déclare fourbe ôc
imposteur. ( Page 4. ) L'Anonyme ne peut pas ignorer que
des personnes de couleur n'ayent eu des arrêts qui
les déclaraient blancs ; alors on pouvoit les apr
jpeller blancs ; ils l'étoient au phylique , & la nature rend toujours de ces sortes d'arrêts à la troi-:
sieme ou quarrieme génération $ mais le moral des
blancs se refuse à leur enregistrement. Lequel est
plus raisonnable , de la Nature ou de ces Messieurs ? ( Page 4. ) Les Maréchaussees existent dans la
plus grande & la première des colonies à Sr.-Do.-
iningue. On ignore s'il y en a ou s'il n'y en à
pas dans les autres colonies. Qu'importe cela ?
toient au phylique , & la nature rend toujours de ces sortes d'arrêts à la troi-:
sieme ou quarrieme génération $ mais le moral des
blancs se refuse à leur enregistrement. Lequel est
plus raisonnable , de la Nature ou de ces Messieurs ? ( Page 4. ) Les Maréchaussees existent dans la
plus grande & la première des colonies à Sr.-Do.-
iningue. On ignore s'il y en a ou s'il n'y en à
pas dans les autres colonies. Qu'importe cela ? --- Page 556 ---
( 10 ) Mais il est de fait, qu'à St.-Domingue , il n'y i
que des personnes de couleur dans les Maréchaussées, à l'exception de l'Exempt, dans la majeure
partie des Pareilles, & du Brigadier, dans peutêtre six Pareilles. Remarquez l'attention des blancs
à se réserver toujours les bonnes places. Les mulâtres sont si bien payés, que beaucoup
d'Exempts leur retiennent & emportent leur appointerions, & quand ils veulent se plaindre , les
prisons ou les menaces les font taire. L'Anonyme nous fait envisager comme le bonheur suprême pour eux d'aller à cheval. Cela scul
prouve une horrible vexation , c est de les en empêcher en d'autres circonstances : est-il possible que
ion piélente de pareilles raisons pour appuyer une
si mauvaise cause ? Quant aux captures , l'Officier blanc s'empare
de tout , & fait la part qu'il juge à propos aux
Cavaliers. ( Page 5. ) L'Anonyme. saute de pouvoir repondre , va chercher une tierce personne, qu'il appelle le nomme Raymond. Eh bien ! ce nommé
Raymond est habitant à Aquin, isle St.-Domingue , propriétaire d'une habitation assez considéra.
ble, plein de probité & de mœurs. Il a été élevé
en France , ainsi que sept de ses freres & sœurs,
tous établis ici eu a St.Domingue. L historique --- Page 557 ---
( 21 ) 7 B 3 de M. R.i ymond est aussi peu connu de l'Anonyme que sa personne ; car il ne se seroic pas
permis de l'attaquer avec tant d'esfronterie. On offre de prouver par des lettres des Aaminisirateurs, des Commandans, que M. Raymond a
toujours été considéré dans sou pays. Qu'importe d'où il a tiré les faits consignés
dans ses mémoires ? ce sont des faits que ne détruiront ni les assermons hasardces , ni les piaisanteries manquées de l'Anonyme. ( Page 8. ) Ici l'Anonyme ne pouvant répondre , dit que le service de piquet n'a pas lieu dans
toutes les Colonies, mais il a lieu à St.-Domingue, & il est si dur, que M. de Bellecombe l'avait détruit, & après lui il a recommencé. Puis
M. de la Luzerne l'a détruit encore!, & on l'a
encore rétabli. Qu'on interroge ces deux Administrateurs le premier est à Montauban , le sefecond est Ministre de la Marine. On fait le service du piquet & celui des milices. Il n'y a point de change; carie même homme
qui a fait le piquet pendant huit jours, cst oblige
le lendemain de palier la revue , sans quoi en
prison. L'Anonyme dit que ce service n'arrive que tous
les 15 mois. On prouvera par des ordres donnés,
qu 'il arrive , pour le même individu , toutes les --- Page 558 ---
( il ) scpt semaines. Ici l'Obscrvateur, prcssé par la veiné , conter que c 'est un abus ; en voila donc
un de bon compte, parmi cent mille autres.
pendant huit jours, cst oblige
le lendemain de palier la revue , sans quoi en
prison. L'Anonyme dit que ce service n'arrive que tous
les 15 mois. On prouvera par des ordres donnés,
qu 'il arrive , pour le même individu , toutes les --- Page 558 ---
( il ) scpt semaines. Ici l'Obscrvateur, prcssé par la veiné , conter que c 'est un abus ; en voila donc
un de bon compte, parmi cent mille autres. ( Page '9. ) Les hommes de couleur qui réclament, n'ont point tous des parens esclaves. Il ne
faudrair pas exclure de certaines profeilions ceux
qui sont exempts du doute , & , en général, ne
pas supposer à l'espece humaine la perversité gratuite de l'Anonyme.. (Page 10. ) M. l'Abbé Grégoire ne prétend
pas deviner des faits qui se passent a deux mille
lieues de lui ; mais ces faits sont prouves au ministere & à la Nation. Que l'Anonyme auroit beau
jeu , si les -Plaignans en avoient iinposo au minisi
tere ! Il s'en tire par des mensonges & des gambades ; mais il est un peu lourd dans sa chute. Par exemple , quand il dit que les bâtards ne
'doivent pas prendre des noms européens. Un nom
de famille a une origine , & cette origine a différentes causes ; sans quoi nous nous appellerions
tous Adam à comme venant de lui. Mais un Européen a un enfant avec une Africaine ^ l individu
qui en vient peut prendre le nom qu'il voudra »
pourvu qu'en prenant ce nom il ne false rare a
personne. Peut-on le forcer de prendre un nom
■d'un idiome plutôt que d un autre , quand il seroit dix mille fois bâtard ? c'est toujours une via- --- Page 559 ---
{ 13 ) B 4 lence de plus. On dira que cette loi n'a. été faite
.que pour Saint-Domingue ; mais en a-t-on moins
raison de s'en plaindre ? (Page 11.) L'Observateur s'ailimile aux colons
américains ; l'est-il ou ne l'est-il pas ? c'est ce que
nous pourrons vérifier aisément , lorsqu'il nous
aura dit son nom. Toujours est-il vrai qu'il ne doit
point contester la qualité de colons américains à
ceux qui ont des possessions en Amérique. Si les
fiennes n'étoienr, par exemple, que sur les brouillards de la Seine ou de la Loire , de quel droit se
donnerait il la qualité d'habitant des Colonies où
ce mot signilie propriétaire ? En un mot , pour confondre l'Anonyme sur
beaucoup de faits où il mêle artificieusement les
autres colonies , il sufEc de lui dire, s'il ne le sait
pas, ou de dire au Public, s'il feint de l'ignorer ,
que les reproches des gens de couleur roulent
principalement sur l'isle de Saint-Domingue , &
que si les mêmes abus exigent ailleurs , ces points
de l'Amérique ne sont presque rien en comparaison de cette vaste Colonie } mais les intérêts de
l'humanité sont par-tout les mêmes. Les mensonges de l'Anonyme viennent au secours de sa maniere de rationner , quand il est
trop évident que celle-ci ne vaut rien. Ainsi il attribue , page 11 de ses Observations , à l'amout- --- Page 560 ---
( 14 ) propre des gens de couleur eux mêmes, la qualité
de métif ou de métive, & autres , données sur les
registres de Baptême , tandis qu'il est prouvé que
c'est un sujet de vexation pour beaucoup de gens
de couleur , qui, à cause du préjugé , répugnent à
laisser ainsi épiloguer sur leur origine.
trop évident que celle-ci ne vaut rien. Ainsi il attribue , page 11 de ses Observations , à l'amout- --- Page 560 ---
( 14 ) propre des gens de couleur eux mêmes, la qualité
de métif ou de métive, & autres , données sur les
registres de Baptême , tandis qu'il est prouvé que
c'est un sujet de vexation pour beaucoup de gens
de couleur , qui, à cause du préjugé , répugnent à
laisser ainsi épiloguer sur leur origine. Quant à la défense faite aux mulâtres de manger avec les blancs , elle est vraie. Les Mémoires
qui en parlent ont été envoyés aux Administrateurs
de Saint-Domingue. M. le Maréchal de Castries
en avoit prévenu M. Raymond , qui , le sachant,
n'auroit pas manqué de revenir sur cet article, s'il
étoit dans son caraétere d'altérer jamais la vérité,
& s'il avoit à cet égard , la complaisance merveilleuse de l'Anonyme. Ainsi M. l'Abbé Grégoire a été mieux instruit des faits par M. R;¡ymond , que l'Anonyme ne l'a été par ceux qui lui
ont fourni des matéiiaux ; & on peut donner hardiment un démenti à celui-ci sur ses défenses, Se
sur la maniere dont il s'y prend pour mettre M.
Raymond en contradiction avec lui-même. La défense d'user des mêmes étoffes que les
blancs ; défense faite aux gens de couleur en 1779,
est de l'aveu même de l'Anonyme , impolitique,
maladroite & inutile. Mais il ne parle pas de la
dureté , des avanies 3c des vexations qu'elle a entraînées , il s'amuse à Insulter ceux ou celles qui --- Page 561 ---
11 ( is ) en sont l'objet, sans dire un seu! mot des oppre£»
seurs dont ils ont à se plaindre. Il ne laisse paffer aucune occasion de les rappeller à l'ordre des Colonies , qui n'est certainement pas le meilleur des ordres possibles ; il tâche
de ridiculiser à sa maniéré leurs défenseurs ; &
avec un oeil dont la sagacité n'est pas bien connue,
il cherche à démêler subtilement les nuances de
leur peau : mais peur la vérité , la raison l'humanité & la justice , il ne s'en embarrasse point :
il voudroit nous persuader que ces choses ne sont
point , en Amérique , des fruits du climat. Ses
compatriotes réclameront contre : ils n auront
garde , je l'espere , de l'avouer de ses sarcasmes
contre les gens de couleur, & ce caractere de la
peau qui n'en: pas indélébile apres tout, ne les
empêchera pas de reconnoitre les droirs de ceux
que l'Anonyme se plaît à humilier , comme s il
avoit million pour cela , & qu il entrât dans ses
intérêts de combattre les réclamations légitimes
de 40000 individus. On parle de défenses d'aller en voiture ! pag. 17.
Eh ! oui, Monsieur , on en parle , parce que cela
est vrai , & vous auriez dû traiter un peu moins
lestement une pareille défense. Cela ne vous semble rien , à vous qui avez pris votre parti là-deffus comme sur beaucoup d'autres choses ; mais --- Page 562 ---
1 ( 26 ) ceux que l'on vexe ne font pas de si bonne composition. Vous avez beau dire que ces choses.
n'ont trait qu'à Saint-Domingue ; je vous le répete , Saint-Domingue est presque tout , vu sa
population & son étendue ; c'est-là que les outrages sont plus multipliés & mieux sentis : comment
faites-vous pour ne vouloir pas comprendre cela?
ela ne vous semble rien , à vous qui avez pris votre parti là-deffus comme sur beaucoup d'autres choses ; mais --- Page 562 ---
1 ( 26 ) ceux que l'on vexe ne font pas de si bonne composition. Vous avez beau dire que ces choses.
n'ont trait qu'à Saint-Domingue ; je vous le répete , Saint-Domingue est presque tout , vu sa
population & son étendue ; c'est-là que les outrages sont plus multipliés & mieux sentis : comment
faites-vous pour ne vouloir pas comprendre cela? Les gens de couleur libres 3 dit-on ne peuvent
venir en France. pag. 18. Il en convient , l'Anonyme y mais il prétend que cela leur est interdit
par des loix faites en France. Qui les a sollicitées , ces loix ? font-ce des Picards , des Normands ou des Lorrains ? Est-ce nous qui gênons
la liberté des gens de couleur, nous François, qui
tentons parfaitement la justice de leurs plaintes ?#
Les blancs qui demandent ces défenses ne sont
point François à notre maniere , cela se sent ; ils
sont injustes envers ces hommes dont l'Anonyme
met la liberté en caractère iralique , comme si
elle étoit d'une espece particulière. En vérité, les
moyens de l'Anonyme font bien petits , & ses
raisonnemens sur les faits , d'une étrange nature.
Est-il embarrassé ? il a à sa main des si de doute;
si le fait est vrai, si 3 si. Est-ce ainsi que l'on satissait des gens raisonnables ? A qui croit-on en
imposer par des défaites aussi puériles? L'exclujion des charges & emplois publics esl --- Page 563 ---
'( 17 ) plus certaine & mieux observée. pag. i S. L'Anonyme trouve ici la sublimité de la sagesse & de la
morale coloniale. Pour justifier l'exclusion , il
prend le dernier terme de l'esclavage , & le premier degré de la liberté ; mais il ne réfléchit pas
qu'il est des gens de couleur libres depuis plusieurs
générations , propriétaires, liches , bien élevés ,
qui ont des mœurs , & des mœurs plus distingu¿es sans doute que ceux qui les calomnient par
leurs mémoires. Ceux-là, peut-être, n 'abaisseroient
point les charges jusqu'au niveau de ces ames vénales , qui ne parlent de liberté que pour se vendre , & de servitude que pour opprimer des gens
honnêtes. En vain pour appuyer des principes
faux & étrangers à nos mœurs , on veut confondre tous ces affranchis sous la même dénomination } c'est reproduire le désordre des distinctions
féodales. Il semble que ce droit affreux, détruit:
par l'Assemblée Nationale , se cantonne en Amérique , pout venir de nouveau affliger la France.
Car si on écoute les ennemis des gens de couleur,
ils argueront bientôt des décisions qu oii aura données en faveur de leur systême anti-social , pour
rétablir aussi en France différentes classes de liberté , & différentes sortes de droits. ^'Anonyme part toujours du préjugé pour son- --- Page 564 ---
( 28 ) - der la justice de ses raisons, comme les commentateurs de mauvais ouvrages s'escriment à tout
propos pour excuser ou justifier les fotrises du
texte. Il appelle le préjugé de la couleur, le relTure
caché de tolite la machine coloniale. Mais de
bonne-foi, à qui fera-t il croire que cette machine
ne puisse subsister que par des injustices nées de la
fantaisie & des caprices des individus à qui leur
vanité persuade que ceux qui sont libres ne le sont
pas, & doivent toujours être traités comme des
espèces d esclaves ? Voilà sur quoi il faudroit frapper , pour abolir l'infamie d'un tel préjugé véritablement contraire à la prospérité des Colonies ,
quoiqu'en disent nos Adversaires.
foi, à qui fera-t il croire que cette machine
ne puisse subsister que par des injustices nées de la
fantaisie & des caprices des individus à qui leur
vanité persuade que ceux qui sont libres ne le sont
pas, & doivent toujours être traités comme des
espèces d esclaves ? Voilà sur quoi il faudroit frapper , pour abolir l'infamie d'un tel préjugé véritablement contraire à la prospérité des Colonies ,
quoiqu'en disent nos Adversaires. Il échappe de rems en tems des aveux à l'Anonyme. Vaincu par la force de la vérité, il se laisse
aller, mais d'un air à faire penser que cela lui
coûte. Quelques mensonges par-ci par-là, salissent
toujours ses aveux. Il nous dit qu'en 1768 , les
gens de couleur voulurent totis [ortir des compagnies de milices où ils n'étoient pas les premiers.
Voilà comme effrontément on dénature les faits.
Oui , ils voulurent en sortir , parce qu'on leur
otoit leurs commissions d'officiers, & même pour
avoir épousé des femmes de couleur • s'ils étoient
nobles, on leur défendoit de faire enregistrer leurs --- Page 565 ---
( 29 ) titres. A beau mentir qui vient de loin ; cela De
détruit pas la. vérité, quand d'honnêtes gens s'offrent d'en produire la preuve. L'Anonyme, page 25, ne se montre pas trop
indulgent envers les blancs , qu'il fait servir de
prête-noms à ceux dont ils légitiment les en rans
par des mariages intéressés. Il se sert de cette raison pour flétrir les mariages avec les filles de
couleur , ce qui est une atrocité révoltante. L'Anonyme a beaucoup de goût pour ces sortes d'arrangemens qui n'engagent pas à grand'chose , & il
en fait sa cour à ses chers compatriotes. Ce ne
font pas-là des mœurs pures , il faut en convenir,
& ce n'étoit pas la peine de revenir si souvent làdessus, comme si l'on eût douté des principes de
l'Anonyme. On m'a dit que les femmes blanches
des colonies ne lui sauroient pas beaucoup de gré
de son extrême facilité à cet égard ; elles sont jalouses , & il paroît que notre homme leur donnera souvent le sujet de l'être encore davantage,
si l'on met à profit ses savantes leçons. Que voulezvous? Les uns vantent le mariage, & ceux-là sont
du bon vieux tenis • les autres approuvent des liens
plus faciles , & ceux-ci ont leurs partisans ; mais
ce n'est point avec leur doctrine que l'on peut
fonder ou affermir des empires.
sauroient pas beaucoup de gré
de son extrême facilité à cet égard ; elles sont jalouses , & il paroît que notre homme leur donnera souvent le sujet de l'être encore davantage,
si l'on met à profit ses savantes leçons. Que voulezvous? Les uns vantent le mariage, & ceux-là sont
du bon vieux tenis • les autres approuvent des liens
plus faciles , & ceux-ci ont leurs partisans ; mais
ce n'est point avec leur doctrine que l'on peut
fonder ou affermir des empires. ( Page 16.) L'Anonyme approuve très-fort que --- Page 566 ---
t ;o ) la race des noirs soie livrée au mépris. Nous attendons qu'il nous donne les raisons impérieuses
de ce systême bénin. Ne nous -fâchons pas courre
un homme assez absurde pour avancer un tel paradoxe , au mois de Décembre de l'année 1789.
Il faut qu'il soit bien étranger à la révolution ,
qu'il n'ait rien vu ni rien lu de ce qui s'est passé
sous nos yeux , & qu'il ne connoître du droit
public françois que l'abus des usages de l'Amérique. Fera-t-il fortune avec sa doctrine ? C'est ce
qu'on ne sait pas. Il est des aventuriers qui tâtent
par-tout le terrein, & qui après avoir éprouvé la
mobilité d'un sol libre, essayent s'ils pourront appuyer le pied dans le pays de l'esclavage. Mais
voilà de bon compte 40,000 ennemis qu'ils se
font en attendant, 6c qui sont de la race des noirs
proscrite par l'Auteur. La belle recommandation
pour prospérer dans un pays! Il vaudroit mieux
comme SoCle, quand on en a les sentimens, se
dire ami de tout le monde. L'Anonyme qui admet l'influence des femmes
de toutes les couleurs , ne devroit il pas sentir
qu'il est des vertus dans toutes les classes, & qu'un
mépris accordé généralement à une espèce d'homnies , peut bien diminuer le nombre des gens
vertueux , mais non les détruire tout-à-fait ? C'est
bien lui qui complote, avec ses principes, contra \ --- Page 567 ---
( 31 ) l'Amérique. Il y anéantit la vertu par le mépris
donc il est si libéral, si prodigue même, envers les
Africains & leur race. Que deviendroient les
blancs, si les noirs agissoient en conséquence du
mépris auquel l'Auteur les abandonne ? Heureusement pour nos Colonies , il est des vertus dans
Cette classe, 8c même de très-distinguées. Qu'il
ose nous démentir ! Que veut dire l'indolent Anonyme (page 16)
par les mots de fanatique-révolutionnaire appliqués à M. Grégoire? Est-ce qu'il prétend donner
du ridicule à l'heureuse révolution qui a délivré
la France du joug de tant d'aristocraties combinées
pour nous tenir dans les fers ? Le despotisme a ses
hypocrites, auxquels j opposerai les fanatiques du
bien , &: certainement la victoire ne restera pas
aux premiers. Mais ces fanatiques ne tuent ni ne
veulent tuer personne , que les préjugés & les mauvasses rai ons. Garre à l'Anonyme! Il est fort menacé de ce double genre de mort. Il s'est gratté la
tête pour trouver ce vers si peu connu ; eh quoi
d'un Prêtre esl- ce là le langage ? Il l'applique 3
M. Grégoire ; il lui demande s'il y reconnoît un
Representant de la Nation. Pauvre Anonyme !
Quelles visions vous vous mettez dans la tête ?
pour reprocher de pareils desseins à quelqu'un, il
faudroit en avoir la preuve3 8c certainement, ni
fort menacé de ce double genre de mort. Il s'est gratté la
tête pour trouver ce vers si peu connu ; eh quoi
d'un Prêtre esl- ce là le langage ? Il l'applique 3
M. Grégoire ; il lui demande s'il y reconnoît un
Representant de la Nation. Pauvre Anonyme !
Quelles visions vous vous mettez dans la tête ?
pour reprocher de pareils desseins à quelqu'un, il
faudroit en avoir la preuve3 8c certainement, ni --- Page 568 ---
IJ» ) la morale ; ni les mœurs, ni les écrits de M. Grégoire ne feront rien soupçonner de semblable à
personne , pas même à l'Anonyme. Sa bonhommie
se sera sans doute indignée intérieurement lorfqu'elle aura vu sa lourde plume laisser tomber sur
* le papier une si grosse injure. (Page 18.) Toujours l'Anonyme est en défaut;
toujours il controuve les faits, toujours il veut des
distinctions humiliantes. Cela lui fait plaisir ; il
croit qu'il y va de sa dignité d'habitant des Colonies , & il se rengorge , en pensant que la Nature s'est épuisée en Afrique & aux Antilles ,
pour lui donuer un si grand nombre d'inférieurs.
Que sais-je même si , à force de s'échauffer la
tête , il ne les regardera pas comme ses sujets ?
Il dira : c'est moi qui les ai fait rentrer dans leur
devoir , qui ai pulvérisé leurs raisons , anéanti
leurs prétentions. Lisez mon Mémoire. Quelles
fines ironies ! comme je mene le nommé Raymond & le Curé d'Emberménil ! Ce sont soixante-huit pages d'or ; cela vaut tout ce qu 'on a
écrit sur cette matière. Meilleurs les Propriétairesplanteurs , cottisez-vous pour me donner une belle
habitation : justifiez le titre que j'ai pris à la tête
de mes savantes observations ; sans moi vous perdriez vos prérogatives : vous aviez des égaux , &
vous ne devez point en avoir ; mais ne me contenez --- Page 569 ---
1 ( 33 ) c teniez pas de vous être supérieur ; sI vous en doutez , lisez ma brochure. Continuons de le suivre , toujours avec la preuve
de ses infidélités & de ses mensonges. Il veut
O nier les attentats contre la majesté des moeurs ,
& il regarde ce mot de majesté donné par lui aux
moeurs , comme une excellente plaisanterie. Oui,
nous adoptons l'expression. C'est la majesté des
mœurs qui fait celle des Empires : des misérables
se permettent de les infulrer, & le mépris public
ne les punit pas ! Mais les mœurs sont-elles moins
respectables en Amérique qu'en Europe ? Est-il
de l'essence de ce pays-là que chaque habitation
soit un serrail , & qu'on veuille faire de toutes
les femmes de couleur , les maîtresses de Messieurs les Blancs ? En favorisant ce libertinage *,
que gagne-t-on ? la corruption , l'opprobre , la des.
tru&ion de la Colonie , & rien de plus. ( Page 31.) Onest un peu surpris d'entendre dire à
l'Anonyme qu'il y a aSt.-Domingue une tendance
générale à la douceur & à la modération, lorsque
l'on tient à la main toutes les ordonnances faites depuis 1768, contre lesquelles on réclame.
Faut - il nommer les Blancs qui se font permis de
commettre des atrocités? on les nomera. Ont-ils été
punis ? non , ils éludent tout. Mais que la
Nation prenne sous sa sauve-garde celui qui prou?
dire à
l'Anonyme qu'il y a aSt.-Domingue une tendance
générale à la douceur & à la modération, lorsque
l'on tient à la main toutes les ordonnances faites depuis 1768, contre lesquelles on réclame.
Faut - il nommer les Blancs qui se font permis de
commettre des atrocités? on les nomera. Ont-ils été
punis ? non , ils éludent tout. Mais que la
Nation prenne sous sa sauve-garde celui qui prou? --- Page 570 ---
t 34 1 vera des traits odieux restés impunis, Se l'on verra.
cclore des infamies bien révoltantes. Vous me
direz , cela ne regarde que des particuliers : &
où en serions-nous, bon Dieu ! si tout le monde
en usoir de même ! Nous voulons seulement
prouver qu'un mauvais régime engendre de mauvais exemples détruisez ce régime vicieux, &
les exemples ne subsisteront plus ; assûtez les droits
de ceux qui sont libres , ils vous béniront, &
vous n'aurez plus besoin de faire mentir des Anonymes. Ceux qui s 'élevent contre vous , prendront alors la plume , non pour confondre des
mensonges, mais pour célébrer des vertus. L'Edit de 17 8 4 vouloit qu'on traitât les esclaves plus humainement : l'avarice & l'orgueil de
beaucoup de Blancs ne le vouloit pas : de-là une
multitude de réclamations , dont le Ministre sur
étourdi & indigné. Tout ce que l'Anonyme dit
à ce sujet , est obscur , insignifiant , faux,
cruel , & ne détruit aucun fait. Sa maniere favorite elt de nier ; la nôtre de fournir des preuves.
Nous les avons, ces preuves ; le Ministre les a ;
l'Assemblée Nationale les connoît, & peut - être
qu'elles seront bientôt mises sous les yeux de
toute la France. ( Page 37.) Il est plaisant que l'habitant obser-,
dateur reproche aux gens de coulçur un génie tur- --- Page 571 ---
I M ) C 2 bulenr. Ils sont connus pour être les plus paisibles .
des hommes , tk le courage donc ils ont donne
des preuves en tant de rencontres , n'est rien
moins qu'incompatible avec la douceur de leurs
mœurs. Le génie turbulent est celui qui s'expatrie
par cupidité, qui tente toutes les routes de l'ambition , qui aujourd'hui s'irrite comme un tigre ,
& demain se glissera comme un serpent, qui ,
bouffi d'orgueil & de prétentions, ne doute de
rien pour chercher d'arriver à roue, 8c souvenc
n'arrive à rien. Que d'aventuriers nos colons américains n'ont-ils pas vu de ce genre, venir mendier des secours dans leurs habitations, & les payer
ensuite de la plus noire ingratitude ! Eux turbulens ! Eux, laborieux cultivateurs d'une terre , oit
tout invite à une paix qui n'en: troublée que par
les vices de l'Europe'.Eux conspirateurs, & toujours opprimés ! Ceux qui les défendent, sont donc
aussi des conspirateurs ! Il est des gens qui voudroient le faire croire ; mais cela ne prend pas plus
que l'Ecrit de l'Anonyme.
venir mendier des secours dans leurs habitations, & les payer
ensuite de la plus noire ingratitude ! Eux turbulens ! Eux, laborieux cultivateurs d'une terre , oit
tout invite à une paix qui n'en: troublée que par
les vices de l'Europe'.Eux conspirateurs, & toujours opprimés ! Ceux qui les défendent, sont donc
aussi des conspirateurs ! Il est des gens qui voudroient le faire croire ; mais cela ne prend pas plus
que l'Ecrit de l'Anonyme. ( Page 34. ) Ici l'Auteur invoque le 18e siecle
contre M. Grégoire, & il oublie lui-même que
ses préjugés le reculent vers le milieu du 1 5 e, oùcommença la traite des Nègres, dont il fait poliment & vertueusement honneur à l'illustre las Cafas j connu par des qualités bien disférentes de celles --- Page 572 ---
( 36 ) d'un Capitaine Négrier. 11 met en doute si le préjugé
de, coulenr est plus foible dans l'Inde ; il assure bien
que non, tant il a de facilité à nier des saits sans en
apporter les preuves ! qu'il nie toujours. Poursuivons , ou plutôt finirons ; car rien de plu$
dégoûtant que de répondre à l'Anonyme. Les faits
attestés par le témoignage de M.Grégoire , dans son
M émoire en faveur des gens de couleur, restent dans
tome leur force. Les raisons de l'Adversaire font
pitié , quand elles n'excitent point l'indignation.
On voit bien quel est son but, c'est d'empêcher
que les gens de couleur ne soient assimilés aux
blancs, Se qu'ils n'ayent des Représentans à l'As-»
semblée Nationale. Ce font-là les conclusions
d'un avocat d'une très-mauvaise cause , qu'on ne
peut plaider sans choquer les principes de la raison , de la justice , &: même de l'honnêteté. Nous
en avons assez donné de preuves , ce me semble.
Quant aux railleries de l'Auteur , elles seroienc
bo nnes que les honnêtes gens auroient peine à les
goûter dans ce moment-ci. On ne fait pas rire -
aujourd'hui des François aux dépens de l'humanité : elle est là , qui étouffe ses larmes ou qui les
essuie & cela déconcerte un peu les mauvais plaisans. Rions, à la bonne heure, quand nous ferons
sortis de nos abus &r de tant de prétentions misétables dent nos freres suppertent le poids : juf- --- Page 573 ---
( 37 ) ques - là, je commanderai le sérieux, même à
ceux qui ont le plus besoin de se divertir, & je
leur ferai toujours un crime de chercher à provoquer le rire des méchans au sujet des malheureux.
Il fut un tems où l'on rioit de touc ; ce tems est
passé , je l'espere. Pour vous, infortunés Américains , vous armerez par vos plaintes l'indignation de la vertu contre vos ennemis ; & le plus
grand supplice que je souhaite à celui qui a lancé
contre vous ce lâche pamphlet , c'est de sortir de
l'embuscade de l'anonyme 5 & de se faire connaître.
le rire des méchans au sujet des malheureux.
