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A OFFRANDES PATRIOTIQUES DE MM. LES DÉ P U.T Ê,S;
DE SAINT-DOMINGUE MM. les Députés de Saint-Domingue ont
répandu le 5 de ce mois , dirs l'Assemblée Nationale , à la Séance du fbir , un petit
écrit , dans lequel se pénétrant d'amour &
de respect pour la Mere-Patrie , & s 'attendrissant fur la détresse où elle fe trouve, ils
renoncent , pour fix mois, à la portion de
subsistance qu'ils ont droit d'en attendre. Dans une concertation qu'ils ont avec les
Députés des Manufactures & du Commerce
de la Nation , à l'occafion de l'approvifion.
nement de leur Ifle , ils ont donné un témoignage d' humanité, de philantropie , de patriotisme qu 'on n avoit pas le droit d'exiger --- Page 8 ---
[ 2 ] d'eux. Ils ont déclaré consentir à l'abolition
de la traite des Noirs. Dans cette même conteftarion , ils conviennent qu'il ne faut que 150,000 barils
de farine tous les ans pour approvifionner
Saint-Domingue , mais que , quand ils voudront, il en faudra 550,000 barils, & que
la France ne peut pas les fournir. En 1784, eux, ou leurs Commettants,
perfuaderent à M. le Maréchal de Castries,
que la France ne pouvoir fournir ni bœuf
falé par Bordeaux , qui les échangeoit contre
des vins avec l'Irlande , ni morue par SaintMalo. Le Maréchal de Castries les crut , &
il permit l'importation des bœufs falés par
l'Irlande , & des morues parles Etats-Unis. Bientôt ils prouveront que les manufactures de France ne pourront fournir ni toiles,
ni draps, ni instrumenrs araroires , & dans
cette thefe ils s'appuieront avec fuccès fur
le T raité de Commerce avec l'Angleterre,
qui vraiment détruit les Manufactures nationales en tout genre, & les mettra bientôt
dans l'impossibilité de rien fournir au dedans
ci au dehors. Récapitulation des généreux efforts du pa- --- Page 9 ---
[ 3 J triotirme de MM. les Députés de SaintDomingue : 1°. La renonciation pour fix mois à la.
fourniture des farines, coûtera à la MerePatrie l'inaction de trente vaisseaux de trois
cents tonneaux chacun, & détruit ce qui
tient à l'équipement de ces trente vaiffeaux. L'étranger y portant cette subsistance , gagnera l'activité de Marine, que nous aurons
engourdie, & en outre , la valeur des retours
de cette subsistance , qu'on ne peut évaluer
à moins de 5,250,000 liv. la contrebande
couverte psr ce trafic légitimé, fera au moins
équivalent. Premier moyen de ramener
l'avantage de la balance de notre Commerce. Remercions MM. les Députés de SaintDomingue de leur patriorisme. 2°. Si MM. les Députés de Saint - Dominguc prouvent quelque jour ( & que ne
prouvent-ils pas ! ) qu'il leur faut 550,000 barils de farine, & qu'il faut les tirer de l'étranger, la France perdta encore 30,000,000 1.
de fes Colonies. Second moyen de ramener
l'avantage de la balance de notre Commerce. ' Remercions MM. les Députés de SaintDomingue de leur patrioîifme.
omingue de leur patriorisme. 2°. Si MM. les Députés de Saint - Dominguc prouvent quelque jour ( & que ne
prouvent-ils pas ! ) qu'il leur faut 550,000 barils de farine, & qu'il faut les tirer de l'étranger, la France perdta encore 30,000,000 1.
de fes Colonies. Second moyen de ramener
l'avantage de la balance de notre Commerce. ' Remercions MM. les Députés de SaintDomingue de leur patrioîifme. --- Page 10 ---
( 4 ) 3°. La fourniture des Negres occupe deux
cents navires , &la vente de ces Nègres eft
un objet de 60,000,000 1. La. Mère-Patrie
perdra ce revenu , & l'ennemi te gagnera , il
gagnera en outre tonte la contrebande que ce
Commerce couvrira, & on peur dévaluer
au double. Troisieme moyen de ramener
l' avantage ae la balance de notre Commerce. Remercions MM. les Députés de SaincDomingue de leur patriotifme. 40. Ils ont fait perdre à la ville de Bordeaux plus d'un million de falaires d'Ouvriers par an, occupés au transport des
bœufs Talés, fans compter le débouché de.
vins , l'emploi des navires , &c. &c. &c. Nos
ennemis en ont profité. Quatrième moyen
de ramener l'avantage de la balance de notre'
Commerce. Remercions MM. les Députés de Saint- '
Domingue de leur patriotisme. 5°. Ils ont confommé la ruine de nospêcheries. Cinquième moyen de ramener l'avan- *
tage de la balance de notre Commerce. Remercions MM. les Députés de Sainte
Domingue de leur patriotisme. Enfin remercions MM. les Députés de --- Page 11 ---
1 C 5 ] Saint-Domingue pour tous les beaux projets
qu'ils méditent, tant pour ces différents objets de Commerce, que pour 4 à 500,000,000
qu'ils doivent à la Mere-Patrie, & qu'ils lui.
paieront quand ils auront suffisamment enrichi les Anglais & les Etats-Unis, & que
notre Commerce fera entièrement anéanti. Il faut remarquer que cet approvisionne- '
nement ds fix mois, infiniment avantageux
au Commerce de la Nation , comme nous
venons de le montrer , ne coûte cependant
pas une demie-journée de subsistance du
Royaume , qu'il eft par conféquent infenfible fur la maffe des subsistances, que les
allarmes qu'elles ont caufées , diminuent de
jour en joua , à mefure que le calme fe rétablit. MM. les Députés de Saint-Domingue ont
fort adroitement hafardé une accufation
contre le Minière de la Marine, qu'ils ne
prouveront jamais. Elle aura du moins , fi
elle peut, le bon effet d'empêcher l'Assemblée Nationale de renvoyer cette queftioa
au pouvoir exécutif, ainfi que l'a fagement
conclu le Comité d'Agriculture & de Commerce ; & comme il n'y a que le Ministre
ure que le calme fe rétablit. MM. les Députés de Saint-Domingue ont
fort adroitement hafardé une accufation
contre le Minière de la Marine, qu'ils ne
prouveront jamais. Elle aura du moins , fi
elle peut, le bon effet d'empêcher l'Assemblée Nationale de renvoyer cette queftioa
au pouvoir exécutif, ainfi que l'a fagement
conclu le Comité d'Agriculture & de Commerce ; & comme il n'y a que le Ministre --- Page 12 ---
[ 6 ] ou MM. les Députés qui puinent , dans
cette occafion , repréfenter le pouvoir exécutif, il eft clair qu'ils réuniront toutes les
puissances , qu'ils feront Parties, Juges &
exécuteurs. MM. les Députés de Saint-Domingue paroiffent avoir traverfé les mers pour venir
prononcer fur des questions qui leur font abfolument inconnues ; car les Députés du
Commerce leur ont dit quelque part qu'ils ne
connoiffoient ni la féodalité, ni les dîmes,
ni le timbre, ni les contrôles, ni le vingtieme, taille, &c. &è. &c. que leur propriété étoit abfolument franche. Quant aux
droits de l'homme , chacun fçait qu'ils ne
peuvent être promulgués dans les Isles, qu'ils
devoient, pour tout impôt, fupporter le
régime national avec fes inconvénients, &
qu'ils devoient jurer dans le temple de la
Patrie, de ne plus commercer avec fes ennemis ; qu'on les dispensoit même de payer
le quart du revenu , auquel toute la France
eft affujetie dans cette grande révolution. De retour chez eux , ils diront à leurs
Commettants, qu'ils ont vu un abîme fans
fond creufé par le désordre de l'ancien Gou- --- Page 13 ---
[ 7 ] De l'Imprimerie de L. JORRY , rue de la Huchette, vemement ; qu'ils ont refle fur le bord du
gouffre , & qu'ils ont' fuppuré exactement
le nombre des vidimes qui s'y font précipitées pour le combler; qu'ils peuvent bien
assurer qu'ils ont vu de leurs yeux la moitié
de la Nation y accourir & s'y élancer courageufement ; mais que n 'ayant aucun mandat , ils n'ont pas cru devoir faire le ferment
qu'on les a invités de faire , attendu qu'ils
font fort habiles à prononcer fur la Confiitution Frunçoife , qu'ils n'entendent pas,
& fort inhabiles à traiter de la leur, qu'ils
difenc entendre. Gloire au patrÍotifme de MM. les Députés
de Saint-Domingue. FIN. --- Page 14 --- --- Page 15 ---
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE. S MESSIEURS, J'ai eu l'honneur, le 2 de ce mois, de prendre ,
en présence de la Nation, un engagement solemnel. Je viens aujourd'hui recevoir vos ordres, &
vous prier de vouloir bien fixer, pour après les
fêtes, le jour & l'heure où il vous plaira d'accorder une audience entière pour entendre la dénonc iation du Ministre de la Marine, & la lecture de
toutes les preuves & pièces justificatives que nous
sommes chargés de présenter à l' Assemblée Nationale , au nom de nos Commettans. Pour éviter, s'il est possible, dans une cause
aussi importante , que des papiers ministériels
ne travestissent mes paroles, comme certains l'ont
déjà fait, et ne me fassent dire précisément le
contraire de ce que j'aurois dit, je demande permission de déposer par écrit sur le Bureau, ces
quatre mots qui contiennent la requête que j'ai
l'honneur de vous présenter. LE MARQUIS DE GOUY D'ARSY ,
Député de St. Domingue. Ce Jeudi 24 Décembre 1789.
cause
aussi importante , que des papiers ministériels
ne travestissent mes paroles, comme certains l'ont
déjà fait, et ne me fassent dire précisément le
contraire de ce que j'aurois dit, je demande permission de déposer par écrit sur le Bureau, ces
quatre mots qui contiennent la requête que j'ai
l'honneur de vous présenter. LE MARQUIS DE GOUY D'ARSY ,
Député de St. Domingue. Ce Jeudi 24 Décembre 1789. --- Page 16 --- --- Page 17 ---
APPROVISIONNEMENS
D E ST. DOMIN GUE. --- Page 18 --- --- Page 19 ---
: A RÉPONSE DES DÉPUTÉS DES MANUFACTURES ET DU COMMERCE DE FRANCE, Aux Motions de MM. de COCHEREL &
de RAY N A U D , Députés de l'Isle de St. Domingue à V Assemblée Nationale. M ESSIEURS les députés de St. Domingue
à l'Assemblée Nationale ont remis le 13 de ce
mois, à Messieurs les fîx commiffaires du Comité
d'agriculture & de commerce , neuf pieces signées
d'eux. La premiere eft une Motion de M. de Cochetel du 29 août, au pied de laquelle est une note
dont nous ne ferons pas mention, parce que les --- Page 20 ---
[ 2 ] . .. - A signatures de Meilleurs les députés font au défias
de cette note. Nous obferverons feulement qu' elle
auroit dû être biffée ou fignée. La. fécondé eft une Motion de M. le Comte
de Reynaud du 31 août, au pied de laquelle font
des obfervations non lignées. Nous en ferons mention malgré nous , parce qu'elles ont un rapport
trop direct à la question , pour les négliger. La troifieme est une brochure portant pour titre , Réplique de M. de Cochertl. Cette Replique
fignée eft fuivie d'une lettre non fignce de M. le
Mis du Chilleau à MM. les députés de St. Domingue > en date du 29 août 1789. La quatrième & la cinquième font des tableaux de l'importation des farines Françoifes , &
des procès-verbaux de l'approvisionnement des
principales villes de St. Domingue. La fixieme eft l'Ordonnance de M. le Mis du
Chilleau & de M. de Marbois, du premier avril
1789, portant permiflion d'introduire les farines
étrangères dans les trois ports d'entrepôt de St.
Domingue, pendant trois mois. La septieme eft l'Ordonnance de M. le Mis du
Chilleau, du 27 mai 1787 , enregiftrée le 2.9 du
même mois, portant permission d'introduire les
farines étrangères dans - tous les ports d'Amirauté
de St. Domingue, jusqu'au premier octobre , &
d'extraire les denrées coloniales. --- Page 21 ---
C 3 1 A 2. Cette Ord onnance rendue au nom du Général
& de l'Intendant, n'a été signée que par le Général, l'Intendant l'ayant refusé. La huitième eft l'Arrêt du Conseil du Roi, qui
caffe l'Ordonnance ci-dessus, en ce qu'elle permet
l'introduction des farines étrangères dans tous les
pons d'Amirauté, & l'extraction des denrées colon'ales , & la confirme quant à fes autres dispositions.
. Cette Ord onnance rendue au nom du Général
& de l'Intendant, n'a été signée que par le Général, l'Intendant l'ayant refusé. La huitième eft l'Arrêt du Conseil du Roi, qui
caffe l'Ordonnance ci-dessus, en ce qu'elle permet
l'introduction des farines étrangères dans tous les
pons d'Amirauté, & l'extraction des denrées colon'ales , & la confirme quant à fes autres dispositions. La nervieme enfin est un réfumé des demandes
de Meneurs les députés de St. Domingue, portant
le titre de Precir. Toutes ces picces nous ont été remifes, le 17 de
ce mois au foir, par M M. les nx commissaires du
Comité d'agriculture & de commerce, fous notre
récépissé. De toutes les parties de la mission qui nous a été
confiée , la plus pénible & la plus trifte fans cloute
eft celle que MM. les députés de St. Domingue
nous forcent de remplir. Ils offrent à la Nation alfemblée le tableau de 400 mille individus livrés aux
horreurs d'une famine continuelle , entretenue foigneusement par les MA C H A N DS (i) des Ports de mer, (1) Nous remercions MM. les Députés de St. Domingue
de nous avoir rendu notre véritable titre , le feul (Merchant)
que les Anglois , nos refpedables rivaux, employent. Il y a fi
peu de tems qu'il étoit encore le ligne du mépris de notre
profeflion, que nous n'ofions pas nous en parer. Nous le porterons désormais avec une noble assurance. --- Page 22 ---
[ 4 ] & les MARCHANDS des farines, pour faire mourir
de faim 10 à 12 mille Negres par an, pour ôter aux
Colons leurs forces exploitantes, pour tenir, par le
plus criminel de tous les monopoles, dans l'oppreffion-
& dans la mifere, la plus belle & la plus productive
de nos Colonies. / Ils peignent cette famine, qui dure depuis plus d'un
siecle, arrivée dans ce moment au plus affreux degré. Le fujet que nous allons traiter eft grave : il ne
nous permet pas de négliger aucune des assertions
de MM. les Députés. Il eft queftion de la vie des
hommes, & d'une portion d'hommes que l'humanité
& l'intérêt ont rendu extrêmement précieufe. D'un côté, on préfente au Tribunal de la Nation,
la plus sensible du Monde, 400 mille inftrumens
du luxe de l'Europe, n'obtenant pas pouf prix de
l'abandon abfolu de leur exiftence, les moyens rigoureux de lafoutenir. De l'autre, on dénonce à cet
imposant Tribunal la confpiration générale de
tous les agens du commerce contre ces infortunées
victimes. Si les accufations de MM. les Députés de St. Domingue croient éclairées, non de la vive lumiere
de la vérité , mais de la lueur pâle & incertaine des
plus foibles vraifemblances, nous frémirions d'en
être les objets; & la providence éternelle, qui tôt
ou tard révele les crimes des peuples & des particuliers , nous ôteroit tout moyen de défenfe. --- Page 23 ---
f s ] A 5 L'honneur ( i ) des Marchands François, fi cruellement offenfé, ne peut admettre aucun ménagement. Nous dirons, en leur nom, à l'Assemblée
Nationale, que le tableau qui lui a, été préfenté
par MM. les Députés de St. Domingue, eft faux.
Nous dirons que la difette qui peut-être regne
actuellement dans la Colonie de St. Domingue , ne
frappe que les habitans Blancs, & que les Negres
n'en peuvent être atteints. Nous avons acquis le
droit de dire ce que nous avons la certitude de
prouver.
admettre aucun ménagement. Nous dirons, en leur nom, à l'Assemblée
Nationale, que le tableau qui lui a, été préfenté
par MM. les Députés de St. Domingue, eft faux.
Nous dirons que la difette qui peut-être regne
actuellement dans la Colonie de St. Domingue , ne
frappe que les habitans Blancs, & que les Negres
n'en peuvent être atteints. Nous avons acquis le
droit de dire ce que nous avons la certitude de
prouver. Nous allons démontrer ces deux propofitions t
nous expoferons enfuite nos vues fur les mpyens
de fecourir la Colonie dans la difette qui l'afflige. ( i ) Si nous avions befoin de témoignages contre nos
accufateurs, nous invoquerions celui de tous les Commcrçans
de l'Europe , qui ont un respect religieux pour la loyauté &
la franchife des Commerçans François. Nous irions demander
à MM. les Colons résidans à Paris ou dans les provinces,
lequel d'enn'eux qui confiant fans détour & fans réferve à
fon Correfpondant fa fituation malheureufe, n'en a pas reçu
des fecours prompts & fouvent désintéressés? Quel est celui qui
a manqué d'avances pour des entreprifes raisonnables? A qui
on a refusé toute l'indulgence qu'il defiroit pour ses créances
échues, quand fon impuiffance étoit couverte par une bonne
conduite? Et ce font de tels hommes qu'on oie traduire
devant la Nation , comme des spéculateurs en assassinats t --- Page 24 ---
[ 6 ] - . PREMIERE PROPOSITION - Il n'est pas vrai que la fourniture des farines
Flançoises, dans la Colonie de St. Domingue , fou insuffisante, / & qu'elle soit la
caufe que 10 à 12 mille Negres meurent
de faim tous les ans. Il importe d'abord de donner une idée rapide
de la Colonie de St. Domingue. La Colonie de St. Domimgue étoit habitée en
1787, par 24; 192 Blancs ; par 19,65 2 gens de
couleur libres • & par 364, 196 Noirs. Depuis
cette époque , la population des Noirs s'eft accrue.
Et nous pensons , que dans le moment 04 nous
écrivons, elle peut être portée à 400,000. De ces 400,000 Noirs , 140,000 à peu
près exploitent les fucreries que nous croyons être
au nombre d'environ 700. Nous eftimons à 150,000 , ceux qui font employés dans les montagnes à la culture du café
& des vivres : le refte appartient aux cotonneries,
indigotteries, enfin aux villes & aux bourgs; &
nous croyons , avec quelque fondement, que ceux --- Page 25 ---
[ 7 ] A 4 qui habitent les villes & bourgs , font au nombre
de 30,000 à 35,000. N 'ayant pas les récensemens détaillés fous les yeux , nous ne pouvons
donner que des approximations; mais nous penfons qu'elles avoisinent de très-près la vérité. Les 150,000 Noirs qui cultivent le café &
les vivres dans les montagnes , jouissent d' une
abondance excessive en vivres. Cette abondance
eft telle que la plus petite partie de leur superflu
fert à garnir les marchés des villes, des bourgs,
& à étAblir un commerce d'échange très-actif avec
les Negres de la plaine, qui leur procure une aifance inconnue dans nos campagnes. La difette
ne fe fait jamais fentir dans les montagnes , parce que la fraîcheur du climat, la fréquence des
pluies , la fertilité d'un fol qui donne 5 à 6 récoltes par an , assurent la subsistance de ce peuple.
superflu
fert à garnir les marchés des villes, des bourgs,
& à étAblir un commerce d'échange très-actif avec
les Negres de la plaine, qui leur procure une aifance inconnue dans nos campagnes. La difette
ne fe fait jamais fentir dans les montagnes , parce que la fraîcheur du climat, la fréquence des
pluies , la fertilité d'un fol qui donne 5 à 6 récoltes par an , assurent la subsistance de ce peuple. Les sécheresses courtes Se rares qui passent fur
ces montagnes , n'y laissent que des traces légeres , parce que plufieurs efpeces de vivres réGirent
à l'action de cette sécheresse , & fe confervent
en terre. Tels font le manioc & le tayau , ou
chou Caraïbe , qui peuvent fe garder en terre plus
d'un an, l'igname créole,qui fe conserve six mois hors
de terre , le riz, le maïs, les pois dont on peut
former des magazins. La banane fe cultive dans
des ravines profondes & fraîches , elle produit --- Page 26 ---
[ 8 ] moins dans les fécherefïes, mais il n'y a que diminution de produit. Le pain ne paraît dans les montagnes , que
fur les tables des Blancs : il y eft toujours accompagné d'une grande quantité de vivres du pays,
que les Créoles préferent fouvent au pain d'Europe.
Il paroît quelquefois dans les fètes des Negres ;
mais on ne l'y voit que comme ces oifeaux rares
& fans goût, que les riches de notre Europe fervent fur teurs tables, en figne de leur opulence
& de leur vanité. Les maîtres en diftribuent dans
les hôpitaux ; mais cette quantité eft si peu considérable , parce qu'elle eft peu néceflàire , qu'une
habitation de deux cents Negres ne confomme
guere plus de quatre barils de farine par an. En
effet la Nature a tellement diverfifié la nourriture
dans cette riche contrée , qu'elle l'a appropriée
a tous les âges , à tous les fexes & à toutes les
maladies. Elle a donné le manioc, la patate,
l'igname , la racine du chou Caraïbe aux hommes fains & robufies ; la banane aux individus
plus délicats ; le riz , la farine de Maïs , mille
efpeces de pois & de légumes, à ceux que des maladies ont épuifés. Enfin le pain fe mêlant à toutes ces productions , offre un dernier moyen de
nuancer la nourriture , fuivant les diverfes nuances de la maladie & des forces du fujet. On peut voir par ce récit vrai, & en témoi- --- Page 27 ---
I 9 ] gnage duquel nous invoquons ceux de nos Juges
qui ont habité la. Colonie de St. Domingue ,
que les 150,000 Negres qui habitent les montagnes, n'ont pas befoin de consommer, & ne confomment prefque pas de farines d'Europe. En
admettant quatre barils pour 100 Negres, la confommation annuelle feroit de 3000 barils de farine. Il refte 150,000 Negres, dont 30 à 35,000
habitent les 'villes & bourgs. Ceux-ci , comme
nous l'avons déjà obfervé , font approvifionnés par
les Negres des montagnes } mais comme dans
toutes les fociétés, les classes inférieures tendent
à s'approcher des claffes supérieures , au moins
par l'imitation, les Negres domeftiques & ouvriers
ont cherché à imiter les goûts des Blancs ; & nous
avouons que la consommation du pain eft plus
confidérable que dans les montagnes. Nous fuppofe.
rons que cette consommation peut être équivalente à celle de 4,000 Blancs qui ne vivroient
que de pain.
toutes les fociétés, les classes inférieures tendent
à s'approcher des claffes supérieures , au moins
par l'imitation, les Negres domeftiques & ouvriers
ont cherché à imiter les goûts des Blancs ; & nous
avouons que la consommation du pain eft plus
confidérable que dans les montagnes. Nous fuppofe.
rons que cette consommation peut être équivalente à celle de 4,000 Blancs qui ne vivroient
que de pain. Les 215,000 Negres qui exploitent les fucreries , les indigotteries & les cotonneries , ont, comme ceux des montagnes, des moyens de fubliftance tirés des productions du fol • mais la terre
infiniment précieufe dans quelques bonnes fucreries, a amené les propriétaires à resserrer la portion de terre confacrée à la culture des vivres. --- Page 28 ---
[ ï- ] Néanmoins dans ces terres privilégiées & rares ,
où tout fe mâture , où tout fe calcule, le Negre
y jouit encore, en toute propriété, d'un terrein fuffifant pour fa nourriture, fi on confidere fur-tout
que ce terrein., d'une fertilité auprès de laquelle
nos meilleures terres font stériles , produit en tout
tems , en peu de tems , fans fumier, fans labour *
& prefque fans travail. On fait une réferve d'un
grand rerrein deftiné aux malades , aux vieillards , '
aux enfans , aux nourrices. On distribue du sirop,
qui cft un objet d'échange ave; les vivres des
Nègres de la montagne. Dans les séc lier esses ,
beaucoup d'habitations peuvent fe garantir de leurs
effets, par l'arrosage. Celles qui font privées de,
cette ressource , multiplient les échanges avec les
Negres des montagnes, qui ont toujours un fonds
inépuifable de subsistance. Il en léfulte à la vérité une augmentation dans le prix des vivres ;
mais cette augmentation qui par-tout eft de niveau avec l'augmentation des demandes , n'eft
jamais hors des moyens de l'habitant.
esses ,
beaucoup d'habitations peuvent fe garantir de leurs
effets, par l'arrosage. Celles qui font privées de,
cette ressource , multiplient les échanges avec les
Negres des montagnes, qui ont toujours un fonds
inépuifable de subsistance. Il en léfulte à la vérité une augmentation dans le prix des vivres ;
mais cette augmentation qui par-tout eft de niveau avec l'augmentation des demandes , n'eft
jamais hors des moyens de l'habitant. On prévient encore les difertes par les achats de
riz des États-Unis, qui eft toujours abondant dans
les villes , par les feves & pois d'Europe. Enfin
prefque toutes les habitations de la plaine ont de
petites habitations dans les montagnes , uniquement deftinées an foulagement des Negres de la
plaine. --- Page 29 ---
[ 11 ] ~ consomme donc de pain, que dans les
~chapitaux. Cet aliment y est administré à ceux qui
fout véritablement malades , ou convalefcens. Les
Nègres qui n'ont bcfoin que de repos, ou qui y font
retenus par des plaies aux jambes ( maladie extremement commune dans les pays chauds ) ne font
nourri; qu'avec les vivres du pays, & avec le riz des
États-Unis. Il refaite de cet apperçu qu'en portant
la consommation moyenne des farines dans la plaine,
à un baril par i 5 Negres chaque année , nous l' évaluons au de ssus de la consommation réelle. Nous
invoquons encore ici le témoignage de ceux de nos
Juges qui ont cultivé les Colonies. Il ne ferorc pas
aisé d'en conformer davantage. Dans les belles
sucreries qui en sont le pins grand usage , le bois
manque absolument : tout le service de la manufacturc & des cuisines fe fait avec la canne afucre,
quand elle a été pressée au moulin ; le tour a pain ne
peut être échauffé que fort difficilement avec cette
canne à sucre, on y employe du bois qu'on se
procure avec des peines infinies. D' ailleurs l'embarras
de la fabrication rendrait l'usage de cette nourriture
impossible pour tout l'attelier. Le riz dont la cuisson
eft simple & aisée, cft la nourriture la plus convenable & la plus usitée. Les États-Unis le portent à
St. Domingue en li grande quantité, qu on l 'achete
prefque toujours au même prix qu' en rrance. il vaut
dans nos ports de nier de 2 o a 2 4 liv. qui équivalent --- Page 30 ---
[ 12 ] a 3 o ou 3 6 liv. de l 'Amérique. C'eft le prix ordinaire
qu'il fe vend dans les ports de Sr. Domingue. Ainfi la nourriture dont la préparation eft la plus
fimple , qui doit être la plus faine & la plus convenable , puifque la Nature , cette bonne confeillere ,
l 'a donnée aux pays chauds ( i ) , eft prefque en tour
tems au même prix qu'en France. Les 21 5 ,000 Negres qui exploitent les sucreries,
cotonneries & indigotteries, à la moyenne exagérée
d 'un baril de fari ne par 15 Negres , confomment
par an 14,3 3 3 barils de farine. Il reste 19,63 2 (2) gens de couleur libres. Ces gens de couleur, a la réferve d'un petit nombre qui eft aifé & qui demeure dans les villes , fe
nourrirent tous de vivres du pays. Leurs goûts, leurs
habitudes les attachent à cette nourriture faine qu'on
ne pourroit pas aifément leur faire quitter. Ces habitudes font un des regrets qu'ils éprouvent quand ils
font hors de leur patrie. Néanmoins nous voulons
forcer les élémens de nos calculs, & nous eftimerons
res. Ces gens de couleur, a la réferve d'un petit nombre qui eft aifé & qui demeure dans les villes , fe
nourrirent tous de vivres du pays. Leurs goûts, leurs
habitudes les attachent à cette nourriture faine qu'on
ne pourroit pas aifément leur faire quitter. Ces habitudes font un des regrets qu'ils éprouvent quand ils
font hors de leur patrie. Néanmoins nous voulons
forcer les élémens de nos calculs, & nous eftimerons (1) Les Negres de la Côte-d'Or qui font les plus robustes
de l'Afrique, Ce nourriflent principalement de riz. (2) L État de la population de Sr. Domingue en 1786 , ne
donne que 16,992 gens de couleur libres. Nous avons préféré l' État de l 'année 1787 qui donne 19,6 3 z gens de couleur
libres, parce que nous voulons éviter le reproche d'avoir atténué les bases de nos calculs. 1 --- Page 31 ---
[ 13 ] que la consommation des farines faite par les gens
de couleur libres, peut être repréfentée par 4,000
Blancs ne vivant que de pain. (1) Enfin, & pour achever le tableau des confommateurs de St. Domingue , nous trouvons 24,192
habitans Blancs. Beaucoup de ces habitans Blancs
vivant dans les montagnes , confomment autant de
vivres du pays, que de farines ; mais nous n'aurons
aucun égard à cette considération , & nous les fuppoferons tous vivant de pain. La nourriture d'un homme dans nos ciimats tempérés est évaluée à une livre & demie. Dans ce calcul
moyen, on comprend l'homme de travail qui ne
vit guere que de pain, & qui confomme beaucoup
plus d'une livre & demie par jour. Dans nos Lies ,
l'homme travail ne mange pas de pain • il n'y a
que les gens aisés. Ces gens aifes habitent un climat
brûlant qui exige une nourriture fucculente. La
confommation du pain à St. Domingue ne devroit
donc pas être évaluée à une livre <k demie par
homme. Elle ne s'éleve pas non plus à cette quantité y mais ayant commencé à forcer nos données , ( 1 ) L'Érat de 1786 ne donne que 23,133 habitans
Blancs ; mais par Ía raifon de la note précédente, nous avons
choifie l'année 1787, qui élève la population des habitans
Blancs à 24, 192. --- Page 32 ---
[ 14 ] nous continuerons dans le même principe. Nous
disons que les 24,192 Blancs consommant chacun
une livre & demie de pain par jour, consomment
tous ensemble 36,288 liv.de pain par jour, & par an 13, 245, 120 liv. de pain, ci 13, 245, 120. l. Les Nègres qui habitent les villes ,
représentant Blancs qui
ne vivent que de pain, confom -
ment par jour 6,000 liv. de pain, & par an 2,1 90,000 liv. ci 2,1 90,000. Les gens de couleur représentant 4,000 Blancs qui ne vivent que
de pain , consomment par jour 6,000 liv. de pain, & par an
2,190,000, ci 2,190,000.
Les 150,000 Negres qui habitent
les montagnes, doivent conlommer, suivant nos estimations ,
qui
ne vivent que de pain, confom -
ment par jour 6,000 liv. de pain, & par an 2,1 90,000 liv. ci 2,1 90,000. Les gens de couleur représentant 4,000 Blancs qui ne vivent que
de pain , consomment par jour 6,000 liv. de pain, & par an
2,190,000, ci 2,190,000.
Les 150,000 Negres qui habitent
les montagnes, doivent conlommer, suivant nos estimations , 3,000 barils de farine par an, qui
équivalent à 675,000 liv. de
Pain » ci 67 5 ,000.
Les 21 5,000 Negres qui exploitent
les fucreries, cotonneries & indigotteries, consommant 14,3 3 3 barils de farines, représentent une consommation annuelle de 3,224,925 liv. de pain, ci 3,224,925. Confommation annuelle des habitans Blancs, gens de couleur libres & Negres de Sr. Domingue 21,525,045. --- Page 33 ---
[ 15 ] Mefiieurs les Députes conviennent que les navires
François portent annuellement 15 0,000 barils de
farine dans la Colonie de St. Dofningue } cet
aveu eft d'accord avec l'État ci-deflous de cinq
années : Barils de Farine
En 1784 on a importé 107,168.
En 1785 150, 186.
En 1786 151,047.
En 1787 199, 23 6.
En 1788. 141, 388. TOTAL - en 5 ans 750, 025. AN NÉE COMMUNE 150,005. Sur la quantité de 7 5 0,025 barils de farine, le
port de Bordeaux en a introduit 658,413 barils ;
& tous les autres ports réunis ont introduit 91,612.
barils. Chaque baril de farine pefe 180 liv. net ; il
donne , en ne mettant qu'un quart (1) en fus, 225
liv. de pain. Ainfi les 150,000 barils de farine introduits annuellement à St. Domingue, ont produit ( 1) On évalue en France le rapport de la farine au pain ,
dans la proportion de 3 à 4; & nous ne l'évaluons pour nos
calculs que dans celle de 4 à 5. --- Page 34 ---
r 16 î un approvisionnement de 3 3,750,0001. de pain. La
consommation totale ne s'élevant qu'à 21, 525, 045 l.
il refte d'excédant 12,124,955 liv. de pain. Cet excédant de 12,224,955 l. de pain, c'efta-dire, de 57,666 barils de farine, fert à la nourriture
des équipages des navires , aux caboteurs fur les
cotes , aux achats que les Efpagnols viennent
faire , & qu'ils introduifent chez eux en contrebande (i). Enfin le refte de cet excédant eft mis en magazin
par des spéculateurs qui l'ont acheté à vil prix, foit
dans des ventes à l'encan qui font très-fréquentes ,
foit chez les Capitaines qui , fur leur retour pour
France , fe débarassent à tout prix d'une marchandise qui ne peut fe conserver (2). S'il ne furvient pas (1) Un Colon Efpagnol ne peut manger d'autre pain que
celui qui lui est fourni par une Compagnie excluiîve ; & ,
comme on le pente aisément, il cft mauvais & cher.
ont acheté à vil prix, foit
dans des ventes à l'encan qui font très-fréquentes ,
foit chez les Capitaines qui , fur leur retour pour
France , fe débarassent à tout prix d'une marchandise qui ne peut fe conserver (2). S'il ne furvient pas (1) Un Colon Efpagnol ne peut manger d'autre pain que
celui qui lui est fourni par une Compagnie excluiîve ; & ,
comme on le pente aisément, il cft mauvais & cher. (1) Ce font ces approvifionneurs qu'on appelle fi injustement des accapareurs , qui veillent fans cesse fur les subfiftances. Ils forment des magasins dans le rems de l'abondance,
ils les ouvrent dans le tems de la difette.Ils font les gardiens &
les fauveurs de la vie des peuples : (ans eux , sans l'espoir du
profit qui détermine leurs opérations, on passeroit rapidement de l'abondance à la famine. La denrée avilie feroit négligée & perdue. Ce font eux qui en arrêtent l'avilifiement: ce
font les dépôts remplis par leurs prévoyans calculs, & ouverts
de --- Page 35 ---
[ 17 ] B de révolution intérieure , ou fi le commerce de la
Louisianne ne fournit pas de débouché à ces amas ,
ils périifent en peu de tems, & il faut les jetter. Si nous avions pu p révoir les demandes &: les accufations de MffTLurs les députés , nous aurions
fait venir de nos porcs de mer des états de ces
ventes, & nous aurions prouvé avec évidence ce que
nous avançons. Nous aurions démontré que fouvent
la farine fe vend à 24 & 30 liv. le baril , argent de
l'Amérique , qui font 16 Lv. & 20 liv. argent de
Fr ance. Mais ici , comme dans tout notre récit , le
témoignage de Meilleurs les Colons , qui fe font
eux-mêmes quelquefois approvitionnés de cette maniere , nous tiendra lieu de preuve. Les commerçans ne demandent point de dédommagement quand leurs spéculations ont été ruinées.
Ils supportent leur perte en silence , ils attendent
qu'une révolution dans le cours des marchandifes ,
répare le dommage qu'une trop grande abondance
a caufé. Si des désastres trop répétés , fi une longue
chaine d'événemens ruineux renverfe leurs projets,
& détruisent toutes leurs efpérances , alors feulement successivement à mesure que la rareté fe fait sentir, qui nuancenc
les intervalles entre la richesse & la pauvreté , & qui donnent
le tems de venir au fecours de la Nation. Ces vérités , neuves
encore peut être en France pour bien du monde, feront bientôc
des idées commtmes. --- Page 36 ---
[ 18 ] leurs regiftres s' ouvrent, ils expofent aux avides regards des hommes la perte de leurs biens & de leur
honneur. L'opinion qui souvent réfifte aux loix & les
enfreint, fe réunit à elles pour profcrire & dévouer
a l 'opprobre & à la mifere un citoyen honnête, un
pere de famille vertueux & irréprochable à qui on
ne peut imputer que de n'avoir pas maîtrisé les
hazards. La fituation d'un Colon dans nos Hsles eft
différente , il faut en convenir : il peut tout à la fois
devoir le double de fon bien , ne pas payer,
voir les loix fans action dans les mains de fes
créanciers , vivre dans l'opulence & jouir de la
confidération qui l'accompagne. Loin de nous toute
application. Nous comparons la fituation de deux
grands corps, & nous ne voulons que montrer combien celle des marchands eft défavorable.
ards. La fituation d'un Colon dans nos Hsles eft
différente , il faut en convenir : il peut tout à la fois
devoir le double de fon bien , ne pas payer,
voir les loix fans action dans les mains de fes
créanciers , vivre dans l'opulence & jouir de la
confidération qui l'accompagne. Loin de nous toute
application. Nous comparons la fituation de deux
grands corps, & nous ne voulons que montrer combien celle des marchands eft défavorable. Après avoir prouvé notre premiere proposition
par le calcul des consommateurs , & leurs rapports
avec l'approvisionnement ; nous allons la prouver par
le calcul du prix des farines. Nous avons fous les yeux le prix des farines à S.
Domi ngue en 1787 & 1788. Ci-contre eft celui de
17 8 8 : nous le donnons de préférence , parce que
ceft dans cette année qu'un ouragan a ravagé la
partie de l'Ouefi de St. Domingue , Se que nous
parlerons de ce fléau. --- Page 37 ---
[ 19 ] B 1 Tablé AU de L'Année 1788. ' FARINES. I
f ^ J
Fines. Communes.
liv. liv. j
1788. Janvier. ... le Baril. 78. 61. Février 72. 5 3.
Mars 66. 47.
Avril 66. 4- 3.
Mai 66. 45. I
Juin 66. 4 6. I
Juillet 46.
Août 50.
Septembre • 103. 6u
Oâobre 104. 71. Novembre 0. 6,1.
Décembre ^ SOMME TOTALE... 941. G 4 j . Le prix moyen de la farine fine que les habitans
aifés confomment, fat de 7 8 tiv. 8 fols 4 deniers
le baril, pour 225 liv. de pain. La livre de pain coûta --- Page 38 ---
[ 1° ] 6 fols 11 deniers , argent de l'Amérique , qui répondent à 4 fols 1 deniers & demi tournois. Le plus haut prix de la farine fine, durant cette
année , fut au mois d'Octobre. Elle coûta 104 liv.
le baril de 225 liv. de pain : le pain revint à 9 fols
3 den. d'Amérique, qui valent 6 fols 2. den. tournois. Le prix moyen de la farine commune qui eft celle
que les pauvres Blancs & les Negres malades fur les
babitations confomment, fut de 5 3 liv. 11 fols ,
8 deniers le baril de 225 liv. de pain: la livre de
pain coûta 4 fols 9 deniers d'Amérique, qui répondent à 3 fols 2 deniers tournois. Le plus haut prix de cette farine commune fut de
71 liv. le baril de 2. 1 5 liv. de pain : le pain revint
à 6 fols 3 deniers d'Amérique, qui valent 4 fols 2
deniers tournois. Il convient de faire ici plufieurs réflexions. 1°. En établissant le prix du pain fur celui des farines , annoncé dans les gazettes , nous l'avons porté
à la plus haute valeur. Tous ceux qui connoissent les
Colonies , favent que le prix des gazettes eft celui
des plus hautes ventes chez les Capitaines, & qu'on
l'obtient toujours au défions de ce tarif qui n'eft
qu une indication exagérée.
fols 2
deniers tournois. Il convient de faire ici plufieurs réflexions. 1°. En établissant le prix du pain fur celui des farines , annoncé dans les gazettes , nous l'avons porté
à la plus haute valeur. Tous ceux qui connoissent les
Colonies , favent que le prix des gazettes eft celui
des plus hautes ventes chez les Capitaines, & qu'on
l'obtient toujours au défions de ce tarif qui n'eft
qu une indication exagérée. 2°. La farine, comme toutes les autres denrées
d'Europe, ne fe vend pas comptant : il y a toujours
un terme de trois mois pour la payer. 3°. La. farine qu'on appelle farine fine eft fupérieure en beauté aux plus belles farines dont on --- Page 39 ---
r 21 1 Bj appro visionne la Capitale ; & celle qu'on appelle commune, eft celle qui fe consomme dans les provinces
de France. Le pain bis eft inconnu dans nos Isles. 4 . Et celle-ci eft très-importante. Les denrées
comme l'argent n'ont point de valeur réelle & déterminée ; elles ne peuvent avoir que des valeurs relatives. C'est au prix de la journée d'un homme qu'il
faut les rapporter toutes. La journée de l'homme de
travail eft donc la mefure commune des denrées de
première nécessité. En France, le pain eft ordinairement à deux fols 3 deniers ou 2 fols 6 deniers la
livre , & la journée d'un ouvrier eft à 25 ou 50 sols.
Dans les provinces où la journée eft à meilleur marché, le pain diminue dans la même raifon. A St. Domingue , la journée d'un ouvrier est à 6 liv. qui font
4 liv. de France. Si la valeur du pain dans nos Colonies étoit tracée fur la même échelle qu'en France,
il devroit y valoir dans les tems d'abondance , trois
fois plus qu'en France , c'eft-à dire , 1 o fols 1 den.
ou 1 1 fols 3 den. qui répondent à 6 fols 9 den. ou 7
fols 6 den. tournois , valeur triple de 2 fols 3 den.,
à 2. fols 6 den. } & cependant nous avons vu que
dans le moment de la plus grande valeur, au mois
d'Octobre 17 S 8 , le pain n'a valu que 6 fols 3 den.
d'Amérique, qui répondentà 4 fols 2. den. tournois,
& que le prix moyen , durant toute l'année 1788 ,
a été de 4 fols 9 den. d'Amérique , qui répondent
à 3 fols 2 den. tournois. Ainfi dans les tems de la --- Page 40 ---
r 22 l plus grande rareté , dans les rems qu'on appelle
difette, famine , & qui éveillent la sollicitude des
admini strateurs , le pain a été comparativement
prefqu'à moitié du prix qu'il vaut dans les tems
d 'abondance en France. Cp moment de cherté étoit
l'époque de l'ouragan qui ravagea la récolte du
fucre & du café, au Port-au-Prince. Il caufai cette
augmentation passagere qui cependant ne porta
le prix du pain qu'à moitié de ce qu'il auroit dû valoir, pour être dans un rapport exadt avec la journée
de l' ouvrier.
a été comparativement
prefqu'à moitié du prix qu'il vaut dans les tems
d 'abondance en France. Cp moment de cherté étoit
l'époque de l'ouragan qui ravagea la récolte du
fucre & du café, au Port-au-Prince. Il caufai cette
augmentation passagere qui cependant ne porta
le prix du pain qu'à moitié de ce qu'il auroit dû valoir, pour être dans un rapport exadt avec la journée
de l' ouvrier. 5°. Enfin nous connoîtrons encore mieux les
rapports entre la France & St. Domingue , par la
division de la monnoie dans les deux contrées.
Dans la Métropole où le Peuple eft nombreux,
où prefque tous vivent de leur travail journalier,
la monnoie a été fubdivifée prefqu a l'infini , afin
de donner à la claffe indigente & laborieufe , les
moyens de pourvoir à fes modiques befoins. A St.
Domingue au contraire où la nourriture phyfique eft la moindre dépenfe ; où tout eft luxe,
faste & richesse ; où les habitations de i à
500,000 liv. de revenu , font communes } où
celles qui n'en donnent que 40 à 50 mille, font
mises au dernier rang ; où enfin il n y a pas de
peuple , la monnoie s 'est élevée à ce niveau, & la
plus petite piece eft de 7 fols 6 den. du pays, qui
valent 5 fols de France. Ainfi le pain eft prefr --- Page 41 ---
[ 2, j B* qu'en tout rems, au deffous de la plus petite piece
de monnoie. Le tableau de la valeur des farines dans les
Colonies pour l'année 1787 eft à peu près femblable à celui de 1788 ; & le moment du plus
haut prix fut au mois de Mars ; la farine fine valut 103 liv. le baril, & la farine commune 75
liv. Nous savons que MM. les députés de St. Domingue pourront nous objecter que nous avons
établi le prix du pain fur le prix du baril de farine , & que nous aurions dû l'établir fur ce qu'il
a valu réellement chez les boulangers dans les
villes. Si nous avions eu à répondre aux habitans des
villes, nous aurions raifonné fur cette donnée %
& nous leurs aurions démontré que le prix étoit
encore comparativement beaucoup au dessous de
celui de France ; mais c'eft à MM. les Colons
propriétaires que nous répondons. Ils s'approvisionnent directement de farines chez le Capitaine qui les
a apportées de France , & le pain eft fabriqué chez
eux. Le prix du pain dans les villes étant étranger aux Colons , nous n'avons pas dû, en leur
répondant, avoir égard au prix du pain dans les
villes. Si le court délai qu'on nous a donné pour notre:
justification, nous avoit permis de faire des recher- --- Page 42 ---
[ 24 ] ches, nous nous ferions procuré le prix ne la farine , durant la longue paix qui a précédé la derniere guerre ; & on àuroit vu qu'il a été constamment au delfous du prix des années 1787 & 1788,
a la réferve de deux instans très-courts : l'un en
1771 , lorsqu'on crovoit une rupture prochaine
entre la France & l'Angleterre , l'autre au commencement de la sécheresse de 1776 , qui dura dix
mois. Nous parlerons plus loin de cette calamité.
ne la farine , durant la longue paix qui a précédé la derniere guerre ; & on àuroit vu qu'il a été constamment au delfous du prix des années 1787 & 1788,
a la réferve de deux instans très-courts : l'un en
1771 , lorsqu'on crovoit une rupture prochaine
entre la France & l'Angleterre , l'autre au commencement de la sécheresse de 1776 , qui dura dix
mois. Nous parlerons plus loin de cette calamité. Nous demandons maintenant à MM. les députés
de St. Domingue , où eft cette disette perpétuelle
entretenue fi foigneufement par les marchands,
qui fait mourir de faim 10 à 12 mille Nègres par
en ? Quand on veut jouer le célébré & dangereux rôle d'accufateur, il faut accumuler les faits.
Il faut fe faire un rempart de preuves que l'accufé
ne puisse pas ruiner. Nous délirerions bien ne pas dire que dans les
premiers tems de ce siecle, les Negres furent traités
avec peu d'humanité , que cette dureté qui en
faifoit périr un grand nombre tous les ans, étoit
un refte de la barbarie des conquérans du nouveau
Monde, & de la valeur féroce des slibustiers qui
ont fondé les premiers établissemens à St. Domingue. Cette barbarie s'eft adoucie peu. à peu par
les fréquentes communications des Européens ; &
nous saisissons avec empressement cette occafion
de rendre à MM. les Colons le tribut d'éloges qui --- Page 43 ---
[ 25 ] leur eft du pour le gouvernement doux & humain
dont ils usent maintenant envers leurs esclaves. Ce gouvernement eft le thermomètre de la population. Nous avons fous les yeux un état des naiffances & des mortalit s en 1786 & 1787, qui
prouve qu'on n'cft pas éloigné à St. Domingue
d'atteindre le dernier dégré d'une adminiftration
paternelle. (1) En 1786, sur 332,847 Negres, > il y eut
4,217 naissances , & morts. En 1787 , fur 364,196 Negres , il y eut 3,5 56
nailfances, & 6,116 morts. Dans la premiere année , les mortalités furpafferent les naissances de 1,8 5 o, & dans la feconde ,
de 2,560. (1) Nous cirons les récenfemens qui font dans les bureaux. Nous ne les croyons pas juftes ; mais ce font les
feuls documens qu'on piaffe Ce procurer. Et l'exactitude qui
manque aux mortalités doit aussi manquer aux naiffances.
Ainfi notre preuve n'eft point affoiblie. Pour qu'il fut mort
10 à 12 mille Negres par an, de faim feulement, il faudroit qu'il en fût mort au moins 10 mille par an. A la fin
de la guerre de 1755, il n'en feroit pas resté un seul. On
n'en a introduit que 11 mille, année commune, depuis 1763
jusqu'en 1778. Il y a eu enfuite une guerre de cinq ans;
& à la paix de 1783 , on en comptoit 300 mille à
St. Domingue. Ces réfultats prouvent, fans répliqué, que la
mortalité eft très-modérée à St. Domingue.
par an. A la fin
de la guerre de 1755, il n'en feroit pas resté un seul. On
n'en a introduit que 11 mille, année commune, depuis 1763
jusqu'en 1778. Il y a eu enfuite une guerre de cinq ans;
& à la paix de 1783 , on en comptoit 300 mille à
St. Domingue. Ces réfultats prouvent, fans répliqué, que la
mortalité eft très-modérée à St. Domingue. --- Page 44 ---
r 16 t La raifon de la différence de ces deux années ^
eft qu 'en 1787 on importa d'Afrique 30,000 Ne- -
gres, & que la mortalité dut être plus confidérable fur des Negres non acclimatés que fur les
autres. On ne voit point ici cette mortalité effrayante ,
ces 10 à 12 mille Negres que la cupide avarice
des marchands égorge tous les ans; on voit air
contraire qu 'en perfectionnant le fyftême d'adminiftration qui a commencé dans la partie du Cap
& qui peu à peu gagne toute la Colonie, on pourra
dans quelques années établir le niveau entre les
naiffances & les mortalités , &: qu'on n'aura plus
besoin de Negres d'Afrique, que pour les nouveaux
défrichemens. Voilà , pour le dire en passant , à quoi doit fe
réduire la grande question de la suppression de la
traite des Negres & de leur affranchissement. L'adminiftration douce & fage qui s'étend dans toutes,
nos Colonies, prépare de loin l'abolition de la traite.
& une condition aux Negres qui fera cent fois.
préférable à la malheureufe liberté dont jouit l'homme de travail dans la plupart de nos campagnes. MM. les députés de St. Domingue prétendent
qu'il ne faut pas moins de 150,000 barils de farine pour nourrir les Blancs de la Colonie, & de
400,000 pour les Negres. Nous avons prouvé que
les 150,000 barils qui y étoient importés annuel- --- Page 45 ---
[ 17 1 lement, pourvoyoient abondamment à tous lesbefoins. Si on accordoit à MM. les députés leur
demande in-difcrete , ils prendraient assurément
l'engagement d'acheter & de payer cet énorme
approvifionnement. Il arriverait que la Colonie de
St. Domingue feroit débitrice annuellement de
150,000 barils de farine fine pour les Blancs,
qui, au prix moyen de 70 liv. le baril , couteroient 10,500,000 liv.
Et de 400,000 barils de farine
commune pour les Nègres , qui, au prix moyen de 5 o liv. le baril, coûteroient, ci 10,000,000.
Dette annuelle de la Colonie de St. Domingue envers la Métropole 30,500,000. liv. C'eft alors qu'on verroit accourir Meffieurs les
députés de St. Domingue, qu'ils s'eleveroient avec
force contre l'impôt abominable de 30,500,000,
dont leurs cultures feroient accablées, contre ce
monopole atroce des Marchands, contre cette gabelle
d'un nouveau genre ; & il faut convenir que cette
fois ils auraient raifon.
ette annuelle de la Colonie de St. Domingue envers la Métropole 30,500,000. liv. C'eft alors qu'on verroit accourir Meffieurs les
députés de St. Domingue, qu'ils s'eleveroient avec
force contre l'impôt abominable de 30,500,000,
dont leurs cultures feroient accablées, contre ce
monopole atroce des Marchands, contre cette gabelle
d'un nouveau genre ; & il faut convenir que cette
fois ils auraient raifon. MM. les députés de St. Domingue difent que
les pluyes, les ouragans, les séchereffes détruisent
annuellement pendant 3 à 4 mois leurs efpérances,
& qu'un habitant dont toute la terre feroit en vivres9 --- Page 46 ---
[ 28 ] n'en feroit pas moins dans le cas d'en manquer peur
Jes Negres. Sur un fol excellent, échauffé par un Ciel brûlant,
il ne faut que de la pluye pour le féconder. Auffi
la pluye eft-elle appellée le fumier de St. Domingue.
Avec la mefure de la pluye qui tombe dans une
année, on a facilement celle des récoltes en tout
genre. Écartons donc cette caufe de difette invoquée
par MM. les députés , qui peut tout au plus, dans
quelques rares & petites portions de terre trop humides & trop baffes, retarder momentanément
le développement des germes. On compte deux ouragans dans la partie du
Nord & de l'Oueft. Ils ont accompli une période
de plus\ de 4° années. Le premier qu'on ne devroit
pas qualifier du nom d'ouragan , & qui n'étoit
qu'un fort coup de vent, caufa, en 1772., quelques
dommages aux cannes à fucre & aux cafiers dans la
partie du Nord; mais les vivres fouffrirent fort peu,
& il n'y eut pas d'augmentation dans le prix des
farines. Le fecond a dévalé , l'année derniere , les
cultures de la partie de l'Oueft, s'eft même étendu
jusqu'à la partie du Sud ; & nous avons vu, qu'à
cette époque , l'augmentation que ce fléau caufa
dans le prix des farines, ne put. élever celui du
pain à la moitié de ce qu'il coûte en France dans
les temps ordinaires.
& il n'y eut pas d'augmentation dans le prix des
farines. Le fecond a dévalé , l'année derniere , les
cultures de la partie de l'Oueft, s'eft même étendu
jusqu'à la partie du Sud ; & nous avons vu, qu'à
cette époque , l'augmentation que ce fléau caufa
dans le prix des farines, ne put. élever celui du
pain à la moitié de ce qu'il coûte en France dans
les temps ordinaires. La partie du Sud, nous en conviendrons, eft --- Page 47 ---
t 19 ] plus expofée à ces grandes convulfions de la Nature ;
mais aucune n'a caufé de disette, ni même d'augmentation remarquable dans le prix des farines. Lesfécherenes font assez ordinaires au Cap, pendant
les mois'de Février, de Mars & quelquefois Avril.
Elles font en quelque forte périodiques , & ne font
aucun tort ni aux cultures ni aux vivres qui ont été
refroidies par les longues pluyes de l'hiver. Dans
d'autres parties, cette périodicité eft très-réguliere ,
& dure 5 mois tous les ans. C'eft dans ce tems que
les travaux des manufactures s'exécutent, & ils font
interrompus dans la faifon des pluyes. Sans ces fécheresses fur lefquelles on compte, les manufactures
ne pourraient pas être mifes en mouvement ; elles
font donc néceffaires & n'occafionnent aucune difette.
Quand des caufes extraordinaires prolongent ces
fécherelfes, alors, comme nous l'avons dit plus haut,
les échanges fe multiplient dans les montagnes ; alors
même les administrateurs, en vertu des instructions
qu'ils ont toujours eues, ouvrent les ports aux farines
étrangères. Cette marche invariable de l' administration a toujours arrêté les effets des grandes féchereffes , &: empêché qu'aucune ait produit une véritable
difette. La plus longue &la plus défaftreufe dont on
conferve la mémoire à S. Domingue , eft celle de
1776, elle dura près de dix mois. Il y eut un inftant
où les vivres montèrent à haut prix ; mais le commerce national & les Étrangers accoururent de toutes --- Page 48 ---
[ 30 ] parts ; & au plus haut dégré d'une calamité qui
ruina toutes les récoltes , les vivres furent à fi bas
prix qu'un navire (i) expédié de Nantes, & entiérement chargé de toutes fortes de vivres , perdit fon
capital entier. La vente de fa cargaifon fuffit à peine
à payer les frais de fon féjour &: de fon voyage. Plufieurs navires emportèrent du riz en France, au lieu
des denrées coloniales, parce qu'ils l'achetoient à
18 liv. le quintal, argent de l'Amérique , faifant
12 liv. tournois, & qu'il en valoit 23 & 24 en
France. Messieurs les Députés de S. Domingue avancent
que fi le commerce national leur fourniffoit des
farines à aussi bon marché que les Etrangers, il en
réfulteroit accroiffement de forces exploitantes qui
tourneroit au profit de la Métropole. Ce n'eft pas ici
le lieu de développer cette queftion qui tient à cequ'on a fi improprement appellé jufqu'à préfent le
régime prohibitif, & qui n'eft autre chofe que le
régime national. La nécessité de nous défendre ,
nous a entraîné dans des calculs qui ont rendu ce
Mémoire déjà long : pressés d'ailleurs par Meilleurs
les Commiffaires de fournir notre défenfe , lorfque
Meilleurs les Députés ont préparé leur attaque à
loisir, nous renverrons cette discussion à un autre
tems. Nous obferverons feulement ici qu'un habitant
ent le
régime prohibitif, & qui n'eft autre chofe que le
régime national. La nécessité de nous défendre ,
nous a entraîné dans des calculs qui ont rendu ce
Mémoire déjà long : pressés d'ailleurs par Meilleurs
les Commiffaires de fournir notre défenfe , lorfque
Meilleurs les Députés ont préparé leur attaque à
loisir, nous renverrons cette discussion à un autre
tems. Nous obferverons feulement ici qu'un habitant 1 (1) Le Breton, --- Page 49 ---
[ 31 ] fucrier qui a 200 Negres, doit confommer environ
14 barils de farine commune pour fes Negres ; nous
l'avons déjà démontré. En recevant ces 14 barils de
farine du commerce national, il les payera a peu
près 50 liv. & tous enfemble lui coûteront 700 liv.
En les recevant du commerce étranger , il les obtiendra peut-être à 40 liv. & tous enfemble lui
coûteront 560 liv. Il en coûte donc à cet habitant
propriétaire de 200 Negres, qui fait 140 àI 5 0,000 1.
de revenu , 140 liv. pour avoir nourri fes Negres
malades , avec la farine nationale. Il faut remarquer que la propriété de cet habitant
n'eft grévée d'aucun impôt direct , & que le projet
du commerce national eft d'en folliciter l'affranchissement pour fes denrées. On ne voit pas comment un facrifice de 140 livres, fuppofons le double
&msme le triple , peut diminuer les forces exploitantes de cet habitant. Tout le monde fait, & Meffieurs les Députés en conviendront, que ce n'est
point a St. Domingue que les Colons- perdent leurs
forces exploitantes, mais à Paris. Toute action en commerce a une réaction fouvent plus forte que l'action même. L'approvifionnement de nos Colonies eft la caufe d'un grand
travail & de la plus belle des manufactures , la
construction & l'équipement des vaifTeaux. Les
150,000 barils de farine importés annuellement
a St. Domingue par le commerce national, font --- Page 50 ---
" H 31 ] le chargement de 63 navires de' 300 tonneaux
chacun. Si cette fource de richesse & de travail
étoit inconnue , il faudroit la chercher avec emprefiement : fi nous l'avions perdue , il faudrait la
? regagner au prix des plus grands facrifices : nous
la possédons , nous en jouissons. * MM. les Députés de St. Domingue, Membres
de l'Assemblée Nationale, François eux marnes • voudraient -ils diminuer la fortune d'une Natioii
dont ils font une fi belle partie? ' DEUXIEME PROPOSITION. ,
«
> >
La difette qui regne actuellement dans la
Colonie, ne frappe que les habitans Blancs,
& les Negres n 'eb peuvent être atteints. Cette proportion rentre dans la premiere : en
développant celle-ci, on a pu s'appercevoir qu'il
nous restoit peu de chofes à dire pour démontrer
la fécondé. En effet, il n'y a que les Negres malades fur les
habitations qui confomment de la farine, & dans
1 a difette , le pain offre beaucoup de moyens de
fuppléer cet aliment; le riz, la farine de Maïs, de
Mil, font aussi fains , aufli légers que le pain. t
Les Negres des villes ne mangent du pain que
par imitation ; en les remettant, ainfi que les gens
de --- Page 51 ---
f 3 3 ] c de couleur libres, & une partie même des hibitans
Blancs, à leur nourriture naturelle , on ne leur
cause aucune privation.
ette , le pain offre beaucoup de moyens de
fuppléer cet aliment; le riz, la farine de Maïs, de
Mil, font aussi fains , aufli légers que le pain. t
Les Negres des villes ne mangent du pain que
par imitation ; en les remettant, ainfi que les gens
de --- Page 51 ---
f 3 3 ] c de couleur libres, & une partie même des hibitans
Blancs, à leur nourriture naturelle , on ne leur
cause aucune privation. C'eft ce qui arrive dans les guerres. Dans celle de
175 5, la farine valut jufqu'à 400 liv. le baril: il
n'y eut pas d'augmentation de mortalité parmi les
Negres. Durant la premiere année de la derniere
guerre, la farine valut au Cap 300 liv. le baril;
&elle s'eft foutenue toute la guerre de 150 a 200 1.
On n'a pas remarqué de mortalité extraordinaire.
La partie du Sud de St. Domingue en a été presque
totalement privée pendant toute la guerre ; & cette
partie de l'Isle n'a pas éprouvé de plus grandes
pertes parmi fes Negres, que dans le tems de paix.
Nous oppofons toujours des faits connus & vrais
aux assertions vagues & indéterminées de MM. les
Députés. Sans doute que, dans les tems malheureux, les
habitans Blancs payent le pain cher ; mais l'aifance
dont ils jouirent, les met au dessus de cette dépenfe
paffagere. Enfin ils ont pour derniere reffource
les vivres du pays qui, fans avoir la même faveur
pour un Européen que ceux d'Europe, n'en font pas
moins bons & fains. C'est dans notre Europe que,
fans aucune des rcffomces dont on abonde dans
nos Ifles, les disettes exercent les plus affreux
ravages. C'est ici que, fans autre moyen de fubfiffrance, le malheureux cultivateur , l'homme de --- Page 52 ---
[ 34 ] travail expire de faim & de misere , lorfque le pain
lui manque, & que fon prix eft au-dessus de fes
modiques facultés. La pitié des villes ne pénétré
guere dans les chaumieres où habitent le défefpoir & la mort. Tant d'objets frappent nos regards
dans la Capitale & dans les grandes villes, que notre
compassion est épuisée avant d'en franchir l'enceinte. MM. les Députés préfentent des calculs d'approvifionnement, dont les réfultats semblent faits pour
montrer que M. le M du Chilleau a développé la
conduite d'un fage & grand Adminiftrateur. Ce
n'eft pas ici le lieu d'examiner l'administration de
M. le M du Chilleau ; & l'Ordonnance qu'il a
rendue le 9 Mai, contre l'avis & malgré les représentations (i) de fon co-Adminiftrateur M. de
Marbois, portant permission aux Etrangers de commercer librement, & d'introduire des Negres dans
les trois Ports de la partie du Sud de St. Domingue
pendant cinq années, eft trop étrangere à l'objet
particulier de l'approvisionnement des farines, pour
que nous nous y arrêtions (i).
& l'Ordonnance qu'il a
rendue le 9 Mai, contre l'avis & malgré les représentations (i) de fon co-Adminiftrateur M. de
Marbois, portant permission aux Etrangers de commercer librement, & d'introduire des Negres dans
les trois Ports de la partie du Sud de St. Domingue
pendant cinq années, eft trop étrangere à l'objet
particulier de l'approvisionnement des farines, pour
que nous nous y arrêtions (i). (i) Les représentations, fous le titre de Réclamations
de M. l'Intendant de Sr. Domingue , ont déjà été remifes
à chacun des Membres de l'Assemblée Nationale. (2) Nous nous réfcrvons de prouver dans un autre tems,
comment M. le Marquis du Chillcau, en violation de tous
ses pouvoirs & de tous lesprincipes, a,dufigne d une puilfance --- Page 53 ---
[. ,; ] C 2 Lorsque M. le Mis du Chillean ouvrit, le 3 1 Mars,
les trois Ports d'entrepôts de Se. Domingue aux
farines étrangères, la farine fine valoi[ à St. Domingue 9 5 liv. & la commune 72. liv. A ce prix, le
pain des Blancs aifés coûtoit 5 fols 7 den. & celui
des pauvres Blancs & des Negres malades, 4 fols
5 den. & demi, argent de France. On a déjà vu
que la journée d'un homme en Amérique valoir
4 liv. de France: le prix de la farine n'étoit pas
au taux où il devroit être , pour avoir une proportion exacte avec le prix du pain en France. Néanmoins , l'inquiétude de l'Europe pour fa subsistance, devoit en infpirer aux Gouverneurs de nos
Colonies ; & nous rendons librement hommage qu'on ne peut comparer qu'à celle des Beys d'Egypte , arrêté
le mouvement du Commerce national, & livré le patrimoine
de la Nation Françoife aux Etrangers & à fes ennemis naturels. Nous prouverons que c'eft pour cette Ordonnance
du 9 Mai feulement , qu'il a été rappellé , & non pour ses
Ordonnances du 3 t Mars & 1, Mai, concernant l'introduction des farines. On a ofé accufer les Bretons d'avoir eu le projet d'attenter
à la vie de M. le Marquis du Chilleau, à fon débarquement
à Nantes. On a allariné le Miniftere auquel ils reprocheront
d'avoir cru les Bretons capables d'une lâcheté , & d'avoir
négocié fon passage par Nantes, comme dans un pays ennemi.
non pour ses
Ordonnances du 3 t Mars & 1, Mai, concernant l'introduction des farines. On a ofé accufer les Bretons d'avoir eu le projet d'attenter
à la vie de M. le Marquis du Chilleau, à fon débarquement
à Nantes. On a allariné le Miniftere auquel ils reprocheront
d'avoir cru les Bretons capables d'une lâcheté , & d'avoir
négocié fon passage par Nantes, comme dans un pays ennemi. Quand les Commerçans attaqueront M. le Marquis du
Chilleau, ils l'attaqueront au Tribunal de la Nation. --- Page 54 ---
t 36 ] à la sage prévoyance de cet a de d'administration
fait de concert entre M. le Mis du Chilleau, Gouverneur , & M. de Marbois, , Intendant. Ils fe conformaient à leurs instructions qui leur enjoignent
de veiller fur les subsistances. Le 29 Mai, M. le Mis du Chilleau, contre l'avis
de Ton co-Administrateur M. de Marbois , &
fans fa participation, fit enregiftrer une feconde
Ordonnance, fur le fondement que la premiere Ordonnance n'avoit attiré qu'une très-petite quantité
de farines étrangères. MM. les Députés de St. Domingue déclarent eux-mêmes, dans la neuvième
piece intitulée , Précis, remife à MM. les Commissaires, qu'il en entra durant ces trois mois
27,098 barils, & que l'approvifionnement total
ne fut diminué que de 3,070 barils. Ils en concluent fur le champ, que la Colonie a manqué
de pain pendant fept jours & plus. Conçoit-on un
pays qui manque de pain pendant fept jours &
p us, qui ne reçoit pas de secours , & qui cependant conferve tous fes habitans ? Si on veut bien «
fe rappeler ce que nous avons dit de l'approvisionnement de St. Domingue , de la répartition exacte
& vraie que nous en avons faite , du fuperfiu
prodigieux que laissent les 150,000 barils de farine
que le Commerce national y porte tous les ans ,
des reffources infinies qu'offrent les vivres du pays,
on demeurera convaincu que cette prétendue fa- --- Page 55 ---
[ ?7 J C 3 mine de Jept jours & plus, n'a été qu'une diminution de fuperflu. Cette fécondé Ordonnance , irréguliere dans la
forme, en ce qu'elle avoit été rendue fans la participation de l'Intendant, contenant au fond plulieurs dispositions attentatoires au Commerce national , telles que l'admission des farines dans tous
les ports d'Amirautés, & l'extraction des denrées
coloniales, a été rectifiée par un Arrêt du Confeit
du 23 Juillet. Nous difons rectifiée parce que le
Confeil du Roi n'a cassé que les dispositions
contraires au Commerce national, & a maintenu
ce qui concernoit l'approvisionnement par les ports,
d'entrepôt. Cet Arrêt rendu dans la vue de témoigner à
du Chilleau qu'il avoit violé fes pouvoirs,
& non dans celle d'arrêter l'approvisionnement de
St. Domingue, n'a été envoyé à St. Domingue
que fe Ier. Septembre ainsi il n'a pu détruire l'effet
de l'Ordonnance de M. du Chilleau, dont le terme
expiroit le Ier. Octobre. Ce n'est pas- à nous de justifier le Conseil du
Roi .& le Ministre dè la Nation. Notre: respect
pour l'Assemblée Nationale nous interdit toute
réflexion. Il n'appartient qu'à elle de défendue fore
ouvrage , & de maintenir des actes qui n'ont eu
d'autre but que de préferver le Commerce national , qui eft la propriété de 26 millions d'hommes
M. du Chilleau, dont le terme
expiroit le Ier. Octobre. Ce n'est pas- à nous de justifier le Conseil du
Roi .& le Ministre dè la Nation. Notre: respect
pour l'Assemblée Nationale nous interdit toute
réflexion. Il n'appartient qu'à elle de défendue fore
ouvrage , & de maintenir des actes qui n'ont eu
d'autre but que de préferver le Commerce national , qui eft la propriété de 26 millions d'hommes --- Page 56 ---
[■ 3 g I & dont nous ne sommes que les instrumens
des atteintes que lui portoit M. le Mis du Chilleau. La feconde Ordonnance n'a. pas pourvu auxbefoins de la Colonie , & n'a pas dû y pourvoir.
Dès le mois de Mars, époque de la premiere Ordonnance , la cherté devenant générale en Europe , le Gouvernement attirait en France par des
fortes primes , les grains étrangers : les Marchands
de Nantes foufcrivoient eux-mêmes, de leur propres deniers, une augmentation de prime (i). Les États-Unis faifant des envois considérables
en Efpagne, en Portugal, en France , dans le Nord
de l'Europe , vuiderent peu à peu leurs magasins
& diminuèrent la fourniture de nos Colonies. C'est
ainfi qu'elles ont été admifes à partager la famine
qui regne encore fur la moitié du Globe. VUES fur les moyens de fecourir la Colonie
dans la diset te qui l'afflige. Nous ne' chercherons pas à diminuer les juftes
allarmes que doit infpirer la subsistance des habitans Blancs de nos Colonies. La Nature leur a donné
abondamment des vivres qui croissent fur le fol (1) Nous ne citons cet afte de patriotisme, que parce
qu'il est nécessaire à la trifte généalogie de la famine. --- Page 57 ---
[ J9 ] C 4 qu'ils habitent ; mais la Mere-patrie n'eft pas pour
cela difpenfêc de tâcher de leur en procurer qui
soient plus appropriés à leurs goûts & à leurs habitudes. La Nation qui a fait de fi prodigieux facrifices pour approvifionner fes Citoyens d'Europe ,
en doit également à fes. Citoyens d'Amérique.
Ils ont le même droit à fes follicitudes & à fa
protection. Nous fommes instruits que toutcs les Nations
fe difputent le reste des magafins des États-Unis.
Les Anglois » les Efpagnols, les Hollandois croifent
en mer. Ils arrêtent les bâtimens Anglo-Américains qui ont des commeflibles , ils les conduifent
dans leurs ports refpedlifs , & s'approprient leurs
cargaifons en les payant. Nos vaisseaux stationnés
au Cap, croifent également pour le même objet,
& prennent pour cette ville une subsistance dont
la partie du Sud fe trouve privée. Ainfi la famine
a mis les habitans de l'Amérique dans un véritable état de guerre. Nous propoferons pïufieurs moyens , entre lefquels la sagesse de l' Assemblée Nationale déterminera celui qu'elle croira atteindre de plus près
le but de rapprovifionnement des Colonies, dans
cette difette dont la durée ne peut plus être
longue. --- Page 58 ---
L 41 J PREMIER M O Y E N. IL consiste a prêter aux Commerçans des porcs
de mer, plufieurs Flûtes du Rúi, qui feront armées
par eux. Ces Flûtes iront chercher des farines aux
États-Unis, les porteront dans nos Colonies j &
en rapporteront le produit en France. L'avance de
l'armement & de l'achat des farines, fera fait par
les Places de Commerce, pour le compte de la
Nation, & elles feront rembourfées, au retour des
Flûtes, par le Tréfor national, fans intérêt, fans
commissions, fans honoraires.
