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CAHIER D'UN PHILOSOPHE, Commissaire de la Noblejje dans
deux Bailliages ; o u DOLÉANCES D'un Américain persécuté* --- Page 8 --- --- Page 9 ---
A C * Il I E R 't D'UN PHILOSOPHE., .- Commissaire de la Noblesse dans
deux Bailliages ; j ' o u DOLEANCES D *un Américain perfécuié. LETTRE A M. LE PRINCE DE B Au Château de ï* ♦ * * *, le 2. o Avril r 7 8 .- MON PRINCE, Vous voulez donc que je me livre
à la plus forte des illusions, vous voulez --- Page 10 ---
( 1 ) . absolument que je croie à l'amitié d'un
rand Seigneur ! g O Je ne suis connu de vous depuis plusieurs années que par une correspondance
que vous avez bien voulu établir entre
nous ; ma franchise, ma sincérité ont
paru vous plaire , vous m'honorez de
vos bontés , & vous osez m'écrire que
mon amitié vous honore ! Vous exigez
que je me persuade que vous avez quelque attachement pour moi; cette erreur,
si c'en est une, est trop flatteuse pour
que je ne m'y abandonne pas 3 vos vertus
&, non votre naissance illustre me rendent précieux des sentimens que je suis
si jaloux de mériter; quoique vous soyez
Prince , je vous crois sincère & je vous
sactifie mon incrédulité. Vous me faitcs part de tous vos malheurs , des pertes affreuses & irréparables que vous venez de faire. Que je
voudrois pouvoir adoucir des maux sans
remède, des douleurs réservées à la --- Page 11 ---
( 3 ) A ij nature humaine, & qu'il faut se résoudre
à donner ou à recevoir ! C'en: à mon retour des Assemblées
de deux Bailliages, où j'ai été Commisfaire de la Noblesse, que je reçois vos
lettres si touchantes , auxquelles je n'ai
pu répondre qu'imparfaitement. Vous n'avez rien de caché pour moi,
MON PRINCE j il seroit malhonnête que
j'eusse des secrets pour vous. Je fus assigné pour le Bailliage de
Nemours, je m'y rendis avec le Vicomte
Henri de Ségur, mon gendre ; mon incapacité m'en éloignoit, la curiosité m'y
conduire ; je voulus voir ces Assemblées
notables, dont on se fait souvent une
trop haute idée , quand on n'y a pas
assisté; c'est pour n'en pas porter un faux
jugement que je fus charmé de m'y rendre; j'y étois presque inconnu, & j'avois
tout lieu d'espérer que je n'y jouerois
aucune sorte de rôle. Je fus étrangement
surpris de me voir nommé un des huit --- Page 12 ---
( 4 ) Commiiïaires. Peu au fait des discusfions politiques , surtout quand elles
sont enveloppées dans une langue énigmatique, qui substitue des mots à la
place des idées, croyant qu'il ne falloit
porter dans ces augustes Assemblées
qu'un esprit & un cœur droit , voyant
que malheureusement on perdoit de
vue les intérêts généraux de l'humanité
pour s'occuper d'intérêts particuliers , je
pris le parti d'observer de je vis, malgré
la médiocrité de mes talens , que je
n'étois pas le seul à qui une pareille
modestie sur utile & même nécessaire.
place des idées, croyant qu'il ne falloit
porter dans ces augustes Assemblées
qu'un esprit & un cœur droit , voyant
que malheureusement on perdoit de
vue les intérêts généraux de l'humanité
pour s'occuper d'intérêts particuliers , je
pris le parti d'observer de je vis, malgré
la médiocrité de mes talens , que je
n'étois pas le seul à qui une pareille
modestie sur utile & même nécessaire. Cette lettre, MON PRINCE , deviendroit un volume, si je voulois vous peindre tous les détails, & tous les détails
pourroient n'être pas agréables à tout
le monde. Permettez donc que je ne
vous rende qu'un compte rapide &
général de ce que j'ai vu ou de ce que
j'ai cru voir. - Le Saint Esprit , dit-on, ne préside --- Page 13 ---
( 5 ) A iij pas toujours dans les Conclaves; il n'eit
donc pas surprenant que les passions
humaines se faire ne apercevoir dans les
Assemblées des Baill iages. Je voudrois que les bornes d'une
lettre ne s'op po iàtTen t pas au deiir (lue
j'aurois de louer les hommes de mérite
qui m'ont fait admirer leurs lumières ;
mais le mieux elt de ne pas tout critiquer & de ne pas tout louer ; je ne puis
cependant me refuser au plaisir que je
ressens en vous écrivant combien vous
eussiez été ravi des connoissances , de
l'honnêceré , du zèle vraiment patriotique, de la pénétration de M. le Comte
de la Tour-du-Pin-Gouvernet. Il étoit
chargé de la procuration de M. le Duc
d'Orléans, 8c nul n'étoit plus fait pour
annoncer les instructions d'un Prince
citoyen , nul ne m'a paru tant en Public
que dans nos Assemblées particulières ,
détirer plus (incérement qu'elles fuirent
suivies avec le plus grand scrupule ; --- Page 14 ---
( 6 ) nul, dans ces tems de faufi vertu, ne
m'a paru avoir un plus véritable enthousiasme du bien public; nul ne l'a mieux
peint dans un discours digne de Tacite,
plein , non de cet esprit du jour , cet
esprit d'obscurité & d'afFeftation , qui,
par ses subtilités , refroidit tout senciment , mais rempli d'une éloquence
simple, mâle & noble, de l'éloquence
du cœur qui persuade toujours; discours
enfin auquel on ne peut reprocher que
d'être trop court. Figurez-vous, MON PRINCE, M. le
Comte de la Tour-du-Pin-Gouvernet,
son Target à la main 6c la Patrie devant
ses yeux , répétant sans cette, comme je
n'ai cesse de le dire, que les sublimes
instru&ions de M. le Duc d'Oflléans
devoient être la base de tous les cahiers. Oui, je ne crains pas de l'avancer , au
risque de déplaire , si l'on n'eût employé , comme je l'espérois , que les
plans, les vues & le style de M. le Comte --- Page 15 ---
( 7 ) ~ w * . A iv de laTour-du-Pin Gouvernée, le cahièr
de Nemours n'en eût pas eu un moindre
degré de perfection. J'ai pris la liberté de dire mon opinion sur ce qui m'a paru omis dans le
cahier de Nemours , 6c sur quelques
contradictions que j 'y ai remarquees.
Voici à cet égard les réflexions que je
me suis permises, je les soumets, MON
PRINCE , à votre jugement.
---
( 7 ) ~ w * . A iv de laTour-du-Pin Gouvernée, le cahièr
de Nemours n'en eût pas eu un moindre
degré de perfection. J'ai pris la liberté de dire mon opinion sur ce qui m'a paru omis dans le
cahier de Nemours , 6c sur quelques
contradictions que j 'y ai remarquees.
Voici à cet égard les réflexions que je
me suis permises, je les soumets, MON
PRINCE , à votre jugement. ce Animé comme vous du plus louable
" enthousiasme, j'ai dit : "BRISONS LES FERS DE L'HUMANITÉ.
M QUE LA PRISON DELHOMM.ENE.SOIT
" PLUS QUE L'UNIVERS ENTIER. « Si mes expreilions font foibles ,
55 elles rendent à-peu près, je crois
» vos idées , & ces idées sont sublimes
93 & généreuses. 55 Pour opérer cette honorable révo-
" lution, vous avez dit qu'il seroit libre
33 à l'homme d'aller, de venir, de' se
55 transporter ici ou là, lui & ses biens, --- Page 16 ---
( 8 ) « sans qu'il pût être gène en rien dans
» aucune de ses fonctions, maître même
>3 d'attenter à sa vie, ( car on ne lui a
» pas interdic la douceur du suicide ). « Vous avez dit qu'on ne pourroit
" jamais l'emprisonner , sous quelque
>3 prétexte que ce fût, excepté pour un
35 crime capital, ni par conséquent le
33 contraindre par corps, quoiqu'on n'aie
53 pas songé à se servir même de cette
33 expression essentielle. 33 Voilà ce que vous avez établi en
33 faveur de la liberté individuelle. 33 Cependant aulieu de punir, comme
M il me paroîtroit plus naturel & plus
33 juste, les Archevêques 6c lesEvêques
M qui ne rési3eroienr 'pas dans leurs
M Diocèses , en les privant de leurs
33 revenus, proportionnellement à leurs
33 absences, vous voulez qu'on leur com33 mande impérieusement de résider
33 presque toujours, & plusieurs d'entre
33 vous déclamant contre eux un peu --- Page 17 ---
() » légèrement, n'ont pas hésite a avan-
» cer qu'ils ne tenoient à rien ni à
» aucune famille. « Vous ne vous occupez que de la
îî liberté. M Cependant plusieurs d'entre vous
» veulent qu'il ne, soit pas permis d'être
55 célibataire. L'homme sera libre, selon '
55 vous, d'aller, de venir , de se trans-
» porter par-tour ou il lui conviendra,
55 de se donner même la mort ; il jouira
" de tous ces avantages généraux ôc
55 publics, & il ne sera pas maître de
M vivre seul, chez lui, dans son inté55 rieur, dans son foyer ; il ne sera pas
55 maître de dévorer seul le malheur
55 d'être né, il faudra nécessairement .
55 par une captivité domestique , journalière & indissoluble , qu'il attache
55 à chaque instant de sa vie , un autre
" être au sien , un être quelquefois con55 solaceur, mais plus souvent pertur55 bateur de son repos, destructeur de --- Page 18 ---
( 1O ) « sa fortune, qui partage rarement avec
« reconnoissance sa prospérité, qui
)) presque toujours ajoute à ses mal-
» heurs, sans jamais les lui pardonner. " Vous ne parlez que de liberté. 55 Cependant on voudroit exiger que
" les Prêtres se mariaflent, & l'on ne fait
» pas attention que la loi indispensable
>3 qui leur diroit, mariez-vous, seroit
f53 aussi barbare, aussi tyrannique , aussi
53 contraire à la liberté que la loi anti53 physique qui leur a dit ; vous ne vous
'' mariere^ pas 35.
qui
)) presque toujours ajoute à ses mal-
» heurs, sans jamais les lui pardonner. " Vous ne parlez que de liberté. 55 Cependant on voudroit exiger que
" les Prêtres se mariaflent, & l'on ne fait
» pas attention que la loi indispensable
>3 qui leur diroit, mariez-vous, seroit
f53 aussi barbare, aussi tyrannique , aussi
53 contraire à la liberté que la loi anti53 physique qui leur a dit ; vous ne vous
'' mariere^ pas 35. Que tout Citoyen se marie ou ne se
marie pas, sélon qu'il le jugera conforme
à ses goûts, à ses inclinations , à sa
r volonté toujours respectable , & que le
divorce soit établi , pour gêner encore
moins cette liberté si précieuse, donc
j'entends parler sans cesse, &. à laquelle
. néanmoins je vois que, par des contra- . dictions perpétuelles , on mettra sans
cesse les bornes les plus circonscrites.
--- Page 19 ---
( II ) Qu'aucun Citoyen, de quelque ordre
qu'il soit, ne puisse être emprisonné
sous quelque prétexte que ce puisse être. Que la contrainte par corps soit abolie
pour les dettes, ce moyen contraire a
la liberté naturelle, étant plus propre
encore à augmenter les dettes qu a les
faire acquitter. Dans le cas oll l'intérêt particulier
du commerce paroîtroit exiger qu'on
laiisac subsister l'abus de la contrainte
par corps, qu'elle n'ait lieu que pour
les Négocians de profession, & ne puisse
jamais s'exercer contre un Membre de
l'Ordre delaNoblesse ; la nécessité ou la
Noblesse se trouve quelquefois d'endosser des lettres de change ou d'en tirer
sur ses Fermiers; la nécessité où les plus
grands Seigneurs qui ont des possessions
en Amérique, sont d'employer les lettres
de change, en traitant avec les Négor
cians des ports de mer ; cette nécessité,
dis-je , ne doit point altérer la dignité --- Page 20 ---
( il ) de leur caractère, ni les rendre justiciables d'aucun Tribunal Consulaire. On
imaginera, si l'on veut, pour ces cas
particuliers & pour ces sortes d'engagemens des Nobles avec les Négocians,
des lettres de change d'un genre différent , mais qui , dans aucune circonstance, ne pourront les assujettir à l'igno-'
minie Se à la dureté de la contrainte par
corps, qui , en général , devroit être
abolie, excepté pour les crimes. Le Cahier de Nemours étoit fini ,
lorsqu'on prétendit que le Vicomte
Henri de Ségur & moi nous n'étions
point du Bailliage de Nemours , mais
de celui de Montargis. On a débité
qu'une basse intrigue avoit fait naître
cette difficulté, afin d'enlever deux voix
à celui à qui mon Gendre & moi nous
comptions les donner. Ces détails de
manœuvres souterraines, toujours fomentées par les gens les plus médiocres
en tout genre, ne font point faits pour
orsqu'on prétendit que le Vicomte
Henri de Ségur & moi nous n'étions
point du Bailliage de Nemours , mais
de celui de Montargis. On a débité
qu'une basse intrigue avoit fait naître
cette difficulté, afin d'enlever deux voix
à celui à qui mon Gendre & moi nous
comptions les donner. Ces détails de
manœuvres souterraines, toujours fomentées par les gens les plus médiocres
en tout genre, ne font point faits pour --- Page 21 ---
( 13 ) vous intéresser, ni pour interesser personne. L'Assemblée de Montargis n'étoit
point commencée , nous nous y rendîmes ; 8c par une singularité assez flatteuse , sans être beaucoup plus connu
à Montargis qu'à Nemours, je fus encore nommé Commissaire de la Noblesle y mais enfin ce fut a demeure , &
j'ai concouru avec plaisir à la nomination
de M. leComte de la Touche pour notre Député à Versailles. Personne, je vous
l'avouerai , ne méritoit plus cet honneur que M. leComte de la Touche,
travailleur infatigable, bienfaisant, généreux , magnifique même, il étoit grand
Bailli d'Epée de Montargis ; il étoit
notre Président ; il avoit fait lui ieul
tout le travail du Secrétaire; il avoir saic
lui seul, il faut être de bon compte ,
presque tout le travail des huit Commitraires : je serois désolé que mes sept
autres Confrères fussent mécontens de --- Page 22 ---
( *4 ) ma sincérité ; qu'ils revendiquent, s'ils
veulent, leur part dans le travail, pour
moi j'abandonne avec franchise mon
huitième ; après donc avoir presque tout
fait, avoir tout rédige, enfin après avoir
été tout , il eût été cruel, lui disois-je,
que vous n'eussiez pas été notre Député.
N'allez pas croire, MON PRINCE , que
mes sentimens pour M. le Comte de la
Touche fuirent intéresses , ce seroit la
première fois que l'intérêt eût guide
mes opinions. Tout le monde a demandé
des graces a M. le Comte de la Touche,
tout le monde en a obtenu ; pour moi
je ne lui ai rien demandé , 6c j'ai été
même oublié pour les exemplaires des
Cahiers de Montargis qui m'etoient
destinés; de trois qu'on m'avoit promis,
je n'ai pu en avoir qu'un seul, & encore
avec beaucoup de peine. Si vous liiez le Cahier de Montargis,
vous y découvrirez aisément ce qui maniée à sa perfection ; M. le Comte de la --- Page 23 ---
( 15 ) Touche l'a bien senti, il a eu la bonne
foi & le bon esprit d'en convenir, quoiqu'en grande partie il soie son unique
ouvrage : mais vous serez satisfait de ce
qui concerne la réformation de la Loi
criminelle ; cet article fourni par M. Fougeret, un de nos Commissaires, est trèsbien détaillé & ne laisse rien à délirer;
il n'étoit qu'indiqué dans le Cahier de
Nemours , & cet objet très-important
n'y est pas assez développé. Mais vous remarquerez aisément ,
MON PRINCE, qu'à Montargis on ne
crut pas autant qu'à Nemours combien
il étoit indispensable de rapprocher tous
les Etats, tous les Frères, tous les Membres de la grande Famille ; les restes du
systême féodal s'y manifestent davantage, &c les droits de l'égalité naturelle
des hommes y sont un peu moins défendus. Se peut-il que dans un siècle de Philosophie il y ait encore des hommes --- Page 24 ---
( 16 )
querez aisément ,
MON PRINCE, qu'à Montargis on ne
crut pas autant qu'à Nemours combien
il étoit indispensable de rapprocher tous
les Etats, tous les Frères, tous les Membres de la grande Famille ; les restes du
systême féodal s'y manifestent davantage, &c les droits de l'égalité naturelle
des hommes y sont un peu moins défendus. Se peut-il que dans un siècle de Philosophie il y ait encore des hommes --- Page 24 ---
( 16 ) assez peu éclairés pour croire que leurs
semblables s'humilieront sans cesse devant eux,pour adorer bassement les effets
du hasard ? Peuc-oUtS'imaginer qu'enfin
il n'y aura pas un terme à ce culte ridicule qu'on exige pour des titres , de non
pour des talens &e des vertus ? La raison
qui détruit les idoles de la vanité, ne
doit elle pas diminuer chaque jour le
nombre de ses adorateurs superstitieux ?
Quoi ! il faudra que j'encense & que je
respecte, à cause de les aïeux, le même
homme auquel je ne puis accorder la
pluslégèreestime pour lui-même ? Quoi !
vous voulez que je donne ma voix à
cet homme hautain, qui cite à chaque
instant tous les humains au tribunal de
Ion amour-propre ? Non, je ne la lui
donnerai jamais, & qui de vous oseroit la lui donner ? Personne. Il ne se
l'est pas donnée à lui-même, & c'est
l'effort de sa modestie ; il est resté
seul avec ses immenses prétentions ;
voyez --- Page 25 ---
( i7 ) B voyez comme il s'enveloppe dans le
manteau de son orgueil; voyez comme,
en rugissant &: sans être plaint, il se
voit forcé de boire jusqu'à la lie , le
breuvage amer de sa vanité humiliée. Sans doute la Noblesse ne dévoie
prendre pour son Député qu'un Membre de son Ordre ; mais devoit-elle
confier Tes intérêts à ces grands Seigneurs > qui n'ont rien à réfuter aux
Puissances de qui ils ont tout reçu &
dé qui ils espèrent sans cesse ? C'est ce
dont les gens sages ont de la peine à se
persuader ; il leur paroît que la saine
politique n'a pas présidé à ces choix
brillans, mais dangereux. Mais que de contradictions dans les
projets , dans les discours & dans les
actions des hommes ! J'ai vu dans l'un & l'autre Bailliage
demander le serment à toute la Noblesse assemblée ; & par une suite des
inconséquences humaines, demander , --- Page 26 ---
( 18 ) immédiatement après ce serment prêté,
à chaque Membre de la Noblesse , si
réellement il étoit noble. J'ai vu avec
douleur un vieux & brave militaire,
décoré de la Croix de Saint Louis ,
apporter, en tremblant 3 ses titres de
service , & condamné à se retirer d'une
Assemblée à laquelle on eût eu l'odieux
courage de ne pas admettre l'illustre
Chevert ; non , la valeur de ce Héros
Plébéien , les vertus sans nombre de
ce grand homme, accablé de dignités
au-dessus desquelles il étoit encore , Se
auquel il n'en a manqué qu'une seule
qu'il auroit honorée, ne l'euiïent pas
garanti d'un refus qui auroit couvert de
honte ceux qui l'auroient prononcé.
laquelle on eût eu l'odieux
courage de ne pas admettre l'illustre
Chevert ; non , la valeur de ce Héros
Plébéien , les vertus sans nombre de
ce grand homme, accablé de dignités
au-dessus desquelles il étoit encore , Se
auquel il n'en a manqué qu'une seule
qu'il auroit honorée, ne l'euiïent pas
garanti d'un refus qui auroit couvert de
honte ceux qui l'auroient prononcé. Pour ne pas exposer à une humiliation
si outrageante , je défirerois qu'avant la
tenue de l'Assemblée , 8c surtout avant
le serment, on nommât deux Commulâtres parmi les Gentilshommes les
mieux connus de les mieux famés de la --- Page 27 ---
( 19 ) B ij Province, & qu'il fût notoire qu'on ne
se présenteroic qu'après avoir été agréé
en particulier par ces deux Commissaires. Observateur Philosophe, j'ai été révolté de la différence étrange qu'on
mettoit d'un homme à un autre, surtout lorsqu'en me dépouillant de tous
préjugés & pesant les choses à leur juste
valeur, je voyois que, sous tous les rapports possibles, le modeste dédaigné
valoit souvent cent fois plus que le
stupide dedaigneux. Si vous voulez , hommes aussi arro-
~ans qu'inutiles , que je vous respecte
à cause de vos aïeux , monrrez-moi les
mêmes vertus brillantes , les mêmes
talens qui les ont rendu si recommandables autrefois ? Croyez-vous que cet
oiseau si fier, tant de fois cité comme
le symbole de votre vanité ridicule, le
Paon, les délices ou plutôt le luxe de
,nos jardins somptueux , crovez. vous --- Page 28 ---
( 10 ) qu'il obtiendroit notre admiration, si ,
dénué du même plumage que ses pères,
il ne nous offroit pas les mêmes beautés
& la même profusion de richessès répandue sur sa queue épanouie ? En vain
réclameroit-il la magnificence des Paons
les ancêtres, il seroit chassé honteusement de nos jardins , 6c retomberoit
dans la classe obscure des oiseaux ordinaires , qui n'ont jamais fixé notre
attention. Que m'importe que ce fleuve imposant tire son origine du pays le plus
éloigné ? que m'importe d'apprendre
que ses eaux autrefois étoient pures 8z
limpides à sa source , si dans le siècle
où je vis, si dans le lieu que j'habite, ses
mêmes eaux infectées, corrompues &
malfaisantes développent le germe de
tous les maux qui m'accablent ? J'aime
mieux ce ruisseau salutaire qui, découvert depuis peu, semble être descendu
d'une montagne voisine , exprès pour --- Page 29 ---
' ( 21 ) B iij m'apporter la rante par sa salubrité ,
pour fertiliser mes prés & mes jardins j
je distribue dans mon petit domaine
son eau bienfaisance ; je m'oppose, par
mille obstacles heureux, aux désirs ambitieux qu'il pourroit avoir de se mêler
& de se corrompre avec les fleuves qui
l'engloutiroient dans leur célébrité ; je
le contrains à jouir des douceurs de son
obscurité; je crains qu'en se joignant à
ces fleuves si renommés qui l'avoisinent,
il ne partage avec euæ l :s vices attachés
à toutes les Sociétés ; qu'il ne se montre
illustre, comme eux, que par 1 abus de
la puissance ; & qu'enfin, en perdant
sa modestie 6c son espèce d'innocence,
il ne se rende complice de tous les ravages qu'on leur impute.
ir des douceurs de son
obscurité; je crains qu'en se joignant à
ces fleuves si renommés qui l'avoisinent,
il ne partage avec euæ l :s vices attachés
à toutes les Sociétés ; qu'il ne se montre
illustre, comme eux, que par 1 abus de
la puissance ; & qu'enfin, en perdant
sa modestie 6c son espèce d'innocence,
il ne se rende complice de tous les ravages qu'on leur impute. Oseroisje, MON PRINCE , vous développer le vœu de mon coeur ? Je sens
combien ce que je vais vous dire révolte
toutes nos opinions, combien ce projet
est peut-être même impraticable ; mais --- Page 30 ---
( 21 ) enfin j'y tiens par sentiment ; je voudrois que la Noblesse ne fût que personnelle, & que le fils d'un homme de
mérite fût obligé d'en avoir, s'il prétendoit aux prérogatives dont on avoit
récompensé son père. Que de descendans de Héros retomberoient subitement dans l'Ordre du Tiers-Etat, qui
peut-être encore s'en croiroit avili ! Il me paroît aussi ridicule que la
Noblesse se transmette, qu'il me le
paroîtroit que les fauteuils de l'Académie Françoise devinssenr héréditaires ; cette Noblesse, uniquement personnelle y rameneroit davantage iléoa. O
lité ; c'est un projet très-chimérique ,
sans doute , mais comme vous n'en
auriez rien à redouter, MON PRINCE 3
c'eH: à un grand Seigneur, aussi vertueux
que vous 1 etes, c'eH: à celui qui, comme
vous, pourroit ne devoir qu'à lui seul
tous ses titres, qu'il est permis de hasarder une pareille confidence. Dès que M. le Comte de la Touche --- Page 31 ---
( 23 ) B iv eut été nommé notre Députe, je quittai
Montargis, je me hâtai de rejoindre
ma petite chaumière , d'aller jouir de
moi même, & de me soulager, dans une
douce solitude, de l'ennui que causent
le choc perpétuel des opinions des hommes, leurs contradictions sans nombre,
leurs prétentions exagérées & croissant
toujours en raison de leur peu de mérite. Vous me reprochez peut-être de ne
pas vous avoir, jusqu'à présent , développé la cause de tous les chagrins momentanées que j'éprouve ; vous m'avez -
cependant offert généreusement vos
serviccs , mais j'aime mieux gémir qu 'être importun ; & sans accepter vos offres , je ne m'en suis pas moins cru
obligé à une reconnoissance infinie. Je
vous dois , MON PRINCE, le détail de
mes malheurs particuliers ; je le dois à '
tous les Colons de Saint-Domingue,
auxquels je me fais tant d'honneur d'appartenir. Heureux, si le récit de mes --- Page 32 ---
( 14 ) infortunes les empêche d'en ressentir
jamais de pareilles ! Rien n'est: plus important, rien n'en:
plus grand, plus respedai)le qu'un Négociant qui , selon les exprelîions vives
& nobles de l'excellente réponse à l'Auteur anonyme de la Lettre d'un Gentilhomme Breton à un Commerçant de
Nantes , de son cabinet tranche du petit
Ministre 3 expédie des vaisseaux pour
toutes les parues du monde s a des Correspondans 3 j'ai presque dit des Am basfadeurs dans tous les Royaumes ; tient à
sa solde des Officiers , des Matelots ; lève
des Tributs chez les Nations étrangères ,
fJ verse l* abondance dans sa Patrie.
cellente réponse à l'Auteur anonyme de la Lettre d'un Gentilhomme Breton à un Commerçant de
Nantes , de son cabinet tranche du petit
Ministre 3 expédie des vaisseaux pour
toutes les parues du monde s a des Correspondans 3 j'ai presque dit des Am basfadeurs dans tous les Royaumes ; tient à
sa solde des Officiers , des Matelots ; lève
des Tributs chez les Nations étrangères ,
fJ verse l* abondance dans sa Patrie. Si à tous ces avantages il se joint une
probité exacte & scrupuleuse, qui doit
être la règle de toutes nos actions ,
( c'est le devoir de tous les états ), après
celui de Souverain, je ne vois pas en
effet de RANG plus honorable que celui
de Négo cia n t, & même un tel négociant --- Page 33 ---
( 15 ) ell: une espèce de Souverain ; mais aussi
je ne vois rien de si méprisable que le
Négociant qai, borné dans ses moyens
comme dans ses vues , ne s'occupe qu'à
tendre des pièges à ceux qui, moins
instruits des ruses du commerce , se
livrent à la confiance qu'il s'étudie à
inspirer, & qui ne s'enrichit qu'en trahitlant les intérêts de tous ceux qui ont
le malheur de traiter avec lui. Propriétaire d'une des plus belles Habitations du quartier Morin, près le Cap
François , à Saint - Domingue, je pris
des arrangemens avec deux frètes , se
prétendant Négocians , l'un au Cap
François, l'autre à Bordeaux. Celui du
Cap sollicita le plus vivement la procuration de mes biens à Saint-Domingue, je la lui accordai; celui de Bordeaux étoit mon Correspondant ; tous
deux me firent des offres de service
illimités j l'un à Saint-Domingue dévoie
remonter mon Habitation de Nègres --- Page 34 ---
( 26 ) de Mulets, dont elle manque, ce qui
l 'empêche de faire les revenus considérables dont elle est susceptible ; au lieu
de remplir ses promesses, il s est livré,
sans mon pouvoir spécial 3 à la fureur
des batimens , toujours ruineuse pour
les Propriétaires , mais toujours utile
aux Procureurs; il a payé, malgré mes
ordres, des sommes que je ne devois pas,,
& pour jeter le plus grand trouble dans
mes affaires, il n'a pas rempli des engagemens solemnels qui devoient être
sacrés pour lui ; le peu de Nègres & de
Mulets qu'il a mis sur mon bien, ont été
si mal choisis, si mal soignés, la culture
enfin a été si négligée, que les revenus
ont diminué de la façon la plus sensible. D'un autre côté,celui de Bordeaux
qui, au nom de sa maison 3 m'écrivoit-il
dans toutes ses lettres,devoit me fournir
invariablement 36,000 liv. pour la pension alimentaire à laquelle je m'étois
restreint de concert avec ces deux
gres & de
Mulets qu'il a mis sur mon bien, ont été
si mal choisis, si mal soignés, la culture
enfin a été si négligée, que les revenus
ont diminué de la façon la plus sensible. D'un autre côté,celui de Bordeaux
qui, au nom de sa maison 3 m'écrivoit-il
dans toutes ses lettres,devoit me fournir
invariablement 36,000 liv. pour la pension alimentaire à laquelle je m'étois
restreint de concert avec ces deux --- Page 35 ---
( 27 ) Négocians , m'a envoyé °,000 liv. de
lettres de change que j'ai tirées sur lui,
qu'il a acceptées , qu'il a laisse protéger,
& qu'il ose mettre en ligne de compte
& me redemander ; de ces 90,000 liv.
il y en a même eu 36,000 liv. que, par
un abus de confiance inexcusable , il
m'a renvoyées biffées , les lui ayant envoyées pour en fournir d'autres , à des
époques différentes, qu'il désiroit luimême : ces procédés indignes 6c inouïs,
dont je ne vous peins pas encore tous
les détails odieux , m'ont fait rompre
toute liaison avec des gens aussi perfides ;
mon premier soin a été de révoquer la
procuration que j'avois donnée à celui
du Cap. Il avoit bien prévu que je ne
pourrois, que je ne devrois plus me
servir de lui; dès qu'il se vit defcicué,il
produisit un compte de 75,000 liv. ,
composé d'intérêts illégaux, de 10.00O
liv. de dettes, dont il n'auroit pas dû
se charger, & de sommes considérables --- Page 36 ---
( iS ) pour des bâtimens entrepris sans mes
ordres : j'avois prescrit à mon nouveau
Procureur de ne pas arrêter ce compte,
que je me réservois d'arrêter moi-même ;
Je Procureur destitué, l'Ordonnance de
1784 a la main, a fait arrêter ce compte
par des Arbitres, j'ai été condamné par
défaut; mon nouveau Procureur effrayé
se rend en France ; je le renvoie à
Saint-Domingue , au lieu de faire juger
définitivement cette affaire, afin que je
pusse me pourvoir ici au Conseil des
Dépêches, pour obtenir enfin justice de
toutes les vexations que j'éprouve; peu
éclairé sur les matières contentieuses ,
il se laisse pcr[uadér que cette affaire
est jugée sans retour, 6c il me mande,
avec le plus grand désespoir, qu'il lui
est impossible de m'envoyer le moindre
secours, jusqu'à ce qu'au terme de l'Ordonnance du 3 Décembre 1784, tout
ce que j'ai été censé , par la Sentence
arbitrale , devoir à ce Procureur destitué , soit entièrement liquidé.
; peu
éclairé sur les matières contentieuses ,
il se laisse pcr[uadér que cette affaire
est jugée sans retour, 6c il me mande,
avec le plus grand désespoir, qu'il lui
est impossible de m'envoyer le moindre
secours, jusqu'à ce qu'au terme de l'Ordonnance du 3 Décembre 1784, tout
ce que j'ai été censé , par la Sentence
arbitrale , devoir à ce Procureur destitué , soit entièrement liquidé. --- Page 37 ---
( 29 ) Quel enchaînement de circonstances
fatales ! A présent que , sélon les lettres que
je reçois, le Procureur destitué est totalement payé, qu'il me soit permis , de
toutes les réflexions affligeantes qui se
présentent en foule, de n'en hasarder
que quelques-unes sur l'article 10 du
titre 4 de l'Ordonnance du 3 Décembre
1784. Voici cet article en entier. « Si le Propriétaire est déclaré débi-
» teur par J'arrêté de compte , il sera
» tenu de payer le Régisseur sortant,
» des premiers revenus de l'Habitation,
» à peine contre ledit Propriétaire ou
» son Représentant , de tenir les arrêts
» ou le fort suivant que les Gouver-
» neur Général ou Intendant en ordon-
>3 neront, lur un simple mémoire qui
M leur sera présenté ; communication
M préalablement faite dudit mémoire
» par le Commandant de la Paroisse,
» audit Propriétaire ou à son Repré- --- Page 38 ---
( 30 ) îî Tentant, pour y répondre dans trois
m jours, pour tout délai, pasTé lequel
» ladite peine sera prononcée & exét) cutée o. 0 malheureux Colons ! ô malheureux Propriétaires ! Il est donc des circonstances où un
Procui-eur infidèle, si vous l'osez deflituer, a le droit affeux de vous laitier
mourir de faim , après s'être engraisse
de vos dépouilles. Vous vous verrez
réduits à la mendicité ; il y a plus, vous
vous verrez traînés dans les prisons ,
traités en enclaves par celui qui, la veille,
étoit à vos gages ! Si ce sont là les funestes essets de
l'Ordonnance de 1784, certainement
ce n'en est ni l'espric ni l'intention.
Peu d'Américains comme moi n'ont
jamais été à Saint Domingue ; peu de
gens ont été peut-être aussi mal défendus
que je l'ai été; mais l'Ordonnance doit
prévoir tous les cas , doit protéger sur- --- Page 39 ---
( 31 ) tout les absens, elle doit prévenir tous
les abus; je me permettrai donc de défirer qu'au moins on ajoute à ce 10e
article du titre 4 de l'Ordonnance du
3 Décembre 1784: c< Que pendant tout le tems que le
» Procureur destitué , pour être payé
>5 de tout ce qui lui sera dû , s'emparera
M de tous les revenus du Propriétaire ,
53 puisque l'Ordonnance l'y autorise,
" le Propriétaire aura le droit de pren-
>3 dre , avant tout , comme pensioft
» alimentaire, une somme égale aux
" appointemens que, pendant sa ges-
« tion, ledit Procureur destitué rece-
» voit du Propriétaire ". ' '
que le
» Procureur destitué , pour être payé
>5 de tout ce qui lui sera dû , s'emparera
M de tous les revenus du Propriétaire ,
53 puisque l'Ordonnance l'y autorise,
" le Propriétaire aura le droit de pren-
>3 dre , avant tout , comme pensioft
» alimentaire, une somme égale aux
" appointemens que, pendant sa ges-
« tion, ledit Procureur destitué rece-
» voit du Propriétaire ". ' ' J'ajouterai , suivant mes principes,
que dans aucun cas , & sous quelque
prétexte que ce Toit, le Procureur destitué ne puisse attenter à la liberté de
son ancien Propriétaire, à qui, presque
toujours, il doit sa fortune , souvent
etablie sur les ruines de celle de ce même
Propriétaire. --- Page 40 ---
( 32 ) Je joindrai mes vœux à tous ceux de
ces Colons zélés pour le bien public. Je demanderai, comme eux, le rétablifîement du Conseil Supérieur du Cap,
dont la suppression ne peut être que trèspréjudiciable. Je demanderai sur-tout : Que les Habitans rentrent dans l'exercice du Minislère de la Justice , qui
autrefois leur étoit spécialement confié: Que les Habitans, comme autrefois,
ne soient jugés que par leurs Pairs : Et que les Habitans Magistrats rendent la justice gratuitement, sans !ccevoir ni épices des Plaideurs , ni gages
de la Cour. C'est l'intérêt que vous prenez , MON
PRINCE , à tout ce qui me touche, qui
m'a engagé à vous faire le tableau d'une
partie des chagrins qui m'aiiiigent depuis deux ans ; mais c'est l'intérêt général
de tous les Propriétaires de Saint-Domingue qui m'en fait publier ta récit
cruel ; --- Page 41 ---
( 33 ) c cruel ; voilà deux ans > en tems de
paix, que tous mes revenus, diminués
par la mauvaise gestion d'un Procureur,
sont employés à payer ce même Procureur , qui me fera un tort qu'on évalue
200,000 livres. Que mes Concitoyens
s'instruisent par mon exemple ! que
mes infortunes les éclairent ! je suis la
première Victime de cette Ordonnance,
qu'on disoit ii favorable aux Propriétaires , que j'en sois la dernière ! Voilà
mon vœu le plus sincère ; ce sera un
vrai bonheur pour moi d'avoir été le
seul malheureux. Vous sentez, MON PRINCE, dans des
circonstanccs aussi désaftreuses , qu'il
m'en: impossible d'aÍfurer qu'elles ne me
forceront pas de passer sur mon bien à
Saint-Domingue : ce voyage , à mon
âge, & pour la première fois, est peutêtre un peu hasardé ; mais je me foumets à la loi de la nécessité. --- Page 42 ---
( j4 ) Mes maux sont adoucis,MoN PRINCÎ,
si vous me permettez d'espérer, qu'à
deux mille lieues de distance, je vivrai
toujours dans votre souvenir ; vous
n'ajourerez pas le malheur d'être oublié
de vous à tant d'autres que me font
éprouver les injuslices & les perfidies
des hommes. Au milieu de tant de calamités, ne
croyez pourtant pas , MON PRINCE ,
que le Ciel ne réserve aucun soulagement à mes peines ; li, voulant cesser
d'être à charge à quelques amis qui
m'ont procuré des secours , que je ne
Veux point épuiser, je me résous à passer
à Saint-Domingue ; si je me sacrifie au
plailir de remplir plus promptement
tous mes engagemens, affligé des moindres délais à cet égard, je porterai
dans cet autre Hémisphère l'espoir si
doux de faire quelque bien encore; j'y
pourrai terminer ma carrière au rein
li, voulant cesser
d'être à charge à quelques amis qui
m'ont procuré des secours , que je ne
Veux point épuiser, je me résous à passer
à Saint-Domingue ; si je me sacrifie au
plailir de remplir plus promptement
tous mes engagemens, affligé des moindres délais à cet égard, je porterai
dans cet autre Hémisphère l'espoir si
doux de faire quelque bien encore; j'y
pourrai terminer ma carrière au rein --- Page 43 ---
( 35 ) de la bienfaisance ; j'y pourrai adoucir
le triste sort de ces infortunés qui me
sont soumis , de ces malheureux enfans
de la Nature , comme nous le sommes
tous , mais si avilis , si dégradés, parce
que cette même Nature , notre mère
commune, a imprimé sur leur front une
livrée différente de la nôtre ; assez d'autres ont été leurs tyrans, je deviendrai
leur père ; j'instruirai mes enfans à les
traiter comme des frères que le hasard
a déshérités; & si l'envie encore blâme
dans moi ce qui devroit être l'objet de
son silence, puisque tout ce qui est vertu
n'est pas l'objet de son éloge, je ferai,
comme j'ai fait tant de fois , lorsque
les hommes m'ont révolté par leurs
iniquités ; je me plairai dans l'intérieur
de ma conscience ; je me féliciterai de
ma propre estime & ce sera ma récompense. Il est des malheurs qui portent
leur consolation avec eux mêmes j heu- --- Page 44 ---
<30 reux, mille fois heureux d'acquérir des
ennemis par des moyens aussi honorables & aussi propres à les confondre ! Je suis avec autant d'attachement que
de respeCt, MON PRINCE, Votre très-humble & trèsobéissant serviteur , I) E P --- Page 45 ---
A LETTRE DES COLONS 'RÉSIDENS A ST-DOMINGUE. AU ROI. Le 31 Mai 17 S 8.
SIRE, VOTRE MAJESTÉ s'est montrée ju[qu'ici trop
attentive à procurer le bonheur de ses Peuples pour
que ceux d'entre eux qui sont le plus éloignés d'Elle 3
ayent éprouvé la plus légère surprise en apprenant la
résolution qu Elle avait manifestée de s'entourer de
ses Sujets ^ pour opérer une restauration que les circonftances semblaient rendre nécessaire,& dont le succès
dépend en entier des bons vouloirs du Souverain j &
de l'amour de la Nation. Mais si l'étonnement n'a pas frappé nos esprits j la
reconnaissance la plus vive a rempli nos cœurs j & c'est
un besoin pour nous , SIRE., d'en mettre l'expression
aux pieds de VOTRE MAJESTÉ : puissent les bénédictions de la Providence récompenser pendant un long
Règne 3 l'idée paternelle que votre ame a conçue ! pui1fe
l'amour de vos Sujets dans les deux Mondes 3 vous dé- --- Page 46 ---
[ » ] dommager de tous les soucis qui environnent le Trône !
puisse la postérité 3 en recueillant les fruits de ce bienfait, consacrer à jamais le nom de ce Monarque populaire qui a voulu jouir d'un bonheur que n'ont point
goûté ses deux augustes Prédécesseurs , pendant les
deux plus longs Règnes de la Monarchie ! Vous allez donc, SIRE , appeller toute la France
auprès de vous : déjà la trompette sonne ; déjà son cri
perçant a traversé les mers : déjà il s'est fait. entendre
à nos coeurs & déjà nos cœurs sont à vos pieds.
à jamais le nom de ce Monarque populaire qui a voulu jouir d'un bonheur que n'ont point
goûté ses deux augustes Prédécesseurs , pendant les
deux plus longs Règnes de la Monarchie ! Vous allez donc, SIRE , appeller toute la France
auprès de vous : déjà la trompette sonne ; déjà son cri
perçant a traversé les mers : déjà il s'est fait. entendre
à nos coeurs & déjà nos cœurs sont à vos pieds. Cet empressement ne saurait déplaire à VOTRE
MAJESTÉ ; peut-être est-il contraire à l'usage des
Cours ; mais depuis cent cinquante ans, nous vivons
loin d'elles, nous en ignorons le langage & les détours ;
nous ne savons qu'une chose, c'est que nous sommes
Français, qu'à ce titre nous adorons notre Maître >
& lorsqu'il convoque les Français, nous gémissons que
l'Océan nous empêche d'arriver les premiers sur les
degrés de son Trône. Cependant, SIRE 3 nous arriverons 3 car VOTRE
MAJESTÉ ne peut pas plus se paffer de nous que
nous ne pouvons nous paffer d'Elle : nous sommes ses
Enfans s notre état est incontestable 3 notre caractère
indélébile ; mais nous n'avons pas vu notre Père, depuis notre naissance 3 & sans les fréquens rapports qui --- Page 47 ---
[ 3 ] A 2 ont exirté entre lui & nous ^ à peine pourrait-il nous
reconnaître. Alors 3 SIRE 3 nous étions faibles 3 languissans j nous
avions la maladie de l'enfance, nous étions abandonnés
à nos propres forces & à la Nature : aujourd'hui nous
sommes forts vigoureux 5 nous avons la santé de
l'adolescence, la Mère-Patrie charmée de nos efforts 3
nous a prodigué ses secours 3 & la Nature a emprunté
ceux de l'art. Les résultats les plus heureux ont été la suite de
ces rapports. La Colonie de Saint - Dominguc est
devenue la plus précieuse Province de France. Sans
être à charge à la population de la Métropole 3 elle a
trouvé le secret pour doubler ses jouissances & augmenter les revenus du Monarque3 de défricher un
second Royaume ; elle a appellé l'Afrique à son secours 3
Se elle a forcé l'admiration de l'Univers 3 en lui montrant que cinq mille Planteurs Français étaient capables
à eux seuls de cultiver DEUX CENTS LIEUES de côtes, de
former des MILLIERS de matelots ^ de vivifier le COMMERCE j & de faire circuler plus de DEUX CENTS MILLIONS chaque année d'un pôle à l'autre. Ce sont là 3 SIRE 3 nos succès & notre gloire. Nous
les mettons aux pieds de votre Trône 3 & nous fupplions VOTRE MAJESTÉ de nous aider à en doubler l'avantage & l'éclat. Depuis long-tems nous avions --- Page 48 ---
t 4 ] forme ce projet important. Mais séparés par les tners s
8c plus encore quelquefois par l'autorité 3 nous nesavions
comment faire entendre les réclamations de notre
longue expérience pour le bien de la Commune. Cependant le moment pressait, & nous avions bien des
choses à dire à VOTRE MAJESTÉ:
upplions VOTRE MAJESTÉ de nous aider à en doubler l'avantage & l'éclat. Depuis long-tems nous avions --- Page 48 ---
t 4 ] forme ce projet important. Mais séparés par les tners s
8c plus encore quelquefois par l'autorité 3 nous nesavions
comment faire entendre les réclamations de notre
longue expérience pour le bien de la Commune. Cependant le moment pressait, & nous avions bien des
choses à dire à VOTRE MAJESTÉ: Nous voulions lui représenter que toute la force d'une
Colonie & son utilité pour la Métropole, résident dans
fcs richesses j que les richesses viennent de la perfection de la culture ; que la culture ne peut se perfectionner que dans le calme & la sécurité ; que la sécurité
ne se trouve qu'à l'abri des Loix i que la J oi ne peut
protéger que ceux qui s'adressent à ses organes ; que
les organes de la Loi sont des Magislrats éclairés ; que
là où il n'y a point de Magistrats, la Loi devient muette,
sa protection nulle a le désordre affreux 3 que la culture se néglige s que les richesses sont bientôt ab[orbées ; que toute association d'hommes a donc un besoin
réel de Juges intègres qui puissent à chaque instant
entretenir parmi eux, sans embarras, ni frais > L'ORDRE
sur lequel repose la félicité publique ; que cet avantage
que goûtaient jadis vos Colons est perdu pour eux 3
depuis que leurs Magislrats, les Patriarches de la famille Coloniale sont dispersés ; depuis qu'un seul
Tribunal , évoque à lui toutes les Causes d'un
grand Empire , & force tous les Propriétaires à --- Page 49 ---
L 5 ] A 3 quitter leurs Manufactures ^ leurs esclavcs 3 leurs
femmes j leurs enfans j leur Commerce 3 pour entreprendre par mer ou par terre 3 aux risqucs des tempêtes d'un élément furieux, ou des ardeurs d'un soleil
brûlant , des voyages périlleux qui ruinent à la fois la
fortune & la santé des malheureux qui ont une propriété à défendre ; que de ce Règlement fait dans de bonnes vûes j sans doute il a résulté des malheurs affreux,
des pertes irréparables, des vexations inouies ; que
pas une voix ne s'est élevée en sa faveur que toutes le
condamnent à l'unisson 3 & que l'éloignement des Magistrats destinés à faire fleurir la paix., est une vraie
calamité pour le Peuple. Et que dirait VOTRE MAJESTÉ d'un Commandant de Province 3 qui j pour
entretenir le bon ordre dans la Ville de sa résîdences enverrait ses troupes à quatre-vingt lieues de lui. Nous voulions représenter à VOTRE MAJESTE que
la Population j la Culture ^ le Commerce de SaintDomingue portés à un point d'accroissement qu'il elît
été impossible de prévoir , rendant les affaires plus
communes & les discussions plus fréquentes , il devenait indispensable ,, non pas seulement de laisser subsister
le Conseil du Port-au-Prince que Louis XIV donna
à la Colonie naissante j non pas seulement de rétablir le
Conseil du Cap que ce même Prince accorda à la Colonie
croissante mais encore de créer aux Caves Saint-Louis
E que
la Population j la Culture ^ le Commerce de SaintDomingue portés à un point d'accroissement qu'il elît
été impossible de prévoir , rendant les affaires plus
communes & les discussions plus fréquentes , il devenait indispensable ,, non pas seulement de laisser subsister
le Conseil du Port-au-Prince que Louis XIV donna
à la Colonie naissante j non pas seulement de rétablir le
Conseil du Cap que ce même Prince accorda à la Colonie
croissante mais encore de créer aux Caves Saint-Louis --- Page 50 ---
[ 6 ] un troisième Conseil que le besoin des Habitans y
appelle tous les jours : que ce troisième Conseil, pouvant , ainsi que les deuæ autres , devant même , pour
le bien de la Colonie , n'être composé que de Propriétaires aises, non stipendiés, servant par honneur ,
recrutés sans cesse par le patriotisme , il n'en coûterait rien au Gouvernement , il n'en coûterait rien aux
Colons. Leurs Causes discutées sans intérêt, seraient
jugées sans passîon, & cet établissement serait le bienfait de VOTRE MAJESTÉ, le plus précieux pour nous,
sans doute, puisqu 'il comblerait nos vœux, sans OIugmenter les charges de l'Etat. Nous voulions représenter à VOTRE MAJESTÉ,
que depuis fO ans la Colonie de Saint-Domingue a
été assez malheureuse pour avoir été gouvernée par 24
Gouverneurs, & par 16 Intendans , les uns après les
autres : que la plupart d entre eux en arrivant, ne connaissait rien au Gouvernement de l'Isle , à sa culture, à
ses usages, que chacun d'eux a été rappellé au moment
où il commençait à être instruit; qu'avant de l'être,
chacun d'eux avait ordinairement supprimé toutes les
institutions de ses prédécesseurs : que de ce changement perpétuel de systême, il en avait résulté tant de
maux, que l'existence de la Colonie était une espèce
de problème : que le seul moyen de remédier à cet
inconvénient j vice radical.) qui s'oppose à la prospérité --- Page 51 ---
[ 7 ] A 4 des habitans, & au plus grand bien de la Monopole ,
était d'établir à Saint-Domingue des Assemblées Provinciales permanentes, & des Assemblécs Coloniales
périodiques j composées les unes & les autres de Propriétaires choisis librement par les Colons , & non de
Magistrats & de Commandans de Quartier appointés
par la Cour ; que dans ces Assemblées qui n'auraient
point de pouvoir exécutif , mais qui connaîtraient à
fond les intérêts de la Colonie , un Gouverneur & uh
Intendant trouveraient en débarquant , des Conseillers
éclairés 3 intègres 3 des avis salutaires 3 celui sur-tout de
s'en tenir à un systême saivi 3 établi dès long-tems pour
le bien de tous. celui de rien innover que pour le
mieux 3 & que de cet Etablissement résulteraient des lumières qui ne permettraient plus aux Administrateurs 3
lorsqu'ils auraient vexé la Colonie pendant leur geition j
de dire : ce n'efl pas ma faute , je n étais pas instruit. Nous voulions faire représenter tout cela à VOTRE
MAJESTÉ 3 & encore bien d'autres choses dont pas une
ne tend à diminuer l'autorité de ses Officiers que nous
bénissons quand ils n'en usent que suivant le cœur
du Roi : nous nous flattions qu'elle aurait accueilli avec
bonté ces Applications faites avec respeft ; déjà nous
les avions rédigées & expédiées en France 3 lorsque la
grande nouvelle de la PROCHAINE ASSEMBLEE DES
ETATS-GÉNÉRAUX a passé jusqu'à nous.
MAJESTÉ 3 & encore bien d'autres choses dont pas une
ne tend à diminuer l'autorité de ses Officiers que nous
bénissons quand ils n'en usent que suivant le cœur
du Roi : nous nous flattions qu'elle aurait accueilli avec
bonté ces Applications faites avec respeft ; déjà nous
les avions rédigées & expédiées en France 3 lorsque la
grande nouvelle de la PROCHAINE ASSEMBLEE DES
ETATS-GÉNÉRAUX a passé jusqu'à nous. --- Page 52 ---
[ 8 ] Alors, SIRE, un cri unanime s'est élevé ; nous
avons dit : notre Père a deviné nos maux 3 il a senti
que ni la surveillance de ses augustes Prédécesseurs, ni
sa propre vigilance , n'avaient pu , pendant un tiède &
demi., prévenir tous les abus, ou en extirper les racines;
qu'après un tel laps de tems 3 il falloit se voir, se parler,
s'entendre ; que sans cette mesure toute restauration
était impossible 3 & il veut être le Restaurateur de la
France Nous n'aurons donc plus besoin de protection
pour approcher de son Trône ; il y invite lui-même
toutes ses Provinces. Nous nous y présenterons comme
a plus grande d'elles toutes , sans contredit, comme
la plus productive 3 sans aucun doute , & nous disputerons à aucune autre d'être plus fidèle que nous. Ce cri a été celui du coeur , & c'est l'hommage le
plus digne de VOTRE MAJESTÉ que nous puissions lui
offrir. La réflexion a succédé à ce premier élan de nos
ames ; nous avons observé que nous n'existions pas
encore lors de la dernière Assemblée des Etats-Généraux & nous avons eu un moment d'inquiétude sur
la manière dont nous serions représentés à ceux qui
vont s'ouvrir. VOTRE MAJESTÉ ne s'est point encore expliquée sur ce point j & nous sommes si loin
d'Elle 3 que nous avons tremblé de ne point nous trouver en mesure avec les Provinces du Continent , lorsque
notre amour nous ferait désirer de les devancer toutes, --- Page 53 ---
[ 1 Dans cette position qui a tempéré notre allégresse 3
vos Colons de Saint-Domingue ont cru devoir se réunir ;
ils se sont assemblés non ILLÉGALEMENT 3 puisque toute
assemblée est LICITE , quand son but elt honnête , mais
très-légalement puisque l'objet de cette réunion n'était autre que de demander à VOTRE MAJESTÉ la
permission de se réunir. Là j nous avons tous senti que quel que fût notre pré -
voyance 3 l'Océan entre nous & le Trône était un
obstacle presqu'invincible au succès de nos démarches,
que le seul moyen de les rendre utiles 3 était de faire
disparaître cet espace immense ; & ce moyen 3 nous
l'avons trouvé., SIRE 3 & ce moyen 3 nos cœurs l'ont saisi : De l'autre côté des mers 3 au sein du Continent
sur lequel VOTRE MAJESTÉ règne 3 se trouve une
partie de. notre propre famille 3 un nombre consîdérable de nos frères 3 une moitié de nous-mêmes j les
uns nés comme nous sous le Tropique 3 ont voulu
goûter les influences bienfaisantes d'un climat plus tempéré j les autres ont voulu jouir tranquillement 3
dans la Capitale 3 du fruit de leurs travaux j les derniers enfin nés en France 3 ont voulu resserrer les
nœuds qui nous unissent déjà à la Métropole j ils ont
recherché notre alliance J ils se sont chargés du bonheur de nos enfans 3 & ces gages précieux que nous
j les
uns nés comme nous sous le Tropique 3 ont voulu
goûter les influences bienfaisantes d'un climat plus tempéré j les autres ont voulu jouir tranquillement 3
dans la Capitale 3 du fruit de leurs travaux j les derniers enfin nés en France 3 ont voulu resserrer les
nœuds qui nous unissent déjà à la Métropole j ils ont
recherché notre alliance J ils se sont chargés du bonheur de nos enfans 3 & ces gages précieux que nous --- Page 54 ---
[ 1O ] leur avons confiés, ont tellement confondu les prcpriétés & les intérêts , que l'Amérique & l'Europe,
Saint - Domingue & la France 3 peuvent mutuellement se dire avec vérité : je ne fais plus quel est le
mien. Eh bien 3 SIRE, c'est à ces frères éloignes de nous,
& qui ont le bonheur de vous entourer 3 que nous
nous sommes adressés avec toute la confiance qu'ils
méritent. Le sang créole coule dans leurs veines , ou
dans celles de leurs enfans. Ils ont mômes propriétés ,
mêmes intérêts 3 même attachement pour la Métropole & la Colonie 3 même amour pour VOTRE
MAJESTE quels Représentans plus zèlés pouvionsnous choisir ? Nous leur avons dit., avec ce sentiment qui persuade:
O! vous qui avez le bonheur d'approcher souvent notre
Père commun 3 vous qui savez à l'instant tout ce que
sa bonté lui inspire pour le bonheur de son Peuple 3
vous qu'une mer immense n'empêche point de vous
présenter chaque jour à ses yeux volez vîte aux pieds
de son Trône; là 3 revêtus de vos propres droits pour
lui parler en votre nom, &de tous nos pouvoirs, car NO us
VOUS LES DONNONS TOUS SANS RESTRICTION AUCUNE., dites-lui que ses Colons sont ses sujets les plus méritans & les plus fidèles 3 que nous aurons peut-être quel- --- Page 55 ---
[ Il ] que jour des graces à lui demander , mais qu'aujourd'hui
nous ne réclamons que sa justice, que nous sommes
ses enfans ni plus ni moins que les Habitans de sa
bonne Ville de Paris , & que nous le conjurons de
nous assigner bien vite la place que nous devons occu- j
per dans l'Assemblée de la grande famille. N'oubliez j
pas de lui dire que nous ne connaissons pas ces trois
divisions d'ordres observés dans le Continent. Que nous j
sommes tous égaux, mais que nous sommes tous sol- \
dats , tous les premiers défenseurs de notre Province ,
& par conséquent tous nobles ; qu'il n'est pas plus
possible de nous placer dans l'ordre du Tiers, que dans
celui du Clergé ; que Saint-Domingue est le plus beau
Fief de l'Empire Français, & que ceux qui l'ont conquis,
défriché , cultivé , fécondé, que ceux dont l'alliance
n'a point été dédaignée par les premières Maisons de
l'Etat, ne peuvent, ne doivent voter qu'au milieu de j
l'ordre de la Noblesse avec lequel ils ont tant d'ares (
communs. Dites-lui, sur-tout, que nous savons bien que
la France a de grands besoins , & que cette raison
feule nous elÎt déterminé à la démarche que nous faisons >
que le sans Français n'a point dégénéré en Amérique,
qu'il ferait honteux pour nous de chercher à nous
cacher, lorique tout l'Empire vient au secours de luimême ; que nous commencerons par prouver que de
toutes les Provinces, celles que l'on appelle Colonies ,
communs. Dites-lui, sur-tout, que nous savons bien que
la France a de grands besoins , & que cette raison
feule nous elÎt déterminé à la démarche que nous faisons >
que le sans Français n'a point dégénéré en Amérique,
qu'il ferait honteux pour nous de chercher à nous
cacher, lorique tout l'Empire vient au secours de luimême ; que nous commencerons par prouver que de
toutes les Provinces, celles que l'on appelle Colonies , --- Page 56 ---
[ Il 1 ont depuis le commencement du siècle, contribué se
plus noblement aux besoins de l'Etat , & qu'après
nous être glorifiés de ce désintéressement, & avoir soumis à la Nation assemblée la question de savoir s'il est
de son intérêt que les Colonies payent à l'avenir autant qu'elles ont payé jusqu'à ce jour, nous ne reculerons jamais quand le Peuple Français tout entier ,
que nous devons regarder comme infaillible 3 aura dit :
ceci est la part que chacun doit au soulagement de la P atrie. Voilà j SIRE j ce que nous avons expressement chargé
nos Frères j nos Compatriotes y de dire à VOTRE
MAJESTÉ. Mais nous avons bien senti que mille Colons résidens dans la Capitale ou dans les Ports , ne
pouvaient pas sans risque de confusion s'adresser tous
ensemble à leur Souverain ; nous leur avons enjoint |
de se réunir 3 & de nommer entre eux ^ parmi eux3
des COMMISSAIRES, propres par leurs lumières & leur
rang j à répondre à la million flatteuse de REPRÉSENTER
toute la Colonie. Nous conjurons VOTRE MAJESTÉ
d'accueillir avec bonté ceux de ses Sujets qui, REVE- j
TUS DE TOUS LES POUVOIRS de Saint-Domingue 3
mettront à ses pieds les respedts & les voeux de ce
second Royaume. Plus heureux que nous, ils verront
notre bon Maître, plus heureux que nous , ils recueilleront'les paroles de bonté qui sortiront de sa bouche --- Page 57 ---
['Ml & ils auront la satisfaction de nous en communiquer
h douceur ! Ils se hâteront, SIRE , de nous faire passer vos
ordres pour la convocation d'une Assemble Coloniale & /
libre qui nommera nos DÉPUTÉS aux Etats-Généraux.
Il ne leur faudra pas plus de six mois pour vous
rapporter cette nomination , & nous espérons qu'avant ce terme , VOTRE MAJESTÉ , n'aura pas encore réuni les Députés de toutes ses Provinces. Cependant 3 SIRE , l'éloignement où nous sommes de
la Métropole, nous ayant dès longtems forcé de mettre
la prévoyance au nombre des vertus nécessaires , c'est
dans une circonstance si importante , que nous devons la développer toute entière aux yeux de VOTRE
MAJESTÉ. S'il arrivait qu'elle jugeât à propos , dans sa sagesse ,
d'avancer l'époque des Etats-Généraux , il serait également douloureux pour nous , SIRE, ou d'être un
obstacle à vos vûes bienfaisantes , ou d'être privés
d'un droit de présence qui, peut-être même, rendrait
l'Assemblée incomplette. Dans ce cas seul , NOUS REMETTONS TOUS NOS DROITS A L'ASSEMBLÉE GÊNÉRALE DE NOS FRÈRES RÉSIDENS EN FRANCE. Nous
supplions VOTRE MAJESTÉ de les réunir, & nous
déclarons d'avance, sans préjudicier à nos droits, & sans
à vos vûes bienfaisantes , ou d'être privés
d'un droit de présence qui, peut-être même, rendrait
l'Assemblée incomplette. Dans ce cas seul , NOUS REMETTONS TOUS NOS DROITS A L'ASSEMBLÉE GÊNÉRALE DE NOS FRÈRES RÉSIDENS EN FRANCE. Nous
supplions VOTRE MAJESTÉ de les réunir, & nous
déclarons d'avance, sans préjudicier à nos droits, & sans --- Page 58 ---
[ 141 tônséquence pour l'avenir, que nous entendons j pour
cette fois reulement , APPROUVER ET RATIFIER dans
toute sonétendue le choix qu'ils feront de DÉPUTÉS pour
nous représenter à l'Assemblée Nationale; nous SANCTiONNONS de même les instru&ions qu'ils donneront à
ces Représentans j auxquelles viendront se joindre celles
que nous leur feront passer incessamment , & NOUS
REGARDERONS COMME FAIT PAR NOUS-MEMES,tout
ce qu'ils auront fait & arrêté librement en face de
la Nation & de son auguste Chef. Que rien donc ne suspende désormais les intentions
patriotiques de VOTRE MAJESTÉ , qu'elle se livre
au bonheur de se voir environnée d'un Peuple entier
qui adore ses Souverains , &r qui n'oubliera jamais
qu'il doit à LOUIS SEIZE le bienfait de sa réunion:
qu elle écoute de ses propres oreilles la voix de ce
Peuple qui j depuis tant d'années 3 n'a pu se faire entendre. Qu'entourée de son auguste Famille, des Pairs
du Royaume & de ses Minières „ elle pèse dans sa
prudence les réclamations de ses Sujets , qu'elle leur
expose avecfranchise les DETTES, les BESOINS de l'Etat,
LES ABUS... qu'elle compte sur ses Français pour satisfaire aux deux premiers articles ; qu'une sévérité
bienfaisante se cbatgâ de réformer le dernier ; que
des Loix sagement combinées avec les Capitulations ,
les Privilèges , les intérêts des différentes Provinces, --- Page 59 ---
[ 15 ] présentées à la Nation, sandtionnées par Ces repréren.
tans, viennent mettre un sceau irréfragable à la restauration d-:; l Empire 3 & rien ne pourra plus s'opposer à la prospérité de la France , & les bienftits
de VOTRE MAJESTÉ se graveront dans tous les
cœurs 3 & son nom ne se prononcera point sans enthousïasme } & nous bénirons tous avec transport notre
Père dans notre Législateur. Nous sommes avec respect j S IRE, DE VOTRE MAJESTÉ, Les très-humbles 3 très-obéissans
& très-fidèles Sujets. Les Propriétaires Planteurs de la Colonie de SaintDomingue C*). ( * ) Suivent sur la Minute plus de TROIS MILLE signatures
ORIGINALES , dépotées au Bureau du Conute Colonial ré1idenr À
Paris. --- Page 60 --- --- Page 61 ---
T -b- r7" NN RY - b- *
Jl...I r, i 1 it r, COMMISSAIRES DE LA COLONIE DE SAINT-DOMINGUE , AU ROI. SIRE, A L'INSTANT où VOTRE MAJESTÉ a témoigné à Ces
Sujets la plénitude de sa tendresse, en manifestant l'intention où elle était3 de les réunir autour de son Trône,
une sensation délicieuse a pressé tous les coeurs Français,
& prompte comme l'éclair, cette commotion si douce
s'ell propagée AU-DELA DES MERS. VOS COLONS DE SAINT-DOMINGUE n'attendaient
que ce signal j pour voler aux pieds de leur Souverain.
S'ils n'ont pas le bonheur de vivre sous ses yeux , ils
ets la plénitude de sa tendresse, en manifestant l'intention où elle était3 de les réunir autour de son Trône,
une sensation délicieuse a pressé tous les coeurs Français,
& prompte comme l'éclair, cette commotion si douce
s'ell propagée AU-DELA DES MERS. VOS COLONS DE SAINT-DOMINGUE n'attendaient
que ce signal j pour voler aux pieds de leur Souverain.
S'ils n'ont pas le bonheur de vivre sous ses yeux , ils * Cettc Lettre a été remise le 4 Septembre 178S , par les Commiflaires soussi,-,nés, à M. LE COMTE DE LA LUZERNE, Mil1Hire
de la Marine, qui s'est chargé de la prcfcater au ROI. --- Page 62 ---
[ 2 ] n'en sont pas moins ses Sujets les plus fidèles, & chaque jour, lorsque sous un Ciel brûlant ils fécondent
une terre desséchée en l'arrosant de leurs sueurs , ils
songent avec délices, que l'œuvre de leurs mains transportée dans la Métropole , produit l'heureux effet, ou
de soulager le pauvre, ou d'augmenter les jouissances
du riche, & sur-tout , de doubler par une ciiculation
rapide, les richesses du PERE COMMUN qui ne les prise
que pour les reverser sur SES ENFANS. C'EST ainsi, qu'au commencement du siècle dernier ,
<les milliers d'hommes eurent le courage de renoncer
aux douceurs de la MÈRE- PATRIE , de braver les dan..
gers des tempêtes, & ceux d'un climat rigoureux ,
pour aller fonder dans un autre hémisphère une PATRIE
NOUVELLE, dont l'organisation fût telle, qu'elle ne cessât
jamais de correspondre avec la Métropole , & de lui
devenir nécessaire, en augmentant son territoire , ses
productions, ses échanges & ses rapports. Nous sommes, SIRE, les descendans de ces Enfans qui
ont formé une NOUVELLE BRANCHE dans votre Empire.
Nous avons reçu de nos Pères, comme un dépôt précieux , les Moeurs , les Loix, les Coutumes qui régissaient votre Royaume : ils les adaptèrent aux nouvelles
Provinces qu'ils venaient de soumettre à votre domination : nous les avons conservé comme le feu sacré ;
& c'est à ce [¡gne non équivoque, qu'il nous sera toit- --- Page 63 ---
r ? 1 jours facile de prouver notre confraternité avec le
Continent, si les liens qui nous ont rapproché dèslors , & que nous avons su doabler depuis 3 n'étaient
pas une preuve vivante de l'union intime -' que le besoin,
& des intérêts réciproques resserrent tous les jours. DEPUIS cette époque éloignée, depuis raggréga:ion de
ces nouvelles PROVINCES que l'on appelle COLONIES ,
les Rois vos augustes prédécesseurs, empêchés par le
malheur des tems , ou par des guerres étrangères j,
n'ont jamais réuni leurs Sujets , pour conférer sur les
affaires communes. De cette longue privation pour les
Peuples , avoit résulté une langueur qui aurait dégénéré
en une maladie nationale,, si VOTRE MAJESTÉ ne
s'était hâtée d'y porter remède ; il vous était réservé ,
SIRE , d'entrevoir le mal, d'en chercher la source., &
d'adopter le meilleur de tous les moyens pour la tarir.
Vous avez résolu d'appeller vos Sujets autour de Vous ;
Vous avez résolu de donner à l'Europe le speâacle
imposant de 2 4 MILLIONS D'HOMMES , délibérant avec
franchise devant leur Souverain.
maladie nationale,, si VOTRE MAJESTÉ ne
s'était hâtée d'y porter remède ; il vous était réservé ,
SIRE , d'entrevoir le mal, d'en chercher la source., &
d'adopter le meilleur de tous les moyens pour la tarir.
Vous avez résolu d'appeller vos Sujets autour de Vous ;
Vous avez résolu de donner à l'Europe le speâacle
imposant de 2 4 MILLIONS D'HOMMES , délibérant avec
franchise devant leur Souverain. Au moment de convoquer cette Assemblée auguste ,
VOTRE MAJESTÉ, par une suite de sa bonté prévoyante , a senti que les formes anciennes pouvaient
être insuffisantes. Le changement des tems , l'augmentation de vos Domaines , semblaient exiger une modification essentielle dans la composition du Sénat de la- --- Page 64 ---
[ 4 1 France. Vous avez cru ne devoir consulter , sur un
objet aussi important,, que la NATION elle-même3 &
les intentions paternelles que Vous lui avez manifeftées à ce sujet 3 le y Juillet & le 8 .Août dernier resieront à jamais gravées dans le cœur de tous les
Français. BIENTÔT chaque Province a ouvert le dépôt de ses
Chartes : les Savans ont interrogé les anciens Manufcrits : chaque Ordre a mis en avant ses prétentions 3
ses titres . Nous j SIRE j nous n'en avons d'autres que d'être
les ENFANS de VOTRE MAJESTÉ. Nous tenons dans
nos mains les DEUX ARRÊTS qu 'elle vient de rendre.
Forts de ces titres précieux., enhardis par les droits
qu ils nous donnent , nous venons offrir à notre Père ,
notre amour à notre Souverain j notre sang : dès longtems déja 3 nous avons su le répandre pour son service :
mais j, ce n'est qu'aujourd'hui seulement ^ qu'il nous est
libre de lui en présenter , EN CORPS 3 le respettueux
hommage. EN effet ^ lors des derniers Etats 3 nos Ayeux n'avaient
pas encore traversé les mers 3 & la BRANCHE vigoureuse
que nous formons aujourd'hui n'étoit point encore
séparée du TRONC. QUEL accroissements SIRE, dans un siècle & demi! --- Page 65 ---
t 5 ] nous avons été défricher des terres inconnues } nous
avons bâti des Villes ; nous avons presque fondé un
Empire. Victimes du climat ^ nous avons bravé la mort
pour augmenter vos Possessions 3 & quand enfin , il a
été bien reconnu que la nature refusait aux Français la
force de corps nécessaire pour cultiver un sol brûlé sous
une zone ardente 3 nous avons conservé nos têtes pour
ordonner les travaux 3 & nous avons été chercher au
fein de l'Afrique un Peuple entier d'habitans acclimatés : nous leur avons prescrit d'enrichir la Métropole
& notre Souverain 3 & pour prix d'un travail 3 tribut
que le pauvre paie par tout aux riches 3 nous les traitons par humanité & par intérêt j comme nos Enfans,
en dépit des assertions erronées de quelques Philosophes novateurs. AUJOURD'HUI 3 SIRE 3 nous mettons à vos pieds le
résultat heureux de tant de peines ^ de tant de travaux 3
de tant de courage 3 de tant d'amour -, AGRÉEZ LE succès
DE DEUX SIÈCLES 3 & daignez un moment en apprécier
la valeur : Du haut de votre Trône 3 promenez vos regards sor
toutes les Provinces de la France; mesurez leur étendue ;
que votre oeil 3 ensui te 3 franchise l'Océan : qu'il embrasse
J'immense Pays que nous représentons j qu'il compte
SOIXANTE VILLES ou Bourgs , SIX MILLE HABITA-
de tant de courage 3 de tant d'amour -, AGRÉEZ LE succès
DE DEUX SIÈCLES 3 & daignez un moment en apprécier
la valeur : Du haut de votre Trône 3 promenez vos regards sor
toutes les Provinces de la France; mesurez leur étendue ;
que votre oeil 3 ensui te 3 franchise l'Océan : qu'il embrasse
J'immense Pays que nous représentons j qu'il compte
SOIXANTE VILLES ou Bourgs , SIX MILLE HABITA- --- Page 66 ---
[ 6 ] TIONS , qui sont autant de Villages , 100 LIEUES de
côtes : qu'il voie la NAVIGATION entretenue par nous,
LE COMMERCE vivifié par nous, DEUX CENTS MILLIONS
mis en circulation par nous ; qu'il voie , en tems de
guerre, nos biens, nos personnes3 les premières vicTIMES DE L'ENNEMI ; qu il nous voie alors les PREMIERS DÉFENSEURS DE L'ETAT, & daignez, à ces
titres, nous assigner 3 comme à vos autres Ensans, NOS
FRÈRES , une Place dans l'Assemblée prochaine de la
GRANDE FAMILLE. 5 LE choix de nos Députés ne saurait être embarra ssant :
l nous sommes tous propriétaires , tous égaux , tous
| Soldats 3 tous Officiers, tous nobles ; nous ne sormons
qu'un seul ordre 3 comme nous n'avons qu'un cœur à
f vous offrir. ! CEPENDANT , SIRE , nos intérêts font tellement
importans 3 notre territoire si vaste 3 les différences de
climats & de productions si variées 3 que ce serait
tromper VOTRE MAJESTÉ , que de ne pas lui faire
connaître, que TROIS DÉPUTÉS , AU MOINS, de chacune des grandes divisions de la Colonie 3 sont indispensablement nécessaires pour lui apporter dans toute son
intégrité, le vœu de Saint-Domingue, car CE NE SONT
PAS DES DOLÉANCES , CE SONT DES VŒUX que nous,
.avons à faire entendre. - --- Page 67 ---
l 7 ] VOTRE MAJESTÉ, en prescrivant les formes de
l'élection , ordonnera que les NEUF DÉPUTÉS soient
choisis librement , ou par les Propriétaires résidens à
Saint-Domingue , si le tems le permet : ou, ce qui
/ reviendrait au même, par l'Assemblée générale des
I Colons résidens en France, qui forment le plus grand j
\ nombre des grands Propriétaires, & dont la plupart ont
l'honneur d'approcher tous les jours de votre personne. Oui, SIRE, les liens du sang , ces liens que rien ne
j saurait rompre , ont uni pour jamais votre noblesse
| avec Saint - Domingue. Votre Cour elt DEVENUE
CRÉOLE par alliances, & nous nous félicitons de penser que nulle Province du Continent n'a l'avantage
d'entourer VOTRE MAJESTÉ d'aussi près que ses
L Colonies de l'Amérique. QUANT à nous, SIRE, que tous les Colons de ce
fecond Royaume ont honoré de leurs suffrages, chargés de mettre spécialement leurs hommages aux pieds
de VOTRE MAJESTÉ , nous approchons de votre
Trône, avec cette confiance qui accompagne toujours
des Enfans soumis , lorsqu ils adressent à un Père tendre une demande juste. Nous nous glorifierons à jamais
de notre mission, si nous avons le bonheur d'annoncer
à nos Constituans, que VOTRE MAJESTÉ a daigné
jetter sur eux un regard paternel ; & pénétrés de cette
douce espérance, nous la supplions d'agréer le seul
de VOTRE MAJESTÉ , nous approchons de votre
Trône, avec cette confiance qui accompagne toujours
des Enfans soumis , lorsqu ils adressent à un Père tendre une demande juste. Nous nous glorifierons à jamais
de notre mission, si nous avons le bonheur d'annoncer
à nos Constituans, que VOTRE MAJESTÉ a daigné
jetter sur eux un regard paternel ; & pénétrés de cette
douce espérance, nous la supplions d'agréer le seul --- Page 68 ---
[ 8 ] A PARIS, chez CLOUSIER, Imprimeur du ROI,
rue de Sorbonne. tribut digne d'Elle que nous pussions lui offrir, celui
d'une gratitude sans bornes , & d'un absolu dévouement. Nous sommes , avec respedt, SIRE.) DE VOTRE MAJESTÉ , Les tres-humbies , très-sournis ,
ct très-fideles Sujets. Paris 3 ce 31 Août 1788. --- Page 69 ---
A LETTRE BIEN IMPORTANTE DE LA CHAMBRE D'AGRICULTURE DE SAINT-DOMINGUE, Adressée aux Membres du Comité Colonial y
séant à Paris. Du 10 Décembre 1788. MESSIEURS, J'AI l'honneur de vous faire parvenu J conformément
aux intuitions de la Chambre d'Agriculture, expédition
de la délibération qu'elle a jugé à propos de prendre
lt < de ce mois , sur l'objet dont vous vous êtes occupés
AVEC TANT DE ZÈLE dans la Capitale. Je suis chargé
d'accompagner cet envoi d'une LETTRE DE REMERCIEMENT au nom de la Chambre. C'est-là, MESSIEURS,
la commission la plus agréable que l'on pût me donner,
puisque devant être l'organe de la GRATITUDE de la --- Page 70 ---
[ 1 ^ Colonie , je trouve dans, mon cœur les sentimens que
l'on m'a chargé de vous manifester. ON n'a été étonné ici , MESSIEURS, ni de la fermeté ,
! ni des talens que développent les opérations & les écrits
| du COMITÉ COLONIAL formé à Paris, sur le grand
î & important objet de faire admettre les DÉPUTÉS de
Saint - Domingue , à l'auguste assemblée des ÉTATSGÉNÉRAUX de la Nation : on n'attendait pas moins
des MEMBRES si avantageusement connus , qui composent ce Comité. MAIS ce qui a jugement excité , MESSIEURS J
L'ADMIRATION ET LA RECONNOISj SANCE de la Chambre d'Agriculture, C'EST D'UNE PART LA JUSTESSE DES VUES
DE VOTRE COMITÉ, ET D'UN AUTRE COTÉ, L'INFATIGABLE ARDEUR QUE VOUS AVEZ MISE DANS VOS ÉCRITS ET DANS VOS DÉMARCHES : VOUS N'ÊTES PAS TOMBÉS DANS LA PLUS LÉGÈRE ERREUR SUR CE QUI CONCERNE SAINT-DOMINGUE ; IL SEMBLE
ET LA RECONNOISj SANCE de la Chambre d'Agriculture, C'EST D'UNE PART LA JUSTESSE DES VUES
DE VOTRE COMITÉ, ET D'UN AUTRE COTÉ, L'INFATIGABLE ARDEUR QUE VOUS AVEZ MISE DANS VOS ÉCRITS ET DANS VOS DÉMARCHES : VOUS N'ÊTES PAS TOMBÉS DANS LA PLUS LÉGÈRE ERREUR SUR CE QUI CONCERNE SAINT-DOMINGUE ; IL SEMBLE QUE VOTRE TRAVAIL , FAIT A PARIS, --- Page 71 ---
A 1 L'AIT ÉTÉ SUR LE LIEU MÊME ET
DANS LE FOYER DES DÉSORDRES
AFFREUX DONT SE PLAINT LA COLONIE : IL SEMBLE AUSSI, PAR L'ÉNERGIE DE VOS PLAINTES, QUE CHACUN
DE VOUS AIT PERSONNELLEMENT
RESSENTI LES FUNESTES EFFETS DE
CES DÉSORDRES. (*) Ir; ne vous échappera sûrement pas, MESSIEURS 3 que
la Colonie de Saint-Domingue, livrée aujourd'hui &
depuis long-tems à des Chefs militaires 3 privée des
VÉRITABLES & SEULS Représentans quelle avait autre- '
fois dans les Colons Membres des anciens Conseils, en
conserve au moins une ombre légère dans la formation
& dans les fondions attribuées a ces Chambres. Voilà tout ce qui nous reste de
notre ancienne constitution j & ce qu'il y a de singulier,
c'eit que nous avions ces Chambres dans le tems que
nous avions encore les anciens Conseils , composés de
PROPRIÉTAIRES-PLANTEURS , rendant GRATUITE- (* ') Et le Ministre disoit aux Commiiïaires qu'ils N'Y ENTENDOIENT RIEN, & il ne cassoit de leur répéter que la Colonie écoit/
TRÈS-HEUREUSE, / --- Page 72 ---
UI ] MENT la Justice à leurs Concitoyens. Nous étions
f donc doublement prémunis contre les abus de l'adminilhation à l'époque de la création des ces Chambres qui remonte à l'année 1761. Sous ce point de
vue., MESSIEURS3 les motions faites par la Chambre
d'Agriculture doivent vous paraître précieuses 3 &
tnême, jusqu'à un certain point 3 SUPPLÉTIVES du
vœu général, lorsqu'il est si difficile de le manifeiter
dans une forme légale. 1 A flûte du Roi, la Truite J commandée par M. de
Villehlanche, met à la voile Lundi prochain 15 de ce mois.
! J'ai dans l'idée ^ Messieurs , que nous n'aurons pas la
^ veille la réponse que nous devrions recevoir ce jour là
de Messieurs les Administrateurs 3 à la dernière motion
de la Chambre. Si elle arrive je ferai un paquet particulier de cette réponse 3 que je remettrai au Commandant de la flûte du Roi. AGRÉEZ „ MESSIEURS, LES REMERCIEMENS
PUBLICS DE LA CHAMBRE,, daignez la satisfaire
sur ses demandes pressées., & continuer d'en suivre
l'esset avec le même zèle. Je suis 3 avec un respectueux & absolu dévouement 3
MESSIEURS , votre très-humble & très-obéissant serviteur. Signé , DAUGY J Secrétaire-Adjoint de la Chambre.
à'Agrkulture. --- Page 73 ---
[ 5] 1
EZ „ MESSIEURS, LES REMERCIEMENS
PUBLICS DE LA CHAMBRE,, daignez la satisfaire
sur ses demandes pressées., & continuer d'en suivre
l'esset avec le même zèle. Je suis 3 avec un respectueux & absolu dévouement 3
MESSIEURS , votre très-humble & très-obéissant serviteur. Signé , DAUGY J Secrétaire-Adjoint de la Chambre.