Il fut un tems où l'on rioit de touc ; ce tems est
passé , je l'espere. Pour vous, infortunés Américains , vous armerez par vos plaintes l'indignation de la vertu contre vos ennemis ; & le plus
grand supplice que je souhaite à celui qui a lancé
contre vous ce lâche pamphlet , c'est de sortir de
l'embuscade de l'anonyme 5 & de se faire connaître. --- Page 574 --- --- Page 575 --- --- Page 576 --- --- Page 577 ---
A OBSERVATIONS DE M. DE COCHEREL , Député de Saint-Domingue , à VAffemblée Nationale, sur la demande des Mulâtres. j MESSIEURS, LORSQUE les Députés de St-Domingue
font venus solliciter leur admiilion a
l'Assemblée Nationale, ils voiis ont annoncé qu'ils étoient les Représentans des
Communes de leur Pays \ ils vous ont
déclaré qu'ils n'y connoissoient point la
distinction des ordres ; ils vous onc dit
qu'ils n'en connoussoient qu un 3 celui
d'hommes libres ; ils vous en ont
sente l'état de population qu'ils ont lait
monter à environ 40 hommes >
vous avez lixé le nombre de leurs Dé- --- Page 578 ---
[ * ] ! putes j en raison de cette population
I seulement., sans vouloir avoir égard à
I l'importance, à la richesse de la Province
( qu'ils représentent, 6c à l'étendue de son
territoire, principe que vous venez cepen-
; d^nt de consacrer depuis cette époque *
par un de vos Décrets. Vous avez donc jugé Plfle de StDomingue, suffisamment reprélentée. Cependant aujourd'hui une réunion de
quelques individus isolés à Paris, connus
danb les Colonies j sous le nom de Mulâtres , 8{ dénommés à Paris Gens de
Couleur3 vient réclamer contre une re-
{ présentation que vous avez jugée légale. Mais permettez-moi, Meilleurs, de
faire quelques questions d'abord à M.
: le Rapporteur du Comité de vérification, î avant de répondre à cette réclamation :
il seroit intéreiîant qu'il nous apprît de
combien, de Membres étoit composé le
Comité, lorsqu'il a donné ion avis. On
m'a assuré qu'il ne s'y étoit trouvé que
.neuf Commissaires, que leurs opinions
avoient été très-partagées que quatre
ou cinq Membres , au plus , avoient
\ > --- Page 579 ---
[ 3 ] A i été de l'avis du rapport arrête dans le
Comité (i). Cependant , Messieurs, l'importance
de la question dont il s'agit, d'où dé- j
pend, dans ce moment, le sort des I
Colonies, méritoit toute l'attention du !
Comité; nous espérons que vous voudrez
bien y suppléer, en ordonnant que toutes
les pièces soient déposées préalablement
sur le bureau , afin que l'Assemblée en
prenne,, elle-même, communication , ou
bien , qu'elle ordonne qu'elles soient remi- *
ses aux Députés des Colonies, pour y t
répondre.
, d'où dé- j
pend, dans ce moment, le sort des I
Colonies, méritoit toute l'attention du !
Comité; nous espérons que vous voudrez
bien y suppléer, en ordonnant que toutes
les pièces soient déposées préalablement
sur le bureau , afin que l'Assemblée en
prenne,, elle-même, communication , ou
bien , qu'elle ordonne qu'elles soient remi- *
ses aux Députés des Colonies, pour y t
répondre. (1) Nota. Il est très-à-propos de remarquer encore
que dans le nombre des cinq honorables Membres qui
ont voté en faveur des Mulâtres , étoit M. le Curé
Grégoire, qui venoit de répandre, contre les Habitans
des Colonies, un Libelle incendiaire, où , entr'autres nouveaux principes de morale, proclamés charitablement par
M. le Curé, on lit ceux-ci : Pag. i i. » Ainsi l'intérêt & la sûreté seront pour les
» Blancs la mesure des obligations morales : Nègres &
» Gens de couleur, souvenez-vqus-en. Si vos Despotes
» persistent à vous opprimer, ils vous ont tracé la route
» que vous pourrez suivre lC. --- Page 580 ---
[4] / Je demanderai ensuite comment est I formée, elt composée cette espèce de
! corporation ? \ Est-ce de Colons ? ces Colons sont ils
Asfranchis ? de laquelle des quatorze Pag. 19. » Convient-Il que nos Esclaves deviennent
nos égaux ? je crains bien que cela ne suit le fin mot 1
si pauvie vanité ! ie vous renvoye à la Déclaration des
» Droite de l'Homme & du Citoyen ; tirez-vous-en, s'il
jj se peut «. Pag. 3 ej. » Puissé-je voir une insurrection générale
dans l'Univers, pour étouffer la tyrannie, rtffusciter
« la liberté , &c. «. Pag. 36. » Il ne faut qu'un Othello, un Padrejan ,
pour réveiller dans l'ame des Nègres, les sentimens de
)> leurs inaliénables droits «. Pas. 37 » Parce qui! vous faut du Sucre, du Café,
v du Tasia : indignes mortels ! mangez plutôt de l'Herbe
» & fuyez élites cc. Je ne fais que citer, & je ne me permets aucune
réflexion sur les principes religieux & pacifiques de M.
le Curé , insérés dans son Libelle : c'est sux Représentans
de la Nation, assembles à les apprécier & à les juger. Ce Libelle a été remis à chacun de Messieurs , avec
la plus grande publicité; par mandement de M. le Cure
d'Embermenil --- Page 581 ---
[ 5 ] \ A 3 Colonies francoises sont . ces Colons ? ce \
i »
Colons font-ils propriétaires dans les \
Colonies ? ces Colons ont-ils des pou- i
voirs ? en quel nombre sont ces pouvoirs ?.
sont-ils donnés par des propriétaires libres
résidens dans les Colonies ? ces pouvoirs
sont-ils légaux ? les procurations qui énoncent ces pouvoirs font-elles paH:ies pardevant Notaires ? sont-elles légalisées
5 ] \ A 3 Colonies francoises sont . ces Colons ? ce \
i »
Colons font-ils propriétaires dans les \
Colonies ? ces Colons ont-ils des pou- i
voirs ? en quel nombre sont ces pouvoirs ?.
sont-ils donnés par des propriétaires libres
résidens dans les Colonies ? ces pouvoirs
sont-ils légaux ? les procurations qui énoncent ces pouvoirs font-elles paH:ies pardevant Notaires ? sont-elles légalisées -
dans les formes pres'crites par les juges
des lieux ? quel est l'état de ces loi-dilans
Colons ? n'efi-ce pas, peut être, celui de
la batardiie, celui de la domesticité ? Je demanderai encore si ces homme?,
quoique Gens de couleur, ne peuvent
pas être nés en France, sans avoir pour
cela aucuns rapports, aucunes propriétés
à St-Domingue ? Ces Gens de couleur v
ne peuvent-ils pas'être nés dans les •
Colonies étrangères ? Voilà ce qu'avoic
à examiner, Meilleurs , verre Comité
de vérification ; c'eil: à quoi le borne
sou institution ; toute autre question
lui est etrangère &: appartient à votre
Comité de Constitution. Votre Comité
de vérification ne pourroit pas même
vous. proposer, dans cet érat de cause ,
un mode de convocation pour nos As- --- Page 582 ---
[ 6 ] semblées, sans sortir des bornes qui lui
sont prescrites par votre Règlement. Au reste, en supposant à quelques-uns
de ces Hommes de couleur, toutes les
qualités requises pour appuyer leurs réclamations 3 je leur demanderai s ils
veulent former une classe particulière,
s'ils prétendent à une distincHon d 'ordre , si leur projet est de se séparer des
Communes des Colonies, composees
d'hommes libres , en sollicitant cette
représeiitation qui détruiroit tous les
principes de l'Assemblée Nationale ?•
Je demanderaF% laquelle des quatorze
Colonies Françoises on voudroit atta--
cher les deux Députés privilégiés, proposés par le Comité de vérification ?
Je demanderai quel sera le Bailliage de
ces quatorze Colonies 3 que ces deux
Députés auroient la prétention de représenter ? Je demanderai., enfin , si
l'Assemblée Nationale peut enlever aux
Provinces le droit de nommer ellesmêmes leurs Députés, en permettant a
des individus isolés de s 'assembler a cet
effets hors de leur Patrie6c d'en faire
eux-mêmes le choix ls plus irrégulier ? D'après toutes ces considérations, je. --- Page 583 ---
[ 7 ] lue résume, & je dis, que s'il esi prouvé
que les Gens de couleur font propriétaires libres des Colonies, il est prouvé
par - là - même , qu'ils composent les
Communes des Colonies dont la représen ration a été calculée & fixée 5
par un Décret de l'AfTembiée Nationale,
en raison de la population des Communes des Colonies ; cette population
n'a pas augmenté depuis ce Décret, qui
a consacré les droits l'admission des
Députés à l'Assemblée Nationale. Les
reclamations des Gens de couleur ne
pourroient donc être accueillies sans
détruire votre premier Décret ; &
dans cette hypothèse , la dépuration
des Colonies deviendrait tout au plus
nulle ; leurs Députés cesseroient, en
conséquence, de s'asseoir parmi vous,
Messieurs, mais ce ne feroit point assurément une raison pour y faire admettre
les Gens de couleur.
l'admission des
Députés à l'Assemblée Nationale. Les
reclamations des Gens de couleur ne
pourroient donc être accueillies sans
détruire votre premier Décret ; &
dans cette hypothèse , la dépuration
des Colonies deviendrait tout au plus
nulle ; leurs Députés cesseroient, en
conséquence, de s'asseoir parmi vous,
Messieurs, mais ce ne feroit point assurément une raison pour y faire admettre
les Gens de couleur. En deux mots , ou la nomination
des Députés des Colonies est légale,
ou elle ne l'est pas : Si elle est
légale , les Gens de couleur sont
représentés parce qu'ils composent
Jes Communes ; si elle ne l'est pas --- Page 584 ---
i 8 ï les Députés des Colonies doivent se
retirer. Voilà à quoi se réduit uniquement la question qui vous est soumise ;
& vous ne pouvez prononcer , sous
aucun rapport, en faveur des Gens de
couleur, sans attaquer & annuller votre
premier Décret d'admissïon des Dépurés
de St-Dominguê»à l'AiTemblée Nationale. Mais, comme vous l'avez déclaré
vous - mêmes irrévocable, je demande
que l'Assemblée décrète qu'il n'y a pas
lieu à délibérer. Et je suis d'autant plus fonde, Mefsieurs, dans mon opinion, qu'elle n'est
que le résultat de la vôtre. En effet, Meilleurs , rappeliez-vous
qu'une corporation des plus grands Propriétaires des Colonies, résidens actuellement en France, a cru devoir également
faire des réclamations à votre Tribunal,
contre la nomination des Députés de
St-Domingue, qu'ils ont jugée illégale
par le défaut de convocation de tous
les Habitans libres, qui composenc la
Colonie de St-Domingue : vous avez
rejette leurs réclamations. Mais ne seroient-ils pas fondés à se
présenter de nouveau aujourd'hui à votre --- Page 585 ---
[ ] Tribunal, si vous légitimiez la corporation des Gens de couleur, assemblés
à Paris ? Ne seroient-ils pas également autorisés a s'assembler dans le Royaume >
pour protester contre l'admission illégale
de leurs Députés, & n'auroient-ils pas
le droit de les rappeller, par la ration
qu'ils auroient été nommés sans convocation & sans leur participation ? Cet exemple ne seroit-il pas dangereux
pour d'autres Provinces,, dont quelques
Habitans également isolés, 6c peut être,
mécontens, se croiroient fondés à s'afsembler par-tout où ils se trouveraient,
même hors de leurs Provinces, ôc à
rappeller leurs Députés, s'ils le jugeoient
nécessaire à leurs intérêts particuliers ?
Que deviendroit alors votre Décret, qui
enlève ce droit à nos propres Ôc véritables Commettans ? J'abandonne ces réflexions, Messieurs,
à votre sagesse ; mais permettez - moi
seulement de vous observer, que l'Assemblée Nationale ayant rejetté le Comité
Colonial, demandé par les Députés des
Colonies, a manifesté l'intention où elle --- Page 586 ---
[ 10 ) I est, de ne rien préjuger,, de ne rien
| arrêter sur les questions relatives à la
| Constitution des Colonies, qui lui se-
! roient présentées : celle qui vient d'être
j soumise à votre examen est sans doute
! de ce nombre,, puisqu'elle tient essenI tiellement à la Constitution des Colonies ; je demande donc qu'il ne soit
rien statué à cet égard, par l'Assemblée
Nationale, que préalablement elle n'ait
f reçu du sein des Colonies mêmes, leurs
vœux légalement manifestés dans un Plan
; de Constitution propre à leur régime,
J qui sera présenté à l'examen de l'Airernblée Nationale.
qui vient d'être
j soumise à votre examen est sans doute
! de ce nombre,, puisqu'elle tient essenI tiellement à la Constitution des Colonies ; je demande donc qu'il ne soit
rien statué à cet égard, par l'Assemblée
Nationale, que préalablement elle n'ait
f reçu du sein des Colonies mêmes, leurs
vœux légalement manifestés dans un Plan
; de Constitution propre à leur régime,
J qui sera présenté à l'examen de l'Airernblée Nationale. Je - vais vous proposer, en conséquence, un Décret, dicté en ce moment
par la prudence ; croyez, Menteurs r
qu'il vous conservera à jamais vos Colonies, dont la perte. occasionneroit à
la Métropole des maux incalculables.
Rien ne périclite , rien ne vous preile
de prononcer isolément sur la question
prématurée qui vient de vous être présentée ; elle ne pourra dans aucun temps
échapper à votre examen , elle ne fera
point oubliée dans le Plan de ConfHturion, qui vous sera proposé par les- --- Page 587 ---
[II] Colonies légalement assemblées, lorique
vous l'ordonnerez, & que vous pourrez I
vous en occuper ; votre sagesse, d'ail- i
leurs, doit rassùrer les Gens de couleur !
& dilliper leurs craintes. Les Nègres li- î
bres , qui ont le même droit que les
Gens de couleur , seront également
appelles ; plus sages que les Gens de
couleur, plus reconnoisTans que leurs
enfans ^ ils se tiennent à l'écart dans
ce moment, mais leur confiance en
nous, est pour nous un nouveau titre
de défendre leurs intérêts comme les
nôtres , ils nous feront toujours aussi
chers j nous en contractons avec eux
un nouvel engagement dans le ranctuaire même des Représentans de la
Nation : Nous ferons ndèles à notre
serment. Voici donc le Décret que je propose : L Assemblée Nationale, considérant la
différence absolue du régime de la France
n celui de les Colonies, déclarant par
cette ration, que plulieurs de ses Décrets,
notamment celui des Droits de l'Homme
ne peut pas convenir à leur Constitution --- Page 588 ---
[I.] A Paris , de l'Imprimerie de Clousier, .
Imprimeur du ROI, rue de Sorbonne. a décrété & décrète, que, toute motion
relative à la Constitution des Colonies,
seroit suspendue & renvoyée à l'époque
ou elle recevra , du sein même de les
Colonies, leurs vœux légalement manifeilés dans .un Plan de Constitution
qui sera Tournis à un sérieux examen
de l'Assemblée Nationale, avant d'être
décrété. --- Page 589 --- --- Page 590 --- --- Page 591 --- --- Page 592 --- --- Page 593 --- --- Page 594 --- --- Page 595 --- --- Page 596 ---
de doubler d'acivité & d'économic, pour
acheter les fucres & les cafés au même prix
les Anglais, & pouf leur affurer des déque bouchés, en les livrant en Europe, au même
ces derniers; ; c'eft alors que le
prix que
ferâ de fes Nègres & de fes farefus qu'on
d'étudier & de fuivre dans ce
laifons,T'obligera
des
genre de Commerce, la marche
Anglais;
D 2 --- Page 462 ---
c'eft alors enfin
que nos Colonies
ceront à grands pas vers le terme de s'avan- leur
prolpérité, & que la France s'enrichira ellcméme des richeffes de fes Colonies,
qu'il eft certain quc l'opulence de
parce
nicres fe réfléchit
CCS derfur la
toujours naturellement
mére-patrie.
On ne peut certainement pas fe diffimuler
que cetie fecouffe ne foit, dans les premiers
momens, une crife violente pour le
merce de France ; elle fera fans doute funefte Comà quelques Négocians, qui, accoutumés à
des privileges exclufifs & maitrifés
routine ancienne,fe refuferont à
par une
marche de leurs
changer la
fpéculations. Mais on ne
peut pas douter gu'a mefare que cette routine fe détruira, cette fecouffe deviendra
avantageufe àla France, & qu'clle le deviendra d'une manière durable: Nous avons
effet, je le répète, autant
en
de génic, & autant
d'adivité,autant
à tout cc
tient d'aptitude aux Arts &
qui
aux Sciences & à l'indufirie,queles Anglais; nous avons en outre
des moyens fupérieurs aux leurs dans notre
fol, & dans notrepofition. Queft-ce
rait nous empécher de
quipourdes égaler ? Si nous fommes parvenir au moins à
reftés
fi loin d'eux pour le Commerce
jafqu'ict
en général, --- Page 463 ---
Colonial,il
& fur-tout pour le Commerce défaut d'émulation
nefauts'en prendre qu'au il n'en faut chercher la
de nos Négocians;
& le refcaufe que dans les inconvéniens qui ont été
ferrement du fol de PAngleterre, une vive
dans tous'les tems pour fcs Peuples
énulation qui les a portés à perfedionner leur Com-
& à étendre
leurs Manufadtures, les richefles & Yétendue
merce, tandis que
toujours alfuré un
de notre fol nous ayant
été moins inavantage décidé, nous avons du Commerce,
rérellésa prendre le vrai génic
notre Comque,6i
Il cft tesvraifemblable
trouvé de la
merce Colonial eût toujours les Antilles
concurrence, c'eft-a-dire, que état de prohin'euffent jamais été dans un
dis-je, que
bition, il eft tots-vraifemblable, iacheter & vendre
aujourd'huis
pous pourrions Coloniales au même prix que les
les denrées
dans ce
Anglais; que nous en exporterions qu'eux, parce que
moment beaucoup plus avec les Puiffances
nos Traités modernes nous en affureraient
du Nord de lEurope,
en
débit immenfe; que nous pourrions,
un
les Nègres & les objets de
outre, fournir à aufli bon compte & d'une
confommation
enfin, il eft trèsaufli bonne qualité qu'eux:
D3
pourrions Coloniales au même prix que les
les denrées
dans ce
Anglais; que nous en exporterions qu'eux, parce que
moment beaucoup plus avec les Puiffances
nos Traités modernes nous en affureraient
du Nord de lEurope,
en
débit immenfe; que nous pourrions,
un
les Nègres & les objets de
outre, fournir à aufli bon compte & d'une
confommation
enfin, il eft trèsaufli bonne qualité qu'eux:
D3 --- Page 464 ---
probable que notre 54 Commerce
aujourdhui,
balancerale
d'Anglererre, pour &
tous ces articles, celui
lui tous les
qu'il aurait, en outre, fur
fol,
avantages que lgi alfure notre
a Pour rendre
ab lol UD Os
encore moins
concurrence que notre
redourable la
les Colonics à nos
plan donnera dans
Manufiurierss il
Négocians, & à nos
la plus grande févérité conviendra de mettre
des droits
dans la perception
Commerce que que les nous obriendrons fur le
Iles, & il faudra Anglais feront dans nos
ception la méme rigueur apporter dans cette perDouanes Anglaifes Ont mile que les Agens des
tion des droits établis
dans la
denrées
en Europe perceps fur les
Frangaifes; il faudra ufer de
rigueur non feulement aux Iles,
cette
en Eurape; & Puifque
mais encore
prime pas la tyrannie exercée lAngleterre ne ré
niers fur nos produdions,
Par fes Douapar les moyens bas & fubftils tyrannie indigne,
ployés, d'une grande Nation; il qu'elle a emje, que nos Douaniers
faudra, dis
deipotifime tant en
exercent le même
tous les Produits du Europe qu'aux Ines fue
Alors nous gagnerons Conimerce Anglais,
rope, ce guc nous
certatintement, enl Eupourrons perdre dans les --- Page 465 ---
tems aux Illes; en attendant, nous
premiers
le véritable génie du
prendrons peu-à-peu & bientôt on verra que la réciC
Cemmsitce, les deux Nations deviendra
procité entre différentes
du monde,
telle dans les
parties
certains
que leur infériorité réciproque,pour profits qu'elles
objets, fera compenfée parlles
viendra
feront fur d'autres. Enhin, un tems
-
'les droits d'cntréc & de fortie, ainfi
out tous
2 toutes les loix prohibitives qu'elles ont
que
& que les Commis ont
établies entr'elles, d'état, leur feront entièappellées des coups
rement inutiles.
Le up traité de Commerce que nous propo.
nos Colonies favorifera non
fons poar
& donnera à
feulement notre agriculure,
leur eft
une émulation qui
nos Négocians
le
nécellaire, mais encore il ptoduira, pour
Gouvernement, un avantage bien précicux,
celui de tourner au bénéfice de l'Etat & au
sapprochementdefs: recette & de fa dépenfe,
énormes que nous donnons dans
les primes
pour la traite
ce moment à nos Négocians
la morue & autres objets
des Negres, pour Colonies. En cffct, ccs
nécellaires à nos
derniers feront dédommagés de ces primes,
d'étapar les droits que nous avons propofé
les
blir fur ces mêmes denrées fournies par
D4
ner au bénéfice de l'Etat & au
sapprochementdefs: recette & de fa dépenfe,
énormes que nous donnons dans
les primes
pour la traite
ce moment à nos Négocians
la morue & autres objets
des Negres, pour Colonies. En cffct, ccs
nécellaires à nos
derniers feront dédommagés de ces primes,
d'étapar les droits que nous avons propofé
les
blir fur ces mêmes denrées fournies par
D4 --- Page 466 ---
Anglais, Amfi, le 36
davoir à payer des primes, Gorvemtment, au lieu
des droirs
retirera lui-méme
ne pourra confiderables, fe plaindre
& notre Commerce
dde fonpeu d'économic; que de fon inactivité
vernement, en accordant les vues du Gouéré.fans doute,juftes
cesprimes, avaient
qu'il en attendair n'a &louables; été
maisleffer
que ccs primes, au lieu de quillufoire, parce
mulation à nos Négocians, donner de l'6.
pres gu'a les retenir dans
n'étaient
cloignant
leur
pro. t
encore
inactivité, en
moyen de les ent d'avantage d'eux le foul
de la concurrence, tirer,je yeux dire, la crainte
Les confidérations
m'ont paru
que je viens
fera
propres a faire fentir d'expofer, combien
de Commerce avantageux, pour la France, le traitd
les Colonies, Je que je Propole d'établir dans
vais
compte des biens
aduellement rendre
fulecront également inappréciables qui en ré
TAngletere, & qui font pour la France & pour
engager mutuellement à bien faits pour les
clution. Je ticherai de
en hâter la con.
à Tautre, que ce traité démontrer à l'une &
mnent leurs intéréts
concilicra véritables
principcs fur lelquels réciproques, elles
& que lcs
qu'ici leurs loix
ont établi Juf
prohibitives, n'ont cu pour --- Page 467 ---
fondement que lerreur, 57 une jaloulic aveugle,& une ignorante rivalité,
binolo
- a
29 Les biens qui réfulteront pour Fune &
Tautre Nation de la liberté accordéc
pour
dans toutes leurs
a InurCommcterdeipaugue
Colonics, feront 90
:
* De fuppriner des prohibitions qu'on de
ne-refpede point & qu'il eft impoffible
dans lest Colonies, même avec
faire reipeder
énormess En cffet, lcs
lcs dépenfes les plus les vaiflcaux de la
dangers que courent
des a
Marine militaire fur les côtes orientalcs
-
caA
Iles, & le défaur de mouillages de cescôtesy
forcent de refter toujours fous le vent
les des liles, & de laiffer la plus grande liberté
fur les côces de PER aux contrebandiers, qui
dédommagés des rifques auxquels
fc trouvent
les avantages adtucls du
ils s'expofent par
On ne doit pas s'atCommerce interlope.
emploiera dans
tendre que les commis qu'on
la conles anfes de ces côtes repoufferont des Colonies
trebande, parçe. queles habitans effct du climat,
étant généralement, par un
ainfi
tres-parelleux, & ne connoilfant, pour
dire, d'autre divinité que celle de l'intérét,
quels
fc trouvent
les avantages adtucls du
ils s'expofent par
On ne doit pas s'atCommerce interlope.
emploiera dans
tendre que les commis qu'on
la conles anfes de ces côtes repoufferont des Colonies
trebande, parçe. queles habitans effct du climat,
étant généralement, par un
ainfi
tres-parelleux, & ne connoilfant, pour
dire, d'autre divinité que celle de l'intérét, --- Page 468 ---
il fera impofible de les payer allez
donner l'acivité
pour leur
hors d'état d'être énécellaire, pourles mettre
corrompus.
29 D'attacher pour toujours les Colonies
à TEurope, d'étouffer à jamais chez elles
toute idée de rcbellion, & de Ies
en peu de tems au terme de leur
porter
L'Europe clle-méme profitera de cet profpérité. accroif
fement de leurs richelles,
dans le cas de leur faire parce qu'elle fera
moins d'avances;
qu'clle feramicux payée de fes envois, &
lapaflion où font tous les Colons de
que
& d'aller finir leurs
voyager
joursi cn Europe, les
engagera toujours a porter leur fortune & à
Tallerconfommere dans cette partiedu monde.
Ainfi, la France &
le plan
PAngletetre, en adoptant
que nous leur propofons, étendront
& développeront efficacement leur Commerce, exerceront enfin un atte de
envers PAmérique, accroitront la fortune juftice
des Colons; & s'enrichiroar enfuite des
biens même qu'clles auront procurés à ces
derniers.
3.o De rendre inutiles les
les garnifons, & les flottes érats-majors
Nations
que ces deux
entretiennient à grands frais
la fûreté & la défenfe de leurs
pour
Colonics.
propres --- Page 469 ---
clles
tourner ces
Ju Non-feulement
pourront
de leurs
dépenfes énormes à Taccroiffement feront dans le
revenus, mais encore elles
de leurs Iles des impôts condroit d'exiger
de
fidérables, & elles ne trouveront pas
réfiftance à les établir. En effct, f on accorde
à ces dernières les priviléges dont nous
parlons, & f on leur donne le titre & les
qu'elles delirent avec ardeur
prérogatives de TEtat, elles confentiront
de provinces à un fubfide annuel de vingtfans peine
tournois
tête de Nègre.
qustre livres calculé fur le par pied de cinq cent
Cet impôt
nos Iles d'Amés
mille Negres que polfedent
rique, & de quatre cents mille que polèdent
lcs Colonies Anglaifes fera tous les ans pour
de revenu de
lal France un accroiffement
douze millions tournois, & pour T'Angleterre
de près de dix millions qu'elles pourront de leurs
employerlune & l'autre au paiement
dettes, Cet impôt pourra être augmenté en
fayeur de la France, f elle permet l'entrée
chez ellc du rum de fes Colonies. Cette
liqueur ayant des débouchés certains, Fabri- peut
faire au moins le tiers du revenu des
çans de fucre, & on doit juger, d'aprés lui
celas des facrifices qu'ils feraient pour
procurer un débit avantageux.
'elles pourront de leurs
employerlune & l'autre au paiement
dettes, Cet impôt pourra être augmenté en
fayeur de la France, f elle permet l'entrée
chez ellc du rum de fes Colonies. Cette
liqueur ayant des débouchés certains, Fabri- peut
faire au moins le tiers du revenu des
çans de fucre, & on doit juger, d'aprés lui
celas des facrifices qu'ils feraient pour
procurer un débit avantageux. --- Page 470 ---
L'impôt dont nous parlons, fera
donné avec plaifir par les Colonics fur-tout
& l'autre Nation, G
de l'une
ricains, dontles
on accorde aux Améd'hui fe
Antilles ne
paffer, la liberté Aauroientaujour- des
dernières, & fi on leur
ports de ces
toute forte de denrécs permet de prendre
ment de celles
Coloniales en paiequ'ilsy
que le congrès obtienne apporteront.Mais pour
faudra qu'il accorde de
cette faveur, il
gemens à la France & à grands dédommaquoi les Colonies
TAngleterre ; fans
non à fe
auront à regretter, mais
tage. L'admiflion plaindre,qu'on leur refufe cet avandes
les Antilles fera d'autant Anglo-Américains dans
deux Nations
moins funefte aux
fourniront
Anglaife & Françaife,
à lune & à l'autre un débouché qu'ils
tres-arantageux pour plufieurs objets
apportent aux Inles, tels que les vins, qu'elles les
eaux-de-vie de vin, &
leurs Manufaqures
pluficurs produits de
On
& de leurs Arts,
nous permettra d'oblerver
P'Arrêt qui a accordé aux Américains ici, que
bertéde
la lilexportation des Sirops des Colonics
Françaifes, a été
n'a fait que nuire à tresimpolitique, puifqu'il
cune utilité à leur ces.Iiles, fans être d'auMétropoles il leur a éad
nuifible, en ce que cette liberté a fait élc- --- Page 471 ---
ver dans la nouvelle Angleterre, une grande
oû l'on diftille les Siquantité de ruméries
Illes, & que cette
rops achetés dans nos
ainfi enlevée à
Fabrique précieufe fe trouve
Ifles. Il aurait micux valu, comme on
nos
des dtoirs fur l'exportation des
fent, mettre
celle duRum.
