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MERCURE DES ANTILLES A 0, u FJfaisrhîlcJbpbiques, Economiques,, Critiques & Politiques, Concernants cette Partie du nouveau monde. N°. Ier. DECEMBRE 1783, A LA JAMAÏQUE Chez LEWIS & EBERALL, associés. --- Page 8 ---
nec ... ira, nec ignes,
NeC p6terit ferrum . . Ovide. --- Page 9 ---
A MESSIEURS DES CHAMBRES D'AGRICULTURE DES COLONIES "V Ï - **4 XTVV y E voudrais, ME s SIEUR s, " suffrage des hommes inflruits. Ct+d&u ~1sera rempli Ji je ne me dirige que d'après vos lumieres & vos conseils. Sous ces auspices, je
vais m'éssayer dans une carrière dont les peines & les satigues ne triompheraient de mon zele & de mon application, qu'autant que vous myabandonneriez à mes feule $
recherches & que vous me refuseriez jusqu'aux ressources de la consiance & de l'encouragement. La partie la plus éssentielle sans, doute de l'ouvrage périodique que j'offre au public fera la partie Economique.
T'si vous la dédier, MESSIEURS* & la soumettre
entièrement a vos connaissançes & à vos observations. De bons Auteur s, de bonnes correspondances me donneront la partie philosophique. Je cueilleray au pied
des Mornes mieux que dans le Sacré Vallon assez dt --- Page 10 ---
fleurs pour en orner la partie de la littérature. Celle
des Nouvelles m.? coutera peu, puisque j'habite un pays
eu jufquaux rives sont des Essais de Politique. Quant
aux Articles Mifcelianes, j'ai à m égarer dans la plaine
qui s'étend le long du Mo « Ménule. Qu'importe à
MERCURE, d'y dérober une féconde sois les troupeaux
la lire d' Appollon, pour y sacrifier d'autres Argus
à la vengeance de Jupiter ? Vous le lavez, MESSIEUR S, nos Colonies fnt remplies
d'hommes à talent dans tous les genres ; vous en donnez
la preuve, & vous la donneriez a un degré de perfection
qui t urnerait, s'il était possible à unplus grand avantage
des kabitants, sl les efforts que vous opposez aux abus,
aux erreurs, aux fausses spéculations, ne se per datent
on s'épuisaient au gré des caprices, quelquefois dm préjugés, plus suvent en raisin de l'ineptie des AdminiJîrateurs. La culture de r Indigo n'a point acquis tous les degrés
de perfection dont elle pourrait être susceptible. La
Cochenille réussirait à St. Domingue. L'Anglais fait
à la Jamaïque d'excellent Rhum : Pourquoi n'enfaifons
nous pas dans nos colonies? Pourquoi vingt cafers y
donnent ils vinçt espéces de café? Pourquoi vingt fuc iers y donnent' ils vingt espèces de sucre ? > i c'est le
terroir qui en décide les qualité:, pourquoi n'en pas corriger les vices, n'en pas diminuer l'aprtté, n'en pas
ninager eu disiraire les sucs Ji leur abondance nuit à la
bonté des plantes qu'arrose. de ses sueurs h negre qui les
pas dans nos colonies? Pourquoi vingt cafers y
donnent ils vinçt espéces de café? Pourquoi vingt fuc iers y donnent' ils vingt espèces de sucre ? > i c'est le
terroir qui en décide les qualité:, pourquoi n'en pas corriger les vices, n'en pas diminuer l'aprtté, n'en pas
ninager eu disiraire les sucs Ji leur abondance nuit à la
bonté des plantes qu'arrose. de ses sueurs h negre qui les --- Page 11 ---
cultive ? Nous avons des finances cF Europe, des
frui's sans nombre, des arbres de toute espèce qui croittraîent dans les Antilles, pourquoi nous pr.vcr de cer
richesses ou de ces dou leurs ? pourquoi les Chambres
dont vous êtes membres rie proposent' eues pas d'en saci->
il ter la culture, a' en encourager les plantations, d'en
récompenser gener tuf ment le éssais? Ne ferait'il pas
possible de réduire en principes folldes & invariablet
i' Agriculture di nos Co lonies, de resormer quelques usages
ançiens pour y fubjlituer aujourdhuy les fruits de tant
d'années d'experiences & de travaux ? C'est à vous, MESSIEURS, de hâter le moment qui
doit découvrir ces sources d'opulence. Cejl à vous dt
prédire que nos thrésors s'épuisent, que nos terres s'usent,
que les défrichemens s'avanfent, & que l'or qu'un habitant laiffira à fer héritiers ne dédomagtra pas la
nation du peu de rejJÓurce qu'elle trouvera alors dans des
possessions, dont le fol qui en s.t la richejje fut trop peu
ménagé. Puiffay-je, MESSIEURS, mériter assez vôtre cinfiance pour que vous me communiquiez vos recherches,
tant sur la partie de r Hijtcire naturelle, que sur celle
' de F Agriculture. Daignez, m'indiquer vos vues, &
m 'addresser vos observations; vous rendrez mon Ouvrage
utile, noi-s en partagerons la gloire, je n 'ambitionneray d'autre récompense de mes travaux & de mon zelt
que l'accueil dont vous voudrez bien les favoriser. S. 8. --- Page 12 --- --- Page 13 ---
Mercure de s antilles. D E C E M B R E, 1783. CORRESPONDANCE entre deux amis dont l'un
s instruit en AMERIQUE, & l'autre en FRANCE
de tout ce qui peut piquer la curiosité d'un
philosophe observateur. LETTRE Iere. coup d œil préfenetnt les Antilles à un Européen qui
arrive pour la premiere sois dans les colonies ? le sort
du negre n'y est pas si malheureux qu'on le publie en
Europe. Le climat des Antilles en générai mill sain.
Caractère des Créoles ; Religion, Législation, Abus. S dix huit mois que je suis arrivé en
Amerique, il est bien temps, mon ami, de
vons faire part des recherches que j'ai faittes dans
es nouveau monde, des connaissances que j'ai coin- --- Page 14 ---
« MERCURE DES ANTILLES. Agencé à y acquérir, des voyages que j'y ai entre..
pris pour parvenir au but que je m'étais proposé
en m'éloignant de nôtre patrie, celui de m'instruire 'sur les lieux même du climat, d> s mœur", (ies
usager de tant de petits pays différents, habités
par un mélange singulier de Glaner. & de Isoirs, de
peuple libre & de peuple eschve, d'amis &c d'enjiemis, d'honnetes gens & de fripon que la misere & l'inconduite aussi Couvent que l'ambit.on
amenent sur ces parafes.
m'éloignant de nôtre patrie, celui de m'instruire 'sur les lieux même du climat, d> s mœur", (ies
usager de tant de petits pays différents, habités
par un mélange singulier de Glaner. & de Isoirs, de
peuple libre & de peuple eschve, d'amis &c d'enjiemis, d'honnetes gens & de fripon que la misere & l'inconduite aussi Couvent que l'ambit.on
amenent sur ces parafes. Commençons, par convenir que vous n'exigerez pas beaucoup d'ordre dans mec réflexions. Je
veux pour le moment vou" les rendre telles que le
hasard ou l'occasion me les a fourme?, telles que
nous les notions éxactemcat dans cette Capitale ou
nous nous amuiions si déiicieulement de3 folies
des neuf cent mille ames qui l'habitent. D'abord, mon ami, défiez vous de tous les Auteurs sans exception qui radotent de l'Amérique.
Jusqu'à Mr. Raynal méritait à plus d'un titre de
participer à une partie dela brulure à laquelle son
Ouvrage a éLé condamné, pour expier tant d'erreurs & de faussetés qu'il a eu la faiblesse d'y ~i primer. C'est de la Philosofie, c'est de la Politique, c'est
Je Triomphe de la tolerance & de 1 human té, c est
le plus beau stile, c'est le plus charmart langage,
c'est tout ce que l'on voudra sur les deux Inde?,
mais ee ne sera jamais l'histoire ni du commerce des
Européens dans ces deux parties du monde connu,
~pi de 1 ur climat, ni de leurs usages. Il peut (e
trouver dans l'ensemble de res œuvres d'excellentes spéculations ; mais j'en veux à Mr. Raynal
de n'avoir pas fait un seul voyage en Amérique,
d'avoir prétendu & osé de son cabinet à deux 4, --- Page 15 ---
MERCURE DES ANTILLES. B treis mille lîeuës de ces contrées, parler en historien & en observateur d'un monde qu'il ne connaifsait que par des ouï-dire, par des correspondances
toujours fautives quand on ne vérifie rien par soi
même, & qu'on ne copie que des Auteurs suspects
& des moines ignorants. Ce n'est pas. cependant que je prétende relever
ses erreurs, ni entreprendre la critique de ses œnvres : ce serait un travail immense auquel il faudrait ftcrifier sa fortune comme son repos, & dont
le projet ne sera jamais solidement conçu, qu'autant qu'il sera encouragé par le Gouvernement qui
doit en faciliter les frais & en récompenser ge-*
nereu[ement les Auteurs. En attendant qu'il s'y
décide, parcourons nôtre journal,
ignorants. Ce n'est pas. cependant que je prétende relever
ses erreurs, ni entreprendre la critique de ses œnvres : ce serait un travail immense auquel il faudrait ftcrifier sa fortune comme son repos, & dont
le projet ne sera jamais solidement conçu, qu'autant qu'il sera encouragé par le Gouvernement qui
doit en faciliter les frais & en récompenser ge-*
nereu[ement les Auteurs. En attendant qu'il s'y
décide, parcourons nôtre journal, Il s'en faut bÍerî, fnôn àml, que le coup-d'œil
de l'Amerique présente la perspeâive à laquelle je
m'attendais. On n'apperçoit ici, ni cette verdure
agréable, ni ce printemps continuel dont on nous.
afnuse en Europe. La nature n'y est rien moins
que riante ; vous ne la voyez jamais rajeunie, elle.
est toujours la même. Ou que vous jettiez les
yeux, un verd trisse & sombre les afflige & vous
donne toujours la même sensation. Partout les
bords de la mer sont hérissés de rochers battus par
les vagùes. Partout les terres sont entrecoupées
de Montagnes dont les sommets plus ou moins élevés sont couverts le plus suu vent de nuages épais:
qui semblent en tout temps n'annoncer que des
orages. Quelques habitations s'y découvrent au
loin sans satisfaire l'œil de l'étranger qui ie perd
& s'égare, sans rencontrer un objet qui le dédomage & s'offre à le fixer. Des troupeaux paissent?
îà & là dans des Cavannes arides, d'ou s'élèvent: --- Page 16 ---
tt MER C Û R'E E quelques arbres la plupart rongés du coté de
dont les vents continuels bi ulent & dessechent leurs
branches qui ne peuvent s'étendre qu'à l'opposede la brife qui les dirige. Leurs feuilles sont tou"
jours du verd le plus monotone. Jamais on n 'y
distingue l'aurore ou leur bouton naissant va brifcr
son envelope légère. Jamai on ne les apperçoit
successivement croitre, se développer, jaunir & tomber. Chaque jour on se couche bien sur que le
lendemain fera le même que céluy qu'on vient
de palier. C'eit n'éprouver jamais aucune varictc^
& cette variété n'eit'elle pas la source de tous nog
plaisirs ? Quelques Côtes que vous rangiez ; quelquec
Isles que vous abordiez, c'est en général. le même
point de vuê. Il ne varie qu'aux pieds de quelques
coteaux plantés de Caffé, de Manioc, de Cottun,
de Cannes à Sucre, ou à la perfpé&ive de quelques
plaines entièrement cultivées, telles qu'on en découvre dans les grandes Isles & sur tout à St.
Domingue. Arrivé au port, le premier coup-d'œil s'arrête
sur cette populace de nègres qui vous entourrent.
D'après le Poignard que Raynal leur met entre les
mains pour les arracher & les soustraire à l'horreur prétenduë de leur servitude, je m'Imaginais
n'entendre que des coups de fouet, que le bruit dû
leurs chaines, que les cris de leur douleur èc de
leur désespoir : je n'ai vu au contraire, mon ami,
que des êtres la plupart plus heureux que nos
domestiques d'Europe; je n'ai vu que des csclaves
qui ont les défauts de nos serviteurs campagnarde
qui aiment à s'ennivrer, à danier, à se donner le
. eaoins de peine qu'ils peuvent dans le travail qu'on
re que des coups de fouet, que le bruit dû
leurs chaines, que les cris de leur douleur èc de
leur désespoir : je n'ai vu au contraire, mon ami,
que des êtres la plupart plus heureux que nos
domestiques d'Europe; je n'ai vu que des csclaves
qui ont les défauts de nos serviteurs campagnarde
qui aiment à s'ennivrer, à danier, à se donner le
. eaoins de peine qu'ils peuvent dans le travail qu'on --- Page 17 ---
DES ANTILLES. ~11 éxige dfeux, ce qui me parait fort naturel; qui sont
sévèrement punis de leur négligence, & ne pensent
pas à se venger de la main qui les à frappé ; qui
d'ailleur sont à l'abry de toute inquiétude, pour qui
je lever du soleil est toujours le même ; qui dorment sans crainte des sergents & boivent sans payer
pi rente ni capitation. Leur nourriture est toujours aussi bonne que
celle des paisans de nos montagnes qui se nourrit
sent une partie de l'année de pommes de terre &
de pain d'avoine. Pour quelques maîtres barbares
qui les font tailler à la moindre faute au gré de
leur cruauté, le plus grand nombre a pour eux
toute l'indulgence possible. Croiriez vous même
qu'il en éxiste qui ne rougissent point de favoriser
leurs sottises ; qui osent faire traîner en prison des
malheureux blancs sur la plainte & seule dépofitioU
d'un negre qui aurait mérité de leur part quelques
légers coups de canne & qui a le privilège d'être
insolent parcequ'il appartient à quelque chef de la
Colonie. On'se repentira de cet abus & de cette
înjustice quand il ne sera plus temps d'y remedier.
Mais le Français est toujours extrême. Aujourd'huy il excuse & pardonne tout ; demain il fer a
déchirer à la moindre faute celuy qu'il traitoit hier
avec la plus indigne familiarité. ' Cependant il éxiste des. habitations ou les negres
sont traites, & comme des hommes, & comme des
esclaves. La prèmiere que j'allai visiter à l'Isle
Martinique fut celle de Mr. le Marquis Dalessau,
l'habitant le plus honqré à tous égard de la colonie, le plus distingué sans doute & le plus digne
de l'être. Son attelier est d'environ 450 negres^
Etonné d'entendre cette troupe d'esclaves
Cependant il éxiste des. habitations ou les negres
sont traites, & comme des hommes, & comme des
esclaves. La prèmiere que j'allai visiter à l'Isle
Martinique fut celle de Mr. le Marquis Dalessau,
l'habitant le plus honqré à tous égard de la colonie, le plus distingué sans doute & le plus digne
de l'être. Son attelier est d'environ 450 negres^
Etonné d'entendre cette troupe d'esclaves --- Page 18 ---
e'it . MER. C U R F: houë à la main égayer leur penibles travaux &
faire retentir les échos voisins de leur chants, j'en
témoignay ma surprise à cet habitant. *' Pourquoi voudriez vous, me dit'il, que ces gens
" là ne sussent pas heureux ? j'addoucis leur sort
le plus qu'il m'est possible. Je n'exige rien au
*' dessus de leurs forces que je fai employer le plus
<c utilement possible. Je serais faché qu'aucun d'eux
ne me regardât comme son pere, & un pere ne
" maltraite pas ses enfans. Quand ils sont ma-
" lades, je les fais soigner éxactement. Les ne-
" gresses enceintes sont occupées aux travaux les
" moins rudes ; leurs enfans élevés & nourris avec
" un soin particulier. Je n'éxige des vieillards que
<c le peu de force qui rçste à des bras qu'ils ont uié
<1 à mon service. Aucun châtiment sevère ne leur
c est infligé, sans que je n'aye prononcé sur la
" justice de la peine qu'ils auraient mérité. Cette
" attention les met à l'abri des caprices d'un Eco-
" nome qui s'accoutumerait volontiers à les traU
" ter avec la derniere inhumanité, & des bizarre-
" ries d'un commandeur qui pour l'ordinaire ne le
" cède en cruauté qu'à ces blancs les plus vils
d'Europe qui viennent ici pour être leurs bour,
reaux. Satisfait de ce que je venais d'entendre, je demanday à Mr. Dalesseau si le traitement qu'il faifait à ces negres était celuy qu'ils éprouvaient en
général dans nos colonies ? j'appris alors, ce que
j'.1i vérifié depuis dans les differentes isles que j'ai
parcouru, qu"à quelque différence près, tous les
negres étaient traités, si ce n'était pas avec la même
douceur, du moins avec humanité ; que dans la
Colonie de St. Domingue, ils n'y sont pas aujourd'huy plus maltraités qu'ailleurs, à l'except-ion toute
'il faifait à ces negres était celuy qu'ils éprouvaient en
général dans nos colonies ? j'appris alors, ce que
j'.1i vérifié depuis dans les differentes isles que j'ai
parcouru, qu"à quelque différence près, tous les
negres étaient traités, si ce n'était pas avec la même
douceur, du moins avec humanité ; que dans la
Colonie de St. Domingue, ils n'y sont pas aujourd'huy plus maltraités qu'ailleurs, à l'except-ion toute --- Page 19 ---
DES ANTILLES. 13 fois de quelques habitations ou des Gerants avides
les surchargent jour & nuit de travaux auxquels
ces malheureux ne manquent pas. bientôt de succomber, ou de se fouslraire par la fuite. Je me
. fuis apperçu, que chaque habitant a compris qu'il
est intcrelie à en prendre soin, & que cet intérêt
éxige qu'il ménage les bras dont la force & le
nombre constituent sa fortune, ses richesses & son
opulence. Cependant à lahonte du Gouvernement
& de l'humanité il éxiste encore dans nos colonies
des maîtres barbares qui n'alignent aucun jardin
à leurs negres, ne leur distribuent aucune cspèce
de vivres & ne leur cedent pour nourriture que ce
qu'ils peuvent voler dans les habitations voisines.
j'ai eu beau demander comment faisaient ces efclaces pour subsiiler ? O11 m'a répondu — ils s'arrangent. Mais comment s'arrangent-ils ?
ce sont leurs affaires. Les maîtres qui exercent
ces cruautés font pour l'ordinaire des sçelerats réfugiés ou des gens nés dnns la fange des villes
d'Europe, qui mériteraient d'être mis à la place
des viétimcs de leur inhumanité, d'être enchaînés
au même poteau, d'être fouettes au même piquet
& d'endurer dans la même case, la faim, la sois,
tous les maux dont ces deux extremités sont la -
source. Ce n'est pas, mon ami, que cette rsce d'êtres
noirs merite beaucoup d'indulgence de nôtre part.
Les negres transplantés de leur patrie en Amerique, font une afièz mauvaise & assëz dangereuse
acquisition ; & si les negres créoles élevés dans les
habitations, civilisés, & éduçés ne leur donnaient
l'exemple d'une espèce de conduite & de vertu,
ce seraient des animaux plus. féroces peut-être
'lue les tigres avec lesquels ils habitent dans leur --- Page 20 ---
it DES ANTILLES, pays. Paresseux à l'excès, audacieux à l'extrême
4'une vanité dont rien n'approche, capables ds
jous les crimes, si la hardiesse repondait a leur méçhanceté : à quels excès ne se porteraient-ils pas,
s'ils n'étaient retenus par la crainte & forcés par
l'appareil des chatimens à licfpetter ceux auxquels
Jes a soumis le droit du plus lort qui depuis que le
monde éxiste, d.ans Athenes, dans Rome, dans
Cartage a triomphé & triomphera toujÓurs de ce,
v|uy dç la nature.
les crimes, si la hardiesse repondait a leur méçhanceté : à quels excès ne se porteraient-ils pas,
s'ils n'étaient retenus par la crainte & forcés par
l'appareil des chatimens à licfpetter ceux auxquels
Jes a soumis le droit du plus lort qui depuis que le
monde éxiste, d.ans Athenes, dans Rome, dans
Cartage a triomphé & triomphera toujÓurs de ce,
v|uy dç la nature. Si vous en exceptez les hauteurs. & quelques
freureuses positions, je climat des Antilles est en
général mal sain ; cependant avec quelque ménagement, la transpiration habituelle qu'on y
éprouve fait qu'on s'y porte aussi bien qu'en Europe.
Les fievres y régnent plus ou moins en certains
tems de l'année, mais il en est peu qui ne cèdent
à une diètte éxacte & à de bons rafraichissements.
D'ailleurs j'ai vu peu d'étrangers atteints de ces
maladies dangeieulès, de ces épreuves terribles
dont on s3.it peur en Europe à ceux qui se décident
à passer au nouveau monde. Je crois qu'elles
n'éxistent que dans l'imagination des Auteurs
qui les annoçent. Qu'on foit fage ; qu'on ne fasse
d'excès dans aucun genre ; qu'on prenne l'habitude des Anglais, celle de ne travailler que depuis
huit heures du matin jusqu' à deux heures après
midi ; qu'on donne le reste du jour à des plaisirs
modérés, à la soejeté, à quelques éxercices, à
quelque dissipation & l'on sera éxempt en Amérique
des plus légères incommodités. Vous me demanderez, mon ami, d'ou vient
donc que tant d'Européens y trouvent leur tom-,
? ç'cst que loin de se eonfçrmer aux moyens
i --- Page 21 ---
MER é Ü R E ff qûe je viens d'indiquer, ils se livrent sans modération à tous les plaiïirs que l'habitude rend moins
nuisibles aux habitants nès sous te climat ; c'est
que les étrangers qtii arrivent aux Antilles, entrainés par les fêtes qu'ils y Reçoivent, par cette
hberté qui y regne, coniacrent souvent les premiers mois de leur arrivée entre le jeu, la table,
les veille?, une débauché qui ne fait qu'augmenter
cette première éffervescence du iang dont les Eûfopéens sages & modérés sont rarement les victimes. D'ailleurs le climat de chacune de ces Isles
n'est pas le même ; il en est de plus ou moins saItitaire. La plus saine que j'ai parcouru est St.
Christophe. Il n'est pas rare d'y rencontrer des
hommes blancs ou noirs agés de cent ans. On a
même remarqué qti'il suffisait à un nègre d'y être
ïié pour vivre long-temps dans toute autre colonie.. Tabago & Ste; Lucie sont encore très dangeréux. Tous les Ménagemens du monde n' y éxèmptent pas des maladies qui y régnent sans interruption; On m'a parlé d'un Intendant de la
Martinique qui avant cette guerre envoyait à Ste'
Lucie pour s'en débarrasser tour les Européens
qui lui étaint addresséS; Sur dix à douze procureur ou huissîers, ou commis qu'il y avait nomfné dans l'espace de deux ans, pas Un n'en était
revenu. T ahago depuis que nous l'avons pris a
été le cimetière de la moitié des Officiers & Soldats qu'on y a envoyé en détachement. C'est à
peu prèc le produit le plus net que nous a valu
cette conquête.
ie pour s'en débarrasser tour les Européens
qui lui étaint addresséS; Sur dix à douze procureur ou huissîers, ou commis qu'il y avait nomfné dans l'espace de deux ans, pas Un n'en était
revenu. T ahago depuis que nous l'avons pris a
été le cimetière de la moitié des Officiers & Soldats qu'on y a envoyé en détachement. C'est à
peu prèc le produit le plus net que nous a valu
cette conquête. Le cara&ére du Créole est aiez generalement > --- Page 22 ---
ts DES ANTILLES. bon. C'est dommage qu'il ne soit pas à même de
le polir par l'éducation. Il est franc, gcnercux,
brave, témé-raire. 11 ne sait pas couvrir tes véritables sentimens du masque de la bienséance. Si
vous lui déplaisez, vous n aurez pas de peine a
vous en apperçevoir. Il ouvre aisément sa bourse
à ceux qu'il. croit ses amis. Peu instruit de ce
qu'on nomme les affaires, il se laide Couvent tromper. Le point d'honneur est rcspedté chez luy
plus que partout ailleurs. Toujours susceptible à
l'excès, il se laisse facilement prévenir. Ennemi,
il ne pardonne jamais. Son génie est indolent
parce qu'il ne s'habitue à aucune espèce d'étude.
On ne le croit pas propre à celles qui sont sérieuses
paree qu'on ne sait pas de bonne heure lui donner
aucune émulation. Le Créole est amant inquiet. Cinq à six années de mariage lui suffisent pour devenir mari
capricieux, jaloux & bientôt époux infidelle. C'est
entre' les bras de ses esclaves qu'il va chercher
une volupté bien empoifonée de remords, puisqu'il l'achete Couvent au prix oe sa santé, quelque
fois au prix de sa fortune, toujours au prix de 1.
honte k de l'inconduite, Personne au monde dans la societé n'est plus
aimable qu'un Créole éduçé mais rien de si
original, de si vain, de si éhonté qu 'un Créole qui
n'a reçu, ni ne s'ést donné aucune espece d'éduc ition. Rien de si risible que de le voir galopper
dans la plaine, ou descendre de la Montagne une
pipe à la bouche, en grands caleçons. Parcequ'il
u douze pieds de maïs, six pieds de caffé & un
négrillon qui fuit son cheval, il se croit tiré de la
Cuisse de Jupiter. --- Page 23 ---
DES A U T ILLK8. tf c Quoique l'enfance soit l'âge qui demande de la.
part des parents le plus de prudence & le plus de
loin : ici l'on abandonne les enfans aux mains des
Esclaves dont ils prennent insensiblement legôut &
les mœurs. A dix ans, quelque précepteur ignorant leur apprent à mal lire, à plus mal écrire encore,
& finit par faire semblant de leur enseigner les
quatre regles de l'Arithmétique. Alors léleve eÍt
franc du collier, Il peut prendre ses ébats. Son
éducation est compictte.
des parents le plus de prudence & le plus de
loin : ici l'on abandonne les enfans aux mains des
Esclaves dont ils prennent insensiblement legôut &
les mœurs. A dix ans, quelque précepteur ignorant leur apprent à mal lire, à plus mal écrire encore,
& finit par faire semblant de leur enseigner les
quatre regles de l'Arithmétique. Alors léleve eÍt
franc du collier, Il peut prendre ses ébats. Son
éducation est compictte. Cependant le Créole a une addresse peu commune
pour tous les Arts méchaniques & d'agrément.
Il ne luy manque que de s'eloigner de bonne heure
non pas de sa patrie, car l'éducation qu'on lui
donne en Europe est pour lui la plus mauvaise
possible, mais de s'eloigner seulement de quelques
milles de sa famille û. d'y cultiver les dispositicns. Je ne puis concevoir, mon ami, qu'il ne soit pas
venu a, l'idée des habitants des Antilles de choisit
une Isle, une poution saine & avantageuse pour y
établir un collége ou leurs enfans sous de bons
maîtres qu'ils auraient fait venir d'Europe & dont
ils récompenseraient généreusement le zéle & les
soins, recevraient la meilleure éducation dans tous
les genres : il leur en couterait beaucoup moins
que ce qu'ils dépensent pour eux en France, en
Angleterre, ou en Espagne ôc guères plus que ce
qu'ils donnent ici à des espèces d'ignorantins sans
mœurs comme sans connaissances. Chaque élève entrerait dans cette école des colonies a l'âge de sept ans. Il y serait d'abord éxercé
à parler comme à lire & a écrire trois langues différentes : le Français, l'Anglais: l'Espagnol. Pour --- Page 24 ---
TS M -Ë K C ti R E le divertir des premières leçons qu'on lui donnerait
d'hîstoire & de Géographie, on l'attacherait à quel-.
ques leçons de musique, à quelque instrument qui
le dslaflèrait de ses premières applications. A
dix ans on ajouterait l'exercice du Cheval, celuy
des Armes & celuy de la Danse. A quatorze, quelques élémens de Mathématique Se de Dessein ;
quelque leçons de littèrature &. de poësie ; un
tours de philosofie morale qui lui apprendrait
çequ'il doit à la Religion, à l'Etat, à la Société, à
lui même achèverait ion éducation. Parvenu à sa
dix-septieme année, i'I retournerait auprès de ses
parents faire les délices & le bonheur de sa famillî
après avoir concouru aux différents prix proposés
tous les ans à ceux qui auraient fini leur cours
d'exercices & donneraient des preuves de la perfection de leur connaissançes & de- leur talents. C'est en peu de ne mots le précis d'un plan
d'éducation, tres étendu qu'un' habitant de St.
Domingue m'a communiqué. Je l'ai trouvé si
analogue à l'esprit des créoles, aux moeurs, aux
usages, au climat des Colonies, si susceptible de
donner de l'encouragement & de l'émulation, que
je vous en ferai part à la premiere occasion dont je
pourrai profiter. Le sexe dans l'ês Antilles n'a pas à se plaindra
de la nature. En général les françaises n'y sont
pas belles, mais toutes sont payables. L'Embeguiuement d'une coiffe en éventail qu'elles portent
dans les Isles du Vent, parscmée devant comme
derrière d'un ruban en sautoir, leur va si mal
qu'elles seraient toutes jolies si elles sçavaientf
s'embellir comme à St. Domingue d'un orneme-nt
qui- fût plus à leur profit. Elles ont en général
à se plaindra
de la nature. En général les françaises n'y sont
pas belles, mais toutes sont payables. L'Embeguiuement d'une coiffe en éventail qu'elles portent
dans les Isles du Vent, parscmée devant comme
derrière d'un ruban en sautoir, leur va si mal
qu'elles seraient toutes jolies si elles sçavaientf
s'embellir comme à St. Domingue d'un orneme-nt
qui- fût plus à leur profit. Elles ont en général --- Page 25 ---
D si S ANTILLES. sç une taille avantageuse & les plus beaux yeux du
inonde. La chaleur excessive du climat empêche les
roses d'éclore sur leur visages 5 Mais ce teint de
lis, cette Blancheur animée, n'en inspire que plus
q 'interêt. C est dommage que cette chaleur flétrisse avant le temps d'autres attraits plus prétieux.
Ici une demoiselle est nubile à l'age de douze ans.
A quinze ans c'est l'épouse la plus aimable, l'amie
la plus fidelle & la plus fgite pour êtr.e cherie. A
vingt cinq, elle dévient jalouse, méfiante, inquiètte.
On dirait qu'elle a assez vécu pour te bonheur &'
pour le plaisir. On serait tenté de croire qu'il
n est plus pour elle de jouissance que celle qu'elle
goute dans une vie absolument oisive & dans'
l'amour excessif qu'elle porte à ses enfans. Aussi
cf age souvent l'époque des separatiQns &
d'un remue-ménage qui se fait sans bruit comme sans
beaucoup de formalités. Autrefois les demoiselles
créoles prenaient facilement de l'amitié pour les
Européens qui leur faisaient Ja cour. Elles ont si
souvent éprouvé que ces Européens n'en voulaient
qu â leur fortune; elles se [Qnt trouvées si souvent
trompées, qu elles ne les apprécient guère aujourdhuî que ce qu'ils peuvent valoir. Cependant un jeune Chevalier à plumet, à habit de gout,
à double répétition, qui danse bien, qui s'annonce
par de cadeaux, qu'elles ne savent pas refuser,
réussît encore auprès d'elles. Les Anglaises sont plus sages ou paraissent l'être
davantage parcequ'elles ne reçoivent dans leur
societé que des personnes absolument connues, &
qu'une fierté qui leur est ici plus naturelle qu'a
Londres dévient le triomphe de leur vertu. St.
Christophe, Aritigues, la Barbade, la Jamaïque ne
m'ont offert en général qu'un société- de femmea --- Page 26 ---
MERCURE estimableS qui s'occupent dans les colonies à tout
ce qui les occupe en Angleterre. Mêmes usages ;
mêmes contumes ; mêmes courses en voiture ;
même sagesse mêmes plaisirs. * Elles sont moins
jolies que les françaises ; leur taille serrée k étranglée les met dans une gêne bien contraire à l'aisance que demanderait la chakur du climat. Elles
font aussi peu de visites qu'elles en reçoivent &
n'en sont pas moins à leur toilette les trois quarts
de la journée. Cependant on assure qu'il s'en
faut bien que les Anglaises soient insensibles.
Pour l'honneur de nous autres Français je serais
tenté de m'inscrire en faux contre les preuves
qu'on en donne ; car soit prèjugè soit différence
de cara&ère, de langage, ou de façon de penser,
c'est rarement du tendre qu'elles éprouvent pour
nous au nouveau monde.
en reçoivent &
n'en sont pas moins à leur toilette les trois quarts
de la journée. Cependant on assure qu'il s'en
faut bien que les Anglaises soient insensibles.
Pour l'honneur de nous autres Français je serais
tenté de m'inscrire en faux contre les preuves
qu'on en donne ; car soit prèjugè soit différence
de cara&ère, de langage, ou de façon de penser,
c'est rarement du tendre qu'elles éprouvent pour
nous au nouveau monde. Mon ami! Combien les crèoles Espagnoles
nous vengent' de l'indifférence des Anglaises. Du
moins leur mœurs & leur vertu sont elles ici analogues au climat. Un étranger une fois presente
est admis familièrement dans toutes les societes.
Avec un peu de prudence -& de discretion, il n elt
pas de jour qu'il ne puisse compter par autant
d'excellentes aventures. En véritè la Havanne
cst un paradis toutes les femmes jolies, toutes
adorables, toutes folles des Français. Ce n'est
pas qu'on n'v rencontre comme a Cadix & a
Madrid des Verroux aux portes & des barreaux aux
fenêtres ; mais en Amérique à quoi tiennent & ces
verroux & ces barreaux ? à vous parler vrai, elles
perdent du coté de l'esprit & de l'éducation ce
qu'elles gagnent en beauté & en coquetterie ;
aussi un étranger à t'il à se féliciter de ne pas parler
l'Espagnol. Il, en est quitte pour jouer la panto- --- Page 27 ---
DES ANTILLES, et mime, &: ce jeu sans doute inventé par l'amour
mène bien vite au dénouement quand on veut
s entendre. C'est-a dire, mon ami, qu'à peti
de chose près, c'est ici comme en Europe : que les
Françaises y sont vives, spirituelles, aimables ; les
Anglaises sages, fiéres & philofofes ; les Espagnoles
jolies, galantes & volages. Ici l'on ne se doute guère de ce que c'est qu'une
religion, du moins jouit'on à cet égard de toute
la liberté possible. Catholique, Luthérienne, Anglicane, Calviniste ; chacun adopte celle que bon
lui semble, ou n'en suit stridement aucune, &
c est le plus grand nqmbre. La tolérance y est la
premiere des vertus & toutes les religions y parai sent aussi lîbres qu'indifferentes, si vous en exceptez celle des Juifs ; encore quand ils font
opulents leur pardonne-t'on d'observer le jour du
Sabbat en faveur de leur richesses & de leur dépenses. Je remarqueray qu'ils possèdent le quinzieme
du numéraire qui circule dans les coffres des négotiants des Antilles. Ils feraient donc respeétés s'ils
cherchaient a l'être ; ils seraient donc puissants &
ne se laisseraient pas rançonner aussi impurerrent
que l 'ont fait à St. Domingue des Genréaux qui
après avoir follement dépenié la caisse du Roy, le
jouaient de la fortune de ceux qu'ils savaient attirer
par des promesses, ou intimider par des menaces. Les juifs ne peuvent séjourner dans les Isles
Espagnoles que sous le manteau, & s'y établir que
fous le masque d'une espèce d'abjuration. Ce
n'est pas qu'il éxiste ombre de religion, ni à
Cube, ni à Porto-rico ; mais on y éxige encore --- Page 28 ---
££ M E R c U R 2 lies formules de bule & des billets de confession, & les
ploines n'y cherchent que des dépouilles dont il#
puissent s'enrichir au gré de leur libertinage & de
leurs débauches.
, & s'y établir que
fous le masque d'une espèce d'abjuration. Ce
n'est pas qu'il éxiste ombre de religion, ni à
Cube, ni à Porto-rico ; mais on y éxige encore --- Page 28 ---
££ M E R c U R 2 lies formules de bule & des billets de confession, & les
ploines n'y cherchent que des dépouilles dont il#
puissent s'enrichir au gré de leur libertinage & de
leurs débauches. Le désaut de religion peut favoriser ici quelque
relâchement dans les mœurs ; mais celuy de lègiflation & par conséquent de jugement juste & équitable y entretient un désordre si révoltant, qu'il
rendra toujours l'état politique des Colonies le plus
triste fc le plus malheureux possible. J'ai vu à la Pointe-pitre- de l'Isle Guadeloupe
un de ces suppots de la chicane produire à un malheureux pere de famille à qui il venait de faire
perdre le procès, un compte de quinze mille livres
pour quatte instances & cent cinquante Rôles au
plus à quoi pouvait se calculer le doffien Je fus
consulté par cet habitant que le hasard m 'avait tait
connaître ; je lui conseillay daller porter sa plainte
au Sénechal> alors en fonction) de cette jurisdiction.
j'y joignis un mot décrit que m'arrachèrent res
tarmes & son désespoir les quinze mille
livres furent réduites à delÃx mille deux cent. Pour cafrer, annuler, oi4 rectifier les sentences
des ~Snéchaussées, nous avons dans nos Isles principales des cours souveraines dont les Conseilliers
fant choisis à la Martinique & à la Guadeloupe
parmi les habitais les plus distingués ; tandis qu'^
3t. Domingue ce sont des sujets assermentés dans
les differens Parlemens de France qui en exercent les fondions. Les premiers veulent le bien
y concourraient de tout leur pouvoir & rendraient
la justice s'il éxistait des loix ou plustôt un Code
Colonies qui eu diflinguàt, en accordât & ep
exât les principes. --- Page 29 ---
fr t S' A I.Z: f 1 L t r--' e. 3? te Conseil que j'ai trouvé le mieux compose èfî
telui de la Martinique, Les Conseilliers qui le
composent y réunisient toutes les qualités du coeur
& de l'esprit qui forment de bons citoyens & eti
font de bons Magistrats ; des lumières, des connaissançes, un jugement iain, une droiture dont ik
ne s'écarteraient jamais s'ils ne recevaient de
faussès imptessions par ceux qui y embrouillent les
affaires tant comme Procureurs que comme Avocats : Car je crois que c'est le seul Conseisuperieur dans les Colonies, ou ces deux états
fuient absolument confondus. Le Conseil de sa Guadeloupe n'a que quatre
bonnes têtes,- non comprise celle de Mr. le président. Ces bons Magistrats n'ont pas besoin d'êtrê'
nommés pour être connus, Quoiqne les Avocats
.y plaident exclusivement aux procuieurs^ ces Mefc
sieurs y assoment par des diseuffions sans fin, paf
des mémoires qu'ils étendent & multiplient a raison de la somme qu'ils veulent arracher de leui
partie & calculent leurs honoraires sur la longueur &
non sur l'utilité dçs écritures.
têtes,- non comprise celle de Mr. le président. Ces bons Magistrats n'ont pas besoin d'êtrê'
nommés pour être connus, Quoiqne les Avocats
.y plaident exclusivement aux procuieurs^ ces Mefc
sieurs y assoment par des diseuffions sans fin, paf
des mémoires qu'ils étendent & multiplient a raison de la somme qu'ils veulent arracher de leui
partie & calculent leurs honoraires sur la longueur &
non sur l'utilité dçs écritures. Cependant tout ceci n'est qne bagatelle én comparaison de ce qui se passe à St. Domingue. C'efë
là que tous les bas officiers de jufrice dont l'univers est affligé pourraient ajouter à leur experiance
& prendre de nouvelles leçons dans la sçience dè
ruiner les infortunés dont ils régissent les affaires.
On m'a cité un procureur qui avant cette guerre
y avait en deux ans ramassé dix sept à dix huit cent
nulle livres. Cet homme avait si bien couvert ses
malversations du masque d'usse intrigue honnête
soutenuë, avait sçu si adroitement compliquer un6*
partie. des Conseilliers dans ses affaires, que quand- --- Page 30 ---
à4 M Ë R C tJ R S il fut question de l'interroger au sujet d'une prévarication qu'il n'avait pu déguiser & qui découvrit
le pot aux refis, il parut prudent de ne pas éventer
la mine, de le renvoyer jouir do sa fortune eu
France & d'abandonner son jugement. Aussi les
differens sanctuaires de la justice de cette Colonies font-ils- dévenus autant de marchés, autant de
boutiques des ressource ou se fait un échange, un
agiotage de ruies réciproques. C'est à qui trompera le mieux: c'cfi à qui en sera le mieux paye. Un procureur répond à un habitant qui doit quatre vingt mille livres, qu'il ne payera de son vivant
ni intérêt ni capital s'il veut assurer dans san étude
iix mille livres par année. Le procureur du créancier en reçoit six mille autre au moins pour
poursuivre le débiteur, avec cette différence que ce
dernier promet de faire Calder, trompe plus directement sa partie & s'entend avec, son honnête
homme de confrère pour plumer chacun le plus de
Poules qu'ils .peuvent ainsi fournir à leur appétit
& à leur avidité. Ce qui a mis le comble aux abus, c'est le choix
qu'on fait en France des coiiseillieis qui composent
en partie les deux Cours souveraines de St. Domingue. Cependant rien n'était mieux vu dans
le principe que ce mélange de sujcts Créoles & de
sujets qui auraient eu éxercé dans quelques Parlement. Mais au lieu de ceux qu'on envoye,
c'éuient des juges prudents incapables de sclaisier ni
vromper ni séduire, d'une sagesse à l'epreuve de toute
t.fpece d'inconduite & de dissipation, qu'il fallait engager à venir donner au nouveau monde l'éxemple de leurs vertus & de l'intégrité de leurs jugemens,
Au lieu de 12000 livres que !tur fait la Colonie
de
sujets qui auraient eu éxercé dans quelques Parlement. Mais au lieu de ceux qu'on envoye,
c'éuient des juges prudents incapables de sclaisier ni
vromper ni séduire, d'une sagesse à l'epreuve de toute
t.fpece d'inconduite & de dissipation, qu'il fallait engager à venir donner au nouveau monde l'éxemple de leurs vertus & de l'intégrité de leurs jugemens,
Au lieu de 12000 livres que !tur fait la Colonie --- Page 31 ---
SES ANTILLES. tf D r, qui ne peuvent pas suffire pour vivre en Amérique
d an s cet état 'stingué, il fallait leur en assurer
18000 & faire de ces places d'honneur la récompense des bons Conseilliers ou Avocats d'Europe
qui auraient voulu accepter ce prix de leur traVaux & s'y seraient venu distinguer à tous égard
par leur mérite & leur connaissançes. Ce ri'est pas que j'ore prétendre avec un Auteur, trop critiqué peutêtre ? qu'il en êxijîe aujourdhuy au Cap ni au Port-au-Prince, comm'il
5 en esi vu autre foil dont le choix semblait être une
preuve de mépris de la métropole envers les colons ; mais
ce qui est cdnstaht, c'est que les conseilliers les
plus éclaires des Conseils de St. Domingue, les
plus dignes de leurs fonctions sont ceux dont la
Colonie est la patrie, que l'intérêt de leur gloire
comme de leur proprieté éngage nécessairement
à être de bons magistrats ; mais ce qui est conitant c'est que la justice est mieux renduë dans nos
Isles du vent, ou juCqu'içi cette place honorable
n'a été remplie que par des créoles sans ambition,
(ans taste, fins jalouiie, tous amis de la paix, de
la droiture & de l'honneur. Les Colonies Danoises, Anglaises & Espagnoles
sont à peu de chose près victimes des mêrnes abùs.
Pas line procédure qui y soit débrouillée ; pas une
affaire conséquente qui y sait éclaircie ; pas un
Arret enfin, pas une sentence qui y soit motivée. Et il est hien difficile que ces abus ne subsistent
pas, tant que ceux qui doivent rendre la justice,
comme ceux qui ont besoin de !a réclamer ne
palleront te tropique que pour faire une prompte
fortune & retourner jouir dans leur patrie des --- Page 32 ---
*5 MERCiURÉ tichesses qu'ils auront accumulées, n'importe paf
quels moyens ! fut ce même au prix de la honte &
du ddhoneur ! Ces abus & bien d'autres subsisteront tant qu'on
nous enverra pour Gouverneurs, & sous Gouverneurs, pour Commandants & fous Commandants
des militaires, qui n'auront cté accoutumé qu'à
commander à des foldatli, qui affecteront de citer
t>ar devant eux un négotiant, un habitant pour en
contrarier l'indépendance, en décider les affaires;
pour leur dicter des ordres à leur volonté & les
étoudir de fort s j de prisonsj de fers, de chaînes e
de cachots. Ces abus & tien d'autres subsisteront, tant que
sa place d'intendant y sera accordée à l'intrigue, à
la protection des petites maitresses, à la bonhomie,,
au défaut de connaissançes, au manque de tête, ...
de conduite, plustôt qu'aux lumières & a la vertu. Ces abus & bien d'autres subsisteront tant qu'on
commettra ici des injustices impunément; tant
qu'on aura à Paris comme à Londres, & Coppenhague comme à Madrid des protecteurs intéressés
à y pallier les fautes, presque les crimes Dé
ceux qu'ils placent au nouveau monde & qu'ils y
favorisent.
aitresses, à la bonhomie,,
au défaut de connaissançes, au manque de tête, ...
de conduite, plustôt qu'aux lumières & a la vertu. Ces abus & bien d'autres subsisteront tant qu'on
commettra ici des injustices impunément; tant
qu'on aura à Paris comme à Londres, & Coppenhague comme à Madrid des protecteurs intéressés
à y pallier les fautes, presque les crimes Dé
ceux qu'ils placent au nouveau monde & qu'ils y
favorisent. Ces abus subsisteront tant que les chefs qui administrent les Colonies feront des espèces de divinité sur lesqu'elles ils sera défendu de porter tes
Regards, dont il faudra flatter les faiblesses, en-
~censer les délais & respecter ks erreurs. --- Page 33 ---
DES ANTILLES. 2> Ces abus subsifleront tant qu'on ne voudra pas
fàppeller lesColonies à une administration éclairée,
à une économie sage qui serait pour elles l'aurore '
du bonheur & le principe de leur première prospérité. Ces abus subsisteront tant que les moyens les
ïnieux combinés, les projèts les plus solidement
çbnçps ne pourront pas servir de dîgue contre le
torrent de la violence 4 triompher des loix Arbitraires. * Ces abus subsisteront , . , 1 t . Mais c'est, moftami, crayonner trop légèrement & n'éfleurer que
des matieres sur les quelles nous serons obligés de
revenir en raison de l'influence qu'elles ont ilecessairement sur l'infortune ou le bouheur des habitants de cette partie du nouveau monde. Adieu., mon ami1 je vous embrasse bien tendrement. P. S. Votre derniere tettre amusera infiniment
les amateurs. Ce Dialogue entre deux Minijlres est
une pièce unique ; il vengerait la nation si les
fautes que nous avons commises étaient de nature
a pouvoir se reparer. Donnez moi, je vous prie des nouvelles promptes de ce traité de paix. 'Quand sera t'il donc
conclu & signé définitivement de toutes les Coulronnes de l'univers ? Ce 1er. 10bre. 1783. --- Page 34 ---
~ MERCURE PIECES F U G I T 1 V jî 1 ODE. LE RETOUR DE LA RAISON, 0 UI c'en est fait je te rappelle
Douce raison, fille des -Cieux.
Viens, de ta lumiere immortelle
Fais briller l'éclat à mes yeux ; ^ Romps les liens, brise la chaîne Dont triomphait cette inhumaine
Qui m'a fait mépriser ta voix : Je hais mon ançien esclavage,
Et pour jamais devenu sage
Je veux me ranger fous tes loix. Trop heureux qui te fut fidelle. '
Malgré le feu des jeunes ans !
Heureux quand ta voix nous rappelle
Après de longs égafçmens ! ♦ --- Page 35 ---
^ES ANTILLES. 29 La paix, cette aimable immortelle,
pst ta compagne éternelle
Qui nous couronne de ses dons ;
Mais infortunés que nous Tommes
Nons cesibns d'être vraiment hommes
pu moment que nous te perdons. Entraînés par les artifices De ce Dieu qui séduit les cœurs, .
Egarés dans des précipices
Dans des détours femés de fleyrs,
Nous suivons une douce pente,
D'abord il Rate notre attente.
35 ---
^ES ANTILLES. 29 La paix, cette aimable immortelle,
pst ta compagne éternelle
Qui nous couronne de ses dons ;
Mais infortunés que nous Tommes
Nons cesibns d'être vraiment hommes
pu moment que nous te perdons. Entraînés par les artifices De ce Dieu qui séduit les cœurs, .
Egarés dans des précipices
Dans des détours femés de fleyrs,
Nous suivons une douce pente,
D'abord il Rate notre attente. Par l'espoir d'un bien qui nous sujt ;
Veux-t-il décider notre hommage
Le plus sof vent il ne s'engage
Que pour l'objet qui nous trahit, Déjà cet objet moins timide
Jouissait de notre tourment
Lorsqu'il échappe à la perfide
Le nom chéri d'un autre allant.
On fuit ; le désespoir éclate :
Feignant de repousser l'ingrate
pn s'applaudit de sa douleur ;
Mais l'amour àttend sa vi&ime
31 la suit jusques dans l'abîme
Jvt l'abandonne à sa fureur,.. --- Page 36 ---
29 m E n C U R E Viens donc divinité puissante M'affranchîr de ces maux divers,
Toi seule, raison bienfaisante,
M'auras dégagé de mes fers.
Au fond de mon ame éperdue
Ta lumière enfin descendue
M'encourage à d'autres plaisirs :
Déjà jaloux de ma victoire
Laisse moi jouir de la. gloire
De te consacrer mes loisirs. Par M. S. B. A M AD A M E, jB. AS * * * ' D u, PORT-AU-PRINCE. T ESSAIM volagç. des Amours T'avait choisi dit'on, pour Reine de Cythère
Quand tu, reçues de leur mère
Et sa Ceinture & ses Atours. Enchaîne donc les cœurs à ton Empire :• Regne, regne par la beauté ; Cueille dans un riant délire
Les roses de la volupté ! . Qu'au tendre sou fie de zéphire, --- Page 37 ---
h Ë é Â N T I L L Ë 'é. jî Chaque bouton qu' Aurore humecte de fës larmes
Ne te coûte un leger soupir
Que pour le céder au plaisir^ Et s 'il se petit ajouter a tes charmes !
Laisse un Epoux chéri nous parler de ton cceUr Z
C'est savoir consacrer les instants de ta vie A la sagesse," à la folie ... C'est les consacrer au bonheur. Par Mr. L * * * * * * ALBION TRIOMPHANT O tir L'amiral Rodney Vainqueur de Id Flotte
Française. O For one spark of bright Miltonian fire !
To sweep with fûrious hand the ecstatic lyre : Ur of thy rage, thy spirit ail divine, 0 thou, nursed fondty by the harmonious nirie,
On Meles' flowery banks, some flender 1hare
be mine ! Then might I pâint the héro, paint his soul,
That zeal, that couragé' which dizains controul,
în vivid tints not destin'd sôon to die, finte :ict unworthy of thé theme 1 tty --- Page 38 ---
1% M E R c U. r ë Then might this humble haf p effuse a strar,
Towhich theiilustrious Hood his ear might deign,
Hood, in whose breast with equal force conspire
The patriot's firmness and the warrior's fixe.
Hail, mighty pair ! heroie Chiefs like you
Ev'n the bold Grecian pencil never drew. Sure, had you liv'd in tho(ë auspicious days,
When A sias's star diffused its dazzling rays ;
Th' intrepid Grecians, aad Dardanian pow'rs,
Mix'd in dire sight round llion's lofty tow'rs ;
Th' Olympian seats convuls'd with fierce alarms,
Pâris' blind flame, arid Helen's fatal charms ;
These humbler subjects had at once been scorn'd,
And Brîtain's wars Maeonian lays âdorri'd t
pair ! heroie Chiefs like you
Ev'n the bold Grecian pencil never drew. Sure, had you liv'd in tho(ë auspicious days,
When A sias's star diffused its dazzling rays ;
Th' intrepid Grecians, aad Dardanian pow'rs,
Mix'd in dire sight round llion's lofty tow'rs ;
Th' Olympian seats convuls'd with fierce alarms,
Pâris' blind flame, arid Helen's fatal charms ;
These humbler subjects had at once been scorn'd,
And Brîtain's wars Maeonian lays âdorri'd t And stern Pelides had remain'd unsung ; The bard for you his loud ton'd harp had
sirung, And with your prasse alone fair Meles' gr.oves
had rung; ENIGME. J E fus,. Leéteur, témoin de ta naiffancif
Et m'attends à te voir mourir, Pour toi théâtre de souffrance
Je le suas aussi de plaisir --- Page 39 ---
b se S ANTILLES. 1$1 E . • Ami bienfaisant, mais Rateur, -l u dois à mon humeur tranquille
Quelquefois un conseil utile, Pias souvent une douce erreur. Des peines qui troublent ta. .vie
Je luis un confident discret, Mas je fais plus, j'ai le secret
De hi;re que tu les oublie. Lorsque rien ne t'oblige à rester avec moi
Souvent à regret tu me quittes;
Mais tu te plains tu te dépites
Si je te retiens malgré toi. Que mon exemple te corrige, L'or ne m'a jamais ébloui, Et le pauvre qui me néglige
y oit le riche par mdî tpaité moins bien que Ii&
Tu crois à présent me connaître,
Mais crains cependant quelque erreur : Joins à mon nom celui de Justice ou' d'honneulEt tu vas changer tout mon êtrei Le mot au mois prochain. --- Page 40 ---
P.
34 m si £. à il É E L 0 G 0 G R 1 P H E i Les Logogriphes font en générai un jeu d'esprit trop
puérile pour mériter l'attention des vrais LittérateurS ;
cependant tous les genres peuvent-titre pousses à un point
de perfection qui faffe difiinguer certaines pieces. Telles sont les deux suivantes. L A nuit j'habite sur ta terré, Et le jour je remonte aux cieux j
J'éblouis les regards d'un éclat radieux,
Mais je n'ai qu'un matin pour plaire. Cinq lettres font mon nom : supprimez la premiére
Je suis un ançien fameux. Je déviendrai la fleur que l'on aime le mieux
En retranchant l'avant derniere, Otez-les toutes deux, j.'offre un mot précieux
Dont l'Amour même fait mystère, Et qu'à l'Amant qui lui sçait plaire
ï,'Amante ne dit que dés yeux. P$r une Dame. --- Page 41 ---
DES ANTILLES'. 35 AUTRE EN CHARADE. QUATRE membres font tout mon bien Mon qernier vaut mon tout, mon tout ieul ne
vaut rien, t E P I G R A M. Tranflated from the FRENCH. BRISK Janette agreed With soft Lubin to wed,
And shortly the nymph to the altar he led ;
Returning, and chatting, he seem' d indispos' d, He hung down his head, and his eye-lids were clos d:
V m asraid, my dear qanette, says he, F m to blame,
I've been guilty of somewhat / hardly dare nfmeHitherto 1 the matter with care have conceaVd, But sooner or' later it mujl bc reveal'd. Good Heavens ! says 'Janette, whst's the secret behind?
fou alarm me, pray speak-this was. very ynkind.
Oh ! says he, l'd à child ere my Janttte / knew !
Qne child ! ex daims Jhe ; Lord! Sir, I've h ad tivo /
d:
V m asraid, my dear qanette, says he, F m to blame,
I've been guilty of somewhat / hardly dare nfmeHitherto 1 the matter with care have conceaVd, But sooner or' later it mujl bc reveal'd. Good Heavens ! says 'Janette, whst's the secret behind?
fou alarm me, pray speak-this was. very ynkind.
Oh ! says he, l'd à child ere my Janttte / knew !
Qne child ! ex daims Jhe ; Lord! Sir, I've h ad tivo / --- Page 42 ---
S5 MERCURE LETTRES D'EMILIE,
o u L'Accord de. L' Amour et delà Raison. ' Par Madame de * * * Créole CES Feuilles qui viennent de m'etre communiquées, n'étaient point [orties du Porte-feuille de
Made. De elles les conservait toujours,
comme le dépôt le plus sacré & le plus cher
cœur. Le Public doit, lui savoir gie du ^riue
qu'elle en fait. Elles contiennent des Jcuro; Se
reponses presque toutes accompagnées d exc ellentes Notes pour servir à l'histoire eomplcttc de tes
malheurs & de son amour, comme au triomphe
du sentiment & de la raison. Bien des Colons y
reconnaîtront sans doute les acleur-s principaux :
celle dut jamais être une raison pour les biiicr
ensevelies dans l'oubli 5 elles n'en doivent inspirer
que plus d'empressement & d'intérêt. Emilie, agée de quinze ans, n'était jamais
sortie du lieu de.sa naissance ; ornée des mains de
la nature de tous les charmes de la beaure, elle
croissait sous les yeux d'un pere qui ~jouiffaire d'une
fortune considérable dans l'Isle de la G uadeloupe,
dont il étoit habitant, & n'occupait tes loisirs qu à
veiller à l'éducation de l'unique enfant qui îeltjit,
à sa tendresse $ç à. sa consolation. Cette famiolle; --- Page 43 ---
DES ANTILLES. 17 Vivait heureuse lorsque les Anglais, en 1759
s'emparcrent dt la Guadeloupe. Cette conquête
par des malheurs imprévus, entraîna en partie là
sortune ; de cet habitant, bientôt desespéré d'être
obligé Je vivre, avec les Auteurs de sa ruine & dé
ses malheurs, il partit pour Marseille, & laissa son
épouse & sa chere fille sur une petite habitation
qu'il avait formée dçs débris de les anciennes possessions. Contente l'une & l'autre du peu dont
elles joulTaient paisiblement ; s'entretenant quelquefois de leur infortune ; mêlant souvent leurs
larmes qui semblaient appeller, l'une ion époux,
l'autre un pere tendrement chéri,. & qui méritait
de l'être i c'était-la ce qui leur rëstait de bonheur
& de jouissance, lorique. le hasard amena dans leur
habitation un Etranger sous l'uniforme d'un officier Anglois. Desmorgues, c'était le nom d'G l'étranger, avait
reçu de son côté, soit de la nature, soit de l'éducation, tout ce qui peut inspirer l'intérêt le plus vif
& le plus décidé. Agé de vingt ans, d'une figure a.-
gréable, & doué de cette politeiTe.qui enchante, il
vit Emilie & ne pu.t se défendre de l'aimer. Ses
araires ne lui permettant pas de séjourner au-delà
des instâns que l'hospitalité accorde volontiers dans
les Colonies, il, continua sa route & laissa ces
Dames très-satisfaites du plaisir de l'avoir connu.
inspirer l'intérêt le plus vif
& le plus décidé. Agé de vingt ans, d'une figure a.-
gréable, & doué de cette politeiTe.qui enchante, il
vit Emilie & ne pu.t se défendre de l'aimer. Ses
araires ne lui permettant pas de séjourner au-delà
des instâns que l'hospitalité accorde volontiers dans
les Colonies, il, continua sa route & laissa ces
Dames très-satisfaites du plaisir de l'avoir connu. Quelques jours se passerent avant que l'Officier
fût de retour à la BafFe-Terre Guadeloupe ou, il
etoit en garnison ^ à peine y fut il arrivé qu'il nè
put se défendre d'écrire à la mere d'Emilie : c'est
la première des lettres du Journal. --- Page 44 ---
FI M E R P U R JS A la Bassé- Ter-i e 20 Avril 17 6c,
MAPAMEJ Vous êtes la mere de cette 'aimable personne,
*< chez laquelle j'eus l'honneur de m'arrêter, il y a
^ quelques jours. Comble de vos politesses & de
vptre honnêteté, oserais;je, du moins, vous en
tempig^er toute ma reconnoissance ; l'intérêt
f- qui m'y engage est si preilant, qu'il doit décide^
<• a jamais de m©n bonheur & de ma tranquillité.
fc je ne puis cacher à la mere d'Emilie le tendre
f4. sentiment qu'à dû m'inspirer, sans pouvoir m'en
« défendre, le bonheur de 'ç.onnaitre sa chere DeM moiselle, Quel que puisse être mon espoir Se
sa réponse, je ne chérirai la vie que pour lui en
^ consacrer tous les instans. Déjà il n'est plus.
en mon pouvoir d'arracher le trait dont je me
ferai gloire à jamais d'être mortellement bielle,
de détruire une impression si chère à mon fpuvenir, .plus cherp encore à mon cœur, d oublier
<< à jamais le tendre objet, sans doute, de votre
f- amitié, comme il l'est de mon amour. je n'eus pas pris, Madame, la liberté de vous
écrire,h j'avais pu obtenir de mes Chefs un congé
qui m'eût donne Íatacilité d'aller m 'expliquerau-
" prés de vous. Si j'allais avoir le malheur de vous
ù déplaire ! "• que vous ne me laissassiez en
^ partage que mon désespoir Se mes regrets ! ^ que deviendrais -je, Madame ? "Sachez que ma
raison, ue me fournit plus que des armes contre
t' moi-même, qu'elle ne m'en préparera jamais contre votre rigueur, encore moins contre les evenemens dont vous me laisseriez la victime. --- Page 45 ---
si É s ANTILLES. le jeune encore, & sans expérience, sans doute
« que mes sentimens se perdront auprès d'Emilie,
" dans la foule de ceux qui n'ont pu la connoître,
u sans partager & mes soupirs & mon amour;
*£ peut-être ne m'allez vous préter que de la legè-
" reté, de l'inconstance, un manque d'égard pouf
u la personne au monde la plus digne d'estime*
" de respeâ; & d'admiration...
É s ANTILLES. le jeune encore, & sans expérience, sans doute
« que mes sentimens se perdront auprès d'Emilie,
" dans la foule de ceux qui n'ont pu la connoître,
u sans partager & mes soupirs & mon amour;
*£ peut-être ne m'allez vous préter que de la legè-
" reté, de l'inconstance, un manque d'égard pouf
u la personne au monde la plus digne d'estime*
" de respeâ; & d'admiration... ( " Cependant, si j'en juge d'après le sentiment
" qui mè séduit, l'intérêt qui divine la France &
" l'Angleterre ne divisera pas nos cœurs. Je fuis
" Anglais, cela est vrai, je chéris ma N atioii ^
" j'en défendrai lar gloire & les triomphes au péri!
" de lies jours. ^ Vous êtes Française Madame,
<c Emilie tiendr©it-elle au préjugé de ne voir dans
M ion amant qu'un ennemi de votre patrie,, qu'uri
i, ennemi qui vient s'emparer de' sa sienne ? Mon
" cœur me dit que non k je puis me tromper.
" Si c'étoit une erreur, ne la détruisez pas ; il
" m'est si doux de m'en flatter qu'elle ferait duÙ moins mon bonheur & ma consolation" D E S M 0 R G' U E S. La mère d'Emilie qui n'avait rien de cach'é pour
sa chère enfant,ouvrit en sa présence la lettre qu'elle"
ignorait d'abord être du Chevalier, & la jugeant
sans conséquence, se fit un plaiiir de ia lui communiquer, traita cette avanture de badinage, ne répondit point à M. Desmorgues, & oublia d'autant
plus facilement cette espèce de déclaration qu'elle
'avait jiigée plutôt la fuite du caprice & de la légèreté, que. le fruit si précipité d'une, amitié sincere
& réfléchie. --- Page 46 ---
^ M E R C tj R Ë Cependant Emilie touchait a cet âge heureux
m l'aurore des passions n'annoncé que des jours
Yereins, n'épanouir que des roses, ne prédit que
'du bonheur ; dans un climat, sur tout, où le
n'est bien fend qu'au premier engagement
qui le décide, au l'amour est d'abord un beioin,
devient une habitude, & s'éteint bientôt dans la
contrariété du sentiment même qui levait fait naitre. Sous des auspices aussi flatteurs, Etaihe (oupiroit, k attendait avec cette impatience de la
crainte & de l'espoir, si le Chevalier enverrait une
féconde lettre. Elle était bien éloignée ce prévoir
ce ou'il devoit dans la fuite lui en coûter de larmes
& de douleur. Deux mois se purent sans que
M. Desm orgues o-ât se permettre une sec.onde tentative ; sans doute qu'il ne put s 'en de.enare,
puis'qu'il s'y décida. A cette seconde lettre qui
n'exprimait que l'amour le p us tendre et le plus
décidé la Mere d'Emilie ne jugea plus e le même
aussi légèrement les sentimens du Chevalier, elle
fit prendre la plume à sa sille & lui diCta cette rcr
ponse ; c'eit la troisieme lettre du journal.
o-ât se permettre une sec.onde tentative ; sans doute qu'il ne put s 'en de.enare,
puis'qu'il s'y décida. A cette seconde lettre qui
n'exprimait que l'amour le p us tendre et le plus
décidé la Mere d'Emilie ne jugea plus e le même
aussi légèrement les sentimens du Chevalier, elle
fit prendre la plume à sa sille & lui diCta cette rcr
ponse ; c'eit la troisieme lettre du journal. Grand Terre cc 4 Juillet \ 760. MONSIEUR, « J'AI reçu vos deux lettres ; je yous dois une
" réponse & des leçons ; vous voudrez bien les re- ,
■" cevoir de la mere d'Emilie, en aufl. bonne part
« qu'elle vous les donne. Vous voilà donc bien
" amoureux c'est pour toujours, c'en est fait que
«vous aimez ma fille D'abord, mon cher Che-
« valier, défiez vous de ce sentiment s vous ne
l'aimerez jamais autant que moi i conc luez . «e --- Page 47 ---
DES A N T l t t E S. 42 F - " là que je ne la sacrisierai jamais au caprice & à la
" légèretè. Vous êtes jeune encore,tout se peint en
,t beau d'après le charme qui Vous [èduit. Les jours
" vous Û upirez, les nuits, plus longues encore,
vous vous livrez au désespoir Je vous
" plains, ce sont des tourmens : mais enfin, je suis
u !a mere d'Emilie, elle n'aura pour époux que celui
" que je conseillerai à sa tendresse, & je ne lui don-
" nerai que celui qui pourra faire son bonheur. " Je n'ai que cet enfant, en ce moment qu'elle
" vous écrit je Li presse sur mon sein, je l'arrose
u de mes larmes, nous pleurons toutes deux, Se
" nous sommes heureuses Que manquraitu il à notre bonheur ? " Quelque puisse être votre espoir, vous ne chéric< rez; diteivous, la vie que pour lui en consacrer tous
H les inslans : Je veux bien en croire & vos soupirs
« & la bonté de votre ame, mais j'en crois aussi
ma tendresse & mon amitié. Nous n'avons eu
le plaisir de vous voir que quelques in stans.
« Sous ces dehors heureux que donne la jeunesse
(t & l'éducation, vous êtes le plus aimable des
" hommes, je vous rends cette justice ; mais ces
" dehors, combien de fois sont-ils trompeurs ?
" L'amour s'éteint en raison de la vivacité des feux
" qui l'avaient fait naître, & de la force du sentiment qui l'avait nourri ; la passion cesTe, & l'on
" se trouve dépourvu, non pas de ces principes
" d'honnêteté qui fondent le bon ordre de la soci44 été & la paix d'un ménage, mais de ce doux
44 épanchement de l'ame qui donne l'exi:stençe, &
4; qui constitue le bonheur.
'amour s'éteint en raison de la vivacité des feux
" qui l'avaient fait naître, & de la force du sentiment qui l'avait nourri ; la passion cesTe, & l'on
" se trouve dépourvu, non pas de ces principes
" d'honnêteté qui fondent le bon ordre de la soci44 été & la paix d'un ménage, mais de ce doux
44 épanchement de l'ame qui donne l'exi:stençe, &
4; qui constitue le bonheur. --- Page 48 ---
42 MERCURE h Emilie a perdu presque tous les biens qui
" pouvaient lui donner la perspective d'une fortune'
" immense, elle ne les regrette pas Vous.
" pouvez être riche, mais ce titre ne doit fonder
*' en rien vos espérances, & doit plutôt arrêter la
h-rdieffe de vos démarches que les encourager.
Ne comptez pas ce que vous pouvez possëder,
" ni ce qui peut rester a ma fille : si elle ne demande pas des nchesîes, j'exige, moi qui luis
" sa mere, des vertus, une conduite à l'épreuve
"■ de tout ce qui pourrait'diminuer son bonheur &
" vôtre, beaucoup plus de benne amitié que"
tant d'amour. A ces titres, de quelque nation
que vous soyez, pourquoi ne pourriez-vous pas
" espérer de devenir l'Epoux de mon amie, car
" c'est ainsi que je la nomme ? w Je suis Française, mafille est Créole ; ce ne se-
" roit point un obstacle à vos voeux : rendez vous
" digne des bienfaits de votre Patrie, servez l'Etat,
. " dont vous êtes le Citoyen,. & quoiqu'Anglais,
44 vous ne serez jamai-s notre ennemi. D'ailleurs,
11 le peu d'informations que le hasard m'a fourni
u à votre égard ne sorts qu'à votre avantage, &
" j.ustifient vos prétentions. Je vous dois cette
i confidence, puifqu 'à votre âge elle est le prix de-
" votre conduite & de vos sentimens,. elle est- bien.
H méritée. "Vous voye-z,. Mon sie ur, que je ne suis pas-
" une Maman bien rigide ni bien sévére, auffiv jalçuse de mon autorité que pour le
"bonheur de moil enfant. Je la crois sensible
"aux sentimens que vous lui témoignez : je serais-
" fâchée qu'elle ne le fût pas. D'ailleurs, potrrquoi vous ferais-je un crime de l'aimer ? Pour- --- Page 49 ---
DES A N T I L L i S: 43 quoi l'effaroucher elle même contre un sentis.
" ment nécessaire à ion existence, dont elle doit
éprouver tôt ou tard ce qu'il peut inspirer de
" plus séduisant & de mieux senti ? J'ai.me mieux
" l'y préparer moi même que tout autre, sans
" doute, qui ne lui en ferait connaitre les dou-
" ceurs que pour lui en cacher les dangers. J'ef»
" pere que ce sentiment ne sera jamais-dans ma
" fille qu'encouragé par la réflexion, & que d'après
" la confiance qu'elle place dans mon amitié, ce
ne sera du moins que la raison qui le décidera
dans san cœur.
duisant & de mieux senti ? J'ai.me mieux
" l'y préparer moi même que tout autre, sans
" doute, qui ne lui en ferait connaitre les dou-
" ceurs que pour lui en cacher les dangers. J'ef»
" pere que ce sentiment ne sera jamais-dans ma
" fille qu'encouragé par la réflexion, & que d'après
" la confiance qu'elle place dans mon amitié, ce
ne sera du moins que la raison qui le décidera
dans san cœur. " Je n'ignore pas que le Ciel m'a donné- mon
" Emilie charmante, & que je ne dois rien nég-
" liger pour ajouter à ce premier cadeau de la na-
" ture, tont ce que l'éducation peut offrir de plus
favorable à ses dispositions -, aussi donnerai s-je
" tout comme vous, avec bien plus de générosité
" peut-être, le peu de jours qu'il me reite à vivre, si j'étais bien sûre que ce sacrifice ajoutât à sa
" félicité. Voilà comme je l'aime, mon cher
" Chevalier-, voilà comme je vous aimerais si vous
*£ étiez soji Frere, & ce n'est que d'après les mê-
" mes principes que je vous donnerais les mêmes
" conseils, parce que je les croirais nécessaires à '
votre bonheur. " Je ne vous désends, Monsieur, ni de nous
*' écrire, ni de venir nous voir, ni l'un ni l'autre ne
•" sauraient être dangereux pour Emilie ; mais
" vous serez jugé d'après la prudence de vos démarches & la délicatesse de vos procédés. " Vous êtes éloigné de votre famille ; je me
croirais heureuse de pouvoir vous être utile, & v --- Page 50 ---
44. MER C U R K 1. de vous prouver gue les Françaises pensent aussi
« bien que les femmes de votre nation, & font
" toujours cas de cette noblesse defentiment & de
" façon de penser, de ce caractère de franchise &
" d'honêteté qui distingue en France comme en
" Angleterre, ceux en général qui servent l'Etat
■« & défendent la Patrie." De * * *. , Je puis donc devenir l'Epoux d'Emilie puisqu'elle sera le prix de l'honneur & de la vertu
Telle fut la premiere réflexion, le premier sentiment d'ivreïïe & de joie qui exprima la reconnoisiance de M. Desmorgues. La réponse qu'il venait de 'recevoir ne lui assurait pas son bonheur ;
mais elle encourageait ses espérances, loin de les
détruire : que pouvait-il attendre pour le moment
de plus favorable à. [es vœux? Doué de ce caractère qui saisit avec eniprcflèment les leçons de lagesse qui tendent à le perfectionner, le Chevalier
s'instruisit de toutes les reflexions de la mere
d'Emilie, & se pénétra de la façon de penser de
cette mere respecrable, pour ne s'occuper que du
soin d'y conformer la sienne. L'Anglais a cet avantage sur nous, qu'il peut
m»îtri ser plus à son gré cette vivacité si naturelle
aux Français, qui l^s entraîne sou vent au-delà
du sentiment, pour né les rapprocher que de la
dissïpation. Je croirais que le Français a d'abord
plus de jouissance parce qu'il n'en cherche que de
tous les genres & de tous les momens ; que l'AnglÓis en a de plus solides & de mieux senties, parce
qu'il fait les choisir & les apprécier ; que le Fran-.
çais à l'âge de trente ans a assez-vécu pour le plai-
l^s entraîne sou vent au-delà
du sentiment, pour né les rapprocher que de la
dissïpation. Je croirais que le Français a d'abord
plus de jouissance parce qu'il n'en cherche que de
tous les genres & de tous les momens ; que l'AnglÓis en a de plus solides & de mieux senties, parce
qu'il fait les choisir & les apprécier ; que le Fran-.
çais à l'âge de trente ans a assez-vécu pour le plai- --- Page 51 ---
DES ANTILLES. 4S sir,' s'il s'est trouvé assez favorisé de la fortune pour
suffire à tous ses caprices & à la multiplicité de ses
btsoins, & que l'Anglais a cette époque ne commence qu'à Ce trouver heureux. Que pensait alors Emilie, quels furent les mouvemens de Ion cœur en gravant sur ce papier tout ce
qu'une mere qni l'aimait si tendrement avoit diété
pour Ion bonheur ? Sans doute qu'elle partageait
le motif de ses, craintes & de ses alarmes, lorfqu'elle vit arriver M. Desmorgues. Desmorgues se présenta a la mere d'Emilie a vec
cette franchise,- cette honêteté qui est toujours
l'appanage de l'éducation, de l'innocence & de la
vertu. Sous ces auspices il fut accueilli : il méritait de l'être. Ce fut l'instant le plus heureux de
sa vie. Cependant nos deux Amans n'étaient
point si tranquilles qu'ils le paroissaient ; chacun
d'eux redoutait cette premiere explication qui devait décider du premier épanchement de leurs ames,
du premier trouble de leurs coeurs, du premier
noeud qui aurait dû former dans la iuite cette chaîne
d'amitié, de tendresse & de bonheur, si les destins
contraires, jaloux, tans doute, de nous voir heureux, ne semblaient presque toujours s'opposer à
notre félicité. La suite au mois prochain. Ce que nous venons de dire des mémoires de
Mde. De *** doit faire distinguer cet ouvrage de
la foule des Romans qui n'échauffent que l'imagination, & corrompeut le cœur sans iatisfaire le
sentiment. La lettre de cette bonne mere àl' Amant
4c sa fille, est un chef d'œuvre de morale & de dé- --- Page 52 ---
46 MERCUREîicatefle. Il faut n'avoir jamais perdu de vue ceux
à qui nous avons donné le jour, les avoir ou nourlis ou fait nourrir sous nos yeux, les avoir constamment élevés dans le sein de leur famille ; il faut
être Mere Créole ou habiter depuis long-temps les
colonies, paur âimer ainsi son enfant, & lui parler
audi naturellement, le langage du bons sens & de
la raison. OBSERVATION Relative aV Alembic dont on se Jert dans
les Guildive-ries des Colonies. QUELQUE importante que soit la distillation
des liqueurs pour eji tirer l'eau de vie, cette
opération eit encore très imparfaite, tant par rapport au choix de remplacement & à la conihuélion
des Vaiileaux qu'a 'la maniéré d'y procéder, sur
tout en Anurique ou ceux qui s'occupent de ce
travaii iuivent sans. réflexions des pratiques plu.5
eu moins sures qu'ils trouvent établies, lans chercher à s'instruire sur la théorie de la diitillation.
des liqueurs pour eji tirer l'eau de vie, cette
opération eit encore très imparfaite, tant par rapport au choix de remplacement & à la conihuélion
des Vaiileaux qu'a 'la maniéré d'y procéder, sur
tout en Anurique ou ceux qui s'occupent de ce
travaii iuivent sans. réflexions des pratiques plu.5
eu moins sures qu'ils trouvent établies, lans chercher à s'instruire sur la théorie de la diitillation. Quoique cette matière pour être bien traitée dût
l'être dans tous ies détails, nous nous bornerons pour le moment a examiner en peu de
mots qu'elle serait la perfection à donner aux
Alembies dont on se fert dans les brûleries, afin
d'obtenir dans moins de temps, avec moins de bois --- Page 53 ---
D'E S ANTILLES. 41 une plus grande quantité d'eau de vie & de meilleure 'qualité que celle qu'on obtient dans les guildiveries ordinaires ? Et si cet éssai procure aux Colons les avantages
que nous délirons leur fournir dans tout ce qui peut
intéresser leurs spéculations, nous publierons des
détails sur les expérience ou procédés .1 ui peuvent
aider leur lumieres & encourager leur émulation. Le défaut des Alembics dont on fait usage conrifle en ce qu'ils sont trop profonds en raison de
leur peu de largeur, en ee qu'ils n'orit pas une surface égalé ou du moins plus proporti on ée a leur baje,
Pour le prouver je mets en principe que l'évaporation n'a lieu que par les surfaces & que plus les fluides en
occupent,plus leur évaporotion est prompte : donc il réfuIte de la forme actuelle dès chaudières qu'il faut
un tems trop considerable pour que ces vapeurs
Soient entièrement élevées par couche successives de
la maire de la grape, & que par l'Étranglement qu'on
a adopté, sans trop savoir pourquoi, l'endroit qui de-;
vait être le pluslarge pour favoriser l'évaporation est
actuellement le plus ètrôit, ce qui est le' plus grand
de tou * les défaüts. Cette construction rapproche la
chaudiere plus ou moins d'un éolipyle &c lui en prête
les éffets -, c'êftàdire que les vapeurs qui s'élevent
de la surface de la liqueur ne peuvent enfiler le collet & le chapiteau qu'à l'aide d'un plus grand degré de chaleur, capable de produire assez de vapeurs pour vaincre là résistance qu'elles trouvent
dans cette partie étroite comme dans l'éolipyle.'
D'ailleurs la grappe dans la chaudiere aoiiiant trop
long-temps sur elle même pendant !a distillation
éprouve des décompositions sans nombre ; <5: de la
" éaction de ces difrerens principes les uns sur less --- Page 54 ---
4e MERCUR& autres, il résulte que les esprits ardents ont toujours un goût propre, caractérisé du nom de goût
de feu. II. est démontré que les espri ts ardens tirés
par des distillations promptes en sont exempts de
même que les premières parties qui s'élevent dans
la distillation. C'est d'après ce principe & l'impossibilitè dans
ce pays de faire construire un Alembic en Baignoire,
ou d'une toute -utre forme que celui dont on se sest,
qu'on devrait se borner pour le present à donner
la surface la plus grande poulie aux chaudieres
qu'on emploie, toutes proportions d ailleuis gardée s
ainsi qu'il convient ; il ne s'agirait pour y réussir
que d'y adapter un chapiteau qui eût la fo;me d'un
cône plus aplati & à ce chapiteau le nombre de serpentins qu'on voudrait proportionner à sa grandeur.
en Baignoire,
ou d'une toute -utre forme que celui dont on se sest,
qu'on devrait se borner pour le present à donner
la surface la plus grande poulie aux chaudieres
qu'on emploie, toutes proportions d ailleuis gardée s
ainsi qu'il convient ; il ne s'agirait pour y réussir
que d'y adapter un chapiteau qui eût la fo;me d'un
cône plus aplati & à ce chapiteau le nombre de serpentins qu'on voudrait proportionner à sa grandeur. Pour rie point laisser de doute que l'évaporation
n'a lieu que par les surfaces.. _ Prenez un pied cube
d'eau, remplirez en un vaissèau de deux ou trois
pieds de hauteur sur quatre à cinq pouces de diamètre f placez la même quantité d eau dans un vale
Je six pouces de profondeur sur deux pieds de largeur; disposez ensuite un fourneau quelconque,
de maniére que le feu & la flamme environne les
deux vaisseaux & que l'intensitè du feu en soit par- \
faitement égale pour l'un comme pour l'autre, le 1
premier resera quatre fois plus de temps que le ,
sécond pour compléter son évaporation ; parce que
le dernier présente beaucoup de surface à l'action
de l'air & que l'autre en presente tres peu -, parceque le dernier a en largeur ceque l'autre a en profondeur. /
j
.1 --- Page 55 ---
f
19 DES ANTILLES. 4» Q La théorie de la distillation en grand résulte
f utiè ement de' ce principe & il serait innutile de
'uréter à prouver par conséquent que les acceiroires en dépendent. J'observerai seulement qti'il fêtait éssentiel d'aider les lecteurs des différentes planches qui ac-'
compagnent pour l'ordinaire les mémoires en ce
genre ; nuis il est impossible dans ces Colonies de
pouvoir leur offrir ce secours. D'ailleurs on ne'
s'addresse qu'aux distillateurs en général. Je crois
qu'il leur sera facile de faire sur ks vaisseaux & initi umeris dont ils se servent l application du principe qu'on leur propose. Extrait des mémoires de Mr. dé Beaumé auvraget
couronnés par la societé libre d'émulation* ' ■' / , A Monseur
Monsieur DE BELLE COMBE Gouverneur
Général de L'fjle Et. Domingue.
MONSIEUR, JE vous dois, des remercîments. Vous avez eu' .
la bohté de permettre la distribution de mon
ouvrage-rdans St. Domingue ; cette preuve de---
votre empressement à concourir à tout ce qui peut
intéresser votre Colonie, merite la reconnaissance ..
de tout bon citoyen. Mais ce prélude de proteaion -
& d'encouragement que vous me donnez durerat-il --- Page 56 ---
5Ô M E R C U R E longtemps, s'accorderat-il avec le feiment que j'ai
fait de dire la vérité & d'en faire retentir les accentspar tous les échos d-e St. Domingue ? Combien là
tâche que je me suis prescrite me parait déjà trrlte
& dangereule ! Combien j'ai besoin de courage
pour sur mon ter les difficultés & triompher des
premieres obstacles ! J'esperais ne jettei un o up
d'œil, sur l'Admmistration des premiers Lia L,
que pour en louer les opérations; ne ti arrêter
un instant, sur l'examen de leur conduite, que
pour transmettre à la posteiité leur juillet, leur
aménité, leur lumières, que pour en compter U
les vertus .& les bienfaits Me ferais-je
abusé ? & si j'en arois les mémoires qui me sont
addressés, ne me.resterait-il qu'à dévenir la victime
-de mon erreur l
% *
'Admmistration des premiers Lia L,
que pour en louer les opérations; ne ti arrêter
un instant, sur l'examen de leur conduite, que
pour transmettre à la posteiité leur juillet, leur
aménité, leur lumières, que pour en compter U
les vertus .& les bienfaits Me ferais-je
abusé ? & si j'en arois les mémoires qui me sont
addressés, ne me.resterait-il qu'à dévenir la victime
-de mon erreur l
% * Ce n'est pas que. j'ignorâs qu'un G énétal pût
être trompé par ceux qui l'entourrent ; je (avais
que c'est l'appanage des premières places d'éprouver sa séduction de ceux' mêmes auxquels on est
forcé d'accorder jusqu'à la confiance dont ils
abusent. Je savais mieux encore tout ce que vous
aviez mérité de la nation à 3000 lieues de ces paraÉ es ; quel heureux triomphe y avait immortalisé
vos sucçès;.quelles preuves d'attachement vous aviez
reçu du Monarque qui vous y avait revêtu de son
authprité ; quelle marque flateuse sa Majesté vous
avait donné de sa reconnaissance, en vous confiant le bonheur & la sureté de sa première colonie T Avais-je tort sous d'airffi favorables auspices,
de prendre à l'égarddu public & vis-à-vis de moi
même I'éngagement que me didait l'espoir hcureux qui devait me servir de guide & d'encouragement? Deviis-je Prévoir que toute la Colonie
n'aurait qu'une voix pour se plainurc de les Admi- --- Page 57 ---
D E S A N T I L L E S. 51 juflriteurs ? devais-je prévoir qu'elle les accuserait
,de la.rendre vidime d'un despotisme, auquel il ne
lui elt plus possible d'opposer que la crainte eu le
mépris: deux sentimens qui forment deux classes
.de Colons, qui dans tous les tems appuyèrent leurs
droits & autoriserent. .leur conduite, les uns de l'excès de leurs besoins les autres de l'excès de leurs richejjcs
& de leur opulence? devais-je prévoir que toute la
Colonie n'aurait qu'une voix pour dire aux Chefs
qui la gouvernent? « jusqu'à quand semblerez
" vous ne réunir vos efforts, que pour vous oppo-
" ser à tout ce qui peut. assurer. mon, bonheur & ma
" prospérifé? qu'ai je dont fait? de quel crime
" suis-je coupable pour être toujours soumise à
a des verges de fer, victime de ï indifference ou des
" coups D'autorité? ne peut-on pas donner des
" ordres, distribuer des fayçurs, punir, récompen-
" ser, sans avoir toujours ... toujours en main une
" foudre dont on ménace d'écraser indistinctément
^ l'innoçent comme le coupable f ne peut-on pas
" être Gouverneur, ne peut-on pas être Intendant
'* avoir des Amis ? la bienfaisance, la douceur,
" les procédés honnêtes, généreux, magnanime?,
" tous les sentimens qui caractérisent le 'Français
" qui commande comme celuy.qui se faitune gloire
d obéir, sont ils donc devenus incompatibles
^ avec les places que vous occupés ? Vous venez de faire la guerre : he-bien j'ou-
" blie ce que le service militaire, ce que l'intérêt
" du moment éxigait alors de vôtre séverit" ! puis-
" que vous croyez que c'est avoir eu l'avantage
" sur vos ennemis que de les avoir forcé à fairc la.
*c paix, que je partage du moins ce triomphe! que
'' je jourisse de ce fruit de vos victoires ! que l'éten-
^ 4art de la rigueur levé par la nécessité soit dé-
: he-bien j'ou-
" blie ce que le service militaire, ce que l'intérêt
" du moment éxigait alors de vôtre séverit" ! puis-
" que vous croyez que c'est avoir eu l'avantage
" sur vos ennemis que de les avoir forcé à fairc la.
*c paix, que je partage du moins ce triomphe! que
'' je jourisse de ce fruit de vos victoires ! que l'éten-
^ 4art de la rigueur levé par la nécessité soit dé- --- Page 58 ---
{ gt MERCURE <s chiré parla clémence ; que san glaive tombe de#
"mains qui s'en sont armés pouf me défendre
" que chaque Colon ne prouve pins auprès de vous
" un accueil qui le. rebute ! que cette foule de
" petits traitans dont le sentiment est avili par le
besoin, ne fane plus sentinelle à votre porte, pour
" en défendre ou Corrompre l'entrée [ qu'on ne voye
" plus de citoyens: sortir de vos maisons la larme
" i l'œil, le désespoir dans. le.cœur,.;de s'être vu
traité dansa l'une, avec la dernière dureté, ,dans
" l'autre; avec la dernière, indifférence par ceux
" mêmes dont ils venaient implorer les bienfaits
& la justice ï., que tous les Colons qui aiment le
bien puissent se réùnir, pour la félicite commune !
que sur ce nouveau plan d'une amitié réciproque,
« l'Agriculture,l'Industrie, les Loix, lesAr[s prenA* nent enfin une nouvelle vigueur & se perfectiun-
« nent en raison de l'influence du bonheur & de la
liberté ! " ;Le brait se répand que vous allez nous qu't-
« ter. L'estime & l'amiti.c de votre Maître vous
tout acquises quand vous n'auriez rien sait, iç¡
pour emporter avec vous le suffrage du plu-i
" grand nombre. Mais ferait-il .moins. flateur de
" l'avoir mérité ? Serait'il moins glorieux d'avois
ec jegné par, la biefaisance & par la jusiice." Tel est, Monsieur^ le précis des renseignemens
qne je reçois & des vœux di&çs. par le droit sacré
d'une juste représentation. Ii; Un caractère qui s'en
offenserait ferai t soupçonné de trahir jusqu'aux
intérêts qui lui sont confiés. En errer, Monsieur, priver les Colons de cette
prérogative, ne serait ce pas les priver injustement --- Page 59 ---
T)^S A N TI J-J L - es de tout ce qui en une dépendance essentielle
Ne serait ce pas les red.uire a une disposition
deviendrait bientôt la source d'une oppression constante, si elle ne dictait pas Je
aytre Jentiment que celuy 1e la soumission. ne doit pas être substituée à la Jov.
& les Administrateurs qui n'ont voulu ceder qu'à
ceile dé leur puissance ont violés totis les droits de
l'humanité. Les citoyens qui ont gémis fons le
poids dé le^r ~despotisme ne se rappellent leur mcmoire, que pour déplorer les maux dont ils les
rendirent victimes & les vouer a l'exécration de
l a postérité la plus reculée.
celuy 1e la soumission. ne doit pas être substituée à la Jov.
& les Administrateurs qui n'ont voulu ceder qu'à
ceile dé leur puissance ont violés totis les droits de
l'humanité. Les citoyens qui ont gémis fons le
poids dé le^r ~despotisme ne se rappellent leur mcmoire, que pour déplorer les maux dont ils les
rendirent victimes & les vouer a l'exécration de
l a postérité la plus reculée. V Colonie serait injuste si elle ne s'avonait pas
fous votre (Touvernement à l'abri de cette Crainte
& de ces all armes. ,1 Ce ferait a voir oublié que vous
aveztout sist pour sa ûjretc dans un moment ou
toute espece de murmure. étaitf un suffrage bien
merité, un honneur: rendn aux resolutions marquées au coin de Sa constance & de la vigueur. Allez dQnc, Mon sieur, allez travailler pour son
bonheur & sa tranquilité intérieure. Allez porter
au pied du Throne les voeux de l'on respect & de
fonamoun Allez dire .à.son souverain qu'il n'a
point de .sujets plus fournis que ses enfans <1* Sr
Domingue. Allez-détromper sa Majesté de l' injufrice qu on fair à cette Colonie de la peindre aux
y e ux des, Min litres comme n'aspirant qu'a l'indépendajice, comme tonjours coupable, toujours fautive & ne méritant d'être gouvernée qu'avec 1*
dernière sévérité. Malheureuse au sein de l'opulence, rc n'est nas
l' or, ce ne sont pas les richesses qui lui manquent ; --- Page 60 ---
54 MERCURE Ce sont des Administrateurs d'un caractère à devenir les défendeurs de ses privilèges, les juges de
ces différents ; Ce sont des Administrateurs qui
soient ses amis qui manquent à. les
vœux &à sa prospérité. Aussi que de voix se font élevées- pour encourager mes faibles travaux & me guider dans la Carrière que j'allais parcourir, des que le Bruit s'est
répandu qu'une plume libre, indépendante, qu'une
plume veridique voulait venger l'innocent opprimé
tff transmettre à In pojîérité tous les attentats com7
mis contre les droits sa. rés qu'ont tous les hommes
au bonheur & à la liberté. Que ce fut une témérité, que ce fût une ven*
geance de ma part, vous en approuverez l'entrepriie et) faveur des motifs qui l'ont décidé ; vous
voudrez bien, Monsieur, ne pas vous opposer a
la diflribution de mon ouvrage ; vous direz à ceux
que vnus donneraient ce conseil que ce serait faire
la fortune de ion Auteur & né lui fournir que plus
de motifs d'encouragement Çi d'émulation. Vous
leur (iirez, n'abulez plus de ma confiance, nte
fmprennez plus ma bonne foy, ne me jettez plus
dan ': l'erreur, rendez vous digne des places que
vous occupez, soyons justes, soyons bienfaisans,
régnons par la clémence, regnons par l'équité, &
nous n'aurons pas a nous plaindre de la plume qui
nous accuse. Et les mêmes voix qui s'unisient
pour jouir des droits, pour participer aux Intérêts
qu'elles réclament, s'uniront avec bien plus dû
zele, pour nous donner des preuves de leur estime,
de leur attachemement, & de leur reconnaissance.
vous occupez, soyons justes, soyons bienfaisans,
régnons par la clémence, regnons par l'équité, &
nous n'aurons pas a nous plaindre de la plume qui
nous accuse. Et les mêmes voix qui s'unisient
pour jouir des droits, pour participer aux Intérêts
qu'elles réclament, s'uniront avec bien plus dû
zele, pour nous donner des preuves de leur estime,
de leur attachemement, & de leur reconnaissance. f faute à 'es sentimens celuy dit respect profond
avec lequel j'ai l'honneur d'être &c &c. --- Page 61 ---
DES ANTILLES. 55 A P P E L D'un Arrêt Du Conseil du Port au
Prince au Tribunal de la Raijon
de l'Impartialité. TOUT St. Domingue rétentit encore des
plaintes qu 'a suscité l 'affaire des Montas,
qui s tft paliée au quartier du Mirebalais. Chaque
habitant n'a qu'une même voix pour en demander
vengeance. D'un côté, c'ell une famille malheureuie dont la vanité pour avoir excité trop d'indignation fensble aujourdhui n'inspirer que de la
pitié. Ce font tous les habitans d'un quartier
troublés dans la paix de leur ménage, ajournés per-
(onnellement, décrétés de prise de corps, forcés
par toutes les voies de 'la rigueur de réconnaitre
pour Blancs, des visages sur lesquels leurs .propres
yeux croient distinguer des tâches que deux générations sauraient â peine éffacer. C'est un officier en fonction dont chaque'
démarche eit marquée au coin de l'inconséquence
la plus décidée ; qui a l'imprudence de faire un
crime d'état du plus petit inteiec du monde ; oui
dans le principe n'a pas voulu voir qu'il n'importait guères à quique ce fût que les Montas euffer
l ang parmi les Dragons, ou qu'ils restassent dans
la milice, mais qu'il importait au bonheur du Mi- --- Page 62 ---
r M E R C U R Ê rebalais que leurs habitans fussent heureux & tranquilles dails le fein dé leur ménage ; que leurs
droits, leurs privilèges, leur honneur sussent rdpectés ; qu'il impoi tait â toute l'a Colonie qu'un
itmple Major,de quartierne s'erigeiit pasen despote,
lie surprît pas la religion des premiers chefs, ne
prît pas sur lui d'ordonner jusqu'à des revues sans
permission dU: General, de donner des ordres au
g'é de sc's caprices) au gré de la vengeance qu'il
avait sans doute à tirer personnellement des habit vus dont l'aisance 6c la paix, jalousaient ton aine
familiarisée avec le trouble l'inquiétude & le désordre. Ce font deux victimes particulières de cette tyi nnie condamnées sans f rmaiite à repayer ni
France, envoyées à bord d'un bâtiment, obligées
d'a b a n donner leur femme, hors ènfanc, Lurs
poffessions ; sacrifiées ajoute la sévérité du Gouvernement comme fauteurs h résponsables du resus de
tout Lui quartier. D'un autre côté si ron jette les yeux sur les.
écritures des dlfenseurs de cette cause célèbre,
t'eit en faveur. des Montas des mémoires sans
preuve, une plume empoisonnée de plaisanteries
grossières, de bouffonneries, indécentes, des écrits-
~far geux qui auraient du saire interdire celui qui a.
oie les prononcer.
du Gouvernement comme fauteurs h résponsables du resus de
tout Lui quartier. D'un autre côté si ron jette les yeux sur les.
écritures des dlfenseurs de cette cause célèbre,
t'eit en faveur. des Montas des mémoires sans
preuve, une plume empoisonnée de plaisanteries
grossières, de bouffonneries, indécentes, des écrits-
~far geux qui auraient du saire interdire celui qui a.
oie les prononcer. C'est pour les habitants un double mémoire en.
refuta tion, sans, force, sans suitte, sans moyens,
une plume faible qui semble s'ê.tre refusée à tout
te que le bon sens lui dirait pour le triomphe de
fis clients. C'est un conseil qui a cru qu'un
~Arrêt rendu ci. faveur d. la famille des vin- --- Page 63 ---
DES ANTILLES. sf H Cent proches parents des Montas devait être la regîç
de celuy qu'ils devaient rendre en 1783; qui est
parti de ce principe faux pour rejetter la tierce oppojition en laquelle s'étaient pourvus les habitant
du Mirebalais ; qui n'a pas voulu voir qu'en
matière de dénonciation civile, une sentence ou
Arrçt n'a droit d'acquiescement personnellement
• qu'à l'égard des deux parties contendantes ; que les
Montas & leur famille devaient être reconnus
blanci dans toute la force du terme par ceux qui
leur auraient disputé ce droit sans donner aucune
preuve de défende ; mais qu'ils ne l'étaient pas, ni
ne pouvaient l'être par ceux qni avaient des preuves
contraires, des preuves que tous les Arrêts de
l'univers ne sauraient ni éffacer ni détruire. Sans donner beaucoup d'étendue à cette affaire
intéressante, établissons, s'il est possible le jugement qu'en a porté la Colonie & tachons de la discuter moins en homme de loix qu'en philosofe impartial ami de la justice & de la vérité. Le fait, rapporte-t'on, est que les Montas assez
favorisés de la fortune pour n'avoir besoin de personne jouissaient tacitement dépuis leur bas age de
tous les privilèges dont jouissent les personnes
aisées de St. Domingue ; qu'ils mangaient avec
les blancs ; qu'ils jouaient ensemble ; qu'ils étaient
de leurs parties; qu'il acceptaient & recevaient des
invitations, le tout sans conséquence. Ils en étaient
à cette époque d'estime, d'amitié & de familiarité
lorsqu'un des trois freres voulant épouser une de
leurs voisines reçut pour toute réponse du père
de la demoiselle qu'il ne consentirait à lui donner
la main de sa fille, qu'autant que ses frères & lui
obtiendraient dç monter dans une compagnie de Dr a-
; qu'ils étaient
de leurs parties; qu'il acceptaient & recevaient des
invitations, le tout sans conséquence. Ils en étaient
à cette époque d'estime, d'amitié & de familiarité
lorsqu'un des trois freres voulant épouser une de
leurs voisines reçut pour toute réponse du père
de la demoiselle qu'il ne consentirait à lui donner
la main de sa fille, qu'autant que ses frères & lui
obtiendraient dç monter dans une compagnie de Dr a- --- Page 64 ---
St MERCURE gons. .C'était leur dire que jnsqu'ici on avait
fermé les yeux sur les titres qu'ils empruntaient,
mais qu'au moment de l'établissement qu'ils proparaient il fallait les décider incontestablement. Requête fut donc présentée par les Montas à
Mr. le Général pour obtenir de faire leur service
dans une compagnie de Dragons. Réponse de Mr.
le Général aux Montas qu'ils pouvaient s'y présenter. Refus formel, refus constant, refus unanime d'abord des Dragons de l'Altibonite qu: rt:er
de St. Domingue, enfui te des Dragons du Muebalais autre quartier de la colonie, de les recevoir
dans leurs compagnies. Acte du refus. Procès
intenté; décrets, instances sur instances, mémoires
sur mémoires ; Arrêt enfin qui déboute les habitans du Mil ebalais de la tierce opposition en laquelle
ils s'étaient pourvus & sert de véhiculé, si l'on.
peut s'exprimer ainsi, aux ordres de rigueur donnés en conséquence par le Gouvernement. Arrêtons ici le détail de cette affaire & remontons à l'arrêt qu'avait rendu le Conseil en 1776
par lequel il maintenait les Vincent & consorts
dans l'étât de Blancs. Si les Montas avaient joui
comm'ils le' prétendent des prérogatives de cet
étàt, pourquoi ont-ils été obligés de se couvrir de
cet Airêt dans un moment ou le" posse même
auquel ils aspiraient au Mirebalais venait de leur
être refusé à l'Artibonite ? esl-il probable que
deux quartiers, qu'une partie de la Colonie attaque
trois frères contre toute espèce de juflice, les couvre de honte & d'ignominie sur leurs prétentions
ridicules, sans que le cri public n'eût déjà appelle
de ces démarches & de cette obstination si elles
étaient le fruit du caprice ou de la partialité ?
le" posse même
auquel ils aspiraient au Mirebalais venait de leur
être refusé à l'Artibonite ? esl-il probable que
deux quartiers, qu'une partie de la Colonie attaque
trois frères contre toute espèce de juflice, les couvre de honte & d'ignominie sur leurs prétentions
ridicules, sans que le cri public n'eût déjà appelle
de ces démarches & de cette obstination si elles
étaient le fruit du caprice ou de la partialité ? --- Page 65 ---
D'ES ANTILLES. 59 L'Avocat des Dragons habitans avance que le
père des Montes a épous en 1748 dl sille légitime d'Anne
Delaitre qui est qualifiée Muiatreilè dans l'insinuation
de jju contract de mariage avec andré Chabot ; que ce
~Mmas pere en sig nant en 17 6 ^ le contract de mariage
déjà jute naturelle s'est désigné quarteron, au rapport du
notaire qui a passe le contrat. Ces deux faits sont
ils iaux ou sont-ils vrais ? les actes qui les prouvent lunt'ils supposés ? éxistent-ils réellement? les
copies qui les representent donnent-elles preuve
suffisante ? C'étaient les queilions dont il ne fallait
pas s'écarter. C'était le point qu'il fallait éxami11er & sur lequel il fallait prononcer, Tout ce qu'a
dit l'avocat des Dragons qui ne se rapporte pas à
la preuve de ces Deux pièces était étranger au
fond de l'affaire, ic n'y a jette que de l'incertitude & de l'obscurité; a toutes les plaifanterics
<1 toutes les injures du défenseur des Montas ; aux
objectons par les quelles il pretend que les Dragon
lont non-rcccvables en leur tierce-opposition ; à ce
titre de Marguillier qu'il dilhïbue, qu'il donne àfon
gré, qu'il usurpe à un nommé Montas mort dix
ans auparavant ; à ces qualifications de Sieurs, de
Daines, de Demoiselle qu'il prete de tout tems à cette
famille ; à tous ces comptes, les Dragons habitants
n'avaient il préienter aux juges que les -deux actes
qui détruiient & les raisonnemens & les prétentions
de leurs adversaires. C'était enfin la preuve de ces
deux piiees qu'il fallait, ou appuyer incontercablement, ou combattre d'armes victorieuses. Et c'eit ce
qu'aucun des Avocats n'a pu faire, ou n'a pas
voulu entreprendre ; c'est ce que les juges n'ont
pas voulu ni ordonner, ni décider ; c'est sur quoi
conséquent je ne fçaurais m'hazader de prononcer d'après les mémoires des deux parties,
encore .moins d'après les dépositions des témoins --- Page 66 ---
6o MERCURE interrogés dans cette affaire. Les uns assurent
que les familles Vincent, Rondeau, Montas ont toujours passées dans les differents quartiers qu'elles
habitaient pour issues de sang mélé, Les autres
assurent tout l'opposé ; à chaque page on ne lit
que des assertions sans preuve, ou détruites par
d'autres contraires ; on ne diffingue que mauvaise
foy, je serais tenté de dire que subornation & que
partialité. D'où vient cette inconséquence ? c'est
que le Conseil qui avait d'abord décidé en petit
comité que les Montas seraient bla;:cs a du favorilcr
tout ce qui devait préparer, soutenir, appuyer leur
résolution & motiver en apparence l'Arrêt qu'ils
devaient rendre.
preuve, ou détruites par
d'autres contraires ; on ne diffingue que mauvaise
foy, je serais tenté de dire que subornation & que
partialité. D'où vient cette inconséquence ? c'est
que le Conseil qui avait d'abord décidé en petit
comité que les Montas seraient bla;:cs a du favorilcr
tout ce qui devait préparer, soutenir, appuyer leur
résolution & motiver en apparence l'Arrêt qu'ils
devaient rendre. Mais d'un autre côté, si l'on veut se dégager de
toute espèce de préjugé pour ou contre les parties,
^ .l'on veut juger de lang-froid d'après les probabilités établies dans cette affaire, d'après les faits,
d'après la voix publique, d'après les axiomes ino
raux que personne ne peut contestt-r, tout se réunit en faveur des habi'tans du Mirebalais. Si les Montas avaient eu le bon droit pour
eux, pourquoi ne justifier l'arrêt qu'ils avaient
obtenus que par l'autorité ? pourquoi avoir fait
substituer la force aux formes judiciaires; le
despotisme à l'équité ; la tyrannie à la justice ?
pourquoi après s'être emparé de l'esprit du m^jor
lui faire faire des fautes qu'il ne réparera de sa
vie ? Pourquoi l'avoir engagé dans un labyrinthe
dont il n'a pu se tirer qu'en se rendant coupable
d'intrigues sourdes, de manœuvres odieuses, de
violences criantes, que les Chefs eussent punies si
les voies qui pouvaient les en instruire n'eussent
pas été entierement fermées a leur zele '& à leur --- Page 67 ---
DES ANTILLES. 6x vigilance ? Pourquoi les Montas ont-ils prodigué
l'or de toute main ? Pourquoi du moins n'avoir pas
détruit les bruits sans nombre dont toute la colonie retentit à ce sujet ? Ce n'est pas cependant que ces Messieurs ne
paraifTcnt excusables aux yeux du plus grand nombre dans tout ce qu'ils ont été obligés d'entre
prendre pour triompher de leurs adversaires. Déterminés à tous les iacrifices, à quelque prix que
leur Procureur, leur Avocat, leur Rapporteur, leur
juge, leur Major, leur aide major, ayent fixé,, leuis
services, ils n'ont pas cru payer trop cher, acheter
à trop haut prix le gain d'un procès qui intérellait
le droit de citoyen au quel ils aspirent & les plaçait
•a jamais dans un rang qui fait honneur aux sentimens qui les distinguent. Aussi ce qui revolte dans cette cause ne sont que
les ordres de rigueur arrachés à Mr. le Général
qu'on a trompé, repetés par M. De Vincent qui
n'a pris connaissance d'aucun fait,mis en éxécution
par le S. Brechard qui a cru pouvoir prendre sur
lui d 'y ajouter ou diminuer selon les circonstances ;
& sur qui ont du necessairement retomber les plaintes du public indigné. Ce qui revolte, c'elt un
Conseil qui décide en aveugle contre le sentiment
presque unanime de toute une Colonie ; c'est un
Conseil qui lâche inconsiderément un Arrêt sans
prévoir qu'il n'a pas un seul motif, une seule raison
pour défendre les Montas contre leur propre faiblelTe, contre les dangers auxquels il expose une
famille qui aurait moins à rougir aujourd'huy de
l'incertitude de son étât, que que de la faveur dont
ce Conseil l'a rendue vidime.
seil qui décide en aveugle contre le sentiment
presque unanime de toute une Colonie ; c'est un
Conseil qui lâche inconsiderément un Arrêt sans
prévoir qu'il n'a pas un seul motif, une seule raison
pour défendre les Montas contre leur propre faiblelTe, contre les dangers auxquels il expose une
famille qui aurait moins à rougir aujourd'huy de
l'incertitude de son étât, que que de la faveur dont
ce Conseil l'a rendue vidime. --- Page 68 ---
& MERCURE Allons plus loin, déchirons le refle du voile quî
couvre cc petit mystère d'iniquité ; ayons le couiage. de ne vien dissimuler de-tout ce que le droit
naturel nous diète sur cette affaire. O sons d ire ,
©fon•> prouver que l'Arrêt en faveur des Montas
fît il aussi juste, aussi Irfea motivé qu')) emporte
avec lui de contradictions le d'inconséquences :
Le Gou verne ment ni ne devait, ni ne pouvait f orcer
aucun des Dragons habitans de recevoir ces trois
frères dans Leur Compagnie. Le Gouvernement ve h devait pas : parceque les
Montas ayant eu besoin d'un Arrêt qui décidât leur
état de blancs, cet Arrêt fait le ieul motir du icius
des habitans ; parcequ'il exilée Kine diircrence
essentielle entre- une fa mi lle qui a absolument besoin d'un Arrêt pour être blanche & quarante autres
qui 1: sont buis diffic ulté dépuis dix siècles ; par-
~ depuis l'origine des compagnies particulières,
les habitans qui les composent ont toujours disputés pour n'y admettre que des blancs qui sont
~ & que ce n'est pas l'être
incontestablement que d'avoir mille témoin s irreprochables qui ~déposent s'inscrivent en {aux coutre u:i Arrêt de fa ve ur rendu par des juges GU séduits ou ~. Le Gouvernement ne le pouvait pas, parceque
c'est violer t^us les droits des colons que de les sorcer d'agir contre un se nt im ent unanime, centre
Heur honneur, comte ta première loy qui constitue
leur priviléges & les diilingue d'avec leurs esclaves ;
parceque l'intention de lit Majore ne fut jama is de
sacri fier ta tranquilité de 40 sa milles aux prétentions d'une feule, qui d'ailleurs n'a rien fait jusqu'ici
pour mériter ni des grâces di des faveurs ; parce- --- Page 69 ---
DES ANTILLES. 063 qu'il n'existe aucune loy qui assigne à quei degres
positiv vement, à quelle génération, on pourra forcer un citoyen de famillariser en pair à compagnoon ¡
avec une famille originaire de ~und'e, Le geuvernement ne le devait pas ; parceque c'est avoir
rendu le plus m au v ai- service aux Montas que de
les avoir pr évipites dans un ~.ic d'affaires d; nt
toute leur ici tunc tôt ca tard ne les ~exemptera pas
d'être les ~cimes ; parceque la vigilance des pren uer s L he ; dev ant etousser jusqu'au moindre e g ei me
de division de quærelle, d'injustice, d'oppression :
c'est donne r occasion aux omeiers en fous-ordré
ûe commet re des vexations au gre de leur caprices,
que ce la v or lier des prétentions aussi téméraires
qu'illégitimes.
toute leur ici tunc tôt ca tard ne les ~exemptera pas
d'être les ~cimes ; parceque la vigilance des pren uer s L he ; dev ant etousser jusqu'au moindre e g ei me
de division de quærelle, d'injustice, d'oppression :
c'est donne r occasion aux omeiers en fous-ordré
ûe commet re des vexations au gre de leur caprices,
que ce la v or lier des prétentions aussi téméraires
qu'illégitimes. Si ces réflexions no sont extraites, ni de Dénisart
n; de Perriere je les crois difiees par îa raison k le
bon sens appuyées de raisonnemens justes sce ll ées
du iccini de la écrite, quelques fortes préventions
qu'd puisse s'eniuivre contre la droiture & les lumit res des juges qui en ont décides si différenment En attendait qu'un tribunal plus
auguste répare le mal qu'ils ont fait qu'il rr:c
Uni ¡mis de terminer par tille petite ane qui
pour un lecteur non prévenu efc peut-être [dus
p. op e que tous les raisonnemens a fair e < ~éc<a:-
~vru, a taire presumer du moins de quel côte tit
L bonne cause. î e Conseil du Port au Prince venait de r< ndre
l'Ar ret en faveur des frères Montas Un ~pa t
cuttier informé secrettement des intrigues qui ava nt obtenu s'approche d'un ançieu conseiller
~( CI : G.. C-i lui fat cette question ;
~ve.iadonc Jes Montas blancs.,les voila aragons mais --- Page 70 ---
4 MERCURE si d'après votre Arrêt l'un d'eux allait en France y
faire Ton droit, y acheter une charge de Conseillier
à quelque prix qu'il dût la,payer & vint au Port au
Prince prendre place parmi vous, vous qui venez
de lui assigner une place dans la Compagnie ue
Dragons le recevriez vous dans la votre
Le Conseillier qni aurait pu dire oui avec le même
front qu'il venait de donner sa voix ne sut que
répondre & dit à son ami je ne décide qu'au Consel
ne suis illuminé que sur les fleurs de lys. Qu elle illumination My God ! . --- Page 71 ---
DÉS ANTILLES. t,4
Avis Particulier. L ré{ultât de quelques experiences qu'un particulier vient de faire à la Jamaïque & qu'il fouha iterait comparer avec celles qui seraient communiquées de St.Domingue, l'engage à prier M. M.
les habitans Français de faire connaître par la voie
du Mercure des Antilles les differentes espèces d'Indigo qu'ils cultivent ; qu'elle est celle qu'ils préfèrent ; la saison, le tems le plus favorable pour la semer; la qualité,l'éxposition de la terre que deinande
cette plante; le degré de maturité qu'il faut pour
la couper j combien de tems, dans combien d'eau
il faut la macerer ; les préparations que son marc
ou sédiment éxige pour donner l'indigo qui a le plus
de valeur ? Comme aussi, quel est l'espèce de Café qui promet le plus, qui réussit le mieux à St. Domingue ;
quel est le terrein qui lui est propre ; la manière de
le distribuer ; en quel temps, à quelle distance il
faut planter ; s'il serait plus avantageux de renou
veller une vieille plantation en coupant les casiers
par le pied que d'en transplanter de nouveaux :
combien un carré de 100 toises qui équivaut à peu
de chose près à trois acres & un tiers, planté en
café peut donner du benefice à sa 3e. recolte ; quel
est le nombre de negres qu'on y emploie ; qu'elles
font enfin les préparations les phis promptes, les
inoins dispendieuses, les plus fures pour avoir du
café de la première qualité t
veller une vieille plantation en coupant les casiers
par le pied que d'en transplanter de nouveaux :
combien un carré de 100 toises qui équivaut à peu
de chose près à trois acres & un tiers, planté en
café peut donner du benefice à sa 3e. recolte ; quel
est le nombre de negres qu'on y emploie ; qu'elles
font enfin les préparations les phis promptes, les
inoins dispendieuses, les plus fures pour avoir du
café de la première qualité t --- Page 72 ---
66 M £ R C tf R E Prix des denrées & marchandises qui peuvent intéreyèr les Colonies Françaises
d'après les achats & ventes jàits à
Kaingjlon de VIJle Jamaïque dans tout
le courant du mois de Décem. 178 J. Argt. des Illes Fran Poids; Méf.