à'Agrkulture. --- Page 73 ---
[ 5] 1 A 3 EXTRAIT des Regifires de la Chambre d'Agriculture du Cap. Séance du 5 Décembre 1788. LA Chambre3 après mûre délibération3 CONSIDÉRANT qu'à sa précédente séance, du 7 Novembre,
elle a adressé à Messieurs les Adminittrateurs & fait
expédier au Ministre de la Marine j en la forme prescrite 3 un Mémoire pour demander au Roi QUE LA
COLONIE SOIT AUTORISÉE A ENVOYER DES
DÉPUTÉS AUX ÉTATS GÉNÉRAUX, & que
cette demande , qui exigeait de la célérité par la fixation de la tenue des États au premier Mai prochain
deviendroit actuellement tardive & vaine par le rapprochement de cette assemblée au mois de Janvier
si l'on ne savait qu'elle durera plusieurs mois nécessairement. CONSIDÉRANT que Messieurs les Administrateurs ,
par leur réponse du 16 Novembre dernier, ONT APPROUVA CETTE DEMANDE SOUS LES RAPPORTS QUI
REG.4RDENT L "ADIfINIST'RATION 3 & cependant ont
refusé de l'appuyer 3 PARCE QUE LE VŒU DE LA CoLONIE NE LEUR EST PAS CONNU (*) ET QU'IL SERAIT (*) Eh? que ne cherchent ils à le connoître? Quatre mille fignarures, & un cri général, devroient leur donner quelques pref- /
sentimens. --- Page 74 ---
[ 6 ] POSSIBLE QV ELLE CItAIGXI'r Dit s'iNCORrOtLER AYM&
LE ROYAUME , CHARGÉ D'UNE DETTE IMMENSE ,
LORSQU'ELLE EST LIBRE DE JOUTES DETTES. CONSIDÉRANT que de cette réponse même, PLEINE
DE SAGESSE & qui respire L'ATTACHEMENT
pour les Colons , confiés aux soins de Messieurs les
Adminillrateurs , il résulte qu' il est nécessaire de connaître le voeu de la Colonie 3 sur un objet dont ces
Meilleurs reconnoissent l'utilité fous les rapports les plus
imporrans, ceux de i'Adininij?ration : qu'il en résulte
que c ell à la Colonie à adopter ou à rejetter ce voeu ;
quelle doit être ASSEMBLEE pour juger si les Colonies 3 n étant que des Établissemens destinés à alimenter le Commerce & la force Nationale, ne devant
conséquemment, que de cette manière payer le tribut à
l'Etat & dès-lcrs étant incompatible avec leur essence
& impolitique de les soumettre à des impôts plus direâs ;
si j dis-je , on doit craindre que les États Généraux 3 ou
le Roi 3 ne les surchargent contre ces maximes connues :
que Saint-Dorr.ingue doit être ASSEMBLÉE pour examiner, s il n cil pas naturel de penser que la Nation, dans
san état de démené, n'aura pas besoin d'être avertie de
i EXISTENCE de b Colonie parla présence de ses Députés
pour la considérer comme une ressource puissante; si alors
il n est pas important lorsqu'on EXAGÉRERA SON ORY-*
Généraux 3 ou
le Roi 3 ne les surchargent contre ces maximes connues :
que Saint-Dorr.ingue doit être ASSEMBLÉE pour examiner, s il n cil pas naturel de penser que la Nation, dans
san état de démené, n'aura pas besoin d'être avertie de
i EXISTENCE de b Colonie parla présence de ses Députés
pour la considérer comme une ressource puissante; si alors
il n est pas important lorsqu'on EXAGÉRERA SON ORY-* --- Page 75 ---
17 1 LENCE : qu'elle ait aux ÉTATS GÉNÉRAUX des
Défendeurs qui les rappellent aux vrais principes de
son adminiitration j & si , en dernière analyse, il ne
serait pas AVANTAGEUX pour elle DE PAYER UNE
MEILLEURE ADMINISTRATION par le risque ou
la réalité même d'une contribution qu'on ne pourrait
jamais manquer de modérer & de régler avec dif..
crétion. CONSIDÉRANT qu'à supposer que tel soit le vœu ¡
de la Colonie, rien ne peut s'opposer à sa juste réclamation , puisque par les Arrêts du Conseil d'État, )
des 5 Juillet > 8 Août & 15 Oclibre dernier , TOUS ZETS
SUJETS DU ROI ET TOUS LES PAYS DE eom OBÉIS- /
SANCE SONT APPELLÉS , SANS EXCEPTION , AU SÉNAT ■'
DE LA NATION : que, par ces Arrêts, la Colonie est :
suffisamment autorisée à s'assembler pour NOMMER
DES DÉPUTÉS & prescrire leur mission, sans qu'aucune
autorité ait le droit de gêner ses démarches 8: leur
rérultat; sauf à SA MAJESTÉ, ou aux ÉTATS GÉNÉRAUX , à admettre ou à rejetter ses Deputés & à limiter leurs pouvoirs ; sauf aussi à les placer dans CELUI ?
DES DEUX ORDRES qu'il plaira à SA MAJESTE; chose
assez indifférente à des hommes qui s'estimeront certainement honorés, quel que soit leur rang, d'être les
AGENS & les DÉFENSEURS d'une Colonie aussi importante. A 4 --- Page 76 ---
[ ] CONSIDÉRANT néanmoins que , comme la, Chambre
a cru devoir précédcmment s'adresser au Ministre, actuellement que les États Généraux paraissent trop prochains pour attendre ses ordres, il est NÉCESSAIRE de
s'adresser à Meilleurs les Administrateurs pour faire
provoquer & régler la forme de la convocation & de
¡'éleétioil & l'étendue des pouvoirs des DÉPUTÉS 3 suivant le libre concours du plus grand nombre qui forme
le vœu général. CONSIDÉRANT qu'il est de LA PLUS GRANDE
IMPORTANCE pour la Colonie de saisir l'occasion ,
peut-être unique, où la Nation rétablie dans ses droits
pourra faire entendre au Roi ses doléances & ses griefs s
sans intermédiaires & directement ; parce que la Colonie A AUSSI MALHEUREUSEMENT SES DOLÉANCES
ET SES GRIEFS PARTICULIERS : QUE C'EST le moment
favorable de demander le RÉTABLISSEMENT de soa
ancienne organisation ; DE CES CONSEILS composés de
Colons j rendant la justice librement & GRATUITEMENT à leurs Pairs ; de ces ASSEMBLÉES COLONIALES où les contributions modiques 3 demandées par
le Roi , étaient réparties suivant le vœu & l'intérêt des
Citoyens : QUE C'EST le moment de donner à ces institutions anciennes Textensïoh & la perfection que
l'état a&uelde la Colonie exige: QUE C'EST le moment
SEMENT de soa
ancienne organisation ; DE CES CONSEILS composés de
Colons j rendant la justice librement & GRATUITEMENT à leurs Pairs ; de ces ASSEMBLÉES COLONIALES où les contributions modiques 3 demandées par
le Roi , étaient réparties suivant le vœu & l'intérêt des
Citoyens : QUE C'EST le moment de donner à ces institutions anciennes Textensïoh & la perfection que
l'état a&uelde la Colonie exige: QUE C'EST le moment --- Page 77 ---
19 ] de lui procurer, pour toujours 3 un Gouvernement fixe,
invariablej indépendant de l'obscurité & de l'incertitude que l'éloignement produit & de l'instabilité d'o1
piivcns (': de systêmes qu'enfante la succession perpé- *
tuJ'e & V.- RSATiLE des Administrateurs & des Mî- |
niftr'. s : Or S C'E- r le moment d'assarer au Colon, dans |
sa personne & dans ses biens, cette liberté fous la Loi
ct par la Loi, que !a forme aétuelle de son Gouvernement ne garantit f, is assez : QUE C'EST le moment de
propoÜ.r tout ce qui peut tendre à la perfection de sa
culture & au juste équilibre des deux espèces de Commerce que ses besoins & ses productions appellent. QuE
c'EST enfin le moment de faire RÉVOQUER les nouvelles loix deH:ruétives de ces vues essentielles, d'en PROVOQUER de meilleures ou de REMETTRE en vigueur
les anciennes. CONSIDÉRANT qu'il suffit que ces grands intérêts
soientprésentés, pour que la Cham qui seule approche
OU TIENT LIEU D'UN CORPS REPRESENTATIF DE LA
COLONIE , doive solliciter la convocation générale pour
délibérer d'abord, s'il y a lieu de nommer des DÉPUTÉS , & ensuite sur le choix & la mission de ces
REPRÉSENTANS , & parce que MESSIEURS les Administrateurs qui semblent la désirer, ne balancent
pas de la provoquer 3 sur-tout après l'invitation géné- --- Page 78 ---
[ io j nie saite par le Roi même : QUE lorsque Sa Majesté,
suivant ses propres expressions, appelle tous les enfans
de la grande famille autour du pere commun , il serait
HONTEUX pour les Colons de ne pas s'empresser, &
PEU CONVENABLE à l'autorité de ne pas donner l'essor
à leur empressement : QUE cela est d'autant plus vrai
que l'impulsion & l'exemple sont donnés : QUE les
j grands Propriétaires , réfidans en France, A LA TÊTE
DESQUELS SONT LA MEILLEURE NOBLESSE
I ET UN PRINCE AUGUSTE, ont déjà présenté, PAR.
S DES COMMISSAIRES, leur demande au Roi même..
) ^ & sollicitent l'intervention de la Colonie dans une
| forme plus légale : PAR CES CONSIDÉRATIONS , la Chambre , pour
l'intérêt de la Colonie , qu'elle est, par sa constitution,
chargée de défendre, en toute occasion, & pour se
conformer, autant qu'il est en elle, aux Arrêts du
Conseil d'État des ; Juillet, S Août & Ç OBcbre derniers . a ARRÊTÉ que la présente adresse seroit faite
à MESSIEURS les Administrateurs , afin qu'il leur
plaise donner sur-le-champ les ordres necessaires , dans
toutes les Paroisses de la Colonie, pour qu'il soit incessamment & au même jour tenu des Afîlmblées par
chacune d'elles , à l'effet (s'il est trouvé convenable)
de nommer 3 par chaque dite Paioisse, deux Commis-
Juillet, S Août & Ç OBcbre derniers . a ARRÊTÉ que la présente adresse seroit faite
à MESSIEURS les Administrateurs , afin qu'il leur
plaise donner sur-le-champ les ordres necessaires , dans
toutes les Paroisses de la Colonie, pour qu'il soit incessamment & au même jour tenu des Afîlmblées par
chacune d'elles , à l'effet (s'il est trouvé convenable)
de nommer 3 par chaque dite Paioisse, deux Commis- --- Page 79 ---
r 11 i S AIRES ÉLECTEURS , lesquels seroient autorisés Sc
tenus de se trouver à d'autres Assemblées qui seront
pareillement indiquées à BREF DÉLAI dans les trois
chefs-lieux de la Colonie J scavoir 3 AU CAP 3 au PORTAU-PRINCE 3 & aux CAYES pour y porter le voeu.
de la Paroisse > & 3 s'il y a lieu par la majorité des
vœux réunis 3 être par lesdits COMMISSAIRES ÉLECTEURS , nommé à la pluralité des voix pour cha- s
cune des trois Parties de la Colonie 3 SEPT DÉPUTÉS aux |
États Généraux > dont quatre pris dans la Colonie, J
8c trois parmi les grands Propriétaires résidens en vj
France 3 & dont la mission & les pouvoirs feront ré- -4
glés par lesdits Commissaires Éleéteurs, aussi à la pluralité des voix 3 suivant ce qui leur aura été prescrit à
eux-mêmes par les Paroisses. Lesquelles Assemblées
PAROissiALES seront tenues en présence des Commandans respeftifs des milices t & celles des COMMISSAIRES ÉLECTEURS 3 en présence des Commandans
pour le Roi, qui seront chargés uniquement de veiller à la
tranquillité & à la pleine liberté des délibérations 3 sans
pouvoir les gêner en aucune manière. Les Procèsverbaux desquelles Assemblées seront inscrits j [avoir,
pour les Assemblées des PAROISSES , sur le registres
de la. Paroisse pour celles des COMMISSAIRES
ÉLECTEURS 3 dresses en minute par les Notaires généraux 3 8e j à leur défaut , par le plus ancien No- --- Page 80 ---
[ Il 1 taire3 suivant l'ordre du Tableau3 qui seront nommés
GREFFIERS desdites Assemblées. QUE lesdits Procèsverbaux seront remis sur-le-champ par les Curés &
Greffiers, en double expédition 3 duement certifiés sans
frais, tant aux COMMISSAIRES ÉLECTEURS qu'aux
DÉPUTÉS COLONIAUX 3 pour leur servir de lettres de
créance & agir en conséquence; COMME AUSSI que
les pouvoirs des Électeurs seront déposés aux minutes
des Greffiers Notaires susdits pour recours , & annexés aux Procès - verbaux de délibération desdits
tledteurs. A ARRÊTÉ j qu'expédition de la présente sera sans
délai adressée à MESSIEURS les Général & Intendant,
ensemble un exemplaire de la Lettre écrite au Roi ,
le 31 Août 1788 j par Messieurs les COMMISSAIRES,
nommés par les Propriétaires Coloniaux résidens en
France 3 & copie de l'Arrêt du Conseil d'Etat du
5 Octobre dernier, le tout duement certifié par le
Secrétaire ; comme aussi que copie de la présente
sera adressée à la Chambre d'Agriculture du Port-auPrince.
à MESSIEURS les Général & Intendant,
ensemble un exemplaire de la Lettre écrite au Roi ,
le 31 Août 1788 j par Messieurs les COMMISSAIRES,
nommés par les Propriétaires Coloniaux résidens en
France 3 & copie de l'Arrêt du Conseil d'Etat du
5 Octobre dernier, le tout duement certifié par le
Secrétaire ; comme aussi que copie de la présente
sera adressée à la Chambre d'Agriculture du Port-auPrince. A ARRÊTÉ pareillement, qu'expédition de la présente sera envoyée au Ministre de la Marine 3 le tout
duement certifié par M. de Laborie 3 Secrétaire de la. --- Page 81 ---
[ 1; 1 Chambre 3 ou, en son abscence 3 par M. Daugy 3 Secrétaire-Adjoint. ( * ) ET PAR SUITE , la Chambre a pareillement arrêté
que copie 3 tant de la délibération ci-dessus 3 que de la
réponse que Messieurs les Général & Intendant y feront j sera envoyée duement certifiée à M. LE MARQUIS DE GOUY D'ARSYj pour MESSIEURS DU COMITÉ COLONIAL 3 résident à Paris , avec une lettre
de remerciement au nom de la Chambre j du zèle patriotique QU'IL A MONTRÉ & des soins infinis QU'ILS
SE SONT DONNÉS pour l'admission de la Colonie aux
ÉTATS GÉNÉRAUX : avec prière d'envoyer à la Cham-
'bre au moins un exemplaire de leurs transactions qu'elle
Relire CONSIGNER dans ses archives pour PERPÉTUER
LE SOUVENIR DE LEUR PATRIOTISME ET DE
LEUR ATTACHEMENT AUX INTÉRÊTS DE LA
COLONIE. ET CEPENDANT a arrêté 3 qu'un exemplaire de la première LETTRE ADRESSÉE AU Roi par ces Messieurs , ( * ) Nota. Expédition de cette délibération , jusqu'à cet endroit
exclusivement, a été envoyée à Meilleurs les Administrateurs, à
Meilleurs de la Chambre d'Agriculture du Port-au-Prince, & an
Miniilre, par le Secrétaire-Adjoint, soussigné. --- Page 82 ---
1 141 en date du ; 1 Aoûts plus un exemplaire de leur MÉMOIRE
A CONSULTER & consultation du 28 SepteMbre; plus
l'écrit intitulé VOEU PATRIOTIQUE D'UN AMÉRICAIN,
seront déposés aux Archives de la Chambre , duement
paraphés & certifiés. ENFIN ARRÊTÉ j que le Secrétaire leur adresserait
des copies certifiées des Mémoires de la Chambre j sur
l'ordonnance des gestions j sur la réunion des Conseils,
& de tous ceux faits depuis cette époque 3 pour leur
servir à telle fin que de raison. Signé au Registre, COCKBURN 3 BELIN DE YILLXNEUVE, ODELUCQJ DUPETIT HouARB3 DE LA COMItE,
F. MILLOT 3 LABORIE , Secrétaire 3 & DAUGY Secrét aire-Adjoint.
ait
des copies certifiées des Mémoires de la Chambre j sur
l'ordonnance des gestions j sur la réunion des Conseils,
& de tous ceux faits depuis cette époque 3 pour leur
servir à telle fin que de raison. Signé au Registre, COCKBURN 3 BELIN DE YILLXNEUVE, ODELUCQJ DUPETIT HouARB3 DE LA COMItE,
F. MILLOT 3 LABORIE , Secrétaire 3 & DAUGY Secrét aire-Adjoint. Certifié. Signé, DAUGYJ Secrétaire-Adjoint. --- Page 83 ---
1 is 1 COPIE de la réponse de Messieurs les Adminiftrateurs à la motion de la Chambre j du 7 Novembre 17S8. Port-au-Prince, le 16 Novembre 178S. A MESSIEURS LES MEMBRES DE LA CHAMBRE
D'AGRICULTURE. » Nous avons reçu, MESSIEURS ^ la lettre que
M vous nous avez fait l'honneur de nous écrire le de
>5 ce mois 3 & l'extrait des Registres de la Chambre
» d'Agriculture du 7 , par lesquels la Chambre s'adresse au Ministre pour qu'il obtienne de Sa Majesté
*> que la Colonie de Saint-Domingue soit représentée
" par ses Députés dans l'Assemblée des États Généraux du Royaume ; &: témoigne san desir que nous
» recommandions très-fortement sa demande, si nous
55 la trouvons convenable : NOUS LA TROUVONS
« TELLE SOUS BEAUCOUP DE RAPPORTS J & 3 en par-
» ticulier, SOUS CEUX QUI REGARDENT PLUS
« DIRECTEMENT L'ADMINISTRATION; d'autres
considérations néanmoins plus puissantes encore ne \
» nous PERMETTENT PAS de joindre notre vœu à I
» celui de la Chambre. La principale elt que le vœu j
M de la Colonie ne nous eil réellement pas connu, " & QU'IL EST POSSIBLE qu'un grand nombre de ses
» Habitons trouvent des inconréniens à cette INCOR- --- Page 84 ---
[ 16 ] » PORATION d'une Colonie que l'on peut dire libre
» de toutes dettes 3 avec le Royaume dont la dette est
» immense Au surplus 3 MESSIEURS 3 nous nous
» proposons de faire partir votre Mémoire par un bâti-
~ ment qui fera voile de ce Port le i 5 de ce mois, au
» plus tard. » Nous avons l'honneur d'être j avec un parfait atta-
" chement, MESSIEURS, vos très - humbles & très-
» obéissants serviteurs. Signé > VINCENT 3 Signé3 DE
M MARBOIS cc. Pour copie conforme à l'original déposé aux Archives de la Chambre. Signé, DAUGY J Secrétaire-Adjoint (*) Quelle politique! & comme nos cœurs la réprouvent ! Dans
leur manière d'envisager le bonheur de la Colonie, imagineroient ils
que nous voulussions fuir, & NOUS CACHER, au moment où l'Empire vient au secours de lui-même Oh ! si cela estj leur ame
n'est point à l'unisson de la nôtre ; & font-ils dignes alors de commander à des FRANCO-AMÉRICAINS. JE CERTIFIE LES PIÈCES CI-DESSUS CONFORMES AUX
ORIGINAUX, DÉPOSÉES AUX ARCHIVES DU COMITÉ CO-
\ X.ONIAL DE FRANCE, COTTES 351, 333 , ENREGISTRÉES
Il. FOl. 101 , loi j &c. \ LE MARQUIS DE Gouy D'ARSY. ÇommijJ'aire Rapporteur. --- Page 85 ---
A EXTRAIT du RegiJlre des Délibérations du COMITÉ COLONIAL DE ST.-DOMINGUE,
séant à Paris : du 27 Janvier 1789,
ORIGINAUX, DÉPOSÉES AUX ARCHIVES DU COMITÉ CO-
\ X.ONIAL DE FRANCE, COTTES 351, 333 , ENREGISTRÉES
Il. FOl. 101 , loi j &c. \ LE MARQUIS DE Gouy D'ARSY. ÇommijJ'aire Rapporteur. --- Page 85 ---
A EXTRAIT du RegiJlre des Délibérations du COMITÉ COLONIAL DE ST.-DOMINGUE,
séant à Paris : du 27 Janvier 1789, LE COMITÉ COLONIAL DE SAINT-DOMINGUE,
établi à Paris , ayant reçu l'émission du vOEu de la
CHAMBRE D'AGRICULTURE, séante en la Colonie,
qui exprime celui de TOUS LES COLONS pour
l'admission de leurs Députes AUX ETATS-GÉNÉRAUX,
& ce vœu étant consigné dans un Mémoire au Minillre
de la Marine, en date du 7 Novembre , dont copie certissée par. le Secrétaire perpétuel de ladite Chambre
d'Agriculture, a été remire au Comité POUR EN
SUIVRE L'EFFET , MM. les Commissaires ont arrêté de
DÉPUTER au Ministre du Roi, MM. le Comte de
REYNAUD, le Marquis de PAROY , & le Marquis de
GouY D'ApSY , pour les supplier de remettre de
nouveau sous les yeux de SA MAJESTÉ , les trè:-
humbles SUPPLICATIONS des Propriétaires de SaintDomingue. RÉSOLU de plus que le présent arrêté sera sanctionné par les signatures de tous les Commissaires,
& que les Annexes seront certifiées véritables par
M. LE RAPPORTEUR. ET comme --- Page 86 ---
( 2 ) ET comme il importe de prouver à tous nos
COMPATRIOTES de la Capitale , qui ont honoré
notre Election de leurs suffrages 3 A CEUX qui résident
dans les Ports 3 qui ont revêtus nos pouvoirs de
leurs signatures ; & AU PUBLIC qui a bien voulu
approuver nos démarches., que nous n'avons été jusqu ici que les INTERPRÈTES FIDÈLES de nos Constituans ; RÉSOLU qu'à la Note que nous allons faire présenter aux Minisires du Roi, sera jointe la Copie
du Mémoire de la Chambre d'Agriculture 3 & que
ces pièces seront imprimées à la diligence de M. le
Rapporteur 3 & rendues publiques. FA I T ct ARRÊTÉ en Comité le 27 Janvier 1789,
Signé- : ' LE Duc DE PRASLIN. L E Cte. DE REYNAUD. LE C H E vr. D o U G É. LE C«. DE MAGALION. L E Mis. DE P A R O Y. L E CTE. DE VAUDREUIL. -
L E Mis. DE PERRIGNY. LE PRÉSID. DU PI. A A. --- Page 87 ---
< î ) / A 1 EXTRAIT des Regiflres de la Chambre d 'Agriculture du Cap. | Séance du 7 Novembre 1788. ! ! LA CHAMBRE a arrêté le Mémoire dont la teneur
j fuit, pour être expédié au MINISTRE des Colonies en
1 la forme œdinaire. j
| MONSEIGNEUR:
LE ROI promet à son Peuple la convocation des
ETATS-GENERAUX,, pour consulter., avec lui, sur les.
1 MAUX de l'Etat, & en chercher le REMÈDE. SA MAJESTÉ vient d'en fixer l'époque s après s etre occupée
des recherches nécessaires pour constater la police,
! les séances.J & les fondions de cette Assemblée 3 qu'elle
appelle vraiment nationale par sa composition y comme
) par ses effets, & la réunion d'une grande Famille y
1 ayant pour chef le Père commun. Ces expressions si
; touchantes pour la Nation , si bien faites pour l enflammer d'un zèle pur , & d'un vrai patriotisme, sont
REMÈDE. SA MAJESTÉ vient d'en fixer l'époque s après s etre occupée
des recherches nécessaires pour constater la police,
! les séances.J & les fondions de cette Assemblée 3 qu'elle
appelle vraiment nationale par sa composition y comme
) par ses effets, & la réunion d'une grande Famille y
1 ayant pour chef le Père commun. Ces expressions si
; touchantes pour la Nation , si bien faites pour l enflammer d'un zèle pur , & d'un vrai patriotisme, sont --- Page 88 ---
(4) consignées dans l'Arrêt du Conseil d'Etat, du j Juillet
1788, par lequel SA MAJESTÉ demande à tous les
Corps & Tribunaux A & même à tous les Particuliers
de 1 Etat3 DES RENSElGNEMENS sur la convocation des
anciens Etats-Généraux 3 & les Elections faites en
conséquence ; enfin, LE VOEU de la Nation sur ces
objets j dans le cas où le silence des anciens monumens laissera des exemples à desirer. IL semble 3 MONSEIGNEUR 3 que SA MAJESTÉ se
foit plue à rassembler dans cette CHARTE précieuse
tout ce que la confiance & la tendresse paternelle du
Souverain ont de plus propre à toucher les coeurs ;
& la Colonie DE SAINT-DOMINGUE 3 pour être pins
éloignée , ne partage pas moins les sentimens de tous
les Français. R.LLE DESIRE ARDEMMENT., MONSEIGNEUR., .d'être
admise, comme les autres Provinces du Royaume j à
envoyer des DÉPUTÉS aux ETATS-GÉNÉRAUX &
c'était aux Chambres d'AGRICULTURE ( Corps unique
établi par SA MAJESTÉ 3 pour porter ses voeux & ses
réclamations aux pieds du Trône ) qu'il appartenait de
vous les préîenter en cette occasïon 3 sous les auspices
de MM. les Administrateurs. Il vous était réservé aussi, --- Page 89 ---
<s) MONSEIGNEUR , à vous qui , après avoir gouverne
la Colonie , avez été chargé de veiller plus en grand
à sa prospérité & à sa gloire par le ministère auquel
vous avez été élevé , d'être , dans cette importante
circonstance, son INTERPRÈTE & ion PROTECTEUR
auprès de SA MAJESTÉ. SI elle n'a point d'exemple & de préjugé à offrir ,
si elle n'a pas la possession de ce privilége honorable,
c'est uniquement parce que lors des anciens EtatsGénéraux , & même lors des derniers tenus en 1614,
ou elle N'EXISTAIT PAS , ou elle n'avait aucune consillance. MAIS , si SA MAJESTÉ cherche à réunir ses Sujets
les plus sidèles , les plus attachés à sa personne , & à
la prospérité de l'Etat 3 si elle considère l'étendue 3 la
population, l'industrie, l'opulence de ses Provinces,
la circulation qu'elles jettent dans le commerce national 3 le poids dont elles sont dans la richesse, dans la
puissance de l'Etat ; nous osons dire que la Colonie
de SAINT-DOMINGUE a le droit de paraître, par ses
DÉPUTÉS, dans cette Assemblée auguste.
les plus attachés à sa personne , & à
la prospérité de l'Etat 3 si elle considère l'étendue 3 la
population, l'industrie, l'opulence de ses Provinces,
la circulation qu'elles jettent dans le commerce national 3 le poids dont elles sont dans la richesse, dans la
puissance de l'Etat ; nous osons dire que la Colonie
de SAINT-DOMINGUE a le droit de paraître, par ses
DÉPUTÉS, dans cette Assemblée auguste. QUEL Droit, MONSEIGNEUR, comment pourrions-nous ne pas le réclamer fortement 1 C'est celui --- Page 90 ---
(6) d'être comptés parmi les meilleurs Sujets du Roi,
d'être présentés comme BONS FRANÇAIS au Corps
réuni de la Nation. Nous allons plus loin, & ce n'est pas Tans un sentiment mêlé d'inquiétude. Quel AFFRONT pour la Colonie, quel motif de DÉCOURAGEMENT pour les Colons
si SA MAJESTÉ ne les admettait pas dans cette Assemblée qu'elle a appelle PUBLIQUEMENT elle-même, une
Assemblée vraiment nationale > & la réunion d'une
grande Famille ayant pour Chef le Pere commun. Quoi,
les Colons ne seraient plus comptés parmi la Nation?
Quoi, ils ne seraient plus des enfans de la Famille ?
Quoi, le Roi que nous voulons pour notre CHEF &
pour notre PÈRE, ne se regarderait plus comme notre
Père & notre Chef. Nous ne pouvons, MONSEIGNEUR, ni nous ne voulons le croire; nous prions MM. les ADMINISTRATEURS
de donner à notre réclamation l'appui qu'ils lui doivent ; nous vous supplions de la porter au Roi. Il est
impossible que le cœur paternel de SA MAJESTÉ NOUS
REPOUSSE , & ne vous charge pas de donner INCESSAMMENT les Ordres que sa sagesse lui dictera pour
L'élection de nos DÉPUTÉS. --- Page 91 ---
( 7 ) \ EXPÉDIÉ au desir de la Délibération de ce \
jour j 7 Novembre 1788. Signé LABORIE. Secrétaire perpétuel de la Chambre d'Agriculture. JE certifie la copie ci-dessus conforme a l'original déposé aux Archives t COTTE 313 ; enregistré Tome sécond 3
FOLIO 90. Signé LE MARQUIS DE GOUY D'ARSY,
Commissaire Rapporteur. --- Page 92 --- --- Page 93 ---
A EXTRAIT du Regiflre des Délibérations du
COMITÉ COLONIAL DE ST.-DOMINGUE J
séant à Paris : du 21 Mars 1789 L'ECTURE faite des pièces IMPORTANTES déparées
sur le Bureau, il a été unanimement arrèté de faire
CONNOITRE A LA NATION : 1°. L'ORDONNANCE de MM. les Administrateurs
en Chef de la Colonie de Saint - Domingue, du 26
Décembre 1788. 2°. LA LETTRE desdits Administrateurs à :MM.
leurs Représentans 3 & à MM. les Officiers des Milices
de la Colonie, en date du Port-au-Prince, du 31
Décembre même année. 30. L'EXTRAIT de la Lettre de M. Daugy du 24
Janvier 1789 , à laquelle était jointe l'adresse suivante : 4°. L'ADRESSE de la Chambre d'Agriculture, du
Janvier 1789, à MM. les Administrateurs. 5°. LA LETTRE de M. Daugy, du 11 Décembre 1788.,
au sieur Mozard , Imprimeur au Port-au-Prince. 6°. LA RÉPONSE dudit sieur Mozard., à M. Daugy,
du 25 Décembre mémé année.
24
Janvier 1789 , à laquelle était jointe l'adresse suivante : 4°. L'ADRESSE de la Chambre d'Agriculture, du
Janvier 1789, à MM. les Administrateurs. 5°. LA LETTRE de M. Daugy, du 11 Décembre 1788.,
au sieur Mozard , Imprimeur au Port-au-Prince. 6°. LA RÉPONSE dudit sieur Mozard., à M. Daugy,
du 25 Décembre mémé année. 7°. L'EXTRAIT des Affiches Américaines, du 6 Décembre 1788, contenant l'article dont il ell queition
dans les deux susdites Lettres. --- Page 94 ---
( 2 ) 81. L'EXTRAIT des Archives de la Chambre d'Agriculture, contenant la réponse faite, le 18 Janvier 1789,
par MM. les Àdministrateurs , à la Lettre de ladite
Chambre, du 7 dudit mois. °. LA LETTRE de la Chambre, du Janvier 1789,
à M. le Marqua du Chilleau, sur son heureuse arrivéedans la Colonie, io°. LA RÉPONSE de M. le Marquis Du Chilleau,
du 1 8 dudit mois. ARRÊTÉ de plus, que l'Ex TRAIT imprimé de
la Séance du 27 Janvier 1789, tenue à Paris, par
MM. les Commissaires de la Colonie , LA Lettre des Colons du Roi, du 31 Mai 1788,
& la Brochure intitulée : Lettre bien importante de la
Chambre d'Agriculture de St-Domingue > seront jointes
à ce Recueil. Fait & arrêté en Comité, le 2I Mars 1789. --- Page 95 ---
( 3 ) A A ORDONNANCE Rendue le 26 Décembre 1788, par Messieurs les
ADMINISTRATEURS de St-Domingue. x \
EXTRAIT DES REGISTRES DU DE LA COLONIE. /* Marie - Charles Marquis Du CHILLEAU , &c. Et François Barbé DE MARBOIS, &C. DIVERS Imprimés ont été répandus avec profusîons
& publiés comme l'ouvrage d'une commission chargée
par la Colonie , de solliciter l'admission de ses Députés
aux Etats-Généraux 5 L'ASSURANCE avec laquelle ces
écrits ont exprimé , comme le VŒu PUBLIC , des
opinions INDIVIDUELLES sur des questions du plus
vasse intérêt , a d'abord donné lieu aux Habitans
eux-mêmes DE DOUTER si de pareils pouvoirs n etoient pas émanés de quelques-uns d'entre-eux, & si
l'on n'en avait pas fait usage pour induire EN ERREUR
des personnes recommandables par leur rang & leurs
lumieres ; mais bientôt on a fait circuler CLANDESTINEMENT un Mémoire pour lequel on sollicite de
toutes parts des signatures, comme pour couvrir par --- Page 96 ---
- (4) cette opération tardive, L'IRRÉGULARITÉ des attes
émanés de la PRÉTENDUE Commission. Nous avons fil
que plusieurs Habitans avaient donné leurs signatures
librement & volontairement, que d'autres l'avaient
accordée à des prières & sollicitations 3 & enfin qu'iih
très-grand nombre avait refusé de ligner. Plusieurs de
ces derniers se sont eux-mêmes adressés à Nous, pour
nous exprimer la surprise que leur causaient ces mouvemens, & nous inviter à leur faire connaître la volonté
de Sa Majesté.
manés de la PRÉTENDUE Commission. Nous avons fil
que plusieurs Habitans avaient donné leurs signatures
librement & volontairement, que d'autres l'avaient
accordée à des prières & sollicitations 3 & enfin qu'iih
très-grand nombre avait refusé de ligner. Plusieurs de
ces derniers se sont eux-mêmes adressés à Nous, pour
nous exprimer la surprise que leur causaient ces mouvemens, & nous inviter à leur faire connaître la volonté
de Sa Majesté. UNE Requête, revêtue d'un grand nombre de signatures , Nous est parvenue ; les Habitans y forment des
vœux, pour que le calme dont la Colonie jouit ne
soit point troublé : Ils témoignent leurs alarmes sur
les maux auxquels elle serait exposée s " S'il pouvait
» dépendre d'un nombre d'individus quelconque 3
" d'adresser j à deux mille lieues des Représentations >
" à Sa Majesté, au nom des Colons j de leur supposer
« des vues,, des desirs qu'ils n'ont pas manifestésj de
M soiliciter pour eux de prétendus avantages auxquels
« leur éloignement & la différence de régime leur
« interdit d'aspirer j & qui pourraient même leur
m devenir funestes i de s'adresser ensuite à des Avocats 3
\ « pour en obtenir une consultation sur une question
î " purement politique , ce qui n'est pas de leur ressort; --- Page 97 ---
( 5 ) A 1 «d'influer par une voie aussi IRRÉGULIÈRE sur
» l'opinion publique, & de mettre, pour ainsi dire,
M le sort d'une immense Colonie à la discrétion de
/ « quatre Jurisconsultes, qui ne la connaissent pas, &
? | » qui n'ont pas même pris foin de s'informer si ceux
" qui leur demandaient une décision, avaient MISSION,
» CARACTÈRE & POUVOIR , pour agir au nom des
» vingt - cinq mille Citoyens libres , qui composent
" cette Colonie cc. D'UN autre côté, la Chambre d'Agriculture du Cap
a arrêté des représentations au Ministre, pour demander
que la Colonie soit autorisée à envoyer des Députés
aux Etats-Généraux ; elle Nous a depuis, & ensuite
d'un autre Arrêté, en date du y de ce mois, fait une
adreÍfe, afin qu'il Nous plût de donner sur-le-champ les
ordres nécessaires dans toutes les Paroisses de la Colonie,
pour qu'il fût incessamment ct au même jour3 tenu des
Assemblées, à l'efct , s'il était trouvé convenable , de
nommer des Commissaires Electeurs, lesquels seraient autorifés ct tenus de se trouver a d'autres Assemblées , qui
seraient pareillement indiquées à bref délai, pour y porter
le vu de leur Paroi tre.
reÍfe, afin qu'il Nous plût de donner sur-le-champ les
ordres nécessaires dans toutes les Paroisses de la Colonie,
pour qu'il fût incessamment ct au même jour3 tenu des
Assemblées, à l'efct , s'il était trouvé convenable , de
nommer des Commissaires Electeurs, lesquels seraient autorifés ct tenus de se trouver a d'autres Assemblées , qui
seraient pareillement indiquées à bref délai, pour y porter
le vu de leur Paroi tre. LES EXPRESSIONS de ces Arrêtés & Requêtes, & denombre de Lettres qui Nous ont été adressées, Nous --- Page 98 ---
( 6) ont instamment prouvé combien les Habitans de sa
Colonie étoient PARTAGÉS dans leurs sentimens, sur
la question importante de la Représentation aux EtatsGénéraux du Royaume > Nous avons dû prévoir les
suites de cette diversité d'avis ; mais Nous avons
pensé j en même temps 3 que cette question ne devait
point être déterminée par notre opinion particulière >
& que si d'un côté Nous avions les plus puissans
motifs j de desirer que notre conduite , comme Adminillrateurs 3 fût EXAMINÉE par Sa Majesté, environnée
de ses Etats - Généraux » si Nous devions le lui
demander 3 ainsi que Nous le raisons j comme la
RÉCOMPENSE la plus honorable de nos travaux ^
comme une justice .& en même temps comme une
grâce diflinguée ; d'un autre côté, une partie nombreuse de la Colonie pensoit que la Représentation
des Colons aux Etats-Généraux, devait faire la matière
de l'examen le plus réfléchi , & pour nous servir des
expressions d'une des Requêtes qui nous ont été
adressées 3 que 3 cette queflion devait être jugée par
Sa Majeflé elle-même, TENANT LES GRANDES
ASSISES DE SON ROYAUME, ct que si Elle
étoit décidée pour 1'.fflrmative , la durée de l'AAmblée y
ou ses ajournemens, pourraient présenter un moyen de faire
jouir la Colonie des avantages de l'admission. --- Page 99 ---
( 7 ) A 4 DANS çes circonsiances.) Nous avons dû chercher
un point d'appui J que ne pouvaient nous offrir les
opinions contradictoires & incertaines 3 qui nous sont
parvenues ; Nous l'avons trouvé dans les instru&ions qui
nous ont été données par SA MAJESTÉ Elle-même j
C'EST DANS CE MOMENT PRÉCIEUX DE SA
BONTÉ j qu'à la suite des ordres les plus propres à manifester la sollicitude, tendre & parternelle, dont Elle ell
animée pour ses Sujets de de.St-Domingue, ElJe a dicté &
signé de sa main les paroles suivantes, qui deviendraient
bientôt notre condamnation si elles n'étaient pas la
règle consiante de notre conduite ; si la difiance des
lieux j si la nature des choses exigent que les pouvoirs
des rieurs Marquis Du CH ILLE AU ct DE MARZ;OIS >
soient étendus, c'efl un dépôt sacré consié a leur prudence 3
ct dont le plus leger abus serait un délit. Un principe 3
qu'ils ne doivent jamais oublier, c'efi que le Gouvernement doit être modéré } sage ct bienfaisant ; mais sage
avec sermeté j que l'autorite" efi établie pour le bonheur
de tous ; ct non POUR LA SATISFACTION de ceux qui
en sont DÉPOSITAIRES T si que c'efi sur-tout aux Colonies
qu'il est vrai de dire, qu'elle n efi jamais plus puissante.
que quand ELLE EST CHÉRIE ct refpeBée.
3
qu'ils ne doivent jamais oublier, c'efi que le Gouvernement doit être modéré } sage ct bienfaisant ; mais sage
avec sermeté j que l'autorite" efi établie pour le bonheur
de tous ; ct non POUR LA SATISFACTION de ceux qui
en sont DÉPOSITAIRES T si que c'efi sur-tout aux Colonies
qu'il est vrai de dire, qu'elle n efi jamais plus puissante.
que quand ELLE EST CHÉRIE ct refpeBée. Signé LOUIS,, ct plus bas LA LUZERNE. --- Page 100 ---
( 8 ) QUE ces expressions touchantes de la volonté de
Souverain ne cessent jamais d'être notre loi. A CES
CAUSES J en conséquence des pouvoirs à Nous con-R
siés 3 Nous avons ordonné & ordonnons ce qui suit : ARTICLE PREMIER,. 'ATTENDU que les intentions de Sa Majesté3 relatif
vem ent j toit à l'admission des Députés des Colonies
aux Etats - Généraux du Royaume, soit à la forme
dans laquelle il conviendrait de recueillir les vœux &
sentimens des Colons sur cet objet important , ne
NOUS SONT POINT ENCORE CONNUES, &
qu'il peut néanmoins être utile qu'elle soit ipilruite des
desirs & des espérances de la majorité desdits Colcns,
Nous les autorisons & les invitons même à nous exposer
leurs demandes j par Lettres ou par Requêtes 3 qui nous
seront adrenees_, des différens lieux de la Colonie, sans
/ qu elles PUISSENT cependant être ignées PAR PLUS DE
F ÇINQ PERSONNES J saute de quoi elles seront rejettées.
I comme NULLES. ART. 1 I. LESDITES Lettres ou Requêtes contiendront en fin
de chacune d'icelles, les demandes ou les sentimens
de ceux qui les auront ignées , toit pour l'admission ^ --- Page 101 ---
( ) soit pour la non admiflsîon, soit enfin pour s'en
rapporter à Sa Majeité, & la supplier de faire connaître
sa volonté j chaque signature sera suivie de la mention
de la Paroisse, du domicile, de l'habitation, du genre
de culture 3 ou de la prose-sslon de celui qui aura
signé, a faute de quoi sa signature NE SERA comptée:
Il sera ensuite formé des Etats sommaires de toutes
les signatures , suivant les trois classes indiquées au
commencement du présent Article 3 & il fera loilîbk;
à tous les Habitans de consulter lesdits E^ats 3 ciinfî
que les pièces à l'appui , à l'effet de quoi, le tout.,
dans le mois de Janvier 3 sera par Nous envoyé aux
Secrétariats des Chambres d'Agriculture „ pour y
demeurer en dépôt, & il sera., dans ledit mois, st^tua /
par Nous ce qu'au cas appartiendra. ART. III. LES Lettres & Requêtes qui auront été adreffecs
jusqu à ce jour, touchant l'admission ou la non admission
des Députés de la Colonie aux Etats - Généraux 3 ne
SERONT POINT COMPRISES danslesditsetats sommaires ;
mais ceux qui les ont signées pourront nous en faire
parvenir de nouvelles. Déclarons NULLES, de nu! efset,
toutes Requêtes 3 Mémoires ou Ecrits quelconques,
qui auraient pu être 3 ou seraient clancîestinement
presçntés aux Habitans 3 pour être par eux ignées j
touchant l'admission ou la non admission
des Députés de la Colonie aux Etats - Généraux 3 ne
SERONT POINT COMPRISES danslesditsetats sommaires ;
mais ceux qui les ont signées pourront nous en faire
parvenir de nouvelles. Déclarons NULLES, de nu! efset,
toutes Requêtes 3 Mémoires ou Ecrits quelconques,
qui auraient pu être 3 ou seraient clancîestinement
presçntés aux Habitans 3 pour être par eux ignées j --- Page 102 ---
( 10 ) ne seront comptées les signatures obtenues sur lesdits
Ecrits, mais seront considérées comme surprises , & en
conséquence tenues pour non avenues. ART. 1 V. DEFENDONS conformément aux Loix & Règlemens de Sa Majeflé 3 toute assemblée ILLICITE , sous
peine d ètre_, ceux qui y affilierontpoursuivis suivant
la rigueur des Ordonnances. PRIONS MM. les Officiers du Conseil Supérieur de
Saint-Domingue3 d'enregistrer la présente Ordonnance,
& mandons à ceux des Jurisdittions de tenir la main
à son exécution. SERA la Présente enregistrée au Greffe de l'Intendance, DONNÉE au Port-au-Prince, sous le sceau de nos
Armes & le contre-seing de nos Secrétaires j le vingt-six
Décembre mil sept cent quatre-vingt-huit. Signé Du
CHILLEAU & DE MARBOIS, & plus bas, par M. le
Général, signé BONHOMME , par M. l'Intendant 3
signé MARCHANT. ENREGISTRÉ au Greffe de l'Intendance, le 27
Décembre 1788, & au Greffe du Conseil Supérieur de
Saint - Domingue 3 le 29 du même mois : Collationné
signé DUBEUF , Greffier-Commis. --- Page 103 ---
[texte_manquant] COPIE d'une Lettre de MM. les ADMINISTRATEURS J à MM. leurs REPRÉSENTAIS J
& à MM. les OFFICIERS des Milices de
la Colonie. Port-au-Prince j le 31 Décembre 1788. N o u s présumons 3 Monsieur 3 que vous avez eu
connaissance de divers Ecrits relatifs à l'admissîon ou
à la non admission des Représentans de la Colonie
aux Etats-Généraux ; ils ont donné lieu à plusieurs
Requêtes & Mémoires où les Colons se sont exprimés diversement, suivant leurs dispositions & leurs
opinions particulières. Les uns nous ont demandé
d'assembler la Colonie, & de donner à cette Àssemblée une conllitution dont ils nous ont eux-mêmes
proposé le plan & les détails j les autres ont observé
que notre autorité ne s'étendait point jusqu'à l'exercice de cet atte le plus impottant de la Puissance
souveraine , que d'ailleurs on ne pouvait, en vertu
du vœu d'une partie des Colons , dont la proportion
au tout est inconnue , convoquer une Assemblée où
les uns se rendraient 3 parce qu'elle serait la suite de
leurs demandes 3 & dont les autres s'abiliendraient.,,
proposé le plan & les détails j les autres ont observé
que notre autorité ne s'étendait point jusqu'à l'exercice de cet atte le plus impottant de la Puissance
souveraine , que d'ailleurs on ne pouvait, en vertu
du vœu d'une partie des Colons , dont la proportion
au tout est inconnue , convoquer une Assemblée où
les uns se rendraient 3 parce qu'elle serait la suite de
leurs demandes 3 & dont les autres s'abiliendraient.,, --- Page 104 ---
( 1-1 ) parce qu'ils la regarderaient comme illégale , Se
qu'ainsi elle ne pourrait offrir dans ses résultats que
les vœux de ceux qui l'auraient demandée. Dans ces
circonstances nous avons jugé à propos de rendre
l Ordonnance dont joignons ici un exemplaire. Nous
n avons point voulu y exprimer notre sentiment particulier sur cette importante question. Nous avons
pensé qu'en attendant les ordres de Sa Majesté que
nous avons déjà sollicités , nous devions nous borner
à recevoir les demandes des habitans & que notre
autorité ne devait être mise en action que pour parvenir à connaître leurs vœux libres & patriotiques. C'est
dans cette vue que nous vous prions de vouloir bien
vous abstenir , comme Officier de Sa Majesté de
tout ce qui paraîtrait tendre à influer sur les opinions. Nous désirons cependant que comme habitant
propriétaire 3 si vous l'êtes vous vouliez bien nous
faire connaître votre sentiment dans les formes indiquées par notre Ordonnance. LES AdreÍfes:J Requêtes & Lettres qui nous font
parvenues concourent généralement à demander célérité : nous pensons nous-mêmes , qu'il convient d'user
de toute celle que les conjonctures permettent, Se
nous vous prions de faire connaître aux habitans que
nous désirons qu'ils nous fassent parvenir leurs Lettres --- Page 105 ---
( 13 ) ion Requêtes aURÎ-tôt qu'il leur sera possîble. Nous
avons aussi ordonné 3 que tous ceux qui signeront 3
feront mention des noms de leurs paroisses 3 de leur
domicile 3 habitation j profession ^ &c. Cette précaution ést indispensable pour prévenir l'abus des signatures qui pourraient être données par des personnes
qui n'ont pas droit de voter dans cette circonstance. Nous avons l'honneur d'être avec un parfait attachement y MESSIEURS., Vos très-humbles & trèsobéissans serviteurs. Signé, DU CHILLEAU & DE MARBOlS. --- Page 106 ---
( 14 ) EXTRAIT de la Lettre de M. D A U G Y , Secrétaire-Adjoint de la Chamhre et agriculture >
à MM. les COMMISSAIRES de la Colonie
de St-Domingue. Au Cap , le 24 Janvier 1789. M ES SIEURS j J'Ai l'honneur de vous adresser, par ordre de la
Chambre d'Agriculture , l'Ordonnance de MM. les
Administrateurs de cette Colonie, en date du 16
Décembre dernier, & leur Lettre à MM. leurs Représentans & les Officiers de Milices } du 31 dudit mois,
copie de la délibération qu'a prise la Chambre à ce
sujet le courant , ainsi que la Lettre qu'elle a cru
devoir écrire le même jour à M. le Marquis DU
CHILLEAU J sur son arrivée dans la Colonie 3 & la
Réponse de ce Général à la Chambre ^ dans la personne de son Secrétaire-Adjoint ^ en date du 18 du
même mois.
& leur Lettre à MM. leurs Représentans & les Officiers de Milices } du 31 dudit mois,
copie de la délibération qu'a prise la Chambre à ce
sujet le courant , ainsi que la Lettre qu'elle a cru
devoir écrire le même jour à M. le Marquis DU
CHILLEAU J sur son arrivée dans la Colonie 3 & la
Réponse de ce Général à la Chambre ^ dans la personne de son Secrétaire-Adjoint ^ en date du 18 du
même mois. J ,E suis 3 8cc. Signé y D A U GY,
Secrétaire-Adjoint. --- Page 107 ---
( is ) EXTRAIT des Regijlres de la Chambre
d'Agriculture du Cap. LE Vendredi Janvier 1789 , la Chambre assemblée
en la forme & au lieu ordinaire où étaient MM. DE
COCKBURN J DE LA COMBE DU PETIT-THOUARS ,
ODELUCQ &: MILLOT le Secrétaire a donné ledure
de la Réponse de MM. les Administrateurs , en date
du 18 Décembre dernier,, à l'adressé de la Chambre,
du y du même mois , d'une Ordonnance de nosdits
Sieurs , du z6 , & d'une Lettre circulaire par eux
adressée à leurs Représentans & aux Officiers de Milice , en date du 31 ; ces deux Pièces imprimées dans
le N°. premier, des Affiches Coloniales 1789. LA matière prise en considération par suite du
Mémoire de la Chambre au Ministre, du mois de
Novembre , de l'Arrêté du y Décembre, & des Réponses de MM. les Administrateurs sur ces deux
Pièces , de tout quoi, nouvelle lecture a été prise ;
après mûre délibération , il a été arrêté que l'adresse
suivante sera faite à MM. les Général & Intendant à
l'effet de leur représenter , --- Page 108 ---
( 16) QUE Sa Majesté j par les Arrêts de son Conseiî
& la Déclaration ci - devant cités par la Chambré,
après avoir fixé la tenue des Etats-Généraux à une
époque plus éloignée 3 les a indiqués au 7 Janvier
courant , de sôrte que déjà depuis trois jours cette
Assemblée tient les séances : QU'AINSI & avec grande raison 3 MM. les
Administrateurs conviennent que la matière exige célérité : QUE néanmoins le circuit que leur Ordonnance
présente, pour qu'ils connaissent le vœu de la Colonie j pour qu'ils le fane passer au Roi ou plutôt à
san Minillre... pour attendre ses ordres... pour les
exécuter... pour que les Députés ( s'il y a lieu )
partent & arrivent ell évidemment incompatible
avec cette célérité avouée nécessaire : Q u E si l'on peut s'attendre à voit durer un certain tems la tenue des Etats-Généraux „ néanmoins,
en considérant que la marche adoptée mène infailliblement à six ou huit mois pour avoir des Députés
rendus à Paris 3 avec des pouvoirs & des cahiers de
doléances , on met évidemment la Colonie en danger
de perdre les fruits précieux de Ion admifficn ^ parce
que --- Page 109 ---
b ( -17 ) B que d'ici à cette époque les Etats-Généraux seront
finis 3 ou au moins les grandes résolutions seront
prises & consommées, peut-être 3 au détriment des
Colonies 3 qui n'auront été ni défendues, ni même
entendues , & qu'on suppose sort riches & sans
impôts : QU'IL était bien plus sur & plus expéditif d'assembler la Colonie sur-le-champ 3 si on n'avait pas le
projet de l'exclure par les retards :
que d'ici à cette époque les Etats-Généraux seront
finis 3 ou au moins les grandes résolutions seront
prises & consommées, peut-être 3 au détriment des
Colonies 3 qui n'auront été ni défendues, ni même
entendues , & qu'on suppose sort riches & sans
impôts : QU'IL était bien plus sur & plus expéditif d'assembler la Colonie sur-le-champ 3 si on n'avait pas le
projet de l'exclure par les retards : QU'ALORS la pluralité eût décidé s'il était intéressant pour elle de demander son admission 3 & qu'en
cas d'affirmative 3 elle eût nommé les Députés > QUE cette prétendue contrariété d'opinions , dont
parlent MM. les Administrateurs 3 eût disparu devant
la réunion du plus grand nombre : Q u E la lumière serait sortie de la discussion libre
des opinions opposées : QUE tel qui a cédé à la frayeur chimérique &: im-,
patriotique 3 de supporter des impôts ^ en se présentant
par des Députés 3 eût senti qu'il y a de plus grands
risques à ne se point présenter 3 à n'être point défendu : --- Page 110 ---
(i8) que tel enfin qui n'a pas réfléchi sur les avantages que
la Colonie peut retirer de son admission , en eût entendu le développement j & fût devenu un des plus
ardens à la demander : QU'AU contraire la forme insolite & inconstitutionel!e que prescrit l'Ordonnance de MM. les AdminiPirateurs 3 ne tend qu'à isoler les opinions & à priver les délibérans des lumières que fait toujours naître
la discussion. QUE le défaut d'ordres de Sa Majesté ne pouvait
pas empêcher l'Assemblée actuelle de la Colonie.,
d'autant que ce n'a pas été un obitacle aux Isles du
Vent 3 où la députation est faite 3 & les Députés
expédiés : QU'EFFECTIVEMENT Sa Majesté ne paraît pas avoir
envoyé dans les différentes Provinces 3 Districts &
Reports des Ordres particuliers 3 qu'Elle a voulu.
appeller & réunir autour d'Elle tous ses Sujets par
des Arrêts de son Consess & des Déclarations ^ comme
par un seul signal général , signal d'amour & de
confiance : QUE ces Loix n'exceptent aucun canton aucun
individu 3 qu'elles s'étendent même expressément aux --- Page 111 ---
( 1-9 0 B 2 Pays réunis a la France depuis les derniers Etats „ &
que les Colonies sont de ce no.11bre comme ks Pro:-
vinces conquises des frontières: QUE 1 urgence du cas & la distance des lieux } autonsaîent 3 sollicitaient 3 obligeaient MM. les Administrateurs à employer dans cette occasion importante
& peut-être unique , cette extention illimitée & tacite de pouvoirs dont Sa Majcilé. a corfié le dépôt à
leur prudence pour le bonheur de tous ct NON POUR LA
SATISFACTION DE CEUX QUI EN SONT LES DEPOSIr
TAIRES y ct qui 3 si l'abus U plus léger de ce dépôt leur
esi présenté par le Roi comme un délit > il cst à craindre
que le Roi qui veut s'entourer de ses encans 3 ne regarde comme un abus ct un délit de n'avoir pas usé de
£e dépôt pour rapprocher de lui le plutôt possible une
portion considérable de la famille 3 portion malheure use par son éloignement :
FACTION DE CEUX QUI EN SONT LES DEPOSIr
TAIRES y ct qui 3 si l'abus U plus léger de ce dépôt leur
esi présenté par le Roi comme un délit > il cst à craindre
que le Roi qui veut s'entourer de ses encans 3 ne regarde comme un abus ct un délit de n'avoir pas usé de
£e dépôt pour rapprocher de lui le plutôt possible une
portion considérable de la famille 3 portion malheure use par son éloignement : QuE si l'on pose en principe que la queflion de l'admission doit être jugée par le Roi tenant les grandes assises
du Royaume , il en résulte que le Roi aurait admis ou
' rejette les Députés de la Colonie dont la nomination
préalable eût- été sans inconvénient; qu alors seulement
la question auroit été jugée légalement 3 parce que
la .Colonie aurait eu dans ses Députés ses Représentans --- Page 112 ---
( 10) & ses Défenseurs ; qu'au contraire , en suivant la
forme indiquée par MM. les Administrateurs 3 outre
le risque de n'avoir sous le nom du Roi, qu'une décision ministérielle 3 il est au moins vrai que le jugement ne sera pas rendu- par le Roi tenant les grandes
assises ; que ces <leux formes de jugement sont bien
essentiellement dissérentes ; sur-tout si on réfléchit que 3
peut-être j une des doléances de la Colonie aura pour
objet de faire enfin cesser la substitution perpétuelle
<les volontés miniilérielles à la Loi ou à la volonté
du Souverain ; que dans aucun cas on ne devait prendre
un parti qui put, par des lenteurs , exposer la Colonie aux risqucs de faire arriver ses Députés trop
tard, & la priver , au mépris de ses droits, 8c infailliblement contre la volonté du Roi, des avantages
dè son admission ; que si la Colonie éprouve cette
privation c'est un tort immense & irréparable que
lui auront fait MM. les Administrateurs. Et comment
se le pardonneront-ils ? Comment se défendront-ils ? É QUE dans le parti qu'ils prennent, ils ont tvité,
disent-ils , d'exprimer leur sentiment particulier * ils défendent à leurs Représentans d'influer sur les opinions ; qu'ainsi ils reconnaissent une grande vérité;
savoir3 que dans tout ce qui tient aux Etats-Généraux 3 la Nation doit être affranchie de toutes les --- Page 113 ---
( 21 ) B i entraves de l'autorité. Mais c est la Nation assemblées
ct discutant collectivement sis intérêts. Ainsi lorsqu'il
s'agit de savoir si une portion de la Nation 3 placée
à deux milles lieues de l'Assemblée 3 doit y demander
son admissîon, c'est à cette portion assemblée ct difcutant sis intérêts a être provisoirement son juge unique y
sauf la décilion suprême du Roi tenant les grandes
assises : Q u E si la Colonie était composée de corporations
municipales, les Assemblées s'en seraient faites légalement sans l'aveu de MM. les Administrateurs : QUE si la Chambre qui ne représente pas la
Colonie 3 mais qui est le seul Corps approchant d'un ::
Corps représentatif dans la partie du Nord , s'eit
adressée à MM. les Administrateurs 3 ça été pour qu'ils
réglafîent le lieu & la forme de la Convocation 3 &
non pour les constituer Juges du droit qu'a la Colonie
de se rendre à l'invitation du Souverain ; encore moins
pour exposer les Colons à un refus ou à une suspension ;
de l'exercice de ce droit :
QUE si la Chambre qui ne représente pas la
Colonie 3 mais qui est le seul Corps approchant d'un ::
Corps représentatif dans la partie du Nord , s'eit
adressée à MM. les Administrateurs 3 ça été pour qu'ils
réglafîent le lieu & la forme de la Convocation 3 &
non pour les constituer Juges du droit qu'a la Colonie
de se rendre à l'invitation du Souverain ; encore moins
pour exposer les Colons à un refus ou à une suspension ;
de l'exercice de ce droit : QUE LE ROI AYANT DIT : JE VEUX ENTENDRE
MES SUJETS par des DÉPUTÉS le trouvant dans la
Colonie des prétendues contradictions pour acceptes --- Page 114 ---
( 12 ) .. cette invitation 3 Se une Convocation générale pouvant seule concilier légalement les opinions 3 il est
évident que MM. les Administrateurs ne peuvent pag
opposer un refus- ni des délais qui pourraient produire
le même esset -& auraient l'air de le couvrir ; QUE NÉANMOINS il faut rapprocher les réponses &
la conduite de MM. les Administrateurs : que d'abord
ils ont refusé d'appuyer auprès du Miniitre le Mémoire
de la Chambre ■ du mois de' Novembre parce qu'ils
ignoraient le vœu de la Colonie : que la Chambre ayant
alors sollicité la Convocation aftuelle pour connaître
ce Voeu j & parce que l'époque de la tenue des Etats
venait d'être rapprochée ; MM. les Administrateurs se
lent renfermés dans le défaut-d'ordres du Roi : que cependant ils avaient d'abord approuvé l'admission -sous
les ravvvts d'administration j & que dans leur Ordonnance ils nnnisestent le desir que leur conduite fût
examinée eux Etats-Généraux ( quoique sans doute les
doléances de la Colonie ne doivent pas porter sur les
vices particuliers de cette administration individuelle
mais sur les vices généraux de législation qui s'oppoî ? / ^ lent à la prospérité publique), qu'en considérant cette
espèce de contrariété dans les mouss exposés par
MM. les Administrateurs 3 on peut craindre que leurs
lenteurs ne soient l'effet d'une influence qui doit --- Page 115 ---
( 2 3 ) B4 faite redouter la forme de vérification & de décion
qu'ils sollicitent : Q U E la Chambre sans dissimuler qu il y avait des
voeiix formés en France par les Propriétaires qui semblaient espérer qu'elle remplirait son devoir dans cette
conjoncture intéressante , n'a cependant point à répondre sur tout ce qui se paffe à cet égard dans la
Colonie j parce qu'elle a' arrêté que ses. Membres se
renfermeraient dans Ion sein sans prêter la main ni
l'oreille à aucune démarche étrangère : QUE néanmoins elle ne peut se dispenser dobferver que si les Ordonnances ont prononcé contre
les Assemblées illicites 3 elles ont -entendu les Affemblées quelles-mêmes ont désendues ; qu' il est difficile
de regarder comme des Assemblees illicites celles que
des Citoyens pourraient faire pour participer à l'invitation générale du Roi même -3 pour se rapprocher de
lui, pour lui expo ser les besoins de la Colonie 3 peutêtre 3 pour lui offrir des subventions aux besoins de
• FEtat : qu'une telle qualification faite pour effrayer
& non pour éclairer ou diriger le zèle patriotique „
semblerait indiquer des intérêts difFerens de ceux de
la Nation, de ceux du Roi même.
illicites celles que
des Citoyens pourraient faire pour participer à l'invitation générale du Roi même -3 pour se rapprocher de
lui, pour lui expo ser les besoins de la Colonie 3 peutêtre 3 pour lui offrir des subventions aux besoins de
• FEtat : qu'une telle qualification faite pour effrayer
& non pour éclairer ou diriger le zèle patriotique „
semblerait indiquer des intérêts difFerens de ceux de
la Nation, de ceux du Roi même. PAR CES. MOTIFS J & sans se départir du respect
dû aux Ordonnances de MM. les Administrateurs , la --- Page 116 ---
( 14 ) Chambre a persîsté de plus fort dans l'adresse qu'elle
leur a faite le 5 Décembre dernier, afin de convoquer la Colonie sur-le-champ 3 pour nommer des Députés aux Etats - Généraux , si elle avise que bien
soit, à la pluralité des voix, après suffisante discussion
& saur à Sa Majesté tenant les Etats - Généraux 3 à
lès admettre si bon lui semble. ÈT attendu qu'il importe à l'honneur de la Chambre.
: de ne pas passer pour rester oisive : dans ce grand intérêt 3 elle a arrêté que MM. les Général & Intendant seront supplics de Tautoriser à faire imprimer à
ses frais la présente Adresse ; celle du 5 Décembre ,
& le Mémoire au Ministre du mois de Novembre >
avec les Pièces relatives. ET sera la présente Adressée par le Secrétaire et}
la- forme requise , à MM. les Général & Intendant. Et par suite a été arrêté que copies de rOrdon-t
nance des Administrateurs j de leur Lettre, circulaire
& de la présente ,, seront envoyées pat le Secrétaire '
à M. le Marquis DE GOUY D'ARCY A pour MM. le%
Commissaires Colons. Certifié : Signé, D'AUGY ,
Seera aire-Adjoint de lu Chambre. --- Page 117 ---
( 25 ) COPIE DE la Lettre de M.DAUGY à M. MOZARD; Imprimeur au Port-au-Prince. Au Cap, le il Décembre 1788. J'ARRIVE de Paris, MONSIEUR, & je puis vous
certifier que vous êtes mal informé : il est de toute
fausseté qu'il existe une Consultation contraire à celle
que vous rapportez dans votre N°. 98, & que quatre
Avocats se soient trouvés, unanimement , ou non,
d'un avis contraire à celui de MM. DE LA CROIX,
SANSON , DE BLOIS & GODARD. Connaisseur par
état en cette matière, vous auriez dû vous défier des
Almanachs de ceux qui, en vous parlant de cette
prétendue Consultation , ne pouvaient vous nommer
les Avocats qui Font lignée. Je vous prierais, Monsieur,
de faire insérer ma Lettre dans vos Feuilles, si je ne
savais que cela vous sera défendu. J'AI l'honneur d'être, 8cc. Signe D A U G Y. --- Page 118 ---
( 1.6 ) ~ COPIE DE la Réponse de M. MOZARD à M. DAUGY. Au Port-au-Prince j le 25 Décembre 1788. MONSIEUR, J'IGNORE pourquoi la Lettre dont vous m'avez
honoré 3 le 11 de ce mois 3 a différé à me parvenir^
je ne l'ai reçue que Dimanche dernier. JE vous fais Monsieur , mon compliment bien,
sincère sur votre heureux retour. La Colonie doit s'en
applaudir > sur-tout si vous continuez d'exercer votre
état. Ce sera une bien brillante lumière pour le
Bateau. Vous n'avez pas besoin de ce complimenta
vous êtes accoutumé à en recevoir de plus batteurs *
& de mieux dits mais non de plus sincères.
le 11 de ce mois 3 a différé à me parvenir^
je ne l'ai reçue que Dimanche dernier. JE vous fais Monsieur , mon compliment bien,
sincère sur votre heureux retour. La Colonie doit s'en
applaudir > sur-tout si vous continuez d'exercer votre
état. Ce sera une bien brillante lumière pour le
Bateau. Vous n'avez pas besoin de ce complimenta
vous êtes accoutumé à en recevoir de plus batteurs *
& de mieux dits mais non de plus sincères. JE suis aussi bon Colon qu'un autre 3 Mousieur,
je fuis assez ancien dans le Pays pour lui être fort
attaché 3 je lui dois une exiltence honnête s & aucune
considération ne pourrait me faire trahir ses intérêts.
Je puis mal voir, je crois que je vois souvant , mal.,
mais je fais une Gazette , & vous savez que ces
Feuilles ne sont souvent qu'un recueil de oui dire* --- Page 119 ---
( 27 ) 1. plus ou moins fondés „ a,insi je ne puis par état
même être toujours de la plus grande exactitude ,
mais je puis dire de plus pour me disculper de vos
reproches 3 que l'ARTICLE EN QUESTION N'EST PAS
DE MOI y & vous avez pu voir par la Lettre que
j'ai prise du Journal de Guyenne ^ & que j 'ai fait
insérer dans la Feuille de Samedi dernier, que je suis
loin de penser à favoriser l'idée que des Représëntans
aux Etats - Généraux ne seraient pas inutiles à la
Colonie. A l'égard de l'article en question 3 IL EST
TEL QU'ON M'A PRESCRIT DE LE FAIRE PARAITRE :
voila 3 Monsieur 3 tout ce que je puis avoir 1 honneur
de vous répondre à ce sujet. JE vous prie de me croire 3 &c. Signé MOZARD. E X T R A 1 T des Affiches, Américaines. Du 6 Décembre 1788.
ÏL paraît un Mémoire imprimé sur l'IMPoRTANCE,
POUR LA COLONIE DE SAINT-DOMINGUE3 D'AVOIR
DES REPRÉSENTANS À L'ASSEMBLÉE DES ETATS":
GÉ-ÑÉRAUX. On y expose combien il importe a laColonie de saisir l'occasion présente 3 & on lui annonce --- Page 120 ---
( 1S ) QUE SI ELLE SE MONTRE ÉTRANGERE A LA NATION ,
LA NATION SE MONTRERA ÉTRANGÈRE A LA
COLONIE, ET LA LAISSERA GÉMIR SOUS LE POIDS
D'UNE AUTORITÉ ARBITRAIRE , &c. Ce Mémoire
est suivi des noms de plusieurs grands Propriétaires,
& d'une Consultation de quatre anciens Avocats au
Parlement de Paris. Ces quatre Avocats, après avoir
pris leéture de ce Mémoire, ont été unanimement
d'avis » que les Habitans de Saint-Domingue n'ont
"pas, dans ce moment - ci , de plus grand intérêt
* que celui de porter leurs doléances aux pieds du
» Trône, &: que la France a également un grand
» intérêt à ce que sa cause ne soit point séparée de
» celle des Colons. Délibéré à Paris, ce 2.8 Septembre
» 1788 , par Nous anciens Avocats au Parlement.
M Signé y DE LA CROIX. SANSON. DIBLOIS.
» GODARD ON dit que plufleurs autres grands Propriétaires
ont fait un autre Mémoire, pour prouver l'inutilité
de cette aggrégation ; qu'ils l'ont aussi présenté à
quatre Avocats également anciens, qui, après en
avoir pris lecture., & après mûre Délibération, ont
été unanimement d'avis, que de pareilles affaires ne
pouvaient faire la matière d'une Délibération. --- Page 121 ---
( 19 ) EXTRAIT des Archives de la Chambre
d'Agriculture du CAP.
plufleurs autres grands Propriétaires
ont fait un autre Mémoire, pour prouver l'inutilité
de cette aggrégation ; qu'ils l'ont aussi présenté à
quatre Avocats également anciens, qui, après en
avoir pris lecture., & après mûre Délibération, ont
été unanimement d'avis, que de pareilles affaires ne
pouvaient faire la matière d'une Délibération. --- Page 121 ---
( 19 ) EXTRAIT des Archives de la Chambre
d'Agriculture du CAP. O COPIE DE LA LETTRE DEMM.LES ADMINISTRATEURS. Au Port-au-Prince, le 18 Décembre 1788. Nous avons reçu, le 13 de ce mois, Meilleurs,
la Lettre que vous Nous avez fait l'honneur de Nous
écrire le 7 de ce mois. & les deux Extraits de vos
Registres, dont elle était accompagnée. L'un de ces
Extraits nous a fait connaître l'adjonction de M.DAUGY
à la place de Secrétaire de la Chambre 3 & Nous
l'avons apprise avec plaisir. Nous savons que des Propriétaires d'Habitations ont
adressé au Roi, des demandes relatives à l'Admission
de la Colonie aux Etats - Généraux „ Nous sommes
aussi informés que d'autres Propriétaires ont formé un
vœu contraire. Mais Nous ignorons quelles sont les
intentions de Sa Majesté, & jusqu'à ce qu'elles nous
soient connues j Nous n'avons aucunes mesures à
prendre , Nous allons faire passer au Minisire du
Département , l'Arrêté de la Chambre sur cette
matière. Nous avons l'honneur d'être, &c. Signé, VINCENT. DE MARBOIS. POUR Copie conforme à l'Original. Signé DAUGY, Secrétaire-Adjoint
de la Chambre d'Agriculture, --- Page 122 ---
( 30 ) EXTRAIT des Archives de la Chambre
d'Agriculture du CAP. COPIE de la Lettre de la Chambre d'Agriculture,
à M. le Marquis Du CHILLEAU. Au Cap , le Janvier 1789. MONSIEUR, Nous venons d'être informés de votre arrivée dans
la Colonie, & Nous nous empressons de vous en
féliciter. Nous sommes assurés, Monsieur, que vous encouragerez les travaux de la Chambre, & son zèle pour
le bien public j par l'attention que vous voudrez bien
donner-, à ce qu'elle aura l'honneur de vous adresser
collectivement avec M. l'Intendant. Nous sommes, &:c. Les MEMBRES de la Chambre
d'Agriculture du Cap. Signé D A U G Y J
Secretaire-Adjoint. --- Page 123 ---
( 3i ) EXTRAIT des Archives de la Chambre
k d'Agriculture du Cap. COPIE de la Réponse de M. le Marquis Du CHILLEAu
à la Lettre de la Chambre d'Agriculture, du Janvier
17S. Au Port-au-Prince, le 18 Janvier 1789. JE serais très-flatté, Monsieur, du compliment que
vous m'avez fait l'honneur de m'adresser au nom de
la Chambre d'Agriculture du Cap, s'il n'était pas I
accompagné d'un Arrêté répréhensible : la Chambre J
n'a aucun titre, aucun droit à s'ériger en Corps I
politique ni représentatif. Elle n'ignore pas que le (
Roi eil inibruit du vœu d'une partie des Habitans
de Saint-Domingue., d'avoir des Députés aux EtatsGénéraux ; la Chambre devait donner à la Colonie
i l'exemple d'un silence respe&ueux 3 jusqu'à ce que la
I détermination de Sa Majesté lui soit connue. Je suis
4 affligé , Monsîeur , d'être obligé de désapprouver la
conduite- de la Chambre j sur-tout dans un moment
où je désirerais lui offrir des remerciemens 3 mon
? •
des Habitans
de Saint-Domingue., d'avoir des Députés aux EtatsGénéraux ; la Chambre devait donner à la Colonie
i l'exemple d'un silence respe&ueux 3 jusqu'à ce que la
I détermination de Sa Majesté lui soit connue. Je suis
4 affligé , Monsîeur , d'être obligé de désapprouver la
conduite- de la Chambre j sur-tout dans un moment
où je désirerais lui offrir des remerciemens 3 mon
? • ' opinion sur l'utilité de son Institution , 3 ma prévention J --- Page 124 ---
( 31 ) en faveur de chacun des Membres qui la composent ,
& à vous personnellement, Monsieur, l'assurance du
sincère & inviolable attachement., avec lequel j'ai
l'honneur d'honneur d'être 3 &c. Signé Du CHILLEAU. Pour Copie conforme à l'Original. Signé DA U GY, Secrétaire-Adjoint
de la Chambre d'Agriculture. Nous certisions les Copies de toutes les Pièces
ci - dessus , conformes aux Originaux déposés
aux Archives. Signés : LE COMTE DE REYNAUD, Président. LE COMTE DE MAGALLON. LE MARQUIS DE PERRIGNY. LE PRÉSIDENT DU PLAA. LE CHEVALIER DOUGÉ. --- Page 125 ---
AUX COLONS
D E SAINT-DOMINGUE. I789. --- Page 126 --- --- Page 127 ---
A x Tandis ANDIS que toute la France s'assembloit
puir se rendre compte de sa situation, pour
1 améliorer , s 'il étoit possible , pour travailler ensin à la restauration générale, quelques C olons de Saint-Domingue ont jugé
que la Colonie de voit, s'occuper du même
objet, et tendre au même but. L'intention
étoit louable sans doute , et mérite des
éloges. Aussi sont-ils facilement parvenus à
faire adopter leurs sentimens à un certain
nombre de leurs compatriotes. D'autres, ou
les ont ignores , ou ne les ont point partagés , ou y ont apporté des modifications.
Cependant, à peine les Etats Généraux ontils été formes , qu'il s'y est présenté des
Députés de Saint-Domingue. Ils y ont sollicité leur admission , et elle a été provisoiremenl prononcée , même ayant la réunion des trois Ordres. Ils en demandoient
une définitive l' Assemblée Nationale ; et --- Page 128 ---
c'est alors qu'a paru la protestation de quelques Colons, dont nous allons, MM. vous
donner communication (1). {t) Elle a été remise à M. l'Archevêque de Vienne,
Président de l'Assemblée Nationale, et lue à ladite
Assemblée, le 4 Juillet 1789. --- Page 129 ---
-& 3; A NOSSEIGNEURS LES ÉTATS. GÉNÉRAUX. N 0SSEÏGNEURS, « LES Colons , propriétaires - planteurs de
Saint-Domingue , soussignés , actuellement
en France , n'ont pu voir , d'un œil indifférent , arriver le moment où, sous les auspices , e" à la voix de leur Souverain , tous
les Peuples de la domination franc oise ,
étoient appelles à faire entendre leurs doléances , et a jouir des effets de la restauration générale. Un certain nombre de'leurs
compatriotes , résidans tant en France que
dans la Colonie , plus zélés, plus actifs.
ayant jugé le moment favorable pour so
joindre au reste de la Nation, ont éleva.
'un œil indifférent , arriver le moment où, sous les auspices , e" à la voix de leur Souverain , tous
les Peuples de la domination franc oise ,
étoient appelles à faire entendre leurs doléances , et a jouir des effets de la restauration générale. Un certain nombre de'leurs
compatriotes , résidans tant en France que
dans la Colonie , plus zélés, plus actifs.
ayant jugé le moment favorable pour so
joindre au reste de la Nation, ont éleva. --- Page 130 ---
( 6 ) leurs voix, et, animés par des vues patriotiques , se sont réunis d'efforts et d intentions pour parvenir à ce but. En conséquence, rassurés par leurs motifs, et forts
de leur seule qualité de Français , ils se
sont assembles tant dans la Capitale que
dans la Colonie. Ils y ont nommé des Députes , et ces Députés viennent de se présenter dans l'Assemblée générale. Le défaut
de convocation sembloit d'abord devoir les
en exclure , ou du moins l'examen de leurs
pouvoirs étoit un préliminaire indispensable.
La Nation a cru cependant qu'elle pouvoit
j suppléer à ce défaut de forme , et négli-
* géant celte discussion dans un moment ou
il s'agit d'opérer le bien par les voies les
plus efficaces , elle a reconnu que les Colonies avoient le droit d'etre représentées dans
une assemblée de la nation française. Les
Colons soussignés acceptent, avec la plus
vive reconnoissance , une pareille déclaration qui consolide le traité d'union formé
entre la Métropole et la Colonie de SaintDomingue , dès le premier age de son étaj blissement. Ils se croyoient oubliés , et ils
{ sont reconnus par leurs freres. Leur cœur
a toujours été français } et il le sera dans --- Page 131 ---
( 7 ) . A 4 tous les temps. Grâces soient donc rendues
à l'auguste assemblée qui vient de consigner,
de la maniere la plus éclatante, une adhé.
sion à l'objet de tous leurs vœux. Leur droit
qui sembloit contesté ne l'est plus , et c est
pour eux un titre précieux que la Colonie
s'empressera de déposer dans ses archives. Quant à la nomination des Députés qui
se présentent pour être les organes de la
Colonie , ils supplient Messieurs du Bureau
de vérisication , chargés du soin de l'examen
de leurs pouvoirs, d 'observer qu 'eux-mêmes
ont jugé ne devoir les reconnoître et les
admettre que provisoirement. Rien de plus
sige que cette décision. En effet, il leur
étoit impossible de les discuter ; & la distance de s lieux , et le défaut de connoisS'ince de tout ce qui a pu se faire à SaintDomingue , ne leur permettoient pas de prononcer désinitivement sur la validité de
pouvoirs et d'actes passés à deux mille
lieues de la Métropole, sur-tout avant d'avoir la certitude qu'ils n'éprouveroient
aucune contradiction. Or, les Colons sous
signés , " malgré toute leur estime pour
O
étoit impossible de les discuter ; & la distance de s lieux , et le défaut de connoisS'ince de tout ce qui a pu se faire à SaintDomingue , ne leur permettoient pas de prononcer désinitivement sur la validité de
pouvoirs et d'actes passés à deux mille
lieues de la Métropole, sur-tout avant d'avoir la certitude qu'ils n'éprouveroient
aucune contradiction. Or, les Colons sous
signés , " malgré toute leur estime pour
O le mérite personnel de MM. les Dépu
se sont présentés revêtus des suffrages d'un --- Page 132 ---
( 8 ) certain nombre de leurs compatriotes ,
croient qu'il est de leur devoir et de l'intérêt de la Colonie , de supplier l'Assemblée
de vouloir bien suspendre son jugement dé-
| imitif sur cet objet, qu'elle-même reconnoît
I d'une si grande importance ,jusqu'à ce qu'elle
soit bien assurée y Si les formes, rigoureusement requises pour
valider de tels pouvoirs , ont été observées
avec exactitude ; Si le nombre des Electeurs.
étoit suffisant 91 S'ils voient qualité pour être
électeurs ; Si tous ceux qui avoient droit de
l'être se sont trouves aux élections, ou même
y ont été appelles , Si enfin il est bien reconnu, s'il est incontestable que MM. les Députés qui se
présentent pour être admis définitivement f
et qui ne le sont que provisoirement r
doivent être regardés comme les organes du
vrai vœu , du vœu général, ou presque unanuime de la Colonie ; et, ce qui en est une
suite de la plus haute importance, s'ils ont.
le droit de se présenter, de parier en SCMI nom,
de voter, et de signer à des dilibération qui
peuvent influer sur s2s plus grands intérêts. Or, les Colons soussignés attestent , et
ils en appellent 1 à cet égard, à la conscience --- Page 133 ---
() et au serment de MM. les Députés, que les
formes requises pour donner aux pouvoir^
exhibés par eux le degré d'authenticité y
qui seul peut les rendre valables, n'ont point
été remplies ; en c-e que , dans différens en-,
droits, et notamment dans le ressort de la
jurisdiction de Saint-Marc , une des plus
étendues et des plus importantes de l'isle,
sur le nombre de quatre à cinq cents propriétaires , dont la plus grande partie est sur
les lieux , les Electeurs ont été nommés j
dans des assemblées de quinze > ç1e vingt j
et de vingt-cinq personnes ; les procès-ver •
baux, il est vrai, se trouvent chargés d'un
nombre assez considérable de signatures ,
mais données après coup ; en ce que les es.lnandats sont pour la plupart en blanc , et ne
contiennent point le vœu de la Colonie pris
sur les lieux ; en ce que ce voeu , eut-il été
énoncé dans les mandats 1 ne pou voit engager les Colons résidans en France, qu'autant qu'ils y auraient donné leur adhésion.,
et cette adhésion n'auroit pu être régulièrement faite que par une convocation qui
n'a point eu lieu.
,
mais données après coup ; en ce que les es.lnandats sont pour la plupart en blanc , et ne
contiennent point le vœu de la Colonie pris
sur les lieux ; en ce que ce voeu , eut-il été
énoncé dans les mandats 1 ne pou voit engager les Colons résidans en France, qu'autant qu'ils y auraient donné leur adhésion.,
et cette adhésion n'auroit pu être régulièrement faite que par une convocation qui
n'a point eu lieu. En conséquence , les Colons soussignés ,
résidans dans la Capitale , pressés par l' ur- --- Page 134 ---
( 10 ) gence du temps , qui ne leur permet pris
de recueillir, en un jour, les suffrages &
les réclamations des autres Colons de la Capitale , ou épars dans les Provinces , et
nioins encore ceux des propriétaires planteurs , résidans dans la Colonie , qui n 'ont
ni adhéré, ni signé auxdits actes ; supplient
l'Assemblée , de prendre en considérât ion
l'exposé ci-dessus , et ils attendent de sa
justice , de son impartialité, et de son amour
si connu pour le bien gêneral , le délai
qu'elle jugera nécessaire pour rassembler
les lumieres, et les signatures qui peuvent
seules lui faire établir un jugement digne
d'Elle , et consorme aux intérêts combinés
de la Métropole et des Colonies. Si, ce que les Colons soussignés 11 osent
prévoir, l'Assemblée croyoit devoir passer
outre , et rejetter leur réclamation, ils protestent d'avance formellement, tant en leur
nom , que pour réserver les droits de leurs
compatriotes absens , dont l'opinion et le
patriotisme leur sont bien connus, contre
tout ce qui pourroit etre résolu , et fait
relativement à ce qu'ils regardent comme
leurs droits et les intérêts les pins précieux
de la Colonie, jusqu'à. ce qu'elle ait pu --- Page 135 ---
' Il ) énoncer son voeu dune manière legale , et
par des suffrages incontestables , et ils (le
mandent acte de leur protestation. Paris, 29 Juin- 1789. « Les Colons qui ont S'gne la protestation
ci-dessus pourroient se dispenser d 'en exposer les motifs. Il suffit de la lire ou de
l'entendre pour les apprécier ; et ils n ont
point, sur un objet aussi important, d 'autres
principes à établir (lue ceux qu'elle exprime,
ce me semble , d'une maniere peu équivoque. Il ne leur reste peut-être qu'à les
développer pour éclairer leurs compatriotes
absens de la France et de la Capitale où
se sont passés tous les événemens qui les ont
décidés a prendre ce pari. Leur intention
n'est donc pas de se justifier ; car on ne
se justifie que d'une conduite suspecte,
mais de ne plus laisser le moindre doute sur la
nature des sentimens dont ils sont animes.
