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R É C LAMAflO N S DE M. DE COCHE RE L, Relatives au travail du Comité des Douze,
sur le Mode de convocation des Assem.
blées des Colonies. y ? --- Page 8 --- --- Page 9 ---
A V RÉCLAMATIONS
DE M, DE COCHEREL; Relatives au travail du Comité des Douze , sur le Mode de convocation des.Jlffem* Liées des Colonies. M E s E u I(S; VOTRE Décret du 8 Mars a fixé le sort des
Colonies. Leurs propriétés ont été mises sous
la; sauve-garde de la Nation • vous avez consacré , en faveur des François cultivateurs qui
les habitent, le droit de vous présenter euxmêmes le Plan de la Constitution qui leur convient : les différences de localité , celles du climat, des mœurs, des usages , de la culture,
des manufactures & des manufacturiers , en
meme-tems, ont déterminé impérieusement votre
conduite dans cette occasion j la sagesse d'ailleurs --- Page 10 ---
( 4) ' ' ■ de notre ancienne Constitution , dont nous
n'avons presque à réformer que les abus introduits par le despotisme ministériel, & à y substituer les changemens nécessaires , vous a sans
doute railuré sur l'usage que nous ferions de la
faculté qui nous est réservée : vous l'avez reconnue j Menssieurs, cette sagesse, en adoptant
vous-mêmes presque tous les principes de notre
Constitution , qui, sont aujourd'hui les principales bases de celle que vous donnez à la France;
vous avez substitué jusqu'au titre même de Député de notre Assemblée Nationale ( sous lequel nous nous sommes présentés à vous, ) à celui de vos Etats-Généraux. La formation de votre Milice Nationale est
précisément la même que la nôtre , où tout
Citoyen est incorporé sans aucune distinction
d'état , dès l'âge de 16 ans ; vous avez établi
des Départemens, & nous en avions avant vous •
vous organisez des Municipalités , mais le danger de celles que nous n'avons eues qu'un instant, les a fait réformer j il ne nous en reste
que nos droits municipaux , qui nous attefient qu'elles ont existé ; vous allez être,
Messieurs , ce que nous étions, ce que nous
serons encore ; notre Constitution est déjà pour
ainsi dire faite nous n'aurons pas , comme --- Page 11 ---
( 5 ) ^ A 3 vous, tout à détruire , tout à déisier comme
vous, nous n'aurons pas une distinction d'ocdres à proscrire, des dîmes à abolir , des privilèges à anéantir, une féodalité à renverser,
des droits d'aînesse à supprimer , des ordres religieux & monastiques à réformer, l'abolition
de la vénalité des charges de: la magistrature à
prononcer j l'impôt de la gabelle à. faire dispar.
roitre : toutes ces entraves n'ont jamais embarrasfe notre Constitution, nous ne les con,
noissons pas,; nous ne différons de vous , Mefsieurs , que par notre ancien Mode de convocation pour notre Assemblée Nationale , mais ce
odalité à renverser,
des droits d'aînesse à supprimer , des ordres religieux & monastiques à réformer, l'abolition
de la vénalité des charges de: la magistrature à
prononcer j l'impôt de la gabelle à. faire dispar.
roitre : toutes ces entraves n'ont jamais embarrasfe notre Constitution, nous ne les con,
noissons pas,; nous ne différons de vous , Mefsieurs , que par notre ancien Mode de convocation pour notre Assemblée Nationale , mais ce Mode tient plus à la localité que notre Confliturion même ; nous devions donc nous attendra
que le soin de rectifier nous-mêmes ce que ca Mode avoit de vicieux , nous seroit réservé par
votre Décret du 8 , comme nous Ea été celui
de faire notre Constitution (i). Vous savez. (1) C'est ce que confirme l'Instruction proposée par l'Art. 3,
du Décret du 8. Il ne seroit donc quefHon , en ce moment, que de réunir la
Colonie de Saine - Domingue, pour qu'elle puisse s'çxpliquer &C
fixer elle-même, pour l'avenir , le Mode de convocation qui lui
est propre. Cette réunion doit être produite par une convocation ptovisoire de toutes les Paroisses, & pour cette fois feulement , qui puisse porter, & sm l'étendue du. territoire, & suç- --- Page 12 ---
( 6 î mieux que moi, Meilleurs, que le Mode de
convocation est la bafe de toute Constitution
il est donc bien important de connoître le terrein où doit être assise cette base ; & n'est-ce
pas là précisément le cas où les (onnoiffances
locales deviennent plus nêcessaires ? Il ne s'agit
pas pour nous, dans ce moment, de créer une
nouvelle Constitution ; nous avons seulement à
reprendre sous-œuvre les fondemens d'un édifice qui existe déjà, & que nous laisserons sabsister , avec quelques réparations 5 il faut donc
employer à ce travail des main? expérimentées.
& exercées sur les lieux mêmes } c'est à elles
seules qu'il appartient de diriger ce travail pénible & périlleux. Des mains étrangères qui y
feroient employées mal à-propo s, ne seroient
propres qu'à déranger l'ordre de l'ouvrage & à
le faire écrouler , peut - être : laissez - nous
donc , Messieurs, le foin de préparer nousmêmes les premiers matériaux qui doivent servir à consolider l'édifice de notre Constitution :
rapportez-vous-en à nos connoissances locales, son importance ; sans avoir égard aux trois Département existans,
dont l'inégalité vicieuse ne pourra subsister. Chaque lieu auroit »
par ce moyen , une représentation mesurée sur sa population,
sur son importance & sur son utilité j véritables bases de tout
syllême représentatif. --- Page 13 ---
1. ( 7 ) [texte_manquant] t notre expérience & a notre propre intérêt 2
qui suppléeront à toutes les lumières dont nous,
pourrions manquer d'ailleurs. Si cependant Met.
fleurs, en dérogeant à vos propres principes ±
vous refusiez aux, habitants des Colonies la sa.
culté de vous présenter eux-mêmes le Plan de
convocation qu ils désirent , & que réclamer
en leur faveur la différence de localité y qui
cependant a déterminé votre opinion sur le
renvoi de la Constitution des Colonies , à faire
par les Colons eux-mêmes résidans sur les lieux ;
j,e vous prierai alors de me permettre de vous
soumettre quelques réflexions sur le Mode de
convocation pour les Colonies y présenté par
votre Comité des Douze..
é de vous présenter eux-mêmes le Plan de
convocation qu ils désirent , & que réclamer
en leur faveur la différence de localité y qui
cependant a déterminé votre opinion sur le
renvoi de la Constitution des Colonies , à faire
par les Colons eux-mêmes résidans sur les lieux ;
j,e vous prierai alors de me permettre de vous
soumettre quelques réflexions sur le Mode de
convocation pour les Colonies y présenté par
votre Comité des Douze.. Le Mode de convocation décrété par Ta France,
ne peut pas être entièrement adapté au régime
des Colonies ; mais le Décret de l'Assemblée ,
qui détermine le droit de représentation aux
Assemblée, en raison composée de la population , des richesses ou de l'importance & de
1 etendue du territoire leur est parfaitement
applicable. De ce Décret, il résulte que la population feula
ne fixera pas le nombre des Electeurs d'une Pa&
soisTe. Il en refaite encore que la richesse ou l'éten --- Page 14 ---
m 'due du territoire de cette Paroisse doit suppléer
au défaut de population ; donc une Paroisse ,
quoique moins nombreuse en population , mais
plus étendue en territoire, ou plus considérable
en richesses qu'une autre Paroisse , pourroit avoir
un plus grand nombre d'Electeurs que cette Paroisse , quoique plus forte en population. Ce premier principe est fondamental pour les
Colonies, j'en ferai bientôt l'application ; mais
d'abord, qu'entend-on par population en France ?
Tous les hommes indistinctement qui habitent
une contrée. Mais cette définition est-elte admissible pour les Colonies ? Doit-on comprendre
les Esclaves dans leur population ? Je le pense ,
Messieurs 3 & je m'explique. Dans la population de la France sont compris
également les hommes inutiles & même à charge
à la société. Pourquoi donc , dans les Colonies
ne comprendroit-on pas dans leur population
des hommes utiles, les seuls cultivateurs propres. à défricher nos terres , des hommes qui
font mouvoir toutes nos manufactures Coloniales ? Pourquoi ne compteroit-on pas des bras
qui nous procurent des richesses innombrables,
auxquelles la France doit une grande partie de
splendeur ? Les Nègres tiennent lieu de peuple dans les Colonies, Ils forment donc- la --- Page 15 ---
( ) vraie population des Colonies ; parce que leur
population offre en même-tems l'idée des richesses , des produits & de l'imposicion. Toute
autre population seroit trompeuse dans les Colonies , si on la prenoit pour base ; parce que
des établissemens de Villes & de Bourgs contiennent quelquefois une grande population qui *
n'offre que des objets de luxe, à-coup-sûr moins
utiles dans une Colonie que ceux de culture &
de manufactures. Il suffit donc que les Nègres,
comme Esclaves , ne soient pas réputés Citoyens
actifs ; mais cette raison n'empêche pas qu'ils
ne composent la population la plus utile des
Colonies , j'oserois même dire , sa seule population ; & nécessairement cette population doit
contribuer à la plus ou moins grande représeutation des Paroi fres.. En effet j observez , Messieurs , que c'est précisément cette population qui crée les richesses
des Paroisses : ainsi, d'une façon ou de l'autre,
implicitement on explicitement, cette population sera comptée, parce qu'elle influe nécefsairement dans la prépondérance acquise par
les richesses, & que vous avez décrété que la
représentation seroit en raison composée de la
population , des richesses & de l'étendue du
^ territoire i or > comme il est certain que les ri- --- Page 16 ---
( 1O )
que c'est précisément cette population qui crée les richesses
des Paroisses : ainsi, d'une façon ou de l'autre,
implicitement on explicitement, cette population sera comptée, parce qu'elle influe nécefsairement dans la prépondérance acquise par
les richesses, & que vous avez décrété que la
représentation seroit en raison composée de la
population , des richesses & de l'étendue du
^ territoire i or > comme il est certain que les ri- --- Page 16 ---
( 1O ) chefles seront toujours „ en raison de cette population noire qui les produit, il est évident
que c'est cette population d'Esclaves d'une Paroifse , qui ajoutera à la prépondérance de cette
Paroisse > que ce soit donc les richesses produites par la population des Nègres, ou que ce
foit les Nègres eux-mêmes, cause première dr
cette richesse qui fixent la prépondérance pour
la représentation d'une paroisse ; cela est parfaitement égal, & quelque parti qu'on prenne
a cet égard, on n'empêchera jamais que la Paroifïe la plus forte en population de Nègres „
ne soit aussi, par cette raison, la plus riche,
& par conséquent, qu'elle n'obtienne une représentation en raison de. sa richesse & de l'étendue
de soR territoire, quelle que soit d'ailleurs sa population d'hommes blancs ; OP , comme le réfultat fera toujours le même , je ne vois pas.
pourquoi on n'adopteroit pas le mode de travail le plus simple , qui détermine véritablement la représentation des Paroisses , en raison de leur population d'hommes blancs &:
d hommes noirs, dont le nombre est toujours
désîgné par un récensement fourni tous les ans,
par chaque propriétaire des Paroisses. Je n'apperçois nul inconvénient dans cette marche qui
Amplifie toutes les opérations nécessaires pour
parvenir au but qu'on se propose. --- Page 17 ---
( II ) * Cette première difficulté applanie, Je passe
à une seconde non moins grande & non moins
embarrassante ; je veux parler des qualités requises pour être Citoyen aâif dans les Colonies. Deux espèces d'hommes les habitent, les libres & les esclaves. Il est décidé que les derniers ne peuvent être
Citoyens actifs. Les premiers se divisent en deux clailes ; une
des propriétaires, & l'autre de ceux qui ne le
font pas. Il est clair que tous les propriétaires, ayant
d'ailleur6 les qualités requises, doivent être
Citoyens actifs ; mais dans nos Colonies , les
hommes qui ne possedent rien , leur font absolument étrangers ; suivant le proverbe du pays >
ce sont des passe-volans ou des oiseaux de pasfage : celui-là seul qui tient à la glèbe , est le
vrai Colon , il a épousé la terre qu'il habite : il a
doac intérêt à la féconder } à la conserver, a
la défendre. A lui donc, à lui seul devroit appartenir le droit de proposer les loix nécessaires
au régime de son pays , à son bonheur, a sa
prospérité , qu'il doit partager. En effet, Messieurs, quel intérêt peut prendre à la constitution d'une Colonie qu'il n'habite --- Page 18 ---
( 12 ) que passagèrement , un marchand forain., un
brocanteur, un voyageur, un spéculateur , un
pacotilleur , en un mot, un homme qui ne
vient habiter qu'un instant parmi nous , que
pour nous spolier le plus souvent, en ravissant
une partie de nos fortunes , qu'il s'emptelfe
d'aller dissiper dans sa patrie , qu'il n'oublie
jamais.
à la constitution d'une Colonie qu'il n'habite --- Page 18 ---
( 12 ) que passagèrement , un marchand forain., un
brocanteur, un voyageur, un spéculateur , un
pacotilleur , en un mot, un homme qui ne
vient habiter qu'un instant parmi nous , que
pour nous spolier le plus souvent, en ravissant
une partie de nos fortunes , qu'il s'emptelfe
d'aller dissiper dans sa patrie , qu'il n'oublie
jamais. Prenez-garde , Meilleurs , n'allez pas confondre , je vous prie, l'homme qui ne possède
rien en France , mais qui est fixé dans sa patrie j
où il veut vivre & mourir , à laquelle il est
attaché par les liens d'une famille nombreuse,
avec l'homme expatrié dans les Colonies dontje vous parle : le premier, sans tenir par la propriété au sol qu'il habite, y est fixé par d'autres rapports , soit d'intérêt, soit de goût, foit
de famille , soit de patriotisme ; en un mot »
le lieu qui l'a vu naître, est comme son patrimoine , il l'appelle sa ville, son bourg ou sou
village ; il veut & doit concourir à son bien-être ;
il pourroit donc [uffire à celui-ci de payer l'imposition directe décrétée , pour devenir citoyen.
actif dans sa patrie , sans que la même raison
doive militer en faveur de l'homme des Colonies dont je viens de parler. Dailleurs , Messieurs, votre Décret pris saus --- Page 19 ---
I 15 ) le rapport de l'imposition directe , ne peut pas
être appliqué à l'Isle de Saint-Domingue : nous
n'y payons aucun impôt, aucune imposition perfonnelle > & quand bien même on en payeroit,
la contribution directe exigée pour la France,
deviendrait illusoire dans les Colonies où il
règne une disproportion étonnante dans nos
monnoies avec celles de la France, où cette disproportion se fait encore plus sentir dans l'usage
de nos achats & de nos payemens, de nos dépenses & de nos largesses, en un mot, dans
le Mode entier de notre existence. Toutes ces considérations vous convaincront)
Meilleurs, du principe que rétablis , qu'il n'y
a que le propriétaire quelconque domicilié dans
nos Colonies , qui puisse être Citoyen aétif. Ce n'est pas tout, Meilleurs, après avoir déterminé le sens de la population nécessaire pour
la représentation des Paroisses aux Assemblées
après avoir fixé la principale qualité , celle de
propriétaire , requise pour être réputé Citoyen
actif dans les Colonies , je dois à présent fixer
l'équilibre qui doit exister dans la division de
nos Départemens.
n'y
a que le propriétaire quelconque domicilié dans
nos Colonies , qui puisse être Citoyen aétif. Ce n'est pas tout, Meilleurs, après avoir déterminé le sens de la population nécessaire pour
la représentation des Paroisses aux Assemblées
après avoir fixé la principale qualité , celle de
propriétaire , requise pour être réputé Citoyen
actif dans les Colonies , je dois à présent fixer
l'équilibre qui doit exister dans la division de
nos Départemens. A cet effet, il faut établir une nouvelle division de Département à Saint Domingue; } celle --- Page 20 ---
r t-f ) qui existe est vicieuse ; le Département du Nord
est plus considérable que le Département de
J'Ouest, & le Département de l'Ouest est plus
considérable que le Département du Sud. Pour
parvenir à établir l'équilibre entre ces Départemens , j'adopterai le Décret de l'Assemblée
Nationale pour la division des Provinces, & je
demanderai à diviser l'Isle de Saint-Domingue
en quatre Déparremens égaux , de façon que
chaque Département contienne un nombre égal
de Paroisses j'ajouterai aux trois Départemens
un quatrieme Département qui s'appellera le
Département de l'Est. Il y a cinquante - deux
Paroisses dans la Colonie 5 chaque Département
fera donc composé de treize Paroisses égales en
population , en richesses & en territoire , autant
que faire se pourra } chaque Département aura
trois Sénéchaussées j il en existe déjà dix, il faudra en créer deux nouvelles } elles sont même
déjà demandées , sur-tout celle des Gonayves
réclamée par mes Cahiers. Cette marche simple & naturelle établira l'égalité par-tout j & aucun Département n'aura la prétention d'une
prépondérance sur un autre Département. Pour
parvenir à la division des Départemens, il surfira donc que l'Assemblée Nationale décrete que,
provisoirement, les cinquante-deux Paroisses de --- Page 21 ---
t 15 y l'Isle de Saint-Domingue formeront d'abord des
Assemblées partielles & primaires, chacune dans
son enceinte ; qu elles seront composées de tous
les propriétaires , même Fermiers - Agricoles >
a quelque titre qu'ils soient propriétaires, soit
de terres, soit de Nègres , soie de maisons 5
que chacune de ces Paroisses nommera un Député seulement pour cette fois ; que les cinquante-deux Députés des Paroisses se rendront
tous indistinctement, sans avoir égard à aucun
Département 3 dans la Ville la plus centrale de
la Colonie , à l'éffet d'y procéder feulement à
la division des quatre Départemens , des douze
Sénéchaussées , & des répartitions des treize Paroisses dans chaque Département : cela fait ôc
arrêté , les Députés se retireront dans leurs Paroisses respectives. Les nouveaux Département
convoqueront de nouvelles Assemblées de Paroisses. Chaque Paroisse nommera quatre Députés qui se rendront au chef-lieu de leur Département ou se formera une Assemblée de tous
les Députés des treize Paroisses. Le but de cette
Assemblée de Département sera de procéder 1
1 'élection de vingt-six Députés dans chaque Département pour former l'Assemblée Nationale
& générale ; ces vingt - six Députés partiront
. Les nouveaux Département
convoqueront de nouvelles Assemblées de Paroisses. Chaque Paroisse nommera quatre Députés qui se rendront au chef-lieu de leur Département ou se formera une Assemblée de tous
les Députés des treize Paroisses. Le but de cette
Assemblée de Département sera de procéder 1
1 'élection de vingt-six Députés dans chaque Département pour former l'Assemblée Nationale
& générale ; ces vingt - six Députés partiront --- Page 22 ---
[ 1'6 1 tous respectivement de leurs Départemens peut
se rendre , le jour indiqué, à la Ville centrale
désignée pour former l'Assemblée Nationale où
se discuteront tous les intérêts de la Colonie s
où se règlera le mode de convocation pour les Assemblées prochaines, où sera arrêté le plan de
Constitution , de législation & d'administration,
conformément au Décret de l'Assemblée Nationale. Voilà, Meilleurs , l'apperçu sur notre mode
'de convocation, que j'ai l'honneur de vous soumettre ; vous verrez que j'ai cherché à simplifier
& à établir l'équilibre & l'égalité dans toutes
les parties de la Colonie } c'est là, au moins
le but que je je me fuis proposé. Je me résume donc, & je demande que l'Af.
femblée Nationale décrète les articles suivans. A R T. I. L'Isle de Saint - Domingue sera divisée en
quatre Départemens égaux. A lt T. 11. Chaque Département sera composé de trois
Sénéchaussées ; il sera établi à cet effet deux
nouvelles --- Page 23 ---
[ 17 ) B nouvelles Sénéchaussees 3 notamment celle demandée aux Gonayves par les habitans de cette
Paroisse, & par ceux du Grosmorne. ART. III. Chaque Sénéchaussée sera composée de treize
Paroisses , & même plus j toujours dans la proportion de celles des autres Sénéchaussees, & les
Paroisses seront divisées en Districts. ART. 1 V. Le droit de représentation de chaque Paroisses sera en raison composée de sa population , de son produit, & l'étendue de son territoire. A R T. V. Les atteliers des Nègres créateurs des produits
manufactures de chaque Paroisse, seront censés
former sa population. ART. VI. Seront réputés Citoyens a&ifs dans les Colo- --- Page 24 ---
( i8 ) nies , tous les propriétaires François, même
Fermiers - Agricoles , à quelque titre qu'ils
soient propriétaires , soit de terres , foit de
maisons , soit d'un nombre déterminé d'esclaves assujettis à une imposition dire&e de cent
vingt livres dans les Villes & Bourgs seulement, ou de toutes autre imposition équivalente. ART. VII. Il sera formé incessamment des Assemblées
partielles & primaires dans chaque Paroisse , indépendamment de leurs départemens respectifs , & sans y avoir, égard. Art. VIII. Chaque Paroisse nommera un Député seulement pour cette fois, dont l'ensemble formera le nombre de cinquante - deux Députés ,
lesquels se rendront, le jour indiqué , dans la
Ville la plus centrale, à l'effet d'y former une
Assemblée générale. A R T. 1 X. Il ne fera question dans cette premiere As- --- Page 25 ---
( 19 ) B % semblée que de la divisîon des Départemens
qui seront déterminés , de la composition de
chaque Département en trois Sén échauffées, &
de trois Sénéchaussées en treize Paroisses , &
plus, s'il y a lieu 3 lesquels feront fixées & déterminées.
Ville la plus centrale, à l'effet d'y former une
Assemblée générale. A R T. 1 X. Il ne fera question dans cette premiere As- --- Page 25 ---
( 19 ) B % semblée que de la divisîon des Départemens
qui seront déterminés , de la composition de
chaque Département en trois Sén échauffées, &
de trois Sénéchaussées en treize Paroisses , &
plus, s'il y a lieu 3 lesquels feront fixées & déterminées. A R T. X. Aussi-tôt que les Départemens seront formés
& reconnus , les cinquante - deux Députés se
retireront, chacun respectivement, dans sa Pa—
roisse. « ART. XI. Les nouveaux Départemens convoqueront aussitôt des Assemblées des Paroi (Te s de leur ArrondisTement. ART. XII. Chaque Paroi (Te nommera quatre Electeurs
qui se rendront, le jour indiqué, au nombre decinquante-deux, au chef-lieu de leur Département, pour y former une Assemblée de Département. --- Page 26 ---
( 20 ) ART. XIII. Cette Assemblée de Département nommera
vingt Députés. ART. XIV. Les vingt Députés de chaque Département
formant le nombre de cent quatre Députés,
se rendront, le jour indiqué , dans la Ville la
plus centrale de l'Isle de Saint-Domingue , pour
y constituer rAssemblée Nationale. A R T. X V. Dans cette Assemblée se discuteront tous les
intérêts généraux , intérieurs & extérieurs, sera
arrêté le mode de convocation pour les Afsemblées suivantes , sera formé le plan de Constitution, delégislation & d'administration, &c. &c.
conformément au Décret du 8 Mars de 1 As.
semblée Nationale. Il sera décidé dans cettq
Assemblée comment ce plan sera envoyé a l'adoption de l'Assemblée Nationale, & à la Sanction du Roi. Nota. On trouveroit, peut-être, plus simple
que, pour la premiere fois seulement s les cin- --- Page 27 ---
( 21 ) quanre-deux Paroisses nommaient deux Députés
chacune, qui formeroient un nombre de cent quatre Députés, lesquels se rendroient immédiatement a la Ville la plus centrale de l'Isle de SaintDomingue ; que là ils se constituassent aussi.tôt en
Assemblée générale & Nationale, & constitués
ainsi , qu ils procédasfent préalablement a la
division des quatre Départemens , &c. Qu'après cette opération, sans se séparer, ils
travaillaient à la Conflitution demandée, &c. &c. Cette marche abrégeroit, sans doute, le tems,
ne multiplieroit pas les voyages , & obvieroit
aux inconvéniens de plusieurs Assemblées , en
obtenant néanmoins le même but. --- Page 28 --- --- Page 29 ---
A % O P I N 1 ON D E M. LE VICOMTE DE MIRABEAU, DÉPUTÉ DU LIMOUSIN, Sur la pétition des villes du commerce des colonies,
l'esclavage & la traite des noirs. Messieurs, L A fortune de nos villes maritimes est
en danger. Dans leurs justes alarmes., elles
nous envoient des députés pour solliciter .des
décrets capables dei calmer leurs inquiétudes,
de rendre à leur industrie une nouvelle acivité,
d'assurer enfin l'existence de plusieurs millions,
d'hommes. Bien des motifs font craindre dans,
ce moment 1la défection de nos colonies Américaines-; -ce .malheur funeste plongeroit dans le.
néant le commerce François & [écheroit dans
son germeje, fruit de la révolution qui s'opere,
de cette révolution qui coûte déjà tant de facrifices, tint de privations ? qui a détruit tant de
udes,
de rendre à leur industrie une nouvelle acivité,
d'assurer enfin l'existence de plusieurs millions,
d'hommes. Bien des motifs font craindre dans,
ce moment 1la défection de nos colonies Américaines-; -ce .malheur funeste plongeroit dans le.
néant le commerce François & [écheroit dans
son germeje, fruit de la révolution qui s'opere,
de cette révolution qui coûte déjà tant de facrifices, tint de privations ? qui a détruit tant de --- Page 30 ---
fortunes, Se qui ne nous donne encore que des
espérances lointaines. Hâtons-nous, meilleurs, hâtons-nous de
faire jouir le peuple François des biens qu'il
attend de nos travaux, & commençons, pour
y parvenir , par faire l'acte de justice qu'on
nous demande au nom de la raison, au nom
de l'équité naturelle, inséparable du droit des
hommes. Des craintes multipliées, relatives à nos colonies , nous assiégent de toutes parts, & doivent
nous déterminer à prendre les précautions les
plus promptes. Il y a plus de deux mois que les députés du
commerce sollicitent leur admission dans cette
assemblée, & peut-être aurons-nous à nous
reprocher les maux qu'a pu occasionner ce
retard. De quelque maniere que cesse l'union des
colonies avec la métropole , nos malheurs
deviendront à l'infant irréparables, & ne seront que précéder des malheurs plus grands
encore. Les colons ont à redouter l'insurrection des esclaves. Cet événement joindroit à
des seenes de fang & d'horreur, la perte des
richesses immenses que renferment ces posses- --- Page 31 ---
5 A i lions fertiles, & que le luxe de tous les peuples de l'Europe a rendues un besoin indispensable; cette insurrection, meilleurs, seroit la
suite nécessaire d'une liberté que vous accorderiez à dès individus pour qui elle ne peut
être qu'un bienfait funeste, & dont ils se serviroient peut - être pour enchaîner à leur tour
ceux de leurs anciens maîtres qui auroient
échappé à la rage & à la fureur, que quelques
hommes ambitieux & pervers sauroient bientôt
leur inspirer. Il est possible aussi, messieurs, que pendant
que vous vous occupez du bonheur des François, une nation toujours rivale de la nôtre
s occupe à son tour des moyens de détourner
les effets de cette félicité publique dont vous
jettez les bases ; peut-être ses entreprises ontelles déjà devancé les mesures que vous pourriez prendre. Déjà, messieurs, cette nation rivale ne difsimule plus les moyens qu'elle se glorifie au
contraire d'avoir prodigués, en contemplant
l'agitation à laquelle notre patrie est en proie ;
malheur qu'en sentira. qu?elle avoit prévu dès
long-tems , si l'on veut se rappeler que le
ministre qui gouverne l'Angleterre, & peut- --- Page 32 ---
etre 1 Europe entiere, en reliant valoir les
moyens que d'autres possédent, & que lui-même
n'a poipt, par les talens qu'il a & que n'ont
point acquis ses coopérateurs ; que ce minisire,
dis-je,n'a cessé de répéter à son roi, que la
perte de ses colonies animoit à la vengeance,
- qu'il en tireroit une bien éclatante & bien
cruelle de nous , sans avoir recours à la guerre. Cette nation ajoute même la dérision insultante de la puissance. Burke ne voit dans
le lieu où étoit jadis la France., qu'un vain
échiquier. Quelles réflexions, quels devoirs
.seraient les résultats naturels de cet outrage
politique, si, nous reposant du succès de nos
travaux sur la pureté de nos motifs & la sûreté
de nos calculs, nous ne dédaignions le langage
de l'envie i *
, sans avoir recours à la guerre. Cette nation ajoute même la dérision insultante de la puissance. Burke ne voit dans
le lieu où étoit jadis la France., qu'un vain
échiquier. Quelles réflexions, quels devoirs
.seraient les résultats naturels de cet outrage
politique, si, nous reposant du succès de nos
travaux sur la pureté de nos motifs & la sûreté
de nos calculs, nous ne dédaignions le langage
de l'envie i * Mais il n'y a pas un moment à perdre, &
vous devez porter sur vos colonies la vigilance la plus active pour empêcher les maux
qui se préparent , ou les remedes les plus
prompts & les plus efficaces, si ces maux se
sont déjà fait sientir. On vous a dit, meilleurs, que les colonies
exigeaient une législation différente de celle de --- Page 33 ---
A 4 la métropole, & on vous a dit une vérité
incontestable. • J Les mêmes loix ne peuvent être appliquées
à tous les peuples, la nature a varie tous ses
ouvrages ; les hommes ne se ressemblent qu'en
apparence ; l'effet du climat, l'esset plus puis.
sant des longues habitudes influent sur la race
humaine. Nous voyons dans toutes les parties de l'univers, les nations dissérer les unes des autres ,
par un caractere marqué. L'habi*nt de l'Inde
échappe à la plupart de nos besoins , par la,
sobriété ou par le bienfait du climat qui le
dispense de porter des vêtemens. Chez ce peuple paisible , la paresse est la premiere des
passions ; la volupté est le premier des besoins, Comparez cette nation avec les peuplades
du nord ; là les hommes élevés sous un climat
dur & sauvage, sont faits pour le travail &
pour la guerre; la nature les destina aux plus
rudes travaux, leur donna pour qualités disc
tin&ives la force & l'activité. 1 Le sage législateur, avant de rédiger ses
loix, étudiera toujours l'homme qu'elles doir
vent gouverner. --- Page 34 ---
s r ÏI s'occupera de combattre l'influence funeste
au climat, par l'influence heureuse de la loi ;
s'il est placé sur, les bords fertiles du Gange,
il s'efforcera d'inspirer l'ardeur du travail, d'animer l'industrie ; la loi commandera d'agir ;
il saura faire plier ses principes aux mœurs
qu'il ne pourroit changer. La: race esséminée
pour laquelle il travaille, faite pour l'esclavage ,
a besoin de servir ; elle n'useroit de la liberté
que pour se livrer au repos, & le repos la
conduirait misere ; il apellera le commerce,
les arts & l'industrie ; mais il écarte la guerre ;
il impose un joug que les mœurs exigeoient,
& la nation le reçoit comme un bienfait. Mais s?il avoit à gouverner ces fiers enfans
'du nord qui ne respirent que les combats ,
qui ne connoissent de richesses que par les conquêtes , n'ambitionnent que des terres plus
fécondes ; nouveau Licurgue, il ne leur don'neroit pour constitution, qu'un code militaire ;
il verroit la nation dans l'armée, & le roi ne
seroit que le général. Si le même législateur rédigeoit la conflit
tution de cette nation agricole & guerriere ; de
ce peuple qui a donné son nom au synonyme
de la liberté, il penseroit, sans doute, que les
issent de richesses que par les conquêtes , n'ambitionnent que des terres plus
fécondes ; nouveau Licurgue, il ne leur don'neroit pour constitution, qu'un code militaire ;
il verroit la nation dans l'armée, & le roi ne
seroit que le général. Si le même législateur rédigeoit la conflit
tution de cette nation agricole & guerriere ; de
ce peuple qui a donné son nom au synonyme
de la liberté, il penseroit, sans doute, que les --- Page 35 ---
François veulent un chef, un roi puisant, qui
les conduise aux combats , & dont -l'autorité
suffise pour faire respefter les loix par vingtquatre millions d'hommes , il sentiroit que
ce peuple, trop fier pour vouloir être esclave ,
doit concourir par ses représentans à la formation des loix, & ne doit obéir qu'à celles
y
qu'il a consenties. Placés sous un climat tempéré , cultivant
une terre féconde, formant une population
immense, les François ont besoin d'employer
toutes les ressources pour s'assurer cette foule
de joûissances dont ils ont contracté l'habitude. Le légiilateur ne se contenteroit pas de protéger le commerce , l'industrie & l'agriculture
françoise ; il favo.riseroit encore cette agriculture nouvelle que nous avons établie dans
cet autre hémisphère , où la nature produit des
denrées étrangeres à la France , & qui sont
devenues aujourd'hui un de nos premiers befoins ; le Numa des François distingueroit la
métropole de ses colonies ; il se diroit à soimême : Ici la nation aborigène esi organisée peur
le climat qu'elle habite; la terre n'exige pas
de l'agriculteur des travaux qui excédent ses --- Page 36 ---
IO forces; le propriétaire peut cultiver lui-même;
la charrue doit être menée par des mains
libres; point d'esclaves en France ; les hommes y
dans cet heureux pays , doivent être égaux
aux yeux de la loi. Mais transplanté dans l'Amérique, le Fran.