Farine ier. qualité 45 50 le Barril
2de. qualitè 30 36 Idem
Vin de Madère 700 720 demi Pip£
Anisette 24 27 le Pa?,, nier
Eau-de-Vie de France 50 60 le Barril
Savon 70 80 le Quintal
Chandelles 25 30 la Livre
Mess Beuf de Cork 75 80 le Barril
Ditto commun 60 70 Idem
Sucre brut 1er. qualité 36 4° le Quintal
Ditto 2de. qualité 30 36 Idem
Rhum 3 4 le Gallon
Café 1er. qualité 14 16 -la Livre
Ditto 2de. qualité 12 14 Idem
Indigo Bleu violet 12 la Livre
Indigo cuivrè fin 11 Idem
Cotton Bonne qualité 185 195 le Quintal
Bois D'Acajou 970 1000 le Militer
Planche Pichepin 350 360 Idem
Planches communes 270 280 Idem
E siantes de Boston 40 50 Idem
Ditto Cypress 70 80 Idem
Merrains de cheineblanc 360 440 Idem
Ditto de cheine rouge 200 300 Idem
Briques - ' 70 75 Idem
Negres 1er. choix 1550 par Tèt#
Ditto 2de. choix 1350 Idem
Ditto 3de, choix lico 1200 Idem --- Page 73 ---
DES ANTILLES. 67 NOUVELLES POLITIQUES. IEN d'absolument intéressant sur la surface
du blobe qui soit parvenu à nôtre connaissance. L'Amerique du nord respire & paye ses dettes
,des biens des Loyalistes que le congres confisque
de toute part au profit des défenseurs de la liberté.
L'Angleterre calcule encore tout ce que lui ont
coûté tes triomphes. La France a déjà oublié le
combat du 12; l'espagne, qu'elle avait payé les frais
de la guerre ; la Hollande, qa'on avait enlevé 4°
millions à St. Eustache ; l'allemagne attend que la
peste ait fini ses ravages en Turquie pour commencer les Tiens. Ccnstantinople rassemble 3 ou
4. cent mille soldats qu'elle a de dispersés. La
Russie équipe une flotte & fait camper ses troupes ;
la Hongrie donne du secours, tandisque d'autres
Couronnes qui ne veulent pas être de la partie se
contentent d'en promettre. Telles ont été nagueres les grandes opérations,
tels sont en ce moment les grands projets des Rois
de l'univers, pour nous qui sommes persuadés que
la plus part de nos lecteurs ne s'intéressent que faiblement à tout ce qui n'influe point directement sur
le lieu qu'ils habitent nous remettons au mois prochain le journal des nouvelles pour leur donner
l'extrait d'une lettre que nous venons de recevoir
des Isles du vent. N --- Page 74 ---
et îi i H C U R E Au rédacteur du Mercure des Antilles.
ations,
tels sont en ce moment les grands projets des Rois
de l'univers, pour nous qui sommes persuadés que
la plus part de nos lecteurs ne s'intéressent que faiblement à tout ce qui n'influe point directement sur
le lieu qu'ils habitent nous remettons au mois prochain le journal des nouvelles pour leur donner
l'extrait d'une lettre que nous venons de recevoir
des Isles du vent. N --- Page 74 ---
et îi i H C U R E Au rédacteur du Mercure des Antilles. MONSIEUR, • \
QUOIQUE cette lettre n'aye pas le merite de
la nouveauté, je pense qu'il ne doit être ni ihnutile
ni dangereux pour vous de la rendre publique elle
est addressee à Mr. de Fo. Jn d'une
des Isles Françaises. De la pointe-pitre Guadeloupe, ce i er, May, 1783.
" Je vous avais écrit, Monsieur, une lettre hon-
. nêtc, vous ne me repondites que des injures, je
" m'y attendais ; aussi ne vous en fais-je point un
" reproche ; j'avais pris la liberté de vous juger
tl dépuis que j'avais eu l'honneur de vous connaît e,
*' & d'après vôtre conduite & ma façon de penier,
" je vous avais apprécié tout ce que vous pouviez
valoir. J'avais pensé que vous aviez du être&
" que seriez encore comme citoyen privé, le plus
*'• aimable des hommes, mais que peu fait pour une
" premiére place, l'elpéce de gloire relative que
'c vous avaient acquise vos petites avantures à fou...
*' & à Pa ... s'éclipsèrait bientôt dans les faulses
c( spéculations d'une administration à la quelle vous
" n'entendez rien, dont vous ne daignez pas vous
" occuper, & vous livrerait à des erreurs de tous
les jours & à des fautes de tout les momens. " Je n'ignore pofint quel est le manége qui
vous a fait parvenir à la place que vous occupez.
Vous n'y êtes arrivé que par un relâche à l'isle de
cjthere : ce n'est pas vôtre éloge, il vous ierait
" plus glorieux de devoir vôtre élévation à quelque
6' mérite réel ; ce ne serait plus la devoir à un de
ces hasards heureux auquel vous etiez bien --- Page 75 ---
DES ANTILLES. 69 U éloigné de vous attendre & qui lire vous rapproche
4' que de cette classe l''hommes ou obscurs, ou
" dignes de l'être parvenus jans le meriter. 4< Cependant vous aviez été du comité, dites vous
*' à tout le monde, & ce n'est que d'après vos
44 écritures sur un nouveau code, sur un nouveau plan
u d'administ ration des Colonies que Je ministre vous
" à forcé de quitter le séjour de la Capitale. Je
" veux bien croire qu'il vous en a coûté de quitter
44 les salles de fpeaacle qui étaient à Paris comme en
44 province, vôtre sallon ordinaire de compagnie.
" Vous étiez libertin, vous étiez riche, il vous
" était facile d'y jouer tous les rolles ; vous étiez
" collin avec Colette Amateur dans tous44 les genres; tour à tour Muiicien, AccadémiU cien, Phisicien, Artiste, Naturaliste, quelque
44 fois nomme à bon mot ; toujours Chevalier i
44 bonnefortune. Avec autant de mérite comment
44 ne pas dévenir In ?
aacle qui étaient à Paris comme en
44 province, vôtre sallon ordinaire de compagnie.
" Vous étiez libertin, vous étiez riche, il vous
" était facile d'y jouer tous les rolles ; vous étiez
" collin avec Colette Amateur dans tous44 les genres; tour à tour Muiicien, AccadémiU cien, Phisicien, Artiste, Naturaliste, quelque
44 fois nomme à bon mot ; toujours Chevalier i
44 bonnefortune. Avec autant de mérite comment
44 ne pas dévenir In ? '• Sans doute que le Minière n'en juga pas
44 d'abord ainsi. Personne n'ignore que quand il
44 fut question de vous soustraire à l'autorité & au
44 juste ressentiment de vos confrères pour vous for-
*' tir del'éscat d'annéantisement d'humiliation même
4' dans lequel vos incordéquences vous avaient
44 plongé, on délibera plus d'une fois sur quel pied
44 l'on vous enverrait dans le nouveau monde.
44 Bientôt il fut décidé qu'on ne pouvait vous ac44 corder qu'une commission d'Ord vous
44 fîtes agir & tranchates le mot. Vous proposates
" de vous contenter des appointemens de Com ...
" & pour prix du sacrifice vous demandates des
44 lettres d'In, on vous les accordat :
Vous fites vos adieux & vous partites. --- Page 76 ---
70 M E R C U R E. u Déjà à Va renommée vouc avait devance sur ces
« parages ; elle avait annoncé & promis de vous
« tout le bien qu'on avait lieu d'en attendre. Sous
« d"aussi favorables auspices, vous eussiez été ac41 cueilli des colons que vous veniez adminifirer,
« ii plu, sur de vous même, vous n'euliiez abio-
» lu ment fonde vôtre gloire, dirigé votre conduite
« & vos démarches d'après les conseils oi pr cèdes
« des ieunes gens que vou, vous htes un triomphe
\ Brest de faire embarcuer à votre suite ians
* refléchir qu'l1s étaient tou", les uns de-s cheva-
- hors d'industrie , les autres des victimes malheuC. reuses de la misere & du hesoin qui avaient pu
~itcr^fi'-r vôtre a me sensible mais qui ne méritavent ni vôtre Familiarité, ni de vivre de
« pair avec un. Intendant des colonies. U ux
• < vous ont -vole & le sont ensuite un autre
41 vous a ménacé k v^us l'avcx place je ne scation ou.
44 Trois autres ont fait de-s pertes considerables au
i:'u ~'.1 vous avez paye je ne lai comment ; une
" 'd : ~r;i ~uoux.iine qui savaient a peine écrire leur
« noms. ont été placé dans les ruraux de l'admunistration ; tru: d. la bai"'e ont ete nées
<4 r , deux procureurs r n u ~ient lcpt qui
4. vous ent ~urrent ; tous ies IVpt ~(,r,s conn aissance
4C comme sans promcpe, sans ~li..n;;cur comme ians
~coivimte ; qu' ~h.cnn.m ~twi:r ~ieai> m le rets,
~i-roubient'le repos d: la ~eobnie, ne s'occupent
commerce le pius ~nhene, ~d¿!<l,,,ii t
44 les magazins du Koi, t sont partir des bateaux,
4. Us sont revenir , revendent -u Unv ce qu' :1s ne
« lui avaient P- ~\ '. t ' (> cV ~d de l 'L pour leurs raisons
44 qu'ils ont des Kemmes J Paris & des ennuis au
colleté.
m le rets,
~i-roubient'le repos d: la ~eobnie, ne s'occupent
commerce le pius ~nhene, ~d¿!<l,,,ii t
44 les magazins du Koi, t sont partir des bateaux,
4. Us sont revenir , revendent -u Unv ce qu' :1s ne
« lui avaient P- ~\ '. t ' (> cV ~d de l 'L pour leurs raisons
44 qu'ils ont des Kemmes J Paris & des ennuis au
colleté. --- Page 77 ---
DES ANTILLES. 71 " Et tous ces Messieur , sans en excepter le
" Valet dp. chambre & le maître d'hôtel font revis
ou rentil hom nés; ou Accad miciens ou officers
" ou Docteurs ou ~ rs, oa Auteurs ou ~ -
" rateur ou rvateurs, ou des Savons ! Si du moins votre conduite privée, si une
" mlilon bien rnontee, des invitations menagées
" à propos ; des honneurs faires en !nt
qui aime à raflemblcr auteur de lui bonne so
M cieté, si un extérieur de grandeur enfin donnait
" quelque relief a l'cfpèce de phi lofe fie dont vous
faites parade ; mais vous aveT, une maison sans
" ordre, un domeiHque si mal composé, un exu terieursi mal enrendu, un ton il petit qu'il n'en
" itnposepas même aux eseiaves Lianes ou noirs qui
" vous entourrent; mais c'eil: une confusion un
" désordre dans votre maii'on comm'on n'en voit
u pas dans le café le plus mal compose de la
" Ba... t " Passons rapidement. Dans vos premières
" tournées qu' avez vous fair, mon cher Pré ?
" affiché à la po ... p avec une femme ;
" & qu'elle femme ? les nuits au jeu : les matinées
" à examiner des pierres, des feuilles ou des Co-
" quillages ; les après diner aux pal ties ce p'aiiir
" que vous partagiez avcc cette ~rii c: tic ï, ~un-;-he c?
" de divinité \ en correspon dance avec ~el!,- -'l puis
" lors avec tous les termes de l'indécence de
rt l'étourderie Ce n'était pius -un iccret.
" Mais j'apprens votre ~in.hi élite & je ne puis en
<4 revenir. On nous dit qu'il vous est arrive une
Démoiselle de France qui icunit tous ies suf-
" frages ; elle chanté comm'un ange, danse mieux
" qu'aucune ~sigurante de province, déclame c'est
" un prodige, parie esprit, rafale ~philo[ofic2 tient --- Page 78 ---
,3, MERCURE « Catalogue des instrumens dont elle s'amuse,
" joue le intiment, fait les honneurs de vôtre
" maison de piaifmce, comme si dépuis l'age de
" douxe ans elle eût successivement passé en revue
41 tou'es les petites maisons de élegans de la Capi-,
" tale, c'est-à-dire qu'elle fait sa partie en virt710st
« qui n'n ert pas à ion début. Ce que c'est que
« d'être Gaswn,. & d'avoir du génie ! La suist au mois Prochain. Table des matieres contenues dans
ce ier* numéro. Décem. 1783. /piQrrefpondance entre deux amis, &e. - page 7
c Pieces Fugitives - - * ' 1
l'accord de l'amour & de la raison
Observation relative â l'alembie, &,r. ' 46
Lettre a Monsieur de Bellecombe - - 4-9
Aptel d'un arrêt du Confsil du Port au Prince - 55
Avis particulier à M. M. les habitans - 5
Prix des denrées à la Jamaïque - -
Nouvelles Politiques - 7
Lettre à M. de Fo •
page 7
c Pieces Fugitives - - * ' 1
l'accord de l'amour & de la raison
Observation relative â l'alembie, &,r. ' 46
Lettre a Monsieur de Bellecombe - - 4-9
Aptel d'un arrêt du Confsil du Port au Prince - 55
Avis particulier à M. M. les habitans - 5
Prix des denrées à la Jamaïque - -
Nouvelles Politiques - 7
Lettre à M. de Fo • P. S. Le retard qu'a éprouvé cet ouvrage ejî la
faute de deux compositeurs Français qui avaient donné
parole à l'auteur de se rendre à la ~Jamnque. En attendant l'arrivée de ces Messieurs, il s efl vu forcéd'occuper un compositeur Anglais, & de passer les jours
(1 les nuits a le guider dans la composttion d'un ouvrage
dont il n'entendait aucunement la langue. Le
voudra bien en consérence excuser pour ce 1er. No. les
fautes injéparables d'une composition comme d um
tresse étrangere. Quoiqu'il puisse arriver sur la Libre, ou non Li
bre circulation du Mercure des Antilles ie' dépôt general en sera établi au Port-au-Prince. --- Page 79 ---
Encouragé par l'espoirque
& me donnerait les moyei
Domingue huit cent éxerc
été reçu avec plaisir, mais
que la chimère que j'avais
mois qu/i! est distribué, Je
-le nom que de detlx cents 2
tera davantage ? Si j'étais assez favorisé di
j'eûs cedé volontiers à mo
pression se monteraient a vi
à trois gourde-s par êxemp
ceux des différentes corresde Londres à deux cent gu:.
mille livres dont j'aurais éi
qui m'avait déduit & que j
Jamaïque, elle me coute 2
m'attendre à ce Déficit, enc
victime. Quoiqu'il en puisse être
confiance qui êtes cause du
qu'il ne fût accueilli, puisqu
pas juste que les 132 liv
en pure perte. En conv
directeurs des portes qui or
objet entre les mains de Ici >
mon correspondant, que de
votre satisfaction. --- Page 80 ---
A Messieurs Messieurs les abonnés au Mercure des Antilles. MESSIEURS, v ■ „ • V O O S vous plaignez du retard qu'éprouve l'ouvrage périodique
que j'avais entrepris à Jamaique. C impatience est le prix le plus flateur
vous puissiez recompenser le désir que j'avais de concourir moins à vous instruire qu'i
•vous communiquer quelques vérités utiles. Le Prospectus que je vous offris dans le
mois d'Aout r annonçait premier numcro dans Septembre; il-ne parut que dans
J ; Le second devait vous être remis dans fevrier, & nous touchons à la fin
d' Avril sans qu' il vous Ion parvenu. Ce serait un double tort dont j'aurais à m'excuser
ou a me justifier, s'il avait dépendu de mon zèle de le prévenir, s'il avait dépendu des
efforts que j 'ai réuni pour remplir mes engagemens de ne pas en paraitre coupable.
is d'Aout r annonçait premier numcro dans Septembre; il-ne parut que dans
J ; Le second devait vous être remis dans fevrier, & nous touchons à la fin
d' Avril sans qu' il vous Ion parvenu. Ce serait un double tort dont j'aurais à m'excuser
ou a me justifier, s'il avait dépendu de mon zèle de le prévenir, s'il avait dépendu des
efforts que j 'ai réuni pour remplir mes engagemens de ne pas en paraitre coupable. D'ab.rd sur six imprimeries qui font dans la Colonie Anglaise que j'habite n'ai
l'Anglaise; ~ composition Française d'avec
' je n' ai pu traiter qu'avec un Imprimeurs je me suis donc vu forcé
d'en passer par tout ce qu'il a voulu; de me fier à ses promesses, dupe ou non de me
préter a ses volontés & de m'y assujettir sans reserve. Nos arrangemens étaient que je
lui donnerais 'treize cent vingt livres pour I'impression de chaque numero & que je lui
le papier. .prix exorbitant ; mais tout St. Domingue dès la publication du ProjpeSlus que j' avais donné, n'avait eu qu'une.voix pour me promettre sept ou
huit cents amateurs. Les frais devaient être compensés par les profits. Je livrai donc le
premier volume à T imprimeur qui s'engagat à me le donner dans trente jours
il ne put y suffire que dans cinquante. Cet inconvénient me fit prévoir que ie ne
reussirais dans mon entrepnse, qu'autant que j'aurais une presse & des caractères a moi
Encourage par l'espoir que le mois de Février déciderait le nombre de mes souscripteurs
& me donnerait les moyens de faire l'achat d'une imprimerie, je fis parvenir à S
Domingue huit cent exemplaires du premier numéro. J'appris bientôt qu'il v 'avait
été reçu avec plaisir, mais ce plaisir, .& ce succès prétendu n'ont pas eu Z de y réalité
que 11 chimére que j 'avais embrassèe & que le beau rêve que j'avais fait. * Dépuis troîs
mois qu'il est distribué, je n ai reçu d'abonnement que cent tiois pcrtugaiCcs, & en liste
le nom que de deux çents abonnés. Puis-je dperer, dois je attendre qu' ' il s 'en présentera davantage ? Si j étais ailés favorite de la fortune pour poursuivre cet ouvrage à mes risques & péril
j' eus ce de volontiers a mon propre desir & à mon empressement, mais les frais de l'impression se monteraient a vingt mille livres par année ; ceux de la distribution de l'ouvrage
a trois gourde-s par exemplaire ; ceux de ma maison, à trente portugais par mois
, ceux des différentes correspondances que j'avais établies dans toute l'Europe par la voitf
de Londres s a deux cent guinées. Ce serait donc un reveuu annuel de cinquante à soixante
mille livres dont j aurais éssentiellement besoin pour me livrer eh entier à la spéculation
qui m ava.t réduit & que je paye bien cher. Dépuis six mois qu'elle me tient à la
25 & ne m'a donné que 6800 livres. Devais-je
m'attendre àce encor mains aux embarras il ne tardera pas de me rendre
victime.
f
de Londres s a deux cent guinées. Ce serait donc un reveuu annuel de cinquante à soixante
mille livres dont j aurais éssentiellement besoin pour me livrer eh entier à la spéculation
qui m ava.t réduit & que je paye bien cher. Dépuis six mois qu'elle me tient à la
25 & ne m'a donné que 6800 livres. Devais-je
m'attendre àce encor mains aux embarras il ne tardera pas de me rendre
victime. ce n'est pas vous Messieurs, qui m'aviez honoré de votre
Quoiqu'il en puisse être, peu de succés de mon ouvrage ; il n'a pas dépéndu de vous
qu line fut accueilli, puisque vous l'avez favorisé de tout votre pouvoir; & il ne serait
pas juste que les 132 d 'abonnement que vous avez déposé vous tombaient
en pure perte. que En conséquence vous voudrez bien vous prévaloir sur M M les
directeurs des portes qui ont reçu votre souscription de tout ce qui doit rester pour cet
objet entre les mains de leur Directeur général. Aussi peu instruit des fonds qu'a retiré
vZ correspondant, que de ceux qu'a reçu M. Lorq-uct je les prie * tout arranger » --- Page 81 ---
me, qu autant que j'aurais une presse & des caractères à moile mois de l'achat déciderait Je nombre de mes souscripteurs
de taire J achat d une imprimerie, je fis parvenir à Sr.
plaires du premier numero. J'appris bientôt qu'il y
ce plaisir, & succès prétendu n'ont pas eu plus de réalité
em . rassèe & que le beau reve que j'avais fait. Déruis trois
n'ai reçu que cent trois portugaises, & en lifte
bonnés. Puis -je esperer, dois j s attendre qu'il s'en prélènla fortune pour poursuivre cet ouvrage à mes risques & peril,
propr " mon empressement, mais les frais de l'imngt ~ T par ann T ; ceux de la l'ouvrage
' ceux de ma maison, à trente portugais par mois;
pondances que 'avais établies dans toute l'Europe par la void,
~un revenu annuel de cinquante à soixante
le p ye h l ~pour me livrer en entier à la Ipcculation
paye bien cher. Depuis six mois qu'elle me tient à la
S mille francs & ne m'a donné que 6800 livres. Devais-je
or moins aux embarras dont il ne tardera pas de me rendre
ce n'est pas vous Messieurs, qui m'aviez honore de votre
peu de succès de mon ouvrage ; il n'a pas dépéndu de vous
le vous avez favori de tout votre pouvoir- & il ne serai
res cl abonnement que vous avez déposé vous tombassent
équence vous voudrez bien vous prévaloir sur Al. M les
t reçu votre souscription de tout ce qui doit relier pour cet
ceux ~eur général. Aussi peu instruit des fonds qu'a retiré
à ceux qua reçu M. Lorquct je les prie de tout arranger I
honore de votre
peu de succès de mon ouvrage ; il n'a pas dépéndu de vous
le vous avez favori de tout votre pouvoir- & il ne serai
res cl abonnement que vous avez déposé vous tombassent
équence vous voudrez bien vous prévaloir sur Al. M les
t reçu votre souscription de tout ce qui doit relier pour cet
ceux ~eur général. Aussi peu instruit des fonds qu'a retiré
à ceux qua reçu M. Lorquct je les prie de tout arranger I --- Page 82 ---
Vous me permettrez Mejfieur
envoyer un désistement auffifor
le fecond numero payé d'avance
mois. Autant votre réclamati
de renoncer aujourdhuy à toute
l'unique vœu qu'il me reste à sa
à votre bienveuillance & merite
de deux" memoires secrets marq
quand elles sont dures a enten
mais J'aime mieux devoir en c<
bientôt à mon repentir ... Et ^
vous, qui nous tient ce langage
dire la vérité ; pour en faire rét
son repos, encor faut'il que ces
misere & du besoin ! Si c'est ui
sacrée, qu'à mon idée tout aut
C'est pour ne laisser aucun d<
hautement que je ne suis, n
dans la rédaction du papter-nout
Jamaïque. Puisse sa plume plu
ble émulation réussir mieux que
blé sentier de la gloire & de la
qui désolent les côtes de St.
celui qui leur apprendra sans
procédés d'injustice & d'horreu
ceux qui avaient si innutileme
Il me reste à remercier plus
parvenir des mémoires intéress
m'ont données de leur zele &
ouvrage. Je ne désespère poii
ont bien voulu me communiq
discretion que de ma reconnai
Signé le
— P. S. Je recevrai à mon s
souhaiterait ?n'addrejfer, ou qui Il
n'étant de partir de la Jamaiqiu --- Page 83 ---
Votrs me permettrez MeJJieurs d'ajouter aux motifs pressants qui m engagent à vous
en voyer un désistement aussi formel le regret que j 'ai de ne pouvoir vous faire parvenir
le fecond numero payé d'avance, imprimé en partie &, rédigé en entier dépuis plus d'un
mois. Autant votre réclamation à cet égard serait juste, autant il doit m'être défendu
de renoncer aujourdhuy à toute espèce de sureté & de protection dans une Colonie, ou
l'unique vœu qu'il me reste à faire serait d'aller me rendre digne de votre estime, aspirer
à votre bienveui!!ance & meriter votre amitié. Je rendais compte dans ce second volume
de deux memoires secrets marquas au coin de quelques verités toujours tristes à écrire
quand elles sont dures à entendre. Il m'en coute de faire le sacrifice de mon travail,
mais j'aime mieux devoir en ce moment ce sacrifice à ma situation que de le devoir
bientôt à mon repentir ... Et c'est l'Auteur du Profpefius du Mercure des Antilles, direz
vous, qui nous tient ce langage ! oui, Mcjfieurs ; pour consacrer sa vie à chercher, à
dire la vérité ; pour en faire rétentir les accents au dépends même de son bonheur & de
son repos, encorfaut'il que ces mêmes accents ne soient pas étouffés par les cris de la
f misere & du besoin ! Si c'est une erreur, laissez la moi, elle m'est si chere, elle m'est si
sacrée, qu'à mon idée tout autre philosofie n'a pas le sens commun.
ient ce langage ! oui, Mcjfieurs ; pour consacrer sa vie à chercher, à
dire la vérité ; pour en faire rétentir les accents au dépends même de son bonheur & de
son repos, encorfaut'il que ces mêmes accents ne soient pas étouffés par les cris de la
f misere & du besoin ! Si c'est une erreur, laissez la moi, elle m'est si chere, elle m'est si
sacrée, qu'à mon idée tout autre philosofie n'a pas le sens commun. C'est pour ne laisser aucun doute à cet égard sur ma façon de penser que je déclare
•hautement que je ne suis, ni ne seray pour rien, directement ni indirectement
dans la rédaction du papier-nouvelle qu'un autre Français se propose de faire imprimer à la
Jamaïque. Pui1fe sa plume plus he-ureuse, (car il ne faut que du bonheur) Puisse sa louable émulation réussir mieux que je ne l'ai fait! Puisset'elle atteindre du même vol le double sentier de la gloire & de la fortune! Daigne l'armée combinée des, corsaires royaux
qui désolent les côtes de St. Domingue respecter ses paquets Ou ne saisir que
celui qui leur apprendra sans doute les plaintes & les murmures de la Colonie sur les
procedés d'injustice & d'horreur dont ils ont la bassesse de rendre viCtime en tems de paix
ceux qui avaient si innutilement reclamés leur secours en tems de guerre ! Il me reste à remercier plus particulièrement Mrs. les Abonnés qui m'avaient fait
') -parvenir des memoires intéressans ; j'ose les prier d'être tranquilles sur les preuves qu'ils
v m'ont données de leur zele & du désir qu'ils avaient de concourir au succès de mon
ouvrage. Je ne désespère point un jour de profiter des lumières & des recherches qu'ils
ont bien voulu me communiquer. En Attendant je les prie d'être aussi persuadé de ma
discrétion que de ma reconnaissance. Signé le Rédacteur du Mercure des Antilles, — P. S. Je recevrai à mon addresse ordinaire tout le courant de May prochain les lettres qu'en
■fouhaitirait m'addreffir, ou qui l'auraient été à l'époque de la réception de celle cy ; mon intention
m'étant de partir de la Jamaïque qu'en commencement de Juin.. --- Page 84 --- --- Page 85 ---
FORMULE
POUR ADMINISTRER MÉTHODIQUEMENT
L'EAU MI N É R A I. E
ANTIPUTR I D E . ET ANTI-SCORBUTIQUE
DE BEAUF Ô R T,
Avec UN TRAITÉ DES relatives à la Marine , où elle est propre; -• PAR M. F. D. B. ancien Professeur Royal da
Médecine , & Médecin ordinaire du Roi. Laudatur -a'v his , culpatur ab illis. A PARIS, De limpri merie de C AIL L E A U, rue Galande.
On trouve cet Ouvrage chez J'A u T E U R , rue
de la Chaise. M. DCC. LXXXII I. Avec Approbation"& Privilège du Roi. 1 --- Page 86 --- --- Page 87 ---
[texte_manquant] A VER TISSE ME N T. UOIQUE l'Ouvrage que nous donnons aà
Public , par ordre du Gouvernement, paroisse ne
regarder que les Marins , les Matelots, les Habitans des Colonies & les Nègres , néanmoins les
maladies qui y sont traitées à là fuite de la'
Formule très- détaillée -, pour adminifirer àvec préicijîon & méthode VEau Minérale Antiputride dans
les maladies relatives à la Mariné, excepté celles
qui regardent les Nègres, se manifestent également dans tous les pays habités de l'univers.
ordre du Gouvernement, paroisse ne
regarder que les Marins , les Matelots, les Habitans des Colonies & les Nègres , néanmoins les
maladies qui y sont traitées à là fuite de la'
Formule très- détaillée -, pour adminifirer àvec préicijîon & méthode VEau Minérale Antiputride dans
les maladies relatives à la Mariné, excepté celles
qui regardent les Nègres, se manifestent également dans tous les pays habités de l'univers. Il manquoit à la pratique de la Médecine une
plus grande connoissance des acides eh général
de toute qualité , tant minérale que végétale ^
pour découvrir d'autres secours poùr la conservation des hommes & le rétablissement de leur
fanté, que ceux qu'on a découvert par la C hymie jusqu'à présent. Les remèdes tirés des
acides font, sans contredit, les plus vertueux
qu'on puisse trouver dans nos Pharmacies. Les
propriétés des acides font si étendues > qu'on
doit espérer, par des longs travaux & de cornbinaisons de plusieurs espèces * pouvoir en retirer des plus grands avantages. C'est par dè
pareils foins que nous sommes parvenus à découvrir , depuis plus de trente àns , le spécifique --- Page 88 ---
v AVERTISSEMENT. dont les plus grands Médecins, & sur-tout Baglivi
& Sydenham , ont recommandé la recherche ,
asin de mieux réussir qu'on ne l'a fait, à attaquer directement & avec force ta cause primitive ou éloignée des maladies , & dissiper les causes
prochaines & secondaires, qui en dépendent en
-partie. Les expériences les plus authentiques qui ont
été faites dans toutes les parties de l'univers ,
- prouvent incontestablement que la découverte
que nous avons faite de l'Eau Minérale Antiputride , qui porte le nom de Beau-fort, est , jusqu'à
présent j le meilleur spécifique qu'on ait pu desirer,
pour l'utilité de la Marine à tous égards. En effet ^ les expériences faites à Saint-Domingue > en 1777, dans les mois de Mai & de Juin, sur
trois cent Soldats d'Artillerie, & celle qui fut faite
aux environs de Grenoble, sur 60 malades dans la
' même année & le même mois , prouvent , sans
répliqué, malgré la diflance de deux mille lieux
d'un pays à l'autre , & dans des différens climats ,
que l'Eau Antiputride arrête le cours funeste des
sièvres malignes, épidémiques, sans qu'il soit mort
un malade , lorsqu'on en a ordonné l'usage avant
le troisième jour delamaladie;& il estcertain qu'on
ira trouvé jusqu'à présent aucun remède qui réunisse
avec sûteré autant de propriétés que cette Eau Anti- --- Page 89 ---
.1
AVERTISSEMENT. v a' iij putride en a; elle agit, par les mêmes principes, ,
dans d'autres circonstances, avec le même succès,
dont les preuves sont si évidentes & consiantes,
qu'elles ont mérité l'attention du Gouvernement,
qui a paru desirer de les faire renouveller suc
Mer & dans les Colonies. Ce n'est pas sans peine, sans obflacles & sans
des oppositions permanentes j, que nous sommes
enfin parvenu à vaincre des résisiances presque lne
surmontables, qui n'auroient jamais dû se rencontrer ici, relativement- à l'importance d'une
découverte nouvelle , expérimentée , qui ne
devoit point éprouver de contrariétés , parceque les expériences rigoureuses qui en ont été
faites, n'en souffrent aucune. -
dans les Colonies. Ce n'est pas sans peine, sans obflacles & sans
des oppositions permanentes j, que nous sommes
enfin parvenu à vaincre des résisiances presque lne
surmontables, qui n'auroient jamais dû se rencontrer ici, relativement- à l'importance d'une
découverte nouvelle , expérimentée , qui ne
devoit point éprouver de contrariétés , parceque les expériences rigoureuses qui en ont été
faites, n'en souffrent aucune. - Il est vrai que le préjugé qu'on a pris soin de
suggérer , l'emporte souvent sur les avantages
les plus sensibles & les plus grands, & furtout lorsque des personnes de l'art, qui ont
quelque consistance dans le Public , y donnent
lieu. Mais lorsque , malgré ces résistances, on
parvient à les surmonter, on donne un essor
si grand dans le Public aux vertus & aux propriétés de la découverte, qu'on ne peut qu'avoir
obligation à certaines personnes de les avoir foR— ,
mées & publiées» --- Page 90 ---
. vj A V E R T ï S S Ev M E N T: »' Il est consiant que si l'on éprouve invariable-^
nient dans tous les tems la même uniformité dans,
les effets heureux de l'Eau Minérale de Beaufort
dans les différens climats de l'univers , on ne
pourra, quand la bonne-foi présidera sur l'opinion
i qu'on doit en avoir, qu'admirer ses effets, pour
arrêter les progrès funestes des maladies épidémiques, sans perdre ua malade , lorsqu'on leur
- prescrira l'usage abondant de cette Eau les trois,
premiers jours de la maladie, & avant que l'inflammation ne devienne gangreneuse : ce fait, qui,
çst authentique , a cependant eu une peine inconcevable à percer jusques dans le sanctuaire de
la vérité , dont on avoit pris soin de fermer
- doublement les avenues. Combien de milliers
4'hommes précieux à l'Etat n'auroient - on pas
fauve , 4. l'on avoit , au contraire , fortifié la
confiance du Public & du Gouvernement, au.
lieu de la détruire > Falloit - il révoquer en
doute des effets qu'on pou voit renouveller à
toute heure, si l'on en (Qupçonnoit tant soie
; peu la. réalité > Ne falloit-il pas, comme on l'a
fait , vérifier, les expériences avec diligence ,
pour guérir des malades qu'on ne pouvoit
point sauver par des remèdes trop impuisians
foibles pour surmonter les résiilances des mala- --- Page 91 ---
A VERT IS SE ME NT. vif 1 a Iv dies aiguës ? N'est-ce pas le cas où le zèle, l'attachement & le devoir des Médecins, amis de l'humanité , doivent se manifester, au lieu "de mettre
des obstacles à la publicité des effets extraordinaires & précieux d'une pareille découverte ? Il
n'y a personne qui ne pense qu'on n'ait dû se hâter
de renouveller les faits par de nouvelles épreuves.
& de prendre tous les éclaircissemens possibles
dans tous les pays où le spécifique a opéré, des
effets publics qui l'ont accrédité.
attachement & le devoir des Médecins, amis de l'humanité , doivent se manifester, au lieu "de mettre
des obstacles à la publicité des effets extraordinaires & précieux d'une pareille découverte ? Il
n'y a personne qui ne pense qu'on n'ait dû se hâter
de renouveller les faits par de nouvelles épreuves.
& de prendre tous les éclaircissemens possibles
dans tous les pays où le spécifique a opéré, des
effets publics qui l'ont accrédité. Si l'on considère qu'on garantit infailliblement
l'eau de's équipages de la corruption, & qu'da
peut la rétablir sur le champ dans son premier état K
en la rendant plus lympide & salubre qu'elle ne,
l'a jamais été, & qU'on efl assuré de préserver, par
son usage habituel sur mer, les Matelots du scorbut & des maladies inflammatoires , dysïenteriques;
& putrides, auquelles les Matelots sont si souvent sujets \ on ne pourra qu'être très-empressé,
d'en conseiller rusage, ou d'en renouveller les
expériences dans les voyages de l'Amérique ou
de l'Inde , où les occasions sont fréquentes. Il n'y,
a pa- d? Médecin bienfaisant qui ne doive être
porté avec empro ssement à rendre de pareils
services , sur-tout lorsqu'ils intéressent essentiel.
îement le Gouvernement & le Public. Les objets que nous allons rapporter dans cet --- Page 92 ---
viij AVERTISSEMENT. avertissement , font encore au-dessus de ceux d'on
nous venons de faire le détail des conséquences. Toutes les personnes qui ont connoissance de
!a nécessité qu'on a d'avoir des Nègres pour la
culture des habitations de l'Amérique & des Indes, ne cesseront de publier qu'on n'en peut
acheter qu'à gros prix & rarement ; que les Habitans se trouvent Çprcés, par nécessité, d'aller
ou d'envoyer à la traite des Nègres sur les côtes
d 'Afrique, en courant des dangers très-souvent
ruineux par la mortalité des Nègres, lorsque
les maladies inflammatoires & la petite vérole se
manifestent dans les navires, où les Nègres sont
placés. S'il est vrai, comme on l'a éprouvé , qu'on
sauvera infailliblement les Matelots & les Nègres
de la traite jusqu'à leur destination , n'aura-t-on
pas une ressource précieuse dans l'usage de l'Eau
Antiputride, en pareille circonstance, & ne devroit-on pas faire renouveller cette épreuve., pour
la constater pour le bien du Gouvernement &
des Habitans des Colonies , plutôt que de dépriser un moyen si essentïel, comme on l'a voulu
faire jusqu'à présent ? Une pareille conduite ne
pourra qu'être blâmée des personnes de bien les,
plus sensées, & les moins intéressées à cet objet. Il me semble qu'il n'y a rien dans le monde
dè- plus cher que la vie des hommes, & que --- Page 93 ---
A V ET I S S E M E N T. / ix lorsqu'on est assuré de n'avoir pas de remèdes
connus assez puissans pour surmonter la résistance
rébelle des maladies dangereuses & mortelles , on doit vérifier cent fois les faits par des
expériences qui ne soient point douteuses , pour,
s'assurer constamment & invariablement f4 le
spécifique, qui a produis des effets visibles, &
qui a par conséquent mérité de la confiance, est
aussi essèntiellement utile qu'on le dit, & s'il
opère en tout tems les mêmes effets dans les cas
qu'on l'apublié dans cet Ouvrage, & dans plusieurs autres circonstances antérieures à, celle-ci.
les faits par des
expériences qui ne soient point douteuses , pour,
s'assurer constamment & invariablement f4 le
spécifique, qui a produis des effets visibles, &
qui a par conséquent mérité de la confiance, est
aussi essèntiellement utile qu'on le dit, & s'il
opère en tout tems les mêmes effets dans les cas
qu'on l'apublié dans cet Ouvrage, & dans plusieurs autres circonstances antérieures à, celle-ci. Si l'on veut pour un inflant se transporter en
esprit dans les habitations de l'Amérique, on y
verra peut-être 20 à 30 mille Négrillons attaqués
du tetanos, ou mal de mâchoire, périr dans les
neuf premiers jours de leur naissance , sans qu'on
ait pu trouver le moyen de les sauver jusqu'à présent. On verra que de dix Négrillons, il en meurt N
couvent, huit, même neuf, & que si l'on avoit
pu trouver le moyen de les sauver , comme nous
l'avons trouvé nous-même , on auroit enrichi
les Habitans des Colonies & procuré de plus
grands avantages à l'État ; on auroit apperçu sans
peine que l'on auroit conservé plus de Nègres
tous les ans dans les Colonies qu'il n'y en faut2 --- Page 94 ---
X AVERTISSEMENT. sans aller à la traite, à gros frais, chercher en
Afrique les Nègres qui sont nécessaires à la culture des terres : un bien de cette conséquence qui
intéresse en mème tems l'humanité , peut-il être
1 apprécié ? Et les Médecins des Colonies qui ont le
pouvoir de faire vérifier des faits de cette conséquence , n'ont-ils pas dû s'assurer de la possibilité
de sauver les Nègrillons nouveaux nés, par le
moyen que nous avons indiqué, d'après les principes les plus sains de la Médecine, plutôt que
de les négliger, tandis qu'on pouvoit en vérifier
les expériences à toute heure par d'autres semblabîes ? Les connoissances que nous avons acquises en
exerçant les fondions de notre -Chaire Royale de
Médecine, en V Univerjité d'Aix t en Provence ,
celles que nous avons puisées constamment dans
nos Hôpitaux & dans notre pratique pendant qua-.
rante ans, nous ont appris, sans aucun doute ,
que l'on peut guérir les Nègres de la. petite vérole
sans dangers à tous égards , par le moyen de
, l'Eau Antiputride, & qu'une pareille découverte ne sauroit être plus précieuse aux Habitans
des Colonies où cette maladie cst plus funeste
, qu'aiUeurs, par rapport aux grandes chaleurs qui.
augmentent la vélocité du sang , plus qu'elle nèVelt dans des climats tempérés.
rante ans, nous ont appris, sans aucun doute ,
que l'on peut guérir les Nègres de la. petite vérole
sans dangers à tous égards , par le moyen de
, l'Eau Antiputride, & qu'une pareille découverte ne sauroit être plus précieuse aux Habitans
des Colonies où cette maladie cst plus funeste
, qu'aiUeurs, par rapport aux grandes chaleurs qui.
augmentent la vélocité du sang , plus qu'elle nèVelt dans des climats tempérés. --- Page 95 ---
AVERTISSEMENT. x* Si les propriétés de notre spécifique pouvoient
être suppléées par tout autre moyen, si les efsets
ne portoient que sur des maladies peu essentielles ,
il seroit indifférent que nous eussions fait la découverte de notre Eau Antiputride ; elle n'auroit
jamais pu mériter l'attention du Gouvernement ;
mais lorsqu'on n'a point trouvé jusqu'ici de remède qui puisse arrêter constamment les effets fin
nefles de fièvres malignes, épidémiques & pestilentielles, ceux de la petite vérole, ceux de la maladie
périodique du port de Rochefort, ceux du tetanos,
ou mal de mâchoire ; ceux du chic s maladie or- «
dinaire aux Nègres, & le piam, on ne, pourra
pas dire que cete découverte soit de peu de
conséquençe , puisqu'en constatant ses effets,
invariables par des expériences faciles à être renouvellées, démontreront qu'il n'y a. jamais eu,
de Médecin , depuis Hyppocrate, ( nous osons
le dire , ) qui ait rendu autant que nous, d'aussi
grands services au Public, puisque nous aurons
sauvé tous les ans dans les Colonies à 30 mille
personnes de plus qu'on n'en a sauvé, jusqu'à prétent, attendu que les remèdes qu'on a employé,
çtoient au-dessous de la résistance du mal \ au lieu
que par l'usage de notre découverte, on est assuré.
d'être graduellement au-dessus de celle des causes
4es maladies, où l'Eau Antiputride peut Atre em- --- Page 96 ---
xij AVERTISSE ME N T. - ployée ; ce qui nous a obligé de constater les maladies , relatives à la Marine, où elle est propre. Nous n'aurions pas rempli parfaitement les vues
du Ministre de la Marine , qui nous a ordonné de
composer la Formule très * détaillée , pour administrer l'Eau Minérale Antiputride à Vusage de
la Marine , si nous ne les avions traitées dans
-cet Ouvrage ; les ulcères & les playes sont du
nombre, mais les maladies épi^ootiques le sont
bien davantage, puisqu'elles sont périodiques en
v Amérique , & que la mortalité du bétail y cause
des pertes & du dérangement dans la culture &
dans les fabrications des objets qu'on en retire, qui
sont d'autant plus ruineuses, qu'il est très difficile
de les réparer. Nous n'avons pu donner dans cet
Ouvrage qu'une idée succinte du moyen de garantir le bétail de cette maladie , mais nous nous réservons de faire incessamment un Traité complet
sur l'épizootie , à l'usage principalement de la Ma-
. rine , où cette maladie est si dangereuse, funeste &
ruineuse pour les Habitans des Colonies. Ce sera dans cet Ouvrage , utile à l'humanité, à l'agriculture & au commerce des Colonies
& par conséquent à l'État, que nous donnerons
une idée générale des maladies & des connoissances
qu'un Médecin doit avoir , avant de les traiter î
pous ferons remarquer aussi la différence qui exifie --- Page 97 ---
A V E R T I S S E M E M T. - xiii g
entre elles, quoiqu'elles soient presque toutes af»
servies aux mêmes causes & aux mêmes principes.
ité, à l'agriculture & au commerce des Colonies
& par conséquent à l'État, que nous donnerons
une idée générale des maladies & des connoissances
qu'un Médecin doit avoir , avant de les traiter î
pous ferons remarquer aussi la différence qui exifie --- Page 97 ---
A V E R T I S S E M E M T. - xiii g
entre elles, quoiqu'elles soient presque toutes af»
servies aux mêmes causes & aux mêmes principes. On ne sera, sans doute, point étonné qu'un
Ouvrage de cette importance nous ait conduit à;,
nous élever contre le ridicule impardonnable
que l'on prête à la science de la faine Médecine,
si sage, si profonde & si admirable par elle-même ,
tandis qu'il ne devroit en subsister que contre l'individu personnel qui en fait un mauvais usage ,
qui n'agit que par routine & à l'aveugle, qui ne
connoît d'ailleurs ni ses principes, ni ses ressources ,
ni les moyens qu'elle offre pour entretenir la santé,
& la rétablir quand elle est dérangée.
Au reste, nous nous croirons complettement indemnisé de toutes nos veilles) si t après les avoir
employées utilement à la recherche de la vérité
que nous avons découverte , en surprenant la
nature dans ses admirables opérations, nous pouvons réussir & démontrer invariablement que
le principe primitif d'une multitude de' maladies , dérive & dépend uniquement de l'altération j du feu & de l'alkali „ qui ne peuvent être
détruits radicalement que par l'usage des acides
combinés, adoucis, chargés de sels neutres & -
fondans : nous pouvons parvenir à rendre cette
importante & précieuse vérité assez sensible, pour --- Page 98 ---
xtv. A V ERTISSEMENf. que l'humanité en général puisse la mettre à profit,
& que notre Patrie & tous les Citoyens qui la
composent, puissent en retirer les avantages qu'ils
doivent nécessairement en attendre, d'après nos
découvertes & nos expériences , dont la plûpart
font consiantes & vérifiées. --- Page 99 ---
T A B L E DES MATIÈRES. F, ' F ORMULE détaillée, sur la manière d'aministrer, avec
[uccès, 1 'Eau Antiputride de B^aufort, à i'usage de la
Marine, &c. 1 Page 1
Observations sur le moyen d'employer, avec fruit, en Médecine , l'Eau Antiputride de Beaufort, a <"
Manière de saire usage de l'Eau Antiputride de Beauîort, 17
Manière de préparer i'Eau Antiputride pour la boiflondes
malades, zo
Manière d'empêcher l'eau des barriques de se corrompre en
mer, de préserver & de garantir les Marins & les Matelots
des maladies inflammatoires , putrides , malignes & fcorburiques , dans les voyages d'Amérique & d'Afrique , 20
Manière d'émpêcher l'eau des barriques de se corrompre en
mer, de préserver & de garantir les Marins & les Matelots
des maladies inflammatoires , putrides , malignes & (cor-*
butiques , dans les voyages des Indes, 2,1
Manière de rétablir l'eau commune qui se seroit corrompue
dans les barriques, faute d'avoir écé préparée, avant le
départ, avec de l'Eau Antiputride , zi
Manière de préparer l'Eau Antiputride pour îe pansement de
vieux ulcères & des plaies récentes, sz.
Manière de guérir le Scorbut, z*
— de guérir la Dyssènterie, 1S
voyages des Indes, 2,1
Manière de rétablir l'eau commune qui se seroit corrompue
dans les barriques, faute d'avoir écé préparée, avant le
départ, avec de l'Eau Antiputride , zi
Manière de préparer l'Eau Antiputride pour îe pansement de
vieux ulcères & des plaies récentes, sz.
Manière de guérir le Scorbut, z*
— de guérir la Dyssènterie, 1S — de guérir l'Inflammation, 39 — de guérir la Fièvre putride , i 47
- de guérir la petite Vérole , Traite des Nègres. Manière de les guérir de la petite
Vérole , 7f
Manière de traiter les plaies & de les guérir — de traiter les Ulcères & de les guérir, 90
-— de traiter & de guérir le Piam^ 103
è— de traiter Se de guérir le Chic 1 119 --- Page 100 ---
Tétanos, ou mal de mâchoire des Enfans des Nègres, en
Amérique, ' Page 113
Fièvres intermittentes, irrégulières, nerveusès, périodiques,
putrides , qui font licencier totis les ans les Ouvriers de
l'Arsénal du port de Rochefort, pendant les mois d'Août,
"de Septembre & d'Octobre, 117
Traitement, 121
Copie de la Lettre écrite en 1777 M. Vicq-à'Azir , par M. Nicolas, de Grenoble, Médecin des Épidémies, Pensionné
du Roi, Correspondant de la Société Royale de Médecine ,
au sujet des effets de l'Eau Minérale Âncipùtiride de M. de
Beaufort, aux environs de Grenoble , 12 f
Observation / 116
Du danger de la contrefaction 'de' l'Eaù Minérale 'Antiputride, -, ri 8. De l'Épizootie qui règne tous les ans dans les Colonies de
l'Amérique & dans l'Inde , ijf
Copie de la Lettre écrite de Bordeaux le 2y Novembre 1774,
à M. Faure de Beaufort, ancien Médecin ordinaire du
Roi , par M. le Comte de Fumel, Commandant de la
Province, 143
" Copie de la Lettre écrite de Versailles , à M. Faure de Beaufort, à Bordeaux *le ai Décembre 1774,par M. de Sartine ,
MÍ-niftre de la Marine , 144
Copie de la Lettre écrite de Versailles, le Décembre 1774,
à M. Faure de Beaufort , à Bordeaux, par M. le Comte
de Mauepas , 145
Copie de la Lettre écrire de Versailles, le 16 Décembre 1774 ,
à M. Faure de Beaufort, à Bordeaux , par M. le Comre de'
Noailles, DucdeMouchy, " t 14Y , Fin de la Table des Mâtures,
i ^
\ FORMULE --- Page 101 ---
A F 0 R M U LE DÉTAILLÉE, SUR la manière d'administrer, avec
succès , L EAU ANTIPUTRIDE DE BEA UFOR T, à l'usage
de la Marine 7 &c. L'EAU ANTIPUTRIDE , inventée par
le Sieur FAURE DE BEAUFORT, ancien
Professeur Royal de Médecine en l'Université d'Aix, en Provence, & Médecin
ordinaire du Roi, est presque généralement
connue dans toutes les parties de l'univers.
U LE DÉTAILLÉE, SUR la manière d'administrer, avec
succès , L EAU ANTIPUTRIDE DE BEA UFOR T, à l'usage
de la Marine 7 &c. L'EAU ANTIPUTRIDE , inventée par
le Sieur FAURE DE BEAUFORT, ancien
Professeur Royal de Médecine en l'Université d'Aix, en Provence, & Médecin
ordinaire du Roi, est presque généralement
connue dans toutes les parties de l'univers. L'invention de cette Eau a eu ses épines
& ses difficultés, comme toutes les Sciences
& les ncuvelles Découvertes ont éprouvé
les leurs ; ce n'est que par une longue suite
d'expériences frappantes & multipliées,. & --- Page 102 ---
[ » ] après plus de trente ans de travail & de
persévérance, qu'elle est enfin parvenue à
surmonter les obstacles qui s'opposoient depuis long-tems au bien que son usage doit
procurer à la Marine, au Commerce & à
l'Humanité en général. Les différentes propriétés de cette Eau ,
constatées par une foule d'expériences sur
mer, dans les Colonies , &c. semblent n'avoir été principalement inventées que pour
la conservation des Matelots & la sûreté
de la navigation, en garantissant l'Eau des
barriques des équipages, de la putréfaction , si nuisible à la santé des Marins. C'est à la vue de la solidité des preuves qui
constatent que l'Eau Antiputride de Beaufort , préserve & guérit les maladies scorbutiques, putrides, inflammatoires & malignes -, qu'elle empêche l'eau commune
qu'on embarque de se corrompre en mer ;
qu elle s'oppose à la génération des vers,
& qu'elle rétablit même l'eau corrompue
dans son érat naturel ; & c'est à l'aspe£l de
cespreuves, que M. le Marquis de Casiries
voulant s'assurer par lui-même de toutes ces ( * ) Miniilre de la Marine. --- Page 103 ---
m A 2 vérités, pour qu'elles ne soyent jamais su£
ceptibles de contradiction, vient d'autoriser
le lieur Faure de Beaufort , par sa lettre
du deux de Février dernier, à envoyer à
M. l'Intendant de la Marine au port de
Brest , une certaine quantité de bouteilles de
son Eau Antiputride , avec une Formule
très-détaillée sur la manière dont elle doit
administrée. Pour nous conformer pon8:uellement à
cet ordre,, & pour remplir de notre mieux
les vues éclairée# du Ministre, nous démontrerons ici les principes qui font agit
directement ce nouveau secours de la Médecine sur la cause primitive des maladies
auxquelles il est propre, & nous donnerons ;
ensuite la manière de composer avec cette
Eau, la boisson des malades & celle des
personnes qui se portent bien, afin de les
préserver & de les guérir sur mer &c. des maladies dont elles sont si souvent attaquées. Nous n'oublierons pas non plus la préparation de cette Eau dans les différentes gradations des playes récerites , ainsi que des vieux
ulcères qui ne sont que trop fréquens dans la
Marine, qu'on guérit promptement avec --- Page 104 ---
[4] cette Eau employée extérieurement & intérieurement. Nous observerons en même tems que
Baglivi & Sydenham , ( Médecins, dont le
nom seul fait l'éloge, ) avoient pressenti
l'un & l'autre la nécessité de la recherche
& de la découverte d'un pareil spécifique,
lorsqu'ils' travailloient tous les deux à l'Histoire des Maladies humaines , pour en faire
parfaitement connoître toutes les espèces
& les genres.
Page 104 ---
[4] cette Eau employée extérieurement & intérieurement. Nous observerons en même tems que
Baglivi & Sydenham , ( Médecins, dont le
nom seul fait l'éloge, ) avoient pressenti
l'un & l'autre la nécessité de la recherche
& de la découverte d'un pareil spécifique,
lorsqu'ils' travailloient tous les deux à l'Histoire des Maladies humaines , pour en faire
parfaitement connoître toutes les espèces
& les genres. Cette entreprise , si difficile à remplir ,
leur fit imaginer qu'un remède spécifique à
tous égards, qui porteroit dire&ement ses
propriétés sur la cause primitive & constante
des maladies, en abrégeroit infiniment le
traitement & la guérison ; ce qui les obligea
d'inviter, par leurs sçavans Ouvrages, ceux
qui se livrent à l'étude de la Médecine, à
tâcher de découvrir d'une manière dogmatique ou empyrique, un spécifique aussi efsenties à la pratique de la Médecine ^ que
précieux au bonheur de l'humanité. Plusieurs Sçavans , comme B elligny, Keill,
- Nenter, Michelotty, Boërhaave ct Pitcarn,
ont suivi les mêmes principes & les mêmes --- Page 105 ---
[ 5 J f A 3 - vues *, ils ont même réuni ? par l'Anatomie
& les Mathématiques, à développer bien
des secrets de la nature ; mais ils n'ont faitqu'embellir la théorie de la Médecine, 8c
à quelques Théorèmes près qu'ils ont donné
sur la circulation du sang & sur la saignée,
on peut dire , avec vérité , que la pratique
ne s'elt: pas encore apperçue de l'utilité de
leur travail, pour découvrir le spécifique ,
dont Sydenham -avoit conçu la nécessité absolue de la recherche. Le Sieur de- Beaufort, qui remplissoit à
la fleur de son âge les fonctions pénibles
de Professeur Royal de Médecine, en l'Université d'Aix, éteit chargé également du
soin de plusieurs Hôpitaux. Il voyoit chaque
jour sous ses yeux, qu'en suivant avec trop
de docilité la marche & la méthode habituelle de ses PrédéceÍfeurs, il n'en résultoit
malheureusement que des guérisons précaires
& accidentelles, & jamais de générales &
d'uniformes ; il résolut d'abandonner dans sa
Pratique tous les systêmes , les hypothèses,
les conjectures grossières, les routines & les
préjugés dont les jeunes Médecins sont il
mal à propos antichés , * pendant les pre- --- Page 106 ---
[6] mières études de leur Pratique -, il prit la
résolution de n'étudier la nature que dans
les maladies, plutôt que dans les Livres,
pour en connoître plus particulièrement les
causes, le cours, les penchans , les accrôissemens & les déclins, afin de trouver d'une
manière dogmatique ou empirique, (comme
nous l'avons dit ci-dessus ), un spécifique
assez puissant, pour servir, à tous égards,
à leur traitement principal, en attaquant dire&ement & détruisant la cause primitive
des maladies. Pour effectuer ce projet, il présïda à l'ouverture de plus de huit cent cadavres ; il
fit sur eux mille & mille expériences, &
après s'être invinciblement assuré de la
structure des parties solides qui composent
notre individu , il tira les plus grandes con'
séquences de leur action, relativement à la
circulation , aux sécrétions de toute espèce,&c., dont il considéroit tous les jours
l'admirable contexture des vaisseaux capilaires , leur mécanique, leurs effets, dont le
plus petit désordre peut occasionner les maladies les plus dangereuses & les plus graves.
mille expériences, &
après s'être invinciblement assuré de la
structure des parties solides qui composent
notre individu , il tira les plus grandes con'
séquences de leur action, relativement à la
circulation , aux sécrétions de toute espèce,&c., dont il considéroit tous les jours
l'admirable contexture des vaisseaux capilaires , leur mécanique, leurs effets, dont le
plus petit désordre peut occasionner les maladies les plus dangereuses & les plus graves. Il jugea dès-lors du dérangement de leurs --- Page 107 ---
I 7 ] 1 A4 fondions & des suites ; il savoit déja par
expériences que la cause première de toutes
les maladies dépendoit du feu & de l'alkali,
& que le spécifïque, dont la découverte a
été recommandée par Sydenham, ne pouvoit
exister que dans les acides , qui sont les ennemis & les contraires du feu & de l'alkali. Mais comme les acides minéraux sont
sujets à quelques inconvéniens , ils s'efL longtems occupé du soin de les rendre doux,
agréables & sans danger , afin de les mettre
à même d'être pris en grande quantité dans
les circonsiances qui l 'exigent ; ce travail
important, qu'il a esseaué par l'addition de
différens sels,, qui donnent plus d'étendue
aux effets des acides minéraux & végétaux
unis ensemble, lui a appris, apres une in
finité d'expériences réitérées , que l Eau An-'
tiputride est le véritable spécinque, à tous
égards, dont on a expressément deÍirê U
recherche. --- Page 108 ---
t 8 ] OBSERVATIONS Su R le moyen d'employer, avec fruit, en
Médecine, L'EAU ANTIPUTRIDE
-DE BEAU LORT. P OUR employer avec discernement l'Eau Antiputride, il faut s'attacher non-seulement
à connoître les causes prochaines des maladies humaines, mais encore celles qu'on
appelle éloignées, que de célèbres Au- „
teurs appellent, les Principes primitiss des
maladies , ou les semences morbifiques ; ces
dernières sont souvent assez difficiles à connoître 1 mais on y parvient beaucoup plus
aisément, lorsqu'on étudie parfaitement les
causes prochaines. C'est ce qui a fait dire à Wansviétin,
Contemporain de Boërhaave, que la connoissance des causes primitives ct éloignées,
ou procatarctiques, est infiniment utile &
nécessaire à la pratique de la Médecine, &
qu'on ne sauroit trop chercher à les connoître :
ce même Auteur ajoute que si l'ancienne
École des Empiriques dans la Grèce, en --- Page 109 ---
m Egypte, (alors si révérée) a eu tort de s'en tenir
aux seules connoissances de causes éloignées,
ou prédisposantes , les Médecins dogmatiques & modernes ont eu encore plus de
tort de ne s'attacher qu'à l'examen de la
cause prochaine , tandis qu'en conciliant
l'étude des unes & des autres, elle les auroit mutuellement éclairés, & leur auroit appris à distinguer les principes & les semences
morbifiques des maladies", à les attaquer di-'
reétement, de manière à rendre les causes
prochaines, ou secondaires impuissantes , par
un spécifique capable d'agir immédiatement
sur le premier principe , ou la cause des
maladies.
'à l'examen de la
cause prochaine , tandis qu'en conciliant
l'étude des unes & des autres, elle les auroit mutuellement éclairés, & leur auroit appris à distinguer les principes & les semences
morbifiques des maladies", à les attaquer di-'
reétement, de manière à rendre les causes
prochaines, ou secondaires impuissantes , par
un spécifique capable d'agir immédiatement
sur le premier principe , ou la cause des
maladies. Or, comme c'est précisément à cette
étude combinée des causes primitives & des
causes prochaines des maladies, que le Sieur de i
Beau fort s'est totalement livré depuis qu il est
Médecin, il n'est pas étonnant qu'il soit parvenu à découvrir, à tous égards, le seul spé,
cifique que le célèbre Sydenham desiroit depuis si long-tems pour détruire les maladies,
en attaquant leur principe primitif, (ou la
racine des maladies.) C'est par un travairconsiant & habituel y --- Page 110 ---
[ 103 uni à une pratique de plus de quarante ans,
soit dans les Hôpitaux des armées confiés à ses
soins, soit dans ceux de plusieurs Provinces &
Capitales du Royaume, que le Sieur de Beaufort s'esi mis à même de, vérifier, une infinité
de fois, la justesse des idées du Docteur
Sydenham, qui pensoit, "que la plupart des
v causes primitives des maladies dépendoit
» immédiatement du feu & de l'alkali n. En effet, comme il n'est pas possible de
supposer une lésion dans l'exercice des fonctions de notre corps, sans supposer en même
tems quelqu'altération plus ou moins grande
dans le dérangement qui peut arriver aux solides & aux fluides qui le constituent, ( quoique
cette altération puisse être de plusieurs espèces
& de plusieurs sortes , ) néanmoins les unes &
les autres dérivent toujours du mouvement
qui entraîne nécessairement le feu, & l'alkali
qui produit par-tout les mêmes effets. Or , pour détruire l'altération, le feu &
l'alkali, on ne sauroit trouver un moyen plus
spécifique que l'acide, qui en est l'ennemi
& le contraire. Des expériences mille fois
répétées avec succès, n'ont cessé de confirmer le Sieur de Biaufort dans la solidité --- Page 111 ---
[Il J de cette opinion ; c'est ce qui l'a déterminé
à affirmer, sans,craindre de se tromper, que
le principe primitif de toutes les maladies
réside dans l'altération , le feu & l'aikali-,
& qu'en conséquence, il n'y a que l'acide
combiné, adouci & chargé de sels neutres
qui puisse parfaitement détruire tous les
maux qu'ils produisent. Vainement s'emprefleroit - on de lancer
des traits venimeux contre l'Auteur de
cette découverte , pour combattre , ou
déprimer aux yeux du Public , une vérité qu'ils, connoissent , & dont ils sont
intérieurement convaincus ; tout ce qu'ils
pourront imaginer & dire , ne détruira
jamais le moindre fait constaté par l'èxpérience \ c'est à elle seule que le Sieur de
Beaufort s'en rapporte pour sa justificationprésente & future. }
Le seul conseil qu'il se permettra de donner
à ceux qui auroient des idées aussi injustes &
aussi éloignées des vraies lumières de la raison,,
c'est de les inviter à consulter la nature , & à
voir qu'il n'y a point de tems, point de saison,
point de climat, où les raffraîchisFans acidules ne soyent avantageux & utiles, parce
qu'il existe toujours en nous un principe de
Beaufort s'en rapporte pour sa justificationprésente & future. }
Le seul conseil qu'il se permettra de donner
à ceux qui auroient des idées aussi injustes &
aussi éloignées des vraies lumières de la raison,,
c'est de les inviter à consulter la nature , & à
voir qu'il n'y a point de tems, point de saison,
point de climat, où les raffraîchisFans acidules ne soyent avantageux & utiles, parce
qu'il existe toujours en nous un principe de --- Page 112 ---
C il ] chaleur, de mouvement & de feu plus ou
moins grands,qui nou s fait involontairement
desirer les raffraÎchissans & les acides, attendu
qu'ils en sont les tempérans & les calmans. Si cette première réflexion peut être cause
qu ils veuillent pour un insiant se transporter
en esprit en Amérique, ou dans quelqu'autre
climat brûlant, ils y verront que la nature,
(admirable dans ses œuvres ) y a prodigué
par-tout une infinité d'acides de différentes
espèces , pour préserver les habitans de ces
contrées des maladies scorbutiques, putrides,
inflammatoires, malignes & dissenteriques,.
auxquelles ils sont si fréquemment sujets,
& dont il y en a tant qui périssent, faute
d'en connoître les vertus & les effets. L'universalité des expériences réitérées
qui ont été faites pendant plus de vingt ans
consécutifs , prouvent démonstrativement
que la nature de la cause primitive des maladies aiguës est toute de feu & d'alkali &
que les effets en sont toujours dangereux , si
l'on néglige de l'éteindre, & de rétablir l'équilibre de la santé par des acides raffraîchifsans & diurétiques. Deux exemples publics & frappans, at- --- Page 113 ---
[ i3 ] 1 testés par les procès - verbaux les plus au
thentiques , achèveront de donner, à cette
vérité le degré d'évidence & de certitude
qu'elle doit avoir , & suffiront pour l'établir ,
de manière que qui que ce soit à l'avenir
ne ouisse la révoquer en doute ; il s'agit de J. JL — .I'ép'idémie nerveuse, putride & malîgne^jja^^^
Bourg de la Mothe, en Dauphiné
celle du Cap-François, à Saint-Do"dl,îïgu
à-peu-près de même nature, dat$..la même année & le même mois. Au mois de Mai 1777, ces L, trées, distantes de deux mille lieues 1 une,
de l'autre, furent frappées.toutes deux en
même tems d'une épidémie à-peu-près semblable ; toutes deux reçurent, dès le principe , les secours routines de la Médecine
ordinaire , qui, n'étant pas assez puissans
pour attaquer directement les principes pri- .
mitifs du mal & les vaincre , furent cause que
de part & d'autre il périt un très-grand
nombre de malades ; la garnison du Cap fut
diminué tout-à-coup d'un, tiers, le Bourg
de la Mothe se trouva, en aussi peu de tems,
dépeuplé dans la même proportion. A la vue
de tant de ravages aussi tristes qu'essrayans,
deux Médecins, renommés par leur science
assez puissans
pour attaquer directement les principes pri- .
mitifs du mal & les vaincre , furent cause que
de part & d'autre il périt un très-grand
nombre de malades ; la garnison du Cap fut
diminué tout-à-coup d'un, tiers, le Bourg
de la Mothe se trouva, en aussi peu de tems,
dépeuplé dans la même proportion. A la vue
de tant de ravages aussi tristes qu'essrayans,
deux Médecins, renommés par leur science --- Page 114 ---
[ 14 1 1 & leurs talens qui connoissoient depuis
long-tems l'un & l'autre le Spécifique antiputride de Beaufort & ses vertus, se proposèrent mutuellement à leurs Supérieurs
pour arrêter le cours de la contagion dont
ils étoient spectateurs & témoins ; cette
proposition fut accueillie comme elle méritoit de l'être. Le Sieur le Brun, Chirurgien-Major de l'Artillerie du Cap , n'adminislra pour tout remède aux trois cent
hommes qui lui surent confiés , que l'Eau Antiputride de Beaufort , & les guérit tous
sans en excepter un seul ; le Sieur Nicolas
se conduit de Même pour le traitement des
soixante malades agonisans qu'il fut soigner
dans le Bourg de la Mothe, par ordre de
M. l'Intendant de Dauphiné ; & en huit
jours de tems , il les rétablit également tous,
en pleine & parfaite santé. A-t-on besoin d'autres preuves & d'autres
expériences pour tirer de ces faits principaux les justes conséquences que tout être
sensé doit naturellement en tirer ? N'est - il
pas évident, que si la cause primitive de la
maladie de tant d'invidus, séparés par de si
grandes distances, & placés sous des climats
si différens, n'avoit pas été de même qualité --- Page 115 ---
[ li 1 & de même nature , c'est-à-dire, de feu,
de putridité , de malignité & d'alkali, l'Eau
Antiputride de Beaufort ne les auroit jamais uniformément guéris? Il faudroit, pour
se permettre d'en douter ,*supposer que les
mêmes principes ne produisent pas les
mêmes conséquences , & que les effets des
mêmes causes sont atlervis à pareille bisarrerie. Cette seule & unique.démonstration suffit
pour faire voir que la découverte dont il
s'agit, est un des secrets les plus vrais de
la nature, puisqu'en détruisant le principe
primitif, ou la semence morbifique d'une infinité de maladies où elle est propre , elle doit
nécessairement sauver la vie à une infinité de
malades, qui ne périssent malheureusement sur
mer dans les Colonies &c., que pour n'avoir
pas sçu opposer à l'altération & à l'alkali intérieur qui les détruit, une résistance assez
forte & assez puissante pour les vaincre. Quand on connoît l'affinité surprenante
qu'il y a entre l'acide & l'alkali pour s'unir,
s"embrasser ,,se neutraliser & se détruire l'un
par l'autre, on n'a pas besoin de chercher
l'explication des effers de l'acide sur l'alkali > --- Page 116 ---
[ 16 1 ils font par - tout les mêmes, & lorsqu'on
saura les employer à propos , ils produiront
toujours les mêmes effets.
and on connoît l'affinité surprenante
qu'il y a entre l'acide & l'alkali pour s'unir,
s"embrasser ,,se neutraliser & se détruire l'un
par l'autre, on n'a pas besoin de chercher
l'explication des effers de l'acide sur l'alkali > --- Page 116 ---
[ 16 1 ils font par - tout les mêmes, & lorsqu'on
saura les employer à propos , ils produiront
toujours les mêmes effets. Il est vrai que, pour que l'acide détruire
& neutralise l alkali , il faut qu'il ait une puifsance suffisante pour opérer cette defiruction ; l'Eau Antiputride a, par sa nature &
sa qualité, assez de force pour y réussir ; , mais cornme dans les maladies putrides 1
inflammatoires , malignes & pesiilencielles
l'alkali est très-abondant, il faut que dans
ces circonstances on ait soin de lui opposer
une sufEsante abondance de boisson acidulé , pour surmonter & pour vaincre la
résistance que cet alkali lui présente. Ce seroit nous livrer à un travail immense , que les limites de ce petit Ouvrage
ne nous permettent pas d'entreprendre, que
de vouloir traiter ici toutes les différentes
espèces de maladies qui sont du ressort de
nos Eaux, parce qu'elles sont occasionnées
par les effets de l'alkali & de l'action du
feu ; nous nous bornerons Amplement à faire
observer, en passant, que toutes celles qui
naissent des passions de l'âme, de l'exercice
immodéré de l'esprit, de l'abus des choses -
non --- Page 117 ---
r 17 3 1 B non naturelles, des excrétions & retendons
irrégulières , des puissances nuisibles de l'at- -
mosphère, &c. , ont, pour causes primitives ,
l'altération , le feu & l'alkali, & doivent se
traiter avec les acides , mais ce détail nous
éloigneroit beaucoup trop de notre objet
principal, qui ne consiste qu'à donner la
manière de préparer & d'administer l'Eau
Antiputride dans les différentes circonstances
où elle est propre au service de la Marine >
des Colonies, &c. MANIERE de faire usage de l'Eau
Antiputride 19E BEAU FORT. L'usage de cette Eau ne gêne > ni n'empêche nullement le traitement que les Médecins & les Chirurgiens sont accoutumés
de faire dans les Hôpitaux & sur mer; elle
n'est faite que pour être substituée à la nature & à la qualité des boissons & des tiCannes que l'on donne communément aux
malades 5 elle n'a d'autre objet que de faire
acquérir aux autres remèdes une nouvelle
puissance & de nouveaux recours. Il ne faut point de tems marqué pour --- Page 118 ---
x A
- - r 18 1 l'usage de cette boisson, puisque cette Eau
doit être employée dans toutes les circonftances où il s'agit de calmer, de raffraîchir
& de neutraliser l'alkali. L'usage de cette Eau diminuera le nombre de saignées qu'on a coutume de faire
dans le traitement des maladies inflammatoires ; parce qu'en neutralisant la cause
inflammable , la raréfaction dn sang & la
fièvre doivent nécessairement diminuer &
faire cesser les indications ordinaires de la
saignée. ^
isson, puisque cette Eau
doit être employée dans toutes les circonftances où il s'agit de calmer, de raffraîchir
& de neutraliser l'alkali. L'usage de cette Eau diminuera le nombre de saignées qu'on a coutume de faire
dans le traitement des maladies inflammatoires ; parce qu'en neutralisant la cause
inflammable , la raréfaction dn sang & la
fièvre doivent nécessairement diminuer &
faire cesser les indications ordinaires de la
saignée. ^ Tous les autres remèdes, soit lavemens,
remèdes laxatifs & purgatifs, doivent être
employés de la même manière qu'ils l'étoient
avant l'usage de cette Eau ; il en est de
même dans le traitement des autres maladies. Cette seule observation nous paroît suffisante pour mettre sur la voie tous les Médecins & les Chirurgiens qui sont dans le cas 4
d'employer le secours de ces Eaux, pour : - arrêter, dans le principe, le cours funeste e
des maladies, de la manière la plus évidente s
& la plus sure ; ce qui est, en Médecine , f
l'objet le plus important qu'on puisse desïreri
pour le bien de l'humanité. --- Page 119 ---
t 19 3 B 2 ti Voilà un grand travail, ( décrie Sy- » denham ) & c'est cependant > au rapport
» de ce Docteur, ce qu'il falloit faire , avant
" pôuvoir dire qu'on a fait quelque chose
» d'utile en Médecine », Tolit ce que nous venons d'avancet, doit
être consédéré comme certain, constant &
invariable, parce qu'il est fondé sur unê
multitude infinie d'expériences , dont les '
preuves ne sçâuroient être révoquées en
doute ; d'ailleurs les propriétés de ce spécifiqtie devant être par-tout les mêmes, il
n'y a pas de Médecin qui ne puisse vétifiet
ces faits dans sa- pratique. Pour qu'on ne soit jamais > en àùcuh cas
quelconque , arrêté dans Fadministration de
l Eau Antiputride, dont nous avons depuis
si long-tems reconnu les salutaires effets *
nous nous proposons ici de donner la manière simple de traiter, avec 'ce nouveau
secours, les maladies ordinaires auxquelles
On est sujet dans les vaisseaux > telles que
font le scorbut, la dyssenterie, l'inflammation , la fièvre putride, maligne , la petite
vérole, les vieux ulcères & les plaies ré- - centes seulement, après néanmoins avoit- ' --- Page 120 ---
\
- [ 2'0 ] donné d'abord la préparation en général de
la boisson de cette Eau, & la manière de
garantir de toute corruption & génération
de vers , l'eau commune que l'on embarque
sur mer dans des barriques , à l'usage des
matelots & des passagers. MANIERE de préparer TE au Antiputride
pour la boisson des Malades. Prenez cent vingt pintes d eau commune
dans laquelle vous mêlerez une pinte d'Eau
Antiputride , mesure de Paris ; ce qui équivaut à une demi-cuillerée à bouche d'Eau Antiputride , par pinte d'eau ordinaire. Cette
dose suffit pour tenir lieu de tisanne aux
malades. - MAN 7 E RE d* empêcher l'eau des barriques
de se corrompre en mer de preserver ct
de garantir les Marins ct les Matelots des
maladies inflammatoires , putrides , ma-
- lignes ct scorbutiques , dans les voyages
- d'Amérique ct d'Afrique. Prenez cent cinquante pintes d'eau commune, mettez-y une pinte d'Eau Antiputride
d'eau ordinaire. Cette
dose suffit pour tenir lieu de tisanne aux
malades. - MAN 7 E RE d* empêcher l'eau des barriques
de se corrompre en mer de preserver ct
de garantir les Marins ct les Matelots des
maladies inflammatoires , putrides , ma-
- lignes ct scorbutiques , dans les voyages
- d'Amérique ct d'Afrique. Prenez cent cinquante pintes d'eau commune, mettez-y une pinte d'Eau Antiputride --- Page 121 ---
I 21 ] ' B 3
-, \ pure ; ayez soin que tous ceux qui se trouvent sur le même navire ne s'abreuvent
pas différemment, & que l'eau commune ,
destinée pour le voyage, soit toujours pxéparée fyr, ce tarif. M AN IERE £ empêcher l'eau des, barriques
de se corrompre en mer , de préserver ct
de garantir les Marins ct les Matelots des .
maladies inflammatoires putrides > malignes ct scorbutiques 5 dans les voyages
des Indes. < Attendu la longueur du trajet & la chaleur excessive que l'on éprouve sous la ligne
par les grands calmes qui y règnent, mettez
une pinte d'Eau Antiputride pure , sur' cent
vingt pintes d'eau commune, & que la
boisson de tous les voyageurs soit la même. MAN IERE de rétablir l'eau commune qui
se ferait corrompue dans les banques , faute
d'avoir été préparée avant le départ y avez,
de l'Eau Antiputride. Mettez une pinte d'Eau Antiputride pure
sur la quantité de cent vingt pintes d'eau --- Page 122 ---
r 11 commune, roulez ensuite la barique pen.
dant quelques minutes, afin que l'Eau An^
tiputride se mêle parfaitement avec l'autre $
laissez ensuite reposer cette barique pendant
trois heures ; après cet intervalle 4e tems
on sera sur que l'eau sera devenue lympide,
claire, sans odeur & salubre , comme si elle
n'avoit jamais été corrompue , &- que sa
qualité fera meilleure qu'elle n'étoit sortant
de sa source, , avant sa préparation avec
l'Eau de Beaufort. MANIERE de préparer lEau Antiputridepour le pansement des vieux ulcères ct des
plaies récentes. Cette préparation doit se faire par gra- ■
dation ; c'est-à-dire, qu'on doit mettre d'à- -
bord une cuillerée à bouche de cette Eau j
Antiputride pure dans une pinte d'eau com- .
mune ; on aura soin de tremper des linges. ;
dans cette eau , soir & matin, & de les ap- -
pliquer sur l'ulcère pendant, six jours de *
suite ; au bout de ce tems , on rendra l'eau x
de cette préparation plus forte du double..
On continuera pendant quinze jours de --- Page 123 ---
1 [ 13 ] .1 1 B4 suite ; après lequel tems, on se servira de"
l'eau dans laquelle on aura mis une cuil-
'lerée à bouche d'Eau Antiputride par pinte,
comme pour le premier pansement. Lorsque les chairs seront à niveau de la
peau, on ne mçttra sur la plaie que du linge
blanc &: sec ; cette seule méthode suffira
pour guérir les vieux ulcères , qui auroient
peut- être résislé dix ans aux meilleurs traitemens. ^
1 B4 suite ; après lequel tems, on se servira de"
l'eau dans laquelle on aura mis une cuil-
'lerée à bouche d'Eau Antiputride par pinte,
comme pour le premier pansement. Lorsque les chairs seront à niveau de la
peau, on ne mçttra sur la plaie que du linge
blanc &: sec ; cette seule méthode suffira
pour guérir les vieux ulcères , qui auroient
peut- être résislé dix ans aux meilleurs traitemens. ^ Il faut aussi que le malade boive exactement
tous les jours une pinte d'Eau Antiputride,
préparée pour la boisson des malades ; &
cela, pendant tout le tèms du traitement au
moins, attendu que le repompement du pus ,
qui a pu se faire dans le sang,, pendant
la durée de l'ulcère, est capable de l'avoir
altéré , infe£lé & appauvri. ^ A l'égard des plaies simples , il suffit de
mettre une cuillerée à bouche d'Eau Antiputride pure dans une pinte d'eau commune , & d'y tremper de fortes compresses ,
qu'on appliquera sur le mal, en serrant un;
peu la bande -, on ne les renouvellera qu'après vingt-quatre heures révolues ; & jusqu'à c,e que la. plaie soit fermée, on, se --- Page 124 ---
[ 14 ] conduira de même : par ce moyen, on préviendra la suppuration, & la plaie se cicatrisera très-'promptement. Maniéré de guérir le Scorbut. Cette maladie cachétique se connoît trèsfacilement par les symptômes qui lui font
propres ; il y en a de plusieurs espècés. Le
scorbut qu'on prend en mer & qui est le
plus commun , n'est pas moins dangereux
que celui qu'on prend hors de la mer ; on
le traité ordinairement en Médecine avec
le jus de cerfeuil, de coclaria, de cresson,
de bécabonga, &c. quoique ce soit' des
plantes incendiaires r ainsi que le résort
sauvage.. On se dispensera de ces remèdes infructueux , en usant de l'Eau Antiputride préparée
pour la boisson des malades, à la quantité de
dix à douze verres par jour , dont deux
verres à jeun, à une heure, ou demi-heure
de distance l'un de l'autre, froide ou chaude,
à la volonté du malade , quoique la'dernière soit plus active & meilleure dans le
principe. Si le malade ne peut pas supporter dix
à douze verres de cette boisson par jour > --- Page 125 ---
[ 25 3 il faut y suppléer, en lui donnant seulement
cinq ou six gobelets d'Eau Antiputride préparées comme ci - dessus y & remplacer le
deficit de cette boisson, par quinze gouttes
d'Eau Antiputride pure, qu'on lui donnera
deux fois par jour, mêlées dans trois cuillerées d'eau commune, ou trois cuillerées
de vin rouge ou blanc , à son choix. On aura soin de donner des lavemens
au malade ? de deux jours l'un , avec un.
tiers d'Eau / Antiputride préparée pour sa
boisson, d(ns deux tiers d'une infusion de
graine de lin, ou de racine de guimauve. 0n saignera rarement le malade , à
cause de l'appauvrissement général de son
sang -, on doit le purger avec précaution,
& rarement. Si le malade se dégoûte de sa boisson ,
on pourra la lui rendre plus ageable , en
mettant une demi-cuillerée à bouche d'Eau
Antiputride pure, dans une pinte de limonade ordinaire ; on pourra aussi lui varier
sa boisson , en lui donnant alternativement
de son eau préparée & de sa limonade, ou
en y ajoutaut du sucre ou du syrop.
ment général de son
sang -, on doit le purger avec précaution,
& rarement. Si le malade se dégoûte de sa boisson ,
on pourra la lui rendre plus ageable , en
mettant une demi-cuillerée à bouche d'Eau
Antiputride pure, dans une pinte de limonade ordinaire ; on pourra aussi lui varier
sa boisson , en lui donnant alternativement
de son eau préparée & de sa limonade, ou
en y ajoutaut du sucre ou du syrop. Quand les symptômes 'du scorbut seront ,
totalement dissipés, on purgera le malade --- Page 126 ---
[ 26 ] deux fois en quatre jours, avec des médecines ordinaires & liquides, dans lesquelles
on mettra six gros de syrop de noirprun. On ne donnera à ces sortes de malades
que des potages maigres, à l'oseille sur-tout,
quand on le peut ; les autres alimens seront
légers & raffraîchilTans ; les alimens salés
sont très-contraires à cette maladie : il vaut
mieux s'en tenir aux légumes secs , & mettre
par-tout du vinaigre ou du citron. Quand les malades scorbutiques seront
en état de, manger de la viande fraîche , il
faut la leur donner froide, plutôt que chaude,
& la leur faire manger avec du vinaigre &
un peu d'huile. A la fin du traitement, on donnera des alimens farineux accommodés au gras , en
observant de mettre un pied de veau dans
le bouillon, afin d'engluer le sang & de lui
donner plus de corps. Il arrive souvent que les malades scorbutiques , qui sont pour la plûpart maigres.
& sans force , ont la diarrhée, la peau
sèche, rude , & pour ainsi dire écailleuse
ce qui intercepte en grande partie 1 insensible transpiration, 8t devient par consequent
ta principale cause de la diarrhée j alors on --- Page 127 ---
'\ •.
[ 27 1 ' - fera prendre soir & matin, pendant quatre
ou cinq jours de suite, des bains gras de
tripes pour ramollir la peau, l'huiler, la
rendre extensible & ouvrir les pores; par
, ce moyen, on fera cesser la-diarrhée, on
rendra les chairs plus propres à l'évolution,
à la nutrition & à l'accroissement. Le malade peut prendre , deux ou trois
fois par jour , un peu de vin, mêlé avec
deux tiers de son Eau Antiputride, préparée pour sa boisson. Le Médecin ordinaire qui traitera ces
espèces de malades, aura soin de parer aux
cas accidentels, en évitant toujours les cordiaux trop spiritueux & trop chauds ; il réglera la quantité & la qualité des alimens,
d'après les principes des plus célèbres Médecins , qui recommandent de ne jamais.
porter le feu, où il n'y en a déjà que trop. Il arrive quelquefois des cas où un peu
de chocolat, sans vanillé, ne peut pas être Q ) On com^ole ce bain, en mettant un demi-sceaiï de
bouillon de tripes dans l'eau commune & chaude du bain qui
ne doit couvrir le corps du malade que d'un demi-pied, lorsqu'il fera dans la baignoire; en peut suppléer au bouillon de
tripes, en faisant fondre deux livres de graine quelconque
dans cinq, pintes d'eau commune , pour verser le tout daws
baignoire^. /
, sans vanillé, ne peut pas être Q ) On com^ole ce bain, en mettant un demi-sceaiï de
bouillon de tripes dans l'eau commune & chaude du bain qui
ne doit couvrir le corps du malade que d'un demi-pied, lorsqu'il fera dans la baignoire; en peut suppléer au bouillon de
tripes, en faisant fondre deux livres de graine quelconque
dans cinq, pintes d'eau commune , pour verser le tout daws
baignoire^. / --- Page 128 ---
[ 28 1 1 nuisible ; on peut en' tolérer l'usage, pourvu
qu'il soit rare & modéré. Si le malade a des ulcères à la bouche,
sur les gencives ou au palais, on exigera
qu'il se gargarise souvent avec l'eau dessinée
pour sa boisson ; & s'il ne guérissoit pas
promptement, on renforceroitle gargarisme
du double, c'est-à-dire , qu'on mêleroit une
cuillerée entière d'Eau Antiputride pure
dans la pinte d'eau qui seroit destinée à
cet usage. , ' MANIÉRÉ de guérir la Dysenterie. La dyssenterie , ou flux de sang, est marqué par des déjections sanguinolentes &
fréquentes r suivies de mucosités glaireuses*
& précédées d'une colique tormineuse, ce
qui la diflingue des hémorroïdes, où le flux
de sang précède la douleur, d'avec le flux
hépatique, qui est sans douleur, & de la
sièvre dyssenterique inflammatoire, dont la
dyssenterie est le symptôme. Il y a dissérentes espèces de dyssenteries
inflammatoires, que l'on connoît par les
signes ordinaires de l'inflammation, par l'abattement des forces, la fièvre aiguë, les
Syncopes , la langue sèche , muceuse &
quelquefois noire. --- Page 129 ---
r 29 ] - Les saignées copieuses dans ce dernier cas *
sont absolument nécessaires, & il n'y a que
les boissons acidulés & raffraîchissantes qui
puissent éteindre la cause' incendiaire de
cette maladie. L'Eau antipu tride est de sa nature le meilleur spécifique que l'on puisse employer pour,
y parvenir -, avec son secours, on réussit à
neutraliser la matière brûlante qui cause
l'inflammation. En conséquence, on donnera au malade >
dès le commencement de sa maladie , un
verre d'Eau Antiputride , préparée pour la
boisson des malades, de quart-d'heure en
quart - d'heure ; quand on s'appercevra que
la fièvre & l'inflammation diminueront, on
ne lui donnera à boire que de demi -heure
en demi-heure; ensuite, d'heure en heure,
& successivement jusqu'à ce qu'elles soyent
absolument détruites.
quence, on donnera au malade >
dès le commencement de sa maladie , un
verre d'Eau Antiputride , préparée pour la
boisson des malades, de quart-d'heure en
quart - d'heure ; quand on s'appercevra que
la fièvre & l'inflammation diminueront, on
ne lui donnera à boire que de demi -heure
en demi-heure; ensuite, d'heure en heure,
& successivement jusqu'à ce qu'elles soyent
absolument détruites. On donnera à ce même malade des lavemens fréquens, composés avec deux tiers
de décoction de guimauve , mêlée avec un
tiers d'Eau Antiputride préparée pour sa
boisson. Une multitude infinie d'exemples , aussi --- Page 130 ---
C 3° 1 heureux que surprenans, ont servi depùis
long-tems à nous confirmer dans l'efficacité
d'un pareil traitement ; nous n'en citerons
qu'un seul qui a eu lieu dans l'enceinte des
. Dames Carmelites de Saint-Denis : la malade étoit abandonnée des Médecins, &
livrée aux soins de la Providence ; son état
annonçoit une mort prochaine ; les symptômes de son mal étoient effrayans. Heureusement pour elle , nous fûmes appellés y
& par le seul secours de l'Eau Antiputride,
prise, comme il est dit ci-dessus, en breuvages & en lavemens, nous parvînmes en
. très-peu de jours à lui rendre la vie & la
sànté, dont elle jouit encore. Les Médecins & les Chirurgiens seront cer.
tainement dans le cas de se procurer très-sagementles mêmes effets, en observant le même
traitement, & ayant attention de diminuer le
nombre des boissons & des lavemens, à mesure que la maladie diminuera : car il est démontré qu'en se conduisant de la sorte, ils auront attaqué directement les causes primitives
de la maladie, autant par les saignées indispensables employées les deux premiers
jours que. par l'usage abondant de l'Eau --- Page 131 ---
C 31 3 ' Antiputride de Beaufort, qui aurâ fait disparoître le danger de la maladie , en détruisant la matière billieuse & inflammable
qui l'occasïonnoit. Quand on n'a aucune connoissance des
effets étonnans du spécifique dont il s'agit,
& que par ignorance, ou par amour-propre,
on se dispense d'en saire usage -, si par malheur une pareille maladie se déclare en mer,
comment peut - on espérer d'en arrêter le
cours ? Comment peut-on se flatter de prévenir la gangrêne prochaine & la mort dont
les malades sont alors menacés ? Est-ce par
des tisannes de chiendent & de réglisse ,
même nitreuses, qu'on peut s'imaginer de.
remplir cet objet ? De semblables tisannes
sont - elles propres à surmonter la résistance du mal, dont le progrès est si rapide,
que le quatrième ou le' cinquième jour le
malade périt ? Non , sans doute ; d'aussi
foibles secours sont trop impuissans, pour
qu'on puisse les en soupçonner capables } il
n'y a uniquement que des boissons acidules,
copieuses & abondantes, accompagnées de
quelques saignées faites à propos , avant
les trois premiers jours, qui soyent dans le
ont - elles propres à surmonter la résistance du mal, dont le progrès est si rapide,
que le quatrième ou le' cinquième jour le
malade périt ? Non , sans doute ; d'aussi
foibles secours sont trop impuissans, pour
qu'on puisse les en soupçonner capables } il
n'y a uniquement que des boissons acidules,
copieuses & abondantes, accompagnées de
quelques saignées faites à propos , avant
les trois premiers jours, qui soyent dans le --- Page 132 ---
E.JO cas d'opérer infailliblement cet effet; tout
autre moyen expose la vie du malade, &
compromet sur mer la lanté des marins & des
voyageurs, qui, -en respirant le même air, risquent de prendre la même maladie. Ce n'est point avec des bouillons gras
qu'il faut alimenter le malade , & l'aider
à soutenir ses forces , mais c'en avec des
décodions de riz ou d'orge, adoucies par
un peu de sucre ou de miel, qu'il faut pourvoir à cette nécessité; cette seule nourriture
sera suffisante pendant les six premiers
jours du traitement. Après cette époque .
suivant l'état du malade, elle sera supprimée,
ou suppléée par d'autres alimens très-légers,
que les Médecins ou Chirurgiens indique..
ront jusqu'à parfaite guérison. Il n'y a rien de plus sûr, de plus puiffant & de plus simple que ce traitement ;
aucun Médecin ne peut dire qu'il le déroute & qu'il le gêne y car jamais il n'auroit dû en employer d'autre ; il ne diffère uniquement que dans l'usage d'une boisson plus
vertueuse & efficace , qui a la propriété
d'amortir la cause primitive de la maladie,
sans laquelle il est probable qu'il n'y réuffiroit
pas, --- Page 133 ---
.1 ~ v . r 33 1 - ' C
' pas, ou que, si par hasard il y parvient,
ce ne sera qu après avoir, fait courir au ma*
lade bien des risques, auxquels il lui auroit
été bien aisé -de le soustraire* Tout ce que nous venons de dire cidessus, doit faire sentir aux Médecins & aux
Chirurgiens , qui traiteront à l'avenir des
malades attaqués de la dyssenterie , combien il est important & nécessai-re de leur
ordonner pour toute boisson, l'Eau Antipu-,
tride, préparée comme nous l'avons indiqué plus haut ; 1 experience & là raison ju£
tissent l'infaillibilité d'un pareil traitement v,
& tous les autres fourmillent d'incônyéniens
& de dangers. On distingue encore d'autres espèces de
dyssenteries: comme, par exèmple, celle
dont les Indiens sont fréquemment attaqués, »
& qui afflige pour l'ordinaire presque tous,
les Européens qui se transportent dans l'Inde.
Bontius, Médecin Indien , nous a appris
que cette maladie y est terrible, & presque
toujours funeste. Nous avons jugé, d'après ce rapport , \
qu'il Convenoit d'en faire connoître les symp- --- Page 134 ---
v t 34 ] tomes, & de donner en même tems ici le
moyen de prévenir les dangers de mort
auxquels cette maladie expose, attendu que,
comme la nation françoise fréquente habituellement ces climats pour l'utilité de son
commerce , il eit naturel & important de la
mettre à même d'en guérir & de s'en préserver. On connoît la dysenterie de l'Inde, par la
fièvre putride qui se déclare dans le principe
de 1 a maladie, en même tems que l'abattement
total des forces : on là traite ordinairement
dans l'Inde avec des infusions de rhubarbe &
des extraits narcotiques de saffran. •
uellement ces climats pour l'utilité de son
commerce , il eit naturel & important de la
mettre à même d'en guérir & de s'en préserver. On connoît la dysenterie de l'Inde, par la
fièvre putride qui se déclare dans le principe
de 1 a maladie, en même tems que l'abattement
total des forces : on là traite ordinairement
dans l'Inde avec des infusions de rhubarbe &
des extraits narcotiques de saffran. • • Mais peut-on s'imaginer de guérir une
maladie aussi grave, avec un traitement de
cette espèce ? Ne voit-on pas que la putridité maligne, l'abattement total des forces
r& l'inflammation, sollicitent des remèdes
v tous différens ? qu'il faut en employer qui
soyent capables de vaincre la résistance de
la maladie , au lieu de lui céder. Que cette
maladie exige nécessairement dans le principe un vomitif en lavage , une ou deux
' saignées, & l'usage fréquent des tempérans
& des raffraîchifTans acidulés ; que l'Eau \ --- Page 135 ---
• - C 35 1 - [texte_manquant] Antiputride doit y être employée avec
abondance , en breuvages & en lavemens >
de la manière dont nous l'avons indiqué
ci-devant ? Ne sont - ce pas là les remèdes
les plus spécifiques & les plus sûrs pour
guérir indubitablement une maladie qui n'esfc
produite que par une altération excessive
& par un feu dévorant? La raison & l'expérience démontrent très - clairement cette
vérité, pour qu'on puisse la révoquer en
doute. Néanmoins il y a environ dix - huit ans
que, dans l'espace de trois ou quatre mois,
vingt mille habitans blancs ou noirs expirèrent de cette affreuse maladie, sur les bords
du Gange, aux environs de Chandarnagor,
sans qu'aucune personne de l'art ait eu l'idée
de leur administrer des remèdes acidulés ,
qui seuls étoient propres à en arrêter le
cours funeste. ( Des exemples aussi malheureux sont assez
tristes & assez frappans, pour laire concevoir aux Médecins & aux Chirurgiens la
nécessité absolue des acides en pareille circonstance , puisqu'ils doivent être sûrs de --- Page 136 ---
t 36 j fie jamais parvenir à détruire le mal, tans
en avoir détruit la cause. Il y a encore une autre espèce de dytsenterie épidémique & maligne, que l'on
prend communément dans les vaisseaux ,
ainÍi que dans les armées ; elle est produite
par la même cause que les précédentes :
il n'y a entre elles que quelques degrés de
différence. Dans celle - ci, l'abattement des
forces est très-grand -, le poulx est presque
naturel ; mais les déjections sont verdâtres,
noirâtres & faetides. Cette espèce de dyssenterie est très-contagieuse ; nous l'avons souvent vu régner dans les hôpitaux de l'armée , 'où nous avons été employés longtems. Les Médecins & les Chirurgiens la traitent ordinairement en prescrivant l'usage
des raffraîchissans, des bains, des lavemens,
avec un peu de vinaigre, ou d'autres acides
ménagés à propos $ ils employent aussi avec
assez de succès l'ipécaquenna , après le cinquième jour de la maladie , & la saignée
quand ils la croyent nécessaire. Mais cette maladie qui devient gangré- --- Page 137 ---
r 37 ]
Les Médecins & les Chirurgiens la traitent ordinairement en prescrivant l'usage
des raffraîchissans, des bains, des lavemens,
avec un peu de vinaigre, ou d'autres acides
ménagés à propos $ ils employent aussi avec
assez de succès l'ipécaquenna , après le cinquième jour de la maladie , & la saignée
quand ils la croyent nécessaire. Mais cette maladie qui devient gangré- --- Page 137 ---
r 37 ] Ci neuse & mortelle pour peu qu'on la néglige^
se guérit beauçoup plus promptement, &
sans aucun danger , par l'usage fréquent &
abondant de l'Eau Antriputride , administrée,
comme il est dit ci-dessus , foit en breu,
vrages, soit en lavëmens ; c'est-là l'unique
moyen de prévenir l'inflammation & 1 ar
gangrêne. De toutes les. différentes espèces de dyflenterie , dont nous venons de parler, il n'y en a
pas une seule dont l'Eau Antiputride ne soit
le véritable spécisique; ; mais il faut que le malade s'inonde de cette boisson, afin de détruire l'inflammation, &: avoir soin de donner
à propos un vomitif comme l'ipécaquenna,
après qu'on- est: parvenu à détendre les solides , autrement ce vomitif seroit nuisible ;
par ce, moyen , on fera cesser le délire si
le malade en est atteint ; on. préviendra la
gangrène y & même on la guérira dans son
principe , si l'on. a attention. de se con->
former à ce régime. Il est facile. de voir par tout ce que nous.
venons de dire sur les différentes espèces do
dyssenteries, que nous n'entendons pas changer la moindre chose à l'ordre ordinaire des. --- Page 138 ---
' C 3g j traitemens que les Médecins & les Chirurgiens doivent nécessairement ravoir, pour se
conduire avec prudence pendant le cours
de cette maladie : notre unique objet est de
leur recommander de n'ordonner à leur malade d'autre boisson que celle de l'Eau Antiputride préparée , dont les effets sont infaillibles & éprouvés en pareille occasion. Il y a encore quelqu'autres espèces de
dyssenteries particulières ; mais elles sont
heureusement très-rares sur mer & sur terre.