'elle exprime,
ce me semble , d'une maniere peu équivoque. Il ne leur reste peut-être qu'à les
développer pour éclairer leurs compatriotes
absens de la France et de la Capitale où
se sont passés tous les événemens qui les ont
décidés a prendre ce pari. Leur intention
n'est donc pas de se justifier ; car on ne
se justifie que d'une conduite suspecte,
mais de ne plus laisser le moindre doute sur la
nature des sentimens dont ils sont animes. MM. les Députés, et ceux du suffrage
desquels ils s'étayent, ontcru qu ils devoient
être dans le sein des Etats généraux , et
s'en sont promis les plus grands avantages
pour la Colonie. D'auM Colons ont embrassé une opinion --- Page 136 ---
( 12 ) contraire, et ont craint que cette admission
ne lui fut nuisible. , Ce n est pas a nous., MM. quil appartient de juger si les espérances des uns sont
fondées , et si les alarmes des autres sont
chimériques. Mais il nous est permis sans
doute ,. je dis plus , il est de notre devoir
<1 exposer ici les motifs de notre opinion
et de nos craintes. Ce sera à la Colonie de
prononcer sur cette question , qui est pour
elle d une si liante importance : et elle ne
le fera que par renonciation de son ver-n
gênerai et complet qui n'a point encore paru,
et qui n'a pu paroîire. I Nous disons donc que la Colonie de SaÍut-
| Dominguc n a point été , et ne devoit pas
I être convoquée pour iaire partie des. Etai&
généraux. Dans le fait elle ne l'a pas été : et je
n ai P]S besoin de m'en^aner ip ^ dans l'exalllen
de cette qn es lion de savoir si elle a pu se
passer de Lettres de convocation. Cela ne
veut pas dire qu' elle n'ait pas eu d'intérêt
à s assembler. Oui, sarjs doute , elle l'a cet
in1 érê t ; rHaïs il faut (lue celte A ssemblée
soit regniiere et. completye ; que tons les.
propriét aires composant chaque paroisse --- Page 137 ---
( i3 ) soient appelles ; que les nominations d 'Electeurs f d'abord dans les paroisses , tu
suite dans les Sénéchaussées , ou dans U»
trois chefs-lieux , et enfin dans 1 Assemb e
générale , soient soumises aux rentes généralement adoptées à cet égard . qu'enfin il résulte de tout cela la connoissance des
particuliers de chaque parusse, d*
vœu de chaque quartier, et enfui le vœu
général de la Colonie. Et certes, MM. 1 entendue de cette isle, toute considérable
qu'elle est, n'est point assez immense , n
sa population assez nombreuse pour que ce
soit L chose impossibl" 'o e:iu*
connoissance par l'effet d'une
tion d'abord rigoureusement ndividu*.. ,
et réduite ensuite à un nom® de épute»
proportionné à l'intérê de leurs omme tans. Partons donc de ce principe incontestable,
et qui peut s'appliquer à toutes les autres
Colonies : la Colonie de Saint-Domingue a
besoin et droit de s'assembler pour s occuper de ses intérêts particuliers. De cette vérité nous passerons à une autre
qui n'est pas moins essentielle. La Colonie
de Saint-Domingue a Intérêt et droit
députer aux Etats généraux ; mois comment --- Page 138 ---
( 14 ) doit-elle le faire ? Quel sera l'objet de sa
deputation ? De quelle nature seront les
pouvoirs de ses représentai P Quelle place
doivent-ils occuper P Quels droits auront-ils
à défendre P Quel genre de relations serontils charges d établir avec la Métropole? C'est,
MM. , ce tju 'il faut examiner.
elle. La Colonie
de Saint-Domingue a Intérêt et droit
députer aux Etats généraux ; mois comment --- Page 138 ---
( 14 ) doit-elle le faire ? Quel sera l'objet de sa
deputation ? De quelle nature seront les
pouvoirs de ses représentai P Quelle place
doivent-ils occuper P Quels droits auront-ils
à défendre P Quel genre de relations serontils charges d établir avec la Métropole? C'est,
MM. , ce tju 'il faut examiner. Seroit-il trop hardi d'assurer que la Métropole et les Colonies ignorent, méconnoissent respectivement leurs droits, leurs
intérêts , leur existence, les loix qui doivent
les gouverner ? N'est-il pas vrai de dire que
leur maniéré d etre est absolument différente ; et qu 'elles n ont et ne peuvent avoir
que de foibles ressemblances entre elles ? La
simple lecture des cahiers de France suffit
pour démontrer jusqu'à quel point elles sont
étrangères l'une à l'autre; et dans combien
d erreurs capitales elles peuvent tomber , en
s'appréciant, en se jugeant mutuellement,
et en voulant travailler de concert à la constitution qui convient à chacune d'elles. Sans parler de tout ce qui tient au régime féodal qui vient d'être détruit, sans
parler des dîmes, du patronage , des corvées , &c. le seul article des imp/us de
toute espece admis en Fraaice, ainsi que --- Page 139 ---
( i5) des emprunts et des loteries , offre une
foule de questions nouvelles pour les Colons , et sur lesquelles ils n'ont pas plus de
lumieres pour les bien connoître , que de
droit pour en juger. Et réciproquement les
Colons (lisent qu'ils ne pourroient reconnoître , dans la totalité des Membres de l'As
semblée Nationale, des Juges compétent
d'objets qui sont pour eux de la plus
haute importance. Le respect qu iis ont
pour leurs lumieres et leur patriotisme ne
peut les empêcher d'observer que les deux
tiers au moins de ceux qui la composent,
ne peuvent avoir que des notions très-superficielles sur les Colonies, et qu'y porter
des préjugés capables d'égarer leur opinion
et leur jugement. Que diroient les Députés de France à la
lecture d'un cahier des Colonies qui s enonceroit ainsi. » Vous demanderez le partage »égal des terres en France , la nullité des
» contrats d'acquisition , d 'hypothéqués et de
»créance de toute espece , l anéantissement
»)de la culture , la destruction du commerce ,
« la spoliation de toutes les propriétés, &c.«
Ils diroient ; non seulement vous n'avez
point d'intérêt à demander de pareilles --- Page 140 ---
( 16 ) choses ; mais vous ne deve? point les demander , -parce qu'elles ne sont ni justes , ni
convenables , parce qu'elles sont même
absurdes :'et que bien loin de contribuer à
la prospérité du Royaume, elles teudroient
^ le renverser. Mais que peuvent penser les Colons de
cahiers qui disent : » vous demanderez
« l'admission des Dépùtés de S. Domingue
< et à coté de cet article , cc vous demanderez l'affranchissement des Negres (1). Cette phrase , si simple et si courte , réunit à elle seule toutes les erreurs , toutes les'injustices , toutes les conséquences
désastreuses que je viens d'exposer : et c'est
ainsi que'd'un et d'âurre côté se formeroient, on des demandes irréfléchies , ou
des prétentions extravagantes. Mais voici
la différence du danger réciproque. Six voix,
ou trente voix ; si vous voulez , sont comme
nulles, luttant contre douze cents. Que peut
craindre ce dernier nombre du premier ?
elle seule toutes les erreurs , toutes les'injustices , toutes les conséquences
désastreuses que je viens d'exposer : et c'est
ainsi que'd'un et d'âurre côté se formeroient, on des demandes irréfléchies , ou
des prétentions extravagantes. Mais voici
la différence du danger réciproque. Six voix,
ou trente voix ; si vous voulez , sont comme
nulles, luttant contre douze cents. Que peut
craindre ce dernier nombre du premier ? » ' * ( 1) Discours de M. Garat, Député de la Terre de
Labour , inséré dans la. seizieme Lettre dit Comte d.
1 Mirabeau, Mais --- Page 141 ---
( i7 ) B Mais que n'a pas à craindre le premier du
dernier ? La présence des Députée de S. Domingue dans l'Assemblée Nationale n'est point
nécessaire, ne peut être utile à la discussion des intérêts de la France , relativement
à l objet de cette Assemblée, et peut y
etre dangereuse , quoique son influence
soit d'un à deux cents , et l'eut été bien
davantage dans la proportion d'un à quarante. Mais c est donc avoir démontré que
le sort de la Colonie est soumis à la déci.
sion d une Assemblée qui agit, je ne dirai
pas contre elle , mais sur elle en raison de
deux cents contre un. Et une telle disproportion n'est-elle pas effrayante ? Peut-on
en soutenir l'idée ? Toutes les Provinces de France représentées dans l Assemblée Nationale ont , à
quelques légeres différences près , les mêmes
intérêts à soutenir : leurs loix reposent sur
les mêmes bases ; il y a un droit public et
uniforme pour tout le Royanme ; et quoique dans les diverses coutumes il existe
des disparates frappans, elles se réunissent .
du moins toutes à un centre commun, et
à un intérêt égal, qui est de maintenir l'exis- --- Page 142 ---
( i8 ) tence civile , et de se garantir respective*
ment leurs propriétés. Aucune Province ne
pourroit être indifsérente au dessein que
l'on formeroit de renverser chez sa voisiru;
ces deux fondemens de toute société. Elle
craindroit avec raison d'être exposée à son
tour au même sort, et cette crainte est I)o-tiï.-
toutes la sauve-garde la plus sûre. Elles peuvent donc prononcer entr'elles sur des objets qui leur sont communs, et aucune d'elles
ne peut redouter une décision qui porte
également sur toutes à la fois. Elles sont à
la fois juges et jugées ; et jamais contre-poids
ne fut plus sûr et plus juste. D'ailleurs les
objets sur lesquels elles prononcent, sont
sous leurs yeux, et parfaitement connus
d'elles. Il n'en est pas de même de la décision
que l'Assemblée Nationale pourroit porter
sur les Colonies. Il s'en faut de beaucoup
qu'elles ayent les mêmes raisons de sécurité , et en laissant de côté les craintes exagérées ; si elles s'en tiennent à des probabilités
qui équivalent presque à une conviction ,
elles seront bien pardonnables de se prémunir d'avance contre les conséquences
d'un système devenu trop public pour qu'elles --- Page 143 ---
( '9 ) B 2 ^ restent insensibles. Si donc , pour trancher le mot, l'Assemblée Nationale songeoit
à changer la constitution des Colonies, en
ce qui les intéresse le plus essentiellement, /
qui est le maintien de l'esclavage des Negres ; nous disons qu'en prononçant ce ju- <
gernent, ( si jamais une telle idée etoit vraisemblable , ) elle ne changeroit pas la cons-
. titution des Colonies , elle detruiroit, elle
anéantiroit les Colonies , et commettroit ainsi
un acte de violence et d'oppression sans
exemple.
ale songeoit
à changer la constitution des Colonies, en
ce qui les intéresse le plus essentiellement, /
qui est le maintien de l'esclavage des Negres ; nous disons qu'en prononçant ce ju- <
gernent, ( si jamais une telle idée etoit vraisemblable , ) elle ne changeroit pas la cons-
. titution des Colonies , elle detruiroit, elle
anéantiroit les Colonies , et commettroit ainsi
un acte de violence et d'oppression sans
exemple. C'est cependant ce que pourroit prononcer une grande partie des Députés deFrance , qui infiniment éclairés sur les intérêts de la Métropole , ne connoissant que
bien foiblement ceux des Colonies, ne peuvent se faire une juste idée du régime qui
leur est particulier ; et toujours imbus des
maximes et des loix reçues et observées chez
un peuple libre, sont naturellement portés
à vouloir y faire plier celles que l'impérieuse voix de la nécessité , que la différence
du icliulat, du sol et des productions ont imposées daus les Colonies , sous peine d 'être
détruites aussi-tôt que l'on se permettroit de
les abroger. Dans ce cas les Représentans des --- Page 144 ---
( 10 ) Colonies déliberans et votans sur ces objets
de premiere importance, seroient censés les
avoir engagées et liées, par leur présence, dans
une Assemblée où. l'opinion d'un , on de
plusieurs , ou d'une grande quantité de ses
Membres est subordonnée sans retour à l'opinion générale et prépondérante, et dont
les décisions auroient ainsi tout le caractere
de loix irrévocables, par la discussion contradictoire dont elles auroient été précédées. Or, Messieurs, il importe beaucoup à la Colonie de S. Domingue , et certes, on ne
peut croire que son intention ait jamais
été d être exposée à un jugement définitif,
qui seroit peut-être un Arrêt de mort contre
elle , dans le sens le plus rigoureux qu'ou
puisse donner à cette expression. Passons à. la seconde vérité. La Colonie
de S. Domingue a droit et intérêt de députer aux États-Généraux. Quant a son droit, vous devez sentir ,
Messieurs, que la Colonie de S. Domingue ,
ni cédée par une autre puissance, ni ac
quise , ni soumise par les armes ; mais s'étant volontairement réunie à la France ,
d où. elle tiroit son origine , ne peut être
déchue du droit qu'a tout état aggrégé par --- Page 145 ---
( 21 "5 un contrat d'union dont la tradition , du
moins , a conserve les termes , de demander à expliquer les clauses de ce contrat >
si elles étoient à les corroborer
par un nouveau serment , si elles étoient
convenables aux deux parties.; à en proposer la résiliation , si elles ne leur convenoient
plus. Ceci mene à l'examen de l interet de
la Colonie de S. Domingue, et la connoissance de son intérêt, à celle de son intention en députant aux États Généraux. Comment doit-elle former sa députation ?
Quel en sera l'objet ? 1 Nous avons déjà dit qu'elle de voit procéder à la nomination de ses Députés ; mais
il ne s'agissoit que de l'organisation intérieure de la Colonie , et de reformer ou de
consolider sa constitution. Cet objet une fois rempli, il lui convient de nommer ses
Représentans vers la Métropole ; et c est ici
qu'il faut examiner quel peut être son intérêt , et par conséquent son intention. Seroit-ce de porter à la Métropole sa constitution , et de lui en demander la sanction,
en consentant de voir détruire cette constitution , qui pour elle est la vie. Ou bien
n'a-t-elle d'autre objet que de régler, avec
Colonie , et de reformer ou de
consolider sa constitution. Cet objet une fois rempli, il lui convient de nommer ses
Représentans vers la Métropole ; et c est ici
qu'il faut examiner quel peut être son intérêt , et par conséquent son intention. Seroit-ce de porter à la Métropole sa constitution , et de lui en demander la sanction,
en consentant de voir détruire cette constitution , qui pour elle est la vie. Ou bien
n'a-t-elle d'autre objet que de régler, avec --- Page 146 ---
( 22 ) li Métropole, la nature des relations qui î
doivent exister entre elles ; le degré de pro- ~
taction que l'une peut j donner ; le prix J
de cette protection que autre doit payer, ,
enfin la force et l'étendue de la connexité qui
doit régner entre elles, et être fondée sur •
l'intérêt respectif de l'une et de l'autre
partie P Or, il est évident que la Colonie n'a pu
vouloir se soumettre à un jugement de mort ,
ni même courir un tel risque. Donc , elle
n'en a pas eu l'intention. Donc , elle n'a
point d'autre intérêt que d'avoir des Envoyés
pres les Etats généraux.
Toutes les autres questions , qui dérivent
de celle-ci, vont être bientôt résolues. De quelle nature seront les pouvoirs de
ses Représentans ? Il suffit, ce me semble,
MM., que le vœu de la Colonie soit énoncé
d'une maniere légale et complette ; que ses
intérêts soient défendus par des organes
qu'elle aura jugés dignes de remplir cet honorable ministere. Ils seront donc, non pas
des législateurs pour la France , dont ils
ne peuvent connoître à fond les véritables
intérêts ; mais les agens, les fondés de procuration de la Colonie, près la IVlétropole) --- Page 147 ---
( 23 ) et rien de plus. Peu importe à la Colonie
et à la' Métropole dans quel ordre ils auront été choisis , et en quel nombre ils se
présentent. V o!lX' donc tme source de débats infinis tarie à l'instant même , et Lien
des obstacles applanis. Quels droits auront-ils à défendre f Quel
«enre de relations seront-ils charges d'établir avec la Métropole ? Ceci, MM., n'est pas de mon sujet, et
est au-dessus de mes forces. Ce sera le principal objet du cahier général de la Colonie,
que ses Envoyés mettront sous les yeux de
la Nation , pour être discuté contradictoirement avec le commerce de France, partie compétente et doublement éclairée par
l étendue de ses relations avec les Colonies
jusqu'à ce jour , et par l'intérêt réciproque
que nous avons à les continuer, et à éclaircir les points depuis si long-temps débattus
entre nous. Nous résumant et renvoyant aux motifs
insérés dans l'acte ci-dessus relaté, nous persistons à regarder les nominations de MM.
les Députés comme irrégulieres et invalides,
et nous déclarons ne pouvoir les considérer
comme les organes du vœu unanime et vé- --- Page 148 ---
( 24 ) De l'imprimerie de L. M.CELLOT, rue des
- 1 - Grands- Augustins. 17 89. ritable de la Colonie qui n'existe pas, ou
qui du moins n'a pas été connu jusqu'à ce
jour.
l'acte ci-dessus relaté, nous persistons à regarder les nominations de MM.
les Députés comme irrégulieres et invalides,
et nous déclarons ne pouvoir les considérer
comme les organes du vœu unanime et vé- --- Page 148 ---
( 24 ) De l'imprimerie de L. M.CELLOT, rue des
- 1 - Grands- Augustins. 17 89. ritable de la Colonie qui n'existe pas, ou
qui du moins n'a pas été connu jusqu'à ce
jour. En conséquence , après les avoir remerciés
de leur zele et de leurs bonnes intentions
pour la défense des intérêts de la Colonie,
et les avoir avertis, non-seulement de l'inutilité , mais du danger, pour elle, de leur
présence dans l'Assemblée Nationale , nous
les invitons instamment, au nom des Colons
de Saint-Domingue, actuellement en France,
de lui demander que leurs pouvoirs, pour
y délibérer et y voter, restent suspendus jusqu'à ce que la Colonie, qui doit s'assembler
incessamment, les ait confirmés ou rempla
cés, et qu'elle ait énoncé son vœu, tant sur
la nature des pouvoirs de ses Représentons,
que sur celle des relations qui doivent exister
entre elles et la Métropole. Réitérant au surplus toutes nos .réserves de droit et de fait,
sur tout ce qui pourroit porter atteinte aux
droits et aux intérêts de la Colonie. --- Page 149 ---
1O X ASSEMBLÉE NATIONALE. Du 27 Juin. MAJORITÉ DE LA NOBLESSE, UNE marche précipitée , une variation continuelle daus ses projets & ses dessins , telle a été
tisqti'ici la conduite du conseil ; une constance
éprouvée , une fermeté inébranlable ? une force
d'union invincible , telles ont toujours été les
armes que l'assemblée nationale a opposées aux
attaques de ses ennemis , & avec lesquelles elle
*est venu à bout de triompher. Le conseil , par
sa déclaration, avoit défendu la réunion des
ordres. Le roi vient de l'ordonner ; voilà donc la
grande , l'importante question décidée , selon
le cœur du roi , & contre la volonté des ministres, si bien manifestée dans la fameuse déclaration. Un de nos rois avoit bien raison de
dire : si la bonne foi étoit perdue sur la terre ,
on la retrouveroit dans le cœur des rois. Il y a
peu de rois en effet qui ne fussent bons & vertueux , s'ils étoient environnés d'honnêtes gens. Le roi, pour opérer cette espece de miracle y --- Page 150 ---
1 ( 252 ) a écrit la lettre suivante à là majorité de la noblesse. Lettre du Roi à la. NoblcjJc. « Uniquement occupé a faire le bien général
de mon royaume , mais desirant par-dessus tout
que les états généraux s'occupent des objets qui
intéressent la nation , d'après l'acceptation volontaire de ma déclaration du 23 , j'engage ma
fidelle nobleiïe à se réunir sans délai avec les
deux autres ordres ». zy Juin. ' 11 y a grande apparence que la noblesse se
rendra à l'invitation patérnelle de Sa Majesté. La concorde & la reunion , voiià ce qui peut
ko us tirer de l'anar chie où nous sommes en Quelque forte plongée Elle's feules peuvent rc-.
médier au mal, & si, par une fatalité inconce-"
vable , la majorité de la noblese opporbit encore de l'opiniâtreté & de la résistance a la nécéssité d'une réunion si desirée , si utile, -la noblesse feule feroit coupable ^ datis ce moment
Ses malheurs qui suivroient un schisme aust fatal que scandaleux ».
ko us tirer de l'anar chie où nous sommes en Quelque forte plongée Elle's feules peuvent rc-.
médier au mal, & si, par une fatalité inconce-"
vable , la majorité de la noblese opporbit encore de l'opiniâtreté & de la résistance a la nécéssité d'une réunion si desirée , si utile, -la noblesse feule feroit coupable ^ datis ce moment
Ses malheurs qui suivroient un schisme aust fatal que scandaleux ». Nous croyons devoir faire une observation sur --- Page 151 ---
[texte_manquant] x& la lettre du roi \ il annonce une acceptation volontaire de la déclaration du 13. Sans doute le roi , en pétant à la noblesse
ne veut point dire l'acceptation du clergé , ni
celle des communes, ci celle de l'assemblée nationale. L'on sait bien que l'assemblée nationale r
loin d'accepter la premier déclaration , loin de
s'y conformer , ne l'a pas même mire en question. Un arrêté de la noblesse, es. saveur de la réunion , a passé à la mojoritc -, il s'est trouvé encore
quarante-cinq protestans ; mais personne n'a regretté de les voir prendre ce parti i ils .ont saic
presque tous leur preuve d'entêtement, &c. Liste de Messieurs de la Noblesse qui se font rendus
à l'Assemblèe Nationale, le 2.5 Juin 1789. M. le duc d'Aiguillon. M. Dandré. M. le marquis de Lezay-Marnezia. M. le vicomte de Toulongeon, M. le comte de ÇriUon. M. le vicomte 4e Beauharnois. M. de Phelines, M. le vicomte Desandrouis, M. le marquis de la Coste. M. le comte de Castellanne.' --- Page 152 ---
( 254) . M. le duC d 'Oréans.- ° M. le marquis de Blacons. "
M. le marquis de Langoru
M. le comte de la Blache. M. le comte Antoine d'Agoult. M. le comte de Vineux. M. le comte de Morge. M. le baron de Chalion. M. le comte de Marianne. M. de Burle. " -
M. d'Eymar. \ M. de Nomperre de Champagny. " M. de" Prez de Crailler. : <
M. le marquis de Biancourt. M. d'Aguesseau. M. Freteau. M. le marquis de la Tour-Maubourg. M. le comte de la Touche. M. le comte de Montmorency. M. le chevalier de Maulette. M. le comte de Clermont-Tonnerre.-
M. le duc de la Rochefoucault. M. le comte de Lally-Tolendall. M. le comte de Rochechouart. M. le comte de Lusignan. Id. Dionis du Séjour. M. Duport. ;; --- Page 153 ---
( *'sO x M. le marquis de Montesquiou-Fezenzac.
M. Alexandre Lameth. -y, r ; t ..1
M.le marquis de Sillery .. M. le baron d'Harambure F ,; •
M. le duc de Luynes. r) y ;
M. .1e.. marquis de, Lencosne. M. le baron de Menou. ; : j i sb - Voilà la liste , comme nous l'avions promis,
de la minorité de la noblesse. Nota. Trois autres membres de la noblesse se
. font présentés ; mais comme on avoit élevé dès
difficultés sur leurs députations 1 ils- ont desiré
que leurs noms ne fussent pas inscrits sur la
liste avant le jugement. • '
ynes. r) y ;
M. .1e.. marquis de, Lencosne. M. le baron de Menou. ; : j i sb - Voilà la liste , comme nous l'avions promis,
de la minorité de la noblesse. Nota. Trois autres membres de la noblesse se
. font présentés ; mais comme on avoit élevé dès
difficultés sur leurs députations 1 ils- ont desiré
que leurs noms ne fussent pas inscrits sur la
liste avant le jugement. • ' " ' ASSEMBLÉE NATIONALE. Toujours des hussards , des troupes étrangeres , des patrouilles de gardes du corps , toujours des barrieres ; par-tout l'œil voit avec douleur les empreintes de l'esclavage & de l'oppreflien. La séance a été ouverte à dix heures. Trois
gentilshommes se sont présentés pour prendre
séance parmi les membres de I'assemblée nationale » les applaudissemens ont annoncé --- Page 154 ---
[texte_manquant] entrer Âpres avoir depose leurs pouvoirs sur le
bureau , ils ont assuré l'assemblée de leur dévouement , de leurs regrets de ne s'être pas
rendus plutôt dans une falle ;; loin dfe laquelle W
sainteté d'un serment trop rigoureux sans doute
les avoit retenus jusqu'au moment heureux où
de nouveaux mandats less en avoient déliés. ' L'on ¥ continué la lecture du procès-verbal ,
lecture nécessaire , puisque quelquefois , malgré
l' exactitude scrupuléuse des officiers , il s'y glisse
des erreurs ,, 3 la vérité légères,, furies noms ,
& gu en fuite , comme là séancé actuelle en a
fourni un exemple , il faut délibérer sur télle ou
telle piece à insérer. J: La délibération que la députation. de, la no-i
bfesse âvoit laissée U Veille sur le bureau de l'afsemblée nationale avoit été insérée dans le procès-verbal d'hier , pfcr M. Pison du Galland sécond secréraire. < c - M. Camus , premier. 'secrétaire , a objedé
qu'il falloit la retirer , attendu que si l'assemblée prouvoit qu'elle en a eu connoissance j elle
devoit se hâter & ne pouvoit même se dispenser de protefier contre les principes faux, anti-
», constitutionnels y contenus. & que ces proief- --- Page 155 ---
( *17 ) X4 tations devroient cuivre , dans le procçs-verbal,
la teneur de la délibération. )
Que d'après l'arrêté du 13 , il pto!t inutilç de
.faire des protestations ; il étoit aussi inu:ilç d'insérer la délibération. Les ob fer vations cle M. Camus ont été approuvées d'tip côté , & rejettées de l'autre. L'on disoit en leur faveur qu'étant contraire?
à la constitution de l'assemblée , portant atteintp
^ ses droits , aux principes eç la monarchie ,
l'on ne pouvoit laisser fubsiller une pareille
piece dans les registres de l'assemblée, sans ma
pifefler les sentimens de réprobation qu'ellç
inspiroit à l'assemblée nationale.
ations cle M. Camus ont été approuvées d'tip côté , & rejettées de l'autre. L'on disoit en leur faveur qu'étant contraire?
à la constitution de l'assemblée , portant atteintp
^ ses droits , aux principes eç la monarchie ,
l'on ne pouvoit laisser fubsiller une pareille
piece dans les registres de l'assemblée, sans ma
pifefler les sentimens de réprobation qu'ellç
inspiroit à l'assemblée nationale. L'on disoit , contre les réflexions de M.
Camus , qu'un procès-verbal est un récit simple
de tous les saits d'une assemblée ; qu'ainsi l'on
pouvoit insérer la délibération de la majorité
de la noblesse sans aucun danger ; qu'au surplus
l'on n'avoit qu'à la repousser par des protections fortes & énergiques. Que l'on a fait mention de la députation des
électeurs de Paris, que l'on y avoit inséré leur
discours , & que l'on pouvoit , sans aucune
conséquence s;îcliet-tfe , en us;r de la l'pêm.e
maniéré pour la déptitaiiofi Je la majorité d8
la noble sie. --- Page 156 ---
( 158 ) M. DangeviI1ier a ajouté qu'autrefois l'on
disoit : nous ordonnons , nous voulons ; que le 23
le roi avoit dit pour la premiere fois : je veux ,
j'ordonne ; que les éloges prodigués par la nobleÍfe à catte innovation qui, à la vérité, & sort
heureusement n'existe que dans les mots , ne
devoient pas se trouver dans le procès-verbaj
de l'alTemblée , qu'il suffisoit d'y insérer les protections. * M. Bailly a proposé un autre avis, celui d'y
insérer seulement la réponse faite à la noblesse. Ce moyen qui n'avoit ni les inconvéniens de
l'inscription de la délibération , ni la sorce des
protestations insérées , a été encore combattu ;
enfin l'on a fini par décider que la délibération
de la noblesse seroit purement & simplement
insérée dans le procès-verbal. Cette formalité décidée , l'on a continué la
lecture du procès-verbal. La lecture étant terminée, on a pasTé à l'article
des comités. M. l'archevêque de Vienne a observé que plusieurs ecélésiafliqties de.nandoierx que l'on prît
un ecclésiastique de chaque généralité pour le
faire entrer dans les comités formés par les
générahtés. --- Page 157 ---
( 1) ) L'assemblée a approuvé cette observation, M. Bailly a présenté à l'assemblée la requête
des habitans de Versailles. Le bailliage demande
une députation dire&e aux états généraux. La requête a été envoyée au comité de vérisication. Comme ce burean se réunit tous les soirs, il a
fait le rapport des pouvoirs des, membres tant
du clergé que de la nobleué. qu il avoit vérifiés
la veille. Ces pouvoirs se sont trouves tous valables &
jugé! tels. Seulement lorsque l'on en est venu à
la députation de Saint-Domingue, M. le rapport
teur s'est livré à la discussion qu'entraînoit une
question aussi importante. \
été envoyée au comité de vérisication. Comme ce burean se réunit tous les soirs, il a
fait le rapport des pouvoirs des, membres tant
du clergé que de la nobleué. qu il avoit vérifiés
la veille. Ces pouvoirs se sont trouves tous valables &
jugé! tels. Seulement lorsque l'on en est venu à
la députation de Saint-Domingue, M. le rapport
teur s'est livré à la discussion qu'entraînoit une
question aussi importante. \ Il a commencé par lire la requête des habitans
de Saint-Domingue. Ensuite il a exposé les moyens pour & contre
avec une noblesse d'expression , une précision
dans les raisonnemens qui lui a mérité des
applaudissemens universels. La question a été exposée sous trois points.
i°. Saint-Domingue peÚt-elle avoir une dé
putation ? 1°. La députation a-t-elle été régulière ? --- Page 158 ---
( 260 ) j 3° Quel doit être le nombre des députes?
j, Le premier point a été accepté à l'unanimité.
( Le sécond n'a pas été absolument approuve. Les métis, les gens de couleur , quoique
libres , n'ont pas eu de sussrage dans les a sfcmblées ; & les députés ne sont que le restât
\ d'e-ITenib!ée5 dans lesquelles il n'est entré que
40.00c) hommes. ' 1 ^ Lé 'tro:lrlèlliè a été tout à fait incertain. J
Samt-Domingue avoit nommé 37 députes,
aujourd'hui le nombre est réduit à iô. Dans le
bureau- de comité 18 membres ont cru qu'il
~falloit les admettra ; 18 autres ont pensé qu'il
-n'en falloit admettre que 12 , &'confWérer les
autres comme suppléans. r Il y a eu des personnes qui- ont ajouté une
espece d'amendement à la réception des députés.
Comme tout député, disoient-ils , - est :¡ppel'é
par le roi, qu'il a un carattere avoué par lui,
.rau'emb!ée -doit considérer qu'il ne faut pas
admettre la députation sans se prémunir de l'autorifation royale. Celte réflexion a bientôt tombé par l'objection qu'a fait un membre : le roi, a t-il répondu,
a renvoyé toutes les quêtons relatiyeç. aux!
députations à l'assemblée das états généraux. ~ --- Page 159 ---
( 261 ) Oii a fait encore une réflexion qui n'a etc
plus approuvée : c'étoit le défaut de convocation de la part du roi. Mais l'on y a répondu par une lettre ruinifiérielle insérée dans le journal de Paris. Cette
lettre portoit que Saint-Domingue auroit une
députation à la premiere tenue d'états généraux. Or , si Saint Domingue , a-t on objecte, doit
avoir une députation a la premiere tEnue d'états
généraux , pourquoi ne l'aur oit-elle pas aux états
de 1789 ; les mêmes motifs 6c les mêmes lassons
font-ils nuls & futils ? M. le comte de Gouy d'Arcy a demande la
parole. Discours de M. d'Arcy. Dans un moment aussi intéressant pour le bien
public s je ne me permettrai que de dire un seul
mot. J'écarterai même tous ces témoignages de
refpeti tk de vénération qu'inspire une ailembiie
aussi auguste. Ce n'eu: pas par ambition que la coionir *
nommé 30 députa , Se en a envoyé 20; 1 >
n'en a eu d'autre que de coopérer au bien se -
ral , que d'apporter des lumieres sur des r-;
inconnus dans la métropole : les cu!tur<", I
trai que de dire un seul
mot. J'écarterai même tous ces témoignages de
refpeti tk de vénération qu'inspire une ailembiie
aussi auguste. Ce n'eu: pas par ambition que la coionir *
nommé 30 députa , Se en a envoyé 20; 1 >
n'en a eu d'autre que de coopérer au bien se -
ral , que d'apporter des lumieres sur des r-;
inconnus dans la métropole : les cu!tur<", I --- Page 160 ---
, ( %61 ) , mœurs, les richeiïes, tout d'une, nature
différent?.^ Il me semble qu'il n'y a qu'une seule objeaion
spécieuse contre la députation au nombre de
20. Si vous les admettez,.vous a-t-on dit , vous
; i \ j \ : i
ferez obligés d'en admettre 100 pour les autres
^ ^ colonies, qui ne tarderont pas à demander également une députation. Mais à cela je répondrai
que la population de' S. Domingue, richesses pour la balance du commerce, &-les impôts
1 direds & "i'nairèà's'', excédent de plus de la moitié les autres colonies £ ainsi donc cé ne serolt
pour toutes les colonies que 46 députés que
- vous admettriez parmi vous. La question ne se réduisoit plus en esset qù'à
savoir si on.admettr6it.les députés de S. Domingue , au nombre de 12 ou de 10. ' Ohallaifalîer.iani voix; mais-à chaque ins-
! iant on.disoit que la minorité du' clergé Se 4a
: majorité de la noblesse alloienti arriver ,1 ce qui
suspendoit, l'appel. l ^• ■/ La séance a été continuée à 5 heures du soir. Vu 27 , à j heures dU foir, M. Bailly étoit déjà dans la salle, avec un
petit nombre de députés, lorsque la majorité de --- Page 161 ---
( 163 ) la noblesse .& minorité du clergé se sont présentés enfin pour prendre séance dans la salle
nationale. - Voilà donc ces grands débats terminés, débats sunestes & horribles, qui ont alarmé pendant deux mois le cœur de tout bon patriote;
qui voyoit sa patrie menacée d'un embrasement
universel ; mais écartons à jamais ces sinistres
idées, ensevelissons-les dans les ténebres éternelles de l'oubli ; ne pensons qu'au bonheur que
nous pronostique une réunion si généralement
& si ardemment desirée, du monarque & de
tous les François. L'aurore du plus beau jour
commence à luire pour nous; la nation respire :
la raison de son flambeau divin vient d'éclairer le
clergé & la noblesse ; ils viennent de reconnoître enfin pour sreres des hommes que l'habitude des préjugés leur faisoit regarder comme
des esclaves. Heureux , mille fois heureux le
jour de cette réunion ! Le président de la majorité de la noblesse
celui de la minorité du clergé se sont expliqués
en peu de mots, mais d'nne maniere fatisfair
fante. --- Page 162 ---
(264 ) * * ■>
Discours de M. le Caridinal. Nous sommes conduits ici par notre amour
& notre refpeft pour notre roi , vos voeux pour
la paix, & notre zelç pour te.b'wi public, ; Discours de M. de Luxembourg , président de la
noblesse. - La chambre de la noblesse a arrêté oe matin
de se rendue dars ceiflt-e salle nationale poux
donner à sa majesté des preuves de son m-fp-,â
& de son amour inviolable , & à ia nation des
preuves de 4on patrioti/œc.
amour
& notre refpeft pour notre roi , vos voeux pour
la paix, & notre zelç pour te.b'wi public, ; Discours de M. de Luxembourg , président de la
noblesse. - La chambre de la noblesse a arrêté oe matin
de se rendue dars ceiflt-e salle nationale poux
donner à sa majesté des preuves de son m-fp-,â
& de son amour inviolable , & à ia nation des
preuves de 4on patrioti/œc. M. Bailly, Président de l'assemblée, a répondu
aidi a ces deux Discours : . M E SSIEURS, ; - « Le bonheur de ce jour qui raffembîe les trois
ordres , est tel, que l'agitation qui -accompagne
une joie vive ne me laisse pas la liberté néceiïaire
pour vous répondre dignement ; mais cette foie
mêmeeû ivne répense. Nous possédons l'ordre du
clergé; l'ordre de la noblesse, aujourd'hui, se
joint à nous. Ce jour sera célebre dans nos fastes,
& rend la famil'e complete. Il finit à jamais les
divisions qui nous ont tous sensiblement affligés. --- Page 163 ---
( 265 ) Il va remplir tes desirs du roi; &: l'Assemblée nationale , ou p!utôt!cs Etats Généraux, vont s'occuper, sansdistra&ion & sans relâche ,de la régé
nération du royaume & du bonheur public. » M. le duc d'Aiguillon a enfoite demandé la
parole', & il a àinsi parlé a la noblesse. Discours de M. d' Aiguillon. MESSIEURS, - « Eln venant , il y a deux jours , nous réunir H
l'assemblée nationale , nous crûmes servir la patrie *, nous Cédions à l'impulsion irrésistible de
notre çonfciencfe ; mais un sentiment pénible se
mêlait a la satisfaction que nous éprouvions
d'avoir rempli notre devoir. Aujourd'hui nous
voyons , avec le transport de la joie , la réunion
générale , qui fai'foit l'objet de nos côeurs. 'te
bonheur de là France va être le friut de cet accord unanime , & ce jour est le plus beau de
notre vie ». Après ce discours, M. Bailly président tle
l'assemblée , a dit : MESSIEURS, « Le jour de la réunion dès trois ordres doit
etre un jour de réjouissance & de joie. Ùn --- Page 164 ---
( 166 ) moment si touchant pour nous ne doit pas êtrè
employé au travail. Je crois, en conséquence
que cette session doit finir là , & qu'il faut (ufpendre nos travaux jusqu'à Mardi *. A peine les trois ordres écoient-ils réunis, que
les députés se sont rendus insensiblement à la
séance indiquée , ils étoient loin de s'attendre
à un speâacle suffi imposant, à un plaisir aussi
vrai. Sans se croire éloigné de la viftoire , ils ne
croyoient pas ce moment heureux si prochain.
équence
que cette session doit finir là , & qu'il faut (ufpendre nos travaux jusqu'à Mardi *. A peine les trois ordres écoient-ils réunis, que
les députés se sont rendus insensiblement à la
séance indiquée , ils étoient loin de s'attendre
à un speâacle suffi imposant, à un plaisir aussi
vrai. Sans se croire éloigné de la viftoire , ils ne
croyoient pas ce moment heureux si prochain. Bientôt le peuple s'est rassemblé ; les députés ,
tous les habitans de la ville, tous les citoyens
de tout âge , de tout sexe , de tous rangs, se
sont portés en foule au château. D'abord, la garde interdite alloit fermer les.
portes. Mais les cris de vive le Roi ont bientôt dissipé
leurs alarmes. Le roi, la reine se sont montrés
sar le balcon ; ils ont salué le peuple avec bonté,
& les cris, les applaudissemens ont redoublé ;
jamais la nation n'a eu un aussi beau moment. Le
. roi & la reme ont été pénétrés d'attendrissement ; la reine a versé des larmes de joie , larmes précieuses qui prouvent, quoiqu'on en ait
pu dire, qu'elle seroit flattée d'avoir l'amour
des François, & qu'elle en est vraiment digne. --- Page 165 ---
RÉCLAMATIONS
POUR LES COLONIES DES ANTILL ES,
ADRESSÉES AU ROI ET A LA NATIONS Non sumptuosâ blandior hostiâ. }
Mollirit aversos Penates
Farre pio, et saliente mica. HOR. Lib. III, carm. 23. --- Page 166 --- --- Page 167 ---
HOMMAGE DE CET ÉCRIT, A S ON ALTESSE SERENISSIME ? MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS. M OIN-SEIGNEUR, Permettez que je vous présente les
droits d'un pays 7 qui a le bonheur.
de vous compter au rang de ses pro->
priétaires. JÎ ce titre seul, je vous devrais l'hommage de cet Ecrit. Mfyis
il vous est dz1 plus légitimement encore
pour tout le bien que vous, ne cessez
de faire. Il ne suffisoit pas à votre
infatigable bienfaisance de prodiguer
vos trésors à l'infortune ; il ne vous
suffis oit pas aider des milliers de
malheureux à supporter les désastreux
Qrages qui , à l'instant; des récoltes, ont
désolé nos campagnes , et l'inclémence --- Page 168 ---
d un des plus terribles hivers qui aient
accablé l'Europe ; et vous venez de
prouver que les sacrifices de l'orgueil ne sont rien pour vous. Aussi j
MONSEIGNEUR y vous en recevez déjà
le prix ; vous goûtez les jouissances
les plus douces pour une grande ame;
l'admiration et l'amour de tout un
peuple. Les Colonies , MONSEIGNEUR trouveront sans doute des défenseurs plus
éloquens que moi. Mais si j'ai pu le
premier vous intéresser pour elles ; et
qu'excitée par votre généreux patriotisme , la nation accueille leurs repré..
sentans , je m'applaudirai sans cesse
d'avoir osé prendre la plume dans une
cause si intéressante.
les jouissances
les plus douces pour une grande ame;
l'admiration et l'amour de tout un
peuple. Les Colonies , MONSEIGNEUR trouveront sans doute des défenseurs plus
éloquens que moi. Mais si j'ai pu le
premier vous intéresser pour elles ; et
qu'excitée par votre généreux patriotisme , la nation accueille leurs repré..
sentans , je m'applaudirai sans cesse
d'avoir osé prendre la plume dans une
cause si intéressante. Je suis ? avec un profond respect j MONSEIGNEUR, De Votre Altesse Sérénissime y Le très humble &
très-sourris serviteur r
UN AMI DES COLONIES. A Paris f e. 8 Avril 1789. --- Page 169 ---
A RÉCLAMATIONS DES COLONIES. J L est donc venu ce tems d'espérance et d'émulation,où chaque citoyen
peut élever la voix pour le bien de son
pays , et dire tout ce qu'il croit utile
et juste ! Il est venu ce teins de gloire
et de liberté ; et je céderai à la confiance qu'il m'inspire , je parlerai pour
des contrées , qui ont à se plaindre
d'un oubli désastreux 1 j'oserai mêler
mes conseils à ceux des hommes éloquens, dont les écrits ont accéléré
la régénération de la France. Lorsque la nation s'empresse à célébrer, avec amour, la bienfaisance paternelle et l'équité de son Souverain ï
pourquoi faut-il qu'une partie de cette
nation reste frappée d'étonnement et --- Page 170 ---
( 6 ) ce douleur au milieu de la joie publi
que ? Dès que les habitans des Colonies
ont été instruits du desir qu'a le Roi
de voir les différentes classes de ses
sujets concourir à la libération de l'état , & à l'établissement d'une consti^
tution sage , ils ont soudain franchi
l'océan, et porté , à plusieurs reprises,
leurs vœux au pied du trône j ils ont
demandé à seconder le zèle de tous
les vrais Français , et à jouir du juste
droit qu'a chaque province de réformer
les abus qui se sont introduits dans
son administration. Mais malgré leurs
Vœux , malgré la justice de leurs droits,
le nom des provinces françaises , situées
au-delà des mers y ne se trouve point
dans la liste des représentons de la nation 1 et les plus belles des Colonies
des Antilles , un pays qui possùde
quatre - vingt mille habitans libres;
et plus de six cens mille esclaves , un pays dont l'agriculture
Verse plus de deux cens vingt millions
par an dans le commerce du royaume ,
reste privé des avantages qu'on vient
d'accorder à toutes les autres parties
de l'empire.
françaises , situées
au-delà des mers y ne se trouve point
dans la liste des représentons de la nation 1 et les plus belles des Colonies
des Antilles , un pays qui possùde
quatre - vingt mille habitans libres;
et plus de six cens mille esclaves , un pays dont l'agriculture
Verse plus de deux cens vingt millions
par an dans le commerce du royaume ,
reste privé des avantages qu'on vient
d'accorder à toutes les autres parties
de l'empire. Cependant les Colons ont trop de --- Page 171 ---
(7) . . A 2 confiance dans la sagesse et la bonté
du Roi , pour ne pas demeurer persuadés que Sa Majesté 1 en les refusant y n'a fait que céder à des senti.
mens étrangers à son cœur. Ils ne croiront jamais quelle ait voulu exclura
une partie de ses sujets des bienfaits
qu'elle accorde au reste de ses peuples.
Aussi j'ose être leur interprète , et je
vais retracer aux yeux du Roi et de la
nation entière les principes incontestables sur lesquels ils fondent leurs réclamations. Leur cause est celle de tous
les citoyens ; leurs plaintes ne peuvent
paroître indifférentes à quiconque chérit l'honneur , la justice et la patrie}
Nous jetterons d'abord un coupd' œil sur les liens qui unissent les
Antilles à la France. Ensuite nous
examinerons si les droits des Colonies
sont moins étendus et moins sacrés
que ceux des autres provinces. Nous
répondrons aux objections qu'on a faites
aux Colons , et nous prouverons enfin
que leur admission dans les Etats-Généraux est non-seulement avantageuse,
mais indispensable pour la nation. Peutêtre quelques esprits sages regarderont
comme inutile que nous démontrions --- Page 172 ---
( 8 ) ttes vérités qui ne devroient pas même
être mises en question : mais il est
des hommes qui , jusqu'à présent étrangers aux intérêts des Colonies, et trompés par l'abus des mots , ont besoin
d'être éclairés ; d'autres dont les vœux
sont opposés aux vœux des Colons ?
et qu'il importe de combattre. Les Colons ont en leur faveur nonseulement les droits qui sont communs
à tous les anciens citoyens de la France,
et qu'on n'a jamais pu leur ravir, puisqu'ils n'ont jamais cessé d'être Français , mais ils ont encore l'investiture
et la garantie des mêmes droits , accordés aux provinces conquises , ou nouvellement ajoutées au royaume. Leurs îles ne sont cependant ni
une cession , ni une conquête: Leur
assimilation aux autres provinces de
France a une origine plus intéressante
et plus respectable. Il y a environ cent
soixante ans que quelques Français courageux , vivant loin de leur te rre natale , et cherchant sur les mers la gloire
et la fortune , furent révoltés des cruautés que les Espagnols exerçaient en
Amérique. Bientôt ils délivrèrent de
oes tyrans la Martinique , SaintChristophe , la petite île de la Tortue ?
, ni une conquête: Leur
assimilation aux autres provinces de
France a une origine plus intéressante
et plus respectable. Il y a environ cent
soixante ans que quelques Français courageux , vivant loin de leur te rre natale , et cherchant sur les mers la gloire
et la fortune , furent révoltés des cruautés que les Espagnols exerçaient en
Amérique. Bientôt ils délivrèrent de
oes tyrans la Martinique , SaintChristophe , la petite île de la Tortue ? --- Page 173 ---
( ) A a<') et la côte-nord de Saint-Domingue f
et ils, s'y établirent. Possesseurs tranquilles et redoutés de ce beau pays >
ils purent le conserver en souverains j
ils. le gardèrent même seuls pendre
quelques années : mais ensuite ils en
firent hommage à la France, aimant
mieux enrichir leur patrie , et redevenir
les sujets du Roi, sous lequel ils étoient
nés, que de vivre dans une indépendance absolue. On sait avec quel empressement le gouvernement français
accueillit les intrépides flibustiers y et
combien il eut à se louer de compter
les Antilles au nombre de ses provinces. S'il leur accorda un chef pour les
commander , des troupes pour les défendre 1 des magistrats pour y administrer la justice ; s'il leur promit même
les privilèges les plus étendus dont puisse
jouir aucun autre pays soumis à la domination de la France , il reçut en
échange , de la part des Colons, totis
les secours qu'il avoit droit d'attendre
des sujets les plus dévoués. Sous
Louis XIV j c'est la valeur des Colons
qui réprima 1 dans les mers des Antill es , l'avidité hollandoise et l'ambition.
jalouse de§ Anglais , et qui enleva aux --- Page 174 ---
( 10 ) Espagnols les riches villes de Campeche et de Carthagène. Dès-que le même
Prince leur demanda un octroi, ils se
hàtèrent de se taxer ; et depuis ils n'ont
cessé de fournir à la patrie et des impôts et des troupes, contens de conserver , pour prix de leur fortune et de
leur sang, le titre honorable de Français. ,• Eh ! que faut-il donc pour qu'un pays
fasse partie d'un empire , si ce n'est
pas assez d'être soumis au même prince ,
• de suivre les mêmes loix , de supporter
les mêmes charges , d'être compris dans
tous ses traites , de prendre part a toutes
ses querelles , et d'avoir enfin une
communauté, constante de biens et de
maux ? Est-il nécessaire qu'il ait appartenu
à cet empire , dès le premier instant
de sa fondation ? Mais si l'on exigeoit
çette condition absurde , la France
seroit réduite au dixième de ce qu'elle
est réellement. La Bourgogne, la Bretagne , la Guyenne , la Provence r
l'Alsace, la Lorraine & plusieurs autres provinces ont été successivement
ajoutées au royaume ; et elles ne peuvent avoir de droits plus étendus que --- Page 175 ---
( 1. * > A 4 les Colonies d'Amérique > ajoutées
çomme elles et qui se sont donnees.
librement elles-mêmes. Veut-on que ce pays soit très-vaste ? Les Antilles Françaises contiennent *
plusieurs grandes nes. Très- peuple ?
On y compte cent villes ou bourgs.
considérables 7 et douze mille habitations , qui sont autant de villages. D'un.
grand revenu ? Ce sont les plus productives des colonies agricoles. D'un
commerce avantageux à l'état ? Elles
occupent douze cens vaisseaux ; elles servent à l'entretien d'un nombre infini des
manufactures du royaume r et elles
achettent une grande partie des vins,
des farines et des autres denrées qu'on
recueille en France.
y compte cent villes ou bourgs.
considérables 7 et douze mille habitations , qui sont autant de villages. D'un.
grand revenu ? Ce sont les plus productives des colonies agricoles. D'un
commerce avantageux à l'état ? Elles
occupent douze cens vaisseaux ; elles servent à l'entretien d'un nombre infini des
manufactures du royaume r et elles
achettent une grande partie des vins,
des farines et des autres denrées qu'on
recueille en France. Voilà quelles sont les contrées auxquelles on n'a point accordé des repré-,
sentans pour discuter leurs intérêts avec
ceux des autres provinces. Quoi, donc ! les rapports des colonies
avec leurs métropoles doivent-ils être
différens des rapports des autres provinces avec la nation ? Sans remonter à l'origine des colonies , sans chercher à en suivre les
détails, chez les. divers peuples de l'an- --- Page 176 ---
(13) tiquité , nous pouvons observer qu6
Rome , dont la politique futlong-tems
si sage et si profonde ? Ptorne accordoit à ses colonies y ainsi qu'aux états
qu'elle soumetloit à ses armes , le
nom & le rang de province romaine ;
et lorsque dans la vigueur de la république , elle voulut s'écarter de cette
institution , elle s'exposa à la guerre
des alliés ^ qui faillit entraîner sa ruine. Mais , quoique la conduite imposante
de Rome soit à l'appui du droit que
nous réclamons , nous ne nous bornerons pas à prendre des modèles
loin de nous. Les colonies des anciens
différoient trop des nôtres. Nous nous
étayerons de titres plus sacrés que
ceux qu'elles pourroient nous fournir.
L'autorité de la justice et de la raison
Vaut mieux que l'autorité de l'exemple. Ce n'est jamais une différence purement nominale qui doit établir une
différence de droits entre les provinces
d'un même empire. Qu'importe que les unes s'appellent
métropole 7 et les autres colonies, puisqu'elles font également partie d'un seul
tout ? La métropole ou mere-patrie est
plus ancienne 7 il est vrai : mais si le$ --- Page 177 ---
( t3 ) colonies sont ses enfans ? ce sont, du
moins ? des enfans émancipés , qu'oit
ne peut empêcher de jouir des droits
inaliénables , que la nature et les loix
accordent à tous les hommes 7 quand
ils ont atteint l'âge de raison. Eh quoi ! des citoyens qui, pour
leur avantage ou le bien commun de
la patrie , passent d'une partie de l'empire dans une autre, des habitans de
la métropole, enfin , qui vont dans
les colonies ? peuvent-ils perdre , par
ce changement de domicile, le non1
et les privilèges de citoyens ? Se sontils dégradés en travaillant à la prospérité et au bonheur de l'état où ils sont
nés? ont-ils mérité qu'on les dépouille de
leurs droits d'hommes libres , quand ils
ont concouru à assurer la grandeur et ta.
liberté de leur nation ? A-t-on acquis
le pouvoir de les repousser du sein
de leurs concitoyens y et de leur imprimer une tache à jamais humiliante ?
Non , sans doute 1 personne ILS peut
le prétendre. Ce seroit attaquer à la
fois les lumières de la raison et l'ordre
de la société.
ont-ils mérité qu'on les dépouille de
leurs droits d'hommes libres , quand ils
ont concouru à assurer la grandeur et ta.
liberté de leur nation ? A-t-on acquis
le pouvoir de les repousser du sein
de leurs concitoyens y et de leur imprimer une tache à jamais humiliante ?
Non , sans doute 1 personne ILS peut
le prétendre. Ce seroit attaquer à la
fois les lumières de la raison et l'ordre
de la société. Le souverain d'un grand empire est
obligé de maintenir les droits des di«* --- Page 178 ---
( 14 ) Vers pays réunis sous son pouvoir *
comme ceux des individus qui composent la nation. Quel que soit leur.
nom , ou leur rang 1 l'un ne doit jamais,
être soumis à la volonté de l'autre. Ils.
doivent tous également être soumis,
aux loix. Pourquoi voudroit-pn donc, lorsqu'une
nation s'assemble pour délibérer sur.
des intérêts qui sont communs à tous
les citoyens , soit qu'ils habitent des
provinces nouvelles ? qu'on désigne
sous le nom de colonies , soit qu'ils habitent celles qu'on appelle métropole y
pourquoi voudroit-on exclure des délibérations une partie des citoyens? les,
habitans de la métropole n'usurperoientils pas dès - lors un avantage Inique ?
ne sembleroient-ils pas laisser dans une.
espèce d'infériorité et de servitude
odieuse, les habitans des colonies ?
qui sont leurs égaux , leurs amis >
leurs frères ? Oui , l'état doit être considéré comme
une grande famille : ce sont même
les expressions dont le Roi s'est servi
en se nommant, à juste titre y le père.
de tous ses sujets. Eh! bien? un père , qui a. rassemblé --- Page 179 ---
( 15 ) plusieurs fois ses enfans , lorsqu'ils
n'étoient que dix , pour traiter
avec eux des intérêts de sa famille ,
desire d'en venir long-tems après à
de nouveaux réglemens. Mais à cette
époque le nombre de ses fils est aug"
menté. Il s'en trouve quatre de plus ;
et ces quatre vivent en pays lointain, où
ils travaillent au bien commun de leur
famille. Le père rassemblera-t-il donc
ses quatorze enfans y ou seulement les
dix premiers ? S'il n'en appelle que
dix', les autres ne seront-ils pas fondés
à se plaindre ? « Eh quoi ! diront-ils,
« nous nous sommes éloignés du lieu
» de notre naissance ; nous avons bravé
» les dangers de l'océan et l'influence
» d'un, climat destructeur , dans le seul
" espoir de vous être utiles ; nous
» avons doublé votre industrie par les
» ressources que vous ont fourni nos
» liaisons de commerce 5 nous avons
» défriché des déserts et habité des
chaumières pour vous meubler des
« palais ; vous vous rassemblez, fiers de.
» mieux assurer la durée de vos avan-
» tages '7 vous voulez établir un nouvel
» ordre, qui devroit 1 sans doute,
» concourir au bonheur de notre fa-
ir de vous être utiles ; nous
» avons doublé votre industrie par les
» ressources que vous ont fourni nos
» liaisons de commerce 5 nous avons
» défriché des déserts et habité des
chaumières pour vous meubler des
« palais ; vous vous rassemblez, fiers de.
» mieux assurer la durée de vos avan-
» tages '7 vous voulez établir un nouvel
» ordre, qui devroit 1 sans doute,
» concourir au bonheur de notre fa- --- Page 180 ---
ï 16) c mille entière ; et dans ce moment j
â> le plus intéressant pour nous , le
n seul où, depuis notre existence , nous
» ayons pu nous réunir à nos frères, on
» prétend nous en écarter ! Non , non !
» Nos frères ne s'opposeront pas à nos
» vœux légitimes,. Ils savent qu'obligés
» de vivre loin d'eux , nous n'avons
2) pas cessé de leur appartenir , et que
v c'est un assez grand malheur polir
» nous de demeurer souvent privés de
1> leur présence, sans nous voir ex-
« posés au malheur plus grand, encore
» d'être traités comme étrangers. Ils
» savent que nos liens sont indissolu-
» bles. Ils savent , enfin, que notre
» intérêt est de les aider à devenir
» heureux, et que rien de ce qui sera
J> traité dans leur assemblée , ne peut
" être indifférent à un seul d'entre
* nous ». N'est-ce donc pas-là le discours que
peuvent tenir les habitans des colonies
à leurs concitoyens 1 à leurs frères ,
qui habitent dans la métropole ? Et ce.
discours 1 également dicté par la nature
et par la raison , ne fera-t-il pas une
impression assez forte, pour qu'on --- Page 181 ---
il7) destitue soudain aux Colons 1 entière
jouissance de leurs droits méconnus ? Parmi les écrivains qui se sont
occupés des intérêts des peuples , il
en est dont l'opinion profonde et lumineuse entraîne toutes les autres opinions : tels sont Montesquieu et Adams
Smith. Or ces deux hommes célébres
ont reconnu que les Colonies devoient
avoir les mêmes droits et les mêmes
avantages que la métropole. Montesquieu ? en parlant d'une nation sage , d'une nation ddnt il donne
le gouvernement pour modèle , ajoute :
» comme on ainie à établir ailleurs
» ce qu'on trouve établi chez soi ? cettë
» nation donneroit aux peuples de ses
» Colonies la forme de son gouver-
» nement propre ; et ce gouvernement
3) portant avec lui la prospérité , on
» verroit se former de grands peuples
» dans les forêts même qu'elle enver-
» roit habiter (1). M. Smith , encore plus formel dans
ses applications , regarde les Colonies
comme des parties constituantes de (1) De l'esprit des loix, liv. 19 J chap. 27 --- Page 182 ---
-1 ( 18 ) l'empire. Il s'occupoit de cette grande
Cause 5 il la discutoit en silence dans
son livre sur la richesse des nations 1
auquel il travailloit pendant la guerre
d'Amérique ; et si le ministère Anglais
avoit pensé aussi sagement que le philosophe d'Edimbourg , la Grande-Bretagne n'eût pas perdu ses plus belles
Colonies.
) De l'esprit des loix, liv. 19 J chap. 27 --- Page 182 ---
-1 ( 18 ) l'empire. Il s'occupoit de cette grande
Cause 5 il la discutoit en silence dans
son livre sur la richesse des nations 1
auquel il travailloit pendant la guerre
d'Amérique ; et si le ministère Anglais
avoit pensé aussi sagement que le philosophe d'Edimbourg , la Grande-Bretagne n'eût pas perdu ses plus belles
Colonies. « Je ne vois pas la moindre proba-
" bilité 1 dit M. Smith, à ce que la
» constitution britannique souffrît de
» l'union de l'Angleterre avec ses
« Colonies. Cette constitution y gagne-
» roit au contraire une perfection qu'elle
» ne peut jamais avoir sans cela. Pour
que l'assemblée qui délibère et décide
j) sur toutes les parties de l'Empire soit
bien informée, il faut certainement
» qu'elle ait des représentans de cha-
» cune de ces parties (1) ». Nous ajouterons à tout ce que nous
venons de dire en faveur des Colonies y
une observation qui convient particulièrement à celles des Antilles.
Les Antilles se trouvent precisément (1) Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, liv. 4, cliap. 7. --- Page 183 ---
( '9 ) dans lè même cas que le Dauphine.
Les premiers Colons qui firent présent
de leurs îles à la France , agirent comme
le dernier des Dauphins de Viennois ,
qui avoit donné ses états au Roi. Y
a-t-il donc quelques Français qui ne
s'honorent d'être les concitoyens des
habitans du Dauphiné ? Et s'en trouvera-t-il désormais un seul qui puisse
contester aux Colons un avantage dans
lequel ils sont non moins fondés que
les Dauphinois ? L'on vient de voir que les provinces
des Colonies doivent conserver une
parfaite égalité de rang et de droits avec
les autres provinces françaises. Mais
croira-t-on qu'il y ait aucune de ces
provinces qui pût voir porter atteinte
aux plus authentiques de ses droits ,
sans s'élever contre une infraction
aussi dangereuse ? Croira-t-on qu'elles
ne doivent pas toutes défendre leurs
franchises et leur liberté ? Croira-t-on
enfin que le Roi lui-même ne soit pas
intéressé à prévenir des maux que peuVent causer les erreurs échappées à la
vigilance de son conseil ? Victimes "d'une de ces erreurs ? les
Colons se sont empressés de la faire --- Page 184 ---
( 20 1 connoître. Ils ont , en se plaignant,
fourni a Sa Majesté une nouvelle oc—
casion de signaler sa justice. Aussi le
Roi a voulu que la nation assemblée
les entendît et les jugeât , et il leur a
fait annoncer ses volontés par l'organe
du Ministre qui seconde si dignement
sa sagesse et sa bienfaisance. PLappellons donc encore les droits
qui appartiennent également à chaque
partie de l'empire. Quand le Roi convoque les EtatsGénéraux, toutes les provinces n'y doivent - elles pas être appellées ? Oui ;
sans doute 7 il faut qu'elles y soient
appellées , et qu 'elles y envoyent leurs
représentans ; puisqu'autrement l'assemblée générale de la nation se trouveroit incomplète , et ses décidons
seroient illégales. La France est divisée ei1 plusieurs
Provinces. Les unes sont situées au pied
des Pyrénées ; d'autres sur les bords
de la Manche ) d'autres au-delà des
Mers. Leurs intérêts semblent différent
à certains égards , mais à d'autres égards
ils sont pourtant les mêmes , et reunies sous un seul gouvernement y elles
ne peuvent j ni ne doivent entreprendre
ée générale de la nation se trouveroit incomplète , et ses décidons
seroient illégales. La France est divisée ei1 plusieurs
Provinces. Les unes sont situées au pied
des Pyrénées ; d'autres sur les bords
de la Manche ) d'autres au-delà des
Mers. Leurs intérêts semblent différent
à certains égards , mais à d'autres égards
ils sont pourtant les mêmes , et reunies sous un seul gouvernement y elles
ne peuvent j ni ne doivent entreprendre --- Page 185 ---
( 21 ) B cire de se nuire ? puisque leur bien
général résulte du bien particulier , et
qu'on n'attaque point les droits d'une
seule d'entr'elles , sans attaquer les
droits de toutes les autres. Supposons un moment que les représentais de la Normandie ou de
la Guyenne ne se trouvassent point
dans l'assemblée des Etats-Généraux ,
Les députés des autres provinces pour.
roicnt-ils voter seuls et stipuler pour
les absens ? Non : car ils agiroient
certainement contre les droits et l'intérêt particulier des provinces non représentées ; et dès lors ils nuiroient à
la cause commune et au bien général.
Or ce que l'assemblée de la nation
ne peut pas faire en l'absence des représentans des provinces qui sont cndeçà des mers , elle ne peut ;le faire en
l'absence des représentans des provinces
qui sont au-delà. Dès que les liens politiques sont communs , les devoirs sont
réciproques. Ce ne sont donc pas les Colons seuls
qui se trouvent intéressés à soutenir
les droits des Colonies. La nation
s'empressera sans doute de prendre
leur défense , et, blessée dans- une --- Page 186 ---
( 22 ) partie d'elle-même. il est de sa gloire dt1
11e point souffrir un tort qui pourroit
occasionner les plus sunestes abus. Il est si vrai , si incontestable que
toutes les provinces de l'empire doivent
etre comprises dans l'assemblée des
Etats-Généraux , que la nation 1 unie
à son Souverain , devenant dès-lors législatrice , la partie de cette nation
qui n'auroit pas été entendue, ne pourroit pas être soumise à des loix laites
à son insu. Et pourquoi quelques provinces françaises verroient-elles l'union confédéralive de la nation, sans exiger qu' on les y.
admît ? D evroient - elles ne pas s'indicner d'une aliénation cruelle et humiliante ? devroient - elles souffrir qu on
manquât à des conditions qui lient également tous les citoyens d'un même
empire , et qu'on violât , à leur préjudice , les droits les plus saints de la
nature et de la société ? Non , non, aucune des provinces du
royaume ne se soumettroit tranquillement à un tel malheur ; et ce qu'elles
ne feroient pas , les habitans des Colonies ne sauront pas le faire. Ils sont
Français j ils sont pénétrés du désir do --- Page 187 ---
( 23 ) B a signaler leur amour pour le Roi et
pour la patrie. Le plus puissant intérêt,
le motif le plus sacré les excite en ce
moment. Ils ont à défendre leur propre
honneur , et celui de tout un pays ? dont
la destinée dépend du succès de leurs
efforts. Ils doivent donc demander justice jusqu'Ù ce qu'ils l'obtiennent. Quoique tous les principes que nous
avons établis prouvent suffisamment
que l'admission des Colons, dans l'assemblée des Etats-Généraux > est légitime et nécessaire , et que, d'après cela,
nous pussions nous dispenser de répondre aux ennemis des Colonies ,
nous allons rapporter et combattre leurs
objections.
? dont
la destinée dépend du succès de leurs
efforts. Ils doivent donc demander justice jusqu'Ù ce qu'ils l'obtiennent. Quoique tous les principes que nous
avons établis prouvent suffisamment
que l'admission des Colons, dans l'assemblée des Etats-Généraux > est légitime et nécessaire , et que, d'après cela,
nous pussions nous dispenser de répondre aux ennemis des Colonies ,
nous allons rapporter et combattre leurs
objections. « Les Colonies , dit - on , n'ont pas
» besoin d'ètre admises aux Etats-Gé-
» néraux , puisqu'elles ont un régime
J> disférent du régime de la métropole,
» et que leurs denrées sont différentes
de celles de Fi ance L'assertion n'est pas entièrement
exacte : mais quand elle le seroit, pourroi t-elle fournir un titre d'exclusion pour
les Colonies ? Elles ont les mêmes loix ?
la même coutume , la même jurisprudence que Paris ? d'où, sortent les gens --- Page 188 ---
.. ( 24 ) de loi, qui vont remplir , dans les îles
françaises , les places de judicature. Il est vrai qu'elles ont aussi des loix
et des ordonnances locales ; mais la
Bourgogne n'en a-t-elle point d'étrangeres a celles de Paris ? la Provence à
celles de Bretagne ? et ces différentes
provinces en font-elles moins partie du
royaume ? en sont-elles moins admises
aux Etats-Généraux ? Quant aux productions , qu'importe
que les Colonies fassent du sucre ou
du bled ? La Provence fait de l'huile ?
la Normandie du cidre , la Guyenne
du viii ? le Galinois du safran ; et néanmoins elles se réunissent dans l'assemblée générale de la nation. Loin que la différence de productions doive etre un prétexte pour éloigner les Colonies des Etats-Généraux,
elle fournit au contraire de pressantes
raisons de les y appeller. ' La nation connoîtra mieux dès-lors
le rapport intime qui attache les Colonies a la métropole, parle commerce
immense qu'elles font ensemble y et en
jugeant des avantages de ce commerce ,
elle pourra favoriser les moyens de lui
donner plus d'extension. Elle sentira --- Page 189 ---
( 2 5 ) B 3 que tout ce qui contribue à la prospérité des Colonies a une influence utile
et soudaine sur les diverses provinces
du royaume. Les provinces de France et les Colonies sont si bien liées , que le sort
Q.es unes dépend désormais des autres.
Comment donc écarter les Colonies des
Etats-Généraux , sans nuire à la France,
et sur-tout sans nuire aux Colonies ? Mais de même qu'en excluant les.
Colonies des Etats-Généraux , on nuiroit aux Colonies et à la métropole ,
leur admission leur deviendra également
utile. On peut avancer, avec certitude,
qu'une bonne constitution donnée aux
Colonies en augmentera le produit d'un
tiers j et de cette augmentation résulteront nécessairement deux grands avantages , celui d'étendre encore le commerce du royaume, et celui de porter
une plus forte recette dans le trésor de
la nation.
nuire aux Colonies ? Mais de même qu'en excluant les.
Colonies des Etats-Généraux , on nuiroit aux Colonies et à la métropole ,
leur admission leur deviendra également
utile. On peut avancer, avec certitude,
qu'une bonne constitution donnée aux
Colonies en augmentera le produit d'un
tiers j et de cette augmentation résulteront nécessairement deux grands avantages , celui d'étendre encore le commerce du royaume, et celui de porter
une plus forte recette dans le trésor de
la nation. « Mais ,7 dit-on , dans les Etats-Géné-
» raux, il sera question de loix et d'ob1) jets étrangers aux Colonies ». Nous répondrons que rien de ce qui
sera traité dans les Etats-Généraux d'un
empire . dont les Colons font partie , --- Page 190 ---
'( 26 ) ne peut leur être étranger. Les Français (lui habitent les Colonies sortent
de Paris , de la Guyenne , du Dauphin é , de la Provence. Ils ne résident
que passagèrement en Amérique. En
s'occupant de leur fortune , ils ne cessent de tourner les yeux vers le lieu
de leur naissance 5 et des qu'ils peuvent
jouir du fruit de leurs travaux, ils repassent l'océan pour revenir dans leur
famille. Ils ont donc , et comme Colons , et comme nés en France , un
double intérêt de concourir à la formation des loix, qui doivent assurer le
bonheur de tous les citoyens. / D'ailleurs , comment peut-011 dire que
les objets dont s'occuperont les EtatsGénéraux doivent être étrangers aux
Colonies ? Parmi ces objets , les trois
principaux sont les impôts, les loix ci..
viles et les loix criminelles - or , ces
\ objcts intéressent les Colonies autant
iqu'aucune autre province. Les Colons paient des impôts à l'Etat , et ces impôts sont considérables :
mais si leurs vœux sont écoutés , si
leurs conseils sont suivis 7 ils espèrent
pouvoir bien ot lui en payer davantage y sans que cet accroissement leur --- Page 191 ---
- ( 27 ) B 4 de\ ienne onéreux. Ils ne tarderont
meme pas à en développer les moyens
dans un mémoire particulier. Ils doivent prendre part aux changemens projettes dans le code civil , puisqu'on suit dans les tribunaux des Colonies la même jurisprudence qu'en
France , et que c'est en France qu'on
fait réformer les arrêts des Colonies ,
qui sont susceptibles de réforme. Quant au code criminel on sait que
nos îles n'en ont pas d'autres que celui
du royaume ; et quoique les crimes ,
que les loix punissent de mort, soient
très-rares dans les Antilles, les Colons
n'en désirent pas moins de concourir
a reformer et à adoucir ? autant qu'il
sera possible , cette partie triste et nécessaire des institutions sociales. « L'on ne sait, ajoute-t-on quel rang.
» on pourra donner aux Colons dans
» les Etats Généraux ». Les Colons sont sans doute sensibles
à l honneur du rang ; mais lorsqu'il
s'agira de témoigner leur dévouement
au souverain et à la patrie , toute place
leur conviendra y et ils se contenteront
du rang que la nation daignera leur
assigner. --- Page 192 ---
[texte_manquant] ; Il est pourtant nécessaire d'observer
j qu'on ne reconnoît dans les Colonies
qu un seul ordre de citoyens , celui des
' blancs, propriétaires planteurs ; l'enregistrement des titres de noblesse n'y
donne d autres prérogatives que le droit
de se qualifier dans les actes juridiques,
Les religieux qui y ont quelques ha.-
bitations votent avec les autres blancs j
et les nègres libres , ou mulâtres , n'ont
point voix délibérative. Ce sont donc
pourtant nécessaire d'observer
j qu'on ne reconnoît dans les Colonies
qu un seul ordre de citoyens , celui des
' blancs, propriétaires planteurs ; l'enregistrement des titres de noblesse n'y
donne d autres prérogatives que le droit
de se qualifier dans les actes juridiques,
Les religieux qui y ont quelques ha.-
bitations votent avec les autres blancs j
et les nègres libres , ou mulâtres , n'ont
point voix délibérative. Ce sont donc Jês seuls blancs propriétaires , qui peuvent être électeurs et députés. « Voyez ? nous dit-on encore y voyez
« les Colonies anglaises 5 elles n'ont
» point, de représentais dans le Parle-
» ment d'Angleterre n. Les Colonies anglaises n'ont point
de représentans dans le Parlement Britannique j mais c'est un malheur pour
1 Angleterre ^ puisqu'il lui en a déja
coûte la plus belle moitié de ses Colonies. Cependant la constitution des Colonies anglaises est bien différente de
la notre. Elles ont chacune une charte,
qui maintient leur liberté et leurs privilèges , et au préjudice de laquelle le
gouvernement ne peut point agir sans --- Page 193 ---
( 29 ) leur consentement. le commandant
général et les autres chefs de la Colonie veulent introduire quelque chansement dans l'administration y et que
ce changement soit contraire à l'intéret de la Colonie , les habitons s'y opposent ? et il est soudain rejetté. Ainsi
les Colonies anglaises ont leurs EtatsGénéraux , puisqu'on n'y peut rien faire
sans l'aveu des habitons. Dans les Colonies françaises , au contraire les ordonnances s'exécutent,
nonobstant toute réclamation 7 soit que
ces ordonnances émanent du ministère
de France 1 soit qu'elles ne partent que
du pouvoir secondaire des administrateurs de la Colonie. Enfin, la comparaison des Colonies
anglaises et des nôtres prouve encore
mieux la justice de nos demandes. Les
Colonies anglaises ont un régime stable. Les habitans sont sûrs d'y voir
leur liberté respectée ; tandis que malgré leurs conventions premières 7 malgré la sainteté de leurs droits , les Codons français restent sans cesse exposés à une administration arbitraire qui
peut se jouer ? à son gré y de .la for- --- Page 194 ---
• ( 3o ) • ; tune , de la liberté et "de la vie des ci..
toyens (1). - « L'admission des Colonies aux Etats-
» Généraux 5 dit-on. ? est une nouveau-
» té ». \ Nous convenons en effet ? que c'est
pour la France une, chose nouvelle ,
puisqu'en 1614 5 époque die "la tenue
des derniers Etats-Généraux , elle n'avoit pas encore dès Colonies. Maïs
l'usage d'un droit peut être nouveau
pour un peuple , sans que le droit
même soit nouveau 5 et un droit fondé 1 L'histoire des Antilles nous offre beaucoup
d'exemples de cette triste vérité : mais nous nous
borneront à en citer un -petit nombre, Tantôt le procureur-général d'un conseil est exilé
despotiquement en France 1 pour avoir mieux aimé
obéir i sa conscience et aux loix qu'à l'ordre du
gouverneur.. TantÔt un avocat vertueux , qui a déplu à ce même
gouverneur, est déporté du sein de sa famille sur
la. plage aride ^ et presque déserte d'une île étrani gère , 'où il meurt de douleur et de désespoir.
antôt le procureur-général d'un conseil est exilé
despotiquement en France 1 pour avoir mieux aimé
obéir i sa conscience et aux loix qu'à l'ordre du
gouverneur.. TantÔt un avocat vertueux , qui a déplu à ce même
gouverneur, est déporté du sein de sa famille sur
la. plage aride ^ et presque déserte d'une île étrani gère , 'où il meurt de douleur et de désespoir. Tout un tribunal suprême se trouve bientôt aprèa
suspendu de ses fonctions, et embarqué pour l'Europe
par un autre commandant général. De. nos jours, un citoyen tranquille, a été arrêté
par l'ordre du chef J'une Colonie , et livré au chef
d'une Colonie voisine , qui étoit l'ennemi personnel
de ce citoyen , • et qui , après l'avoir tenu long-temi
aux fers } l'a envoyé jetter sur les côtes de France. --- Page 195 ---
( 31 ) sur la nature et les loix sociales n est
jamais une nouveauté. Cependant , s'il est vrai que ce soit
là le motif de l'exclusion des Colonies y
toutes les provinces 7 qui 11' appartenoient pas à la France lors des états
de 1614 5 devroient également avoir
été exclues. Les droits de la FrancheCointé , de la Lorraine et de la Corse ,
ne sont pas plus anciens que les nôtres , et peut-être sont ils moins sacrés. Si l'on n'a pas voulu hasarder ce
qu'on appelle une nouveauté en faveur
des provinces seules, qui sont situées
en Amérique 7 à cause de leur eloignem ent , on a eu , sans doute , encore
plus de tort 5 puisque leur éloignement
leur fournit de nouvelles raisons pour
demander à être appellées dans l'auguste assemblée de la nation. L'éloignement met sans cesse en
contradiction les ordres extorqués d'une
autorité trompée et les avantages des
citoyens. II favorise les abus du pou.
voir arbitraire , la tyrannie des subalternes , les malversations des spoliateurs j et il empêche trop souvent qu'on
teiide les plaintes des opprimes,
sk donc précisément par rapport à --- Page 196 ---
(3a) leur éloignement que les Colonies ont
besoin que la nation soit plus attentive
aux établissemens et aux réformes utiles qu'elles ont à proposer. Nous venons de retracer fidèlement des objections qu'on n'a point
rougi de faire ? et nous croyons avoir
démontré combien ces objections sont
futiles. Cependant nous allons encore
joindre ici quelques raisonnemens qui
achèveront de présenter les drcits de4
, Colonies dans toute leur évidence. Personne n'ignore quel est le but
\ des Etats-Généraux. Le souverain l'a
lui-même annoncé. C'est de remédier
aux maux de l'empire , de connoître
les erreurs de l'administration dans
toutes ses parties , et d'afsurer par
5 des loix sages et permanentes , le
| bonheur de chaque province. D'après cela , qui peut douter que
les Colons ne doivent être admis dans
l'assemblée de la nation ? et comme
Français , et comme citoyens intéressés
au commerce , et comme citoyens cultivateurs ?
l'a
lui-même annoncé. C'est de remédier
aux maux de l'empire , de connoître
les erreurs de l'administration dans
toutes ses parties , et d'afsurer par
5 des loix sages et permanentes , le
| bonheur de chaque province. D'après cela , qui peut douter que
les Colons ne doivent être admis dans
l'assemblée de la nation ? et comme
Français , et comme citoyens intéressés
au commerce , et comme citoyens cultivateurs ? Oui, les Colons doivent assister aux
Etats-Généraux , comme Français. Le
Roi n'a point de sujets qui Irlé --- Page 197 ---
( 33 ) mieux ce titre. Ils-coût nés en France.
ils ont fait présent à l'état d'une grande
et fertile contrée. Ils ont toujours prodigué leur fortune et leur sang pour
la patrie. Ils sont les habitans de la
plus riche province de 1 empire ; de
celle qui excite dans toutes les autres
l'amour du travail et l'industrie 1 'et
qui y répand l'abondance ; de celle
qui établit vis-à-vis de l'étranger une
balance immense à l'avantage de notre
commerce ; de celle qui soutient la
puissance de la marine française , et
dont la perte laisseroit tous les ports
de France dans un état de langueur
et de mort ; de celle enfin ? qui est
devenue l'objet de la jalousie et de
l'ambition de toutes les nations rivales. Oui , comme Français 1 les Colons
ont droit de participer au bien que
le Roi promet a tous les peuples de
France. Il n'est point de province, 1
dont l'administration soit plus vicieuse , !
et dans laquelle il se soit glissé plus j
d'abus que dans les Colonies. Et qui |
voudra , qui saura découvrir ces abus , \
sinon les Colons? Dans les maladies j
politiques , comme dans les maladies j
physiques , ceux qui souffrent peuvent / --- Page 198 ---
(34) A seuls indiquer au médecin le plus habile
; le siège et la cause secrète de leur mal. Comme citoyens intéressés au coinmerce , les habitans des Colonies ont
aussi droit de prendre part à l'assemblée des Etats-Généraux. La politique a fait assez de progrès pour savoir que c'est principalement du commerce que dépend désormais la prospérité des peuples 5 et aucun Français
ne peut douter que les Colonies * ne
soient la source la plus fécondé et la
plus heureuse du commerce de la
France. Qui saura donc mieux que les Colons
concourir à la formation des loix et
des reglémens propres à favoriser le
commerce des Colonies ? Seront-ce les administrateurs, que
le gouvernement a envoyés en Amérique ? Mais presque tous les administrateurs y après y avoir sejourné trois
ans , abandonnent le pays qu'ils commençoient à peine à connoître. Seront-ce les marchands de France ?