Flûtes du Rúi, qui feront armées
par eux. Ces Flûtes iront chercher des farines aux
États-Unis, les porteront dans nos Colonies j &
en rapporteront le produit en France. L'avance de
l'armement & de l'achat des farines, fera fait par
les Places de Commerce, pour le compte de la
Nation, & elles feront rembourfées, au retour des
Flûtes, par le Tréfor national, fans intérêt, fans
commissions, fans honoraires. DEUXIEME MOYEN. IL conviendrait de permettre à nos navires expédiés pour nos Colonies de toucher dans les ports
des États-Unis ; mais comme cette échelle occafionneroit un furcroît de dépenfe , on les en dédommagerait par une prime de 5 liv. par baril de
farine, du poids ordinaire, acheté dans les ports des
États-Unis , & importés dans nos Colonies. Cette
prime feroit payée fur les certificats d'embarquement, des Confuls François dans l'Amérique Septentrionale , & fur ceux de débarquement, des Adminiftrateurs de nos Colonies. Les Armateurs de ces navires s'obligeroient, fous
les peines du cautionnement ordinaire, de faire --- Page 59 ---
[ 41 ] revenir leurs navires directement dans les ports de
France, afin d'éviter l'extradion étrangère des denrées de nos Colonies. On peut tout d'un coup calculer la grandeur du facrifice que la Nation feroit
pour le foulagement de fes Colonies. En supposant
que l'importation nécetfaire des farines étrangères,
s'éleve à 6o , 000 barils , la gratification de 5 liv.
par baril, coûteroit 300 , 000 liv. Nous croyons le
facrifice bien léger, en le comparant à celui que la
Nation a fait & continue de faire pour fes citoyens
d'Europe. Troisième Moyen. On admettroit les bâtimens étrangers dans les
ports d'entrepôt de nos Colonies, ainfi qu 'on 1 'a
toujours pratiqué. Ils y vendraient leurs farines , &
fi les firops & taffias n'étoient pas tuffifans pour les
folder, les Adminiftrateurs leur donneroient des
lettres de change fur Londres ou Paris (fous le
cautionnement, s'il le falloit, des Commerçans
nationaux) à un an de vue ( i ). La valeur de ces
lettres de change feroit remife en France en den- ( 1) Les Anglois en agiffent ainfi dans leur Commerce avec
les États-Unis. Ce moyen eft d'autant plus convenable, qu'il
fournit celui d'acquitter la dette ancienne que les États-Unis
ont contractée envers l'Angleterre, & qu'ils augmentent par
de nouvelles transations. --- Page 60 ---
[ 41 ] rées coloniales par des navires nationaux. La vente
en foroit faite & le produit converti en efpeces,
avant que les lettres de change fussent arrivées
au terme de leur paiement.
dans leur Commerce avec
les États-Unis. Ce moyen eft d'autant plus convenable, qu'il
fournit celui d'acquitter la dette ancienne que les États-Unis
ont contractée envers l'Angleterre, & qu'ils augmentent par
de nouvelles transations. --- Page 60 ---
[ 41 ] rées coloniales par des navires nationaux. La vente
en foroit faite & le produit converti en efpeces,
avant que les lettres de change fussent arrivées
au terme de leur paiement. QUATRIÈME MOYEN. Les trois moyens que nous venons de propofer ,
fuppofent que les États-Unis peuvent fuffire a
l'approvifionnement actuel de nos Colonies; mais
nous avons lieu de craindre que leurs magafins ne
foicnt épuisés, ou du moins considérablement diminués. Il conviendroit donc peut-être mieux d envoyer directement de France une fubfiftance qui
devient fort incertaine , fi on la tire de l'Etranger ;
& ici tout retard eft dangereux. Le Parlement de
Bordeaux avoit levé la défenfe de fortir des
farines pour les Colonies ; mais le peuple en mouvement dont les inquiétudes pauses s 'étendent fur
l'avenir, a fait craindre au Parlement & à la Commune, que cette exportation ne fût troublée , & a.
porté ces deux Corps a reftreindre la fortie à un baril de
farine par tonneau ( i ). Les navires qui fortent de (1) Durant le cours de l'impression de ce Mémoire, nous
apprenons que ce Règlement cft déjà en pleine exécution,
Le navire le Néville , de Bordeaux , actuellement expédié
du port de 80c tonneaux, porte à St. Dominguc 800 barils
de farine pour fa cargaison, & en outre 1200 autres barils
pour la nourriture des Troupes. --- Page 61 ---
[ 45 ] Bordeaux annuellement pour nos Colonies, jaugent
enfemble environ 80 mille tonneaux. La confommation. annuelle des Colonies , s'éleve à 240
mille barils de farine. Ainsi Bordeaux ne pourroit
fournir que le tiers de la consommation annuelle.
En adoptant pour les autres porrs de France le
moyen que Bordeaux vient d'employer, on portera.
dans nos Colonies 15 o mille barils de farine ,• car
c'est à peu près à 250 mille tonneaux qu'on doit
évaluer le tonnelage général des navires nationaux
qui font le Commerce de nos Colonies. Mais il
est abfolument indifpenfable que les Municipalités
employent toute leur vigilance & la forcé co-active
qui eft en leur pouvoir, pour préserver les armateurs
des infultes du Peuple. : Il ne peut y avoir de difette de grains après
une récolte abondante dans prefque toutes lesprovinces & la libre circulation rétablira le niveau;
dans les provinces qui n'ont pas été auffi bien
traitées • mais il y a difette de fureté pour ceux qui
ont coutume de garnir les marchés, de former les
magasins des villes, & de pourvoir aux befoins des
provinces. Le terrible mot d'Accapareur eft devenu
un fignal de profcription & de maffacre. Au défaut du pouvoir exécutif, dont la force
détruite ne peut être récréée tout-à-coup, l'Assemblée
Nationale jugera dans fa sagese, si elle ne pourroit
pas employer les ' exhortations de MM. les Cures. --- Page 62 ---
[ 44 1 Ces minières de paix , les confidens du pauvre
peuple , en prêtant à la raifon l'attrayant langage
de la charité qui leur eft fi naturelle, prépareraient
peut-être le retour de l'ordre & de la tranquillité.
ne peut être récréée tout-à-coup, l'Assemblée
Nationale jugera dans fa sagese, si elle ne pourroit
pas employer les ' exhortations de MM. les Cures. --- Page 62 ---
[ 44 1 Ces minières de paix , les confidens du pauvre
peuple , en prêtant à la raifon l'attrayant langage
de la charité qui leur eft fi naturelle, prépareraient
peut-être le retour de l'ordre & de la tranquillité. Les 140 mille barils que les Colonies confomment annuellement, ne font pas un jour & demi.
de la subsistance de 16 millions d'hommes. Ces 26
millions d'hommes confomment en un jour & demi
58,500,000 livres de pain; & les 140 mille barils,
de farine, à 225 livres chacun, ne donnent que.
55,000,000 livres de pain. Ils ne. repréfentent que la nourriture annuelle,
de 100 mille hommes qui conÍommeroient.
54,7 50,000 livres de pain. Supposons 100 mille Juifs Polonais fuyant une
perfécution fanglante , ou 100 mille Hollandais
fe dérobant à la tyrannie des Stathoudériens , &,
cherchant un azile chez la Nation la plus douce,
& la plus hospitaliere de l'Europe. Les premiers
font un horde profcrite , disséminée chez toutes,
les Nations, qui la couvrent, peut-être trop injuftement , de mépris. Les autres ont été long-tems
nos ennemis , font encore nos rivaux, & leurs. - -4
opinions religieufes différent des nôttes. Semblables
aux ennemis des anciens peuples, qui devenoient
facrés dès qu'ils étoient admis à toucher leurs Dieux
domeftiques, ces deux peuples feraient nos freres
& nos amis, dès qu'ils auroient mis un pied sur --- Page 63 ---
[ 45 ] le territoire François; 16 millions d'hommes ne se
réuniroient pas pour chafTer des Étrangers qui demandent l'hofpitalité à la liberté naissante. Si
quelqu'un élevoit fa voix contr'eux, l'indignation
publique l'étoufferoit bientôt. La Nation ceindroit
avec gloire cette premiere couronne décernée à fes
travaux & à fon courage. On ne calculeroit pas
ce que leur subsistance pourrait coûter • & fi des
inquiétudes vagues naifioient , une comparaifon
bien fimple calmeroit toutes les allarmes ; on verroit
que i oo mille hommes d'augmentation en France
ne prennent pas un jour & demi de la subsistance
de 26 millions d'hommes. Ici, ce ne font point des Étrangers , ce n'eft
point un excédent de population qui demande du
pain ; ce font nos freres, nos amis, des François;
c'est une partie intégrante de la Nation ; ce font
100 mille riches manufacturiers qui n'ont pas de
territoire , mais qui verfent dans le tréfor national 140 millions ; c'eft enfin , comme fi une
de nos villes de province, de 100 mille habitans,
manquoit abfolument de pain : aucun motif raifonnable ne pourroit nous empêcher de la fecourir.
'eft
point un excédent de population qui demande du
pain ; ce font nos freres, nos amis, des François;
c'est une partie intégrante de la Nation ; ce font
100 mille riches manufacturiers qui n'ont pas de
territoire , mais qui verfent dans le tréfor national 140 millions ; c'eft enfin , comme fi une
de nos villes de province, de 100 mille habitans,
manquoit abfolument de pain : aucun motif raifonnable ne pourroit nous empêcher de la fecourir. Il refte à juftifier notre oppofition à la prétention
de MM. les Députés d'ouvrir tous les ports d'Amirauté aux farines étrangères. Nous ne la difcuterons pas sérieusement , parce que comme nous
avons de MM. les Députés l'opinion qu'ils ont --- Page 64 ---
[ 46 ] la contrebande en horreur , nous pensons qu'ils
n'insisteront pas fur un projet qui lui donnerait
la plus grande activité. En effet on ne peut furveiller les Etrangers, & même très-imparfaitement
que dans les trois grands ports d'entrepôt : fi. les
autres ports croient ouverts, la multiplicité & eh
quelque forte l'obscurité des lieux du débarquement, rendroient la surveillance impossible. D'ailleurs
ces trois grands ports font en tout tems les cheflieux où fe tiennent les navires nationaux; & de
ces ports part tous les jours fans exception une
foule dé caboteurs & de bateaux de paffage , dont
la fonction eft de diftribuer dans toutes les parties de la côte les approvisionnemens, & de fe
charger des denrées coloniales en retour. Les navires nationaux ne fréquentent même habituellement que ces trois ports : nous en excepterons
cependant St. Marc & Leogane où ils abordent ;
mais le premier port eft à 12 lieues du Port-auPrince , & le fécond à fept lieues. Les verfemens
y font faits dans une journée, & la nature des
brifes réglées n'y apporte jamais de retard. A Verfailles , le 21 Septembre 1789. Signé, Abeille^ ' 1 Députés de Marfeille.
Boyetet , 0 de Bayonne. --- Page 65 ---
{ 4? 1 Corbul1; } Bechade, > .. , . cle Bordeaux,
Marchand , 3 Nairac , de la Rochellt.
Mofneron aîné , 1 / , .
Mofneron de l'Aunay, 3 antes.
Puchelberg, de l'OriEnt. Bodinier) ") (le Saint- ,
Q uelne r 1 ) S'" Blanche , d U Havre..Tr
Legrand, $ Defchamps, De Montmeau , » ... > de Rouer„
Dupont, j
Niel, de Dieppe, DuRieu, Goffelin de Du?:kerque &-
de Lille. Après avoir fini ce Mémoire, & fur le point de.
le remettre à MM. les Commiflaires, nous avons
reçu plufieurs lettres de St. Domingue qui nous apprennent qu'au 31 Juillet, la plus belle farine n'y
valoit que 132 liv. le baril, argent de l'Amérique.
Ce prix , ordinaire pour peu qu'il y ait rareté,
prouve d'abord , qu'on eft bien loin d'y craindre
la disette; car le moment du 31 Juillet où on nous
écrivoit, doit être celui de la plus grande rareté.
Commiflaires, nous avons
reçu plufieurs lettres de St. Domingue qui nous apprennent qu'au 31 Juillet, la plus belle farine n'y
valoit que 132 liv. le baril, argent de l'Amérique.
Ce prix , ordinaire pour peu qu'il y ait rareté,
prouve d'abord , qu'on eft bien loin d'y craindre
la disette; car le moment du 31 Juillet où on nous
écrivoit, doit être celui de la plus grande rareté. --- Page 66 ---
[ 48 ] La récolte des États-Unis pourvoira abondamment
aux befoins ultérieurs. Ce prix nous prouve encore
que nous avions été mal informés , lorfque nous
avons écrit dans ce Mémoire que toutes les Nations
fe difputoient les approvitionnemens, & étoient
dans un véritable état de guerre. Enfin ce prix de
13 2. liv. prouvè fans répliqué que les états fournis
par MM. les Députés , signés par M. du Chilleau,
de l'approvisionnement de la Colonie de St. Domingue à fon départ pour France , ne font pas
exacts. M. du Chilleau n'a obfervé aucune des formes
qui lui étoient prefcritcs pour constater la difette
& en dresser les procès - verbaux. Il devoit les
faire dresser concurremment & en préfence de
M. l'Intendant ou des Commissaires qui le représentent. Il devoit prendre l'avis des Chambres
de commerce. Nous transcrirons ici un extrait de
la lettre de M. le Mal. de Caftries aux Adminiftrateurs des Colonies, en date du 13 Novembre 1784. '« Il y a fans doute quelques circonftances , dans
» lefquelles ils ( les-Administrateurs doivent venir
» aux fecours des Colonies confiées à leurs foins,
» en permettant l'Introduction étrangère d'objets de
» premiere nécessité, dont on pourroit craindre une
» trop grande difette ; mais ils ne peuvent ufer de
» cette reffource avec trop de circonspection. Le
« haut prix d'une denrée n'est pas un motif fuf-
» sisant pour en tirer de l'Etranger: les habitans des
» Colonies --- Page 67 ---
[ 49 VJ » Colonies doivent s'attendre à payer quelquefois
» très-chèrement des objets que le commerce à
fon tour est forcé de leur céder à très-bas prix
& à perte. Vous jugerez vous-même que fans ces
» dédommage mens, la balance ne feroit pas égale. Vous n'accorderez au furplus que des permiifions
» générales & jamais de particulières ^ & avant
» d'en venir là, vous en conftaterez la nécessité
» par des procès-verbaux de vifite , ainsi que par
» des avis des Chambres du commerce. » Si M. le Mis. duChilleau s'étoit conformé à cette
lettre & à fes instructions particulières , ces procèsverbaux faits légalement auroient donne une
véritable connoissance de 1 état de St. Domingue ;
au lieu que les états qu'il fournit n ont ni l 'authenticité , ni le caractere légal qui feuls peuvent
leur donner force de preuves. Ils sont dressés & signés
par des officiers militaires ou de Finance, qui n'avoient
aucune qualité , & les Chambres de commerce
n'ont pas été consultées. Il ne paroit pas même
qu'on ait fait aucune recherche dans les magasins
ni chez les spéculateurs ; & ces stars ont l' air d' un
ouvrage d'imagination. Nous sommes donc fondés à croire que .les Colonies n'éprouvent dans ce
moment qu'un renchérissement fore ordinaire fur
le prix des farines , & par conséquent que l' Assemblée Nationale peut, sans craindre de compromettre
la subsistance des Colonies, d' éclarer qu i n'y a lieu.
paroit pas même
qu'on ait fait aucune recherche dans les magasins
ni chez les spéculateurs ; & ces stars ont l' air d' un
ouvrage d'imagination. Nous sommes donc fondés à croire que .les Colonies n'éprouvent dans ce
moment qu'un renchérissement fore ordinaire fur
le prix des farines , & par conséquent que l' Assemblée Nationale peut, sans craindre de compromettre
la subsistance des Colonies, d' éclarer qu i n'y a lieu. à délibérer. . D' --- Page 68 ---
r <o i Indépendamment du motif que nous venons
d' offrir pour appuyer ce décret, nous ajouterons
celui d 'une Lettre que le Roi vient de faire écrire
aux Adminiftrateurs de nos Colonies pour leur enjoindre d'ouvrir les ports d'entrepôt aux farines
étrangères jufqu'au premier Février prochain , &
de l'expédition d'un aviso aux États-Unis pour les
en informer. Verfailles, le 24 Septembre 1789. Signé, Roftagny, . 7 ; .. ; , Abeille ; . f Députés de Marfeille. Boyetet, ... de Bay onne.
Corbun ' ' % 8 8 ' ' C * * * • de Bordeaux. Marchand , c ^ Nairac , de la Rochelle.
Mofneron aît ié , 8 .. Mofneron de l'A unay , J ' * ' * * Nantes.
Puchelberg, de l'Orient.
Bodinier, Quefnel j j r * • « de Saint-Malo.'
Blanche , .. Legrand y .. — . , du Hai^e» Defchamps, } De Montmeau , i de Rouen.
Dupont, j . \ ffiel , * de Dieppe. --- Page 69 ---
C 51 1 Di De Bray," : : ... ^ Du Rien, j» ... r : : d Amitmt
Gollèlin, d.e Dunkerque &de Lille. L'un de nous , M. Corbun, de Bordeaux, reçoit
dans le moment une lettre de Bordeaux que nous
joignons a ce Mémoire en original. Cette lettre
décide abfolument la queftion, & déterminera sûrement l Afïemblée Nationale à prononcer fans héfitation , qu 'il n'y a lieu à délibérer. Elle eft extrémement intéressante dans la circonftance préfente,
en donnant les plus grandes efpérances d'approvisionnement, non-feulement pour nos Colonies,
mais même pour la France. LETTRE d8 M. Barboutin à M. Corbun ,
députe du Commerce de Bordeaux auprès,
de l'Assemblée Nationale. Bordeaux, le 22 Septembre 1789. M. Pour avoir l'honneur de répondre à la demande
que vous m'avez fait faire par M. votre Neveu. Le port de la nouvelle Angleterre, où la farine
eft la plus belle & la plus abondante, eft Philadelphie, où tout fe traite en grand. Mais la faifon eft bien avancée pour risquer a
y aller , & fe propofer d'en ressortir pour nos Colonies j avant le mois de Février. Quelquefois --- Page 70 ---
r 52 1 la Delaware. est gelée & neft point navigable à
caufe des glaces depuis la firi de" Novembre jufqu'à la fin de Février; & j'ai été témoin qu'il y
a. des années que la Delaware ou la Deloire eft
navigable fans interruption, du 1er Janvier au dernier
de Décembre, & d'autres années où elle a été innavigable 3 mois de fuite , fans un jour d'intervalle.
A Baltimore on y trouve beaucoup de farines
de toutes les qualités ; ce l 'on peut mieux en fortir
plus aisément l'hiver , parce que comme l'eau y
eft falée, elle n'eft pas auffi fujette aux glaces, que
l'eau douce. '
a. des années que la Delaware ou la Deloire eft
navigable fans interruption, du 1er Janvier au dernier
de Décembre, & d'autres années où elle a été innavigable 3 mois de fuite , fans un jour d'intervalle.
A Baltimore on y trouve beaucoup de farines
de toutes les qualités ; ce l 'on peut mieux en fortir
plus aisément l'hiver , parce que comme l'eau y
eft falée, elle n'eft pas auffi fujette aux glaces, que
l'eau douce. ' A Alexandrie & à Georgetown , tout-a-fait
dans le haut de la riviere de Patowmack, on y
trouve de fuperbes farines en abondance, & à
meilleur marché, parce qu'il n'y a pas autant de *
concurrens. ^ >- Mais comme il faut monter dans une riviere
fort longue & difficile, on eft fujet a y être retenu dans l'hiver fort long-rems parles glaces & par
les vents d'Eft , c'est-à-dire, depuis le Nord - Eft,
qui font droit debout, qui y regnent fouvent dans
cette faifon. - k î On peut aussi aller a Edevelek qui eft a la. tête
de la baye de Chemeck, qui n'eft qu 'à 1 2 ou 15
milles de Philadelphie , où l'on peut fe procurer
de la farine par la voie de Philadelphie & par
terre j mais à caufe de l'exportation, elle devient --- Page 71 ---
f 53 ] beaucoup plus chère : l'eau y eft salée & moins
sujette aux glaces ; mais je n'ai vu ce cas qu'en
tems de guerre. Il faut obferver qu'il s'y passe des deux ou trois
années de fuite où tous les ports de ces pays-là font
navigables, toute l'année fans interruption ; mais
j'en ai vu plufieurs bien mauvaises & bien contraires a la navigation. Le 23 Juillet dernier, le baril de farine pefant
196 livres, valoit 37 fchelings & demi, fuivant le
prix courant de ce pays-là , que Meilleurs French &
Neveu m'ont fait voir dans une lettre de la Maifon
de MM. Willing , Morrife & Souwick de Philadelphie , avec efpoir de baifler à 3 2. fchelings 6
pends , à caufe de la belle récolte à moissonner. Le boiffeau de bled pefant 5 8 livres, valoit à la
même époque un dollar ou 7 fchelings 6 pends, avec
l'efpoir de bailler à 6 fchelings. Le dollar eft chez nous la piaftre gourde : elle
vaut à Alexandrie qui eft en Virginie, 6 fchelings;
& de l'autre côté de la riviere, qui eft dans le Maryland , elle y vaut 7 fchelings & demi, comme a
Philadelphie. . New-Yorck eft le port le moins fujet aux glaces ;
& j'ai toujours oui dire que l'on entroit & fortoit
du port, toute l'année, fans interruption. Il y a des
farines; mais je n'en connois point la qualité ni
le prix courant, ni perfonne ici dans ce moment. --- Page 72 ---
[ 54 ] ^ Je me luis informe à plusieurs Capitaines Américains, arrivés ici depuis fept à huit jours, qui
m ont dit, de même que MM. French, que la rér
coite promettait beaucoup de bled, & qu'il pourroit
baiffer a 6 fchelingi le boilfeau, de 5 8 à 60 livres
pefant. Vous aurez la bonté d'obferver que le
fcheliiig vaut 12 fols par tout le Continent, qui
veut dire en Anglois 12. pends.
e à plusieurs Capitaines Américains, arrivés ici depuis fept à huit jours, qui
m ont dit, de même que MM. French, que la rér
coite promettait beaucoup de bled, & qu'il pourroit
baiffer a 6 fchelingi le boilfeau, de 5 8 à 60 livres
pefant. Vous aurez la bonté d'obferver que le
fcheliiig vaut 12 fols par tout le Continent, qui
veut dire en Anglois 12. pends. Depuis votre départ, il y a plu de trois jours
deux : je ne puis pas finir de doubler à caufe de cela. Je ne puis, pour le préfent, vous donner d'autres instructions fur la farine & fon prix dans le
Continent de l'Amérique feptentrionale. Je me trouverai toujours bienheureux quand
vous voudrez m employer en tout ce qui dépendra
de moi, & en tout ce que vous voudrez, avec bien
du plaisir. J'ai l'honneur d'être, &c. N. B. A New-Yorck, le dollar y vaut 8 fchelings ;
& toujours 12. fols le fcheling ou 11 pends. Après ma lettre signée , & l'apoftille ci-dessus
écrite, j 'ai trouvé M. Linch neveu de M. French,
qui m'a dit que la lettre du 23 Juillet dernier de
MM. WilLing, Morrife & Souwick leur difoit: « La » récolté ejl si abondante qu'il y a apparence que
» VOUS recevrez beaucoup de bleds & de farines du --- Page 73 ---
I 55 ] m Continent chez vous9 cette prochaine Automne ". A Versailles , le 24 Septembre 1789. Signé, Roftagny, *) , , Abeille, } Députés de MarfeilU. Boyetec , de Bayonnz,
Corbun } Bech-,ide , > de Bordeaux.
Marchand, j
Nairac, de la Rochelle.
Mofneron aîné, d
Mofneron de l'Aunay, J * Nantes,
Puchelberg , de l'Orient.
Bodinier , 7 j o '
Quefnel, J deSaint-Malo.
Blanche, 1 Legrand S *
Oefchamps } De Monrmeau, de Rouen.
Duponr, . y
Niéi s de Dieppe.
De Bray \ ' A .
Du Rieu, S d Amiens.
ÇolTelin de Dunkerque&de Lille. A VERSAILLES, Ds l'Imprimerie de PH.-D. PIERRES, Premier
Imprimeur Ordinaire du Roi, rue S. Honoré. n°. 23. ' --- Page 74 --- --- Page 75 ---
RÉPLIQUE DES Députés des Manufactures
& du Commerce de France à MM. les Députés de S. Domingue, concernant
l'approvisionnement de cette Colonie. M ESSIEURS les Députés de St. Domingue trouvent extraordinaire que nous
ayions répondu par un Mémoire de quarante-huit pages, à neuf Pieces ou Mémoires qu'ils avoient produits à MM. les
Commiffaires , & qui réunis formoient
enfemble foixante-dix à quatre-vingt pages. Il eût été plus commode fans doute,
pour MM. les Députés de S. Domingue,
qu'ils euflent pu attaquer, fans qu'il eût
été permis de fe défendre. --- Page 76 ---
( 2 ) MM. les Députés répliquent au Mémoire de quarante-huit pages, par trois
Mémoires cottés 12 , 13 & 14, qu'ils
intitulent : Courtes Observations, Note,
ponfe fuccincle. Ces abrégés forment cependant encore dix-huit pages. Ils feront
peut-être étonnés que nous leur répondions par un Mémoire de quatre pages ;
mais comme nous aurons vraifemblablement bien d'autres fujets d'étonnement à
leur donner, laissons-les dans cette premiere. furprife, & pourfuivons.
pages, par trois
Mémoires cottés 12 , 13 & 14, qu'ils
intitulent : Courtes Observations, Note,
ponfe fuccincle. Ces abrégés forment cependant encore dix-huit pages. Ils feront
peut-être étonnés que nous leur répondions par un Mémoire de quatre pages ;
mais comme nous aurons vraifemblablement bien d'autres fujets d'étonnement à
leur donner, laissons-les dans cette premiere. furprife, & pourfuivons. Nous avons dit que la farine ne valoit
que 132 liv. argent des Ifles, à la fin de
Juillet, & qu'à ce prix, il n'y avoit pas
de difette. MM. les Députés en demandent
la preuve; ils veulent que nous produifions
nos lettres. Ces lettres renferment des
affaires dont le fecret eft inviolable ; nous
prions MM. les Députés de trouver bon
qu'il ne foit pas divulgué ; mais nous n'en
fatisferons pas moins à la condition de
donner une preuve , qu'en effet noua
devons adminiftrer. --- Page 77 ---
( ? ) MM. les Députés nous fournirent la
premiere dans leur Mémoire N°. 1 2. Ils
rapportent un avis de l'Administration de
St. Domingue, qui annonce au public que,
le 15 Juillet, on vendra dans les magasins du
Roi, de la farine de premiere qualité, à 120 /.
le baril, MM. les Députés concluent
habilement que c'eft le figne d'une grande
famine, & que les Adminiftrateurs avaient
fait main-balle fur tous les magasins des
particuliers , pour éviter les accararemens.
MM. les Députés fe trompent ici, comme
dans bien d'autres occafions : ces ventes
font très-ordinaires dans les magasins du Roi ; elles ont lieu chaque fois qu'ils font
trop pleins, ou que les denrées y ont
vieilli. L'approvifionnement militaire eft
indépendant de l'approvifionnement civil ;
enforte qu'il peut y avoir rareté pour
le public, lorfque les magafins du Roi
font remplis. L'avis des Administrateurs
dit que ces farines proviennent de Navires nouvellement arrivés. Ces Navires
doivent être le Robufte , qui avoit pour --- Page 78 ---
( 4 ) fa cargaison 1500 barils. La Jeune-Rofe 1700. Le Comte de Monteil. 1200. La Rofe de Buch 1000. 5,400. Ils ont dû arriver au Cap, en Juillet ; & indépendamment des 5,400 barils de
leur cargaifon, ils pouvoient en avoir
pour le compte du Roi, ainfi que le Néville
qui vient de partir, & qui en porte 800
barils pour fa cargaifon, & 1200 barils
pour le compte du Roi. • Nous penfons que les Adminiftrateurs
ont fait fagement, en ne vendant qu'un
ou deux barils par perfonne, parce que
de fauffes inquiétudes, en faifant décupler
à un habitant fa provifion ordinaire f
pouvoient caufer une plus grande rareté.
A l'égard du prix de 120 liv. il a été réglé
~ fur le cours. Le cours de la farine de
premiere qualité étoit donc de 120 liv.
le- 15 Juillet, à St. Domingue.
trateurs
ont fait fagement, en ne vendant qu'un
ou deux barils par perfonne, parce que
de fauffes inquiétudes, en faifant décupler
à un habitant fa provifion ordinaire f
pouvoient caufer une plus grande rareté.
A l'égard du prix de 120 liv. il a été réglé
~ fur le cours. Le cours de la farine de
premiere qualité étoit donc de 120 liv.
le- 15 Juillet, à St. Domingue. --- Page 79 ---
1 ( s ) Nous tirons la fécondé preuve dune
Gazette du Cap du 29 Juillet. Le poids
du pain fe trouve fixé à ip onces. Or le
poids de 19 onces, fuivant le tarif établi
par MM. d'Ennery & de Vaivres,le f
Juillet 1776, & cité dans le N°. 13 de
MM. les Députés, a lieu, lorfque la farine
de premiere qualité fe vend de 105 à 120 1.
Ce qui doit établir la farine commune
de 80 à 90 liv. Cette Gazette eft dans les
mains de M. le Comte de la Luzerne.
Nous fupplions MM. les Commissaires de
la lui demander. On voit que le prix de 105 à 120 liv.
eft le renchériffement dont fait mention
M. le Mal. de Caftries, dans fa lettre que
nous avons citée, & qu'il efl une compenfation nécessaire des temps ou le Commerce
est forcé de donner à vil prix & à perte. Nous avons demandé à M. le Comte
de la Luzerne l'autre lettre de M. le
Maréchal de Castries, que citent MM. les
Députés , qui enjoint aux Adminiftrateurs
d'ouvrir tous les ports d'Amirauté de St. --- Page 80 ---
( 6 ) Domingue aux farines étrangères dans le
tcmps de difette , & de laifler enlever les
denrées coloniales. Ce Miniftre nous a
déclaré n'en avoir aucune connoissance ;
il nous a permis de faire des recherches
dans les bureaux y elles ont été vaines.
MM. les Députés feront sûrement plus
heureux que nous ; nous les invitons à faire
ces recherches, & à adminiftrer une preuve
dont ils fe couvrent. Quant à l'Ordonnance de MM. d'Argout& de Vaivre , citée par MM. les Dépûtes , elle est du 20 Juillet 1778 , temps
où les trois grands ports étoient fermés
par des efcadres Angloifes, où on ne pouvoit être approvisionné que par les petits
ports ou points de la côte, qui n'étoient
pas bloqués. Le 1 5 Février 1757, le Marquis de Vaudrcuil & M. de la Porte Lalanne rendirent une pareille Ordonnance.
Cet écart de la grande réglé, pendant
la guerre , démontre la néceflité de la
conferver pendant la paix. MM. les Députés peuvent - ils confondre ainfi les --- Page 81 ---
( 7 ) époques ? le temps de guerre avec le
temps de paix ? les périls avec la sûreté? Enfin MM. - les Députés nous difent
eux-mêmes ( Mémoire N°. 12 ), qu'il efl
confiant que la Colonie de St. Domingue
étoit encore pourvue de farines, à l'époque
du mois de Juillet. Nous les prions d'accorder ( & nous ne
doutons pas qu'ils ne le fassent aifément )
cet aveu avec les états de M. du Chilleau , qui annoncent une famine abfolue,
a cette époque. Nous nions l'exactitude
de ces états ; MM. les Députés la garantiffent. Ils invoquent le témoignage do
M. le Comte de la Luzerne. Nous fupplions MM. les Commiflaires d'y avoir
recours ; car ici nous sommes d'accord
avec MM. les Députés.
nous ne
doutons pas qu'ils ne le fassent aifément )
cet aveu avec les états de M. du Chilleau , qui annoncent une famine abfolue,
a cette époque. Nous nions l'exactitude
de ces états ; MM. les Députés la garantiffent. Ils invoquent le témoignage do
M. le Comte de la Luzerne. Nous fupplions MM. les Commiflaires d'y avoir
recours ; car ici nous sommes d'accord
avec MM. les Députés. MM. les Députés , dansleur Mémoire
N°. 12 , difent que St. Domingue ne fubfifte que par la contrebande, & qu'ils ne
l'ont pas en horreur, comme nous avions
ofé le penfer Ils difent, dans le N° 13 ,
qu'ils font amis de l'ordre & ennemis de la --- Page 82 ---
f 8 ) contrebande,, Ils trouveront bien encore les
rçoyens d'arranger cette contradiction. MM. les Dépotés ne veulent pas qu'on
fatigue les Flûtes du Roi à porter des farines dans les Colonies, Nous leur demandons la permiffion de leur obferver
qu'un vaifleau à la mer bien entretenu fe
fatigue moins que dans un port. Les commerçans ont propofé ce moyen par un
patriotifme dont MM. les Députés ne paroissent pas difpofés à leur tenir compte,
Il eft cependant vrai qu'il coûteroit confidérablement aux commerçans, Comme nous penfons que MM. les
Députés n'ont détruit, ni affoibli, ni même répondu à aucuns des moyens que
nous avons propofés dans notre Mémoire
de 48 pages , nous fupplions MM. les
Commissaires de les relire & de les confidéfer comme entiers & bons ; & fur le
furplus , de demander à M. le Comte de la
Luzerne tous les renfeignemens & pieces
dont ils croiroient avoir befoin. Nous
pensons % ainfi que MM. les Députés de --- Page 83 ---
( 9 ) St. Dôminguc , que ce Miniftre peut leur
en donner d'excellens. Nous finiffons en détruifant les craintes
d'accaparement qu'on s'est plu à faire
naître , fi la farine n'étoit introduite que
dans les trois grands ports. L'accaparement eft impoflible : tout homme , qui a
les plus légers principes du commerce ,
fait que les fpéculations fur une denrée
n'ont jamais lieu que lorfqu'elle eft abondante. Il faudroit renverfer toute idée
commerciale , être fou enfin, pour fpéculer fur une denrée qui ne fe conferve pas %
& qui eft au moment de fa plus grande
cherté, parce que cette grande cherté
eft fon dernier terme. Il appelle l'abondance , en appellant tous les approvifionneurs. C'eft ainfi qu'une grande abondance eft toujours fuivie d'une rareté plus
ou moins grande. C'eft la marche naturelle de tout commerce ; & une Adminiftration qui voudroit rendre ce mouvement uniforme , arrêterait bientôt tout
mouvement. St. Domingue eft au moment --- Page 84 ---
( 10 ) de jouir de l'abondance ; nous l'avons
prouvé par les expéditions qui fe font à
Bordeaux, & qui peuvent être répétées
dans les autres ports de mer ; par celle
du Neville qui emporte déjà (i) 2000 barils de farine ; par l'ouverture des ports
d'entrepôt aux farines étrangères , juf- ( x ) Nous joignons le certificat de M. Gafchet de l'Ifle,
Membre de l'Assemblée Nationale , propriétaire du navire
le Né ville.
ons
prouvé par les expéditions qui fe font à
Bordeaux, & qui peuvent être répétées
dans les autres ports de mer ; par celle
du Neville qui emporte déjà (i) 2000 barils de farine ; par l'ouverture des ports
d'entrepôt aux farines étrangères , juf- ( x ) Nous joignons le certificat de M. Gafchet de l'Ifle,
Membre de l'Assemblée Nationale , propriétaire du navire
le Né ville. BILLET de M. Gaschet de l'Isle , Membre de
l'Assemblée Nationale , à M. Corbun , Député
du Commerce de Bordeaux. « J'ai l'honneur de faluer M. Corbun, & de le
» fixer fur la circonftance du départ de mon navire
" le Néville de Bordeaux , avec une cargaifon de
" 800 barils de farine, avec la particularité qu'il
" en porte 1200 en outre pour le compte du Roi. Le départ de mon navire eft déterminé pour le
55 2. du mois d'Octobre. Je fouhaite que cette com-
" munication lui faffe plaifir. Signe GASCHET DE
» L'ISLE ». --- Page 85 ---
ï Il ) qu'au premier Février, fuivant la lettre
du Roi ; par l'aviso expédié aux ÉtatsUnis pour donner connoiffance de cette
ouverture ; enfin par la grande récolte de
bled dans les Etats-Unis , annoncée dans
la lettre de M. Barboutin à M. Corbun, & par une autre lettre originale écrite de
Philadelphie, le 6 Août, ainfi que par
des prix courans des marchandifes à Philadelphie (i). Cette récolte fervira nonfeulement à fournir nos Colonies , mais
encore à foulager la difette que la France
éprouve après une moiflon favorable. Nous
perfiftons donc à conclure qu'il n'y a
lieu à délibérer. ( i ) Nous joignons ici ces pièces, ainsi que l'Arrêt du
Parlement de Bordeaux du 7 Septembre, qui permet la
sortie des farines pour les Colonies , à raifon d'un baril
par tonneau. EXTRAIT d'une Lettre de M. le Maigre à
M, Barboutin , à Bordeaux. Philadelphie, le 6 Août 1789. « Notre boisseau de bled doit pefer 60 liv. C'eft --- Page 86 ---
( 12 ) » une réglé admise : le plus ou le moins eft corn-
» penfé. Votre difette en France a fait augmenter
» cet article de 25 pour 100 , & conséquemment
« les farines & autres grains à proportion ; mais
» notre récolte qui eft faite , est la plus abondante
» qu on ait jamais vue, & fous peu nous aurons
» une grande baisse ». Extrait des Gazettes de Philadelphie. Le 20 Juin 1789 , la farine fuperfinc , le baril
pefant 196 livres, valait 31 liv. tournois. Le 1er Août 1789, la farine ~supersine , le baril
pesant 196 livres, valoit 17 liv. iof. tournois. N. B. Suivant la Lettre du sieur le Maigre , du
6 Août , on b attendait à une g-ande baisse , à
caufe de l'abondance de la récolte. Extrait des Regifires du Parlement de Bordeaux,
du 7 Septembre 1789. « La Cour &c. ordonne que chaque Armateur
» ne pourra charger dans fon Navire qu'un baril
» de farine par tonneau d'encombrement , réglé • » fuivant la jauge de l'Amirauté , fans qu'il lui foit --- Page 87 ---
( 13 ) » permis d'excéder ladite quantité , fous quelque
» prétexte que ce foit } duquel chargement l'Ar-
» mateur fera tenu de faire fa déclaration à l'A-
Septembre 1789. « La Cour &c. ordonne que chaque Armateur
» ne pourra charger dans fon Navire qu'un baril
» de farine par tonneau d'encombrement , réglé • » fuivant la jauge de l'Amirauté , fans qu'il lui foit --- Page 87 ---
( 13 ) » permis d'excéder ladite quantité , fous quelque
» prétexte que ce foit } duquel chargement l'Ar-
» mateur fera tenu de faire fa déclaration à l'A- " mirauté , fur laquelle il fe purgera par ferment,
» s'il en eft requis : ce qui fera exécuté jufqu'au
» premier Avril prochain, fauf à y être pourvu a
» cette époque , fuivant l'exigence des cas». Cet Arrêt eft en pleine exécution ; & beaucoup d'autres
Navires que le Néville font partis ou prêts à partir avec
des cargaifons de farine. Ctt approvisionnement combiné avec
l'ouverture des Ports de nos Colonies 3 ordonnée parla lettre
du Roi , avec l'avis de cette ouverture expédié aux EtatsUnis 3 avec la prodigieufe récolte de grains qu'on y a faite ,
doit enfin ôter tout prétexte à MM. les Députés de St. Domingue. SUPPLÉMENT. N o u s apprenons que Meilleurs les députés de
Saint-Domingue, adoptant, une méthode que le
fuccès a quelquefois juftifiée, laiffent à l'écart nos
raifonnemens & nos calculs qui les prellent ,
pour répéter, dans les fréquens entretiens qu'ils ont
avec Meilleurs les fix commiffaires, leurs premieres .
déclamations. Ils infiftent fur-tout fur l'extraction
des denrées coloniales en payement des farinas
étrangeres, --- Page 88 ---
( ù 3 Nous ne ferons qu'une feule observation; mais
elle eft d'une telle importance, qu'elle frappera
l'Assemblée Nationale. Les marchandifes que la verfatilité des principes
de l'Administration & fa foiblesse ont permis
aux Etrangers d'introduire dans nos Colonies ,
les farines que des befoins rares & passagers
y ont appellées , ont toujours été payées en firops,
taffia, en marchandifes de notre crû ou de nos
manufactures d'Europe, & assez rarement foldées
en piastres (i). Ces moyens de s'acquitter avec l'Étranger;
n'ont jamais varié. Les deux Nations ont été également fatisfaites ; & on ne peut citer aucun temps
où la Colonie aît manqué d'approvifionnemens. Les farines que les Administrateurs ont appellées
en Mars dernier, ont été payées ainfi ; celles que
M. le Marquis du Chilleau vouloit faire entrer
dans tous les ports d'Amirauté , par fon ordonnance
du 29 Mai, & que Je Confeil a refierrées dans.
les ports d'entrepôt, n'ont pu l'être autrement. (1) La piastre y eft apportée par les Efpagnols; elle y
étoit autrefois extrêmement abondante ; mais depuis que des
réglemens vicieux & plus vicieusement exécutés , ont écarté
des ports de nos Colonies , la feule Nation étrangere qui ne
commerçant qu'avec des métaux , devoir y être feule appellée,
elle eft devenue moins abondante. --- Page 89 ---
f Iî î Et quoiqu'on puisse dire, nous avons prouvé que
la Colonie de Saint-Domingue étoit beaucoup
mieux fournie & à beaucoup meilleur marché que
la France.
ondante ; mais depuis que des
réglemens vicieux & plus vicieusement exécutés , ont écarté
des ports de nos Colonies , la feule Nation étrangere qui ne
commerçant qu'avec des métaux , devoir y être feule appellée,
elle eft devenue moins abondante. --- Page 89 ---
f Iî î Et quoiqu'on puisse dire, nous avons prouvé que
la Colonie de Saint-Domingue étoit beaucoup
mieux fournie & à beaucoup meilleur marché que
la France. Ce n'eft pas que fouvent les Miniftres n'aient
été follicités de permettre la fortie des denrées
Coloniales , par navires étrangers ; & les prétextes
qu'on étale avec tant d'appareil & de fentiment
devant l'Asse mblée Nationale ont été fouvent
présentés avec la même force aux Miniftres ; mais
malgré l'importunité des follicitations & la puissance
des folliciteurs, ils n'ont jamais ofé frapper ce
dernier coup au Commerce National. Ils ont fenti
qu'ils arrêteroient le débouché de nos Manufactures ; qu'ils priveroient la Métropole du bénéfice
du tranfport des denrées, qui lui appartient ;
qu'ils porteroient une main coupable fur la propriété
publique, en ôtant au peuple le travail qui eft
fon feul patrimoine. Ils résistent depuis trente ans
a l'obfeffion la plus opiniâtre, que l'efprit d'indépendance & l'oubli de tous les devoirs puissent
entretenir. Si l'Assemblée Nationale, franchissant, du premier
pas , ce grand intervalle qu'a toujours respecté
l'ancien Gouvernement, prononcoit la fortie des
denrées Coloniales, par les navires étrangers >
n'importe en quelle quantité & pour quel temps, --- Page 90 ---
( 16 Y notre devoir eft de dire avec tout le courage que
la vérité infpire, & tout le refpeâ: qui eft dû
aux repréfentans de la Nation, que ce décret
frapperoit les Manufactures & les Ports , comme
un coup de tonnere, & qu'après avoir fi long-temps
defiré un nouvel ordre de chofes, & tourné leurs
dernieres efpérances vers les auteurs de la liberté ,
le fruit de tant-d'attente & de vœux fi ardens,
feroit le comble de la mifere & du découragement. Aucun fophifme de Meilleurs les députés de
Saint- Domingue, ne peut colorer leur demande
d'exportation des denrées coloniales par navires
étrangers. La Colonie de Saint - Domingue eft
parvenue à un degré de profpérité qui étonne
toutes les Nations. Elle doit cette profpérité au
Commerce national. Il y auroit abfurdité &
ingratitude à le nier. Si la partie du Sud languit
encore, cette langueur doit être principalement
attribuée à la concurrence du Commerce national
& du Commerce étranger. Une févere prohibition
& l'assurance des payemens, donneroient bientôt
à cette partie toute la splendeur à laquelle elle
peut prétendre. Il ne faut que des loix fages &
une exécution courageufe. Déjà elle commençoit
à fortir de fon néant, fes rades étoient couvertes,
fes atteliers fe peuploient, fes cultures croissoient
rapidement, lorfqu'un Gouverneur méprifant lA
& du Commerce étranger. Une févere prohibition
& l'assurance des payemens, donneroient bientôt
à cette partie toute la splendeur à laquelle elle
peut prétendre. Il ne faut que des loix fages &
une exécution courageufe. Déjà elle commençoit
à fortir de fon néant, fes rades étoient couvertes,
fes atteliers fe peuploient, fes cultures croissoient
rapidement, lorfqu'un Gouverneur méprifant lA --- Page 91 ---
( 17 ) "loi qu'il avoit juré de faire exécuter, & fe mettant
à fa place, l'a de nouveau frappée de mort, en
la rendant à la rivalité de deux Nations qui ne
fe mefurent qu'avec inquiétude, & qui ne développent leurs moyens qu'avec crainte. On a mis en queftion & on a foutenu que la.
France ne pouvoit exploiter & approvisionner fes
Colonies ; il falloit au contraire foutenir qu'avec
de bonnes loix commerciales , la France pouvoit
exploiter le commerce du Monde entier. Des opinions hardies & infenfées , préfentées avec alfurance, ont égaré jufqu'à préfent des efprits sains qu'il
eft enfin tems de ramener. Il eft tems que les Colonies payent à la Mere-Patrie le tribut qu'elles lui
doivent, ce font des manufactures qu elle a créées
pour fa plus grande richeffe. La plus grande richeffe d'une Nation eft un travail fans limites, pour
tous les citoyens ; c'eft par la construction des vaiffeaux , par le transport des denrées coloniales
dans nos ports , par le débouché de 90 millions de
nos manufactures dans les Colonies , qu'on eft parvenu a cette grande fomme de travail : vouloir la.
diminuer , c'eft porter atteinte à la fortune publique , c'eft néanmoins ce que prétendent Meilleurs
les députés de St. Domingue ; & dans quel tems
forment-ils cette entreprife ? Dans un tems où
l'oisiveté mendiante & armée ne peut être légiti- --- Page 92 ---
( 18 ) mement détruite que par le travail. C'eft dans ce
tems malheureux où on devroit desirer qu'il forcît des
métiers de deffous terre, qu'on veut livrer les denrées coloniales à l'Etranger, afin que nos navires
rcftant défarmés dans les ports, les matelots & les
ouvriers foient fans occupation } afin que les Manufactures , cessant d'envoyer dans nos Ifles des
et offes que l'Étranger n 'achetera plus , ceflent
d'employer le peu de bras que le traité de commerce avec l'Angleterre leur avoit laissé. M essieurs les Députés de St. Domingue feroientils ve nus prendre part à la légiflation Françaife ,
pour faire sanctionner par la Nation , un commerce étranger destructeur de la Nation ? & lorfque les
provinces, les villes , les corps, les communautés,
les particuliers viennent en foule courber leur tête
fous le joug honorable de la liberté & de l'égalité,
anéantir leurs privilèges , leurs franchifes , leurs
biens & jusqu'à leurs perfonnes devant le bonheur
public ; Messieurs les Députés de St. Domingue ,
feroient-ils venus s'ifoler au milieu de 26 millions
d'hommes , & profiter des troubles qui agitent la
France, pour fe couvrir de vains prétextes, & relâcher , peut - être même rompre entièrement les
liens qui les attachent, à la Métropole ? ou ce qui
feroit encore plus étrange, lui donner des loix , &
dicter les articles de leur union ?
jusqu'à leurs perfonnes devant le bonheur
public ; Messieurs les Députés de St. Domingue ,
feroient-ils venus s'ifoler au milieu de 26 millions
d'hommes , & profiter des troubles qui agitent la
France, pour fe couvrir de vains prétextes, & relâcher , peut - être même rompre entièrement les
liens qui les attachent, à la Métropole ? ou ce qui
feroit encore plus étrange, lui donner des loix , &
dicter les articles de leur union ? --- Page 93 ---
( 19 ) Admis à partager les fublimes fondions de législateurs d'un grand peuple , ils pefent maintenant
dans leurs mains les énormes chaînes fous lefquelles
gémifïoit ce bon peuple , & les impôtsqui l'accablent encore. Qu'ils comparent la déplorable fituation d'un cultivateur François, dont le revenu eft
la proie des taxes , avec la fituation d'un cultiva.
teur Américain dont la propriété eft franche (i).
Ah ! qu'au moins , dans cette diftribution fi inégale contre laquelle nous ne réclamons pas, ils
renoncent à des prétentions anciennes & injustes ,
qui bleffent les intérêts de la patrie , & qu'ils jurent dans fon temple de ne plus commercer avec
fes ennemis ! C'eft le feul facrifice qu'elle leur demande, c'eft le feul tribut qu'elle doit leur impofer. Signé. Lefebure , Lefguillier, S Députes de Paris. AbïnDépm"demr^iic- (i). Il n'y a dans nos Isles ni vingtième, ni fous pour livre,
ni taille , ni taillon , ni gabelles, ni aides , ni devoirs , ni
raites , ni induftrie , ni franc-fief , ni lods & ventes ,
ni timbre, ni contrôle, ni entrées de villes, ni enfin aucun de ces droits perçus en France fous tant de formes diver.
fes, & dont la nomenclature barbare feroit feule un gros
livre. --- Page 94 ---
-, ( 20 ) Boyetet de Bayonnt.
Corbun , Bechade de Bordeaux.
Marchand , J Nairac , • * * de la Rechelle.
Mofneron al "n' e . _, de Nantes.
Mofneron de 1; Aunay, , 3 puchelberg, .. -de l'Orient.
Bodiniet > I ... Je Sainc-Malo.
Qu'efnel , 3 Blanche , .. i 1 t t t é du Havre.
Legrand, 3 Defchamps, De Montmeau, > . * * • • * de Rouen.
Dupont, J Niel, de Dieppe.
De Bray ' ' l d'Amiens.
Du Rieu, * S Goileim , de Dunk;rqllc &' de L¡¡le. A VERSAILLES, De l'Imprimerie de PH.-D. PIERRES, Premier Imprimeur
Ordinaire du Roi, rue S. Honoré, N° 13. --- Page 95 ---
A JLj F DE M. DE C O I&SE R.£t, DÉPUTÉ DE SAINT-DOMINGUE, " Sur le Rapport du Comité des Six. J'AI lu attentivement, Messieurs j le Rapport de
votre Comité des Six , dont vous avez ordonné l'impression: par votre Décret du mois d'Août dernier, vous
àviez chargé ce Comité de recevoir les pièces respectives qui lui seraient remises par les Députés du Commerce et par les Députés de St-Dorningue. Ce Comité
ne devait être composé , d'après votre Décret , que de
six Membres de votre Assemblée 3 n'ayant aucun
intérêt direct ni indirect à la question soumise à leur
examen ; et cependant dans le nombre de ces six
Membres, on compte quatre Négocions > on en appelle
à leur propre témoignage (i).
ité de recevoir les pièces respectives qui lui seraient remises par les Députés du Commerce et par les Députés de St-Dorningue. Ce Comité
ne devait être composé , d'après votre Décret , que de
six Membres de votre Assemblée 3 n'ayant aucun
intérêt direct ni indirect à la question soumise à leur
examen ; et cependant dans le nombre de ces six
Membres, on compte quatre Négocions > on en appelle
à leur propre témoignage (i). LE but de l'institution de ce Comité était de vous (1) Les six Commissaires sont Messieurs le Vicomte de la Merville,
delà Jaqueminièrç., Roussillon, Fontenay, Lasnier de Vaussenay,
Blàncard des Salines. Les quatre derniers sont Commerçans, --- Page 96 ---
( l ) éclairer sur la demande provisoire des Députés de .StDomingue, tendante à obtenir dans tous ses ports
d'Amirauté l'introduction des bâtimens des Etats-Unis,
qui leur offraient dans ces tems calamiteux de disette 3
des secours de farines que la France ne pouvait leur
procurer. LES Députés de St-Domingue vous disaient alors
hautement que les trois ports d'entrepôt ouverts dans
les tems ordinaires aux Etats-Unis , devenaient insuflisans dans des tems de calamité extraordinaires. ILS vous annonçaient que ces trois ports d'entrepôt
offriraient des ressources inévitables à l'accaparement,
tant de la part du Gouvernement que des Négocians
de ces trois ports, et qu'il n'aurait pas été dès-lors
étonnant que les Négocians de ces trois ports fussent
d'accord avec M. de Marbois , Intendant de St Domingue , pour demander l'exclusion des autres ports
d'Amirauté , et que ce n'est que par cette raison que
les Négocians des autres ports d'Amirauté n'ont été
ni appellés ni consultés par les Administrateurs , ce
dont ils se plaignent amèrement, et ce qui prouve
combien le témoignage du Commerce du Cap 3 dont
s'étaye M. de Marbois , est intéressé 3 et devient
par -là même suspect. --- Page 97 ---
( 3 ) A 2 Lts Députés de St-Domingue vous ajouraient que la
faveur accordée à ces trois ports , portait le caractère
odieux d'un privilége exclusif au préjudice des autres
ports d'Amirauté s d'un privilège onéreux d'ailleurs à
toutes les autres parties de la Colonie , qui payent
également les charges occasionnées par les précautions
et mesures tendantes à s'opposer à la contrebande 3 sans
jouir du bénéfice accordé à ces trois seuls ports. LES Députés de St-Domingue vous disaient qu'ils
étaient expressément chargés de réclamer contre cette
injustice faite à leurs commet tans en faveur des trois
villes principales dont ils se trouvaient plus ou moins
éloignés dans une étendue de position de 250 lieues
de côtes ; ils vous demandaient en conséquence l'ouverture de tous les ports d'Amirauté dans les tems de
calamité, et la suppression alors des trois ports d'entrepôts 3 qui ne pouvaient leur être que d'une utilité
très-dispendieuse.
chargés de réclamer contre cette
injustice faite à leurs commet tans en faveur des trois
villes principales dont ils se trouvaient plus ou moins
éloignés dans une étendue de position de 250 lieues
de côtes ; ils vous demandaient en conséquence l'ouverture de tous les ports d'Amirauté dans les tems de
calamité, et la suppression alors des trois ports d'entrepôts 3 qui ne pouvaient leur être que d'une utilité
très-dispendieuse. LES Députés de St-Domingue ne vous laissaient pas
ignorer qu 'ils avaient fait à cet égard les réclamations
les plus fortes auprès du Ministre de la Marine ; qu'ils
avaient sollicité envain sa justice 5 que le Ministre de
la Marine leur avait protesté que rien ne pourrait le
décider à permettre l'ouverture des ports d'Amirauté j si vivement sollicitée par les Propriétaires-Plan- --- Page 98 ---
(4) 1 teurs, que ce Ministre leur avait ajouté que les principes
prohibitifs dont les Négocians des ports de mer réclamaient l'exécution , seraient toujours pour lui des loix
inviolables dont il ne s'écarterait dans aucun tems. CE refus obstiné avait déterminé les Députés de StDomingue à citer à votre tribunal le Ministre de la
Marine y dont l'opiniâtreté tendait à livrer aux horreurs
de la famine la plus belle de vos possessions insulaires. C'EST dans ces circonstances que M. l'Evêque de
Langres éleva la voix 3 prétendit qu'il n'y avait pas lieu
à délibérer, et proposa de renvoyer vers le Ministre de
la Marine 3 c'est-à-dire vers M. le Comte de la Luzerne,
son frère 3 les Députés de St-Domingue pour obtenir
l'objet de leur demande. JE vous exposai alors, Messieurs 3 que cette demanda
de M. l'Evêque de Langres , renfermait un cercle
vicieux ; en effet, vous disais-je , les Députés de StDomingue viennent se plaindre à votre tribunal du
Ministre de la Marine et de M. de Marbois, l'un des
Administrateurs de St-Domingue, et M. l'Evêque de
Langres vous propose de renvoyer le jugement de cette
.question à ce même Ministre; cette seule réflexion vous
a suffi, Messieurs, et vous avez parfaitement senti
.alors le piège de la Motion de M. l'Evêque de Langres, --- Page 99 ---
( s ) A 3 et c'est par cette raison, que vous avez jugé que les
Députés de St-Domingue ne devaient point être renvoyés au pouvoir exécutif; c'est d'après ce motif que
vous avez décrété qu'il serait nommé un Comité de
six de vos Membres , pour examiner la question qui
vous était présentée, et vous en faire le rapport, afin
de vous mettre en état de prononcer'vous mêmes pro<
visoirement sur la plainte des Députés de St-Domingue. COMMENT donc ce Comité peut-il vous proposer
aujourd'hui de renvoyer au pouvoir exécutif la décision d'une cause, dont vous vous êtes réservé la connoissance par un Décret, et que vous avez enlevée
par cette raison, au Ministre de la Marine, accusé à
votre Tribunal par les Députés de St-Domingue. L'ACCUSÉ ne peut être juge et partie dans sa propre
cause, et c'est ce qui arriverait, Messieurs, si vous
pouviez vous décider d'après l'avis du Comité des
Six, à renvoyer la demande des Députés de St-Domingue au pouvoir exécutif , c'est-à-dire, au Ministre
du Département de la Marine, ou aux Administrateurs
de St-Domingue qui ne peuvent agir et qui n'agissent
jamais que par la volonté absolue du Ministre qui les
fait mouvoir à son gré.
dans sa propre
cause, et c'est ce qui arriverait, Messieurs, si vous
pouviez vous décider d'après l'avis du Comité des
Six, à renvoyer la demande des Députés de St-Domingue au pouvoir exécutif , c'est-à-dire, au Ministre
du Département de la Marine, ou aux Administrateurs
de St-Domingue qui ne peuvent agir et qui n'agissent
jamais que par la volonté absolue du Ministre qui les
fait mouvoir à son gré. Vous sentez d'ailleurs, Messieurs, que si les Dé- --- Page 100 ---
( 6 ) puiés de Saint-Domingue ét aient renvoyés au pouvoir
exécutif pour obtenir l'objet de leur demande , ils
s 'empresseraient de se rendre dès aujourd'hui même
chez le Ministre de la Marine pour lui en demander
l' exécution. Ce Ministre 3 d'après ses principes connus
et manifestés , ne manquerait pas de s'y opposer 3
et demain les Députés de Saint-Domingue se verraient
encore dans la nécessité d'interrompre le cours de vos
travaux , pour vous faire les mêmes réclamations et
vous porter les mêmes plaintes du Ministre de leur département; alors vous nommeriez encore un nouveau
Comité pour examiner la demande des Députés de
Saint-Domingue , et pendant ce tems, cette Province
malheureuse dépourvue des secours de la France , se
verrait dans la cruelle impossibilité de profiter de
ceux qui lui sont offerts dans tous ses Ports par les
Eats-unis; pendant le tems qu'on délibérerait sur ses
besoins elle serait dévastée par le plus cruel des
fléaux , ou elle serait forcée d 'employer des moyens
viclens 3 mais fondés sur le droit naturel pour se procurer des subsistances , parce que le plus impérieux
de tons les besoins , ne saurait s'allier avec le respect
pour les loix prohibitives , devenues elles-mêmes la
cause de ce besoin. JE crois d'ailleurs, Messieurs, ' qu'il ne serait ni
politique, ni équitable 3 d'abandonner le sort d'une --- Page 101 ---
( 7 ) A 4 grande contrée, à l'arbitraire de deux Administrateur,
en un mot, de deux hommes susceptibles de passions ,
comme les autres hommes 3 de deux hommes qui pourraient être séduits par le commerce toujours intéressé
à soutenir le systême prohibitif. EH quoi ! Messieurs 3 c'est dans un moment où
vous travaillez à renverser les débris du despotisme
que votre Comité vous proposerait d'en rafférmir le
sceptre dans les mains de deux Administrateurs puissans, placés à 2000 lieues de l'autorité suprême qui
ne pourrait jamais assez tôt déployer ses fôrces pour
* s'opposer à l'abus du pouvoir arbitraire; le crime se
consommerait, et vous n'auriez jamais que la triste et
malheureuse ressource de punir sans qu'il vous fût
possible de sauver les victimes.. MAIS ce n'est pas ici le moment 3 Messieurs de
combattre un système aussi étrange qu'étranger dans
tes circonstances cruelles où nous nous trouvons , de
discuter les inconvéniens qui pourraient résulter de
l'abandon d'une autorité absolue en faveur des Administrateurs d'une Colonie placée à 2000 lieues de la
Métropole. CE n'est pas que je ne sois-persuadé que le régime
des Colpnies n'exige un pouvoir considérable, presque
pas ici le moment 3 Messieurs de
combattre un système aussi étrange qu'étranger dans
tes circonstances cruelles où nous nous trouvons , de
discuter les inconvéniens qui pourraient résulter de
l'abandon d'une autorité absolue en faveur des Administrateurs d'une Colonie placée à 2000 lieues de la
Métropole. CE n'est pas que je ne sois-persuadé que le régime
des Colpnies n'exige un pouvoir considérable, presque --- Page 102 ---
( 8 ) toujours en activité , mais il est des moyens d'organiser ce pouvoir ; ce n'est que dans des Assemblées
Provinciales où doit se former le plan de notre Constitution 1 qu'on pourra fixer avec sagesse les limites de
cette autorité. Nous croyons donc que ce n'est pas le moment
de les déterminer, et que vous voudrez bien suspendre votre jugement jusqu'à l'examen d'un plan de
Constitution 3 qui sera fait sur les lieux avec les connaissances locales j par nos Commettans eux-mêmes
et qui sera envoyé à leurs Députés pour vous être
présenté afin d'obtenir votre sanction. EN attendant , je demande que vu l'impossibilité démontrée où se trouve la Colonie de St-Domingue y
d obtenir des farines de la Métropole , obligée
elle-même de s'en procurer chez l'Etranger, vous décrétiez provisoirement qu'il sera permis aux Etats-Unis,
de l'Amérique de porter et d'introduire dans tous les
Ports d'Amirauté de Saint-Domingue 3 les farines nécessaires à sa subsistance, avec pouvoir d'en recevoir
le paiement en denrées Coloniales 3 aux clauses et
conditions imposées d'ailleurs par l'Ordonnance de M.
DU CHILLEAU J et ce, jusqu'à ce qu'il en soit par
vous autrement ordonné. --- Page 103 ---
( 9 ) JE ne réponds pas, Messieurs, aux diverses objections du Commerce à cet égard , parce qu'il m'a semblé inutile de les réfuter avant d'avoir combattu l'avis
de votre Comité. Si cependant vous voulez me permettre de répondre aux objections qu'on pourrait me
faire , j'engage MM. les Députés du Commerce à se
présenter et à m'attaquer t mais je les prie de poser
des principes , et de les suivre avec ordre et méthode :
en divisant chaque objection et en y répondant succinctement , la question sera bien mieux éclaircie que
par un discours oratoire. JE ne vous rappellerai donc pas , Messieurs, les divers
Mémoires instructifs que nous vous avons remis sur
la question agitée dans ce moment ; je n ajouterai qu un
moyen qui me paroît décisif pour déterminer votre
jugement. EN 1778, MM. d'Argout et de Vaivre, Administrateurs de Saint-Domingue , rendirent une Ordonnance qui permettait l'introduction desBâtimens neutres
dans tous les Ports d'Amirauté de cette Isle, avec
pouvoir de se charger en denrées Coloniales. CETTE Ordonnance n'a pû, n'a dû avoir lieu que
pour prévenir une grande disette.
--- Page 104 ---
( 10 ) Si la crainte de la disette a été plus fondée dans
la circonstance actuelle que dans celle de la guerre en
3778 3 une pareille Ordonnance devait plutôt avoir lieu
dans la circonstance actuelle que dans celle de la
guerre de 1778. OR , il est évident que la disette a été plus grande
dans cette circonstance que dans celle- de la guerre
de 1778.
'a dû avoir lieu que
pour prévenir une grande disette.
--- Page 104 ---
( 10 ) Si la crainte de la disette a été plus fondée dans
la circonstance actuelle que dans celle de la guerre en
3778 3 une pareille Ordonnance devait plutôt avoir lieu
dans la circonstance actuelle que dans celle de la
guerre de 1778. OR , il est évident que la disette a été plus grande
dans cette circonstance que dans celle- de la guerre
de 1778. EN effet en 1778 la France ne manquait pas de
farines. EN 1778 j la France fournissait des farines par des
convois à ses Colonies. EN 1789 3 la France a manqué de farines ; elle ne
pouvait donc en fournir à ses Colonies ; donc la disette est plus grande dans cette circonstance qu'en
1778; donc, puisqu'en 1778 les Administrateurs ont
crû devoir ouvrir tous les Ports d'Amirauté j aux Etrangers , à plus forte raison dans la circonstance actuelle
où la disette est plus grande , les Administrateurs
devaient plutôt être autorisés à ouvrir tous les Ports
d'Amirautés aux Etrangers ; je ne sais ce qu'on peut
répondre à cet argument. IL est donc évident , d'après cela , que M. le Comte --- Page 105 ---
( II ) de la Luzerne, Ministre de la Marine ne pouvait
pi ne devait provoquer la cassation de la sage Ordonnance
de M. Du Chilleau, conforme à celle de MM. d'Argout et de Vaivre en 1778 , sanctionnée par le Roi 5 et
puisqu'il l'a fait, il doit compte à l'Assemblée Nationale
de ses motifs , et je demande qu'il vienne se justifier
d'une conduite qui tend à la perte de la plus florissante , de la plus riche des Colonies Françaifes. MAIS les Négocions des Ports de mer avancent hardiment pour le disculper, que MM. d 'Argout et de Vaivre
n'ont rendu en 1778 , leur Ordonnance , que parce que
les trois grands Ports étaient fermés par les Escadres
Anglaises, ou on ne pouvait être approvisionné que par
les petits Ports de la cite qui n étaient pas bloques. JE demande, 1°. à MM. les Négocians des Ports
de mer dans quel tems de la guerre ils ont vu nos
trois grands Ports bloqués par trois Escadres Anglaises (1). (1) L'ORDONNANCE dont il s'agit, est du 10 Juillet 1778. L'AMIRAL Parker dont on veut sans doute parler, commandait
le Rubis, le Bristol , le Niger & le Glacou. SA croisière n'a commencée que le 27 Septembre & a fini absolument le 1 t Décembre, après avcir été interrompue deux fois
dans cet intervalle. --- Page 106 ---
( 12 ) Nos trois grands Ports sont le Cap., le Port-auPrince 3 et les Cayes ; je les prie de nommer l'époque
de ces blocus, et les' noms de ces Escadres. Ce nouveau trait historique est inconnu à tous les Habitans %
de Saint-Domingue , à tous les Officiers de la Marine
française et anglaise > il n'est connu que des Négocians des Ports de mer; ils l'ont imprimé avec assurance dans leur réplique aux Députés de SaintDomingue ; c'est à eux à faire connaître la vérité de
ce fait.
les Cayes ; je les prie de nommer l'époque
de ces blocus, et les' noms de ces Escadres. Ce nouveau trait historique est inconnu à tous les Habitans %
de Saint-Domingue , à tous les Officiers de la Marine
française et anglaise > il n'est connu que des Négocians des Ports de mer; ils l'ont imprimé avec assurance dans leur réplique aux Députés de SaintDomingue ; c'est à eux à faire connaître la vérité de
ce fait. JE demande 2°. aux Négocians des Ports de mer
comment il serait possible que trois Escadres anglaises
pussent bloquer les trois Ports principaux de SaintDomingue , dont le premier est placé au Nord, le
deuxième au Sud ., et le troisième à l'Ouest , c'està-dire , presqu'su centre de la Colonie, sans que la
communication des autres petits Ports ne fut interceptée ? Je ne puis, en vérité , m'imaginer que
les Négocians des Ports .de mer ayent voulu parler
sérieusement aux Représentais de la Nation, en leur COMMENT cette petite & unique Escadre aurait-elle influé sur
une Ordonnance du mois de Juillet 1778 ? & si l'on donnait une
permission , par la seule crainte de n'avoir pas de farines, comment
la refuserait-on avec la certitude de n'en pas avoir. 1 --- Page 107 ---
( 13 ) débitant, dans un Mémoire imprimé , et revêtu de
vingt-trois signatures, des assertions aussi singulières
pour ne rien dire de plus. JE demande 30. aux Négocians des Ports de mer,
en quoi le blocus des Escadres anglaises aurait pu
nuire aux Bâtimens neutres, avec qui elles n'étaient
pas en guerre , et auxquels, par cette raison , l'Ordonnance de MM. d'Argout et de Vaivre avait permis
l'entrée dans tous nos Ports indistinctement ? JE ne puis en deviner la raison J MM. les Négocians des Ports de mer vous l'apprendront sans doute. JE me permettrai de leur demander encore l'explication de ce système nouveau , celui des Ports d'entrepôt , pour empêcher l'accaparement. J'AI toujours cru au contraire que c'était un moyen
infaillible pour l'exciter et l'encourager. FN effet, je suppose que Paris manque de farines,
.je suppose que pour approvisionner Paris, le Ministère ne veuille permettre aux Fournisseurs étrangers
d'introduire des farines que dans les Ports de Marseille ou du Havre ; ne sera-t-il pas facile alors aux
Négocians dp ces deux Ports de former ce qu'ils --- Page 108 ---
( 14 ) appellent une sféculation , d'achêter dé concert,
toutes les farines importées dans leurs Ports, d'en
cacher une partie , afin d'en occasionner la rareté , et
d'en augmenter le prix par ce moyen : cette opération
est simple, et ne pourrait avoir lieu, si la permission
d'introduire les farines était générale et s'étendait jusqu'à
Paris., qui, par ce moyen, se trouverait soulagé des
frais de transport, d'achat, de commission , etc. CERTES, cette feconde hypothèse offre moins dè
ressources à l'accaparement que la première, c'està-dire, que celle de deux ou trois Ports d'entrepôt. QU'ENTENDENT donc MM. les Négocians des Ports
de mer , quand ils nous apprennent qu'il ne faut avoir
que la plus légère idée de commerce pour être persuadé de leur principe ? Nous nous flattons encore
qu'ils voudront bien nous le développer. Nous leur
avouerons que nous sommes peu versés dans les principes commerciaux ; nous pensons qu'ils voudront bien,
en conséquence , nous pardonner nos erreurs.
'està-dire, que celle de deux ou trois Ports d'entrepôt. QU'ENTENDENT donc MM. les Négocians des Ports
de mer , quand ils nous apprennent qu'il ne faut avoir
que la plus légère idée de commerce pour être persuadé de leur principe ? Nous nous flattons encore
qu'ils voudront bien nous le développer. Nous leur
avouerons que nous sommes peu versés dans les principes commerciaux ; nous pensons qu'ils voudront bien,
en conséquence , nous pardonner nos erreurs. JE finis, Messieurs, et je vais dissiper les craintes.
que les Négocians témoignent à l'Assemblée Nationale
sur la ruine totale du commerce de France, si on
permet, pendant un temps limité, l'introduction des
Bâtimens des États-Unis dans nos Ports d'Amirauté. --- Page 109 ---
( 15 ) JE n'ai qu'un exemple à leur offrir pour les rassurer.
Pendant les cinq années de la dernière guerre, tous
les Ports d'Amirauté „ et autres, ont été ouverts indistinctement à tous les Bâtimens étrangers, même
pour le cabotage; eh bien! cette permission qui a duré
cinq ans , a-t-elle anéanti le commerce français ? l'at-elle frappé comme d'un coup de tonnerre, pour me
servir des expressions des Négocians des Ports de mer !