Comme elles ont toutes pour principe, l'inflammation , le feu & l'alkall, l'usage des
boissons, acidules leur convient uniformément à toutes, même à celle qui règne assez
souvent dans le Nord, & qui est produite
. par des apihes dans les intestins , ainsi que
celle qui dérive d'un abcès au foye. Ce n'est
qu'après nous être sérieusement occupés de
toutes ces espèces de dyssenteries & les avoir
toutes traitées avec succès, que nous nous.
sommes déterminés à donner notre méthode ?
comme beaucoup plus prompte & plus cer-
. taine que toute autre. - On achevera la guérison des malades, qui
auront essuyés cesse maladie, avec du lait > --- Page 139 ---
1 C 39 3 C 4 s'il est possible d'en trouver ; Íinon, avec
quelques soupes farineuses. On peut leur
faire prendre aussi de l'eau de riz', avec un
peu de sucre ou de miel ; mais il faut fupprimer les alimens gras, jusqu'à parfait &
entier rétablissement. - MANIERE de guérir l'Inflammation,
vera la guérison des malades, qui
auront essuyés cesse maladie, avec du lait > --- Page 139 ---
1 C 39 3 C 4 s'il est possible d'en trouver ; Íinon, avec
quelques soupes farineuses. On peut leur
faire prendre aussi de l'eau de riz', avec un
peu de sucre ou de miel ; mais il faut fupprimer les alimens gras, jusqu'à parfait &
entier rétablissement. - MANIERE de guérir l'Inflammation, On a communément dans les vaifîeaur
sur mer & dans les pays chauds, beaucoup
plus d'inflammations à traiter que dans les
climats tempérés; dans les premiers, la chaleur raréfie le fang très-facilement excite
des tueurs & des moiteurs continuelles qui
diminuent le véhicule du sang, & le rendent plus. susceptible de devenir coëneux Sc
inflammatoire ; les chaleurs donnent aûssi un£
trop grande confistancô a la lymphe, c.e qui
est cause qu'elle n'est plus propre pour circuler au diamètre des vaisseaux capillaires ,,
sanguins où elle produit des slagnations
multipliées qui rendent la maladie plus ou
moins dangereuse , suivânt la- nature des.
parties où se porte l'inflammation. Quand on examine attentivement la cause --- Page 140 ---
[ 40 ] éloignée & la cause prochaine des maladies
inflammatoires, on n'a pas de peine à juger.
qu'elles dépendent l'une & l'autre des matières inflammables & du mouvement trop
accéléré du -sang qui a rendu la lymphe
coëneuse, & propre à produire différentes
Stagnations ; on conçoit en même tems que
ces fortes d accidens font éprouver au malade de la fréquence & de la dureté dans
le poulx, qui sont les Lignes les plus caractériftiques de l'inflammation. Les personnes livrées à des travaux pénibles
sur mer & ailleurs, sont sùjettes à des sueurs. &
à des moiteurs qui épuisent le véhicule du
sang, l'altèrent, l'éçhauffent & l'épaississent ;
c'eit de - là précisément que dépendent les
inflammations, sur-tout lorsque , par imprudence, ces mêmes perf-onnes, ainsi échauffées,
se tiennent dans un état de repos, ou boivent
de l'eau pour éteindre leur foi£' Ce contraire du froid & du chaud , occasionne nécessairement une stagnation dans le sang,
& la Stagnation produit & détermine Finflammation. Sur mer, où les manœuvres sônt souvent très - pénibles, les personnes les plus --- Page 141 ---
[ 41 3 -' robustes sont Plus susceptibles d'inflam,ma--
tion , que celles qui le sont moins ; la raisoii
en est simple & sensible : plus on est fort,
plus les mouvemens sont violens ; plus ils
le sont, & plus le sang acquiert de vélocité
& de raréfa&ion. Or, il n'est pas possiblë
de concevoir un très-grand degré de chaleur
dans le sang , sans concevoir en même tems
l'épaississement de la lymphe qui en lie toutes
les parties intégrantes. Lorsqu'elle ne peut pas
circuler dans les petits vaisseaux, parce qu'un
trop grand degré de chaleur la durcie & la
rendue eoëneuse, alors il se forme de toutes
parts des engorgemens & des obstacles qui .
s'opposent à la libre circulation du sange
d'où il arrive de fréquentes fluxions de poitrine , des pleurésies, ou d'autres inflanlmations de différentes espèees qui exigent de
prompts secours, auxquelles t>n ne remédie
( comme nous l'avons dit ci - dessus, ) que
par les saignées faites à propos , & par une
boisson abondante acidulé, ou avec l'Eau
Antiputride de Beausort.
orgemens & des obstacles qui .
s'opposent à la libre circulation du sange
d'où il arrive de fréquentes fluxions de poitrine , des pleurésies, ou d'autres inflanlmations de différentes espèees qui exigent de
prompts secours, auxquelles t>n ne remédie
( comme nous l'avons dit ci - dessus, ) que
par les saignées faites à propos , & par une
boisson abondante acidulé, ou avec l'Eau
Antiputride de Beausort. Il n'est pas croyable qu'on veuille traiter
ces maladies avec du chiendent, de la fleur
de sureaujdu bouillon blanc, du capillaire, Î '. --- Page 142 ---
Z 41 1 du coquelico, avec quelque? saignées,
&c., comme on le fait si mal à propos depuis plusieurs siècles ; toutes ces boiÍfons,
échauffantes sont opposées aux véritables
vues qu'on doit avoir pour combattre & détruire l'inflammation. v Nous ferons remarquer ici que les remèdes
diaphorétiques, qui portent à la peau, ne
peuvent convenir en aucune manière dans
le traitement de l'inflammation , quand
elle eshdéterminée -, ils ne servent au con.-
traire qu'à accélérer le mouvement du sang ,
& à rendre l'obstacle qui s'est formé dans
quelques parties du corps , plus insurmontable, par les effets redoublés des battemens
*du coeur , qui l'engagent toujours plus,
dans les vaisseaux étroits , & y augmentent l'inflammation. La- dilatation des vaifseaux sanguins & lymphatiques devient
plus grande , l'engorgement plus coniÎdérable , & la résolution en siippuration,
ou en gangrène , plus certaine & plus
prompte. C'est dans de pareilles circonstances que
les Médecins ou les Chirurgiens doivent
s'occuper, sans perdre de tems , du moyen de --- Page 143 ---
^ X 43 1 parer aux suites funestes de ces engorgemens inflammatoires, par des saignées copieuses, afin de rappeller le sang arrêté dans
l'océan de la circulation, en relâchant lcs
solides , & en appaisant, par des acides appropriés, sa trop grande raréfaction, en neutralisant la matière de feu qui la produit, &
en évitant les remèdes qui l'augmentent, tels
que la fleur de sureau, ou de coquelico, &c.,
en pareille circonstance. Une routine aussi aveugle, sous prétexte
de rétablir la transpiration dans le traitemens des fluxions de poitrine & des pleurésies, seroit diamétralement contraire au
véritable but que le Médecin doit se proposer, pour relâcher & détendre , afin
de dissiper la stagnation qui cause l'inflammation , au lieu de l'augmenter par des remèdes chauds qui fouettent le sang, excitent
la sueur, & rendent les maladies incurables
& mortelles. Nous observerons, en passant, qu'il y a
très-peu de Praticiens en Médecine & en
Chirurgie qui ayent observé , en traitant ces
maladies , la cause accidentelle, qui fait que
les fluxions de poitrine & les pleurésies sont
re , afin
de dissiper la stagnation qui cause l'inflammation , au lieu de l'augmenter par des remèdes chauds qui fouettent le sang, excitent
la sueur, & rendent les maladies incurables
& mortelles. Nous observerons, en passant, qu'il y a
très-peu de Praticiens en Médecine & en
Chirurgie qui ayent observé , en traitant ces
maladies , la cause accidentelle, qui fait que
les fluxions de poitrine & les pleurésies sont --- Page 144 ---
[ 44 ] souvent compliquées avec la fièvre putride ,
qui devient quelquefois maligne & difficile
à guérir , par les moyens qu'on avoit coutume d'employer jusqu'ici. Pour en sentir l'importance & la raison-,
il faut se représenter la' méchanique du basventre & du diaphragme , qui sont les agens
qui font, par leur pression alternative, verser
la portion de bile cystique, de la vefficule
du siel, dans le canal coledoque ; pour donner
plus d'a&ion 8e de force à la bile hépatique ,
dessinée à perfectionner le chile dans le'
premier des intestins, cette vefficule, qui est
f-ufpendue dans la cavité du foye, ne peut
verser que quelques gouttes de la bile brûlante & caustique qu'elle contient, que par
la pression alternative des musèles du basventre & du diaphragme, sur la base de cette
véfficule, en suivant les mouvemens de la
respiration. Or, comme dans la fluxion de poitrine-
^ & dans la pleurésie la respiration est plus
ou moins gênée , en raison du degré d'inflammation , les mouvemens des muscles
du bas - ventre & du diaphragme doivent
être doublés &: souvent triplés, d'où il doit - --- Page 145 ---
t 45 1 «- résulter que la véssicule du siel, fera remonter, verser le double & plus de cette bile
cyitique, qu'elle contient, dans le canal qui
la conduit, dans le premier des intestins,
d'où elle passera dans le sang par les vaisseaux
lactés , destinés à absorber ( & pomper, pour
ainsi dire, ) la partie la plus tenue du chile.
Le versement irrégulier de cette bile brûlante,
doit nécessairem'ent porter du feu dans le sang,
& produire la putridité plus ou moins grande,
& même la malignité , à raison de la quantité de bile incendiaire qui a dû passer dans
le sang -, d'où il s'en suivra les accidens les
plus effrayans , comme nous l'avons souvent observé dans, notre pratique ; & vu
que les tisannes & les infusions diaphorétiques ne peuvent qu'aggraver, en rendant
la maladie plus rébelle , plus dangerèuse,
par les remèdes qui raréfient, échauffent
& augmentent le trop grand mouvement du
fang. Quand on considère de sang - froid les
effets étonnans de cette bile inflammable,
croira-t-on avoir d'autres moyens pour la
combattre , que l'usage abondant des acides
appropriés pour la neutraliser , la rendre --- Page 146 ---
- r 46 ] impuissante, & la chasser avec abondance
par les urmes ? C'est alors qu'on verra, sous
peu de tems, les accidens se dissïper, qu'on
verra les malades les plus désespérés entrer
en voie de guérison, dès le cinquième ou
le septième jour; tandis que si l'on n'avoit
pas employé les acides pour abattre l'excessive raréfaction du sang & chasser la bile
inflammable qui est la cause principale de
la maladie, le malade auroit été inévitablement victime de tout autre traitement.
'on verra, sous
peu de tems, les accidens se dissïper, qu'on
verra les malades les plus désespérés entrer
en voie de guérison, dès le cinquième ou
le septième jour; tandis que si l'on n'avoit
pas employé les acides pour abattre l'excessive raréfaction du sang & chasser la bile
inflammable qui est la cause principale de
la maladie, le malade auroit été inévitablement victime de tout autre traitement. Voilà des faits de pratique qui sont certains ; ils peuvent se rencontrer à toute heure
sur les vaisseaux, en Corse & dans les Colonies, &c., où la raréfaction du sang est
sans cesse entretenue par la chaleur brûlante du climat. Les Médecins & les Chirurgiens ne sauroient donc trop s'occuper du
soin de combattre la raréfaction du sang, . puisqu'eUe forme toujours les plus grands
obsiacles à la guérison de ces serres de
maladies. Au reste, le traitement de l'inflammation
est simple & facile ; des saignées à propos
dans le principe ; des lavemens & des
boissons acidulés, telles que nous l'avons --- Page 147 ---
. [47] ~ recommandé ; quelques légers purgatifs, lorsque l'inflammation est totalement dissipée ;
la diète, c'efl-à-dire -, de l'eau d'orge, avec
du sucre pour tout aliment , jusqu'au cin^
quième jour de la maladie ; voilà la manière de nous conduire, dans le traitement des maladies inflammatoires , dont
le succès nous fait penser qu'il n'y en a pas
. de meilleur. MA NI ERE de guérir la Fièvre putride. Cette fièvre, qui est sans redoublement",
diffère dè la fièvre continue par sa durée ;
elle finit ordinairement le quatorzième jour :
elle n'a aucun redoublement déterminé ;
tantôt elle esi maligne, pestilencielle , Íimple ou épidémique, & quelquesois inflammatoire , nerveuse, convulsive, vermineuse,
& souvent compliquée avec des inflammations particulières qui peuvent être sans
nombre, à raison des parties enflammées,
mais qui sont faciles à distinguer par ceux
qui sont en usage de traiter ces espèces de
maladies.. Le danger est plus ou moins grand, suivant --- Page 148 ---
r 48 ] / la nature des parties enflammées qui donnent lieu à la complicàtion ; le Médecin ou
le Chirurgien qui est dans le cas de traiter
ces sortes de maladies , doit savoir parfaitement employer à propos une , deux& trois
saignées dans le principe, lorsqu'il remarque
quelque inflammation qui exige absolument
de détendre les solides, afin d'être en état
de donner quelques vomitifs pour évacuer
les matières qui occupent les premières
voyes. Mais la maladie étant putride, billieuse,
alkaline & couvent inflammatoire , l'Eau
Antiputride y est nécessaire pour la guérir , elle en arrête le cours & les progrés. Il faut seulement ordonner cette
boisson au malade, dès le commencement
de sa maladie, afin d'être en état de la combattre avec plus de sûretéil est facile d'en
concevoir la raison ; un détruit beaucoup
plus vite un feu naissant qu'un incendie
total. Or > comme il s'agit de neutralises
les matières alkalines inflammables, ce n est
qu'en leur opposant des acides supérieurs à
leurs forces & à leur résistance, qu'on peut
se flatter de les surmonter.
seulement ordonner cette
boisson au malade, dès le commencement
de sa maladie, afin d'être en état de la combattre avec plus de sûretéil est facile d'en
concevoir la raison ; un détruit beaucoup
plus vite un feu naissant qu'un incendie
total. Or > comme il s'agit de neutralises
les matières alkalines inflammables, ce n est
qu'en leur opposant des acides supérieurs à
leurs forces & à leur résistance, qu'on peut
se flatter de les surmonter. Un --- Page 149 ---
[ 49 1 1 - D Un Médecin qui a écrit sur les maladies
qui ont régné en 178z , en Bretagne, a
pensé différemment sur l'usage des acides ;
il les conseille lorsque les inflammations
font dissipées & que le relâchement des
solides est arrivé; mais si l'on attendoit ce
tems, la plûpart des malades mourroient,
puisque dans trois jours la maladie devient
gangréneuse , lorsque la cause n'est point
dissipée en partie par les saignées & par
les acides : ce n'est positivement que dans le
principe , que cette maladie est dangereuse.
Les acides adoucis, chargés de sels neutres,
n'agacent point les solides enflammés,& ten,
dus ; ils procurent au contraire dans moins de
vingt-quatre heures, du relâchement, en neutralisant la cause irritante & alkaline , & font
cesser dans moins de six heures la raréfaction
excessive du sang ; c'est alors que le relâchement des solides & des parties nerveuses
commence à se faire remarquer, & que la
fièvre diminue ; que les sécrétions en général _■
paroissent se rétablir, & qu'on parvient à parer
à un danger certain qu'on n'éviteroit point,
si l'on n'employoit les acides qu'après le
cinquième ou le sixième jour de la maladie. --- Page 150 ---
C 50 J. Les personnes qui n'ont pas l'expérience
des acides dans les maladies inflammatoires ,
qui ne raisonnent que d'après des préjugés,
ou des idées qui leur font penser que les
acides pourroient agacer, irriter & augmenter paf conséquent l'inflammation, ne
peuvent retirer que de foibles secours des
propriétés précieuses des acides qui renferment dans leur sein les véritables secrets
de la natute. Il feroit absolument inutile de nous étendre davantage sur cette maladie & sur ses
différentes espèces; ces détails entraîneroient
une trop grande longueur , & se réduiroient
à recommander toujours l'usage de l'Eau
Antiputride , pour la seule & unique boisson
de ces malades , ou de tous autres acides, à
défaut de celui-ci qui est le meilleur. Nous
nous bornerons à rapporter ici les principales occasions où il est absolument nécessaire d'y avoir recours, tant sur mer que dans
les Colonies, en donnant la manière d'employer les acides, & de vaincre la résistance
des .causes des maladies les plus communes
en mer, & qui y font les plus grands ravages. La principale observation que nous nous > ; --- Page 151 ---
t 5> 1 -1 D à permettrons de faire, en passant, aux Médecins & Chirurgiens , destinés par état à
conduire & traiter toutes ces différentes maladies, cest de subilituet les boissons acidules
à toutes celles qu'ils avoient coutume d'employer, attendu qu'elles sont toutes ou trop
lentes , ou trop impnissantes, & direftement
contraires aux effets qu'ils se proposent de
remplir par leur traitement
nous nous > ; --- Page 151 ---
t 5> 1 -1 D à permettrons de faire, en passant, aux Médecins & Chirurgiens , destinés par état à
conduire & traiter toutes ces différentes maladies, cest de subilituet les boissons acidules
à toutes celles qu'ils avoient coutume d'employer, attendu qu'elles sont toutes ou trop
lentes , ou trop impnissantes, & direftement
contraires aux effets qu'ils se proposent de
remplir par leur traitement Pour ne laisser aucun doute for les effets
des acides sur les alkalis dans la fièvre putride, nous rapporterons ici une expérience
sensible qui peut se faire à toute heure par
les personnes qui desïreront de s'en convaincre * elle servira en même tems à tous
les hommes qui nont aucune connoissance
de la nature & qualité des causes alkalines,
des maladies putrides & inflammatoires ,
afin d'en tirer des conséquences dans des
circonstances où l'on peut manquer des secours suffisans. Cette expérience se fait de la manière la.
plus simple (*) -, elle prouve incontesta- (* ) Prenez quatre onces de viande friche * foie de veau *
de bœuf ou de mouron: hachezila groflièremenc, mettez- --- Page 152 ---
1.. [ 52 ] blement que les alkalis étant la cause des
maladies & principalement de celles qui
font putrides, inflammables , ne peuvent
être neutralisés , chassés & détruits , que par
les acides administrés en toutes sortes de
formes , suivant les différentes vues des
Médecins. Ceux qui ont quelque connoissance des
rapports chymiques , savent avec quelle
promptitude & vivacité les parties analogues de la matière s'attirent réciproquement,
&. agissent les unes sur les autres, & avec
quelle violence l' acide & l'alkali se pénètrent, se neutralisent & se combinent ensemble , pour former de nouveaux corps
mixtes, qui, en perdant leurs propriétés, y pour un sol de (el fixe de tartre î remuez & pilez pendant deux secondes; sentez cette viande , & vous aurez une
odeur très - fœtide , à cause du dégagement des alkalis
yolatils , par l'anéantissement de l'acide animal, dont l'alkali
fixe est le destructeur , par l'affinité qu'ils ont ensemble pour
s'unir & se neucraliser. Vous remettrez cette viande dans
son premier état de fraîcheur, avec une cuillerée à café
d'Eau Antiputride pure, ou tout ou par-tout autre acide
minéral qu'on voudra choisir. --- Page 153 ---
f 53 1 V 1 . D 3 1 en acquièrent des nouvelles Pour être
bien persuadé de ces principes, nous nous
proposons de donner ici, une idée succinte
des parties essentielles qui servent à entre-
-
tenir le juste équilibre entre des parties constituantes du corps animalrelativement aux
acides & aux alkalis , qui sont les principales parties qui le conservent & le détruiT
sent, lorsqu'une d'elles surmonte la résistance
de l'autre. Les acides & les alkalis sont ,par leur jufle
équilibre, la principale cause de la santé des
hommes & des animaux y l'augmentation
de l'un, ou la diminution de l'autre çauferont toujours les plus, grands désordres ■&
donneront naissance. aux maladies les- plus
graves & les plus dangereuSes. En effet, lorsque r par quelque altération
ou par des causes accidentelles , contagieuses , &c., le sang s'agite , se raréfie & cause
la fièvre , on voit la chaleur s'augmenter, & le.
sang, dont le mouvement devient dans ces;
aux y l'augmentation
de l'un, ou la diminution de l'autre çauferont toujours les plus, grands désordres ■&
donneront naissance. aux maladies les- plus
graves & les plus dangereuSes. En effet, lorsque r par quelque altération
ou par des causes accidentelles , contagieuses , &c., le sang s'agite , se raréfie & cause
la fièvre , on voit la chaleur s'augmenter, & le.
sang, dont le mouvement devient dans ces; (*) Par analogie, nous entendons deux substances qui
s'atrirent réciproquement » & qui tendent à s'unir l'une à
autre. --- Page 154 ---
r f4 3 circonstances toujours plus aétif, faire des
violens efforts, s'alkaliser enfin , & s'enflammer au point de développer les alkalis
volatils, dont le corps & ses parties graiffeuses & sulphureuses sont remplis , surmonter la résistance que Tacide animal opposoit aux alkalis volatils, à la chaleur, du
mouvement du sang trop accéléré. Les alkalis, alors étant devenus libres, portent de toute part le feu brûlant de leur mou*,
vement excessif, enflamment le fang & les,
solides, occasionnent la putréfaction la plus
forte , souvent maligne & contagieuse, dont
on ne sauroit arrêter la rapidité des effets %
qu'en neutralisant ces alkalis putrides &
malins , par l'acide combiné & adouci *
que l'on doit prendre en plus grande
abondance , afin de sur monter leur résistance. Malgré ce que nous venons de rapporter *
il né faut point croire que les acides n é prouvent pas de contrariétés ; mais les expériences.
de leurs effets salutaires , dans les circonf.
tances les, plus critiques, sont suffisantes pour
anéantir tous les propos qui peuvent s élever
sur kurs propriétés. --- Page 155 ---
C S5 ] D 4. Nous voyons prescrire tous les jours la
ciguë, le sublimé, les pilules de savon , les
plantes incendiaires & alkalines, & d'autres
remèdes chauds & sulphureux, pour combattre des maladies dont la cause est analogue , à tous égards., à la nature de ces remèdes, qui seroient plus propres à produireDU entretenir ces maladies, qu'à. les combattre ; cependant ces sortes de remèdes
font recommandés, & n'éprouvent aucune
contradiction, quoique leurs effets soient
précaires & très - incertains, pour ne pas
dire contraires aux vues qu'on doit se proposer. L'expérience rapportée dans ce chapitre , fera encore miçux connoître cettehérité , que tout ce que nous avons pu dire
là-dessus. Les vérités que nous venons de détailler
sur la manière dont la lymphe du sang s'épaissit par les alkalis , seront bien mieux
confirmées par la manière dont se fait le
savon. Elle démontrera sensiblement les
effets des alkalis sur les parties huileuses de
la lymphe de notre sang : ce tableau est un,
exemple frappant qui ne laisse aucun doute
* sur tout ce que nous avons avancé dans cet- --- Page 156 ---
C S6 ] Ouvrage sur les effets des alkalis , sur la
lymphe qui lie intimément toutes les parties
intégrantes du sang, & sur son épaississement
coeneux & inflammatoire (*J, dont il ne
sera plus étonnant d'appercevoir que les
alkalis sont la cause de. l'inflammation , en
rendant la lymphe coëneuse & propre à
former des Stagnations , par conséquent
des inflammations de toutès parts.
avancé dans cet- --- Page 156 ---
C S6 ] Ouvrage sur les effets des alkalis , sur la
lymphe qui lie intimément toutes les parties
intégrantes du sang, & sur son épaississement
coeneux & inflammatoire (*J, dont il ne
sera plus étonnant d'appercevoir que les
alkalis sont la cause de. l'inflammation , en
rendant la lymphe coëneuse & propre à
former des Stagnations , par conséquent
des inflammations de toutès parts. Passons actuellement à la manière d'adminislrer l'Eau Antiputride, à l'égard des
malades attaqués de la petite vérole , presque
toujours mortelle sur mer, & sur-tout dans la
traite des Nègres. Cet article est très-intéressant pour les Armateurs qui font ce commerce ; ils se ruinent infailliblement , lorfqu'ils éprouvent plusieurs fois les fâcheuses
suites de cette maladie. (*) Le savon n'est autre chose qu'un comparé d'huile,
d'eau & d'alkali fixe : c'est le feu qui les mec en mouvement:,
& c'est l'alkaîi qui durcit, épaissit , & rend solide les parties
rameuses de l'huile qui renferme dans les interfaces de fès'
parties une portion d'eau extrêmement divisée & incop.
porée dans la pâte du savon. --- Page 157 ---
C 57 ] 1 1- ; MANIÉRÉ de guérir la petite Vérole. De toutes les maladies qui affligent l'hu-'
manité, il n'en est point de plus générale
& de plus cruelle que la petite vérole ; car
sans craindre d'être taxé d'exagération, on
peut dire que tout l'univers y est assujetti. Les opinions des Médecins anciens & mo7
dernes sont partagées sur l'origine de la pe- '
tite vérole ; les uns assurent qu'elle n'étoit
pas connue des Grecs , avant le septième,
siècle; que ce sont les Arabes qui font apportés en Egypte ; ils ajoutent même qu'Hyppocrate n'en a jamais eu connoissance : mais
ceux qui se sont attachés le plus fidèlement
à la lecture des Ouvrages de ce divin Vieillard , assurent qu'il la connoissoit très-bien,
& qu 'il a jugé à propos de la comprendre
sous le nom d'exantême, ou des maladies
cutanées. Le sentiment le plus probable nous fait
penser que cette maladie est héréditaire ; que
c'est un levain que nous apportons en naifsant, qui se développe , suivant les saisons
& les circonstances, dans tous les climats --- Page 158 ---
.> --' - 1 E s8 1 1
de l'univers; cette opinion nous engage à /
troire que tous les hommes nés & à naître -
y sont & seront toujours également sujets :
les Ouvrages de Ra^ès, d'Helvétius & de
Sydenham, qui traitent de cette matière à
fond, pourront donner aux curieux toute
^ espèce de satisfa&ion à cet égard.
suivant les saisons
& les circonstances, dans tous les climats --- Page 158 ---
.> --' - 1 E s8 1 1
de l'univers; cette opinion nous engage à /
troire que tous les hommes nés & à naître -
y sont & seront toujours également sujets :
les Ouvrages de Ra^ès, d'Helvétius & de
Sydenham, qui traitent de cette matière à
fond, pourront donner aux curieux toute
^ espèce de satisfa&ion à cet égard. ' Mais comme il nous importe peu de savoir si cette maladie est héréditaire ou non ,
ne devant avoir d'autre objet que d'exécuter
les ordres du Minif1:re, qui nous astreignent
à donner une Formule très - détaillée sur la
Manière d"adminijlrer l' Eau Minérale Antiputride sur mer & dans les Colonies , dans tous
les cas où il ejl urgent & nécessaire de remployer ; au lieu d'entrer dans tous les menus
détails de cette maladie, & de nous attacher à l'examen scrupuleux de son origine,
de ses parties, de ses espèces, de ses effets
& de ses variations, nous recommmanderons Amplement à ceux qui doivent traiter
ces espèces de maladies dans les vaisseaux ,
dans les Colonies , &c., de s'attacher à connoître & à distinguer les qualités de la petite
vérole discrette ou bénigne , d'avec la con-
* fluente ou la maligne \ de savoir qu'elles
f ' / --- Page 159 ---
i C S 3 sont l'une & l'autre du ressort de l'Eau Minérale Antiputride, & qu'il n'est pas pofsible de découvrir un meilleur spécifique,
pour arrêter le ravage & les effets funestes
de cette horrible maladie. Ces deux espèces de petite vérole se distinguent par des signes qui leur sont particuliers & propres, dont nous donnerons ici
une notion suffisante pour n'être jamais dans
le cas de se tromper sur le caractère distin8:if de chaque espèce. En indiquant leurs
dangers, nous indiquerons aussi les moyens
de les prévenir, jusqu'à ce qu'ils soyent abColumene finis & dieipés. La petite vérole est une maladie inflammatoire aiguë, épidémique, maligne érup- <
tive, souvent peflilencielle, maligne , pourprée , accompagnée de pustules plus ou
moins multipliées, qui se terminent en sup*
puration & en crputtes, qui dessèchent &
tombent, en laissant des cicatrices plus ou
moins profondes sur la peau. Cette maladie , extraordinairement inflammatoire , est différente de toutes les
autres inflammations, en ce' qu'elle ne peut
être guérie que par la suppuration ; tandis que --- Page 160 ---
[ 6o ] " toutes les inflammations en général ne se
guérissent, au contraire, qu'en prévenant &
évitant la suppuration ; une différence si
majeure & considérable nous oblige d'obferver ici que le traitement de l'inflammation de la petite vérole eSt extrêmement
difficile, quoique iimple, & qu'il mérite la
plus grande circonspection, relativement aux
symptômes esïrayans qui l'accompagnent ;
car s'ils paroissent en apparence exiger les.
mêmes secours & les mêmes soins que les
inflammations ordinaires, néanmoins il esl
visible qu'ils seroient mortels , si on les employe sans discernement dans le traitement de.
la petite vérole : en voici la raison. En se conduisant dans le traitement de cette maladie
comme dans celui des inflammations accidentelles , on risque d'interrompre sur le'
champ le cours de la petite vérole , en prévenant & arrêtant la suppuration ; & c'est
de ce seul point que dépend la guérison ,
ou la mort des malades affligés de cette
maladie.
anmoins il esl
visible qu'ils seroient mortels , si on les employe sans discernement dans le traitement de.
la petite vérole : en voici la raison. En se conduisant dans le traitement de cette maladie
comme dans celui des inflammations accidentelles , on risque d'interrompre sur le'
champ le cours de la petite vérole , en prévenant & arrêtant la suppuration ; & c'est
de ce seul point que dépend la guérison ,
ou la mort des malades affligés de cette
maladie. La petite vérole, de quelque espèce qu'elle,
foit, discrette ou bénigne, confluente ou
maligne, se connoît par la fièvre continue r --- Page 161 ---
t 6, ] > .- par des nausées, des pesanteurs & des douleurs de tête, par l'abattement des forces,
des tressaillemens , de légers frissons, des
picottemens , l'éruption des boutons •, de
démangeaisons au nez, un mal de gorge,
quelquefois le délire & trés-souvent la refpiration gênée. -
Dans la petite vérole discrette ou bénigne , tous ces symptômes sont très-modérés ,
& les boutons sont dispersés par-tout le
corps, en assez petite quantité : au lieu que
dans la petite vérole confluente ou maligne ,
tous les symptômes, dont nous venons de
faire l'énumération, se manifestent avec la
plus grande force , tantôt par plaques , ou
par grappes -, les boutons rapprochés les
uns des autres, se touchent presque tous.
On voit souvent des hémorragies , des vomiffemens, des diarrhées , des taches pourprées qui annoncent un grand degré de
malignité , qui doit faire appréhender la
gangrêne & la mort prochaine du malade. On pourroit nous obje&er qu'il y a encore d'autres espèces de petite vérole ;
nous le iavons ; mais comme la différence
qu'elles ont entr'elles ne gît que, dans leurs --- Page 162 ---
[ 6t 1 complication avec d'autres maladies, 8c
qu'elle ne change rien à la nature du germe
& du levain que produit la petite, vérole +
il s'ensuit que le traitement général, qui est
propre à combattre & à arrêter le cours & le
progrès funeste de cette maladie, convient
également à toutes ses espèces. *
Lorsque, par quelques causes que ce puisse
être, dépendantes des saisons ou des miasv mes véroliques répandus dans l'air, le levain
> de la petite vérole qui est inné en nous, se
développe dans le sang, on voit la fermen-
' K tation, la raréfa&ion & le mouvement plus
< L ou moins'Violent du sang se manifester ; c'est
y alors que les symptômes, dont nous avons
fait le détail, se font successivement remar.
quer , & qu'ils constatent la qualité & l'efpèce de la petite vérole , que les Chirurgiens
ou les Médecins doivent traiter, & connoître. Ce développement du levain de la petite
vérole ne peut se faire, sans qu'il survienne ,
par la rapidité du mouvement qu'il excite •
dans le sang, une chaleur excessive & ardente , qui provient des efforts continuels
que fait la nature pour se dégager de la
matière qui l'opprime, afin de la porter du
' --- Page 163 ---
[ 63 ] -centre à la superficie du corps , à l'effet
d'y former des éruptions boutonnées qui
puissent tourner en suppuration, & opérer
la guérison du malade.
role ne peut se faire, sans qu'il survienne ,
par la rapidité du mouvement qu'il excite •
dans le sang, une chaleur excessive & ardente , qui provient des efforts continuels
que fait la nature pour se dégager de la
matière qui l'opprime, afin de la porter du
' --- Page 163 ---
[ 63 ] -centre à la superficie du corps , à l'effet
d'y former des éruptions boutonnées qui
puissent tourner en suppuration, & opérer
la guérison du malade. Dans cette position, si l'on considère que
le mouvement excessif du sang, & les symp*.
tômes les plus actifs, & les plus carastéristiques de l'inflammation doivent inévitablement raréfier la partie lymphatique & rameuse du sang qui en lie toutes les parties
intégrantes , on verra bientôt la lymphe
changer nécessairement de consistance & de
nature , à cause de la chaleur immodérée
qu'elle éprouve dans cette circonstance qui
la rend gluante , épaisse , coëneuse , & par
conséquent très-inflammable ; & qu'il n'est
pas possible que tant de révolutions s'opérent à la fois , sans que cette même lymphe
épaissie & racornie par un excès incroyable
de chaleur ne produise successivement une
infinité de itagnation, soit dans le cerveau ,
soit dans les viscères quelconques ; & que ces
stagnations n'y causent des inflammations qui
deviennent en très-peu de tems gangrêneu[es
& mortelles ; or, comme il seroit dangereux d'employer en pareille circonstance --- Page 164 ---
E 64 1 les remèdes qui sont propres aux inflammarions en général, puisqu'au lieu de favoriser
la suppuration des boutons , ils la détourneroient, il faut donc les éviter : il s'agit d'examiner actuellement quels sont les remèdes
les plus convenables , les plus sùrs & les
plus prompts pour faciliter la suppuration &
guérir la petite vérole. Seroit-ce la saignée répétée ? Non, sans
doute, puisqu'elle est directement contraire
aux vues de la Nature, qui veut que cette
maladie se termine par la suppuration , &
nullement par des remèdes qui la prévien-
- nent, & qui s'y opposent ; d'ailleurs ,4uand
même la saignée ne prQduiroit pas un trèsgrand mal en détournant l'inflammation &
la suppuration , n'est-il pas clair qu'en diminuant le volume du sang & son mouvement,
elle feroit rentrer là matière &le levain de la
petite vérole qui auroit nécessairement produit son éruption sur la peau , si l'on ne
s'étoit pas appliqué à la détendre & à relâcher les solides par des saignées déplacées &
mal vues.
,4uand
même la saignée ne prQduiroit pas un trèsgrand mal en détournant l'inflammation &
la suppuration , n'est-il pas clair qu'en diminuant le volume du sang & son mouvement,
elle feroit rentrer là matière &le levain de la
petite vérole qui auroit nécessairement produit son éruption sur la peau , si l'on ne
s'étoit pas appliqué à la détendre & à relâcher les solides par des saignées déplacées &
mal vues. N'est-il pas visible que dans l'état de foiblesle & d'affai£sementqu'éprouve le malade,
si --- Page 165 ---
[V] - 1 - ' , 1 1, E r - si vous diminuez le volume du sang , il
n'aura plus assez de force ,de r essort, & assez
dé puissance pour porter la matière de là
petite vérole du centre à la superficie dû
corps , & qu'elle sera forcée d'y rentrer - Ces importantes observatiôns ne font rapportées que pour faire connoître la diffé- .
rence extrême qu'il faut faire entre le Traitement de la petite vérole ( quoique rangée,
dans la classe des maladies aiguës & inflammatoires) & celui des inflammations ordinaires qui doivent se traiter différemment ;
notre objet est de mieux faire sentir les dangers infinis de l'horrible maladie dont nous
parlons ? qu'on ne l'a fait jusqu'ici à tous
égards, & la nécessité indispensable qu'il y
a d 'en arrêter le cours, en prévenant dès le
principe les inflammations générales &
particulières des entrailles & du cerveau,
dont les suites seroient infailliblement funestes : ces exemples sont si connus à Paris, qu'il
r: est pas nécessaire de nous étendre davantage sur cet objet. \ L'habileté du Médecin qui traite la petite
vérole consiste à entretenir le mouvement
du sang avec modération 7 sans en diminuer --- Page 166 ---
[ 66 ] la quantité autant qu'il est possible , afin que
le sang puisse conserver assez de force &
de ressort pour chasser au dehors le levain de
cette maladie , &: suivre son cours sans
aucun évènement malheureux. Pour remplir cet objet il faut que le Médecin
s'applique à connoître l'état & la qualité du
sang du malade, afin de pouvoir juger de ses
effets : un sang trop appauvri & trop dissous
ne permet aucune espèce de baignée -, car si
on en ordonne, on affoiblira le ressort & le
mouvement du sang , l'éruption ne pourra
pas se faire , & le malade mourra infailliblement. Les cordiaux en pareille circonstance ne peuvent donner au malade qu'une
force momentannée & passagère -, ils seront
nuisibles , & contribueront à rendre la
lymphe encore plus coëneuse en augmentant la chaleur, & la fièvre, qui accélérera
l'inflammation & la gangrène.
-, car si
on en ordonne, on affoiblira le ressort & le
mouvement du sang , l'éruption ne pourra
pas se faire , & le malade mourra infailliblement. Les cordiaux en pareille circonstance ne peuvent donner au malade qu'une
force momentannée & passagère -, ils seront
nuisibles , & contribueront à rendre la
lymphe encore plus coëneuse en augmentant la chaleur, & la fièvre, qui accélérera
l'inflammation & la gangrène. Un Médecin qui n'est pas habitué à traiter
la petite vérole ( sur-tout la confluente mrligne) pourra d'abord être effraye à l'afpeét
des symptômes affreux qui la caraH:érisent ;
il verra le malade dans le delire , respirant
avec peine, ayant une fièvre ardente, accompagné d'un poulx dur & gêné , des maux de --- Page 167 ---
L 67 ] 1 Ex tête violents , des nauzées , des frissons ,
des ardeurs d'urine, des rougeurs aux yeux
qui lui feront craindre une inflammation prochaine du cerveau, de la poitrine, ou des entrailles ; il se frappera de l'état critique . &
dangereux de son malade,& ne saura comment
faire pour remédier à tant de maux accumulés les uns sur les autres -, sa première
idée l'invite à employer les saignées redoublées , pour vaincre la résistance des fymptômes qui l'épouvantent, sans savoir que s'il
met cette idée en exécution , son malade
périra sans ressource ; parce qu'en diminuant
le volume du sang essentiellement nécessaire
pour chasser sur la peau la matière de la
petite vérole , le sang n'aura plus la force
d'opérer la révolution que la nature exige
pour se dégager de la matière qui l'opprime ,
& la mort sera la suite d'une conduite si peu
conséquente. Mais un Médecin accoutumé à traiter des
petites véroles de toutes les espèces , ne
sera pas étonné des symptômes multipliés
dont il sera speaateur; il s'occupera à les
réprimer sans rien diminuer de la force du
fang : il travaillera à détruire sa trop grande --- Page 168 ---
[ 68 ] raréfaction & sa chaleur excessive, en neutralisant en partie l'acrimonie & la causticité
de la matière vérolique -, par ce moyen,
après avoir diminué la grande chaleur du
sang, sans avoir porté aucune atteinte à sa
force , il mettra son malade en état de supporter le traitement que nous allons indiquer , & que nous avons éprouvé nousmême avec le plus grand succès dans une
infinité de circonstances très-critiques. Le traitement que nous avons coutume
d'employer , nous décide quelquefois à ordonner une baignée du bras ou du pied,
suivant l'exigence des cas. Lorsque le sujet
est pléthorique, ou que le poulx est dur &
enfoncé ; cette saignée doit se faire dans la
vue de donner au sang plus de liberté de
circuler & non de détruire la fièvre qui est
nécessaire, lorsqu' elle n'est pas excessive. Immédiatement après, nous donnons une dose
d'émé tique en lavage , pour diminuer la violence des symptômes effrayans de la maladie,
& débarrasser les premières voies des matières
dont iL esi suTchàrgé ; ces préalables remplis >
nous employons la boisson copieuse de l'Eau
Minérale Antiputride., qui, en faisant cesset
promptement & par degré l'excessive cha-
nécessaire, lorsqu' elle n'est pas excessive. Immédiatement après, nous donnons une dose
d'émé tique en lavage , pour diminuer la violence des symptômes effrayans de la maladie,
& débarrasser les premières voies des matières
dont iL esi suTchàrgé ; ces préalables remplis >
nous employons la boisson copieuse de l'Eau
Minérale Antiputride., qui, en faisant cesset
promptement & par degré l'excessive cha- ( --- Page 169 ---
[ 69 3 - ... E3 leur & la rarefaction du fang i diminue par son
acide la force. du levain de la petite vérole
qui est un alkali des plus violens & des plus
exaltes qu'il soit possible de connoître dans
le nombre des maladies qui affligent l'humanité. On doit augmenter ou diminuer la boisson
de cette Eau, suivant le besoin qu'on a
de diminuer ou d'augmenter le mouvement du sang, & sa chaleur, afin de lui
conserver un degré de force assez puis- \
sant pour porter continuellement du cen*-
tre à la circonférence , la matière de la
petite vérole, pour que l'éruption soit complette, en évitant que la trop grande char
leur ne rende la lymphe coëneuse & inflammatoire , au point d'occasionner des, fia.-
gnations qui deviendraient gangrêneuses &
mortelles. * La décoction d'orge, plus ou moins épaisse.,
suivant le degré de fièvre que le malade
éprouve, étant adoucie avec un peu de
sucre, doit lui servir de nourriture pendant
les sept premiers jours de. sa maladie. Quand
on peut faire du bouillon avec du veau ou
du poulet & un peu d'oreille , on est certain --- Page 170 ---
[ 70 1. de pourvoir suffisamment à sa subsistance ,
sans porter du feu dans son sang ; ses boissons, en général, doivent toujours êtreraffraîchissantes & aigrelettes ; on peut également lui donner à boire quelquefois du
petit lait, quand on en a , en y ajoutant
une demi-cuillerée à bouche d'Eau Antiputride pure sur chaque pinte. Ra^ès , qui a le mieux écrit dans l'ancien
tems sur le traitement de la petite vérole,
„ convient qu'il employoit dans cette maladie,
les acides nitreux & les végétaux, comme
le citron & le vinaigre. - Sydenham les recommande de même, &
tout occupé qu'il étoit du desir de trouver le
spécisique, dont nous avons fait la découverte, il en concevoit si bien l'importance &
la nécessité , qu'il ne cessoit d'employer les
acides dans le traitement d'une infinité de
maladies. Le malade > pendant tout le cours de sa
petite vérole, jusqu'à sa convalescence, qui
ne date ordinairement que du quinzième
jour, boira de tems en tems de l'Eau Antiputride préparée, dans laquelle on ajoutera
un cinquième de lait froid , asin d'éviter qu'il *
ne se coagule -9 cela n'empêchera pas que sa --- Page 171 ---
\
1 t 71 ] [texte_manquant] boisson ordinaire n'ait lieu. Ces différentes
boissons ont chacune différens objets, celui
. d'affoiblir la malignité & la force de l'alkali,
du levain de la petite vérole, de s'opposer
à la grande chaleur, à la raréfaction du sang
& de le tempérer, rafraîchir & adoucir.
iter qu'il *
ne se coagule -9 cela n'empêchera pas que sa --- Page 171 ---
\
1 t 71 ] [texte_manquant] boisson ordinaire n'ait lieu. Ces différentes
boissons ont chacune différens objets, celui
. d'affoiblir la malignité & la force de l'alkali,
du levain de la petite vérole, de s'opposer
à la grande chaleur, à la raréfaction du sang
& de le tempérer, rafraîchir & adoucir. Si les Médecins & les Chirurgiens ne
préviennent, avant le troisième jour, les
effets des engorgemens & des stagnations,
l'inflammation qu'ils occasionnent deviendra
bientôt gangrêneuse & mortelle. Les tisannes de scorssonnaire, &c. , qu'on
est en usage de donner chaudement aux,
malades, peuvent-elles tempérer, rafraîchirsuffisamment, pour diminuer la trop grande
raréfaction du sang & la chaleur excessive
qui rend la maladie dangereuse , en rendant
la lymphe coëneuse &: inflammatoire? De
pareils remèdes sont trop au-dessous de la
résistance, pour pouvoir empêcher le progrès funeste de l'inflammation. ~ Ce n'est que par les boissons acidules &
rafraîchissantes, ménagées avec prudence ,
que le Médecin ou le Chirurgien peut espérer de vaincre l'incendie considérable ,
que le développement de la matière de la --- Page 172 ---
r 721 petite vérole occasionne 5 l'Eau Antiputride
remplira complettement cet objet, en l'administrant conformément à notre Formule.
Il est très-rare & même impossible, qu'en
l'employant de bonne heure les malades périment ; il faut des causes extraordinaires,
que qui que ce soit ne peut prévoir , pour
qu'on ne Íauve pas ces sortes de malades.
Nous en avons traité plus de cent cinquante ,
à Paris, & il ne nous en estmort qu'un seul"
âgé de près de 57 ans , qui étoit à la campagne , au quarantième jour de sa- maladier
lorsque nous y fûmes arrivé: ce qui prouve
qu 'à cette époque la maladie devient gangrêneuse & incurable , quand on n'y a pas paré. Nous avons toujours été à tems de prévenir l'inflammation ? en diminuant la raréfaction du sang } la chaleur & la fièvre
par le moyen de cet acide. Madame la
Marquise de Trénel, M, de Montville son
frère', les Enfans de M. le Comte du Hautoi , & une infinité d'autres , pourroient
nous servir d'exemples, s'il étoit nécessaire
d 'en citer , & le R. P.. Potençien de la Charité , qui a vu traiter ces derniers, pourroit
confirmer l'excellence de notre traitement,
qui esî très-simple & très-facile à exécuter. --- Page 173 ---
1 73 ] Nous n'employons ordinairement la saignée que lorsque le malade, menacé de la
petite vérole, se trouve avoir le poulx plein ,
dur & enfoncé ; c'est alors que nous nous
décidons à tirer deux ou trois palettes de
sang, suivant le lujet; non pas dans la vue
de diminuer les symptômes qui accompagnent ou peuvent accompagner la maladie,
mais pour augmenter le mouvement du
sang & sa circulation, afin de porter plus
facilement la matière de la petite vérole à
la superficie du corps.
que lorsque le malade, menacé de la
petite vérole, se trouve avoir le poulx plein ,
dur & enfoncé ; c'est alors que nous nous
décidons à tirer deux ou trois palettes de
sang, suivant le lujet; non pas dans la vue
de diminuer les symptômes qui accompagnent ou peuvent accompagner la maladie,
mais pour augmenter le mouvement du
sang & sa circulation, afin de porter plus
facilement la matière de la petite vérole à
la superficie du corps. Dans le premier moment de la maladie,
il n'exige pas encore d'inflammation ; c'est
pour la prévenir que cette saignée devient
nécessaire , elle facilite une éruption plus
prompte & plus considérable. Il n'est pas toujours nécessaire d'employer
ce moyen ; car lorsque la circulation du
sang est libre , ce seroit faire preuve de
routine 7 & non de principe ? que de faire
faire une ou plusîeurs saignées , qui ne ser-'
viroient qu'à diminuer les forces du malade , & à affoiblir le mouvement du sang,
si nécessaire à la dépuration de la petite
vérole & à sa guérison. Il est bon que pendant le cours de cette maladie ^ le. mouve- --- Page 174 ---
t 74 ] ment de la circulation soit plus actif que
dans l'état naturel ; ce n'est que par ce moyen
que l'humeur de la petite vérole se porte à
la peau , & forme l'éruption boutonnée .
qui doit absolument se faire, pour que
le malade puisse espérer de guérir. On parvient aisément à se préserver de
la petite vérole , quand on est forcé de
fréquenter ces sortes de malades, par des
ménagemens sur la nourriture, & sur les boifsons trop spiritueuses 8c du vin. Pour y réussir,
il est à propos de continuer quelque tems
l'usage de la boisson antiputride destinée
pour les malades, à la quantité de trois ou
quatre verres par jour , qui suffiront pour
remplir cet objet ; l'on ne prend la petite vérole de ceux qu'ils l'ont, qu'en respirant l'air
chargé des miasmes du levain de cette maladie
qui les environne; ces miasmes, en payant
dans le sang, procurent bientôt cette maladie. L'Eau Antiputride a, par son acide, la
propriété de les neutraliser , à mesure qu'ils
passent dans le sang, & empêche absolument
le développement du levain de la petite vérole. Madame la Comtesse du Hautoi est un
des plus grands exemples du fait que nous
rapportons j elle n'a jamais cessé de voir plu- --- Page 175 ---
r 7< 1 / 1 —• fleurs fois dans le jour ses deux Fils atteints de
la petite vérole: elle a suivi notre régime
qui l'en a garantie, au milieu de la contagion
la plus enflammée. Le traitement que nous venons de constater , est d'autant plus important, qu'on sera
toujours allure d eviter toute espèce de dépôt
à la suite de la petite vérole , en continuant
de prendre dans la convalescence quelques
verres de cette Eau, jusqu'à parfaite gué- -
rison ; ce qui doit être considéré comme un
objet de la plus grande importance, puisque
nous voyons journellement les suites des
petites véroles occaiionner des défectuosités
très-remarquables & fâcheuses. TRAITE DES NÈGRES. Manière de les guérir de la petite Vérole. SI le traitement que nous venons d'indiquer pour guérir la petite vérole sur mer
& dans les Colonies, peut être regardé
comme tres-essentiel à la conservation des
Marins & des Matelots, il l'est encore bien
davantage aux Nègres, de la traite qui se
fait sur les côtes d'Afrique., d'Aue, &c.,
puisque ces malheureux humains sont placés --- Page 176 ---
r 76 ]
GRES. Manière de les guérir de la petite Vérole. SI le traitement que nous venons d'indiquer pour guérir la petite vérole sur mer
& dans les Colonies, peut être regardé
comme tres-essentiel à la conservation des
Marins & des Matelots, il l'est encore bien
davantage aux Nègres, de la traite qui se
fait sur les côtes d'Afrique., d'Aue, &c.,
puisque ces malheureux humains sont placés --- Page 176 ---
r 76 ] dans l'entre-pont des navires, presque entassés les uns sur les autres , & privés de
toute espèce de liberté, où le mauvais air
qu'ils respirent, & l'odeur infeste qui s'exhale sans cesse de plusieurs substances corrompues , sont seuls capables de produire
des maladies putrides. Il est rare que la petite
vérole, (maladie contagieuse par elle-même ,
n'y exerce pas ses fureurs. La mortalité de
quantité de Nègres de la traite , est souvent
la cause de la ruine des Armateurs qui la
font, lorsqu'ils éprouvent cette perte par la
petite vérole. Il est difficile de pouvoir traiter
à tems & dans le principe une si grande quantité d'invidus , dans l'entre-pont, sans qu'il y
ait beaucoup de victimes sur-tout quand on
n'a pas les remèdes spécialement appropriés. L'usage de l'Eau Antiputride semble avoir
été inventée pour venir au secours de ces
malheureux & remédier à l'impossibilité de
les secourir fructueusement dans le lieu du
navire qu'ils habitent ; car le seul & uni.
unique objet du traitement des maladies dont
nous venons de parler, se réduisant à prévenir les inflammations , & à modérer la
trop grande raréfaction du sang ; on est certain de remplir complettement cette vue --- Page 177 ---
[ 77 l' " par la boisson copieuse de l'Eau Antiputride
qui s'oppose diamétralement aux effets inflammatoires de la petite vérole. Il est
consiant qu'on sauvera les Nègres dans
le tems & le trajet de leur transport dans
les Colonies, en leur faisant boire à chacun par jour une pinte d'Eau Antiputride préparée pour la boisson , & même
deux pintes en cas d'altération considérable ; cette boisson remplira toutes les
indications en pareille circonstance , &
sa vertu acidule & rafraîchissante, empêchera la lymphe de devenir coëneuse 8c
inflammatoire, ce qui détruira la cause primitive de la maladie des Nègres , &c., les garantira de la mort qu'ils n auroient pu éviter. On auroit lieu d'être effrayé de la violence
des symptômes que ces malheureux éprouvent quand ils ont la petite vérole, ou quelque maladie inflammatoire,si l'on étoit privé
du véritable lpécifique qui peut seul opérer
leur guérison dans un lieu aussi resserré &
mal sain. Mais à l aide de ce secours , en leur
donnant assiduement, & avec abondance,
de cette Eau minérale à boire , on sera assuré
de détruire la violence des symptomes les
plus affreux de leur maladie, & -de les garan-
ux éprouvent quand ils ont la petite vérole, ou quelque maladie inflammatoire,si l'on étoit privé
du véritable lpécifique qui peut seul opérer
leur guérison dans un lieu aussi resserré &
mal sain. Mais à l aide de ce secours , en leur
donnant assiduement, & avec abondance,
de cette Eau minérale à boire , on sera assuré
de détruire la violence des symptomes les
plus affreux de leur maladie, & -de les garan- --- Page 178 ---
E 78 1 tir de la mort ; cette même boisson les garantira pareillement du scorbut , des fièvres
inflammatoires , malignes & pestilencielles
qui portent un si grand préjudice au commerce des Nègres si nécessaire dans les
Colonies. M. A N I S R E de traiter les playej & de
les guérir. Dans le nombre des propriétés esTentielles que l'Eau minérale Antiputride réunit , dont elle offre sans cesse les preuves les
plus évidentes & les plus invincibles , celle
de guérir les plaies & les ulcères les plus invétérés , n'est certainement pas la. moindre de
çelles qui doit la faire accueillir du Gouvernement. Il arrive très-fréquemment dans la Marine qu'en construisant les vaisseaux , soit en
faisant les manœuvres ordinaires, les ouvriers
& les matelots se blessent gravement & que
-la plupart de leurs plaies (sur-tout lorsqu'elles
sont profondes ) dégénèrent en ulcères, qui
sont d'autant plus difficiles à guérir, qu'il y
' en a qui résistent plusieurs années aux meilleurs traitemens usités de la Médecine & de
la Chirurgie. La plaie est une solution de continuité --- Page 179 ---
C 79 ] récente & sanglante , faite par un corps
dur, perçant, ou tranchant , qui a détruit
la cohérençe des parties tendineuses, nerveuses & membraneuses , unies ensemble ,
d'avec les vaisseaux sanguins, lymphatiques,
laiteux , graisseux & musculeux , ce qui
donne lieu à l'effusion des fluides qui y sont
contenus. Les plaies les moins considérables déran-. " gent les fondions des solides qui sont blessés,,
de même que le cours des humeurs qui circuloient dans les vaisseaux ouverts par la
soluition de continuité. Les plaies sont plus ou moins dangereuses
à raison de leur grandeur, de leur profondeur, & de la nature des parties offensées;
elles sont moins graves lorsqu'elles sont superficielles, c'est-à-dire, qu'elles se bornent à
la peau & aux chairs. Mais lorsqu'elles coupent des tendons, ou
quelque grosse artère & des nerfs considéra-
„ bles, elles entraînent des dangers, qui sont
assez manifestes, pour qu'il ne soit pas nécessaires de les détailler dans un Ouvrage
aussi limité que celui-ci. On suppose d'abord que les Chirurgiens,
qui y par devoir, ou par nécessité , seront --- Page 180 ---
[8o] 1 dans le cas de s'embarquer pour le service
de la Marine ou des Colonies , réuniront
assez de capacité &: d'expérience pour savoir
conduire leur traitement, sur-tout dans les
circonstances où il faut arrêter le sang des artères coupées qui procurent des hémorragies,
Se qui causeroient infailliblement la mort, si
l'on se dispensoit de recourir aux secours
d'usage , tels que le tourniquet ou l'agaric ;
ce dernier suffit quelquefois tout seul pour
arrêter les plus grandes pertes de sang, &
à plus forte raison, celles qui sont moins considérables.
expérience pour savoir
conduire leur traitement, sur-tout dans les
circonstances où il faut arrêter le sang des artères coupées qui procurent des hémorragies,
Se qui causeroient infailliblement la mort, si
l'on se dispensoit de recourir aux secours
d'usage , tels que le tourniquet ou l'agaric ;
ce dernier suffit quelquefois tout seul pour
arrêter les plus grandes pertes de sang, &
à plus forte raison, celles qui sont moins considérables. Les compresses trempées dans l'Eau Antiputride , mêlée avec cinq parties d'eau
commune , arrêtent l'écoulement des humeurs qui suintent de toute part par les
vaisseaux qui sont endommagés & ouverts ;
il faut renouveller plusieurs fois dans le jour
l'application de ces compresses trempées dans
cette eau froide ou tiéde; & si l'on a été obligé
de se servir du tourniquet, on aura soin de
le relâcher insensiblement jusqu'à ce que
l'extrêmité des vaisseaux de la solution de
continuité soient solidement fermés par la
vertu fliptique & astringente de cette eau,
qui --- Page 181 ---
- f 81 J F qui doit nécessairement froncer clore
l'orifice de ces mêmes vaisseaux. Un Chirurgien habile sentira parfaitement
que s'il a été obligé d'arrêter le sang de
quelqu'artère considérable , soit par le tourniquet, foit par l agaric ^ qui pourrôit s'être
trop attaché à la plaie où il aura été appliqué , il ne faudra pas l'en arracher de force
pour le servir des compresses trempées dans
i'Eau Antiputride préparée comme il est dit
ci-devant. Il doit être sûr que l'agaric se détachera
de lui-même ; & comme il n'applique ces
compresses imbibées d'Eau Antiputride que
pour s'opposer toujours plus à l'hémorragie y
il ne doit jamais cesser de la craindre 1 tant
que le resserrement de l'extrémité de l'artère
he sera pas en état de résister aux battemens
du cœur, qui y pouffe le sang avec plus
de force dans ces occasions que dans touté
autre ; c'est pour cette raison qu'un Chirurgien expert est quelquefois obligé de
réitérer les saignées pour diminuer la quantité & la vélocité du sang, afin de donner
plus de tems aux artères coupées , & aux
autres vaisseaux qui le sont aussi ? de se con- --- Page 182 ---
r. g2 1 . tracter insensiblement par leur propre ressort,
de se fermer, de se retirer sous les lèvres de
la plaie, & de se cicatriser par l'effet des ,
astringens. Il est visible que les (aignées empêchent
le sang de fluer avec la même abondance &
la même vivacité ; mais il s'arrête inévitablement lorsqu'on redouble l'application des
compresses trempées dans l'Eau Antiputride >
c'ell en opérant cet effet qu'elle accélère la
guérison des plaies, & qu'elle la rend plus
prompte & plus facile. Le Chirurgien qui sera parvenu à parer
âux accidens des hémorragies, ne s'occupera
plus à l'avenir à suivre lespansemens d'usage i
"qui conMent à provoquer la suppuration par
l'application des remèdes ordinaires ; ils
entraînent des soins toujours trop longs
avant d'arriver à une parfaite cicatrisation,
& souvent des inconvéniens racheux ; cette
suppuration desirée & provoquée, ne s'établit que le quatrième jour, & quelquefois plus tard ; à la fin, la plaie se relâche,
& il en sort une matière blanchâtre, épaisse
& gluante qui forme le pus ; ce pus peut être
altéré par des irritations qui dépendent des
; ils
entraînent des soins toujours trop longs
avant d'arriver à une parfaite cicatrisation,
& souvent des inconvéniens racheux ; cette
suppuration desirée & provoquée, ne s'établit que le quatrième jour, & quelquefois plus tard ; à la fin, la plaie se relâche,
& il en sort une matière blanchâtre, épaisse
& gluante qui forme le pus ; ce pus peut être
altéré par des irritations qui dépendent des --- Page 183 ---
1 \ -
C -8 3 F2 complications ; la malignité qui survient
quelquefois en pareilles circonstances, change
totalement la qualité du pus, ainsi qu'il est
facile d'en juger par les matières rougeâtres,
séreuses & sanieuses qui diftilent ordinairement des plaies quand elles prennent un
mauvais caradèreLa suppuration se forme par le suintement
des matières qui sortent des extrêmités des»
vaisseaux relâchés par la diminution de l'inflammation ; la suppuration atténue les ex-,
trémités de ces vaisseaux ; l'application de
1 Eau Antiputride rend les chairs vives &:
les dispose à croître & à se régénérer. Mais lorsqu'on se sert de cette Eau Antiputride, comme nous l'avons dit ci-dessus ,
on n'éprouve point les longueurs de lasuppuration ; les vaisseaux se ferment , la putré..
faction ou le pus n'ont pas le tems de se
former dans les plaies ; on éloigne les trombus, les élévations & les inflammations de
la plaie ; on s'oppose encore à l'ouverture
des vaisseaux, & par consequent aux hémorragies ; les chairs croissent visiblement, &la
plaie la plus profonde se guérit sans aucune
fuite mauvaise. --- Page 184 ---
[ 84 1 Ce traitement est d'autant plus intéressant.
à savoir & à pratiquer, qu'il abrège les troisquarts des pansemens, & que les personnes
nouvellement blessées ne sont pas long-tems
privées de leurs occupations ordinaires ; cet
objet est de la plus grande importance en
tems de guerre sur mer & sur terre, puisque
dans très-peu de jours les blessés seront en
état de reprendre leurs fondions. Lorsque les plaies sont sur le point de se
cicatriser, on ne doit y mettre que du linge
blanc & sec , &le renouveller tous les jours
sans aucune autre application. On observera ici que toutes les plaies
qui sont occasionnées par un insirumel1t
pointu, & qui ne s'étendent pas au-delà du
corps des muscles, se guériront en moins de
trente - six heures , ayant l'attention d'exprimer légèrement , aussi complettement
qu'il est pôssible, le san g qui pourroit être
resté dans la plaie, & en appliquant de
quatre en quatre heures, une forte compresse
de six ou huit doubles de linge blanc ordinaire,
imbibé dans le mélange de cinq cuillerées
à bouche d'eau commune mêlées avec une
cuillerée d'Eau Antiputride pure : si la plaie / --- Page 185 ---
t 85; 1 . F 3 que l'instrument a formé, est consîdérable,
& que l'hémorragie ait été forte, on saignera
le malade, ou le mettra à la diette pendant
deux ou trois jours ; on lui fera boire pendant
cet intervalle de tems, deux pintes par jour
d'Eau Antiputride préparée pour la boisson
ordinaire, on nourrira Le malade avec des
alimens sains ,, légers & rafraîchissants.
85; 1 . F 3 que l'instrument a formé, est consîdérable,
& que l'hémorragie ait été forte, on saignera
le malade, ou le mettra à la diette pendant
deux ou trois jours ; on lui fera boire pendant
cet intervalle de tems, deux pintes par jour
d'Eau Antiputride préparée pour la boisson
ordinaire, on nourrira Le malade avec des
alimens sains ,, légers & rafraîchissants. Nous ne parlerons point ici des plaies internes, qui portent sur le poulmon & sut
d'autres parties essentielles à la vie, ni de
celles dont les vaisseaux coupés ont occasionné
un épanchement dans quelque cavité ; ces
plaies sont presque toujours mortelles, parce
que le sang épanché ne peut plus être porté
dans le cœur, il se corrompt nécessairement
où il est épanché , la circulation se dérange &
se détruit insensiblement par cette même
cause, Se sans elle l'individu blessé'ne peut
pas espérer de guérir. Il y a des cas où les vaisseaux du poulmon
ouverts par un instrument tranchant occasionnent des épanchemens considérables de fang ♦
dans la poitrine, alors les saignées répétées, à
l'esset d'affoiblir le mouvement du poulmon.
pour faire réunir & anastomoser les extrémités* --- Page 186 ---
- [86 des vaisseaux ouverts, afin deles cicatriser, ont
quelquefois heureusement réussi ; ces exemples ne sont pas absolument rares, nous en
avons été témoins -, en pareil cas la boisson
abondante de l'Eau Antiputride contribuera
infiniment à favoriser la cicatrisation du
poulmon, parce qu'elle s'oppose à la raréfaction du sang , à la fièvre, & qu'elle porte
dans'le sang une substance terreuse & aftringente qui devient très-nécessaire dans cette
circonstance ; l'opération de l'empyême termine cette guérison, lorsqu'on est assuré que
l'épanchement qui s'est fait dans la poitrine
est considérable. Il est aisé de voir par tout ce qui vient
d'être dit que le traitement des plaies simples
par le secours de l'Eau Antiputride est infiniment plus avantageux que celui qu'on est
en usage de suivre, puisqu'il abrége & assure
les guérisons, qu'il prévient en même tems
les divers accidents & les événements qui
arrivent souvent dans le traitement ordinaire
des plaies qui dégénèrent quelquefois en
ulcères très-rebelles. En esset, nous avons observé pendant la
durée de notre pratique, que les artères par
dit que le traitement des plaies simples
par le secours de l'Eau Antiputride est infiniment plus avantageux que celui qu'on est
en usage de suivre, puisqu'il abrége & assure
les guérisons, qu'il prévient en même tems
les divers accidents & les événements qui
arrivent souvent dans le traitement ordinaire
des plaies qui dégénèrent quelquefois en
ulcères très-rebelles. En esset, nous avons observé pendant la
durée de notre pratique, que les artères par --- Page 187 ---
[87 1 i' F4 leur, propre élasticité , ainsi que les autres
> vaisseaux & les nerfs, se contraaent, se retirent sur eux-mêmes & ferment presqu'entièrement leurs orifices ? qui ne donnent que de
foibles suintemens, & que les gros vaisseaux
fermés de même par leur propre ressort 8c
par la propriété légèrement stiptique & astringente de l'Eau de Btausort ; ainsi que les
chairs & la graisse prennent leur état naturel.
Les chairs s'élèvent du fond de la plaie, se régénèrent , & se cicatrisent ; mais le sang &
les autres sluides acoutumés à circuler dans
ces vaisseaux, font de très - grands efforts
pour passer par les voies qui leur etoient
propres , d'où il arrive qu'à raison de la
solution de continuité des vaisseaux , ils y
excitent des battemens fréquents & réitérés
contre l'obflacle qui s'oppose à leur circulation ordinaire , jusqu'à ce que le sang ait
pris son cours par les vaisseaux collatéraux y
cet obstacle est la cicatrisation des vaisseaux
de la plaie , dont l'orifice est absolument reserré & fermé. Le malade doit boire une pinte par jour
d'Eau Antiputride, préparée pour la boisson ordinaire de l'équipage. Cette boisson --- Page 188 ---
t 88 J nécessaire pour tempérer son sang, mo«
dérer son mouvement, & éviter la fièvre -
qui peut arriver , ainSi que l'inflammation
de la plaie , quand elle eSt considérable y
d'ailleurs il peut Sur venir des agitations , des
insomnies, des altérations, dies chaleurs dans
le corps, qui sont suivies d'ardeurs d'urine, d&
soif j ces accidens ne peuvent cesser qu'en bu-,
vant beaucoup de cette Eau: l'excès ne peut
pas être nuisible , il ne peut que favoriser la
guérison de cette maladie , en calmant &,
purisiant le fang, en donnant plus de forces:
aux bolides , en s'opposant directement à
l'appauvrissement & à la dissolution du.
sang , à la disposition inflammatoire, dans
les cas qui pourroient y donner lieu. Au
reste ce n'est qu'en suivant ce régime & les
applications ci-dessus recommandées , que
le malade préviendra la suppuration , la
déperdition de substance, & que les chairs
des ulcères se régénéreront, sans être retardées par le repompement du pus dans,
le sang Se par la sièvre habituelle, qui altér
reroient insensiblement ses forces 8c sà santé.
à la dissolution du.
sang , à la disposition inflammatoire, dans
les cas qui pourroient y donner lieu. Au
reste ce n'est qu'en suivant ce régime & les
applications ci-dessus recommandées , que
le malade préviendra la suppuration , la
déperdition de substance, & que les chairs
des ulcères se régénéreront, sans être retardées par le repompement du pus dans,
le sang Se par la sièvre habituelle, qui altér
reroient insensiblement ses forces 8c sà santé. Quoique les moyens que nous venons
d'indiquer dans cet article soient certains, --- Page 189 ---
C 89] ' 1 pour opérer la guérison des plaies, puifepie
nous ne parlons qu'après l'expérience , on
11e doit pas, malgré cela, s'attendre à n'éprouver aucunes indispositions douloureuses,
qui sont les suites quelquefois des blessures
& des plaies; les inflammations occasionnées
par la dilatation des vaisseaux de la plaie,
doivent quelquefois avoir lieu, & produire
de la rougeur , de la chaleur une tumeur &
douleur sur la plaie ; mais ces effets seront
toujours calmés & appaisés, en continuant
d'y appliquer du charpi trempé dans l'Eau
Antiputride préparée , mis au fond de la
plaie, qu'on couvre avec de fortes compresses imbibées de la même Eau, en observant néanmoins d'affaiblir la force de
l'Eau Antiputride , au moment que les
hémorragies & les suintemens feront fupprimés ; car alors on ne doit mettre
qu'une cuillerée à bouche d'Eau Antiputride pure , sur douze cuillerées d'eau
commune, en continuant le pansement de.
la meme manière , jusqu'à ce que la cicatrisation sbit parfaite, & que la plaie n'aye
plus besoin que de linges blancs & secs, pourl'a couvrir, la secher la faire cicatriser. --- Page 190 ---
\
- E ° 1 MANIÉRÉ de traiter les Ulcères ct de
les guérir. La solution de quelques parties moles du
corps &: de la peau, que l'inflammation,
l'abcès ou l'acrimonie occasionnent, forme
la plaie que tout le monde connoit sous le
nom d'ulcère. Les contusions, qui ne peuvent pas être
résolues par des applications spiritueuses,
de térébenthine, & c. &c. , dégénèrent bientôt en ulcères, amii que les piaies qui ont
été négligées, ou qui ont résisté aux pansemens d'usage. Les parties dures de notre corps, comme
sont les os , sont susceptibles d'ulcérations,
ou de carie. On distingue les ulcères qui viennent de
causes externes, comme de contusions ou
de plaies invétérées, d'avèc les ulcères, proprement dits, qui viennent de causes internes. On doit considérer les ulcères sous leurs vrais
points de vue , remarquer les parties ou ils
sont placés, leur résistance , leur profondeur , leur grandeur, leur sinus , & examiner
ures de notre corps, comme
sont les os , sont susceptibles d'ulcérations,
ou de carie. On distingue les ulcères qui viennent de
causes externes, comme de contusions ou
de plaies invétérées, d'avèc les ulcères, proprement dits, qui viennent de causes internes. On doit considérer les ulcères sous leurs vrais
points de vue , remarquer les parties ou ils
sont placés, leur résistance , leur profondeur , leur grandeur, leur sinus , & examiner --- Page 191 ---
f 91 j attentivement la nature des écoulemens sanieux, ichoreux, sœtides , malins, douloureux , bénins , putrides , scorbutiques , vé- ,
nériens, cancéreux, fisiuleux & pestilenciels
qui en disiilent ; le plus simple de tous
ces ulcères , & celui qui résiste le moins
aux pansemens, c'est celui qui ne dépend
d'aucune complication, dont le pus est blanc/
tenace & épais. Les observations continuelles que nous
avons fait dans nos Hôpitaux, pendant près
de quarante ans, nous ont conduit à fixer
invariablement notre opinion sur la cause
essentielle de la formation de l'ulcère. Plusieurs Médecins & Chirurgiens ont imaginé
que l'acide, qui est un corrosif, est une des
principales causes des ulcères $ & d'autres,
beaucoup plus clairvoyans , ont pensé qu'elle
devoit son origine aux alkalis qui corrodent -
également, à raison de leur degré de force
& d'acrimonie. En effet, ce dernier sentiment paroît si
clair & si consiant, qu'on ne sauroit le révoquer en doute, lorsqu'on considère que
le sang, arrêté dans quelque partie où il
n'a plus de mouvement, dégénère, dès le --- Page 192 ---
F 92 J troisièrne ou le quatrième jour, en une ma»
tière purulente, alkaline , dont l'odeur inseéle, putride & sulphureuse, frappe vivement les nerfs de l'odorat ; ce qui n'arriveroit
certainement jamais, si la cause des ulcères
dépendoit d'un acide , qui n'exhale aucune
odeur : d'ailleurs une multitude infinie d'expériences que j'ai fait, m'ayant prouvé déjnonflrativement que la matière âcre & saline
des ulcères résiste aux acides, ce qui prouve
que cette cause est alkaline, & qu'elle ne
' peut être détruite dans son principe que par
l'acide , qui en est le véritable ennemi &
le contraire; elle prouve aussi que tous les
pansemens balzamiques & inflammables , .
quelque doux qu'ils puissent être , ne font
que des alkalis, qui ne peuvent pas guérir
les ulcères causés par lalkali lui-même,
d'où il découle sans cesse une matière véritablement alkaline , puisqu'elle brûle l'issue
d'où elle sort, & qu'elle fait une effervefçence , lorsqu'elle est mêlée avec l'acide.
1 L'expérience journalière & consommée
que nous avons de notre Eau Antriputride,
Chargée de sels neutres , qui ell un acide
puissant, quoique adouci par un esprit ardent
ir
les ulcères causés par lalkali lui-même,
d'où il découle sans cesse une matière véritablement alkaline , puisqu'elle brûle l'issue
d'où elle sort, & qu'elle fait une effervefçence , lorsqu'elle est mêlée avec l'acide.
1 L'expérience journalière & consommée
que nous avons de notre Eau Antriputride,
Chargée de sels neutres , qui ell un acide
puissant, quoique adouci par un esprit ardent --- Page 193 ---
1 193 r tiré des fruits acides par fermentation, ne détruit point sa force &son activité, dont les effets
prouvent affirmativement ce que nous venons
d'avancer sur la cause essentielle des ulcères
qui dépendent de l'akali & non de l'acide ;
s'il s'agissoit ici d'étayer notre sentiment fut
des fondemens plus invincibles, l'amour naturelle qu'une infinité de personnes ont en
partage , pour confronter la vérité des faits
qu'un Auteur avance , soit pour leur propre
instruction, soit par d'autres motifs, déterminera sûrement un grand nombre de personnes à éclaircir inconstablement un fait
que nous allons citer, & il est possible que
le résultat des réflexions que cet objet leur
fera faire, tourne au profit de l'humanité,
en fixant, une fois pour tout, leur opinion
sur la veritable cause alkaline des ulcères. M. de Ranseney , Officier invalide, avoit
depuis sept ans une violente affedion scorbutique ; il étoit couvert de taches violettes,
rougeâtres & jaunes ; ses gencives étoient
ulcérées, ses dents noires & chancelantes $
malgré la multitude des remèdes qu'il avoit
fait, d'après l'avis de plusieurs. personnes
de l'art, sa maladie avoit fait des progrès --- Page 194 ---
r 94 1 ti grands, que, par une suite de la putréfaction générale, occasionnée par le scorbut
qui agissoit sans cesse sur les fluides & sur
les solides , il s'étoit sormé divers ulcères,
qui, en se multipliant successivement sur
toutes les différentes parties de son corps ,
arrivoient jusqu'à quarante deux; dont huit
étoient plus grands que la main. Dans un aussi trisse état , le malade ,
ne pouvant plus sortir de son lit depuis
plusieurs mois , nous fit prier par des personnes de considération, de l'aller voir ;
nous y fûmes , accompagnés de ces mêmes
personnes. Il demeuroit alors au Fauxbourg
Saint-Antoine, quartier Fontarabie ; nous
trouvâmes le malade dans son lit , couvert d'onguents, d'emplâtres -, ses ulcères exhaloient dans sa chambre une infection insupportable. Nous fîmes découvrir tous les
ulcères ; ils étoient profonds , ichoreux ,
calleux dans leurs bords , & d'une odeur
très-fœtide ; la bouche du malade étoit
d'un rouge brun jusqu'au fond de la gorge,
& garnie d'une infinité d'ulcères autour
des gencives , les dents déracinées étoient
noires & chancelantes $ son corps étoit
âtres -, ses ulcères exhaloient dans sa chambre une infection insupportable. Nous fîmes découvrir tous les
ulcères ; ils étoient profonds , ichoreux ,
calleux dans leurs bords , & d'une odeur
très-fœtide ; la bouche du malade étoit
d'un rouge brun jusqu'au fond de la gorge,
& garnie d'une infinité d'ulcères autour
des gencives , les dents déracinées étoient
noires & chancelantes $ son corps étoit --- Page 195 ---
r rS j couvert de taches scorbutiques ; il étoit
dans l'atrophie la plus, grande , & avoit m
dégoût général pour toute espèce de nourriture. A la vue de tant de maux réunis & arrives à un si haut periode , il se trouvoit dans
le plus grand danger , le malade étoit aban..
donné des personnes qui s'étoient donné le
plus grand soin pour le guérir ; nous résolûmes de lui donner des secours , au moins
de prolonger sa vie quelque tems ; tous les
emplâtres & les onguents dont il étoit
couvert furent supprimés ; nous fîmes déterger & laver les plaies avec une pinte
d'eau commune tiède, dans laquelle on mit
deux fortes cuillerées d'Eau Antiputride pure.
Après ce mélange, on appliqua sur les .ulcères des compresses trempées dans cette Eau
préparée, avec ordre de les humecter pendant
le jour, & de les renouveller tous lessoirs:
. le malade fut mis à l'usage de la boisson antiputride à la quantité de deux pintes par jour,
afin de détruire la cause scorbutique , pu.
tride & le pus repompé dans le sang. Les
gargarismes furent également employés ;
le malade suivit ce régime & fit usage inté* " - ^ --- Page 196 ---
-, 1
i 95 1 tieutement & extérieurement de cette Eau
jusqu'à parfaite guérison. Le sixième jour du
traitement la couleur des chairs , des ulcères
étoit déjà belle & vermeille ; il n'y avoit plus
de sibres flottantes. Les callosités & les bords
des ulcères furent ramollis, & lasuppuration
très-diminuée j leur surface était seulement
humectée d'une humeur peu considérable &',
glutiheuse. L'accroissement des chairs & leut
cicatrisation prochaine , nous obligèrent de
diminuer la force de cette Eau dessinée à
la lotion & au pansement des plaies. La dose
en fut réduite à une forte cuillerée à bouche
sur chaque pinte d'eau commune pour y
tremper les compresses, les appliquer pour
tout pansement sur les ulcères avec la même
exactitude qu'auparavant : au moyen de ces
soins , les plus petits ulcères qui n'étoient
que d'un pouce & demi de diametre & de
huit lignes de profondeur, furent très-promptement guéris . & ceux qui étoient de la
grandeur de la main le furent radicalement
dans moins de deux mois.
à bouche
sur chaque pinte d'eau commune pour y
tremper les compresses, les appliquer pour
tout pansement sur les ulcères avec la même
exactitude qu'auparavant : au moyen de ces
soins , les plus petits ulcères qui n'étoient
que d'un pouce & demi de diametre & de
huit lignes de profondeur, furent très-promptement guéris . & ceux qui étoient de la
grandeur de la main le furent radicalement
dans moins de deux mois. Les alimens gras furent supprimés, les taupes
maigres à l'oseille & légumes frais & rafraîchissans furent préférés, afin de ne pas porter - trop --- Page 197 ---
1 V. -
197 1 G trop de feu dans son sang. Les forces du
malade augmentèrent à vue d'œil; la langue,
les gencives & le palais furent bientôt répa.
rés y les dents se raffermirent , la nourriture
fut augmentée , le malade reprit de l'embonpoint & des forces, & fut parfaitement rétabli dans peu de tems. M. de Roncenai demeure actuellement au-de ssous de Belleville,
fauxbourg du Temple , & jouit de la meilleure santé. Lorsqu'il fut guéri, il se présenta
à l'Hôtel des Invalides pour recevoir ses
appointemens : on hésita à le reconnoître ,
parce qu'on étoit persuadé de l'incurabilité 1
de sa maladie dont on croyoit les suites funefles & prochaines, à càuse de son éthisie
scorbutique qui en avoit fait un squelette. Ce seul exemple nous dispense d'en citer
d'autres de même espèce. Notre objet en le
rapportant en détail dans cet Ouvrage, se
borne à en donner connoissance aux Médecins & aux Chirurgiens , afin qu'ils puissent
parvenir à guérir les vieux ulcères qui sont
fréquents dans les Hôpitaux de la Marine,
dans les Colonies où les Nègres périssent
à la suite des tems de ces sortes de maladies --- Page 198 ---
E 98 1 qui causent aux Habitans des pertes réellesik irréparables. La boisson de l'Eau Antiputride change
promptement la mauvaise habitude du corps ;
elle rétablit les sécrétions en général, pré.
vient les indigestions, fortifie l'estomac, donne
du ton aux solides & provoque l'appétit. Ce
sont des vérités prouvées qui établirent l'invariabilité des esfets de ce remède nouveau,
à bien des égards. On suppose que les Chirurgiens. qui seront
dans le cas de traiter les ulcères sur Mer,
dans les Colonies , &c. , auront assez de
connoissances pour avoir égard aux causes
vénériennes qui poûrroit y être compliquées,
qu'ils sauront ouvrir les sinus , &c. pour
faciliter la prompte cicatrisation en les détergeant & injectant au besoin avec cette Eau Antiputride préparée pour le pansement en
quantité suffisante , suivant les usages ordinaires , en préférant l'application de l'Eau Antiputride aux digestifs , aux onguents ,
aux emplâtres qu'on avoit coutume d'employer avant notre découverte. A l'égard du '
vice scorbutique , qui est souvent la cause --- Page 199 ---
f 99 ] 1 G 2 des ulcères, ou qui les entretient, on n'aura
pas besoin de lui opposer d'autre remède
interne que la boisson de l'Eau Antiputride
de Beaufort , à la quantité de deux pintes
par jour. L'Eau Antiputride est le véritable
spécifique contre le scorbut, & on en a la,
preuve dans la guérison radicale de M. de
Roncenai, Officier Invalide , &c. , dont nous
rapporterons le détail de l'expérience dans
cet Ouvrage.
on n'aura
pas besoin de lui opposer d'autre remède
interne que la boisson de l'Eau Antiputride
de Beaufort , à la quantité de deux pintes
par jour. L'Eau Antiputride est le véritable
spécifique contre le scorbut, & on en a la,
preuve dans la guérison radicale de M. de
Roncenai, Officier Invalide , &c. , dont nous
rapporterons le détail de l'expérience dans
cet Ouvrage. Nous avons observé, en traitant des ulcères en général, qu'ils ont sou vent différens
caractères ; nous pouvons assurer d'avoir
vu par théorie & par des expériences multipliées , que la cause qui les entretient est,
véritablement alkaline & putride. Il est inutile d'entrer ici dans d'autresdétails à cet égard : il suffira de savoir que
les ulcères en général qui ne sont point entre.
tenus par un virus siphilitique , doivent être
traités de la manière que nous venons de le
dire. Lorsqu'il y aura un vice vénérien , ou
scrophuleux qui contrariera la guérison ,
on ajoutera au traitement ordinaire ( que
nous venons de fixer par l'usage interne &
externe de l'Eau Antiputride ? ) les bols de --- Page 200 ---
\
l 100 ] panacée mercurielle, ou le remède de Wans'
vietin, asin de faciliter la cure radicale de
ces ulcères entretenus par un double vice. Il est superslu d employer d'autres remèdes pour laver les ulcères ; on les détergera suffisamment par les lotions & les injections de l'Eau Antiputride , & par l'application des compresses imbibées dans cette
Eau : les remèdes farcotiques ne sont plus
nécessaires , parce qu'il n'y en a point de
plus efficaces pour faciliter l'évolution &
l'accroissement des chairs , que l'Eau de
Beaufort. Lorsqu^les chairs seront presqu'au niveau
de la peau, il ne faut les laver soir & matin
qu avec l eau du pansement & couvrir la plaie
avec du linge blanc & sec : la Nature, toujours admirable dans ses œuvres, achevera
elle-même la cicatrisation & la parfaite guérison des ulcères. Les Chirurgiens qui bavent tous réprimer
les excroissances de chair par l'alun brûlé, &c,
n'ont pas besoin d'instruction à cet égard,
quand les circonstances l'exigent ; mais ces
accidens n'arrivent point quand le pansement
des ulcères se fait avec l'Eau Antiputride, --- Page 201 ---
[ 101 ] [texte_manquant] attendu que cest pour détruire les callosités,
les chairs mortes & prévenir les excroissances,
que nous mettons deux bonnes cuillerées à
bouche d'Eau Antiputride pure sur une pinte
d'eau commune pendantlessix premiers jours,
pour ne laisser sur la plaie aucun corps étranger qui puisse retarder la guérison des ulcères.
On l'emploiera de même lorsque les chairs
monteront au-dessus du niveau de la peau. On doit changer le régime des alimens
à mesure que le progrès du pansements exige,
en augmentant graduellement leur quantité , ,
eu égard à leur qualité , pour qu'ils soient
de facile digestion. On peut ensuite prescrire les alimens gras , & défendre expreflément ceux qui font salés & épicés. Il auroit été très-facile de nous étendre davantage sur ce chapitre en nous livrant
au détail des différentes espèces & qualités
d'ulcères ; mais comme il ne s'agit ici que de
mettre sous les yeux des. personnes de l 'art
déjà instruites de cette matière, la façon de
nous conduire dans le traitement des ulcères
en général -, nous nous bornerons à leur observer en passant, que quelque soit la varias
reflément ceux qui font salés & épicés. Il auroit été très-facile de nous étendre davantage sur ce chapitre en nous livrant
au détail des différentes espèces & qualités
d'ulcères ; mais comme il ne s'agit ici que de
mettre sous les yeux des. personnes de l 'art
déjà instruites de cette matière, la façon de
nous conduire dans le traitement des ulcères
en général -, nous nous bornerons à leur observer en passant, que quelque soit la varias --- Page 202 ---
C lei ] ,tion, le nombre & la qualité différente des
ulcères , l'usage interne ou externe de l'Eau
Antipudride dont ils pourront diminuer ou
augmenter la force suivant les circonÍlances, suffira pour remplir toutes leurs vues
pour le traitement des ulcères & pour combattre la putridité & le vice qui peut contribuer à leur résistance. Il est important d'observer aux personnes
qui se font une peine (lorsqu elles sont âgées,)
de faire fermer les ulcères qu'elles gardent
depuis plusieurs années, parce qu'elles croyent
que le suintement continuel des ulcères qui
se fait, sert à dépurer leur sang, & à donner
issue à des humeurs de mauvaise qualité
qui pourroient l'appauvrir , & abréger le
cours de leur vie. Cette crainte , quelque fondée qu elle paroisse, ne doit pas les
effrayer, puisque nous pouvons les assurer ,
d'après nos expériences réitérées , qu'elles
n 'ont rien à craindre, en suivant notre traitement pour la guérison des ulcères , en
continuant sur-tout, pendant deux ou trois
mois, de prendre tous les matins à jeun un
verre de cette Eau préparée, & autant le --- Page 203 ---
1 103 ] G 4 foir, avant souper. Cette Eau ne soufFre point
de corps étrangers dans le sang; elle chassera pendant ce tems, par la voie des urines >.
les humeurs acrimonieuses , superflues &
nuisibles. Le sang & les humeurs qui se porteront avec trop d'abondance vers les ulcères cicatrisés, reprendront leur cours ordinaire par les vaisseaux collatéraux qui
leur sont propres, & les craintes cesseront
d'occuper l'imagination. * MA NI ERE dp traiter & de guérir le Piam; Le piam est une maladie cutanée , prurigineuse > ulcéreuSe , inflammatoire, contagieuse & doulourèuse , accompagnée de démangeaisons & de cuissons très-importunes. Cette maladie participe de l'éléphansis ;
si commun parmi les N'ègres, en Afrique
& en Afre. Le virus de cette maladie se'
manifeste par des éruptions exantemateuses >
occasionnées par l'âcreté séreuse & corrofive des humeurs qui'se fixent entre les vai£-
seaux excrétoires, & les fibres nerveuses 8C
tendineuses de la peau. % --- Page 204 ---
t 104 . Les Médecins les plus éclairés ont pensé
que le piam est une gale dartreuse & vénérienne , qui dépend d'un vice compliqué,
communément héréditaire parmi les Nègres. Les levures qui commencent à annoncer ^ le piam, se terminent en pustules & en ul-
„ cérations sur la peau, qui devient tr ès-dure
rugu[e & croûteuse. Cette maladie est difficile à guérir $ elle
résiste sou vent aux remèdes les plus usités,
& se renouvelle souvent, lorsqu'on croit être
au moment de la guérison.
énérienne , qui dépend d'un vice compliqué,
communément héréditaire parmi les Nègres. Les levures qui commencent à annoncer ^ le piam, se terminent en pustules & en ul-
„ cérations sur la peau, qui devient tr ès-dure
rugu[e & croûteuse. Cette maladie est difficile à guérir $ elle
résiste sou vent aux remèdes les plus usités,
& se renouvelle souvent, lorsqu'on croit être
au moment de la guérison. On a pensé dans un tems que le mercure
etoit le véritable spécifique du piam, parce
qu'il avoit effectivement opéré quelques légères guérisons accidentelles $ mais la résistance que cette maladie oppose aux effets
du mercure dans le traitement de ceux qui
en sont attaqués, a démontré évidemment
que le mercure a voit bien quelques propriétés générales pour les maladies de la
peau, mais qu'il. n'en avoit point de spécisique pour la guérison du piam en général ;
parce qu'il a non-seulement son siége dans
le sang & dans les humeurs r mais encore --- Page 205 ---
t 10) 3 -1 dans le corps de la peau,&: des fibres nerveuses & tendineuses des muscles qui en
sont continuellement irritées & agacées. Lorsque les ulcères du piam s'établissent
sur la peau par des levures, il en sort une
matiere sanieuse , fostide & corrosive , jusqu'à ce que leur surface soit desséchée &
ruguse ; il s'y forme alors des espèces de
croûtes écailleuses qui se détachent & qui
font appercevoir dans le sein de l'ulcère une
rougeur brune & foncée, suivie des démangeaisons & des cuissons très - vives & difficiles à supporter. La peau reste inégale, raboteuse, épaisse :
le malade maigrit ; ses jambes & ses pieds
deviennent enflés ; il tombe insensiblement
dans la consomption, l'éthysie, & meurt. Le piam diffère suivant les tempéramens
des Nègres qui en sont attaqués : ceux qui sont
billeux & mélancoliques , ont des ulcères
plus écailleux, plus croûteux & plus secs
que ceux qui sont phlegmatiques & sanguins;
ces derniers ont les ulcères beaucoup plus
humides, sanieux & quelquefois suppurans. Ces sont ces différences singulières qui j --- Page 206 ---
[ 10 6 ] concourent à rendre cette maladie plus ou
moins rébelle aux remèdes les plus vertueux.
D'ailleurs, comme elle a son siége dans les
parties vasculeuses , tendineuses & nerveuses
de la peau, &- dans celles qui sont adypeuses
ou graisseuses sous la peau, on ne doit pas
douter que tous ces obstacles n augmentent
presqu'invinciblem ent la difficulté de la déraciner & de la détruire ; il faut éteindre le
vice dans les parties les plus éloignées du
mouvement du cœur, d'où la circulation
tire sa force, sa lenteur & sa foiblesse ; il
faut ( disons-nous, ) surmonter la résistance
que les solides & les fluides viciés leur présentent , par l'acrimonie corrosive & caustique des humeurs qui y sont arrêtées. On a remarqué quelquefois des vers dans
les ulcères du piam, prosondément creusés
par la nature caustique & brûlante de la
matière , de la suppuration & de la fanie. Cette maladie est fréquente dans la Négritie ; on ne doit point l'attribuer à la nature des alimens dont les Nègres se nourrissent, ni à un commerce impur, puisque
les Négrillons eux - mêmes y sont sujets, --- Page 207 ---
C 107 ] ..
remarqué quelquefois des vers dans
les ulcères du piam, prosondément creusés
par la nature caustique & brûlante de la
matière , de la suppuration & de la fanie. Cette maladie est fréquente dans la Négritie ; on ne doit point l'attribuer à la nature des alimens dont les Nègres se nourrissent, ni à un commerce impur, puisque
les Négrillons eux - mêmes y sont sujets, --- Page 207 ---
C 107 ] .. comme les Adultes ; ce qui prouve que la
maladie est souvent héréditaire, & que le
fang des Nègres est très-corrompu. Le mercure qui, à certains égards, est
très - propre à combattre les maladies de la
peau, parce qu'il résoud & donne plus de
fluidité aux humeurs épaisses, & qu'il réunit
d'autres propriétés merveilleuses , réussit
mal dans le traitement du piam ; on voit
ordinairement succéder des enflures, à
usage, dans les extrémités inférieures, qui
produisent des ulcères qui ne guérissent jamais , attendu que la cause qui les procure
est précisément celle qu'on a voulu détruire
& vaincre par la seule puissance de ce remède anti - vénérien . qui s'est trouvé impuissant, à bien des égards. La meilleure manière de traiter les Nègres affligés du piam , ( sans employer une
infinité de remèdes très-chers, presque toujours infructueux , ) consiste à se conformer
à notre traitement ordinaire en pareil cas,
dont voici les moyens : On fera prendre au malade , soir & matin
pendant huit jours, un bain coupé avec un
sceau de décoction d'herbes émollientes &
s --- Page 208 ---
[ 108 1 résolutives ; on lui donnera une nourriture
rafraîchissante ; on le saignera du bras le
neuvième jout, & on lui fera prendre, apr ès
les bains, la médecine suivante : Prenez vingt grains de jalap & deux grains
de gomme-gutte diagrédiée , six grains de sel
de tartre mêlés ct formes en des béls , que le
malade prendra en une feule dose le matin k
ieun, pour un Adulte fort. On réiiérera ce remède trois jours après ,
en augmentant la gomme-gutte d'un grain. Le malade boira deux pintes par jour d'Eau
Minérale, Antiputride , préparée avec les
deux tiers d'une cuillerée à bouche de cette
Eau pure , sur une pinte d eau commune. Six jours après la dernière purgation, on
lui en donnera une, composée de même que
les précédentes, avec cette différence que
dans la première il y aura trois grains de
gomme-gutte, au lieu de deux ; & que dans
celle du sur - lendemain , il y aura quatre
grains de gomme-gutte, au lieu de trois. La guérison complette de cette maladie,
doit s'opérer dans 1 espace d 'un mois & demi ,
mais pendant ce tems , on aura soin de. continuer les purgatifs de six jours en six jours ,
composée de même que
les précédentes, avec cette différence que
dans la première il y aura trois grains de
gomme-gutte, au lieu de deux ; & que dans
celle du sur - lendemain , il y aura quatre
grains de gomme-gutte, au lieu de trois. La guérison complette de cette maladie,
doit s'opérer dans 1 espace d 'un mois & demi ,
mais pendant ce tems , on aura soin de. continuer les purgatifs de six jours en six jours , --- Page 209 ---
E 109 ] en fixant la gomme-gutte à trois grains; le
jalap & le sel de tartre, à la quantité cidevant prescrite, sans autre changement. Le douzième jour, après la saignée & les
premiers purgatifs, on fera prendre au malade les bains composés avec une eau sulphureuse & ferrigineuse , qu'on aura préparée dans un cuvier ; le malade s'y mettra,
au moins deux fois par jour, & les continuera quinze à vingt jours de suite. On prépare ce bain, en faisant bouillir dans six ou
huit pintes d'eau, quatre livres d'efcories de
fer de la forge d'un Maréchal & une livre
de soufre en bâton qu'on aura bien pilé. On
versera le tout dans l'eau de la baignoire,
sans autre addition : au bout de ce tems ,
on fera prendre une fois par jour six bains
consécutifs, avec des herbes émollientes ,
résolutives, qui seront également mêlées
avec celles qui sont aromatiques. Quand le malade sortira du bain , on aura
soin de laver foir & matin ses ulcères croûteux, avec une éponge trempée dans l'Eau
Antiputride qu'on préparera, en mettant
dix cuillerées à bouche de cette Eau pure,
sur trente cuillerées à bouche d'eau commune. --- Page 210 ---
[MO] Si , malgré cette préparation, quelquesuns des ulcères du malade résistoient encore
à ce pansement, alors il faudroit faire un
mélange égal d'eau commune & d'Eau An-,
tiputride pure pour en éponger les plaies,
& y appliquer de fortes compresses trempées dans cette Eau ainsi préparée; par ce
moyen, les ulcères seront guéris , ou en voie
de se cicatriser fous peu de j ours. On fera prendre tours les jous au malade,
dans les intervalles des bains & des bols
purgatifs , une écuellée de lait sroid, coupé
avec une égale portion d'Eau Antiputride
préparée pour fa- boisson ; on y mettra
un peu de sucre & du pain, il continuera ce déjeûné jusqu 'à la fin du traitement, en observant de le faire souper de la'
même manière, & en augmentant la dose
du lait coupé & du pain , afin d 'adoucir,
de tempérer & rafraîchir le sang du malade. MA N I E R E de traiter & de guérir le Chic. Le chic est un inseéte qui n'a pas plus de
trois lignes de long & environ une d'épaisseur. Il se trouve dans les ordures des cannes^
\ --- Page 211 ---
r nr 1 dans les moulins à sucre , où les- Nègres
travaillent pieds nuds. Ces inse&es s'insinuent profondément dans'
les pores de la peau des pieds des Nègres j
ils y gênent les artères qui redoublent leurs!
battemens sur la partie comprimée r & ren.,
dent la douleur & l'enflure plus sensibles
évidentes. w
'épaisseur. Il se trouve dans les ordures des cannes^
\ --- Page 211 ---
r nr 1 dans les moulins à sucre , où les- Nègres
travaillent pieds nuds. Ces inse&es s'insinuent profondément dans'
les pores de la peau des pieds des Nègres j
ils y gênent les artères qui redoublent leurs!
battemens sur la partie comprimée r & ren.,
dent la douleur & l'enflure plus sensibles
évidentes. w L'enflure augmente, le pied devient monstrueux ; il y survient des crevasses & des;
ulcères profonds , qui pénètrent jusques dans
les articulations. Les os s'y carient le plus
sou vent; le Nègre devient perclus, inutile
à son Maître & l'on est obligé de lui couper
les jambes au-dessus des malléoles , pour le:
garantir de la gangrène & de la mort. L'Eau Antiputride est le remède le plus,
sur, le plus prompt que Ton puisse employer
dans ces tristes accidens.; on peut les prévenir , en traitant la maladie du chic dans,
le principe de la manière suivante. Il faut commencer par s'assurer du lieu;
où le chic s'elt introduit ? & y faire une
petite scarification , avec la pointe d'une:
lancette , à la profondeur de trois lignes, &
autant dans la longueur ; on y versera de --- Page 212 ---
[112] l'Eau Antiputride pure , pour y former une
légère scarre qu'on entretiendra deux jours,
en y versant trois fois par jour de l'Eau
Antiputride pure. Ces deux jours expirés,
on mettra sur la plaie une emplâtre de diachilon gommé , pour détacher l'escarre &
établir une suppuration dans cette partie;
on l'entretiendra cinq ou six jours de suite :
pendant cet intervalle de tems , le chic
mourra; & l'on s'en appercevra très-facilement par la diminution de l'enflure, & par la
cessation du battement des artères. Alors, on
supprimera l'emplâtre', & on bassinera la
plaie avec de l'Eau Antiputride, préparée
suivant la dose indiquée pour le pansement des plaies & des ulcères , afin de
la cicatriser. On fera boire tous les jours au malade une pinte d'Eau Antiputride préparée pour
la boisson ordinaire des voyageurs, afin de
calmer le mouvement du sang trop échauffé
par le corps étranger du chic qui agitoit
le malade, en dérangeant la libre circulation
du sang dans la partie ou le chic s'étoit établi. TB T.A. NOS t --- Page 213 ---
I ii3 J H 7 ET AN O s ou MA L DE MA CH OIRE
des Enfans des Nègres, en Amérique. Les Habitans des Colonies de l'Amérique
n'auroient pas besoin d'acheter des Nègres,
ni daller à la traite sur les côtesd'Afrique, &c.
si le tetanos , ou le mal de mâchoire , ne cauToit la mort à tant de milliers de Négrillons >
dans les neufs premiers jours de leur naise
sance" On croit que de dix de ces enfans ^
il en meurt ordinairement fept- à huit ; ce
qui est une perte inappréciable pour les Ha,
bitans & pour l'Etat.
'acheter des Nègres,
ni daller à la traite sur les côtesd'Afrique, &c.
si le tetanos , ou le mal de mâchoire , ne cauToit la mort à tant de milliers de Négrillons >
dans les neufs premiers jours de leur naise
sance" On croit que de dix de ces enfans ^
il en meurt ordinairement fept- à huit ; ce
qui est une perte inappréciable pour les Ha,
bitans & pour l'Etat. On assure que la ligature du nombril esl
la principale cause du mal de mâchoire^
par -l inflammation qu'elle occasio nne le troitième jour de la nainanc? de ces enfans
qui cst bientôt suivie des m'ouvemens convulsifs de la mâchoire inférieure , qui ferme
la bouche d'une manière si forte qu'il
esi impossible de faire tetter ces enfans qui
meurent le neuvième jour du tetanos ., ou mal
de mâchoire , sans qu'on ait trouvé juiqu'à
présent aucun remède pour prévenir l'inHammation de leur nombril & des entrailles, --- Page 214 ---
-. [ 114 ] Le sang des Nègres est si impur, si huileux *
épais , qu'il n est pas possible qu'il ne s'arrête & ne s'enflamme par la plus petite compression des vaisseaux du cordon ombilical,
qui doit forcer le sang à prendre un autre
cours par les vaisseaux collatéraux. Les observations qu'on nous a faites
sur les moyens que nous avons indiqués,
dont le succès semble mériter la plus grande
attention , nous engagent de donner ici
plus de connoissance des précautions qu'il
y a à prendre pour sauver la plus grande
partie de ces Négrillons, & peut-êtré la
totalité à tous égards. Pour réussir , nous exposerons la cause
apparente de la maladie , ses effets & les
moyens de' la prévenir & combattre dans
son principe autant qu'il est possible, de
✓ les employer sur des enfans de deux ou
trois jours de naissance. L'inflammation du nombril étant la principale cause du mal de mâchoire , par la
ligature indispensable qu'on fait au cordon
ombilical , sera prévenue en plongeant six
fois par jour , pendant quatrè minutes, ces
nouveaux nés, dans un sceau d'eau commune tiède, & coupée avec partie égale --- Page 215 ---
t Il) 3 H Jt
! de décoction d'herbes émollientes & rafraîchifTantes, dans laquelle on aura mis demi..
cuillerée d'Eau Antiputride pure, par pinte
d'eau de ce bain, On appliquera sur le nombril une forte
compresse de linge fin trempé dans une pinte
d'eau commune , dans laquelle on aura mêlé
une cuillerée à bouche d'Eau Antiputride
pure , qu'on aura foin de tremper de nouveau, & de l'appliquer trois fois par jour,
au moins', en continuant dix à douze
jours de suite, sans y manquer. Ces bains
* feront réduits à deux après la neuvième
jour, jusqu'au vingtième de la naissance du; Négrillon. On fera boite à la nourrice deux pintes
par jour de cette Eau préparée, en metant
la moitié d'une cuillerée à bouche d'Eau.
