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NOTICES
ADRESSÉES A MM. LES HABITANTS. FRAGMENT DE L'OUVRAGE INTITULÉ : ESSAIS THÉORIQUES
SUR L'ACRICULTURE DE SAINT-DOMINGUE * Par M. B de plusieurs Sociétés littéraires *
l'un des Membres fondateurs du CERCLE
ROYAL DES PHILADELPHES, & Membre
de plusieurs Académies. Alea jacta ejl. Le Prix est de 8 livres y fous. AU CAP-FRANÇOIS,
Et se vend A L'IMPRIMERIE ROYALE. M. DCC. L XXXVIII. A v E C P E R lrrf l S S ION DU Gour£RNE.,ui-:i.-r. --- Page 2 ---
AVIS. Le prix porté sur le frontispice de ce Livre
n'est que pour rembourser 'l'Imprimeur de ses
avances..L'Auteur ne prétend à aucune rétribution; le seul intérêt qu'il desire estr celui
qu'on accorde par-tout a une chose qui peut
être utile. --- Page 3 ---
A iij DIALOGUE ENTRE L'AUTEUR ET UN ANCIEN COLON. La Scène se passe dans une des allées retirées
du jardin public du Gouvernement 3 au Cap. LE COLON . QUOI, , Monsieur l'Auteur, tout de bon,
vous faites imprimer un ouvrage ! Mais y
pensez-vous ? ne craignez-vous donc pas
d'ennuyer ? L' A ù T E U R. Je sens comme vous, Monsieur, que c'cst
assez plaisant. C'est même peut-être perdre
mon temps. Mais je m'essàye & l'on me saura
gré, du moins, de mes efforts, & de ma bonne
intention. LE COLON En vérité vous êtes bien crédule si vous
pensez réellement que l'on vous l'aura gré de
votre peine. Comment avez-vous pu imaginer
de faire un ouvrage à Saint-Domingue ? Appliquez-vous plutôt à y faire votre fortune.
C'est cela qui vous donnera de la conl:dération mais un ouvrage... ho, je vous avoue
que je n'en reviens pas , & que je trouve
votre idée on ne peut pas plus extravagante! L' A U T E U R. Qu'y a-t-il donc d'extravagant à tâcher d'être utile à ses Concitoyens? --- Page 4 ---
4 DIALOGUÉ. LE COLON. Mais, séricusement) e[pérez-vous de faire
croire à ce désintéressement ? Etes-vous dans
un Pays où l'on ajoute fui à ce sentiment
épuré ? — Si votre ouvrage est bon , vous
aurez un c liai m d'envieux qui bourdonneront
continuellement à vos oreilles : s'il est mauvais , on oubliera le principe qui vous fait
agir , & l'on vous cherchera un ridicule.
Comme vous le voyez, l alternative n'cil pas
encourageante. L' A U T E U R. Vous prétendez donc qu'on fait mieux de
se taire. L E COLON. Je ne vous cache pas que c'cst là mon
opinion. L' A U T E U R. Cette maxime peut être sage. C'est vraiment le parti le plus convenable à la tranquillité ; car on se prépare sou vent bien des
peines pour ?r n'être qu'un très-mince Ecrivain.
Cependant convenez que si l'on avoit toujours
suivi ce principe, il seroit devenu funeste. LE ECOLON. Je vois moi, que nous n'aurions pas tous
ces mauvais ouvrages qui causent tant d 'ennui je crois que nous y aurions considérabl; meni gagné. --- Page 5 ---
DIALOGUE; f A iv L' A U T E U R. Mais aussi nous n'aurions pas ces Savantes
productions qui portent dans nos esprits tanc
de lumieres &: de charmes. LE COLON. D'accord ! mais presentement que la matiere efi épuisée, vous conviendrez que ce que
l'on peut dire ne peut qu'avoir été dit 2
vais ouvrages qui causent tant d 'ennui je crois que nous y aurions considérabl; meni gagné. --- Page 5 ---
DIALOGUE; f A iv L' A U T E U R. Mais aussi nous n'aurions pas ces Savantes
productions qui portent dans nos esprits tanc
de lumieres &: de charmes. LE COLON. D'accord ! mais presentement que la matiere efi épuisée, vous conviendrez que ce que
l'on peut dire ne peut qu'avoir été dit 2 L' A U T E U R. Morale de pare sse d'ignorance t c'est
ainii qu'on se dispense du travail. Cette belle
maxime tend non-seulement à suspendre la.
marche du génie , mais à le faire rétrograder.
Si les célebres Auteurs que nous admirons
cufîent été pénétrés de cette maxime pernicieuse, nous auroient-ils enrichis de leurs
productions ? Cependant on disoit avant eux ,
ta matière ejl épuisée ! non elle ne l'est pas. On
peut dire encore de très-bonnes choses qui
n'ont jamais été dites, sur-tout dans un Pays
comme celui-ci, qui n'est pas connu, qui
mérite tant de l'être , par les beautés qu'il
renferme , & dont on pourroit faire un meilleur usage. LE COLON. Ce que vous dites est vrai. Mais gare au'
premier Ecrivain !.. Je ne voudrois pas être.
à la place. —- --- Page 6 ---
DIALOGUE, L' A U T E U R. Il est ridicule de savoir si peu de gré à ceux
qui veillent pour la chose publique , de les
traiter souvent plus mal que ceux qui la troublent , ou de les confondre avec ceux qui sont
continuellement dans l'inaction. LE COLON. Hé mais, Meilleurs, qui. vous prie d'écrire? L' A U T E U R. Si Ton n'avoit pas le courage d'écrire, Monsieur, que deviendraient ceux mêmes qui le
moquent des Ecrivains ? Il entre souvent bien
de l'intérêt personnel dans les avis charitables
que l'on donne ! LE COLON. Je voudrois bien vous désabuser sur la bonne
opinion que vous paroi liez avoir de ce Pays,
en prenant la peine de travailler pour lui. Mais
pu i sque vous prenez si mal mes avis, je me
retire L' A U T E U R. Un instant, Monsieur î ie ne m'en prends pas
à vous. Mais je luis révolté de toutes ces
petites maximes décourageantes qu'on entend
débiter dans le monde , &: qui font tant de
progrès sur les esprits. La tiare île est un état
séducteur, & le prétexte le moins captieux --- Page 7 ---
DIA LOG U E. suffit pour nous y faire rester. C'est pour les
ames irrésolues les délices de Capoue : & cette
mollesse honteuse éteint le génie. LE COLON. Monsieur, la paresse est bien excusable dans
- un Pays aussi chaud que celui-ci ! L' A U T E U R. La chaleur y est forte : mais elle n'est pas
au point d'empêcher de penser & d'écrire >
l'on a, au surplus , bien des moyens d'en teinpérer la force î LE COLON. Je ne vois pourtant que cela qui retienne
bien des gens... L' A U T E U R. Combien encore, Monsieur, de Citoyens
estimables & Savants même, qui n'écrivent
point „ parce qu'ils ont la soiblesse de craindre les solliculaires, les cerberes de la Littérature !
forte : mais elle n'est pas
au point d'empêcher de penser & d'écrire >
l'on a, au surplus , bien des moyens d'en teinpérer la force î LE COLON. Je ne vois pourtant que cela qui retienne
bien des gens... L' A U T E U R. Combien encore, Monsieur, de Citoyens
estimables & Savants même, qui n'écrivent
point „ parce qu'ils ont la soiblesse de craindre les solliculaires, les cerberes de la Littérature ! LE Colon. - Cependant vous conviendrez que sans eux
nous ferions inondes, & que ces possédés du
démon de la composition seroient en aussi
grand nombre que ces miches quij dans ce
climat, fatiguent nos oreilles, dans un certain temps, par leurs sissements aigus. Ne --- Page 8 ---
1O DIALOGUE. nous refusons donc point à la reconnoissance
que nous devons aux folliculaires dont vous
parlez. Ils nous rendent de grands services 1 L' A U T E U R. Vous confondez ! ce sont les Savants distingués qui prennent la peine de censurer
avec sagesse & sans amertume, auxquels nous
devons de la reconnoissance. Ils cherchent dans
un livre ce qui est bon, tandis que les folliculaires n'y cherchent que ce qui peut prêter
au ridicule. Aussi respecte-t-on infiniment les
premiers ; aussi les derniers sont-ils regardez
comme ces insectes qui n'entrent dans un
livre que pour le mettre en pieces. LE Colon. Je conviens que votre distinction est juste.
Mais à quoi voulez-vous en venir ? L' A U T E U R. Je veuæ dire j Monsieur, que j'écrirai, esperant que tout le monde ne pensera pas comme
vous. LE COLON Au reste , vous avez un moyen, c'est de
dire qu'un ami vous a enlevé votre manuscrit j ce que... L' A U T E U R. Coquetterie d'Auteur qu'on ne sauroit trop --- Page 9 ---
DIALOGUE. ii ridiculiser? il peut se faire que l'amour propre
entre pour quelque choie dans ce que j'écris ;
mais j'y joins un autre amour qui le purifie,
c'est celui de la chose publique. Je serois flatté
q .'on me dit sincèrement : « Votre Ouvrage * u
cit bon. » Ce sentiment esi dans tous les Ecrivains , dans un bon Auteur comme dans un
mauvais. Mais j'aurois bien plus de plaisir à
entendre dire : « Votre Ouvrage eit caule
qu'on a fait tel progrès ». LE COLON. Mais enfin que direz-vous donc à vos Lecteurs ? L' A U T E U R. Je les prierai de ne me juger qu'après m'avoir lu entièrement. LE COLON. Sans doute que ce que vous faites imprimer en: une collection de charmantes Epigrammes, de Contes Orientaux, de Lettres
traduites de l'Anglois O L' A U T E U R. Rien de tout cela! LE COLON. J'entends : ce sont des vers langoureux j des
élégies j des fleurs cueillies sur l'hélicon, dont
vous formez un bouquet pour les Dames du
.nouveau monde, ou bien de jolies hiitoriettcs
propres aux mœurs du pays, ou enfin un a ssem- --- Page 10 ---
12 D I A L 0 G U E. blage de peintures licentieuses qui charment là
sottise & l'ignorance, &: qui par conséquent?
ne peuvent qu'attirer à leur Auteur le plus
grand nombre des suffrages.
fleurs cueillies sur l'hélicon, dont
vous formez un bouquet pour les Dames du
.nouveau monde, ou bien de jolies hiitoriettcs
propres aux mœurs du pays, ou enfin un a ssem- --- Page 10 ---
12 D I A L 0 G U E. blage de peintures licentieuses qui charment là
sottise & l'ignorance, &: qui par conséquent?
ne peuvent qu'attirer à leur Auteur le plus
grand nombre des suffrages. L' A U T E U R. Point du tout! LE COLON. Comment ! auriez-vous par un autre singulariré imaginé de faire un amas de raisonnements à perdre baleine ? Seroit-ce un Ouvrage sérieux? L' A U T E U R.. A peu de chose près. "L E COLON. Ho, que je vous plains ! votre voix va se
perdre dans le désert. Mais enfin le titre ! L' A U T E U R. Essais théoriques sur l' Agriculture de SaintDomingue. LE C O L 0 N. Le titre en est modeste ; mais il n'annonce
rien d'amusant., & vous devez assez connoitre
ce pays pour savoir qu'on y préfère l'homme
frivole qui amuse , a l'homme qui prétend --- Page 11 ---
DIALOGUE. 13 éclairer D'ailleurs croyez-vous que Mcfsieurs les Cultivateurs voient d'un Don œil
que vous leur donnez des leçons? trop proprofonds pour en avoir besoin, ils estimeront
vos moyens trop foibles pour cette entreprise. L'AUTEUR. Monsicur, je ne prétends donner des leçons
à personne. Je connois trop l'amour propre
du pays que j'habite, pour avoir osé concevoir
cette idée. Liscz mon Ouvrage, & vous verrez
que je n'ai travaillé que pour les apprentis
agriculteurs.. LE COLON. C'est-à-dire que vous vous adressèz aux apprentis pour ménager l'amour propre des Maîtres. Quoi qu'il en soit, votre Ouvrage pourra
suggérer des idées qui pourront vous être défivantageuscs. L' A U T E U R. Hé mais , Monsieur! mon Ouvrage n'est
qu'un essai qu'on auroit dû faire il y a longtemps. Tout imparfait qu'il sera surement, on
en pourra tirer quelqu'avantage pour une Colonie qui mérite les plus grands égards. C'est
la plus florissànte de toutes les Iles, celle qui
offre le plus de ressources aux infortunés de la
Métropole , qui procure à l'Etat d'immenses
revenus, & qui ne peut manquer d'augmenter
encore, s'il est permis aux Citoyens honnêtes
d'exposer avec impartialité ce qu'ils imaginent
pour son accroissement. --- Page 12 ---
14 DIALOGUE. L E C 0 L O N. Il est vrai que le genre que vous avez choisi
peut vous servir merveilleusement. C'est sans
doute écrit froidement ? Ainsi vous vous trouvez par ce moyen bien enveloppé, bien à l'abri
de toutes recherches, & n'étant pas lu vous
n'avez rien à craindre. Si vous n avez pas
évité d'être sensé, vous devez vous attendre
que votre Livre ne fera pas fortune, & qu'il
sera bientôt oublié. Tout passe rapidement
dans ce pays ! L' A U T E U R. Mais, à vous entendre, il sembleroit que la
Colonie de Saint-Domingue ne renferme que
des êtres supersiciels. Cependant j'y vois un
très-grand nombre de personnes trcs-instruites
& d'un très-grand sens. C'est même à leur
tribunal que je desire d'être jugé. LE COLON. Ce projet est louable : mais il ne réussira pas. L' A U T E U R. Pourquoi ? LE COLON. Parce qu'on ne voudra voir que votre intérêt personnel, parce qu'apparamment on ne
vous fera pas la grâce de vous croire meilleur
-Domingue ne renferme que
des êtres supersiciels. Cependant j'y vois un
très-grand nombre de personnes trcs-instruites
& d'un très-grand sens. C'est même à leur
tribunal que je desire d'être jugé. LE COLON. Ce projet est louable : mais il ne réussira pas. L' A U T E U R. Pourquoi ? LE COLON. Parce qu'on ne voudra voir que votre intérêt personnel, parce qu'apparamment on ne
vous fera pas la grâce de vous croire meilleur --- Page 13 ---
DIALOGUE. 1 f qu' un autre, parce que votre petit air d'Auteur fera soupçonner en vous quelque sentiment humiliant pour les autres. L' A U T E U R. Mais je n'empêche personne... LE COLON. De vous imiter , n 'est-ce pas ? ne savez-vous
donc pas que Saint-Domingue est l'Ile de la
frivolité & de l'orgueil? on y tourne le sérieux
en plaisanterie, on s'y offense des bonnes actions des autres, on n'y veut rien faire & l'on
ne soufire pas qu'un autre en fasse davantage. L' A U T E U R. Permettez-moi de vous le dire, Monsieur,
je vous crois injuste envers la Colonie, &:
sûrement vous jugez le tout par la plus foible partie. LE COLON. Vous verrez si vous n'êtes pas persécuté pour
votre bonne intention , & si l'on ne vous
taxe pas d'une prétention révoltante ? L' A u T E u R. Cependant, Monsieur, je ne m'annonce
pas avec arrogance. LE COLON. Cela ne fait rien. Votre simplicité ne vous --- Page 14 ---
16 DIALOGUE. mettra pas à l'abri de ce reproche, & il
pourra vous nuire. L' A U T E U R. Quoi qu'il en puisse être., je ne perdrai pas
courage. L E COLON. Je ne serois même pas étonné qu'on eût
l'injusticc de trouver dans ce que vous pourrez
écrire des allégories odieuses, qu'on eût celle
d'y changer les motifs innocents en des satyres ameres contre ce que vous respectez le
plus, d'y renvcrser vos caraderes pour y supposer des rapports imaginaires. Voilà ce que
peut vous imputer la malignité qui, comme
vous le savez, se lie étroitement avec la calomnie. L' A U T E U R. Que voulez-vous, Monsieur, je ne saurois
empêcher l'homme né méchant de me comparer à lui. L E C 0 L 0 N. Vous êtes donc bien décidé à livrer votre
nacelle aux flots du public? L' A U T E b R, J'y suis résolu. LE COLON. Prenez garde de vous en repentir. Une fois
lancée --- Page 15 ---
DIALOGUÉ. 11 B lancée vous ne pourrez plus faire qu' elle n 'ait
paru : Et semel emissum volat irrevocahile verbum, L' A U T E U R. Mais faut-il donc qu'un livre soit sans défaut pour être imprimé ? LE COLON. Non , parce qu'il n'en paroîtroit aucun ;
mais il faut qu'il soit supportable , & pour
être tel, il faut qu'un Auteur ait souvent essacé :
Sæpè Jlylum vertat. Un Ouvrage fait à la hâte
n'est jamais d'un grand prix. L' A U T E U R. C'est vrai : mais s'il falloit employer tout le
temps convenable pour faire un Ouvrage, on
en verroit bien peu. Qu'importe que je sois
incorredt, si d'ailleurs je suis de quelque utitilité ? n'est-ce pas assez ?
faut qu'il soit supportable , & pour
être tel, il faut qu'un Auteur ait souvent essacé :
Sæpè Jlylum vertat. Un Ouvrage fait à la hâte
n'est jamais d'un grand prix. L' A U T E U R. C'est vrai : mais s'il falloit employer tout le
temps convenable pour faire un Ouvrage, on
en verroit bien peu. Qu'importe que je sois
incorredt, si d'ailleurs je suis de quelque utitilité ? n'est-ce pas assez ? LE Colon. Une petite comparaison vous convaincra
peut-être. Ennius a dit d'aussi bonnes choses
que Virgile : mais les graces ont soutenu le
nom de Virgile, & celui d'Ennius est tombé
dans l'oubli. L' A U T E U R. Je vous entends : il vous faut du style. --- Page 16 ---
î8 DIALOGUÉ. LE Colon. Oui, Monsieur, il en faut. L' A U T E U R. Hé bien ! Monsieur, je vous répondrai par
une autre citation ; « Vous trouverez dans cet Ouvrage » Du passable, du bon, bien du mauvais aussi. » C'est sur ce pied qu'on vous le livre,
» Monsieur, attendez-vous y bien. « Voilà le portrait de tout Livre, » Comme c'est le portrait du mien ». LE COLON. Du moment qu'on écrit on devient l'enclave
du Public : on ne doit rien négliger pour lui
plaire. L' A U T E U R. Hé , Monsieur , vouloir plaire à tout Id
monde, c'est s'exposer à ne plaire à personne !
Si par événement ce que j'écris peut être utile
ou agréable , je m'en réjouirai. S'il en est autrement , je m'en consolerai par l'avantage 'de
n'être pas réduit comme bien d'autres à trouver les jours trop longs, trop fatiguants I LE COLON. Je vois bien que vous n'écrivez que pour
vous amuser dans un Pays où l'ennui pleut à
verse. Les autres consomment leurs Moirées --- Page 17 ---
DIA U E. 19 Bij a remuer des des, &r vous entre les jeux du
hasard vous préférez celui d'écrire chacun
s'amuse comme il lui plaît Mais, ditcsmoi, pourquoi ne différez-vous pas l'impression
de votre Ouvrage ? Il me semble que vous
auriez dû donner à vos pensées plus de consistance, plus de précision , que ne paroît en
annoncer un simple essai Théorique. L' A U T E U R. Je sens toute la solidité de votre avis, mais
j'aime à jouir ; d'ailleurs il m'est impossible de
me relire sans cesse, & c'est bien assez, sans
doute, que je me donne à lire. L E C 0 L 0 N. Monsieur l'Auteur, vous faites à peu près
comme ces gens contrefaits, qui commencent
adroitement par se moquer d'eux-mêmes, pour
empêcher les autres de rire à leurs dépens. Si
vous continuez, vous ôterez bien du plaisir à
vos critiques. L' A tI T. E U R.. Soyez sûr qu'ils trouveront encore de quoi
mordre* LE COLON. Il paroît que vous en avez peur. L' A U T E U R. 56 autant que je puis le paraître. D'ailleurs --- Page 18 ---
20 DIALOGUE. il n'est point d'ouvrage si accompli , dit la
Bruyère, qui ne fonde tout entier au milieu
de la critique , si ion Auteur vouloit en croire
tous les Censeurs, qui ôtent l'endroit qui leur
plaît le moins. C'est une expérience faite 3 que
s'il se trouve dix personnes qui effacent d'un
livre une expression ou un sentiment, l'on en
fournit un pareil nombre qui les réclame.
'ailleurs --- Page 18 ---
20 DIALOGUE. il n'est point d'ouvrage si accompli , dit la
Bruyère, qui ne fonde tout entier au milieu
de la critique , si ion Auteur vouloit en croire
tous les Censeurs, qui ôtent l'endroit qui leur
plaît le moins. C'est une expérience faite 3 que
s'il se trouve dix personnes qui effacent d'un
livre une expression ou un sentiment, l'on en
fournit un pareil nombre qui les réclame. LE COLON. La Bruyère n'a pas tout-à-fait tort. L' A U T E U R. D'un autre côté, je suis trop occupé d'une
profession opposée, pour m'élancer tout entier
dans la carriere de l'Agriculture. J'ai peu de
temps à donner maintenant à cette science
qu'on étudiera toujours, & qui fournira constamment de nouvelles difficultés. Cependant
comme il n'est point d'homme qui n'ait quelques moments ou il ne puisse quitter son objet
journalier, il peut arriver qu'il obicrve &: qu'il
ait même quelques idées laines sur des sujets
qui lui paroissent étrangers. C'est comme Habitant des Colonies,. comme y étant presquc
naturalise - comme Observateur impartial,
comme Citoyen au-deiius du vil intérêt, que
Je me permets de communiquer mes réflexions.
C'est enfin le produit d'une partie de mes amusements, &: c'est vous dire assez , je crois, que
je n'y attache qu'un prix raisonnable. L E- COLON. Cela peut être : mais croyez que l'on pren- --- Page 19 ---
D I A L 0 G U E. 21 B iij dra tout ce que vous dites-la pour un verbiage
d'Auteur qui cherche à s'exculer. L' A U T E U R. Il cil: vrai que les petites ruses des mauvais Ecrivains lont infinies comme la matiere
qui les compote : mais sans m'embarrasser du
degré de créance que l'on m 'accordera , je
vous dis naïvement ce qu'il en est. LE COLON. Adieu : je fais des vœux pour que le premier
pas que vous faites dans le nouveau monde
vous engage a en faire d'autres. Mais... je.
lèrois bien surpris si vous étiez encouragé,
&: plus encore li beaucoup vous imitoient...
Adieu. L'AUTEUR seul 3 s'adressant à sots Livre. « Toi, produit de mes loisirs, qui m'a coûté
» quelques veilles, vas, jette-toi dans la foule
» & ne m'y fais pas rougir. Sois l'avant-con-
« reur de mes travaux futurs, &: vas fonder les
- » esprits. Arme-toi de cette noble hardiesse qui,
» sans heurter la modestie, fàit pourtant ré-
^ lister à l'injustice. Tu vas trouver des obsta-
« des, je le sais, je m'y attends : mais annonce
» que tu es moins envieux de paroître supe-
» rieur en talents, que d'être vraiment utile \
» que mon bonheur seroit par la suite d'an-,
» noncer, d'inspirer des moeurs sous un climat
» où elles ne font pas encore allez respectées .
» C'est la supériorité que je te souhaite bien
urter la modestie, fàit pourtant ré-
^ lister à l'injustice. Tu vas trouver des obsta-
« des, je le sais, je m'y attends : mais annonce
» que tu es moins envieux de paroître supe-
» rieur en talents, que d'être vraiment utile \
» que mon bonheur seroit par la suite d'an-,
» noncer, d'inspirer des moeurs sous un climat
» où elles ne font pas encore allez respectées .
» C'est la supériorité que je te souhaite bien --- Page 20 ---
22 DIALOGUE. » réellement, & le moyen d'atteindre à quel-
« qu'autre est peut-être de tout employer pour
« parvenir à celle que je te recommande.
« Charge-toi de la reconnoissance que je dois
« à cette Colonie, témoigne-là lui, en lui
« prouvant que je lui voue désormais mes tra-
» vaux &: mes veilles, que j'embrassé pour elle.
» la profession délicate d'écrire sur tout ce qui
» peut lui convenir. Observe , examine & dis
« noblement ce qui peut être utile à ce nou-
« veau climat où ton pere & tant d'autres trou-
» vent des ressources contre la rigueur de l'in-
» fortune. Parle sans aigreur, sans amertume:
» si tu peins, que ce soit avec des couleurs
» douces; si quelque jour tu t'indignes, que ce
» soit avec noblesse > s'il t'arrive de badiner,
^ que tes plaisanteries ne soient point des per-
» sonnalités indécentes. On peut écrire agréais blement, & corriger les moeurs sans le secours odieux de la calomnie. Enfin prêche
» même, si tu veuæ; mais souviens-toi qu'un
« Auteur est bientôt oublié, que le mépris le
« rabaisse bien vîte, s'il ne prêche d'exemple. Souviens-toi que la destinée deton pere &
« la tienne dépendent de toi. C'en est assez
« sans doute pour t'avertir de la conduite
« modeste & généreuse que tu dois tenir. Cest
à cette condition que je t'ouvre la porte du
« monde. --- Page 21 ---
B iv -. DISCOURS PRONONCÉ A DIVERSES SÉANCES DU CERCLE DES PHI LA DELPHES f Des mois de Mars, Avril & Mai 178 6. Sur les opérations de la fabrication du Sucre. MESSIEURS, J'AI à traiter la plus belle partie, peut-être,
du regne végétal j la plus riche production des
Colonies & l'objet le plus important du Commerce. Ce travail demanderait une plume
qui sût proportionner le style à la grandeur
du sujet, une expérience consommée qui ne
sc trompât point : mais on nous pardonnera
de n'avoir pas ces deux qualités, si d'ailleurs
nous lommes exacts dans nos recherches, &
si notre ouvrage mérite l'honneur de servir
de mémoire fidcle à ceux qui tenteront de
réparer nos fautes. Nous ne sommes point de
l'état, on ne manqueroit pas d'en faire
l'observation,, si d'ailleurs on ne s'en apperIntroduaioi «
sujet, une expérience consommée qui ne
sc trompât point : mais on nous pardonnera
de n'avoir pas ces deux qualités, si d'ailleurs
nous lommes exacts dans nos recherches, &
si notre ouvrage mérite l'honneur de servir
de mémoire fidcle à ceux qui tenteront de
réparer nos fautes. Nous ne sommes point de
l'état, on ne manqueroit pas d'en faire
l'observation,, si d'ailleurs on ne s'en apperIntroduaioi « --- Page 22 ---
24 Discours sur les opérations cevoit point : mais ii c eit: un motir pour nous
examiner de plus près j ce ne doit pas en être
un pour rejetter nos réflexions si elles sont
justes. Nous n'avons jamais été apprentis raffineurs & en aucun temps nous n'avons été
préposés pour en exercer la profession : mais un
gout déterminant pour tout ce qui tient à
l'agriculture nous a portés depuis bien des années
à jetter des regards attentifs sur toutes les parties qui la composent. J'ai fait usage de la
faculté de voir, de sentir., de concevoir &
de se reilouyenir j &: aujourd'hui je soumets
aux juges naturels des sciences le peu d'avantage que j'en ai retiré. Il seroit beaucoup plus
convenable j sans doute que cette matiere
fut traitée par quelques Procureurs-gérants 3
oui par quelqu'ancien Raffineur : mais il y a
tant d'années que les jeunes Eleves attendent
ce bienfait de leur zele & de leur désintérefsementj que j'ai cru devoir moi-même tenter
de remplir cette tâche, au risque de commet-
"tre quelques fautes. Persuadé que c'est hâter
les progres de l'agriculture, que d'en rendre les
commencements moins épineux \ sensible à la
peine qu'ont les jeunes gens pour apprendre
en beaucoup d'années ce qu'ils sauroient en
peu de temps, s'ils avoient en leurs mains
un ouvrage qui fixât leurs idées en soulageant
leur mémoire ; témoin quelquefois des torts
que l'incertitude des premiers principes porte
dans la suite aux propriétaires ; animé par des
Habitants bien intentionnés auxquels j'ai fait
part de mon projet3 j'ai pris la plume, & rassemblant mes notes, j'en ai fait un corps d'ouvrage dont ce discours fait partie. Je me luis
comparé à ce foible Amateur de muiique, qui --- Page 23 ---
de la fabrication du Sucre. 25 Jouant mal du violon j décida le plus fameux
musicien à rompre le silence, qu'il avoit juré
de garder. Tout le monde sût gré au foible
Muiicien de son importunité , puisqu'il étoit
cause du plaisir que procura son Maître. Je
fais des vœux pour qu'une sainte indignation
saisisse l'ame d'un de nos célébrés Agriculteurs,
&r qu'il batisse sur mes ruines un temple où
les jeunes Eleves &: les Habitants propriétaires
ne cessent de lui rendre des hommages bien
mérités. En attendant ce moment trop heureux , vous me permettrez, Messieurs j d'exposer ce que je lais d'essentiel sur la fabrication du sucre. Mon intention est de' traiter
également & de la même manière les autres
parties de l'agriculture.
e indignation
saisisse l'ame d'un de nos célébrés Agriculteurs,
&r qu'il batisse sur mes ruines un temple où
les jeunes Eleves &: les Habitants propriétaires
ne cessent de lui rendre des hommages bien
mérités. En attendant ce moment trop heureux , vous me permettrez, Messieurs j d'exposer ce que je lais d'essentiel sur la fabrication du sucre. Mon intention est de' traiter
également & de la même manière les autres
parties de l'agriculture. Ne vous attendez pas que je m'arrête sur
tous les petits détails que la pratique ne peut
manquer de saisir promptement. Ce seroit une
affedation d'érudition qui seroit d'un trop
mince avantage pour me permettre d'en fatiguer vos esprits. J'aurai allez fait j sans doute,
si je suis assez heureuæ pour n'avoir rien omis
d'essentiel. D'un autre côté je ne prends point
l'engagement de traiter chaque partie dans tous
les détails ; je prends seulement celui de donner
un peu plus qu'un apperçu, & de conduire
l'apprenti dans sa route , allez avant pour
qu'il puisse ensuite marcher de lui-même., sans
autre guide que le bon sens ordinaire. Je crois
pouvoir assurer que je serai exact. On sait que
si l'exactitude feule n'assure pas le. succès
d'un Auteur , le meilleur ouvrage ne sauroit
non plus en avoir sans elle. Il faut du moins
réparer son défaut de talents par une espece
de prodigalité de soins. --- Page 24 ---
2 6 Dzj cours sur les opérations. Je vais traiter j 10. de la canne à sucre
de sa culture j de sa plantation., de sa germination , de son recourage de son réchaussement j de sa sarclaifon j de ses rejcttons,
de sa coupe j de sa pression j du moulin ôc
de tout ce qui s'y rapporte. 2°. Du vin de canne ou vesoUj de sa cornposition j de ses principes constituants j de la
fermentation j de la composition du sucre j des
moyens de prévenir la fermentation 3 de la fabrication du sucre des alkalis, du dévelop^
pement des acides 3 de sa dépuration, des par-. -ties aqueuses, du lavage & du sucre mousseux. 3°. De la lessive., des divers alkalis qu'on
y employe, de la précision de la lessive, des
écumes, de leur attachement j de la saturation
du vin de canne, de la nécessité & de la maniere d'écumer. 40. De la cuite, de la preuve j du point
de cuite j & des observations à cet égard. 5°. De la cristallisation des molécules intégrantes, de leur forme, de leur refroidissement , &c. 6°. Du mouvage j de la nécessité du mouvage , du mouveron 3 des brancards, de la
maniere de lever l'empli, de percer & de planter la forme. 70. Des sirops, des gros, des fins, de quelques abus à ce lui et , de la raclure des formes , des sirops fins amers, des gros sirops
de sucre de canne, de leur cuite. 8°. De la fontaine, de sa cause, de la maniere dont elle sert à juger le sucre j du louchet j du foncage. °. Du terrage, des trois terres .& six rafraîchisj de l'espece de cette terre, de la définition Dirifîon
du ditcaun. --- Page 25 ---
dt la fabrication du Sucre. 27 des lievres, de la mixtion j de la justesse de cette
préparation j du temps pour terrer, du drap
ou linge pour terrer, de la précaution pour
le terrage, de la maniere de loclier les formes,
de la torquette , du glacis, de l'étuve du
triage, du canot3 des pilons du canot, du pilon
des barriques.
terre, de la définition Dirifîon
du ditcaun. --- Page 25 ---
dt la fabrication du Sucre. 27 des lievres, de la mixtion j de la justesse de cette
préparation j du temps pour terrer, du drap
ou linge pour terrer, de la précaution pour
le terrage, de la maniere de loclier les formes,
de la torquette , du glacis, de l'étuve du
triage, du canot3 des pilons du canot, du pilon
des barriques. 100. De la clarification du sucre, de san
luxe j de son désavantage j des matieres secondés , de la maniéré de charger la chaudiere, du sang., du lavement ou lotion 3 du
chauffage j d'une observation de rigueur, du
bourrelet, des divers lavemens de sang, de
la façon de tirer le clair , du passoir, de la
cuite du clarifié j de sa diviiion > de l'enformage, d'une exception. 11° De la cuite des sirops, des deux manieres de les cuire , par batterie, par ronde. 12°. Des petits pains tapés, du sucre qu'on
emploie, de la manière de le racler, & d'en
remplir les formes d'argent. 130. De la méthode de décanter, où elle
n'est pas propre., où elle réussit le mieux; du
préparatif pour décanter, de la maniéré de
percer les barriques „ du terrage, de son effet,
de la facon de tirer le clair inconvénient de
la. méthode de décanter , perte qui en résulte. 140. Observations générales. Réflexions sur
la longue insouciance des Arts dans les Colonies , sa cause & san heureuse décadence. 150. Examen de l'ouvrage de M. D. C. X.
intitulé : Essai sur VArt de cultiver la Canne &
d'en extraire le Sucre. Ses vices, ses erreurs
quelques passages utiles, &c. 16°. Enfin nous conclurons. --- Page 26 ---
28 Discours sur les opérations LA CANNE en général est une plante arundinacée. C'est une espece de roseau ligneux,
flexible, poreux, spongieux &: pourvu d'une
forte consistance. La canne à lucre ne doit
son nom qu'à ces rapports génériques. On la
nomme aussi, mais moins communément j
cannamelle 3 c'est-à-dire, canne qui renferme
miel. En latin Ion nom est arundo saccharifèra. Elle est plus ou moins grosse, plus ou moins
grande en raison du sol. La meilleure en général est celle qui s'éleve à io pieds de haut,
la tête enlevée. Elle est plus ou moins pefante, sélon qu'elle contient de liqueur laccarine. En maturité la couleur est d'un beau
jaune. Le milieu peut avoir i y lignes de diametre. Les nœuds ont communément cntr'eux
une distance de 4pouces & demi, ou y pouces. On connoît plusieurs especes de cannes. Cette variation provient de la différence de
la terre. Les unes naiiient dans un terrain
lagoneux, les autres dans une terre sabloneuse.
Les meilleures sont celles qui naissent dans
une terre meuble d'un brun foncé ou noirâtre.
Il est une autre espece de cannes folles, connues
fous le nom vulgaire de cannes-mapou , ou
cannes créoles. Elles ne contiennent qu'une
eau douce privée de sels, d'un goût désagréable, dont on ne tire aucun profit, & quidisparoît entièrement par l'évaporation. Les negres qui les coupent apprennent à les diflinguer à les mettre de côté pour éviter un
travail non-seulement inutile 3 mais nuisible
à la fabrique.
autre espece de cannes folles, connues
fous le nom vulgaire de cannes-mapou , ou
cannes créoles. Elles ne contiennent qu'une
eau douce privée de sels, d'un goût désagréable, dont on ne tire aucun profit, & quidisparoît entièrement par l'évaporation. Les negres qui les coupent apprennent à les diflinguer à les mettre de côté pour éviter un
travail non-seulement inutile 3 mais nuisible
à la fabrique. Est-elle indigene dans tous tes pays chauds
de l'Amérique ? Plusieurs le croient, & beaucoup d'autres ne le pensent pas. Ceux qui ne De la Canne
à Sucrc. S'S proportions. S.3 efpeee. Son inck: 'n5iré
tit probable- --- Page 27 ---
de la fabrication du Sucre. 2.9 croient point a ion indigénéité prétendent
qu'elle a été apportée de l'Inde. Ils citent le
nom du vaisseau qui la transféra; ils ajoutent
que si elle étoit indigène les Sauvages s'en
leroient servis. Ceux qui soupçonnent qu'elle
est indigène peuvent soutenir que les raisons
qu'on apporte de sà translation ne sont pas
plausibles, & quelles ne sont également que
des conjectures ou des faits incertains. En
effet, si l'on examine combien ce climat lui
est favorable, combien sa propagation y est
étonnante , combien il a fallu de peines & de
précautions pour la transporter à cause de sou
extrême tendance à la fermentation quand elle
cst coupée, combien il a. fallu de terre pour
l'apporter en assez grande quantité, s'il est
vrai qu'on l'ait apportée de cette maniere)
si l'on fait attention à toutes les autres difficultés de ce transport, on aura du penchant à
douter qu'elle vienne au moins de si loin.
Au surplus, comme cet article n'influe en rien
sur ce que nous avons à traiter, vous me per--
mettrez , Meilleurs , de vous renvoyer au
mémoire sur l'indigénéité de la canne à sucre
dans les Antilles, par sen M. Vatable, notre
associé correspondant, où ce fait est soutenu
avec une probabilité imposante. Quoi qu'il en soit, le roseau'de la canne
exige la culture la plus sage ; il languit si on
le néglige ; il répond avec reconnoissance à
la main qui le cultive : Ses feuilles ressemblent
allez aux feuilles des roseaux ordinaires ; elles
en ont le dessein, le tranchant & la dentelure. C'est lui qui procure à toutes les nations ce
sel doux & agréable, dont le besoin factice
est devenu tellement un besoin réel, qu'on ne S Si fcuilîî^ Son utilité, --- Page 28 ---
30 Discours sut les opération, peut plus s'en passer. C'est lui qui procure au
Commerce un fonds inépuisable de richesses,
& qui paraît souffrir le moins des variations
& de l'inconstance. On convient universellement que le lucre qu'il produit à Saint-Domingue est le plus beau, &: par conséquent
le mieux fabriquc. Sa culture n'est pas difficile, si le terrein lui
est propre & la saison favorable; mais c'ell
dans les terres les moins susceptibles de le produire , que l'on peut juger du mérite d'un savant cultivateur. Alors la science consiste dans
le travail de la terre, dans cet art de la mélanger &r de la remuer au point de lui donner
ce degré de sec &: d'ameublissement qui ne
peut être que l'effet d'une longue expérience
sur le local, ou des principes déjà connus.
n'est pas difficile, si le terrein lui
est propre & la saison favorable; mais c'ell
dans les terres les moins susceptibles de le produire , que l'on peut juger du mérite d'un savant cultivateur. Alors la science consiste dans
le travail de la terre, dans cet art de la mélanger &r de la remuer au point de lui donner
ce degré de sec &: d'ameublissement qui ne
peut être que l'effet d'une longue expérience
sur le local, ou des principes déjà connus. Sa plantation est le travail le plus pénible
pour un' atelier ) cela est si vrai qu'on réunit
en général le plus de negres que l'on peut
pour accélérer cette opération. Dans ces instans tons les bâtimens sont fermés & tout
le monde va à la place , à l'exception des
Gardiens, des Hospitalieres & de quelques autres negres qui ont des fonctions indisspensables en tous temps. La maniere ordinaire de le planter est de
fouiller un trou carré de deux pieds, ou de
deux pieds & demi, auquel on donne, dans
les terres les plus difficiles à leur superficie,
quinze à dix-huit pouces de profondeur, &
dans le terrein le plus repoussant dans sa profondeur j six pouces au moins. Les terres naturellement propres à cette plante souffrent
dix à douze pouces de profondeur. On peut
fouiller moins suivant la saison, ou quand on Sa Culture. Sa plantation. Maniéré de
fouiller la terre. --- Page 29 ---
de la fabrication du Sucre. • 3 1 présune un temps humide & durable. L'exception est facile à saisir par le Cultivateur
éclairé & la regle n'en est pas moins générale & certaine. Le negre qui fouille doit toujours avoir soin de rapporter à ses pieds la.
portion de terre qu'il extrait, & l'on en sentira bientôt la raison. La pratique donne l'exacte distance qui doit
exister entre les trous. Il paroît qu'aujourd'hui
cette distance est un peu plus conlidérablc
qu'autrefois. Cette espece de prodigalité est
lans doute le raffinement d'un intérêt bien entendu : la canne n'en est que plus belle &: en
rapporte davantage. C'est toujours la qualité
du terrcin qui doit décider à cet égard. Les
Habitans ne paroissent pas d'accord sur cette
opération. Ils la regardent encore comme arbitraire, quoique cependant l'usage le plus
reconnu sait d'aligner à six pieds. Nous verrons que cet alignement n'est pas absolument
néce flaire. Quand on doit planter, il faut, quelques
jours avant de fouiller, couper le plant de
canne, parce qu'il ne veut pas être mis en
terre tout de suite , & qu'un intervalle de
plusieurs jours lui est nécessaire pour le dégagcr d'une partie de cette abondance d'eau qui
le feroit pourrir , sur-tout s'il doit être mis
dans une terre humide. Une terre heureuse
ne demande pas un si long intervalle, & une
terre desséchée encore moins. Sitôt que la canne est en état d'être coupée,
on la divise en trois parties. 1°. La tête à canne sert de fourrage &r
nourrit passablement les animaux. On s'en sert
à couvrir les cases à negres. Di/larC; des Ti ous, -i Le Plir.4 Divi n
de la Cx'ins. --- Page 30 ---
32 . Discours sur les opérations 2°. Le plant qui se prend entre la tête à
canne & la canne même sert à la reproduction. 3°. Il relie le corps de la canne; il contient
une liqueur susceptible de la fermentation la
plus prompte, & c'est à cette liqueur quel'on donne le nom de vin de canne ou de vesou.
vrir les cases à negres. Di/larC; des Ti ous, -i Le Plir.4 Divi n
de la Cx'ins. --- Page 30 ---
32 . Discours sur les opérations 2°. Le plant qui se prend entre la tête à
canne & la canne même sert à la reproduction. 3°. Il relie le corps de la canne; il contient
une liqueur susceptible de la fermentation la
plus prompte, & c'est à cette liqueur quel'on donne le nom de vin de canne ou de vesou. Le plant de canne doit avoir un pied, ou
treize à quatorze pouces de.long. On y laisse
cinq ou lix noeuds ; ensuite on dépose, dans
chacun des trous, fouillés fraîchement, trois
plants à égale distance , faisant observer au
negre de placer chaque plant de maniere que
les nœuds se trouvent sur les côtés, autant
que cela est possible, pour aidcr à la végétation. On lui fait observer encore d'incliner
le plant pour la progression du jet au moment
de sa formation. Ces plants ainsi arrangés avec précaution,
le negre qui a sous ses pieds la terre qu'il a
extraite du trou, choisit la plus meuble & la
plus humide, la divise encore avec la houe
& en forme un lit d'un pouce d'épaisseur dont
il couvre la surface des plants. Quant aux terreins aquatiques, il ne faut
pas y coucher le plant, car alors il pourriroit
en terre par le séjour des eaux. Il faut même,
loin de le coucher, butter la terre & piquer
le plant debout, ou du moins l'incliner de mamere qu'on en laisse toujours le bout dehors. Il ne faut pas perdre de vue que le plant
des grandes cannes vaut infiniment mieux que
celui des rejettons , parce que la grande canne
est le fruit d'une premiere production, plus
active pour la végétation *, & parce que le
plant de la grande canne n'ayant pas éprouvé
d'altération, longueur
du flanc. Maniéré
de le couvrir. Exception
pour les Terres
aquatiques. Observation
sur le Plant
des çrandes Cannes. --- Page 31 ---
de la fabrication du Sucre. 33 c d'altération, de dégénération, estplus nourri
&■ plus chargé de Tels. On ne peut pas apporter trop de soin à la
plantation. Le revenu d'une piece en dépend,
tant pour la production en grandes cannes
que pour les rejettons. C'est le modique produit de ces derniers qui force à de nouvelles
plantations. C'est donc un avertissement d'y
porter la plus scrupuleuse attention. J'ai fait une observation, qui n'est peut-être
pas si minutieuse qu'elle pourra le paroître
d'abord, la voici : Lorsqu'on aligne urie piece de cannes pour
la planter, & que l'on commence le maître
rang sur le bord de la division, ce maître
rang est toujours le même à chaque plantation , & les autres rangs font toujours ceux
qui travaillent toutes les fois qu'il s'agit de
replanter. Qu'arrive-t-il ? qu'un intervalle à
peu près égal au trou lui-même ne sert jamais.
C'est toujours la même portion de terre qui
travaille, tandis que l'autre dans une inaction
perpétuelle ne fournit aucun de ses sels, ou
n'en fournit que très-peu pour aider à la végétation du plant voisin. Si au contraire on changcoit le maître rang,
qu'on le traçât tantôt à trois pieds en dedans,
tantôt à trois pieds en dehors ou qu'après
avoir planté la piece de cannes dans son carré
on la plantât une autre fois dans son lozange,
& qu'enfin a chaque plantation on évitât de
quelque manière que ce puii1è être de se servir
des mêmes trous, il arriveroit que toute la
terre travaillerait également, qu'on tire
un parti égal des iels contenus dans la piece
de cannes.
le traçât tantôt à trois pieds en dedans,
tantôt à trois pieds en dehors ou qu'après
avoir planté la piece de cannes dans son carré
on la plantât une autre fois dans son lozange,
& qu'enfin a chaque plantation on évitât de
quelque manière que ce puii1è être de se servir
des mêmes trous, il arriveroit que toute la
terre travaillerait également, qu'on tire
un parti égal des iels contenus dans la piece
de cannes. Nécessité
de bien planter. Observation
sur les Ali egnrments. Avantage de
changer
l'Alignement. --- Page 32 ---
34 Discours sur les opérations • Au iurplus il taut convenir que la précaution d'aligner tient plus à l'amour propre du
Cultivateur qu'au besoin réel de la choie. Cela
est li vrai que ceux qui plantent sans aligner
réussissent dans leur travail : on économise
même en ne le faisant point, parce que ce
travail emploie ordinairement & pendant fort
long-temps six negres des plus forts & des plus
intelligents. On m'a objecté qu'en n'alignant point on
gêne la circulation de l'air dans une piece
des canne, & que d'un autre côté on est dans
le cas de perdre de la terre, parce que les
negres ne fouillant pas en ligne droite, on est
moins en état de juger de leur travail. Quant au défaut de la circulation de l'air,
c'efl: un vieux préjugé parmi certains Habitants qui tombe de lui-même , &: pour le détruire il ne faut y réfléchir qu'un instant. En
effet, l'air cst un fluide, qui comme l'eau tend
au niveau. Il n'y a point de détour, de labyrinthe qui puisse arrêter son penchant à se
répandre par-tout également. Que le Cultivateur observe cette vérité quand les cannes
font parvenues à l'âge de six mois. AfTurément l'alignement dilparoît à cette époque,
& les cannes dont les branches ou les feuilles
s'entrelacent étroitement les unes dans les autres , rendent bien alors cette précaution inutile. Cependant la végétation n'en cst point
suspendue : c'est pourtant ce qui arriverait
nécessairement si l'air n'y avoit plus d'action.