Non j sans doute : eh ! pourquoi donc une permission
provisoire j limitée et bornée à la vente des farines nécessaires à la subsistance de la Colonie 3 et au retour en
denrées coloniales , pour l'objet seulement du paiement
de ces farines, pourrait-elle frapper 3 aujourd'hui, d'un
coup de tonnerre le commerce français ? Les loix prohibitives exercées même dans des tems de la plus grande
calamité , seraient donc les seules barres électriques 3 les
seuls par-a-tonnerre qui pourraient préserver de la
foudre l'édifice de ses trésors commerciaux. UN second exemple que MM. les Négocians des
Ports de mer nous citcnt encore eux-mêmes j celui
d'une pareille Ordonnance à celle de MM. d'Argout
et de Vaivre, rendue en 17S7 par M. le Marquis de
Vaudreuil et M. de la Porte-Lalanne j serait bien fait
cependant pour dissiper toutes leurs craintes, et les reconcilier avec les Députés de Saint-Domingue, qui
se bornent à la demande d'un simple provisoire pour
les farines étrangères, et en reconnaissance de cette --- Page 110 ---
( 16 ) A PARIS, chez CLOUSIER, Imprimeur du ROI,
rue de Sorbonne. justice qu'ils appelleront 3 s'ils veulent, un bienfait,
ils déclarent renoncer en faveur de la mère-patrie qui se
trouve elle-même dans un état de calamité , àla portion de
subsistances qu'ils ont lieu d'attendre de sa bienveillance. Nota. MM. les Députés du Commerce pour s'opposer au Décret que sollicitent les Députés de SaintDomingue 3 attestent que l'Isle de Saint-Domingue est
abondamment pourvue de farines, que par conséquent ce Décret devient inutile.
bienfait,
ils déclarent renoncer en faveur de la mère-patrie qui se
trouve elle-même dans un état de calamité , àla portion de
subsistances qu'ils ont lieu d'attendre de sa bienveillance. Nota. MM. les Députés du Commerce pour s'opposer au Décret que sollicitent les Députés de SaintDomingue 3 attestent que l'Isle de Saint-Domingue est
abondamment pourvue de farines, que par conséquent ce Décret devient inutile. MM, les Députés de Saint-Domingue répondent
qu'en admettant même l'exactitude et la vérité des
états de substance s fournis par Messieurs du Commerce 3 contre lesquels cependant ils protestent 3 ils
doivent conclure tout au plus, et MM. les Députés
de Saint-Domingue concluent avec eux que l'abondance
des farines sans doute étrangères qu'ils annoncent y
n'est due qu'à la sage Ordonnance de M. du Chilleau,.
qu'elle en prouve même la nécessité , donc il était
déraisonnable et injuste d'en prononcer la cassation j
donc la prorogation en devient nécessaire ; donc
les Députés de Saint - Domingue sont fondes à en
solliciter la prorogation, puisque les besoins de la
France ne lui permettent pas encore de fournir à ses
Colonies leur approvisionnement ordinaire. --- Page 111 ---
PROJETD'UN DÉCRET POUR les Substances de l'Isle e de SaintDomingue > par M. DE COCHEREL. ,
un de fes Députés. IL eft confiant que la France manque de Farines pour elle-même, puifque le Roi accorde >
dans ce moment, des primes au Comerce, pour
lui en procurer des Pays Etrangers. DONC , fi la France manquede Farines pour
elle-même, elle ne peut pas en fournir à fes
Colonies, fans augmenter fes befoins. C'EST dans cette pofition , Meilleurs que
les Députés de St-Domingue vous annoncent,
au nom de leurs Commettans, qu'ils veulent
bien renoncer, dans ces circonftances de difette
où vous vous trouvez, à la portion de
fubfiftance que la Métropole doit à fes Co- --- Page 112 ---
( O lonies, & en confidération de cette renonciation , ils demandent a être autorifés à recevoir
provifoirement, dans leurs Ports d'Amirauté
feulement, les fecours de Farines qui leur font
offerts par les Etats-Unis, & qu'ils ont reçus
jusqu'à ce moment, en vertu de l'Ordonnance
de M. du Chilleau, du 27 Mai dernier t dont
ils follicitent de vous la confirmation & la
prorogation par un Décret provifoire. EN conféquence, je propofe le Décret fuivant : » L'ASSEMBLÉE Nationale confidérant L'impoffibilité où fe trouve l'Isle deSaint-Dominguej
dans ces temps de difette générale, d'obtenir
des Farines de la Métropole, obligée elle-même,
de s'en procurer chez l'Etranger par des primes
accordées au Commerce à cet effet. A décrété & décrète qu'il fera permis provifoirement, aux Etats-Unis de l'Amérique, de
porter & d'introduire dans les Ports d'Amirauté,
feulement de l'Ifle de Saint-Domingue, les
Farines qui feront jugées néceffaires à fa fubsistance, - avec faculté d'en recevoir le paiement
des Farines de la Métropole, obligée elle-même,
de s'en procurer chez l'Etranger par des primes
accordées au Commerce à cet effet. A décrété & décrète qu'il fera permis provifoirement, aux Etats-Unis de l'Amérique, de
porter & d'introduire dans les Ports d'Amirauté,
feulement de l'Ifle de Saint-Domingue, les
Farines qui feront jugées néceffaires à fa fubsistance, - avec faculté d'en recevoir le paiement --- Page 113 ---
( 5 ) A PARIS, chez CLOUSIER, Imprimeur du ROI,'
rue de Sorbonne. en Sucre & Café, aux mêmes claufes d'ailleurs;
importions de Droits locaux, Conditions, Charges , & moyens de furveillance employés dans
les Ports d 'entrepôt, pour empêcher la contrebande ; le tout aux frais de la Colonie de
Saint-Domingue, & jufqu'à ce qu'il en foit
autrement ordonné. --- Page 114 --- --- Page 115 ---
PROCÈS-VERBAL
DES SEANCES D E L'A SSEMBLÉE DES COLONS-ÉLECTEURS
DE LA MARTINIQUE, Y
TENUE A PARIS, Adreffé par les Députés & Suppléans de
cette Colonie , admis à l'Assemblée Nationale, à Messieurs les Colons de ladite
Isle. A PARIS. 1 1 7 8 99 --- Page 116 --- --- Page 117 ---
( 3 ) A 2 A. Messieurs les Colons de l'Isle de la
Martinique. MESSIEURS, LES Députés & les Suppléans élus
par les Colons-Electeurs de la Martinique le S feptembre, & admis à lAfsemblée nationale le 14. octobre dernier , pour repréfenter cette Colonie ,
conformément au vœu exprimé par
I 'Assemblée coloniale le 1 7 février
17 8 9 ont penfé qu'il étoit de leur
devoir de foumettre à tous leurs commettans le détail exact de ce qui s'est
passé dans les différentes assemblées qui
ont eu lieu pour nommer des Députés
à l'Assemblée nationale. Ils ont arrêté
en conféquence d'en faire imprimer
le procès verbal, & d'en envoyer des
-exemplaires à MM. les Commandans de --- Page 118 ---
U) Paroisses de la Martinique , pour être
distribués à leurs concitoyens réfidans
dans leurs Paroiffes respectives. Ils fe
flattent que cette démarche , qui n'a
pour objet que de faire connoître à
leurs Commettans la pureté de leurs
intentions , fera confidérée par eux
comme une preuve de leur entière
foumiffion à leurs ordres, qu'ils recevront avec empreffement, & auxquels
ils fe conformeront exactement, lorsqu'ils leur feront tranfmis par l'Assemblée coloniale, ou par le Comité intermédiaire , représentant la Colonie
entiere. Nous fommes avec respect, . MESSIEURS , Vos très-humbles & trèsobéissans lerviteurs,
MoREAU DE S. MEPY, Député. Le Comte DILLON, Député. Le Chevalier de PEKPIGNA , premier Suppléant.
Le Marquis DUQUESNE , fecond Suppléant.
CROQUET DE BELLIGWY , troisieme Suppléant. --- Page 119 ---
m A 3 PROCÈS VERBAL DE la féance des Electeurs de la
fommes avec respect, . MESSIEURS , Vos très-humbles & trèsobéissans lerviteurs,
MoREAU DE S. MEPY, Député. Le Comte DILLON, Député. Le Chevalier de PEKPIGNA , premier Suppléant.
Le Marquis DUQUESNE , fecond Suppléant.
CROQUET DE BELLIGWY , troisieme Suppléant. --- Page 119 ---
m A 3 PROCÈS VERBAL DE la féance des Electeurs de la Martinique , séante à Paris chez
Monfieur D U BU c-D U FER RE ,
Député de cette Colonie, le i i juillet
1789,. LES Electeurs de la Martinique ayant été
convoqués ce jour onze juillet mil fept cent
quatre-vingt-neuf, par M. Dubuc Duferret,
Député de cette Colonie, en vertu des pouvoirs à lui envoyés par l'Assemblée coloniate
de la Martinique y en date du dix-fept février mil fept cent quatre - vingt - neuf :
M. Dubuc Duferret a donné communication
à l'Affembtée des Eleéteurs de la Martinique,
féante à Paris , de fes pouvoirs, de même
que d'une lettre au Roi, foufcrite par vingtcinq membres de l'Assemblée coloniale de la
Martinique, & d'une autre lettre au Ministre,
Íoufcrite par vingt-fix des membres de la --- Page 120 ---
( -6 y même Assemblée coloniale. Ces trois pièceg
vont être transcrites ci-après. Teneur du pouvoir du comité intermédiaire de la
Martinique, à Monsieur Dubuc-Duferret. N°. I. S. Pierre, Martinique, le r7 février 1789.. MONSIEUR,. La lettre que vous nous avez fait l'honneur
de nous écrire pour nous accuser fa réception
du procès verbal imprimé des délibérations,,
a été lue dans l'Affemblée coloniale à qui
elle étoit adreffée. Préfumant mieux que vous y
Monsieur du fuccès de vos follicitations &
de vos foins, nous avons vu avec peine dans
cette lettre , des témoignages de découragement & de crainte, que fa lecture a rendus
publics. Perfuadés, au contraire , de la justice
du Minifire, & de l'injustice de la réclamation
du commerce de Saint-Pierre, nous attendons.
avec confiance une décifion favorable. Nous
voudrions bien, Monfieur,que des démarches
dans les bureaux puffent l'accélérer, & que
vous nous donnaffiez avis de tout ce qui
fe fera. --- Page 121 ---
(7) A 4 Nous vous adreflons une copie des délibérations de l'Assemblée coloniale , convoquée
le neuf de ce mois ; vous y verrez que ta
fufpenfion provifoire ordonnée par le gouvernement, du droit d 'entrée fur les marchandifes non fujettes au poids , & de la taxe
de l'induftrie , nous a forcés d'adopter , en
attendant que le Miniftre ait prononcé , un
nouveau mode d'impofition infiniment plus
onéreux pour la Colonie que celui établi par
nos premieres délibérations, & que nous avons
fondé des principes dont nous ne devons
point nous départir. Ces délibérations vont
être imprimées, mais dans la forme où vous
les recevrez, parce qu'il ne nous a pas paru
que le texte fût fufceptible d'un plus grand
développement, & nous aurons l'honneur de
vous en envoyer quelques exemplaires aussi-tôt
après leur impreflion.
onéreux pour la Colonie que celui établi par
nos premieres délibérations, & que nous avons
fondé des principes dont nous ne devons
point nous départir. Ces délibérations vont
être imprimées, mais dans la forme où vous
les recevrez, parce qu'il ne nous a pas paru
que le texte fût fufceptible d'un plus grand
développement, & nous aurons l'honneur de
vous en envoyer quelques exemplaires aussi-tôt
après leur impreflion. Vous trouverez dans ces délibérations le
vœu exprimé par la Colonie d'avoir de
repréfentans dans l'Assemblée des Etats Généraux. Nous avons follicité cette faveur dans
une lettre au Hoi, que tous les Députés ont:
signée, & que nous avons remife à Meffieurs
les Administrateurs pour en faire l'envoi* --- Page 122 ---
f 8 ) Nous y avons Joint une lettre fur le même
sujet pour le Minière. Npus vous adressons
Ja copie de l'une & de l'autre, & nous vous
prions de vouloir bien ne rien négliger pour
affurer leur fuccès. S'il eft tel que nous ofons
I 'espérer, vous pourrez , Monfieur , affernbler
les Créoles de la Martinique qui fe trouvent
à Paris, pour faire le choix de trois Députés.
Nous vous envoyons la lifte de ceux que nous
préfumons s'y trouver ; veuillez bien y joindre
ceux dont nous ignorons le séjour, ou dont
le nom nous feroit échappé. Nous vous envoyons aussi, Monsieur, la
copie d'un mémoire que nous venons d'adrefler à Meffieurs les Adminiftrateurs , pour
obtenir, dans les circonftances malheureufes
où fe trouve la Colonie, l'admssion des
étrangers dans fes ports. Ces circonstances
nous font efpérer la remife de l'impofition
fur les campagnes pour la préfente année.
Cette remife fut accordée en mil fept cent
foixante-fix, & la Colonie ne fe trouve pas
maintenant dans une pofition moins fâcheuse,
Convaincus de la justice , de la nécessité
même de nous accorder ce foulagement
Meffieurs les Adminiftrateurs nous ont pro- --- Page 123 ---
?» y mis de faire à cet égard 9 au Ministre ^
les plus vives instances : nous efpérons ,
Monfieur , que vous voudrez-bien y joindre
vos follicitations. Nous gommes dépositaires des papiers de
l'ancienne Chambre d agriculture : cette Chambre , à l'époque de fa fupprefïion » a renferme
fes archives dans une caifTe qu elle a scellée, &
dans les premieres délibérations de l'affemblée
coloniale , il a été arrêté que ces pieces demeureroient fous le fcellé , jusqu 'à ce que
le Ministre ait prononcé fur leur destination.
Cette décision n'eft point encore rendue, &
nous vous prions d'agir pour qu'il foit réglé
quelque chofe à cet égard. Il nous paroît abfolument necessaire , Monfieur , qu'il y ait à l'avenir entre nous une
correfpondance fuivie. Nous vous ferons part
des demandes que nous pourrons former, &
des délibérations que nous prendrons, & nous
ferons inftruits de l'effet de nos follicitations,
& de tout ce qui pourra nous intéreffer.
Nous vous prions de vouloir bien nous écrire
par duplicata, & de numéroter vos lettres.
Nous allons, nous-mêmes, prendre ces précautions .pour celles que nous aurons l 'honneur de vous adresser. Nous délirons & nous
refpondance fuivie. Nous vous ferons part
des demandes que nous pourrons former, &
des délibérations que nous prendrons, & nous
ferons inftruits de l'effet de nos follicitations,
& de tout ce qui pourra nous intéreffer.
Nous vous prions de vouloir bien nous écrire
par duplicata, & de numéroter vos lettres.
Nous allons, nous-mêmes, prendre ces précautions .pour celles que nous aurons l 'honneur de vous adresser. Nous délirons & nous --- Page 124 ---
f m J espérons, bien vivement de recevoir de vouf
une lettre chaque mois, Nous avons l'honneur d'être, Monsieur, m Y os très-humbles & très-obéissans
ferviteurs , les Membres du
Comité intermédiaire. Signé *
Jorna, Ferreol Leyritç, Maffias 9
Le Vajfor, Pothuau Defgatières
Ifaïe Defgrottes. Teneur de la lettre au Roi. SIRE, L'Affemblée coloniale de la Martinique
informée de la faveur que vous venez de
faire à votre royaume, en lui accordant des
Etats Généraux, fupplie très-humblement
Votre Majesté de la faire participer à ce
bienfait. Placés a une grande distance de
votre Trône, l'heureufe occafion qui fe préfente pour de fideles fujets de les rapprocher
de votre perfonne facrée, leur est trop précieufe pour ne pas ambitionner & folliciter --- Page 125 ---
< Il ) avec instance de Votre Majesté l'avantagé
que cette grande circonstance leur procure
d'entendre fortir de votre bouche royale ces
lois faintes & auguftes que le meilleur des
peres, assis au milieu de fes enfans , va prononcer pour le bonheur de tous, d'après leurs
propres besoins , manifestés par eux-mêmes,
& pefés dans fa fagefle. Cette profpérité générale est nous le favons, Sire, l'intention premiere de Votre
Majefté. Elle ne veut négliger aucun moyen
capable de la faire naître, & d'en aflurcr la
durée. La Nation entiere n'a befoin , pour
en être convaincue, que des témoignages
multipliés que Votre Majesté lui donne de fun
amour & de fa justice. Votre Colonie de la Martinique, Sire, fe
montre aux yeux de Votre Majefté fous des
rapports bien intéressans. Elle tire de Ton sein.
ces productions qui alimentent le commerce
du Royaume, & augmentent la richeffe nationale. Elle eft devenue , par fa pofition, l'entrepôt nécessaire des productions du Royaume
que l'étranger conÍomme; fituée au vent de
vos autres possessions de l'Amérique, elle reçoit
dans fes ports ces efcadres nombreufes qui les
protegent, & tout cet appareil de force que --- Page 126 ---
I 12 ) Votre Majesté y envoye dans les temps dd
guerre, pour en impofer à (es ennemis. C eft avec la plus entiere confiance, Sire
que nous ofons efpérer de votre bonté & de
votre justice, l'insigne faveur que nous folJicitons de participer, avec le Royaume affemblé, au spectacle impofant & digne d'admiration que Votre Majesté va donner à l'Empire f de fa fageffe & de fa puiffance.
12 ) Votre Majesté y envoye dans les temps dd
guerre, pour en impofer à (es ennemis. C eft avec la plus entiere confiance, Sire
que nous ofons efpérer de votre bonté & de
votre justice, l'insigne faveur que nous folJicitons de participer, avec le Royaume affemblé, au spectacle impofant & digne d'admiration que Votre Majesté va donner à l'Empire f de fa fageffe & de fa puiffance. Nous fommes, &c. Signé : Damian, Assier Duhamelin, Lé
Vaflor, Pinel Ferieol, de Cherry
fils, le Chevalier de Cannes,
Legendre de Fougainville, Maillet, Théry Brederode, Huyghue
Cadrous , la Thuilerie, Labat
Beaumay Lachauffée de Courval,
Figuepeau de Caritan , Lafaye
Defguerres, Maffias , Thore, de
la Jus , Ifaie Defgrottes, le Vicomte de Nefmond , Jorna, Gaudin , Pothuau Defgatieres, Clarke,
Ferréol Leyritz. --- Page 127 ---
! 13 ) Teneur de la lettre au Ministre. MONSEIGNEUR, Animés de la plus grande confiance, en
apprenant la faveur insigne que notre Monarque bienfaifant fait à fon Royaume, nous
demandons de participer à ce bienfait, par
l'admission des repréfentans de cette Colonie
aux Etats Généraux. Depuis long - temps le
commerce national , prodigieufement accru
par le fecours des denrées des Isles à fucre,
plus riches & plus aifément commerçables que
celles de la Métropole, a dû nous faire regarder comme parties intégrantes de l'Etat,
malgré l'intervalle immenfe qui nous fépare
de la France, notre vraie patrie. Cette confidération obtienda à des François, condamnés
à vivre fous un ciel brûlant pour l'utilité de
la mere patrie, la grâce qu'ils réclament, si
vous avez la bonté , Monseigneur de protéger, auprès de votre augufte Souverain, !a
très-humble fupplique que nous vous prions
de mettre fous les yeux de Sa Majesté. Pour que l'éloignement ne retarde pas l'élection de ces Repréfentans, nous vous fup- --- Page 128 ---
< 7,1 ) plions, Monfeigneur , d'ordonner à M. Duferret, Député de l'Assemblée coloniale, de
convoquer promptement tous les propriétaires de cette Iile , actuellement en France ,
que nous autorifons à faire entre eux ce choix.
Ils font en nombre fuffifant, & tous très-capables de foigner nos intérêts. Nous fommes, &c. Signé: Aflîer Duhamelin, Pinel Ferreol, Lè Vassor, le Chevalier de
Cannes, Damian, Tartanfon de
Grave, Lachauffée de Courval,
Lafaye Defguerres, Huyghue Cadrous, Labat Beaumay, la Thuilerie , Figuepeau de Caritan, de
Cherry fils, Maffias, de la Jus,
Legendre de Fougainville, Pothuau Defgatieres, Clarke, Gaudin , Ifaïe Defgrottes , Maillet,'
Thore, Théry Brederode, Jorna,
le Vicomte de Nefmond, Ferreol
Lsyritz.
de
Grave, Lachauffée de Courval,
Lafaye Defguerres, Huyghue Cadrous, Labat Beaumay, la Thuilerie , Figuepeau de Caritan, de
Cherry fils, Maffias, de la Jus,
Legendre de Fougainville, Pothuau Defgatieres, Clarke, Gaudin , Ifaïe Defgrottes , Maillet,'
Thore, Théry Brederode, Jorna,
le Vicomte de Nefmond, Ferreol
Lsyritz. Après que la lecture de ces trois pièces a --- Page 129 ---
( 15 ) été faite, M. Dubuc Duferret a repréfenté que
la lettre .au Miniftre fuppliant ce dernier d'ordonner au Député de Affemblée coloniale de
convoquer promptement tous les propriétaires
de la Martinique 5 aduellement en France,
pour nommer des Députés aux Etats GénéTaux , en conféquence il avoit cru devoir attendre les ordres du Minière à cet égard;
mais qu'un mois & plus s étant écoulé fans
avoir reçu aucunes nouvelles du Miniftre, il
lui avoit écrit en ces termes: Lettre du Député de l'Assemblée coloniale de la
Martinique, au Ministre. Paris, le 10 juin 1789 MONSEIGNEUR, Il y a déjà un peu plus d'un mois que j'ai
reçu une lettre de MM. de l 'Assemblée coloniale de la Martinique , par laquelle ils me
donnent avis qu'ils ont eu l'honneur de vous
écrire, pour vous fupplier de m'ordonner de
convoquer promptement tous les propriétaires
de notre Isle, actuellement en France, & dont --- Page 130 ---
( 16 ) ils m'envoient la lifte, pour procéder à l'élection de ceux qui doivent nous faire participer,
à la faveur infigne de notre Monarque à tout
fon Royaume, par l'admission des Repréfentans
de cette Colonie aux Etats Généraux. La
crainte de l'indifcrétion & de l'importunité,
dans ces. momens fi intéressans, & lorfque les
Ministres du Roi ont à méditer fur tant d'objets , & qu'ils font journellement expofés à tant
de distractions ; cette crainte, dis-je , m'a tenu
dans le silence jufqu'à ce moment. Mais, en
même temps, celle de me voir par la fuite
accufé de négligence, & condamné par mes
compatriotes , me fait un devoir de ne pas
différer davantage à prendre les ordres de Monfeigneur. Je fuis également chargé d'implorer votre
grandeur fur le trifle état dans lequel l'ouragan
dernier a plongé notre Colonie, déjà fi pauvre
• & fi malheureufe. Non feulement ces circonftances affreufes rendent l'admiffion des étrangers dans tous fes ports indifpenfab!ement
néceflaire jufqu'à des temps meilleurs -, mais
elles nous font efpérer la remife de l'impofition fur les campagnes pour la présente année.
Cette remife fut accordée en mil fept cent
foixante-fix ;
le trifle état dans lequel l'ouragan
dernier a plongé notre Colonie, déjà fi pauvre
• & fi malheureufe. Non feulement ces circonftances affreufes rendent l'admiffion des étrangers dans tous fes ports indifpenfab!ement
néceflaire jufqu'à des temps meilleurs -, mais
elles nous font efpérer la remife de l'impofition fur les campagnes pour la présente année.
Cette remife fut accordée en mil fept cent
foixante-fix ; --- Page 131 ---
(17) B soixante-six; & la colonie n'étoit pas alors, à
beaucoup près , dans une Íituation auffi fâcheufe. MM. les Administrateurs, convaincus
de la justice) de la néceflité même de nous
accorder ce foulagement, ont promis de faire
à cet égard les plus vives infiances auprès de
vous, Monfeigneur. Nous ofons nous flatter
que vous n'aurez pas de peine à obtenir cette
grace d 'un Roi qui n'a ceffé de donner des
preuves de la bonté de fon cœur & de fon
amour pour fon peuple. Que ce Monarque
bienfaifant foit feulement infiruit des malheurs
de fa Colonie de la Martinique, daignez lui en
faire le récit, & nous sommes assurés de fon
attendrissement & de fa commifération
quelles que puilfent être les circonstances
actuelles. MM. du Comité intermédiaire de la Colonie
font dépofitaires des papiers de l'ancienne
Chambre d'agriculture , qui, à l'époque de fa
suppression, a renfermé fes archives dans une
caisse qu'elle a fcellée ; & dans les premieres
délibérations de l'Assemblée coloniale , il a été
arrêté que ces pièces demeureroient fous le
fcellé, jufqu'à ce que le Miniftre eût prononcé
fur leur destination. Cette décifion n'étant pas --- Page 132 ---
( 18 ) encore rendue, je fuis également invité à la
folliciter. Je fuis avec refped, MONSEIGNEUR, Votre très-humble & trèsobéissant ferviteur, Signé : DUBUC DUFERRET. M. Dubuc Duferret a lu enfuite à l'Assemblée la réponfe du Ministre , conçue en ces
termes : A Ferfailks 3 le 13 juin 1789, Le vœu de l'Aflemblée coloniale de la Martinique, pour l'admission des Députés de cette
Ifle aux Etats Généraux, m'a été tranfmis,
Monfieur, depuis plus d'un mois, par les Ad- '
ministrateurs. J'ai remis au Roi la lettre qui lui étoit
adreffée par cette Assemblée. Sa Majesté m'a
chargé de mander qu'elle a depuis long-temps
délibéré, dans fon confeil, fur cette question
générale & importante ; qu'elle a statué que les
Colonies françoifes ne députeront point à la
convocation actuelle; mais qu'elle a en même
temps réfolu que cette faculté leur fera donnée --- Page 133 ---
( 19 ) B 2 pour les convocations fubséquentes, h tel est
leur vœu & celui des Etats Généraux du
Royaume.
m'a
chargé de mander qu'elle a depuis long-temps
délibéré, dans fon confeil, fur cette question
générale & importante ; qu'elle a statué que les
Colonies françoifes ne députeront point à la
convocation actuelle; mais qu'elle a en même
temps réfolu que cette faculté leur fera donnée --- Page 133 ---
( 19 ) B 2 pour les convocations fubséquentes, h tel est
leur vœu & celui des Etats Généraux du
Royaume. J'ai tranfmis ces intentions du Roi au Gouverneur général & à l'Intendant de la Martinique, par une lettre en date du 9 mai 1789 ,
& les ai chargés de les communiquer au comité
colonial. Je me hâte de répondre à cet article de votre
lettre qui n'eft point datée, & que je reçois
dans ce moment, parce que vous paroiilez
regarder l'objet comme urgent. Permettez que je diffère quelques jours à
traiter les autres points. Vous devez être perfuadé d'ailleurs qu'il me feroit très-agréable
de les difcutet de vive voix avec vous , &: que
je ferai toujours enchanté qu'il fe présente des
occafions de vous affurer moi-même de l'eftime
& de l'attachement fincères avec lefquels j'ai
l'honneur d'être, Monfieur, Votre très humble
& très-obéissant ferviteur, signé : LA LUZERNE. M. Dubuc Duferret a enfuite communiqué
à l'Affemblée la réponfe qu'il a faite aux membres du comité intermédiaire de la Colonie 9
dont la copie va être transcrite ci-après. --- Page 134 ---
( 20 ) Teneur de la lettre de M. Dubuc Duferret aux
;membres du comité intermédiaire de la Martinique. Paris , 16 juin 1789. N°. 2. MESSIEURS, Par la lettre que j'ai eu l'honneur de vous
écrire le 6 de mai, vous avez été prévenus ,
qu'après avoir attendu pendant quelque temps
les ordres du Ministre, que je prévoyois bien
ne pas recevoir , j'aurois alors à prendre le
parti de les lui demander. C'eft ce que j'ai
fait par la lettre dont je vous envoie copie,
ainfi que celle de fa réponfe, en conféquence
de laquelle j'ai été à Verfaiiles. J'ai débuté
par l'Affemblée que vous m'aviez chargé de
convoquer ici, d'après les ordres qu'il de voit
m'en donner; ce qu'il a trouvé parfaitement
inutile, en me difant que fa réponfe étoit faite
en date du 9 mai , & les intentions du Roi
tranfmifes à MM. le Gouverneur général &
l'Intendant de la Martinique , qui devoient
les communiquer au comité colonial. Il a
ajouté que nous n'étions pas dans le même
cas que Saint-Domingue, non feulement par
la manière dont nous appartenions à la France, --- Page 135 ---
( 21 ) B 3 mais encore pour le choix des Députés qui,
pris ici, & fans avoir été choifis par juridiction
ou afiemblées de paroisses de la Colonie, ne
pouvoient pas fe préfenter avec des pouvoirs
fuffifans pour être admis aux Etats Généraux.
J'ai donc pris le parti d 'attendra, d 'autant plus
volontiers qu'à juger de l'avenir paf ce qui
s'est fait depuis deux mois , vous aurez, felon
toutes les apparences, grandement le temps
de vous mettre parfaitement en regle.
ici, & fans avoir été choifis par juridiction
ou afiemblées de paroisses de la Colonie, ne
pouvoient pas fe préfenter avec des pouvoirs
fuffifans pour être admis aux Etats Généraux.
J'ai donc pris le parti d 'attendra, d 'autant plus
volontiers qu'à juger de l'avenir paf ce qui
s'est fait depuis deux mois , vous aurez, felon
toutes les apparences, grandement le temps
de vous mettre parfaitement en regle. J'ai fait de la trifte fituation de notre Ifle
la peinture la plus touchante que j'ai pu , &
j'ai démontré de mon mieux la néceffité de
nous obtenir la remise de l'impofition pour la
préfente année. Le Ministre m'a promis , quoique la circonstance ne fût pas favorable, à
beaucoup près, de faire tout ce qu'il pourroit
auprès de M. Necker, pour nous procurer cet
aâe de juftice & d'humanité. Quant au fcellé à lever fur les papiers de
l'ancienne Chambre d'agriculture, qui peuvent
être utiles à l'Affemblée coloniale, M. le Comte
delà Luzerne m'a autorifé à. vous assurer,
Meilleurs, que vous étiez les maîtres de faire
là-deffus tout ce que vous jugeriez convenable. J'ai terminé cette converfatiori par une
nouvelle repréfentation fur la néceffité de --- Page 136 ---
( 22 ) fane entrer dans la Colonie , de toutes les
manières poffibles, toutes efpeces de vivres, fi
on ne vouloit pas la voir s'anéantir totalement ;
& j'ai ajouté que c'étoit avec une peine infinie
que j'apprenois de tous côtés que notre Intendant, contre le vœu du Gouverneur général luimême, étoit dans des intentions différentes.
Comment, avec la difette de blé ici, & l'efpèce de famine qui afflige toutes les provinces
du Royaume, peut on fe flatter que le commerce de France nous approvifionnera &
pourra [uppléer à la perte de tous les vivres
de la Colonie, par l'ouragan dernier ? Les
Négocians le diront fans doute, l'affirmeront,
& feront enchantés de traiter avec des affamés, dans un pays dépourvu de tout, où ils
vendront au prix qu'ils voudront , & fans
calculer que c'eft l'avarice la plus infenfée , &
exactement couper l'arbre pour en avoir le
fruit. Vous recevrez, Messieurs , par cette occafion, tous les ouvrages de Meffieurs de SaintDomingue , sur la néceffité d'admettre les
Députés des Colonies aux Etats Généraux.
Ils n'ont rien négligé de tout ce qui leur étoit
possible pour y avoir entrée; & ils y font, à
ce que l'on dit, au nombre de douze. Les huit --- Page 137 ---
( 23 ) B .1 autres, fanant partie des vingt ne feront que
suppléans. On vient de m'annoncer qu'il y en
aura quatre pour notre Isle, & autant pour la
Guadeloupe. C'eft à vous, Meffieurs , à prendre des mesures certaines pour qu'il n'y ait
aucun obftacle , & que les élus puiffent fe
préfenter , munis de tous les pouvoirs néceffaires.
, au nombre de douze. Les huit --- Page 137 ---
( 23 ) B .1 autres, fanant partie des vingt ne feront que
suppléans. On vient de m'annoncer qu'il y en
aura quatre pour notre Isle, & autant pour la
Guadeloupe. C'eft à vous, Meffieurs , à prendre des mesures certaines pour qu'il n'y ait
aucun obftacle , & que les élus puiffent fe
préfenter , munis de tous les pouvoirs néceffaires. J'ai l'honneur d'être, avec un très respectueux attachement , MESSIEURS, Votre très-humble & trèsobéiffant ferviteur, Signé : DUBUC DUFERRET. Après que toutes ces pièces ont été lues ,
il a été queftion de délibérer fi , malgré la
lettre du Miniftre , on devoit s'occuper des
moyens de nommer des Députés aux Etats
généraux, conformément au voeu de l'Assemblée coloniale de la Martinique. La queflion
mife en délibération , il a été arrêté , à la
pluralité des voix, que, fans avoir égard à la
lettre écrite par le Miniflre le 9 mai 1789,
au Gouverneur général & à l'Intendant de la --- Page 138 ---
( 24 ) Martinique , on devoit fe conflituer en Assemblée d'Electeurs de ladite & que fous ce
point de vue, il n'était pas poffible de différer
plus long-temps à remplir le voeu de la Colonie, fondé d'ailleurs fur l'admiflion récente
des Députes de'Saint-Domingue aux Etats
généraux, admidion qui ne laiffoit aucun doute
sur celle des Députés de la Martinique, lorfque
le choix en feroit fait y par la fuite néceffaire
des principes de fageffe, de justice, & de fermeté que l'Assemblée nationale venoit de déployer dans les circonstances épineufes où elle
s'étoit trouvée. Il a été en conféquence arrête
qu'il feroit fait une lifte de tous les Membres
préfens ; & l'appel en ayant été fait, il a été
reconnu qu 'il n'y avoit que trente-fept votans ,
ainfi que leurs noms vont être transcrits. Liste des Membres de l'Assemblée des Electeurs de
la Martinique, présens à la Séance du 11
juillet. MM. Dubuc, de Perpigna, de la Tourmeière, de la Thuilerie , Duquesne du Lombrun,
le Comte Dil!on) du Haroc, Sigougne de
la Touche, Manceau de Beauvoifis, DefFez ,
Jean Petrie de Tabago, le Chevalier le jeune
de la Motte, de la Vigne fils, le Comte de --- Page 139 ---
f 2) ) Bassignac, de Châteaugué > de Leyritz, de
Fougainville , Pitau't de la Rifaudiere ,
Madey Defcoublan , Havre , de Perpigna fils,
Terrier > le Chevalier Dampierre, d'Oihamboure, Madey, Moreau de Saint-Méry, Daudiffret, Croquet de Belligny, Savary, Renard
Belair , Courtois, le Marquis Duquefne, le
Préfident de Tafcher, Dubuc Duferret, Terrier Delaître, le Chevalier de Perpigna, de
Ce1y, repréfenté par M. le Comte de Baffignac.
, Havre , de Perpigna fils,
Terrier > le Chevalier Dampierre, d'Oihamboure, Madey, Moreau de Saint-Méry, Daudiffret, Croquet de Belligny, Savary, Renard
Belair , Courtois, le Marquis Duquefne, le
Préfident de Tafcher, Dubuc Duferret, Terrier Delaître, le Chevalier de Perpigna, de
Ce1y, repréfenté par M. le Comte de Baffignac. L'appel fait, M. le Préfident de Tafcher s'est
levé, & a dit qu il avoit été invité de fe trouver
à l'Affemblée, pour donner fon avis fur les différentes motions relatives à un pays qu'il avoit
administré; que fon attachement pour la Colonie l 'avoit porté à accepter l'invitation qui
lui avoit été faite ; mais que n'étant point
Créole, & n 'ayant aucune possession actuelle
a la Martinique ou dépendances, il déclarait
qu 'il fe bornoit à n'avoir qu'une voix confultative, & que par cette raifon il ne pourroit
accepter aucune charge dans l'Assemblée. A
cette déclaration modefte, il a été unanimement
répondu, que lorfqu'on avoit fait le bien d'une
Colonie pendant plufieurs années d'une admi- --- Page 140 ---
( 26 ) niflration fage & éclairée, on avoit acquis le
» droit de délibérer & de voter dans une Assemblée où les intérêts de cette même Colonie
alloient être difcutés, & qu'on prioit en conféquence M. le Préfident de Tafcher de vouloir
bien fe regarder comme un membre intime ds
l'Assemblée, & d'y avoir voix délibérative. Un de Meilleurs s'est levé, & a dit que les
pouvoirs remis à M. Dubuc Duferret par l'Air
femblée coloniale de la Martinique, ne concernant que cette Colonie & non fes dépendances , que rifle de Sainte-Lucie & celle de
Tabago n'ayant exprimé aucun vœu pour la
nomination de Députés aux Etats généraux ,
il croyoit qu'on ne pouvoit point les comprendre dans le vœu de la Martinique. A quoi
M. Jean Petrie de Tabago a répondu, qu'il ne
faifoit aucun doute que l'Isle de Tabago ne
foufcrivît avec empreffement à ce que décideroit l'Affemblée pour celle de la Martinique ;
que, quant à lui, il y donnoit fon adhéfion
formelle, & qu'il fe propofoit de préfenter une
requête à l'Affemblée pour y être admis , ce
qui lui a été accordé. On a propofé enfuite de pafler à la conflitution de l'Assemblée, & de nommer un Préfident & un Secrétaire. M. Dubuc 3 étant le --- Page 141 ---
X 27 ) plus ancien d'âge, a pris le fauteuil de Président;
& l'on s'eft occupé de nommer, par la voie du
fcrutin, fur un même billet, le Préfident & le.
Secrétaire. Chaque membre ayant mis fon
billet dans un chapeau devant M. le Préfident,
celui-ci les a comptés un à un, à haute & intelligible voix ; & le compte s'étant trouvé
jufte , MM. le Marquis Duquefne & de la
Tourmelière ont été nommés pour être Scrutateurs. Ces deux Meffieurs s'étant placés à la
.droite & à la gauche de M. le Préfident) le
scrutin a été ouvert. Le réfultat a été que
M. Dubuc a réuni dix-neuf voix pour la place
de Préfident, qu'il occupoit déjà; & que celle
de Secrétaire a été déférée à M. le Chevalier
de Perpigna, par la majorité de vingt voix.
melière ont été nommés pour être Scrutateurs. Ces deux Meffieurs s'étant placés à la
.droite & à la gauche de M. le Préfident) le
scrutin a été ouvert. Le réfultat a été que
M. Dubuc a réuni dix-neuf voix pour la place
de Préfident, qu'il occupoit déjà; & que celle
de Secrétaire a été déférée à M. le Chevalier
de Perpigna, par la majorité de vingt voix. Secrétaire ayant pris place à côté de M. le
Préfident, la féance a commencé ; mais il a
été obfervé par un de Meilleurs, que les pouvoirs de l'Aflemblée coloniale portaient, que
non feulement M. Dubuc Duferret convoqueroit tous les Membres dont elle lui envoyoit
la lifte, ainfi qu'elle va être tranfcrite ci-après,
mais qu'elle le chargeoit expreffément de fuppléer à l'omiffion qu'elle pouvoit avoir faite
de quelques habitans actuellement en France,
auxquels elle n'auroit pas fongé. --- Page 142 ---
1 ( 28 ) Teneur de la lifte envoyée à M. Dubuc
Duferret, par l'Affemblée coloniale. Liste des perfonnes qui pourront être convoquées.
pour faire choix de Repréfentans dans les Etats
généraux. MM. le Marquis de Bouillé, Dubuc , Dubuc
Duferret , le Comte de Bouillé , le Baron
d'Arros, le Vicomte de la Tour-du-Pin de la
Charce , le Marquis d'Aramont, de Baffignac,
de Cely, de Leyritz, Soudon de Rivecour, le
Chevalier de Perpigna, Croquet de Belligny,
Gaigneron de Jolimont, Gaigneron d'Hauteriche, de Lucy, Madey Descoublan, Dumont
Flamette, Capitaine au régiment de Bretagne;
Ducafle , Lieutenant-Colonel retiré; de la
Vigne, Le Jeune de la Motte , Gradis,
Valmenière, de Brache, le Chevalier de Traverfay, Duquefne du Lombrun, de Lignery,
lé Marquis de Puilhery, Capitaine au régiment
du Roi ; Pocquet de Saint-Sauveur, Capitaine
au régiment d'Agenois; l'Abbé de Champigny, le Comte de Neuville, le Duc de Levis ,
de Girardin, le Vicomte de Grenier, le Vicomte
de Beauharnois.
de la Motte , Gradis,
Valmenière, de Brache, le Chevalier de Traverfay, Duquefne du Lombrun, de Lignery,
lé Marquis de Puilhery, Capitaine au régiment
du Roi ; Pocquet de Saint-Sauveur, Capitaine
au régiment d'Agenois; l'Abbé de Champigny, le Comte de Neuville, le Duc de Levis ,
de Girardin, le Vicomte de Grenier, le Vicomte
de Beauharnois. Il a été reconnu en effet , d'après la lecture --- Page 143 ---
t 29 ? de ladite lifte, que MM. le Marquis de Bouillé,
le Comte de Bouille , le Baron d'Arros , le
Vicomte de la Tour-du-Pin de la Charce, le
Marquis d'Aramont, Soudon de Rivecour, de
Lucy, Dumont Flamette, Ducafle, Gradis,
de Valmenière, de Brache, le Chevalier de
iTraverfay, de Ligne ry, le marquis de Puilhery,
Pocquet de Saint-Sauveur , le Chevalier de
Girardin, le Vicomte de Grenier, qui font
expressément nommés, n'avoient point été
convoqués, attendu qu'ils n'étoient point à
Paris, & que d'ailleurs plufieurs Membres de.
l'Assemblée connoiffoient plufieurs de leurs
compatriotes qui avoient été oubliés : fur quoi
l'Assemblée ayant délibéré, elle a arrêté que
la féance feroit prorogée au lundi vingt-fept
du préfent mois, pour donner le temps aux
perfonnes abfentes d'être averties ; & que le
Secrétaire feroit chargé de leur adreffer, fans
délai, une lettre à chacun , pour les inviter ,
de la part de l'AfTemblée , de fe trouver en
perfonne, ou par procureur, à la féance qui
aura lieu le 27 du préfent mois, à onze heures
du matin , chez M. Dubuc Duferret. D'après le voeu de l'Assemblée, le Secrétaire a fait lecture de la lettre fuivante, qu'il --- Page 144 ---
( 30 5 fê propofoit d'écrire à tous les Membres
abfens. Teneur de la lettre circulaire à adresser à tous les
Membres abfens. Paris, le 12 juillet 1789. L'Assemblée coloniale de la Martinique a
chargé, le 17 février 1789, M. Dubuc Duferret, Député de cette Colonie , de convoquer
à Paris tous les habitans de la Martinique qui
font en France, pour nommer Jes Députés aux
Etats généraux. D'après le vœu exprimé par
la Colonie, l'Assemblée a été convoquée le
11 juillet , chez M. Duferret ; mais après
l'appel qui a été fait de tous les Membres qui
s'y font trouvés, il a été reconnu que plufieurs
habitans de la Martinique n'y avoient point été
invités ; & en conféquence, l'Affemblée a décidé de remettre au 27 de ce mois la prorogation de la féance , pour avoir le temps de
convoquer les membres abfens ; & après avoir
élu un Préfident & un Secrétaire par la voix
du fcrutin, elle a chargé ce dernier de vous
inviter à vous trouver en perfonne , ou de
charger de votre procuration , pardevant Notaire & dûment légalifée, quelqu'un qui puilfe
; & en conféquence, l'Affemblée a décidé de remettre au 27 de ce mois la prorogation de la féance , pour avoir le temps de
convoquer les membres abfens ; & après avoir
élu un Préfident & un Secrétaire par la voix
du fcrutin, elle a chargé ce dernier de vous
inviter à vous trouver en perfonne , ou de
charger de votre procuration , pardevant Notaire & dûment légalifée, quelqu'un qui puilfe --- Page 145 ---
( 31 ï vous repréfenter à la féance qui aura lieu
27 de ce mois, à onze heures du matin, à
Paris, chez M. Dubuç Duferret, rue de Cléry,
numéro 94. L'Aflemblée ayant approuvé ladite lettre ;
elle a remis la féance au 27 de ce mois, pour
continuer la délibération fur 1 objet dont
elle est expreffément chargée, de nommer des
Députés aux Etats Généraux. Signés : DUBUC,
Préfident ; le Chevalier DE ~PERIC.NA , Secrétaire. Du lundi 27 Juillet, à onie heures du matin. M. le Préfident a ouvert la féance en difant
que la nomination qui avoit été faite le famedi 11 de ce mois , d'un Préfident & d'un
Secrétaire , ne pouvoit qu'être provifoire ,
attendu l'abfence d'un grand nombre de membres : à quoi les membres abfens à la première
affemblée ont répondu qu'ils s'en rapportoient
à ce que l'Assemblée du 11 de ce mois avoit
fait, & qu'ils confirmoient lefdites nominations en tant que de befoin. M. le Préfident a lu un mémoire tendant à
prouver que l'intérêt de la Colonie de la Martinique exigeoit que l'on s'abstînt de nommer * --- Page 146 ---
( 32 ) des Députés à l'Assemblée nationale. Les preu*
ves qu'il a alléguées portoient fur la nature
des Colonies en général, & de la Martinique
en particulier. Il s'est appuyé fur l'illégalité
des pouvoirs remis au Député par l'Assemblée
coloniale. M. le Préfident de TaÍcher a foutenu cette
motion, en ajoutant que, par la réponfe faite
le 9 mai 1789 par le Miniftre au Gouverneur
& à l'Intendant de la Martinique, de même
que celle du Député de la Colonie au Comité
intermédiaire de ladite Isle le 16 juin dernier,
la Colonie devoit avoir pris le parti, ou d'attendre à être convoquée à la prochaine féance
des Etats Généraux, ou de nommer des Députés qui pourroient encore être admis avant
la clôture de l'Affemblée nationale actuelle;
qu'en conréquence il croyoit que ce feroit
fervir la Colonie & entrer dans fes vues , que
d'attendre, pour nommer des Députés, qu'elle
eût manifesté fon vœu d'une maniere plus précife.
pris le parti, ou d'attendre à être convoquée à la prochaine féance
des Etats Généraux, ou de nommer des Députés qui pourroient encore être admis avant
la clôture de l'Affemblée nationale actuelle;
qu'en conréquence il croyoit que ce feroit
fervir la Colonie & entrer dans fes vues , que
d'attendre, pour nommer des Députés, qu'elle
eût manifesté fon vœu d'une maniere plus précife. Cet important objet a été difcuté pendant
plus de deux heures. Plufieurs membres ont
repréfenté que l'Assemblée ne devoit point
examiner s'il étoit avantageux ou non d'avoir des Députés , puifque la Colonie avoit
elle-même --- Page 147 ---
. ? 33 5 c feue-même jugé qu il étoit de son intérêt d'en
avoir; que l'Affemblée avoit été exprefiement
convoquée par le vœu de la Colonie , pour
nommer trois Députés aux Etats généraux;
qu'elle avoit envoyé des pouvoirs à cet effet ;
que l'Assemblée des Electeurs ne devoit confidérer que la teneur de ces mêmes pouvoirs;
& que dans le cas où la Colonie, d'après les
lettres du Ministre aux Adminiftrateurs , &
du Député au Comité intermédiaire, vînt à
nommer elle-même des Députés, ce qui n'étoit pas préfumable, d'après les expressions de
la lettre du Miniftre, qui renvoie formellement
l'admission des Colonies à la prochaine féance
des Etats généraux , ceux qui l'aurôient été
par l'Affemblée des Electeurs de Paris , ne
devoient faire aucune difficulté de céder leur
place à ceux de la Martinique ; qu'il étoit d'autant plus néceflaire de nommer actuellement
des Députés, que fi l'on attendoit que le Roi
envoyât des ordres pour convoquer légalement
la Colonie, on attendroit vainement ; que ce
qui s'efl: paffé à l'occaGon de Saint-Domingue
devoit fervir de guide, & que , puifque les
Députés de Saint-Domingue avoient été admis à l'Assemblée nationale, à laquelle le Roi --- Page 148 ---
I 4 ) avoit renvoyé la décifion de cette affaire, il
ne devoit point y avoir de doute que ceux
des autres Colonies n'euffent eu un accueil
auffi favorable. La matiere vivement débattue,
on s'est arrêté fur ces deux queftions : Doiton nommer actuellement des Députés aux
Etats Généraux? ou doit-on différer de nommer des Députés aux Etats Généraux ? On
alloit aller aux voix, lorfque M. le Comte
Dillon a propofé l'amendement fuivant : Doiton députer auprès des Etats Généraux , & ne
demander voix délibérative que lorfqu 'ils traiteront des affaires des Colonies ? M. le Chevalier de Perpigna a dit qu'avant
d'aller aux voix, il étoit indispensable de connoître les pouvoirs qui avoient été envoyés
par les membres abfens ; & cette motion ayant
été approuvée, il a demandé fi les membres
préfens qui n'avoient point l'âge de vingtcinq ans, pouvoient avoir voix délibérative.
L'Aflemblée a décidé pour la négative. M. le Comte Dilion a remis fur le bureau une lettre de M. Jean Petrie de Tabago ,
adreffée à MM. les Electeurs de la Martinique,
repréfentant la totalité des habitans de ladite
Ifle, dont voici la teneur.
été approuvée, il a demandé fi les membres
préfens qui n'avoient point l'âge de vingtcinq ans, pouvoient avoir voix délibérative.
L'Aflemblée a décidé pour la négative. M. le Comte Dilion a remis fur le bureau une lettre de M. Jean Petrie de Tabago ,
adreffée à MM. les Electeurs de la Martinique,
repréfentant la totalité des habitans de ladite
Ifle, dont voici la teneur. --- Page 149 ---
{ 3jr ) C2 MESSIEURS, Lorfque j'eus l'honneur d'être introduit à
votre Affemblée par M. le Comte de Dillon,
je croyois que vos délibérations fe feroient
étendues aux habitans de toutes les Ides du
Vent, & par conféquent que, comme habitant de Tabago, je pouvois y assister ; mais
puifqu'il paraît, Meilleurs, que vos vues fe
bornent à la feule Martinique, il ne me refte
qu'à vous exprimer ma vive reconnoiffante,
pour l'honneur que vous m'avez fait de m'admettre à votre AfTemblée, & qu'à vous témoigner mon ardent désir que vos efforts patriotiques foient couronnés du plus parfait
fuccès ; & je ne doute nullement que le même
bonheur ne s'étende à toutes les autres dépendances de la France. J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond
refpect, MESSIEURS, Votre très-humble & trèsobéiffant ferviteur. Paris, 14 Juillet 178 9. Signé: JEAN PÉTRIE
de Tabago. --- Page 150 ---
1 ? 6 ) L'appel des perfonnes abfentes qui avoient
été engagées à venir à l'Assemblée, ou à envoyer leur pouvoir, a été fait; il n'y a eu que
les perfonnes ci-après nommées qui aient envoyé leur procuration. MESDAMES Aubin de Blanpré a été repréfentée par M. Renard Belair. La Comtefle d'Ennery ra été par M. le Cheyalier de Perpigna. De Chavannes l'a été par M. Croquet de Beliigny. MESSIEURS Ls Chevalier de Girardin a été repréfenté par
M. Dubuc Duferret. De Valmeniere l'a été par le même. Le Vicomte de Grenier l'a été par M. Renard
Belair. » Aftorg l'a été par M. de la Tourmeliere. Le Comte de Bouillé l'a été par M. le Comte
de Baffignac. De Leyritz fa été par le même. Dumont de Flamette l'a été par M. Duharoc;
David Gradis & fils l'ont été par M. Dupré • de Saint-Maur. --- Page 151 ---
( 37 ) [texte_manquant] Le Marquis de la Vauxelle l'a été par M. le
Vicomte Duquefne. Croquet de Montreuil l'a été par M. Croquet
de Belligny. Bezolle l'a été par M. le Chevalier de Pespigna. Jean de Perpigna l'a été par M. Ifraël de
Perpigna. Solliers l'a été par M. Manceau de Beauvoifis.
Salles l'a été par M. Girault. Gaigneron l'a été par M. Madey Descoublan.
Gaigneron de Jolimont L'a été par le même.
Papin Defbarrieres l'a été par le même.
Croquet de Saint-André l'a été par M. GuilIon.
olle l'a été par M. le Chevalier de Pespigna. Jean de Perpigna l'a été par M. Ifraël de
Perpigna. Solliers l'a été par M. Manceau de Beauvoifis.
Salles l'a été par M. Girault. Gaigneron l'a été par M. Madey Descoublan.
Gaigneron de Jolimont L'a été par le même.
Papin Defbarrieres l'a été par le même.
Croquet de Saint-André l'a été par M. GuilIon. Madame Dubuc d'Enneville , Madame 1a
Comteffe de Choifeul, & Madame de Pradeî
ont été appelées à leur tour; mais un de Meffieurs a repréfenté que ces Dames n'ayant
point d'immeubles dans la Colonie , elles n'avoient pu avoir le droit de fe faire repréfenter; ce qui a été approuvé par l'Assemblée. M. le Chevalier de Perpigna a dit que
MM. Delaunay & Clauzel Sainte-Claire, propriétaires de maifons à Saint-Pierre i lui avoient
mandé qu'ils croyoient ne pas devoir envoyer --- Page 152 ---
( 38 ) leur pouvoir à TAflemblée , dans la perfuafion
où ils étoient qu'elle ne devoit être compofée
que d'habitans agriculteurs. M. le Marquis de
Bouillé a répondu qu'il avoit vendu fon habitation de la Martinique, & qu ainfi il n'étoit
plus dans le cas d'être convoqué. Madame de
Karney & M. Leblanc Nouguès ont fait la
même réponfe. Les pouvoirs reconnus, on eft allé aux voix.
Les deux queftions & l'amendement ont été
écrits fur une feuille de papier , & chacun de
Meilleurs a mis fon nom au bas de la colonne
pour laquelle il s'est décidé. Il y a eu trentefept voix pour nommer actuellement des Députés aux Etats Généraux, & feize pour différer. L'amendement de M. le Comte Dillon
n'ayant eu que fa voix, il s'eft réuni à la majorité. Un de Meissieurs a propofé de nommer fix
Commiffaires pour rédiger les cahiers de l'Asfemblée, & fa motion ayant été approuvée,
on a procédé à l'élection defdits Commissaires
en un feul fcrutin, en mettant fix noms fur le
même morceau de papier. Chacun des Membres ayant écrit les fix noms, l'Affemblée étant
afïife, chacun a remis fon billet dans un chapeau devant M. le Président, en commençant --- Page 153 ---
( 39 ) C 4 par fa droite ; MM. de la Tourmeliere & Croquet de Belligny ont été nommés fcrutateurs.
Le fcrutin vérifié , il a été reconnu, après que
toutes les formalités ont été remplies , que les
fix Commissaires étoient : MESSIEURS Moreau de Saint-Méry qui avoit réuni 46 voix. Le président de Tascher • 42
Le Chevalier de Perpigna 40
Dubuc 37
Dubuc Duferret 32
Le Comte Dillon 22 L'Assemblée a décidé que les membres qui
auroient obtenu le plus de suffragcs feroient
nommés Suppléans. M. Savary ayant réuni
voix, & M. Renard Belair 12, ces deux
Meilleurs ont été nommés suppléans. L'Assemblée a décidé que M. le Chevalier
de Perpigna fe rendroit à Verfailles auprès du
Comité de MM. les Députés de Saint-Domingue , pour leur demander communication de
leurs cahiers, afin de porter un vœu unanime
fur les objets qui conviendroient aux deux
Colonies ; qu'il rendroit compte de fa million
ary ayant réuni
voix, & M. Renard Belair 12, ces deux
Meilleurs ont été nommés suppléans. L'Assemblée a décidé que M. le Chevalier
de Perpigna fe rendroit à Verfailles auprès du
Comité de MM. les Députés de Saint-Domingue , pour leur demander communication de
leurs cahiers, afin de porter un vœu unanime
fur les objets qui conviendroient aux deux
Colonies ; qu'il rendroit compte de fa million --- Page 154 ---
( 40 ) aux autres Commissaires , pour travailler enfemble à la rédaction de leur cahier, & que
lorfque ce travail feroit achevé, le Secrétaire
feroit parvenir une lettre à MM. les Rédacteurs du Journal de Paris , pour indiquer le
jour où la premiere affemblée aura lieu , afin
que chacun des membres de ladite Assemblée
puisse s'y trouver. Signé : DUBUC , Préfident 3
le Chevalier de PERPIGNA , Secrétaire. Du lundi 17 août, onze heures du matin. L'Affemblée s'eft formée ce jour conformément à l'avis inféré dans le Journal de Paris
le 14 août dernier, par les foins du Secrétaire.
M. le Préfident a remis fur le bureau une lettre de M. le Préfident de Tafcher, à lui adreffée
pour l'informer du regret qu'il éprouve de ne
pouvoir fe trouver à l'Assemblée. M. Moreau de Saint - Méry , l'un des fix:
Commiffaires nommés par l'Assemblée du
27 juillet dernier , a lu le cahier rédigé par
eux pour être remis aux Députés de la Martinique à l'Affemblée nationale , lequel a été
approuvé , après quelques obfervations faites
par divers membres. --- Page 155 ---
4i ) Teneur du cahier à remettre aux Députés de la
Martinique. Le vœu de l'Assemblée coloniale de ia Martinique , en autorifant fes concitoyens étant
en France, à nommer pour cette Colonie des
Députés à l'Assemblée nationale, a été de faire
acte de François dans cette grande & folecnelle occafion , & d'offrir à Sa Majesté le tribut
de reconnoiffance que lui doivent tous les
peuples fournis à fon Empire , pour les nouveaux biens dont il les fait jouir , en les réintégrant dans l'état de Francs *, de faire hommage à la Nation des produits de cette Colonie , & de fes influences dans les profpérités de
l'Etat , & de réclamer la part qui lui appartient dans les avantages de la constitution qui
va régénérer toutes les parties de la Monarchie. Les Députés de la Martinique , lorfqu'ifs
feront agréés par l'Affemblée nationale , s'y
préfenteront fous deux caracteres : comme
François & comme Colons. Comme François , les Electeurs qui les auront nommés , ne peuvent que s'en rapporter
à leur confcience & leurs Iumieres, quant aux --- Page 157 ---
( 43 ) fent y avoir lieu qu'après avoir été communiquées à l'Aflemblée coloniale , qui adreflera à
fes Députés à l'Assemblée nationale , les obfervations & changemens dont l'Affemblée
coloniale les aura jugées fufceptibles.
deux caracteres : comme
François & comme Colons. Comme François , les Electeurs qui les auront nommés , ne peuvent que s'en rapporter
à leur confcience & leurs Iumieres, quant aux --- Page 157 ---
( 43 ) fent y avoir lieu qu'après avoir été communiquées à l'Aflemblée coloniale , qui adreflera à
fes Députés à l'Assemblée nationale , les obfervations & changemens dont l'Affemblée
coloniale les aura jugées fufceptibles. A S T. III. Il est, en conféquence., fpécialement recommandé à fes Députés, lorfqu'il fera fait quel -
ques propofitions qui intérefleront la Colonie,
de demander un délai fuffifant pour en faire part
à l'Assemblée coloniale , & fe procurer les inftructions & autorifation fpéciales fur les objets
propofés ; & lorsqu'elles leur feront parvenues,
ils folliciteront la formation d'un Comité compofé pour moitié des Députés des Colonies 9
à l'effet d'y difcuter préalablement les queftions qui feront foumifes à la discussion de
l'Assemblée nationale. ART IV. Ils expoferont à l'Assemblée nationale les motifs tirés de la nature des Colonies, & de celle de
l'impôt, qui, pour le plus grand bien de la France
elle-même , doivent éloigner de la Colonie
tout impôt direct : la modicité des fortunes dans
les Ifles du Vent, les fléaux auxquels font plus --- Page 158 ---
( 44 ) fréquemment expofées ces Isles, & la moindre
fécondité de leur fol , leur rend plus particulièrement applicable ce principe général fut
les Colonies. ART. V. Ils demanderont,outre l'introduction libre des
objets déjà permis , celle de tous les comestibles
quelconques , fous la condition de ne payer
qu 'en firops , taffias , lettres de change ou
marchandifes importées de France; les autres
denrées manufacturées dans la Colonie demeurant ainfi réfervées au commerce national ; &
cette introduction , exempte de tous droits ,
aura lieu dans les ports du Fort-Royal, de
Saint-Pierre, de la Trinité, & du Marin. ART. VI. La tolérance religieufe la plus abfolue', même
les mariages entre perfonnes de communions
& sectes différentes , auront lieu dans cette
Colonie. \ ART. VII. Les Députés demanderont la suppression
abfolue du droit d'aubaine , également contraire au droit des gens & à l'objet particulier des Colonies, & ils réclameront, en faveur --- Page 159 ---
( 45" ) îles bâtards, la faculté de fuccéder à leurs meres. AR T. VIII. Comme il n'y a point de distinction d'ordre
dans la Colonie (quant aux objets d'intérêts
généraux), les Béputés de la Colonie demanderont à être placés parmi ceux des Communes. ART. 1 X. Les Députés demanderont, d'après la conformité qui doit exifier fur ce point entre les
lois du Royaume & celles des Colonies, que
les Adminiftrateurs n'aient plus de féance
dans les Tribunaux de la Martinique, fi ce n'eft
le jour de leur réception qu'ils y auront entrée,
& y prendront la place qu'ils y ont maintenant , mais fans voix ni fondions. A R T. X. Ils demanderont auffi la fuppreffion du Tribunal appelé Tribunal du Gouvernement, &
que les matieres qui y font portées , foient
renvoyées aux Tribunaux de justice. ART. X 1. Us réclameront auffi pour que les demandes
en caffation j & que toutes les autres fuites --- Page 160 ---
( 46 ) des jugemens rendus par le Confeil supérieur
de la Martinique , foient portées en France
dans les Tribunaux qui feront chargés de pro'
noncer en pareil cas fur les jugemens des Cours
fouveraines du Royaume.
, &
que les matieres qui y font portées , foient
renvoyées aux Tribunaux de justice. ART. X 1. Us réclameront auffi pour que les demandes
en caffation j & que toutes les autres fuites --- Page 160 ---
( 46 ) des jugemens rendus par le Confeil supérieur
de la Martinique , foient portées en France
dans les Tribunaux qui feront chargés de pro'
noncer en pareil cas fur les jugemens des Cours
fouveraines du Royaume. L'Assemblée attend avec confiance du zele
& du patriotifme de fes Députés, qu'ils feront
bien connoître à l'Assemblée nationale l'importance propre à la Martinique dans la maffe des
intérêts généraux & réciproques des provinces
continentales du Royaume, & de fes poffeffions lîtuées au delà des mers. Cette Colonie ne peut offrir à la Nation un
tribut annuel de richefles comparable à celui
de Saint-Domingue ; elle influe cependant au
moins pour un cinquieme activement & passivement dans les foixante & dix millions qui ,
fuivant l'expofé du Miniftre des finances rendu
aux vœux de la Nation, forme la prépondérance de la France dans la balance du commerce ; mais elle a plus qu'aucune de nos Ifles
l'avantage de procurer aux produits du fol & des
fabriques françoifes , un débit important chez
les Espagnols & autres Etrangers. On n'a pu voir fans étonnement, d'ailleurs,
dans la guerre derniere, combien l'industrie
particulierement propre à la Martinique, ha- - --- Page 161 ---
C 47 ) bitée par des propriétaires, l'a rendue promptement & conftamment abondante en moyens
fecourables de tous genres pour les armées
de terre & de mer. On peut toujours attendre
autant de fes moyens en femblables circonftances -, d'ailleurs, indépendamment des facilités que préfentent fes ports & fes anfes , fitués
au vent de l'Ifle, pour la réception des fecours
de France, elle feule poffede un bassin sûr pour le
dépôt des forces navales, un arfenal où peuvent
être sûrement déposés tous les objets des befoins à prévoir en temps de guerre. Dans cette
Colonie feule eft une fortereffe de premiere
importance ; elle a deux hôpitaux considérables , bien situés , & qui raflemblent toutes
les ressources & les convenances les plus propres
à multiplier les effets fecourables de tels établiffemens. Placée à l'entrée du golfe du Mexique,
au milieu des Ifles de cet archipel, plus au vent
que prefque toutes celles que la Francey posseede,
elle fembie défignée parla nature pour être le
point d'appui de leur défenfe commune. M. Moreau de Saint-Méry a également lu le
projet d'une nouvelle ordonnance, tendant à
une meilleure organifation de l'Affemblée coloniale de la Martinique, d'après l'ordonnance
du Roi du 17 juin 1787 , laquelle a été con- --- Page 162 ---
( 48 ) fervée dans tout ce qui n'étoit pas contraire
aux intérêts de la Colonie, ainfi qu'il fuit : Projet d'une nouvelle ordonnance pour la conflitulion de l'Assemblée coloniale de la Martinique, ;
projet d'une nouvelle ordonnance, tendant à
une meilleure organifation de l'Affemblée coloniale de la Martinique, d'après l'ordonnance
du Roi du 17 juin 1787 , laquelle a été con- --- Page 162 ---
( 48 ) fervée dans tout ce qui n'étoit pas contraire
aux intérêts de la Colonie, ainfi qu'il fuit : Projet d'une nouvelle ordonnance pour la conflitulion de l'Assemblée coloniale de la Martinique, ; Sa Majefié a été informée que le parti qu'elle
avoit pris par Ton ordonnance du 17 juin 1787 ,,
d'établir une Assemblée coloniale à la Martinique, y a produit d'heureux effets. Elle s'étoit
déterminée à cet établiflement, comme le dit
l'ordonnance fufdatée , dans l'intention de
porteries habitans des Colonies à chérir encore
plus fa domination, & de les attacher au fol
qu'ils cultivent fans relâche, & dont les productions concourent à augmenter la fplendeur
de l'Etat. Elle a voulu, en les aflociant à leur
propre administration, qu'ils aimalfent davantage les lois & les regles qui doivent les gouverner, & que chaque Colon pût, en quelque
forte, offrir pour le bonheur de fon pays le
tribut de fes lumieres & de fon expérience. Sa Majefté, inftruite cependant qu'il eft poffible de rendre fes intentions encore plus fructueufes, & craignant que l'attente du plan
d'adminiftration provinciale que l' Assemblée nationale doit régler pour l'intérieur du Royaume. & --- Page 163 ---
( 49 ) D & auquel on pourroit faire rapporter un plan
d'administration coloniale , ne prive h M artinique de quelques avantages qui peuvent lui
être allures dès à présent ; elle a trouvé de fa
justice de ne mettre aucun retard danb l'exécution de les vues, & de montrer à fes peuples
que leur bonheur eft l'objet continuel de fa
follicitude. En conséquence , & jusqu'à ce qu'il
en foit autrement disposé, elle a ordonné &
ordonne ce qui fuit. ART. I. Aussi-tôt après la réception de la préfente
ordonnance , les Gouverneur & Intendant de la
Martinique convoqueront tous les Membres de
l'Assemblée coloniale, tenue au mois de février dernier , à l'exception du Commandant
en fécond , du Commiss ire général, ou Commissaire plus ancien des Colonies, & des deux
Députés du Conseil [upérieur ; & ladite Assemblée fe formera de nouveau. ART. 1 A l'ouverture de cette féance , les Gouverneur & Intendant feront donner lecture de la
préfente ordonnance , après laquelle lecture ,
lefdits Gouverneur & Intendant fe retireront
de l'Assemblée. --- Page 164 ---
( 50 ) ART. III. Les autres Membres compofant l'Aflemblée
indiqueront enfuite l'époque de la tenue de
celle qui doit avoir lieu chaque année, & qui
fera compofée déformais comme il eft dit en
l'article V ci-après. ART. IV. L'Assemblée fe formera chaque année , fans
qu'il foit befoin de convocation , & au terme
qui aura été fixé lors de la feffion précédente. ART. V.
Page 164 ---
( 50 ) ART. III. Les autres Membres compofant l'Aflemblée
indiqueront enfuite l'époque de la tenue de
celle qui doit avoir lieu chaque année, & qui
fera compofée déformais comme il eft dit en
l'article V ci-après. ART. IV. L'Assemblée fe formera chaque année , fans
qu'il foit befoin de convocation , & au terme
qui aura été fixé lors de la feffion précédente. ART. V. A l'avenir, l'Assemblée coloniale de la Martinique fera compofée d'un Député de chacune des paroiffcs de la Colonie , ainfi que d'un
Député des propriétaires de maifons, pour chacune des villes du Fort Royal > de Saint-Pierre,
de la Trinité, & du Marin, des quatre Commiffaires du commerce nommés à Saint-Pierre,
d'un Secrétaire, & d'un Secrétaire adjoint. AM T. V I. Les Députés des paroiffes feront élus dans
une Assemblée tenue à cet effet au prefbytere, & à laquelle ne pourront être admis que
ceux qui auront une propriété fonciere &
immobiliaire. --- Page 165 ---
( V ) D 2 A régard des Dépurés des propriétaires de
maifons des quatre lieux défignés, tout propriétaire quelconque de maifons iera admis à
donner fa voix pour la nomination ; mais lesdits
propriétaires de maifons ne pourront, dans
lefdits quatre lieux, voter pour le choix d'un
Député de la paroisse, à moins qu'ils ne poffedent en même temps habitation & maifon. ART. VII. Outre fon Député, chaque paroisse nommera
un Député fuppléant , qui remplacera le Député titulaire dès qu'il fera abfent de l'Affemblée coloniale , foit par maladie ou tout autre,
empêchement quelconque. ART. V III. Les propriétaires des maifons du Fort-Royal,
de Saint - Pierre, de la Trinité, & du Marin,
nommeront aussi un Suppléant à chacun de
leurs Députés, pour le re mplacer, comme il eft
dit en l'article précédent. A R T. I X. Toute perfonne domiciliée dans la Colonie
depuis trois ans, fera éligible en qualité de
Député ou de Suppléant, encore qu'elle ne
puifle être au nombre des Electeurs, d'après --- Page 166 ---
( 52 ) l'article VI, & il ne fera pas néceflaire qu'on
réfide dans une paroilfe , pour pouvoir en être
le Député ou le Suppléant. ART. X. En cas de décès , abfence hors de la Colonie, ou démission de l'un des Députés, son
Suppléant le remplacera de droit à l'Affemblée
colonialee,& la paroifle fera convoquée aufli-tôt
par le Suppléant devenu Député, pour la nomination d'un autre Suppléant. ART. XI. Si c'eft le Suppléant qui, par fa mort, fon
départ, ou fa démission, donne lieu à un nouveau choix, la paroiffe fera convoquée alors
par fon Député, & il fera choifi un nouveau
Suppléant. ART. XII. Les Députés ne feront élus que pour quatre
ans ; ils feront fufceptibles d'être continués par
une nouvelle élection 9 pour quatre autres
années feulement, fans pouvoir être réélus
enfuite , même comme Suppléans, qu'après
quatre ans entiers d'interruption.
départ, ou fa démission, donne lieu à un nouveau choix, la paroiffe fera convoquée alors
par fon Député, & il fera choifi un nouveau
Suppléant. ART. XII. Les Députés ne feront élus que pour quatre
ans ; ils feront fufceptibles d'être continués par
une nouvelle élection 9 pour quatre autres
années feulement, fans pouvoir être réélus
enfuite , même comme Suppléans, qu'après
quatre ans entiers d'interruption. ART. XIII. Les Suppléans feront pareillement nommés --- Page 167 ---
t 53 1 [texte_manquant] pour quatre ans feulement, & foît qu'ils deviennent Députés, foit qu'ils demeurent Suppléais , durant le délai de quatre ans , ils ne
feront fufceptibles d'être continués que pour
quatre autres années , fans pouvoir redevenir
enfuite, ni Députés, niSuppléans, qu'après
quatre ans d'interruption. ,
ART. XIV. Tout Adminiftrateur ou Agent de l'administration de la Colonie , de quelque nature
qu'il puiffe être, ne pourra être nommé Député,
ni Suppléant.. ART. XV. Si les élections donnent lieu à quelques
contestations, elles feront provifoirement décidées par le Préfident de l'Assemblée coloniale ,
faufà y être pourvu définitivement par l'Assemblée coloniale elle-même. ART. XVI. Tout. Député ou Suppléant ne pourra être
admis au nombre des Membres de l'Affemblée
coloniale, qu'en justifiant au préalable de fa
nomination par le procès verbal qui en aura
été dressé à cet effet > & dont l'expédition demeurera aux archives de l'Assemblée, après
quelle en aura vérifié la validité. --- Page 168 ---
( 54 ) A R T. XVII. 1 Tout Député ou Suppléant prêtera entre les
mains du Préfident de l'Assemblée coloniale,
au moment où il y prendra féance > le ferment
d'y répondre à la confiance dont il est dépoli taire , & de s'occuper de l'intérêt de la
Colonie. ART. XVIII. Les féances de l'Assemblée coloniale fe
tiendront au lieu qu'elle aura fixé dans la
feffion précédente , & ce lieu fera toujours
fans aucunes troupes ni garnison. - ART. XIX. À l'ouverture de chaque tenue annuelle, les
membres de l'Assemblée commenceront par
choisir l'un d'entre eux pour Préfident, & ce
choix fe fera au fcrutin & à la pluralité; en
cas d'égalité de fuffrages, l'ancienneté d'age
prévaudra. A R T. ^ X. Le Préfixent, & en fon abfence le VicePrésident, aura la police de l'Assemblée, y
recueillera les voix, prononcera l'avis de la --- Page 169 ---
un D 4. pluralité, indiquera les matieres à délibérer J
fignera les délibérations, & paraphera les regiftres. A R T. XXI. La Préfidence fera renouvelée au commencement de chaque féance annuelle, fans
que, fous aucun prétexte, le Préfident puisse
être plus d'un an de fuite en exercice, ni
réélu qu'après deux années entieres d'interruption. ART. XXII. Le Vice-Préfident fera changé aussi tous
les ans ; il fera néanmoins fufceptible d'être
choifi pour Préfident, &, dans l'un ou l'autre
cas, les dispositions de l'article précédent lui
feront entièrement applicables.
féance annuelle, fans
que, fous aucun prétexte, le Préfident puisse
être plus d'un an de fuite en exercice, ni
réélu qu'après deux années entieres d'interruption. ART. XXII. Le Vice-Préfident fera changé aussi tous
les ans ; il fera néanmoins fufceptible d'être
choifi pour Préfident, &, dans l'un ou l'autre
cas, les dispositions de l'article précédent lui
feront entièrement applicables. ART. X X I I I. En cas d'abfence ou empêchement du Préfident & du Vice-Président, l'Aflemblée nommera , par la voix du fcrutin & à la pluralité, un Vice-Préfident, pro cafu, jufqu'à
ce que le Président ou le Vice-Préfident titulaire puifle reprendre fes fondions : & ne
fera pas , ce Vice-Préfident, fournis aux prohibitions des articles i y & 16 de la préfente
ordonnance. --- Page 170 ---
? 56 ) ART. XXIV. Le Secrétaire, ainfi que fon adjoint, feront
clioifis indifféremment dans toutes les clafles ,
au scrutin & à la pluralité. Ils n'auront point
voix dans l'Assemblée, n'en étant pas. membres. A R T. XXV. Le Préfident, ayant le Vice-Préfident à fa
droite , fe mettra en face du bureau où fera.
îe Secrétaire, & les Députés fe placeront enfuite, en fe mêlant, fans aucune distinction ni
rang particulier. Quant aux Suppléans qui
jugeront à propos d'assister aux féances, quoiqu'ils n'y foient pas en remplacement de
Députés , ils y auront une simple féance, sans
qu'ils puiflent fe mêler aux membres votans
de l'Assemblée. ART. XXVI. Le comité établi par l'article 2 de l'ordonnance du 17 juin 1787, fera porté au nombre de huit Députés, que l'Assemblée coloniale nommera au scrutin, & parmi lefquels
l'Assemblée choifira , aussi au scrutin , un PréCdent & un Vice-Préfident dudit comité. --- Page 171 ---
( 57 ) ART. XXVII. L'Assemblée nommera , de la maniéré prercrite en l'article précédent, quatre Députés,
pour remplacer ceux du comité, dans les cas
de maladie, abfence, ou empêchement, fans
qu'alors le Suppléant de la paroiffe puiffe prétendre à l'entrée au comité, au lieu du Député qu'il remplacera à l'Assemblée coloniale. ART. XXVIII. En l'abfence du Préfident & du Vice Préfident, le comité choifira un Vice-Préfident
au fcru tin. ART. XXIX. L'Aflemblée coloniale obfervera la précaution mentionnée en l'article 12 de l'ordonnance du 17 juin 1787, pour que le comité
intermédiaire ne foit pas renouvelé en entier
au même infiant, bien entendu toutefois que
les fonctions de ce comité ne s'étendront pas
au delà du terme de leur députation.