çois, incapable de soutenir le poids de la cha..
leYir, languiroit sur la terre la plus fertile ,
s'il ne pouvoit la faire cultiver par d'autres
bras ; c'est un peuple étranger qu'il appelle,
ce sont des hommes élevés sur les sables brûlans de l'Afrique , qui peuvent seuls résister
au soleil de l'Amérique. Le nègre est nécessaire à la culture de nos colonies ; cette espece dégradée n'a pas l'énergie qui caractérise les sauvages du nord, soit injustice dé
la nature , qui refuse à quelques êtres ce
qu'elle prodigue à d'autres, soit faute d'être
perfectionnée par la civilisation , l'intelligence
du nègre est infiniment bornée* J'imiterai la
nature , je ne le placerai point à la hauteur
des hommes d'une race supérieure à la Sienne. Le législateur françois se diroit encore :
L'insouciancé, la paresse, l'aversion du travail , sont l naturels aux habitans de l'Afrique.
Nés dans les fers, nés pour l'esclavage ; la li- --- Page 37 ---
1 * .. bcrté est inconnue chez eux , les nègres,
vendus aux Européens, n'ont fait que changer
de chaînes ; ils regrettent leur pays , ils ne res
grettent pas une liberté qu'ils n'ont Jamais
connue. Les Icix qui autorisent leur esclavage ne
leur ravissent point un bien ; elles ne font qué
leur refuser un don, un present fatal dont ils
abuseroient aussi-tôt.
és pour l'esclavage ; la li- --- Page 37 ---
1 * .. bcrté est inconnue chez eux , les nègres,
vendus aux Européens, n'ont fait que changer
de chaînes ; ils regrettent leur pays , ils ne res
grettent pas une liberté qu'ils n'ont Jamais
connue. Les Icix qui autorisent leur esclavage ne
leur ravissent point un bien ; elles ne font qué
leur refuser un don, un present fatal dont ils
abuseroient aussi-tôt. Si je rendois les nègres libres , les pègres
cesseroient aussi - tôt de travailler. Chacun
d'eux produit aujourd'hui, par un travail assidu,
la valeur des denrées qu'il consomme , & un
excédent considérable qui forrçie le patrimoine
de nos colcns & la richesse de nos négocians.
Plusieurs, millions d'hommes, nés dans- la métropole , occupés à transporter, à perfectionner ,
à revendre à l'étranger cet excédent, ce produit,
vivent heureux, vivent dans l'aisance, à Fabri
de ce commerce. Si je çhangeois l'ordre établi , plusieurs
millions de François tomberoient dans la pauvreté ; & si l'humanité m'ordonne d'améliorer
le sort des nègres, la raison me commande
de confirmer leur esclavage. Imitons , messieurs , imitons ce sage législateur ; n'écoutons pas ceux qui nous disent --- Page 38 ---
4 ll. qu Hirranchis de leurs chaînés les nègres travailleroient avec plus d'ardeur : ils nous trompent davantage , ceux qui nous disent que la
liberté 'inspireroit aux nègres que des sentimens
de reconnoissance ; ennemis naturels des blancs,
libres aujourd'hui, armés dès le .lendemain ,
ayant une grande supériorité de'nombre ,
conspirant en secret, & surprenant leurs victimes , les nègres auroient bientôt égorgé tous
ceux de nos concitoyens qui habitent les isles ;
& cette terre, que l'industrie françoise a couverte des plus riches récoltes;, arrosées du sang
de ses maîtres , retourneroit à son ancienne
stérilité. Que prétendent donc ces amis des noirs;
ces ennemis de la France, qui veulent exposer
à une mort presque sûre les planteurs de nos
colonies qui veulent réduire à l'inaftion, plonger dans la misere cette foule d'ouvriers, de
matelots, d artisans , de négocians, de capitalistes, d agriculteurs même, que le commerce
des colonies occupe, enrichit, rend heureux ?
Ceux qui veulent sacrifier cette multitude de
François à des principes dont ils ont fait une
forte de religion qu ils croient sans examen ,
qu ils appliquent sans réflexion comme une --- Page 39 ---
1 3 secte superstitieuse, appliqueroit des dogmes ! Que prétendent-ils enfin, si, pour faire le
bonheur des nègres', ils ' faisoient le malheur
d'un nombre égal de François ? On leut demanderoit : Êtes-vous les députés des provinces
de France , où les législateurs de Loango &
de Mozambique ? Si ce ne sont pas des nègres,
mais des françois qui vous ont chargé de travailler à leur bonheur, occupez-vous de ce
devoir sévere , renfermez-vous dans les limites
qui vous sont tracées.
ils enfin, si, pour faire le
bonheur des nègres', ils ' faisoient le malheur
d'un nombre égal de François ? On leut demanderoit : Êtes-vous les députés des provinces
de France , où les législateurs de Loango &
de Mozambique ? Si ce ne sont pas des nègres,
mais des françois qui vous ont chargé de travailler à leur bonheur, occupez-vous de ce
devoir sévere , renfermez-vous dans les limites
qui vous sont tracées. Je demanderai aux amis des noirs , quel est;
ce sentiment inconnu de nos pères ? qui, en
nous attachant à tous les hommes en général
nous permet d'oublier ces liens plus sacrés qui
nous unissent à nos concitoyens ; Je leur de-,
manderai si la philantropie est le roman ou l'hypocrisie du patriotisme, & je leur conseillerai
d être moins philosophes pour êtr,e meilleurs
François. Suivons, meilleurs, ce conseil utile ; & puisque l'esclavage des nègres ne peut être aboli
Tans causer la ruine d'une partie de nos concis
toyeris, adoucissons le sort, mais confirmons
l'esclavage des nègres. --- Page 40 ---
Je fais que Ce décret côntrarieroit la déclaration des droits de l'homme, que vous placez à
la tête de la constitution ; mais ne vous êtes-4
vous pas trompé , en rédigeant cette déclaration ? N'avez-vous pas confondus , par une
erreur manifeste l'homme avec le citoyen ?
N'avez-vous pas oublié que si les droits de cité ,
si le premier de ces droits j la liberté, appartient
à tous les François, il n'en est pas ainsi des ennemis captifs & des esclaves achetés, qui n'ont
aucun rapport avec nos concitoyens, si dans
ce moment vous n'avez à choisir qu'entre une
loi funeste ou saveu d'une erreur, devez-vous
Balancer ?" - ~ - Nori , messieurs , j'aimé à croire que vous
n'hésiterez pas, & que vous confirmerez l'esclavage deS nègres, puisque l'intérêt de nos cc":
lonies, de nos places de commerce, de la France
entiere , exige qu'il sbit confirmé. Il en est de même de là traite à la côte [d'Afrique. Les motifs que je viens de présenter ,
pour confirmer l'esclavage des nègres , fervent
également à prouver combien il seroit dangefeux de défendre qu'on en transporte désormais dans nos colonies. On a voulu vous persuader que si les nègres --- Page 41 ---
étoent gouvernes avec plus de douceur , leuc
population se foutiendroit, s'accroîtrait même
sans secours étrangers. On vous a trompé : quand
les hommes sont éloignés de leurs pays natal,
quand ils sont transportés sous un climat différent , ils voient leur nombre diminuer graduellement, &les naissances ne peuvent balancer les
morts. Le nombre des négresses , dans nos colonies,
n'est point en proportion avec celui des nègres-,
& cette cause suffiroit seule pour empêcher la
population de s'accroître, ou même de se soutenir au même niveau. L'agriculture, dans nos colonies, n'est point
encore portée au point où elle peut atteindre ;
& pour de nouveaux défrichemens , il faut de
nouvelles recrues de travailleurs, La traite des nègres est une de nos principales
branches de commerce : si nous la proscrivions ,
nous détruirions une source abondante de richesses & une école qui fournit à notre marine cette race précieuse de matelots dont les
travaux , pendant la paix , enrichirent l'état,,
que leur courage défend pendant la guerre. 0
traite des nègres est absolument néces-
;
& pour de nouveaux défrichemens , il faut de
nouvelles recrues de travailleurs, La traite des nègres est une de nos principales
branches de commerce : si nous la proscrivions ,
nous détruirions une source abondante de richesses & une école qui fournit à notre marine cette race précieuse de matelots dont les
travaux , pendant la paix , enrichirent l'état,,
que leur courage défend pendant la guerre. 0
traite des nègres est absolument néces- --- Page 42 ---
r6 saire, ; & loin de l'abolir , nous devons la savorifer par des encouragemens. La grande population du royaume ne permet
plus aujourd'hui de borner aux productions
territoriales les ressources de nos concitoyens ;
tes jouissances de luxe ou de commodité sont devenues necessaires à un peuple habitué à les
rassembler autour de lui. ' Une foule; de familles , convaincues que
l'industrie efl une mine suffi féconde que
l'agriculture ,. ont vendu leur propriété pour
s'établir dans les villes , ou se consacrer à là
navigation. Protéger l'industrie, encourager le
commerce, voilà les seuls moyens que nous
ayons de faire le bonhetir de cette multitude /
d'hommes qui forment aujourd'hui un tiers de
la nation; voilà ce qu'ils demandent de nous;
voilà nos devoirs envers eux. Nos richesses commerciales font sans nombre, celle qui équivaut à elle seule, à toutes les
autres, c'eil le commerce avec les colonies. Mais elle ne peut se soutenir que par le privilege exclusif dont les habitans de la métropole
ont toujours joui ; si vous abolirez cé privilège, si vous ôtez cet avantage à nos négocians 2 --- Page 43 ---
ï7 1 B cians, il leur est impossible de soutenir aux
Antilles la concurrence de l'étranger. Nos principales exportations en Amérique sont , les
hoirs, les toiles , les farines > les vins & eaude-vie. Cette derniere éspece de denrées est la
feule dont nous pourrions conserver le commerce, si les ports de nos isles étoient ouverts
aux nations étrangères ; les citoyens des provincès unies, les Hollandois, les Anglois, peuvent vendre les toiles, les farines & les nègres,
à un prix inférieur à celui que nos négocians
sont forcés d'exiger. Il y a sur-tout une grande dissérence de prix
entre les noirs de traites angloises & ceux que
nous fournirons. Nos rivaux ont des établissemens sur les côtes d'Afrique, qui leur affairent la traite permanente ; l'industrie angloise
a divisé ce commerce en plusieurs branches'.
Des hommes habitués au métier vont chercher
des esclaves dans l'intérieur de l'Afrique; ils
les amenent à la côte, &les vendent à des spéculateurs. Ces derniers rassemblent des assortimens d'esclaves que les navires trouvent
-tous prêts à leur arrivée sur la côte. Ils débarquent leurs marchandises, ils embarquent des
noirs & repartent aussi-tôt, Nos vaisseaux n'ont
industrie angloise
a divisé ce commerce en plusieurs branches'.
Des hommes habitués au métier vont chercher
des esclaves dans l'intérieur de l'Afrique; ils
les amenent à la côte, &les vendent à des spéculateurs. Ces derniers rassemblent des assortimens d'esclaves que les navires trouvent
-tous prêts à leur arrivée sur la côte. Ils débarquent leurs marchandises, ils embarquent des
noirs & repartent aussi-tôt, Nos vaisseaux n'ont --- Page 44 ---
18 il pas le même avantage; il faut que leurs lupercargues traitent eux-mêmes les noirs qu'ils veulent transporter. Ce détail consume cinq & six
mois, & les force de s'arrêter sur la côte pendant le même tems. Ce séjour est dispendieux
par la consommation. des vLvres, il 1 est encore
par la perte des nègres ; c'est: sur la côte, c 'est
à la vue de la terre que les révoltes à bord
sont les plus à craindre. Ces diverses dépenses
renchérirent de plus d'un tiers le prix des es- ..
claves, ■& vous sentez qu'une différence aussi
grande ne permet pas de soutenir la concurrence sans le privilége excluSif : il n'y auroit
donc plus pour nous de commerce avec nos
colonies, si nous renoncions au privilége exclusif; nous serions privés des richesses que ce
commerce procuroit à la métropole; négocians, matelots , & ceux dont l'industrie prépare les marchandises qui servent à la traite,
& les agriculteurs qui fournissent des far;nes à
nos armateurs, & cette foule d'hommes qui
s'occupent des travaux qu'exigent les armemens, tous resteroient privés d'occupation &
de salaire. Les uns ruinés par notre' imprudence , nous imputeroient, avec raison, leur
indigence & leur malheur ; les autres seroient --- Page 45 ---
ï B 2
i forcés de s'exiler de la France, d'aller chercher une patrie plus heureuse 011 l'industrie
seroit protégée ; & nos commettans nous reprocheroient avec amertume nos décrets , qui
égaleroient, par leurs effets funestes, cette loi
malheureuse , cette loi de bannissement qui
chassa de la France , dans le siècle dernier,
des milliers d'infortunés que leurs opinions
religieuses séparoient du reste de la nation. J'avoue que le privilége exclusif paroît défavorable aux colonies, qu'il paroît même injuste. Il ne l'est pas, meilleurs ; cette gêne est
le véritable tribut que les colonies paient à leur,
mere-patrie.. Si on regarde ce tribut comme une indemnité des dépenses que la métropole a faites pour
les colonies , des guerres qu'elle a soutenues
pour les défendre, cette indemnité ne paroîtra
pas excessive. Si on regarde le privilège exclusif comme le prix de la proteftion que nous
leur accordons, on verra qu'il est juste. Je dirai
plus ; on verra qu'il est nécessaire.
; cette gêne est
le véritable tribut que les colonies paient à leur,
mere-patrie.. Si on regarde ce tribut comme une indemnité des dépenses que la métropole a faites pour
les colonies , des guerres qu'elle a soutenues
pour les défendre, cette indemnité ne paroîtra
pas excessive. Si on regarde le privilège exclusif comme le prix de la proteftion que nous
leur accordons, on verra qu'il est juste. Je dirai
plus ; on verra qu'il est nécessaire. Nos isles ne peuvent , par leurs propres
forces, se garantir d'une invasion étrangère;
nous ne pouvons les défendre nous-mêmes --- Page 46 ---
qu'en conservant toujours une mariné puisfante, qu'à l'aide d'une grande navigation, qui
nous éleve 8c nous conserve des matelots ; &
nous ne pouvons avoir une grande navigation
qu'en nous réservant le privilége exclusif de
commercer avec nos colonies. Nous ne ferons pas, sans doute , à nos
concitoyens, l'injure de croire qu il leur est
indifférent de rester ou de cesser d etre François , & qu'un calcul pécuniaire puisse les déterminer jamais à renoncer à ce nom. Mais s'ils
étoient capables de faire ce calcul, ils verrôient
que leur intérêt même exige qu ils nous restent
attachés. Les colonies,'je l'ai déjà dit, ne peuvent se défendre par elles-mêmes. Une possessiôn aussi précieuse que les isles à
fiicre, deviendroit bientôt l'objet de l'ambition des Anglois ; ils s'en rendroient les maîtres;
ils y établiroïent ce régime exclusif auquel ils
soumettent leurs propres colonies, & nos citoyens conquis pas nos rivaux, n'auroient
rompu les liens qui les unissent à nous , que
pour être sournis au joug qui leur seroit bientôt imposé. Il est donc certain que le privilége exclusif,
\ --- Page 47 ---
B 3
1. si'avantageux pour la métropole 7 est nécessaire
à conserver pour l'intérêt même des colonies. Il efl donc, de notre devoir, messieurs , de
maintenir dans une union intime les colonies
avec la métropole. Cette union est un des
plus grands intérêts du peuple qui vous a confié
ses destinées. C'ést en ion nom ; c'est comme
l'un de ses représentans que je vous presserai,
de tous mes. essorts, pour que vous ne perdiez
jamais de vue cette vérité. J'ai essayé, meilleurs, de vous faire connoître les dissérens maux qui menacent nos
colonies ; je vous prie de me continuer votre
attention y & de ne pas perdre de vue les calamités qui suivroient leur défection -si jamais
elle avoit lieu d'une maniere quelconque. Les calculs les plus modérés portent à 225
.millions la somme que le commerce, avec nos .colonies ? rapporte par chaque année à la circulation , cette somme est , sans doute, bien
au-dessus de cette évaluation. Des calculateurs
l'élevent jusqu'à 300 millions ; mais tenons-
.nous à notre premier élément % & calculons,
d'après lui. Sur ces 225 millions , la France -en consomme --- Page 48 ---
à-peu-près quatre-vingt-dix. C'est donc cent
trente - cinq que nous livrons à l'étranger, &
c'est positivement ce qui nous donnoit une
balance favorable dans les rapports de notre
commerce avec les puissances d'Europe. Tout
s'évanouiroit avec la défection de nos colonies ; les fortunes particulières seroient détruites , la fortune publique seroit fortement
ébranlée, & , meilleurs , la fortune publique
n'est autre chose que la réunion des fortunes
particulières.
quatre-vingt-dix. C'est donc cent
trente - cinq que nous livrons à l'étranger, &
c'est positivement ce qui nous donnoit une
balance favorable dans les rapports de notre
commerce avec les puissances d'Europe. Tout
s'évanouiroit avec la défection de nos colonies ; les fortunes particulières seroient détruites , la fortune publique seroit fortement
ébranlée, & , meilleurs , la fortune publique
n'est autre chose que la réunion des fortunes
particulières. Ce fléau politique frappant sur les villes maritimes , & leur faisant éprouver les premieres
une action directe , porteroit bientôt par toute
la France commerçante une réaction funeste,
& l'agriculture éprouveroit aussi par tous ces
contre-coups destructeurs un dépérissement
mortel. Il est encore en votre puissance ,
aneffieurs, de détourner les calamités "qui nous
menacent, mais il n'y a pas un seul infiant à
perdre. Le commerce maritime François a fait des
avances considérables aux colonies. Voici
comme ordinairement ces avances s'effectuent.
' Les armateurs pour la traite des noirs vendent, y --- Page 49 ---
1? B4 à un & deux ans de terme, les esclaves néceA
saires pour l'exploitation des habitations. Les
négocians expédient, vers l'époque des échéances, des vaisseaux pour faire les recouvremens. Ces vaisseaux portent les denrées Européennes qui sont encore vendues à terme ; &
le recouvrement ne s'opere qu'à un autre
voyage, 011 l'on va faire rentrer les fonds
provenans d'une autre vente de noirs qui a eu
lieu dans les intervalles, & ainsi de suite succesîivement. Souvent même l'on a vu des négocians François avancer à des colons les premiers capitaux pour former un établissement ;
il en résulte que nos colonies Am-ricaines doivent, à l'époque présente, plus de cinq cent
millions au commerce François , c'est-à-dire
plusieurs fois la fortune des négocians qui
s'adonnent directement à ces sortes d'entreprises. Mais-, me direz-vous, comment peut-il
se faire que ces négocians aient ayancé plus
que leur fortune ? Ceci est facile à démontrer;
& l'étonnement cesse lorsqu'on sait que ce
n'est que l'effet de cette complication méchanique , & cet enchaînement de liaison, de
crédit qui resserent dans le même cercle les
armateurs, les capitalises & les manufaéturiers, --- Page 50 ---
Les armateurs emploient les efforts de leur
fortune & de leur industrie. Les capitalises
prennent des intérêts dans les entreprises de
ceux-ci, & leur avancent leurs fonds ; les manufacturiers vendent à de longs termes l es obj ets
qu'ils fabriquent ; c'est cette liaison qu'il faut
bien se garder de rompre. Le commerce François, l'agriculture que
le commerce seul peut porter à une grande
prospérité, tiennent leur vie, leur existence
de nos colonies ; se trouveroit-il des gens assez
insensés pour répéter un paradoxe absurde
qu'on a déjà osé insérer dans des feuilles accréditées ? Oseroit-on vous dire que la France
peut se maintenir sans le commerce, par la
force seu e de' son agriculture ? Et avec quoi
MM. les François paieroient-ils plus de cinq
cent millions de tributs, s'ils n'uvoient à la
fois & les ressources fécondes du commerce,
& les produits d'une agriculture que le commerce rend prospere en mettant les consbmmateurs en état de payer les denrées à un prix
plus élevé ? Si vous décrétiez jamais ou l'abolition de la traite des nègres, ou la liberté des
esclav.es, ou si même vous détruisiez le commerce exclusif de la métropole avec nos co-
paieroient-ils plus de cinq
cent millions de tributs, s'ils n'uvoient à la
fois & les ressources fécondes du commerce,
& les produits d'une agriculture que le commerce rend prospere en mettant les consbmmateurs en état de payer les denrées à un prix
plus élevé ? Si vous décrétiez jamais ou l'abolition de la traite des nègres, ou la liberté des
esclav.es, ou si même vous détruisiez le commerce exclusif de la métropole avec nos co- --- Page 51 ---
lames, le malheur qu'entraîneroient ces loix
meurtrieres & dont je ne vous fais qu'un tableau
rapide, néceffiteroient la banqueroute nationale, ce fléau terrible que vous prenez si grand
soin d'éviter. Ne nous le dissimulons pas, mefc
sieurs , la banqueroute seroit notre ouvrage si
une philantropie impolitique nous portoit à
supprimer la traite des noirs & le privilége
exclusif. Les banqueroutes nationales, disoit le
grand Newton, sont à celles des rois ce que
celles-ci sont aux banqueroutes des particuliers. H est tems de faire cesser des bruits injurieux
a tous les membres de cette assemblée, dont
on accuse tour à tour une partie de désirer la
banqueroute. Je suis convaincu qu'il n'est aucun
de nous qui "ne s'empresse à saisir les moyens
qui lui seront offerts pour sauver la chose
publique dont on ne. peut se dissimuler les dangers. Il s'en présente un moyen aujourd'hui, s'il
etôit possible, (ce que je suis bien loin de
craindre) s'il étÕit possible qu'il fût repousse,
le peuple connoîtroit ensin ses vrais représentans, il connoîtroit ceux qui stipulent ses
vrais intérêts. Je vous prie d'observer aussi, messieurs, --- Page 52 ---
i6 que les deux questions de la confirmation de
la traite & de l'esclavage, & celle des loix pro?
hibitives sont indivisibles; car si en prononçant
la confirmation de la traite vous ne prononciez
pas celle des loix prohibitives, ce feroit aux
Anglois que vous permettriez la traite des
noirs. J'avoue que je ne puis pas être. non plus
d'avis qu'une réticence fasse l'effet d'une
loi. Si jamais, meilleurs, vous vous décidiez à
ne rendre, sur les objets qu'embrasse la pétition de Bordeaux, qu'un décret dilatoire ou
suspensif, vous ne feriez que prolonger les
doutes qui ont si mortellement frappé le
commerce François depuis le commencement
de la révolution ; ces doutes qui, dans le
^ port de Bordeaux seul, ont paralysé l'activité de quatorze cent dix-neuf vaisseaux;
croyez, meilleurs, croyez que dans les rapports de la politique comme dans ceux du
commerce , les incertitudes sont un poison
lent, mais qui à coup sur portent plutôt ou
plus tard une mort inévitable ; la connoissance
positive. du mal est préférable à cet état cruel,
ellement frappé le
commerce François depuis le commencement
de la révolution ; ces doutes qui, dans le
^ port de Bordeaux seul, ont paralysé l'activité de quatorze cent dix-neuf vaisseaux;
croyez, meilleurs, croyez que dans les rapports de la politique comme dans ceux du
commerce , les incertitudes sont un poison
lent, mais qui à coup sur portent plutôt ou
plus tard une mort inévitable ; la connoissance
positive. du mal est préférable à cet état cruel, --- Page 53 ---
qui finit par rendre ce mal infiniment plus
funeste & presque toujours irréparable. Pesez
donc bien, meilleurs, dans votre sagesse ce
principe songez qu'aucune considération
humaine ne peut arrêter la détermination de
vos pensées , de ce sens intime auquel vous
ne pouvez vous soustraire sans que vous
en soyez responsable à la France entiere ,
aux générations futures, au tribunal même
de votre conscience, à ce juge sévere qui
vous poursuivroit sans cène , & qui vous
condamneroit à des regrets & à des remords
d'autant plus affreux, que vous auriez mis la
législature qui vous succédera dans la douloureuse impuissance d'apporter aucun soulagement salutaire aux malheurs infinis que vous
auriez fait naître, & qui n'auroient pour bornes
que des ruines, les dévaslations & l'anéantissement de toutes les fortunes. C'est dans cet esprit, meilleurs, & convaincu
qu'il existe encore un remède à tant de maux,
mais qu'il faut se hâter dè-s'en servir, & qu'un
seul instant de retard eSt peut-être un malheur irréparable que je propose le décret
suivant. --- Page 54 ---
[texte_manquant] - 1°. Que l'assemblée nationale met fous sa
protection le commerce français, qu'elle n'en- ~
tend rien changer à celui de la traite des
noirs, 2°. Que laliberté rendue aux esclaves africains
qui exploitent les biens des habitans, ne pouvant
■être qu'un biensait funeste pour eux , ils continueront d'être dans la possession de ceux auxquels ils appartiennent; mais que comme les loix
puissantes de l'humanité réclament pour eux les
plus grands égards & les plus grands soins, il sera
nommé un comité, composé de membres de
l'assemblée nationale y qui appelleront à eux
douze colons; c'est-à-dire , six de rifle SaintDomingue quatre de la Martinique , & deux
de la Guadeloupe. Ce comité fera chargé d: faire
un projet de loi & de police, qui établisse des
rapports humains & raisonnables entre les colons & leurs esclaves : ce projet sert remis à
l'assemblée avant la fin de la présente législature , afin qu'elle y stattie.. 3°. Que l'assemblée ayant reconnu que les
- différens rapports de la politique & du commerce lient tellement les colonies & la métropole , qu'il ne peut s'opérer aucun partage ni --- Page 55 ---
liberté de commerce avec les puissances étrangères , sans les plus grands dangers, a décrété
que le commerce des colonies seroit -fait exclusivement par les négocians François ; mais que
Four faire cesser toutes craintes de la part des
colons, relativement à l'approvisionnement des
colonies, il seroit formé, de jour à autre, un
comité composé de douze colons dans l'ordre
ci-dessus établi, & de douze négocians François , pris dans les ports de Bordeaux , Nantes,
Marseille , le Havre, Bayonne & Saint - Malo ;
que ce comité s'occuperoit d'un projet de loi
ou de règlement , par lequel le pouvoir exécutif se trouveroit dans l'obligation étroite de
porter , sur les colonies , la surveillance la
plus active , afin d'y maintenir une continuelle
abondance.
comité composé de douze colons dans l'ordre
ci-dessus établi, & de douze négocians François , pris dans les ports de Bordeaux , Nantes,
Marseille , le Havre, Bayonne & Saint - Malo ;
que ce comité s'occuperoit d'un projet de loi
ou de règlement , par lequel le pouvoir exécutif se trouveroit dans l'obligation étroite de
porter , sur les colonies , la surveillance la
plus active , afin d'y maintenir une continuelle
abondance. Ce projet de règlement sera rémis inceÍfamment à l'assemblée nationale , qui s'en occupera aussi-tôt. 4°. Les loix concernant l'administration intérieure de la colonie , celle de sa justice , sa
police , & généralementt toute son administration particulière, seront rédigées , dans chaque
colonie, au sein d'une assemblée coloniale , lé- --- Page 56 ---
Ue l'Imprimerie de VEZARD & LE FORMANT,
rue des Prêtres Saint Germain-l'Auxerrois. 1790. gaiement convoquée, acceptées ensuite par le
corps législatif du royaume & sanctionnées par
le roi. 5°. Que tous les habitans des colonies seront assimilés aux citoyens de la France , dans
tous les cas prévus & déterminés par la loi. Nota. Le décret qui a été rendu renferme
implicitement les dispositions de celui que j'avois
proposé ; mais elles me paroissent moins
prononcées. • FIN. --- Page 57 ---
EXTRAIT Du Procès-verbal des Délibérations
du Conzité de la Guadeloupe ,
séant à Paris ? du Dinzanche
septième jour du mois de Février
mil sept cent quatre-vingt-dix., A PARIS, DEL'IMPRIMERIE NATIONALE. ï 7 °. --- Page 58 --- --- Page 59 ---
A 2 EXTRAIT Du proces-verbal des Délibérations
du Comité de la Guadeloupe ?
fiant à Paris ^ du Dimancha,
septième jour du moit de Février
mil Jept cent quatre-vingt-dix. APRÈS la levure du procès-verbal de la dernière
Séance, M. de Curt, Commissaire du Roi &:
premier Député de la Guadeloupe à rAssemblée
Nationale, ayant pris séance, a demandé i faire
lecture d une lettre de la Guadeloupe, en dare
du 7 Décembre dernier : - « Vous avez contre vous, porte cette lettre , la
» plus grande partie de la Colonie j on vous accusç
» d être du nombre des Philantropes, & d'avoir
» fait tous vos efforts pour détruire l'esclavage*
» Vous pensez bien que j'ai fait & que je ferai
» tout ce qui dépendra de moi pour anéantir --- Page 60 ---
» cet.te inculpation ; mais on en paroît persuadé.