Donc l'air est: trop subtil, trop pénétrant pour
avoir absolument besoin de cet accroissèment
de travail : donc ce travail n'est qu'objet de
luxe. Inutilité de
l'Alignement. Deux •bje&ions. Réponse
à la premiere. --- Page 33 ---
. de la fabrication du Sucre. 3^ C ij Par rapport a la perte du terrain, c'est une
apprehenhon mal fondée. Il n'y en aura point
de perdu si le Commandeur y prend garde,
si l'on met à côté d'un Nègre ou de plusieurs
mal adroits un Nègre intelligent3 si enfin l'on
veut former un atelier à ce travail. Il parviendra à aligner de lui-même, en travaillant,
sans trace; & l'on gagnera le temps de six
Nègres qui souvent ne finissent d'aligner que
quand les autres finissent de fouiller la piece
de cannes. C'est un objet qui n'est pas indifférent. Si l'on réunissoit ainli tous les Nègres
détournés pour des travaux, qui ne sont pas
d'une plus grande utilité, les habitations auroient en général plus de Nègres aux opérations vraiment essentielles, &: en manqueroient beaucoup moins. L'héroïsme de la
< profession d'Agriculteur est de ne pas dé-
< tourner un Nègre mal-à-propos & de calculer le temps à la minute. La ruine des habitations provient souvent des faux travaux
de ce genre qui ne se répètent que trop fréquemment.
détournés pour des travaux, qui ne sont pas
d'une plus grande utilité, les habitations auroient en général plus de Nègres aux opérations vraiment essentielles, &: en manqueroient beaucoup moins. L'héroïsme de la
< profession d'Agriculteur est de ne pas dé-
< tourner un Nègre mal-à-propos & de calculer le temps à la minute. La ruine des habitations provient souvent des faux travaux
de ce genre qui ne se répètent que trop fréquemment. La sarclaison est un travail précieux, furtout pour les rejetons qui étant moins vigoureux & moins actifs dans leur végétation,
s'opposent moins au progrès des plantes étrangères qui les empoilonnent. La canne après sa coupe peut rester quelque temps sans être secourue : mais il ne faut
pas non plus tarder à lui donner ce qu'on appelle le premier coup de houe y parce que les
premiers efforts de la nature étant lents j les
premiers jets contrariés par la plante parasite
? reiteroient dans un état de langueur très-nuisible à la qualité de la canne. Le moment Reponse à la seconde Sarclaison Tempt
de la sarctaison . 1 --- Page 34 ---
3 6 D if cours sur les opérations reconnu pour la première sarclaison est de
trois semaines après la coupe y ensuite on fait
deux autres sarclaifons de deux en deux mois. Le recourage est une opération qui demande
un soin minutieux. Il faut y mettre beaucoup
de précaution, parce qu'il s'agit de ménager
les jeunes tiges sur lesquelles les Nègres sontobligés de passer plusieurs fois. Il n'est guère possible de fixer l'instant du
recourage, parce qu'il faut attendre le seçours
d'un peu de pluie , sans laquelle ce travail
seroit presque inutile. Mais on choisit à peu
près le temps de la première sarclaison. Le
but du recourage est de mettre des plants à
la place de ceux qui ont péri. Apres le recourage on fait les deux sarclaisons que nous
venons d'indiquer , & l'on n'a plus besoinde sarcler, parce que la canne parvenue à
l'âge de six mois devient épaisse & toussue >
elle peut alors, sans aucun secours, s'opposer
suffisamment à la végétation, des plantes qui
lui nuisent. Rechausser la canne , cest rapprocher au
pied de chaque souche la terre qui forme
butte dans l'intervalle des trous, & sa destination est de garantir les- souches des effets
d'un soleil trop brûlant, qui par sa pompe
absorberoit en grande partie les fèls essentiels.
de la canne. Ce travail fè fait ordinairement à la seconde
sarclaison ; mais je crois que c est mal opérer,
parce que c'eil: le temps précisément où les
plants du recourage sortent de la terre.,& que
ce travail y porte un dégât considerable. Il
vaudroit mieux j ce semble, que ce réchaud
sement se fît à la première sarclaison. Celui
trop brûlant, qui par sa pompe
absorberoit en grande partie les fèls essentiels.
de la canne. Ce travail fè fait ordinairement à la seconde
sarclaison ; mais je crois que c est mal opérer,
parce que c'eil: le temps précisément où les
plants du recourage sortent de la terre.,& que
ce travail y porte un dégât considerable. Il
vaudroit mieux j ce semble, que ce réchaud
sement se fît à la première sarclaison. Celui -
Recourage. Temps
du Recourue. Son effet. Rechauffement
- Temps
où il se fait. --- Page 35 ---
de la fabrication du Sucre. 37 B iij «es plants du recourage n'est pas d'une nécefiité absolue , 1° parce que ces plants ne sont
pas en allez grande quantité pour mériter ce
loin ; 2°, parce que ce réchaussement s'y peut
faire naturellement par la disposition des au-,
tres ; parce qu'on doit faire attention que le
réchaussement, quand il n'est pas sagement
ménagé, reporte toujours de nouvelles racines
de la plante à la superficie de la terre, &:
que les anciennes périssent ou ne servent que
très-peu : ce qui expose le pied beaucoup plus
aux ardeurs du soleil, à la piqûre des insectes
& ce qui me fait croire que pour diminuer
la nécessité du réchaussement, il faut dans le
principe planter d'une profondeur raisonnable.
Au fond le travail du negre n'est pas multiplié par-là, puiique ce qu'il fait de plus d'un
côté, il le fait de moins de l'autre. Au surplus, il me paroît d'autant plus utile
de rechauffer la canne à la première sarclaison, que c'est procurer aux souches de nouveauæ aliments qu'elles trouvent dans les sels
de la terre qu'on leur apporte, &: entretenir
à leurs pieds un degré de fraîcheur bien utile
pour hâter l'accroissement des plantes. Les rejettons sont la reproduction du même
plant c'est-à-dire que pour éviter du travail
on laisse au plant qui a déjà produit le soin
de reproduire de lui-même. Il y a des rejettons qui en produisent d'autres, &: selon la
qualité de la terre on laisse plus eu moine une piece de cannes pousser des rejettons. Je crois m'être appercu d'un abus dans la
méthode de les cultiver, Il paroît en resulter
quelquefois un heureux succès : mais sou vent
aussi il eu naît un très-grand inconvénient- Cet Son .. inconvénient.
Sa nécessité à la premicre
sarclason. Rejettons. Abus dans leur
culture. --- Page 36 ---
38 Discours sur les opérations $bus consiste dans l'usage où l'on est de brûler
les pailles dune piece de cannes destinée à
rester en remettons, ce qui force ensuite à la..
travailler avec la. houe pour rechaufser chaque louche. Ce travail se fait assez indifféremment dans les terres seches j comme dans: les terres aquatiques, dans les terres sablonneuses comme dans les terres franches, &
par conséquent en critiquant cette opération je contrarie beaucoup d Habitants : mais j'ai
plus en vue la vérité que l'envie de flatter.. Si ce qu'on appelle un fort grain de pluie
survient, on est plus heureuæ que sage ; l'opération n'est pas dangereuse; mais s'il arrive, un sec de deux mois au plus, ou tel par exemple
que celui qui existe au moment où nous parlons , & que l'on voit fréquemment, que
devient le Cultivateur ? c'est alors qu'il doit.
s'appercevoir du vice de son opération , &
mais j'ai
plus en vue la vérité que l'envie de flatter.. Si ce qu'on appelle un fort grain de pluie
survient, on est plus heureuæ que sage ; l'opération n'est pas dangereuse; mais s'il arrive, un sec de deux mois au plus, ou tel par exemple
que celui qui existe au moment où nous parlons , & que l'on voit fréquemment, que
devient le Cultivateur ? c'est alors qu'il doit.
s'appercevoir du vice de son opération , & en découvrir aisément la cause. Il doit sentir
qu'en brûlant la picce de cannes il a répanduune cspece d'incendie sur la superficie de son;
terrain , que cet incendie produit le même
effet qu'un soleil brûlant, que ce coup de 1
feu a néce ssairement altéré la souche en en.
pompant l'humidité, qu'il en a également forcé
la végétation, que cette végétation devient
languissante par la privation de l'humide, de
qu'il ne teste plus de moyen pour résister à
un sec opiniâtre. Si au lieu de ce faux travail on conservoit
les pailles sur la terre, si l'on prenoit le soin
de les amonceler autour des pieds de cannes, on entretiendrait l'a fraîcheur néceiraire aux,
touches , & long-temps on les défendroitcontre l'adion destructrice du soleil immodéré KéceTiré
de réformer
- cer abulj Avantage
dc cette
réformation, . --- Page 37 ---
de Ici fabrication du Sucre. 39 C iv 'Alors on n'auroit plus tant à se plaindre de
la longueur du sec, même sur les terres sablonneuses. Je me suis appercu d'un travail nouveau à
cet égard, c'est celui d'enterrer la paille dans
un sillon tracé dans chaque rang de rejettons.
Cette opération est tres-avantageufc pour les
terres grades. Elle doit diviser la terre trop
forte , en faire durer long-temps la divilion
& ainsi épargner , par la suite , bien de la
fatigue aux negres, en rendant la terre plus
meuble, plus facile à travailler. On m'assure
que M. d'Heillecourt, habitant au Quartier
Morin, est le premier qui ait fait ulàge Je
cette méthode. C'est vraiment une découverte
heureuse pour les terres trop compactes. En faisant usage des rejettons on a eu en
vue la diminution de la peine d'un atelier. Il
me semble qu'on doit s'appercevcir que c'est
une erreur. En effet, la différence entre la
maniéré de labourer & celle de planter est
très-légere. Les nègres ne labourent guere
plus de terre dans un jour qu'ils n'en plantent, & ainii il vaut autant planter que labourer. En luite si l'on ccnlidere qu'une piece
de rejettons, telle soignée qu'elle puisse être,
&: à faison égale , ne produit jamais autant
qu'une piece de grandes cannes, on fc rendra
facilement à l'utilité de notre observation.
Cependant il faut convenir que cela dépend
quelquefois des circonstances j & sur-tout des
diverses révolutions d'une habitation. Une
perte inattendue, quelques prenants travaux
peuvent diminuer les forces pour le moment,
&: alors l'opération des rejettons peut devenir
profitable par comparaiion. L'exception doit
,
&: à faison égale , ne produit jamais autant
qu'une piece de grandes cannes, on fc rendra
facilement à l'utilité de notre observation.
Cependant il faut convenir que cela dépend
quelquefois des circonstances j & sur-tout des
diverses révolutions d'une habitation. Une
perte inattendue, quelques prenants travaux
peuvent diminuer les forces pour le moment,
&: alors l'opération des rejettons peut devenir
profitable par comparaiion. L'exception doit Observation
ur un
nouveau travail, Abus
des Rejettons. IxC'?tto::. --- Page 38 ---
40 Discours sur les opérations donc etre 1 effet de la prudence du Procureur
gérant. La germination est le développement du
plant & son penchant à croître. D'abord, je
suppose la saison favorable & tout avantageux
a la végétation. Le plant ordinaire porte dans
sa longueur huit yeuæ ; ainsi trois plants contenus dans le même trou devroient donner
vingt-quatre jets : mais comme il faut admettre que plusieurs de ces yeuæ seront mutilés, ou gênés par quelque cause étrangère %
je porterai le déficit ou la déprédation à un
quart ; par conséquent chaque trou doit produire au moins dix-huit jets, qui font dix-huit
cannes. Le plant mis en terre semble rester dans
l'inaction pendant environ six jours. Ensuite
ses yeux commencent à gonfler. Le douzième
jour ils se développent, les radicules s'étendent, les vaisseax pompent fortement les lues,
& le quinzième jour chaque tige se met en
direction. Le vingtième jour on voit cette
tige s'élever au-dessus de la terre ; c'est alors
que le développement s'en fait avec promptitude , sur-tout si ces jeunes plants sont arrosés par un grain de pluie. La tige croît, so
fortifie, & au bout de quinze jours elle se
charge d'un noeud qui produit ensuite plu-r
sieurs feuilles. Elle monte toujours j &r conftamment à chaque quinzaine elle produit un
nœud semblable. C'est ainsi qu'elle continue
de végéter jusqucs au moment qu'on la moifsonne pour la porter au moulin. Il m'a semblé que ce roseau ne donne que
très-peu de substance à ses feuilles ; car à mesure qu'il croît & que ses feuilles n ai ssent, rnery#fnat io,.i
dû Plant, Valeur
de chaque Trou
de Cannes, Accroissement
du Plant. Tête à Cannes,
peu nutritive. --- Page 39 ---
de la sabrication du Sucre. 41 les plus anciennes tombent dessechées. J 'ai
remarqué que dans le moment même où l'on
coupe la canne, la partie supérieure que l'on
donne aux animaux doit être un pâturage peu
nutritif, puisqu 'il en faut une grande quantité
pour chaque animal. J'ai observe également
qu'une quantité aussi grande que l'on voudra
de ces tçtes à cannes, déposée sur la terre ^
ne lui rendent point, ou très-peu de sels
d'engrais, qu'elles se réduisent en poussiere,
& qu'il n'en reste aucun vellige au bout d'un
laps de temps peu considérable. Je me suis
également apperçu que tant qu'elles restent
en nature elles interceptent allez les rayons
du soleil le plus brûlant pour entretenir l'humidité de la terre, même à sa superficie, &
même au moment le plus chaud de la journée.
ée sur la terre ^
ne lui rendent point, ou très-peu de sels
d'engrais, qu'elles se réduisent en poussiere,
& qu'il n'en reste aucun vellige au bout d'un
laps de temps peu considérable. Je me suis
également apperçu que tant qu'elles restent
en nature elles interceptent allez les rayons
du soleil le plus brûlant pour entretenir l'humidité de la terre, même à sa superficie, &
même au moment le plus chaud de la journée. Avant de quitter l'article de la culture de
la canne, dont je ne releve que les parties
les plus frappantes, quant à présent, je crois
devoir fixer les yeux sur un faux principe d'économie qui me paroit un abus. Je veux parler
des vivres dont on surcharge les pieds des
jeunes plants. Sitôt que l'on appercoit le moment où la pluie va disposer la terre, on
rassemble l'atelier pour le hâter de planter
des pois &r du maïs sur les buttes qui sont
dans l'intervalle des trous de cannes. D'abord,
il me semble entrevoir que le negre, qui
toujours sans précaution parcourt la piece de
cannes, pose indistinctement ses pieds dans
les trous &: cassè plusieurs jets. Ensuite il foule
la terre & gêne le plant dans sa végétation ;
&: puis, quand le temps vient de récolter ces
vivres, le même inconvénient renaît. Ce doit
donc nécessairement nuire aux intérêts du ProAbus des
Vivres plantés
panni Ici
jeunes Cannes. --- Page 40 ---
41 -Discours sur les opérations priétaire en diminuant la quantité de san revenu principal. En outre, qu'on observe que
la portion de sels employés à la substance de
ces vivres se trouve de moins pour la canne
quand on la rechausse, &: l'on sentira aisément combien il seroit plus avantageux au
Propriétaire d'avoir un terrain réparé pour se
procurer les vivres dont il peut avoir .besoin. Je me doute bien de ce qu'on peut m'objeder pour ce terrain séparé. Mais qu'on se
serve des divisions ; il y en a toujours la majeure partie qui ne sert à rien, & sur quel- ^
ques habitations on en emploie quelques-unes,
feulement pour du petit mil : on peut donc
employer les autres à recevoir les vivres. On
ne peut m'objecter le charroi des cabrouets,
parce que les vivres peuvent être récoltés avant
que l'on ait besoin de charroyer. Ainsi ce
moyen est donc tout à la fois facile & avantageux. On me permettra de relever ici un autre
principe qui regarde la sarclaison. Quand un
atelier travaille la terre il reste toujours des
negres de l'arriere, des negres paresseux ou
foibles ; en sorte qu'en quittant l'ouvrage à
midi, par exemple, la terre labourée forme
une ligne oblique à peu près de cette maniçre \ ou bien de cette autre, / .— Il arrive
alors qu'en continuant ainsi ce travail l'obliquite augmente à la fin de la journée, &
qu'une piece qui auroit pu être achevée ne
l'est pas. D'un autre côté si l'on force le negre
plus diligent à finir la besogne du plus foible
ou du plus paresseux, il se dégoûte, & ne
tarde pas à se rallentir en travaillant moins
qu'à l'ordinaire.
à peu près de cette maniçre \ ou bien de cette autre, / .— Il arrive
alors qu'en continuant ainsi ce travail l'obliquite augmente à la fin de la journée, &
qu'une piece qui auroit pu être achevée ne
l'est pas. D'un autre côté si l'on force le negre
plus diligent à finir la besogne du plus foible
ou du plus paresseux, il se dégoûte, & ne
tarde pas à se rallentir en travaillant moins
qu'à l'ordinaire. Utilité de les
faire venir dans
les Divisions Abus
dans le travail de
la Sarclaison. --- Page 41 ---
de la fabrication du Sucre. 43 Dans ce cas-là je pente que pour obvier
à cet inconvénient il faut changer de place,
l'après midi, les negres qui ont fortement
travaillé le matin. Il en résulte que sans heurter leur caractère peu complaisant pour leurs
semblables, on parvient au déclin du jour,
à leur faire achever la tâche de labourage, &
la ligne oblique redevient droite. Quelques
personnes assez complaisantes pour avoir essaye
cette apparence de lingularité, ont éprouve de
éprouvent constamment la vérité de cette observation. A Saint-Domingue on plante en tout temps,
& on n'y connoît point de saison precise pour
cette opération. Les cannes viennent toujours bien si le temps n est pas trop sec, &
en tout temps il y a suffisamment de pluie ,
comme il y a trop souvent de sec. Ainsi la
faison est toujours favorable sitôt qu il y
pleut, ou que la terre est fraîche. Par conséquent la moisson des cannes s'y fait souvent. La canne s'y moissonne à quinze &
seize mois. Il est des quartiers qui ne moi ionnent qu'au bout de leize & dix-huit mois >
mais ce n'est pas commun. Cette moi sso n, cette vendange (on peut
lui donner l'une ou l'autre de ces désignarions) cst sûrement beaucoup plus riche, a
terrain égal, que celle qui se fait en Europe.
Elle devroit donc être également dans ce pays
la saison des piaisirs; mais elle se répete si
souvent que nous n'éprouvons point ces mouvements doux & enchanteurs qui accompagnent les moi ssons ou les vendanges en Europe. Il n'est pent-être pas de jour que quelque habitation ne moissonne a son tour, & Remede
à est abus. Temps
de la Moisson »
ou de la Coupe
des Cannes. Réflexion sur
cette Moisson. L 1,
--- Page 42 ---
44 Discours sur les opérations l'on fait que l'inconstance de l'homme le mattrise même jusques dans les plaisirs ; il devient
indifférent pour le plus bel objet qu'il voit
tous les jours. Voilà d'où vient son insensibilité pour la moisson des cannes. Il a même
voulu déguiser jusqu'au nom charmant de
moisson. On ne dit pas moissonner, mais
couper des cannes. Après avoir coupé les cannes on les transporte au moulin. Ce travail est à peu près le
même sur toutes les habitations ; il se fait par
le moyen des cabrouets : mais cette maniere
est souvent bien différente. Quelques Habitants emploient les sujets les plus foibles ou
les plus vieux à mettre les cannes en paquets.
Cette opération est sage : elle facilite & hâte
le chargement des cabrouets. De cette maniere les cannes ne se perdent point en che-,
min, & le retour des cabrouets n'en écrase
point dans la route, comme cela n'arrive que
trop souvent, sur-tout la nuit.
; il se fait par
le moyen des cabrouets : mais cette maniere
est souvent bien différente. Quelques Habitants emploient les sujets les plus foibles ou
les plus vieux à mettre les cannes en paquets.
Cette opération est sage : elle facilite & hâte
le chargement des cabrouets. De cette maniere les cannes ne se perdent point en che-,
min, & le retour des cabrouets n'en écrase
point dans la route, comme cela n'arrive que
trop souvent, sur-tout la nuit. D'autres Habitants moins prévoyants se contentent de faire mettre les cannes en petits
monceaux, sans aucun lien. On sent que le
chargement alors en est plus lent, que les
cannes mises ainsi pêle-mêle sur les cabrouets
y sont en moindre quantité, qu'elles forment
un plus grand encombrement, & qu'il s'en
perd toujours beaucoup avant d'arriver au parc. C'est cette fausse opération qui force les
mêmes cabrouétiers souvent à charroyer plus
de la moitié de la nuit. La conservation des
negres & des animaux demande la réformation de cet abus. Le negre s'exténue par ce
travail excessif, & le morceau de cassave &
de morue qu'on lui donne, à titre de grâce, Transport
ici Cannes au
Moulin. A&iis essentiel
sur cet objet. Préjudice
qu'il causc. --- Page 43 ---
de là fabrication du Sucre. 45 ne répare sûrement pas ses forces au point,
d'être en état de recommencer ce même travail le lendemain. Les mulets harasses & bielsés par cette fatigue forcée ne deviennent que
trop souvent victimes de cette cupidité mal
entendue. Je me suis apperçu qu'en général
on calcule mal les besoins du moulin avec les
moyens de le servir. Il y a très-peu d'habitations où l'on attele suffisamment de cabrouets pour cet usage. Cette indifférence
même est quelquefois poussée si loin que j'ai
vu des cabrQuétiers, qui avoient attelé a deux
heures après midi, charrier encore des cannes
le lendemain à cinq heures du matin, sans.
avoir eu un instant de repos. Comment peuton concevoir que des Nègres, des animaux
puissent résister long-temps à de si cruels travaux ? N'est-ce pas rappeler le propos inhumain
de cet Habitant à jamais odieux? Pourvu, difoit-il, qu'un Nègre résiste quatre ans, il ne m'en
faut pas davantage. Le travail forcé qu'il me fait
me met- bientôt dans le cas, de le remplacer 3 en me
procurant encore un bénéfice considérable. Ce principe d'atrocité est faux en lui-même y & la cu-
, pidité extrême qui l'a prononcé a plus d'une
fois éprouvé le danger d'une pareille facon
de penser & de parler.. #
Pourquoi s'étonner alors des pertes fréquentes en ce genre? Une habitation à sucre
mal dirigée est le tombeau des meilleurs Nègres & des animaux les plus forts. Les Propriétaires qui sont en France reçoivent pendant quelque temps de forts revenus, & ne
pensent guère à tout cela : mais vient un
temps où ils s'apperçoivent combien ces instant fortunés leur coûtent cher par la suite.
Il est pourtant facile de leur procurer de gros DigrefHon sur
Part de ménages
les Nègres. --- Page 44 ---
46 Discours sur les opérations revenus, en menageant leur mobilier. C'est de
la disposition du travail que cela dépend. Tel
avec cent cinquante Nègres, conduits avec intelligence, fait ce qu'un autre ne fcroit point
avec deux cents, & louvent les premiers Nègres
se portent bien, tandis que les autres sont exténués. C'est ce que nous développerons dans
le discours sur le Gouvernement des Enclaves.
Part de ménages
les Nègres. --- Page 44 ---
46 Discours sur les opérations revenus, en menageant leur mobilier. C'est de
la disposition du travail que cela dépend. Tel
avec cent cinquante Nègres, conduits avec intelligence, fait ce qu'un autre ne fcroit point
avec deux cents, & louvent les premiers Nègres
se portent bien, tandis que les autres sont exténués. C'est ce que nous développerons dans
le discours sur le Gouvernement des Enclaves. Quand la canne est rendue au parc, c'estdire à cette enceinte en muraille , faite tout
exprès pour empêcher que les Nègres ne la volent, ou que les animaux ne la dissipent, on
la présente au moulin, qui en exprime ce
qu'on appelle généralement vesou ou vin de
cannes. Cette canne palTe dans trois rouleaux,
qu'on nomme cylindres. Ils sont d'un bois
très-dur, recouverts d'un bon acier, &r se
meuvent pat une roue à eau, ou par des
mulets. Je vais essayer de donner une idée de
ces moulins, quoiqu on ne puisse guère juger (de
leurs forces, de leur perfection, & de la beauté
de leur invention, qu'en les voyant réellement. Un moulin est une machine dont les malles
essentielles font parfaitement rondes. Il exige
une grande exactitude dans ses proportions. Il y a trois sortes de moulins à lucre, le
moulin à l'Angloise, le moulin à la Françoise Se
le tourniquet. Nous ne parlerons que du moulin à l'Angloise, parce qu'il mérite la préférence qu'il
a généralement ; 1°, parce que les Nègres qui
portent les cannes au piquet ne sont point
exposés; 2°, parce que la queue en est plus
horisontale; d'où il résulte que le levier en
est plus doux. De cette douceur dans les mouvements s'ensuit nécessairement une diminution dans la sarce adive. -Pressîon
de la Canne. , Moulin. '
Trois sortes
de Moulin. On préfère le
Moulin à l'Angloire. Pourquoi ? --- Page 45 ---
de la fabrication du Sucre, 47 Supposons, ce qui est communément qu'une <
case à moulin de cette espece ait loixante
pieds de diametre de dehors en dehors ; les
murs du dehors auront trois picds d épaisseur,
le trotoir des mulets dix pieds de large, le mur
qui cintre le trotoir un pied d épais, & la
chambre du jeu du moulin trente-deux pieds.
Voilà àpeu près les proportions que j'ai vu suivre. La circonférence en dehors de ce moulin
est marquée par vingt piliers de trois pieds en
quarré, & de six, au moins, de haut. Ces piliers servent à soutenir le chapeau du
moulin qui s'éleve en cône parfait. Cette couverture est ordinairement en ardosse pour ménager la charpente. Je n'en connois que deux dans cette dépendance qui
soient en tuiles. . Le chassis soutient le jeu du moulin, &
doit être de ce qu'on appelle vulgairement
bois incorruptible. On le fait ordinairement
de bois d'amandier ou d'acajou. S'a longueur
est de dix pieds & sa largeur de quatre.
apeau du
moulin qui s'éleve en cône parfait. Cette couverture est ordinairement en ardosse pour ménager la charpente. Je n'en connois que deux dans cette dépendance qui
soient en tuiles. . Le chassis soutient le jeu du moulin, &
doit être de ce qu'on appelle vulgairement
bois incorruptible. On le fait ordinairement
de bois d'amandier ou d'acajou. S'a longueur
est de dix pieds & sa largeur de quatre. On assujettit dans ce chassis trois cylindres,
que l'on posc debout sur leurs- pivots. Deux
de ces cylindres sont égaux, & celui du milieu est le moins gros &: doit l'être -, 10, parce
qu'il tient à l'arbre j & que cet arbre tient
les queues de moulin où font attelés les animaux , si c'est un moulin à bêtes, 011 qu'il
communique aux roues, si c'est un moulin
à eau. Il résulte de la diminution du cylindre
du milieu un mouvement plus doux, & par
conséquent une diminution d'obstacles aux
forces qui le font mouvoir. On donne aisez ordinairement à ces cylindres une hauteur de deux pieds & demi sur case à Moulin ;
& scs propcrtions. Circonférence. Piliers. Chapeau
du Moulin. Chassis. Trois cylindres.
t Proportions
de ces cylindres --- Page 46 ---
48 Discours sur les opérations quinze pouces de diametre. Cependant aujourd'hui les proportions sont beaucoup plus
considérables : mais toujours sans augmenter le
volume du cylindre du milieu. La couronne de chaque cylindre est un
dentage qui, engrainant parfaitement le cylindre du milieu, donne l'aélion aux deux autres . les fait mouvoir en sens contraire. De cette maniéré la canne éprouve deux
pressions. La premiere est pardevant ; & la
seconde , qui acheve d'exprimer la canne, se
fait par derrierc. A cet égard on a ingénieusement imaginé 4
plusieurs autres petits cylindres, au nombre de
trois ou de cinq, dont l'office est de conduire
la canne à la derniere pression, sans le secours
d'aucun negre. On appelle ces petits cylindres
ingénieux ,fervantcs ou doubleuses, ou monieres.
On en doit l'invention à feu M. Monier,habitanr. Le haut &r le bas de trois cylindres sont
assujettis par deux pieces de bois que l'on
nomme collets & patins. Derriere ces collets sont des coins de bois
dont l'usage cst de serrer plus ou moins le jeu
du moulin. Une négresse placée vis-à-vis des embouchures des deux cylindres présente des cannes
à l'une pour être pre ssées, & les retire de
l'autre où elles ont éprouvé la seconde pression. Quand le moulin est en jeu, il tire la canne
& la presse au point qu'après les deux prefsions il ne reste plus aucun suc } ou si peu
qu'on le compte pour rien. Au de nous des cylindres est un madrier qui
sert de table. Il est creuse dans toute sa fuperficie & forme un léger rebord qui contient Couronne. Servantes,
ou Doubleuses,
ou Monieres. Collett
& Patins. coins. Jeu de Moulin. Madrier. --- Page 47 ---
de la sabrication du Sucre. 49 D tient le vin de cannes. A l'extrémité de cette
table se trouve un conduit étroit qui le porte
par le moyen d'un autre canal j dans un de'
bassins de la sucrerie, où il reste en dépôt pour
le besoin.
use dans toute sa fuperficie & forme un léger rebord qui contient Couronne. Servantes,
ou Doubleuses,
ou Monieres. Collett
& Patins. coins. Jeu de Moulin. Madrier. --- Page 47 ---
de la sabrication du Sucre. 49 D tient le vin de cannes. A l'extrémité de cette
table se trouve un conduit étroit qui le porte
par le moyen d'un autre canal j dans un de'
bassins de la sucrerie, où il reste en dépôt pour
le besoin. C est a peu près la 1 'idée qu'on peut se former de la machine qui commence la premiere opération du sucre. Elle est, sans doute,
susceptible d'une description plus étendue. Mais
ce que nous en disons est suffisant pour l'objet
que nous nous proposons, pour aider à sc
figurer la pression de la canne. Par cette pression bien combinée la canne
se dégage totalement de sa liqueur, & sa sécheresse lui fait donner le nom de bagasse. Cette bagasse eH: la partie ligneuse de la
canne. On la met dans des cases faites exprès , ou elle acheve de se lécher ; ensuite on
s'en sert pour chauffer les équipages. Il n'y
a point de bois qui puisse chauffer aussi commodément , & dont la chaleur soit aussi convenable à la cuisson du sucre. La paille de la canne feroit le même effet.
Il y a plus, c'est qu'elle paroît plus active que
la bagasse ^ plus pénétrante, plus nette ; mais
sa quantité ne suffit point, & l'on doit régr etter qu elle ne foit pas plus abondante. L eejuipage est un solide en maçonnerie dont
le dessous est un fourneau, & dont le defliis
porte cinq chaudieres immenses. Il a communément vingt-quatre pieds de
long. On éleve dans toute sa longueur deux
murs en briques, fort épais, à deux pieds de
hauteur. A cette élévation se forme une voûte
qui ne doit se fermer que lorsque les chaudieres sont chacune à leur place. Alors on >
r » » Bagasse. Sa destination. Paille, connue
aussi sous le nom
de oualala. Equipage. Ses proportions; --- Page 48 ---
50 Discours sur les opérations .termine cette voûte en la faisant joindre aux
chaudieres : on forme dt petits arceaux qui
remplissent l'intervalle d'une chaudiere à l'autre. Ces arceaux sont élevés à peu près d'un
pied au-dessus du niveau des chaudieres, formant une espece de glacis qui s'incline
vient mourir au bord de chacune. La gueule
du fourneau se pose fous la. premiere chaudiere , appelée la batterie. C'est-là où le fait
.le feu. 11 se prolonge dans la longueur de la
chambre, donne une chaleur toujours moindre à chaque chaudiere ; &: rencontre à l'extrémité de cette chambre un corps de cheminée par lequel il s'échappe en fumée j, fouvent enflammée. Telle est à peu près la maçonnerie qui porte & entoure constamment
les chaudieres. On a essayé quelquefois de
les cintrer avec des pieces de fer pour les
enlever à volonté, & après plusieurs essais de
plusieurs genres, on a été convaincu qu'il falloit continuer l'usage entier de la maçonnerie,
sans lequel il paroît qu'on perdroit cette chaleur nécessaire à la cuisson du sucre (i).
lequel il s'échappe en fumée j, fouvent enflammée. Telle est à peu près la maçonnerie qui porte & entoure constamment
les chaudieres. On a essayé quelquefois de
les cintrer avec des pieces de fer pour les
enlever à volonté, & après plusieurs essais de
plusieurs genres, on a été convaincu qu'il falloit continuer l'usage entier de la maçonnerie,
sans lequel il paroît qu'on perdroit cette chaleur nécessaire à la cuisson du sucre (i). (i) Je dois prévenir que les proportions que je
donne, soit du moulin, soit de l'équipage, sbit enfin
toutes autres dimensions, sont en général à la volonté
des Propriétaires. Tel a un grand moulin, un grandi
équipage, de grands bâtiments; tel autre ne peut ou
ne veut avoir ces objets que dans des proportions moindres. Ainsi je ne donne pas pour regle invariable ce
qui n'est que l'effet des circonstances. Je ne serois donc
point étonné que quelques personnes trouvaient à me
reprendre sur mon exposé à cet égard; mais je leur -,
réponds d'avance que mon affectation à ne pas entrer
dans tous les détails de cette mariere prouve que je ne
veux donner qu'un apperçu suffisant pour mon objet. --- Page 49 ---
de la sabrication du Sucre. 5 1 Dij Au-dessus de ces chaudieres est une especc
de cheminée de la largeur de l'équipage. On
lui donne le nom de manteau. Il sert à faire
échapper l'épaisse vapeur du sirop des chaudieres mises en action par le feu. C'cH une
espece d'appentis en bois qui sert à couvrir
l'équipage dans toute sa longueur à quatre
pieds des chaudieres. Il en attire & concentre la vapeur qu'il porte au dehors par plusieurs petits corps de cheminée. On y adapte
des barres de bois, suspendues par des crochets de fer, où se posent les cuillieres, les
écumoires &: les goupillons. On y attache
aussi les lampes dont on s'éclaire pendant la.
nuit pour continuer l'opération du lucre. Mon intention est que le jeune apprenti que j'ai toujours en vue puisse se faire une iiée nette du total.
Quand il en sera là, il ne tien dra qu'à lui de voir les
choses plus minutieusement. Encore une fois, c'est l'apprenti Raffineur seul que j'envisage ; & il entre dans
mon systeme de ne pas surchirger sa mémoire par un
tas de connoitTances qui ne rendent pis ceux qui les
possedfnt plus en état de gérer convenablement une
habitation. Il faut pouvoir veiller aux travaux des charpentiers & des maçons; mais pour cela il n'est pas nécessaire de savoir strictement leurs métiers. Un Propriétaire gagne plus à avoir un Gérant qui s'occupe à fabriquer du sucre qu'à bâtir. Il tft vrai que la plupart
de ces Gérants-mafcns sont d'avis qu'il ne leur appartient point de veiller à la fabrication du sucre, que le
R ffincur, qui à son tour se fie su Negre sucrier, cft
fait pour cette besogne. Il ne leur arrive pas souvent
d'aller à la sucrcrie. Quelquefois seulement, à titre de
promenade, ils vilitent la purgerie & l'étuve, & en
achevant de se promener, ils calculent leurs revenus
personnels. La Colonie possede beaucoup de Procureurs-gérants très habiles, m1is il ne faut que trop souvent les chercher dans une foule dont les talents sont
aussi minces qu'orgueilleux.
su Negre sucrier, cft
fait pour cette besogne. Il ne leur arrive pas souvent
d'aller à la sucrcrie. Quelquefois seulement, à titre de
promenade, ils vilitent la purgerie & l'étuve, & en
achevant de se promener, ils calculent leurs revenus
personnels. La Colonie possede beaucoup de Procureurs-gérants très habiles, m1is il ne faut que trop souvent les chercher dans une foule dont les talents sont
aussi minces qu'orgueilleux. Son manteau. --- Page 50 ---
5 2 Discours sur les opérations On devine aisément la forme que peut avoir
une ccumoire. Tout le monde la connoit. On
se doute bien aulîî de ce que peut être un
goupillon de sucrerie. C'cil un tas de bagages
ou de pailles de bananiers attachées au bout d'un
long bâton, pour achever de nettoyer & de
sécher les chaudiercs après qu'on les a lavées. Mais il n'est pas avili facile de s'imaginer
l'especc de cuiliicres dont on se fert pour la
fabrication du sucre. Une cuillicre de cette
espece cst un vase de cuivre. (Depuis quelque temps on en fait avec une composition
que l'on préfère.) Elle cil oblongue en profondeur , & s'adapte à un long manche de
bois. Sa forme eit à peu près celle d'un œuf
coupé par la moitié. Ce vase contient beaucoup de liqueur } chaque Nègre sucrier en fait
mouvoir un , avec une adresse admirable. Ils
sont ordinairement trois negres pour transvaser une chaudière, & vraiment on voit avec
plaisir l'accord des trois cuillieres qui puisent
en même-temps j & transvident enscmble. Un génie heureux imaginera peut être ,
quelque jour, un mécanisme pour cet objet.
Ce seroit une précieuse machine que celle qui
ôterait aux Nègres la peine excessive d'écumer, sur-tort pendant la nuit. Le sucre n'en
seroit que plus exactement écumé, & par conséquent beaucoup mieux fabriqué : car le soin
d'écumer est une des bases principales de la
fabrication du beau stlcrc. Si j'en crois quelques-unes de mes idées, ce mécanisinc ne
feroit pas aussi difficile qu'il peut le paraître
d'abord. Mon imagination ne me présente
qu'une difficulté à vaincre, c'est le rejet des
écumes. Feumoire. Coupillon. Cuilliere. Idée sur un
mécanisme pojr
écumer. --- Page 51 ---
de la fabrication du Sucre. 53 D iij la première chaudiere cit voisine du bassin,
& le nomme la grande. C'est là que le vin de
cannes tombe d'abord pour recevoir ce qu'on
appelle le coup de la lessive. On l'appelle grande
parce qu en effet elle eil la pins grande des
cinq qui composent l'équipage. Elle peut avoir
ioixante pouces de diamètre. C'est dans cette chaudiere qu'on verse la
portion d'alkali destinée à neutraliser le vin
de cannes, sur lequel il opere toujours d'une
manière absorbante. Il a la propriété d'atténuer les sels qui se trouvent extrêmement diviies dans la liqueur. Aussi le Raffineur expérimenté ménage-t il la leffivc dans cette chaudiere pour se réserver la ressource de la pcrfectionner dans la proprj où les indices sont
plus certains. La seconde se nomme la propre , Se suit
immédiatement la première. C'est la dedans
que l'on vide la grande. Elle sert à perfectionner le vin de cannes. Son nom indique que
c 'est !i où le vesou se dégage entièrement des
corp. le, plus étrangers. Sa proportion eit ordinairement de cinquante-quatre pouces.
il la leffivc dans cette chaudiere pour se réserver la ressource de la pcrfectionner dans la proprj où les indices sont
plus certains. La seconde se nomme la propre , Se suit
immédiatement la première. C'est la dedans
que l'on vide la grande. Elle sert à perfectionner le vin de cannes. Son nom indique que
c 'est !i où le vesou se dégage entièrement des
corp. le, plus étrangers. Sa proportion eit ordinairement de cinquante-quatre pouces. Elle reçoit la liqueur que l'on y transvase
de la grande parle moyen djs cuilHeres. C'eit
là que la lessive doit attendre son degré de perfection , & on y reconnoît ce degré aux lignes
que nous indiquerons quand nous parlerons
de la lessive. Le vin de cannes doit être écume
soigneusement dans cette chaudiere, & c'est
encore ce qui lui fait donner le nom de propre.
^ La troilieme porte le nom de flambeau. Ce illà que l'on voit disposition du vin de cannes
à s'épaissir pour devenir sirop. De ce mOinent
on ne le fert plus que de récumoire pour Chaudieres. La grande.
Son usage. La propre. Sa propriétéF km bcau --- Page 52 ---
54 T) if cour s str les opérations achever de dégager les corps étrangers des
corps homogènes. Elle n'eit pas d'une trèsgrande utilite. Son mérite est seulement d'augmenter le moyen d'écumer , parce que le
vin de cannes y séjourne plus long-temps que
dans les autres chaudieres. Son ouverture est
environ de cinquante pouces. La quatrième a été nommée le sirop. Cette
chaudiere détermine le sirop le conduit à
son degré d'épaississement. C'est même ce qui
lui fait mériter le nom qu'elle porte. La liqueur une fois arrivée là n'est plus suseeptible de correction, en cas de défaut de lesfive ; elle permet encore le coup de l'écumoire , & c'est tout ; elle n'attend plus que
l'instant de la transvasicn dans la batterie pour
arriver à son degré de cuite. Son diamètre est
à peu près de quarante-cinq pouces. La cinquième &r dcrnierc chaudiere se distingue par le nom de batterie. C'est là que le
sirop subit la derniere ébulition , & acheve
de cuire. On y est dispensé d'écumer. On la
nomme ainsi parce que c'est dessous qu'est le
premier coup de feu , que c'est l'endroit le
plus chaude où l'cbulition est plus forte, où
enfin la liqueur est plus fortement battue par
l'action du feu. C'est la plus petite des chaudieres , & on lui donne allez communément
trente-six pouces de diametre (i). On tire cette batterie & on la transvase
dans une chaudiere, hors de l'équipage, &
qu'on nomme rafraîchissoir. On la lailTe dans (1) Toutes ces chaudieres font de patin, & le potin
est un composé de ser & d'un peu d'étain. le Sirop. La Batterie. Rafraîchi ,nir. --- Page 53 ---
-.. de' la fabrication du Sucre. 5 y D iv ce rafraîchissoir , en attendant une seconde
batterie.
on la transvase
dans une chaudiere, hors de l'équipage, &
qu'on nomme rafraîchissoir. On la lailTe dans (1) Toutes ces chaudieres font de patin, & le potin
est un composé de ser & d'un peu d'étain. le Sirop. La Batterie. Rafraîchi ,nir. --- Page 53 ---
-.. de' la fabrication du Sucre. 5 y D iv ce rafraîchissoir , en attendant une seconde
batterie. Les deux batteries réunies forment ce qu'on
appelle un empli. La premiere batterie ainsi exposée à l'air,
éprouve en même temps une légere conge1ation & une espece de criilallisation qui réuniffent les selsj les déposent au fond du rafraîchi,soir, & forment ce qu'on entend par le grain,
La seconde batterie qui survient éprouve bien
plus vite le même effet par la préparation de
la premiere. Avant d'en former la liqueur on lui fait
éprouver une manipulation indisp en sable, c'est
le p elle t age. Un Negre armé d'un long morceau de bois applati, de la forme à peu pres
d'un fabre à deux tranchants3 remue l'empli,
mêle & distribue également le grain dans tout
son volume. Cette opération faite, d'autres Negres se
présentent avec des corbins pour distribuer le
sucre dans les formes par égale quantité. C'est
ce qu on appelle enformage. Les corbins font des vates de cuivre plus
larges que profonds & à becs d'éguierre; ils
tiennent à peu près la valeur d'une demi-forme,
& deux Negres sont plus que suffisants pour
en lever un commodément. Ils ont des oreilles
en fer. ^ Maintenant examinons plus particulièrement les opérations essentielles du sucre. Nous
reviendrons aux autres détails en tâchant de
les mettre à leur véritable place. Le vin de cannes ou vesou contient quatre
parties qui lui sont naturelles.