Mais les marchands de France puisent
leurs idées sur les Colonies , dans les
rapports de quelques capitaines qui ne
rattachent 7 p endant leurs rapid svoya- --- Page 199 ---
( 35 ) ges , qu'à doubler la valeur de leurs
cargaisons , et qui sont, pour la plupart,
incapables de saisir la vérité , ou intéressés à la déguiser, Les Colons , au
contraire , s'occupent des moyens les
plus propres à faire fructifier le commerce des contrées qu'ils habitent, et
à enrichir la métropole. Ils sont loin
d'avoir les vues mercantilles et partielles
de ces hommes y qui voudroient s'approprier exclusivement tous les bénéfices qu'offre un pays , et qui aimeroient
mieux faire tarir une des sourçes du
commerce 1 que de n'en pas profiter
seuls. Les Colons pensent, sur-tout ,
que les principaux avantages du commerce sont dans ses grands rapports ,
et que ses grands rapports ne peuvent
être que la suite d'une généreuse liberté.
ir la métropole. Ils sont loin
d'avoir les vues mercantilles et partielles
de ces hommes y qui voudroient s'approprier exclusivement tous les bénéfices qu'offre un pays , et qui aimeroient
mieux faire tarir une des sourçes du
commerce 1 que de n'en pas profiter
seuls. Les Colons pensent, sur-tout ,
que les principaux avantages du commerce sont dans ses grands rapports ,
et que ses grands rapports ne peuvent
être que la suite d'une généreuse liberté. Comme citoyens agriculteurs et manufacturiers de denrées différentes de
celles d'Europe, les Colons ont encore plus de droit à siéger parmi les
représentans des autres provinces. Les immenses richesses que nous
avons fait connoître , ces grands alimens de l'industrie , du commerce ,
et de la marine de France 7 sont dûs --- Page 200 ---
( 36 ) à l'agriculture des Colonies , et ne
sortent que du sol de nos îles. Mais
quels soins , quels travaux , quel art ,
ne laut-il point pour les faire naître
et pour les préparer ! Non 7 quiconque
n'a point habité sous le ciel brûlant
des Antilles 7 ne peut que se former
une foible idée des peines que coûtent
les denrées qu'on y recueille. On voudroit en vain comparer les
cultures d'Europe et celles d'Amériques
Que sont les travaux des campagnes
de France travaux , pour la plupart ,
grossièrement et machinalement exécutés y auprès des travaux qu'exigent
les plantations des cannes de sucre 7
de l'indigo , du coton et du café ? Le
cultivateur des Antilles a besoin d'être,
à la fois 5 laboureur robuste, méchanicien intelligent, et chymiste habile.
Il ne suffit pas de planter avec soin des
cannes de sucre. ou de semer de l'indigo ; celui qui l'entreprend doit avoir
disposé son terrain de manière à pouvoir vaincre par des arrosemens industrieux et l'aridité du sol ? et les ardeurs
d'un soleil dévorant. Il faut qu'il soigne
ses plantations par une longue et péiiible culture. Il faut qu'il soit en état de --- Page 201 ---
( 37 ) c de veiller à la construction et a la réparation des machines qui servent à
préparer ses récoltes. Il faut enfin qu il
dirige lui-même les opérations par lesquelles on obtient du roseau , qu'on
nomme canne de sucre , et de la plante
qu'on appelle indigo • les substances
précieuses que ces végétaux contiennent. Qui pourroit donc suppléer les Américains dans les détails et les vues à
présenter pour augmenter les progrès
de l'agriculture des Colonies ? Qui pourroit mieux qu'eux faire sentir ce qui
convient à leur pays ? Cependant il est
à croire que dans les Etats-Généraux 7
il ne sera traité aucun objet qui offre
plus de richesses à la nation , et qui
soit susceptible d'un accroissement plus
prompt et plus facile. Nous nous permettrons une simple
réflexion , qu'a fait naître le besoin de
parler de l'agriculture des Colonies.
Tous les jours on sent mieux en France
les avantages du premier des arts , de
cet art qui nourrit les hommes. On
s'occupe à l'envi des moyens de persectionner l'agriculture du royaume.
Le Ministère , les académies l'excitent --- Page 202 ---
( 38 ) par des prix et des honneurs ; et nous
ne pouvons qu'applaudir a leur munificence. Mais pourquoi n'a-t-on jamais rien fait en faveur de l'agriculture de nos îles ? Ne Inérite-t-elle point,
quelques encouragemens ? Pense-t-on.
que les hommes qui s'y distinguent r
ne fissent pas de nouveaux efforts , si r
pour prix de leur émulation 7 la gloire
les attendoit ?
académies l'excitent --- Page 202 ---
( 38 ) par des prix et des honneurs ; et nous
ne pouvons qu'applaudir a leur munificence. Mais pourquoi n'a-t-on jamais rien fait en faveur de l'agriculture de nos îles ? Ne Inérite-t-elle point,
quelques encouragemens ? Pense-t-on.
que les hommes qui s'y distinguent r
ne fissent pas de nouveaux efforts , si r
pour prix de leur émulation 7 la gloire
les attendoit ? A tout ce que nous avons dit pour
prouver que les Colons doivent être
admis dans l'assemblée de la nation r
nous ajouterons une raison pressante K
une raison qui ne permet pas de les
en exclure. Les habitans des Colonies ne peuvent pas se dissimuler qu'ils ont des
adversaires , c'est-à-dire, qu'il est des
hommes en France, qui, pour satisfaire
leur ambition ou leur avarice ? voudroient pouvoir ruiner les Colonies et
la France même. Ces hommes seront
peut-être députes aux Etats-Geneiauxj
ou du moins ils y auront des représentans. En demandant ^ en sollicitant,
sans cesse des avantages particuliers y
sous prétexte de demander les avantages du commerce dont ils sont _le% --- Page 203 ---
. ( 39 ) C 2 vrais ennemis , croit-on que ces hommes ne cherchent pas a faire établir
tous les reglémens les plus nuisibles
aux Colonies ? Peut-être même s'abuseront-ils au point de penser qu'ils ne
sont que justes, tant l'intérêt et l'avidité aveuglent quelquefois ! tant les Colonies peuvent être méconnues par ceux
même qui leur doivent leur fortune î
Quoi ! ces îles , dont le commerce a
doublé Nantes , enrichi Marseille ,
la Rochelle et le Havre , rendu Bordeaux une des plus florissantes villes
de l'Europe , et fait refluer des richesses
immenses dans le fond des provinces ;
ces îles seroient calomniées , opprimées
dans la grande assemblée des citoyens .
et elles n'auroient pas des représentans? Et leurs ennemis ne trou-veroient
point de contradicteurs ? Non, non,
à ce titre seul les Colons d'evroient
être appelles. Si le Roi avoit pu déjà prendre luimême connoissance de toute l'étendue
de leurs droits, de la nécessité de leur
présence dans les Etats -Généraux , du
danger qu'ils courent , s'ils en sont
exclus , il n'eut , sans doute pas per'-
mis qu'on les jugeât sans les entendre- £ --- Page 204 ---
( 4o ) il se seroit empresse de les mettre, h
même de repousser les attaques qui
les menacent ; il eût, d'un mot, rendu
la tranquillité à l'une des plus belles
parties de ses états. Mais Sa Majesté qui , dans l'accumulation des grandes asfaires dont elle
s'occupe en ce moment, ne peut pas
donner à chacune en particulier toute
l'attention qu'elle exige , et qui, en désirant le bien de ses peuples 7 veut le
faire naître de leur accord mutuel et
de leur intime union , Sa Majesté a
déféré l'entrée des Colons dans les
Eiats-Généraux à la décision des EtatsGénéraux eux-mêmes. C'est donc à la nation entière que
les Colonies vont s'adresser. C'est à
elle à prononcer dans une cause si
intéressante pour elle. Et Vous y qui allez jouir de la gloire
de représenter cette nation , et de seconder le génie qui la ranime ; Vous
qui , honorés des suffrages et de la
confiance d'un grand empire , êtes désormais les dépositaires de #es destinées,
songez que vos premières délibérations
doivent être consacrées au perfectionnement de votre assemblée ! Songez
ière que
les Colonies vont s'adresser. C'est à
elle à prononcer dans une cause si
intéressante pour elle. Et Vous y qui allez jouir de la gloire
de représenter cette nation , et de seconder le génie qui la ranime ; Vous
qui , honorés des suffrages et de la
confiance d'un grand empire , êtes désormais les dépositaires de #es destinées,
songez que vos premières délibérations
doivent être consacrées au perfectionnement de votre assemblée ! Songez --- Page 205 ---
( 41 ) ... qu'elle, jie peut pas rester incomplète ■!
ISongez que vous ne devez [pas commenGer par une injustice l'exercice
suprême; d'un pouvoir dont nous n'attendons que des loix justes ! Nous vous avons exposé les. droits
des Colonies : vous voyez qu'ils sont
les mêmes que les vôtres. Nous vou£
avons parlé de leurs intérêts : vous
savez qu'elles n'en ont pas d'autres que vous : leurs espérances vous-sont
communes , et leurs dangerw.'vous environnent. N'est-ce pas l'amour d^ la patrie•
qui vous rassemble ? et l'amoùr ide lapa-;
trie permet-il que des citoyens soîèïtkHï^ connus ? Quoi ! si nos îles étoient
assiégées , si les escadres de nos rivaux
attaquoient leurs ports ne vous empresseriez-vous pas de traverser les
mers et de voler à leur secours ? Ne
feriez-vous pas tous vos efforts pour
les venger? Eh ! bien ! délivrez-les d'une
foule d'ennemis plus dangereux que
ceux qui marchent à front découvert ,
et sous des drapeaux étrangers. Aidezles soudain à les vaincre. Mettezles au moins à portée de les combattre y
lorsqu'ils veulent leur enlever le repos --- Page 206 ---
( 40 la liberté y l'honneur ! Conservez aux
Colons le rang et les droits de citoyens
Français , qu'ils n'ont jamais mérité de
perdre. Invitez-les vous-même à prendre
la place qui leur est due parmi vous y et
vous verrez que leur plus ardente ambition est d'imiter votre zèle , et de
concourir au bonheur de la patrie. --- Page 207 ---
A. LETTRE A MESSIEURS LES DÉPUTÉS
DE SAINT-DOMINGUE. MESSIEURS, M H ABITANT de l'Isle de Saint-Domingue , je n'ai pas vu sans une douce
émotion la manière avec laquelle vous
êtes venus prendre place dans l'augufle
Assemblée Nationale , puisqu'elle est le
gage de l'amour pour notre Souverain
éaBÈeriotre Père commun, & qu'elle eit
% A en même tems un sûr garant à la Nation,,
de Phommage & de la fidélité que nous
lui devons. Je mefiattois que de cette auguste Assemblée , qui , provisoiremenc
avoit reçu dans son sein ses fréres & les
enfans communs du meilleur des Rois ,
prendre place dans l'augufle
Assemblée Nationale , puisqu'elle est le
gage de l'amour pour notre Souverain
éaBÈeriotre Père commun, & qu'elle eit
% A en même tems un sûr garant à la Nation,,
de Phommage & de la fidélité que nous
lui devons. Je mefiattois que de cette auguste Assemblée , qui , provisoiremenc
avoit reçu dans son sein ses fréres & les
enfans communs du meilleur des Rois , --- Page 208 ---
( 2. ) en applaudissant au zèle qui les anime
un Député , dont la Nation admire les
talens, n'auroit pas cherché à jetter dans
leurs ames, un trouble & un découragement autant préjudiciable à leurs propres
intérêts qu'à ceux de la Métropole. Jettant un coup-d'œil sur la quatrième
Lettre de M. de Mirabeau à Ces Commettans , à l'occasion des Séances des
& x 7 Juin , pour savoir s'il falloit admettre les Représentans de cette Colonie
à l'Assemblée Nationale. Avec quelle
douleur n'ai-je pas vu combien ce Député,
abandonnant tous principes & toutes
connoissances dans la matière qu'il a
agitée, tendoit a faire ôter à cette même
Colonie les plus beaux liens qui l'unisient
à la Métropole , & ce , par des assertions
autant spécieuses que mal fondées ? Car
ne fait-on pas d'abord que si les Colonies
n'ont jamais député aux Etats-Généraux,
c'est qu'il est parfaitement connu qu'elles --- Page 209 ---
( 3 ) A % n'existoient pas alors , 8c que si les Députés qui se font présentés devoient y
paroître , indubitablement par ordre de
Sa Majesté, la raison en est trop senfible pour enrrer dans ce détail ? Leurs
motifs puissans & légitimes devoient-ils
les présenter sous un dehors aussi défavorable ? Toute forme à cette égard de voitelle être traitée de cette manière ? Quand portant ses vues sur les hommes
de couleur libres qui habitent cette contrée, M. de Mirabeau annonce qu'on
n'a pas essayé d'expliquer pourquoi ces
hommes propriétaires , contribuant aux
charges publiques . n'avoient pas été
Electeurs ct n'avaient pas été représentés. Ne s'apperçoit-on pas qu'il a méconnu
dans ce moment que ces hommes , tout
aussi intéressans que les autres, à l'agriculture , au commerce & au soutien
de ce nouveau monde , vivoient sous des
Ioix & des usages qui ne leur permet- --- Page 210 ---
f( 4 ) tôient pas d'occuper aucunes charges civiles & militaires ; qu'à plus forte raison
ils ne pouvoient , dan? des questions
d'Etat, être appellés pour délibérer , élire
ni députer ? Ne fait-on pas que pareille
prétention de leur part ne peut avoir lieu
que quand on aura formé , en ce genre,
des loi* qui les rendent à une existence
nouvelle ; & que ces loix sont autant
intéressantes pour l'humanité que pour
la progrdlion de tout ce qui a trait aux
Colonies & à leur securité !
militaires ; qu'à plus forte raison
ils ne pouvoient , dan? des questions
d'Etat, être appellés pour délibérer , élire
ni députer ? Ne fait-on pas que pareille
prétention de leur part ne peut avoir lieu
que quand on aura formé , en ce genre,
des loi* qui les rendent à une existence
nouvelle ; & que ces loix sont autant
intéressantes pour l'humanité que pour
la progrdlion de tout ce qui a trait aux
Colonies & à leur securité ! De quel ail enfin peut-on y considérer le dilême regardé irrépliquable
sur le nombre des Députés qui doit
être admis à l'Assemblée Nationale ?
Quand par une comparaison inouie ,
M. de Mirabeau y demande à ces mêmes
Députés que Ji leurs prétentions font en
raison des habitans de l'Isle , de leurs
richesses ct de leurs rapports commerciaux,
ils doivent declatdr s'ils y rangent leurs --- Page 211 ---
( 5 ) A 3 Nègres comme hommes, ou comme, bctts
de somme ; dans le premier cas qu'ils
doivent les afranchir r pour étre Electeurs
ou Élus, ; dans le fécond, qu'on a proportionné le nombre des Députés à. la
population de la France , & non à celle
des chevaux ni mulets ; qu'ainsi leur prér
tention. ejZ dérisoite. Certes il ne peut être question
d'affranchissement d'esclaves , tout s'y
oppose ; mais conservés comme tels, ils
font hommes. Leur manière d'exister
parmi nous esi infiniment plus heureuse ,
que la plus grande partie du peuple de
ce Royaume., Qu'on se reporte dans l'Afrique d'où ils sortent ; on- y verra que
leur esdavage , dans ces diverses contrées,,
leur est autant cruel , que leur sort est
doux parmi nous. Que chez nous ils y
sont nourris, vêtus, traités humainement,
tant en fanté que maladie -, logés. proprement & commodément; ayant femmes --- Page 212 ---
(6 ) & enfans vivans ensemble ; qu'ils y ont
leurs jardins particuliers , des volailles ,
cochons & jumens, dont les productions
sont très-avantageuses pour eux ; qu'ils
sont exempts de toutes imposîtions ; que
les Fêtes & Dimanches sont tout entiers
à eux ; que dans le jour, ils ont des
heures dessinées à leur repos ; & qu'il
n'en est pas un qui ne soit à même de
tendre une main secourable à tout Européen indigent, dans cette Colonie, qui
s'en approche. Par cette comparaison ,
très-veritable, on peut donc les considérer comme hommes, & d'une espèce infiniment plus heureufe^ue la grande partie
du peuple. Et si le mot humanité vient
heurter le mot esclavage, on doit sentir
qu'il est vuide de sens ; qu'il ne peut être
invoqué que par ceux qui, considérant
peu les grands intérêts qui lient 7es Colons
au commerce de sa Métropole, par des
propriétés immenses, & établies fous la
cette comparaison ,
très-veritable, on peut donc les considérer comme hommes, & d'une espèce infiniment plus heureufe^ue la grande partie
du peuple. Et si le mot humanité vient
heurter le mot esclavage, on doit sentir
qu'il est vuide de sens ; qu'il ne peut être
invoqué que par ceux qui, considérant
peu les grands intérêts qui lient 7es Colons
au commerce de sa Métropole, par des
propriétés immenses, & établies fous la --- Page 213 ---
( 7 ) A soi du Gouvernement & de la Nation,
sont entraînés par des jalousies effrént es,
parce qu'ils n'ont. eu ni la force, ni le
courage de franchir des mers éloignées,
dans la crainte de succomber fous un
ciel brûlant & meurtrier : Et quand les,
Députés de Saint-Domingue ont présentç
leur population, leurs richesses & leurs
rapports commerciaux , sous. ces trois
points de vues ensemble , il est visible
qu'ils n'entendoient pas. ranger leurs
Esclaves, quoique hommes, dans le nombre de la: population ; puisque , comme
incapables. d'effets civils, ils ne peuvent
agir par eux-mêmes, & que des motifs
trop puissans s'opposent à leur liberté.
On s'attendoit que ces rapports ensemble
auroient inspiré toute autre faveur , &.
qu'on ne se seroit pas ietté sur un syIntême qui outrage le cœur des Colons >.
& ne prouve rien contre leurs prétentions, --- Page 214 ---
( 8 ) Comment M. de Mirabeau , Ecriva'n
célèbre, parlant de commerce , a-t-il pu
dire qu on s'en efl tenu a ces généralités
vuides de principes ct de sciss , à vanter
ce que nous rapporte la Colonie de
Saint-Domingue par sa balance de commerce , par les six cens millions mis en
circulation, les cinq cens vaijfaux , les
vingt mille Matelots qu'elle occupe, ctc. ?
& qu'on n'a pas daigné se souvenir qu'il
étoit démontré aujourd'hui que ces ré—
sultats étoient entièrement sautifs ct in
signifiants ? Puisque l'on connoît parfaitement la quantité des productions que
cette Isle verse dans le commerce & les
échanges de ce dernier. Les dépôts de
l'administration en peuvent fournir la
preuve la plus complette. Les meilleurs
Écrivains l'ont assez démontrée, & il n'y
reste aucun doute. Ensuite , ajoute -t- il, les Colonies
fussent-elles d'une utilité aussi incontejla- --- Page 215 ---
( ) ble que Vont nies ct que le nient les
meilleurs esprits , les têtes les plus fortes
qui se soient occupées de ces Tnatières,
il étoit impossible de concevoir pourquoi
elles reclameroient d'autres principes pour
la proportion de leurs Representans , que
ceux qui ont servi dans toutes les Provinces. Comme si de pareilles assertions ,
pouvoient mettre en doute l'évidence
même ; car pour s'en convaincre, qu'on
jette les yeux sur ce qu'étoit le commerce
de France avant son trafic avec les Colonies , & ce qu'est actuellement ce même
commerce ; on y verra qu'avant , il
s'en falloit de beaucoup qu'il ne parvînt
à des fortunes réelles *, & qu'à présent,
très-florissant, il jouit d'une aisance qui
tient du luxe & qui l'a porté , depuis
long-tems , à une ambition qui a fait
naître plasieurs Mémoires contre les
Colonies, aussi faux qu'injurieux. Et si
sur ce qu'étoit le commerce
de France avant son trafic avec les Colonies , & ce qu'est actuellement ce même
commerce ; on y verra qu'avant , il
s'en falloit de beaucoup qu'il ne parvînt
à des fortunes réelles *, & qu'à présent,
très-florissant, il jouit d'une aisance qui
tient du luxe & qui l'a porté , depuis
long-tems , à une ambition qui a fait
naître plasieurs Mémoires contre les
Colonies, aussi faux qu'injurieux. Et si --- Page 216 ---
( 10 ) encore on ne concevoit pas que les
Colonies ne demandent point que la
proportion de leurs Réprésentans soit
différente de celle qui a servi aux Provinces de France : Vingt Députés de
Saint-Domingue , dont la partie appartenante aux François, offre quatre cens;
lieues environ de circonférence ; fbixante;
Villes ou Bourgs y dix Sénéchaussée.r;
Royales \ telles que le Fort-Dauphin , leCap , le Port-de-Paix , Saint-Marc > lePort-au-Prince, Jacmel, le Petit Goave
Jérémie, Saint-Louis & Les Cayes. VingtDéputés , dis-je y prenant pour base l'Édit
de convocation des États-Généraux, deman dent qu'en conformité de l'état donné
pour les députations par BaiLliages &
Sénécha ussées Royales , il leur soit accordé
au moins denx Députés, pour une députation par Sénéchaussée, puisque parles
divers Bailliages de France, la moindre
députation entraîne quatre Députés i & --- Page 217 ---
( " ) s'ils invoquent à l'appui de leur réclamation , les six cents millions réels de
circulation dans le commerce , leurs richeues , les cinq cents Vaisseaux ou
Navires & les vingt mille Matelots qu'elle
occupe ; c'est afin que > prenant en considération les avantages que la Colonie
procure à la Métropole , cette dernière
l'envisage fous le point de vue qui doit
fixer son attention, Certes > dans cette
hypothèse, on ne peut pas dire que les
prétentions des Députés d'une Colonie
si intimement liée à la mère Patrie > loient
absolument dérisoires ; & avant de les
traiter comme diserts proclamateurs des
six cens millions mis dans la circulation
de commerce r il convient d en juflifier
la preuve négative \ & cette preuve ne
fera pas facile à acquérir. On conviendra
donc aisément qu'au lieu de regarder
la quefiion proposée de la part de ces
Député.&, comme. pvofanoxoire , qu 'elle --- Page 218 ---
( 17. ) esi au contraire intéressante & légitime *
& que M. de Mirabeau a été trompé
sur tous ces faits , par des, Mémoires
qui caraâérisent plutôt la passïon quel'équité ; car, lui rendant tout l'hommage
qui lui est dû , je fuis persuadé que pour
peu qu'on lur prélènte un tableau exact,
il ne tardera pas à revenir, en ami sidèle
de la vérité , contre des assertions qui
doivent outrager son coeur & ceux des
Colons. C'est a l'Assemblée Nationale
qu'il appartient d'approfondir & de juger
les droits réels des Colonies : ôc si dans
la tenue présente leurs prétentions font
modifiées , relativement au projet d'Edio
de convocation r qui fixe sa quantité:
actuelle &r nécessaire des Députés, on
ne pourra s'empêcher de croire que cette
Auguste Assemblée ne donne à SaintDomingue, pour le retour périodique des
Etats-Généraux , toute la consistance qu'il
doit avoir , & dont il aura besoin > en
ondir & de juger
les droits réels des Colonies : ôc si dans
la tenue présente leurs prétentions font
modifiées , relativement au projet d'Edio
de convocation r qui fixe sa quantité:
actuelle &r nécessaire des Députés, on
ne pourra s'empêcher de croire que cette
Auguste Assemblée ne donne à SaintDomingue, pour le retour périodique des
Etats-Généraux , toute la consistance qu'il
doit avoir , & dont il aura besoin > en --- Page 219 ---
( 13 ) progression du dégré florissant qu'il
acquerrera. Examinant, Messieurs, les différents
écrits qui depuis peu ont circulé dans
le public, ôlèrai-je me permettre de vous
demander s'il ne seroit pas intéressant
pour la Colonie dont vous êtes Députés
de développer aux yeux de la Nation par
des lettres à vos Comettans, à l'imitation
de plu6eurs', toutes ces assertions erronées
qui se glissent & frappent les esprits qui
ne connoissent ni les mœurs, ni l'humanité des Colons ? Ces écrits sont souvent
des imputations qui Ce reproduisent autant
de fois qu'ils passent en différentes mains
& ne sont jugés qu'en raison d'apparences
tant qu'elles ne sont pas détruites par ceux
qui sont faits pour les combattre & qui
gardent un silence capable de les taire
regarder comme un aveu. Oserai-je, en même temps, Messieurs ,
nous faire part des foibles observations --- Page 220 ---
( '4 ) qui sont en moi ! Si vous daignez les accueillir comme une marque du resped que
je vous dois & à vos lumières, j'aurai
rempli ma tâche envers une Colonie que
j'ai habité vingt-cinq ans & que je regarderois comme le plus beau pays du monde
si les abus qui y regnent pouvoient
disparoître & si la confiance pouvoit
s'établir entre le Commerce & fui. Je
n'entrerai pas dans le détail des loix qui
régissent Saint-Domingue. On sait qu'elles
sont vicieuses en elles-mêmes ; que celles
établies il y a centans avoient besoin d'une
correction au bout de cinquante & qu'à
celles de cinquante il convient d'en changer les dispositions. Un pays qui offre
des établissemens nouveaux ne peut & ne
doit avoir que des loix précaires ; mais
une fois parvenu au dégré de splendeur que
lui ont acquis ses mœurs & ses richesses ,
des loix nouvelles, sages & stables doivent
lui être présentées selon ses usages & ses --- Page 221 ---
( 15 ) besoins, qui en grande partie , font bien
différents de ceux du Royaume. On sait
que les dîverses Ordonnances & les divers
Réglemens tantôt fait par le Souverain,
& tantôt par les Administrateurs, ont été
plutôt l'ouvrage de quantité de représentations, faites selon les vues , ou intérêts
divers, que celui d'un plan sage & utile
aux propriétés & aux mœurs des Colonies.
D'un autre côté que ces mêmes loix, confidérées sous ce point de vue , ont été
ou vivifiées ou mises en désuétude , felon
les circonstances qui ont procuré des
jugemens arbitraires souvent contraires
à l'intérêt génèral. Je ne m'étendrai pas non plus sur ce
vice, dont il cst résulté un pouvoir militaire & absolu, qui a porté sur la Police ,
la propriété, la personne & les divers
droits des habitans ; parce que ce point
de fait assez reconnu , il est sensible ,
que, partout où les loix sont susceptibles --- Page 222 ---
( ) d'interprétations , & qu'étant variées sans
ce (Te felon les diveises vues & les diverses
circonstances, il en naît absolument un
désordre qui ne petit que porter atteinte
aux droits des Citoyens.
résulté un pouvoir militaire & absolu, qui a porté sur la Police ,
la propriété, la personne & les divers
droits des habitans ; parce que ce point
de fait assez reconnu , il est sensible ,
que, partout où les loix sont susceptibles --- Page 222 ---
( ) d'interprétations , & qu'étant variées sans
ce (Te felon les diveises vues & les diverses
circonstances, il en naît absolument un
désordre qui ne petit que porter atteinte
aux droits des Citoyens. Le recueil qu'en a fait M. More au de
Saint-Méry justifiera ces vérités ; & on
pourra y puiser des renseignemens propres à faire sentir la nécessité de donner
des loix nouvelles & certaines aux Colonies , pour qu'elles soyent régies d'une
manière invariable & locale sélon l'intérêt qu'elles peuvent inspirer. On ne peut
trop savoir gré a M. Moreau de Sc. - Méry
- de ses veilles & de ses travaux , pour vous
avoir procuré, Messieurs, dans ce moment, un ouvrage propre à seconder vos
lumières dans une matière aussi délicate & aussi importante. Si l'on s'apésantit, Meneurs, sur l'autorité militaire qui exifle à Saint - Domingue , fous quel point de vue peut-on
cousidéier --- Page 223 ---
( 17 ) B considérer les milices qui y sont établies ?
Tendent - elles uniquement à maintenir
& affermir cette même autorité , ou
sont elles utiles pour défendre les
propriétés de l'hakitant contre 'l'invasion *
de l'ennemi du dehors & se garantir de
l'ennemi présumé du dedans , tout à la
fois ? , Jettons d'abord un coup-d'œil sur ce
qui s'est toujours passe à Saint - Domingue tant que la Milice y a été établie ,
nous y avons vu une discorde & une haine
continuelle entre ceux qui y ont acquis les
marques de distinction , & ceux regardes
comme de (impies Soldats. Cette siscion
continuelle n'a - t - elte pas arraché les
liens d'une sociéte» douce & paisible ! Le
plus beau don de la nature , sans lesquels
l'existence devient à charge dans un pays ,
où les peines , les travaux , & un Ciel brûlant énervent Pâme ? N'ôte-t-elle pas tome
émulation , tout encouragement > tant --- Page 224 ---
( 18 ) pour la partie du commerce , que pour la
progression de la culture & ces nouveaux
établiÍfeolcns ? Ne fait - elle pas fuir &
abandonner une Contrée qu'un accord
parfait peut seul faire chérir? Les Offic iers
de Milice ne sont-Ils pas confédérés, par le
rapport intime qu'ils ont avec le Gouvernement , comme deitinés à maintenir &
propager cette autorité arbitraire , qui ,
lans eux, deviez droit impuissante & même
nulle? Ignore-t-on que le seul motif qui
peut les animer ;i desirer la conservation
de cette Milice eii fondé sur l'espoir d'une
décoration bien tardive & bien pénible
à obtenir quoique souvent très méiitée ;
en ce qu il semble jufle qu'en ^'éloignant
de la mère patrie pour lui consacrer son
repos ik ion exuience , ils puissent participer aux mêmes récompenses que ceux
qui les acquirent par d'autres vues: mais
l'intérêt de quelques uns doit-il militer
contre l'intérêt général , qui , sans cette
conservation
de cette Milice eii fondé sur l'espoir d'une
décoration bien tardive & bien pénible
à obtenir quoique souvent très méiitée ;
en ce qu il semble jufle qu'en ^'éloignant
de la mère patrie pour lui consacrer son
repos ik ion exuience , ils puissent participer aux mêmes récompenses que ceux
qui les acquirent par d'autres vues: mais
l'intérêt de quelques uns doit-il militer
contre l'intérêt général , qui , sans cette --- Page 225 ---
( i ) B x sorte d'émulation particulière y trouveroit
la source de Ion bonheur, & de son accrciilcmciit en tout genre ? Revenons maintenant à san utilité deffenfive au dehors & au dedans ; quels
sont les écrivains qui n'ont pas tous démontré que les Colonies ne pouvoient
jarnais sè garantir de l'invasion des ennemis , sinon que par des vaisseaux ,
qui seuls peuvent en temps de guerre les
écarter, & en temps de paix, protéger
le commerce exclusif attaché à la Métro"
pôle dans cette partie. Seront-ce des habitans, des commercaus attachés à leurs femmes & enfans,
économes gérants d'habitations, & des
commis de Négociants , les uns d'une utilité indispeneable & observatrice de ce
qui peur se passer dans les ntteliers des
Nègres , & les autres également trop
utiles aux intérêts du commerce , qui
peuvent porter les armes pour empêcher --- Page 226 ---
( ) la descente de l'ennemi ; car les Co'onies
ne sont peuplées que d'hommes pareils.
Cette idée seule ne den.ontre - t - elfe pas
combien de pareilles vues seroient infructuenses dans un pays où l'on ne voit
aucunes Forterelles capables ce défense,
ni aucuns ILux où elles soyent susccptibLs d'êne conftruucs? Et si lel'eul moyen
de garantir les Colonies ne peut s'epérer
que par des vaisseaux de guerre ; pourquoi
donc en empL-ycr d'inutiles & vains ,
puifqu'ils ne tendent qu'à gêner la liberté
& occasions)(.ï un retard dans la probrcf-.
sion de la culrure & du commerce ? On
sait que , maigre toute précaution., la
cote peur quequefoïs être ravagée par
quelques Cursaires : mais quand deux ou
trois Régimens selon les lieux & une
trrupe Nnrionalïe y seront établis & distribues utilement , certes il sera possible
de parer à de tels événements. D'un autte côté , il se présente encore --- Page 227 ---
( 21 ) B 3 à l'imagination une feule cause capable
dcioigncr & écarter pour jamais tout sistême de Milices, & dont on conviendra
aisément. Il n'est point d'habitant seul,
ou avec un & deux économes , qui ne foit
environné chez lui , d 'un nombre considérable d'Eslaves pousse jusqu'a quatre,
cinq cent, plus ou moins ; n'eû-ce pas
la présence du propriétaire. 6c dû gérant
qui fait régner l'ordre & la discipline
parmi les Esclaves qu'ils possedent | &
qui seule peut prévoir & empêcher un
dé tordre dont l'idée fait frémir ? Qui
ne sait que l'abrence des uns & des autres en a toujours été la source ? Qui répondra que cette même absence, soft pour
aller au devant de l'ennemi , soit pour
monter des revues générales, ou particulières , n'occasionnera pas sa source
des plus grands malheurs , & que leur
entrée chez eux n'en fera pas le signal &
l'époque? Je crois , Meilleurs, que pareille
voir & empêcher un
dé tordre dont l'idée fait frémir ? Qui
ne sait que l'abrence des uns & des autres en a toujours été la source ? Qui répondra que cette même absence, soft pour
aller au devant de l'ennemi , soit pour
monter des revues générales, ou particulières , n'occasionnera pas sa source
des plus grands malheurs , & que leur
entrée chez eux n'en fera pas le signal &
l'époque? Je crois , Meilleurs, que pareille --- Page 228 ---
( 2 1 ) crainte, toute naturelle en elle-même,
doit faire porter des vues légitimes fàr
l'abolition d'une Milice autant inutile
que dangereuse. Quant au dedans , pour contenir les
Esclaves & les Nègres marons retirés dans
les montagnes. Pour les premiers ils ne
seront jamais mieux contenus qu'en raison de la présence des maîtres, ou leurs
représentants sur chaque habitation , &
s'il surve*oit quelques événements parttculiers , les Troupes Royales , les Maréchaussées & les Troupes Coloniales dont
je vais parler , seront toujours plus que
suffisantes pour faire tout rentrer dans
l'ordre convenable. II ne peut s'élever
aucun doute à cet égard , l'exemple en a
fourni les preuves les plus évidentes. Et
si encore l'événement général pouvoit
jamais arriver \ l'œil du maître fidele ob-'
servateur chez lui, ne sera-t-il pas plus à
même d'y remédier, quand il sera cer- --- Page 229 ---
( x3 ) B 4 tain qu'une Troupe Coloniale dans chaque quartier pourra également, d'intelligence avec les autres, faire tour dissiper
Pour les Nègres marons, retirés dans
les montagnes & dont les incursions ont
souvent fait des ravages sur divçrses habir
tations , qui mieux qu'une Troupe Çoio*
niale composée de Mulâtres & Nègres
libres , slra plus propre à les détruire
ou a les repousser ; eux qui faits a la satigue , connoiiiants plus particulièrement
leurs risses & leur cara£ère ; liés à l'ef pççe'
blanche par le sang & par les bienfait?»
qu'ils en ont reçus, attachés à leurs far
milles & a la conservation de leurs propriétés , & qui toujours ont porta le
gage le moins équivoque de leur respea
& de leur attachement aux auteurs de
leur exjflence & de leur liberté. Ne faiton pas que des troupes ordinaires n'ont
jamais sû , ni pu faire de pareilles entreprises , & que l'habitant ne peut non plus --- Page 230 ---
( 14 ) porter ses pas hors de chez lui , puisque
sa presence y eil fiugulièrement nécdraire
ik indispensable pour éviter de p!us grands
maux ? Et il ne peut tomber sous le sens
qu'on cherche à s'occuper du dehors ,
quand on voir l'impérieuse loi de se garantir au-dedans. Je dis donc qu'en supprimant cette
Milice, autant inutile que dangereuse , il
conviendroit qu'il y eût dans chaque
Ville , Bourg , ou quartiers , des Syndics dessinés à porter la plus grdnde attention à des visites tous les mois ; pour
qu'en conformité des réglemens , tout
Habitant, Gérant, Négociant ou Cominis , sans distindion de couleur , fût
tenu à garder chez lui & en bon état,
des armes & munitions convenables au
besoin ; & qu'il y eût une amende trèsforte , prononcée, sans autre forme que
sur la dénonciation du Syndic ou de son
Préposé , faite au Ministère public qui,
porter la plus grdnde attention à des visites tous les mois ; pour
qu'en conformité des réglemens , tout
Habitant, Gérant, Négociant ou Cominis , sans distindion de couleur , fût
tenu à garder chez lui & en bon état,
des armes & munitions convenables au
besoin ; & qu'il y eût une amende trèsforte , prononcée, sans autre forme que
sur la dénonciation du Syndic ou de son
Préposé , faite au Ministère public qui, --- Page 231 ---
( 25 ) sur son réquistoire ^ en kroir rendre par
le Juge de son reilort, la Sentence exécutoire j nonobliant appel ? contre quiconque chercheroit à se soustraire à d'aussi
sages dispositions. II seroit également convenable , en
établissant celte Troupe Coloniale , de la
composer comme je l'ai dit , de Mulâtres
6c Nègres libres , non de ceux qui
sont attachés à des propriétés d'Habitations , au négoce & à divers métiers ou
s ^ manufactures , parce qu'ils font autant
intéressans à ces diverses parties que qui
que ce soit ; mais de ceux qui n ont
aucun état , des enfans de famille ,
jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans > & des
errans vagabons. Alors entretenus a la
sol de de la Colonie , & fixant une époque
de sept ans de service , non - seulement on extirperoit des gens oisifs ,
que leur position porte décidément au
vice ; mais encore on en tireroit le dou- * --- Page 232 ---
( 16 ) b!e avantage de les voir suivre une carrière à laquelle ils paroissent presque
tous aspirer ; & qui, pour peu qu'elle fût
stimulée par quelque récompense attachée
à de bons services & à quelques distinctions décelât , leur feroit chérir une exiftence, qu'un préjugé affreux leur a rendu
odieuse. On les verroit à l'envi des uns
de s autres , se porter de bonne heure
au servicc ; la Troupe Coloniale devenir
aussi nombreuse qu'on pourroit le desircr,
on trouverait, par ce moyen, tout
ce qu'il faut pour que les Colonies pussent
se garder elles-mêmes au-dedans , & il
donneroit à tout Habitant & Commerçant
la sécuriré dont il ne jouit pas. Il seroit
encore possible d'augmenter cette Troupe
Coloniale , si en donnant des marques
d'humanité & de tendresse pour nos ensans & nos frères, on accorderoit la liberté
à tout Mulâtre qui naîtroit d'un Esclave,
dès l'âge de quinze ans , pour le con- --- Page 233 ---
( x7 ) iàcrer à cette carrière le même tems que
les autres. L'on saic que cette marche
lèzeroit les intérêts de divers & entraineroit
des abus ; en ce que les N ègresses chercheroient à co-habiter avec les Blancs de
préférence avec leurs semblables. Mais 1 ordre & la difcipfine qui régnent partout , & qu'il conviendroit de maintenir ,
ne pouvant en foire naître que bien
peu , je crois qu'on devroit taire ces
inconvéniens en faveur d'une cause autant légitirrie que nécessaire ; car l'on
ne peut voir sans indignation , qu'on se
refuse aux cris de la nature & à recevoir
avec bonté deux jeunes mains innocentes
qui nous accusent de leur avoir donné
une exillence différente de la nôtre.
la difcipfine qui régnent partout , & qu'il conviendroit de maintenir ,
ne pouvant en foire naître que bien
peu , je crois qu'on devroit taire ces
inconvéniens en faveur d'une cause autant légitirrie que nécessaire ; car l'on
ne peut voir sans indignation , qu'on se
refuse aux cris de la nature & à recevoir
avec bonté deux jeunes mains innocentes
qui nous accusent de leur avoir donné
une exillence différente de la nôtre. Examinons, maintenant, Menteurs ,
s'il ne seroit pas au plus grand bien
d'anéantir entièrement le préjugé qui
règne dans les Colonies sur les gens
de couleurs & si f en le ramenant à --- Page 234 ---
( x8 ) des principes-d'équité , on n'y trouveroit
pas la iburce de tout ce qui cadre à la
progression des arts , de la société, de
ï humanité & de l'honneur ? De quel œil considérons-nous dans
les Coli mes le Mulâtre & toute son
affinité ? Ils sont incapables d'aucunes
charges civile^ & militaires • ils ne peuvent , quoique Propriétaires & Chessde
famille , assister à aucunes délibérations de
Paroisse, pour être à portée de défendre
leurs intérêts, leurs droits, & n'y so.nt pas
même représentés pour qui que ce soit.
Leurs propriétés sont souvent troublées ;
& si les voies de la Justice leur sont
ouvertes pour se faire entendre , comment
oseent-ils y traduire tous ces Chefs de
Milice qui , par une autorité sans bornes
les tiennent sous un joug de [crvirude?
comment y traduiront-ils également.
les autres Propriétaires , auxquels la distribution de la Justice appartient \ & --- Page 235 ---
( 29 ) qui , s'ils n'en sont pas distr buteurs.
se trouvent entièrement liés à tout ce
qui a intérêt d'écarter les prétentions
de ces hommes libres ? Ne font-ce pas
eux seuls , qui , forcés d'abandonner
leurs travaux , leurs femmes & enfans ,
sont destinés à se tenir a la tête des
Etclaves lors de toutes ies corvées de
chemins, & ju[qu'à leur entière perfection ? Ne les tient-on pas assiduement
aux portes des Commandans & Officiers
de Milices ; le tout à leurs propres frais ,
avec des chevaux qu'ils sont cb1ifés
de nourrir & entietenir , pour porter
dans le dilhift de chacun, de Bourg
en Bourg , & de ViHe en Ville , tr u.ç
les ordres qui ont trait , tant à la Milice , qu'à la police que s'arrogent ces
Officiers , & même toutes lettres de
fantaisie de ces derniers ? Ne voyons
nous pas des Ordonna lires des Administrateurs , rendues aux iollicitations de --- Page 236 ---
( 30 ) l'espece blanche , pour empêcher les
gens de couleur, quels qu'ils soient, à
porter même le nom de ceux qui leur
ont donné naissance, & à les astreindre
à en porter un , tiré de l'idiome Africain ;
pour .les empêcher également de mettre
en usage ce qui tient au costume du
Blanc , dan- les haLillemcns, coëfFures
& épuipages , qu'il-, soient riches Propriétaires eu non? Ne conviendra-t-on
pfls enfin qu ils sont regardés parmi nous
comme des êtres vils & bien au-dessous
de lEsclave , pour peu qu'on veuille
être de bonne-foi ? Cependant ces hommes sont libres , dit-on ; & l'on convient
qu'il ne peut y avoir de terme & d'entraves
apposés à la liberté.
- les haLillemcns, coëfFures
& épuipages , qu'il-, soient riches Propriétaires eu non? Ne conviendra-t-on
pfls enfin qu ils sont regardés parmi nous
comme des êtres vils & bien au-dessous
de lEsclave , pour peu qu'on veuille
être de bonne-foi ? Cependant ces hommes sont libres , dit-on ; & l'on convient
qu'il ne peut y avoir de terme & d'entraves
apposés à la liberté. Avant 1769 , époque qui a rétabli
les Milices à Saint-Domirgue , le préjuge contre les hommes de couleur avoitil la même influence sur l'esprit ? n'y
voyoit-on pas une douce harmonie régner --- Page 237 ---
( 31 ) parmi tous ? La méfaIiance n'étoit- elle
pas regardée d'un sysîême convenable à
la progression de la culture , du commerce & des arts? Combien de familles
honnetts & respe£hibîes ne l'avoient-clles
pas adoptées ? Combien de Citoyens ,
en tout genre, niont-ils pas eu à rougir & à Te repentir depuis ce fystême,
qu'a propagé la Milice , de s'être alliés
à des personnes qui tenoient !eur existence
de leurs Concitoyens & leurs semblables ?
Combien de braves Militaires & riches Propriétaires n'ont pas fui cette contree,
qu'ils eusïcnt regardé comme leur patrie ,
en contribuant à la rendre plus flori Hante ,
parce que l'honneur çtoit leur plus chère
idole , & qu'ils étoient certains qu'en
Europe il ne règne de préjugé odieux
que celui qui frappe contre les moeurs
& la probité ? D'après de tels faits , Messieurs, ne
seroit-il pas plus avantageux & même --- Page 238 ---
( 3* ) d'une nécessité absolue de rendre par
humanité, par intérêt aussi, cette espèce
d'hommes à l'existence civile qui leur
est due, & d'éteindre un préjugé qui
outrage à la fois l'homme sage &
réfléchi ? La Jurisprudence établie à SaintDomingue peur la possession d'état de
l'homme blanc n'est pas incertaine ; puisque pour en faire preuve, il faut être ou
Indien ou Européen ; & si l'on a vu des
arrêts , prétendus abusifs, dans ce tte
contrée , & contre lesquels le préjugé
s'est toujours de plus en plus armé fortement ; c'est que l'on sait que ces an êts
n'ont été rendus que par les vues sages
du Souverain qui a su apprécier combien il étoit de sa bienfaisance de rendre
à la société des hommes tous aussi intéressans que. les autres ; & s'il n'y a tu ,
jusqu' a ce jour, aucune loi permanente
& stable pour cette" espèce ; il est aisé
de
ée , & contre lesquels le préjugé
s'est toujours de plus en plus armé fortement ; c'est que l'on sait que ces an êts
n'ont été rendus que par les vues sages
du Souverain qui a su apprécier combien il étoit de sa bienfaisance de rendre
à la société des hommes tous aussi intéressans que. les autres ; & s'il n'y a tu ,
jusqu' a ce jour, aucune loi permanente
& stable pour cette" espèce ; il est aisé
de --- Page 239 ---
( 33 ) c de voir que des réclamations nombreuses
& mal'-entendues ont sans-cesse heurté
contre un devoir autant légitime que
sacré. Si cependant, vous croyez, Meilleurs,
qu'après avoir accordé à l'homme de
couleur toute l'existence civile qui appartient à l'homme libre , il fut de'
sagesse & d'équité de tenir encore dans
un état précaire , quant à la couleur ,
ce que nous appelions mulâtre, tierceron
& quarteron, en ce que , par ces divers
degrés, la nuance ne caractérise pas assez
l'espèce blanche ; pensez-vous que tout
ce qui dérive d'eux ne soit pas au terme
convenable à donner le nom de blanc ?
& ne seroit-il pas ridicule & dérisoire
d'en avoir une toute autre opinion ? Les
trois premiers degrés, quoique , comme je
l'ai dit dans un état précaire , ne tenans
qu'à la couleur qui est en eux , qui
n'influeroit en rien, & ne seroit d'aucun --- Page 240 ---
( 34 ) préjugé pour les alliances avec des blancs;
ne seroient pas moins une source d'efpérance & d'encouragement pour eux
& leurs enfans qui tendroit toujours à
rendre, de toute manière, les Colonies
singulièrement florissantes. Je reViens maintenant , Messieurs ,
aux foix particulières qui s'étendent sur
la discipline des esclaves. Pour peu qu'on
jette un coup d'œil sur les édits & déclarations du Code Noir ; on sentira que
ces loix toutes anciennes qu'elles sont ,
offrent, en grande partie, & sur-tout
pour ce qui a trait aux châtimens légers,
des moyens justes & convenables encore
à la circonfiance présente, & d'autant
plus que la proportion de ces peines se
trouvant sagement établie, met en même
tems, un frein sur ceux que la passion
pourroit aveugler ; car dans le fait queHes
loix pouvoir appliquer, en ce genre ,
sur cette partie du nouveau monde. On --- Page 241 ---
( 35 ) C 2. sait d'un côté que l'esclavage entraîne après
lui 'les sources de la haîne, de la méchanceté , des intrigues , des caballes , des empoisonnemens, & enfin de tous les vices
réunis , qui jamais ne pourront être suivis
& approfondis que par les yeux & la
surveillance du propre maître ; & d'un
autre côté, qu'il peut exister des maîtres
irréfléchis , selon les diverses pallions qui
les animent. Qu'on examine un propriétaire au milieu d'une foule d'csclaves , en
bute à tant d'êtres dont les sentimens
sont partagés ; qu'on considère que son
intérêt, sa fortune, son existence dé-,
pendent de l'emploi qu'il doit faire de
sa sévérité , ou de sa douceur, selon les
diverses circonstances que lui seul peut
apprécier; on verra qu'il sera bien difficile
d'établir des loix plus sages pour des
châtimens légers , & qu'il a convenu
d'abandonner aux usages ce qu'un vœu
général & indispensable a mis en ohser-
agés ; qu'on considère que son
intérêt, sa fortune, son existence dé-,
pendent de l'emploi qu'il doit faire de
sa sévérité , ou de sa douceur, selon les
diverses circonstances que lui seul peut
apprécier; on verra qu'il sera bien difficile
d'établir des loix plus sages pour des
châtimens légers , & qu'il a convenu
d'abandonner aux usages ce qu'un vœu
général & indispensable a mis en ohser- --- Page 242 ---
( 36 ) vation. Je sais qu'il est de la plus grande
importance d'attacher des peines sévères
sur ceux que la passion ne fait rien refpe&er ; mais ces loix n'y ont-elles pas
pourvu? Et dans ce cas nul inconvénient
n'en peut ôter l'effet. Je sais également
qu'un maître peut invoquer ces mêmes
loix, pour faire infliger à son esclave la
peine qu'il aura encourue ; mais, en ceci,
que d'entraves ne s'élèvent pas de toutes
parts, par des formes judiciaires, & défaut de preuves qu elles entraînent nécessairement. S'il veut les acquérir, qu'elle
marche lente & ruineuse ne se présente
pas ? Tout son attelier doit se transporter avec lui dans une Jurisdiél:iou ,
ou conseil, éloignés de son habitation
de huit , dix , vingt ou trente lieues
& même plus ; cet attelier , par son
incapacité d'effets civils, ne peut établir
la moindre adminicule de preuves , &
ne peut feivir au juge que d'induction.. --- Page 243 ---
( 37 ) 1 C 3 Le crime *, presque toujours y n'est connu
que de quelques esclaves & du maître ;
d'un autre côté sa récolte pendante sur
pied qui appartient à ses créanciers &
à l'entretien de ses esclaves , se trouve
d'une pure perte, par un tel dérangement,
qui encore devient la source de l'indiscipline & du brigandage. Ne croiriez-vous pas, Messieurs, qu'à
cet égard 2 il seroit convenable, en analisant ces mêmes loix , d'en demander
l'effet pour les cas de légère punition ,
vis-à-vis des enclaves, sous une forme
différente ; & pour ceux des maîtres que
la cruauté ne peut retenir sous la même
forme ? Comme aussi ne feroit — il pas
plus avantageux , en écartant toutes ces
formes inutiles & dangereuses, & en
supprimant tous usages , quelques salutaires qu'ils soient pour éviter la moindre
apparence d'abus, de demander la composition d'un tribunal formé dans chaque --- Page 244 ---
( 38 ) quartier , de sept ou neuf habitans Se
négociant des plus anciens , nommés à
la pluralité des voix par la forme du
scrutin tous les cinq ans , pour mettre
en vigueur cette première discipline , &
ensuite pour connoître des peines majeures , & prononcer un jugement qui feroit
exécuté au milieu de I'attelier du propriétaire, pour servir d'exemple & maintenir le bon ordre ; sans que sous ce
prétexte, ce même tribunal s'arrogeât le
droit de prendre connoissance du délit
des esclaves, commis publiquement dans
les grands chemins , ou autres endroits
du même genre , dont l'attribution ap"
partiendroit toujours aux Juges Royaux
pour la vindiéle & exemples publics.
cer un jugement qui feroit
exécuté au milieu de I'attelier du propriétaire, pour servir d'exemple & maintenir le bon ordre ; sans que sous ce
prétexte, ce même tribunal s'arrogeât le
droit de prendre connoissance du délit
des esclaves, commis publiquement dans
les grands chemins , ou autres endroits
du même genre , dont l'attribution ap"
partiendroit toujours aux Juges Royaux
pour la vindiéle & exemples publics. Ce tribunal composé ainsi, nommeroit
des Commissaires pour se transporter sur
les lieux , & y rester tout le tems qu'il
seroit jugé convenable par les maîtres,
afin de suivre tantôt une marche lente , --- Page 245 ---
( 39 ) Ic 4 tantôt a&ive , pour acquérir les preuves
nécessaires. Ce seroit le seul moyen de s'éclairer sur des faits dangereux & conséquens , & d'obvier à des formes qui
contrarient l'intérêt du propriétaire, & la
chaîne qui le lie à la progression générale
des affaires. Ce tribunal connoissant de tout ce
qui a trait à la police des Nègres, à
leurs plaintes , à la visite des vivres nécessaires à leur existence, aux corvées
* générales & particulières des chemins ; & compose de personnes qui auroient une
connoissance parfaite dans cette partie >
n'offriroit-il pas le double avantage de voir
éteindre quantité d'abus, & de donner
une consistance autant utile aux esclaves
& à leur population, qu'aux Colons ? Quant aux imposition établies à SaintDomingue , l'on sait que la forme d'en
délibérer , & de les asseoir 2 est la manière la plus sage & la plus réfléchie j --- Page 246 ---
1 ( 40 ) puisque examinée par un conseil périodique , composé de Magistrats & d'Habitans, on peut facilement connoître les
richeiïes d'un chacun , & les proportionner par une contribution qui ne lèze
les droits d'aucuns. En effet, cette charge
ne portant que sur la quantité des Esclaves
du propriétaire & les denrées de son sol
qui s'exportent vers la Métropole , on
peut dire que cette Colonie possède tous
les moyens qui font en elle de subvenir
a ses besoins , & dans la circonstance
présente, de donner à son Roi & à sa Nation les marques les plus évidentes
àe son zèle, de son amour & de sa fidélité , en concourant à payer pour sa
quote-part, en raison de ses richesses &
celles du Royaume, les charges de l'état. Je m'étenderai maintenant , Messieurs, sur le commerce de la Métropole
avec Saint-Domingue, & si mes observations, à cet égard , méritent votre --- Page 247 ---
( 41 ) attention , j'aurai satissait les vues que
je me propose comme Colon & comme
Patriote. La traite des Nègres, reconnue indispensable, forme une des branches
conséquentes du commerce. Leur exportation de la cote d'Afrique peut s'élever
annuellement, en tems de paix , environ à quarante mille , pour cette Colonie , dans les endroits où les établiflemens sont formés. Cette quantité insuffisante pour long-tems , afin de mettre
les habitations à même de se régénérer
dans la population de cette espèce ,
se réduit a peine , au bout de l'an ,
à la moitié ; soit par le tems qu'on
mer à en faire la traite , soit par le
peu de précaution qu'on apporte dans
la manière de les tenir à bord des navires , soit par le germe des maladies
de leur pays, soit par la quantité qui
n'cst pas proportionnée à la grandeur
uffisante pour long-tems , afin de mettre
les habitations à même de se régénérer
dans la population de cette espèce ,
se réduit a peine , au bout de l'an ,
à la moitié ; soit par le tems qu'on
mer à en faire la traite , soit par le
peu de précaution qu'on apporte dans
la manière de les tenir à bord des navires , soit par le germe des maladies
de leur pays, soit par la quantité qui
n'cst pas proportionnée à la grandeur --- Page 248 ---
( 42 ) des lieux où ils sont détenus , sbit par
des traversées longues & pénibles, sbit
par les révolutions qu'un climat différent
leur procure ; soit enfin par la manière
de les traiter à bord en répercutant les
maladies cutanées. Je ne parlerai pas
du prix d'achat & des frais nécessaires
pour les rendre à leur desiination , ni
du prix des ventes, pour en démontrer
les bénéfices qu'en retire le commerce y
mais Je dirai que, n'en fournissant pas
aux Colonies , la quantité convenable,
pour qu'elles puissent se régénérer, ellesmêmes, il seroit indispensable de prendre des tempéramens , pour en venir
au but qu'il est dans l'ordre d'atteindre
& auquel il ne paroît pas qu'on puisse
arriver de long-tems, si l'on ne détermine le commerce à transférer encore
dans toute la partie du Sud, depuis les
Ances à pître, jusqu'au Cap Tiburon,
qui se trouve dénuée de ressources & --- Page 249 ---
( 43 ) d'établi sf-,rnons non-seulement de quoi
la rendre égale aux autres parties , mais
encore de quoi lui procurer la même régénération. Quels sont les motifs qui portent le
commerce de France à ne pas fournir
à Saint-Domingue la quantité de Nègrès
convenable à ses besoins , dans les parties établies & dans celle qui ne fest
pas] Ils sont connus. C'est que guidé
par l'appas d'un bénéfice momentané ,
ils les portent dans les Colonies Espagnoles ; systême contraire aux intérêts
de l'Etat, puisqu'il tend a établir une
concurrence infiniment dangereuse? Dirat-on que le peu de profit qu'il en retire,
ne lui permet pas de faire de pareilles
entreprises , puisque nous lui payons
les Nègres, les uns dans les autres 2 5 00 L
& que quand les étrangers nous les
portent, nous ne les payons que 1500 liv.,
avec toutes les facilités possibles. Certes, --- Page 250 ---
( 44 ) cette disproportion de prix militera tou";
jours contre lui. En vain obje£era-t-on
que les étrangers , ayant les marchandises
de première main , font des traites à
la côte d'Afrique, à meilleur prix que
les François ; puisque l'on connoît que
leur premier prix d'achat est a-peu-près
équivalent à celui que se procure le Commerce de France. En vain dira-t-on
que la rentrée de ses capitaux s'opère
plus lentement qu'avec les étrangers j
puisque les termes des cargaisons de ces
derniers , sont portés moitié à un an,
& moitié à deux, sans exiger aucun
argent, que l'échange des denrées de
I Habitant ; & que les François n'accordent actuellement que six & douze
mois pour le surplus du comptant, en
argent , porté à moitié du prix de
vente ; & encore peut-on dire, que si
les étrangers accordent des délais aux
débiteurs qui se trouvent quelques fois
puisque les termes des cargaisons de ces
derniers , sont portés moitié à un an,
& moitié à deux, sans exiger aucun
argent, que l'échange des denrées de
I Habitant ; & que les François n'accordent actuellement que six & douze
mois pour le surplus du comptant, en
argent , porté à moitié du prix de
vente ; & encore peut-on dire, que si
les étrangers accordent des délais aux
débiteurs qui se trouvent quelques fois --- Page 251 ---
( 45 ) hors d'état de satisfaire à leurs engagemens aux échéances , les François n'onc
presque jamais pareille indulgence , &
qu'ils employent au contraire tous les
moyens d'autorité préjudiciables aux débiteurs J en faisant vendre leurs Nègres,
en les faisant emprisonner & leur ôtant
toutes facultés de profiter de leur récolte,
& de contrader à l'avenir de nouveaux
engagemens , autant utiles à la profpérité de' la Colonie qu'à celle du commerce de la Métropole. Il est visible , par-là, que le commerce ne veut ni se rapprocher des
vues de cette Colonie , ni de ses propres intérêts, & que ses motifs, quels
qu'ils soient sont mal entendus. Je croirois , Menteurs , qu'une Chambre Coloniale , dans chacune des trois
parties conséquentes de Saint-Domingue ,
qui auroit la plus parfaite intelligence
avec les villes maritimes de France qui
\ --- Page 252 ---
( 4 6 ) feroient cette traite , en éclairant sur
les intérêts respectifs , seroit la véritable
source d'encouragement. Cette Chambre,
chargée de veiller aux besoins de la CoIonie entière, d'examiner par eux, ou
des Représentans dans chaque Ville ,
Bourg ou quartier, les moyens de chaque Habitant avec lequel on pourroit
contracter solidement lors de la vente
des Négriers • soit par la quantité de
récoltes, ou autres moyens , foit par la
qualité d'un sol ancien ou nouvellement
établi, seroit une base certaine sur laquelle le commerce n'auroit aucun doute
pour la nature de ses opérations ; alors
il conviendrait que le François , à même
de remplir ses engagement pour les besoins de cette Colonie , accordât les mêmes avantages que l'étranger lui procure , non dans les mêmes prix , ( qu'il
conviendroit néanmoins de proportionner
avec premier achat & ses accessoires , --- Page 253 ---
( 47 ) &Ia valeur de nos denrées, ) mais quant
aux facilités ; parce qu'il seroit encore
plus intéressànt de traiter avec les siens,
qu'avec les étrangers , par les refïburces
infinies que procurent un pareil systême. Si tprbs pareilles précautions , le
commerce de France se trouvoit retarder
la progression de la Colonie , en ne
donnant point cours suffisamment à la
traite des Nègres, ne seroit-il pas encore autant intéressant à ce même commerce qu'à la Colonie, d'ouvrir aux étrangers , sur-tout pour la partie du Sud , qui
en a le plus grand besoin , les ports
pour recevoir le complément qu'il ne
pourroit fournir ? Remontons au principe de l'établissement de Saint-Domingue & des autres
Colonies , pour prouver que le commerce de France n'y a coopéré en
rien & qu'après qne les étrangers les
ont eu mises en vigueur , ce pre-
! --- Page 254 ---
( 48 ) mier n'a fait qu'en recueillir les
fruits. * En i 61 5 ,Danabur & Warner abordèrent a Saint-Chriflophe , & leur Métropole resta indifférente sur les succès
de leur entreprise. En' 1660, les premiers conquérans ou leurs successeurs,
partagèrent les Isles découvertes.
n'y a coopéré en
rien & qu'après qne les étrangers les
ont eu mises en vigueur , ce pre-
! --- Page 254 ---
( 48 ) mier n'a fait qu'en recueillir les
fruits. * En i 61 5 ,Danabur & Warner abordèrent a Saint-Chriflophe , & leur Métropole resta indifférente sur les succès
de leur entreprise. En' 1660, les premiers conquérans ou leurs successeurs,
partagèrent les Isles découvertes. Les François s'approprièrent la Martinique , la Guadeloupe , la Grenade ,
Montsarra , Tabago, &c. Saint-Christophe
resta neutre , & les Caraïbes furent tous
rassemblés à la Dominique & SaintVincent. Quelque tems après que le hasard eut
assigné a chacun des Empires les possessions, sur lesquelles leurs sujets avoient
de leur propre mouvement planté leur
pavillon , la côte Septentrionale de SaintDominque fut habitée par des François
qui fuypient des Antilles. Ainsi les Colonies furent conquises Se
habitées --- Page 255 ---
1 1 ( 49 ) D habitées d'abord par des particuliers sans
intérêt, sans aveu de la Métropole , Ôc
par conséquent sans aucune condition
préalable. Sans s'arrêter à suivre les différens
régimes sous lesquels exigèrent les .établiffemens François pendant les premières
années de leur formation , il faut monter
au tems , où rétirées par Colbert des
mains d'une compagnie de Commercans
ignorans & ruinès > ils devinrent l'objet
de l'attention du Gouvernement. Que sit alors la Métropole ! Des loix.
mal calculées quant a la police du dedans ;
& quant au commerce , qu'à- t - on vu
dans l'histoire des Colonies Françoises
jusques en 1727 - Le commerce étranger
dans tous les ports, dans toutes les ances >
les alimenter dans leur berceau , & les
faire parvenir à la fécondité. Alors le
commerce de la Métropole qui n'avoit
jusques-là fourni que des secours insufi- --- Page 256 ---
( 50 ) fants, mais dont la jalousie s'étoit dès
longtems manifestée , obtint des LettresPatentes pour recueillir seul le fruit de
la semence étrangère. Dans cette hypotèfe, Saint-Domingue
étant une des plus riches provinces de
l'Empire François, ( car c'est un fait que
l'état de ses produ&ions démontre ) n'étant
pas encore au degré florissant que ses terres
incultes pourroient rendre , & n'étant
arrêtée dans sa progression & pour sa
propre régénération, que par l'insuffisance
des Nègres de la part du commerce ;
Ne seroit-il donc pas fage & intéressant
pour tous , qu'on employât les moyens de
se les procurer ; puisqu'une fois cette
partie arrivée au degré nécessàire, elle
n'auroit jamais d'autres vues que celles
de se livrer entièrement au commerce
de sa Nation? Revenons maintenant, Messieurs, aux
autres objets de commerce de la Métro- --- Page 257 ---
( 51 ) D x X pôle avec Saint-Domingue, y compris
ceux de première nécessité. L'Arrêt du 3 o août 1784, forme des;
contestations entre le commerce & les
habitans de la Colonie ; & ce n'est qu'après des discutions très-longues, dans
lesquelles les intérêts refpe&ifs ont été
développés, qu'on a prouvé l'insuffisance
du commerce & que cet Arrêt a été
rendu.
- --- Page 257 ---
( 51 ) D x X pôle avec Saint-Domingue, y compris
ceux de première nécessité. L'Arrêt du 3 o août 1784, forme des;
contestations entre le commerce & les
habitans de la Colonie ; & ce n'est qu'après des discutions très-longues, dans
lesquelles les intérêts refpe&ifs ont été
développés, qu'on a prouvé l'insuffisance
du commerce & que cet Arrêt a été
rendu. Vingt époques différentes ont prouvé,
de, nos jours, que si l'on eût observé
exadement les loix du Royaume, il en
fût résulté une stérilité de fruits & une
source de malheurs que les ouragants ,
es sécheresses & les guerres longues
euflenc rendus inévitables. C'est une 4
'érité aussi constatée par les permissions
:ue divers Adminiflrateurs ont été obligés
de donner dans des cas de besoins indispensables. Sera-ce encore par défaut de béné- --- Page 258 ---
( 52, ) fices que le commerce ralentit (es opérations en ce genre ? Qu'on examine ce que le baril de
farine , devant peser 180 livres net,
coûte au Commercant; & qu'il le vend
dans les Colonies communément 80 liv.
souvent 100 livres, 120 livres , &
même 1 5 0 livres des Isles. Qu'on examine de même le prix du cout
de la barique de vin, devant avoir 240
bouteilles de pinte , & qu'elle est vendue 120 livres, 150, 200, 300 liv.,
& même plus. O Qu'on examine qu'il en est ainsi &
en même proportion de l'huile , du beure,
chandelle, savon, bœuf saîlé, petit salle, .
anizette ; enfin de tout ce qui a trait
ensuite à ce que le commerce fournit. Que l'on examine encore, outre pareils
bénéfices, si le poids des farines s'y
trouve ; si la jauge de la barique de vin
esi conforme , & s'il n'en est pas de --- Page 259 ---
( n ) 1 même de tout le reste en poids, quantiré & qualité. L'on sait parfaitement que les Commerçants quelquefois n'étayant leurs opérations qu'à l'envie des uns & des autres,
font exporter dans les Colonies, en raison.
des disettes qu'elles ont éprouvées, beaucoup plus que leurs besoins ; & que ,
dans ces cas , les bénéfices ne sont pas
les mêmes ; qu'ils y perdent ; & que s'ils
n'y perdent pas , ce n'est qu'en raison
des retours en denrées. Mais les Colonies doivent - elles être
responsabïes des fautes du commerce ? Et
qu'en résulte-t-il pour les Colonies? Une
disette affreuse & manquement de tout
pendant ttès-Iongtems ; parce que l'on
ne revient pas de sitôt dans des endroits
où l'on n'a pas rempli ses vues. Si donc une Chambre Coloniale ,
comme je l'ai dit, étoit établie, & qu'elle
pût concerter des besoins & des opéra- --- Page 260 ---
( 59 ) tions ; ne seroit-elle pas l'unique moyen;
pour établir & perpétuer la paix & l'union qui devroient regner entre frères &
patriotes? Cette Chambre attentive à l'in,
térêt respectif seroir. chargée de veiller à
l'établiiiement des Ports & embarcadaires
pour une facile circulation de denrées,
& à leur entretien ; enfin sur toutes les
choses qui tiennent du commerce & de la
progression de l'agriculture, & connoîtroît
parfaitement toute la faveur que peut
inspirer le commerce de la Métropole ,
& celle d'une Colonie qui a besoin d'être
alimentée & d'acquerir un degré florissant
autant utile & convenable à elle-même,
qu'à la Métropole.
'établiiiement des Ports & embarcadaires
pour une facile circulation de denrées,
& à leur entretien ; enfin sur toutes les
choses qui tiennent du commerce & de la
progression de l'agriculture, & connoîtroît
parfaitement toute la faveur que peut
inspirer le commerce de la Métropole ,
& celle d'une Colonie qui a besoin d'être
alimentée & d'acquerir un degré florissant
autant utile & convenable à elle-même,
qu'à la Métropole. Telles sont, Messïeurs , les idées quem'ont fait naître un long séjour à SaintDomingue. J'aurois pu les mieux développer en détaillant plus particulièrement
de certains faits ; mais les affaires de
commerce & d'agriculture, sur-tout, ont --- Page 261 ---
( 6o ) De l'Imprimerie de PRAUT , Imprimeur du Roi;
1789. été tellement mises au jour , & traitées si
souvent, que je n'aurois pu faire que des
répétitions faflidieuses. Puissent-elles vous
être agréables , & prouver mon entier dévoue ment à a Patrie. Je suis avec respe&, MESSIEURS , r Votre très-humble, & trèsobéissant Serviteur, C ; --- Page 262 --- --- Page 263 ---
RÉFLEXIONS D'UN ADMINISTRATEUR, Sur l'admission des Députes de St. Domingue aux États-Généraux , Et sur le régime nouveau qu'ils veulent établir
dans cette Colonie. --- Page 264 --- --- Page 265 ---
A REFLEXIONS D'UN ADMINISTRATEUR, Sur l'admission des Députés de St. Domingue aux États-Généraux , Et sur le réuime o nouveau qu ils^yéulhnt ekd$£$r
dans celte Coloh, ië. •'J A PEINE la convocation des États-Généraux
a-t-elle été reconnue indispensable pouf ré- ;
parer le désordre des Finances , que les planteurs de Sr. Domingue résidant en France,'
persuadés qu'un nouvel ordre de choses leur
conviendrait mieux que celui qui existe , ont
fait passer des Mémoires à tous les Colons ,
pour les inviter a s assemblei ? a demander
leur admission, & à nommer des Députés. Le Roi n'ayant pas voulu faire expédier de --- Page 266 ---
( 4 ) lettres de convocation , parce qu'on lui avoit
annoncé que les habitans n'étoient pas tous
d 'accord, &c qu il lui avoit paru plus convenable d'attendre que le vœu" général de la
Colonie fût mieux manifesté, les Députés se
font présentés à l'Assemblée Nationale, qui
n'a fait aucune difficulté de les admettre. A présent que cette admission est prononcée sans aucune restriction , que veut aujourd'hui la Colonie de St. Domingue ? Se préscnte-t-elle à la Nation ou comme sœur, ou
comme fille des provinces de France ? Dans
le premier cas , elle ne doit pas être admise ,
parce qu'il ne doit pas y avoir d'égalité où la
dépendance est nécessaire ; dans le second
cas 3 elle doit l'être , mais c'est en promettant. qu elle obéira aux loix de sa mere, qui
est la Métropole.
que cette admission est prononcée sans aucune restriction , que veut aujourd'hui la Colonie de St. Domingue ? Se préscnte-t-elle à la Nation ou comme sœur, ou
comme fille des provinces de France ? Dans
le premier cas , elle ne doit pas être admise ,
parce qu'il ne doit pas y avoir d'égalité où la
dépendance est nécessaire ; dans le second
cas 3 elle doit l'être , mais c'est en promettant. qu elle obéira aux loix de sa mere, qui
est la Métropole. Pour mieux développer ces principes, il
est nécessaire de faire connoître quelles doivent être la destination & l'utilité des Colonies. Le travail confidéré soit par rapport à l'agriculture , soit par rapport aux arts & à l'industrie ; ne peut arriver au terme de la plus --- Page 267 ---
? y ) A 3 grande utilité , que par le commerce. Le
commerce à ion tour, ne peut en avoir que
par la facilité des échanges. Lorsqu'il y a plus
de choses à vendre qu'il n'y en a à acheter y il faut avoir recours au consommateur
étranger. Dès qu'une fois la concurrence vient
mettre des bornes à l'action du commerce
même avec l'étranger , il faut avoir des Colonies où le superflu de la culture , des arts &
de l'industrie trouve un débouché facile pour
être converti en denrées de luxe que l'habitude a rendu nécessaires , & dont la vente est
toujours plus assurée ; & c'est par le résultat
de ces échanges avec nos Isles à sucre , & les
autres peuples de PEurope , que nous avons
depuis longtemps un avantage de soixante
millions dans la balance du commerce. Voilà ce qu'on peut dire de plus vrai, en
peu de mots , sur la domination & l'importance des Colonies. Pour les rendre vraiment utiles y il faut les
subordonner à la Métropole , parce qu'elle
ne les a établies qu'en intention d'échanges.
Delà il résulte que la prohibition du commerce étranger doit être préférée , même à --- Page 268 ---
( 6 ) l'extension de leur culture. Il faut protéger
dans la Métropole le commerce en faveur de
la cultùre; & dans les Colonies, au contraire,
la culture en saveur du commerce. Tel est
le véritable rapport qui doit exister entre l'une
& l'autre : tel est le principe auquel il faut tout
rapporter dans l'administration des Colonies ,
& dont on ne doit jamais s'écarter , à moins
d'une nécessité absolue Lf. bien constatée. On voit, d'après cet exposé , que plus
ces établissemens différeront de la Métropole
par leurs productions , plus ils deviendront
utiles & plus ils seront dépendans; ainsi ce ne
sont pas des Villes qu'il faut y établir , ce
font des manufactures de sucre, de café &
d'indigo. Ce n'est pas d'hommes blancs inutiles, ou livrés à l'industrie Européenne, qu'il
faut peupler ces pays , mais bien de noirs, &
sur-tout de noirs esclaves, car s'ils ne l'étoient
pas 3 il est prouvé qu'il n'y auroit plus de
culture, & par conséquent plus de commerce.
ce ne
sont pas des Villes qu'il faut y établir , ce
font des manufactures de sucre, de café &
d'indigo. Ce n'est pas d'hommes blancs inutiles, ou livrés à l'industrie Européenne, qu'il
faut peupler ces pays , mais bien de noirs, &
sur-tout de noirs esclaves, car s'ils ne l'étoient
pas 3 il est prouvé qu'il n'y auroit plus de
culture, & par conséquent plus de commerce. S'il est dans l'ordre politique de borner St.
Domingue au seul échange de ses productions,
il ne faut dans les plaines que des cultivateurs,
comme il ne faut dans les Villes que des --- Page 269 ---
( 7 ) A ^ Officiers militaires, d'administration & de
justice, des négocians commissionnaires & des
artisanspour les premiers besoins. La réunion
de ces individus que l'intérêt plus ou moins
exalté agite sans cesse, peut former encore
une grande société ; mais comment doit-on
la considérer à un aussi grand éloignement ?
Est-il possible d'y établir ce régime purement
municipal que quelques hommes instruits paroiflent délirer? Et peut-on s'attendre a trouver dans un tel pays , dont le premier lien
doit être la dépendance , & dont l'intérêt
particulier est toujours contraire- à celui de
la Métropole , cet esprit public si rare même
dans les Gouvernemens modérés? Non; il ne
faut pas s'abuser sur ce projet, il est absoiument inexécutable. Avant de ramener tout au Gouvernement
purement municipal dans la Colonie de St.
Domingue , il auroit fallu examiner avec attention de quels habitans elle est peuplée , &
sa position relative ; on auroit vu que personne ne va sous ce climat dévorant pour y demeurer , mais pour y acquérir promptement
une grande fortune , que les regards y sont --- Page 270 ---
( 8 ) toujours tournés du côté de l'Europe, que
l'habitant riche jouit toujours de sa fortune
en France; que le procureur, le gérant ou l'économe , le pacotilleur , l'aubergiste & tous
les aventuriers qui yparoisfent, n'ont d'autre
véhicule que celui de l'intérêt, & d'autre projet que celui de revenir dans leur patrie. Est-ce à de pareils hommes qu'il faudra
accorder la qualité de Citoyens ? Non sans
doute , & je répete avec assurance qu'on ne
trouvera jamais en eux cet esprit public &
cette raison éclairée qu'exigent des Afsemblees municipales, & que sijamais l'on s'arrête
a cc rte idée, il n'en résultera que des désordres '
6: les désordres d'autant plus grands , qu'ils seront plus élc'gnés de l'autorité premiere qui
pourroit les réprimer. Rome étoit libre, & ses
Colonies ne l'étoient pas. On est libre dans
les Provinces-Unies, tandis qu'on se prosterne
devant le Gouverneur de Batavia , & l'Amé.
rique Anglaise fût certainement restée dans la
dépendance , si la Nature ne l'eût pas placée
dans une latitude favorable à tous les objets
de premiere nécessité. Une Isle comme St.
Domingue ne cessera donc jamais d'avoir un
orité premiere qui
pourroit les réprimer. Rome étoit libre, & ses
Colonies ne l'étoient pas. On est libre dans
les Provinces-Unies, tandis qu'on se prosterne
devant le Gouverneur de Batavia , & l'Amé.
rique Anglaise fût certainement restée dans la
dépendance , si la Nature ne l'eût pas placée
dans une latitude favorable à tous les objets
de premiere nécessité. Une Isle comme St.
Domingue ne cessera donc jamais d'avoir un --- Page 271 ---
( ) maître, parce qu'elle sera toujours dépendante par ses besoins , & il est évident qu'il
fera dans la politique de la Puissance à qui elle
appartiendra, de ne pas permettre qu'à une
aussi grande distance, elle jouisse d'une liberté qui peut devenir nuisible à ses intérêts. Cependant les habitans de St. Domingue ,
croyant devoir profiter de la circonstance
orageuse ouse trouve le Gouvernement, établiflent aujourd'hui des prétentions qui meparoissent à la fois dangereuses & destructives
pour le commerce. Ils defirenc qu'on fasse
cesser une grande partie de la prohibition ,
notamment celle qui porte sur les negres &
sur les farines , & qu'on leur permette de
payer ces objets avec les denrées coloniales.
Ils disent qu'en achetant des étrangers les
noirs à un meilleur compte, & qu'en leur ven.
dant du lucre & du café à un meilleur prix ,
ils étendront davantage leur culture ; que
par cette extension ils en deviendront plus
riches , & qu'en devenant plus riches, ils en
apporteront plus d'argent dans la Métropole. Ce raisonnement est plus spécieux que solide ; car si l'on convient que Paris , ou telle --- Page 272 ---
( 1° ) autre Ville du Royaume , doit profiter un
jour des revenus des capitaux que l'Américain
viendra y consommer , il est évident aussi que
jusqu'à ce que cette fortune soit acquise , c'est
le seul commerce étranger qui aura été mis
en activité, que c'est lui qui en devenant le
coopérateur de cette fortune, en aura partagé les bénéfices, & que la France aura vu
détruire le sien au milieu de tous les moyens
que la nature lui a donnés pour le faire prospérer : de-là plus d'armemens , plus de matelots , plus de marine Royale, &c. On ne doute pas que les Américains ne
veuillent bien se soumettre à recevoir de la
Métropole les vins , les huiles & les savons ,
& beaucoup d'objets de luxe, parce qu'elle
seule peut les leur fournir ; mais quelle perte
n'en résultera-t-il pas pour nos négocians ,
quand ils se verront forcés d'acheter leurs
denrées coloniales en concurrence avec l'étranger ? ce sera un marché dans lequel le
Colon fera toujours la loi, & le commerce
de nos villes maritimes se détruira insensiblement par les pertes énormes qu'il éprouvera. La Métropole, ( disent les Américains ) ne --- Page 273 ---
( Il ) » nous fournit point la morue , les essentes
» les bois de charpente, les merrains., les
» planches, &c. C'est l'Amérique septentrio-
» nale qui pourvoit à nos besoins en ce genre î
» & il nous est défendu de la payer autrement
» qu'en sirops & taffias , dont le prix total ne
on s'éleve pas à la moitié -de celui des objets
» qui nous sont apportés ; nous sommes donc
» forcés de solder l'autre moitié avec notre
» numéraire , dont la disparition fait tarir la
» source d'un commerce d'échange qui nous
» est absolument indispensable (i).
Amérique septentrio-
» nale qui pourvoit à nos besoins en ce genre î
» & il nous est défendu de la payer autrement
» qu'en sirops & taffias , dont le prix total ne
on s'éleve pas à la moitié -de celui des objets
» qui nous sont apportés ; nous sommes donc
» forcés de solder l'autre moitié avec notre
» numéraire , dont la disparition fait tarir la
» source d'un commerce d'échange qui nous
» est absolument indispensable (i). Si cette plainte est réellement fondée , je
pense qu'il faut s'empresser de rappeler dans
la Colonie le commerce Espagnol qu'on a
semblé vouloir éloigner ; c'est le seul moyen
d'augmenter le numéraire au de-là des besoins
& de maintenir dans toute leur intégrité les
droits de la Métropole. S'écarter de cette direction c'est attaquer une des propriétés Nationales , c'est fouler aux pieds le principe (i ) On verra dans le tableau des exportations qu'on a placé à
la fin de cet ouvrage, que St. Domingue ne donne dans ses payemens aux étrangers que le tiers en numéraires, & que les deux autres tiers sont donnés en sirops & taffias. --- Page 274 ---
( 12 ) reconnu être le plus utile chez toutes les Nations maritimes. Les Colons ( i) ne se bornent pas dans leurs
prétentions à se rendre indépendans de la
Métropole pour les objets les plus importans du commerce ; ils veulent encore établir
une Assemblée Nationale ou Coloniale , qui
ne reconnoisse.d'autre pouvoir légisiatif que
le fien, & faire resider le pouvoir exécutif
dans la personne du Gouverneur ; ils suppriment par conséquent l'Intendant, qui avoit
la direaion générale des Finances, qui comme
premier Président, ou plutôt comme commissaire du Roi, étoit chargé de surveiller
les tribunaux, & qui, par le pouvoir que lui
donnoient ces deux qualités , servoit à tempérer tout ce que peut avoir de rigoureux
ou d'injuste un Gouvernement purement militaire. Il est sans doute difficile, comme je
l'ai déjà dit,. de concevoir un plan qui soit (1) On doit avertir ici qu'il y a un très-grand nombre de Colons à Paris qui ont manifesté plusieurs fois dans leurs Assemblées
qu'ils ne desiroient point qu'on changeât rien aux loix prohibitives,
& qu'ils demanderoient qu'on changeât très-peu de chose au régime intérieur. --- Page 275 ---
( 13 ) moins convenable à une Colonie où les
habitans se renouvellent sans celle par l'instabilité que le commerce y donne aux richesses. Quand je demande aux Colons les motifs
du changement qu'ils ont en vue , ils ne
me disent pas leur secret, ils ne conviennent pas que ce toit pour se soustraire à toute
autorité , ils ne disent pas qu'il est parmi
eux quelques hommes qu'entrainent l'amour
des nouveautés & le désir de participer à
une révolution qui lemble ne leur promettre que la liberté & le bonheur ; mais ils
affirment avec cette intrépidité qu'ont touj ours
les gens accoutumés aux tonnerres & aux
tempêtes, que leur régime intérieur est détestable, oppressif, & que leurs administrateurs ne sont uniquement occupés que du
soin d'ajouter chaque jour quelques anneaux
à leur chaine.
eux quelques hommes qu'entrainent l'amour
des nouveautés & le désir de participer à
une révolution qui lemble ne leur promettre que la liberté & le bonheur ; mais ils
affirment avec cette intrépidité qu'ont touj ours
les gens accoutumés aux tonnerres & aux
tempêtes, que leur régime intérieur est détestable, oppressif, & que leurs administrateurs ne sont uniquement occupés que du
soin d'ajouter chaque jour quelques anneaux
à leur chaine. Je suis bien loin de penser que la Colonie
soit aujourd'hui administrée comme elle pourroit l'être, & qu'il n'y ait pas dans cette
machine vaste & compliquée, quelques ressorts un peu trop tendus; mais en cherchant --- Page 276 ---
( 14 ) à les adoucir par le concours d'un Intendant , en maintenant le pouvoir judiciaire
dans la possession exclusive de tout ce qui
doit lui appartenir , & la Colonie dans le
droit de répartir non pas son impôt, mais
son don gratuit, il me semble que ni la raison
ni la juflice ne pourroient être blessées par
cette forme de Gouvernement (a). Ce moyen simple ne sera sans doute pas
adopté, parce que les habitans veulent se
gouverner eux-mêmes , mais j'ose leur prédire
que leur tranquilité sera troublée , & qu'en
consacrant tout leur tems à des délibérations
lentes, & à des chocs d'opinion d'où résultera moins la lumiere que des embarras inextricables , la culture en sera moins florissante ,
les chemins moins bien entretenus , & leur
liberté sera telle , qu'ils regretteront le tems
où ils croyoient n'en point avoir. Américains , songez que vos foyers sont
déjà menacés, & qu'éloignés de tout secours,
il vous faut un point central où aboutissent
tous les rayons du cercle dans lequel vous
êtes renfermés. Depuis long-tems , vous le
lavez, il s'est élevé une secle philosophique --- Page 277 ---
( 1 s ) dont les intentions sont pures, mais dont vous
auriez dû , dès le premier moment, redouter
les principes qui peuvent vous être applicables.