» J'aime cependant à croire que lorsqu'on ré-
» fléchira sérieusement, elle cédera à l'évidence
M des faits; que le choix de nos frères de Paris
» sera applaudi par l'Assemblée des Electeurs,
&: que vous recevrez par là une foible réçom-
» pense de vos peines. » A cette lecture, tous les Membres de l Aflèmblée se sont élevés avec indignation, & dans leur
premier mouvement ils ont offert à M. de Curt
la justification la plus complette. « Je suis vivement flatté, a dit M. de Curt,
99 des témoignages d'estime & d'amitié dont,
v vous m'honorez, mais je vous supplie de m ér 'pargner tout ce qui pourroit avoir l'air d'une
justification, votre choix, Messieurs, & ma"
w conduite serviront de réponse à toutes les ca-
» lomnies, dont on voudra ternir ma carrière
« publique. Je vais attendre , en redoublant de
» zèle pour: le service de la Guadeloupe , les
»successeurs qu'elle m'a donnés. »
'estime & d'amitié dont,
v vous m'honorez, mais je vous supplie de m ér 'pargner tout ce qui pourroit avoir l'air d'une
justification, votre choix, Messieurs, & ma"
w conduite serviront de réponse à toutes les ca-
» lomnies, dont on voudra ternir ma carrière
« publique. Je vais attendre , en redoublant de
» zèle pour: le service de la Guadeloupe , les
»successeurs qu'elle m'a donnés. » M. de, Curt s'étant retiré , le Comité voulant
donner à. son Député une nouvelle preuve d 'estime ,
a pris à l'unanimité la décision suivante ; --- Page 61 ---
Le Comité considérant que, depuis le mois de
Juillet dernier, M. de Curt, invité par les Colon* .
à s'occuper de leur admission a l'Assemblée Nationale, a tout abandonné pour en solliciter le
succès. Que toutes ses démarches ont été ennoblies
par les formes les plus respectables, & qu il a
fait parler les Colons avec cette énergie & cette
vérité de patriotisme qui est leur passion dominante. Qu'il a sacrifié ses intérêts personnels, & n'a
épargné aucunes dépenses pour le service, de la
Guadeloupe & la rçprésenter avec dignité j
qu'au moment, de son admission à l'Assemblée
Nationale, il a fait un trait de générosité, applaudi
par elle, en offrant un don patriotique de 4000 1.,
comme Député de la Guadeloupe. * Que choisi par estime & par reconnoissance
pour être notre premier Représentant v à peine atril été admis à l'Assemblée Nationale, que ses
lumières & sos taleps l'ont fait nommer l'un des
douze du Comité de la Marine , créé pour la
nouvelle organisation de ce Département. * --- Page 62 ---
' • 6 Qu'il est le premier qui ait présenté à l'A Semblée Nationale, les grands intérêts qui unissent la
France a ses Colonies, & qui ait consacré dans
un discours , imprimé par ordre de cette auguste
Assemblée, la necessité de laisser aux Colonies le
foin de travailler elles-mêmes à leur Constitution. Que sur son rapport, l' Assemblée Nationale a
décrété le principe de l'autorité suprême du Pouvoir. exécutif dans les Ports & Arsenaux. Enfin le Comité considérant que M. de Curt,
fidèle a ses devoirs , aux formes inséparables de
1 honneur & de la probité, jouit de l'estime de
l'Assemblée Nationale, du Comité de la Marine,
du Comité des Députations des Colonies & des
Députés extraordinaires du Commerce : A unanimement arrêté d'envoyer la présente
délibération à l'Assemblée Coloniale de la Guadeloupe, comme une preuve durable des droits de
M. de Curt sur l'estime & la reconnoissance de
tous les Colons. rt Arrêté en outre que son Président en présentera
la première expédition à M. de Curt. 1 - .. Signés , GUIDON , Président ; DELORME ,
Secrétaire. ' .. --- Page 63 ---
NOUS, Président & Secrétaire de l'Assemblée
Nationale, attestons, avec satisfadion, que M.
de Curt, Membre du Comité de la Marine,
s est acquis l estime de l'Assemblée, & que sa
conduite ne mérite que des éloges.
êté en outre que son Président en présentera
la première expédition à M. de Curt. 1 - .. Signés , GUIDON , Président ; DELORME ,
Secrétaire. ' .. --- Page 63 ---
NOUS, Président & Secrétaire de l'Assemblée
Nationale, attestons, avec satisfadion, que M.
de Curt, Membre du Comité de la Marine,
s est acquis l estime de l'Assemblée, & que sa
conduite ne mérite que des éloges. Signes, l'Abbé DE MONTESQUIOU, Président ; GAULTIER DE BIAUZAT, le Comte DE
CASTELLANE , le Marquis DE CHAMPAGNY , le
Marquis DE LA COTE, MERLIN, le Comte DE
CROIX, Secrétaires de l'Assemblée Nationale. Paris , le 11 Mars 1790. Les Membres du Comité de la Marine unisient, avec grand plaisïr, les assurances de leur
parfaite estime a celles que M. de Curt a reçues
à juste titre de tous ses Collègues. Signés, le Marquis DE VAUDREUIL, Président
du Comité de la Marine • le Marquis DE CHAMPAGNY, Secrétaire ; LA POYPE - VERTRIEUX , le
Comte DE LA TOUCHE, le Chevalier DE la
CoUDRAYE , MALOUET , NAIRAC Y VIALIS ,
ALQUIER , DE LA VLLLE-LE-ROUX , BEGOIN A
Membres du Comité de la Marine. Paris, le 11 Mars 1790. --- Page 64 --- --- Page 65 ---
A
EXTRAIT Du Regijlre des délibérations de la députation
de Saint-Domingue. Quatre-vingt-unième Séance extraordinaire du y Février 1790. M E s s i E u R s les Députés assemblés, M. de
Thebaudieres , Président, le Procès-verbal de la
precédente séance a été lu & approuvé. MM. les Députés votans à l'Assemblée Nationale ont demandé a rendre compte de ce
qui s'est passé à la séance d'hier , & un de Messieurs portant la parole , il sont dit : » Nous devons vous rendre compte , Mes-
» sieurs , d'une circonstance qui intéresse la Dé.
» putation. >5 HIER Jeudi, 4 de ce mois, le Roi est venit
» à l'Assemblée , pour y expliquer ses sentimens
" sur la nouvelle Constitution , & y donner son
» adhésion:il a fort insisté sur la réunion des partis --- Page 66 ---
.. [ 1 1 » opposés. Son Discours a répandu dans 1 Assem-
« blée un tel attendrissement &: un tel enthousias.
» me, qu'une motion appuyée de tbus côtés, s'est
» élevée pour prêter le serment civique , en ces
» termes : Je jure d'être fidèle à la Nation , à
» la Loi & au Roi / & de maintenir de tout
v mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Ar-
» femblêe Nationale , & acceptée par le Roi.
55 On a demandé l'appel nominal , & que
55 chaque Député vînt prêter le serment à la
55 tribune par ces mots: Je le jure. Enfin , que
5> tous ceux qui étoient absens ne fussent plus
» admis qu'après avoir prêté le setment. Toutes
« ces motions ont été accueillies par acclamation.
enir de tout
v mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Ar-
» femblêe Nationale , & acceptée par le Roi.
55 On a demandé l'appel nominal , & que
55 chaque Député vînt prêter le serment à la
55 tribune par ces mots: Je le jure. Enfin , que
5> tous ceux qui étoient absens ne fussent plus
» admis qu'après avoir prêté le setment. Toutes
« ces motions ont été accueillies par acclamation. » Nous vous avouerons , Messieurs , que ,
« quoique pénétrés personnellement des mêmes
55 sentimens de tendresse & de patriotisme, que
55 le Discours de Sa Majesté avoit réveillé dans
35 tous les cœurs, nous avons ete a larmes au
» premier instant d'un serment qui consistoit à
» maintenir et à défendre une Constitution qui
>5 ne peut pas convenir aux Colonies, sans mo-
» dification , sans restriction , enfin telle qu'elle
M Cst ; & , par un mouvement qui nous a été
» commun, au même instant nous nous sommes
w tous cherchés des yeux dans 1 Assemblee > --- Page 67 ---
[ 5 ] A 1 » pour nous proposer réciproquement de nous
retirer dans un des Bureaux pour en déli-
» bérer «. Nous avons vu M. de Cocherel conférer avec
M. le Comte de Dillon, aller remettre un billet a
M. le Président, qui l'a passé à un des Secrétaires.
C'étoit une invitation aux Députés des Colonies
de se rendre sur-le-champ dans un Bureau ;
mais la lecture n'en a pas été faite, parce qu'on
ne pouvoir pas interrompre l'appel nominal
déjà commencé. CEPENDANT nous sommes tous sortis, & nous
nous sommes réunis au Bureau N°. 7 , où se
sont rendus aussi, avec M. le Comte de Villeblanche , Suppléant, MM. les Députés de la
Martinique & de la Guadeloupe , & M. Charles
de la Meth 5 propriétaire de Saint-Domingue &
Député d'un Bailliage à l'Assemblée Nationale. M. DE COCHEREL a exposé les doutes com-'
muns ; il a dit qu'il lui paroissoit dangereux pour
les Colonies defaire le serment exigé par l'Assem-.
blée; que le but de ce serment étoit de maintenir
la Constitution de la France ; mais que cette
Constitution , en tant qu'elle renferme le Décret
des droits de l'homme, est opposée à celle des --- Page 68 ---
I 4 ] Colonies, & destrtictive de nos propriétés ; que
les gens mal-intention~ pourroient nous opposer ce serment , lorsque nous voudrions réclamer contre le Décret des, droits de l'homme ,
comme M. de Mirabeau a cherché à tourner
contre nous le silence que nous avons gardé,
lorsque ce Décret a été prononcé, quoique ce
silence sur impérieusement commandé par les
circonstances. M. de Cocherel a demandé làdessus, si ce n'étoit pas le moment de faire expliquer l'Assemblée sur le sort des Colonies avant
de prononcer le serment. M. CHARLES DE LA METH a vivement combattu les alarmes manifestées & le parti proposé;
il nous a représenté que nous compromettrions
les intérêts dont nous sommes chargés j si nous
nous refusions a unir notre serment à celui de
l'Assemblée; que ce serment étoit personnel &
individuel \ qu'il n'engageoit absolument que
celui qui le prêtoit ; qu'il ne lioit pas les Habitans
des Colonies j mais qu'il devenoit dans la bouche
de leurs Députês un préjugé favorable aux Colonies , un titre de plus pour elles à jouir des
bienfaits de la Constitution Françoise, avec les
modifications que nécessitent l'existance & le régime particulier des Colonies. M. de la Meth
l'Assemblée; que ce serment étoit personnel &
individuel \ qu'il n'engageoit absolument que
celui qui le prêtoit ; qu'il ne lioit pas les Habitans
des Colonies j mais qu'il devenoit dans la bouche
de leurs Députês un préjugé favorable aux Colonies , un titre de plus pour elles à jouir des
bienfaits de la Constitution Françoise, avec les
modifications que nécessitent l'existance & le régime particulier des Colonies. M. de la Meth --- Page 69 ---
[ 5 ] A 5 à développé là-dessus ses idées, avec une énergie
& une force de raisonnement , qui ont fait
impression sur les esprits de tous les Députés,
sans dissiper entièrement leurs inquiétudes. M. DE COCHEREL a demandé que les Députés
des Colonies se retiraient pour cette séance,
"afin d'avoir le temps de la réflexion, & de
consulter leurs collègues non votans , dont l'avis
devoit leur être précieux, dans une circonstance si délicate j & il a insisté sur ce que ce
délai ne pouvoit aucunement compromettre la
députation, puisqu'il avoit été arrêté que les
Députés absens, au moment de leur appel, seroient reçus au serment, lorsqù'ils reparoîtroient
à l'Assemblée. • » M. MOREAU DE SAINT-MERY, qui ne s'étoit
pas encore expliqué, & pressé de le faire, a
établi que la retraite subite Se simultanée de
tous les Députés des Colonies qui avoient été
vus dans la Salle au moment où rappel étoit
déjà commencé 5/ feroit un très-mauvais effet
dans une circonstance où les acclamations universelles aVoient assez annoncé que l'Assemblée
Nationale croyoit qu'il n'étoit pas même permis
de balancer. Qu'un délai & l'avis, quel qu'il fût ,
des Députés non votans , ne pouvoient mener --- Page 70 ---
[ 6 ] à rien; puisqu'il falloit, ou prononcer le serment plutôt ou plus tard , ou renoncer avec une
sorte d'opprobre à reparoître à l'Assemblée Narionale. Qu'alors la Colonie n'auroit plus de
défenseurs, & qu'elle auroit de plus contre
elle les impressions odieuses que l'instant & les
motifs de la retraite de ses Députés y laisseroient;
que la Colonie resteroit en proie à ses ennemis;
que le moindre événement qui pût arriver, étoit
que les Colonies restassent absolument sous le
régime ministériel. M. DE REYNAUD a appuyé l'avis de M. Moreau de Saint-Mery , Se a dit que le serment
croit personnel & ne pouvoir pas lier les Commettans , sur-tout pour adopter pour les Colonies une Constitution faite pour la France ,
. & que la feule différence des lieux annonçoit
assez ne pas pouvoir s'adapter aux Colonies en
son entier. Que le refus ou le délai du serment
ne pouvoit que faire beaucoup de mal, tandis
que le ferment étoit sans inconvénient réel.
Qu'au surplus., Fabus que M. de Mirabeau avoit
prétendu faire du silence de la Dépuration de
Saint-Domingue sur la déclaration des droits de
l'homme , n'avoit fait aucune impression, & que
ce silence avoir été approuvé par toute l'Afsemblée.
pas pouvoir s'adapter aux Colonies en
son entier. Que le refus ou le délai du serment
ne pouvoit que faire beaucoup de mal, tandis
que le ferment étoit sans inconvénient réel.
Qu'au surplus., Fabus que M. de Mirabeau avoit
prétendu faire du silence de la Dépuration de
Saint-Domingue sur la déclaration des droits de
l'homme , n'avoit fait aucune impression, & que
ce silence avoir été approuvé par toute l'Afsemblée. --- Page 71 ---
[ 7 ] 1 A 4 M. DE THEBAUDIERES a observé que ce. serment ne lui paroissoit autre chose que la prom else de maintenir en France & pour la France ,
la Constitution faite pour elle, a quoi assurément
aucun Député ne pouvoit se refuser. Qu'il ne
feroit pas plus possible d'en abuser contre lesColonies, que de la présence & de la participation de leurs Députés a tous les. Decrets,
participation qui n'a pas empêché que l 'on ne
reconnût publiquement a l Assemblee qu on
lie devoit rien innover aux Colonies
sur leurs vœux manifestés par leurs Assemblées 3.
& qui devoient être attendus. UN autre de Messieurs a remarqué que l'Assemblée a si peu entendu comprendre les Colonies dans la Constitution du Royaume, que,
quoique la nouvelle division de la France eii
Départemens soit un des principaux moyens
d'exécution de cette Constitution, l Assemblee
Nationale n'a pas compris les Colonies dans
cette division ; cependant, M. de Cocherel a
proposé que les Députés , avant de prêter le
serment, s'expliquaffent à l'Assemblée Nationale ; & j sur sa demande , M. Moreau de SaintMery , a rédigé la déclaration suivante i --- Page 72 ---
1i TS ] MESSIEURS, « LES Députés des Colonies regardent comme
» un devoir important pour eux de vous proposer
» un doute : ils ont la conviction, & certainement
» cette pensée n'est pas méconnue dans l'Assem-
» blée, que la Constitution coloniale doit avoir
" un caractère particulier, & que, d'après vos
» principes, cette Constitution doit être délibérée
» dans les Colonies elles-mêmes. » Nous sommes disposés , Messieurs , à prêter
» personnellement un serment conforme à nos
» sentimens , mais nous vous conjurons de per-
« mettre qu'il ne puisse pas être opposé à nos
) Commettans «. V PENDANT que ce projet de réclamation se
rédigeoit & se proposoit , M. de Curt s'est
rendu auprès de M.-le Président,& lui a demande une explication sur la forme d.u serment
proposé. Il s'est hâté de venir nous la communiquer. Le serment, sélon M. le Président, ne
devoit se faire pour chaque Député, qu'en son
nom personnel , & sans engager ses Commettans. C'est ainsi que lui, M. le Président, l'avoit
fait le premier, en disant : Je jure en mon nom.
Cette circonstance nouvelle a achevé d'entraîner --- Page 73 ---
r r tons les avis, qui le sont reunis , a ne pas
adopter le projet de restriction au serment proposé par M. de Cocherel. ALORS M. de Cocherel a proposé de dire : Je .
ne jure qu'en mon nom * mais il a été arrêté
que MM. les Députés des Colonies feroient
seulement le serment en ces termes : Je le jure
en mon nom. Nous sommes rentrés dans la Salle , où un
Evêque venoit de soulever toute l'Assemblée ,
en voulant mettre une restriction à son serment,
& des voix se sont élevées de tous côtés pour
l'exclure sur le champ , s'il ne le faisoit pas purement & simplemeut, & dans la formule prononcée par tous les Députés ; Je le jure : à quoi
il s'étoit rendu.
lement le serment en ces termes : Je le jure
en mon nom. Nous sommes rentrés dans la Salle , où un
Evêque venoit de soulever toute l'Assemblée ,
en voulant mettre une restriction à son serment,
& des voix se sont élevées de tous côtés pour
l'exclure sur le champ , s'il ne le faisoit pas purement & simplemeut, & dans la formule prononcée par tous les Députés ; Je le jure : à quoi
il s'étoit rendu. M.DEGOUY D'ARSY a été demander à M. le Président une nouvelle explication sur le serment. •
M. le Président lui ayant répondu que le serment
n'étoit qu'individuel, il a rassuré tous ses Collègues j à qui il en a rendu compte. NÉANMOINS , & pendant ce temps-là M. de
Cocherel, qui se trouve le premier sur la listedes Colonies, ayant été appellé, il est monté à --- Page 74 ---
t 10 I la tribune, ôc a prononcé ces mots : Je ne jurtt
qu en mon nom. Cette formule a excité des murmures. M. de Cocherel a répété une séconde
fois : Je ne jure qu'en mon nom. Et comme les
clameurs commençoient à s'élever , M. le Président les a fait cesser, en disant : Mais 3 Messieurs il eji incontestable que perfonner ne jures
ici que pour soi. Cette explication, approuvée par le silence
de l'Assemblée. qui a succédé, & ce qui étoit,
arrivé à M. de Cocherel & à M. l'Evêque de..
a déterminé tous les Députés des trois Colonies
à prononcer la formule pure & simple, génétale : Je le jure. VOILA, Messieurs , exactement ce qui s'est
paffé & ce qui s'est dit, sans aucune omission
ni addition , à la séance du 4 , & dont nous.
avons cru devoir vous rendre compte. UN de Meilleurs 'a demandé la parole , & a
annoncé qu'il avoit été tenu une Aflemblée d'Américains immédiatement après la
séance. Qu'il y avoit lieu de craindre qu'un esprit
de critique ne s'exerçât vivement dans cette
ciconstance » & quô le serment prêté par les --- Page 75 ---
11 1 Députés ne fût représenté à la Colonie comme
susceptible de conséquences funestes ; & il a
proposé de faire paffer sur-le-champ dans la
Colonie le Procès-veLbal de MM. les Députés
votans. APRES en avoir délibéré , la Députation considérant , d'une part , que MM., les Députés
votans ne pouvoient se refuser au serment qu en
se retirant pour toujours de l'Assemblée Nationale ; ce qui y auroit laissé les impressions les
plus funestes aux Colonies , auroit rendu leurs
ennemis maîtres de tout demander & de tout
obtenir, & auroit remis les Colonies entre les
mains du Ministre. D'autre part 3 que l Assemblée Nationale n'a compris réellement les Colonies dans aucun de ses Décrets 5 8c qu elle
attend la Constitution qu'elles se feront ellesmêmes pour la confirmer j que par conséquent 5
jurer de maintenir & défendre la Constitution
décrétée par l' Assemblée, n'est pas en reconnoître
l'applicâtion aux Colonies. La: Députation a
approuvé la conduite de MM. les Députés
votans, qui a été impérieusement déterminée
par les circonstances, & a jugé que, d'après les
motifs vrais qu'ils ont exposés eux - mêmes , le
serment qu'ils ont dû prêter j ne peut êtr»
jurer de maintenir & défendre la Constitution
décrétée par l' Assemblée, n'est pas en reconnoître
l'applicâtion aux Colonies. La: Députation a
approuvé la conduite de MM. les Députés
votans, qui a été impérieusement déterminée
par les circonstances, & a jugé que, d'après les
motifs vrais qu'ils ont exposés eux - mêmes , le
serment qu'ils ont dû prêter j ne peut êtr» --- Page 76 ---
f ix T d'aucune fâcheuse conséquence pour la Cúlonie;
& elle a arrêté que des copies certifiées de la
présente Délibération seront très-incessamment
envoyées par duplicata 3 aux trois Comités de
la Colonie. Et Messieurs ont signé. Pour Copie conforme, -- DE THEBAUDlERES Présîdents LABORIE 3 Secrétaire général.
* --- Page 77 ---
[texte_manquant] Quatre-vingt-deuxième Séance ^ du 7 Février 1790. ] MESSIEURS LES DÉPUTÉS assemblés , M. de
Thebaudieres, Président 5 la Séance a commencé
par la leéture du Procès-verbal du 5 du courant.
Avant de le ligner, un de Meilleurs a fait lecture d'une lettre d'un soi-disant Colon, consignée dans la gazette de Paris de ce jour. M. DE COCHEREL a témoigné la plus vive
douleur des inculpations contenues dans cette
lettre contre ses Confrères, & des éloges qu'elle
fait de lui, & a dit se référer à son rapport du
5 du courant; & en conséquence, a (igné avec
MM. les Députés le Procès-verbal fait en
comité ledit jour. IL a été arrêté que la Délibération du 5 du
courant sera imprimée & publiée , pour toute
réponse à l'Auteur, très-mal instruit à tous --- Page 78 ---
t 14 1 égards, de la lettre insérée dans la Gazette de
Paris de ce, jour. Et Messieurs ont signé. Pour Copie conforme, DE THEBAUDIERES 3 Président ; LABORIE , Secrétaire général.
A Paris ? de l'Imprimerie de CLOUSIER,
Imprimeur du ROI, rue de Sorbonne. --- Page 79 ---
LE SYSTEMEA DES COLONIES. Qui pourroit tout dire sans un mortel ennui ? Esprit des loix. AVERTISSEMENT. Ce petit écrit a été fait pour l'édification des bonnes
igens , & pour l'instruction des ignorants. Messieurs les
savants , ceux qui javent tout, peuvent se dispenser de
le lire ; il ne leur apprendroit rien. - §. I. Les nations anciennes qui fondèrent des colonies, les établirent, plutôc pour se décharger du superflu de leur peuple,
& pour s'en faire des alliés utiles dans leurs vues de guerre
& de conquête, que par tout autre motif. §. 1 1. Les nations modernes, qui, après la découverte du nou";
veau monde, firent successivement des établissements dans le
continent de l'Amérique , eurent principalement en vue de
s'approprier les mines abondantes du pays & les riches métaux qu'elles offroient à leur cupidité. §. 1 1 1. L'expérience de deux siéçles a fait voir que ce n est pas
avec l'or, l'argent & les diamants qu'on enrichit une nation. La culture des terres , la pêche , qui est la cnlturè des
mers » le travail & l'industrie , qui en est le fruit, voilà les
véritables richclles > ce sont la des mines qui ne s 'épuisent
du pays & les riches métaux qu'elles offroient à leur cupidité. §. 1 1 1. L'expérience de deux siéçles a fait voir que ce n est pas
avec l'or, l'argent & les diamants qu'on enrichit une nation. La culture des terres , la pêche , qui est la cnlturè des
mers » le travail & l'industrie , qui en est le fruit, voilà les
véritables richclles > ce sont la des mines qui ne s 'épuisent --- Page 80 ---
h jamais, & c'est sur ces baies solides qu'ont été établies les
colonies Françaises & Anglaises , situées dans l'archipel de
l'Amérique, & connues fous le nom d'îles Antilles. §. 1 V. Dans la distribution de ces précieu&s possessions, la France
a obtenu sans contredit le meilleur lot. La portion de l'île
de Saint-Domingue, qu'elle possède, vaut seule mieux dans.
l'état où elle est, que tout ce qui appartient dans cette partie
du monde aux autres nations de l'Europe. ■§• V. Cette colonie, comme presque toutes les autres, a d'abord
été habitée par des avanturiers , qui las de courir les mers
& les hasards de la. guerre , vinrent y chercher le repos &
la paix. §• VI. Les Anglais & les Français furent les plus attentifs à encourager & à.protéger la population & la culture de leurs iles. Ils dirent à leurs nouveaux sujets, & toutes les autres nations l'ont répété après eux: Voilà des terres que nous vous
concédons ; elles seront franches de tous drbits & de toute
sorte d'impositions : cultivez-les , & nous n'exigeons, pour
prix des dépenses que nous faisons pour votre établissement,
& que nous ferons pour, vous maintenir & vous défendre,
que de r-ecevoir de vous exclusivement toutes les denrées
que la terre que vous habitez vous produira, & de vous fournir, à l'exclusion de toute autre, toutes les choses qui vous
seront nécessaires , tant pour la culture, que pour votre fubsistance & pour les autres besoins de la vie. §. VII. Tel a été le langage de toutes les métropoles : telle est
• la loi que toutes les narions Européennes ont imposée aux
planteurs de leurs îles ; c'est là la loi universelle & caractéristique des colonies de l'Amérique: c'est sous ce régime qu'elles ont prospéré au-delà de toutes les espérances , & qu'elles
ont enrichi en même temps leurs métropoles ; ce qui mérite
june explication. §. VIII. Il y a un principe connu & reçu , c'est que le plus clair
profit d'un commerce quelconque est pour le peuple , qui a --- Page 81 ---
Je marché chez lui ; c'est comme celui qui donne à jouer à
il a le prosit des cartes. Nos pères dans des temps d'ignorance connoissoient déja
cet. avantage , lorsqu'ils demandoient au Souverain comme
une faveur, ou comme une récompensé, l'établissement des
foires dans leur ville. §. IX. C'est ainsi qu'Amsterdam & Londres, qui font aujourd'hui les principaux marchés de l'Europe , sont aussi les deur
villes du monde les plus opulentes, tandis que VeniCe,
Gênes, Bruges, Anvers, &c., qui ont toujours le mêmesol & le même soleil, mais chez lesquelles n'abordent plus
les nations, ont perdu la plus grande partie de leur popu-* -
lation, & de leurs richesses, en perdant l'avantage Ínappréciable du marché, qu'elles n'ont plus.
sterdam & Londres, qui font aujourd'hui les principaux marchés de l'Europe , sont aussi les deur
villes du monde les plus opulentes, tandis que VeniCe,
Gênes, Bruges, Anvers, &c., qui ont toujours le mêmesol & le même soleil, mais chez lesquelles n'abordent plus
les nations, ont perdu la plus grande partie de leur popu-* -
lation, & de leurs richesses, en perdant l'avantage Ínappréciable du marché, qu'elles n'ont plus. §. x. D'après cela, il ne faut pas faire une grande dépense en
dialectique , pour prouver que celui-là aura le profit que doivent procurer les. colonies, qui pourra fixer chez lui le marché des denrées qui en proviennent, & que celui qui pofsède déja ce marché , en tout oii en partie , doit ne rien nér
gliger pour le conserver. §. XI. Ainsi, proposer d'ouvrir nos colonies aux étrangers, eff
un projet funeste que tout bon Français doit rejetter aved
indignation. 9. X 1.1. La condition de la réciprocité c'est-à-dire , que les étrangers nous ouvrirent aussi leurs colonies , & que la liberté
fut entière de part & d'autre, ne nous seroit pas plus favorable , puisque^nous avons tout à perdre dans ce marché,
& rien à gagner. §. XI IL Nos colonies font riches, les leurs sont pauvres ( relativement parlant ) : notre navigation est chère, la leur est à bon:
marché : ils enlèveroient tout, & ne nous laisseroient rien
autant vaudroit leur faire présent de nos colonies : ce qu'il y.
a de sur, c'est qu'a vaudroit mieux -les leur vendre --- Page 82 ---
§. XIV. On évalue à plus de 80 millions l'exportation que nous
occasionnent nos colonies , tant en productions de notre fol ,
qu'en objets relatifs à nos fabriques ou à nos manufactures ,
& à plus de 230 millions l'importation dans le royàume des
denrées coloniales, dont 150 millions au' moins passent a
l'étranger , qui les consomme & les paie ; d'où il résulte en:
notre faveur une balance considérable. Dans ce calcul est
compris à la vérité le commerce de la traite des Noirs, qui
est un objet de grande conséquence, comme il fera dit ciaprès. ' x Ce commerce entretient d'ailleurs 7 a 800 navires pour
Je long cours , qui valent plus de 30 millions, un grand
nombre de bâtimens caboteurs , & plus de 25 mille matelots : ainsi il est le germe & l'aliment de la, marine royale &
de notre puissance maritime. §. XV. L'imagination la plus vive ne sauroit se faire un tableau
de l'état déplorable dans lequel tomberoit le plus beau royaume de l'Europe , s'il essuyois tout d'un coup une pareille perte. Un peuple immense qui habite ses pons & ses côces, privé
de travail & de toute ressource , réduit au désespoir. Plus de
marine, plus d'objets d'industrie, la décadence des manufactures , une dépopulation générale , la culture des terres .
réduite au simple nécessaire, ou peut-être au-dessus ; en un
anot, la misère couvrant la surface de la France sans aucun
elpoir de retour, Que de maux ! & ils seroient inévitables. " XVI. Les colonies Fçançaises doivent être peuplées de plus de
70 mille Blancs ou gens de couleur libres , & de y à 600
mille esclaves Noirs , qui en sont les cultivateurs.