La premiere est l'acide ; elle exige la plus
L Empli. Le Grain. L
Pelleta ge. Enformage. Corbin!. 1 r. Compoiiticn du
via de cannes. Première Partie. --- Page 54 ---
5 6 Discours sur les opérations grande précaution en ce qu clic cst le premier
agent de la fermentation, & qu elle produit
promptement son effet sur les corps auxquels
elle s'assimile. La sèconde est la partie hétérogene dont la
base est la partie serieuse; elle ne se détache
qu'après l'action des alkalis sur les acides. Ces
acides atténués par l'effort des alkalis deviennent plus légers que la liqueur,, surnagent &
procurent la facilité de les enlever avec l'écumoire. La troisieme est ce sel doux & inflammable que l'on nomme sucre j ou partie homogene. Dans le principe, divisé à l'infini dans
le volume de la liqueur il attend la ncutralisation des acides pour se former & se réunir
en cristaux. La quatrième est l'eau surabondante ; elle
ne s'échappe que par l'action du feu, & s'exhale en vapeur. Cette partie., quoique essentielle est très-nuisible ; elle retarde la perfection du sucre qui ne peut arriver à son degré
de cuite qu'après son entiere évaporation. On conçoit sans peine que l'eau entre comme principe constituant dans le sucre; mais
comme elle se trouve abondante dans le vin
de cannes sortant du moulin, on ne regardera
pas comme inutile pour l'intelligence de la séparer de l'eau qui fait partie de la composition
du sucre, & qui sè nomme Eau de cristallisation.
entielle est très-nuisible ; elle retarde la perfection du sucre qui ne peut arriver à son degré
de cuite qu'après son entiere évaporation. On conçoit sans peine que l'eau entre comme principe constituant dans le sucre; mais
comme elle se trouve abondante dans le vin
de cannes sortant du moulin, on ne regardera
pas comme inutile pour l'intelligence de la séparer de l'eau qui fait partie de la composition
du sucre, & qui sè nomme Eau de cristallisation. La chimie fait découvrir quatre éléments
qui composcnt le sucre. Le premier est une terre élémentaire qui en
fait le premier corps, la premiere bafe. Le sécond est l'air interposé dans les molécules salincs. Seconds partie. Troisieme
partie. Quarncme
partie. Son principe
constituant. Corv-oîe du
lucre. Ses quatre --- Page 55 ---
de la fahrication du Sucre. 57. Le troisieme est cette eau de cristallisation
dont nous venons de parler. Le quatrième est ce feu intérieur que l'on
distingue par le nom de Phlogistique. Il me paroît convenable de parler en ce
moment de la fermentation du vin de cannes,
de traiter en même temps de quelques-uns
des moyens imaginés pour remédier en partie aux inconvénients qui naissent de cette
fermentation , & conséquemment de prévenir
les pertes qu'elle peut occasionner. D'abord j il faut convenir d'une vérité qu'inspire la réflexion la plus ordinaire. Plus le vin
de cannes fermente 3 & plus nécessairement
il se présente d'obstacles pour l'extraction du
sel essentiel. On sait que c'est par la fermentation que la nature détruit toutes les substances animales & végétales. Par conséquent
les principes du sucre sont plus ou moins altérés , en raison du plus ou du moins de fermentation du vin de cannes. Sitôt que la canne est coupée, la liqueur
qu'elle renferme tend à la fermentation, parce
que la nature., qui n'est en repos que le moins
qu'elle peut, cnerche à diviser dès l'instant
qu'elle cesse de produire. Cette liqueur le hâte bien plus de fermenter
du moment que par la pression du moulin
elle est convertie en vin de cannes, parce que
l'air, principal agent de la fermentation , l'environne de toutes parts. Par conséquent, plus
les badins qui reçoivent ce vin de cannes
offrent de surface , plus cette fermentation
opere promptement. Elle opere bien plus vîte
encore si ces bassins se ressentent de la chaleur de l'équipage. Cette vérité est sensible, Fermentation
du via de cannes. Principe général. Tendance du
vin de cannes
à la fermentation. Elle est plus
grande par la
pression du moulia. --- Page 56 ---
-
5 8 Discours sur les opérations ' iur-tout pour ceux qui pratiquent l'état dç
Raffineur. On paroît être d'accord assez généralement
que les moyens de prévenir ces inconvénients "
sont : 1°, Que les bassins qui reçoivent le vin de
cannes présentent une surface très-étroite. *
20, De placer ces bassins sur un site tou- '
jours frais. 5
3°, Enfin que chacun de ces bassins n'ait
que la mesure de ce que l'on nomme une
grande, & que dans le cas où ces bassins seraient plus grands, qu'on n'y mette que cette
quantité > ce qui peut alors se fixer par une
marque tracée sur les parois.
sont : 1°, Que les bassins qui reçoivent le vin de
cannes présentent une surface très-étroite. *
20, De placer ces bassins sur un site tou- '
jours frais. 5
3°, Enfin que chacun de ces bassins n'ait
que la mesure de ce que l'on nomme une
grande, & que dans le cas où ces bassins seraient plus grands, qu'on n'y mette que cette
quantité > ce qui peut alors se fixer par une
marque tracée sur les parois. Les principaux avantages de cette méthode
sont d'abord, en ne mettant dans ces bassins
que la quantité d'une grande de ne laisser '
aucun excédent qui puisse provoquer la fermentation du vin de cannes 3 qui vient du moulin , & d'empêcher que la fermentation ne
se communique ainsi à tout vin de cannes
nouveau. D'un autre côté l'on doit sentir que chaque *
bassin ayant le moins de surface possible expo se bien moins la liqueur au contact de
l'air , & par conséquent à la fermentation
dont cet air est l'agent principal. En suite on concevra que chaque badin 4
n'ayant que le contenu d'une grande, on a
une bien plus grande facilité pour le laver
sitôt qu'on l'a vidé, sans interrompre la marche du moulin, & que pendant que l'on nettoye l'un, la roulaifon se fait dans l'autre. Il est encore une précaution fort essentielle
à prendre pour éloigner la fermentation c'est Moyens de prévenir la fermentation. Les bassins doivent avoir leur
surface étroite.
Ils doivent être
placés sur un
endroit frais. Ils ne doivent
contenir que la
quantité d'une
grande. Avantage de ces
moyens. L'air, agent
principal de la
fermentation.
]
Facilité pour
nettoyer un baffin, sans interrompre le moulin. Précaution ersentielle à prendre. --- Page 57 ---
de la fabrication du Sucre. 5 à celle de laver souvent le moulin. Dans les
ardeurs de l'été cette précaution demande à
être récidivée six fois par jour, & souvent
plus, quand les cannes sont inférieures. Nous touchons à la partie la plus savante,
&: par conséquent la plus difficile j c'est l'extraction du sucre. Elle exige beaucoup d'observance dans les faits, & une application
proportionnée à l'importance du sujet, nonseulement pour faire du beau sucre, mais pour
porter plus loin cette riche partie de la chimie j
susceptible encore d'une très-haute perfection. Il ne seroit pas fort surprenant que les arts
encouragés dans les Colonies imaginaflent
bientôt l'admirable moyen de faire le sucre.,
sans aucun résidu de sirop. Il ne Eiudroit peutêtre pour cela qu'une ou deux chaudières de
cuivre au bain-marie dans deux autres de potin , qu'une précision exacte dans la lessive,
qu'un degré bien connu dans la cuite , qu'une
connoissance certaine de la maniere dont se
réunissent les cristaux. Peut-être même n'est-ce
qu'une chose fort simple qui n'attend qu'un
génie encouragé pour se dévoiler. Ce seroit
à peu de chose près doubler les revenus des
sucreries. A cette heureuse époque, la chimie
pourroit se flatter de faire de l'or. Je crois
que dans ce temps-là on feroit assez bien
d essàyer de faire du tafia avec la bagasse qui
me paroît y être propre. Le sirop avec lequel
on le fabrique aujourd'hui me semble un acte
forcé en chymie.
'attend qu'un
génie encouragé pour se dévoiler. Ce seroit
à peu de chose près doubler les revenus des
sucreries. A cette heureuse époque, la chimie
pourroit se flatter de faire de l'or. Je crois
que dans ce temps-là on feroit assez bien
d essàyer de faire du tafia avec la bagasse qui
me paroît y être propre. Le sirop avec lequel
on le fabrique aujourd'hui me semble un acte
forcé en chymie. S'il entre un iour dans les principes de la
politique de permettre la diminution des bras
travaillant, en fournissant au Commerce une
autre branche pour le sou tenir , on pourroit ? ;
Fabrication
; du sucre. Faire du sucre
sans sîrop, > Diminution des
bras travaillant. --- Page 58 ---
60 Discours sur les opérations bien également imaginer des machines qui
diminuassent la quantité périssable des esclaves
& des animaux qu'exigent les manufactures
actuelles. Peut-être même finiroit-on par n'avoir qu'un léger besoin de ce peuple africain
qui cause tant de peine & d'inquiétude à ses
maîtres. L'intérêt qui donne les fers les briseroit peut-être pour toujours ; d'accord pour
cette fois avec l'humanité, il reititueroit un
bien dont il ne jouit peut-être que depuis trop
long-temps. Il me semble voir déjà ce jour
heureux : le peuple elclave célébrerait avec
transport le moment où les sciences seraient
entrées dans les Colonies; l'univers couvrirait
de couronnes le mortel fortuné, auteur d'une
révolution si desirable, où le sang ne seroit
pas le prix du bonheur. Que de crimes de
moins pour l'homme libre 1 que d'abus sanguinaires de moins : quel triomphe pour la
vertu ! quelle punition pour l'orgueil ! pourquoi n'cft-cc encore qu'un peut-être ? puisse
cette révolution n'être pas longue à s'opérer!
puisse-je être le prophete du bonheur, le chantre de la liberté d'un peuple qui nous sert
depuis aTez long-temps pour mériter cet élan
d'une plume reconnoissante sensible ! Si l'on pouvoit un jour n'avoir plus besoin
d'esclaves., de ces ennemis domestiques, dont
les vœux sont & doivent être naturellement
contre nous, nous ne serions plus dans une
défcnfive perpétuelle, nous ne serions pl¡'s
hérÍTés d'armes, & nous n'aurions plus besoin
d'accoutumer nos yeux au spectacle horrible
des châtiments, souvent infligés par le caprice,
& qui s'oppose en général à la douceur des
mœurs dans les Colonies, Les gens libres qui
'esclaves., de ces ennemis domestiques, dont
les vœux sont & doivent être naturellement
contre nous, nous ne serions plus dans une
défcnfive perpétuelle, nous ne serions pl¡'s
hérÍTés d'armes, & nous n'aurions plus besoin
d'accoutumer nos yeux au spectacle horrible
des châtiments, souvent infligés par le caprice,
& qui s'oppose en général à la douceur des
mœurs dans les Colonies, Les gens libres qui Qu'il ('mIr
hïurw-ix d: n'avoir pl s
i c Iav;s. --- Page 59 ---
de la fabrication du Çucre. 61 nous serviroient travaillcroient davantage 3
peut-être ^ avec plus d'intelligence, d'assiduité
& de cœur ; & dans tous les cas ils ne nous
seroient iamais à charge. Plus de crainte à
avoir, plus d'infirmités à supporter. Un e[-
clave emporte souvent le bénéfice qu'il a procuré à ion Maître par sa perte inattendue, ou
par des maladies de longue durée, ou par sa
mauvaise conduite. Un ouvrier libre est payé
tant qu'il travaille , & sitôt qu'il n'est plus
utile on le renvoie. Si jamais la constitution
des Colonies pouvoit se plier à ce régime, on
éprouverait bientôt une différence avanta-,
geuse du côté de l'intérêt & desirable pour
les mœurs. Mais ce qui est l'effet de nos desirs
ne manquera pas de paroître un de ces lieux
communs auxquels on ne fait gueres d'attention. Ainsi laissons au temps le soin de changer ce qui paroît immuable pour avoir existé
long-temps, & continuons à relater les idées
reçues qui ne seront même pas encore sans
contestation. Faire du sucre j c'est dégager le vin de
cannes de l'acide &: de l'eau surabondante,
en réduire le sel à toute sa pureté. Pour y parvenir il a fallu trouver un corps
qui eût plus d'affinité avec l'acide qu'il n'en
a réellement avec le sel & l'eau qui en sont
les parties adhérentes. On l'a trouvé dans
l'alkali. On sait combien les alkalis ont de facilité
à s'unir aux acides j & on n'a pas tardé à
user de ce moyen aussi simple que sur. L'expérience démontre que cette réunion
fc fait avec tant de précipitation qu'elle opere
sur le champ une effervescence considérable. Fabrication
du lucre. Ceps d'affinité
avec l'acide. Alkali. Développement
des acidss. --- Page 60 ---
62 Discours sur les opérations ' Il est sensible que si l'opération se failoit à
froid la pesanteur spécifique de ces corps,
devenant a l'instant de leur réunion à volume
égal plus grande, le précipiteroit par le propre
poids au tond des chaudieres ; mais on y remédie par l'action du feu. De cette maniéré
les parties acidulées sont chassées vers la superncie \ & l'adion continuelle du chauffage
les faisant surnager, il est facile aux écumoires
de les enlever, au moment même qu'elles acquierent quelque consistance.
à
froid la pesanteur spécifique de ces corps,
devenant a l'instant de leur réunion à volume
égal plus grande, le précipiteroit par le propre
poids au tond des chaudieres ; mais on y remédie par l'action du feu. De cette maniéré
les parties acidulées sont chassées vers la superncie \ & l'adion continuelle du chauffage
les faisant surnager, il est facile aux écumoires
de les enlever, au moment même qu'elles acquierent quelque consistance. Le Vesou qu'on nomme également vin de
cannes, doit toujours être dans un état de
fluidité assez grande pour que le dégagement
des parties hétérogenes se false sans obstacle. Si le vcsou acquérait un degré d'épaississement trop considérable avant que la dépuration en fut terminée, le sucre seroit d'urie
qualité inférieure , &: la cristallisation mal
faite, parce que cette derniere ne reçoit son
degré de perfection qu'autant que le fluide
dans lequel elle s'opere ne contient que des
parties les homogènes entr'elles. Par conséquent
les acides & les alkalis que l écumage n'a pu
extraire lors de la fabrication &: qui font étrangers au sucres étant interposés dans le fluide
où s'opere la cristallisation, s'opposent nécefsairement à la réunion des molécules intégrantes du sel. Il ne faut pas non plus, tomber dans une
autre extrémité en liquéfiant trop le vesou.
Il faut seulement le tenir dans un état de limpidité raisonnable pour en faciliter la dépuration. Si la matiere du vesou étoit trop liquéfiée par la mixtion de beaucoup d'eau en
lavage j il en naîtroit un inconvénient auquel
il n'y a point de remede connu. L'état du vin de
Cannes ou vesou. Avantage de sa
fluidité. Il ne faut pas
trop de fluidité. --- Page 61 ---
de la fabrication du Sucre. 63 / Le vesou contient par lui-même une grande
quantité de parties aqueuses qui entrent com-
'me principes constituants du vin de cannes.
Enfin , c'est la grande pratique qui peut déterminer le plus ou le moins d'activité que l'on
doit donner au vesou, parce que cette aétivité
dépend du plus ou du moins de parties
aqueuses qu'il contient , &: que l'inspection
seule en pareil cas peut diriger le fabricateur. Un terrain marécageux produit un vin de
cannes très aqueux. Dans ce cas il a besoin
de très-peu de lavage., .& trës-souvent il n'en
a pas besoin. Il n'en est pas de même du vin de cannes
extrait de roseaux très-abondants en parties
saccarines. Il exige quelquefois beaucoup de
lavage, & la raison en eit sensible : c'est que
la petite quantité d'eau constituante qui tient
le sucre en dissolution s'évapore avant la dépuration du vesou. Le vin de cannes contenant beaucoup d'eau
principe ne demande pas la même chose. On
ne doit pas le laver trop, parce que la matiere séjournant trop long-temps sur le feu)
les parties les plus essentielles se brûlent avant
que l'eau surabondante se soit évaporée. Dela ces sucres mou deux d'une cristallisation imparfaite & qui s'enflamment dans la batterie,
souvent même avant le véritable degré de la.
cuite. Le mot de lessive pour la fabrication du
sucre lignifie l'emploi que l'on fait de tout
corps de nature alkaline pour extraire du vin
de cannes les parties hétérogenes qui s'opposent à la cristallisation du sucre. Nous avons
déjà parlé de l'efFervescence produite par le
rencontre des alkalis avec les acides. Parties aqueuses
du visou. Lavage. Sucre mousseux. I I I. D; la lessive. --- Page 62 ---
64 Discours sur les opérations
lessive pour la fabrication du
sucre lignifie l'emploi que l'on fait de tout
corps de nature alkaline pour extraire du vin
de cannes les parties hétérogenes qui s'opposent à la cristallisation du sucre. Nous avons
déjà parlé de l'efFervescence produite par le
rencontre des alkalis avec les acides. Parties aqueuses
du visou. Lavage. Sucre mousseux. I I I. D; la lessive. --- Page 62 ---
64 Discours sur les opérations L'alkali le plus généralement employe est
la chaux , parce qu'il est plus aisé de se le procurer; il est le plus commode, parce qu'il en
faut moins pour opérer promptement. On ne fait usage de la potasse qu'en lavage
Amplement, & jamais en nature. La [oude
ne s'emploie gueres que quand le sucre a peu
de corps.- Cependant quelques habitations s'en
servent avec succès, préférablement à tous
autres alkalis & j'y ai vu du sucre de la premiere qualité. Dans certains cas aussi l'on fait
usage de la cendre. Il est nécessaire pour l'instrudlion des Eleves
raffineurs de donner la définition des alkalis
dont on fait ou dont on a fait usage. C'est
en faire sentir la différence &r j ustifier la préférence qu'on donne à quelques-uns. La chaux est connue de tout le monde. C'est le produit de cette pierre connue sous
le nom de Lapis calcareus, soluble par les acides,
& que ces derniers attaquent avec effervescence. La potasse bu potasche est le résultat de
cendres de divers végétaux brûlés en tas & à
l'air libre. C'est un sel alkali fixe. La potasse
que l'on préfere est d'un goût caustique j seche,
pesante & d'un blanc bleuâtre. La soude, connue sous le nom françois de
Sa/icote ou A luncatin, est le résultat d'une plante
que les Botanistes appellent Kali spinosum, qtfe
l'on fait brûler & calciner en terre. Cette
matiere devient un composé de beaucoup de
sel &: de terre, & fait cette masse saline qui
a la propriété de s'unir avec les corps gras.
Elle a une couleur grise bleuâtre, & cst po-
•reuse comme la ponce grise. On L'alkali le plus
usité. Exceptions. Description des
divers alkalis
qu'on emploie. Chaux. Potasse. Soude. --- Page 63 ---
de la sabrication du Sucre. .65 E On se servoit aussi de la perlasse ou perîache ;
elle n est que la potassè raffinée. On faisoit également usage du sel natrum
ou natron, ou nater. C'est un sel alkali fixe
qui se trouve dans les Indes orientales; il est
formé par la nature ; tantôt il est dans le loin
de la terre j tantôt il paroît à sa surface > il est
communément d'un blanc rougeâtre & en
masse informe ; il est composé de particules
terreuses & d'une portion plus ou moins grande
de sel marin ; il a tous les caraéleres des sels
alkalis fixes tirés des cendres des végétaux; il
fait eftervescence avec tous les acides, comme
les végétaux dont on tire des sels alkalis, &
son effervescenCe cst très-forte quand il est
sous une forme seche &: concrete. M. Rouelle,
qui en fit le premier l'examen, le regarde
précisément de la nature du sel de soude.
C est un alkali minéral, qui ne differe des autres sels alkalis fixes tirés des cendres des végétaux que de la même maniere de la soude.
On le nomme quelquefois soude blanche d'Egypte , ou alkali terrestre oriental. L'alkali fixe
y domine toujours. Rarement on l'a vu dans
le commerce j depuis la prohibition qui en fut
fuite j même sous le ministere du grand Colbert, & il a été, depuis, toujours d'un trèshaut prix.
soude.
C est un alkali minéral, qui ne differe des autres sels alkalis fixes tirés des cendres des végétaux que de la même maniere de la soude.
On le nomme quelquefois soude blanche d'Egypte , ou alkali terrestre oriental. L'alkali fixe
y domine toujours. Rarement on l'a vu dans
le commerce j depuis la prohibition qui en fut
fuite j même sous le ministere du grand Colbert, & il a été, depuis, toujours d'un trèshaut prix. Comme la perlache & le natron étoient
plus dispendieux qu'utiles , on a abandonné
ces procédés ; du moins on ne s'en sert gueres
à Saint-Domingue. La chaux vive est l'alkali
dont on y fair usage le plus généralement,
comme plus commode &: moins chere. On nous dispcnsera , sans doute, de donner
la définition de la cendre dont on se sert quelPerlache.
sel natrum. Pourquoi l'on
ne se sert plus
de la Perlachs
& du Natrum. Cendre s. --- Page 64 ---
66 Discours sur les opérations querois. On fait que ce est le résultat des partics ligneuses que 1 on fait consumer. Tels sont les divers alkalis proprcs à la lefsive dont nous parlons. Il ne s'agit plus que
de savoir les employer à propos. Nous allons
en donner une idée & La pratique fera le reste. La préciiion de la lellive cil aussi importante que difficile à saisir. Il n cil pas possible
de donner à ce si jet une regle invariable ,
parce qu'il faudroit savoir exactement la quantité de parties hétérogènes que peut renfcrmer chaque portion de vin de cannes. On
ne peut donc pas dire précisément combien
l'on doit employer de chaux vive j de potasse
ou de soude à cet effet. Il faut continuer d'en
user à tâton, pour ainsi dire, & progreffivement, luivant les effets qu'on leur voit produire. Cependant il paroît qu'on prefere d'en mettre moins & par degrés., parce qu'il est aisé
d'en augmenter la quantité, & presqu'impofsible d'en retrancher le superflu. Je dis presqu'impossible, parce que le travail en feroit
long , & que ralentiiïant la fabrique il ne
pourroit que faire tort à la qualité de ce qui
seroit déja passe; le sucre resteroit trop longtemps sur le feu 3 &: prendroit une couleur
rouge avec un goût d'empireume. Néanmoins on remédie en partie à une lesfive trop forte, & on la diminue en la lavant
avec du vin de cannes non lessivé ; alors l'alkali
superflu rencontre de nouvelles parties étrangères , & agit sur elles naturellement ; mais
il faut bien observer de ne faire usage de ce
remede que lorsque le vin de cannes n'a point
encore acquis de consistance : car alors ce Précision de la
Leilive. Quantité des
Alkalis. Remede à la
Lessive trop
ferte. --- Page 65 ---
de la sabricat;on du Sucre. 67 E ij feroit une peine inutile , parce que les écumes
font déjà amalgamées &: cuites. Tout ce que
l'on peut faire dans ce moment, c'est de chercher à les développer par une grande abondance d'eau. Les écumes sont le produit de la lessive >
comme l'on ne peut guere juger des causes
"que par leurs effets, ces mêmes écumes serVent à juger l'exactitude de la lessive. On n'en juge point par l'abondance des
écumes. La faison &: le sol influent beaucoup sur leur quantités
, parce que les écumes
font déjà amalgamées &: cuites. Tout ce que
l'on peut faire dans ce moment, c'est de chercher à les développer par une grande abondance d'eau. Les écumes sont le produit de la lessive >
comme l'on ne peut guere juger des causes
"que par leurs effets, ces mêmes écumes serVent à juger l'exactitude de la lessive. On n'en juge point par l'abondance des
écumes. La faison &: le sol influent beaucoup sur leur quantités On ne dirige pas non plus son jugement
d'après leur couleur. Cette couleur est accidentelle» Mais oi1 en juge par leur plus ou moins
d'attachement aux écumoires, par leur élévation &r leur séparation : enfin par ce cordon
qui forme la chaîne autour des chaudieres &
sur la superficie de la liqueur en bouillons. Si, par exemple dans la grande &: la propre les écumes ont une espece de consistance
& qu on les voye s attacher aux écumoires >
si au contraire dans le flambeau & le sirop
elles s'en détachent aisément, elles s'élevent,
se séparent en petits flocons, & tendent à
se jetter sur les bords de la chaudiere où elles
forment promptement un cordon sec & détaché, le vin de cannes est suffisamment saturé
d'alkali , &: le sucre ne peut être que beau.
Ces remarques sont constantes dans toute espece de vins de cannes. Si au contraire les écumes ont peu de confistance, si les écumoires laissent après elle une
trace sale, si les écumes s'y attachent, si au
lieu de sç séparer en petits flocons elles sc Ecumes Elles servent
4. juger la LefÍÏve. On en juge pftt
leur attachement. Exemple pouf
trouver la faturation du vin
de cannes. Exemple pour
augmenter la Lessive. --- Page 66 ---
6S Discours sur les opérations réunissent en malTe considérable , le vin cU
cannes contient encore des p-arties hétérogènes , & c'est le cas d'augmenter la lessive
jusqu'à ce qu'il soit à son juste point de saturation. Une autrc observation à faire est celle-ci : le vin de cannes qui nappe difficilement &:
forme de gros globules à la supcrficie j les
écumes qui filtrent à travers les écumoires, qui tendent à se précipiter &: à se mêler avec
le vin de cannes, sont des lignes certains que
la dose de lessive est forte. Alors il faut jeter ,
de l'eau dans la chaudiere. Alors les écumes
s'élevent 'vers la superficie, & l'on peut en
enlever une partie. Une méthode certaine pour connoîtreencore
le véritable point de la lessive, est de saisir
l'instant où le vin de cannes entre en ébulition, où il s'éleve à sa surface des bulles remplies d'air &: qui sont errantes parmi les écumes. Si ces bulles paroissent sales, ce qui
arrive quand elles ont un mélange de corps
gras, c'est une preuve que la lessive est trop
foible : au contraire, si au moment où elles
se forment l'aétion de l'air ou de la vapeur
les fait disparoître, on peut être sur que la
lessive est forcée. Il faut donc que ces bulles, au moment où elles se forment, soient diaphanes , transparentes, d'une belle couleur de
paille , & qu'elles ne contiennent que la portion de viscosité qui leur est nécessaire pour
conserver leur forme jusques au moment où
l'écumoire vicnt les briser. Il faut finir la lessive dans la propre &r le
flambeau. On n'attend pas que le vin de cannes
ait acquis un épaississement trop considérable, Signes certains
de h dose trop
forte de lessive. Remede.
où elles se forment, soient diaphanes , transparentes, d'une belle couleur de
paille , & qu'elles ne contiennent que la portion de viscosité qui leur est nécessaire pour
conserver leur forme jusques au moment où
l'écumoire vicnt les briser. Il faut finir la lessive dans la propre &r le
flambeau. On n'attend pas que le vin de cannes
ait acquis un épaississement trop considérable, Signes certains
de h dose trop
forte de lessive. Remede. Véritable point
de la Lessive. Où l'on doit
la Lelive. --- Page 67 ---
de la fabrication du Sucre. 69 E i.:, parce qu alors il est comme impoffiblc d'en
extraire les parties hétérogènes. Il n'y a que deux circonstances où l'on doive
palier de l'eau dans les chaudieres *, 10, lorfque le vin de cannes contient abondamment
du lucre , & que la prompte évaporation empêche de bien écumer, parce qu'alors une
cneillerée d'eau jetée dans le flambeau & le
sirop facilite l'écumage ; 2°, lorsque la lessive
est trop considérable. Dans tout autre cas
l'eau ne doit point être employée parce
qu elle retarde toujours la, cuisson du vin de
cannes. Pour que le sucre soit beau il faut veiller
a ce que les Nègres iucriers écument promptement èc conilamment. Sans cette exaditude
on ne parviendrait jamais à son but, parce
que j quand même le vin de cannes serait
bien lessivé & la cuite bien dirigée, les écumes mêlées avec la matière saccarine s'opposent à la cristallisation du sel essentiel & en
ternissent h blancheur. On écume chaque chaudière sparément.
L ' on avoit, il n'y a pas long-temps, un vase
de bois qu on nomme baye 3 pour recevoir les
écumes qu'on a grand sein de conserver. Aujourd hui les sucreries bien mondes ne fc servent plus de bayes : on pratique de petits
bassins dans la maçonnerie vis-à-vis de chaque chaudiere , à droite ou à gauche , fuivant la position de l'équipage. Ces petits bafsins tont communiquer les écumes à une dalle
qui les rend à la grande avec le peu de lucre
qui peut relier lors de la montée des chaudieres , & qui alors demeure en se détachant
de les écumes. Le seu! moment,
où l'on doit employer l'eau. Nécessité d'écumer. Manière d'écumer. --- Page 68 ---
70 Discours sur les opérations I Les écumes de la propre & de la grande
ont une autre direction ; elles sont conduites
de la même maniéré dans une chaudiere séparée j d'où elles sont tirées pour les donner
aux animaux j auxquels elles procurent une
vigueur une force que ne produit pas la
seule nourriture des têtes à cannes. La maniéré d'économiser ainsi les écumes. & d'en extraire encore du sucre est due aux.
observations de M. Blin de Villeneuve, membre de cette Société , & qui dans plusieurs
occasions aussi précieu ses a donné les preuves.
d'un talcnt décidé pour l'art de fabriquer le
sucre. On écume également la batterie, & ces
écumes contenant abondamment des parties
saccarines procurent une rentrée considérable
de sucre , moyennant la méthode que nous
venons de rapporter. Ainsi la lessive commence dans la grande.
encore du sucre est due aux.
observations de M. Blin de Villeneuve, membre de cette Société , & qui dans plusieurs
occasions aussi précieu ses a donné les preuves.
d'un talcnt décidé pour l'art de fabriquer le
sucre. On écume également la batterie, & ces
écumes contenant abondamment des parties
saccarines procurent une rentrée considérable
de sucre , moyennant la méthode que nous
venons de rapporter. Ainsi la lessive commence dans la grande. La grande contient une certaine quantité de
vin de cannes _> quLdépouillé de sès grosses
écumes devient susceptible d'être contenu dans
des chaudieres où il paOTe successivement &
par gradation pour parvenir à la batterie, après
avoir acquis dans chacune de ces chaudieres
un degré de chaleur ménagé par leur éloignement combiné, & un degré égal de perfection après avoir été travaillé par le feu Se
l'écumoire. Ainsi la propre qui suit la grande reçoit le
vin de cannes purgé de scs grosses écumes,
plus propre enfin. C'est donc là où l'on doit
finir de régler la lessive. Ainsi le fiambeau qui suit la propre doit
recevoir le vin de cannes lessivé, nettoyé. Par Destination des
écumes de la
propre & de la
fraude. A qui est due
cette manière
d'économiser
le< écumes. •!. Où commence
la l«ifive. Où elle finir. Où l'on peut
juger de ce que
fera le sucre. --- Page 69 ---
de la fabrication du Sucre. 71 E iv conséquent c 'est dans cette chaudiere où l'on
doit décider si I on a mis allez de leiïive ;
comme elle montre clairement & développe le
sucre, on y peut juger ce qu'il doit être. Ainsi le sirop reçoit le vin de cannes du
flambeau , dégage de les parties acqueuses.
Conséquemment le vin de cannes doit y prendre de la consistance. Ainsi la batterie reçoit la liqueur dans un
épaississement sensible : c'est donc là que le
vin de cannes doit se solidificr & se préparer
à la cristalli!arion. C'est. donc-là qu'il doit
subir la dernière ébulition j qui cst le terme de
la cuite. Je passe au quatrième article. La cuite cst le degré convenable d'épaississement qu'il faut donner au vin de cannes,
pour amener le sucre à sa juste cristallisation. Cette cuite se sait ordinairement à deux batteries , & son observe que la première soit
moins cuite que la seconde. On lent que cette
précaution est pour que la seconde ait le temps
d'être faite avant la cristallisation totale de la
premiere. Il cst aussi des cas où l'on cuit à trois &
quatte batteries. C'est ce qui arrive quand j
par exemple , le sucre se cristallise difficilenient , où quand il contient beaucoup d'eau. S'il cst abondant en eau , l'on sent que dans
ce cas l'évaporation étant considerable j une
partie du phlogistique vient à brûler avant
que la matière ait acquis l'épaississement convenable : par conséquent on est forcé à tiret
l'empli à pluiieurs batteries & à diminuer le
volume, afin que la matière ne reste pas longtemps sur le feu. Pour juger de là cuite on prend une goute Où commence
l'épaississement
du vin de cannes.
S'il cst abondant en eau , l'on sent que dans
ce cas l'évaporation étant considerable j une
partie du phlogistique vient à brûler avant
que la matière ait acquis l'épaississement convenable : par conséquent on est forcé à tiret
l'empli à pluiieurs batteries & à diminuer le
volume, afin que la matière ne reste pas longtemps sur le feu. Pour juger de là cuite on prend une goute Où commence
l'épaississement
du vin de cannes. Sa derniere ébulition. 1 V. De la Cuite! Comment elle
se fait. Exception Raison
de l'exception» " Preuve de la --- Page 70 ---
72 Discours sur les opérations de matiere entre les bouts du pouce & del'index, on la fait filer. Si le fil s'alongé
aisément & se retire avec lenteur, la cuite est
avancée. Quand on fait cettc preuve on a le soin
de se retirer de l'air libre, du vent, parce que
cette matiere doit filer à mesure qu'elle se
refroidit j & par le même principe on a le
soin de former promptement le fil & de le
combiner sur le volume de la batterie. Sans
cette précaution on seroit aisément surpris. Il est des personnes qui font cesser le feu
au moment où l'on tire la batterie , parce. «
qu'alors le plus ou moins de feu sous les.
chaudieres a une influence sensible sur la cuite. Quand on ne retire pas le feu, il ne s'agit
que de calculer le temps que l'on peut mettre
à tirer la batterie &: la cuire en conséquence. Il n'est pas poSible de fixer le véritable degré
d'épaississement que doit avoir chaque batterie,
même par la preuve que j'enseigne. Il est bon
d'être Sur ses gardes a cet égard ; car le fil
varie, non-seulement suivant le degré d'épaifsissement mais encore suivant la quantité de
lessive. Si le Sucre manque de lessive, la matiere
file davantage entre le pouce & l'index. Néanmoins la réglé générale, en pareil cas, cst que dans le sucre bien lessivé le point de
cuite se reconnoÍt dans la première batterie,
quand le fil commence à se former. On le
reconnoit dans la seconde lorsque la matière
que l'en fait filer entre les doigts fè retire
en formant le spiral, le tirebouchon , ou ce
qu'un botaniste appelle trachée ou vaisseau aérien.
file davantage entre le pouce & l'index. Néanmoins la réglé générale, en pareil cas, cst que dans le sucre bien lessivé le point de
cuite se reconnoÍt dans la première batterie,
quand le fil commence à se former. On le
reconnoit dans la seconde lorsque la matière
que l'en fait filer entre les doigts fè retire
en formant le spiral, le tirebouchon , ou ce
qu'un botaniste appelle trachée ou vaisseau aérien. Un quart d'heure avant de tirer la, batterie., Précaution
. qu'elle exige. Observation. Autre obfer-
' ' vation. Cette preuve
est souvent incertaine. Rai son de cette
incertitude. Point de cuite. Ufege du fuis. --- Page 71 ---
de la fabrication du Sucre, y 1 ou pour parler plus convenablement, avant
qu'elle ait atteint son degré de cuite, le Raffineur doit y jeter une petite portion de corps
gras : c'est ordinairement un petit morceau de
suif. Cette opération cil néce flaire pour reunir
la matière trop divisée dans cette chaudiere,
& pour faciliter dans le rafraîchissoir la réunion des cristaux. L'action de ce corps gras
se fait sèntir davantage sur la matiere riche
que lur la matiere appauvrie. Cette adion est
merveilleuse. On croiroit que chaque partie
de ce corps gras cst le véhicule des parties
saccarines qui tendent à se rapprocher. Tout
même semble l'annoncer. Quoi qu'il en soit,
cette observation en: digne de tous les regards
d'un habile chymiste. Celui qui rendroit fclidement raison de ce phénomène feroit un ouvrage , bien court peut-être, mais immortel..
J'ai tenté de traitcr cet article., mais je n'ai
pas été [atisfait de mon travail, & j'aime
mieux le supprimer que de le publier j parce
qu'il n'est pas suffisamment instructif. Il faut
qu'un auteur ait quelquefois a ssez d'empire lur
son amour-propre pour ne pas toujours satiguier par son inutile ou ennuyeuse fécondité..
Je palle au cinquième article dont on va fentir l 'importance, & qui n'est qu'une iuite indispensable. La leilive bien faite n'est pas la seule chose
f iffisante pour faire du beau sucre : il faut donc
savoir donner un degré convenable à la cuite. La cristallisation ePc imparfaite , si la cuite
est trop forte : il ne faut pas la précipiter. La cristallisation trop prompte produit une
véritable concrétion : c'est ce qui arrive toujours lorsqu'on expose le rafraîchissoir trop au V. De la criftallisation. Quand elle est
impar faite. L'inconvéntent. --- Page 72 ---
74 Discours sur les opérations courant de l 'air, & que par une congellatioti
trop aétive on s oppose à la réunion des sels
qui doivent former les cristaux ; elle est bien
éloignée d'avoir les avantages d'une simple
cristallisation : il en résulte un lucre médiocre
dont le sel ne se fait presque plus sentir. C'est
presqu'alors une- espece de pétrification. D'habiles Raffineurs préferent une moindre
cuite à une trop forte: ils aiment mieux., dans
le cas où l 'on ne peut pas attraper le véritable
degre de la cuite que l'on peche par le moins
que par le trop. Voyons alors ce que c'est que
la cristallisation , & comment elle doit & 1
peut se faire d'après les lumieres encore imparfaites que l'on a- sur cet objet.
C'est
presqu'alors une- espece de pétrification. D'habiles Raffineurs préferent une moindre
cuite à une trop forte: ils aiment mieux., dans
le cas où l 'on ne peut pas attraper le véritable
degre de la cuite que l'on peche par le moins
que par le trop. Voyons alors ce que c'est que
la cristallisation , & comment elle doit & 1
peut se faire d'après les lumieres encore imparfaites que l'on a- sur cet objet. La cristallisation est l'effet de l'opération
qui facilite la réunion des molécules salines
u sucrc. Cette réunion donne des masses de
forme symétrique &- réguliere, & ces malles
se nomment cristaux. Si les molécules intégrantes du lucre, de
nature à s'unir &: divisées dans un fluide , ne trouvent point d obstacles , tels qu'une
chaleur immodérée 3 ou le contaét subit de
l'air ambiant, ou l'épaississement trop fort de
l'eau mere ( i ) où elles nagent on les voit
s'attirer réciproquement, prendre une forme
cubique (z) & le cristalliser. (1) I lusieurs personnes doutent de l'existence de cette
eau mere. Un peu plus d'attention sur cet objet suffit
pour convaincre que ce n'est pas une idée purement systéroatique. (2) Cette forme ne m'a point paru suffi invariable
qu'on semble l'annoncer. Je crois que les molécules
ont différentes formes, & que la plus confiante seulement paroît être cubique. Préference de la
mainate cuite. Défini tion de la
cristailisation. Molécules intégrantes.
Leur forme
cubique. --- Page 73 ---
de la sabrication du Sucre. 75 Cette cristallisation s'opere par un refroidissement insensible. Il faut que ce refroidissement soit lent, afin que les molécules suivent
avec régularité l'arrangement qu i leur cst propre. Si la liqueur se refroidi ssoit promptement,
les cristaux se formeroient en grand nombre,
produiroient un mouvement qui dérangerait
ordre de la cristallisation , & au lieu d'être
gros &: réguliers, ils deviendroicnt si petits
qu'on serait tenté de les prendre plutôt pour
de la poudre que pour des cristaux de sel.
Quand au contraire la cristallisation se fait
par un refroidissement graduel , les masses cristallisées viennent au point d'être sensibles aux
yeux. Si la cuite , avons nous dit j cst trop forte 3
la cristallisation se faisant précipitamment devient irréguliere : si au contraire elle est trop
foible, si les formes ou les rafraîchissoirs sont
exposés au contact subit de l'air ambiant, les
molécules salines, dans le sécond cas, se formant & se réunissant à mesure que la liqueur
se refroidit le font trop promptement & en
si grand nombre que les cristaux, comme dans
la foiblesse de la cuite 3 deviennent petits
sans éclat. Il en résulte donc que les formes
& les rafraîchissoirs doivent être placés à l'abri
du vent pour donner le temps aux molécules
salines de prendre entre elles l'arrangement
qui leur convient naturellement : il résulte
donc qu'il faut faire attention pour que la
cuite ne soit ni trop forte ni trop foible, qu'en
la pouffant trop vite on accéléré trop la criftallisation, qu'il s'ensuit un épaississement trop
fort dans l'eau mere, d'où naît l'impossibilité
du rapprochement des molécules salines, qu'en
és à l'abri
du vent pour donner le temps aux molécules
salines de prendre entre elles l'arrangement
qui leur convient naturellement : il résulte
donc qu'il faut faire attention pour que la
cuite ne soit ni trop forte ni trop foible, qu'en
la pouffant trop vite on accéléré trop la criftallisation, qu'il s'ensuit un épaississement trop
fort dans l'eau mere, d'où naît l'impossibilité
du rapprochement des molécules salines, qu'en Leur refroidifsement. Il ne faut p:a
qu'il foit trop
prompt. Il doit se faire
à l'abri du veut. --- Page 74 ---
y6 Difiours sur les opérations 1 la rendant trop lente on perd une partie dela matiere qui ne pouvant pas se cristalliser >
faute d'épaississement, relie en didolution dans
l'eau mere ; elle le trouve donc de moins
dans la cristallisation qui fait le sucre. Si les sucres montrent de la répugnance
pour la cristallisation , on les y détermine
en jettant, au fond des rafraîchi Hoirs qu'on
leur destine, une livre à peu près de sucre déjà
cristallisé. Il en est de même des sirops fins. Ces criftaux déjà formés servent d'aimant, &: facilitent la cristallisation de ceux qui ne s'y déterminent pas d'eux-mêmes. On en use à peu près de même pour les
gros sirops & les sirops amers. Comme ils
ont aussi beaucoup de répugnance pour se cristalliser, on les y contraint en leur faisant un
lit de gros sirops déjà crillallisés, que l'on pulvérise au fond des rafraîchissoirs. On leur
donne un temps raisonnable pour se criftalliser, & puis on en continue la cuite. Examinons le bien qui résulte du mouvage. Le mouvage a pour objet d'égaliser & de
faciliter la cristallisation &: de diviser le rain. Ce mouvage sc fait dans les rafraîchi Hoirs &
& dans les formes. Il faut avant que d'enformer la liqueur lui
faire éprouver un mouvage. Cette manipulation est indispensable, comme nous l'avons
déjà dit au mot pelletage. Le mouvage est nécessaire parce que là
pesanteur des cristaux, qui en se formant
deviennent à volume égal spécifiquement
plus pesants que l'eau mere où ils sont en
dissolution, tend à les précipiter au fond Moyen de déterminer la cristallisation dc!
lucres. Pour les sirops
fins. Pour les gros
t'rops & amers. V I. Du Mouvage. Observation. Nécessité du
mouvage. Rniion. --- Page 75 ---
de la fabrication du Sucré. 77 le long des parois des rafraîchissoirs & des
formes. Par conséquent si l'on n'usoit pas du
mouvage, il arriveroit que la plus grande partie
se trouveroit serrée : par conséquent, mouvant
la liqueur par le moyen d'un sabre de bois
que l 'on nomme mouveron, on ramène par
un mouvement vertical les cristaux qui se précipitoient. On doit mouvoir le sucre quand il est
encore un peu chaud, parce que si l'on attendoit qu 'il fût tout-à-fait froid, on rifqueroit
de troubler la cristallisation & d'empâter le
sucre. On a un moyen de s'assurer quand le sucre
cst bon à motiver : on enfoncc le mouveron
& on le laisse se relever de lui-même ; plus
il se releve lentement, plus la congellation
est avancée. Ainsi du moment que le mouveron commence à se relever lentement, c est
le juste point où l'on doit mouver le sucrc.
il fût tout-à-fait froid, on rifqueroit
de troubler la cristallisation & d'empâter le
sucre. On a un moyen de s'assurer quand le sucre
cst bon à motiver : on enfoncc le mouveron
& on le laisse se relever de lui-même ; plus
il se releve lentement, plus la congellation
est avancée. Ainsi du moment que le mouveron commence à se relever lentement, c est
le juste point où l'on doit mouver le sucrc. Il est des cas où le mouvage est nuisible.
Si par exemple le sucre a peu de corps, &
si par conséquent la cristallisation s'en opere
difficilement, on ne doit pas employer le
mouvage. Il est tout simple qu'on doit craindre alors, en mouvant la matiere, d'en troubler la cristallisation. Les sirops fins ne supportent pas non plus
le mouveron, à moins que leur cristallisation
ne soit facile, &- qu'ils ne dérivent d'un Íùcre
qui ait beaucoup de corps. Sitôt que les deux batteries sont réunies dans
le raFraîchissoir, le maître sucrier fait avec le
secours d'un mouveron le mélange parfait du
grain de la première batterie, qu'il divine dans
tout le volume de la liqueur a enformer. Mouveron. Quand on doit
mouvoir le sucre. Moyen pour
s'assurer du moment. Exception. Pour les sirops
fins. Mélange du
grain. --- Page 76 ---
7 8 Discours sur les opérations Deux negres, à chaque corbin, transportene
cette liqueur & la diitribuent également dans
quatre formes par corbin % de maniere que
l'empli soit uniforme & le grain bien mélangé. L'on fait observer au maître sucrier de
remuer trois ou quatre fois cette même liqueur
pendant le temps que l'on employe à faire l'enformage. Apres l'opération du mouvage & de l'enformage on latHe la liqueur dans cet état pendant vingt-quatre heures; ensuite deux Negres
à chaque brancard transportcnt les formes «
dans les purgeries. C'est ce qu'on appelle lever
l'empli. Quand on leve l'empli on se sets d'une pointe
de fer que l'on introduit dans le bout du cône
du sucre cristallisé ; par cette ouverture s'égoute le sirop qui séjourne en haut. On appelle cette façon percer la forme. Après avoir ainsi percé les formes, on les
pose sur des canaris faits exprès pour les dresser
d'aplomb. C'est ce qu'on entend par planter
la forme. En plantantla forme on a l'attention de mieux
égouter le sucre, & l'on exprime cet usage '
par mettre à l'égout. Je donnerai la suite de cette opération en
son temps & à mesure que le sujet semblera
l'exiger. On compte plusieurs especes de sirops. D'abord ce qu'on appelle proprement le sucre de
cannes en produit deux, les gros & les fins; les gros font naître d'autres gros sirops ; les
fins produisent à leur tour de gros sirops, &
ceux-là en produisent encore d'autres > mais
il est rare qu'on cuise ces derniers. Transport de la
liqueur &e sa
diitribution. lever l'empli. Percer la forme. Planter la forme. Mettre à l'egout. V I 1. Des Sirops. --- Page 77 ---
de la fabrication du Sucre. 79 On entend par gros sirops ceux qui proviennent de l'égout des sucres bruts. Les sirops fins sont ceux qui s'écoulent pendant qu'on les blanchit. Les sirops fins sont composés d'un peu de
grain, d'un peu de sucre fondu, & d'une grande
portion de sirop entraîné par l'eau du terrage; ils contiennent aussi l'eau mere qui
dans le sirop s'étoit interposée dans les molécules salines de la cristallisation.
la fabrication du Sucre. 79 On entend par gros sirops ceux qui proviennent de l'égout des sucres bruts. Les sirops fins sont ceux qui s'écoulent pendant qu'on les blanchit. Les sirops fins sont composés d'un peu de
grain, d'un peu de sucre fondu, & d'une grande
portion de sirop entraîné par l'eau du terrage; ils contiennent aussi l'eau mere qui
dans le sirop s'étoit interposée dans les molécules salines de la cristallisation. Les sirops fins qui proviennent du sucre de
cannes doivent être cuits, parce qu'ils procurent une feconde qualité de sucre. On n'a pas besoin de les lessiver parce
qu'en général ils sont d'une bonne especc, si
toutefois on les préserve de la fermentation. On a pour habitude de les cuire le jour
même, ou peu de jours après que l'on a mis
au Soleil le sucre qui les a produits. Si on leur
faisoit éprouver quelque retard, la matière à
coup sûr ferme nteroit, puisqu'elle est compolée
d'eau & de sucre. Nous avons dit que l'un & l'autre sont trèssusceptibles de fermentation, &r qu'ils le deviennent bien plus encore par le contact de
l'air. Ainsi le retard ne pourrait donc rendre
ce sucre que de qualité inférieure. Il eit encore
un autre principe que l'on ne met que trop
souvent en pratique ; le voici : Au moment où l'on cuit les sirops fins, on
jette dans chaque batterie une partie des têtes
de formes de sucre que l'on a exposées au
Soleil. De cette maniere on fortifie le corps
des sirops. Il arrive aussi que l'on jette au fond de chaque rafraîchissoit une livre de lucre de cannes Gros sirops. Sirops fins. Leur composition. Seconde qualité
de sucre. Point de lessive
pour les fuops
fuis. Le temps pour
les cuire. La cuite n'en
doic pas eue
retardée. Abus des Ratfineurs. Nécessité de le
reformer. --- Page 78 ---
8o Discours str les opérations déjà cristallise & que l'on pulvérise. C'est
pour faciliter la cristallisation des sirops; mais
c est un abus qui doit être réformé par-tout"
parce que ces sirops ayant en général la plus
grande propension à se criftalliltr, on peut les
cuire a deux batteries, comme le sucre de
cannes , ou a un plus petit nombre que les
gros sirops. Il est aisé de sentir le tort que doit faire cet
abus, si l'on confidere que les têtes & la radure des formes servent à faire une excellente
qualité de sucre. Nous en parlerons bientôt; Ces sirops fins au moment qu'on les terrej
lailient échapper d'autres sirops fins d'un goût
amer , d ou leur vient le nom de sirops amers «
Cela provient de ce que la matiere ayant paffé
une seconde fois au feu, une partie du phlogistique du sucre s'est brûlée , & donne au
sirop le goût de l'cmpyreume. Comme ils contiennent encore quelques
parties saccarines, on les cuit quelquefois pour
en obtenir du grain. On cuit également &: aux mêmes fins les
gros sirops de lucre de cannes ; ils naissent
pendant l'egout en brut •, ils renferment beaucoup de parties salines dans un état de dissolution , &" donnent aussi du grain. On les lessive avant de les cuire. La doÍè de l'eau de chaux est communément d'une cueillerée par batterie, & cette
eau cst plus ou moins forte félon la quantité
des sirops.