Sirops, & favorifer
bicn
&
4" Enfin, un avantage
précicux
bien cher à Phumanité que procureta notre
fyftene pour l'une & pour l'autre Nation,
fera d'étouffer le germe de toutes nos gueraux deux Peuples les frais
res, & d'épargner
qu'ellesleur atametechanadies annuelles de leurs Marines
véque lesdépenfes
militaires, jointes à cellesdes guerresqu'elles
de fe faire fréquemment dans
font obligés
maintenit ou pout
le fyftème actuel, pour
s'entrarracher la balance du Commerce,
coûtent à chacune des deux Nations, une
l'autre; aumoins cent millions
année portant
convertira
de livres tournois: notre fyftême
de leurs Sujets.
ces fommes au foulagement
Je demanderai à la Chambre de Conmerce
quelles font les Manufacde Normandie,
jamais un tel fervice à
tures qui rendront font les Négocians qui,
T'Etat, &c quels
pourront jaavec lcurs priviléges exclulifs,
bienfait.
mais procurer à la Nation un tel
Nations, une
l'autre; aumoins cent millions
année portant
convertira
de livres tournois: notre fyftême
de leurs Sujets.
ces fommes au foulagement
Je demanderai à la Chambre de Conmerce
quelles font les Manufacde Normandie,
jamais un tel fervice à
tures qui rendront font les Négocians qui,
T'Etat, &c quels
pourront jaavec lcurs priviléges exclulifs,
bienfait.
mais procurer à la Nation un tel --- Page 472 ---
Nous n'avons égard dans de calcul,
qui fcta
niau fang
épargne, ni au bonheur
tera pour une infinité de familles qui réfula.
plus à craindre
de n'avoir
dividus
qu'on leur afrache des in
qui leur font ehers &
ni enfin à lavautage
nécellaires :. 1
Commerce
qui réfultera, pour le
plus de facilité lui-méme, de pouvoir faire avec
un choix de
dans I le cas de Ics
Matelots, d'étre
voir garder
payer moins, & de poutoujours les bons
fans avoir à craindre qu'ils lui foient équipages,
ni par la prefle, ni par les loix cruclles enlevés
tyranniques des claffes.
&
Ileft étonnant que les
deux nations,
Gouvernemtens des
les biens
n'ayent pas encore fenti tous
qui réfulteront pour l'une &
Tautre, de leur rapprochement
pour
commercial.
LAngleterre tivité
a paru mettre jufqu'ici plus d'acque de lumicres dans fon
& la France n'a Vu le bien de fon commerce 3
dans le monopole des
pays que
Ce qui lui a toujours fait privileges exclufifs 3
public à des intérêts
facrifier le bien
temsqu'elles
particuliers : mais il eft
ssbandonnentlune & l'autreleurs
principes, puifque la raifon & l'expérience
démontrent qu'ils font faux. Elles Ont
le temis de confidérer &
eu affez
branche de leur
d'apprécier chaque
commerce réciproque; il --- Page 473 ---
sen confidèrent l'en:
faut aduellementquellese elles le font de part & d'autre
femble; ; fi
elles verront qu'elles pof
avec impartialité,
aflez de moyens mofédent réciproquement
tant en Europe qu'aux
raux & phyfiques,
entr'elles la baColonies, pour maintenir
enchailance, en ôtant tous les liens qui
commerce mutuel. La rivalité &
nent leur
exifté entre les deux Nala haine qui Ont
jufqu'ici de
tions, ne leur ont pas permis laiffé voir
fentir cette vérité; elles ne leur ont
vérirables intérêts que dans leur ruine
leurs
&c elles ne fe font faites la guerre
mutuelle,
mutuellement leur comque pour s'arracher
doit leur avoir
merce ; mais l'expérience
a été funefte
appris combien cette politique
l'une à
à toutes les deux, puifque ce que
dans une guerre 5 clle l'a toujours
acquis
& qu'on peut dire
perdu dans une autre,
refpedivequ'elles fe trouvent aujourd'hui où elles étaient,
ment dans la même pofition
tout
fiècle & deni; de manière que
illy a un
&c tous les imle fang qu'elles ont verfé,
dont elles ont écrafé leurs fujets pour
pôts
n'ont
aucun
foutenir leurs guetres,
procuré Toutes
réel ni à lune ni à l'autre.
avantage
& tous les droits
leurs loix prohibitives
, n'ont
qu'elles ont établis refpedivement
elles fe trouvent aujourd'hui où elles étaient,
ment dans la même pofition
tout
fiècle & deni; de manière que
illy a un
&c tous les imle fang qu'elles ont verfé,
dont elles ont écrafé leurs fujets pour
pôts
n'ont
aucun
foutenir leurs guetres,
procuré Toutes
réel ni à lune ni à l'autre.
avantage
& tous les droits
leurs loix prohibitives
, n'ont
qu'elles ont établis refpedivement --- Page 474 ---
fervi qu'a faire la fortune 64
de
quelques
ticuliers, à mettre des entraves à leur parierce mutuel, & à rallentir
comment leur induftrie.
réciproqueTelles font en effet la conftitution & les
forces relpedtives des deux
ne
nations, qu'elles
pourrontjamais s'atracher leur
& que leurs guerres ne ferviront commerce,
écrafer
qu'a les
réciproquement (1). Pourquoi donc
s'opiniâtrer à fuivre un fyftème
contraire à la juflice & aux droits ruineux,
rels de Phomme, & qui n'a été & natupourra jamais être d'aucune utilité
ne
ni pour l'un ni pour l'autre des deux réclle,
ples ? I eft donc de leur intérét
peud'abandonner ce
mutuel,
d'eux
fyftème 3 & puifque l'un
ne pourra jamais ufurper le commerce de lautre, & qu'ils ont tous les
des moyens égaux de le faire, il leur deux
vient delevet toutesles barrières
conqu'ils. fe font
(t) L'Affemblée Nationale de
a
dette vérité, elle a témoigné à toute Ftance, fenti déja
bien elle en était pénétrée dans la célébre FEurope, coma faite à Milord Stanhop. Son
réponfe qu'elle
biea confolante
les
opinion à cet égard eft
femble
pour amis de Phumanité, cn ce qu'elle
fameux préjuger, comme tres-prochaines l'exécution des:
projets de PAbbé St, Picrre & une
dans tour FUnivers,
Paix durable'
oppoféés --- Page 475 ---
julquiciy de rendre leur commetce
oppofées
détruire cette rivalité qui leur a
comimun, de
toute TEurope a eu;
été fi funefte, & que
foin d'entretenirs
avec raifon, très-grand entr'eux que Pémuenfin, de ne conferver
lation nécellaire pour hâter, en s'enrichillant, & du bonles progrès des arts, des lumières
heur général.
des deux Royaumes, qui
Les particuliers
aujourd'hui, délirent
s'aiment & s'eftiment révolution 1 ils font des
également cette leurs Nations puiffent con=
voeux pour que la même amitié & la même
traêter entr'elles
déjà entr'eux ; enfin
harmonie qui règnent
doit appellet
ce delir exifte dans ce qu'on Pourquoi dans
vraiment lopinion publique.
à ce
fe refuferaient-ils
leurs Gouvernemens
donnent les raia
grand bienfait? Qu'ils nous feront furement
fons de leurs refus! elles ne
manudictées que par l'intérêt de quelques accoufaéturiers ou de quelgues négocians Celui des
tumés à des privilèges exclufifs.
Gouvernemens quiy mettra oppolitions,
deux
V'infufhfance de fa nation; & fureannoncera
défavoué. La réliftance qu'ils
ment il en fera
Pun &c l'autre, any ont oppolée jufqu'ici raifon ni l'un ni l'aunonce qu'ils n'ont eu
été dominés par
trc, & qu'ils ont toujours
E
ou de quelgues négocians Celui des
tumés à des privilèges exclufifs.
Gouvernemens quiy mettra oppolitions,
deux
V'infufhfance de fa nation; & fureannoncera
défavoué. La réliftance qu'ils
ment il en fera
Pun &c l'autre, any ont oppolée jufqu'ici raifon ni l'un ni l'aunonce qu'ils n'ont eu
été dominés par
trc, & qu'ils ont toujours
E --- Page 476 ---
la paflion de
procurer à leur patrie
tive, un commerce exclufif;
refpeccomme nous venions de le
mais en cela
cruellement abufés
voir, ils fe font
vrais intérêts.
l'un & l'autre fur leurs
Vous, que les deux
pofitaires de leur
peuples ont fait déauguftes Allemblées! autorité & de leur fort,
partial &
écoutez un citoyen imde toutes délintéreffé, Ies claffes
qui a étudié les voeux
des
lons que vous
citoyens &c des Cotres réclament gouvernez. Les uns & les au-
& de vendre en corps, le droit d'acheter
leurs affaires, à ceux qui feront le mieux
nufacturiers
& quelques Négocians & Mahibitives
vous denrandent des loix
: avez-vous à balancer
proréclamations de CCS
entre les
zrente-trois millions derniers, & celles de
de
ont confié les foins de leur Citoyens Qui vous
preflez-vous, il en eft tems bonheur P Emriter leur reconnailance; encore, de médoivent une révolution faites qu'ils vons
peut manquer d'amener que le tems ne
toutes les idées
dans un fiècle où
d'équité
tent les barrières
générale furmonque leur ont
tems l'erreur, le
oppofées longNations
defpotifme & lignorance.
Européennes: Et toi
tout , à qui je m'intéreffe
France furparticulièrement, --- Page 477 ---
c'eft dans ton fein que jai requle
que
Européennes ! Il eft tems 3
f Nations
réformies le code de
fur-tout, que vous
vous avez fait pouf
loix Commerciales que
vous les tis
il eft temis que
vos Colonies,
dans laquelle vous les
riez de l'oppreflion
de deux fiècles 1
faites gémir depuis près frais
vous occaplus les
que
ne prétextez défenfe &c leur adminiftrafionnent leur
encore des imtion, puifque vous joignez de vOs loix propôts ekceflifs à la rigueur
d'ailhibitives. Ce prétexte ne peut plus
excufer votre tyrannie , parce que
leurs
allez éclairés
les Colons font aujourd'hui forticafitions ne font
pour fentir que vos les affervir, & que
faites que pour vous
ferait de ne pas
leur plus grand bonhcur
avoir de défenfeurs.
cru leur rendre un
En vain vous avez détruifant €es avides
grand fervice > en
eux desfangCompagnies, qui étaient pour
fait atinaltérables 3 vous n'avez pas
fues
fervitude, vous en avez
tention qu'à cette de la même nature 8
fubftitué une autre
vous avez accordé
aufli cruelle 1 puifque centaines de Négodans le fait à quelques villes de Commerce,
cians établis dans vos
vous aviez
révoltans que
les privilèges
E 2
détruifant €es avides
grand fervice > en
eux desfangCompagnies, qui étaient pour
fait atinaltérables 3 vous n'avez pas
fues
fervitude, vous en avez
tention qu'à cette de la même nature 8
fubftitué une autre
vous avez accordé
aufli cruelle 1 puifque centaines de Négodans le fait à quelques villes de Commerce,
cians établis dans vos
vous aviez
révoltans que
les privilèges
E 2 --- Page 478 ---
accordés aux acionnaires de
gnies.
ces CompaNations
de penfer Européemneslayere enfinle
que ces Colons dont
coutage
efclaves, fontvos
vous faites dcs
répéter que les freres, & fivous ne cellez de
lonies le droit Meres-patries ont fur les Cone leur refufez d'un père fur fes enfans,
filiale & les
pas du moins la tendreffe
fi l'état des égards d'un père raifonnable;
chofes ne vous
core de les allocier à
permet pas enà tous VOS
votre puillance, &
pas leurs habitans privilèges, du moins ne traitez
rendez-leur
comme des elclaves, &
votre domination
Thumanité, le droit des
fupporcable :
naturel vous en font
gens & le droit
un
votre
devoir; le dirai-je,
politique vous en fait
vous venez de voir
une néceflité;
& terrible de
un cxemple
cette vérité.
frappant
révolution fc
Elpagnet lamème
prépare
tu as moins à craindre pour toi : France !
parce que tu as moins de un pareil malheur,
niales & plus de
Polfellions Colocraindre cette même puiffance; mais tu as à
de brifer les
Nation, dont tu viens
fers, & à
tes poffeflions femble
qui le voilinage de
tu as à craindre le
en alfurer la propriété;
dont le corur
reffentiment de ta rivale,
faigne encore du facrifice --- Page 479 ---
tu l'as forcée de faire; tu as fur-tout
que
fourdequi à exilte dans
àr redouter une opinion
fait déja beautoutes tes Colonies, & qui
t'one
de progrès, c'eft qu'elles ne
coup
; que tu leur as été peu
aucune obligation
& que tu
utile lors de leur établiffement,
n'as commencé à vivifierleur Commerce que
*
tu as trouvé à l'y faire d'une malorique
toi. Angleterre! tu
nière avantageufe pour
tes Con'as rien à craindre, à la vérité, pour
lonies à fucre, parce que ton Commerce
leur profpérité ; mais
foutient cllicacement l'Afe la même révotu as à redouter dans
dans le noulution que tu viens d'effuyer divifions intefveau monde. Hollande! tes
du
tines t'ont mile depuis peu aufli près
dans tes
précipice dans tes Colonies, que
de
foyers; n'oublie pas que l'éloignement
-
l'infuffifance de tes forces, la
tes pollefifions,
toujoursla grande
fécurité & l'envie qu'excite
dans
opulence, enfin la cruauté qui fe joint
Colonies à Tinjuftice de ton adminiftes
rendent pour toi le danger encore
tration,
les autres Nations
plus prelfant que pour
tes rivales.
! il vous refle un
Peuples Européens
qui
moyen sûr de prévenir la cataftrophe à
vous menace : faites aimer votre joug
E3
ifance de tes forces, la
tes pollefifions,
toujoursla grande
fécurité & l'envie qu'excite
dans
opulence, enfin la cruauté qui fe joint
Colonies à Tinjuftice de ton adminiftes
rendent pour toi le danger encore
tration,
les autres Nations
plus prelfant que pour
tes rivales.
! il vous refle un
Peuples Européens
qui
moyen sûr de prévenir la cataftrophe à
vous menace : faites aimer votre joug
E3 --- Page 480 ---
vos Colonics; traitez 70 leurs
des gens qui vous ont des habicans comme
qui répugnent au
obligations, mais
qu'ils ont cux-mémes delpotifme, pat la raifon
leur votre Commerce des cfelaves; rendez
ne peuvent s'en paffer, attrayant leur
; comme ils
joint aux liens du fang,
propre intérêt
nera, toujours
vous les enchaipas porter des pourvu chaînes que vousneleur fallicz
Un puillant Souverain trop pefantes,
préambule d'un de fcs
a avancé dans le
quele defir de voir toutes plus célèbres Edits, 9
par un Commerce
les Nations unies
fcs plus chères
libre, était l'objet de
méditations.
peuples Européens,
Puillez-vous, y
timens de ce
adopter les nobles fenRei-Citoyen!
renverfer, enfin, ces barrieres Puilliez - vous
Terreur & le delpotifme
que Tavidité,
long-tems au bonheur
oppofent depuis G
par vOs foins tous les général! puilfent enfin
Ce globe, ufer du droit hommes répandus fur
librement
naturel de faire
Téchange de leurs
relpedives, & de fournir
fupperfuités
leurs befoins
librement à tous
réciproques s! --- Page 481 ---
PARTIE
TROISIEME
intérieure convenable aur
De TAdminifration
de la nécefité de TéColonies Françaifes ;
les gouverguelguune des loix qui
former
nent.
libre, & T'AffemLE Français eft devenu
fa liberté à
bléc Nationale doit d'elle, prononcer comme autour
deux mille lieues des Antilles n'eft pas
d'elle; le Français du Pyrénées; 2 ils ont
différent du Français même efprit de liberté,
Tun & l'autre le
la
& les mêmcs
le mème amour de
patrie droits de Thom-.
titres à la jouilfance favent des
aimer & refme ; lun & l'autre modérées par les loix;
peaer lcs autorités
également au
mais Tun & l'autre répugnent malheureux,
& font également
des
de/potilme, font allervis; ; le Français
lorfqu'ils y
de droits de participer
Ifles a d'autant plas
qu'il eft expolé au
à la régénératiou acuelle,
qui font
caprice de deux Adminiirateurs dangereux pour
ordinairement d'autart plus maitre, leur
la diftance de leur
lui, que
E4
autorités
également au
mais Tun & l'autre répugnent malheureux,
& font également
des
de/potilme, font allervis; ; le Français
lorfqu'ils y
de droits de participer
Ifles a d'autant plas
qu'il eft expolé au
à la régénératiou acuelle,
qui font
caprice de deux Adminiirateurs dangereux pour
ordinairement d'autart plus maitre, leur
la diftance de leur
lui, que
E4 --- Page 482 ---
alfurant prefque
7%
surellement les toujouts Timpunité, doit na.
de vrais
porter à fe regarder
rité arbicraire. Sonverains, 2 & à cxerçer ine comme
la manière
En vain
augod'être des Colonies, allegue-t-on, que
adminifiration iptérieure,
demande une
des Provinces; en vain differente decelle
l'exemple, de
cite-t-onà CC fujer
fes Ifles un régime FAngletterre qui a établi dans
a établi dans fes différent de cclui qu'elle
il eft faux que le Colon Erats d'Europe, Dabord
mis à Pautorité arbitraire Anglais foit fouErangais, Buifque le Confeil comme le Colon
glaifes peut s'oppofer
de Illes Antreprifesdu defpotifme;s eflicacement aux enreconnu que TAngleserre d'ailleurs,e eft-il bicn
fautes, & ne fe foit
n'ait pas fait des
droirs de Thommedans pas écartée des vrais
a donnée a fes Colonies, la conllitution qu'elle
un moment les
On n'a
gir fes polfeliens yeux fur fa manière quajetter de réon yerra que fes Agens des Indes Orientales, &
Çn
les gouvernent,
Monargues, mais en
non
rans barbares. Doit-on citer tyrans, & en typle pour des Frangais? Er un parcil cxemdangerquilya a denvoyer dans fent-on tour le
Bour s'occuper de (a
une Colonie,
ordinaitement ivrcs profpérité, du
des hommes
pouvoir qu'on lcur --- Page 483 ---
ni les mceurs;
confie, & qui ne connailffent les beloins de ceux qu'ils
ni les intérêts, ni
vont gouvernert avoir à craindre dans les
Que peut-on l'érabliflement de Municipalités
Colonies, de
falfent les
& d'Allemblées adminiftratives :
qui
foient
intéricures convenables, & qui
loix
de la levée des impôts ? que peut-on
changées dela formation de Milices coloniales
craindre
foit le même que celui des
dont le régime
craint-on que les Colo*
Milices de France?
attentcr
nies n'abufent de ce privilége fur pour elles : mais
aux droits de la Mérropole fans fondement,
cette crainte eft abfolument PAflemblée Nationale
parcc qwune fois que Commerciaux qu'elle
aura fixé les rapports d'établir entre la Metropole
jugera à propos
aura fatué que
& les Colonies, & qu'elle
s'ocAffemblées Colaniales ne pourront
les
des loix relatives à leur admicuper que intérieure, ces dernières fe trouniftration
de nuire aux
veront dans Timipofibilité
ilfera facile
intérêts du Royaume : d'ailleurs, d'abus à ce fujet
de prévenir toute efpece
le droit de
en accordant au Gouverneur feront & d'en
fancionner les loix qu'cllcs
les jugera
fufpendre Texécurion, lorfqu'il
julqu'a
contraires au bien de la Métropole,
que intérieure, ces dernières fe trouniftration
de nuire aux
veront dans Timipofibilité
ilfera facile
intérêts du Royaume : d'ailleurs, d'abus à ce fujet
de prévenir toute efpece
le droit de
en accordant au Gouverneur feront & d'en
fancionner les loix qu'cllcs
les jugera
fufpendre Texécurion, lorfqu'il
julqu'a
contraires au bien de la Métropole, --- Page 484 ---
Ce que l'Afemblée 74
On obferve
Nationale ait prononcé.
coloniales étant fous encore, que les Milices
public, les Illes
les ordrcs du miniflère
defendues
ne feront pas aufli bien
réfidait
que fi tout le pouvoir
dans les mains d'un
exécutif
cette obfervation eft
feul homme :
mais en lailant les fans doute très-jufte;
fous l'autorité des Milices pendant la paix
des Municipalitcés, Alfemblées Coloniales ou
n'empéchera
comme en France, cela
Milices
pas de ftatuer que CCS mêmes
du
palferont fous les ordres immédiats
auffi-tôr Gouverneur, en tems de guerre,
que les Colonies feront
> &
Ainli, rien ne
à
menacées.
jouiffent des s'oppofe ce que les Colonics
des Alfembléas avantages des Municipalités &
France : vouloir les Provinciales établies en
de tyrannie dont
en priver ferait un adte
ment actuel
tout le fruit dans le mopole & de fcrait de faire haîr la MétrcIc
leur faire dcfirer d'en fecouer
joug.
Les Allemblées Coloniales
blies à l'infar des
ayant été étaAdminiftrtions
ciales, un des objetsles
Provindevront les
plus intéreffans, qui
l'attention occuper, de
& guidoit même fixer
FAllemblée
la réforme d'une loi
Nationale, fera
qui exifle dans nos Co- --- Page 485 ---
établifement, 75:
& dont
lanics depuis leur
3 mais qui
T'objet a été leur profpérité soppoler à leurs
dans le fait, n'a fervi qu'à elles le Commerce,
progres, à rallentir chez
l'acte de ty-
&allevenir, pour ce dernier, J'entends cette loi
rannic le plus révoltant; corps & la condéfend la contrainte par
toute
qui
des biens du débiteur pour
de
fifcation
dettes
dette que celles qu'on appelle
autre
cargaifon.
adtuel des chofes, un NégoDans Yétat
aux Colons, &
fait des avances,
ciant qui fournit les fonds nécclaires nu
leur
er
Yérablifemenr qui
de leurs habitations,na fes fonds, que la
de la renrrée de
il n'a
tre garant bonne-foi de ces Colons:
probité & la
& il ne peut
aucun droit fur leur perlonne, leurs meufaire failir, de leurs biens, encore que ne peut-il
bles & leurs domefliques: les formalités lesen venir à cet acte qu'après reftc, les Nègres d'haplus mulriplices: du
tout
les éablillemens,
bitation, les terres,
du créancicr, &
eft à couvert des pourfuites fur tous ces objets dans
le débiteur , qui eft
continue
grande récurité, vit content,
laplus
& fe moque de fon créancier. droit de
fes dépenfes,
à la vérité, le
Celui-ci a bien, ,
entièro de fon dés'emparer de Thabitation
ès reftc, les Nègres d'haplus mulriplices: du
tout
les éablillemens,
bitation, les terres,
du créancicr, &
eft à couvert des pourfuites fur tous ces objets dans
le débiteur , qui eft
continue
grande récurité, vit content,
laplus
& fe moque de fon créancier. droit de
fes dépenfes,
à la vérité, le
Celui-ci a bien, ,
entièro de fon dés'emparer de Thabitation --- Page 486 ---
biteura aprèsles
mais
formalités les
comme il eft rare
plusefrayanres
pies, ou les biens
que, dansles.Colotres-grand
déjà montés font d'un
habitation prix, un Negociant ait fur
une créance qui
une
valeur, & qu'en outre, il
approche de fa
dans fes vues d'en faire peut ne pas entrer
payer comptant le
l'acquiftion, & de
cet avantage devient furplus de fa créance,
Le droit de
parfaitement nul.
propriété, enfin gens, lc
le droit facré de Ia
tropole d des
droit politique de la Mévocation de
Colonics, follicitent la
cette
réla
loi; elle eft nuifible
Profpérité des
à
truit leur crédit, Colonies, parce qu'elle dédes
en détraifant les sûretés
tropole, Negocian: : cllc eft nuifible à la Mévant
parce que fes
pas retirer leurs fonds Négocians ne poufont dans
aux termes fixés,
culations, & Limpofmbilité de fuiyre leurs fpéétouffé : elle qu'ainfileur eft
Commerce fe trouve
aux Colonics,
nuifible parciculièerement
pour lefquelles
legilateur la établic,
cependantle
fant qu'elles foient allez parce qu'en
ver
fappodu crédit, elles
heureufes pour trouemprunts
ne peuvent faire leurs
qu'à un
cet intérêt eft-il
très-haut intérêt : auffi
a dix & douze couramment dans nos Mles
pour cent, > tandis qu'il --- Page 487 ---
fix dans les Colonies Anglaifes.
n'eft qu'à
loi eft nuifible aux Colonies,
Enfin, cette
de fécurité aux
parce que, donnant trop
ils en abufent
habitans fur leurs poffellions,
fatisfaire
faire de folles dépenfes, pour
fort
pour
&c qu'ils s'occupent
toutes leurs pallions,
leurs engagemens.
peu du foin de remplir
fous
Telle eftla caufe des dettes énormes, dans ce
nos Colonies ie trouveut
lefquelles écrafées. Le cas dont nous parlons,
moment
les affaires de Commerce,
ainfi que toutes les feuls cas où la loi devrait
font peut-étre
corps, & ce font
autorifer la contrainte par
relâchée
ceux où elle eft 1Eplus
précifément Iiles. Il faut efpérer que les Colodans les
oubliées dans un moment,
nies ne feront pas
tant de fuccès de la
où l'on s'occupe avec delirée de la pluparc
réforme îi long-tems
des loix.
regardent comme
Les Colonies Anglailes de leur profpérité
une des plus grande caufes ainfi qu'en Enrope,
chez elle,
la loiquiétablit faifies-réelles. Cette loi, au licu,
le droit des
comme on l'a cru en
de mettre les Colons,
de forner de
France, dans Timpofibilité fait trouver avec
grandes habitations, leur a
de pafacilité le crédit indifpenfable pour cette loi eft
établiffemens. L'utilité de
reils
Les Colonies Anglailes de leur profpérité
une des plus grande caufes ainfi qu'en Enrope,
chez elle,
la loiquiétablit faifies-réelles. Cette loi, au licu,
le droit des
comme on l'a cru en
de mettre les Colons,
de forner de
France, dans Timpofibilité fait trouver avec
grandes habitations, leur a
de pafacilité le crédit indifpenfable pour cette loi eft
établiffemens. L'utilité de
reils --- Page 488 ---
A bien fentie
fe
par les Colons
garderaient bien
Anglais, qu'ils
voquer, quand ils en cux-mèmes de la réa
En 1774, le Corps feroient les maitres.
nade promulgua
légillatif de la Greflatué, qu'au lieu une d'un loi par laquelle il fut
accordé à PAdjudicataire terme de huit mois
pour en payer la
des biens faifis
raient faits en
valeur, les payemens fes'étendrait
cinq termes dont le dernier
jufqu'a trente-deux mois,
moyen, les
Par ce
mémes, fous débiteurs, en fe rendant
un nom fuppofé,
euxdeleurs propres biens,
adjudicataires
de fe
auraient eu
procurer un délai
lavantage
pas obtenir de leurs
qu'ils ne pouvaient
Cc Réglement, créanciers,
gu'une refiricion
qui n'était
àla loi générale, cependant
prouvé, non feulement
fut défapqui étaient en Angletere, par les Créanciers
toutes les autres Colonies mais encore par
qu'elles fullent dans des Anglaifes, guoimalheureufes que la
circonflances auffi
réusirent au Commerce Grenade, & elles fe
obtenir la révocation de d'Angleterte pour
difaient-elles dans leurs cette loi. En elret,
loi ne tendra à rien Reguètes, ct une telle
notre crédit, auquel eft moins qu'a étouffer
tence, puifque nos
attaché notre exifFourniffeurs d'Angle- --- Page 489 ---
feront en droit de faire le raifonnement
terre
peuvent-ils dire
fuivant: Si les Colonies, d'anéantir, au
ont le droit
avec raifon,
loi leurs engagemens
moyen d'une pareille
fe libérer
formels, fi elles peuvent
les plus
contradées dans la bonne-foi
d'obligations
& éluder toutes les difpodu Commerce,
les loix du Royaume,
ficions par lefquelles
le Créancier contre
ont tâché de protéger
fur quoi étadu débiteur;
la mauvaife-foi
notre confiance 2 Et
blirons-nous déformais
la rentrée
quelle sûreté aurons-nous pour Colonies?s
nousferons à nos
desavances que
Cette loi fut en effet révoquée.
sûreté qu'ont les Fourniffeurs
Celt cette
qui fait qu'ils
Anglais pour leurs avances, Habitans de leurs Colone refufent rien aux
fous la redenies, & qu'ils leur fourniffent, tous les moyens
vance d'un intérêt modique,
leurs biens.
pofmibles de cultiver & d'améliorer
Nation
Imitons donc, à cet égard, cette
fui-
& fuivons les préceptes
extraordinaire,
célebres Concitoyens S
vans d'un de nos plus
dérivent des
Dans les affaires, dit-il, qui
la loi ne doit
civils ordinaires,
3) contrats
la contrainte par corps,
2 point permettre fait plus de cas de la liberté
5) parce qu'elle
de Yaifance d'un autre ;
77 d'un Citoyen que
de cultiver & d'améliorer
Nation
Imitons donc, à cet égard, cette
fui-
& fuivons les préceptes
extraordinaire,
célebres Concitoyens S
vans d'un de nos plus
dérivent des
Dans les affaires, dit-il, qui
la loi ne doit
civils ordinaires,
3) contrats
la contrainte par corps,
2 point permettre fait plus de cas de la liberté
5) parce qu'elle
de Yaifance d'un autre ;
77 d'un Citoyen que --- Page 490 ---
n mais dans les
$7 du
conventions qui dérivent
3j de Commerce, l'aifance
la loi doit faire plus de cas
$ d'un
publique que de la liberté
Citoyen; ce
35 reftrictions & les qui n'empéche pas les
1) demander Thumanité limirations que peuvent
On
& la bonne
fifterles pourrait, dans nos Illes, laiffer police. fubfontdéjà Réglemensadtuels faites;
pourles dectes
mais ilfera
qui
faire de nouveaux
indifpenfable d'en
contra@eront à l'avenir. pour celles que les Colons
d'exiger d'eux,
Il fera même jufte
gemens pour les qu'ils dettes prennept des atranfoient foumis pourl les anciennes, & qu'ils
qu'ils prendront à ce fujet, nouveaux à engagement
rité des loix nouvelles,
toute la févéautres accidens,
Les ouragans, & les
fortunes Coloniales, auxquels font expofés les
le Légillateur à
engageront, fans doute,
la failie réelle, apporter à la loi qui établira
tives à ces événemens; quelques modifications relaces modifications
mais il faudra que
bornées,
foient très-fages & trèsle Créancier, parce que c'eft le Colon, & non
qui court les hazards
forrune, & que par
de la
feul victime des
conféquent il doit être
comme il eft
revers de cette dernière,
Le crédit feull'objet de fes faveurs.