, la décadence des manufactures , une dépopulation générale , la culture des terres .
réduite au simple nécessaire, ou peut-être au-dessus ; en un
anot, la misère couvrant la surface de la France sans aucun
elpoir de retour, Que de maux ! & ils seroient inévitables. " XVI. Les colonies Fçançaises doivent être peuplées de plus de
70 mille Blancs ou gens de couleur libres , & de y à 600
mille esclaves Noirs , qui en sont les cultivateurs. Ce fut jadis le bon , lé vertueux prêtre Las-Cazas , qui
pour soulager les peuples indigènes 'de l'Amérique , imagina
d'aller chercher des Nègres en Afrique, & de les assujettir
aux travaux dont il vouloit garantir ses chers Indiens : cet
expédient fut alors regardé & vanté , comme étant inspiré
par la plus tendre humanité : aujourd'hui, c'est un crime qui
ne peut être expié que par la perte des colonies & la ruine
de la nation. Autre temps, autres mœurs l , --- Page 83 ---
i §. x V 1 I Nous ne répéterons point ici ce qu'on a si bien dit ailleurs (i), au suiet de l'esclavage & du barbare despotisme
fous lequel vivent & meurent les malheureux habitants de
presque toute l'Afrique ; il en résulte que ce n'est point la
traite que font les nations Européennes sur ses côtes qui
entretient cet état affreux ; il l'adouciroit, s'il étoit possible.
On en cite un exemple remarquable : trois cents prisonniers
égorgés dans une nuit , par ordre du tyran, parce qu 'il ne
se trouva point de navire sur la côte pour les acheter. Mais nous citerons avec confiance les témoins entendus
à la barre de la chambre des communes d'Angleterre : ceux
qui. ont fait le plus long séjour à la côte d'Afrique , & qui
ei1 connoissent le mieux les peuples & leurs moeurs , ont déposé unanimement que l'esclavage & le plus dur despotisme
ont toujours régné dans ces contrées, & que bien loin que
la traite qu'y font les Européens, contribue à en entretenir
ou en augmenter l'influence, son effet le plus commun est
de l'adoucir (i). §. XVIII. L'esclavage lEst-ce ce nom ou la chose qui afflige ? Nous
inviterions volontiers les amis des Noirs à se transporter
d'abord dans nos colonies , à y visiter les principales habitations , à y bien observer de quelle manière les Nègres y
font conduits, nourris &.traités, eux & leurs familles, tant
en état de santé que de maladie; qu'ils viennent ensuite visiter les villages-pauvres de la plus grande partie des provinces de France, de l'Auvergne, du Limousin , du Péri-
, gord, du Berry, de la Champagne, &c. ; qu'ils comparent,
la main sur la conscience , toute prévention & enthousiasme à part, qu'ils décident de quel côté est le bien-être
& le bonheur. Nous dirons le bonheur , abstraétion faite du
sentiment de l'esclavage , dont les Nègres en général ne
sont guères susceptibles , puisqu'ils sont nés dans cet état,
ensorte qu'on peut dire que la liberté leur seroit a charge #
& qu'ils font incapables de la recevoir & d'en jouir.
, &c. ; qu'ils comparent,
la main sur la conscience , toute prévention & enthousiasme à part, qu'ils décident de quel côté est le bien-être
& le bonheur. Nous dirons le bonheur , abstraétion faite du
sentiment de l'esclavage , dont les Nègres en général ne
sont guères susceptibles , puisqu'ils sont nés dans cet état,
ensorte qu'on peut dire que la liberté leur seroit a charge #
& qu'ils font incapables de la recevoir & d'en jouir. (I) Voyez dans le journal de Guienne, du 6 Décembre 1789, la
lettre de M. Granié à un ami des Noirs. (2) Cela se conçoit, puisque au lieu d'égorger leurs captis, lis
les ménagent & les conservent pour les vendre. --- Page 84 ---
1 ? §. XIX. Nous ne prétendons point faire l'apologie d-e l'esclavage î
à Dieu ne plaise : si celui des Nègres n"existoit pas , malheur à celui qui songeroit à l'établir. Si on pouvoit le détruire, sans donner une secousse affreuse aux colonies, mettre
en péril la vie de ses habitants , & faire une plaie au Royaume
qui ne cicatriseroit jamais , malheur à celui qui en négligeroic
les moyens ! Si on peut l'adoucir, cgmme nous le croyons,
il faut le faire; lès loix à ce sujet ne sauroient être ni trophumaines, ni trop promptes. S. X X. Les amis des Noirs, après avoir fait beaucoup de bruit;
font d'accord avec nous sur ce point ; ils déclarent enfin
formellement ; « qu'ils n'ont jamais eu d'autre intention que
» de procurer dans l'état des Noirs , des améliorations que
» la justice & l'humanité réclament (i) ». Mais ils ajoutent
qu'ils désirent qu'on sùpprime dès à présent la traite , & en.
cela leur philantropie les aveugle : comment ne voient-ils
pas qu'un pareil décret , en portant un préjudice énorme
à notre marine, à notre commerce, à nos fabriques, à la
nation enfin, ne remédierait point au mal qu'ils veulent,
éviter ? Nous allons le prouver : il ne faut pas laisser de,
louche sur cet article. §. X X I. Nous supporons les colonies calmes & tranquilles ; nous
supposons des loix qui améliorent le sort des Nègres ; nous
supposons enfin un décret de l'Assemblée Nationale, qui proLibe à tout bâtiment Français la traite des esclaves ou l'importation dans nos colonies des Nègres, pour y être vendus , &c. Eh bien , nous disons qu'à peine cette nouvelle
loi sera connue des nations étrangères » & sur-tout des
Anglais & des Hollandais, qu'ils doubleront & tripleront
leurs armements de traite , pour en introduire les captifs
dans nos colonies ; en quoi ils seront fortement aidés par
les habitants mêmes ; & nous osons assurer que toute la
puissance humaine ne sauroit empêcher ce commerce qui (r) Voyez la lettre signée parle président & le seçrétaire de sa
société des amis des Noirs, du 15 novembre 1789 t insérée dans le
journal de Paris , du 14 décembre --- Page 85 ---
y se fera' ouvertement ou en fraude ; mais toujours au grani
avantage des étrangers , & au grand préjudice de la nation.
Cependant les Nègres d'Afrique n'en feront pas moins
achetés, transportés & vendus : ainsi les amis des Noirs auront manqué complettement leur but.
parle président & le seçrétaire de sa
société des amis des Noirs, du 15 novembre 1789 t insérée dans le
journal de Paris , du 14 décembre --- Page 85 ---
y se fera' ouvertement ou en fraude ; mais toujours au grani
avantage des étrangers , & au grand préjudice de la nation.
Cependant les Nègres d'Afrique n'en feront pas moins
achetés, transportés & vendus : ainsi les amis des Noirs auront manqué complettement leur but. §. X X 1 1. Cette traite, dont on parle si légèrement, occupe en
France 100 navires par an, & 4 ou 5000 marins; eile
emploie pour 18 à zo millions de nos fabriques , & il
faut encore 150 à 2oo navires, pour apporter dans nos
ports le produit de ses ventes, qui se montent depuis deux
ou trois ans de 50 à 60 millions. On conviendra que ce seroit là un allez beau présent à
faire aux nations étrangères. §. XXIII. La civilisation n'a pu encore atteindre chez les hommes
le degré de perfection nécessaire, pour mettre toujours en
rapport la politique avec la morale : on trouve presque partout le mal à côté du bien ; & en fait de gouvernement
on est souvent obligé de faire un petit mal pour en éviter
un plus grand, ou pour opérer un plus grand bien ; c'est
même là le talent de l'administrateur habile ; ceux qui le
jugent de loin, ne voient pas toujours la disficulté; ils ne
considèrent que le bien qu'ils voient, & qui n'est pas toujours faisàble , sans égards aux inconvénients qu'ils ne voient
point. C'est ce qui faisoit dire si bien à Forbonnais (I) que ,
philosopher er ou administrer, sont deux choses fort differentes :
elles sont fort différentes en effet, nous n'en avons, eu que
trop de preuvès. §. XXI V. Nous revenons à nos principes, & nous disons que quand
on est obligé d'insister sur des vérités auiTi simples & aussi
claires, on est bien sûr de ne p.as persuader ceux qui, par
intérêt, ou par prévention , ou par enthousiasme, ferment
les yeux à la lumiere la plus pure. S. XXV. Loin de nous l'idée de ne considérer la question que
nous traitons, que dans l'intérêt particulier des commerçants: (l) Auteur des Recherches sur les finances. --- Page 86 ---
s nous oions dire que nous sommes vraiment occupés de l'intérêt général du royaume. De toutes les classes du peuple Français, le négociant
est peut-être celui qui » en derRiere analyse, souffriroit le
moins de la catastrophe, il perdra beaucoup sans doute;
mais ayant tout son bien dans son porte-feuille, il suivra le
négoce par-tout où il y en aura. Ou il s'intéressera dans les
opérations des négociants étrangers, ou avec des richesses
qui ne laissent point de traces, il se transportera par-tout
où il aura l'occasion de faire valoir ses moyens , ses talents & son industrie, & il y trouvera des ressources qui
deviendront nulles pour les autres ordres de l'Etat, c'està-dire , pour les cultivateurs , les vignerons, les fabricants
& les artistes de toute espèce ; c'est principalement la cause
de ces derniers que nous plaidons ; c'est la cause de la nation, §. XXVI. Espérons que les représentants qu'elle a choisis pour
la regénérer & lui donner des loix, en se rendant à l'évidence, mettront fin à nos alarmes & aux diseuffions interminables qui nous agiteat depuis si long-temps , sur des objets
que toutes les autres nations qui possèdent des colonies à
l'Amérique , n'ont pas même regardé comme devant faire
une quesiion, quelque jalouscs qu'elles soient d'ailleurs de
toute espèce de liberté (i).
VI. Espérons que les représentants qu'elle a choisis pour
la regénérer & lui donner des loix, en se rendant à l'évidence, mettront fin à nos alarmes & aux diseuffions interminables qui nous agiteat depuis si long-temps , sur des objets
que toutes les autres nations qui possèdent des colonies à
l'Amérique , n'ont pas même regardé comme devant faire
une quesiion, quelque jalouscs qu'elles soient d'ailleurs de
toute espèce de liberté (i). §. XXVII. Nous avons voulu être court, & peut-être n'avons-nous
été que trop long : cependant nous ferions un gros livre des
détails que nous avons omis ou supprimés, qui tous justiiieroient nos principes, ou confirmeroient nos assertions.Nous
espérons que ceux de nos ledeurs qui se contentent d'une
bonne raison sur chaque objet, nous en saurontgré ; & quand
aux autres, nous leur rappelleront notre épigraghe: Qui pourroi t tout dire, & qui pourroit tout lire sans un mortel ennui S (1) Le parlement d'Angleterre , après avoir examiné Se discuté à
fonds la question de l'esclavage des Noirs pendant deux séances, en
J788 & 1789, l'a renvoyée pour ne plus la reprendre de cette sessïon;
& quand à la traite, il s'est contenté de faire un règlement pour la
meilleure disposition des Noirs dans les navires ; il a sta tué que chaquebâtiment ne pourra prendre que cinq captifs pac treis tonneaux c c
port, ce qui fait 500 Nègres pour un navire de 300 tonneaux, c'est
peu près dans la même proportion que nos armements, & plutôt p us
que moifcs. --- Page 87 ---
A L E T T R E A MM. LES COMMISSAIRES
Nommés pour faire le Rapport de '
l'Affaire des Colonies. M ESSIEURS, ( LA question qui vient d'être confiée
à votre rapport, est d'une telle importance , que sa solution doit néceffairement affermir ou ruiner à jamais la
puissance de France ; elle doit accroître
ou anéantir l'autorité de l'Assemblée
Nationale. On sollicite sa décision sur les demandes des Négocians François, &c sur ♦ --- Page 88 ---
les intérêts des Colons ; on veut qu'elle
prononce en même-tems l'abolition ou
le maintien de la traite des Negres. Cette derniere partie de la question
est celle sur laquelle s'exercent d'avantage les différentes opinions. D'une part
on convient généralement de l'imposlibilité de prononcer l'abolition , de l'autre , on en trouve également à consacrer
le maintien de la traite ; les esprits les
plus fertiles en expédients, ne voyent
d'autre moyen que d'éluder la décision,
en la renvoyant à la prochaine convention Nationale, dont l'époque n'est pas
encore connue.
partie de la question
est celle sur laquelle s'exercent d'avantage les différentes opinions. D'une part
on convient généralement de l'imposlibilité de prononcer l'abolition , de l'autre , on en trouve également à consacrer
le maintien de la traite ; les esprits les
plus fertiles en expédients, ne voyent
d'autre moyen que d'éluder la décision,
en la renvoyant à la prochaine convention Nationale, dont l'époque n'est pas
encore connue. Les principes qui me paroissent devoir
guider l'Assemblée Nationale dans cette
importante Affaire , me dispensent de
rien examiner de tout ce que l'on a dit
& écrit sur la traite. J'observerai seulement en passant, que les considérations
philosophyques & les grands principes
de la morale, sont très-respectables sans
doute j mais on peut prouver qu'pn en --- Page 89 ---
* 3 1 A 2 abuse étrangement-, quelquefois par la
fausse application qu'on en fait. Cet
abus est sur-tout un grand malheur quand
ce n'est pas l'erreur ; mais la perversité
soudoyée qui , avec l'arme de l'éloquence, &c sous le masque impofleur de
la philosophie & de l'humanité, cherche
à donner une nouvelle secousse à la
machine politique, dans le coupable efpoir de satisfaire une ambition, dont les
. efforts téméraires ont été jusqu'ici trompés. La même voix qui s'est élevée avec
tant de force contre la Caisse d'Escompte , pour renverser cet unique soutien d'un édifice ébranlé de toutes
parts, s'est fait entendre dernièrement
dans Assemblée particulière , par un
Discours véhément contre la traite ; ce
Discours est , dit-on, destiné pour la
Séance, où cette question doit être
agitée. Mais ce qui doit rassurer sur
l'effet que son Auteur en espere, c'est
qu'il ne suffit pas d'être éloquent pour
enchaîner à san opinion une Assemblée --- Page 90 ---
respectable ; c'est que vous l'éclairerez,
MESSIEÙRS , par vos lumieres, vous
qu'elle a honorée de sa confiance, vous
judifierez son choix par votre impartialité & par la pureté de vos intentions. Je viens de dire que les principes qui
devoient guider l'Assemblée Nationale
dans sa décision , dispensoient d'entrer
dans aucun examen de ce qui concernoit
la traite. En effet) M E S siEU R S , il me
semble qu'au lieu de s'engager dans cet
examen , il faudroit commencer par considérer ce que sont les Colonies, par
rapport à la Métropole , 8c résoudre
cette queflion. Les Colonies doivent-elles être affimilées aux Provinces Françoises, c'esta-dire, doivent-elles être soumises aux
mêmes Loix ? Je ne pense pas qu'on puisse raisonnablement contester la négative , pour
peu que l'on fasse attention à la situation
/ géographique & à la différence du
climat qui en produit une tres-remar- --- Page 91 ---
A3 -quable dan's le caractère de ses Habitans ; leurs passions, leurs moeurs , leurs
usages, ne ressemblent point aux noires ;
leurs besoins différent également. De
cette dissemblance dérive incontesta-
-elles être soumises aux
mêmes Loix ? Je ne pense pas qu'on puisse raisonnablement contester la négative , pour
peu que l'on fasse attention à la situation
/ géographique & à la différence du
climat qui en produit une tres-remar- --- Page 91 ---
A3 -quable dan's le caractère de ses Habitans ; leurs passions, leurs moeurs , leurs
usages, ne ressemblent point aux noires ;
leurs besoins différent également. De
cette dissemblance dérive incontesta- -blement la nécessité d'un régime approprie a leur nature. Il faut donc reconnoître cette premiere vérité , que les
Loix faites pour la Métropole, ne conviennent point aux Colonies. Il se présente ensuite la question de
savoir de qui les Colonies recevront la
forme particulière d'administràtion qui
leur est nécessaire. Dans un moment ou la Nation Fran- 'çoise vient par l'organe de ses Représen"
tans, d'anéantir une forme de Gouvernement qui n'étoit pas de son choix, & .
d'en adopter une autre fondée sur l'intérêt général, on sera obligé de convenir
que lès 'Colonies sont seules en état de
bien juger quelle est aussi la forme dç
Gouvernement qu'elles doivent préférer;
quelle est celle qui peut le mieux concis --- Page 92 ---
lier leurs intérêts avec ceux de la Métropole , envers laquelle elles ont des obli-
- gations à remplir, pour la proteéHon Se
les avantages qu'elles en reçoivent. Si cette seconde vérité pouvoit trouver
des Contradicteurs, si l'on vouloit prétendre que c'est à la Métropole à dicter
des loix aux Colonies, & à diriger leur
administration intérieure ; je répondrai
que la distance immense qui les sépare ,
exige impérieusement , si l'on veut les
conserver, qu'on abandonne cette prétention c[ui a été jusqu'ici l'unique cause
des maux dont elles se plaignent. Le régime' vicieux dont' elles viennent de
secouer le joug , démontre qu'il est impossible de gouverner sagement, à 1800
lieues de diitance, des contrées exposées
•à des ouragans terribles & à des accidens
physiques, qui exigent, dans le moment,
des secours & dès ressources qu'on ne
peut trouver dans une administration livrée aux caprices & aux divers systêmes
-de Chefs quLse succedent rapidement, --- Page 93 ---
- A 4 & qui eux-mêmes sont sournis aux volontés & aux fantaisies des Administrateurs supérieurs. J'invoquerois encore,
si cés considérations ne suffisoient pas ,
l'exemple de l'Angleterre qui a perdu les
plus belles possessions du Continent
Américain , pour avoir persisté à leur
imposer des loix qu'elles rejettoient , &
pour n'avoir pas consenti prudemment
aux redreisemens qu'elles demandoient. Ces motifs que je n'ai fait qu'indiquer , & qui peuvent être développés
avec plus d'étendue, me persuadent que
l'Assemblée Nationale ne peut pas se
dispenser de reconnoître -, 1°. que les
Loix nécessaires à l'Administration intérieure des Colonies, ne peuvent être
les mêmes que celles qui sont adoptées
en France.
poser des loix qu'elles rejettoient , &
pour n'avoir pas consenti prudemment
aux redreisemens qu'elles demandoient. Ces motifs que je n'ai fait qu'indiquer , & qui peuvent être développés
avec plus d'étendue, me persuadent que
l'Assemblée Nationale ne peut pas se
dispenser de reconnoître -, 1°. que les
Loix nécessaires à l'Administration intérieure des Colonies, ne peuvent être
les mêmes que celles qui sont adoptées
en France. . 2°. Que c'est aux Colonies qu'il appartient de se choisir la forme d'administration intérieure' qui leur convient
d'avantage. O Ces deux verités une fois reconnues --- Page 94 ---
& établies, il résulte nécessairement de
la seconde, que l'Assemblée Nationale
n'a rien à statuer sur la traite ; j'ajoute
que cette question n'est pas de sa compétence & qu'elle ne doit pas même
s'occuper de l'examiner , parce que c'est
une conséquence nécessaire du droit que
les Colonies ont de s'administrer ellesmêmes , qu'elles sont libres de pourvoir
à la culture de leur sol comme bon
leur semble, & qu'aucune autorité ne
peut légitimement les gêner dans cette
liberté. Ce qui est du ressort de l'Assemblée Nationale; c'est l'administration extérieure
des Colonies ; c'est-à-dire, qu'il lui appartient de déterminer, de concert avec
elles, les rapports politiques & commerciaux qui doivent être établis entr'elles
& la Métropole, & qui doivent les unir
par des liens réciproques Se par des obligations respeétives. Toute autre dépendance est contraire à la nature des choses
& ne sauroit être ni juste ni solide. Que --- Page 95 ---
9l'ou ne se laisse pas entraîner par les bruits
que l'on a affecté de répandre, d'après
les nouvelles que l'on vient de recevoir
de 'St. Dominique ; que ne croie
pas que cette Colonie ni les autres puisient avoir le projet de laissa leurs ponts
ouverts à toutes les Nations, au préjudice
de notre Co mmerce, ni qu'elles aient la
prétention de se rendre indépendantes.
Elles font trop éclairées sur leurs véritables intérêts pour .adopter un parti qui
aurait tant de dangers pour elles. Ces
Isles font trop riches pour ne pas alluj
mer bientôt la cupidité des Nations Com-f
merçantes qu'elles admettraient chez elles
& elles sont en meme-tems trop faibles
pour présumer de pouvoir se défendra
par elles-mêmes des entreprises & des
attaques qu'elles ne tarderaient pas. à
essuyer. Une confédération entr'elles ne
les mettrait pas à l'abri de ce dangers *
parce que la frtuation de l' Archipel Américain est telle que toute communicatioa
de secours ferait facilement interrompues --- Page 96 ---
Une association avec les Etats-Unies ne
les garantirait pas davantage, parce que
cette nouvelle puissance n'a aucuns des
moyens nécessaires pour les protéger
efficacement. On n'imaginera pas non
plus sans doute, que nos Colonies puissent
penser à se séparer de nous pour adopter la domination Anglaise ; elles ne recueilleraient aucun avantage d'un pareil
changement, elles éprouveraient au contraire des entravés qui leur deviendraient
bientôt insuportables, Soyons donc persuadés que si nos Colonies obtiennent
le libre exercice de leurs droits légitimes,,
èlles ne reconnaîtront d'autre puissance
&c d'autre protection que celles de la
France, & elles s'empresseront de contraCter envers elle , exclusivement à
toutes les autres, les relations de Commerce qui doivent les unir réciproquement.
il
changement, elles éprouveraient au contraire des entravés qui leur deviendraient
bientôt insuportables, Soyons donc persuadés que si nos Colonies obtiennent
le libre exercice de leurs droits légitimes,,
èlles ne reconnaîtront d'autre puissance
&c d'autre protection que celles de la
France, & elles s'empresseront de contraCter envers elle , exclusivement à
toutes les autres, les relations de Commerce qui doivent les unir réciproquement. La maniere d'envisager la question que
vous avez à examiner, Messieurs, telle
que je me suis hasardé de vous la pré- --- Page 97 ---
II senter, écarte toute di[cuffion relative à
la traite des Noirs ; mais ce n'est pas cet
avantage qui doit déterminer votre opinion , c'est uniquement parce que les
principes4 que les Colonies ont droit de
reclamer, n'admettent point une autre
solution. J'ai de la peine à concevoir comment
on pourroit d'ailleurs porter l'Assemblée N
Nationale à rendre une loi sur un point
qui est plus du ressort de la morale que
de la législation, & que l'arme de l'opinion peut seule attaquer avec succès. Il
me semble qu'on ne doit jamais faire de
loix que celles auxquelles on a le pouvoir de contraindre d'obéir. Cependant
si l'Assemblée Nationale prononçoit l'abolition de la traite, elle verroit aussitôt son autorité compromise par la continuation de la traite. Nos Provinces maritimes , qui ont tant d'intérêts à conserver leurs relations avec les Colonies,
deviendroient les ennemies naturelles
d'une constitution qui les auroit réduites --- Page 98 ---
,1 . 12 à un état de détresse, irrémédiable. Les
conséquences funestes d'une si haute imprudence se communiqueroient de proche en proche ; & , après avoir perdu'
nos Colonies, la chose publique serait
mise en danger par une loi à laquelle les
Cololdnies n'obéiraient pas. Le renvoi de la queiiion de la traite à
la prochaine convention nationale, que
l'on suppose devoir être convoquée dans
vingt ans, ou a une époque plus rapprochée , auroit aussi de grands' inconvéniens, & laisseroit un germe d'inquiétude
& de fermentation qu'il seroit impolitique d'entret-enir. On en tireroit, avec
raison , la conséquence que l'Assemblée
Nationale pense avoir le droit qu'elle n'a
pas de prononcer sur cette question.
de la traite à
la prochaine convention nationale, que
l'on suppose devoir être convoquée dans
vingt ans, ou a une époque plus rapprochée , auroit aussi de grands' inconvéniens, & laisseroit un germe d'inquiétude
& de fermentation qu'il seroit impolitique d'entret-enir. On en tireroit, avec
raison , la conséquence que l'Assemblée
Nationale pense avoir le droit qu'elle n'a
pas de prononcer sur cette question. Tous, les hommes éclairés conviendront sans doute qu'il seroit à desirer que
ce commerce honteux de l'espèce humaine cessât entièrement ; mais ce n'est
pas avec des loix qu'on l'anéantira, lorsqu'on ne peut le commander qu'en sacri- --- Page 99 ---
[texte_manquant] fiant en même-temps les propriétés de
plusieurs millions d'hommes. Il faudroit
attaquer le commerce dans sa source
en éclairant & en civilisant ces malheureux Africains, qui, tant qu'ils resteront
plongés dans leur ignorance, continueront de s'égorger pour faire des prisonniers qu'ils trouveront touj ours a vendre.
Parvenez à les instruire & à les civiliser,
& la traite sera dès-lors abolie. Le zèle
pour le salut des Peuples , que les lumieres de la Foi n'ont point éclairés, a
fait des Millionnaires qui ont eu le courage de s'exposer à des dangers inouis,
pour convertir à la Religion Chrétienne
des hordes de Barbares. Qu'à leur exemple, ceux qui du fond de leur cabinet
font parade d'un zèle si ardent pour les
Noirs, se dévouent ; qu'ils se transportent
sur les côtes d'Afrique, qu'ils entreprennent d'éclairer & de civiliser ses malheureux Habitans : à cette généreuse résolulution, nous reconnaîtrons la sîncérité
de leur amour pour l'humanité 3 & la --- Page 100 ---
pureté de leurs intentions, & la grandeur
de leur entreprise nous consolera de leur
absence & de la privation de leurs talens. Je vous supplie, Meilleurs, de recevoir avec indulgence ces observations,
dont je vous fais l'hommage & que je
soumets à vos lumieres. Je suis avec respect,
MESSIEURS, ; . Votre très-humble &
très-obéissant serviteur,
Paris j le Dimanche 7 Mars 179°. --- Page 102 --- --- Page 103 ---
A 2 P R 0 J E T
DE DÉCRET SUR L' A F F A 1 R E DES COLONIES, EL LES sont précieuses à la France,, parce
qu'elles sont la base de tout son commerce. Elles sont dans un état d'insurrection, qui
touche à la scission , laquelle' porteroit à l'état,
un coup mortel. Quelles en sont les causes ? I°. Le despotisme ministériel. 2°. Le despotisme du commerce exclusif.
3° Les piéges des amis des noirs. 4°. La crainte de l'application absolue de la
constitution nouvelle , en tant que fondée sur
la déclaration des droits, --- Page 104 ---
... ( 4 ) • Les deux premières causes ont décidé less
Colonies à se présenter aux états - généraux »
pour obtenir justice. Les deux dernières leur- ont fait croire qu'elles
s'étoient jetées dans un piège , au lieu de s$
réfugier dans un asyle. Il faut les rassurer sur tous ces points.
Dire que la constitution n'est pas faite poitu
elles.
application absolue de la
constitution nouvelle , en tant que fondée sur
la déclaration des droits, --- Page 104 ---
... ( 4 ) • Les deux premières causes ont décidé less
Colonies à se présenter aux états - généraux »
pour obtenir justice. Les deux dernières leur- ont fait croire qu'elles
s'étoient jetées dans un piège , au lieu de s$
réfugier dans un asyle. Il faut les rassurer sur tous ces points.