, on les cuit quelquefois pour
en obtenir du grain. On cuit également &: aux mêmes fins les
gros sirops de lucre de cannes ; ils naissent
pendant l'egout en brut •, ils renferment beaucoup de parties salines dans un état de dissolution , &" donnent aussi du grain. On les lessive avant de les cuire. La doÍè de l'eau de chaux est communément d'une cueillerée par batterie, & cette
eau cst plus ou moins forte félon la quantité
des sirops. Leur cristallisation cst difficile : c'est ce qui
fait que certains Raffineurs, au désavantage
des Propriétaires, la facilitent en jetant au fond
du rafraîchissoir qu'on leur destine .une demib 1 forme Raclure de
formes. Sirops amers. Pourquoi on les
cuit. Gros sirops de
sucre de cannes. On les lessive.
Dore de l'eau
de chaux. leur cristallisation. Abus. --- Page 79 ---
Je la sabrication du Sucré. 8 i F forme de sucre de même qualité, déjà cristallisé. Par la même raison de la difficulté de leur
cristallisation, on a aussi la précaution de former
les emplis avec un plus grand nombre de battefies que pour les Fucrcs de cannes & les sirops fins. Les autres sirops contiennent bien encore
quelques parties salines, mais en si petite
quantité que quand ils se vendent -avantageusement, on ne doit pas se donner la peine
de les faire cuire. Ces derniers sirops font fort mucilagineux
& par conséquent très-nourrissants. Les, animaux auxquels on en donné deviennent forts
vigoureux. Ce sont ces sirops enfin qui par leur" fermentation & leur dissolution procurent en
dernière analyse des esprits ardents, tels que
le tafia, le rhum, &c. dont on fait une
boiflbn fort saine ( 1 ). Lorsque le sucre en vert a égouté suffifamment, c 'est-à-dire , au plus tard, au bout
de huit jours, on le transplante pour le travailler en blanc. On plante les formes sur
d'autres canaris , parce que le sirop qui en est
résulté jusqu'à ce moment cst le gros sirop
dont nous venons de parler, &: que le terrage qui doit servir à blanchir ce même sucre,
doit en produire de fins par son égout. '
Il faut avoir le soin de planter les formes
bien à plomb. On doit sentir qu'autrement
le sirop qui cherche à filtrer à travers les (i) Je crois plus que jamais qu'il est possible d'employer la bagasse pour faire les liqueurs fortes que l'on
tire forcément des sirops. Leur cuite. Destination det
autres Sirops. On en donne
aux animaux* On en fait le
Tafia, le Rhum,
&c. Transplantation
pour travaille!
en blanc. Nécessité de
bien planter les
formes. --- Page 80 ---
81 Discours sur les opérations cristaux , venant à rencontrer un obstacle, s ar*
rête, reçoit même le sirop du côté le plus élevé %
& que ni l'une ni l'autre partie ne se purge.
Le lucre planté, on s'occupe à en fouiller
la fontaine.
On en donne
aux animaux* On en fait le
Tafia, le Rhum,
&c. Transplantation
pour travaille!
en blanc. Nécessité de
bien planter les
formes. --- Page 80 ---
81 Discours sur les opérations cristaux , venant à rencontrer un obstacle, s ar*
rête, reçoit même le sirop du côté le plus élevé %
& que ni l'une ni l'autre partie ne se purge.
Le lucre planté, on s'occupe à en fouiller
la fontaine. Ce qu'on appelle fontaine en matière de
sucre est un certain noyau de sirops que l'on
découvre dans la partie supérieure enfermée.
Quand le sucre est parfaitement cristallisé j elle
sc fouille avec le bout étroit du louchet, à
trois ou quatre pouces de profondeur , &: fait
masse avec les matières destinées à être clarifiées. On s'en sert comme d'un indice pour
s'assurer de la bonne ou mauvaise fabrication
du sucre. Cette fontaine cst encore pour flous un
phénomène dont nous ne pouvons guère rendre raison. Mais voici ce qui paroît qu'on peut
en penser : il faut concevoir que le vesou
parfaitement saturé d'alkali, sa dépuration
parfaite, & sa cuite bien dirigée, c'estdire ni trop foible , ni trop forte, les molécules salines ne trouvant point d'obstacle à
leur réunion, forment des malles de cristaux
qui à volume égal, spécifiquement plus petantes que le sirop, fc précipitent au fond &C
le long des parois intérieures des vaissèaux qui
contiennent la matière , &: que le sirop, comme plus léger, occupe la superficic. Delà la
forme concave de la fontaine qui lest plus
ou moins, en raison de la figure plus ou moins
conique du vase qui renferme le sucre. Pour que cette fontaine serve en quelque
sorte de règle, comme nous venons de le dire,
on observe plusieurs points : 1°, Si la cuite est forte, la fontaine en: peu VIII. De la Fontaine.
Sa cause. Comment elle
fert à juger le
sucre. --- Page 81 ---
de la fabrication du Sucre. 83 Fi, profonde ; le collet en est très-large, & la croûte
'du dessus de la forme est fort épaisse. 20, Si la cuite est foible la fontaine est gar-*'
nie de mamelles, & le collet, très-étroit alors,
est taillé à pic. 30, Si le vesou n'a pas été parfaitement saturé d'alkali, la fontaine est très-peu de chose,
ce ses parois sont grasses. 40, Si la lessive est trop forte, la fontaine
est creuse &r teinte d'un rouge qu'occasionne
la surabondance des alkalis. 5°, Si le sucre est bien fabriqué c'est-àdire bien lessivé, bien cuit , la fontaine paroît- unie prend la figure concave. 6°, Si au-dessous de la fontaine il se forme
une partie siropeuse , susceptible de quelque
consistance, il n'est pas douteux alors que le
sucre n'ait été remué trop froid. Cette fontaine contient des parties grasles,
nuisibles à la filtration de l'eau qui doit être
complète pour produire également par-tout la
blancheur du sucre. C'est ce qui fait qu'on
l'enlève en totalité. On ôte avec le même
soin le sucre qui l'environne j & l'on remet ce
sucre dans la place qu'occupoit la fontaine. Ensuite on casse le bord avec un instrument
que l'on nomme loucha , puis on égalise (1) toute
la superficie, ainsi que les bords du collet qui
la surpassent, & l'on remplit le vide de la
forme avec le sucre produit par les gros sirops.
Ce sucre est ce qu'on entend par le grain,
& l 'on s'en sert alors pour ménager le sucre
de cannes qui est dans la forme. C'est ce grain
que mange le terrage.
qu'occupoit la fontaine. Ensuite on casse le bord avec un instrument
que l'on nomme loucha , puis on égalise (1) toute
la superficie, ainsi que les bords du collet qui
la surpassent, & l'on remplit le vide de la
forme avec le sucre produit par les gros sirops.
Ce sucre est ce qu'on entend par le grain,
& l 'on s'en sert alors pour ménager le sucre
de cannes qui est dans la forme. C'est ce grain
que mange le terrage. (0 Exprcffion locale. Fontainçi Louchee; --- Page 82 ---
84 Discôurè sur les opérations On foule ce grain & on l'égale avec une
cspèce de truelle. C'est ce qu'on appelle foncer.
On ne laisse au haut de la forme que la place
suffisante pour contenir la terre qu'on y
doit mettre. Il ne faut ni trop, ni trop peu
foncer le sucre, & sur-tout serrer le bordage
pour éviter les Lièvres. Cela fait, on terre. Le terrage a pour but de blanchir le sucre ,
& en général la lotion cil un sûr moyen de
blanchir les sols. L'eau toute simple blanchiroit bien le sucre, mais la crislallisation n'en
étant pas aussi parfaite que celle du candi
qui approche, si l'on veut, de la vitrification,
on exposeroit le sucre à se décomposer totalement , si on le soumettoit au lavage que
supporte le sucre candi. Il a donc fallu trouver un moyen d'atténuer les efforts de l'eau, & c'est ce quon a
imaginé en combinant l'cati avec une terrc
moitié grade , moitié sabloneuse. On lui donne'
la mollesse de la boue &: l'on en couvre la
partie supérieure des formes. De cette manière
l'eau coule lentement, filtre à travers les criftaux., augmente la fluidité du sirop posé entre les molécules saillies, dissout & entraîne
la partie siropeuse dans les canaris, dégage
le sucre de cette eau mère qui le ternit, &:
lui rend son éclat & sa blancheur, si toutcfois l'eau mère existe, comme je le crois,
comme on le prétend encore généralement. On fait subir an sucre trois terrages & six
rafraîchis. Les rafraîchis se font indifféremment
vingt-quatre heures après les terrages ; & d'un
terrage à l'autre on laisse un intervalle de deux
jours. Après avoir donné la première terre on
donne le premier & le sécond rafraîchis. Ensuite on Jlrique. Foncage. 1 X. Du terrage.
Pourquoi l'on
s'en fert. Manière de l'ap.
prêter. Trois terres &
six rafraîchis. --- Page 83 ---
de la fabrication du Sucre. 85 Y iiji Striquerj c'est faire usage d'une palette de
bois de la largeur d'un doigt, & plate
comme une spatule. On s'en sert pour applanir la surface de la terre, lorsqu'on veut donner les rafraîchis. Alors on donne la seconde terre & deux
rafraîchis, & puis l'on ilrique encore. Enfin l'on donne la troisième terre & les
deux derniers rafraîchis. Après on enlève la
dernière terre.
. 85 Y iiji Striquerj c'est faire usage d'une palette de
bois de la largeur d'un doigt, & plate
comme une spatule. On s'en sert pour applanir la surface de la terre, lorsqu'on veut donner les rafraîchis. Alors on donne la seconde terre & deux
rafraîchis, & puis l'on ilrique encore. Enfin l'on donne la troisième terre & les
deux derniers rafraîchis. Après on enlève la
dernière terre. A ce que je viens d'exposer sur la combi^-
naison de l'eau avec la terre pour opérer le
terrage nécessaire au sucre , il faut ajouter l'obNervation que toute terre qui n'est point colorée par quelque dissolution minérale peut être
bonne pour cette opération , pourvu néanmoins que les molécules de cette terre ne
soient pas trop divisées par l'interposition ds
quelque corps étranger, tel que du gros
lable j ou toute autre partie épaisse. Voici de quelle manière se fait un bac à
terrer. On fouille dans la cour des bâtiments
deux petites folles carrées , & voisines l'une
de l'autre. On leur donne quatre pieds de profondeur , cinq de long & quatre de large.
Dans la première fosse, on dépose la terre &
le fable fin destinés à être mélangés. On y
verse la portion d'eau né ce ssa ire pour donner
au tout l'état de boue. Ensuite quatre Nègres
armés de long pieux remuent cette terre jusqu'à parfaite mixtion. Après cela les mêmes
Nègres pourvus de cueillières à lucre transvasent cette bouc dans la folle voisine, & la
font filtrer à travers un gros paffoir de cuivre..
C'est dans cette seconde fosse où l'on puise la,
boue propre à la manipulation, du terrage. Striquel. T Seconde terre. Troisième terre.
Bac à ~errer^ --- Page 84 ---
86 Dicours sur les opérations Plusieurs habitants ont des bacs à terre qtti
agi ssent par le moyen d'une petite roue à eau
qui fait exactement le mélange; cette découverte est trés-heureuse, en ce qu'elle diminue la peine & la quantité de Nègres destinés a cette besogne. Je crois qu elle appartient
à M. Belin de Villeneuve, auquel on doit
beaucoup dans ce genre. J observé que si les molécules sont trop
divisees l eau abandonne trop promptement
la terre , parce qu'alors rassemblée en trop.
grand volume vers la superficie de la forme-,.
le sucre exposé à son premier contad éprouve
une fusion certaine. L'eau filtrant trop vîte,
par sa propre pesanteur, à travers les couloirs
intérieurs de la forme , ne peut pas aussi aisément entraîner avec elle cette eau mère qui
masque l'éclat & la blancheur du sucre. r -01 au contraire les molecules de la terre sont
" trop rapprochées & qu'elles aient la viscosité@-
de la glaise & des argiles, l'eau ne peut plus
filtrer : elle reste en equilibre, ou bien une
partie est pompée par l'air ambiant, & l'ain
tre s'échappe le long des parois intérieures du
vase qui contient le sucre. C'est même delà que proviennent les cavi-
* tés qu'on nomme Lièvres, & qui ont plus ou
moins de profondeur suivant le plus ou le
moins d'eau qui a pu filtrer.
cosité@-
de la glaise & des argiles, l'eau ne peut plus
filtrer : elle reste en equilibre, ou bien une
partie est pompée par l'air ambiant, & l'ain
tre s'échappe le long des parois intérieures du
vase qui contient le sucre. C'est même delà que proviennent les cavi-
* tés qu'on nomme Lièvres, & qui ont plus ou
moins de profondeur suivant le plus ou le
moins d'eau qui a pu filtrer. Ces divers inconvénients ont donné lieu à
la mixtion de terre &r de sable dont on fait
usage, & qui, comme on le voit., veut être
sagement combinée. Il est des terres qui ne blanchi trent le sucre
que jusqu'au tiers ou que jusqu'à la moitié de
la forme ; cela vient de ce que les gouttes Bac à terre à
roue. Expérience sur
la trop grande
division des. moécules. Expérience sur
leur rapprochement exceilif. D'où proviennent les Lièvres,
& ce que c'eit. Mixtion. Qualité de terre. --- Page 85 ---
de la fabrication du Sucre. 87 F iv d'eau qui abandonnent la terre pour filtrer à
travers la malle du sucre, étant en trop petit
nombre & suivant une direction perpendiculaire , elles perdent j après un certain eipace de
leur cours, cette propriété dissolvantes ce fluide
qui entraîne les parties siropeuses jusques dans
les canaris. Il est donc effcntiel de considércr la nature
des terres que l'on destine au terrage du sucre ;
la mixtion en doit donc être faite attentivement. J'observe encore que cette préparation doit
être subordonnée, suivant le plus ou le moins
de corps du sucre que l'on veut blanchir, &
suivant le plus ou le moins de cuite qu'on lui
fait éprouver. Par exemple, un sucre légèrement cuit j &
qui a peu de corps j supporte moins le lavage
qu'un sucre qui a beaucoup de corps par luimême & dont la cuite est trop forte.. Dans le premier cas les couloirs sont plus
ouverts, par conséquent l'eau filtre plus aisément, & le trop grand volume d'eau tend à
fondre les parties faccarines superficielles à la
forme. La cristallisation en est si foible qu'elle
a plutôt l'air d'une poudre porphyrisée que
d'un sel cristallisé. Dans le fécond cas, il faut liquéfier beaucoup la terre en la préparant j parce que la
cristallisation est plus forte , que les cristaux
sont plus rapprochés, & que l'eau mère n'a
que très-peu de fluidité. On ne doit jamais mettre plus de huit jours
pour terrer le sucre , &" le mieux fabriqué l'cst
toujours au bout de trois ou quatre jours. Plus le temps est humide, plus on doit se Nécessité de bien
faire la mixtion. Elle est (ubordonnée aux qualités de sucre. Exemple. Première raison. Seconde raison. Le temps pour
terrer. --- Page 86 ---
88 Discours sur les opérations, presser de terrer. En général j on doit hâter
es opérations du lucre ; il demande à être
brusqué. Par ce moyen , on prévient beaucoup d'accidents que la pratique fait connoître
aisément. Le lucre seroit bien plus blanc si l'on faisoit usage de linge ou de draps sous la terre.
Mais ce feroit une dépense à renouveller trop
sou vent, par l'imprévoyance ou par l'esprit de
rapine des Nègres. Néanmoins quelques personnes s'en servent : mais ce n'est jamais que
pour le lucre destiné aux petits pains pour le café,
& qu'on ne fait que pour donner en présetit,
Il faut avoir le soin de fermer les portes &
les fenêtres des bâtiments où le lucre est fous
terre, & même quelque temps après que la,
terre en est çnlevee. C'est une précaution qui
n'est pas prise généralement, qui devrait
l'être.
prit de
rapine des Nègres. Néanmoins quelques personnes s'en servent : mais ce n'est jamais que
pour le lucre destiné aux petits pains pour le café,
& qu'on ne fait que pour donner en présetit,
Il faut avoir le soin de fermer les portes &
les fenêtres des bâtiments où le lucre est fous
terre, & même quelque temps après que la,
terre en est çnlevee. C'est une précaution qui
n'est pas prise généralement, qui devrait
l'être. A cet égard j'observerai combien il seroit
utile que les purgeries ne fussent que la continuité des sucreries. Il en résulteroit que le
sucre que l'on porte dans les formes ne seroit
aucunement exposé au contact de l'air libre,
& que la cristallisation ne s'en feroit que
mieux. Je sais bien qu'on laisse les formes en
dépôt pendant vingt-quatre heures dans la.
sucrerie, avant de les transporter dans la purgeric ; mais je crois que ce temps ne suffit pas,
& que le encre peut être encore saisi par l'air
d'une manière à nuire à la beauté de ses cristaux; au lieu que si la purgerie n'était pas détachée de la sucrerie, on pourroit sur le champ
y transporter les formes j sans aucun inconvénient en aucun temps, La crainte de l'incendie
a été la principale raison pour éloigner les Draps ou linge
pour terrer. Précaution pour
le terrage. Utilité des purgeries qui ne
feroient qu'un
avec les. fucretles. --- Page 87 ---
de la fabrication du Sucre. 89 bâtiments : mais aujourd'hui qu'on emploie
beaucoup moins de bois, & que presque tout
est en maconnerie 3 on pourroit faire usage de
cette méthode utile. Quand on a fini le terrage & enlevé la dernière terrc t on laisse le sucre à l'égout pendant
dix ou douze jours. Ensuite on loche les formes, c'est-à-dire que
l 'on secoue adroitement les vases de terre qui
renferment le lucre. On les renverie en mettant en bas la partie la plus large du cône ,
au moyen d'une torquette sur laquelle on
frappe avec autant de légéreté que d'adresse,
on détache le sucre des parois de la forme,
& il sort figurant parfaitement le moule où
il s'est solidifié. La torquette est ordinairement composée
de paille ou d'écorce de bananier que l'on
tourne en forme de couronne ; on lui donne
plus ou moins d'épaisseur, à raison de la charge
à porter. Apres avoir ainsi loché les formes, on expose
le sucre au soleil, sur un glacis 3 pour le raffermir & en chasser les parties aqueuses qui
n ont pas pu s'égouter. Un glacis est une maçonnerie pratiquée ordinairement dans la cour
des bâtiments & de manière que le soieil y
frappe bien ; son élévation est de quelques
pouces au-dessus de la terre ; son nom fait
entendre suffisamment qu'on le rend uni le
plus qu'il est possible; son étendue est arbitraire
& dépend de la quantité ordinaire du sucre
que l 'on peut expo ser au soleil ; sa forme est
celle d'un parallélogramme.
outer. Un glacis est une maçonnerie pratiquée ordinairement dans la cour
des bâtiments & de manière que le soieil y
frappe bien ; son élévation est de quelques
pouces au-dessus de la terre ; son nom fait
entendre suffisamment qu'on le rend uni le
plus qu'il est possible; son étendue est arbitraire
& dépend de la quantité ordinaire du sucre
que l 'on peut expo ser au soleil ; sa forme est
celle d'un parallélogramme. De là on met le lucre à Y étuve où il reste
quinze jours. Une étuve est un petit bâtiment Le sucre à l'égout. Locher
les formes. Torquette. Glacis; Elurc. --- Page 88 ---
° Discours sur les opérations attenant communément à l'un des angles de
la purgerie ; il est ordinairement carré ; sa di.-
meniion est de douze pieds fùr douze ; sa hauteur cil à peu près de trente pieds, en y comprenant le comble. Le dedans cil composé de
six galetas : le premier cst à la hauteur de six
pieds : au-dessus de ce premier font cinq autres,
galetas, dont chacun est à trois pieds délévation. On observe de laisser dans le milieu de
ces galetas une ouverture carrée de deux pieds,
& demi pour le pacage des Nègres qui placent le sucre dans l'étuvc. Il arrive quelquefois que presle dans les bâtiments , soit par le bcloin des formes, soit
par le défaut de place , on cst obligé de piquer
l'étuve. Cette expression signifie que lorfquc
tous les galetas font remplis, on double la
quantité ordinaire des formes de sucre, en
mettant les dernières en sens contraire aux
premières, c'est-à-dire, les unes dans les autres , comme on arrange les bouteilles dans.
un caveau. Dans cette étuve communique une espèce
de poêle, appelle tambour. Il entretient un degré de chaleur proportionné à l'humidité de
la saison, ou au temps que l'on veut employer
à lécher le lucre. C'est là que le sucre renferme
hermétiquement s'essaye en entier, & prend cette dureté convenable qui donne à ses cristaux
la blancheur & l'éclat du diamant. On le retire de l'étuve pour en faire le
triage. Ce triage consiste à couper les têtes
des formes) où le sucre a toujours une petite teinte de jaune qui provient de quelques.
parties siropeuses qu'on n'a pas pu en extraire.
Il coniiilc également à racler les formes, Ili(;;icr Ttruve. Tambour. Yriag; du sucre --- Page 89 ---
de la fabrication du Sucre. t c eit-a-dire a enlever toutes les parties qui
touchoient les parois du vase, qui le ressentent aussi de la teinte siropeuse. Elles composent la robe , pour ainsi dire, de la forme
font masse avec les sirops fins pour la
seconde qualité de l'étuvée. Le sucre trié passe dans le canot. Ce canot
cst une caissè de vingt-quatre pieds de long x
de quatre pieds de large de haute dç trois
pieds & demi. Il cst solidement fait. C'est là
que l'on pile le sucre. Les pilons dont on se sert pour cette opération sont aisés à concevoir. Ce font de longs
bâtons très-forts auxquels on adapte un bout
de bois gros & lourd, de manière pourtant
que chaque nègre puisse en lever un facilement.
passe dans le canot. Ce canot
cst une caissè de vingt-quatre pieds de long x
de quatre pieds de large de haute dç trois
pieds & demi. Il cst solidement fait. C'est là
que l'on pile le sucre. Les pilons dont on se sert pour cette opération sont aisés à concevoir. Ce font de longs
bâtons très-forts auxquels on adapte un bout
de bois gros & lourd, de manière pourtant
que chaque nègre puisse en lever un facilement. De là le sucre va dans les barriques qui contiennent généralement quinze à dix-huit cents
pcfant : on l y foule encore à coup de pilons.
C est ce qu' on nomme le pilon des barriques. Le rannage du sucre tient au luxe ; il le
rend r)lus beau a 1 'œil : mais je crois que c'cst
aux dépens du goût. Cependant comme cette opinion de le clarifier prévaut , & qu'elle donne lieu même
à une branche de manufactures utiles pour
beaucoup de manipulateurs en Europe, je ne
puis me dispenser de m'y arrêter un instant
pour remplir, au moins en partie , l'obligation
que j'ai prise de jeter un coup d'œil sur toutes
les opérations du sucre. f clarification est un travail absolument
étranger à la fabrication du lucre ; elle n'en
fait partie qu'autant qu'on l'emploie sur les
matières secondes, dont le produit devient
alors plus considérable. Canot. Pilon du canot. Pilon de barriques. X. Clarification. Son luxe ; son
désavantage Matières fécondes. --- Page 90 ---
91 Discours sur les opérations Les matières qu'on destine ordinairement à
la clarification sont les fontaines &r quelques
têtes de formes de sucre blanc. Ces têtes
font particulièrement la base des clarifiés en
ce qu'elles contiennent plus de tels propres à.
former le grain, & que le grain est indispensable
pour cette qualité de lucre. La veille du jour que l'on doit clarifier ou
raie nétoyer scrupuleusement la grande chaudière à cuire les sirops. On verle dans cette
chaudière, je suppose , trente canaris d'eau,
vingt bayes de fontaines & dix bayes de têtes
de formes de sucre blanc. Il faut avoir eu soin j un jour avant cette
opération, de sè procurer du sang., soit de
bœuf, soit de cheval, soit de mulet. La chaudière en état, l'on verte dans une
demi-baye d'eau, de ce même sang, environ une cueillère à terrer. Ensuite par le
moyen d'un mouveron, l'on agite & mêle
bien cette lotion que l'on jette dans la chaudière. Après on sè sert d'une baye pour transvaser ce mélange plusieurs fois, en le laissant
tomber de très-haut jusqu'à ce qu'il ait atteint
son état de moufle. On laide le tout jusqu'au
lendemain. Cet intervalle suffît pour l'adion
des alkalis sur les corps à neutraliser. Le lendemain à quatre heures du matin on
met le feu sous la chaudière. Ce feu doit être
brusqué jusqu'à ce que cette chaudière soit
bien échauffée. Quand elle est près d'entrer en ébullition on
retire soigneusement le feu , qu'on n'entretient
plus alors qu'avec une très-petite portion de
bagasse. Dans cet état toutes les parties hétérogènes Matières qu'on
emploie à cet
cirest . - ^ de
charger la chaudière.
Le lendemain à quatre heures du matin on
met le feu sous la chaudière. Ce feu doit être
brusqué jusqu'à ce que cette chaudière soit
bien échauffée. Quand elle est près d'entrer en ébullition on
retire soigneusement le feu , qu'on n'entretient
plus alors qu'avec une très-petite portion de
bagasse. Dans cet état toutes les parties hétérogènes Matières qu'on
emploie à cet
cirest . - ^ de
charger la chaudière. Sang qu'on emploie. Lotion ou bvement de sang. Chauffage. Ebulitipn. Quand il falt
cesT:r tout- à -
fait de chauffer. --- Page 91 ---
de la fabrication du Sucre. 93 relèvent à la superficie, forment un corps
d'écumes très-noir , très-épais. La liqueur se
divise & à l'instant où elle fait monter les
écumes il faut faire cesser le feu entièrement :
il ne faut pas alors la plus légère ébullition.
Cette observation est de rigueur : car si la chaudière subit la plus petite ébullition , à la première montée , l'opération est manquée. Malgré le système de quelques rafineurs, j'ose
croire que la faute, en pareil cas, est irréparable. Lorsque la chaudière est totalement montée
au point que l'on desire , & qu'elle a par
conséquent atteint le bourrelet3 un Nègre adroit
enlève, sur le champ avec célérité, toutes
les écumes qui surnagent j promenant indifféremment l'écumoire iur toutc l'étendue de la
chaudière. Le bourrelet le tait avec de la paille de bananier , enveloppée dans de la grosse toile. On
s'en sert pour entourer la circonférence superficielle de la chaudière , afin d'empêcher la
liqueur de s'échapper avec l'écume. Une demi-heure après que la chaudière a
monte, la liqueur sc resserre, les écumes s'abaiilent l'on celle le travail de l'écumoire. Alors le rafineur fait verser une cueillerée
de sang dans une demi-baye d'eau, la fait
bien fouetter, &: après avoir fait jeter une
baye d'eau fraîche dans la chaudière, il y fait
verser ce premier lavement de lang. On lai lie pendant un quart d'heure cette
chaudière dans cet état. Ensuite on tait remettre
le feu au fourneau , de manière que la chaudière n'éprouve qu'une légère ébullition sur
le derrière pour renvoyer toujours sur le L'instant d'écuintr. Bourrelet. Quand il fau
ceiler d'écumer Premier lavement de sang. Manière de remettre le fcu. --- Page 92 ---
94 Dicours sur les opérations - ^ i
devant les écumes., qu'on a soin de faire
enlever à mesure & promptement. Cette opération doit durer une demi-heure. Apres on fait retirer le feu. La chaudière baisse
&: on lui donne un second lavement femblable au premier. On remet pour la troisième fois le feu sous
la. chaudière *, on la fait encore bien écumer
on retire le feu tout à fait. On laine cette
chaudière dans (on état de refroidissement pendant deux heures) pour donner le temps aux
molécules qui n'ont pu surnager, de se déposer
au fond. Il ne faut pas perdre de vue qu'avant le
dernier lavement de sang , il convient de jeter
dans la chaudière une ou deux bayes d'eau de
chaux très-claire, de faire des lotions d'eau
froide j en secouant souvent le mouveron dans
la chaudière, sans arrêter le feu, & en écumant toujours avec le plus grand soin. Après cela., on fait nétoyer bien proprement
plusieurs chaudières, sur lesquelles on pose un
panoir revêtu intérieurement d'un drap ou d'un
linge quelconque.
de sang , il convient de jeter
dans la chaudière une ou deux bayes d'eau de
chaux très-claire, de faire des lotions d'eau
froide j en secouant souvent le mouveron dans
la chaudière, sans arrêter le feu, & en écumant toujours avec le plus grand soin. Après cela., on fait nétoyer bien proprement
plusieurs chaudières, sur lesquelles on pose un
panoir revêtu intérieurement d'un drap ou d'un
linge quelconque. Ces pafloirs se font aujourd'hui avec beaucoup d'art. Cest une espèce de tamis dont
le fond est une grille en laiton j extrêmement
fine, & revêtue d'une autre grille pareille aussi
fine que de la gaze serrée. Pour tirer le clair un Nègre se sert d'une
grande cuillièrc. Il puise toujours à la surface
de la chaudière la liqueur clarifiée &r la jette
dans un corbin. Le corbin rempli, on le vide
doucement dans le pafloir qui conduit la liqueur dans la chaudière. C'est ainsi que l'on
transvase tout le clarifié pour éviter d'y mêler
aucun corps étranger. Second laveiment de fang. Troisième Se
dernier chauffage. Observation. Tirer le clair. Pafloir. Précaution pour
tirer le clair. --- Page 93 ---
de la fabrication du Sucre. 97 La cuite du clarifié se fait ordinaircment
-dans l'équipage à sirop, composé de deux
chaudières. On divise le clarifié en deux portions à peu
près égales pour former deux batteries. On transvase La première portion dans la
batterie de l'équipage pour lui donner ion degré de cuite. Ce degre doit être bien inférieur à celui du sucre ordinaire. On tranÍvidc
ensuite cette liqueur avec un corbin dans un
rafraîchissoir , & l'on attend , avant de tirer la
seconde batterie, que la première ait atteint
sen point de cristallisation & de congell ition. On enforme cette liqueur comme celle du
sucre ordinaire. On lui donne la même manipulation. Il y a pourtant cette exception , que lorsque
le clarifié ell bien travaillé on ne fouille jamais
ses fontaines. Pour être exaâ: je dois faire ici une observation
importante sur la cuite des gros sirops. Il existe deux manières de cuire les gros
sirops j savoir par batterie, &: par ronde. Si la matière cil riche & provient d'unc belle
.qualité de sucre, & si elle a du corps, les sirops
le cuisent par batterie, comme le sucre de cannes,
& s'enforment de même. On observe toujours
un intervalle suffisant, d'une batterie à l'autre,
pour que chacune ait séparément le temps de
se cristalliser. Si les sirops sont légers, ou contiennent trèspeu de sels on les cuit par ronde. Cuire par ronde, c'est faire nétoyer dix à
douze chaudières pour y diviser par égale por-'
tion toute la liqueur que donne chaque batterie. De cette manière la masse de sirop sc : Où se f?Ír ta
cuite du clatihS Divifîoi du
clarifié. Opération de la
cuicc. Enfôhnagé; , Exception; Observation
Air la cuire des
gros sirops.
ou contiennent trèspeu de sels on les cuit par ronde. Cuire par ronde, c'est faire nétoyer dix à
douze chaudières pour y diviser par égale por-'
tion toute la liqueur que donne chaque batterie. De cette manière la masse de sirop sc : Où se f?Ír ta
cuite du clatihS Divifîoi du
clarifié. Opération de la
cuicc. Enfôhnagé; , Exception; Observation
Air la cuire des
gros sirops. Deux manières
de les cuire ,
par batrerie &
par ronde. Cuire par
batterie. Ce que c'est
que cuire par
ronde. --- Page 94 ---
6 Dï/cours sur les opérations " J i
glace dans un temps égal. Quelquefois il faut
moins de chaudière. C'est toujours en raisori
de la quantité de la qualité des iirops que
l'on veut faire cuire. La manière de faire les petits pains tapés
cst facile, sans doute, mais tout le monde ne
la fait pas, & comme je travaille pour les
apprentis on ne trouvera pas extraordinaire
que j'en parle. Je connois même d'habiles rafineurs qui ne la connoissent point. On peut
ians rougir ignorer une choie qui n'est que
surabondante 3 & l'on peut faire du beau lucre
en ignorant même l'art de la clarification, &
de plusieurs autres manipulations qui ne lui
sont point parfaitement etTentielles. On choisit en général du très-beau sucre pour
cette opération, & même pour se dispenser
de lui donner le degré d'humidité on s'en sert
à la fin de son égout c'est-à-dire au moment
de le palier à l'étuve. On pose cette forme sur une table couverte
d'un linge blanc , & l'on fait usage d'un couteau pour la réduire en pouiliére par le moyen
de la raclure. On remplit de cette pouiliére- de petites
formes d'argent. On presle bien cette poussière
avec le pouce. Quand la forme est bien remplie j on la prend de la main gauche & avec
une petite palette de bois que l'on tient de
la main droite , on la frappe convenablement.
Sur le champ on la loche., on la met au soleil
à l'étuve. Cette opération ne demande pas
plus de soins. Autrefois on avoit pour usage de décanter :
mais cette méthode paroît avoir perdu de son
crédit. Cependant si je m'en rapporte au succés
qu'en y i. Des petits pains
tapés. le sucre qu'on
emploie Manière de le
racler. Comment on
en reirplit les
formes d'argent. XII. Méthode de
decamer. --- Page 95 ---
dz la fabrication du Sucre. 97 G qu'elle procure ,à plusieurs Habitants qui s'en
fervent, elle est a une véritable utilité. Elle doit être employée avec précaution parce
qu'elle n'est pas également propre à toute
espèce de matièrés. Par exemple elle réussit parfaitement sur les
écumes du clarifié & du vin de canne. Quand on veut décanter on fait porter dans
la iucrerie plusieurs barriques défoncées par
le haut, & on les fait placer debout. Avant de les arranger on a soin de les
percer toutes également, c'est-à-dire qu'on
-fait à chacune, dans la longucur des douves.,
& dàns une ligne droite 1i l'on veut, à quatre
pouces de distance l'un de l'autre ., des trous
que l'on bouche avec des chevilles de bois.
. Quand on veut décanter on fait porter dans
la iucrerie plusieurs barriques défoncées par
le haut, & on les fait placer debout. Avant de les arranger on a soin de les
percer toutes également, c'est-à-dire qu'on
-fait à chacune, dans la longucur des douves.,
& dàns une ligne droite 1i l'on veut, à quatre
pouces de distance l'un de l'autre ., des trous
que l'on bouche avec des chevilles de bois. Ensuite moyennant une bave ordinaire on
verse dans chacune de ces barriques toutes les
écumes que l'on peut avoir; lorique chaque
barrique est remplie à peu près aux trois quarts,
on y versé doucement &: avec bien du Coin
une baye de terre bien batue; bien délayée,
telle enfin qu'on s'en sert pour terrer le sucre.
On laisse ces barriques dans cet état pendant
cinq ou six heures. Au bout de ce temps la terre , répandue sur
la surfacé du sirop, le dépote par ion propre
poids au fond de chaque barrique , entraînant avec elle tous les corps étrangers au sucre
qui. sè trouvoient répandus dans les écumes. Alors on ouvre le trou d'en haut, le premier, en en retirdnt la cheville, & l'on tire
le premier clair. On en fait de même successivement pour chacun des trous. De cette manière
il résulte que l'on a dégagé la portion de fucre que l'écumoire avoit enlevée avec les écumes. Elle n'est pas
propre à touca
matière. Où elle réussît
le mieux. Prépararif pour
décanter. Manière de percer les barriques Le terrage Son effet Manière d'ertirer le clair» --- Page 96 ---
Discours sur les opérations Je dois, en faisant sentir l'utilité de cette
méthode, ne pas dissimuler l'inconvénient:
qu elle présente. Si on l'observe rigoureusement, c'est-à-dire si on lui soumet toutes les
écumes, il ne reste plus de sirop à donner
aux animaux pendant la roulaiion. La portion
des écumes grasses, dont on arrose communément les herbes hachées pour la nourriture
des mulets qui travaillent, se trouve alors
tellement surchargée de terre qu'elle ne peut
être que nuilibic. Dans ce cas l'on a recoursau sirop je crois bien que cette ressource
ne tend pas à l'économie. Il faudroit donc
alors remédier à cet inconvénient en s'occupant un peu plus du fourrage dans un pays
où celui qu'on y voit est si peu nutritif. Ce
fera une de mes occupations dans quelque
discours suivant. On décante également les matières à clarifier. L'utilité en est la même. Mais l'inconvénient en est plus grand encore par la. perte
des écumes. On Cent que cette perte est d'une
plus grande conséquence que celle qui résulte
des écumes de vin de canne. Depuis l'établillement de la culture à SaintDomingue , depuis celui des sucreries, c'està-dire depuis un siécle environ qu'elles y sont
connues , on n'avoit pas trouvé un instant pour
rédiger en principes les opérations d'aucunes
manufactures, même de la riche fabrication
du lucre. Ceux qui en ont eu le temps n'ont pas
voulu recueillir ces principes, ou parce qu'ils
ont cru de leur intérêt de ne pas publier ce qui
leur donnoit de l'importance, ou parce qu'ils
ont trop peu présumé de leurs talents, ou ~L'Inton ~eurent
de cette mjthode. . On décante 1 es
madères à cla-
~Éifier. Perte qui en
résulte. X I V. Observations
générales sur StDomiague.
ux qui en ont eu le temps n'ont pas
voulu recueillir ces principes, ou parce qu'ils
ont cru de leur intérêt de ne pas publier ce qui
leur donnoit de l'importance, ou parce qu'ils
ont trop peu présumé de leurs talents, ou ~L'Inton ~eurent
de cette mjthode. . On décante 1 es
madères à cla-
~Éifier. Perte qui en
résulte. X I V. Observations
générales sur StDomiague. Sa longue insouciance pour
les airs. l'aufes de ce vice
local. --- Page 97 ---
de la fabrication du Sucré. 99 G h parce que la mollesse dans .laquelle ils vivent,
après quelques heures de travail, leur inspire
plutôt le desir de compléter leurs jouissances
perfonnclles que de s'occuper du bien général. De tous temps les Colonies ont possédé
des hommes instruits, des savants même; elles
en ont dont la Métropole auroit pu se glorisier :
mais leur apparition a été celle des météores
qui ne frappent guère les yeux des ignorants
ou qui ne les fixent que pour un instant. La
dépravation du pays étoit à un tel point dans
l'origine, que tout ce qui ne produirait pas de
l'or étoit sans prix. On le moquoit de l'homme
qui paroissoit s'occuper autrement qu'à acquérir
'des riche sses. Long-temps on a coniervé cet
axiome cupide : On ne. vient point ici pour changer d'air. On entendoit par là que tous les calculs,
tous les moyens, toutes les idées devoient
tendre à devenir riche , pour aller en France
étaler un luxe insolent; Insensibilité pour tous
les cris de la conscience & de l'humanité ,
basses adulations, impudente audace; telle étoit
la méthode expéditive &: commode que l'on
connoissoit alors. Bien des gens profitaient de
l'csprit général, & entraînés par le tourbillon ils
croyoient se dédommager par de grands biens
de la perte de leur esprit & de leurs connoissances , de leurs vertus, même de leur humanité. Voilà ce qui a perpétué si long-temps parmi
les Colons l'indifférence pour les beaux arts
&: le desir toujours renaissant d'aller en France. De Et vient ce découragement pour les choses d'agrément. On ne vouloit, on ne devoit
rester que quelques instants à Saint-Domingue;
il étoit inutile d'embellir son séjour, il étoit sa fciœj Ta continuité Son ncoHfi^
nisuc, --- Page 98 ---
îoo T) if cour s sur les opérations meme économique de le priver de ce plaisir
On convenoit bien quelquefois des avantages
du climat, mais on étoit frappé des commodités qu'on trouve dans les grandes villes de
la mère patrie , l'on ne daignoit même pas
s'appercevoir qu'on peut également le les procurer sur nos bords lointains.
ellir son séjour, il étoit sa fciœj Ta continuité Son ncoHfi^
nisuc, --- Page 98 ---
îoo T) if cour s sur les opérations meme économique de le priver de ce plaisir
On convenoit bien quelquefois des avantages
du climat, mais on étoit frappé des commodités qu'on trouve dans les grandes villes de
la mère patrie , l'on ne daignoit même pas
s'appercevoir qu'on peut également le les procurer sur nos bords lointains. C'est par une erreur auili grofficre, que le
plus beau ciel du monde 3 que les lieux 1 les
plus propres à être embellis, n'ont plus inlpiré que des idées tristes , que des pensées
chagrinantes , que des desirs inconsidérés. La
terre la plus riche , la plus heureuse n'a plus
paru qu'une affreule prison, & le bonheur a.
consisté à en sortir promptement. On a tout
exagéré. Les chaleurs, disoit-on, y sont perpétuellement excessives ; on y respire le feu.
Le climat y est il mal sain, ajoutoit-on, qu'on
y vit difficilement & qu'on y meurt bien avant
le temps prescrit par la natûre. On étoit de
mauvaise foi far la chaleur & sur la durée de
la vie. On s'aveugloit sur la cause de la quantité de mourants : on ne vouloit pas voir que
les prenriers défrichements en produisent toujours beaucoup , que les débauches & les
orgies des premiers temps de cette Colonie
ont dû en prolonger le trille spectacle , &:
que les premiers enfants de ces hommes, amants
immodérés du plaisir, ont dû sc ressentir encore des excès de leurs pères. Ce n'étoit pas
le climat que l'homme sage avoit à redouter,
c'ctoit la facilité des plai sis, l'exemple pernicieux des esprits libertins. Depuis que les Colons
ont ~ma'itnie leur moral, ils n'ont, plus tant
à se plaindre de leur physique. Il n'existe
plus qu'un mal dangereux , qui Ge peut se
premiers enfants de ces hommes, amants
immodérés du plaisir, ont dû sc ressentir encore des excès de leurs pères. Ce n'étoit pas
le climat que l'homme sage avoit à redouter,
c'ctoit la facilité des plai sis, l'exemple pernicieux des esprits libertins. Depuis que les Colons
ont ~ma'itnie leur moral, ils n'ont, plus tant
à se plaindre de leur physique. Il n'existe
plus qu'un mal dangereux , qui Ge peut se effet per-
~hideux. --- Page 99 ---
de la fabrication du Sucre. 101 G iij guérir que par la force de l'esprit , mai
qui moissonne beaucoup de jeunes gens, &
dont les Européens qui viennent dans les
Colonies ne font que trop Couvent victimes,
c'est le chagrin produit parla nécessité ou par
l'ambition. L'émigration de ces jeunes gens est
quelquefois trop considérable : à l'instant qu'ils
arrivent ils ne trouvent pas tous en même temps
des emplois qui les retirent de la misère par
laquelle ils {ont pou ssés sur nos bords : le chagrin s'empare de leurs ames; la maladie survient,
& sans appui, sans facultés ^ ils meurent faute de
foins. Un peu plus de patience, Couvent encoru
une meilleure conduite, auroit conservéà l'état
des flijets précieux. Les jeunes gens qui écoutent davantage la raison lavent se plier à
la circonstancc , ne dédaignent pas des travaux
toujours honorables quand ils sont faits avec
exactitude, & parviennent à leur tour au but
qu'ils ont dû se proposer. L'amour propre mal
entendu produit des maux par-tout : mais il en
fait naître de terribles dans les Colonies. Tel
cst l'effet pernicieux de l'ignorance orgueilleuse.
Tout le monde veut être riche parce que tout le
monde aime le brillant. Comment cette envie
ne ~icr ;' elle pas générale? Dès l'enfance on
nous lait admirer les riche sses, & l'on a soin
de les offrir à notre vénération comme l'objet
qui peut seul procurer le bonheur. De là cette
ambition prévoyante dans ses moyens 3 & qui
ne l'est presque jamais dans ses fins. De là tant
de gens riches qui montrent leur fortune , &
déguisent leur cœur. De là ces légions dévorantes qui viennent dans les Colonies, y apporter des vices & des maux , &r mourir dans
l'obscunté. --- Page 100 ---
loi Discours sur les opérations Heureusement les temps commencent à chaa-,
ger ! Les vertus n'y font pas encore en foule :
mais les vices y diminuent beaucoup. Une certaine urbanité s'y est introduite-, & si l'on y perd
un peu de cette franchise qu'on aimoit dans nos
ancêtres : on y perd ausil de cette groliièreté
rebutante qui l'accompagnoit presque toujours.