Vice Préfident, le comité choifira un Vice-Préfident
au fcru tin. ART. XXIX. L'Aflemblée coloniale obfervera la précaution mentionnée en l'article 12 de l'ordonnance du 17 juin 1787, pour que le comité
intermédiaire ne foit pas renouvelé en entier
au même infiant, bien entendu toutefois que
les fonctions de ce comité ne s'étendront pas
au delà du terme de leur députation. A r T. X X X. En cas de partage d'avis, foit dans l'Assembîée coloniale, foit dans le comité intermé- --- Page 172 ---
I 58 1 diaire, la voix de celui qui y préfidera fera
prépondérante, à moins que le Préfident de:
fa féance ne préfere de renvoyer la discussion
à une autre féance, ce qui fera à fon choix. ART. X X X 1. Les délibérations de l'Assemblée feront valables, pourvu que le nombre des délibérant
ne foit pas au deffous des trois quarts : quant
aux a êtes du comité y ils ne feront réguliers
& valides qu'autant qu'il s'y fera trouvé fix
membres. ART. XXXII. Le Receveur de la taxe des negres justiciés rendra tous les ans fes comptes de recette & de dépenfe à l'Assemblée coloniale ,
& la régie & la manutention de cette caifle.
appartiendront au Préfident du comité, qui
délivrera toutes ordonnances nécessaires à cefujet. Les comptes de la recette & de la dépenfe des droits des negres jufticiés, feront
arrêtés triples ; l'un des exemplaires repofera *
avec les pieces au foutien, aux archives de
l'assemblée ; le fécond fera remis au greffe dt»
Confeil fupérieur; le troisieme au Comptable,
pour fa décharge. --- Page 173 ---
( 59 ) XXXIII. Lorfqu'en conformité des articles 21 & 29
de l'ordonnance du 17 juin 1787, l'Affemblée
coloniale , ou le comité intermédiaire, propofera quelque plan aux Administrateurs, &
que ces derniers feront d'un avis contraire a
la propofition , ils feront tenus, avant de l 'adrefler au Secrétaire d'Etat ayant le département de la Marine & des Colonies, de
communiquer leur opinion à l'Assemblée coloniale , fi fes féances durent encore, ou au
comité intermédiaire, s'il en eft autrement;
& le fentiment des Adminiftrateurs y fera débattu : le réfultat de cet examen leur fera renvoyé, & fi, de part ou d'autre, en estime
devoir répliquer, les mémoires feront réciproquement communiqués : de maniere que
Sa Majesté puiffe statuer en définitif en pleine
connoiffance de caufe, perfuadée quelle eft
qu'il ne fe mêlera à cette efpece de difeuflion
qu'un feul fentiment, le défir du bonheur
public. A R T. X X X I V. A l'égard du procès verbal dreffé en confor- "
mité de l'article 26 de l'ordonnance du 17 juin --- Page 174 ---
r foi 1787 , il en fera délivré une expédition aux
Administrateurs qui la feront dépofer au greffe
de l'Intendance , & le Préfident en adreffera
une autre expédition au Secrétaire d'Etat ayant
le département de la Marine & des Colonies;
& une troifieme au Député de la Colonie à
Paris.
égard du procès verbal dreffé en confor- "
mité de l'article 26 de l'ordonnance du 17 juin --- Page 174 ---
r foi 1787 , il en fera délivré une expédition aux
Administrateurs qui la feront dépofer au greffe
de l'Intendance , & le Préfident en adreffera
une autre expédition au Secrétaire d'Etat ayant
le département de la Marine & des Colonies;
& une troifieme au Député de la Colonie à
Paris. ART. XXXV. Le droit de convoquer le Comité appartiendra à fon Président, qui le formera lorfqu'il le
jugera convenable , ou Iorfqu'il en fera requis
par trois membres dudit Comité, A R T. X X X V I. Le Comité enverra à chacune de fes féances
une expédition de fon procès verbal aux Administrateurs, qui le feront dépofer au greffe
de l'Intendance , & cet envoi remplacera la.
communication prefcrite par l'article 28 de
l'ordonnance du 17 juin 1787.. 4
ART. XXXVII.
S'il arrivoit que des circonstances imprévues
donnassent lieu à une Affemblée coloniale extraordinaire , elle ne pourra néanmoins être
convoquée que fur la demande expresse &
motivée , foit de la part de douze Députés, --- Page 175 ---
( 61 ) foît de celle du Comité, adressée au Préfident
de ladite Affemblée coloniale , qui ne pourra
la refufer, & qui en indiquera & l'époque &
le lieu. ART. XXXVIII. Les membres du Comité n'auront d'autre
exemption que celle totale du fervice des milices pour leur Econome, pendant le temps qu'ils
feront attachés audit Comité. ART. XXXIX. L'article 9 de l'ordonnance du 17 juin 1787,
est & demeure fpécialement fupprimé ; & à
l'égard des articles 23 & 24 de la même ordonnance , ils feront & demeureront fans effet
pour les féances à venir de l'Assemblée coloniale , jufqu'à ce qu'il ait été prononcé de
nouveau fur les dispositions qu'ils renferment. ART. LX. Sera au furplus exécutée l'ordonnance du
17 juin 1787 , en tout ce qu'elle n'a pas de
contraire à la préfente , qui recevra elle-même
fa pleine exécution , nonobftant tous édits,
arrêts , & réglemens auxquels Sa Majefté a
dérogé & déroge. Mande & ordonne, Sa Majefté , aux Gou- --- Page 176 ---
( 6* î neur & Intendant de la Martinique de la faire
enregistrer au greffe de l'Intendance, aux Officiers du Confeil fupérieur & aux membres dè
l'Assemblée coloniale de la faire pareillement
regiftrer fur leurs regiftres respectifs, lire,
publier, & afficher par-tout où befoin fera ,
& à chacun de s'y conformer, en ce qui le concerne , & d'y tenir la main. Fait à
é , aux Gou- --- Page 176 ---
( 6* î neur & Intendant de la Martinique de la faire
enregistrer au greffe de l'Intendance, aux Officiers du Confeil fupérieur & aux membres dè
l'Assemblée coloniale de la faire pareillement
regiftrer fur leurs regiftres respectifs, lire,
publier, & afficher par-tout où befoin fera ,
& à chacun de s'y conformer, en ce qui le concerne , & d'y tenir la main. Fait à Après ledure faite dudit projet d'ordonnance , M. Croquet de Belligny a demandé
ade de fa déclaration qu'il ne pouvoit donner
aucun acquiefcement, en fa qualité de membre du Confeil, à l'article premier qui exclut ,
par la nouvelle ordonnance , les deux membres du Confeil qui avoient ci-devant droit
d'assister à l'Assemblée coloniale ; ce qui lui a
été accordé. L'Assemblée a décidé, qu'attendu le petit nombre des membres qui s'y étoient rendus, elle ne
nommera pas dans cette féance les Députés à
l'Assemblée nationale, mais qu'il feroit établi un
Comité, compofé de huit membres , pour veiller aux intérêts de la Colonie , lefquels fe concilieroient avec MM. les Colons de Saint-Domingue & de la Guadeloupe , pour prendre des
délibérations unanimes, relatives à l'intérêt com- --- Page 177 ---
( 63 ) mun des Colonies. MM. Moreau de SaintMéry , le Préfident de Tafcher , le Chevalier
de Perpigna , Dubuc , Dubuc Duferret &
le Comte Dillon , Commissaires nommés dans
la féance du 27 juillet dernier, & MM. Savary
& Renard Belair, nommés Suppléans dans la
même féance, ont été choifis pour former4 le
Comité , lequel fera tous fes efforts pour obtenir du Roi que le projet d'ordonnance , ci-deffus relaté , foit envoyé dans la Colonie, pouc
y être exécuté provifoirement. M. le Comte Dillon a fait une motion tendante à faire un travail relatif à une meilleure organifation des milices de la Colonie;
l'Assemblée , après avoir approuvé la motion,
fa chargé de ce travail, pour être communiqué
au Comité , enfuite à Assemblée. M. Savary a dit qu'il étoit porteur de la
procuration de Madame Thomé , actuellement
à Paris , propriétaire de maifons à Saint-Pierre,
& de celle de M. Lamaletie de Léolyn , actuellement à Bordeaux ; M. Manceau de Beauvoifis a également produit la procuration de
M. Fourniols de Saint-Marc, réfidant à Montfégur ; M. Girault a produit la procuration de
M. de Lucy-Foflarieu , de Bordeaux , propriétaire de maisons. M. le Comte Dillon --- Page 178 ---
( 64 ) n produit auffi la procuration de M. Ducasse
de Nérac , poffesseur d'habitations. Lefdits pouvoirs examinés & trouvés justes,
il a été décidé que ces Meilleurs auroient droit
de repréfenter leurs Conftituans, tant à la préfente Assemblée. qu'aux fubfequentes. L'Assemblée a décidé qu'il feroit inceffamment envoyé .par le Secrétaire , à MM. les
Membres du Comité intermédiaire de la Martinique , une copie des délibérations des trois
féances qui ont eu lieu jufqu'à ce jour.
examinés & trouvés justes,
il a été décidé que ces Meilleurs auroient droit
de repréfenter leurs Conftituans, tant à la préfente Assemblée. qu'aux fubfequentes. L'Assemblée a décidé qu'il feroit inceffamment envoyé .par le Secrétaire , à MM. les
Membres du Comité intermédiaire de la Martinique , une copie des délibérations des trois
féances qui ont eu lieu jufqu'à ce jour. L'Affemblée s'eft féparée, fe rét-érant au zele
du Comité, auquel elle donne pouvoir de
convoquer une nouvelle Aflemblée, lorfqu'elle
le jugera nécassaire. Signé DUBUC, Préfident ;
le Chevalier DE PERPIGNA, Secrétaire. Du dimanche 3° août, onze heures du matin. Conformément au pouvoir remis au Comité
dans la féance du 17 août, l'Assemblée a été
convoquée ce jour. Lecture a été faite de la
derniere léance par le Secrétaire. M. le Président a dit que dans la derniere
féance , l'AfIemblée ne s'étant pas trouvée
assez nombreufe pour nommer fes Députés à
l'Ailemblée nationale, avoit jugé à propos de
différer --- Page 179 ---
( 65 ) E différer cette nomination , qu'il lui paroissoit
convenable de décider fi l'on nommeroic les
Députés aujourd'hui, ou fi l'on différerait encore. Il a en conféquence propofé ces deux
questions. Doit-on nommer, ou doit-on différer? On a été aux voix par afiis & levé, &
la.très grande majorité a été pour nommer des
Députés dans le jour. On alloit faire le fcrutin pour la nomination *
lorsque M. le Chevalier de Perpigna a dit
que MM. le Comte Dillon & le Marquis Duquefne avoient remis au Comité un écrit que
MM. les Députés de Saint Domingue à l'Affemblée nationale les avoient chargés de faire
connoître à 1 Assemblée , lequel écrit a pour
titre : Observations de M. Charton à la motion
de M. Moreau de Saint-Méry, laquelle motion
tendoit à affranchir les Negres dans les Colonies. La lecture faite defdites obfervations, un
de Messieurs sert levé, & a dit que l'inculpation faite par cet écrit à M. Moreau de SaintMéry, au moment où l'on alloit s'occuper de
la -nomination des Députes , fembloit devoir
l'exclure de cette nomination ; qu'il lui paroiffoit juste que M. Moreau de Saint Méry, qui
n 'étoit point à l'Assemblée, eût le temps do --- Page 180 ---
c 66 1 fe défendre, & de connaître les inculpations
qui lui étoient faites ; à quoi il a été répondu
par M. le Comte Dillon , que M. Moreau
de Saint-Méry avoit une parfaite connoissance
de l'écrit dont il s'agit -, que le Comité lui en
avoit fait part, en l'engageant à y répondre;
que M. Moreau'de Saint-Méry avoit répondu
aux instances de M. le Comte Dillon , qu'il
y avoit des hommes au dessus du soupçon, &
qu'il étoit de ce nombre. M. le Comte
Dillon a ajouté qu'il lui paroiffoit jufie de
donner à M. Moreau de Saint-Méry le temps
de produire fa défenfe , & qu'il propofoit en
conféquence de remettre à la huitaine la nomination des Députés : fur quoi l'Affemblée ayant
délibéré, il a été unanimement arrêté que la
féance feroit prorogée au dimanche 6 feptembre, onze heures du matin.
ce nombre. M. le Comte
Dillon a ajouté qu'il lui paroiffoit jufie de
donner à M. Moreau de Saint-Méry le temps
de produire fa défenfe , & qu'il propofoit en
conféquence de remettre à la huitaine la nomination des Députés : fur quoi l'Affemblée ayant
délibéré, il a été unanimement arrêté que la
féance feroit prorogée au dimanche 6 feptembre, onze heures du matin. M. le Chevalier de Perpigna a ajouté qua
M. le Comte Dillon & lui s'étoient donné tous
les foins poffibles pour découvrir M. Charton;
que les affaires de M. le Comte Dillon l'appelant
à Verfailles, M. de Perpigna s'étoit chargé de
fuivre feul le plan de recherches que le Comité avoit tracé ; qu'il s'étoit rendu le vendredi 28 août, à fept heures du matin, chez
M. Charton, rue du faubourg Saint-Martin; --- Page 181 ---
( 67 ) Ea . qu 'il lui avoit montré l'écrit dont il s'agît, en
lui demandant s 'il lavouoit pour être de lui *
à quoi M. Charton avoit répondu qu'il s'en
déclaroit l'auteur ; que la motion de M. Moreau de Saint-Méry avoit été faite le 12 mai,
à cinq heures du foir , à l'Assemblée des Electeurs de Paris à l'archevêché ; qu'auffi-tôt que
M. Moreau de Saint-Méry eut achevé fa motion , il s 'étoit élevé un murmure général
d'improbation dans l'Affemblée; que M. Charton avoit alors pris la parole, pour repréfenter
que l'abolition de l'efclavage feroit un attentat
contre la propriété, & que toute propriété
devoit être facrée ; qu'étant de retour chez
lui, il avoit jeté fes idées fur le papier, qu'il
les avoit envoyées à la prefTe ; & que le lendemain 13 mai, il avoit mis l'écrit en question
fur le bureau de MM. les Electeurs de Paris,
après en avoir fait ledure. M. Charton a autorifé M. de Perpigna à le nommer. Il a été propofé de nommer trois Commiffaires dans l'Assemblée , pour faire de nouvelles informations touchant l'écrit de M.
Charton. L'Assemblée ayant approuvé la
motion , MM. de Châteaugué, Croquet de
Belligny, & Duharoc, ont été choisis pour
cette information. Ces trois Meilleurs ont ac- --- Page 182 ---
( 68 ) cepté , & ont promis de rendre compte de
leurs démarches à la prochaine féance de
l'Assemblée M. le Comte Dillon a lu un mémoire qui
a pour titre : Réflexions rapides préfmtêes à
MM. les Colons de la Martinique, assemblée à
Paris. Après lecture faite dudit mémoire, l'Assemblée a décidé de le remettre fur le bureau,
pour délibérer fur fon contenu en temps Se
lieu. M. le Comte Dillon a propofé que quatre
articles qu'il alloit lire fussent inférés dans les
cahiers. Ledure faite defdits articles, l'AfTemblée a décidé qu'ils feroient remis fur le
bureau , pour y revenir lorfqu'il en feroit
temps. M. le Comte Dillon a lu à l'Assemblée le
nouveau plan d'organifation pour les Milices de la Colonie. L'Affemblée a décidé que
ledit plan feroit remis fur le bureau, pour
délibérer fur fon contenu à la premiere
féance. L'Affemblée s'eft féparée , en séjournant
pour le Dimanche 6 feptembre , onze heures
du matin. Signé, DUBUC , Président ; le Chevalier DE PERPIGNA , Secrétaire.
lu à l'Assemblée le
nouveau plan d'organifation pour les Milices de la Colonie. L'Affemblée a décidé que
ledit plan feroit remis fur le bureau, pour
délibérer fur fon contenu à la premiere
féance. L'Affemblée s'eft féparée , en séjournant
pour le Dimanche 6 feptembre , onze heures
du matin. Signé, DUBUC , Président ; le Chevalier DE PERPIGNA , Secrétaire. --- Page 183 ---
( 69 ) E3 Du Dimanche 6 septembre , onze heures du matin. L'ALfemblée s'eft réunie , conformément à
l'ajournement qu'elle avoit pris le Dimanche
30 août dernier. Lecture a été faite , par le Secrétaire, de la
derniere féance. MM. de Châteaugué, Croquet de Belligny,
& Duharoc 3 Commiflaires nommés par l'Affemblée du 30 août pour prendre des informations touchant l'inculpation faite à M. Moreau
de Saint-Méry par M. Charton , ont fait leur
rapport, & l'ont mis fur le bureau, après l'avoir
figné. Il réfulte dudit rapport, que de douze
Electeurs auxquels MM. les Commiflaires ont
parlé , fur plus de trente chez lefquels ils ont
paffé, il n'y a que le fieur Charton qui ait dépofé
contre M. Moreau de Saint-Méry ; tous les
autres ayant non feulement foutenu qu'il n'avoit rien dit contre les intérêts des Colons,
mais qu'il avoit mérité les plus grands éloges ,
tant pour les diverfes motions qu'il avoit faites , que pour fa conduite dans les derniers
troubles. L'Assemblée a entendu avec la plus grande
satisfaction une justification aussi complette --- Page 184 ---
( 7° ) d'un membre dont la conduite avoit bien
mérité d'elle, & elle s'eft empreffée de lui en
donner un témoignage authentique. M. le Préfident a lu un mémoire pour repréfenter à l'Assemblée le danger qu'il y auroit
pour la Colonie de la Martinique de nommer
des Députés. Lecture faite dudit mémoire, il
a demandé fi l'Affemblée persistoit dans la détermination de nommer des Députés : les voix
prifes par assis & levé , une grande majorité a
été pour l'affirmative. M. le Préfident a demandé que fon mémoire , qu'il a figné & remis
fur le bureau , fût infcrit dans le préfent procès verbal, à quoi l'Affemblée a adhéré. Teneur du mémoire de M. Dubuc , Préfident de
l'Assemblée. Nous avons à pourvoir aux objets fuivans;
& à nous défendre ; 1°. Contre l'affranchissement des Noirs. 2°. Contre l'excès des lois prohibitives.
3°. Contre tout impôt direct fur les Colonies. 4°. Nous avons une conftitution à obtenir
pour notre régime intérieur. Ce dernier objet fera plus régulièrement --- Page 185 ---
( 71 ) E 4
ur du mémoire de M. Dubuc , Préfident de
l'Assemblée. Nous avons à pourvoir aux objets fuivans;
& à nous défendre ; 1°. Contre l'affranchissement des Noirs. 2°. Contre l'excès des lois prohibitives.
3°. Contre tout impôt direct fur les Colonies. 4°. Nous avons une conftitution à obtenir
pour notre régime intérieur. Ce dernier objet fera plus régulièrement --- Page 185 ---
( 71 ) E 4 négocié avec le Miniftre de la Marine, qu'avec
l'Assemblée nationale , & nous avons lieu de
croire qu'il fera favorablement difpofé. J'obferve au refte que l'ordonnance à obtenir ne
peut être propofée' que comme provifoire ,
puifque c'eft à la Colonie elle-même à prononcer fur le régime qui lui convient. A l'égard de l'affranchissement des Noirs ,
des lois prohibitives , & de l'impôt, il paroît
que l'Assemblée nationale n'eft pas favorablement difpofée ; & quand il en feroit autrement , jamais je n'entendrai comment il pourroit nous être utile de reconnoître un Tribunal dont les membres n'ont aucune connoiffance de nos intérêts, & jamais je n'entendrai
comment nous pourrons faire utilement une
partie dans laquelle nous ferions fix , huit ou
dix tout au plus , contre douze cents. Il paroît qu'il fera bientôt décidé que le
Roi aura le veto, au moins fufpenfif; & dans
cet état des chofes , la marche que nous avons
à fuivre eft bi«n indiquée. J'ai dit que nous avions à parer à faffranchiffement des Noirs , à l'excès des lois
prohibitives , & aux impôts directs fur la
Colonie il nous importe donc d'éclairer le
Miniftre fur ces trois objets, pour le mettre en --- Page 186 ---
( 72 ) - .1 état de provoquer le veto, fi l'Assemblée nationale prononçoit contre les Colonies dans ces
trois objets ; & le veto étaet prononcé , nous
ferions alors imprimer les mémoires qui nous
auroient fervi à provoquer le veto , pour éclairer la Nation , & la mettre en état de prononcer en notre faveur dans l'Affemblée formée
pour juger définitivement les lois fufpendues
par le veto. Cette marche eft fimple , & il me femble
que nous ne faurions en prendre une autre dans
les cirçonftances préfentes. Si donc le parti de
nommer desDéputés pour repréfenter les Colons
de la Martinique dans l'Assemblée nationale,
étoit cependant préféré, je désirerois ne prendre aucune part à la nomination de ces Députés , qui, dans ma maniere de voir, ne pourront que nuire à la Colonie. J'obferve au refle que mon avis eft conforme
à celui de tous les Colons de Saint-Domingue, assemblés à Paris en très-grand nombre,
& qui par conféquent ont parmi eux de trèsbons efprits , dont l'avis mérite attention. A
Paris, ce 6 feptembre , dans l'Affemblée des
Colons de la Martinique. Signé, DUBUC.
une part à la nomination de ces Députés , qui, dans ma maniere de voir, ne pourront que nuire à la Colonie. J'obferve au refle que mon avis eft conforme
à celui de tous les Colons de Saint-Domingue, assemblés à Paris en très-grand nombre,
& qui par conféquent ont parmi eux de trèsbons efprits , dont l'avis mérite attention. A
Paris, ce 6 feptembre , dans l'Affemblée des
Colons de la Martinique. Signé, DUBUC. M. Moreau de Saint-Méry a dit qu'il avoit
connoissance que les Gens de couleur libres des , --- Page 187 ---
C 73 ) différentes Colonies, avoient formé une Assemblée chez M. Joly, Avocat, pour délibérer &
'■ fermer des demandes à l'Aflemblée nationale
fur l'amélioration de leur fort dans les Colonies > l'Assemblée a décidé que M. Moreau de
Saint-Méry s'informeroit du réfultat de leurs
délibérations , pour en rendre compte à l'Asfemblée , qui étoit unanimement difpofée à
appuyer toutes les demandes juftes & raifonnables que pourroient former les Gens libres
de couleur. M. le Comte de Dillon a demandé que l'Affemblée ftatuât fur les quatre articles qu'il
avoit propofés à la derniere féance pour être
inférés dans le cahier de la Martinique. L'Asfemblée ayant délibéré fur fa demande , a arrêté que trois defdits articles feroient joints
au cahier , & que le quatrieme seroit envoyé
à l'Assemblée coloniale, qui statueroit fur fon
contenu. Il a été propofé de former le fcrutin pour
la nomination de trois Députes , conformél ment au vœu exprimé par l'Assemblée coloniale de la Martinique , & l'Affemblée a approuvé la motion. M. le Préfident a prévenu l'Assemblée que
fa façon de penfer ne lui permettant pas d'a- --- Page 188 ---
( 74 ) dopter la résolution qu'elle avoit prife de
nommer des Députés , il prioit chacun de
Messieurs de ne point le porter pour Député,
parce qu'il ne pourroit accepter une miffion
aufli contraire à Tes principes. Le fcrutin s'eft formé. Chacun de Meffieuri
a mis fur un morceau de papier le nom du
premier Député qu'il défiroit choifir. L'appel
ayant été fait, chaque membre a dépofé fon
billet dans un chapeau devant M. le Préfident.
Le nombre des votans étant de cinquante-trois,
M. le Préfident a compté le fcrutin, & le compte
s'étant trouvé jufte, MM. Croquet de Belligny,
& Savary ont ouvert les billets. Il eft réfulté
de cette opération, que M. Moreau de SaintMéry, qui a réuni le plus de fuffrages , n'en
a cependant obtenu que vingt-un. Les autres
s'étant trouvés difperfés fur plufieurs membres,
on a eu recours à un fecond fcrutin. Les formalités du fecond fcrutin remplies
comme celles du premier, il eft réfulté que
M. Moreau de Saint-Méry a obtenu vingt fix
voix ; M. le Comte Dillon, douze. Les autres
suffrages étant féparés, il a fallu recourir à un
troifieme fcrutin entre M. Moreau de SaintMéry & M. le Comte Dillon , qui avoient
obtenu le plus de voix. --- Page 189 ---
( 7 5 )
du fecond fcrutin remplies
comme celles du premier, il eft réfulté que
M. Moreau de Saint-Méry a obtenu vingt fix
voix ; M. le Comte Dillon, douze. Les autres
suffrages étant féparés, il a fallu recourir à un
troifieme fcrutin entre M. Moreau de SaintMéry & M. le Comte Dillon , qui avoient
obtenu le plus de voix. --- Page 189 ---
( 7 5 ) Le troifieme fcrutin a été fait de la manières
ci-deffus décrite. Le réfultat a été que M. Moreau de Saint-Méry a obtenu trente-trois
voix, & M. le Comte Dillon quinze ; il y a eu
deux voix de perdues. Chacun des deux compétiteurs n'ayant point voté, & M. le Comte
de la Touche s'étant abfenté, le fcrutin s'eft
trouvé réduit à cinquante voix , au lieu de
cinquante-trois qu'il y avoit eu dans les deux
premiers fcrutins. M. Moreau de Saint-Méry a été nommé
premier Député. Un de Meilleurs s'étant abfenté, il ne s'eft
plus trouvé que cinquante-un votans. Le fcrutin ayant été formé pour la nomination du
sécond Député en la maniere accoutumée, il
en eft réfulté que M. le Comte Dillon a
obtenu vingt-trois voix, & M. le Chevalier
de Perpigna fept. Les autres fuffrages s'étant
trouvés féparés, il a fallu former un fecond
fcrutin. Les formalités du fecond fcrutin remplies
pour la nomination du fecond Député, il en
eft réfulté que M. le Comte Dillon a obtenu vingt-fix voix ; ce qui a ,formé la majorité exigée par la loi, n'y ayant que cinquanteune voix. --- Page 190 ---
( 76 ) M. le Comte Dillon a été nommé fecond
Député. On a procédé à la nomination du troisieme
Député en la maniere ci-deflus expliquée.
M. le Chevalier de Perpigna a obtenu vingtdeux voix, & M. Croquet de Belligny huit.
Les autres fuffrages ayant été féparés, il a
fallu recourir à un fecond fcrutin. Le fecond fcrutin formé en la maniere accoutumée, M. le Chevalier de Perpigna a
obtenu vingt-neuf voix, ce qui lui a acquis
la majorité. M. le Chevalier de Perpigna a été nommé
troifieme Député. Il a été propofé enfuite de nommer des
Suppléans , & combien il en feroit nommé.
Un de Meffieurs a propofé d'en nommer deux»
& que , dans le cas où l'Aflemblée nationale
n'admît que deux Députés, le troifieme Député deviendroit le premier Suppléant. M. le
Préfident ayant pris les voix par aflis & levé
fur cette motion , la très-grande majorité a
été pour l'affirmative. Plufieurs de Meffieurs s'étant retirés , l'AffembLée s'eft trouvée réduite à quarante-cinq
votans. Le fcrutin a été formé en la maniéré
accoutumée pour la nomination du premier --- Page 191 ---
( 77 1 Suppléant. M. la Marquis Duquesne a obtenu
dix-fept voix ; M. Renard Belair, douze; les
autres voix fe font trouvées séparées, & il
a fallu former un fecond fcrutin.
'étant retirés , l'AffembLée s'eft trouvée réduite à quarante-cinq
votans. Le fcrutin a été formé en la maniéré
accoutumée pour la nomination du premier --- Page 191 ---
( 77 1 Suppléant. M. la Marquis Duquesne a obtenu
dix-fept voix ; M. Renard Belair, douze; les
autres voix fe font trouvées séparées, & il
a fallu former un fecond fcrutin. Les formalités du fecond fcrutin remplies
pour la nomination du premier Suppléant, le
nombre de quarante-cinq votans étant toujours
le même, M. le Marquis Duquefne a obtenu
vingt-quatre voix, ce qui lui a alTuré la majorité. M. le Marquis Duquefne a été nommé
premier Suppléant. On a procédé en la maniere ci-dessus détaillée au premier fcrutin du fecond Suppléant.
Le nombre de quarante cinq votans étant toujours le même , M. Renard Belair a obtenu
dix-neuf voix; M. Croquet de Belligny, feize;
Le refte des voix s'étant trouvé féparé, il a.
fallu former un fecond fcrutin. Le fecond fcrutin du fécond Suppléant a
été fait, toujours de la même maniere. M. Renard Belair a obtenu dix-neuf voix; M. Croquet de Belligny, dix-huit ; les autres voix
fe trouvant réparties fur d'autres perfonnes,
il a fallu former un troifieme fcrutin entre ces
deux Meflieurs. Le troifieme fcrutin du fécond Suppléant --- Page 192 ---
178 ) à été fait avec les mêmes foins. Il ne s'est plus
trouvé que trente-neuf votans , attendu que
chacun des deux compétiteurs étoit chargé
de deux procurations & de fa voix ; ce qui a
formé fix voix à déduire de quarante-cinq, &
a réduit le fcrutin à trente-neuf votans. M.
Croquet de Belligny a obtenu vingt-une voix,
& M. Renard Belair dix-fept. Il y a eu une
voix de perdue. M. Croquet de Belligny a été nommé fe.
cond Suppléant. Après la nomination des trois Députés &
des deux Suppléans, M. le Préfident a reçu
d'eux le ferment néceffaire , conçu en ces
termes : « Vous jurez & promettez à la CoIonie de la Martinique de bien & fidelement
» foutenir & défendre fes intérêts , & de vous
» conformer au cahier qui contient fon vœu &
» fes demandes ». Les trois Députés & les deux
Suppléans ont levé la main, en affirmant qu'ils
le juroient & le promettoient. M. le Chevalier de Perpigna a propofé à
4 l'Assemblée de former un Comité dt huit
membres 3 à l'effet de s'aflembler au moins
tous les dimanches , pour que les Députés de
la Colonie puffent s'aider de fes confeils , &
s'éclairer de fes lumieres. Il a été répondu --- Page 193 ---
f 7 9 ) que l'on s'occuperoit du choix des membres
dudit Comité à la premiere féance. II a été
arrêté en outre, que le Comité une fois formé,
chacun de Meffieurs auroit le droit de s'y
préfenter toutes les fois qu'il le jugeroit à
propos.
pour que les Députés de
la Colonie puffent s'aider de fes confeils , &
s'éclairer de fes lumieres. Il a été répondu --- Page 193 ---
f 7 9 ) que l'on s'occuperoit du choix des membres
dudit Comité à la premiere féance. II a été
arrêté en outre, que le Comité une fois formé,
chacun de Meffieurs auroit le droit de s'y
préfenter toutes les fois qu'il le jugeroit à
propos. L'Affemblée s'est féparée en s'ajournant au
mardi, huit Septembre, fix heures du foir.
Signé: DUBUC, Préfident ; le Chevalier de
PERPIGNA, Secrétaire. Du huit feptembre, fix heures du foir. L'Affemblée s'eft formée, conformément à
l'ajournement qu'elle avoit pris le dimanche fix
feptembre. L'Aflemblée a remis au famedi, douze de
ce mois, à nommer les membres du comité,
à cinq heures du soir; & au moment de la
clôture du procès verbal de ce jour, M. le
Préfident ayant témoigné l'impoflibilité de
continuer feS fonctions , l'Aflemblée lui en a
manifesté tous les regrets. Signé : Guillon ,
Guillon pour M. Saint André, Moreau de SaintMéry , le Marquis Duquefne, D. Madey , D.
Madey pour M. Gagneron, D. Madey pour --- Page 194 ---
{te ) M. Gagneron de Jolimont, le Comte Du
quefne, le Chevalier de Perpigna pour madame
la Comteffe d'Ennery, le Chevalier de Perpigna pour M. Bezolle , Corrand Duharoc *
Corrand Duharoc pour M. Puilhery, Corrand
Duharoc pour M. Dumont-Flamette, de Belligny, de Belligny pour madame de Chavannes,
de Belligny pour M. le Chevalier de Montreuil, Sigougne de la Touche, Aladey, Requiem, Terrier Delaiftre , de Perpigna, de
Perpigna pour M. de Perpigna de Bordeaux,
Manceau de Beauvoifis, Manceau de Beauvoifis pour M. Sellier, Manceau de Beauvoifis
pour M. Fourniols S. Marc, Ruhard , Duval
Monville, Girault, Girault pour M. Lucy dé
Fossarieu, Girault pour M. Salles, d'Oiambourg s Savary, Savary pour madame Thomé,
Savary pour M. Leolyn Lamatelie, Delifle
de la Chaflerie, Dupré de S. Maur pour
M. Gradis, le Comte Dillon, le Comte DilIon pour M. Ducaffe des Salines , Gabrie , le
Chevalier Le Jeune de la Motte pour M. le
Comte Bassignac , le Chevalier Le Jeun3
de la Motte, Dubuc pour M. Desbarières,
Dubuc Duferret, Dubuc Duferret pour M. le
Chevalier de Girardin, Dubuc Duferret pour
M.
olyn Lamatelie, Delifle
de la Chaflerie, Dupré de S. Maur pour
M. Gradis, le Comte Dillon, le Comte DilIon pour M. Ducaffe des Salines , Gabrie , le
Chevalier Le Jeune de la Motte pour M. le
Comte Bassignac , le Chevalier Le Jeun3
de la Motte, Dubuc pour M. Desbarières,
Dubuc Duferret, Dubuc Duferret pour M. le
Chevalier de Girardin, Dubuc Duferret pour
M. --- Page 195 ---
( Si ) F: M. de Valmeniere ; Dubuc , Préfident ; Le
Chevalier de Perpigna, Secrétaire. Du fameii 12 feptembre à cinq heures du foir. L'Affemblée s'eft formée ce jour, conformément à l'arrêté du 8 de ce mois.
M. le Préfident ayant prévenu l'Assemblée ;
à la dernière féance, que fes affaires ne lui
permettant plus de remplir les fonctions de
Préfident, ii auroit fallu nommer un Préfident pour le remplacer ; mais l'AfTerpblée, fe
trouvant réduite à douze membres, a arrêté
qu'elle n'étoit pas afïez nombreufe pour choifir
les membres du comité, ni pour élire un Préfident , & elle s'eft ajournée au dimanche 27,
feptembre , à dix heures du matin. Signé : le
Comte Duquefne, Terrier Delaistre, Manceau
de Beauvoins, Sigougnc de la Touche, Guillon , le Comte Dillon , Duharoc, Dubuc Duferret, Moreau de S. Méry, Savary, Le Chevalier Le Jeune de la Motte, Le Chevalier de
Perpigna, Secrétaire. --- Page 196 ---
( 82 ) Du Dimanche vingt-fept feptembre , dix heures
du matin. L'Assemblée convoquée en vertu d'une lettre
adressée à chacun de Meilleurs, & conçue en
ces termes ; Vous êtes instamment prié de vous trouver
à l'assembtée générale des Colons - Electeurs
de la Martinique, dimanche, vingt-fept feptembre, à dix heures très-précifes du matin,
pour délibérer fur un objet important, & qui
intéresse effentiellement la Colonie. Le motif de la convocation exige qu'on insere dans le procès verbal de l'Assemblée générale où vous êtes appelé, la lifte nominative des préfens & des abfens. Il ne s'eft trouvé à une heure & un quart
que les fouffignés, & fur ce qui a été dit
par un de Meilleurs, que l'Assemblée n'étoit
pas aflez nombreufe pour nommer les membres
du comité, il a été arrêté qu'auffi-tôt après
l'admission dts Députés à l'Aflemblée nationale , ils fe pré enteroient tous les dimanches
à Paris, à cinq heures du foir, chez M. Duferret, pour rendre compte de ce qui Ce fera --- Page 197 ---
V
( 8-1 ) F 2 paffé à l'Affemblée nationale de relatif aux
Colonies , & recevoir les avis de chacun de
Messieurs les Electeurs qui se rendront à l'Affemblée que l'on vient d'indiquer, ce à quai
on les invite. Signé: C. Duharoc , Savary ,
Delifle de la Chasserie , Dubuc Duferret p
Giiault, le Chevalier le Jeune de la Motte,
Moreau de S. Méry, Madey, Gabrie, MalIevaux, Dupré de S. Maur, Le Chevalier de
Perpigna , Secrétaire. •
les avis de chacun de
Messieurs les Electeurs qui se rendront à l'Affemblée que l'on vient d'indiquer, ce à quai
on les invite. Signé: C. Duharoc , Savary ,
Delifle de la Chasserie , Dubuc Duferret p
Giiault, le Chevalier le Jeune de la Motte,
Moreau de S. Méry, Madey, Gabrie, MalIevaux, Dupré de S. Maur, Le Chevalier de
Perpigna , Secrétaire. • * Nota. MM. le Comte Dillon & le Marquis Duquefne n'ont pu. fe trouver à l'Affemblée du 27 feptembre , attendu leur abfence en Flandres & en Normandie, ainli qu'ils
l'avoient annoncé dans la féanee précédente. Du dimanche 2S octobre, cinq heures- du foire MM. les Colons de la Martinique assemblés
aujourd'hui 25 oétobre 1789, chez M. Moreau
de Saint-Méry , en vertu de l'arrêté du 27 feptembre , & de la convocation inférée dans fe
Journal de Paris , d'avant-hier, fe font occupés
de la nomination d'un Président & d'un Secrétaire, & leur choix fait au fcrutin, a chargé --- Page 198 ---
( fct ) M. Moreau de Saint-Méry de la préfidence , &
M. le Chevalier de .Perpigna, des fondions
de Secrétaire. M. Moreau de Saint-Méry a rendu compte
à l'Assemblée des démarches faites par les Députés de la Colonie, dès le 3 de ce mois, pour
leur admiffion à l'Assemblée nationale, & de
cette admiffion arrêtée le 14, conformément
au rapport de M. Barrere de Vieuzac, Membre
* du comité de vérification de l'Assemblé nationale : rapport fondé fur les détails fuivans. L'Europe commerçante n'a connu , pendant
longtemps que la Martinique. Agricole, agente
des autres Colonies, commerçante avec l'Amérique Efpagnole & feptentrionalc, désignée par
la nature pour être le point d'appui de la défense de toutes nos Colonies , elle méritoit
d 'occuper une place dans la repréfentation
nationale. Elle l'avoit demandét au ministere
dès le mois de février dernier ; elle avoit autorifé fon Député à Pans 9 M. Dubuc Duferret,
a réclamer des lettres de convocation, & à
rassebler les Créoles & propriétaires 3 pour
élire trois Députés. Le fyftême du Conseil étoit que les Colonies ne députeroient pas à cette tenue d'Etats
Généraux ; & la réponfe particuliere du Mi- --- Page 199 ---
( 85 ) F3 nistre, à la Martinique , étoit qu'elle ne pouvoit pas présenter des Députés qui, étant pris
à Paris , & fans avoir été choifis par juridiction
ou afiemblées des paroisses de la Colonie,
n'auroient pas des pouvoirs fuififans.
fyftême du Conseil étoit que les Colonies ne députeroient pas à cette tenue d'Etats
Généraux ; & la réponfe particuliere du Mi- --- Page 199 ---
( 85 ) F3 nistre, à la Martinique , étoit qu'elle ne pouvoit pas présenter des Députés qui, étant pris
à Paris , & fans avoir été choifis par juridiction
ou afiemblées des paroisses de la Colonie,
n'auroient pas des pouvoirs fuififans. Malgré ce refus , les Colons réfidant à Paris
fe font conftitués en Affemblée d'Eledeurs en
juillet dernier. Ils ont nommé, le 6 feptembre,
trois Députés, M. Moreau de Saint-Méry,
M. le Comte Dillon , & M. de Perpigna ;
M. le Marquis Duquefne & M. Croquet de
Belligni ont été élus Suppléans. La queilion de l'admission & celle du défaut
de lettres de convocation ont été jugées en
faveur de Saint Domingue. La nomination des
Députés, faite par le comité des Colons à Paris,
a été décidée en faveur de la Guadeloupe; &
la Martinique a de plus que cette derniere ,
autorifé le comité à faire l'élection. La question
du nombre doit être traitée fous le même rapport de la population & des contributions.
Cet algebre politique eft fimple ; le comité
croit que 14 mille blancs, 6 mi'le affranchis ,
So mille noirs , 1 million d'impôts directs,
ï million de domaine d'Occident, un cinquième
dans la balance du commerce des Colonies
doivent donner deux Députés feulement à cette --- Page 200 ---
( 86 ) Colonie ; le troifieme Député & les deux
Suppléans devant être admis aux mêmes honneurs & avantages que les Suppléans des autres
Colonies. MM. les Députés & Supplians ont pareillement rendu compte , qu'en s'acquittant des
devoirs & vifites que l'ufage leur prefcrivoit
de rendre , tant au Préfident de l'Assemblée
nationale , qu'aux Minières du Roi, ils avoient
cru remplir le vœu de la Colonie, ei offrant ,
en fon' nom, à M. le Vicomte de Damas, d ins
le discours fuivant, un témoignage des fentimens qu'elle lui a voués. Monsieur le Vicomte, « Les Repréfentans d'une Colonie accoutumée depuis plulieurs années à la fagefle de
votre adminiftration , & que votre abfence ,
même momentanée , a vivement affectée,
trouvent fatisfaifant pour eux de venir vous
renouveier, dans des circonstances qui écartent tout ioupçon de flatterie, l'aflurance des
fentimens d'attachement que les Habitans de
la Martinique vous ont jurés. Nous nous félicitons, M. le Vicomte, d'être les premiers à
éprouver la joie que la nouvelle de votre
la fagefle de
votre adminiftration , & que votre abfence ,
même momentanée , a vivement affectée,
trouvent fatisfaifant pour eux de venir vous
renouveier, dans des circonstances qui écartent tout ioupçon de flatterie, l'aflurance des
fentimens d'attachement que les Habitans de
la Martinique vous ont jurés. Nous nous félicitons, M. le Vicomte, d'être les premiers à
éprouver la joie que la nouvelle de votre --- Page 201 ---
( 87 ) prochain retour caufera à des Colons qui vous
chérifient comme un pere, & qui favent que
leur affection eft votre plus douce jouissance. » Nous fommes charges , M. le Vicomte,
des doléances de lifte de la Martinique. Si elle
n'avoit eu que des Chefs tels que vous ; fi
même l'efpoir de retrouver constamment vos
fentimens & vos principes, dans vos fucceffeurs, lui étoit permis, elle jouiroit en filence
de fon bonheur : mais il lui importe d'obtenir
un régime qui la garantiffe des maux qu'elle a
foufferts plus d'une fois, & elle compte même
fur votre entremise dans tous les cas où vos
vœux pourront fervir les fiens; elle aura alors
le double avantage d'oppofer votre exemple à
ceux qui ne fentiroient pas que la vraie , la
ftule récompenfe des Administraterurs eft dans
le bien qu'ils font, & dans l'amour de ceux
qui font confiés à leurs foins ». L'Affemblée a applaudi à la démarche de
MM. les Députés & Suppléans auprès de
M. le Vicomte de Damas. Il a encore été rendu compte de celle qu'ils
ont faite auprès de M. le Comte de la Luzerne,
relativement au befoin prenant que la Colonie
fe trouve avoir de farines pour fa confomma- --- Page 202 ---
( 88 ) tion, & de la promeffe du Minière de prendre1
cet objet en confidération , lorfque les Députés de la Colonie lui en auront fait une
demande expreffe & par écrit. M. le Préfident
ayant propofé à l'Assemblée d'autorifer les
Députés à former cette demande, fa propofr
tion a été unanimement approuvée. M. le Comte de la Luzerne ayant dit aux
Députés que les Miniftres du Roi étoient
dans l'intention d'interroger l'Assemblée nationale, pour favoir il les affaires des Colonies
feront traitées féparément, comme il paroît
que l'Affemblée nationale l'a penfé elle-même,
puifqu'elle ne s'eft expliquée aucunement à
cet égard , ou fi fes décrets doivent comprendre les Colonies, & y être envoyés à fur &
à mefure qu'ils feront rendus ; les Députés ont
cru devoir faire part de ce projet à l'Aflemblée , ainfi que de l'opinion où ils (ont, comme
MM. les Députés de la Guadeloupe , qu'il
feroit avantageux de demander à l'Affemblée
nationale, qu'un Comité particulier fût chargé
de traiter les affaires coloniales féparément,
attendu leur nature ; avec cette obfervation,
que le régime particulier des Colonies devant
conferver une analogie quelconque avec celui
du Royaume, il convient que les bafes de la
'Aflemblée , ainfi que de l'opinion où ils (ont, comme
MM. les Députés de la Guadeloupe , qu'il
feroit avantageux de demander à l'Affemblée
nationale, qu'un Comité particulier fût chargé
de traiter les affaires coloniales féparément,
attendu leur nature ; avec cette obfervation,
que le régime particulier des Colonies devant
conferver une analogie quelconque avec celui
du Royaume, il convient que les bafes de la --- Page 203 ---
( 89 ) constitution de ce dernier foient fixées & arrêtées , avant que l'on s'occupe de ce qui a trait
aux Colonies. L'Assemblée a adopté l'idée de ce Comité
particulier, & a autorifé les Députés à en former la demande, Cette détermination ayant fourni l'occafion
'd'obferver combien il pourroit être utile, que
pour des objets généraux, les Députés des
différentes Colonies concertaient leurs démarches, il a été arrêté que les Colons de chaque
Ifle s'assembleroient, avec leurs Députés, une
fois par femaine, & même plus fouvent fi les
circonftances l'exigeoient; & que les Députés
& Suppléans de toutes les Colonies fe réuniroient entre eux aussi une fois par semaine 7, ou rpême plus fouvent s'il y avoit lieu , pour
donner un caractere d'unité à celles de leurs
réclamations qui auroient l'intérêt colonial pris
généralement pour objet. Sur la propofition de M. le Comte DilIon , de publier, par la voie de l'impression ,
le procès verbal de la nomination des Députés, & d'envoyer dans la Colonie les délibérations que l'Assemblée pourra prendre, il a.
été arrêté que ce moyen utile & sûr de tenir
la Colonie avertie de ce qui fe fait en fou
nom, feroit employé. --- Page 204 ---
( 90 ) On a fait lecture à l'Assemblée de quatre
pieces imprimées , concernant les Gens de
couleur. La premiere, intitulée, Extrait du procès
verbal de V 'Assemblée des Citoyens libres & propriétaires de couleur des Isles & Colonies françoises, constituée fous le titre de Colons Américains. La fécondé, Extrait du procès verbal de
l'Assemblée des Colons Américains, du 22 septembre 1789. La troifieme , Adresse à l'Assemblé nationale,
pour les Citoyens libres de couleur des Isles & Colonies françoifes, du 18 octobre 178p. La quatrième , Cahier concernant les plaintes ,
doléances, & réclamations des Citoyens libres &
propriétaires de couleur des Ifies Coloniés
françoises. Un Membre a p-ropofé de nommer des
Commissaires pour faire un travail relatif aux
Gens de couleur ; & l'Affemblée a arrêté que
chacun de fes Membres s'en occuperoit, &
que l'on propoferoit à MM. de Saint-Domingue
& de la Guadeloupe de fe concerter fur cet
obj et, foit avant, foit après le travail de
chaque Colonie. --- Page 205 ---
( 91 ) De l'Imprimerie de DEMONVILLE- 1789. L'Assemblée a été terminée, après avoir été
indiquée, par M. le Préfident, à dimanche
prochain cinq heures du foir. Signé MOREAU
DE SAINT-MÉRY , Préfident ; & Le Chevalier
- DE PERPIGNA , Secrétaire. --- Page 206 --- --- Page 207 ---
Tome III. F f * LE POINT DU JOUR,
ou R É S U L T A T de ce qui s 'est passé la veille à
l' Assemblée Nationale.
9. L'Assemblée a été terminée, après avoir été
indiquée, par M. le Préfident, à dimanche
prochain cinq heures du foir. Signé MOREAU
DE SAINT-MÉRY , Préfident ; & Le Chevalier
- DE PERPIGNA , Secrétaire. --- Page 206 --- --- Page 207 ---
Tome III. F f * LE POINT DU JOUR,
ou R É S U L T A T de ce qui s 'est passé la veille à
l' Assemblée Nationale. - N°. CIX. Du Vendredi 16 Octobre 1789. Séance du Mercredi soir. , LES députés d'un peuple aussi ancien que malheureux
ont été reçus à la barre. Leurs triftes & juftes réel mations ont excité l'intérêt le plus vif & le lus touchant. Il
fuffira de lire leur adreffe, pour partager avec l'assemblée
nationale le desir qu'elle leur a témoigné de voir finir
leurs infortunes, & pour applaudir à l'engagement qu elle
a pris dé statuer fur leurs demandes dans le Cours de cette
fession. MESSEIGNE URS, C'est au nom de l'Eternel, auteur de toute justice &
de tcute vérité , au nom de ce Dieu qui, en donnant à
chacun les mêmes droits , a prescrit à tous les mêmes
devoirs; c'eft au nom de l'humanité outragée depuis tant
de siècles par les traitemens ignominieux qu'ont fubi, dans
presque toutes les contrées de la terre les malheureux --- Page 208 ---
(334) descen dans du plus ancien de tous les peuples, que nous
venons aujourd'hui vous conjurer de vouloir bien prendre
en confi dération leur destinée, déplorahle. Par-tout perfécutés , par-tout avilis, & cependant toujours fournis, jamais rebelles ; objets, chez tous les peuples,
d'indignation & 'de mépris, quand ils n'auroient dû l'être
que de tolérance & de pitié. Les Juifs que nous repréfentons à vos pieds , fe font permis d'efpérer qu'au milieu
des travaux importans auxquels veus vous livrez, vous .
ne dédaignerez pas leurs plaintes, vous écouterez avec
quelque intérêt les timides réclamations qu'ils ofent former
au sein de l'humiliation profonde dans laquelle ils font
enfévelis. Nous n'abuserons pas de vos momens, MESSEIGNEURS,
pour vous entretenir de la naturç & de la justice de nos,
demandes ; elles font cosignées dans les mémoires que
: nous avens eu l'honneur de mettre fous ves yeux. Puissions nous vous devoir une existence moins' douIc ureuse que celle à laquelle nous Commis condamnés I
Puisse le voile d'opprobre qui nous couvre depuis'fi longtemps , fe déchirer , enfin, fur nos têtes ! Que les hommes
nous regardent comme leurs frères ; que cette charité divine , qui vous eft fi particulièrement recommandée , s'étende aufii fur vous ; qu'une réforme abfolue s'opère dans
les institutions ignominienfes auxquelles ncus fommes asservis, & que cette réforme , jusqu'ici trop inutilement
ionhaitée , que nous sollicitons, les larmes aux yeux, soit
votre bienfait & votre ouvrage.
fe déchirer , enfin, fur nos têtes ! Que les hommes
nous regardent comme leurs frères ; que cette charité divine , qui vous eft fi particulièrement recommandée , s'étende aufii fur vous ; qu'une réforme abfolue s'opère dans
les institutions ignominienfes auxquelles ncus fommes asservis, & que cette réforme , jusqu'ici trop inutilement
ionhaitée , que nous sollicitons, les larmes aux yeux, soit
votre bienfait & votre ouvrage. La réponse de M. le président a assuré au Juifs un décret prochain sur leurs justes réclamations ; elle a été
applaudie par l'assemblée, avec une forte d'attendrissement
sur les malheurs & les préjugés dest ils sont les victimes. --- Page 209 ---
( 3H ) M. le préfident a annoncé qu'il avoit reçu des lettres
Se plusieurs bailliages & municipalités, qui annoncoient
qu 'ils ne verroient pas avec plaisir leurs députés abandonner les travaux de l'afiemblée nationale, s'ils n'y
étoient autorisés par elle. Cette annonce a été reçue avec
des applaudissemens répétés. Plufieurs membres ont demandés lecture d'une de ces lettres. Celle de ChâteauT hyerry portoit que le bailliage regarderoit comme lâches &
ennemis de la patrie , ceux qui abandonneroient l'assemblée
nationale. Ces expressions dictées par le. patriotifme, ont
été applaudies de plus fort, malgré les réclamations de
deux membres de la nobleffe, qui dcmandoient que les
fignaturcs de cette lettre fuffent constatées ; mais l'opinion
du bailliage de Château-Thyerry eft fans doute celle des
177 bailliages du royaume. Quel citoyen feroit même affez
imprudent pour expofer, dans le moment d'orage, le
vaiffeau de l 'état à périr, en affoblissant la feule ancre
qui le retient au milieu des écueils l'Europe commerçante n'a pendant long-temps,
que la Martinique. Agricole, agénte des autres colonies,
commerçante avec l'Amérique espagnole & feptentrionale,
désignée par tla nature pour être le point d'appui de la
défenfe de toutes nos colonies, elle méritoit d'occuper une
place dans la représentation nationa le. Ell e l'avoit demanminiflère dès le mois de février dernier; elle avoit
autorisé fon député à Paris, M.'Dubuc Duferret, à réclamer
des lettres de convocation, & à raflembler les créoles &
propriétaires pour élire trois députés. Le fyftême du conseil étoit que les colonies ne députeroient pas à cette tenue d'états-généraux ; & la réponfe
particulière du ministre, à la Martinique, étoit qu'elle
ne pouvoit pas préfenter des députés qui, étant pris à --- Page 210 ---
[texte_manquant] Paris, & fans avoir été choifis par jurisdiction ou assemblées des paroisses de la colonie, n'auroient pas des pouvoirs suffisans. Malgré ce refus, les celons réfidans à Paris fe font
constitués en assemblée d'électeurs , en juillet dernier. Ils
ont nomme, le 6 septembre, trois députés, M. Moreau
de Saint-Mcry , M. le comte de Dillon & M. de Peipigna;
M. le marquis Duquesne &. M. Croquet de Belligni ont
été élus suppléans; le rapport de leurs pouvons a été fait
par M. Barrère de Vieusec.
irs suffisans. Malgré ce refus, les celons réfidans à Paris fe font
constitués en assemblée d'électeurs , en juillet dernier. Ils
ont nomme, le 6 septembre, trois députés, M. Moreau
de Saint-Mcry , M. le comte de Dillon & M. de Peipigna;
M. le marquis Duquesne &. M. Croquet de Belligni ont
été élus suppléans; le rapport de leurs pouvons a été fait
par M. Barrère de Vieusec. La question de l'admission & celle du défaut de lettres de convocation awient été jugées en faveur de Saint-Domingue. La nomination des débutes , faite par le comité
des colons à Paris, avoit été décidée en faveur de la
Guadeloupe ; & la Martinique de plus que cette
dernière autorisé le comité à faire l'élection. La question du nombre [texte_manquant] traitée fous le même rapport de la population & des ; contributions. Cet algèbre politique est simple ; i .MismûtM a-cin « que 14 mille blancs, 6 mille affranchis , 80 mille noirs , 1 million d'impôts directs,
1 million des domaines d'occident, un cinquième dans la balance du commerce des colonies, (wVtH'CW t donner deux députés feulement à cette colonie : le troifième député & les deux suppléans ooit été- ' -.amis aux ni &mcs honneurs & avantages que les fuppleans des autres colonies, Un membre du comité des recherchés a fait le rapport
de l'affaire de M. de Bezenval , arrêté lors delà première
révolution de Paris, & détenu prisonnier à Brie-contreRobert, où il eft gardé par un nombreux détachement de
la milice nationale parisienne. Après avoir fait lecture de
la lettre de M. de Bezenval à M. Dclaunai, gouverneur
de la Bastille , de fon mémoire, & après avoir fait men- --- Page 211 ---
( 337 ) tien des lettres écrites par les cantons Suites, au roi &
à M. de Montmorin , l'avis du comité a été de déclarer
M. de Bezenval libre, attendu qu'il n'y a aucune accusation
formelle intentée contre lui. M. Reubel a dit que le comité, avant de donner son
avis, auroit du considérer que l'aflemblée avoit décidé
qu'il feroit formé un tribunal pour juger M. de Bezen val. M. le duc de Liancourt a propofé de le mettre en liberté fur fa parole de fe repréfenter dès qu'il en feroit
requis ; & s'il falloit une caution , il offroit d'en fervir , fi
fa qualité de membre de l'assemblée ne s'y oppofoit pas. M. Moreau de Saint - Mery obser voit que la clameur
publique a accufé M. de Bezenval, qui avoit dû jouer un
rôle dans les appareils militaires qui menaçoient Paris
& qu'il avoit voulu quitter le royaume feus un déguifement ; le comité n'a pas trouvé des preuves, disoit-il,
mais il existe des papiers à l'hôtel de ville ; il feroit donc
imprudent de lui rendre encore la liberté. M. Gleizen difoit qu'on pourroit dutorifer le Châtelet
de Paris à faire des informations avec des adjoints nommés par la commune de Paris. On connoît, ajoutoit-t-il ,
le projet formé contre la capitale ; on connoît les follicitations de cette ville & de l'aflemblée auprès du roi „
pour l'éloignement des troupes; il s'agit de fa voir si
M. de Bezenval, accusé par la clameur publique, est
suffisamment justifié.
M. Gleizen difoit qu'on pourroit dutorifer le Châtelet
de Paris à faire des informations avec des adjoints nommés par la commune de Paris. On connoît, ajoutoit-t-il ,
le projet formé contre la capitale ; on connoît les follicitations de cette ville & de l'aflemblée auprès du roi „
pour l'éloignement des troupes; il s'agit de fa voir si
M. de Bezenval, accusé par la clameur publique, est
suffisamment justifié. M. Dupont de Nemours a développé en motion l'idée
de faire du Châtelet de Paris , un tribunal provisoire pont
informer des crimes de lèze-nation ; mais il faut un décret
formel qui autorise le Châtelet, attendu qu'il ne peut
«onnoître de pareils crimes. Monsieur de Mirabeau pensoit que l'assemblée ne pou- --- Page 212 ---
( 338 ) voit être juge du fonds , mais qu'elle pouvoit décider s'il
y avoit lieu on non à l'accufation ; & que le tribunal
qui feroit établi devroit condamner ou rendre la liberté.
Il demandoit que cette importante quefiion fût ajournée ;
que les pièces de convitlion fussent recueillies, & que l'on
s'occupât inceffamment de la formation du tribunal. « Quand
à l'élargifTement de M. de Eezenval , fous caution qui a
été propofée , j'attendrai , a dit M. de Mirabeau, une eccasion pour faire part à l'affemblée de cette loi des cautions , qui demande un grand examen avant d'être adoptée. » 1 M. de la Ville-le-Roux a observé contre l'offre de la caution , qu'elle n'étoit pas reçue en Angleterre dans lçe
crimes de lèze-naticn. M. de Gouy d'Arcy difoit que le comité n'ayant pas
trouvé de charge ni pièce, il sembloit injuste de prolonger fans corps de délit la détention d'un officier général , réclamé par les anciens alliés de la France, jufqu'à
la création d'un tribunal.. \ Enfin, M. Lanjuinais, fondé fur l'ancienne maxime', que
tcut juge est compétent pour informer, insistoit à ce que
le Châtelet de Paris en fùt chargé provifoirement. Cet avis a prévalu dans l'assembiée qui a adopté la
motion de M. Dupont. Séance d'hier. Si quelque chofe peut faire croire à la régénération de
l'empire, c'tft fans doute l'exemple donné dtjà plusieurs
fois par un âge fi accoutumé à le recevoir. L'ouverture de l'assemblée a commencé pal l'offre d'un
don patriotique, fait par un enfant d'onze ans, consistant
< --- Page 213 ---
( 339 ) en une paire, de boudes , une timbale & un couvert, le
tout en argent. M. le président lui a témoigné combien
l'assemblée étoit fatisfaite de ses fentimcns patriotiques,
& qu il prouvoit qu'il avoit profité delà bonne éducation
que ses parens lui aveient donnée. Il lui a été accordé
d assister à la Séance ; & les représentans de la nation applaudissoient aux mœurs de la régénération prochaine, en
rendant cet hommage à cet enfant citoyer.
& un couvert, le
tout en argent. M. le président lui a témoigné combien
l'assemblée étoit fatisfaite de ses fentimcns patriotiques,
& qu il prouvoit qu'il avoit profité delà bonne éducation
que ses parens lui aveient donnée. Il lui a été accordé
d assister à la Séance ; & les représentans de la nation applaudissoient aux mœurs de la régénération prochaine, en
rendant cet hommage à cet enfant citoyer. Des demandes multipliées de passe-ports ont donné lieu
à plusieurs motions. On a propoféde n'en donner que sur
l.i demande des commettons ; mais M. Target a observé
que les députés, une fois nommés & réunis, ne peuvent
plus fe séparer de l'allemblée, parce qu'ils appartiennent
à la nation , & que le rappel fait par les commettons , ne
pouvoit pas les engager à manquer à ce qu'ils lui doivent.. M. l'évêque de Clermont a dit que l'aissemblée nationale avoit bien voulu lui accorder ces jours derniers un
paffe-port pour favorifer un voyage de quinze jours dont
il avoit besoin pour des affaires urgente;, , & même pour
fa sûreté ; mais que , s'étant apperçu que la multiplicité
des demandes de palle-ports étoit désagréable à l'assemblée , fon dévouement à ce qai peut lui plaire étoit entier ; qu'il oublioit complettement tous les intérêts perionnels, peur demeurer attaché à l'assemblée & qu'il
n'entendoit raire aucun ufage de la grâce qu'elle lui avoit
accordé. M. le vicomte de Beauharnais a porté se s vues plus
loin ; il s'est occupé des élections nouvelles qui pourvoient
avoir lieu dam quelques bailliages ; & fidèle aux grands
principes de l'unité de la représentation , il a remarqué
qu'il y avoit dans la composition de l'assemblée nationale
un vice émané des assem blées bailliagères ; que la divl- --- Page 214 ---
( 340 ) sien en trois ordres étoit une irrégularité qui fe feroit
opposée à ce que nous exercions le pouvoir constituant,
fi les adhérions & adreffes de toutes les villes & provinces
n'avoitnt pas couvert ce vice originel -, M. de Beauharnais a demandé que pour empêcher que l'assemblée ne fe
régénère par les mêmes èlémens vicieux qui ont contribué à fa formation , l'on n'admette plus à l'avenir aucun
député ni fuppléant , autre que ceux dont, l'époque de
l'élection farcit antérieure au grand jcur de la réunioa
des trois ordres. Cette motion a été amendée en fuite par quelques
membres. M. Martineau difoit avec beaucoup de force,
« L'état n'a plus de reflcurces que dans l'exigence de l'afsemblée. Plufieurs perfonnesqui ont démandé des paffeports doivent palier chez l'étranger ; l'anarchie eft par-tout,
tuais il y a plus de sûreté dans la ville de Paris que partout ailleurs. Au furplus c'cfi le moment de présenter fa
tête. Tout homme qui n'est pas réfolu à ce facrifice n'est
pas citoyen : mourons s'il le faut fur le champ de bataille %
& point de passe-ports ».
dans l'exigence de l'afsemblée. Plufieurs perfonnesqui ont démandé des paffeports doivent palier chez l'étranger ; l'anarchie eft par-tout,
tuais il y a plus de sûreté dans la ville de Paris que partout ailleurs. Au furplus c'cfi le moment de présenter fa
tête. Tout homme qui n'est pas réfolu à ce facrifice n'est
pas citoyen : mourons s'il le faut fur le champ de bataille %
& point de passe-ports ». « Nous avons de l'honneur , s'écrioit M. d'Ambli ; permettons à tous de s'en aller , tout le monde restera ; si
nous donnons des paffe-ports , imprimons la lifte de ceux
qui partiront ». M. de Noailles propofoit de faire l'appel de tous les
députés réunis à Paris, & d'imprimer la lifte des abfens ;
M. Desmeuniers adoproit l'idée de faire l'appel, mais huit
jours aprés la première féance, & qu'alors l'affemblée décidcrcit fi elle feroit imprimer la lifte des absens , & fi
l'enverroit dans les bailliages. M. de Failly a demandé
que les suppléans nommés dans fon bailliage, l'ayant été --- Page 215 ---
( 341 ) depuis la réunion, ils foient admiffibles dans le cas où les
députés manqueroient pour caufe légitime. On eft allé aux voix fur les différents amendemens &
motions ; le décret qui en a résulté eft important, furtout par la consécration & l'exécution du principe fur
lequel repofe la conftitution de l'affemblée nationale; principe fécond d'où dérivent tous les droits du citoyen ;
voici ce décrf t : « L'affemblée nationale a décrété qu'il ne feroit plus
accordé de passe-ports que pour un tcmps bref & déterminé, & peur affaires urgentes; quant aux paffe - ports
illimités pour cas de maladie, ils ne feront accordés à
ceux qui les demandent, qu'après qu'ils auront été remplacés par leurs fuppléans. » Décrète également que les fuppléans ne feront nommés
à l'avenir que par tous les citoyens réunis ou légalement
représentés, en telle forte néanmoins que ladite loi n'aura
point d'effet rétroactif pour les suppléans déjà nommés. » Décrète enfin que huit jours après la première féance
de l'affemblée nationale à Paris, il fera fait un appel nominatif de tous les membres , fur fis jusqu'à ce jour à
délibérer fur l'impreflion & envoi dans les provinces des
députés abfens ". On a lu enfuite une lettre du garde-des-fceaux, qui
annonce qu'il s'eft concerté avec la chambre des vacations
du parlement de Paris, pour faciliter l'exécution du décret concernant la réformation de la justice criminelle.
Mais à la fuite de cette lettre, venoit deux mémoires
des minières du roi : On a lu que le premier, qui a trait
à une explication demandée fur deux ar ides de la conftitution , relatifs au pouvoir judiciaire , mais qui intéressoient
l'exiitence du conseil d'état & fa marche dans piufieurs
, qui
annonce qu'il s'eft concerté avec la chambre des vacations
du parlement de Paris, pour faciliter l'exécution du décret concernant la réformation de la justice criminelle.
Mais à la fuite de cette lettre, venoit deux mémoires
des minières du roi : On a lu que le premier, qui a trait
à une explication demandée fur deux ar ides de la conftitution , relatifs au pouvoir judiciaire , mais qui intéressoient
l'exiitence du conseil d'état & fa marche dans piufieurs --- Page 216 ---
( 342 ) des fondions qni lui font attribuées. Les minières demandoient les formes que le confeil devoit fuivre. fi Il n'y a rien d'urgent fur ce point, a dit M. Camus
il faut le renvoyer à un autre moment pour le discuter.
Ce qui a amené le despotifme, difoit-il, c'efl le fyfteme du conleil, ce font tes opérations qui ont usurpé-
& confondu tous les pouvoirs. Je mets en fait que le
conseil d état a tout envahi avec ce mot iApofant,
faire d'administration. Vainement on invoquoit la loi, on
répondait à tout, on couvroit tout du mot d'adminiftration » Un autre membre a demandé qu'il fût établi un comité -
de quatre personnes , peur examiner & faire le rapport Ci4
mémoire miniftenel. M. de Beaumés en deinandoit le renvoi an comité judiciaire. M. Dupcrt propofoit que, jusqu'à ce que l'assemblée eût
détermine l 'orgatiifition du pouvoir judiciaire & des assemblées provinciales, le conseil du roi continuât fes fonctions, à l exception des arrêts du prvpre mouvement & des
évocations des affaires au fond. On cft aile au voix fur ces dernières motions ; et le
décret suivant a été rendu unanimement. « L "assemblée nationale décrété que, jusqu'à ce qu'elleait détermine l' organisation dit pouvoir judiciaire & celle
des administrations provinciales , le conseil du roi eft autorite à continuer fes fondions ccmme par le passé , à l'exception des arrêts du propre mouvement & de ceux portant évocation des affaires au fond , lefquds ne pourront
plus avoir lieu , à compter de ce jour ; décrète en outre
qu il sera pris dans le comité des sept , pour la information
des loix, quatre commissaires pour, examiner le surplus du
mémoire du garde-des-sceaux, 6: en faire leur rapport à
l'assemblée. » M --- Page 217 ---
( ) La lettre du garde-des-sceaux pcrtcît une exposition des
motifs qui l'avoient porté à permettre à la noblesse du
bailliage de Guerct, de s'assembler peur nommer un dép uté ;
ce miniftre a annoncé , que tout étoit suspendu jusqu 'à ce
que l'assemblée eût fait connoitre ses intentions. M. Desmeuniers a observé que la réponse de l'assemblée
au minore , étoit dans le précédent decret : il a été arrêts
en conséquence que M. le prient fera chargé d 'envoyer
dans le jour à M. le garde-des-sceaux , le décret qui venoit
d'être rendu sur la forme de convocation des bai llages
a annoncé , que tout étoit suspendu jusqu 'à ce
que l'assemblée eût fait connoitre ses intentions. M. Desmeuniers a observé que la réponse de l'assemblée
au minore , étoit dans le précédent decret : il a été arrêts
en conséquence que M. le prient fera chargé d 'envoyer
dans le jour à M. le garde-des-sceaux , le décret qui venoit
d'être rendu sur la forme de convocation des bai llages M, Prieur a fait le rapport de l'affaire de Fontainbleau.