Dire que la constitution n'est pas faite poitu
elles. Les autoriser à faire elles-mêmes le projet do
çelle qui leur convient > et à le soumettre à
l'assemblée, Ne pas prononcer autrement sur les réclamations du commerce , qu'en disant que rien
n'est innové , et faire espérer aux Colonies des
adcucissemens justes sur cet objet. Réunies à la nation , elles ne craindront plus
le ministère. Il faut mettre un frein aux insinuations des
smis des noirs ; les nègres et la servitude sont indispensables aux Colonies. Les nègres sont une
propriété légale, sans laquelle celle des terres' est
nulle , et que la loi doit respecter. La nation peut --- Page 105 ---
I S) • dénoncer aux Colonies, mais elles ne peuvent
rester attachées à la nation , sans qu'elle garan- '
tisse leurs droits et 4eurs propriétés. Pour ramener plus sûrement la paix j il faut
encore s'expliquer sur l'insurrection, Projet de Décret. * L'assemblée nationale prononçant sur les
a-dresses des villes maritimes et de commerce,
et sur les, dénonciations faites par le ministre de
la marine, et le conseil supérieur de saint-Domingue , des troubles arrivés dans cette Colonie 5
décrète que, n'ayant été rien innové au régime
intérieur et commercial des Colonies, par la constitution décrétée pour le royaume, chacune des
Colonies-Françoises est autorisée à arrêter dans
les assemblées de ses représentons librement élus
par tous les citoyens actifs , le projet de sa consti-l
tution, de son administration et de sa législation in.
térieure , conformément aux décrets de l'assemblée nationale,qu'elles jugeront applicables d'après
çs différences locales. Auquel effet tous les décret --- Page 106 ---
[texte_manquant] leur seront adressés par le pouvoir exécutif »
Ja diligence de leurs députés respectifs. Décrète que lesdits projets seront rapportés il
t
l'assemblée nationale par leurs députés , pour être
examinés > décretés et présentés à la sanction et à
l'acceptation du roi > ainsi qu'il appartiendra. Décrète que les Colonies formeront à la suite
desdits projets de constitution, leurs demandes
relatives à la juste balance de leur régime commercial , pour y être, par l'assemblée statué, ainsi
qu'il appartiendra, toutes choses demeurant en
éta t. Décrète que les Colonies restent sous la sauvegarde spéciale de la nation , et déclare criminels
de lèze-nation , ceux qui tenteroient, de quelque
manière que ce soit, à y causer des soulevement
contre les blancs. L'assemblée nationale jugeant savorablement
les motifs des citoyens de St. Dominque, déclare
qu'il n'y a lieu à aucune inculpation contre dux ,
elle attend de leur patriotisme, qu'ils rétabliront
la tranquillité parmi eux, et qu'ils resteront fidèles,
spéciale de la nation , et déclare criminels
de lèze-nation , ceux qui tenteroient, de quelque
manière que ce soit, à y causer des soulevement
contre les blancs. L'assemblée nationale jugeant savorablement
les motifs des citoyens de St. Dominque, déclare
qu'il n'y a lieu à aucune inculpation contre dux ,
elle attend de leur patriotisme, qu'ils rétabliront
la tranquillité parmi eux, et qu'ils resteront fidèles, --- Page 107 ---
l7J De l'Imprimerie de DEVAUX, , rue des Boucheriel
Saint-Honoré, N°. 7 . tl la nation, à la loi et au roi , et qu'ils maintiendront la constitution qui sera décretée pour le4
Colonies. / --- Page 108 --- --- Page 109 ---
1 v .. A .E DE LA DÉPUTATION DE LA PROVINCE
f DF BRETAGNE
SUR LE COMMERCE DË L'INDE.
L E s Députés de la. province de Bretagne , considérant que le commerce est
une branche esîentiçlle de l'industrie nationale qui appartient à cous ; Que cette propriété publique ne doit
♦ pas, sans des raiscns de la plus haute importance, être exclusivement resserrée ,
soit dans son tout, soit dans ses parties, en.
tre un petit nombre de mains privilégiées ; Que l'exclusif du commerce de l'Inde,
octroyé , en Avril iy8 5, à une Compagnie
d Actionnaires , n'étant appuyé d'aucune
de ces raisons qui légitiment les exceptions, ne devoit pas être maintenu ; Que les citoyens ressaisis de cette partie
de leur propriété légitime, devoient en --- Page 110 ---
{ 1 ) jouir sous la protection des loix, qui maintiennent & modifient les jouissances ; Que les armements, qui n'intéressent
que chacun des Armateurs en particulier,
devoient demeurer dégagés de toute entrave autre que celles des loix générales
du Commerce maritime; Que les ventes des marchandises de
retour intéressant la totalité des vendeurs,
des acheteurs & le fisc, devoient être modifiées d'après cet intérêt commun; Que la réunion de ces deux classes da
Négociants dans un seul port à des temps
marqués, établisToit entre eux cette double
concurrence qui donne aux marchandises
leut véritable valeur ; Que les conventions générales & particulières de ce commerce d'une exploitation compliquée, soie pour toute interrupnon de vente entre les termes désignés
pour faciliter les écoulements, soit pour
toute autre considération, ne pouvoient se
faire qu'en commun ; --- Page 111 ---
( 3 ) Ai Que les assortiments nécessaires aux disférents acheteurs leur occasionneroient
en cas de dispersion, des frais énormes de
voyages dont tout le poids retomberoit
sur le consommateur > Que tous les Négociants qui se livrent à.
ce commerce ont un intérêt majeur à connoître le prix du cours & les placements
des différentes marchandises, ainÍi qu'il
appert par l'usage pratiqué de tout temps
par chacun d'eux, qui, même sàns se rendre Adjudicataires , notent avec le
plus grand foin , sur leurs dispositions
& le nom des, acquéreurs, & le prix des
différentes adjudications ; Que les accaparements , dont la suite
est le monopole le plus dangereux, faciles
à faire en détail, deviennent presque iill,
possibles en vente publique & générale ;
andises, ainÍi qu'il
appert par l'usage pratiqué de tout temps
par chacun d'eux, qui, même sàns se rendre Adjudicataires , notent avec le
plus grand foin , sur leurs dispositions
& le nom des, acquéreurs, & le prix des
différentes adjudications ; Que les accaparements , dont la suite
est le monopole le plus dangereux, faciles
à faire en détail, deviennent presque iill,
possibles en vente publique & générale ; Que la nature & le genre très- varié
des marchandises de ce commerce exigent
un bénéficiement & une manutention peu
généralement connue; - .. - ? --- Page 112 ---
m 1 Çueles Établissements à faire dans les
différents ports où ces ventes n'ont jamais
été (n u âge, entraîneroient des dépenses
considérables, tant publiques que particulieres; Que la perception des droits auxquels
ces marchandises doivent être assujetties,
• ne peut se faire avec quelque économie
qu'autant qu'elles ne seront point disper-
-fées ; Que, dans le cas de dispersion, les frais
de garde, pour prévenir ou arrêter l'introduction en fraude 3 deviendroient une dépense très conSidérable ; Que toutes ces raisons exigent la désignation d'un port unique pour les retours \ . Que si cette modification dans l'exercice de ce commerce emporte quelque,
augmentation de frais d'armement, ils sont
compensés par des bénéfices bien supérieurs lors de la vente; Que s'il est contre cette disposition quelque- objection particulière3 çlle n'est que le --- Page 113 ---
ii ) voeu de quelque individu & non celui de
l'universalité des N égociants, à qui, daiis
tous Jes cas, la préférence est due; que le
port de l'Orient remplissant parfaitement
toutes ces conditions, doit cuç désignér
pour les retours $ ... c Que l'enceinte de la ville, l'enceinte par
ticuliere dü part, celle des magasins & lèur
disposition sont autant d'obstacJes à l'introduction frauduleuse ; Que ses superbes établissements, uniquement destinés à l'exploitation de ce momerce, sont en bon état et n'exigent auçuné nouvelle dépense ; Que les Députés des villes de commerce maritime et de manufactures du Roy au.
me, juges éclairés en cette partie, de mandoient ce règlement comme avantageux à
leurs intérêts communs ; Sont d'avis : Que le privilège de la Compagnie des
Indes 5 qui faisoit de ce commerce une
propriété affectée aux seuls actionnaires,
soit annullé; --- Page 114 ---
( 6 ) Que ce commerce soit permis à tout
citoyen qui voudra s'y livrer; Que les armements faits pour ce commerce ne soient assujettis qu'aux loix générales du commerce maricime ; Que les retours soients indiqués dans un
port unique ; Que ce port Toit celui de l'Orient. Et ont signé MM. les Députés de la pro*
vince de Bretagne, en l'original déposê
au Connu d Agriculture & de Commerce.. --- Page 115 ---
À LETTRE A UN DÉPUTÉ A L'ASSEMBLÉE NATIONALE , Sur la nouvelle Compagnie des Indes. MONSIEUR, ON demande la suppression du privilége du
commerce de l'Inde , & on appuie cette demande
sur le droit que chaque Citoyen a de se livrer au
genre d'induilrie qui lui convient. J'avoue que la liberté du commerce dérive des
principes sur lesquels vous élevez la Constitution
de la France. Mais il n'est pas encore démontré
que la liberté illimitée du commerce intérieur &
extérieur doive former un article consti tutionneL
Indes. MONSIEUR, ON demande la suppression du privilége du
commerce de l'Inde , & on appuie cette demande
sur le droit que chaque Citoyen a de se livrer au
genre d'induilrie qui lui convient. J'avoue que la liberté du commerce dérive des
principes sur lesquels vous élevez la Constitution
de la France. Mais il n'est pas encore démontré
que la liberté illimitée du commerce intérieur &
extérieur doive former un article consti tutionneL --- Page 116 ---
• ( 1 ) ' ou que toute espece de régime prohibitif doive
dès à présent cesser dans le Royaume. Avant de porter une loi d'un intérêt aussi grand ,
; c'est au Législateur d'en prévoir, d'en calculer les
effets. Peut-être les trouverez-vous de nature à
mériter la plus sérieuse attention. En proscrivant
le régime prohibitif, on proscrit le mode de commerce admis jusqu'à ce jour dans les Colonies
Françoises ; la franchise du port de Marseille &
son privilège pour le commerce du levant ; celui
de la ville de l'Orient pour le retour des vaisseaux
qui ont été aux Indes } la franchise de Bayonne ;
l'entrepôt libre de la ville haute de Dunkerque ;
on proscrit les Foires, les Jurandes & Communautés dans toutes les Villes de France , on supprime les avantages accordes momentanément a
plusieurs Manufactures , à quelques particuliers
pour des découvertes ou des établissemens dont
" la Nation n'auroit pas * profité sans le droit de
jouissance exclusive en faveur des auteurs & dcs entrepreneurs 5 on autorise l'introduction des Marchandises dont l'entrée dans le Royaume a été prohibée , comme destructives de nos Manufactures
Nationales. Voilà une partie des conséquences nécessaires du principe qu'on invoque : dès qu'il sera
tonsacré » les effets en seront inévitables, 6c.
/ --- Page 117 ---
( 3 ) Az ils auront lieu successivement, parce que malgré
le concert aétuel des privilégiés avec les Députés
du Commerce, qui cherchent à capter leurs
suffrages ( i ), les privilèges feront nécessairement
attaqués , & que l'Assemblée Nationale, juste,
impartiale, ne peut mettre de contradiction entre
ses décrets & ses principes. Des changemens aussi elfenriels, pour être adoptes a 1 instant, veulent être déterminés par' des
motifs également importans & d'une nécessité
pressante. Encore seroit-il possible que la politique & la justice fissent admettre des délais ,
ou obligeaient de se prêter à des modifications
qui, sans blesser véritablement le Commerce &
la Liberté, dirigeroient leurs effets d'une maniere
plus utile au Royaume. Déjà l'Assemblée Nationale semble l'avoir prér
jugé ainu, par les dispositions qu elle vient d'adopter relativement aux Colonies. Déjà les Négo+
cians François, applaudirent và la sagesse du décret
provisoire qui laisse espérer a la Métropole les avantages d'un Commerce exclusif.avec ses Colonies ;
déjà ils reclament avec confiance la conservation
des privilèges particuliers au port ou à la ville
où chacun d'eux a son principal établissement.
. Déjà l'Assemblée Nationale semble l'avoir prér
jugé ainu, par les dispositions qu elle vient d'adopter relativement aux Colonies. Déjà les Négo+
cians François, applaudirent và la sagesse du décret
provisoire qui laisse espérer a la Métropole les avantages d'un Commerce exclusif.avec ses Colonies ;
déjà ils reclament avec confiance la conservation
des privilèges particuliers au port ou à la ville
où chacun d'eux a son principal établissement. De la demande des Négocians ainsi que du
1 décret sur les Colonies , il semble permis de --- Page 118 ---
( 4 ) Conclure, qu'en bonne administration, le régime
prohibitif peut être quelquefois toléré. Cette
vérité politique reconnue , vous conviendrez ,
MONSIEUR, que le principe de liberté du Com-
'mërce , ne doit pas , seul , décider la conservation ou la révocation de la charte de la Compagnie des Indes ; & vous trouverez juste que
l'Assemblée Nationale , avant de prononcer , examine les droits de la Compagnie, la nature de
ses engagemens avec le Gouvernement , & les
inconvéniens que l'exercice de son privilége peut
occasionner au Commerce. Je dis au Commerce,
& non pas à quelques Commercans ; car l'intérêt
de tel individu, ou celui de tel autre individu, ne
déterminera point les Représentans de la Nation.
Leur opinion ne sauroit être appuyée que sur l'intérêt National. J'ai lu & j'ai examiné avec soin les Mémoires
qui ont été publiés pour & contre la nouvelle Compagnie des Indes. J'ai recueilli les fairs , & parmi
ceux dont la preuve paroît établie , plusieurs femblent conduire à une décision juste envers les aéticu-
'naires , .satisfaisante pour les Commerçans , & sans
préjudice pour la Nation. Vous allez, MONSIEUR ,
en juger. En 1785 , le Commerce de France avec les
Indes Orientales , fut. concédé exclusivement i --- Page 119 ---
m - A 3 une Compagnie composéç de vingt mille avions
de mille livres chacune, & dirigée par des Commerçans & Administrateurs, sous l'autorité & l'ins- * 1
peéèion du Gouvernement. L'exercice du privilège
est borné à sept années , pendant lesquelles la
Compagnie doit approvisionner le Royaume en prodnélions & Marchandises des Indes , & les Comptoirs Françqis dans l'Inde , en productions & Marchandises de France. Elle est affranchie du droit
d'Induit sur le produit de ses ventes, & des droits
de sortie sur ses exportations. On lui a promis
la jouissance gratuite des magasins que l'ancienne
Compagnie a remis en 1769 auGouvernement.Telles sont les dispositions principales de l'arrêt duConseil, portant création d'une Compagnie des Indes.
C'est sur la foi de ce contrat primitif que les Actionnaires ont pris intérêt dans l'association ; ils se
sont engagés pour scpt années , qui expirent en
1792. Je vous prie , MONSIEUR, de faire observation à la proximité de l'époque où doit cesser
l'exercice du privilége de la Compagnie. En restreignant ainsi la durée du privilège , le
Conseil avoit pour objet de connoÎtre par l'expétience les résultats du régime prohibitif dans le
Commerce de l'Inde, dégagé de toute dépense
de souveraineté ; de les comparer avec ceux de
la liberté qui lui avoit été donnée en 17 69 , Se --- Page 120 ---
lO de prononcer ensuite , sans crainte d'erreur , sur
la maniere dont il convient à la Nation , Se qu'il
lui est le plus avantageux de faire ce Commerce.
, le
Conseil avoit pour objet de connoÎtre par l'expétience les résultats du régime prohibitif dans le
Commerce de l'Inde, dégagé de toute dépense
de souveraineté ; de les comparer avec ceux de
la liberté qui lui avoit été donnée en 17 69 , Se --- Page 120 ---
lO de prononcer ensuite , sans crainte d'erreur , sur
la maniere dont il convient à la Nation , Se qu'il
lui est le plus avantageux de faire ce Commerce. Rien de plus sage, rien de plus prudent qu'une
pareille mesure , après tant de variations dans les
projets des différens Ministres 'de la Marine ct
des Finances ; à la vue des systèmes suivis par
les Nations voisines, dont l'exemple dans cette affaire forme une autorité d'autant plus grande,
que leurs lumieres sur les véritables intérêts du
Commerce , égalent leur empressement à faire
jouir les Commerçans de tous les effets utiles de
la Liberté; au milieu enfin des contradictions
avancées par les auteurs politiques, & des réponses également contradictoires faites par les personnes que le.Gouvernement avoit consultées (2) ,
Négocians, Officiers de Marine, Colons Indiens ,
anciens Administrateurs des Compagnies Françoise, Angloise, Hollandoise, &c. Cependant deux années n'étoient pas encore
écoulées depuis l'établissement de la nouvelle
Compagnie des Indes , que le Ministre des Finances oubliant les motifs qui avoient déterminé
le Conseil en 17S5 , fait ordonner un nouvelle
création de vingt mille a&ions de mille livres ,
sous la promesse de proroger pendant huit ans
le privilège de la Compagnie. Le prétexte de cette --- Page 121 ---
(7) A 4 opération purement ministérielle , fut, que le capital de la Compagnie étoit insuffisant pour donner à son Commerce toute l'extension dont il
etoit susceptible : cependant elle trouvoit alors
dans son crédit les ressources qui lui étoient néce ssair es , & aucune circonstance ne l'avoit encore
obligée à déployer toute l'étendue de ses moyens.
Les Actionnaires n'avoient pas été consulcés; ils
se plaignirent \ on étouffa leurs plaintes ; on ne
leur permit pas de s'assembler. C'étoit le tems
de la soumission aveugle à la volonté fortement
exprimée d'un Ministre. Celui des Finances demanda & obtint sans peine le contentement des
Administrateurs de la Compagnie. La différence entre l'arrêt qui a établi la Compagnie & l'arrêt qui promet une prorogation de
son privilége pour huit années est trop sensible , pour ne pas en produire une dans les effets
qui doivent légalement en résulter. Si l'Assemblée
Nationale se prête à respecter, comme les Actionnaires semblent autorisés à l'attendre de sa justice,
les caracteres de liberté , de confiance , de foi
publique , d'obligations respectives qui dans le
premier arrêt forment l'essence d'un véritable contrat,. je ne présume pas, MONSIEUR, qu'elle
trouve dans le sécond, aucun motif légitime de
sanctionner aujourd'hui la promesse qu 'il renferme ;
légalement en résulter. Si l'Assemblée
Nationale se prête à respecter, comme les Actionnaires semblent autorisés à l'attendre de sa justice,
les caracteres de liberté , de confiance , de foi
publique , d'obligations respectives qui dans le
premier arrêt forment l'essence d'un véritable contrat,. je ne présume pas, MONSIEUR, qu'elle
trouve dans le sécond, aucun motif légitime de
sanctionner aujourd'hui la promesse qu 'il renferme ; --- Page 122 ---
r 8 y promesse donnée sans cause , par anticipation &
contre. l'esprit de la charte d'établissement, qui,
d'ailleurs , n'est consacrée par aucun acquiescemenc
des Actionnaires. Si vous prononcez la nullité de cette promesse, vous satisfaites à l'attente des Commerçans du' Royaume , en laissant finir dans dix-huic
mois le régime aétuel ; vous ne blessez point la
foi publique envers les actionnaires , puisque leur
charte de création aura son exécution ; & vous
réservez à là Nation l'avantage de pouvoir choisir
le régime qui sera reconnu pour le plus utile. Ce
choix exige un délai, ne fût-ce que pour réunir
les refiseignemens que l'Assemblée Nationale a
demandés aux Colonies sur leur organisation
intérieure , & sur leurs rapports commerciaux avec
la Métropole. On ne peut recevoir avant la fin
de l'année les procès-verbaux d'Assemblée de l'Iflede-France & de Bourbon ; ceux de Pondichery
& des autres Comptoirs François dans l'Inde,
Arriveront encore plus tard. Cependant il convient de connoître leurs voeux respeétifs, de les
rapprocher de ceux du Commerce National , &
d'en combiner le résultat avec les modifications,
que des vues générales •& notre situation politique peuvent demander. L'ajournement que j'ai
l'honneur de vous proposer, MONSIEUR, sur le --- Page 123 ---
( ) fond. de la question du Commerce de l'Inde > est
donc le seul parti que les circonstances .& la prudence conseillent (.3). S'il vous restoit quelques
scrupules, ils se dissiperont, j'espere, par l'examen des principales objections élevées contre la
Compagnie , & par un coup d'oeil rapide sur la
nature & les limites du Commerce die l'Inde. Les Chambres & les Députés de Commerce sollicités par les Négocians de quelques villes Maritimes , demandent la liberté des armemens pour
• l'Inde. Quelle que soit l'opinion individuelle de ces
Députés, ils ont du céder au desir de leurs Commettans. Ainsi le titre des réclamans ne forme point une
prévention en faveur de la réclamation ; elle sera'
du moins balancée dans votre esprit , MONSIEUR,
lorsque vous saurez que parmi les personnes qui
mettent le plus d'empressement à faire solliciter
la suppression de la Compagnie des Indes , on
a remarqué les Agens des autres -Compagnies
d«Europe qui font le même Commerce , & les
Négocians , dont les spéculations principales font
dirigées vers l'introduction furtive dans le Royaume,
des Marchandises qui y sont prohibées en faveur
de l'industrie Nationale (4). Sans doute , vous ne
compterèz point la prospérité du Commerce de
FraQce, parmi les motifs qui font agir ces solliciteurs ; ce n'est pas de Londres , d'Ostende,
ens des autres -Compagnies
d«Europe qui font le même Commerce , & les
Négocians , dont les spéculations principales font
dirigées vers l'introduction furtive dans le Royaume,
des Marchandises qui y sont prohibées en faveur
de l'industrie Nationale (4). Sans doute , vous ne
compterèz point la prospérité du Commerce de
FraQce, parmi les motifs qui font agir ces solliciteurs ; ce n'est pas de Londres , d'Ostende, --- Page 124 ---
< 1° ) ou de Bruxelles, que nous devons attendre des
invitations favorables aux Manufactures Françoises (5). Ces circonstances ne font point ignorées du
Ministere, mais je crois qu'elles sont inconnues
au plus grand nombre des Membres de l'Assemblée
Nationale. Qu'à Marseille , à Bordeaux , à Nantes, à l'O-
, rient même, plusieurs Armateurs demandent la
liberté du Commerce de l'Inde, je ne m'en étonne
point. La commission , tant au départ des vaifseaux qu'ils parviendront à expédier directement,
que sur le produit des cargaisons au retour, doit
leur faire desirer cette liberté , puisqu'elle leur ossre la perspective d'un bénéfice certain , indépendant même du succès ou du non-succès de l'expédition. le conçois aussi le motif d'intérêt qui
conduit les Administrateurs de la Compagnie dans
la défense de son privilège. Ceux - ci prélevent
sur les Actionnaires, en traitement en grarifications annuelles , le même bénéfice que .les
Armateurs obtiennent de leurs associés, sous le
titre de commission. De part & d'autre, je vois
un motif personnel , un intérêt privé, qui doit
nécessairement inspirer de la réserve au juge de
leurs prétentions respectives. Ces prétentions présentent le vœu de quelques Commerçans, le voeu des
Agens de la Compagnie ; mais c'est le vœu du --- Page 125 ---
( 11 ) -Commerce, c est l intérêt de la Nation, & non celui de quelques individus qu'il importe de conDoîrre. ' ; Quel est-il donc, cet intérêt National ? Si je ne
me trompe pas , le véritable intérêt de la Nation dans le Commerce des Indes Orientales ,
consiste essentiellement à ce que l'exportation des
denrees & Manufactures du Royaume soit portée
au plus haut degré, & les importations faites au
plus bas prix , & en quantité suffisante à la consommation intérieure } à ce que le bénéfice qui
en résulte , reste entièrement dans le Royaume ,
& se partage entre un grand nombre de personnes ; enfin , à ce que le régime de ce Commerce
prête le moins possible à la fraude. Dans le cas
où vous penseriez avec moi, MONSIEUR , que tel
est le véritable intérêt de la Nation , je vous prie
d'examiner comment il peut être rempli ou contrarié par le systême d'une liberté entiere, ou par celui
d'une Compagnie exclusive. D'abord , il paroît indifférent au bien général que
les expéditions soient faites par douze Armateurs
dans différens Ports de France , ou qu'elles soienc
confiées à douze Administrateurs & à leurs Agens
dans les mêmes Ports, si de l'une & de l'autre
maniéré , les Armemens font en même nombre;
«'ils sont conduits aves la même économie j si --- Page 126 ---
( 12 leur équipage est toujours composé de matelots
François, & leur cargaison formée en quantités
égales de productions & marchandises nationales.
Car il est évident que, dans cette alternative, la
Nation obtient les mêmes avantages , le Commerce
& l'Agriculture trouvent le même débouché.
ans les mêmes Ports, si de l'une & de l'autre
maniéré , les Armemens font en même nombre;
«'ils sont conduits aves la même économie j si --- Page 126 ---
( 12 leur équipage est toujours composé de matelots
François, & leur cargaison formée en quantités
égales de productions & marchandises nationales.
Car il est évident que, dans cette alternative, la
Nation obtient les mêmes avantages , le Commerce
& l'Agriculture trouvent le même débouché. Il importe encore foiblement à la Nation , que
les intéressés dans les armemens soient les correlpondans particuliers des armateurs , ou les actionnaires d'une Compagnie, pourvu que les uns &
les autres soient François , Se que le nombre en
soit égal. Mais je conviens que sur ces faits , dont
la parité laisseroit la question sans intérêt pour
la Nation , les Mémoires , loin de s'accorder , contiennent des assertions fort différentes.
Cependant à l'examen, les -allégations faites au
nom de la Compagnie , se sont trouvées plus
exactes , plus rapprochées de la vérité. Il paroit
prouvé qu'il y a plus d'actionnaires intéressés dans
la Compagnie, qu'il n'y avoit précédemment de
personnes anociées dans les armemens particuliers. Celles-ci étoient presque toutes étrangères :
le plus grand nombre des autres sont régnicoles.
Le Commerce particulier vend dans les Indes plusieurs de ses navires , alors les équipages sont dispersés & en partie perdus pour la France. La Conv --- Page 127 ---
( 13 ) pagnie fait arriver autant. de vaisseaux qu'elle en
expédie. Elle éleve , elle conserve ses matelots ; un
service continué forme des pilotes & des capitaines,
D'ailleurs, un centre commun à toutes les expéditions, qui en régle les objets & en détermine
l'ensemble ; qui évite la concurrence aux achats .
& assure les assortimens dans la vente, qui prévient une surabondance en pure perte dans les
approvisionnemens de denrées, d'une conservation
difficile , souvent impossible , dans des climats
aussi chauds ; voilà sans doute le moyen le plus
sûr de mettre dans le Commerce de l'Inde , le
concert & l'économie qui peuvent le rendre avantageux. On obtiendra raremeht les mêmes avantages dans des opérations isolées , sans nul rapport j souvent contrariées l'une par l'autre. Ici
les pertes résultantes des faillies spéculations, doivent être plus fréquentes : là, à l'abri de cet inconvénient , on aura encore l'avantage de plus de
ressources contre l'infidélité des correspondans éloignés ( 6 ), contre les vexations directes ou indirectes des commerçans étrangers dans des lieux
où la protection du Gouvernement ne peut servir
de fauve-garde. Aussi est-il reconnu, que le Commerce des particuliers dans l'Inde n'a été & ne sera.
rous le régime de la Liberté, qu'un Commerce de
commission.