Antiputride pure dans une pinte d' au commune , mesure de Paris ; elle n'en boira
plus qu'une pinte après le septième jour.
& en continuera l'usage pendant deux mois ,
pour rendre le sang du Négrillon plus flu de
& moins inflammable : il ne faut pas d aunes
précautions pour le sauver.
égrillon. On fera boite à la nourrice deux pintes
par jour de cette Eau préparée, en metant
la moitié d'une cuillerée à bouche d'Eau.
Antiputride pure dans une pinte d' au commune , mesure de Paris ; elle n'en boira
plus qu'une pinte après le septième jour.
& en continuera l'usage pendant deux mois ,
pour rendre le sang du Négrillon plus flu de
& moins inflammable : il ne faut pas d aunes
précautions pour le sauver. Si le nouveau né avoit quelques symp- --- Page 216 ---
[116 ] tomes de la maladie convulsive , ou mal de
mâchoire, on lui appliqueroit sur le champ
une ventouse sur le dos, pour tirer une cuillerée de sang, en réitérant ce secours les trois
premiers jours de la maladie. On continuera
de plonger le Nègrillon pendant quatre miminutes , dans le bain émollient qu'on rendra
antiphlogiflique, par l'addition de quatre cuillerées à bouche d'Eau Antiputride pure, dans
huit pintes de la décoction qui composera ce
bain. On continuera les applications sur le
le nombril, comme auparavant. Si l'enfant se trouve mieux, & qu'il commence à avaler du lait, on prendra deux
cuillerées d'Eau de la boisson préparée pour
la nourrice , une cuillerée à bouche de lait,
vingt gouttes de syrop de calebasse & trois
gouttes de teinture anodine de Sydenham,
& on fera avaler ce lait coupé par demi-cuillerées à café dans l'espace de douze heures y
ce qui suffira pour faire cesser dans cet état
les mouvemens convullifs du tetanos , & on
sauvera le NégrillonCes moyens sont si simples , qu'il n'est
pas nécessaire d'en dire davantage pour que
les nourrices soieftt à même de les employer 3
sans autre explication. --- Page 217 ---
[ 117 J' H 3 On qbservera seulement d'empêcher les
nourrices de manger des choses trop acres
& Calées , & sur-tout du piment, pendant les
premiers mois de la naissance de leur enfant. FIÈVRES INTERMITTENTES,
irrégulières , nerveuses , périodiques, putrides , font licencier tous les ans les
Ouvriers de l' Arsénal du port de Rochefort,
pendant les mois d'Août ? de Septembre &
d' Octobre. Tout le monde connoît le caractère & la
nature des fièvres intermittentes, par la fréquence du poulx & la lésion confiante des
fonctions. Les frissons & la chaleur périodique, rabattement des forces, les nausées ?
le mal de tête & le dégoût accompagnent
ordinairement cette maladie. Les espèces de
fièvres intermittentes sont si multipliées, qu'il
ser oit trop long d'entrjr dans un détail qu'on
trouve dans la plûpart des Livres de Médecine
qui traitent de cette maladie & de ses espèces.
du poulx & la lésion confiante des
fonctions. Les frissons & la chaleur périodique, rabattement des forces, les nausées ?
le mal de tête & le dégoût accompagnent
ordinairement cette maladie. Les espèces de
fièvres intermittentes sont si multipliées, qu'il
ser oit trop long d'entrjr dans un détail qu'on
trouve dans la plûpart des Livres de Médecine
qui traitent de cette maladie & de ses espèces. L'espèce de fièvre. que nous avons à traiter
ici > est particulière à Rochefort &: dans_[es
environs: elle est occasionnée par les miaÇ. --- Page 218 ---
11 r 118 1 mes de putréfaction qui s'élèvent des lieux
marécageux pendant les grandes chaleurs %
dont l'effet, ne produit dans le principe que
des fièvres intermittentes , qu'on fixe ordinairement par l'usage du quinquina, qui ne
détruit point entièrement le vice en général
dont les. vapeurs putrides & malignes font:
la première came. C'est de ce vice, qui
augmente journellement par l'infection de
l'air , que dépendent les, différentes obstructions dans les corps glanduleux & sur-tout:
dans le r àie, quifont changer promptement la
nature de la. maladie, par le dérangement
général des fonctions , par la langueur ,
l'appauvrissement d,u sang, l'abattement des
forces, & la sièvre habituelle & lente qui
dégénère bientôt en fièvre continue,. putride, fréquemment maligne, qui fait périt
tous les ans beaucoup de personnes dans les.
Hôpitaux , sans qu'on puisse en arrêter les
effets à tous égards, L'expérience qu'on a dans, ce port depuis.
plusieurs années, a fait licencier tous les
gns , meme en tems, de guerre, la plus
grande partie des Ouvriers qui sont or- --- Page 219 ---
1 [ 119 1 si 4 dinairement employés dans ce p(5r^.^ de les garantir des effets funes(CS cêà. maladies périodiques. Nous avons pensé que cette!' maladie in-/
téresfoit assez la Marine , pou^cjevoir â
. comprendre dans le nombre de - . -'i-ie nous venons de rapporter dans l'Ouvrage
succint qui nous a été ordonné, pour constater d'une manière exacte & méthodique,
par une Formule, très - détaillée , l'administration de l'Eau Minérale Antiputride de
Beaufort dans les cas relatifs à la Marine y
où elle peut être employée avec succès. C'est en conséquence de cette détermination, que nous traçons ici le traitement
que nous avons pratiqué heurensement par
le secours de l'Eau Minérale Antiputride,
en pareille circonsiance. D'autres Médecins , diaprés nos avis, ont également réussi
à prévenir la mortalité , en traitant ces.
sortes de malades avec avec les acides.
l'Eau Minérale Antiputride de
Beaufort dans les cas relatifs à la Marine y
où elle peut être employée avec succès. C'est en conséquence de cette détermination, que nous traçons ici le traitement
que nous avons pratiqué heurensement par
le secours de l'Eau Minérale Antiputride,
en pareille circonsiance. D'autres Médecins , diaprés nos avis, ont également réussi
à prévenir la mortalité , en traitant ces.
sortes de malades avec avec les acides. Nous rapporterons , même dans cet
Ouvrage , ( pour preuve de ce fait , >
la lettre qu'un de. ces Médécins écrivit
en, 1777 * à M. Vic-d'Azir , Secrétaire, --- Page 220 ---
[ T 20 ] perpétuelle là Sociéié Royale de Médecine;
en lui annonçant en même tems les effets adm rables que l'usage de cette Eau Antiputride
venoit- de produire dans le Bouig de la Motte
en Dauphiné; , affligé , comme nous l'avons,
déjà observé, d'une maladie épidémique la '
plus cruelle, où les soixante malades qui en
étoient attaques, lorsque ce Médecin y arriva , par ordre de M31 Intendant, furent tous
sauvés, par l'usage d'un gobelet de cette
Eau préparée, administrée aux malades d'un
quart d'heure à l'autre, pendant les trois premiers jours de cette maladie , qui fut heureusement terminée dans très-peu de jours.
Le même effet de cette Eau se fit remarquer
dans le même tems sur plusieurs malades
attaqués de fièvres intermittentes, dégénérées, par l'abus,des remèdes, &c., en obsc
tructions scorbutiques. Ces expressions sont
ls confiantes & précises, que nous avons,
dû les rapporter, ainsi que la lettre de ce
Médecin, pour augmenter la confiance que
mérite noire traitement , à l'égard de la
maladie périodique de Rochefort, pour en
arrêter, sans perte de tems, le cours rapide
& funelte. --- Page 221 ---
E 12-1 J' Traitement. Lorsque nous fûmes appelles auprès des
malades attaqués de la même maladie que
ceux de Rochefort, notre premier soin fut
de leur faire boire deux & même- trois pintes
d'Eau Antiputride, pendant les trois premiers jours du traitement, afin de neutraliser
la matière putride, bilieuse & alkaline qui'
donnoit lieu à la fièvre intermittente, irïégulière & nerveuse dont il s'agit, & de
rendre l'évacuation des matières morbifiques plus abondante & facile. Les malades furent mis à la diète. Les
alimens gras furent supprimés, & ceux qui
étoient rafraîchissans & au maigre, furent
préférés. Le quatrième jour-, nous fîmes donner
une dose d'ém.ét que en lavage, pour ex,
primer les glandes des premières voies &
donner issue aux matières gluantes & épaisses , dont les. parois de l'estomac étoient
tapissés. Le lendemain de rémétique, les malades furent saignés pendant la chaleur de
l'accès de la fièvre ; la boisson de notre Eau
rafraîchissans & au maigre, furent
préférés. Le quatrième jour-, nous fîmes donner
une dose d'ém.ét que en lavage, pour ex,
primer les glandes des premières voies &
donner issue aux matières gluantes & épaisses , dont les. parois de l'estomac étoient
tapissés. Le lendemain de rémétique, les malades furent saignés pendant la chaleur de
l'accès de la fièvre ; la boisson de notre Eau --- Page 222 ---
C 121 3 fut augmentée, les malades furent purgés le
lendemain de cet accès . avec une médecine ordinaire, dans laquelle on avoit fait
infuser un gros de quinquina , avec les
autres ingrédiens ordinaires , qui servent à
composer une médecine liquide en un seus
verre. Le quinquina purgatif fut employé une
fois par jour dans la matinée , à la quantité
d'un gros , avec autant de sel d'epsom ; le
tout détrempé dans un demi-verre de vin
blanc , ou de vin rouge à défaut du blanc %
mêlé avec autant d'Eau Minérale de la
boifson* Nous fîmes continuer l'usage du quinquina
purgatif pendant six jours consécutifs, ainsi
que la boisson de l'Eau minérale de Beaufort
à la quantité de deux & même de trois pintes
par jour. Après l'usage du quinquina, nous,
fîmes purger le malade pendant deux joursde suite avec quatre verres de tisanne royale
purgative ordinaire chaque jour , dans
laquelle on avoit ajouté un paquet d'une once
de petite centaurée, dix grosde sel d'Epfbn
& un bon citron. Les malades continuèrent l'usage des deux --- Page 223 ---
C m 1 pintes seulement par jour d'Eau minérale
Antiputride, & furent parfaitement guéris & à
l abri des suites que cette espèce de fièvre intermittente périodique occasionne presqu'inévitablement dans les lieux marécageux où elle
est ordinaire jpendant les trois mois les plus
chauds de l'Eté & de l'Automne. ' Les màlades dans l'état de convalescence
n'ont pas eu besoin de changer d'air. Il leur a
suffi de boire une pinte d'Eau Minérale Antiputride dans le jour, soit à jeun, soit dans les
repas, mêlée avec du vin, sans autre remède
qu'une purgation en un seul verre, comme
celle que nous avons prescrite ci-devant. A la fin, d'Octobre les malades pourront
se passer de l'usage de l'Eau Antiputride. Il
y en a qui, par prudence & précaution,
en prennent un grand gobelet le matin à
jeun pendant le. cours du mois de Novembre. Nous observerons ici, que les Officiers @
& les autres Marins qui sont forcés par
état de Séjourner en tout tems dans le
Port de Rochefort, ou dans les vaisseaux,
se garantiront toujours du mauvais air & de
la maladie dont il s'agit t . en prenant tous les., --- Page 224 ---
r 114 j jours , trois ou quatre gobelets de cette
Eau , ou seulement deux verres à jeun.
Cette Eau combinée , détruira toujours
par son acide les miasmes de corruption
dont l'air se trouve infesté tous les ans 5
elle les neutralisera & les chassera promptement par les urines y on parviendra à
se garantir , au milieu de la contagion ,
des maladies les plus funestes , presqu'inévitables à tous égards dans les lieux où cette
maladie se manifeste tous les ans.
ou quatre gobelets de cette
Eau , ou seulement deux verres à jeun.
Cette Eau combinée , détruira toujours
par son acide les miasmes de corruption
dont l'air se trouve infesté tous les ans 5
elle les neutralisera & les chassera promptement par les urines y on parviendra à
se garantir , au milieu de la contagion ,
des maladies les plus funestes , presqu'inévitables à tous égards dans les lieux où cette
maladie se manifeste tous les ans. Cette Eau se prépare pour la boiflbn en
mettant une demie cuillerée, à bouche d'Eau
Antiputride pure sur une pinte d'eau commune ; la dépense est si peu de chose> qu'il
ne vaut pas la. peine d'en priver les matelots
qui se trouvent dans ce Port pendant les
mois où cette maladie est générale & danr
gereuse, afin de les garantir de la maladie
& souvent de la mort. --- Page 225 ---
-- t 115 ] COPIE de la Lettre écrite en 1777 à M*
Vic-d' Azir, par M. Nicolas , de Grenoble ,
Médecin des Epidémies , Pensionné du'
Roi 5 Correspondant de la Société Royale
de Médecine , au sujet des effets de l'Eau
Minérale Antiputride de M. de Beaufort
aux environs de Grenoble. M. Nicolas rend des comptes à M. Vicq*
d'Azir de différentes ôbservations relatives
à sa place de Correspondant : il ne remit
à M. le Duc de Tonnerre, Commandant de
la Province du Dauphiné, queles articles qui
pouvoient être relatifs à l'Eau de Beaufort,
qui intéressoit l'administration, & il dit: « J'ai aussi à vous envoyer un Mémoire,
» sur le traitement des maladies putrides ct
inflammatoires par les acides. Je me suis
» servi avec le plus grand succès de ceux
» qui ont été combinés par M. de Beaufort
» que je connois peu ; mais dont la combinaison m'a paru jufle. J'ai tâché de. l'imiter
» quand je ri ai pas eu son Eau Antiputride :
» j'ai même réussi y mais ma tombinaijoh
M etoit plus coûteuje , parce qu'il fait la sienne
o en grand ; je crois que ce remède mérite --- Page 226 ---
t126 J w tattention de la Société. Je viens 2e guérit
» des fièvres intermittentes , dégénérées par
ts l'abus des remèdes, en d? autres maladies ,
» ct un scorbut affreux , &c. , par Uufage Jeul -
es de cet acide combiné M. Signé, NICOLAS, Médecin. On s e R r À T 1 o N. On a vu un nombre de personnes, même
lin Corps de Médecins , fronder les acides
^minéraux , & ne vouloir adopter que les
végétaux, en soutenant que les Anglois ne
se servoient jamais que de ces derniers.
Nous avons toujours soutenu le contraire,
par rapport aux expériences multipliées
que nous n'avons jamais cessé de faire depuis vingt-cinq ans, avec notre Eau Antiputride , qui est une combinaison d'acides
minéraux & végétaux adoucis qui subsistent
ensemble sans se détruire. Ces derniers, par
un esprit ardent, corrigent l'action trop vive
des premiers. L'addition de quelques sels
antiputrides, perfectionne la vertu de l'Eau
de Beaufort, dont la quantité & le long
usage ne Cauroit jamais nuire.
n'avons jamais cessé de faire depuis vingt-cinq ans, avec notre Eau Antiputride , qui est une combinaison d'acides
minéraux & végétaux adoucis qui subsistent
ensemble sans se détruire. Ces derniers, par
un esprit ardent, corrigent l'action trop vive
des premiers. L'addition de quelques sels
antiputrides, perfectionne la vertu de l'Eau
de Beaufort, dont la quantité & le long
usage ne Cauroit jamais nuire. --- Page 227 ---
t 127 1 L'Extrait du Journal des Savans de Mai
1783, i/2-40. page 285, tiré de la Relation de deux Voyages dàns les Mers austraies & des Indes , 177.1 , 1774, par M. de
Kerguelin, commandant les Vaisseaux du
Roi le Berrier, la Fortune, le Gros-Ventre >
le Richard, l'Oiseau, & la Dauphine, prouve
un fait important sur l'usàge des acides minéraux dans la Marine Angloise. 44 L'Auteur, (M. Kerguelin, ) dans des
» Réflexions sur le scorbut, donne des indi-
« cations & des remèdes. Bien des gens di-
» sent qu'il est impossible de prévenir & de
» guérir le scorbut sur mer 5 il esl bien malt, heureux. qu'une opinion si mal fondée &
» si funeste dans ses conjéquences , ait pil
t, s'accréditer. On voit guérir tous les jours ^
5s des scorbutiques sur mer, quoiqu'ils soient
» dans le dernier période de la maladie. Il -
t, ne s'agit que d'employer des remèdes con..
venables. Les végétaux récens & les fruits
» mûrs, sont les meilleurs préservatifs & les
- » meilleurs remèdes que l'on puisse employer. « On se sert aussi de divers sels fixes &
» volatils, &c. On pourvoit les Flottes Ântt glosses d'une grande quantité d'élixir de --- Page 228 ---
[ 128 1 , » vitriol, lequel nejl autre choIe que l'a-
« cide du vitriol, combiné avec des huiles
M aromatiques. 0/z fournit aussi la Flotté
t) Royale d'Angleterre d'une bonne provision
- vinaigre, ejl un acide végétal doux
» produit par la fermentation > &c. &c. )). Il n'y a rien de plus précis pour justifier
les assurances que nous avons donné sur la
nécessité d'employer des acides puissans ^
minéraux combinés avec les subfiances qui
sont propres à les adoucir, au point d'en
; rendre l'usage abondant & facile, sans en
" craindre le plus petit événement ; bien au
contraire, l'Eau Antiputride est adoucie &
combinée, de manière que les enfans de trois
ans en font usagé dans plusieurs circonstances.
a rien de plus précis pour justifier
les assurances que nous avons donné sur la
nécessité d'employer des acides puissans ^
minéraux combinés avec les subfiances qui
sont propres à les adoucir, au point d'en
; rendre l'usage abondant & facile, sans en
" craindre le plus petit événement ; bien au
contraire, l'Eau Antiputride est adoucie &
combinée, de manière que les enfans de trois
ans en font usagé dans plusieurs circonstances. Du danger de la contre faction de P'Eau
Minérale Antiputride. La Formule que nous venons de donner
sur la manière d'adminislrer avec précision
4k méthode l'Eau Antiputride dans les maladies où elle est propre, nous ayant insensibleinent cond uit à faire connoître démonstrativement & par expérience nos vues, nos principes
& les effets invariables de cette Eau , à
certains --- Page 229 ---
f 129 ] 1 i Certains égards , dans les différentes circonstances où elle peut être employée avec
succès , nous avons cru qu'il étoit de néceffite indispensable de donner en même
tems ici une idée générale de l'attention.
& de la vigilance que la composition de'
cette Eau exige de notre part, attendu que
personne ne sauroit nous suppléer. Ce il efi
que par de longs travaux -, des opérations
mille fois rertouvellées , d'après B oërhaave
Hoffmann les anciens Médecins, qui les
premiers ont fait d 'excellentes opérations
sur les Tels acides minéraux , que nous
sommes parvenus à donner à notre découverte le degré de perfection qu'elle a ac-,
quit. Elle consifle à tirer des sels vitrioliques , des intermédiaires , avec lesquels ces
fels acides ont le plus d'affinité $ une préparation spécifique de la plus grande importance pour les hommes & pour le bétail ;
à diminuer la force des acides minéraux &
végétaux ; les semi-neutraliser en émousser
les pointes, pour pouvoir user librement à
toute heure & avec abondance d'un acide
adouci , qui est le premier dans l'univers
dont la Médecine tire ses plus grandes ref- --- Page 230 ---
t 13° ] sources pour la guérison des maladies les
plus rébelles. Il n'est pas douteux que nous n'avons pu
parvenir à atteindre la perfection de notre
spécifique si desiré par les plus grands maîtres
de l'art qu'en multipliant des opérations qui
demandent des soins infinis, que quelques
degrés de feu poussé avec trop de précipitation, sont capables de rendre infructueuses,
sans pouvoir sauver le moindre débris des
matières soumises à la chaleur du bain de
sable qui s'élevent & suivent dans la distilation de l'alcool qui a servi ci édulcorer
l'acide minéral, afin d'en rendre l'usage plus
facile , sans danger , & propre à détruire
les causes putrides, malignes , bilieuses ,
sulfureuses & alkalines qui forment les principes des maladies.
trop de précipitation, sont capables de rendre infructueuses,
sans pouvoir sauver le moindre débris des
matières soumises à la chaleur du bain de
sable qui s'élevent & suivent dans la distilation de l'alcool qui a servi ci édulcorer
l'acide minéral, afin d'en rendre l'usage plus
facile , sans danger , & propre à détruire
les causes putrides, malignes , bilieuses ,
sulfureuses & alkalines qui forment les principes des maladies. Cet acide minéral uni avec les autres subs.
tances qui entrent dans la composition de
notre spécifique, agit avec' tant d'aelivi té
& de force sur les causes des maladies où
il est véritablement propre , qu'on voit
avec étonnement des malades désespérés,
à tous égards, se rétablir très-promptement
en bonne sauté. --- Page 231 ---
[ 131 Il -- Ce seroit exposer les malades à des dangers funestes & inévitables, que de confier
des opérations aussi importantes à des mains
peu habiles dans la pratique de la Chimie y
on a vu des personnes mal intentionnées
s'imaginer qu'en donnant à une liqueur
quelconque le degré d'acidité qu'on trouve
dans cette eau .■ elles parviendroient à la
faire paÍser dans le Public pour la même
que celle que l'Auteur compose & qu'elle
aurait les mêmes vertus ; mais elles se
feroit trompées grossièrement, & auroient
infailliblement fait des victimes . si elles
avoient persisté dans leur premier dessein.
Cependant comme d'autres personnes pourroient ne pas réfléchir scrupuleusement ; il
est de la plus grande importance pour le
Public que le Gouvernement en impose
par des défenses rigoureuses à ceux qui ont
osé conseiller là contrefaclion ? & encore
plus à ceux qui pourroient avoir le dessein
de contrefaire le spécifique le plus utile à
l'humanité qui ait existé jusqu'à présent. Le Public s'apparcevroit cependant bientôt de l'infidélité impardonnable que de tels
ennemis de l'humanité commettroient par --- Page 232 ---
C 13L 1 les effets infructueux & funestes à tous égards
qui en résulteroient infailliblement ; & il
setois d'autant plus facile de se défier de
cette contrefaçon y [qu'elle ne réuniroit
sûrement aucune des propriétés qui se trouvent renfermées dans la découverte que
nous avons annoncée au Gouvernement ,
dont nous lui avons administré les preuves
les plus fortes & les plus convainquantes. Il
ser oit impossible qu'une préparation qui exige
la plus grande exactitude , tant dans le
choix des substances différentes qui doivent corriger la trop grande force des acides,
émousser leurs pointes aiguës & tranchantes,
donner la vertu qu'elle a de combattre
& d'arrêter le cours des maladies dont nous
avons fait mention dans cet Ouvrage , 8c
sur - tout , les épidémies des hommes & du
bétail , pût être parfaitement imitée par
des Contrefacteurs, les plus instruits dans
la Chimie j ils sauront seulement qu'on tire
- les meilleurs remèdes du vitriol qui est le
premier de tous les sels ; ils sauront, disonsnous, qu'il est la base de gotre Eau , puisque
nous leur en avons donné dans nos Ecrits,
une notion suffisante pour n'en pas dou-
8c
sur - tout , les épidémies des hommes & du
bétail , pût être parfaitement imitée par
des Contrefacteurs, les plus instruits dans
la Chimie j ils sauront seulement qu'on tire
- les meilleurs remèdes du vitriol qui est le
premier de tous les sels ; ils sauront, disonsnous, qu'il est la base de gotre Eau , puisque
nous leur en avons donné dans nos Ecrits,
une notion suffisante pour n'en pas dou- --- Page 233 ---
c 133 ] 1
ter ; mais ils n'atteindront jamais sa perfection , ni la connoissance des ingrédiens,
ni des proportions que la préparation de cette
Eau exige pour produire les différens effets
où elle est spécifique & propre. L'on jugera sans peine de la vérité de ce
que nous venons d'annoncer par l'exposé
que nous avons donné de la composition en
général dé ce spécifique que nous rapportons
encore ici en entier. La compojition de l'Eau Antiputride de
Beaufort efl une combinaison d'acides minéraux & d'acides végétaux qui subfiflent ensemble sans se détruire : les derniers corrigent
l'aclion trop vive des premiers , &par l'esprit '
ardent tiré des fruits acides parf fermentation,
en rend l'Eau Antiputride anodine & calmante. C'esl ainsi qu'on compose avec l'huile
de Vitriol les gouttes blanches anodines
d' Ofsmann , dont on fait un si grand usag&
dans la Médecine». L' addition de quelques fels antiputrides
perfectionne la vertu de cette Eau , dont 'la
quantité & le long usage nefâuroit jamais nuire. Cette Eau ne souffre point de corps étrangers - dans le sang. ni dans aucune liqueur --- Page 234 ---
[ X34 ] quelconque : elle précipite dans l 'instant toutes
les matières hétérogènes de ces liquides, & neutrahfe les sels étrangers, sans toucher à l'essence des liqueurs, D'après l"exposé succint que nous venons
de faire des dangers de la contrefaétion d'un
objet de cette nature où il entre des substances nuiiibles qu'il faut rendre salubres, d'un
usage journalier, fréquent & facile r même
pour les enfans dans l'âge le plus tendre ,
en changeant la consiguration des sels ennemis
en sels ammoniacaux & amis , on conçoit aisément les conséquences qui en résulteroient.
La composition de cette Eau, exige la plus
grande attention & l'expérience la plus parfaite. Dans cet état , on ne sauroit trop
invoquer la sévérité des loix contre les
Contrçfa&eurs d'un objet aussi intéressant
pour le Public & pour lasûreté de la Navigation , puisqu'il n'en pourroit résulter que
des maux effrayans qui font bien plus aisés de
concevoir, d'apprécier & de sentir, que de
définir. --- Page 235 ---
C 135 ]
DR L' ÉPIZOOTlE qui règne tous les
ans dans les Colonies de l'Amérique &
dans l'Inde. Quoiquè cette maladie dans les Colonies
Intéresse également l'administration de la
Marine, il ne sera pas posible de la rapporter dans tous ses détails, dans un Ouvrage circonscrit & limité -, nous avons taché de le rendre aussi succint qu'il nous a
été possible, en donnant connoissanee des
maladies relatives à la Marine. L'Eau Minérale de Beaufort est également utile pour
préserver le bétail de l' epizootie, & le guérir
quand elle est employée avec abondance
les premiers jours de l'épizootie ; après le
quatrième jour , il n'y a plus de remède
capable d'en arrêter le funeste cours.
limité -, nous avons taché de le rendre aussi succint qu'il nous a
été possible, en donnant connoissanee des
maladies relatives à la Marine. L'Eau Minérale de Beaufort est également utile pour
préserver le bétail de l' epizootie, & le guérir
quand elle est employée avec abondance
les premiers jours de l'épizootie ; après le
quatrième jour , il n'y a plus de remède
capable d'en arrêter le funeste cours. Nous nous contenterons de donner seulement une idée légère des expériences publiques qui ont été faites dans une circonstance la plus critique, où cette maladie fit
les plus grands ravages dans la Guyenne t
où nous fûmes employé par l'Admimistration de cette Province, en 1774 & 1775,
Les détails que cette maladie exigeroit pour --- Page 236 ---
1 13 6 1 la traiter à fonds, rendroit ^cet Ouvrage
si volumineux, qu'il excéderoit les bornes
qu'on nous a prescrites ; ce qpi nous oblige
d'en faire un Ouvrage particulier, pour
servir plus utilement aux Habitans des Colonies &c. La maladie épizootique du gros bétail, est infiniment plus cruelle & ruineuse en Amérique
que dans le continent de l'Europe , attendu
que les Habitans des Colonies n'ont pas les
mêmes occasions de réparer la perte de
leur bétail qui y est plus rare & pluscher. Un moyen spécifique qui pourroit tous les
ans préserver les bêtes à corne & à laine,
' ainsï que les chevaux & les mulets dans les
C'olonies, feroit infiniment utile & précieux. L'Eau Antiputride , administrée au bétail
pendant les grandes chaleurs , le garantiroit de l'épizootie , même au milieu du
foyer de la contagion. Quand on l'emploie
avec abondance les trois premiers Jours de
cette maladie, on doit espérer de la guérir ;
mais passé ce tems , la suppuration, la
gangrêne & la mort en font la suite. Les expériences qui furent faites à Bruges ,, --- Page 237 ---
C 137 J dans la Guyenne , au quartier d'Embarres , < près de Bordeaux, & celle qui le fut aussi au
Château de Guigneville, sur 200 moutons
appartenans à M. de Vichi, ne laissent rien
à desirer. Ces moutons étoient attaqués d'une
épidémie si cruelle , qu'il en mourut 8 5 dans
vingt-quatreheures. Les 115 moutons restans
étoient presque agonisans, lorsque nous leur
fîmes administrer, de gré & de force, une
quantité suffisante d'Eau Antiputride , avec
ordre d'en continuer Pusage pendant quatre
jours ; ce qui fut exécuté avec tant de soin,
que les 11 ^ moutons restans furent tous,
sauvés , sans qu'il en mourut un. Le Procèsverbal en forme, que ce Magisirat fit dresser
pour le bien public & celui de l'Etat, fut
envoyé à M. Bertin, alors Ministre, ayant
le Département de l'Ecole Vétérinaire. Ce
Ministre écrivit une lettre honorable à M.
de Beaufort , qui fut déposée, avec le Procès^
verbal, au Secrétariat de l'Académie Royale
des Sciences de Paris.
tous,
sauvés , sans qu'il en mourut un. Le Procèsverbal en forme, que ce Magisirat fit dresser
pour le bien public & celui de l'Etat, fut
envoyé à M. Bertin, alors Ministre, ayant
le Département de l'Ecole Vétérinaire. Ce
Ministre écrivit une lettre honorable à M.
de Beaufort , qui fut déposée, avec le Procès^
verbal, au Secrétariat de l'Académie Royale
des Sciences de Paris. Les expériences faites dans la Guyenne,
prouvent également plusieurs faits intérêt
sans y ils fixèrent invariablement l'opinion --- Page 238 ---
C 138 1 qu'on doit avoir de la cause de l'épizootie, en
indiquant d'une manière précise & certaine,
le moyen de préserver le bétail de cette
maladie, & de le guérir par des acides
puissans , comme l'est celui de l Eau de
Beausort, en les administrant en quantité
suffisante les trois premiers jours de la maladie. • Toutes ces expériences ont été faites pour
prouver qu'on peut garantir le bétail de cette
maladie, au milieu de la contagion la plus
active. M. le Commandant de la Province
nous fit marquer un logement, & nous fîmes
mettre des vaches faines dans une etable ,
à Bruges, à deux lieux de Bordeaux ; on y
plaça deux vaches qui mange oient & buv oient également trois fois par jour de
Teau commune, dans laquelle nous fîmes
ajouter de l'Eau Antiputride ; on y fit
entrer des vaches pefiiférées qui y moururent dans quatre jours. M. le Commandant ordonna une seconde expérience , en faisant introduire
d'autres vaches attaquées d'épizootie , qui
moururent aussi dans quatre jours. M. le
Comte de Fumel voulut que les vaches --- Page 239 ---
£ J39 1 daines fussent soumises à une troisième
expérience; le succès fut le même; &
pour rendre l'expérience plus rigoureuse ,
nous fîmes entrer dans notre écurie un plus
grand nombre de boeufs & de vaches malades , qui moururent également pendant
que les vaches saines engraijsolent. Des bruits affreux qui annonçoient la ré«
solution que des gens intéressés à empêcher
le succès de cette expérience, avoient de
faire empoisonner les vaches saines de notre
expérience, nous obligèrent d'en porter des
plaintes à M. le Comte de Fumel3 qui fit
mettre une Sentinelle dans le jour devant
l'étable de nos expériences. Il s etoit élevé une opinion pendant ce
tems, qui parut mériter la plus grande attention de la part de M. le Commandant
de la Province. Des Médecins qui avoient
fait inoculer des vaches saines pour leur
communiquer la maladie , & fait d'autres
opérations, pour savoir si elle étoit véritablement contagieuje ou non ? publièrent
que la maladie du gros bétail, qui faisoit
tant de ravage dans la Guyenne, n'étoit
pas contagieuse. M. le Comte de Fumel --- Page 240 ---
C 140 ] nous en' fit part, en nous observant'que si
la maladie n'étoit pas contagieuse , il ne
seroit pas nécessaire de prendre autant de
précautions qu'il en prenoit , pour empêcher la communication du bétail sain dans
les lieux où la maladie s'étoit manifestée ;
qu'il lui importoit & au Gouvernement de
s'assurer de ce fait. Nous lui inspirâmes un
moyen infaillible à cet égard, il fut exécuté & suivi du succès que nous lui avions
annoncé , pour prouver que la maladie étoit
contagieuse,
ne
seroit pas nécessaire de prendre autant de
précautions qu'il en prenoit , pour empêcher la communication du bétail sain dans
les lieux où la maladie s'étoit manifestée ;
qu'il lui importoit & au Gouvernement de
s'assurer de ce fait. Nous lui inspirâmes un
moyen infaillible à cet égard, il fut exécuté & suivi du succès que nous lui avions
annoncé , pour prouver que la maladie étoit
contagieuse, En effet, M. le Commandant fit venir une
vache très-laine, tirée d'un Village où la
maladie ,ne s'étoit point encore établie. On
fit un verbal : on l'introduisit dans l ecurie , à
côté d'une des vaches malades , à une heure
déterminée. On la fit manger & boire ; il
fut convenu qu'on ne lui donneroit point
d'Eau Antiputride pour la pçéserver de la
contagion, & qu'au contraire, si elle prenoit
la maladie , qu'on la laisseroit jusqu'à ce
qu'elle fut morte ; qu'on observeroit la durée
du cours de sa maladie , & que l'ouverture
de son cadavre en seroit faite de la même
manière que nous l'avions fait faire, pour sa- --- Page 241 ---
[ 141 ] voir si l'ony trouveroit les mêmes parties gartgrênées que nous avions remarqué à toutes les
vaches mortes de cette maladie, qui avoient
été ouvertes. Cet ordre fut exécuté: la vache
saine fut introduite dans notre écurie pour y
prendre la maladie, elle la prit effe&ivement
dans vingt - deux heures ; elle vécut cinq
jours , & fut ouverte. On lui trouva les
mêmes symptômes qu'aux autres, & il fut
prouvé, sans réplique, que la maladie étoit
contagieuse , & qu'on ne sauroit prendre
trop de précaution pour empêcher la communication des bestiaux des lieux infectés ,
d'avec ceux qui ne l'étoient point. Il y a d'autres détails infiniment intéressans, nous les réservons pour l'Ouvrage
particulier que nous devons faire de cette
maladie pour les Colonies , comme une
fuite de l'ordre qui nous a été donné ; nous
exposerons seulement ici la division de notre
Ouvrage sur l'épizootie, pour en donnet
une idée qui puisse intéresser le Gouvernement & le Public. Notre dessein est de divise notre Ouvrage *
■en cinq Parties. Le premier Chapitre, fixera le caractère --- Page 242 ---
E 141 j & Tespèce de l'épizootie qui a régné dans
la Guyenne, en 1774 & 1775. Le second . démontrera incontestablement
sa contagion & sa malignité. Le troisième, exposera les principes & les
règles du traitement méthodique & simple
de cette maladie, suivie de plusieurs guérisons éclatantes ? à la première époque de
l'épizootie. Le quatrième, conStatera l'incurabilité de
cette épizootie à la seconde époque du cours
de cette maladie , ou du quatrième jour de
son apparition. Le cinquième, enfin , ne laissera aucun
doute sur le moyen de préserver le bétail
dans les Campagnes , au milieu de la
contagion. Nous sommes d'autant plus flattés de remplir cet objet important qui intéresse effentiellement le Public & le Gouvernement,
que l'ouvrage que nous fîmes à Bordeaux,
que M. l'Intendant de la Province fit imprimer
& distribuer , nous méritèrent des lettres
' des Minjflres & des Commandans de la
Province si Slatteuses, que nous ne pouvons
mieux faire que de les insérer dans ce Cha-
étail
dans les Campagnes , au milieu de la
contagion. Nous sommes d'autant plus flattés de remplir cet objet important qui intéresse effentiellement le Public & le Gouvernement,
que l'ouvrage que nous fîmes à Bordeaux,
que M. l'Intendant de la Province fit imprimer
& distribuer , nous méritèrent des lettres
' des Minjflres & des Commandans de la
Province si Slatteuses, que nous ne pouvons
mieux faire que de les insérer dans ce Cha- --- Page 243 ---
1 I4J 1 1 pitre , pour donner plus de confiance aux
Habitans des Colonies , s'ils veulent employer
nos moyens uniques, nouveaux & expérimentés , pour leur propre utilité, & la conser-
. vation de leur bétail. COPIE de, la Lettre écrite de Bordeaux
le 25 Novembre 1774, à M. FAURE
DE BEAUFORT, ancien Médecin
ordinaire du Roi, par M. le Comte de
F u M E L , Commandant de la Province. Jai fait passer sur le champ , Monsieur,
à l' Imprimeur la recette que vous m'adressez ;
je compte en avoir demain matin des exemplaires , & j'en enverrai aux Minestres :
j'aurois desiré que votre Consultation y eut
été jointe. Je ne saurois trop vous remercier y à mon
particulier, des Jervices que vous rende'{ à la
Province, & je ne saurois trop dire aux
Miniflres , le çele avéc lequel vous vous êtes
porté à saire le bien public. Je vous renouvelle
mes remerciemens & les assurances des sen- --- Page 244 ---
[ 144 1 A titnens avec lesquels je Juis , Mon (le u? j
votre très-humble & très-obéissant seviteur. Signé, le Comte DE FUMEL. COPIE de la Lettre écrite de Versailles,
à M. FAURE DE BEAUFORT, ancien
Médecin ordinaire du Roi, à Bordeaux,
le 22 Décembre 1774, par M. DE SARTINE,
Ministre de la Marine. 'J'ai reçu, Monsieur, avec la Lettre que
vous mave\fait l'honneur de m écrire , le mémoire sur l'Épisode, qui afflige la Guyenne
& les pays circonvoisins. Les joins que vous
vous êtes donnés pour connoître & traiter
cette Maladie , ne peuvent que faire honneur
à votre zèle & à vos talens. Je ne puis trop
vous engager à continuer à les employer aujji
utilement. Receve{ mes remerciemens de votre
attention , & soye£ bien persuade des sentimens avec lesquels j ai l honneur d? etre )
Monjieur, votre très-humble & très-obéissant
Jerviteur. Signé, DE SARTINE. --- Page 245 ---
[ 145 ]
K A Versailles, le 23 Décembre 1774. J'ai reçu, Monsieur, votre Lettre du 10
de ce Mois ; je ne puis qu applaudir à votre
\èle & à vos Juccès contre la maladie Épi700 tique qui règne dans la Guyenne. Si vous
aveî quelques éclaircissimens donner à ce
sujet, il faut les adressèr à M. Bertin , qui
efl chargé du Département. Je fuis Monjieur y &c. Signé , D E M A U RE P A S. A Monsieur Faure de Beaufort, Doclear
en Médecine > à Bordeaux. / A Versailles, le 16 Décembre 1774. J'ai reçu avac plaipr, Monsieur, la Confultation que vous ave% bien voulu m7 envoyer
sur la maladie épizootique qui regne en
Guyenne ; je prends trop d'intérêt au bien
de cette Province . pour ne pas vous engager
à y continuer les opérations dont vous nie
marque les heureux [accès.
A S. A Monsieur Faure de Beaufort, Doclear
en Médecine > à Bordeaux. / A Versailles, le 16 Décembre 1774. J'ai reçu avac plaipr, Monsieur, la Confultation que vous ave% bien voulu m7 envoyer
sur la maladie épizootique qui regne en
Guyenne ; je prends trop d'intérêt au bien
de cette Province . pour ne pas vous engager
à y continuer les opérations dont vous nie
marque les heureux [accès. --- Page 246 ---
£ 146 1 Je vous prie de vouloir bien me mander
quand l'expérience du préservatif aura été
faite y si elle a réussie. Je n'ai point d'ordre du Roi pour aller à
Bordeaux ; mais si Sa Majesté m'y envoye ,
je serai très-aije de vous y voir, & de vous ■
assurer des sentimens d'estime & de confidetation , avec je fuis , rrès-humble & très-obéissant serviteur. Signé, le Comte DE No AILLES DUC: DE Mou C H Y. A Monsieur Faure de Beaufort, Médedu
a Bordeaux. --- Page 247 ---
' [ 147 ] [texte_manquant] iM A M I E RIS de garantir & île guérir lefr
Matelots & les Marins de la pejle , sur
les mers du Levant $ d'Egypte , &c. L A pen'é est de toutes les maladies là
plus cruelle & la plus funeste qui affligé
l'humanité -, elle est presque périodique dans
le Levant, à Constantinople & en Égypte.
Cette maladie peut infecter dans très-peu dé
jours les équipages des vaisseaux dé la Marine Royale Se Marchande ■, & leur causer
des pertés irréparables; Il y à de's, années ou cette maladie ést uni-
"verselle en Égypte, sur-tout lorsque les rosées
ne sont pas journellement abondantes, pour
rafraîchir l'air & diminuer l'excessive raréfaction de ce fluide, qui, en perdànt son
élasticité & son ressort par les chaleurs brûlantes qui y régnent , donné lieu à là stagnation du sang dans le pôulmon ^ & causé
la difficulté de respirer $ l'inflammation du
cerveau & des entrailles ^ sans qu'on puissë
tn arrêter le cours funeste. De tous les remèdes dont les cailles mét --- Page 248 ---
[ 148 ] dicamenteuses des navires sont composées ;
il y en a très-peu qui conviennent au traitement de la peste. Il n'y a point de Chirurgien sur les vaisseaux, (nous osons l'avancer ) qui puisse avoir aÍfez de connoissances pour se flatter de traiter la peste
avec succès. 1.9 Il faut connaître parfaitement cette maladie & la nature de son venin ;
7..% les effets prompts qu'il produit sur, les
malades, 3.0 & finalement les remèdes qui
ont assez de force & de vertu pour rendre
impuissant ( dans rinçant ) le venin subtil&
contagieux de la peste , pour qu'il ne continue point ses funestes ravages, qui sont si
prompts, que ceux qui sont attaqués de cette
horrible maladie, périment quelquefois dans
424 heures , ou subitement. Nous avons pensé que ce serait rendre un
grand service à la Marine Royale & Marchande , que de donner dans cet Ouvrage,
qui nous a été ordonné, des notions succintes , mais suffisantes, pour mettre les Chirurgiens , qui sont destinés à s'embarquer ,
à portée de connaître la cause de la pesce ,
la nature de son venin , & sa force sur nos
corps, pour pouvoir opposer sur le champ --- Page 249 ---
1 M ] 1 1 K3 les remèdes qui peuvent surmonter la résistance de cette violente maladie, afin d'en
arrêter les progrès- funestes, & sauver les
malades de la mort.
é, des notions succintes , mais suffisantes, pour mettre les Chirurgiens , qui sont destinés à s'embarquer ,
à portée de connaître la cause de la pesce ,
la nature de son venin , & sa force sur nos
corps, pour pouvoir opposer sur le champ --- Page 249 ---
1 M ] 1 1 K3 les remèdes qui peuvent surmonter la résistance de cette violente maladie, afin d'en
arrêter les progrès- funestes, & sauver les
malades de la mort. Les expériences que nous avons faites
des effets de notre acide combiné, qui ont
arrêté le cours des fièvres malignes épi-,
démiques & peftilencielles , nous persuadent que Ion arrêtera de même les effets
de la peste, qui est une maladie du même
genre , dont 1 espece est supérieure à la
fièvre maligne, épidémique, qui se manifesie souvent en France & dans les pays
les plus chauds. v Nous avons cependant des notions, depuis !
plus de 20 ans , des bons effets que notre Eau
Antiputride a produit au Grand Caire, pendant la peste, & dans d'autres circonstances,
à S mirne, à Alep, à Diamète , à A zexandrie, &c., où les fièvres font ordinairement
pestilencielles. Nous pouvons assurer , par les expériences
les plus frappantes que nous avons de la
guérison de quantité de fièvres malignes qui
avaient plusïeurs symptômes propres à la
peste , qu'en donnant plus de force à la --- Page 250 ---
'i
E Ii,o 1 j boisson de notre Eau dans le traitement» dia !
la peste, & en rapprochant le tems de la |
boisson , on parviendra, suivant toute ap- >
par en çe x à la guérir, lorsque la gangrené
n'aura pas rendu la maladie incurable.
Nous donnerons, à cet effet, le, moyen de
renforcer la boisson ,.pour arrêter avec succès
le progrès de la peste , & pour s'en gaï.antir au milieu de la contagion ; ce qui sera, j
moins, difficile que le traitement de, cette,
maladie cruelle , qui sera presque toujours
incertain, jusques au septième jour de la
maladie. , La peste est un des fléaux le plus redoutable qui dévaste les contrées , par un venin.,
contagieux répandu dans les, airs, dans les,
pays, chauds, qui enlève les malades. pr,esque.
fubitemçnt, & avant qu'on ait le tems d 'employer des remèdes suffisans & propres pour,,
en combattre la çause alkaline, & venimeuse. La fuite parut; aux anciens Médecins le.
meilleur remède pour éviter, la peste ; mais.
' çe. parti n'est pas praticable brsqu on est
sur mer.,. & que. le devoir nous force de.
ne pas. nous, ça écarter > comme il arriv^
dans les armées navales, --- Page 251 ---
[ 151 ] [texte_manquant] Le meilleur moyen seroit celui de pouvoir se préserver dè cette maladie, par des
remèdes simples , peu coûteux faciles à,
être administrés aux Matelots aux Soldats ,
&c. , dans le milieu de la. contagion , lorsque des, Circonstances obligent la Marine
de pratiquer les mers où la peste, est fréquente. Nous sommes très-persuadé que le moyen
que nous avons, qui. a toujours réuni à l'égard des fièvres malignes , épidémiques Se
de la petite vérole, réussira également à l'égard de la peste , en.donnant quelque degré
de force au, préser vasis que nous allons indiquer, qui sera, en même tems le remède
qu'on opposera à la maladie , lorsque quelqu'un la, prendra dans les navires, ou ailleurs.
fréquente. Nous sommes très-persuadé que le moyen
que nous avons, qui. a toujours réuni à l'égard des fièvres malignes , épidémiques Se
de la petite vérole, réussira également à l'égard de la peste , en.donnant quelque degré
de force au, préser vasis que nous allons indiquer, qui sera, en même tems le remède
qu'on opposera à la maladie , lorsque quelqu'un la, prendra dans les navires, ou ailleurs. On connoît la peste par les symptômes
qui lui sont propres. Cette maladie est plus
ou moins:, violente , suivant les saisons y elle
dépend d'un, venin répandu dans les airs
qui agir avec promptitude & fait fou vent
mourir les malades subitement:., ou dans;
deux ou trois jours. Les. personnès d'util
tempérament sanguiu &. pléthorique , cou --- Page 252 ---
1 [ 152 ] rent infiniment plus de dangers que les personnes robustes & celles qui s'affe&ent moins.
' Les charbons, les mortifications gangrêneuses, les parotides, les bubons, le délire,
l'inflammation du cerveau, du poulmon &
des entrailles, les frissons dans le principe,
la fréquence & l'inégalité du poulx , les
maux de tête , la difficulté de respirer , &
les syncopes r souvent accompagnés de
vomissement, sont les symptômes qui annoncent l'inflammation universelle , qui cara&érisent la pelle, si fréquente dans les
divers pays de la domination du Grand
Seigneur. L'abattement des forces, l'insomnie, l engourdissement & la pesanteur de tout le
corps, & principalement de la tête, les
douleurs, le poulx fréquent, serré , dur &
foible, & les défaillances continuelles , sont
les autres symptômes de la peste, qui annoncent que les nerfs & les esprits vitaux
font très-vivement attaqués. La maladie est très - aiguë : on prétend
que le venin qui l'a produit, y est apporté
par les vents des pays orientaux, pendant
- les grandes chaleurs, & que le venin s'insinue --- Page 253 ---
C IS3 1 dans les habits, & peut être porté fort loin J
sans rien perdre de ses propriétés & de sa
force. Les Auteurs graves qui ont traité des
causes de la peste, affurent qu'elle est sulphureuse , putride , subtile , contagieuse ,
acre , cauilique , & par conséquent alkaline,
La. peste doit ion origine aux exhalassons de mauvaise qualité qui passent dans
le sang, par le moyen de l'air qu'on respire. Cette maladie est presque toujours mortelle , lorsqu'on ne peut point l'arrêter les
deux premiers jours de son établissement.;
la force caustique & brûlante des miasmes
qui enflamment & gangrênent les parties
les plus eiTentielles à la vie des malades qui
en sont attaqués, fait des progrès si rapides,
qu'on n'a pas le tems de saigner suffisamment le malade, &c. * Cette maladie se termine différemment
des autres fièvres malignes , épidémiques,
qui guérissent promptement par les évacuations , les baignées & la boisson acide
de notre Eau , ou par d'autres acides ? au
défaut de celui-ci. --- Page 254 ---
[ M4 1 La peste , au contraire, ne guérit que'
' par les éruptions exanthémateuses, les tueurs r
les parotides & les bubons, lorsqu ils fuppurent, ce qui fait que les remèdes évacuans qui s'opposent à la tueur, à la sortie
des parotides & des bubons, sont diamétralement opposés aux succès de la guérison
de la peste.
d'autres acides ? au
défaut de celui-ci. --- Page 254 ---
[ M4 1 La peste , au contraire, ne guérit que'
' par les éruptions exanthémateuses, les tueurs r
les parotides & les bubons, lorsqu ils fuppurent, ce qui fait que les remèdes évacuans qui s'opposent à la tueur, à la sortie
des parotides & des bubons, sont diamétralement opposés aux succès de la guérison
de la peste. L'objet du traitement se borne à faire
vomir très-copieusement le malade dans le
principe de la maladie, pour dégager les
premières voies, & à lui faire boire nuit
& jour d'un quart - d'heure à l'autre, un
gobelet d Eau Minérale Antiputride de Beaufort, préparée pour la boisson renforcée,
telle qu'il convient de la donner en paj reille circonstance , en mettant dans une
pinte d'eau commune les trois quarts d'une
cuillerée à bouche de cette Eau Antiputride pure. On continuera cette boisson,
ainsi renforcée, trois jours de suite , pour
neutraliser ce venin alkalin , qui ne résistera
point à la puissance de notre acide combiné , qui supérieur à la force de la ré-<
siftance de la cause de la peste. On. con- --- Page 255 ---
- r '155 1 ttnucra la boisson de l'Eau de Beaufort ;usqu à
parfaite guérison, en la fendant moins f)rte
du tiers, & en en buvant moins souvent. Les baignées du pied seront employées
^vec ménagement , de préférence à celles
du bras., pour ne pas s'opposer à la sortie
des parotides & des bubons, dont on doit,
desirer la prompte suppuration. Mais on doit en même tems parer à l'inilammation qui deviendrait gangrêîieuse. Les Médecins ont toujours été partages
sur l'utilité de la saignée dans le traitement
de la peste, à cause des défaillances.,, des
syncopes fréquentes , de la faiblesse. & de
' l'extrême abattement des forces , qui auroient pu faire mourir le malade subitementsuivant quelques-uns , par les effets des saignées trop copieuses. Mais. Rivière, célèbre Praticien, pensë
différemment ; il saùva les malades pestiférés , qui furent confiés à ses soins,. parades saignées répétées de quatre & de six
onces de sang chaque fois , quil sit tirer. dié
quatreen quatre heures, pour détruire prompt
tement l'inflammation, en écartant les dan- --- Page 256 ---
c 156 1 gers de la mort inévitable, sans de pareils
secours & ménagemens. ^ Nous pensons aussi , d'après nos expériences sur les fièvres malignes, gangrêneufes, qu'en saignant le malade six fois
dans vingt-quatre heures, à la quantité d une
pa lette de rang chaque fois , on parviendra
à dérourner l'inflammation, & par conséquent
la gangrène , à mesu re que l'Eau Minérale Antiputride neutralisera parfaitement le venin
caustique & brûlant de la peste, & que le venin
sortira par l'effet desvésicatoires, dont les suppurations seront augmentées par la prompte
ouverture des bubons , en maturité, pour
entretenir la suppuration la plus abondante
qu i sera possible jusqu'à la convaleicence.
à dérourner l'inflammation, & par conséquent
la gangrène , à mesu re que l'Eau Minérale Antiputride neutralisera parfaitement le venin
caustique & brûlant de la peste, & que le venin
sortira par l'effet desvésicatoires, dont les suppurations seront augmentées par la prompte
ouverture des bubons , en maturité, pour
entretenir la suppuration la plus abondante
qu i sera possible jusqu'à la convaleicence. Dans le commencement du traitement t
on donnera trois fois par jour des lavemens
composés avec un tiers de l'Eau Antiputride de la boisson du malade, & les deux
autres 'tiers d'eau de fontaine. On donnera trois fois par jour au malade une cuillerée à bouche de vinaigre
antipestilenciel du Comte de Saint-Germain^
dans deux cuillerées d'eau commune. --- Page 257 ---
-1 C 157 ] M. de Saint-Germain, dont l'âge & la
naissànce font encore un mystère , avoit parcouru presque toutes les parties du monde,
& y avoit fait diverses découvertes utiles
qui le rendoient très- important dans les
pays où il paroissoit momentanément; il
nous assura en 1762 , à Amsterdam , ou
M. le Maréchal, Prince deSoubi[e, qui commandoit les armées d'Allemagne, nous avoit
employé pour le service du Roi, qu'il s'étoit
préservé deux fois de la peste, par l'usage
journalier de trois cuillerées de vinaigre
préparée , qu'il prit pendant la durée de
cette terrible maladie , & par des acides
vitrioliques qu'il préparoit d'après ses découvertes. Ce vinaigre répond parfaitement aux principes qui ont donné lieu à la composition
particulière de notre Eau Antiputride & à
ses effets , pour contribuer , à surmonter la
résistance opiniâtre & dangereuse du venin
de la peste, & à renforcer le moyen que
nous devons indiquer ici, pour en garantir
ceux qui seront forcés de demeurer dans
les pays où cette maladie pourra se manifester. --- Page 258 ---
t « i Dans le commencement du traitement j
on donnera à boire plusieurs pintes d'Eau
Antiputride préparée pouf' la boisson, &
trois cuillerées au moitié par jour du vinaigre antipestilenciel * dont on trouvera là
composition ci-après. Dans le même jour ^ oh donnera trois lavemens au malade, dans lesquels on mettra
les deux tiers d'eau commune & un tiers
cfEau Antiputride préparée pour la boisson.
Ce vinaigre servira également quand 011
aura la peste, en en donnant quatre cuillerées par jour & un verre d'Eau Antiputride tous les quarts-d'heures ; on ouvrira le
v plutôt qu'il sera possible les bubons, pouf
établir & entretenir la siippuration , ainsi
que celle des vefficatoires ; la suppuration
sert à faciliter la sortie du venin de la pestd
& à terminer la guérison. M. de Saint-Germain mettoit dans le Vinaigre un, acide vitrioliqùe préparée ; mais
quoiqu'il ait bien réussi, cet acide n'étoit
ni aussi bon ? ni aussi parfait que le nôtre
qui y efi: suppléé* \ --- Page 259 ---
- - r 59 y Vinaigre antipeJlilencielJ Prenez une pinte de bon vinaigre rouge
ou blanc i ajoutez-y deux scrupules d'alun
de rome ; une cuillerée à bouche d'Eau
Antiputride pure y pour joindre & mêler
avec une pinte d'eau commune, dans laquelle on aura fait fondre demi-livre de
sucre , pour en former deux bouteilles pour
Fumage.
qui y efi: suppléé* \ --- Page 259 ---
- - r 59 y Vinaigre antipeJlilencielJ Prenez une pinte de bon vinaigre rouge
ou blanc i ajoutez-y deux scrupules d'alun
de rome ; une cuillerée à bouche d'Eau
Antiputride pure y pour joindre & mêler
avec une pinte d'eau commune, dans laquelle on aura fait fondre demi-livre de
sucre , pour en former deux bouteilles pour
Fumage. La saignée du pied, d'après les expériences des Médecins célèbres qui ont traité
cette maladie avec des succèsàtous égards,
ont pensé qu'elle convenoit mieux que celle
du bras. On doit la répèter pendant les
trois premiers jours ; mais il faut faire attention de rten pas faire, lorsque la pléthore
sera diminuée, & que l'on verra les parotides & les bubons paroître & grossir, parce
que leur suppuration avec l'usage abondant de
nos acides combinés, termineront la guérison de cette terrible maladie. On fera très-bien, s'il eit possible, d'y ap--
pliquer des cataplasmes ordinaires relâchans
& maturatifs , pour parvenir à les ouvrir
promptement , & à établir une suppuration --- Page 260 ---
[ i6o 3 permanente, abondante , jusques à parfaite
guérison. Dans les autres fièvres malignes, nous ne
réussissons a les guérir que par des saignées
copieuses , pour prévenir les inflammations
& les suppurations $ mais la peste , au contraire , doit se terminer, comme la petite
vérole, par la suppuration. Chicoineau , Ruland, Schne^berg, Mindercrus, Fracastor & Rivière , qui ont traité
cette maladie avec succès, nous en préviennent affirmativement. On doit tenir le ventre libre par deux
verres de tisanne royale , faite avec les
follicules de senné, les tamarins, le citron ,
& la réglisse , sans manne.
On doit donner de deux jours l'un un
dilitum d'une once &, demie de pulpe , de
casse dans une pinte de petit-lait , quand
on peut en avoir, en y ajoutant un grain
Sémitique , pour faire agir ce remède dans
le jour par les selles. ,Le Médecin ordinaire fera le choix, suivant les circonstances de l'un ou de l'autre
de ces purgatifs minoratifs, qui ne peuvent
être employés utilement qu'après le septième
jour, --- Page 261 ---
t ,"61 1 L jour, à moins que 'le calme & le relâchement des solides 'ne sé fut manifesté lë
cinquième jour -e pour en uier avant lé
Septième. On doit donnet ces remèdes légèrement
purgatifs & rafraichillans tous lès trois j ours ^
«n les continuant de même pendant dix à
douze jours, ce 'qui fera quatre jours de
médecine. On donnera au commencement de îà
convalescence ?/ plusieurs fois dans le jour ^
un quart de vin ordinaire, sut trois quarts
'd'Eau Antiputride préparée pour la boisson ;
c est un cordial rafraîchissant. / On doit quitter alors le vinaigré préparé;
& ne boire de 1 Eau de Beaufort que dans
les repas, soit avec -du vin, ôu sans viné
On doit toujours boite un grand gobelet de
tette Eau préparée lé matin à jeun; & autant une heure avant souper, & plus souvent si l'on eil altéré.
inaire, sut trois quarts
'd'Eau Antiputride préparée pour la boisson ;
c est un cordial rafraîchissant. / On doit quitter alors le vinaigré préparé;
& ne boire de 1 Eau de Beaufort que dans
les repas, soit avec -du vin, ôu sans viné
On doit toujours boite un grand gobelet de
tette Eau préparée lé matin à jeun; & autant une heure avant souper, & plus souvent si l'on eil altéré. Le régime dans cette maladie doit ette
sîmple ; on ne donnera aucun bouillon gras *
pendant les sept premiers jours de la maladie $ les décoctions d'orge les vermi- --- Page 262 ---
[ 162 ] cheles , les crèmes de riz , ou le riz ï
les soupes de farine des pommes de terre,
les panades au maigre, les œufs, le poisson
à l'huile 3c au vinaigre , sont les seuls ali.
mens, avec les soupes à l'oseille, s'il est
possible d'en avoir , qui puissent convenir,
en attendant les. alimens plus bolides qui ne
soient point trop salés. On purgera deux ou trois fois le malade
dans la convalescence, si le Médecin juge nécessaire de ne le pas purger davantage. On
prendra tous les jours , ou de deux jours
l'un, des lavemens antiputrides & rafraîçhilTans, comme auparavant , afin de redonner le ton & le ressort que les entrailles
avoient perdu, par la phlogose générale,
qui annonçoit, avant les saignées & l'usage
de l'Eau Antiputride, l'inslammation gangrêneuse très-prochaine par l'alkali volatil
du venin subtil de la peste , généralement
répandu dans toutes les parties du corps &
dans le cerveau. /
Notre traitement, par un acide puissant
& concentré qui est joint à des sels antiputrides combinés , est, sans la moindre- --- Page 263 ---
t 163 1 La 1 exagération, le plus spécifique de tous , pourarrêter le cours des maladies pestilencielles
& les guérir , & il doit , à plus forte raifort,
les prévenir lorsquon en fera usage, ainsi
que du vinaigre antipestilenciel , danstous les pays où cette maladie contagieuse exerce ses cruels ravages, ainsi que5
nous l 'indiquerons : on en a deux exemples
dans la Marine de Toulon , qui ne permettent pas de douter des faits que nous
avançons à cet égard. En efset, la Frégate la Topaze ne déposa-t-elle pas il y a plusieurs années plus
de quatre-vingt-un malades, ayant des bubons, des parotides, des charbons & des
mortifications sur les parties les plus délicates qui étoient noires , ainsi, que la
langue , avec délire, qui firent caractériser cette maladie d'un miasme & d'une
parotide pestilencielle ? Le Capitaine de
cette Frégate, nommé M. le Marquis de
Taillade , n'en fut il pas attaqué avec perte
de connôissance , suivie d'un hoquet inflammatoire pendant plusieurs jours ? '
des bubons, des parotides, des charbons & des
mortifications sur les parties les plus délicates qui étoient noires , ainsi, que la
langue , avec délire, qui firent caractériser cette maladie d'un miasme & d'une
parotide pestilencielle ? Le Capitaine de
cette Frégate, nommé M. le Marquis de
Taillade , n'en fut il pas attaqué avec perte
de connôissance , suivie d'un hoquet inflammatoire pendant plusieurs jours ? ' Ces malades, dont on avoit voulu défi. --- Page 264 ---
t 164 1 gurer le caractère , pour rendre la cure,
par les acides de Beaufort, moins importante , ne furent-ils pas tous sâuvés, excepté
un, au grand étonnement du Public & des
Officiers de la Marine ? Un événement très-récent qui s'est passé
contradi8:oirement au Lazaret de Toulon &
de Saint-Mandrier, au mois de Mai dernier,'
sur environ six cent malades déposés dans
ces hôpitaux par la division de l'Escadre de
M. le Comte d7Estaing , venue de Cadix y
qui étoient pour la plûpart attaqués de fièvre
maligne inflammatoire, contagieuse, pareille
à celle qui avoit réduit l'équipage de la
Frégate la Topaze à la dernière extrémité,
par la fièvre maligne pestilencielle, dont les
symptômes, ci -devant détaillés , en constat oient évidemment le caractère ; ces malades , disons-nons, ne' furent-ils pas traités
sans succès pendant les quatorze premiers
jours de leur arrivée ? Si l'on avoit eu la connoissance essentielle des effets des acides de
M. de Beaufort, n'auroit- on pas réussi à arfêter la mortalité des maladies par cet acide
combiné, comme M. de Rouflieux, Mé- --- Page 265 ---
[ 165 1 L3 tiecin de la Marine, le fit au moment qu'il
eut ordre de se rendre à l'Hôpital de SaintMandrier pour traiter ces malades, comme
il avoit traité ceux de l'équipage de la Frégate la Topaze quelques années auparavant,
avec le plus grand succès? La satisfaêlion que ses Supérieurs & le
Ministre onr eu de ses succès contradi&oires, & par comparaisbn, ne servent-ils pas à
confirmer, par des faits d'expérience, ce
que M. de Beaufort, frère de ce dernier,
a rapporté dans le traité des; maladies aiguës relatives à la Marine Royale , qui a été
ordonné par la sage prévoyance d'un Minière de la Marine, aussi éclairé que l'est
M. le Maréchal de Castries ? En faudroitil davantage pour fixer la confiance de la
Marine royale & marchande , pour raffurer les Marins qui fréquentent les mers
du levant de Constantinople & d'Égypte ,
où les maladies aiguës, malignes & peililencielles , sont presque périodiques dans
ces pays-là, où elles causent dans les comptoirs François & sur leurs navires des pertes,
inappréciables. sur-tout pour le commerce
considérable qu'ils y, font journellement.
davantage pour fixer la confiance de la
Marine royale & marchande , pour raffurer les Marins qui fréquentent les mers
du levant de Constantinople & d'Égypte ,
où les maladies aiguës, malignes & peililencielles , sont presque périodiques dans
ces pays-là, où elles causent dans les comptoirs François & sur leurs navires des pertes,
inappréciables. sur-tout pour le commerce
considérable qu'ils y, font journellement. --- Page 266 ---
[ 166 ] Nous rapporterons ici ce qu'on lit dans
un Ouvrage imprimé depuis le mois de Janvier dernier, qu'on trouve dans le Mercure
de France , sur les détails des Voyages qu'un
Particulier a fait dans l'Afrique, l'Asie &
dans les échelles du levant , qui a eu la
Desse près de Smirne , où il a observé par
les yeux de la vraie Phyjsique, que le venin de la peste est un venin très - exalté,
volatil & très - pénétrant, & que pour le
combattre sans danger & sans donner le tems
à cette matière subtile & corrosivé de
gangrener les malades & leur causer la mort,
il faudroit pouvoir insérer dans les veines
l'esprit de vitriol, en quantité suffisante pour
neutraliser sur le champ l'alkali volatil de
la peste , qui fait périr presque tous ceux
qui ont le malheur d'en être attaqués, principalement dansles pays chauds. Nous rapporterons en entier l'article du Mercure,
.iur les Observations de ce Voyageur, à
l'égard de la peste, pour qu'on soit toujours
plus convaincu que nos Observations sur
les acides, dont on redoutoit l'usage avant
nous, sans avoir cherché à découvrir le véritable moyen de les adoucir , sans rien di: --- Page 267 ---
1 167 1 L4 minuer de leur vertu, & à les rendre propres aux maladies de différente espèce, dont
la cause dépend des alkalis plus ou moins
. abondans & exaltés, qui se sont introduits
subitement dans le fang des voyageurs & de
ceux qui se sont trouvés dans les contrées
pestiférées. --- Page 268 ---
.. [ ï6% 1 ENTRAIT du Livre intitulé : Observations:
d'un Yoyageur, ou Essais Philosophiques
sur-les mœurs de divers Animaux étrangers,
avec des Observations relatives aux principes & usages de certains Peuples, ou,
Extrait des Voyages de M. * * * en
Asie x communiqués à M. de Buffon %
imprimé avec Privilège du R-oi , cher
Couturier., Libraire , quai des Augustins ,
en 1783 , page 224. L'Auteur-, après avoir fait la description
de tout ce qu'il, a souffert, quand il fut attaqué de la peste à deux j'ournées, d'Aleph
dit : « Qu'il s'est apperçu que le virus pefu til enciel n'est qu'un ferment alkali de
» l'éthèr , dont l'effet est de pénétrer & dé-
» composer. la masse des humeurs , par le
» procédé qui les assimile à sa propre nature. » Qu'il est convaincu qu'il ne s'agiroit, *> après avoir promptement dégagé les pre-
% mières voies, que d'introduire dans les,
m veines du malade , en un seul jour, mais,
» avec grande circonspection , & à deux QU --- Page 269 ---
C 169 1 .. » trois reprises, une ou deux gouttes d'un
»> esprit acide, anticeptique, capable de ré-
» tablir l'équilibre néceÍsairé à la vie, en
» neutralisant l'alkali, qui est le principe de
» la mort d'un pestiféré ».
pre-
% mières voies, que d'introduire dans les,
m veines du malade , en un seul jour, mais,
» avec grande circonspection , & à deux QU --- Page 269 ---
C 169 1 .. » trois reprises, une ou deux gouttes d'un
»> esprit acide, anticeptique, capable de ré-
» tablir l'équilibre néceÍsairé à la vie, en
» neutralisant l'alkali, qui est le principe de
» la mort d'un pestiféré ». Il ajoute, «que e'est ainÍi que, par une
cause à-peu-près contraire, l'on voit cer-
** tains Égyptiens ou Arabes , & aussi divers
51 animaux dont le sang eit, tellement saturé
M de parties alkalines , qu'ils n'ont rien à
» redouter de la morsure des vipères, dont
le venin est un acide exalté ». Les réflexions que le pestiféré Philosophe,'
fait aux environs de Smirne , ville de la
Turquie, sur la nature du venin exalté de
la peste, sont simples & naturelles. Il juge
par les effets qu'il éprouva de cette maladie , qu'il n'y a que l'alkali subtil & abondant qui ait pu les produire, & que l'acide dans l'univers en est le plus puissant
spécifique, pour détruire l'alkali caustique
& venimeux qui produit la peste. Il juge,
comme tous ceux qui ont fait des recherches sur les causes de la peste, en dé-.
montrant affirmativement comme eux qu'elle
dépend des miasme.s de putridité les plus --- Page 270 ---
r 1701 corrompus & évolatifisés, par les effets des
chaleurs qui ont élevés dans les airs ces
corpuscules malins & pénétrans, dont l'acrimonie est si brûlante , si corrosive &
subtile, qu'elle agit sur le champ sur les
corps vivans qui ont le malheur d'en être
infeélés. Il voyoit sur lui-même les effets des
propriétés des alkalis volatils , qui ne pourroieni être réprimés & détruits que par l'acide
vitriolique, qui en est le véritable ennemi
& le contraire. Ce Philosophe, qui n'avoit pour lui que
les lumières de la Phylique & les effets de
la pesle dont il étoit attaqué, fit également
des réflexions sur l'air qui étoit chargé de
tous les miasmes putrides, subtils, volatils
& corrosifs de la peste. Il jugea que la chaleur excessive les avoit élevés de la surface
de la terre, & sur-tout des lieux marécageux en partie desséchés, où se trouvoit le
foyer de la contagion. Il conçut en même
tems que cet air devait être excessivement
raréfié & presque sans ressort , puisqu'il
gênoit la respiration des malades & de ceux
qui ne l'étoient point, & qu'en pénétrant
les vésicules du poulmon , il n'avoit pas assez
chaleur excessive les avoit élevés de la surface
de la terre, & sur-tout des lieux marécageux en partie desséchés, où se trouvoit le
foyer de la contagion. Il conçut en même
tems que cet air devait être excessivement
raréfié & presque sans ressort , puisqu'il
gênoit la respiration des malades & de ceux
qui ne l'étoient point, & qu'en pénétrant
les vésicules du poulmon , il n'avoit pas assez --- Page 272 ---
f 171 1. Ce Philosophe, méditant sur les propriétés,
de l air, sur ses effets pendant la durée de
la peste, ainsi que sur la nécessité de neutraliser & précipiter, par un acide abondant,
1 alkali volatil, dont l'air est chargé pendant
la durée de la peste, est si juste , que l'on
voit les habitans de l'Egypte attendre , avec
la plus grande impatience , le retour des
tosées abondantes chargées des acides tant
desirés , pour remplir complettement leur
objet sur l air & sur le venin subtil de la
peste, dont il est généralement infecté ,
pour en faire cesser sur le champ les effets ,
& pour s 'assurer de l'instant de cet événement si attendu ; chaque, particulier a
foin de détremper dans un verre d'eau a
environ deux onces de farine * qu'il laisse
pendant la nuit au grand air , pour observer
le moment où elle commencera de fermenter :
les Egyptiens connoissent par-la, le tems.
de la durée, ou de la cessation de la peste ;
car s ils apperçoivent la sermentation, ils
allument sur le champ & à. la. même heure
des feux dans toute l'Egypte, en réjouissance
de la disparution générale de ce funeste venin..
Çç qui prouve évidemment que les pluies --- Page 273 ---
[ '7H 1 où les rodées abondantes, chargées d'acidés
rafraîchissent l'air , précipitent les parties
hétérogènes & malignes dont il est chargé ,
les neutralise au point de n'en laisser aucun
vestige : cette expérience incontestable ,
qui se renouvelle dans tous les tems où la
peste se manifeste , prouvè constamment
& sans réplique , que l'obiervation du Philosophe voyageur qui a essuyé la pelle, est
lumiheufe Se juste & qu'elle indique , sans
aucun doute , que l'acide est le véritable
remède spëcifique de cette cruelle maladie. Cette expérience , généralement renouvellée tous les ans en Egypte, nous engage à donner ici une idée succinte des propriétés de l'air, à raison de ses bons & mauvais effets pendant le chaud & le froid
pour que ceux qui seront dans le cas de
traiter la peste ou d'autres maladies épidédémiques où épizootiques , soient plus en
état de juger des causes de ces maladies
& des moyens les plus vertueux & propres
à les combattre avec succès dans toutes les
circonstances & les faisons * où elles pour,
ront- se manifester dans tous les pays de
l'univers, puisque c'est par les effets de l'air
de ses bons & mauvais effets pendant le chaud & le froid
pour que ceux qui seront dans le cas de
traiter la peste ou d'autres maladies épidédémiques où épizootiques , soient plus en
état de juger des causes de ces maladies
& des moyens les plus vertueux & propres
à les combattre avec succès dans toutes les
circonstances & les faisons * où elles pour,
ront- se manifester dans tous les pays de
l'univers, puisque c'est par les effets de l'air --- Page 274 ---
t 174 1 que les miasmes malins & pestilenciels sont
portés dans les diverses contrées -, où ces
sortes de maladies sont fréquentes .& souvent
périodiques, sur-tout dans, les échelles du
Levant & en Egypte. L'air est un corps invisible qui n'affeae aucun de nos sens, que le tact quand il est
agité. Nous en sentons les impulsions ; nous,
le condensons r & le raréfions à volonté ; il
entre dans la composition de tous les corps ;
il est très-compressible & dilatable. Son élafticité , sa densité permanente ^ prouvent ,
quoiqu'invisible, & inodore, que c'est un
corps. Il est l'agent le plus puissant de la nature dans toutes ses opérations, dans les productions , dans la conservation & la destruction des substances des trois règnes, & principalement dans la production des météores. On fait mille opérations avec l'air, qui
, méritent la plus grande attention. Pour expliquer plus facilement ses effets variés à
l'infini, on peut lire les Auteurs qui ont le
mieux écrit sur la nature de l'air, sur ses
propriétés &: sur ses effets ; nous nous
bornerons ici à démontrer seulement que '
l'air, par son élasticité &: son ressort, est --- Page 275 ---
"I 175 ] absolument nécessaire à la vie, en pénétrant
dans les vesicules du poulmon, pour entretenir le jeu de la respiration & le mouvement perpétuel de la circulation , pendant
tout le tems de la vie de tous les individus
qui respirent. On connoît la force de l'air, sa dilatabilité
& sa densité dans différentes circonstances
qui font juger qu'il peut se charger de différens corps hétérogènes , divisés à l'infini,
pour les porter, à raison de ses différent
mouvemens, dans diverses contrées, pour
les y répandre & y produire les effets des
propriétés des corpuscules étrangers , dont
il sera chargé. Si les corpuscules sont malins, il doit en
résulter des changemens dans la nature des
corps qui respirent, parce que les mêmes
corpuscules , ou miasmes putrides , doivent
inévitablement passer dans le sang , & y produire les effets dépendans du caraétère de
leur malignité. L'air, par lui-même, &Sans
être chargé ( par supposition ) d'aucune matière étrangère , venimeuse , peut encore
produire universellement dans certains-pays
chauds, comme 7 par exemple, en Egypte > --- Page 276 ---
C 176 ] dans l'Asie, &c. ,• des maladies épidémie
ques & mortelles , sans être contagieuses.
Nous avons dit que;l'air est dilatable & qu'il
a du ressort : or, s'il arrive dans quelque
circonstance , ou quelque tems de l'année,
. que l'excessive chaleur dilate & raréfie
l'air au-delà de son ressort , il s'ensuivra
de -là; que les corps vivans ne pourront
.plus respirer, qu'ils seront suffoqués , enflammés & gangrênés par la Stagnation
inévitable du sang dans les poulmons, qui
ne pourra plus circuler par l'extrême diminution du mouvement de ce viscère , dont le
concours > avec celui du coeur, étoit indispensable pour faciliter la libre & régulière circulation du sang, par les effets
de la respiration que l'air seul peut entretenir.
ensuivra
de -là; que les corps vivans ne pourront
.plus respirer, qu'ils seront suffoqués , enflammés & gangrênés par la Stagnation
inévitable du sang dans les poulmons, qui
ne pourra plus circuler par l'extrême diminution du mouvement de ce viscère , dont le
concours > avec celui du coeur, étoit indispensable pour faciliter la libre & régulière circulation du sang, par les effets
de la respiration que l'air seul peut entretenir. On doit donc concevoir que si l'air peut
produire & produit effectivement les effets
dont nous venons de parler , on doit chercher les moyens physiques, s'il en existe ,
contre les effets de l'air de l'athmosphére,
•pour parer à des effets aussi prompts & aussi
funestes de cet air trop raréfié. Lorsqu'on veut faire attention aux causes
qui --- Page 277 ---
1177 Ï - M qui sont propres à raréfier exceffirement
l'air, on verra aisément que le feu & la
chaleur en sont les causes les plus ordinaires
& les plus fortes, & que l'air qui sera généralement raréfié dans un pays quelconque,
par la chaleur du climat & de la saison, ne
pourra jamais manquer d'exercer tes effets,
tant qu'il ne sera pas rafraîchi & remis dans
son premier état de ressort & d 'élasticité,
par une cause générale qui fasse cesser la N
chaleur, & qui, en rafraîchissant l'air, lui
false reprendre ses premières propriétés. Quand on esi pénétré de ces vérités , on
doit chercher dans l'imagination les moyens
possibles contre des effets qui dépendent
absolument des variétés des saisons & de
l'air. Quels ront donc ces moyens pour sauver
les malades & se sauver soi-même, dans un
péril si imminent & général ? C'est de faigner copieusement, d'arroser plusieurs fois
le lieu de la demeure des malades, & de
répandre dans l'air avec des seringues, ou
d'espèces de pompes qu'on met dans un
cuvier , pour pousser l'eau en vapeur de
toute part pour rafraîchir l'air qu'on ref.. --- Page 278 ---
1178 ] pire, & redonner du ton & du ressort à Ces
parties rameuses, trop allongées & raréfiées -, & lorsqu'on mêlera de l'alun dans
l'eau qu'on repandra , on sera assuré de
s'opposer à l'excès de raréfaction de l'air.
C'est en buvant très-fréquemment de l'Eau
Minérale Antiputride , qu'on s'opposer a à la
trop grande raréfa&ion du sang, à la sois,
& qu'on parviendra à gagner du tems, jusqu'à
ce que quelques pluies, ou les rosées abondances ayent répandu dàns les airs des acides
nitreux , ou autres rafraÎchans, pour faire
cesser la cause générale des inflammations,
qui, sans les matières subtiles & alkalines
de la pesle , ne causeroient pas moins la
mortalité générale des habitans des lieux où
on éprouveroit l'excessive raréfaction de
l'air, dont nous venons de parler.
à gagner du tems, jusqu'à
ce que quelques pluies, ou les rosées abondances ayent répandu dàns les airs des acides
nitreux , ou autres rafraÎchans, pour faire
cesser la cause générale des inflammations,
qui, sans les matières subtiles & alkalines
de la pesle , ne causeroient pas moins la
mortalité générale des habitans des lieux où
on éprouveroit l'excessive raréfaction de
l'air, dont nous venons de parler. Ceux qui ne sont point sur mer, peuvent
habiter les caves, établir des ventillateurs,
faire arroser le devant de leurs habitations
plusieurs fois par jour, & mouiller des tentes,
des draps sur le plancher, &c., pour réparer l'air, pour écarter les effets des miasines , dont il doit également être chargé,
' en ajoutant l'alun , qui ne peut pas être une --- Page 279 ---
C 179 1 1 M2 dépense de conséquence , dont les effets stiptiques & acides, relativement à la circonstance où il faut donner à l'air plus de ressort,
& détruire les miasmes venimeux dont il
peut. être chargé , sont plus avantageux
pour tempérer l'air , que ne le seroient les .
autres acides plus coûteux. Nous donnons ici toutes ces notions
aux Chirurgiens , qui seront sur les vaisseaux " pour conduire leurs malades &
les individus Marins , jusqu'au tems où
l'air sera généralement rafraîchi & remis
dans son premier état de reÍsort & de
salubrité, pour être délivrés des causes funeftes qui existoient dans la perte de ses
propriétés. Ce seroit prolonger cet Ouvrage au-delà
des bornes qui nous ont été prescrites, si
nous rapportions ici dans un long détail les
principes qui nous ont déterminé à chercher le spécifique tant desiré, par le célèbre
Sydenham ; pour y réussir , nous avons
long - tems médité sur l'origine de la formation des corps sublunaires, afin de pou* --- Page 280 ---
1 t '80 1 voir nous former une idée probable susi
leur 'altération & leur destruction, pour tâcher de la rendre siable & permanente par des
principes évidens & par des expériences de
différentes espèces, que la pratique seulé dans
le traitement des maladies des hommes, &c. ,
pouvoit parfaitement constater , & nous
mettre à même de porter des secours directs
& assez puissans pour détruire la cause primitive de l'altération des corps, & les rétablir promptement dans leur premier état. Des réflexions sur une science conjecturale , à bien des égards, nous firent porter
nos vues sur les matières primitives & constituantes de tous les corps physiques, pour
fixer l'opinion des Ministres de la santé, dont
la variété infinie des sentimens sur les matières relatives à la théorie & encore plus
sur la pratique de la Médecine, ne peuvent
servir qu'à les plonger dans des erreurs qui
en produisènt des nouvelles, lorsque la base
des principes n'esi pas constante , claire,
évidente & certaine, d'où il ne peut s'en
suivre que des traitemens douteux & incertains , qui ne servent souvent qu'à faire des
fixer l'opinion des Ministres de la santé, dont
la variété infinie des sentimens sur les matières relatives à la théorie & encore plus
sur la pratique de la Médecine, ne peuvent
servir qu'à les plonger dans des erreurs qui
en produisènt des nouvelles, lorsque la base
des principes n'esi pas constante , claire,
évidente & certaine, d'où il ne peut s'en
suivre que des traitemens douteux & incertains , qui ne servent souvent qu'à faire des --- Page 281 ---
I i8t J M]
A r victimes, sur-tout lorsque les malàdès sont
attaqués des maladies aiguës & malignes. Une 'entreptise de cette espèce nous fit
long-tems méditer ; nous fîmes mille tentatives, avec le ménagement que la prudence nous inspiroit, pour ne point faire
de victimes par nos expériences., & parvenir à fixer un traitement assuré. Ce fut après en avoir fait un grand nombre dans nos hôpitaux , où les oc casions
étoient très - fréquentes , que nous crûmes
avoir réussi à établir le premier Rudiment
de la recherche que nous-faisions des parties
constituantes des, corps physiques animés
non animés, afin, de voir clairement dans
les cas d'altération ou de maladie, quelles pouvoient être les parties confirmantes on, intégrantes des corps qui pouvoientêtre lacause
de ces dérangemens r & de constater, en
réussissant à les fixer, de rendre la Médecine, infiniment moins conjecturale à certains égards, quelle ne l'étoit en établissant
clairement & constamment la nature des
parties çonstituantes & les causes évidentes
de leurs altérations ou maladies., afin de --- Page 282 ---
[ 182 1 pouvoir les traiter plus directement, avec
plus de connoissance & de succès. Par le résultat de nos méditations &
de nos expériences, il nous parut que tous
les corps , ( sans exception d'aucun ), doivent être composés de deux sortes de matières ; l'une , toujours en mouvement ,
faisant effort pour se mouvoir, qui ne peut
être que la matière de la lumière & du feu,
que nous nommerons matière active. L'autre, purement matérielle & indifférente pour le mouvement & le repos, qui
ne se meut qu'autant qu'on la met en mouvement, & qui reste par conséquent en repos par-tout où elle peut être placée, elle
nous parut devoir n'être susceptible d'aucune
aRion par elle-même ; ce qui nous la fit appeller matière passive. Il y a beaucoup d'apparence que la matière active n'est qu'une. Mais nous avons pensé qu'il devoit y avoir
un très-grand nombre de matières passives
toutes différentes, & que c'est de leur combinaison , avec la matière a6tive, que résustent les variétés des différens corps qui
existent dans la nature. --- Page 283 ---
1183 i M 4 Ces principes établis, il nous parut résulter
que la matière de feu donne la vie à tous les
êtres , & que c'est dans le juste équilibre de
la combinaison de la matière active , avec les
différentes matières passives, que consiste le
bien, ou le mal-être des corps , & que c'est
aussi de la matière de feu que dépend leur
cohésion & leur liaison.
des différens corps qui
existent dans la nature. --- Page 283 ---
1183 i M 4 Ces principes établis, il nous parut résulter
que la matière de feu donne la vie à tous les
êtres , & que c'est dans le juste équilibre de
la combinaison de la matière active , avec les
différentes matières passives, que consiste le
bien, ou le mal-être des corps , & que c'est
aussi de la matière de feu que dépend leur
cohésion & leur liaison. C'est la matière de feu qui porte dans l'intérieur des corps les substances nécessaires à
leur croissance , à leur évolution & à leur
développement, & finalement à leur aliment , afin de remplacer celles qui se di£
fipent en vapeurs, par la transpiration insensible. Ce fut d'après ce tableau qu'il nous parut
évident, que, pour entretenir un corps quelconque dans son premier état, ou dans son
bien - être , nous devions nous attacher à découvrir un moyen certain, à tous égards, qui
peut nous servir dans les occasions à maintenir une juste proportion, ou un équilibre
entre la matière de feu & les substances solides qui les composent. De toutes les substances connues qui pou- --- Page 284 ---
r yg4 1 ; voient nous fournir le moyen dont nous
faisons la recherche ; l'acide vitriolique fut
celui qui nous parut devoir mieux remplir
notre objet, parce que le vitriol est la substance qui a le plus d'affinité avec la matière de
feu, & comme l'acide vitriolique, combiné
avec différentes bases ou substanc.es, forme
tous les sels connus , il de voit s'en su.ivre que
les sels , quelque part qu'ils se trouvent,
devoient renfermer plus ou moins de matière
de feu, & par conséquent de matière vivifiante des corps,. Une réflexion naturelle nous fît voir que
parmi les sels il y en a de fixes, & d'autres
qui sont volatils i les premiers nous parurent
devoir sixer la matière vivifiante dans les
corps, de que les seconds devoient la difsiper. Il est évident que lorsqu'il y aura trop
de matière vivifiante dans les corps , ils
tendront toujours à leur dissolution & à leur
destruction , & lorsqu'il y en aura trop peu ,
ils dépériront & se defTécheront. Le premier cas produit toujours le sécond.
Trop de matière, de feu tend à la fermer --- Page 285 ---
[ 185 ] tation, & par conséquent elle s'êvolatitife, fë
dissipe , & le corps dépérit & meurt. Ce fut d'après toutes ces découvertes que
nous nous fîmes des principes qui nous sont
absolument propres , que nous conclûmes
qu'il falloit dans le premier cas, arrêter la
fermentation , & que dans le second il falloit
également empêcher le progrès de l'évolatilisation. Pour y parvenir , nous jugeâmes
que les acides seuls, combinés, variés, &
diversement adoucis & préparés, pouvoient
parfaitement opérer l'un & l'autre de ces
effets, parce qu'ils fixent la matière de feu',
& qu'on peut augmenter & diminuer à volonté leur force , à raison des causes des
maladies qu'on a à combattre : les expériences qui peuvent être renouvellées à toute
heure , prouvent, sans réplique , que notre
découverte & nos principes sont évidens
& justes. Pour en mieux juger, qu'on considère les expériences faites au Cap-François,
sur 300 Soldats attaqués de fièvres malignes
épidémiques ; celles sur les malades des environs de Grenoble , & du Lazaret de Tou1on ? dont le Gouvernement a une parfaite
'on a à combattre : les expériences qui peuvent être renouvellées à toute
heure , prouvent, sans réplique , que notre
découverte & nos principes sont évidens
& justes. Pour en mieux juger, qu'on considère les expériences faites au Cap-François,
sur 300 Soldats attaqués de fièvres malignes
épidémiques ; celles sur les malades des environs de Grenoble , & du Lazaret de Tou1on ? dont le Gouvernement a une parfaite --- Page 286 ---
[ 186 ] connoissance, & l'on sera à même de sentir
& de connoître l'importance de notre découverte pour le bien général de l'humanité , & pour la Marine en particulier ,
dont les expériences n'admettent ni doute,
ni réplique. Ceux qui connoissent parfaitement la nature des corps sensibles , leur affinité, leur
adhésîon, leur cohérence, avec leurs parties
élémentaires, les causes de la variété infinie
de leurs espèces , par la différence de la configuration de leurs molécules & la matière
phlogistique qui les pénètre, leurs propriétés, 1
leurs fonctions . les causes de leur altération ,
auront moins de peine à sentir toute l'étendue de nos principes, que ceux qui n'en
auroient que des notions imparfaites. Les expériences rapportées dans cet Ouvrage , doivent être suffisantes pour fixer invariablement l'opinion des personnes qui seroient disposées à y former les moindres
doutes ; cependant s'il en falloit d'autres ,
nous en rapporterions de très - connues à
Paris , qui effaceraient jusqu'à l'ombre de
ces mêmes doutes. Elles seroient tirées en --- Page 287 ---
r 1871 partie de la maladie de Mademoiselle de Cler.
mont d7Amboise , aujourd'hui Madame la
Maréchale de Choiseul ; de celle de Madame
la Marquise de Pompignan, sous les yeux de
M. l'Archevêque de Vienne , son beaufrère , qui étoit presque agonisante &
abandonnée par MM. de Vernage; Casamajor & Bordeu, qui ont été guéries par
nos principes , diamétralement opposés à
ceux qu'on suivoit, & finalement de celle
de Madame Homblot qui crachait abon-
' damment le pus, comme les précédentes,
& qui avoit été traitée infructueusement pendant un an par des remèdes balsamiques &
adoucissans, qui fut radicalement guérie dans
six mois par les effets de nos acides, quoiqu elle eût craché les trois quarts d'un des
lobes du poulmon, ainsi que le verbal qui
en fut dressé par MM. de] la Faye, Didier,
Maître en Chirurgie, & nous, six années
après, lorqu'elle mourut d'une flaxion de
poitrine, en fait foi, ainsi que de la vérification de la cicatrisation parfaite du reftant de cette partie du poulmon. Ces exemples font également rapportés
pour faire connoître les avantages qu'il y --- Page 288 ---
r 1881 aura de traiter les malades qui sont dans la
consomption & attaqués de pulmonie dans
les Hôpitaux de la Marine, qui infestent
encore davantage l'air qu'on y respire, &
Y causent des dépenses considérables , presque toujours infructueuses. On voit clairement, que, par l'effet de
nos principes, on écarte les systêmes sans
bases solides, les hypothèses, les problêmes,
les conjectures grossières, & presque toutes
les erreurs dont la Médecine paroît être
encore infectée , 8c qu'on parvient , par
un moyen bien simple, à faire cesser les altérations des corps, & guérir les maladies
les plus désespérées.
enses considérables , presque toujours infructueuses. On voit clairement, que, par l'effet de
nos principes, on écarte les systêmes sans
bases solides, les hypothèses, les problêmes,
les conjectures grossières, & presque toutes
les erreurs dont la Médecine paroît être
encore infectée , 8c qu'on parvient , par
un moyen bien simple, à faire cesser les altérations des corps, & guérir les maladies
les plus désespérées. Tels font nos découvertes & nos principes. Au surpïus, errare humanum est. FIN. --- Page 289 ---
ERRATA. JPA à E j , ligne 8 , sur la manière dont elle doit administrée : sur la manié) e dont elle doit être administrée. Page 7, ligne i, il sa voit déjà par expériences.' lisez, il savoit
déja par des expériences. Page idem, ligne 17, lui a appris, après une infinité d'expériences réitérées, que l'Eau Antiputride : life, lui a appris
que l'Eau Antiputride. iPage 1 3, ligne tx , la garnison du Cap fût diminué e life ,
diminuée. Page 25, ligue 19 , agêable t life , agréable. Page 36, ligne If, employés : life, employé. Page 38, ligne dernière , essuyés : life , essuyé. Page S 7» à:la note, lig. avant dernière; d'Eau Antiputride pure
ou tout, ou par-tout : list{, d'Eau Antiputride pure par-tout. Page f 6 , ligne 4 , dont il ne sera: lise{, donc. Page 5 7, ligne 11, apporté : lisez , apportée. Page 6o > ligne 1 3 , si on les employe : life , employoir.
Page 63, ligne 8 , de l'inflammation , doivent : life, de
l'inflammation qui doivent. Page 74 , lig. 16, l'on ne prend la petite vérole de ceux qu'ils
l'ont : life , on ne prend la petite vérole de ceux qui l'ont. Page Si , ligne 11 , plus à l'avenir à suivre ; lifey plus à
l'avenir qu'à stiivre. - Page 91 ligne 7, l'amour naturelle : life, l'amour naturel. Page idem, ligne 17, une fois pour tout : liJet, une fois pout
toutes. Page 99 , ligne , dont nous rapporterons : lisez, dont nous
rapportons. Page 101 , ligne dernière j que quelque foie: lisez, que
quels que (oient. Page toi, ligne, 3, Antipudride : life , Antiputride.
Page i ; 1 , ligne 1 1, mais elles se ieroit trompées : Ufe f
elles Ce seraient trompées. Page 132, ligne 11 , la plus grande exactitude, tant dans
le choix : life , la plus grande exactitude dans le choix. Page 149 , ligne 19 , à Diaméte : lisez , Damiéte. --- Page 290 ---
APPROBATION. J' AI lu , par ordre de Monseigeur le Garde des Sceaux;
un Ouvrage manuscrit, ayant pour titre : Formule détaillée ,
sur la manière d'adminiflrer l'Eau Antiputride , à l'usage de
la Marine, par M. de Beausort, & je n'y ai rien trouvé
qui put en empêcher l'entrée & la disiribution dans le
Royaume. A Paris, ce 8 Avril 1783.
. --- Page 290 ---
APPROBATION. J' AI lu , par ordre de Monseigeur le Garde des Sceaux;
un Ouvrage manuscrit, ayant pour titre : Formule détaillée ,
sur la manière d'adminiflrer l'Eau Antiputride , à l'usage de
la Marine, par M. de Beausort, & je n'y ai rien trouvé
qui put en empêcher l'entrée & la disiribution dans le
Royaume. A Paris, ce 8 Avril 1783. DE GARD AN NE. PRIVILEGE DU ROI. T OUÏS, par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre:
L A nos amés & féaux Conseillers les Gens tenans nos Cours de
Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, GrandConseil, Prévôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans
Civils, & autres nos Justiciers qu'il appartiendra: SALUT. Notre
bien améle Sieur DE BEAUFORT Nous a fait exposer qu'il desireroit
faire imprimer & donner au Public un ouvrage de sa composition ,
Intitula : Formule détaillée , sur la manière d'adminijlrer L'Eau Antiputride de Beaufort , à l'usage de la Marine, s'il nous plaisoit lui
accorder nos Lettres de Privilège à ce nécessaires 5 A CES
CAUSES , voulant favorablement traiter l'Exposant , Nous lui
avons permis & permettons par ces présentes de faire imprimer ledit
ouvrage autant de fois que bon lui semblera , & de le vendre , faire
vendre, par tout notre Royaume. Voulons qu'il jouisse de l'effet du
présent Privilège , pour lui & 1es hoirs à perpétuité , pourvu qu'il ne
le rétrocède à personne ; & si cependant il jugeoit à propos d'en faire
une cession , l'Acte qui la contiendra sera enregistré en la Chambre
Syndicale de Paris, à peine de nullité > tant du Privilège que de la
de le vendre , faire
vendre, par tout notre Royaume. Voulons qu'il jouisse de l'effet du
présent Privilège , pour lui & 1es hoirs à perpétuité , pourvu qu'il ne
le rétrocède à personne ; & si cependant il jugeoit à propos d'en faire
une cession , l'Acte qui la contiendra sera enregistré en la Chambre
Syndicale de Paris, à peine de nullité > tant du Privilège que de la --- Page 291 ---
cession ; & alors parle fait seul de la cession enregistrée , la durée de
présent Privilège sera réduite à celle de la vie de l'Exposant , ou à
celle de dix années, à compter de ce jour , si l'Exposant dééède avant
l'expiration desdites dix années. Le tout conformément aux articles
IV & V de l'Arrêt du Conseil du 3 o Août 1 777, portant Règlement sur la durée des Privilèges en Librairie. FAISONS défenses à
tous Imprimeurs , Libraiies & autres personnes , de quelque qua.
lité & condition qu'elles soient, d'en introduire d'impression étraivgère dans aucun lieu de notre obéissance ,• comme aussi d'imprimei
ou faire imprimer, vendre, faire vendre , débiter ni contrefaire
ledit ouvrage, sous quelque prétexte que ce puisse être, sans la
permission expresse & par écrit dudit Exposant, ou de celui qui
le représentera , à peine de saisie & de eonsiseation des Exemplaires
contrefaits, de six mille livres d'amende , qui ne pourra être modérée , pour la première fois, de pareille amende & de déchéance
d'état en cas de récidive, & de tous dépens » dommages & intérèts ,
conformément à l'Arrêt du Conseil du 3 o Août 1 7 7 7 , concernant
les contrefaçons » à la charge que ces. Présentes seront enregillrées
tout au long sur le Registre de la Communauté des Libraires &
Imprimeurs de Paris, dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impression dudit ouvrage sera faite dans notre Royaume & non ailleurs ,
en beau papier & beaux caractères, conformément aux Réglemens
delà Librairie, à peine de déchéance du présent Privilege ; qu'avant
de l'exposer en vente , le manuscrit qui aura servi de copie à l'impression dudit Ouvrage sera remis, dans le même état où l'Approbation y aura été donnée , ès mains de notre très-cher 8c féal Chevalier , Garde des Sceaux de France, le Sieur Hue de Miromenil,
Commandeur de nos Ordres, qu'il en sera ensuite remis deux
exemplaires dans notre Bibliothèque publique , un dans celle de
notre Chàteau du Louvre , un dans celle de notre très-cher & féal
Chevalier, Chancelier de France, le sieur de Maupeou, & un
dans celle dudit sieur Hue de Miromenil ; le tout à peine de nullité
des Présentes : Du contenu desquelles vous mandons & enjoignons
de faire jouir ledit Expqfant & Ces hoirs , pleinement &
pailiblement, sans souffiir qu'il leur soit fait autun trouble ou empêchement. Voulons que la copie des Présentes, qui sera imprimée
tout au long au commencement ou à la fia dudit Ouvrage , ioit
sieur de Maupeou, & un
dans celle dudit sieur Hue de Miromenil ; le tout à peine de nullité
des Présentes : Du contenu desquelles vous mandons & enjoignons
de faire jouir ledit Expqfant & Ces hoirs , pleinement &
pailiblement, sans souffiir qu'il leur soit fait autun trouble ou empêchement. Voulons que la copie des Présentes, qui sera imprimée
tout au long au commencement ou à la fia dudit Ouvrage , ioit --- Page 292 ---
Achevé d'imprimer , pour la première sois, le 26
Juillet 1783. tenue pour ducment lignifiée, le qu'aux copies collationnées par l'un
de nos amés& féaux Conseillers-Secrétaires , foi soit ajoutée comme
à l'original. Commandons au premier notre Huissier sur ce requis ,
Ae faire, pour l'exécution d'icelles, tous adles requis & nécessaires ,
sans demander autre permission, & nonobstant clameur de Haro *
Charte Normande, & Lettres à ce contraires, CAR tel cst notre
plaisir. DONNÉ à Paris le deuxième jour du mois de Juillet, l'an
de grace mil sept cent quatre-vingt- trois , & de notre Regne le
dixième. Par le Roi, en son Conseil, LE BEGUE. Rtgijlri sur le Registre XXI de la Chambre Royale & Syndicale des Libraires & Imprimeurs de Paris , N. a % 8, fol. 906, conformément aux
dispositions éncncées dans le présent Privilège & à la charge de remettre à
ladite Chambre les huit Exemplaires prtflrits par l'Article CVIII
du Règlement de 17 l ? • A Paris, le 11 Juillet 1785. Signe , VAULLEYRE jeune j Adjoint. V --- Page 293 ---
PROJET D'INSTRUCTION SUR UNE MALADIE CONVULSIVE, Fréquente dans les Colonies de l'Amérique +
connue fous le nom de Tétanos. Demande par le Minifire de Ici Marine >
a la Société Royale de Médecine, A P A R 1 S, 1 DE L'IMPRIMERIE ROYALE. M. DCCLXXXVI. --- Page 294 --- --- Page 295 ---
TABLE. PROJET d'instruction sur une Maladie
convulsive, fréquente dans les Colonies
de ï 'Amériq ue, connue fous le nom de
Tétanos page i
CHAPITRE 1." Description au 1 Tétanos. 4,
ÇHAPITRE II. Recherches sur les causes
du Tétanos 19.
ART. I.er Tétanos des Àdultts 20
A R T. II. Tétanos des Enfans, pu Mal
de mâchoire 3 1
CHAPITRE III. Vues ssir le traitement preservatif du Tétanos 43
ART. I.er Tétanos des Adultes 44.
ART. II. Tétanos des Enfans, ou Mal
de mâchoire 50
CHAPITRE IV. Vues sur la méthode curative du Tétanos ART. I.er Moyens généraux . 58
§. I.er Narcotiques & anti-spasmodiques. 59 --- Page 296 ---
TABLE. §. II. Bains . 67
S. III. Topiques émolliens... .- 75
S. IV. Cordiaux. 77
S. V- Régime 79 ARTICLE II. Moyens particuliers relatifs aux
causes 79
§. I.er Tétanos dépendant d'indigeflion ou
colleélion de matières dans les premières
voies 80
§. II. Tétanos produit par la suppression
d'une évacuation ou par la répercujion
d'une éruption cutanée... 8 1
s. III. Tétanos produit par la suppression
de la transpiration ou de la sueur... 8+
§. IV. Tétanos survenu à une plaie ou
à une piqûre 90
§. V. Observations particulières 92
RÉSUMÉ 91PROJET
ou
colleélion de matières dans les premières
voies 80
§. II. Tétanos produit par la suppression
d'une évacuation ou par la répercujion
d'une éruption cutanée... 8 1
s. III. Tétanos produit par la suppression
de la transpiration ou de la sueur... 8+
§. IV. Tétanos survenu à une plaie ou
à une piqûre 90
§. V. Observations particulières 92
RÉSUMÉ 91PROJET --- Page 297 ---
( r ) -11 A PROJET D'INSTRUCTION Sur une Maladie convulsive fréquente
dans les Colonies de l'Amérique,
connue sous le nom de Tétanos. LE Tétanos, maladie convulsive, connue
depuis les premiers siècles de la Médecine , & qui attaque tous les individus, de
tout âge & de tout sexe, dans tous les pays
& tous les climats , exerce principalement
les ravages dans les Colonies de l'Amérique;
elle y survient aisément par des causes souvent
assez légères, y exerce son action avec une
vigueur qui la rend souvent mortelle, y
attaque indistinctement les Blancs & les
Noirs, ceux-ci cependant beaucoup plus
fréquemment & d'une manière plus cruelle,
y règne sur-tout parmi les enfahs des Noirs
dans les premiers jours de leur naissance,
en moissonne une très - grande partit , & --- Page 298 ---
( 2 ) n'épargne pas même les animaux , suivant
le témoignage de M. Bajon (a). L'Amérique n'en: pas cependant la seule
partie du monde où cette maladie règne aussi
fréquemment, & ait des suites aussi funestes.