On n'y boit plus comme nos ayeux, mais on
y pense davantage. On n'y est plus prodigue :
mais on y est bienfaisant, généreux ; & si l'on
n'y a plus cette énergie qu'on avoit autrefois,
on en cst dédommagé par plus d'humanité,
par cette délicatesse dans les sentiments qui dans
d'autres temps étoit infiniment rare. Les Auteurs
ont asièz ordinairement l'habitude de trouver
le siècle où ils vivent le plus mauvais j, le plus
dépravé; mais jusqu'à présent ce principe ne
sauroit être appliqué à Saint-Domingue : les
mœurs y gagnent de jour en jour.
n'y a plus cette énergie qu'on avoit autrefois,
on en cst dédommagé par plus d'humanité,
par cette délicatesse dans les sentiments qui dans
d'autres temps étoit infiniment rare. Les Auteurs
ont asièz ordinairement l'habitude de trouver
le siècle où ils vivent le plus mauvais j, le plus
dépravé; mais jusqu'à présent ce principe ne
sauroit être appliqué à Saint-Domingue : les
mœurs y gagnent de jour en jour. On commence à s'y dégager de l'épaisse
ignorance ; on n'y voit plus tant de tièdes admirateurs du bien, &r l'on y pare les grâces de
l'esprit du goût des sciences & des beaux
arts. On y fredonne des vers 3 on y essaie
de la proie légère, & l'on s'y adonnc même
aux sciences exattes. Le Jurisconsulte & le
Médecin y montrent plus que jamais l'amour
de l'étude & des connoissances utiles. On y
trouve des admirateurs de l'astronomic , qui
essayent de donner à leurs yeux l'habitude
de la contemplation; des Botanistes qui lèvent
une partie du voile qui cache des beautés
innombrables, encore inconnues au reste de la.
terre ; des Phyliciens qui conduisent à des découvertes précieuses, & des amateurs en tous
genres qui ne peuvent qu'opérer une révolu- ~®5u»çemcnt
de temps. Tn-,rod,.iaion
.IU beaux arts. --- Page 101 ---
de la fabrication du Sucre. 103 Ç w lion heureuse dans un pays encore totalement
inconnu. On peut se convaincre de cette vérité en
examinant les mémoires sans nombre qui
ornent les archives du Cercle des Philadelphes.
Cette Société savante , si près encore de la
naissance possède une colledion immense de
faits curieux intéressants. Il cst fâcheux
que les frais d'impression, nécessairement exorbitants dans les Colonies, ne lui permettent pas
de les faire imprimer sous ses yeux, & qu il
faille leur donner le jour à deux mille lieues
du pays où ils ont été conçus. Si l'on doit
lavoir gré aux vrais Citoyens qui ont élevé cette
espèce de Colonie. académique, cette Société
doit à son tour beaucoup de reconnoissance
aux personnes qui ont eu allez de courage
pour accueillir son établissement. En effet, quoi de plus encourageant que
cette affluence de tous les ordres qui ont
assisté au moment de son installation ? quoi de
plus encourageant que la satisfaction des
Chefs, & que les applaudissements de tous
les citoyens ? Cette Société en osant paroître
a semblé ne taire que prévenir le desir des
Colons, il lui est doux de penser que s'il
lui en coûte des peines, des dépenses & des
veilles, l'estime des gens tages, celle même
de la postérité peuvent être la récompense de
ses nobles efforts. Cette récompense est la vraie
félicité : ce n est que par cet intérêt épuré que
l'on est quelque choie , & cette grande idée
peut seule donner à cette réunion d'Amateurs
des scienccs cette force , cette activité morale
qui élève le courage. Une carrière si glorieusement, si brillamment commencée, peur être
des dépenses & des
veilles, l'estime des gens tages, celle même
de la postérité peuvent être la récompense de
ses nobles efforts. Cette récompense est la vraie
félicité : ce n est que par cet intérêt épuré que
l'on est quelque choie , & cette grande idée
peut seule donner à cette réunion d'Amateurs
des scienccs cette force , cette activité morale
qui élève le courage. Une carrière si glorieusement, si brillamment commencée, peur être Cercle àe-.^
rhiladclphe^ Son encoura^
gemeui» --- Page 102 ---
104 Discours sur les opérations parcourue à pas de géants; & ce qui prouve
que ce pays n'est pas aussi supersficiel qu'on
l'a cru , c'est lé plaisir qu'on a ressenti
généralement de voir plusieurs citoyens sc
réunir pour former le projet hardi d'imiter
l'institution d'une Académie des Sciences.
Ce qui prouve que cctte Société naissante
entre les deux tropiques est heureuse dans
son espèce de témérité, c'est qu'elle compte
déjà au nombre de ses membres des Académiciens illustres, des Savants d'Europe &: des
personnes de haute distinétion qui n'ont pas
dédaigné de s'associer aux travaux de ses humbles fondateurs. Cette Académie, fondée par
des personnes qui n'ont que le goût des Sciences , sera bientôt composée entièrement des
Savants suivant le but de son inititution. Le
Cercle des Philadelphes doit donc en général
se féliciter de l'accueil de la Colonie : les Habitants lui envoient en foule des matériaux de
tous genres & souvent précieux qu'il se propose de faire connoître le plutôt possible; il
n'oubliera surement pas de faire toujours une
mention honorable de ses bienfaiteurs, de
ceux qui le mettent à même d'être d'une vraie
utilité pour le Public ; il ne néglige rien pour
mériter d'offrir un jour, par l'admission dans sois
sein, une récompense aux Colons honnêtes qui
entrent dans ses vues en lui faisant part de
leurs connoissànces. C'est ainsi qu'il justifiera
sa conduite au tribunal impartial de la sagesse
de la postérité. C'est ainsi que chacun de
ses membres fat i s faisant son cœur & son esprit
se fouticht dans l'espoir de ne pas travailler
en vain rout à fait. C'est dans le progrès de la
chose publique qu'il veut trouver le dignc --- Page 103 ---
de la fabrication du Sucre. 105 prix d'une vie glorieuse , consacrée à sa patrie. Tranquillement enveloppe de sa vertu s
il lui suffira d'avoir été utile; il n'aura pas l'orgucil de prétendre à l'immortalité ; il fè confiera de l'oubli en pensant qu'il peut donner
le jour à des enfants célèbres ; ceniuré des uns,
blâmé des autres , il lui luffira d'être estimé pai
les honnêtes gens. Le mot de Philaddpke renferme tout ce que l'on peut imaginer de beau,
d'aimable, de grand & de sensé dans un savant.
Accoutumé à aimer les hommes, il apprend
à sè connoître lui-même, il fait qu'il n'est
rien que les circonstances & que le temps
ne puissent rendre pollible. Après avoir examiné
ce qu'il y a de plus important dans la nature,
il cst convaincu que son semblable doit être
l'objet de les plus serieuses réflexions. Perluadé
que le bonheur des hommes cil le résultat de
mœurs pures, sa conduite annoncera par-tout
une sagesse bienfaisante *, modeste dans les
prétentions, il lui suffira de savoir que si on
peut briller davantage dans une sphère étendue , on peut faire le bien dans une plus refserrée -, il se fera toujours un devoir de former
son cœur avant d'orner son esprit.
semblable doit être
l'objet de les plus serieuses réflexions. Perluadé
que le bonheur des hommes cil le résultat de
mœurs pures, sa conduite annoncera par-tout
une sagesse bienfaisante *, modeste dans les
prétentions, il lui suffira de savoir que si on
peut briller davantage dans une sphère étendue , on peut faire le bien dans une plus refserrée -, il se fera toujours un devoir de former
son cœur avant d'orner son esprit. Telle est cette Société dont les racines ne
peuvent que le fortifier IOUS l'adminisiration
d'un Chef tel que M. le comte de la Luzerne,
qui par Ion amour pour les sciences , celui
du pays confié a sa sagesse, ne peut être que
favorable aux intentions des gens instruits.
g M. de Marbois, littérateur distingué , &T animé
du même esprit, ne peut qu'ajouter encore à
des présages auRi flatteurs. Il étoit réservé à
ces Administrateurs de rcnouvellcr l'âge d'or
de la Colonie qu'avoient fait naître MM. de de la
Messîeurs Se de
Luzerne bois.
Mai --- Page 104 ---
106 Discours sur les opérations i ai-nage & Maillart : il ne reste donc plus à
desirer que la durée de leur adminiilration 1
A la bienfaisance de leurs prédéce sseurs ils
joindront la gloire d'avoir aidé à éclairer un
pays dont on eil encore loin de connoître
toutes les beautés. Voila donc la Colonie qui prend une nouvelle vie ! Apres avoir été long-temps hérissee
de ronces d'épines, elle se couvre de fleurs
de fruits. Quel avenir heureux ! par-tout
pu les sciences pénètrent, on ne tarde pas à
se ressentir de leurs bienfaits. C'est un moment
bien in té reliant pour un Philosophe que celui
pu il observe cette espece d'agitation des hommes qui brûlent du desir d'être utiles. La
peine qu'ils se donnent pour s'ouvrir une
route lumineuse dans des lieux encore obscurs,
çst aussi intéressante aux yeux du sage qu'utile
à tous les hommes. On gagne à Les considérer,
même dans le flux & le reflux de leurs opinions. Sous ce point de vue quel spectacle
présente aujourd'hui Saint-Domingue à toutes
les parties du monde ! que de choscs inconnues pour les lavantes Académies l Siint-Domingue ne peut pas tarder à. être une Colonie
aussi précieuse aux yeux des Savants, qu'elle l'a
été qu'elle le sera encore sous le point de
vue politique. 11 ne lui faut plus que de l'encouragement, Ce principe des recherches les
plus heureuses va bientôt y faire naitre, comme
pn Europe, le mépris pour ceux qui s'amollissent
dans l'cisiveté. Il ne faut plus qu'y considérer
l'homme laborieux. Le sen du courage anime le
travail, l'habitude du travail donne à la longue
l'expérience des choses passées , & bientôt on
aura des vues grande: &r nouvelles sur les choies [texte_manquant] --- Page 105 ---
de la fabrication du Sucre. 107. les plus importantes. Les moyens pourront
encore en être lents , difficiles, les obstacles.
nombreux : mais il n'est pas douteux qu'on
ne parvienne quelque jour à rendre SaintDomingue digne de fixer l'attention. Je verrais
même tans étonne ment qu'il fût l'objet de
l'admiration des uns & de l'envie des autres.
Il se forme, si je puis m'exprimer ainsi , un
foyer de connoissances que les Administrateurs
qui nous gouvernent ne peuvent manquer de
faire tourner au profit de la nation. Que de
découvertes précieuses doivent en sortir! Les premières pourront être peu considérées, mais
c'est au temps qu'il appartient de les faire
jauger.
Je verrais
même tans étonne ment qu'il fût l'objet de
l'admiration des uns & de l'envie des autres.
Il se forme, si je puis m'exprimer ainsi , un
foyer de connoissances que les Administrateurs
qui nous gouvernent ne peuvent manquer de
faire tourner au profit de la nation. Que de
découvertes précieuses doivent en sortir! Les premières pourront être peu considérées, mais
c'est au temps qu'il appartient de les faire
jauger. Si je me suis écarté quelque temps de mon
sujet principal, on me le pardonnera en faveur
de l'intention. J'y reviens avec le même plaihr
que j'avois au moment que je l'ai quitté. J'ai
cru cette digression bonne & en elle même ^
par le motif qui me l'a dictée. C'est donc
après m'étre convaincu que les jeunes apprentis
raffineurs attendoient en vain de leurs maîtres
un ouvrage qui pût abréger leur peine à apprendre, que je me suis déterminé à travailler pour
eux. Je me trouverai grandement recompensé
de quelques veilles que ce travail m'a coÚtées , si j'ai le bonheur de leur être d'une
vraie utilité. Je goûterois aussi un plaisir bien
encourageant, si je pouvois espérer de trouver
dans les maîtres de l'art allez d'indulgence
^ ^ O
pour que mon discours leur offrit quelques endroits intérenants. Au lurplus je répète ma
profession de foi, j'ai eu pour but, en faisant
même ce que j'ai pu, d'exciter ceux qui en
sa vent plus que moi à réparer mes fautesj Inttntion da. FÀdccut. --- Page 106 ---
108 Discours sur les opérations mes omissions, & de procurer ainsi aux Colonies un ouvrage avantageux sur pouces les
parties importantes de l'agriculture & des
manufactures de Saint-Domingue, Ceux qui n'ont pas lu l'ouvrage de M. D. G. X , habitant à la Grenade, & qui n'en
connoissent que le titre, sont peut-être precisément ceux qui m'opposeront ion Essai sur
rart de cultiver la canne & d'en extraire le sucre ^
imprimé en 1781. Ils chercheront par Et a
délapprccier mon travail, en espérant de faire
croire que j'ai e.u un modèle. A cet égard jcdois compte de ma conduite au Public. Ma.
rédaction des principes sur les opérations de.
la sabrication du lucre étoit achevée que je
n'avois pas l'avantage de connaître cet Auteur,
sans une revue que je fis dans la bibliothèque du Cercle des Philadelphes 3 pour tout. •
autre objet même que celui du sucre, j ignorerois encore l'exiitence de cet ouvrage. Je ne pensois donc point à M. D. C. X.
que je ne connoissois pas. Au surpius qu on
examine le plan de l'ouvrage., sa forme, sa.
distribution, ion volume même, on ne verra.
rien dans le mien qui ait la moindre rclfemblance. Je ne pensois pas comme cet Auteur 1
il étoit donc in1poHible de nous rencontrer. Ce
n'est pas aisez de le dire , il faut que je le
prouve ; & c'elt uniquement à ce dessein que
je vais jeter un coup d'oeil sur son ouvrage. Ce citoyen infiniment estimable par les.
talents personnels n'a pas rempli le but qu 'il
a dû se proposer. En écrivant il a du avoir
l'intention de se faire entendre de ceux qui
en savent moins que lui, &: je crois qu 'il n a
pas cet avantage. Beaucoup de raffincurs ont x V. Coup-d'œil sur
l'Ouvrage de
M, D. C. X. Il est digèrent
sn tons sens de
celui de l'Au •
teur.
infiniment estimable par les.
talents personnels n'a pas rempli le but qu 'il
a dû se proposer. En écrivant il a du avoir
l'intention de se faire entendre de ceux qui
en savent moins que lui, &: je crois qu 'il n a
pas cet avantage. Beaucoup de raffincurs ont x V. Coup-d'œil sur
l'Ouvrage de
M, D. C. X. Il est digèrent
sn tons sens de
celui de l'Au •
teur. --- Page 107 ---
de la fabrication du Sucre. 109 acheté Ion livre, & tous ceux que je comiois
m'ont avoué sincèrement 6c prouve d'une
manière certaine qu'ils ne l'entendent pas. J al
vu moi-même que j malgré le nombre infini
de divisions dont son ouvrage est silrchargé, que malgré sa préface 6c puis une
autre intitulée Plan de l'ouvrage, ses chapitres j
ses paragraphes, les [edions, ses queilions ^
ses relumés & les gravures memes, il n'en est
pas plus clair pour un jeune raffineur. Il paroît
qu'il a plus déliré de parler aux savants que
d'instruire ce dernier dont , par parenthese,
il ne flatte pas l'amour propre en plusieurs
occasions. Quand on veut inspirer a un jeune
homme le goût de sa proiccil7ion , il faut du
moins ne pas la lui peindre sous des couleurs
décourageantes. D'ailleurs il faut convenir que les raffineurs
& les économes sont au fond l'ame des habitations. Il ne faut que de l'argent pour en
être propriétaires , 6c apurement ce il est
pas un grand mérite : mais pour savoir les
gérer, les gouverner , il faut des talents supérieurs 6c voilà le difficile. Dans l'ordre civil le propriétaire qui ne sait rien remporte sur l'économe qui sait beaucoup : mais
la raison permet de restituer aux économes la
supériorité qu'ils ont par le talent. Il ne sufist pas de dire que M. D. C X.
n'est pas intelligible, il faut le démontrer. Je
ne dois pas me contenter de dire qu'il a commis
des erreurs importantes, je dois en donner la
preuve, 6c je fuis sur d'avance que cet habitant anglois est trop éclairé pour trouver mauvais qu'un François use de smcérité dans une
cccafton qui l'exige. Cependant je le ferai r. Eloge
des Raffinêurs? Les erreurs de
M. D.C.X. foat
importantes. --- Page 108 ---
J 10 D;scoui-s sur les opérations 1 de manière qu'il ne puisse pas s'en offeii1er raisonnablement. Je deGre qu'il ne voic
en moi que le défenseur de la vérité. Il peut
s'êtrc trompe : mais il n'en cil pas moins un
auteur digne de l'estimc générale, & s'il me
donne cjuelqu'avantage dans une partie, il peut
avoir lur moi une iupériorité décidée dans
mille autres circonstances. Ainsi c'est moins
lui que j'envisage que ceux qui me l'oppoferoient.
eii1er raisonnablement. Je deGre qu'il ne voic
en moi que le défenseur de la vérité. Il peut
s'êtrc trompe : mais il n'en cil pas moins un
auteur digne de l'estimc générale, & s'il me
donne cjuelqu'avantage dans une partie, il peut
avoir lur moi une iupériorité décidée dans
mille autres circonstances. Ainsi c'est moins
lui que j'envisage que ceux qui me l'oppoferoient. Je ne m'appesantirai point sur le style dont
il se fert ; la qualité d'étranger le rcnd cxcusable J. cet égard. En matière dida&ique le
style ne demande pas de grands mouvements „
lk a'-i surplus je lui reprocherois ce dont je
luis coupable moi-même. Ainsi je me garderai
bien de le considérer sous ce point de vue.
Je ne m'occuperai donc que du fond j parce
qu'il est vraiment l'objet qui intérêt. D'ailleurs il ell; très naturel de penser que si M. L).
C. X. n'a pas donné à Ton ouvrage toute la
clarté que les pensées les plus justes peuvent:
encore emprunter de l'expression j c'elt sans
doute parce que trop occupé de ion sujet il
a cru pouvoir négliger ce qui, dans la réalité,
n'eu: pas le plus essentiel pour un savant. Son livre est composé de îi2. pagcs. L'art
de cultiver la cannc en occupe, lui jfeul, 392. ;
&■ plusieurs personnes croient qu'il étoit néce foire de parler plus brièvement d'un objet
auiïï intéressant à la vérité j &: qui demandoit
à être plus circonscrit pour être généralement
compris. Je me silis permis de n'être pas de son avis
sur'la manière de poser le plant , sur la ger-"
mination j ssir son développement, fk sur es Son art de cu'-
fciyer la canne. r Premières ~rr>-
, & or4ies dè Kcincs. --- Page 109 ---
de la fabrication dû Sucré. Hî (tju'il appelle premières productions. Je n'ai pàf
iuivi la gradation , ni ses ordres de racines f
parce que j'ai craint de paroître, comme lui y
lavant aux dépens de l'intelligence des lectours. Je n'ai pas non plus suivi scs raiicnncméntç
sur la maxime de fechaujfer 3 qu'il regarde comme
mauvaise sans exception. Je n'ai pu me rendre a
son Hifioire des tixuds de la Canne 3 & à tous
les points de vue sous lesquels il à enviée
cette hiiloire , &: j'avoue même que jë nié
fuis défié de mes forces, &r que j'ai craint
m égarer en suivant ses calculs. Je crois comme M. D. C. X. que là terre
épuisée est souvent un mot imaginé par l'incapacité ; mais je ne pense point comme lui, qu'il
ne puisse pas y en avoir. Il est des proportions de M. D. C. X. qu<£
je me permettrai de croire peu utiles pour l'à.;:
griculteur, ou plutôt dont il me semble qu'il
àuroit dû tirer des conséquences que jë iïe.-
trouve déduites en aucun lieu de san ouvrage,
C'est sur-tout dans ces occa1ions qu'on peut
dire qu'il paroit avoir oublié qu'il vouloir
faire un livre d'cnscignemcnt.
puisse pas y en avoir. Il est des proportions de M. D. C. X. qu<£
je me permettrai de croire peu utiles pour l'à.;:
griculteur, ou plutôt dont il me semble qu'il
àuroit dû tirer des conséquences que jë iïe.-
trouve déduites en aucun lieu de san ouvrage,
C'est sur-tout dans ces occa1ions qu'on peut
dire qu'il paroit avoir oublié qu'il vouloir
faire un livre d'cnscignemcnt. Par exemple il soutient qui/ cjî très-prohabit
que^toute la différence entre une terre 6' une autre j
eu égard à la végétation lov.fiile dans le degré dé
porojité j & dans la facilité à F obtenir & à le cori,"
ser ver , ainji qu'a obtenir & CONSERVER L'HUMIDITÉ NÉCESSAIRE. C'est une phrase de l'Auteur qui > àpnk
qu'on l'a comprit , ne lai sie surement" pas
encore une idée bien nette. Cependant il pà
roît qu'il dit que la terre dont les pores sont
plus étendus cil: la. meilleure j quv; celle dtatifStîs ki t.' 1 --- Page 110 ---
/
in Discours sur les opérations les pores font affaisses, applatis, ei.1 la pliîi
mauvaise; il prétend que la terre ne s'épuise
pas, ^ mais quelle s affàiiïe : en supposant ce
principe, qui peut être une vérité, qu'est-ce que
l'agriculteur en peut conclure ? que la terre ne
foit pas épuisée, qu elle ne foit qu'affaillèe , à la bonne heure : mais s'il n'en peut tirer
aucun profit, n'est-ce pas pour lui la même
chose ? M. D. C. X. fou tient que les labours remédient toujours à son affairement, & que l'onctuofité du fumier en rend les effets plus du":
rables : mais combien d'Habitants font labourer & répandent du fumier, & dont les terres
ne répondent point aux peines qu'elles leur catisent ! Certainement il est des terres ingrates
qui ne méritent pas les foins qu'on leur proaig,ie, sur-tout dans un pays où les moyens'
sont extrêmement coûteux. D'ailleurs les moyens que propose cet Auteur
ne peuvent guère s'employer que pour un
petit espace de terrain , &: ils "deviennent impraticables pour une étendue considérable dans
la plaine *, à plus forte raison dans les mornes.
Son raisonnement, quelque bon qu'il puisse
être en lui-même ^ ne sauroit donc être , dans
les Colonies du moins, d'une utilité générale.
Le mérite d'une découverte est de produire
de grands effets par de petits moyens &: M.
D. C. X. paroît offrir le contraire. Je n'examinerai point les principes de
sa grande & petite culture. Il faudroit un'
vo me pour prouver que la peine qu'il a
prise de les composer, est presque totalement j
inutile. Il en faudroit peut-être un autre pour i
aider à les concevoir : n1a vue est courte , & 1
M , bu fumier. Y Moyen
IfuPlaticablc. grande &
petite cultuie. --- Page 111 ---
de la fabrication du Sucre. 113 M. D. C. X. lui ouvre un champ trop vaste,
trop surchargé de broutilles.
roit un'
vo me pour prouver que la peine qu'il a
prise de les composer, est presque totalement j
inutile. Il en faudroit peut-être un autre pour i
aider à les concevoir : n1a vue est courte , & 1
M , bu fumier. Y Moyen
IfuPlaticablc. grande &
petite cultuie. --- Page 111 ---
de la fabrication du Sucre. 113 M. D. C. X. lui ouvre un champ trop vaste,
trop surchargé de broutilles. Si la disposition de ses travaux ne m'a paru
qu'un beau rêve, il n'en a pas été de même
ae sa Chambre coloniale , dont l'idée est auiu
ingénicuse qu'utile. Ce qu'il en dit (page 2.2. j)
m'a icmblé lumineux. Ce seroit un dépôt précieux d'observations météorologiques, & j'avoue avec un plaisir lincere qu'il est difficile
d'ajouter à èette idée de l'Auteur. J'observe que
beaucoup d'habitants commencent déjà à porter ssir leurs registres les variations du temii-1;
& je regarde ce soin essentiel comme un acheminement à la Chambre coloniale. Ce que l'Auteur dit des vivres tient à la raison., à l'humanité , &: même à l'intérêt. Il
seroit à desirer que les Nègres enflent sur les
sucreries plus de vivres & plus de moyens
d'exiger; car ce n'est que trop Couvent la misère qui les rend voleurs marrons. C'cit
ce que j'établis dans mon Discours sur le Gouvernement des Nègres que je ne tarderai pas
de publier. Je crois devoir abandonner les recherches
de la culture de M. D. C. X. parce que je
crois que Saint-Domingue ne peut en tirer i'a
grand avantage. Des moyens dont la dépende
excède la recette ne peuvent être accueillis ,
& s'ils le sont quelquefois, la durée n'en cil
pas longue. Je vais passer à son article de la Fabrique du
Sucre sur lequel je ne relierai pas long-temr, ^
parce qu'il me suffit sans doute de 1110iH'¡ r
quelques passages des moins imparfaits pour ivii; 0
juger du relie. L'Auteur commence par conclure que « les Sa Chambre
colonia Des vivtîi. Condulïon fL:r
la culwr: «j;
M. D. C. X. D: sa [lh;-iÓ
du S.je £':r f-s - uic l'r, - H --- Page 112 ---
114 Discours sur les opérations « éléments de cette science étoient bien obf- » curs, ou que dans le fait il n'y avoit encore
'j aucun principe fixe bien connu ». On pourroit ajouter qu'il ne les éclaircit pas lui-même,
puisqu'il ne donne même pas la plus légère
définition. J'ose même croire qu'il les rend plus
obscurs. En effet, après avoir dit aflfez justement
« qu'en général il y a plus de routine que
» de science dans cette manipulation, il entre
» en matière , & dit : quoi qu'il en ibit, celui
» qui porte le nom de Raffineur diilingue
» quatre choses dans le jus de cannes ou velou,
» savoir : l'eau, le sucre, le gros sirop ou me-
» lasse, & ce qu'ils appellent LA GRAISSE. »
. J'ose même croire qu'il les rend plus
obscurs. En effet, après avoir dit aflfez justement
« qu'en général il y a plus de routine que
» de science dans cette manipulation, il entre
» en matière , & dit : quoi qu'il en ibit, celui
» qui porte le nom de Raffineur diilingue
» quatre choses dans le jus de cannes ou velou,
» savoir : l'eau, le sucre, le gros sirop ou me-
» lasse, & ce qu'ils appellent LA GRAISSE. » J'ai souvent entendu parler de sucre j je
dois aux Raffineurs de Saint-Domingue la )uftice de dire que je ne leur en ai jamais entendu
parler de cette manière. « Cette graille, dit l'Auteur, est probablement
« non-seulement une surabondance de cette huile
» que la chymie extrait en assez grande quantité
» du sucre même le plus raffiné, mais encore
» l'acide ordinaire que donnent tous les végé-
» taux , joint dans les mauvaises cannes à plus
» ou moins de parties CRUES & INDIGESTES 3
» qui dans une meilleure terre ou une meil-
» leure exposition se seroient converties eu
» sucre ou mélaile ». Je n'ai pas l'art d'expliquer ni de comprendre cette sorte de phrase. Je suis comme Ajax
au milieu de l'obscurité. Un instant après il dit : « l'opération du
» Raffineur connue à faire évaporer l'eau,
» enlever la graine & détacher la melasse du
v» sucre : l'eau s'évapore à men-u'e que la chauPremière
'citation. Rcponfc Seconde
tI UO::. JtV'ponsc. TroilUîne
\1 r.Hio:1. --- Page 113 ---
de la fabrication du Sucre. 1 15 H i, » dière bout ; & lors-(-Itie la matière cst cuite,
» refroidie , la mela lie se détache ailément du
» sucre , si l'on a. eu soin d'enlever toute la
» graille , qui sans cela feroit corps avec le
« lucre & la mélasse, ce tout rbrmeroit,
« suivant la qualité des cannes , & la façon
« dont elles auroient été traitées ou une
» 111eIailè solide allez semblable à la cire, ou un
« liquide fort approchant du goudron ". Voilà vraiment un raisonnement d'un embonpoint peu commun. Quel apprenti en pénétrera jamais la sublime épaisseur? Quel habile Raffineur peut y reconnoitre les véritables principes ? Si de cette manière on fait du
beau sucre , il faut convenir avec M. D. C. X.
qu 'il y a plus de routine que de science dans jà.
nianipulcztion. L'Auteur anglois n'est pas plus satisfaisant
quand il parle du temps où le Raffineur commence à ronger ses ongles. Son rai{onne111cnt
sur l'alun n'est pas ftiliport,,tblc. Il n'est pas beaucoup plus redoutable quand
il entre en guerre c'eJ1-à-dire quand il veut
raisonner sur la manière dont les parties analogues se purgent des parties qui leur nuisent.
Voici ion rationnement : « supposez quatre de
» graisle à enlever , mettez quatre d'éni-
» vragc (1) , des deux côtés ^ même nombre
» de COMBATTANTS -, chacun SAISIT son an-
« tagoniste; ÉCUMES , il ne relie ni graisle ni
» cuivrage , tout le sucre reliera dans la bar-
» rique ou dans la forme j & toute la mélasse
» tombera dans la citerne ou dans le pot. je
des parties qui leur nuisent.
Voici ion rationnement : « supposez quatre de
» graisle à enlever , mettez quatre d'éni-
» vragc (1) , des deux côtés ^ même nombre
» de COMBATTANTS -, chacun SAISIT son an-
« tagoniste; ÉCUMES , il ne relie ni graisle ni
» cuivrage , tout le sucre reliera dans la bar-
» rique ou dans la forme j & toute la mélasse
» tombera dans la citerne ou dans le pot. je (1) Erivrage est lans doute ce que nous entendons a
S-iint-Dominçue par Lessive. Répond Quatrième
citation 8c
réponse. Cinquième
<.nadon. --- Page 114 ---
i 16 D if cour s sur les opérations » parle de GUERRE oÙ un chymiste parleroit
» d'AFFINITÉ , .mais il me scmble que l'image
» que je présente répond mieux à l'effet apparent
» dont il s'agit ici ». Ce sucrier anglois nous permettra de lui faire
observer que de pareils principes ne feront
jamais un grand Raffineur. De cette manière
on ne peut faire du sucre que par routine, &
j'oserois même dire., que par hazard. « Si le vesou j dit ce Savant anglois, est à
" son point, c'est-à-dire, s'il est parfaitement
» énivré , l'odeur de toutes les chaudières, de
» la batterie sur-tout, est agréable, douce ,
»> balsamique ; c'est dans la POITRINE que vous
» la sentez plus particulièrement ; vos POUMONS
» dilatent vous inspirez avec une volupté
» réfléchie , cette vapeur auai délicieuse que
» salutaire dont tant de CONSOMPTIFS ont
» éprouvé l'efficacité ,3. Cette façon de prendre la preuve du sucre
avec la poitrine est une idée neuve. Je doute
que l'on trouve un Raffineur qui ait l'avantage
d'en saisir tout le mérite, sur-tout un Raffineur
françois qui n'est guère attaqué de consomption. Le même Auteur dit un peu plus bas : « lors-
» que dans la très-bonne saison , après une
» succession non interrompue dj plusieurs emplis
» d'excellent sucre y qui auront répandu sur
» toute la phyjionomie de votre Raffineur ce
» RADIEUX qui accompagne toujours la perit suasion du triomphe, vous verrez une grande
» qui vous parôîtra promettre ce que les pré-
» cédentes auront donné, & qu-ainsi vous la
" iugen7 * son point, ≥tant en chaux qu'en cen-
» dre, faites la passer dans la propre (la se-
» conde chaudière), ensuite faites arrêter le feu Réponsc. Sixième
gWtion.
, képanfe. Septième
ciucion.; --- Page 115 ---
de la fabrication du Sucre. 117 H iij » & mettez encore dans le vesou autant de
» chaux que le Raffineur y en avoit mis ; vous
» êtes certain qu'il aura le double de la chaux
» qu'il lui falloit j dites qu'on chaufe 3 sor te^ pour
« quatre ou cinq minutes & remarquez en ren-
» trant quelle odeur la Íilcrerie. vous donnera.
» Ce sera certainement iUle odeur de chaux ;
» réitérez la même chose le lendemain pour
» être plus assuré de votre remarque-, le jour
» d'après & le suivant faites pour la cendre ce
« que vous avcz fait pour la chaux ; le cin-
» quième & le sixième jour faites pour l'éni-
» vrage entier ce que vous avez fait les quatre
» jours précédents pour chacune de ses parties.
trant quelle odeur la Íilcrerie. vous donnera.
» Ce sera certainement iUle odeur de chaux ;
» réitérez la même chose le lendemain pour
» être plus assuré de votre remarque-, le jour
» d'après & le suivant faites pour la cendre ce
« que vous avcz fait pour la chaux ; le cin-
» quième & le sixième jour faites pour l'éni-
» vrage entier ce que vous avez fait les quatre
» jours précédents pour chacune de ses parties. L'idée de juger le lucre à son point par toute
la physionomie d'un Raffineur n'est réellement
venue à personne; elle est bien toute entière
à M. D. C. X., ainsi que les circonstances
dont il l'accompagne. Mais je reviens à mon
but principal, quel progrès un Raffineur peutil faire dans l'état d'habitant d'après de lemblables leçons? il seroit moins pénibleje crois,
de deviner les opérations de la fabrication du
sucre que de les apprendre par cette méthode. Le même Auteur continue en disant : « il
» s'agit maintenant de raccommoder les six
» grandes que vous croyez sacrifiées; cela n'est
» pas aussî difficile que vous pourriez le pen-
» ser : il suffit de faire jeter dans la propre,
" lorsqu-'elle sera dans sa plus forte effirvefcence"
» environ quatre galons de vesou froid; ôtez
» promptement les écumes qui viendront aufli-
» tôt après en grande abondance : si le vesou
" vous paroît encore trop énivré , ajouteea-
» core deux galons de veson froid ; il faudroit
» qu il le fut au-delà du double pour que ces j Repente. Huitième
ci cation. --- Page 116 ---
118 Discours sur les opérations deux bains froids ne suffisent pas pour le remet-
» tre à son point ; le reRe suivant l'usage, ôc
« soyez iur que vous trouverez peu de disséH rence entre le lucre provenant des deux sacri
31 siss prétendus} &r celui qui les aura précédés
» & suivis ". Si je ne craignois pas d'être acçusé de partialité, je pourrois fort aiscment, en tirant la
quinteilence de cet article, prouver à M. D.
C. X. qu'il ne paroît pas se douter même
de la raison physique de la fabrication du
sucre. Je vais seulement démontrer le vice de
sa proposition. Si je m'en rapporte aux idées reçues 3 il est
absurde de croire qu'on puisse jamais réparer
la mauvaise fabrication du lucre. Mais toujours
cit il certain qu'on ne peut raccommoder une
grande par les moyens indiqués par l'Auteur
anglois. Il su.UÙ , dit-il , de faire jeter dans la
propre lorsquelle fera dans sa plus forte esservejZence 3 environ quatre galons de vesou froid. Ce
remède est inutile. Pour en être convaincu il ne faut qu'être
instruit de la manière dont les alkalis agitTcnt
lur les acides, (k sur-tout de leurs effets absorbants. En effet , lorsqu'on a jeté une dose
trop forte d'enivrage dans la portion de vesou,
contenue dans la grande , la quantité surabondante des alkalis produit d'abord Ion effet sur
les corps étrangers au sucre. Mais dès que
l'avait ne trouve plus d' antagonijie, il est certain , il est prouvé qu'il se porte sur les sèls e[-
[enricb. Par conséquent la liqueur nouvelle que
l'on jette dans 1.1. grande ne peut éprouver l'effet
des alkalis qui ont déjà fait l'emploi de leurs
moyens
de vesou,
contenue dans la grande , la quantité surabondante des alkalis produit d'abord Ion effet sur
les corps étrangers au sucre. Mais dès que
l'avait ne trouve plus d' antagonijie, il est certain , il est prouvé qu'il se porte sur les sèls e[-
[enricb. Par conséquent la liqueur nouvelle que
l'on jette dans 1.1. grande ne peut éprouver l'effet
des alkalis qui ont déjà fait l'emploi de leurs
moyens îépotife. Vice de la proportion de M.
P C. X. première
pfçuve. --- Page 117 ---
de la fabrication du Sucre. i 19 Il iv II y a plus j cette seconde jetée , loin d'être Î
utile ne peut être que nuiiible. Alors les corps
étrangers font divisés dans la portion déjà forcée
par l'cnivrage, la nouvelle liqueur doit donc
absolument reiter dans Ion premier état, c'està-dire, chargée de ses acides & de toutes ses
parties hétérogènes. Elle ne peut donc tout
au plus qu'operer un mélange général, &: jamais un véritable rétabliilement des parties
eiïentielles du sucre attaquées par la, iurabon"
dance des alkalis. Je crois en avoir suffisamment dit pour démontrer à ceux qui n'ont pas lu l'ouvrage de
M. D. C. X, & qui n'en connoiiïent que le
titre j, qu'il n'a pu me servir de modèle, que
le plan même en cst bien différent, que nos
idées n'ont entr'elles aucun rapport. Quant à
ceux qui ont lu en entier le livre de M. D.
C. X., ils n'ont besoin d'aucune réflexion de
n1a part pour se convaincre de la vérité que
j'avance. Ce n'est donc pas sans raison que je
soutiens qu'il n'eu. point propre à former les
apprentis Raffineurs, qu'il ne peut au contraire
que les induire en erreur, &: peut-être même
en reculer bien loin les progrès, louvent pour
ce qui regarde la. culture de Saint-Domingue
&r constamment pour la fabrication du sucre. Il ne se prête pas à la foiblesse des commençants. Il ne donne aucune définition ; il ne
décrit rien ; il oublie un nombre infini de choses
utiles j & passe rapidement sur le fond eilèntiel pour s'appesantir avec complaisance sur
des obiers) sinon inintelligibles., du moins inutiles 011 incertains. On croiroit qu'il s'est fait un jeti d'avoir un
langage particulier pour qu'on admirât ion exSeconde preuve, Nul rappo r
entre M. D. C
X. & i' AutCUL Son in fuf'"rifanœ San oblciu-Jîc-> --- Page 118 ---
1 i 0 Discours sur les opérations trême fécondité sans qu'on pût profiter de sa
longue expérience. J'oserois presque le comparer à ce poisson dont parlent les anciens naturalises j qui sc cachoit sous une liqueur épaisse 3u il laissoit échapper au moment qu'on tâchoit
e le iaiur. En effet on remarque difficilement
quelques foiblcs étincelles dans sa volumineuse
obscurité.
ciu-Jîc-> --- Page 118 ---
1 i 0 Discours sur les opérations trême fécondité sans qu'on pût profiter de sa
longue expérience. J'oserois presque le comparer à ce poisson dont parlent les anciens naturalises j qui sc cachoit sous une liqueur épaisse 3u il laissoit échapper au moment qu'on tâchoit
e le iaiur. En effet on remarque difficilement
quelques foiblcs étincelles dans sa volumineuse
obscurité. On doit me rendre la justice de croire que
je ne me suis permis des observations contre
son livre que par amour pour la vérité. Tout
autre motif n'a pu m'animer puisque le sujet,
en le supposant un peu du même genre, est
bien différemment traité par chacun de nous.
Je donne des leçons aux jeunes Raffineurs, &
mon devoir alors cst de leur montrer ce qui
peut embarrasser leur mémoire &: leur raison. On ne doit pas non plus me soupçonner de
méchanceté. Je n'ai pas voulu donner à mon
style l'aigreur de l'épigramme, parce que je n'ai
pas oublié le sentiment qu'inspire toujours aux
ames honnêtes un Auteur, même quand il se
trompe. J'ai loué avec plaiiir , &r je l'ai fait
paroître : j'ai censuré avec les égards & la décence dont je suis susceptible j &: l'on aura
sans doute daigné s'en appercevoir. Je n'ai conservé de la censure que ce qui en est inséparable.
Je combats les erreurs de M. D. C. X., mais
j'estime infiniment sa peine & son intention. Il n'y a sûrement pas d'acharnement dans
ma critique. On peut s'en convaincre en s'asll:rant que je n'ai pas choisi les passages les
plus vicieux „ que je ne m'appesantis pas avec
affectation sur ceux que j'attaque , & que je
n'en ai pas autant cités que j'aurois pu le faire. Enfin j'ai une a-ffez, haute opinion de M, D. 4oq embarras. Un Auteur est
toujours cxcurable. ?e n'ai p1S cité
M. D. C. X.
amant que je
I'àtilois pu. opinion
iu.' ius. --- Page 119 ---
de la fabrication du Sucre. 1 2. t >. X. pour espérer qu'il ne verra pas d'un
mauvais œil ce qui n'eil que l'effet d'un bon
coeur. Je l'ai critiqué par la persuasion qu'il
n'a pas cet amour propre déplacé des Auteurs
dont parle Boileau. Ce Poëte regardoit l'excessive sensibilité à la critique, comme la marque la plus certaine de la médiocrité de talents. M. D. C. X. s'est trompé , je le soutiens.
Un autre viendra qui en dira autant de moi ;
&r ainsi de degré en degré nos erreurs mêmes
auront servi aux progrès & à la gloire des
autres. Ne dtiffiolis-notis j pour ainsi dire, n'être que la nourrice des Auteurs postérieurs qui
écriront sur le même sujet j nous nous confierons aisément en pensant que nous en avons
tracé les premiers la route, où personne, ce
semble, n'a osé se hasarder avant nous.
je le soutiens.
Un autre viendra qui en dira autant de moi ;
&r ainsi de degré en degré nos erreurs mêmes
auront servi aux progrès & à la gloire des
autres. Ne dtiffiolis-notis j pour ainsi dire, n'être que la nourrice des Auteurs postérieurs qui
écriront sur le même sujet j nous nous confierons aisément en pensant que nous en avons
tracé les premiers la route, où personne, ce
semble, n'a osé se hasarder avant nous. Il résulte de mes principes que le jeune homme
qui veut devenir Raffineur le peut à présent plus
facilement qu'autrefois. Il ne sera plus obligé pour
apprendre de forcer sa mémoire. Désormais il
a les éléments de son état. Maintenant le temps
énorme qu'il employoit pour les classer dans
son imagination pourra lui servir à aller plus
loin. Ayant la facilité de voir d'un coup d'œil
toutes les opérations de la fabrication du lucre, il
sera nécessairement plutôt en état d'en faire.
Plutôt instruit sur les principes généraux , il en
fera plus promptement & plus justement l'application , pour peu qu'il ait le bon sens
ordinaire ; il sentira plus aisément les exceptions dont quelques règles générales sont sufceptibles. Il n'agira plus par routine, il concevra les principes des choses qu'il fait mouvoir. Il n'y a pas jusques à mes fautes qui ne
piiiffeilt l'éclairer, puisqu elles lui donneront Motif commua
de consolation. XVI. Conclufîoil
de l'Ouvrage. Utilité de réduire les opérations en principes. --- Page 120 ---
iii D if cour s sur les opérations. lieu de réfléchir. J'ai donc en grande partie
rempli le but que je me suis proposé. Les propriétaires sont également l'objet de
mes réflexions. Je n'ai pu chercher à éclairer
l'homme dcstiné à gérer un jour leurs biens *
sans chercher aussi à leur être utile. L'état de
Raffineur plus aisé , le charlatanisme qui l'obfcurciiïcic anéanti, on sera moins enlbarrafië
pour trouver des sujets : on sera moins souvenc -
victimes de ces prétendus Raffineurs qui, sc
donnant pour savants, ne deviennent instruits
que trop aux dépens des propriétaires crédules.
Il y a plus, le propriétaire peut sans beaucoup
de peine apprendre lui-même les principes que
j'ai recueillis ; il en saura bientôt auez pour
juger celui dont il fait son homme dç confiance. J'ai donc également travaillé pour les
propriétaires. J'aurois pu , sans doute , détailler davantage
chacune des parties que j'ai traitées. Je l'aurois pu ; & ce que j'ai dit peut donner l'idée:
de ce que j'aurois pu dire encore ; mais je n,e
l'ai pas voulu, par ce que je serois devenu fatiguant. Une fois que on fatigue on finit par
n'être plus entendu, & j'ai eu pour but de ne
pas si.1rcharger la mémoire du jeune Raffineur
par un amas de détails, qui loin d'annoncer
le savant désigne seulement celui qui brûle de
le paroître. J'ai mieux aimé le tailler sur la
voie & piquer son amour propre en lui réservant le plailir de marcher un peu par lui-même.
Il fera plus de prêtres quand il croira en devoir
une partie à son bon sens , à sa facilité de concevoir. Ce n'est donc pas sans raison que je
n"ai pas été aussi îqht T:e quelques personnes
ont paru le dcfiier»
détails, qui loin d'annoncer
le savant désigne seulement celui qui brûle de
le paroître. J'ai mieux aimé le tailler sur la
voie & piquer son amour propre en lui réservant le plailir de marcher un peu par lui-même.
Il fera plus de prêtres quand il croira en devoir
une partie à son bon sens , à sa facilité de concevoir. Ce n'est donc pas sans raison que je
n"ai pas été aussi îqht T:e quelques personnes
ont paru le dcfiier» Avantage pour
sa propriétaires. N&çflîté de ne]
pas tout dire. --- Page 121 ---
de la fabrication du Sucre. 123 Par exemple, je dis qu'il n'est point à SaintDomingue de temps pour planter. Je me contente d'observer que le temps de la grande
végétation est au mois de mars. Alors, celui
qui à la moindre intelligence conçoit aisément
que le temps des pluies , des orages &: des
nords est celui qu'on choisit. Il imaginera bien
que je n'ai pas l'absurdité de croire qu'on peut
rigoureusement planter en tout temps 3 c'està-dire quand la terre est lèche. J'appuie sur
cette obfcrv-.ttio,.i , parce que l'on m'a fait des
objections auili ridicules. Si je dis que les bri(cs sont on ne peut pas
plus nuisibles aux plantations, qu'elles les desièchent Se les brûlent, qu'elles nuisent beaucoup plus que les ardeurs du Soleil, je ne dis
pas & je ne veux pas dire qu'elles ne l'oient
point quelquefois utiles ; mais je soutiens qu'elles
sont généralement dangereuses pour les plantes.