: là, à l'abri de cet inconvénient , on aura encore l'avantage de plus de
ressources contre l'infidélité des correspondans éloignés ( 6 ), contre les vexations directes ou indirectes des commerçans étrangers dans des lieux
où la protection du Gouvernement ne peut servir
de fauve-garde. Aussi est-il reconnu, que le Commerce des particuliers dans l'Inde n'a été & ne sera.
rous le régime de la Liberté, qu'un Commerce de
commission. --- Page 128 ---
( 14 ) .1 A ces consédérations j'ajourerai quelques résultats donnés par l'expérience sous le régime actuel,
& sous celui qui l'a précédé. Leur exactitude ne
laisse aucun sujec de méfiance , & leur réunion
peut servir à fixer votre opinion sur la conservation momentanée de la Compagnie. Premierement , le Commerce de France avec
l'Inde, en n'y comprenant pas celui des Isles de
France & de Bourbon, en faisant encore distraction de ce qui a été relatif au service des Escadres & à l'approvinonnement militaire des troupes
que nous avions à Pondichery , n'a pas employé
par année plus de dix à douze vaisseaux , cela esb
prouvé (7). Et à moins d'un changement avantageux dans notre situation politique aux Indes iL
n'en emploiera pas une plus grande quantité > conséquemment la liberté des spéculations n'augmentera pas le nombre des expéditions, année commune ( S ). A ce premier résultat ajoutons-en un second ,
d'une conséquence également frappante. L'exportation • auquel le Commercé de l'Inde donne lieu;
consiste en denrées & Comestibles, & en quelques articles, mais peu nombreux , de nos Manufactures. L'influence du climat s'oppose à la con-*
servation des denr¿es : les mœurs Indiennes forment un autre çbstacle à leur consommation --- Page 129 ---
CM) . pârmi les naturels ; & la Puissance Angloise qui
circonscrit de toutes parts les Etablissemens François au Bengale , a la Cote de Coromandel ,
limitent le débouché de nos Manufactures ^ d'où
résulte la nécessité de borner les envois, & de
les assortir chaque année à la consommation qui
peut s'en faire dans les Comptoirs François. Il
ne dépend aujourd'hui dans l'état où nous nous
trouvons aux Indes , ni du Commerce particulier,
ni de la Compagnie exclusive, d'y augmenter
sensiblement les objets d'exportation. L'avantage
du régi me se borne à éviter les pertes, & à
compléter les approvisionnemens avec facilité &
économie. Si l'on pouvoit espérer quelques Erablilîemens nouveaux , propres à étendre les branches de notre Commerce aux Indes, je ne pense
pas que le succès en sur dû plutôt à des tentatives isolées , qu'aux efforts réunis & connus
d'une Compagnie riche, aétive, qui compte des
EtabiisTemens tout formés ôc permanens , des
Agens domiciliés sur les différentes cotes dé
l Inde accessibles au Commerce. Cependant quelques Manufacturiers du Languedoc avancent, que lors des armemens libres , ils.
vendoient aux Armateurs une quantité de draps
plus considerable que celle achetée annuelle menti
par la Compagnie. Il se peut que la Compagnie --- Page 130 ---
( _16 ) ait acheté ailleurs que dans le Languedoc les draps
nécessaires à ses cargaisons. Peut-être aussi l influence des Anglois a-t-elle fait donner la préférence
aux draps de leur fabrique. Peut-être, & plus probablement , le rappel de nos Troupes & de nos
Escadres a-t-il diminué la consommation qui s en
faisoit, ce qui a nécessairement fait diminuer l exportation.
ie. Il se peut que la Compagnie --- Page 130 ---
( _16 ) ait acheté ailleurs que dans le Languedoc les draps
nécessaires à ses cargaisons. Peut-être aussi l influence des Anglois a-t-elle fait donner la préférence
aux draps de leur fabrique. Peut-être, & plus probablement , le rappel de nos Troupes & de nos
Escadres a-t-il diminué la consommation qui s en
faisoit, ce qui a nécessairement fait diminuer l exportation. Un troisieme résultat, conStaté par l experience ,
porte à vingt-cinq millions 1 importation annuelle
qui se fait en France des marchandises & productions de l'Inde. Tel est le produit , année
commune, des ventes faites au Port de 1 Orient; &
comme toujours il est resté beaucoup de marc bandises invendues, tant au compte de la Compagnie
qu'à celui des particuliers , on peut regarder ce produit-comme le degré de l'extension naturelle de ce
Commerce , relativement aux besoins du Royaume : c est toujours sur une année formée du résultat de plusieurs , qu'on doit établir des calculs de
produits , & non pas sur une année quelconque. Sous le régime de la Compagnie , les besoins du
Royaume sont remplis par un Commerce qu'on pei t
regarder comme National, puisqu'il est fait par dts
François, sur des Vaisseaux François, avec .les
moyens pécuniaires des François, & que le bénéfice en reste à la France. Mais --- Page 131 ---
( 17 ) - B Mais avant 17 8 5, les Armateurs de nos Ports ne
faisoient que prêter leur nom aux Etrangers , &
alors nous faisions le Commerce des Indes Orientales, comme les Portugais font le Commerce du
Bresil, c'est-à-dire, au profit de ceux qui veulent
payer une Commission, & se charger des avances & des risques des Expéditions. Il en feroit encore de même aujourd'hui en
supprimant la Compagnie } car faute de Correspondans dans les divers Comptoirs François } salite d'argent envoyé à l'avance pour y
faire acheter & réunir ce qui est nécessaire au
complément d'une Cargaison ; faute de Magasins
approvisionnés où l'on puisse , en arrivant aux Indes , trouver à acheter les marchandises & les
productions qu'on va y chercher, nos Armateurs
seront toujours dans la nécessité de fréter, au retour de l'Inde , la plus grande partie de chaque Navire aux Anglois. La vente des marchandises importées de la sorte se sait ensuite à l'Orient pour le
compte des étrangers , sous le nom du Négociant
François. La vérité nous oblige à convenir, que malgré les
ordres positifs de la Compagnie, un de ses Agens
à Pondichery s'est une fois prêté à une infidélité
de cette espèce. Si cette contravention a eu lieu
sous une administration ou elle étoit défendue, --- Page 132 ---
, 1 ( 18 ) & où te secret étoit impossible, que ne doit-on
pas craindre lorsque, par la liberté du Commerce,
1a facilité ajoutera à l'intérêt pour commettre
cette fraude Nationale ? Les antres reproches faits à la Compagnie sur
son indifférence par rapport à quelques branches
* du Commerce d-es Indes , sur son influence dans le
prix des objets .nécessaires aux Manufactures Na-
-tionalcs, ont été complètement & victorieusement
repoussés dans le dernier Précis que les Actionnaires ont publié. Ils y ont d'ailleurs démontré l'inexactitude des relevés & des états fournis par les
Commerçans ; ainsi je n entrerai pas dans de plus
grands détails à ce sujet.
à la Compagnie sur
son indifférence par rapport à quelques branches
* du Commerce d-es Indes , sur son influence dans le
prix des objets .nécessaires aux Manufactures Na-
-tionalcs, ont été complètement & victorieusement
repoussés dans le dernier Précis que les Actionnaires ont publié. Ils y ont d'ailleurs démontré l'inexactitude des relevés & des états fournis par les
Commerçans ; ainsi je n entrerai pas dans de plus
grands détails à ce sujet. Je crois pouvoir aussi me dispenser de vous rappelter , MONSIEUR , tour ce qui a été observé en
•faveur de la Compagnie, sur les services qu'elle
a rendus dans l'Inde au Gouvernement, sur les
moyens qu elle lui présente du côté des relations
politiques a entretenir dans ces Contrées , principalement lorsque par Ja retraite de nos Troupes
& de nps Escadres, la France semble s'être isolée
de l'Afie, de avoir disparu devant le pouvoir
énorme qu'y prennent les Puissances voisines nos
rivales. N'est-il pas à craindre que la suppression
de la Compagnie Françoise précéde de bien peu
celle de tous les Etablissemens que nous avons --- Page 133 ---
( 19 ) dans 1 Inde, où bientôt nous serons réduits à un
Commerce interlope , & à ne pouvoir paroître
avec le caractere & la dignité qui conviennent à
un François ? Je souhaite que cela n'arrive jamais
pour l'honneur de ma Patrie. Les différentes obfervations que je viens , MONSIEUR, de vous soumettre , & telle a été mon intention en le faisant,
ne peuvent manquer d'exciter votre attention sur
la question importante qui vous est soumise ;
question d'Etat autant que de Commerce. Un
ajournement paroît nécessaire. La prudence conseille ce parti, qai ne blessera les intérêts de personne (), & qui donnera le tems de tout vérifier
& tout peser dans votre sagesse. J'ai l'honneur d'être, &c. NOTES, P (1) P OUR se concilier MM. les Députés de Bretagne , on a 3 dit- on , engagé le Rapporteur de l'affaire
de la Compagnie des Indes , à retrancher celle de ses
conclusions qui tendoit -3 en afFranchi ssan t entièrement
le Commercé de l'Inde 3 à supprimer le droit exclufif de retour & de désarmement au port de l'Orient.
Mais MM. les Bretons ne seront point dupes d'une
complaisance dont rien ne leur garantit l'effet. Si l'on --- Page 134 ---
( 1O 5 rend au Commercé sa liberté, quelle raison plaufibte
pourroit-on. alléguer contre le premier Négociant de
Marseille ou de Bordeauæ qui présentera requête à l'Assemblée Nationale, pour être dispensé de venir faire 3
en pure perte de tems & d'argent, le désarmement de
/ son vaisseau à lOrient a & d'y vendre des Marchandises destinées à la consommation de Marseille ou de
Bordeaux ? > (i) Depuis l'établissement de la Compagnie, des Commerçans particuliers ont continué, sous Pavillon neutre,
une partie de leurs expéditions > & ils font parvenus
à faire recevoir à l'Orient & à y faire vendre leurs
Marchandises , à la faveur des Certificats qu'ils ont
obtenus à l'Isle-de-France. La même facilité continuera
probablement en 1791 ; ainsi, dans le fait, les Commerçans du Royaume qui arment pour l'Inde , n'ont un
intérêt bien réel ni bien pressant de s'opposer à l'ajournement proposé dans cette affaire. J'observe encore que le
tems propre aux expéditions va cesser pour 1790 , que
les vaisseaux qui partiroient après le mois de Mars 3 seroient exposés à manquer la mousson.
le-de-France. La même facilité continuera
probablement en 1791 ; ainsi, dans le fait, les Commerçans du Royaume qui arment pour l'Inde , n'ont un
intérêt bien réel ni bien pressant de s'opposer à l'ajournement proposé dans cette affaire. J'observe encore que le
tems propre aux expéditions va cesser pour 1790 , que
les vaisseaux qui partiroient après le mois de Mars 3 seroient exposés à manquer la mousson. (3) Je ne citerai qu'un exemple de ces fortes d'infidélités auxquelles est exposé le Commerce particulier.
En 1783 , M. Chevalié de Rochefort expédie pour
le Bengale , le navire le Prévôt de Langriftin , & le
recommande au sieur Fortier de l'Isle-de-France , pour
en diriger les opérations dans l'Inde. Mais à peine la
Cargaison a été vendue au Bengale , qu'on vendit aussi
le navire aux Anglois ; le Capitaine fut renvoyé, &
les Matelots s'enrölerent dans les équipages de sa
Compagnie Angloise : après quoi le sieur Fortier passa
tranquillement à Madras; & tous les intéressés, au nom- --- Page 135 ---
1 ) bre desquels je me trouvois. perdirent le capital & les
intérêts de leur mire en société. (4) Ce sont ces mêmes Négocians qui viennent de
fgire armer à Ostende plusieurs vaisseaux pour le Bengale ; ils n'attendent que la révocation du privilége de
la Compagnie 3 pour les expédier fous pavillon françois,
& au nom de leurs Correspondans Marseillois ou Nantoise (5) On peut consulter l'Instruction que la Compagnie
Angloise vient d'adresser à ses Agens Directeurs dans
l'Inde. On y trouve une preuve positive de l'intérêt
qu'elle prend à la destruction de la Compagnie Françoise, & des effets politiques qu'elle s'en promet. (6) M. l'Archevêque de Sens 3 économiste zélé , qui
d'ailleurs voyoit dans la destruétion de la Compagnie,
une ressource de Finances puisqu'il auroit payé les actionnaires en contrats sur l'Etat, & auroit fait verser
au Trésor Public les fonds de la Compagnie, s'est adressé
à Londres &. à Amiterdam. Les Ministres de France
dans ces deux Villes s ont eu commission d'y prendre
des renfeignemens sur ce que les Chefs de l'Adminiftration & les Commerçans les plus éclairés pensoiene
de la liberté du Commerce de l'Inde. Les réponses déplurent au Minière 3 & le forcèrent à suspendre l'exécution de ses vues. A Londres on évaluoit à plus d'un
million sterling l'avantage que la Compagnie Angloise
trouvoit à la suppression de la Compagnie de France. (7) Les personnes qui ont écrit en faveur de la liberté
du Commerce de l'Inde 3 ont établi leurs calculs sur
les états d'exportations & d'expéditions fournis par
quelques Négocians. Mais les Administrateurs de la
Compagnie ont démontré les erreurs , les doubles em- --- Page 136 ---
( 22 ) plois 3 & les fausses indications que présentent ces
états. Leur réponse n'a point été contredite prr des
preuves, & les Commerçans ne produisent que des allégations démenties par leurs Adversaires. Cependant
quand des relevés doivent servir de bafe à une comparaison 3 de motifs à un jugement, c'est leur fidélité ,
leur exactitude, qu'il faut constater avant tout.
démontré les erreurs , les doubles em- --- Page 136 ---
( 22 ) plois 3 & les fausses indications que présentent ces
états. Leur réponse n'a point été contredite prr des
preuves, & les Commerçans ne produisent que des allégations démenties par leurs Adversaires. Cependant
quand des relevés doivent servir de bafe à une comparaison 3 de motifs à un jugement, c'est leur fidélité ,
leur exactitude, qu'il faut constater avant tout. (8) Les vaisseaux propres au Commerce des Indes,
sont d'un tonnage supérieur à la capacité des vaisseaux
employés dans la navigation ordinaire d'Europe & d'Amérique. La liberté du Commerce n'ossrirait donc pas
un emploi utile & nouveau aux propriétaires de navires dans nos Ports. Ils sont donc sans intérêt dans l'affaire. Le cabotage sur les Côtes de l'Inde ne peut être
profitable aux Européens , ni une école pour nos Matelots. Il ne convient qu'aux indigenes 3 dont le service
çit payé moins chèrement. () Dans le cas où l'Assemblée Nationale n'adopteroit point l'ajournement sur le fond de la question du
Commerce exclusif de l'Inde , il est de sa jutlice de
ne pas abandonner les actionnaires aux longueurs &
aux pertes d'une liquidation telle qu'il plairoit aux Adminiihateurs de la Compagnie de la déterminer; mais
de renvoyer le mode de cette liquidation au pouvoir
exécutif, afin d'assurer les intérêts respectifs des Actionnaires de des Administrateurs. jpç l'iwp.de CL. SIMON, Imprimeur deMgr. l' ARCHRvsquE, . 1 ,Xuc frçsSt,-Yves, N°. 17, 17^O. --- Page 137 ---
OBSERVATIONS SUR l'administration à Je commerce des Colonies Françoifis , appliquées à celle
de Saint-Domingue, avec quelques observations sur l'administration de cette CoIonie y liées a un Commentaire sur le
tarif dessiné a la proteclion du Commerce National. PAR LE COMTE DE CUSTINE, DÉPUTÉ A L ASSËMBLEE NATIONALE. ; 4 PARIS, Chez BAUDOUIN, Imprimeur de L'ASSEMBLÉE NATIONALE, rue du Foin S.-Jacqués, N?. 21 « 1 7 o. --- Page 138 ---
AVERTISSEMENT. PERSUADE depuis long-temps de la
nécejTité , pour opérer la régénération
complette des finances du Royaume , de
donner pour basc à ses opérations, & au
systême de finance qui en doit résulter ,
une sace administration de nos Colonies ,
o & un tarif dirigé d'après de saines bases ;
d'appuyer toutes ces opérations par une
Constitution maritime vraiment formidable , je n'ai cessé de m'appliquer à acquérir toutes les connoissances qui pouvoient me donner des idées laines du développement d'un systême fondé en principes liés étroitement, de manière à former un ensemble , à se prêter une force
sans laquelle la régénération de nos finances n'étant fondée que sur des palliatifs ,
ne produira jamais une restauration durable dans les forces de cet Empire.
é d'après de saines bases ;
d'appuyer toutes ces opérations par une
Constitution maritime vraiment formidable , je n'ai cessé de m'appliquer à acquérir toutes les connoissances qui pouvoient me donner des idées laines du développement d'un systême fondé en principes liés étroitement, de manière à former un ensemble , à se prêter une force
sans laquelle la régénération de nos finances n'étant fondée que sur des palliatifs ,
ne produira jamais une restauration durable dans les forces de cet Empire. Je n'ai cessé depuis dix ans de travailler
à acquérir des connoissances, à assembler --- Page 139 ---
A z les matériaux qui m'ont servi à former les
Mémoires que je vais mettre sous les
yeux des Représcntans de la' Nation ;
j'en ai élagué d'immenses détails , dans
l'espoir qu'en resserrant ces ouvrages, je
pourrois peut-être trouver des lecteurs. Je m'estimerai heureux si mes téflexions peuvent convaincre quelques bons
esprits , quelques hommes supérieurs , d$
la néceiiité de lier le systême de la régénération de nos finances à la reflauration
du Commerce, à la protection nécessaire à
lui accorder par un tarif raisonné &. sagement conçu, enfin à une administration
de nos Colonies vraiment faite pour les
attacher à leur Métropole ; car je ne
croirai jamais que les désordres partiels
dont on nous parle puissent tendre à lef
séparer de la France : certain d'une parc ,
de la justice des Rcprésentans de la Nation3 qu'ils ne prononceront jamais aucun
Décret tendant à former une entreprise
L
sur la fortune des planteurs, & de l'autre, --- Page 140 ---
connoissant l'exemple terrible qu'il feroie
si facile de faire d'Isles ingrates qui renferment dans leur sein leurs cruels ennemis 9. (les Nègres ), si les propriétaires de
ces Isles méconnoifloient jamais le patte
qui doit les lier à leur Métropole, ils ne
mériteroient plus que son juste reflfentiment, dont l'effet ne tarderoit pas à faire
connoître à ces propriétaires leur haute
imprudence. Le Mémoire , ou, pour mieux m'enoncer , les Réflexions que je projette de
faire imprimer sur la Constitution de lai Marine Françoise , suivront de près la
publication de ces premiers Mémoires. --- Page 141 ---
A i OBSERVATIONS
SUR. L'ADMINISTRATION DE LA COLONIE ï
DE SAINT-DOMINGUE J'A 1 employé le temps que j'ai passé dans cette
Colonie , à chercher à en connoîcre les cultures
leurs résultats , les augmentations dont elles sont
susceptibles ; ces recherches m'ont amené à des
conversations avec des hommes instruits qui (onnoiflent toutes ces Colonies du nouveau. Monde j
& de toutes les Nations. J'avois eu moi-même
occasion d'en connoître un grand nombre x ayant
parcouru avec attention toute l'Amérique septentrionale du nord au sud , & de l'est à l'ouest ; j'ai
parcouru avec la même attention, la même observation , les Colonies Espagnoles , situées dans le
Continent méridional, à l'instant de la relâche
qu'a faite l'Escadre du Roi à Porto-Cabello ; je.
n'ai pas vu avec moins de curiosité la Colonie de.
. J'avois eu moi-même
occasion d'en connoître un grand nombre x ayant
parcouru avec attention toute l'Amérique septentrionale du nord au sud , & de l'est à l'ouest ; j'ai
parcouru avec la même attention, la même observation , les Colonies Espagnoles , situées dans le
Continent méridional, à l'instant de la relâche
qu'a faite l'Escadre du Roi à Porto-Cabello ; je.
n'ai pas vu avec moins de curiosité la Colonie de. --- Page 142 ---
6 *> Curaçao. Les dissérentes observations que j'ai
été à portée de faire , tant sur les inconvéniens
qui résultoient du peu de soin que prennent les
Administrateurs des Colonies étrangères , que:
sur les points où leur administration ( sur certaines
parties) est meilleure que dans'les Françoises,
m'ont mis à même de former ce Mémoire. OBSERVATIONS Sur l'augmentation des Colonies. On entend souvent parler des grands avantages qui pourroient résulter pour la France d'acquittions nouvelles dans le nouveau Monde. Je
rire garde bien d'être séduit par une erreur de
cette nature : ayant d'augmenter ces Colonies , il"
faut portera la plus haute valeur celles que l'on"
a formées; car sans cela l'on ne fait qu'augmenter
les moyens de se préparer des dépenses pour la
conservation de pays qui ne sont d'aucune utilité à ceux qui les possèdent. Dans Saint-Domingue seul, & dans la partie même qu'y possède le Royaume , l'on peut acquérir de nouvelles plantations en sucre , aussi considérables
que celles qui y sont déjà , sans qu'il soit besôin, --- Page 143 ---
'i A4 pour y parvenir j d'avoir une grande augmentation de Nègres. Un canal contenant la rivière
d'Artibonite, où l'on pratiqueroit de distance en
distance des écluses qui serviroient aux arrosemens & à une navigation qui faciliteroit l'exportation des sucres de cette partie , produiroit à
Saint-Domingue une augmentation de richessès
que l'on ne 'pourroic se flatter d'obtenir par les
succès de plusieurs guerres. Cette opinion est générale dans la Colonie même , où les plus grands
propriétaires cultivateurs ne trouvent ,d'autre inconvénient , que celui de voir tomber le prix des
sucres par l'augmentation de la denrée. La crainte de la diminution du prix des fucres peut influer sur un Colon avide qui , spéculant avec peu de justesse , craint la diminution
momentanée de son revenu : mais une administration fage doit connoître que les Colonies rivales sont loin de la fertilité des nôtres ; que fondées sur de mauvais principes , elles se sont obérées avant d'être en valeur. A chaque paix les spéculateurs , en Angleterre , voyant les Domaines
de la Couronne accrus par les cessions qui lui
avoient été faites 3 se sont empressés de prodiguer
à de nouveaux Colons, des fonds pour commen.
cer leurs défriçhemens i les placemens à six pour
: mais une administration fage doit connoître que les Colonies rivales sont loin de la fertilité des nôtres ; que fondées sur de mauvais principes , elles se sont obérées avant d'être en valeur. A chaque paix les spéculateurs , en Angleterre , voyant les Domaines
de la Couronne accrus par les cessions qui lui
avoient été faites 3 se sont empressés de prodiguer
à de nouveaux Colons, des fonds pour commen.
cer leurs défriçhemens i les placemens à six pour --- Page 144 ---
cent qu'ils pouvoient faire, les ont aveuglés aa
point de prodiguer leurs fonds à un Colon qui x
par cette faciliré , n'a point opéré avec assez d'économie pour restreindre ses emprunts à leurs
justes bornes. Le Commerce saisissant les moyens de s'enrichir,
a voulu participer aux avantages qu'il voyoit le spéculateur tirer de ses placemens ; il a porté en
abondance dans ces Colonies à peine fondées
tout ce qui pouvoir flatter le goût du Colon ; il e-n
a résulté qu'avant que les plantations fassent en
valeur, elles étoient grevées de dettes si considérables, qu'à peine peuvent-elles être payées par les
propriétaires. Si les sucres diminuent, tous ces
établissemens grevés tomberont nécessairement :
alors ceux de la France prendront un nouveau
lustre j il est d'ailleurs à observer que la population
de tous les États s'accroît 3 que le goût général du
thé & café augmente chaque jour la consommation du sucre ; que la Neutralité armée, par la fafacilité de tirer ces objets directement pendant
cette dernière guerre, en a accru la consommation. L'on peut juger par ces observations que la
baisse du prix des sucres, si même elleavoit lieu ,
ne pourroit être que momentanée , & que cette --- Page 145 ---
crainte ne doit point arrêter un Administrateur qui
spécule avec justesse. La dépense du creusement du canal de la rivière , ainsi que des canaux d'arrosement, & de
-leurs écluses , doit porter sur les Habitans ; le
Commerce seroit intéressé à leur prêter à un modique intérêt des fonds nécessaires à la construction
des écluses; le plan d'exécution d'un aussi grand
projet, veut être examiné par des hommes dont
les connoissances soient certaines , afin de prévenir les inconvéniens qui pourvoient se rencontrer
dans son exécution ; une augmentation de culture
de cette nature , qui fourniroit à Saint-Domingue,
l'avantage de doubler ses sucreries, seroit sans
Joute le plus puissant moyen de richesses que
pût acquérir le Royaume , & il peut l'obtenir sans
effusion de sang. OBSERVATIONS Sur les cultures des Colonies.. Une Administration sage ne doit pas moins s'occuper des soins de' faire perfectionner les insirumens de la culture , & la culture même , en les
Amplifiant , que de perfectionner les manufactu- - --- Page 146 ---
io res, tant de sucre que des différentes plantations. Les Colonies ont- beaucoup plus qu'aucun autre
pays , besoin de lumières sur ce point : habitées
par une espèce d'hommes peu adonnés à l'étude &
aux grandes réflexions auxquelles s oppose la chaleur
du climat, elles ont besoin d'être dirigées par les.
lumières de la Métropole. Grand nombre de CoIons ont mis en valeur, à grands frais 5 des terreins arrachés à la mer , qui produisent des sucres salés, & auxquels il faut donner les procédés
nécessaires, pour en extraire les parties salines par
la fabrication ; ce qu'un Chymiste habile, payé par
le Gouvernement dans les Colonies, parviendroit
à: trouver.
auxquelles s oppose la chaleur
du climat, elles ont besoin d'être dirigées par les.
lumières de la Métropole. Grand nombre de CoIons ont mis en valeur, à grands frais 5 des terreins arrachés à la mer , qui produisent des sucres salés, & auxquels il faut donner les procédés
nécessaires, pour en extraire les parties salines par
la fabrication ; ce qu'un Chymiste habile, payé par
le Gouvernement dans les Colonies, parviendroit
à: trouver. Si même la France faisoit des acquittions considérables dans les Isles du nouveau Monde , avant
que d'avoir mis en valeur les Colonies qu'elle y
possède aujourd'hui, il lui seroit avantageux de
suspendre d'en concéder des terreins , jusqu'à ce
que ces Colonies anciennes susTent en valeur ; l'on
ne peut se refuser à l'évidence de cette vérité, furtout si, se formant un systême suivi, l'on veut apporter des changemens nécessaires à la loi qui
établit l'ordre des successions dans les Colonies. Le partage de la Colonie Èspagnole a SaintDomingue avec la partie de cette Colonie qui --- Page 147 ---
appartient à la France > a été fait a 1 avantage de
cette première Puissance, qui auroit dû céder à la
France ce qui étOit occupé par elle à l'époque de
la guerre de la succession d'Espagne : il semble que
ce qu'elle possédoit à cet instant eut dû faire la base
du Traité \ & la France auroit eu droit de le
demander à l'Espagne, d'après les sacrifices qu'elle
avoit faits pour cette Puissance dans cette guerre
dernière , & la cession du Mitfisipi faite a la fin
de l'avant dernière guerre, pour des objets tous
recouvrés par les armes du Roi, ou des échanges
procurées par nosconquêtes. L'on pourroic demander à l'Espagne un redressement de l'abornement
formé, & prendre pour limite dans ce nouvel
abornement, depuis les sources de la rivière de
Neïbes, jusqu'à celle de la rivière d Yuna, qui
se jette dans la baie de Samana, tirant une ligne
droite d'une de ces sources a l 'autre, & y âjoiiter
Mile de Samana. Les limites naturelles de - nos
possessions devoient être cette rivière de Neïbes,
& celle du Massacres mais elles ont été si reftreintes , si festonnées , qu'il s'en faut qu elles
soient telles. Ce nouvel arrangement, qui donne-1
roit à la France toute la côte du Nord, ne devroit pas décidera la mettre eh valeur, avant d'avoir pourvu à sa défense > & avoir choisi & place --- Page 148 ---
un porte intérieur dont je parlerai lorsqu'il sera
question de la désense de la Colonie. Mais ayant manqué une occasion aussi favorable que l'eût été la paix de 1783 , l'adresse de
la politique de la France & des Administrateurs
de Saint-Domingue , doit être de ménager cet
événement, qui, amené de longue main , doit
avoir lieu un jour : mais ce n'est pas en séparant
la partie Françoise de Saint-Domingue , de la
partie Espagnole pour le commerce , que l'on
peut atteindre à ce but : cette séparation n'est
propre qu'à aigrir les Espagnols & à faire faite
la contrebande par les deux Nations. Sur les loix qui régissent les successions dans les
Colonies. La- Coutume de Paris & les partages égaux
entre les enfans sont admis dans nos Colonies,
& y règlent l'ordre des successions : un instant deréflexion fera voir combien peu a été méditée une
semblable Loi. Elle ordonne les partages égaux
entre tous les enfans , dans un pays où tout invite à une nombreuse population : & comment
- partager des terreins d'une aussi modique étendue
que sont les plus belles possessions des Colonies y
les successions dans les
Colonies. La- Coutume de Paris & les partages égaux
entre les enfans sont admis dans nos Colonies,
& y règlent l'ordre des successions : un instant deréflexion fera voir combien peu a été méditée une
semblable Loi. Elle ordonne les partages égaux
entre tous les enfans , dans un pays où tout invite à une nombreuse population : & comment
- partager des terreins d'une aussi modique étendue
que sont les plus belles possessions des Colonies y --- Page 149 ---
l, -quand pour les mettre en valeur,, il faut une
population si nombreuse en Nègres , & une si
grande quantité de bestiaux ? Les terreins qui sont
nécessaires pour loger les hommes, & faire pâturer les. bestiaux , des subdivisions de ses biens,
absorberoient toutes les terres qui pourraient être
mises en cultures d'une richesse immense. Quelle peut donc être la source d'une pareille
erreur? La légèreté des Administrateurs qui ont
dirigé la fondation de ces Colonies , & négligé de
se faire instruire d'objets aussi intéressans. Il est
donc nécessaire de fixer dans les Colonies l'ordre
des successions, de la manière suivante : Qu'aucune
plantation dont les parts ne pourront pas contenir chacune 120 carreaux de terre à sucre, ne
pourra plus être divisée , & il sera établi que
dans les plantations dont les parts des cadets ne
pourront être de 120 carreaux de sucre en pleine
valeur , ils ne pourront en demander le partage , & que la légitime des cadets , dans ce cas,
sera fixée à la moitié de la valeur du produit de
1 habitation, estimée sur le revenu net des dix der- -
nières années , & que les capitaux leur en seront
payes a raison de cent pour dix du produit net de
ces revenus. Il doit en être usé de même pour les
plantations de café , indigo & autres, à la réserve --- Page 150 ---
que ces dernières doivent être composées au
moins de cent quatre vingt carreaux de terre plantés de ces denrées par chaque lot, pour pouvoir
être susceptibles de partage. Il faut observer cependant qu'un Gouvernement sage ne doit promulguer cette Loi, que
lorsqu'il n'a plus de Colonies à fonder : car jusqu à cette époque, il faut faire partager le mo- -
bilier également entre tous les enfans, & que
l'aîné seul retienne les terres; par-la même engagé à l'économie , il se servira de ces économies
pour repeupler ses habitations de Nègres & de
bestiaux ; & les cadets, avec leur part du mobi.,
lier,, formeront de nouveaux etablissemens en
achetant des concessions. A cette loi on pourroit
ajouter que l'aîné paieroit. partageable entre les
cadets, une somme de cent livres par carreaux
de terre en sucre & indigo , & cinquante par
carreaux de terre en café & autres productions de
commerce, pour faciliter la formation de leurs
nouveaux établissemens. Faute d'une loi qui éta-
-blifTe ainsi l'ordre des successions, les partages à
l'infini des habitations feront tomber à rien de.s
etablissemens aussi utiles au commerce du Royaume
que le sont ceux du nouveau Monde , tant par
la- quantité .de matelots qu'ils forment , que par
sucre & indigo , & cinquante par
carreaux de terre en café & autres productions de
commerce, pour faciliter la formation de leurs
nouveaux établissemens. Faute d'une loi qui éta-
-blifTe ainsi l'ordre des successions, les partages à
l'infini des habitations feront tomber à rien de.s
etablissemens aussi utiles au commerce du Royaume
que le sont ceux du nouveau Monde , tant par
la- quantité .de matelots qu'ils forment , que par --- Page 151 ---
*5 les objets de commerce dont ils facilitent l'importation & exportation 5 mais , pour que ce commerce puisse se soutenir , il est nécessaire de
former d'une manière différente ses relations de
commerce avec l'Amérique septentrionale. Cette loi fera un autre bien , celui de rendre
les cadets industrieux, & à la France un nombre
de Citoyens accoutumés à entendre former des
spéculations, à en connoître les avantages : ceux
" d'entr'eux qui ne voudront point se livrer à de
nouvelles cultures, vendront leurs Nègres & viendront s'établir dans les Places de commerce du
Royaume , où ils se livreront avec grand succès
au commerce des Colonies 3 dont ils connoîtront
les besoins. \ Observations & attentions nécessaires en sormant
des Colonies Nouvelles. Ce que je viens de peindre de l'état de ces Possessions, me conduit à parler d'une précaution fage
& nécessaire en formant de nouvelles Colonies :
c'est d'en établir au vent toutes les premières
concessions , de mettre deux années d'intervalle
entre chaque concession de lignes différentes,
afin que les terres des premières concessions ayenc --- Page 152 ---
i 6 perdu leur insalubrité avant d'en céder de nouvelles sous le vent de ces défrichemens dont
les premières exhalaisons portent la mort avec
elles. : Il faut aussi exiger des Colons qu'ils placent leurs
habitations au vent de leurs plantations, & qu'ils
conservent un bouquet de bois qui l'entoure, &
empêche la contagion de gagner leur habitation
& celle des Nègres. Il est aussi à observer que dans les nouveaux
établissemens, il ne faut faire la concession des
terres qu'à prix d'argent, qu'il faut que le prix
en soit modique, & ne doive être payé que succeffivement plusieurs années après la cession ,
n'exigeant que le quart lors de la cession. Par
cet ordre de choses , l'on éditera l'avidité du
Courtisan pour qui tout est bon j & qui obtient
plus facilement, sur-tout d'un Prince économe,
une chose qui ne semble rien coûter à l'État ;
mais qu'en résulte-t-il ? Que ces terrains relient
un grand nombre d'années sans être mis en va- •
leur, & ne sont par-là d'aucune utilité au Commerce , & par conséquent d'aucun avantage pour
le Gouvernement. f Il faut par la même raison ne pas former de
concession de plus de six cents carreaux de terre.