étant la bafe fondamentale
des
Colonics, --- Page 491 ---
ranimer &
Colonies, il conviendra, celui pour de nos Iles,
affurer pour toujours chacune d'elles un Bureau
d'établit dans
avecexacd'hypochèques où feronrconfignés, des dettes de chaque habititude, un tableau état de fes
Au moyen
un
pofelions.
tanc, &
le Népoelant,a qui un
de cet érabliffement, demandera des emprunts, connailfant
Colon
fera
ce
Parfaitement
la polition de
de derniet, sûreté qu'aura fa créaninftruit du degré
de lui fournir tous-fes
cc, &ci ily'emprellera
& tout cC qui lui
objers de confommation, la redevance d'umincéfera nécellaire.fous Ce Bureau dhyporhegues fera,
rêt modique. défavantageux à ceux qui doifans doute,
ne polledents
vent autant, ou plus qu'ila d'ailleurs, oà
mais ce nombre eft très-petith loi
le débiceue
eft la jultice que la
prorege,
plusorgue leeoéanciett 30 loin; PAdminiftra 00 791
-
Ilfaudra astlerencoreplas)
dans les Colomesfrengaufes,
tion delsjulice,
de formaeft tellement remplic d'enttaves, DA
lités, & elleef ô Leffcayante oecaligness parles aetres 94.21
& les, dépenfex qu'elle intérèth ui Puilene
a que des trengrands créancierà la follicites egue
déterminerle débiteuk fc trowye ainfi toujour favorie 2
Je
-
Ilfaudra astlerencoreplas)
dans les Colomesfrengaufes,
tion delsjulice,
de formaeft tellement remplic d'enttaves, DA
lités, & elleef ô Leffcayante oecaligness parles aetres 94.21
& les, dépenfex qu'elle intérèth ui Puilene
a que des trengrands créancierà la follicites egue
déterminerle débiteuk fc trowye ainfi toujour favorie 2
Je --- Page 492 ---
& s'écartant des
Il faudra donc ferviront la fimplifier, de bafe a la Conftiprincipes qui
du Royaume, ne fuivre
tution judiciaire
que les préceptes de
dans cette opération Les affaires de Com
RemenoreeicRue font toutes ies affaires qui
merce, (&télles
( les affaire de
fe" font dans les dic-it, Colonitt); font peu - fufcepribles
5) Commerce,
des' actions de cha33 de formalités : céfont
nature
B
d'autres de méme
27 que jour, fuivre que chaque jour. Il faut donc
; doivent
fe terminer chaque jour a
)) quellerpluillent dansles places de Com3) enfin, sjoute--11,
mais
beaucoup de Loix,
peu ME
3 merce, ilfaut
T3 V slab JDOU
3) de Juges >. des Toix 'aux Créoles, il fera
En donnant
aux influences du
effentiel d'avoir habitent, égard & à Pon a ne pourra
climar qurils
bonnes 1oix queelles. qui
regarder comme d'une manière eficace aux vices
soppoferont 'clhimars' parhir ce's vices, vcelai qu'il
de ce
de corriger, Tera Téloignele plus
importea Sinvincible 2 qu'ont lesCréoles pour do le
ment
a été tres-funefte nonttravail 2 ree"vice
mais encore aux
Teulenient lausColonies, faitaux dultures
Mentogoles: parle torrquila
despremitres, & illouri rensropoun,rarete --- Page 493 ---
8s
extrêmement noifsle:mntaailateut
raifon,
-
le
adroit pourta fc fervir avec fuechsn
de Tamour-propre & de la
Faus
corriger,
0 font naturels aux Créoles; iltirera, parti
qui -
'il g crée des
& des
de ce moyen,
honneurs, a - 4
marques de diftincion pour ceux qui auront perfedionné leurs cultures, qui en auront établi de nouvelles, ou qui auront inventé ou - perfedionné des chofes utiles ;
l'opinion févère qui exifte dans ce moment
fur l'égalité, condamnora, fans doute d'abordces marques diftinéives 5 fais l'utilité qui
en réfultera poura peut-être en faire pardonner la ctéation:
de chercher
Il fera encore trecavatnageux
la dés
à modérer le goût des Créoles pour
penfe, & à leurinfpirer plus de fidélité, qu'ils
n'ont, pbur leurs engagemens 3 & plus de délicateffe pour leurs créanciers. Il faudra pout
cela fupprimer la loi dont nous avons déja
parlé, qui défend la contrainte par Corps :
du Créole achevera le relte,
l'amour-propre déclare indigne des charges & de la
fi on
celui qui aura, par fon
confiance publique
inconduite, contradté des dettes qu'ilnepourra
ou bien fi l'on fuit cette loi de Gepayer,
exclut des magiftratures le fils
nève, qui
à moins
de celui qui eit mort infolvable,
F 3
upprimer la loi dont nous avons déja
parlé, qui défend la contrainte par Corps :
du Créole achevera le relte,
l'amour-propre déclare indigne des charges & de la
fi on
celui qui aura, par fon
confiance publique
inconduite, contradté des dettes qu'ilnepourra
ou bien fi l'on fuit cette loi de Gepayer,
exclut des magiftratures le fils
nève, qui
à moins
de celui qui eit mort infolvable,
F 3 --- Page 494 --- qu'il ne paic les dettes de fon
père. Cette
loi aura € cet effet d'affurer les
fonds des
Négocians, d'augmenter le crédit des Créoles & de modérer le
penchant irréfiftible
quiles entraine aux
LE
plailirs & à
leur ruine,
D
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:
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a X --- Page 495 ---
QUATRIE M E PARTIE
De
rafranchiftment des
E
Propoféà 2
Nagres, qui a été
PAfemblée nationale.
-
JANS un moment où
les yeux ouverts far le TEurope entière a
chiffement des
projet de l'affranNegres, &c où des fociétés
nombreufes, & même les
des deux Nations les Afembléerauguties
l'Univers
plus puillantes de
en font l'objet de leurs difcuffions, tout individu ferait
faifait part des réflexions coupable, s'il ne
les circonflances
que les lieux &
rées fur
peuvent lui avoir
une matière dont Ia
fuggéavoir de fi grandes
décifion doit
que j'ai fait dans les conféquences. Le féjour
lequel j'ai étudié Colonies, & le foin avec
ainfi
l'efprit général du
que les rapports de fa
Negre,
les Colonies & avec
fervitude avec
fournile
toute TEurope, m'ont
fujet de quelques médirations, dont
je vais préfenter le réfultat fans
& fans partialité:
enthoufiafme
teront les
je prie tous ceux qui jetyeux fur cet ellai, de ne
en entreprendre la ledure,
pas
s'ils ont déja leur
F 2 --- Page 496 ---
86 à
établie: certainement il ne les inopinion téreflerait pas; mais s'il fe trouve quelquun .
d'enthouliafme & de prévention >
exempt veuille confidérer la chofe de fang
& qu'il
peut-être, parcourir cet oufroid,i1 pourra,
vrage avec quelque intérêt. confulte
lo
Le Philofophe , qui ne
que contre
droit: naturel, s'cft toujours révelté
qui
l'efclavage des Nègres, l'homme d'Etat, droit
elt obligé de fe conduire d'après le nécefpolitique, a fenti qu'il pouvait être le Légiffaire à un Etat, & ill'a autorifé: non-feulement au
laseur.enfin,.quia égard
mais
droit naturel & au droit climat politique, & au caencore aux influences du
qu'on pourracterc des hommes, a penfé
en mctrait le tolérer dans quelques droits pays, du maitre
tant de jultes bornes aux Nous donnerons
& au devoir de l'elclave,
les raifons
notre opinion, après avoir expolé T'efclavage des
de ceux qui condarinent
Négres & celles des gens quifepprouvent.
Raifons de ceux qui condamnent Tefelavage
lonino 20 des Negres.
2.
la liberté à tous les
LA nature aaccordé & fon intention n'a
êtres qu'elle a produits,
le tolérer dans quelques droits pays, du maitre
tant de jultes bornes aux Nous donnerons
& au devoir de l'elclave,
les raifons
notre opinion, après avoir expolé T'efclavage des
de ceux qui condarinent
Négres & celles des gens quifepprouvent.
Raifons de ceux qui condamnent Tefelavage
lonino 20 des Negres.
2.
la liberté à tous les
LA nature aaccordé & fon intention n'a
êtres qu'elle a produits, --- Page 497 ---
d'entr'eux fulfent
pas été que quelques-uns
facrifiés aux autres. en dd l
de 1
des
nous commande
R Le droit
gens,
relpecter dans les. autres ce que nous voudrions qu'on refpedir en no us.
Le fentiment de l'humanité, qui doit-être
le caractère principal de l'efpèce humaine,
doit nous
a traiter avec douceur nos
porter -
doit nous
Temblables, & par conféquent,
infpirer de l'averlion pour Tétablifiement
de nous maid'une loiquirend quelques-uns
tres abfolus de la vic,.de la. liberté & des
E
biens des autres.
L'homme qui n'a pas fecoué toute elpèce
de fentiment humain, ne faurait confentir,
fans horreur, à faire un Commerce geil.porte
le père à vendre fon fil5 le fils fon: pèrc,
& les frères à fe trafiquer entr'eux : il ne
faurait voir, fans frémir, un pays immenfe
ravagé, fans celle, par des guerres dont le
feut motif eft de faire des prifonniers pour
les vendreaux Européens.
D
féroces
Il ne peut y avoiry que des ames
s.les
qui puillent fe décider à préfenter dans
marchés une denrée quileur reffemble parfaitement, foit du côté de Forgamilation
phylique, foit du côté des facultés morales;
& il n'y a que des monftres qui paillene
F 4 --- Page 498 ---
ufer du droit de frapper & de mutiler &
volonté leur femblable,
XUS
a Enfin, il eft ridicule de prétendre tenir
dans une enfance continuelle des gens
venus à un age adulte, & à une vicilleffe parcaffée,
D'ailleurs, 3 ajoute-t-on, f la liberté était
accordée auxNegres qui travaillent nos
on verrait les habitans de lAfrique Iles,
en foule leur patrie pour fe rendre dans déferter nos
Colonies, ou ils fcroient attirés par la douceur de notre gouvernement, par nos
mceurs, nos ufages, & par notre manièrc
de vivre.
Ainfi ifn'y a que le luxe, la volupté, l'avidité & Tarrocite qui ayent pu folliciter
les loix qui Ont autorifé l'efelavage des
Negres, & il n'a Pu y avoir qu'un Miniftre
dur & feroce, tel que Ie Cardinal de Richelieu, qui ait pu les établir.
au09
nolie
Raifons de ceur qui approuvent la
2030191 - a
des Negres.
fervitude
ens a
bidmbllss
LE fucre,le café, Tor, enfin, toutes les
denrées Coloniales étant devenues, dans les
dcux derniers fiecles, des objets de befoin &
avage des
Negres, & il n'a Pu y avoir qu'un Miniftre
dur & feroce, tel que Ie Cardinal de Richelieu, qui ait pu les établir.
au09
nolie
Raifons de ceur qui approuvent la
2030191 - a
des Negres.
fervitude
ens a
bidmbllss
LE fucre,le café, Tor, enfin, toutes les
denrées Coloniales étant devenues, dans les
dcux derniers fiecles, des objets de befoin & --- Page 499 ---
$9
imême de première nécellité pour toute VEu=
ropc, & pour unc grande partie de l'Univers
enticr, on a cru quele droit politique pouvait
faire facrifier un million d'hommes au bonheur de pluficurs millions d'autres hommes.
La loi quiles a condamnés à l'efclavage a
été d'autant moins injufte, que le Légillateur,
n'a fait que retenir dans la
en l'établiffand
étaient nés effervituge, des hommes qui
claves, & dont il a rendu le fort infiniment
doux dans nos Ifles qu'il n'était chez
plus
Thumanité fut en droit
cux: ainfi, pour que
il faude réclamer contre leur elclavage,
leur
par alfurer
drait qu'elle commençat bonheur dans l'Afrique : CC
liberté & leur
à qui eft encore impoffible. du climat de nos Colono 2,0 L'intempéric
hors d'état
nies mettant les Européens
d'y
réfifter aux trayaux néceffaires pour lexdes mines & pour la culture
ploitation
on a dà fe fervir des habitans
des terres,
étant nés fous le même
de TAfrique, qui,
Ifles', étarent plus
climat que celui de nos
à y foutenir la fatigue d'un tra--
propres
D'un autre côté, la chaleur
vail pénible.
du climat énervant les facultés phyliques,
invinciblement au repos, ila
& difpofant
afin de les
fallu faire les Negres efclaves, --- Page 500 ---
porter au travail par la crainte de
ment.
A
I60
IE
châti315 3. L'efclavage
les
auquel on a condamné
Negres eft d'autant moins
les foins deleur exiftence
révolant, que
entier dans leur
les occupant en
font
pays, , il doivent être, & ils
en effer très- contens de trouver
nos Colonies leur
dans
nourricuges & leur
-ment affurés; d'un
vêteautre*côté, il gen faut
beaucoup que leur fort foit aufli
le penfe; il doit être
afireuxqu'on
comme étant
regardé, au contraire,
des
infiniment plus doux que celui
Polonois, des Rufles, & même d'une
infinité de paylans Français & Anglais. En
cffet, ils font occupés à desi tra vaux moins
pénibles que ces dernicrs, puilqu'ils ne font
que gratter la terre au lieu de
outre, ils net travaillent
fouiller; en
pendanttoute
en comptantles Dimanches & les Fètes, Tannée,
fept heures & demie, fur les
que
tandis que nos payfans travaillent vingt-quatre, au
le double de tenis ; enfin, ils fonr mieux moins
nourris & mieux traités que la plupart de
derniers ; & on peut dire qu'ils font ces
heureux à toutes fortes
plus
ne connaiffent pas le fentiment d'egatdtsparce de la qu'ils
dont la privation paraît être un fi
liberté,
a plice aux yeux d'un Français & d'un grand fupAnglais.
les
que
tandis que nos payfans travaillent vingt-quatre, au
le double de tenis ; enfin, ils fonr mieux moins
nourris & mieux traités que la plupart de
derniers ; & on peut dire qu'ils font ces
heureux à toutes fortes
plus
ne connaiffent pas le fentiment d'egatdtsparce de la qu'ils
dont la privation paraît être un fi
liberté,
a plice aux yeux d'un Français & d'un grand fupAnglais. --- Page 501 ---
la traite
Co n'eft pas enfin, ajoute-t-on,
a fufcité les guerres qui
des Nègres qui
affurent
dévaftent TAfrique : les Voyageurs entrepris
qu'avant que les Européens euffent
les Souverains de cette parce Commerce, éraient fans ceffe armés les
tie du monde
& que le Nègre ne
uns çontre les autres,
ni
être animé, ni par Tambition,
pouvant des refforts qui vivifient Phomme
par aucun T'état de guerre lui était devenu,
civilifé, ainli dire, un état néceflaire.
pour Telles font les raifons du Philofophe qui
a
l'elclavage des Nègres, & celles
condamne lhomme d'Etat qui a cru devoir rautode
allons voir fi unjufte milieu entre
rifer: nous
c'eft-a-dire, Tadouciffeçes deux opinions,
ment de cette fervitude, ne pourrait & pas lui
tranquillifer la délicatelfe de Tun,
la fevère politique de l'autre.
faire pardonner d'abord de la manière dont
Nous parlerons
lui-mémc fon efclavalc Negre confidère
enfuite les effets
ge, & nous examinerons de fon affranchifement 2
qui réfulteront lui-mêmc, foit pour YUnivers
foit pour
enticr, --- Page 502 ---
Manière dont
D
les Nègres confidèrent leur
efclavage.
Les Negres qu'on achete furla côte d'Afrique, font tous des hommes
des
tres cruels tenaient
que
mafplus affreufe
déjà dans une fervitude
que celles qu'ils
nos
éprouvent dans
Colonies; ou bien, des
le droit de la
prifonniers que
gucrre avait
une mort certaine,ou
comdamnés à
faiteurs
bien, enfin, des malqui, s'étant rendus coupables de
quelque crime, n'avaient à attendre que la
mort, ou une punition
les dérobons à leur horrible équivalente: nous
les acherer. Un
fort, en allant
fuffifant
parcil motif fut autrefois
pour engager les Romains à établir
l'efclavage chez eux : ils le firent
rober a.lamort, lesprifonniers
pour déOn rend donc
qu'ils faifaient.
plus grande
un véritable fervice à la
des côtes
partie des Negres qu'on tire
auffi
d'Afrique en allant les acheter;
pluficurs m'ont-ils afuré
ce fàc
avec reconnaiffance qu'ils
que
que leur apportèrent les reçurent les fers
Européens: ceci
paroitra un paradoxe aux yeux du Philofophe; mais c'eft une vérité certaine: d'un
déOn rend donc
qu'ils faifaient.
plus grande
un véritable fervice à la
des côtes
partie des Negres qu'on tire
auffi
d'Afrique en allant les acheter;
pluficurs m'ont-ils afuré
ce fàc
avec reconnaiffance qu'ils
que
que leur apportèrent les reçurent les fers
Européens: ceci
paroitra un paradoxe aux yeux du Philofophe; mais c'eft une vérité certaine: d'un --- Page 503 ---
93 reconnaiffent dans
autre coté, les Nègres
fi
la nature des blancs, une fupériorité
marquée, qu'ils ne répugnent nullement
à être leurs efclaves : je n'en ai vu aucun
qui ne m'ait dit, qu'ily avait entrele blanc
& lui, une fi grande diftance, qu'il était
faic pour de fervin, qu'il était très-content affaire à
de fon fort astuel, lorfqu'il avait
bon
& qu'il avait fa nourriture
un
Maitre, vêtement affurés ; tous les Ne
& fon
des
fentent a bien cette fupériorité
grés
l'établiffement de leur
blancs, que depuis peut-étre pas, dans toutes
efclavage, onn'a
exemples de Nègres
les Colonies, attenté vingt à la vie de leur Maitte:
qui ayent
fe
de lui,ils sont tué
lorfquils ont vouli venget
mais
fes animaux ou fes autres Negress fur
jamais ils n'ont exercé leur vengeance
fes jours. L'idée feule de ce crime, a toujours
été pour eux fi hotrible,que le plus violent
reffentiment ne les a preique jamais portés
a le commettrel 9lu
azasb te
ont
Iny'a paslde Negre, parmi ceux qui
affaire à un bop Maltre, quir changeat foni
en,
fort actuel contre T celui dont il jouillair (e
Afrique, & fi onia vu quelques efclayes
&fe détruire, on ne-doit
gorter au défefpoir,
dans Lidée ouils
en chercher la caufe que --- Page 504 ---
font, en partane d'Afrique, 94
fervir à la nourritare des
quils doivent
dans la rigueur desloix
Rlanes, ou bien
borne réelle à l'inhumanité gui n'ont mis aucune
bare. J'ai effayé
d'un Maitre bare
à
pluficurs fois dei fonder les
Nègres ce fujet, je leur ai propofé de les
acheter; de les rendre libresg6 deles
voyer chez eux; mais je un'en 1 ai
renaucun quil m'ait pris au mot: au trouvé ocontraire, ils m'onc tousip paru avoit honte de
parler-de leur paysjoil im'ont
à en efficer julqu'au (ouvenir, paruicherchee
favoirmauvaisgre à ceux
aupoint de
je les ai toujours vus: quileurenpariaicnts méprifer les
& les ulages de ccux de leurs
mocurs
qui arrivaient
compattiotes
prendre
d'Aftiquesje lesiai ovus nd
aucun intérêt à ces derniers, les
dédaigner, & fer refuler même à deur fervit
d'incerprêtesy parce qu'ils étaienti
de témoignier que, leuri origine était honteux la
même, Ils fentent 916 donc la
leur exiftence dansnos Ifles far fupériorité celle
de
jouiflaieat en Afrique,dcloin defesroire dontils humiliés parleurefelavage,
des êtres dupérieurs à ilsferegardenc leursi
comme
compattioress
Enfin, on a-reconduit plulicurss fois des
Nègres en Afrique, foit comme domeltigues, foit comme matelots, malgré la,
était honteux la
même, Ils fentent 916 donc la
leur exiftence dansnos Ifles far fupériorité celle
de
jouiflaieat en Afrique,dcloin defesroire dontils humiliés parleurefelavage,
des êtres dupérieurs à ilsferegardenc leursi
comme
compattioress
Enfin, on a-reconduit plulicurss fois des
Nègres en Afrique, foit comme domeltigues, foit comme matelots, malgré la, --- Page 505 ---
95.
dans
dureté de leur efclavage reftet:
prétendué
n'a été ténté de
nos Iles, aucun natal.
sigb
I
dans fon pays
plaide contre l'efclat
Le Philofophe qui
que d'après la
vage des Nagetynensifoane ferait affecté luimanière dont il fent qu'il à fubir leurTort.
même s'il était condamné de fenffbilité-du
Il n'a égard, ni au peu
foit dans,
Negre, foit dans, le phylique, dans lequel
nià létat de fervitude
le moral, élevé dans fon J pays; ni enfin,
il a été
confidère fon
à la manière dont ce lui-méme Negre
Fétudier &c
état; mais qwil-aille de penfer, & il verra
intgeroger fa façon
bien plusi d'intérêk
quil 1: a pris à fon lui-mèmes fort
ane D pteuve: de
qu'il n'y prend c'eftiquon n'a pasy eniçore vu
cette vérité,
effort
fe
faire un digne
pour
les Negres
toutes
procurer leur liberté, foient quoique 2 neuf SE ou a 3
connos Colonies, ils foient plus en état que les
tre un, & quils
la fatigue d'une guerte;
Blancs d'y foutenir croire que Tefclavage
Il ne faurdonc pas malheureux qu'on le
rende les Nègres aufli i eft de fait-que le
penfe comimmnément: chofe
change:
malheur, n'eft eautre
qu'un ayant été
ainfi les Nègres
ment dhabitudes;
bas ages & l'exr
faits areiclavgedbsleurplal
eal. --- Page 506 ---
périence ayant apprisique
mait à tout,r mémedla Thommes'accourte
n'était pas trop dure, il fervitude, s'enfuit lorfqu'elie
doit voir fon état avec moins que leNegra
nous ne le
dhorreur que
voyons nous-mémes, S
d aie1ol lup ansl IE daob zab 99 36)
Efets qui réfulteront de
O5ia6mt
15k sb
tafranchifument des
Nigrese in bist
Pitvda pl
bu: JIVIS
1333 in
3)
LES Colonies feront anéanties, Imomol
nonce la liberté des Negres,
fon prom
impoffible d'cfpérer qu'elles foient parcd jamais quil,elt
tivées ni par
culs
libres. En elietpile desl@enopntsns,mipardes Nègres
au travail dans les Iiles mépris qui eft actaché
, & les ardeurs; du
elimat-dloigneroit toujours des Blancs, fois
Européens 5 foit Créoles, de la culture de
laterre ales partifans de
ont 2 eu cependant beaucoup, lalibertédesNegrety de
dans cet elpoir 31 mais efl-il Lraifonnable confiance d'efpérer queiles produits de
ront un motif allez puilfant Fargriculure fer
patricr tous les Blancs nécellaires pour faire à
eXture des Iles, puifque, malgré les laiculges incomparablement plus gtands qu'ils avanta
trouvent dans ce moment, ily en palle à y
peine un allez grand nombre pour diriger
les
ant beaucoup, lalibertédesNegrety de
dans cet elpoir 31 mais efl-il Lraifonnable confiance d'efpérer queiles produits de
ront un motif allez puilfant Fargriculure fer
patricr tous les Blancs nécellaires pour faire à
eXture des Iles, puifque, malgré les laiculges incomparablement plus gtands qu'ils avanta
trouvent dans ce moment, ily en palle à y
peine un allez grand nombre pour diriger
les --- Page 507 ---
les Negres, & que nos 97 Colons font
obligésde faire venir des économes fouvent
Qu'on fe rappelle ces
Anglais ?
Iles furent cultivées premicrs tems où les
ces tems où une foule par les Européens,
fluait de tous
d'Aventuriers y afa
le travail, & côtés, ces tems, enfin, oùs
fur-tour la culture, y étaiene
honorés; à peine y
un peu de tabac, même pouvait-on cultivet
les Flibuftiers fe furent
après que tous
tivateurs. Ce ne fut
changés en Culduit les Africains, qu'après y avoirintroque les Colonies
mencèrent à fleurir
comleur fecours
5 & ce n'eft que par
qu'elles fe font avancées
à-peu vers cet état de profpérité,
peuencore FEurope. Croit-on
qui étonne
d'aujourd'hui, amollis
que les Européens
par le luxe & énervés
parla molleffe de nos villes, auront desbras
plus nerveux que ces vigoureux.
dont les travaux & les exploits font Flibufliers,
incroyables ? L'exemple récent des fix encore mille
Allemands, qui entreprirent de cultiver
terres à la
des
qui furent tous Martinique 3 il y a quinze ans, 7 &6
d'un
victimes du climat en moins
an, achève de nous démontrer
Iiles ne feront jamais mifes
que les
Européens. J'ai entendu
en valeur par les
quelques perfonnes
ciueracefjetfesenple des ColoniesAnglaiG --- Page 508 ---
fes derAadisue.opiemnismain,
fonnes ne font pas attention
maiscesp percains cultivent les
que les Amérimêmes denrécs que les
Européens, qu'ils fe trouvent fous - les mêmes
latitudes, & qu'ils jouiffent de la méme
tempémature que ces derniers.
Il n'eft pas moins ridicule
les
d'efpérer que
Nègres, une fois devenus libres,
tinucront à cultiver nos Colonies
conun tel elpoir, c'eft connaître
: former
goûr & les paflions de
bien peu le
le
cesindividus. En
repos & l'oiliveté étant le
cffet,
plus irréfiftible du
penchant le
Negre, & cet
ne
individu
pouvant être porté au travail
la crainte du châtiment, il eft
que par
fi on. prononce fa liberté, il certain que,
reprendra fa
première manière d'exifter, qui eft de vivre
vagabond & défocuvré : ainfi, nos
loin de devenir Ic féjour de la liberté Colonies,
du bonheur, ne feront habitées
&
que par des
Sauvages qui ne profiteront de leur liberté,
que pour vivre dans
être les inftrumens Tabrutiffement, & pour
mutuels de leur
Le foin même de leur nourriture malheur.
tachera
ne les atpas au travail de la terre,
que les pays chauds leur fourniront parce
abondamment, fans culture, tout ce qu'il leur
faudra pour viyre ; le fentiment de lintérét,
liberté Colonies,
du bonheur, ne feront habitées
&
que par des
Sauvages qui ne profiteront de leur liberté,
que pour vivre dans
être les inftrumens Tabrutiffement, & pour
mutuels de leur
Le foin même de leur nourriture malheur.
tachera
ne les atpas au travail de la terre,
que les pays chauds leur fourniront parce
abondamment, fans culture, tout ce qu'il leur
faudra pour viyre ; le fentiment de lintérét, --- Page 509 ---
cherchera à leur infpiret
nit tout autre qu'on
n'auront pas plus d'effet fur eux, parçe que
le Negre, une fois rendu libre,n'aura qu'inâniment peu de befoins, ) & que, par fon
caractère, il fera infenfible aux effets de
Yamour-proprc & à l'empire des diftincions
imaginera de créer pour l'encourager
qu'on
au travail.
de ceux qui ont été déja afL'exemple eft décifif à cet égard, & il doit
franchis,
dans lesconfidéra
être d'un bien grand poids
tions qui ferviront de bale aux Légiflatcurs
des Negres; ils feraient coupables d'ignprer
les terres qu'on leur a concédées, foot
que
friche où bien ne font cultivées
encore en efclaves
fe font procuque par les
de qu'ils l'intérêt a été tourés, & que Fappas de vaincre leur penchant
jours hors d'état
vivent leurs
L'état dans lequel
au repos.
confirme ce que
Compatriotes, en Afrique, natureile. Les
nous difons de leur pareffe
s'ils le voulaient, acAfricains pourraient,
les richefles que
cumuler chez eux toutes
fe trouvant
pofsèdent nos Colonies,pulque,
fous les mêmes latitudes s 3 ils pourraient
cultiver les mêmes denrées ;mais ils aimene
mieux être pauvres & vagabonds & ne pas
s'aftreindre au trayail
Ga --- Page 510 ---
1OO
Ilfaut donc s'attendre, d'une manière
taine, que les Nègres une fois
Cernos Colonies ne feront cultivées ni affranchis,
niparles Européens. Mais je fuppolc, par cux,
toute vraifemblance
contre
devienne
1 que l'appas de l'intérêt
un motifaffez Puillan tpour faire fur.
monter aux Negres
pour le travail leurrépugnance naturelle
2 ou qu'il pafle dans nos
ilesun aflez grand nombre de
bravant les
Blancs, qui,
préjugés & les ardeurs du climat, confentent à s'y livrer à
il n'en réfultera pas moins
l'agriculeure;
de nos Colonies. En cffet, les lancantifiement biens des Ifles
exigeant la réunion d'un grand nombre de
bras ne feront jamais exploités, fi un feul
Maitre n'a une grande quantité d'ouvriers sà
fa dilpolition; : une fucrerie,
pour donner à fon propriétaire par exemple, a
des produits
avantageux, demande au moins cent
travaillans, & fi ellc n'en a
Nègres
quarante, fes produits
que trente ou
dépenfes. Comment
payent à peine fes
peut-on efpérerque cent
perfonnes libres confondront leurs
& s'entendront affez bien
intérêts
leurs efforts vers le même pour but? réunir tous
Comment
peut-on efpérer que le choc de cent
nions libres pourra permettre de
opila culture des
porter dans
caanes, ) cette adtivité, 9 &
a
Nègres
quarante, fes produits
que trente ou
dépenfes. Comment
payent à peine fes
peut-on efpérerque cent
perfonnes libres confondront leurs
& s'entendront affez bien
intérêts
leurs efforts vers le même pour but? réunir tous
Comment
peut-on efpérer que le choc de cent
nions libres pourra permettre de
opila culture des
porter dans
caanes, ) cette adtivité, 9 & --- Page 511 ---
TOr
cette uniformité de travaux, fans
les une fucrerie ne faurait être de lefquelvaleur P
nulle
Les Manufacturiers de France
bien dira-conyplufieurs
occupent,
fous la diredion d'un centaines d'individus
de
feul; mais cet objet
comparaifon ne faurait être
leur pour les Iles,
d'aucune vaqui y exiftent &
parce que les préjugés
circonftances
qui tiennent, non à des
empéchent pallagères, mais au climat, nous
d'cfpérer qu'un hommelibre, foit
Nègre, foit Blanc, fe décide à
fous les ordres, & pourl la fortune d'un travailler
Perfonne ne voudra travailler
autre.
compte & chacun fe refufera que de pour fon
aux gages d'un autre : il ferait fe mettre
dangereux de fc faire illufion
infiniment
là-deffus. Pour
moif'en parle d'après les connaiflances
j'ai acquifes fur les licux, &c
que
tous ceux qui ont étudié les certainement
prit qui
moeurs & l'efrègnent avec empire dans les
chauds, feront de mon avis.
pays
Laffaschifemenede) Negresne peut donc
pas manquer d'entrainer
de nos
lanéantillement
touffer la Colonies, & par conféquent d'éfource des richefles & del'éclat
la France; mais il fe
de
qui eft
préfente ici une opinion
venue à la fuite du projet de l'afG 3 --- Page 512 ---
:02
franchiflement des Nègres, & qui trouve
aujourd'hui un grand nombre de
c'eft que la France, en perdant fes partifans;
ne fera que plus heureufe & plus Colonies, richo:
l'importance de cette
à en examiner la folidité, opinionnous a engagés
La France peut-elle réellement Je
pafer de Jes
Colonies ?.