- Bontiiis, qui a exercé long-temps la Médecine dans l'île de Java , dans l'Inde orientale,
affure qu'elle y est très-fréquente & comme
endémique (b). M. Lavo, Chirurgien ordinaire de la Marine , décrit dans un Mémoire
qu'il a communiqué à la Société royale de
Médecine, une maladie qui esi très-commune
dans l'île de Ceylan , où elle est connue
fous le nom de Crampe, qui, quoique n'étant
pas un vrai Tétanos, est cependant également
convulsive , paroit avoir beaucoup d 'analogie avec cette' maladie , & n'en diffère (a} BAJON , Mémoires pour servir à l'histoire
de Cayenne & de la Guyane françoise ; Paris,
Grange, veuve Duchesne, 1778, in - 8.0 tome I,
page 149* (b) BONTIUS, de Medicmâ Indorum, libri IV, à
la suite de l'ouvrage de Medicinâ Ægyptiorum de
Prosper Alpin ; Paris, Redelichuyfen, 1 64.5, in-t. a
Method. medendi, cap. II, pag. 22. --- Page 299 ---
( 3 ) A ij que par quelques nuances accidentelles. Nous
apprenons de M. Madier qu'il règne dans
une province de la France, dans le Vivarais,
une maladie connue sous le nom de Sarrette,
qui exerce ses ravages sur les enfans nouveaux - nés , & qui paroît avoir quelque
• analogie avec le Mal de mâchoire dont nous
allons parler (c). Les Médecins qui ont écrit jusqu'ici sur
cette maladie , n'ont rien donné de positis ; ils ont présenté au contraire dans
leurs détails des variations multipliées ,
propres à répandre de la confusion ssir cet
objet important ; ils ne se sont réunis qu'en
un seul point, celui de la gravité & de
la mortalité de ces maladies. On peut
cependant , d'après les aperçus qu'ils nous
ont donnés , établir des principes généraux ,
dont l'application particulière, dirigée' par
l'expérience & l'observation, peut conduire
à déterminer une règle.
au contraire dans
leurs détails des variations multipliées ,
propres à répandre de la confusion ssir cet
objet important ; ils ne se sont réunis qu'en
un seul point, celui de la gravité & de
la mortalité de ces maladies. On peut
cependant , d'après les aperçus qu'ils nous
ont donnés , établir des principes généraux ,
dont l'application particulière, dirigée' par
l'expérience & l'observation, peut conduire
à déterminer une règle. (c) MADIER, Mémoire sur la topographie médicale du bourg Saint-Andéol; Mémoires de la Société
royale de Médecine, tome. IV, page 133. * --- Page 300 ---
(4) 1 C'est dans ces vues que nous proposons
un plan général sur la nature & le traitement
de ces maladies, d'après lequel les Médecins
& les Chirurgiens répandus dans les Colonies , pourront essayer un traitement méthodique , & concourir ensuite , par leurs
observations particulières, a poser des principes certains , propres à prévenir dans la
fuite les ravages fréquens que ces maladies
occasionnent. CHAPITRE PREMIER. Description du Tétanos. L E Tétanos des adultes & celui des en sans
nouveaux - nés, ne sont pas deux maladies
différentes ; elles ont absolument le même
caradère & vraisemblablement les mêmes
causes; elles ne diffèrent entr'elles que par
la variété de quelques symptômes , & par
la forme & l'époque de leur invasion. On
les diflingue cependant dans les Colonies .
on donne généralement le nom de Tétanos \ --- Page 301 ---
( 5 ) •. A iii à celui qui attaque les adultes, qu'on désigne
aussi dans quelques îles, comme à Cayenne,
sous le nom de Catarre & de la Maladie ;
on a conservé le nom de Mal de mâchoire à
celui qui attaque les enfans nouveaux-nés"
sans doute parce que les principales atteintes
de la maladie se font sentir plus directement
aux mâchoires. Les symptômes de cette matadie varient
cependant, & ne sont pas toujours ceux du.
Tétanos ; ils donnent quelquefois à cette
maladie le caractère de l'Opisthotonos, quelquefois celui de Y 'Emprostho tono s ; mais
comme l'Opisthotonos, l'Emprosthotono s Se
le Tétanos sont des maladies également
convuïsives, qui se ressemblent absolument
par leur nature , ne diffèrent que par de
légères nuances purement accidentelles, &
présentent les mêmes indications (d), nous
sont pas toujours ceux du.
Tétanos ; ils donnent quelquefois à cette
maladie le caractère de l'Opisthotonos, quelquefois celui de Y 'Emprostho tono s ; mais
comme l'Opisthotonos, l'Emprosthotono s Se
le Tétanos sont des maladies également
convuïsives, qui se ressemblent absolument
par leur nature , ne diffèrent que par de
légères nuances purement accidentelles, &
présentent les mêmes indications (d), nous (d) Ces trois maladies ne diffèrent qu'en .ce que,
dans le Tétanos, le corps reste droit; que dans
V 'Emprosthotonos , il est courbé en avant; & dans
VOpijlhotonos en arrière : mais toujours dans un
état de roideur dans chacune de ces maladies. --- Page 302 ---
(6) retiendrons ce dernier nom sous lequel on
le désigne dans les Iles. S. I.w LE Tétanos des adultes s'annonce ordinairement par une difficulté de remuer le
col & une douleur de cette partie, que les
malades comparent à une corde qui les
presse; cette difficulté de mouvement s'étend
ensuite insensiblement jusqu'à la mâchoire
inférieure; cette partie se serre contre la
mâchoire supérieure, & ce resserrement est
quelquefois assez considérable pour empêcher l'introduction d'aucune espèce de
boisson ou de médicament : les bras & les
jambes deviennent roides, & cette roideur
est si forte, qu'en prenant le malade par
la tête ou par une jambe, on pourroit le
soulever comme une pièce de bois. Elle
n'est pas cependant continuellement soutenue ; les malades éprouvent quelquefois
dans la journée des mouvemens convulsifs
ou contractions involontaires des membres,
& des grincemens de dents souvent répétés. --- Page 303 ---
(7) A iv Ces accidens fatiguent beaucoup lès malades,
qui jettent lés hauts cris & demandent qu'on
les soutienne ; leurs yeux sont étincelans,
leur visage enflammé ,- leur voix rauque
& profonde, comme sépulcrale; leur respiration est très-gênée ; on est obligé souvent de leur tenir la tête un peu élevée
pour la rendre plus aisée : ils éprouvent une
faim insatiable & mangeroient à tout moment si on vouloit les satisfaire & s'ils
pou voient avaler. Enfin il s'y joint des
suéurs froides & copieuses sur tout le corps :
les symptômes deviennent plus graves, &
les malades meurent dans des convulsions
violentes (e). M. Barrere met la fièvre au nombre des
symptômes qui surviennent toujours vers (e) BAJON, ibid. page 174. BARRERE,
Nouvelle relation de la France équinoxiale; Paris,
Piget if Dzirand, 174.3 > in- 12, page 72.
POUPPÉ DESPORTES, Histoire des maladies de
Saint - Domingue ; ParÍs, le Jay, 177° > in - 12 ,
tome 1, page 157- CHAMBER, Gazette salutaire,
1763, NS ]4.
symptômes qui surviennent toujours vers (e) BAJON, ibid. page 174. BARRERE,
Nouvelle relation de la France équinoxiale; Paris,
Piget if Dzirand, 174.3 > in- 12, page 72.
POUPPÉ DESPORTES, Histoire des maladies de
Saint - Domingue ; ParÍs, le Jay, 177° > in - 12 ,
tome 1, page 157- CHAMBER, Gazette salutaire,
1763, NS ]4. --- Page 304 ---
( 8 ) la fin- de la maladie (f) ; mais il est le seul
de tous les Auteurs que nous avons consultés qui la regarde comme un des symptômes essentiels du Tétanos. M.rs Bajon (g)
& Pouppé Desportes (h), ne parlent au contraire de la fièvre que comme d'un- moyen
heureux dont la Nature se sert pour détruire ou expulser la cause morbifique , &
ils assurent qu'elle annonce toujours la guérison- des malades. Cela paroît conforme à
la dodlriile d'Hippocrate (i) sur ces maladies,
dont la vérité est généralement reconnue
par les Praticiens. M. Hillary n'admet la
fièvre que dans le cas ou le Tétauos dépend
de l'impression du froid, & il dit qu'elle #- (f/ BARRERE , ibid. page 72. -. (g) BAJON , ibid. page 1 8+. (h) Pou P P É DES PORTES , ibid. page 158. (i). A convulfione aut tetano detento) febris superveniens solvit morbum, HiPPOCRATE, aphor. 57,
sed. IV. Voyez encore HlPPOCRATE, loc. in homin.
XLVIII,, 6. judicat. XII, 10 . coac. 1, 2.31.; II,
7; III, 80) 84. aphor., 26, se8. II & 5, 70 *
sect. V. --- Page 305 ---
( ) est accompagnée alors de quelque -symptôme inflammatoire (k) La marche de la maladie n'en: pas cependant toujours la meme ; il y a des variations
clans son invasion & dans les progrès : elle
commence quelquefois par une légère difficulté d avaler, & rin embarras dans le mouvement de la .langue 6c de la mâchoire
inférieure; quelquefois les sueurs paroissent
des le premier ou le [econd jour ; quelquefois elles ne surviennent en aucun temps
der la maladie ; quelquefois la contraction.
la plus forte est au bas de la poitrine.
Dans quelques malades, la tête se jette en
arrière , l epine se courbe, la poitrine 6c
le ventre font une. saillie plus ou moins
forte : dans quelques autres, au contraire,
ïe corps se courbe en avant 6c l'épine fait
une saillie en arrière. Dans ces trois derniers états , les parties sont tenues dans (k) HILLARY, Observations onthe dlfeases on the
changer os the air and the concomitant epidemicals
diseases in tlie Island of Barbadoes; London f i 766 ,
in-8.° pag. 328. I --- Page 306 ---
( 10) cette situation avec une roideur plus ou
moins forte & plus ou moins soutenue (l);
mais toutes ces variétés ne sont que des
nuances différentes, qui ne changent rien
ni au caractère de la maladie, ni à l'espèce
des symptômes les plus essentiels.
ases on the
changer os the air and the concomitant epidemicals
diseases in tlie Island of Barbadoes; London f i 766 ,
in-8.° pag. 328. I --- Page 306 ---
( 10) cette situation avec une roideur plus ou
moins forte & plus ou moins soutenue (l);
mais toutes ces variétés ne sont que des
nuances différentes, qui ne changent rien
ni au caractère de la maladie, ni à l'espèce
des symptômes les plus essentiels. II y a cependant des cas ou cette maladie
s'annonce avec beaucoup moins de violence ; la marche des symptômes est plus
lente; les mouvemens convulsifs ne paroiisent qu'après quelques jours, ne viennent
que par secousses, ne durent pas long-temps :
ils n'observent cependant aucun ordre certain; tantôt ils se succèdent avec plus de
fréquence ; tantôt ils laissent entr eux des
intervalles plus longs ; le serrement des
mâchoires n'est jamais entier, & la déglutition, quoique difficile, continue a se faire :
le malade ne peut se tenir couché; il est
obligé de resler debout, ou à demi-assis,
ou même couché sur le ventre au bord du (1) BARRERE, POUPPÉ DESPORTES, BAJON,
CHAMBER, ibid. --- Page 307 ---
(") lit, les pieds à terre ; c'esl la situation qu'il
trouve la plus commode. Dans cette seconde
espèce, la maladie est moins grave; elle est
plus susceptible de guérison ; mais elle
se prolonge quelquefois durant plusieurs
mois (m). Dans la Caroline méridionale,
l 'état de roideur n'est pas universel, à l'exception des accès les plus forts ; mais lorsque
ces derniers diminuent, quelques parties du
corps demeurent dans l'état de roideur, &
le malade peut mouvoir les autres à volonté ,
sélon le témoignage de M. Charnier (n).
La description que fait Bontius de la maladie
convulsive qui- règne dans l'île de Java,,
lie diffère que par quelques légères nuances,
de celle que nous venons de donner (0). S. II. LE Tétanos des encans nouveaux - nés, ou
Mal de mâchoire, s'annonce d'abord par unts (M) BAJÓN, ibid. page 1 82. (n) CHAMBER , dont les deurOuvrages sont cités
à la fin de ce chapitre. (0) BONTIUS, ibid. page 23. --- Page 308 ---
( i i ) difficulté de sucer le lait , & par des cris
presque continuels, gênés & un peu différens
de ceux des autres enfans ; bientôt on s'aperçoit que l'enfant quitte & prend le teton
a tout moment ; la mâchoire inférieure
commence à se roidir & à s'approcher de
sa supérieure ; les mouvemens de la langue
deviennent de plus en plus gênés & difficiles : les muscles du cou & de la colonne
vertébrale se roidissent ; la tête reste assez
droite par rapport a la ligne verticale du
corps ; mais le tronc décrit une espèce de
demi-cercle en arrière , dont la concavité
est. formée par les vertèbres du dos ; le
bas - ventre fait une saillie considérable.
Quelquefois, au contraire, le tronc décrit
un demi-cercle en avant & la saillie est en
arrière: tous les muscles sont dans un état
de violente tension ; les extrémités se roidissent, mais moins que le tronc ; enfin,
les mâchoires se rapprochent au point de
ne pouvoir ni faire prendre le teton à
l'enfant, ni lui rien faire avaler. Dans cet
état, ses pleurs & ses cris diminuent & ne
une saillie considérable.
Quelquefois, au contraire, le tronc décrit
un demi-cercle en avant & la saillie est en
arrière: tous les muscles sont dans un état
de violente tension ; les extrémités se roidissent, mais moins que le tronc ; enfin,
les mâchoires se rapprochent au point de
ne pouvoir ni faire prendre le teton à
l'enfant, ni lui rien faire avaler. Dans cet
état, ses pleurs & ses cris diminuent & ne --- Page 309 ---
( 13 ) se font plus entendre que par intervalles :
il s'y joint des mouvemens irréguliers des
membres, du tronc & des mâchoires ? des
tressaillemens des muscles des joues , une
évacuation involontaire de matières glair
reuses par la bouche; la peau prend par
intervalles une teinte tantôt rouge , tantôt
violette; enfin l'enfant meurt (p). L'ordre & la violence de ces symptômes
ne son.t pas toujours les mêmes : les mouvemens convulsifs sont plus ou moins forts,
durent plus ou moins de temps , se succèdent
plus ou moins fréquemment; la respiration.
est plus ou moins laborieuse, ou ne l est pas
du tout. Ces différences servent à établir
un pronostic sur la durée de la maladie;
aussi voit - on des enfans qui meurent des
le second jour, & d autres qui prolongent
leur' vie jusqu'au huitième & au dixième.
On a observé que plus 1 invasion de la (p) BARRERE, ibid. page 71. BAJON , ibid.
page 153. HILLARY, ibid. pages 227, 241. CHAMBER , 1 Gazette salutaire, ibid. --- Page 310 ---
( ,4 ) maladie s'éloigne de l'époque de la naissance
de l'enfant, plus sa marche est lente & sa'
durée longue (q). Le Mal de mâchoire survient toujours dans
les neuf ou dix premiers jours de la naissance
des enfans , & presque jamais après cette
époque , de sorte que lorsqu'ils ont pasfé
ce terme sans aucune atteinte de cette maladie , on n'a plus aucune crainte, & on
n'hésite point à les exposer à l'air (r). II en
est qui apportent cette maladie en naissant,
& meurent presque aussitôt On ne doit point confondre le Tétanos
des enfans ou Mal de mâchoire, avec un état
particulier dans lequel on a prétendu qu'ils
tombent quelquefois par la méchanceté des
mères , des nourrices ou d'autres personnes
mal-intentionnées. Celui-ci dépend d'une
compression qu'on porte spr les articulations
de la mâchoire inférieure, & qui produit (q) BAJON, ibid. page 155. (r) BARRERE, ibid. page 71. BAJON, ibid.
page 1 53. POUPPÉ DESPORTES, ibid. page 159. (s) BARRERE, ibid. page 71. --- Page 311 ---
(15) une luxation de cette mâchoire. Dans cet
état, il n'y a aucune convulsion , aucun
ferrement des mâchoires; la bouche reste
au contraire ouverte; les enfans ne peuvent
serrer le mamelon, ni par conséquent teter,
& ils meurent d'inanition. Nous tenons ces
détails de M. Baradat, médecin du Roi au
Cap François , île de Saint - Domingue ,
consignés dans une lettre qu'il nous a
écrite sur cette maladie ; nous n'en trouvons aucune notion dans les Auteurs que
nous avons consultés.
convulsion , aucun
ferrement des mâchoires; la bouche reste
au contraire ouverte; les enfans ne peuvent
serrer le mamelon, ni par conséquent teter,
& ils meurent d'inanition. Nous tenons ces
détails de M. Baradat, médecin du Roi au
Cap François , île de Saint - Domingue ,
consignés dans une lettre qu'il nous a
écrite sur cette maladie ; nous n'en trouvons aucune notion dans les Auteurs que
nous avons consultés. Cet état accidentel des enfans n'est pas
fréquent; ce n'esl pas une maladie réelle,
& il diffère encore en cela du Tétanos, qui
est une vraie maladie, qu'on a cru mal-àpropos être communiquée méchamment aux
enfans. Cette idée , quoique fausse , s'est
malheureusement répandue & accréditée
dans quelques îles, & a donné lieu à des
vexations affreuses envers les Négresses. On
est encore imbu de ce préjugé dans l'île
de Saint - Domingue , & il s'y perpétue
par la beaucoup moindre fréquence de cette --- Page 312 ---
( 16 ) maladie, qu'on y éprouve aujourd'hui ; ce
qu'on attribue aux coups de fouets 8c
autres punitions dont on a excédé les Négreffes : on ne fait pas attention, que cette
maladie n'y esi moins fréquente que depuis
qu'on a pris le parti de faire accoucher les
Nègresses dans les hôpitaux établis sur les
habitations , dans lesquels les précautions
sont plus multipliées & mieux observées
que dans les maisons des Nègres (t). M. Bajon (t) Nous avons déjà dit qu'il règne dans une
province de la France, en Vivarais, une maladie
très-meurtrière appelée Sarrette : la description que
nous en donne M. Madier mérite d'être rapportée;
nous copions ici les propres expressions de ce
1 Médecin. « L'enfant naît plus blanc que de coutume, son
» son de voix ell rauque ; il se plaint dès qu'il est'
» mis au lit, & ne cesse que lor[qu'il est levé; le
) septième jour, les mâchoires se contractent avec
3) force ; il ne peut saisir le mamelon ; il avale avec
» peine quelques gouttes de lait'qu'on lui donne
» dans une cuiller : dans les momens où cette con-
» traftion diminue , l'enfant ne cesse point tout-àfait --- Page 313 ---
( 17 ) B §. I I I. - M. Bajon a observé que le Tétanos n'a
lieu à Cayenne que sur les côtes,, & à peu
de distance de la mer ; qu'on ne le voit
jamais dans l'intérieur des terres à huit, dix
ou douze lieues des cotes ; que parmi les
habitans voisins de, la mer, il est plus fréquent sur les hauteurs ou petites montagnes , où l'on reçoit directement l'air de
la mer, que dans les habitations basses &
garanties de cet air par des montagnes ou.
le Tétanos n'a
lieu à Cayenne que sur les côtes,, & à peu
de distance de la mer ; qu'on ne le voit
jamais dans l'intérieur des terres à huit, dix
ou douze lieues des cotes ; que parmi les
habitans voisins de, la mer, il est plus fréquent sur les hauteurs ou petites montagnes , où l'on reçoit directement l'air de
la mer, que dans les habitations basses &
garanties de cet air par des montagnes ou. lait de crier; le huitième ou quelquefois le neu- (c
vième jour, toute l habitude du corps devient cc
pourpre, les convulsions surviennent, la langue «
est retirée en arrière , & ne permet plus le passage «:
à aucune espèce de boisson ; enfin le malade meurt cc
au commencement du dixième jour: cette maladie »
n'a jamais été observée dans un âge plus avancé ».
M. Madier ajoute qu'il meurt près d'un dixième des
enfans de cette maladie, dans les dix premiers jours
de leur naissance. Cette description paroît avoir
quelque analogie avec celle du Mal de. mâchoire s
nous aurions desiré qu'elle fût assez complète pour
pouvoir nous décider à cet égard. Nous apprenons
de M. Cullen, que cette maladie règne aussi dans le
Switzerland, & qu'elle est fréquente dans les lieux
élevés de l'Écosse. --- Page 314 ---
(i8) des bois : il rapporte même l'observation
importante d'une habitation située dans un
lieu bas* entouré de montagnes, & borné
du côté de la mer par un bois de haute
futaie , & sur laquelle le Mal de mâchoire
étoit extrêmement rare ; tandis qu'il y est
devenu très-commun depuis qu'on a abattu
ce bois , & que l'habitation a été ainsi
exposée à l'air de la mer (u). Nous n'avons
pas:- d'observation pareille relativement à
l'île de Saint-Domingue ; nous apprenons
seulement de M. Pouppé De/portes, que
cette maladie y est plus commune dans les
endroits marécageux , ainsi que dans les
temps pluvieux , & dans les mois de septembre & d'oeftobre, où on est le plus
exposé aux alternatives subites de froid & de
chaud (x). M. Bajon assure qu'à Cayenne
le Tétanos attaque plus fréquemment les
adultes, lorique le vent du nord tourne ?
& en hiver où l'air est plus humide (y). : (u) BAJON, ibid. pages 146, 147. - (x) POUPFÉ DESPORTES, ibid. page 16a. (I) BAJON, ibid. page 150.. -.. --- Page 315 ---
( 19) B ij M. Lavo a observe dans l'île de Ceyîan ,
que la maladie convulsive, que nous avons
déjà dit avoir beaucoup d'analogie avec le
Tétanos, y est plus fréquente & plus dangereuse après les orages accompagnés de
pluies froides (z). Enfin , M. Chalmers a vu
dans la Caroline méridionale , le Tétanos
attaquer ceux qui s'exposent à la pluie,
ou qui dorment à découvert dans la campagne pendant la nuit, quoiqu'ils y ressent
peu de temps (a).
îan ,
que la maladie convulsive, que nous avons
déjà dit avoir beaucoup d'analogie avec le
Tétanos, y est plus fréquente & plus dangereuse après les orages accompagnés de
pluies froides (z). Enfin , M. Chalmers a vu
dans la Caroline méridionale , le Tétanos
attaquer ceux qui s'exposent à la pluie,
ou qui dorment à découvert dans la campagne pendant la nuit, quoiqu'ils y ressent
peu de temps (a). Ces détails nous ont paru inléreflans ;
nous avons cru devoir les rapporter pour
en faire l'application dans la suite. CHAPITRE Il.
Recherches sur les causes du Tétanos, T i A connoiïïance des vraies causes qui
rendent le Tétanos si fréquent dans les fo) LAvo, Mémoire communiqué à la Société
Royale de Médecine. (a) CHALMERS, an essay onjevers; Londres --- Page 316 ---
(20) Colonies de l'Amérique , doit conduire à
établir les indications nécessaires, soit pour
prévenir , soit pour guérir cette maladie.
La variété des opinions des gens de l'art
qui en ont parlé, laisse une incertitude qui
doit influer nécessairement sur la méthode
curative. Nous allons nous attacher a développer cet objet important. Article I.u Tétanos des Adultes. : ON se réunit assez généralement à regarder l'irritation du genre nerveux comme
la cause du Tétanos, & en cela cette maladie,
dans les Colonies de l'Amérique, ne diffère
point de celle. qu'on observe dans nos
climats. Dans tous les pays, elle paroît être
produite par les mêmes causes ; elle survient
à la suite des piqûres , des blessures , souVent immédiatement après leur guérison, 1768, in-8.°; & an account os the weather and
diseases of so uth - Carolina; Londres > Robinson ,
1776 > in - 8.° --- Page 317 ---
( 21 ) B iij à la suppression de la transpiration, de la
sueur, de toute autre évacuation habituelle-,
à la présence de vers ou de matières acres
dans les premières voies. 1.0 L'observation est la même en Amérique qu'en Europe ; on y voit cette
maladie survenir, sans aucune autre cause'
apparente , à des piqûres , des blessures ,
des ulcères > & principalement au moment
où la plaie se dessèche, & où la cicatrice
commence à se former, sur-tout si la suppuration n'a été ni longue, ni abondante. 2.0 La suppression de la transpiration êù
de la sueur en est encore une des causes
les plus ordinaires. 011 voit tous les jours
le Tétanos attaquer en Amérique ceux qui
s'exposent au frais lorsqu'ils sont échauffés
ou en sueur; ceux qui, en relevant de ma<
ladies aiguës , s'exposent sans précaution à
l'air frais du matin ; ceux qui avalent des
boi sson nons froides dans un moment où leur
corps est échauffé ou en sueur , ou, qui
dans le même cas marchent sur des corps
froids ; ceux qui dorment la nuit, en plein
les jours
le Tétanos attaquer en Amérique ceux qui
s'exposent au frais lorsqu'ils sont échauffés
ou en sueur; ceux qui, en relevant de ma<
ladies aiguës , s'exposent sans précaution à
l'air frais du matin ; ceux qui avalent des
boi sson nons froides dans un moment où leur
corps est échauffé ou en sueur , ou, qui
dans le même cas marchent sur des corps
froids ; ceux qui dorment la nuit, en plein --- Page 318 ---
(") air, sur-tout lorsqu'ils n'y sont pas- accoutumés ; ceux qui s'exposent à la pluie
quand ils sont échauffés : en un mot, dans
tous les cas où il peut survenir une sup-*
pression de -la transpiration. Les mêmes
causes produisent quelquefois le même effet
en Europe. Les animaux sont dans le
même cas en Amérique ; nous apprenons:
de M. Bajon, que les chevaux y sont exposés
au Tétanos , après des blessures ou quelque
irritation, ou bien si on les expose à l'air frais
après une course forcée & lorsqu'ils sont
en ifueur , & que les perroquets. y font
également sujets à cette maladie , que les
habitans désignent, pour ces animaux, sous
le nom de crampe (b). 3.0 La suppression des autres évacuations
habituelles & la répetcussion des éruptions
cutanées doivent être rangées dans la même
claire , quoiqu'exerçant une action beaucoup moins fréquente ; telle esl la suppression
des règles & des lochies chez les femmes , (b) BAJÇN 1 ibid. page 1 +,i
--- Page 319 ---
'( 93 ) B iv du flux hémorroïdal, d'un cautère , d'un
vésicatoire, de tout autre ulcère habituel,
d'un écoulement habituel de quelque partie
du corps, soit gonorrhoïque , soit dartreux,,
soit de toute autre espèce, de la transpiration partielle ou locale de quelque partie
comme des pieds , des mains , des aisselles;
telle est encore là répercussion d'une hujr
meur dartreuse , galeuse , variolique , de
la rougeole & autres affections cutanées.
M. Pouppé Desportes a' vu un Nègre attaqué
de Tétanos, à: la ruite de la petite vérole (c). 4.° :La présences de vèrs ou de matières
acres dans les. premières voies , est aussi
^ne cause du- Tétanos ; l'observation nous
l'apprend d'une manière certaine : elle fait
voir que cette maladie a été guérie plu sieurs
fois par le setis vomissement, soit survenu
' spontanément f. soit provoqué au moyen de
l'émétique. c 5.0 Ensin, l'yvresse peut produire le
même effet ; Bontius a tir cette maladie en (c) POUPPÉ DESPORTES Jo ïbtâ, 'pags. i;62>. --- Page 320 ---
( 24 ) être une suite dans l'Inde, & être constamment funeste (d) ; & M. Lavo nous apprend
que dans l'île de Ceylan, la maladie que
nous avons dit être de la même nature que
le Tétanos, attaque de préférence ceux qui
s'enivrent avec le calou (e). Il paroît cependant par les relations des
voyageurs , par les observations des personnes qui ont exercé la Médecine & la
Chirurgie dans les Colonies de l'Amérique,
par' le caractère de la maladie , par l'issue
qui est la plus constamment heureuse , &
par l'espèce ,des secours qui ont le plus de
luccès', que de toutes les causes, les blefsures & 'la suppression de la transpiration
sont celles qui donnent lieu le plus fréquemment au Tétanos \
ît cependant par les relations des
voyageurs , par les observations des personnes qui ont exercé la Médecine & la
Chirurgie dans les Colonies de l'Amérique,
par' le caractère de la maladie , par l'issue
qui est la plus constamment heureuse , &
par l'espèce ,des secours qui ont le plus de
luccès', que de toutes les causes, les blefsures & 'la suppression de la transpiration
sont celles qui donnent lieu le plus fréquemment au Tétanos \ II n'est pas difficile d'expliquer comment
ces différentes causes peuvent porter une
impression assez vive sur le genre nerveux, (d) BONTIUS, ibid. ObJervaticn. Select. obf, 1,
1 page 35. (e) LAVO, ibid.
a --- Page 321 ---
C25 ) pour déterminer un état convulsif aussi
sou tenu , aussi violent, & presque toujours
aussi funeile ; mais cette explication purement théorique devient ici inutile : nous
nous proscrivons tout raisonnement, pour
ne nous attacher qu'aux faits qui peuvent
nous diriger dans le choix des moyens dont
- l'emploi peut être utile. II n est pas aussi aisé d'expliquer pourquoi
cette maladie , les causes étant les mêmes
dans tous les climats , esi beaucoup plus
fréquente dans les îles de l'Amérique;
c est cependant ce qu'il est important de
développer. Nous ne pouvons nous empêcher de
supposer une cause générale qui exerce
également Ton aeftion sur tous les individus,
& qui les dispose au Tétanos. Nous ne saurions la trouver dans la
constitution naturelle des habitans , soit
blancs , ioit noirs; les créols & les étrangers
y sont également sujets : si cette cause
dépendoit de la constitution naturelle au --- Page 322 ---
( 26) pays, elle n'exerceroit son action que sut
ceux qui y sont nés. Nous ne saurions la trouver encore dans
l'espèce d'alimens qui servent à la nourriture
des habitans ; ceux des blancs & des noirs
ne sont pas les mêmes ; ceux des noirs
domestiques ou libres ne sont pas les mêmes
que ceux des noirs employés sur les habitations i cependant ils sont tous sujets à
Cette maladie. H paraît qu'on doit plutôt. la chercher
dans l'air, dont l'aélion s étend par-tout,
sur tous les corps , sur -tous les individus;
cela est si vrai que , suivant l'observation
de M. Bajon, nous avpns déjà rapportée , les habitations de C'lyenne sont
plus ou moins exposées à cette maladie , à
proportion de leur éloignement ou de leur
proximité de la mer, & de leur exposition à l'air qui en vient , au point que
celles' qui en sont à une distance de dix ou
douze lieues , en sont exemptes : l'exemple
qu'il cite de celle qui y est beaucoup plus
sujette depuis qu'on a abattu le bois qui la
observation
de M. Bajon, nous avpns déjà rapportée , les habitations de C'lyenne sont
plus ou moins exposées à cette maladie , à
proportion de leur éloignement ou de leur
proximité de la mer, & de leur exposition à l'air qui en vient , au point que
celles' qui en sont à une distance de dix ou
douze lieues , en sont exemptes : l'exemple
qu'il cite de celle qui y est beaucoup plus
sujette depuis qu'on a abattu le bois qui la --- Page 323 ---
( 27 ) mettoit a l abri de cet air, est frappant.
Si nous y réunissons , soit les observations
du même M. Bajon, & de M. Pouppê
Desportes, suivant lesquels le nombre de ces
maladies est toujours proportionné à l'humidité de l'air; soit celles de M. Lavo, qui
l'a vue plus fréquente & plus dangereuse
dans l 'île de Ceylan, à la suite des orages
accompagnés de' pluies froides , nous trouverons un nouveau motif pour supposer à
cet élément une influence réelle dans la
produélion ou la fréquence du Tétanos.
Nous en trouvons encore une nouvelle
preuve en ce que les noirs 8c les blancs qui
s 'éloignent de l Amérique y "& qui passent
en Europe , perdent leur première difposition à cette maladie, & n'y font pas plus
sujets que les habitans du nouveau pays
qu'ils habitent. - Mais comment l'air produit-il cet effet !
Quel est le principe qui rend cet élément
aussi mal-faisant ! Nous ne saurions adopter l'idée de ceui
tjui ont voulu supposer dans l'air des îld --- Page 324 ---
( 28 ) de l'Amérique un principe acide , acre 8c
actif, qui porte une impression vive &
prompte sur les individus , & qu'on a prétendu même exercer une action réelle sur
les métaux. Cette idée, dénuée de preuves ,
peut - être même de probabilité, doit fixer
d'autant moins notre attention, que , sans
y avoir recours , il est possible d'expliquer
la manière dont l'air peut contribuer, soit
à produire ces maladies , soit à disposer les
corps à les contracter. Les observations que nous avons déjà
rapportées, font voir que la fréquence de
ces maladies est toujours proportionnée à
l'humidité de l'air; qu'elles sont plus communes dans les endroits marécageux 8c dans
les temps pluvieux. Nous savons en outre
que l'air de l'Amérique est chargé toutes
les nuits d'une grande quantité de parties
aqueuses, au point qu'on ne peut y rester
long-temps exposé sans éprouver une
humidité considérable sur les vêtemens ;
c'est ce qu'on appelle le Jerein, qu'on sait
être généralement plus fort, plus actif, --- Page 325 ---
( 2 " ) & porter une impression plus sensible 8c
plus prompte dans les pays chauds que dans
les pays froids & tempérés , & toujours
d'une manière proportionnée à la chaleur
du climat & aux exhalaisons aqueuses dont
l'air peut s'y charger. L'action de cet air,
sur-tout à l'entrée de la nuit & pendant sa
durée, est d'autant plus évidente & produit
des effets d'autant plus prompts, qu'elle
s'exerce sur des corps qui viennent d'être
exposés à la chaleur brûlante du jour.
plus prompte dans les pays chauds que dans
les pays froids & tempérés , & toujours
d'une manière proportionnée à la chaleur
du climat & aux exhalaisons aqueuses dont
l'air peut s'y charger. L'action de cet air,
sur-tout à l'entrée de la nuit & pendant sa
durée, est d'autant plus évidente & produit
des effets d'autant plus prompts, qu'elle
s'exerce sur des corps qui viennent d'être
exposés à la chaleur brûlante du jour. Nous devons conclure que la fréquence
du Tétanos dans les îles de l'Amérique &
la plus grande disposition des corps à lecontracter, dépendent de l'humidité de l'air,
& principalement des alternatives continuelles ou très-fréquentes de chaleur, de
sécheresse & d'humidité de cet élément. Les blancs sont à la vérité infiniment
moins sujets à cette maladie que les noirs,
quoique les uns & les autres soient également exposés aux impressions du même air;
mais les causes particulières qui peuvent
déterminer ou favoriser l'invasion de ces --- Page 326 ---
( 30) maladies sont bien plus multipliées chez
les noirs ; leurs soins particuliers , leurs pré*
cautions sont beaucoup moindres; la manière de vivre , les exercices , les moyens
des uns & des autres sont bien différens :
les noirs sont encore bien plus exposés à
l'intempérie & aux vicissitudes de' l'air ; ils
s'y exposent sans précaution dans tous les
temps, soit pour eux-mêmes, soit pour les
assa ires de leurs maîtres ; ils sont moins
couverts; ils se livrent à des travaux plus
longs, plus rudes, plus fatigans ; ils vont
jambes & pieds nus ; quoique échauffés
.ou en sueur , ils marchent sur des corps
froids , ils se mettent dans l'eau , ils traversent des mares , des ruisseaux, des
rivières; ils s'exposent à la pluie, au serein,
au vent: enfin, ils sont plus sujets à se
blesser que les blancs ; ils vont nus pieds;
ils marchent sur des corps durs , souvenjt
aigus, qui les blessent; ils s'aident souvent
de leurs pieds dans leurs travaux, &.sont
plus exposés à les blesser. Nous devons
conclure des réflexions précédentes, que --- Page 327 ---
( 3 1 ) plusieurs causes peuvent donner lieu au
Tétanos ; que cependant la suppression de
la transpiration est la plus réelle , la plus
évidente , la plus fréquente , & celle qui
doit par conséquent fixer le plus l'attention
des Praticiens ; qu'elle est beaucoup plus
fréquente en Amérique qu'en Europe ,
par rapport aux alternatives presque continuelles de sec & d'humide , de chaud Se
de froid, ou , au moins de frais, qu'on y
éprouve ; & que les plaies ou blessures
y deviennent aussi des causes de cette maladie par l'irritation qui en est la suite, &
plus encore par la précipitation avec laquelle
on travaille à les cicatriser , sans avoir entretenu assez long-temps la suppuration, surtout si nous y ajoutons l'influence de l'air
de ces contrées. ARTICLE II. Tétanos des enfans ou Mal de mâchoire. LE Mal de mâchoire ou Tétanos des ensans
nouveaux-nés, ne diffère de celui des adultes,
ni par sa nature , ni par les causes qui le --- Page 328 ---
(321 produisent ; son invasi'on est plus vive, sa
durée plus courte, ion issue plus conflamment funeste ; cela n'a rien de particulier à
l'Amérique, & est assez commun dans tous
les climats, par la disposition où sont toujours les enfans à contracter des maladies
convulsives.
ans ou Mal de mâchoire. LE Mal de mâchoire ou Tétanos des ensans
nouveaux-nés, ne diffère de celui des adultes,
ni par sa nature , ni par les causes qui le --- Page 328 ---
(321 produisent ; son invasi'on est plus vive, sa
durée plus courte, ion issue plus conflamment funeste ; cela n'a rien de particulier à
l'Amérique, & est assez commun dans tous
les climats, par la disposition où sont toujours les enfans à contracter des maladies
convulsives. L'irritation du genre nerveux est la cause
de cette maladie ; tout le monde en convient , & la nature des symptômes le
démontre ; mais on 1l'est pas également
d'accord sur les causes secondaires qui déterminent cette irritation, sur-tout dans les
neuf ou dix premiers jours de la naissance. Les uns ont cru pouvoir comparer la
plaie du cordon ombilical chez les enfans,
aux plaies des adultes, & leur attribuer la
même influence dans la production de cette
maladie ; les autres ont attribué le Mal de
mâchoire à l'irritation occasionnée par les
tranchées auxquelles les enfans sont communément sujets dans les premiers jours
de leur naissance ; quelques autres ont eu
recours à la trop grande chaleur que les
enfans --- Page 329 ---
(33) c enfans éprouvent dans les maisoiis des
Nègres , presque toujours échauffées par
un grand feu ; d'autres ont cru qu'il y
avoit une suppression de transpiration, occafionnée par la fraîcheur de la nuit, qui fait
passer subitement les enfans d'une température très-chaude à une température froide,
parce que les Négres entretiennent pendant
le jour le feu, qui s'éteint dans la nuit pendant leur sommeil ; quelques autres enfin
cherchent la cause' de cette maladie , soit
dans la rétention du méconium, soit dans
la presence d'une matière glutineuse qui
reRe dans les. intestins après la sortie du
meconium, soit dans la génération d'une
matière comme caséeuse dans i'estomac, produite par la coagulation du lait dans ce
Viscère, soit dans la dureté des excrémens
& la difficulté de leur excrétion , soit dans
quelque substance acre ou difficile à digérer,
prise par la bouche, soit enfin dans la présence
de vers dans l'estomac bu les intestins. Cette variété d 'opinions sur les causes du
Mal de mâchoire, est propre à répandre de --- Page 330 ---
( 34) la confusion sur cette matière ; cependant
avec un peu de réflexion, & en méditant
sur l'aélion & les effets de ces différentes
causes,. il est peut-être possible de concilier
cette diversité d'opinions, & d'établir un
fonds de doctrine , d'après laquelle on puisse
se diriger dans le traiiemeni de cettt maladie : la plupart de ces causes, prises en
particulier , peuvent présenter un degré plus
ou moins fort de probabilité. 1.0 La présence de matières acres, chaudes,
stimulantes dans les premières voies, est une /
cause assez ordinaire des convulsions & des
mouvemens convulsifs chez les ensans dans
tous les pays de l'Univers; il n'est pas surprenant que ces causes produisent le meme
effet en Amérique., dans un pays ou la dispo sit ion aux convulsions est décidée & assez
générale. M. Fermin, qui a exercé long.
temps la Médecine à Surinam, assure que
les. enfans y sont fort sujets aux convulsions,
. & qu'elles dépendent de la présence de vers
dans l'estomac (f).
emens convulsifs chez les ensans dans
tous les pays de l'Univers; il n'est pas surprenant que ces causes produisent le meme
effet en Amérique., dans un pays ou la dispo sit ion aux convulsions est décidée & assez
générale. M. Fermin, qui a exercé long.
temps la Médecine à Surinam, assure que
les. enfans y sont fort sujets aux convulsions,
. & qu'elles dépendent de la présence de vers
dans l'estomac (f). (f) FE R M IN, Traité des maladies les plus --- Page 331 ---
( 35 ) 1 G ij 2.e Nous devons dire la même cîiofe dés
tranchées que les enfans éprouvent souvent
dans les premiers jours de leur naissance;
elles annoncent une irritation assez vive du
canal inteslinal, & dépendent toujours de
là présencé de quelque matière acre dans la
cavité de ce canal. Ces tranchées donnent
lieu souvent à des convulsions chez les enfans
en Europe ; à plus forte raison doiventelles produire le même effet en Amérique,
sur-tout si on considère la dispofuion qui
y règne pour les maladies convulsives. , 3. Les indigeslions peuvent produire le
même effet; elles ont lieu si on gorge l'essomac des enfans d'une trop grande quantité
de lait, sur-tout dans le moment ou' l'évacuation du méconium n'est pas encore
complète. 4.° La fuppfeffion de la transpiration
merite une attention particulière ; elle,
paroit etre la cause sa plus fréquente dé sréquentes à Surinam; Amsterdam, Magerny, 1765,
in-8, page 101. --- Page 332 ---
( 36 ) cette maladie. Les enfans des Nègres, font
tenus dans des chambres petites , battes ,
ferrées, étouffées ; les Nègres y entretiennent continuellement un grand feu ; ces
chambres sont bientôt échauffées; elles acquièrent & conservent un degré de chaleur
assez considérable : les enfans tenus dans
une atmosphère aussi chaude , y sont dans
une transpiration continuelle , & peu de
chose suffit pour l'arrêter. Plusieurs causes
peuvent y contribuer ; le balancement des
/ enfans, moyen employé communément pour
appaiser leurs cris & leurs pleurs, peut produire cet effet, de même que nous voyons
quelquefois le simple mouvement des rideaux
ou des couvertures, produire une suppreffion de transpiration chez des personnes
qui sont chaudement dans leur lit. Les Né-,
gresses promènent les enfans dans ces mêmes
chambres, soit pour les dislraire & appaiser
leurs cris , soit pour se diflraire elles-mêmes;
elles se présentent quelquesois à la fenêtre
ou à la porte ; un courant d'air frais qui
vient du dehors, frappe l'enfant & arrête --- Page 333 ---
( 37 ) C iij . sa transpiration. Enfin, le feu qu'on entretient dans ces chambres pendant le jour,
s'éteint dans la nuit lorsque les Nègres sont
couches ; l'atmosphère de la chambre se
refroidit d'autant plus aisément, que les
.nuits sont quelquefois fraîches en Amérique,
& que les maisons des Nègres sout mal construites, mal couvertes , mal fermées , que
par conséquent, la fraîcheur de l'air peut
s'y introduire bien plus aisement ; l'enfant
pasle d'une température très-chaude à une
température froide, ou au moins fraîche ;
ses pores se resserrent & sa transpiration se
supprime (g). >
chambre se
refroidit d'autant plus aisément, que les
.nuits sont quelquefois fraîches en Amérique,
& que les maisons des Nègres sout mal construites, mal couvertes , mal fermées , que
par conséquent, la fraîcheur de l'air peut
s'y introduire bien plus aisement ; l'enfant
pasle d'une température très-chaude à une
température froide, ou au moins fraîche ;
ses pores se resserrent & sa transpiration se
supprime (g). > 5.° Enfin , la plaie du cordon ombilical (g) La même cause peut donner lieu à la Sarrete
en Vivarais.; le vent de bife, qui est toujours froid
& qui règne fréquemment dans cette province dont
le climat est assez chaud, y donne lieu à des alter-
'natives fréquentes de chaud & de froid, qui peuvent
aisément donner lieu à la suppression de la tranfpiration , sur-tout si on y néglige les précautions
propres à mettre les enfans à l'abri des impressions
qui doivent être la suite de ces alternatives. --- Page 334 ---
( 38 ) peut-elle être rangée parmi les causes du
Mal de mâchoire ! C'est ici une queilion.
importante, qui n'a été que proposée, mais
qui n'a jamais été discutée , sur laquelle il
reste par çonséquent beaucoup d'incertitude. Cette plaie ne peut donner lieu au Mal
de mâchoire, que par l'irritation que l'instrument tranchant dont on se sert pour
couper le cordon , peut porter sur cette
partie; mais il faudroit supposer en même
temps, non - seulement que ce cordon est
susceptible d'irritation, mais encore que cette
irritation peut se transmettre au corps de
l'enfant. Cette transmission ne peut se faire
qu'au moyen des fibres nerveuses ; cependant
l'observation anatomique n'a fait découvrir
encore aucun nerf dans cette partie , & les
Anatomistes paroissent convaincus qu'il n'en
existe aucun. On ne sauroit donc concevoir
comment pourroit se faire la transmission
:de l'irritation du cordon , & par une con-'
séquence nécessaire , comment on pourroit
admettre la blessure 'de ce cordo'n au nombre
des causes du Tétanos des enfant, --- Page 335 ---
( Î ) C iv Il y a cependant quelques faits qui pourvoient paroître prouver qu'il suffit de garantir la plaie du cordon des impreiïions de
l'air extérieur , pour préserver les enfans
du Mal de mâchoire. Nous apprenons d.e
M. Btijon, que les Indiens de l'île de
Cayenne oignent le corps des enfans, pendant lés -neuf premiers jours de leur nais-
• sance, avec une substance grasse & huileuse,
pour les mettre à - l'abri des impressions de
l'air ; que dès qu'ils ont fait la se&ion du
cordon ombilical , ils appliquent tout de
fuite sur l'ombilic un emplâtre aglutinatif,
dans la vue d'empêcher l'air .d'agir sur les
vaisseaux coupes , & qu'ils ne perdent jamais
aucun enfant du Mal de mâchoire (h). M. Laborde assure que l'application d'un mélange
de thériaque, de camphre & d'opium sur la
plaie du cordon ombilical, suffit pour prévenir cette maladie (i) ; on pourroit regarder
ce recède cortme agissant non-seulement
âtre aglutinatif,
dans la vue d'empêcher l'air .d'agir sur les
vaisseaux coupes , & qu'ils ne perdent jamais
aucun enfant du Mal de mâchoire (h). M. Laborde assure que l'application d'un mélange
de thériaque, de camphre & d'opium sur la
plaie du cordon ombilical, suffit pour prévenir cette maladie (i) ; on pourroit regarder
ce recède cortme agissant non-seulement (H), BA JON, ibid. page 151. 1.. (i) LABORDE , Mémoire communiqué par ,1e
Ministre de la Marine. --- Page 336 ---
(40 ) ' par la propriété anti-spasmodique de l'opium
du camphre, qui prévient ou diminue
l'irritation , mais encore en mettant la partie
blessée à l'abri des imprç/Tions de l'air
extérieur. Mais ces faits ne font pas assez concluans. M. Bajon, en rapportant la, méthode des
Indiens , ajoute qu'ils ont le plus grand
foin de tenir leurs enfans absolument 'à.
l'abri des impressions de l'air, extérieur; cela
.seul suffit pour prévenir l'invasion de la
maladie, sans avoir recours à aucun autre
moyen : les succès que les Indiens éprouvent,
pourroient faite porter un jugement favorable sur leur méthode , s'ils se bornoient
à la mettre en usage , sans employer les
moyens propres à prévenir la suppression
de la transpiration. M. Laborde ne donne
qu'une assertion générale qu'il ne confirme
par aucune observation ; il n'attribue même
le succès de sa méthode, qu'à l'action antispasmodique du mélange qu'il emploie, sans
s'occuper s'il est utile ou non , de mettre
la plaie du cordon à l'abri des impressions --- Page 337 ---
( 4' ) de l'air; il lai fie encore ignorer si, dans les
cas où ce remède peut avoir réussi , il a
été employé seul, & si on, n'y a pas joint
les précautions propres à empêcher la suppression de la transpiration. Enfin., M. Bajon a observé que la putréfaction du cordon ombilical précède toujours ou accompagne le Mal de mâchoire ; il
a cru que cela venoit de la quantité & de
ïa putréfaction des fluides qui y ressent en
stagnation (k) ; il a conclu de son obsernation, qu 'il étoit nécessaire de dégorger le
cordon pour prévenir cette ilagnation ( l) ;
il a tenté ( à l'imitation de ce qui avoit
ete déjà proposé par le Chevalier Digby , en
Angleterre , pour empêcher la petite vérole,
& par M. Levret, en France, pour prévenir
.la jaunisse & différens autres maux des
enfans ), de repousser le fluide qui reste
dans le cordon après la ligature ôç la section,
& de blanchir ainsi absolument ce cordon : (k) BAJON, ibid. page 16 6. , (I) BAJON F ibid. pages 15 8, 167, --- Page 338 ---
( 42 ) il a vu qu'à la suite de cette opération, le
cordon tomboit par desséchement & non
pas par putréfaction (m) ; il assure en même
temps que pendant plusieurs années, il n'a
plus vu mourir de cette maladie aucun des
-ensans sur lesquels il avoit pratiqué cette
méthode (n).
k) BAJON, ibid. page 16 6. , (I) BAJON F ibid. pages 15 8, 167, --- Page 338 ---
( 42 ) il a vu qu'à la suite de cette opération, le
cordon tomboit par desséchement & non
pas par putréfaction (m) ; il assure en même
temps que pendant plusieurs années, il n'a
plus vu mourir de cette maladie aucun des
-ensans sur lesquels il avoit pratiqué cette
méthode (n). Cette observation de M. Bajon, ne sauroit
servir cependant à faire voir que l'impresiiôn de l'air sur la plaie du cordon ombilical,
peut concourir à la production du Mal de
mâchoire ; la putréfaction qu'il a observée
dans le cordon non-blanchi, peut dépendre
-en partie de la dissolution ou putréfaCtion
du fluide qui y séjourne. Si la putréfaCtion
de ce fluide est réelle, sur quoi nous n'avons
aucune notion certaine , on pourroit supposer que quelque partie putréfiée paire
dans la veine-porte de l'enfant , & y porte
tih principe de putréfaélion qui pourroit
déterminer le Tétanos. Mais cette assertion (m) BAJON , ibid. page 167. (n) BAJON, pages 158, 167. --- Page 339 ---
( 43 ) »e seroit qu'une conjecture, qui n'est apn.
puyée sur aucune preuve certaine , & à
laquelle par conséquent nous ne saurions
jious arrêter.. II résulte des détails précédens & des.
réflexions qui les accompagnent, que quelques - unes des causes que nous avons
indiquées, peuvent donner lieu au Mal de
mâchoire ; qu'il efl douteux que la blessure
du cordon ombilical puisse y concourir,
& que la suppression de la transpiration
paroît être la cause la plus fréquente & la
plus certaine de cette maladie. • CHAPITR E III. Vues sur le traitement prêservatif
du Tétanos. L E Tétanos des îles de r Amérique, attaque
d'une manière si Violente, a des suites si
funestes, & laisse si peu de réssources pour
ies.moyens curatifs, qu'il est très - important
4e prévenir son invasion : on ne doit négliger --- Page 340 ---
(44) aucun des moyens qui peuvent y conduire.
II est même beaucoup plus aisé de le prévenir que d'arrêter ses progrès ; les précautions qui pourront paroître minutieuses,
. assujettissantes , désagréables , peuvent être
très-importantes , & on pourroit se faire
un niai irréparable en voulant s'y soustraire:
les Propriétaires des Nègres, intéressés à
leur conservation , doivent être les premiers
a leur faire employer les précautions qui
peuvent leur être salutaires.
qui peuvent y conduire.
II est même beaucoup plus aisé de le prévenir que d'arrêter ses progrès ; les précautions qui pourront paroître minutieuses,
. assujettissantes , désagréables , peuvent être
très-importantes , & on pourroit se faire
un niai irréparable en voulant s'y soustraire:
les Propriétaires des Nègres, intéressés à
leur conservation , doivent être les premiers
a leur faire employer les précautions qui
peuvent leur être salutaires. Les précautions propres à prévenir l'invasion de cette maladie, doivent être relatives aux différentes causes qui peuvent, y
donner lieu ; nous nous en occuperons
successivement, & nous indiquerons les
moyens qui peuvent remplir les vues qu'on
se propose à cet égard. ARTICLE I. Tétanos des Adultes. I. LA suppression des évacuations habituelles , & la répercussion des éruptions
cutanées, peuvent être des causes du Tétanos.
m --- Page 341 ---
( 45 ) II ést important de travailler tout de suite
à rappeler l'évacuation supprimée ou l'éruption répercutée. Les moyens sont relatifs
à l'espèce d'évacuation qu'il faut rétablir,
ou d'érupxion qu'il faut rappeler : ils sont
connus , & c'est aux Gens de' l'art à les
déterminer; il seroit trop long de les indiquer ici. II suffit d'en faire connoître la
nécessité : nous en désignerons cependant.
quelques-uns , en parlant de la méthode
curative. Nous ajouterons seulement , que
dans le cas où les moyens 'propres à rappeler ces évacuations ou ces éruptions ,
exigeroient un temps trop long , il est
prudent d'y suppléer tout de suite par
une évacuation artificielle , comme par un
vésicatoire ou un seton. 1 I. L'existence des vers ou de matières
acres dans les premières voies , suffit aussi
pour donner lieu au Tétanos, par l'irritation
des fibres n'erveuses de l'estomac & des
intestins. Il faut en provoquer l'excrétion,
ou par le vomissement, au moyen de l'émétique, s'ils sont dans l'estomac? ou par des --- Page 342 ---
1 ( 46 ) purgatifs , s'ils sont dans le canal intestinaL
II ell prudent, à la- suite de ces remèdes,
de modérer l'irritation que ces parties ont
pu déjà recevoir, par des boissons délayantes,
a.doucinantes , quelquefois même mucilagineuses, & par des lavemens émolliens ; oii
doit y joindre quelque narcotique, comme'
l'opium, soit solide , soit liquide , si on
s'aperçoit d'un commencement d'irritation. III. La suppression de la transpi ratio il
ou de la sueur, mérite ici une attention
particulière ; elle esl la cause principale ou
la plus fréquente du Tétanos. Il est essentiel
de rappeler sur le champ ces évacuations »
dès qu'on s'aperçoit de leur suppression ;
on le peut d'autant plus aisément , que /
suivant le témoignage de M. Hïllary, le'
Tétanos qui survient par l'impression du froid,
ne paroît qu'après quatre ou cinq jours, &
est précédé des symptômes qui sont ordinairement l'effet d'un refroidissement subit (0).
Ce Médecin n'indique point ces symptômes,
essentiel
de rappeler sur le champ ces évacuations »
dès qu'on s'aperçoit de leur suppression ;
on le peut d'autant plus aisément , que /
suivant le témoignage de M. Hïllary, le'
Tétanos qui survient par l'impression du froid,
ne paroît qu'après quatre ou cinq jours, &
est précédé des symptômes qui sont ordinairement l'effet d'un refroidissement subit (0).
Ce Médecin n'indique point ces symptômes, (0) HILLARY, ibid. page 222. --- Page 343 ---
(47 ) mais il est aisé de les connoître ; tels sont,
par exemple, un abattement général & subit
4e tout le corps, une douleur ordinairement
gravative à la tête , l'enchifrènement, des
tiraillemens aux extrémités. inférieures , la
perte d'appétit , des frissons , quelquefois
la fièvre , une chaleur intérieure plus ou.
moins vive, quelquefois brûlante, laCécheçesse & la chaleur âcre de la peau ; £ur-tout
si quelques-uns de ces symptômes ont été
précédés de quelque circonstance ou l'on
se soit exposé au vent, au serein, au froid,
dans un moment où le corps étoit échauffé
ou en sueur. ' Dans ce cas, les malades se tiendront
chaudement dans le lit, & feront un usage
u
abondant de boissons délayantes & légèrement sudorifiques. Nous conseillons de pratiquer, sur toute l'habitude du corps, des
frictions fréquentes avec la main , un linge ,
une étoffe de laine , & de donner quelques
bains de vapeurs, qui sont un des moyens
les plus propres, à rappeler la transpiration.
& la sueur. Il eil nécessaire en même temps --- Page 344 ---
(48 ) d'interdire aux malades les alimens solidès,
de ne leur permettre les autres qu'avec beaucoup de sobriété, & d'entretenir la liberté dit
Ventre par des lavemens d'eau & d'buile ,
d'eau & de beurre, ou préparés avec des
décoaions émollientes. D'après les succès
que l'Électricité, employée en bain & sur-tout
en fripions, a eus en Europe, pour rappeler
la transpiration supprimée, ne pourroit-on
point l'essayer en pareil cas en Amérique \ 1 V. Les piqûres, les plaies, les blessures
sont des causes a siez communes du Tétanos;
elles exigent des détails particuliers. Nous avons fait voir que l'es plaies & les
piqûres peuvent donner lieu au Tétanos,
par l'irritation du genre nerveux & par les
impressions de l'air extérieur : on doit avoir
égard à ces deux considérations dans leur
traitement , même dans celui de celles
qui paroissent les plus simples & les plus
légères. Un objet important , esi d'abord de
garantir la plaie ou la piqûre, des impressions
de l'air extérieur ; on doit donc .éviter avec
le plus
que l'es plaies & les
piqûres peuvent donner lieu au Tétanos,
par l'irritation du genre nerveux & par les
impressions de l'air extérieur : on doit avoir
égard à ces deux considérations dans leur
traitement , même dans celui de celles
qui paroissent les plus simples & les plus
légères. Un objet important , esi d'abord de
garantir la plaie ou la piqûre, des impressions
de l'air extérieur ; on doit donc .éviter avec
le plus --- Page 345 ---
( 49 ) -1 D le plus grand soin d'exposer la partie
piquée ou blessée à l'air ; il est essentiel dé
là couvrir, & d'avoir toujours l'attention dû
la tenir bien couverte. La transmission de l'irritation faite â là
partie blessée , suffit pour produire le Tétanos; les premières vues doivent tendre à empêcher cette transmimon. Le meilleur moyen
pour y parvenir, est d oter d'abord le corps
étranger , s'il est reslé dans la partie > de
dilater énsuite la piqûre ou la plaie > par
deux bu trois incisions qui peuvent couper
les fibrilles nerveuses irritées ^ & détruire
leur communication avec les auttes nerfs.
Il suffit ensuite de panier la plaie avec uit
doux digestif; on peut y mêler une petite
quantité d'opium , propre à détruire ou
calmèr l'irritation de la partie ; ce mélange
peut n'être d'aucune utilité * mais aussi il ne
peut avoir aucun inconvénient, si on sait
modérer l'usage de l'opium. M. Billard (pJ,
iqui n'en à observé aucun essét sensible, croit (p) BILLARD > ibid. -- --- Page 346 ---
{ 5°) qu'il ne peut. en résulter aucun préjudice :
il faut être cependant très-circonspect dans
^'application :de ce. médicament , & en
ménager les doses avec soin ; il pourroit
empêcher ou diminuer la suppuration qui
est ici très-nécessaire. II est indispensable de faire bien suppurer la plaie,-& d'entretenir la suppuration pendant long-temps , pour empêcher
le passage de quelque portion de la matière
purulente dans la masse du sang, qui suffiroit
pour donner lieu au Tétanos. C'en: une
précaution que nous ne saurions assez recommander , & qui est de la plus grande
importance. ARTICLE II: Tétanos des Enfans ou Mal de mâchoire. I. L A première précaution est d'éviter
les indigestions dans les premiers jours de
la naissance des enfans. On ne doit point
par conséquent gorger leur estomac de lait ;
il faut leur donner à teter d'une manière --- Page 347 ---
( 5 1 ) D i; à les nourrir, mais avec modération : tout
excès dans ce genre pourroit avoir des
fuites fâcheuses. 1 I. La presence des matières acres dans
les premières voies, suffit pour donner lieu
au Mal de mâchoire; un reste de méconium
peut produire cet effet > & c'est, à proprement parler, la seule matière âcre qui
puisse exiger dans les premières voies des
enfans qui viennent de naître. Il est de la.
prudence d'en provoquer l'excrétion de
bonne heure , en donnant à cet effet au?
enfans., dès le sécond jour de leur naissance,
line petite dose d'huile de palma christi toul
les jours, ou le syrop de chicorée compose,
joint à I huile d amandes douces , qu'on
peut continuer pendant trois ou quatre
jours , 6c même plus long - temps si sa
couleur des excrémens 6c les tranchées -
annoncent qu'il resle encore du méconium
ou autres matières acres dans les premières
'voies*
heure , en donnant à cet effet au?
enfans., dès le sécond jour de leur naissance,
line petite dose d'huile de palma christi toul
les jours, ou le syrop de chicorée compose,
joint à I huile d amandes douces , qu'on
peut continuer pendant trois ou quatre
jours , 6c même plus long - temps si sa
couleur des excrémens 6c les tranchées -
annoncent qu'il resle encore du méconium
ou autres matières acres dans les premières
'voies* III. L'irritation du canal intestinal peut
se transmettre à tout le corps, 6c donner --- Page 348 ---
(s2) lieu au Mal de mâchoire; elle se manifeste
par des tranchées, & est produite ordinaitement par des matières âcres dans les premières voies. Le moyen que nous venons
d'indiquer est le secours à mettre en usage
si les tranchées sont très - vives ou très -
rapprochées ; il est utile d'y joindre des
petites doses de laudanum liquide de Sydenham , comme deux ou trois gouttes
toutes les cinq ou six heures dans une
cuillerée de lait , d'eau , de vin , d'eau
miellée, de bouilloil ou autre liqueur; ou
peut encore mettre en usage un ou deux
lavemens tous les jours, préparés avec une
décoction de graine de lin ou d'herbes
émollientes, ou même avec de l'eau & de
l'huile d'olives. 1 V. La suppression de la transpiration
étant la cause la plus ordinaire du Mal de
mâchoire, il est important de prendre les
précautions propres à la prévenir. On évitera à cet effet de chauffer les
chambres où les enfans seront tenus ; on
n'y fera pas de feu ; on leur donnera au --- Page 349 ---
( 5) ) D iij contraire, tant qu'il sera possible, une température modérée : on préviendra ainsi les
alternatives du chaud & du froid ou du frais,
& les inconvéniens du passage subit de la
trop grande chaleur du jour à la fraîcheur
de la nuit. Leî Nourrices éviteront d expo ser les enfans à l'air, sur-tout aux courans
d'air des portes & des fenêtres & au serein ,
de les faire sauter, de les balancer, de les
tenir trop long-temps découverts ou nus. Si, malgré ces précautions , les enfans
éprouvent une suppression de transpiration,
il est essentiel de travailler tout de suite à
la rappeler ; nous conseillons de les tenir
chaudement dans leur lit ou berceau de
les exposer au bain de vapeurs, dont nous
parlerons au Chapitre suivant, & de pratiquer ensuite des frictions très-îégères avec la
main sur différentes parties de leur corps.
Si on réussit par ces moyens à rétablir la
transpiration ou la sueur, il convient de les
laisser tranquilles dans leur lit, bien couverts,
& d'éviter de les découvrir & de les remuer
tant que cette évacuation se soutiendra.
de les tenir
chaudement dans leur lit ou berceau de
les exposer au bain de vapeurs, dont nous
parlerons au Chapitre suivant, & de pratiquer ensuite des frictions très-îégères avec la
main sur différentes parties de leur corps.
Si on réussit par ces moyens à rétablir la
transpiration ou la sueur, il convient de les
laisser tranquilles dans leur lit, bien couverts,
& d'éviter de les découvrir & de les remuer
tant que cette évacuation se soutiendra. --- Page 350 ---
(54) V. Nous avons fait voir combien il est
douteux que la plaie du cordon ombilical
puisse avoir aucune influence dans la production du Tétanos des enfans; nous n'avons
par conséquent aucun secours préservatif à
prescrire à ce sujet. Nous nous arrêterons
seulement au moyen propose & tenté par
M, Bajon f pour blanchir le cordon. Nous prévenons cependant que nous ne
pouvons nous diriger ici d'après aucun fait
certain, que nous n'avons d'autres motifs
que les [uccès que ce Chirurgien dit avoir
éprouvés , que nous ne regardons ni les,
principes qu 'il a établis comme certains , ni
son moyen comme infaillible ; nous ne proposons ce dernier, que parce qu'il ne peut
avoir aucun inconvénient, que l'expérience
feule peut nous éclairer sur cet objet, &
qu 'on ne peut y parvenir qu'autant qu'on
le mettra en pratique : c'est d'après ces
vues, que nous allons indiquer la manière
de le pratiquer. Apres la naissance de l'enfant, & avant
de lier le cordon ombilical f on prendra --- Page 351 ---
(55) D iv légèrement ce cordon entre les doigts ; O11
les fera descendre depuis le nombril jusqu'audessus de l'endroit qu'on voudra lier ; on
fera en descendant, une pression légère 8c
Soutenue sur tout ce trajet du cordon; on
repoussera ainsi le fluide qu'il contiendra :
on répétera cette opération jusqu'à ce qu'il
n'y relie plus de sang, & que le cordon ait
pris une couleur blanche. On mettra albrs
la ligature sur la portion du cordon qui sera
blanche ; on le coupera ; on couvrira tout
de suite la partie coupée avec un linge ou
de la charpie. M. Laborde assuré avoir éprouvé des
bons effets de l'application d'un mélange
fait avec demi-once de thériaque, quatre
grains d'opium dissous dans le vin & quinze
grains de camphre ; ce topique ne peut
réussir qu'en diminuant l'irritation qui peut
être la suite de la section, & en empêchant
ainsi la transmission ; mais nous avons fait
voir combien on devoit douter de la posfibilité de cette transmission , & par conséquens de l'utilité de ce remède. Cependant
ets de l'application d'un mélange
fait avec demi-once de thériaque, quatre
grains d'opium dissous dans le vin & quinze
grains de camphre ; ce topique ne peut
réussir qu'en diminuant l'irritation qui peut
être la suite de la section, & en empêchant
ainsi la transmission ; mais nous avons fait
voir combien on devoit douter de la posfibilité de cette transmission , & par conséquens de l'utilité de ce remède. Cependant --- Page 352 ---
( 56 ) 1 flue peut pas.ïiuire, & on peut l'employer
sans inconvénient ; nous croyons même
devoir engager les Médecins des Colonies
> le soumettre à des essais. Les Négresses auront de la peine à employer le moyen que nous venons de proposer pour blanchir le cordon; elles le
regarderont comme minutieux , inutile ,
contraire à leurs principes ; mais il est de
l 'inté'rêt des Colons de chercher à s'asfurer
de i efficacité 'ou de i inutilité d'un moyen
suffi fimpie , & d'engager leurs Négresses
a l e/Tayer; ils feroient même mieux, dans
h commencement, d'çp confier l'exécution
aux Chirurgiens répandus sur les habita,
tions , d'obliger les Négresses Sages-femmes
à y être présentes pour se mettre au fait
4e cette méthode, & de les engager ensuite
% se mettre elles -mêmes en pratique. --- Page 353 ---
(57) , CHAPITRE IV. Viles sur la méthode curative du T étanosr L E Tétanos exige la psus grande célérité
dans le traitement, lorsqu'on n'en a pas
prévenu l 'invasion. Dès' les premières atteintes de cette maladie , on doit mettre
en usage les secours les plus puissans & les
plus prompts : il est alors bien moins difficile d 'en arrêter les progrès, que lorsque
la maladie est plus avancée, les symptômes
plus graves, & le malade plus foible. Nous avons fait voir que la nature, les
causes 6ç la marche de cette maladie sont
les mêmes en Amérique qu'en Europe &
dans tous les autres pays de l'Univers ; les
indications qu elle presente sont les mêmes
par-tout; la méthode curative doit donc
Ctie aussi la même; il n'y a que quelques
légères nuances qui peuvent apporter
quelques différences peu importantes, que
pous ferons çpnnoftre, • --- Page 354 ---
( 58 ) On ne sauroit établir cependant pour .
cette maladie, une méthode curative'générale; elle doit être relative aux différentes
causes qui peuvent la produire , à l'âge,
au tempérament & aux forces du malade,
à la nature & à la gravité des symptômes.
L'uniformité que les Praticiens ont mise
jusqu'ici dans le traitement du Tétanos de'.
l'Amérique , est peut-être la seule cause du
très-petit nombre de succès qu'ils ont'
éprouvés, & du peu de malades qu'ils ont
guéris; il faut la varier au 'contraire sélon
les circonstances. Nous allons les exposer;
mais nous croyons devoir préalablement
nous occuper des moyens généraux qui
peuvent être appliqués dans tous les cas,
toutes les espèces & toutes les circonstances
de cette maladie.
anos de'.
l'Amérique , est peut-être la seule cause du
très-petit nombre de succès qu'ils ont'
éprouvés, & du peu de malades qu'ils ont
guéris; il faut la varier au 'contraire sélon
les circonstances. Nous allons les exposer;
mais nous croyons devoir préalablement
nous occuper des moyens généraux qui
peuvent être appliqués dans tous les cas,
toutes les espèces & toutes les circonstances
de cette maladie. ARTICLE I.er Moyens généraux. L E S moyens généraux dont nous allons
parler , ne sauroient suffire à la guérison du
Tétanos ; ils n'attaquent point les causes de --- Page 355 ---
( 59 ) cette maladie . ce ne sont que des secours'
accessoires , propres a calmer la violence
des symptômes , à arrêter ou modérer
quelques symptômes particuliers qui ne sont
point essentiels a la maladie , à favoriser ainsi
ou faciliter i usage & les effets des remède§
propres à combattre la cause'du Tétanos. S- 1. er Narcotiques & Anti -spasmodiques. L'USAGE, soit intérieur, soit extérieur
des Narcotiques' & des Anti-spasmodiques ,
est général dans le traitement du Tétanos:
ces medicamens ont été employés contre
cette maladie dès les premiers siècles de la
Médecine , & ils font encore aujourd'hui
partie du traitement entre les mains de tous
les Praticiens. L irritation du genre nerveux ,
démontrée par l état convulsif de presque
toutes les parties , & par les autres symptômes qui l 'accompagnent, présente l'indiçation de détruire ou au moins de calmer
cette irritation, de relâcher, d'assouplir, Sç --- Page 356 ---
(6o) cette indication peut être remplie par les
Narcotiques & les Anti-spasmodiques. Le mélange qu'on propose comme un
spécifique , préparé avec la thériaque,
l opium 6l le camphre, n'est pas nouveau;
il rentre dans les moyens généraux employés
dans tous les temps ; c'est une association
des Narcotiques & des Anti-spasmodiques,
recommandée par tous les Médecins anciens
& modernes ; ce mélange même, tel qu'il
eil proposé, a été déjà connu, recommandé
& employé par M. Hillary en 1766 (q),
par M. Lind en 1768 (r), & par M. Chotard
en 1777 ( j). M. Lind a conseillé encore
l'application d'une forte dose de solution (q) HILLARY, ibid. pages 232 & 233. (r) LiND , An essay on diseases incidental of the
Europeans in hot climates , With the method of
preventing their fatal consequences, &c. à Londres,
1768, in-8.° Nous nous servons de la traduction,
françoise de cet Ouvrage , par M. Thion de- la,
Chaume ; Paris, 1785, in-12.° page 68. (f) CHOTARD, de Tetano; Monspelii, 1777,.
in-4.° page 20. --- Page 357 ---
(61 ) A opium sur les parties Menées , & sut
celles qui sont attaquées de spasme, afin d'y
exciter une ilupeur & une paralysie (t):
il rapporte une observation des heureux
effets d'un mélange d'opium & de camphre,
qui faisoit cesser sur le champ les convulsions
d 'un malade attaqué du Tétanos, toutes les
fois qu'on I'appliquoit sur la plante des
pieds, tandis que les convulsions revenoient
des qu on enlevoit ce topique ; ce qui fut
répété plusieurs fois , toujours avec lé
même succès.
iter une ilupeur & une paralysie (t):
il rapporte une observation des heureux
effets d'un mélange d'opium & de camphre,
qui faisoit cesser sur le champ les convulsions
d 'un malade attaqué du Tétanos, toutes les
fois qu'on I'appliquoit sur la plante des
pieds, tandis que les convulsions revenoient
des qu on enlevoit ce topique ; ce qui fut
répété plusieurs fois , toujours avec lé
même succès. Ce mélange, quoique pouvant être utile,
ne sauroit cependant être regardé comme
un spécifique; nous ne connoissons encore
aucun spécifique en Médecine ; si ce remède
réussit quelquefois, il manque aussi quelquefois son effet : il doit être d'autant moins
regardé comme spécisique , que son seul
usage ne sauroit suffire pour la guérison du
Tétanos. Les Anti-spasmodiques & les Narcotiques ne sont ici , ainsi que les autres (t) LIND F ibid. page 72. --- Page 358 ---
(62) moyens généraux , que des recours accecsoires , propres à calmer la violence des
symp tômes; ils sont destinés à préparer ou
à faciliter l'emploi des autres moyens ; cela
est si vrai, que dans les observations que
M. de Laborde a communiquées au Ministre
de la Marine > dans lesquelles le mélange
dont il est ici question paroît avoir réuni ;
il n'a pas été employé se.ul, mais il a été
associé à d'autres remèdes propres à combattre les causes du Tétanos. On doit employer ces médicamens, soit
intérieurement, soit extérieurement, & y
avoir recours dès les premières atteintes
de la maladie. On les donne intérieurement, soit sous
forme solide, soit sous forme liquide ; on
emploie sous forme solide le laudanum
opiatum en pilules , à la dose d'un grain
toutes les six heures ; & sous forme liquide t
le laudanum liquide de Sydenham, à la dose
de seize ou dix-huit gouttes toutes les six
heures , ou le laudanum epiatum, à la même
dose d'un grain ; dissous dans une cuillerée --- Page 359 ---
(63) ,de vin : on rapproche ou on éloigne plus
ou moins ces doses, eu égard à la violence
:des symptômes & à l'effet qu'on en éprouve.
.Si nous devons ajouter foi aux observations
de quelques-uns des Praticiens .qui ont parlé
de cette maladie, nous ne craindrons point
de multiplier les dores des Narcotiques dans
Jes cas pressans. M.rs Chamber (u), Lind(x)
& Hillary (y), ont donné ou vu donner
sans inconvénient dans le Tétanos; le premier, une once de teinture d'opium; le
second, un scrupule d'opium; & le dernier,
seize & vingt grains de ce médicament,
dans vingt-quatre heures: M. Lind assure
même qu 'il n'en a résulté aucune ilupeur,
& seulemeut une très-petite disposition à
I 'assoupissement & des sommeils très-courts;
& M. Chamber dit que deux cents gouttes
de teinture d'opium , n'ont procuré qu'un
repos de trois heures. BontÍus qui conseille
ium; le
second, un scrupule d'opium; & le dernier,
seize & vingt grains de ce médicament,
dans vingt-quatre heures: M. Lind assure
même qu 'il n'en a résulté aucune ilupeur,
& seulemeut une très-petite disposition à
I 'assoupissement & des sommeils très-courts;
& M. Chamber dit que deux cents gouttes
de teinture d'opium , n'ont procuré qu'un
repos de trois heures. BontÍus qui conseille (11) CI-IAMBER , ibid. (x) LIND, ibid. page 68. (y) HILLARY) ibid. page 233. • --- Page 360 ---
(6f) le laudanum de Qiiercetan, mêlé avec l'extrait
defafran, en vante l'utilité, même la nécessité
dans ces maladies , & 'fait lentir qu'on ne
doit rien craindre de son usage répété ,
même pour les enfans (i). M.rs Billard &
Laya tiennent le même langage ; ils ont
l'un & l'autre employé l'opium à très-forte
dose, n'en ont obse¡vé aucun inconvénient,
& en ont au contraire éprouvé de trèsbons effets : M. Lavo allure même ne l'avoit
vu réunir , qu'autant qu'il étoit donné à
une dose assez forte pour produire un état
de siupéfaélion & d'engourdinement ; il a
porté cette dose jusqu'à douze grains d'opium
par jour (a). M. Cullen pensé de même sur
ce médicament ; il allure qu'il ne devient
efficace que lorsqu'il est donné à forte
dose, qu'il n'agit point dans cette maladie
comme dans les autres cas où on l'emploie *
que, quoique donné à haute dose, il provoque à peine le sommeil , & ne produit (z) BONTIUS F ibid. méthod. méd. cap. II t
page 21. O (a) BILLARD Cr LAVO , ibid.
ni la --- Page 361 ---
( 6 i ) E fri la stupeur, ni Fivrefle , m le délire qu'il
» excite dans d'autres circonstances où sa dose
esi beaucoup plus ménagée • il conseille en
consequence de l'employer à forte dose
dès le commencement de la maladie > d'en
continuer l'usage quoiqu'on commence à
obtenir quelque rémission des Symptômes,
& de le donner en lavement lorsque la
déglutition ne peut plus se faire (b). Ces doses ne sont relatives qu'aux adultes >
elles doivent être beaucoup moindres pour
les enfant ; oii doit les réduire, pour ceuxci, a un quinzième ou seizième de grain
d opium dissous dans du viii , ou à deux ou
trois gouttes de laudanum liquide, toutes les.
six heures, en les rapprochant ou éloignant
cependant, eu égard aux efsets qui en résultent, & à la plus ou moins grande gravité
des symptômes. > L 'usage extérieur de l 'opiulil peut être
aux adultes >
elles doivent être beaucoup moindres pour
les enfant ; oii doit les réduire, pour ceuxci, a un quinzième ou seizième de grain
d opium dissous dans du viii , ou à deux ou
trois gouttes de laudanum liquide, toutes les.
six heures, en les rapprochant ou éloignant
cependant, eu égard aux efsets qui en résultent, & à la plus ou moins grande gravité
des symptômes. > L 'usage extérieur de l 'opiulil peut être (b) CULLEN, Institutions de Médecine-pratique >
traduites de l'Anglois par M. Pinel; Paris, Duplain,
1785 > in-8.' tome II, page i 5 ; i , --- Page 362 ---
( 66 ) encore utile , sur-tout dans les cas où le serrement complet des mâchoires n'en permet -
point l'usage intérieur : on le dissout' à cet
effet dans le vin ; on l'applique , sous forme de
liniment, sur les parties affeétées de spasme
& sur les plaies, s'il y en a : on peut encore
l'employer fous une forme un peu solide,
en mêlant la dissolution de ce médicament
faite dans le viii , avec la thériaque ou la
confection cordiaque de la pharmacopée de
Londres , qu'on applique sur les mêmes
parties. On renouvelle ces applications plusieurs fois dans la journée, & on augmente
ou diminue la dose de l'opium , eu égard
à la gravité des symptômes & aux effets
qu'il produit. L'association des narcotiques avec les antispasmodiques, comme le musc & le camphre,
est recommandée pour l'usage , soit intérieur, soit extérieur ; elle peut être utile,
& nous conseillons de joindre une de ces
deux substances aux narcotiques dont on
fera usage ; mais nous croyons , avec
M. Cullen / qu'on ne peut en espérer de --- Page 363 ---
,( gr) E ij pons effets , qu'autant qu'on les emploîra
à une dose beaucoup plus forte que celle
qu'on prescrit dans les autres cas (c). Nous devons ajouter ici une observation
importante. L'usage intérieur de l'opium,
sur-tout donné à forte dose ou fréquemment réitéré, est suivi souvent de la constipation ; la liberté du ventre est cependant
nécessaire dans le Tétanos ; il faut l'entretenir au moyen de lavemens émolliens, huileux ou mucilagineux, répétés fréquemment S. 1 L, Bains. L'USAGE des bains nest ni moins
indiqué, ni moins général; ni moins suivi,
que celui des narcotiques & des anti-spasmodiques , dans les maladies convulsives 3
par conséquent dans le Tétanos ; ils ramol
lissent , ils relâchent , & peuvent ains
seconder les effets de ces derniers, & con.
courir à calmer la violence des symptômes. (C) CULLEN, ibid. page, 158. --- Page 364 ---
(68) Cependant, on n'est d'accord ni sur l'espèctf
de bains qu'il faut employer, ni sur leur
efficacité dans le traitement du Tétanos de
l'Amérique. Les uns conseillent les bains froids ; les
autres, & c'est le plus grand nombre , préferent les bains tièdes ; quelques autres
veulent leur substituer les douches ou de
simples irrigations avec l'eau froide.
CULLEN, ibid. page, 158. --- Page 364 ---
(68) Cependant, on n'est d'accord ni sur l'espèctf
de bains qu'il faut employer, ni sur leur
efficacité dans le traitement du Tétanos de
l'Amérique. Les uns conseillent les bains froids ; les
autres, & c'est le plus grand nombre , préferent les bains tièdes ; quelques autres
veulent leur substituer les douches ou de
simples irrigations avec l'eau froide. M. Pouppé Desportes nous apprend qu'on
tente quelquefois les bains froids par surprise,
c'est-à-dire , qu'on y met le malade tout-àcoup & sans l'en prévenir, qu'on l'y lai sse
se débattre autant que ses forces peuvent
le lui permettre, qu'on le met ensuite dans
un lit bien chaud, qu'on le couvre bien,
& qu'on allume du feu autour du lit, dans
. l'intention de provoquer une sueur abondante ; il assure que ce moyen a réussi quelquefois (d) ; cela peut être : ce moyen
peut être utile dans quelques - uns des cas
où le Tétanos dépend d'une suppression de (d) POUPPÉ DzsPORTES 1 ibid. page 16 1. --- Page 365 ---
.1 (69) • E iii transpiration ; l'action du bain ftoid pour
provoquer la Tueur, lorsqu'on met ensuite
le malade dans un lit bien chaud, est connue
depuis long-temps, & a été employée quelquefois avec succès. Mais nous doutons de
i'efficacité de ce moyen, dans une maladie
où les parties sont dans un violent état de
tension & de roideur ; nous craindrions ,
au contraire, qu'il ne fût dangereux : la
froideur de l'eau agissant comme tonique,
pourroit augmenter aisément la tension &
la roideur des parties , & aggraver par
conséquent les symptômes ; on doit chercher
au contraire à ramollir & à relâcher. Cependant M. Cullen, d'après le témoignage de plusieùrs Médecins qui ont employé
le bain froid , le croit un des moyens les
plus avantageux; il le dit employé aujourd'hui avec succès en Amérique ; il conseille
d'envelopper le malade dans des couvertures
au sortir de ce bain, de le mettre dans sou
lit & de lui donner tout de suite une forte
dose d: opium ; il assure qu'on obtient ainsi
line rémission prompte des symptômes, --- Page 366 ---
( 7° ) qu'en réitérant ce moyen, on éloigne insensiblement les paroxismes , & qu'on parvient
enfin à la guérison , qui est quelquefois
très-prompte. Il attribue principalement ces
effets à l'irrigation faite avec de l'eau froide
sur le corps, dont nous allons parler ; il
avertit en même temps que ce moyen est
moins efficace dans le Tétanos qui survient
aux blessures, que dans celui qui est produit
par l'impression du froid (e). Le témoignage
de ce Médecin, qui est fondé d'ailleurs sur
l'expérience, paroît devoir contre-balancer
les réflexions que nous venons de faire sur
le bain froid ; nous croyons qu'on peut
essayer ce moyen, mais avec des précautions
propres à rassurer sur les suites fâcheuses
qu'il pourroit avoir.
moins efficace dans le Tétanos qui survient
aux blessures, que dans celui qui est produit
par l'impression du froid (e). Le témoignage
de ce Médecin, qui est fondé d'ailleurs sur
l'expérience, paroît devoir contre-balancer
les réflexions que nous venons de faire sur
le bain froid ; nous croyons qu'on peut
essayer ce moyen, mais avec des précautions
propres à rassurer sur les suites fâcheuses
qu'il pourroit avoir. M. Barrere vante les succès de l'irrigation
du corps des malades avec l'eau très-froide,
répétée plusieurs fois dans le jour : il applique sur-tout ce moyen aux enfans; il
conseille de l'employer dès qu'on s'aperçoit te) CUILEN, ibid. page 160. --- Page 367 ---
(71 ) E iv qu'ils ne tètent qu'avec peine , & que leur
mâchoire commence à se serrer (f); il affure
avoir. guéri plusieurs enfans par ce seul
moyen : il ajoute que cette pratique s'est
répandue dans l'île de Caïenne, & qu'aujourd'hui les Négresses y baignent & arrosent
les enfans avec des écuellées d'eau , dès
qu'elles aperçoivent les premiers symptômes du Tétanos (g). M. Bajon n'a éprouvé
aucun effet de ce moyen qu'il a employé
dans la même Isle, & il affure que M. de
Chanvabn l'a pratiqué avec aussi peu de
succès à la Martinique (h). On peut appliquer ici les raisons que nous venons de
donner contre l'usage des bains froids; mais
on doit avoir égard aussi au succès que
M. Cullen attribue à ce moyen , & aux
conséquences que nous avons déduites du
témoignage de ce Médecin. Le plus grand nombre conseille de pré11 (f) BARRERE, ibid. page 73. (8) BARRERE, ibid. page 74. - . (H) BAJON , ibid. pages 157, 158. , --- Page 368 ---
(72) sérence les bains tièdes , & les prcsenté.
comme généralement plus utiles; tels sont
Hillary ( i) , Bajon ( k ) , Pouppé
Desportes (l), Chamber (m). Ces bains sont
' en 'effet ceux qui paroissent les plus convenables à l'état de la maladie & aux symptomes qui l'accompagnent ; ils sont bien
plus propres à pénétrer le tissu de la peau,
a ramollir, assouplir & produire le relâchement vers lequel le Praticien dirige ses
principales vues. On n'est pas plus d'accord sur l'efficacité
de ces bains ; ceux même qui leur donnent
la préférence, ne les regardent pas comme
également utiles. Bontius les conseille (n) ;
M. Bajon les compte parmi les moyens qui
peuvent produire quelque relâche dans les
symptômes (o) ; M. Pouppé De/portes les met (i) HILLARY, ibid. page 2.3 . - (H) BAJON, ibid. page K7.
'est pas plus d'accord sur l'efficacité
de ces bains ; ceux même qui leur donnent
la préférence, ne les regardent pas comme
également utiles. Bontius les conseille (n) ;
M. Bajon les compte parmi les moyens qui
peuvent produire quelque relâche dans les
symptômes (o) ; M. Pouppé De/portes les met (i) HILLARY, ibid. page 2.3 . - (H) BAJON, ibid. page K7. (1) POUPPÉ DESPORTES , ibid. page'163, (m) CHAMBER , ibid. (n) BONTIUS , ibid. page 23. (e) BAJONF ibie. page 157* --- Page 369 ---
(73) ail nombre de ceux qui réussissent quelquefois (p); M. Bertin, qui a exercé la Chirurgie à la Guadeloupe , nous a assuré avoir
vu très-Souvent les bains tièdes produire
une modération prompte des symptômes,
qui reprenoient cependant leur intensité dès
que les malades sortoient du bain; M. Cullen
dit qu'il a été employé souvent avec utilité (1) ; mais M.rs Lind & Hillary, en
convenant qu'ils produisent quelquefois de
bons effets , les regardent en général
comme des moyens incertains & 'le plus
souvent inutiles (r). M. rapporte
même l'observation d'un homme attaqué
du Tétanos, qui mourut au sortir du bain,
quoiqu'il n'y eût resté que vingt minutes
& que la chaleur du bain eût été assez
modérée (f). Nous trouvons une observation pareille rapportée par M. de Haen,
d'un malade attaqué du Tétanos en Europe, (p) POUPPÉ DESPORTES , ibid. page 163, (q) CuLLEN, ibid. page 158. x(r) HILLARY, ibid. page 235. (1) HILLARY 1 ibi4. --- Page 370 ---
( 74 ) qui mourut un instant après être sorti du
bain, où il paroissoit cependant avoir reçu
du soulagement (t). Ce feroit en effet une erreur de regarder
les bains comme un moyen suffisant contre
cette maladie ; ils ne peuvent opérer la
guérison du malade ; leur emploi n'est
qu'un moyen accessoire , propre à faciliter
le relâchement ties parties, & à seconder
l'action des autres remèdes ; employés dans
cette vue, ils peuvent être utiles ; aussi en
a-t-on éprouvé de bons effets, une modération dans les rymptômes, qui, quoique
souvent momentanée , procure du calme &
du repos au malade , & donne le temps
d'employer les remèdes qui peuvent être
réellement efficaces : les deux observations
que nous avons rapportées des deux malades qui sont morts en sor tant du bain , ne
prouvent ni l'inutilité ni le danger de ce
moyen ; le mal pouvoit être trop violent
pour céder à aucun remède; peut-être (t) HAEN , ratio medencLi ; édition de Leyde,
tome III, page 210. --- Page 371 ---
(75) encore n'avoit-on employé que les bains ,
& avoit-on négligé les remèdes relatifs à la
cause de la maladie; nous pouvons même
ajouter que le défaut de succès dans un trèspetit nombre de cas, ne suffit point pour
faire proscrire des secours dont on a éprouvé
généralement de bons effets. Nous regardons en conséquence les bains
tièdes , comme devant faire partie du traitement du Tétanos , & nous en conseillons
ï'usage long & souvent répété dans prefque tous les cas : on doit employer quelquefois les bains entiers, quelquefois les
demi-bains; c'est aux gens de l'art qui sont
auprès des malades , à déterminer les cas
qui doivent faire établir ces différences.
ire proscrire des secours dont on a éprouvé
généralement de bons effets. Nous regardons en conséquence les bains
tièdes , comme devant faire partie du traitement du Tétanos , & nous en conseillons
ï'usage long & souvent répété dans prefque tous les cas : on doit employer quelquefois les bains entiers, quelquefois les
demi-bains; c'est aux gens de l'art qui sont
auprès des malades , à déterminer les cas
qui doivent faire établir ces différences. S. 1 1 1. Topiques émolliens. Tous les moyens propres à diminuer- la
tension, la roideur , le spasme des parties,
par conséquent à produire un relâchement,
sont indiqués dans le Tétanos. Les fomentations , les embrocations , les on<flians --- Page 372 ---
( 76 ) émollientes , huileuses , mucifagineuses f
rempl;ssent cette indication ; Boiitius les
recommande (u) ; M." Chamber (x), Pouppé
De/portes (y) & Bajon (z), en ont vu les
bons effets , & M. Hillary, convaincu par
sa propre expérience, les préfère aux bains ,
& assure qu'elles soulagent bien plus souvent (a) ; M. Billard les a aussi employés
avec succès (b). Nous conseillons d'insister
sur ce moyen, & d'en faire un usage prerque continuel. On doit les appliquer sur les
parties saisies de spasme, les y laisser long-,
temps, & les renouveler dès qu'on s'aperçoit de leur desséchement ou de leur
refroidi1Tement. C'est en agissant de la même manière,
qu'une vessie à demi-remplie d'eau chaude ,
appliquée sur le creux de l'estomac , a (u) BONTIUS, ibid. page 23. (X) TSHAMBER, ibid. (y) POUPPÉ DESPORTES , ibid. page 163, (z) PAJON, ibid. page 1^7, (a) -ILLARY, ibid. page 23^-» (b) BILLARD, ibid. --- Page 373 ---
( 77) produit souvent de bons effets dans la
même maladie , suivant le témoignage de
M. Chamber (c). * S. 1 V. Cordiaux. L'USAGE des cordiaux a été recommandé
par quelques Praticiens dans le Tétanos: ces
remèdes peuvent être utiles; mais ils ne
conviennent ni dans tous les cas, ni dans
toutes les circonstances de cette maladie.
Ils sont indiqués seulement lorsque les malades éprouvent une déperdition de leurs
forces , & qu'il est nécessaire de les soutenir
ou de les ranimer promptement; ce qu'on
connoît aisément à l'état du pouls. Ils peuvent encore devenir utiles dans le Tétanos
qui est produit par l'action subite du froid;
ils sont propres à exciter le mouvement du
cœur, à ranimer l'avion & la réaction des
solides & des fluides, & à provoquer ainsi
une sueur salutaire. (c) CHAMBER , ibid, --- Page 374 ---
(78) Le vin est le meilleur de tous les cdradiaux pour ceux qui n'y sont pas accoutumés. Les autres cordiaux qu'on peut mettre
en usage, doivent être choisis parmi les spîritueux, comme l'eau de canelle orgée , l'eau
thériacale, le lilium de Paracelse : la thériaque, la confection d'alkermès, la confection
cardiaque de la pharmacopée de Londres,
peuvent suffire , lorsque la déperdition des
forces n'est pas éonsidérable, ou qu'il y a
déjà une disposition à la sueur. On donne
ces cordiaux à des doses proportionnées à
l'âge & aux forces.
être choisis parmi les spîritueux, comme l'eau de canelle orgée , l'eau
thériacale, le lilium de Paracelse : la thériaque, la confection d'alkermès, la confection
cardiaque de la pharmacopée de Londres,
peuvent suffire , lorsque la déperdition des
forces n'est pas éonsidérable, ou qu'il y a
déjà une disposition à la sueur. On donne
ces cordiaux à des doses proportionnées à
l'âge & aux forces. §.V. Régime. LE régime doit être relatif à l'état de là
maladie , à la gravité des symptômes & aux
forces ; mais en général il convient de tenir
les adultes au seul usage des bouillons, & les
enfans à celui du lait de leur nourrice, donné
à cuillerées ; on peut y ajouter de temps en.
temps une cuillerée de vin : on doit permettre quelquefois aux malades des oranges
des crèmes ou bouillies de mil ou de ris. --- Page 375 ---
( 79 ) Il faut renoncer cependant à toute espèce
d'aliment par la bouche , lorsque les mâchoires sont trop serrées pour permettre
l'introduction d'une cuiller ou du goulot
d'un biberon ; on doit tenter alors de les
nourrir avec des lavemens nourrissans. ARTICLE II. Moyens particuliers relatifs aux causes. LES moyens dont nous venons de nous
occuper , sont généraux ; ils doivent être
appliqués à toutes sortes de Tétanos, quelles
que soient leurs causes, dans tous les cas,
tous les âges, tous les climats, mais ils ne
sauroient susfire pour parvenir à la guéridon.
II est nécessaire d'attaquer les causes de la
maladie ; les remèdes qu'elles indiquent
doivent varier eu égard à leur diversité ;
ce n'est qu'en faisant une attention refléchie sur cet objet, qu'on peut avoir quelques succès dans les traitemens. Les disférentes causes du Tétanos, fournilTent les différentes indications à remplir
dans le traitement de cette maladie. Nous --- Page 376 ---
( 8o ) aUons les suivre successivement ; nous désignerons en» même temps les moyens qui
peuvent être propres à les remplir ; ces
moyens peuvent être appliqués aux enfans
comme aux adultes ; mais on doit avoir
égard à la différence de l'âge & des
forces dans la manière de procéder à leur
adminilîration. $. Ier Tétanos dépendant d'indigestion ou collection
de matières dans les premières voies. LE Tétanos est produit quelquefois ,
sur-tout chez les enfans , par des indigestions , des vers, ou autres matières acres
contenus dans les premières voies. Le vomissement est le premier remède
à tenter, au moyen du tartre émétique ou
de t'ipécacuanha, dont les dores; doivent
être proportionnées à l'âge des malades.
On doit passer ensuite aux purgatifs , plus
ou moins forts , eu égard à la gravité des
symptômes, à l'âge & aux forces ; il faut
les réitérer plus ou moins , relativement
aux --- Page 377 ---
(Si) F aux bons effets qu'ils produisent. L'huile
de Palma-chrijli paroît avoir été employée
dans ce cas avec succès; S. I 1. Tétanos produit par la suppression d'une évacuation ou par la répercussion d'une éruption cutanée. LA suppression des évacuations habituelles
& la' répercussion des éruptions cutanées *
suffisent pour donner lieu au Tétanos. Lès
moyens sont dinférens, eu égard à l'espèce
d évacuation qui a été supprimée. 1
ent. L'huile
de Palma-chrijli paroît avoir été employée
dans ce cas avec succès; S. I 1. Tétanos produit par la suppression d'une évacuation ou par la répercussion d'une éruption cutanée. LA suppression des évacuations habituelles
& la' répercussion des éruptions cutanées *
suffisent pour donner lieu au Tétanos. Lès
moyens sont dinférens, eu égard à l'espèce
d évacuation qui a été supprimée. 1 ' I. La suppression des évacuations failguines exige absolument la saignée, suttôut si le pouls est plein, fort, élevé ; elle
doit être faite dès le commencement plus
. ou moins abondante & réitérée, eu égard
a la plénitude du pouls , à la rougeur du
visage, auæ forces du malade & aux effets
qu'on en éprouve. Ce n'est que dans des
cas pareils que. M. Cidlen croit que l'a
baignée peut être utile ; dans tous les autres
,cas, il la regarde comme nuisible (d). (d) CULLEN, ibid, pag. 15 -9. 11 3 ; --- Page 378 ---
(82,1 2.° Là suppression des lochies chez les
femmes en couche , exige les remèdes propres à les rappeler ; le détail en seroit ici
trop long : ils font connus de tous les
Praticiens. 3° La suppression du flux hémorroïdal,
indique l'application des sangsues sur les
vaisseaux hémorroïdaux. C 'est le moyen le
plus certain & le plus prompt. 4.0 La répercussion du lait chez les
nourrices , exige les remèdes propres à
pouffer la matière laiteuse vers les Telles
ou les voies de la transpiration. C'e1l: ici -le cas de l'usage des purgatifs & des sudorifiçues. 5.2 La suppression de la transpi ration
partielle ou locale de quelque partie-, comme
<les pieds, des mains, &c. indique les .moyens
propres à ia rappeler dans la partie même
ou elle a été supprimée; tels font les bains
partiels , les bains de vapeurs sur ces memes
parties , les embrocations , fomentations ,
onctions & lotions émollientes, les frictions, --- Page 379 ---
(«3) Fij foit sèches, soit émollientes, soit huileuses,
sur ces mêmes parties. 6.0 Les moyens indiqués par le desséchement d'un vésicatoire , d'un cautère ,
d'un autre ulcère habituel, & par la fuppression d'un écoulement particulier dè
quelque partie du corps, rentrent dans la
classe su i vante. 7 ° La répercussion d'une éruption cutanée , soit aiguë, soit chronique, exige les
remèdes propres à rappeler à la peau l'humeur répercutée ; mais comme il n'est pas
aisé de la rappeler assez promptement ,
c'ell ici le cas d'y suppléer par l'application d'un ou de deux vésicatoires qu'on
doit travailler à faire bientôt suppurer, &
dont il faut entretenir la supouration
avec soin ; M. Pouppé Desportes a guéri un
Tétanos survenu à la suite de la petite
vérole, par l'application d'un seton sur la,
nuque (e).
au l'humeur répercutée ; mais comme il n'est pas
aisé de la rappeler assez promptement ,
c'ell ici le cas d'y suppléer par l'application d'un ou de deux vésicatoires qu'on
doit travailler à faire bientôt suppurer, &
dont il faut entretenir la supouration
avec soin ; M. Pouppé Desportes a guéri un
Tétanos survenu à la suite de la petite
vérole, par l'application d'un seton sur la,
nuque (e). (*) POUPPÉ DEs PORTES 1 ibid. page 16 la --- Page 380 ---
.(84) -/• ■■ r ■ s III. -
-, - t i
Tétanos produit parla suppression de td
-- transpiration ou de la sueur. \ LA suppression Je la trahspiration ou
dé la Tueur , est la cause la plus fréquente
du Tétanos, soit des adultes, sôit des enfans.
Les moyens propres à rétablir, ces évacuations , sont indiqués ici, & il y a peu de
cas de. Tétanos où ils ne doivent être employés. M. Billard assure que tous les, blefsés attaqués de Tétanos, qu'il a vu en
réchapper , ont eu des sueurs abondantes
Si cette assertion est vraie pour les
âdilhes, elle1 l'est aussi pour les enfans;
M . Baj on a observé que chez ces derniers,
l'ès symptômes diminuent à proportion de
f abondance des Tueurs (g). Les moyens qui peuvent remplir cette
indication, sont internes ou externes. j ; (f) BILLARD ibid. (8) BAJON, ibid. page l,57- .- --- Page 381 ---
( 85 ) F iij Les moyens internes se réduisent à l'asage des sudorifiques , dont on proportionné
la dose & l'énergie à l'état de la maladie ,
à la gravité des symptômes, à l'âge , aux
forces & à la disposition du sujet ; nous
n'indiquons point ici les sudorifiques qu'il
faut employer : il croît en Amérique une'
grande quantité de plantes qui jouissent de
cette propriété; leurs vertus y sont connues par les gens de l'art ; c'est à eux à les
choisir & à en déterminer les dores suivànt
les circonstances. Nous ajouterons feiïiement qu'il est convenable de les donner
dans des boissons aqueuses abondantes, qui
puissent , en délayant & détrempant la masse
des fluides , & en ramollissant les solides
favoriser l'action & les effets des sudorifiques.
Nous croyons cependant devoir faire observer que les délayans réussissent bien
plus souvent que les sudorifiques, à rétablir la transpiration ou la sueur supprimée.
Cet état est accompagné très-fréquemmentde chaleur & de tension , qui ne peut,
qu'être augmenté par l'usage des remèdes
abondantes, qui
puissent , en délayant & détrempant la masse
des fluides , & en ramollissant les solides
favoriser l'action & les effets des sudorifiques.
Nous croyons cependant devoir faire observer que les délayans réussissent bien
plus souvent que les sudorifiques, à rétablir la transpiration ou la sueur supprimée.
Cet état est accompagné très-fréquemmentde chaleur & de tension , qui ne peut,
qu'être augmenté par l'usage des remèdes --- Page 382 ---
(86) chauds , tels que sont les sudorifiques, tandis qu'au contraire les délayans, même les
simples aqueux , sont les seuls moyens indiqués , & les seuls qui puissent avoir des
heureux efsets. Les moyens externes sont bien plus.
multipliés, & cela est fort heureux, dans
. une maladie -où le serrement des mâchoires
permet rarement l'usage des médicamens
internes. II faut donner, autant qu'il est poffibie, à
l'air de la chambre où est le malade , une
température douce & modérée , 1& l'entretenir coustamment au même degré ; on doit
éviter avec soin d'en porter la chaleur à un
degré trop considérable: il en résulteroit une
raréfaction des flurdes, qui pourroit nuire
à ia sécrétion & à l'excrétion de la transpiration & de la sueur, & jeter le malade
dans des agitations & des inquiétudes qui
augmenteroient ses souffrances & aggraver-oient sa maladie. Il est nécessaire que les malades se tiennent chaudement dans leur ht & bien --- Page 383 ---
(97) F iv couverts, & qu'ils évitent, autant qu'il rera,
possible , de s'agiter & de se donner du'
mouvement, sur-tout dès qu'on s'aperçoit
d'un commencement d'humidité à la peau,
& ensuite tant que les sueurs se soutien-.
nent. C'ell ici le cas d'employer des bains de
vapeurs, dont l'effet peut devenir trèsheureux. On peut à cet effet placer les
malades dans une boîte de bois, qui contienne tout leur corps , à l'exception de la
tête ; cette partie doit être à l'air libre &
4 l'abri des vapeurs. On verse de l'eau
bouillante dans le fond de cette boîte ,
ou bien encore mieux, on l'y conduit par
un tuyau percé d'un grand nombre de
petits trous , on laisse les malades exposés
pendant sept ou huit minutes à la vapeur
qui s'en élevé ; on peut employer pour les
enfans, un panier d'osier bien couvert touss
autour avec des linges, pour empêcher
les vapeurs de se diCiper: on peut encore
se servir d'un moyen pLus CmpLe , plus
aisé, & également efficace ; il consiste à
ou bien encore mieux, on l'y conduit par
un tuyau percé d'un grand nombre de
petits trous , on laisse les malades exposés
pendant sept ou huit minutes à la vapeur
qui s'en élevé ; on peut employer pour les
enfans, un panier d'osier bien couvert touss
autour avec des linges, pour empêcher
les vapeurs de se diCiper: on peut encore
se servir d'un moyen pLus CmpLe , plus
aisé, & également efficace ; il consiste à --- Page 384 ---
( 88 ) ' verser de l'eau bouillante dans une baî-"
gnoire, à la couvrir d'un treillage de canne
ou d'osier, à placer le malade sur le treillage , à l'exposer ainsi à la vapeur de l'eau
bouillante , avec la précaution de placer
au-dessus, à une certaine élévation , des cerceaux récouverts de linges , pour retenir
la vapeur; il faut répéter ce moyen sept
ou huit fois toutes les vingt-quatre heures,
jusqu'à ce que les sueurs soient établies;
on mettra ensuite les malades dans leur lit,
ou on les tiendra chaudement. -
, Les friélions sur l'habitude du corps „
sont encore très - utiles pour rappeler la
transpiration ou la sueur. On les fait avec
la main avec des linges ou des flanelles ,
avec des brosses très-douces , tantôt à sec ,
tantôt avec des décollions émollientes, des
huiles , des mucilagineux ; elles réussissent
encore mieux si 'on les pratique immédia-r
tement après le bain de vapeurs. Il faut les
répéter très-souvent ,& & pour mieux dire 2
ne les cesser que par des intervalles trèscourts» v ^ - - s >• - --- Page 385 ---
(891, Ce dernier moyen paroit avoir eu des fuc^
ces, Bontius vante l'efficacité des fridions
buileuses aromatiques (h). Les Nègres de
quelques colonies , survant le témoignage
de M. Pouppé D efport es (i), le mettent en, '•
pratique. Ils font trois espèces de frictions
qu'ils font succéder l'une à l'autre , la première avec une infusion d'une poignée de
racines de verveine puante & d'herbe à chiques coupées en morceaux dans six ou sept
pintes de jus de citron ; la seconde avec une
lessive de cendre , dans laquelle ils fout
fondre la moitié d'une brique de savon , &
il laquelle ils ajoutent une bouteille de J
tafia ; la troisième avec un mélange de
graines de Palma-christi boucannées, c'està-dire , rôties & pilées , dans une ou deux
pintes de montaigue fondue; ils font alternativement & continuellement ces trois el:
pèces de frictions, de sorte que le malade
ne reste jamais en repos, & que l'habitude
laquelle ils fout
fondre la moitié d'une brique de savon , &
il laquelle ils ajoutent une bouteille de J
tafia ; la troisième avec un mélange de
graines de Palma-christi boucannées, c'està-dire , rôties & pilées , dans une ou deux
pintes de montaigue fondue; ils font alternativement & continuellement ces trois el:
pèces de frictions, de sorte que le malade
ne reste jamais en repos, & que l'habitude (h) BONTIUS, ibid. page 25. (i) POUPPÉ DESPORTES, ibief. page 1654 --- Page 386 ---
( 90 ) lu corps eff toujours humide. Ils attachent
à cet effet le malade à une échelle; à mefure qu'un membre entre en contraction ,
ils le lient dans l'attitude où il se trouve,
& ils le frottent plus qu'un autre. Lorsque
le malade eit trop fatigué , ils le détachent,
lui permettent de s'asseoir, sans suspendre
cependant les frictions, & le remettent sur
l'échelle dès qu'il est un peu reposé. M.