--- Page 153 ---
Obfery. sur l'Adminis. des Col. B îl faut aussi , pour attirer les pluies qui fertilisent, conserver au centre des Isles , dans les
parties le's plus élevées, un noyau de foret i ces
forêts doivent être conservées pour la Nation ,
abornées avec soin , & ne jamais être concédées.
L'on doit aussi n'accorder qu'un terme fixe aux
Cultivateurs, pour défricher leurs plantations ;
& faute par eux d'avoir rempli cette condition
ils doivent être privés de leurs concevons noa
défrichées. ^ • T
irer les pluies qui fertilisent, conserver au centre des Isles , dans les
parties le's plus élevées, un noyau de foret i ces
forêts doivent être conservées pour la Nation ,
abornées avec soin , & ne jamais être concédées.
L'on doit aussi n'accorder qu'un terme fixe aux
Cultivateurs, pour défricher leurs plantations ;
& faute par eux d'avoir rempli cette condition
ils doivent être privés de leurs concevons noa
défrichées. ^ • T Des chemins des Colonies. Il est essentiel dans une Colonie d'avoir de beaux
chemins 4 puisque c'est de leur beauté que dépend
la facilité de l'exportation des denrées : par la
même raison il est juste que chaque propriétaire
n'y contribue qu'à raison dé ses moyens ; mais 5
comme la ruine d'un Habitant est l'éloignement
de ses Nègres, il faut qu'après répartition égale
faite de la tâche donnée à chaque Habitation \
à raison de sa richesse 3 celle dont on a été
forcé de donner le supplément de tâche éloignée,
puisse se racheter de son excédent de tâche, en
donnant le prix du travail de ce chemin a un
Habitant du lieu où fera la répartition , qui sera --- Page 154 ---
1$ .. tenu de le faire faire par ses Nègres au moyen
de ce prix. Quant aux ponts, ils doivent être faits
a. raison de l'utilité dont ils sont pour les quartiers , & le prix doit en être réparti sur les habitations , pour être donné sortant des mains des
Propriétaires à l'Entrepreneur; le Gouvernement
ne devant y prendre part , que pour l'intérêt
des Habitans , & ses préposés devant sur veiller seulement la solidité du travail de 1 'Entrepreneur.. Il est même des ponts dans les parties reculées
qui, peu considérables , peuvent être mis à la charge d'une habitation , qu'on peut par cette raison
alléger de celle des- Milices, qui pèse le plus
aux Habitans des Colonies ; mais il faut bien se
garder de proposer des contributions fixées pour la
confection des chemins : car le Gouvernement,dans
un moment de besoin , s'empareroit des fonds
attribues a ces confedions. Pour se dissimuler l'injustice j on se propose de les remplacer ; les
f besoins se multiplient, on affe&e les fonds à un
autre emploi, les chemins se détériorent , les corvées reprennent l'on n'a fait qu ajouter un poids
de plus à la charge que portoient les Peuples. Cette
observation. cst grande justesse dans les Go- --- Page 155 ---
if & i ionies éloignées de la surveillance, & où personne
ne réclameroit pour les Colons. Quant aux ouvrages qui regardent la défense de
la Colonie, dans certe classe doivent êcre mis les
chemins qui n'ont d'autre objet que de conduire
aux points de défenses ; il faut que tous les quartiers de la Colonie y contribuent en égale portion,
qu'il en soit fait une répartition exacte , que toutes
les habitations y fournissent à leur tour , que ce
tour soir réglé par des préposés dans chaque quartier j Se que chaque quartier pLiilîe aussi préposer
des surveillans pour tenir la main à ce que les
Nègres avancent le ttavail , & ne soient absens
des Habitations que le temps nécelTaire.
de conduire
aux points de défenses ; il faut que tous les quartiers de la Colonie y contribuent en égale portion,
qu'il en soit fait une répartition exacte , que toutes
les habitations y fournissent à leur tour , que ce
tour soir réglé par des préposés dans chaque quartier j Se que chaque quartier pLiilîe aussi préposer
des surveillans pour tenir la main à ce que les
Nègres avancent le ttavail , & ne soient absens
des Habitations que le temps nécelTaire. Il faut atiffi fixer dans un pays où les terres sônt
d'une, si grande valeur, & où il n'ëst pas même
permis , pour la conservation des chemins dé
faire le transport des denrées pendant les pluies i
il est nécessaire j dis-je , d'y fixer les chemins a
une proportion qui ne soit point égale à celle de
France; 50 pieds auxquels ils ont été fixés3 paroissent une largeur trop forcée ; elle donne à l'Administration un moyen de tourmeprer l'Habitant,
en l'obligeant de reculer ses haies, & de dimi"
nuer ses enclos, --- Page 156 ---
t o Du sort des Nègres > & des moyens par lesquels
il peut être adouci. \ Le sort des Nègres est trop malheureux dans
beaucoup d'habitations , pour ne. pas mériter l'attention la plus grande de la part d'un Gouvernement sage. Nos Colonies n'ont été fondées , & ne peuvent
se soutenir que parles Edits des Rois, qui ont autorisé ceux qui formoient des habitations, à les
faire cultiver par des Esclaves Africains ; l'espèce de
ceux mêmes qui arrivent des côtes de cette région ,
ne peut être contenue que par la crainte, puifqu'un grand nombre ne sont que des brigands, ou
des prisonniers faits dans des guerres, dont les
soldats sont plutôt des hordes de bandits , que de
généreux défenseurs de leur Patrie ; ils étoient
tous eclaves dans leur pays, si l'on en excepte
quelques enfans vendus par leurs parens, ou enlevés à leurs foyers à l'âge le plus tendre. Mais la
servitude dans laquelle il est nécessaire, pour ne
point attaquer la propriété du Colon, & maintenir
les belles cultures qui font la richesse de l'État ,
de contenir cette espèce d'hommes qui a besoin
d'être conduite , & à laquelle il faut inspirer du --- Page 157 ---
1 B 3 1' respect pour ses conducteurs ; enfin , les engagemens contractés par Louis XIII ^ de maintenir
la servitude des Nègres , doivent erre sournis à
des règles , & méritent toute l'attention d'un
Gouvernement qui ne peut pas refuser un coupd'œil compatissant au sort malheureux de tant de
milliers d'hommes. Dans presqu'aucune habitation du nouveau Monde, ( on en excepte deux ou trois ) le Nègre n'a la
poissession d'aucune femme ; son commerce avec les
Négresses n'est qu'un concubinage soumis à la volonté de ses tyrans. Qu'un Blanc, dans une habitation ,prouve à son gré une Négresse que sou
vœu porteroit à se donner à un Nègre , il n'est
plus permis à ce Nègre de la regarder ; une grêle
de coups devient son partage, jusqu'à ce qu'il y
ait renoncé. Un Commandeur même, quoique
Nègre , suir cet exemple 3 personne ne peut réclamer pour le malheureux opprimé.
ubinage soumis à la volonté de ses tyrans. Qu'un Blanc, dans une habitation ,prouve à son gré une Négresse que sou
vœu porteroit à se donner à un Nègre , il n'est
plus permis à ce Nègre de la regarder ; une grêle
de coups devient son partage, jusqu'à ce qu'il y
ait renoncé. Un Commandeur même, quoique
Nègre , suir cet exemple 3 personne ne peut réclamer pour le malheureux opprimé. Au travail dès l'aube du jour, il n'a que deux
heures à lui , depuis cinq heures du matin
jusqu'à six heures,& demie dufoir; la plupart des
maisons destinées à le retirer sont de si mau- -
vane espèce , qu'il n'y est point à l'abri des
pluies violentes qu'on éprouve sous la Zona
Torride. \ --- Page 158 ---
,1 XI Sa nourriture est plus mal assurée encore: dans
peu d'habitations , ils ont des vivres fixés, ou des
places à vivres,qu'ils puissent cultiver dans les instans
qui leur restent à employer à pourvoir à leur subsistance ; presque dans toutes les habitations elles sont
trop éloignées de leurs cases pour qu'ils puissent
y employer les deux heures qui leur sont laissées ;
& dans grand nombre d'habitations , il n'y a pas
même de place à vivres qui leur soit destinées. Le travail que l'on exige d'eux est au - dessus
de leurs forces; il y a trop peu de cultivateurs
pour ce que l'on.entreprend de cultiver. Les outils donnés pour la culture, sont de méd.iotre qualité , & peu commodes. Dans grand nombre d habitations leurs enfans
font mal Joignes , ils le sont plus mal encore
dans leurs maladies : de-là viennent les importations continuelles d'esclaves dont ont besoin nos
HIes. Ces esclaves , Catholiques Romains pour la. -forme , ne connoissent de la Religion que le Baptême & quelques prières qu'ils n'entendent pas:
ils emploient le Dimanche , plutôt à s'occu-
... per de leurs intérêts, qu'à le sanctifier. Les
Millionnaires employés dans nos Colonies , qui
desservent les Cures, ou voient ces desordres saus --- Page 159 ---
B 4 oser en proposer les remèdes, ou sont endormis
eux-mêmes dans l'oisiveté & la mollesse à laquelle
invite le climat : n'ayant aucun supérieur immédiat , ils n'ont à craindre aucun blâme ; le peu
d'enfans de couleur qui existent , sont absolument sans instruction. L'on donne des libertés dans les Colonies, mais
elles sont le salaire du vice ; elles se donnent à
des Négresses qui, par leur art dans la prostitution, ont su captiver leurs maîtres; elles remplit
sent la Colonie de mulâtres dont le défaut d'édücation n'est propre qu'à former des débauchés. Tous ces désordres ajourent sans doute un
grand poids à l'esclavage des Nègres ; & c'est à l'alléger par des règlemens sages & justes, que doit
tendre une bonne administration ; & l'Administrateur, chargé de les mettre en vigueur, doit unir
à une grande justice une grande fermeté , & employer le moyen de la persuasion, en pénétrant les
propriétaires d'une grande vérité, que leur intérêt
personnel doit les inviter à exécuter des règlemens qui n'auront pour but que l'augmentation
de la population des Nègres , la perfection ^e la
culture , & par conséquent leur véritable richesse ;
justes, que doit
tendre une bonne administration ; & l'Administrateur, chargé de les mettre en vigueur, doit unir
à une grande justice une grande fermeté , & employer le moyen de la persuasion, en pénétrant les
propriétaires d'une grande vérité, que leur intérêt
personnel doit les inviter à exécuter des règlemens qui n'auront pour but que l'augmentation
de la population des Nègres , la perfection ^e la
culture , & par conséquent leur véritable richesse ; En exigeant que les Blancs des habitations ne- --- Page 160 ---
1A s'emparent d'aucune femme de couleur des habitations dont ils sont gérens ; que les Nègres
soient légitimement mariés ; Qu ils ayent des places a vivres, ou une quantité de vivres déterminée dans les habitations où
il n 'y a pas de terrain pour en donner ; qu'elles
saient augmentées à mesure que leur famille augmenteroit ; que la Nègresse quia deux enfans ait
dans la semaine un jour libre, outre le Dimanche,
pour travailler pour eux ; que quand elle en 3
trois, elle ait deux jours libres; qu'à quatre ensans vivans, son mari en ait un ; qu 'à cinq ensans, la femme en ait trois; qu'à six elle ne soit
plus assujettie au travail à la place, & qu'à huit,
son mari ait deux jours de libres au-delà du Dimanche ; & que , lorsque deux de ses enfans seront en état de travailler à la place , le Nègre
» puisse avoir la libre disposition de son temps ,
& soit dispensé du travail à l'habitation. Pour inviter le Nègre à la population , nui
moyen ne peut mieux sçconder les vues d'une
gdminiftration sage. O ». A l'appui de ce moyen & pour l'instruction
des Nègres , il devroit y avoir dans chaque Paoisse , outre le Curé , un Vicaire : le Curé, chaque Dimanche, devroit, avant le jour, être rendu --- Page 161 ---
V
. *■) à une habitation de sa Cure, y assembler les Nègres, les instruire , y dire la MeLse , chercher dans
ses instructions à leur inspirer l'amour de l'ordre
& de la paix , couler à fond toutes les habitations
de sa Cure, en y exerçant son ministère de cette
manière. Par ce moyen, un des plus puissans que l'on
puille employer sur cette espèce d'hommes grosfiers , on préviendroit une multitude innombrable de moux , tels que les empoisonnemens ,
les suicides , & l'on parviendroit à établir un
ordre que l'on ne peut se dissimuler ne point
exister dans les Colonies. Des Supérieurs devroient- être établis selon
l 'étendue des Colonies , pour en visiter les Cures , êc tous répondre à un Supérieur général >
qui devroit n'être établi que pour un temps ; &
tous convaincus que leur ministère doit se borner
à la persuasion , qu'ils sont les Ministres d'un
Dieu de paix, qu'ils ne doivent prêcher qu'elle;
ils contribueroient efficacement au rétablissement
de l'ordre y &: à la prospérité des Colonies.
Supérieurs devroient- être établis selon
l 'étendue des Colonies , pour en visiter les Cures , êc tous répondre à un Supérieur général >
qui devroit n'être établi que pour un temps ; &
tous convaincus que leur ministère doit se borner
à la persuasion , qu'ils sont les Ministres d'un
Dieu de paix, qu'ils ne doivent prêcher qu'elle;
ils contribueroient efficacement au rétablissement
de l'ordre y &: à la prospérité des Colonies. Le Nègre saisit avec avidité tous les préceptes
de la Religion ; les cérémonies de cette Religion
séduisent ses sens; tous les peuples errans éprouvent cet esser ; les mystères les étonnent ôc leur --- Page 162 ---
a* inspirent un grand respeét ; ceste, impression leur
est aussi commune avec les peuples sauvages. Le peu d'habitations où les mariages sont légitimes , où les Nègres ont des terres à cultiver
pour leurs alimens , non-seulement n'ont jamais
besoin d'acheter des nègres pour remplacement,
& même augmentent leurs cultures en augmentant
leur population ? mais aussi 3 peuvent, par l'augmentation de la population, se défaire des Nègres
qui troublent les atteliers & ne leur sont d'aucune utilité ; l'on pourroit les transporter à l'Efpagnol, dans le Continent. Le Gouvernement Espagnol préfère à tout , de
livrer ses bestiaux dont nos Colonies ont le plus
besoin , tant bœufs que mulets , par échange contre des Nègres qui leur font si nécessaires , pour
le peu de culture auquel ils se livrent. Il seroit nécessaire aussi qu'il fût établi , sélon
la force des Paroisses , des Maisons d'écoles où ,
un jour indiqué , tous les enfans nègres du quartier se rendroient pour apprendre à lire. Cet établissement , outre qu'il tireroit les Nègres de l'abrutiflement dans lequel ils vivent, rempliroit un
objet politique , comme on va le voir. Le Gouvernement François, s'il se conduit
d'après des principes sages, doit mettre le Nègre --- Page 163 ---
[texte_manquant] dans le plus grand éloignçment- de l'Espagnol
& de l'Anglois. Si l'Espagne, aujourd'hui alliée
de la France , devient un jour son ennemie ,
comme le principe de ce Gouvernement est d'accorder facilement la liberté aux Nègres, il aura
une grande facilité à les soulever dans les Colonies ; c'efl: aussi le principe des habitans de toute
l'Amérique méridionale j & si, comme on doit
le prévoir, cette partie du Nouveau Monde devient uil jour libre , tôt, ou tard elle pourroit
tenter une révolution dans les Colonies à sucre ,
pour abolir la concurrence de cette culture que
les habitans du Continent méridional ne manqueront pas d'envahir. Il faut bien se garder d'apprendre aux Nègres .
à écrire, mais sous le ptétèxte de leur apprendre
à lire les prières qu'ils récitent, leur faire apprendre à lire, & dans leurs Livres d'école composés des principes d'une morale simple, qu'ils
doivent pratiquer , y 1 semer les récits des
horreurs exercées par les Espagnols dans les conquêtes des parties du Nouveau-Monde qu ils possedent ; y raconter celles que même les nouveaux
conquérans ont exercées les uns sur les aÜtres, poussés par la sois de l'or & le fânatisme ;
y mentionner les horreurs des Anglois sur les
leur faire apprendre à lire, & dans leurs Livres d'école composés des principes d'une morale simple, qu'ils
doivent pratiquer , y 1 semer les récits des
horreurs exercées par les Espagnols dans les conquêtes des parties du Nouveau-Monde qu ils possedent ; y raconter celles que même les nouveaux
conquérans ont exercées les uns sur les aÜtres, poussés par la sois de l'or & le fânatisme ;
y mentionner les horreurs des Anglois sur les --- Page 164 ---
1 i* Naturels de l'Amérique septentrionale , & celles
que les nouveaux habitans ont exercées les uns sur
les autres, mus par le fanatisme des différentes
Religions qui se sont introduites dans le Continent septentrional. L'empoisonnement des Sauvages par les Anglois dans du rhum, dans une fête qu'ils leur
donnèrent pour signer un Traité d'alliance , ne
doit point être oublié. La persécution des Presbytériens sur les Quakers , des Anglicans sur les Presbytériens ; l'inimitié de toutes ces Religions pour la vérirable Catholique , ne doivent pas non plus être omises. Tous ces moyens employés , en même temps
que l'on adouciroit le sort des Nègres, peuvent,
plus qu'on ne pense, influer sur la prospérité des
Colonies , en ôtant les moyens d'y faire réussir
une révolution qui seroit la ruine du commerce
du Royaume. Il faudroit aussi dans chaque quartier établir un
Chirurgien pour y soigner les malheureux Nègres
dans leurs maladies, & former un règlement qui
obligeât à des Etablissemens dans chaque habitation , pour qu'on les soignât dans leurs maux ,
tels que j'en ai vu dans certaines Habitations. L'on doit proscrire toute liberté pour les ma- --- Page 165 ---
lâtreffes pané l'âge de dix atis > le Gouvernement
ne devant point la rendre le tribut de la prostiturion ; & l'on doit s'assurer que tous mulâtres &C
mulâtresses qui obtiennent leur liberté / sont en
état de pourvoir à leur subsistance , ainsi que le
veulent les Règlemens, & ont des métiers. Toutes libertés accordées à des Nègres ou à
des Mulâtres au - dessus de l'âge de dix ans , il
faut qu'il soit prouvé que ces libertés sont la récompense de la vertu j & que ces preuves soient
incontestables , & faites devant la Justice des difsérens quartiers où sont situées les habitations, &,
revêtues du certificat du Curé de la Cure où elle
est située. Les Nègres ne sont point reçus en témoignage
contre un Blanc, mais au moins devroient - ils
l'être entr' eux. Il devroit y avoir dans les Colonies , des Chimisses , des Mécaniciens , des Chirurgiens, des
sujets de l'Ecole Vétérinaire, entretenus pour travailler à la perfection des manufactures , des instrumens de culture, & consacrés au soin de la
santé des hommes & des bestiaux. Il feroit aussî nécessaire que les Chirurgiens
fussent inoculateurs, & les Nègres inoculés ; la per ('
site vérole en enlevant un nombre infini.
entr' eux. Il devroit y avoir dans les Colonies , des Chimisses , des Mécaniciens , des Chirurgiens, des
sujets de l'Ecole Vétérinaire, entretenus pour travailler à la perfection des manufactures , des instrumens de culture, & consacrés au soin de la
santé des hommes & des bestiaux. Il feroit aussî nécessaire que les Chirurgiens
fussent inoculateurs, & les Nègres inoculés ; la per ('
site vérole en enlevant un nombre infini. --- Page 166 ---
[texte_manquant] - IL devroit enfin y avoir un règlement qui établît dans les différentes cultures, la quantité du
terrain que l'on peut faire travailler à un Nègre, afin
de ne point excéder ses farces phystques : les Procureurs du Roi dans les différens Districts, doivent
être chargés de veiller à l'exécution des règlemens
qui mitigent la dureté de l'esclavage des Nègres. Des Milices des Colonies. Voyons les détails de dcfenfe : je n'ai pu sur ce
point prendre que peu de connoissances n'ayant
vu par moi-même que la partie du Cap & celle
des Montagnes, ne connoissant le reste que par
des Plans & des Carres. Les milices sont nécessaires dans les Colonies,
& c"est un droit de la Monarchie qu'il y faut
maintenir : le Gouvernement les avoir supprimées en 1764, pour une Comme que donna la
Colonie au Roi ; c'étoit une vue honnête du
Ministre, qui vouloir soulager les Colons de ce
poids; mais il suivit trop lcgèiemenr la bc ité de
son cœur: il le sentit, & en revint ; la Colonie continùa a avoir. la charge , & l'argent resta dans
les -coffres du Roi. J'ai développé dans le commencement de ce --- Page 167 ---
3i Mémoire, comment cet argent pourroit être pré-'
compté à la Colonie dans le prix de la cession
des terrains ; ce qu'il est de la justice du Gouvernement de faire. Tout Blanc indistinctement & tout Mulâtre
libre , est milicien , lorsque l'on convoque les milices ; les habitations relent par ce moyen abandonnées aux Nègres. Il est donc nécessaire qu'à la convocation des
milices, il n'y ait jamais que la moitié des Blancs
qui soit tenue de s'y réndre, mais il ne faut pas
qu'ils puissënt s'y faire remplacer l'un par l'autre. Il faut que les compagnies de milice des Blancs
ou Mulâtres , soient composées de 200 hommes;
que les Officiers de la milice soient choisis par
l'élection des quartiers , que le choix s'en renouvelle tous les six ans-, que l'on présente trois
Candidats au Gouverneur ,. pour remplir chaque
place supérieure, parmi lesquels il choisira ; que
tous les pourvus de places d'Officiers dans la
milice , soient confirmables chaque année par le ,
Gouverneur , & que, lorsqu'il n'aura pas jugé
devoir confirmer l'élection d'un Officier , 'il soit
libre de le remplacer par un Officier à son choix,
pris dans les Candidats qui lui sont présentés
pour remplir la place. Il est nécessaire que cette --- Page 168 ---
forme soit observée , pour faire respecter les ordres que le Gouverneur donnera pour faire
exercer les milices; car, si les Officiers ne font
qu'au seul choix des Cantons , ils ne choisiront
que ceux qui n'assembleront jamais le corps des
milices. Il faut que les milices soient assemblées tous
les Dimanches, par compagnie , & à portée d'une
Eglise désignée dans chaque quartier , placée le
plus au centre. Il n'y aura jamais que 100 hommes à l'assemblée de la compagnie ; ce qui fait que les
miliciens ne seront jamais exercés que tous les
quinze jours.
, si les Officiers ne font
qu'au seul choix des Cantons , ils ne choisiront
que ceux qui n'assembleront jamais le corps des
milices. Il faut que les milices soient assemblées tous
les Dimanches, par compagnie , & à portée d'une
Eglise désignée dans chaque quartier , placée le
plus au centre. Il n'y aura jamais que 100 hommes à l'assemblée de la compagnie ; ce qui fait que les
miliciens ne seront jamais exercés que tous les
quinze jours. Il faut qu.e les miliciens ayent des uniformes
& des armes uniformes, qu'ils soient toujours
tenus d'avoir à l'assemblée. Il est nécessaire que les milices s'assemblent
deux fois par an, par Régiment, pour être infpectées. Comme elles ne doivent être assemblées que
par moitié, chaque milicien ne sera inspecté
réellement qu'une fois par an. Dans les habitations dont le nombre des Blancs
est impair , & par conséquent celles même où
il n'y en a qu'un > la quantité impaire sera toujours --- Page 169 ---
Observ. sur l'Adminif. des Col. C 1
/ jours à la première assemblée , ÔC la quantité
paire à la seconde. Il faut désigner le temps pendant lequel les
milices seront exercées , & l'heure précise de leur
assemblée. Il seroit nécessaire que tous ceux qui voudroient être pourvus de places d'Officiers dans
la milice , eussent servi dans les Régimens François en' Europe \ ce seroit un moyen d'avoir de
bonnes milices , & d'attacher davantage les Créoles à la. nière-Patrie , ainsi que de les tirer de
l'indolence dans laquelle ils vivent dans leurs habitations. Des Troupes réglées dans les Colonies A cette milice il seroit nécessaire d'ajouter pour
la défense de la Colonie, dans l'état où elle se
trouve aujourd'hui, trois Régimens de deux bataillons chacun ; & si l'on y forme un poste intérieur , & que la Colonie s'augmente par cession
de terrain sur la partie espagnole , il faudroit
pour la défense de cette acquisition un Régiment
de plus ces Régimens ne devroient point
être sur le pied de paix , mais toujours entretenus
sur celui de guerre, à 200 hommes par compagnie , non compris les six Officiers. Il seroit bien --- Page 170 ---
H 1 niai vu de la part du Gouvernement d'avoir des
Régimens dans ces Colonies autrement constitués, de même qu'il est très-mal vu d'avoir des
Régimens à demeure dans les Colonies : ils
contractent les habitudes & l'indolence du climat, ils forment des liaisons dans la Colonie, qui
pourraient en causer la' perte (i). D'ailleurs, le
.moyen employé aujourd'hui est très-impolitique; il
n'est personne accoutumé à réfléchir sur les objets
politiques, que les faux principes de ce moyen ne
doivent frapper ; on doit être revenu du préjuge
.de ne point aller servir le Roi & sa Patrie audelà des Mers : il faut qu'ils le soient par-touc
où ils veulent l'être ., & ils ne doivent point recevoir de conditions du Militaire. C'est une erreur bien grande de croire que les
Colonies soient meurtrières pour les Européens,
elles le sont pour des, Régimens mal établis
indisciplines , qui se livrent à la débauche de la
boisson & des Négresses , mais elles ne le sont que
.pour ceux-là. Que les Régimens y ayent des habits courts
de drap, sans doublure , des gillers de toile, desculottes & guêtres de même 3 des capots dans . ( i ) J'ai, annonce cette vente aux administrateurs
en 1783.
ies soient meurtrières pour les Européens,
elles le sont pour des, Régimens mal établis
indisciplines , qui se livrent à la débauche de la
boisson & des Négresses , mais elles ne le sont que
.pour ceux-là. Que les Régimens y ayent des habits courts
de drap, sans doublure , des gillers de toile, desculottes & guêtres de même 3 des capots dans . ( i ) J'ai, annonce cette vente aux administrateurs
en 1783. --- Page 171 ---
11 35 ' . C 1 les factions de nuit , pour les temps dé pluie \
qu'ils soient assujettis à des appels réguliers , ayenc
des nioufticaires de canevas, une boisson régulière-
' ment prise sur le décompte , scient contenus
comme les troupes disciplinées doivent l'être, je réponds que leur consommation ne sera pas plus
forte qu'en Europe. . Des défenses de la Colonie de Saint-Domingue. Quant aux points de défense de la Colonie , à
er1 juger par les batteries établies pour la défense du.