Il parcit que cette commune allait être exposée à la licence
& à l'anarchie ; elle fè plaignoit de la réun on du pouvoir
civil & militaire sur la même tête ; elle demandoit fi tout
emploi de ce genre , confié par elle , était amodie a son
gré, si elle pourroit réparer cette erreur au moment ou
elle en reconncissoit le danger ; & fi le citoyen revêtu de
ces deux pouvoirs pouvoit résister au vœ u libre ce la commune , fous le prétexte que fa nomination faite depuis
trois mois, ainsi que celle des autres officiers , étoit autorisée par une lettre ministérielle de M. de Saint-Pricft. Ces quêtions , soumises à l'assemblée, tcnoient aux principes de la liberté des élections municipales ; elle a cru
devoir les confacrer d'avance pour une ville dont le repos
eft fi troublé & qui est souvent honorée de la présence du
Monarque. Voici le décret : « L'assemblée nationale ayant admis à la barre , mercredi foir, MM. Daye , curé de la Paroisse , & Giot,
avocat & contrôleur des actes, députés de la commune de
Fontainebleau , après avoir entendu les réclamations dont
ils étoient charges , & en avoir renvoyé l 'examen au comité des rapports : --- Page 218 ---
( 344 ) » Oui le rapport dans la féance de ce jourd'hui, iç
octobre matin, a décrétée & décréte que M. le préfident
ce i an emblée nationale fera chargé d'écrire à la commune
de Fontainebleau , que, provisoirement & jusqu à ce que
l'assemblée nationale ait organise les municipalités & milices,
chênaies du royaume , les comités civils & de police
doi vent être élus librement & au Scrutin , par les communes assemblées, & prendre fèuls les arrêtés propres à
maintenir 1 èxécution des décrets de l'assemblée nationale ,
la paix & la tranquillité publiques '} que les milices nationales & leurs chefs doivent prêter la main à l'exécutio*
èe ces arrêtés , fans pouvoir les contrarier fous aucun Jrapport ; enfin, que les officiers , tant municipaux que militaires , élus dans cette forme, font les (euls qui puissent
légalement exercer ces fonctions, fans que , feus prétexte
dautoriiation miniftérielle , aucun citoyen puisse , contre
le vœu de la commune, fe perpétuer ou s'immisser dans
ces ,mêmes fonctions. » On a repris la discussion de la loi
projettee fur les attreupemens» M. Target a préfenté un
plan de travail eu cie loi qui a été très-applaudi & renvoyê au comité de conâitution , qui fondra tous ces projets
en un seul.
ces fonctions, fans que , feus prétexte
dautoriiation miniftérielle , aucun citoyen puisse , contre
le vœu de la commune, fe perpétuer ou s'immisser dans
ces ,mêmes fonctions. » On a repris la discussion de la loi
projettee fur les attreupemens» M. Target a préfenté un
plan de travail eu cie loi qui a été très-applaudi & renvoyê au comité de conâitution , qui fondra tous ces projets
en un seul. M. Pethion de Villeneuve a démontré les vices qui fe
trouvoient dans le préambule & dans le projet de loi qui
a été imprima. Il fe plaignoit de ce que la loi confoudoit
- tous les genres de violence , & les frappcit d'une peine
également rigoureuse il fe plaignoit encore, ainfi que
M. Target, de ce que cette loi n'étoit faite que pour Paris
& fes environs , au lieu d'être étendue à tout le
royaume ; il a demande l'ajournement, qui a été prononcé
zvec le renvoi des projets au comité de constitution. M. le duc d'Aiguilles a fait ensuite une motion ten- --- Page 219 ---
( 345 ) dante à ce que l'aflemblée nommât un comité de vingt
perfonnes, dont dix feroient prifes dans la députation de
Paris, pour recevoir les plaintes des corps & des citoyens
de Paris, pour qu'il ne fût reçu aucune députation que
celle de la commune de cette capitale. Quelques membres s'oppofoient à cette exception ; mais il a été arrêté ce
qui fuit : « L'aflemblée nationale conftamment occupé de fes
travaux iinportans, ne voulant perdre aucun infant pour
achever l'ouvrage fi defiré de la félicité publique , » A décrété & décrète , qu'il n'y aura de députation
de Paris admife à la barre de l'assemblée nationale , que
celle des repréfentans de la commune de cette ville ; &.
quant aux adrefles , demandes & plaintes qui pourroient
être préfentées à l'assemblée nationale par les corps, communautés , réunion des citoyens , fous quelque titre que ce
foit, elles feront portées au comité des rapports , qui en
rendra compte enfuite à l'assemblée nationale. » La réclamation de M. Marat, auteur du journal, intitulé
L'ami du peuple, a été ajournée à mardi. Un membre des communes s'eft levé pour demander
que l'assemblée votât des remercimens pour la commune
& pour tous les citoyens de Verfailles. La ville qui a été
le premier théâtre de la liberté françaife, & des orages
auxquels les repréfentans de la nation ont été exposés
tant de fois , qui les a vus avec un intérêt touchant, tant&t
chercher un afyle dans fes temples, tantôt forcés de
transformer un jeu de paulme en autel de la patrie pour
recevoir leurs fermens, ne pouvoit pas être oubliée dans
ces derniers momens. L'assemblée a voté unanimement de
remercier les citoyens de la ville, dont les circonftances im
périeufes les forcent de s'éloigner. D'après les vives réclamations de M. Baudouin, M, --- Page 220 ---
( 346 ) Alquicr a commencé le rapport de l'affaire concetnant
le mandement de M. l'évêque de Tréguier, qui a occafionné quelques troubles en Bretagne. Il a fait feulement
lecture du mandement dont nous donnerons un extrait
incessamment. On a ajourné la lecture & le jugement de la
procédure à la semaine prochaine (mardi). La garde nationale de Verfailles a demandé la permit
mission d 'escorter la caiffe des dons patriotiques, ce qui
lui a été accordé.
commencé le rapport de l'affaire concetnant
le mandement de M. l'évêque de Tréguier, qui a occafionné quelques troubles en Bretagne. Il a fait feulement
lecture du mandement dont nous donnerons un extrait
incessamment. On a ajourné la lecture & le jugement de la
procédure à la semaine prochaine (mardi). La garde nationale de Verfailles a demandé la permit
mission d 'escorter la caiffe des dons patriotiques, ce qui
lui a été accordé. ^ Sur la motion de M. Duport, l'assemblée a décidé qu'il
n'y auroit plus de distinction ni pour le costume, ni pour
les places, même dans les députations & cérémonies. C'eft
par cette délibération que l'assemblée nationale a terminé
lier, à trois heures, fes fcéances à Verfailles, en s'ajournant à la salle de l'archevêché pour lundi, dix heures
du matin. On donnera demain la fin des débats concernant les .biens
ecclésiastiques , l'extrait du mandement 'de M. l'évêque de
Trégu iers, & les articles constitutionnels acceptés. Enfuit c point de feuille jusqu'à mardi. A V 1 S. On souscrit, à Paris , chez CUSSAC, Libraire , au
Palais-Royal, N". 7 & § , & chez les principaux libraires
ce 1 Europe. Le prix de chaque abonnement, de 3o-numéros, est de
6 liv. Pour Paris, & de 7 l. 10 f. , franc de port dans
tout le royaume. On est prié d'affranchir le port des
lettres & de l'argent, fans cette précaution les lettres ne
seroient pas reçues. --- Page 221 ---
RÉFLEXIONS
SOMMAIRES
ADRESSÉES A LA FRANCE E T A LA COLONIE DE S. DOMINGUE. --- Page 222 --- --- Page 223 ---
A RÉFLEXIONS SOMMAIRES ADRESSÉES A LA FRANCE E T . A LA COLONIE DE S. DOMINGUE. LES Miniflres du Roi ont donné, le 27
Odobre, un Mémoire à l'Assemblée Nationale , concernant les Colonies. Ils y ont mis tous les dehors de la fageffe,
de la modération & du refped pour le corps
légiflatif. Ils ont annoncé des vérités palpables auxquelles on ne peut pas fe refufer fans rifquer
de perdre les Colonies : mais timeo Danaos
& doua ferentes. Pourquoi les Minières femblent-ils, depuis que nous exilions, avoir mis --- Page 224 ---
( 2 ) tous leurs foins à fe faire craindre & fufpeder des Colons. Ils insinuent que nous ne pouvons pas avoir,
qu'il ne faut pas nous accorder des Assemblées
Municipales. Cependant ils établirent qu'il faut fur les
lieux un pouvoir, autorifé à faire des réglemens provifoires. Ainsi, je vois les Colons privés du droit
imprefcriptible de fe faire entendre fur leurs
intérêts les plus preffans. Je les vois toujours livrés aux administrateurs , à deux mille lieues de tout recours. . Mon imagination effrayée du passé, s'alarme d'une insinuation injuste & funefte.
J'oublie tout ce que le Mémoire préfente de
favorable ; je ne trouve plus dans cet écrit
qu'une invitation infidieufe de ne faire aucune innovation au régime des Colonies, &
mon efprit fe laiffe emporter à la confidération effrayante des conféquences qui en
réfultent.
plus preffans. Je les vois toujours livrés aux administrateurs , à deux mille lieues de tout recours. . Mon imagination effrayée du passé, s'alarme d'une insinuation injuste & funefte.
J'oublie tout ce que le Mémoire préfente de
favorable ; je ne trouve plus dans cet écrit
qu'une invitation infidieufe de ne faire aucune innovation au régime des Colonies, &
mon efprit fe laiffe emporter à la confidération effrayante des conféquences qui en
réfultent. C'est-à-dire, que le Minière de la Marinéy
& fous lui les Administrateurs , doivent conferver toute leur autorité avec la libre faculté d'en abufer. J --- Page 225 ---
(3) A ij C'est-à-dire, que lorfque le Ministre est
presque toujours un homme qui ignore complettement ce que c'est que les Colonies,
il aura le droit de les diriger au gré de fon
ignorance & de fon caprice , ou des fuggeftions de l'intrigue. C'efi-à-dire, que des Adminiflrateurs triennaux , qui n'ont pas le tems de connoître le
pays qu'ils gouv ernent, pourront tout faire
impunément à deux mille lieues. C'efl-à-dire , qu'un confeil unique , asservi
au Gouvernement par fa constitution, fubfiftera pour être l'instrument, & non pas le
contre poids de leur toute-puiftance. C'est-à-dire, que les malheureux Colons
n'auront d'autre juge de toutes les bévues,
de tous les caprices , de tout le despotisme
de ces fubalternes, que les Miniftres qui ne
favent juger que fur leur rapport. C'eft-à-dire, que les malheureux Colons
n'auront d'autre ressource contre les erreurs
du Ministre que la vanité & l'entêtement de
ce Ministre. C'eft à-dire, que lorfque la France rompt
les chaînes oppressives du pouvoir Ministériel , les Ministres veulent s'en venger fur
les Colons. --- Page 226 ---
(4) C'est-à-dire, que lorfque la Nation a repris
fa puifTance législative pour la liberté & le
bonheur de la France, c'en à la Nation
même que les Minières ofent s'adrefler pour
qu'elle sanctionne irrévocablement le malheur des Colonies françoifes. Ah ! fans doute nos Députés tonneront à
l'Aflemblée Nationale contre cette tentative !
Mais moi, Colon , créole , propriétaire , citoyen , moi, nommé, le premier. Député de
la partie la plus importante de S. Domingue,
mais que des circonflances malheureufes ont
fait arriver trop tard pour entrer, comme
mes collègues, dans ce sanctuaire augufte ; je ferai entendre ma foible voix pour la défenfe & le bonheur de ma patrie. Quelle est donc la conduite de M. de la
Luzerne (I)? (i) Une lettre du Cap, du 3 Septembre, porte
que la veille il est arrivé trois navires des ports de
France, fans aucune lettre 3 que chaque capitaine
étoit muni d'un certificat portant que leurs facs
avoient été retenus aux bureaux des claffes du lieu
du départ. Cependant les passagers ont parlé, & cette
précaution a augmenté l'effroi que leur rapport a -
infpiré. Ces navires ont dû partir en Juillet ; & --- Page 227 ---
m A iij Malgré les jufles, vives & confiantes réclamations des Colons réfidens en France & à S. Domingue , il les a écartés tant qu'il
a pu des Etats-Généraux, il s'est oppofé de
tout fon pouvoir à ce que la Colonie nommât des Députés. Par l'énergie de ses habitans, elle en a nommé en dépit de lui &
de ses Administrateurs. Ils ont porté leur réclamation à l'Assemblée Nationale.
--- Page 227 ---
m A iij Malgré les jufles, vives & confiantes réclamations des Colons réfidens en France & à S. Domingue , il les a écartés tant qu'il
a pu des Etats-Généraux, il s'est oppofé de
tout fon pouvoir à ce que la Colonie nommât des Députés. Par l'énergie de ses habitans, elle en a nommé en dépit de lui &
de ses Administrateurs. Ils ont porté leur réclamation à l'Assemblée Nationale. Alors une insurrection de tous les propriétaires résidens à Paris s'efl formée à l'hôtel de Massiac, contre la députation. M. de
la Luzerne eft accusé de l'avoir fomentée. Je l'ignore ; mais les Députés ont été admis
fans égard à cette oppofition. L'intérêt commun devoit l'emporter fur -
les pallions & les rivalités infidieufement
provoquées. L'hôtel de Massiac & la députation fe apurement les Commissaires aux classes n'ont pas
pris fur eux de retenir leurs lettres. M, de la Luzerne a voulu dérober à la Colonie la connoissance
de la révolution. Je veux qu'il ait eu des motifs
, populaires même ; mais la correfpondance
importante du commerce a été fufpendue fort inutilement. --- Page 228 ---
( 6 ) réunifient pour demander une Assemblée
Coloniale qui pût faire entendre fa voix. M. de la Luzerne eft forcé de céder. Après
une conférence tenue par les Commiflaires
respectifs , en préfence de tous les Minières,
il charge ces Commissaires de fe concilier
fur un plan de convocation ; ce plan est
dressé , arrêté, préfenté à M. de la Luzerne,
qui promet de l'envoyer avec les ordres
nécessaires. Pendant que les Colons & les Députés fe
repofent fur la foi du Ministre du Roi > le
Mémoire du 27 Octobre paroît. Quand M. de la Luzerne a promis l'Affemblée Coloniale, a-t-il efpéré qu'elle défavoueroit la députation f a-t-il assez compté
fur le pouvoir Se les intrigues de fes Administrateurs ? A-t-il perdu depuis cet espoir ? Je l'ignore ; mais il fait présenter à l'Asfemblée Nationale des insinuations funefles
à la Colonie, & d'autant plus dangereuses,
qu'elles peuvent être accueillies à la faveur
de plusieurs vérités frappantes. Je ferai impartial fur les unes & fur les
autres. --- Page 229 ---
( 7 ) A iv Je laisse à l'Aflemblée Nationale le droit
de juger M. de la Luzerne. • On répand que la dépuration , allarmée
de la (i) tentative des Ministres, va jnfqu'à
demander que l'Affemblée Nationale forme
un plan de conflitution pour les Colonies.
Je fais qu'on fe trompe. D'abord l'Assemblée Nationale, composée
des Députés des provinces de France , ne
peut pas affez connaître un pays-fitué à 2000
lieues, qui ne ressemble en rien à la Franc?,
pour que fa profonde sagesse puisse fe porter à lui faire une conflitution : c'est une vérité
fi facile à fentir, qu'on n'a pas befoin de la
développer ni de la démontrer. Les Députés des Colonies font trop fages,
trop modestes, pour prendre fur eux cette
tâche effrayante; leurs pouvoirs ne les y
autorisent pas : c'eft alors qu'ils feroient défavoués. Les Colons résidens en France (& moi
plus que les autres ) ; en font encore plus (1) Ce bruit caufe dans ce moment une nouvelle
insurrection de l'hôtel de Massiac, auffi mal conçue
que la première , &, je l'efpère, auffi inutile.
putés des Colonies font trop fages,
trop modestes, pour prendre fur eux cette
tâche effrayante; leurs pouvoirs ne les y
autorisent pas : c'eft alors qu'ils feroient défavoués. Les Colons résidens en France (& moi
plus que les autres ) ; en font encore plus (1) Ce bruit caufe dans ce moment une nouvelle
insurrection de l'hôtel de Massiac, auffi mal conçue
que la première , &, je l'efpère, auffi inutile. --- Page 230 ---
( 8 ) incapables : ils font encore plus incompétens. La Colonie eft toute à S. Domingue ; c'eft
aux propriétaires à y réunir leurs lumières ;
& dans ces momens de crife , c'eft Tans doute
ce qu'ils ont de mieux à faire. Les loix d'un pays , pour être bonnes,
doivent fe faire fur les lieux & par les plus
fages. Pour être vraiment des loix , elles doivent
fe faire par le Peuple ou par fes Représentans légalement nommés ad hoc. C'eft la raifon univerfelle, reconnue &
fanctionnée par les décrets de l'Assemblée
Nationale. Une expérience fatale nous apprend que
ces principes doivent être respectés, surtout pour les Colonies. MM. de Larnage & Maillard font les deux
feuls Admininrateurs, qui, avec du fens &
de la vertu, aient gouverné allez long-tems
la Colonie pour la connoître. Les règlement
qu'ils ont faits & les loix qu'ils ont suggérées.
au Gouvernement, font les meilleurs que
nous ayons. Lorfque dans ces derniers tems le Ministre le plus aveuglément réglementaire qui --- Page 232 ---
. ( 10 ) événemens & les désastres engendrent. Mais
ce n'est pas à dire que les Colons ne doivent
pas être entendus; au contraire, plus la diftance force de donner de pouvoir aux fubalternes, plus il faut les éclairer & les
contenir. Je vais plus loin ; nous n'avons pas befoin à S. Domingue d'une nouvelle constitution ; il est inutile & trop dangereux d'y
penfer. On Cent que celle que nous avons, étant
abfolument miniflérielle , s'exerçant à deux
mille lieues par des fous- ordres, elle a dû
tendre tous les jours à l'arbitraire avec d'autant plus de rapidité que les réclamations
n'ont guère pu parvenir de fi loin, & n'ont
pu arriver qu'aux Minières. On fent que des
abus fans nombre ont dLi la corrompre &
l'empoifonner. Eh bien, malgré ces abus, la Colonie,
par la force de fort tempérament, efl parvenue à un point de fplendeur qu'on ne
pouvoit pas efpérer. Ce fait incontefiable posé, j'en conclus
que le fond de ce régime efl bon & convenable , & qu'il ne faut qu'en corriger les
abus pour nous assurer tout le bonheur --- Page 233 ---
( 11 ) qu'un peuple peut attendre de fa constitution. Je considère l'état affreux où la France
est plongée , parce que des circonflances
impérieufes ont obligé l'Aflemblée Nationale
à renverfer la conftitution vicieule qui dévoroit rapidement le royaume, pour en créer
une toute nouvelle. Je defire, j'efpére , je crois fermement
que cette anarchie momentanée cessera, parce
que les Législateurs font fages, habiles, &
connoissent bien le pays qu'ils doivent régler. Mais je considère qu'une femblable crife
portée à S. Domingue, est fans remède, à
caufe de quatre cent mille efclaves prêts à
profiter du moindre défordre. Il efl bien évident que l'Assemblée Nationale ne peut ni ne doit prendre fur elle
de donner à un pays qu'elle pe connaît pas,
une conflitution toute nouvelle.
anée cessera, parce
que les Législateurs font fages, habiles, &
connoissent bien le pays qu'ils doivent régler. Mais je considère qu'une femblable crife
portée à S. Domingue, est fans remède, à
caufe de quatre cent mille efclaves prêts à
profiter du moindre défordre. Il efl bien évident que l'Assemblée Nationale ne peut ni ne doit prendre fur elle
de donner à un pays qu'elle pe connaît pas,
une conflitution toute nouvelle. Est-ce aux Colons de l'entreprendre ? Plus on gémit fous l'arbitraire, plus on
détourne fon efprit & fes regards de la
chofe publique & des matières du Gouvernement, Le plus grand nombre est venu à S, Do- --- Page 234 ---
( 12 ) mingue pour faire fortune ; le refte cultive
fon champ ou le confie à un étranger pour
venir jouir des délices de la France. Tous
tendent vers ce but, tous hâtent à force de
travail ce moment defiré. L'intérêt perfonnel abforbe toutes les idées,
chacun ne voit, n'étudie que fa culture ou
fon état & tout-à-coup nous oferions
nous faire légiflateurs ! nous oferions renverfer une constitution pour en créer une
nouvelle ! Ah ! gardons nous - en , fi nous
ne voulons nous perdre : fentons notre incapacité & l'énormité de cette tâche. Mais lorfque la France, plus éclairée, Ce
régénère, lorfque la Nation reprend fes droits,
lorfque chaque fujet devient citoyen , lorfque les bafes du bonheur & d'une fage liberté font pofées , & que l'édifice s'élève
majeflueufement au milieu des dangers méprifés & des difficultés vaincues ; nous auffi
en fans de la patrie, nous, qui avons fur nos
frères cet avantage d'avoir affronté les mers
& un climat dévorant, pour verfer dans fon
fein des richeffes immenfes qui ne lui ont
rien coûté , n'aurons - nous pas le courage
d'afpirer au même bonheur? ne nous en montrerons-nous pas dignes par notre sagesse £ --- Page 235 ---
( 13 ) A Dieu ne pTaïfe. Les Ministres fe font trompés grossièrement, s'ils l'ont penfé ; mais ils ne tromperont ni nous , ni l'Affemblée Nationale. Nous avons le droit imprefcriptible & fa-
, cré de nous faire entendre fur nos intérêts
perfonnels & réels, comme hommes, comme
propriétaires , comme citoyens. Nous le réclamons de la loi. Nous le reprendrons, s'il le faut, & s'il fe
peut, fans violence, de la force injuste qui
nous Pauroit arraché. On nous accordera des Affcmblées Coloniales ou nous les formerons, nos
armes défenfives à la main & dans ce
moment de juflice & de lumière fi glorieux
pour le Roi & la Nation , les Miniftres n'oferaient nous en empêcher , par respect pour
le Roi & pour la Nation. Mais alors, mes chers Compatriotes, c'eft
à vous que je m'adresserai, & puiffiez-vous
entendre ma voix patriotique ! Les bafes fur lefquelles vos fortunes repofent peuvent devenir meilleures : elles en
ont besoin ; mais fi vous les détruifez toutà-coup , vous renverferez un édifice que vos
glorieux
pour le Roi & la Nation , les Miniftres n'oferaient nous en empêcher , par respect pour
le Roi & pour la Nation. Mais alors, mes chers Compatriotes, c'eft
à vous que je m'adresserai, & puiffiez-vous
entendre ma voix patriotique ! Les bafes fur lefquelles vos fortunes repofent peuvent devenir meilleures : elles en
ont besoin ; mais fi vous les détruifez toutà-coup , vous renverferez un édifice que vos --- Page 236 ---
( 14) mains ne peuvent pas relever assez tôt pour
en sauver mcme les débris. Déliez-vous de vos lumières, même de
Votre zèle. Sentez qu'il vaut mieux laisser subsister
les abus quelque tems, que de s'expofer à
tout ruiner; & heureusement, il faut en convenir , les abus ne font pas fi pernicieux qu'ils
ne puissent fe prolonger fans un péril immÎnent. Occupez-vous d'abord d'un plan de constitution de vos Assemblées. Le Ministre de la Marine prétend que vous
êtes trop attachés à vos cultures, qu'elles
exigent trop votre préfence pour qu'il vous
foit possible de vaquer à des fondions publiques. Lui sied-il d'abord de faire cette
objection, lorsque par un calcul defpotique,
& pour réunir tout le pouvoir dans la main
des Adminiflrateurs, par le moyen d'un confeil unique, leur efclave , le Ministère a pu
arracher les habitans de la partie du nord à
leur culture pour aller défendre au loin leurs
propriétés? Ce qu'il faut faire pour être plaideurs , nous ne le ferions pas pour être citoyens & patriotes ? --- Page 237 ---
( 15 ) Enfuite, réduifez cette objection à fa jufle
valeur. Au lieu d'une Aflemblée unique établie
dans le chef lieu, très-diflant des extrémités
de la Colonie, établissez-en trois, dans les
principales villes, fi vous ne pouvez mieux
fane ; qu'elles correfpondent & fe concilient
pour les objets d'un intérêt commun, ou
qu'il y ait, à des époques plus éloignées ,
des Affemblées générales; que, fi elles ne
peuvent pas être permanentes, des Comminions intermédiaires les remplacent avec
des pouvoirs très-limités. Voyez là-dessus un
Projet de la Chambre d'Agriculture du Cap ,
qu'on n'a pas daigné examiner ici , & qui
mérite au moins de l'être. Que vos Affemblées soient peu nombreufes, mais bien choses ; que par la gradation des Assemblées primaires & fccondaires,
les Repréfentans foient véritablement nommés par tous les propriétaires fans distinction j
réglez enfuite sagement, comme l'Aflemblée
Nationale, l'éligibilité des Représentans; déterminez les féances, fuivant les convenances locales. Lorsque vous demanderez des pouvoirs,
ou que vous reprendrez ceux qui vous ap- --- Page 238 ---
( 16) partiennent, ne foyez pas timides; maisfoyez
infiniment circonfpeâs lorsqu'il fera question
d'en user. Réparez les bévues récentes & destructives
du précédent Ministère trop soutenues par
celui-ci. Je ne vous parle pas de l'ordonnance des gestions, fa propre ineptie l'a
condamnée à l'oubli & à la défuétude. Le
cri général de la profcription s'eft élevé contre celles dont l'exécution a été aduelle &
forcée.
timides; maisfoyez
infiniment circonfpeâs lorsqu'il fera question
d'en user. Réparez les bévues récentes & destructives
du précédent Ministère trop soutenues par
celui-ci. Je ne vous parle pas de l'ordonnance des gestions, fa propre ineptie l'a
condamnée à l'oubli & à la défuétude. Le
cri général de la profcription s'eft élevé contre celles dont l'exécution a été aduelle &
forcée. Que la partie du Nord rappele, finon
fes Juges fouverains, au moins le Tribunal.
Que la partie du Sud en demande un. Examinez s'il feroit poffible (comme il feroit
beau & utile) de rendre leurs nobles fonctions gratuites; que les fanduaires fuprêmes
de la Justice ne foient plus habités, que fes
oracles ne foient plus rendus que par des
Magistrats - propriétaires ; que l'administration
& l'épée cessent d'y avoir cette influence fi
defpotique & fi pernicieufe dans les eau fes
privées comme' dans les affaires publiques.
Renfermez ces Tribunaux dans la fonction
de juger les procès. Demandez ou reprenez le droit de repartir
l'impôt, unique que nous devons pour les befoins --- Page 239 ---
( 17 ) B soins de la Colonie, & de vous faire rendre compte par l'Intendant, de l'emploi
qu'il en a fait. Que tout Adminiflrateur, tout homme en
place soit comptable aux Assemblées Coloniales des abus de Ton autorité, & qu'elles
puissent le citer & le faire punir. Sur- tout, qu'aucune Loi nouvelle ne puisse
être exécutée qu'après la vérification & la
fandion des Affemblées Coloniales; que l'abrogation des anciennes ne puiffe pas leur
être refusée; que celles qu'elles voudront propofer foient rendues fur le champ ; que dans
les cas urgens & les réglemens provifoires,
leur décret prévaille fur l'opinion des Adminiflrateurs; que dans les autres, ceux-ci n'aient
qu'un veto suspensif. Mais en général, foyons très-circonspect,
tifons peu de nos droits, laiflons subsister
la machine \ si quelque ressort paroît défectueux j ne le supprimons que pour le
remplacer fur le champ; coupons les branches paralites, mais confervons l'arbre. Sans doute il y a peu d'efprit public à
Saint-Domingue, & j'en ai dit la raifon ;
mais cet efprit fe développera lorsqu'il pourra
fe montrer & s'exercer librement; & ne --- Page 240 ---
( i8) l'a t -on pas vu paroître avec énergie quand
il a fallu nommer des Députés fous les yeux
& fous la verge du defpotifme, qui s'y oppofoit avec astuce comme avec force? D'ailleurs prefque tous les propriétaires
fe sont soustraits à un Gouvernement toujours inquiétant -, un régime plus doux les
rappellera, & ils auront plus de patriotisme
comme plus d'intérêt à la chofe publique. Il y a peu de lumières à Saint-Domingue
fur les matières du Gouvernement, j'ai encore dit pourquoi ; mais nous avons la même
aptitude que nos Compatriotes. L'efpoir de
faire ufage de ces lumières les fera defirer.
La liberté de la preffe, établie pour nous
comme pour la France, les propagera. Dans
les Assemblées Coloniales, elles fe fortifieront en s'appliquant aux objets convenables;
& avec la circonfpeélion que je recommande ,
nous ferons assez-tôt, quoiqu'à la longue,
en état de nous faire une bonne constitution
fur les bafes de l'ancienne.
Compatriotes. L'efpoir de
faire ufage de ces lumières les fera defirer.
La liberté de la preffe, établie pour nous
comme pour la France, les propagera. Dans
les Assemblées Coloniales, elles fe fortifieront en s'appliquant aux objets convenables;
& avec la circonfpeélion que je recommande ,
nous ferons assez-tôt, quoiqu'à la longue,
en état de nous faire une bonne constitution
fur les bafes de l'ancienne. On voit bien que je ne propofe pas de
prendre purement & simplement le pouvoir
législatif, comme l'Affemblée Nationale l'a
fait; je ne crois pas que cela convienne aux
Colonies, qui ne font que comme des Pro- --- Page 241 ---
( 19 ) B ij vinces. Mais que ce pouvoir refle à l'A ssemblée Nationale, nous devons être écoutés, confultés, crus fur ce qui nous intérefle, fur-tout
parce que nous foimnes comme inconnus ici
par notre grand éloignement. Que des intriguans qui fe difent Colons pour
avoir été à Saint-Domingue, que des gens
exaltés qui n'ont de mérite qu'un efprit d'innovation & d'audace, veuillent tout renverfer; écartons de nos confeils ces hommes
dangereux -, la lenteur & la modération dans
le bien même ne peuvent que le rendre
meilleur. J'ai entendu, en frémi ssant, parler de faire
scission avec la France, & de nous donner
à une Puiffance étrangère, de rompre avec
le commerce de la Métropole, de nous
rendre indépendans. Nous rendre indépendans! quelle abfurdité ! avons-nous une marine ? des moyens
de défenfe ? pouvons-nous en avoir ? Tant que nous appartiendrons à la France,
pouvons-nous efpérer qu'elle biffera enlever
à fen commerce, qui fait fa force, nos productions & nos confommations qui le soutiennent? Est-il juste que nous le defirions?
ne fommes-nous pas enfans de la famille? --- Page 242 ---
( 20 ) ne devons nous pas à la Patrie le tribut de
nos denrées lorsqu'elle nous les paye? ne
devons-nous pas de la reconnoissance au
commerce national? qui de nous ou de nos
pères n'a pas défriche fa terre par les avances
du commerce? plusieurs d'entre nous font encore débiteurs de ces avances, en tout ou en
partie. Il s'est enrichi avec nous, oui; mais nous
nous sommes enrichis avec lui ; & parce que
mon créancier a reçu un honnête intérêt, fi
le prêt a été le fondement de ma fortune,
en dois-je être moins reconnoiffant ? Au surplus, ne considérez pas le commerce
en lui-même; vous devez vos fecours à la
mère patrie, par cette feule raifon que vous
êtes fes enfans. Mais le commerce met trop de rigueur
dans le régime prohibitif, cela eft vrai; mais
ce n'en pas une raifon pour fupprimer ce
régime, puifqu'il eft une conféquence néceffaire de notre effence, & que les Colonies
ne font utiles à leurs Métropoles que par-là.
Il faut le fixer dans de juftes bornes. Il faut
que le commerce étranger foit appelé d'une
manière lucrative, à nous fournir ce que la
France ne peut pas nous procurer, ou abfo- --- Page 243 ---
(21) B iij lument, ou suffisamment, ou à un prix modéré qui facilite le foulagement & la conservation de nos Nègres; il faut que, dans les
tems de calamité, l'appât du gain fur nos
denrées Coloniales invite à nous nourrir, un
peuple à qui la nature a donné le froments
& que la Providence femble avoir placé tout
exprès auprès de nous. Renfermons-nous dans
un jufle milieu , & la voix de la raifon y
ramènera tôt ou tard le commerce.
, ou suffisamment, ou à un prix modéré qui facilite le foulagement & la conservation de nos Nègres; il faut que, dans les
tems de calamité, l'appât du gain fur nos
denrées Coloniales invite à nous nourrir, un
peuple à qui la nature a donné le froments
& que la Providence femble avoir placé tout
exprès auprès de nous. Renfermons-nous dans
un jufle milieu , & la voix de la raifon y
ramènera tôt ou tard le commerce. Nous nous plaignons juftement de ce que
le prix de nos Nègres est prefque double du
prix des Nègres de traite angloife. Eh bien,
follicitons le Gouvernement de rechercher les
caufes de ce vice de calcul & de fpéculation, & d'y remédier par des manufactures
convenables & économiques, par des comptoirs où la concurrence n'écrase pas les traiteurs, enfin par un meilleur régime ; mais ne
soyons pas ingrats 3 impolitiques & mauvais
patriotes , parce que le commerce eft maladroit ou trop cupide (a). (a) C'eft par exemple une chofe affligeante, que
la résistance actuelle du commerce à l'approvisionnement de la Colonie par les Américains. Le Ministre
a révoqué M. Duchifleau pour avoir donné une extenfion indispensable à leur admission, Assurément --- Page 244 ---
(22) Que nous obtenions ou que nous formions des Affemblées Coloniales, elles fentiront ces vérités, & elles refpederont nos
liaifons indifpenfables avec le commerce national , elles mettront les intérêts oppofés
dans une balance égale. Enfin es François ( heureusement le nombre en est infiniment petit) peuvent-ils parler
de fe donner à une Puiffance étrangère f &
dansquel moment fur-tout? lorfque la France
attire les regards & fixe l'admiration de l'Europe; lori que le titre de François devient
plus beau que jamais; lorsque le règne de
la rai son & de la juflice va fuccéder à la
verge du despotisme; lorfque le Roi, le père
de fes Sujets , le restaurateur de la liberté,
rend à la Nation le pouvoir d'empêcher à
jamais l'abus de la puiffance royale. Quel blafphême, quelle bafTefTe , quelle
ineptie ! Renfermons-nous donc dans de justes
idées , foyons Colons - François plus jamais > on ne peut fe dissimuler que la France ne peut pas
nous fournir lorsqu'elle manque elle-même de farine ,
& que le fort de la révolution tient peut-être à ce
que le peuple ait du pain. Cette double injustice
du Miniftre & du commerce est faite pour mettre les
Colons au désespoir. --- Page 245 ---
(23 ) B iv reprenons, comme nos frères, ou reclamons
les droits de Citoyens, mais exerçons-les
avec une modération plus nécessaire chez
nous qu'ailleurs. Je ne fuis pas étonné que des craintes de
plus d'une efpèce agitent les Colons & égarent les idées de quelques-uns. Une infurreétion générale de la philofcphie abufee menace de renverfer nos propriétés. L'Affemblée Nationale crée une Conaitution toute nouvelle fur des bafes & des principes dont l'extenhon illimitée & abuÍive détruirait les Colonies. Nos Députés partagent
ces délibérations générales au lieu d'être fimplement préfens pour nos intérêts particuliers.
On peut conclure que l'Assemblée nous enveloppe aveuglément dans tous fes décrets;
& lorfque le Miniftre femble partager cette
crainte excusable, on redoute qu'il ne faififfe
une ôccafion heureufe de refferrer nos chaînes
par un décret de la Nation.
on illimitée & abuÍive détruirait les Colonies. Nos Députés partagent
ces délibérations générales au lieu d'être fimplement préfens pour nos intérêts particuliers.
On peut conclure que l'Assemblée nous enveloppe aveuglément dans tous fes décrets;
& lorfque le Miniftre femble partager cette
crainte excusable, on redoute qu'il ne faififfe
une ôccafion heureufe de refferrer nos chaînes
par un décret de la Nation. L'Assemblée Nationale , pour combler le
déficit, a décreté une contribution néceffaire, mais énorme. Y sommes-nous compris ? Enfin une réclamation des gens de couleur --- Page 246 ---
(24) peut porter le défordre dans la Colonie,
quand ils n'obtiendroient ici que ce que la
Colonie leur accorderoit fans inconvénient. J'ai assez de confiance dans les lumières *
& la sagesse de l'Assemblée Nationale pour
me rassurer aisément fur tons ces objets; &
je dois dire que depuis que je fuis informé
de la coalition parfaite des députations des
Colonies & des mefures fages qu'elles prennent pour leur bien & celui de la France ,
leur mere commune, je me tranquillife encore davantage. Nous 'fommes en bonnes
mains de toutes pans. Il en impossible qu'une réunion de Légirlateurs pris parmi ce que la France a de
plus fage & de plus instruit, prenne fur elle
de faire une Constitution peur un pays placé
à deux mille lieues, -& dont elle doit dire
comme le philofophe : Hoc unum scio quod
nihiL scio. Si les Ministres lui ont tendu un piège ,
( & je ne donne pas mes craintes pour la
vérité ) il efl impossible qu'elle s'y lai-Te prendre. Elle connoît, en général, le defpotifme ministériel. Elle 1 ait qu'il s'est exercé
néceflairement dans les Colonies plus qu'en
France, Elle femira que demander que les --- Page 247 ---
(2S) citoyens ne puissem ni fe faire entendre, ni
fe réunir dans line terre fi éloignée, c'elt
vouloir y maintenir le pouvoir arbitraire,
& elle n'exifte que pour détruire ce pouvoir. Il eft impossible d'après cela , que l'A de mblée Nationale ne souffre pas, ou n'ordonne
pas que nous ayons des Assemblées Coloniales, qui propofcnt au moins les réformes
constitutionnelles , puisqu'elle-même a jugé'
que le pouvoir législatif appartient aux Nations , & que nul ne peut être contraint
d'obéir à la Loi qu'il n'a pas confentie par
lui-même , ou par fes représentants. Il est impossible enfuite que la réclamation
des gens de couleur ne foit pas renvoyée
aux Assemblées Col oniales , malgré leurs
offres ridicules & illusoires. On sentira que
s'ils avaient l'air d'obtenir même justice
contre leurs concitoyens, d'une force étrangère , ce feroit jetter un germe de division
entre deux claffes qu'il en important de lier
fagement enfemble. Une partie de leurs d emandes eft contraire à leur propre intérêt,
comme propriétaires d'efclaves. Elle ne fera
jamais préÍentée dans la Colonie, & on voit
bien qu'elle n'a p a l'être que par quelques
On sentira que
s'ils avaient l'air d'obtenir même justice
contre leurs concitoyens, d'une force étrangère , ce feroit jetter un germe de division
entre deux claffes qu'il en important de lier
fagement enfemble. Une partie de leurs d emandes eft contraire à leur propre intérêt,
comme propriétaires d'efclaves. Elle ne fera
jamais préÍentée dans la Colonie, & on voit
bien qu'elle n'a p a l'être que par quelques --- Page 248 ---
(26) êtres ifolés, éloignés de leur patrie, & qui
ne la connoissent pas. Ils veulent voter fur leurs propriétés. Ils
ont raifon, mais leurs plaintes font injufles.
Ils ont toujours été admis dans les affemblées
de Paroisse, comme les blancs ; & ce font
les feules Affemblées vraiment libres &
constitutionnelles que nous ayons eues *, puif.
que ce qu'on a appelé improprement Affemblées Coloniales, pour la répartition de l'impôt, n'étoit compofé que des Adminiftrateurs,
des confeils depuis long-temps gagés , & des
Commandans de quartier, gens à la nomination & à la difcrétion du Gouvernement. Comment y auroit-on appelé les gens de
couleur, puifque , comme citoyen , comme
propriétaire, nul blanc n'y a jamais été admis f
Au furplus, c'eft à la Colonie à s'occuper
avec juflice & avec sagesse du fort d'une
claffe de citoyens, qui tient à nous par le
fang, & qu'il eft utile de nous attacher, autant qu'il eft poflible, parce qu'elle peut être
un intermédiaire précieux. D'ailleurs ils auront la voie d'appel à l'Aflemblée Nationale , mais il feroit trop dangereux qu'elle
fût le premier juge de la réclamation. Je viens à l'impôt. --- Page 249 ---
( 27) Si les Colonies ne font pas connues, dans
les détails néceffaires pour leur donner une
constitution de fi loin , on fait au moins parfaitement le b.ut de leur formation. Ce font des établiffemens de culture,
deftinés à alimenter le commerce national,
qui fait la force de l'Etat. Il importe donc d'y favorifer la culture, par
tons les moyens poffibles. - Il importe donc d'en écarter le génie fifcal
qui décourage & affoiblit la culture. Le régime ministériel a reconnu & rcfpedé ces principes ; comment le régime
national les violeroit-il? D'abord pourquoi les Colonies contribueroient-elles à combler le déficit ? pourquoi
la Nation appefantiroit-elle leurs charges plus
que les Miniflres ? La Colonie de S. Domingue n'a pas contribué au déficit. Elle n'a jamais rien coûté
à la France. Elle paye fes dépenfes par un
impôt intérieur & particulier, cet impôt fixé
à cinq millions, est porté à préfent à douze
dans la préception ; & l'excédent a Couvent
"été envoyé aux Ministres. Les dépenfes extraordinaires, en tems de
guerre, des efcadrei qui font venues quelque- --- Page 250 ---
(29) fois vifiter, & non pas défendre la Colonie,
ont pour objet le commerce. On conçoit .bien
que fi les Colonies n'étoient pas néceffaires au
commerce, elles ne feraient bonnes à rien
pour la France , qui ne feroit pas les frais d'y
envoyer des efcadres. En tems de paix des vaisseaux de guerre
y viennent; c'efl pour exercer la marine, c'efl
fur- tout pour le commerce ; & la preuve, c'efl
qu'ils n'ont pas d'autre million que d'empêcher la contrebande.
çoit .bien
que fi les Colonies n'étoient pas néceffaires au
commerce, elles ne feraient bonnes à rien
pour la France , qui ne feroit pas les frais d'y
envoyer des efcadres. En tems de paix des vaisseaux de guerre
y viennent; c'efl pour exercer la marine, c'efl
fur- tout pour le commerce ; & la preuve, c'efl
qu'ils n'ont pas d'autre million que d'empêcher la contrebande. S'il est vrai, comme il n'en faut pas douter, que l'impôt foit le prix de la protection du
Gouvernement, l'indemnité de ce que cette
protedion lui coûte, il faut conclure qu'un
pays , dont la protedion civile & militaire ne
coûte rien , ne doit pas d'impôt, fur-tout s'il
est d'ailleurs infiniment productif pour l'Etat. Enfuite, outre l'impôt colonial que nos
denrées payent à la sortie, elles payent en
entrant, cinq pour cent du droit qu'on appelle d'occident ; & après qu'elles ont paflfé
par les diverfes manufactures , & par les
canaux qui fervent à leur débouché intérieur
& extérieur, elles ont produir au fife plufieurs autres impôts, au moins décuples. Faites attention ici à une chofe remar- --- Page 251 ---
(29) quable ; c'eft qu'en thèfe générale , il eft
reçu que l'impôt eft toujours fupporté par le
confommateur. Mais c'eft lorfque le cultivateur qui vend fa denrée au confommateur,
ne pafîe pas néceflairement par les filieres
d'un commerce exclufif. Le Négociant François achete feul nos denrées, & y met le
prix. Il connoît parfaitement par fes correfpondances le cours de Fi ance. En comparant
le prix courant au prix de vente préfumable , il fait entrer dans le premier l'impôt,
le fret, & fon bénéfice, & fi l'impôt eft de
dix pour cent, il paye 90 livres ce qu'il
payeroit cent francs. Mais le principal impôt que nous payons
à la Nation , quoiqu'indirectement, celui qui
ell énorme, & qui excede la mefure de tout
ce que l'excessive avidité des traitans livrée
à elle-même, voudrait extorquer des Provinces de France, consiste dans le commerce
exclusif, dans le régime prohibitif ; & ce
régime, restreint à de justes bornes, eft jufte.
Il est inhérent à notre effence, à notre inftitution politique. C'eft par lui , & de cette
feule maniéré , que nous devons nous acquitter de notre dette envers l'Etat, & nous nous
en acquittons bien. --- Page 252 ---
( 30) Nous payons nosconsommations infiniment
plus cher. Nos denrées ne valent pas ce
qu'elles vaudroient, fi l'étranger venoit directement les prendre, puifqu'il faut que le
commerce de France gagne fur lui, & qu'iln'y a pas chez nous cette concurrence d'acheteurs qui hausse tous les prix de vente.
Le négociant gagne fur nous exclufivement
fes commissions, son fret, Ton magafinage ,
& toute la férie infinie de droits qu'il a fu
introduire. Tout cela calculé, va à pics de
quarante pour cent de nos denrées, outre
l'impôt domeflique.
tranger venoit directement les prendre, puifqu'il faut que le
commerce de France gagne fur lui, & qu'iln'y a pas chez nous cette concurrence d'acheteurs qui hausse tous les prix de vente.
Le négociant gagne fur nous exclufivement
fes commissions, son fret, Ton magafinage ,
& toute la férie infinie de droits qu'il a fu
introduire. Tout cela calculé, va à pics de
quarante pour cent de nos denrées, outre
l'impôt domeflique. Tout cela cependant tourne à la charge
du Colon & au profit de la métropole , qui
trouve encore des bénéfices dans les manufactures que nos denrées occupent, dans la
marine marchande qu'elles employent, &c. Tout cela doit être, Íauf les abus. Mais
c'eft une raifon péremptoire pour ne pas charger les Colonies d'impôts directs. Il faut.confidérer ensuite à quel point l'établissement de nos biens eft dispendieux. Un Colon avoit une terre propre à faire une fucrerie
de trois cent milliers. Il a fallu un million pour
la mettre en valeur. Il a fallu payer l'intérêt de
ce million plufieurs années avant le revenu. --- Page 253 ---
(31 ) Prefque toute cette fournie a été employée
en un mobilier périflable, qu'une épidémie
peut enlever en un mois. Un tremblement de terre renverfe des bâtimens indifpenfables, qui ont coûté cent
mille écus. Un ouragan détruit une récolte entiere,
& dans les montagnes ,l'efpoir de fix récoltes,
& le fol même qui les promettoit. Les inondations, les féchereffes produifent
des effets prefque auffi funefies. Au premier fignal de la guerre, en général
plus de vente , plus de commerce. Cependant , dans tous ces cas, il faut doubler les
frais pour nourrir fon attelier & foutenir fa
manufacture. Dans la guerre de 1754, les habitans des
montagnes ont été trois ans fans voir de pain.
On a vu des Colons offrir une barique de
fucre de quinze cent pour une paire de fouliers, & ne pas l'obtenir ; & il faut fe garder,
essuyer les marches, les veilles, le feu de
l'ennemi s'il fe préfente. Si la France est dans un moment de crire,
& les Colonies dans un temps de profpélité, qu'elles offrent un don gratuit à la Nation, à la bonne heure. Mais quand ces --- Page 254 ---
(32) principes & ces faits auront été présentés
par nos Députés à l'Assemblée Nationale,
il est impofTible qu'elle étende fur nous de
nouvelles contributions forcées, par cela
feu! que la France a befoin de conferver fes
Colonies. • Je viens à ce qui concerne l'efclavage,
& je ne confonds pas les fpéculations d'une
philofophie qui s'abufe, par un beau principe , fur un cbjet qu'elle ne connaît que
confusément, avec les résolutions que l'Affemblée peut prendre. Les uns ne considèrent
Ja question que fous le point de vue de l'humanité. L'autre la verra du coté de la politique, de la nécessité, & du droit facré de la
propriété. Les motifs de bienfaisance même
les plus vrais feront pour nous. On voit bien que j'embraie, dans un écrit
très-fuccind plusieurs objets, dont chacun
fournirait un gros volume ; & que je ne peux
présenter que quelques vérités palpables &
décisives. Je n'approfondirai pas davantage
cette question , que j'ai traitée amplement
ailleurs. Je parle aux philantropes. Vous êtes infiniment estimables , au milieu.
de vos erreurs, & même des dangers qu'elles
préparent --- Page 255 ---
( 33 )
it bien que j'embraie, dans un écrit
très-fuccind plusieurs objets, dont chacun
fournirait un gros volume ; & que je ne peux
présenter que quelques vérités palpables &
décisives. Je n'approfondirai pas davantage
cette question , que j'ai traitée amplement
ailleurs. Je parle aux philantropes. Vous êtes infiniment estimables , au milieu.
de vos erreurs, & même des dangers qu'elles
préparent --- Page 255 ---
( 33 ) c préparent ou à nous ou à ceux que vous
protégez ; & dans tous les cas, à la France. Le
nom d'efclave afflige un cœur jufle & tenfible ; mais vous vous égarez faute de lumières
fur les faits, & par une fausse comparaifon. Vous vous mettez tout à coup à la place
du Nègre, avec vos principes & vos habitudes, & vous dites quel jèroit mon malheur
& mon désespoir Ji je devenois esctave ? Cependant le malheur & le bonheur font
dans l'opinion qu'on a de fon état. L'habitude
forme cette opinion. Elle réfulte auffi du
passage d'un état à un autre pire ou meilleur. Eh bien ,1e Nègre n'a ni vos habitudes, ni
vos idées. Il est né dans l'efclavage; il le voit
fans horreur , parce qu'il y est accoutumé.
Arraché même , dans fan pays , à une fervitude plus barbare , fous un maître fans principes ; placé fous un maître plus humain ,
plus raifonable, plus intéressé à fon bien-être,
loin de vivre dans ce défespoir dont vous
vous faites l'image , il vit heureux , au moins
tranquille & content. Il aura un défir vague, fi vous voulez, de
la liberté, parce qu'il voit de libres , mais ce
défir ne le tourmente pas. Sans doute le gouvernement d'un feul --- Page 256 ---
( 34 ) feroit le plus parfait de tous, si le Monarque , même le defpote, pouyoit voir les
befoins de tous fes Sujets, s'il ne pou voit pas ^
ignorer que fon intérêt eft indivifible du leur,
que tous les maux qui leur arrivent retomberont infailliblement fur lui; enfin s'il ne pouvoit pas être trompé par des intermédiaires
qui enssent un intérêt différent du fien & de
celui de fon peuple. Eh bien, voilà le gouvernement de nos
habitations. Si. un Nègre efl malade, c'eftune perte pour le maître ; c'en eft une plus
grande fi le chagrin, la fatigue, la misère,
la nature même le mènent au tombeau. On à comparé le. fort du Nègre à celui
du pauvre journalier en France ; & à cela
près de cette idée de liberté que là misère,
le plus affreux des esclavages, étouffe ou "
amortit, on a prouvé que dans les maladies,
dans la vieillesse, même dans la privation
des travaux, celui-ci étoit plus véritablement
malheureux. Croit-on que fi un Seigneur étoit
condamné à une amende de 2000 liv. toutes
les fois qu'un de fes payrans meurt, à cent
écus quand il est malade, le peuple des campagnes ne feroit pas mieux soigné , plus heureux ?
esclavages, étouffe ou "
amortit, on a prouvé que dans les maladies,
dans la vieillesse, même dans la privation
des travaux, celui-ci étoit plus véritablement
malheureux. Croit-on que fi un Seigneur étoit
condamné à une amende de 2000 liv. toutes
les fois qu'un de fes payrans meurt, à cent
écus quand il est malade, le peuple des campagnes ne feroit pas mieux soigné , plus heureux ? --- Page 257 ---
(3S) C ij Eh bien, nous payons inévitablement toutes
ces amendes, & nos Nègres font traités en conféquence. Faites nous l'injustice de croire que
que l'humanité n'y eft pour rien , j'y confens;
mais croyez à l'intérêt. Ce grand mobile, ce
maître du monde veille pour eux. Vous vous enthoufiafmez donc fur une
fausse application de principes vrais & refpeclables de morale. Je commence à m'adreffer à l'AfTemblée
Nationale , comme aux philantropes. La France ne peut plus fe palier de Colonies, c'eft elles qui lui procurent une fupériorité énorme de profpérité & d'opulence,
& par conféquent de force fur les autres
Nations. La balance adive de notre commerce
eft de foixante-dix millions; les Colonies en
verfent plus de deux cens annuellement; fans
elles, par conféquent, nous devrions déjà à
l'Europe cent trente millions de plus par an.
Calculez en fuite qu'il faudroit payer à l'étranger la confommation du Royaume en fucre,
caffé, coton & indigo, peut-être objet de
soixante millions ; que les manufactures, les
ports de mer tomberoicnt en grande partie;
que la marine marchande, réduite à un trèspetit cabotage, ne ferait plus l'école & la --- Page 258 ---
( 3<5) pépinière de la marine militaire; que le fifc
perdroit beaucoup; enfin que cinq millions
d'hommes dont l'induflrie s'exerce fur les
denrées Coloniales, iraient les trouver ailleurs. Jugez où vous en feriez ( même dans la
plus grande profpérité, & vous n'y êtes pas)
fi vous perdiez tous ces avantages. Eh bien , ils tiennent tous à l'efclavage
des Nègres, fur lequel les Colonies font invariablement fondées. En effet, rien n'est plus pitoyable que les
systêmes que l'ignorance des lieux & des faits
imagine tous les jours pour nous donner des
journaliers libres a la place des efclaves. La complication de nos biens, qui font
à la fois cultures & manufactures, le climat,
l'inconstance des saisons, les plantations, les
façons, le grand nombre de bras indifpenfables que le travail énorme de la charrue
ne peut pas remplacer, les récoltes, tout
cela exige une ponctualité fi marquée, fi habituelle, qu'il faut des hommes qui viennent
à point nommé fe ranger aux diverfes opérations auxquelles ils font stylés, fans quoi
tout eft perdu. Il faut donc des Esclaves,
rien ne peut les remplacer. --- Page 259 ---
( 37 ) Ciij Faites encore ce calcul facile & clair.
Les Nègres valent aujourd'hui jusqu'à
2800 liv. de Colonie; mais dans les atteliers,
un grand nombre a été acheté avant cette
exceffive augmentation. Les Créoles n'ont
coûté que des foins; ainu on peut évaluer
le prix d'achat à 1800 liv. en moyenne proportion. L'intérêt de 1800 liv. eft de po liv. ( Go liv.
de France ) & le produit du travail d'un Ncgre représente cette dernière fomme.
& clair.
Les Nègres valent aujourd'hui jusqu'à
2800 liv. de Colonie; mais dans les atteliers,
un grand nombre a été acheté avant cette
exceffive augmentation. Les Créoles n'ont
coûté que des foins; ainu on peut évaluer
le prix d'achat à 1800 liv. en moyenne proportion. L'intérêt de 1800 liv. eft de po liv. ( Go liv.
de France ) & le produit du travail d'un Ncgre représente cette dernière fomme. La journée du plus fimple manœuvre eft
à S. Domingue , de 3 livres. Qu'on la réduife à 30 fols , le travail annuel d'un homme
libre coûtera environ 450 livres par an. Ainsi, la quantité de denrées coloniales que
nous vendons 90 livres, devroit être vendue
4)0 livres ; affurément nos denrées resteroient
invendues dans les marchés de l'Europe ; nos
manufactures tomberoient, delà notre commerce, & delà la force nationale. L affranchissement efl donc une belle chlmère , parce que l'esclavage des Ncgres est
un mal nécessaire. Mais que peuvent produire les discutions
que l'enthousiasme fe permet ? Je ne veux
pas croire que la frénéfie ait été jusqu'à en- --- Page 260 ---
(38) ■ voyer des apôtres & des martyrs prêcher la
liberté aux Negres & leur porter des armes;
vaines terreurs ou fauffe récrimination contre
les amis des noirs ! Mais les écrits incendiaires passent les mers,
le feu peut fe communiquer , un foulèvement peut perdre les Colonies , faire égorger tous les blancs, ruiner la France ellemême. Ou bien pour prévenir ces maux, il faut
appesantir la fervitude que nous cherchons
à adoucir : quelle affreufe alternative ! On parle de fupprimer la traite ; deux mots
fuffifent là-deffus, après ce que je viens d'établir. ,. D' un côté, on niera tes faits tant qu'on
voudra ; mais il est très-vrai que ce commerce , fi atroce en apparence , n'efl que
l'adion de fouHraire des hommes à une fervitude plus barbare , pour les foumettre à
un joug plus supponable. D'un autre côté, la population ne fuffifant pas à recruter nos atteliers, la suppression
de la traite ne feroit qu'anéantir plus tard
les cultures & le commerce des Colonies;
elle en nécefiaire au foulagement de nos
Nègres, puifqueles travaux pèlent en raison --- Page 261 ---
( 39 ) inverre du nombre d'individus qui les partagent. L'affranchissement, & même la suppresfion de la traire, for t fournis à d'autres objections qui s'adressent plus directement à
l'Assemblée Nationale. Nos Negres font notre propriété ; nous
l'avons acquise de nos deniers, fous la foi
des loix exiftantes ; & elle est d'autant plus
importante , que, fans elle, les autres deviennent nulles. L'Assemblée Nationale doit respecter cette
propri té. La Nation ne s'en pas emparée des biens
du Clergé; ce feroit un brigandage : elle a
déclaré justement que ces biens lui appartenoient. Elle ne peut pas en dire autant de
nos Negres, elle ne peut pas en dire autant
de nos terres , qui nous feroient comme
enlevées du même coup.
; & elle est d'autant plus
importante , que, fans elle, les autres deviennent nulles. L'Assemblée Nationale doit respecter cette
propri té. La Nation ne s'en pas emparée des biens
du Clergé; ce feroit un brigandage : elle a
déclaré justement que ces biens lui appartenoient. Elle ne peut pas en dire autant de
nos Negres, elle ne peut pas en dire autant
de nos terres , qui nous feroient comme
enlevées du même coup. Si !a Nation répugne à ce qu'il y ait des
efclaves fous fa domination, il faut qu'elle
fade procéder à une estimation de toutes les
propriétés des Colonies, qu'elle nous les paie,
& alors elle trouvera le feul moyen de ne
pas donner aux Negres une liberté onéreufe,
en leur distribuant nos possessions. --- Page 262 ---
( 4° ) Cet acte de générosité ( qui même ne feroit
pas strictement jufle ) coûteroit à la Nation,
pour S. Domingue feul, ail moins trois milliards tournois, & la perte des avantages que
les Colonies lui procurent. Ou bien la Nation a le droit (& le feul
droit ) de renoncer aux Colonies , de les
abandonner à elles-mêmes. Alors nous pourvoirons à notre fort. Nous ne ferons pas
embarrassés ; & fans doute c'est ce qu'attendent ceux qui remuent le peuple Anglais,
& dont la haine cherche à pouffer la légèreté & la générosité françoises à une démarche irréparable. Quoi qu'il en foit, la Nation n'a que ces
deux moyens : elle ne peut pas prendre
nos biens pour en faire un ade de bienfaifance. Je vais plus loin. Nous n'avons pas été conquis; nous nous
fommes donnés à la France librement &
volontairement ; nous avons fait un contrat
avec le Roi, alors fuprême repréfentant de
la Nation ; nous lui avons dit : « Nous vous
« donnons une nouvelle province , la plus
fertile de l'univers. Aidez-nous, procu-
« rez-nous une efpèce d'hommes plus ro- --- Page 263 ---
( 41 ) » bufle & affujettie à toute la fourmilion
33 que nos travaux vont exiger ; & nous vous
33 réserverons toutes les richeffes qu'elle feule
33 peut arracher de notre fol 33. Le Prince nous a acceptes, nous a promis fa protection, nous a permis d'acquérir
des efclaves que la Nation elle-même nous
a livrés à prix d'argent. Nous avons exécuté le contrat au-delà
de nos promeuves ; nous avons verfé dans le
royaume des fommes incalculables. Si nous
n'avons pas pu empêcher fa ruine , nous
l'avons au moins prodigieusement retardée. Au contraire, la protedion que le Prince
nous a accordée ne lui a jamais rien coûté ;
elle a même été abusive, puifque fes agens
nous ont quelquefois opprimés. Si, lorsque nous efpérons mieux de la
fidélité de la Nation qui reprend l'exercice
de ses droits, elle violoit le contrat au point
de nous dépouiller d'une propriété légale
qui emporte la perte de toutes les autres ,
de nous précipiter d'une aifance-trop péniblement , trop jugement acquife, dans les
horreurs de la plus profonde indigence, mille
fois pire que l'efclavage. C'est alors feulement (& il m'en coûte de --- Page 264 ---
( 42 )
érons mieux de la
fidélité de la Nation qui reprend l'exercice
de ses droits, elle violoit le contrat au point
de nous dépouiller d'une propriété légale
qui emporte la perte de toutes les autres ,
de nous précipiter d'une aifance-trop péniblement , trop jugement acquife, dans les
horreurs de la plus profonde indigence, mille
fois pire que l'efclavage. C'est alors feulement (& il m'en coûte de --- Page 264 ---
( 42 ) le dire, mais il n'est plus tems de rien disfimulcr), c'ell alors que poussés au défefpoir, traités , non plus en frères, mais en
ennemis , révoltés par l'injustice , l'ingratitude & la barbarie , nous devons regarder
notre contrat comme rompu , cesser d'être
François, & nous défendre jufqu'à la dernière goutte de notre fang contre nos persécuteurs. Mais, à Dieu ne plaire, cela eft impoffible ; & cette pen fée foulage mon cœur du
pénible effort auquel je viens de me livrer
pour la patrie & pour la vérité. Non, mes chers Concitoyens, n'exagérez
pas vos jufles terreurs. Les philantropes ,
dans leur zèle aveugle , préparent fans doute
des maux à vous ou à vos Serviteurs ; mais
la Nation ne vous fera éprouver ni défaflres,
ni injuflices. Vous trouverez fagèffe, amour,
protection , sûreté dans le Sénat auguste qui
. la repréfentc. Elle veut que vous partagiez fan bonheur
& fes droits ; elle ne vous fera pas une conf.
titution dont elle n'a pas les bafes ; elle ignore
ce qu'il vous faut, & prefque ce que vous
êtes ; elle souffrira que vous vous expliquiez
vous-mêmes ; elle confacrera vos vœux Ii. --- Page 265 ---
( 43 ) De l'Imprimerie de CHARDON, rue de la Harpe. bres & réfléchis ; elle vous défendra des in.
finuations suspectes du Ministère. Mais vous, mes Concitoyens, vous profiterez de l'exemple de la France pour éviter une révolution fubite & totale, bien plus
dangereufe ; vous vous conduirez avec circonspection dans vos fages & lentes réformes ;
vous refpederez vos liaifous avec la mèrepatrie ; vous balancerez également votre intérêt & celui de fon commerce; vous jetterez
des regards de bienfaifance & d'équité fur
des claffes que les loix & la néceffité vous
ont subordonnées ; vous fentÏrez, comme je
le fens moi-même, que vous ne pouvez être
heureux qu'autant que tout ce qui vous en.
toure partagera votre bonheur. J'ignore comment cet écrit , fait avec
plus de loyauté que de foin , fera jugé ; mais
je fuis placé dans une pofition où j'ai cru
que je devais compte à mon pays de mes
opinions individuelles. L AB ORI E, Habitant & Secrétaire de la Chambre
d'Agriculture du Cap-François. --- Page 266 --- --- Page 267 ---
MOTION DE M. DE CURT,
. DÉPUTÉ DE LA GUADELOUPE, ? Au nom des Colonies réunies. - Non nobis , fed Reipublicx nati fumus. A PARIS; CKez3 A Au D 0 U N , Imprjmeur de l,'ASSEMBLÊI
NATIOJNFALE,rue duFoin Saint-Jacques? N:. 3~, _ fl 7. 8 3, , --- Page 268 --- --- Page 269 ---
A 3. MOTION DE M. DE CURT, pEPUTE DE LA GUADELOUPEj Au nom des Colonies rfunies. SSIIURS,
- Non nobis , fed Reipublicx nati fumus. A PARIS; CKez3 A Au D 0 U N , Imprjmeur de l,'ASSEMBLÊI
NATIOJNFALE,rue duFoin Saint-Jacques? N:. 3~, _ fl 7. 8 3, , --- Page 268 --- --- Page 269 ---
A 3. MOTION DE M. DE CURT, pEPUTE DE LA GUADELOUPEj Au nom des Colonies rfunies. SSIIURS, L E s Miniftres du Roi vous ont demande s le
2. 7 Odobre dernier, des eclaircifTemens fur ce
qui concerne les Colonies, en vous expofanc
quelles different en totit de la Me[ropo!e ;
que ces differ-ences rienpent a la naturfl
J11ême & a Į'eøence des chofes : ils vous
pnt rappele la neceflite de donner r i Vds --- Page 270 ---
4? ifles a fucre' Un regime particuller, & des
Lois qui s accordent parfaittmcjjc avec leur pa- -
{irian phyfique. lis onc enfin interro^e vorre
voeu fur les Decrecs que vous avez dc-jd rendus,
<k. qu'ils regardent comme impr-aticabUs 'daus
vos pOiFeiLons eloignees. Vous avez pris e'i confideration ce Memoire
dautant p!us intereflanr, qu'il n'etc fonde que
fur des principes reconnus rcfpe6tcs par routes
les Nations de 1'Europe qui onr des Colonies
dans 1'Archipel Americain. Le Comite de Comnierce a ete charge par vous de i'cxammer pour
vous en faire Ie rapport. Ceft dans cet etat de chofes, Meffieurs , que
les Deputcs des^CoIonies fe fonr concertes pOLll:
acprofondirdes ven:cs que les Miniftres du Roi
vous ont indiquecs. Elles forment un des plus
grands inrêrêrs que vous ayez d. rcg!er pour b
profperitê de la Nation. Jufya a ce moment 3 .Mefiieurs , refpcćèant les
grands travaux dont vous vous etes fucceiliveiXJfint occupes, les Deputes des Colonies ont cru
4evoir garder le filgnce le plus abfolu, & atcendre
que 1 Allemblee Nationale fixat fon attention fur
fes pofie/Iions eloignees. Aujourd'hui leur T_
leuce devi^ndroic auffi dangereux qu'impolitique. --- Page 271 ---
[texte_manquant] . _ A 3 Les Miniftfes oiir parie: iis attendei-u: votre regonfe ; mais rien de ce qui intereffe les Colonies.
n'a. encore ete lcgalemeuc difcuré. Les grandes.
queftions qu"elk;s. prefeiuent n'onD ete foamifes
a aucun examen prėparatoire ; & s'il vous fal-.
Joit- prononcer , vous n'auriez en genera! que;
des bafes tres-incertaines pour fixef votrejiigement.; ^ Cependant, Meffieurs., les g#andes reflour»
ces de la Nation foat tellement- depenaantes .dllfort des Coionies , que la moindre erreur dans.
le fyftqme qui aoit les regir, cauferoic un mal.
irreparable. Dans les .revohÚions qui changent la
face des Empires, 01) peut, autour de foi . de...
paiTer le bat, fans crainte abfolu® d'une difiolucion. inevitable. Têmoin, de la fecouiTe, ie
mouveme-nf retrograde eft, pour ainli dire, fous
la main, dJl. Legiflateur. Mais a deux mille
lieues de tous Ics.pouvoirs, de tous les moyens>
la publication feule d'une niauvaife Loi feroit
infailliblement fiuvie des tefrltats les plus fu^
neftes, ^
de...
paiTer le bat, fans crainte abfolu® d'une difiolucion. inevitable. Têmoin, de la fecouiTe, ie
mouveme-nf retrograde eft, pour ainli dire, fous
la main, dJl. Legiflateur. Mais a deux mille
lieues de tous Ics.pouvoirs, de tous les moyens>
la publication feule d'une niauvaife Loi feroit
infailliblement fiuvie des tefrltats les plus fu^
neftes, ^ Sans doute, Meffieurs ^ les Colonies n'o.nt
point a craindre de pareils malheurs , parce
qu'il eft dans vos principes de faire preparer
- les m.atieres. importantes. fur lefquelies vous --- Page 272 ---
g &vez a dcliberer. C'eft ainfi que vous avez for-2
me des Comites pour tous les objcts foumis
aux regles du calcul, ou qui, ttnant a beaucoup de rapports, exigent les conniiflfances
les plus etendues, & des meditations proFondes. Mais ces Comites ne peuvent embrafifer que
rinterieur du Royaume ; & ii vous voulez
organifer vos Colonies d'une maniere qui vous
affure a jamais les avantages de ces precieufes
tontrees j vous devez former un Comite qul
s'occupe fans delai d'en perfeftionner les
moyens. Telle ert: , Meflieurs , la demande que je
fuis autorife a vous faire au nom des Colonies
reunies. II s'eft eleve , depuis quelques annees ,
tan.t de queftions captieufes iur leur rėgime ,
tant d'objetcions oratoires fur leur impoitance ,
tant de doutes ridicules fur la necelfue de lcs
confervet , qu'il eft temps de forcer au filence
& les braGeurs de mauvaife foi, & les A pôrres
des declamations academiques , & les fpeculatift
ąui veulent jugef par comparaifon , dèS comrees
abfolumenc diilemblables
j Je vous propofe donc , Meffieurs) de former
: iin Coniitê des Colonies, compbfe de vin^t --- Page 273 ---
A 4 MembreS, pris dans cerce honorable AfTemblee.
Vous penferez, fans doute, qu'il doit être mipartie de Colons, & mi-partie de Negociansi
parce que les Colonies etant deftinêei a operer
la cowfommation du fuperflu du Royaume, &
a accroÎtre la riche(Te Nationale par le moyen
des echanges, les Negocians & les Colons
font entr'eux bs feuls legitimes contradifteurs.
Je dirai plus, Mellieurs : eux feuls font en
letat d'infiruire Votre religion, & de vous prefenter les foeilleurs vues fur toutes les parties
de ce grand enfemble. Ce Comite ainfi compofe, Meflieurs, produiroic d'abord le bien inappreciable de rapprocher le Commerce & les Colonies fur leurs
reclamations refpe£tives: o,ubliant les uns & les
autres leurs inrerêts particuliers pour ne s occuper que de l'interêt de l'će:lt, ils fixeroienr,
a force de franchife & de loyaure, le terme
ou doit s 'arrėter le Commerce prohibitif. lis
determineroient de la maniere la moins fufceptible d'abus, tous les moyens qui peuvent
empecher que la contrtbande n'enlėve au
Royaume aucun des avantages dont il doit
prohrer.
,ubliant les uns & les
autres leurs inrerêts particuliers pour ne s occuper que de l'interêt de l'će:lt, ils fixeroienr,
a force de franchife & de loyaure, le terme
ou doit s 'arrėter le Commerce prohibitif. lis
determineroient de la maniere la moins fufceptible d'abus, tous les moyens qui peuvent
empecher que la contrtbande n'enlėve au
Royaume aucun des avantages dont il doit
prohrer. PaLTant enfuice aux Lois qui peuvent le pluS --- Page 274 ---
influer fur la propriete dn Commerce & de
l'-o\griculrure, ils vous indiqueroienc la manière de Ies fimplifier: car, Meflieurs, tout ce
qui n'en: point adif, tout ce qui ne donne
point un mouvement rapide aux rranfadtibns
des Colonies, y doit être abfolument profcrit^
comme deftrudtif de l'indufirie Nationale. Ils rechercheroiènt encore jufqu'a quel point
il convient de confier aux Delegues du pouvoir
execurif le droit de faire des Reg!emers provifoires fur des evcnemens que l a prudence
humaine ne peut prevoir ni empėchEr ; evenemens auxquels il feroit du plus grand dcnejer
de ne pas obvier fur les lieux , & fans aucui;e N
remife. Enfin j Meffieurs#, comme dans les Colonies
il n 'exlfte ni dimes a fupprimer , ni fcodalite a
derruire, ni privileges a combatrre , ni Traitans a depouiller, ni impôts odieux a prof.
crire ; I Comme ll n'y a aucun fyfteme de finances a
(purifier , Sc que rafliette des Împôrs une fois
'decerminee par les Aflemblees coloniales , il ne
kagit plus que de furveiller, avec quelquartenlion, les deux Chapitres de recette & de dcv
penfes j ce qui eft tres-facile dans des pays ou --- Page 275 ---
9 . la grande communication ne laiife de fecret fur
den 3 & pour perfonne ; Comme les Tribunaux n'ont befoin que cPnn
perit nombre de Lois pour afforer la propriere
de chacun j Le Comice que j'ai' rhonneur de veus propofer, pourroit , en tres-peu de temps , vous
prefenter un plan general de Confi-icution , cT&dminiftration & -de J urifprudcnce , auffi politique dans- ion but qne fimple dans fes moyens,
& qui, en affurant le b&nheur de cons s autant
que i'interet de 1 " Etat 'peuc le permettre, rendroit les Colonies florifTantes pour le plus grand
avantage de la Nation. ( C'eft au nom facre de la Patrie, MefGeurs ,
que je vous invite a accueillir. la Motion que
j'ai 1'hohneur de vouS faire : car je dois vous le
jdire , Sc fur-t£>ut vous.le prouver: Ci les Colons
ne confultoient que leurs interêts perfonnels ,
ii. leur devouement a la chofe publique ,
pouvoit Jaiffer dans leur ame quelque
acces aux fedudions d'une plus grande
farmne ; s'ils ne mettoienc pas leur gloire a
fe facrifier a rheroiTme de 1'amour du nom
francois ; enfin , Meffieurs, fi les Colons ne
youloient pas, a tout prix, refter Citcyyens d'une
vous.le prouver: Ci les Colons
ne confultoient que leurs interêts perfonnels ,
ii. leur devouement a la chofe publique ,
pouvoit Jaiffer dans leur ame quelque
acces aux fedudions d'une plus grande
farmne ; s'ils ne mettoienc pas leur gloire a
fe facrifier a rheroiTme de 1'amour du nom
francois ; enfin , Meffieurs, fi les Colons ne
youloient pas, a tout prix, refter Citcyyens d'une --- Page 276 ---
x
ftrànde Nation a laquelle il ne manquoit qu'un!
Conftitmion fage , pour être la première du
Monde; au - lieu de vous demander des Lois
& un regime qui les unifTent a jamais , qui
les a{fujerifТent même a vorre bonheur, ils
eulfent propage ce principe impolirrgue & def'
tručhf de vos plus grandes. reflources , que
les Colonies font plus nuifibles qifutiles, -Alors,
Meffieurs, fî, abandonnees a elles-memes', elles
euffent ouvert leurs Ports aux Puiflances commercantes de 1'Europe & de l'Ameriqne , un
benefi;e enorme fe prefentoir a elles dans' la'
concurrence des echanges. Er en efret, dans un'
tel etat de chofes , elles achtreroient au rabais
tous les objets qu'elles confomment, & vendroient a 1'enchere toutes leurs produ&ions j de
manière qu'en dernier refulcat, la diminution
fur le prix de leurs confommations , & l'accroilfemenr de la valeur de leurs denrecs , auroient augmente de plus du tiers la balance de
leurs echanges. Voulez vous, Meffieurs , vous convaincre
d'une maniere irrefiftible , des facrifices qne
vous recevez journellement des Colonies ? Oppofez aux avantages qu'elles rrouveroienr dans un
tomnierce librej ies bencfices que 1a Ftallce retire --- Page 277 ---
Ii d'nn commercerce exclufif auquel e!!es veulent (<l
jfoumetcre. Je ponrrois fans doure a cec egard
fournir des dėtails qui me paroitToienr invraifetnblables avant de les avoir approfondis moimeme. J'aime mieux vous prefcnccr les calculs
d'un Nigoaant de Bordeaux, qui , apres avoir
parcouru nos Ifles en homme d'Ecat:) a publie,
a fon retour , d'excellentes reflexions fur ces
maderes. 11 fuppòfe ) Medieiirs, dix millions de dentees Coioniales , payees en denrees de votre
fol , & de rinduitrie de vos Manufadures.
Voici comrrie il divife les Bwiie fices : Au Commerce National vingt pour cent ;
dix au fol & au Manufa&ures. Meme fomme
pour le frec des Vaitfeaux employes a cerce
Navigation. Enfin encore dix pour cent pour
les droits 3 les conamiflions , les [11aires des
Ouvriers & Journaliersemployes aux Armemens.
millions de dentees Coioniales , payees en denrees de votre
fol , & de rinduitrie de vos Manufadures.
Voici comrrie il divife les Bwiie fices : Au Commerce National vingt pour cent ;
dix au fol & au Manufa&ures. Meme fomme
pour le frec des Vaitfeaux employes a cerce
Navigation. Enfin encore dix pour cent pour
les droits 3 les conamiflions , les [11aires des
Ouvriers & Journaliersemployes aux Armemens. 11 refulte de ce calcul qui ne peut être
foupçonne d exageration, qu'en ne confiderant
ces rranladlions que fous le rapport de 1 'induftrie interieure du Royaume , vous partagez
par moitie ce revenu des Colonies. Mais fi vous confidêrez , Meflieurs , ces
poiTeflions fous les grands rapports politiques, --- Page 278 ---
ii fi vous calculez les ,re(Tources que vous tirea
de leurs richefles ter:itoriales , h vous pefes
1 inHuence lJu'elles vous donnent fur toutes les
Nations conimercantes , vous fentircz plus
que jamais la neceffite de les conferver & de
les accroÎtre. Car , Meflteurs , il n eft plus
pofllble de le diflimuler : vos Manufadtures
n'ont prefque plus de debouches que dans les.