C'est au milieu d'elles qu'un auteur moderne
a voulu obtenir une espèce de di&ature , en
donnant des leçons aux Rois sur le grand art
de regner , & à leurs Minières sur celui de
régir des Colonies. Abusant quelquefois de la
philosophie, il présente des principes généraux là où il faut nécessairement admettre des
exceptions. Il vous conseille avec l'éloquence
la plus persuasive de rompre avec la Métropole , si vous n'en obtenez la plus grande liberté , & il excite vos esclaves à porter sur
vous des mains parricides, si vous ne les traitez pas comme des hommes libres.
aux Rois sur le grand art
de regner , & à leurs Minières sur celui de
régir des Colonies. Abusant quelquefois de la
philosophie, il présente des principes généraux là où il faut nécessairement admettre des
exceptions. Il vous conseille avec l'éloquence
la plus persuasive de rompre avec la Métropole , si vous n'en obtenez la plus grande liberté , & il excite vos esclaves à porter sur
vous des mains parricides, si vous ne les traitez pas comme des hommes libres. Tant que l'autorité a maintenu ses droits ,
les aîles de cette dangereuse indépendance
n'ont point été agitées, mais dès qu'elle a paru
céder à quelques circonstances , il s'est élevé
une nouvelle confédération contre l'esclavage des Noirs, & tous les amis du genre humain se sont déclarés en leur faveur. Bientôt le bruit de ce tocsin philosophique
s'est fait entendre jusqu'aux rivages du --- Page 278 ---
( 16 ) nouveau Continent. J'entends dire par-tout
que les Planteurs qui résident en France'vont
s 'embarquer pour prévenir une itisurreelion.
Seroit-il possible que les amis des Noirs eussent
provoqué, sans le vouloir, quelque catastrophe sanglante contre les Blancs ? Y auroit-il,
dans ce siecle de lumieres, des êtres massaCrés
au nom de l'humanité comnie, il y en eut dans
le précédent au norii de la religion ? Mais
non: pour que des esclaves en vinrent à cette
terrible explosion, il faudroit qu'ils fussent
aussi malheureux que leurs défendeurs le sunposent. En parcourant les quatre parties du globe,
je les ai observés pendant plusieurs années sur
le sable brûlant qui les a vu naître ; par-tout
ils sont expoiés au pillage &à la captivité, &
presque toujous abrutis parla superstition, par
l'ignorance & par le besoin (b). Je les ai vus
ensuite en Amérique ; ils étoient assujettis au
travail, quand ils étoient placés dans des manufactures, mais ils ne manquaient de rien, &
leur sort me paroissoit infiniment moins à
plaindre. Je fais que pour ne pas soutenir sans motif
la --- Page 279 ---
( 17 ) Q la cause de l'humanité, on a présenté les ha>-
bitans de F Amérique comme des hommes
cruels , qui se plaisoient à abréger les jours de
leurs esclaves par. des punitions, par des tor-
.tures rêvol<:ame$ ; c'est un fait démenti pair
l'expérience. On a rencontré des maître,
barbares en Amérique, comme on rencotfc-
(re des assassins dans les Villes les mieux po *
iicées de l'Europe ; voudroit-on en conclure
.qG'il n'y en a en Amérique & en France que
des bourreaux & des scélérats? L'intérêt du
maître est le garantie plus sur de toute bonne
police à cet égard, & je dois dire pour l'intérêt de la vérité que les esclaves ne sout en
général punis que par des coups de fouet,
pour des crimes qui mériteroient la mort Ci
la loi les jugeoit. Il est peut-être possible de
rendre leur existence encore plus supportable , en leur imposant moins de travail, mais
il y a "déjà en Amérique tant d'habitans pénétrés de cette touchante vérité, que nous devons tous espérer qu'elle se propagera, &
qu'enfin cet esclavage que la politique de
l'Europe a rendu évidemment nécessaire,
obtiendra quelqu'indulgence aux yeux même
fouet,
pour des crimes qui mériteroient la mort Ci
la loi les jugeoit. Il est peut-être possible de
rendre leur existence encore plus supportable , en leur imposant moins de travail, mais
il y a "déjà en Amérique tant d'habitans pénétrés de cette touchante vérité, que nous devons tous espérer qu'elle se propagera, &
qu'enfin cet esclavage que la politique de
l'Europe a rendu évidemment nécessaire,
obtiendra quelqu'indulgence aux yeux même --- Page 280 ---
( 18 ) 1 •de la philosophie. Ce parti est sans doute préférable à tine révolution subite que je crois
impossible; par toutes les Nations maritimes,
à moins de sacrifices incalculables qui changeroient .la-face du Monde (c). Beaucoup d'hommes raisonnables pensent que la main du
tems qui travaille toujours avec sagesse & lenleur 5 peut consommer ce grand ouvrage ,
mais , sagement avertis par l'impuissance
actuelle de nos moyens , bornons-nous à prévenir une infurreéHon, dont le danger est
encore plus effrayant parmi des êtres dépourvus de lumieres , & à former des vceux pour
le bonheur de l'humanité. - Pourrions-nous oublier ici d'en former de
particuliers pour la France, pour ce vaste
Empire qui dans les annales du Monde a toutjours eu de si hautes destinées, & dont le
Souverain actuel a déjà montré tant de titres
pour être aimé ? ■ François, il travaille pour votre bonheur, travaillez donc aufR
pour le lien; c est en rétablin'antle calme parmi vous, que vous le rétablirez dans son cœur. Il est juste qne vous ceffiez d'être esclaves
de tout pouvoir arbitraire , & que vous réclas- --- Page 281 ---
( îp ) [texte_manquant] miez les droits les plus sacrés de la Nature >
mais si le flambeau de la liberté , au lieu de
vous éclairer, ne devoit plus servir qu aux
embrâsemens & aux pillages, si au lieu d etre
porté par des citoyens vertueux } il ne
devoit plus être agité! que par la discorde ,
alors nous gémirions sur le sort de. la
France , nous la verrions se déchirer de ses
propres mains, & nous croirions dans notre
profonde douleur qu'elle ra bientôt rentrer
dans le néant où font aujourd htii plongées
ces superbes & antiques Nations 3 qui ont
tant brillé sur la terre , & dont il ne
reste plus que quelques vestiges de temple ,
quelques arcs de triomphe a moitié détruits
& quelques tronçons de colonnes qui sem.
blent rappeller sans cesse aux maîtres du Monde que leurs plus beaux monumens sont péritsables comme eux. Des brigands vont changer en de tristes diferrs
Ces murs que si long-tems admira l'Univers. VOLTAIRE , Orphelin de la Chine* --- Page 282 ---
( 20 y 1.. NOTES. .(a) Pour démontrer qué le régime intérieur de St.
Domingue n'est par oppressif, & qu'il y a peu de choses
a y changer pour le rendre bon y il faut nccelsaire-r
ment parler des circonstances dans telquefles. l'habitant est subordonne directement ou au jugement oit
i l'autorité des administrateurs.
murs que si long-tems admira l'Univers. VOLTAIRE , Orphelin de la Chine* --- Page 282 ---
( 20 y 1.. NOTES. .(a) Pour démontrer qué le régime intérieur de St.
Domingue n'est par oppressif, & qu'il y a peu de choses
a y changer pour le rendre bon y il faut nccelsaire-r
ment parler des circonstances dans telquefles. l'habitant est subordonne directement ou au jugement oit
i l'autorité des administrateurs. Les affaires qui intéressènt le plus la culture , font
les discussîons qui naissent entre les habitans pour
tout ce qui est relatif aux prises d'eau , aux chemins
aux arpentages ou aux abcrnenlens aux concessions,
de terreins & à leur réunion au domaine du Roi ^
quand ils ne font pas établis dans le délai prescrit
par l'ordonnance. Comme il importait aux progrès de l'a culture que
ces matiéres ne susTent pas soumises aux formes lentes
de la justice ordinaire , le Gouvernement avoit établi
dans cette Colonie un tribunal terrier dont les ad*-
ministrateurs étoient juges, & où étoient admis trois
conseillers du Conseil supérieur pour faire les rapports,
des procès ; l'instruction en étoit toujours confiée aux
juges des lieux, comme commissaires en cette partie. Ce tribunal, dont les jugemens se portoient par
appel au conseil des dépêches , ayant été supprimé en
1787 , toutes les discussions de servitudes relatives
aux chemins » ont été attribuées aux juges ordinaires » --- Page 283 ---
f 21 ) & il n'est resté aux administrateurs que la connoiilance
de la distribution des eaux d'arrosage & de la réunion
au domaine du RiJi des terres non concédées & de
celles non cultivées. Toutes les autres matières civiles sont du ressort de la
iusticc ordinaire Se par conséquent étrangères aux administrateurs , à moins qu'ils ne prennent leur seance
aux conseils , où ils n'ont comme les autres membres,
que leur voix délibévative. Mais la réparation des chemins est une partie eflfentielle de l'administritlot,l , qui a toujours été du ressort
direct des administrateiirs, & ce nest pas celle qui cause
le moins de sollicitude. En usant de beaucoup de ménagement & de douceur , on se fait aimer , mais les.
communications deviennent bientôt impraticables. En
forçant, au contraite , chaque habitant d'entretenir
la partie de chemins qui lui est aingnee , on se fait
hair , mais on évite de grands inconvéniens, notamment celui des corvées publiques , dont les répartitions sont quelquefois faites d'une maniéré auez injuste
par les commandans de quartier inconveniens qui
ne doivent pas avoir lieu quand les menues réparations sont faites avec exaâltu&e. Au surplus les administrateurs, d après les formes
établies, ne font jamais réparer un chemin , qu'après
avoir entendu les dires & représentations des parties
intéressées, dont on dresse un procès-verbal, qui duit
être homologué poux avoix son execuuon. --- Page 284 ---
( 22 ) rie devroit pas suffire que les ordonnances particulieres pour les réparations des chemins , furent -
rendues par les administrateurs en commun, il faudrait
encore que leur exécution les concernât en commun ,
ce qui n a pas encore été pratiqué à St. Domingue y
de sorte que quand il est question d'envoyer garnsson dans un-e-habitation pour en forcer le proprié^
taire a une réparation à laquelle il a consenti dans
lin procès-verbal homologué, l'Intendant devroit rendre légal, par sa signatUre , cet acte de rigueur auquel
il faudroit qu'il ne se prêtât , en qualité d'adminict
trateur civil, que dans des cas absolument indispenfables.
,
ce qui n a pas encore été pratiqué à St. Domingue y
de sorte que quand il est question d'envoyer garnsson dans un-e-habitation pour en forcer le proprié^
taire a une réparation à laquelle il a consenti dans
lin procès-verbal homologué, l'Intendant devroit rendre légal, par sa signatUre , cet acte de rigueur auquel
il faudroit qu'il ne se prêtât , en qualité d'adminict
trateur civil, que dans des cas absolument indispenfables. L 'ordonnance de main fotte pour l'exécution des
sentences 5c arrêts n est jamais rendue que par le
Gouverneur seul, quand il s'agit de dettes de cargaifons, conformément à l'ordonnance de 1775. Quand toutes les autres dettes ne sont pas de cargaisons , la main forte doit être accordée par les
administrateurs en commun , au désir des ordonnances
de 1717 & 1745. Il auroit été à souhaiter que l'on
n eut-pas établi cette distindtion dans l'ordonnance de
177 5 > on se feroit plus rapproché du Gouvernement
civil, tant désiré dans les Colonies ; mais comme
il n est question ici que de l'exécution des jugemens
rendus par les tribunaux, que la contrainte soit accordée par un seul administrateur, ou par les deux
ensemble, il est évident qu'il n'! a encore rien d'arbt- --- Page 285 ---
( 23 ) traire ni de despotique dans cette autorité qui leur
a été confiée. La même ordonnance de 1775, attribue aux Gouverneur général & Intendant, le droit de faire des réglemens provisoires -de police, 6: ce sont les juges
ordinaires qui doivent tenir la main à leur exécution,
6c connoître de toutes les contraventions qui y sont
faites, fauf l'appel au Conseil supérieur. Il faut avouer que le Gouverneur emploie trop
souvent le ministére de l'État-major pour assurer l exé-
<ution de ces loix , 8c que cette portion d autorité
qu'il s'est exclusivement attribuée , ( Se que ses sousordres s'attribuent également, ) est dangereuse dans
un pays uniquement consacré à la culture, 6c qu elle
donne lieu à beaucoup de réclamations fondées ; mais
j'ai toujours pensé qu'il étoit facile de remedier
cet inconvénient en faisant s ( comme je l ai déjà dit, )
concourir l'intendant à l'exécution des loix & des ordres ■ relatifs a la police. On objectera sans doute qu'en employant ce$
moyens , c'est forcer deux hommes à penser toujours
•de même & établir entre eux une guerre éternelle.
On doit s'attendre en effet à des discussions entre
les administrateurs, tant que leurs pouvoirs seront communs dans toutes les affaires civiles , mais il est â
croire que ceux qui résulteroient de. l adminiftratiou
d'un seul seroient encore plus dangereux, & que le Gouvernement en seroit moins éclaira ; & en fixant mûrement ses idées sur les maux qn'il faut le plus éviter, --- Page 286 ---
( 24 ) la diversité <f opinions de deux hommes en est un moins
grand que celle de 200 qui, dans le systême d'une
assemblée municipale -t n'auroit qu'un seul plan, celui
d'affoiblir ou brifer tous les ressorts de l'autorité. Il me reste à parler de rétablissement des milices ,
comme de l'objet le plus important â rectifier, parce
que dans Pétat actuel , ni donne au Gouverneur
une prépondérance qui tient presque toute la Colonie
dans sa dépendance.
opinions de deux hommes en est un moins
grand que celle de 200 qui, dans le systême d'une
assemblée municipale -t n'auroit qu'un seul plan, celui
d'affoiblir ou brifer tous les ressorts de l'autorité. Il me reste à parler de rétablissement des milices ,
comme de l'objet le plus important â rectifier, parce
que dans Pétat actuel , ni donne au Gouverneur
une prépondérance qui tient presque toute la Colonie
dans sa dépendance. C'est à l'époque de 1760 que les États-majors 6t
milices commencèrent à exciter des plaintes. Le Gouverneur général & l'Intendant, divisés alors , avoient
formé deux partis. Suivant l'un , tout devoir être dé"
pendant de l'autorité militaire, & suivant , l'autre de
l'autorité civile. Le procès ayant été jugé en faveur
de l'Intendant , il ne resta au Gouverneur que le
commandement des troupes. Les commandons > les
lieutenans de Roi, les majors, tout fut supprimé »
& l'on ne vit plus dans la Colonie que des subdélégués, des Syndics , dzc. Tout changea de noni ,
tout prit une nouvelle fortne. • Les habitans auxquels il reste le souvenir de cet
événement, peuvent attester que ce triomphe del'autorité civile devint une source de malheurs pour la
Colonie , que tous les liens de l'obéissance furent
îompus, & que l'esprit de cabale s'introduisit dans
tous les Corps. On ne savoit plus , en effet, ni qui
-commandoit ,- ni à qui l'on devoit obéir, & l'auto- --- Page 287 ---
( 25 ) c rité ne cessà d'être icompromise jusquen 1764, qne
l'on changea cette forme de Gouvernement. Alors on vit tous les pouvoirs que l'Intendant avoit
obtenus, repasser au militaire , &. toute la, Colonie
lui être aflfervie. Ce moment fut encore un peu convulsif, parce que les citoyens ne virent pas sans douleur
que l'on vouloit les destiner à porter continuellement
les armes les soumettre à toutes les loix & cor- ,
vées militaires comme toutes les troupes réglées. Tout
le monde convient que dans cette révolution , le parti
dominant fut quelquefois un peu trop sévere , & que
les sous-ordres abuserent souvent de leurs places , en
répandant la terreur où il ne falloit que de la justice
êc de la modération } mais enfin tout fut remis dans
l'ordre en 17 66 , d'après les principes que peut exiger
un pays de- cultivateurs. Depuis ce tems, on a encore demandé plus d'une
fois si les milices étoient nécessaires à St. Domingue ,
mais je ne crois pas que ceux qui ont observc l'administration de cette Colonie avec un peu de lumieres
& d'attention , puissent faire cette question de bonne
foi., Il me semble que cette chaîne de pouvoirs, qui
s'étend d'une extrémité de la Colonie à l'autre, est
infiniment importante pour maintenir la tranquillité
des esclaves , & qu'elle peut l'être jusqu'à un certain
point, pour retarder les progrès de l'ennemi en tems.
de guerre.
is je ne crois pas que ceux qui ont observc l'administration de cette Colonie avec un peu de lumieres
& d'attention , puissent faire cette question de bonne
foi., Il me semble que cette chaîne de pouvoirs, qui
s'étend d'une extrémité de la Colonie à l'autre, est
infiniment importante pour maintenir la tranquillité
des esclaves , & qu'elle peut l'être jusqu'à un certain
point, pour retarder les progrès de l'ennemi en tems.
de guerre. Il n'est donc rien de juste, rien de raisonnable sur
la terre , qui ne soie susceptible d'abus. Ces milices y --- Page 288 ---
( 26 ) instituées pour concourir à la défense de la Colonie;
& en afsurer le repos , sont composées d'habitans qui
doivent être, tour-à-tour militaires & citoyens libres.
Lorsqu'ils sont militaires , ils veulent qu'on les traite
comme citoyens libres ; & lorsqu'ils sont citoyens
libres, ils veulent être militaires } & exagérant alors
leurs droits, ou plutôt leurs prétentions, ils agirent
quelquefois despotiquement à l'égard de leurs inférieurs.
Il n'est même pas sans exemple que les Gouverneurs,
de leur côté , ayent confondu ces deux qualités
qu'il leur est toujours recommandé de distinguer ; &
il est certain qu'il peut résulter de grands inconvéniens
de cette alternative de positions. En effet, il n'est pas de jugement arbitraire qu'un
commandant ne puisse prononcer contre un habitant,
sous prétexte de discipline militaire ; comme il n'est
pas de cri , pas de plainte d'habitant, qui ne puissent
paroître légitimes, sous prétexte qu'il est citoyen libre. Cette conrusion, qui ne vient pas de la loi, mais
de ceux qui doivent s'y soumettre, parce qu'ils sont
hommes & qu'ils ont des pallions , a fait plus d'une
fois penser que ces milices, sur le pied où elles sont
établies, ne pouvoient convenir à un pays d'agriculture- ; que leur principale destination , d'après l'ordonnance de leur rétablissèment , étant de veiller à la
fureté intérieure, & d'être chargées de fondions municipales, il n'y avoit pas d'autre moyen de les rendre
utiles, que de les établir sur le pied de troupes bourgeoises, diviSées comme elles le sont aujourd'hui, --- Page 289 ---
( 27 ) & de les obliger d'avoir des armes, de s'assembler
au premier coup de tambour , de passer les mêmes
revues , & d'être soumises aux deux administrateurs,
qui ne pourroient, l'un sans l'autre , les mander &
les punir. Si l'on admet, comme je n'en puis douter , la nécessité des milices , il semble que ce projet,
purement civil, remedieroit à tous les inconvéniens ,
sans occasionner aucun relâchement dans cette portion d autorité , que l'on doit considérer comme la
plus importante pour la tranquilité de la Colonie. (b). Les Rois de cette contrée , ou leurs grand-gens,
viennent ordinairement avec leurs petites armées surprendre les habitans de tout un village au point du joue,
les pillent, les font captifs , & les font conduire enchaînes, &fouvent déjà blessés, dans le lieu où ils doivent être vendus. Qu'on se garde bien de croire qu'ils
sont tous destinés pour l'Amérique , & qu'il n'y auroit
point d esclaves si nous n'en achetions pas. Tous ces
roitelets, qui se multiplient à l'infini, & dont les Royaumes n ont pas toujours vingt lieues enlongueur & en lar-
-geur, mettent du faste à en avoir beaucoup; ils envendenc
aussi aux Maures qui s'en servent pour cultiver leurs terres,
& ces derniers leur donnent en échange des chevaux. On
donne ordinairement dix à douze hommes pour un cheval.
'y auroit
point d esclaves si nous n'en achetions pas. Tous ces
roitelets, qui se multiplient à l'infini, & dont les Royaumes n ont pas toujours vingt lieues enlongueur & en lar-
-geur, mettent du faste à en avoir beaucoup; ils envendenc
aussi aux Maures qui s'en servent pour cultiver leurs terres,
& ces derniers leur donnent en échange des chevaux. On
donne ordinairement dix à douze hommes pour un cheval. On pourra juger parle tableau ci-apres, des sacrifices qu'auroit à faire la France , si le projet de supprimer
la traite des Noirs , ou pour mieux dire de n'avoir plus
de Colonies avoit quelque prépondérance dans l'Affemblée Nationale. --- Page 290 ---
( 28 ) RÉsumÉ des États du Commerce des Colonies
de l'Amérique y pendant Vannée 1787. Exportations des Ports de France
aux Colonies 73,7673000 liv.
Importations des Colonies en France 193,992,000 liv. Exportations pour la traite des Noirs. 17,000,000 liv.
Importations des Noirs dans les Colonies— 31,181 têtes... 42,360,000 liv. Exportations 'pour le Commerce
des Pêches 4,145,000 liv.
Importations en Frahce d'objets de Pèches 16,414,000 liv. Importations du Commerce étranger dans les Colonies Françaises. 20,008,000 liv.
Exportations des Colonies Françaises à l'Etranger 13,839,000 IIV. Marchandises des Colonies, exportées des Ports de France à l'Etranger 140,475,000 liv. Quel mouvement dans les hommes & dans les cho<
ses un tel Commerce ne fait-il pas supposer ? FIN. --- Page 291 ---
A A P P E R Ç U SUR la Confiitution de Saint-Domingue 3 par
M. DE COCHEREL , l'un de fcs Députés. SAINT-DOMINGUE connu jusqu'aujourd'hui,sous
la fausse dénomination de Colonie, n en est pas une.
C'est une contrée qui s'est toujours régie en Pays
d'Etats par les loix qui lui sont propres. SA dénomination de Colonie n est consacrée que
par l'usage 3 et non par le droit, seul imprescriptible. DANS le droit et dans le fait, une Colonie est une
émigration d'une partie de la population d un État 3
envoyée dans une contrée déserte ou conquise par
cet État , pour habiter & défricher cette contrée au
plus grand avantage de cet État. OR 3 Saint - Domingue dans son principe 3 étoit
une Province insulaire de l'Amérique , habitée par
les naturels du pays , conquise d'abord par les
Espagnols 3 et reconquise ensuite sur eux par
une troupe de Guerriers , composée de diverses
Nations _> qui y formèrent des habitations, les culti. --- Page 292 ---
(1) vèrent et en offrirent le produit aux Hollandois en
échange des marchandises qu'ils leur apportèrent 3 ce
qui établit alors un commerce libre parmi eux. C'EST dans cette position que Saint-Domingue se
donna à Louis XIV aux conditions de maintenir ses
priviléges et franchises. DONC Saint-Domingue n'a pas été formé par une
émigration envoyée de la France pour l'établir à son
plus grand avantage 5 donc Saint-Domingue n a pas
été conquis par la France ; donc Saint-Domingue
n'est pas une Colonie de la France.
des marchandises qu'ils leur apportèrent 3 ce
qui établit alors un commerce libre parmi eux. C'EST dans cette position que Saint-Domingue se
donna à Louis XIV aux conditions de maintenir ses
priviléges et franchises. DONC Saint-Domingue n'a pas été formé par une
émigration envoyée de la France pour l'établir à son
plus grand avantage 5 donc Saint-Domingue n a pas
été conquis par la France ; donc Saint-Domingue
n'est pas une Colonie de la France. MAIS si Saint-Domingue n'est pas une Colonie
Française elle est encore bien moins une Province
Franfaise. UNE Province Française est une partie constituante
et intégrante de la France ^ soumi se à la même constitution ou susceptible de l'être sous tous les rapports. OR J Saint-Domingue par sa position ne peut être
ni une partie constituante et intégrante de la France
ni être soumis à son entière constitution „ ni même
susceptible de l'être 5 ses rapports sont presque tous
différens. --- Page 293 ---
( 3 ) A z EN effet , la France ne peut et ne doit être habitée que par un peuple libre ; son nom en porte 1 expression et la nécessité ; son régime, ses mœurs,
son climat, ses cultures , ses manufactures , sa constitution , en un mot, annoncent et demandent un
peuple libre. SAINT-DOMINGUE au contraire est habité par des
peuples de diverses couleurs et de différentes origines.
Les uns nés dans le sein de la liberté ; Français ,
Espagnols, Anglais, Hollandois de naissance, habitent
cette contrée éloignée ; les autres arrachés du climat
brûlant de l'Afrique , par des Négociants des ports
de mer, et soustraits par eux au plus dur des esclavages , qui fait la base de la constitution indestructible de ce peuple barbare, ont été transportés sur
les rives fortunées de Saint-Domingue, habitées par
une nation libre, hospitalière, qui s'empresse toujours d'obtenir à prix d'argent des Négocians Français, la possession de leurs captifs détenus dans leurs
Navires. Ils perdent bientôt en. descendant de ces
espèces de prisons , le souvenir de leurs malheurs >
et les chaînons les plus pésans de leurs fers, se brisent
en entrant sur les habitations de leurs nouveaux conauéfans qui mêlent sans cesse leurs sueurs avec les --- Page 294 ---
(4) leurs 3 partagent leurs peines 3 leur prodiguent -dessoins diétés par l'humanité, l'intérêt et la loi : La
sagesse de cette loi même a fixé les limites de leur
servitude qui ne s'étend guère plus loin que celle
de la discipline sévère bien observée dans les Corps
militaires. LE concours > le mélange de ces peuples divers qui
habitent l'isle de Saint-Domingue , la différence du
climat de cette contrée 3 de ses cultures 3 de ses manufactures j des mœurs de ses habitans., l'opposition
de leur état même exigent donc une constitution autre
que celle de la France : Saint-Domingue ne peut donc
pas être partie intégrante et constituante de la France,
puisque son régime nécessité 3 n'est susceptible que
d'une partie de sa constitution : Saint-Domingue ne
peut donc pas être regardée précisément comme une
Province Française.
l'isle de Saint-Domingue , la différence du
climat de cette contrée 3 de ses cultures 3 de ses manufactures j des mœurs de ses habitans., l'opposition
de leur état même exigent donc une constitution autre
que celle de la France : Saint-Domingue ne peut donc
pas être partie intégrante et constituante de la France,
puisque son régime nécessité 3 n'est susceptible que
d'une partie de sa constitution : Saint-Domingue ne
peut donc pas être regardée précisément comme une
Province Française. SAINT-DOMINGUE ne peut conséquemment^être | confîdéré que comme une Province mixte 3 et la seule
? dénomination qui lui convienne -3 est celle de Province
S ^ Franco-Américaine. A ce titre, elle doit donc avoir une constitution
% mixte composée de la constitution de la France à --- Page 295 ---
( 5 ) qui elle appartient par droit de donation , & d une ;
constitution particulière et nécessaire à sa pofition^
qui ne peut être réglée & déterminée que par les
seuls habitans résidens à Saint-Domingue , qui ^offriront , à cet effet, par leurs Députés a l'Assemblée
Nationale, le plan d'une nouvelle formation d'Assemblée en Etats particuliers et Provinciaux : d'où il
résultera l'exercice du droit acquis à 1 Assemblée Nationale , d'examiner cette constitution mixte , mais
nécefaire , d'en développer les rapports , d'en discuter
les avantages ou désavantages pour la France, de les
peser en dernière analise , de sanctionner enfin, de
renoncer même à la donation de Saint-Domingue, si
elle est onéreuse à la France, ou de la conserver,
si elle est utile à ses intérêts, mais toujours aux conditions premières de la donation ; de façon que si 3
après le plus mûr examen , les charges pour la France
sont plus fortes que les raisons d utilité, 1 assembléei
Nationale pourra prononcer l'abandon de Saint-Domino
gue , sans pouvoir cependant renverser la constitution
propre et nécessaire à son existence , encore moins
aliéner l'objet de la donation , parce que les habitans
de Saint-Domingue , en se donnant à la France , n'ont
pas pu, n'ont pas dû sacrifier leurs intérêts les plus chers
au prix de la protection accordée; au contraire ils ont du. --- Page 296 ---
(6) croire améliorer leur sort, et non le détériorer : c'est
un principe du droit naturel adopté par l'Assemblée
Nationale et que réclameront auprès d'elle les Députés
de Saint-Domingue, au nom de leurs Commettans
dont 1 amour pour la France , plutôt que leur intérêt, sera toujours le plus sûr garant de leur fidélité. LES Députés de Saint-Domingue solliciteront de
l'Assemblée Nationale, la décision de la question des
loix prohibitives, exercées par les Négocians des ports
de mer , toujours préjudiciables à leurs (ubsistances,
à l'amélioration du sort des Noirs si justement, desirée ,
au progrès de leurs cultures dont elles empoisonnent
le germe.
dont 1 amour pour la France , plutôt que leur intérêt, sera toujours le plus sûr garant de leur fidélité. LES Députés de Saint-Domingue solliciteront de
l'Assemblée Nationale, la décision de la question des
loix prohibitives, exercées par les Négocians des ports
de mer , toujours préjudiciables à leurs (ubsistances,
à l'amélioration du sort des Noirs si justement, desirée ,
au progrès de leurs cultures dont elles empoisonnent
le germe. ILs demanderont, au nom de leurs Commettans
la liberté de tous les Nègres résidensen France, tant
qu'ils y resteront. ILS consentiront encore à l'abolition de la Traite.
des Noirs , faite par les Négocians Français, si c'est
le vœu de l'Assemblée Nationale. --- Page 297 ---
V N°. X X. [20 Octobre 1789. ] GAZETTE DE PARIS. NOUVELLES PUBLIQUES. O 11 s avons rendu compte dans le cours du
notre ouvrage de différens articles , qui devoient
faire la base de la Contribution Patriotique décrétée
par l'Assemblée Nationale le 6 de ce mois. Noua
ne les redonnerons pas ici. Mais le préambule de
la Déclaration du Roi, portant sanction de ce decrêt solemnel, est un de ces monumens que nous
ne pouvons négliger d'insérer dans la Gazette que
nous rédigeons; il contient des détails trop importans. Nous nous permettrons sur un seul article
des réflexions auxquelles nous ne pouvons nous
.refuser, & dont le Patriotisme le plus pur nous
fait un devoir sacré pour nous. Voici ce préambule , tel que la bonté paternelle du Roi l a publié , tel que les Citoyens ne peuvent trop le
relire. « Vu par le Roi le décret de l'Assemblée Natio-
» nale du 6 de ce mois, dont la teneur suit : » L'assemblée Nationale après avoir pris en
» considération le compte qui lui a été rendu, par
» le premier Minifhe des Finances, de la situation
» 'du Trésor public, des besoins ordinaires & ex-
» traordinaires de cette année & de 1 annee pro- --- Page 298 ---
( 162 .jr fournir a tç)u.--i ics ucr^4iies cu » r antes, & pour satisfaire à tous les besoins de
» l'Etat : » Considérant que les premier objet qui doit
* occuper l'Assemblée, est de rassurer les Peuples
» sui la crainte de voir augmenter leurs charges ,
* & les Créanciers de l'Etat sur la fidelité avec
» laquelle tous les engagemens seront désormais
» remplis, & que ces deux avantages résuteront
e5 nécessairement du patti qu'il a pris d'anéantir >
» par des réductions sur les dépenses, ou par des
}t bonifications de recettes, toute différence entré
» les recettes & les dépenies fixes. " Ayant en conséquence pris la détetmination
" positive d'opérer dès à présent, d'ici au premier
» Janvier procliain, & préalablement à un travail
»» plus approfondi, les réductions suivantes sur les
» dépenses , montantes à trente-cinq millions huit
» cent quatorze mille livres. SAVOIR: " Sur la dépende du Département » de la Guerre 20, 000, oco K
* Sur celui des Affaires étrangères, i *000 , eoo.
» Sur la maiton du Roi &. des Prin-
, d'ici au premier
» Janvier procliain, & préalablement à un travail
»» plus approfondi, les réductions suivantes sur les
» dépenses , montantes à trente-cinq millions huit
» cent quatorze mille livres. SAVOIR: " Sur la dépende du Département » de la Guerre 20, 000, oco K
* Sur celui des Affaires étrangères, i *000 , eoo.
» Sur la maiton du Roi &. des Prin- »» ces ses freres. » 8,000,000. » Sur les pensions, independam- >» ment des réductions ordonnées
>» en 1788 . ... 6,000.000-
>» La dépense entière des Haras.. 8 14, 000. " TOTAL 35,811,006. " Ayant de plus déterminé la cessation du paye? --- Page 299 ---
( i6; > V a Mk ment de deux millions cinq cent mille livres par
» an, qui de voient être versés encore pendant plu-
» sieurs années dans la caisse du Clergé ; pour aider
»> à ses remboursemens ; » Considérant en outre que les contributions
w établies à l'avenir sur les biens des privilégiés,
» ce en remplacement 'de tous les abonnemens'
» particuliers des vingtièmes, mettront les Prot) vinces eiv état d'acquitter à la décharge du trésor
«I public, au moins quinze millions dé dépendes'
» ordinaires, détaillées dans le compte du premiet'
» Ministre des Finances, sans rien ajouter à' la-
>> contribution des Peuples ; » Considérant encore, qu'outre les cinquànte-
» trois millions détaillés-ci-dessus , & les pret, mières extinctions des rentes viagères, pluM fleurs autres objets d'économie lui ont été pré-
» Tentés dans les dissérent discours du premier
" Ministre des Finances, tant le 24 de Septembre
5) dernier, qu'à l'ouverture de l'Assemblée Nationale, ainsi que dans le rapport du Comité des
» Finances, & que le résultat des opérations aux-
» quelles elle va se livrer en conséquence, achè-
» veta incessamment de faire disparoÎtre entièrew ment tout déficit , & d'abaisser les dépenses fixes.
» au-dessous du niveau des recettes ordinaires : » Et à l'appui de ces dispositions, l'Assemblée
Nationale prend l'engagement solemnel de
» maintenir les revenus publics à la somme néces-,
" faire pour remplir tous les engagemens de l'Etat,
» en remplaçant les impôts onéreux qu'elle a ré-
» duits, ,& qu'elle se propose de supprimer , par
» les. contributions qui feront jugées nécessairesf --- Page 300 ---
-- ( 164 ) » pour conserver constamment le plus parfait équi-
» libre entre les recettes & les dépenses ; » Considérant enfin que les besoins extraordi-
» naires & ceux du moment, exigent encore des
» dispositions particulières ; que de nouveaux em-
» prunts ne pourroient qu'augmenter le déficit
tt annuel ; que plusieurs Citoyens ont déjà mani-
» festé le desir d'aller au secours de l'Etat par une
» taxe momentanée , relative à la fortune de
» chaque particulier; qu'il est urgent de tirer la
» Patrie du péril dans lequel elle se trouve ; qu'il
ne s'agit que d'un dernier effort, & que tout
» Français a un intérêt égal à contribuer au main-
» rien de l'ordre & de la foi publique :
menter le déficit
tt annuel ; que plusieurs Citoyens ont déjà mani-
» festé le desir d'aller au secours de l'Etat par une
» taxe momentanée , relative à la fortune de
» chaque particulier; qu'il est urgent de tirer la
» Patrie du péril dans lequel elle se trouve ; qu'il
ne s'agit que d'un dernier effort, & que tout
» Français a un intérêt égal à contribuer au main-
» rien de l'ordre & de la foi publique : 44 L'Assemblée Nationale, en confirmant son
» décret du 26 Septembre dernier, a décrété &
» décrète ce qui suit : ART. J. Il sera demandé à tous les Habitans &
» à toutes les Communautés du Royaume, aux
ib exceptions près indiquées dans l'un des articles
» suivans , une contribution extraordinaire & pa-
« triotique, qui n'aura lieu qu'une fois , & à
» laquelle on ne pourra jamais revenir pour
» quelque cause & par quelque motif que ce
» soit. » II. Cettç contribution extraordinaire & mo-
» mentanée, devant être égalle & proportion-
» nelle , est fixée par l'Assemblée au quart du re-
» venu dont chacun jouit, dédudion faite des
charges foncières, des impositions , des intérêts
» par billets ou obligations, des rentes constituées
» auxquelles il se trouve assujetti ; & de plus, à
» deux & demi pour cent de l'argenterie ou des
" bijoux d'or & d'argent dont on sera possesseur î --- Page 301 ---
( 16S ) » & à deux & demi pour cent de l'or & de l'argent
» monnoyés que l'on garde ea réserve ». La seule réflexion que nous croyons pouvoir
nous permettra est relativement à 1 art. X VI de
la Déclaration de Sa Majesté. Il y est dit : » Qu'à
» l'époque où le crédit national permettra d'em-
» prunter à quatre pour cenr d'intérêt en rentes
» perpétuelles, il fera procédé succefli veinent — au
» remboursement des sommes qui auront été sournies
» gratuitement. . ■. Nous croyons pouvoir réclamer
au nom de toute la Nation contre un remboursement, qui priveroit tout Français de l'honneur
d avoir offert à sa Patrie un tribut volontaire. Cette
seule idée être remboursé d'un don gratuit ne peut
qu'affliger la sensibilité de tout vrai Patriote. Des
enfans reprennent-ils jamais ce qu'ils ont donné
a une mere tendre & malheureuse , pour rançon
de ses malheurs , pour prix de ses larmes & de ses
douleurs ? Nous insistions hier sur la nécessité de se désiet
de toutes les aliénions hazardées dans trop d'écrits
publics. Nous gémissions sur la peine que l'on doit
avoir d'être trompé; par des guides infidèles. Du
nombre de ces nouvelles , que l'on ne peut trop
se hâter de démentir, est celle de la suppression des
Compagnies des Gardes du Corps de Sa Majeflé. On
ajoutoit, que le Roi, en la lignant, avoit versé
des larmes. Nous-même nous avions adopté cette
assertion. Ce qu "il y a de certain , c'est que le Roi
n'a point supptimé ses Gardes du Corps. On a
même donné des ordres , pour que tous les Chevaux susTent conduits dans les différentes garnisons.
Le traitement de MM. les Gardes de Sa Majesté
leur est conservé. Ils ont tous seulement un congé,
Sa Majeflé. On
ajoutoit, que le Roi, en la lignant, avoit versé
des larmes. Nous-même nous avions adopté cette
assertion. Ce qu "il y a de certain , c'est que le Roi
n'a point supptimé ses Gardes du Corps. On a
même donné des ordres , pour que tous les Chevaux susTent conduits dans les différentes garnisons.
Le traitement de MM. les Gardes de Sa Majesté
leur est conservé. Ils ont tous seulement un congé, --- Page 302 ---
( 166 ) qui n'est point encore limité. Sans doute le Corp<
qui a cueilli tant de palmes à Malplaquet, à Fontenoy k & dans beaucoup d'autres journées célébres,
ne sera point retranché de l'armée Française. Louis
XVI seroic le seul Souverain de l'Europe qui
n'auroit point de Gardes à lui , tenant à sa perConne, ayant leur uniforme particulier. Plus ce
Prince nous accorde & plus devons-nous aù moins
lui conserver à notre tour. Les sacrifices ne doivent
pas être tous de son côté. ^ Nous donnerons incessamment un Mémoire relatifà ce Corps de Guerriers , dont le premier devoir
& la premiere gloire étoient d'ètre les boucliers
de leur Roi. Ce Mémoire sera di&é par la vérité la
plus scrupuleuse. Nous nous croirons trop heureux
d'être les premiers à consacrer dans notre ouvrage
un récit, dont un jour THistoire puisse se faire un
titre pour démentir tout ce que la partialité, la
haine & l'injustice ont publié , & que les cent
trompettes infidelles de la Renommée ont répété
pour plaire à tant de milliers d'êtres , qui ne vous
aiment & ne vous applaudissent qu'autant que vous
les trompez. MM. les Représentans de la Commune à l'Hôtel
Ville de Paris s'occupent en ce moment de rédiger un plan de Police pour la Capitale. La rédaction de ce plan a été confiée à quatre des Membres"
de l'Assemblée générale , auxquels on joindra deux'
Membres du Comité de la Police. Lorsque ce tra-'
vail aura éré bien discuté par les Rédacteurs , &
qu ils y auront donné la derniere main , il en fera
envoyé une copie aux soixante Districts , afin que
chacun d'eux y fasse ses observations, les communique ensuite aux Représentans de la Commu- --- Page 303 ---
( 167 ) $ & que de cette réunion de lumieres, d'avis
de réflexions on puisse composer un Code de
Police , qui devienne un monument durable pour
la sûreté , le bonheur & la tranquillité de toutea
les classes de Citoyens. La suite à l'ordinaire prochain. VARIÉTÉS. Dimanche dernier la Garde-Nationale-Parisienne
non soldée a pasle en revue devant le Roi, dans le?
Champs Eiysées. La manière dont ce nouveau
Corps a fait ses évolutions, a paru faire plaisir à S. M.
Elle en a témoigné toute sa satisfaction au Commandant-Général de cette Milice nouvelle, dont la création & les nouveaux services feront époque dans
THistoire de ce demi-siècle. Elle répond mar itenant
à la Nation du Souverain dont elle garde la personne*
Ses détachemens seront aussi chargés d'un service '
auprès des Repréientans de la Nation, dans ce moment où leurs Séances vont se tenir à Paris. Que de
devoirs à la fois, mais aussi combien de sujets de
gloire & de motifs nouveaux d'amour filial & de
fidélité inviolable !
, dont la création & les nouveaux services feront époque dans
THistoire de ce demi-siècle. Elle répond mar itenant
à la Nation du Souverain dont elle garde la personne*
Ses détachemens seront aussi chargés d'un service '
auprès des Repréientans de la Nation, dans ce moment où leurs Séances vont se tenir à Paris. Que de
devoirs à la fois, mais aussi combien de sujets de
gloire & de motifs nouveaux d'amour filial & de
fidélité inviolable ! Aux Rédacteurs de la GAZETTE DE PARIS. « Je vous prie, Meneurs , d'insérer dans votre
Feuille, l'adresse suivante, préientée par les
»> Députés de la Martinique à l'Assemblée N?tionalc
» à M. le Vicomte de Damas, Gouverneur-Gévt néral de cette Colonie : on y veira sans doute
M avec plaisir l'hommage que des Citoyens rendent
'J à un Administrateur vertueux. % J'ai l'honneur d'être , Un C 0 L 0 N de la Martinique. --- Page 304 ---
( t68 ) De l'Imprimerie de CAILLEAU, l'un de»
Imprimeurs-Ele&eurs de la Ville , rue Galande. Adresse des Hahitans de la Martinique à Monfiem
le Vicomte de Damas. > Monsieur le Vicomte , « Les Représentans d'une Colonie accoutumée
depuis plusieurs années a la sagesse de votre adv> ministration , & que votre absence , même mo-
» mentanee, a vivement affectée t trouvent ratisw faisant pour eux de venir vous renouveller dans
" des circonsiances qui écartent tout soupçon de
« flatterie, l 'assurance des sentimens d'attachement
» que les Habitans de la Martinique vous ont jurés.
» Nous nous félicitons, Monsieur le Vicomte,d'être
M les premiers à éprouver la joie que la nouvelle de
" votre prochain retour causera à des Colons qui
» vous chérissent comme un père, & qui savent
» que leur affection est votre plus douce jouissance. » Nous sommes chargés, Monsieur le Vicomte,
» des doléances de Pile de la Martinique : si elle.
n avoit eu que des Chefs tels que vous , si même
» l'erpoir de retrouver constamment vos sentimens
i» & vos principes, dans vos successeurs, lui étoit
» permis, elle jouiroit en silence de son bonheur ;
« mais il lui importe d'obtenir un régime qui la
» garanti sie des maux qu'elle a soufFarts plus d'une
» fois, &. elle compte même sur votre entremise
M dans tous les cas où vos vœux pourront servir les
» riens ; elle aura alors le double avantage d'oppo4> votre exemple à ceux qui ne sentiroient pas
>* que la vraie, la seule récompense des Admi-
» ni Orateurs , est dans le bien qu'ils font, & dans
" l amour de ceux qui sont confiés à leurs soins s». --- Page 305 ---
RAPPORT ADRESSÉ A L'ASSEMBLÉE COLONIALE DE LA GUADELOUPE; PAR ordre du Comité de Messieurs les Habitans & Propriétaires , dans cette Colonie , séant à T'aris. PAR M. DE CURT, Commissaire-Rapporteur du Comité, Député
à l'Assemblée Nationale. A P A RI S, De l'Imprimerie de GRANGÉ, rue de h
Parcheminerie. 1 7 8 9.
--- Page 305 ---
RAPPORT ADRESSÉ A L'ASSEMBLÉE COLONIALE DE LA GUADELOUPE; PAR ordre du Comité de Messieurs les Habitans & Propriétaires , dans cette Colonie , séant à T'aris. PAR M. DE CURT, Commissaire-Rapporteur du Comité, Député
à l'Assemblée Nationale. A P A RI S, De l'Imprimerie de GRANGÉ, rue de h
Parcheminerie. 1 7 8 9. --- Page 306 --- --- Page 307 ---
A 2 RAPPORT ADRESSÉ A L'ASSEMBLÉE COLONIALE DE LA GUADELOUPE; PAR ordre du Comité de Messieurs les Habitans et Propriétaires, dans cette
Colonie , séant à Paris. Par M. DE CURT , Commissaire - Rapport eur du Comité i
Député a V Assemblée lVationale. MESSIEURS, " SAINT-DOMINGUE venait d'obten;r
n l entrée à l'Assemblée Nationale, & rien
» n'annonçai: encore que vous eussiez fait des --- Page 308 ---
i
» démarches pour y porter vos voeux et vos
» réclamations. Privés depuis long-tems de
»> votre défenseur naturel , puisque votre
» Député n'était point nommé , vous eussiez
» perdu le moment de la régénération désirée
» & sanctionnée par le meilleur des Rois, si
vos frères, présens à Paris, n'eussent veillé
« à la conservation de vos droits les plus
» légitimes. ,, Ils cherchaient des moyens qui pussent
» se concilier avec vos intérêts , et avec le
» respect dû à l'autorité lorsqu'ils reçurent
»> le procès-verbal des délibérations de votre
« Assemblée Coloniale , tenue au mois de
» Février dernier, en vertu de l'Ordonnance
« de Sa Majesté, du 17 Juin 1787 ». Vocre vœu d'être représentés à l'Assemblée
Nationale, s'y'trouve exprimé d'une manière
si précise , qu'il n'y eut qu'un avis pour en
solliciter le succès. Vos frères y présens à
Paris , se convoquèrent chez M. dt Curt, le
28 Juillet dernier ; et après avoir examinée
avec l'attention la plus scrupuleuse , les
moyens.& les formes qui pouvaient ennoblir
leurs démarches , ils prirent la délibération
suivante. « Nous soussignés Habitans et Fropriétai-
» res dans la Colonie de la Guadeloupe , --- Page 309 ---
*
h 3 >> assemblés à Paris, en l'hôtel de M. de Curt,
» d'après le vœu connu et exprimé dans le
» procès-verbal des délibérations de l'Assem-
» blée Coloniale de ladite Ile, tenue au mois
» de Février 1789 , lequel procès - verbal
» restera annexé à la minute des présentes,
» avons choisi.et nommé par la voie du scru-
" tin, M. Guillon Président de notre Assem-
» blée, lequel a bien voulu accepter ". M. le Président ayant pris séance, nous
avons procédé, par la même voie, à la nomination d'un Commissaire-Rapporteur , et
les voix recueillies au scrutin, se sont réunies
en faveur de M. de Cart, qui a pris séance en
cette qualité. Alors, il a été proposé de nommer quatre
Commissaires, qui, réunis aux Président et
Commissaire-Rapporteur , seraient autorisés
à représenter les Colous dans toutes les démarches que la prudence pourrait leur suggérer.
avons procédé, par la même voie, à la nomination d'un Commissaire-Rapporteur , et
les voix recueillies au scrutin, se sont réunies
en faveur de M. de Cart, qui a pris séance en
cette qualité. Alors, il a été proposé de nommer quatre
Commissaires, qui, réunis aux Président et
Commissaire-Rapporteur , seraient autorisés
à représenter les Colous dans toutes les démarches que la prudence pourrait leur suggérer. L'avis ayant été unanimement adopté, le
choix est tombé, à la pluralité des vuix
recueillies au scrutin, sur Messieurs le Marquis de Dampierre , de Boy vin, le Carme de.
Galbert eL Dubois , lesquels ont accepté et
promis , de concert avec Messieurs les Président & Commissaire-Rapporteur » de s'oc- --- Page 310 ---
cuper, sans délai, de mettre aux pieds du
Roi le voeu de la Guadeloupe , d'être représentée à {'Assemblée Nationale. -Ensuite y M. le Président a ouvert l'avis de
choisir des Supptéans , en cas d'absence et de
maladie-. L'Assemblée a nommé, en conséquence, Messieurs le Chevalier de Fillassier,
de Cabanis , Gobert et Rannoué, lesquels onc
aussi accepté. Fait à Paris, le 28 Juillet 1789. Signé k la'minute, Guillon, Président, Dampierre, Boyvin,
le Comte de GaV crt, Dubois, Poyen, Deligny,
Pujol de Châtcaubrun , Fdlassier , Delorme ,
Gobert, Zenon Douillard , Lacombe , Sargenton , Pinel de la Palun , Chabert de la Char1
fiere, Pierre Rolland , Giraud de Charbonniere,
Thomi le Mesle , Mercier, Disangremel, Legrand, Couppé de Ksy- ennou , Cabanis , Beudier de Sd ant- Alban , Preaux ? Vertille , Coudroy , Lemercier de Beauvoisin , Butel de
Saint-ville , Beauplan, Rannoue, le Président
Tascher j pour Madame la Baronne de
Villiers , le Chevalier de Saint-Pierre , Je
Chevalier Malvault, Courtois y Papiri ôz
de Curt, Commissaire-Rapporteur. L'Assemblée s'étant ajournée au lendemain
29 Juillet j le Commissaire-Rapporteur en fit
l'ouverture par le discours suivant ; --- Page 311 ---
7 - A 4 MESSIEURS, J, L'Assemblée vient de reconnattre les « Députés de la Colonie de Saint-Domingue;
» vous n'attendiez que cette décision, pour
» présenter le vœu de la Guadeloupe, etde-
» mander, en vertu de la délibération una-
» nime de son Comité colonial, que la même
» faveur lui fût accordée. " Que de motifs pour la desirer, Messieurs i
» et que ne devez-vous pas attendre du suc-
» cès de vos démarches ! En effet, quelle
» époque plus intéressante pouviez - vous
» choisir pour approcher du Trône ? Vous y
» arrivez au moment où le Roi le plus chéri
l' le plus digne de l'être , se livre tout entier
» à la.régénération de son Empire ; au moJ) ment où tous les Ordres réunis , ne formant
» plus qu'une seule et même famille , n'onc
» aussi qu'un seul et même but, la gloire du
» Monarque et le bonheur de tous.
effet, quelle
» époque plus intéressante pouviez - vous
» choisir pour approcher du Trône ? Vous y
» arrivez au moment où le Roi le plus chéri
l' le plus digne de l'être , se livre tout entier
» à la.régénération de son Empire ; au moJ) ment où tous les Ordres réunis , ne formant
» plus qu'une seule et même famille , n'onc
» aussi qu'un seul et même but, la gloire du
» Monarque et le bonheur de tous. » Dans une circonstance aussi heureuse >
» Messieurs, ne perdez pas un instant ponc
» députer vers le Ministre de la Marine : pro-
" tecteur-né des intérêts des Colonies, c'est
" à lui de présenter au Roi vos vœux et vos
« hommages, à lui que vous devrez la conIl oaissance et la combinaison des formcs- --- Page 312 ---
» que vous avez à prendre, tant pour renou-
» veller à Sa Majesté , les sentimens d'amour
" et de respect dont vous êtes pénétrés,
» que pour embrasser tout ce qui peut con-
» courir au plus grand avantage de la Guade-
» loupe. » Ne pensez-vous pas aussi, Messieurs,
» qu'il convient de vous réclamer de vos frè-
». res de Saint-Domingue ? Vous avez joui
» de leurs succès , et leur bonheur sera de
» contribuer aux vôtres. Amitié , conseils,
» assistance , secoure , ils vous offrent tout ce
» qui s peuvent offrir, et vous savez, Messieurs, jusqu'à quel point on peut se repo-
» ser sur la foi créole. Honneur, franchise ,
"loyauté, voilà le premier appanage des
»> Colons, ces braves et incorruptibles Citoyens, qui n'ont cessé de sacrifierà la chose
» publique, et qui vivront fiers de leur liberté,
» parce qu'ils sont dignes de la défendre. » C'est à cette réputation acquise de tous
» les tems, si bien soutenue dans toutes les
» circonstances, que nos frères de Saint-Do-
» mingue ont dû l'admission que vous sol-
» licitez : vous l'obtiendrez , Messieurs, parce
» que les mêmes vertus vous y donnent les
p mêmes droits: Vous vous présenterez à
. l'Assemblée nationale ? l'Histoire de la --- Page 313 ---
» Guadeloupe à la main ; cette Assemblée au-
" guste y verra plus d'un siècle de dévoûmenc
» et de fidélité à la nière-patrie ; elle y verra
» trois sièges soutenus par votre seule bravou-
» re; elle y verra vos biens sacrifiés au serment
" que vous aviez fait de vivre et de mourir
« Français ; elle y verra vos Corsaires armés
de votre plus brillante jeunesse, détruire le
» commerce de l'Angleterre , lors même que
» ses vaisseaux parcouraient en vainqueurs,
» l'un et l'autre océan ; elle y verra la cons-
» itance que vous avez opposée aux entraves
» d'une administration souvent inepte, rare-
» ment juste, toujours absolue ; elle s'y con-
» vaincra de la sagesse avec laquelle vous
» avez dirigé vos Assemblées Coloniales
» enfin, elle y connaîtra plus que jamais ce
"qu'elle doit attendre d'une Colonie qui,
» avec une population de seize mille ha-
« bitans et de cent vingt mille esclaves, ali—
» mente le commerce de France de trente
» millions de denrées exportées , année
» commune, par cent navires expédiés de
» ses difFérens ports^; d'une Colonie qui paye
» un million d'impositions locales , et chez
» laquelle le Gouvernement trouvera un cxv cèdent de recette, quand les dépenses se-
ce
"qu'elle doit attendre d'une Colonie qui,
» avec une population de seize mille ha-
« bitans et de cent vingt mille esclaves, ali—
» mente le commerce de France de trente
» millions de denrées exportées , année
» commune, par cent navires expédiés de
» ses difFérens ports^; d'une Colonie qui paye
» un million d'impositions locales , et chez
» laquelle le Gouvernement trouvera un cxv cèdent de recette, quand les dépenses se- --- Page 314 ---
» ront réduites aux véritables principes d é-
» conomie Il. » Quel espoir, Messieurs , ne doivent pas
» vous inspirer tant de considérations réu-
» nies, et combien il m'est précieux de vous
» les rappeller ! Si j'aime avec passion cc
» qui honore les Colonies, j'aime, par- dessus
» tout, les vérités qui font la gloire de la
» Guadeloupe , et le plus beau jour de ma
» vie serait celui où j'aurais pu la servir
>* d'une manière utile ,. Après le discours de son CommissaireRapporteur , rAssemblée arrêta unanimement , I.° Que ses Commissaires se rendraient
incessamment à'Versailles , auprès du Milustre de la Marine, pour lui rappeller le vœu
de la Guadeloupe, à lui adressé au mois de
Février dernier ; pour lui exposer les motifs
qui ont décidé les Colons, présens à Paris,
à s'assembler ; pour le prier d'en rendre
compte au &oi, et de solliciter des bontés
paternelles de Sa Majesté, l'approbation de
leurs démarches. Que le Commissaire-Rapporteur serait
chargé d'exprimer à Messieurs les Dépu'tés
4e Saint-Domingue x la reconnaissance des. --- Page 315 ---
Il habitans de la Guadeloupe, pour les sentimens fraternels qu'ils leur ont témoignés
par le ministère de M. le Comte de Magallon. . 3.0 Que le Commissaire-Rapporteur s , occuperait , sans délai , d'une Requête à 1 Assemblée Nationale , expositive du vœu général, et des droits de la Colonie d'y être
représentée. 4.° Qu'il serait écrit à M. le Directeur-Général des finances, aussi-tôt après son arrivée, .
pour le complimenter sur son retour, et lui
demander le jour où il recevrait l'hommage
des Colons. Ces délibérations prises, l Assemblée s ajourna au Lundi 3 Août. M. Guillon, qui la présidait, voulut prouver, dans un discours éloquent et modeste,
qu'il était de l'intérêt de rAssemblée , de
se choisir un nouveau Président : il eut l arc
de rappeller son âge, ses infirmités, et de
conclure que tout se réunissait pour faire acçepter sa démission. M. le Marquis de Dampierre, dont les secvices ont été si utiles aux intérêts de la Colonie , s'éleva contre une motion-qui tendait
à priver l'Assemblée d'un Président qui lui
était «ussi cher que nécessaire, par ses vertus --- Page 316 ---
et ses talens ; il proposa de lui donner un
Adjoint, et toutes les voix se réunirent pour
solliciter M. Guillon , et le Marquis de Dampierre , de partager les fonctions de la Présidence.
quis de Dampierre, dont les secvices ont été si utiles aux intérêts de la Colonie , s'éleva contre une motion-qui tendait
à priver l'Assemblée d'un Président qui lui
était «ussi cher que nécessaire, par ses vertus --- Page 316 ---
et ses talens ; il proposa de lui donner un
Adjoint, et toutes les voix se réunirent pour
solliciter M. Guillon , et le Marquis de Dampierre , de partager les fonctions de la Présidence. M. le Président de Tascher , ancien Intendant-Général des Iles du Vent, avait été
invité à assister aux Assemblées de la Guadeloupe : ayant pris séance le 3 , il parla en
ces termes. « Je n'ai , Messieurs , aucun titre pour
« faire partie de cette respectable Assemblée,
» que'celui de la confiance de Messieurs les
» Colons qui ont bien voulu m'y inviter ; ce
» titre, à la vérité, est le plus précieux pour
» moi; il comble, il passe même mes espé-
» rances, mais j'ai l'honneur de déclarera
" rAssemblée , qu'en lui offrant le tribut et
» l'hommage de mes conseils, puisqu'on a
» bien voulu me les demander, je ne peux:
« me permettre d'y accepter aucunes autres
» fonctions, pensant qu'elles doivent être
»» réservées aux personnes qui sont nées , ou
« possèdent des biens dans la Colonie ". M. le Président répondit que « tous les
» Colons en général, et. chacun d'eux enpar-
» ticulier., revoyaient avec plaisir et recon-
» naissance 3 un Administrateur qui avait --- Page 317 ---
" régi les Colonies assez long-tems pour sa
» propre gloire, mais pas assez pour le bonheur de leurs habitans m. M. de Curt rendit le compte de sa mission
auprès de Messieurs les Députés de Saint-DonÜngue, et renouvela , de leur part, à l'Assemblée, leur desir de faire cause commune. M. le Vicomte de Calbert annonça que le
Ministre de la Marine mettrait volontiers
sous les yeurdu Roi, les motifs et les voeux
des habitans de la Guadeloupe, et qu'il recevrait, avec plaisir, les Commissaires chargés
de leurs intérêts. L'Assemblée, vivement touchée de ces
dispositions favorables, arrêta unanimement : Que les Commissaires se retireraient le
Vendredi, 7 du mois, par-devers le Ministre
de la Marine , pour lui exprimer, au nom de
tous les Çolons, le sentiment de la plus respectueuse reconnaissance, et le prier de présenter au Roi une lettre qui serait rédigée par
le Commissaire-Rapporteur. Ensuite, l'Assemblée s'ajourna au Jeudi 6,
pour sanctionner la lettre au Roi, et l'adresse
à l'Assemblée nationale. Le même jour, l'Assemblée approuva ces
deux écrits. Le 8, elle nomma, pour ses Députés vers --- Page 318 ---
t4 l'Assemblée Nationale, Messieurs Guillon, de
Curt, le Marquis de Dampierre, de Boy vin ,
le Vicomte de Galber tet dit Bois. Le I1 , elle se fit rendre compte des démarches faites par ses Députés, et M. de Curt,
l'un d'eux, parla en ces termes :
Assemblée nationale. Le même jour, l'Assemblée approuva ces
deux écrits. Le 8, elle nomma, pour ses Députés vers --- Page 318 ---
t4 l'Assemblée Nationale, Messieurs Guillon, de
Curt, le Marquis de Dampierre, de Boy vin ,
le Vicomte de Galber tet dit Bois. Le I1 , elle se fit rendre compte des démarches faites par ses Députés, et M. de Curt,
l'un d'eux, parla en ces termes : « Vous aviez chargé vos Députés de la plus
» honorable'mission ; c'est par mon ministère
» qu'ils viennent vous en rendre compte. " Nous avons, Messieurs, présence , le 7
» de ce mois, au Ministre de la Marine la
» lettre au Roi, que vous aviez sanctionnée
» dans une de vos précédentes Assemblées.
» M. le Comte de la Luzerne, en nous accueil-
" lant, comme lesDéputés d'une Colonie tou-
» jours constante dans son attachement à la
» chose publique nous avait assurés,d'avance,
» des intentions favorables du Koi, et des le
» lendemain, il nous adressa, par ordre de
» Sa Majesté, la lettre dont vous avez pris
» connaissance. " Cette lettre, Messieurs, par laquelle le
» Roi le plus juste , confirme vos droits, ap-
» prouve les démarches qui vous restent <1
» faire pour votre admission à l'Assemblée
»» Nationale, est le plus beau titre que jamais
» la Guadeloupe ait obtenu. Elle porte dans
» vos coeurs la joie, la reconnaissance ; et --- Page 319 ---
[texte_manquant] " vous voudriez qu'elle fût déjà entre les
» mains de vos frères absens, qui, de ce mo-
» ment , jouiraient du succès de votre zèle
» à solliciter la cause commune. " Vous aurez aussi à les instruire, Messieurs,
» de l'accueil que vous avez reçu de M. le
»» Président de l'Assemblée Nationale, lors- » que vos Députés ont demandé audience ;
« M. le Chapelier, parvenu à cette dignité
» eminente par des talens et des vertus,
* écrivit à vos Représentans ". Nous sommes si occupés , Messieurs , qu il
me serait bien difficile de vous faire donner
audience aujourd'hui ; je vous prie de remettre
à demain le moment où vous vous ferez entendre à l'Assembleé Nationale. Je serai bien aise d'ailleurs, de savoir ce que
vous direz , et ce que vous demanderez a l'As-*
semblée , afin que je puisse vous répondre. *Je suis, &c. Signé, Le Chapelier, Président de l'Assemblée Nationale. « Votre Commissaire-Rapporteur s'empressa
» d'exécuter ses ordres , en lui communi-
» quant la requête que vous aviez sanction-
» née , et le lendemain, votre députation
« ayant eu l'honneur d'être admise , M. de.
», Curt porta la parole, et dit ; --- Page 320 ---
î6 M E S S E 1 G N E U R S . ) »• »Au moment où l'Assemblée Nationale
"admettait dans son sein le& Députés de
)t. Saint-Domingue , où, guidée par ces sen-
» timens de justice et d'énergie , dont la
»' combinaison produit de si heureux effets ;
« cetççAssernbiée auguste jugeai la cause des
» Colonies ; la Guadeloupe, pénétrée du be-
» soin de se faire entendre, exprimait son V OJU
» d'être représentée. C'est ce voeu unanime,
"établi par une décision légale, que nous
» sommes chargés -de vous apporter. Dépu-
» tés vers vous par les habitans de la Gua-
» deloupe, nous venons réclamer nos droits^
» comme enfans de ia nicme famille , et ces
" droits , vous les avez déjà consacrés.
Colonies ; la Guadeloupe, pénétrée du be-
» soin de se faire entendre, exprimait son V OJU
» d'être représentée. C'est ce voeu unanime,
"établi par une décision légale, que nous
» sommes chargés -de vous apporter. Dépu-
» tés vers vous par les habitans de la Gua-
» deloupe, nous venons réclamer nos droits^
» comme enfans de ia nicme famille , et ces
" droits , vous les avez déjà consacrés. » En vous suppliant de fixer les députa- " tions que la Guadeloupe doit avoir, d'orv donner les formes quelle doit suivre dans
» ses élections, nous avons encore un nou-
" veau bienfait à vous demander, c'est d'ad-
» mettre nos Députés nommés provisoirc-
» ment, jusqu'à ce qu'ils soient confirmés ou
remplacés, selon ies formes que vous prcs-
» crirez dans votre» sagesse. Vous ne balan -
» cerez pas à accueillir nos réclamations , si
" vous daignez considérer que kt Guadelou-
» pe, placce a quinze cents lieues de ia Méxi tropole , --- Page 321 ---
B » tropole , perdrait plus de six mois avant
" d'être représentée; si vous considérez surn tout, qu'au moment ou vous vous occupez;
» de la Constitution , il est de la dernière » importance pour le bien général, que cette
« Colonie intéressante pufsse vous tendre » compte de tous les objets de localité , qui
» commandent si impérieusement les modifï-
» cations dans le régime, et dont la con-
» naissance exacte peut seule conduire à la V) perfection des loix. » Après avoir pesé, dans votre justice, les
» raisons puissantes qui militent en faveur
» de notre admission prochaine , daignez »> vous rappeller que nous parlons pour une
« Colonie qui, depuis cent cinquante ans " ,
s'est particulièrement distinguce par son atta-,
chement à la mère Patrie ; qui a soutenu trois
sièges , sans autre secours que son propre courage ; qui a vu pitler, dévaster, incendier sis
liens , sans vouloir se soumettre à une domination étrangère ; qui , ail prix du sang de
sa plus brillante jeunesse , a su détruire le
commerce des Anglais , lors même que ^ leurs
vaisseaux parcouraient en maîtres, l un et
Vautre océan , " et qui depuis , livrée a des » soins plus utiles et plus doux, alimente le
» commerce national, de trente millions de --- Page 322 ---
iS » denrées coloniales $ consomme à grands
» frais beaucoup d'objets de vos manufac-
» turcs, et ne demande pas mieux que de
^ fortifier les rapports qui doivent unir i à
» jamais, les Colonies à la Métropole. » Tels sont les titres dont la Guadeloupe
?• peut s'honorer à vos yeux ; sa population
»> s'élève à seize mille habitans , et dans ce
» nombre, il n'en est pas un seul qui ne soit
" pénétré d'admiration et de respect pour les-,
» Membres de cette auguste Assemblée ^
« qui n'eût voulu partager les travaux et les
" dangers dont elle se glorifie , qui ne fût,
» prêt à sceller de son sang, son amour pour
J la chose publique, et pour le Roi Citoyen.
» que vous venez de déclarer le Restaurateur
" de la liberté de la France ,
ille habitans , et dans ce
» nombre, il n'en est pas un seul qui ne soit
" pénétré d'admiration et de respect pour les-,
» Membres de cette auguste Assemblée ^
« qui n'eût voulu partager les travaux et les
" dangers dont elle se glorifie , qui ne fût,
» prêt à sceller de son sang, son amour pour
J la chose publique, et pour le Roi Citoyen.
» que vous venez de déclarer le Restaurateur
" de la liberté de la France , M. de Curt ayant cessé de parler 1
le Président répondit que l'Assemblée Nation
nale recevait, avec plaisir , les hommages ec
la députation de la Guadeloupe, et qu'elle^
prendrait sa demande en considération. Des
applaudissemens honorables accompagnèrent
ensuite vos Députés. ( r
« Telle est, Messieurs, la conduite que'
» nous avons tenue pour remplir vos intenn tions, et répondre à votre confiance. » En vous annonçant des succès, c'est --- Page 323 ---
*9 B 2. » prouver la. sagesse de vos délibérations £
*> qui seules ont dirigé nos'démarches ; c'esk
» sur-tout démontrer., jusqu'à l'évidence, les
» principes de justice qui dictent les décrets
» de l'Assemblée Nationale ». Ce rapport entendu, Messieurs, l'Assemblée de vos frères déclara qu'elle voyait avee
reconnaissance la conduite de ses. Députés. Considérant ensuite qu'il était de la dernière importance de solliciter leur admission ,
eile proposa à M. de Curt de s'étabiir à
Versailles, à. la suite de l'Assemblée Nation
nale, en l'autorisant : 1.° A délivrer expédition de toutes les
pièces nécessaires à l'examen des pouvoirs ^
renvoyé au Comité de vérification. 2.0 A faire tout ce que la prudence pour.
rait lui dicter pour accélérer le décret de
l'Assemblée Nationale. 3.° A se donner un Secrétaire, aux frais de
la Guadeloupe. M. dt Curt observa, qu'en consacrant
bien volontiers tout son tems au service
d'une Colonie qui lui serait toujours chère,
il desireràit d'être assisté dans ses démarches
par les autres Députés qui pourraient, l'un
après l'autre, venir passer deux jours à VorsailUs. --- Page 324 ---
Il' proposa ensuite de faire lecture d'une
lettre qu'il recevait, dans l'instant même, du
premier Ministre des Finances. On arrêta ,
par acclamation , que cette lettre > et celle
qui lui avait été écrite, seraient jointes
au procès-verbaL de la séance du jour, et
que ses Députés iraient à Versailles, lui renouveller les hommages de la Guadeloupe. LETTRE au premier Ministre dcs
Finances. Les Colons de la Guadeloupe, qui se trouvent
actuellement à Paris , se sont assemblés pour
dclibérer sur les moyens de vous porter leurs
vœux et leurs hommages. Ils ont, en consé'
quence, chargé Messieurs Guillon , le Marquis
ide Dampierre , de Boy vin, de Galbert, du Bois
et de Curt , de se retirer par-devers vous , h de
yous offrir j au nom de la Colonie , respect pour
votre personne , admiration pour vos talens
reconnaissance pour votre dévouement au Roi
et à la chose publique. Je sais flaté, Monsieur,
dans une circonstance aussi heureuse , d'être
particulièrement chargé de vous demander
l'heure et le jour où vous recevrez. la députation
d'une Colonie qui a toujours aimé avec p ession i
les vertus des gi ands hommes.
se retirer par-devers vous , h de
yous offrir j au nom de la Colonie , respect pour
votre personne , admiration pour vos talens
reconnaissance pour votre dévouement au Roi
et à la chose publique. Je sais flaté, Monsieur,
dans une circonstance aussi heureuse , d'être
particulièrement chargé de vous demander
l'heure et le jour où vous recevrez. la députation
d'une Colonie qui a toujours aimé avec p ession i
les vertus des gi ands hommes. Je suis 3 avec respect. Signé, De Curt. --- Page 325 ---
2X - B3 RÉPO N S 2 du Ministre, adressa à
M. dt Curt: • X Versaiîles, 11 Janvier. Je suis bien fâchc, Monsieur > que mon séjour à Versailles, où les affaires me retiennent,
ne me permette pas de
la députation de Messieurs les Colons de la
Guadeloupe. Je volis prie.de faire pan a vos
Concitoyens de ma reconnaissance pour 1er
marques d'intérêt qu'ils veulent bien prendrd
à ce qui me concerne, et d'agréer personnellement mes sincères remercîmens sur tout ce qua vous voulez. bien me dire d'obligeant. J'ai l'honneur d'être, &c. Signé, Necker. Après ces deux lectures, M. Visangremel
offrit la communication de ses ouvrages sur
la Guadeloupe ; sa proposition fut accueil le
avec les plus vifs applaudissemens. Il fut question ensuite de proroger Assemblée ;,on arrêta , qu'attendu le départ de sort
Commissaire-Rapporteur pour -Versailles, elle
serait convoquée par lui, Iorsqu'il le jugerait
nécessaire. - Ce fut le 25 Septembre qu elle eut lieu ,
tous les Propriétaires présens à Paris y furent, --- Page 326 ---
m invités ; ceux qui ne purent s'y trouver, enVoyèrent- leur procuration pour nommer les
deux Députés qui devaient avoir à l'Assemblée .Nationale , séance et voix délibérative,
- M. le Président ayant annoncé l'ordre du'
jour , M. de Curt parla en ces termes : t « Vous m'aviez choisi , Messieurs , pour
v solliciter auprès de l'Assemblée Nationale ,
» l'admission de vos Députés. En, vous ren-
" dant compte de ma conduite, j'éprouve un
* grand plaisir, à vous annoncer le succès qui
" était dû à la Colonie intéressante dont vou$
w avez si bien défendu les droits. •; " Si votre représentation à l'Assemblée a.
» éprouvé quelques retards, c'est la faute des
» circonstances. Renvoyés, par erreur, auCo-
» mité de Rapport, vous avez perdu quinze
" jours, mais vous avez trouvé auprès dq
» M, le Duc de Praslins Président de ce
»* Comité t tout l'intérêt que son nom annon-
» ce aux Colonies. ? » Lorsqu'il renvoya votre Requête du * Août dernier, au Comité des Vérifications,
»» la plupart des Membres qui le composaient,
» attachés à d'autres Bureaux / consacraient
» leurs tems à des travaux plus essentiels. Leur
» Président, vous nomma pourtant un Rapà> porteur à qui je remis, d'après votre auto-» r --- Page 327 ---
n B 4. » risarion expresse , expédition de 'l extrait
» du procès-verbal de l'Assemblée Coloniale
» de la Guadeloupe, qui exprime son vœu
" d'être représentées l'Assemblée Nationale: » De la Lettre que vous aviez eu l'honneur
» d'écrire au Ror: » De celle que le Ministre de la Marinevous
.. avait répondue par ordte exprès de Sa Mai
» jesté.. » Du procès-verbal d'élection de vos six
» Députés.
arion expresse , expédition de 'l extrait
» du procès-verbal de l'Assemblée Coloniale
» de la Guadeloupe, qui exprime son vœu
" d'être représentées l'Assemblée Nationale: » De la Lettre que vous aviez eu l'honneur
» d'écrire au Ror: » De celle que le Ministre de la Marinevous
.. avait répondue par ordte exprès de Sa Mai
» jesté.. » Du procès-verbal d'élection de vos six
» Députés. „ Votre Rapporteur, qui connaît l'impor-
» tance des Colonies, qui aime toutes les » grandes questions qui tiennent aux intérêts
» de l'Etat, et qui, sur-tout, est né pour les
„ faire valoir-, s'empressa-de travailler au rap- >, port de la Guadeloupe ; il ne put réunir le
H. Comité de Vérification , que le 13 de co
» mois* mais ses conclusions y furent unani-
» mement adoptéesÓ » Pour couronner vos démarches y Mes-
>i sieurs, il fallait, être rapporté à l'Assemblée.
» Nationale: elle était alors occupée des ma-
„ tières les plus importantes ; les longues dis-
» eussions qu'elles entraînaient, retardèrent!
» assez long-tems, iaudience que vous solli-
" citiez , quoique à chaque séance, vous fus-
" siez portés à l'ordre du jour. --- Page 328 ---
4+ » Enfin , le Mardi 22 , la cause de. la Gua-
» deloupe- fut appellée ; M. le Président,' en
» citant le trait de générosité, fait la veille par
» un de ses Députés, demanda à l'Assemblée,
» avec beaucoup d'intérêt , qu'elle voulût"
» bien entendre le rapport du Comité de Vé-
» rifîcation. n AI. Barrère de Vieusac y Député de Bigorre,
» qui en était chargé, monta à la tribune eç
» dit : MESSIEURS, » LA Guadeloupe, occupée, en 1635, par six,
" cents cinquante Français conduits par deux
» Gentilshommes, languissant d'abord sous
■" des privilèges exclusifs, ne fut véritable-
» ment Française que sous Louis XIV, et par
" 1 administration de Colbert. En 1674, tous
» les Français, sans distinction, eurent la ii91 berté de s 'y fixer, et d'ouvrir les communi-
" cations avec la Métropole. » La prospérité de cette Colonie agricole,
fut dès - lors assurée, et ses progrès furent
«rapides depuis r700. Elle fleurissait en 1759,
9> lorsqu elle fut conquise par les Anglais, qui;
» croyant la conserver, augmentèrent consi-
» durablement le nombre des noirs destinés à --- Page 329 ---
2r ses cultures ; mais l'ambition de cette Puissance fut forcée de la restituer au mois de
« Juillet 1763.. „ Elle n'avait plus d'autres obstacles a ses
„ progrès, que le Gouvernement, ses systcmes et ses entraves. Le Ministère le sen-
„ tit, et délivra la Guadeloupe de la dé-
„ pendance de la Martinique, en lui don-
« nant des Chefs directs. „ Avec très-peu de soins et de dépenses,
» la Métropole peut s'assurer de jouir long-
» tems, et tranquillement, de mette possession
' v importante. Placée au milieu des établis-
» semens Anglais et Hollandais, elle doit
» parvenir d'elle-même, et par sa seule si- <
» tuation, au faîte de la prospérité. Voilà si,
„ position, voici le tableau de ses richesses.
, en lui don-
« nant des Chefs directs. „ Avec très-peu de soins et de dépenses,
» la Métropole peut s'assurer de jouir long-
» tems, et tranquillement, de mette possession
' v importante. Placée au milieu des établis-
» semens Anglais et Hollandais, elle doit
» parvenir d'elle-même, et par sa seule si- <
» tuation, au faîte de la prospérité. Voilà si,
„ position, voici le tableau de ses richesses. ,, A la fin de 17S5 , la Colonie se trouva
» peuplée de 9643 blancs , et de 41140
« esclaves de tout âge et de tout sexe.., » En 1767, malgré la dévastation faite par
» les Anglais dans cette lie, elle avait, avec
« ses dépendances, une population de 85
« mille 37.8 personnes, dont 11,863 blancs,
« 7j2. noirs et mulâtres libres , et
» esclaves. Je ne vous rapporterai pa-s les cal- r
« culs de ses nombreux troupeaux, de ses
»> immenses cultures et de ses riches produc- --- Page 330 ---
26- » tions. Caton, le Censeur, les eût écrits,
» Ckarlemagne les aurait lu* avec avidité,
» et l'Assemblée Nationale s'y arrêterait, sans
"doute, s'il s'agissait de l'administratioa in-
"térieure de nos Colonies. Il me suivra de
* vous présenter , pour le jugement de la dé-
» putation, l'état actuel de sa population cl
» de ses impôts. » r6 mille habitans. « i mille affranchis. » 120 mille noirs esclaves. »■ 50 millions de productions coloniales ,
» jettées dans la circulation du Commerce
« national. » Deux millions versés dans le trésor pu-
* blic de la mère Patrie. » Tel est l'état de cette Colonie. Voyons
maintenant ce qu'elle a fait pour s'unir plus
* étroitement à la France , le 26 Février
» 1789.. » Dès que la nouvelle de la convocation
» des Etats-Généraux eut traversé les mers, la
» plus riche de vos Colonies s'empressa de
» vous envoyer des Représentans ; à peine la
n même nouvelle eut frappé les oreilles des
», habitans de la Guadeloupe , qu'ils s'assem-
* blèrent le Février dernier. Voici le ro-
» sultat de cette Assemblée patriotique., --- Page 331 ---
Extrait dit Procès-verbal des Délibération4
de l'Assemblée Coloniale de la Guadeloupe,
tenue au mois de. Février '789. «Il a été mis en question, d'après le vœu
If du Comité, si dans la circonstance où les.
» Etats - Généraux du Royaume vont être
» assemblés , il ne serait pas avantageux à
» la Colonie d'y être représentée. " Il a été arrêté que la Colonie devait sol-
>» liciter cette faveur, et qu'en conséquence
» Messieurs du Comité seraient chargés de
" rédiger à cet effet, un Mémoire qui se-
»> rait rtmis à Messieurs les Administrateurs ,
» avec prière de l'adresser au Ministre ».
constance où les.
» Etats - Généraux du Royaume vont être
» assemblés , il ne serait pas avantageux à
» la Colonie d'y être représentée. " Il a été arrêté que la Colonie devait sol-
>» liciter cette faveur, et qu'en conséquence
» Messieurs du Comité seraient chargés de
" rédiger à cet effet, un Mémoire qui se-
»> rait rtmis à Messieurs les Administrateurs ,
» avec prière de l'adresser au Ministre ». » Signé à li minute de tous les Membres
» du Comité colonial. Certifié conforme à l'expédition déposée
f entre les mains du Commissaire-Rapporteur,
« nommé en l'Assemblée des Colons de la Gua-
»> deloupe, présens à Paris, par nous Députés
» vers l'Assemblée Nationale. Paris, le 8 AoÛt
» 1789. Signé, de Curt, Commissaire-Rapporteur. " En vertu de cette Délibération , les Co-
» Ions de la Guadeloupe , assemblés à Paris,
» se sont adressés au Roi, pour connaltre et
*> suivre les formes qui devaient les introduire
3> dans l'Assemblée Nationale : voici la Letttc --- Page 332 ---
2 8 qu'ils ont eu l'honneur d'écrire à Sa
y jesté ». SIRE, LES Colons de la Guadeloupe. , assemblés
par les ordres de. Votre Majesté, au mois de Février dernier, examinaient s il ne leur serait pas
avantageux d être représentes à l'Assemblée
Nationale. Ils furent tous d'avis d'en solliciter
la faveur , et le Comité colonial fut chargé de
ridigerun Mémoire qui a dû être adressé au Ministre de la Marine , pour en être rendu compte
À Votre Majesté C'est ce vœu unanime , Sire, que les Colons de
la Guadeloupe s présens à Paris , s'empressent
de mettre aux pieds de Votre Majesté; ilest de la.
plus grande importance pour eux, et pour leurs
frères, qu'elle daigne les protéger, et cette importance s'étend jusqu' au bien gcnéral du Royaume,
L'Assemblée Nationale , Sire , s*occupe en ce
moment de la Constitution ; cependant la Guadeloupe n'y a aucun Représentant, et si quelque
article de cette Constitution blessait les droits des
Colons, contrariait les principes de la localité ,
mettait des entraves aux progrès des cultures et
du commerce 3 nuisait aux rapports quidoiven
exister entre cette Colonie et la Métropole , la.