L'homme de bon sens me concevra & ne me
fera pas dire des absurdités. Il sentira qu'il y
a presque par-tout des exceptions que je n'ai
pu toujours développer, parce que j'aurois à
tout moment abandonné mon sujet principal,
£< que j'ai dû compter un peu sur l'intelligence
de ceux que j'ai en vue en écrivant. Je n'ai
donc pas eu tort de n'être pas ennuyeusement
exact. Je crois qu'il est utile d'avoir beaucoup d'animaux pour en employer le fumier. Je n'ai
pas pu vouloir dire qu'il est utile de faire une
hatte d'une habitation. Je ne dis pas non plus
qu'il foit nécessaire de faire toujours un amas
de ce fumier pour le répandre ensuite à force
de bras , ce feroit trop généralement multiplier les travaux. Je dis & je veux dire que Premièc
exemple. Second
exemple. Troiftcme
exemple. --- Page 122 ---
124 Discours sur les opérations
oir beaucoup d'animaux pour en employer le fumier. Je n'ai
pas pu vouloir dire qu'il est utile de faire une
hatte d'une habitation. Je ne dis pas non plus
qu'il foit nécessaire de faire toujours un amas
de ce fumier pour le répandre ensuite à force
de bras , ce feroit trop généralement multiplier les travaux. Je dis & je veux dire que Premièc
exemple. Second
exemple. Troiftcme
exemple. --- Page 122 ---
124 Discours sur les opérations cette opération est & doit être fubordonnéc
aux circonstances. Depuis long-temps je cherchois le moyen
le plus aisé, le moins dispendieux, de fumer
les pièces de cannes. J'avois même fait un petit
traité à cet égard où je faisois changer les savannes tous les ans. Je trouvois qu'au bout
de quatre années, au moyen de ce changement successif, une habitation étoit fumée en
totalité. J'exigeois pour cela beaucoup de bêtes
à cornes. Je m'imaginois que. ces animaux ne
pourroient être à charge, que les habitants y
trouveroient même un bénéfice considérable en
en vendant la production annuelle aux bouchers , & que sous ce point de vue encore la
Colonie y gagneroit puisqu'on n'auroit plus
besoin si souvent des pâtres espagnols qui
nous font si fortement sentir leur utilité ; mais
j'avoue que j'ai été le premier à trouver de
rimpoflîbilité dans l'exécution de mon projet.
Je l'ai bientôt regardé comme un de ces beaux
rêves de cabinet qui reste pour l'Auteur. Cependant comme j'aime à m'instruire, je le communiquai à plusieurs habitants faits pour donner des avis. Ils le trouvèrent comme moi
impraticable s & j'y renonçois bien volontiers
quand cette idéc foible en fit naître une meilleure fuir le même sujet à l'un de ceux à qui
j'avois fait part de la mienne. Comme j'ai
renoncé à mon projet, parce qu'il ne valoit rien,
je crois devoir adopter celui d'un autte , parce
que je présume qu'il peut être utile. Voici l'idée
de l'habitant dont je parle (i). Il voudroit, au moment qu'une pièce de ( i ) M. P. L. T. habitant au Limbé. Manière ailée
de fumer les
pièces de cannes. Clayes portaIÍves à cet effet --- Page 123 ---
de la fabrication du Sucre. 115 cannes est finie, qu'on en enfermât un quart
par le moyen de clayes portatives, de la hauteur de cinq pieds de six de long chacune.
Miscs à côte les unes des autres elles formeroient un entourage assez bolide pour y conferver les animaux. Il ajoute que ces mêmes
clayes seroient étayées par derrière, moyennant des poteaux placés obliquement, cmbouffcçcs dans le montant & fixés par des chevilles. Ces poteaux pourroient être de quatre
pieds en quatre pieds ; de cette manière cet
entourage oppoferoit une résistance convenable aux efforts des animaux parqués. Il voudroit aussi que l'on contruisît des ajoupas légers, posés sur des roulettes ^ pour les tranfporter dans l'enceinte de l'entourage., & pour
que les gardiens veillalsent les uns après les
autres pour contenir les animaux (1).
ffcçcs dans le montant & fixés par des chevilles. Ces poteaux pourroient être de quatre
pieds en quatre pieds ; de cette manière cet
entourage oppoferoit une résistance convenable aux efforts des animaux parqués. Il voudroit aussi que l'on contruisît des ajoupas légers, posés sur des roulettes ^ pour les tranfporter dans l'enceinte de l'entourage., & pour
que les gardiens veillalsent les uns après les
autres pour contenir les animaux (1). C'est dans cette portion de terre entourée
qu'on déposeroit pendant le jour tout ce qui doit
servir au pâturage de la nuit, comme petit
mil, têtes à cannes, &c. le foir au lieu, suivant l'usage 3 de destiner aux animaux un parc
à demeure, ou de les laisser errer dans une
iava-one , on les poujjeroit dans cet enclos inftantané pour y pâturer. C'est là qu'après avoir
mangé ils dépofcroicnt leurs fientes &r leurs
eaux, qui mêlées avec la portion d'herbes qu'ils
11' auroient pas pu consommer feroient un excellent fumier. Le terrain enclos se trouveroit
ainii fumé naturellement. Cette opération denlanderoit quinze jours au plus ; ensorte qu'il
ne Faudroit pas plus de deux mois pour fumer
entièrement une pièce de cannes, en supposant ( i ) Cette idée est priCe dans la Maison Rustique ; mais
l'application ta est très-bonne. Rcfular. --- Page 124 ---
i 16 Discours sur les opérations même que l'on n'entourât qu'un carreau à la fois. On objectera Sûrement que c'est, 10, prendre du temps sur le produit \ 2°, que l'on ne
pourroit pas se servir de son plant. Ces objections, ce semble, ne sont pas imposantes. En effet, un habitant inStruit sauroit
fuffifal11l11Cnt calculer les travaux de sa place
pour fè ménager du plant en pareil cas, & en
flipp-osant qu'il fallût le transporter sur des cabrouets, jamais cette opération ne donneroit
la peine que l'on prend à transporter du fumier dans des tombereaux. Qu'on ajoute à cela
l'avantage de fumer ainsi les terres, & la supériorite de cette manière sur celle que l'on
employé ordinairement, l'on sera convaincu
de la foiblesse de ces objections. Tel est le préliminaire d'inaruétion que j'ai
cru indispensable pour hâter les progrès des
jeunes Raffineurs ; telle est la théorie , qui
suivant moi., doit leur faire tirer plus de fruit
de la pratique. La jeunesse n'est pas toujours
susceptible d'une grande attention , fk j'ai cherché à lui rendre les objets intéressants & à piquer même sa curiosité d'une manière qui
puisse applanir les difficultés qu'on ne lui a
que trop souvent opposées. J'ai taché d'y réussîr :
mais je ne me dissimule pas que je suis bien loin
d'avoir épuisé tout ce qu'il est possîble de faire
en pareil cas. C' cil: donc un avis prenant aux
maîtres de l'art d'achever l'opération que j'ai
eu , peut-être , la témérité de commencer.
Leurs talents leur en donncnt le pouvoir j &
leur qualité de bons citoyens leur en impose
l'obljoarion.
trop souvent opposées. J'ai taché d'y réussîr :
mais je ne me dissimule pas que je suis bien loin
d'avoir épuisé tout ce qu'il est possîble de faire
en pareil cas. C' cil: donc un avis prenant aux
maîtres de l'art d'achever l'opération que j'ai
eu , peut-être , la témérité de commencer.
Leurs talents leur en donncnt le pouvoir j &
leur qualité de bons citoyens leur en impose
l'obljoarion. L'agriculture des Colonies représente celle
des Romains. On y est tout à la fois cultivaObj eaions. Réponfc. Invitation aux
amaitres de l'art. At;ricu',:m: i:s
Colonies. --- Page 125 ---
2e la fabrication du Sucre* 1 ;1 teur & guerrier. -C'est le nerf principal dès
états accessoires qui a toujours donné à la métropole un degré considérable de force de
Splendeur, & qui lui prépare un avenir plus
brillant encore. Il donne à tout le mouvement
&T la vie ; il ne; peut cesser d'agir sans faire
rentrer tout dans un funeste repos. C'est donc
avec raison que l'agriculture jouit d'une si
grande consideration dans les Colonies aux
yeux de la. politique : c'est donc une nécessité
d'en rendre les principes aisés, &r d'en publier
les éléments pour en multiplier les bienfaits. La première branche 'd'agriculture est sans
rontredit la culture de la canne Y elle est -petitêtre aussi là plus admirable & la plus riche production du règne végétal. C'est une de celles
Tqui fait le plus d'honneur à Tindustrie humaine»
Si l'on fait attention à la multiplicité des opérations qu'exige cette Inanufadure" celles mêmes
quelle a dû exiger dès son origine on conccvrà.
la plus haute vénération < pOEr celui qui en a
fait le premier la découverte. Il a du être un
Colon, & un Colon savant, aussi bonchyn-siste
qu'agriculteur, parce que les lumières néceffaires pour une invention de cette espèce n'ont
pu. être que le fruit des plus profondes méditations , des observations les plus multipliées,
& de l'expérience la plus consommée sur le
local même où la canne prend naissànce. Pourquoi ce nom si cher aux Colonies, si précieux
aux ^ états principaux , n'est-il pas connu ? Il
mérite d'être présenté aux siècles à venir,
d'être gravé en lettres d'or sur une colonne
du marbre Je plus dur, & de passer de bou_che en bouche comme le nom des Franklin
& des Buffon. - S& premiers
-branche. --- Page 126 ---
Ii8 Discours sur les opérations RÉSUMÉ SUR LA CULTURE DE LA CANNE, Contenant des observations nouvelles. J'AI fait voir que pour tirer en général avantage d'une terre, il faut la bien connoître, que
sa différence provient souvent aussi des connoiffances du cultivateur, & qu'une même
terre sous des mains différentes peut avoir des
produits bien différents : j'ai fait voir également
que c est des connoissances préliminaires qu'un
jeune Raffineur doit se procurer, que dépend le
filccès qu'il peut espérer par la suite de ses
travaux de ses méditations.
Contenant des observations nouvelles. J'AI fait voir que pour tirer en général avantage d'une terre, il faut la bien connoître, que
sa différence provient souvent aussi des connoiffances du cultivateur, & qu'une même
terre sous des mains différentes peut avoir des
produits bien différents : j'ai fait voir également
que c est des connoissances préliminaires qu'un
jeune Raffineur doit se procurer, que dépend le
filccès qu'il peut espérer par la suite de ses
travaux de ses méditations. On a vu que les cannes se plantent tous les
jours de l'année , que son plus grand degré de
fermentation est au mois de mars, & que
pourvu qu'il pleuve le temps est toujours favorable pour la plantation ; qu'une terre abondante en sels & trop humide donne des cannes
très-aqueuses j peu susceptibles de fels essentiels
& très sujettes à la fermentation -, qu'il n'y a
qu'une bonne culture qui puisse réparer cet
excès d'humidité. Si la terre est forte, comme
c est ordinaire en pareil cas, on se fert avec
succès de la cendre à bagasse. Cette cendre divise très-bien les terres, & y porte beaucoup de sels précieux. J'ai démontré qu'une terre trop légère , trop
sablonneuse, en: trop sujette à la sécheresse pour
produire • Préliminaire
d'infiruaion du
jeune Raffineur. tirage de la cen.
dre à bagasse. Quand on doit
beaucoup snjner. --- Page 127 ---
SI'.
* de la fabrication du Sucre. 129
produire de bonncs cannes ; qu'il n'en lort que
des cannes maigres., ians substance & dégénérées. Il faut alors beaucoup remuer la terre,
beaucoup fumer, &: sur tout arroier de toutes
les manières. C'est à l'habitant à le régler sur
le local & d'après son expérience. Quand on à la faculté d'arroler, & qu'on est,
sur le point de planter une pièce de cannes j
on doit commencer par faire les fossés nécelsaires. On doit sentir que leurs din1cnllons
dépendent en grande partie de leur destination,
qu'il ne faut que le coup-d'œil de l'homme
habile pour les déterminer iuivant le beloin
suivant la situation du local. On divise en général les pièces de cannes par de petites tranchées , qu'on nomme aussi saignées. On s'en
fert également pour l'écoulement des eaux
d'un terrain trop humide, où il cil dangereux
de laitier séjourner les eaux pluviales : on concoit sans peine que si le terrain cil humide
ces fossés doivent être profonds parce que
c'est le moyen de mieux régoutter-, que si au
contraire il ne s'agit que d'arrêter par filtration, on ne doit pas trop les creuser parce
qu'il est à craindre alors de dessécher le terrain en exposant trop de terre aux influences
de l'air. D'autres habitants arrosent par inondation, c'est-à-dire en sassant niveller leur terrain, & y laiiïant l'eau napper. Cette opération est meilleure : mais elle est plus longuej
parce qu'elle est plus difficile. Je n'ai point parlé de la manière de décraber une terre , parce que j'ai craint de trop
diviser mon discours; mais ne craignant plus
dans ce moment cet inconvénient , voici ce
que je pense avec tout le monde sur cet objet. Arrosement par
filtration. Arrosement pat
inondation. Manière de
dferaber un tel"
rain. --- Page 128 ---
l' o Di{cours sur les opérations Il est des habitations où les crabes sont en und
si grande quantité, qu'au moment où les
cannes le développent il n'en resteroit pas une
si l'on ne prenoit le parti de faire périr ces
animaux dcitrudeurs. On ne connoit point
d'espèce qui pullule aussi conndérablemcnt.
filtration. Arrosement pat
inondation. Manière de
dferaber un tel"
rain. --- Page 128 ---
l' o Di{cours sur les opérations Il est des habitations où les crabes sont en und
si grande quantité, qu'au moment où les
cannes le développent il n'en resteroit pas une
si l'on ne prenoit le parti de faire périr ces
animaux dcitrudeurs. On ne connoit point
d'espèce qui pullule aussi conndérablemcnt. Dans cette cii"contlance on cil comme forcé
à brûler les pailles d'une pièce de cannes pour
éviter un plus long travail. Qratid ces pailles
font brûlées &: que la iliperficie de la tcrre
cst bien découverte , une partie de l'atelier
rangée ÍLlr une même ligne entre dans la pièce,
marche pas à pas, & parcourt ai nu le terrain.
Sitôt qu'on aperçoit un trou de crabe on en
agrandit l'orifice , ensuite on le bouche le plus
qu'il cst possible avec un tampon compote de
têtes à cannes. Quand on a fini cette opération on lève l'cduÍe : l'eau fc distribue dans toutes les tranchées ; elle va ensuite par filtration pénétrer les
trous de crabes, &r au bout de vingt-quatre
heures ces animaux sont morts ou mourants.
Après cela on se h.uc de faire écouler les eaux. Quand on n'a pas la faculté de la distribution- des eaux il faut employer quelquefois
jn[qtl'à huit ou dix négrcftes toute l'année
pour cette opération, & jamais encore on ne
parvient au succès infaillible que l'eau procure
en pareil cas. On décrabe aussî en laifknt fouiller les trous tout-à-fait. Cette opération dure
quelques jours vaut un bon labour. J'ai exposé que. la première choie à faire
avant de planter une pièce de cannes, c ' ell fl. G py
fouiller des trous d'un bout -.'t l'autre. Je n'ai
pas donné la. mesure déterminée de ces trous j
parce qu'elle dépend de la nature du terrain. Le moment de
lâcher les D:crab:r
sans eau. Avantage de la
profondeur d:<;
trous Je ca:m.:s. --- Page 129 ---
de la fabrication du Sucre. 131 1 1} Jai feulement fait sentir que plus ces trous
font profonds j & plus ils font avantageux ,
parce que la louche de la canne se trouve alors
beaucoup plus à l'abri de la sécheresse. J'ai
~ voir que toutes les terres ne permettent pas
cette opération. Je n'ai pas oublié de dire qu'il
étoit utile de ne pas trop preîlcr les trous, &r
qu'une diilance raisonnable fait beaucoup de
bien à chaque louche de canne ; que il l'on
ne retire pas une si grande quantité de cannes,
on en est amplement dédommage par la qualité. Enfin j'ai prouve que les terres meubles &
sablonneuses font celles où l'on peut creuieir
davantage , parce qu'elles offrent beaucoup
moins d'obilacle à la végétation que les terres
compactes &r argilleufes. Je viens de dire tout a l'heure que quand
une terre est trop compacte , trop argilleuse,
on la divise par la cendre à bagaiïe : je crois
pouvoir ajourer qu'on retire le même avantage
en y plantant des patates , & qu'on retire
de plus celui de l'argmentation des vivres pour
les N ègres. Je le répète j l'article des vivres
est on ne peut pas plus important sur une habitation, & j'ose dire que c'est un objet traité
trop indifféremment sur les sucreries.
quand
une terre est trop compacte , trop argilleuse,
on la divise par la cendre à bagaiïe : je crois
pouvoir ajourer qu'on retire le même avantage
en y plantant des patates , & qu'on retire
de plus celui de l'argmentation des vivres pour
les N ègres. Je le répète j l'article des vivres
est on ne peut pas plus important sur une habitation, & j'ose dire que c'est un objet traité
trop indifféremment sur les sucreries. Je n'ai pas eu besoin de dire que quand en
fouille une pièce de canne on la prend en travers par chasse. Ce genre de principes s'apprend'
aiiément, &: l'on sait bientôt également que.
chasse cil l'étendue de terrain qu'occupe un
atelier dans la largeur, en commentant rOll:
travail; que cette challe se continue jusqu'au
bout de la pièce, qu'elle est imaginée pour
toujours raiiembisr l'atelier ; qu'il cil, d'une.
politique de ne pas la prolonger pour ne pas. Patates pour
diviier les terres. Travailler
par chatlt. --- Page 130 ---
132 D iscours sur les opérations rebuter les Nègres, & que plus elle est courte*
plus le Nègre hâte son travail. J'ai suffisamment exprimé, ce semble, que
lorsqu'on plante j il est utile d'entourer le terrain planté, de pois congos , de gombo de pois
rouges, &c. que ce font des douceurs pour les
Nègres. J'ai dit aussi que les divisions, dont on
n'a pas un besoin urgent, doivent être plantés
en vivres, soit en manioc , en patates, en
ignames, foit en petit mil ou en herbes de
guinée ; & si je ne l'ai pas dit en termes exprès je l'ai fait entendre. Ce que je n'ai pas dit & ce que j'aurois dû
dire, c'est le temps pour arroser les cannes sur
les habitations où cette pratique peut avoir lieu.
Le temps que l'on doit prendre pour cet arrofage eil celui où les cannes commencent à
prendre un peu de force j quoi qu'a la rigueur
on puide arroscr en tout temps & toute espèce
de cannes. Quant à la terre., j'ai dit que quand elle est
légère & poreuse, les trous en doivent être
profonds, carrés & distants un peu les uns des
autres ; j'aurois du ajouter que quand ces terres
font appauvries on doit employer les engrais,
& qu'il arrive que quelques habitants après
avoir fait fouiller une pièce de cannes, font
dépoter dans chacun de ces trous une certaine
quantité de fumier qu'ils ont soin de faire mélanger avec de la terre 6c dont ils remplirent
les trous aux trois quarts. ,On m'assure que M. Blin a fait l'essai de la
cendre à bagasse pour engrais, &r qu'elle lui
a réussi. Je crois effectivement que cette cendre
à bagasse est bonne pour les terrains fort humides dont les molécules font très-exténuées , Entourer d
vivres les pièce
4e cannes. Temps poui
arroser les caniles. Usage #
de l'engrais. Centre
it bagassé pour
engrais. --- Page 131 ---
de la fabrication du Sucre. 133 ,
Blin a fait l'essai de la
cendre à bagasse pour engrais, &r qu'elle lui
a réussi. Je crois effectivement que cette cendre
à bagasse est bonne pour les terrains fort humides dont les molécules font très-exténuées , Entourer d
vivres les pièce
4e cannes. Temps poui
arroser les caniles. Usage #
de l'engrais. Centre
it bagassé pour
engrais. --- Page 131 ---
de la fabrication du Sucre. 133 , c'est-à-dire très-rapprochées. Dans ce cas-là
l'alkali fixe contenu-dans ces cendres divise la.
terre & procure ainii aux racines des plants,
la facilite de croître & de' chercher la nourriture qui lui est propre. Je crois aussi que c 'eit
le seul cas où la cendre de bagage puisse servir d'engrais Je n'ai point parlé de la manière ingénieuse
de planter à quatre plants ; on la doit encore à
M. Elin de Villeneuve i elle consiste à placer
& coucher chaque plane de manière q';c chaque bout corresponde à chaque angle du trou,
&r que les quatre autres bouts-viennent ("iC
rejoindre au milieu : par cette méthode les
cuat c plants sont couverts également, & 1 'un
ne l'eit pas plus que l'autre. On ne peut pas dire que l'âge des cannes
foit une preuve de leur maturité La nature d
sol -' cs variétés au climat l'inconstance dei
faisons & les autres accidents peuvent seuls la
déterminer. O.i reconnoît qu'une pièce de
cannes cit bonne à rou der lorsque les feuilles
d11 (ommet des cannes s'épanouissent &: forment l'éventail, que la Lige se dépouille de ses
pailles, & que la couleur en eit jaune. Quant à
la couleur elle est fort équivoque quand les
deux aut res ne s'y joignent point. Par exemple, dans l:s terrains vigoureux & humides la
canne y eit presque toujours verdâtre. Il faut
encore observer que la maturité dont je parle
n'est pas absolue, mais relative : c'est-à-dire
que les cannes sont bonnes à ro:der quand 011
leur voit la faculté convenable pour en exprimer les parties saccarines. Si l'on coupe les cannes trop jeunes, avant
les signes indicatifs dont je viens de parler 3 Planter à quatre
r :..nts. j Ot'and une
picc. dj canne:
eit bu^nc à
louiez. > Inconvénient >
de couper 1,-s
c,iriii trop
j*unes. --- Page 132 ---
134 Qiscours sur les opérations - elles ne rendent alors qu'une foible quantité
de iels essentiels 3 & encore font-ils noyés ,
pour ainsi dire j dans une immensité d'eau qui
oppose une difficulté insurmontable à leur réduction ; ils ne reçoivent plus la forme solide,
& ne se cristallisent plus, parce que les parties intégrantes de ce sel brûlent, presqu'avant
que l eyaporation des parties acqueuses ait été
terminée. Nous avons démontré cette vérité. Il est également dangereux de couper les
cannes quand elles sont parvenues au degré
de maturité absolue. Cette vérité devient lensible quand on se donne la peine de réfléchir
que rien alors ne retarde dans leurs principes
constituants la dilpolition qu'ils ont à changer
de nature j que ces principes constituants éprouvent plutôt l'effet acide de la fermentation qui
le développe encore plus promptement par la. chaleur du climat. De-là nécessairement des
combinaisons nouvelles j & puis la décomposition des parties de la canne.
cannes quand elles sont parvenues au degré
de maturité absolue. Cette vérité devient lensible quand on se donne la peine de réfléchir
que rien alors ne retarde dans leurs principes
constituants la dilpolition qu'ils ont à changer
de nature j que ces principes constituants éprouvent plutôt l'effet acide de la fermentation qui
le développe encore plus promptement par la. chaleur du climat. De-là nécessairement des
combinaisons nouvelles j & puis la décomposition des parties de la canne. Il est donc important de connoître la maturité relative des cannes pour éviter bien des
erreurs, bien des travaux inutiles, d'où résulte
toujours une diminution considérable dans les
revenus. Il est donc certain que la maturité
des cannes à rouler ne doit être que relative. Quand on veut couper une pièce de cannes,
on doit commencer par l'endroit le plus éloigné ^ & c'est ce que l'on fait ordinairement.
L'avantage qui en résulte est que ceux qui
charroient les cannes ne passent jamais deux
fois sur le même endroit. De cette manière
les fauches ne risquent point d'être endommagées. On doit veiller à ce que les Nègres dépouilInconvénient
de les couper
quand elles font
trop âgées. Nécessité de
connoître leur
maturité relative. Précaution pour
charroyer les
,cannes. Dépouiller les
cannes de leurs
pailles, Se les
couper ras de
terre. --- Page 133 ---
de la sabrication du Sucre. 135 !çnt entièrement les cannes de leurs pailles.,
ou du moins autant qu'il est possible , &: à ce
qu'ils coupent les cannes le plus près de terre.
Il faut les dégarnir de leurs pailles, parce que
ce sont des corps étrangers qui nuiraient à la
pression de la canne , & qui peuvent en altérer
alliE les sels, ou même les diminuer : il faut les
couper le plus près de terre qu'il est possible ;
1°, par économie pour la canne en elle même,
parce que c 'est nécessairement en augmenter
le produit ; 2°, dans ce cas où l'on veut laitier
la pièce croître en reicttons, la touche de chaque canne en est plus ait ce à réchauffer, par
conséquent moins livrée aux ardeurs du toleil,
& moins expotée au sec. J'ai remarqué qu'on cst dans l'habitude de
couper les cannes le foir, Cette précaution me
paroît biçn tage. Il est certain que la fermentation est bien plus lente par la fraîcheur de
la nuit, parce qu'elle est privée de l'ardeur du
soleil qui est le principal agent de la fermentation entre les parties constituantes des corps
compotes. Je ne parlerai point de la manière dont on
enlève les pailles dans un grand cabrouet à
bœufs, & de mille autres détails de cette espèce.
On conviendra que ces petits objets fè saisissent
aisément, &: que ce feroit une dépense d'érudition, où l'on verroit plutôt l'Auteur que le
bien qu'il se propose. Je dirai feulement qu'on
se hâte de faire enlever ces pailles, 1°, parce
que découvrant la superficie de la terre, &:
l'exposant aux influences de l'air, les rejettons,
(dans le cas où l'on est obligé de les laisser
croître) n'en pousfent qu'avec plus de facilité;
2°2 parce que ces pailles fèrvent à chauffer &
chaufsent au moins aussi bien que la bagasse,
plutôt l'Auteur que le
bien qu'il se propose. Je dirai feulement qu'on
se hâte de faire enlever ces pailles, 1°, parce
que découvrant la superficie de la terre, &:
l'exposant aux influences de l'air, les rejettons,
(dans le cas où l'on est obligé de les laisser
croître) n'en pousfent qu'avec plus de facilité;
2°2 parce que ces pailles fèrvent à chauffer &
chaufsent au moins aussi bien que la bagasse, Couper les can'
nes le foir. Enlèvement des
pailles. --- Page 134 ---
13 D? scours sur les opérations J'ai soutenu qu'il en dangereux de brûler les
pailles pour la-i ser venir une pièce en rejettons. Je ne dis pas la même choie quand il
s'agit de replanter -, Je cruis même que c'eit
un bien; mais quoi qu'il en foit, quand on
brûle une pièce de cannes, on doit y Faire la
plus sérieuse attention. Je voudrois q )'on n*
brulât jamais dans un long sec, on quand les
brises sont fortes. On en lent parfaitement la
raiîon ; cependant on n'eil pa) toujours rtgoureux à cet égard, &: dc cette indifférence tont
nés des accidents cruels. Enfin quand on brûle
une pièce de cannes on doit, i \ faire une trace
allez large pour que la pièce voiiine n'ait rien
à craindre; 2°, on doit l'entourer par l'atelier
entier pour prévenir les accidents qui peuvent
resulter d'un tourbillon de feu qui viendroit à
s'élever de la pièce que l'on brûle ; 3°, on y fait
entrer des Nègres , qui avec des torches de
paille enflammée, qu'ils traînent d'un bout à
l'autre de la pièce, font ainsi communiquer le
feu de manière qu'elle foit bientôt brûlée ;
40, il faut toujours mettre le feu sous le vent.
On prévient par-là une trop forte inflammation,
d'où résulteroit une précipitation funeite, qui
augmenteroit encore par l'aétion du vent. S'il
arrive que le vent change, il faut se hâter
d'aller. Il n'est guères possible de donner des principes invariables sur toutes les branches de la
culture, sur tous les détails de l'économie ruraie, &r principalement dans les Colonies. C'est
au Cultivateur éclairé à se régler d'après les
connoissances qu'il aura pu se procurer sur la
nature du sol qu'il veut faire travailler, sur les
influences du quartier qu'il habite ; car un quarManiere de
brû'er une pièce
de cannes. Observation sur
la nécessité de
consulter les
forces qu'on
emploie.
sur toutes les branches de la
culture, sur tous les détails de l'économie ruraie, &r principalement dans les Colonies. C'est
au Cultivateur éclairé à se régler d'après les
connoissances qu'il aura pu se procurer sur la
nature du sol qu'il veut faire travailler, sur les
influences du quartier qu'il habite ; car un quarManiere de
brû'er une pièce
de cannes. Observation sur
la nécessité de
consulter les
forces qu'on
emploie. --- Page 135 ---
de. là fabrication da Sucre. 137 tier diffère toujours en quelque choie du quartier voiiin : il doit consulter la portion des
lieux & les moyens qu'il peut tirer des forces
qu'il possède. Trop sou vent on s'expole à
des fautes à des pertes irréparables , parce
que l'on entreprend témérairement des choies au-deiTus de ce que l'on peut réellement,
pour faire beaucoup de revenus. On ne calcule pas allez la force d'un atelier, on n'examine pas bien la somme de travail qu'il peut
supporter, on ne fait même pas souvent une attention suffisante au travail que peut exiger
une habitation -, de-là ces accidents qui détériorent les plus grands biens, de là souvent les
justes plaintes des Propriétaires. Il faut bien
ménager le temps & les forces qu'on emploie
pour tenter de nouveaux établissements. On.
ne doit hasarder de nouveaux défrichements
qu'avec la plus grande précaution, qu'avec beaucoup de sagesse, pour ne pas exténuer le mobilier. On doit sur-tout éviter soigneusement
les transports de terre éloignés, sur la tête des
Nègres. Ce travail devient excessif par sa longueur, trop souvent meurtrier, & rarement il
dédommage le Cultivateur de ses foins & de
les peines. Je traite ph us particulièrement cet
article dans mon Disceurs sur le gouvernement
des Nègres. Combien de choses, sans doute, n'auroisje pas encore à dire sur la partie importante de
la culture de la canne? que d'idées en effet ne
doit elle pas faire naître? mais ie ne dois rien
hasarder, sur-tout dans ce moment, où peutêtre l'on voit avec peu d'indulgence mon travail sur une profession que je n'exerce pas. Je
dois donc être circonspect fk n'exposer d'abord Réflexion général^. --- Page 136 ---
* 3 Discours sur les opérations que ce qui peut avoir un genre d'utilité reconnue.
Je n ai voulu donner que les premiers éléments,
que les premières connoissances nécessaires aux
jeunes raffineurs &: à tous Habitants sucriers. J 1ai travaillé cependant à me rendre digne depaner aux Maîtres; mes matériaux font même
tout prêts. • Mon but est de prouver qu'on peut faire
du lucre sans sirop. Je n en ferai pas un secret,
parce qu il ne doit point y en avoir quand il
s agit du bien public. L ait de faire du sucre sans sirop procure une
grande diminution dans le travail , dans le
nombre des Esclaves, & une augmentation
sensible dans les revenus. Je crois avoir déjà
dit que le sirop n est autre choie qu'une espèce
de caramélisation, qu'il ne s'agit que d'éloigner la matière du contact du feu pour en obtenir la couleur blanche,, & que la couleur
rousse n est qu'accidentelle, produite feulement *
par l 'action trop immédiate du chauffage. Par v
conséquent l'on gagnera ce que l'on perd aujourdnui, du moment que l'on rendra à toute -
la matière sa couleur naturelle. L'on fent déjà
que cette nouvelle opération ne peut se faire
qu'en imaginant une nouvelle espèce de çhaudière , & c'est en effet là tout mon secret.
igner la matière du contact du feu pour en obtenir la couleur blanche,, & que la couleur
rousse n est qu'accidentelle, produite feulement *
par l 'action trop immédiate du chauffage. Par v
conséquent l'on gagnera ce que l'on perd aujourdnui, du moment que l'on rendra à toute -
la matière sa couleur naturelle. L'on fent déjà
que cette nouvelle opération ne peut se faire
qu'en imaginant une nouvelle espèce de çhaudière , & c'est en effet là tout mon secret. Je tâcherai de démontrer que la bagasse est
très-propre à faire du tafia & d'autres liqueurs
spiritueuses, que quelle que soit la pression entre
les cylindres, il y reste encore allez de parties
faccarines pour opérer une fermentation utile;
que quelle que soit cette fermentation la
partie ligneuse de la bagasse fera toujours fuffisamment imprégnée d'huile cflcntiellc pourprocurer la chaleur néceilaire a la cuisson dit Annonce d'un
nouvel ouvroge
sur le même
iiijcr. sen but. --- Page 137 ---
de la fabrication du Sucre. 139 lucre. Peut-être irai-je ju[qu'à prouver que ce
chauffage sera supérieur à ceux qu'on a employés jusqu'à préfcnt. Je ferai quelques observations sur l'évaporation des chaudières, que je crois trop considérable, imaginant que cette forte vapeur enlève
avec elle une portion majeure du sucre le plus
fin. Je proposerai une espècc de couverture qui
sans s'opposer à la sortie de l'eau surabondante,
arrêtera néanmoins beaucoup de parties de la.
matière première qui, de cette manière, retourneront au réservoir commun. Je parlerai d'un lessivomettre d'une grande utilité ^ puisqu'il inspirera une juste confiance aux
Raffineurs , toujours obligés de se reposer un
peu sur l'intelligence des Nègres sucriers. J'ai quelques idées sur la manière d'arrêter
la fermentation. Je les développerai avec d'autant plus de plaisir, qu'elles pourront procurer
du repos aux malheureux que l'avarice des maîtres presse sans relâche, comme sans respet1:,
ni pour les jours ni pour les heures que les lois
& l'humanité leur accordent. En m'occupant du sort des Nègres, je pourrai
parler de l'idée que j'ai depuis "long-temps de
faire une pépinière de Nègres. Je m'arrêterai
sur l'éducation qui leur conviendra, sur le bénéfice certain qui en résultera pour les Colonies, -
soit au moral, soit au physique. J'expliquerai , autant que je pourrai du moins,
des phénomènes qui s'opèrent pendant la cuisson du sucre j auxquels on ne fait point d'attention , &: qui cependant peuvent donner lieu à
des découvertes intéressantes pour les Physiciens
& lucratives pour l'Agriculteur. Enfin je m'efforcerai de convertir en Théorie --- Page 138 ---
T40 Di(cours sur les opérations, &c. raisonnée ce qui n a été jusqu' a prent qu une
pure routine. Si mes efforts peuvent avoir quelque mérite
auprès de MM. les Habitants, j'aurai obtenu la
plus douce récompense. FIN. Ambition de
l'Auteur. --- Page 139 ---
( t ) A Invention du Sieur yE -R RE T pour les
Moulins à Sucre.
fin je m'efforcerai de convertir en Théorie --- Page 138 ---
T40 Di(cours sur les opérations, &c. raisonnée ce qui n a été jusqu' a prent qu une
pure routine. Si mes efforts peuvent avoir quelque mérite
auprès de MM. les Habitants, j'aurai obtenu la
plus douce récompense. FIN. Ambition de
l'Auteur. --- Page 139 ---
( t ) A Invention du Sieur yE -R RE T pour les
Moulins à Sucre. LES Moulins à sucre ordinaires sont composés
de trois cylindres de fer coulé de vingt pouces de
diamètre chacun, & mobiles autour de leurs axes,
qui sont verticaux & dans un même plan. Sur ces
trois axes font fixées des roues dentées de diamètres
égaux du même nombre de dents, & telles que.
celle du milieu engrainant les deux extrêmes , le
cylindre moyen ne sauroit tourner sans faire mouvoir les deux autres dans des sens contraires & avec
la même vîtesse. Les axes de ces cylindres portent
J par leurs extrémités inférieures chacun un pivot
d'acier trempé, auquel, à cause de sa forme, en a
donné dans les Isles le nom de cul d'œuf, & par le
moyen duquel chaque cylindre peut tourner sur sa
crapaudine sans éprouver de frottement confidérable : d'ailleurs , lorsqu'après un long service, la
pointe d'un cul d'œuf est u(ée, & qu'elle est termi-
. née par un plan de quatre lignes de diamètre, on
lui en substitue un autre. Pour faire usage de la machine, on se sert ou
d'un manège 00 d une machine à eau pour donner
au cylindre du milieu un mouvement de rotation
qu'il communique par le moyen des roues dentées
aux deux cylindres extrêmes, & alors on présente un
faisceau de cannes entre deux des cylindres qui l'accrochent pour ainsi dire, & le faisant pafser comme
au laminoir ,Jai font éprouver une pression en vertu
de laquelle le vin de cannes est exprimé. M. Verretobserve que, pendant cette opération,
les tourillons des deux cylindres extrêmes doivent --- Page 140 ---
M V exercer contre leurs collets une pression pour le
moins égale à celle qu'éprouvent les cannes en passant entre les cylindres, & que de cette pression refuite un très-grand frottement de la première espèce,
qui ne peut être vaincu qu'aux dépens du moteur.
C'est une partie de ce frottement qu'il se propose
d'anéantir en lui substituant d'une manière très-i«-
génieure le frottement de la deuxième espèce, ainsi
que nous allons l'expliquer. Il monte sur chacun des tourillons des axes des
deux cylindres extrêmes, un rouleau de cuivre mobile sur ce tourillon, puis pour contenir les axes à
la distance requise, malgré la grande pression qui
rend à les écarter, il substitue aux collets, qui ne
doivent plus résister dans ce sens, deux cereles
très-forts de fer forgé bien tourné intérieurement de
quatre on cipq pouces de largeur dans le sens du
rayon, & de quatre pieds de diamçtre intérieur.
Chacun de ces cercles embrasse les axes des trois
cylindres; l'un passe dans les gorges des deux rouleaux supérieurs, & l'autre parte sur les rouleaux
inférieurs ; en forte que pendant le jeu de la machine les rouleaux qui, si les cercles étoient fixes,
feroient obligés de gHffer sur eux & d'exercer un
frottement difficile a vaincre, les entraînent & leur
communiquent dans le même sens un mouvement
de rotation sans que le frottement soit vaincu.
ces cercles embrasse les axes des trois
cylindres; l'un passe dans les gorges des deux rouleaux supérieurs, & l'autre parte sur les rouleaux
inférieurs ; en forte que pendant le jeu de la machine les rouleaux qui, si les cercles étoient fixes,
feroient obligés de gHffer sur eux & d'exercer un
frottement difficile a vaincre, les entraînent & leur
communiquent dans le même sens un mouvement
de rotation sans que le frottement soit vaincu. Quant à ces cercles, ils posent par le -plat sur des
roulettes coniques de métal sur lesquelles ils tournent sans frottement considérable , parce que ces
roulettes ne participent pas à la pression qui cst 1 objet de la machine, &: n'ont jamais tout au plus à supporter due le poids de ces cercles. ,M. Verret observe ensuite que les roues dentées
par le moyen desquelles le cylindre du milieu entraîne les deux antres, ne sont nécessaires que parce
que le frottement des tourillons de ces deux dcr- --- Page 141 ---
( 3 ) A ij niers cylindres contre leurs collets peut quelquefois
les retenir & les empêcher de tourner ; mais que le
frottement étant pour la plus grande partie anéanti
par la correction dont nous venons de parler, les
roues deviennent inutiles, & que le cylindre du milieu entraînera toujours les deux autres par le seul
frottement contre les caques qui s'exerce à l'extrémité d'un plus grand bras de levier ; ainsi il supprime encore ces roues, & par. conséquent le frottement de leurs engrenages. Précis des avantages que procureroît à l Amérique
Françoise l'établis ement du Moulin a sucre rectisié par le fleur Verret. 1°. Il y a dans l'Amérique FrançoiCe au moins
400 Moulins à eau, & 1200 à mulers employés
à la fabrication du sucre. 2°. Il faut 71 mulets pour le service régulier,
de chaque Moulin. Celui que propose l'Auteur
épargne un tiers sur les forces ; ainsi c'est 14 mulets
d'épargnés par Moulin. 3°. L'eau nécessaire au roulement de 480 Moulins
pourra servir à 100 d'e plus, à raison d'un tiers de
bénéfice sur les forces ; ainsi autant moins de Mou.
lins à mulets. 4°. Le prix des mulets est: au moins de 660 livres
argent des Isles. f Il faut un carreau de terre en pâturage pour
nourrir 20 mulets. Le carreau vaut 3000 livres. 6°. Il faut un Nègre pour soigner 20 mulcts. Les
Nègres valent 1800 livres. 7°. Il est: reconnu aux Isles qu'il y a une dépopulation qui a lieu sur les Nègres Se sur les mulets,
que l'on évalue ordinairement à uii dixième par an. --- Page 142 ---
( 4 ) Tableau des avantages du nouveau Moulin, résultant des données ci-dessus. 10. Nombre de Moulins à mulets dans l'Amérique Francoise , 12.00 2. o. Épargne de mulets par Moulin, 14 Épargne de mulets pour les —
1100 Moulins , 18,800 mulets.
qui a lieu sur les Nègres Se sur les mulets,
que l'on évalue ordinairement à uii dixième par an. --- Page 142 ---
( 4 ) Tableau des avantages du nouveau Moulin, résultant des données ci-dessus. 10. Nombre de Moulins à mulets dans l'Amérique Francoise , 12.00 2. o. Épargne de mulets par Moulin, 14 Épargne de mulets pour les —
1100 Moulins , 18,800 mulets. 3 ".L'augmentationdesMoulins à eau, qui remplacent 100 Mouftns à mulets, rendinatiles
71 mulets par Moulin, ce qui ' ' 14,400 mulets. Nombre de tous les mulets
épargnés dans l'Amérique Franǰik> • 43,100 mulets. 4®. Prix de chaque mulet, 66o livres. Prix de tous les mulets épar- _
gnés . i8,/n, 000 livres. 5*. 4î»1°o mulets de moins
à nourrir, rendent à la culture
i,i 60 carreaux de terre à
30oo liv. le carreau, ... £,480,000 livres. 6°. 43,100 mulets de moins
à soigner, rendent à l'atelier
2,160 Nègres à 1800 1... 3,888,090 livres. 7°. La perte de la dépopulation portant sur moins d'ob3 8,880,000 livres. --- Page 143 ---
( s ) Ci contre ;8,8Eo,ooo livres.
jets, devient encore un avantage que produit le nouveau
Moulin. Ain si le dixième du prix
des mulets est de 2.,851,1.001. Le dixième dct
prix des Nègres est
de 388,800!. Somme de la
dépopulation épargnée par an, .. 3,240,000 1. Qui, à raison de j ~, est
le produit d'un capital de ... £4,800,000 livres. Somme totale des épargnes, 103,680,000 livres. Les Commissaires nommés par l'Académie des
Sciences pour examiner cette Machine aussi ingéuseuse qu'importante, en ont rendu le témoignage
suivant : « Nous estimons que les corrections pré-
" Tentées par M. Verret sont tres-ingénieuses,
» qu'elles nous paroissent nouvelles & de nature à
»J devoir diminuer de beaucoup les résistances qu'é-
» prouve le moteur dans le meuvemeat des MouM lins à sucre ; qu'enfin elles méritent l'approbation
» de l'Académie, & d'être publiées dans le Recueil
» des Machines approuvées par la Compagnie. » Il seroit sans doute superflu d'observer que l'invention du sieur Verret est applicable à tous les
laminoirs & à la plupart des Machines à cylindres
de même espèce qui sont en usage, scit dans les
Manufactures, soit dans les Forges & dans pluheurs autres Arts. --- Page 144 --- --- Page 145 --- --- Page 146 ---
BRANCHE DU CAFFIER .
foin
dc les offrir à notre vénération commel'objet
qui peur feul procurer le bonheur. De là cette
ambition prévoyante dans fes moyens, & qui
ne Teft prefque jamais dans fes fins. De là tant
de gens riches qui montrent leur fortune, &c
déguifent leur coeur. De la ces légions dévorantes qui viennent dans les Colonics, y
ter des vices &c des maux, & mourir
CaPGERE
Fobicurité.
G iij --- Page 103 ---
IO2
Difeours fur les opérations
Baangement de temps.
Heureufement les temps commencentà changer!I Lcs vertus n'y font pas encore en foulc: .
mais lcs vices y diminuent beaucoup. Une certaine urbanités'y eftintroduite, & fi
un
de
Tonyperd
peu
cettc franchife qu'on aimoit dans nos
ancètres : on y perd aufli de cette groflicreté
rebutante quil'accompagnoit prefque toujours.
On n'y boit plus comme nos ayeux, mais on
y penfe davantage. On n'y eit plus prodigue :
mais on y cft bienfaifant, généreuxs & filon
n'y a plus cette énergic qu'on avoit autrefois,
on en cft dédommagé par plus d'humanité,
par cette délicatefe dans les fentiments qui dans
d'autres tcmps étoit infiniment rare. Les Auteurs
ont affez ordinairement l'habitude de trouver,
le fiècie ou ils vivent le plus mauvais, le plus
dépravé; mais jniqu'à préfent cc
ne
fauroit être appliqué à Saint-Domingue principe : les
moeurs y gagnent de jour cn jour.
des Introduction beaux arts. On commence à s'y dégager de lépaiffe
ignorance; on n'y voit plus tant detiédesadmirateurs du bien, & lon y
les graces de
l'efprit du goût dcs reentare & des beaux
arts. On y fredonne des vers, 3 on y ellaie
de la profe légère, & lon s'yadonne même
aux fciences exactes. Le Jurifconfulte & le
Médecin Y montrent plus que jamais l'amour
de l'étude & des connoiffances utiles. On
trouve des admiratcurs de l'aftronomie, qui y
cfaycht de donner à leurs yeux l'habitude
de la contemplation; des Botaniftes qui lèvent
une partie du voile qui cache des beautés
innombrables, encore inconnues au refte de la
terre; des Phyficiens qui conduifent à des dé
couvertes précieufes, & des amateurs en tous
genres qui ne peuvent qu'opérer unc.révolu-
& des connoiffances utiles. On
trouve des admiratcurs de l'aftronomie, qui y
cfaycht de donner à leurs yeux l'habitude
de la contemplation; des Botaniftes qui lèvent
une partie du voile qui cache des beautés
innombrables, encore inconnues au refte de la
terre; des Phyficiens qui conduifent à des dé
couvertes précieufes, & des amateurs en tous
genres qui ne peuvent qu'opérer unc.révolu- --- Page 104 ---
de la fabrication du Sucre.
10S
tion heureufe dans un pays encore totalement
inconnu. On peut fc convaincre de cettc vérité en Phniladelpheas Cercle det
examinant les mémoires fans nombre qui
ornent les archives du Cercle des Philadclphes.
Cette Société favante, fi près encorc de fa
naiffance, pofséde une collcétion immenfe de
faits curieux & ingéreffants. Il eft facheux
que les frais d'impretlion, néceffairement exorbitants dans les Colonies, ne lui permettent pas
de les faire imprimer fous fes yeux, & qu'il
faille leur donner le jour à deux mille licucs
du
ou ils ont été conçus. Si lon doit
Entres gré aux vrais Citoyens quiont élevé cctte
elpéce de Colonie académique, cette Société
doit à fon tour beaucoup de reconnoifance
aux perfonnes
ont eu affez de courage
pour accueillir amt établiffement.