Paraigua, ancien Chirurgien du quartier
Morin, dans l'île de Saint-Domingue, faisoit
faire des frictions continuelles avec un
onguent, qui étoit un mélange de saindoux,
de savon , de suis & de suie de cheminée;
cette méthode a eu des succès comme nous
l'apprenons de M. Pouppé Desportes (k).
Nous n'avons rapporté ces faits que pouf
confirmer l'efficacité du moyen que nous
proposons. s. IV. Tétanos survenu à une plaie ou à une piqûre. Nous avons dit que le Tétanos survenoit -- (k) POUPPÉ DESPORTES , ibid. page 174. --- Page 387 ---
( 91 ) souvent aux piqûre & aux plaies, surtout au moment où elles se dessèchent Se
où la cicatrice commence à se former. Nous
avons indiqué les précautions néceïïairès,
dans les cas de piqûres & de plaies, pour
prévenir I invasion du Tétanos. Les mêmes
motifs qui nous ont diriges dans l'indication
des moyens préservatifs , nous détermineront dans le choix des moyens cur-atiss ,
lorsqu -'on aura négligé les premiers , ou
qu'ils auront été insuffisans. Le moyen le plus efficace eH de rouvrir
sur ,le champ la plaie déjà fermée, ou presque fermée, ou seulement dessechée, ioit
pour la débrider , soit pour y rétablir
promptement une suppuration abondante.
Nous connoissons trois manières d'y procéder , le fer, le feu & les caustiques ; ils
font tous également efficaces , & un Médecin prudent pourroit se permettre à ce
sujet différ ens essais ; mais comme les deux
derniers sont plus lents, & la maladie de
nature à exiger de prompts recours, les scarifications paroissent devoir être préferées j
seulement dessechée, ioit
pour la débrider , soit pour y rétablir
promptement une suppuration abondante.
Nous connoissons trois manières d'y procéder , le fer, le feu & les caustiques ; ils
font tous également efficaces , & un Médecin prudent pourroit se permettre à ce
sujet différ ens essais ; mais comme les deux
derniers sont plus lents, & la maladie de
nature à exiger de prompts recours, les scarifications paroissent devoir être préferées j --- Page 388 ---
( 94î & il faut les faire sans perdre un instant.
On panse ensuite la plaie avec un doux
digestif; on établit promptement la suppuration , &" il est important de la soutenir
pendant long-temps. ; s, V. Observations particulières. O N a proposé depuis quelque temps
1e mercure comme un remède très-efficace
contre le Tétanos ; on a prétendu qu'il
falloit l'employer en friétion, le mettre en
usage dès les premiers temps de la maladie,
& le donner à forte dose , afin que le'
corps en soit bientôt pénétré , & ,que la salivation s'établisse promptement ; quelques*
Médecins assurent en avoir obtenu les plusgrands succes , tandis qu'il n'a produit aucun
effet entre les mains de quelques autres
Praticiens. L'expérience seule peut nous
diriger à cet égard ; mais ni les succès, ni
l'insuffisance, ni même les dangers de ce
moyen n'ont point été encore assez constatés,
pour quel nous puissions nous permettrer --- Page 389 ---
(95 ) de porter aucun jugement, sur une méthode
qui ne doit pas paroître indifférente par
les suites qu'elle peut avoir. Dans le cas
même où les succès seroient certains , il
feroit encore nécessaire d'examiner si cette
méthode seule est suffisante , ou si elle
exige l'addition de quelqu'autre moyen
auxiliaire, comme, par exemple, de l'opium,
& dans ce cas, jusqu'à quel point on doit
porter l'usage de ce médicament, & s'il
n'influe pas plus dans la guérison que le
mercure. " Nous apprenons encore de M. Cullen (l),
qu'on a employé contre cette maladie une
plante qui croît dans les Barbades & dans
quelques autres îles de l'Amérique , & qui
est indiquce par les Botanistes * sous le nom
de Pisselœum Barbadense -, on assure que son
usage intérieur a suffi pour opérer quelques
guérisons ; mais le Praticien, d'après lequel
nous en parlons, ne çonnoît ces succès que
par le rapport qui lui en a été fait; il, (l) . y , ibid. pag. 160. - -. --- Page 390 ---
( *) Ignore la dose & les préparations de ce
remède, ainsi que les circonstances de la
maladie où il faut l'employer; aussi suf*
pend-il son jugement. Nous ne pouvons
qu'imiter sa prudence , &. attendre que l'expérience nous ait donné à ce sujet des
connoissances ultérieures & certaines. RÉSUMÉ, LA connoissance de la cause qui a donné
lieu au Tétanos, dort fixer l'attention du
Praticien ; elle seule peut le diriger dans
le choix des secours qu'il doit employer.
Nous avons indiqué chacune, des causea
qui peuvent produire cette maladie , & les
moyens, soit préservatifs, soit euratifs, qui
font relatifs à chacune d'elles : les détails
que nous avons donnés à ce sujet, ne
font pas bien étendus, nous aurions passé
les bornes d'une infirutflion ; mais ils
suffisent pour les gens de l'art , qui leur
donneront l'extension nécessaire relativement aux circonstances. Nous les engageons à les essayer & à observer avec
iqué chacune, des causea
qui peuvent produire cette maladie , & les
moyens, soit préservatifs, soit euratifs, qui
font relatifs à chacune d'elles : les détails
que nous avons donnés à ce sujet, ne
font pas bien étendus, nous aurions passé
les bornes d'une infirutflion ; mais ils
suffisent pour les gens de l'art , qui leur
donneront l'extension nécessaire relativement aux circonstances. Nous les engageons à les essayer & à observer avec --- Page 391 ---
( 95 ) attention les effets qu'ils produiront ; la
réunion de leurs observations , pourra servir
à former un corps de doctrine. Nous nous permettrons encore de leur
rappeler que les moyens particuliers, relatifs
aux causes du Tétanos, n'excluent point les
moyens généraux. II en est qui doivent être
mis conflamment en usage dans toutes les
espèces de Tétanos, quelles que soient leurs
causes ; tels sont les anti-spasmodiques &
narcotiques , les bains & les fomentations,
embrocations, onctions & lotions émoIlielites , huileuses , mucilagineuses , sur les
parties attaquées de spasmes; il en efl d'autrès , dont l'application esi relative à quelques circonstances que nous avons indiquées,
comme les cordiaux* Nous finirons en exhortant les Colons
a confier le traitement cie leurs Nègres ce
Négrillons attaqués du Tétanos & du Mal
de mâchoire, aux gens de l'art, & à porter une attention exacte & sévère pour
qu'ils se soumettent à un traitement méthodique ; leur propre intérêt se joint ici --- Page 392 ---
(?6) aux devoirs de l'humanité, pour les engager
■à veiller à la conservation d'une foule
d'individus qui leur sont encore plus utiles
qu'à l'Etat. Au Louvre/les quinze & dix-neuf juillet
mil sept cent quatre-vingt-cinq. Signé POISSONNIER, GEOFFROY,
DESP ERRIÈRES, AN DRY, CAR- ; RERE, THOURET. • je certifie que le présent Rapport ejl conforme
a l'original contenu dans les regijlres de là
Soeiété Royale de Médecine, èr au jugement de
'cette Compagnie. Au Louvre le dix-neuf juillet mil
sept cent quatre-vingt-cinq. . - Signé VICQ-D'AZYR. Secrétaire perpétuel. ; FIN. --- Page 393 ---
'DES MOYENS * / DE CONSERVER LA SANTÉ
DES BLANCS E T DES NEGRES, i AUX ANTILLES OU CLIMATS CHAUDS ET HUMIDES
D E L' AMÉRIQUE. » --- Page 394 --- --- Page 395 ---
DES MOYENS DE CONSERVER LA SANTÉ
DES BLANCS * ET DES NÈGRES, AUX ANTILLES OU CLIMATS CHAUDS ET HUMIDES
DE L'AMÉRIQUE. Contenant un Exposé des causes des maladies propres
à ces climats et à la traversée, relativement à Ja
différence des positions, des saisons, et des températures ; les procédés à suivre, soit pour les éviter.
soit pour les détruire. ET le Traitement en particulier de quelques maladies communes
chez les Nègres, telles que le Pian, le Mal d'estomac ' lX la
Lèpre. A SAINT-DOMINGUE; Et se trouve A P A R 1 S,
Contenant un Exposé des causes des maladies propres
à ces climats et à la traversée, relativement à Ja
différence des positions, des saisons, et des températures ; les procédés à suivre, soit pour les éviter.
soit pour les détruire. ET le Traitement en particulier de quelques maladies communes
chez les Nègres, telles que le Pian, le Mal d'estomac ' lX la
Lèpre. A SAINT-DOMINGUE; Et se trouve A P A R 1 S, Chez MÉQUIGNON l'aîné, libraire , rue des Cordeliers j
J près des Ecoles de Chirurgie. j M. DCC. LXXXVL X A V E C P E R M I S S I O N. --- Page 396 --- --- Page 397 ---
A D I S C 0 U R S PRÉLIMINAIRE Su R les effets de la traversée d'Europe
aux Antilles. LE premier effet qu'on observe presque
aussitôt qu'on est embarqué , c'ell l'indifposition qu'on nomme communément mai
de mer. Ce sont des nausées & des vomissemens que le mouvement de la mer détermine. Cet effet n'a pas également lieu sur
toutes les personnes, ni dans toutes les
espèces de batimens, quoique également
exposés au gros tems ou à la mauvaise
mer. L'habitude de la mer y rend moins fujet. La disposition ou le tempérament rend
aussi plus ou moins susceptible des impreffions du mouvement. On y est beaucoup
plus sujet dans les premiers gros teins que --- Page 398 ---
2 MOYENS DE CONSERVER dans les seconds ; les tempéramens mous
& sensibles en sont plus affeâés que les
autres, & les femmes plus que les hommes. Plusje bâtiment sur lequel on se trouve
efl grand; plus les mouvemens paroissent
faire d'impression sur les entrailles. On
est plutôt pris du mal de mer sur un navire
-que sur un bateau, sur un vaisseau que
sur un navire, quoique cependant les secousses soient beaucoup plus vives & plus
fatiguantes dans uti petit bâtiment que dans
un grand. Le roulis , qui est le mouvement que fait le bâtiment d'un de ses
bords à l'autre , est beaucoup plus dur
& fatigue beaucoup plus, que le tangage
qui est le mouvement que fait le bâtiment d'une de ses extrémités à l'autre :
cependant il occasionne beaucoup moins
le mal de mer, que ne fait le tangage
qui paroît porter sur les entrailles l'effort
Iéuni de toute la masse du bâtiment. Nous
avons éprouvé & vu éprouver dans quelques secousses de tremblement de terre, un
tiraillement d'estomac semblable à celui
par lequel le mal de mer commence, quoique les secousses n'eussent été ni fortes ni
longues. Le mouvement d'une voiture produit sur quelques personnes un effet pareil à celui du mal de mer. ^ --- Page 399 ---
IL -À SANTÉ DES BLANCS, &C. $ A ij Quand le mal de mer dure peu de
tems, qu'il n'a lieu que dans le commencement de la traversée, qu'ensuite le corps
s'habitue aux mouvemens du bâtiment,
il efi plutôt salutaire que nuisible : l'ellomac se nettoie, le corps se fortisie, & on
se porte mieux après qu'auparavant. Otdinairement. il conflipe ; je l'ai vu arrêter
des dévoiemens qui étoient devenus habituels , & qu'on regardoit comme incul
rables.
dure peu de
tems, qu'il n'a lieu que dans le commencement de la traversée, qu'ensuite le corps
s'habitue aux mouvemens du bâtiment,
il efi plutôt salutaire que nuisible : l'ellomac se nettoie, le corps se fortisie, & on
se porte mieux après qu'auparavant. Otdinairement. il conflipe ; je l'ai vu arrêter
des dévoiemens qui étoient devenus habituels , & qu'on regardoit comme incul
rables. Les mouvemens de la mer fortisient lesentrailles, et rendent plus libre la circulation du sang dans les vaisseaux du basventre. Les habitans des îles qui, exténués par des maux de nerfs, par des
obstrudions au foie & à la rate , passent
en France pour y chercher leur guérison,
la trouvent souvent dans le bâtiment où
ils s'embarquent. Toutes les maladies ne sont cependant
pas susceptibles d'être guéries par la mer;
il n'y a que celles qui font Keffet d'une sorte
d'état convulsif du genre nerveux , ou
celles qui proviennent de l'affoiblissement
& de l'embarras des viscères du bas-ventre,
que la mer détruise pour l'ordinaire Mais
les maladies au contraire qui sont l'effet
de l'échauffement des humeurs, d'une --- Page 400 ---
4 MOYENS DE CONSERVER acrimonie dans le sang ou dans la lymphe,
ne peuvent que s'irriter dans les traversées,
comme nous avons eu occasion de le voir. Lorsque dans les premiers huit jours,
ou après les premiers gros tems, les malades , plutôt que de se trouver mieux,
empirent, il y a à présumer que la mer
ne leur sera pas salutaire. Les mouvemens
\ de la mer fortifient; mais aussi ils échauffent
& ne peuvent convenir à celui qui pèche
par réchauffement & l'acrimonie. On a ordinairement plus d'appétit, &
xm mange davantage en mer qu'à terre ,
sur-tout après qu'on a vomi ; donc la chaleur intérieure augmente, ainsi que l'action
des organes. Tout, ce qui est propre à fortisier les
nerfs de l'estomac, à détruire le spasme ,
,ou à: détourner l'irritation spasmodique
sur une autre partie, est propre à prévenir,
à calmer & même à détruire le mal de
mer. Les antispasmodiques, le safran surtout, soit intérieurement, soit extérieurement sur le creux de l'estomac ; le bon
air, l'exercice , la dissipation tant du corps
que de l'esprit ; rôdeur du vinaigre ou
d'autres choses for-tes,& agréables ; les masticatoires acres qui irritent la bouche,
comme de tabac ,, de pirèthre, de poivre,
, est propre à prévenir,
à calmer & même à détruire le mal de
mer. Les antispasmodiques, le safran surtout, soit intérieurement, soit extérieurement sur le creux de l'estomac ; le bon
air, l'exercice , la dissipation tant du corps
que de l'esprit ; rôdeur du vinaigre ou
d'autres choses for-tes,& agréables ; les masticatoires acres qui irritent la bouche,
comme de tabac ,, de pirèthre, de poivre, --- Page 401 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. f A iij de piment ; toutes ces choses conviennent
pour prévenir ou guérir le mal de mer,
qui devient toujours très-fatiguant quand
il dure trop long-tems. Nous n'avons jamais été à portée de
voir, une sorte de colique qu'on dit au-8
jourd'hui être particulière aux vaisséaux,
& qui est attribuée à l'insalubrité des émanations de la peinture, attendu qu'on n'obierve cette colique que chez les officiers
feulement. Il est très-possible, & même
prouvé que les émanations de la peinture
produisent cet effet, cependant moins
en mer qu'a terre où l'air est moins renouvelé. Nous avons navjgué, sur des
bâtimens marchands qui étoient nouvellement peints, mais où * à la vérité , la vie
étoit sobre & laborieuse. -
. C'fest une opinion auez généralement reçue , que le changement trop subit d-e climat est la causede presque toutes les maladies que l'on voit en mer. C'est en effet urt
principe certain en médecine;, que le plus
grand nombre des maladies ont leur Source
dans l'insalubrité de l'atmosphère. Mais on
fait aussi que ce qui rend l'stmosphère mal
faine , n'est pas quelques degrés de chaleur de plus ou de moins ; c'est l'humidité t
le croupissement 8c l'infection de l'air. --- Page 402 ---
6 MOYENS DE CONSERVER -* L'alternative du grand chaud au grand
froid cause bien des maladies; mais pour
cela il faut une sorte de surprise, ce qui
ne peut jamais arriver dans un bâtilnent;
auquel il faut. ordinairement douze ou
quinze jours pour pàsser du grand froid au
grand chaud. . On voit rarement des maladies sur terre
produites par l'alternative du chaud &
du froid, lorsqu'en même tems règne la
sécheresse, si on en excepte des pleurésies
& d'autres inflammations, mais qui n'ont
point le caractère épidémique. Les lieux
les plus sujets aux maladies malignes, sont
ceux où Fair n'a pas un cours libre, &les
plaines très-plates, qui conservent Peau de
la pluie: si la chaleur survient avec l'humidité , l'air s'infeâe & produit des épidémies malignes. Sur mer, si l'air quelquefois manque d'agitation, il est au moins
toujours libre; il ne peut y avoir en pleine
mer d'exhalaisons malfaisantes.
émique. Les lieux
les plus sujets aux maladies malignes, sont
ceux où Fair n'a pas un cours libre, &les
plaines très-plates, qui conservent Peau de
la pluie: si la chaleur survient avec l'humidité , l'air s'infeâe & produit des épidémies malignes. Sur mer, si l'air quelquefois manque d'agitation, il est au moins
toujours libre; il ne peut y avoir en pleine
mer d'exhalaisons malfaisantes. Il est certain néanmoins que le changement de climat apporte du changement
dans la constitution des tempéramens ;
mais ce changement s'opère en même tems
sur les solides & les fluides, puisque les
uns & les autres éprouvent J'effet du même
agent ; l'équilibre ne se détruit point, au --- Page 403 ---
LA SANTÉ DES BLANCS. 8CC. 7 1 A îv moins d'abord ; les fonâions se font toujours , & la santé se soutient. Il faut que
les tempéramenssoient naturellement bien
pétulans & bien sanguins, pour qu'à bord
des bâtimens où l'on ne se trouve à portée
de presque aucun excès, la seule raréfaâion, déterminée par la chaleur, puisse
occasîonner des limorrhagies ou des épanchémens ; c'esl ce que nous n'avons, pas
eu occasion d'observer. La raison est d'accord avec l'expérience :
tous ceux qui s'embarquent pour un voyage
de long cours, officiers & matelots, sont
également exposés aux effets du changement de climat ; mais les uns h. les autres
font exposés à d'autres causes de maladies
toutes différentes : les matelots, qui logent
les uns sur les autres à l'entre-pont, obligés toujours de sécher leurs hardes sur
leurs corps , & qui ont une nourriture
beaucoup plus mal saine, font beaucoup
plus sujets aux maladies. L'observation apprend , & les journaux
des navigateurs font foi, que les épidémies & les mortalités ont toujours commencé par les équipages, & ne règnent
sur les bâtimens , que lorsque la trop
grande quantité de monde surcharge &
infede l'air de trop d'exhalaisons mal saines; --- Page 404 ---
8 MOYENS DE CONSERVER - que lorsque les mauvais tems obligent de
se tenir renfermés dans le bâtiment, & de
respirer continuellement un air putride &
infed, & qui le devient d'autant plus, qu'il
se trouve de plus en plus échauffé & surchargé de la transpiration de beaucoup de
personnes; que quand une navigation plus
longue & plus périlleus% que celle à laquelle on s'attendoit, a porté l'ennui 8c
la consternation dans le cœur ae l'équipage & des soldats ; que quand enfin l'eau
& les, alimens manquent, ou font corrompus. < ^
Il eli fort rare dei voir le scorbut se
declarer dans les parages des Antilles,
ainsi que dans les traversées que l'on fait
pour s'y rendre. Nous ne l'avons jamais
vu aux îles que sur deux sujets, un blatidc-
& un noir. Il étoit survenu au blanc à la
fuite d'une fièvre maligne ; le noir l'avoit
contracté dans la traversée d'Afrique en:
^Amérique. Nous savons que le mauvais
air des bâtimens négriers, toujours sur-
- chargés de monde, y rend cette maladie
fort commune, quoique par sa nature
elle soit beaucoup plus rare dans les climats chauds que dans les climats froids.
jamais
vu aux îles que sur deux sujets, un blatidc-
& un noir. Il étoit survenu au blanc à la
fuite d'une fièvre maligne ; le noir l'avoit
contracté dans la traversée d'Afrique en:
^Amérique. Nous savons que le mauvais
air des bâtimens négriers, toujours sur-
- chargés de monde, y rend cette maladie
fort commune, quoique par sa nature
elle soit beaucoup plus rare dans les climats chauds que dans les climats froids. • Le scorbut nous a donc paru dépendre
d'une double dissolution du san g-, sereuse --- Page 405 ---
HK SAN-TÉ DES BLANCS, &C;' A
A . 1 - * • Mi1 * 1 « a k î & putride, & dilterer de la dissolution pu",
* rement séreuse qui constitue Je chlorosis
& la maladie d'Amérique qu'on nomme
mal d'eilomac, en ce que dans ces der.
mères il n'y a aucun mélange de putri-
.dite : il diffère aussi des fièvres peflilen-.
-ti elles, en ce que dans celles-ci 4a disïbJution paroît être purement putride &
dans le plus haut degré , suivant ce que
rapportent ceux qui ont vu ces maladies.
Delà nous pensons que lé scorbut qu'on
appelle froid, & qui s'approche infenfiblement par nuances de celui qu'on nomme
chaud, est celui qui tient davantage à ta
première espèce de dissolution, & .que
IL .chaud au contraire tient plus à la seconde. ' " ;> '> ciL r * Ce que nous avançons ici n'est pas de
:Pure théorie. Voici l'observation. 5 - Nous avons vu ce qu'on appelle le scorbut froid exister sans sièvre , sans beaucoup de chaleur y caractérisé par un senaiment plutôt-de fhoid que de chaud , par
des Epulies, des Echymoses en manière de
coups de verges lé long des lombes, des
sesses 8c des cuisses, par de grands placards
noirs sut les muscles des jambes & des bras,
5qui devenoient eh même tems fort durs ;
par-de fausses anchy loses, sur-tout dans les --- Page 406 ---
1 O MOYENS BË CO^SEKTEK genoux ; par des douleurs profondes dans
toutes les extrémités inférieures , qui augmentoientle foir; par des douleurs extraor-
¿inaires dans les régions lombaires , & s'é«
tendant le long des cuisses ; souvent par des
hydropisies des jointures; quelquefois par
le détachement des cartilages des côtes d'a.
vec la portion osseuse, détachement qui
commence par une tumeur dans l'endroit
de l'union , qui se raffermit quand le ,scor.
but guérit, Se sinit enfin par l'hydropisie, ou une défaillance subite en mangeant , en allant à la garde-robe, ou en
s'habillant. - i A l'ouverture des cadavres, nous avons
. toujours trouvé le sang insiltré dans le
tissu cellulaire de la peau & des muscles ;
v la membrane extérieure de tous les viscères du bas-ventre ordinairement noire &
macérée, tandis que les autres étoient blan-
. ches; le cœur flasque & presque vide; le fang
dans les- gros vaisseaux noirâtre et dissous ,
'.& les cadavres exhalant une odeur aigre ,
fétide, êc nauséabonde. Ceux qui s'étoient
plaint le plus de maux de reins , avoient le
tissu cellulaire des environs de ces organes
extrêmement noir ; les eaux des hydropiques étoient toujours sanguinolentes ;
-la synovie étoit rouge & grumeleuse > 8t les
que & presque vide; le fang
dans les- gros vaisseaux noirâtre et dissous ,
'.& les cadavres exhalant une odeur aigre ,
fétide, êc nauséabonde. Ceux qui s'étoient
plaint le plus de maux de reins , avoient le
tissu cellulaire des environs de ces organes
extrêmement noir ; les eaux des hydropiques étoient toujours sanguinolentes ;
-la synovie étoit rouge & grumeleuse > 8t les --- Page 407 ---
LÀ SANTI DES BLANCS, &c. IX cartilages des jointures souvent érodés
chez ceux sur-tout qui avoient des hydropisses des articles ; chez ceux dont les cartilages des côtes étoient vacillans, on y
rencontroit une matière noire. Dans le scorbut chaud , au contraire ,
nous avons presque toujours vu de la
fièvre , plus ou moins de chaleur, & plus
ou moins de rapidité dans ses progrès,
suivant qu'il approchoit plus ou moins
de la nature des sièvres pestilentielles ;
plutôt des pétéchies que des échymoses.
Nous avons vu cette espèce beaucoup plus
contagieuse & avec un degré de pourri..
ture beaucoup plus grand , & être Souvent la suite du scorbut de la première
espèce. Après la mort, les cadavres étoient
aussitôt corrompus & météorisés , & ne
présentoient par-tout que les effets & le
caractère de la pourriture ; la mollesse 8c
la lividité des chairs , une grande fétidité,
le sang plus noir & contenant plus d'air
dégagé, beaucoup moins d'engorgement
que dans l'espéce précédente. Telles sont les observations que nous
avons faites sur le scorbut dans les hôpitaux
où nous avons reflé long-tems. Le peu
que nous en avons vu de produit à la mer, --- Page 408 ---
12 MOYENS DE CONSERVER - nous a fait connoitre qu'il n'étoit pas beauJ
coup différent de celui que nous avion.
observé dans les hôpitaux de Paris. --- Page 409 ---
:LA SANTÉ DES BLANCS, &C. 13 DE l'effet du climat sur les tempéramens y & des moyens d'y remédier ad
de Véviter. IL suit de ce que nous avons avancée
que l'air aux Antilles a moins de ressort
qu 'en France , son aélivité ne venant que
de l'agitation où il se trouve : qu'il esi
chaud & humide depuis le mois de juin
jusqu'en novembre, moins chaud & plus
humide depuis novembre jusqu'en janvier,
quelquefois jusqu'en mars; ordinairement
tempéré en février, mars & avril; chaud
& sec en mai, & quelquefois en juin ; que sa
température varie non-seulement par rapport à la saison, mais encore suivant la
disposition des lieux ; il est très-chaud dans
les gorges abritées par les montagnes, toujours frais 8c humide dans les lieux élevés;
toujours humide dans les lieux aquatiques;
plus sec dans les endroits dénués de sources
& de rivières : que , suivant les heures du
jour, la température change encore ; frais
le matin & le soir, souvent à incommoder,
depuis le mois de novembre jusqu au mois
lement par rapport à la saison, mais encore suivant la
disposition des lieux ; il est très-chaud dans
les gorges abritées par les montagnes, toujours frais 8c humide dans les lieux élevés;
toujours humide dans les lieux aquatiques;
plus sec dans les endroits dénués de sources
& de rivières : que , suivant les heures du
jour, la température change encore ; frais
le matin & le soir, souvent à incommoder,
depuis le mois de novembre jusqu au mois --- Page 410 ---
X4 MOYENS DÊ CO^SERVÉR d'avril , tandis qu'il fait toujours fort chaud
dans la sorce du jour : tout d'un coup c'esï:
une pluie d'orage assez froide 8c qui tombe
par séaux; la nuée passée, c'est un soleil qui
dessèche tout-à-coup. Nous avons encore observé que les alituens du pays étoient grossiers, peu nourissans, & de nature froide tendante à l'acide;
qualité qu'on ne corrige souvent que trop
par la quàntité de drogues acres qu'on
fait entrer dans les assaisonnemens. Nous,
ajouterons encore que tout travail est dur
& fatiguant aux îles ; que les occasions de
chagrin & de désespoir y sont très-fré-*
quentes, ainsi que celles de divertissement,
d'excès & de débauche. Celui qui arrive aux îles a d abord le
sang rarésié & disposé à l'inflammation
tant par la chaleur du climat que par la
fatigue du voyage. Le principe vital s'irrite facilement à l'abord d'une chaleur subite. Mais l'effet secondaire de cette chaleur , est le relâchement qui succède à
la tension. Les solides ne tardent pas à se
détendre, à se relâcher, & à perdre de
leur adion. Les sucs qui ont été raréfiés,
se dissolvent & dépérissent. Les organes
bientôt affoiblis , les sucs demeurent plus
crudç, plusaqucux, ce qu'on appelle moins --- Page 411 ---
LA SANTÉ DES BLANCS , &c. IÇ animalisés. Cependant la chaleur humide
entretenant toujours un mouvement de
pourriture, rend la bile plus abondante,;
mais d'autant moins active, que les sucs
d'où elle émane ont eux-mêmes peu d'activité. Pela ces conslitutions molles, sen-* .
bibles y pituiteuses & bilieuses que nous
voyons aux îles. La bile dans l'état
de santé, malgré son abondance, n'agit
que foiblement sur les organes, laisse souvent siagner les humeurs dans les entrailles,
& n'empêche, dans aucun âge, la génération d'une quantité de vers. Ce n'est
que dans le cas de maladie * quand cette
humeur a été échauffée par la sièvre, ou
altérée par les passions de rame, que
nous l'avons vue contracter une acrimonie
insigne & corrosive. Mais cette constitution, quoique générale , n'est pas égale dans toutes les saisons, dans tous les lieux, & chez toutes
les personnes. Nous avons déja vu que dans
les saisons chaudes & humides elle étoit
plus bilieuse , ainsi que dans les lieux
chauds & marécageux ; que dans les saisons fraîches & humides, ainsi que dans
les lieux fort élevés3 dans les montagnes,
elle étoit plus pituiteuse ; que dans les
saisons & les lieux secs & chauds, elle
, quoique générale , n'est pas égale dans toutes les saisons, dans tous les lieux, & chez toutes
les personnes. Nous avons déja vu que dans
les saisons chaudes & humides elle étoit
plus bilieuse , ainsi que dans les lieux
chauds & marécageux ; que dans les saisons fraîches & humides, ainsi que dans
les lieux fort élevés3 dans les montagnes,
elle étoit plus pituiteuse ; que dans les
saisons & les lieux secs & chauds, elle --- Page 412 ---
116 MOYENS; DE CONSERVER - devenoit plus sèche & plus Inflammatoire,
quand la sécheresse régnoit avec la fraîcheur. -• , A l'égard des personnes, les Européens
qui arrivent viennent la plupart avec un
fang riche , avec une fibre forte & roide
que la chaleur parvient bientôt à relâcher *
mais qui ne perd pas pour cela tout-à-coup
sa première force: & sa prernière vigueur,
Ce n'est : qu'avec le tems & après plusîeurs années, que les solides & les fluides ^
par radion consiante, d',une atmosphère
chaude & le plus souvent humide, par le
changement des alimens, ou par l'effet
de,s maladies 3 perdent absolument leur première conslitution, se créolisent, comme
l'on dit, 8c que le tempérament se met
à l'unisson du climat. Aussitôt qu'on 'est débarqué, on est
exposé à l'action de l'air de terre, qui eff
différent de. celui de mer, lx: à celle
de la, chaleur qui esl aussi plus grande à
terre qu'en mer. Il s'ensuit nécessairement
une révolution dans l'économie animale ,
d'autant plus. sensible que les sujets ont
été pins échauffés & plus fatigués par la
mer ; révolution qui, suivant les circonstances,, peut être ou falutaixe ou pernicieuse, ' Il --- Page 413 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C. îj B Il y a ensuite la propension à se laisser
aller aux abus & aux excès des choses dont
ils ont été privés sur mer. Delà, chez les
arrivans , des maladies qui tiennent à la
nature inflammatoire de leur tempérament , & que la nature du climat rend
bientôt putrides. Les Créoles au contraire , ainsi que
ceux qui sont déjà créolisés , ont la fibre
naturellement molle, &, par cette même
raison, les nerfs très-sensibles. Ils ont peu
de force, mais beaucoup de véhémence;
la vivacité se trouve à côté de la langueur %
& l'activité près du découragement. La
mollesse & la souplesse musculaire se trouvent reunies à la tension nerveuse : le
corps & f esprit sont aptes à tous les exercices, spécialement ceux des Crépies; mais
ils sont incapables de se sixer & de résister
long-tems au travail ; ordinairement avides
des plaisirs; mais absolument apathiques,
si l'ame- se tourne du côté de la tristesse.
Leurs humeurs , qui tendent à la dissolution , & qui tendent plutôt à l'aigre qu 'à
l'alkalescence , ont cependant un degré
d acrimonie que leur donnent l'air salin les
alimens salés, & peut-être aussi les affections nerveuses. Elles sont dans l'état de
sauté moins près de la putréfaction, parce
-tems au travail ; ordinairement avides
des plaisirs; mais absolument apathiques,
si l'ame- se tourne du côté de la tristesse.
Leurs humeurs , qui tendent à la dissolution , & qui tendent plutôt à l'aigre qu 'à
l'alkalescence , ont cependant un degré
d acrimonie que leur donnent l'air salin les
alimens salés, & peut-être aussi les affections nerveuses. Elles sont dans l'état de
sauté moins près de la putréfaction, parce --- Page 414 ---
18 MOYENS DE CONSERVER que nos sucs sont d'autant plus éloignés de
cet état , qu'ils sont peu ànimalisés: mais
aussi elles sont plus près de la dissolution séreuse, parce que leur agrégation est moins,
parfaite. Outre qu aux îles les temperamens font pituiteux , bilieux, mous &
sensibles ,il y a beaucoup plus de personnes
sèches que de grasses , surtout celles qui
ont les nerfs très-irritables. La peau est
ordinairement douce molle & blanche.
Les femmes sont pâles. On ne voit guères
de tempérament sanguin que chez les ensans qui, dans ces climats, sur-tout dans
les lieux sains 6c secs, croissenttres-promptement. La fortune apporte encore des différences dans les tempérament , a cause de la
manière de vivre. Les personnes riches qui
n'éprouvent ni misère, ni chagrin ni inquiétude , & qui vivent à l'européenne,
c'est-à-dire qui usent de bons alimens 8c
s'amuient, ont le tempérament plus fort &
plus sanguin que ceux qui ont des peines
de corps & d'esprit , & qui se nourrissent
mal, c 'est-à-dire des alimens du pays. Leur
sang est mieux coloré, plus rutilant, &
tend davantage à l'inflammation. Toutes
les humeurs sont en général mieux constituées; la bile est plusaftive i les embarras --- Page 415 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. ÏÛ B ij qui se forment ont davantage le caractère
de l'inflammation; les fièvres bilieuses
tendent beaucoup plus à la pourriture
& ont des suites beaucoup plus funestes
que chez les autres où toutes les humeurs
sont lentes & muqueuses, le sang séreux
& la bile peu adive. Chez ceux-ci ce sont
les maladies chroniques quifont à craindre;
mais ils sont exempts des fièvres putrides
malignes. Parmi les Nègres, les seuls sujets
à ces sortes de sièvres sont les Nègres
domefliques qui font bonne chère. Ceux
qui boivent beaucoup de taffia sont souvent attaques d înp^gae^tions au foie %
au bas-ventre , oimla^ii^^ lesquelles
font toujours fort dan ereü & difficiles à guérir. La.fortune 8c^Afki£e-efô/ndant n'empêchent pas les penbaîk^rches de tomber tout-a-coup dans une sorte d aneantmement d'estomac; maladie qui consiste dans
une dépravation des digestions qui deviennent de plus en plus difficiles, avec
une sorte de foiblesse & d'anéantissement
dans toutes les parties du corps. Cette maladie, qui est tres-commune aux îles, vient
souvent à la suite d'une indigeiiion même
légère : souvent, dans les premiers jours,
le malade ne s'en apperçoit pas lui-même ;
ches de tomber tout-a-coup dans une sorte d aneantmement d'estomac; maladie qui consiste dans
une dépravation des digestions qui deviennent de plus en plus difficiles, avec
une sorte de foiblesse & d'anéantissement
dans toutes les parties du corps. Cette maladie, qui est tres-commune aux îles, vient
souvent à la suite d'une indigeiiion même
légère : souvent, dans les premiers jours,
le malade ne s'en apperçoit pas lui-même ; --- Page 416 ---
2O MOYENS DE CONSERVER ce sont ses amis qui l'en avertirent. Les
personnes dont les nerfs sont fort sensibles
y sont plus sujettes que les autres. Nous
ne parlons pas des affeaions vaporeuses
que la mollesse 8c l abus des plaisirs occasionnent chez les femmes riches aux îles.
On sait que c est la même chose par-tout.
Le tempérament inné conserve toujours
dans la conflitution un caractère que l'influence du climat 8c l'effet des maladies
ont bien de la peine à effacer. Un homme
qui naît avec des organes bien constitués,
forts 8c robustes, un tempérament sanguin
par conséquent, conserve d'abord cette
constitution dans son enfance. S'il efl aisé 8c
qu'il se nourrisse bien, cet état se soutient
dans la jeunesse, pourvu que la débauche
ne le détruise pas. Nous avons remarque
qu'aux îles la débauche étoit la seule cause
du dépérissement des bonnes conflitutions
chez les jeunes Créoles : l'echauffement 8c
l'épuisement qui en résultent les dessèchent;
leur tempérament, de sanguin qu'il étoit
auparavant, devient sec, pituiteux, 8c les
maux de nerfs les accablent. Les maladies que peut essuyer un jeune
homme né avec un temperament sanguin ,
ne produisent pas ce même effet : elles altèrent bien pour un temps sa constitution ; --- Page 417 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C. 21 B iij mais ses organes , doués d'une force
que la nature y a posée elle-même dès la
première conformation , reprennent bientôt le degas , & le tempérament, au bout
de quelque tems 3 se rétablit dans son premier état. Nous sommes bien éloignés de regarder ce
tempérament comme commun dans les îles. Nous observerons que, quoique cette
conflitution ne soit point analogue avec
le climat, & qu'elle mette ceux qui en
sont doués dans le cas d'essuyer souvent
des maladies inflammatoires , sur-tout a la
poitrine, cependant elle (e soutient beaucoup mieux chez les Créoles que chez les
Européens qui arrivent. Les organes des
premiers, accoutumés aux impressions de
la chaleur, se prêtent beaucoup mieux à
ses effets ; les maladies qu'ils font ont
bien le caractère de leur constitution 3 &c
exigent un traitement analogue; mais quand
ils se ménagent, ils ne sont pas plus sujets
aux maladies que les autres : s'ils ont la
fibre forte, elle est en même tems souple.
Les tempéramens bilieux 8c secs , qui sont
plus communs aux iles , l'ont au contraire
plus tendue.
, accoutumés aux impressions de
la chaleur, se prêtent beaucoup mieux à
ses effets ; les maladies qu'ils font ont
bien le caractère de leur constitution 3 &c
exigent un traitement analogue; mais quand
ils se ménagent, ils ne sont pas plus sujets
aux maladies que les autres : s'ils ont la
fibre forte, elle est en même tems souple.
Les tempéramens bilieux 8c secs , qui sont
plus communs aux iles , l'ont au contraire
plus tendue. Les Européens, ainsi que les Créoles
qui ont passé un certain tems en France * --- Page 418 ---
22 MOYENS DE CONSERVER & qui ont un temperament sanguin ,
éprouvent de grandes révolutions en arrivant en Amérique, sur-tout s'ils donnent
dans les excès où la nature de leur tempérament les porte naturellement. Autrement l'action lente de la chaleur & des
autres agens influe insensiblement, attaque peu à peu leur conflitution primitive,
sur-tout chez les Européens , jusqu'à la
faire disparoître , ou au moins la masquer
entièrement. Si, dans la suite, les fièvres,
le chagrin 6c l'inquiétude s'y joignent, le
tempérament s'altère au point que les sujets tombent dans un état cachectique qui
les oblige de faire un nouveau voyage de
France, s'ils veulent éviter une fin prématurée 6c languissante. Les Créoles bien
conflitués, 6c qui n'ont pas sorti du pays ,
n'éprouvent pas ces révolutions. Ce qui
prouve encore le changement singulier
que le climat des Antilles apporte dans
la constitution du sang, en le rendant moins
abondant, plus séreux 6c moins fougueux ;
ç'eil que nous avons vu beaucoup de gens
avoir été sujets en France à des hémorragies , soit du nez, soit de la poitrine, &c.
6c ne s'en être plus ressentis après un certain tems de séjour aux îles: c'est encore
moins de force 6c la pâleur terne qui --- Page 419 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C. 23 B iv font aisément reconnoître celui qui secréolise, c'est-à-dire , qui s'habitue au climat.
Nous ne prétendons pas néanmoins avancer que les hémorrhagies ne puissent arriver aux îles ; nous y en avons vu de toute
espèce, produites par l'érosion, l'engorgement , & la rupture des vaiiTeaux ; mais
il paroît toujours que celles qui sont occaiîonnées en France , par une trop grande
quantité d'un san^ trop louable, sont
beaucoup moins fréquentes en Amérique.
La maladie la plus ordinaire chez les
femmes, & sur-tout chez les demoiselles
qui ne sont pas mariées de bonne heure ,
c'est la suppression des règles ; mais elle
ne cause point aux îles les mêmes désordres qu'en France : les pâles couleurs
en sont souvent les seules suites. Les conslitutions sont ordinairement
plus fortes &c plus sanguines dans les
endroits les plus sains, c'est-à-dire, dans
les lieux secs , bien aérés, moyennement
élevés, & qui se trouvent situés entre la
chaleur du bas des côtes & la fraîcheur
humide du haut des montagnes, Quand le tempérament sanguin est joint
à beaucoup de mollesse dans la fibre ,
il dégénère bientôt aux îles en tempéra-
Les conslitutions sont ordinairement
plus fortes &c plus sanguines dans les
endroits les plus sains, c'est-à-dire, dans
les lieux secs , bien aérés, moyennement
élevés, & qui se trouvent situés entre la
chaleur du bas des côtes & la fraîcheur
humide du haut des montagnes, Quand le tempérament sanguin est joint
à beaucoup de mollesse dans la fibre ,
il dégénère bientôt aux îles en tempéra- --- Page 420 ---
24 MOYENS DE CONSERVER ment bilieux : s'il a trop de rigidité, il
devient atrabilaire. Les tempéramens bilieux se rencontrent fréquemment chez les personnes qui,
quoique riches & se nourrissant bien,
ont du chagrin & de l'inquiétude , & qui
habitent les lieux bas & marécageux. On
observe chez ces derniers un mélange
de bile & de phlegme , & pour l'ordinaire
des obstru&ions habituelles au foie & à
la rate , qui impriment sur leur visage une
paleur terne & jaunâtre , qu'on connoît
aux îles sous le nom de couleur à patates ,
( ce son.t.des racines que l'on mange dans
le pays), & qui diflingue les habitans des
paletuviers près de la mer ; tandis que
ceux des montagnes fraîches & trop humides ont une couleur pâle & sont bouffis , ce qui indique un tempérament trop
pituiteux. Ceux des montagnes sèches &
arides se reconnoissent à une température
sèche , & a un teint basané & noirâtre qui
indique le tempérament atrabilaire. ^ De tous les tempéramens, ceux qui
réussissent le mieux aux îles,' sont les secs
& les pituiteux , pourvu que l'eflomac soit
bon, qu'il ne s'y amasse pas trop de crudités , & que l'action des- vaisseaux soit
auez forte pour entretenir entre les par- --- Page 421 ---
LA SANTÉ DES BLANC S &C. 2% ties du sang un degré de cohésion qui les
empêche de tomber en dissolution. Ces
fortes de constitutions qui ne sont point
fougueuses, se livrent rarement aux excès,
& supportent aisément toutes les vicissitudes, & sur-tout les impressions de la
chaleur. Mais si le tempérament phlegmatique
efi accompagné de foiblesse des organes,
de l'eflomac sur-tout, les sucs sont mal
élaborés, & abondent en crudités; le sang
esl d'une texture plus foible , la bile ell
peu adive. C'est le tempérament le plus
ordinaire chez les nègres et les pauvres
qui sont depuis long-temps dans le pays ;
ils n'ont point à craindre les maladies vives , sanguines ni putrides : mais un Européen qui passe avec un pareil tempérament,
tombe bientôt dans un état de cachexie, ôe
finit par périr au bout de quelques années,
d'obftru&ions & d'hydropisie. Les Créoles
vivent long-temps avec ce tempérament.
rament le plus
ordinaire chez les nègres et les pauvres
qui sont depuis long-temps dans le pays ;
ils n'ont point à craindre les maladies vives , sanguines ni putrides : mais un Européen qui passe avec un pareil tempérament,
tombe bientôt dans un état de cachexie, ôe
finit par périr au bout de quelques années,
d'obftru&ions & d'hydropisie. Les Créoles
vivent long-temps avec ce tempérament. Les tempéramens bilieux sont ceux qui
réussissent le moins aux isles, et ceux qui
demandent le plus de ménagement. Ceux
qui sont bilieux 8c secs , ont beaucoup à
craindre des premiers effets de la chaleur,
& sur-tout de l'abus des plaisirs auxquels
leur tempérament les fait incliner. Ceux qui --- Page 422 ---
26 MOYENS DE CONSERVER font humides , ont plus à craindre pour les
fuites ; la bile qui augmente par l'effet de
la chaleur humide, détermine souvent des
fièvres bilieuses, qui deviennent ordinairement malignes ; il se forme fréquemment des engorgemens de bile dans les
viscères , dans le foie sur-tout ; &c les personnes bilieuses, aux îles, ont presque toujours le foie oblirué. Sous le vent des
îles, c'est-à-dire , au bas de la côte de
l'ouest, dans les gorges où les montagnes
mettent à l'abri du vent, & concentrent
la chaleur, la bile domine beaucoup, mais
ne tend point à la pourriture , comme
dans les lieux bas & humides; les maladies
qu'elle occasionne sont des obstructions
au foie , des inflammations & des abscès. Les Provençaux, quoique nés dans un
climat plus chaud, &. plus habitués à la
chaleur que les autres habitans de la
France, s'accoutument cependant plus
difficilement aux îles; nous pensons que
c'esi à cause de leur temperament naturellement bilieux , & de leur caractere
sensible qui leur fait toujours prehdre fort
à coeur les différens événemens qui leur
arrivent. Tout homme.aux îles, dont l'état eiï de
travailler à l'ardeur du soleil, à la pluie y --- Page 423 ---
LÀ SANTÉ DES BLANCS &C 27 ou dans l'humidité des bois, éprouve une
revolution beaucoup plus grande & plus
prompte que celui dont la profession est de
travailler à couvert. C'est par cette raison
que la culture de la terre paroît être impraticable par les bras des Blancs , & que
les Nègres nés dans le pays, ou dans un
climat semblable , & accoutumés dès leur
jeunesse à ce travail, réussissent beaucoup
mieux que les pauvres Blancs qui, quoique
également accoutumés au travail en France,
ne le supportent qu'avec peine aux îles,
lorsqu'ils veulent se mettre à terrasser ou
a défricher des bois. C'est ordinairement
d'anciens soldats & d'anciens matelots restés dans le pays, qui s'occupent de ces
exercices, auxquels ils ne résistent pendant quelque tems, que par la quantité
de rhum ou de taffia qu'ils boivent ;
mais au bout de quelques années, on les
voit bientôt tomber dans un état de cachexie être attaqués d'obstructions, particulièrement à la rate, & succomber sous le
poids de la misère, quoiqu'ils eussent toujours assez bien soutenu les fatigues de
leurs premiers états. Nous avons toujours
vu les soldats & les matelots conserver
leur santé , 8t n'avoir que quelques maladies particulières , tant qu'ils ont été
rhum ou de taffia qu'ils boivent ;
mais au bout de quelques années, on les
voit bientôt tomber dans un état de cachexie être attaqués d'obstructions, particulièrement à la rate, & succomber sous le
poids de la misère, quoiqu'ils eussent toujours assez bien soutenu les fatigues de
leurs premiers états. Nous avons toujours
vu les soldats & les matelots conserver
leur santé , 8t n'avoir que quelques maladies particulières , tant qu'ils ont été --- Page 424 ---
18 MOYENS DE CONSERVER sages, & qu'ils n'ont pas reflé dans de
mauvais ports &fde mauvaises garnisons.
Mais les ports les plus assurés pour les
vaisseaux sont ceux qui sont les plus abrités , où la mer est plus tranquille, & dont
le fond est de vase , les plus mal sains par
conséquent. Les1 grands forts font dans les
lieux presque inaccessibles , sur les montagnes , Se par consequent leur situation est
plus faine. Dans les lieux mal sains, les milices nationales de Mulâtres libres y réussissent- assez , parce que ces sortes de gens
sont habitues à respirer l'air des marécages. Lé réfomé de tout ce que nous avons
dit, est que l'influence du climat des
Antilles , & des choses non naturelles,
Cause , dans lés humeurs de ceux qui
arrivent, une turgescence plus ou moins
grande, suivant que leur tempérament ést
.plus ou moins vif & sanguin ; que cette
turgescence est une' disposition a la maladie, maïs qu'il est fort rare qu'elle ait
son effet par elle-même, fî d'autres causes
secondaires ne viennent la mettre en jeu;
que l'effet secondai re du climat est de relâcher les solides , Sc d'anffoiblir les organes ;
de diminuer par conséquent la force aggrégative du ftcrg 8c l'aftivité des humeurs,
de les laisser plus crues , plus lentes, & --- Page 425 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C. ËQ moins animalisées ; qu'ainsi le tempérament national est mou, sensible, pituiteux &. bilieux , mais que ce tempérament étoit dans le cas d'avoir des nuances
vers d'autres tempéramens opposés; que
çeux qui renvoient le plus, aux îles, étoient
le pituiteux & le sec; que celui qui résistoit
le moins étoit le bilieux; & ensin que les
tempéramens forts & sanguins avoient besoin de beaucoup de ménagement d'abord.
Nous allons maintenant entrer dans le dé- (
tail des précautions & des moyens à prendre
pour conserver la santé. Quand les passagers arrivent aux îles ,
& qu'ils débarquent , si la traversée a été
douce , comme elle l'est ordinairement,
il est fort rare que la seule révolution
qu'ils éprouvent puisse par elle-même dé^
truire l'équilibre, & produire une maladie
décidée. Mais il arrive quelquefois que
lorsqu'on a été fort échauffé par une traversée longue &. satigante, on porte en
soi le germe d'une maladie , quoiqu'on
paroisse assez bien se porter, & que la
révolution de la terre le dissipe ou le développe. Quand on est dans ce cas , on
doit sentir la nécessité où l'on est de
prendre les plus grandes précautions.
^
truire l'équilibre, & produire une maladie
décidée. Mais il arrive quelquefois que
lorsqu'on a été fort échauffé par une traversée longue &. satigante, on porte en
soi le germe d'une maladie , quoiqu'on
paroisse assez bien se porter, & que la
révolution de la terre le dissipe ou le développe. Quand on est dans ce cas , on
doit sentir la nécessité où l'on est de
prendre les plus grandes précautions. Autrefois les passagers qui arrivoient --- Page 426 ---
30 MOYENS DE CONSERVER aux îles étoient pris d' une maladie particulière qu'on nommoit mal de Siam, parce
qu'on croyoit que les premiers qui en
avoient été attaqués venoient de Siam 1
& que cette maladie -en avoit été apportée. C'étoit une sorte de fièvre colliquative,
très-aiguë, commençant par un grand mal
de tête ; elle étoit accompagnée de prostration de forces, de défaillances & de syn-
.copes: ce qui faisoit son caractère c'étoient
t les hémorrhagies ; le malade rendoit le
sang par toutes les voies ; il devenoit jaune,
& perissoit dans deux ou trois jours. Cette
maladie * qui étoit contagieuse, fut d'abord
traitée par d'abondantes saignées, mais
sans succès : on fut plus heureux moyennant
l'usage intérieur des acides, & leur application extérieure. Ce que nous avançons ici
. n'est que sur le rapport des autres ; cette
maladie n'exifloit plus à notre arrivée aux
Antilles. Quelles ont été ses causes qui
probablement n'ont été que passagères?
Quelles ont été celles de son extindion?
Les causes de cette maladie existoient-elles
dans le pays? se rencontroient-elles dans
les bâtimens ? ou étoit-ce dans l'atmosphère
qu' on traversoit dans la route ? Cette maladie ne paroissoit point provenir des parages que l'on traversoit, puis- --- Page 427 ---
LA SANTÉ DES BLANCS , &C. 31 que les bâtimens, après avoir traversé les
mêmes parages , en étoient exempts,
quand ils avoient une autre deflination.
Ses causes ne pouvoient pas non plus
résider dans l'intérieur du bâtiment ,
puisque d'autres bâtimens construits, armés & avitaillés de même , ne l'éprouvoient pas, quand ils alloient en d'autres
endroits : enfin elle n'étoit pas endémique dans le pays, puisqu'elle ne prenoit qu'aux arrivans , en sortant des bâti.
mens; & quand d'aùtres l'avoient, ce n'étoit que par le moyen de la contagion.
Mais ce qui paroît éclaircir la difficulté ,
c'est que cette maladie n'a régné que pendant le tems qu'on a mis à défricher les
terres basses & marécageuses des bords de
la mer; qu'elle est devenue plus rare à
mesure qu'elles se sont desséchées , &
qu'elle s'est enfin éteinte , quand elles
1 ont été presque entièrement. Ces exhalassons , qui ne faiïoient rien à ceux qui
y étoient habitués, ( comme nous voyons
encore que, dans les lieux mal sains, il
meurt beaucoup moins de ceux qui y demeurent habituellement, que de ceux
qui ne font qu'y passer ou y arriver ), saisissoient les Européens accoutumés à un
air tout différent, déja échauffés par la
échées , &
qu'elle s'est enfin éteinte , quand elles
1 ont été presque entièrement. Ces exhalassons , qui ne faiïoient rien à ceux qui
y étoient habitués, ( comme nous voyons
encore que, dans les lieux mal sains, il
meurt beaucoup moins de ceux qui y demeurent habituellement, que de ceux
qui ne font qu'y passer ou y arriver ), saisissoient les Européens accoutumés à un
air tout différent, déja échauffés par la --- Page 428 ---
32 MOYENS DE CONSERVER traverse , & qui sou vent y donnoient
encore lieu par les excès auxquels ils se
livroient en débarquant. Ôn n'a pas vu souvent cette maladie à la Basse-Terre-Guadeloupe qui esi un endroit sec : elle étoit
très-fréquente au fort royal de la Martinique , & à Saint-Pierre. y Il faut aux îles environ dix-huit mois
ou deux ans, suivant la plus ou moins
grande roideur de la fibre, pour que le
tempérament se fasse au climat. C'est par
conséquent dans ce tems qu'il faut user de
plus de précautions, en évitant tous les
excès. Les excès, les plus nuisibles aux îles,
sur-tout pour les arrivans d'Europe, qui
ont les humeurs échauffées, & par cette
raison une pente plus forte vers les plaiúrs, sont ceux des femmes, du vin, des
liqueurs y de la danse & du jeu, par conséquens des veilles, ceux de la table :
d autres se livrent trop tôt à une marche
forte, ou à un travail pénible , ou s'exposent sans précautions au soleil & aux in.
jures de l'air, à la pluie & au se rein,. Il
y a l'excès des précautions qui a aussi ses
inconvéniens. Il est aisé de concevoir que si, au lieu
de se reposer 8c de se rafraîchir, en arrivait, --- Page 429 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 33 C vant, pendant une quinzaine de jours ou
trois semaines , on se livre à ses plaisirs,
du côté des femmes, de la danse ou des
veilles : ces excçs qui échauffent & épuisent
en même tems, déterminent des maladies
inflammatoires d'autant plus violentes &
d'autant plus promptes, que les humeurs
déja échauffées sont plus susceptibles de
raréfaâion & d'engouement; & que les solides étant déjà érétisés & abattus par 1 epuisement, 1 action vitale est dans le cas de
succomber aussitot que l'érétisme tombe.
Il est encore d'autant plus difficile de porter remède à ces sièvres, que provenant
de deux principes tout-à-fait différens,
1 inflammation & l'puisement , il n'est
guère possible de remédier à l'un sans nuire
al autre : les moyens propres à tempérer
1 inflammation ne sont pas propres à relever les forces, comme ceux propres à relever les forces ne calment pas l'inflammation. On est souvent obligé de s'en tenir
aux grands soins, c'est-a-dire à beaucoup
d'assiduités de la part de ceux qui gardent
( la plupart des malades périmant aux
îles, faute de ces spins qui ne dépendent
pas du Médecin), aux boissons tempérantes, &aux lavemens de même nature : les
les moyens propres à tempérer
1 inflammation ne sont pas propres à relever les forces, comme ceux propres à relever les forces ne calment pas l'inflammation. On est souvent obligé de s'en tenir
aux grands soins, c'est-a-dire à beaucoup
d'assiduités de la part de ceux qui gardent
( la plupart des malades périmant aux
îles, faute de ces spins qui ne dépendent
pas du Médecin), aux boissons tempérantes, &aux lavemens de même nature : les --- Page 430 ---
34 MOYENS DE CONSERVER saignées devant être très-moderees, a caule
de l'épuisement. L'abus du vin & des liqueurs échauffe
& enflamme le sang, précisément dans un
tems qu'il auroit besoin d'être rafraîchi.
Si les tempéramens sont vifs & sanguins,
il résulte de ces excès , des maladies inflammatoires très-dangereuses. Le vin pur
& les liqueurs , quoique nécessaires prises
modérément, comme cordiales & siomachiques, quand le sang peche par la dissolution , & les solides par le relâchement , sont souvent pernicieuses pour un
arrivant qui' a la fibre forte & le sang disposé à l'inflammation. Si y après que l'influence du climat a
changé la nature du sang, le vin pur,
& les liqueurs prises modérément , sont
devenues nécessaires , il ne s 'ensuit pas
pour cela que leur abus ne puisse nuire ,
sur-tout si l'habitude n'y a pas rendu insensible , comme il arrive chez les ivrognes
de profession. On a toujours à craindre
les effets de la raréfaction du sang , &c
celui de l'agacement des nerfs. Ceux qui
donnent dans l'ivrognerie sont sujets,
comme en France, au tremblement, à la
paralysie, & aux maladies du foie. L'excès
de mollesse & d'oisiveté ne peut que pré- --- Page 431 ---
'LA SANTÉ DES BLANCS, &C. AÉ C ij Venir les maladies qui ont coutume d'attaquer les débarquans : mais , à la longue,
le tempérament s'affoiblit beaucoup plus.
que si on prenoit un exercice modéré ;
il devient vaporeux & languissant; l'action
musculaire s'affoiblit, tandis que la senfibilité nerveuse augmente & devient prefque insupportable, Ce genre de vie , d'un
autre côté , irrite les passions, & détermine à tomber dans les excès dont nous
venons de parler. Si la vie oisive est pernîcieuse, l'abus
du travail l'est encore plus ; Se il est d'autant plus à craindre ) qu'on esi plus nouvellement débarqué , qu'on a le_sangx &
les humeurs plus échauffés & plus disposés
à l'inflammationà 1 Les voyages à pied sont cause de la
perte de beaucoup de nouveaux débarqués. Beaucoup de gens, en arrivant aux
îles , sont chargés de lettres de recommandation pour des personnes souvent
éloignées du lieu de leur débarquement;
d'autres ont des affaires, & font le plutôt
possible les démarches nécessaires, d'autant que la vie étant plus dispendieuse
qu'en France, bien des gens ne se soucient pas de refler long,tems dans les
auberges à dépenser leur argent ; d'autres
1 Les voyages à pied sont cause de la
perte de beaucoup de nouveaux débarqués. Beaucoup de gens, en arrivant aux
îles , sont chargés de lettres de recommandation pour des personnes souvent
éloignées du lieu de leur débarquement;
d'autres ont des affaires, & font le plutôt
possible les démarches nécessaires, d'autant que la vie étant plus dispendieuse
qu'en France, bien des gens ne se soucient pas de refler long,tems dans les
auberges à dépenser leur argent ; d'autres --- Page 432 ---
B6 MOYENS DE CONSERVER • viennent pour faire la pacotille, & courent
à pied & le corps chargé pour vendre leurs
marchandises dans les habitations. Comme
ordinairement le gain qu'ils font ne répond
pas à l'idée qu'ils s'en étoient faite, ils joignent l'ab11inence à la fatigue, se passent
souvent du nécessaire, afin de profiter au
gain qu'ils peuvent faire : cette manière
de vivre les échauffe, & finit par les exténuer. C'est ainsi qu'on voit périr aux îles
les deux tiers des Européens qui viennent
avec une pacotille médiocre; tandis que
l'autre tiers, c'est-à-dire ceux qui ont
été élevés dès l'enfance à ce genre de sobriété 8c de fatigue, réussit & fait fortune. Nous avons observé que la misère,
le chagrin ^ l'ambition & la débauche faiioient périr aux îles beaucoup plus d'Européens que les fièvres du pays. Trois choses sont à éviter aux îles pour
ceux qui voyagent tant à pied qu'à cheval : le grand soleil, la pluie & le serein
du soir. Quoique le vent qu'il fait continuellement rende la chaleur supportable,
cependant l'action immédiate du soleil esi
toujours plus forte qu'en France; les Heurs
après le lever du soleil n'ont plus d'odeur;
les coups de soleil très communs sont
' cause qu'il se fait des raréfadions subites --- Page 433 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. j7 C iij. dans les humeurs, qui déterminent des fièvres d'insolation , des maux de tête violens,
& qui epuisent par les Tueurs. Les boififons
acides & astringerites J comme la limonade, le jus de pomme d'acajou avec
de l eau 8c une goute de rhum x modèrent
les effets de la chaleur ; mais ce que nous. ' croyons encore plus convenable , c'est un
peu de vin avec beaucoup d'eau. Il est dangereux de se laitier mouiller
parla pluie en Amérique; c'en: ordinairement ce qui détermine les fièvres du pays ,
sur-tout si on lai sse secher sur soi ses habits
8cson linge ; & encore plus si c'efl une pluie
froide, comme sont les pluies d'orage, qui
surviennent après un soleil fort chaud 8c
quand on esi en Tueur. Il est d'usage dans le pays d'offrir aux
voyageurs qui ont essuyé cet événement r
un peu de rhum ou d'eau de vie; ce petit
coup reveille le genre nerveux, relève
l'adion des vaisseaux & rétablit la transpiration Mais quand on a un bon parasol
onse, met à sa volonté à l'abri du soleil &
de la; pluie. r Le tems où le soleil est le plus à craindre
est celui où il pafse au zénith : il y pane ,
comme l'on sait, deux fois l'année entre
Les.tropiques & l'éqateur. Les apoplexies
d'eau de vie; ce petit
coup reveille le genre nerveux, relève
l'adion des vaisseaux & rétablit la transpiration Mais quand on a un bon parasol
onse, met à sa volonté à l'abri du soleil &
de la; pluie. r Le tems où le soleil est le plus à craindre
est celui où il pafse au zénith : il y pane ,
comme l'on sait, deux fois l'année entre
Les.tropiques & l'éqateur. Les apoplexies --- Page 434 ---
a8 MOYENS DE CONSERVER font alors communes ; elles sont sanguines
chez les tempéramens sanguins, & séreuses,
chez les autres: il faut par conséquent alors
beaucoup plus de ménagement. Dans tous les pays chauds & humides le
serein du soir est nuisible. L'humidité condensée dans l'air par la fraîcheur, les vapeurs de la terre qui ne sont plus dilatées
par la présence du soleil , tendent & retombent vers la terre, s'appliquent sur la
peau, la pénètrent & la resserrent; elles
bouchent les pores, & déterminent ainsi
les maladies que la suppression de la transpiration a coutume de produire. De l'excès du travail, il résulte nécessairement les mêmes inconvéniens que
de celui de la marche , sur-tout si c'est
un travail en plein air : il échauffe les arrivant & exténue les autres. Les premiers
doivent beaucoup se rafraîchir ; les seconds
doivent se soutenir par l'usage du vin &
des analeptiques convenables. Un autre genre de travail, & dont
l'abus est encore aussi nuisible que celui
du précédent, c'est le travail d'esprit. Il
y a aux îles beaucoup de sensibilité & de
tension dans les nerfs, mais peu de force.
L'étude, la simple le dure même est fatigante à cause de la chaleur. Ceux qui par --- Page 435 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C. 39 '- C iv état sont obliges de s en faire une occupation continuelle, sont encore^lus sujets
qu'en France aux maladies des gens de
lettres, &ux maladies du foie 6c des entrailles : il faut, pour prévenir ces maladies 1 entremêler l'étude de beaucoup de
dissipation , 6c la rendre le plus agréable
qu'il est possible. Celui qui étudie n'a pas toujours des
objets agréables dans l'imagination ; 6c
tout le monde sait cornbien sont pernicieuses aux îles les peines d'esprit^|J]>c
quiétude 6c le chagrin. Les pasftdp^fontT
toujours d'autant plus fortes, quepès^QifiVI
sont plus sensibles; elles agissentW^aifqn^
de leur force 6c de la disposition (j^teller^ trouvent. Les paillons qui, a motifs égaux,
affedent davantage l'homme d'étude que
celui qui travaille du corps ou qui s'amuse ,
l'homme d'esprit que l'homme ordinaire,
précïpitent dans la melancholie , & la mélancholie fait des progrès rapides aux îles. Les passions de l'ame influent toujours,
beaucoup aux îles sur la santé. Il est rare
de voir les personnes gaies &, contentes,
être malades ; mais il ne faut pas cependant que cette gaieté de caractère porte
à abuser des plaisirs. Nous n'avons vu la
colère très-dangereuse que pour les arri-
qui s'amuse ,
l'homme d'esprit que l'homme ordinaire,
précïpitent dans la melancholie , & la mélancholie fait des progrès rapides aux îles. Les passions de l'ame influent toujours,
beaucoup aux îles sur la santé. Il est rare
de voir les personnes gaies &, contentes,
être malades ; mais il ne faut pas cependant que cette gaieté de caractère porte
à abuser des plaisirs. Nous n'avons vu la
colère très-dangereuse que pour les arri- --- Page 436 ---
40 MOYENS DE CONSERVER vans. Ce n'est pas cependant que nouspensions qu'elle soit sans danger chez les
autres ; nous avons vu chez des Créoles
la colère déterminer au bas - ventre &. à
la poitrine, des maladies inflammatoires
dont ils ont été les viâimes. L'ennui esl
très-pernicieux par-tout, sur-tout aux îles
où une monotonie générale y porte naturellement. Celui qui s'ennuie desire son pays,
ne voit plus que le rebutant de l'endroit
où il se trouve; les humeurs se ralentissent
& se dépravent ; il se forme souvent des
concrétions dans les gros vaisseaux & au
cœur, & les sujets finissent par périr dans
le marasme ou dans la bouffissure, suite
de l'obstruction des viscères. Nous avons déjà dit qu'on mangeoit
beaucoup aux îles ; l'air salin & vif y excite
l'appétit : il faut cependant savoir se modérer ; le relâchement de l'eflomac y rend
les indigeflions communes, sur-tout celles
de veau , de porc 8c de tortue, & les mauvasses digestions encore plus fréquentes.
Ce sont les mauvaises digestions qui forment la saburre qui devient dans la suite
le principe des maladies vermineuses si
fréquentes dans tous les âges, 8c des fièvres
putrides. Pour é viter ces maladies » il faut manges --- Page 437 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 41 modérément, boire à ses repas du vin
avec moitié eau, & prendre à la sin un
doigt de vin pour donner un aiguillon à
l'estomac. Les vivres du pays , quoique grossiers
& peu nourissans , & même les salaisons,
ne sont pas aussi mauvais qu'on se l'imagine. Il faut cependant assaisonner les racines & le poisson de mer, dont on fait
beaucoup d'usage, avec des choses propres
à les faire digérer. Les salaisons & ces
ingrédiens peuvent bien rendre la lymphe
un peu plus âcre: mais comme les couloirs
font toujours très-libres , cette acrimonie
se dépure par les sueurs & par les urines;
malgré le préjugé , nous n'avons pas
vu beaucoup de monde s'en trouver incommodé , & en général nous avons
vu le scorbut, qu'on dit être produit par
ces alimens , beaucoup moins fréquent aux
aies qu'en France, quoique la plupart des
Americains prétendent l'avoir tous, &
qu'il fait partie de leur conflitution. On
prend aux îles pour scorbut la simple érofion des gencives, causée par une salive
âcre, mais sans épulies ni pourriture , ni
aucun autre signe qui caractérise le scorbut.
A Saint-Domingue on appelle diarrhée
scorbutique une sorte de diarrhée le plus
être produit par
ces alimens , beaucoup moins fréquent aux
aies qu'en France, quoique la plupart des
Americains prétendent l'avoir tous, &
qu'il fait partie de leur conflitution. On
prend aux îles pour scorbut la simple érofion des gencives, causée par une salive
âcre, mais sans épulies ni pourriture , ni
aucun autre signe qui caractérise le scorbut.
A Saint-Domingue on appelle diarrhée
scorbutique une sorte de diarrhée le plus --- Page 438 ---
42 MOYENS DE CONSERVER souvent mortelle, qui attaque les Nègres y
& qui est l'effet de la langueur & du marasme. Enfin un dernier abus dont on ne se
doute pas , & qui est aussi fort nuisible,
c'est l'abus des précautions : cet abus efl
celui des personnes raisonnables & sensées
qui, préférant de conserver leur santé à
satisfaire leurs plaisirs, ont écouté, & suivent trop a la lettre, les avis que leur
ont donnés, avant de partir de France, ceux
qui ne connoissent pas le pays , & qui
croient que , parce que les Antilles sont
sous la zone torride , tout y esi bouillant, que le sang bout dans les veines,
qu'on doit être décidément vidime du
climat, sans les plus grandes précautions,
& si on ne se rafraîchit excessivement
& pendant long-tems ; qui conseillent de
désemplir les vaisseaux par la saignée faite
en arrivant, qui interdisent l'usage du vin
& de tout ce qui peut fortifier, & qui
conseillent beaucoup de bains , de limonade , & de boissons rafraîchissantes. Puisque ,, disent-ils, la nature n'a pas mis de
vin dans ces contrées brûlantes , il n'y
est pas néceflfaire ; elle y a mis au contraire beaucoup de citrons & d'oranges,
elle a placé le remède à côté du mal ; mais --- Page 439 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 41 ils ne font pas attention que la canelle
& les autres aromates échauffans s'y trouvent aussi ; ils ne font pas attention non
plus que le climat a beau être chaud,
qu'il eït d'expérience que les tempéramens
finirent par devenir languissans & froids,
& que le régime qu'ils conseillent ne peut
s'étendre que jusqu'à un certain point. Ceux en effet qui donnent dans cet abus,
évitent à la vérité les maladies inflammatoires & de raréfaction , que causent ordinairement les autres excès chez ceux qui
arrivent; mais le fréquent usage des bains
domesliques & tièdes sur-tout, celui des
limonades & autres boissons acides, ne tardent point à détruire l'action de l'estomac :
ils n'ont pas d'indigestions marquées, parce
qu'ils se ménagent; mais les digeflions deviennent mauvaises , la saburre s'amasse,
& au bout de trois ou quatre mois il se
déclare une sièvre putride.
ordinairement les autres excès chez ceux qui
arrivent; mais le fréquent usage des bains
domesliques & tièdes sur-tout, celui des
limonades & autres boissons acides, ne tardent point à détruire l'action de l'estomac :
ils n'ont pas d'indigestions marquées, parce
qu'ils se ménagent; mais les digeflions deviennent mauvaises , la saburre s'amasse,
& au bout de trois ou quatre mois il se
déclare une sièvre putride. Nous résumons des principes Se des
faits que nous venons d'avancer, que pour
conserver sa san té aux îles , il faut d'abord
choisir le lieu le plus sain autant qu'il est
possible; c'est-à-dire, un lieu où le vent
ne soit point arrêté , où par conséquent
la chaleur ne soit pas si grande, qui soit
sec, pas fort éloigné de la 'mer, - & qui ne --- Page 440 ---
44 MOYENS DE CONSERVER soit pas voisin des paletuviers ni des ma1récages : se tranquilliser & te rafraîchir en
débarquant y sans donner cependant dans
l'excès de précautions dont nous venons
de parler ; de tems à autre quelques verres
d'orangeade avec l'orange amère ou aigre;
quelques bains dans une rivière bien coulante , bien nette & bien pure , sans néanmoins s'en faire une habitude : éviter tous
les excès dont nous avons parlé : ne
sortir jamais qu'avec un parasol qui sert
pour le soleil ou pour la pluie ; ne point
rester dehors pendant le serein du soir;
se coucher de bonne heure, 8c se lever
avant le soleil, afin de profiter de la fraîcheur & de la salubrité de l'air du matin:
ne point trop se fatiguer, ne point demeurer non plus dans l'inaction ; l'exercice
modéré du cheval est très-salutaire aux
îles : éviter de se mouiller,. & changer de
linge aussitôt qu'on a été trempé par la
pluie ou par lâ sueur ; les habitans aux
îles sont dans l'usage de présenter du linge
aux étrangers qui arrivent, quand ils sont
mouillés : se tenir le corps propre & l'esprit gai le plus qu'il est possible ; éviter
les payions, sur-tout les affedions tristes
de l'ame, les trop fortes contentions d'esprit ; savoir se résigner & prendre les évé- --- Page 441 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, 8CC. nemens comme ils viennent: manger modérément , & ce qui fait le plus de plaisir :
user ensin de tout ce qu'il est permis d'user,
& être modéré sur tout. Ce sont là les
règles de -conduite que nous avons à donner pour conserver sa fanté dans ion inte- '
grité. Il esl d'usage aux îles de se vêtir trèsà la légère, & d'être presque toujours en
petite veste de toile de coton. Cette manière de se mettre , qui échauffe moins &
se charge de moins d'eau quand on est
exposé à la pluie , a cependant un inconvénient pour les Européens qui arrivent,
& dont la peau n'est pas encore accoutumée aux inpressions du soleil. Quoique
ces vêtemens soient blancs , les rayons
passent encore à travers, & font dans le
cas d'incommoder, si on n'est pas muni
d un parasol. C est pourquoi nous croyons
qu 'il convient, sans se charger de vêtemens inutiles & incommodes , de ne
pas se mettre si fort à la légère dès en
arrivant. D'ailleurs., quoiqu'on soit peu
vêtu, on est bientôt couvert de sueur
pour peu que l'on s'exerce : si on passe enfuite à un vent frais, comme il arrive toujours des que l'on cesse de se remuer, la
sueur qui se refroidit glace la peau. Il y
parasol. C est pourquoi nous croyons
qu 'il convient, sans se charger de vêtemens inutiles & incommodes , de ne
pas se mettre si fort à la légère dès en
arrivant. D'ailleurs., quoiqu'on soit peu
vêtu, on est bientôt couvert de sueur
pour peu que l'on s'exerce : si on passe enfuite à un vent frais, comme il arrive toujours des que l'on cesse de se remuer, la
sueur qui se refroidit glace la peau. Il y --- Page 442 ---
ÀFI MOYENS DE CONSERVER a des personnes prudentes qui, pour éviter ces sortes de refroidissemens , &. les
maladies qui en font les suites , portent
sous leur chemise un. gilet de serge qui
boit la sueur, &. la conserve dans une sorte
d'état de vapeurs qui n'a pas le même inconvénient que quand elle efl ramassée en
eau. v La chaleur qu'il fait aux îles engage à
coucher presque nuds. Les lits de plume
sont exclus : on se sert de matelas de
coton qui sont durs, mais frais ; on couche
aussi dans des hamacs. Nous avons observé
que l'habitude où l'on est aux îles de se
tenir le jour dans des hamacs interrompt
les digestions, les rend mauvaises, & par
cette raison paroît être une cause de maladie , & sur-tout d'obstructions qui proviennent presque toujours primitivement
d'un vice de l'estomac. --- Page 443 ---
LA SANTE DES BLANCS , &c. 47 DES Causes des Maladies& des
Moyens de les eviter. S I la foiblesse du tempérament ou la
fragilité humaine a déjà fait céder aux causes
extérieures dont nous avons parlé, alors
il doit exister dans les solides ou dans les
fluides un vice qui dérange la santé , toit
que le sujet s'en apperçoive, soit qu'il ne
s'en apperçoive pas encore. Il n'esi point entré dans notre plan de
traiter des maladies organiques, mais'seulement des indispositions qui mènent à ces
maladies, des maladies simples , ou des
principes des maladies. Nous avons déjà
imprime à la Guadeloupe l'Histoire du ■*7
pays , & nous avons donné nos observations à ce sujet beaucoup plus en détail
à la Société Royale de Médecine. Nous avons vu ci-devant que l'effet des
causes extérieures tendoit au relâchement des solides , a 1 affoiblissement des
organes, & à l'appauvriffem'ent( si on veut
nous passer ce terme) du; sang & des
humeurs. Nous avons vu aussi que les principales
causes conjointes des maladies, & qui dé- --- Page 444 ---
48 MOYENS DE CONSERVER rivent des premières, etoient la saburre
de l'estomac, les matières vermineuses &
putrides , la propension à la fonte bilieuse,
la lenteur & l'épaississement de la lymphe,
ion acrimonie, & souvent l'épuisement
du suc nourricier : que chez les arrivans
c'étoit la raréfaction & nammation du
sang qu'on avoit à combattre , quand on
ne l'avoit point prévenue , l'exaltation de ,
la' bile , & l'épuisement subit des forces. Tant que ces principes de maladies
demeurent isolés, l'homme peut bien ne
pas se trouver dans soh assiette naturelle :
mais néanmoins les fondions se font toujours ; & si la santé n'est point parfaite,
au moins la maladie ne se déclare pas. Il
faut pour cela qu'une autre cause, un em-
. barras dans une partie, un mouvement
extraordinaire dans le sang vienne achever
de troubler l'ordre, & produire un dérangement notable dans les foctions : souvent même, avant que ce désordre arrive,
la nature seule en détruit le germe.
pas se trouver dans soh assiette naturelle :
mais néanmoins les fondions se font toujours ; & si la santé n'est point parfaite,
au moins la maladie ne se déclare pas. Il
faut pour cela qu'une autre cause, un em-
. barras dans une partie, un mouvement
extraordinaire dans le sang vienne achever
de troubler l'ordre, & produire un dérangement notable dans les foctions : souvent même, avant que ce désordre arrive,
la nature seule en détruit le germe. On doit donc éviter tout ce qui peut
accroître ces mauvaises dispositions, les
accumuler les mettre en jeu ; c'està-dire, changer de régime & de manière
de vivre , eviter les excès en tout, & ne
% point
\ --- Page 445 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 40 D - points exposer à la suppression des évacuations de la peau. Ceux qui sont nés dans le pays, ou qui y
sont habitués, prévoient les maladies de
plus loin , parce qu'elles sont moins vives
d'abord, & que les causes n'en fcnt pas aussî
foudroyantes chez eux que chez les arrivans. Chez les premiers , cest 'un vice qui
altéré insensiblement les solides & les
fluides ; chez les derniers , la maladie
naît pour ainsi dire de l'excès de santé,
d'un sang trop abondant, trop louable &
trop travaillé , de l'action trop forte des
organes, dispositions qui déterminent ordinairement les maladies sans beaucoup
d'avant-coureurs : ce sont le plus souvent
des hémorrhagies, des épanchemens sanguins, des inflammations vives , soit particulières , soit générales, qui se décident
tout-à-coup. Mais ces maladies qui sont l'effet de
la pléthore vraie, ne sont pas communes
aux îles, même chez les arrivans , parce
que la traversée qui a échauffé le sang,
ne 1 a pas toujours rendu ni plus abondant
ni plus louable. Les plus communes &
les plus a craindre chez les arrivans, sont
celles qui proviennent de la raréfaétion --- Page 446 ---
ÇO MOYENS DE CONSERVER y
du rang, ou d'une faussé pléthore que,
l'abus des plaisirs détermine. Ces maladies qui ne se prévoient pas
de fort loin, comme sont celles qui proviennent d'un ,vice formé à la longue , ont
malgré cela quelques signes avant-coureurs. Un homme , après s'être diverti, ne
peut pas être tranquille sur sa santé , quand
il se trouve fatigué , échauffé & affoibli,
lorsqu'il ressent des piçotemens par tout
le corps, une ardeur brûlante-dans l'intérieur , & une agitation qui ne lui permet
pas de prendre du repos; qu'il a des maux
de tête; que son teint & toute sa peau s'enflamment : san^L être médecin , il craint
une fièvre inflammatoire , & sent luimême la nécessité de recourir aux bains
& à tout ce qui peut calmer l'agitation de
son sang ; mais souvent il est trop tard,
& la maladie se déclare avant qu'il ait eu
le tems d'en affoiblir la cause. Ces signes annoncent toujours un sang
acre & échauffé , dépouillé d'une partie
de son véhicule , & circulant irrégulièrement , une perte de la force musculaire,
& une grande agitation dans les nerfs : une
augmentation dans cet état, ou la moindre
des causes déterminantes > comme une{up- --- Page 447 ---
tA SANTÉ DES BLANCS, &c. 51, Dij pression de transpiration , un embarras qui
se forme, décide la maladie.
. Ces signes annoncent toujours un sang
acre & échauffé , dépouillé d'une partie
de son véhicule , & circulant irrégulièrement , une perte de la force musculaire,
& une grande agitation dans les nerfs : une
augmentation dans cet état, ou la moindre
des causes déterminantes > comme une{up- --- Page 447 ---
tA SANTÉ DES BLANCS, &c. 51, Dij pression de transpiration , un embarras qui
se forme, décide la maladie. Les bains froids sont ce qu'il y a de
plus indiqué pour tempérer la chaleur ^
calmer l'agitation nerveuse -, & rappeler
le ton. Mais quand les bumeurs ont contracte un certain degré d'acrimonie , ou
que 1 estomac est plein de saburre l'expérience apprend qu ils déterminent la fievre,
& que souvent le premier accès prend dang
le bain. Une petite saignée détend & relâche j
rend la circulation plus libre & plus régulière ; mais nous avons vu aussi que
quand la maladie étoit trop proche , elle
la déterminait. Ces moyens sont bons à
employer quand la disposition à la maladie
n est pas encore poussée trop loin. Ce qu on peut employer en tout tems *
sans crainte de révolution , sont les lavemens d eau froide, les boissons temperantes, aigrelettes ^ comme l'orangeado
aigre, la limonade cuite, & celles qu'on
peut préparer avec tous les fruits aigrelets
du pays , infusés & exprimés à froid dans
1 eau 6c auxquels on ajoute un peu de
nitre purifié ; ou bien l'eau de veau ou celle
de poulet acidulée, Quand les nerfs sont dans une agitation --- Page 448 ---
C2 MOYENS DE CONSERVER * excessive, Be telle que le malade ne puisse
avoir de repos, les bains d'eau 8c de lait
dégourdis sont ce qui pourroienE convenir
Je mieux. 11 faut dans ces cas éviter les bains de
mer dont la propriété est de discuter , de
fortifier & d'échaufFer ; mais non pas d'adoucir, ni de rafraîchir. Quand la chaleur
& la foiblesse sont considérables, il convient d'aciduler les bains avec le jus de
citron : ces bains ainsi acidulés calment &.
Tafraîchissent davantage, & rendent la circulation plus douce ôc plus régulière. Nous
avons, vu dans les diverses espèces de
fièvres putrides du pays, dont les unes
sont chaudes &. les autres froides, le jus
de citron calmer la chaleur dans les unes ,
& la rappeler dans les autres, & généralement rendre le pouls plus régulier. .. On connoît que la mollesse du tempérament ell devenue cause de maladie,
c'est-à,dire -, qu'elle est poufFée au-delà
de ce qu'elle doit être pour que la santé
se conferve , 'quand la pâleur devient
morte & plâtreuse ; quand à cette pâleur se
joint la bouffissure ; quand la personne se
trouve dans une foiblesse accablante qui
lui rend à charge toute espèce d'exercice*.
Si cet étàt continue, les fondions, qui ne
mollesse du tempérament ell devenue cause de maladie,
c'est-à,dire -, qu'elle est poufFée au-delà
de ce qu'elle doit être pour que la santé
se conferve , 'quand la pâleur devient
morte & plâtreuse ; quand à cette pâleur se
joint la bouffissure ; quand la personne se
trouve dans une foiblesse accablante qui
lui rend à charge toute espèce d'exercice*.
Si cet étàt continue, les fondions, qui ne --- Page 449 ---
LA SANTÉ DES BLANCS" &C, S, D uy se font plus que lentement, ne tardent
pas à s'altérer, & on voit bientôt des indigeflions fréquentes, des digestions difficiles 8c mauvaises, des embarras dans le«
viscères : la cachexie & la décomposition'
séreuse dans les humeurs sont une suite
de cet état. Les moyens de remédier à cette mollesse sont le changement d'air, s'éloi-"
gner de l'humidité & de la chaleur ^chercher un air plus vif , un exercice modéré ,
une nourriture sèche & en même tems
succulente, boire de bon vin modérément,,
& le boire pur à la sin du repas. Nous avons
observé qu'un petit verre de bon vin de
Rota, de Malaga ou d'Alicante , valoit
mieux à la fin du repas, qu'une plus grande
quantité de vin ordinaire , sur-tout quand
il esi médiocre, parce que, dans ces cas r
l'estomac, qui a besoin d'être réchauffé, ne
l'est pas assez par une petite quantité de
vin ordinaire , & qu'une plus grande quantité donne louvent des aigreurs qui n'annoncent pas que l'estomac se rétablisse.
Nous avons vu alors de bons effets d'un:
peu d'eau de" vie prise avec du sucre, à
jeun, & après lë repas ; ainsi que de&
élixirs stomachiques, comme celui de Gains & autres Nous ayons guéri beaucoup --- Page 450 ---
54 MOYENS DE CONSERVER d' obstructions entretenues par le relâche.,
ment de l'esiomac, en faisant faire usage 4
nos malades d'un peu de rhum avec du sirop. On connoîtune trop grande tension dans
les nerfs, qui accompagne ordinairement la
mollesse dont nous venons de parler, parce
que les personnes ainsi affectees deviennent
plus sensibles , contractent un tempérament vaporeux & trisse s'affectent de
tout , & voient presque toujours tout ea
voir. La moindre chose dérange leur pouls,
qui devient souvent intermittent iàns aucunes causes apparentes, sur-tout si c'est
le chagrin qui a augmenté la sensibilité nerveuse. Elles sont sujettes. à des. palpitations
& à des défaillances, sur-tout dans le tems
des chaleurs. Elles digèrent difficilement,
ont des borborygmes & des tentions dans
le bas-ventre , accompagnés souvent de
point& en diverses parties , & souvent d'un'
engouement de matières dans, les gros in-*
teslins , qui en imposent pour des maladies du foie. Il y a quelquefois des. tremble*
mens de membres & de la tête, avec une
lassitude.perpetuelle.Les personnes dans cet
état , qu'on connoît aux îles sous le nom de
défaillance d'estomac , & qui est assez commun ; sur-tout chez Jes tempéramens'secs
& bilieux ou pituiteux, maigrissent sans.
en diverses parties , & souvent d'un'
engouement de matières dans, les gros in-*
teslins , qui en imposent pour des maladies du foie. Il y a quelquefois des. tremble*
mens de membres & de la tête, avec une
lassitude.perpetuelle.Les personnes dans cet
état , qu'on connoît aux îles sous le nom de
défaillance d'estomac , & qui est assez commun ; sur-tout chez Jes tempéramens'secs
& bilieux ou pituiteux, maigrissent sans. --- Page 451 ---
LÀ SANTÉ DES BLANCS, &C. 55 beaucoup souffrir, 8c fondent à vue d'oeil. L'exercice modéré convient dans cet
état ; un air ni trop sec ni trop humide ,
mais qui Toit vif 8c frais ; beaucoup de dissipation ; la société ; les bains' froids à la
rivière dans une eau bieu courante; les
lavemens d'eau froide 8c les stomachiques -
dont nous avons conseillé l'usage dans le
cas precédent à l'exception- des liqueurs
purement spiritueuses, qui seroient encore
dans le cas de porter le trouble dans le
syllême nerveux. J'ai vu de fort bons effets
du vin de Malaga 8c de l'île de Palme,
ayant été dans le cas de faire cette observation sur moi-même. Quand le sang 8c les humeurs ressent
en partie crues, 8c que leurs molécules
tendent constamment à se désunir faute
d'une action organique suffisante dans les
vaisseaux ; que la partie lymphatique est
lente , épaisse 8c muqueuse ; 8c que le sang,
malgré la dissolution séreuse dans laquelle
il se trouve, paroît d'abord noirâtre 8c
boueux dans les veines, à cause de la foiblesse de la circulation, 8c ensuite, au bout
d'un certain tems de cette disposition trèsprochaine à maladie, clair sans consifstance, 8c semblable au vin clairet, comme
il est chez les Nègres attaqués de respèce --- Page 452 ---
56 MOYENS DE CONSERVER de maladie de dissolution appelée mal d'estomac ; quand les humeurs font enfin tombées dans cet état connu dans le pays sous
le nom d apauvrissement, qui efl une sorte
de cachexie : on a à craindre l'hydropisie,
les obflru&ions de la rate, les diarrhées
séreuses qui souvent ne sinissent qu'avec
la mort, les-apoplexies séreuses , & ensin
le mal d'estomac. Ce vice vient chez les femmes de Iasuppression des menflrues : chez les hommes,
c'est ordinairement du chagrin, de la misère, de l'excès du travail & de l'ennui.
Il est facile de reconnoître une personne
tombée dans cet état, à la pâleur, à la mollesse des chairs, a 1 anéantissement du courage, & Peuvent à la bouffissure des pieds &
du visage; a la pâleur de toutes les parties
de la bouche ; elle a quelquefois des envies
fantasques pour manger certaines choses
mauv aires. Quand cet état efi poussé trop
loin, il efl sans ressources , parce que la
mollesse des 'parties entretient la mauvaise
conflitutiÓn des sucs, & la mauvaise constitution des sucs la mollesse des parties.
Ce sont les mêmes moyens à employer
que contre le relâchement, à la réser,ve
des bains froids. Il convient d'évacuer la
Surabondance des humeurs crues & séreuses.
mauv aires. Quand cet état efi poussé trop
loin, il efl sans ressources , parce que la
mollesse des 'parties entretient la mauvaise
conflitutiÓn des sucs, & la mauvaise constitution des sucs la mollesse des parties.
Ce sont les mêmes moyens à employer
que contre le relâchement, à la réser,ve
des bains froids. Il convient d'évacuer la
Surabondance des humeurs crues & séreuses. --- Page 453 ---
LA SANTÉ DES BLANCS &C. avec les hydragogues, en même tems qu'on
augmente le ton par les cordiaux 8c les
stomachiques : le fer esl un excellent remede dans les cas de dissolution. - Le sang a une disposition particulière
à le changer en bile, quand le fond du
tempérament esi naturellement bilieux :
quand le chagrin affeâe un tempérament
sangum , 8c qui use de bons alimens , gràS
sur-tout; ou lorsque la chaleur & l'humidîte agissent de concert sur ce même terri^
pérament: c est enfin le plus souvent aux
i les une suite du relachem#t des organes,
& de 1 abus des purgatifs. Dans les fièvres
jaunes ou qui tiennent au même caractère, c'est des- miasmes particuliers
qui infectent le sang ; mais ceci est un état
purement pathologique qui n'entre point
dans notre Traité. Un connoît aisément que le sang se
charge de matières bilieuses, par la couleur jaune ou terne que prend le [ujet,
parce qu 'il s en fait une plus grande excrétion par les premières voies , que cette
humeur regorge souvent , dérange 8c affoiblit l'avion des organes de la digestion.
La bouche devient amère 8c échauffée ;
les yeux sont jaunes ; le virage efi rouge
& jaunâtre ; on le trouve dans une espèce, --- Page 454 ---
<$ MOYENS DE CONSERVER de mal-aise avec sois & dégoût ; on a quelquefois des frissons, des envies de vomir;
& même des vomissemens bilieux. C'est
ainsi que commencent en général, les fièvres
bilieuses dans. les faisons chaudes & humides. ; Bien des personnes regardent alors cet
état comme une marque d'échauffement,
& prennent un bain froid. La répercussion
qu'il caufç ne manque presque jamais de
déterminer la fièvre. Il en est de mêmedes purgatifs, quand la bile est deja en
trop grande quontité. Tout ce qu ilon peut
faire en attendant que la fièvre se déclare tc'eil de garder en bon air le plus grand repos , de faire dicte, de prendre beaucoup.
de boissons rafraîchissantes & laxatives : des:
tisannes de tamarins, de casse, la limonade
cuite, de l'eau d'orge avec un peu de vinaigre, ou de la crême de tartre,, tels sont les remèdes qui conviennent. '' Quand, malgré ces précautions & ces.
moyens , la fièvre se déclare, on peut encore, lorsque la bile n'est pas jointe à une.
disposition inflammatoire dans le- sang,
(laquelle efl assez rare si ce sont des sujets
nés ou habitués depuis long-tems aux îles ^
6c que la saison précédente n'ait pas été
exceffiyement sèche), quand là langue n est' --- Page 455 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C
des qui conviennent. '' Quand, malgré ces précautions & ces.
moyens , la fièvre se déclare, on peut encore, lorsque la bile n'est pas jointe à une.
disposition inflammatoire dans le- sang,
(laquelle efl assez rare si ce sont des sujets
nés ou habitués depuis long-tems aux îles ^
6c que la saison précédente n'ait pas été
exceffiyement sèche), quand là langue n est' --- Page 455 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C pas d abord enfiammee, & que cette nèvre
st encore qu'intermittente, tierce ou double tierce : on peut, dis-je, il faut même auffitôt avant qu'elle ait pris un caraâère,
c esi-à-dire, qu elles devenue continue,
ce qui arrive rarement avant le 5e. jour,
profiter du tems que l'érétifisme n'est pas encore décidé, pour faire vomir avec ménage-,
ment appliquer les vésicatoires , & faire
prendre du quinquina; on purge après que'
la fievre est arrêtée : par cette méthode, on
pourra le plus souvent prévenir des fièvres
putrides malignes , longues & très-dange~
reuses. Nous ne parlerons point de ces fièvres, parce qu ellesnesontpasdenotreobjet-
' On trouvera extraordinaire que nousprescrivions du quinquina dans une fièvre,
bilieuse avant d'avoir purgé ; tandis que.
1 expérience apprend , que le quinquina,
administré ainsi , quand il y a encore d&r
-la saburre , change la fièvre intermittente
en fieyre continue:, sans qu'on puisse trop
savoir comment. Mais l'expérience nous
a appris aussi que cette méthode réussissoit
aux îles dans les, cas que nous avons déterminés. Il y a apparence que l'issue qu'on
donne aux humeurs par les vésicatoires
dépure la masse de la portion altérée par
le quinquina ; souvent même on se dis.
pense de faire vomir. --- Page 456 ---
60 MOYENS DE CONSERVER. L'expérience apprend encore d'ailleurs,
qu'il exilée aux îles, & souvent en Europe ,
des espèces de fièvres très-dangereuses ,
qu'on ne parvient à guérir qu'en adminiftrant d'abord le quinquina à très - haute
dose , 6c en s'écartant de la route ordinaire.
Telles sont les fièvres syncopales & cardialgiques. Nous avons observé que dans les cas ou
les fontes bilieuses venoient de beaucoup
de sensibilité dans les n'erfs de l'eflomac
sur-tout, & de la perte du ton des viscères,
les purgatifs > que la quantité de matières bilieuses que vomissoient les malades sembloient indiquer , étoient pernicieux, & entretenoient la maladie ; tandis
que le quinquina joint aux cordiaux donnés à petites doses, & répétés souvent,
arrêtât les évacuations. Nous en avons
vu périr par l'opiniâtreté qu'on a mise à
vouloir c onflamment les purger. Nous en
avons vu' d'autres qui ne pouvoient plus
rien pren dre , & qui vomissoient des quantités éto nriantes de matières bilieuses , au
point de faire craindre pour la vie chaque
fois qu'il s prenoient une cuillerée de bouilIon , se trouver hors de cet état dans la
même j ournée que nous leur faisions avaer de tems en tems une demi-cuillerée
iniâtreté qu'on a mise à
vouloir c onflamment les purger. Nous en
avons vu' d'autres qui ne pouvoient plus
rien pren dre , & qui vomissoient des quantités éto nriantes de matières bilieuses , au
point de faire craindre pour la vie chaque
fois qu'il s prenoient une cuillerée de bouilIon , se trouver hors de cet état dans la
même j ournée que nous leur faisions avaer de tems en tems une demi-cuillerée --- Page 457 ---
- LA SANTÉ DES B LAN C S , &C. 61 de bon vin de quinquina aromatisé avec
la canelle. Dans l'extrême chaleur & l'extrême séçheresse, la bile devient exaltée, sèche ,
rougeâtre & volatile ; elle détermine souvent, dans les lieux secs & chauds sur-tout,
des inflammations au foie qui sont fort à
craindre, des fièvres de nature érysipélateuse , ayant, à cause de l'érétisme , quelque chose qui les fait ressembler au causus,
mais qui ne sont ordinairement ni longues
ni dangereuses : ce sont les fièvres de juillet. On connoît cet état de la bile, par
une chaleur plus grande dans tout le corps,
des picotemens , l'altération , la rougeur
& la sécheresse de la langue; les yeux deviennent rouges & jaunes en même tems. Les lavemens à l'eau froide conviennent
beaucoup alors : il faut de la tranquillité,
des bains , des boissons froides & acides,
l'usage des fruits acides du pays, du corofsol, de l'acajou & des grenadines ; manger
moins qu'à l'ordinaire. Quand les orages amènent des pluies
qui viennent joindre l'humidité à la grande
chaleur, les humeurs deviennent moins
sèches; la bile efi: plus jaune ou plus vetdâtre, moins chaude & moins exaltée, mais
plus disposée à la pourriture : les maladies --- Page 458 ---
62 .. MOYENS DE - CONSERVER que produit cette humeur sont moins ardentes; plus longues, & plus dangereuses
que dans la température précédente , parce
qu'elles sont plus putrides, & tendent à
une plus grande malignité. Le teint de ceux qui amassent cette
espèce de bile devient plus jaune, 8c n'esi:
pas aussi enflammé que dans la saison precédente ; la langue devient jaune & l'appétit diminue ; il se déclare quelquefois
un dévoiement de matières bilieuses qui
prévient la maladie. Ceux (lui ont des cautères établis, sont rarement attaqués de
ces, maladies bilieuses, à moins que lasuppuration ne s'arrête ou ne diminue. • Quand les signes qui annoncent l'augmentation de la bile se manifeiîent, il convient de l'évacuer ; mais il vaut mieux que
ce soit par des minoratifs qui lâchent Amplement le ventre & dégagent le foie,
que par des purgatifs plus.forts qui irritent
& font des révolutions. Il faut chercher à
s'opposer à la production de ces matières
bilieuses j en soutenant le ton des organes ,
& en usant de bon vin trempé d'eau.
Quand les signes qui annoncent l'augmentation de la bile se manifeiîent, il convient de l'évacuer ; mais il vaut mieux que
ce soit par des minoratifs qui lâchent Amplement le ventre & dégagent le foie,
que par des purgatifs plus.forts qui irritent
& font des révolutions. Il faut chercher à
s'opposer à la production de ces matières
bilieuses j en soutenant le ton des organes ,
& en usant de bon vin trempé d'eau. Dans l'arrière-saison des pluies & des
chaleurs , lorsque l'humidité agit depuis
long-tems sur les humeurs, leur propension
vers la bile eii encore plus grande, & cette --- Page 459 ---
LA SANTÉ PES BLANCS , &c. 63 Rumeur devient beaucoup plus putridè; les
maladies qui en dépendent deviennent aussi
très fréquentes , & se terminent plus tard ;
le danger augmente toujours à mesure
qu'on s'avance dans la saison des pluies.
On se préserve souveat des fièvres bilieuses
de cette saison, en faisant usage tous les
matins d 'un peu de vin de quinquina, qui
détruit le levain fébrile à mesure qu'il se
forme , & qui empêche la sormation des
matières bilieuses. On fait aussi une espèce
d'élixir fébrifuge qu'on prépare avec le
rhum & le quinquina qu'on y fait infuser :
ces remèdes préservatifs sont nécessaires
dans les quartiers bas & humides, près
des paletuviers, où les fièvres bilieuses font
toujours très-fréquentes. Quand le tems se rafraîchit, que les
matinées & les soirées deviennent fraîches,
& que les pluies continuent, c'est-à-dire
depuis novembre jusqu a la fin de décembre , la bile est toujours très-abondante
son acrimonie augmente, ainsi que sa
propension à la putréfadion; mais elle est
encore moins chaude & moins volatile,
sa chaleur est tempérée par la pituite qui
domine aussi. Les maladies pituiteuses sont
fréquentes; les fièvres tiennent du cara&ère
catarrhal & bilieux, elles sont beaucoup --- Page 460 ---
64 MOYENS DE CONSERVER plus longues ; elles prennent un cara&ère
plus tard, vers le septième jour : l'iaère- ,
qui s'annonçoit dans celles des saisons précédentes au septième jour, quelquefois
avant, ne vient absolument que sur la fin de
la maladie; quelquefois les malades retient
toujours blancs 8c pâles jusqu'à la sin.
Quoique dans cette saison la bile soit d'abord mois chaude 8c mqins active que dans
les saisons précédentes, dans le cours des
maladies elle contracte une acrimonie beaucoup plus insigne, prend dans beaucoup
<le cas une couleur aerugineuse , d'un verd
bleuâtre , & brûle tout ce qu'elle touche.
C'est dans ces cas qu'il faut être très-réservé sur les purgatifs & les vomitifs ; c'efi à
la suite de ces remèdes que nous l'avons vue
prendre cette nature, quelquefois mêmeçn santé, 8c déterminer des coliques mortelles. Il faut donc bien se garder d'évacuer , quand on soupçonne cette bile, c'efi:-
à-dire, quand le sujet dans cette saison
est-dans le chagrin, ou qu'il en sort; que
les nerfs sont dans une irritation considérable ; qu'il y a des vomissemens, sans que
pour cela il paroisse sur la langue des signes
de saburre; qu'il y a des coliques d'estomac,
& qu'on voit régner les maladies dépendantes de cette sorte de bile. Il faut employer
beaucoup
bien se garder d'évacuer , quand on soupçonne cette bile, c'efi:-
à-dire, quand le sujet dans cette saison
est-dans le chagrin, ou qu'il en sort; que
les nerfs sont dans une irritation considérable ; qu'il y a des vomissemens, sans que
pour cela il paroisse sur la langue des signes
de saburre; qu'il y a des coliques d'estomac,
& qu'on voit régner les maladies dépendantes de cette sorte de bile. Il faut employer
beaucoup --- Page 461 ---
tA SAfcTÉ D'È S ËLA^CS, &C, 6e E beaucoup d'acides, & entretenir la liberté
» bas-ventre. La saburre des première à
Voies indique naturellement la purgation ;
cependant il seroit très-imprudent de purger dans les cas dont nous parlons , où il
y a toujours un échauffement considérable.