Guadeloupe se trouverait exposée à des maux a --- Page 333 ---
peut-être irréparables , faute d'avoir été entendue , faute d'avoir pu instruire la religion
de V Assemblée Nationale. Frappés de ces inconvéniens , entraînes par
le besoin de les prévenir , vos fideles Colons ,
Sire , se. sont réunis pour chercher les moyens
d'y remédier. Leurs premiers regards se sont
tourncs vers le Ministre de Votre Majesté >
chargé du Département de la Marine , qui
nous a laissé connaître des dispositions favorables. Encourages par ce premier succès , pressés
d" ailleurs par les circonstances , les Colons de
la Guadeloupe ont nomme six Commissaires ,
avec pouvoir de les représenter dans tout ce
que la prudence pourra leur suggérer. Nous sommes , Sire , ces Commissaires nommés par les Colons de la Guadeloupe ; c'est en
leur nom, que nous supplions Votre Majesté
d'approuver leur conduite , d* accueillir leur
voeu et d'autoriser nos dcmarches , à l'effet
d'obtenir des Représentais à l'Assemblée Na.
tionale.
pe ont nomme six Commissaires ,
avec pouvoir de les représenter dans tout ce
que la prudence pourra leur suggérer. Nous sommes , Sire , ces Commissaires nommés par les Colons de la Guadeloupe ; c'est en
leur nom, que nous supplions Votre Majesté
d'approuver leur conduite , d* accueillir leur
voeu et d'autoriser nos dcmarches , à l'effet
d'obtenir des Représentais à l'Assemblée Na.
tionale. Daigne^vo'us rappeller , Siie, que nous parIons pour une Colonie quiydepuis cent cinquante
ans ,fait son bonheur & sa gloire d'appartenir
à la France qui a soutenu trois sièges sans
mitre secours que son propre courage ; qui a --- Page 334 ---
3° mieux aimé voir ses biens pillés , dévastes , in*
cendiés , que de se soumettre à une domination
étrangère ; qui alimtnte le commerce national
de trente millions de denrées; enfin, Sire , daignez vôus rappelltr que cette Colonie intéressante par son commerce et ses cultures, ne
contient parun seul habitant qui ne soit ait
fond du cœur , un de Vas sujets les plus fideles.
Nous sommes avec le plus profond respect,
Sire, de Votre Majesté . Les très-humbles , très-soumis et
très-fideles Sujets, Les Commissaires de la Guadtloupe. Signé, De Curt, Commissaire-Rapporteur; Le 8 Août dernier , ils reçurent du Ministre de la Marine , la réponse suivante. Versailles , le 8 Août 1789. Jenyai pu, Messieurs , remettre que ce
matin auRoi, La lettre dont vous m'avez chargé
hier pour Sa Majesté : les Députés de la CeIonie de Saint-Domingue , ayant été admis
dans VAssemblée Nationale , il est très-juste
que vous vous y adressie^pour obtenir d'y étre
représentés, et le Roi me charge de vous mander qu 'il agréera les démarches que vous fere\
à cet effet. Ne doutez pas du plaisir personnel
que j'ai de veus l'annoncer, et recevez les as- --- Page 335 ---
surances del ' attachement sincère avec lequel
j'lfi l'honneur d'être , Messieurs, voire trèshumble et tris-obéissant serviteur. Signé La
Luzerne. Certifié conforme à l'original déposé entre
les mains du Commissaire-Rapporteur nommé,
en l'Assemblée des Colons delà Guadeloupe,
par nous Députés vers l'Assemblée Nationale.
Palis, le 8 Août 1789. Siçné, De Curt, Commissaire-Rapporteur.
« Dès la lettre ministérielle reçue, les
» mêmes Colons assemblés à Pans, après
*> une convocation régulière , ont nommé
» six Députés, par la voie du scrutin». Procès-verbal d'élection des Députés, faits
par l'Assemblée des Colons de la Guadeloupe,
présens à Paris. « Nous soussignés habitans et propriétaires
» dans la Colonie de la Guadeloupe , asserrC-
». blés à Paris, d après le vœu connu et -expri.
» me dans le procès-verbal des délibérations
» de l'Assemblée Coloniale de ladite Ile ,
» tenue au mois de Février 1789 , lequel proces-verbal est annexé à la minute du pré-
», sent,et en vertude l'autorisation expresse du
» Roi, avons procédé dans notre assemblée de
t) ce jour, présidée par M. Guillon, nommé
oupe , asserrC-
». blés à Paris, d après le vœu connu et -expri.
» me dans le procès-verbal des délibérations
» de l'Assemblée Coloniale de ladite Ile ,
» tenue au mois de Février 1789 , lequel proces-verbal est annexé à la minute du pré-
», sent,et en vertude l'autorisation expresse du
» Roi, avons procédé dans notre assemblée de
t) ce jour, présidée par M. Guillon, nommé --- Page 336 ---
. à l'unanimité du scrutin, à l'élection de six
» Députés vers l'Assemblée Nationale , aussi
» par la voie du scrutin. » Vérification faite, en présence des Çpm-
» missaires nommés à cet effet,ont été élus à
» la grande majorité, Messieurs Guillon, de
» Curt, le Marquis de Dampicrre, de Boy vin, le
» Vicomte de Galbert, et du Bois, lesquels ont
» promis, par serment, de se retirer par-devexs
» l'Assemblée Nationale,à l'effet d'y présenter
» une Requête expositive du voeu de la Guade-
» loupe, d'y être représentée, et demanderont
» d'y admettre ses Députés nommés provisoi-
» rement, jusqu'à ce qu'ils soient connrmcs, ou
" remplacés, selon les formes que l'Assemblée
« nationale voudra lui prescrire, » Signé à la minute , les habitans et pro-
» priétaires dans l'île de la Guadeloupe, pré-
*i sens à Paris. » Certifié conforme à l'original déposé entre
» nos mains, par Nous Commissaire-Rappor-
» teur. Signé, De Curt. » C'est en cet état qu'ils ont eu l'honneur
" de présenter à l'Assemblée Nationale leurs
^hommages, leur fidélité, et leur adresse
" tendante à l'admission de leurs Députés
" nommés provisoirement, jusqu'à ce qu'ils
soient --- Page 337 ---
[texte_manquant] ç n soient confirmés, ou remplacés selon les
P formes que votre sagesse indiquera. '» Tels sont les faits : voici les questions
J, qui en dérivent, si j'en excepte celle de
» leur admission, qui est déjà jugée par la
" Colonie de Saint-Domingue. » Française d'origine y comme elle ; Fran-
» çaise par son administration , par ses propriétaires ? par son commerce et par ler
* tributs qu'elle paye à la Métropole , la Gua*
» deloupc a le droit de prerrdre sa place dans
?» l'Assemblée Nationale. Si elle n'a pas reçu
* des lettres de convocation , elle a eu, de
t) plus que Saint-Dominguc, l'autorisation
>i du Roi, pour réclamer une juste représen-
» tation, dans l'Assemblée Nationale , ce qui
» équivaut à des lettres de convocation.
" D'ailleurs lors de l'admission des Députés >
» yous avez condamné les motifs ministé-
» riels qui auraient pu empêcher leur convo-
" cation, et les raisons d'Etac qui les au-
» raient fait. oublier. Vous ne vous êtes point
» arrêtés à ce défaut de lettres de convoca-
» tion et vous avez pensé que, si l'île de
» Corse , possession conquise, avait été
" appellée , il y avait encore plus de rai-
» sons d'admettre des Colonies qui n'avaient
" jamais cessé d'être Françaises.
motifs ministé-
» riels qui auraient pu empêcher leur convo-
" cation, et les raisons d'Etac qui les au-
» raient fait. oublier. Vous ne vous êtes point
» arrêtés à ce défaut de lettres de convoca-
» tion et vous avez pensé que, si l'île de
» Corse , possession conquise, avait été
" appellée , il y avait encore plus de rai-
» sons d'admettre des Colonies qui n'avaient
" jamais cessé d'être Françaises. --- Page 338 ---
VLa seconde question est de savoir si les
» formes de l'élection des Députés est régulière , et si leurs pouvoirs sont suffisans.
» D'après l'examen que le Comité a fait des
» Procès-verbaux, il a pensé que ces nomina-
» tions pourraient être plus régulières et plus
» directes ; cependant la marche suivie par
» les Colons de la Guadeloupe, et par leurs
» Représentans à Paris, est suffisante pour
» montrer, d'un côté , le vœu exprès des
» Colons d'être représentés , et de Fautre ,
" le pouvoir donné à Messieurs du Comité
" séant à Paris , de parvenir à cette repré-
» sentation. » C'est en vertu de ces pouvoirs géné-
« raux , que les habitans et propriétaires de
» la Colonie se sont assemblés à Paris ; c'est
» d'après le voeu exprimé dans le procès-
» verbal des délibérations de l'Assemblée co-
» loniale, du z6 Juillet, qu'ils ont procédé,
» par la voie du scrutin , à l'élection de six
» Députés. » En effet, la délibération du 26 Février,
„ leur a transmis le pouvoir de nommer dès
» Députés , comme une suite nécessaire du
» pouvoir d'obtenir la représentation de la
» Colonie dans l'Assemblée Nationale. » Etant autorisés par -le Roi, à s'y présenter --- Page 339 ---
C % •*> ie 8 Août dernier, il était impossible que
la Guadeloupe fût représentée, si elle avait
** dû nommer elle-même ses Députés à l'As-
» semblée Nationale. Placée à quinze cents
lieues de la Métropole , elle aurait vu s'é-
» couler six mois entiers, avant de parvcnit
» à une pareille représentation > c'est-à-dire,
" que les Députés auraient bien pu se trou-
» ver. à Versailles quand rAssemblée Na~
tionale sera séparée. Cependant voici le
:1 moment précieux de la Constitution j les
v Députés de la Guadeloupe sont revêtus des
» pouvoirs généraux de la Colonie, qui veut
» y coopérer ; ils sont nommés dans les for-
» mes ordinaires du scrutin , et par des Co-
" ons qui peuvent être considérés comme
Il Electeurs, d'après le vœu de l'Assemblée
Ji coloniale du 26 Février, tendant à obtenir une représentation. »» Les Députés qui se présentent; se soti-
" mettent d'ailleurs à rapporter leur confir-
" mation par la Colonie , et ne réclament
h que l'admission provisoire jusqu'à ce mo-
» ment i ou jusqu'à ce qu'ils-soient remplacés *> dans les formes que l'Assemblée Nationale
e) jugera nécessairesè » Dans ces circonstances , le Comité a
l' pensé que leur élection était aussi régulière --- Page 340 ---
,v< » que les circonstances de Icloignemcnt porr*
valent le permettre, ec que leurs pouvoirs
» étaient admissibles, sauf confirmation, afin
» que leur nomination obtienne incontesca-
» blement ce caractère direct d'universalité
» et de liberté, que la Loi exige pour leur par-
» Vite validité.
semblée Nationale
e) jugera nécessairesè » Dans ces circonstances , le Comité a
l' pensé que leur élection était aussi régulière --- Page 340 ---
,v< » que les circonstances de Icloignemcnt porr*
valent le permettre, ec que leurs pouvoirs
» étaient admissibles, sauf confirmation, afin
» que leur nomination obtienne incontesca-
» blement ce caractère direct d'universalité
» et de liberté, que la Loi exige pour leur par-
» Vite validité. » La troisième question est la plus impor-
»' tante , c'est celle du nombre des Eféputcs
» qui seront admis. " Le Comité de la Guadeloupe en a nommé
»> six, et la Colonie de Saint-Domingue , qui
» est plus considérable de la moitié, n'a ob-
» tenu de votre justice, qu'un pareil nombre,
« Le principe admis, jusqu'à présent, pour
régler la mesure de la représentation dans
« les Provinces du Royaume, a été de comv biner la population et les impôts ; maÎ3
» vous avez pensé que ce thermomètre était
» inapplicable aux Colonies -9 vous avez cru
» que l'importance et l'étendue de ces posses-
» sions , la nature des propriétés et des cul-
» tures, le nombre immense des Noirs, et les
» sommes considérables que les Colonies
» versent dans la balance du commerce, ou
» dans le Trésor public , étaient des consi-
» dérations importantes qui formaient une
>2 exception pour les Colonies. --- Page 341 ---
C3 ' » Ainsi, pour graduer leur représentation , » d'après d'autres principes appliqués aux
» Pro vinces du Royaume, je vous remettrai
J) rapidement les différentes bases de la dc-
» ci sion du Comité. « 1.0 La population. » 1 6 mille Colons. » 4. mille Affrallchis. " 1 20 mille Noirs. » Je sais que l'humaaité s'afflige de ce der-
» nier calcul de la politique et du commerce; » mais si on ne peut pas mettre les 12.0 mine
» Noirs au nombre des Représentés , on ne
» doitpasau moins les abaisser au nombre des
bètes de somme , et vous devez apperec-
» voir dans cette lie, une masse de popuiu-
» tion , qui équivaut à plus d'un tiers de celle » de Saint-Domingue. » 2 V Quant à la division judiciaire de la
» Guadeloupe, elle est saite en trois Séné-
» chaussées , mais vous avez cru ne devoir
» pas la suivre dans le règlement du nombie
» Ge Députes de Saint-Domingue. » Ces crois Sénéchaussées qui ressortissent "j
» nuisent: auConseil Souverain séant à la basse j
« terre, peuvent être considérées comme Ban- !
« liages principaux , formant des quartiers
» diffère ns. O11 vous dit que c'est d'après une > --- Page 342 ---
« pareille division, en trois parties, que vous
l' avez accordé a Saint-Domingue deux Dé-
" pûtes par quartier ; mais le Comité a pensé
*» que la division 'judiciaire ne devait avoic^
aucune influença sur la mesure delà repré-
» sentation. " 3.0 Les impôts, Le Roi perçoit annuelle-
" ment à la Guadeloupe un million sur la
» sortie des denrées coloniales, par une çaH-pitation sur les Noirs et sur les Blancs ouvriers, par un droit sur les cabarets, sur
v l'industrie, sur les loyers des maisons , et
?- l'entrée des denrées d'Europe sujettes au
l' poids, *». Les droits du Domaine d'Occident peu-
» vent s'élever à un autre million.
.0 Les impôts, Le Roi perçoit annuelle-
" ment à la Guadeloupe un million sur la
» sortie des denrées coloniales, par une çaH-pitation sur les Noirs et sur les Blancs ouvriers, par un droit sur les cabarets, sur
v l'industrie, sur les loyers des maisons , et
?- l'entrée des denrées d'Europe sujettes au
l' poids, *». Les droits du Domaine d'Occident peu-
» vent s'élever à un autre million. » Enfin, les droits prélevés sur les objets
" de consommation que le commerce fournie
» à la Guadeloupe , sont incalculables par
» leurs subdivisions. « 4,0 La Navigation, » La Guadeloupe reçoit des différons Ports
*> de France environ cent navires, du port
« d'environ 2.5 mille tonneaux, et cette na-
» vigation occupe au moins trois mille ma-
« tdots, » D'après ces bases, combinées, il semble-
« rait d'abord que la Guadeloupe pourrait ob- --- Page 343 ---
Cl » tenir trois Députés, un par Bailliage, ou
» quartier. » Mais le Comité a cru que ces bases de
»> représentation ne sont pas toutes égale-
» ment solides. Les esclaves ne peuvent rien
» défendre , pas même leur liberté ; cette po-
» pulation est donc nulle pour la représenta-
» tion.-Les gens de couleur ne sont pas ap-
" pelles a la nomination des Représentans ?
)) ils ne doivent donc pas entrer en ligne de
» compre ; les matelots ne sont d'aucun pays,
» et une partie des impôts perçus sur les den-
» rées coloniales, est payée par les consomma-
» teurs de France. * » Dans ces circonstances , le Comité a
» pensé que, comme la division en trois Or-
» dres est ignorée dans les Colonies, deux Di-
» putés suffiraient, et qu'en conséquence, les
», Députés se réduiraient eux - mêmes , sauf
» confirmation, en observant que la déci-
» sion portée pour cette première Assemblée
» Nationale, ne tirera point à conséquence »,
sauf à statuer ultérieurement sur le mode et la.
mesure de la représentation des Colonies. -
ce Après avoir pesé et combiné , dans la sa-
» gesse de l'Assemblée , tous les intérêts de
» politique, d'administration, d'imposicionjct --- Page 344 ---
» de commerce, que ce genre de possessions
» présente. ,, Le Comité a pensé aussi que c'était se
conformer à vos principes, d'admettre les
» autres Députés au droit de séance , comme
» vous l'avez accordé à tous les Députés do
Saint-Domingue. O C'est ainsi, Messieurs ? qu'en resserrant
» les noeuds qui lient les Colonies à la Mé~
s- lropole, vous fortifierez vos rapports avec
celle qui, depuis i <50 ans, n'a cessé de donner des preuves de son patriotisme ». M. Barière de Vieu sac ayant cessé de parler j Président demanda si quelqu'un
ces honorables Membres avait des observanous à faire ; un cri général s étant fait entendre pour aller aux voix , le vœu de rAssemblée sur interrogé à la manière aCcoutumée , et i avis du Comité fut unanimement
auopté, sans discussion préalable. " L 'Assemblée de vos frères ? Messieurs,
» ayant entendu le rapport de votre admis-
)J sion à l'Assemblée Nationa1c, applaudit
" aux mesures prises peur l'accélérer, et pour
oC cou far nier au décret rendu le u2 , elle
» procéda , ainsi qu' il ; uit, à la nomination
« des Députés qui devaient avoir voix dé-
« libérative ».
du Comité fut unanimement
auopté, sans discussion préalable. " L 'Assemblée de vos frères ? Messieurs,
» ayant entendu le rapport de votre admis-
)J sion à l'Assemblée Nationa1c, applaudit
" aux mesures prises peur l'accélérer, et pour
oC cou far nier au décret rendu le u2 , elle
» procéda , ainsi qu' il ; uit, à la nomination
« des Députés qui devaient avoir voix dé-
« libérative ». --- Page 345 ---
Extrait du Procès-verbal de VAssemblée de
Messieurs les Habit an s et Propriétaires dans
la Colonie de la Guadeloupe , tenue à Paris
le 25 Septembre 1789. M. Guillon la présidant, M. de Curt y fit lecture du décret de l'Assemblée Nationale , rendu le Mardi 22 du présent mois , par lequel elle a admis la députatiou de la Guadeloupe , composée de Messieurs Guillon , de Curt, le Marquis de Dampierre , de Boyvin , le Vicomte de Galbert
et du Bois , nommés parla voie du scrutin:
de manière cependant , que deux desdits
Députés seulement syent voix délibérative,
et les quatre autres, reçus comme Supplcans,
jouissent dès mêmes droits que Messieurs les
Députés suppléans de Saint-Domingue. L'Assemblée des Colons de la Guadeloupe , pour exécuter le décret de l'Assemblée Nationale , a procédé , par la voic du
sc-utin , au choix des deux Députés appelles
avec voix délibérative. Les scrutins levés et vérifiés par les Commissaires nommés à cet effet , M. de Curt a
été nomme premier Député, à upe iresgrande majorité', ct il a accepte. Les mêmes formes ayant été employées
pour le choix du second Député, M. le --- Page 346 ---
4-2 Marquis de Dampierre a réuni, en sa faveur 1
la grande majorité , mais il a observé, qu'obligé de s'absenter pour des affaires importantes , il priait l'Assemblée d'accepter sa
démission. Des regrecs honorables ont prouvé
à M. le Marquis de Dampicrre , combien
l'Assemblée avait compté sur son zèle et sur
ses moyens. Il a été , de suite, procédé à un troisième
scrutin dans les mêmes formes ; le résultat a
été en faveur de M. de Galbert, qui a réuni
la pluralité des voix , et il a accepté. Lecture faite de l'élection des Députés
qui doivent être Membres de l'Assemblée
Nationale, il a été arrêté que le Commissaire-Rapporteur lui adresserait* le procèsverbal, comme contenant le vœu général,
pris librement et légalement, de tous les
Colons. Et d'après le départ annoncé de M. du Bois,
un des quatre Suppléans , à la conduite de
qui l'Assemblée des Colons a donné des
éloges , il a été procédé, par la même voie
du scrutin, et avec les mêmes formes, à son
remplacement. ; à la pluralité des voix , lU. le
Chevalier Filassier a été nommé, et il a accepté.
général,
pris librement et légalement, de tous les
Colons. Et d'après le départ annoncé de M. du Bois,
un des quatre Suppléans , à la conduite de
qui l'Assemblée des Colons a donné des
éloges , il a été procédé, par la même voie
du scrutin, et avec les mêmes formes, à son
remplacement. ; à la pluralité des voix , lU. le
Chevalier Filassier a été nommé, et il a accepté. Et ont signé tous les Membres de l'Assemblée des Colons de la Guadeloupe. --- Page 347 ---
M. de Boyvin , dont vous connaissez Messieurs , le zèle et les talens, avait annoncé qu'il lui serait impossible d'accepter
la députation avec voix délibérative, sa santé
ne lui permettant pas de séjourner à Versailles. Il éprouva dans cette occasion, par
les regrets de l'Assemblée, combien elle sait
apprécier le mérite. Vos frères, Messieurs, s'occuperent de
former un Comité permanent, composé d'un
Président, de deux Secrétaires , des six Députés et de cinq autres Membres. C:e Comice , auquel tous les Colons de la
Guadeloupe auront droit, et seront invités
- d'assister avec voix deliberative, s'assemblera tous letDimanches, et plus souvent, si la
circonstance l'exige. Il correspondra avec
vous, Messieurs, sur les intérêts de la Colonie ; il recevrà vos Qrdres , et en attendant,
il dictera à vos Députés, les réclamations à
faire, tant à l'Assemblée Nationale, qu'auprès
du Ministre. Les procès-verbaux de vos Assemblées coloniales , qui sont en sa possession, lui indiqueront les objets sur lesquels vous avez déjà.
manifesté vos voeux , et en leur donnant
toute l'extension que les circonstances autorisent, d'après les intentions paternelles du --- Page 348 ---
meilleur des Rois, intentions que les Chefs
qui vous, gouvernent sauront si bien secouder , vos frères parviendront, sans doute , à
perfectionner l'organisation de votre Assenlblée coloniale , de manière qu'aucune influence ne puisse arrêter le bien que vous êtes
en état de faire (i). Vos Députés, Messieurs, ont ordre de solliciter, auprès de l'Assemblée Nationale , ia
décision ultérieure sur le modo et la mesure
de votre représentation ; le Comité aura soin
de vous la faire parvenir aussi-tôt quelle sera
sanctionnée par le Roi, afin que vous soyez
en état de faire une élection régulière pour la
prochaine législature ; car il est vraisemblable
que l'Assemblée Nationale aura terminé ses
importans travaux , avant que vous ne puissiez manifester vos sentimens sur la conduite
de vos frères.
ale , ia
décision ultérieure sur le modo et la mesure
de votre représentation ; le Comité aura soin
de vous la faire parvenir aussi-tôt quelle sera
sanctionnée par le Roi, afin que vous soyez
en état de faire une élection régulière pour la
prochaine législature ; car il est vraisemblable
que l'Assemblée Nationale aura terminé ses
importans travaux , avant que vous ne puissiez manifester vos sentimens sur la conduite
de vos frères. Voilà, Messieurs, ce qu'ils ont fait , ce
qu'ils se proposent de faire pour la cause
commune. Vous reconnaîtrez, sans peine, aux
formes qu'ils ont employées, à celles qui
ne cesseront de diriger leurs démarches, ce (1) Messieurs le Baron di Clugny, e: de Vievigne ,
Gouverneur Se Intendant , sont conn s par leur attachement aux véritables intérêts de h Guadeluop e. --- Page 349 ---
" caractère de décence et de loyauté qui vous
a toujours distingués; vous ne verrez pas1,
sans un mouvement de sensibilité, la constance au'ils ont mise dans leurs sollicitations, et les succès qui en ont été le prix.
Enfin , si quelque chose peut leur garantir , d'avance , l'universalité de vos suffrages , c'est, sans doute, d'avoir à vous
annoncer que le voeu le plus cher 'et le plus
utile que vous ayez jamais formé, a été approuvé par le plus juste des Rois, et couronné par un décret de l'Assemblée Nationale. .Paris, le 29 Septembre 1789. Signé, De Curt, Le Comité des Colons de la Guadeloupe,
présent à Paris, ayant entendu le rapport
fait par M. de Curt , Député à l'Assemblée
Nationale, lui a voté, unanimement, des remercîmens, en applaudissant au travail trèsintéressant pour la Colonie, dont il a fait
lecture. Arrêté, en outre, que ce rapport sera imprimé et adressé sans délai à ses frères de
la Guadeloupe , par les voies les plus sûres
et les plus promptes. Fait à Paris, le 30 Septembre 178p. Signé,
Poyen de Ligny , Pujol de Château-Brun ,
de Lorme, Fillassicr, Boyvin, Guillon t de --- Page 350 ---
4$ Saint- - Simon t îe Comte de Galbe rt, Ùbâtuî
de Charbonnière , Sargenton, Lacombe, B. Butel Sainte- Ville , dé Trogoff, Beauplan , Budan , Coudroy 1 Disangremel, Rannoue, , Auclebert, le Marquis Dampierre , Rolland,
Couppé dè Kervénnou y Cabanis , Lavielle ,
Vertille, le Grand, le Chevalier dé SaintPierre , le Chevalier Mallevault, Zénon
Douillard, Courtois, Papin , Mercier,
Palun, Collationné conforme à la Délibération de
ce jour. Paris, le 3 Septembre 1789, Signé, DELORME , Secrétaire du Comité
de la Guadeloupe. --- Page 351 ---
LA MARTINIQUE SOUS LE GOUVERNEMENT s D E MONSIEUR LE VICOMTE D E DAMAS, --- Page 352 --- --- Page 353 ---
6 4 Ë P ï T R E A MONSIEUR LE VICOMTE DAM A SJ Go UVERN EUR-LLEUTE N ANT-GÉNÉRAL
DE LA MARTINIQUE,
à la Délibération de
ce jour. Paris, le 3 Septembre 1789, Signé, DELORME , Secrétaire du Comité
de la Guadeloupe. --- Page 351 ---
LA MARTINIQUE SOUS LE GOUVERNEMENT s D E MONSIEUR LE VICOMTE D E DAMAS, --- Page 352 --- --- Page 353 ---
6 4 Ë P ï T R E A MONSIEUR LE VICOMTE DAM A SJ Go UVERN EUR-LLEUTE N ANT-GÉNÉRAL
DE LA MARTINIQUE, T o I, qui guidais vers le trépas Les valeureux Français qu'animait ton courage J
Et qui sais gouverner en Sage (1) , Ceux que peut défendre ton bras : Toi, que j'ai. vu protéger l'innocence, Et dont le cœur chérit la vérité ; DAMAS, entends ma voix; je chante ta prudence
Et tes soins généreux , & ton adivité. (i) M. de Damas était Colonel d'Auxerrois, qui
a si utilement servi M. le Marquis de Bouillé daru
toutes ses conquêtes , vendant la guerre derniere. --- Page 354 ---
f4] De quelques fleurs ornée , & sans autre parure *
Ma Muse t'offre un don de la fimplc Nature ;
C'efl un bouquet cueilli par la Sincérité. J'ai célébré cette île florissante , Ou, triomphant d'un climat destructeur, Ta voix propice cc bienfaisante Appelle les plaisirs, la santé, le bonheur. DANS san sein, dès long-temps, un monstre séducteur ,
Loin du grand jour, nourri dans les ténebres,
Déguisant ses lambeaux funebres, Sous le marque doré d'un espoir suborneur^ Le Jeu déchirait ses viaimes. Imensible, cruel , enhardi par ses crimes , Il conduit les mortels, sur ses pas enchaînés. Les épouses en deuil, les enfans ruinés ,
Périssent par sés traits. Toujours sombre & farouche ,
Les accens douloureux de ces infortunés
Irritent sa fureur : nul malheur ne le touche ; Sa rage leur prépare un sinistre avenir. Sur dés. incertaine . qu'inventa l'Avarice , Sur HK léger carton, , que traça le Caprice , La passion avide , en poussant un soupir , Du Hasard , indomptable fille , A placé les destins d'une triste famille ; Il ne lui resse plus qu'un affreux souvenir. PÂMAS paraît, & sou âme attentive f --- Page 355 ---
[ 5 ] [texte_manquant] "De l'Infortune éntend la voix plaintive 3 ïl sOL pire avec elle ; il sera son vengeur. Son cœur s'émeut au cri de la douleur : Il poursuit le montre & l'accable. Ce serpent dangereux, qu'ont vomi les enfers ,
Cachant, avec regret, une tête coupable , Cede à la force rentre dans les fers (i).1 MAIS du temps, que l'ennui prolonge;
Dont le travail craint la rapidité, Que 'e plaisir dissipe & voit fuir comme un songé
Il fallait , par un doux mensonge , Fixer le cours précipité. DAMAS appelle Melpomene (3) : Les yeux de courroux enflammés, Elle s'avance sur la scene : Elle charge de fers les tyrans désarmés; (2) M. de Damas a réussi à détruire dans son
Gouvernement tous les Tripots, où le Colon laissast son
argent, sa tranquillité , & trop souvent son honneur. ( 3 ) Superbe Salle de Sptaade, sur le plan dé
celle des Français. M. de Damas donna le premier.
exemple de générosité, en faveur de cet Établissement ,
par une souscription que le Public s'ejl empressé d'imiter
au profit de F Entrepreneur. Cette souscription a tout,
mis en œuvre . en fournissant les premiers moyens,
uire dans son
Gouvernement tous les Tripots, où le Colon laissast son
argent, sa tranquillité , & trop souvent son honneur. ( 3 ) Superbe Salle de Sptaade, sur le plan dé
celle des Français. M. de Damas donna le premier.
exemple de générosité, en faveur de cet Établissement ,
par une souscription que le Public s'ejl empressé d'imiter
au profit de F Entrepreneur. Cette souscription a tout,
mis en œuvre . en fournissant les premiers moyens, --- Page 356 ---
m le poignard éteincelle, & marchant sur les trônes J
Elle soussie la mort, disperre les couronnes ;
De Zamore outragé raconte les fureurs,
De la tendre Zaïre annonce les malheurs,
Confond, dans ses projets, l'orgueilleuse Athalie;
Et conserve les jours d'Iphigénie en pleurs. Près d'elle, la jeune Thalie
Se jouant, le masque à la main ,
Chausse le léger brodequin , Et vient caresser la Folie. Sous une couronne de fleurs Ç
Euterpe, conduisant les Grâces
Fait entendre des sons flatteurs ; Et bientôt je vois , sur ces traces J
Terpsichore aux pieds enchanteurs.
C'ef1: ainsi que ta main propice
Favorisa les Arts & les Plaisirs. La Scene charme nos loisirs ; Elle sait démasquer le Vice; L'austere Vertu lui sourit ; Et la Cité qu'elle embellit, Fixant l'Etranger qu'elle attire
Offre un Spectacle qu'il admire Et reçoit l'or qui l'enrichit (4) (4) Le Gouvernement a obtenu, du Ministre, l'argrérent d'un prêt de soixantt-jix mille livres, sait au
--- Page 357 ---
* t 7 1 TON amour médita des travaux plus utiles.
Tu voulus , en tous lieux, secourir les Colons,
Et tes soins paternels, quittant le sein des Vil les
Se sont portés vers nos riches moissons. Tes pas ont parcouru la cime des montagnes,
Et ton regard mesura nos campagnes. Les dangers menaçaient le Voyageur tremblant : Courbé sous un poids accablant, L'Esclave gémissait, dans sa course pénible; A ce malheur, le Colon peu sensible ,
Accusait la Nature & supportait ses maux. Son bras négligeait des travaux Qui devaient ajouter au prix de sa constance.
D'un fertile terrein, malgré de longs efforts,
Le produit , avec peine, arrivait à nos ports.
DAMAS a , du Colon , forcé la résistance :
Les terreins desséchés ont rejette leurs eaux.
Ici s élevé un pont ; là je vois des canaux (5) ; Directeur du Spectacle. Nous avons les quatre genres
réunis, & , malgré le climat & les travaux attachés *
Cet état, nous jouirons du talent des Atours , & des
bienfaits du Gouvernement. (K) Les chemins étaient Impraticables ; ils ont été
bombés , & sont aujourd'hui dans le meilleur état possible , pour cette Colonie. --- Page 358 ---
[8] L'Art triomphe de la Naturel L'obstacle était puissant ; mais, long-temps combattu
Le danger disparaît & l'obstacle est vaincu ; Le travail obstiné forme une route sûre. U N danger plus pressant attira tes regards:
Sous les murs que traça le compas du. Génie,
Sous ces immenses boulevards
Qui défendent la Colonie, ^ Qu'habitent les Enfans de Mars J La Fievre , au teint blême & livide , ( De nos pleurs abreuvée & de meurtres avide, \ Régnait sur les pâles mortels. ^ Son souffle impur corrompt l'air qu'on respire ; En vain , pour l'appaiser, on dresse des Autels r
Le Citoyen, sournis à son empire ,
murs que traça le compas du. Génie,
Sous ces immenses boulevards
Qui défendent la Colonie, ^ Qu'habitent les Enfans de Mars J La Fievre , au teint blême & livide , ( De nos pleurs abreuvée & de meurtres avide, \ Régnait sur les pâles mortels. ^ Son souffle impur corrompt l'air qu'on respire ; En vain , pour l'appaiser, on dresse des Autels r
Le Citoyen, sournis à son empire , Languit & tombe sous ses coups ; J Et l'Etranger, surpris dans son asyle (6) , i Implorant, dans le Port, un secours inutile, \ Regrette les fureurs de Neptune en courroux. (6) La Ville du Fort - Royal était environnée de
Marais ; le Citoyen , les Troupes , les Etrangers redoutaient également ce séjour , aujourd hui assaini parles ordres de M. le Général, & les travaux pénibles
de l'Artilletie. * --- Page 359 ---
r ] Tu parles : mille bras, que ta vue encourage y
Par des travaux constans , par un pénible effort
Ont forcé la Nature ; & , loin de ce rivage ,
Ont chassé les dangers, la terreur & la mort (7)1
On ose respirer, & les vapeurs fétides, Les miasmes infects , vils enfans des marais,
Dissipés dans les airs s'envolent pour jamais.' Les tombeaux sont fermés : les fieres Euménides Poussent des hurlemens témoins de leurs regrets. MAIS, de l'impîa caMe furie ^ Dont l'empire est enfin détruit, Le génie encor nous poursuit. Sur nos corps affaiblis , cette fiere ennemie
Signale , en périssant, son funetfe pouvoir , Et laisse la Douleur, mere du Désespoir. Dans les secrets de la Natifre, Cherchons un prompt remede à nos corps affligés :
Elle offre des secours trop long-temps négligés.
Des veines du rocher jaillit une onde pure, Que des feux souterreins préparent pour nos maux :
DAMAS devient plus cher, par des bienfaits nouveaux. ( 7 ) Les comblemens ont été perfectionnés : l' Hôpital'.'
le Misérable , le Polygone , &c.a prouvent combien il'
ejl vrai que les moyens & l'art de les employer font
préférables à l'or. Il faut vouloir le bien, & il ef fait. --- Page 360 ---
r 1O ] Bagneres , Spa, Bourbon , vos sources salutaires
Appellent dans leur sein la triste humanité... ; Nous allons, en ces lieux, célébrer vos mysteres: DAMAS éleve un Temple à la Santé (8). Approchez de nos murs, Jeunesse intéressante I La Crainte loin de nous exerce son pouvoir!
Rien ne doit désormais , d'une mere prudente >
Alarmer la tendresse ou tromper le devoir. Dans le Temple des Arts accourez vous asseoir;
Minerve vous attend; Ses Minières fideles Des talens offrent les modeles , Donnent l'exemple des vertus. Pourquoi chercher , loin de votre Patrie ; Les secours que vous offre une terre chérie ? .. î
C'est prendre des soins superflus (). (S) Nous avons des Eaux minérales sroides , &
thermales en plusieurs endroits de la Colonie L analyse
en a ete faite, 6* le résultat présente lis mêmes avantages que celui des Eaux minérales d'Europe. On ouvre un chemin pour aller à ces Eaux minérales, & nous devrons bientôt, à MM. les Administrateurs , un ét blissement durable , qui assure les plus
prompts secours aux Troupes & aux Colons.
C'est prendre des soins superflus (). (S) Nous avons des Eaux minérales sroides , &
thermales en plusieurs endroits de la Colonie L analyse
en a ete faite, 6* le résultat présente lis mêmes avantages que celui des Eaux minérales d'Europe. On ouvre un chemin pour aller à ces Eaux minérales, & nous devrons bientôt, à MM. les Administrateurs , un ét blissement durable , qui assure les plus
prompts secours aux Troupes & aux Colons. () Nous avons, au Fort Royal, deux établissemens
uniques dans toutes les Colonies. Le Collège de SaintVictor, & la Maison. de la Providencc, sondés par les --- Page 361 ---
t Il 3 A quels Peuples encor porterons-nous envie ?
Nous sommes enrichis des trésors de l'Asie. Le Batave alarmé voit paffer dans nos mains
Ces arbres précieux, qu'une avare industrie (10)
Avait soustrait au refle des humains. foins du T. R P. Charles-François de Coutance, sous
le Gouvernement de M. le Comte d'Ennery ; leur milite
est assez connue. On y a vu des Anglais, des Espagnols des Colonies voisines ; mais l'insalubrite de l'air
éloignait la jeunesse, & arrêtait les progrès de ces deux
Etablissemens. Les comblemens ont rassuré les peres de
famille, & la Ville du Fort-Royal devra encore cet
avantage à M. de Damas. (io) Les Girofliers , les Caneliers , ont réussi à la
Martinique ; c'est une nouvelle source de prospérité - que
nous devons à nos Adminijlrateurs ; nous avons la
richesse des Moluques. M. de Clieu, Gouverneur de la Guadeloupe, n apporta
qu'un seul Cafier , après la perte des Cacaos , en 1727 ;
bientôt le Casé disputa au Sucre, la gloire d'enrichir
la Métropole & les Colonies. Le Giroflier, bien plus
précieux, tjl pour nous uni source de richesse certaine
Mais il faut de la confiance de la part du Cultivateur,.. -
qui doit être bien sur de C encouragement .de la part
des Adminiflrateurs. --- Page 362 ---
T-O Nous jouirons bientôt des dons que la Nature -
Au Sauvage indolent, offrait dans ses forêts (i 1). Oui, DAMAS , la race future, En bénissant ton nom , publiera tes bienfaits.
N'as-tu pas soulage les maux de la Patrie,
Quand les élémens en furie (12) , Détruisaient, à tes yeux, le fruit de nos labeurs ?
Oh ! comme ton âme attendrie
S'affligea sur tous nos malheurs ! Ta main vint essuier nos larmes. Pendant ces jours de trouble & de calamité y J'ai vu DAMAS partager nos alarmes ; Je l'ai vu , le cœur agité , Calmer du désespoir les atteintes mortelles (13)1
Sa prudence, ses soins , sa générosité , Ont affaibli le mal & ses traces cruelles. (11) L'arbre a Pain s nourriture des Sauvages de
la mer du Sud. (11) V Ouragan du 14 Août 1788, a porte la
désolation dans la Colonie. L'activité & les fages précautions de M. de Damas, ont amené l'abondance,
lorsque nous devions craindre toutes les horreurs du
besoin.
elles (13)1
Sa prudence, ses soins , sa générosité , Ont affaibli le mal & ses traces cruelles. (11) L'arbre a Pain s nourriture des Sauvages de
la mer du Sud. (11) V Ouragan du 14 Août 1788, a porte la
désolation dans la Colonie. L'activité & les fages précautions de M. de Damas, ont amené l'abondance,
lorsque nous devions craindre toutes les horreurs du
besoin. ( 13 ) M. de Damas a reçu un jujle témoignagi
dt la sensibilité de son cœur, lorsque , dans un Mémoire --- Page 363 ---
[ 13 i Le bonheur va renaître, & nos derniers neveux
Diront : il vit nos maux, & nous fûmes heureux
Sois toujours noble & bon oui, sois toujours
toi - même Et quand, du Souverain, la volonté suprême T
Près de son trône aura conduit tes pas, Ne sois point étranger à nos brulans climats»
Protege encor cette île à tes soins confiée, Trop souvent de dangers, de malheurs affligée :
Tu recevras, au loin, ses vœux reconnoiffans
Et la voix de la Renommée Portera dans les airs ces mots attendrions : Il était notre pere ; il aima ses enfans. Et moi, qui, des beaux Arts , avait chéri la gloire f
Qui, loin d'eux entraîné, dûs former d'autres vœux,
Qui négligeai les Filles de Mémoire Pour des travaux constans , pénibles, dangereux >
Si, d'une Muse autrefois secourable , Après vingt ans d'oubli, j'implorai les faveurs ,
Ce fut pour te porter un tribut honorable
Le premier des tributs, c'est celui de ncs cœurs.' lu au consùl souverain de cette île, on a dit : » Il portait dans son cœur la tendre sollicitude d'un
» pere, & les chemins qit il parcourait étaient arrosés
# de ses larmes » 1 A la Martinique, ... Novembre 1788. --- Page 364 --- --- Page 365 ---
/t RÉG LE ME N S DE LÀ SOCIÉTÉ . DES AMIS DES NOIRS. PRÉAMBULE, T 0 u T E Société qui veut exciter un intérêt
général doit compte au public des motifs de son
établissment & du fait qu'elle se propose: Parmi
tant d'associations dont notre siècle peut s'honorer , il n'en est point qui doive remplir ce
devoir ave.c plus de soin que la Société. des amis
des Noirs. Tous ces monumens élevés, à l'humanité
& à la bierçfaisance n'ont eii besoin que. de se
faire connoître pour exciter la sensibilité ; las
malheureux pour, lesquels bn réclamoit des fecours, étoient sous nos yeux ; les secours que
l'on réclamoit n'étoient que des, secours pécu.
biaires, & il suffisoit pour les obtenir de fixer
les regards du Publie sur le tableau de. l infor-
ces monumens élevés, à l'humanité
& à la bierçfaisance n'ont eii besoin que. de se
faire connoître pour exciter la sensibilité ; las
malheureux pour, lesquels bn réclamoit des fecours, étoient sous nos yeux ; les secours que
l'on réclamoit n'étoient que des, secours pécu.
biaires, & il suffisoit pour les obtenir de fixer
les regards du Publie sur le tableau de. l infor- --- Page 366 ---
( o tune. La Société des amis des Noirs ne jouit pas
des mêmes avantages ; c'est loin de nous que
sontlàcrifiées les malheureuses victimes dont elfe
s'est déclarée l'amie ; ceux qui pourroient devenir leurs véritables défenseurs , sont euxmêmes aveuglés par un préjugé cruel; enfin ce
n'est point avec de l'argent que l'on peut soulager leur misere ; mais si leur infortune se trouve
liée à de grands intérêts politiques , si leurs
chaînes font encore resserrées par la force aveugle du préjugé , s'il est enfin de grands obstacles
à vaincre , ces obflacles doivent - ils nous faire
oublier que ce n'est pas non plus une classe limitée
de malheureux qu'il s'agit de secourir, ce sont des
nations entières, c'est une partie du monde qui,
écrasée sous le poids de ses fers, réclame auprès
de nous les droits sacrés de l'humanité. Pour connoître les motifs de l'établissement de
la Société des amis des Noirs, il suffira de fixer
un môment ses regards sur la traite des Nègres,
de la suivre depuis son origine jusqu'au moment où ces malheureux gémissent dans l'esclavage. • Les Peuples de l'Afrique toujours armés les
uns contre les autres, sont en proie à tous les
vices réunis qui exercent sur ces malheureuses
'contrées un empire absolu." L'on s'efforceroit en vain " :deJ trouver dans --- Page 367 ---
t 3 ') A % les mœurs, dans la couleur , dans le caractère moxal des malheureux Africains la cause des combats continuels qu'ils se livrent, & du sort
affreux auquel cette partie du monde se trouve
réduite ; la supériorité des nations civilisées sur
les peuples sauvages nous condamne. Notre
commerce auroit pu adoucir leurs mœurs , si
notre intérêt ne nous avoit fait entretenir leurs
vices , & aux yeux 'de tout être pensant, nous
ne parviendrons jamais, malgré nos efforts, à
rendre ces infortunés responsables du trafic honteux de leur propre liberté. Ce commerce ( puisqu'on ose l'appeller ainsi)
porte , dès son origine , l'empreinte de la fraude
& de l'injustice; des marchandises avariées, ou
qui n'ont de valeur que par l'ignorance de celui
auquel on les livre . des armes à feu dont nous
croyons ne pouvoir plus nous servir sans danger , mais qui suffisent dans leurs mains pour
nous préparer des victimes, des liqueurs spiritueuses dessinées à entretenir cet abrutissement
& cette frénésie sans lesquels la traite des Nègres
ne subsisteroit plus : Tels sont les principaux
objets que nous ne rougissons pas de leur offrir en
échange de leur liberté. Cette première injustîce
n'est que potir nous ; les présens insidieux que nous
offrons à ces nations sauvages > sont polir elles
de véritables rieheises, puisqu'elles n'en con*
des victimes, des liqueurs spiritueuses dessinées à entretenir cet abrutissement
& cette frénésie sans lesquels la traite des Nègres
ne subsisteroit plus : Tels sont les principaux
objets que nous ne rougissons pas de leur offrir en
échange de leur liberté. Cette première injustîce
n'est que potir nous ; les présens insidieux que nous
offrons à ces nations sauvages > sont polir elles
de véritables rieheises, puisqu'elles n'en con* --- Page 368 ---
(4) froment point d autres, & noùs savons qu'elles
suffisent pour exciter leur cupidité & leur avarice. Le Négre le plus riche est celui qui a mis
dans nos fers un plus grand nombre de Nègres ,
l'avarice est devenue leur passion dominante
elle éteint chez eux la voix même de la nature ;
si la force ne peut servir leur avidité, si les
prilbnniers leur manquent , c'esl parmi leurs
femmes, leurs enfans qu'ils nous choisissent des
esc1aves.. Eh ! que nous importe à nous ? ne
serions-nous pas partager leurs fers * si nous le
pouvions sans danger, à celui-là même qui nous
les livre ? (1) A peine ces malheureux sont - ils en notre
puissance qu'ils sentent tout le prix de la liberté
qu'ils ont perdue , ils n'éprouvent pas même les
ménagemens que l'amour de la propriété devroit
leur assurer. Dans le vaisseau qui doit les transporter, on calcule le plus petit espace qu'un
homme puisse occuper, on y sixe chaque esclave
avec des chaînes qui l'entourent ; à la moindre
plainte * ses fers deviennent plus pesans ; au ( 1 ) Il est arrivé plusieurs fois que ceux qui nous
livroient des Esclaves ont été eux-mêmes chargés de
chaînes. Quoiqu'on ne puisse gémir de leur malheur qui
semble n'être qu'une punition méritée , l'on ne peut cependant s'empêcher d'être révolté d'une trahisori aussi
atroce. --- Page 369 ---
( 5- ) 4 £ moindre gémissement le fouet est levé sur lui ^
& tout mouvement de rage ou de désespoir est:
puni par la mort. En vain oppose-t-on à ces,
faits l'intérêt de l'Armateur. L'intérêt paffe sou-.
vent les bornes de la prudence, & ce n'est pas.
dans un trafic de ce genre qu'on doit s"attendre
à- le trouver éclairé (i). Les moins infortunés.
sont encore ceux qui succombent dans cette
traversée aux mauvais traitemens & aux maladies ; ceux qui parviennent jusqu'à nos Isles,
achèvent d'y perdre le. cara&ère d'hommes à.
peine débarqués , ils sont. mis à l'encan, & re-.
çoivent bientôt comme de vils. animaux les
marques flétrissantes de la servitude (2). Lorsque . (i) L'on s'étonne moins d'une barbarie qui paroît.
ayoir ppur base un calcul aussi faux, lorsqpe l'on pense
que les Capitaines de navire qui font la traite reçoivent
de l'Armateur des intérêts, duquel ils sont chargés, tant
de Nègres par cent qu'ils ont pu transporter, ou tant
par cent du produit de la. vente. Si l'on songe ensuiteque ron a laisse à l'Armateur la liberté, de, faire assurer
la vie des Nègres , on sent que plusieurs de. ces malheureux ont. dû périr par le; motif seul de favori t*er VArmateur aux dépens de l'Assureur & les recherches faites,
en Angleterre en fournissent, la preuve.
êts, duquel ils sont chargés, tant
de Nègres par cent qu'ils ont pu transporter, ou tant
par cent du produit de la. vente. Si l'on songe ensuiteque ron a laisse à l'Armateur la liberté, de, faire assurer
la vie des Nègres , on sent que plusieurs de. ces malheureux ont. dû périr par le; motif seul de favori t*er VArmateur aux dépens de l'Assureur & les recherches faites,
en Angleterre en fournissent, la preuve. (2) Chaque Maître qui achete un Negre., fait impri-.
mer, avec un fer chaud sur 'sa poitrine, son notn ea
toutes lettres.; cette exécution se nomme étamper., lorsque le Nègre change de Maître, il est étampé de nou- --- Page 370 ---
( 6) leurs forces physiques, ou leur foiblesse mo«
raie les ont fait résister à de pareilles épreuves %
on ne devroit pas craindre sans doute de les.
voir succomber sous le poids des chaînes ; cependant une partie périt encore dans le cours
de l'année (i)- Doit-on s'en étonner, lorsque.
l'on pense que l'Esclâve n'a plus d'autre sauvegarde que'l'intérêt de celui dont il est devenu
la propriété; en vain oppoiera-t-on les loix qui
fixent lès bornes de la puissance du Maître , puisque le maintien de ces loix ne peut être confié
qu'à lui seu!. Tel est en effet la triste condition
de l'Esclave, qu'il ne peut pas même exïster de
loi .qui lui offre un refuge assuré ; c'est après
avoir privé -le Négre de toutes ses facultés
morales que nous le déclarons d'une nature inférieure à la notre , & dès-lors destiné à porter
nos fers. Quel monstrueux assemblage d'injustice &.de cruautés ! Est-il quelqu'ame sensible
qui puisse renoncer à l'espoir de voir cesser un
ordre de choses aussi révoltant , & si peu conforme à tout-es les loix de l'humanité ? Ce sont ces coniidérations sans doute qui ont veau , & le malheureux qui a passé sous le joug deplusieurs , peut avoir tout le corps cicatrisé par cet horrible
usage (i) Onauroi' f u avancer, sans crainte d'être taxé d'era ~tion.1 qu'il en périssoit plus d'un quart. ' --- Page 371 ---
( 7 ) A 4 porté successivement en France quelques Minières biensaisans à s'occuper des moyens de
détruire un pareil systême (i): elles ont ouvert (i) Quoique M. Turgot n'ait rempli que pendant un
mois la place de Ministre de la Marine, on fait qu'il
avoit commencé à s'occuper des moyens de détruire la
traite & l'esclavage des Nègres. Etant Contrôleur Général , il refusa la proportion que lui fit un Négociant de:
donner son nom à un bâtiment dessiné à ce commerce, &
son refus fut fait avec tant de force , qu'il causa une alarme
allez vive aux Armateurs.
Quoique M. Turgot n'ait rempli que pendant un
mois la place de Ministre de la Marine, on fait qu'il
avoit commencé à s'occuper des moyens de détruire la
traite & l'esclavage des Nègres. Etant Contrôleur Général , il refusa la proportion que lui fit un Négociant de:
donner son nom à un bâtiment dessiné à ce commerce, &
son refus fut fait avec tant de force , qu'il causa une alarme
allez vive aux Armateurs. On trouve dans l'Ouvrage de M. Necker, p1ges 161 &
263 « Les Colonies de la France contiennent,
comme on vient de le voir, près de cinq cens mille
Esclaves ; & c'esl par le nombre des malheureux qu'on
y mesure la fortune. Quel funeste coup d'oeil ! quel
profond sujet de réflexion ! Ah ! que nous sommes inconséquens & dans notre morale & dans nos principes 1
Nous prêchons l'humanité , & tous les ans nous allons
porter des feis, à vingt mille habitans de l Afrique ! Nous,
traitons de barbares & de brigands, les Maures, qui au.
péril de leur liberté, viennent attaquer celle des Européens ; & les Européens, sans danger & comme de simples spéculateurs , vont exciter a prix d argent le trafic,
des Esclaves, & toutes les scènes sanglantes q^ii en sont
les avant-coureurs ! Enfin nous nous enorgueillissons de
la gtandeur de l'homme, & nous la voyons avec raison,
cette grandeur, dans le mystère étonnant de toutes les
facultés intellectuelles : ceqendant une petite différence
dans les cheveux ou dans la couleur de l'épiderme , suffit
pour changer natte respect. en mépris, & pour nous en --- Page 372 ---
-( 8. ) les yeux des Quakers, &: leur ont prouvé que,
la traite & I'esclavage des Nègres ne pouvoient
se concilier avec les principes d'égalité, de douceur & d'humanité dont ils font. profession,
elles ont porté les Etats-Unis à encourager en
Amérique lei Sociétés formées pour venir au
Recours de tant de malheureux ; elles ont fait
cuivre le même exemple en Angleterre ; 011 une gager à placer des êtres semblables à nous au rang des
animaux sans intelligence , à qui l'on impose un joug sur
la tê.te, pour se sçrvir impérieusement de leur force &.
de leur instinct Ce n'est qu'avec le tçms qu'une
cace libre pourroit suppléer à ces travaux, & la grande
différence qui existeroit entre le prix de ces deux espèces
de main-d'œuvre , donneroit ua tel avantage de commerce ? la nation qui auroit conservé son ancienne habitude, qu'on seroit bientôt découragé de voulpir la furgasser en vertu. Cependant, seroit-ce un projet chimerique que celui d'un pacte général, par lequel toutes les
Nations renonceroient d'un commun accord à !a traite
des Nègres ? Elles se trouveroient alors, les unes envers
les autes, dans les mêmes proportions qui exiflent actuellement ; car c'est uniquement la richeire comparative
qui importe aux calculs de puiuance n.
, qu'on seroit bientôt découragé de voulpir la furgasser en vertu. Cependant, seroit-ce un projet chimerique que celui d'un pacte général, par lequel toutes les
Nations renonceroient d'un commun accord à !a traite
des Nègres ? Elles se trouveroient alors, les unes envers
les autes, dans les mêmes proportions qui exiflent actuellement ; car c'est uniquement la richeire comparative
qui importe aux calculs de puiuance n. M. le Maréchal de Castries, pendant son minidère,
s'est occupé des moyens d'adoucir le sort. des Nègres.
un Sentiment d'humanité & de bienfaisance a dicté le dernier Règlement qu'il a donné en leur favèur, il eût sans,
doute applaudi au zèle & aux travaux de la. Société
des amis des Noirs. --- Page 373 ---
( ) - - A association nombreuse a consacre des fonds conlt- ^érables aux recherches nécessaires pour prouver la nécessité de l'abolition de la traite. Tels
font enfin les motifs qui ont concouru dans cette
Capitale à l'établissement d'une Société que
toutes les âmes bienfaisantes adopteront, que
les hommes éclairés viendront aider de leurs
lumières, que le Gouvernement protégera sans
doute , & qui ne peut manquer d'inspirer un
intérêt général. Cet intérêt augmentera encore,
lorsqu'on la verra défendre avec modération une
cause faite pour exciter l'enthousrasme, se livrer
de fang froid à des recherches dont les résultats
révoltent l'humanité , & n'opposer aux attaques
du préjugé, que des faits & des calculs ; ensin lorsque, s'assujettissant à des Réglemens sages, elle
se sera mis dans la nécessité dè tendre sans celTe
au but quelle se propose & qu'elle croit devoir
faire connoître. Ap rès avoir rendu compte des motifs de son
établissement , le but que se propose la Société
des amis des Noirs, ne peut être douteux. L'hu-<
manité souffrante dans une partie du monde,
l'avarice & la cruauté encouragées dans l'autre,
les scènes d'horreur qui en sont une suite néçessaire, les loix de la juStice enfreintes par
toutes les Nations occupées de la traite des
Nègres, ou profitant de leur eSclavage, tout enfin --- Page 374 ---
( 10 ) annonce la nécessité de tarir la source de tant
de maux, & tel est le but que la Sotiété des amis
des Noirs se propose, Le titre qu'elle a pris sans doute auroit suffi
pour. faire connoître le vœu qu'elle a formé ;
mais ne voulant s'occuper que de travaux utiles,
elle doit repousser d'avance les attaques de ceux
qui voudroient la rendre suspecte en l'accusant
de ne point avoir d'objet déterminé r la faire
regarder comme dangereuse , en lui imputant de
n'en avoir d'autre que de discréditer une branche
de commerce devenue nécessaire, ou de ceux *
enfin qui voudroient employer contre elle l'arme
du ridicule, en la taxant, sans autre examen de
légèreté, d'inconséquence & d'enthousiasme. Il
est donc important pour la Société des amis des
Noirs, de faire connoître les principes & l'esprit
qui l'animent.
terminé r la faire
regarder comme dangereuse , en lui imputant de
n'en avoir d'autre que de discréditer une branche
de commerce devenue nécessaire, ou de ceux *
enfin qui voudroient employer contre elle l'arme
du ridicule, en la taxant, sans autre examen de
légèreté, d'inconséquence & d'enthousiasme. Il
est donc important pour la Société des amis des
Noirs, de faire connoître les principes & l'esprit
qui l'animent. L'humanité entière est intéressée à la discussion
du systême astuel ; mais parmi les nations qui
font la traite, il n'en est point qui ne doivent
par politique & par prudence s'occuper dans ce
moment de cette grande question, les premiers qui
l'ont agitée en ont imposé aux autres la nécessité. II.
est donc probable que l'abolition de la traite des
Nègres aura lieu par un accord général, par une
espèce de paçte entre les puissances. Dans ce moment les Quakers la prêchent comme une doc*- --- Page 375 ---
( " ) trine ; les Etats-Unis qui se sont généralement
élevés contre la traite, (i) encouragent différentes aflbciations qui se sont réunies en Amérique pour protéger les malheureux Africains »
cette cause importante s'inllruit près de nos Colonies ; elle se plaide avec force en Angleterre
où le Parlement sans vouloir encore la juger,
applaudit cependant à la Société qui s'en occupe,
La France seroit-elle la seule des puissances de
l'Europe qui considérât cette question avec indifférence ? Le Gouvernement n'a-t-il pas au
contraire le plus grand intérêt à être instruit de
manière à pouvoir suivre pas-à-pas la marcha
des autres puissances, & à se procurer des bazes
solides pour diriger la sienne ? Un préjugé cruel, mais respeaé par son ancien
neté, doit éloigner les colons (i) d'une question (i) Dix des Etats-Unis ont proscrit l'importation des
Nègres ; si parmi ces dix Etats il y en a huit où le nombre
des Esclaves est très-petit ; les deux autres, la Virginie
& la Pensilvanie en renferment un très-grand nombre ; il
y a même un des trois autres Etats, la Caroline méridionale qui a défendu l'importation pour 3 ans , ensorte
que dans le moment actuel la Georgie & la Caroline
septentrionale sont les seuls Etats dix il foit permis d'introduire des Nègres. (2) The just limitation of Slavery. By. Granville
Sharp, p. 54. F othergill avoit çonsacré des fonds considérables, 6c --- Page 376 ---
( 12 ) aussi étrangère à toutes leurs idées : ce préjugé,
peut influer, sur. les administrateurs que le Gouvernement envoie dans ces climats,* les propriétaires d habitations qui demeurent en France , &
qui ne voient que les productions qu'ils reçoivent
des Colonies, doivent être portés à rejetter sans
examen toute espèce de changement. (i) Les armateurs pour. la traite doivent se.révolter contre.
un pareil projet, le plus grand nombre enfin
n ayant aucun intérêt dire4t à l'examen d'une,
question auiîi délicate, fatigué d'avance de la réunion. des connoissances & de l'immenlité des reen ou^rç ouvert une souscriptiçn pour tenter de& essais
de culture sur la côte d'Afrique , la mort l'a empêché
d'exécuter son projet, mais on dit, que depuis, les Anglois ont fait sur les côtes des tentatives qui n'ont pas été
sans succès; si cette.jculture pouvoit s'accroître, ne seroitil pas. tems d'affuçer aux terres des Colonies une valeur
réelle qui ne peut exiger dans le systême actuel ?.
des reen ou^rç ouvert une souscriptiçn pour tenter de& essais
de culture sur la côte d'Afrique , la mort l'a empêché
d'exécuter son projet, mais on dit, que depuis, les Anglois ont fait sur les côtes des tentatives qui n'ont pas été
sans succès; si cette.jculture pouvoit s'accroître, ne seroitil pas. tems d'affuçer aux terres des Colonies une valeur
réelle qui ne peut exiger dans le systême actuel ?. (i) Si l'on songe que les femmes Nègres sont fécondes,
que le climat des Isles n'est point contraire à l'espèce.
des Noirs , que la population se proportionne très-rapidement aux snbsistances , & par conséquent, qu'elle se
proportionneroit dans les Isles à l'intérêt qu'auroient les.
Propriétaires dq multiplier leurs. Nègres , on en cqn-r
cluera que vraisemblablement la traite n'est pas nécef-,
faire, & que dès - lors le Gouvernement, comme les.
Propriétaires., auroient de puissans motifs pqpr en desirer
l'abolition. --- Page 377 ---
( 13 ) cherches qu'elle exige, doit., sans chercher à la
connoître, blâmer une entreprise de ce genre. Oti
donc le Gouvernement peut-il trouver les lumières qu'il est nécessaire de répandre sur cette
importante question ? ne doit-il pas craindre sans
cesse d'être trompé par les erreurs du préjugé,
par quelques intérêts particuliers, par la mauvasse soi, & sur-tout par l'ignorance; toujours
prête à fronder, & prompte à décider ; une Société d'hommes réunis par des principes d'humanité & de justice pourroit seule rassembler tous
les faits; leur donner de l'authenticité, recueillir
tous les plans qu'on peut former pour changer le
systême actuel, les examiner, les soumettre au
calcul > chercher quelles connoissances peuvent
manquer encore, se les procurer, proposer les
questions, recueillir les réponses & les comparer,
former enfin un plan de travail suivi, l 'exécuter,
& peut-être même tenter des expériences. C'étoit
le seul moyen, soit de présenter aux Gouvernemens des projets assez détaillés, allez appuyés de
faits & de calculs pour mériter leur attention, soit
d'éclairer les Colons sur leurs intérêts, en mêmetems qu'on profiteroit de leurs lumières & de leur
expérience, soit enfin de proportionner la durée
du travail & des recherches au plus ou moins de
facilité que l'on trouvera à détruire un mal qui
révolte également la justice & l'humanité.
seul moyen, soit de présenter aux Gouvernemens des projets assez détaillés, allez appuyés de
faits & de calculs pour mériter leur attention, soit
d'éclairer les Colons sur leurs intérêts, en mêmetems qu'on profiteroit de leurs lumières & de leur
expérience, soit enfin de proportionner la durée
du travail & des recherches au plus ou moins de
facilité que l'on trouvera à détruire un mal qui
révolte également la justice & l'humanité. --- Page 378 ---
( i4 ) Si l'abolition de la traite doit être l'effet d'un
accord général, cette révolution heureuse ne peut
être amenée que par la conviction ; imbue de ce
principe, la Société mettra tous ses soins à connoître, à balancer, à ménager tous les intérêts. Si la Société des amis des Noirs avoit dessein de
publier une doctrine, d'entraîner les esprits par
le charme de la séduction, elle écarteroit avec
soin ceux qui pourroient contrarier ses vues ,/elle
"exigerait une profession de foi de ceux qu'elle
reçoit dans son sein ; l'on voit dans les dispofitions de ses Réglemens que tout individu pré-1
ienté par un membre de la Société peut y être
admis. La seule formalité qu'ils exigent & qui
étoit indispensable pour s'assurer de la composiition de cette Société, est qu'il ait le suffrage de
quatre autres de ses Membres. Sans ajouter aux
iiiccès de la Société le même degré de confiance,
il est peu d'êtres sensibles qui ne forment le même
vœu qu'elle ; cette disposition suffit pour desirer
d'y être admis , de suivre ses travaux, de juger de
ses progrès & de ceux des Sociétés étrangères.
Elle a déjà l'avantage de compter des planteurs
au nombre de ses membres. Loin d'accuser ceux
dont l'opinion semble devoir l'éloigner de son
but, elle sait qu'on ne peut s'éclairer que par la
discussion & elle ne cherche que des lumières : les
obsessions sont un besoin pour elle, sans doute --- Page 379 ---
t M ) élle espère les détruire toutes, maisi èlle craint
encore plus d'en i'gnôrer quelqu'une. S'il étoit nécessaire pour la Société des amis des
Noirs de donner une nouvelle preuve du caractère de franchise avec lequel elle se présente, on
pourroit la trouver dans la cottisation même
qu'elle exige, & dont il est bon de faire connoître les motifs. Quoique plusieurs individus
touchés de l'emploi auquel ces cotisations sont
destinées, aient déjà eonsacré à la Société des
sommes plus ou moins considérables, la cottisation n'a été fixée qu'à deux louis pour Paris,
à un louis pour la Province, afin de n'écarter
aucun de ceux qui pourroient y apporter des lumières. Le but de cette cotisation est non-seulement de rendre public le résultat des travaux
de la Société, mais de faire publier à des prix modérés tous les ouvrages qui peuvent jetter quelque clarté sur cette grande queslion, de mettre
tout le monde à même de profiter des recherches
& des documens qui peuvent appartenir à la Société, ou lui parvenir par les Sociétés étrangères,
enfin d'avoir l'opinion publique pour premier
juge d'une cause si noble &: si touchante.
ères. Le but de cette cotisation est non-seulement de rendre public le résultat des travaux
de la Société, mais de faire publier à des prix modérés tous les ouvrages qui peuvent jetter quelque clarté sur cette grande queslion, de mettre
tout le monde à même de profiter des recherches
& des documens qui peuvent appartenir à la Société, ou lui parvenir par les Sociétés étrangères,
enfin d'avoir l'opinion publique pour premier
juge d'une cause si noble &: si touchante. La Société aura sans doute de grands obstacles
à vaincre, de grands intérêts à ménager, mais
l'espoir de la plus douce récompcnse entretiendra son zèle & soutiendra son courage. --- Page 380 ---
( 16 ) 1 Il, s'agit d'arracher des millions d'hommes à
l'ignominie, à la mort; (i) il s'agit, en éclairant
toutes les Puissances sur leurs véritables intérêts,
de rendre à une partie du monde les droits saçrés
que la nature lui a donnés ; & s'il est possible qu'un
examen profond , que des recherches économiques , des calculs politiques, & sur-tout cetté
liaison nécessaire entre les Sociétés qui s'en occupent, fasseat entrevoir seulement l'instant hetireux de cette importante révolution » Quel
triomphe pour notre siècle ! quelle jouissance
pour tous ceux qui auront pu contribuer par
leurs travaux à fixer une pareille époque ! (i) Voyez l'influence de la découverte de l'Amérique,
par M. l'Abbé Genty. On voudroit pouvoir trànscrire Ici depuis la page i
jusqu'à là page 185 , & depuis la page 331 jusqu'à la pagè
338 de cet Ouvrage. Cet Ecrivain sensible & éclairé dont lès Recherches
profondes peuvent inspirer la confiance, dit, page 334,
« La servitude fait une consommation d'hommes ef-
» frayante, puisque la population des neuf millions de
1) Négres importés en Amérique, est réduite à qùiiizè
h cents mille têtes ». RÉCLEMENS --- Page 381 ---
( 17 ) B RÈGLE MENS DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DES NOIRS. > CHAPITRE Ier. Des Statuts & Règlement généraux. ARTICLE PREMIER. LES Réglemens de la Société feront divis¿s ÊA
deux classes. La première renfermera ceux qui
forment les conditions essentielles de l'association ; la seconde, ceux qui sont relatifs à la
police de la Société 6c à la manière de remplir
le but qu'elle se propose. 1 1. IL ne pourra être fait de changement, retranchement ou addition aux Réglemens fondamentaux que dans une révision annuelle & par le vœit
des trois-quarts des Membres de la Société présens à l'Assemblée générale; les Réglemens de là --- Page 382 ---
( 18 ) feconde classe, distingués ici des autres par des
guillemets, pourront être changés, augmentés
ou abrogés en tout tems, moyennant le consentement des deux tiers des membres de la Société. 1 1 I. IL sera fait chaque année une révision générale
de tous les Réglemens. Pour cet effet l'Assemblée
générale choisira , deux mois avant le jour fixé
pour la révision, dix Commissaires, cinq dans
rAssemblée générale, & cinq dans le Comité.
Cette Commission sera chargée de rassembler
tous les avis relatifs aux Réglemens, que les
amis des Noirs seront invités à lui faire passer
durant ce terme. Elle rendra compte de son travail directement à l'Assemblée générale, laquelle
ne se déterminera sur lesdits Réglemens qu'après
avoir entendu le rapport de la commiffioh.
avant le jour fixé
pour la révision, dix Commissaires, cinq dans
rAssemblée générale, & cinq dans le Comité.
Cette Commission sera chargée de rassembler
tous les avis relatifs aux Réglemens, que les
amis des Noirs seront invités à lui faire passer
durant ce terme. Elle rendra compte de son travail directement à l'Assemblée générale, laquelle
ne se déterminera sur lesdits Réglemens qu'après
avoir entendu le rapport de la commiffioh. L'élection de ce s Commissaires sera saite à
l'Assemblée générale du mois de Janvier de chaque année , la réviiion à celle du mois de Mars
suivant. La pnmùrc rcvifion n 'aura lieu qu'au
mois de Afars 1790. 1 V. L'ASSEMBLÉE générale sera composée des
membres de la Société résidens à Paris, & des
membres étrangers qui s'y trouveront anront fait avertir le fcfésidênt & le Secrétaire. --- Page 383 ---
( 19 ) B 2, « Ladite Assemblée sera complette, quel que
» Toit le nombre des "membres présens, pourvu
que tous le$ membres résidens à Paris aient
» été duement convoqués ». CHAPITRE II. Des Membres de la Société , & de leur
présentation , cotisation & admission. ARTICLE PREMIER. L A Société des amis des Noirs fera compo(éé
d'un nombre indéterminé de membres, hommes
ou femmes, tant régnicoles qu'étrangers. II. LA Société aura un Président, un Secrétaire,
un Trésorier & un Comité permanent, dont là
composition & les fondions seront expliquées
ci-après. III. NUL ne sera reçu membre de la Société que
sur la présentation par écrit d'un membre actuel
qui lui ser vira de parrain, & la signature de quatre
autres membres. Pour être admis, il faudra présenter au Trésorier le certificat, lui remettre le
montant de\ la cotisation annuelle, & 00 tirer --- Page 384 ---
( 10 ") une quittance. Sur le vu du certificat & de la
quittance , le Secrétaire inscrira le nouveau membre dans le Registre destiné à cét usage, & lui
adressera un billet d'invi.ation peur la première
assemblée générale. 1 V. » CEUX des membres de la Société qui auront
» sigaé un certificat de présentation, en avertiront
» le Président & le Secrétaire, & ils tiendront
» une liste séparée des personnes qui , après
» avoir demandé & obtenu un certificat, auront » négligé le reste des formalités prescrites pour
» être membre de la Société ». V. LA cotisation sera de deux louis par an pour
les membres résidans à Paris, & de 24livres pour
ceux qui résident en province ou dans les pays
étrangers. La Société recevra aussi, tant de ses
membres, que de toutes personnes qui voudront
contribuer au succès de ses vues, telles sommes
qu'il leur plaira de donner, & il leur en sera
délivré des quittances séparées. V 1. TOUT membre une fois reçu, n'aura d'autre
sormalité à remplir , pour continuer à saire partie de la Société, que de payer chaque année sa
cotisation , dont le Trésorier lui donnera une --- Page 385 ---
( 11 ) [texte_manquant] Quittance ; il sera prévenu de l'époque du renouvellement dans ion billet de convocation , pour
la dernière assemblee générale, où il aura le droit
d'assister, CHAPITRE III. Des Assemblées générales.
membre une fois reçu, n'aura d'autre
sormalité à remplir , pour continuer à saire partie de la Société, que de payer chaque année sa
cotisation , dont le Trésorier lui donnera une --- Page 385 ---
( 11 ) [texte_manquant] Quittance ; il sera prévenu de l'époque du renouvellement dans ion billet de convocation , pour
la dernière assemblee générale, où il aura le droit
d'assister, CHAPITRE III. Des Assemblées générales. ARTICLE PREMIER. 1 L y aura tous les premiers mardi de chaque
» mois , une assemblée générale de la Société.
» Elle commencera ses délibérations à cinq heu-
» res du soir précises. Aucune motion ne sera
» admise, & aucun objet ne sera mis en délibé-
» ration passe huit heures & demie ». 1 I. » OUTRE les assemblées de chaque mois, il en
« sera convoqué une à l'expiration de chaque
» sémestre, dans laquelle il n'y aura lieu à aucune
» délibération. » Elles feront devinées a entendre Ta récapitu-
» lation de tout ce qui aura été fait dans le cou-
» rant du sémestre expiré. Les Dames qui auront
» souserit pour être membre de la Société, feront
» invitées à ces deux Assemblées. III. LES membres de la Société feront river:; --- Page 386 ---
( 21 ) » des billets de convocation, signés du Secré-
» taire ; il y sera fait mention des objets dont il
devra être délibéré. I V. » ON pourra s'écarter de cette dernière partie
» du Règlement, dans les cas pressans ; mais alors
» l'Assemblée se bornera à la discussion des objets
» proposés. V. L'ASSEMBLÉE générale représentera la Société.
Elle seule pourra faire les Réglemens , les modifier , les abroger ou les augmenter ; seule elle
nommera les membres du Comité, choisira les
les Officiers de la Société , & décidera de tout
ce qui peut l'intéresser, & qui n'aura pas été
confié aux soins du Comité, en vertu des Réglemens. V I. LES membres des Sociétés de Londres & d'Amérique ayant rie même but que la Société des
amis des Noirs, seront admis de droit dans les
Assemblées générales, en justifiant toutesois de
leur admission dans les autres Sociétés. VII. « IL sera placé dans la Salle d'assemblée, un
» Bureau devant lequel s'assoiera le Président ; il
» aura le Secrétaire à sa droite & le Trésori«r à --- Page 387 ---
( 23 ) B 4 >» sa gauche. Les autres membres de la Société
» se placeront indistinctement".Nul ne sera admis
aux Assemblées, s'il n'elt pas membre de la Société , ou des Sociétés indiquées dans 1 article
précédent. VIII. CHAQUE membre en arrivant à l'Assemblee
fera écrire son nom sur une feuille placée devant
le Secrétaire. Les membres du Comité seront
inscrits dans une colonne séparée. 1 X. » A l'ouvertnre de l'Assemblée les nouveaux
» membres , accompagnés de leurs parrains * sé
» présenteront devant le Bureau ; ils promettront
t, d'observer les Réglemens, & les signeront ;
» après quoi le Président les invitera à prendre
» léance ». X. »Nul membre ne parlera qu'à son tour, ou
» lorsque le Président l'interpellera. Si dans le
» cours des délibérations , quelque membre ,
» ayant déjà opiné , vouloit reprendre la parole
» avant que le tour fût achevé , il ne pourra le
» faire sans la permission du Président. Tous les
» membres de l'Assemblée seront tenus d'observer
» l'ordre & de ne point troubler le Président dans
» l'exercice de ses fondions ».
Nul membre ne parlera qu'à son tour, ou
» lorsque le Président l'interpellera. Si dans le
» cours des délibérations , quelque membre ,
» ayant déjà opiné , vouloit reprendre la parole
» avant que le tour fût achevé , il ne pourra le
» faire sans la permission du Président. Tous les
» membres de l'Assemblée seront tenus d'observer
» l'ordre & de ne point troubler le Président dans
» l'exercice de ses fondions ». --- Page 388 ---
( 24 ) X 1. » AVANT d ouvrir la séance, M. le Secrétaire » lira le procès-verbal de la Séance précédente ,
» ce procès-verbal ne devant être enrégistré qu'a-
» près avoir été approuve. Il lira ensuite le procès-
» verbal des dissérentes séances du Comité; après
" cette Ieéhrre il annoncera les objets de la déli-
» bération attuelle, qui auront été préparés par le
» Comité, & qui seront discutés avant tous les
» autres », X 1 I. # LORSQUE 1 approbation de l'Assemblée sera
» requise, son silence, après l'interpellation du.
» President, sera constamment regardé comme
» un figne d'approbation. Si l'un des assistans
w prenoit la parole, & n'étoit pas satisfait des
» explications qui lui seroient données par le Pré-
» fident, il pourra faire de ses observations, le
» sujet d'une ou pluiieurs motions, en se confor-
» mant à l'article suivant XIII. II. ne sera délibéra sur aucune motion saite par
un d-s membres de la Société, qu'elle n'ait été
préalablement remise par écrit au Prcfident, scit
avant « icit dans le cours de la icance. X 1 V. NUL. ne pourra voter à; in* v.v.e délibération
commencée «vant son arrivée. --- Page 389 ---
( 25 ) x V. LE Président invitera aux opinions, premièrement les Officiers, ensuite les membres du Comité, puis les autres membres de la Société, en
les interpellant à haute voix selon l 'ordre dans
lequel ils auront été insçrits en arrivant à l'Assemblée. Le Président donnera son avis le dernier, à
moins qu'il ne fit lui-même une motion, dans
lequel cas il opinera le pren:ier sur sa motion.
Tout membre de la Société sera pareillement le
premier opinant sur sa propre motion,
XVI. LES résolutions seront prises à la simple pluralité des sussrages , excepté dans les cas ou les
régle mens déterminent la nature de cette pluralité. X V 1 1. LE premier tour aura uniquement pour objet
la discussion des objets proposés, & le Président
recueillera seulement les divers avis qui auront
été formés. Il relira ensuite ces avis, & demandera si aucun des membres de l'Asemblée ne juge
à propos d'en ouvrir un nouveau, & dans ce cas
il joindra les nouveaux avis à ceux qui ont été
ouverts d'abord. DANS le fécond tour d'opinions, on ne pourra
vo-ter que pour un des avis proposes, & chacun --- Page 390 ---
(i6 ) pourra encore motiver son choix, le Président
recueillera les voix données en faveur de chaque
avis. Si, à ce second tour, un des avis réunit la
pluralité exigée, la délibération sera terminée ,
sinon l'avis le moins nombreux sera exclus ; &
ceuæ qui l'auroient adopté obligé de revenir à
un des autres, & ainsi de suite, jusqu'à ce qu'un
des avis ait obtenu la pluralité prescrite par le
Règlement.
--- Page 390 ---
(i6 ) pourra encore motiver son choix, le Président
recueillera les voix données en faveur de chaque
avis. Si, à ce second tour, un des avis réunit la
pluralité exigée, la délibération sera terminée ,
sinon l'avis le moins nombreux sera exclus ; &
ceuæ qui l'auroient adopté obligé de revenir à
un des autres, & ainsi de suite, jusqu'à ce qu'un
des avis ait obtenu la pluralité prescrite par le
Règlement. Dans le cas où il faudrqit opter entre deux
avis égaux en suffrage, le Président départagera. X V 1 I 1. LES avis qui auront passes, seront rédigés sur
une feuille volante pendant l'Assemblée, ils
seront relus à l'Assemblée sui vante, pour faire foi
de leur exactitude. XIX. TOUTES les élevions seront faites au scrutin,
suivant la forme prescrite ci-après. LE Président, le Secrétaire, le Trésorier &
deux membres choisis par le sort, déchiffreront
les scrutins ; le Président déclarera à haute voix
le résultat des suffrages. Dans le cas où le Trésorier seroit absent, on choisira trois membres
par le sort. X POUR la nomination des commissions parti- --- Page 391 ---
( 17 ) culieres, l'Aflemblie générale fixera d'abord a la
pluralité des voix , le nombre des membres
dont elles seront composées. Elle procédera
enfuitc à l'élection ; chaque votant écrira un
nom sur Ion billet, & ceux qui auront le plus
de voix seront élus, pourvu cependant qu'ils en
aient réuni plus de trois. En cas de partage, on
formera un nouveau scrutin. X X 1. IL sera permis aux membres présens à l'Anem -
blée géçérate rl'inte.rpdier je Présent, au cas
qu'il négligeât de mai ntenir l'ordre dans les dé libérations , ieî qu'il eil établi dans les Régleiufifis. CHAPITRÉ IV. De i'ckSïon du Président & (le fis
[ancriolls. ARTICLE PREMIER. LE Président sera élu par l'Assemblée centrale a
la pluralité des suffrages , & sera choisi entre les
membres du Comité présens à l'Assemblee, ou
de l'acceptation de qui un des membres présens'
répondra à la Société. I f. Le Présidens ne sera en office que pendant --- Page 392 ---
( Z8 ) trois mois, il ne sera prorogé sous aucun pré*
texte, mais il pourra être élu de nouveau après
un intervalle de trois mois. 1 1 I. L'élection du Président aura lieu à la dernière
Assemblée générale or dinaire de chaque trimestre
pour entrer en fonâion au commencement dii
trimestre sirivant. 1 V. « Si le Président en office est absent, il sera
» remplacé par le plus ancien membre du Co-
» mité , à l'exception du Secrétaire & du
» Trésorier. V. Le Président remplira les fondions suivantes.
Il recevra à 1 Assemblee générale, les nouveauæ
membres de la Société, conformément à l'Art.
VIII du Chap. III des présens Réglemens. Il proposera les matières dont il devra être
délibéré. Il recueillera les avis , les résumera,
& rassemblera les suffrages. Il déclarera le vœu de la pluralité, conformément aux Réglemens qui la déterminent. Il
veillera à ce que personne ne parle qu'à son
tour, & ne soit point interrompu , cz à cet
effet, il sera libre d'accorder ou de rcfufer la
à l'Art.