En cffet, quoi de plus encourageant que Son genteule encourata
cctte afHuence de tous les ordres qui ont
allifté au moment de fon inftallation? quoi ide
plus encourageant que la fatisfaétion des
Chefs, & que les applaudiflements de tous
lcs citoyens: Cette Société en ofant paroître
a fembié ne faire
prévenir le defir des
Colons, & il lui ae doux de penfer
s'il
lui en coute des
des
des
TE
peines,
dépenfes
veilles, l'eftime des gens fages, celle même
de la poftérité, peuvent ètre la récompenfe de
fcs nobles cfforts. Cette récompenfe cft la vraie
félicité : ce n'eft
cet intérêt épuré
lon cft
& cettc
ae
quclque ARSET
grande
peut feule donner à cette réunion d'Amateurs
des fciences cette force, cette activité morale
qui élève le courage. Unc carriére f glorieus.
fement, f brillamment commencée, peut esre
Giv
érité, peuvent ètre la récompenfe de
fcs nobles cfforts. Cette récompenfe cft la vraie
félicité : ce n'eft
cet intérêt épuré
lon cft
& cettc
ae
quclque ARSET
grande
peut feule donner à cette réunion d'Amateurs
des fciences cette force, cette activité morale
qui élève le courage. Unc carriére f glorieus.
fement, f brillamment commencée, peut esre
Giv --- Page 105 ---
Difeours fitr les opérations
parcouruc à pas de géantss & CC qui
ce pays n'eft pas anfli fuperficiel
cru,
mes
Rc
c'eft le plaifir qu'on a reienti
généralement de voir plufieurs citoyens fc
réunir
former le projet hardi d'imiter
Euntitadeer d'une Académic des Sciences.
Cc qui prouve que cette Société naifante
entre les deax tropiques eft heurcufe dans
fon cfpécc de témérité, c'eft qui'cile compte
déià au nombre de fes membres des Académiciens illuftres, des Savants d'Enrope & des
perfonnes de hauté diftinction
n'ont
a
qui
pas
dédaigné de s'affocier aux travaux de fes humbles fondatcurs. Cettc Académic, fondéc
des perfonnes qui n'ont que le gout des Scicar
ccs, fera bientôt compofée entiérement des
Savants fuivant le but de fon inftitution. Lc
Cercle des Philadclphes doit donc en général
fc féliciter de l'accucil'dela Colonic : Ics Habitants lui envoient en foule des matériaux de
tous
& fouvent précicux qu'il fe propofe SERam faire connoitre le plutot poffible; il
n'oubliera fuurement
de faire toujours une
mention honorable PRe fes bienfaircurs, de
ceux quile méttent à même d'être d'une vraie
ntilité pour le Public; il nc néglige rien
mériter d'offrir un jour, parladmifion dans FRon
fein,une récompenfe aux Colons honnètes
entrent dans fes vues en lui faifant part
lcurs connoiflànces. C'eft ainfi qu'il juftifiera
fa conduite au tribunal impartial de la fagelle
& de la poftérité. C'eft ainfi que chacun de
fes membres fatisfaifant fon coeur & fon cfprit
fc foutient dans l'efpoir de ne pas travailler
en vain rour à fait. C'eft dans le progrés de la
chofe publique qu'il veut trotver lc digne
entrent dans fes vues en lui faifant part
lcurs connoiflànces. C'eft ainfi qu'il juftifiera
fa conduite au tribunal impartial de la fagelle
& de la poftérité. C'eft ainfi que chacun de
fes membres fatisfaifant fon coeur & fon cfprit
fc foutient dans l'efpoir de ne pas travailler
en vain rour à fait. C'eft dans le progrés de la
chofe publique qu'il veut trotver lc digne --- Page 106 ---
de la fabrication du Sucre.
IOS
prix d'une vie glorieule, confacrée à fa patrie. Tranquillement enveloppé de fa vertu 3
illui fuffira d'avoir été utile; il n'aura
gucil de prétendre à limmortalité; il
conR
iolera de l'oubli en penfant
peut donner
lc jour à des enfants célébres ;
des uns,
REE
blâmé des autres, il lui fuffira d'être eltimé par
les honnêtes gens. Le mot de Philadeiphe renferme tout cc quelon peut imaginer de beau,
d'aimable, de grand & de fenfédans un favant.
Accoutumé à aimer les hommes, il apprend
à fc connoitre lni-mème, & il fait
n'eft
rien que les circonftanccs & que
temps
T
ne puitent réndre polible. Après avoir examiné
cc quily a de plus important dans la nature,
il eit convaincu
fon femblable doit être
l'objet de fes plus leneuta réflexions. Perfuadé
que le bonheur des hommes eit le réfultat de
moeurs purcs, fa conduite annoncera par-tout
une lagelile bienfaifante; modelte dans fcs
prétentions, il lui fuffira de favoir que G on
briller davantage dans une fphère éteneer on
faire le bien dans une plus reffcrréc; AER fcra toujours un devoir de former
fon coeur avant d'orner fon cfprit.
Telle eft cette Société dont les racines ne Mellieurs &c de de la
peuvent que fe fortifier fous l'adminiftration Luzerne. Marbois.
d'un Cheftel quc M. le comte de la Luzerne,
par fon amour pour les fciences, celui
: pays confié à fa fagefe, ne pent être
favorable aux intentions des gens
ERLE
M. de Marbois, littérateur diftingué, & animé
du même cfprir, ne peut qu'ajouter encore à
des préfages aufli Hlatteurs. Il étoit réfervé à
ces Adminiftrateurs de renouveller l'âge d'or
de la Colonie qu'avoient fait naitre MM. de
de la Luzerne,
par fon amour pour les fciences, celui
: pays confié à fa fagefe, ne pent être
favorable aux intentions des gens
ERLE
M. de Marbois, littérateur diftingué, & animé
du même cfprir, ne peut qu'ajouter encore à
des préfages aufli Hlatteurs. Il étoit réfervé à
ces Adminiftrateurs de renouveller l'âge d'or
de la Colonie qu'avoient fait naitre MM. de --- Page 107 ---
Difcours fur les opérations
Lamage & Maillart : il ne refte donc plus à
delirer que la durée de leur adminiftration !
A la bienfaifance de leurs prédéceffeurs ils
joindront la gloire d'avoir aidé à éclairer un
pays done on eft encore loin de connoitre
toutcs les bcautés,
Genféquener,
Voila donc la Colonic qui prend une nouvelle vie! Après avoir été long-temps hérifféc
de ronces & d'épines, elle fc couvre de fleurs
B de fruits. Quel avenir heureux ! par-tout
ou les fciences pénétrent; on nc tarde pas à
fe reffentir de leurs bienfaits. C'eft un moment
bien intéreflant pour un Philofophe
celui
ou il obferve cette clpéce d'agitation der hommes qui bruient du defir d'étre utiles. La
peine qu'ils fc donnent pour s'ouvrir unc
routc lumineufe dans des lieux encore obfcurs,
cft aufi intércflante aux ycux du fage qu'utile
àt tous les hommes, On gagne à les confidérer,
même dans le flux &c le refux de leurs opinions, Sous ce point de vue quel fpectacie
préfente aujourdhui Saint-Domingue a toutes
jes partics du monde!
de chofes inconnues pour ics favantes AEatma Saint-Dominguo ne pcut pas tarder à étre unc Colonie
aulli précicule aux yeux des Savants, qu'elle l'a
été & qu'elle le fera encore fous ic point de
vue politique, Ine lui faut plus que de lencouragement, Cc principe des recherches lcs
plus heurçcufes va bientôt y faire naitre, comme
en Europe, lemépris
ceux quis'amollifient
dans T'oifiveré, Ii ne TeuIe plus qu'y confidérer
l'homme laboricux. Le feu du courage anime le
travail, Thabitude du travail donne à la longuc
l'expéricnce des chofes paffees, & bientôt on
aura dcs vuçs grandes 8nouvelles fur les chofes
des recherches lcs
plus heurçcufes va bientôt y faire naitre, comme
en Europe, lemépris
ceux quis'amollifient
dans T'oifiveré, Ii ne TeuIe plus qu'y confidérer
l'homme laboricux. Le feu du courage anime le
travail, Thabitude du travail donne à la longuc
l'expéricnce des chofes paffees, & bientôt on
aura dcs vuçs grandes 8nouvelles fur les chofes --- Page 108 ---
de la fabrication du Sucre.
1c7
lcs plus importantes. Les moyens pourront
encore en étre lents, difficiles', les obftactes
nombreux : mais il n'eft pas douteux qu'on
ne parvienne quelquc jour à rendre Saintdigne defixer Yattention. Je verrois
BE mêmc
étonnement qu'il fir Y'objet de
l'admiration des uns & del'envie des autres.
Il fe forme, fije puis m'exprimer ainfi, un
foyer de connoilfances quelos Adminiltrateurs
nous gouvernent nc peuvent manquer de
Rsiter tourner au profit de la nation. Que de
découvertes précicufese daiventenifomieLes prea
mières pourront être peu confidérées, mais
c'eit au temps qu'il appartient de les faire
juger. Si je mc fuis écarté quelque temps de mon Intention TAuteuf de
fujet principal, on me le pardonnera en faveur
de l'intention. J'y revicns avec le mème plailin
que j'avois au moment que je l'ai quitté. J'ai
cru cette digreflion bonne & en clie mémc,
& par le motif qui me Ta diétée. C'elt donc
aprés m'étre convaincu que les jeunes apprentis
raffineurs attendoient en vain de leurs maitres
un ouvrage quipdr abréger leur peine à apprendre,
me fuis déterminé a travailler pour
eux. EE me trouverai grandement récompenfé
de quelques veilles
ce travail m'a coutées, fi jai le Reoatier de leur être d'une
vraie utilité. Jc gotiterois aufli un plaifir bien
encourageant, fi je pouvois efpérer de trouver
dans les maîtres de l'art afez d'indulgence
pour que mon difcours leur offrit quelques endroits intéreffants. Au furplus je répète ma
profeflion de foi, j'ai cui pour but, en failant
même ce que j'ai
d'exciter ceux qui ci
favent plus que LESS à réparer mes fautes,
de leur être d'une
vraie utilité. Jc gotiterois aufli un plaifir bien
encourageant, fi je pouvois efpérer de trouver
dans les maîtres de l'art afez d'indulgence
pour que mon difcours leur offrit quelques endroits intéreffants. Au furplus je répète ma
profeflion de foi, j'ai cui pour but, en failant
même ce que j'ai
d'exciter ceux qui ci
favent plus que LESS à réparer mes fautes, --- Page 109 ---
Difcours fur les opérations
mes omiflions; &c de procurer ainfi aux Colonies un ouvrage avantagcux fur toutes les
partics importantes de l'agriculture & dcs
manufaétures de Saint-Domingue.
xv.
Ceux qui n'ont pas lu T'ouvrage de M.
"Ouvrage Coup-d'ail de fur D.C.X, habitant ala Grenade, & qui n'en
M,D.C.X. connoiffent que le titre, font peut: être préci
fément ceux qui m'oppoferont fon Elai Jar
l'art de cultiver la canne 6 d'en extraire lefiuere,
imprimé en 1781. Ils chercheront
là à
délapprécier mon travail, en cipérant TaE faire
croire que j'ai cu un modèle. A cet égardje
dois compte de ma conduite au Pablic. Ma
rédaction des principes fur les opérations de
la fabrication du fucre étoit achevée que je
n'avois pasl'avantage de connoitre cet Anteur,
& fans unc revuc que je.fis dans la bibliotheque du Cercle des Philadclphes, pour tout
autre objet même
celui du fucre, jignorerois encorc eudene de cct ouvrage.
C.X.
11 eft different Jc ne penfois donc point à M. D.
gn celui tous de fens T'Au- de que je ne connoiffois pas. Au furplus qu'on
teur.
examine le plan de Touvrage, fa forme, fa
diftribution, fon volume méme, on ne verra
rien dans lc mien qui ait la moindre reffemblance. Jc ne penfois pas comme cet Auteur:
il étoit donc impoflible de nous rencontrer. Ce
n'eft pas affez de le dire, il faut que je le
&c c'elt uniquement à ce delfein que
Teea je
jeter. un coup d'aeil fur fon ouvrage. les
Gc citoyen infiniment cftimable
talents
n'a
le
Rar
perfonnels
pas rempli
qu'il
a da fc propofer. En écrivant il a dû avoir
l'intention de fe faire entendre de ceux
en favent moins
crois
Get
que lui, &jc
qu'il
Pas cct avantage. Beaucoup de raffincurs ont
'elt uniquement à ce delfein que
Teea je
jeter. un coup d'aeil fur fon ouvrage. les
Gc citoyen infiniment cftimable
talents
n'a
le
Rar
perfonnels
pas rempli
qu'il
a da fc propofer. En écrivant il a dû avoir
l'intention de fe faire entendre de ceux
en favent moins
crois
Get
que lui, &jc
qu'il
Pas cct avantage. Beaucoup de raffincurs ont --- Page 110 ---
de la fabrication du Sucre.
acheté fon livre, & tous ceux que) je connois
m'ont avoué fincèrement & prouvé d'une
manière certaine qu'ils ne T'enrendent pas. J'ai
vu moi-méme
malgré le nombre infini
de divilions Semt fon ouvrage clt furcharge, que malgré fa préfacc & puis une
autre intitulée Plan de r'oxvrage, fcs chapitres,
fcs paragraphes, fcs fections, fes queltions
fes refumés & fes gravures memes, 11 n'en al
pas plus clair pour. un jcune raffineur. Ilparoit
guil a plus delfiré de parler aux favants que
d'inftruire ce dernier dont , par parenrhele,
il ne Aattc
lamour propre en plufieurs
occalions. ofmnad on veut infpirer à un jeune
homme le godr de fa profellion, il faut du
moins ne pas la lui pcindre fous des couleurs
décourageantcs. D'ailleurs il fant convenir
les raffineurs des Elose Raffineurst
& lcs économes font au RLgRtAe des habirations. Il ne Faut
de T'argent pour en
être propriétaires 2. E affurément cc n'eft
pas un grand mérite : mais
favoir les
gérer, les gouverner, il faut Rerta talents fiupérieurs & voila le difficile. Dans l'ordre civil le
qui nc fait rien Temporte fur FRRSSSE qui fait beaucoup: mais
la raifon permet de relituer aux économes la
fupériorité qu'ils ont par le talent.
X.
'Il ne fuffit pas de dire
M. D.C
n'eft
intelligible, il faut : démontrer. Je
ne afer pas me contenter de dire qu'ila commis
des erreurs importantcs, je dois en donner la
preuve, & jc fuis fir d'avance que cet habitant anglois eft trop éclairé pour trouver mau- M.D.C.X. Les erreurs four de
vais qu'un François ufe de lincérité dans une importantes.
Gecalion qui T'exige: Cependant jc lc ferai
Il ne fuffit pas de dire
M. D.C
n'eft
intelligible, il faut : démontrer. Je
ne afer pas me contenter de dire qu'ila commis
des erreurs importantcs, je dois en donner la
preuve, & jc fuis fir d'avance que cet habitant anglois eft trop éclairé pour trouver mau- M.D.C.X. Les erreurs four de
vais qu'un François ufe de lincérité dans une importantes.
Gecalion qui T'exige: Cependant jc lc ferai --- Page 111 ---
tio
Difcours fiur les opérations
de maniere qu'il ne puille pas s'en offcrfer raifonnablement. Jc defire qu'il ne voic
en moi que le défenfeur de la véritéi Il peut
s'être trompé : mais il n'en cft pas moins un
autcur digne de T'eftime généralc, & s'il mc
donne quelqu'avantage dans une partic, il
avoir fur moi une lupériorité décidéc peut dans
mille autres circonftances. Ainfi c'elt moins
ersetr lui
j'envifage que ccux qui me T'oppoJc nc m'appefantirai point fur le
dont
i1 fc fert; fa qualité d'étrangerle IF cxcufable à cet égard. En maticre didactique le
fyle nc demande pas de grands mouvements;
&: au futrplus jc lui reprocherois ce dont je
fitis coupable moi-mème, Ainfi jc me garderai
bien de le confidérer fous cc point de vuc:
Je ne m'occuperai donc que du fond, parce
cft vraiment l'objet qui intéreffe. D'ailLE il eft trés-naturel de penfer que fi M.D.
C, X. n'a
donné à fon ouvrage toute la
clarté que Re penfécs les plus juftcs peuvent
encore cmprunter de l'expreilion : 3 c'eft fans
doute parcc que trop occupé de fon fujct il
a cru pouvoir négliger cc qui, dans la réalité,
n'eft pas le plus cflenticl pour un favant.
ayer Son de eul- Son livre eft compofé de
# canne, de cultiver la canne en occupe, SI2 lui
L'art 3923
&
PET
plufieurs perfonnes croient qu'il étoit néceffaire de parler plus brièvement d'un objct
aufli intéreffant à la vérité, & qui demandoit
à être plus circonfcrit pour étre généralement
compris.
ductions, I Premières & pro- or- Jc me fuis permis de n'être pas de fon avis
ares de racines. fur'la maniére de pofer le plant, fur la ger
mination, fur fon développement, & fur cd
'art 3923
&
PET
plufieurs perfonnes croient qu'il étoit néceffaire de parler plus brièvement d'un objct
aufli intéreffant à la vérité, & qui demandoit
à être plus circonfcrit pour étre généralement
compris.
ductions, I Premières & pro- or- Jc me fuis permis de n'être pas de fon avis
ares de racines. fur'la maniére de pofer le plant, fur la ger
mination, fur fon développement, & fur cd --- Page 112 ---
de la fabricatiolt da Sucre.
itt
Gwil appelle
produttions. Jc n'ai pas
fuivi fa TCE ni fes ordres de racines 3
que j'ai craint de paroitre, comme luly
RatEt aux dépens de lintclligence des lecteurs.
Je n'ai pas non plus fuivi fes raifonnemenes
furla maximé de rechauffer, qu'il régarde comme
mauvaife fans exception. Je n'ai pu me rendre à
fon Hifoire des nauds de la Camnes & à touis
lcs points de vue fous lefquels il a envilagé
cette hiltoire, & j'avoue même que je me
fuis défié de mes forces, & que jai craint de
i'égarer en fuivant fes calculs.
Je crois comme M. D. Ci X. quic la térré Sur épunfeeh, les reirei
épuifce eft fouvent un mot imaginé par lincapacité; mais je ne penfe point comme lui, qu'il
nc puille pas y en avoir.
Il cft des propofitions de M. D. Ci X. que
je me permettrai de croire peu utilcs pour lar
griculteur, ou plutôt dont il me femble qu'il
auroit du tirer des conféquences que je ne
trouve déduites en aucun liei de fon ouvrage,
C'cft fur-tout dans ces occalions qu'on pcut
dire qu'il paroit avoir oublié qual vouloit
faire un livre d'enfeignement
Par exemple il foutient qu'al eft tres-probable
que-soute la difference entre und terre & une autre 3
cu égard à la végétations confefte dans le degréde
porofités & dans la facilité à Tobtenir & dle cona
Ferver, ainfi qu'à obtenir & CONSERVER 1'ate
MIDITÉ NÉCESSAIRE.
C'eft une phrafc de PAutcur quis apres
qu'on Ta comprife, ne laiffe furement pas
encore une idéc bien nette. Cependant i par
roit
dit
la terre dont les pores font
plus Trdr 3a'i la meilleure, que celle dont
gard à la végétations confefte dans le degréde
porofités & dans la facilité à Tobtenir & dle cona
Ferver, ainfi qu'à obtenir & CONSERVER 1'ate
MIDITÉ NÉCESSAIRE.
C'eft une phrafc de PAutcur quis apres
qu'on Ta comprife, ne laiffe furement pas
encore une idéc bien nette. Cependant i par
roit
dit
la terre dont les pores font
plus Trdr 3a'i la meilleure, que celle dont --- Page 113 ---
II2
Difcours fur les opérations
les pores font affaiffés, applatis, elt la
mauvaife; il prétend que la terre ne s'épuife plurs
pas, mais qu'elle s'affaife : en fuppolant cC
principe, qui peut étre une vérité, qu'ett-ce que
Fagricultenr foir
en peut conclure? que la terre ne
à la pas bonne épuifée, heure qu'clle ne foit qu'affaifiée,
: mais s'il n'en
tirct
aucun profit, n'eit-ce pas pour lui
méme
chofe?
Rat
Du fiumier.
M. D.C.X. foutient que les labours
dient toujours à fon affaillement, &
remé lonctuofite du famier en rend les cffets
durables: : mais
Aes
combien d'Habitants font labourer & répandént du fumier, & dont les terres
ne répondent point aux peincs qu'elles leur caufent! D Certainement il cft des tcrres
qui ne méritent pas les foins qu'on leur ingratcs
digas, fur-tout dans un pays ou les
profont extrêmement couteux,
moycns
fiupraticable. Moyen
D'ailleurs les moyens que propofe cct Auteur
ne peuvent
s'employer que pour un
petit clpace Een terrain, & ils deviennent impraticables pour une étendue confidérable dans
la plaine; à plns forte raifon dans lcsmornes.
Son raifonnement, quelque bon
étre en. lui-méme, ne fauroit donc qu'il Puifle dans'
les Colonies du moins; d'une utilité être, générale.
Le mérite dune découverte cft de produire
de grands effets par. de petits moyens, & M.
D.C. X. paroir offrir le contraire,
'sa petite grande cultue. &c
Je n'examinerai point les principes de
fa grande & petite culture. Il faudroit un'
volume pour prouver
la peinc
a
prife de les compofer, dET prefque totalement qu'il
inutile. Il en faudroir peut-étre un antre
aider à lcs concevoir : ma vuc eft courte, pour &c
M.
ire
de grands effets par. de petits moyens, & M.
D.C. X. paroir offrir le contraire,
'sa petite grande cultue. &c
Je n'examinerai point les principes de
fa grande & petite culture. Il faudroit un'
volume pour prouver
la peinc
a
prife de les compofer, dET prefque totalement qu'il
inutile. Il en faudroir peut-étre un antre
aider à lcs concevoir : ma vuc eft courte, pour &c
M. --- Page 114 ---
de la fabrication du Sucre.
M. D.C. X. lui ouvre un champ trop vafte,
trop furchargé de brouffailles.
Sila difpolition de fes travaux ne m'a paru Sa coloniale. Chambre
beau rève, il n'en a
été de même
TE fa Chambre colonialc, bet lidée cft aufli
qu'utile. Ce
en dit (page 225)
ER femblé lumineux. deRe fcroit un dépôt précieux d'obfervations météorologiques, &1avoue avec un plaifir fincère quil ctt difficile
d'ajouter à cette idée de l'Auteur. J'obferve que
bcancoup d'habitants commencent déjà à porter fur leurs regiftres les variations du temps;
&jc regarde CC foin effentiel comme un acheminement à la Chambre coloniale.
Ce que l'Auteur dit des vivrés tient à la rai- Des vivrst.
fon, à l'humanité ,, & même à l'intérêt. Il
feroit à defirer
les Negres euffent fur les
fiucreries plus aE vivres & plus de moyens
d'exifter; car ce n'eft que trop fouvent la mifère qui les rend voleurs & marrons. C'eft
ce quc j'établis dans mon Difcours furl le Gotivernement des Negres que je ne tarderai Pas
de publier.
Jc crois devoir abandonner lcs recherches la Conclufion culture Ot de
de la culture de M. D. C. X. parce que je M. D.C.X.
crois que Saint-Domingue ne pcut en tirer un
grand avantage. Des moyens dont la dépenle
excède la recette ne peuvent être accueillis,
& s'ils le font quelquefois, la durée n'en eit
pas longuc.
Jc vais paffer à fon article de la Fabrique dat De du Cf fabrique Sucro.
Sucre, fur lequel lie ne refterai pas long-temps,
parce qu'il me fuffit fans doute de montrer
quelques pallages des moins imparfaitspour faire
juger du reftc.
L'Auteur commence par conclurc que ce les Sur fes prinH
cip-s.
penle
excède la recette ne peuvent être accueillis,
& s'ils le font quelquefois, la durée n'en eit
pas longuc.
Jc vais paffer à fon article de la Fabrique dat De du Cf fabrique Sucro.
Sucre, fur lequel lie ne refterai pas long-temps,
parce qu'il me fuffit fans doute de montrer
quelques pallages des moins imparfaitspour faire
juger du reftc.
L'Auteur commence par conclurc que ce les Sur fes prinH
cip-s. --- Page 115 ---
I14
Difcours fuar les opérations
> éléments de cette fcience étoient bien obf-
>> curs, ou que dans le fait il a n'y avoit encorc
>> aucun principe fixe bien connu 5). On pourroit ajouter quil ne les éclaircit
lui-mème,
ne donne mêne pas
puifqu'il
L plus légére
définition. J'ofc même croire qu'il les rend plus
obfcurs.
En effet, après avoir dit afez juftement
c
général il y a plus de routine que
il
> FE icience dans cette manipulation, cntre
3> en matière, & dit : quoi qu'il en foit, celui
Premiète >> qui porte le nom de Raffineur diftingue
citation.
32 quatre chofes dans le jus de cannes ou velou,
9> favoir: : T'eau, le fucre, le gros firop ou me-
>> lalle, & ce qu'ils appellent LA GRAISSE."
J'ai fouvent entendu parler de fucre, & je
Réponfe
dois aux Raffineurs de Saint-Domingue la juf
ticcde dire que je neleur -
en ai jamais entendu
parler de cette manière.
Seconde
ct Cette graiffe, dit l'Auteur, cft probablement
citition. 3) non-feulement une furabondance de cette huile
9> quela chymic extrait en ailez grande quantité
3) du fucre même le plus raffiné, mais encore
3) l'acide ordinaire
donnent tous les végé3) taux, joint dans ger mauvaifes cannes à plus
>, O1l moins de parties CRUES & INDIGESTES,
dans une meilleure terre ou une meil53 fne expolition fc feroient convertics ci
5 fucre ou mélafle >).
Réponfe.
Je n'ai pas l'art d'expliquer ni de comprendre cctte forte de phrate. Je fuis comme Ajax
au milieu de T'oblcurité.
Troifème
Un inflant aprés il dit : ce l'opération du
citation.
>2 Raffineur confifte à faire évaporer T'eau,
détacher
mélaffe du
enlever la grailie &
la
chau37
fucre : I'cau s'évaporc à mefure que la
cre ou mélafle >).
Réponfe.
Je n'ai pas l'art d'expliquer ni de comprendre cctte forte de phrate. Je fuis comme Ajax
au milieu de T'oblcurité.
Troifème
Un inflant aprés il dit : ce l'opération du
citation.
>2 Raffineur confifte à faire évaporer T'eau,
détacher
mélaffe du
enlever la grailie &
la
chau37
fucre : I'cau s'évaporc à mefure que la --- Page 116 ---
de la fabrication du Sucre.
IIS
bout; & lorfquc la matière eft cuite,
$> dière
la mélaffe fc détache aifément du
3) refroidie, fi l'on a eu foin d'enlever toute la
5, fucre,
fans ccla feroit corps avec lc
>> graille, &
mélaffe; &c ce tout formeroit,
33 Jucre la
des cannes, & la façon
33 fuivant
qualité
été traitées, ou une
Ce dont clles auroient affez femblable àla cire, Otl un
3> mélale folide
du goudron >.
3> liquide fort approchant
d'un em- Reponfei
Voilà vraiment un raifonnement
en
bonpoint pcu commun. Qucl
Quel ES
nétrera jamais la fublime
LRETO
reconnoitre les véritabile Raffincur
de Y cette manière on fait du
bles
ET4
principes: il faut convenir avec M. D. C. X.
beau fucre, de routine que de fcience dans fa
qu'ily a plus
manipalationte L'Auteur anglois n'eft
plus fatisfaifant cication Quattième &
il parle du temps S" le Raffineur com- réponfe.
quand
Son raifonnement
mence à
fes ongles.
fur l'alun 1aCA pas fupportable. redoutable quand Cinquième
Il n'elt pas beaucoup plus
quand il veut citation.
il entre en guerre, c'elt-a-dire dont lcs partics anaraifonner fur la maniére
leur nuifent.
logues fc purgent des partics qui
de
Voici fon raifonnement: C fuppofez quatre d'éni3) graille à enlever, , mettez côtés, même quatre nombre
>> vrage (1), des deux chacun SAISIT fon an-
> de COMBATTANTS; ÉCUMÉS, il ne refte ni graille ni
>> tagonifte; tout le fucre reftera dans la bar3 énivrage, ou dans la forme, & toute la mélaffe
s) rique
dans la citerne ou dans le pot. je
3 tombera
(1) Enivrage eft fans doute ce que nous entendons à
Saint-Domingue par Leffive.
H iy
même quatre nombre
>> vrage (1), des deux chacun SAISIT fon an-
> de COMBATTANTS; ÉCUMÉS, il ne refte ni graille ni
>> tagonifte; tout le fucre reftera dans la bar3 énivrage, ou dans la forme, & toute la mélaffe
s) rique
dans la citerne ou dans le pot. je
3 tombera
(1) Enivrage eft fans doute ce que nous entendons à
Saint-Domingue par Leffive.
H iy --- Page 117 ---
IIG
Difeours fur les
opérations
parle de GUERRE ou un
3>
il me chymifte parleroit
>>
AApINITE,mas
femble
je préfente répond
que l'image
3> docr
mieuxà l'effet apparent
sagic ici, >.
Réponfe. obferver Ce fucrier anglois nous permettra de lui faire
que de parcils principes ne
jamais un grand Raflineur. De cette
feront
on ne pcut faire du fucre
manière
j'oferois mème dire,
que par routine, &
Sixième
cc Si le
que par hazard.
citation.
vefou, dit ce
>> fon point, c'eft-a-dire, Savant s'il anglois, eft à
55 énivré, T'odeur de toutes les eft parfaitement
32 la batteric fur-tout, eft
chaudières, de
3> balfamique; c'eft dans la agréable, douce,
9> la fentez plus
POITRINE que vous
>) dilatent
particulièrement; VOS POUMONS
>
3 vous infpircz avec une
refechie, cette
aufli
volupté
93 falutaire, dont vapeur tant de
délicicufe que
3)
CONSOMPTIES ont
l'efficacité 55,
Répenfe.
façon de
DE
avec la poitrine ett prendre la preuve du fucre
que lon trouve un Raffineur une idée ncuve. Je doute
d'en faifir tout le mérite, fur-tout qui ait l'avantage
françois qui n'eft guère attaqué de un Raffineur
Septième
Le méme
confomption.
citation.
Auteur dit un
32 que dans la trés-bonne peu plus bas: ce] lorf33 faccefton non interrompue de faiflon, aprés une
3) d'excellent
pluficurs cmplis
>) toute la phyfonomie fucre, qui de auront répandu fur
s) RADIEUX qui
votre Raffincur cC
> fuafion du
accompagne vous
toujours la per3> qui vous Paroitra triomphe,
verrez une grande
>> cédentes auront donné, promettre & ce
les pré-
>) jugere à for
tant
vous la
Daz
>> dre, faites la point, paffer dans en la chaux qu'en cen33 conde chaudière), enfiite faites propre arrêtcr (la lc fcu fe-
ont répandu fur
s) RADIEUX qui
votre Raffincur cC
> fuafion du
accompagne vous
toujours la per3> qui vous Paroitra triomphe,
verrez une grande
>> cédentes auront donné, promettre & ce
les pré-
>) jugere à for
tant
vous la
Daz
>> dre, faites la point, paffer dans en la chaux qu'en cen33 conde chaudière), enfiite faites propre arrêtcr (la lc fcu fe- --- Page 118 ---
de la fabrication du Sucre.
dans le vefou autant de
33 & mettez encore
en avoit mis; vous
>> chaux que le Raffineur double de la chaux
aura
%
5) êtes certain
33 qu'il lui LE dites qu'on chaufes/orterpour
minutes, & remarquez en ren33 quatre ou cing odeur la fucrerie, vous donnerà.
3) trant quelle
une odeur de chaux;
37 Ce fera certainement
9> réitérez la même chofe le lendemain pour
de votre remarque; lc jour
33 être plus affuré
faites
la cendre CC
3> d'aprés & le fuivant
la pour chaux; le cin3> que vous avez fait pour faites
Téni2> quième & le fixième jour
vous avez fait
3>
ce
quatre
esrag
vrage entier
que chacune de fes
s>
jours précédents pour
partics. toute Réponfe.
L'idée de juger le fucre à fon point réellement par
la phyfonomic d'un Raffineur n'eft
entière
venuc à perfonne; elle eft bien toute
à M. D. C. X., ainfi que les circonftances
dont il T'accompagne. Mais je reviens à mon
but principal,
progrés un Raffineur
il
dans
d'habitant d'aprés de
fEm
faire
ie
blables leçons? il feroit moins pénible, je crois,
de deviner les opérations de la fabrication du
fucre que de les apprendre par cette méthode. Huitième
Le même Auteur continue en difant : C il citation.
de raccommoder les fix
3> s'agit maintenant
facrificess ccla n'eft
33 grandes que vous croyez
le
3>
aufli difficile
vous pourriez pen3> ter : il faffit de Alire jeter dans la proprc,
5 lorfqu'elle fera dans fa plus forte efervefRences ôtez
de
32 environ quatre galons
vefou viendront Froid; aufli5> promptement les écumes
: fi le vefou
5> tôt aprés en grande
IAIE
énivré, ajoute; en33 vous paroit encore trop velou froid; il faudroit
32 core deux galons de
CCS
>> qu'il lc fat au-delà du double pour que
H ij
de Alire jeter dans la proprc,
5 lorfqu'elle fera dans fa plus forte efervefRences ôtez
de
32 environ quatre galons
vefou viendront Froid; aufli5> promptement les écumes
: fi le vefou
5> tôt aprés en grande
IAIE
énivré, ajoute; en33 vous paroit encore trop velou froid; il faudroit
32 core deux galons de
CCS
>> qu'il lc fat au-delà du double pour que
H ij --- Page 119 ---
I18
Difcours fir les
22 deux bains froids ne fuffifent opérations
72 tre à fon points le refte
pour le remet52
Concant
foycz far
vous
Tufage, &c
52 rence cntre fucre trouverez peu de dife
3) fiés prétendus, & cclui provenant des deux facrie
3) 6 fuivis 1.
qui les aura précédés
Réponfe, tialité, Sije nç craignois pas d'être accufé de
je pourrois fort aifement, en tirant par- la
X.
de cet article,
à M. D.
ne
EE
de la raifon qu'il
paroit
Feratene douter méme
fucre. Jc vais phylique feulement Be la fabrication du
fa propolition,
démontrer le vice de
Vice de la
Sije m'en
polition DCX de 752 abfurde de croire rapporte aux idées reçues, il eft
la mauvaifc
du puiffe jamais réparer
cft-il
fucre.
EREEL
ccrtain qu'on ne peut raccommoder Mais toujours
grande par les moyens indiqués
une
anglois. Il Falfic, dit-il, de faire par L'Auteur
propres lorfqu'elle fera dans fa plus jeter dans la
velcence, environ quatre galons de
forte
reméde eft inutilc.
vefoufroid.
de
Première preuve. inftruit Pour en être convaincu il ne faut
de la maniére dont les
qu'étre
fur les acides, & fur-tour de leurs alkalis agifient
forbants. En cffet,
effets abtrop forte d'enivrage loriqu'on dans la a jeté une dofe
contenue dans la grande, la portion de vefou,
dante des alkalis produit d'abord quantiré furabonIcs corps étrangers au fucre, Mais fon dés effet fur
l'alkali ne trouve plus
il cft que
tain, il eft prouvé qu'il dantagonifles fe
fur les
cerfenticls. Par confequienel la
fcls cfl'on jette dans la
nouvelle que
T
des alkalis
grande ne
éprouverl'effet
qui ont déjà PELFTS T'emploi de leurs
moyens,
ante des alkalis produit d'abord quantiré furabonIcs corps étrangers au fucre, Mais fon dés effet fur
l'alkali ne trouve plus
il cft que
tain, il eft prouvé qu'il dantagonifles fe
fur les
cerfenticls. Par confequienel la
fcls cfl'on jette dans la
nouvelle que
T
des alkalis
grande ne
éprouverl'effet
qui ont déjà PELFTS T'emploi de leurs
moyens, --- Page 120 ---
de la fabrication du Sucre:
fcconde jetée, loin d'être Scconde preuves
Ily a plus, cette
nuifible. Alors les
ntile ne peut être divifés que dans la portion déjà erete
étrangers font la nouvelle liqueur doit donc
abfolument par Tentvrage, refter dans fon premier état, cettà-dire, chargéc de fes acides & de toutes fes
parties hérérogenes. Elic ne peut donc tout
un mélange général, & jaau plus qu'opérer rétabliffement des parties
mais un véritable
la furaboneffenticlles du fucre attaquées par
dance des alkalis.
dit
dé- Nul
Je crois en avoir fuffifamment lu
pour de entre X. & M. PAuteus PEE
montrer à ceux qui n'ont pas
Fouvrage que le
M. D. C.X, & qui n'en connoilfent
titre, qu'il n'a pu me fervir de modèle, que nos
le plan même en eft bien différent,
à
n'ont entr'elles aucun
deate
idées
le rapport. livre de M. D.
ceux qui ont lu en entier d'ancune réflexion de
C. X., ils n'ont beloin convaincre de la vérité que
ma
rear n'eft fe donc pas fans raifon que je
RBRE
à former les
foutiens qu'il n'ett point propre
contraire
apprentis Raffineurs, qu'il nc peut au
même
que lcs induire en erreur, & peut-étre fouvent
en reculer bien loin les progres,
pour
cC qui regarde la culture de fabrication Saint-Domingue, du fucre.
&c conftamment pour à la la foibleffe des commen- Son infuffifances.
Il ne fe prète
aucune définition; il ne
çants. I1 ne
MEREL
décrit ricn ; il oublie un nombreinfini fond de chofes effenutiles, &z palfe rapidement fur le
fur
tiel pour s'appélantir avec complaifance du moins inudes obiets, finon inintelligibles,
tilcs ou incerrains. s'eft fait un jeu d'avoir un Son obfcucite
On croiroit qu'il
qu'on admirât fon cXlangage particulicr pour
H 1V
aucune définition; il ne
çants. I1 ne
MEREL
décrit ricn ; il oublie un nombreinfini fond de chofes effenutiles, &z palfe rapidement fur le
fur
tiel pour s'appélantir avec complaifance du moins inudes obiets, finon inintelligibles,
tilcs ou incerrains. s'eft fait un jeu d'avoir un Son obfcucite
On croiroit qu'il
qu'on admirât fon cXlangage particulicr pour
H 1V --- Page 121 ---
Difcours fir les opérations
trême fécondité fans qu'on plt profiter de fa
longue expérience. J'olerois
lc comparer à ce poiffon dont parlent prelque les
raliftes,
fe cachoit fous une anciens natuliqueur épaiffe
au
TA
12 le faifir. échapper En
moment qu'on tâchoit
efet on remarque dificilement
oblcurité. quelques foibles étincclles dans fa volumincufe
Son embarras,
On doit me rendre la juftice de croire
je ne me fuis permis des
que
fon livre
oblervations contre
autre R.APDE Par amour
la vérité. Tout
cn le
pu
puifque le
amunferr
fuppolane un peu du
fujet,
bien differemment traité
méme genre, eft
Je donne des
par chacun de nous.
mon devoir alors leçons cft aux de leur jeunes Raffineurs, &
peut cmbarraffer leur
montrer ce qui
Un Auteur eft On ne doit
mémoire & leur raifon.
fable, toujours çxcu- méchanceté. Je pas n'ai non plus me foupconner de
ftyle l'aigreur de
pas voulu donner à mon
pas oublié le fentiment Tépigramme, parce queje n'ai
ames honnétes un Auteur, qu'inipire mêmc roujours aux
trompe, J'ai loué avec plaifir, & quand je l'ai il fe
paroitre : j'ai cenfuré avec les
fait
cence dont je fuis
égards & la défans doute daigné s'en finfceptible, & l'on aura
fervédela cenfure
appercevoir. Jc n'ai conJe combats les
que cc quien cft inféparable.
J'eftime infiniment errcurs de M. D. C. X., mais
cité Il
a
fa peine & fon intention.
a2s M. D. X.
n'y furement pas
Paurois autant que je ma critique, On pcuit
d'acharnement dans
pu, furant
je n'ai
s'en convaincre en s'afplus
pas choifi les pallages les
que jc ne
Rdletue
affectation fur ceux
m'appefantis pas avec
n'en ai Pas autant cités que fattaque, & que je
Mon apinion
Enfin
que j'aurois pu le faire,
fur lui,
J'ai unc allcz haute opinion de M, D.
. X.
n'y furement pas
Paurois autant que je ma critique, On pcuit
d'acharnement dans
pu, furant
je n'ai
s'en convaincre en s'afplus
pas choifi les pallages les
que jc ne
Rdletue
affectation fur ceux
m'appefantis pas avec
n'en ai Pas autant cités que fattaque, & que je
Mon apinion
Enfin
que j'aurois pu le faire,
fur lui,
J'ai unc allcz haute opinion de M, D. --- Page 122 ---
de la fubrication du Sucre.
12I
ne verra
d'un
. X.
efpérer
T'effet Rea bon
nauvais
ce
Poet
8A
qui
perfualion qu'il
l'ai
c
cceur. Je
critiqué par
des Autcurs
n'a pas cet amour
Poète déplacé regardoit l'exdont
Boileau,
FE
ceflive parle fenfibilité à la critique, comme la marla
certaine de la médiocrité de talents. Motif commus
quel M. Berc C. X. s'eft trompe, je le foutiens. de confolation.
Un autre viendra qui en dira autant de mêmes moi;
& ainfi de degré cn degré nos à erreurs la
des
auront fervi aux progrés & ainfi gloire dire, n'èautres. Ne duffions-nous,
tre
la nourrice des
poftéricurs
atent
fur le même fujet, nous nous
aute
te
lerons aifément en penfant que nous en avons ce
tracé les premicrs la route, ou perfonnc,
femble, n'a ofé fe hafarder avant nous.
X V I.
Iréfulte de treta Conclufion
quiveut devenir Raffineur le peut à préfent plus de rOuvrage.
faclementqyaatefos acfemapinobigeretr Déformais il
apprendre, de forcer fa mémoire.
le
a les éléments de fon état. Maintenant temps dans
les claffer
énorme qu'il employoit lui pour fervir à aller
fon imagination la facilité pourra de voir d'un
Ret
loin. Ayant
dela fabrication coup du fucre, il
touteslés opérations plutôt en état d'en faire.
fera néceflairement
il en Ucilité de réPlutôt inftruit fur les principes généraux,
duire les opérafera
promptement & plus juftement Tap- fens tions cipes. en prinquil ait le bon
Ser > pour peu
aifément les
ordinaire; il fentira plus
font RIRE
tions dont quelques règles générales routinc, il conceptibles. Il n'agira des plus
fait moucevra les
qu'il
aars
voir. Il n'y principes a
jufques à mes fautes qui
lui mtt
puilfent MAls puilqu'elles
,
duire les opérafera
promptement & plus juftement Tap- fens tions cipes. en prinquil ait le bon
Ser > pour peu
aifément les
ordinaire; il fentira plus
font RIRE
tions dont quelques règles générales routinc, il conceptibles. Il n'agira des plus
fait moucevra les
qu'il
aars
voir. Il n'y principes a
jufques à mes fautes qui
lui mtt
puilfent MAls puilqu'elles --- Page 123 ---
Difcours fir les
licu de réfléchir. J'ai donc opérations
rempli le but que je mc
en grande partic
MIERELNT Avantage
Les propriétaires font fuis propofé.
mes rétlexions. Je n'ai également chercher l'objet de
Thomme deftiné à
pu
à éclairer
fans chercher aufli gérer a leur un être jour leurs biens,
Raffineur
aife, le charlatanifme utile. L'état de
TAT
curciffoir Cace on fera moins quil'obf
pour trouver des fujets : on fera moins embarrafle
victimes de ces prétendus Raffincurs fouvene
donhant pour favants, ne deviennent inftruits qui, fc
aux dépens des propriétaires crédules.
17EA de
plus, le propriétaire peut fans
peine apprendre lui-méme les
beaucoup
jai recheillis; il en faura bientôt principes affez quc
juger celui dont il fait fon homme
pour
fiance. J'ai donc également travaillé de conpropriétaires.
pour les
N.ceffité pas tout de dire. nel Tatirois pur, fans doute, détailler
chacune des parties que j'ai traitées. davantage
rois pu; & ce que j'ai dit
Je l'aude ce quc j'aurois Pu dire encore; pcut donner l'idée
l'ai pas vonls,par cc
jc ferois devenu mais jc fa- ne
netre tiguant. Une fois que Tor fatigue on finit
plus entenda, & j'ai cu pour but de Par ne
Pas furcharger la mémoire du jeunc Raffincur
par un amas de détails,
loin
le favant défigne feulement qui celui d'annoncer
le paroître.
qui bràle de
RI
voic &
Jai micux aimé lc laiffer far la
vantle plailir piqucr de fon marcher amour propre en lui réferIl fera plus de progrès quand un peu il croira par lui-mème,
une partic à fon bon fens, à fa facilité en de devoir
cevorr. Cc n'eft donc pas fans raifon conn'ai pas été aufli long
que je
ont
le
que quelques perfonnes
3 Parr
defier.;
'annoncer
le paroître.
qui bràle de
RI
voic &
Jai micux aimé lc laiffer far la
vantle plailir piqucr de fon marcher amour propre en lui réferIl fera plus de progrès quand un peu il croira par lui-mème,
une partic à fon bon fens, à fa facilité en de devoir
cevorr. Cc n'eft donc pas fans raifon conn'ai pas été aufli long
que je
ont
le
que quelques perfonnes
3 Parr
defier.; --- Page 124 ---
de la fabrication du Sucre.
dis qu'il n'cft point à Saint- exemple, Premièt
Par exemple, je
Je me conDomingue de temps
planter. de la grande
quc Perd temps
tente d'oblerver mois de mars. Alors, celui
végétation eft au intelligence conçoit aifément
qui à la moindre des
des orages & des
que le temps
plnics, choilit. llimaginera bien
nords eft celui l'ablurdité qu'on
de croire qu'on
je n'ai pas!
en tout temps, DeRt
RESEEE planter cft feche.
fur
à-dire quand la terre
lon Jappuie m' a fait des
cette obfervation, parce que,
objections dis aulli ridicules. lcs brifes font on ne peut pas excuple Second
Si jc
quc
qu'clles les delplus nuifibles aux plantations, nuifent beauféchent & lcs bralent, les ardeurs qu'elles du Soleil, jc ne dis
coup & plus jc nc que veux pas dire qu'elles ne foient
pas quelquefoist ntiles; mais je foutiens qu'clles
Fate généralemente dangereules pour les plantes.