Les partifans de cette opinion difent,
les dépenfes néceffaires
que
des Ifles, &
pour la protcdtion
pour. .les guerres fréquentes
néceflite leur défenfe, doivent être évaluces que
chaque année à cent millions tournois, &
qu'avec une pareille fomme, nous pourrions
payer, & au-delà, toutes Ics denrées Coloniales dont nous avons befoin pour notre
confommation: mais cette obfervation eft
entièrement illufoire. En cffet, quoiqueles
dépenfes néceflaires pour notre marine &
pour nos guerres maritimes, foient certainement une charge pour la Nation, on ne
peut pas dire, qu'elles foient pour elle une
perte réelle, parce que la plus grande
refte entre les mains des
partie
fortir de
Français, fans
l'Etar, & que lcs bois de conf-
nous avons befoin pour notre
confommation: mais cette obfervation eft
entièrement illufoire. En cffet, quoiqueles
dépenfes néceflaires pour notre marine &
pour nos guerres maritimes, foient certainement une charge pour la Nation, on ne
peut pas dire, qu'elles foient pour elle une
perte réelle, parce que la plus grande
refte entre les mains des
partie
fortir de
Français, fans
l'Etar, & que lcs bois de conf- --- Page 513 ---
truéion & le goudron que nous tirons des
Provinces du Nord, font payés avec les
denrées Coloniales, & avec celles de notre
fi nous fomfol & de nos Manufactures;
au contraire, de tirerle fucre
mes obligés,
la folde que
& le café de chez TEtranger,
fera une perte réelle & irrénous en ferons,
parable pour le Royaume; aucun Français
& les richeffes de la Nation,
n'enp profitera,
les ans, en raifon des
décroitront tous
au payement de ces
fommes employées
deurées, fans compter que nos rivaux,
devenancalors nos febPoureifeurvmicuron
à ces denrées dcs prix arbitraires. fc diffiD'un autre côté, il ne faut pas
muler que ces dépenfes énormes contre
lefquelles on fe récrie, ne tiennent nullement à la nature du Commerce que nous
faifons avec les Colonies: elles ne tienabfolument qu'aux circonftances polinent
& le tems
tiques où nous nous trouvons,
n'eft pas cloigné, où vraifemblablemene CeS
En effet,
circonftances vont difparaitre.
fe
les efforts & les voeux mutuels qui
font 'dans ce moment, tant en France qu'en
Angleterre, pour le rapprochement commercial des deux Nations, & pourle maind'une
durable entr'elles, femblent
tien
paix
G4 --- Page 514 ---
heureufe 304
révolution;. il
annoncer cette le fyfteme de paix & d'éfaut cfpérer que
adopté depuis quelquité générale qu'ont
nous conduiques tems les deux Miniftères,
alors
ront bientôt à cette heureufe époque; craindre
plus de marine, plus de guerres à
Cos
& plus de frais pour la défenfe de nos feront
lonies; alors tous leurs produits
la France, & elle n'aura plus
quittes pour
qu'à enjouir.
dit-on encore, culiveront
Les Indiens,
Coloniales, & au lieu,
toutcs les denrées
nous
dc les aller chercher en Amérique, mais a-t-on
irons les chercher dans PInde;
férieufement réfléchi fur cette projamais
aux frais
polition ? A-t-on jamais penfé révolutions
de tranfport, aux rifques & aux
dans le Commerce que le Defpotifme
A-t-on quelindien rend tres-fréquentes? Tencouragequefois réfléchi, que malgré Commerce Franment donné, tantôt au
tantôt
librement dans FInde,
çais porté
privilégices, la France,
à des Compagnies Commerce avantageux,
loin d'y faire un
des pertes conn'y a jamais éprouvé que ait quelquefois agt
fidérables, quoiqu'eile Y
Enfin, a-t-on quelquefois
en Souverainer malgré lc peu d'objets que
penfé, que
quelindien rend tres-fréquentes? Tencouragequefois réfléchi, que malgré Commerce Franment donné, tantôt au
tantôt
librement dans FInde,
çais porté
privilégices, la France,
à des Compagnies Commerce avantageux,
loin d'y faire un
des pertes conn'y a jamais éprouvé que ait quelquefois agt
fidérables, quoiqu'eile Y
Enfin, a-t-on quelquefois
en Souverainer malgré lc peu d'objets que
penfé, que --- Page 515 ---
ro5
nous tirons dans ce moment de l'Afe,
les denrées Européennes que nous trouvons
à y introduire, ne payent pas la moitié
de celles que nous en exportons, & que
fommes obligés de payer le furplus
nous
Que fera-ce, quand il faudra
en numéraire?
de
encore en tirer tous les ans, pour près
millions de fucre, de café, ( de coton,
cent
Quelles feront les mines qui
& d'indigo?
de
fourniront à la France une quantité
numéraire fuffifante pour les payer?
Enfin, on a dit gue la France, dans le
fiècle, fe palTait de denrées
quinzième
également
Coloniales, & qu'elle Raifonner pourrait ainfi, a c'eft
s'en palTer aujourd'hui. bien
le changecertainement connaitre
peu
s'eft fait depuis cette époque
ment qui
dans les
tant moraux
dans les elprits,
goûts
phyliques, dans les ryftèmes commerque
enfin, dans les rapports politiques
ciaux, Tunivers. Tel eft l'état aétuel des
de tout
étaient
chofes, quele fucre & l'indigo, qui
font
inconnus dans le quinzième fiècle,
de
devenus pour la France, des objets
néceflicé, & qu'elle en confompremière
tant qu'il exiftera un pays qui pourra
mera, fourair. Il eft donc de la fageffe
lui en
de conferver des
de fon Gouvernement, --- Page 516 ---
contrées où elle peut acheter Ccs objets
avec les produits de fon fol, & de
tout
rejetter
fyftème qui voudrait qu'elle allât chercher ces denrécs dans un pays infiniment
plus éloigné, où elle ne pourrait les avoir
qu'à un très-haut prix & ou elle ne pourrait apporter en échange que du numéraire.
La France,dans l'état de détrefle où elle
fe trouve, doit conferver fes Colonies avec
d'autant plus de foin que le Commerce avantageux qu'elle fait avec elles, lui fournira les
feuls moyens qu'clic ait d'acquitter les dettes
énormes dont elle eft obérée : clle ne doit
pas fe diflimuler que ce Commerce a été
la fcule fource de profpérité qui lui a procuré
la fplendeur dons elle jouit aujourd'hui, &
qui a prefque décuplé fes richeiles depuis
lc quinzième fiècle. Elle ne doit pas oublier
que c'eft le Conmerce feul de rAmérique
qui foutient celui que nous faifons avec tout
le nord de l'Europe, avec toute
& qui nous fournit les moyens de T'Afrique, faire celui
de l'Inde, de la Chine & de toute P'Afie.
Des calculs exaéts prouvent qucles Colonics
font entrer tous les ans dans le Royaume
pour près dergo millions tournois dedenrées
dont une tres-grande partie eft réexportée
chez les étrangers : ils prouvent auffi que
rAmérique
qui foutient celui que nous faifons avec tout
le nord de l'Europe, avec toute
& qui nous fournit les moyens de T'Afrique, faire celui
de l'Inde, de la Chine & de toute P'Afie.
Des calculs exaéts prouvent qucles Colonics
font entrer tous les ans dans le Royaume
pour près dergo millions tournois dedenrées
dont une tres-grande partie eft réexportée
chez les étrangers : ils prouvent auffi que --- Page 517 ---
Colonial 107 fait fortir en même
le Commerce
fomme égale en
tems de la France une
de fon fol &c de fes manufadures;
produits eft demontré que ce Commerce OCenfin, il
calionne dans l'Etatune circulationannuelle dont
de plus de fix cents millions tournois, bénéfice réel
partic eft un
une très-grande
demande comment la
pour le Royaume. Je
de fes Colonies,
France, fi elle fc prive
d'activité,
remplacer. une telle fource
pourra
&c comment
d'induftrie & de commerce, néceffaire qui
la ruine
clle pourra prévenir
nos Négoen réfultera pour nos Artifans,
cians & nos Marins ? Si un enthoufialme lui fait
d'humanité & de liberté générale
la liberté des Negres, ou, ce qui
prononcer
chofe, ainli que nous l'avons
elt la mêmc
des Colonics; il faut
vu, T'anéantiffement nos villes &c P'aces
s'attendre que toutes
& qu'un
de Commerce feront abandonnées, direatemillion d'individus au moins, qui, leur vie du
tirent
ment ou indirectement,
en
Commerce colonial, fe transformeront l'Europe :
brigands qui iront défoler toute
il faut s'attendre auffi à une banqueroute
parce que
telle qu'on n'en a pas d'exemplc, cettc banfacrifier les Colonies, ou déclarer deux actes
font pour la France
queroute, --- Page 518 ---
1C8
liés fi intimement,
l'un
la fuite inévitable que
mc parait être
de l'autre.
Ainfi, dire que la France peut fe
de fes
paffer
Colonies, tant qn'clle
des denrées de la zore
confommera
torride, &
aura dans fon fein une foule d'individus qu'elle
qui refuferont de s'adonnerà
c'eft afficher le comble de TAgriculture, la déraifon.
Heureufement, il n'y a que des perfonnes
enthoufiaftes, & dont la tête s'exalte fans
réflexion au feul mot de
bien, cette foule de rentiers fervitude, ou
dont Paris fourmille, &
défocuyrés,
qui croyent
tout doit bien aller, quand leurs
que
font bien payées, qui enfantent de rentes
réveries; mais qu'on prenne les pareilles
des Habitans de Marfeille, de
opinions
de Nantes, de Rouen, de Moillac, Bordeaux,
de
Montauban, enfin, celles de tous ccux
qui ont des denrées commerçables, c'eftà-dire, celles de toute la malle de la
& l'on verra - fi la pluralité des Nation,
eft en faveur de lanéantillement fuffrages
lonies,
des Co-
qui enfantent de rentes
réveries; mais qu'on prenne les pareilles
des Habitans de Marfeille, de
opinions
de Nantes, de Rouen, de Moillac, Bordeaux,
de
Montauban, enfin, celles de tous ccux
qui ont des denrées commerçables, c'eftà-dire, celles de toute la malle de la
& l'on verra - fi la pluralité des Nation,
eft en faveur de lanéantillement fuffrages
lonies,
des Co- --- Page 519 ---
Dernières & impérieufes confidérations qui
doivent empécher de prononcer Laffranchiffement des Negres.
Outre les raifons que nous venons d'expofer, qui démontrent le danger d'affranchir les Nègres dans ce moment, il y a
d'autres confidérations très-puiffantes, qui
doivent arrêter l'attention de T'Afemblée
Nationale fur cet objet : une des plus imeft le fort des Colons & celui
péricufes, infinité de Citoyens, dont toute la
d'une
dans nos Ifles. Comment une
fortune exifte
Afemblée qui a fait voeu de n'écouter que
fe décides idées de juftice, pourra-t-elle
der d'un front ferein à prononcer la/ruine
de cette foule de Colons qui fe
irréparable
aller cultiver des poffont expatriés pour enrichi leur Patrie ? Comfeflions qui ont
de I'Uniment PAffemblée la plus augufte
a
du droit de propriété,
vers qui
fait,
de fes comla bafe de la Conftitution
dédomannuller fans
méttans , pourra-t-elle
n'ont été achemagement des propriétés qui
fur celle
tées que fur la foi publique &
Illes du Gouvernement ? La valeur de nos --- Page 520 ---
11O
à 1800 millions
doit être évaluée au moins
ne
puilque celle des Negres, qui
tournois, le tiers de la valeur des Ifles, eft
fait que
La France efteftimée au moins Gomnillions.
état de dédommager les propriétaires
elle en
fi, comme elle ne peutsen
de ces pollellions, elle fc décide à leur accorder une
difpenfer, D'ailleurs fait-on attention qu'en
indemnité? la liberté des Negres, on ruine
prononçant
foixante mille Colons, &
non feulement
de mailons Euroune foule innombrable tout le Conimerce
péennes, mais encore fortune eft établic fur
Francais, dont la
Penfe-t-on enfin,
ce genre de poffeflions? liberté, c'eft occaqu'en décrétant cette
feulement un renverfement
fionner, non
partie des
général dans la plus grande
mais
exiftent aujourd'hui,
fortunes qui dans le défefpoir & dans
encore, jetter
nos Artifans
la mifère nos Manufaaturiers, dont le travail
& même nos Laboureurs, le Commerce imn'eft encouragé que par
les Colonies.
menfe qui eft alimenté par confidération a
L'importance de cette d'une. manière bien
été fentie l'année paflée Communes d'Anvive par la Chambre des
& arrêté
gleterre, puifqu'elle a reconnu qui s'opque'le réfultat des intérêts privés
ter
nos Artifans
la mifère nos Manufaaturiers, dont le travail
& même nos Laboureurs, le Commerce imn'eft encouragé que par
les Colonies.
menfe qui eft alimenté par confidération a
L'importance de cette d'une. manière bien
été fentie l'année paflée Communes d'Anvive par la Chambre des
& arrêté
gleterre, puifqu'elle a reconnu qui s'opque'le réfultat des intérêts privés --- Page 521 ---
III
pofaient à Tabolition de la traite des
gres, n'était en dernière
Néaérêt général de la
analyfe, que l'inNation, &
pouvait pas prononcer
qu'elle ne
compromettre la fortune cetteabolition, même
fans
mettans.
de fes ComComment peut-il donc fe faire
perfonnes, d'ailleurs bien
que des
voyent une
intentionnées,
de
acte d'humanité à ordonner
pareils malheurs, pour accorder à
demi-million de
un
defirent
Nègres une liberté qu'ils ne
pas, & dont ils abuferontpour
détruire & pour rentrer dans leur s'entreSauvages & des
état de
vagabonds P
Ceux qui raifonnent ainfi, ne connaiffent
certainement ni les Negres,niles
& n'ont jamais étudié les
Colonies,
dernières avec
rapports de ces
font entraînés IEurope; ou bien ils ne
fléchis
que par des fentimens irré
d'humanité, & Par des idées
fophiques dont le Negre lui-méme philocupe pas. Je voudrais bien favoir ne s'ocpenferaienttous ees rentiers
ce que
defoeuvrés,
nous avons parléplus haut, qui,
dont
d'un
rangés sautour
poleemployentler tems
à faire humainement de fi deleurdigeflion beaux
je voudrais bien favoir,
projets $
penferaient fi on leut
dis-je, ce qu'ils
tepréfentait, que le --- Page 522 ---
payement de leurs rentes fait couler tous
les jours des torrens de
de pain des malheureux larmes, & prive
devrait
dont le travail
au moins leur affurer une fubfiftance exenipte de trouble &
Si on leur annonçait,
d'inquiétude,
enfin, qu'on
prime leurs rentes pour
fupopérer cet acte de
juflice, ils réclamcraient, fans
droic de propriété; mais
doute, le
ce droit de
priété eit-il moins facré pour les Colons- proAméricains, & n'ont-ils pas pour le réclamer, les mêmes titres qu'eux, la foi
blique & celle des
puIl faur
Gouvernemens ?
efpérer que l'Affemblée Nationale,
plus éclairée & plus indépendante de
ces fyflémes enfantés par des têtes exal- tous
técs, réféchira férieulement fur l'affranchiffement des Negres, & qu'avant de le
prononcer, elle s'allurera des moyens de
prévenir les malheurs qui doivent en
la fuite.
être
Enfin, la dernière confidération
dois
nous empêcher de prononcer
qui
dans ce momeut, c'eft la
cette liberté,
rait fe manifefter dans
dipolition qui patoutes nos Colonics,
equis'effecuera certainement, fi on la
nonce, celle de fe livrer aux
prode demander leur
Anglais &
protedion aulli-tôr que la
liberté
ens de
prévenir les malheurs qui doivent en
la fuite.
être
Enfin, la dernière confidération
dois
nous empêcher de prononcer
qui
dans ce momeut, c'eft la
cette liberté,
rait fe manifefter dans
dipolition qui patoutes nos Colonics,
equis'effecuera certainement, fi on la
nonce, celle de fe livrer aux
prode demander leur
Anglais &
protedion aulli-tôr que la
liberté --- Page 523 ---
ti3
liberte de leuts efclaves auta été arrêtée
par PAffemblée Nationale; oh
nos rivaux ne manqueront
juge bien que
occalion de fe
pas de lailir cette
venger des iccours
avons donnés à leurs Colonies
que nous
bière guerre.
dans la dera
Nous obfervetons, en hous
quatre queftions principales réfuimant, que
foumifes aux délibérations de doivent être
Allemblée avant qu'elle
notre augulte
que nous traitons.
prononce fur l'objet
I.O L'efelavage rend-il les
heureux, & leur fort
Negres mala
mérite-t-il
qu'ils ontgnfpiré à quelques
linterér
Nous croyons avoir réfolu cetté Fhilofophes 2
2.° La France
quetlion.
fes Colonies
peur-elle voir fans danger
anéanties P Ileft
qu'elle ne. fauroit en faire le incontellable lactilice
s'expofer à être ruinée,
fans
3.0 Quels nioyens
affranchit les Negres; etnploiera-teon, G on
Colonies 1 Nous
Four cultiver les
avons vu
tous ceux qu'on a propofes Finfulfance de
4.0 Quelles feront les reffources Jufquici.
France pour payerles
de la
Coloniaux ? Elie n'en propriétaires des biens
a cercainerient pass
L'impolibilité de réfoudre ccs
d'unc manière fayorable à la
queftions
liberté,4es
H --- Page 524 ---
I14
Negres, sourprouncfimpesimboitis morale
ya à les affranchir dans Ce
qu'il
pas de biens aux Illes, & moment. Je n'ai
nullement à
ma fortune ne tient
ce genre de
on ne peut pas foupconner polieflion; ainfi
fentiment
que c'eft un
d'intérét à qui a dicté mon
D'un autre côté, je crois avoir des opinion.
mens d'humanité auffi délicats
fentilofophes les plus
que les Phirigoureux ; mais
examiné long-tems fur les lieux après avoir
fous tous fes rapports la
mémes, &
de traiter,
queftion que je viens
après avoir étudié le
& les penchans naturels des
caraétère
Negres, je me
Eareimgzienudysicbad on
pour toute l'Europe & pour tout produirait
des maux
l'univers
irréparables, & qu'on
aucun bien
n'opérerait
moyen des Loix
atenntancort
fa
que je vais propofer pour
fervitude, il fera, certainement,
plus heureux dans fon
beaucoup
jamais été chez
elclavage, qu'il n'a
lui, & qu'il ne ferait
nos Ifles, s'il y eft abandonné à
dans
Il ferait méme à defirer
lui-méme)
que cette
n'ettjamais été traitée,
queflion
coup à craindre
les parce quilya beaudes efforts
que
Negres, inflruits
qu'ont fait quelques perfonnes
pourleur procurer la liberté,n'enf faffent bientét l'objet de leurs voeux,qu'ils
n'entreprens
n'a
lui, & qu'il ne ferait
nos Ifles, s'il y eft abandonné à
dans
Il ferait méme à defirer
lui-méme)
que cette
n'ettjamais été traitée,
queflion
coup à craindre
les parce quilya beaudes efforts
que
Negres, inflruits
qu'ont fait quelques perfonnes
pourleur procurer la liberté,n'enf faffent bientét l'objet de leurs voeux,qu'ils
n'entreprens --- Page 525 ---
TIS
de
eux-mémes leurs chalnes,
nent
rompre le
feu de la rebellion, ils
& que, dans premier meurtrière fur tous les
ne levent une main
Blancs qui habitent les Iles.
desNegres.
Projet de réglement pourlajervisude
Ir réfulte de ce que nous venons de dire,
Thumanité nous commande, non d'aque
tour-a-fait la fervitude des Negres,
néantir mais de la leur rendre plus douce & plus
fupportable : en effet, quelles font les vues
qui s'occupe fars enthoude tout philofophe
du bien de Teipèce hufiafme & avécfincérité
maine? ne doivent-elles pas être de procurerà
chacun des individus qui la compofent la
fomme poflible de bonheur- ?
plus grande
chercher à prévenir 3
ne doivent-elles différens, pas
les différens maux
par des moyens le caradère & les paffions des diauxquels
les expofent ? Avant de régler
vers peuples des
il faut donc qu'il cherche
le fort
Nègres,
les entraine
à connaitre le penchant qui
avec le plus de forcey8 le voici:
à
d'ambition, infenfible
Le Negre, privé
indifférent
tous
Fattrait de Vintérêt &
pour réuniffent
les fentimens de fociabilité qui
celle
les Européens, n'a d'autre paflion que
H2 --- Page 526 ---
du
repos ou bien celle de la
ému que par des actes de
guerre ; il n'eff
trouve de jouiflfance
férocité, & il ne
tion & le pecacle
que dans la deftrucblables. Ainfi,
du fupplice de fes femfidéré
l'état de guerre doit étre concomme un état quilui ieft
fon abrutiflemene-lui
néccilaire, &
faifant violer
pèce de droit des
toute ef
vent être regardécs gens, fes guerres ne doidont T'hiftoire
que comme des carnages
révolterait
féroce. Les principes
FEuropéen le plus
donc avec les vues dsumaniteifeconciient
le Nègre dans une
politiques pour retenir
fervitude,
tous fesbefoins, &le
qui, prévenant
mettant
mens
al'abrides châtiinjultes, ne lui
de
de fes forces
permette
faire ufage
Les Loix que pour des travaux utiles.
juftes,
fuivantes m'ont paru à cet
humaines &
égard
fentimens des
compatibles avec Ies
tionnés
philofophes les mieux
: une partie de ces
intenadoptéc, &c mife
Loix a été déja
lien des Colonies en exécution par le chefbonheur qu'elles Anglaifes, la Jamaique; le
de cette Colonie, ont répandu fur les efclaves
donné
& la faveur
en même tems à
qu'elles ont
engagerles autres Puillances Tagriculture, doivent
lonies, à imiter cet
qui ont des Cofans doute,
exemple. Il eft à regreter,
quc la France ait été prévenue
adoptéc, &c mife
Loix a été déja
lien des Colonies en exécution par le chefbonheur qu'elles Anglaifes, la Jamaique; le
de cette Colonie, ont répandu fur les efclaves
donné
& la faveur
en même tems à
qu'elles ont
engagerles autres Puillances Tagriculture, doivent
lonies, à imiter cet
qui ont des Cofans doute,
exemple. Il eft à regreter,
quc la France ait été prévenue --- Page 527 ---
une Nation étrangère, pour un ade d'hapar
marchera
manité ; mais il faut efpérer qu'elle
bientôt fur les traces de fa rivale, qu'elle
enversces êtres,
fera encore plus génércule
qui n'ont été jufqu'ici que les inftrumens
de fa profpérité, & qu'elle leur rendra entin
l'cfclavage fi doux, 9 que la liberté pourra
être à peine l'objet de leurs voeux.
Quelle que foit l'idée qu'on fe fait en
France du caratère des Colons, je fuis sûn
Phumanité feule leur fera recevoir avec
que emprelfement les Loix que nous allons propoler, & qu'ils démentiront, ainti, l'opinion
exifte contr'eux. Mais s'il fe trouinjulle qui
vait quelqu'un d'eux ailez barbare pour réGifer au cri de la nature, & qu'iln'écoutàt
la voix de l'intérét, je lui dirais que
que fon intérêt même doit lui faire défirer l'établiffement de cesLoix. En efliet,les Colons
fe diffimuler que leurs foins
ne fauraient
d'ava 11
pour leurs efclaves les attacheront
tage à leur attelier; qu'ils les conferveront
plus long: - temps en les traitant avec dou-
&
favoriferont ainli leur popuceur,
qu'ils
non-feulement elle
lation de manière que,
fe maintiendra au point où elle eft dans ce
moment, mais encore qu'elle s'accroitra.
En outre, ils doivent craindre linfluence des
H3 --- Page 528 ---
lumicres qui fe répandent dans
clailes, & fe rappeller
toutes les
toujours révoltés
queles hommes fe fonc
contre les actes de
nie, & qu'ils ont toujours
tyranrités modérées, Ils
relpecté les autooublier qu'Athènes, doivent, enfin, ne pas
qui traitait fes
avec douceur, ne fut jamais bouleverlée ciclaves
eux, tandis queIacedémone,
par
Sicile, qui traitaiencles
Carthage & la
furent
leurs avec rigueur,
plaficurs fois dévaftées par les
ferviles.
guerres
PRENIER R E Lo1.
Le Negre aura. fa nourriture & fon vétement alfurés: la loi lui fixera
par femaine, deux pots & demi pour de farine cela,
de manioc, pou foixante livres de
& deux livres de bocuf
bananes,
& denie de
falé, ou deux livres
morue feche, avec deux culottes, deux chemifes & un
les ans. Ce traitement aura lieu chapeau-tous
les elclaves; de quelque
pour tous
il fera jufte que les pères age & mères qu'ils foient;
foient
encouragés, parcerte gratification, à donner
à leurs enfans tous les foins néceflaires.
La confitution du Negre, & l'effet du
climat qu'il habite, le difpofant au rela
chement, & rendant nécellaire
pour lui,
, avec deux culottes, deux chemifes & un
les ans. Ce traitement aura lieu chapeau-tous
les elclaves; de quelque
pour tous
il fera jufte que les pères age & mères qu'ils foient;
foient
encouragés, parcerte gratification, à donner
à leurs enfans tous les foins néceflaires.
La confitution du Negre, & l'effet du
climat qu'il habite, le difpofant au rela
chement, & rendant nécellaire
pour lui, --- Page 529 ---
modéré de liqueurs pirirucules,
un ufage
la loi oblige chaque
il fera encore jufte que tous-les jours à fes
propriétaire à accorder
de tafias je
elclaves, un verre à liqueur
fuis sûr que les efclaves s'cit porteront adtifs,
mienx, qu'ils feront beaucoup plus
&
le travail qu'ils feront de plus,
que
amplement les propriétaires,
dédommagera
de cette dépenfe. Colons font dans Tulage
La plupart des efclaves un coin de terre,
de donner à leurs
leurs vivres les
oû ces derniers cultiyent de
& dans
de Dimanche &
Fete,
jours
leur accorde tous lesjours
les momens que
prendre leurs repas ou
Tordonnance, pour mais cet ufage eft une inpour fe repofer:
la loi doit
juftice faite au Negre, puilque de repos, fa
jui affurer, outre fes momens Dailleurs, cette
nourriture &c fon vétement.
les
conduite elt aflez mal entendue pour eit
intérêts même du Maitre, parce qu'il
évident, que le corps humain ne pouvant
foutenir conftamment le même degré
pas
toute la fomme de travail que
de fatigue,
le Negre fait dans fon jardin particulier,
comme enlevée aux culdoit etre regardée
vaudraic autant
tures de fon Maitre. Ainli,il
à la
CC dernier lui donnat une pars
que
H 4 --- Page 530 ---
récolre, & qu'il l'obligeàr 120 de
fon repos, des momens 9ui lui profiter, font pour
des par la loi,
accorSECO N D E Ior
Il fera prineipalement effengicl d'attachep
peu-a-peu le Negre au travail de la
& de' luien infpirer le
terre,
ment de la
goût par le fentilintérer, afin propriété, & par l'actrait de
Nations
de hâter le moment ou leg
pourront prononcer fon affranchif
fcment, lans,avoir à craindre l'ancantiffement des Colonies, Pour
reux
opércr cet heuchangement, il faudra
rend le Maitre propriétaire abolirlaloiqui de
poffeffions de
toutes les
lefclave, & le
fon indufteie, afin qu'ciles lui templacer fervent à pap fe
racheter loriqu'ellesferont: affez confidérables,
TROIST g M E Dor
Les Nègres iront au travail le matin
fix heures julqu'a huit; ils auront alors depuis
heure de repos pour leur déjeûner, Ils rezour- une
neront enfuire au travail depuis neufheures
jufgu'a midi, & depuis deux heures
fix: la loi leur acçordera un jour entier julqu'a de
repos par femainc, & elle fupprimera toutes
acer fervent à pap fe
racheter loriqu'ellesferont: affez confidérables,
TROIST g M E Dor
Les Nègres iront au travail le matin
fix heures julqu'a huit; ils auront alors depuis
heure de repos pour leur déjeûner, Ils rezour- une
neront enfuire au travail depuis neufheures
jufgu'a midi, & depuis deux heures
fix: la loi leur acçordera un jour entier julqu'a de
repos par femainc, & elle fupprimera toutes --- Page 531 ---
12I
qu'elles font une impoftion
les fètes, parce
réelle (ur le produit de la terre,
Laloi veillera encore à ce que les Nègres
de travail, & à ce
ne foieht pas (urchargés avec foin dans leurs maqu'ils foient traités enceintes feront exemptes
ladies. Les femmes
mois de
ds la culture dans les trois derniers
mois
leur grolleile, & dans les trois prémiers l'intérêt
de leur alaitement: Phumanité, &
l'établiffement
du Mattre exigent également
de cette loi,
R I E M B Lol
119 QVAT
feraient refpcRer la pudicité
Des loix qui
feraient inutiles
des Negrelles non marices, n'ont pas de pudeur
pour des perfonnes qui mais il conviendra de
à Tégard des Blancs;
gu'il
faire relpecter le lien du mariage, parce Blanc.