VIII du Chap. III des présens Réglemens. Il proposera les matières dont il devra être
délibéré. Il recueillera les avis , les résumera,
& rassemblera les suffrages. Il déclarera le vœu de la pluralité, conformément aux Réglemens qui la déterminent. Il
veillera à ce que personne ne parle qu'à son
tour, & ne soit point interrompu , cz à cet
effet, il sera libre d'accorder ou de rcfufer la --- Page 393 ---
( *9 ) parole aux membres de la Société qui deman'
deront à parler hors de leur tour. Il veillera spécialement sur la confection
exacte des regilïres , les signera, & les fera
ligner. Il pourvoira à ce que les résolutions, tant
de PAssemblée générale que du comité, soient
fidèlement exécutées. Il aura une inspe&ion directe sur le Secrétaire,
sur le dépôt des archives , sur le Trésorier &
sur la caisse. Il en déclarera tous les mois l'état sommaire
au Comité, à l'expiration de sa présidence,
il mettra sous les yeux de l'Assemblée générale
un état circonstancié de la caisse , figné de lui,
du Secrétaire & du Trésorier. Il présidera le Comité & toutes les commisfions extraordinaires, chargées par le Comité
ou par l'Assemblée générale de quelque travail
particulier. Enfin, il veillera au maintien des Statuts &
Réglemens. --- Page 394 ---
( 3° ) CHAPITRE V., Du Secrétaire & de ses sonctions. ARTICLE PRÉ MIE R. JL'ÉLECTION du Secrétaire se fera de la manière suivante. Dans l Assemblée générale otdinaire qui précédera immédiatement celle 011 le
Secrétaire doit être élu , l'Assemblée générale
étira cinq Coinmi1iàireS , qui joints avec le
Comité, nommeront au scrutin celui qu'ils jugènt digne de la plate de Secrétaire , & le
Comité présente ta à l'Assemblée générale le jour
de 1 elcftion tous ceux qui auront eu deux
voix oit plus dans ce premier serutin, en déclarant le nombre de voix que chacun aura
obtenues. Le Comité présentera au moins quatre personnes & si dans le premier scrutin , il n'y
avoit eu deux voix que pour un moindre nombre, on feroit un second scrutin, & aidi de
Alite , julqu'à ce que l'on pût en présenter
quatre. Le scrutin du Comité sera fait assez de tems
avant l'éleftion, pour que le Président ait pu
s assurer de l'acceptation de chacun de ceux qui --- Page 395 ---
( 31 ) pourront être présentes, & faire un nouveau
scrutin, si cela est nécessaire, pour compléter
le nombre de quatre. Deux des cinq Commissaires nommés par l'Assemblée générale seront
toujours présens à la vérification de ces scrutins
& on les tirera au sort. L'Assemblée générale ne pourra choisir que
parmi ceux qui seront précités. Pour cela , chaque membre écrira sur un
billet les noms de ceux qu'il jugera les plus
dignes, le nombre étant la moitié , ou le nombre immédiatement au-dessous de la moitié du
nombre total des présentés , deux s'il y en a
quatre ou cinq, trois s'il y en a six ou sept,
& ainsi de suite ; on préférera celui dont le
nom se trouvera sur un plus grand nombre de
billets. Si plusieurs concurreris ont un nombre
égal de voix, on choisira entt'eux par voie de
scrutin jusqu'à ce .que l'Un d'eux ait la pluralité , & le Président n'aura de voix prépondérante que dans le cas d'un partage absolu.
La première élection pour la place de Secrétaire
aura lieu à l'assemblée générale du mois de Janvier 1789.
on préférera celui dont le
nom se trouvera sur un plus grand nombre de
billets. Si plusieurs concurreris ont un nombre
égal de voix, on choisira entt'eux par voie de
scrutin jusqu'à ce .que l'Un d'eux ait la pluralité , & le Président n'aura de voix prépondérante que dans le cas d'un partage absolu.
La première élection pour la place de Secrétaire
aura lieu à l'assemblée générale du mois de Janvier 1789. I I. La charge de Secrétaire durera deux ans, à
l'expiration desquels il sera présenté seul à l'As--
sebiblée générale du mois de Novembre pour --- Page 396 ---
( 31) étre confirmé pour deux autres années, cette
confirmation n'aura lieu qu'aux deux tiers des
voix. Après cette premiere confirmation , il ne
pourra plus en obier.'.i' de neuve!'es' que par les
trois quarts des !j'c1,t') '-'0 \is cas où la
pluralité recuite lui manqu pjr !a confirmation , il reliera néanmoins chôibie , mais
avec concurrence. 1 1 1. Le Secrétaire remplira les fondions suivantes. Ii inscrira les nouveaux membres de la Société en se conformant à l'Art. III du Chap. II
des présens Réglemens. Il recevra les lettres écrites à la Société, en
fera rapport au Comité , & se conformera pour
les réponses à faire, à ce qui aura été résolu,
tant par l'Assemblée générale, que par le Comité
ou le Président selon la nature des objets. Il enregistrera exaÛement & sans autre délai
que celui qui est fixé par les Réglemens , toutes
les propositions & communications qui auront
été faites à l'Assemblée générale, à moins qu'il
n'ait été convenu de n'en pas faire registre. Il enregistrera de même toutes les résolutions
du Comité & de l'Assemblée générale, & les
exécutera ou fera exécuter ponctuellement. 11 tiendra en bon ordre & à jour tous les
autres --- Page 397 ---
( 33 ) [texte_manquant] autres registres ordonnés par la Société ou par
le Comité. Il expédiera , revêtus de sa Signature , les
extraits des registres. Il fera imprimer & diftribuer les ouvrages , écrits, relations , ou résolutions que l'Assemblée générale aura résolu de
publier par voie d'impression. Il veillera aux convocations ordinaires &
extraordinaires . de l'Assemblée générale & du
Comité, ensorte que les billets d'invitation soient
dans l'ordre & envoyés à tems à tous ceux qui
devront en recevoir. Il sera chargé, sous l'inspection spéciale du
Comité & du Président, de la garde des livres ,
documens , papiers & archives de la Société.
Il en tiendra un inventaire exaft , dont il remettra tous les six mois un double par lui figné
au Président. Il sera membre du Comité & de toutes les
commissions extraordinaires & y dressera le
procès-verbal de leurs délibérations & arrêtés. Enfin , il ne fera'rien de relatif à la Société,
qu'il n'y soit autorisé, ou par ses attributions,
ou par délibération expresse, soit du Comité ,
foit de l'Assemblée générale. 1 V. « Il y aura aux ordres du Secrétaire, & sous' --- Page 398 ---
( 34 ) » son inspe&ion immédiate, un Commis auquel
» la Société allouera des appointemens de six
le
procès-verbal de leurs délibérations & arrêtés. Enfin , il ne fera'rien de relatif à la Société,
qu'il n'y soit autorisé, ou par ses attributions,
ou par délibération expresse, soit du Comité ,
foit de l'Assemblée générale. 1 V. « Il y aura aux ordres du Secrétaire, & sous' --- Page 398 ---
( 34 ) » son inspe&ion immédiate, un Commis auquel
» la Société allouera des appointemens de six » cent livres, ce Commis sera choisi par le
» Comité qui stul pourra le destituer. V. « Il sera réservé dans l'appartement loué par
» la Société pour ses assemblées & celles du » Comité, une chambre pour le Secrétaire qui
» pourra, si bon lui semble, en faire son logement
» ordinaire. V I. Il sera alloué au Secrétaire ? lequel ne pourra
les refuser, dix-huit cent livres à titre d'honoraires , non compris les frais de bureau. CHAPITRE V T. Du Trésorier & de Jes fonctions. ARTICLE PREMIER. LE Tresorier sera élu à la pluralité des voix
par l'assemblée générale ; il iera choisi indistinctement entre les membres de la Société; chaque
votant écrira sur son billet le nom de celui
qu'il juge le plus digne de la place , & on choifira ensuite par un second scrutin entre les deux
qui auront le plus de voix. Dans le cas d'éga- --- Page 399 ---
( 35 ) C a hte de voix, on se conformera à lArt. Ier. du
chapitre précédent. 1 I. Le Trésorier aura son rang après le 'Secrétaire ; il sera élu pour deux ans & pourra être
continué à la pluralité des sussrages ; il sera de
droit membre du Comité s'il ne l'étoit pas lors
de son élection ; il sera de même membre né
de toutes les Commissions particulières ; la première élection du Trésorier aura lieu au mois
de Janvier 1789. III. Le Trésorier remplira les fondions suivantes:
Il recevra les cottisations des membres de la Société , & toutes les contributions que d'autres personnes qui s'intéresseront au succès de
la Société voudront lui faire passer & en donnera quitance. Il tiendra un compte exa& de la recette & de
la dépenle, « à l'exception des dépenses cou-
» rantes qui seront ordonnées par le Comité, &
» qui ne passeront pas 150 liv. par trimestre : il
» ne pourra faire aucune dépense qui n'ait été
» ordonnée par l'assemblée générale ». Rien ne lui sera alloué dans la vérification de
ses comptes que sur le visa du comité, signé du
Président., du Secrétaire, & de trois Membres au
moins. --- Page 400 ---
C 36 ) 11 mettra tous les trois mois sous les yeux du
Comité, un bordereau de la caisse &: le montant
de ses dépenses. Le tout visé par le Président de
la Société ; & chaque année il rendra à l'Aflemblée un compte général & circonstancié de la recette & de la dépense. Il recueillera les deniers acquis à la Société
par des Souscripteurs, ou de toute autre manière,
se conformera, à l'égard des nouveaux membres , à l'article III du chapitre II. CHAPITRE VII. De la. sormation du Comité & de ses
fonctions. ARTICLE PRE MIE R. LE Comité sera composé de vingt-un Membres,
entre lesquels feront compris le Président, le Secrétaire & le Trésorier. Ils seront élus par l'Asftmblée générale du mois de Décembre de chaque
année pour entrer en fonction au mois de Janvier.
Le Comité s'assemblera tous les mardis.
des nouveaux membres , à l'article III du chapitre II. CHAPITRE VII. De la. sormation du Comité & de ses
fonctions. ARTICLE PRE MIE R. LE Comité sera composé de vingt-un Membres,
entre lesquels feront compris le Président, le Secrétaire & le Trésorier. Ils seront élus par l'Asftmblée générale du mois de Décembre de chaque
année pour entrer en fonction au mois de Janvier.
Le Comité s'assemblera tous les mardis. 1 I. LES Membres du Comité seront trois ans en Office, & four cet effet il en sera remplacé sept --- Page 401 ---
( 37 ) « y chaque année. Mais en attendant qu ils puissent
sortir par rang d'ancienneté de services, il ne
fera sait aucun remplacement avant le premier
Décembre 1789 ; à la feconde année, sept membres sortiront par le sort; à la troisième, il en
sortira aussi par le sort sept d'entre les quatorze
plus anciens : & dès la quatrième année les sept
plus anciens membres sortiront annuellement
comme ayant fait leurs trois années de service. Si le Trésorier ou le Secrétaire conjointement.
ou séparément avoient fini leurs trois années de.
service , en leur qualité de membre du Comité ^
& qu'ils restassent en Office y ils seront censés
élus de nouveau membres du Comité, & dans ce
cas on ne remplacera que les six. ou cinq autres^
membres qui auront accompli leurs trois années
de service. Si le Trésorier ou le Secrétaire devenoient
membres du Comité par le droit de leur Office, ôc
qu'ils fussent surnuméraires, ils seroient compris,
dans le nombre des nouveaux membres du Comité dessinés à remplacer ceux qui Sortiront de
charge, & à cet esset il ne seroit élu que le nombre nécessaire pour compléter celui de sept. Le
Comité sera complété au mois de Décembre ^
fiiLvant la forme prescrite art. IV.. --- Page 402 ---
( 38 ) III. A l'exception des cas ci-dessus mentionnés, nul
ne pourra être élu de nouveau membre du Comité qu'une année après qu'il sera sorti de
charge. 1 V. LES membres du Comité seront élus par l'Assemblée générale sur une nomination faite en la
manière sui vante. L'Assemblçe générale ordinaire du mois d'Octobre choistfa, par voix de scrutin, huit Com-
,missaires auxquels le Comité joindra sept de ses
membres, du nombre desquels feront le Président,
lç Secrétaire le Trésorier. Ces quinze Commissaires seront assemblés par
le Président le plutôt qu'il sera possible, & feront
entre eux la nomination d'un nombre de candidats double de celui des places à remplir ; & après
s'être assurés de leur acceptation, ils seront proposés à l'Assemblée générale du mois de Décembre. Chaque membre choisira parmi euæ un
nombre égal à celui des places vacantes, & on
déclarera élus ceux qui auront réuni le plus grand
nombre de suârages. S'il se trouve une égalité de nombre qui empêche de pouvoir distinguer ceux qui doivent --- Page 403 ---
( 39 ) C4 raire partie du nombre des élus, on choïsira par
un nouveau scrutin & ainsi de suite. V/ On ne nommera point dans l'intervalle aux
places vacantes par mort ou par une autre cause ;
mais feulement au jour fixé pour l'élection. ordinaire , on élira le nombre nécessaire pour compléter le Comité, & en quelque nombre qu'ils
aient été élus, ils sortiront tous après la,troisième
année.
êche de pouvoir distinguer ceux qui doivent --- Page 403 ---
( 39 ) C4 raire partie du nombre des élus, on choïsira par
un nouveau scrutin & ainsi de suite. V/ On ne nommera point dans l'intervalle aux
places vacantes par mort ou par une autre cause ;
mais feulement au jour fixé pour l'élection. ordinaire , on élira le nombre nécessaire pour compléter le Comité, & en quelque nombre qu'ils
aient été élus, ils sortiront tous après la,troisième
année. « Toutesfois, dans le cas où il y auroit eu dans
» la même année plus de trois démissions, le Pré-
» sident en rendra compte à l'Assemblée générale,
» qui alors décid-era si elle doit ou non compléter
» le Comité». Les Commissaires qui seroient élus en vertu.
de cette décision resteroient membres du Comité
aussi long-tems que s'ils avoient été élus dans le
mois de Janvier suivant. V I. En l'absence du Président, le Comité sera pré"
fidé par le plus âgé des membres les plus anciens.
présens à la séance. v i r. Le Comité remplira les fondions suivantes r '
Il exercera une surveillance perpétuelle & toujours aûive sur tout ce qui peut intéresser la so- --- Page 404 ---
( 40 ) çiété, & remplir convenablement le but qu'elle
se propose. Il aura l'inspection direfte sur tous les membres
de la Société, relativement aux engagemens que
chacun d'eux aura pris.. « Il pourra suspendre le Secrétaire & le Tré- » sorier de leurs fondions, mais il faudra pour
» prononcer la suspension les deux tiers des sus-
» frages des membres du Comité présens, à une
» séance indiquée pour cet objet. » Le Comité sera obligé de rendre compte à
l'Assemblée générale qui fera convoquée ex-
» près, & aura le droit de réintégrer les Ofsi-
» ciers dans leurs fonctions, de les destituer ou
» d'accepter leur démission P. Il s'informera tous les mois. de l'état de la
caisse, de la recette & de la dépense, & vérisiera le compte que le Trésorier est obligé de
rendre conformément à son Office.. Il veillera sur les livres, documens & archives
de la Société, & suivra la correspondance. Il s'appliquera à recueillir toutes les lumières
que la Société ou ses Membres pourront rassemhier relativement à l'esclavage & à la traite des
Nègres. Il s'occupera des objets sur lesquels il est néte ssaire do faire des recherches, des moyens de --- Page 405 ---
( 41 ) s'en procurer les matériaux, & des travaux qui
peut être utile d'exécuter. Il entretiendra avec toutes les Sociétés déjà
formées ou qui pourroient se former pour le
même objet, une correspondance fraternelle &
entiérement dirigée vers la meilleure manière
d'arriver au but commun, en s'aidant réciproquement à le remplir, chacune selon la conflitution & le gouvernement du pays qu'elles habitent. Le Comité dirigera la correspondance en évitant soigneusement tout ce qui engageroit la
Société sans son consentement. » Il fera faire toutes les traductions qu'il jugera
» convenables, mais il ne pourra les faire impri-
» mer sans l'approbation de l'Assemblée générale ,
» à cet effet le Comité nommera quatre Commis-
» saires, deux de ses membres, & deux autres
>» parmi tous ceux de la Société. Les quatre
» Commissaires, après avoir examiné la traduc-
>* tion, en feront un rapport par écrit à l'As-
» femblée générale. Ce rapport sera figne ensuite
» & déposé dans les registres.
jugera
» convenables, mais il ne pourra les faire impri-
» mer sans l'approbation de l'Assemblée générale ,
» à cet effet le Comité nommera quatre Commis-
» saires, deux de ses membres, & deux autres
>» parmi tous ceux de la Société. Les quatre
» Commissaires, après avoir examiné la traduc-
>* tion, en feront un rapport par écrit à l'As-
» femblée générale. Ce rapport sera figne ensuite
» & déposé dans les registres. » On suivra la même forme pour les livres que
» le comité croiroit devoir publier ». Le Comité nommera des Commissions particulières, composées de ses propres membres,
pour traiter des obiets de sa compétence ; mais --- Page 406 ---
( 42 ) les Commissaires ne pourront, dans aucun cas;
former une déçision qui puisse avoir d'esset qu'elle
» ait été approuvée par le Comité, sur le rapport
de la Commission. II convoquera toutes les Assemblées générales
ordinaires ou extraordinaires , & arrêtera les
rapports qu'd devra faire à l'Assemblée générale,
ainsi que les objets que les membres du Comité
voudroient proposer à la Société. VIII. LES Commissions nommées par l'Assemblée
générale, n'auront de rapport à faire au Comité
qu autant que l'Assemblée générale l'exigera. 1 X. EN cas de mort ou de démission du Secrétaire
ou du Trésorier, le Comité pourvoira à leurs
fonctions , juiqu 'à ce qu'ils aient été remplacés
d une manière conforme aux Réglemens. X. LES élevions ou nominations de la compétence du comité y seront faites par scrutin,& dans
les autres matières de délibération les avis & les
voix seront recueillis comme dans l'Assemblée
générale. X I. » SEPT membres du Comité compris les Offi- --- Page 407 ---
~( 43 ) » ciers, formeront un Comité complet ; & leurs •
» arrêtés auront la même force que s'ils eussent
h été pris par les vingt-un membres ». X 1 I. LE comité rendra compte à l'assemblée générale de tous les mémoires qui lui seront adressés,
tant par les membres de la Société, que par des
étrangers ; mais il ne sera tenu de les lire qu'autant qu'il les jugera intéressans pour la Société,
à moins que quelqu'un dans l'Assemblée générale n'en proposât la leâure, & qu'elle ne la desirât,,i ^
;
k' -- - CHAPITRE VII V , De la Police générale de la Société, ARTICLE PREMIER. AUCUNE matière étrangère au but de la Société,
ne sera traitée dans aucune de ses Assemblées, sait
générales, soit du Comité, soit des commuions;
& tous les membres de la Société observeront
de ne faire servir son logement à aucune aÍfemblée, qui aurait pour objet d'autres assaires que
celles dç la Société, I I. » Conformément à l'article VI du chapitre 111 > --- Page 408 ---
( 44 ) *on n'observera ni rang, ni distinction dans la
» manière de se placer dans les assemblées de la
» Société , du Comité ou des Commissions. La
» place du Président, du Secrétaire & du Tréso-
» rier , seront seules réservées devant le bureau.
» Le Commis se placera à côté du Secrétaire. 1 1 I. » Les rapports ou délibérations une fois com-
» menées, chacun des assistans observera de ne
" point se lever par raison de civilité envers les,
» membres qui entreront dans l'Assemblée. L'ar-
» rivant ira immédiatement se placer de manière
» a ne pas troubler la délibération, il fera inscrire
» son nom lorsqu'elle sera terminée ».
seules réservées devant le bureau.
» Le Commis se placera à côté du Secrétaire. 1 1 I. » Les rapports ou délibérations une fois com-
» menées, chacun des assistans observera de ne
" point se lever par raison de civilité envers les,
» membres qui entreront dans l'Assemblée. L'ar-
» rivant ira immédiatement se placer de manière
» a ne pas troubler la délibération, il fera inscrire
» son nom lorsqu'elle sera terminée ». 1 V. NUL ne parlera debout ; & s'il s'élevoit quelque contestation contraire au bon ordre, le Préiident la fera cesser incontinent. Si Ion intcrposition étoit sans effet, il fera juger les contestans
par l'Assemblée, &: ceux-ci seront tenus de se soumettre à la décision de la pluralité. V. LES présens Réglemens feront imprimés; &
dans le cas ou lors de leur révision annuelle, ils.;
auroient subi des changemens importans, il en
fera fait une nQuvelle , édition; ou. bien on se con- --- Page 409 ---
( 45 ) tentera d'imprimer un supplément qui contiendra
les nouveaux Statuts. Ils seront inscrits dans un registre particulier,
oii ils puissent être signés de tous les membres de
la Société ; & à cet esset, ainsi que pour y avoir
recours au besoin , ils seront constamment placés
sur le Bureau dans toutes les Assemblées. Nul ne
pourra voter dans lesdites assemblées qu'il n'ait
signé les Réglemens. V I. » LA liste des membres de la Société sera pareil.
» lement imprimée chaque année. VII. » LES Rédacteurs des journaux ou autres pa";
» piers publics , seront invités à ne rien insérer
» dans leurs journaux ou papiers, au nom de la
» Société des amis des Noirs, que la réquisition
» ne leur en ait été faite avec la signature du Pré-.
» sident & du Secrétaire ». VIII. PERSONNE , à l'exception des membres de la
Société , ne sera introduit dans l'Assemblée générale qu'après qu'il en aura été délibéré. On n7 admettra au comité & dans les commissions qui que
ce soit, que du consentement exprès du Comité
ou de la Commission, --- Page 410 ---
( 46 ) 1 X. LES membres de la Société qui voudront lira
ou consulter les regislres, livres, documens ou
archives de la Société , seront tenus de s'adresser
au Secrétaire, & ils ne pourront les emporter
hors du logement de la Société , que par la permission du Comité. X. LES présens Réglemens ne pourront être ni
changés, ni modifiés, ni retranchés, ni augmentés , que du consentement de la Société , & conformément au chapitre I, & à l'article IV du
chapitre III desdits Réglemens. FIN. --- Page 411 ---
A TABLEAU Des Membres de la Société
des amis des Noirs. ANNÉE 1789. OFFICIERS. M. le Marquis de Condorcet, Président.
M. de Gramagnac, Secrétaire. M. Dufossey de Bréban, Trésorier* MEMBRES DU COMITÉ. MESSIEURS .H RISSOT de 'Varville!
E. Claviere. ~ Brack. Duchesnay.
Dufossey de Bréban.
De Bourge.
FIN. --- Page 411 ---
A TABLEAU Des Membres de la Société
des amis des Noirs. ANNÉE 1789. OFFICIERS. M. le Marquis de Condorcet, Président.
M. de Gramagnac, Secrétaire. M. Dufossey de Bréban, Trésorier* MEMBRES DU COMITÉ. MESSIEURS .H RISSOT de 'Varville!
E. Claviere. ~ Brack. Duchesnay.
Dufossey de Bréban.
De Bourge. De Montcloux. De Blaire. De Petitval. 10 Le Duc de la Rochefoucault. ^ . Le Duc de Charost. Le Mis. de Condorcet. +
De Gramagnac.
Cuchet. De Pasioret. Gallois. A ^ , /
N...jC^Tv^UTIr
N. c4L V N.
N.
N. --- Page 412 ---
(O TABLEAU Des Membres de la Société des Amis des Noirs , Suivant l'ordre de leur réception. MESSIEURS 1. BRISSOT de '\Varville, rue d'Amboise, nO. i o.
2.. E. Claviere, Administrateur de la Compagnie
royale d'Assurance sur la vie, rue damboise,
n°. 10. 3. Le Marquis de Beaupoil Saint-Aulaire, au
Temple. 4. Brack, Directeur général des Traites, rut d1
Grammont, n°. 1. ç. Cerisier, en Bourbonnois. 6. Duchesnay, Censeur royal, rue des Bernardins , nO. 37. 7. Nicolas Bergasse, rue de Carême-prenant. 5. Le Marquis de Valady, à Londres. 9.. Dufossey de Bréban, Direfteur de la Régie . générale , rue de Grammont, nO. 19. 10. De J3ou;rge, « rue des Filles du Calvaire, nO. 16.
11. Madame la Marquise de Baussans , Plact
Royale. 12. Le Marquis de la Fayette, rue de Bourbon f
nO, 81, --- Page 413 ---
( 3 ) A % MESSIEURS 13. J. J. Claviere, Négociant, rue Coq-héron, am
Parlement et Angleterre. 14. Roman, Négociant, rue Coq-héron, au Par»
lement d'Angleterre. 15. De Montcloux, fils, Fermier Général, rut
S. Honoré, n° . 341. 16. De Montcloux de la Villeneuve, Conseilles
à la Courtes Aides , rue S. Honoré, n°. 341.
17. De Blaire, Conseiller en la Cour des Aides j
rue Buffaut, près la Barrière Cadet. 18. Madame Poivre, rue Feydeau, nO. 22» 19. De Trudaine, Conseiller au Parlement, rut
des Francs-Bourgeois, nO. 39. 10. De Trudaine de la Sabliere, Conseiller au
Parlement, rue des Francs-Bourgeois, nO. 39. 21. Malartic de Fonda, Maître des Requêtes,
paîage des Petit. Peres, nO. 7. 22. Le Roi de Petitval, Régisseur général , paffage des Petits-Peres, n°. 7. 13. L'Abbé Colin, au Presbytere de S. Eustackem
24. Du Rouvray, en Irlande.
10. De Trudaine de la Sabliere, Conseiller au
Parlement, rue des Francs-Bourgeois, nO. 39. 21. Malartic de Fonda, Maître des Requêtes,
paîage des Petit. Peres, nO. 7. 22. Le Roi de Petitval, Régisseur général , paffage des Petits-Peres, n°. 7. 13. L'Abbé Colin, au Presbytere de S. Eustackem
24. Du Rouvray, en Irlande. 25. Le Duc de la Rochefoucault, rue de Seine
Fauxbourg Saint-Germain , n°. 42. 26. Le Duc de Charost, rue de Bourbon, n°. 70^
27. Short, Secrétaire de l'Ambassade des EtatsUnis d'Amérique, près la grille de Chaillou --- Page 414 ---
(4) MESSIEURS aS. De Pilles, ancien Procureur des Comptes,
> rut de Grammont, nO. 19. 19. Le Marquis de Condorcet, Secrétaire per-
- pétuel de l'Académie des Sciences, Membre de
l'Académie Françoise, hàtel de la Monnaie.
30. Charton de la Terriere, en Amérique, 3 1. Kornman, rue Carême-prenant. 3 2.; Blot ) Contrôleur de la marque d'or, à Lyon,
33. Efmangard, fils, Conseiller au Parlement,
t rue des Capucines, nO. 22. 34. Dieres,. Conseiller à la Cour des Aides, rue
Jacob. 35. Des Faucherets, rue de Paradis. 36. Gramagnac, Docteur en Médecine, hôtel de
Lussan, rue Croix des Petits-Champs. 37. Lanthenas, Docteur en Médecine, rue Thevenot, n°. 31. 38. Bérard, rue Mêlée, nO. 12. 39. Le Comte de Couflard Saint-Lô, rue NotreDame des Victoires, n°. 31. 40. Du Vaucel, Fermier Général, rue neuve des
Mathurins, nO. 1. 41. Le Duc d'Havré, rue de Bourbon, n°. 72.
41. L'Evêque de Chartres, à Chartres. 43. Cuchet, Libraire, rue Serpente. 44. Gallois, Avocat au Parlement, rue des petits
Augnjlim, nO, 24, --- Page 415 ---
( 5 ) MESSIEURS 45. Le Marquis de Mons, rue neuve des PetitsChamps , n°. 26. 46. L'Abbé Guyot., Prévôt de S. Martin de
Tours, rue Traversirre , n®. 3 5. 47. Pigot, à Genève. 48. Le Baron de Dietrick, rue Poissonniere.
49. Lavqiiier, Fermier Général , à CArfenaL
5o. Bergerot f Directeur des Fermes , hôtel des
Fermes. 51. Biderman, Négociant, à Bruxelles. 52. De Pastoret,< Maître des Requêtes, rue des
Capucines, n°. 74. 5 3. Cottin fils, Banquier, Chauffée d'Antin, nO. 6.
54. Le Comte d'Avaux, rue S. Dominique, n°. 49.
5 5. D'Audignac, Directeur de la Régie générale,
rue de Choiseul.
ôtel des
Fermes. 51. Biderman, Négociant, à Bruxelles. 52. De Pastoret,< Maître des Requêtes, rue des
Capucines, n°. 74. 5 3. Cottin fils, Banquier, Chauffée d'Antin, nO. 6.
54. Le Comte d'Avaux, rue S. Dominique, n°. 49.
5 5. D'Audignac, Directeur de la Régie générale,
rue de Choiseul. 56. Le Comte de !a Cépede, au Jardin du Roi.
57. Munier de Montengis, à l'Hôtel Royal des
Invalides. 58. Madame Claviere, rue d'Amboise, nO, 10.
59. Le Chevalier de Bousflers, hôtel de Rohan,
rue de Varenne. 60. Gougenot , Receveur général de la Régie
générale, rue de Choiseul. 61. Petry, Directeur des Fermes, hôtel de Longuev ille , rue S. Nicaisè. --- Page 416 ---
( 6 ) MESSIEURS i5 2. De Saint-Alphonse , Fermier Général, rue
S. Honoré, nO. 413, £3. Fortin, rue Choiseul. 64. Henry, Avocat au Parlement, rue S. Jeande-Beauvais. 65. Le Comte de Crillon, Place de Louis XP.
66. Le Prince Emmanuel de Salm, rue de Grenelle
fauxbourg S. Germain, nO. 131. "7. Madame la Duchesse de la Rochefoucault,
rue de Seine, fauxbourg S. Germain. 68. Duport , Conseiller au Parlement, rue du
Grand-Chantier, n°. 2. 69. Segretier. 70. Madame la Marquise de la Fayette, rue de
Bourbon, nO. 81. 71. Soufflot, Infpe&eur des Bâtimens de Sainte
Geneviève, à Sainte Geneviève. 52. Agasse de Cresne , rue Pavée S. André-desArts, n. 12. 73. Servat, Agent de la ville de Bordeaux, Boulevart Montmorency, vis-à-vis le Pavillon. 74. Croharé, rue de la Comédie Françoise, au coin
de la rue des Cordeliers. 75. Le Comte de Valence, rue Chauffée d'Antin,
n. ° 70. 76. Hocquart de Tremilly, Avocat Général de la
Cour des Aides, rue Neuve des Petits-Champs,
n°. 71. --- Page 417 ---
( 7 ) MESSIEURS 77. Le Comte Charles de Lameth , cul-de-sac
Notre-Dame-des- Champs. 78. Le Chevalier Alexandre de Lameth, mime
demeure. 79. Le Chevalier Théodore de Lameth, même
demeure. 80. Le Marquis du Chatelet, hôtel de Brissac,
quai des Thèatips. * 81. Le Prince de Léon , hôtel de là Rochefoucault,
rue de Seine. 82. Le Comte de Rochechouart * me de G'r-cnello
sauxbourg S. Germain, n°. 99. * ' « 83. Molliens, premier Commis des Finances;
rue de la Michaud'àre. 84. Bergon , premier Commis des Finances,
rue de la Michaudière. ' S5. De Sannois , Fermier Général, hôtel des
Fermes. v » 86. Le Vicomte de Ricey * rue de 87. Le Comte de Gouvernet, rue de Verneuil;
n o. 50. 88. Benoît de Lamothe ,oSons-ches de la comptabilité de la Régie générale , ruç neuve Saint
Euflache, n°. 11.
re. 84. Bergon , premier Commis des Finances,
rue de la Michaudière. ' S5. De Sannois , Fermier Général, hôtel des
Fermes. v » 86. Le Vicomte de Ricey * rue de 87. Le Comte de Gouvernet, rue de Verneuil;
n o. 50. 88. Benoît de Lamothe ,oSons-ches de la comptabilité de la Régie générale , ruç neuve Saint
Euflache, n°. 11. 80. Le Chevalier de Leaumur, rue Thérhfe, n°. i.1
90. Leroy de Camilly , Payeur des Rentes , rue,
S. Marc, nO. 23. --- Page 418 ---
( 8 r MESSIEURS 91. Dupleix de Mezy, Conseiller au Parlement,
rue des petites Écuries du Roi. 92. Vallon de Villeneuve, Sous-ches de la Régie
générale, rue S. Joseph. 93. Le Marquis de la Feuillade, rue des Marais.
94. De Meulan, Receveur général des Finances,
rue de Clichy. • ~"tJ.c,Vç>(oU4*6e*xr-* 95. 96. '
97. 98. > 99. 100. ~OLQJAJcl^ tJ,
~101.xS-^r2, ~IO 1.2^6^ <4^CIO » « ^ ~IO3. f 104. S2oy*, 105. 106. 107. ~-o ( <> h » - ASSOCIÉS ETRANGERS. L'Abbé Piatoli, boulevard de Richelieu, chez Madamt la Princesse Lubormiska, --- Page 419 --- --- Page 420 --- --- Page 421 --- --- Page 422 --- --- Page 423 --- --- Page 424 --- --- Page 425 --- --- Page 426 --- --- Page 427 --- --- Page 428 ---
la
omigon
3) des
convocation
brats-Genéraux eut traversé les
>) plus riche de vos Colonies
mers,la
> vous
s'empressa de
envoyer -
des Représentans; peinella
même nouvelle eut frappé les
>> habitans de la
oreilles desi C
Guadeloupe., qu'ils. s'assem-
* blèrent le 26 Février dernier. Voici le ron
# sultat dc cette Assembléc
patriotique. AsI --- Page 333 ---
ot ROIDO 20017
dil - Procis-verbal 1u5209 des Délibérations,
Estrait
Coloniale de la Guadeloups,
de TAssembice
2018 tenue all mois de Février 1789: bruobe
GI GO138112RIE a
sle voeu
3 4 Iha été mis en quesibn,d'apeest oà lés
* du Comité, si dans la circonstance être
2 Etats - Généraux du Royaume vont
à
>) assemblés, il ne serait pas avantageur - 01
> la Colonie d'y être représenté. devaitsolla Colonie
5) Il a été arrêté que
conséquence
3 liciter cette faveaty er'qu'en charges de
Messieurs dan Comiré geraient
-
Mémbire
Nal
cet effet,un
qui
" rédigera
>) rait remis à Messieurs les Adminiswratears, S
au Ministre
> avec priereidel'adresser A
les Membres
> Signé à la minute de tous 36353 325 lot
colonial. 5.ab
> du Comité
3h Certifié couforme à Texpedition deposée
2 entreles mains du Commisaire-Rapponsus Guades Colons dela
3 noomméenfAsscmbice
a Paris, par nous Députés
2 deloupe; présens Nationale. Paris, 1c8 AonE
> versfAssemblée
2) AATete les C8 a
s. En vertui de cette Deliberation,
a PaHR,
> lons de la Guadeloupe 2 assemblés
Cr
au
connaltre
% se sont adressés
Roi, pour
suivreles formes quidevaiene lési introdure
*
Nationale: voicila Lettce
<32 dans T'Assemblée
4t
putés
2 deloupe; présens Nationale. Paris, 1c8 AonE
> versfAssemblée
2) AATete les C8 a
s. En vertui de cette Deliberation,
a PaHR,
> lons de la Guadeloupe 2 assemblés
Cr
au
connaltre
% se sont adressés
Roi, pour
suivreles formes quidevaiene lési introdure
*
Nationale: voicila Lettce
<32 dans T'Assemblée
4t --- Page 334 ---
3) quils ont cu Phonneur d'écrire à Sa Ma
jcste.
utaen
NOVE
-
ubn3
SIRE,
Inso
LES Colons E
de la
Ear les ordres de Votre Guadelonpe, asionMes
vrier
Majesté, ait mois He Pe
T
dernier, a
szaminaicnisil ne leurferait pas
avantagenz a
d'étre représcatés Aiiemblie
Nationale, Isfurent tOUS d'avis d'en sollietter
lafaveurs 210
et le Comine colonialfur charge de
rédigerun Memoire quia dit étre adieisiol Mi
nistre de la
a Votre
Marine, L
pour en étre rendu compte
Majesté.
Btllos ST L
Cesteevai unanime, -
Sire,
les Colons
la
guc
de
Guadeloupes présens à Parit, S'empressente
demettre aur pieds de Votre
plus grande
T19S
Majesté, ;ilest dela
importance pour eur, et pourleurs
freres qu'elle daigne les proséger,ei cette impordenefacadineseaak bien général du
4S
LAsembléc
Royaime.
Nationale, Sire, S'occupe en 11s ce
moment de la Constitution: ; cspendant la Guadeloupc nya aucun Représentani, etsi
article de cette Constitution blessaictes Zroits guelque des
Coloni, contrariait les principes de lalocalité,
mettait des entraves aux progres des cultures ct
du commerce, nuisait aur rapports quidoiven
erister entre cette Colonie et la Métropole la
Cuadeloupe se trouverait caposée 2 des
4025 malsa - LD
Sire, S'occupe en 11s ce
moment de la Constitution: ; cspendant la Guadeloupc nya aucun Représentani, etsi
article de cette Constitution blessaictes Zroits guelque des
Coloni, contrariait les principes de lalocalité,
mettait des entraves aux progres des cultures ct
du commerce, nuisait aur rapports quidoiven
erister entre cette Colonie et la Métropole la
Cuadeloupe se trouverait caposée 2 des
4025 malsa - LD --- Page 335 ---
29 Faute davoir étd eris
yent-Btre irdparabler, instruire la religion
sendue, faute d'avoir Nationale. pu
D a RTI
del'Ausemble
7 entrainés
Frappés de ces inconvéiens, 3B
vos fideles
RCETE
1e besoin de les prévenirs ST chercher les moyens
Sirt.,sent réunis pour
regards se sont
Leters premiers
dx remédicr. - le Minintre de Votre Majesté, 11D V
tournés vers
de La Marine : 2 qut
chargé du Département des dispositions fayo- IDST
nous a laisse connaitre LT SO SMI TM
Sb 333211
rables- DoSt 3 Hauor ce prémier suct pressts
Encouragis par
les Colons de
dailleurs par les cinomnancti, nommé six - Commissaires,
la Guedeloupe ont
dans tout ce
de les reprbjenter 33
isitt tb
-
avec nouvoir
leur Sugitérer aar
que la prudence Ferte ces B3 Commisatires noma
Norts
erz
- U
fommes Colons de la Guadeloupe : c'est
mesper les 31
Vorre Majesté
teur, nona que nous conduite, supptionz d'accucillir leur
leur
d'approuver
nos démarches, 2 Pefee
YEM ct d'auroriser
a TAssemblée NaReprésentans
1353 - SaloiT*t
dobtenir.det
ricnale. 9b A rappeller, Sive, quenous 03
par33 Daigneuvous Colonic
cent cinquante
lons
une
qui,depuis
S1
pour Jon bonheur & fa gloire Fappartenir
31 ensndait
trois sièges sans
à la Francs gui d fourenut TUR a courages qui &
autre fecours gie fon propre
'auroriser
a TAssemblée NaReprésentans
1353 - SaloiT*t
dobtenir.det
ricnale. 9b A rappeller, Sive, quenous 03
par33 Daigneuvous Colonic
cent cinquante
lons
une
qui,depuis
S1
pour Jon bonheur & fa gloire Fappartenir
31 ensndait
trois sièges sans
à la Francs gui d fourenut TUR a courages qui &
autre fecours gie fon propre --- Page 336 ---
mieuz aimés voirses bienepilléey dovastesg
cenditrsque, de se soumettre 2 une domination
tarlangères qui alimente le commerce
detrente millions de
nationat
gnervous
denrees; enfin, Sire, 35 3 - dail
rappeller que cette Colonie interes
sante par son coimerce et ses culrures, ne
contient pasun seul habitane qui ne
fond du eaur, un
soit ail
devesfajets les
Nous sommes avec le plus
plusfdetens
Sire, de Votre Majestés
profond L
respect,
zol 90291 Les erskumba,
25198 enss
très-soumis et
ammort
aris-fidiles Sujets,
SHI
Les Commissaires de Za
Signé, De Curt,
Guadiloupe.
Cosmiunsire-lagpentun
Le 8 Août dernier,
nistre de la
> ils reçurent du Mi
Marine, la réponse stivante.
Veralles, le 8 Aout 1789:
Jen'ai PL, Messieures remestre
CC
matin au Roi,la lettre dont vous
que
hier pout Sa Majesté: les
am'asegchargé
lonie de
Députés de la Codans PAssemblée Satnt-Demingue, ayane été admis
Nationale, iZ est
vous
erès-juste
que
vous yadressicpours obkenir d'y Étre
mprdfntés, et le Roi me charge dexcus mander qu'il agréera les demarches que
2 cet effet-Ne
vous farex
doutepas du plaisirpersonriei
gueiiai de vous L'anmencer, et receyer les as- --- Page 337 ---
31E
dekatachenant sincère avec-leguat
surantes
d'atres Messieurs, wotreliree
Teisthenntur rres-obéissant fervizeur. Signé La
humble. ct
Luetne- 3132 MR0S - 2avaah Sb anmbancatmonnals
Cemifié conforme à T'original déposcente
nommé
lesmainss du Commestueciopeuee
entAssembice des Calonndchdesidearer
noueDépatés Sventhereblfehatase
par Parisa le B.dollt 4789-:) davs 2aminoz MOW
Signé, De Curt, Commismie-twpatree les
la lettre ministerielle reçue,
a Desla Colous assemblés à Paris, après
3). mêmcs
réguliere , ont nommé
27 une conyocation la voie du scrutin 21312
>) six a Dépurés, par
Propes-terbal d'éledion des Dipusés, Faite
partdusenbide des Colons dela Guadeloupe,
préscus a Paris. siliea
et propriéraires
Se Nous gouonigoeshabitats
asseme"
> dans la Colonie de la Guadeloupe,
d'aprèsle voeu connu et expris blésd Paris;
dehberations
5) araentermevebso Coloniale de ladite Ie, 3
>) deu PAssemblée
lequel C
> tenuc au mois deFévrier la 1780, minnte da proà
prés
5, ets-verbalercannesé
expressedu
sent,eten vetcudefsutorkadione dansnotre assembléede
>) Roiyavons procédé M: Guillon, nomme
s cC jout, présidée par
et expris blésd Paris;
dehberations
5) araentermevebso Coloniale de ladite Ie, 3
>) deu PAssemblée
lequel C
> tenuc au mois deFévrier la 1780, minnte da proà
prés
5, ets-verbalercannesé
expressedu
sent,eten vetcudefsutorkadione dansnotre assembléede
>) Roiyavons procédé M: Guillon, nomme
s cC jout, présidée par --- Page 338 ---
a aolos aoslq m193 32
Afunanimre du scrutin,
a 3 8S Q2 -1
à Télection de
Députés vers lAssemblée
Six
A Par 1a voie du scrucin. Nacionnic.auat
2 Vérification faite, en 1aVi13 5 as lup
2 missaires nommésà.cet présence des ComD la grande najorité, elfet,out été élus à
2 Curt,le Marquis de Messicurs Guillon, de
b Vicomre de
Dampierte, de Boyyin,le
Galbert, ct du Bois,
#promis, parserment, des se
lesquels ont
ereicerpatedcrers
3)
-EEESISTE
loupe, d'y
Rmaater
a d'y admettreses étcereprésentée,ere demanderont
Députés
n
Esnommésprovisoi
ta
ummenty/iungeapegaiits
ssoientgonimehou
a nationale
Aremnsemels FAssemblée
woudraluiprescrire
1350 Signé à la minute les
USVIDI
3 priétaires dans File de la habitans et pro37 sens à Paris.
Guadeioupe, préJ5 >
3ASISI0 a up eloit
a nos mains, parNous
cotmeete
2s teur. Signé, De Curt. Commibeasic-Rappore S
b 3 C'est en cet état
3a de présenter à a
qu'ils ont eu Thonneur
P'Assemblée Nationaleleurs
leur
hommages, tendante a
fidélité, et leur adresse
Tadmission de leurs
nommés
Députés
prorisoirenent,j jasqu'a cC qu'ils
soient --- Page 339 ---
sE 33
selon les
canfrmés, ou remplacés
> soient
indiquera.
y kscineiaus que votre faits: fagelife voici les quellions
122015, Telisont les
celle de
a j'en excepté
5 qui en dérivent, qui est déjà jugée par la
slehrs admission,
S sColonie de Ssint-Domingue:
L
elle; Franb wFrançaise d'origine . 3 comme par -
ses prooacaise par son administration, commerce et par les
swpprnetairess par sotr
pia Guaztributsi gurelle-payeat la Mérropole,
dans
190 deloupe a'le droicde prendre esaplace
appAsemblée Nationale, Stelle pa pas'reçu
elle-aen, de
aardeslettres de convocation-, Pautorisation
> plus que" Sainc-Domtingue, réclamier une juste represenvpdu' Roip pour
qui
aerihmTAmembise Narionale,ce
des lettres de convocation9) équivaut
Y'admission des Députés,
2 D'ailleurs,lors-de condamné les motifs ministéayousavez
convo-
> riels qui auraient pu empécherleur d'Etat
au9 cationyt ECE les raisons
qui.les
raient fait oublier, Vousne vous êtes point
D arrêtés àce défaut de lettres de a convocavous avez
si l'ile de
at tion eE
peasé quc, avaitt été
2 Corse. > possestion conquise,
de rai-
: appellée, il y.avait encore plus
D sons d'admettre des Colonies quin'avaient
293 jamais C cesté d'eus Frangaiscs. munoe
R D 33
C
ansioa
qui.les
raient fait oublier, Vousne vous êtes point
D arrêtés àce défaut de lettres de a convocavous avez
si l'ile de
at tion eE
peasé quc, avaitt été
2 Corse. > possestion conquise,
de rai-
: appellée, il y.avait encore plus
D sons d'admettre des Colonies quin'avaient
293 jamais C cesté d'eus Frangaiscs. munoe
R D 33
C
ansioa --- Page 340 ---
sup e La,
- 13
34 dis
dai - R
TIBNE
tiscanae
5)
de
guestion CSt de savoir silea
fomnes
Téleccion
U
)
des Députés est
22 liere, net ct leurs
sn 20
2>
pouvoirs sont
fegu3
-
D'apres lexamen
sufhsans.
que le
&
>
-
Comité a fait des
ARATAS Procts-verbauix, ilap
9Usu
)) tions
penséque ces nomina931
pourraient être plus
)) directes ;
régulieres et plus
WG
cependant la
2)
les Colons de la
marche suivic par
>
Guideloupe, ct par leurs
SL Représentans a
à Paris; est
3)
sutisante
2 13 montrer, IT
d'un côté, le
pour
3)
vocu exprès des
3 Colons at
d'ètre
3 a
s) le pouvoir
représentés et de Pautre, 9
JUSV
donné à
e)
scant a Paris
Messieurs du Comité
-101
> de parvenir à
>) sentation. Srtfnon Tnos
cette repré-
-03 7) C'est en vertu de
>) raux ,, que les
ces pouvoirs géné83
habitans ct
33 la Colonie se sont
proprietaires de
75 d'après le voeu assemblésa Paris; c'est
exprimé dans
2) verbal des délibérations
le procès-
> loniale, du 26 Juillet, delAssemblée co3) par la voie du serutin, qu'ils ont procédé,
>
nold klélection de six
Députés.
- noiisit
on, En effer, la délibération du
> leur a transmis le
26 Fevrier,
> Députés,
pouvoir de nommer des
comme une suite
> pouvoir d'obtenir la
nécessaire du
>> Colonie dans
représentation de la
PAssemiblée
27 Etant autorisesparle
Nationale,
Roi, a s'y présenter
) par la voie du serutin, qu'ils ont procédé,
>
nold klélection de six
Députés.
- noiisit
on, En effer, la délibération du
> leur a transmis le
26 Fevrier,
> Députés,
pouvoir de nommer des
comme une suite
> pouvoir d'obtenir la
nécessaire du
>> Colonie dans
représentation de la
PAssemiblée
27 Etant autorisesparle
Nationale,
Roi, a s'y présenter --- Page 341 ---
que
detnicr, il était impossible
3 ie 8 Aout
elle avait
5 a la Guadeloupe 2530 futreprcentée,sie 3
a T'AS-
-
elle-mème ses Députes 5uL
p dû nommer
Placee à quinze - - Igs cents C
semblée 8
Nationale.
no elle aurait vus'e29h 2 lieues de la Sup: Mécropole, - a
-saund
SIX - mois entiers,, avant de parvenit on
M coulet 35 29
c'ett-a-dire, 2 051D
Aune pareille Rceicientation, auraient u1 bien PU se trou- 29
aque fes Députés quand TAssenblée g2 Naxet à Versailles
Cependant voici in0m1 1 le
sera séparées
-
les
isionale 1
de la Constititions, 2
a des
: moment précienx
revétus R
e
de la Guadcloupe sont LOG al veut
ai Députes
de la Colonic,
>
genéraux a
3D
pONvOirP
dans - for
$ ils sont nommés JA -
5 Y coopérer ordinaires du scrutin, et par des Co2 30 peuvent être considérés comme
AERS 3
qui
le voeu de TAssemblce
285 Electeurs, d'après
a obte*
du 26 Févrict, tendant 195
b colonialc
diss asb Isdiav CE
ir une repoésentation. qui se, Prégententy S9 souf
3b8 3U Les Députés A d'ailleurs à
leur çonfir-
)
L
rapporter
312 mettent C
la Colonic 3 ct ne réclamient
$ mation par
provisoire jusqwa ce moaqueiedinision jnsquace quils ssoient remplacés
a ment, OH formes que rassembléc Nationale
ut dans les
unoido'h le
a
Comité
ces circonstances
eosemet
> Dans a leur election était aussi régulière
pensé que 2
C2
3U Les Députés A d'ailleurs à
leur çonfir-
)
L
rapporter
312 mettent C
la Colonic 3 ct ne réclamient
$ mation par
provisoire jusqwa ce moaqueiedinision jnsquace quils ssoient remplacés
a ment, OH formes que rassembléc Nationale
ut dans les
unoido'h le
a
Comité
ces circonstances
eosemet
> Dans a leur election était aussi régulière
pensé que 2
C2 --- Page 342 ---
3) que les citconstances del leleignemient
>ovaient le permettre, et que leurs pouvoirs pou.
wetsiencadmioibles,
querd deur nomination saufconfirmation, vafin
wiblement
obtienne inconcestace caractère direcs
22 erdeliberté, que la
d'universalité
3) aite validité,
Loiexige pour leur - parr
>) La troisième question est la
23 tante, c'est celle du nombre des plus impor-
> qui seront admis.
Dépurés
LLe Comitéde la
- -
msixogetila Colonie Guadeloupe de
cen anommé
piest plus considérable Sainte-Domingueyqui de la moitié, n'a ob-
"tende votre justice, qu'un
29> Le principe admis,
pareil nombre.
wréglen la mésure deila jusqulaprésentyl pour
> les Provinces du
représentation:e dans
2 binep da
Royauine,a été dercompopulation ct les
> vous avez pensé
ampôts; mais
inapplicable
gue cC thermomètre était
aux Colonies ; vousavez cru
wque Fimportance et férenducde
270 sionsy la nature des propriétés cesip posses351 tures, le nombre immense des erdes cul-
> sommes considérables
Noirs, et-les
que les
291 versent-dans la balance du
Colonies
27 dans le Trésor public, étaient commerce,ou des
dérations importantes
consiqui formaient une
mexception pour les Colonieson 0
sou
oup É 20OY C a 20sa5lib --- Page 343 ---
nsmso
37 ona12n05313 esloup
leuir repeésenitations
Afhsi, pour graduer
aux
Sd'aptès d'autres principes appliqués
vous remettrai
>, Provinces du Royaumeyjer
de laldé
7) rapidement les dilferentes-bases
Conité.
oup anadilobzs
3, cision du
agibilev 0318
"I.O La population.
omsi01 cl
10916 mille Colons? JIRSuP
mille ARratichis.b slloo 122
alsi
euabs Jn0132 mP
>) 120 mille Noirs.
fhumanité saffige de odderJe'sais que
de
et du commerce;
- hier caleul la politique
mille
somais'si on ne peut pas mettre les 120
33 Noirs au nombre des Représentés,om ne
wdoitpassumoins les abaisser au nombre des
osl bètes - ide somme, 2 et vous devez appercewtyoir dans cette lie, une masse de populastion, qui équivaut à plus dun tiers de celle
aide Satt-Domingue:
NOY
à la division judiciaire de la
1129 Quant
elle esto faite en trois Séne-
* Guaderoapey mais vous avez cru ne devoir
ichanssées,
odu nombic
03 pais lais suivre dans le réglement
00 de Deputes de Saint-Doningue- HOUOE
007 Cesitrois: Sénéchaussées qui ressortissent
Souverain: séanta labasse
31 inumentauConstil
être considérées comme BaiS terre,peuvent
formant des
>
liages principaux,
quarucrs
D différens. On vous dit quc c'est d'après unc
C3
Guaderoapey mais vous avez cru ne devoir
ichanssées,
odu nombic
03 pais lais suivre dans le réglement
00 de Deputes de Saint-Doningue- HOUOE
007 Cesitrois: Sénéchaussées qui ressortissent
Souverain: séanta labasse
31 inumentauConstil
être considérées comme BaiS terre,peuvent
formant des
>
liages principaux,
quarucrs
D différens. On vous dit quc c'est d'après unc
C3 --- Page 344 ---
S
NO coatillio# 18g n38
# pareilie division, en trois 2aaugSC 21013 linst R
1 arexaccondéas
parties, que vous
324 putés par quartier; Saint-Domingne maisle
deux De-
"iquela division: judiciaire Comité a pensé
ne devait avoir
-apeuneinfueteesur la mesure dela
a.sentation. BI auog ollaa
repréqu 349 Lesimpoes Le Boi anob 20 nousion
rment à la
perçoit apaucllewisortie des denrécs Guadeloupe un million sur la
MPitationusur les Noirs coloniales, et
par une ca41
sur les Blancs ouvriessipar un droit sur les
# limdastriessur les
des cabarcts, sur
a l'enirdo des dearécs loyers
maisons., et
e
d'Europe sujectes au
poidso al 490069100
30 O Les dnoits duDomaine d'Occident
avents'elever à un autre
peu91 24 Enfins-les droits
million, 120
nded consommation peélevés sur les objers.
ak la
que.! le commerce fournit
wilcurs Guadeioupe 1 sont incalculables par
sabdivisions.
2 49 La Navigation.
X 5110g noie
- a LaGundeloupe reçoit des
EL A
3 de Fruce environ
différens Ports
9 d'eaviron
cent navires, du Port
25 mille ronneaux, ct
32 vigation
cette naoccupe au moins trois
3 telocs,
mille ma22 D'aprés ces bases
33 rait d'abord que la combinécs, il sembleGuadeloupe pourrait ob- --- Page 345 ---
un par Bailliage, ou
9 tenir trois Députés, 1017 09 101
ollionng
9) guartier.
ces bases de le Comité a cru que
>) Mais
toutes égalene sont pas
P repeésentation Les esclaves ne peuvene rien
> ment solides.
leur liberté; cette po2) defeudre,pusmimel nulle
la représenta2 pulation est donc couleur pour ne sont pas apde
) tton.Les gens nomination des Représcntans,
3) pellés a la
entrer en ligne de
doivent donc pas
> ilst ne
matelors ne sont d'aucun pays,
>) compre; les
sur lesdendes impôts perçus
5) et une partie
a
lesconsomma3) rées coloniales, estpayéepar 351091 200 obungl
3) teurs de France.
le Comité a
> Dans ces circonstances,
Or90
comme la division en trois
> pensé que,
dansles Colonies, deux De-
> dres estignorée
suffiraient, et qu'en comséquende,tes
> putés
réduiraient cux - mêmes, sauf
3) Députés se
la décia
en observant que
7) confirmation,
Assemblée
cette premièere
>) sion portée pour
à
,
nc tirera point conséquence
5) Nacionale, uliérieurement sur le mode et la
saufa stazuer
des Colonies. a D
mesure de la représentation
dans la saSG
et combiné,
c Après avoir pesé
tousi les intérêts de
7) gesse de l'Assemblée,
d'imposition,et
> alugendisimuasenteny 281
C4
7) confirmation,
Assemblée
cette premièere
>) sion portée pour
à
,
nc tirera point conséquence
5) Nacionale, uliérieurement sur le mode et la
saufa stazuer
des Colonies. a D
mesure de la représentation
dans la saSG
et combiné,
c Après avoir pesé
tousi les intérêts de
7) gesse de l'Assemblée,
d'imposition,et
> alugendisimuasenteny 281
C4 --- Page 346 ---
wdecommerce, que Ce genre de possessions
miprésente,
19 Le Comité a pensé aussi
3) conformer à vos
que c'était se
principes, d'admertre
> autres Députés au droit de
les
3) vous l'avez accordéa tous scance lesi
comme
2) saint-Dominguer
Députés de
ubast Slsnoi
oldms
2) Cest ainsi,
22 lesi noruds qui Messiearay lientles
qu'en resserrant
Colonies à
37 tropole, vous fontifierez vos
la-Mé3 colle quis
rapports avec
depuis.tgo-ans, n'a
>> nerdes prcuyes deison
cesséide donpatriotisme >
M, Bariere des Fieusac rayant cessé de
leta M. le Président demanda Si
par
des honorables Membres avait desobserva- quelqu'un
tions à faires un cri général siétant fait cntendre Pour aller aux voix, le vocu de IAS
semblée far interrogé à la manièré accoutumécn et - lavis du Comiré fut unanime nement
adoptén sans discussion préalable. noits
46 L'Assembléc ede vos freres,
2) afant entendu le rapport de votre Messieurs, admis33 sion a l'Assemblée Nationale,
3, auxmesures prises pour
applaudit
sc, conformer
Faccéléren, ct pour
au décret rendu le 225 elle
) procéda, ainsi qu'il suit, àla nomination
>> des Députés qui devaient avoir voix
32 libénative Da a
del
baooge
xiodo
5n 0 --- Page 347 ---
Extrait du Proces-verbal de TAssemblée de
Messieurs les, Habisans et Propriétaires dans
la Colonie de la Guadeloupey tenue à Paris
125 Septembre 2789. 20
19e0olnos K
binmog M. Guillon la présidant, décret de l'AsM.de Citrt y fit lecture du
semblée Nationale, rendu le Mardi 22 dupréelle a admis la dépusent moisi 2 parlequel
de Mestation de la Guadeloupe, composée
sieurs Guillon , de Cuit te Marquis de Dampierres de Boyvin, le Vicomte de Galbert
et du Bois, nommés parla voic du scrutin:
de mahière cependant 7 que deux desdits
Députés sculement ayent voix délibérative,
ctles quatre autres, reçus comme Suppléans,
jouissent des mêmes droits que Messieurs les
Députés fuppléans de Saint-Domingue
L'Assemblée des Colons de la Guadeexécuter le décret de PAssemloupes pour
la voic du
blée Nationale, a procédé, par
sc-utini, au choix des deux Députés appellés
avecivoix délibérative.
Les.scrutins levés et vérifiés par les Commissaires nommés à cet effet C , M. de Curt a
été nommé premier Député, à une très 301
grande majorité,et il a accepré.
Les mêmes formes ayant été employées
le choix du second Député, M. le
pour
semloupes pour
la voic du
blée Nationale, a procédé, par
sc-utini, au choix des deux Députés appellés
avecivoix délibérative.
Les.scrutins levés et vérifiés par les Commissaires nommés à cet effet C , M. de Curt a
été nommé premier Député, à une très 301
grande majorité,et il a accepré.
Les mêmes formes ayant été employées
le choix du second Député, M. le
pour --- Page 348 ---
Marguis de Dampierre a réuni, cn sa
la grande majorité, mais
faveur,
bligé de s'absenter pour des. ila,pbservé, affaires qu'otantes 2 il priait l'Assemblée
impordémission. Desregrers honorables d'accepcer sa
à M. le Marquis de
ont prouvé
P'Assemblée avait
Dampierte > combien
ses moyens.
comprésur son zèle ct sur
llacté, de suite, procédé à un troisième
scrutin dans les mémcs formes; lc résultata
étéren faveur de M. de Calbert, qui a réuni
la pluralité des Yoix, et il a accepté.
Lecture faite de l'élection des Députés
qui doivent être Membrés de PAssemblée
Nationale, ila été arrêté que le Commissaire-Kepporteur lui adresseraita le procèsverbal, comme contenant le voeu général,
pris librement ct, legalement, de tous les
Colons,
Et d'aprèsle départ annoncéde bad
M. du
un
Bois,
desguatre Suppléans, la conduite de
qui l'Assemblée des Colons a donné des.
clogesi, ila été procédé, a par la même voie
du scrutin, et avec les mêmes formes, son
semplacementsa la pluralité des voix, M. le
Chevalier Filassicr a été nomme, et il a accepté,
Er ont signé tous les Membresde PAssemblée des Colons de la Guadcloupe. --- Page 349 ---
M. de Boyvin - , dont vous connaissez 3
zèle et les talens, avait anMéssieurs 9 le
noncé qu'il lui serait impossible d'accepter
la députation avec voix délibérative, sa santé
de séjourner a Verne lui permettant pas
sailles. Il éprouva dans cette occasion, par
les regrets de T'Assembléce, combien elle OI sait 292
apprécier le mérite.
Voccuperent de
Vos fieres, Messicurs,
d'un
former un Comité permanent, composé De
President, de deux Seerétaires, des six
putés et de cinq autres Membres. silstulo de la
Ce Comité,auquer tous les Colons
Guadeloupe zuront droit, et seront invités
d'assister avec voix déliberative, s'assemble- la
ra tous lesI Dimanches, et plus souvent, si
circonstance l'exige. Il correspondra avec
Messicurs, sur les intérêts de la Colonic; vous, il recevrà vos ordres, et en attendant,
les réclamations à
il dictera a VOS Députés,
Nationale,quaupees
faire, bant rAssembléc
up
du Ministre.
510 Les proces-verbaux de vos Assemblées COIontales, qui sont en sa possession, lui indiles objers surlesquels vous avez déja
queront manifesté VOS vocux, ct en leur donnant
toute l'extension que les circonstances autorisent, d'apres lcs intentions paternelles old du
recevrà vos ordres, et en attendant,
les réclamations à
il dictera a VOS Députés,
Nationale,quaupees
faire, bant rAssembléc
up
du Ministre.
510 Les proces-verbaux de vos Assemblées COIontales, qui sont en sa possession, lui indiles objers surlesquels vous avez déja
queront manifesté VOS vocux, ct en leur donnant
toute l'extension que les circonstances autorisent, d'apres lcs intentions paternelles old du --- Page 350 ---
de
auoviap Ssuszolab 4toms0bb 5b 916150162
meilleurides Rois, inzentions que les Chefs
quiovous, golveracne'ssnrone: si bieniscconder,Nos frères parviendront, sansi douteeà
Porfetomerfotpataniane ode votre Assem=
blée colonialey de omaniere
fluence ne puisse,arréterle
qu'aucunei inl
en étar de faire (E)aob
bien quevous êtes
Eu Vos
ense 139 A
20gs1l
Dejputes,Jfestisurs, ont ordrede sole
liciten, auprès de
décision ultérieure HAwenble-Narionsler ia
de
sun le modolet la mesure
votrel ireprésentation: : les Comité aura soin
de vous la faire parvenir
sanctionnée
aussiekocquelle Sera
par.le Roi, alin que vous
en état de faire une élections régulière soyez
prochainelégiature
pour la
; caril est vraisemblable
que PAsseniblée Nationale aura terminé ses
importans travaux, , avant queivous nec
siez manifester vos sentimens sur la conduite puisde vos frares, sinoloo
toG
Voila,
10822915o0E
Messieurs, ce qu'ils ont faity ce
qu'ils sc proposent- de faire pour las cause
commune. Vous reconnsitroz,sans
formes qu'ils ont
peine, aux
employcesy ào
ne cesseront de dirigerleurs
celiesoe qui
demarchest cC
(t) Messieurs le Baron de Clagny, et deviesigne,
Gougerneur&e Intendant, sont connis
ment aux véritables intérers de la
par leur attacheGuadeloupe. --- Page 351 ---
earactère de décencere et deloyauté qui vous
; vous ne a verrez pas',
a toujours: distingués deisensibilité, lax conssans. un mouvement mise dans Jeurs sollicitatancei qu'ils cont
ien ont été le prix.
tions, eti les succès qui
leur
Enfin, si quelque chose pent
garaiTaniversalité de vosisuf.
tir,d'avance;
d'avoir à vous
frages, c'est, sans doute; cher ét le
-
annoncer que le voeu le plus
plus
formésa. été 6aptitile que vous ayez jamais des Rois, et couFrouvé parle plus juste
Nationale. 4 - :
ronnépart undécret delAssemblée
le
a9Sjulsosah
Paris,
29 Sopterabre De Curt. onse
39Y02 21ov sup ais
Signe,
Colons de la Guadeloupe,
SI Le Comitédes
entendu le rapport
présent à Paris, ayant
àl VAssemblée
fait par M. de Curt, Député
des reNationale,lui a voté, unanimement,
au travail trèsmercimens, en applaudissant dont il a fait
intéressant pour la Colonie,
lecture. Ino
LE
15i229M
imce rapport sera
a Arrêté, en outre, que délai à ses frères de
primé et adressé sans les voies les plus sûres
la Guadeloupe ) par
11b 3b 3no132290 Sn
et les plus promptés.
Fait à Paris,le 39 Septembre 1789.Signé, 2
Poyen de Ligny. 2 Pujol de Chiteau-Brun, de k
de Lorme, Fillassier, Boyvin, Guillon,
lobane
15i229M
imce rapport sera
a Arrêté, en outre, que délai à ses frères de
primé et adressé sans les voies les plus sûres
la Guadeloupe ) par
11b 3b 3no132290 Sn
et les plus promptés.
Fait à Paris,le 39 Septembre 1789.Signé, 2
Poyen de Ligny. 2 Pujol de Chiteau-Brun, de k
de Lorme, Fillassier, Boyvin, Guillon,
lobane --- Page 352 ---
a Saint a Simen, le Comte de
Caibert, Cirand
de Charbomniencs Sargenton,
zel Sainte-Ville,
Lacombe, B.Bu3 de Trogoff,
dan, Coudroy, Disangremel, Beauplan, Bua
elebert, le Marquis de
Rannotie, AuD
Couppé de
Dampierre, Rolland,
Kervennon, 3 Cabanis, Lavieile S
Vertille, le Grand, le Chevalier de SaintPierre 2 le Chevalier de
A
Mallevault, Zénon
Douillard, Courtois, Papin, Mercier, Pinel
de la Palun. 01
Collationné cenforme
we 3o
àla Délibération de
ce jour. Paris, les Septembre 1789.
Signe,DELORI RME Secrétaire du Comité
de la Guadeloupe. --- Page 353 ---
LA MARTINIQUE
- -
O U S
LE
GOUVERNEMENT
DE
MONSIEUR LE VICOMTE
D E
D A M A S. --- Page 354 ---
SUOVITIAM - AI
L
et
2 -
73Ka1y003 II
L
a1M031 a1 AUR1ZWOM
2 A M A.
DI --- Page 355 ---
F
P
I
T R
E
A
M 0 NSIEUR
LE VICOMTE DAMAS;
Gorreswecatpseresi-sivisinas
DE LA MARTINIQUE
Tor,
qui guidais vers le trépas
Les valeurcux Français qu'animait ton couragé?
Et qui fais gouverner en Sage (1),
Ceux que peut défendre ton bras :
Toi, que j'ai vu protéger l'innocence,
Et dont le coeur chérit la vérité;
DAMAS, entends ma voix; je chante ta prudence Le *
Et tes foins généreux, & ton aétivité,
(1) M. de Damas était Colonel dAuxerrois, qui
a futilement fervi M. le Marquis de Bouillé dan
zoutes Jes conquétes, pendant la guerre derniere,
Aa
gouverner en Sage (1),
Ceux que peut défendre ton bras :
Toi, que j'ai vu protéger l'innocence,
Et dont le coeur chérit la vérité;
DAMAS, entends ma voix; je chante ta prudence Le *
Et tes foins généreux, & ton aétivité,
(1) M. de Damas était Colonel dAuxerrois, qui
a futilement fervi M. le Marquis de Bouillé dan
zoutes Jes conquétes, pendant la guerre derniere,
Aa --- Page 356 ---
[41
De que'ques fleurs ornée, & fans aufre
Ma Muse t'offre un don de la fimple Nature parure, 2
C'eft un bouquet cueilli par la Sincérité,
;
J'ai célébré cette ile florifante,
Oi, triomphant d'un climat deftruéleur,
Ta voix propice & bienfaisante
Appelle les plaisirs, la fanté, le bonheur.
DANSfonfein, dès long-temps, un monffre féduéeur,
Loin du grand jour, nourri dans les ténebres,
Déguisant fes lambeaux funebres,
Sous le mafque doré dun efpoir fuborneur,
Le Jeu déchirait fes victimes.
Infenfible, cruel, enhardi par fes crimes, 2
Il conduit les mortels, fur fes pas enchainés.
Les épouses en deuil, les enfans ruinés,
Périffent par fes traits. Toujours fombre & farouche,
Les accens douloureux de ces infortunés
Irritent fa fureur : nul malheur né le
Sa
touche;
rage leur prépare un finiftre avenir.
Sur Un dés incertains, qu'inventa T'Avarice,
Sur teléger carton: , que traça le Caprice,
La paffion avide, en pouffant un foupir,
Du Hasard, indomptable fille,
A placé les deftins d'une trifte famille; ;
Il ne lui refte plus qu'un affreux fouvenir.
DAMAS parait, & fon âme attentive,
--- Page 357 ---
C51
Vinfortune éntend la voix plaintive - :
De
Il foupire avec elle ; il fera fon vengeur.
s'émeut au cri de la douleur :
Son coeur
& l'accable.
Il pourfuit le monftre
vomi les enfers 3
Ce ferpent dangereux, qu'ont
une tête coupable,
Cachant, avec regret,
dans les fers (2):
Cede à la force & rentre
l'ennui prolonge 3
MAIS du temps, que
Dont le travail craint la rapidité,
diflipe &c voit fuir comme un fongex
Que'e plaisir
doux menfonge
Il fallait, par un
Fixer le cours précipité.
DAMAS appelle Melpomene (3):
Les yeux de courroux enflammés
Elle s'avance fur la icene :
Elle charge de fers les tyrans désarmési
a
à détruire dans fon
(2) M. de Damas
réuli
les
oic le Colon lailfait tfon
Gouvernement tous
Tripots,
honneur.
fa tranquilint, & trop fouvent fon
argent,
Salle de Spedlacle, fur le plar de
(3) Superbe
M. de Damas donna le premiet.
celle des Frangais.
de générosité,en faveur de cet Etablilfementi
exemple
d'imiter;
que le Publics'ef emprefé
par une foufeription
Cette joufcription a touk
au profit de fEntrepreneur.
CT2
les premiers moyenss
mis en acuvre,
fournifant
A3
ur.
fa tranquilint, & trop fouvent fon
argent,
Salle de Spedlacle, fur le plar de
(3) Superbe
M. de Damas donna le premiet.
celle des Frangais.
de générosité,en faveur de cet Etablilfementi
exemple
d'imiter;
que le Publics'ef emprefé
par une foufeription
Cette joufcription a touk
au profit de fEntrepreneur.
CT2
les premiers moyenss
mis en acuvre,
fournifant
A3 --- Page 358 ---
[61
Le poignard éteincelle, & marchant fur les trônes
Elle fouffle la mort, difperfe les couronnes
;
De Zamore outragé raconte les fureurs, ;
De la tendre Zaire annonce les malheurs, 2
Confond, dans fes projets, l'orgueilleuse Athalie 1
Et conferve les jours d'Iphigénie en pleurs,
Près d'elle, la jeune Thalie
Se jouant, le mafque à la main, 2
Chauffe le léger brodequin n,
Et vient careffer la Folie.
Sous une couronne de fleurs
€
;
Euterpe, conduisant les Grâces, 2
Fait entendre des fons flatteurs ;
Et bientôt je vois, fur ces traces 2
Terplichore aux pieds enchanteurs.
C'eft ainfi que ta main propice
Favorisa les Arts & les Plaisirs.
La Scene charme nos loisirs ;
Elle fait démafquer le Vice;
L'auftere Vertu lui fourit;
Et la Cité qu'elle embellit,
Fixant TEtranger qu'elle attire, ,
Offre un Speétacle qu'il admire,
Et reçoit l'or qui l'enrichit (4)
(4) Le Gouvernement a obtenu, du Miniftre, Fagrt
ment d'un prét de Joixante-fix mille livres, fait au --- Page 359 ---
TON amour médita des travaux plus utiles:
en tous lieux, fecourir les Colons;
Tu voulus,
le fein des Villes,
Et tes foins paternels, quittant moifions.
Se font portés vers nos riches
ont
la cime des montagnes 2
Tes pas
parcouru
Et ton regard mesura nos campagnes. tremblant :
le Voyageur
Les dangers menaçaient
Courbé fous un poids accablant,
dans fa courfe pénible;
L'Efclave gémifiait,
A ce malheur, le Colon peu fenfible, 2
Accusait la Nature & fupportait fes maux.
Son bras négligeait des travaux
Qui-devaient ajouter au prix de fa conflance.
D'un fertile terrein, malgré de longs efforts, 2
avec
arrivait à nos ports.
Le produit 2
peine, forcé la résiftance :
DAMAS a, du Colon,
Les terreins defléchés ont rejetté leurs eautx.
là vois des canaux (5);
Ici s'éleve un pont; je
Diredeur du Spettacle. Nous avons les quaire genres
le climat & les travaux attachés a
reunis, 6, malgré
du talent des Ailurs, 6 des
cet état, nous jouifons
bienfaits du Gouvernement.
Les chemins étaient impraticables ; ils ont cté
(5)
aujourd'hui dans sle meilleur état polfibombés, font
He,pour cette Colonie.
eautx.
là vois des canaux (5);
Ici s'éleve un pont; je
Diredeur du Spettacle. Nous avons les quaire genres
le climat & les travaux attachés a
reunis, 6, malgré
du talent des Ailurs, 6 des
cet état, nous jouifons
bienfaits du Gouvernement.
Les chemins étaient impraticables ; ils ont cté
(5)
aujourd'hui dans sle meilleur état polfibombés, font
He,pour cette Colonie. --- Page 360 ---
[81
L'Art triomphe de la Nature:
L'obftacle était puiffant; mais, long-temps combattu,
Le danger difparait & l'obftacle eft vaincu;
Le travail obftiné forme une route sûre.
UN danger plus preffant attira tes regards:
Sous les murs que traça le compas du Génie,
Sous ces immenfes boulevards
Qui défendent la Colonie,
Qu'habitent les Enfans de Mars 3
La E Fievre, au teint blême & livide,
De nos pleurs abreuvée & de meurtres avide,
Régnait fur les pâles mortels.
Son foufle impur corrompt lair qu'on refpire ;
En vain, pour l'appaiser, on drefledes Autels:
Le Citoyen, foumis à fon empire : 2
Languit & tombe fous fes coups 5
Et l'Etranger, 2 furpris dans fon asyle (6),
Implorant. dans le Port, un fecours inutile,
Regrette les fureurs de Neptune en courroux.
(6) La Ville du Fort - Royal était environnée de
Marais ; le Citoyen, les Troupes, les Etrangers redoutaient également ce Biour, aujourd'hui alfaini par
les ordres de M. le Général, & les trayaux pénibles
de PArtilleries --- Page 361 ---
1o]
Tu parles : mille bras, que ta vue encourage, 9
Par des travaux conflans, par un pénible effort 2 .
Ont forcé la Nature ; 8, loin de ce rivage,
Ont chaffé les dangers, la terreur & la mort (7):
On ose refpirer, & les vapeurs fétides,
Les miafmes infeets, vils enfans des marais 9
Diffipés dans les airs s'envolent pour jamais.
Les tombeaux font fermés : les fieres Euménides
Pouffent des hurlemens témoins de leurs regrets,
MAIS, de Pimplacable furie, 2
Dont l'empire eft enfin détruit,
Le génie encor nous pourfit.
Sur nos corps affaiblis, cette fiere ennemie
Signale, en périflant, fon funeffe pouvoir,
Et laifle la Douleur, mere du Désefpoir.
Dans les fecrets de la Nature,
Cherchons un prompt remede à nos corps affligés:
Elle offre des fecours trop long-temps négligés.
Des veines du rocher jaillit une onde
pure, 2
Que des feux fouterreins préparent pour nos maux :
DAMAS devient
plus cher, 2 par des bienfaits nouveaux.
(7) Les comblemens ont tipaf.tionnés: : PHopital,
le Misérable, le Polygone, Grc.a prouvent combien it
e vrai que les moyens & Part de les employer fone
préfrables à l'or. Ifaut voulair le bien, & ilefmin.
igés.
Des veines du rocher jaillit une onde
pure, 2
Que des feux fouterreins préparent pour nos maux :
DAMAS devient
plus cher, 2 par des bienfaits nouveaux.
(7) Les comblemens ont tipaf.tionnés: : PHopital,
le Misérable, le Polygone, Grc.a prouvent combien it
e vrai que les moyens & Part de les employer fone
préfrables à l'or. Ifaut voulair le bien, & ilefmin. --- Page 362 ---
[no]
Bagneres, Spa, Bourbon, VOS fources falutaires
Appellent dans leur fein la trifte humanité
Nous allons, en ces lieux, célébrer Vos
DAMAS éleve un Temple à la Santé (8). myfteres:
Approchez de nos murs, Jeuneffe intéreffante!
La Crainte loin de nous exerce fon pouvoir!
Rien ne doit-désormais, d'une mere prudente,
Alarmer la tendreffe ou tromper le devoir.
Dans le Temple des Arts accourez vous affeoir :
Minerve vous attend; Ses Miniftres fideles,
Des talens offrent les modeles,
Donnent l'exemple des vertus.
Pourquoi chercher, loin de votre Patrie;
Les fecours que VOuS offre une terre chérie?.:
C'eft prendre des foins fiuperflus (9).
(8) Nous avons des Eaux minérales froides, &
thermales en plusieurs
à
endroits de la Colonie. L'analyse
ena érifaite, 6 le résuliat présente les mêmes avantages que celui des Eaux minérales d'Europe.
On ouvre un chemin pour aller à ces Eaux minéTales, 6 nous devrons bientôt, à MM. les Adminiftrateurs, un éeiblifemene durable, qui affure les plus
prompts fecours aux Troupes 6 aux Colons.
(9) Nous avons,au Fort-Royal,deux tablifemens
uniques dans toutes les Culonies, Le College de SaintVictor, G la Maison de fa Providenteyfondis
par les --- Page 363 ---
Inl
envie ?
A quels Peuples encor porterons-nous
Nous fommes enrichis des trésors de l'Asie.
Le Batave alarmé voit paffer dans nos mains
Ces arbres précieux, qu'une avare induftrie (1o)
Avait fouftrait au refte des humains.
Joins du T. R. P. Charles.Frangois de Coutance, Jous
Ie Gouvernement de M. le Comte d'Ennery ; leur utilité
e affer connue. On y a vu des Anglais, des E/pades Colonies voisines ; mais linfalubrité de Pair
gnols
lajeunefe, & arrétait les progrès de ces deux
éloignait
Les comblemens ont rafuré les peres de
Etablifemens.
du
devra encoré CEt
famille, & la Ville
Fort-Royal
avantage à M. de Damas. erto n
Lts Girofliers, les Cancliers, ont réuffi a la
(10)
Martinique ; def une nouvelle fource de profpériti que
nous devons a nos Adminifraseurs 3 nous avons la
eL
richefe des Moluques.
M. de Clieu, Gouverneur de la Guadeloupe, n'apporta
qu'un feul Cafier après la perte des Cacaos, en 17273
bientôt le Cafe difputa au Sucre, la gloire d'enrichir
la Métropôle 6 les Colonies. Le Girofier, bien plus
précieuz, 4 pour nous une fource de richefe certaine...
Mais il faut de la corfance de la part du Cultivateur, a a
gui doit être bien fitr de fencouragemene.de la part
de Adminifrateursa
MA
, n'apporta
qu'un feul Cafier après la perte des Cacaos, en 17273
bientôt le Cafe difputa au Sucre, la gloire d'enrichir
la Métropôle 6 les Colonies. Le Girofier, bien plus
précieuz, 4 pour nous une fource de richefe certaine...
Mais il faut de la corfance de la part du Cultivateur, a a
gui doit être bien fitr de fencouragemene.de la part
de Adminifrateursa
MA --- Page 364 ---
In]
bientôt des dons que la Natire;
Nous jouirons
offrait dans fes forêts (1r):
Au Sauvage indolent,
d
Oui, DAMAS; la race future,
Eri béniflant ton nom , publiera tes bienfaits.
les maux de-la Patrie,
N'as-tu pas.i foulagé
Quand les élémens en furie (12),
Détruisaient, à tes yeux, le fruit de nos labeurs?
Oh! comme -
ton âme attendrie
S'affligea fur tous nos malheurs!
Ta main vint effuier nos larmes.
Pendant ces jours de trouble 82 de calamité 2
J'ai vu DAMAS partager nos alarmes;
Je l'ai vu, le coeur agité, mortelles (13):
Calmer du désefpoir les atteintes
Sa prudence, fes foins, fa générosité,
Ont affaibli le mal & fes traces cruelles.
LOR
ZONS
L'arbre à Pain, nourriture des Sauvages de
(11)
la mer du Sud.
e
CUSST
la
L'Ouragan du 14 Aoiit. 1788, a porté
(12) dans la. Colonie. L'aitivité & les Jages préDisolation
de Damas, ont amené Pabonpance,
cautions de M.
craindre toutes les horreurs Ou
lorfqus nous devions.
aoos Sh M
besoine
- AAS
(13) M. de Damas a reçu un julte timoignage
de, fon caur, lorfque; dans un Mémoirke
de afenfibilié --- Page 365 ---
Le bonheur
[1
va renaitre, & nos derniers
Diront il vit nos maux, &
neveux
Sois toujours noble &
nous fimes heureux:
bon; ; . - oui, fois
:
toi-même;.
toujours
Et quand, du Souverain, la volonté
Près de fon trône aura conduit
fuprème,
Ne fois point
à
tes pas,
étranger nos brûlans climats,
Protege encor cette île à tes foins confiée,
Trop fouvent de dangers, de malheurs
Tu
affligée:
recevras, au loin, fes voeux
Et la voix de la Renommée reconnoifans,
Portera dans les airs ces mots
Il était notre
il
attendriffans :
Et
pere;
aima fes enfans.
moi, qui, des beaux Arts, avait chéri la
Qui, loin d'eux entrainé, dûs former
gloire 1
Qui négligeai les Filles de Mémoire d'autres voeux,
Pour des travaux conflans,
pénibles,
Si, d'une Muse autrefois
dangereux,
Après
fecourable,
vinge ans d'oubli, j'implorai les
Ce fut pour te porter un tribut
faveurs,
Le premier des tributs, c'eft celui honorable
de ncs coeurs,
Zu au confail fouverain De cette ile,
# Il portait dans
on a dit
Jon caur la tenOre
* pere,6 les chemins qu'il
follicitude- d'un
M de fes larmes.
parcourait étaient arrosés
>
A la
Martinique,. . Novembre 1788,
fecourable,
vinge ans d'oubli, j'implorai les
Ce fut pour te porter un tribut
faveurs,
Le premier des tributs, c'eft celui honorable
de ncs coeurs,
Zu au confail fouverain De cette ile,
# Il portait dans
on a dit
Jon caur la tenOre
* pere,6 les chemins qu'il
follicitude- d'un
M de fes larmes.
parcourait étaient arrosés
>
A la
Martinique,. . Novembre 1788, --- Page 366 ---
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-
a
REGLE MENS
DE LA SOCIETÉ
DES AMIS DESNOIRS.
lon PRÉ A M B ULE.