Colonies , a l'exception de quelques modes &
de quelques bijoux ; 1'Europe ne vous demande
en echange que vos Sucres , vos Cafes , vos. -
Cotons , votre Indigo ; 8c quand elles vous.
demanderoient vos bleds , il n'en: que trop
prouve que la libre exportation des grains peut
quelquefois reduire le Royaume a la plus,
facheufe extremite. Vous devez obferver encore que fans Ies
Colonies, vous n'auriez que peu ou point de.
de commerce maritime, coufcquemment points
de Manne j ce qui laideroit vos cotes expofees aux infultes de la première Puiffance maritime qui voudroit prendre la peine de les
arraquer; Que les Colonies occupent 8co grands Navires marchands , defiines aux voyages de long
cours j & 6 a 700 petits deftines au cabotage ^ --- Page 279 ---
[texte_manquant] & ql1Jeri- domiant une occuparioa dire&e a pftiS
'de cinq minions d'hommes , un grand mou-
-vement -a vos -Manufactures , elles doublent 1a
'va"leur des :perres, par ce nombre prodigieux
*de confommatears "qu'elle'S emploienr. '*■ Ce n eft pas tout , Meffieurs ; vous avez mis
-la dette de11'Etat fous la fauve-garde de la *
"iojaute Fran^oife : dans mon opinion, les richelies feules des Colonies peuvenr garantir
l'execution de ce Decret honorable. En efFet 9
fur 243 minions de denrees*.que vous en recev^z anniiellemein, Vousen confommez a-peu-
-près 80 millions , qui fe decuplent par la circulation intcrieure. Le refte pa(Te a l'Etranger;
Sc comme les objers qu lls vous doiinent en
tkhange , ne s 'ėl°venc tont au plus qua 88
-rrlillions, il vous refte une fold'e de 75 millions,
qai diirtihue d'autant l'exportation de numeraire a laquelle vous feriez forces, pour faire
-lionneur aux inrerêrs enormes de la dette que
vons avez declares IdTatioiaalėo
ent par la circulation intcrieure. Le refte pa(Te a l'Etranger;
Sc comme les objers qu lls vous doiinent en
tkhange , ne s 'ėl°venc tont au plus qua 88
-rrlillions, il vous refte une fold'e de 75 millions,
qai diirtihue d'autant l'exportation de numeraire a laquelle vous feriez forces, pour faire
-lionneur aux inrerêrs enormes de la dette que
vons avez declares IdTatioiaalėo - - -Je termin^ ici des reflexions qni exiaeroieiu plus de developpemenr s'jl s'agiffoir
de prononcer fur le fort des ^Cdlomes. 11 us
-s'agit aujourd;hui que de choiiir les meilleurs
mo^efls ae travailler a leur. organifation. Si --- Page 280 ---
]a! pu vous convaincre que je ne les follicit^
qu'au nom de l'interêr de 1'Etat, vous ne ba!an"
ferez pas a adopter une Motion qui m'a paru
^ toute depatriotifme. Vousetes !apremicreNadon
de l'Univers qui aitadmis fes Colonies a l'honneur d'être Membres du Corps Legiflatif. Nous
avons fcnti vivcmcnt le prix d'un aćl:e de jure
tice dont l'eloge commence a vous. Mais n'eH:-ce
pas vous prouvcr notre gratitude d'une maniere
qui fe rapproche de vos principes , que de vous
devoiler les re(Tources que vous devez tirer de
nos richeffes , & de nous jfoumettre plus que
jamais a vous les conferver par des facrifices?
Cependan:_, pour qu^ cct etat de chofes fubfifte,
il nous faut une legifLuion parriculière qui ne
conrrarie en rien nos mosurs, nos ufages, nos
proprietes; ilfaut, fur-tour, qu'elle nous atlure
la tranquillire fur nos foyers, psndanc que nous
travaillerons a vous procurer cette efpece de
bonheur qui depend de toutes les commodites
ide Ia vie. LaiiTez donc aux Colons reunis 3
jaux Negocians , le foin de vous eclairer fur
l I leurs befoins; ordonnez qu lls travaillent eux—
mêmes au code qu'ils penferont convenir le
mieux a leur fitnarion. Lorfque ce travail important, & qui exige les plus grandes con- --- Page 281 ---
I s noiflances locales, aura cte execute avec la macurice neceflaire, vous 1 examinerez dans votre
fagefTe, & vous ne le decrererez que lorfqu'il
ne vous reOera aucun douce fur fon urilire &c
fur fa perfection. Alors, Meilienn:» vous pourrez vous repofer
plus que jamais fur la foi, fur l'atradlemenc
creJĮes. Vous aurez a deux mille lieues de
yous, des Concitoyens dont vous aurez decrete
le bonhcur, & qui, toujours fidèles aux interets
communs, vous enrichiront en temps de paix
des fruits d^ leurs fueurs, Sc verferoient en
temps de guerre jufqu'à la derniere goutte de
leur fang pour repouder de leurs foyers tous
les ennemis de la France. Je conclus, au nom des Colonies reunieSj
au Decret fuivant: L Alfemblee Nationale decrete qu'il fera
nomme, fans delai, un Comire des Colonies,
compofe de vingc Membres, mi-partie de Deputes des Villes maritimes de Commerce Sc
de Manufadture t & mi. partie de Deputes des
Colonies, pour preparer toutes les marières qui
peuvenc être relatives i ces pofiTeffions importantes. Pans3 le 17 Novembre ij8 9, Signe, i
PE CURT. j
j
au Decret fuivant: L Alfemblee Nationale decrete qu'il fera
nomme, fans delai, un Comire des Colonies,
compofe de vingc Membres, mi-partie de Deputes des Villes maritimes de Commerce Sc
de Manufadture t & mi. partie de Deputes des
Colonies, pour preparer toutes les marières qui
peuvenc être relatives i ces pofiTeffions importantes. Pans3 le 17 Novembre ij8 9, Signe, i
PE CURT. j --- Page 282 --- --- Page 283 ---
Cl P I N I 0 N DE M. MOREAU DE S. IVLERY,
D£PUT£ DE LA MARTINIQUE. Inprimee par ordre de L' ASSBMBL£E
f TION~1LL°.
A P A R I S ; DB IIMFIIHBHIE N A T ION ALE. --- Page 284 --- --- Page 285 ---
' A x 0 P I N I 0 N DE M. MOREAU DE S. MERY ? DEPUTE DE LA MARTINIQUE, Sur la Motion de lYl. DB CUR r, Depute de
la Guadeloupe, pour l'etabllffement d'un
Comitd c hI. arge partzcu I., zeremellt de IJexa-;
jjicn de tous les objets Coloniaux. Seance du premier Decembre 1789. ME S SIE U R St Des doutes raifonnables ont donne lieu a une
queftion , contenue dans le memoire des Miniftres
da 17 Odtobre dernier : ces doutes ont pour principe les differences frappantes que la nature a mifes
entre le phyfique des differentes parties du globe,
& la dilfemblance qui fe trouve entre le climat &:
les produćtions des Colonies, & ceux de la France.
Cette diflemblance qui n' eft pas moins evidente> --- Page 286 ---
lorfquon obfefve le$ objets moraux, tels que les
loix , .Hs mceurs, les opinions, amtl1C natiuellement la queftion que les Miniftres ont cru mdi(-
penfable de vous foumettre. - ! Je crois qu'on peut avancer, fans temerite, que
rAffemblee Nationale , en rendant les Decrets
dcfiines, a affurEr la profperire de ce vafte empire,
& le bonheur de fes habitans, n'a pas eu l'intention,
direde & precife d'y foumettre les F rançois qui
peuplent le? diverfes Colonie~. Lu preuve s'tn tire du filence meme qu'elle
a garde a leur egard j elle fe funite par ce fait,
que rAlfemblee Nationale n'a jamais prefcrit
au 1'1il1ifi:re qui a les Colonies dans fon DeparKement, d'y faire parvenir f,-s Decrets , & de
leur alfurer )'execution qu'ils oat dans l'inrerieur
du Kqyaume. A ce.ccc preuve on peut ajouter que rAflemblee
j Nationale n'a pas pu entendre que fes Decrets
I devenoient implicitement obligatoires pour les
! Colonies , attendu que la fagefle qui les a didles ,
1: ne permet pas quon les rende communs a ces
Contrees elQlgnees , pour lefquelles une partie
de ces p.ecrets feroienrinuriles, quelquefois impoflifclcs a accomplir. & même dangereux. Ce feroic
. A ce.ccc preuve on peut ajouter que rAflemblee
j Nationale n'a pas pu entendre que fes Decrets
I devenoient implicitement obligatoires pour les
! Colonies , attendu que la fagefle qui les a didles ,
1: ne permet pas quon les rende communs a ces
Contrees elQlgnees , pour lefquelles une partie
de ces p.ecrets feroienrinuriles, quelquefois impoflifclcs a accomplir. & même dangereux. Ce feroic --- Page 287 ---
[texte_manquant] A 3 ijti egal b!a(pheme de dire que rAfifemblse N;!-
tionale a entendu être obeie, par cela feul quelle
a commande, fans avoir confidere r obfiHance efl:
poiTible , ou bien, que malgre les obftacles qiie
la nature des chofes pouvoit luioppofer, elle n a
rien confulte que 1'exercice d'un pouvoir illiuiite.
J' oferaÎ dire , au fein même de cėtte augufte Affen1bIee , puifque cette opinion eft un hoinmage,
que fa puiflance a une limite connue, celle de la
juftice, & je fens que ce leroit un crime de
croire pofiible qu'elle la franchiffe jamais. Ce n'en: pas feulement a caufe que les règles
qui s'appliquent avec fucces aux diffsrentes parties
intérieures du Royaume , manquent plns ou
moins d'analogie erant rapportees aux Colonies,
qu'il eft indifpenfable de traiter fêp:wement
ce qui concerne ces dernieres ; mais encore
parce qu'entre les Colonies elles - luêmes il
exifte des difiėrences tellement elfentielles, que
ce qui feroit avantageux a rune , pourroit devenir
funefte a une autre. Leur fituation relative , le
genre de leurs produttions, celui de leurs manufadures & de leur commerce, ront. erablit 5c
- forme des convėnances , ou des diffemblances plus
ou moins fenfibles ; & fi cette verite , qne les loix --- Page 288 ---
defiinees a regir un pays doivent lui ėtre appropriėes , eft evidente , c'eH;, il n'cn faut pas
douter , pour une Aflemblee legifiatrice q ni fait
qu'une mauvaife loi eft un egarement de la raifon
publiqne. Qu'il nous foit meme pcrmis de le faire remarquer, c'eft parce qne .les Colonies ont eu conftamment a fouffrir de l'ignorance ou l'on etoit du
veritable regime qui peut leur convenir j c'eft
parce qu'elles ont etc trop long-temps le jouet
de l'infcience & d'un defpotifme dont le premier
defaut eft de croire que tout fe plie a fa volonte , que ces Contrees , digncs d'un meilleur
fort , ont faift 1'efpoir que leur donnoit la
; formation des Etats - Generaux. C eft pour faire
cefTer les maux fous lefquels elles gemi{fent,
& pour paroitre enfin fous leur veritable af- •
ped, que plufieurs d'entre elles ont envoye des
Deputes qui fe font affis au milieu de vous,
Meffieurs, afin de vous eclairer fur leurs vrais
ihterets.
onte , que ces Contrees , digncs d'un meilleur
fort , ont faift 1'efpoir que leur donnoit la
; formation des Etats - Generaux. C eft pour faire
cefTer les maux fous lefquels elles gemi{fent,
& pour paroitre enfin fous leur veritable af- •
ped, que plufieurs d'entre elles ont envoye des
Deputes qui fe font affis au milieu de vous,
Meffieurs, afin de vous eclairer fur leurs vrais
ihterets. Pour connoitre une partie des maux enfantes
par le peu de connoillance qu'on avoit de ce
qui leur etoit propre j pour vous convaincre du
danger de ne pas etudier a l' avenir ce qui leur .. --- Page 289 ---
A 4 eft particulier, daignez , Meflieurs, ive permettre
quelques obfeuvations. Les Colonies ont du leurs premiers etabliiferliens a des hommes que leur audace rendra longtemps l'objet de l'cronnement 8c de l'admiration
de l'univets. A peine s'y renniffoient-ils en peuplades , que des Compagnies formées d?ns la IVIetropole s'occupèrcnt de fm1111ettre ces hommes
precieux a leurs fpeculaticns mercantiles , & Ge1
rendre une terre fertile, efclave des rigueurs du
privilêge cxcluHf. Ce fut du fein dės villes du Royaume , 8c
prefque toujours de la Capitale, que les règles
de leur adminiftration furent di6tees,&: l'on vit dàt1s
l'origine prefque autant d'agens hfcaux occupes
de vexer fans relache les Cultivateurs, que de cultivateurs memes. I.es Compagnies, fieres des traites qu'elles avoient
faits avec le Roi , <k qui les reridirent en quelque
forte fouveraines, fignalèrent leur domination par les
ades les plus tyranniques. Elles permirent & defendirent tour-a-tour certaines cultures ; tantot elles
fixerent le prix de la vente qu'on ne pouvoit faire
qu'a elles , de certaines produ&ions; tantot elles
enjoignirent, fous la peine de la confifcation, 'de
detruire une partie de ces rnemes produdtions, pour --- Page 290 ---
s en empccner , djfoit-on , le difcredit ; eh uti mot ,
11 je puis m'exprimcu ainfi, une main, dirigée tonta-la-fois par nne aveugle aviditè & pat rin&iaflk
fiiCal, ne C ,:-IfJ. de tout comprimer, au rifque de
tout detniire. Des Seigneurs particuliers prircnt un inflant
la place des Compagnies ; mais les memcs
vues produifiirent les mem?s effzzs, 8c cnfin Ie
Gouvcrncmerat, cedant aux eris aigus des Colons,
fe determina a les affranchir du joug feodal qui les
aceabloit. Ce noiiveau changement n'en produifit malheureufemcnr aucun dans un point efTentiel: c'êtcit
le defaut de connoiifance des lienx qu'on avoit a
regir. L 'hifčoire nous en a laine une preuve aflez
honteufe : c'eft que les Colonies furent , pendant pres de cinquante ans , attachées au Departement des Affaires Etrangeres. On vit donc ie
prolonger la plus grande partie des maux dont les
Colons avoient eua bėmir , & l'on crut a VerfaiHes
tout ce qu 'on avoit penfe a Paris. Les Compagnies
avoient difparu ; mais ceux qui en avoient ete
les chefs devinrent les confeillers des 11iniftres ,
de manière qu 'on continua a faire les memes chofes
fous des noms differens.
, attachées au Departement des Affaires Etrangeres. On vit donc ie
prolonger la plus grande partie des maux dont les
Colons avoient eua bėmir , & l'on crut a VerfaiHes
tout ce qu 'on avoit penfe a Paris. Les Compagnies
avoient difparu ; mais ceux qui en avoient ete
les chefs devinrent les confeillers des 11iniftres ,
de manière qu 'on continua a faire les memes chofes
fous des noms differens. Des reclamations plus ou moins rapprochêes, --- Page 291 ---
des refiftances plus ou moins marquees, des foulevemens plus ou moins frequens, n'avoient cependant pas cefTe de prouver, depuis l'örigine , qne
les Colons etoient mecontens. Chaque habitant
etant foldat, il etoit adez naturel que ceux qui
fe reunitfoient ponr fe plaindre , remarqualTent
qu'ils etoient armes, & qu'ils cruffent que leurs
armes pOHvoient appuyer leurs juftes demandes :
mais des facrifices momentanes , des prometTes
faites aux uns, des menaces adreflfees a d'autres,
des punitions memes, ramenoient a robeilfance j &
cet etat d'inquiérude de la part des Colons fervit
a les denoncer aupres du Gouvernement comme
des hommes que la force & la fėvėritė pouvoient
feules contenir. 11 fut facile de faire adopter ce principe
aux Chefs que l'on donna aux Colonies. La
faveur qui a ete long - temps la difpenfatrice de
tout, a eu prefque conftamment jufqu'ici la nomination des Adminiftrateurs des Colonies. De
grands noms ou d'utiles prote£i:ions , voila ce
qu'il a fallu & fi nous aimons a avouer que
les talens & les vertus les ont accompagnes quelquefois 3 nos faftes diront aflez que ce n'eA point
a eux qu'on a toujours eu l'intention d'accorder
les honneurs du choix. --- Page 292 ---
IO L'inrluence iiidividi;eile dES Chef, fut donc
enorme dans les Coljnies. l a uiVvin* qui les faifoic
nomnaei", ecoit encore leui- egi.ee , & les garantifloit de tous les tLaics qu'on lançoit contre leurs
injufticcs. ils s'accoLii:L)mLrci't: a regarcler lwiir place
comme leur patrimoine j & (i un credit plus puif-
• fant eu cles intn^ues plus n m21l1.;s 1 r ne leur aVOlent.
donnd des fLicccfleurs, l'"fp-Jir d'un meilleur
fort toujours renailTant a cliaque mutation, n'au- ;
roit pas meme eta psrmis aux Colons. Pour enchauier , du moins en apparence, le
delpotifme des Aciminiftrateurs des Coljnies, on
avait cependant imagine de fixer leurs pouvoirs
& leur relidence a trois ans. Mais cette mefure
elle-meme prollvoit. une profonde ignorance en
adminiftration ; car, G un Chef regit mal, li res
princip.-s fonr manvais) pourquoi le conf rver dllrant trois mortelles annees ? Si fi conduite &
fes vues le rendent precieux & cher a ceux qu'il
gouverne, pourquoi prefcrire a ton adminiftration
une autre duree que celle de fes vertus ? Mais
les foiiicitations, toujours renaiifantcs, commandoient aux Miniftres eux-memes ; & pendant longtemps leur grand .talent pour fe maintenir dans
leur place, a ete. de. prodiguer celles qui erQienti leur nomination.
manvais) pourquoi le conf rver dllrant trois mortelles annees ? Si fi conduite &
fes vues le rendent precieux & cher a ceux qu'il
gouverne, pourquoi prefcrire a ton adminiftration
une autre duree que celle de fes vertus ? Mais
les foiiicitations, toujours renaiifantcs, commandoient aux Miniftres eux-memes ; & pendant longtemps leur grand .talent pour fe maintenir dans
leur place, a ete. de. prodiguer celles qui erQienti leur nomination. --- Page 293 ---
J'ai dit que rinrkience des Chefs a ece 6tiorme,
& j tii cirerai un cxeiivpie qui pronvcra & cette"
v^rits, u: le peu d'iĮ11trut1iol1s que l'on avoit en
France Lr les CoLmics. LTn Intendaot ūu Canada avoit un Scctétaire
intime qu'il chargea de venir rendre compte au
Miniftre des details de fon adminiftration. Le
Miniftre remarqua le talent du Secrėtaire , cy le
recompcnfa en lui donnant rintenda.nce geusrals
,des Iiles de l'Amerique. Egare par l'amour-propre, qui n'eA pas toujours
etranger aux hommes de merite, le nouvel Intendant crut qu'il devoir faire beaucoup de reglemens, & provoquer des lois ar.pr^s du Miniftre.
Comme il auroit ete difficile qu'il put, pre[qu' en
debarquant aux ines, juger de ce qui leur convenoit, il imagina de prendre l'adminiftration du
Canada pour regle} & commc il parloit a Colbert
qui, quoique d'une haute reputation, connoiiToit
mal les details intêrieurs des Colonies, il lui fut
facile de faire dire, comme il le jugeoit lui-meme,
que les lois du Canada. convenoient aux Antilles.
C'eA a ce trait bifarrc, nuis vrai, que nous fommes
redevables de plutleurs dêrerminarions qui prouvenc
combien les etablilTemens pUces loin dll lieu ou --- Page 294 ---
on exerce le pouvoir lagifiatif fur eux, font expofes - a etre maltraites , par cela meme qu'ils
font mal connus. C'en: ainfi. qu'on a decide , desles premiers temps, que la coutume de Paris feroit
ctlle des Colonies, moins parce quelle pouvoic
leur convenir, que parce que cela etoit ainfi reglc
par les interciTes a la Compagnie des HIes, a[[em..
bl6s à Paris. A Rouen, on auroit prêfere la coutume de Normandie; a Rennes, celle de Brctagnc;
ailleurs le Droit ėcrit ; & nulle part on n' auroit
examine fi on donnoit des fondemens folides a ces
erablifTemens lointains. Avecde telles mefures, il eut ete impoillble qne
VAdminidration des Colonies n'eut pas des principes verfatiies , & quelquefois defirutleurs. Dans
des momcns difHciles , fous des Chefs vertueux,
on recourut a un moyen qui n'auroit jamais du
être neglige , celui de confnltcr les Habitans euxrnêmes fur leurs interêrs. Mais cette mefure 46pendit toujours de ceux qui remployoient , 8c ils
craip-nirent trop de laiffer aux Colons ainii raffemblis la faculre de s'exprimer librement. On.
leur montroit comme une grace quon auroit ete
maitre de refy'er , ce qu'il falloit leur offirir au
nom de la juftice. On fe permit quelquefois de
du
être neglige , celui de confnltcr les Habitans euxrnêmes fur leurs interêrs. Mais cette mefure 46pendit toujours de ceux qui remployoient , 8c ils
craip-nirent trop de laiffer aux Colons ainii raffemblis la faculre de s'exprimer librement. On.
leur montroit comme une grace quon auroit ete
maitre de refy'er , ce qu'il falloit leur offirir au
nom de la juftice. On fe permit quelquefois de --- Page 295 ---
chercher a corrompre les opinions , ou I'on vouluc
inAner par des mOYCflS plus on moins coupables,
fur les relulrats. On feignoit, par exemple, de
demander un oflroi, tandis qu'on avoic un ordre
pour exiger ce qui ne feroit pas volontairement accorde. A peine refte-r-il mèmc dans les Colonies
des traces de ces AlTemblees, dont le mode attiiel
a ere ingenieufement combine, de maniere que le
defpotifme foit moins hidenx,fans être moins abfohL. Pourroit-on s'etonner aprescela, en apprenarit
qn 'il n'eft , pour ainli dire, point de culture actuellement en ufage dans les Colonies , qui n y
ait £t6 interdite , fous des peines pius ou moins
feveres ? Celle de la canne a fucre y a ere fncceffivement recommandee & profcrite. Un GonverneutGeneral donna des ordres pour arracher tous les
cafiers qui exifteroient chez les Habitans, an dela
du petit nombre qu'on pourroit permettre comme
un objet de pure cnrioGee ; & ailleurs on voulut
que le rocou fit place au cafe. Ici , 1'011 fit
arracher tout le tabac, &: la on contraignit a ie
prefercr a 1 'indigo. Enfin, pour reunir lcs extravaganc-cs de plus d'un genre, il fut enjom!:, dans
une Coionie, de tuer les chevaux, parce que leur
ufage efBminoit les Habitans. ' _ --- Page 296 ---
i4 Tels ont ete, & meme au dix-huitieme fiecle, les
cara&cres d'une Adminiftration confiec, d'un cote,
par ceux qui ne 13. connoiffoient pas, & exercee ,
de 1'autre, par ceux qui la connoiifoient mal. II
en eft encore un qui neft pas moins affiigeanr ~
c'eft la multiplicite des Loix & des Reglemens
faits pour les Coloiiies. Un intervalle de cent cinquante ans en a fourni de quoi former plus de
vingt epais volumes in-40. II ne faudroit que ce
recueil pour convaincre des maux fans nombre que
l'ignorance a 1'egard des lieux qu 'on dirige , & lâ
frequente mutation des Admmiftrateurs ,pauvent
engendrer. C'eft la qu'ori voit des contradid:tons
de toutes les efpeces, des mjuftices de tous les
genres, des principes pour chaque jour, des defordres continuels, par-tout un fyfteme oppreffif
& deftrudeur de toute emulation, prefcpe de
toutes les vertus.
des maux fans nombre que
l'ignorance a 1'egard des lieux qu 'on dirige , & lâ
frequente mutation des Admmiftrateurs ,pauvent
engendrer. C'eft la qu'ori voit des contradid:tons
de toutes les efpeces, des mjuftices de tous les
genres, des principes pour chaque jour, des defordres continuels, par-tout un fyfteme oppreffif
& deftrudeur de toute emulation, prefcpe de
toutes les vertus. Je ne puis refifter , Mefiieurs, au defir de vous
citer un exemple de cette dcrnière claffe. Une
Ordonnance, qui porte le nom du Souverain , a
dêfendu d admettre, dans deux Colonies, les Creaks
au nombre des defenfeurs de leur patrie: Et dans
quel mftant cette exclulion deshonorante eroit-elle
portėe ? Prefqu'au moment oii d infortunes Ha* --- Page 297 ---
r 5 bitans de la Lonifianne venoient defre conctuitš i
l'echafaud , ponr avoir prefer^ a une domirtatii>!i
etrangère, celle foiis laquelle ils avoient en le
1 bonheur de naitre; peu après que les nombreux
habitans de 1'Acadie , livres d'abord aux horreurs
de la guerre , & enfuite d tout ce que peur inventer la peifecution d'un vainqueur contre ceux
qn'ila conquis, mais qn'il n'a pu [oumettre ,ctOient
• abandonnes a la pitie du Gouvernement françois,
qui les faifoit tranfporter dans des lieux ouils trouvoient bientot la misere & la .mort. Ne fembleroit-il pas que le Gouvernemeut eut arrete que
les Creoles feroient fuppofes fans patriotifme, ou
qu'il voulut les punir pour, en avoir montr6 ! r II Faudroit un volume entier , Meffieurs pour
vous donner le recit abrege de toutce qu'on nous a
fait eprouver, parce qu'on n'a pas cru neceffaire
de nous connoitre. Les Emplois des Colonies ont
prefqae toujours ete préferablement donnes a des
Europeens, qui n'ont cefiTe de fe fuccêder avec
l'invariable defir d'amafler des richeflfes. En vain
les Colons ont-ils reclame du moins la concurrence j lorfquon s'eft appercu qu'ils venoicnt auffi
au pays de la faveur pour la folliciter, on a decide, feulement pour eux, qu'on ne pouvoit rien --- Page 298 ---
obtenir lans tartache des Adrainirtrarears, & lorfqu'on etoic hors de res foyers. Avec ces combinaifons
adroires, la majeure partie des places des Colonies font devenues la pature des agcns directs ou
indireds du Gouvernement, ou de leurs parens, de
leurs amis, de leurs proccges. Celles qu'on n'a
pu envahir, on les a grevees de pennons; & fofe,
denonccr) en quelque forte , a l'indignation pnbliqne, que même des places de Magiftrature font
aflujetties a des taxes de ce genre : taxes faites en
faveur d'individus au nombre defquels il en eft,
peut-etre , qui connoitroient enfin la honte , s'ils
eroient obliges d'avouer comment ils les ont
obtenues.
qu'on n'a
pu envahir, on les a grevees de pennons; & fofe,
denonccr) en quelque forte , a l'indignation pnbliqne, que même des places de Magiftrature font
aflujetties a des taxes de ce genre : taxes faites en
faveur d'individus au nombre defquels il en eft,
peut-etre , qui connoitroient enfin la honte , s'ils
eroient obliges d'avouer comment ils les ont
obtenues. A tant d'abus,a tant de maux , il ne manquoir
plus qu'un rrait qui couronnât la tyrannie • c'eroit de
prononcer l'infaillibilirêdes Adminifrrateurs, & nous
avions atteint ce terme , le vrai triomplie du defpotifme. Lors meme qu'on ne dêdaignoit pas de
croire qu'une plainte pouvoit être jufte au fonds
il etoir, naguère encore, de la politique de refufer
de l'entendre: on menacoit de punir ceux à qui l'oppreffion l'arrachoit ,& 8c l'on avoit fini par fe retrancher derriere cette maxime a laquelle je ne cherchefai pas de nom : que le Prince ne fouffriroit --- Page 299 ---
jamais qu on fe permÎt le plus leger examen i
l'egard deceuxquil avoit honores de fa confiance
6c revêrus de fon autorite. Tant les idees du jufte
& de l'injufie etoient denarurees, tant la coalition
itoit intime entre tous ceux a qui elle etoit egalement neceflaire ! Ce tableau rapide mais exaft vous donnen. Mellieurs, une jufte idee de ce qu'a pu produire
le defaut de connoiflance des Colonies. II ne fera
pas difficile de vous perfuader que les chofes les
plus nuifibles pour elles ont pu en être la fuite,
fi vous confiderez qu'il eft arrive, surement plus
d une fois, que de tous les individus mis en
ceuvre a Verfailles par les afFaires coloniales , pas
un feul n'avoit vu une Colonie qudconque ; fi
vous obfervez qu'ils recevo1cr:;t qnelqnefois des
Illmières & des dėrails , d)Adlniniftrate:Irs qui,
pour faire briller leur perfpicacite, choifilfoient
les premiers momens de leur arrivee pour envoyer
leurs vues & leurs plans fur des lieux quune
longue etude peut feule apprendre a juger. Enfin,
Meffieurs , fuivre une routine aveugle , on fe mettfe
a la merci de quelques intrigans qui venoient avec
des projets, ou enfin varier avec le caradlere des
Aciminittrateurs 5 tslles etoient les reftources erdi- --- Page 300 ---
i8 naires. Pour vous peindre d'lln mot le vrai genre
de cette routine , c'eft qn'au moment aailel, on
copie encore fervilement pour les Adminifixateurs,
les Colonies , le protocole des commilii-jns qu' Oil
Jêlivroit a Tepoqne ell 1'on en commençoit
retablifiemcnt; c'cft qifon y Iit ce qu'on difoit
pour les premiers. Chci:; donnes a h NouvelleFrancc; ceft enfn , & il faut bien qu '011 le croie,
car le fait cft nor:;:re, q:ie ccs coijimillions COlltiennent des pouvoirs dont ccux qui en font levetiis, n'ofent pas faire ulr.ee.
Oil
Jêlivroit a Tepoqne ell 1'on en commençoit
retablifiemcnt; c'cft qifon y Iit ce qu'on difoit
pour les premiers. Chci:; donnes a h NouvelleFrancc; ceft enfn , & il faut bien qu '011 le croie,
car le fait cft nor:;:re, q:ie ccs coijimillions COlltiennent des pouvoirs dont ccux qui en font levetiis, n'ofent pas faire ulr.ee. VoU:t, Meflieurs , h {iruation deplorable des
chofes- au moment ou j'ai !'honnsnr de vous entraenir: fimation que des tronbles interieurs &c
unc levolte aggravent encore a l'ėsтard LI de ma trop
malheureufe Patrie. Voila , lVIefileurs, les ecneils
que votre fagefie doit & faura evitcr. Ne vous
liant point a une pretendue analogic trop fouvcnt
trompeufe , vous trouverez digne de vous de confidercr fons leur veritable afpe6t , dcs objets importans. Vous ne voudrcz pas qu'cn fe plaçant
fous votre tutele falr:raire , les Colonies conril111cnt
a paroÎtrc dirigees par le hafard. Ces Colonies, en
, recevant pour plus de 150 millions d'importations
nationaks , en fournifiant a ieur tour pour plus d.e --- Page 301 ---
z+o millions de produdions, donnent en definitif
uri pefaltat avanragtux a la France , dans la balance
du commerce , & mettent dans la circulation une
fomme enorme. Les Colonies donnent le mouvement a un grand nombre de vos manufa&ures,
& a des millions de bras j elles foudoyent dc font
viyre une foule immenfe dartifans, douvriers
de journaliers ; elles font une des fources les plus
fecondes des richeffes de la France, & dans un
fièçle ou il eft reçonnu que la preponderance des
Etats fe règle fur leur commerce , les Colonies ont
droit d 'artendre qu 'elles feront appreciees a leur
jufte valeur. Au furplus, quand il feroit fuppofable, contre levidence, qu on put penfer qu'elles n'ont pas toute 1 importance qui leur appartient, ce fercit meme une
raifon pour fo'nmett:re ce qui les concerne a un examen particulier ; mais ce feul point avouê qu'elles
ne reffemblent poipt a leur Metropole, qn'ellcs ne \
fe reffemblent point entre elles, il eft jufte, il \
eft neceffaire de les traicer a part. L'AfTemblee
N ationaIe doit a leur confiance & a fa propre
dignite, de leur donner le Comite particulier
qu 'elles reclament, & ou les matières feront fonmifes a un examen fcrupuleux, pour venir en- --- Page 302 ---
fuite fe phlCer fous 1'ceil de fa fageiTe, 6- folliciter c-amme d'dles-m£mes ce qui doit etre prealablement accorde a Vdloignement des Colonies &
a leurs localites, pour quevouspuiffier^ prononcer,
Meffieurs , en pleine connoiffance de callIe. C eft
lorfque tous ces preliminaires indifpenfables feront
remplis, qne, voyant les cbjets tels quils font, &
non pas dans le lointain qui les obfcurcit , rAffemblee Nationale portera des Decrets qui feront
l'admiratioll du Nouveau Monde comme de
l'ancien,
Vdloignement des Colonies &
a leurs localites, pour quevouspuiffier^ prononcer,
Meffieurs , en pleine connoiffance de callIe. C eft
lorfque tous ces preliminaires indifpenfables feront
remplis, qne, voyant les cbjets tels quils font, &
non pas dans le lointain qui les obfcurcit , rAffemblee Nationale portera des Decrets qui feront
l'admiratioll du Nouveau Monde comme de
l'ancien, --- Page 303 ---
A O P INION iD E M. B L I N, DEPUTE D E NANTES, SUR lapropofition faite par un de MM. les DepllttJS des Colonies reunies ? d'etablir
un Comite Colojziczl ? ICf Decembre 1789. MESSIEURS, LA demant4e de, I etabliflement d'un Comirê (emble li
peu importante eh elle-lnême, quW premier inftant 011
peut être taxê d indifcretion, en s elevant pour la combattre. Cependant, fi vous confiderez que, ju[qu)à ce jour,
on a tres-peu êtudiê la theorie coloniale j fi vous fentez ,
comme je le crois , que nous - mêmes n'avons pas et6
exempts d erreurs dans le premier a&e que nous avons --- Page 304 ---
•: ( O : fait par rappart aux Colonies, j'efpcre , qu'avant de vous
engagcr cbvantage dans une carrière inconnue , vous daignerez m'accorder quelques inftans d'attention , & pefer
avec toute la reflexion qu'elles demandent, les obfervations que je vais avoir 1 honneur de vous foumettre. MM. les Depnres des Colonies expofent premièremenc
que la Conftitution qui convient a leur pays , doit être
diffêrenæ de la notre, & calculee fur d'autres bafes:
fecondcmcnt, que pour en jeter les fondemens, il faut
avoir recours a des connoiifances locales qui nous manql1enr abfolumenr. Tout ce qui a ete dit deplus prouve
qu'il exille de grands abus dans les Colonies mais eft en
même tems abfolumenr inUtileà reclairciflement dont nous
avons befoin. On peut divaguer tant qu'on voudra fur la
queftion aduelle, etalcr beaucoup de icience & d'erudition ; nous n'en fercns pas plus inftruits. Après ces excurijons , pour le moins inutiles, il faudra toujours en revenif aux deux points que j'inciicluE j 3c je prie de vonloir
bien ne s'en pas ecartcr , parce qu'ils ne font conteftes
ni l'un ni l'aurre; parce qu'ils defignent le point de depart pour arriver a lafolution de ladifficulte j parcequ'enlin le moyen de ne fe pas intriquer dans des raifonnemens complexes & infolubles, eft de partir des mêmes
(lonnees. Je crois , Meffieurs, que vous ne ferez aucune difficulte d'accorder les deux points auxquels je ranlène la queftion. II feroit certainemem* fuperflu de chercher a vous
en demontrer la neceflite. Pour moi, j'avoue que je les
regarde d'une evidence fi palpable, que , quand meme
MM. lesDeputes des Colonies iVauroientpas lbnge a les eta-.
blir,jc croirois devoirabfolumenr,ponr leur interet,aullibieii
que pOlir Ie nôtre, ne pas omettre deles expofer dans le plus
grand. jour. Ainfi, it faut a nos Coloniesf une Con&itution differente de la notre, & nousn'avons point les conuoiffances requifes pour la leur donner.'w
regarde d'une evidence fi palpable, que , quand meme
MM. lesDeputes des Colonies iVauroientpas lbnge a les eta-.
blir,jc croirois devoirabfolumenr,ponr leur interet,aullibieii
que pOlir Ie nôtre, ne pas omettre deles expofer dans le plus
grand. jour. Ainfi, it faut a nos Coloniesf une Con&itution differente de la notre, & nousn'avons point les conuoiffances requifes pour la leur donner.'w Cela pofe, la queition qui s'offre naturdlement la pre- --- Page 305 ---
( 3 ) A 2 mière a refoudreeft celle-ci. Eft-ce a 1'AlTeniblee Nationale de France de faire la Conftimtion de fes Colonios
Americaines j & enfuite, s'il n'apparrientpas a rAflTembles
Nationale de France de faire cette Conftitution , a qui qui'st
droit en eft - il referve, fl1ivant les regles inflexibles cle'
la juftice ? Si nous fommes jaloux de ne pas nous ecarrer de
nos principes ; fi mème il fe joint au fcnriment de la
juftice celui que rêclament les preuves de patriotifme &
dezele pour la caufe publique, donnees parMM. les Deputes des Colonies dans les tems les plus crageux de la
revolution, nous ne devons pas balancer un moment de
convenir, qu-e ce feroÎr de notre part une uftiipation de
pouvoir, que de pretendre au droit de donnerune Conftirution aux Planrenrs de nos incs. ? En eIter, Mdlieurs,
il n'y a de libre que le Gouvernement ou le peuple fait
fes loix lui-meme , ou donne le pouvoir de les faire^.
des Reprêfentans elus par lui libr mel1t ut en ncmbre
fuffifant (i). Or, des qu'il eft reconnu que la Conftitution coloniale doit êrre difterente de la nôtre; des que
les Habitans de ces contrees fituees fous un aurre heinifphère , ne nous ont point choiLis, n'ont pu meme nous
choifir pour leurs Reprefentans; des qu'enfin ils ont a
la liberre politique un droit aulli imprefcriptible que le
notre, il eft evidemment pro live que nous ne pouvons
ni les reprefenter , ni , par confequent, ftipuler pour eux
en aucune manière ( z ). Je 'dis plus: fi l'infuffifance des
lumièrcs nêceiIàires nous avoit precedemmentportes ale ( i )Voyez 1 excellent ouvrage du Dofteur Pnce , int'tule'05lavatioJls on :he nature of czvil libsrty * &c...jè&.. IIJ ~ o;='rl
thoruyof ons country ovtr a;zother. ( 2 ) Le mcrne raifonnement a lieu pour MM. les Deriitej
des Colonies par raoport a netis; ce qui prouve bien q1.I'11s n&
devoicut pas ctre ?.dmis uans rAflcr-blee Nationale de' France.
ouvrage du Dofteur Pnce , int'tule'05lavatioJls on :he nature of czvil libsrty * &c...jè&.. IIJ ~ o;='rl
thoruyof ons country ovtr a;zother. ( 2 ) Le mcrne raifonnement a lieu pour MM. les Deriitej
des Colonies par raoport a netis; ce qui prouve bien q1.I'11s n&
devoicut pas ctre ?.dmis uans rAflcr-blee Nationale de' France. --- Page 306 ---
- ( 4 ) pehler, ll taudroit promptement abjurcr une erreur incompatible avec les principes d'equite que nous avons profefles jufqu'ici j & dans le cas ou les Culrivareurs de nos
It1cs pourroient être foupçonnes de languir encore dans
un erat d'enfance politique,qui exigeat quon ks inftrllifît
de leurs veritables droits, de leurs interets les plus importans, ce role feroit le feul qu'il nous conviendroit de
prendre , pour remplir le devoir facre qui nous eft impofe,
& reponare a 1'attente de 1'Europe. — Car , ne nous y
mėprenons pas , Meilieurs, les Colonies ne fonr ni ne
peuvent, en aucune forte, êrre rangees dans la claflfe des
Prov;:1CcS d'nn même Empire , liees par les.memes interets, par les mêmes ufages, par les memes mccurs, &
difpofjes fur un fol de même nature. Les Colonies font,
ii jf3 puis employer des termes comparatifs pour me faire
mieux entendre, des efpèces de paiifanccs alliėes , des
parties federatives de la Nation ,que ron pourroit animiler a nos anciennes Frovinces d'.t.tats, avec cette difference, qu'autant il etoit mdispenfable, pour des raifons
qn'il feroit fuperflu de vous retracer , de ramener toutes
les Provinces contigues de ce Royaume a la lnême forme
de Gouvernement, 8c aux mêmes droits refpe&ifs , autant
il fer0ir injufte & abfurde de ne pas maintenir ks Colonies, qui ne peuvent êrre foumifes qu'a des loixparticulièrcs , dans leur independance a cet egard. En deux mots,
comme on l'a fouvenr dit & repete dans cette .AfTemblee, la Lci eft le refultat de la volontê generale de
ceux qui doivent y etre foumis. Donc nous ne devons
point faire des loix, qui ne font point etablies pour
nous, & qui ne nous affujetiroient point a leur empire.
Donc pour faire participer nos concitoyens des Colonies
a cetre precieufe libcrre pour laqaelle nons travaillonš ,
il eft ds notre devoir de les mettre eux-mêmes en pof-
[f^il-.on du droit d'exprirner librement leur volonte, 8c de
concourir a la formation des loix defiinees a les regir. Autrement nous n'eufhons recotlvre notre Iiberte, que pour
; deplo y ec
nous affujetiroient point a leur empire.
Donc pour faire participer nos concitoyens des Colonies
a cetre precieufe libcrre pour laqaelle nons travaillonš ,
il eft ds notre devoir de les mettre eux-mêmes en pof-
[f^il-.on du droit d'exprirner librement leur volonte, 8c de
concourir a la formation des loix defiinees a les regir. Autrement nous n'eufhons recotlvre notre Iiberte, que pour
; deplo y ec --- Page 307 ---
( 9 ) & capable de produire un effet diametralement oppofs
a celui qu'en arrendènt MM. les Deputes des Colonies.
Je les prie de bien pefer cette confideration. Car lorfque
la Nation, lorfque les Colonies, lorfque le Commerce
enfin v.erront qne vous avez nomme un Comite colonial,
on penfera narurdlement que vous avez [oumis a otrė jū=
rildidion une mulcitude trobiets, dont il eft de votre fagefTe d'ecarrer, foigneufement b difcuffion , d'autant mieux
qu'elle entraÎneraic nectfTairement vers des queftions qui
demandenr a être traite.'s dans des tems plus tranquilles,
dans des difpofitions moins agitees des cfprits. J'ofecroire
qu'ici, MM. les Deputes des Colonies s'accorderont a
penfer comme moi, & plut a Dieu qu'i!s euffent-, des dangers qu'ils nous font courir par leur demande, la luême
idee que je m'en fais. Car cnhn, Meflieurs, on doit le
dire hardiment, c'eft en parrant d'lln faux principe , que
vous avez admis MM. les Dêputes des Colonies dansTAffemblêe nationale de France. Or, quclles [ont, je "VOUJT
pric, quelles peuvent êtrc les fuites d'un faux principe,
ii ce ne font de faufles confequences? Dans l'affaire qui
nousoccupe, les fa.ufles confeqncnces font beancol1p plus
formidables qu'on ne le croiroit peut-ttre. Le tableau des
nlalheurs qu'eiles entraÎncroient eft efFrayant ; & nous
fommes _appelės pour ramener r ordre & la paix dans ce
Royaume dont nous fommes les Rcprefentans. Je n'exagere nen , Meflieurs } vous ne rarderiez pas a reconnoitre
la verite que je voudrois vous fairefentir maintenant. Bientot on [ou111Ettroit a votre decjilon des queftions qui vous
fcroicnt appercevoir, mais trop tard, que quand une fois
on a pris une mauvaife route , on finit par s'egarer de
pius en plus , & courir vers le precipice que l'on vouloit
evircr.Je vons conjure donc, pour Tinrerct de nos Colonies,'
pour 1 interet de la France, qui efl: intinlement lie auleur ,
de ne pas calcuier, dans ce moment, ce que vous allez.
decidcr flIr ce que vous avez deja fait, mais fur ce que
vous cleviez faire. Declarez qn 11 n'y a lieu a dGlibe-.
route , on finit par s'egarer de
pius en plus , & courir vers le precipice que l'on vouloit
evircr.Je vons conjure donc, pour Tinrerct de nos Colonies,'
pour 1 interet de la France, qui efl: intinlement lie auleur ,
de ne pas calcuier, dans ce moment, ce que vous allez.
decidcr flIr ce que vous avez deja fait, mais fur ce que
vous cleviez faire. Declarez qn 11 n'y a lieu a dGlibe-. --- Page 308 ---
(10) rer fur la propofition de M. de Curte ^ dêclarez en
outre ) & ctft du plus grand , du plus preflant inter ct ,
declarez que 1 'Afiembl;:e nationale ne doit s occuper d'ciucune manere relative a la Conftitution & au regime
.lnterieur^des Colonies. Je crois avoir prouve que l'Affemblee nationale ne peut, d'apres les vrais principes, sarroger un pareil droit: j'ajoutcrai qu'clle ne le fauroit
faire, fans renouveler 1'exemple d'une prėtention , qui a
en partie caufe a l'Angleterre la perte de fes Colonies j &,
comme j ai eu 1 'honnenr de vous le dire dans une autre
occafion, 1 afFaire des Colonies Anglo-Americaines eft una
fource feconde d'utiles leçons que nous ne devons jamais perdre de vue. Je fais que l'on m'objećł:era que les
Anglois ont propofe d'admetrre les CQlons dans leur Parlement j mais cette objedtion n'eft d'aucun poids contre
moi : car qudle etoit la raifon principale , la raifon avouee
par ceuxqui foutenoient ce fyfteme en Angleterre, 1'efpoir, 1 efpoir avide CI oppnmer les Colons par des taxes
direć'res, tandis que Pon favoit tres - bien que les Colonies , par la nature de leur mftitution, & pour 1'interêi
meme de la Metropole, ne lui doivent aucune taxe. An fefte , MM. les Deputes des Colonies craignoient
que Ie Miniftere fe refusatd.convoquer les Planteurs, dans
la rorme la plus propre a faire connoitre leur vaeu lihre &
complet j alors, MefIieurs, l'AlTemblee Nationale s'emprefteroit de les feconder dans une demande, dont elle
auroit reconnu la juftice 1 utilite. E'le dccreteroi'" cue
la Colonie feroit convoquee, &:c. Quant aux afFaires qui concernent les aDprovifionnemc-ns
de nos Coljnies , vous avez votre Comitc de conimerce
Sc d'agriailmre, dont un rapport, recemment publie dwns
inp affaire de ce genre, vous proir/e rout-Ć:l.-b-Lüis, l'ac-
:ivite, le zj!e, les lumieres lmtegrite de ceux qui le1
:ompofcnt, 3c Ie danger du nouveau Comite que 1 on
rous aemnnde. II vous offre auffi un exempli:; remarqaa- --- Page 309 ---
( I I ) .A PARIS.) Chez BAUDOUIN, Ilnprimeur de fAsSEMBLÊE
NATIONALE , rue Saint-Honore, Maifon conventuelle
des Capucins, N°. 416. ble de la manière dont les objets qui inrereifenr les Colonies & le Commerce , dans leurs rapports refpedtifs, doivent êcre toujours prefentes au Corps Legiflarif de la
M;:tropole. J'opine pour que rAffemblêe decrète qu'il n'y a pas
lieu a delibererfur la propofition d'un Comite colonial^
& pour qu'elle declare qu'elle n'entend s'occupper d'aucune manere relative a la Conftitution & au regime interieur des Colonies.
. ble de la manière dont les objets qui inrereifenr les Colonies & le Commerce , dans leurs rapports refpedtifs, doivent êcre toujours prefentes au Corps Legiflarif de la
M;:tropole. J'opine pour que rAffemblêe decrète qu'il n'y a pas
lieu a delibererfur la propofition d'un Comite colonial^
& pour qu'elle declare qu'elle n'entend s'occupper d'aucune manere relative a la Conftitution & au regime interieur des Colonies. r --- Page 310 --- --- Page 311 ---
A ASSEMBLEE NATIONALE. SĖANCES TRES-REMARQUABLES, Du Mardi premier Decembre 17, foir,
& du JSlercredi z > matin. LA feance intereflante de mardi foir a ete confacree toute entiere a la quefiion des Colonies ,
propofee famedi dernier. ; Saint-Domingue, la Martiiiique $ la Guade
loupe, fe font reunies pour demander a l'AfTembl6e
Nationale, qu'il fuit forme un Comite compofe
des Dêpures de ces Colonies , de negocians des
ports de mer, &: de tous autres Membres de 1) Affemblee qu'elle voudra choifir, pour s'occuper des
interêts des Culonies j & après avoir pris des connoiflances etcndues fur leur p01lrion , leur regime,
leurs produdions, difpofer les marières qui, foumifes a la fagcffe & a la politique de rAlfemblee
Nationale, prepareroient fes deerers. 11 eft furprenant qu'une demande qni paroit fi
fimple, fi jufte , conforme aux ufages adoptes
par TAlfemblee Nationale, puifqu'elle a forme deş . --- Page 312 ---
Comirês pour tous les objets interenans, ait Cnffert d'a.u{Ii grandes difficultes, & donn6 ouvercure
a des queftions aufli irnportantes. M. Moreau de S.ihit Miry 3 Dipite de 1.1. LlI,f.lrtiniqw:", a fait un precis hiftorique , tres-intercffanr , de toutes nos Colonies , & il a demontre
tous ks viccs du fyftime arbitraire & vacillant qui
les regit. M. le Baron de J1Je a afifure qne p:rfonne, dans
}'A(Tembl4e , ne connoilfoic les Colonies; que les
Dêputes des Colonies ne les connoitfoient pas , qiie
les Colonies ne fe connciffoient pas elles-memes •
qu'en confequence il falloit les confulter fur le reg'mie qui leur confient, & qu'en attendant levenement de cette ccMifultation , tous les interêts des
Oolonies refteroient entre les mains du pouvoir
cx^cntif , ce qui rendoic inutile la creation d'un
Comite. M. le Comte de Clermont-Tonnerre a parfaitement prouve la propoiition conrraire: il a demonire que letablifTement de ce Comire, tres-utiie aux
Colonies, epargneroit a rAifemblde bien des momens precieux , & la mettroit a même de prononcer , avec connoifTance de caufe, fur une conftitiition qui, neceffairemenr, ne fauroit ctre , en tout ,
femblable a celle du jefte du Royaume.
. le Comte de Clermont-Tonnerre a parfaitement prouve la propoiition conrraire: il a demonire que letablifTement de ce Comire, tres-utiie aux
Colonies, epargneroit a rAifemblde bien des momens precieux , & la mettroit a même de prononcer , avec connoifTance de caufe, fur une conftitiition qui, neceffairemenr, ne fauroit ctre , en tout ,
femblable a celle du jefte du Royaume. --- Page 313 ---
A i ' M. NJr.lC 3 nJeociant' de Bordeaux a dit que J
ks Deputes dcs Colonies navaient pas dc pou- j
voirs, quoique 1'AfTemblfe ne les ellt a-::tnis que -
fur lexai-neu de ces pjuvoirs j que n'ayant pas de
pyuvoirs, iis ne devoient pas fe nldçr des affaires \
de leurs Co.mmcttans , & que d'ailleurs il etoit j
ceruin de 1 inutilite d 'an Co mite preparatoire , I
parce que les Colons nc voudroient jamais fe fou- |
iH:ttrs aux Decrets de l'Affemblee Nationalc. ! AI. Blin j Depute de Nantes, a lu un très-bng
difcours , dans lequel il a aifurê que h qaeftion
n'avoit ete ni entendue, ni effleuree *, que le Com-te foliicite par les Deputes des Antilles etott
fnp:rfiu», qu'il etoit inutile de s'occuper des interêrs des Colonies; que les Colonies devoient ecrs
confiderees comme des Alliês , comme des Etars
federatits ; que l'AiTembl e Nationale n'avoit aucun pouvoir fur elles, qu elle ne pouvoit pas meine
fandionner lenrs lois, qu elles et jient fouveraines,
& qu'en confequence elles devoiçnt refter ahfolument dans la miin du 1\1inii1:rc de la Marine ;
conime dIes y avoient ete par le paffe. P°
Ces derniers difcours n " avo n: pas paru goutö;
de rAffemblee, lorLlue M. Ie Marquis de Go.iy
d'Arfy Depute de Sai;it-Dorring'te , a monte a la;
ttibune pour repondre aux preopina.is. II a c JIII-* --- Page 314 ---
mencê par prouver Ia futilice des objc-dions elevees
contre la validite des pouvoirs des Deputes de
Saint-Domingue. Une reclamation tardive de quelques Colons ifoles, fouleves peut-etre par le Miniftre, & deja rejetee
lors de l'admiffion des Deputes, ne ponvolt, fous
aucun rapport, être rmfe en concurrence avec les
decrets de 1'Airemblee Nationale, qui, apres un
examen rigoureux, & plufieurs plaidoyers contra.-
did:oires, avoient place folemnellement les Dêpntes de Saint-Domingue au nombre des Reprcfentans de la Nation.
quelques Colons ifoles, fouleves peut-etre par le Miniftre, & deja rejetee
lors de l'admiffion des Deputes, ne ponvolt, fous
aucun rapport, être rmfe en concurrence avec les
decrets de 1'Airemblee Nationale, qui, apres un
examen rigoureux, & plufieurs plaidoyers contra.-
did:oires, avoient place folemnellement les Dêpntes de Saint-Domingue au nombre des Reprcfentans de la Nation. Traitant enfnitc la queftion relative a la f trmation d'un Comire-colonial, il en a appl1yê la neceflite fur les doIeances de nos Colonies, fur les
griefs nombreux dont c!lcs demandtnr le redicffement, fur les dang rs pre{fans qui les menaccnr.
II a cite rinfurredlicn aduellc de la Marrini^iie »
qui eft effrayr.nte, celle de la Guadeloupe , qui ne
i'en: pas moins , & les n1011Vemens precurfeurs
, d'une revolution, qui s'erendent jufqu'a Saint-Dolrjingue : « & c'eft dans ces circonftanccs, a-t-il
;,t dit, que 1'0n vondroit abandonncr Icc. iiif .rtu-
» nes Colons aux foins d'un pouvoir execvuii qui
P repofe entre Jes mains de fubalternes prevaricav tews , & d\Ul Mini(tre juftc-mcnt txecre d . --- Page 315 ---
m Colonie dont il a commence le malheur, &
« dont il femble acharne a confommer la ruine » ! Ces dcrnières expreffions ont ete vivement applaudits par une partie de l'AlIemblee, & improu-
- vees par 1'autre. M. de Gouy a ajoute qu'il etoit
fpecialement charge, par fes commettans, de dêjioncer a li Nation M. le Comte de la Luzerne,
& il a prouve la verite de cette miffion, en lifant
une !ettre nouvellement arrivee, & iignee d'un des
Comites de departcment de la Colonie, qui fe
plaint avec amertume de ce qu'on lui a enleve un
Gouvernelòr qu'iI cheriffoir, ( M. le Marquis du
Chilleau) pour lui donner clandeftinement un fuccefTeur, qui s'eft annonce en deployant des Arrets
du Confeil, dont la Colonie declare ne vouloir plus
recevoir auctm, dcpuis qu'elle a le bonheur d'avoir,
dans rAilemblee Natioiiale, dcs Reprêfenrans qui
doivent feuls provoqucr les lois fages après lefquelles
elle foupire. M. de Gouy a refute, par cette meme lettre,
M. de Jeife, en obfervanr qu'elle prJuvoir que
Saint-Domingne connoiffoit, quoi qu'i!. en dit, fes
befoins, les abus du pouvcir miniileriel, & la
puiilance dc 1, 1.UemOlt': A 1 l' Nadonaie. II a oppofê vicborieufement cette meme pièc.e a
IVilertion iin peu hafardee dc M. Nerac. t --- Page 316 ---
t: ! II a fini par remercier M. Blin de vouloir
rendre les Colonies fouveraines, en faire des Etats
monftrueux qui, tout- a- la fois, feroicllr inaepcndans , & refteroient fous la verge du defpotifme,
changer leurs Deputes en Ambaffadeurs} & il a
concll1 a ce que ron accordâr aux Colonies tout
fimpIement le Comite qn'eHes demandoienr , au
lieu d'une Couronne qui ne les touchaitY pas.
. Blin de vouloir
rendre les Colonies fouveraines, en faire des Etats
monftrueux qui, tout- a- la fois, feroicllr inaepcndans , & refteroient fous la verge du defpotifme,
changer leurs Deputes en Ambaffadeurs} & il a
concll1 a ce que ron accordâr aux Colonies tout
fimpIement le Comite qn'eHes demandoienr , au
lieu d'une Couronne qui ne les touchaitY pas. A ce difcours , a fucce Je un tumulte qui a empêche d'aller aux voix & termine la Seance. Celle du lendemain, Mercredi z , employee
d'abord a des deliberations fur les Municipalites, a ete interrompue par une lettre adreflee par le
Comtg de la Luzerne, Miniftre de la Marine ,
au Prefident de rAfifcmblee Nationale. Inftruit, dit-il, de la denonciation vague &
injurieufe, faire nier contre lui, il offre de donner les renfeignemens neceffaires j il demandc que
M. leMarquis de Gouy d'Arsy foit tenu de citer des
faits , de proouire des prcllvcs, & il ajoute maladroitemenr, que c'eft un artifi.ee ufite dans 1'Affemblee N arionalc, par quiconque veut rendre fan. '
opinion favor-able que d'y lier des plaintes con-
(re les Minijlres du Roi. Cette phrafe dc quclques autres ont fingulierement dsplu. M. de Gouy a êleve la voix : « Jė --- Page 317 ---
» confirme, a-t-il dit, tout ce qne j'ai avance hier.
» C'eroit ou inJure) on denonciation. Dans le
» le premier cas, I'A£femЫee avoit le droit de nH,
» rappder a 1'ordre & n'avoit pas befoin de la
» leçon que le Miniftre s'ingere a lui donner a ce
» fujct. » Dans le fecond cas, quoiqiwl y ait nnedif- » fėrence ^flentielle en principes entre un denon-
» ciateur puЫic) & un accufareur prive;quoique
» celui-ci foit oblige dadminiftrer des preuves ,
» tandis que celui-la n'a qu'un deIir a reciter , je
» m'oblige pourtanr, organe fidèle de mes Com...
» mettans, a prouver, par leurs propres ecrits,
» an moins tout ce que j'ai avance ».Ainfi, voila
donc en France aufli , Meffieurs , un Minifire dcnonce , & par un homme qui annonce un caradtere qui ne permet pas de doutes fur l'energie
. avec laquelle il fuivra fa denoncianon , malgre
l'eloignement des delits, & la difficulce de raffembler les preuves & les temoins.
fidèle de mes Com...
» mettans, a prouver, par leurs propres ecrits,
» an moins tout ce que j'ai avance ».Ainfi, voila
donc en France aufli , Meffieurs , un Minifire dcnonce , & par un homme qui annonce un caradtere qui ne permet pas de doutes fur l'energie
. avec laquelle il fuivra fa denoncianon , malgre
l'eloignement des delits, & la difficulce de raffembler les preuves & les temoins. A peine M. de Gouy avoit-il quitte la tribune,
que M. le Marquis d'Ambly a fait une Motion
a laquelle on ne s'attendoit gueres : Que tout
1\I:;mbre de l'Aflemblee, qui feroit une denoncianon , fut oblige de la figner , d)en ..fournir toutes
Irs preuves j <k que, s'il etoit calomniateur, il fur
exclus. --- Page 318 ---
M. le Coirt3 deMirabeau a tonn£ contre une
propofition auili contraire; aux vrais principcs, qu'a!;-
tentatoire a la liberte de 1'Aifemblee. II en a GClaille tous les inconveniens avec cette logique prcifante qui caraêł:erifc f011 eloquence. 11 a fortenicnc
releve ces mots , s'il etoit calomiuateur. V oiLl Ull ^
etrange ji, s'efi-il ecric. Et quant a la peine d\xclufion , il n'a pas hefit6daflurer qui netoitpas
au pouvoir de 1'Alfemblee NationaleeUc - nicme
de rinfliger au Reprefentant d'une Province. II A
conclu a la quefiion pd:alablc fur la lVI0tion de
M. d'Ambly. Toute 1'AfIemblde s'eft parragee avec beaucoup
de tumulte fur cette queftion , qui touchoit a l'un
des articles les plus dêIicats de la ConftitUtion.
On a ete aux voix plufieurs fois, par leve Sc aftis.
Les epreuves ayant etê incertaines, on a rêdame
rappel nominal, mais beaucoup de Membres s'y
oppofant, M. Ie Prefident, del'aveu del'A(fembl6e, a lev6 la Sêance., & ajourne la queftion ait
lendemain. --- Page 319 ---
A G BSERVATIONS -
A s' Ė E S A .L'ASSEl\1BLEE NATIONALE, PAR Utf d£put£ DES COLONS ameriquaini MESSEIGN.E,ÚRS;'IJ Lorfque les Etats-G&i&aux furent convôį
ques, tous les Cito)*ens , propriêtaires &: con.
tribuables furent appelles a s'affembler pour
former leurs cahiers &: nommer librement ieurs
Reprefentans. Nous lommes Citoyens libres des Colonies,
nous fommes polfefTeurs, contribuables &
de plus tres-utiles , donc nous devions êrre
appelles aux Aflemblees primaires pour Formet
nos cahiers & nommer librement nos Repr&
fentans. Nous n'avons cependanr point et6 appeHeS:
a ces Aflemblees prima:ires ? Pourquoi ? Parce
qu'un pnfjugê injufie.& barbare a fait que juP --- Page 320 ---
; y -.. ' >. ~ _ ( O - -
Colonies,
nous fommes polfefTeurs, contribuables &
de plus tres-utiles , donc nous devions êrre
appelles aux Aflemblees primaires pour Formet
nos cahiers & nommer librement nos Repr&
fentans. Nous n'avons cependanr point et6 appeHeS:
a ces Aflemblees prima:ires ? Pourquoi ? Parce
qu'un pnfjugê injufie.& barbare a fait que juP --- Page 320 ---
; y -.. ' >. ~ _ ( O - - cju a ce jonr, nous avons ete non-feulemenfc
repoufte* de tous emplois civils, mais;m€me
des Aitemblees de Paroifie , quoique Proprietaires riches de la Paroijfe. L'A£fembhfe Nationale pourroit-elle faire
toiicn€F-contre nous aujourd liui uii iiiitfique
de formalitė qui n a pas ete en notre. pouvoir
de remp!ir, puifque nous en avoris" êrê empêches par l'injuilice s laforce & la tyrannie
menacante. Plus dociles que n'ont ete ici
quelques Provincefs\ pblitroit-on ~nb'us~faire
un crime de n avoir pas enlploye des moyens
hofiiles pour nous aflembler, tandis que nous
fenticfls"qa'e ces moyens: âÜroient pu donner
de. violente^ fecoufles à la Colonie. Nous: iie-r^connoiflons point nos Reprefentans dans' le nombre- de- MM. les Deputes de Saint-Domingue qui ont fhonneur dQ
fiegerpaimi vous, Mefleigneurs, nous n avons
en aucune' manière concouru a leur election; il eut ete meme- abfurde de notre part
de nous faire reprefenter par eux, puifque
depuis cinq ans nous n'avons cefie de reclamer contre les vexations que leurs Commettants nous :ont fait eprouver, v& qu'iis voudroient fans doute continuer, 'puHgu'ils font
tous leurs eltojts pour nous eloigner d'une --- Page 321 ---
( 3 ) A 2. teprefentatioii qui doit faire entendre a ja
Nation allemblee, nos longs & pembie.s mallieurs. - Je fopplie TAflemble^ Nationale de vouloir bien prendre en confideration ce que je
vais avoir l'honneur de lui dire. Nous n'avons pas manque de demander a
M. le Marquis du Chilleau, Gouverneur de
Saint-Domingue, la permiiiion de nous aflembler pour remplir le vcru de l'Edit de Convocation ; mais nos demandes ont toujours
ete infrudueures a Sa.int-Domingue, ix nous
avons ete lans aucune reponfe a ce fujet. Ce rfeft qll'ici, Mefleigneurs, que M. le .
Marquis du Chilleau m'a fait 1'honneur de
me dire que , n'ayant pas autorife les Colcns
blancs a s'aflembler, il n'avoit pu prendre
fur lui de nous y autorifer , mais qll:il n'avoit
pas ma.nque d'envoyer nos dema.ndes au Minii1re de la Marine; &: qu'il n'avoit eu de
ce Miniftre aucune repanfe a ce lujet pendant
fon fejour a Sa.int-Domingue. Alan, Mefleigneurs, fentant Tabfoiue neceffite de nous affembler ici 3 a defaut de pouvoir jamais y parvenir a S.iint-Domingue,
nous avons eu l'honneur d'en prevenir lVllVI. de la Fayette & Bailly; & apres en avoir --- Page 322 ---
( 4 ) obtenU la permiflion, nous nouS fbmmes
aflembles chez M. de Joly au nombre de plus
de cent pour former nos Cahiers ik nommer
les Deputes, qui ont' eu 1'honneur d'être admis a Ia. barre de votre augufie Aflemblee.
defaut de pouvoir jamais y parvenir a S.iint-Domingue,
nous avons eu l'honneur d'en prevenir lVllVI. de la Fayette & Bailly; & apres en avoir --- Page 322 ---
( 4 ) obtenU la permiflion, nous nouS fbmmes
aflembles chez M. de Joly au nombre de plus
de cent pour former nos Cahiers ik nommer
les Deputes, qui ont' eu 1'honneur d'être admis a Ia. barre de votre augufie Aflemblee. Que peut-on objećl:er contre la lêgalire de
cette conduite ?. Que nous ne fommes pas
charges des pouvoirs de nos autres Concitoyens libres de la Colonie. Une fnppoiition
limple, & qui devient vraie par rapport a
nous, va repondre a cette objedion, la plusforte de nos Adverfaires. Je fuppofe qu'une Province de la France
vint annoncer en ce moment a l'AffelnbIee
Nationale que fa Commune auroit ete rejetee des Aflemble'es primaires par une clafle
de cette meme Province ayant le pouvoir ,
& que cette meme clafle ayant tout pouvoir
etît nomme feule, a l' exclufion de fes Communes j &: parmi fes Membres, les Deputes
de cette Province, & qu'enfuite cent Membres de cette Commune exclus des AffembIees
prÜnaires dans fa Province euffent pu s) affembler ici fans obfiacles) qu'ils euflent fonne
leurs Cahiers & nomme leurs Deputes ; &
enfin faire ce que nous avons fait , l'AlfeUlblee Nationale, loin de les repoufe, de leJ --- Page 323 ---
( 5 ) A 3 rejetter, les eut au contraire accueillis, &:
leur eut accorde toute fa protedion, fur-tout
fi les Communes prouvoient que les premiers
Deputes n'etoient que des enneinis furieux,
qui ne tendoient qu'a aggraver &" perpetuer
les maux de la Commune. (i) Tel eft, Notreigneurs, notre fituation. La
force, la tyrannie, les menaces meme, nous
ont exclu des Affemblees primaires dans les
Colonies. Et ce qui prouve, encore plus, c'eft
l'acharnement des Colons blancs a nous eloigner de l'Affemblee Nationale : eux feuls font
des obje&ions a notre admiffion ; & des pamphlets auffi ridicules quils font peu plaifanls ,
montrent ailez qu'ils ne negligent rien pour y
parvenir. Ils cherdient mêlne jufqu'a ridiculifer la
qualification que nous a.vons prife, quoique
jufte. Nous fOn1n1es nes a rAmerique, nous y
avons des pofleilions, donc nous pouvons &
nous devons nous appeller Colons Anleri- - (1) Je demande pardon a M. de Mirabeau, s'il
trouve ici un des forts arguments qu 'il ait employê. Je proteite qu'elle a êtê vÎvement fentie par mot
avant .d'avoir Iu le Courier de Provence , les verites
fe font egalement feutir. --- Page 324 ---
( 6 ) quains. V 0uch':oient - ils encore , après notrs
avoir ravi les clroits facre's de l'homme, nons
ravir jufqu'à la faculte de nous dire-du pays
qui nous a vu naitre ? Ah! Mefleignenrs , c'eft
peu cacher les fentiments d'une haine bien
injufte. Pent-on prefnmer que nous ne foyons pas
charges tacitement & conventionnellement des
pouvoirs de tous nos Coneiroyens, Colons
Arileriquains, lorique je prouve qu'en 1783 ,
fous leurs yeux , ^acireftai en leurs n01115 un
lVlemaÎre aux Adminifirareurs de la Colonie,
&. qu'ils 111e repondirent les lettres ci-jointes.
peu cacher les fentiments d'une haine bien
injufte. Pent-on prefnmer que nous ne foyons pas
charges tacitement & conventionnellement des
pouvoirs de tous nos Coneiroyens, Colons
Arileriquains, lorique je prouve qu'en 1783 ,
fous leurs yeux , ^acireftai en leurs n01115 un
lVlemaÎre aux Adminifirareurs de la Colonie,
&. qu'ils 111e repondirent les lettres ci-jointes. .ralu Cap , le 27 Mars 178J. Nous fommes on ne peut pxs plus fatisfaits dll zèle que les Gens de couleur de la
J. Paroiile d>Aquin viennent de montrer en
pay ant entr'eux une fomme de 94 I 0 livres
pour leur portion dans la depenfe dn Vaiffeau que la Colonie fe propofC d' cfrrir au
Roi: nous ne doutons pas que vous n'ayez
beaucoup contribue a les porter a cet ade
p.itriotique , Lz nous vous en favons tresbon gre. Vous pouvez avec toute confiance,
nous adrelfer le Menloire dont vous nous --- Page 325 ---
( 7 ) A 4 parlez , ,foyez très.ą([l}rê que. nous voi$,j;endrons bonne juftice. ,. Signes BhLLI^GOMBE a BONGAR5. r Q U A T R 1 E M E L E T T R E. _. Au Cap > Ie 11 '■>
.. ~ ; Nous ^avons reçu le Memoire. que vous
nous avez adreffe fur le lort aduel. des
h01l1111es de couleur. - Nous rexaminerons
avec route 1'attention poffible, pour nous mettre a portee de feire part au Miniftre des
obfervatiqqs dont: nQus nous paroitra iufceptible, &: cfe notre fentiment; fur. le tout. .., Signes BELLECOMBE & BONGARS. Qufe depuis cette epoque , paffe en France
en 1784-; je fus preiente a M. le JMaiechat
de Caftries par M. de BelleccSmbe, & que ';0
lui fus .prefente comme charge de reclamer
pour n1es Concitoyens, & qu'en cohfequenèe
je lui rernis fucceffi-veme^t plufieurs Memoires,
dont il niaccufe la recepti^n par la lottre
iuivante: .. • 5 •' --- Page 326 ---
[texte_manquant] Premiere Lettrc de M. Ie Mar/chal de Caftrics,
Minijire de la Marine. ,El Yerfailles , it 6 Mai 1786'. J ai reÇu, Mopfieur , les trois Memoirss
par lefquels vous re'clamez AU NOM des Gens
de couleur , contre les vexations que les
blancs leur font eprouver dans Ies Coionies
ils m'ont paru mei-iter atcendon, & je les
envoie aux Adminiftrateurs de Saint-Domiii-'
gue pour avoir leurs avis. :. , Moqfieur, entierement £ vou& , "' Sigrie Ie Mardcjial Į>E CASTRIES, A M, Raimond, MM. de la Luzerne & de Marbois etoien^
Adminiftrateurs a qui mes Memoires furent
fenyoyes, & M. de la Luzerne, ayant ecrit ~
Colons Ameriquains fur les lieux i
pour avoir des eclairciliements fur les faits
cites, dans mes Memoires, peut certifier quq
- j'etois reqpiinu par qiix comme leur Repre.
ement £ vou& , "' Sigrie Ie Mardcjial Į>E CASTRIES, A M, Raimond, MM. de la Luzerne & de Marbois etoien^
Adminiftrateurs a qui mes Memoires furent
fenyoyes, & M. de la Luzerne, ayant ecrit ~
Colons Ameriquains fur les lieux i
pour avoir des eclairciliements fur les faits
cites, dans mes Memoires, peut certifier quq
- j'etois reqpiinu par qiix comme leur Repre. Au retour d~ M. de la LuzernQ en Franc* --- Page 327 ---
' (9) ję lui ecrivis, pour lui demander une d^ci^
fipn fur les Me'moires que M. le Marechal
de Caftries lui avoit adreffes ; il me repondit
la Lettre ci-après. Prerqiere Lettrc de M. le Comte de la Lw^erne*
Minijlre de lą Marine, A Verfaillts, fj Novemhre J788. J*ai r-eçu, Monfieur, la lettre du IS de ce
mois, par laquelle vous me demandez une
decifion fur les Memoires que vous avez
adreffes precedernrnent a M. le Marechal de
Cafiries, à 1'effet d'engager le Gouvernement
à adoucir le fort des gens de couleur dans les
Colonies. Je n'ai point perdu de vue cet
objet, fur lequel M. le Marêchal de Cafiries
ip avoit effeftivement confulte pendant que
retois à St-Domingue, & j'ai chargê en der-
- nier lieu MM. du Chilleau & dę Marbois da •
m'adrefler divers details qui me font necef-'
faires pfeur pouvpir prendre les ordres dl1
Roi. Dès que ces renfeignemens me feroni
parvenus , je les mettrai fous les yeux de
Sa Majefte. Je vous ęnvoie &u furplus les --- Page 328 ---
( 10 ) papiers que vous aviez joints a votre lėttre'r
i '1 ' 'V
Je fuis, Monfieur,. entièrement a vous. Sio ne DE LA LUZERNE,
A M. RaÜnond. Donc j'etois reconnu , par Iui, charge de
reclamer pour mes Concitoyens. En Avril 1789, j'adre(Hii encore un nouveau Memoire pour le Roi, a M. de la Luzerne, & ce Miniftre me repondit, par une
lÇcondc, que je foumets, comme la premiere,
a rA(TembIe'e. ,.. Rsuxierne Lettre de M. le Comt.e cU la. Lu^erne* A Verfailles, le j Mars i jSg._ J'a.i recu , Monfieur, avec votre Lettre du
17 Fevrier, le nonveau Memoire par lequef
vous infiilez fÚr la neceffirê d'adoucir le fort
des gens de couleur libres datis Ie$ Colonies.