Quoique dans prèsque tous les autres
cas ordinaires Tes purgatifs & les vomitifs
agissent plus foiblement qu'en Europe, en
raison du relâchement naturel de la fibre ,
Cependant nous avons vu beaucoup de per*
bonnes périr par l'effet des purgatifs & des
Vomitiss administrés inal à propos. Dans ces lortes de cas, il en est résulté des in*
flammations de bas-ventre qui étoient bientôt suivies de gangrène. Nous avons vu ces
accidens arriver notamment sur plusieurs
médecins & chirurgiens qui, trop enhardis
par les succès & le peu d'irtconvéniens
des Vomitifs & des purgatifs dans les maladies des Nègres, s'étoient empoisonnés par
les remèdes qu'ils s'étoiènt adminitf rés imprudemment. Il convient beaucoup mieux
d'attendre & de s'en tenir à des boissons -
tempérantes , aigrelettes & qui lâchent
Ventre : telle est une légète eau decasse &
de tamarins, la tisane de feuilles de canéficier , à laquelle dn ajoute le suc dé
citron on d'orange a Igte, dé l'eau de veau --- Page 462 ---
66 MOYENS DE CONSERVER ,dans laquelle on fait fondre de la crème
détartre. D'ailleurs, quand la chaleur des
entrailles entretient la saburre des premières voies, les rafraîchissans déterminent
ordinairement par eux-mêmes une petite
diarrhée salutaire & quelquefois suffisante. Les matières vermineuses -, les vers dans
les intestins, se rencontrent très-fréquemment aux îles, &. sont souvent la cause
déterminante des fièvres, 'ou en font une
complication ; mais ce n'est pas ordinaire,
ment chez les arrivans. C'est un effet ou
des alimens propres au pays, ou de la mollesse de la fibre, ou du péu d'activité qu'a
la bile dans son état naturel; ce ne peut
être par çonséquent qu'après que le climat
a déjà affecté la constitution, que les vers
peuvent s'engendrer. " Outre les vermifuges ordinaires que
fournit le commerce d'Europe, ceux qu'on
trouve dans le pays sont le simarouba, les
.racines de citronniers qui passent aussi pour
fébrifuges , celles d'épineux jaune , une
forte de sémen-contra. Il y a à Saint-Domingue la liane à vers qu'on joint à la
liane à médecine ; l'huile de palma-chrisli
qui efl aussi un purgatif convenable dans
beaucoup de cas, & qu'on donne à la dose
de trois cuillerées à bouche , &c d'une ou
trouve dans le pays sont le simarouba, les
.racines de citronniers qui passent aussi pour
fébrifuges , celles d'épineux jaune , une
forte de sémen-contra. Il y a à Saint-Domingue la liane à vers qu'on joint à la
liane à médecine ; l'huile de palma-chrisli
qui efl aussi un purgatif convenable dans
beaucoup de cas, & qu'on donne à la dose
de trois cuillerées à bouche , &c d'une ou --- Page 463 ---
;t A SANTÉ DES BLANCS,, &c. 67 - E ij 0 une & demie aux ecfans ; les graines de ci.
tron pilées au nombre de huit ou neuf, dans
deux cuillerées d'huile, soit d'olive , soit
de palma-chrifli On se sert encore aux îles
du vent, du Brinvillier, soit en sirop,, soie
en simple décodion. Ce remède est véritablement un poison qui doit être trèsménagé. On donne une cuillerée de sirop
de Brainvillier, avec autant de jus de citron
qui est, regardé comme son corredif : on
en prend plusieurs jours de suite, & on
fait ensuite prendre de l'huile de palmaçhrifli pour purger. Son effet est de dissoudre la partie rouge du sang , de former
des concrétions dans les oreillettes du cœur
41 danjs les ventriclules, & d'occasionner sur
toutes les membranes de l'intérieur une
infiltration d 'un sang noirâtre & dissous.,
Ceux qui en ont pris sont incommodés de,
vertiges & d'une sorte de tiraillement de
l'œil dans l'orbite, pendant son séjour dans
l'estomac., On devient froid. Il y a des habitans qui se servent du duvet qu'on ramasse sur le pois à gratter : on
l'enveloppe avec du gros sirop pour en
faire des bols qu'on fait avaler aux en.
sans qui ont des vers ; ce remède en fait
tendre beaucoup. Il y en a qui craignent
son usage, parce que, lorsqu'on touche --- Page 464 ---
68 MOYENS DE CONSERVER à ce duvet, il entre dans la peau , & occasionne un prurit qui est quelquefois
suivi d'érysipèle; mais il y a apparence que
ce même effet n'a pas lieu sur les entrailles , puisqu'on n'entend pas parler qu'il
occasionne d'accidens. La faison des vers est la saison humide ;
c'est, suivant la remarque du pays , celle
où fleurissent les cannes. C'est par conséquens dans cette saison qu'il faut être
plus en garde contre les vers , & qu'on
doit particulièrement faire usage par précaution des remèdes rèconnus propres a
les détruire. Nous voyons, par ce que nous
venons de dire dans cette troisième section, que les maladies du pays sont toujours humorales , bilieuses, putrides & pituiteùses, & que leurs causes matérielles
sont l'amas de la saburre , celui de la bile
& de la pituite : que la tendance plus ou
moins grande de ces humeurs vers réchauffement , la pourriture ou l'acrimonie, fait
différer les maladies d'une saison , ou d'un
lieu, d'avec celles d'un autre; & que par
conséquent les règles pour se conduire
dans ces difpof1tions à maladie, consent
à évacuer la saburre des premières voies ,
& à donner issue aux matières bilieuses ,
en employant plus ou moins de ménage-
la pituite : que la tendance plus ou
moins grande de ces humeurs vers réchauffement , la pourriture ou l'acrimonie, fait
différer les maladies d'une saison , ou d'un
lieu, d'avec celles d'un autre; & que par
conséquent les règles pour se conduire
dans ces difpof1tions à maladie, consent
à évacuer la saburre des premières voies ,
& à donner issue aux matières bilieuses ,
en employant plus ou moins de ménage- --- Page 465 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 6a E iij ment & de circonspection, suivant les circonstances que nous avons détaillées; à s'opposer a la formation & à la pourriture de
ces mêmes humeurs dans le tems où elles y
tendent le plus, en employant les moyenspropres a soutenir le ton des organes &
4 détruire le levain fébrile , tels qu'un
peu de vin de quinquina, une tisanne de
feuilles de canesicier ; & à éviter, autant
qu on le peut, les causes déterminantes
qui peuvent mettre en jeu les causes prédisposantes , & déterminer la maladie ,
telles que le grand soleil, la pluie, & le®
Indigestions. Outre les effets de l'abus dans les choses
non-naturelles contre lesquelles il faut
être en garde, il y a, encore celui de certaines choses contre nature , les poisons. On peut se trouver empoisonné fortuitement, sans qu'il y ait de la faute de
personne ; &. on peut l etre par la méchanceté des Nègres. Il y ades alimens qui empoisonnent, soit
par leur nature qui est toujours vénéneuse ,
soit par la manière dont ils sont préparés.
Quand la farine de manioc est mal faite
qu'on n'en a pas bien exprimé son eau vénéneuse, ou qu'on n'en a pas asez. épuisé
14 mauvaise qualité par radios du feu, il --- Page 466 ---
7° MOYENS DE CONSERVER en résulte au moins des indigeflions et
des cardialgies qui vont quelquefois jusqu'à faire périr les malades ; quoiqu'il y
ait des habitans qui, pour rendre la chair
du mouton plus tendre, les empoisonnent,
immédiatement avant de les égorger, avec
de l'eau de manioc, sans que pour cela
le poison fasse d'effets, ou au moins d'effets
bien sensibles sur ceux qui mangent de
cette viande. Cependant, quand les animaux en avalent une certaine quantité %
ils périssentsur le champ, sans qu'il paroisse
aucune trace inflammatoire sur leurs entrailles ; on s'apperçoit seulement que la
membrane interne de l'estomac est plus
blanche, comme macérée, & qu'elle se détache & se déchire facilement. Les spiritueux & certaines choses ast ringentes,
comme les feuilles de roucou , celles de
pois d'angole , sont les contre-poisons du
manioc. Les cordiaux, le vin &la thériaque
réussissent dans les coliques & dans les
cardialgies occasionnées par le manioc qui
n'a pas été assez cuit. . Il y a des subflances qui, sans être vé*
néneuses par elles-mêmes, troublent cependant l'économie animale quand elles se
rencontrent ensemble. Quand les Nègres
oti même les Blancs ont mangé des canner --- Page 467 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &'C. JI E iv à lucre, Se qu/ensuite ils boivent du" tafia,
il en résulte presqut aussitôt des coliques
très-inquiétantes > produites par le déga.
gement d'une sorte de gaz : ces coliques r
qui résistent a presque tous les remèdes,
ordinaires , cèdent aussitôt qu'on a fait
prendre au malade un mélange de lessive-
& d'huile.
mangé des canner --- Page 467 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &'C. JI E iv à lucre, Se qu/ensuite ils boivent du" tafia,
il en résulte presqut aussitôt des coliques
très-inquiétantes > produites par le déga.
gement d'une sorte de gaz : ces coliques r
qui résistent a presque tous les remèdes,
ordinaires , cèdent aussitôt qu'on a fait
prendre au malade un mélange de lessive-
& d'huile. Beaucoup de personnes se trouvent empoisonnées par de mauvais poissons; il faut'
se dé.fier sur-tout de cebui qu'on, nomme
la Sardine Dorée , de la Bécune r de' laVieille quand elle efl fort grasse , & quelquefois de la Carangue. Le Grosjean est
constamment un poison, ainsi que le Coffre
à corne. Il faut aussi. éviter les crabes quix
sont pris dans tes iieux ou il se trÓuvedes inancenilliers. On éprouve ordinairement le poisson que l'on fait cu »we, en le faisant bouillir avec une cuiller d'argent;
lorsqu'elle feternit, on le jette. L'effet de presque tous les poisons dece genre, c'efl d'occasionner le vertige 6c
des suffocations. Le Grosjean & la Bécune,
causent aussi des cardialgies & des vomifsemens ; presque tous donnent le délire &■
font périr dans des convulsions. L'effet secondaire, lorsque le malade ne périt point
d'abord, c'est un. vertige & des douleurs- --- Page 468 ---
72 MOYENS DE CONSERVER dans l'occiput % qui deviennent habitueIles;
le sang paroît s'épaiss?r ; le pouls devient
très-embarrassé & lent; le malade a des
palpitations de cœur & des intermittences
dans le pouls & finit souvent dans une
forte d'état comateux. Quand le malade
lésifîe à ces maux, il lui refle ordinairement une infection dans les humeurs, qui
produit des affections de peau semblables
à certains symptômes de lèpre ; il ne
peut soutenir le contact de l'eau froide
sans éprouver des picotemens çonsidérables. La première chose qu'on doit faire, c'est
de faire vomir le malade, & de lui faire
prendre beaucoup d'eau chaude & d'huile j
de lui faire ensuiteavaler de l'eau de mer:
ce remède , qui purge beaucoup, lui nettoie les entrailles. Les Nègres font prendre
de l'eau de mer avec de l'eau de vie;
d'autres , du jus d'une racine que l'onmange, & qu'on nomme patates. Dans les
effets sec-ondai res de ce poison, les spiritueux, les ilimulans & les sudorifiques
conviennent, sur-tout ceux qui sont de
la classe des antispasmodiques. On se sert
de la décoction de racine de corossolier,
&. de celle d'acajou rouge , c'est. à-dire de
celuidont ou fait des naeubles. Nous avons
vie;
d'autres , du jus d'une racine que l'onmange, & qu'on nomme patates. Dans les
effets sec-ondai res de ce poison, les spiritueux, les ilimulans & les sudorifiques
conviennent, sur-tout ceux qui sont de
la classe des antispasmodiques. On se sert
de la décoction de racine de corossolier,
&. de celle d'acajou rouge , c'est. à-dire de
celuidont ou fait des naeubles. Nous avons --- Page 469 ---
Î,À SANTÉ DES BLANCS, &c. 7Î quelquefois terminé les derniers accidens
au moyen des, bois sudorisiques. Il y a beaucoup de fubflances vénéneuses aux îles , dont on dit que se servent les Nègres pour empoisonner leurs
maîtres, leurs semblables, ou les befliauxa
La prévention , à la vérité, fait souvent
prendre pour poison ce qui est maladie
naturelle; mais il n'en est pas moins vrai,
cependant qu'il arrive des accidens. La
plupart des poisons qui sont particuliers
aux Nègres consistent en certaines racines
qui causent à peu près l'effet des champignons vénéneux, & qui bissent presque
toujours surla langue des Nègres, des ta-,
ches noires qui ne s'effacent jamais; ou c'est
le mancenilier à petite dose, & sous différentes formes, qui peu à peu fait périr
par l'estomac ou la poitrine. Mais la plu-*
part profitent du peu de soin & de l'imprudence de leurs maîtres , pour avoir de
l'arsenic & du verd-de-gris. Ce sont là
les poisons les plus ordinaires. Il y en a aussi qui s'empoisonnent, sans
le vouloir, avec des pommes de mancenilier, & des amandes de médicinier
croyant manger de bonnes choses; mais
il est fort rare cependant que cela arrive
avec des pommes de manceAilie* 2 parce.. --- Page 470 ---
74 MOYENS DE CONSERVER que leur goût ne répond pas à leur forme
ni à leur odeur ; il se trouve d'ailleurs
peu de chair, & un noyau hérissé d'épines qui en éloigne bientôt ; mais il suffit d'y avoir mordu pour en avoir toute
la bouche brûlée , ou d'avoir reposé sous
un mancenilier, & d'y avoir reçu les gouttes
de pluie qui ont lavé ses feuilles, pour
être enflé 6c avoir la peau brûlée & enflammée , comme si c'étoit un erysipèle.
L'eau de mer, dans tous les cas extérieurs,
est le contre-poison du mancenilier. On
]a fait prendre aussi pour les cas intérieurs ; mais nous n'en savons jamais vu
les bons effets : ayant empoisonné des
chiens en leur faisant avaler quelques
gouttes de lait du mancenilier, ils n'en
font point revenus , quoique nous leur
eussions fait boire de l'eau de mer. Ce poison, quoique très-corrosif , n'agit qu'à
peu près au bout d'une heure & demie.
; Il est plus ordinaire de voir des arrivans attrapés avec des amandes de médicinier , parce qu'elles n'offrent rien que
d'agréable au goût. Elles font vomir excessivement, & les malades même périment s'ils en ont beaucoup mangé. Il
faut, comme dans tous les, poisons de
cette efpèce* faire avaler beaucoup de
de l'eau de mer. Ce poison, quoique très-corrosif , n'agit qu'à
peu près au bout d'une heure & demie.
; Il est plus ordinaire de voir des arrivans attrapés avec des amandes de médicinier , parce qu'elles n'offrent rien que
d'agréable au goût. Elles font vomir excessivement, & les malades même périment s'ils en ont beaucoup mangé. Il
faut, comme dans tous les, poisons de
cette efpèce* faire avaler beaucoup de --- Page 471 ---
LA'SANTÉ DES BLANCS, &c. 75 'lait 8c d'huile, calmer l'irritation de l'efe
tomac par l'application extérieure du jus
de citron, 8c l'usage des caïmans : on fait
couler par bas ces substances nuisibleseà
faisant prendre de l'eau de mer. Le vinaigre réussit dans la plupart des
poisons qui affectent les nerfs , qui ont
une propriété assoupissante, 8c qui causent
le vertige. '
Le jus de citron 8c les forts acides ré*
siflent à l'effet du Brinvillier & des autres
poisons de ce genre. Il y a des gens qui, par gaillardise ,
avalent beaucoup de piment. Cette graine extrêmement acre, qui leur irrite
8c échauffe l'estomac,, détermine des cardialgies, des hoquets , 8c quelquefois des
vomissemens que l'eau froide 8c la limonade sur-tout arrêtent couvent. Il pourroit
se faire que l'eau - de-vie opérât le même
effet. Quand on fait ce qu'on appelle
de la chiquetaille, c'est du piment haché
que l'on confit dans du vinaigre. Il arrive
que si on s'en est frotté les mains, il en
résulte une chaleur brûlante, 8c une douleur semblable à l'effet des véûcatoires.
L'huile n'y fait rien; l'eau y fait peu de
cho-se : ce qui arrête sur le champ l'effet
des sels volatils de cette drogue, c'efl --- Page 472 ---
6 MOYENS DE CONSERVER de se laver les mains avec de l'eau-de-vie.
r Il y a peu d'animaux nuisibles aux
Antilles ; il n'y a guère que la Martinique & Sainte-Lucie qui produisent des
serpens du genre de la vipère, & qui
sont au moins aussi dangereux. Ces animaux , qui ont souvent jusqu'à sept à huit
pieds de long, se roulent sur eux-mêmes,
& s;élancent de côte à la diflanee des
deux tiers de leur longueur, 8c enfoncent
dans la peau les crocs creux 8c percés
qu'ils ont sur les cotés de leur gueule :
Je poison une fois insinué, la partie enfle
promptement; l'enflure gagne rapidement
toutes les parties du corps, qui devient
en même tems jaune ; il survient des
foiblesses 8c des sueurs froides , 8c leI blessé
périt plus ou moins promptement, suivaut qu'il a été piqué plus ou moins près
du cœur, par un animal plus ou moins
fort, 8c plus ou moins irrité ; la mort est
prompte quand la piquure se rencontre
sur un gros vaisseau.
inué, la partie enfle
promptement; l'enflure gagne rapidement
toutes les parties du corps, qui devient
en même tems jaune ; il survient des
foiblesses 8c des sueurs froides , 8c leI blessé
périt plus ou moins promptement, suivaut qu'il a été piqué plus ou moins près
du cœur, par un animal plus ou moins
fort, 8c plus ou moins irrité ; la mort est
prompte quand la piquure se rencontre
sur un gros vaisseau. Il y a dans le pays des plantes dont on
se sert contre la piquure de ces animaux ;
autrefois le traitement étoit abandonné à
des Nègres qui !uçoient la piquure , la
frottaient de quelques herbes dont ils
feisoient secret y & ÍaiÍoient boire au ma- --- Page 473 ---
LA SAN TÉ DES BLANCS j &c. lade des remèdes intérieurs. Aujourd'hui
on se sert communément de lalkali volatil , qui réussit toujours quand il est adminisire à tems , a moins que l'animal n'ait
insinué son venin immédiatement dans
une grosse veine sanguine : auquel cas lé
remède n'a pas le tems d'agir. Il y a dans presque toutes les. Antilles
des scorpions qui sont d'un gris de perle :
on en est quitte , quand on a été piqué
par ces animaux , pour avoir la fièvre
une couple de jours. Mais le scorpion
noir de Sainte-Lucie fait périr promptement si on n'y remédie. Nous ne l'avons
jamais vu, & nous ne connoissons pas le
traitement dont on sefert. ; 1Il y a encore dans presque toutes les
Antilles une sorte d'infecte gris à peu près
du genre du scorpion, & qu'on domine
bête à mille pieds, a cause de la quantité de ses pattes. Cet animal -à vers la
tête deux espèces de serres ou de mordans, par le moyen desquels il insinue
dans la peau un venin qui câuse une
grande douleur avec chaleur , & qui
donne aussi une fièvre de 24 heures. La
nature seule guérit ces accidens. Il y a â Saint-Domingue un Infecte
qu'on nomme l'araignée-crabe, dont la --- Page 474 ---
78, .MOYENS D-E ICONSÉR'VEII - , piquure occasionne aussi une fièvre d'une
ou deux fois 24 heures. - On a cru pendant long-tems les Antilles à l'abri de la rage, parce qu'on n'y
àvoit pas encore vu d'animaux enragés;
mais depuis. 1776 jusqu'en '1778 il y en a
eu presquè. continuellement. A la Guade-^
loupe les chiens furent attaqués d'abord
d'une rage mue , comme on l'avoit déjà
vu plusieurs années auparavant, mais sanî
d'autres fuites. A cette rage mue a succédé la rage avec fureur ; ; beaucoup de
bestiaux ont été. mordus .& sont péris de
la rage nous avons vu périr aussi plusieurs
personnes de cette maladie, tant Nègres
que Blancs. ri \ . y rBeawaup de chiens qui avoient été
mordus ne périssoient que de la rage mue;
d'autres devenoient furieux & mordoient
ce qu'ils ,trouvoxent. Ôrj nous a parlé d'un
chien qui, près avoir été enragé, & avoir
donne la. rage à plusieurs autres animaux,
avoit si ni par se trouver guéri, & n'en
etoit pas 0 most, excepté que quelque
temps après il s'est perdu. Je n'ai pas
vu ce fait. J'ai été consulté pour un Nègre
qui avoit été mordu par un chien qui paroissoit enragé ; mais ce chien au bout de
quelques jours parut guéri, ce qui tran-
rj nous a parlé d'un
chien qui, près avoir été enragé, & avoir
donne la. rage à plusieurs autres animaux,
avoit si ni par se trouver guéri, & n'en
etoit pas 0 most, excepté que quelque
temps après il s'est perdu. Je n'ai pas
vu ce fait. J'ai été consulté pour un Nègre
qui avoit été mordu par un chien qui paroissoit enragé ; mais ce chien au bout de
quelques jours parut guéri, ce qui tran- --- Page 475 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, '&c. 7$ quillisa le Nègre pour le moment. Mais
quelques jours après, le chien mourut
à peu près dans les accidens de la rage.
Environ trois semaines après la morsure,
la plaie du nègré, qui s'étoit guérie y se.
rouvrit; il se plaignit d'une douleur vive
qui s'étendoit depuis le bras mordu jusqu'à la nuque ; il délira ensuite y '& devint hydrophobe. Ce fut alors qu'on me
consulta , car je n'ai point vu le malade, Comme je n'avois plus d'espoir de. le
guérir par le mercure seulement, je conseillai de lui faire boire une .chopine dé
vinaigre en deux ou trois-fois : le malade
sua beaucoup & se trouva guéri. Nd
l'ayant paS; vu j'ignore si les récit's qu'ord
m'a faits étoient bieh fidèles, & si le ma^:
Jade étoit rééllement hydrophobe. C'était
loin de chez moi ; j'y fus deux jours après ^
& je le trouvai au travail., ; --- Page 476 ---
60 MOYENS DE CONSERVER .' Des Pians. O N appelle pians, aux îles, une maladie
qui consiste en des puf1:ules très-contagieuses, croûteuses & humides, oia Amplement
sèches & écailleuses, de nature psorique ,
endémique en Afrique , & particulière aux
Nègres établis,en Amérique. - Cette désinition suppose, comme l'on
coit, deux espèces dé pians; la première,
de croûteux& humides; la seconde, de secs
& écailleux. J - -
r Les pians humides, ou gros pians, confident en des pustules de la grosseur du
bout du doigt ou du pouce , élevées i
jaunâtres, couvertes d'une croûte crevassée
qui laisse échapper un pus ichoreux, mai*
çn très-petite quantité. Ces pustules qui sont solitaires, sont répandues sur les différentes parties du corps,
mais spécialement dans les endroits ou il se
fait une plus abondante transpiration , &
où cette humeur a une odeur un peu forte,
comme aux cuisses, aux pieds, aux environs des parties de la génération, au ventre, 8cc. Mais où il en paroît le plus, c'est
entre les orteils. Cette maladie est très-contagieuse, 8c
l'on --- Page 477 ---
fcA SANTÉ DES BLANCS, &è. 8t
différentes parties du corps,
mais spécialement dans les endroits ou il se
fait une plus abondante transpiration , &
où cette humeur a une odeur un peu forte,
comme aux cuisses, aux pieds, aux environs des parties de la génération, au ventre, 8cc. Mais où il en paroît le plus, c'est
entre les orteils. Cette maladie est très-contagieuse, 8c
l'on --- Page 477 ---
fcA SANTÉ DES BLANCS, &è. 8t Ison prétend dans le pays qu'elle se communique par l'intermède des mouches, qui,
après avoir sucé le venin de la Contagion f
vont en suite l'inoculer à des Nègres qui
n'en sont point affeâés. Si le sujet a un
ulcère , soit aux jambes , soit aux pieds,
c'est par cet ulcère que se fait l'inoculation , parce que les Nègres ont toujours
ces parties découvertes ; c'est la marque
de l'esclavàge, & c'esi aussi par-là que
la maladie se maniseil:e. L'ulcère devient
plus putride, & s'éiend par l'érosion de
ses chairs & de ses bords ; les chairs de
viennent mollasse, comme pénétrées d'une
espèce de morv; jaunâtre, et suintant une
matière ichoreuse. Ses bords deviennent *
mous, jaunâtres , avec un engorgement
ou un gonflement qui s'étend dans le tissu
cellulaire des environs, mais sans beaucoup
de douleur ni de changement de couleur à
la peau. On appelle communément ces ulcères mères-pians. Il s'élève ensuite des
pullules en différentes parties du corps %
petites & sèches dans le commencement,
mais qui ne tardent pas *à s'étendre & à
prendre le caradère que nous avons décrit.
Quand la contagion se fait par le simple
contact d'un pianiste avec un autre pianifle > alors la maladie se déclare à peu --- Page 478 ---
82 MOYENS DE CONSERVER près comme la gale, par l'apparition de
pustules sur diverses parties du corps. Ordinairement une des premières qui ont
paru s'étend beaucoup plus, & devient
quelquefois de la grandeur d'un écu de
six livres ; c'est encore ce qu'on appelle
mères-pians. Dans la suite, les ulcères, si
le Nègre en ,a , prennent aussi le cara6tere
pianiHe. C'eil ordinairement par l'endroit
ou s'est faite l'inoculation, que commence
la première éruption des pustules. Lorsque la communication s'est faite par le
commerce vénérien , c est par les parties de la génération que commence la
maladie ; & comme cette voie esl très-ordinaire , il esl très-ordinaire aussi de voir les
parties de la génération couvertes de pians;
Cette circonstance , & quelque ressemblance des pustules pianistes avec les puftules vénériennes, ont fait regarder cette
maladie, par la plupart des médecins & des
chirurgiens , comme un' symptôme de
vérole. Cependant elle a un caractère particulier, ou absolument différent de celui
de la vérole. Cespuft,ules n ont ni la même
xénitence, ni la même dureté, ni la mêmeblancheur ou la même rougeur que celles
de la vérole; elles sont molles, jaunâtres,
& croûteuses. Le vice pianiste ne se mani-
fait regarder cette
maladie, par la plupart des médecins & des
chirurgiens , comme un' symptôme de
vérole. Cependant elle a un caractère particulier, ou absolument différent de celui
de la vérole. Cespuft,ules n ont ni la même
xénitence, ni la même dureté, ni la mêmeblancheur ou la même rougeur que celles
de la vérole; elles sont molles, jaunâtres,
& croûteuses. Le vice pianiste ne se mani- --- Page 479 ---
LA SANTÉ DES BLANCS , &C. 83 F ij fesie pas sur les ulcères comme le vénérien,
en rendant leurs chairs plus dures & plus
blanches, lardées d'une espèce de matière
suifeuse, & leurs bords plus durs & plus
blancs, & accompagnés d'une espèce de pellicule ou de fausse cicatrice blanche 8t mince,
qui s'étend assez au loin sur les chairs. Les
ulcères pianifles n'ont rièn de tout cela r
d'ailleurs cette maladie ne produit pas,
comme le vice vénérien, une foule d'accidens différens , 6c qui se succedent les uns
aux autres. Elle se borne à des pustules 8c
à des douleurs dans les aponévroses quand
l'humeur est répercutée : nous ne l'avons
jamais guère vue attaquer les os, que chez
les enfans nouveau - nés, & chez ceux
qui avoient en même tems la maladie vénérienne. Celui qui contraéle les pians
n'a jamais autre chose que des pustules
ou des douleurs. Les pians, comme la maladie vénérienne & beaucoup d'autres , se contra8:ent encore par hérédité. L'enfant
d'une Négresse ou d'une Mulâtresse • 7 1
pianiste naît avec les pians, des aphthes
& des puflules à la bouche & aux parties
de la génération, des gonflemens dans
les os vers les jointures ; c'est le seul
cas où les symptômes soient variés . & --- Page 480 ---
§4 MOYENS DE CONSERVER' où la maladie paroisse semblable à la vérole. Il faut observer qu'aux îles un enfant qui naît de parens véroles apporte
rarement, en naissant, les symptômes de
sa maladie -, ce n'est que très-long-tems
après : j'ai même vu naître beaucoup d'ensans de pères mal sains, chez qui la m4-
!adie ne s'efl jamais manifestée. Nous avons observé que les enfans contraaoient plus facilement le pian que
les adultes, les.silles que les garçons, les
tempéramens mous 8c foibles plutôt que
les autres ; 8c que les Blancs n'y étoient
pas sujets, quoiqu'ils s'y exposassent. de
toutes manières.. Nous avons entendu
parler à la Guadeloupe 8c à Saint-Domingue de quelques Blancs qui les avoient
eus ; mais ces maladies n'ont pas été constatées : peut-être a-t-on pris des puflules
vénériennes pour des pians. Il m'est sou-r
vent arrivé qu'on m'ait présenté des pustules vénériennes qu'on croyoit être de¡
pians.
n'y étoient
pas sujets, quoiqu'ils s'y exposassent. de
toutes manières.. Nous avons entendu
parler à la Guadeloupe 8c à Saint-Domingue de quelques Blancs qui les avoient
eus ; mais ces maladies n'ont pas été constatées : peut-être a-t-on pris des puflules
vénériennes pour des pians. Il m'est sou-r
vent arrivé qu'on m'ait présenté des pustules vénériennes qu'on croyoit être de¡
pians. On doit considérer les puflules pianifles
' comme primitives ou comme consécutives:
primitives , quand elles se manifeslent peu
de tems après la communication du vice ,
' & dans le lieu par où s'est faite la communication ; consécutives, quand l'érup- --- Page 481 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 95 F îij
tion se fait très-long-tems après l'introdudion du virus, & après qu*il s'effdéja
déposé sur les aponévroses, & qu'il a occafionné des douleurs ; quand les pians,
déjà. sortis, ont été répercutés , 8t repa- ^
Toisent une seconde fois,; quand enfin ils
paroissent, après que la masse des humeurs
est déjà infeâée. Il arrive souvent que par l'effet d'un
mauvais traitement, ou par des bains froids.
pris inconfidérément- , le vice pianiste
quitte la peau , &. se retire dans les parties plus profondes, sur les aponévroses ;
alors les pun:ules disparoissent êt font
placer à des douleurs dans les bras, les
cuisses & les reins, & sur. le devant de
la tête : c'est ce qu'on nomme douleurs
pianifles ou pians rentrés. Quand les pians
sont bien sortis, ces douleurs n'exigent
point. Nous avons vu de ces douleurs
exister très-long-tems , c'est-à-dire, pendant sept à huit années; ,& ensuite, aprè>
avoir mis les malades dans un état de langueur & près de périr , céder aux remèdes
propres à faire reparôître les pians. On achète quelquefois des Nègres qui
paroissent sains, à la réserve de l'exténuation qu'on attribue d'abord au mauvais traitement qu'ils ont reçu : ces Nègres --- Page 482 ---
96 MOYENS DE CONSERVER se plaignent de douleurs qui persiflent
toujours , & qui à la fin les font périr. On
sait après qu'ils avoient eu des pians qu'on
avoit fait rentrer , afin de pouvoir les
vendre. Il faut observer que, cette maladie venant d'Afrique , les Nègres s'en
trouvent souvent attaqués avant d'être
amenés aux îles, ainsi que de certains
symptômes de lèpre ; & que les capitaines
qui les amènent font ce qu'ils peuvent,
dans la traversée, pour les faire rentrer
en dedans, afin de pouvoir débiter leurs
Nègres. * Le pian a une certaine affinité 'nonseulement avec là vérole, mais encore
avec les autres maladies de la peau,
comme la lèpre, la gale & les dartres. Il ressemble à la lèpre, parce que ses
pullules entraînent quelquesois avec elles
l'insensibilité ; que celles qui viennent
vers les jointures peuvent en imposer pour
certains symptômes de cette maladie, ôt
qu'enfin le vice, quand il esi dégénéré, toit
par un mauvais traitement, soit par son
union avec le vénérien , produit de véritables symptômes de lèpre , sur-tout le
pian sec dont nous parlerons.
les dartres. Il ressemble à la lèpre, parce que ses
pullules entraînent quelquesois avec elles
l'insensibilité ; que celles qui viennent
vers les jointures peuvent en imposer pour
certains symptômes de cette maladie, ôt
qu'enfin le vice, quand il esi dégénéré, toit
par un mauvais traitement, soit par son
union avec le vénérien , produit de véritables symptômes de lèpre , sur-tout le
pian sec dont nous parlerons. Il ressemble à la gale par la nature 5e
le siège de ses pullules. Les pufiules pia^ --- Page 483 ---
LÀ SANTÉ DES BLANCS , &C. 87 F iv îiistes, ainsi que les psoriques, paroissent
naître du corps muqueux, 6c se borner
dans cette partie; peut-être même ces
deux vices résident-ils dans l'humeur qui
constitue ce corps. Mais il en diffère par
le prurit qui n'accompagne pas le pian:
comme la gale; par les pustules du gros
pian qui sont toujours plus élevées que
celles de la gale, qui ne font jamais parplacards ni si nombreuses 3 8c qui attaquent
te visage, tandis que les pullules psoriques
semblent le respecter. Il ressemble aux dartres humides 8c croûteuses par la ressemblance de ses croûtes 8c
des chairs qu'elles recouvrent; mais le pian
est circonscrit, &, comme nous l'avons dit,
solitaire, ce que ne font pas les dartres dont
nous parlons. Nous ne le croyons pas une maladie purement critique 8c dépuratoire,
comme la petite vérole. Nous n'avons
jamais vu l'invasion des pians se faire
autrement que se fait cellei de la gale.
L'éruption de la gale se fait sans qu'il paroi sse aucun mouvement critique intérieur qui la détermine, excepté que quelquefois, dans des cas particuliers, il se
déclare , a la suite d'une fièvre maligne *
une éruption cutanee qui eslune vraie sale --- Page 484 ---
88 MOYENS DE CONSERVER qui existait depuis long-tems dans l'intérieur. D'autres fois on voit, à la suite des
mêmes maladies, paroître des symptômes
vénériens , dont on ne te doutoit plus depuis long-tems. Il en est de même du vice
pianifle , quand il existe dans la maire
des humeurs. Nous n'avons jamais vu ni
entendu dire qu'aucun Nègre fût guéri naturellement des pians ,au bout d'un certain
tems, quoique nous en ayons vu de très..
anciens. Nous ne pouvons pa.r conséquent
regarder cette maladie comme purement
dépuratoire , & comme pouvant se termi-
• ner d'elle-même par le simple régime. Nous
ne dissimulerons point cependant qu'il y
a quelques raisons qui pourroient la faire
regarder comme de la nature de la petite
verole. Des Hollandois & des Anglois nous
ont dit aux îles, qu'à Surinam on la regardoit comme telle, 8c même qu'on l'inoculoit % parce qu'on regardoit comme
une nécessité de l'avoir une fois dans la
vie. Mais ce qui nous feroit croire que
le pian dont on nous a parlé n'efl pas le
même que le nôtre, c'est qu'on nous a
dit qu'on inoculoit les Blancs & nous
n'avons jamais vu à l'Amérique aucun
Blanc qui l'ait çontra&é. Pour ce qui est
de ne l'avoir qu'une fois dans la vienous
8c même qu'on l'inoculoit % parce qu'on regardoit comme
une nécessité de l'avoir une fois dans la
vie. Mais ce qui nous feroit croire que
le pian dont on nous a parlé n'efl pas le
même que le nôtre, c'est qu'on nous a
dit qu'on inoculoit les Blancs & nous
n'avons jamais vu à l'Amérique aucun
Blanc qui l'ait çontra&é. Pour ce qui est
de ne l'avoir qu'une fois dans la vienous --- Page 485 ---
LA SANTÉ DES BLANCS &c. 89 avouons que c'esl aussi notre observation ;
nous n'avons aucune connoissance qu"un
Nègre ou une, Négresse ait eu le pian une
seconde fois , après avoir été bien 8c radicalement guéri. Ordinairement les habitans prennent pour soignerleurs pianistes,
pendant le traitement, des Négresses qui
ont déjà eu cette maladie , & nous n'avons
pas vu que ces Négresses l'aient contractée de nouveau. Nous avons contre
cette opinion presque tous les chirurgiens
du pays. Comme il y a une règle qui autorise à ne payer que quand les pians sont
radicalement guéris , on soutient, contre
l'opinion générale, que le pian est un
symptôme de vérole qui peut se contracter de nouveau. Nous avons souvent vu aux îles disparoître des pians que nous traitions par les
fri&ions mercurielles. Nos pianistes étoient
enfermés, comme c'en: Fumage ; mais au
bout de trois semaines ou un mois qu'ils
paroissoient bien guéris, les pians l'eparoissoient. J'ai traité par le mercure des pians
qui ont récidivé ainsi, & m'ont obligé de
recommencer plusieurs fois le traitement ;
mais je n'ai jamais vu de pians récidiver
après six mois de guérison , sur-tout quand
on avoit employé les, sudorifiques. --- Page 486 ---
QO MOYENS DE CONSERVER Nous ne connoissons pas d autres causes
des pians que la contagion : nous voyons
quelquefois certains vices des humeurs
qui, de simples, dégénèrent en virus vraiment contagieux ; mais nous n avons jamais vu le pian se déclarer , sans qu il y
ai Jeu auparavant de miasme contagieux. Il faut que , malgré cela, il y ait dans
les Nègres une cause prédisposante particulière, qui ne se rencontre pas dans le Blanc,
ou du moins qui ne s'y rencontre pas dans
la même proportion, puisque si le pian
n'est pas une maladie dont les Blancs soient
exclus , elle est toujours très-rare parmi
eux, tandis qu'elle est très-commune chez
les premiers. Il faut par conséquent que
chez ceux-ci il existe une humeur qui ait
une analogie bien plus particulière avec
la nature de ce virus. # . Nous avons déja dit que le vice pianisie étoit particulier à la peau, qu il
n'affectoit que cette seule partie , a
moins qu'il ne fût répercuté , & qu alors
il se portoit sur les parties aponévrotiques
& sur les gaines des tendons. Nous avons
encore fait observer que les parties qui
étoient le plus affectées des pians, etoient
celles où il y avoit le plus de chaleur, &
où il se faisoit une transpiration plus abondante & d'pne odeur plus forte. On pour-
particulier à la peau, qu il
n'affectoit que cette seule partie , a
moins qu'il ne fût répercuté , & qu alors
il se portoit sur les parties aponévrotiques
& sur les gaines des tendons. Nous avons
encore fait observer que les parties qui
étoient le plus affectées des pians, etoient
celles où il y avoit le plus de chaleur, &
où il se faisoit une transpiration plus abondante & d'pne odeur plus forte. On pour- --- Page 487 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &:c. 91
• 1 r /« - ' roit donc présumer que le vice pianifle
auroit une plus grande affinité avec les
sucs de la peau, avec cette humeur lubréhante qui remplit le tissu cellulaire non
graisseux, & qui enduit les parties tendineuses & aponévrotiques, qu'elle n'en a
avec aucune autre. Au resle ce que nous
avançons ici , n?esl que notre manière
d etre affectés; chacun est maître de penser
à sa façon, quand il ne doit en résulter aucune conséquence pour la pratique. Le pian sec, ou petit pian , qu'on appelle aussi pian caraïbe 5 nous ne savons
pour quelle raison, ne l'ayant point vu
chez les Caraïbes , consiste en des pustules milliaires sèches, écailleuses & trèsnombreuses, qui couvrent toute l'habitude
du corps des Nègres. Cette espèce de pian ressemble assez à
la petite gale sèche , excepté qu'il n'y
a point ou peu de prurit ; elle ressemble
encore plus à la lèpre, avec laquelle
elle paroît avoir beaucoup plus d'affinité que n'en a la première espèce de
pian. Beaucoup plus rare que cette première , elle nous a paru être un premier
degré de la lèpre, & produire dans la suite
divers symptômes de cette maladie, sans
qu il fût besoin ? comme dans la pre-: --- Page 488 ---
92 MOYENS DE CONSERVER mière espèce, que d'autres causes particulières vinssent changer sa nature. Cette maladie esi , de même que
Fautre , susceptible d'être répercutée :
alors elle détermine les mêmes douleurs;
mais il faut observer que cette espèce
altère plus la santé, & dessèche davantage que l'autre. On ne voit guère ce pian que dans
les endroits où la lèpre esi commune, 8c
l'on voit beaucoup de lépreux en être
affe8és ; c'efl: ce qui nous le fait regarder
comme une sorte de lèpre : il est aussi
beaucoup plus difficile à guérir que le pian
humide. Le prognostic du pian efl toujours
fâcheux, lorsque , par des causes particulières , il dégénère en d'autres symptômes : nous parlons du pian humide,
puisque le sec dégénère naturellement.
Comme ces symptômes appartiennent à
la lèpre, ils présentent les mêmes difficultés pour la guérison. Nous allons les
détailler. . Quand le vice pianifle est très-ancien,
qu'il a été plusieurs fois répercuté ou
irrité par un mauvais traitement , alors
ce ne sont plus des pustules pianifles
qu'il produit ; c'çst ou une sorte de pian
\
symptômes : nous parlons du pian humide,
puisque le sec dégénère naturellement.
Comme ces symptômes appartiennent à
la lèpre, ils présentent les mêmes difficultés pour la guérison. Nous allons les
détailler. . Quand le vice pianifle est très-ancien,
qu'il a été plusieurs fois répercuté ou
irrité par un mauvais traitement , alors
ce ne sont plus des pustules pianifles
qu'il produit ; c'çst ou une sorte de pian
\ --- Page 489 ---
LA SANTÉ DES BLANCS , &c. 91 sec qui se répand sur tout le corps; ou
bien l'humeur se dépose vers les jointures,,
&y cause des dépôts & des ulcères rongeans;
pu elle se fixe sur les tendons , & produit
des espèces de nœuds, d'où s'ensuit nécessàirement leur rétraction ; ou elle donne
naissance a une sorte de dartre sans prurit,
& que communément on nomme dans le
pays dartres rouges. Ce sont des taches
plus ou moins grandes & plus ou moins
nombreuses, de couleur de feuilles montes, glabres , sans élévation, ni enfoncement, ni aspérité, 8c qui afFe&ent ordinairement la figure ronde ou ovale : ces
taches sont regardées dans le pays comme
un premier degré de lèpre, quoique souvent un Nègre les porte toute sa vie, sans
être attaqué d'autre accident qui caractérise
la lèpre. Il faut observer que ces symptomes ne sont pas toujours l'effet des
pians rentrés ; ils sont plus souvent encore celui de la lèpre contractée immédiatement par la contagion, ou par la naifrance, ou enfin par certains alimeiis dont
nous avons parlé. On voit encore se déclarer à la peau des
dartres écailleuses souvent universelles,
& avec plus ou moins d'insensibilité; des
tumeurs ou excroissances en diverses par- --- Page 490 ---
94 MOYENS DE CONSERVER ties, comme au front, aux oreilles, &c.
symptômes qui cara&érisent encore davantage la lèpre. Il ne faut pas croire cependant que le
pian produise fréquemment toutes ces sortes de maux; lorsqu'il dégénère ainiî, il se
borne ordinairement à un seul de ces
Íymptômes, 6c ces changemens ne sont
pas fréquens dans le pian humide, à moins
que le vice vénérien ne s'y joigne ; il
arrive plutôt que l'humeur répercutée se
borne à produire les douleurs dont nous
avons parlé; douleurs qui épuisent à la
fin les sujets 3 & les font périr dans le ma.
rasme.. Quand le vice vénérien se joint au pian,
il en résulte presque toujours des tumeurs
dans le tissu cellulaire vers les jointures :
ces tumeurs sont d'abord dures , vacilJantes, ressemblent à de petites glandules,
& sont sans douleurs ; on les appelle improprement , dans le pays , nodus. Elles
grossissent peu à peu, & finissent, après
un certain tems > par s'échauffer & devenir adhérentes douloureuses ; la peau
change de couleur & devient rouge ; puis
la tumeur abcède, mais c'est toujous imparfaitement , & à peu près comme font
les glandes. La glandule en suppuration
abord dures , vacilJantes, ressemblent à de petites glandules,
& sont sans douleurs ; on les appelle improprement , dans le pays , nodus. Elles
grossissent peu à peu, & finissent, après
un certain tems > par s'échauffer & devenir adhérentes douloureuses ; la peau
change de couleur & devient rouge ; puis
la tumeur abcède, mais c'est toujous imparfaitement , & à peu près comme font
les glandes. La glandule en suppuration --- Page 491 ---
LA SANTÉ DES BLANCS , &C. 95 ee se fond point , il reste un noyau qui
«'étend en largeur dans le tissu cellulaire
sous la peau, & gagne de proche en
proche comme fait celui du cancer; les
bords de l'ulcère toujours gonflés & tendus se déchirent & s'érodent peu à peu %
& l'ulcère s'agrandit. Le fond est une chair fongueuse ,.
dure, rouge, luisante & sensible , lardée
de filamens blanchâtres &. jaunâtres ; la
suppuration est ichoreuse & fort acre ; les
bords sont fongueux Se élevés dans certains
endroits, affaissés & érodés en d'autres ; on
fent dans toute la circonférence une dureté & une tension dans le tissu cellulaire
sous la peau, quoiqu'elle n'ait pas encore
changé de couleur, ce qui annonce que le
mal fait toujours des progrès , & que l'ul.
cère ne tend point à sa guérison. Quand c'est par le vice vénérien que
le pian est aigri, & qu'il dégénère en
lèpre, c'est presque toujours par les tU4
meurs & les ulcères ; les symptômes
dont nous avons déja parlé ne viennent
qu'après. Nous avons vu de ces sortes d'ul.
cères parvenir, par beaucoup de soins, presque à se cicatriser; mais ensuite un nouvel
embarras qui se formoit au même endroit,
rouvoit toutes les cicatrices , & détruisoit --- Page 492 ---
c6 MOYENS DE CONSERVER dans un mois l'ouvrage de plusieurs an;
nées ; & bientôt se déclaroient les fymptomes de lèpre dont nous avons parlé. Quoique le pian ait été traité methodiquement , & que le vice soit réellement
détruit, il est encore-dans le cas d'avoir certaines suites, quand la dépuration
de l'humeur altérée n'a pas été suffisante :
ces suites sont ce qu'on appelle des guignes , des crabes, des crabes courantes ,
des Iota. Les guignes sont de petits ulcères qui
naissent a la racine des ongles des pieds ,
& les déchaussent : ces petits ulcères, qui
font accompagnés d'une excroissance fongueuse, rouge , & semblable à une guigne, sont très - douloureux & très-sen->
iibles , parce qu'ils sont continuellement
irrités par la présence de l'ongle qui y
devient un corps étranger. Souvent même, si on n'emporte pas
l'ongle, ils deviennent rongeans, pénètrent jusqu'à la phalange qu'ils carient 8c
détruisent ; mais lorsqu on fait sauter l'ongle
d'abord, ils se guérissent assez facilement.
Les ulcères , qui sont souvent suites de
pians, quand un reste de dépuration de
l'humeur se fait par Cette voie, peuvent
aussi provenir d'autres causes, tant inté-
\ rieu res,
. Souvent même, si on n'emporte pas
l'ongle, ils deviennent rongeans, pénètrent jusqu'à la phalange qu'ils carient 8c
détruisent ; mais lorsqu on fait sauter l'ongle
d'abord, ils se guérissent assez facilement.
Les ulcères , qui sont souvent suites de
pians, quand un reste de dépuration de
l'humeur se fait par Cette voie, peuvent
aussi provenir d'autres causes, tant inté-
\ rieu res, --- Page 493 ---
fcA SANTÉ DES BLANCS. &:C. 97 G neures qu'extérieures , & ne sont point du
tout particuliers à l 'Amérique, ni aux
Nègres. On appelle crabes de petites tumeurs
ou glandules formées sous la peau de la
plante des pieds 5 dans son- tissu fous l'épidenne, & produites toujours par un dépôt qui s'est fait en cet endroit de l'humeur pianiste, soit qu'elle ait été assez
altérée par les remèdes pour ne pouvoir
plus faire récidiver les pians, soit qu'elle
ne 1 ait pas encore été. Ces crabes, dans les
tems de pluie, se gonflent, soulèvent 1 epiderme épais & dur de là plante du pied
des Negres, entr ouvrent, & paroissent
sortir a travers sous la forme d'une massede chair fongueuse , dure , luisante, &
fort sensible, qui empêche de marcher,
& par conséquent de travailler. La saison
des pluies passée, cette chair fongueuse
s affaisse d elle-même , rentre dans son
trou qui se referme , & la crabe disparoît
pour gonfler & sortir de nouveau au retour des pluies. Il y en a qui s'imaginent devoir traiter
cette maladie intérieurement par les fudorifiques , afin d'en détruire la cause radi..
cale; mais si les pians ont été réellement détruits, la maladie qui n'est que
locale-est toujours guérie radicalement --- Page 494 ---
o8 MOYENS DE CONSERVER 1. quand, au moyen d'un caustique, on a détruit dans la peau ce qui faisoit le germe
de la crabe. On nomme crabes courantes des sissures,
ou fentes dartreuses , qui viennent aux
mains 8c aux pieds 8c qui sont accompagnees d'une sécheresse 8c d'une tension de
la peau qui occasionnent une sensation
fort désagréable. Cet accident n'annonce
pas un vice bien détruit, 8c n'est point
particulier au pian. Nous , avons vu des
Blancs en être attaqués à la suite d'anciennes maladies vénériennes traitées 8c
dégénérées. Nous n'avons pas eu occasion
de suivre le traitement de ces maladies
qui s'adoiicissent par les bains de lessive,
ou d'eau de mer ; mais nous pensons que
le traitement intérieur qui leur convient
seroient les sudorifiques unis aux adoucissans, tels que le lait 8c les mucilagineux.
C'est ce que nous avons conseillé à ceux
qui nous ont consulté : comme nous n'avons pas revu les malades , nous ignosons si nos conseils ont été suivis , 8c si
on s'en est bien trouvé.
traitement de ces maladies
qui s'adoiicissent par les bains de lessive,
ou d'eau de mer ; mais nous pensons que
le traitement intérieur qui leur convient
seroient les sudorifiques unis aux adoucissans, tels que le lait 8c les mucilagineux.
C'est ce que nous avons conseillé à ceux
qui nous ont consulté : comme nous n'avons pas revu les malades , nous ignosons si nos conseils ont été suivis , 8c si
on s'en est bien trouvé. Les lothas sont de petits placards de
dartres purement farineuses, 8c presque sans
prurit qui viennent en diverses partiel
du corps, 8c dont beaucoup de Nègres
sont attaqués, sur-tout ceux qui ont eu --- Page 495 ---
TÀ SANTÉ DÈS BLANCS * &c. 99 G 4 *
ij les pians. Ces dartres peuvent venir de
différentes causes ; mais comme elles rie
supposent jamais aucunes suites, quoiqu'il soit asse-z rare qu'elles guérissent, pour
l'ordinaire on ne s'en inquiète point, &
on n'y fait aucun traitement. Ceux qui
veulent les guérir, lqi frottent avec de la
poudre à canon & du jus de citron. Le prognostic des pians, nous parlons
des pians humides, n'est pas plus fâcheux
que celui de la gale > quand ils sont trai..
tés par les remèdes qui leur conviennent,
& qu'on ne les fait pas dégénérer par des
imprudences ou par un mauvais traitement t
il varie d'ailleurs relativement aux diffé:
rences que nous en avons faites*1 Le pian local ou primitif est très -facile à guérir, sur-tout s'il n'y a encore
que quelques puflules t comme la masse
des humeurs n'est pas encore infedée,
On le guérit par la simple cautérisation*
Quand la masse des humeurs est infectée .
alors il nest plus local ; dans ce cas plus il est
récent, & moins il en paroîtsur la peau, plus
3I est difficile à guérir : plus au contraire
il est ancien ^ nous ne supposons pas qu'il
soit dégénére ni répercuté, & plus il yen
a à la superficie du corps, plus il est
facile à guérie --- Page 496 ---
ioo MOYENS DE CONSERVER Il en est de cette maladie à peu près
comme de la gale : on ne peut en détruire le vice que quand il est entièrement à l'extérieur; car , pour peu qu'il
en reste dans l'intérieur , le traitement
efl toujours manqué , quoiqu'on emploie
des remèdes intérieurement, Les douleurs pianistes sont semblables
aux effets de la gale rentrée elles ne
cèdent à aucune espèce de remèdes, tant
que les pians ne reparoissent pas au dehors,
8c elles sont encore en cela différentes des
douleurs vénériennes, qui peuvent être traitees & guéries, quoique le vice vénérien
réside intérieurement dans les humeurs. Les pullules pianistes qui ont été longtems répercutées, & qui enfin ont reparu ,
sont plus difficiles à guérir , & demandent
plus de précautions 8c un traitement plus
long que les autres , au moins dans les
préparations. Le pian sec est très-difficile
a. guérir. Le traitement des pians, ainsi que
celui de toutes les maladies virulentes
dont on ne connoît pas le principe, ne
peut s'établir sur des indications; cest
l'expérience & l'observation qui dirigent.
répercutées, & qui enfin ont reparu ,
sont plus difficiles à guérir , & demandent
plus de précautions 8c un traitement plus
long que les autres , au moins dans les
préparations. Le pian sec est très-difficile
a. guérir. Le traitement des pians, ainsi que
celui de toutes les maladies virulentes
dont on ne connoît pas le principe, ne
peut s'établir sur des indications; cest
l'expérience & l'observation qui dirigent. L'observation nous ayant fait connoître
que le pian, de même que la gale, ne --- Page 497 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. ior G iij - pouvoit se guérir tant que le vice restoit
dans l'intérieur, que la peau étoit le seus
organe excrétoire par où le levain pianifle
devoit être chassé hors du corps, la première indication par conséquent est de'
porter le virus à la peau. L'expérience a'
appris que le moyen le plus efficace
étoit la fleur de soufre ; mais elle a aussi,-
appris en même tems que ce moyen avoit
ses inconvéniens , & que dans le cas de dif.
solution du fang , il la poussoit vivement :
il ne faut donc l'employer que quand:
le sang efl bien constitué , & s'en abstenir
dans le cas contraire, ou quand on craint
l'espèce de maladie commune chez les:
Nègres, & qu'on appelle Mal d'eflomac.. On a vu aussi de bons effets, pour pousser
au dehors, de l'usage du bouillon de giraumont de celui de limaçon fluviatile durpays , qu'on appelle communément cauclaux , de tisanne d*écorce de mapou ou.
fromaper, dont on se sert aussi dans la petite verole, de bouillon & de chair derequin , de bouillon de petits lézards verds
ou jaunes., qu'on appelle anolis dans les
îles , de l'eau {econde de chaux faite avecles coquilles appelées lambin. Il suit de-là que les préparations aux
remèdes pour les pians doiyent être ab- --- Page 498 ---
Ï02 MOYENS DE CONSERVER folument différentes de celles qu'on Lit
avant les remèdes antivénériens. Dans
ceux-ci il faut rafraîchir, tempérer, relâcher , ou purger plusieurs fois : pour
les pians, au contraire, tous ces préparatifs ne tendent qu'à faire rentrer le
venin au dedans, ce qu'il faut éviter;
pousser au dehors , échauffer par conséquent, sont les premières, indications à
remplir.. - On observe que lor{qu"on traite des.
plans trop récens, nous ne parlons pas
de ceux qui ne font que primitifs &. locaux , on ne peut terminer leur guérison ,
On n'emploie auparavant les. moyens
propres à les pousser au dehors; il arrive.
alors que les pustules, après s'être éteintes , reparoissent, ou qu'il en ressort
d'autres, & qu'on continue ainsi un traitement qui exténue le malade par sa longueur, sans pouvoir le guérir.
qu"on traite des.
plans trop récens, nous ne parlons pas
de ceux qui ne font que primitifs &. locaux , on ne peut terminer leur guérison ,
On n'emploie auparavant les. moyens
propres à les pousser au dehors; il arrive.
alors que les pustules, après s'être éteintes , reparoissent, ou qu'il en ressort
d'autres, & qu'on continue ainsi un traitement qui exténue le malade par sa longueur, sans pouvoir le guérir. Lors donc que les pians sont assez anciens & assez sortis, on choilit , suivant son expérience, le spécifique' qui
paroît le plus convenable, Jusqu'à présent on en connaît de deux fortes, ou
même de trois, le mercure, le soufre,
& les sudorifiques. Le mercure j ^ même le mercure .en.
fripions est le spécffique le plus usité --- Page 499 ---
t A SANTÉ DES BLANCS , &C. 103 G iv dans le pays par les medecins & les chirurgiens qui, regardant encore le pian
comme un symptôme vénérien , ou au
moins cherchant à le faire regarder comme
tel, continuent de. se servir du remède
regardé en France comme le vrai spécifique de la maladie vénérienne, & dont
ils ont étudié l'usage. Ils ont, à cet effet,
soit chez eux, soit chez les habitans , un
petit endroit, qu'on nomme la petite case r
où ils tiennent renfermés les Nègres
pianistes , ainsi que les vérolés , avec une
ou deux Négresses pour les servir : ils leur
administrent des fridions mercurielles pendant six semaines , & les mettent ensuite
à l'usage de la tisanne sudorifique du CoVoici quels sont les effets de ces remèdes : il faut observer qu'on prépare les
malades, comme il est d'usage de préparer
en France pour les grands remèdes. Au
bout d'environ quinze jours la salivation
eû établie, & une partie des pustules est
déja éteinte ; l'autre partie est beaucoup diminuée, & comme devant bientôt
disparoître. La même chose arrive quand
même la salivation ne feroit pas encore
établie. On continue le traitement, & au
bout de quelque tems on s'apperçoit que
les pullules loin de diminuer augmentent * --- Page 500 ---
1°4 MOYENS DE CONSERVER & qu'il en reparoît d autres : maigre cela
on continue le traitement pendant quarante jours, & au bout de ce tems on administre pendant trois semaines des sudorifiques plus forts qui terminent la cure. Les
pians disparoissent alors > & le malade se
trouve quelquefois guéri, d'autres fois il
ne l'est pas ; les pians reviennent, & c'est
ce qui fait la difficulté entre les chirurgiens & les habitans qui veulent qu'on
leur garantisse la guérison de- leurs Nègres.
Il est fort rare que çeux qui n'administrent
point de sudorifiques à la fin parviennent
à guérir la maladie sans retour. Plusieurs aujourd'hui ayant reconnu
l'insuffisance des friaions, emploient le
sûblimé à la méthode de Vanswieten , mais
à une dose beaucoup plus forte que ne le
prescrit l'auteur, & ils y joignent la tisanne
sudorifique avec les mucilagineux. Nous
observerons en pâssant, que quoique
nous ayons vu aux Antilles plusieurs personnes tuées par ce remède donné à trop
haute dose , & continué trop long-tems *
nous ne lui avons cependant point vu
produire les mêmes ravages qu'en France.
Est-ce la mollesse & une irritabilité moindre
dans la fibre musculaire de l' eslomac? c'est
ce que nous ne savons pas. Il en est de,
isanne
sudorifique avec les mucilagineux. Nous
observerons en pâssant, que quoique
nous ayons vu aux Antilles plusieurs personnes tuées par ce remède donné à trop
haute dose , & continué trop long-tems *
nous ne lui avons cependant point vu
produire les mêmes ravages qu'en France.
Est-ce la mollesse & une irritabilité moindre
dans la fibre musculaire de l' eslomac? c'est
ce que nous ne savons pas. Il en est de, --- Page 501 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C. 105 même de tous les autres remèdes irritans. Le sublimé nous a paru faire plus
d'effet & mieux convenir que les frictions. On a encore employé les dragées de
Keiser & d'autres mercuriaux-, mais ésans
un succès bien marqué. Outre que le mercure ne paroît pas être le vrai spécifique
du pian, & que, même dans la maladie
vénérienne, son effet est beaucoup plus
borné qu'en France, il a encore l'inconvénient de ne pouvoir être employé dans
les cas de dissolution du' sang; & ces
cas se rencontrent très-fréquemment chez
les Nègres. Cependant nous avons vu
des chirurgiens parvenir par son usage
seul, avec le tems & la patience , 8c
beaucoup de circonspection , à guérir
des pianistes. Mais nous avons vu aussi
que ces Nègres, quoique guéris , conservoient tous des crabes aux pieds. C'est
à quoi nous avons presque toujours reconnu les anciens pianistes guéris par le
mercure, ou maltraités par d'autres méthodes, c'est-à-dire dont le traitement n'a
pas été assez suivi. ^ * Il y a beaucoup d'habitans qui traitent
eux-mêmes leurs Nègres ; il y en a qui,
connoissantl'usage du sublimé, s'en serrent --- Page 502 ---
106 Mo Y EN S DE CONSERVER quelquefois avec une espece de succès,
mais le plus souvent à leur désavantageIls y joignent la tisanne sudorifique qu'ils
composent avec les bois sudorifiques du
commerce, ou ceux que produit le pays;
mais.ordinairement ils les remplacent par la
racine de grand dracuntium, aioli que la salsepareille par celle de l'aloès pitre : cependant
- la plupart s'en tiennent aux seuls sudorit tiques, & n'emploient que ceux que fournit le pays, c'est-à-dire les deux dont nous
venons de parler, le gayac, le bois de
fer, le bois arada lacoma, & le tendre
acaïou. Il y a encore le grand & le petit
branda, &. le picannier de montagne. Ces
remèdes pouvant être employés verds,.
nous ont paru mieux réussir que ceux
que l'on apporte secs, & souvent même
altérés de France. La fleur de soufre nous a paru être ,
ainsi que de la gale, le vrai spécifique
du pian. Les Nègres guéris par son moyen
le sont beaucoup plus radicalement, & il
est fort rare qu'ils soient attaqués de crabes dans la suite. Ce remède pousse d'abord au dehors, couvre la peau de pustules planisies , qui ênsuite se dessèchent
d'elles-mêmes sans qu'il soit besoin d'autres
remèdes. Ceci est conforme aux prin-
ur de soufre nous a paru être ,
ainsi que de la gale, le vrai spécifique
du pian. Les Nègres guéris par son moyen
le sont beaucoup plus radicalement, & il
est fort rare qu'ils soient attaqués de crabes dans la suite. Ce remède pousse d'abord au dehors, couvre la peau de pustules planisies , qui ênsuite se dessèchent
d'elles-mêmes sans qu'il soit besoin d'autres
remèdes. Ceci est conforme aux prin- --- Page 503 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C. 107 cipes que nous avons avancés. Par cette
même raison, si les sudorifiques ne sont
pas des spécifiques aussi efficaces que le
Soufre, ils le sont toujours plus que le
mercure , parce que leur effet ess dè
pousser à la peau. Ils conviennent même
seuls dans les cas où ni le mercure ni le
soufre ne peuvent être employés, c'est-à^
dire lorsque le sang tend à la dissolution.
Quand il y a chez les Nègres un comment
• cement de la maladie appelée Mal d'eflornac , tout le monde sait que le mercure
dissout le sang, & nous avons été témoins
des mauvais effets du sousre dans ces çirconstances. Les sudorifiques, au contraire f
sur-tout ceux qui ont fermenté, augmentent le ton des solides, & raccommodent
la texture du fang. Les Nègres ont des remèdes particu-,
liers tirés des plantes du pays, & qu'ils
tiennent secrets : ce ne sont pas ceux qui
réussissent le moins. J'avouerai que je leur
ai vu guérir des pians dégénérés en symptomes de lèpre, que j'avois abandonnés,
ainsi que plusieurs autres personnes de
l'art. Il y a cependant de l'imprudence de
se fer à toute espèce de remèdes de
Nègres. Depuis peu de tems on a découvert un --- Page 504 ---
io8 MOYENS DE CONSERVER remède qui agit contre le vice pianifle
même dégénéré en lèpre , 8c contre les
symptomes vénériens, sur-tout ceux qui
attaquent la peau ; c'est le bois d'une plante
ligneuse du genre de l'acacia, 8c qu'on
nomme aux îles du vent baba 8c lianne à
coeur, 8c à Saint-Domingue cœur desaintthomas, caconne maron. Cette plante qui
efl rampante, 8c qui grimpe sur les arbres,
a une feuille découpée comme celle de la
viorne > 8c porte une grande gousse fauve, •
recourbée en manière de sabre , longue
d'environ trois pieds 8c même de quatre,
bordée des deux côtés d'une sorte de
bourrelets , 8c séparée par cloisons qui
contiennent chacune une grosse graine
couleur maron , ovale 8c applatie , d'environ deux pouces de long sur un de large,
8c faite en manière de cœur. Cette plante
esi vivace, 8c peut parvenir à la grosseur
de la cuisse ; son bais est tendre 8c se
coupe très-facilement, laisse échapper une
gomme rousse ou blanche, qui a une sorte
d'arcriction % mais beaucoup moindre que
le bois qui est de deux especes, savoir, le
blanc 8c le rougeâtre. Le bois blanc a trop
de force, détermine des accidens, 8c peut
même passer pour un poison pris à une
certaine dose. Ses effets sont d'occasionner
venir à la grosseur
de la cuisse ; son bais est tendre 8c se
coupe très-facilement, laisse échapper une
gomme rousse ou blanche, qui a une sorte
d'arcriction % mais beaucoup moindre que
le bois qui est de deux especes, savoir, le
blanc 8c le rougeâtre. Le bois blanc a trop
de force, détermine des accidens, 8c peut
même passer pour un poison pris à une
certaine dose. Ses effets sont d'occasionner --- Page 505 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C. 1° des vomissemens, des contrarions dans
les muscles , & une irritation dans le genre
nerveux, qui va jusqu'à porter le trouble
dans les idées , & à rendre insensé pendant plusieurs jours; peut-être cet état
dureroit-il, si on en continuoit l'usage plus
long-tems, ou si on en prenoit davantage : il cause aussi une tension singuliere
dans les muscles du bas-ventre, & des rév tradions dans les tendons des extrémités. Le bois rouge produit les mêmes effets,
mais il a beaucoup moins de force. On doit
à un Nègre venu d'Afrique à la grande
terre-Guadeloupe, la connoissance de ce
remède. On prend, suivant ce Nègre , demilivre du bois frais de l'espèce rougeâtre,
qu'on coupe par petits morceaux, & qu'on
fait bouillir dans trois pintes d'eau commune, jusqu'à rédu&ion de deux pintes,
pour boire dans la journée ^ on fait rebouillir le marc dans de l'eau pour faire
une seconde tisanne, au cas que le malade soit dans le cas de boire plus de deux
pintes par jour. On lave & on panse les affe&ions extérieures, c'est-à-dire les ulcères, les dartres
& les gonHemens, si c'eil lèpre ou mal
vénérien, avec la même décodion ou la
plante pilée. --- Page 506 ---
110 MOYENS DE CÔNSERVEU Lorsque ce remède, pris à trop torte
dose, cause les accidens dont nous avons
parlé , on y rernédie par les bains d'eau
& de lait, & l'usage du lait intérieurement;
mais les personnes prudentes n'en administrent d'abord que quatre onces aux
adultes , deux onces aux enfans. Ce remède qui a beaucoup d'astriction,
paroît cependant ne point agir comme
répercussif: il pousse au dehors, puis dessèche; il fait reparoître les anciennes gonorrhées, & les arrête ensuite; il arrête les
fleurs blanches, & réussit spécialement
pour dissiper les gonflemens ou excroisfances que produit la lèpre , ainsi que
ceux que le vice vénérien occasionne quelquefois aux grandes lèvres & au prépuce. Ce remède s'emploie sous toute espèce
de forme contre les affedions pituiteuses;
mais il est mal placé dans les mains de
tout le monde. --- Page 507 ---
1,A SANTÉ DES BLANCS, &c. Iii Renzarques sur quelques observations • touchant les Antilles. LES Antilles sont situées entre le tropique du cancer & la ligne équinoxiale ,
par conséquent sous un climat fort chaud,
mais que les vents régnans tempèrent Se
rendent supportable. On appelle îles du vent celles qui sont
encore dans les vents alisés qui soufflent
tous les jours régulièrement de la partie de
1 l'est . depuis huit ou neuf heures du matin,
jusqu a six ou sept heures du soir. Les îles
qu'on appelle sous le vent sont celles qui,
étant situées plus à l'ouest, se trouvent
au-delà de ces vents réguliers d'est.
fort chaud,
mais que les vents régnans tempèrent Se
rendent supportable. On appelle îles du vent celles qui sont
encore dans les vents alisés qui soufflent
tous les jours régulièrement de la partie de
1 l'est . depuis huit ou neuf heures du matin,
jusqu a six ou sept heures du soir. Les îles
qu'on appelle sous le vent sont celles qui,
étant situées plus à l'ouest, se trouvent
au-delà de ces vents réguliers d'est. Les îles sont en général beaucoup plus
longues que larges ; celles du vent sont
fort étroites & dirigées à peu près du nord
au sud : elles reçoivent le vent dési dans leur
largeur, qui par conséquent les balaye & les
rafraîchit davantage. La mer esi plus agitée
à 1 est qu'à l'ouest, & il s'y trouve ordinairement plus de rescifs. Dans la plupart
'il règne une chaîne de montagnes fort
hautes 6c inhabitables qui les sépare en --- Page 508 ---
II2 MOYENS DE CONSERVER "
ë ceux parties, la partie de l'est ou du vent,
& celle de l'oQesi ou sous le vent. Il est
clair que du côté du vent ou de l'est, l'air
est plus vif le long de la côte, qu'il y est
aussi plus sec & plus salin; qu'il est pJos
humide & plus frais à une certaine élévation dans la montagne , à cause des nuages
qui viennent s'y b ri ser, & de la fraîcheur
naturelle des lieux élevés : qu'au contraire,
dans la côte de l'ouest, l'air esi moins
vif, plus étouffé , moins salin, plus chargé
d'exhalaisons terresires; & que dans les
hauteurs il est plus vif, plus frais qu'à
la côte , 8c moins humide que dans les
lieux élevés regardant l'est. Dans beaucoup de ces montagnes, qui
sont primitives, il y a des volcans, ou ouverts ou éteints, dont le cratère est au
sommet ; il y a une grande humidité
qu'entretiennent les nuages ; on y voit des
-étangs qui fournissent à beaucoup de rivières ou de torrens, qui descendent par
cascades 'au bord de la mer; l'humidité
y est au point, qu'à une certaine élévation il ne croît plus que de la mousse ,
& que tout en est couvert. Ces montagnes,
qui sont remplies de soufre, de fer & de
pyrites, filtrent des eaux minérales chaudes 8c froides, la plupart sulfureuses,
ferrugineuses --- Page 509 ---
.LA SANTÉ DÈS BLANCS, 8cc. IIJ H ferrugineuses ou vitrioliques; il y en a
quelques-unes de cuivreuses & d'alumineuses, mais elles sont rares. L'eau qui descend en abondance des
montagnes est ordinairement douce , légère, & le, plus Couvent sulfureuse; celles
qui ne sortent que des plaines sont mauvasses, pesantes, & séléniteuses. * Les îles qui sont fort petites, & celles
qui sont plates, ou dont les montagnes
sont peu élevées, n'ont. pas de rivières,
& même peu. ou point de sources. Celles qui sont petites, élevées, qui
n ont ni plaines, ni gorges, ni vallons,
font les plus saines de toutes; comme ordinairement la terre y est mauvaise , elles
ne sont habitées que par des hommes que
la nécessité oblige à endurcir leur tempérament par le travail, & qu'elle éloigne
du luxe & de la mollesse. Les îles sous le vent ont à peu près la
même disposition, mais moins régulière:
il y a aussi, dans les montagnes, des volcans, des pyrites, du fer, de l'aimant,
& des eaux minérales.
ons,
font les plus saines de toutes; comme ordinairement la terre y est mauvaise , elles
ne sont habitées que par des hommes que
la nécessité oblige à endurcir leur tempérament par le travail, & qu'elle éloigne
du luxe & de la mollesse. Les îles sous le vent ont à peu près la
même disposition, mais moins régulière:
il y a aussi, dans les montagnes, des volcans, des pyrites, du fer, de l'aimant,
& des eaux minérales. Les grandes Antilles n'ont pas la même
disposition # ; elles paroissent un assemblage
de plusieurs petites îles réunies ensemble :
le pays est coupé en plusieurs'sens par des ' --- Page 510 ---
II4 MOYENS DE CONSERVE!* montagnes, des gorges, des vallons, des
plaines très-étendues ; on y rencontre dans
les plaines , & les montagnes basses , du
quartz, du spath calcaire, des pétrifications. On y voit aussi des terres assez étendues , nouvellement sorties de dessous les
eaux; les unes reçoivent encore quelquefois la mer quand les marées sont fortes ;
les autres sont devenues trop élevées &
trop éloignées pour que la mer puisse les
atteindre ; mais font encore trop salines
pour pouvoir produire, 8c se couvrent
encore d'une croûte de sel après les inondations des pluies ; les autres un peu plus
loin , &. que le tems a saturées & rendues
plus douces, sont très-fertiles; au-delà
encore on en trouve d'une fécondité ordinaire ; & enfin, à mesure qu'on s'élève ,
on en rencontre d'autres qui sont usées
& devenues stériles, tant par l'ancienneté
de la culture & du rapport, que par les
dégradations des pluies. Dans la plupart des îles 11 y a des endroits marécageux, humides & mal fains ,
couverts d'arbres, & que l'on nomme
palétuviers : les plus pernicieux sont ceux,
où l'eau de l'a mer croupit ; ceux qui le'
sont moins sont les paletuviers d'eau
douce. --- Page 511 ---
L Â SANTÉ DES BLANCS, tiC. N5 H 4 JNous avons dit que les îles du vent
se trouvant dans les vents alisés, la brifè
y étoit réglée de la partie de l'est, depuis
huit heures du matin en été , neuf heures
en hiver, jusqu'à six ou sept heures du
soir . mais depuis la fin de novembre
jusqu 'en mars, le vent s'approche beaucoup du nord , & devient souvent
plein-nord ; alors il est beaucoup plus
froid & plus nuisible. Dans cette même
saison il souffle assez ordinairement de
terre pendant la nuit: ce vent est encore
froid & mal sain. La saisôn la plus chaude,
qui e1t aussi celle des orages, esi depuis w
la fin de mai jusqu'au commencement de
novembre. Ce qu'on appelle l'hivernage ,
ou la saison des ouragans, est depuis ht
mi-juillet , jûfqu à la mi-odobre. Il tonne
aux îles du vent à toute heure du jour
& de la nuit.
Dans cette même
saison il souffle assez ordinairement de
terre pendant la nuit: ce vent est encore
froid & mal sain. La saisôn la plus chaude,
qui e1t aussi celle des orages, esi depuis w
la fin de mai jusqu'au commencement de
novembre. Ce qu'on appelle l'hivernage ,
ou la saison des ouragans, est depuis ht
mi-juillet , jûfqu à la mi-odobre. Il tonne
aux îles du vent à toute heure du jour
& de la nuit. ^ A Saint - Domingue les vents sont différens; ils soufflent de terre, & ce sont
les plus mous, depuis quatre heures du
matin jusqu'à dix. Il fait calme & fort
chaud depuis dix heures jusqu'à midi.
A midi le" vent souffle de la mer jusqu'à.
sept à huit heures du soir. C'est le calme
(le dix heures à midi, qui rend à SaintDomingue la chaleur plus incommode ' --- Page 512 ---
N8 MOYENS DE CONSERVER qu'à la Guadeloupe , quoique naturellement l'air«y soit moins chaud. Le tems
,de la plus grande chaleur à" Saint-Domingue , est depuis le mois de mai jusqu'à la
fin de septembre que les fraîcheurs commencent, tandis qu'à la Guadeloupe ce
n'est qu'à la mi-novembre. Il tonne en
mai dans les montagnes; mais ce n'est
qu'en juin que les orages se font ressentir
au bord de la. mer. Dans les premiers tems,
c'est sur les deux heures après midi; ils
retardent ensuite peu à peu, de manière
qu'en odobre c'est sur les huit ou neuf
heures du soir : ils durent ordinairement
deux heures, 8c jamais il jie tonne le
matin. C'est vers la mi-oftobre que les
orages finissant font place à ce qu'on
appelle les- nords qui sontade fort vents
de nord qui amènent la pluie , 8c qui durent jusqu'en décembre , 8c sont très-frais.
' Il y a dans toutes les Antilles six mois
de sécheresse 8c six mois de pluie assez
ordinairement , quoique cependant les
années fraîches sont souvent sans aucun
sec, 8c les années sèches ont quelquefois
sept,à huit mois de sec. Le sec commence
. à la fin de décembre ou janvier, quelquefois février ou mars, 8c dure jusqu'en
juin ou juillet, quelquefois août. --- Page 513 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C-. lia iiii Nous avons vu aux îles du vent le thermomètre monter au 30e degré, en août
& septembre. Nous l'avons vu descendre
a 15 & a 14 degrés, dans les mois de
décembre, janvier et fevrier , qui sont ordinairement les mois les plus froids.
Nous parlons du bord de la mer seulement, et non de la montagne. ^ On mange beaucoup aux îles , parceque 1 air y est vif 8c salin. Dans les villes r
les femmes font cinq à six repas par jour,
& sont tres-vaporeuses. On mange du pain
mais la farine de manioc. ou la cassave ,
font la principale nourriture , non-seulement des nègres , mais encore des,
Blancs créoles , sur-tout des femmes. Le
bœuf salé, & la morue , sont la seconde
nourriture , avec le poisson. On préfère
la salaison a la viande fraîche, parce quecelle-ci, qui efl mollasse & blafarde , n'a
que très-peu de sucs & dégoût; on Tassaisonne par cette raison de beaucoup de
sel & de piment. La volaille est recherchée, sur-tout le dindon & le pigeon.
mais encore des,
Blancs créoles , sur-tout des femmes. Le
bœuf salé, & la morue , sont la seconde
nourriture , avec le poisson. On préfère
la salaison a la viande fraîche, parce quecelle-ci, qui efl mollasse & blafarde , n'a
que très-peu de sucs & dégoût; on Tassaisonne par cette raison de beaucoup de
sel & de piment. La volaille est recherchée, sur-tout le dindon & le pigeon. La boisson des Nègres & des pauvres
est 1 eau ; celle des riches est le vin de
Bordeaux , qui est fort bon & n'est pas
cher. On boit beaucoup de limonade dans
la journée .; on y est excité par la cha- --- Page 514 ---
120 MOYENS DE CONSERVER leur. On boit aussi à midi & le soir
du rhum, qui est l'eau de vie de sucre
• qu'on a laissé vieillir ; les pauvres boivent
du tafia qui est l'eau de vie nouvelle. Nous
expliquerons dans la suite ce que nous
pensons de l'usage de ces boigons. L'usage des bains est très-fréquent; on
ne les Riend que froids. On ne porte presque quF des habillemens de toile ; l'usage
est de ne pas se gêner de ce côté. On
est presque toujours armé d'un parasol, qui
sert ou contre la pluie ou contre le soleil. Les Nègres travaillant à la terre sont
presque toujours nuds jusqu'à la ceinture 2
cet usage n'efl: pas mauvais à cause de la
pluie & de la sueur. Nous. avons observé
que ce n'étoit pas le contai de la pluie
sur le corps qui causoit la maladie, ni
même le séjour des hardes mouillées tant
que la pluie continuoit, mais seulement
le desséchement de ces mêmes hardes sur
la peau. --- Page 515 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C. I2Ï Du Mal clEjlomac. * C E qu'on appelle aux îles mal d'estomac,
est une leucophlegmatie générale, ou bien
une sorte de consomption universelle dans
laquelle tombent souvent les Nègres,
accompagnée de l'épuisement des forces;
d'où suit nécessairement une respiration
laborieuse & asthmatique, dans la marche,
sur-tout lorsqu*'il faut monter ; symptôme
qui a fait nommer ces maladies mal d'eftomac. On le distingue en deux espèces :
mal d'eflomac humide qui est le plus commun , c'eSt la leucophlegmatie; & mald'eftomac sec , c'efl la consomption. Nous n'entrerons pas dans de grands
détails sur les causes de cette maladie qui,
en général, se réduisent au chagrin & à
la misère ; sur le diagnostic, qui se recOnnoît par la définition que nous venons
d'en donner; nij sur le prognostic, qui
est toujous fâcheux & mortel, quand le
mal est invétéré : nous nous arrêterons au
traitement. Le régime doit être nourrissant & tonique , plus sec qu'humide. La viande est
préférable au poisson \ elle fest moins pi- --- Page 516 ---
'122 MOYENS DE CONSERVER tuiteuse, & engendre moins de glaires qui
abondent toujours dans cette maladie. Inspirer le plus qu'il est possible la gaieté
aux malades ; leur fournir des moyens de
consolation ; leur faire changer d'air s'il
est possible ; choisir celui qui est le plus
sec , l'air salin sur-tout. Le sel & les salassons ne leur sont point contraires, pourvu qu'elles soient saines. Leur faire prendre
un exerciée modéré ; ne les point fatiguer;
les empêcher de manger de la terre. L'embarquement dans un bateau est le moyen le
plus sûr pour remplir ces différens objets.
aieté
aux malades ; leur fournir des moyens de
consolation ; leur faire changer d'air s'il
est possible ; choisir celui qui est le plus
sec , l'air salin sur-tout. Le sel & les salassons ne leur sont point contraires, pourvu qu'elles soient saines. Leur faire prendre
un exerciée modéré ; ne les point fatiguer;
les empêcher de manger de la terre. L'embarquement dans un bateau est le moyen le
plus sûr pour remplir ces différens objets. Les habitans ont coutume de traiter leurs
Nègres par des boissons fermentées qu'ils
nomment grapes. Ces boissons sont ordinairement tout-à-la-fois toniques, stimulantes & purgatives. On les nomme
encore tisannes à mal d'estomac , tisannes
à trois coups, parce qu'on en fait prendre
trois coups dans la matinée. Le fer en
fait presque toujours la base , & on y fait
infuser des bois & des plantes sudorifiques
& purgatives : le bois da. fer ou son écorce ;
celle du bois Savonnette, celle de gayac ;
la racine du saururus, qu'on nomme sureau
à mal d'estomac ; celle de l'herbe à fous
marqués, de l'herbe puante , de gingembre, &c. --- Page 517 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &C. 123 » Tous ces médicamens , quoique indiqués, réussissent difficilement, parce que
la plupart du tems ils sont mal administrés,'
& qu'on omet toujours la principale chose
à la cure, celle d'éloigner la cause du
mal; c'est-à-dire, le chagrin & la misère. D'un autre côté le mal d'eflomac, dans
tous les degrés,, ne demande point le
même traitement. Si le mal d'estomac est
sec , il ne faut pas insifler sur les purgatifs ni les remèdes chauds ; il faut joindre
les adoucissans aux apéritifs. C'est dans
l'humide que les purgatifs sont les plus
necessaires ; encore précipitent-ils la mort,
quand la maladie est ancienne, & que le
malade est épuisé. Il vaut alors mieux
avoir recours à ceux qui sont simplement
apéritifs cordiaux. Tel est l'élixir qu'on
fait avec le mâchefer , la cannelle, le gérosle, le sucre brut, & l'eau de vie de
sucre, * Nous avons observé l'efficacité de l'eau
de vie de gayac dans cette maladie. --- Page 518 ---
J24 MOYENS DE CONSERVER De la: Lèpre. LA lèpre esl une maladie contagieuse
de la peau , dont l'éronon, la flupéfaction & l'épaississement sléatomateux de
la lymphe , paroissent faire le caractère. On remarque aussi chez les lépreux
une acrimonie qui agit sur la partie rouge
du sang, à peu près comme chez les scorbutiques. Nous ne décrirons point cette maladie
qui n'efl que trop connuè dans le pays.
Nous ne donnerons point de traitement
affuré parce qu'on n'en connoît pas jufqu'à présent. Nous rapporterons seulement
ce que l'expérience nous a fait voir de
plus consiant à cet égard. Quoique beaucoup de praticiens aient
regardé cette maladie comme une vérole
dégénérée ; cependant le mercure , sous
quelque forme qu'il puisse être administré' y
est toujours nuisible , ou au moins inutile.,
On à cependant vu quelques adoucissemens opérés par le remède de Vanswiéten %
joint aux sadorifiques, ainsi que du mercure joint à l'acide végétal; mais on n'a jamais vu de cure.
consiant à cet égard. Quoique beaucoup de praticiens aient
regardé cette maladie comme une vérole
dégénérée ; cependant le mercure , sous
quelque forme qu'il puisse être administré' y
est toujours nuisible , ou au moins inutile.,
On à cependant vu quelques adoucissemens opérés par le remède de Vanswiéten %
joint aux sadorifiques, ainsi que du mercure joint à l'acide végétal; mais on n'a jamais vu de cure. --- Page 519 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 125, Nous avons observé que le mercure, sous
ces formes, réuffissoit mieux dans les cas
où la lèpre provenoit d'un vice pianifle 8c
vénérien joints ensemble, comme il arrive
souvent; mais qu'il aigrissoit presque toutes
les autres espèces. J'ai entendu parler de
deux lépreux guéris au moyen des bouil- \
Ions de serpent de la Martinique mais
je n'ai jamais été à portée d'en faire l'essai. Ce qu'il y a de mieux à employer, ce ,
sont les tifannes faites avec les bois & -
plantes sudorinques, mais préparées avec
foin. L'écorce de gayac fraîche, le bois
de fer, le bois arada, le bois à pian sont
fort bons. Nous avons vu de fort bons effets d'une
tisanne faite avec huit onces du bois de
la lianne, appelée Cœur de Saint-Thomas
ou Baba ( plante dans le genre des acacia).
On se sert de l'espèce qui a le bois rouge,
$c non de celle à bois blanc, qui est trop
violente, 8c attaque les nerfs ; on la fait
bouillir dans trois pintes d'eau qu'on fait
réduire à deux à petit feu. On fait boire cette tisanne au malade
dans la journée, pendant six semaines ou
deux mois. Ce remède pousfe à la peau,
mais extraordinairement par les urines;
il agit aussi comme tonique, 8t épuise la --- Page 520 ---
126 MOYENS DE CONSERVER, &c. pituite : combiné avec les boi'ssudorifiques,
il convient plus généralement. Il agit spécialement, lorsqu'il est question de combattre des tophus & des excroissances lépreuses. Nous ne nous étendons pas davantage'
sur les maladies en particulier, ceci n'étant simplement qu'une aitiologie médicale pour les îles de l'Amérique , & nous
réservant de traiter ailleurs plus en détail
des maladies particulières à ces contrées.
FIN. --- Page 521 --- --- Page 522 --- --- Page 523 --- --- Page 524 --- --- Page 525 --- --- Page 526 --- --- Page 527 --- --- Page 528 ---
oupmoins fréquent aux par
iles qu'en) France.quoiquela, plupart des
Américains prétendent l'avoir tous, &
qu'il fait partie de leur conflitution. On
aux iles pour fcorbut la fimple éroEd des gencives, caufée par une falive
âcre, mais fans épulies ni pourriture, ni
aucun autre fignequicaradiérife le fcorbut.
A Saint-I Domingue on appelle diarrhée
fcorbutique une forte de diarrhée le plus --- Page 440 ---
MOYENS DE CONSERVER
fouvent mortelle, quiattaque les
& qui eft l'effet de la langueur & Nègres,
rafme.
du maEnfin un dernier abus
doute
8ci quiieft auffi dont.on fort
ne fe
deff rbara des
nuifible,
celui des perfonnes précautions: cet abus eft
qui, préférant de conferver raifonnables & fenfées
fatisfaire leurs
leur fanté à
plaifirs, ont
vent trop à la lettre, les écouté, avis
& fuiont donnés,avanrdep
que leur
qui ne connoiffent partirdeFrance, le
ceux
croient
pas
pays, & qui
fous la que , parce que les Antilles font
lant, zone torride, tout y eft bouilque le fang bout dans les
qu'on doit étre décidément viéime veines, du
climat, fansles plus grandes
& of on ne fe rafraichit exceffivement précautions,
& pendant long-rems; qui confeillent de
défemplir les vaiffeaux
en arrivant, qui interdifent par.la faignée faite
& de fout
Tulage du vin
confeillent ee-qui peut fortifier, & qui
beaucoup de bains,de limonade, & de boiflons rafraichifantes. Puifdans difent-ils,la nature n'a pas mis de
ces
Sira
eft
contrées bralantes, ilun n'y
traire pas néceffaires elle ya mis au conbeaucoup de citrons &
elle a placé le remède àcôté du d'oranges, mal: mais --- Page 441 ---
LASANTÉ DES BLANCS, &c. 43
ils ne font pas attention que la canelle
8les autres aromates échauffans s'y trouvent aufli; ils ne font pas attention non
plus que le climat a beau être chaud,
qu'leiidfexpérience que'les tempéramens
finiffent par devenir languiffans & froids,
& quele régime qu'ils confeillent ne peut
s'étendre que jufqu'à un certain point.
Ceux en effet qui donnent dans cet abus,
évitent à la vérité les maladies inflammatoires & deraréfaGtion, que caufent ordinairement les autres excès chez céux
arrivent; mais le fréquent ufage des EuE
domeftiques & tièdes fur-tout, 2 celui des
limonades & autres boiffons acides, ne tardent point à détruire l'action de l'efiomac: :
ils n'ont pas d'indigeflions: marquées, parce
qu'ils fe ménagent; mais les digeftions deviennent mauvaifes, la faburre s'amaffe,
& au bout de trois ou quatre mois il fe
déclare une fièvre putride.
Nous réfumons des principes & des
faits que nous venons d'avancer, que pour
conferver fa fanté aux iles, il faut d'abord
choifir le lieu le plus fain autant qu'il eft
poflible; c'eft-a-dire, un lieu où le vent
ne foit point arrêté, où par conféquent
la chaleur ne foit pas fi grande, qui foit
fec;, pas fort éloigné de la mer,& qui'ne
déclare une fièvre putride.
Nous réfumons des principes & des
faits que nous venons d'avancer, que pour
conferver fa fanté aux iles, il faut d'abord
choifir le lieu le plus fain autant qu'il eft
poflible; c'eft-a-dire, un lieu où le vent
ne foit point arrêté, où par conféquent
la chaleur ne foit pas fi grande, qui foit
fec;, pas fort éloigné de la mer,& qui'ne --- Page 442 ---
MOYENS DE CONSERVER
foit pas voilin des paletuviers ni des marécages: fe tranquillifer & fe rafraichir en
débarquant, fans donner cependant dans
l'excès de précautions dont nous venons
de parler; de tems à autre quelques verres
d'orangeade avec l'orange amère ou aigres
quelques bains dans une rivière bien coulante, bien nette & bien pure 2 fans néanmoins s'en faire une habitude: éviter tous
les excès dont nous avons parlé : ne
fortir jamais qu'avec un parafol qui fert
pour le foleil ou pour la pluie; ne
refter dehors pendant le ferein du
Pet
fe coucher de bonne heure, &c fe lever
avant le foleil, afin de profiter de la fraicheur & de la falubrité de lair du matin:
ne point trop fe fatiguer, ne point demeurer non plus da)mnadionsfenacie
modéré du cheval eft très-falutaire aux
iles: éviter de fe mouiller, & changer de
linge aufitôt qu'on a été trempé Par la
pluie ou par 1a fueurs les habitans aux
iles font dans Tufage de préfenter du linge
aux étrangers qui arrivent, quand ils font
mouillés: fe tenir le
propre & Tef
gai le, plus qu'il ColT pofmible; eriter
Fat paflions, fur-tout les affections triftes
de T'ame, les trop fortes, contentions d'efles évéprit; fayoir fe réligner & - prendre --- Page 443 ---
LASANTÉ DES BLANCS, &c. 45
nemens comme ils viennent: manger modérément, & ce qui fait le plus de plaifir:
ufer enfin de toutcequ'il eft permis d'ufer,
& être modéré fur tout. Ce font là les
règles de-conduite
nous avons à donner pour conferver a fanté dans fon intégrité.
Il eft d'ufage aux iles de fe vêtir trèsà la légère, & d'être prefque toujours en
petite vefte de toile de coton. Cette manière de fe mettre , qui échauffe moins &c
fe
de moins d'eau quand on eft
expofé
la
a
un inconAT
pluie, cependant
vénient
les Européens quiarrivent,
& dont Rome peau n'eft pas encore accoutumée aux'impreffions du foleil. Quoique
ces vêtemens foient blancs, 2 les rayons
pallent encore à travers, & font dans le
cas d'incommoder, fi on n'eft pas muni
d'un parafol. C'eft pourquoi nous croyons
qu'il convient, fans fe charger de vêtemens inutiles & incommodes 2 de ne
pas fe mettre fi fort à la légère dès en
arrivant. D'ailleurs, quoiqu'on foit peu
vêtu, on eft bientôt couvert de fueur
peu quel'on s'exerce: fi on paffe enEoe a un vent frais, comme il arrive toujours dès
l'on ceffe de fe remuer, la
fueur qui 7es refroidit glace la peau. Il y
pourquoi nous croyons
qu'il convient, fans fe charger de vêtemens inutiles & incommodes 2 de ne
pas fe mettre fi fort à la légère dès en
arrivant. D'ailleurs, quoiqu'on foit peu
vêtu, on eft bientôt couvert de fueur
peu quel'on s'exerce: fi on paffe enEoe a un vent frais, comme il arrive toujours dès
l'on ceffe de fe remuer, la
fueur qui 7es refroidit glace la peau. Il y --- Page 444 ---
46 MOYENS DE CONSERVER
a des perfonnes prudentes qui, pour éviter ces fortes de refroidiflemens, & les
maladies qui en font les fuites, portent
fous leur chemife un gilet de ferge qui
boit la fueur, & la conferve dans une forte
d'état de vapeurs qui n'a pas le même inconvénient que quand elle eft ramaffée en
eau. La chaleur qu'il fait aux iles engage à
coucher prefque nuds. Les lits de plume
font exclus : on fe fert de matelas de
coton qui font durs, mais frais; on couche
aufi dans des hamacs. Nous avons obfervé
que l'habitude Où l'on eft aux iles de fe
tenir le jour dans des hamacs interrompt
les digeltions, les rend mauvaifes, & par
cette raifon paroit être une caufe de maladie, & fur-tout d'obfiruéions qui proviennent prefque toujours primitiyement
d'un vice de l'eftomac. --- Page 445 ---
LASANTÉ DES BLANCS, 8c. 47
DES Caufes des Maladies, & des
Moyens de les éviter.
Sr la foibleffe du tempérament ou la
fragilitéhumaine a déja faitcéderauxcaufes
extérieures dont nous avons
alors
parlé,
il doit exifter dans les folides ou dans les
fluides un vice qui dérangel la fanté, foit
DEE le fujet s'en apperçoive, foit'qu'il ne
apperçoive pas encore.
PII n'eft point entré dans notre plan de
traitér des maladies organiques, mais' feulement desindifpofitions qui mènent à ces
maladies, des maladies fimples, ou des
principes des maladies. Nous avons déja
imprimé à la Guadeloupe l'Hifloire du à
pays 3 & nous avons donné nos obfervations à ce fujet beaucoup plus en détail
à la Société Royale de Médecine.
Nous avons vu ci-devant quel'effet des
caufes extérieures tendoit au relâchement des folides, à l'affoibliffement des
organes, 8c ATagpauvrifement( fi on veut
nous paffer ce terme ) dus ang & des
humeurs.
Nous avons Vul auffi que les principales
caufes conjointes des maladies, 2 &-qui dé-
nous avons donné nos obfervations à ce fujet beaucoup plus en détail
à la Société Royale de Médecine.
Nous avons vu ci-devant quel'effet des
caufes extérieures tendoit au relâchement des folides, à l'affoibliffement des
organes, 8c ATagpauvrifement( fi on veut
nous paffer ce terme ) dus ang & des
humeurs.
Nous avons Vul auffi que les principales
caufes conjointes des maladies, 2 &-qui dé- --- Page 446 ---
48 MOYENS DE CONSERVER
rivent des premières, étoient la faburre
de l'eftomac, les matières vermineufes &
putrides, la propenfion àla fonte bilieufe,
lalenteur &lépaillilfement de la lymphe,
fon acrimonie, & fouvent l'épuifement
du fuc nourricier : que ehez les arrivans
c'étoit la raréfaction s/linMfammation du
qu'on avoit a'combattre, quand on
ERu ne
point
l'exaltation de,
la bile, 2- & UPASTL fubit des forces.
Tant que ces principes de maladies
demeurent ifolés, lhomme peut bien ne
pas fe trouver dans fon affiette naturelle :
mais néanmoins les fonétions fe font toujours ; & fi la fanté n'eft point parfaite,
au moins la maladie ne fe déclare pas. Il
faut pour cela qu'une autre caufe, un embarras dans une partic, un mouvement
extraordinaire dans le fang vienne achever
de troubler l'ordre, & produire un dérangement notable dans les fonaions: : fouvent même, avant que ce défordre arrive,
la nature feule en détruit le germe.
On doit donc éviter tout ce qui peut
accroître ces mauvaifes difpolitions, les
accumuler ou les mettre en jeu; c'efà-dire, changer de régime & de manière
de vivre, éviter les excès en tout, & ne
point --- Page 447 ---
LAS SANTÉ DES BLANCS, &c. 49
points'expofer à la fuppreflion des évacuations de la
Ceuxqui beund nés dansle pays, ou
font habitués, prévoient les maladies quiy de
plus loin, parce qu'elles font moins vives
d'abord,8 queles caufes n'en font pas auffi
foudroyantes chez eux que chez les arrivans.
Chez les premiers, c'eft un vice
altère infenfiblement les folides & 9e
fluides; chez les derniers, la maladie
naît pour ainfi dire de l'excès de fanté,
d'un fang trop abondant, trop louable &c
trop travaillé, de l'agion trop forte des
organes, dilpofitions. qui déterminent OIdinairement les maladies afans beaucoup
d'avant-coureurs : ce font le plus fouvent
des hémorrhagies, des épanchemens fanguins, des inflammations vives, foit
ticulières, foit générales , qui fe dmojent
tout-à-coup.
Mais ces maladies qui- font l'effet de
la pléthore vraie, ne font pas communes
aux iles, même chez les arrivans, parce
que la traverfée qui a échauffé le
ne l'a
toujours rendu ni plus abondant lang,
ni PAtn louable. Les plus communes &
les plus à craindre chezles arrivans, font
celles qui proviennent de la raréfacion
D N7
foit générales , qui fe dmojent
tout-à-coup.
Mais ces maladies qui- font l'effet de
la pléthore vraie, ne font pas communes
aux iles, même chez les arrivans, parce
que la traverfée qui a échauffé le
ne l'a
toujours rendu ni plus abondant lang,
ni PAtn louable. Les plus communes &
les plus à craindre chezles arrivans, font
celles qui proviennent de la raréfacion
D N7 --- Page 448 ---
50 MOYENS DE CONSERVER
du
ou d'une fauffé pléthore que.
l'abus
plaifirs détermine.
AE
Ces maladies qui ne, fe prévoient pas
de fort loin, comme font celles qui
viennent d'un vice forméà la longue, pro- ont
malgré cela quelques fignes avant-coureurs.
Un homme 2 après s'être diverti, ne
peut pas être tranquille fur fa fanté,quand
il fe trouve fatigué, échauffé & affoibli,
lorfqu'il reffent des piçotemens par tout
le corps, une ardeur brolante-dans l'intérieur, & une agitation quine lui permet
pas de prendre du repos; qu'il a des maux
det tête; que fon teint & toute fa
s'enflamment: fans, être médecin, RERE craint
une fièvre inlammatoire, & fent luimême la néceffité de recourir aux bains
8à tout ce qui peut calmer l'agitation de
fon fang; mais fouvent il eft trop tard,
& la maladie fe déclare avant qu'il ait eu
le tems d'en affoiblir la caufe.
Ces fignes annoncent toujours un fang
âcre & échauffé, dépouillé d'une partie
de fon véhicule , &c circulant irrégulièrement, une perte de la force muiculaire,
&t une grande agitation dans les nerfs : une
augmentation dans cet état, ou la moindre
des caufes déterminantes, comme unefup- --- Page 449 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. s1
preflion de tranfpiration, un embarras qui
fe forme, décide la maladie.
Les bains froids font ce
y a. de
plus indiqué pour tempérer RL chaleut,
calmer
T'agitation 0
nerveufe, & rappeler
le ton. Mais quand les humeurs ont contragé un certain
d'acrimonie 2 ou
que l'eftomac eff LES de faburre ,l'expés
rience apprendqu'ils déterminentla fièvre,
& que fouventle premier accès prend dans
le bain.
Une petite faignée détend & relâche,
rend la circulation plus libre & plus régulière'; ; mais nous avons vu auffi que
quandla maladie étoit trop proche, elle
la déterminoit. Ces moyens' font bons à
employer quand la difpofition al la maladie
n'eft pas encore pouffée trop loin.
Ce qu'on
employer en tout tems $
fans crainte Beue révolution, font les lavemens d'eau froide, les boiffons tempérantes, aigrelettes 5 comme l'orangeado
aigre, 2 la limonade cuite, & celles qu'on
préparer avec. tous les fruits aigrelets
Bo pays, infufés & exprimés à froid dans
l'eau, & auxquels on ajoute un peu de
nitre purifié; ou bienl'eau de veau ou celle
de poulet acidulée.
Quand les nerfs font dans une agitation
Dij
ue révolution, font les lavemens d'eau froide, les boiffons tempérantes, aigrelettes 5 comme l'orangeado
aigre, 2 la limonade cuite, & celles qu'on
préparer avec. tous les fruits aigrelets
Bo pays, infufés & exprimés à froid dans
l'eau, & auxquels on ajoute un peu de
nitre purifié; ou bienl'eau de veau ou celle
de poulet acidulée.
Quand les nerfs font dans une agitation
Dij --- Page 450 ---
52 MOYENS DE CONSERVER à
excelive, & telle quele malade ne puiffe
avoir de
les bains d'eau.& de lait
dégourdis Cete ce qui pourroient convenir
le mieux.
il faut dans ces cas éviter les bains de
mer dont la propriété eft de difcuter, de
fortifier & d'échauffer; mais pon pas d'adoucir,ni de rafraichir. Quand la chaleur
& la foibleffe font confidérables, il convient d'aciduler les bains avec le jus de
citron : ces bains ainfi acidulés calment &
Tafraichiflent davantage, & rendent la circulation plus.douce & plus régulière. Nous
avons vu dans les diverfes efpèces de
fièvres putrides du pays, dont les unes
foat chaudes & les autres froides, le jus
de citron calmer la chaleur dans les unes,
& la rappeler dans les autres, & généralement.rendre le pouls plus régulier.
On connoit que la mollefle du tempérament eft devenue caufe de maladie,
c'eft-ardire, qu'elie eft pouliée au-dela
de ce qu'elle doit être pour quela fanté
devient
fe conferve., a quand la paleur
morte & placreulese quand à cette paleur fe
joint la boufhiffure; quand la perfonne fe
trouve dans une foiblefle accablante qui
lui rend à charge toute eipèce d'exercice.
Sicet état continue, les fonctions, qui ne --- Page 451 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 53
fe font plus que lentement, bientôt ne tardent des inpas à s'alérer, & on voit
difdigeltions fréquentes, des embarras digeftions dans lee
ficiles & mauvaifes, des
vifcères aila cachexie 8 la décompofition fuite
féreufe dans les humeurs font une
de cet état.
de remédier à cette molLes moyens
d'air, s'éloileffe font le changement
cherdel Phumidité & de lachaleur;
gner cher un air plus vif,un exercice même modéré, tems
une nourriture sèche & en modérément,
fucculente, boire de bon vin
& le boire pur à la fin du repas. de Nous bon vim avons de
obfervé qu'an petit verre
: valoit
Rota, de Malaga ou d'Alicante 2
mieux ala fin du repas, quluneplus grande
quantité de vin ordinaire, fur-tout quand
ilef médiocre, parce
dans ces cas,
befoin dome réchaufféyne
T'eftomac, quial
de
Teft pas aflez par une petité quantité
vin ordinaire, &cqu'une plus grande
des
qui
à la fin du repas. de Nous bon vim avons de
obfervé qu'an petit verre
: valoit
Rota, de Malaga ou d'Alicante 2
mieux ala fin du repas, quluneplus grande
quantité de vin ordinaire, fur-tout quand
ilef médiocre, parce
dans ces cas,
befoin dome réchaufféyne
T'eftomac, quial
de
Teft pas aflez par une petité quantité
vin ordinaire, &cqu'une plus grande
des
qui tité donne iouvent Veflomac aigreurs fe rétablifle.
noncent pas que alors de bons effetsi d'ure
Nous avons vu
aveç du fucreyà
d'eau deivie prife
des
Peu jeun, , 8 a après le repas ; ainfi celui ques deGa
élixirs ftomachiques, comme
beaucoup
EuUs & autres. Nous-avons guéri D iij --- Page 452 ---
54 MOTENS DE CONSERVER
d'obftructions entretenues Par le relâche
mentdeTetlomac, en faifant faire ufage à
nosmalades d'un peu de rhum avece dufirop.
On.connoît une trop grande tenfiondans
les nerfs, Bacumpigaed@ndeem tla
molleffe dont nous venons de parler,
que,les perfonnes mnutatintertine
plus fenfibles , contra@tent un tempérament vaporeux & trifte, s'affeétent de
tout, & voient prefque toujours tout en
noir. Lamoindre chofe dérangeleur pouls,
qui devient fouvent intermittent fans aucunes caufes apparentes , fur-tout fi c'eft
le chagrin quia angmenté la fenfibilité nerveufe. Elles font fujettes à des
& à des défaillances, furstout dans.le palpitations tems
des chaleurs. Elles digérent diflicilement,
ont des borborygmes8 des tenfions dans
le s bas-ventre, 2 accompagnés fouvent de
points en diverfes parties, & fouventd'un
engouement de matières dans les gros intefins, ,
en impofent pour des maladiesdu SENT y a quelquefois des.tremblemens de membres & de la tête, avec une
lafirudeperpéreeic.Les perfonnesdans cet
étatyqu'on connoitaux iles fousle nom de
défaillance dellomac, & quieft affez commun, fur-tout chez les tempéramens fecs
& 0 bilieuxi ou pituiteux, maigriflent fans
& fouventd'un
engouement de matières dans les gros intefins, ,
en impofent pour des maladiesdu SENT y a quelquefois des.tremblemens de membres & de la tête, avec une
lafirudeperpéreeic.Les perfonnesdans cet
étatyqu'on connoitaux iles fousle nom de
défaillance dellomac, & quieft affez commun, fur-tout chez les tempéramens fecs
& 0 bilieuxi ou pituiteux, maigriflent fans --- Page 453 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 55
beaucoup fouffrir, & fondent à vue d'ceil.
L'exercice modéré convient dans cet
état ; un air ni trop fec ni trop humide, 2
mais qui foit vif & frais; beaucoup de diffipation; la fociété; 2 les bains froids à la
rivière dans une eau bieu courante; les
Javemens d'eau froide & les fomachiques
dont nous * avons confeillé Pufage dans le
cas précédent, à l'exception des liqueurs
qui feroient encore
ETETEE le cas de porter le trouble dans le
fyftême nerveux. J'aivu de fort bons effets
du vin de Malaga & de l'ile de Palme,
ayant été dans le cas de faire cette obfervation fur moi-même.