Negre que pourlel
eft aufli facrépourle Lombards était jufte à ce fujet :
La loi des
à donner la liberté
cllc condamnait le maitre débauchée, ainli qu'a
à la femme qu'il.avait
fon mari,
CINQUI E M E LOI
aura fait mourir un de
Le Maitre qui
d'être pourfuivi exfcs efclavcs, méritera --- Page 532 ---
traordinairement, -
& les Officiers de la
tice rccevront à ce fujet la
Juc
& le témoignage des autres dénonciation
efclaves; huit
témoignages de Nègres au delfus de
ans, feront
vingtregardés comme une preuve
conyaincante. Lc Règlement établi à CC
fujct, dit que, s'il y a lieu
les Officiers de la Juftice
d'abfolution,
abfous le Maitre
pourront renvoyer
qui aura tué un de fes
efclaves; mais comme
&
les circonflances font
linterprétation
bles
toujours fi favoraau Maitre, quc dans aucun cas il n'eft
puni, il fandra fixer qu'il ne pourra être
abfous que dans le cas où il aurait eu
vie à défendre, & qu'il pourrait le
fa
L'oriqu'un efclave aura mérité la prouver.
fon Maitte le livrera à la
mort,
Juflice, & s'il eft
jugé digne de mort, la Caifle des Negres
jufticiés Jui en. paiera la valeur, afin
forfait ne rete impuni. Dans tous les qu'aucun autres
cas; il fera humain de faire juger le délit
par un certain nombre de Negres les plus
anciens. Le coupable fera certainement puni
plus févèrement que fi le Maitre l'avait condamné lhi-mme, & il fe révoltera moins
contre la punition, lorfqu'il faura qu'elle
lui a été infligée par fes pairs. Le Maitre
aura le droit de commuers ou d'adoucir
forfait ne rete impuni. Dans tous les qu'aucun autres
cas; il fera humain de faire juger le délit
par un certain nombre de Negres les plus
anciens. Le coupable fera certainement puni
plus févèrement que fi le Maitre l'avait condamné lhi-mme, & il fe révoltera moins
contre la punition, lorfqu'il faura qu'elle
lui a été infligée par fes pairs. Le Maitre
aura le droit de commuers ou d'adoucir --- Page 533 ---
prononeée, ou 123 à de faire grace entière,
lapeine fera
lui un affez bcau droit.
& ce
pour
SIXI E.M E Io I.
a
maltraité injuftement par fon
Un Nègre,
quil-foir vendu à un
Maltre, pourra exiger Blanc maltraite un
autre Mxitre, & fi un
efclave qui nelui appartienne pas, il méritera
s'il
d'ètre. condamné aux mêmes peines que
avait maltraité un autre Blanc.
SEP I I E M E Io I.
En faifant le Code pénal des Negres, on
les contenir,
aura foin d'employer, pour
:
chez toutes les Nations 9
un moyen qui,
eles hommes avec
cftp plus puillant, & gouverne
c'eft
plus d'empire que les loix elles-mèmes; fonr'aufi
linfluence des moeurs. Les Negres
fufceptibles de reffentir leur empire que
Tétaient les premiers efclaves des Romains,
& que le font même les Nations 57 les plus
civilifées. a
Ce qui m'en a convaincu, c'eft
que j'ai toujours vu que les Nègres étaient leur
moins punis par le fouet que lorfqu'on mettait
faifait porter une chaineou qu'on leur
un collier de fer au col:jai toujours remar- --- Page 534 ---
qué que, malgré Tavilifement delcur
cette elpéce d'infamie leur était plus fenfible état,
que les châtimens les plus cruels. Peuples
humains ! ne négligez donc pas un moyen
audi puidant dc auffi conforme aux fentimens
d'humanité. Pour en tirer parti, vous n'avez
gu'a rendre moins vil l'efclavage des
en les rapprochant un peu plus des Negres
vous n'avez gu'a accorder quelques Blancs, récompenfes diltinguéesac ceux qui aurontbien fervi
leurs Maitres, & punir par des marques d'infamie ceux qui fe feront rendus coupables,
& vous aurez bientôt la fatisfaction de voir
gue loix feront peu nécellaires.
H
I T IE M E Lo I.
Pour L od si 2 ort
encourager les Negres au fervice
de leurs Mlaltres, il conviendra d'établir,
que ceux-ci feront obligés de donner tous
lçs ans la liberté à celui de leurs efclaves
dont ils auront étc le plus contents : cette
loi pourra être établie à raifon d'un fur
rante, & on prendra
fixer cette gua- 1
portion, le htlet de chaque
lonic.
- re
EOE
Ce fera furement une petite
pour les Maitres, & ils cn feront bien perre de
dommagés par Témulation, que le défit de
'établir,
que ceux-ci feront obligés de donner tous
lçs ans la liberté à celui de leurs efclaves
dont ils auront étc le plus contents : cette
loi pourra être établie à raifon d'un fur
rante, & on prendra
fixer cette gua- 1
portion, le htlet de chaque
lonic.
- re
EOE
Ce fera furement une petite
pour les Maitres, & ils cn feront bien perre de
dommagés par Témulation, que le défit de --- Page 535 ---
mériter leur liberté, donnera à tous les
atteliers.
NE U yr I E M E Lo1
Onn'affranchira que des efclavesquiauront
gogné de quoi vivre par leur induftrie, ou
qui feront en état de travailler, afin qu'ils ne
deviennent pas à charge au public; mais
comme la conftitution phylique du Negre,
jointe à l'effet des climats chauds, l'éloigne
toujours dutravail, SHnyeipanépariacnin
te duc châtiment, ilfaudralyporter par un autre moyen; pour cela, on donnera a chaque affranchi qui n'aura pas de métier, un coin de
smegeilergchagedeueficheradecaluner
avec foin, fi-non il fera remis dans l'efclavage. Si dans une Colonie il n'y a pas de
terres à concéder, on l'enverra dans une
autre. Les Adminiftrateurs font aujourd'hui
les plus grandes difficulés pour accorder des
alfranchilfemens; ; mais il me femble qu'elles
feraient toutes levées par le règlement que
nous propofons.
DIXI E M E IoI
La loi quiimprime la tache de Ieur origine
aux defcendans des affranchis, même lorf- --- Page 536 ---
qu'ils ont des Blancs pour ayeuls, m'a paru
n'avoir aucun objet d'utilité; certe loi eft
injufte & barbare : i eft affreux qu'un Blanc
çui aura des faiblefies avec une femme de
couleur, falle des enfans, qui, par la loi,
font exclus de la fociété, k ne peuvent
prétendre à aucun état civil, même lorfqu'ils ont été déclarés libres. Il ef humain,
par conféquent, d'abolir cette loi. Il l'eft
également de détruire les préjugés, qui,
mettantles Negres au-deffous dela condition
humaine, rendent honteufes & avililantes
lcs alliances des Blancs avec toutes fortes
de gens de couleur, quelle que foit leur
nuance.
Pour encourager la population, &c prévenir
les avortemens que la barbarie & le libertinage des Negreffes rend tresfréquens 2.
il fandra
la loi aflure la liberté
que C
aux
pères & méres qui auront élevé fept enfans.
Ce nombre n'eff pas trop confidérable dans
un pays où la fécondité eft tres-grande.
Cesloix douces &humaines étant établies,
on pourra s'occuper, fans avoir à craindre
de fecoufles dangereules, de l'abolition de
la traite des Nègres. Enefiet, ceux que nous
poflédons déjà, fufifent pour la culture des
denrées Coloniales néceffaires à FEurope,
ont élevé fept enfans.
Ce nombre n'eff pas trop confidérable dans
un pays où la fécondité eft tres-grande.
Cesloix douces &humaines étant établies,
on pourra s'occuper, fans avoir à craindre
de fecoufles dangereules, de l'abolition de
la traite des Nègres. Enefiet, ceux que nous
poflédons déjà, fufifent pour la culture des
denrées Coloniales néceffaires à FEurope, --- Page 537 ---
&ilyal licu d'efpérer qu'en les traitant
les loix que je viens de propofer, leur d'après
lation actuelle, rron-feulement fe maintien- popudra, mais encore s'accroitra. Ce qui le fait
efpérer, c'eft que je connois plufieurs habi-.
tations où les Negres font bien
&
où
traités,
depuis vingt-cing ans on en a confervé
le méme nombre, quoiqu'on n'en aic acheté
aucun. Au moyen de Ces loix, l'opinion fe
préparera; les Nègres prendront peu à peu
del'émulation pour le travail,fi on déclare
libres a l'avenir leurs defcendans, en faifant
en méme-téms des règlemens propres à
voir à l'exiftence de ces derniers, l'affran- pourchillement général de ces individus arrivera
peu-à-peu fans avoir attenté à la propriété de leurs Maitres, & fans que leur
liberté expofe l'Europe & l'Amérique à des
fecouffes qui, dans ce moment, détruiraieng
le bonheur des habitans de l'un &c de l'autre
monde, ainfi que la fource la plus féconde
de leur profpérité,
F I N. --- Page 538 ---
L
namom --- Page 539 ---
RÉPO NS E
AUX ORSERFATIONS
D'UN HABITANT DES COLONIES,
SUR le Mémoire en faveur des Gens de
de Saint-Docouleur, ou fang-mélls,
mingue, A & des autres Ifles françoifes
à FAffemblée
de PAmérique, 3 adrele
Curé
Nationale, par M. GRÉCOIRE,
dEmberménil, Député de Lorraine.
Par M. T'Abbé DE COURNAND, --- Page 540 --- --- Page 541 ---
REPONSE
AUX
ORSERFATIONS
HABITANT DES COLONIES.
D'UN
JA défendu les gens de couleur ; J'ai attiré
momens les regards de l'Afpendant quelques furleroppretions dontilsgémif
femblée Nationale
quela mienne s'eft
foient. Une voix plus éloquente d'Emberménil, Deélevée: M. Grégoire, Curé
le
de
de Lorraine, s'eft déclaré
protecteur
puré
intéreflante. Son Mémoire > templi
cette caufe
fes raifonnemens font
de faits aufli vrais que
aujaurd'hui par
folides &c concluans, eft attaqué fe dit habirant des
Son adverfaire
un anonyme. il vife à être gai dans un fujet où il
Colonies :
fi des hommes libres jouiront de
s'agit de favoir
d'ètre accablés des
leur liberté, OH contintteront L'Anonyme a fans
humiliations de Tefclavage.
rire à
doute bon coeur de trouver le mot pour
mille individus 1 qui
la Gtuation de quarante
A 2
c concluans, eft attaqué fe dit habirant des
Son adverfaire
un anonyme. il vife à être gai dans un fujet où il
Colonies :
fi des hommes libres jouiront de
s'agit de favoir
d'ètre accablés des
leur liberté, OH contintteront L'Anonyme a fans
humiliations de Tefclavage.
rire à
doute bon coeur de trouver le mot pour
mille individus 1 qui
la Gtuation de quarante
A 2 --- Page 542 ---
(4)
regardent leur état actuel comme le
des malheurs. Ilfe
plus grand
permet d'outrager dans-M. Grégoire un nom cher à la Nation, une vertu connue, &c des talens dignes des plus grands éloges. Je rendrai aTAnonyme fes infultes
doit rien-d qui ne refpecte rien. Je
; on ne
barquerai point dans la difcuflion des ne m'emdénie avec une infigue mauvaile
faits gu'il
impudence bien digne de Tui. J'en foi, & une
plutôe le témoignage unanime des croirai bien,
l'infolence de leur ennemi. Ila pris la opprimés que
plume
calomnier; je m'en faifirai pour le confondre. Pour
Eft-il vrai que les gens de couleur ou
mélés foient yexés dans Dos coloniesy fangr
foient en butte aux mépris des blancs, gu'ils y
quefois à leurs outrages? Ce fair n'eft &c quelseux; les. blancs de bonne- foi en
pas douceux qui ont dei Thumanité defirent convisment;
aux hommes libres de certé claffe les qu'on droits rende
de
cicoyenss. qui leur foncralfurés Par nos
Joix, Il eft des gens qai Dient çes
anciennes
mais eft-il vraifemblable
oppreions;
gue tant de. faits confignés en rant de Mémoires, foient faux P Efil
croyable qu'une clalle f nombrenfe d'hommes
libres fe plaigne, s'indigne pour des offenfcs imaginaires? A qui voudroir-on le perfuader? Hélas!
il.n'eft que trop vrai que les torts font réels, les
Par nos
Joix, Il eft des gens qai Dient çes
anciennes
mais eft-il vraifemblable
oppreions;
gue tant de. faits confignés en rant de Mémoires, foient faux P Efil
croyable qu'une clalle f nombrenfe d'hommes
libres fe plaigne, s'indigne pour des offenfcs imaginaires? A qui voudroir-on le perfuader? Hélas!
il.n'eft que trop vrai que les torts font réels, les --- Page 543 ---
(5)
réclamations jultesy & les efforts que l'on fait
les étouffer, un nouvel outrage, L'anonyme.
pour de la
à fe tireridelà; il a beau faire
aura
peine
des
de couleur, rien
T'agrémble aux dépens
gens
& fi
n'eft moins plaifant que ce qu'ils foufftrents
M. Phabitant des colonies avoit tant foit peu
fes beanx talens
d'humanité, il n'employeroir pas.
à réfuter des gémillemens par des railleries, &
des griefs douloureux par des farcafmes.
s'attendrir une feule fois fur le
A-t-il daigué
très-naturel
fort des gens de couleur? Il lui paroic
foient malheureux ; il n'a garde de rien
qu'ils
tende à améliorer leur firnation. I
propofer qui
dans un fort
fe retranche dans le préjages , comme
d'ou il croit braver impunément, &c les plaintes
de couleur, & les raifons de leurs dédes gehs dont il ofe faire infolemment le fujet
fenfeurs,
de fes railleries.
d'un fidNos loix avoient marqué, il y a plus
cle, la nature de la liberté accordée aux gens de
en tout à celle
couleur dans nos colonies; égale
des blancs. Des réglemens vicieux, des vexations
habituelles ont reftreint tantôt plus, tantot moins,
ni les loix, ni lès
ce bienfait précieux anquel, limites. Des noubienfaiteurs n'avoient preferit de
des
barbares, ont
-
Jurifconfulres
veaux venus';
les
de ces loix
anéanti ou affoibli
difpoficions
A 3
ée aux gens de
en tout à celle
couleur dans nos colonies; égale
des blancs. Des réglemens vicieux, des vexations
habituelles ont reftreint tantôt plus, tantot moins,
ni les loix, ni lès
ce bienfait précieux anquel, limites. Des noubienfaiteurs n'avoient preferit de
des
barbares, ont
-
Jurifconfulres
veaux venus';
les
de ces loix
anéanti ou affoibli
difpoficions
A 3 --- Page 544 ---
(6)
humaines. Aujourdhui
des apologiftes; tel
encore l'opptefion trouve
de fa raifon,
la eflanonyme. On peur
par maniere dont il
juger
faits; & de fon cceur
arrange les
don écrit.
3 par l'efprit qui regne dans
Tous les honnèter-gens
mes de couleur, libres,
defirent que les homlui, il ne s'étonne
> rentrent dans leurs
il
ni de la durée du
droits;
n'indique le moyen de le faire préjugé, ni
regarde prefque comme
finir; il le
ne penfe point fur
une chofe nécelfaire. Il
nombré de
ce fujet comme un allez grand
gu'ils occupent proprictaires, dans la difingués par le rang
dont ils
fociété, & par la fortune
jouiffent. Sa maniere de voir
gir le jette dans la claffe
& de fenparmi ces
brutale de ces
gui
régions, >
en
aventuriens, n'ayant ni feu ni
Europe, vont
lieu
de leurs
porter en Amérique la
meurs, , & fe croyent
baffefle
préjugé à infalter les naturels autorifés par le
eux qui déshonorent
du pays. Ce font
ricain aux yeux des vétitablement le nom Améflétrit
ames fenfibles.
encore davantage par fa
Celni-cile
che de fon Mémoire
lacheré; il fe ca-
& foutient la caufe comme d'an mauvais
de
couP,
me d'efclave.
lopptellion avec une plaMalheureux ! qui es-tu ? ou as-tu
d'ironie que tu te permets
pris ce ton
envers le digne Curé
qui déshonorent
du pays. Ce font
ricain aux yeux des vétitablement le nom Améflétrit
ames fenfibles.
encore davantage par fa
Celni-cile
che de fon Mémoire
lacheré; il fe ca-
& foutient la caufe comme d'an mauvais
de
couP,
me d'efclave.
lopptellion avec une plaMalheureux ! qui es-tu ? ou as-tu
d'ironie que tu te permets
pris ce ton
envers le digne Curé --- Page 545 ---
(7)
a'Emberménill-Ne fais-tu pas que le plus grand
homme puilfe commettre contre la
crime qu'un de chercher à tourner la vertu en
fociété, c'eft
ridicule ? Tu-as l'audace de ricaner, en pronondéfenfeur de Thuçant le nom de ce courageux
manité! Ta plume coupable ne refpedte pas
illuftres dont il rappelle la mémème les morts
las Cafas
moire ! Scélérat! tuimputes au vertueux
d'avoir confeillé de prendre des nègres pour cul-
! Dis-nous qui r'a fourni cette
tiver l'Amérique
anecdote infernale? Ah! penfe ce que tu voudras
du
mais lailfe-nous
des bourreaux
genre-humain;
Culte
ce bienfaiteur de T'humanité;
notre
pour
comme le
fa vertu eft al'abri de tes calomnies,
Curé Grégoire de tes menfonges.
tes fades railleries fur ce nom
Que prétends-t par
de Curé & de Prètre ? Ne ferois-tu point gèné par
ces qualités donnent quelquefois?
le courage que
fimple Curé de Lorraine
Tu parois furpris qu'un
&
un ceil curieux fur vos riches Habitations,
porte
la fource de ces richeffes. Tu ne
qu'il aille jufqu'à
d'un Miniftre de paix; tu
conçois pas les devoirs
Tu defens
la nobleffe de for caractere.
ne
pas
la dignité éminente dont
vrois au moins refpeéter
de la Nation;
il eft revèru, celle de Répréfentant
de fon ame, fi tu pouvois l'appréje te parlerois de fa raifon, fi la tienne pouvoit y atcier, &
A4
teindre.
Tu ne
qu'il aille jufqu'à
d'un Miniftre de paix; tu
conçois pas les devoirs
Tu defens
la nobleffe de for caractere.
ne
pas
la dignité éminente dont
vrois au moins refpeéter
de la Nation;
il eft revèru, celle de Répréfentant
de fon ame, fi tu pouvois l'appréje te parlerois de fa raifon, fi la tienne pouvoit y atcier, &
A4
teindre. --- Page 546 ---
(8)
J'ai lu'tes
Obfervations avéc le fcandale d'an
homme de bien, & dès ce moment', j'ai prisi le
parti de re commtiniquer les miennes.
dur & niéchant; il y
Jorhijuge
paroit par ton ftyle froidement compaffe pour juflifier lés crimes de l'Amnérique. Ta ne donnes pas le moindre ligne de
compaffion aux maux dont tu as été le rémoin; cu
applaudis aux mauvaifes maurs, comme fi ton
pays n'étoit pas fufteptible d'en avoir d'autres. Ta
regardes la tyrannie comme une chofe nacurelle,
Félicire-toi det tes Obfervationsye elles auroient
mnis au defporifne un fuppôt de plus. Elles prodénonceront à la poftérité comine un calomniateut te
det'efpèce humaine. Mais je'té renvoie
avec
troploint
tes talens, que peux-tu attendre d'elle? Que
penr attendre de toi le
fentcs de
Peuple libre à qui - tu prepareils principes?
Ofe retourner en Amérique avec ton écrit :
Alfemble les.Gens de Couleur pour leur lire ce
que t'a dicté contr'eux ton humeur raillenfe &
infolente. Ils te croiront un monftre forti des
fers pour éternifer fur leur tère la malédiétion des enfiecles. Tu feras témoin de leur friffonnement
de leurs fanglors;
&
mais, tu n'en feras point touché. Je te devine a ton ftyle; tu es barbare avec
réfexion, & tu triomphes dans ton ame de les favoir malheureux, De quel air de
fupériorité tu
contr'eux ton humeur raillenfe &
infolente. Ils te croiront un monftre forti des
fers pour éternifer fur leur tère la malédiétion des enfiecles. Tu feras témoin de leur friffonnement
de leurs fanglors;
&
mais, tu n'en feras point touché. Je te devine a ton ftyle; tu es barbare avec
réfexion, & tu triomphes dans ton ame de les favoir malheureux, De quel air de
fupériorité tu --- Page 547 ---
(5)
Tun de leurs plus intréinfaltes i ce Raymond,
feroit
défenfeurs! Ta plus douce jonillance
pides
contibué à prolonger leurs mipeut-être d'avoir
: leur canfe eft trop bonne
fere;mais défefpére-toi
& la juftice éternelle
pour craindre tes coups,
contre ta lâche
confpire avec leurs défenfeurs
perverlicé.
des projets criminels qu'ils
Ce n'eft poinit par
ton ame en leur
veulent téullit; tu leur prètes
Hélas! fi leur
fappofant des deffeins coupables.
leur
au-delà des bornes,
zele les avoit emportés
il cft fi narurel
enthoufiafime feroit pardonnable;
Tu
les intérêts de Thumanité!
deis'échauffer pour
de la vertut,aulli
ne connois pas ces mouvemens
que le
les
mais à qui perfuaderas-ra
tn
calomniess coté, lorfque tu combats avec
bon droit elt de ton
faintes loix, & contre
des préjugés contre les plus
aveci des fophifnes :
des faits-avérés
de répondre pied à pied
J'avois formé le projer
s'eft indignée
à tes Obfervations s; mais ma vertu fi j'ayois eu
d'une râche qui m'etit été facile (1),
fuis
ame droite &c honnète. Je me
à ramener une
à faire de fuivre ce
dit à moi-mème : qu'ai-je dédale où il s'embarméchant dans le tortueux
fuis ravifé, &: j'ai (uivi en cffet picd à pied's 2
(1)Jc me
la fin de cet ouvrage,
F'Anonyme dans les notes portécsà
vertu fi j'ayois eu
d'une râche qui m'etit été facile (1),
fuis
ame droite &c honnète. Je me
à ramener une
à faire de fuivre ce
dit à moi-mème : qu'ai-je dédale où il s'embarméchant dans le tortueux
fuis ravifé, &: j'ai (uivi en cffet picd à pied's 2
(1)Jc me
la fin de cet ouvrage,
F'Anonyme dans les notes portécsà --- Page 548 ---
(To )
raffe) Non, ily auroit trop de honte à
fes menfonges qui le
réfuter
d'eux-mèmes.
perdront en fe détruifant
Le moment eft venu de ne plus garder de ménagemens avec ces hommes affreux
fe
de l'humanité
qui
jonent
fouffrante, & ofent afficher
ment le mépris
hauteviroit d'être
qu'ils ont pour elle. Que nous ferlibres, G nous
de
de
craignions
tentir &
communiquer aux autres
vertu ? Aurions-nous
Tindignation de la
rompu nos chaines pour voir
indifféremment les méchans
autour de leurs fanffes
artrouper la foule
doétrines ? Eh! quand
preflion eft leur droit
l'oppublic, notre devoir n'eft-il
Pas d'invoquer contr'eux l'opinion
Gatdons-nous de ces écrits
publique?
nient notre liberté,
anonymes quicalomde nos freres.
en artaquant fourdement celle
de
Eltimons-nous heureux
ce nom
d'appeller
préjugés de lesfang-malis ; nous n'avons pas les
Thabitant
avons ces fentimens
obfervatear 5 mais nous
mieux, & lés
d'humanité qui valent bien
ames dignes de nous
entendent à merveille.
imiter, nous
Ne nous: en rapportons pas non
fur le chapitre des meurs. Écourons plus àl'Anonyme
kgiflareur d'an
ce que dir ce
genre nouveau fur le honreux
concubinage des Colonies.
s Ce commerce
illégitine, qui offenfe les
ons pas les
Thabitant
avons ces fentimens
obfervatear 5 mais nous
mieux, & lés
d'humanité qui valent bien
ames dignes de nous
entendent à merveille.
imiter, nous
Ne nous: en rapportons pas non
fur le chapitre des meurs. Écourons plus àl'Anonyme
kgiflareur d'an
ce que dir ce
genre nouveau fur le honreux
concubinage des Colonies.
s Ce commerce
illégitine, qui offenfe les --- Page 549 ---
(1)
& la Religion (il va rougir de cet aveu)
5) moeurs
néceffaire dans les Colonies, où les
wcft un mal
nombre, & où les mariages
1> femmes font en petir
Il prévient de plus
> ne peuvent ètre nombreux. foiblelTes des maitres les ap3> grands vices. Les
eft adouci. La popup privoifent, & T'efclavage
Dieu!)
(quelle popalationgrand
3> lation,y gagne,
que lebefoin,
c'elt moinsle libertinage
73 parce que
cli
à ces unions ilicies,lachaleurdad
22 qui préfide
& la facilité de les
irrite les delirs,
>> mat, qui
inutiles les précautions du
rendent
12 fatisfaire,
remédier à cesabus, parce que la
3) légiflateur, pour
impérieufement.a
35 loi fe tait où la nature parle
moraux.
Voilà un échantillon de fes principes
des
comme on voit 2 T'honnèteté
Il facrifie,
défend les méfalliances. Il
moeurs au préjugé qui anciennes loix.qui avoient
ne fe fouvient plus des
& de l'abus des
voulu arrèter cette corruption ;
T'Améfens, ilen fait un code réglementaire pour ne foient
rique. Eh ! quiempéche que les mariages honte de
nombreux ? Celui qui n'a pas eu
de
plus
fille de couleur, rougira donc
corrompre une enfans
le mariage, & augmenlégitimer fes
par
malfans remords, les vices d'une population
tera
maudite du ciel,malgré toutestes
heureufeOrerre
Inftirateurs.
d'écouter Edepareils
richefles stcontinue
infalte par de tels
Ec toi, pauyre Nation qu'on
! quiempéche que les mariages honte de
nombreux ? Celui qui n'a pas eu
de
plus
fille de couleur, rougira donc
corrompre une enfans
le mariage, & augmenlégitimer fes
par
malfans remords, les vices d'une population
tera
maudite du ciel,malgré toutestes
heureufeOrerre
Inftirateurs.
d'écouter Edepareils
richefles stcontinue
infalte par de tels
Ec toi, pauyre Nation qu'on --- Page 550 ---
(1)
écrits,'ofe leur donner ton
d'une régénération.
fuffrage, & flatte-toi
moraliré de
Mon ame s'étonne de l'imniere dont il Timpudene Anonyme; mais à la majuge le Curé Grégoire, je vois d'ici
qu'il s'étonnera de ma réflexion.
Il veut paroitre léger, & il n'eft
plaifanteries font d'un mauvais
que lourd; fes
de l'infolence, On le
ton, & fa fiertécfe
Ecrivains à
prendroit pour un de ces
gage, que les méchans payent
outrager leurs ennemis, & qu'on
pour
proportion de la baffefle du rôle où le méprife vil
à
les fait defcendre. Quel
intérêt
autre motif
engagé a infulter grofliérement
peut l'avoir
de nos
un vrai habitant
Colonies, un citoyen diltingué
fon
caractére moral, & qu'il traite
par
nommé Raymond,
baflemen: du
comme fi les oreilles françoifes étoient faites à ces appellations
M. Raymond,
infolenres?