J'a.i .charge fpecialement MM. dn £hilleau
ł?c de Marbois de me I11ettre a portee de
prendre les ordres' du Roi fitr cet objet intercJfant. Auffi-tot que leur avis me fera par- --- Page 329 ---
(") venu, je le'mettrai fons les yenx de Sa Majefie, avec les diffêrens Memoires que vous
m'avez adrcffes. Je fuis, Monfienr, votre tres-humble &
tres-obeiflant ferviteur) Siene DE LA LUZERNE. o
A M. Raimond. Dcnc j'etois encore reconnu pour le Reprefentant des Colons Ameriquains. Tous ces faits prouvent incontedablement,
Meilcigneurs , que j'ai toujours ete, & que
je Ü1is encore , autorife de 111es Compatriotes,
Citoyens libres , de coL.ieur , a les reprelenter. -
, Monfienr, votre tres-humble &
tres-obeiflant ferviteur) Siene DE LA LUZERNE. o
A M. Raimond. Dcnc j'etois encore reconnu pour le Reprefentant des Colons Ameriquains. Tous ces faits prouvent incontedablement,
Meilcigneurs , que j'ai toujours ete, & que
je Ü1is encore , autorife de 111es Compatriotes,
Citoyens libres , de coL.ieur , a les reprelenter. - M'objederoit-on que notre population eft
moindre que celle des Blancs ; Me&igneurs,
il efc un moyen de verifier ce fait. On doit
avoir, dans quelque Bureau- de la Marine
des Etats de toutes les Milices nation ales de
Saint - Domingue : que Ton compare le
nombre des Compagnies de Nègres libres, &
Citoyens de couleur , avec celles des Compagnies bl.mches , on pourra voir fi notre popu- --- Page 330 ---
( 11 ) lation eft moindre que celle des Blanrt (i). Au refte M, le Marquis du Chiijeau qui
vient de gouverner cette Colonie , m'a certifi©
que le nombre des Colons de couleur s'elevoit a plus de 27 mille individus. Et un
Adminiftrateur ne peut guere errer fur une
pareille evaluation. Objećteroit-on que nos pofleffions ne font
pas afIèz confiuêrables pour avoir ure aJputation. Je renvoie encore , pour prouver qu'il
y a'un tres grand nombre de notre clafle de
riches, aux recenfemens que nous donnons
tous les ans de nos poffeffions ; ces pieces
doivent encore fe trouver au Bureau de la
Marine ; on y verra , d'apres ces recenfemens, que nous pofledons au moins un tiers
des proprietes de rAmerique. Si donc rAlfemblee Nationale n'a pas fixe
C comme le dit M. Cocherel) le nombre de&
Deputes de Saint-Domingue fur la population
des Noirs & Mulatres libres ; c'eH: parce
qu'elle a fenti que cette clafle de libres &.
de Citoyens devoit être reprefentee particu- (1 ) Dans to utes les Paroifles, les compagnies des
Negres & Gens de couleur, font plus nombreufes
, que les compagnies des Blancs. --- Page 331 ---
( 13 ) l&rement, comme I'a obfervê M. le Comtê
de Mirabeau , dans le temps; & c'eft ce qui
a ete en meme-temps la plus forte objed:ion
a r admiffion du grand nombre de MM. les
Deputes hlancs, qui fe font pnHi;ntes. Les Colons blancs ont une deputation en
raifon de leur population & de leur propriête. Les Colons Ameriquains, ou les Citoyens libres de coulcur, doivent aufii en
avoir une comme Citoyens libres , pofTeileurs
&: contribuables; &: avec d -dutant plus de
raifon , que to.us les Citoyens libres de coiif
leur tiennent au fol, par cela meme qu'ils
y font nes. Au lieu que dans la population
blanche, fi vous en retranchez ce qui n'a
point de pofleffion, ni mêlTIe de domicile,
comme Economes ou Commandeurs blancs,
Pacotilleurs , Ouvriers courant les Habitations , les Rouleurs, les Chevaliers d'induftrie, les Pecheurs, la plupart de Nations etran*
geres ; d'autres, en alfez grand nombre 3 qui
s'avilifient jufqu'a demander Taumone , il ne
refiera de la population blanche que, tout
au plus, 8 mille individus.
n'a
point de pofleffion, ni mêlTIe de domicile,
comme Economes ou Commandeurs blancs,
Pacotilleurs , Ouvriers courant les Habitations , les Rouleurs, les Chevaliers d'induftrie, les Pecheurs, la plupart de Nations etran*
geres ; d'autres, en alfez grand nombre 3 qui
s'avilifient jufqu'a demander Taumone , il ne
refiera de la population blanche que, tout
au plus, 8 mille individus. C'eft donc à. la Nation affembIee a dêcider
du rang que nous devons avoir dans I' etat ci- --- Page 332 ---
( 14 ) vil, & non aux Colons blancs feuls, comme
M. Cocherel le propofe. Nous reda.mons 1'Edit du Roi de 1685,
pour les aj-ranchis. 11 porte : qu'ils jouiront
des droits des. autres Citoyens, libres naturellement. Les follicitations faites au Roi, par les Cofons blancs, de s'atlembler a Sa,int-Domingue,
pour y faire une conftitution, ne peut regarder que ceiie qui peut etre faite pour
les efclaves; mais Ia confiitution pour les
hommes libres Citoyens, poflefleurs & contribuables, quelle que puitfe etre' leur origine,
ne peut être faire que par r A Įfen1Ыee Na.-
tionale. Nous ne ceflerons de repeter que nous
fommes libres au phyfique , au moral, &
politiquement, que nous fotnmes enfin rentreS
dans les droits imprefcriptibles de fhomme,
qu'en confequence nous ne devons fairJ
qifune meme clalTe, qu'un mênTe ordre , avec
tous les ingenus nes de la Colonie. Et que
fi malheureufement il exifte , fons la domination irancaiiė , un "payS ctii; rbTI croit 1 efcIa vage necefiàire encore pour un temps ; il
faut, dis-je , que dans ce pays il n'y ait que
deux claifes , celle des libres ou ingenus, & --- Page 333 ---
_ ( 1 s ) celle des efclaves ; ne feroit-ce que pour co!itenir plus efficacement ces derniers, jufqu'a
ce que la Nation ait pris des moyens furs
pour les ralnener a l'etat de liberte, par une
fucceffion de temps, & par des moyens qu i
pniHè agir, fans caufer un ebra.nlement fLlneUe aux Colons &: a la Metropoie. F I N. --- Page 334 --- --- Page 335 ---
OBSERVATIONS
S U R UN PAMPHLET.
i --- Page 336 --- --- Page 337 ---
A i OBSERVATIONS SUR UN PAMPHLET, AY4NT POUR TITRE:- RECLAMATION QES NEGRES LIBRES, COLON S AMERIQUAIN S. RECLAMATIONS des Ncgrcs libres, Colons Ameriquains. » L E Nègre eft iff u
« d'un fang pur; le Mll53 latre, au contraire,
" eft ilTu d'un fang me-
" lange; c'eft un com-
» pofė du noir & du REPONSES aux pre- [endues Reclamations
des N egres libres,7
& Colons Ameriquains. IJ E Blanc , ainfi qi.1e. Ie
Negre, fonc itIiIS d un fang
pur, par confeqiienc le pro.
duit ae ces deux Etres doic
avoir un fang rres-pur, Sc
ne peut etre abatardi. J'irai encore plus loin, --- Page 338 ---
» bIanc., c'e1l: une ef-
)J pèce abârardie «.
Reclamations
des N egres libres,7
& Colons Ameriquains. IJ E Blanc , ainfi qi.1e. Ie
Negre, fonc itIiIS d un fang
pur, par confeqiienc le pro.
duit ae ces deux Etres doic
avoir un fang rres-pur, Sc
ne peut etre abatardi. J'irai encore plus loin, --- Page 338 ---
» bIanc., c'e1l: une ef-
)J pèce abârardie «. » D'apres cette ve-
>5 rite, il eft auffi evi- >3 dent que le N ègre eft
~ au - deffus du Mulâ- » tre, qu'il l'efł: que car je prouverai que Ie produit du N ègre) , avec le
Blanc j eft fuperieur même
a res formareurs) pris individuellement. Les loix immuables &
conftances de la Nature nous
ont appris que toutes les
efpeces degeneroient quand
elles eroienr tranfplantees
hors de leur climat naturel, & qu'on ne parvenoit
a les regenerer, qu'en croifant les efpèces ; la conftante
experience prouve par-tout
cette verite. Aufli voit-on dans les
Colonies, que les prod nits
des Negres, av(2t les Blancs,
font p!us forts, plus courageux , plus agiles , rehftant
jTiieux aux intemperies du
climat, & ayant une econnanre aptitude a tout. Donc le produit du Negre avec' fe Blanč , loin
d'et:re une efpèce abatardie,
eft au contrnire fuperieure. D apres certe verite. it
ne fnut pas fuive la comparaifon fa;,e des metaux"
allies enfemble, eile ne feroit pas avantageufe aux
Colcns blancs ; car en la
fuivant, il faudroit con-.
clurfi , que l'homme blanc . --- Page 339 ---
» Tor pur efl au-deflus
w de l'or melange. s) D'apres ce princiw pe, le N ègre libre,
w dans 1'ordre focial,
« doit être clafTe avant » le Mulatre, ou hom-
» me de couleur, donc
» les Nègres libres doi33 ventefperer, comme
33 les gens de couleur,
33 une reprefentation a
33 l'AnembIee Natio - 35 nale, fi ces derniers
-33 obtiennent cette fa33 veur, qu'ils viennent
33 de folliciter; les Ne33 gres libres fe repo33 fent, a cet efFet, fur
» Ja haute fagelfe des » Reprefentans de la eft inferieur a rhomme
noir, pnifque celui-ci , puc
comme l'or, re$oit, par le
melange du blanc, l'alliage
qui diminue Ie prix du refultat de leur produit. Donc, fi le Nègre etoic
ror) Ie Blanc ieroitia!!iagc:
donc le Nègre feroit fuperieur au Blanc : donc, donc
enfinj vous m'entendez. Oh aveuglemenr du prejuge, comme vous rendez
les hommes ! D'apres ce principe , it
faudroit donc dalrer dans
1'ordre focial, le N ègre libre le premier, comme reprefentant l'or pur ; enfuite
1'homme de couleur, comme reprefentant de l'or
dans leqnet i! y a de l'alliage ; &: enf1n Ie Blanc au
dernier rang, comme ve..
nant, par fon melange, di..
minuer la valeur du N ègre,
comparce a l'or. Mais laiflons ces abfurdes & plates plaifa.nteries.
Les hommes ne font pas
des metaux , qnoique beaucoup ayent des coeurs de
bronze : ils font hommes
& eganx en droits , tk do!-
vent être clalfes au meme
rang : dans 1'etat facial,
ans leqnet i! y a de l'alliage ; &: enf1n Ie Blanc au
dernier rang, comme ve..
nant, par fon melange, di..
minuer la valeur du N ègre,
comparce a l'or. Mais laiflons ces abfurdes & plates plaifa.nteries.
Les hommes ne font pas
des metaux , qnoique beaucoup ayent des coeurs de
bronze : ils font hommes
& eganx en droits , tk do!-
vent être clalfes au meme
rang : dans 1'etat facial, --- Page 340 ---
6 , «Nation ; ils recla-
>5 ment, d'ailiears, les
» bons offices des De-
» putes de Saint -Do55 mingue , leurs Pa.-
» trons & leurs Pro55 te&eurs naturels, qui
" ne foufi=riront point
>3 une exclufion inju55 ric ufe a la purete de
55 leur origine; ils ne
55 doutent pas que les.
n Deputes ne devoi55 lent, avec toute Fe55 nergie dont ils font
» capables , l'ingrati-
» tude des gens de cou5j leur , cjui [elnblcnt
55 dedaigner les aureurs.
» de leurs etres , qui
» les ont oublie vo55 lontairement dans la
55 dernande qu'ils vien55 nent de former au
55 Tribunal de la Na55 tion , en lui faifant
55 une ofFre patriorique
» de fix millions j fans
55 daigner les y com55 prendre. 55 Mais les N ègres lileurs vertus, leurs talens,
leur milite, doivent feuis
etablir une difFerence. Les Nègres libres ont.
follicire en commun, fous
le titre de Colons Ameriquains, une reprefenration;
perfonne ne. pouvoit les er*
exclure, ils font hommes,
hommes libres, & vexes,
cela feul fuflifoit ; ils n'ont
pas attendl1 les bons offices que leur offrent leurs
pretendus patrpns, qui ne
font , comme on le voir
aflfez , que des orgueilleux
perfeverans , qui penfent
que que1qų.es rameaux de
l' ariftocratie iront renaître;
& fe reprodllire fous un;
èÎeI brtltant, ou ils voudroient encore lui faire produire les fruits les plus
amers. Ainfi , puifqu'il efl: prouve que , dans la reclama-.
tion des Colons Ameriquains, tout homme Iibre
Sc vexe par les Colons:
blancs y efb compris ; il ferainutile que MM. les Deputes des Colons blancs de- .
voiient la pretendue ingrætitude des Colons Ameriquains envers leurs peres
noirs. Seulement MM. les. --- Page 341 ---
» bres, Colons Ameri-
>5 quains , plus gene9> reux que leurs en53 fans, fe propofent de
JI, venir inceHàrnment
» offrir eux-memes a
>31'Aflemblee Natio -
33 nale, un don patrio33 tique de douze mil33 lions; ils ont lieu de
33 croire qu'il fera reçu
33 avec le même en33 thoufiafjne, & qu'ii
33 leur meritera les me33 mes bontes, trant en
" beaucoup plus grand
33 nombre que les gens
33 de couleur , non
33 moins fondes en
33 droits &; en pouvoirs;
33 ils ne feront pas plus
» embarrafTes qu'eux à
33 realifer ce foible don
33 patriotique.
33 nale, un don patrio33 tique de douze mil33 lions; ils ont lieu de
33 croire qu'il fera reçu
33 avec le même en33 thoufiafjne, & qu'ii
33 leur meritera les me33 mes bontes, trant en
" beaucoup plus grand
33 nombre que les gens
33 de couleur , non
33 moins fondes en
33 droits &; en pouvoirs;
33 ils ne feront pas plus
» embarrafTes qu'eux à
33 realifer ce foible don
33 patriotique. 35 Les N ègres libres,
~ Colons Anzeriquains. Deputes des Colons MancS
feront fupplies de vouloir
exhorter leurs commettans
de fuivre 1'exemple que
viennent de leur donner
une clafle d'hommes audi
libres qu'eux, puifqu'ils font
rentres dans les droits inprefcripribles de 1'hommc,
droits qui leur avoient etc
ravis par la plus cruelle 8c
la plus injufte tyrannie. L' A [femblee Nationale
verr:". fans doute , avec plus
de fatisfadtion, que les Colons blancs, realifer l'offre
derifoiie de I z. millions,
offerrs fous le nom des Negres libres, que les pamphlets qu'on lui a adrelfes,
& que fa' fageife lui fera
mepnfer. All refte , les Colons
Ameriquains ont fait une
offre, & cette ofFre fera resJifee; ils ont en lenr favcur
favantage de pouvoir prouver, qu'en 1783 ils en ont
fait qui ont ete realifecs)
ils en fourniront la preuve. --- Page 342 --- --- Page 343 ---
m LE f GENEALOGISTE
C, A ME RIQUAIN, Ou l:z revanche du Panflet ayant pour ^titre : Reelamations des N ègres libres : Colons Ameriquains. arr dl; .. _Q, A N D on demande aux Colons 'ulancs ,
•pbufqtioi ils aècablent d'un mepris cruel 1;1
claflfe des Citoyens de couleur? ils repondent
parce qu'ils lont les enfans de nos affranchis , & que la purete & la dignite de
notre fang ne peut fe compromettre j que la
lurete de la. Colonie exige que nous accablions
-les Citoyens libres de couleur du plus grand
mepris; que noui prolongions ce ll1epris avec ,
tous les outrages qui l'acC0111pagnent jufqu3a la
poH:efite la plus reculee 5 que d'ailleurs ç' eft une
race abatardie compof^e de blanc &: de
noir, &c. , ( "1, Que nous regardons en5n notre origine fi
fort au-deffus de la leur , que nous fèrions
choques qu'on voulutncus les afihntler, mG111e --- Page 344 ---
(1) par le moyen de la declaration des droits da
d'homme. Telles font a-peu-pres les raifons des Colons blancs pour appuyer leurs prejuges. Mais voici ce que difent & repondent les
Citoyens de couleur. Nous fommes, il eft vrai, les enfans des
malheureufes vidlimes de la cupidite des Europeens , mais ils ne devroient pas oublier
que nous fommes aufli les leurs, & qu'ils ont
fait couler dans nos veines une partie de leur
fang fi precieux.
de la declaration des droits da
d'homme. Telles font a-peu-pres les raifons des Colons blancs pour appuyer leurs prejuges. Mais voici ce que difent & repondent les
Citoyens de couleur. Nous fommes, il eft vrai, les enfans des
malheureufes vidlimes de la cupidite des Europeens , mais ils ne devroient pas oublier
que nous fommes aufli les leurs, & qu'ils ont
fait couler dans nos veines une partie de leur
fang fi precieux. Cette verite pofee je vais prouver : I Q.
Leurs injuftices a notre egard. i°. Que leur orgueil efl: mal fonde, mal
entendu) & qu'il pourroit leur devenir nuifible. ,0. Qu'une . grande partie des Colons
creoles qui fe croyent exempts du melange
du fang Afriquain , ne peuvent cependant
guere avoir d'autre origine. 4°. Que s'ils en ont une autre , elle ne peut
être que plus meprifable, s'il peut encore y
en avoir de meprifable, d'après leDecret pofitif de la Nation: C' eft un tres-grand malheur, fans doute,
que 1'etat diefclavage (difent les Citoyens de
çouleur ) ; mais quelle indu^tion defavanta- --- Page 345 ---
( 3 ) geule peut-on tirer pour t'individu qui en
eft la vidime ? rien, finon que c'eft un être
dont la raifon a ete retardêe par difFerentes
caufes) & qui a fuccombe a la force, a la
rufe & a mille moyens que les Europeens., ont mis en ufage pour reduire un homme
leur femblable, a une condition contre nature, condition qui doit plutôt faire rougir
celui qui 1'impofe que celui a qui elle eft
impofee. Ce n'eft pas , continuent les Citoyens
de couleur, parce qu'un Nègre aura ete
fletri par les Loix de fon Pays &: qu'it
l'aura juftement merite, qu'il eft vendu aux
Europeens. Ce n'eft pas non plus pour avoir frufire
les biens de leurs compatriotes par des ban- .
queroutes odieufes & premeditees. Ce n'eft pas encore parce que ces moeurs
atroces & perverties I'auront fait rejetter du
fein de fa patrie, &c. &c. Mais feulement parce que les mfes des
Europeens multipliees a l'infini lui tendent
continuellement des piegss dans Iefquels enfin
il ne peut manquer de tomber. Suppofons prefentement que dans Ie noni- --- Page 346 ---
( 4 > bre iml11e11fe' 'des' vidimes qui font condui-
; tes a Tefclavage, il fe trouve une femme
( car ce n'eft que de ceo côte que nous tirons
notre origine ) qui par fon attachement conftant aux liens formes par la nature feuie,
privee de la force des Loix , elle demeure
toujours fidèle epoufe fans en avoir le
titre , qu/elle ajoute a cette fidelite les foins
les plus ?ilidus pour la confervation des
biens oz de la vie de fon mūitre , qu'elIe foit
enfin une ,mere tendre > n'a.-t-011 pas droit
de conclure qu'un pareil être n'eft pas fans
vertu , &: que l'origine d'un homme de couleur de ce côte vient au moins d'un être
vertueux.
ix , elle demeure
toujours fidèle epoufe fans en avoir le
titre , qu/elle ajoute a cette fidelite les foins
les plus ?ilidus pour la confervation des
biens oz de la vie de fon mūitre , qu'elIe foit
enfin une ,mere tendre > n'a.-t-011 pas droit
de conclure qu'un pareil être n'eft pas fans
vertu , &: que l'origine d'un homme de couleur de ce côte vient au moins d'un être
vertueux. De 1'autre côtê, ne doit-on pas auffi prefumer qne le IYlaître qui recompenIè par la
liberte tant de foins &: de vertus ait une
' ame fenfible , jufte &"compatifTa»te , & que par
confequent l'hcmme qu'on appelle decouleur,
eft formepar des êtres vertÚeux. CePt dumoins
rindu&ion favorable qu'on en doit tirer (I). (i) Cette aflertion a tant de force que les Citoyens
de couleur dêfiem leurs advetfaires, en compuJfant
même lcs regiflres des Gre£c-s , de prouver qu'un feul
homme de couleur libre n'ait iamaiset£fletripar lesloix. --- Page 347 ---
( 5 ) t. Cependant voilà l'etre que vons meprifez, & fur lequel vous prejugez deja defavantageufement. Quel eft le crime de ces infortunes ? ont-ils
coopere a fe donner la vie, doivent i!s etrepunis
de votre faute (fi c'en eft une de fuivre le
penchant de la nature ) ? Oui cruels , c en eft
une chez vous , puifque vous ne donnez cette
vie que pour recnpoiionner par des tourmens prolonges que vous avez la cruaute de
faire fubir meme a votre propre fang. \oiia
ba-rbares quelle en votre injuftice. Uorsneil O des Bkncs , difent encore les ' perfonnes de couleur, eft allili mal-entendu
que leur injufliee eft averee; car s'i!s veulent
que.Ies' Efclaves Noirs aitnt pour eux tous
les refpedis' qifils en exigent, il ne faut pas
qu'i!s fe 111epri1ènt eux-memes dans leurs
femblables , qui felon eux fe mėfalliėnt , en epoufant des filles de couleur , ni mepri- ,
fer non plus des êtres, qui portent des
cara£leres indeiebiles , qui prouvent qu ils
lont leurs enfans. Car autrement FEfclave
les voyant meprifer, ce qui vient des Blancs
ce qui eft eux-memes , finira par les
meprifer, & par ne les plus craindre ; voilà
ri1ènt eux-memes dans leurs
femblables , qui felon eux fe mėfalliėnt , en epoufant des filles de couleur , ni mepri- ,
fer non plus des êtres, qui portent des
cara£leres indeiebiles , qui prouvent qu ils
lont leurs enfans. Car autrement FEfclave
les voyant meprifer, ce qui vient des Blancs
ce qui eft eux-memes , finira par les
meprifer, & par ne les plus craindre ; voilà ' i) --- Page 348 ---
( 6 ) comme Torgueil des Blancs eff mal cntendu,
& tourne contre leurs interets. D:'ailleurs les Creoles blancs ouceux qui
fe difent tels, peuvent - ils prouver qu'il ne
coute pas dans leurs veines quelques gouttes
de fang Afriquain fi meprife par eux , lorfqu'ils
ne peuvent ignorer, qu'a la prife de SaintCbrifiophe, & a ceHe de la Vera-Crux > it
fortic de ces deux Colonies une peuplade confiderable, deja nlêIangee duTang des Nègres ,
des Blanes, des Caraibes, des Indiens, &c. ; que
toute cette peuplade vint fe refngier a SaintDomingue, & qu'a quelques temps de là,
profitant d'une difpofition de l'Edit de 1685,
qui accorde aux Indiens & Caraibes les.
mêmes privileges qu'aux Blancs, ils fe dirent
tous Indiens ou de la race ; en vain leur
en demandoit-on les preuves ? ils repondoient
que leurs titres avoient ete brules pendant
la prife des Ifles qu'ils avoient abandonnees,
de forte qu'ils pafferent tous pour Blancs ou
comme Blancs (I). (1) De nos jOUfS même on a vu des Arrêts du Confeil dcs Colonies en faveur des perfonnes qui fe difoient
originaires d'Indiens; quoique les Efpagnols n'en laiflerent pas un a Saint-Domingue. --- Page 349 ---
(?) Je conclus donc , de tout ce que je viefrs
de dire, qu'il feroit auffi difficile a un Creole
qui fe dit Blanc aujourd'hui) de prouver,
qu'il ne defcend pas de ces peuplades meIan gees , qu'il le feroi? a un Gentilhomme
de cent ans, de prouver qu'il ne defcend
pas d'un Rôturier. Les Creoles Blancs diront - ils aujourd'hui,
que la couleur blanche de leur epiderme,
depofe en leur fa-veur ? on leur repondra.
que ce n'eft point une preuve, puifqu'il eft
bien reconnu aujourd'hui que le mêIange
du fang noir avec le blanc, ne lajfle plus
aucune trace à la troifieme genera-tion ,
fouvent même a la feconde, & qu'il y en a
de cette clafle qu'ils veulent encore meprifer,
qui ibnt plus blancs qu'eux phyhquement,
appartenant a des familles qui peuvent les valoir. Si les Creoles blancs rejettent l'origine
qu'on vient de leur donner ici, il faut
qu'ils adoptent celles des Flibufliers , des
Boucaniers, tigres alteres de fang, fleau du
Nouvea-u - lVlonde, fans foi, fans loi, fans
religion, la plupart fletris par les loix, ainfi
que les tendres & vertueufes Epoufes qui --- Page 350 ---
( g ) leur fureat<iiftnbnees ( -1 ).. Les Creoles blancs
prefereroient-ils de defcendre des En,gages,
elpèces. d5Efclaves blancs Francois , que la
Cpmpagnie, des Indes etablie aSt-Domingue ,
venàoit pour trois .nees aux Colons, {1)
fans loi, fans
religion, la plupart fletris par les loix, ainfi
que les tendres & vertueufes Epoufes qui --- Page 350 ---
( g ) leur fureat<iiftnbnees ( -1 ).. Les Creoles blancs
prefereroient-ils de defcendre des En,gages,
elpèces. d5Efclaves blancs Francois , que la
Cpmpagnie, des Indes etablie aSt-Domingue ,
venàoit pour trois .nees aux Colons, {1) & des Femiiies que porta le na.vire la Girondi
Vers fan 1705. Cela pourroit bien êtte car le
Pere Labat cite dans fon Hifioire de SaintDomingue, plufieurs familles venant de ces
derniers Colons.. " ' - V oi!à.les. premieres . originej des Colohs -r ,
mais j'ajbuterai qu'il ne faut plus en rougir ,
puifquelatN at io n aifembIee, vi.ent par plufieurs
de {es - D£erets, la.yer tous ,Its "hOlnmes du
pecbe d5origine pour ,le.s rendre tous egaux
en droits. .. , ( 1) Lorfque les Fiibultiers recurent les premières
Fetrmi"es qu'oh leūr envoya de France, ils leur direftt
rous iavons de quelle manière vous avez vecu jufqya
cejcur, fi nous voulonsbien bierll'oub!ier. Mais s'il vous arrive
encore d'outragerla vertu, cSci ( en leur montrant leur
fufil) ncus fera juftice. Hifioire de ~ Saint-Dominguc ,
par le Pere Cfiarlevozx. (2) De-Ia eft venu le nom -de trente-fix mois qu'on
donnoit a ces efpèces d'Efc!aves bhjncs.. - - --- Page 351 ---
L E T T R E DE S CITOYENS DE COULEUR,
D2S ISLES ET COLONIES FRANgOISES,;
A J:f111. Us Metnhres du Comite de Verification
de lyAjjtmblet fflationale. Du 23 Novembre 1789. --- Page 352 --- --- Page 353 ---
A LETTRE DES Citoyens de Couleur , des ljles & Colonies
Francoijcs, A MM. les Memhres du Comitc de Verificatio".
de 1'AJJcmblec Natiohalc, MESSIEURS, UAfTembtee - Nationale vous a renvoy6
TAdi-ede , les Memoires) les Pieces & les
. Demandes des Citoyens de Couleur, des
Ifles & Colonies Françoi(es. Vous devez,
incedammenc, en faire l'examen & le rap- ' port. Quelque confiance que nous ayons
dans vos LUnlières, & fur-tout dans votre
Juftice §c votre Humanitė , nous croyons
devoir vous foumettre encore quelques Reflexions, non pas fur le fond de 1 Affaire ,
elle n'en eft pas fufceptible ; mais fur la
Forme de la Reunion des Citoyens de
Couleur , ainfi que fur l'Eledion & la Pr^;
lentation de leufş D£putes» --- Page 354 ---
2 . Nous difons, Meffieurs, que Ie Fondde
l' Affaire, l'Objec le plus important pour
les Citoyens de Couleur , n'eft plus fufceptible de reflexions; car, independamment
du Principe qui reticle dans tous les coeurs,
excepte, peuc-ecre, dans celui des ColonsBlancs, la quefiion eft jug^e 5 & il ne s'agic
plus que de faire l'applicacion de la Loi. L'Affemblee-Nationale a decrete , & le
Roi a folemnellemenc reconnu,
l' Affaire, l'Objec le plus important pour
les Citoyens de Couleur , n'eft plus fufceptible de reflexions; car, independamment
du Principe qui reticle dans tous les coeurs,
excepte, peuc-ecre, dans celui des ColonsBlancs, la quefiion eft jug^e 5 & il ne s'agic
plus que de faire l'applicacion de la Loi. L'Affemblee-Nationale a decrete , & le
Roi a folemnellemenc reconnu, « 10 Que tous les hommes naijfent &
demeurent libres & egaux en Droits; m 1° Que la Loi eft Pexprefllon de la
V olonte generale , & que tous les Citoyens
ont le droit de concourir, perfonnelIement
ou par leurs Repre[entans , a fa formationi
» 30 Enfin, que chaque Citoyen a le Droity
par lui ou par fes RepreCenrans, de con':
fiater la necejjite de la Contribution Publique,
& de la confentir librement Avant ces trois Decrets, les Citoyens
de Couleur auroienc invoqu£ les Droics
imprefcnpt:ib!es de la Nacure, ceux de la
Raifon & de l'Humanirć. Aujourd'hui ,
Meflieurs , ils atteftenc votre J ufiice ; ils --- Page 355 ---
A 2. recIament 1'ex^cuclon de vos Decrets. Francois , Libres & Citoyens , ils font ,
quoi qu'en difenr leurs Adverfaires, les egaux
de ceux qui, jufqutà ce moment, n'ont ce£fê
de les opprimer. Françols &; Jufliciables, ils ont, comme
le refte des Citoyens, le Droit de concourir
a la fòrmation de la Loi qui doit les regir >
de cette Loi dont ils feront inconteflable- - ment les Sozaiens, tObjet & les Organes. Enfin, Citoyens Contribuables 3 iIs ont,
comme tous les Membres de i'Empire , le Droit inherent a cette quafite,decoN STAT ER la necejjite de la Contribution Publique, & de ,
La CONSENTIR librement. Ces Principes , puifes dans la Loi Confiitutionelle de PEcat, ferviront de bafe au
Jugement que vous al!ez preparer. II eft
impoffible que l'AiTembIee -Nationale s'en
ecarte. Ses Decrets font precis; ils aoivent:
être executes. La Couleur , non plus que
le Prejugê , ne peuvent en alt^rer , en
modifier les confequences. Les Droits de
Ihomme. , les Droits du Citoyen , s'eleveront roujours au-deHTus des vaines Confid£- --- Page 356 ---
rations ; leur rêgne a ceffe : & nous fommes
encore a concevoir commenc il peut fetrouver des Efprirs afTez pervers, des Citoyens
affez mal intentionnes pour chercher a les
faire revivre. Les Citoyens de Couleur ne craignent
donc pas les efforts impuiifans des Ennenlis, que TAmour-propre & la Cupidit6
pourroient leur fufciter. La Loi Conftitutionglle de l'Etat leur eftun Garant alIiîre du
fucces qn'ils doivent obtenir. L\A.fTembtec
des LegHlateurs François ne peut point hdfiter ; elle ne fauroit varier dans fes Prin*
cipes. Cependant, Meffieurs, on fait aux Cia toy ens de Couleur , deux Objections qui
meritent d'etre examinees. PREMIERE OBJECTION. « On pretend que les Colonies, ayant
prefque toutes des Deputes a PAffembldeNationale , elles font fuffifamment reprefent^es. On, obferve que , dans les Contrees fur-tont, comme S.-Domingue , la
Martinique, la Guadeloupe; ou l\>n n'a. --- Page 357 ---
f A iij
Cependant, Meffieurs, on fait aux Cia toy ens de Couleur , deux Objections qui
meritent d'etre examinees. PREMIERE OBJECTION. « On pretend que les Colonies, ayant
prefque toutes des Deputes a PAffembldeNationale , elles font fuffifamment reprefent^es. On, obferve que , dans les Contrees fur-tont, comme S.-Domingue , la
Martinique, la Guadeloupe; ou l\>n n'a. --- Page 357 ---
f A iij connu la diflin^tion dJOrdres , qui
regnoir en France; ott, comme le difoient
les prerendus CommifTaires de S.-Domingue ( lorfqu'ils difpofoient a leur gre
de cette importante Colonie , lor{qu'ils
avoient le courage de hafarder , A cet
egard, roures les allegations qui paroiffoient
les plus favorables a leur caufe ) , cc les
)J Habitans {onr TOUS Proprietaircs , TOUS
>3 ėp-aux , TOUS So/dats, TOUS Officiers ,
Tous Nobles »J. II importe peu dans quelle
claffe les Deputes ayent £te choills (i ). Vous connoiflez , Meffieurs, cette première Objedlion, &: vous y avez r^pondu
d'avance. Sans doute la diftin&ion d'Ordres n'exiltoit pas dans nos Colonies; & , fous
ce point de vue , les pretendus CommifTaires de S.-Domingue pouvoienc avoir
raifon ) lorfqiiil .s'agi[ţJit uniquelJzent d'&Lire , (I) Voyez cette foule d'Ecrits que les pretenJui Commiflaires de S.-Domingue ont fait paroitre pour parvenir a
leur admiffion. Voyer fur-tout letu Lettre au Roi, du Moi.
4'Aout 1781, .__ . , --- Page 358 ---
commz ils lont fait, les Deputes des Colons
Blancs. Mais, s'il n'exiftoic pas une diftincfcion
d'Ordres , il y avoit, & il exifte encore,a
la honte de rHumanite, unz difiinaion
Clajje. •
D'abord, on ne rougHfoit pas de mettre
entièrement a l'ecart, & d'abaiffer au nombre des bêtes de fomme, ces milliers d'Individus qui font condamnes a gemir fous
Ie poids honteux de 1'efclavage. Enfuite, on faifoit une grande difference
entre les Citoyens de Couleur afTranchis 6c
leurs Defcendants, a quelque dêgre que ce
fut, & les Colons Blancs. Ceux-ci, coupables encore de l'cfcktvage qu'ils ont introduit) qu'ils alimentent,.
qu'ils perpetuent, & dont ils ont cependant la barbarie de faire un crime irremiffible aux Citoyens de Couleur, ceu" - ci y
di(ons-nous ) etoient [euls dignes de 1'attention du Corps Ligiflatifj auffi vous avez
vu, Meffieurs, qu'ils n'ont agi, qu'ils ne fe
font prefcntes que pour les Blancs. Ils tous
ont donnė un apperçu de leur Origine, de --- Page 359 ---
A iv leur Populatlon , de leurs Services, de leurs
Droits, nous dirions prefque de leur excellence; mais, dans aucun cas,dans aucune ' circonfiance , ils ne vous ont parle des Citoyens de Couleur, ils leur en ont conflamment refufė la qualitė ; jamais ils ne les ont
conGderes comme ayant des Droits a la Reprefentation on n'a pas même penfe
qu'il fut poffible de les y appeller : les
InfQrtunes ! ils n'etoient ni Ducs, ni Comtes,
ni Marquis, ni Chevaliers (I) ; ils n 'avoient
pas meme de pretentions a la Noblefle.
lIs font Hommes, c'ell: leur unique titre ;
les Blancs, qui fe faifoient aupres de 1 Af-
ė la qualitė ; jamais ils ne les ont
conGderes comme ayant des Droits a la Reprefentation on n'a pas même penfe
qu'il fut poffible de les y appeller : les
InfQrtunes ! ils n'etoient ni Ducs, ni Comtes,
ni Marquis, ni Chevaliers (I) ; ils n 'avoient
pas meme de pretentions a la Noblefle.
lIs font Hommes, c'ell: leur unique titre ;
les Blancs, qui fe faifoient aupres de 1 Af- (i) Remarquez la lifte des pretendus Commiffaires de
S.-Domingue. Sur neuf, il y a DEUX DUCS , DEUX COMTES , TAOIS
MARQUIS, UN CHEVALIER & UN GENTIL-HOMME. Quelle
heureufe egalite 1 quelle» admirable Reprefentation pour une
Colonie compofee de Negociants &: de Planteurs • Pout
faire diiparoitre la diftindion des Rangs , chacun prend
celui qui lui convient ; il fe dtkore du titre qui le flatte.
II n'y a que l' Homme de couteur, s'it faut en croire fe*
genereux Adverfaires , qui ne doive avoir ni Rang, niPlace»
ni Titre, ni Qualite l les humiliations & le mepris j voili
fon lot. --- Page 360 ---
s fembtee Nationale un mente de rdgalltd,
qu'i!s fuppofoient encore exiftante dans la
Colonie , n'a voienc garde de defcendre
qu'à eux. Cette circonftance n'a pas êchape à l'Affemblee narionate, & vous-vous rappellerez,
Meffieurs, que lorfque les Deputes de S.-
Domingue furent admis, on parla de cette
claffe, au nom de laquelle nous-nous pre-
{enrons aujourd^hui ; ou'il y eut en.fa faveur une reclamation 5c des obfervations
qui prouvèrent que TAfTcmblee lui refervoit
une place, & que , lorfque les Citoyens
de Couleur.fe pre(enteroienr, ou ne pour*
roit pas leuroppofer Padmiffion des Colons
blancs. Nous en trouvons encore la preuve
dans Ie rapport du COn1ire de verification,
en faveur de Tlfle de S.-Domingue. Parmi les raifons que cfonnoient ceux des
Membres du Comire, qui penfoient qu'il
falloit accorder n Ddput£s a cette Colonie, on voit « qu'i!s s'appuyoient fpdciale-
» ment fur ce qu'il n'y avoit que 40,000 ~ ~~ Habitans dans PIne 1 & que les Efclaves & --- Page 361 ---
» GENS D£ COULEUR NE POUVOIENT M PAS ÊTRE COMPTĖS , puifque les uns
» n'avoienc rien a defendre , ET eY'E ZES
» AUTRES N'AVOIENT PAS irE APPELLES
W .A LA NOMINATION DES DEPUTES Ce que nous difons, par rapport a St.- Doredngue, s'applique avec la mênle force '
•a cel!es des Colonies qui ont obtenu l'honneur d'une repreLenration. Les Deputes de
Ja Guadeloupe & de la Martinique ne fònt ,
comme ceux de S.-Domingue, que les DepUtes des Blancs. LES BLANCS SEULS LES
ONT NOMMES. Nous lifons encore,dans
le rapport de la Guadeloupe, page 39 *
,C, que les Gens de Couleur n'ont pas ete
w appelles a la nomiitation des Reprefen-
» tans, & qu'i!s ne doivenc pas entrer en
» ligoe de compte ».
ration. Les Deputes de
Ja Guadeloupe & de la Martinique ne fònt ,
comme ceux de S.-Domingue, que les DepUtes des Blancs. LES BLANCS SEULS LES
ONT NOMMES. Nous lifons encore,dans
le rapport de la Guadeloupe, page 39 *
,C, que les Gens de Couleur n'ont pas ete
w appelles a la nomiitation des Reprefen-
» tans, & qu'i!s ne doivenc pas entrer en
» ligoe de compte ». N ous fommes donc, Meflieurs, recevab!es
& fondes a nous prdfeiiter. L'Objection
nYi.lltanre de l'admiffion des Blancs, ne
peut donc pas nous êrre oppofee i &; ce
feroit vainemenc qu'on chercheroit a s'en
faire contre les Citoyens de Couleur, un
titre. qui tourneroic enrièrenlent a leur --- Page 362 ---
avantage. II ne feroit pas jufle, en efFet,
que les Deputes des Blancs, qui font les
Of1preffeurs, & , nous ne pouvons pas vous
le diffimuler, les Ennemis naturels des Citoyens de Couleur, fuflènt encore charges
de les Reprefenter,de fiipuler, de dėfen-
* dre leurs interets. Ce n'eft pas fur eux que
nous devons nous repofer du foin de determiner les bafes de la Conflitution qui
fixera dėformais Ies Rangs, les Droits &
les Prerogatives de la Clafle la plus nombreufe , la plus infortun£e, & cependant la
plus utile des Colonies. i SECONDE 0 B J E C T ION. V AINCUS fur cette premiere partie de
leur fyfteme, reduits au filence, forces
de convenir que les Citoyens de Couleur
doivent être repr£fent£s , Ies Dėputės
des Colons Blancs fe retrancheront dans
leur feconde Obje&ion : « A dêfaut de
»5 may ens , ils auront recours a la Forme;
« ils critiqueront notre AfTemblee, Ie mode
» de nos Eledions ; ils foutiendront que
II nous ne fommes pas les Reprdfentans des ■k --- Page 363 ---
II 55 Colonles 5 que , n'etant pas valablemenC J3 EIus, nous ne pouvons pas être admis y
» & qu'il faut nous renvoyer a une Aflem" » blėe Coloniale u. Voi!a, fans doute , Meffieurs, 1'Objection la plus fpdcieufe que nos Adverfaires
puiffent nous oppofer -> mais cette Objecticn difparoitra devant les Obfervations
que nous allons vous propofer. D'abord, il faut bien confiderer qu'il n'en:
eft pas de la pofition des Colonies , ainli
que l'ont tres-bien ob(erve les pretendus
Commiflaires de S. - Domingue dans les
difFerentes brochures qu'ils ont publiees ^
comme de la MetropoIe. En France, les Communications tont
toutes promptes & faciles: elles font, au
concraires, lentes & difficiles avec les Colonies ; & tandis qu'on employeroit un
temps precieux a demander , a folliciter
des ordres , a les donner, a les faire executer,. a provoquer des AflTembldes, a preparer les
objets de demande, a les difcuter, a Ies
rediger, a nommer des Deputes, à les envoyer en France, la premiere feffion de 4
En France, les Communications tont
toutes promptes & faciles: elles font, au
concraires, lentes & difficiles avec les Colonies ; & tandis qu'on employeroit un
temps precieux a demander , a folliciter
des ordres , a les donner, a les faire executer,. a provoquer des AflTembldes, a preparer les
objets de demande, a les difcuter, a Ies
rediger, a nommer des Deputes, à les envoyer en France, la premiere feffion de 4 --- Page 364 ---
[texte_manquant] I'AifemЫee-Nationale tendroit i fa fiti >
Conftitution feroit achevee, & les Citoyens
de Couleur recevroient des Loix auxquelles
ils n'auroient pas concouru; ils fupporteroient
des Impots dont ils n'auroient pas conftate la neceflite , dont ils n'auroient pas
confenti la repartition. • Ces moyens prćfentes, avec {uccès, d'a:-
bord par les Colons B!ancs de S.-Domingne , avant meme que 1'AiTembIee - Nationa!e fut confiituee, & tout recemment par
les Colons de !a Martinique 8t. de la Gua-
. deloupe, ne feront pas inutilement invoque$
par les Citoyens de Couleur. S'il pouvoit
- y avoir une exception , elle devroit êcre a
leur avancage.Į puifqu'ils fe font prdfentes
beaucoup plus tard,&: QU'ILS ARRIVENT
AU MOMENT ou l'AJfcmhLee va s'occuper de,
leur Conflitution. L'inrenrion manifeftee des Reprefentans
de la Nation a toujours ėte de voir, d'entendre toutes les parties int^refl^es, de les
rapprocher les unes des autres, de conferve* les droits de tous les Citoyens, de --- Page 365 ---
r_ IJ les admettre tous a la reprefentation
leur eft due. En fecQnd lieu, comment pourroit- on
blamer les Citoyens de couleur de ne s 'ėtre
pas rcunis dans les Co'unies ? De n'avoir
pas forn1e ces Aflemblees primaires, auxqu'elles tous les Citoyens font admis, 6c
dans lefquelies on peut recevoir & donner
tous les pouvoirs neceflaires pour conftituer
un Reprefentant l£gal ? .. Vous n'ignorez pas, Meffieurs, que les
Lettres de Convocation, pour la formation
des Etats-G£n£raux, n'avoient pas eee adre[-
,fees dans IesCo!onies;que, non-feulement,
on n'y avoit point indique, qu'ii ne s'y ceoit
pas forme d' A{femЫêes primaires ; mais
que, par les Loix ancimnes, par les Loix
encore exiflantes, il etoit dėfendu , fous
peines les plus fevères, de les provoquer.
, pour la formation
des Etats-G£n£raux, n'avoient pas eee adre[-
,fees dans IesCo!onies;que, non-feulement,
on n'y avoit point indique, qu'ii ne s'y ceoit
pas forme d' A{femЫêes primaires ; mais
que, par les Loix ancimnes, par les Loix
encore exiflantes, il etoit dėfendu , fous
peines les plus fevères, de les provoquer. Vous favez que cette defenfe generalt
dans toutes les Colonies, univerfelie pour tous
les Habitans, etoit encore plus expreffe
pour les Citoyens de Couleur ; que toute
Aflfembl(5e , toute e(pêce de reunion de
leur part etoient) & font encore rep\!- --- Page 366 ---
J4 16es Er punies comme un artroupement.
Mais, ce que vous ignorez , peut-etre,
ce dont votre jufiice ne pourra qu'êrre
indignėe ; c'ea que , peu contents de
livrer a la rigl1eur des loix , Ies Citoyens
de Couleur qui fontaccufes, ou même qui
paroiffent fufpe&s ; de les foumettre a la
jufiiee des Tribunaux5 qui ne ,font, &0 qui
ne peuvent être compoJes que de leurs pareils,
les B!ancs s'erigent en vengeurs des ddlits
qu'il leur plait de fuppofer : les voyes de
fait leur font permifes, & les Citoyens de
Couleur , vi&imes de leur zèle &: de leur
devouement pour la Chofe Publique, auroient ete, dans cette cireonfiance , expofes
a perir fous les coups, que leurs cruels opprefTeurs auroient juge a propos de leur
porter (i). II a donc fallu renoncer, jufqu'a ce qu'il
fe fut introduit un nouvel ordre de chofes, *
a toutes AiTemblees, a toutes reunions (I) On fent bien que nous ne parlons ici que de l'abus.
Dans quelques mains qu'elles repofent, les Loix ne perdent rien de leur faint cara&£re; mais, dans les Colonies,
1'execution en eft exclufivement devolue aux Bljuicsj Sc f'rx- --- Page 367 ---
1 T partielles dans les difFerentes Colonies > il
4 a fallu ceder a la neceffire. Mais etoit-i! jufte de renoncer êgaIemenc
aux reclamations Idgitimes, que les Citoyens
de Couleur font dans le cas de former,
& plus encore au fuccès qu'elles doivenc
~voir ? II y auroit de la barbarie à le fuppofer ;
k. ces prejuges affreux, dont les Citoyens
de Couleur fe plaignent avec tant d'amertume, feroient peut-etre moins affligeants,
que le refus defefperant d'une admiflion X
laquelle ils ont autant de droits que leurs
Concitoyens. Au furplus, a dêfaut de ces Adembldes
primaires & locales, a defaut d'une reunion
Coloniale qu'il ne leur a pas ere pollible
de provoquer, les Citoyens de Couleur
nouvellement arrives & refidant acluellemenc
en France, fe font rapprochês , pour s'occuper de leurs intêrêts; ils fe font reunis
dans le cabinet, fous la prefidence d'un pêrience n'a que trop appris qu'elles font prefque toujours
muettes & fans vigueur, lorfqu'il s'agit de punir les excic
4«s Blancs enyers les t Citoyens de Couleur.
ere pollible
de provoquer, les Citoyens de Couleur
nouvellement arrives & refidant acluellemenc
en France, fe font rapprochês , pour s'occuper de leurs intêrêts; ils fe font reunis
dans le cabinet, fous la prefidence d'un pêrience n'a que trop appris qu'elles font prefque toujours
muettes & fans vigueur, lorfqu'il s'agit de punir les excic
4«s Blancs enyers les t Citoyens de Couleur. --- Page 368 ---
Citoy^n revėtu d'un caraclere public ; ils
ero!ent, & ils fonr encore aflTez nombreux.
IIs ont de!ibere , ils ont redige des cahlers ,
ils ont oflkrc une partie de leur forcune ,
&. ils realijtront incejjamment kurs offres ;
ils onc elu des D£puc£s, &. ils les prefentenc
a l' AffernЫėe-Nationale. Cependanc lescalomniesde leurs ennemisfont parvenues jufqu'a eux; >5 i!s onc publi6
» que 1'AfTfcmblde des Citoyens de Couleur
. » ecoic couc au plus compofee de douze
» perfonne?, que les autres fignatures ctoient
» 011 furprifes, ou juppofees '». Pour ecarter, pour diffiper ces bruits
injurieux, les Citoyens de Couleur ont appe!!c dans leur aflemblte, un Notaire du
Chacelet,& ils ont reicer^ en fa prefence,
dan& un acle autencique , tous les articles
de leurs deliberations. Nous vous prions de
vou Ioir bien l'examiner. • Vcusy trouverez tout ce que les Citoyens
de couleur avoient condgn^ dans leurs preJniers Proces-veibaux ; vous y rcmarquerez
runanjmice des fentimens &: des opinions,
l'uffre gtnereufc & volontaire du don patriurique --- Page 369 ---
B triori.que du quart de leurs revenus} ev.alu£ a fix millioQs, & 'de la cinquàntietne
partie de leurs propridcds, vous y n-ouve"
rez la confirmation , &: une nouvelle
^leflion de leurs Deputes j ennn? 8c ceffc
ici la preuve la, plus formelle de la calomnie que nous avons etć forceş de repouder, vous y verrez , qu'au Ueu cie douze
perionnes, dont on a pr<fcendu que les
Affembl^es etoient: compofdes, il s'en efi
ttoiLvl quatrt -vingt, qui, ont touces çoncouru a Ia ratification des Arrêres qui
avoienc ete pris dans les precddences Af"
femblees. Voi!a, MM, & vous pouvez en juger
par 1'expddition des açres qui vous ont
ec6 remis, voila les Citoyens qu'on calomnie &: que lJon pourfuic avec autanc d'acharnemenc. Ce fonc ces m^mes Citoyèns
qu'on voudroic vouer a la honte au niêpjris , à l'oubli j quon voudroit eloigncr du.
milieu des P».eprefentans de la Nation ;
auxquels on voudroic interdire: le drolt
. a^quis de concourir a la formacion de Ia
Joi ic de confencir la repartition de l'impôt, --- Page 370 ---
.. IS Votre juftice ne fe IaiLfera pas fêduire
par les altegations de nos ennemis; elle
ne fe lailTera pas eblouir par leurs promeffes ; eile ne fera pas ebranlee par les
craintes chimeriques) qu'ils ont cependanc
le courage de prdfenter comme des
_ moyens ( i ). Non, MM., la juftice efl: inacceffible a
toutes les confiderations: elle mettra dans
fa balance l' Homme a côrê de XHomme
tfloMME LIBRE a COt 6 de l'HoMME
emis; elle
ne fe lailTera pas eblouir par leurs promeffes ; eile ne fera pas ebranlee par les
craintes chimeriques) qu'ils ont cependanc
le courage de prdfenter comme des
_ moyens ( i ). Non, MM., la juftice efl: inacceffible a
toutes les confiderations: elle mettra dans
fa balance l' Homme a côrê de XHomme
tfloMME LIBRE a COt 6 de l'HoMME LIBRE , le Citoyen fur la même ligne que
le Citoyen. Elle prononcera en faveur des Citoyens (1) Croiroit-on qu'ils ofent avancer que les prejuges font
au-deffus de la Loi; qu'its f^auront bien la rendre inutile ;
que fon execution fera dans leurs mains, & que nulle autorire ne pourra les forcer a reconnoitre, pour leurs ėgauz,
des Gens qu'ils font accoutumes a trairer avec le derni«r
tn^pris ? Croiroit-on que, dans leur impuiflance , quelques-uns
d'entr'eux ont eu la temerite de tourner leurs regards vers.
une terre &rang&re? comme fi les Citoyens de Ceuleur etoient
a leur difpofition; comme fi les Citoyens de Couleur n'avoient pas fait le fermlnt de verfer jufqu'a Ia dernière
goutte de leur fang, pour la confervation de l'Etat , & I.
diftnfe perfonnelle du Souverain. --- Page 371 ---
* 1 ; Couleur , comme elle a prononc6 en
aveur des Colons Blancs ; les moyens ,
les raifons Tonc abfolument les mcmes. Les Deputes de S.-Domingue ont
ėlus a Paris. Les D-iputes de la Martinique ont ere
elus a Paris. Les Deputes d~ la Guadeloupe ont ete
£lus a Paris. Pourquoi doncles Citoyens de Couleur
ne pourroient-ils pas avoir ėtė elus a Paris? Les pretendus CommifTaires de S.-Domingue ont Fait , dans leurs Ecrits mulO * tipli£s,un p0l11peUX eraIage de leurs pretendus Pouvoirs. Ils Te font fortement appuyes . de cette pretendue infpiration, qui, SUIVANT
EUx, a mis leurs Commettans dans le cas
d'effeztuer, a deux mille lieuts , ce qui Ie projettozt, ce qui nzeflze netoit pas encore arrete
dans la Capuale Y ET ILS ONT REUSSI. Les Colons de la Martinique ont ėtė plus
modeftesj ET ILS ONT R£USSI. Les Colons de la Guadeloupe ont ite . -beaueoup plus vrais ; ET ILS ONT £GA"
LEMENT REUSSI. . --- Page 372 ---
io lIs ont dit niturellement, « qu'i!s n#a
voient reçu aucun Pouvoir de leur Colonie;
quills ne stetoient dererminds a faire des
deniarches , que parce que S.-Domingue avoit
riuffi. Pour ėviter les lenteurs, que nous avons
le meme interêt i prėvoir , ils ont fait, à
'Paris^ une AJfemblee COMPOSEE DE TRENTESIX PERSONNES , qui ne font pas touces
r^fidentes à la Guadeloupe , & dont plufieurs n'y ont point de Propridtes. ils on*:
imprime quelques Difcours. Iis ont arrêre
des Deputations. lls ont toit au Roi, ê1u
Miniftre de la Marine , au premier Miniftre
desFinancesj ils one reçu , Ie 8 Aot1t 1789 ,
une Lettre du Miniflre de la Marine, qui
leur annonce , que les Deputes de S.-Domingue ayant et6 admis dans 1'A/TembleeNationale, il efl irèsjujle qu'ils sy adrejjent^
pour obtenir dy êrre reprefentes (I) ».
re
des Deputations. lls ont toit au Roi, ê1u
Miniftre de la Marine , au premier Miniftre
desFinancesj ils one reçu , Ie 8 Aot1t 1789 ,
une Lettre du Miniflre de la Marine, qui
leur annonce , que les Deputes de S.-Domingue ayant et6 admis dans 1'A/TembleeNationale, il efl irèsjujle qu'ils sy adrejjent^
pour obtenir dy êrre reprefentes (I) ». Enfin ils ont remis une AdrefTe a I'Aff"ernblee-Nationale , & ils jont parvenus à faire
admettre deux Deputes., (1) Voyez le Rapport adrefK a rAflemblee Coloniale de
ia Guadeloupe, par ^M. de Curt. --- Page 373 ---
- feroit, Meflieurs, abufer de vos mo-
.ns , que d'infifier fur l'identit6 , fur
./analogie de toutes ces demarches , avec
celles des Citoyens de Couleur, & plus
encore fur les confequences d'un pareil Jugement. « 1 0 S.-Doiningue ayant ête admife , ll
êtoit tres-jufleopxz les autres Colonies fufTenC
êgalement reprėfentėes ; le Miniftre. de ta
Marine. 1'avoit annonce. Mais , fi cela etoit trh-jufle, par rapport
aux Blancs , il l'eft au moins autant pour les
Citoyens de Couleur: ils doivent obrenÎr
une Reprefentation quelconque. IIs y ont
d'autant plus de droirs, que leurs Adverfaires ont 6t6 recus ; , qu^abftra&ion fake
du Principe qui les appelle a la jouiffance
des memes a vantages, rexercice des memcs
Droits, il en de toute juftice qu'ils fe tronvent continuelIement en mefure de les atui -
quer , de Ies combattre ; de donner fur Li
Conjiitution qui les intereffe, les ecIaircijTcmens qu'on ne peut attendre que des Naturels da Pays. 2° Si !'AlIemЫêe-Nationale a penfe qoe --- Page 374 ---
12. quelques Citoyens de S.-Domingue & <
la Marrinique avoient pu elire leurs D6
putes a Paris ; Si elle a juge tout recemment , fur le rap-'
port de Mr B arrere de Vieu^ac, « que trente-
»3 fix Pufonnes, > qui ont declare être origi-
« naires ouPropridtaires de ia Guadeloupe,
« avoient pu elire a Paris, & faire ad-
» mettre deux Deputes i l'AfIembl£e Na-
» tionale » ; A plus forte raifon doit - elle decider
que les Citoyens de Couleur, qui font
trois fois plus nombreux; qui ne pouvoienc
lii fe rapprocher dans Ies Colonies.,
ni fe reunir, fans s'expoier aux peines
les plus f^veres, ont pu fe rapprocher,
s'aHembIer & nornnler, a Paris, les Re--
prefentans qui demandent aujourd'hui leur
admiffion. Independalnolenr de leur titre primitif,
de leur droit au fonds, de ł-infaill ibiIire des
Decrets, dont ils ne cefTeront de s'etayer, ,
les citoyens de Couleur ont encore 1'avantage d'avoir rempIi toutes les formaIites
que l'on pouvoit exiger d.:eux.
veres, ont pu fe rapprocher,
s'aHembIer & nornnler, a Paris, les Re--
prefentans qui demandent aujourd'hui leur
admiffion. Independalnolenr de leur titre primitif,
de leur droit au fonds, de ł-infaill ibiIire des
Decrets, dont ils ne cefTeront de s'etayer, ,
les citoyens de Couleur ont encore 1'avantage d'avoir rempIi toutes les formaIites
que l'on pouvoit exiger d.:eux. --- Page 375 ---
2 3 Leurs Affemblees ont et6 precedees de
Pavis qu'iIs en ont fair donner aux Chefs
de la Commune (I); leurs deliberations n'ont
&t6 decidêment commenc^es que lorique
les Blancs ont refufe de s'unir a eux ; les
Miniflres du Roi ont 6 prevenus; l' Affembl£e Nationale les a dejà recus, elle a
decrete en leur faveur la liberre d^aflifter
a Ia. Seance , dans laqne!!e ils ont 6t6
admis; Leurs Majeftes ont bien voulu recevoir , agreer leurs hommages ; le zz
Octobre 1789 , Ics Ciroyens de Couleur
ont en j'honneur de leur être pre{entes;
MONS lEUR a egalernent confenti a les ree.evG;r ; en un mot, ils ont fait tout ce
qui eroi: en leur pouvoir : ils ont fait
autant & plus que les Commiflaires , les
Ddputds des Colons Blancs; ils fe prefentent av.ec Iess mêmes tirres, les mêmes
droics, le meme zèle, Sc certainement
avec plus d'iñrerêt & de neceffire. Pourquoi donc y auroit-il, dans la ddcifion , (1) M. le Maire & M. le Goitunandant Genêral cn ont
Ice informEs. , --- Page 376 ---
2 4 De rimprimerie de LOTTIN Vairte & LOTTIN de
S .-Germain , Imprimeurs-Libraires Ordinąires de la
Ville, flleS.-Andre-des-Arcs. ( N*i^) Nov. 1785. une difference qai ne fe troijve m dans
les' principes, ni dans les faics ? Recevez, Meffieufs > ])hommage refpecrueux que nous devons h vos lumieres, Sc
fitr-rout au patriotifme qui vous [olltient
au milieu des fon&ions honorables & penibles, que nous ambitionnons de parrager. Nous fommes avec la pilus profonde
veneration» s MESSIEURS, Vos tres-humbJes & tresobeHfants îerviteurs. DE JOLY ; RAIMOND , ainė; OG& , jeune; DU SOUCHET DE
SAINT - REAL } HONORE DE
SAINT-ALBERT, Habitant de la
Martinique ; FLEURY. CommiJJaires 6' Deputcs des
Citoyens de Couleur des ljles &
Colonies Francoifes, . Paris , ce ^3 Novembre 1789. --- Page 377 --- --- Page 378 --- --- Page 379 --- --- Page 380 --- --- Page 381 --- --- Page 382 --- --- Page 383 --- --- Page 384 ---
Cleronat-Tonnerre a
ment
parfaireprouvé la propolition contraire: il a démontré que Tétabliffement de ce Comité, très-utile aux
Colonies, épargneroit à TAlfemblée bien des momens précieux, & la mettroit à même de prononcer, avec connoiffance de canfe, fur une conftitition qni, néceffairement, ne fauroit être, en tout,
femblable à celle du refte du Royaume. --- Page 315 ---
a dit que
- M. Nérac - , nigucians de Bordeaux, de poudcs Colonies n'avoient pas
les Députés
T'Affemblée ne les cûr admis que
voirs, quoique
que n'ayant pas de
fur Tesamtn de CeS pouvoirss fe méler des affaires
pauvoits, ils ne devoient pas d'ailleurs il étoit
de leurs Conmetans, &c que
de Tinucilité d'un Comité préparatoire
certain
voudroient jamais fe fouparce que.les Colons ne
Nationale.
cttre aux Décrets de TAffemblée
Député de Nantes, a lu un très-long
M. Blin,
il a affuré que la queftion
difcouts, dans lequel
que le Con'avoit été ni entendue, ni efleurée; des Antilles étoit
mité follicité par les Déparés
des intéfmparfu; qu'il étoit inutile de s'occuper dévoient être
rèts des Colonies; que les Colonies
des Etats
confidérées comme des Alliés, comme n'avoit au+
T'AMemblée Nationale
fédératifs ; que
mème
fur elles, qu'elle ne pouvoit pas
cun pouvoir
érient fouverainess
fancionner leurs lois, qu'clles devoient refter abfolal
elles
& qu'en conféquencs du Miniftre de la Marine's
ment dans la main
le
comme elles y avoient été par palfa.
goûres
Ces derniers difcours n'avoiont pas part
lorfque M. le Marqais de Gouy
de T'Affemblée,
a monté à la
dArfys Député de Salnt-Doming*s Il aicomaux préopinans.
tribune pour répondre.
A 2
clles devoient refter abfolal
elles
& qu'en conféquencs du Miniftre de la Marine's
ment dans la main
le
comme elles y avoient été par palfa.
goûres
Ces derniers difcours n'avoiont pas part
lorfque M. le Marqais de Gouy
de T'Affemblée,
a monté à la
dArfys Député de Salnt-Doming*s Il aicomaux préopinans.
tribune pour répondre.
A 2 --- Page 316 ---
mencé
par prouvér la futilité des
contre la validité des
objecions élevées
Saint-Domingue,
pouvoirs des Députés de
Une réclamation tardive de quelques Colons
lés, foulevés pent-être par le Miniftre, &
ifolors de l'admiflion des
déja rejetée
aucun
Députés, ne pouvoit, fous
rapport, 2 êtré mife en concurrence avec
décrets de l'Affemblée Nationale,
les
examen rigoureux, & plufieurs
qui, après un
dictoires, avoiént placé folemnellement plaidoyers contratés de
les DépuSain-Domingue au nombre des
tans de la Nation.
Repréfen-
- Traitaht enfuite la queftion relative à
tion d'un
la formaceflité fur Comité-colonial, les
il en a appuyé la né+
doléances de nos Colonies, far les
griefs nombreux dont elles demandent le redreffement, far les dangers preffans quiles
Ila cité T'infiurredtion adtuelle de la menaccnt
qui eft effisyante, celle de la
Martinique,
I'eft pas moins, & les
Guadeloupe, 5 qui ne
d'une révolution,
mouvemens précurfeurs
qui s'érendent jufgu'a Saint-Domingue: C & c'eft dans ces
> dir, que l'on voudroit
circonflances, atil
abandonner
s nés Colons'aux foins d'un
lesinforurepofe entre Jes mains de pouyoir exécurif qui
fubalternes Prévaricateurs, & d'an Miniftre juftemenr exécré d'une --- Page 317 ---
commencé 5
le malheur, &
> Colonie dont il a
la ruine >. !
il femble acharné à confommer
3> dont
ont été vivement apCes dernières exprellions
une partie de T'Allemblée, & improuplaudics par
étoit
vées par l'autre. M. de Gouy a ajouté qu'il défpécialement chargé, par fes commettans, de
noncer à la Nation M. le Comte dela Luzerne,
la vérité de cette miflion, en lifant
&c ila prouvé
arrivée, & fignée d'un des
une lettre nouvellement
fe
Comités de département de la Colonie, qui
avec amertume de ce qu'on lui a enlevé un
plaint
chériffoir, ( M. le Marquis du
Gouverneur qu'il
clandeftinement un fucChilleau) pour lui donner
des Arrêts
ceffeur, qui s'eft annoncé en déployant
du Confeil, dont la Colonie déclare ne vouloir plus
a le bonheur d'avoir,
recevoir aucun, depuis qu'elle
qui
dans l'Affemblée Nationale, des Reprefentans
doivent feuls provoquer les lois fages après lefquelles
elle foupite.
cette mème lettre,
M. de Gouy a réfuté, par
M. de Jellé, en obfervant qu'elle prouvoir que fes
Saint-Domingue connoiffoits quoi quil en dit,
befoins, les abus du pouvoir minillériel, & la
puilfance de TAffemblée Nationale.
de
a
Ila oppofé victoricufement cette même pièce
Taffertion un peu hafardée de M: Nérac.
lefquelles
elle foupite.
cette mème lettre,
M. de Gouy a réfuté, par
M. de Jellé, en obfervant qu'elle prouvoir que fes
Saint-Domingue connoiffoits quoi quil en dit,
befoins, les abus du pouvoir minillériel, & la
puilfance de TAffemblée Nationale.
de
a
Ila oppofé victoricufement cette même pièce
Taffertion un peu hafardée de M: Nérac. --- Page 318 ---
Il a fini par remercier M. Blin de
rendre les Colonics
vouloir
monftraeux
fouveraines, en faire des Erats
qui, ,tour-à-1 la fois, feroient
dans, & refteroient fous la verge du
indépenchanger leurs Députés en
delporifme,
concla à ce que Pon accordâr Amballideurs; & ila
aux Colonies tout
fimplement le Comité qu'elles demandoient
lieu d'une Couronne
> au
qui ne les
Ace difcours, faccédé un tumulte rouchoierpas
pêché d'aller aux voix & terminé la Séance. quia emCelle du lendemain, Mercredi
d'abord a des délibérations fur
2, employée
a été
lesManicipalités,
interrompue par une lettre adreffée
le
Comte de la Luzerne, Miniftre de la
par
au Préfident de T'Aflemblée Nationale. Marine;
Inftruit, dit-il, de la dénonciation
&
injurieufe, faire hier contre lui, il offre vague de
ner les renfeignemens
donnécellaires; il demande
M. leMarquis de Gouy
que
d'Arsy/oie tenu de citer des
faits, de produire des preuves, & il ajoute mal.
adroitement, que c'eft un artifice ufité dans TAf
femblée Nationale, par quicongue veut rendre fon
opinion fimorable, que d'y lier des
conere les Miniftres du Roi.
plaintés
- Cette phrafe & quelques autres ont
ment dépla. M. de Gouy a élevé la voix: fingalière- uJe
ouy
que
d'Arsy/oie tenu de citer des
faits, de produire des preuves, & il ajoute mal.
adroitement, que c'eft un artifice ufité dans TAf
femblée Nationale, par quicongue veut rendre fon
opinion fimorable, que d'y lier des
conere les Miniftres du Roi.
plaintés
- Cette phrafe & quelques autres ont
ment dépla. M. de Gouy a élevé la voix: fingalière- uJe --- Page 319 ---
3) confirme, a-t-il ildir, tout 7
ce
3> C'étoit ou injure,
quej'ai avancé hier.
oul
le premier cas, l'AMfemblée dénonciation, Dans le
avoit le
>5 rappeler à l'ordre & n'avoir
droit de me
>) leçon que le Miniftre
pas befoin de la
3> fujer.
s'ingere à lui donner à ce
>> Dans le fecond cas,
>) férence effentielle
quoiqu'il y ait une difen
3s ciateur public,
ptincipes entre un dénon-
& un accufateur
3) celui-ci foit obligé d'adminiftrer privésquoique
>> tandis que celui-là n'a
des preuves,
qu'un délit à
3> m'oblige pourtant, organe fidèle de réciter.je
3> mettans, à
mes Comprouver, par leurs
' au moins tour ce quej'ai avancé propres écrits,
donc en France aufi
>). Ainfi, voilà
noncé, &
Mellieurs,n Miniftre déractère
par un homme qui annonce un Caqui ne permet pas de doutes fur
avec laquelle il fuivra fa
l'énergie
dénonciation,
T'éloignement des délits, & la difficulté de malgré
fembler les
rafpreuves & les témoins.
A peine M. de Gouy avoit-il
que M. le Marquis
quitté la tribune,
a laquelle
d'Ambly a fait une Motion
on ne s'attendoit guèrcs :
Membre de TAlemblée,
Que tour
tion, fût
qui feroit une dénonciaobligé de la figner,
les preuves; & que, s'il étoit d'en-fournir toutes
exclus,
calomniateur, il fûr --- Page 320 ---
M. le Comte deMirabeau a tonné contre
propolition aufli contraire aux vrais
une
tentatoire à la liberté de PAMfemblée. principes, Il qu'ar:
taillé tous les inconvéniens
en a deaveccette
fante qui caraétérife fon
logique preféloquence. Ila fortement
relevé ces mots,. s'il étoit calomniateur. Voiliun
étrange f, s'eft-ilécrié, Et quant à la peine d'exclufion, il n'a pas héfité d'affurer guil
au pouvoir de T'Allemblée
n'étoirpas,
de
Nationale elle - même
linfliger au Reprefentant d'une Province. Ila
conclu à la queftion préalable fur la Morion de
M. d'Ambly.
TouelAffemblée s'eft partagée avec
de tumulte fur cette queftion, qui touchoit beaucoup à Tun
des articles les plus délicats de la Conftitution.
On a été aux voixplulieurs fois, par levé&c aflis.
Les épreuves ayant été incertaines, on a réclamé
Tappel nominal, mais béancoup de Membres s'y
oppofant, MlePhdtdeir.delanen
a
levé la Séancs, & ajourné la del'Affemblée,
lendemain.
p -TOVO UD
queftion au
u
38B
Ydmki
SELO
des articles les plus délicats de la Conftitution.
On a été aux voixplulieurs fois, par levé&c aflis.
Les épreuves ayant été incertaines, on a réclamé
Tappel nominal, mais béancoup de Membres s'y
oppofant, MlePhdtdeir.delanen
a
levé la Séancs, & ajourné la del'Affemblée,
lendemain.
p -TOVO UD
queftion au
u
38B
Ydmki
SELO --- Page 321 ---
15 o
OBSERYATIONS
ADHESSEES
E
ooist alle
NATIONALE,
A L'ASSEMBLEE
PAR UN C DEPUTÉ DES COLONS AMÉRIQUAINS.
-
BES
9305 snent
MESSEIGNEURS, 01S a 1
ins Du
ansyon
E
à NDOS aliort
21O
furent convos
les Enrs-Généraux
1S Lorfque
& conqués, tous les Citoyens 3 propridtaires
tribuables furent appellés à s'affembler pour
former leurs cahiers & nommer librembentleurs
Repréfentans.
Te ume Canie
Nous fommes Citoyens libres des Colonies,
contribuables &0
nous fommes poffeffeurs,
devions être
de plus très-utiles, donc nous
appellés aux Affemblées primaires pour Former
nos cahiers & nommer librement nos Repréfentans.
Nous n'avons cependant point été appellés
à cès Affemblées primaires ? Pourquoi ? Parce
8 barbare a fait que jul
qu'un préjugéinjule
A --- Page 322 ---
(2)
qu'ace jour, nous avons été non-feulement
TTt Affemblées tousemploir de
civils; mais méme
taires riches desla Paroille, Paroife. quoique PropriéLAffemblée Nationale C
tournericontre
pourroit-elle faire
de
nousaujoutlhut un
27 formaliré qui n'a
été en notre mahque
de
Bas
Hemplif, > puique nous en avons D Pouvoir été 214 -
péchés par l'injuflice, la.force & la
emmenaçante, Plus dociles
tyrannie
guelques Provinces,
que n'ont-éré LYL ici
un crime de n'avoir pourroit-on nous" faire
hoftiles
pas employé des
pour nous allembler, tandis moyens
fentionssqmeider moyens auroient que nous
des
pit donner
u1 violenres-fecoufis à la Colonie.