Lhomme de bon fens me concevra & ne me
fera pas dire des abfurdités. Il fentira qu'il
je
na
des exceptions que
a prefque par-tout dévclopper, parce
j'aurois à
pu toujours
mon der principal,
tout moment abandonné
fur
& qucjai du compter un peu
Tintelligence Je n'ai
de ceux quc Jai en vue en écrivant.
donc pas eu tort de n'être pas ennuyeufenent
exact. crois
cft i1 utile d'avoir beaucoup d'a- Troifième
Je
qu'il
le fumier. Je n'ai exemple.
nimaux pour en dire employer utile de Faire une
pas pu d'une vouloir habiration. quileit Jc ne dis pas non plus
hatte foit néceffaire dc faire toujours un amas
qu'il
enfuite à force
deice fumier pour le répandre
multide bras, cc fcroit
généralement & je veux dire que
les travaux. Je
tral
plicr
ile d'avoir beaucoup d'a- Troifième
Je
qu'il
le fumier. Je n'ai exemple.
nimaux pour en dire employer utile de Faire une
pas pu d'une vouloir habiration. quileit Jc ne dis pas non plus
hatte foit néceffaire dc faire toujours un amas
qu'il
enfuite à force
deice fumier pour le répandre
multide bras, cc fcroit
généralement & je veux dire que
les travaux. Je
tral
plicr --- Page 125 ---
124 Difcours fir les opérations
cette opération eft & doit être
aux circonftances.
fubordonnée
le Depuis plus aifé,
je cherchois le
RESD moins
moyen
les piéces de cannes. J'avois difpendieux, même de fumer
traité à cet égard ou je faifois
fait un petit
vanncs tous les ans. Jc
changer les fade quatre
trouvois qu'an bout
ment fuccellif, années, au moyen de ce
une habitation étoit changetotalité. J'exigeois pour cela
fumée en
de Manière fumer aifée à cornes. Je
beaucoup de bêtes
Piécesdecames. les pourroient être m'imaginois à charge, que ces animaux ne
trouveroient même un
les habitants y
en
Eenele
vendant la production annuelle confidérable en
chers, & que fous ce point de vue aux bouColonic y
encore la
befoin fi fouvent gagneroit des > puifqu'on n'auroit pluis
nous font fi fortement fentir pâtres leur elpagnols qui
j'avoue que j'ai été le premier à utilité; mais
Timpollibilité dans l'exécution de trouver de
Je l'ai bientôt regardé comme
mon projet.
rèves de cabinet qui refte
un de ces beaux
pendant comme jaime à m'inftruire, pour l'Auteur. Cemuniquai à plulicurs habitants
jc le comner des avis. Ils le trouvérent faits pour donimpraticable, 8jy renonçois bien comme volontiers moi
cette idéc foible en fir naître
Rerh fur le même fujet à l'un de une meilj'avois fait part de la mienne. ceux à
renoncé à mon projer,
Comme Te
je crois devoir adopter parce celui qu'il d'un ne valoit ricn,
der je préfume qu'il peut être utile. autte, Voicil'idée parce
Clayes porta- Il Thabitant dont jc parle (1).
tives à cet etfet
voudroit, au moment qu'unc picce de
(1) M, P. L. T. habitant au Limbé.
ujet à l'un de une meilj'avois fait part de la mienne. ceux à
renoncé à mon projer,
Comme Te
je crois devoir adopter parce celui qu'il d'un ne valoit ricn,
der je préfume qu'il peut être utile. autte, Voicil'idée parce
Clayes porta- Il Thabitant dont jc parle (1).
tives à cet etfet
voudroit, au moment qu'unc picce de
(1) M, P. L. T. habitant au Limbé. --- Page 126 ---
de la fabrication du Sucre.
cannes eft finie, qu'on en enfermât de un la fr
par le moyen de clayes &i de portatives, fix de long chacune.
teur de cinq pieds
des autres elles formeMifes à côté les unes afez folide pour y conroient un entourage Il ajoute que ces mémes
ferver les animaux.
derrière, moyenclayes feroient étayées par
emnant des
placés obliquement, & fixés
des chebouffetés intn le montant
par
villes. Ccs poteaux pourroient être de quatre cct
de cette manière
pieds en quatre pieds; une réfiftance convenaentourage oppoleroit des animaux
Il vouble aux efforts
contruisit parqués. des ajoupas lédroit aufli que l'on
les tranfgers, pofes fur des roulettes, pour &
porter dans T'enceinte de Tentourage,
pour les
les gardiens veillaffent les uns aprés
que autres pour contenir les animaux (1). entourée
C'eft dans cctte portion de terre
doit
qu'on dépoferoit pendant lejour tout cequi
fervir au pâturage de la nuit, comme petit fuimil, têtes a cannes, &cc. le foir au licu,
vant Tufage, de deftiner aux animaux dans un parc unc
à demeure, ou de les laifer errer enclos inffavanne, on les poufferoit dans là cet
avoir Réfultat.
tantané pour y
Ceft leurs fientes qu'après & leurs
mangé ils
TLPEE
caux, qui mélées avec la portion d'herbes qu'ils
n'auroient
confommer feroient un excellent Artier T terrain enclos fe trouveroit
ainfi fumé naturellement. Cette opération demanderoit quinze jours au plus; enforte funer qu'il
ne faudroit pas plus de deux mois pour
entièrement une pièce de cannes, cn fuppofant
(1) Cette idée eft prife dans la Maifon Rufique ; mais
lapplication en eft très-bonne.
PEE
caux, qui mélées avec la portion d'herbes qu'ils
n'auroient
confommer feroient un excellent Artier T terrain enclos fe trouveroit
ainfi fumé naturellement. Cette opération demanderoit quinze jours au plus; enforte funer qu'il
ne faudroit pas plus de deux mois pour
entièrement une pièce de cannes, cn fuppofant
(1) Cette idée eft prife dans la Maifon Rufique ; mais
lapplication en eft très-bonne. --- Page 127 ---
Difcours fur les opérations
même quel
Objections.
On objectera eTonnrentouritquune fdrement
carreau à la fois.
dre du temps fur le produit; que c'cit, I°, prenPourroit pas fe fervir de fon 20, que l'on ne
Réponfe.
Ces objections, ce femble, plant. ne font
pofantes. En cfet, un habitant infruit pas imfuffifamment calculer les travaux de fa fauroit
Juppofane pour fe ménager du plant en pareil cas, & place en
brouets, jamais quil falldt lc tranfporter fur des Cala peine que lon cette prend opération à
ne donneroit
mier dans des tombereaux. tranfporter du fuTavantage de fumer ainfi les Qu'on ajoute à cela
périorité de cette maniere fur terres, cclle & la fuemploye ordinairement, l'on fera que l'on
de la foiblelfe de ces
convaincu
maitres Invitation de l'art. aux Tel cft le préliminaire objections.
cru indifpenfable
hâter d'inftruction les
que j'ai
jeunes Raffineurs Peetil ;
eft la progres des
fuivant moi, doit leur faire tirer théoric, qui
de la pratique. La jeunefe n'eft plus de fruit
fulceptible d'une grande
pas toujours
ché à lni rendre les objets attention, & J'ai cherquer méme fa curiofité d'unc intéreffants &i pipuile applanir les difficultés
manière qui
que trop fouvent oppofées.. J'ai qu'on ne lui a
mais je nc me difimule pas
tichédyréuffira je fuis bien
d'avoir épuifé tout ce qu'il CUE
loin
en parcil cas. C'eft donc un avis poffible de faire
maitres de l'art d'achever T'opération preflant aux
eu, peut-être, la témérité de
que j'ai
Lcurs talents leur en donnent le commencer.
leur qualité de bons citoyens leur pouvoir, en impofc &c
T'obligation.
Agriculture Colsnies. des L'agriculeure des Colonies
des Romains. On y cft tout à repréfente la fois cultiva- celle
en parcil cas. C'eft donc un avis poffible de faire
maitres de l'art d'achever T'opération preflant aux
eu, peut-être, la témérité de
que j'ai
Lcurs talents leur en donnent le commencer.
leur qualité de bons citoyens leur pouvoir, en impofc &c
T'obligation.
Agriculture Colsnies. des L'agriculeure des Colonies
des Romains. On y cft tout à repréfente la fois cultiva- celle --- Page 128 ---
de la fabrication du Sucre.
teur & guerrier. C'eft le nerf donné principal ala mé- des
états accelloires qui conlidérable a toujours de force & de
tropole un degré & qui lui prépare un avenir plus
fplendeur, brillant encore. Il donne à tout le mouvement
& la vic; il ne peut ceffer d'agir C'eft fans donc faire
rentrer tout dans un funefte repos. jouit d'une fi
avec raifon confidération que Tagriculture dans les Colonies aux
grande de la politique : c'eft donc une nécellité
yeux d'en rendrc lcs principes aifés, & d'en publicr
lcs éléments pour en multiplier lcs bienfaits. cft fans Sa première
La première branche d'agriculture clle elt
branche.
contredit la culture de la canne;
peutêtre aufli la plus admirable &c la plus riche produétion du regne végétal. C'elt une de celles
faitle plus d'honneur à linduftrie humaine,
StE fait attention à la muliplicité des opéra
tions qu'exige cette manufacure, celles mèmcs
quelle a du exiger dès fon origine, on concevra
la plus haute vénération- pour celui qui en a
fait le premier la découverte. Il a du érre un
Colon, & un Colon favant, aufli bonchymilte nécefqu'agriculteur, parce que lcs lumières
Taires pour une invention de cette elpécc médi- n'ont
pu être
le fruit des
profondes
tations, Ses obfervations Rar plus multiplices,
& de l'expérience la plus confommée fur le
local mème ou la canne prend naiffance. Pourquoi cC nom fi cher aux Colonies, fi précicux Il
aux états principaux, n'elt-il pas connu?
mérite d'étre préfenté aux fiècles à venir,
d'être gravé en lettres d'or fur une colonne
du marbre le plus dur, 8 de palfer de bouche en bouche comme le nom des Franklin
& dcs Buffon.
obfervations Rar plus multiplices,
& de l'expérience la plus confommée fur le
local mème ou la canne prend naiffance. Pourquoi cC nom fi cher aux Colonies, fi précicux Il
aux états principaux, n'elt-il pas connu?
mérite d'étre préfenté aux fiècles à venir,
d'être gravé en lettres d'or fur une colonne
du marbre le plus dur, 8 de palfer de bouche en bouche comme le nom des Franklin
& dcs Buffon. --- Page 129 ---
Difcours fur les opérations
R ÉS - U M E
SUR LA CULTURE DE LA
CANNE,
Contenant des oéfervations nouvelles.
Préliminaire Ja fait voir
d'infirucion jeune Raffineur. du tage d'une terre, Sur AGCIS la tirer bien en général avanfa différence provient fouvent connoitre, aufli
que
noiffances du cultivateur, &
des conterre fous des mains différentes qu'une même
produits bien différents : j'ai fait voir peut avoir des
quc c'eft des connoiffances
également
jeune Raffincur doit fe
préliminaires qu'un
fiicces qu'il peut cfpérer procurer, la que dépend le
travaux & de fcs
Par
fuite de fes
Ulge dre à de bagafle. la cen- On a vu que les méditations. cannes fc
jours de T'année, quc fon
plantent tous lcs
fermentation eft au mois Pat grand degré de
pourvu qu'il pleuve le temps eft mars, &
vorable pour la plantations
toujours eC
dante en fcls & trop humide qu'une donne terre abontrés-aqueufes,
des cannes
& tres-fujettes M la fufceptibles de fels cffenticls
qu'une bonne cnlture fermentations qu'il n'y a
excés d'humidité. Si la terre qui puiffe cft réparer cet
c'eft ordinaire en parcil
forte, comme
fuccés de la cendre à cas, on fc fert avec
dre divife très-bien les
bagaffe. Cette cencoup de fels précicux. terres, & y porte beaubeaucoup Quand on fu- doit J'ai démontré qu'ane terre
mer.
fablonneufe, cft trop fujette àla trop féchereffe légére, trop
pour
produire
és d'humidité. Si la terre qui puiffe cft réparer cet
c'eft ordinaire en parcil
forte, comme
fuccés de la cendre à cas, on fc fert avec
dre divife très-bien les
bagaffe. Cette cencoup de fels précicux. terres, & y porte beaubeaucoup Quand on fu- doit J'ai démontré qu'ane terre
mer.
fablonneufe, cft trop fujette àla trop féchereffe légére, trop
pour
produire --- Page 130 ---
de la Fabrication du Sucre.
de bonncs cannes; quiln'en fort quc
produire
fans fubltance & dégédes cannes maigres,
remuer la terrc,
nérées. Il faut alors beaucoup far-t tout arrofer de toutes
beaucoup fumer, C'cit & à Thabitant à fe régler fur
les maniéres.
fon
lc local & d'après
expérience. & qu'on eft Arrofement par
Quand on à la faculté d'arrofer, de canncs, filtration.
fur lc point de planter une faire pièce lcs foilés nécelon doit commencer
leurs dimenlions
faires. On doit
E
de leur deftination,
dépendent en grande
utrs
le coup-d'aeil de Thomme
&
ne faut
fuivant le befoin &
les entatert
divife en
EAT
fuivant Vist fituation du local. On
tran- général les piéces de cannes par de petites On s'cn Arrofement pas
chées, qu'on nomme Técoulement aufli feignées. des caux inondation,
fert également pour
ou il cit dangereux
d'un terrain trop humide, les caux plaviales: a on conde lailler féjourner Gi le terrain cft humide
çoit fans peine que être profonds - 3 parce que
ces folés doivent
G au
c'eft le moyen de micux Tégoutter; que filtracontraire il ne s'agit que d'arroler par
tion, on ne doit pas trop les deffécher creufer,, le parce terqu'il eft à craindre alors de
influences
rain en expofant trop habitants dc terre arrofent aux par inonde l'air. D'autres en faifant niveller leur terdation, c'clt-à-dire
Cctre
rain, & Y laillant l'eau napper. clle cft plus longuc, opération eft meilleurc: : mais
parce qu'elle elt plus de difficile. la manicre de décra- Manière un ter" de
Je n'ai point parlé
jai craint de trop décraber rain.
ber unc terre, difcoursi parce mais que nc craignant plus
divifer mon
voici CC
dans CC moment cet inconvénient, le monde fur cct objet.
quc jc penle avec tout
I
-dire
Cctre
rain, & Y laillant l'eau napper. clle cft plus longuc, opération eft meilleurc: : mais
parce qu'elle elt plus de difficile. la manicre de décra- Manière un ter" de
Je n'ai point parlé
jai craint de trop décraber rain.
ber unc terre, difcoursi parce mais que nc craignant plus
divifer mon
voici CC
dans CC moment cet inconvénient, le monde fur cct objet.
quc jc penle avec tout
I --- Page 131 ---
Difcours fur les opérations
Il eft des habitations ou Ics crabes font en une
fi grande quantité, qu'au moment où lès
cannes fe développent iln'en refteroit pas une
fi lon nc prenoit lc parti de faire périr CCS
animaux deltructeurs. On ne connoit point
d'elpèce qui pullule aufli confidérablement.
Dans cette circonftance on eft comme forcé
à bruler les pailles d'une picce de cannes pour
éviter un plus long travail. Quanid ces pailles
font bralées &
la fuperficie de la terre
cft bien aadrane une partic de l'atelier
rangée fur une mémeligne entre dans la pièce,
marche pas à pas, & parcourt ainfi lc terrain.
Sitôt qu'on apperçoit un trou de crabe on en
agrandit l'orifice, enfuite on le bouche le plus
qu'il eft pollible avec un tampon compofé de
téres à cannes.
lâcher Le moment les caux, de
Quand On a fini cette opération on leve l'eclule : Teau fc diftribue dans toutes les tranchées; clle va enfuite-par filtration pénétrer les
trous de crabes, 8 au bout de vingt-quatre
heures ces animaux font morts ou mourants.
Apres cela on fe hite de faire écouler les caux.
Décraber
Quand on n'a
la faculté
fans eau.
pas
de la diftribution des caux, il faut employer quelqucfois
jufqu'à huit ou dix négrefles toutc Tannée
pour cette opération, & jamais encore on ne
parvicnt au fuccès infaillible
l'eau procure
en pareil cas. On décrabe aufli de faifant fouiller les trous tout-a-fait. Cette opération dure
quelques jours & vaut un bon labour.
Avantage de la J'ai expafe que la premicre chofe à faire
profondeut trous de cannes. deavant de planter une pièce de cannes, c'efdy
fouiller des trous d'un bout à l'autre. Je n'ai
pas donné la mefure déterminée de ces trous,
parce qu'elle dépend de la nature du terrain.
en pareil cas. On décrabe aufli de faifant fouiller les trous tout-a-fait. Cette opération dure
quelques jours & vaut un bon labour.
Avantage de la J'ai expafe que la premicre chofe à faire
profondeut trous de cannes. deavant de planter une pièce de cannes, c'efdy
fouiller des trous d'un bout à l'autre. Je n'ai
pas donné la mefure déterminée de ces trous,
parce qu'elle dépend de la nature du terrain. --- Page 132 ---
de la fabrication du Sucre.
J'ai feulement fait fentir que plus cCs trous
font profonds, & plus ils font avantageux,
parcc que la fouche dela canne fe trouve alors
beaucoup plus à l'abri de la féchcreffe. J'ai
faic voir que toutes les terres ne permettent
cette opération. Je n'ai pas oublié de dire pas
étoit utile de ne pas trop prefer les trous, quit &c
qu'une diltance raifonnable fait beaucoup de
bien à chaque fouchc de canne;
fi Ton
ne retire pas une Gi grande quantité e cannes,
on en cft amplement dédommagé parla qualité. Enfin jai pronvé que les terres meubles-ee
fablonneufes iont cclles ou lon pent creufer
davantage. parce qu'clles offrent beanicoup
moins dobitacle à la végctation que les terres
compactes & argillenfes.
Jc viens de dire tout à Theure
Patates
une
terre cft trop compacte, trop quC quand diviferlestertes. pour
on
la divife par la cendre à bagalle argilleufe, : jc crois
pouvoir ajouter qu'on retire lc méme avantage
en Y plantant des patates, & qu'on retire
de plus cclui de Tangmentation des vivres
lés Negres, Jc le répete, l'article des vivrcs pour
eft on ne peut pas plus important fur une habitation, & jolc dire
ceft un objet traité
trop indifféremment TAFT les fucreries.
Je n'ai pas eu befoin de dire
quand on
fouille une pièce de canne on la
en tra- par Travailler challes
vers
T
par chalfe, Cc genre de principes s'apprend
aifément, & lon fait bientôt également
chalfe cft l'étendue de terrain qu'occupe quc un
atclier dans fa largeur, cn commençant fon
travail;
cette challe fc continue jufqu'an
bout de E piecc, qu'clle cit imaginée pour
toujours rallembler Tateliers quil clt d'une.
politique de ne pas I prolonger pour nc pas
Lu
Travailler challes
vers
T
par chalfe, Cc genre de principes s'apprend
aifément, & lon fait bientôt également
chalfe cft l'étendue de terrain qu'occupe quc un
atclier dans fa largeur, cn commençant fon
travail;
cette challe fc continue jufqu'an
bout de E piecc, qu'clle cit imaginée pour
toujours rallembler Tateliers quil clt d'une.
politique de ne pas I prolonger pour nc pas
Lu --- Page 133 ---
132,
Difcours fur les opérations
rebuter les Négrcs, &
plus elle eft courte,
plus le Negre hâtc fon
Entourer
REEut
vivres les pièces de J'ai fuffilamment exprimé, ce femble,
dc cannes.
lorlqu'on plantc, il eft utile d'entourer le que terrain planté, de pois congos, de gombo, de
rouges, &cc.
ce font des douceurs
r:
Negres. J'ai ar aufli que les divifions, Bcer on
n'a pas un befoin urgent, doivent être plantés
en vivres, foit en manioc, en patates, en
ignames, foit en petit mil ou en herbcs de
guinée; & fi jc ne l'ai pas dit en termes exprés, je l'ai fait entendre.
arrofer Temps les pour can- Ceque je n'ai pas dit & ce que j'aurois da
nes.
dire, celt le temps pour arrofer les cannes fur
les habitations ou cette pratique peut avoir lieu,
Le temps que l'on doit prendre pour cet arrofage eit cclui ou les cannes commencent à
prendre un peu de force, quoiqu'à la rigueur
on puilfe arrofer en tout temps & toute clpécc
de cannes.
Ufage
à la tcrre,
dit
de l'engrais.
Quant
j'ai
que quand elle eft
légére & poreufe, les trous en doivent être
profonds, carrés & diftants un peu les uns des
autres ; j'aurois du ajouter que quand ces terres
font appauvries on doit employer les engrais,
& qu'il arrive quc quelques habirants après
avoir fait fouiller une pièce de cannes, font
dépofer dans chacun de ces trous une certaine
quantité de fumicr qu'ils ont foin de faire mo
langer avec de la terre & dont ils rempliffent
les trous aux trois quarts.
Cendre
On m'affire que M. Blin a fait l'effai de la
de engrais. bagaffe pour cendre à bagaffe pour engrais, & qu'elle lui
a réufli. Je crois cffcdtivement que cette cendre
à bagafe eft bonne pour les terrains fort humides dont les molécules font trés-cxténuées,
e
quantité de fumicr qu'ils ont foin de faire mo
langer avec de la terre & dont ils rempliffent
les trous aux trois quarts.
Cendre
On m'affire que M. Blin a fait l'effai de la
de engrais. bagaffe pour cendre à bagaffe pour engrais, & qu'elle lui
a réufli. Je crois cffcdtivement que cette cendre
à bagafe eft bonne pour les terrains fort humides dont les molécules font trés-cxténuées, --- Page 134 ---
de la fabrication du Sucre: 133 -
c'cft-à-dire tres-rapprochées Dans ce cas-la
l'alkali fixe contenu-dans ces cendres divife la
terre & procure ainfi aux racines des plants,
la facilité de croitre & de chercher la nourriture quilui ett propre. Je crois aufli queret
lc feul cas ou la cendre de bagalle puide fervir d'engrais
Jc n'ai point parlé de la manière ingéntenfe Planter plants. a quatre
de planter a quatre plants : on la doit encore a
DaL
M. Elin de Villeneuve, elle confilte à placer
& coucher chaque plant de maniére 9ie chabout correlponde à
angle du trou,
8 que les quatre autres AMRE viennent fe
rejoindre au milieu : par cette méthode lcs
quar C plants font couverts également, & Tun
ne leit pas plus que T'autre.
On ne nent pas dire que l'âge des cannes piecede Ouand cannes une
foit une preuve de leur maturité La narure du elt boane à
fol, CS Variétés du climat, l'inconftance des rouler,
faifons & les autres accidents peuvent fculs la
déterminer. On reconnoit qu'une piccc de
cannes eit bonne à rouler loriqne les fenilles
du fommer des cannes fépanouilfent & forts
ment l'éventail, que la tige fe dépouille de fes
pailles, & quie la couleur en elt jaunc. Quant a
la couleur clle eit fort équivoque quand les
deux a" res ne s'y joignent point. Par excmplc. dans les terrains vigoureux & humides la
canne y cit prefque toujours verdâtre. Il faut
encore obferver que la maturité dont jc Parle
n'elt pas ablolue, mais relative : c'eft-a-dire
que les cannes font bonnes à rouler quand on
leur voit la faculté convenable pour cn exprimer les parties faccarines.
Si l'on coupe les cannes trop jeunes, avant de Inconvénient couper les 53
Ics fignes indicatifs dont je viens de parler, canna trop
jeunes.
ux & humides la
canne y cit prefque toujours verdâtre. Il faut
encore obferver que la maturité dont jc Parle
n'elt pas ablolue, mais relative : c'eft-a-dire
que les cannes font bonnes à rouler quand on
leur voit la faculté convenable pour cn exprimer les parties faccarines.
Si l'on coupe les cannes trop jeunes, avant de Inconvénient couper les 53
Ics fignes indicatifs dont je viens de parler, canna trop
jeunes. --- Page 135 ---
134 Difcours fur les opérations
elles ne rendent alors qu'une foible
de fels ellenticls, & encore font-ils quantité
pour ainfi dire, dans une immenfité d'eau noyés
oppofe une difficulté infurmontable à leur de
duction; ils ne reçoivent plus la forme
& ne fe criftallifent plus,
les folide,
ties intégrantes de ce fel brulent, parce prefqu'avant que
par6110L
que l'évaporation des partics
ait été
terminéc. Nous avons
cette
Inconvénient
Il
vérité.
Miaret
ie les
eft également dangereux de
les
quand elles E2E cannes quand clles font
couper
trop agées,
de maturité abfolue: Cette parvenues vérité devient au
fible
te
quand on fe donne la peine de réféchir
que ricn alors nc retarde dans leurs principes
conftimants la dilpofition qu'ils ont a
de nature, que CCs principes conftituants changer
vent plutôt l'effet acide de la fermentation éproufc développe encorc plus promptement par
chaleur
E
du climat. Dc-là nécelfirement des
combinaifons nouvelles, & puis la
fition des parties de la canne.
décompoconnoître Néceffité de leur Il eft donc important de connoitre la mamaturité rela- turité relative des
tiye.
cannes pour éviter bien des
erreurs, bien des travaux inutiles, d'ou réfulte
toujours une diminution confidérable dans les
revenus. Il eft donc certain que la maturité
des cannes à rouler ne doit être que relative.
Précaution charroyer Raur Quand on veut couper une picce de cannes,
cannes.
on doit commencer par l'endroit le plus éloigné, & c'eft cc quc l'on fait ordinairement.
L'avantage qui en réfulte cft quc ceux qui
charroient les cannes ne paffent jamais deux
fois fur le même endroit. De cette manière
les fouches ne rifquent
d'être
Dépouiller les magées.
point
endomcannes pailles, de & leurs les On doit veiller à
couppr ras de
cC que les Negres dépouilterre.
cannes.
on doit commencer par l'endroit le plus éloigné, & c'eft cc quc l'on fait ordinairement.
L'avantage qui en réfulte cft quc ceux qui
charroient les cannes ne paffent jamais deux
fois fur le même endroit. De cette manière
les fouches ne rifquent
d'être
Dépouiller les magées.
point
endomcannes pailles, de & leurs les On doit veiller à
couppr ras de
cC que les Negres dépouilterre. --- Page 136 ---
de la fabrication du Sucre.
lent entièrement les cannes de leurs pailles, & àcc
O1l du moins autant qu'il eft pollible, de terre.
qu'ils coupent les cannes le plus près
I faut les dégarnir de leurs, pailles, nuiroient parce Vis à
ce font des corps étrangers qui
en altérer
prellion de la canne, & qui peuvent il fautles
aufli les fels, ou même lcs diminuer:
couper le
prés de terre qu'il eft poflible;
pour la canne en elle-même,
I°, par
LELE
parce que celt néceffairement en augmenter laiffer
le produits 2, dans cC cas ou lon fouche veut de chala pièce croitre en rejettons, la rechauffer,
que canne en eft plus aifée à ardeurs du foleil, par
conféquent moins livrée aux
& moins expofée au fec. cft dans T'habitude de Couper les can!
J'ai remarqué qu'on le foir, Cette précatition me nes le foir.
couper les cannes Il cit certain
la fermenparoit biçn fage.
lente
1 fraicheur de
tation cft bien plus
par de l'ardeur du
la nuit, parce qu'elle cft privée de la fermenfoleil qui eit le principal conitituantes agent
des corps
tation entre les parties
compofes.
de la manière dont on Enlèvement des
Jc ne parlerai point
cabrouet à pailles.
enlève les pailles dans un grand
boufs, & de mille autres détails de cetteelpèce.
On conviendra que ces petits objets fe failiffent d'éruaifément, &
ce feroit une dépenfe
le
dition, ou S.ts verroit plutôe T'Auteur que
bien qu'il fe propofe. Jc dirai feulement qu'on
fe hâte de faire enlever ces pailles, 1°, parce &c
découvrant la fuperficie de la terre,
Tencten aux influences de Tair, les rejettons,
(dans le cas ou l'on eft obligé de les laider
croitre) n'en pouffent qu'avec
de facilités
ces pailles fervent Pa chauffer, 8c
20, chauffent parce que au moins aufli bien que la bagafle,
bien qu'il fe propofe. Jc dirai feulement qu'on
fe hâte de faire enlever ces pailles, 1°, parce &c
découvrant la fuperficie de la terre,
Tencten aux influences de Tair, les rejettons,
(dans le cas ou l'on eft obligé de les laider
croitre) n'en pouffent qu'avec
de facilités
ces pailles fervent Pa chauffer, 8c
20, chauffent parce que au moins aufli bien que la bagafle, --- Page 137 ---
136:
Difcours fer les opèrations
bràler Manière une pièce de J'ai fouténu qu'il elt dangereux de brûler les
dc cannes.
pailles pour laider venr une picce en rejettons. Je ne dis pas la même chole qrand il
s'agit de replanter; jC crois même
c'ett
un bien; mais quoi qu'ilen foit, quand q"c on
brile une niece de cannes, on doit y faire la
plus féricufe artention. Je voudrois qu'on ne
brulât jamais dans un long fec, O11
les
brifes font fortes. On en fent parfaitement quand la
raifon; ; cependant on n'elt pas tonionrs rigoureux à cet égard, & de cctte indifférence lont
nés des accidents cruels. Enfin quand on brûle
une piècc de cannes on doit, Io taire une trace
allez large pour que la picce voiline n'ait rien
à craindres 20, on doit l'entourer par l'atelier
enticr pour prévenir les accidents qoi peuvent
réfulter d'un tourbillon de ferr qui viendroit à
s'élever de la pièce que l'on brale; 33 on y fait
entrer des Negres,
avec des torches de
paille enflammée,
trainent d'un bout à
l'antre de
-
la piccey font ainfi communiquer le
feu de manière qu'elle foit bientôt bralées
4", il-faut toujonrs mettre le feu fous le vent.
Onj prévient par-là une trop forreinfammation,
d'ou réfulteroit une précipitation funefte,
augmenteroit encore par laction du vent. 3
arrive que le vent change, il faut fe hâter
d'aller.
Obfervation la néceflité fur de Il n'eft guéres poflible de donner des princonfulter forces
les cipes invariables fur toutes les branches de
qu'on
la
emploic.
culture, fur tous les détails de l'économic rurale, &eprincipalement dans les Colonies. C'elt
au Cultivareur éclairé à fe régler d'après les
connoiffances qu'il aura pu fe procurer fur la
nature du fol qu'il veut faire travailler, furles
influences du quarticr qu'il habite; car un quar-
n'eft guéres poflible de donner des princonfulter forces
les cipes invariables fur toutes les branches de
qu'on
la
emploic.
culture, fur tous les détails de l'économic rurale, &eprincipalement dans les Colonies. C'elt
au Cultivareur éclairé à fe régler d'après les
connoiffances qu'il aura pu fe procurer fur la
nature du fol qu'il veut faire travailler, furles
influences du quarticr qu'il habite; car un quar- --- Page 138 ---
de la fabrication da Sucre.
tier diffère toujours en quelque chofe du quar- des
tier voilin : il doit confulter la tirer polition des forces
licux & les moyens qu'il
on s'expole à
Trop
TREST
1 EEt & à des pertes irréparables, des Taroc
l'on entreprend témérairement réellement,
Rbc au-deffus de ce que l'on peut On ne calpour faire bealicoup force de d'un revenus. atelier, onn'exacule pas allez bien la la fomme de travail qu'il peut
mine fupporrer, pas on ne fait même pas fouvent une attention fuffiante au travail que peut cxiger déréune habitation 5 de-là ccs accidents de là fouventles qui
riorent les plus grands biens,
Il fant bien
jultes plaintes des Propriéraires.
ménager le temps & les forccs établriements. qu'on emploic On
pour tenter de nouveaux
défrichements
ne doit hafarder de nouveaux sgplavecbeae
qu'avecla de fagelle. plusganderntcatien, pour ne pas exténuer le mocoup bilier. On doit fur-tout éviter foignenfement fur la rête deso
lcs tranfports de terre devient éloignés, excellif pari fal lonNegres. Ce travail fouvent meurtrier, & rarement ill
gucur, trop le Cultivateur de fcs foins 8 dep
dédommage
ceto
fes peines. Jc traite pls particuliérement
article dans mon Difceurs fur le gouvernement:
des Combien Negres. de chofes, fans doute, n'aurois- Réflexion ralc. géns.
je pas, encore à dire furla partic d'idées importante en cffct de ne
la culture de-la canne? quc mais je ne dois rien
doit-elle pas faire naitre?
ou
hafarder, fur-tout dans ce moment,
peutêtre lon voit avec peu d'indulgence mon tra- Jc
vail fur une profecflion que je n'excrce d'abord pas.
dois donc être circonfpect & n'expofer
doute, n'aurois- Réflexion ralc. géns.
je pas, encore à dire furla partic d'idées importante en cffct de ne
la culture de-la canne? quc mais je ne dois rien
doit-elle pas faire naitre?
ou
hafarder, fur-tout dans ce moment,
peutêtre lon voit avec peu d'indulgence mon tra- Jc
vail fur une profecflion que je n'excrce d'abord pas.
dois donc être circonfpect & n'expofer --- Page 139 ---
Difcours fur les opérations
ce qui peut avoirun genre d'utilitéreconnue.
3ec n'ai voulu donner que les premiers
que lcs premières connoiffances néceflaires éléments, aux
jeunes raffineurs & à tous Habitants
Annonce d'un J'aicravaillé
fucriers.
nouvel ouvrage
cependant à me rendre
fur le même parler aux Maitres; mes
digne de
lijer.
tout
matériaux font même
préts.
-
Mon but cft de prouver qu'on
du facre fans firop. Jen'en ferai pas peut un fecret, faire
parce qu'il du ne doit point y en avoir quand il
s'agit
bien public.
L'art de Faire du fucre fans firop procure une?
grande diminution dans le travaily dans leu
nombre des Efclaves, & une
fenlible dans les revenus. Je crois'avoir augmenration
dit quele firop n'eft autre chofe
déjà
Son but. de earamelifation,
qu'une efpèce
gner la matiére du contact qu'il ne du
que d'éloitenir
en obMEL
la couleur blanche, & que pour la couleur
rouffe n'eft qu'accidentelle, prodsie-feulement
parlaction trop immédiate dul chauffage. Par
conféquent lon gagnera ce que lon.perd aujourdhui, du moment que T'oa rendra à toute
la matiére fa couleur naturelle. L'on fent déjà
que cette nouvelle opération ne peut fe faire
qu'emimaginant une nouvelle elpéce de chaudicre, & c'elt en efet là tout mon fecret.
Jc tâcherai de démontrer que la bagaffe cft
trés-propre. à faire du tafia 8edauitres liqueurs
fpiritucufes,
quclle que foit fat preflion entre
les cylindres, a y refte encore aflez de partics
faccarines pour opérer une fermentation utile;
& que quelie
foit cette ferinentation, la
partic ligneufe la bagaffe fera toujotirs fuf
fifamment imprégnéc d'huile eflentielle
piocurer la chaleur néccfaire à la cuiffon rar
trés-propre. à faire du tafia 8edauitres liqueurs
fpiritucufes,
quclle que foit fat preflion entre
les cylindres, a y refte encore aflez de partics
faccarines pour opérer une fermentation utile;
& que quelie
foit cette ferinentation, la
partic ligneufe la bagaffe fera toujotirs fuf
fifamment imprégnéc d'huile eflentielle
piocurer la chaleur néccfaire à la cuiffon rar --- Page 140 ---
de la fabrication da Sucre.
fucre. Peut-être irai-jc jufqu'à prouver que CC
chauffage fera
à ceux qu'on a employés jufqu'à FES
Jc ferai quelques obfervations fur l'évaporation des chaudieres, que je crois trop confidérable, imaginant que cette forte vapeur enlève
avec elle une portion majeure du fucre le
fin. Jc propoferai une cfpéce de couverture plus
fans s'oppoler à la fortie del'eau furabondante, qui
arrêtera néanmoins beaucoup de parties de la
matière première qui, de cette manière, rctourneront au réfervoir commun.
Jc parlerai d'un leffivomettre d'une grande utilité, puifqu'il infpircra uné jufte confiance aux
Raffineurs, toujours obligés de fe repofer un
peu fur lintelligence des Négres facriers.
J'ai quelques idées fur la manière d'arrêter
la fermentation. Je les développerai avcc d'autant plus de plaifir, qu'clles pourront procurer
du repos aux malheureux quc l'avarice dcs maitres preffe fans rclâche, comme fans
ni pour les jours ni pour lcs heures que refpect, les lois
& Thumanité leur accordent.
En m'occupant du fort des Negres, je pourrai
parler de l'idée
j'ai depuis long-temps de
faire une rmadr de Negres. Jc m'arrêterai
fir l'éducation qui leur -
conviendra, fur lc bénéficc certain qui en réfultera pour lcs Colonies,
foit au moral, foit au phylique.
J'expliquerai, autant que jepourrai du moins,
des phénomènes qui s'opérent pendant la cuiffon du fucre, auxqjuels on ne fait point d'attention, & qui cependant
donner lieu à
des découvertes intéreffantes peuvent pourles Phyficiens
& lucratives pour l'Agriculteur.
Enfin JC m' cfforcerai de convertir en Théorie
fur lc bénéficc certain qui en réfultera pour lcs Colonies,
foit au moral, foit au phylique.
J'expliquerai, autant que jepourrai du moins,
des phénomènes qui s'opérent pendant la cuiffon du fucre, auxqjuels on ne fait point d'attention, & qui cependant
donner lieu à
des découvertes intéreffantes peuvent pourles Phyficiens
& lucratives pour l'Agriculteur.
Enfin JC m' cfforcerai de convertir en Théorie --- Page 141 ---
140 Difcours fur les opérations, Gc.
raifonnée CC qui n'a été jufqu'à préfent qu'unc
pure routine.
Ambition de
Si mes cfforts peuvent avoir
méritc
TAuteur.
quelque
auprès de MM. les Habitants, 'aurai obtenn la
plus douce récompenic.
FIN. --- Page 142 ---
(r)
du Sieur FERRIT pour les
Inyention Moulins à Sucre.
Moulins à facte ordinaires font compofés de
L.:
de fer coulé de vingt de leurs pouces axes,
de trois cylindres chacun, & mobiles autour
Sur ces
diamétre font verticauz & dans un même dentées plan. dc diamétres
qui trois axes font fixées des roues de dents, & telles
dn méme nombre les deux extrémes, 2
L4 du milieu engrainant fauroit tourner ans faire moucylimndre moyen ne dans des fens contraires & avec
voir les deux vitefle. autres Les axes de ces cylindres portent
la même
inféricures chacun un pivot
par lears exrrémités auquel, à caufe de (a forme, on le a
d'acier trempé, dans les Hes le nom de cul dauf, & R fa
donné duquel chaque cylindre
rourner confidéramoyen
(ans eproaver de rRraCan fervice, la
crapadionr
un long
ble : d'ailleurs, > lor/qwapres uféc, &
eft termipointe d'un calamsfci ligaes Ta diamètre, on
née par un plan de autre. quatre
lui en fubftitue un de la machine, on fe fert ou
Pour faire
machine à cau pour donner
d'un manege T ou
de rotation
du milieu un mouvement roues dentées
au quil cylindre commanique par te moyen & alors des on préfente un
aux deux cylindres extrèmes, entrc deux des cylindres qui l'acfaifceau de cannes ainfi dire, & le faifant paller comme vertu
crochent pour font éprouver une prellion en
au laminoir.la. le vin de cannes cft exprimé.
de laquelle Verret obferve que, pendant cette opération, doivent
M.
des deux cylindres extrèmes
les tourillons
A
dentées
au quil cylindre commanique par te moyen & alors des on préfente un
aux deux cylindres extrèmes, entrc deux des cylindres qui l'acfaifceau de cannes ainfi dire, & le faifant paller comme vertu
crochent pour font éprouver une prellion en
au laminoir.la. le vin de cannes cft exprimé.
de laquelle Verret obferve que, pendant cette opération, doivent
M.
des deux cylindres extrèmes
les tourillons
A --- Page 143 ---
exercer contre leurs collets (2)
moins égale à celle
unc preflion pour le
fant entre les cylindres, quléprotventies &
de cannes en pac
fule un très-grand frottement que de la cette prellion réne peur être vaincu gu'aux
ptemière efpéce,
unc
Eu parrie de ce frottemehr dégens du moteur,
d'anéantir en lui fubltirwant d'une qu'il fe propole
génicule le frottement de la
manière tres-in!
que nous allons
deuxième elpèce, ainf
Il monte fur T'espliquer. chacun des
deux cylindres
tourillons des axes des
bile fur ce rourillen, extrémes, un rouleau de cuivre mola diftance requife, malgré puis pour la contenir les axcs a
tend à les écarter, il fubftitue grande ptellion qui
doivent plus réfifter dans ce aux fens, collets, qui ne
très-forts de fer forgé bien tourné
deux cereles
quatre ou cing pouces de largeur incérieurement dans
de
Chacun rayon, &c de quatre pieds de
le fens da
de ces cereles embraffe diametre les
intérieur.
eylindres; l'an pafe dans les
axes des trois
leaux fapétiemne, & l'autre paffe gorges fur des deux rouinfetieurs; en forre
les rouleaux
chine les rouleaux a fi pendant les le jeu de la m2feroient obligés de ghifer fur cercles éroient fixes,
frorement dificile à vaincre, les cux & d'exercer un
communiquent dc rotation
dans le méme fens entrainent uw
& leur
fans que-le-frortement foit mouvement
Quanta ces' scercles, ils pofent
vaincu.
soulertes cottiques de métal
parTe plar fur des
nent fans frortement
far lelquelies ils tourPouletresne participent pas confidérable, a la preffion 2 parce eft que ces
jerdelamachine. &
qui l'obpomerenele.poidt deccs n'ontjamais cercles. tout au plus à foppar M. le Verret obferve enfuite que les
traine les moyen deux defquelles Te cylindre du roues milicu dentées enque le frottement antres, des ne font néceffaires
tourillons de ces aduE
ortement
far lelquelies ils tourPouletresne participent pas confidérable, a la preffion 2 parce eft que ces
jerdelamachine. &
qui l'obpomerenele.poidt deccs n'ontjamais cercles. tout au plus à foppar M. le Verret obferve enfuite que les
traine les moyen deux defquelles Te cylindre du roues milicu dentées enque le frottement antres, des ne font néceffaires
tourillons de ces aduE --- Page 144 ---
(3 )
contre lenrs collets peut mais quelquefois le
niers cylindres
de tourner :
que
les rerenir & les empécher la plus grande partic anéanti lcs
frotrement étant Fanis nous venons de parler, du mipar la deviennent corredion inuniles, &
le cylindre le feul
roues entrainera toujours lcs TE autres
T'extrélieu
s'exerce E
frottement contre les canmes bras de qui levier; ainfi il
d'un
le
REE
mité
plas-grand & par conféquent
prime encore ces roues,
tement de leurs engrénages
à Amirique
Précis des avantages que procureroit du Moulin a fucre recFranpoife riablifement
tifé par le feur Verret.
Françoife au moins
i*. Il y. a dans TAmérique & 1200 à mulers employés
400 Moulins à eau, du fucre.
à la fabrication mulets pour lc fervice régulier
2°, Il faur Moulin, 71
Cclui que propolt TAuteur mulets
de chaque tiers fur les forces; ainfi celt 24
épargne un
Moulin.
Meulins
d'épargnés par néceffaire au roulement de 400 d'un tiers de
l'eau fervirà 200 de plus, a raifon moins de Moupourra bénéfice fur les forcess ainli autant
lins à mulets. des mulets eft au moins de 660 livres
4°. Lc prix
argent des Ies. carrean de terre en pamurage pour
s". Il faut mulets. un Le carrcau vaut 3000 livres. Les
nourrir 10
(oigner 20 mulets.
6".11 faut un Nègre livres. pour
Negres valent 1800 aux Ies quil y a une dépo7": Ileft reconnu lieu far les Negres & fur les moalcts, an.
palation qui a
a un dixième par
que Ton évaluc oréinaisement
Aij --- Page 145 ---
(+)
Tableax des avantages du
nouveau
tant des données
Moulin, réfiulci-defus
rique I. Nombre de Moulins à mulers
Frangoife > .
dans l'Amc
2°. Epargne de mulcts
Moulin,
par
Épargae de mulets
1200 Moulins
pour les
28,800 mulets,
lins -L'angmentation à cau, gui
desMou.
Moulins ài mulets, remplacent 2e0
72 mulets par Moulin, rendinailes
fait.
ce qui
Nombre de tous les mulcts
14400 mulets,
épargnés dans
soile,
T'Amérique Fran4°. Prix de chague muler,
43,200 mulets,
Prix de tous les mulets
660 livres.
gnés 3
éparài nourrir, 5.43,100 mulets de moins 28,512,000 livres,
2,160
rendent à la cultare
3000 liv. carreaux le
de terre à
6-.43,200 carreau, .
6,480,000 livres,
à foigner, mulets de moins
2,160
rendent à l'atelicr
Negres à 18001.
7°. La perte de la
3,888,000 livres.
lation portant far moins dépopu. d'ob38,880,000 livres,
5.43,100 mulets de moins 28,512,000 livres,
2,160
rendent à la cultare
3000 liv. carreaux le
de terre à
6-.43,200 carreau, .
6,480,000 livres,
à foigner, mulets de moins
2,160
rendent à l'atelicr
Negres à 18001.
7°. La perte de la
3,888,000 livres.
lation portant far moins dépopu. d'ob38,880,000 livres, --- Page 146 ---
(5)
livres.
a
18,880,000
Cic contre. . encore -
un avanjets, devient produit le nouvcau
tage Moulin-A que Ainfile dizième du prix
des mulets eft de a,8gt,a00l
Le dixième du
Risdarigenet 188,8001.
de.
Somme de la
dépopulation épar1.
gacc par an, . e 3,240,000
à raifon de 5
eft
livres.
Qui, d'un eapital : . . : 64,100,000
le produit
livres.
Somme totale des épargnes, 10j,630,000
TAcadémic des
nommés par
aulli ingéLes Commifaires examiner cette Machine
Sciences pour
en ont rendu le sémoigpage prénicufe qaimpontamtn eftimons que les corredions
fuivant : G Nous Verret font très-i ingénicules, à
3) fentées par M.
nouvelles & de nature
3 qu'elles diminuer nous paroilfent de beancoup les réfiftances des Mou- qu'eD devoir le moteur dans le mouvemens
clles méritent Tapprobation Recaeil
>> ESTA à facre; qu'enfin d'ètre
dans le
de
&
pablices
s
3 TAcadémic,
par la Compagnie. Tin-
>> des Machines ampronvées doute
d'obferver que les
Il feroit fans Verret fuperin eft applicable à tous
vention du fieur
des Machines à cylindres lcs
Jaminoirs & àla plupart font en ufage, fcit dans
de même cfpèce Tera dans les Forges & dans pluManafadturet,
feurs autres Arts. --- Page 147 --- --- Page 148 --- --- Page 149 --- BRANCHE DU CAFFIER 0.Anlly