0291 a
- STI intérêt
Tosn Société qui veut exciter un
général, doit, compte au public des matifs defor Parmi
dtablifoment & di bue gu'cile fe propefe.
dont notre fiècle peut.shotant d'afiociations il n'en eft point qui doive, remplir ce -
norer;
de foin que la Socicté des amis
devoir avec plus
sélevés àl'humanité
desNoirs. Tous ces monumens
de
n'ont eti befoin que. fe
&cà la bienfaifance exciter la fenfibilité; lee
faire connoitre pour lefquels on réclamoit des feimalheureux pour nos -
les fecours que
cours, étoient fous
yeux;
Ton
réclamoit n'étoient que des, fecours pécus
biaires, & il fuffifoit pour les obtenir de T'infor fiser
les regards, du Public fiur le tableau de
A
ces monumens
de
n'ont eti befoin que. fe
&cà la bienfaifance exciter la fenfibilité; lee
faire connoitre pour lefquels on réclamoit des feimalheureux pour nos -
les fecours que
cours, étoient fous
yeux;
Ton
réclamoit n'étoient que des, fecours pécus
biaires, & il fuffifoit pour les obtenir de T'infor fiser
les regards, du Public fiur le tableau de
A --- Page 368 ---
(2)
tune. La Sociéié des amis des Noirs ne
des mêmes avantages ; c'eft loin de jouit pas
fontfacrinées : les
nous que
s'eft déclarée malheureufetvidimes dont elle
De
l'amie ; ceux qui
venir leurs véritables défenfeurs pourroient demêmes
, font euxaveuglés par un préjugé cruel; enfin ce
n'eft point avec de l'argent que l'on peut foulager leur mifere; mais fileur infortune fe trouve
liée à de grands intérêts
chaines font
politiques, 2 fi leurs
encore refferrées par la force aveugle du préjugé, s'il eft enfin de grands obflacles
à vaincre, ces obftacles doivent - ils nous faire
oublier que cer n'eft pas nonplus une claffe limitée
de malheureux qu'ils'agit de fecourir,ce font des
nations entières, c'eft une partie du monde
écrafée fous le poids de fes fers, réclame qui,
de nous les droits facrés de Phumanité. auprès
-onf Pour connoître les motifs delétabliffement
"la Sociéié des amis des Noirs, il fuffira de fixer de
tn moment fes regards fur la traite des
de la fuivre depuis fon origine
Nègres,
ment ot ces malheureux
jufqu'au modiagh
gémiflent dans l'efclavage.
JOO 211
Les Peuples de TAique toujours armés les
uns contre les autres, font en proie à tous les
vices réunis qui exercéfie fur ces malheureufes
"contrées un empire abfolisiaul
L'on's'efforceroit ER vam. - de trouver dans
fixer de
tn moment fes regards fur la traite des
de la fuivre depuis fon origine
Nègres,
ment ot ces malheureux
jufqu'au modiagh
gémiflent dans l'efclavage.
JOO 211
Les Peuples de TAique toujours armés les
uns contre les autres, font en proie à tous les
vices réunis qui exercéfie fur ces malheureufes
"contrées un empire abfolisiaul
L'on's'efforceroit ER vam. - de trouver dans --- Page 369 ---
(35
danslacouleur.d dausle camadèremo
les moeurs,
Africains la caufe des comp
ral des malheureux
fe livrent, & du fort
bats continitels qu'ils
du monde fe trouve
affreux aquel cette partie nations civilifées futr
réduite; la fupériorité des condamne. Notre
les peuples fauvages adoucir nous leurs moeurs fi
commerce auroit pu avoit fait entretenir leurs
notre intérêt ne nous
être
nous
vices, 8c aux yeux de tout
penfants
à
jamais, malgré nos efforts,
ne parviendrons
du trafic hona
rendre ces infortunés relponfables
teux de leur propre liberté.
C
ofe Pappeller ainfi)
Ce commerce (puifqu'on
de la fraude
porte 9 dès fon origine, ,T'empreinte avariées,ou
& de Tinjuftice; des marchandifes
de celui
qui n'ont de valeur que par T'ignorance à feu dont nous
auquel on les livre's des armes fervir fans dancroyons ne pouvoir plus nous leurs mains pour
ger, mais qui fufifent dans
des viétimes, des liqueurs fpirinous préparer deftinées à entretenir cet abrutiffement
tueufes frénéfie fans lefquels la traite des Negres
& cette
Tels font les principaux
-ne fublifteroit plus:
déleur offriren
objets que nous ne rougiflons pas
injuftice
échange de leur liberté: Cette première
infidieux que nous
n'eftque pouir nous:lespréfens BE font 5
elles
offrons à ces nations tauvages.
pour n'en cona
de véritables richefles, puifqu'elles
A2
ueufes frénéfie fans lefquels la traite des Negres
& cette
Tels font les principaux
-ne fublifteroit plus:
déleur offriren
objets que nous ne rougiflons pas
injuftice
échange de leur liberté: Cette première
infidieux que nous
n'eftque pouir nous:lespréfens BE font 5
elles
offrons à ces nations tauvages.
pour n'en cona
de véritables richefles, puifqu'elles
A2 --- Page 370 ---
(4)
noifient point d'autres, & nous favons
fuffifent pour exciter leur
qu'elles
rice. Le
cupidité & leur avaNégre le plus riche eft celui
dans nos fers un plus grand nombre qui a mis
l'avatice eft devenue leur
de Négres,
elle éteint chez cux la voix même paffion dominante,
fi la force ne peut fervir
de la nature;
prifonniers
leur avidité, fi les
leur manquent 3 c'eft parmi leurs
femmes, leurs enfans qu'ils nous choififfent des
efclaves, Eh ! que nous importe à nous?
ferions-nous pas partager leurs
fi
ne
pouvions fans
fers, nous le
danger, à celui-là même
les livre à (1) slo 0o UD
qui nous
A peine ces malheitrenx font la ils en notre
puiffance qu'ils fentent tout le prix de la liberté
qu'ils ont perdue, ils n'éprouvént pas même les
ménagemens que l'amour de la
leur affurer, Dans le vaiffeau propriété devroit
qui doit les tranf
porter, on calcule le plus petit efpace
homme puiffe occuper, ony fixe chaque qu'un
Savec des chaînes qui
efclave
l'entourent; à la moindre
plainte, fes fers deviennent plus
pefans ; au
(1) Il eft arrivé plufieurs fois que ceux
et livroient des Elclaves ont été eux-mémes qui nous
chaines. Quoiqu'on ne puilfe gémir de leur chargés de
femble n'être qu'une punition méritée, l'on malheur qui
pendant s'empécher d'être révolté d'une ne peut ceatroce,
trahifon auffi
efclave
l'entourent; à la moindre
plainte, fes fers deviennent plus
pefans ; au
(1) Il eft arrivé plufieurs fois que ceux
et livroient des Elclaves ont été eux-mémes qui nous
chaines. Quoiqu'on ne puilfe gémir de leur chargés de
femble n'être qu'une punition méritée, l'on malheur qui
pendant s'empécher d'être révolté d'une ne peut ceatroce,
trahifon auffi --- Page 371 ---
(s)
moindre gémiffement le fouet eft levé fuir
& tout mouvement de
luis
rage ou de
puni par la mort. En vain
délefpoir eft
faits lintérêt de l'Armateur.. oppofe-t-on à ces,
L'intérêt
vent les bornes de la
paffe foudans un trafic de
prudence, & ce n'eft pas,
à le
ce genre qu'on doit s'attendre
trouver éclairé (1). Les moins
font encore ceux qui fuccombent infortunés
traverfée aux mauvais
dans cette
dies
traitemens & aux mala-
; ceux qui parvienrent
achevent d'y perdre le
jufqu'à nos Ifles,
peine
caraétère d'hommes ; à
débarqués, ils font mis à l'encan,
soivent bientôt comme de vils
&cremarques flétriffantes de lafervitude apimaux les
Lorique
-(1) L'on s'étonne moins d'une barbarie
avoir pour bafe un calcul
qui Paroit,
que les Capitaines de navire auf.faux, 1 lorfque l'on penfe
de l'Armateur des intérêts. qui font la traire reçoivent
de Négres
duquel ils font
tant
par cent qu'ils ont pu
chargés,
par cent du produit de la vente, SpTon tranfporter, our tant
que Lon a Jaiffé à l'Armareur la liberté fonge enfuite
la vie des Négres, on fent que
de faire.affarer
reux ont dû Périr par le motif plufieurs feul de. de cesanalhenst
mateur aux dépens de T'Affureur & les favotiler lAren Anglererre en fouraiflent. la
recherches faites.
(2) Chaque Maitre qui achete preuve. un
fait
a
mer, avec un fer chaud fur fa
Negre, a impritoutes letresscene-exécution poitrine, fon nom en
que le Nègre change de
fe. nomme étamper, lorf.
D Matre, il eft étampé de
as
noi nods
A
henst
mateur aux dépens de T'Affureur & les favotiler lAren Anglererre en fouraiflent. la
recherches faites.
(2) Chaque Maitre qui achete preuve. un
fait
a
mer, avec un fer chaud fur fa
Negre, a impritoutes letresscene-exécution poitrine, fon nom en
que le Nègre change de
fe. nomme étamper, lorf.
D Matre, il eft étampé de
as
noi nods
A --- Page 372 ---
(6)
ou leur foiblefle moleurs forces phyfiques.,
S2
rale les ont fait réfifter à de pareilles épreuves de les
craindre fans doute
on rie.devroit pas fous le poids des chaines ; cevoir fuccomber
encore dans le cours
pendintnune partie périt
étonner, lorfque
de'lannée (1). Doit-ons'en
d'autre-fauves
n'a plus
lon penle que-Efclives
dont ileft devenu
garde que-Tintérér de celui
loix qui
laproprictés en vain oppolera-t-onles puiffxint des bornes de larpuillance du Maitre, confié
lel maintien deices loix ne peut être
que
feul? Tel eft en-effet'la trifte condition
grh-lui
même-exifter de
de TErclaves qu'il ne pent pas affuré; c'eft après
1oiaut-luicoffe un refuge
fes facultésavoir privé-le Négre de toutes d'une nature inmorales que nous le'déclarons deftiné à
dès-lors
porter
ferenreA 1aPhotre8 2
monfinveus affemblage d'injufnos fers. Ouel
fenfible
tice, &, de Erwmutés Et-il quelqu'ame de voir ceffer, un
qui puifle renoncer Al'efpoir révoltant, & fi peu conordre.de, chofes: auffi
P 29t
forme à toutes-les loix de T"humanité
ont'
fans doute qui
Ce font 'ces confidérations
291l6t eoriossris
33 TUSTUTA
- a .105 a pailé fous le joug de ple
veau, & le malheureux qui dos
JIS avoir tout le corps cicatrifé u
par cet horrible au
fieurs; peut TLL not eri
ulage a
DE moi avancer, fans crainte d'être taxéd'e-
(1) Onseroi Fu
d'un quarts
xag--tion. quil en pailloit plus
ont'
fans doute qui
Ce font 'ces confidérations
291l6t eoriossris
33 TUSTUTA
- a .105 a pailé fous le joug de ple
veau, & le malheureux qui dos
JIS avoir tout le corps cicatrifé u
par cet horrible au
fieurs; peut TLL not eri
ulage a
DE moi avancer, fans crainte d'être taxéd'e-
(1) Onseroi Fu
d'un quarts
xag--tion. quil en pailloit plus --- Page 373 ---
(7)
Mifucceffivement en France quelques
porté
des moyens de
niftres bienfaifans à s'occuper elles ont ouvert
détruire un pareil fyftâme ():
tonna
Quoique M. Targor n'ait rempli que pendant un
(1)
de Miniftre de la Marine, on fait qu'il
mois la place
des
de détruire la
avoit commencé à s'occuper
moyens Etant Contrôleur Gétraite & Tefclavage des Nègres.
de
néral, il refufa la propofition que Jui fit un Négociant &
donner fon nom à un bâtiment deftiné à ce commerce, alarme
fon refus fut fait avec tant de force, qu'il caufa une
allez vive aux Armateurs. rs
262 &c
Ontrouve dans rOuvrage de M. Necker, pages
a6y . d Les Colonies de la France contiennent, mille
comme on vient de le voir, près de cinq cens qu'on
Efclaves; & c'eft par le nombre des malheureux d'oil! quel
mefure la fortune. Quer funefte coup
iny
fujet de réflexion ! ALT que" nous fommes
profond
& dans notre morale & dans nosprincipes S
conféquens
Thumanhe &2 tous les ans nous allons
Nous préchons
mille habitans de TAfrique 1 Nous
porter: des feis à vingt
les Maures, qui au
traitons de barbares & de brigands,
celle des Européril de leur liberté, viennent attaquer & commede.fim
péns; & les Européens, fans danger
le trafic
vont exciter à prix d'argént
ples fpéculateurs 7
les Icènes
qui en font,
des Efclaves, & toutes
fanglantes
de
! Enfin nous nous enorgueilliffons
Jes avant-coureurs'
& nous la voyons avec raifon >
la gtandeur de Thomm.e,
étonnant de toutes les.
cêtte grandeur, dans le myftère
diSerence:
facultés intellectuelles: cogendant une petite
dans les cheveux ou dans la couleut de Fepideme.tobe nausen.
pour
changer notre refped ca'mépris,8
pour
A4
,
des Efclaves, & toutes
fanglantes
de
! Enfin nous nous enorgueilliffons
Jes avant-coureurs'
& nous la voyons avec raifon >
la gtandeur de Thomm.e,
étonnant de toutes les.
cêtte grandeur, dans le myftère
diSerence:
facultés intellectuelles: cogendant une petite
dans les cheveux ou dans la couleut de Fepideme.tobe nausen.
pour
changer notre refped ca'mépris,8
pour
A4 --- Page 374 ---
les 2buplaun
8 F9 ) on
5 yeux - des Quakers, & leur ont pronvé
la traite
que
fe NO Scl'efclavage -
des Negres ne
concilier avec les principes
pouvoient
eeur
d'égalité,de dou
& d'humanité dont ils font
elles ont porté les Etats-Unis à
profetlion,
Amérique les Sociétés formées ençourager en
fecours de tant de malheureux; pour venir au
fuvre le
oit
; elles ont fait
-
méme 32 exemple 6
en Angleterre; ou
inomint
on
une
gager à s00 placer des êtres >) 93 01
IIe7
Ln
sat anle
animaux, fans
femblables à nous au rang des
la téte,
intelligence, à qui Ton impofe un
fur
pour fe fervir impérisufement de leur force jous
de leur inftine.
Cen'eft
&
race libre pourroir (ppléer à
qu'avec le tems gu'uine
dlifterencc qui exifteroit
ces travaux, & la grande
de
entre le 1 prix de ces deux
main-d'auvre s donneroit ua tel
elpèces
merce à la nation qui auroit confervé avantage :
de combitude, qu'on feroit bientôs
fonancienne haDaffer en vertu. Cependant, découragé de voulpir 0
la furrique que celui d'un
feroit-ce un projet, chiméNations renonceroient padte général, par lequel toutes les
des Nègres? Elles fe d'un commun accord à la traite
les autres, dans les trouverojent alors, les unes envers
- mêmes proportions qui exiftent acsuellement: car c'eft uniquement la richelle
quiimporte aux calculs de puillance 12. 0 compararive a
M. lp Maréchal de Caftries, pendant fon
s'eft occupé des moyens d'adoucir le fort des miniftère,
un fentiment dhumanité & de bienfaifance a diété Negres,
nier Réglement qu'il a donné en leur
le derdoute applaudi au zèle
:
faveur, il eûr fans
des amis des Noirs,
& aux travaux de la Société
-
c'eft uniquement la richelle
quiimporte aux calculs de puillance 12. 0 compararive a
M. lp Maréchal de Caftries, pendant fon
s'eft occupé des moyens d'adoucir le fort des miniftère,
un fentiment dhumanité & de bienfaifance a diété Negres,
nier Réglement qu'il a donné en leur
le derdoute applaudi au zèle
:
faveur, il eûr fans
des amis des Noirs,
& aux travaux de la Société
- --- Page 375 ---
(5)
des fonds conft-.
affociation nombreufe a confacré
recherahes néceffaires pour proudérables aux
de la traite. Tels
ver la néceffité de l'abolition
dans cette
font enfin les motifs qui ont concouru Société que
Capirale à l'établiffement d'une
que
toutes les ames bienfaifantes adopteront, aider de leurs
les hommes éclairés viendront
fans
lumières, que le Gouvernement protégera d'infpirer un
doute, & qui ne peut manquer
encore,
intérêt général. Cet intérêt augmentera modération une
lorfqu'on la verra défendre avec
fe livrer
caufe faite pour exciter T'enthoufiafme, dont les réfultats
de fang froid a des recherches
révoltent Thumanité, &c n'oppofer aux attaques lorf
du préjugé, que des faits &c des calculs; enfin elle
S'affujettiflant à des Réglemens fages,
que,
dans la néceffité de tendre fans ceffe
fé fera mis
croit devoir
au but qu'elle fe propofe & qu'elle
faire connoitre.
des motifs de fon
Après avoir rendu compte
la Société
établiffement, le but que fe propofe
des amis des Noirs, L ne peut être douteux. L'hufouffrante dans une partie du monde,
manité
dansT'autre,
l'ivarice & la cruauté encouragées
néfcènes d'horreur quien font une fuite
les
les loix de la juftice enfreintes par
ceffaire,
la traite des
toutes or
les Nations occupées de
tout enfin
Negres,ou profitant de leurefclavage,
établiffement, le but que fe propofe
des amis des Noirs, L ne peut être douteux. L'hufouffrante dans une partie du monde,
manité
dansT'autre,
l'ivarice & la cruauté encouragées
néfcènes d'horreur quien font une fuite
les
les loix de la juftice enfreintes par
ceffaire,
la traite des
toutes or
les Nations occupées de
tout enfin
Negres,ou profitant de leurefclavage, --- Page 376 ---
(10)
annonce la néceffité de tarir la fource de tant
de maux, & telef le but que la Sotiété des amis
des Noirs fe Propofe;
51 Le titre qu'elle a pris fans doute auroit fuffi
pour, faire connoitre le voeu qu'elle a
mais ne voulant s'occuper que de travaux formé;
elle doit repoufer d'avance les
utiles,
gui voudroient la rendre
attaques de ceux
de ne point, avoir d'objet fufpecte en l'accufant
regarder
déterminé 3 la faire
n'en avoir comme dangereufe, en lui imputant de
d'autre que de difcréditer une branche
de commerce devenue
enfin qui voudroient
nécefaires.ou.de ceux
du
employer çontre elle l'arme
ridicule, 23 en la taxants fans autre examen de
légercté, d'inconféquence & d'enthoufiafme.
eft donc
Il
important pour la Société des amis des
Nairss de faire connoitre.les principcs &
qui
T'efprit
Faniment.s ls UE
L'humanité entière eft intéreffée à la difcuffion
du fyfême, actuel; : mais parmi les nations
font la traite, il n'en eft point qui ne doivent qui
par.politique & par Prudence s'occuper dans ce
moment decettegrande quellion,lexpremierse qui
T'ontagitée en ont impofé aux autresla néceffité.II,
eft donc probable que l'abolition de la traite des
Negres aura lieu. par un accord général, par une
efpèce de pagte entre les puiffances. Dans ce moment les Quakers la Préchent comme une doce
mais parmi les nations
font la traite, il n'en eft point qui ne doivent qui
par.politique & par Prudence s'occuper dans ce
moment decettegrande quellion,lexpremierse qui
T'ontagitée en ont impofé aux autresla néceffité.II,
eft donc probable que l'abolition de la traite des
Negres aura lieu. par un accord général, par une
efpèce de pagte entre les puiffances. Dans ce moment les Quakers la Préchent comme une doce --- Page 377 ---
(1)
les Etats-Unis qui fe font généralement
trine;
encouragent diffé
élevés contre la traite, (1) réunies en Amérentes affociations qui fe font
Africainss
protéger les malheureux
rique pour
s'inftruit près de nos Cocette caufe importante
lonies;'elle fe plaide avec force en Angleterres
Parlement: fans vouloir encore da juger,
ou-le
occupe.
cependant à la Société quis'en
applaudit feroit-elle la feule des pailfances der
La France
avec inP'Europe qui confidéràt cette queftion
au
* différence P Le Gouvernement n'a-t-il pas de
intérêt à être inftruit
contraire le plus grand
la marche
manière à pouvoir fuivre pas-à-pas des bazes
des autres puifances; & à fe procurer
folides,
diriger la fienne ?
pour
a
par fon anciens
Un préjugé cruel, mais refpedé
les colons (:) d'une queftion
neté, doit éloigner
Timportation des
Dix des Etats-Unis ont prolcrit X
(:)
FT dix
a huit ou le nombre
Négres; fi parmi ces
Eniilyen autres, la Virginie
des Elclaves eft très-petit ; les deux
nombre; il
& laPenfilvanie en Tenferment un très-grand la Caroline mériy a même un des trois autres Etats,
ans , enforte
dionale qui a défendu Timportation pour &c 3 la Caroline
que dans le moment actuel Etats la Georgie du il foit permis d'infeprentionale font les feuls
a
troduire des Négres sI
Granville
The
limitation of Slavery. By.
(2)
juft
a
Sharp. P: 54- avoit confacré des fonds confidérables, &
Fothergill
ment un très-grand la Caroline mériy a même un des trois autres Etats,
ans , enforte
dionale qui a défendu Timportation pour &c 3 la Caroline
que dans le moment actuel Etats la Georgie du il foit permis d'infeprentionale font les feuls
a
troduire des Négres sI
Granville
The
limitation of Slavery. By.
(2)
juft
a
Sharp. P: 54- avoit confacré des fonds confidérables, &
Fothergill --- Page 378 ---
(12 )
auffi étrangère à toutes leurs idées:
peut influer fur les adminiftrateurs ce préjugé
vernément. envoie dans
que le Goutaires d'habitations
ces climats; les propriéquine voient
qui demeurent en France, &
des
que les productions qu'ils
Colonies, doivent être
reçoivent
examen toute
portés à rejetter fans
efpèce de changement.
mateurs pour.la traite
(i) Les ar-.
doivert
un pareil
ferévolter contre
n'ayant
projet, le plus grand nombre enfin
aucun intérêt direé a l'examen d'unel
queftion auffi délicate, fatigué d'avance
nion des connoiffancés
de la réu-
& de l'immenfité des reen outre ouvert une foufcription
de culture far. la côte
Pour tenter des effais
d'exécuter fon
d'Afrique, la mort la empéché
projer, mais on dit.que
glois ont fait fur les côtes des tentatives depuis, les Anfans fuccès; fi cettejculure
qui n'ont pas été
il pas tems d'affurer aux terres pouvoitssccroitre, des
ne feroie
réelle qui ne peut exifter dans a le Colonies une valeur
()Sil'on
23 fyftême 201 acuel?
que le climar fonge des que les femmesNagres font fécondes,
des
Iles n'eft point contraire à l'efpèce
Noitsque la population fe
dement. aux fmbfiflances &
proportionne très-rapi
proportionneroit dans les Ifles par à lintérét conféquent qu'elle (e
Propriétaires de multiplier leurs
qu'auroient les,
cluera que vraifemblablement la Négres, on en cqnfaire, & que dès- Jors le
traite n'eft pas nécef,
Propriétaires, auroient de puiffans Gouvernement, motifs
comme les,
Tabalition.
pquren defirer.
do
Soiinoo
aux fmbfiflances &
proportionne très-rapi
proportionneroit dans les Ifles par à lintérét conféquent qu'elle (e
Propriétaires de multiplier leurs
qu'auroient les,
cluera que vraifemblablement la Négres, on en cqnfaire, & que dès- Jors le
traite n'eft pas nécef,
Propriétaires, auroient de puiffans Gouvernement, motifs
comme les,
Tabalition.
pquren defirer.
do
Soiinoo --- Page 379 ---
(13) doit, fans chercher à la
cherches qu'elle exige,
dece genre. Oir
connoître, blâmer une entreprife
les lupeut-il trouver
donc le Gouvernement de répandre fur cette
mières qu'il eft néceffaire
craindre fans
importante queftion? ne doit-il pas
ceffe d'être trompé par les erreurs du préjugé,
intérêts particuliers, par la maupar quelques
toujours
vaife foi, &c fur-tout par T'ignoranice, une Soà fronder, & prompte à décider ;
prête d'hommes réunis par dés prineipes d'huinaciété
feule raffembler tous
nité & de juftice pourroit
recueillir
les faits, leur donner de Tauthenticité, changer le
tous les plans qu'on peut former pour foumettre au
fyfème actuel, les examiner, les
connoiffanees peuvent
calcul, chercher quelles
les
encore, fe les procuref, propofer
manquer
les réponfes 8c les comparer,
qpuetiontaoecaeilin
,l'exécuter,
former enfin un plan de travail fuivi,
C'étoit
& peut-être même tenter des expériences.
foit de préfenter aux Gouvernele feul moyen,
détaillés, affez.appuyés de
mens des projets affez mériter leur attention, foit
faits &de calculs pour fur leurs intérêts, en mêmc:
d'éclairer les Colons
lunaières & de leur
de leurs
tems qu'on profiteroit
la durée
foit enfin de proportionner
expérience, & des recherches au plus ou moins de
du travail
trouvera à détruire un mal qui
facilité que lon
Phumanité
révolte également la juffice &
taillés, affez.appuyés de
mens des projets affez mériter leur attention, foit
faits &de calculs pour fur leurs intérêts, en mêmc:
d'éclairer les Colons
lunaières & de leur
de leurs
tems qu'on profiteroit
la durée
foit enfin de proportionner
expérience, & des recherches au plus ou moins de
du travail
trouvera à détruire un mal qui
facilité que lon
Phumanité
révolte également la juffice & --- Page 380 ---
Si l'abolition de la (14)
traite doit
accord général,
étrel'effet d'in
être amenée
nej
enuenérolationheureaser
que par la conviction; imbue de peut
principe, la Société mettra tous fes
ce
noitre, à balancer, à
foins à conSi la Société des amis ménager tous les intérêts.
des Noirs avoit deffein
publier une doétrine, d'entrainer
de
Jec charme de lar
les efprits par
féduéion, elle
foin ceux qui pourroient
écarteroit avec
contrarier fes
exigeroit une profeffion de foi de vues,elle
reçoit dans fon fein; ; l'on voit dans ceux qu'elle
tions de fes Réglemens
les difpofifenté
que tout individu
par un membre de la Société
préa
admis. La feule formalité
peut y être
étoit indifpenfable
qu'ils exigent & qui
tion de cette
pour s'affurer de la compofiSociété, eft qu'il ait le
quatre autres de fes Membres.
fuffrage de
ficcès de la Société le même Sans ajouter aux
ileft peu d'êtres fenfibles
degré de confiance,
voeu qu'elle;
qui ne forment le même
cette difpofition fuffit
d'y être
pour defirer
admis, 9 de fuivre fes
fes progrès &z de ceux des travaux, de jugerde
Elle a déjà
Sociétés étrangeres,
l'avantage de comptér des
au nombre de fes membres, Loim
plantettrs
dont Topinion femble devoir
d'accufer ceux
but, elle fait
l'éloigner de fon
qu'on ne peut s'éclairer
la
difctiffion & elle ne cherche que des que par
objedtions font
lumeresefes
un befoin pour elle, fans doute
fes
fes progrès &z de ceux des travaux, de jugerde
Elle a déjà
Sociétés étrangeres,
l'avantage de comptér des
au nombre de fes membres, Loim
plantettrs
dont Topinion femble devoir
d'accufer ceux
but, elle fait
l'éloigner de fon
qu'on ne peut s'éclairer
la
difctiffion & elle ne cherche que des que par
objedtions font
lumeresefes
un befoin pour elle, fans doute --- Page 381 ---
elle'e
(i)
efpère les détruire toutes, mais - elle
encore plus
craint
e
d'énignorer quelqu'une.
S'il étoit néceflaire pour la Société des
Noirs de donner une nouvelle
amis des
tère de franchife avec
preuve du caraclequel elle fe préfente, on
pourroit la trouver dans la cottifation
qu'elle exige, & dont il eft bon de faire même
noitre les morifs. Quoique
contouchés de l'emploi
plufieurs individus
deffinéés,
auquel ces cotifations font
aient déjà confacré à la Société
fommes plus Oul moins
des
fation n'a été fixée
confidérables, la cotti-
&c à un louis
qu'a deux louis pour Paris,
pour la Province, afin de
aucun de ceux qui pourroient
n'écarter
mières. Le but de cette
y apporter des lucotifation eft
ment de rendre public le réfultat des non-feulede la Société, maisde faire
travaux
dérés tous les
publier à des prix moouvrages qui peuvent jetter
que clarté fur cette grande
queltout le monde à même de queftion, de mettre
& des documens
profiter des recherches
qui peuvent appartenir à la Sociéré,ou lui parvenir par les Sociétés
enfin d'avoir T'opinion
étrangères,
juge d'une caufe fi noble publique & fi touchante. pour premier
La Société aura fans doute de grands
à vaincre, de grands intérêts à
obitacles
l'efpoir de Ja plus douce
ménager, mais
dra fon zèle & foutiendra récompenfe entretienEHIT
fon courage. --- Page 382 ---
(16)
il.s'agit d'arracher des millions d'hommes à
lignominie, à la mort; (:) ils'agit, en
toutes les Puiffances fur leurs
éclairant
de rendre à une partie du monde véritablesintérers, les
que lanature luiad adomnés:ecsilelp droits facrés
examen profond, que des recherches poffible qu'un
miques, des calculs politiques, & fur-tout éconoliaifon néceffaire entre les Sociétés
cette
cupent, faffeat entrevoir
qui s'en Ocfeulement
reux
de cette importanté
l'inftant heurévolution.
triomphe pour notre fiècle ! quelle
Quel
pour tous ceux qui auront pu contribuer jouiffance
leurs travaux à fixer une pareille
par
époque!
(:) Voyez l'influence de la découvérte de
par M. l'Abbé Genty.
PAmérique,
On voudroit pouvoir tranfetire ici depuis la
jufqu'ala page 185, & depuis la Page 331
page 16;
338 de cet Ouvrage.
E
jufqu'à la pagé
Cet Ecrivain fenfible & éclairés dont les
profondes peuvent infpirer la
Recherches
4 La fervitude fait une confommation confiance, dit, Page 334,
5) frayante, puilque la population des d'hommes ef7) Négres importés en
nenf millions de
$ cents mille têtes 37, Amérique, 0
eft réduite à quinze
RÉCLEMENS
page 16;
338 de cet Ouvrage.
E
jufqu'à la pagé
Cet Ecrivain fenfible & éclairés dont les
profondes peuvent infpirer la
Recherches
4 La fervitude fait une confommation confiance, dit, Page 334,
5) frayante, puilque la population des d'hommes ef7) Négres importés en
nenf millions de
$ cents mille têtes 37, Amérique, 0
eft réduite à quinze
RÉCLEMENS --- Page 383 ---
(17)
REGLE MENS
DELA SOCIÉTÉ
DES AMIS DES NOIRS.
CHAPITRE Ier.
Des Stanuts & Reglemens généraux.
ARTICLE PI R E MIE R.
Les Réglemens de la Société feront divifés en
deux claffes, La première renfermera ceux qui
forment les conditions effentielles de Taffociaceux qui font relatifs à la
tion ; la feconde, & à la manière de remplir
police de la Société
le but qu'elle fe propofe.
I I.
être fait de changement, retranIL ne pourra
fondamenchement ou addirion aux Réglemens
dans une révifion annuelle & par le voett
taux que
des Membres de la Société prél
des trois-quarts
les Réglemens de la
fens à TAfemblée générale;
B
--- Page 384 ---
(18)
feconde claffe, difingués ici des autres par des
guillemets, pourront être changés, augmentés
ou abrogés en tout tems, moyennant le confentément des deux tiers des membres de la Société,
IIL
IL fera fait chaque année une révifion générale
de tousles Réglemens. Pour cet effet TAffemblée
générale choifira, deux mois avant le jour fixé
pour la révifion, dix Commiffaires, cinq dans
TAffemblée générale, & cinq dans le Comité,
Cette Commiffion fera chargée de raffembler
tous les avis relatifs aux Réglemens, que les
amis des Noirs feront invités à lui faire paffer
duran: ce terme. Elle rendra compte de fon travail diregtement à PAfemblée générale, laquelle
ne fe déterminera fur lefdits Réglemens qu'après
avoir entendu le rapport de la commiffion.
L'élection de ces Commiflaires fera faite à
fAllemblée générale du mois de Janvier de chaque année, ta révifion à celle du mois de Mars
fuivant. La première revifion n'aura lieu qu'au
mois de Mars 1790.
IV.
L'ASSEMBLÉE
S
générale fera compofée des
membres de la Société réfidens à
SI
Paris, & des
membres
a1
étrangers qui s'y trouveront & en auront fait aveftir le Préfident &le Secrétaire.
fAllemblée générale du mois de Janvier de chaque année, ta révifion à celle du mois de Mars
fuivant. La première revifion n'aura lieu qu'au
mois de Mars 1790.
IV.
L'ASSEMBLÉE
S
générale fera compofée des
membres de la Société réfidens à
SI
Paris, & des
membres
a1
étrangers qui s'y trouveront & en auront fait aveftir le Préfident &le Secrétaire. --- Page 385 ---
(19)
*Ladite Affemblée fera
>) foit le nombre des' 'membres complette, quel que
5) que tous les membrès réfidens préfens, pourvu
> été duement
à Paris aient
convoqués >.
CHAPITRE IL
Des Membres de la Société 23 2 6 de leur
préfentation, cotifation & admilflion.
ARTICLE PREMIER.
Li Société des dmis des Noirs fera
d'un nombre indéterminé de
compofée
ou femmes,tants
membres, hommes
régnicoles qu'étrangers,
IL
LA Société atira un
un Tréforier & un Comité Préfident, un Secrétaire,
compofition & les fonétions permanent, dont la
feront
ci-après.
expliquées
IIL
NUL ne fera reçu membre de la Société
far la préfentation par écrit d'un membre que
quilii fervira de parrain, &la
actuel
autres membres. Pour être
fignature de quatre
fenter au Tréforier le
admis, il faudra précertificat, lui
montant de la cotifation
remettro.le
annuelle, & en tirer
B 2 --- Page 386 ---
(10)
Sur le vu du certificat & de la
une quittance.
inferira le nouveau memqiniecaslesemiaine deftiné à cet ufage, & lui
bre dans le Regifre
adreffera un billet d'invitation pour la première
affemblée générale.
I V.
des membres de la Société qui auront
>> CEUX
enavertiront
> figné un certificat tder préfentation, & ils tiendront
Préfident &c le Secrétaire,
>> le
après
lifte féparée des perfonnes qui,
>> une demandé & obtenu un certificat, auront
>> avoir le refte des formalités prefcrites pour
>> négligé membre de la Société >.
# être
V.
cotifation fera de deux louis par an pour
LA
réfidans à Paris, & de 24 livres pour
lesmembres
ou dans les pays
ceux qui réfident en province auffi, tant de fes
étrangers. La Société recevra
voudront
membres, que de toutes perionnes qui fommes
contribuer au fuccès de fes vues, telles
de donner, &c il leur en fera
qu'il leur plaira
délivré des quittances féparées.
V I.
Sidmac
fois
D'aura d'autre
ToUT membre une
reçu,
pour continuer à faire parformalité à remplir,
chaque année fa
tie de la Société, que de payer lui donnera une
cotifation, dont le Tréforier
oudront
membres, que de toutes perionnes qui fommes
contribuer au fuccès de fes vues, telles
de donner, &c il leur en fera
qu'il leur plaira
délivré des quittances féparées.
V I.
Sidmac
fois
D'aura d'autre
ToUT membre une
reçu,
pour continuer à faire parformalité à remplir,
chaque année fa
tie de la Société, que de payer lui donnera une
cotifation, dont le Tréforier --- Page 387 ---
((21 )
il fera prévenu de T'époque du renouquittance; dans fon billet de convocation, pour
vellement
oûi ilaurale droit
la dernière affemblée générale,
d'affifter,
CHAPITRE IIL
Des Alemblées générales.
ARTICLI E P R E M I E R.
mardi de chaque
tous Tes premiers
Iryan
de la Société,
une affemblée générale
> mois,
à cinq heuElle commencera fes délibérations
s
Aucune motion ne fera
e res du foir précifes,
fera mis en détibé-
>> admife, & aucun objet ne
ration
huit heures & demie >>.
Anos
>
paffé
I I.
les affemblées de chaque mois, it en
> OUTRE
a
de chaque
une T'expiration,
> fera convoqus
il n'y aura lieu à aucune
>> fémeftre, dans laquelle
E
>> délibération. deftinées à entendre Ta récapitu-
> Elles feront
aura été fait dans le cou-
>> lation de tout cC qui
Les Dames qui - auront
> rant du fémeftre expiré. de Ja Société,feront
>> foufcrit pourêtre membre
winyitées à ces deux Affemblées.
LES membres de la Socicté feront avers
B 3 --- Page 388 ---
(22
9 des billets de convocation,
5 taire; il y fera fait mention fignés du Secrédevra être délibéré,
des objets dont il
I V.
> ON pourra s'écarter de cette
* du Réglement, dans les
dernière partie
> l'Affemblée fe
cas preffaris ; maisalors
bornera à la
>> propofés.
difcuffion des objets
V.
L'ASSEMBLÉE générale
la
Elle feule
repréfentera Société
pourra faire les
les
fier, les
Réglemens,
modiabroger ou les augmenter ; feule
nommera les membres du
elle
les Officiers de la
Comité, choifira les
Société, & décidera
ce qui peut T'intéreffer, &
de tout
confié aux foins du
qui n'aura pas été
glemens.
Comité, en vertu des RéV I.
LES membres des Sociétés de Londres & d'Amérique ayantile même
: amis des Noirs,
but que la Société des
Affemblées
feront admis de droit dans les
leur admiffion générales, en juftifiant toutefois de
dans les autres Sociétés.
VIL
KIL fera placé dans la Salle
> Bureau devant lequel s'afloiera d'affemblée, un
>> aura le Secrétaire à fa
le Préfident; il
droite &le Tréforier à
LES membres des Sociétés de Londres & d'Amérique ayantile même
: amis des Noirs,
but que la Société des
Affemblées
feront admis de droit dans les
leur admiffion générales, en juftifiant toutefois de
dans les autres Sociétés.
VIL
KIL fera placé dans la Salle
> Bureau devant lequel s'afloiera d'affemblée, un
>> aura le Secrétaire à fa
le Préfident; il
droite &le Tréforier à --- Page 389 ---
(23)
de la Société
e
Les autres membres
P fa gauche. indifingementx.N Nul ne fera admis
> feplaceront
n'eit
membre de la Soaux Affemblées, s'il
pas
dans Tarticle
ciété, ou des Sociétés indiquées
précédent.
VIIL
CHAQUE membre en arrivant à TACembléc
fera écrire fon nom fur une feuille placce devant feront
Les membres du Comité
le Secrétaire.
infcrits dans une colonne féparée.
IX.
de TAffemblée les nouveaux
> A1 Touvertare
de leurs parrains, fe
> membres, accompagnés devantle Bureau; ; ils promettront
>> préfenteront
& les - Signeront:
> d'obferver les Réglemens, invitera à
le Préfident les
prendre
>2 après quoi
>> feance >.
X.
fon tour, ou
> NUL membre ne parlera qu'à
Si dans le
>> lorfque le Préfident l'interpellera. membre,
s cours des délibérations 2 quelque la parole
, vouloit reprendre
>> ayant déjà opiné, fût achevé, il ne pourra le
5 avant que le tour
Tous les
fans la
du Préfident.
> faire
permiffion feront tenus d'obferver
> membreoderAffembilée troublerle Préfident dans
> l'ordre &c de ne point
> lexercice de fes fonétions".
B 4 --- Page 390 ---
(24)
X I.
> AVANT d'ouvrir la
5 lira le
féance, M. le Secrétaire
proces-verbal de la
9 ce procès-verbal ne devant Séance précdentes
>> près
être enrégifiré qu'a-
> verbal avoirénéappronvé des
Illirae Benfuiteleprocès
différentes féances
33 cette leéture il
du Comité; après
9 bération
annoncera les objets de la déliaéuelle, qui auront
> Comité, & qui feront
été préparés par le
> autres *
difçutés avant tous les
XIL
# LORSQUE
a requife, fon T'approbation de T'Affemblée fera
> Préfident, fera filence, après T'interpellation du
conflamment
> uin figne
regardé comme
d'approbation. Si
9) prenoit la parole, &
Pun des affiftans
> explications qui lui feroient n'étoit pas fatisfait des
>> fident, il pourra faire.de données par le Pré-
>> fujet d'une ou
fes obfervations, le
plufieurs
> mant à Particle fuivant motions, en fe confor-
>,
XIIL
IL ne fera délibéré far
un des membres de la aucune motion faite par
préalablement remife Sociéré, qu'elle n'ait été
avant, fcit dans le
par écrit au Préfident,feic
çours del la féance.
X I V.
NUL ne pourra roter cans une
eommoncdavantr fon arrivée,
délibération
-
>> fujet d'une ou
fes obfervations, le
plufieurs
> mant à Particle fuivant motions, en fe confor-
>,
XIIL
IL ne fera délibéré far
un des membres de la aucune motion faite par
préalablement remife Sociéré, qu'elle n'ait été
avant, fcit dans le
par écrit au Préfident,feic
çours del la féance.
X I V.
NUL ne pourra roter cans une
eommoncdavantr fon arrivée,
délibération --- Page 391 ---
(25)
X V.
Préfident invitera aux opinions, premièLE
enfuite'les membres du Corement les Officiers, membres de la Société, en
mités puis les autres
felon T'ordre dans
les interpellant à haute voix arrivant àlAfemlequel ils auront étéinfcrits en fon avis le dernier, à
blée. Le Préfident donnera
dans
ne. fit lui-même une motion,
moins qur'il
le
fur fa motion,
lequel cas il opinera
premier
tle
Tout membre de la Société fera pareillement!
premier opinant fur fa propre motion.
IX V I.
feront prifes à la fimple plura11 LES réfolutions
dans les cas oûr les
lité des fuffrages, excepté
déterminentlanature de cettepluralité
réglemens
XVIL
tour aura uniquement pour objet
e LE premier
&c le Prélident
la difcufion des objets propofés. divers avis qui auront
recueillera feulement les
avis, &c demanété formés. Il relira enfuite ces
des membres de V'Affemblée ne juge
dera Ai aucun
& dans ce cas
à propos d'en ouvrir un nouveau,
ont été
il joindra les nouveaux. avis à ceux qui
ouverts d'abord.
on ne pourra
DANS le fecond tour d'opinions, & chacun,
undesavis propofts,
voter que Four --- Page 392 ---
(26)
pourra encore motiver fon choix, le Préfident
recueillera les voixdonnées en faveur de
avis.
chaque
Si, ce fecond tour, un des avis réunit la
pluralité exigée, la délibération fera
finon l'avis le moins nombreux fera terminée,
ceux qui l'auroient
exclus; &
adopté obligé de revenir
un des autres, & ainfi de fiuite,
à
des avis ait obtenu la
jufqu'a ce qu'un
Réglement.
pluralité prefcrite par le
Dans le cas oùt il faudroit
avis
opter entre deux
égaux en fuffrage,le Préfident départagera.
X VIIL
LES avis quiauront paffés, feront
une fenille volante
rédigés fur
feront
pendant T'Affemblée, & ils
relus à PAffembiée
de leur exaétitude.
fuivante,pour faire foi
X I X.
TOUTES les éleéions feront faites an fcrutin,
fuivant la forme prefcrite ci-après.
LE Préfident, le Secrétaire, le Tréforier &
deux membres choifis par le fort, déchiffreront
les ferutins; le Préfident déclarera à haute
le réfultat des fuffrages. Dans le
voix
forier feroit
cas oùr le Tréabfent, on choifira trois membres
par le fort.
e
X
PouR la nomination des commiffions
parti-
fcrutin,
fuivant la forme prefcrite ci-après.
LE Préfident, le Secrétaire, le Tréforier &
deux membres choifis par le fort, déchiffreront
les ferutins; le Préfident déclarera à haute
le réfultat des fuffrages. Dans le
voix
forier feroit
cas oùr le Tréabfent, on choifira trois membres
par le fort.
e
X
PouR la nomination des commiffions
parti- --- Page 393 ---
(37)
générale fixera dabordala
culleres,PAfemnblée
des membres
pluralité des voix, le nombre
dont elles feront compofces. Elle procédera
T'éleétion;
votant écrira un
enfuite à
chaque
auront le plus
nom fur fon billet, & ceux qui
qu'ils en
de voix feront élus, pourvu cependant
on
aient réuni plus de trois. En.cas de partage,
formera un nouveau fcrutin.
XXI
IL fera permis aux membres préfens à TAfemle Préfident, au cas
biée gépérale d'inserpeller lordre dans les délin
qu'il négligeât de mantenir
bérations, tel quil elb établi dans les Réglemens.
CHAPITRE IV.
T
du
6 de" fes
De Pllcilion
Préfident
fontions.
ARTICLE PREMIER.
Ler Préfidentfera élu par TAffembléc générale à
des fufrages, & fera choifi entre les
la pluralité Comité
à TAfemblée, ou
membres du
préfens
de qui un des membres préfens
de T'acceptation
répondra à la Société.
II
Le Préfident ne fera cn office que pendant --- Page 394 ---
(28)
trois mois, il ne fera prorogé fous
rexte, mais il pourra être élu de
aucun préun intervalle de trois mois.
nouveau après
IIL
L'éleétion du Préfident aura lieu à la dernière
Affemblée générale ordinaire de chaque trimeftre
pour entrer en fonétion au commencement du
trimeftre firivant.
IV.
( Si le Préfident en office eft
99 remplacé par le plus ancien abfent, il fera
> mité, à
membre du Col'exception du
> Tréforier.
Secrétaire & du
V.
Le Préfident remplira les
Il recevra à T'Affemblée
fonétions fitivantes.
membres de la Société, générale, les nouveaux
VIII du Chap. III des conformément à l'Art.
Il
préfens Réglemens.
propofera les matières dônt il devra
délibéré, Il recueillera les
être
& raffemblera les
avis, les réfumera,
fiffrages.
Il déclarera le voeu de la
mément aux Réglemens
pluralité, conforveillera à ee
quila déterminent. Il
tour, &
que perfonne ne parle
fon
ne foit point
qu'a
effet, il fera libre
interrompu, & à cet
d'accorder Ou de refufertla
fera les matières dônt il devra
délibéré, Il recueillera les
être
& raffemblera les
avis, les réfumera,
fiffrages.
Il déclarera le voeu de la
mément aux Réglemens
pluralité, conforveillera à ee
quila déterminent. Il
tour, &
que perfonne ne parle
fon
ne foit point
qu'a
effet, il fera libre
interrompu, & à cet
d'accorder Ou de refufertla --- Page 395 ---
(29)
membres de la Société qui deman:
parole aux
deront à parler hors de leur tour.
fur la confection
Il veillera fpécialement
& les fera
exacte des regiftres, 2 les fignera,
figner.
les réfolutions, tant
Il pourvoira à ce que
foient
de PAffemblée générale que du comité,
fidélement exécutées.
direête fur le Secrétaire,
Ila aura une infpeation
fur le Tréforier &
fur le dépôt des archives,
fur la caifle.
l'état fommaire
Il en déclarera tous les mois
& à Yexpiration de fa préfidence,
au Comité,
il mettra fous les yeux de PAffemblée générale
de la caiffe, figné de lui,
un état circonftancié
du Secrétaire &c du Tréforier.
commifIl préfidera le Comité & toutes les
extraordinaires, chargées par le Comité
fions l'ACemblée générale de quelque travail
ou par
particulier.
des Statuts &
Enfin, il veillera au maintien
Réglemens. --- Page 396 ---
(30)
CHAPITRE V.
Du Secrétaire & defes
fonîions,
A. RTICLE P RÉ M IE R.
Larcnox du Secrétaire fe fera
nière fiivante.
de la maDansl'Afcmblée
naire qui précédera
générale ordiSecrétaire doit être immédiatement celle oir le
élira cing
élu, PAffemblée générale
Comité, Commifaires ; qui joints avec le
nommeront at fcrutin célui
gent digne de la place de
qu'ils juComité préfentéra à FAffemblée Secrétaire, 2 & le
de T'éleétion tous ceux
généralele jour
voix or plis dans cè
qui auront eu : deux
clarant le nombré de premier ferutin, en déobtennes,
voix que chacun aura
Le Comité
préfentera au moins
fonnes; & fi dan's le premier
quatre peravoit eu deux voix
ferutin 5 il n'y
que pour un moindre
bre, on feroit un fecond
nomfuite,
fcrutin, & ainfi de
jufqu'à ce que l'on pût en
quatre,
préfenter
Le fcrutin du Comité fera fait
avant T'éledion,
affez de tems
s'affurer de
pour que le Préfident ait pu
F'acceptation de chacun de ceux qui
; & fi dan's le premier
quatre peravoit eu deux voix
ferutin 5 il n'y
que pour un moindre
bre, on feroit un fecond
nomfuite,
fcrutin, & ainfi de
jufqu'à ce que l'on pût en
quatre,
préfenter
Le fcrutin du Comité fera fait
avant T'éledion,
affez de tems
s'affurer de
pour que le Préfident ait pu
F'acceptation de chacun de ceux qui --- Page 397 ---
(31)
être préfentés, & faire un nouveau
pourront ferutin, fi cela eft néceffaire, pour compléter
le nombre de quatre, Deux des cinq Commiffaires nommés par TAffemblée générale feront
toujours préfens à la vérification de ces fcrutins
& on les tirera au fort.
L'Afemblée générale ne pourra choifir que
parmi ceux qui feront préfentés.
membre écrira fur un
Pour cela, chaque
les plus
billet les noms de ceux qu'il jugera
le nombre étant la moitié, ou le nomdignes,
au-deffous de la moitié du
bre immédiatement
deux s'il y en a
nombre total des préfentés,
trois s'il
en a fix ou fept,
quatre ou cinq,
y
celui dont le
& ainfi de fuite; on préférera
de
hom fe trouvera fut un plus grand nombre
Si
concurrens ont un nombre
billets.
plufieurs choifira entr'eux par voie de
égal de voix, on
lun d'eux ait la plurafcrutin jufqu'a ce que
lité, & le Préfident n'aura de voix prépondédans le cas d'un partage abfolu.
rante que éledion
la place de Secrétaire
La première
pour
du mois de Janaura lien à tafuimblée générale
vier 1789.
II.
durera deux ans, à
La charge de Secrétaire
feul à TALT'expiration defquels il fera préfenté
du mois, de Novembre pour
femblée générale --- Page 398 ---
(32)
confirmé
deux autres années, cette
étre
n'aura pour lieu qu'aux deux tiers des
confirmation
confirmation, il ne
voix. Après cette première
plus en obtenir de rouyelles que parles
pourra
des iufivagess Dansiles cas olla
trois quarts
la confrpluralité requife lui manquera pour
mais
mation, il reftera néanmoins cligible,
avec concurrence.
IIL
E e
les fonétions fuivantes.
Le Secrétaire remplira
membres de la SoIllinferira les nouveaux
III du Chap. II
ciété en fe conformant à l'Art.
des préfens Réglemens. lettres écrites à la Société, en
Il recevra les
au Comité, & fe conformera pour
fera rapport à faire, à ce qui aura été réfolu,
les réponfes
générale, que par le Comité
tant perTAfemblée felon la nature des objets.
ou le Préfident exaétement & fans autre délai
Il enregifrera
toutes
celui qui eft fixé par les Réglemens,
que
& communications qui auront
les propolitions
à moins qu'il
été faites à PAffemblée générale,
n'ait été convenu de n'en pas faire regiftre.
de même toutes les réfolutions
Il enregiftrera
&c les
du Comité & de T'Affemblée générale,
exécutera ou fera exécuter ponétuellement. les
Il tiendra en bon ordre & à jour tous
autres
ifrera
toutes
celui qui eft fixé par les Réglemens,
que
& communications qui auront
les propolitions
à moins qu'il
été faites à PAffemblée générale,
n'ait été convenu de n'en pas faire regiftre.
de même toutes les réfolutions
Il enregiftrera
&c les
du Comité & de T'Affemblée générale,
exécutera ou fera exécuter ponétuellement. les
Il tiendra en bon ordre & à jour tous
autres --- Page 399 ---
()
autres regiftres ordonnés par la fociété
le Comité,
ou par
Il
expédiera, 2 revêtus de fa
extraits des regiftres. Il fera
fignature, 2 les
tribuer les
imprimer & diflutions
ouvrages, écrits, relations, ou réfoque P'Affemblée
publier
générale aura réfolu de
par voie d'impreflion.
Il veillera aux convocations
extraordinaires . de PAffemblée ordinaires &
Comité, enforte
les
générale & du
dans T'ordre
que
billets d'invitation foient
devront
& envoy és à tems à tous ceux
en recevoir.
qui
Il fera chargé, fous P'infpeétion
Comité & du
fpéciale du
Préfident, de la garde des
documens 5 papiers & archives de la livres,
Il en tiendra un inventaire
Société.
tra tous les fix mois
exaét, dont il remetun double
lui
au Préfident.
par
figné
Il fera membre du Comité & de
commiffions extraordinaires
toutes les
procès-verbal de leurs
& y dreffera le
délibérations &
Enfin, il.ne fera rien de relatif à la arrêtés
qu'il n'y foit autorifé, ou par fes
Société,
ou par délibération
atributions,
foit de l'Aflemblée expreffe, foit du Comité,
générale.
IV.
< Iy aura aux ordres du
Secrétaire, & fous
G --- Page 400 ---
S
fon
(34)
infpetionimmsiate, un
9 la Société allouera des
Commis auquel
5y cent livres, ce Commis appointemens de fix
s Comité qui feul
fera choifi par le
pourra le deftituer.
V.
< Il fera réfervé dans
$ la Société pour fes aflemblées I'sppartement loué par
$ Comité, une chambre
&c celles du
>
pour le Secréraire qui
s Pourm.fhonluilfembitcye ordinaire.
en faire fon. logement
VI
Il fera alloué au Secrétire,
iles refufer, dix-huit cent
lequel ne pourra
raires, non
livres à titre d'honocompris les frais de bureau,
CHAPITRE VI.
Du Tréforier & defee
fontions.
A RTICL E P R E M I DfII - E R.
L. Tréforier fera élu à la
par T'aflemblée générale ; il iera pluralité des voix
tement entre les membres de la choifi indifincvotant écrira fur fon billet Société; chaque
qu'iljuge le
le nom de celui
fira enfuite plus digne de la place, & on L choipar un fecond ferutin entre les
qui auront le plus de voix, Dans
deux
le cas d'éga-
E P R E M I DfII - E R.
L. Tréforier fera élu à la
par T'aflemblée générale ; il iera pluralité des voix
tement entre les membres de la choifi indifincvotant écrira fur fon billet Société; chaque
qu'iljuge le
le nom de celui
fira enfuite plus digne de la place, & on L choipar un fecond ferutin entre les
qui auront le plus de voix, Dans
deux
le cas d'éga- --- Page 401 ---
lité de voix,
(35)
on fe conformera à PArt.
chapitre précédent.
Ie.du
IL
Le Tréforier aura fon
taire; il fera élu
rang après le'Secrécontinué à la
pour deux ans & pourra être
pluralité des
droit membre du Comité fufrages; il fera de
de fon éleéion il
s'il nel l'étoit pas lors
de
;
fera de même
toutes les Commiffions
membre né.
mière élecion du Trélorier particulières; la prede Janvier
aura lieu au mois
1789.
IIL
Le Tréforier
II
remplira les fonétions
recevra les cottifations des
fuivantes.
Société, & toutes les
meinbres de la
contributions
tres perfonnes qui S'intérefferont
que d'aula Société voudront lui faire
au fuccès de
nera quitance.
paffer & en donIl tiendra un compte exaé de la
la dépenfe, 4 à
recêtte & de
T'exception des
> rantes qui feront ordonnées
dépenfes cou-
>> qui ne pafferont
parle Comité, &
pas 15o liv.
> ne pourra faire aucune
par trimeftre: il
> ordonnée
dépenfe qui n'ait été
par l'aflemblée
Rien ne lui fera alloué dans générale >.
fes comptes que fur le vifa du la vérification de
Préfident, du Secrétaire,
comité, figné du
& de trois
moins,
Membresau
C --- Page 402 ---
les (35) trois mois fous les yeux de
IT mettra tous
dela caiffe &c le montant
Comité, un bordereau
le Préfident de
de fes dépenfes. Le tout vifé par
T'Affem-
&c chaque année il rendra à
la Société;
de la re-
& circonftancié
blée un compte général
cette & de la dépente.
à la Société
Il recueillera les deniers acquis
ou de toute autre manière,
par des Soufcripteurs,
des nouveaux mem-
& fe conformera, à Tégard
brès, a T'article III du chapitre II.
CHAPITRE VIL
& defes
L
du Comité
De la formaion
ttsc fontlions.
ARTICL E
P. R E M I E R.
Lec Comité fera compoféde vingtun Membres,
Préfident, le Seferont comprisle
entre lefquels
Ils ferort élus par TAL
crétaire & le Tréforier.
de chaque
du mois de Décembre
femblée générale
fonétion au mois de Janvier,
année pour entrer en
les mardis.
Le Comité s'allemblera tous
noo
IL
feront trois ans en
LES Membres du Comité
feps
cet effet il en fera remplacé
Office, & & pour
Membres,
Préfident, le Seferont comprisle
entre lefquels
Ils ferort élus par TAL
crétaire & le Tréforier.
de chaque
du mois de Décembre
femblée générale
fonétion au mois de Janvier,
année pour entrer en
les mardis.
Le Comité s'allemblera tous
noo
IL
feront trois ans en
LES Membres du Comité
feps
cet effet il en fera remplacé
Office, & & pour --- Page 403 ---
(37)
chaque année. Mais en attendant qu'ils puiffent
d'ancienneté de fervices, il ne
fortir par rang
avant le premier
fera fait aucun remplacement
Décembre 1789; a la feconde annéc, fept membres fortiront par le fort; à la troifième, il en
fortira auffi par le fort fept d'entre les quatorze
anciens : & dès la quatrième année les fept
plus
plus anciens membres fortiront anmuellement
fait leurs trois années de fervice.
comme ayant
Si le Tréforier ot le Secrétaire conjointement
avoient fini leurs trois années de
ou féparément
de membre du Comité,
fervice,en leur qualité
&c qu'ils reflaffent en Office, ils feront cenfés
membres.du Comité, 8 dans ce
élus de nouveau
autres
cas on ne remplacera que les fix ou cinq
membres qui auront accompli leurs trois années.
de fervice.
devenoient
Si le Tréforier ou le Secrétaire
membres du Comitéparle droit de leur Office, &c
fuffent furnuméraires, ils feroient compris.
qu'ils dans le nombre des nouveaux membres du Comité deflinés à remplacer ceux qui fortiront de
charge, & à cet effet ilne -
feroit élu que le nomnéceffaire
compléter celui de fept. Le
bre
pour
Comité fera complété au mois de Décembre A
fisivant la forme prefcrite art. IV.
€3 --- Page 404 ---
(38)
IIL
Al'exception des cas ci-deffus
ne pourra-être élu de nouveau mentionnés,nul membre du Comité qu'une année après qu'il fera forti de
charge.
I 5 V.
LES membres du Comité feront élus par PAffemblée générale fur une nomination faite en la
manière fuivante,
L'Affemblée générale ordinaire du mois d'Octobre
choifita, par voix de fcrutin, huit Commiffaires auxquels le Comité joindra fept de fes
membres, du nombre defquels feront le
le Secrétaire & le Tréforier.
Préfident,
Ces quinze Commiflaires feront affemblés
le Préfident le plutôt qu'il fera poffible, & feront par
entre eux la nomination d'un nombre de candidats double de celui des places à remplir;&
s'être affurés de leur
après
acceptation, ils feront
pofés à TAffemblée
progénérale du mois de Décembre. Chaque membre choifira
nombre égal à celui des
parmi eux un
déclarera élus
places vacantes, & On
ceux quiauront réuni le
nombre de fuffrages.
plus grand
S'il fe trouve une égalité de nombre
pèche de pouvoir
qui emdilinguer çeux qui doivent
de celui des places à remplir;&
s'être affurés de leur
après
acceptation, ils feront
pofés à TAffemblée
progénérale du mois de Décembre. Chaque membre choifira
nombre égal à celui des
parmi eux un
déclarera élus
places vacantes, & On
ceux quiauront réuni le
nombre de fuffrages.
plus grand
S'il fe trouve une égalité de nombre
pèche de pouvoir
qui emdilinguer çeux qui doivent --- Page 405 ---
(3)
nombre des élus, on choifira par
faire partie du
fcrutin & ainfi de fuite.
un nouveau
V.
dans Pintervalle aux
On ne nommera point
une autre caufe ;
places vacantes par mort ou par Taledion.ordi
mais feulement au jour fixé pour
comélira le nombre néceffaire pour
naire, on
nombre qu'ils
pléter le Comité, & en. quelque la.troifième
aient été élus, ils fortiront tous après
année.
où
ett dans
"Toutesfois, dans le cas ilyauroit le Préannée
de trois démiffions,
>> la même
plus
AAffemblée générale,
> fident en rendra compte elle doit ou non compléter
>> qui alors décidera fi
> le Comitén.
feroient élus en vertu
Les Commiflaires qui
membres du Comité
de cette décifion refteroient
été élus dans le
auffi long-tems que s'ils avoient
mois de Janvier fuivant.
V I.
le Comité fera pré
En P'abfence du Préfident,
les plus anciens
fidé par le plus âgé des membres
préfens à la féance.
VIL
les fonétions fuivantes :
Le Comité remplira
perpétuelle & touIl'exercera une furveillance intéreffer la Sojours active fur tout çe qui peut
C
--- Page 406 ---
(40 )
ciété, & remplir convenablement le but
fe propofe.
qu'elle
Hlauralinfpedion direéte fur tous
de la Société, relativement
les membres
chacun d'eux aura pris.
aux engagemens que
< Il pourra fulpendre le
5> forier de leurs
Secrétaire & le Tré:
fonations, mais il
>> prononcer la fulpenfion les deux faudra pour
>> frages des membres du
tiers des fuf
Comité
>> féance indiquée
préfens à une
pour cet objet.
>> Le Comité fera
de
P'Aflemblée
obligé
rendrecompte à
générale qui fera
>> près, & aura le droit de
convoquée ex-
> ciers dans leurs
réintégrer les Offifonétions, de les
> d'accepter leur démiflion
deftituer ou
>.
Il s'informera tous les mois de l'état
caiffe, de la récette & de la
de la
fiera le compte
dépenfe, & vérique le Tréforier eft
rendre conformément à fon
obligé de
Office.
Il veillera fur les livres, documens
de la Société, & fuivra la
& archives
correfpondance.
Is'appliquera à recueillir toutes les
que la Société ou fes Membres
lumières
bler relativement à
pourront raffemNegres.
T'efclavage & à la traite des
Il s'occupera des objets fur lefquels
ceffaire de faire des
ileft nérecherches, des moyens de
ément à fon
obligé de
Office.
Il veillera fur les livres, documens
de la Société, & fuivra la
& archives
correfpondance.
Is'appliquera à recueillir toutes les
que la Société ou fes Membres
lumières
bler relativement à
pourront raffemNegres.
T'efclavage & à la traite des
Il s'occupera des objets fur lefquels
ceffaire de faire des
ileft nérecherches, des moyens de --- Page 407 ---
(41)
& des travaux qu'il
s'en procurer les matériaux,
peut être utile d'exécuter.
les Sociétés déjà
Il entretiendra avec toutes former
le
fe
pour
formées ou qui pourroient
fraternelle &
même objet, une correfpondance
manière
entiérement dirigée vers la meilleure
d'arriver au but commun, en s'aidant réciprochacune felon la conftiquement à le remplir,
ha-
& le
du pays qu'elles
tution
gouvernement
bitent.
en éviLe Comité dirigera la correfpondance
la
tout ce qui engageroit
tant foigneufement
Société fans fon confentement.
fera faire toutes les traduétions quiljugera
> Il
les faire imprimais il ne pourra
>> convenables,
de TAffemblée générale,
>> mer fans Tapprobation
Commif-
>> à cet effet le Comité nommera quatre 8 deux autres
deux de fes membres,
> faires,
de la Société. Les quatre
> parmi tous ceux avoir examiné la traduc-
>> Commifaires, après
écrit à TAf-
> tion, en feront un rapport par fera figné enfuite
Ce rapport
> femblée générale.
> &c dépofé dans les regiftres.
les livres que
>> On fuivra la même forme pour
le comité croiroit devoir publier *.
>
Comité nommera des Commiffions partiLe
de fes propres membres,
culieres, compofées de fa compétence; mais
pour traiter des objets --- Page 408 ---
les Commiffires (4)
former
ne pourront, dans
une décifion qui
aucun cas;
n'ait été approuvée
ptriffeavoir rd'effetqu'elle
de la Commifion. par le Comité, fur le rapport
Il convoquera toutes les Affemblées
ordinaires ou extraordinaires,
générales
rapports qu'l devra faire à
3 & arrêtera les
ainfi que les objets
PAffemblée générale,
voudroiént
que les membres du Comité
propofer à la Société.
VIIL
LES Commifions nommées
générale, n'auront de
par T'Affemblée
qu'autant
rapport à faire au Comité
que T'Afemblée générale l'exigera.
I X.
EN cas de mort ou de démiffion du
ou du Tréforier; le Comité
Secrétaire
pourvoira à leurs
fondions.jufuie d'une
ce qu'ils aient été
manière
remplacés
conforme aux Réglemens.
X.
LES éleétions ou nominations de la
tencedu comité y feront faites
compéles autres matières de
par ferutin,se dans
voix feront recueillis délibération lesavis & les
générale.
comme dans T'Afemblée
XI
9 SEPT membres du
Comité,compris les Ofi-
Secrétaire
pourvoira à leurs
fondions.jufuie d'une
ce qu'ils aient été
manière
remplacés
conforme aux Réglemens.
X.
LES éleétions ou nominations de la
tencedu comité y feront faites
compéles autres matières de
par ferutin,se dans
voix feront recueillis délibération lesavis & les
générale.
comme dans T'Afemblée
XI
9 SEPT membres du
Comité,compris les Ofi- --- Page 409 ---
(43)
;8 leurs:
formeront un Comitécomplet:
>> ciers,
la même force que s'ils euffent:
warrêtés auront
les vingt-un membres >.
> été pris par
X I I.
LE comité rendra compte à l'affemblée générale de tous les mémoires qui lui feront adreffés,
les membres de la Société, que par des
tant par
mais il ne fera tenu de les lire qu'auétrangers;
intéreffans pour la Société,
tant qu'il les jugera
T'Affemblée
dans
générale
à moins que quelqu'un &c
ne la defirat,
n'en propofat la leéture, qu'elle
ET Co
ARCHIVES
CHAPITRE VIIL
De la Police générale de la Société.
ARTICLE P R E MIE R.
Aucuxe matière étrangere au but de la Société,
fera traitée dans aucune de fes Affemblées, foit
ne
foit du Comité, foit des commiffions;
générales, membres de la Société obferveront
8c tous les
à aucune affemde ne faire fervir fon logement
affaires que
blée, qui auroit pour objet d'autres
celles de la Société.
II
à l'article VI du chapitre III,
9 Conformément --- Page 410 ---
(44)
won n'obfervera ni rang, ni
9 manière de fe placer dans difinéion dans la:
>> Société, du Comité
les affemblées de la
ou des
>> place du Préfident, du
Commiffions. La
5 rier, feront feules
Secrétaire & du Tréfo9 Le Commis fe
réfervées devant le bureau.
placera à côté du Secrétaire,
IIL
> Les rapports out délibérations
5 mencés, chacun des
une fois compoint fe lever
affiftans - obfervera de ne
par raifon de
> membres qui entreront
civilité envers-les:
> rivant irai immédiatement dans PAffemblée. L'arfe
> à ne pas troubler la
placer de manière5 fon nom lorfqu'elle datldenion.lfersintnie fera
terminéen.
I V.
NUL ne parlera debout; & s'il s'élevoit
que conteflation contraire au bon ordre, quelfident la fera ceffer incontinent.
le Préfition étoit fans
Si fon
effet, il fera juger les interpopar T'AMembléc, & ceux-ci feront
conteftans
mettre à la décifion de la
tenus. de fe foupluralité.
V.
LEs préfens Réglemens feront
dans le cas où lors de leur révifion imprimés; &
auroient fubi des
annuelle, ilsi
Grafitenmemouvelle changemens importans, il en:
éditionscubien on fe con-
le Préfition étoit fans
Si fon
effet, il fera juger les interpopar T'AMembléc, & ceux-ci feront
conteftans
mettre à la décifion de la
tenus. de fe foupluralité.
V.
LEs préfens Réglemens feront
dans le cas où lors de leur révifion imprimés; &
auroient fubi des
annuelle, ilsi
Grafitenmemouvelle changemens importans, il en:
éditionscubien on fe con- --- Page 411 ---
(45)
qui contiendra
un fupplément
tentera d'imprimer
les nouyeaux Statuts.
Ils feront infcrits dans un regiftre particulier, de
être fignés de tous les membres
oit ils puiffent
ainfi que pour y avoir
laSociété; & à cet effet,
confamment placés
recours au befoin, ils feront Affemblées. Nul ne
fur le Bureau dans toutes les
qu'il n'ait
voter dans lefdites affemblées
pourra
fignéles Réglemens.
V I.
de la Société fera pareil-
>LA lifte des membres
wlement imprimée chaque année.
VIL
Rédaéteurs des journaux ou autres pa-
>> LES
feront invités à ne rien inférer
>> piers publics,
au nom de la
> dans leurs journaux ou papiers, la réquifition
des amis des Noirs, que
> Société
été faite avec la fignature du Pré-
>> ne leur en ait
>> fident & du Secrétaire >.
VIIL
des membres de la
PERSONNE, à T'exception TAffemblée généSociété, ne fera introduit dans délibéré. On n'adqu'il en aura été
rale qu'après
& dans les commiffions qui que
mettra au comité
exprès du Comité
du confentement
ce foit, que
ou de la Commifion, --- Page 412 ---
(46)
IX.
LES membres de la Société qui voudront lire
ou confulter les regiftres, livres, documens ou
archives de la Société, feront tenus de s'adreffer
au Secrétaire, & ils ne pourront les emporter
hors du logement de la Société, que par la permiffion du Comité,
-
X.
LES préfens Réglemens ne pourront être ni
changés, ni modifiés, ni retranchés, ni augmentés, que du confentement de la Société, & conformément au chapitre 1, & à l'article IV du
chapitre III defdits Réglemens.
US TO
Sa 09it an -
FIN.
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-
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III V
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idmAT Leaei
BUS nS Lto
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UG 511190E
a --- Page 413 ---
TABLE AU
Des
Membres
de
la
Société
des amis des Noirs.
ANINÉE 1789.
OEFICIE R S.
M. le Marquis de Condorcet, Prifident:
M, de Gramagnac, Secrétaire,
M. Dufoffey del Bréban, Tréforiers
MEMERES DU COMITE,
M E S SIE URS
Basorde Warvillef] Le Mis, de Condorcet, +
E. Claviere.
De Gramagnac.
Brack.
Cuchet,
Duchefnay.
De Paitoret.
Dufoffey de Bréban.
Gallois.
De Bourge.
N. mseddi - elintaick
De Montcloux.
N. aa.ch: enede fayratrr
De Blaire.
N. rasceneslolni lwcaer
De Petitval,
N. baury.
jo Le Duc de la Roche- N. Rarigiat
foucault. +
Le Duc de Charoft,
A
et, +
E. Claviere.
De Gramagnac.
Brack.
Cuchet,
Duchefnay.
De Paitoret.
Dufoffey de Bréban.
Gallois.
De Bourge.
N. mseddi - elintaick
De Montcloux.
N. aa.ch: enede fayratrr
De Blaire.
N. rasceneslolni lwcaer
De Petitval,
N. baury.
jo Le Duc de la Roche- N. Rarigiat
foucault. +
Le Duc de Charoft,
A --- Page 414 ---
(2)
UTABLEAU
Des Membres de la Société des Amis des
Noirs, Suivant Pordre de leur réception.
M E S S I E
R S
1. Busora de
Warville, rue
2. E. Claviere, Adminiftrateur d'Amboij,n.10: de la
royale d'Affurance fur la
Compagnie
vie, rue dAmboife,
no. IO.
3- Le Marquis de Beaupoil Saint - Aulaire, au
Temple.
4. Brack, Direéteur général des Traites, rue de
Grammont, no. 2.
5. Cerifier, en Bourbonnois.
6. Duchefnay, Cenfeur royal, rue des Bernardins, no. 37.
7. Nicolas Bergaffe, rue de Caréne-prenant. +
8. Le Marquis de Valady, a Londres.
5. Dufoffey de Bréban, Direéteur de la Régie
générale, rue de Grammont, no,19.
IO. -
De eBourge, rue des Filles du
11.
Madame la Marquife de Calvaire,no.16,
Royale.
Bauffans, Place
12. Le Marquis de la Fayette, rue de Bourbon
n°.81,
T --- Page 415 ---
(3)
M E S S I E U R S
J.J. Claviere, Négociant, rue Cog-hiron, a18
13Parlement dAngleterre.
au ParRoman, Négociant, rue Cog-hiron,
14lement d'Angleuerre.
Fermier Général, rus
15- De Montcloux, fils,
S. Honoré, no. 341.
Confeiller
16. De Montcloux de la Villeneuve,
à la Cour des Aides, rue S. Honoré, no. 341.
Confeiller en la Cour des Aides 3
17. De Blaire,
Cadet.
rue Bufaut, près la Barrière
18. Madame Poivre, rue Feydeatt, no. 22.
Confeiller au Parlement, rue
19. De Trudaine,
des Francs-Boungeois, no. 39De Trudaine de la Sabliere, Confeiller au
20.
des
no. 39.
Parlement, rue
Franes-Bourgeois,
Malartic de Fonda, Maître des Requêtes a
21.
palfage des Petit Peres, n°. 7de
22. Le Roi
Petitval, Régiffeur général,pefJage des Petits-Peres, no. 7L'Abbé Colin, au Presbytere de S. Eaflaches
23- Du Rouvray, en Irlande.
24rue de Seine
25- Le Duc de la Rochefoucault,
Saint-Germain, no. 42. +
Fauxbourg
26. Le Duc de Charoft, rue de Bourbon, no.70:
Secrétaire de T'Ambaffade des Etats27. Short,
la grille de Chaillot.
Unis d'Amérique,pris
Az
pefJage des Petits-Peres, no. 7L'Abbé Colin, au Presbytere de S. Eaflaches
23- Du Rouvray, en Irlande.
24rue de Seine
25- Le Duc de la Rochefoucault,
Saint-Germain, no. 42. +
Fauxbourg
26. Le Duc de Charoft, rue de Bourbon, no.70:
Secrétaire de T'Ambaffade des Etats27. Short,
la grille de Chaillot.
Unis d'Amérique,pris
Az --- Page 416 ---
(4)
M E S SIEU Rs
28. De Pilles;, ancien Procureur des
wruede Grammont, no.
Comptes,
29. Le Marquis de Condorcet, 19.
pétuel del'Académie
Secrétaire perPAcadémie
desSciences, Membre de
Françoife, hôtel de la Monnoie,
30. Charton de la Terziere, en Amérique.
31. Kornman, rue Caréme-prenant,
3a.Blor, Contrôleur del la marque d'or, à
33: Elmangard, fils, Confeiller.an
Lyor.
e crie des Capricines, no, 22.10
Parlement,
34. Dieres, Confeiller à la Cour des Aides, rue
Jacob. 9
35- Des Eaucherets, rue de Paradis.
36. Gramagnac, Dogeur en
I
Médecine, hôtel de
Infanymue Croix des
37. Lanthenas, Dodteur Petits-Champs, en
venot, no,
Médecine, rue The31.
38. Bérard, rue Mélée, no. 12.
39. Le Comte. de Couftard
Dame des
Saint-Lo, rue NotreVitoires,n. 3140. Du Vaucel, Fermier
Mathurins, no.
Général, rue neuve des
1.
41: Le Duc d'Havré, rue de Bourbons no.
42, L'Evêque de Chartres, 4 Chartres.
72x
43- Cuchet, Libraire, rue Serpente.
44: Gallois, Avocat au Parlement, rue des petits
Augnflins, no, 24. --- Page 417 ---
(5)
MESS S I E U R bs
Le Marquis de Mons, 2 rue neuve des Petits45.
Champs, no. 26. Prévôt de S. Martin de
46. L'Abbé Guyot,
Tours, rue Traverfiere, no. 35:
47. Pigot, à Genève.
48. Le Baron de Dietrick, rue Poiffonnieree
Lavoifier, Fermier Général, 4 PArfenal
49.
Direêteur des Fermes, houel des
5o. Bergerot,
Fermes.
Biderman, Négociant, à Bruxelles.
5T. De Paftoret, Maitre des Requêtes, rue. des
52.
Capucines, no. 74.
Cottin fils,Banquier, Chaufie d'Antin, no.6.
53- Le Comte d'Avaux, rue S. Dominique, no.49.
54- D'Audignac, Direêteur de la Régie générale,
55:
rue de Choifeul.
56. Le Comte de la Cépede, aul Jardin du Roi,
Munier de Montengis, à PHôtel Royal des
57Invalides.
58. Madame Claviere, rue d'Amboile, no.1O.
Le Chevalier de Boufflers, hotel de Rohan,
59.
rue de Varenne.
Receveur
de la Régie
60, Gougenot,
général
générale, rue de Choifeul.
hôtel de Lon61. Petry, Direêeur des Fermes,
guevilles ruC S. Nicaife.
ul Jardin du Roi,
Munier de Montengis, à PHôtel Royal des
57Invalides.
58. Madame Claviere, rue d'Amboile, no.1O.
Le Chevalier de Boufflers, hotel de Rohan,
59.
rue de Varenne.
Receveur
de la Régie
60, Gougenot,
général
générale, rue de Choifeul.
hôtel de Lon61. Petry, Direêeur des Fermes,
guevilles ruC S. Nicaife. --- Page 418 ---
(6)
M ESS IE U RS
Fermier Général, rue
62. De Saint-Alphonfe,
S. Honoré, no. 423:
63. Fortin, rue de Choifeul.
rue S. Jean64. Henry, Avocat au Parlement,
de-Beauvais. de Crillon, Place de Louis XV.
65. Le Comte Emmanuel de Salm, rue de Grenelle
66. Le Prince
fauxbourg S. Germiain, no.231.
Madame la Ducheffe de la Rochefoucault,
67.
S. Germain.
rue de Scine, fauixbourg
rxe du
68. Duport, Confeiller au Parlement,
Grand-Chantier, no. 2.
69- Segretier.
de la Fayette, rue de
70. Madame la Marquife
Bourbon, no. 81.
de Sainte
Soufflot, Infpeêteur des Bâtimens
71. Geneviève, à Sainte Géneviève.
de Crefne, rue Pavée S. Andre-des
72. Agaffe
Arts,no. 12.
de
BouServat, Agent de la ville Bordeaux,
73vis-d-vis le Pavillon.
levart Montmorency,
au coin
Croharé, rue de la Comédie Frangoife,
74de la rue des Cordeliers.
d'Antin,
Le Comte de Valence, rue Chaulfie
75no, 70.
Avocat Général dela
76. Hocquart de Tremilly,
Cour des Aides, THC Neuve des Petits-Champs,
no, 71. --- Page 419 ---
(7)
M E S S IE U R S
77. Le Comte Charles de Lameth, cul-de-fac
Nane-Deme-du-Cumph,
78. Le Chevalier Alexandre de Lameth, même
demeure.
Le Chevalier Théodore de Lameth, mémé
79.
demeure.
80. Le Marquis du Chatelet, hôtel de Brifac,
quai des Théatips.
81. Le Prince de Leon, hôtel de la Rochefoutaults
rue de Seine.
82. Le Comte de Rochechouart, Tue de Grenelle
fauxbourg S. Germain, no.99.
83. Molliens, premier Commis des Finances : 2
rue de la Michaudière.
Commis des Finances, 2
84. Bergon, 2 premier
rue de la Michaudière.
85. De Sannois, Fermier Général, hôtel des
Fermes.
86. Le Vicomte de Ricey, rue de
87. Le Comte de Gouvernet, rue de Verneuils
no. 5o.
88. Benoît de Lamothe, "Sous-chef de la comptabilité de la Régie générale, rue neuye Saint
Eufache, no. 21.
89. Le Chevalier de Leaumur, rue Thérefe, ,no.1:
bo. Leroy de Camilly, Payeur des Rentes, rue
S. Marc, no.23. --- Page 420 ---
(8)
M E S S I E U R S
91. Dupleix de Mezy, Confeiller au Parlement,
rue des petites Ecuries du Roi.
92. Vallou de Villeneuve, Sous-chefde la Régie
générale,rme S. Jofeph.
93- Le Marquis de la Feuillade, rue des Marais.
94: De Meulan, Receveur.g général des Finances,
rue de Clichy,
29.
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91. Dupleix de Mezy, Confeiller au Parlement,
rue des petites Ecuries du Roi.
92. Vallou de Villeneuve, Sous-chefde la Régie
générale,rme S. Jofeph.
93- Le Marquis de la Feuillade, rue des Marais.
94: De Meulan, Receveur.g général des Finances,
rue de Clichy,
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