.
fentans Ncuspe-BRcomolfoere dans le
point nos Repre
tés de Saint-Domingue nombre-de-MM. les Dépul
liégerparmi ivous,
qui ont thomnenride
en ancunel manière Melleignenrs; , nous n'avons
tion; ilreutlété méme concouru à n leur élecde nous faire
abfurde de notre part
depttist
repréfenteér par euxy
cinq ansn nous n'avons
Puilque
mer contre les vexations
cellé del réclatants nous.ont fait
que leurs Commierdroient fans doute: éphouverySerquile voutous leurs efforts continuer, puifqu'ils font
pour Snous élaigner d'une
en ancunel manière Melleignenrs; , nous n'avons
tion; ilreutlété méme concouru à n leur élecde nous faire
abfurde de notre part
depttist
repréfenteér par euxy
cinq ansn nous n'avons
Puilque
mer contre les vexations
cellé del réclatants nous.ont fait
que leurs Commierdroient fans doute: éphouverySerquile voutous leurs efforts continuer, puifqu'ils font
pour Snous élaigner d'une --- Page 323 ---
(3)
qui doit faire entendre à la
repréfentation
Nation allemblée, nos longs 8 pénibleximal190
heursaou
l'Alemblée Nationale de vouJe fispplie
loir bien prendre en: confidération ce quez je
vaisea avoir Thonneur de lui dire. I
a
demander à
6 Nous n'avons pas manquéde Gouverneur de
M. le Marquis du Chilleau,
aflemSaint-Domingue, la permillion de nous
le voeu de T'Edit de Conbler pour remplir
vocation 5 mais nos demandes ont toujours
à Saine-Domingue, & nous
été infrudtueufes
avons été fans aucune réponfe a ce fujer.
Melleigneurs, que M. le
Ce r'eft qu'ici,
fait l'honneur de
Marquis du Chilleau m'a
autorifé les Colons
me dire que, n'ayant pas
blancs à s'affembler, il n'avoit pu prendre
far lui de nous y autorifer, mais qu'il n'avoit
d'envoyer nos demandes au Mipas manqué
&c qu'il n'avoit eu de
nifre de la Marines
ceMiniftre aucune réponfe à ce fnjetpendant
fon féjour à Saint-Domingue. l'abfolue néAlors, Melleigneurs, fentant
à défaut de poucellitéde nousallemblerict,
à Saint-Domingne,
voir jamais y parvenir
MM.
nous avons eu Thonneur d'en prévenir
de la Fayette & Bailly; &c après en avoir
A 2 --- Page 324 ---
(+)
obtenu la
affemblés permiflion, nous nous fommes
chez M. de Joly au nombre
de cent pour former nos Cahiers
de plus
les
& nommeri
Députés, 3 qui ont' eu l'honneur
mis à la, barre de
d'être advotre augufte Affemblée,
Que peut-on objecter contre la
cette conduite :
légalité de
Que nous ne fommes
chargés des pouvoirs de nos autres Conci- pas
toyens libres de la Colonie, Une
fimple, & qui devient vraie
fuppolition
nous, va répondre à cette
par rapport à
forte de nos Adverfaires, objection, la plus
Je fuppofe qu'une Province de la
vint annoncer en ce moment à
France
Nationale que fa Commune
T'AMemblée
tée des Affemblées
auroit été rejede cette même
primaires par une claffe
&
Province ayant le
que cette même claffe
pouvoir,
eût nommé feule, à
ayant tout pouvoir
l'exclufion de fes Communes, & parmi fes Membres, les
de cette Province, &
Députés
bres de cette Commune qu'enfitite cent Memexclus des Affemblées
primaires dans fa Province euffent
bler ici fans obflacles;
pu s'affemleurs Cahiers &
qu'ils euffent formé
nommé leurs
enfin faire ce
Députés ; &
que nous avons fait,
blée Nationale, loin de les
l'Afemrepouffer, de les
ayant tout pouvoir
l'exclufion de fes Communes, & parmi fes Membres, les
de cette Province, &
Députés
bres de cette Commune qu'enfitite cent Memexclus des Affemblées
primaires dans fa Province euffent
bler ici fans obflacles;
pu s'affemleurs Cahiers &
qu'ils euffent formé
nommé leurs
enfin faire ce
Députés ; &
que nous avons fait,
blée Nationale, loin de les
l'Afemrepouffer, de les --- Page 325 ---
(3)
&x
rejetter, les eut au contraire accueillis,
leur eût accordé toute fa protedtion, fur-tout
fi les Communes prouvoient que les premiers
Députés n'étoient que des ennemis furieux,
tendoient
& perpétuer
qui ne
qu'a aggraver
les maux de la Commune. (1)
La
Tel eft, Noffeigneurs, notre fituation.
force, la tyrannie, les menaces même, nous
exclu des Afemblées primaites dans les
ont
encore plus, c'elt
Colonies. Et ce qui prouve,
éloiYacharnement des Colons blancs à nous
de T'Affemblée Nationale : eux feuls font
gner
à notre admiflion; &c des pamdes objections
phlets aufli ridicules qu'ils font peu plaifanes, >
montrent allez qu'ils ne négligent rien pour Y
parvenir.
ridiculifer la
Ils cherchient même jufqu'à
qualification que nous avons prife, quoique
Nous fommes nés à l'Amérique, nous Y
jufte.
donc nous pouvons &
avons des poffeflions,
Colons Amérinous devons nous appeller
Je demande pardon à M. de Mirabeau, s'il
(1)
des forts arguments qu'il ait employé.
trouve ici un
été vivement fentie par moi
Je protelle qu'elle a
les vérités
avant d'avoir lu le Courier de Provence >
fe fant également fentit.
A
--- Page 326 ---
(6)
quains, Voudroient - ils encore,
avoir ravi les droits facrés de
après notis
ravir jufqu'à la faculté de T'homme; nous
nous dire-du
qui nous a Vu naitre ? Ah!
pays
Peu cacher les fentiments Mefeignenrs, d'ane
c'eft
injufte.
haine bien
Peuton préfiamer que nous ne foyons
chargés tacitement &
pas
coiventondlenenrds
pouvoirs de tous nos
Concitoyens, Colons
Amériquains, lorique jel prouve qu'en
fous leurs yeux,
1783,
Mémoire
J'adrefai en leurs noms un
aux Adminiftrateurs del la
& qu'ils me répondirent les lettres Colonie,
ci-jointes.
Au Caps le 27 Mare-s 1783.
Nous fommes. on ne Peut pits
fatisfaits du zèle que les Gens de couleur plus
Paroille d'Aquin
de la
viennent de montrer en
payant entr'eux une fomme de 9410 livres
pour leur portion dans la dépenfe du
feau que la Colonie fe propofe d'offrir YaifRoi: nous ne doutons pas que vous
au
beancoup contribué a Tes porter à cet n'ayez acte
patriotique, & nous vous en favons trèsbon gré. Vous Pouvez avec toute
nous adreffer le Mémoire dont confiance,
vous, nous
plus
Paroille d'Aquin
de la
viennent de montrer en
payant entr'eux une fomme de 9410 livres
pour leur portion dans la dépenfe du
feau que la Colonie fe propofe d'offrir YaifRoi: nous ne doutons pas que vous
au
beancoup contribué a Tes porter à cet n'ayez acte
patriotique, & nous vous en favons trèsbon gré. Vous Pouvez avec toute
nous adreffer le Mémoire dont confiance,
vous, nous --- Page 327 ---
(7)
foyer très-alfuré que, nous vous ren
Eedbes bonne juftice, Sb saunctdr
a 2 386P Signés BELLECOMRE, BONGARS.
QUATRIENELE TTRE.
tnooeb MOM UA somulot enov alsuptal TE9
sup anodixe Au Capsle ID Maiirg8go sb
einoloo 251 ensb 199110175 300l zusl aonsld
Nous szavons reçu le Mémoire que" vous
fort actuelo des
nous a avezin adreffé furil ler
hommes de couleur-: Nous l'examinerons
avec toute l'attention poflible, pour nous metdes
tre
a"portée" de faire part auo Minifte
obfervations dont - a rile - nous paroitra fufceptible, & de notre fentiment fur le tout.
Enonef14 a A
Signés BELLECOMBE & BONGARS.
9b MM
of
Que depuis cette époque; paflé en France
en 17845 ije fus préfennéa M le Maréehal
de Caftriés par M. de Bellecombe, 8 queje
lnin fus-préfenté comme chargéde réelamet
popr mes Concitoyensy 8c qu'en conféquence
jeluiremis fuccetlivemept plufieurs Mémoires,
dont il m'accufe la réception par la lestre
fuivantes dorostel al
M 2 I0OVar
A 4 --- Page 328 ---
(8.)
Première Lettre de M. le Maréchal de
Minifre de la Marine
Cafrics l3
RIADIOE
AFufalles le 6 Mai 1786.
J'ai reçu, Monfieur, les trois
parlefquels vous réclamez AU
Mémoites
de couleur
NOM des
> contre les vexations
Gens
blancs leur font
que les
ils m'ont
éprouver dans les Colonies;
paru meriter
envoie aux Adminiftrateurs attention, & je les
de
gue pour avoir leurs avis,
Saint-DominJe fixis, 1
Monfieur, DR
entièrement à
- ul
vous.
Signé le
Maréchal DE CASTRIES,
A M, Raimond,
MM, de la Luzerne & de
les Adminiftrateursàg
Marbois étoient
renvoyés, & M, dela qui mes Mémoires furent
plulieurs Colons
Luzerne, ayanr écrit à
Pour avoir des Amériquains fir les lieux,
cités dans mes, éclaircillements fur dles fairs
i'étois
Mémbires, peut certifier
reconnu par eux comme leur
que
tant.
Repré
Au retour de M. de la Luzerne
en France
aimond,
MM, de la Luzerne & de
les Adminiftrateursàg
Marbois étoient
renvoyés, & M, dela qui mes Mémoires furent
plulieurs Colons
Luzerne, ayanr écrit à
Pour avoir des Amériquains fir les lieux,
cités dans mes, éclaircillements fur dles fairs
i'étois
Mémbires, peut certifier
reconnu par eux comme leur
que
tant.
Repré
Au retour de M. de la Luzerne
en France --- Page 329 ---
(9)
je lui écrivis, pour lui demander
lion fur les Mémoires
une décide Caftries lui
que M. le Maréchal
la
avoit adreffés ; il me
Lettre ci-après.
répondit
Première Lettre de M. le Comte de Za
Lugernes
Miniftre de la Marine,
A Vufailles, 27 Novembre 1788.
J'ai reçu, Monfieur, la lettre du
de
mois, Par laquelle vous me demandez 15
ce
décifion fur les Mémoires
une
adreffés
que vous avez
précédemment à M. le Maréchal de
Caftries, à l'effet d'engager le
à adoucir le fort des
de Gouvernement
Colonies. Je
gens
couleur dans les
objer, fur
n'ai Point perdu de vue cet
lequel M. le Maréchal de Caftries
m'avoir effedtivement confulté
jétois à
pendant
Se-Domingue, & j'ai
nier lieu MM.
chargé en
d
du Chilleau & de Marbois de
m'adrefler divers détails
faires
qui me font nécefpour pouvoir prendre les
Roi. Dès
ordres du
que ces renfeignemens me feront
Parvenus, je les mettrai fous les
Sa Majelté, Je vous envoie
yeux de
au furplus les --- Page 330 ---
(to)
papiers qiie vous aviez jointsi à votre
an
lettre,
el M onp
S aton
ol
Jed fuis,-Monlicur, entièrementià.vots) s5
Signé DE LA LUZERNE.
A M. Raimond,
a SaTs STsmn
at
M
Donc j'étois reconnu, , par Iui, chargé de
réclamer pour mes Concitoyens.
En Avril 1789,/'adreflai encore. un nouveau Mémoire pour le Roi, à, M. de la
BD
Lu- L
zerne, & ce Miniftre me
feconde, . 3
OV répondit, - c
par une a1
que foumets, comme la
à T'Aflemblée. Je
-
V 201 a0: premieres, D9D
3D
M
insmrinshaoarq e5lonbs
à
VU00
D S0ST
- afo
Deuxième Lettre
lc
deMe - Comce DI de la LuxSrnes
100 oUV eb abieg
olog
lad: A - 2 Verfailles,
le 5 Mars 1789.
an Fai reçu, > Monfieur, avec votre Lettre du
17 Février, le nouveau ie
Mémoire par lequer
VOuS infiltez forla" necellie"d'adoncir le fort
des gens de cotleur libres dans les Colonies,
Pai.chargé fpécialement MM. dr Chillean
& de Marbon" de me mettre AP portée de
prerrdre lefordrés du Roffur cet objet inté
refant. Auflitôt iie leur avis me fera pars
1789.
an Fai reçu, > Monfieur, avec votre Lettre du
17 Février, le nouveau ie
Mémoire par lequer
VOuS infiltez forla" necellie"d'adoncir le fort
des gens de cotleur libres dans les Colonies,
Pai.chargé fpécialement MM. dr Chillean
& de Marbon" de me mettre AP portée de
prerrdre lefordrés du Roffur cet objet inté
refant. Auflitôt iie leur avis me fera pars --- Page 331 ---
(1)
venu, je lel mettrai fous les yenix de Sa Majelté, avec les différens Mémoires que vous
m'avez adreffés. 1 C TE
e
&
me fitis, Monfieur, votre très-humble
tres-obéillant ferviteur,
-
Signé DE LA LUZERNE.
A M. Raimond.
Donc j'étois encore reconnu pour le Repréfentant des Colons Amériquains.
Tous ces faits prouvent inconteilablement,
Melleigneurs, que j'ai toujours été,8 que
je fnis encore, autorifé de mes Compatriotes,
Citoyens libres, de couleur, à les représ
fenter.
E
a
M'objederoit-on que notre population eft
moindre que celle des Blancs; Meleigneurs,
il eft un moyen. de vérifier ce fait. On doit,
ayoir, dans quelque Bureau de la Marines
des Erats de toutes les Milices nationales de
l'on
le
Saint - Domingue : que
compare
nombre des Compagnies, de Nègres libres, &c
Citoyens de couleur, 3 avec celles des Compagnies blanches, on pourra voir fi notre popu- --- Page 332 ---
(12)
lation eft moindre que celle des Blancs
Au refte M. le Marquis du
(1).
vient de gouverner
Chilleau qui
cette Colonie, m'a
que le nombre des Colons de
certifié
voit à plus de 27 mille
couleur s'éleAdminiftrateur
individus. Et un
pareille
ne peut guere errer fur une
évaluation.
Objecteroit-on que nos poffellions ne font
pas aflez confidérables
tation. Je renvoie
pour avoir une dépuya'un très-grand encore, pour prouver qu'it
nombre de notre claffe de
riches, aux recenfemens
tous les ans de
que nous donnons
doivent
nos poflefions ; ces pièces
encore fe trouver au Bureau de la
Marine; ; on y verra, , d'après ces recenfemens, que nous poflédons au moins un
des propriétés de T'Amérique.
tiers
Si donc l'Affemblée Nationale n'a
fixé
(comme le dit M. Cocherel) le nombre pas des
Députés de Saint-Domingue fur la
des Noirs & Mulâtres libres
population
3 c'eft parce
qu'elle a fenti que cette claffe de libres &
de Citoyens devoit étre repréfentée
particu-
(I) Dans toutes les Paroiffes, les compagnies des
Nègres & Gens de couleur, font plus nombreufes
que les compagnies des Blancs.
l'Affemblée Nationale n'a
fixé
(comme le dit M. Cocherel) le nombre pas des
Députés de Saint-Domingue fur la
des Noirs & Mulâtres libres
population
3 c'eft parce
qu'elle a fenti que cette claffe de libres &
de Citoyens devoit étre repréfentée
particu-
(I) Dans toutes les Paroiffes, les compagnies des
Nègres & Gens de couleur, font plus nombreufes
que les compagnies des Blancs. --- Page 333 ---
(s).
lèrement, comme la obfervé M. le Comte
de Mirabeau, , dans le temps; &c c'eft ce qui
la plus forte objection
a été en même-temps nombre de MM. les
à l'admiffion du grand
Députés blancs, qui fe font préfentés.
Les Colons blancs ont une députation en
raifon de leur population & de leur pro+
Les Colons Amériquains, ou les Cipriété. libres de couleur, doivent auffi en
toyens
Citoyens libres, poffelleurs
avoir une comme
d'autant
de
& contribuabless & avec
plus,
raifon, que tous les Citoyens libres de cour
leur tiennent au fol, par cela même qu'ils
J font nés. Au lieu que dans la population
y blanche, fi vous en retranchez ce qui n'a
de poffellion, ni même de domicile,
point
blancs,
comme Economes ou Commandeurs
Pacotilleurs, Ouvriers courant les Habitations - les Rouleurs, les Chevaliers d'induf
les 2 Pécheurs, la plupart de Nations étrane
-
trie, d'autres, en allez grand nombre, qui
gèress
demander l'aumône, il ne
s'avilifient jufqu'à
reftera de la population blanche que, tout
au plus, 8 mille individus.
C'eft donc ala Nation affemblée a décider
du rang que nous devons avoir dans l'état Ci- --- Page 334 ---
(14)
vil,& non aux Colons blancs feuls, > comme
M. Cocherel le propofe. ersb
Nous réclamons PEdit du Roi de 1685,
les afranchis. Il porte : qu'ils jouiront
ES droits des autres Citoyens, libres naturellement.
na Les follicitations faites au Roi, par les Coions blancs, de s'affembler à Saint-Domingue,
pour Y faire une conftirution, ne peut regarder que celle qui peut être faite pour
lès efclaves; mais la conftitution pour les
hommes libres Ciroyens, poffeffeurs & contribuables, quelle
êtrel leur origine,
-
puille
être faite que
- TAffemblée Nane peut
ques par uei T.
tionale. 09 st ersb
Nous ne cefferons de répéter que nous
fommes librés atr phylique, 7 au moral, &
politiquement, que nous fommes enfin rentrés
dans les droits impreferiptibles de Phomme:
& qu'en conféquence nous ne in devons faird
qu'une menédafte.qu'un méme ordre; avec
tous les ingénus nés-de la Colonie. Et que
fi malheurenfement ile exifte, Hfous la domination françaife, un "pays dl l'on Croilef
clavage néceffaire encore pour un & temps; il
faut, dis-iesique dans ce pays il ny ait que
deux clafles, celle des libres ou ingénus, &
ibles de Phomme:
& qu'en conféquence nous ne in devons faird
qu'une menédafte.qu'un méme ordre; avec
tous les ingénus nés-de la Colonie. Et que
fi malheurenfement ile exifte, Hfous la domination françaife, un "pays dl l'on Croilef
clavage néceffaire encore pour un & temps; il
faut, dis-iesique dans ce pays il ny ait que
deux clafles, celle des libres ou ingénus, & --- Page 335 ---
(:s)
celle des efclaves ; ne feroit-ce que pour contenir plus efficacement ces derniers, jufqu'à
ce que la Nation ait pris des moyens fûrs
pour les ramener à l'état de liberté, par une
fuccellion de temps, & par des moyens qui
puifle agir, fans caufer un ébranlement funeite aux Colons & à la Métropole.
F I N. --- Page 336 ---
siola - er
tgressmtta
0 7033
UD
nog
D 1O1O b.1s0
lopoul.
TKE --- Page 337 ---
OBSERYATIONS
SUR
U 3 N
P A M P H L E - T. d --- Page 338 ---
2K0ITAVASEEO
1U2
H - - H9 M A9 --- Page 339 ---
*
OBSERVATIONS
SUR UN PAM P HLET,
ATANT POUR TITRE:
RECLAMATION DES NÈGRES
LIBRES,
COLONS AMERIQUAINS
RECLANATIONS des RÉPONSES
aux préNegres libres, Colons
tendues Réclamations
Ameriguains.
des Nègres libres,
Colons Amiriquains.
9) LE Negee eft iffu L:
3 d'un fangpur;l le.MuBlane, ainfi que: le
55 lâtre, au contraire, Negre, fone iffus d'un fang
5> eftifla d'un
mé- SuR der ces conféquent deux tle
55 langé; c'ell fang un
avoir un
Etres Bie
> pole du noir & com- du ne
être fing abitardi. très-pur, &c
encore plus loin,
A 2 --- Page 340 ---
33 blanc, c'eft une ef 4
> pèce abâtardie
car je prouverai que le
C,
duit du Nègre, avec pro- le
Blane,eft fupérieur mème
FGT
1 - a L
à fes formateursy pris individuellement.
Les loix immuables &
conftantes de lal Nature nous
9M
ont appris que toutes les
efpècés degenéroient quand
elles éroient
-
hors
tranfplantées
LET
de leur climat naturel, & qu'on ne parvenoit
à les régénérer, qu'en croifanelesc/peces; la conftante"
expérience prouve par-tout
cette vérité.
JOIS
Auffi voit-on dans les
Colonies, des
que les produits
font
avéc les Blancs,
forts, plus couraEt
geux, plus agiles, réliltant
mieux aux intempéries du
climar, & ayant une étonnante aptitude à tout.
Donc le produit du Negre avec: le Blanc, 5 loin
d'ètre une efpèce abirardie,
eft au contraire fupérieure.
D'après cette vérité, il
55 D'après
ne faur pas fuivre la comcette vé- paraifon faite des
55 rité, il eft auffi évi- alliés
métaux'
dent
roit enfemble,eile ne fe-:
quele Negre eft
pas avantageufe aux.
a au-deffus du Mula- Colons
car en la
3>
blanes:,
tre, qu'il Teft
fuivant, il faudroit con-.
que clure, que Thomme blanc
'après cette vérité, il
55 D'après
ne faur pas fuivre la comcette vé- paraifon faite des
55 rité, il eft auffi évi- alliés
métaux'
dent
roit enfemble,eile ne fe-:
quele Negre eft
pas avantageufe aux.
a au-deffus du Mula- Colons
car en la
3>
blanes:,
tre, qu'il Teft
fuivant, il faudroit con-.
que clure, que Thomme blanc --- Page 341 ---
33 l'or
eft
33 de ibere mélangé, au-deffus eft inferieur a l'homme
noir, puifque celui-ci,
comme Tor, reçoir, par pur le
mélange du blanc, Talliage
2R diminue de
le prix du réleur produit.
l'or,le Donc, fi le Nègre Étoit
Blanc
donc le Nègre ferairbillage: feroit
rieur au Blanc: donc, fapé donc
enfin, vous m'entendez,
Oh aveuglement du
jugé, comme vous
les
CuIE
D'après ce
hommes!
le
princiD'après ce
55 SEa Negre libre, faudroit donc principe, il
l'ordre
claffer dans
55 doit être claffé focial, bre l'ordre le focial, le Negre li55 le
avant
premier, comme re3) me Mulltre,oul de
hom- Phomme peéfentant l'or pur; enfuite
3 les Nègres couleur, donc me
de couleur, com-
> vent
libres doi- dans repréfentant lequel il
de l'or
35 les elpérer, comme lisges & enfin y le a de l'algens de
Blanc au
55 une
couleur, dernier rang, comme ve3, PAffemblée repréfentation à minuer nant, par fon mélange, di-
> pale, fi
Natiola valeur du
ces
comparée à
Negre,
23 obtiennent derniers
Mais
l'or.
>) veur, qu'ils cette fa- des & plates liffons ces abfar35 de folliciter; viennent les
Les hommes plaifanteries,. ne font
35 gres libres fe Ne des méax, quoique ter
25 fent, à cet
bronze coup ayent : ils des caurs de
> la haute effet, de &
font hommes
3)
fagelle des vent égauix être en droits, & doiReprefentans de la
clalTés au même
rang: : dans l'état focial,
Mais
l'or.
>) veur, qu'ils cette fa- des & plates liffons ces abfar35 de folliciter; viennent les
Les hommes plaifanteries,. ne font
35 gres libres fe Ne des méax, quoique ter
25 fent, à cet
bronze coup ayent : ils des caurs de
> la haute effet, de &
font hommes
3)
fagelle des vent égauix être en droits, & doiReprefentans de la
clalTés au même
rang: : dans l'état focial, --- Page 342 ---
> Nation; ils récla- 6
3) mént, d'aillears, les leur leurs vertus, leurs
5 bons offices des
ucilité, doivent talens; feuls
35 putés de
Dé etablir une difference.
55 mingue, Saint-1 DoLes Negres libres ont.
leurs
folliciré en
93 trons & leurs Par le titre de commun, fous
35 tecteurs
Pro- quains, une Colons Améri35 ne foufirirone namurels.qui perfonne ne. repréfentation;
3) une exclufion point exclure, ils font pouvoit les en
ricufe à la
inju- hommes cela feul libres, hommes, & vexés,
a leur
pureré de
fullifoit; ils n'ont
3) doutent origine; ils ne E attendu les bons of.
pas que les
que leur offrent leurs
Députés ne
prétendus
22 lent, avec
dévoi- font, comme patrons, on qui ne
53 nergie dont toute lé allez, que des
le voir
ils font Perfevérans > orgueilleunx
capables', 3
qui penfent
3) tude des
rameaux de
> leur
gens couironr
IERSE
J
Ecan
gui femblent & fe
renaitre
>) dednignerles
ciel brilane, reproduire oû fous un
> de leurs
auteurs. droient encore lui ils vou:
>
les ont oublié étres, qui duire les fruits faire les
>>
vo- amers,
Re
lontairement dans
5> demande
la vé Ain6i, puifqu'il eft prott25 nent de former gu'ils vien- tion
dans la réclama-
>>
A
Tribunal de la au quains, tout Colons Améri95 tion, en lui
Na- &c. vexé par homme les
libre
95 une offre
faifant blancs y eft compris; Colons" il fera
55 de fix millions; patriotique inutile que MM. les De55 daigner les
fans voilent purés des Colons blancs dé-.
2) prendre.
y com- titude des la préendue ingraColons
35 Mais les Negres li- quains envers leurs Amérinoirs, Seulement MM. pères les
au quains, tout Colons Améri95 tion, en lui
Na- &c. vexé par homme les
libre
95 une offre
faifant blancs y eft compris; Colons" il fera
55 de fix millions; patriotique inutile que MM. les De55 daigner les
fans voilent purés des Colons blancs dé-.
2) prendre.
y com- titude des la préendue ingraColons
35 Mais les Negres li- quains envers leurs Amérinoirs, Seulement MM. pères les --- Page 343 ---
7 Députés des Colons blancs
Colons Améride vouloir
> bres,
géné- feront fuppliés commettans
>5 quains, plus
exhorter leurs
leurs enfuivre T'exemple que
55 reux
de de viennent de leur donner
25 fans, E propofent
claffe d'hommes auffi
25 venir incellamment une
font
à libres qu'eux,p puifquils
>5 offrir eux-mémes
rentrés dans les droits inNatio-
>> T'Aflemblée
preferipaibles de I'homme, été
5> nale, un don patrio- droits qui leur avoient &
de douze milla
cruelle
55 tique
lieu de ravis par
plus
>> lions; ; ils ont
la plus injulte tyrannie.
-
Nationale
>> croire qu'il fera reçu
L'Alfemblée fans doute, avec
le même en- verra
>) avec
les
E
& qu'il de farisfacion,
l'offre
>> thoufiafme,
lons blancs,
Ali2e
les mé
>>
leur méritera
dérifoire de 12 millions, Ne-
>> mesbontés, étant en offerts fous le nom des
les pam-
>> beaucoup plus grand gres libres,
a adrellés,
les
E
>>
nombre que
gens phlets qu'on
lui fera
55 de couleur 2 non & que fa'fagelle
fondés en méptifer.
>5 moins
Au refte , les Colons
>> droits & en pouvoirs; Amériquains ont fait aréa- une
55 ils ne feront pas plus offre, &c cette offre fera faveur
55 embarrallés qu'eux à lifée; ils ont en leur
ce foible don
de
prou-
>>
réalifer
l'avantage 1783 pouvoir ils en ont
ver, qu'en
35 patriotique. libres, fait qui ont été réalifées,
>> Les Negres
ils en fourniront la preuve.
59 Colons Amériquains. --- Page 344 --- --- Page 345 ---
( 1a
&
LE
GENÉALOGISTE
00 asl
AMÉ
a
RIQUAIN,
Qu la revanche du Panfet,ayant pour
29h 20161
titre : Réclamations des Negres libres
- Colons Amériquains.
300 di'up
TIRC
Q.ase on demande aux Colons blancs,
pourquoi ilsi accablent d'un mépris cruel la
clafle des Citoyens de couleur? ils répondent
c'eft parce qu'ils font les enfans de nos affranchis, & que la pureté & la digniré de
notre fang ne peut fe compromettre ; que la
fureté dela Colonie exige que nous accablions
les Citoyens libres de couleur du plus grand
mépris; que nous prolongions ce mépris avec
- tousdes outrages quitacompagnent jufqu'à la
poftéritéla plus recsiléerqued'ailleurs c'elt une
race abâtardie compolée de blanc &c de
noir, 8cc.
Que nous regardons enfin notre origine fi
fort au-deffus de la leur, que nous ferions
choqués.qu'on voulut rnowslesallimuiler, méme
les Citoyens libres de couleur du plus grand
mépris; que nous prolongions ce mépris avec
- tousdes outrages quitacompagnent jufqu'à la
poftéritéla plus recsiléerqued'ailleurs c'elt une
race abâtardie compolée de blanc &c de
noir, 8cc.
Que nous regardons enfin notre origine fi
fort au-deffus de la leur, que nous ferions
choqués.qu'on voulut rnowslesallimuiler, méme --- Page 346 ---
(2)
par le moyen de la déclaration des.droits de
l'homme.
Telles font a-peu-près les raifons des Colons blancs pour appuyer leurs préjugés.
Mais voici ce que difent & répondent les
Citoyens de couleur.
Nous fommes, il eft vrai, les enfans des
malheureufes victimes de la cupidité des Européens, mais ils ne devroient pas oublier
que nous fammes aufliles leurs, & qu'ils ont
fait couler dans nos veines une partie de leur
fang fi précieux.
Cette vérité pofée je vais prouver : I9,
Leurs injuftices à notre égard.
2o, Que leur orgueil eft mal fondé, mal
entendu, &equilpourroitleur devenir nuifible.
3°. Qu'une grande partie des Colons
créoles qui fe croyent exempts du
du fang
mélange
Afriquain, ne peuvent cependant
guère avoir d'autre origine.
4°. Ques'ils en ont une autre, , elle ne
être que plus méprifable, s'il peut encore peut
en avoir de méprifable, d'après le Décret
y
tif de la Nation:
PoliC'eft un très-grand malheur, fans doute,
que l'état d'efclavage (difent les Citoyens de
couleur); ; mais quelle induction défavanta- --- Page 347 ---
(3)
geufe peut-on tirer pour
eft la victime : rien, finon T'individu qui en
dont la raifon a été
que c'eft un être
caufes, &
retardée par différentes
rufe & à qui a fuccombé à la force, à la
mille moyens
les
ont mis en ufage
que
Européens
leur
pour réduire un homme
femblable, à une condition contre
ture, condition qui doit plutôt faire
nacelai qui l'impofe
rougir
impofée.
que célui à qui elle eft
Ce n'eft
de
pas , continuent les Citoyens
flétri couleur, parce qu'un Nègre aura été
par les Loix de fon
&
Faura juftement mérité,
Pays
qu'il
Européens,
qu'il eft vendu aux
Ce n'eft pas non plus
avoir
les biens de leurs
pour
fruftré
querotites odieufes compatriotes par des ban-
& préméditées.
Ce n'eft pas encore
atroces & perverties parce que ces moeurs
fein de fa
l'auront fait rejetter du
patrie, &c. &c.
Mais feulement
Européens
parce que les rufes des
multipliées à l'infini lui tendent
continuellement des piéges dans
il ne peut manquer de tomber. lefquels enfin
Suppofons préfentement que dans le nom-
ufes compatriotes par des ban-
& préméditées.
Ce n'eft pas encore
atroces & perverties parce que ces moeurs
fein de fa
l'auront fait rejetter du
patrie, &c. &c.
Mais feulement
Européens
parce que les rufes des
multipliées à l'infini lui tendent
continuellement des piéges dans
il ne peut manquer de tomber. lefquels enfin
Suppofons préfentement que dans le nom- --- Page 348 ---
(4)
bre immenfesdesrvidumes qui font conduitesà l'eiclayage, il fe trouve une femme
(car ce n'elt que de ce, côté que nous tirons
notre origine) qui par fon attachement conftant aux liens formés par la nature feule,
privée de la force: des Loix, elle demeure
toujours fidèle éponfe fans en avoir le
titre, qu'elle ajoute à cette fidélité les foins
les pluis adidus pour-la confervation - des
biens & dela vie de fon maitre, qu'elle foit
enfin une mère tendre, n'aton pas droit
de conclure qu'un Pareil être n'eft pas fans
vertu,& quel'origine d'un homme de couleur dence côté vient au moins d'un être
vertueux.
De-l'autre côté, ne doit-on pas aufli préfumer que le Maitre qui récompenfe par la
liberté tant de foins. & de vertus ait une
ame fenfible jufle &corupati@liace,8e que par
conféquent l'homme qu'on appelle decouleur,
efformépar des êtres vertueux. 291
C'eft dumoins
l'induction favorable qu'on en doit tirer (1).
LE 3
()-Cette.affertion a tant de force que les Citoyens
de couleur défient leurs adverfaires, en compulfant
même les regifbres des Greffes, de prouver qu'un feul
homme de couleur libren'ait jamais été Aétriparlesloix. --- Page 349 ---
(5)
Cependant voilà lêtre que vous méprifez,
& fur lequel vous préjugez déjà défavantageufement.
Quel eft le crime de ces infortunés? ont-ils
cooperé à fe donnerla vie, doiventils étrepunis
de votre faute (licen eft une de fuivre le
penchant de la nature ) 2 Oui cruels, c'en elt
une chez vous, puifque vous ne donnez cette
vie que pour l'empoifonner par des tourmens prolongés que vous avez la cruauté de
faire fubir même à votre propre fang. Voilà
barbares quelle el votre injuftice.
L'orgueil des Blancs, difent encore les
perfonnes de couleur, eft aufi mal-entendu
que leur injuftice eft avérée; car s'ils veulent
que les Efclaves Noirs aient pour eux tous
les relpects qu'ils en exigent, il ne faut pas
qu'ils fe méprifent eux-mémes dans leurs
femblables, qui felon eux fe méfallient, >
eniépoufant des filles de couleur, ni méprifer non plus des êtres, qui portent des
caraétères indélébiles, qui prouvent qu'ils
font leurs enfans. Car autrement PEfclave
les voyant méprifer, ce qui vient des Blancs
& - ce qui eft eux-mémes, finira par les
méprifer, & par ne les plus craindre 3 voilà
'ils fe méprifent eux-mémes dans leurs
femblables, qui felon eux fe méfallient, >
eniépoufant des filles de couleur, ni méprifer non plus des êtres, qui portent des
caraétères indélébiles, qui prouvent qu'ils
font leurs enfans. Car autrement PEfclave
les voyant méprifer, ce qui vient des Blancs
& - ce qui eft eux-mémes, finira par les
méprifer, & par ne les plus craindre 3 voilà --- Page 350 ---
(6)
comme l'orgueil des Blancs eft mal
& tourne contreleurs intéréts.
entendu,
D'ailleurs les Créoles blancs ou ceux
fe difent tels,
qui
coule
peuvent - ils Prouver qu'il ne.
pas dans leurs veines quelques
de fang Afriquain fi méprifé
gouttes
ne peuvent ignorer,
par eux, 3 lorfqu'ils
qu'à la prife de SaintChriftophe, & à celle de la Vera-Crux, il
fortit de ces deux Colonies une
fidérable, déja mélangée
peuplade condes Blancs, des
du'fang des Nègres
Caraibes, des Indiens,
toute cette peuplade vint fe refugier &cc.;que à SaintDomingue, & qu'à quelques temps de là,
profitant d'une dilpolition de l'Edit de
qui accorde aux Indiens & Caraibes 1685,
mémes priviléges qu'aux
les
Blancs, ils fe dirent
tous Indiens ou de la race 5 en vain leur
en demandoit-on les preuves ? ils répondoient
que leurs titres avoient été brulés
la prife des Ifles qu'ils avoient
pendant
de forte qu'ils
abandonnées,
pafferent tous pour Blancs ou
comme Blancs (1).
(1) De nos jours même on a vu des
feil des Colonies en faveur des
Arrêts du Conoriginaires d'Indiens
perfonnes qui fe difoient
; quoique les Elpagnols n'en
rent pas un à SaincDomingue.
laifle- --- Page 351 ---
(7 )
tout ce
je viens
Je conclus donc, > de
que
feroit aufli difficile à un Créole
de dire, qu'il
fe dit Blanc aujourd'hui, de prouver,
qui
defcend
de ces peuplades méqu'il ne
pas
langées, qu'il le feroit à un Gentilhomme
de cent ans, de prouver qu'il ne deicend
pas d'un Rôturier.
Les Créoles Blancs diront - ils anjourd'hui,
la couleur blanche de leur épiderme,
que
leur faveur ? on leur répondra
dépofe en
eft
que ce n'eft point une preuve, puifqu'il
bien reçonnu aujourd'hui que le mélange
du fang noir avec le blanc, ne laiffe plus
trace à la troifième génération 1 >
aucune fouvent même à la feconde, &c qu'il Y en a
de cette claffe qu'ils veulent encore méprifer,
&
quifont plus blancs qu'eux phyliquement,
valoir.
appartenant à des famillsqupeuventles
Si les Créoles blancs rejettent l'origine
vient de leur donner ici, il faut
qu'on
celles des Flibuftiers, des
qu'ils adoptent
altérés de fang, fléau du
Boucaniers, tigres fans foi, fans loi, fans
Nouveau - Monde,
ainfi
religion, la plapart fétris par les loix,
les tendres & vertueufes Epoufes qui
que
,
valoir.
appartenant à des famillsqupeuventles
Si les Créoles blancs rejettent l'origine
vient de leur donner ici, il faut
qu'on
celles des Flibuftiers, des
qu'ils adoptent
altérés de fang, fléau du
Boucaniers, tigres fans foi, fans loi, fans
Nouveau - Monde,
ainfi
religion, la plapart fétris par les loix,
les tendres & vertueufes Epoufes qui
que --- Page 352 ---
8 )
leur furent diftribuées (a), Les Créoles blancs
préfcreroient-ils de delcendre des Engagés,
eipèces d'Eiclaves blancs François, que la
Compagnie, des Indes éableis-Domingue
vendoit
trois années aux. Colons (2),
& des ieat 10 que portale navire -
la Gironde
vers Pan on 1705 Cela pourroit bien être car le
Père Labat cite dans fon Hiltoire de SaintDomingue, plulieurs familles venant de ces
derniers Colons.
a
sup
Voilàilest premièrés origines des Colons ;
mais j'ajouterai qu'ili ne fautr plus en rougir,
putfquelaNation affemblée vient par plulieurs
de fes Décrets, laver tous les hommes du
péché d'origine pour les rendre tous égaux
en droits.
30 os!
-
C) Lorfque les Flibuftiers reçurent les premières
Femmes qu'on leur envoya de France, ils leur dirent,
nous favons de quelle manière vous avez vécu jufqu'a
cejour, nous voulons bienl'oublier. Mais s'ilvous arrive
encore 1
d'outragerla vertu, ceci (enleur montrant leur
fulil) notis fera juftice. Hifoire de Suint-Domingue 3
par le Pere Charlevoix.
(2) De-là eft venu le nom de trente-fix mois qu'on
donnoit à ces efpèces d'Efclaves blancs.
IUD polubg --- Page 353 ---
LETTR E
DES CITOYENS DE COULEUR,
DESISLES ET COLONIES FRANÇOISES;
A MM. les Membres du Comité de Vérification
de rAfemblee Nationale.
Du 23 Novembre 1789. --- Page 354 ---
l
T I
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1o11no3
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GTI sidmovorc ES D --- Page 355 ---
TR E
LETT
des Inles & Colonies
DEs Citoyens de Couleur,
Frangoijes,
Membres du Comité de Verification
A MM. les
Natiohale.
de PAJemblée
MESSIEURS,
vous a renvoyé
L'Affemblée - Nationale les Piéces & les
FAdrelle, les Mémoires, de Couleur, des
Demandes des Citoyehs
Vous devez,
Iles & Colonies Françoifes. l'examen & le rapen faire
incellammenr, confiance que nous ayons
port. Quelque
& fur-tout dans votre
dans vos Lumières, Humaniré, 2 nous croyons
Juftice & votre
encore quelques Rédevoir vous foumettre fur le fond de TAffaire,
fexions, non pas fufceptible 5 mais fur la
elle n'en eft pas
des Ciroyens de
Forme de la Réunion PEleétion & la Pré-
: ainfi que fur
Couleur 3
leurs Députés.
fentation de
A
confiance que nous ayons
port. Quelque
& fur-tout dans votre
dans vos Lumières, Humaniré, 2 nous croyons
Juftice & votre
encore quelques Rédevoir vous foumettre fur le fond de TAffaire,
fexions, non pas fufceptible 5 mais fur la
elle n'en eft pas
des Ciroyens de
Forme de la Réunion PEleétion & la Pré-
: ainfi que fur
Couleur 3
leurs Députés.
fentation de
A --- Page 356 ---
Nous difons, Mellieurs,
l'Affaire,
quele Fond de
P'Objet le plus
les Citoyens de
important pour
tible de réflexions Couleur, n'eft plus fufcepdu
; car, indépendamment
Principe qui réfide dans tous les
excepté, peut-être, dans celui des cceurs,
Blancs, la queftion eft
Colonsplus que de faire
jugée; & il ne s'agit
lapplication de la Loi.
LAienbilte-Nationile a
Roi a folemnellement
décrété, > & le
C IO Que tous les reconnu, hommes
demeurent libres 6 égaux
naifent G
33 20 Que la Loi eft en Droitss
Volonté générale, &
T'expreflion de la
ont le droit de
que tous les Citoyens
concourir,
ou par leurs Repréfentans, perfonnellement
>301 Enfin,
afa fonmarions
lui
que chaque Citoyen a le
par
ou par fes
Droit,
flater la nécefité de la Repréfentans, de conG de la confentir
Contribution Pabligue,
librement 95.
Avant ces trois
de Couleur
Décrets, les Citoyens
auroient invoqué les Droits
imprefcriptibles de la Nature,
Raifon & de PHumanité.
ceux dela
Mellieurs, > ils atteftent
Aujourdhui 3
votre Juftice ; ils --- Page 357 ---
Texécution de Vos Décrets.
réclament
Libres & Citoyens - 5 ils font s
François,
Adverfaires, les egaux
quoi qu'en difentleurs.
n'ont cellé
deceux qui, jufqu'à ce moment,
de les opprimer.
ils ont, comme
Frangois & Jaficiables, le Droit de concourir
le refte des Citoyens,
doit les régirs
à la formation de la Loi qui inconreftablede cette Loi dont ils feront
rObjet & les Organes.
ment les Soutiens,
ils ont,
Enfin, Citoyens & Contribuables,
les Membres de FEmpire >
comme tous
le Droit inhérent d cette
gudlatdhcoxrasr
Pablique, & de
la nécelfiré de la Contribution
librement.
la CONSENTIZ
dans la Loi ConCes Principes, puifes ferviront de bâfe au
ftitutioneile de FErat,
Il eft
Jugement que vous allez e-Nationale préparer.
s'en
impofible que PAffemblee
ils doivent
Ses Décrets font préciss
éçarte.
La Couleur, non plus que
être exécutés.
en altérer r, en
le Préjugé, 2 ne peuvene Les Droits de
modifier les conféquences.
2, s'élévePhomme, les Droits du Citoyen Confidé
au-delfus des vaines
ront roujours
A 2
de FErat,
Il eft
Jugement que vous allez e-Nationale préparer.
s'en
impofible que PAffemblee
ils doivent
Ses Décrets font préciss
éçarte.
La Couleur, non plus que
être exécutés.
en altérer r, en
le Préjugé, 2 ne peuvene Les Droits de
modifier les conféquences.
2, s'élévePhomme, les Droits du Citoyen Confidé
au-delfus des vaines
ront roujours
A 2 --- Page 358 ---
racions; leur
encore a
régne a celfé : & nous fommes
concevoir comment
ver des Efprits affez
il peur fetrouallez mal intentionnés pervers, des Citoyens
faire revivre.
pour chercher à les
Les Citoyens de Couleur
donc pas les efforts
ne craignent
mis, que
impuiffans des Ennepourroient PAmour-propre leur
& la Cupidité
nelle de l'Erat fufciter. La Loi Conftitutiofuccès
leur effun Garant affuré du
gn'ils doivent obtenir.
des Légillateurs
L'Alemblée
fiter ; elle ne fauroit François ne peut point hécipes.
varier dans fes PrinCependant,
toyens de
Meflieurs, on fait aux CiCouleur, 2 deux
méritent d'être examinées. Objedtions qui
PRENTÉRE
C
OBJECTION
On prétend que les Colonies,
prefque toutes des Députés à
ayant
Nationale, elles font
PAffemblécfentées. On obferve fufffamment reprétrées fur-toat,
que, , dans les Concomme
Martinique, la
S.-Domingue, la
Guadeloupe, où l'on n'a --- Page 359 ---
connu la diftinaion d'Ordres, qui
jamais
où, comme le difoient
régnoit en France;
Commiffaires de S.-Dales prétendus
à leur gré
mingue ( lorfqu'ils difpoloient
Colonie 2 lorfqu'ils
de cette importante
à cet
avoient le courage de hafarder,
égard,toutes) les allégations qui paroiffoient
favorables à leur caufe ), Cc les
les plus
TOUS
59 Habitans font TOUS Proprittaires,
TOUS Soldats, TOUS Officiers, 2
>> égaux,
dans quelle
TOUS Nobles 1), Il importe peu
claffe les Députés ayent été choifis (1).
cette preVous connoiffez, 5 Meflieurs,
mière Objedtion, & vous Y avez répondu
d'avance.
Sans doute la diftindion d'Ordres n'exif
dans nos Colonies; ; &, fous
toit pas
Comde
les prétendus
ce point
vue,
avoir
miflaires de S-Domingue pouvoient
uniquement d'élire,
raifon, lorjqu'il sagilfoit
(1) Voyez cette foule d'Ecrits que les prétendus parvenir Com- a
miffaires de S.-Domingue ont fait paroitre pour du Mois
leur admiffion. Foyet fur-tout leur Lettre au Roi,
d'Aoit 1788.
A iij
fous
toit pas
Comde
les prétendus
ce point
vue,
avoir
miflaires de S-Domingue pouvoient
uniquement d'élire,
raifon, lorjqu'il sagilfoit
(1) Voyez cette foule d'Ecrits que les prétendus parvenir Com- a
miffaires de S.-Domingue ont fait paroitre pour du Mois
leur admiffion. Foyet fur-tout leur Lettre au Roi,
d'Aoit 1788.
A iij --- Page 360 ---
comme ils Pont fait, les
Blancs.
Députés des Colons
Mais, s'il n'exiftoit
d'Ordres, il
pas une diftinéion
la honte
y avoit, & il exifte
de THumanité,
encore, à
Clafe.
une diflinition de
D'abord, on ne rougioit
entièrement à lécart,&c
pas de mettre
bre des bêtes de
d'abaiffer au nomdividus qui font fomme, ces milliers dInle poids honteux condamnés à gémir fous
de Tefelavage.
Enfuite, on failoit une
entre les Ciroyens de
grande différence
leurs Defeendants,a Couleur affranchis &
fir, les Colons Blancs. quelque degré que ce
Ceux-ci, coupables encore de
vage qu'ils ont introduit,
l'efchaqu'ils perpétuent, & dont qu'ils alimentent,
dant la barbarie de
ils ont cepenfible aux
faire un crime irrémif
Citoyens de Couleur,
ceux-ci,
difon-nous,érolent feuls
tion du Corps
dignes de l'attenvu, Mellicurs, Légiflatif; auffi vous avez
font préfentés
qu'ils n'ont og,gulls ne le
ont donné
gue pour les Blancs. Ils vous
un apperçu de leur Origine, de --- Page 361 ---
Services, de leurs
de leurs
excelleur Popalation,
de leur
Droits, nous dirions prefque dans aucune
lence; mais, dans aucun cas,
des Ciils ne vous ont parlé
circonftance,
ils leur en ont conflam
toyens de Couleur,
ils ne les ont
la qualité ; jamais
à la
ment refife
des Droits
confidérés comme ayant
même penfé
Repréfentation ; on n'a pas
: les
de les y appeller
qu'il fàt pofible
ni Ducs,hi Comtes,
Infortunés : ils n'étoient (1); ils n'avoient
ni Chevaliers
ni Marquis,
à la Nobleffe.
même de prétentions
titre; &
pas
Hommes, c'eft leur unique de TAC
Ils Jont
fe faifoient auprès
les Blancs, qui
Commifaires de
Remarquez la lifte des prétendus
(1)
COMrEs, TROIS
S-Domingue. il y a DEUX Ducs, DEUX
Quelle
Sur neuf,
& UN Germne-Howws. une
MARQUIS, UN CHEYALIER admirable Repnefexration pour ! Pour
heureule égalité1 quelle,
& de Planteurs
Colonie compolée de Négociants des Rangs, chacun prend
faire ditparoitre la diftinétion fe décore du titre qui le fiatte.
celui qui lui convient 5 il Coulaur,l faut en croire fes
THomme de
ni Place,
Il.n'y a que
qui ne doive avoir ni Rang, i voila
généreux Adverfaires, les humiliations & le mépris
ni Titre, ni Qualité!
fon lot.
Aiv
égalité1 quelle,
& de Planteurs
Colonie compolée de Négociants des Rangs, chacun prend
faire ditparoitre la diftinétion fe décore du titre qui le fiatte.
celui qui lui convient 5 il Coulaur,l faut en croire fes
THomme de
ni Place,
Il.n'y a que
qui ne doive avoir ni Rang, i voila
généreux Adverfaires, les humiliations & le mépris
ni Titre, ni Qualité!
fon lot.
Aiv --- Page 362 ---
femblée
Nationale un métite de
qu'ils fappoloient encore
légalité,
Colonie, n'avoiene
exiflante dans la
gu'à eux.
garde de defcendre juf
Cette circonftance n'a
femblée nationale,
pas échapé à PAC
Mellieurs,
& vous-vousr rappellerez,
Domingue que lorique les Dépurés de S.-
furent
admis, 3 on
claffe, au nom de
parla de cette
fenrons aujourd'huf; laquelle nous-nous préveur une réclamation qu'il y eut en.fa faqui prouvèrent
& des obfervations
une place,
que PAffemblée lnirefervoit
de Couleur.fe & que, lorique les Citoyens
roit pas leur oppofer préfenteroient, ou ne pourblancs.
l'admifion des Colons
Nous en trouvons
dans le rapport du Comire encore la preuve
en faveur de PIle de
de vérification,
Parmi les raifons
S.-Domingue.
Membres du
que donnoient ceux des
falloit accorder Comiré, qui penfoient
nie,
I2 Députés à cette qu'il
on voit C qu'ils
Colo93 ment fur ce qu'il s'appuyoient fpéçiale32 Habitans dans
n'y avoit que 40,000
PIlle, 6 que les Efelaves & --- Page 363 ---
NE POUFOIENT
> GENS DE COULEUR
les uns
ÉTRE COMPTÉS, puilque
2 PAS
rien à défendre, ET QU'E LES
>> n'avoient
ÉTÉ APPELLÉS
5> APrArwAPOENrAnE DES DEPUTÉS 55,
35 A LA NOMINATION
rapport à St.-
Ce que nous difons, par la même force
Donsingue, sapplique avec obtenu Thonà celles des Colonies qui ont
de
Les Députés
neur d'une repréfentation.
ne font,
&c de la Martinique
la Guadeloupe
que les Dicomme ceux de S-Domingue, SEULS LES
putés des Blancs. Les BLANCS
dans
NOMMÉS. Nous lifons encore,
ONT
page 39,
le rapport de la Guadeloupe, n'ont pas été
les Gens de Couleur
: que
des Repréfenà la nomination
3 appellés
doivent pas entrer en
33 tans, & qu'ils ne
5 ligne de compte 9,
recevables
Nous fommes donc, Meffieurs,
L'Objedion
& fondés à nous préferiter. des Blancs, ne
réfultante de l'admiflion
5 & ce
donc pas nous être oppolée
peut
à s'en
feroit vainement F qu'on chercheroit
les Citoyens de Couleur, un
faire contre
entièrement à leur
titre qui tourneroit
appellés
doivent pas entrer en
33 tans, & qu'ils ne
5 ligne de compte 9,
recevables
Nous fommes donc, Meffieurs,
L'Objedion
& fondés à nous préferiter. des Blancs, ne
réfultante de l'admiflion
5 & ce
donc pas nous être oppolée
peut
à s'en
feroit vainement F qu'on chercheroit
les Citoyens de Couleur, un
faire contre
entièrement à leur
titre qui tourneroit --- Page 364 ---
TO
avantage. Il ne feroit
que les
pas jufte, en cffet,
Députés des Blancs,
Oppreffeurs, &, nous
qui font les
le difimuler, les
ne pouvons pas vous
toyens de Couleur, Ennemis naturels des Cide les
fuflent encore chargés
dre leurs Repréfenter, de ftipuler, de défenintérêts. Ce n'eft
nous devons nous
pas far eux que
terminer les bâfes repofer du foin de défixera
de la Conflitution
déformais les
qui
les
Rangs, les Droits &
Prérogatives de la Clafle la
breufe, la plus
plus nomplus utile des infortunée, & cependant la
Colonies.
SECONDE
OBJECTION
VAINCUS fur cette
leur fyfême, réduits première partie de
de convenir
au Glence, forcés
doivent
que les Citoyens de
être
Couleur
des Colons
repréfentés, les
Blancs fe
Députés
leur feconde
retrancheront dans
Objedion : Cc A
moyens, ils auront
défaut de
93 ils critiqueront
recours à la Forme;
5) de nos Eledions notre Allemblée, le mode
a nous ne fommes ; ils foutiendront que
pas les Repréfentans des --- Page 365 ---
If
valablement
n'étant pas
> Colonies 5 que,
pas être admis,
>> Elus, nous ne pouvons
à une Affemfaut nous renvoyer
2) & qu'il
>> blée Coloniale 19.
r'Objee1
fans doute, Melieurs,
Voilà,
nos Adverfaires
tion la plus fpécieule que mais certe Objecnous oppofers
puilfene
devant les Obfervations
tion difparoitra
allons vous propofer.
que nous
bien confidérer qu'il n'en
D'abord,il faut
des Colonies : 2 ainfi
elt pas de la policion obfervé les prétendus
d
que Pont très-bien
dans les
de S.- Domingue
Commiffaires
qu'ils ont publiées #
différentes brochures
comme de la Métropole.
font
En France, les Communications elles font, au
& faciles :
Cotoutes promptes
difficiles avec les
contraires, lentes &
employeroir un
lonies ; & tandis qu'on
a à folliciter
précieux à demander ,
remps
à les faire cexécuter,
des ordres, ,àl les donner,
à préparer les
des Affemblées,
les
à pravoquer
à les difcuter, à
objets de demande,
à les enrédiger, à nommer des Députés, feflion de
la première
voyer a en France,
faciles :
Cotoutes promptes
difficiles avec les
contraires, lentes &
employeroir un
lonies ; & tandis qu'on
a à folliciter
précieux à demander ,
remps
à les faire cexécuter,
des ordres, ,àl les donner,
à préparer les
des Affemblées,
les
à pravoquer
à les difcuter, à
objets de demande,
à les enrédiger, à nommer des Députés, feflion de
la première
voyer a en France, --- Page 366 ---
PArenbilieNindonale
Confitution feroit
tendroit à fa fin; la
de Couleur
achevée, & les Citoyens
recevroient des Loix
ilsn'auroienty
auxquelles
des Impôes dont pasconcouru, ils fupporteroient
ils
taté la néceflité,
n'auroient pas conf
confenti la
dont ils n'auroient pas
répartition.
Ces moyens préfentés,
bord par les Colons
avec fuccès, d'ague, avant même
Blancs de S-Dominnale fut
que PAffemblée- - Natioles
conftiruée, & tout
Colons de la
récemment par
deloupe, ,ne feront Martinique & de la Guapar les
pas inutilement
Ciroyens de Couleur. S'il invoqués
ya avoir une exception, elle
pouvoit
leur avantage,
devroit être a
beaucoup
puifqu'ils fe font préfentés
plus tard,& QU'ILS
AU MOMENT Oik
ARRIVENT
leur Conflitution. PAfemblie va s'occuper de
Lintention manifeftée des
de la Nation a
Repréfentans
tendre
toujours été de
toutes les parties
voir,d'enrapprocher les
intéreffées, de les
ferver les droits unes des autres, de conde tous les Ciroyens, de --- Page 367 ---
"13
qui
admettre tous à la repréfentation
les
leur eft due.
comment pouroir-on
En fecond lieu,
de ne s'être
blâmer les Citoyens de Colonies couleur ? De n'avoir
réunis dans les
auxpas
Aflemblées primaires,
pas formé ces
font admis, &
qu'elles tous les Citoyens recevoir & donner
dans lefquelles on peut
pour conftituer
nécellaires
tous les pouvoirs
légal:
les
un Repréfentant
Melleurs, que
Vous n'ignorez pas,
la formation
Lettres de Convocation, pour
étéadrefn'avoient pas
des EratsGénéraux,
fées dans les Colonies; que, non-feulement, ne s'y étoit
point indiqué, qu'il
mais
on n'yavoir d'Atfemblées primaires ;
pas formié
par les Loix
par les Loix anciennes,
les
gue,
il étoit défandut, fous
encore exiflantes,
de les provoguer.
peines les plus fevères,
défenfe générale
Vous favez que cette univer/elie pour tous
dans toutes les Colonies,
plus exprelfe
étoit encore
les Habitans,
de Couleur 5 que toute
pour les Citoyens
de réunion de
Affemblée a , toute efpéce font encore répuleur part étoient, &
ix
par les Loix anciennes,
les
gue,
il étoit défandut, fous
encore exiflantes,
de les provoguer.
peines les plus fevères,
défenfe générale
Vous favez que cette univer/elie pour tous
dans toutes les Colonies,
plus exprelfe
étoit encore
les Habitans,
de Couleur 5 que toute
pour les Citoyens
de réunion de
Affemblée a , toute efpéce font encore répuleur part étoient, & --- Page 368 ---
Rées & punies
Mais,
comme un
ce que vous
artroupement.
ce dont votre
ignorez, peut- être s
juflice ne pourra
indignée ; c'eft
qu'être
livrer à la
que, peu contents de
de Couleur rigueur des loix, les Ciroyens
qui font
paroiffent
accufés, ou même
fufpeds; ; de les
qui
juftice des Tribunaux,
foumettre à la
ne peuvent étre
gui ne Jone, 6 gui
les Blancs
compefes que de leurs pareils,
qu'il leur s'érigent en vengeurs des délits
plair de
fait leur font
fmppofer : les voyes de
Couleur,
permifes, & les Citoyens de
dévouement victimes de leur zèle & de leur
pour la Chofe
roient été, dans cette
Pablique, aua périr fous les
circonflance, expofés
prefeurs
coups, que leurs craels
auroient jugé à
opporter (I).
propos de leur
Ila donc fallu
fe fut introduie renoncer, jufqu'a ce
un
qu'il
à toutes
nouvelordre de chofes,
Allemblées, à toutes réunions
Dans On fent bien que nous ne Parlons ici
de
dent quelques mains qu'elles
que
l'abus,
rien de leur faint caractère; repofent, les Loix ne perTexécution en eft exclufivement mais, dans les Colonies,
dévolue aux Blancss &c lex- --- Page 369 ---
Coloniess il
dans les différentes
partielles
à la néceflité.
A a fallu céder
de renoncer également
Mais étoit-il jufte
queles Citoyens
légicimes,
aux réclamationsl dans le cas de former,
de Couleur font
doivent
encore au fuccès qu'elles
& plus
avoir?
de la barbarie à le fuppofer C 1
Il y auroit
dont les Citoyens
affreux,
& ces préjugés
avec tant d'amerde Couleur fe plaignent moins afligeants,
tume, feroient peut-être d'une admiflion à
que le refus défefpérant de droits que leurs
laquelle ils ont autant
Concitoyens. à défaut de ces Alfemblées
Au furplus,
à défaut d'une réunion
& locales,
été
primaires
ne leur a pas
poflible
Coloniale qu'il
de Couleur
les Ciroyens
de provoquer,
Scrélidant araéhuellement
nouvellement arrivés
pour s'ocfe (ont rapprochés,
en France,
intérèts; ils fe font réunis
cuper de leurs
fous la préfidence d'un
dans le cabinet,
qu'elles font prefque toujours
pétience n'a que trop apptis lorfquil s'agit de punir les excès
muettes & fans vigueur, Citoyens de Couleur.
des Blancs envers les,
leur
les Ciroyens
de provoquer,
Scrélidant araéhuellement
nouvellement arrivés
pour s'ocfe (ont rapprochés,
en France,
intérèts; ils fe font réunis
cuper de leurs
fous la préfidence d'un
dans le cabinet,
qu'elles font prefque toujours
pétience n'a que trop apptis lorfquil s'agit de punir les excès
muettes & fans vigueur, Citoyens de Couleur.
des Blancs envers les, --- Page 370 ---
Ciroyen revêru d'un
éroient, & ils font
caradère public - ils
Is ont délibéré, encore aflez nombreux.
ils ont
ils ont offert
rédigé des cahiers,
& ils
une partie de leur fortune,
réaliferont incefamment keurs
>
ils ont élu des
ofres ;
à
Députés, & ils les préfentene
PAf@embike-Nationalt
font Copendanclesrcalemieis de leurs ennemis
parvenuesj julqu'a eux; 1> ils
9> que PAfemblée des
ont publié
3 étoit tout
Citoyens de Couleur
au plus
de
> perfonnes, queles
compofée
douze
autres
33 ou
fignatures étoient
Jurprifes, ou Jappoftes )).
Pour écarter, pour
injurieux, les
dilliper ces bruits
Citoyens de Couleur ont
pelié dans leur
apallemblée, un Notaire du
Chitcler, & ils ont réitéré, en fa
dans un aéte
préfence,
de leurs
autentique, tous les articles
délibérations. Nous vous
vouloir bien l'examiner.
prions de
Vousy trouverez tout ce
de couleur avoient
queles Citoyens
miers
configné dans leurs preProces-verbaux, vous Y
l'unanimité des fentimens & des remarquerez
Poffre généreufe & volontaire du opinions,
don patriotique --- Page 371 ---
évadu
de leurs revenus,
triorique
quart &. 91 de la cinquantiéme
lue a fix millions,
trouvede leurs proprictés; vous y
partie
1, 09 & une nouvelle
rez la confirmation
& c'eft
éleaion de leurs Députés ) enfin,
la
formelle de la caici la preuse
plus
été forcés de relominie que nous avons
lieu de douze
vous Y verrez, qu'au
pouffer.
dont on a
a prétendu que les
perfonnes,
il s'en eff
Alemblées étoient compofées mOrL 99
qui ont toutes controuvé guatre-vingts ratification des Arrêtés qui
couru à la
Aravoient été pris dans les précédentes
femblées.
a
2 Voila, MM., & vous pouvez en juger
Texpédirion des actes qui a vous ont
par
voill les Ciroyens qu'on caété remis,
avec autant d'alomnie& que l'on pourfuic
charnement: Ce font ces mêmes Citoyens
voudroit 11 vouer a
à la Honte, au méqu'on
voudroit éloigner du
pris,d P'oubli; siqu'on
de la Nation;
nailieu des Repréfentans interdire le droit
auxquels on vondroit à la formation de la
açquis de concourir
de Pimpôt,
loi&.de confentir la répartition
B
été remis,
avec autant d'alomnie& que l'on pourfuic
charnement: Ce font ces mêmes Citoyens
voudroit 11 vouer a
à la Honte, au méqu'on
voudroit éloigner du
pris,d P'oubli; siqu'on
de la Nation;
nailieu des Repréfentans interdire le droit
auxquels on vondroit à la formation de la
açquis de concourir
de Pimpôt,
loi&.de confentir la répartition
B --- Page 372 --- Votre
om
juftice ne fe laiffera
les
pas féduire
Par a allégations de nos
ne fe laiffera
ennemis; elle
pas éblouir par leurs
melfes; eile ne fera
procraintes
pas ébranlée par les
chimériques, qu'ils ont
le courage de
cependant
préfenter comme des
moyens (r).
Non, MM., la juflice eft
inacceffible
toutes les confidérations:
à
fa balance
elle mettra dans
PHomme a côté de
CHOMME LIBRE à côté
HHomme,
de PHOMME
LIBRE, le Citoyen fur la même
le Citoyen.
ligne que
Elle prononcera en faveur des
Citoyens
IRO
(1) Croiroit-on qu'ils ofent avancer que les
au-deffus de la Loi; qu'ils fçauront bien la préjugés font
que fonl exécution fera dans leurs
rendre inutile;
toriré ne pourra les forcer à
mains, &c que nulle audes Gens qu'ils font accoutumés reconnoltre, à
Pour leurs égaux,
mépris 2
traiter avec le dernier
Croiroit-on que, dans leur
d'entr'eux ont eu la témérité de impuifance, tourner
quelques-uns
une terre étrangère? comme files
leurs regards vers
à leur difpolition; comme fi les Citoyens de Couleur étoient
voient pas fait le ferment de verfer Citoyens de Couleur n'agoutte de leur fang, pour la confervation jufqu'a la demnière
défenfe perfonnelle du Souverain,
de TEcat, & la --- Page 373 ---
Couleur comme elle a prononcé en
:
, Colons Blancs ; les moyens,
aveur des
abfolument les mêmes.
les raifons font
ont été
Les Députés de S-Domingue
élus à Paris.
ont été
Les Députés de la Martinique
élus à Paris.
ont 218 été
Les Députés de la Guadeloupe
élus à Paris.
de Couleur
Pourquoi doncles Citoyens
avoir été élus à Paris?
ne pourroient-ils pas Commiffaires de S-DoLes prétendus
leurs Ecrits mulmingue ont fait, dans
étalage de leurs prétentipliés, un pompeux
dus Pouvoirs. Ils fe font fortement appuyés
SUIVANT
de cette
prétendue infpiration,gui,
leurs Commettans dans le cas
EUX, a mis
à deux mille lieues, ce qui feprodefeluer,
méme n'étoit pas encore arrété
jettoit, ce qui
V
dans la Capuale j ET ILS ONT RÉUSSI.
Les Colons de la Martinique ont été plus
modeftess ET ILS ONT RÉUSSI.
été
Les Colons de la Guadeloupe ont
plus vrais 5 ET ILs ONT AGAbeaucoup
LEMENT RÉUSSI.
B ij
leurs Commettans dans le cas
EUX, a mis
à deux mille lieues, ce qui feprodefeluer,
méme n'étoit pas encore arrété
jettoit, ce qui
V
dans la Capuale j ET ILS ONT RÉUSSI.
Les Colons de la Martinique ont été plus
modeftess ET ILS ONT RÉUSSI.
été
Les Colons de la Guadeloupe ont
plus vrais 5 ET ILs ONT AGAbeaucoup
LEMENT RÉUSSI.
B ij --- Page 374 ---
Ils ont dit
voient
naturellement, CC qu'ils n'a
reçu aucun Pouvoir de leur
qu'ils ne s'étoient déterminés
Colonies
démarches,
à faire des
réuli.
que parce gue S-Domingue avoit
Pour éviter les
le même intérêt à lenteurs, que nous avons
Paris, une Alemblée prévoir, ils ont fait, à
COMPOSEE
SIX
DE
-
PERSONNES
TRENTEréfidentes à la
, quine font pas tourès
fieurs
Guadeloupe, & dont
n'y ont point de
pluimprimé quelques
Propricrés. Ils ont
des
Difcours. Ils ont arrêté
Députations. Ils ont écrit au
Miniftre de la Marine
Roi, du
des
3 au premier Miniftre
Finances; ils ontreçu, le 8
une Lettre du Miniftre
Aoit 1789,
leur
dela Marine, qui
annonce, que les Députés de S-Domingue ayant été admis dans PAffembléeNationale, il e/l tresjufte quils
pour obtenir d'y être
Sy adrefent,
Enfin ils ont remis repréfentés (1) ),
blée-Nationale,
uneAdreffe a lAdemG ils Jont parvenus à
admettre deux Députés.
faire
(1) Voyez le Rapport adrefTé à
la Guadeloupe, Par M. de Curt, T'Affemblée Coloniale de --- Page 375 ---
- feroit, Melfieurs, abufer de
-
ns, que d'infifter fur
vos moJanalegie de toutes
Pidentité, 2 fur
celles des
ces démarches 2 avéc
Citoyens de
encore fur les
Couleur, & plus
gement.
confégtiences d'un pareil JuC 10 S-Dotningue
étoit
ayant été admife,i1
également rrisfafequeles autres Colonies fuflent
Marine Pavoit repréfentés ; le Miniftre de la
annoncé,
Mais, fi cela étoit
aux Blancs, illeft
tresjufte, par
au moins autant rapport
Citoyens de Couleur: ils
pour les
une Repréfentation
doivent obrenir
d'autant plus de
quelconque. Ils y ont
faires ont été
droits, que leurs Adverdu Principe reçus j &, qu'abftradion faite
des mêmes qui les appelle à la jouillance
avantages, l'exercice
Droits, il eft de toute
desmèmes
vent contimuellementen juftice qu'ils fe trouquer, de les combattres mefuredeles attaConfitution
de donner
qui les
furla
mens
incéreffe, les
qu'on ne peut artendre
éclaircilfeturels de Pays.
que des Na20 Si
a
tAfembtio-Nidonae
penfé que
ftradion faite
des mêmes qui les appelle à la jouillance
avantages, l'exercice
Droits, il eft de toute
desmèmes
vent contimuellementen juftice qu'ils fe trouquer, de les combattres mefuredeles attaConfitution
de donner
qui les
furla
mens
incéreffe, les
qu'on ne peut artendre
éclaircilfeturels de Pays.
que des Na20 Si
a
tAfembtio-Nidonae
penfé que --- Page 376 ---
quelques Citoyens de
la Martinique
S-Domingue & (
avoient pu élire leurs Députés à Paris;
Si elle a jugé rourrécemment, far le
port de M Barrere de
rap-
)3 fix
Vieugac, Cc que trentePajonnes, qui ont déclaré
53 naires ou
être origiPropriéraires de la
$> avoient pu élire à Paris, Guadeloupe, &
33 mettre deux
faire adDéputés a
tionale
PAlemblée Na-
>> 5
A plus forte raifon doit - elle décider
que les Ciroyens de Couleur, qui font
trois fois plus
ni fe
nombreux; qui ne pouvoient
rapprocher dans les Colonies,
ni fe réunir, fans s'expofer
les plus
aux peines
févères, ont pu fe
s'aflembler & nommer, a Paris, rapprocher, les Repréfentans qui demandent aujourd'hui leur
admifion.
Indépendamment de leur titre
de leur droit au fonds, de linfaillibilité primitif,
des
Décrets, dont ils ne cefferont de
les citoyens de Couleur ont encore sétayer, l'avantage d'avoir rempli toutes les formalités
que l'on pouvoit exiger d'eux. --- Page 377 ---
2 Affemblées ont été précédées de
Leurs
fait donner aux Chefs
Pavis qu'ils en ont
n'ont
délibérations
de la Commune (1);leurs
commencées que lorique
été décidément
Blancs ont refufé de s'unir à eux 5 les
les
PAG
Miniftres du Roi ont été prévenuss
fembléeNationale les a déjà reçus, elle a
Ieur faveur la liberté d'affifter
décrété en
ils ont été
à la Séance, dans laquelle
ont bien voulu readmis; Leurs Majeftés
leurs hommages 5 le 22
cevoir > agréer
de Couleur
Odtobre 1789, les Ciroyens
Phonneur de leur être préfentéss
ont eu
confenti à les reMONSIEUR a'également
cevoir: en ln mot, ils ont fait tout ce
leur
: ils ont fait
qui étoit en
pouvoir
les
autant & plus que les Commiffaires,
des Colons Blancs; ils fe préDéputés
les mêmes titres, les mêmes
fentent avec
droits, le même zèle, & certainement
d'intérêt & de néceflité. Pouravec plus
dans la décifion,
quoi donc y auroit-il,
M. le Maire & M. le Commandant Général en ont
(1)
dté informés.
ce
leur
: ils ont fait
qui étoit en
pouvoir
les
autant & plus que les Commiffaires,
des Colons Blancs; ils fe préDéputés
les mêmes titres, les mêmes
fentent avec
droits, le même zèle, & certainement
d'intérêt & de néceflité. Pouravec plus
dans la décifion,
quoi donc y auroit-il,
M. le Maire & M. le Commandant Général en ont
(1)
dté informés. --- Page 378 ---
une différence
les
qui ne fe trouve ni dans
principes, ni dans les faits?
Recevez, Mellieurs,
rueux que nous devons Phommage à
refpec.
faur-tout au patriocifime
vos lumières, &
au milieu des fonéions qui vous foutient
nibles, que nous
honprables & péNous
ambitionnoss de partager.
véncration. fommes avec la plus profonde
a MESSIEURS,
Vos très-humbles & tresobéiflants ferviteurs.
DE JOLY; RAIMOND,
OGk,
ainé;
jeunes DU SOUCHET DE
SAINT : REAL; HONORÉ
SAINT-ALBERT,
DE
Maminiques
Habitant de la
FLEURY.
Commifaires & Députés des
Citoyens de Couleur des Ifles G@
Colonies Frangoifes,
Paris, ce 23 Novembre 1789.
De S.-Gemmain, TImprimerie de LOTTIN Lainé & LOTTIN
Ville, CELUEEASTORETA Impsuneun-Labraiter Ordinaires de la de --- Page 379 ---
Habh.
- h: Leput
offraut 2: furk Jadun anatos
à
ày
nymt nfor
s?
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irfomumn
A a
G.
-
in - - - a e hesl
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Jrla Nyy
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6: perws mbal sutfalmes
14.
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