Quand le fang & les humeurs reftent
en partie crues, &c que leurs molécules
tendent conflamment à fe défunir faute
d'une aGion
fuffifante dans les
vaiffeaux: ; que
partie lymphatique eft
efTSAL
lente,épaille & muqueufe; &que le fang,
malgré la diffolution féreufe dans laquelle
il feu trouve, paroit d'abord noirâtre 8
boueuxi dans les veines, à caufe de la foibleffe dela-cifculation, 8c enfuite, au bout
d'un certain tems de cette difpofition trèsprochaine à, maladie, clair fans confifftance, &c femblable au vin clairet, comme
il eft chez les Negres attaqués de Tefpèce --- Page 454 ---
56 MOTENS DE CONSERVER
demaladie de diffolution
mal
à
appelée
d'eftomac : quand les humeurs font enfin
bées dans cet état connu dans le
tom- fous
le nom d'apauvrilfement, qui eft pays une forte
de cachexie: on a à craindre
les obftructions de la rate, les Thydropifie, diarrhées
féreufes qui fouvent ne finiffent
la mort, lessapoplexies féreufes, qu'avec & enfin
le mal d'efiomac.
Ce vice vient chez les femmes de lafuppreflion des menfrues : chez les hommes,
c'eft ordinairément du chagrin, de la mifère, de l'excès du travail & de l'ennui.
Il eft facile de reconnoitre une
tombée dans cet état, à la pâleur, perfonne à lamolk
leffedes chairs, à Tanéantiffement du courage, & fouventàla bouffiffure des
&
du vifage; àla pâleur de toutes les pieds
de labouche: : elle a quelquefois des parties envies
fantalques pour manger certaines chofes
mauvaifes. Quand cet état eft pouffé
loin, il ef fans reffources,
trop
molleffe
2 parce que la
des'parties entretient la mauvaife
conflitution des fucs, & la mauvaife conf
titution dés fucs la molleffe des
Ce font les mêmes moyens à parties.
contre le relâchement, à employer la réferve
dec bains froids. Iliconvient d'évacuer la
furabondance deshumeurs crues & féreufes
. Quand cet état eft pouffé
loin, il ef fans reffources,
trop
molleffe
2 parce que la
des'parties entretient la mauvaife
conflitution des fucs, & la mauvaife conf
titution dés fucs la molleffe des
Ce font les mêmes moyens à parties.
contre le relâchement, à employer la réferve
dec bains froids. Iliconvient d'évacuer la
furabondance deshumeurs crues & féreufes --- Page 455 ---
LASANTÉ DES BLANCS &c.
avecles st hydragogues, en mémetems
augmente le ton
les cordiaux qu'on & les
ftoimachiques :le Rer eft un excellent
méde dans lés cas de
rea
Le fang a une dilpofition diffolution.
à fe changer en bile, quand particulière le fond du
tempérament eft naturellement
quand le chagrin affeéte un tempérament bilieux;
fanguin, & qui ufe de bons alimens,
fur-tout; ou lorfque la chaleur 8
gras
dité agiffent de concert fur ce même T'humi- tempérament: iles
c'eft enfin le plus fouvent
une fuite du relichementdes
aux
& del l'abus des purgatifs. Dans les organes, hèvres
jaunes, tere, c'eft ou qui tiennent au même CaracPeffer des miafmes particuliers
quiinfedent le fangs mais ceci eft un état
dans purement pathologique qui n'entre
notre Traité,
point
2 On connoit aifément que le
fe
scharge de matières bilieufes,
fang la couleur jaune ou terne que prend par le fujet,
parce qu'il s'en fait une plus grandeexcrés
tion par les premières voies,
cette
humeur regorge fouvent, déranige que & af
foiblitlaction des organes de la
La bouche devient amère & digeflion.
les yeux font jaunes; le vilage échauffée; eft
& jaunâtre; on fe trouve dans une elpèce rouge --- Page 456 ---
58 MOYENS DE CONSERVER
demal-aife avec foif & dégoût; ;onaquelquefois des friflons, des envies de vomir,
& même des vomiflemens bilieux. C'eft
ainfi que coumtneaceatenginéralles fièvres
bilieufes dans les faifons chaudes 8c humides.
DCFI
TE
Bien des perfonnes.r regardent alors cet
état comme une marque d'échauffement,
& prennent.un.bain froid. La répercuflion
quil caufe ne manque prefque jamais de
déterminer la fiévre. Il en eft de même
des purgatifs, quand la bile eft déja en
trop granderquantine. Tout ce
faire en attendant
la fièvre
Eat aet
c'eft de garder en r air lei plus grand refaire diète', de prendre beanconp
ELE boiffons rafraichiflantes 8claxatives:des
tifannes de tamarins, de cafle, la limonade
cuite, de l'eau d'orge avec un peu de vis
naigre,ou delacrême detartre,telsfontles
remèdes qui conviennent.
Quandsmalgré ces précautions & ces!
enmoyens., 9 la fièvrefe déclare, on peut
core, loriquela bile n'eftpas jointeà uner
difpofition inflammatoire dans le fang,
(laquelle eft aflez rare G ce fontdes fujets:
nés ou habitués depuis long-tems aux iles,
& que la faifon précédente n'ait pas été
Sanamiboreiaty-
delacrême detartre,telsfontles
remèdes qui conviennent.
Quandsmalgré ces précautions & ces!
enmoyens., 9 la fièvrefe déclare, on peut
core, loriquela bile n'eftpas jointeà uner
difpofition inflammatoire dans le fang,
(laquelle eft aflez rare G ce fontdes fujets:
nés ou habitués depuis long-tems aux iles,
& que la faifon précédente n'ait pas été
Sanamiboreiaty- --- Page 457 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c 59
pas d'abord enflammée, & que cette fièvre
fobescregeintomitensia tierceoudoubletierce: on peut, dis-je, ilfautmémeauffs
2ôt,&c avant qu'elle ait pris un caraéère,
c'efl-à-dire, qu'elles foit devenue
cel qui arrive rarement avant le continue,
profiter du téms quelérétifmeg'eft 5 jour 3
core décidé, pour faire vomir avec pas enment, appliquer les véficatoires, ménages
prendre duq
2 &c faire
la fiévre eft arrêtée: quinquina; on purge après quel
pourra le plus siouvent parcette méthode, a on
prévenirdesfierres
putrides
renfes. Nonsi malignes, ne a
,longues 8c très-dangeparleronspoint de cesid
SESS5 tihOn trouvera extraordinaire
prefcrivions duiquinquina dans une que, fièvre nous
bilieufe avant d'avoir purgés tandis
lexpérienee apprend, que ole
adminiftré
oadts
da
ainligiquand ib y Tac encore der
faburre, 7 sschange la fièvre intermittente
en fièvre continue, fans qu'on
favoir comment. Mais
puiffe trop:
anappris auflique cette méthode l'expérience réufliffoit nous
aux iles danisi les) cas que nous lavons dés
*terminés. Il ylaapparence
idonne aux humeurs: par lesr quel Hflequ'on
dépure la maffe deola portion véficatoires, T altérée
de quinquina ; fouvent même on fe dife par
penle de faire vomir, --- Page 458 ---
60 MOYENS DE CONSERVERL
L'expérience apprend lencore d'ailleurs,
qu'il exifte aux iles, & fouvent en
des efpèces de fièvres
mca
qu'on ne parvient à guérir
adminiftrant d'abord lei quinquina i très-1 haute
la route ordinaire.
dofe, 8c en s'écartant del
Tellesfont les fièvres fyncopales & cardiale
giqlies. Nous avons obfervé que dans les cas où
les fontes bilieufes venoient de beaucoup
de fenfibilité dans les nerfs de l'eftomac
fur-touts 8c delaperte du ton des vifcères,
les purgatifa, que la quantité de matières bilieufes que vomifloient les malades fembloient indiquer, étoient
& entretenoient la maladie :
toais
cieux, que le quinquina joint aux cordiaux donmés à petites dofes, & répétés fouvent,
arrêtoit les évacuations. Nous en avons
VLb périr par Yopiniatreté qu'on ai mife à
vouloit conftamment les
Nous en
o
puirger.
avons vu d'autres qui ne pouvoient plus
rienpren dre, 8c
vomiffoient des quantités éto nnantes matières bilieufes 9 au
point de faire craindre pour.la vie chaque
fois qu'ilis prenpient une cuillerée de bouile
lon, fe trouver hors de cet état dans la
même journée que nous leur faifions avaer de tems en tems une demi- cuillerée
'on ai mife à
vouloit conftamment les
Nous en
o
puirger.
avons vu d'autres qui ne pouvoient plus
rienpren dre, 8c
vomiffoient des quantités éto nnantes matières bilieufes 9 au
point de faire craindre pour.la vie chaque
fois qu'ilis prenpient une cuillerée de bouile
lon, fe trouver hors de cet état dans la
même journée que nous leur faifions avaer de tems en tems une demi- cuillerée --- Page 459 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 61
de bonvin de quinquina aromatifé avec
la canelle.
Dans l'extrême chaleur & l'extrême féchereffe, la bile devient exaltée, sèche',
rougeâtre & volatile; elle détermine fouvent, dans les lieux fecs & chauds fur-tout,
des inflammations au foie qui font fort à
craindre, des fièvres de nature érylipélateufe, ayant, à caufe de lérétifme, quelque chofe quiles fait reffembler au caufus,
mais qui ne font ordinairement ni
ni dangereufes : ce font les fièvres de
let. On connoût
Lfa
cet état de la bile, par
anechaleur plus grande dans tout lecorps, :
des picotemens, 3 l'altération, la rougeur
& la féchereffe del la langue; les yeux deviennent rouges & jaunes en même tems.
Leslavemens à l'eaufroide econviennent
beaucoup alors: il faut de la tranquillité,
des bains, des boiffons froides & acides,
lufage des fruits acides du pays; du coroffol, de l'acajou & des grenadines ; manger
moins qu'à l'ordinaire.
Quand les orages amènent des pluies
qui viennentjoindre l'humidité ala grande
chaleur, les humeurs deviennent ntoins
sèches; la bile eft plus jaune ou plus.verdâtre, moins chaude & moinsexaltée, mais
plus difpofée àla pourriture:les maladies --- Page 460 ---
62 Merriss.coManvis
que produit cette humeur font moins ars
dentes,
longues. & plus dangereufes
que dans RetL température précédente, parce
qu'elles font plus putrides, & tendent à
une plus grande malignité.
Le teint de ceux qui amaffent cette
efpèce de bile devient plus jaune, 8c n'eft
pasaufi enflammé que dans la faifon
cédente; lalangue devient jaune &
pétit diminue
RE
; il fe déclare
un
quelquefois
dévoiement de matières bilieufes qui
prévientla -
maladie.Ceux quiont des Cautères' établis, font rarement attaqués de
ces maladies bilieufes,a moins
lafappuration ne s'arrête ou ne dintintie
Quand les fignes qui annoncent T'augmentation de la bile fe manifeftent, il convient delévacuer; mais ilvaut mieux
ce foit par des minoratifs qui lâchent Anc
plement le ventre & dégagent le foies
que par des purgatifs plusdorts quiirritent
& font des révolutions. Il faut chercher à
s'oppofer à la production de ces matières
bilieufes, en foutenantleton des organes,
& en ufant de bon vin trempé d'eau.
Dans larrière-faifon des pluies &c des
chaleurs, lorique l'humidité agit depuis
long-tems furles shumeurs,léur propention
vers sla bile cRencoreplusgande, &cette
foies
que par des purgatifs plusdorts quiirritent
& font des révolutions. Il faut chercher à
s'oppofer à la production de ces matières
bilieufes, en foutenantleton des organes,
& en ufant de bon vin trempé d'eau.
Dans larrière-faifon des pluies &c des
chaleurs, lorique l'humidité agit depuis
long-tems furles shumeurs,léur propention
vers sla bile cRencoreplusgande, &cette --- Page 461 ---
LASANTÉ DES BLANCS, &c. 63
humeur devient beaucoup plusputridés les
maladies qui en dépendent deviennent auffi
très fréquentes, & fe terminent plus tard;
le danger augmente toujours à mefure
qu'on Pavance dans la faifon des pluies,
Onfep préfervefouveaedes fièvres bilieufes
de cette faifon, en faifant ulage tous les
matins d'un peu de vin de quinquina,
détruit le'levain fébrile à mefure qu'il qui fe
forme, & qui empêche la formation des
matières bilieufes. On fait auffi une efpèce
d'élixir fébrifuge qu'on prépare avec le
rhum &le quinquina qu'ony faitinfufer:
ces remèdes préfervatifs font néceflaires
dans les quartiers bas & humides,
desp paletuviers, où les fièvres bilieufes Poe
toujours très-fréquentes.
Quand le tems fe rafraichit,
les
matinées & les foirées deviehnent fraiches, que
&
les pluies continuent, c'eft-à-dire
LE novembre jufqu'àla fin de décembre, la bile eft toujours
fon acrimonie
très-abondante,
augmente, 5 ainfi que fa
propenfion àla putréfadtion; mais elle eft
encore moins chaude & moins
fa chaleur eft tempérée par la volatile,
domine auffi. Les maladies pituiteufes pituite elt
fréquentes;les fièvres tiennentdu caradtère
catarrhal & bilieux, elles font beaucoup --- Page 462 ---
64 MOYENS DE CONSERVER
prennent un caradère
plaslongues:elles plus tard, vers le leptième jour:lidère; 9
s'annonçoit danscelles des faifons préquis
cédentes au feptième jour, quelquefois furla finde
avant, ne vient abfolument les malades que
reltent
lamalidieiquelgueiois blancs & pâles jufqu'à la fin.
toujours dans cette faifon la bile foit d'aQuoique bord mois chaude & moins alive quedans
les faifons précédentes, dans le cours des
maladieselle econtracte une acrimonie beauprend dans beaucoup
coup plus infigne,
d'un verd
de cas une couleur aerugineufe, touche.
bleuâtre, & brile tout ce faut qu'elle être très-ré
C'eft dans ces cas qu'il
vomitifs; c'efta
fervéfur les purgatilsacles
la fuite de ces remèdes quenoustavonsyue même
prendre cette nature, quelquefois des
moren fanté, & déterminer donc bien fe
d'évatelles. Il faut
me
cuer,quand don foupçonne cette bile, faifon deft
à-dire,
le fujet dans cette
eft dans Ta chagrin, oui iqu'il en fort; confidé- que
les nerfs font dans une irritation fans
rable; qu'il yades vomiffemens, des que
pour cela il paroiffe fur lal langue d'eftomac, fignes
dei faburre; qu'il yadescoliques maladies dépendan- -
&equ'onvoit de cette régnerles forte de bile. Il faut employer
tes
beaucoup
and don foupçonne cette bile, faifon deft
à-dire,
le fujet dans cette
eft dans Ta chagrin, oui iqu'il en fort; confidé- que
les nerfs font dans une irritation fans
rable; qu'il yades vomiffemens, des que
pour cela il paroiffe fur lal langue d'eftomac, fignes
dei faburre; qu'il yadescoliques maladies dépendan- -
&equ'onvoit de cette régnerles forte de bile. Il faut employer
tes
beaucoup --- Page 463 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 65
beaucoup d'acides, & entretenir la liberié
du bas-ventre. La faburre des
voies indique naturellement la premièrcs
cependant il feroit
purgations
ger dans les cas dont tisimpradentdepans nous parlons, ott il
ya toujours un échauffement confidérable.
Quoique dans prefque tous les
cas ordinairés les purgatifs & les vomitifs autres
raifon agiffent du plus foiblement qu'en Europe, en
relâchement naturel de la
cependant nous avons vu beauicoup de fibre,
fonnes périr parl'effet des purgatifs & pera des
vomitifs adminiftrés mal à
ces fortes de cas, il en eft réfalté propos. des Dans inflammationsde bas-ventrequi iétoient
tôt fuiviesde gangrène. Nous avons Vu bien- ces
accidens afriver notamment fur
médecins & chirurgiensqui,
plufients
par les fuccès & le peu d'inconvéniens trop enhardis
des Vomitifs & des purgatifs dans les
dies des Negres, s'éroienit
mala
les remèdes qu'ils s'étoient empoifonnés adminiftrésim- par
prudemment. Iconvient beaucoup mieux
d'strendre & de s'en tenir à des boiflons
tempérantes 2 aigrelettes & qui lâchent
ventre : telle eft une légère eau decaffe &
de tamarins, la tifane de
U
néficier, à laquelle on ajoute feuilles le fuc de ca- de
eitron ou d'orange aigre; de l'eau de reau
E --- Page 464 ---
66 MOYENS BECONSERYER
danslaquelle de
on fait fondre de la
tartre. D'ailleurs, quand la chaleur crême
entrailles entretient la faburre des des
miéresvoies, Tapabaiciudenehemitm preordinairement diarrhée falutaire par eux-mêmes une petite
Les
& quelquefois fuffifante.
mautresvermiteufese
Jes
8elesversdans
inteftins, fe rencontrent
ment aux iles, & font fonvent tres-fréquem- la caufe
déterminante des fiévres, ou en font une
complication; mais ce n'eft
ment chez les arrivans. C'eit pas.ordinaire- un effet
des alimens propresau
ou
lefle de la fibre,ou du payssoudelsmol
Ja bile dans fon état naturel, pen diadisitéqu's
ce: ne
être E
parconfequent qu'aprés que le climat Peut
a déja affeéé la confitution, que les vers
penvent s'engendrer.
Outre les vermifuges ordinaires pipsbet
fournitle commerce
que
trouve
dEurope, ceux,
-
danalepays fontle, fimarouba, qu'on
racines de citronniersq qui paffent
les
febrifuges, 9 celles d'épineux aulipour une
Torte de fémen-contra. Il y ara jaune,
mingue la liane à vers qu'on joint Saint-Do- a
liane à médecine; Thuile de
la
qui eft aufli un purgatif convenable palma-chrifi dans
beaucoup de cas, &qulon donne
de trois cuillerées a bouche, & d'une ala dofe
ou
qu'on
racines de citronniersq qui paffent
les
febrifuges, 9 celles d'épineux aulipour une
Torte de fémen-contra. Il y ara jaune,
mingue la liane à vers qu'on joint Saint-Do- a
liane à médecine; Thuile de
la
qui eft aufli un purgatif convenable palma-chrifi dans
beaucoup de cas, &qulon donne
de trois cuillerées a bouche, & d'une ala dofe
ou --- Page 465 ---
LA-S SANTÉ DES BLANCS, &c. 67
d'ane & demieauxerfans ;les grainesde citronpilées au nombre de huit ou neuf,dans
deux cuillerées d'huile, foit d'olive, foit
de palmachrifi On fe fert encore aux iles
da FL ivent, du Brinvillier, foit en
foit
en fimple décoéion, Ce remède frop, eft véritablement C
un poifon qui doit être trèsménage On donne une cuillerée de firop.
de Brainvillier avec autant de jus de citron
quiref regardé comme fon corredif: on
en prend plufieurs jours de fuite, & on
fait énfuite prendre de T'huile de palmachrifti pour purger. Son effet eft de diffoudre'la partie rouge du fang,de former
desconcrétions dansles oreillettes du coeur
&dans les ventricules, & d'occafionner furtoutes les membranes de l'intérieur une.
infiltration, d'un, lang noirâtre & diffous.
Ceux qui en 1 ont pris font incommodés de
vertiges, &c d'une forte de tiraillement de
Toildans lorbites pendant fon féjour dans
Ieftomac, On devient froid.
yades habitans qui fe fervent du duvet,qu'on ramaffe fur le pois à gratter : on
T'enveleppe faire des
avec du
frop pour en
bols qu'on E avaler aux enfans qui ont des vers : ce remède en fait
repdre beaucoup. I y en a qui craignent
fon ulngesparce que, 9 lorfqu'on touche.
Eij --- Page 466 ---
68 MOYENS DE CONSERVER
la
OCà N ce duvet, il entre dans pea,&
cafionne un prurit qui eft quelquefois
fuivi d'érylipele; -
mais ily lieu a apparence fur les que ence mêe effet n'a pas
parlerquil
trailles, puifqu'on n'entend pas 09
d
occafionne d'accidens.
a
La faifon des vers eft lall faifon humide; celle
deft, fuivant la remarque du C'elt pays, par conoù feuriffent les cannes. faifon
faut être
fequent dans cette
les qu'il &
plus en garde contre
vers,
qu'on
doit
faire ufage par prés
partiealièrement des remèdes réconnus propres a
caution
voyons, parce que nous
les détruire.Nous de dire dans cette troifieme feca
venons
les maladies du pays font toution, humorales, que
bilieufes, putrides & pijours
&
leurs caufes matérielles
tuitenfes, font l'amas alit la faburre, celui delat bile
&de la pituire : que la tendance plus ou
humeurs versléchauf.
moins grandgfieces ou Tacrimonie, fait
fement, 2 la pourriture d'une faifon, ou dun
différer les ialadies celles d'un autre ; & que par
lien, d'avec les règles pour fe conduire
conféquent
à maladie, confiftent
dans ces difpofitions faburre des premières voies, 2
à évacnerla donner iffue aux matières bilieufes 5
& à
plus ou moins de ménageen employant
umeurs versléchauf.
moins grandgfieces ou Tacrimonie, fait
fement, 2 la pourriture d'une faifon, ou dun
différer les ialadies celles d'un autre ; & que par
lien, d'avec les règles pour fe conduire
conféquent
à maladie, confiftent
dans ces difpofitions faburre des premières voies, 2
à évacnerla donner iffue aux matières bilieufes 5
& à
plus ou moins de ménageen employant --- Page 467 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 69
ment & de circonfpeaion, fuivant les circonflancesques enous avons
pofer àla formation & à détailléessàs'ops la pourriture de
ces mémeshumeursd dans le tems où elles sy
tendent leplus, E en employant tles moyens
propres à foutenir le ton des
&
a détruire le levain fébrile, organes
peu de vin:de
3 tels qu'un
fenilles de caneficier quinquia, , une tifanne de
; & à éviter, autant
qu'on le peut, les caufes déterminantes
qui
mettre enjen les caufes préTAORET & déterminer la maladie
telles que le grand foleil, la pluie, & les 9
indigellions.
Outre les effets de l'abus dans les chofes
non-naturelles contre lefquelles il faut
être en garde, il y a encore celui de certaines choles contre nature, 2 les poifons.
On peut fe trouver empoifonné fortuitement, fans qu'il y ait de la faute de
perfonne: & on peutl'être par la méchanceté des Nègres.
Ilyades alimens qui empoifonnent, foit
parleur nature qui ieftt toujours vénéneufe 5
foit par la manière dont ils font préparés.
Quand la farine de manioc eft mal faite,:
qu'on n'en a pas bien exprimé fon eau vénéneufe,ou qu'on n'en a pas afles
la mauvaife qualité par l'agtion du feu, épuifé a
Eij --- Page 468 ---
70 MOYENS DE CONSERVER
en réfulte au moins des indigeftions et
des cardialgies qui vont quelquefois juf
faire périr les malades; quoiqu'il y
:d des habitans qui, pour rendre la chair
du mouton plus tendre, les empoifonnent,
immédiatement avant de les égorger, avec
de l'eau de manioc, fans que pour cela
le pollonfalted'elles, ou aul moins d'effets
bien fenfibles fur ceux qui mangent det
cette viande. Cependant, quandies animaux en avalen't une certaine quantité
ils périfentfurlechamp; fans quilpatoilfe
aucune trace, inflammatoire fur leurs entrailles; on s'apperçoit feulement que la
membrane interne de l'eftomac eft plus
blanche, comme macérée, 8e qu'elle efe dé.
tache & fe déchire facilement. Les Tpiritueux & certaines chofes aftringentes,
comme les feuilles de roucou, celles de
pois d'angole, font les contre-poifons du
manioc. Lescordiaux, ,le vin 8cla thériaque
réuffiffent dans les coliques & dans leso
cardialgies occafionnées parle manioc qui
n'a pas été affez cuit.
.
ly a des fubftances qui, fans être vés
néneufes par elles-mémesy troublent cel
pendant l'économie animale quand elles fe
rencontrent enfemble. Quand les Nègres
oh même'les Blanes oft mange des cannes
font les contre-poifons du
manioc. Lescordiaux, ,le vin 8cla thériaque
réuffiffent dans les coliques & dans leso
cardialgies occafionnées parle manioc qui
n'a pas été affez cuit.
.
ly a des fubftances qui, fans être vés
néneufes par elles-mémesy troublent cel
pendant l'économie animale quand elles fe
rencontrent enfemble. Quand les Nègres
oh même'les Blanes oft mange des cannes --- Page 469 ---
LA SANTÉDES BLANCS, &c. 71
afucre,8 qu'enfuite ils boivent dus tafia,
il en réfulte prefque auffitôt des coliques
trés-inquiétantes, produites par le dégagement d'une forte de gaz: ces coliques,
qui réfiftent à prefque tous les remèdes
ordinaires', 2 cèdent auffitôt qu'on a fait
prendre au malade un mélange de leflive:
& d'huile.
Beaucoup de perfonnes fe trouvent empoifonnées par de mauvais poiffons; il faut
fe défier fur-tout de celui
nomme
Ia Sardine Dorée, 2 de la ntCun 21 de-laVieille quand elle eft fort graffe, & quelquefois de la Carangue. Le Grosjean éft
confamment unp poilon, ainfi quele Coffre
à corne. Il faut aufi éviter les crabes
font pris dans les lieux où il fel trouve qui
des mancenilliers. On éprouve ordinairementle poiffonq que l'on faitcuise, en le faifant bouillir avec une cuiller d'argent;
loriqu'elle feternit, onlejette.
L'effet dè prefque tous les poifons de
ce genre, c'eft d'occafionner le vertige &c
des fuffocations. Le Grosjean & la Bécunes
caufent auffi des cardialgies & des vomiffemens ; prefque tous donnent le délire &
font périr dans des convulfions. L'effet fecondaire, lorique le malade ne péritpoint
d'abord, c'eft un vertige & des.douleurs
Eiv --- Page 470 ---
72 MOYENS DE CONSERVER
danslocciput, qui déviennent
le lang paroit S épailfr : le pouls habituelless devient
trés-embarraflé & lent; le malade a des
palpitations de coeur & des
dans le
intermittences
forte d'état pouls, 2 & finit fouvent dans une
rélife à ces comateux. maux, il lui Quand refle le malade
ment une infection dansl les humeurs, ordinaireproduit des affections de
qui
à certains fymptômes de peau femblables
foutenir le contact de lepres leau ; il ne
Eeut
froide
éprouver des picotemens confidérables.
de Lapremière faire vomir chofequ'on le
doit faire,c'eft
prendre
malade, & de lui faire
delui faire beaucoup d'eau chaude & d'huile;
ce
enfniteavaler de l'ean de mer:
toie remède, les entrailles. qui purge Les beaucoup, lui netde l'eau de mer avec Nègres de l'eau font prendre de
d'autres, du jus d'une racine
vie; lon
mange,& qu'on nomme patates. que Dans
effets fecondaires de ce poifon, les les
ritueux, les fimulans & les
fpin
conviennent, fur-tout ceux fudorifiques
la clafle des
qui font de
de la décocion anti@palimodiques. de racine de On fe fert
& de celle d'acajou rouge, c'eft coroffolier, à-dire de
celuidont on fait des meubles. Nous savons
racine
vie; lon
mange,& qu'on nomme patates. que Dans
effets fecondaires de ce poifon, les les
ritueux, les fimulans & les
fpin
conviennent, fur-tout ceux fudorifiques
la clafle des
qui font de
de la décocion anti@palimodiques. de racine de On fe fert
& de celle d'acajou rouge, c'eft coroffolier, à-dire de
celuidont on fait des meubles. Nous savons --- Page 471 ---
LASANTÉ DES BLANCS, &c.
quelquefois terminé les derniers
au moyen des bois
accidens
a
Ily beaucoup de fudorifiques. fubflances
neufes aux iles, dont on dit
véné
vent les Negres
que fe fermaitres, leurs
pour empoifonner leurs
La
femblables, ou les beftiaux.
prévention, à la vérité, fait fouvent
naturelle; prendre
poifon ce qui eft maladie
Four il n'en eft Pas moins vrai
cependant qu'il arrive des accidens.
plupart des poifons qui font
La
aux Negres confifient en certaines particuliers racines
qui caufent à peu près l'effet des champignons vénéneux, & qui laiffent
toujours furla langue des
prefque des
ches
Nègres,
tale mancenilier noiresquine à s'eflacent jamais; ou c'eff
férentes
petite dofe, & fous dif
formes, qui peu à peu fait
Par T'eflomac ou la poitrine. Mais la périr
part profitent du peu de foin & de pluprudence de leurs maitres,
limFarfenic & du
pour avoir de
les poifons les plus verd-de-gris. ordinaires. Ce font là
Ii y. ena aufhi qui -
le vouloir, avec des s'empoifonnent, fans
nilier, & des amandes pommes de de mancecroyant manger de bonnes médicinier,
ilef fort rare cependant chofes; mais
avecides pommes de
que cela arrive
mancenilier, parce- --- Page 472 ---
MOYENS DE
E
e
CONSERVER
que leur gott ne répond
ni à leur
il fe pasà deur forme
de
odeurs
trouver d'ailleurs
peu
chair, &c un noyau hériffé d'équi en éloigne bientôt; mais il fufs
d'y avoir
Es
la bouche bràlée, mordu pour en avoir toute
un mancenilier, 2 ou d'avoir repofé fous
de pluie qui ont Aivaroareuisgamnes lavé fesi
être enflé & avoir la
feuilles, pour
flammée,
peau brâlée & encomme fi c'étoit un
L'eau
érylipèle.
eft le demer;dans tous lesi cas extérieurs,
la fait contre-poifon du mancenilier. On
rieurs; prendre auffi pourj lest cas inté-
; mais nous n'en avons
les bons effets : ayant empoifonné jamais vu
chiens en leur faifant avaler
des
gouttes de lait du mancenilier, quelques ils
iont point revenus
n'en
euffions faitt boire del'eau , quoique de nous leur
fon, quoique très-corrofif, mer. Cep poin'agit
péu près au bout d'une heure &
qu'a
4ia Il eft plus ordinaire de voir des demie.
vans attrapés avec des amandes de arri- mé
dicinier, parce qu'ellés n'offrent rien
d'agréable.au goût. Elles font, vomir que excetlivement, 8c les malades même
xiflent s'ils en ont beaucoup mangé. pé- Il
faut, comme dans tous les poifons de
cette clpèce, - 2 faire avaler beaucoup de
éu près au bout d'une heure &
qu'a
4ia Il eft plus ordinaire de voir des demie.
vans attrapés avec des amandes de arri- mé
dicinier, parce qu'ellés n'offrent rien
d'agréable.au goût. Elles font, vomir que excetlivement, 8c les malades même
xiflent s'ils en ont beaucoup mangé. pé- Il
faut, comme dans tous les poifons de
cette clpèce, - 2 faire avaler beaucoup de --- Page 473 ---
LATSANTÉ DES BLANCSY &c. 75
Jait & d'huile, calmer l'irritation de l'efa
tomac par l'application extérieure du jus
de citron, 8 i'nfage des calmans : on fait
couler par bas ces fubftances nuilibles en
faifant prendre de l'eau de mer.
nLen ovinaigre C
réuffit dans la plupart des
poifons qui affecent les nerfs 2: qui ont
une propriété afloupiffante, & qui caufent
lel vertige,
ats
ads Le jus de citron & les forts acides réa
fiftent à T'efferdu-Brinvillier 80 des autres
poifons de ce genre.
-
Ib yia des gens qui, par gaillardife, 2
avalent beaucoup de piment. Cette graine extrémement âcre, qui leur irrité
& échauffe l'eftomaey déterminedescardialgies, des hoquets, & quelquefois des
vomiffemens que l'eau froide & la limo:
nadefur-tout arrêtent fouvent. Il pourroit
de faire
l'eau-de-vie opérât le même
effet. TetitI on fait ce qu'on; appelle
def la cliguetaillescef du piment haché
quel'on confit dans du vinaigrez Il larrive
que fiions'eneft frotté les mains, illen
réfalteiune chaleur bralante, & une douleur femblable à l'effet des vélicatoires.
L'huile n'y fait rieng.l'eau y fait péu de
chofesce qui atrête fur le champ l'effet
desi fels volatils ide icette droguese c'eft --- Page 474 ---
76 MOYENS DE CONSERYER
de fe laver les mains avec de
e Il, y a peu. d'animaux nuifibles l'eatt-de-vie.
Antilles Gr i n'y a guère que la
aux
nique & Sainte-Lucie
Martiferpens dugenre de 1" produifent des
font au moins auffi dangereax. vipére, & qui
maux, qui ont fouvent jufqu'à Ces à ani- huit
pieds de long, fe roulent fur fept
& s'élancent de côté à la eux-mémes,
deux tiers de leur
diftance des
dans la peau les longueur, Crocs
& enfoncent
qu'ils ont fur les côtés creux de leur & percés
le poifon une fois infinué, la partie gueule: enfle
promptement; l'enflure
toutes les parties du gagne rapidement
en même tems jaune corps, ; il furvient qui devient des
foibleffes & des fueurs froides, & le bleffé
périt plus ou moins
Vant qu'il a été
promptement, fuidu
piqué plus ou moins
ceeur, par un animal plus ou près
fort, & plus ou moins irrité : la mort moins ef
quand la piquure fe
Ereare un gros vaifleau.
rencontre
lly a dans lel pays des
-
fe fert contre la
de plantes dont on
autrefois le traitement piquure étoit ces animaux ;
des Negres qui fuçoient la abandonné à
frottaient de quelques herbes piqunre, dont ils la
faifoient fecret 5 & faifoient boire au ma-
plus ou moins
ceeur, par un animal plus ou près
fort, & plus ou moins irrité : la mort moins ef
quand la piquure fe
Ereare un gros vaifleau.
rencontre
lly a dans lel pays des
-
fe fert contre la
de plantes dont on
autrefois le traitement piquure étoit ces animaux ;
des Negres qui fuçoient la abandonné à
frottaient de quelques herbes piqunre, dont ils la
faifoient fecret 5 & faifoient boire au ma- --- Page 475 ---
LASANTÉ DES BLANCSP &c.
lade des remèdes intérieurs. Aujourd'hui 77
on fe fert communément de l'alkali vola
til,qui réuffit toujours quand il eft adminiftréa tems, à moins qué l'animal n'ait
infinué fon venin immédiatement dans
tine groffe veine fanguine : auquel cas'le
remede n'a pas le tems d'agir.
Ily a dans prefque toutes les Antilles
des fcorpions qui font d'un gris de
on en eft quitte 2 3 quand on a été perle:
par ces animaux 3 pour avoir la piqué fiévre
une couple de jours. Mais le
hoir de Sainte-Lucie fait périr fcorpion
ment fion n'y remédie. Nons he
jamais
&c
rraCa
vu,
nous ne connoiflons pas le
traitement dont on fe fert,
aor
53 Ily a encore dans prefque toutes les
Antilles une forte d'infecte gris à
du genre du fcorpion; & qu'on peu nomme près
bête à mille pieds, à caufe de la
tité de fes pattes. Cet animal-a vers quan- la
tête deux efpèces de ferres on de mor
danis, par le mnoyen defquels il infinue
dans la peau un venin qui! caufe une
grande donleur avec chaleur 2 15 &7
donne auffi une fièvre de 24 heures."
nature
TE
feule guérit ces accidens.
H9 y a a Saint-Domingue un infede
qu'on nomme laraignée-crabe, dont la
tité de fes pattes. Cet animal-a vers quan- la
tête deux efpèces de ferres on de mor
danis, par le mnoyen defquels il infinue
dans la peau un venin qui! caufe une
grande donleur avec chaleur 2 15 &7
donne auffi une fièvre de 24 heures."
nature
TE
feule guérit ces accidens.
H9 y a a Saint-Domingue un infede
qu'on nomme laraignée-crabe, dont la --- Page 476 ---
28. MOYENS DE .CONSERYER fèvre d'une TA
oecafionne auff une
EER ou
fois S 24: heures. ne
les An- no
Ona cru, pendant longatemns
5 Pabri del la.rage,
qu'op ny
tilles Jih - à 3 encore vui d'animaux parce enragess
avoit 21
pas, à
17781 y ena
mais D 2P depuis 37763uquen Ala Guadeeu preique ghiens Rontinucllcmnent. furent attaqués d'abord
loupe les
on l'avoit déja
d'nner rage, mue, 21
comme
yu E
années
ans
plitfieurs
aopacaiant.mais
cette
mue 30 fuer
d'autres, fnites I
A farewralbenucompe rage,
de
cédé, lay rage,ayec ont, été mordus & font péris de
beftiaux,
-
péricaul plnlieurs
la rage housayonsyur
tant Negres
perfonnes de 11 cette maladie, R
que Blancs.
9t no anpb avoient anpe été
dere chiens
Beaenp
la
mue;
ne
D
rage
dE
mordns peridioientique farieux &, mordoient
daitres 3
Hevenojent C Onnous al parlé d'un
ce Quilstromtejens. BL
rété ehrage, &avoir
chien quimprea.avoir plufieurs. antres :
animaux,
donnéla OUT
- rage.a
& n'en
avoit HII fni 11 par de 7 trouver C guéri,
21 excepte que quelque
étoit au Pas, après mort ilrs'elt perdus Je n'ai pas
Temnps vu ce. fait.Jai été coniulté pour un Negre
qui avoit été mordu par chien un. chien au
mais - a
ce.
CE
roiffoit enrages
guéri,ce qui tranquelques jours parut
plufieurs. antres :
animaux,
donnéla OUT
- rage.a
& n'en
avoit HII fni 11 par de 7 trouver C guéri,
21 excepte que quelque
étoit au Pas, après mort ilrs'elt perdus Je n'ai pas
Temnps vu ce. fait.Jai été coniulté pour un Negre
qui avoit été mordu par chien un. chien au
mais - a
ce.
CE
roiffoit enrages
guéri,ce qui tranquelques jours parut --- Page 477 ---
LAISANTÉ DES BLANCS, 8c. 73
quillifa le Nègre pour le moment. Mais
quelques jours après, le chien T mourut
à peu près dans les accidens de la rage.
Environ trois femaines après la morfure,
la plaie du negré,qui sétoit guérie ife
rouvrit; il fe plaignit d'une douleun vive :
qui s'étendoit depuis ler bras mordu jufs
qu'à la inuque; il délira ehfuite, 8c des
vint hydropbobe, Ce futalots-qu'on me
confulta socar je niai point Vu dle malade. Commejemn'avois pluse d'efpoir delle
guérir par-demercure, feulement,j je cons
feillai de lui faire boire une chopine 2 de
vinaigreien deuxrou, trois rfois :lei malade
fua beancoupi, & de 11 trouvab guéri. Na
T'ayant
vawjigndre.f lesi récitsqu'oni
ma faits, trasest bien fidèless & file ma
Hiadiroetinsmeadss Clétoib
loin de chez moi; Tyfus deux
8cje le trouvaian trayail, slufud jours-aprèsp 290
910a
esragesnmalbeixa
s9
sllito anionbnu 201
stromsisiser
-
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80 MOYENS DE CONSERVER
sotom
Des Pians.
ONappelle pians, a
aux iles, une maladie
qui confifte en dés puftules très-contagieufes, croûteufes & humides,oa fimplement
sèches & écailleufes, de nature ploriques
endémique en Afrique, & particulière aux
a
d Nègres établisen Amérique: comme Ton
dette définition fuppoley
voit, deux efpèces de pians; la première, de fecs
de croûteux 8 humides;la feconde,
& écailleux. snul ettod a - 1E 1uE
s Les pians humides, ou
pians, con- du
fiftent en
la grolfeur
PaPEt
desfpuftules
M bout du doigt ou du pouce, élevées crevaffée 5
junanros.tonsenes danecrodte
mais
quilaille échapper un pus fomT ichoreux, setio
en très-potite quantité. font folitaires, font réCes puftules furlesdifférentest qui
parties du corps,
pandues
dans les endroits ouilfe
mais fpécialement
&
fait une plus abondante tranfpiration, forte,
où cette humeura une odeurun peu aux envicomme aux cuiffes, aux pieds,
au venrons des parties de la génération,
tre, 8cc. Mais où il en paroitle plus,cef
entre les orteils.
&
Cette maladie eft trescontagieufe, lon
itaires, font réCes puftules furlesdifférentest qui
parties du corps,
pandues
dans les endroits ouilfe
mais fpécialement
&
fait une plus abondante tranfpiration, forte,
où cette humeura une odeurun peu aux envicomme aux cuiffes, aux pieds,
au venrons des parties de la génération,
tre, 8cc. Mais où il en paroitle plus,cef
entre les orteils.
&
Cette maladie eft trescontagieufe, lon --- Page 479 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c.
lon prétend dans le
8r
mutineputonomeied pays qu'elle fe comaprès avoir fucé le venin de mouches,qui, la
vont enfuite F'inoculer a des contagion,
n'en font point affedtés. Si le Negres qui
ulcère, foit aux
foit fujet a un
c'eft par cet ulcère jambes, que fe fait aux
lation;
les
eeas
ces parties parce découvertes; que
Negres ont toujours
de
& Ceft auffi c'eft la marque
la AETE maladie
manifefte.
par-la
L'ulcère
putride,&
rander
fe chairs & de fes s'étend bords; par l'érofion de
viennent mollaifes,commep les chairs deefpèce de morve jaunâtre, pénétréesdune et fuintant
matière ichoreufe. Ses bords deviennent une
mhous, ou un jaunatres 2 avec un engorgement
cellulairedes gonflement qui s'étend dans le tiffu
de douleur ni environs) de
mais fans beaucoup
la peau. Onappelle changement de couleur à
cères méres-pians. communément H s'élève
ces ulpuflules en différentes
enfuite des
petites & sèches dans le parties du corps,
mais qui ne tardent
commencemient, à
prendre le cara@ère pas on
s'étendre & à
Quand la contagion que fa-fait nous avons décrit.
contact d'un pianifte
par le fimple
nifte, alors la maladie avec fe un autre piadéclare à peu
E --- Page 480 ---
82 MOYENS DE CONSERVER
prés comme la gale, par Tapparition de
puftules fur diverfes parties du, corps. Ordinairement une des premières qui ont
paru s'étend beancoup plus, & devient
Gelquetois de la grandeur d'un écu de
fix livres; c'eft encore ce qu'on appelle
meres-pians, Dans la fuites les ulceres, fi
le Negre ena prennent auffrle caraétère
pianitle, C'eft ordinairement par l'endroit
ou s'eftfaite l'inoculation, que commence Lorfla première éruption des puftules.
la communication s'eft faite par le
que commerce a0
vénérien, c'eft par les
ties de la
commence
PHs
génération que
maladie; & comme cette voie efttrès-ordinaire, il eft très-ordinaire auffi de voir les
parties de lag génération couvertes de pians;
Certe circonftance 2 & quelque reffemblance des puftules planiftes avec.les pultules vénériennes, ont fait regarder cette
maladie, par la plupart des médecins & des
chirurgiens 2 comme un fymptôme de
vérole. Cependant elle a un caractère particulier, ouabfolument différent de celui
dela vérole. Ces.puftules n'ont nila même
rénitence,ni la mème dureté, nila même
blancheur ou la même rougeur que celles
de la vérole; elles font molles, jaunâtres,
& croûiteufes. Le vice pianilic nefe manin
adie, par la plupart des médecins & des
chirurgiens 2 comme un fymptôme de
vérole. Cependant elle a un caractère particulier, ouabfolument différent de celui
dela vérole. Ces.puftules n'ont nila même
rénitence,ni la mème dureté, nila même
blancheur ou la même rougeur que celles
de la vérole; elles font molles, jaunâtres,
& croûiteufes. Le vice pianilic nefe manin --- Page 481 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 83
fefte pas furles ulcères commelevénerieu, dures 8
en rendant leurs chairs plus
de
lardées d'une efpèce
LR
blanches, fuifeufe, & leurs bords plus durs &c plus
blanct,kraccompsonds d'uneelpèce depel
HsthorparEed & mince,
s'étend afflez auloin furles chairs. Les
qui ulcères pianiftes n'ont rien de tout cela :
d'ailleurs cette maladie ne produit
une foule
Tateat
comme le vice vénérien, fuccédentles uns
dens différens, & qui ife
8c
aux autres. Elle fe borne à des puftules
à des douleurs dans les aponévrofes l'avons quand
Phumeur eft répercutée: nous ne
chez
jamais guère vue attaquer lesos,que ceux
les enfans nouveau - nés, &c maladie chez véi
qui avoient en même tems la les
nérienne. Celui qui contracte
pians
n'a jamais autre chofe que des puftules
ou des douleurs.
la maladie vénéLes pians, comme
fe conrienne & beaucoup d'autres 2 L'enfant
tractent encore par hérédité. Mulâtreffe
d'une Négreffe ou d'une des
pianifte nait avec les pians,
aphthes
& des puftules a la bouche & aux parties dans
de la génération, des gonflemens c'eft le feul
les OS vers les jointures; foient variés, &c
cas ou les fymptômes
Fij --- Page 482 ---
S4
MOYENS DE CONSERVER
ou la maladie paroiffe femblable à la vés
role. Il faut obferver qu'aux iles un enfant qui nait de parens vérolés apporte
rarement, en naiffant, les fymptômes de
fa maladie ; ce n'eft que très-long-tems d'enaprès:Tai même vu naître beaucoup
fans de pères mal fains, chez qui la maladie ne s'eft jamais manifeftée.
Nous avons obfervé que les enfans contractoient plus facilement le pian
les adultes, les. filles
les
3es
que
garçons,
tempéramens mous & foibles plutôt
les autres ; &
lés Blancs n'y
talit
fujets,
que. s'y expolaffent de
pas
quoiqu'ils
toutes manières. Nous avons entendu
parler à la Guadeloupe &c à Saint-] Domingue de quelques Blancs quiles avoient
eus; mais ces maladies n'ont pas été conftatées: peut-être a-t-on pris des puftules
vénériennes pour des pians. Il m'eft fouvent arrivé qu'on m'ait préfenté des puftules vénériennes qu'on croyoit être des
pians.
On doit confidérer les puftules pianiftes
comme primitives sou comme confécutives:
primitives, quand elles fe manifeftentpeu
de terns après la communication du vice,
- & dans le lieu par ou s'eft faite la communication; confécutives, quand l'érup-
: peut-être a-t-on pris des puftules
vénériennes pour des pians. Il m'eft fouvent arrivé qu'on m'ait préfenté des puftules vénériennes qu'on croyoit être des
pians.
On doit confidérer les puftules pianiftes
comme primitives sou comme confécutives:
primitives, quand elles fe manifeftentpeu
de terns après la communication du vice,
- & dans le lieu par ou s'eft faite la communication; confécutives, quand l'érup- --- Page 483 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 85
Fintrotion fe fait très-long-tems. après s'eft déja
duétion du virus, & après qu'il
dépofé fur les aponévrofes, 8c qu'il a OCcafionné des douleurs; quand les pians,
fortis, ont été répercutés; enfin & repa- ils
REr une feconde fois; quand
paroillent, après que la mafle des humeurs
eft déja infeétée.
l'effet d'un
Il arrive fouvent que par desbains froids
mauvais traitement, ,ou par
inconfidérément le vice pianifte
pris
& fe
dans les par2
retire
la profondes, peau,
fur les aponévroles : 9
15 plus
difparoiflent & font
alors les des puftules douleurs dans les bras, les
place cuiffes à &c les reins, & fur le devant de
la tête: c'eft ce qu'on nomme douleurs
pianifles ou pians rentrés. Quandles n'exiftent pians
font bien fortis, ces douleurs douleurs
point. Nous avons vu de ces
exifter très-long-tems, c'eft-à-dire, pendant fept à huit années; 8c enfuite, état de après lanavoir mis les malades dans un
remèdes
gueur & près de périr, céder aux
propres à faire reparoitre les pians.
On achète quelquefois des Negres
a la réferve de
RE
paroiffent fains, attribue d'abord au maunuation vaistraitement qu'on qu'ils ont reçu : ces Negres
F il] --- Page 484 ---
86 MOTENS DE CONSERVER
fe plaignent de douleurs
toujours, 2 & quià la fin les
perfifient
fait
Rat
après qu'ils avoient eu des périr. On
avoit fait rentrer
pians qu'on
vendre. Il faut obferver 2 afin de pouvoir les
die venant
cette malad'Afrique, 9 REFN
trouvent fouvent
Nègres s'en
amenés aux iles, ainfi attaqués avant d'être
fymptômes de lépre; & que.les que de certains
les aménent font ce qu'ils capitaines
SEr la traverfée,
penvent,
en dedans, afin de pour les faire rentrer
Negres.
pouvoir débiter leurs
Le pian a une certaine affinité nonfeulement avec la vérole, mais
avec les autres maladies de la encore
comme la lépre, la gale & les pean,
Il reffemble à la
dartres.
puftules entraînent lepre, parce que fes
l'infenfibilité - : que quelquefois celles
avec elles
versles jointures
qui viennent
certains
peuvent en
fmptômes de cette impoferpour maladie,
qu'enfin le vice, quandil efld
&
par un mauvais
dégénéré,foit loit
union avec le vénérien, traitement,
fon
tables
produit Ber véripian fec fymptômes dont
de lépre, fur-tout le
II reffemble nous à la parlerons.
le fiège de fes puftules. gale ta la nature &
puftules piay
elles
versles jointures
qui viennent
certains
peuvent en
fmptômes de cette impoferpour maladie,
qu'enfin le vice, quandil efld
&
par un mauvais
dégénéré,foit loit
union avec le vénérien, traitement,
fon
tables
produit Ber véripian fec fymptômes dont
de lépre, fur-tout le
II reffemble nous à la parlerons.
le fiège de fes puftules. gale ta la nature &
puftules piay --- Page 485 --- LA SANTE DES BLANCS, &c. 87
miftes, ainf que les pforiques,
naitre du corps
& fe
ERet
muqueux,
dans cette partie; peut- être même ces
deux vices réfident-ils dans l'humeur qui
conftitue ce corps. Mais il en diffère par
le prurit qui n'accompagne pas le pian a
comme la gale; par les puftules du gros
pian qui font toujours plus élevées que
celles del la gale,qui ne fontj jamais parplacards ni fi nombreufes, 8c qui attaquent
le vifage, tandis que les puftules pforiques
femblentle réfpecter.
Il reffemble aux dartres humides & crotteufes par la reffemblance de fes croutes &
des chairsq qu'elles recouvrent; maisle pian
eft circonfcrit, &, comme nousl'avons dit,
folitaire, ce quéne font pas les dartres dont
nous parlons.
Nous ne le croyons
une maladie purement critique E3 dépuratoire,
comme la petite vérole. Nous n'avons
jamais Vul l'invafion des pians fe faire
autrement
fe fait cellei de la gale.
L'éruption e9 la gale fe fait fans qu'il
roifle aucun mouvement critique
ae
rieur quila détermine,
dans des cas
fe
Yfe
quefois,
Mr
déclare, à la fuite d'une fièvré maligne,
uneéruption cutanée qui eftune vraie gale
F iv --- Page 486 ---
88 MOYENS DE CONSERVER
qui exiftoit depuis long-tems dans l'intérieur. D'autres fois on voit, à lafuite des
mêmes maladies, paroitre des fymptômes
vénériensy dont on ne fe doutoit plus delong-tems. Il en eft de même du vice
2 quand il exifte dans la mafle
RES
des humeurs. Nous n'avons jamais vu ni
entendu dire qu'aucun Negre fàt guéri naturellement des pians au bout d'un certain
tems, quoique nous en ayons vu de trèsanciens. Nous ne pouvons par conféquent
regarder cette maladie comme purement
dépuratoire, 9 8 comme pouvant fe terminerd'elle-méme parle fimple régime.Nons
ne diffimulerons point cependant
a quelques raifons qui pourroient qu'il la faire y
regarder comme de la nature de la
vérole, Des Hollandois & des Anglois petite nous
ont dit aux iles, qu'à Surinam on la regardoit comme telle, & même qu'on l'inoculoit, parce qu'on regardoit comme
une néceffité de l'avoir une fois dans la
vie. Mais ce qui nous feroit croire
le pian dont on nous a parlé n'eft pas que le
même que le nôtre, c'eft qu'on nous a
dit qu'on inoculoit les Blancs, & nous
n'avons jamais vu à T'Amérique aucun
Blanc qui l'ait contragé. Pour ce qui eft
de ne Tavoirqu'une fois dans la vies nous
& même qu'on l'inoculoit, parce qu'on regardoit comme
une néceffité de l'avoir une fois dans la
vie. Mais ce qui nous feroit croire
le pian dont on nous a parlé n'eft pas que le
même que le nôtre, c'eft qu'on nous a
dit qu'on inoculoit les Blancs, & nous
n'avons jamais vu à T'Amérique aucun
Blanc qui l'ait contragé. Pour ce qui eft
de ne Tavoirqu'une fois dans la vies nous --- Page 487 ---
LASANTEDES BLANCS &c.
avouons que c'eft auffi notre
nous n'avons aucune connoiffance obfervation;
Negre feconde ou une Négreffe ait eu le pian qu'un une
calement fois, après avoir été bien & raditans
guéri. Ordinairement les habiprennent pour foignerleurs
pendant le traitement, des
pianiftes,
ont déja eu cette maladie, 8c Négreffes nous
qui
pas vu
ces Négrefles l'aient n'avons
tradée Ree nouveau. Nous
concette opinion prefque tous les avons contre
du pays. Comme il y a une chirurgiens
torile à ne payer
quand iles règle qui auradicalement
pians font
on foutient, contre
edirs
l'opinion générale, que le pian eft un
fymptôme de vérole qui
fe
ter de nouveau.
peut
contracroître Nous avons fouvent vu aux iles
des
que nous traitions difpafricions
par les
pianiftes
CASAET
enfermés, comme c'eft
mais étoient
bout de trois femaines Tufage;
au
paroiffoientbien
ou un mois qu'ils
foient. J'ai traité guéris, les pians reparoif
qui ont récidivé par le mercure des pians
ainfi, & m'ont obligé de
recommencer mais
plufieurs fois le traitement;
je n'ai jamais vu de
récidiver
après fix mois de guérifon, pians fur-tout
on avoit employé les fudorifiques. quand --- Page 488 ---
90 MOTENS DE CONSERVER
Nous ne connoiffons pas d'autres caufes
des pians que la contagion; : nous voyons
quelquefois certains vices des humeurs
qui, de fimples, dégénèrent en virus vraiment contagjeux ; mais nous n'avons jamais vu le
fe déclarer, fans qu'il y P
-
pian
ait eu auparavant de mialme il contagieux. ait dans
I faut que, malgré cela,
y
lesNègres sune caufe prédifpofante particulière, quine fe rencontre pas dans le Blanc,
dans
ou du moins qui ne s'y rencontre
fi Be
la même proportion, puilque
une maladie edontles Blancs
asaet
n'eft pas
très-rare
exclus, elle eft toujours
parmi chez
eux,tandis qu'elle eft très-commune
les premiers. Il faut par conféquent que ait
chez ceux-ci il exifte une humeur qui
une analogie bien plus particulière avec
lanature de ce virus.
le vice
Nous avons déja dit
pianifte étoit particulier à E peau, qu'il à
n'affeatoit que cette feule partie 2
moins qu'il ne fût répercuté, & qu'alors
il fe portoit furles parties aponévrotiques Nous avons
& fur.les gaines des tendons.
encore fait obferver que les parties étoient qui
étoient le plus affcéées des pians,
&
celles ou ily avoit le plus de chaleur, abonoù il fe faifoit une tranfpiration plus
dante & d'une odeur plus forte, On pour-
, qu'il à
n'affeatoit que cette feule partie 2
moins qu'il ne fût répercuté, & qu'alors
il fe portoit furles parties aponévrotiques Nous avons
& fur.les gaines des tendons.
encore fait obferver que les parties étoient qui
étoient le plus affcéées des pians,
&
celles ou ily avoit le plus de chaleur, abonoù il fe faifoit une tranfpiration plus
dante & d'une odeur plus forte, On pour- --- Page 489 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c.
roit donc préfumer que le vice
auroit une plus grande affinité avec pianifte les
fucs dela peau, avec cette humeur lubréfiante qui remplit le tiffu cellulaire non
grailfeux, & qui enduit les parties tendineufes &c aponévrotiques, qu'elle n'en a
avec aucune autre. Au refte ce que nous
avançons ici, n'ef que notre manière
d'être affedtés; chacun reftr maitre de
à fa facon, quand il ne doit en réfulter penfer aucune conféquence pour la pratique.
Le pian fec, ou petit pian, qu'on
pelle auffi pian caraibe, nous ne favons apEcer les quelle raifon, ne l'ayant point vu
Caraibes, confifte en des
tules milliaires fèches, écailleufes & très- pufnombreufes,qui couvrent toutelhabitude
du corps des Negres.
Cette efpèce de pian reffemble affez a
la petite gale fèche, excepté
a point ou
de prurit; elle
n'y
encore
MLEX
plus PE la lepre, avec
elle paroit avoir beaucoup plus laquelle d'affinité que n'en a la première efpèce de
pian. Beancomp plus rare que cette
mière 2 elle nous a paru être un
predegréde la lepre, & produire dans premier la fuite
divers fymptômes de cette maladie, fans
qu'il fut beloin, comme dans la pre- --- Page 490 ---
92. MOTENS DE CONSERVER
mière efpèce, que d'autres caufes particulières vinffent changer fa nature.
Cette maladie eft, de même
l'autre 5 fufceptible d'être
man.irt
alors elle détermine les mêmes douleurs;
mais il faut obferver que cette efpèce
altère plus la fanté, & deffèche davantage que l'autre.
dans
On ne voit guère ce pian que
les endroits ou la lèpre eft commune, &
l'on voit beaucoup de lépreux en être
affedés; c'eft ce qui nous le fait regarder
comme une forte de lépre : il eft auffi
beaucoup plus difficile à guérir quele pian
humide.
Le prognoftic du pian eft toujours
fàcheux, forfque, par des caufes particulières, il dégénère en d'autres fymptômes : nous parlons du pian humide,
puilque le fec dégénère naturellement.
Comme ces fymptômes appartiennent à
la lépre, ils préfentent les mêmes difficultés pour la guérifon. Nous allons les
détailler.
Quand le vice pianifte eft très-ancien,
qu'il a été plufteurs fois répercuté ou
irrité par un mauvais traitement : alors
-ce ne font plus des puftules pianiftes
qu'ilproduit; c'eft ou une forte de piani
pian humide,
puilque le fec dégénère naturellement.
Comme ces fymptômes appartiennent à
la lépre, ils préfentent les mêmes difficultés pour la guérifon. Nous allons les
détailler.
Quand le vice pianifte eft très-ancien,
qu'il a été plufteurs fois répercuté ou
irrité par un mauvais traitement : alors
-ce ne font plus des puftules pianiftes
qu'ilproduit; c'eft ou une forte de piani --- Page 491 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c.
fec qui fe répand fur tout le
bien Thumeurfe dépofe vers les corps; ou
&ycanfedesdépôes & des
jointures,
ou elle fe fixe fur les tendons, suloeresrongeans
des efpèces de ncuds, d'ou s'enfuit &p produit
fairement leur
nécef
rétradion; ou elle donne
nailfançea une forte de dartre
& que communément on nomme fans dans prurit,
pays dartres rouges. Ce font des
le
plus ou'r moins grandes &
taches
nombreufes, de conleur de plus feuilles ou moins
tes, glabres, fans élévation, ni
morment, ni afpérité, & qui affedtent enfoncenairement la
orditaches font figure ronde ou ovale: ces
regardées dans le
un premier degré de lépre, pays comme
ventun Negre les porte toute quoique fouétreattaqué d'autre accident
favie, fans
la lepre. Il faut obferver qui caractérife
tômes ne font pas toujours que l'effet ces fymppians rentrés; ils font
des
core celui de la lepre contragtée plus fouvent endiatement Par
imméfance, ou enfin lacontagion. certains 2 ou par la naifnous avons parlé. Par
alimens dont
Onvoit encore fe déclarer a la
dartres écailleufes fouvent
peau des
& avec plus ou moins d'infenfibilité; univerfelles,
tumeurs ou excroiffances en diverfes des
par- --- Page 492 ---
94 MOYENS DE CONSERVER
ties, comme au front, aux oreilles, &c.
fymptômes qui caraétérifent encore
la lepre.
davanne fant
i
pian produife pas croire cependant que le
tes de maux; loriqu'il fréquemment toutes ces forborne ordinairement dégénère à
ainfi, il fe
un feul de ces
fymptômes, & ces changemens ne font
pas fréquens dans le pian humide, 1
que le vice vénérien ne s'y amoins
arrive plutôt
l'humeur
joigne; il
borne à Meate les douleurs répercutée fe
avons parlé; douleurs
dont nous
fin les
les
qui épuifent à la
rafmne. fujets, 2 &
font périr dans le maQuand le vice vénérien fe
il en réfulte preique
joint au pian,
dans le tiffu cellulaire toujours des tumeurs
ces tumeurs font d'abord vers les jointures:
Jantes, reffemblent à de
dures, vacil-
& font fans
petites glandules,
douleurs; on les appelle improprement, dans le pays, nodus. Elles
groilifent peu à peu, &
un certain tems
finiffent, après
venir adhérentes , par s'échauffer & de-
& douloureufes; : la
change de couleur & devient
peau
la tumeur abcède, mais c'eft rouge; puis
parfairement, & à peu
toujous imles glandes. La
près comme font
glandule en fuppuration
ites glandules,
douleurs; on les appelle improprement, dans le pays, nodus. Elles
groilifent peu à peu, &
un certain tems
finiffent, après
venir adhérentes , par s'échauffer & de-
& douloureufes; : la
change de couleur & devient
peau
la tumeur abcède, mais c'eft rouge; puis
parfairement, & à peu
toujous imles glandes. La
près comme font
glandule en fuppuration --- Page 493 ---
LAISANTÉ DES BLANCS, &c. 95
ne fe fond point, il refte un noyau qui
s'étend en largeur dans le tiffu cellulaire
fous la peau, &
de proche les en
comme fait FCERaL du cancer;
proche bords de l'ulcère toujours gonflés 8c tendus fe déchirent & s'érodent peu à peus
& Tulcère S'agrandit. chair
Le fond eft une
fongueufe lardée
dure, rouge, luifante 8c fenfible,
la
de filamens blanchâtres & jannâtres ;
eft ichoreufe & fort âcre; les
fuppuration bords font fongueux 8c élevésdans certains
endroits, affaillés & érodés en d'autres; on
fent dans toute la circonférence une durété 8 une tenfion dans le tiffu cellulaire
fous la
quoiqu'elle n'ait pas encore
changé EtE ce qui annonce quele
mal tait toujours des progrés, 8c que Tulcère ne tend point afa guérifon. vénérien
Quand c'eft par le vice
que
le pian! eft aigri, & qu'il dégénère en
lepre, c'eft prefque toujours par les tumeurs 8c les ulcères ; les fymptômes
dont nous avons déja parlé ne fortes viennent d'ulqu'après. Nousavons vu deces
cères parrenir;
beaucoup de foins,preffe CSMERD mais enfuite un nouvel
ques embarras qui ife formoit au même endroit,
rouvroit toutesles cicatrices, edétruifoit --- Page 494 ---
96 MOYENSDE CONSERVER
dans un mois T'ouvrage de
nées; & bientôt fe déclaroient plufieurs les
and
tômes de lépre dont nous avons parlé. fympQuoique le pian ait été traité méthodiquement, &c quele vice foit réellement
détruit, il eft encore- dans le
voir certaines fuites, quand la
cas d'ade T'humeur altérée n'a
été dépuration
ces fuites font ce qu'on pas appelle fuffante: des
dès crabes, des crabes
gui-,
Seric lota.
courantes,
naiffent Les à
font de petits ulcères qui
racine des
SEe
& les
ongles des pieds
font déchauffent: ces petits ulcères,
accompagnés d'une excroiflance
gueufe,
&
a
rouges
femblable à une
gne, font trés - douloureux -
& très-len- guifibles, parce qu'ils font
irrités par la préfence de continuellement
devient un corps étranger. l'ongle quiy,
Souvent même, fi on n'emporte
T'angle, ils deviennent
trent juiqu'a Ja phalange rongeans, qu'ils , Te
carient &
d'abord,ils fe
PE
Les ulcères, guéritient affez facilement.
qui font, fouvent fuites de
quand fe
un refte de dépuration de
fait
cette
Netus
auffi provenir d'autres par
voie, peuvent
caufes, tant intésieures,
anger. l'ongle quiy,
Souvent même, fi on n'emporte
T'angle, ils deviennent
trent juiqu'a Ja phalange rongeans, qu'ils , Te
carient &
d'abord,ils fe
PE
Les ulcères, guéritient affez facilement.
qui font, fouvent fuites de
quand fe
un refte de dépuration de
fait
cette
Netus
auffi provenir d'autres par
voie, peuvent
caufes, tant intésieures, --- Page 495 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c.
rieures qu'extérieures, & ne font
97 du
tout particuliers à T'Amérique, point ni aux
Negres.
On appelle crabes de petites tumeurs
ou glandules formées fous Ia peau de la
plante des pieds, dans fon tiffu fous l'épiderme, & produites toujours par un dépôt qui s'eft fait en cet endroit de P'humeur pianifle, foit qu'elle ait été affez
altérée par les remèdes pour ne pouvoir
plus faire récidiver les pians, foit
nel'ait pas encore été. Ces crabes, qu'elle
tems de pluie, fe gonflent, foulèvent dansles l'édes piderme épais & dur dela plante du pied
Negres,Tenropvent &
fortir à travers fous la forme d'une paroiffent
de chair
maffe
fort fenfible, fongueufe a dure, luifante, &c
qui empêche de
& par conféquent de travailler. marcher, La faifon
des pluies paffée, cette chair fongueufe
s'affaiffe d'elle-méme, s rentre dans
trou quife referme, & la crabe difparoit fon
pour gonfler & fortir de nouveau au retour des pluies.
Ily en a qui s'imaginent devoir
cette maladie intérieurement
traiter
dorifiques, afin d'en détruire la par caufe les fucale; mais fi les pians ont été réelle- radiment détruits, la maladie qui n'eft
locale, eft toujours guérie radicalement, que
G --- Page 496 ---
MOYENS DE CONSERVER
quand,au moyen d'un cauftique, onadé.
truit dans la peau ce qui faifoit le germe
de la crabe.
On nomme crabes courantes des fiffures,
ou fentes dartreufes ? qui viennent aux
mains & aux pieds, & qui font accompagnées d'une fécherefle & d'une tenfion de
la peau qui occafionnent une fenfation
fort défagréable. Cet accident n'annonce
pas un vice bien détruit, & n'eft point
particulier au pian. Nous.avons vu des
Blancs en être attaqués à la fuite d'anciennes maladies vénériennes traitées &
dégénérées. Nous n'avons
eu occafion
de fuivre le traitement ces maladies
qui s'adouciffent par les bains de leffive,
ou d'eau de mer; mais nous penfons que
le traitement intérieur qai leur convient
feroient les fudorifiques unis aux adouciffans, tels que le lait & les mucilagineux.
C'eft ce que nous avons confeillé à ceux
qui nous ont confulté : comme nous n'avons pas revu les malades s, nous ignorons fi nos confeils ont été fuivis, & G
on s'en eft bien trouvé.
Les lothas font de petits placards de
dummnpsmenaiadinelieyd &c prefque fans
prurit, qui viennent en diverfes parties
du corps, & dont beaucoup de Negres
font attaqués, fur-tout ceux qui ont eu
& les mucilagineux.
C'eft ce que nous avons confeillé à ceux
qui nous ont confulté : comme nous n'avons pas revu les malades s, nous ignorons fi nos confeils ont été fuivis, & G
on s'en eft bien trouvé.
Les lothas font de petits placards de
dummnpsmenaiadinelieyd &c prefque fans
prurit, qui viennent en diverfes parties
du corps, & dont beaucoup de Negres
font attaqués, fur-tout ceux qui ont eu --- Page 497 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 99
les pians. Ces dartres peuvent venir de
différentes caufes; mais comme elles ne
fuppolent jamais aucunes fuites, quoiqu'il Hfoit affez rate qu'elles guériffent, pour
l'ordinaire on ne s'en inquiète point, &
on n'y fait aucun traitement. Ceux qui
veulent les guérir, les frottent avec de la
poudre à canon & du jus de citron.
Le prognoflic des pians, nous parlons
des pians humides, n'ef pas plus fâcheux
celui de la gale 5 quand ils font trais
farp parles remèdes quileur conviennent,
& qu'on ne les fait pas dégénérer par des 2
imprudencesou, parun mauvais traitement:
il varie d'ailleurs relativement aux diffé
rences que nous en avons faites.'
Le pian local ou primitif eft très-facile à guérir, fur-tout s'il n'y a encore
quelques puftules : comme la maffe
dec humeurs n'eft pas encore infedée,
onle guérit par la fimple cautérifation.
Quand la maffe des humeurs eft infectée,
alorsiln'efiplus local; a dans ce cas plusileft
récent, &moins il en paroîtfurl lapeau,plus
il eft difficile à guérir: : plus au contraire
il eft ancien, nous ne fuppofons pas qu'il
foit dégénéré ni répercuté, & plus
a à la
ilyen
fuperficie du corps, plus il eft
facile à guérir,
Gij --- Page 498 ---
100 MOYENS DE CONSERVER
Il en eft de cette maladie à peu prés
comme de la gale: : on ne peut en détruire le vice que quand il eft entièrement à T'extérieur; car,
peu qu'il
en refte dans Tintérieur,,
traitement
Reet
eft.toujours manqué, quoiqu'on emploie
des remèdes intérieurement.
Les douleurs pianiftes font femblables
aux effets de la gale rentrée : elles ne
cèdent à aucune eipèce de remédes, tant
queles pians ne reparoillentpas: au dehors,
& elles font encore en cela différentes des
douleurvénériennet, qui peuvente étretrai- L
tées & guérics, quoique le vice vénérien
réfide intérieurement dans les humeurs.
Les puftules pianiftes qui ont été longtems répercutées, &c qui enfin ont reparu,
font plus difficiles à guérir, & demandent
de précautions & un traitement
les autres au moins dans
Pie
Dme que
préparations. Le pian fec eft très-difficile
à. guérir. Le traitement des pians,, ainfi que
celui de toutes les maladies virulentes
dont on ne connoit
le principe, ne
s'établir fur E indications; c'eft
peut T'expérience & l'obfervation qui-dirigent.
L'obfervation nous ayant fait connoitre
que le pian, de même que la gale, ne
précautions & un traitement
les autres au moins dans
Pie
Dme que
préparations. Le pian fec eft très-difficile
à. guérir. Le traitement des pians,, ainfi que
celui de toutes les maladies virulentes
dont on ne connoit
le principe, ne
s'établir fur E indications; c'eft
peut T'expérience & l'obfervation qui-dirigent.
L'obfervation nous ayant fait connoitre
que le pian, de même que la gale, ne --- Page 499 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c.
dans pouvoit fe guérir tant que le vice reftoit IoT
l'intérieur, que la peau étoitle feul
devoit organe excrétoire par oule levain
être chaffé hors du
pianifle la
mière indication
corps,
preporter le virus à la par confquent eff de
appris que le moyen peau. le Lexpérience a
étoit la fleur de foufre;
plus eflicace
appris en même tems
mais elle a auffi
que ce moyen avoit
fesinconvéniens, folution du
; & que danslecas de dif
il ne faut donc fang, il-la pouffoit vivement:
le fang eft bien conflitué, T'employer
quand
dans le cas
abltenir
78.da
T'efpèce de contraire, maladie ou quand on craint
Negres, & qu'on
commune chez les
appelle Mal
Ona a vu auffi de bons
d'eftomac..
au dehors; de Fulage effets, da bouillon-de pourpouffer
raumont,de celui de limaçon fluviatile gi- dupays,qu'on appelle communément
claux, de tifanne d'écorce de
caufromager, dont on fe fert auffi dansla mapou ou
titeivérole, de bouillon & de chair
de
TIC
requin; bouillon de
ou jaunes, qu'on appelle petitslézards anolis dans verds
iles, de l'eau feconde de chaux faite lesi
les coquilles appelées lambis.
ms avec T
Il fuit de-là que les
remedes pour les pians préparations dojyent être aux abG Lj --- Page 500 ---
102 MOYENS DE CONSERVER
folument différentes de celles qu'on fit
avant les remèdes antivénériens. Dans
ceux-çi il'faut rafraichir, tempérer, relâcher 7 ou purger plufieurs fois: pour
les pians,, au contraire , tous ces préparatifs ne tendent qu'a faire rentrer le
venin au dedans,.e-quil faut éviter;
pouffer au dehors, échauffer par conféquent, font les premières indications à
remplir.
ynoon
On obferve que Joriqu'on traitel des
trop récens, nous ne parlons
ceux
ne font
&
fe
TE
qui
que primitifs
caux, on ine peut terminer leur guérifon,
f on n'emploie auparavant les moyens
proprés à les poufler au dehors; il arrivel
alors
les puftuless après s'être éteintes EI 2
ou qu'il en reffort
d'autress & qu'on continue ainfi un traitement qui exténue le malade
fa lonfans
PS
gueurs
pouvoir leguérit.
Lors donc que les pians font aflez anciens & aflez fortis, ons choilit, fuivapt fon expérience, le fpécifique
paroit le plus convenable. Jufqu'a
de
fent on en connoit de deux fortes, ou
même de trois, le mércure, le foufre,
& les fudorifiquese
ou qu'il en reffort
d'autress & qu'on continue ainfi un traitement qui exténue le malade
fa lonfans
PS
gueurs
pouvoir leguérit.
Lors donc que les pians font aflez anciens & aflez fortis, ons choilit, fuivapt fon expérience, le fpécifique
paroit le plus convenable. Jufqu'a
de
fent on en connoit de deux fortes, ou
même de trois, le mércure, le foufre,
& les fudorifiquese Le mescuresle même Je mercute en
fridions 2 eft le fpécifique le plus ufité --- Page 501 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. IO3
dans le pays par les médecins & les chirurgiens qui, regardant encore le pian
comme un fymptôme vénérien, ou au
moins cherchantàle faire
comme
tel, continuent de, fe redener du remède
regardé en France comme le vrai fpécifique de la maladie vénérienne, & dont
ils ont étudié T'ufage, Ils ont, à cet effet,
foit chez eux, foit chez les habitans, 2 un
endroit, qu'on nommela petite cafe,
Ept ils tiennent renfermés lés Nègres
pianiftes, ainfi que les vérolés, avec une
ou deux Négreffes pour les fervir: ils leur
adminiftrent des friétions mercurielles pendant fix femaines, & les mettent enfuite
à Fufage de la tifanne fudorifique du Codex. Voiciquels font les effets de ces remedes: : il faut.obferver qu'on prépare les
malades, comme ileft d'ulage de
en
France
les grands remèdes. préparer Au
bout Fotemtuitean quinze jours la falivation
eft établie, & une partie des puftules eft
déja éteinte ; F'autre partie eft beaucoup diminuée, & comme devant bientôt
difparoître. La même chofe arrive quand
même la falivation ne feroit pas encoré
établie. On continue le
traitement, 2 & au
bout de quelque tems on s'apperçoit
les puftules loin de diminuer augmentent, que
Giv --- Page 502 ---
104 MOYENS DE CONSERVER
& qu'il en reparoit d'autres I : malgré cela
on continue le traitement pendant quarante jours, & au bout de ce tems on adminiftre pendant trois femaines des fudorifiques plus forts qui terminent la cure. Les
difparoiffent alors S, & le malade fe
pians
d'autres fois il
trouve quelquefois guéri,
& d'eft
nel'eft pas ; les pians reviennent, les ehirurce qui fait la difficulté entre
giens & les habitans qui veulent qu'on
leur garantifela guérifon de leurs Nègres.
Ileft fortrare que ceux qui n'adminifirent
point de fudorifiques à la fin parviennent
à guérir la maladie fans retour.
Plufieurs aujourd'hui ayant reconnu
l'infuffifance des friétions, emploient le
fabliméilaméthode de Vanfwieten, mais
à1 une dofe beaucoup plus forte que ne le
preferit l'auteur, & ils yjoignentla tifanne
fudorifique avec les mucilagineux: Nous
obferverons', en paffant, que, quoique
nous ayons vu aux Antilles plulieurs perfonnes tuées
ce remède donné à trop
haute dofe, R continué trop long-tems 2
nous ne lui avons cependant point France." vu
produire les mêmes ravages qu'en
Ef-cela mollefle Rrumeiminbinémeiade
dans la fibre mufculaire de l'eftomac?ceft
ce que nous ne favons pas. Il en eft de
obferverons', en paffant, que, quoique
nous ayons vu aux Antilles plulieurs perfonnes tuées
ce remède donné à trop
haute dofe, R continué trop long-tems 2
nous ne lui avons cependant point France." vu
produire les mêmes ravages qu'en
Ef-cela mollefle Rrumeiminbinémeiade
dans la fibre mufculaire de l'eftomac?ceft
ce que nous ne favons pas. Il en eft de --- Page 503 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. IO5
même de tousles autres remèdes irritans.
Le fublimé nous. a paru faire plus
d'effet & mieux convenir que les frictions.
On a encore employé les
de
Keifer & d'autres mercuriaux,
dosiadr
un fuccès bien marqué. Outre que le mercure ne paroit pas être le vrai fpécifique
du pian, &
même dans la maladie
vénétienne, Brt effet eft beaucoup plus
borné qu'en France, il a encore Finconvénient de ne pouvoir être employé dans
les cas de diffolution du fang; & ces
casfe rencontrent très-fréquemment chez
les Negres. Cependant nous avons vu
des chirurgiens parvenir par fon ufage
feul, avec le tems & la patience 2 &
beaucoup de circonfpedtion n, à guérir
des pianiftes. Mais nous avons vu auffi
ces Nègres, quoique guéris 2 conLndiet tous des crabes aux pieds. C'eft
à quoi nous avons prefque toujours reconnu les anciens pianiftes guéris
le
mercure, ou maltraités
d'autres
ANmle
thodes, c'eft-à-dire dont Re traitement n'a
pas été aflez fuivi.
Ily a beaucoup d'habitans qui traitent
eux-mêmes leurs Nègres ; il y, en a qui,
connoilfantfufage edufublimé,s'en fervent. --- Page 504 ---
106 MOYENS DECONSEAWRR
mais quelquefois le
avec une efpèce de fuccès,
plus fouvent à leur
Ils y joignent la tifanne fudorifique défavantage.
compofent avec les bois
quila du
commerce, ou ceux' que produit fudorifiques le pays;
maigordansirementilk) lesremplacentparis
racinedegrand dracuntium, ainfiquelafalfepareille par celle del'aloès
- la plupart s'en tiennent aux pitre:cependant feuls fadoril fiques, nit le & n'emploient que ceux que fourpays, ceft-a-direles deux
venons de parler, le gayac, le dontnous bois de
fer, le bois arada lacoma, & le tendre
acaiou. Il
a encore.le
& le
branda, & Z picannier pmaes montagne. petit Ces
remédes pouvant étre émployés
nous ont paru mieux réuflir que verds, ceux
altérés, que Tonapporte de France. fecs, & fouvent même
La fleur de foufre nous a
ainfi que de la gale, le vrai paru étre, 3
du
Les Nègres guéris par fon pécifique
lei Jeri beaucoup plus
moyen
eft fort rare qu'iis foient radicalement, & il
bes dans la fuite. Ce, remède attaqués de crabord au dehors, couvre la
pouffe de d'atules piahifiles, qui enfuite Tede deffèchent puf
d'elles-mémes fans qu'ilfoit befoin d'autres
remédes. Ceci ef conforme aux prin-
paru étre, 3
du
Les Nègres guéris par fon pécifique
lei Jeri beaucoup plus
moyen
eft fort rare qu'iis foient radicalement, & il
bes dans la fuite. Ce, remède attaqués de crabord au dehors, couvre la
pouffe de d'atules piahifiles, qui enfuite Tede deffèchent puf
d'elles-mémes fans qu'ilfoit befoin d'autres
remédes. Ceci ef conforme aux prin- --- Page 505 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 107
cipès que nous avons avancés. Par cette
même raifon, fi les fudorifiques ne font
pas des fpécifiques aufli efficaces que le
foufre, ils le font toujours plus que le
mercure 5 a parce que leur effet eft de
pouffer à la peau. lls conviennent même
feuls dans les cas ou nile mércure ni le
foufre ne peuvent être employés, c'eft-às
dire lorfque le fang tend à la diffolution.
Quand il y. al chezles Negres un commens.
cement de la maladie appelée Mal, d'eftomaci, tout le monde fait quele mercure
difloutle fang, &c nous avons été témoins
des mauvais effets du foufre dans cescirconflances.Les fudorifiques, au contraire,
fir-tout ceux qui ont fermenté, augmentent le ton des folides, & raccommodent
la texture du fang.
naLes Negres.o ont des remèdes partieuliers tirés dés plantes du pays, & qu'ils
tienbent fecrefs:: ce ne font pas ceux qui
réufliffent le moins, Javouesique jel leur
aivi guérir des pians dégénérés en
tômes de leprey que j'avois abandonnés, fympainfi
phulieurs autres perfonnés de
l'art. 1 ai cependant de l'imprudence dé
fe fier à toute efpèce de remèdes de
Nègrès.
D9 1911
10 Depuis peu de tems on a découvert un --- Page 506 ---
108 MOYENS DE CONSERVER
remède qui agit contre le vice
même dégénéré en lépre, &c K contre pianifte les
fymptômes vénériens, fur-tout ceux
attaquent la peau;c'efilebois d'une qui
ligneufe du genre de l'acacia, & plante
nomme aux iles du vent baba &c lianne qu'on d
cceur, & a Saint-Domingue cceur de faintthomas, scaconne maron. Cette
eft rampante, & quigrimpe fur les plante gui
a une feuille
arbres,
découpée comme celle dela
viorne, & porte une grande
recourbée en manière de
fauve,
d'environ
Maeete
trois pieds & même de longue
bordée des deux côtés: d'une forte quatre, de
bourrelets, & féparée par cloifons
contiennent chacune une groffe
qui
couleur maron, 2 ovale &
graine
viron deux
del
applatie, 9 d'en-
& faite en
de long furun de large,
coeur.
TmErd
eft vivace, &
parvenir a Cette la plante
de la cuiffe; Reat bois eft tendre groffenr & fe
coupe très-facilement, laiffe échapper une
gomme rouffe ou blanclie, quia une forte
d'afiticion, mais beaucoup moindre
le bois qui eft de deux elpeces,
blanc &le
ancalis
de
rougeâtre, Le bois blanc a
force, détermine des accidens, & trop
même paffer pour un poifon
à peut une
certainer dofe. Ses effets font d'occafionner pris
Reat bois eft tendre groffenr & fe
coupe très-facilement, laiffe échapper une
gomme rouffe ou blanclie, quia une forte
d'afiticion, mais beaucoup moindre
le bois qui eft de deux elpeces,
blanc &le
ancalis
de
rougeâtre, Le bois blanc a
force, détermine des accidens, & trop
même paffer pour un poifon
à peut une
certainer dofe. Ses effets font d'occafionner pris --- Page 507 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. I09
des vomiffemens, 2 des contracions dans
les mufcles,& unei irritation dans le genre
nerveux, qui va
porter le trouble
dans les idées, & IMASE à
infenfé
dant plufieurs jours; peut-être cet pen- état
dureroit-il, fi on en continuoit T'ufage
long-tems, ou fi on en prenoit MELENuS
tage: il caufe auffi une tenfion fingulière
dans les mufcles du bas-ventre, & des rétractions dans les tendons des extrémités.
Le bois rouge produit les mêmes effets,
mais il a beaucoup moins de force. On doit
à un Negre venu d'Afrique à la grande
terre-Guadeloupe, la connoiffance de ce
remède.
On prend, fuivant ce Negre, demilivre du bois frais de l'efpèce rougeâtre,
qu'on coupe parpetits morçeaux, &
fait bouillir dans trois pintes d'eau qu'on commune, jufqu'à réduéion de deux pintes,
boire dans la journée; on fait rele marc dans de
Eceune
l'eau pour faire
une feconde tifanne, au cas que le malade foit dans le cas de boire plus de deux
pintes
jour.
On EE & on
les affelions extérieures,
les ulcères, les dartres
LORUAE
& les gonflemens, fi c'eft lèpre ou mal
vénérien, avec la même décoéion ou la
plante pilée. --- Page 508 ---
IIO MOYENS DE CONSERVER
Lor/que ce remède, pris à trop forte
dole, caufe les accidens dont nous avons
parlé, on y remédie par les bains d'eau
& delait, &lulage dulait intérieurement;
mais les perfonnes prudentes n'en adminiftrent d'abord que quatre onces aux
adultes, deux onces aux enfans.
Cer remède qui a beaucoup d'afiridion,
paroit cependant ne point agir - comme
répercufif: il pouffe au dehors, puis deffèche; il fait reparoître les anciennes
norrhées, & les arrête enfuite; ilarrête Re
fleurs blanches, & réuflit ipécialement
pour diffiper les gonflemens ou excroiffances que produit la lepre, ainfi que
ceux que levice vénérien occafionne quelquefois aux grandes lèvres & au prépuce.
Ce remede s'emploie fous toute elpèce
de forme contre les affections pituiteufes;
mais il eft mal placé dans les mains de
tout le monde.
at
ce
norrhées, & les arrête enfuite; ilarrête Re
fleurs blanches, & réuflit ipécialement
pour diffiper les gonflemens ou excroiffances que produit la lepre, ainfi que
ceux que levice vénérien occafionne quelquefois aux grandes lèvres & au prépuce.
Ce remede s'emploie fous toute elpèce
de forme contre les affections pituiteufes;
mais il eft mal placé dans les mains de
tout le monde.
at
ce --- Page 509 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. III
Remarques fur quelques obfervations
touchant les Antilles.
Li Antilles font fituées entre le tropique du cancer & la ligne équinoxiale,
par conféquent fous un climat fort chaud,
mais que les vents régnans tempèrent &
rendent fupportable.
Onappelle iles du vent celles qui font
encore dans les vents alifés qui foufllent
touslesjours régulièrement de la partie de
l'eft, depuis huitou neuf heures dur matin,
jufqu'a fix ou fept heures du foir. Les iles
qu'on appelle fous le vent font celles qui,
étant fituées plus à T'oueft, fe trouvent
au-delà de ces vents réguliers d'eft.
Les iles font en général beaucoup plus
longues
larges; celles du vent font
fort Foretiess & dirigées à peu près du nord
au fud: elles reçoiventleventd'ef dansleur
largeur, qui par conféquent les balaye &les
rafraichit davantage. La mer eft plus
à l'eft qu'à l'oueft, & il s'y trouve agitée ordinairement plus de refcifs. Dans la
il règne une chaîne de montagnes
hautes
pit
& inhabitables, qui les fépare en --- Page 510 ---
II2 MOYENS DE CONSERVER
deux parties, la partie de l'eft ou du vent,
& celle de l'oueft ou fous le vent. Ileft
clair que du côté du vent ou de l'ell, l'air
eft plus vif le long de la côte, qu'ily eft
auffi plus fec & plus falin; qu'il'eft
humide & plus frais à une certaine
tion
cale
dans la montagne, à caufe des nuages
qui viennent s'y brifer, & de la fraicheur
naturelle des lieux clevés:qu'au contraire,
dans la côte de l'oueft, lair eft moins
vif,plus étouffé, moins falin, plus chargé
d'exhalaifons terreftres; &
dans les
hauteurs il eft plus vif, plire frais
la côte, & moins humide que dans 1
lieux élevés regardant l'eft.
Dans beaucoup de ces montagnes, qui
font primitives,ilya desvolcans, ou ouverts ou éreints, dont le cratère eft au
fommet; il y a une grande humidité
qu'entretiennentles nuages ; on y voit des
étangs qui fourniffent a beaucoup de rivières ou de torrens, qui defcendent par
cafcades au bord de la mer; Thumidité
y eft au point, qu'à une certaine élévation il ne croît plus que de la mouffe, 9
& que tout en eftcouvert. Ces
qui font remplies de foufre, FERE de fer
de
pyrites, filtrent des eaux minérales chaudes &c froides, la
plupart fulfureufes,
ferrugineufes
étangs qui fourniffent a beaucoup de rivières ou de torrens, qui defcendent par
cafcades au bord de la mer; Thumidité
y eft au point, qu'à une certaine élévation il ne croît plus que de la mouffe, 9
& que tout en eftcouvert. Ces
qui font remplies de foufre, FERE de fer
de
pyrites, filtrent des eaux minérales chaudes &c froides, la
plupart fulfureufes,
ferrugineufes --- Page 511 ---
LASANTÉ DES BLANCS, &c. II3
ferrugineufes ou vitrioliques; il y en a
quelques-unes de cuivreufes & d'alumineufes, mais elles font rares.
L'eau qui defcend en abondance des
eft ordinairement douce, lé4
PREE gére,
plus fouvent fulfureufe; ;celles
qui ne fortent que des plaines font mauvaifes, pefantes, & féléniteufes. .
Les iles qui font fort petites, & celles
qui font plates, ou dont les montagnes
font peu élevées, n'ont pas de rivières,
& même peu, ou point de fources.
Celles qui font petites, élevées,
n'ont ni plaines, ni gorges, nivallons, qui
font les plus faines de toutes; comme ordinairement la terre.y eft mauvaife, 2 elles
ne font habitées que par des hommes
la néceffité oblige à endurcir leur tem- que
pérament
le travail, 8equ'elle
du luxe
de la molleffe.
éloigue
-
E
Les iles fous le vent ont à peu près la
même difpofition, mais moins
il y a aufli,dans les montagnes, régulière: des volcans, des pyrires, du fer, de l'aimant,
& des eaux minérales.
Les grandes Antilles n'ont pas la même
difpofition; ; elles paroiffent un affemblage
deplufieurs pétites iles réuniès enfemble:
le payseft coupé en plufieurs'fens par des
H --- Page 512 ---
114 MOYENS DE CONSERVER des
montagnes, des gorges, des vallons, dans
tres-étendues ; on y rencontre bafles, du
Frpt plaines, 8 les montagnes
du fpath calcaire, des pétrificaquartz,
tions. Ony voit auffi des terres aflez étenducs, nouvellement forties de deffous les
eaux; les unes reçoivent encore font quelquefois la mer quand les marées élevées fortes; &
les autres font devenues trop
les
éloignées pour que la mer puiffe falines
trop atteindre ; mais font encore trop
pouvoir produire, & fe couvrent
pour encore d'une croûte de fel après les inondations des pluies; les autres un peu plus
loin, & quele tems a faturées & rendues an-delà
plus douces, font très-fertiles fécondité ;
ordiencore on en trouve d'une
s'élève,
naire ; & enfin, à mefure qu'on font ufées
on en rencontre d'autres qui T'ancienneté
& devenues ftériles, tant par
les
de la culture & du rapport, que par
dégradations des pluies. des iles i1
des enDans la plupart humides & ya mal fains,
droits marécageux, d'arbres, 8
lon nomme
couverts
que
font ceux
paletuviers: les plus pernicieux
ou l'eau de la mer croupit; ceux qui d'eau le
font moins font les. paletuviers
douce.
qui T'ancienneté
& devenues ftériles, tant par
les
de la culture & du rapport, que par
dégradations des pluies. des iles i1
des enDans la plupart humides & ya mal fains,
droits marécageux, d'arbres, 8
lon nomme
couverts
que
font ceux
paletuviers: les plus pernicieux
ou l'eau de la mer croupit; ceux qui d'eau le
font moins font les. paletuviers
douce. --- Page 513 ---
LA a SANTÉ DES BLANCS,&c. II6
Nous avons dit que les iles du vent
fe trouvant dans les vents alifés, la brife
y étoit réglée de la partie de l'eft,
huit heures du matin en été, neuf heures depuis
en hirer, jufqu'à fix ou fept heures du
foir : mais depuis la fin de novembre
jufqu'en mars, le vent s'approche beaucoup du nord 2 & devient fouvent
plein-nord; alors il eft beaucoup
froid & plus nuifible. Dans cette même plus
faifon il fouffle affez ordinairement de
terre pendant la nuit: ce vent eft encore
froid &c mal fain. La faifon la plus chaude,
eft auffi celle des orages, eft
Ta fin de mai jufqu'au commencement depuis de
novembre. Ce qu'on appelle
ou la faifon des
eft Thivernage,
ouragans, 2
depuis la
mi-juillet, jafqu'àla mi-oétobre. Il tonne
aux iles du vent à toute heure du
& de la nuit.
jour
A Saint-I Domingue les vents font différens; ils foufflent de terre, & ce font
les plus mous, depuis quatre heures du
matin jufqu'à dix. Il fait calme & fort
chaud depuis dix heures jufqu'à midi.
A midi le vent fouffle de la mer
fept à huit heures du foir. C'eft le jufqu'a calme
de dix heures à midi, qui rend à SaintDomingue la chaleur plus incommode
Hij --- Page 514 ---
118 MOYENS DE CONSERVER
qu'à la Guadeloupe, quoique naturellement lair y foit moins chaud: Le tems
de la plus grande chaleur à'Saint-Domineft depuis le mois de mai jufqu'à la
EL de feptembre que les fraicheurs commencent, tandis qu'à la Guadeloupe ce
n'eft qu'4 la mi-novembre. Il tonne en
mai dans les montagnes; mais ce n'eft
juin que les orages fe font reffentir
Soa au
delamer. Dans les premiers tems,
c'eft fur les deux heures après midi; ils
retardent enfuite peu à
de manière
qu'en otobre c'eft fur E huit ou neuf
heures du foir: ils durent ordinairement
deux heures, & jamais il ne tonne le
matin. C'eft vers la mi-oltobre que les
orages finifant font place à ce qu'on
appelle les nords, qui fontade fort vents
de nord qui aménent la pluie, & quidurent jufqu'en décembre, & font trés-frais.
I Ily a dans toutes les Antilles fix mois
de fécherefle & fix mois de pluie affez
ordinairement t, quoique cependant les
années fraiches font fouvent fans aucun
fec, &c les années fèches ont quelquefois
feptà huit mois de fec. Le fec commence
àla fin de décembre ou janvier, quelquefois fevrier ou mars, & dure julqu'en
juin ou juillet, quelquefois août.
& quidurent jufqu'en décembre, & font trés-frais.
I Ily a dans toutes les Antilles fix mois
de fécherefle & fix mois de pluie affez
ordinairement t, quoique cependant les
années fraiches font fouvent fans aucun
fec, &c les années fèches ont quelquefois
feptà huit mois de fec. Le fec commence
àla fin de décembre ou janvier, quelquefois fevrier ou mars, & dure julqu'en
juin ou juillet, quelquefois août. --- Page 515 ---
LA 6 SANTÉ DES BLANCS, &c.
Nous avons'vu aux iles du vent le ther- I19
momètre monter au
degré, en août
& feptembre. Nous Rare vu defcendre
à15 & à 14 degrés, dans les mois de
décembre,j janvier et fevrier,qui font ordinairement les mois les plus froids.
Nous parlons du bord de la mér feulement, et non de la montagne.
On
beaucoup aux iles', 9
Rer l'air LEPERS y
vif &c falin. Dans les parce
femmes font cinq à fix
villes,
& font tres-vaporeufes. On repas par jour,
mais la farine de manioc, manged oula du
font la
oafees
lement des principale hourriture 2 non-feuBlancs
nègres 3 mais encore des
boeuf créoles, 2 fur-tout des femmes, Le
falé, & la morue, 2. font la feconde
la
avec le poiffon. On
DENEI falaifon la viande fraiche,
préfère
celle-ci, qui eft mollaffe & blafarde,n'a parce que
que très-peu de fucs &c de golt; on l'affaifonne par cette raifon de
de
fel & de piment. La volaille beaucoup eft recherchée, fur-tour le dindon & le
La boiffon des Nègres & des pigeon.
eft l'eau; celle des riches eft le pauvres vin de
Bordeanx, qui eft fort bon & n'eft
cher. On boit beaucoup de limonade
la
daes
journée; on y eft excité par la chaHiij --- Page 516 ---
120 MOYENS DE CONSERVER
leur. On boit auffi à midi &c le foir
du
eft l'eau de vie de fucre
qu'on a
vieillir; les pauvres boivent
arul
du tafia qui ieft l'eau de vie nouvelle. Nous
expliquerons dans la fuite ce que nous
penfons de Tufage de ces boiffons.
Lufage des bains eft très-fréquent; on
neles prend que froids. On ne porte prefdes habillemens de toile;l'ufage
ac ne pas fe gêner de ce côté. On
eftp prefque toujours armé d'un parafol,
fert ou contre la pluie ou contre le
PORt
Les Nègres travaillant à la terre font
prefque toujours nuds jufqu'à la ceinture :
cet ufage n'eft pas mauvais à caufe de Ia
pluie & de la fueur. Nous avons obfervé
ce n'étoit pas le contact de la pluie
2 le corps qui caufoit la maladie, ni
même le féjour des hardes mouillées tant
que la pluie continuoit, mais feulement
le defféchement de ces mêmes hardes fur
la peau.
travaillant à la terre font
prefque toujours nuds jufqu'à la ceinture :
cet ufage n'eft pas mauvais à caufe de Ia
pluie & de la fueur. Nous avons obfervé
ce n'étoit pas le contact de la pluie
2 le corps qui caufoit la maladie, ni
même le féjour des hardes mouillées tant
que la pluie continuoit, mais feulement
le defféchement de ces mêmes hardes fur
la peau. --- Page 517 ---
LASANTÉ DES BLANCS, &c. 12I
Du Mal d'ERomac.
Crquon appelle aux iles mal d'eftomac,
générale, ou bien
eft une leucophlegmatie univerfelle dans
une forte de confomption fouvent les Nègres : 3
laquelle tombent
des forces;
accompagnée de Yépuifement
d'ou fuit néceffairement une refpiration
laborieufe &c afthmatique, J dans la marche,
fur-tout lorfqu'il faut monter; fymptôme
qui a fait nommer ces maladies mal d'eftomac. On a le diftingue en deux efpèces:
mal d'eftomac humide qui eftle plus commun,c'eft la leucophlegmatie; & mald'eftomac fec, c'eft la confomption.
Nous n'entrerons pas dans de grands
détails fur les caufes de cette maladie qui,
fe réduifent au chagrin & à
en général, fur le diagnoflic, qui fe rela mifère; la définition
nous venons
connoit
que
d'en rablient ni fur le prognoftic,
8c
E
eft toujous fàcheux
mortel, quand
mal eft invétéré: nous nous arrêterons au
traitement.
doit être nourriffant & a toLe régime
La viande eft
nique, plus fec qu'humide. elle eft moins
préférable au poillon;
pi- --- Page 518 ---
122 MOYENS DE CONSERVER
tuiteufe, & engendre moins de
abondent toujours dans cette maladie. glaires
pirer le
RE
plus
eft
la
aux malades; A0FA fournir poflible des
gaicté
confolation; leur faire
moyens de
eft pollible; choifir celui changer d'air s'il
fec, l'air falin far-tout. Le qui eft le
laifons ne leur
fel & les
Pi
font point
vu qu'elles foientfaines. Leur contraires, faire pourun exercice modéré; ne les
prendre
les empécher de manger de la point terre. fatiguer; L'embarquement dans un bateau eft le
le
plus fr pour remplir ces différens moyen
Les habitansonr coutume de traiterleurs objets.
Negres par des boilfons fermentées
nomment grapes. Ces boiflons font qu'ils ordinairement tout-à-la-fois toniques, ftimulantes & purgatives. On les
éncore tifannes a
nomme
à trois
mald'eflomac, tifannes
trois coups, parce qu'on en fait prendre
coups dans la matinée. Le fer
fait prefque toujours la bafe, & on
en
infufer des bois &des
y fait
plantes fudorifiques
Sxpurgatives:le celle du
bois de fer ou fon écorce;
bois Sayonnerte, celle de
laracine du
gayac ;
à mal
faururus,qu'on nomme furean
d'eftomacs celle de l'herbe à fous
marqués, de l'herbe
bre, &c.
puante, 3 de gingem-
inée. Le fer
fait prefque toujours la bafe, & on
en
infufer des bois &des
y fait
plantes fudorifiques
Sxpurgatives:le celle du
bois de fer ou fon écorce;
bois Sayonnerte, celle de
laracine du
gayac ;
à mal
faururus,qu'on nomme furean
d'eftomacs celle de l'herbe à fous
marqués, de l'herbe
bre, &c.
puante, 3 de gingem- --- Page 519 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 123
indiTous ces médicamens , quoique
qués, réuffiffent difficilement, parce que
laplupart du tems ils font mal adminiftrés, chofe
&qu'on omet toujoursla principale la caufe du
à la cure, celle d'éloigner 8c la mifère.
mal; c'eft-a-dire, le chagrin
dans
D'un autre côté le mal d'eftomac,
le
tous les degrést ne demande point eft
même traitement. Si le mal d'efiomac
fec, il ne faut pas infifter fur les purniles remèdes chauds; il faut joindre
Eet adoucillans aux apéritifs. C'eft dans
T'humide que les purgatifs font les plus
nécellaires; encore précipiteneils la mort,
quand la maladie elt ancienne, & que le
malade eft épuile. Il vaut alors mieux
avoir recours-à ceux qui font fimplement
apéritifs & cordiaux. Tel eft Télixir qu'on
fait avec le mâchefer, 9 la cannelle, le gérofle, le fucre brut, & l'eau de vie de
fucre.
obfervé l'efficacité de l'eau
de Nous vie de avons gayac dans cette maladie. --- Page 520 ---
124 MOYENS DE CONSERVER
De la Lepre,
Li lepre eft une maladie
de la peau, dont Térofion, la contagieufe
tion & T'épailfement
fupéfacla
féatomatenx de
tère. lymphe On
2 paroiffent faire le caracune acrimonie remarque auffi chez les lépreux
du fang,
qui agit fur la partie rouge
butiques. peu près comme chez les fcorNous ne décrirons point cette maladie
Nous qui n'eft que
connue dans le
ne IRE point de traitement pays.
affuré,
qu'on n'en connoit
mOTSLEaEN Nous
pas jufce
rapporterons feulement
plus
T'expérience à
nous a fait voir de
cet
feultar
égard.
Quoique beaucoup de praticiens aient
regardé cette maladie comme une vérole
dégénérée; cependant le mercure,
quelque forme qu'il puiffe être
5 fous
eft toujours
adminiftré,
Ona
nuilible, ou au moins inutile.
cependant vu quelques
mens opérés par le remède de
adouciffejoint aux fudorifiques, ainfi Vanfwiéten, du
cure joint à l'acide végétal; mais que
mermais vu de cure,
onn'aja-
ient
regardé cette maladie comme une vérole
dégénérée; cependant le mercure,
quelque forme qu'il puiffe être
5 fous
eft toujours
adminiftré,
Ona
nuilible, ou au moins inutile.
cependant vu quelques
mens opérés par le remède de
adouciffejoint aux fudorifiques, ainfi Vanfwiéten, du
cure joint à l'acide végétal; mais que
mermais vu de cure,
onn'aja- --- Page 521 ---
LA SANTÉ DES BLANCS, &c. 125:
Nous savonsobfervéqueler mercure, fous
réuffiffoit mieux dans les cas
ces formes,
d'un vice pianifle &
oir la
provenoit
néore joints enfemble, C comme il arrive
fouvent; mais qu'ila
preiquetoutes de
les autres
entendu parler
greas
efpbces.
bouildeux lépreux guéris au moyen des mais
lons de ferpent de la Martinique, faire l'eflai.
je n'aijamais été à portée d'en
Cequil yi a de mieux à employer, ce
font les tifannes faites avec les bois. &c
plantes fudorifiques, 5 mais préparées le avec bois
foin. L'écorce de gayac fraiche, 9
de fer, le bois arada, le bois à pian font
fort Nous bons. avons vu de fort bons effets d'une
tifanne faite avec huit onces du bois de
la lianne; appelée Ceur de Saint-Thomas
ou Baba (plante dansle genre des acacia).
On fe fert de Tefpèce quia le bois rouge,
& non de celle à bois blanc, qui eft
les nerfs; on la
E
violente, &c attaque
d'eau
fait
bouillir. dans trois pintes
qu'on
réduire àdeux à petit feu.
malade
On fait boire cette tifanne au
fix femaines ou
dans la journée, remède pendant
à la
deux mois. Ce
poufle
peau,
les urines;
mais extraordinairement par 8c
la
il agit aufli comme tonique,
épuife --- Page 522 ---
126 MOYENS DE CONSERVER, &c.
pituite: combiné -
avecles boisfudorifiques,
il convient plus généralement.
Hagit fpécialement, lorfqu'il eft queftion de combattredes tophus & des excroiffances lépreufes.
Nous ne nous étendons pas davantage
fur les maladies en particulier, ceci n'é
tant fimplement qu'une aitiologie médicale
les iles del T'Amérique, & nous
HeREE de traiter ailleurs plus en détail
des maladies particulières à ces contrées.
FIN.
ET
ARCHIVES --- Page 523 ---
Tall
A
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del Audidis
2r Mmove
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- a --- Page 530 ---