Domingue,
avantageufement connu à Sainede voir les eftimé en Europe, & au moment
hommes libres de fa clalle, rentrer
par fes foins dans tous les droits de
T'ame trop noble, Pour fentir tne infulte citoyens,
déshonore que TAnonyme. Il fe
qui ne
l'antre fe cache derriere
nomme, 5 lui, &
Jui décoche
un rideau épais, d'ou il
bravement fes coups. Mais M.
mond atil jamais pris contre
RayVinfulte & de la
perfonne le ton de
vengeance? ? Peut-on lui repro-
rentrer
par fes foins dans tous les droits de
T'ame trop noble, Pour fentir tne infulte citoyens,
déshonore que TAnonyme. Il fe
qui ne
l'antre fe cache derriere
nomme, 5 lui, &
Jui décoche
un rideau épais, d'ou il
bravement fes coups. Mais M.
mond atil jamais pris contre
RayVinfulte & de la
perfonne le ton de
vengeance? ? Peut-on lui repro- --- Page 551 ---
(3)
obfervarions du genre de celles de TAcher des
efclave cent fois que
nonyme ? O efclave ! plus
cerhonnête
ceux dont tu accufes calomnieufement défie de te meAméricain d'ètre defcendu; je te
avec lui, & de mettre dans tes
furer de principes
le même bon fens qui
écrits la même fagelle,
lui conteftes avec fon
brille dans les fiens; tu les
faufhonnéteté ordinaire 5 tu donnes à entendre
d'autres lui ont préré leur plume;
fement, que
à toi
défendre fes
mais s'il fe fûr adrelfé
pour
de la
fervice auroit -il pu efpérer
droits , quel
ferois
excufé fur ta qualiré
tienne ? Tu, ne te
pas
de te reffemd'Améticains ils font loin laplupart
mais fur la froideur de ron ame pour de p4
bler;
crois
je te calomnie:
reils intérèts, Et ne
pas que
montre-moi une feule ligne dans tes obfervations,
une ame fenfible:je t'en montrefai
qui annonce
ame cruelle!
cent qui décélent une des homies ! tu failis le
O le plus barbare
follicitent ce que la
moment ou des malhéureux
leur enfoncer le
loi ne peut leur refufer, pour
leur liberté
dans-le ccur ! Tu tourmentes
poignard
tâches d'erre
lorfdes railleries, & tu
plaifant,
-par -
femblables s'agitent fous le poids de
que tes
aribulations ! Eft-ce ainfi que tu
leurs longues
envers tes compaacquittes la dette de ton pays
le
O le plus barbare
follicitent ce que la
moment ou des malhéureux
leur enfoncer le
loi ne peut leur refufer, pour
leur liberté
dans-le ccur ! Tu tourmentes
poignard
tâches d'erre
lorfdes railleries, & tu
plaifant,
-par -
femblables s'agitent fous le poids de
que tes
aribulations ! Eft-ce ainfi que tu
leurs longues
envers tes compaacquittes la dette de ton pays --- Page 552 ---
(14)
triotes que tu as vu naiure, qui habitoient le
mème fol que toi, dont les uns font
freres, & les autres tes
peut-être res
de
enfans; car les
vos climats donnent une
priviléges
à vos familles. Ces infortunés grande extenfion
fi cruellement dans le
que tu perfiffles
cours de 68 mortelles
pages, que t'ont - ils fait? par quel crime
ils mérité cette diatribe faftidicufe
ontfouiller dans les Greffes des
? Tu vas
Colonies pour
qu'ily a eu des coupables
prouver
eft bien choifi, fi
Parmi eux ; le moment
tu veux être leur bourreau
celui de leur poftérité,en reculant
&
feront
l'inftant oui ils
proclamés libres Par l'augufte Affemblée
qui ne fera que déclarer ce qu'ils font
faudra-t-il,
déja. Mais
l'ennui
avant ce moment 2 qu'ils dévorent
de ton éctit, qu'ils en favourent
toute l'amertume? Les voilà déshérités lentement
leurs juftes
a jamais de
préentions, Gi l'Affemblée
les tiennes. Mais ici le doute feroit
confacre
ceux qui jugeront cette belle
une injure ;
caufe, font humains
comme la nature, & impaflibles comme la loi.
A qui as-ru voulu plaire ? Choilis
peuple des colonies, & les riches
entre le
contrées. Les uns te regarderont des mêmes
lâche ennemi qui prend fes
comme un
ourrager; les autres, s'ils avantages Pour les
ont de thumanité, --- Page 553 ---
(:5)
il n'eft pas d'une ame noble
te mépriferont;
ou à des hommes que
d'infulter à des efclaves,
Ion croit tels.
la maxime
Aurois-tu adopté pour ton compte
des Romains?
Parcere fujelis, & debellare Juperbos.
Mais ici ou font les fuperbes, fi ce n'eft toi?
ton écrit te falle beaucoup. de
Je doute que
ni les femmes de
conquètes; ni les hommes,
airs de
de tes
notre nation ne s'accommoderont
dans
fuffifance. Nous voulons plus de prévenance
de franchife dans les mceurs;
les manieres, plus
fi elle
à ta perfonne,
c'eft tout ce qui manque
librement t,
fur ton ftyle. Je te parle
eft calquée
c'eft un mulâtre
comme tu vois ; fuppofe que il faut que la
qui répond à tes genrilleiles; écrit ou ils font fi bien
poftérité fache qu'un
refté fans réponfe.
craités, n'eft pas abfolument
Le curé Grégoire 5 le nommé Raymond,
l'avocat Joli que tu ne nommes pas, &c ce
& Clarkfon dont tu fais un homme très-vain,
M.
toi-mème, & les
parce que tu l'es peut-êure &c les femmes i
comités, &les petite-maitres,
eft
du fel de res plaivapeuts, tout
faupoudré j'aurai mon tour; tu
fanteries. Il faut efpérer que
des plaifanteries de toutes les
as, je T'imagine, fervir d'une de tes plus jolics
couleurs, pour me
Joli que tu ne nommes pas, &c ce
& Clarkfon dont tu fais un homme très-vain,
M.
toi-mème, & les
parce que tu l'es peut-êure &c les femmes i
comités, &les petite-maitres,
eft
du fel de res plaivapeuts, tout
faupoudré j'aurai mon tour; tu
fanteries. Il faut efpérer que
des plaifanteries de toutes les
as, je T'imagine, fervir d'une de tes plus jolics
couleurs, pour me --- Page 554 ---
(16)
expreflions que tu appliques aux.
t'attends pour ce momenr-la,
femmes, le
nommer: ily y va de ta
& je te prie de te
mer toujours fous
gloire de ne pas te renfernyme. Le grand homme l'enveloppe modefte de T'Anotrer à découvert, far-tout nerifque rien de femonr
principes d'adminiftration, Jorfqu'il értaleles grands
contrafte avec les droits
, & qu'il les mer en
me.Je fuis curieux de voir imptefcripcibles de Thomde la déclaration des
comment tu te cireras
caufe que tu défends. droits, en Tappliquant à la
& tu n'y as
C'eft un déf qu'on t'as
pas répondu, Pardonne à
fair,
mon ftyle; la révolution m'a
la liberté de
pris a
un
en
turoyer
me trouvant Pengitésjai apdes mulitres; je te parle la
quelguefois avec
m'entendras fans
langue du pays; tu
avoir fi bien confervé doute, puifque tu parois en
on m'affure
les mecurs.
que les principes
Cependant
changer, & alors il faudra
commencent a
Brochure
que tu faffes une autre
furdités pour corriger les bévues & les abinnombrables de celle
attendant, je te confeille d'ètre que j'attaque. En
confpect à lavenir, &
un peu plus cirlivres,
d'appofer ta lignature à
pour t'épargner de rudes leçons)
tes
nyme qui infulte le bon fens & les
Un Anomérite point de grace, &
perfounes-ne
gré, d'une commiflion je me charge, de gréa
dont les
quitteroient encore mieux
Amnéricains s'acque moi,
atiraluns
Suiyent --- Page 555 ---
(17)
SUIVENT les bévues de PAnonyme, dans fes
Obfervations far le Mémoire de M. GRÉGOIRE.
LAwoxva débute par fortir de la queflion,
(page Lere ). Il ne s'agit pas ici du panégyrique
des
de couleur; mais de leurs droits inconteftables. gens La mauvaife foi cherche à éluder la difficulré; la raifon l'y ramene avec fa force invincible.
& là
Les injures de T'Anonyme, répanducs çà
dans fon écrir, prouvent d'abord la foibleffe de
fa caufe; mais elles méritent une petite obfervation. Si PAuteur eft homme de lettres,. pourquoi
fe cache-t il? Qui le devinera dans les huit lettres
terminent fa diatribe? Quicher- -
de l'alphaber qui
chera à le deviner , après l'avoir lu ? L'honneur
demande, ce femble, que l'on fe nomme, quand
o1l défend une bonne caufe,& que l'on dit vrai.
les précautions clandeftines de l'AuJugeons & par de fa caufe, &c de la foi qu'on doit à
teur,
fon dire.
d'enEnfuite 1 quoi de plus mal-adroit', que
glober dans fes épigrammes M. Clatkfon, qu'il
regarde comme un fou ? Qui le croira, lorfqu'il
B
lu ? L'honneur
demande, ce femble, que l'on fe nomme, quand
o1l défend une bonne caufe,& que l'on dit vrai.
les précautions clandeftines de l'AuJugeons & par de fa caufe, &c de la foi qu'on doit à
teur,
fon dire.
d'enEnfuite 1 quoi de plus mal-adroit', que
glober dans fes épigrammes M. Clatkfon, qu'il
regarde comme un fou ? Qui le croira, lorfqu'il
B --- Page 556 ---
118)
s'engaged à prouver que cet Autear avance encore
plus de faufferés que M. F'Abbé
tout après avoir lu ces notes qui lai Grégoire, furdémenti le plus formel P I s'acharne, donnnent le
fociété des amis des noirs, dans
contre la
les noms les plus
laquelle on trouve
refpectables; tout ce
avec humanité,
qui penfe
tente lagriffe crochue del'obfervateur. Mais qu'il prouve,avant tout, que les
mulâtres font inadmilibles aux avantages de la
fociété, & qu'il ne taxe plus de fanatifme leur
défenfeur, eii difant, méchamment, qu'il
les poignards, dans un
confacré aiguife
ouvrage
à lhumanité, qui en refpire les plus doux fentimens.
L'attrociré de Tinculpation retombe fur fon aureur; c'eft en cela qu'il eft aufi faux
à moins
que méchant:
qu'il ne croye que le menfonge eft néceffaire à fa méchanceré, & que fon écrit a befoin de ce double paffe-port.
Ilaccufe M. Grégoire d'avoir imprimé fon
étant membre du Comité de vérification.
avis,
pas ici un fait particulier, mais
Cen'eft
droir public
une queftion de
ga'on agitoir dans l'aflemblée, & elle
n'avoit pas défendu aux membres du Comité d'im-
-Piimer fur les queftions de droir public; elle
pouvoir le défendre. D'ailleurs, les Membres ne
Comité ne jugent pas, ils donnent leur
du
en enfaitle rapport al T'Affemblée
avis, &
Nationale : que --- Page 557 ---
(1,)
veut donc dire T'Anonyme, par ce reproche infi4
gnitfiant?
d'avoir été copifte des
11 accufe M. Grégoire
Mémoires de M. Raymond. Il ne les a pas cités ;
cite
mettre à portée de vécar.on ne
que pour
des mé
rifier. Mais eftil défendu de confulter
moires? ? Et, les cit-on copiés, qu'eft-ce que cela
fait à une caufe ? Elle eft bonne ou mauvaife,
il faut s'en tenir. Mais ileft de toute
voila à quoi
ait été plagiaire;
fauffeté que M. l'Abbé Grégoire
l'Anonyme eft un impudent de l'en accuferiqu'il
&
fon alertion aux yeux
fe nomme, quiljultifie le déclare fourbe &c
du public, en attendant, on
impofteur.
(Page 4-) L'Anonyme ne peut pas ignorer que
de couleur n'ayent eu des arrêts qui
des perfonnes
les
les déclaroient blancs ; alors on pouvoit
apblancs ils Tétoient au phyfique, & la napeller
fortes d'arrèts à la troiture rend toujours de ces
mais le moral des
fieme ou quartieme génération;
Lequel elt
blancs fe refufe à leur enregiftrement.
Mefraifonnable, de la Nature ou de ces
plus
fieurs ?
exiltent dans la
(Page 4-) Lès Maréchauflées
& la ptemiere des colonies à St.-Doplus grande
s'il en a ou s'il n'y en a
mingue, On ignore
y
cela ?
pas dans les autres colonies. Qu'importe
B 2
la troiture rend toujours de ces
mais le moral des
fieme ou quartieme génération;
Lequel elt
blancs fe refufe à leur enregiftrement.
Mefraifonnable, de la Nature ou de ces
plus
fieurs ?
exiltent dans la
(Page 4-) Lès Maréchauflées
& la ptemiere des colonies à St.-Doplus grande
s'il en a ou s'il n'y en a
mingue, On ignore
y
cela ?
pas dans les autres colonies. Qu'importe
B 2 --- Page 558 ---
(:o).
il n'yz
Mais 41 eft de fait, qu'à St-Domingue,
de couleur dans les Maréchaufque des perfonnes
dans la majcure
fées, à l'exception de l'Exempt,
dans peurdes Paroilles, & du Brigadier,
partie
Remarquez l'artention des blancs
être lx Paroiffes.
à fe réferver tonjours les bonnes places.
Les mulâtres font fi bien payés, que beaucoup
leur retiennent &c emportent leur apd'Exempts
ils veulent fe plaindre, les
pointemens, 8c quand les font raire.
ptifons ou les menaces
comme le bonL'Anonyme nous fait envifager
Cela feal
eux d'aller à cheval.
heur fuprème pour vexation, c'eft de les en emprouve une horrible circonflances : eft-il pollible que
pècher en d'autres
raifons pour appuyer une
l'on préfente de pareilles
fi mauvaife caufe?
r'Officier blanc s'empare
Quant aux captutes,
à propos aux
de tout, & fait la part qu'il juge
Cavaliers.
faute de pouvoir ré-
(Page 5. ) L'Anonyme,
qu'il apponidre, va chercher une tierce perfonne,
Eh bien ! ce nommé
pelle le nommé Raymond.
ifle St.-DominRaymond elt habitant à Aquin,
confidéra.
d'une habitation aflez
gue, propriétaire
&c de mcurs. Il a cté élevé
ble, plein de probité
de fes freres & faeurs,
en France, ainfi que fept
L'hiforique
tous établis ici cu i St.-I Domingue. --- Page 559 ---
(a1)
de M. Raymond eft aufli
nyme que fa
peu connu de l'Anoperfonne; car il ne.fe feroit
permis de Tattaquer avec tant d'effronterie. pas
On offre de prouver par des lettres des Adminifttateurs, des
Commandans, que M.
toujours été confidéré dans fon
Raymonda
pays.
Qu'importe d'ou il a tiré les frits
dans fes mémoires ? ce font des faits confignés
truiront ni les affertions
que ne déhafardées, niles
teries manquées de T'Anonyme.
plaifan-
(Page 8.) Ici l'Anonyme ne
dre, ditquele fervice de
pouvant répontoutes les Colonies,
piquet n'a pas lieu dans
mais il a lieu à St.-Domingue, & il eft fi dur, que M. de
voit dérruit, & après lni il
Bellecombe l'aM. de la Luzerne l'a
a recommencé, Puis
détrait encore', & on
encore rétabli. Qu'on
l'a
niftrateurs
interroge ces deux Admi-
: le premier eft a Montauban, le
fecond eft Miniftre de la Marine.
fe2 On fait le fervice du
lices.
piquer & celui des miIn'y a point de change; carle même
qui a faic le piquer pendant huit
homme
le lendemain de
jours, eft obligé
Palfer la revue, fans quoi en
prifon.
L'Anonyme dit que ce fervice n'arrive
les I5 mois. On
que tous
prouvera par des ordres donnés,
qu'il arrivé > pour le même individa,
toutes les
B 3
Miniftre de la Marine.
fe2 On fait le fervice du
lices.
piquer & celui des miIn'y a point de change; carle même
qui a faic le piquer pendant huit
homme
le lendemain de
jours, eft obligé
Palfer la revue, fans quoi en
prifon.
L'Anonyme dit que ce fervice n'arrive
les I5 mois. On
que tous
prouvera par des ordres donnés,
qu'il arrivé > pour le même individa,
toutes les
B 3 --- Page 560 ---
(122)
1alObfervaseur, prelffé par la véfept femaines.
c'elt un abus ; en voila donc
rité, confelle que
cent. mille autres.
un de bon compte, parmi
de couleur qui ré.
(Page '9. ) Les hommes
efclaves. II ne
clament, n'ent point tous des parens
ceux
faudroit pas- exclure de certaines profellions ne
du doure, &, en général,
qui font exempts
humaine la perverlité grapas fuppofer à T'efpece
tuite de TAnonyme. l'Abbé Grégoire ne prétend
(Page 10.) M.
fe
à deux mille
devinet des faits qui
paffent
pas
mais ces faits font prouvés au milieues de lni;
auroit beau
niftere &c à la Nation. Que TAnonyme
en avoient impola au minif
jeu, f les Plaignans
&. des gamrcte ! Ils'en tire par des menfonges dans fa chute.
bades; mais il eft un peu loutd
les bâtards ne
il dit que
Par exemple, quand
Un inom
doivent pas prendre des noms européens.
& cette origine a difféde famille à une origine,
rentes caufes ; fans quoi nous nous appellerious
venant de lui. Mais un Eurous Adams comme
l'individu
ropéen a un enfant avec une Africaine; voudra,
qui en vient peut prendre le nom qu'il falle tort à
qu'en prenant ce nom il ne
pourva
Peut-on le forcer de prendre un nom
perfonne:
il fed'an idiome pluror que d'un autre 2 quand viodix mille fois bâtard? ceft toujours une
goit
de famille à une origine,
rentes caufes ; fans quoi nous nous appellerious
venant de lui. Mais un Eurous Adams comme
l'individu
ropéen a un enfant avec une Africaine; voudra,
qui en vient peut prendre le nom qu'il falle tort à
qu'en prenant ce nom il ne
pourva
Peut-on le forcer de prendre un nom
perfonne:
il fed'an idiome pluror que d'un autre 2 quand viodix mille fois bâtard? ceft toujours une
goit --- Page 561 ---
(3)
On dira que cette loi n'a éré faite
fence de plus.
a-t-on moins
SsincDomingue; ; mais en
que pour
raifon de s'en plaindre?
colons
L'Obfervateur s'aflimile aux
(Page 11.)
? c'eft ce que
américains; ; l'eft-il ou ne T'eft-il pas
vérifier aifément, lorfqu'il nous
nous pourrons
eft-il vrai qu'il ne doit
aura ditfon nom. Toujouts
américains a
contefter la qualité de colons
point
en Amérique. Si les
ceux qui ont des poffeflions
fur les brouilfiennes n'étoient, par exemple, que
droit fe
lards de la Seine ou de la Loire, de quel
oû
d'habitant des Colonies
donneroit- il la qualité
ce mot fignific ptropriéaire?
T'Anonyme fur
En un mot > pour confondre
les
beaucoup de faits ou il mèle artificieufement
colonies, il fuffit de lui dire, s'il ne le fait
autres
s'il feint de T'ignorer,
pas,u de dire au Public,
couleur roulent
les reproches des gens de
que
fur l'ifle de Saint-Domingue, &c
ptrincipalement abus exiftent ailleurs, ces points
que fi les mèmes
ne font prefque rien en comparaide T'Amérique
mais les intérèts de
fon de cette vaite Colonie ;
T'humanité font par-tout les mèmes.
fede T'Anonyme viennent au
Les menfonges
quand il eft
cours de fa maniere de raifonner, Ainfi il atévident que celle-ci ne vaut rien.
trop
à l'amour13 de fes Obfervations,
tribue 2 page
B 4
illeurs, ces points
que fi les mèmes
ne font prefque rien en comparaide T'Amérique
mais les intérèts de
fon de cette vaite Colonie ;
T'humanité font par-tout les mèmes.
fede T'Anonyme viennent au
Les menfonges
quand il eft
cours de fa maniere de raifonner, Ainfi il atévident que celle-ci ne vaut rien.
trop
à l'amour13 de fes Obfervations,
tribue 2 page
B 4 --- Page 562 ---
(24)
propre des gens de couleur eux mèmes, la
de métif ou de métive, &
données qualité
regiftres de
autres,
fur les
Baptême, tandis qu'ileft
c'eft un fujet de vexation
prouvé que
de couleur,
pour beaucoup de gens
qui, acanfe du préjugé,
à
laiffer ainfi épiloguer fur leur
répugnent
origine.
Quant à la défenfe faite aux mulâtres de
ger avec les blancs, elle eft vraie. Les Mémoires manqui en parlent ont été envoyés aux Adminiftrateurs
de Saint-Domingue. M. le Maréchal de Caftries
en avoit Prévenu M. Raymond, qui, le fachant,
n'auroit pas manqué de revenir fur cet article, s'il
étoit dans fon caraétere d'altérer jamais la
&: s'il avoir a cet égard, la
vétité,
veilleufe de
complaifance merT'Anonyme. Ainfi M. l'Abbé Grégoire a été mieux inftruit des faits
M.
par
Raymond, que l'Anonyme ne l'a été par ceux
ont fourni des
qui lui
diment
matétiaux; & on peut donner harun démenti à celui-ci fur fes défenfes,
fur la maniere dont il s'y prend
&
pour mettre M.
Raymond en contradiction avec lui-mème.
La défenfe d'ufer des mêmes étoffes
blancs, défenfe faite aux
de
que les
eft de l'aveu même de gens couleur en 1779,
TAnonyme,
maladroite & inutile, Mais il ne inpolitique,
dareté, des avanies
parle pas de la
& des vexations qu'elle a entrainces, il s'amufe à infulter ceux on celles qui
maniere dont il s'y prend
&
pour mettre M.
Raymond en contradiction avec lui-mème.
La défenfe d'ufer des mêmes étoffes
blancs, défenfe faite aux
de
que les
eft de l'aveu même de gens couleur en 1779,
TAnonyme,
maladroite & inutile, Mais il ne inpolitique,
dareté, des avanies
parle pas de la
& des vexations qu'elle a entrainces, il s'amufe à infulter ceux on celles qui --- Page 563 ---
(s)
font
fans dire un feul mot des oppref
eh
Tobjet,
feurs dont ils ont à fe plaindre.
laiffe
aucune occalion de les rapIl ne
palffer
n'eft certainepeller à l'ordre des Colonies > qui
il tâche
le meilleur des ordres pollibles;
ment pas
leurs défenfeurs ; &
de ridiculifer à fa maniere
ceil dont la
n'eft pas bien connue,
avec un
fagacité fubtilement les nuances de
il cherche à démèler
Thumais
la vérité, la raifon,
leur peau :
pour
s'en embarralfe point:
manité & la juftice > il ne
chofes ne font
il voudroit nous perfuader que ces du climat. Ses
des fruits
point 2 en Amérique,
contre : ils n'auront
compatriotés réclameront
de fes farcafmes
garde, je l'efpere - > de l'avouer caraétere de la
de couleur, & ce
contre lesgens
indélébile après tout, ne les
peau qui n'eft pas
les droits de ceux
empechera pas de reconnoitre
comme s'il
T'Anonyme fe plait à humilier,
que
cela, &c qu'il entrât dans fes
avoit million pour
légitimes
intérêts de combattre les réclamations
de 40000 individus.
17.
On parle de défenfes d'aller en voiture! pag. cela
Eh ! oui, Monfieur , on en parle , parce que moins
eft vrai, & vous auriez dû traiter un peu femdéfenfe. Cela ne vous
lellement une pareille
la-defble rien, à vous qui avez pris votre parti mais
d'autres chofes ;
fus comme fur-b beanconp
avoit million pour
légitimes
intérêts de combattre les réclamations
de 40000 individus.
17.
On parle de défenfes d'aller en voiture! pag. cela
Eh ! oui, Monfieur , on en parle , parce que moins
eft vrai, & vous auriez dû traiter un peu femdéfenfe. Cela ne vous
lellement une pareille
la-defble rien, à vous qui avez pris votre parti mais
d'autres chofes ;
fus comme fur-b beanconp --- Page 564 ---
I 26)
zeux que l'on vexe ne font pas de GB bonne
polition. Vous avez beau dire
comn'ont trait qu'i
que ces chofes
Saine-Domingue ; je vous le répere, Saint-Domingue eft
population & fon
prefque tout 2 vu fa
font
érendues; c'eft-là que les outrages
plus mulipliés & mieux fentis:
faites-vous pour ne vouloir
comment
Les gens de couleur libres Pas comprendre cela?
venir en France.
3 dit-on, ne peuvent
Fag. 18. llen convient, T'Anonyme; mais il prétend que cela leur eft
par des loix faites en France. Qui les interdir
tées, ces loix ? font-ce des
a follicimands ou des Lorrains 2 Eft-ce Picards, des Norla liberté des
de
nous gui genons
gens couleur, nous
fentons
François, qui
parfakement la juftice de leurs
Les blancs qui demandent ces défenfes plaintes?
point François à notre
ne font
font
maniere, cela fe fent ; ils
injultes envers ces hommes dont
met la liberté en caractere
T'Anonyme
elle étoit d'une
iralique > comme fi
efpece particuliere. En vérité, les
moyens de T'Anonyme font bien
raifonnemens farles
petits 2 & fes
faits, d'une
Elt-il embarraffé?i il a à fa main desf érrange de nature.
file fait eft vrai, Rsf. Elt-ce ainfi
l'on doute; fatisfait des gens raifonnables ? A
que
qui croit-on en
impofer Par des défaites auffi puériles?
L'exclafion des charges & emplois publics efe --- Page 565 ---
(27)
certaine & mieux obfervée. pag. 18. L'Anoplus
ici la fublimité de la fagelfe & dela
nyme trouve
il
morale coloniale. Pour joftifier Y'exclufion,
le dernier terme de l'eclavage e, & le preprend
de la liberté; mais il ne réféchit pas
mier degré
de couleur libres depuis plufieurs
qu'il eft des gens
riches, bien élevés,
généations, propriétaires, & des mcurs plus diftinqui ont des mccurs ,
calomnient par
guées fans doute que ceux quiles n'abaifferoient
leurs mémoires. Ceuxll,peutême, niveau de ces ames vépoint les charges jufqu'an liberté
fe vennales, qui ne parlent de
que pour des
dre, & de fervitude que pour opprimer
gens
honnètes. En yain pour appuyer des principes
à nos mocurs, on veut confonfaux & étrangers
fous la même dénominadre tous ces affranchis
des diftinctions
tion; c'eft reproduire le défordre affreux, déttuit
féodales. Il femble que ce droit
AméT'Affemblée Nationale a > fe cantonne en
par
venir de nouveau afliger la France.
rique, pour écoute les ennemis des gens de couleur,
Car fi on
décifions
aura donils argueront bientôt des
qu'on
de leur fylème anti-focial , pour
nées en faveur
différentes clafles de lirétablir aufli en France
berté, & différentes fortes de droits.
fonL'Anonyme part toujours du préjagé pour
que ce droit
AméT'Affemblée Nationale a > fe cantonne en
par
venir de nouveau afliger la France.
rique, pour écoute les ennemis des gens de couleur,
Car fi on
décifions
aura donils argueront bientôt des
qu'on
de leur fylème anti-focial , pour
nées en faveur
différentes clafles de lirétablir aufli en France
berté, & différentes fortes de droits.
fonL'Anonyme part toujours du préjagé pour --- Page 566 ---
(:8')
der la juflice de fes raifons, comme les
tateurs de mauvais
commenpropos
onvrages s'efcriment a tout
pour excufer ou juftifier les fottifes
texte. Happelle le préjugé de la couleur, le
du
caché de toute la machine
reffort
coloniale. Mais de
bonne-foi, à qui fera-t ilcroire
ne puille fablifter
que cette machine
fantailie & des que par des injuftices nées de la
caprices des individus à
vanité perfuade
qui leur
que ceux qui font libres ne le font
pas,& doivent roujours être traités
efpèces d'efclaves? Voila fur
commne des
quoiil faudroit
per, pour abolir linfamie d'un tel
frapblement contraire à la
préjugé véritaprofpérité des Colonies,
quoiqu'en difent nos Adverfaires.
Il échappe de tems en tems des aveux à TAnonyme.Vainca par la force de la vérité, il fe laiffe
aller, mais d'un air à faire penfer
coûite. Quelques
que cela lui
toujours fes
menfonges par-ci par-là, faliflent
aveux. I1 nous dit qu'en
gens de couleur voulurent
1768, les
gnies de milices ou ils
tous fortir des compaVoila
n'étoient pas les
comme effrontément
premiers.
Oui, ils voulurent
on dénature les fairs.
ôtoit leurs
en fortir, parce qu'on leur
commifions d'officiers, & même
avoir époufé des femmes de
pour
nobles,
couleur; s'ils éroient
on leur défendoit de faire enregiftrer leurs --- Page 567 ---
129) )
ticres. A beau mentir qui vient de loin; cela De
détruit pas la vérité, quand d'honnètes gens s'offrent d'en produire la preuve.
L'Anonyme, page 25, ne fe montre pas trop
indulgent envers les blancs', qu'il fait fervir de
à ceux dont ils légitiment les enfans
prete-noms
intéreffés. Il fe fert de cette raipar des mariages
avec les filles de
fon pour Aétrir les mariages
L'Acouleur, ce qui elt une atrocité révoltante.
de
pour ces fortes d'arnonyme a beaucoup
goûit
& il
rangemens qui n'engagent pas à grand'chofe,
fait fa cour à fes chers compattiotes. Ce ne
en
des moeurs
il faur en convenir,
font pas-1à
pures,
la
de revenit fi fouvent là-
& ce n'étoit pas peine
de
deflus, comme G lon eûr douté des principes
T'Anonyme. On m'a dit que les femmes blanches
des colonies ne lui fauroient pas beaucoup de gré
de fon extrême facilité à cet égard; elles font jaloufes, & il paroit que notre homme leur donnera fouvent le fujet de l'ètre encore davantage,
fi l'on met à profic fes favantes leçons. 12
Que voulezvous? Les uns vantent le mariage, &c ceux-là font
du bon vieux tems; les autres approuvent des liens
faciles, &c ceux-ci ont leurs partifans; mais
plus n'elt
avec leur doctrine que l'on peur
ce
point
fonder ou affermir des empires,
( Page16.) L'Anonyme approuve très-fort que
homme leur donnera fouvent le fujet de l'ètre encore davantage,
fi l'on met à profic fes favantes leçons. 12
Que voulezvous? Les uns vantent le mariage, &c ceux-là font
du bon vieux tems; les autres approuvent des liens
faciles, &c ceux-ci ont leurs partifans; mais
plus n'elt
avec leur doctrine que l'on peur
ce
point
fonder ou affermir des empires,
( Page16.) L'Anonyme approuve très-fort que --- Page 568 ---
t30)
des noirs foit livrée au mépris. Nous ati
la race
donne les raifons imperieufes
tendons qu'il nous
-fâchons
contre
benin. Ne nous
pas
de ce fyftème
abfurde
avancer un tel paun homme allez
pour de l'année 1789.
tadoxe, au mois de Décembre
foit bien étranger à la révolution 5
Il faut qu'il vû ni rien lû de ce quis'eft palfé
qu'il n'ait rien
du droit
&c
ne connoilfe
fous nos yeux,
qu'il
de T'Amétipublic françois que l'abus des nfages
C'eft ce
Fera-t-il fortune avec fa doctrine?
que.
fait
Il eft des aventuriers qui tâtent
qu'on ne
pas.
avoir éprouvé la
par-tour le terrein, & qui après
mobilité d'un fol libre, ellayent s'ils pourront aple pied dans le pays de T'efclavage. Mais
puyer
40,000 ennemis qu'ils fe
voild de bon compte
font de la race des noirs
font en artendant, &c qui
TAnteur. La belle recommandation
prolcrite par
Il vaudroit mieux
profpéter dans un pays!
pour
Solie, quand on en a les fentimens, fe
comme
dire ami de tout le monde.
des femmes
L'Anonyme qui admet linfluence
les couleurs s, ne devroit it pas fentir
de toutes
dans toutes les claffes, & qu'un
qu'il eft des vertus
d'homaccordé généralement à une efpèce
mépris
bien diminuer le nombre des gens
mes, peut mais non les détruire tout-à-faic? C'eft
vertueux,
avec fes principes, contre
bien lui qui complote,
me
dire ami de tout le monde.
des femmes
L'Anonyme qui admet linfluence
les couleurs s, ne devroit it pas fentir
de toutes
dans toutes les claffes, & qu'un
qu'il eft des vertus
d'homaccordé généralement à une efpèce
mépris
bien diminuer le nombre des gens
mes, peut mais non les détruire tout-à-faic? C'eft
vertueux,
avec fes principes, contre
bien lui qui complote, --- Page 569 ---
31 )
TAmétique, Il y anéantit la vertu
dont il eft fi libéral, G
par le méprie
Africains & leur
prodigue même, envers les
race. Que
blancs, fi les noirs
deviendroient les
agiffoient en
mépris auquel l'Auteur les
conféquenice du
abandonne?
ment pour nos Colonies, il eft des Heureufe
cette claffe, & même de
vertus dans
ofe nous démentir!
tres-dilinguées. Qu'il
Que veut dire l'infolent Anonyme
parles mots de
(page 26)
fanatique - révolutionnaire
qués à M. Grégoire? Elt-ce
applidu ridicule a l'heureufe
qu'il prétend donner
la France du
de
révolution qui a délivré
joug
tant d'ariftocraties
pour nous tenir dans les fers ? Le
combinées
hypocrites, auxquels
defpotifme a fes
j'oppoferai les
du
bien, & certainement la victoire fanatiques
ne
aux premiers. Mais ces
reftera pas
veulent tuer
fanatiques ne tuent ni ne
vaifes
perfonne, queles préjugés & les mauraifons. Garre ll'Anonyme! II eft fort
nacé de ce double genre de mort. Il s'eft
metète pour trouver ce vers fi
gratté la
d'un Prêtre
Peu connu; eh quoil. -
ef-ce la le langage ? Il
M. Grégoire; il lui demande
Tapplique a
s'il y reconnoit un
Repréfentant de la Nation. Pauvre
Quelles vifions vous
Anonyme !
vous mettez dans la tête ?
pour reprocher de pareils deffeins à
il
faudroit en avoir la
quelgu'an,
Preuve; & certainemenr, ni
metète pour trouver ce vers fi
gratté la
d'un Prêtre
Peu connu; eh quoil. -
ef-ce la le langage ? Il
M. Grégoire; il lui demande
Tapplique a
s'il y reconnoit un
Repréfentant de la Nation. Pauvre
Quelles vifions vous
Anonyme !
vous mettez dans la tête ?
pour reprocher de pareils deffeins à
il
faudroit en avoir la
quelgu'an,
Preuve; & certainemenr, ni --- Page 570 ---
(3)
la morale; ni les mceurs, ni les écrits de
goire ne feront rien
M. Gréperfonne,
foupconner de femblable à
pas même à
Sa
fe fera fans doute
T'Anonyme. bonhommie
indignée
qu'elle aura vû fa lourde
intérieuremenr lorfle
plume laifler tomber
papier une fi groffe injure.
fur
(Page 28.) Toujouts
toujours il controuve les l'Anonyme eft en défaur;
diftinétions humiliantes. fairs, toujours il veut des
croit
Cela lui fait
qu'il y va de fa dignité
plailic; il
lonies, & il fe
d'habitant des Coture s'eft
rengorge, en penfant que la Naépuifée en Afrique & aux
pour lai donuer un fi grand nombre
Antilles,
Que fais-je même fi, à force de d'iuferieucs,
tète, il ne les regardera
s'échauffer la
Il dira: c'eft moi qui les ai pas comme fes fujets ?
devoir, qui ai
fait rentrer dans leur
leurs
pulvérifé leurs raifons, anéanti
prétentions. Lifez mon
fines ironies! comme
Mémoire. Quelles
mond & le Curé
je mene le nommé Rayxante-huit
d'Emberménilt Ce font foiéctit fur pages d'or; cela vaut tout ce
cette matière. Meilieurs les
qu'on a
planteurs, cottifez-vous
Propriétairespour me donner une
habitation : juftifiez le titre
belle
de mes favantes
que j'ai pris à la tète
dricz vos
obfervations; fans moi vous
prérogatives : vous aviez des
pervous ne devez Point en
égaux, &
avoir; mais ne me conteftez
'Emberménilt Ce font foiéctit fur pages d'or; cela vaut tout ce
cette matière. Meilieurs les
qu'on a
planteurs, cottifez-vous
Propriétairespour me donner une
habitation : juftifiez le titre
belle
de mes favantes
que j'ai pris à la tète
dricz vos
obfervations; fans moi vous
prérogatives : vous aviez des
pervous ne devez Point en
égaux, &
avoir; mais ne me conteftez --- Page 571 ---
( 33) )
être
f vous en douteftez pas de vous
fupérieur;
tez, lifez ma brochure. fuivre, roujours savec la preuve
Continuonse dele
Il veut
fes infidélités & de fes menfonges.
de
la majefté des mceurs 3
nier les attentats contre
donné par lui aux
& il regarde ce mot de majefé
Oui,
comme une excellente plaifanerie.
mceurs ,
Ceft la majellé des
lexprellion.
nous adoptons celle des Empites : des miférables
mcurs qui fait
&c le mépris pablic
de les infulter,
fe permertent Mais les mccurs font-elles moins
ne les punit pas!]
qu'en Europe ? Eft-il
refpectables en Amérique
chaque habiration
de l'effence de ce pays-la que
faire de toutes
& qu'on veuille
foit un ferrail,
les maitreffes de Mefles femmes de couleur, 5
ce libertinage,
fieurs les Blancs ? En favorifant
la def-
? la corruption, Topprobre >
que gagne-ton Colonie, & rien de plus.
truétion del la
d'entendre dired
un penfurpris
(Pepest.)Ondhs
une tendance
YAnonyme qu'il y a aSt-Domingue
lorfque
générale à la douceur & à la modération,
faiFon tient à la main toutes les ordomnances réclame.
1768, contre lefquelles on
tes depuis
les Blancs qui fe font permis de
Faut-il nommer
Pon les nomera. Ont-ils été
commettre des atrocirés?
rout. Mais que la
punis ? non , ils éluden:
célui qui prou
Nation ptenne fous fa fauve-garde C
y a aSt-Domingue
lorfque
générale à la douceur & à la modération,
faiFon tient à la main toutes les ordomnances réclame.
1768, contre lefquelles on
tes depuis
les Blancs qui fe font permis de
Faut-il nommer
Pon les nomera. Ont-ils été
commettre des atrocirés?
rout. Mais que la
punis ? non , ils éluden:
célui qui prou
Nation ptenne fous fa fauve-garde C --- Page 572 ---
(34)
vera des traits odieux reftés
éclore des infamies
impunis, & l'on vetra
direz, cela ne
bien révoltantes, Vous me
où en ferions-nous, regarde que des particulicrs : &
bon Dieulfi
en ufoir de même !
tout le monde
Nous voulons
prouver qu'un mauvais régime
feulement
yais exemples; ; détruifez
engendre de maules
ce régime
exemples ne fublifteront
vicieux, &
de ceux qui font
plus; affurez les droits
vous-n'aurez
libres, ils vous béniront, &
plus befoin de faire mentir des
nymes. Ceux qui s'élevent
Anodront alors la
contre vous > prenmenfonges, plame, > non pour confondre des
L'Edit
mais pour célébrer des vertus.
de 1784 vouloit qu'on
ves plus humainement
traitàr les efcla-
: l'avarice &
béaucoup de Blancs ne le vouloit
l'orgueil de
mulitude de réclamations,
pas : de.là une
étourdi & indifné.
dont le Miniftre far
à ce'
Tout ce que l'Anonyme dir
fujer > eft obfcur,
cruel, & ne détruit
inlignifant, faux,
rite eft de nier
aucun fait. Sa maniere favoNous les
; la nôtre de fournir des
avons, ces preuves; le Miniftre preuves:
T'AMfemblée Nationale les
les a 5
qu'elles feront bientôt connoît, & peur-êrre
toute la France.
mifes fous les yeux de.
(Page 37.) Il eft plaifant
vateur
que Thabitant obfer
reproche aux gens de couleur un génie
tur-
eft de nier
aucun fait. Sa maniere favoNous les
; la nôtre de fournir des
avons, ces preuves; le Miniftre preuves:
T'AMfemblée Nationale les
les a 5
qu'elles feront bientôt connoît, & peur-êrre
toute la France.
mifes fous les yeux de.
(Page 37.) Il eft plaifant
vateur
que Thabitant obfer
reproche aux gens de couleur un génie
tur- --- Page 573 ---
1ss)
bulent. IIs font connus pour être les plus paifibles
&c le courage dont ils ont donné
des hommes,
n'elt rien
des preuves en tant de rencontres, de leuts
moins qu'incompatible avec la douceur
Le
turbulent eft celui quis'expatrie
mceurs.
génie
toutes les routes del'ampar cupidité, qui tente
bition, qui aujourdhui s'irrite comme un tigre,
& demain fe gliffera comme un ferpent t, qui,
& de
ne doute de
bouffi d'orgueil
prétentions,
fouvent
rien
chercher d'arriver à tout, &c
pour
d'aventuriers nos colons amén'arrive à rien. Que
ricains n'ont-ils pas vu de ce genre, venir men-
&cles payer
dier des fecours dansleurhabintions,
tarbuenfuite de la plus noite ingratitude ! Eux
lens ! Eux, laborieux cultivateurs d'une terre, OLt
tout invite à une paix qui n'eft troublée que par
& toules vices de T'Earope'Eux confpiratenrs, font donc
jours opprimés! Ceux quiles défendent,
aufli des confpirateurs 1Il eft des gens qui voudroient le faire croire; mais cela ne prend pas plus
que l'Ecrit de l'Anonyme.
le 18€ fiecle
(Page 34-) Ici l'Auteur invoque
M. Grégoire, & il oublie lui-mème que
contre
le reculent vers le milieu du 15*,0ir
fes préjugés
des
dont il fait policommença la traite
Nègres,
las Cahonneur à lilluftre
ment &c vertueufement
decelles
bien différentes
fas, connu par desqualirés
C2
cela ne prend pas plus
que l'Ecrit de l'Anonyme.
le 18€ fiecle
(Page 34-) Ici l'Auteur invoque
M. Grégoire, & il oublie lui-mème que
contre
le reculent vers le milieu du 15*,0ir
fes préjugés
des
dont il fait policommença la traite
Nègres,
las Cahonneur à lilluftre
ment &c vertueufement
decelles
bien différentes
fas, connu par desqualirés
C2 --- Page 574 ---
(36)
d'an Capitaine Négrier.1 Il met en doute
derd coulenr eltplus foible dansl IInde; ilaffure Glepréjugé
bien
que non, tant il a de facilité à nier des faits fans
apporter les preuves ! qu'il nie toujours.
en
Pourfuivons, ou platocfnailfonsse car rien deplus
dégoitant que de répondre à l'Anonyme. Les
atteltés parlerémoignagede)
faits
Mémoire
M.Grégoire, dans fon
en faveurdes gens de couleur,
toute leur force. Les raifons de
reftentdans
l'Adverfaire font
Pitié, quand elles n'excitent point
On voit bien quel eft fon
lindignation,
but, c'eft
que les gens de couleur ne foient aflimilés d'empècher
blancs, & qu'ils n'ayent des
aux
femblée Nationale.
Repréfentans alAf
Ce font-là les
d'un avocat d'une tres-mauvaife
conclafions
caufe, qu'on ne
peut plaider fans choquer les ptincipes de la raifon,de la jullice, 5 &: même de Thonnèteté, Nous
enavons allez donné de
Preuves, ce me femble,
Quant aux railleries de T'Auteur
bonnes,
les
2 elles feroient
que
honnètes gens auroient peine à les
goûter dans ce moment-ci. On ne fait
aujourd'hui des
pas rire.
François aux dépens de
nité : elle eft l,qui étouffe fes larmes T'humaelluie, & cela déconcerte
ou qui les
fans.
un peu les mauvais
Rions, à la bonne heure,
plaifortis de nos abus & de
quand nous ferons
férables
tant de prétentions midont nos freres' fupportent le
poids : juf- --- Page 575 ---
(37)
commanderai le férieux, même à
ques - là, je
befoin de fe divertir, &je
ceux qui ont le plus
chercher à
leur ferai toujours un crime de
provole rire des méchans au fujet des malheureux.
quer
où l'on rioit de tout ; ce tems eft
Il fut un tems
infortunés Améripallé, je l'efpere. Pour vous,
cains, vous armerez par VoS plaintes Tindignation de la vertu contre vos ennemis ; & le plus
je fouhaite à celui qui a lancé
grand fupplice que
c'eft de fortir de
contre vous ce lâche pamphlet, & de fe faire conl'embufcade de T'anonyme,
noitte.
malheureux.
quer
où l'on rioit de tout ; ce tems eft
Il fut un tems
infortunés Améripallé, je l'efpere. Pour vous,
cains, vous armerez par VoS plaintes Tindignation de la vertu contre vos ennemis ; & le plus
je fouhaite à celui qui a lancé
grand fupplice que
c'eft de fortir de
contre vous ce lâche pamphlet, & de fe faire conl'embufcade de T'anonyme,
noitte. --- Page 576 --- --- Page 577 --- --- Page 578 --- --- Page 579 ---
22 2
OBSERVATIONS
DE M. D E COCHEREL, Député de
Saint-Domingue, à PAlemblée Nazionale, fur la demande des Muldtres.
MESSIEURS,
LORSQUE les Députés de St-Domingue
font venus folliciter leur admiflion à
l'Aflemblée Nacionale, ils vous ont annoncé qu'ils étoientles Repréfentans des
Communes de leur Pays; ils vous ont
déclaré qu'ils n'y connoifloient point la
diftinétion des ordres ; ils vous ont dit
celui
qu'ils n'en connoifloient qu'un,
d'hommes libres; ils vous en ont préfenté l'état de population qu'ils ont fait
monter à environ 40 mille hommes ;
vous avez fixé le nombre de leurs DéA --- Page 580 ---
2]
putés 3 en raifon de cette population
feulement, fans vouloir avoir égard à
limportance, à la richeffe de la Province
qu'ils repréfentent, & à l'étendue de fon
reriroire,principe que vous venez cependant de confacrer depuis cette époque,
par un de VOS Décrets.
Vous avez donc jugé PIle de StDomingue, fuffifamment repréfentée.
Cependant aujourd'hui une réunion de
quelgues individus ifolés à Paris, connus
dans les Colonies, fous le nom de Mulatres, & dénommés à Paris Gens de
Couleur, vient réclamer contre une repréfentation que vous avez jugée légale.
Mais permettez-moi, Meflieuirs, de
faire quelques queftions d'abord à M.
le Rapporteur du Comigé de vérification,
avant de répondre à certe réclamation :
il feroit intéreflant qu'il nous apprit de
combien, de Membres étoit compofe le
Comité, lorfqu'il a donné fon avis. On
m'a affuré qu'il ne s'y étoit trouvé que
neuf Commilfaires, que leurs opinions
avoient été trds-partagées,.que quatre:
ou cinq Membres, au plus, avoient
ions d'abord à M.
le Rapporteur du Comigé de vérification,
avant de répondre à certe réclamation :
il feroit intéreflant qu'il nous apprit de
combien, de Membres étoit compofe le
Comité, lorfqu'il a donné fon avis. On
m'a affuré qu'il ne s'y étoit trouvé que
neuf Commilfaires, que leurs opinions
avoient été trds-partagées,.que quatre:
ou cinq Membres, au plus, avoient --- Page 581 ---
E3]
été de l'avis du rapport arrêté dans le
Comité (1).
Cependant, Meflieurs, l'importance
de la quellion dont il s'agit, d'ou dépend, dans ce moment, le fort des
Colonies, méritoit toute l'attention du
Comité; nous efpérons que vous voudrez
bien y fuppléer, en ordonnant que toutes
les pièces foient dépofées préalablement
fur le bureau, afin que lAfemblée en
prenhe, elle-même, C communication, - ou
bien, w3flsedoeopoibafket remifes aux Députés des Colonies, pour Y
répondre.
(1) Nota. Il eft très-à-propos de remarquer encore
que dans le nombre des cinq honorables Membres qui
ont voté en faveur des Mulâtres, étoit M. le Curé
Grégoire, qui venoit de répandre, contre les Habitans
des Colonies, un Libelle incendiaire, ou, entr'autres nouveaux principes de morale, proclamés charicablement par
M. le Curé, on lit ceux-ci:
Pag. II. >) Ainfi l'intérêt & la sûreté feront pour les
7) Blancs la mefure des obligations morales : Nègres &
35 Gens de couleur, fouvenez-vqus-en. Si vos Defpotes
3> perfiftent à vous opprimer, ils vous ont tracé la route
39 que vous pourrez fuivre CC,
A 2 --- Page 582 ---
[4]
Je demanderai enfuite comment eft
formée, elt compofée cette efpèce de
corporation ?
Eft-ce de Colons ? ces Colons font ils
Affranchis ? de laquelle des quatorze
Efclaves deviennent
Pag. 29. 39 Convient-il que nos
crains bien
cela ne foit le fin mot!
> nos égaux ? je
que
5 pauvre vanité! je vous renvoye à la Déclaration des
5) Droits de I'Homme & du Citoyen : tirez-vous-en, s'il
2) fe peut (.
Pag. 35- 1) Puiffé-je voir une infurredion générale
5) dans PUnivers, pour étouffer la tyrannie, reffufciter
30 la liberté, &c. (.
Pag, 36. >) Il ne faut qu'un Othello, un Padrejan -
dans l'ame des
les fentimens de
3 pour réveiller
Nègres,
5) leurs inaliénables droits (C,
Pag,. 37 >) Parce qu'il vous faut du Sucre, du Cafe,
de PHerbe
57 du Tafia : indignes mortels! mangez plutôr
5 & foyez juites cc,
Je ne fais que citer, & je ne me permets aucune
réflexion fur les principes religieux & pacifiques de M.
le Curé; inférés dans fon Libelle: c'eft aux Repréfentans
de la Nation, aflemblés à les apprécier & à les juger.
Ce Libelle a été remis à chacun de Meflieurs, avec
mandement de M. le Curé
la plus grande publicité é,par
d'Embermenil.
5 & foyez juites cc,
Je ne fais que citer, & je ne me permets aucune
réflexion fur les principes religieux & pacifiques de M.
le Curé; inférés dans fon Libelle: c'eft aux Repréfentans
de la Nation, aflemblés à les apprécier & à les juger.
Ce Libelle a été remis à chacun de Meflieurs, avec
mandement de M. le Curé
la plus grande publicité é,par
d'Embermenil. --- Page 583 ---
is1
Colonies françoifes font ces Colons? ce
Colons font-ils propriétaires dans les
Colonies ? ces Colons ont-ils des pouvoirs? en quelnombrefont ces pouvoirs?
font-ils donnés par des propriétaires libres
réfidens dans les Colonies ? ces pouvoirs
font-ilalégauns?lesprocurations qui énoncent ces pouvoirs font-elles palites pardevant Notaires ? font-elles légalifées
dans les formes prefcrites par les juges
des lieux ? quel eit l'état de ces foi-difans
Colons ? n'eft-ce pas, peut être, celui de
la bârardife, celui de la domefticité?
Je demanderai encore fi ces hommes,
quoique Gens de couleur, ne peuvent
pas étre nés en France, fans avoir pour
cela aucuns rapports, aucunes propriétés
à St-Domingue ? Ces Gens de couleur
ne peuvent - ils pas être nés dans les
Colonies étrangères ? Voilà ce qu'avoit
à examiner, Mellieurs, votre Comiré
de vérification ; c'eft à quoi fe borne
fon inflitution ; toute autre queftion
lui eft étrangère, &c appartient à votre
Comité de Conftitution. Votre Comité
de vérification ne pourroit pas même
vous.propofer, dans cet érat de caufe,
un mode de convocation pour nos Ar
A 3 --- Page 584 ---
[6]
femblées, fans fortir des bornes qui lui
font prefcrites par votre Règlement.
Au refte, en fuppofant à quelques-uns
de ces Hommes de couleur, toutes les
qualités requifes
appuyer leurs réclamations, je Leur demanderai s'ils
veulent former une clafle particulière,
s'ils prétendent à une diftinétion d'ordre, fi leur projet eft de fe féparer des
Communes des Colonies, compofées
d'hommes libres, en follicitant cette
repréfentation qui détruiroit tous les
principes de TAflemblée Nationale 2
Je demanderai laquelle des quatorze
Colonies Françoifes on voudroit attacher les deux Députés privilégiés, pro- ?
polés par le Comité de vérification
Je demanderai quel fera le Bailliage de
ces quatorze Colonies, que ces deux
Députés auroient la prétentjon de repréfenter ? Je demanderai, enfin, fi
Affemblée Nationale peut enlever aux
Provinces le droit de nommer ellesmêmes leurs Députés, en permettant à
des individus ifolés de s'allembler à cet
effet, hors de leur Patrie, & d'en faire
eux-mêmes le choix le plus irrégulier?
D'après toutes ces confidérations, je
age de
ces quatorze Colonies, que ces deux
Députés auroient la prétentjon de repréfenter ? Je demanderai, enfin, fi
Affemblée Nationale peut enlever aux
Provinces le droit de nommer ellesmêmes leurs Députés, en permettant à
des individus ifolés de s'allembler à cet
effet, hors de leur Patrie, & d'en faire
eux-mêmes le choix le plus irrégulier?
D'après toutes ces confidérations, je --- Page 585 ---
me réfume, &
dis, que s'il eft prouvé
que les Gens : couleur font propriétaires libres des Colonies, il eff prouvé
par-lh-méme, 5 qu'ils compofent les
Communes des Colonies, dont la repréfentation a été calculée & fixée,
par un Décret del'Affembiée Nationale,
en raifon de la population des Communes des Colonies ; cette population
n'a pas augmenté depuis ce Décret, qui
a confacré les droits & l'admiffion des
Dépurés à lAffemblée Nationale. Les
réclamations des Gens de couleur ne
pourroient donc être accueillies fans
détruire votre premier Décret ; &
dans cette hypothèle 2 la députation
des Colonies deviendroit tout au plus
nulle ; leurs Dépatés celleroient, en
conféquence, de s'affeoir parmi vous,
Meflieurs, mais ce ne feroit point aflurément une raifon pour y faire admettre
les Gens de couleur.
En deux mots, ou la nomination
des Députés des Colonies eft légale,
ou elle ne left pas : Si elle eft
légale, les Gens de couleur font
repréfentés parce qu'ils compofent
les Communes ; fi elle ne l'eft pas, 2 --- Page 586 ---
ts1
les Députés des Colonies doivent fe
retirer. Voilà à quoi fe réduit uniquement la queftion qui vous eft foumife;
& vous ne pouvez prononcer, fous
aucun
en faveur des Gens de
couleur,
attaquer & annuller
cPEera
votre
premier Décret d'admiflion des Députés
de St-Domingue: à FAflemblée Nationale. Mais, comme vous l'avez déclaré
vous- mêmes irrévocable, je demande
l'Affemblée décrète qu'il n'y a pas
Rles à délibérer.
Et je fuis d'autant
fondé, Mef
fieurs, dans mon teLiter qu'elle n'eft
que le réfultat de la vôtre.
En effet, Mellieurs, rappellez-vous
qu'une corporation des plus grands Propriétaires des Colanies, réfidens actuellement en France, a cru devoir également
faire des réclamations à votre Tribunal,
contre la nomination des Députés de
St-Domingue, qu'ils ont jugée illégale
le défaut de convocation de tous
TE Habitans libres, qui compofent la
Colonie de St-Domingue : vous avez
rejetté leurs réclamations.
Mais ne feroient-ils pas fondés à fe
préfenter de nouveau aujourd'hui à votre
qu'une corporation des plus grands Propriétaires des Colanies, réfidens actuellement en France, a cru devoir également
faire des réclamations à votre Tribunal,
contre la nomination des Députés de
St-Domingue, qu'ils ont jugée illégale
le défaut de convocation de tous
TE Habitans libres, qui compofent la
Colonie de St-Domingue : vous avez
rejetté leurs réclamations.
Mais ne feroient-ils pas fondés à fe
préfenter de nouveau aujourd'hui à votre --- Page 587 ---
Tribunal, fi vous légitimiez la corporation des Gens de couleur, aflemblés
à Paris ?
Ne feroient-ils pas également autorifés à s'affembler dans le Royaume 3
protelter contre l'admiflion illégale
KT leurs Députés, & n'auroient-ils pas
le droit de les rappeller, par la raifon
qu'ils auroient été nommés fans convocation & fans leur participation ?
Cet exemplene feroit-il pas dangereux
d'autres Provinces, dont quelques
pour Habitans également ifolés, & peut étre,
mécontens, fe croiroient fondés à s'affembler par-tout ou ils fe trouveroient,
même hors de leurs Provinces, & à
rappeller leurs Députés, s'ils le jugeoient ?
néceflaire à leurs intérêts particuliers
Que deviendroit alors votre Décret, qui
enlève ce droit à nos propres & véritables Commettans ?
J'abandonne ces réflexions, Meffieurs,
mais
- moi
à votre fagelle ;
permettez
feulement de vous obferver, quelAllem.
blée Nationale ayant rejetté le Comité
Colonial, demandé par les Députés des
Colonies, a manifefté lintention ou elle --- Page 588 ---
Eol
eft, de ne rien préjager, de ne rien
arrêter fur les queftions relatives dà la
Conftitution des Colonies, qui lui fe
roient préfentées : celle. qui vient d'être
foumile à votre examen eft fans doute
de ce nombre, puilqu'elle tient eflentiellement à la Confatution des Colonies ; je demande donc qu'il ne foit
rien ftatué à cet égard, par PAffemblée
Nationale, que préalablement elle n'ait
reçu du fein des Colonies mêmes, leurs
vocuxlégalement manifeftés dans un Plan
de Conititution propre à leur régime,
qui fera préfenté à l'examen de l'Ailembiée Nationale.
Je *vais vous
en conféquence, un Décret,
en ce moment
Tamdts
par la prudence ; croyez, Mellieurs,
qu'il vous confervera a jamais VOS Colonies, dont la perte. occafionneroit à
la Mérropole des maux incalculables.
Rien ne périclire, rien ne vous prefle
de prononcer ifolément fur la queftion
prématurée qui vient de vous être préfentée; elle ne pourra dans aucun temps
échapper à votre examen 5 elle ne fera
point oubliée dans le Plan de Conftitution, qui vous fera propofé par les
ez, Mellieurs,
qu'il vous confervera a jamais VOS Colonies, dont la perte. occafionneroit à
la Mérropole des maux incalculables.
Rien ne périclire, rien ne vous prefle
de prononcer ifolément fur la queftion
prématurée qui vient de vous être préfentée; elle ne pourra dans aucun temps
échapper à votre examen 5 elle ne fera
point oubliée dans le Plan de Conftitution, qui vous fera propofé par les --- Page 589 ---
[ir]
Colonies légalement affemblées, lorfque
vous l'ordonnerez, & que vous pourrez
vous en occuper ; votre
d'ail-
-
fagelle,
leurs, doit raffurer les Gens de couleur
& dilliper leurs craintes. Les Nègres libres,
ont le même droit que les
Gens 3e couleur, feront également
appellés ; plus fages que les Gens de
couleur,
reconnoiffans que leurs
enfans,
fe tiennent à
Ee
l'écart dans
ce moment, mais leur confiance en
nous, eft pour nous un nouveau titre
de défendre leurs incérêts comme les
notrès, ils nous feront toujours aufli
chers ; nous en contractons avec eux
un' nouvel engagement dans le fanctuaire même des Repréfentans de la
Nation : Nous ferons fidèles à notre
ferment.
Voici donc le Décret que je
pofe :
proL'Affemblée Nationale, confidérant la
différence abfolue du régime de la France
à celui de fes Colonies, déclarant
cette raifon, queplufieurs de fes Décrets, par
"notammentcclui, des. Droits de l'Homme
ne peut pas convenir à leur Conftitution --- Page 590 ---
fil
a décrété & décrète, que, toute motion
relative à la Conftitution des Colonies,
feroit fulpendue & renvoyée à l'époque
ou elle recevra, du fein même de fes
Colonies, leurs voeux légalement manifeités dans un Plan de Conftitution
qui fera foumis à un férieux examen
de lAflemblée Nationale, avant d'être
décrété.
A Paris, de lImprimerie de CLOUSIER,
Imprimeur du ROI, rue de Sorbonne. --- Page 591 ---
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72" s61 --- Page 592 --- --- Page 593 --- --- Page 594 --- --- Page 595 --- --- Page 596 --- --- Page 597 --- --- Page 598 ---