Cap, ils sont bien mal pris : aucunes de ces batteries ne sont placées de manière à voir les points
qu'elles doivent battre ; il n'est point de feux qui
se croisent , l'entrée du port du Cap est très-mal
gardée ; il n'a pour sa défense que cê que la natui-e a fait pour lui, une entrée difficile. Un Fort placé sur les récifs qui sont à fleur d'eau
ou sous l'eau vis-à-vis de l'entrée de la passe
dans le port, feroit sa meilleure défende. -Ce point ne doit point être , sélon moi, celui
de la réunion des forces de la Colonie \ il est préfente par la nature au Mole-Saint Nicolas \ le lieu
est fain, il est isolé \ par Conséquent les projets y
peuvent être secrets ; il menace dans vingt-quatre
heures les Colonies qui peuvent devenir nos en- --- Page 172 ---
;6 ' nemies, il protège également la partie du sud &
du nord de la Colonie. f Je ne peux rien dire de la manière de le fortifier, ne l'ayant vu que par des plans ; .mais je
pense qu'il est nécessaire de le faire de manière à
restreindre sa défense à un Fort placé vis-à-vis de
la Ville , si l'on peut s'y procurer de l'eau, & à
l'établissement de batteries contre les vaisseaux. Mais la réunion des forces de mer & de terre
au Cap , est un des plans le moins militaire qui ait
jamais été imaginé : il en a résulté ce qui devoir
naturellement arriver ; en protégeant le seul point
de la Colonie , pour la protection duquel la nature avoit tout fait, l'on abandonnoit tout le reste
du commerce de la Colonie à la dévastation des
Corsaires, & nommément ce beau pays , & cette
grande anse située/entre le Cap-Tibéron , ôc le
Mjple-Saint-Nicolas. Le point choisi pour la défense de toute la. Colonie ,• supposant la descente , en livrant la
plaine dei Cap , semble assez bien défendre la patie des montagnes. Les deux points choisis par M. de Belzunce en
176z , savoir, le poste de la grande Rivière , &
celui'du Dondon , sont bien désignés : ils n'ont
d'autre inconvénient que celui de livrer en totalité
la plaine du Cap. --- Page 173 ---
v 37 C 3 Je crains que le poste de la grande Rivière ne
uisTe être d'aucune utilité., depuis le nouveau chemin percé pour aller au Dondon.
semble assez bien défendre la patie des montagnes. Les deux points choisis par M. de Belzunce en
176z , savoir, le poste de la grande Rivière , &
celui'du Dondon , sont bien désignés : ils n'ont
d'autre inconvénient que celui de livrer en totalité
la plaine du Cap. --- Page 173 ---
v 37 C 3 Je crains que le poste de la grande Rivière ne
uisTe être d'aucune utilité., depuis le nouveau chemin percé pour aller au Dondon. Une place intérieure , ou une position intérieure
retranchée, & que l'inspection du pays peut seule
indiquer j me paroîtroit mieuæ située , & plus
militairement, aux sources des eaux de l'Artibonite : j'aurois voulu avoir Je temps de le voir
par moi-même ; mais les instans que j'ai passés
dans la Colonie ont été trop courts. Ce Mémoire est le résultat de quinze Jours de
courses & de fatigues ; j'en ai employé tous les instans à examiner les détails que je viens de tracer, &
qui donneront une idée de la plus belle Colonie du
monde. Les Colonies considérées relativement au Commerce. Les Colonies sont le débouché le plus assuré du
commerce du Royaume ; elles le deviendront tous
les jours davantage; leurs richesses augmentant, elles
consommeront plus de productions des manufactures , plus de farine , plus de vin , plus de poisson salé : l'attention de l'Administration doit donc
se diriger de manière à augmenter leur richesse
pour rendre plus florissant le commerce du
Royaume, en augmenter les cultures, & par --- Page 174 ---
[texte_manquant] conséquent les revenus de la • Couronne ; elle
doit concilier, par des rcglemens sages, l'intérêt
du Commerce & celui du Colon. Le Gouvernement doit encouragement &
proreâion , non-seulement à toutes les branches
du commerce mais plus encore à celles qui intéressent directements ses Colonies, qui sont la source
de sa richesse. En même temps l'Administration doit pourvoir
à ce que dans les momens de disette, dans Iq
Royaume , des farines nécessaires aux Colonies)
ces Colonies puissent cependant en être pourvues ; ce moyen doit être établi par une grande liberté de commerce avec les treize. Etats
unis ; mais cette liberté assujétie à des règles &
a des impositions qui, pour les objers que pourroit fournir le commerce de France , faisent
pencher la balance du côté du commerce national , lorsque la denrée sera assez abondante en
France pour en être exportée pour les Colonies. Il faut bien se garder de se livrer aux spéculations fausses & forcées , dictées par l'avidité du
Colon , qui ne pense qu'à son intérêt } & pour
se convaincre de cette vérité, il ne faut que jeter
lin coup d'oeil sur l'Angleterre 3 & savoir que la
prospérité dont elle a joui pendant tant d'années, --- Page 175 ---
? C 4 elle ne l'a due qu'a son bill de navigation, qui n'est
autre chose qu'un règlement sage , qui fait pen":
cher la balance du commerce pour 'la Grande Bretagne ; il ne faut qu'éviter ce qui se trouve de
forcé dans ce bill, qui a servi à lui faire des ennemis. _ Il faut encore savoir que la nature des Possesfions Angloises & Françoises n'est nullement
la même, & que les Colonies Françoises jouifsent d'un grand avantage refusé aux Colonies An*
glosses , celui de pouveir faire exporter leurs sucres terrés. D'après ces principes incontestables , il faut entrer dans le détail des choses dont ont besoin les
Colonies, & les diviser en trois classes celles que
la Métropole doit fournir seule, celles que les
Etats-Unis peuvent seuls fournir, & celles que
les Etats-Unis & la Métropole peuvent fournir en
concurrence.
& que les Colonies Françoises jouifsent d'un grand avantage refusé aux Colonies An*
glosses , celui de pouveir faire exporter leurs sucres terrés. D'après ces principes incontestables , il faut entrer dans le détail des choses dont ont besoin les
Colonies, & les diviser en trois classes celles que
la Métropole doit fournir seule, celles que les
Etats-Unis peuvent seuls fournir, & celles que
les Etats-Unis & la Métropole peuvent fournir en
concurrence. Les premières font les soiries, les toiles peintes , les toiles unies, de coton & de fil j les draperies , les chapeaux , les gases & les modes, les
clincailleries , les bijouteries , l'argenterie , les
instrumens ce culture, les vins & les eaux-de-vie7
le tabac & les cuirs préparés. Celles que les Etats peuvent seuls fournir --- Page 176 ---
sont les bois de construction & de maison , les
matures j les bestiaux & volailles vivantes , le
maïs j l'avoine & les cuirs en vert. Celles que les Colonies peuvent fournir en concurrence avec la France , sont les sarisses , viandes
. & poisson salé. Il est très-nécessaire que la liberté du commerce
donnée aux treize Etats-Unis, soit étendue sur tous
les ports principaux de la Colonie , & qu'ils
puissent librement y porter toute espèce de marchandises, mais avec des impôts si forts , qu'ils
n'en puissent porter aucune de la première clai-se ;
en mettre de très-légers pour celles de la seconde ,
& de tels pour celles de la troisième , qu'ils fafsent pencher ( vu le prix naturel de ces denrées
dans les Colonies ) la balance pour le commerce
de France , & qu'ils n'ayent intérêt d'en porter
( ainsi que je l'ai déjà dit plus haut ) que dans des
instans de disette. Ppur les productions des Colonies qui peuvent
en êtrè importées , il faut que la même règle soit
observée ; elles. doivent être divisées en trois
classes : la première composée de celles dont les
Etats-Unis peuvent se fournir directement de nos
Colonies ; la deuxième , celles qu'ils ne doivent
point pouvoir en tirer ; & la troisième , celles --- Page 177 ---
, 1 41 1 qu'il est indifférent qu'ils prennent à la Métro-'
pole ou à la Colonie. Cette première classe-est la mélasse & le rhumdes rafineries des Colonies } le Commerce Américain doit pouvoir les exporter avec de modiques
importions. La deuxième doit être le sucre> le café, l'indigo, le coton & généralement toutes lés denrées dont le Commerce de France doit avoir l'importation dans le Royaume ; elles doivent être
grevées d'impofitiônsde telle nature, qu'il soit plus
/ avantageux aux Américains de les venir chercher
en France que de les prendre dans les Colonies.
- La troisième, sont les objets de commerce portés dans les Colonies par le Commerce de France,
ils ne doivent être grevés à leur sortie que d'impositions très-modiques. Si l'on ne fixoit que quelques porrs de la Colonie pour les échanges avoïc les Américains , il eu
résulteroit un grand mal pour toutes les parties
de cette Colonie qui seroient éloignées de ces
ports. 11 faut donner a Saint-Domingue un seat
exemple pour faire sentir 'la force de cette vérité : que l'on donne au Commerce de l'Amérique le Cap François seul ; c'en: la partie du Portau-Prince qui en est à cent lieues, qui a le plus \ --- Page 178 ---
besoin de bois de bâtiment, puisque dans cette
partie , à cause des tremblemens de terre, l'on ne
peut bâtir qu'en bois.
les parties
de cette Colonie qui seroient éloignées de ces
ports. 11 faut donner a Saint-Domingue un seat
exemple pour faire sentir 'la force de cette vérité : que l'on donne au Commerce de l'Amérique le Cap François seul ; c'en: la partie du Portau-Prince qui en est à cent lieues, qui a le plus \ --- Page 178 ---
besoin de bois de bâtiment, puisque dans cette
partie , à cause des tremblemens de terre, l'on ne
peut bâtir qu'en bois. Il est d'ailleurs de l'intérêt du Gouvernement
de répandre la richesse également dans toutes les
parties de cette vaste Colonie. Trente domaines doublés en cuivre , entretenus, dont quinze toujours en croisières, suffiront
pour empêcher la fraude , seroient en même
temps utiles à former des marins ; ces bâtimens
serviroient avec succès pendant la guerre. En établissant plusieurs Villes de commerce
dans la Colonie , l'on en rendroit toutes les parties. également florissantes ; on augmenterait la
population des Villes, &: par conséquent les consommateurs ; ce qui ne pourroit rendre qu'à rendre le commerce du Royaume flocilTant. Il faut que le Gouvernement s'occupe d'éclairer les Colons sur la manière de rafiner les rafias & de les distiller 3 parce qu'alors les Américains préféreraient de les emporter en tafias , & la
Colonie aurait par-là un moyen de richesses de
plus. Des Chimistes envoyés par le Gouvernement dans la Colonie , seroient d'une grande
utilité sur ce point ; sans cette précaution, les
Anglois enlèveront toujours à la France cette bran. --- Page 179 ---
che de commerce ; & il est essentiel de les primer
sur ce point, puisque les tafias sont la boisson de
tout le peuple en Amérique , & que cerre branche de commerce, rendue à l'Angleterre , lui en
procureroit d'autres. Il est donc nécessaire de s'en
occuper sérieusement, ainsi que des moyens de
lui faire égaler au moins la réputation .du rhum
des Colonies Angloises. Pour éviter les fraudes qui pourroient se faire
entre les François & les Américains , tant pour v
l'importation que pour l'exportation des denrées* il doit être établi une correspondance enrre les
Douanes des ports de la Colonie , & celles des
ports de' la Métropole; & que les navires qui
n'arriveraient point chargés des effets stipulés par
leurs lettres ou qui arriveroient chargés dè
plus d'effets qu'il n'en est mentionné £ soient tenus de payer l'imposition double de celle que paye
cette denrée vendue à l'Etranger. Il est aussi nécessaire d'établir des paquebots
de correspondance , donc les déparrs Soient régulièrement fixés & d'un port désigné , pour
se tendre chaque mois aux Colonies, '& de même
des Colonies à la Métropole ( i ) ; mais pour
ets stipulés par
leurs lettres ou qui arriveroient chargés dè
plus d'effets qu'il n'en est mentionné £ soient tenus de payer l'imposition double de celle que paye
cette denrée vendue à l'Etranger. Il est aussi nécessaire d'établir des paquebots
de correspondance , donc les déparrs Soient régulièrement fixés & d'un port désigné , pour
se tendre chaque mois aux Colonies, '& de même
des Colonies à la Métropole ( i ) ; mais pour (I) Il faut que ces bâtimens soient légers , destinés à --- Page 180 ---
44 ^ établir cette correspondance ces paquebots, ri
ne faut pas faire' un traité avec une Compagnie
qui ait seule le droit exclusif de porter les lettres
sur des bâtimens de quatre cents tonneaux , qui
réellement ne sont que des bâtimens de commerce , dont l'objet & l'établissement ne peuvent être propres qu'à enrichir une Compagnie,
qui, pour obtenir ce privilége , a sûrement fait
' des sacrifices. L'inconvénient réel de cet établissement, est d'inquiéter le Commerce, dont tous
les bâtimens éprouvent une inquisition toujours
fâcheuse, pour les empêcher de se charger d'aucune léttre pour les Colonies ; la pesanteur des
bâtimens chargés de porter des lettres ; ralentissoit
leur arrivée , nuisoit beaucoup aux spéculations de.commerce qui, avant tout, doivent avoir
pour objet d'être dirigées avec promptitude, car remplacer un domaine dans les Colonies, chaque mois, &
sur-tout., que ce ne soient point des bâtimens de commerce,
& ressemblant à des hourques , plus propre à porter des
marchandises , ce à quoi ils étoient employés, qu'à avoir
une marche légère ; but que l'on auroit dû se proposer de
remplir en les instituant ; aussi cet établissement n'a-t-il été
qu'onéreux , & les bâtimens n'ont ils jamais pu servir à.
l'usage auquel on les avoit dit destinés. --- Page 181 ---
c'est le seul moyen de les rendre avantageuses
aux spéculateurs., Il devroit donc dans les derniers joutt de chaque mois, partir de Rochefort, un domaine nouveau . qui iroit relever le plus anciennement envoyé dans nos Colonies y il seroit chargé de porter
les états des vaisseaux qui partiroient des différens ports pour les Colonies ; ce domaine touche-
( roit aux Isles du vent, où il laisseroit un paquet,
puis il continueroit sa marche pour Saint-Domingue. Il en seroit usé de même pour le départ du
domaine de cette Colonie , qui rapporterait les
états de Douanes en Europe. Ce vaisseau seroit
aussi. chargé de porter les lettres des particuliers
qui voudro-ient les adresser par lui , soit aux Colonies , soit en France. La branche de commerce qui rapporte le moins
de richesses à ceux qui le font, & cependant la
plus utile au Royaume , par l'excellence des matelors qu'elle forme , c'est sans contredit la, pêche
de la morue , de la baleine , & celle du hareng. Le
Gouvernement lui doit donc cet encouragement,
de lui fournir des matelots de la marine militaire,
formés en escouades , & commandés par de basOfficiers & Officiers , à la charge par les propriétaires des bâtimens qui enverront à la pêche, de
le font, & cependant la
plus utile au Royaume , par l'excellence des matelors qu'elle forme , c'est sans contredit la, pêche
de la morue , de la baleine , & celle du hareng. Le
Gouvernement lui doit donc cet encouragement,
de lui fournir des matelots de la marine militaire,
formés en escouades , & commandés par de basOfficiers & Officiers , à la charge par les propriétaires des bâtimens qui enverront à la pêche, de --- Page 182 ---
substanter à leurs frais ces matelots, pendant le
temps qu'ils s'en servironr , ainlt que le Roi le
feroit' , & à sa décharge , en leur donnant une
prime légère , fixée par le Ministre & un capot;
par ce moyen d'une grande économie pour le
Trésor public , il se formeroit d'excellens ma.
rins qui, lorsque la guerre arrive , ne peuvent &
ne doivent pas être employés aux pêcheries. . Cette idée que j'insère dans ce Mémoire , parc
de la persuasion où je suis, qu'il est impossible
que l'on n'ouvre enfin les yeux sur la Constitution
que doit avoir la Marine Françoise , & qu'on
ne lui en forme une telle, qu'elle puiÍfe faire la
loi à toutes les Marines de l'Univers ; chose facile ^ si la Nation sent les moyens qui peuvent
être entre les mains de l'Administrateur de la
Marine, & combien cet instant de régénération
est favorable -pour les mettre en a&ion. Dans
ies longues traversées que j'ai faites sur les vaisseaux, j'ai eu le temps de réfléchir, & la possibilité d'acquérir des connoissances sur les perfections ou'i les inconvéniens de la Constitution de
la Marine du Royaume : mon désœuvrement m'a
fait mettre l'un & l'autre par écrit; je les ai rédigés depuis en corps de Mémoire , je l'ai augmenté par les connoissances que j'ai acquises de --- Page 183 ---
[texte_manquant] toutes les Puissances Européennes, donc j'ai été
à portée de scruter les moyens dans les plus grands
détails. Il est aussi nécessaire de prendre enfin le parti
de donner des primes d'encouragement à tous les
objets de commerce qui en ont besoin , & de ne
plus abandonner le commerce à lui-même.
préférer ois infiniment, au lieu de donner
des primes d'encouragement, que la Nation s'étant une fois formée une marine militaire , l'on en
donnat des escouades au commerce , pour armer
avec plus d'économie pour le Commerçant, les
vaisseaux qui feroient les commerces auxquels on
devroit accorder les primes ; les Armateurs ne
seroient tenus qu'à donner une solde égale à celle
du Roi , aux Matelots qui leur seroient fournis
par la Marine Royale : qu'elle économie ne produiroit pas pour le Roi une semblable disposition , en lui procurant l'avantage de lui former
des Matelots! Reflexions. D'après cet exposé , qui doit faire connoître ce
qu'est une aussi belle Colonie que celle de SaintDorniague , on est à portée de juger de: la valeur --- Page 184 ---
de ces faux raisonnemens i que j'ai si souvent entendu faire dans le moude ; ( car les erreurs se
perpéruent ) que la France ne peut point avoir
de Marine, qu'elle ne doit point en avoir , que
c'est chose trop chère; & cependant elle est le
seul appui de sa richesse & de sa véritable grandeur.
é , qui doit faire connoître ce
qu'est une aussi belle Colonie que celle de SaintDorniague , on est à portée de juger de: la valeur --- Page 184 ---
de ces faux raisonnemens i que j'ai si souvent entendu faire dans le moude ; ( car les erreurs se
perpéruent ) que la France ne peut point avoir
de Marine, qu'elle ne doit point en avoir , que
c'est chose trop chère; & cependant elle est le
seul appui de sa richesse & de sa véritable grandeur. • La France n'eût-elle même point de Colonies,
pourrait-elle se passer d'une Marine ? Les Anglois
ne deviendraient ils pas les maîtres de nous interdire jusq.u'au cabotage de nos côtes ? Cette
Nation sière & altière n'arriveroit-elle pas , par
cette erreur de l'Administration , par cet abandon,
à la Monarchie universelle? Le seul moyen d'y
arriver, en effet, est de' se rendre maître du commerce de toutes les Nations ; car celui-là est réellement le Roi de l'Univers, qui règne en despote
sur ses richesses. Peut-on douter que l'Angleterre exerceroit cet
Empire le jour de la destruction de la Marinje
Françoise ? Je le dis avec assurance, plus de
Marine , plus de moyens de relever la fortune
de lar France. Il me seroit aisé de prouver que nul pays au monde
n'a plus de facilités que la France de primer par
^sa Marine celles de toutes le Nations, si elle le
^ convaincu --- Page 185 ---
Observ. sur l'Administ. des Colonies. B convainc qu'aucune marine du.monde n'a de Conf
titution , & qu'il est nécessaire d'en donner
une à ta sienne. L'Angleterre, d'une part épuisée, & de l'autre
enorgueillie de ses derniers succès y ne pouvoir en
faire autant, (i) O11 entend avancer une autre erreur dans le
monde , non moins grande que celle d'abandonner la marine , celle, qu'il suffit d'une marine pour
sôutenir ses Colonies, & que les fortifier est dépenses superflues ; c'est l'avis du Colon, mais pourquoi est-cè son avis ? C'est qu'il lui importe peu
à qui il appartient, Se qu'il lui suffit que sa denrée soit achetée , & pour l'être chèrement, qu'il
faut qu'elle le soit par celui qui, pour le mo*
ment, cst le maître des mers , parce qu'il a la
liberté de les exporter: mais l'État ne doit pas
calculer ainsi ; il faut que l'Administrateur voyè
que momentanément les mers peuvent n'être
point libres , que la France, engagée dans une
avis ? C'est qu'il lui importe peu
à qui il appartient, Se qu'il lui suffit que sa denrée soit achetée , & pour l'être chèrement, qu'il
faut qu'elle le soit par celui qui, pour le mo*
ment, cst le maître des mers , parce qu'il a la
liberté de les exporter: mais l'État ne doit pas
calculer ainsi ; il faut que l'Administrateur voyè
que momentanément les mers peuvent n'être
point libres , que la France, engagée dans une (i) Cette réflexion écoit juste quand j'ai formé ce Mémoire-, en 178 3 ; mais les fautes multipliées de l'Administration ayant relevé le Commerce d'Angleterre, & par conscquent sa richesse & son crédit, sa situation est aujourd'hui
ce qu'elle n'auroit jamais dû redevenir. - 1. --- Page 186 ---
5° guerre du Continent, peut être distraite de tourner ses efforts & ses moyens vers la marine ;
que le vent, cet ennemi cruel des Navigateurs,
peut momentanément mettre ses flottes hors d'état d'agir ; qu'un orage imprévu 3 formé dans le
nord de l'Amérique, peut fondre sur ses Colonies , 8r qu'alors il est nécessaire que des forces
de terre les, préservent des efforts dirigés
contre elle \ qu'il est donc de nécessité indispensable qu'elles ayent des points fortifiés
bien choisis. Car quelle seroit l'inconsequence
d'une Administration quil aisseroit à ses propres
forces , des Colonies qui entretiennent la navigation de plus de mille vaisseaux , & qu'une sage
administration de dix ans de paix pourroit peutêtre doubler , qui rendent au Royaume des cotons pour ses fabriques, le plus bel indigo pour
ses teintures , des sucrés pour ses rafineries, des
cafés qui, ainsi que les sucres, se versent dans
tous les marchés de l'Europe ; & qui servent à
l'exportation des farines des vins , des toiles ,
des soieries, des draperies , des gazes de nos manufactures, sans y comprendre mille autres objets
qui font la richesse des Villes de Bordeaux de
Nantes } & qui fournissent à la navigation de tous
les ports qui ont augmenté & augmenteront --- Page 187 ---
D 2 tous les jours les revenus du Trésor public par
l'augmentation des douanes j enfin , des Colonies
qui doivent faire circuler un jour, en importation
ou exportation , beaucoup plus de trois cents
millions. . OBSERVATIONS Pour les provinces intéressées a s'opposer au reculenzent des barrières à la frontière extrême
du Royaume. Pour se faire une idée juste de l'intérêt que
peut avoir la Nation au reculeraient des barrières
à la frontière du Royaume , ou de laisser cette
barrière à la frontière qui répare les Provinces
intéressées , l'Alsace , les Evêchés , la Lorraine
& le Barrois , des Provinces de la Bourgogne, de
la Champagne, du Soissonnois , de la Picardie ;
il faut d'abord faire précéder ces observations
d'un raisonnement qui puisse faire connoître le
but que l'on doit se proposer par l'établissement
d'un tarif.
rières
à la frontière du Royaume , ou de laisser cette
barrière à la frontière qui répare les Provinces
intéressées , l'Alsace , les Evêchés , la Lorraine
& le Barrois , des Provinces de la Bourgogne, de
la Champagne, du Soissonnois , de la Picardie ;
il faut d'abord faire précéder ces observations
d'un raisonnement qui puisse faire connoître le
but que l'on doit se proposer par l'établissement
d'un tarif. Quel est cebut? De défendre le commerce d'un
pays , des entreprises du commerce de ceux qui
l'environnent : c'étoit-là sans doute l'objet que --- Page 188 ---
52. Colbert avoir en vue lorsqu'il établit le tarif dans
le Roy aume. Partant d'un principe aussî juste , aussi incontestable, peut-il erre de l'intérêt des Provinces de
l'intérieur du Royaume , de soumettre celles qui
sont séparées d'elles par une barrière, à en souffrir
le reculement a leur frontière extrême ? Non
sans doute ; car le Royaume n'y a aucun intérêt,
puisque ce n'est point contre lui qu'est placée la
barrière , mais, au contraire , contre les Provinces
dont il sera séparé par cette barrière , & que de
voir priver, par exemple , quelques-unes de ces
Provinces de l'avantage de pouvoir cultiver du
tabac , n'en feroit pas payer le prix moins cher
au reste du Royaume qui ne le cultiveroit poiiir.
J'ai énoncé le tabac , parce qu'il doit être le seul
objet de prohibition qui puisse exister désormais ,
& que cet objet de prohibition n'est un impôt
que pour ceux qui s'y soumettent volontairement ;
il n'est personne qui ne soit forcé de convenir de
cette vétité. Quel est donc l'objet imporrant pour
le Royaume ? Que toutes les Provinces ayent le
même régime d imposition , portent également le
fardeau de la charge publique. La Nanon ne doit
^ certainement pas s'opposer à ce que les-Provinces
qui resteront séparées d'elles par la barrière, portent --- Page 189 ---
D 3 de plus la surcharge de cette barrière , qui sera
absolument dirigée contre leur industrie ; car elles
n'en tireront pas moins du Royaume toutes les
prod 11 étions de ses manufactures, qui leur arriveront sans droit ; mais lorsqu'elles voudront faire
entrer dans l'intérieur de la France les objets fabriqués par leur industrie , elles rencontreront la
barrière, qui fera peser sur elle une imposition
qui sera tout à l'avantage des Provinces de l'intérieur du Royaume. Il ne pourroit y avoir à l'allégation de cette vérité incontestable , qu'une seule exception : ce seroit si l'Assemblée Nationale adoproit
le tarif présenté par M. de Calonne à la première
Assemblée des Notables. Ce monument, chef-d'œuvre d'irréflexion J d'inconséquence , n'éroit formé
que pour remplir un seul objet, celui d'augmenter pour un instant la recette du Trésor royal , en
ruinant le Commerce du Royaume: c'est ce que
l'examen fait de ce tarif, dont je vais donner le
commentaire , m'a mis à portée de juger. Quel
esser produiroit un semblable tarif ? Celui de peser à-peu-près autant sur les Provinces qui y feroient soumises, que sur celles dont elles seroient
séparées par la barrière.
que pour remplir un seul objet, celui d'augmenter pour un instant la recette du Trésor royal , en
ruinant le Commerce du Royaume: c'est ce que
l'examen fait de ce tarif, dont je vais donner le
commentaire , m'a mis à portée de juger. Quel
esser produiroit un semblable tarif ? Celui de peser à-peu-près autant sur les Provinces qui y feroient soumises, que sur celles dont elles seroient
séparées par la barrière. Je ne puis donc que raisonner sur un tarif sagement dirigé, pour faire connoître à l'Assemblée --- Page 190 ---
Nationale combien peu il lui est intéressant de reculer les barrières à la frontière extrême des Provinces qui aujourd'hui se trouvent séparées du
Royaume par la barrière ; & dans cette hypothèse ,
je dirai que pour opérer, l'Assemblée Nationale
ne doit consulierque le vœu des Provinces qui s'opposent au reculement de la barrière ; car le reste
du Royaume n'a aucun intérêt à l'exiger; & si ces
Provinces se trompent sur leurs véritables avantages, n'est-il pas encore préférable pour la Nation , qui n'a aucun intérêt opposé, de leur laisser
leur erreur, ainsi que l'ancien régime auquel
tiennent ces Provinces ? Elles sont placées entre la Flandre Autrichienne,
la Hollande, l'Angleterre, la Haute-Allemagne &
la Suisse ; elles sont l'entrepôt naturel du commerce
que font entr'eux ces divers Etats ; elles sont attachées à ce commerce , dont elles connoissent l'avantage y elles disent que la barrière qui seroit
placée à leur frontière extrême , assijétiroit ce commerce à une gêne qui lui feroit bientôt prendre une autre direction , le transporteroit dans
le Palatinat 3 le pays de Baden & le Brisgaw. L'on ne quitte point un commerce que l'on
connoît , des avantages dont l'on est sûr , pour
adopter un autre régime qui ne présente d'a- --- Page 191 ---
5y - D 4 vantage qu'en spéculation dont on peut être
déçu. Que doit-on conclure de ces énoncés ) Qu'en
effet , si la Nation adopte un. tarif qui puisse
faire prospérer Ton commerce, elle n'a aucun intérêt à porter la barrière entre la frontière extrême
du Royaume & l'Etranger j qu'elle doit, au contraire , la laisser entre ces Provinces qui réclament
contre le recnlement,& celles du reste du Royaume,
puisqu'elles sont persuadées que ce régime estavantageux à leur commerce , & que rarement l'on se
trompe sur son intérêt. Si la Nation adopte un tarif tel que celui présenté par M. de Calonne à l'Assemblée des Notables , comme dans ce cas il portera également sur
les deux parties en-deçà & en-delà de la barrière , en n'en faisant qu'une opération fiscale;
alors il importe peu aux Provinces soumises au
tarif,qu'elle soit entre deux Provinces du Royaume.,
ou à la frontière extrême; mais je me persuade que
l'AssembléS Nationale , pesant dans sa sagesse les
avantages d'un tarif bien fait, n'en adoptera qu'un
qui puisse être utile à la richesse du Royaume.
ce cas il portera également sur
les deux parties en-deçà & en-delà de la barrière , en n'en faisant qu'une opération fiscale;
alors il importe peu aux Provinces soumises au
tarif,qu'elle soit entre deux Provinces du Royaume.,
ou à la frontière extrême; mais je me persuade que
l'AssembléS Nationale , pesant dans sa sagesse les
avantages d'un tarif bien fait, n'en adoptera qu'un
qui puisse être utile à la richesse du Royaume. Partira -t-on, pour connoître l'avantage ou les inconvéniens pour l'intérieur du Royaume, du rectilement des barrières , des volumes multipliés & --- Page 192 ---
remplis de calculs qui ont été faits pour ou contre
cette opération ? J 'avouerai qu'après avoir lu ces
ouvrages, les avoir médités , je n'y ai trouvé que
des assertions pour ou contre , toutes avancées sans
.preuves, ne présentant par conséquent qu'un chaos
,d'idées d 'après lesquelles il étôit impossible de se
former une opinion. Ce qui m'a confirmé dans cette
,pensée, après y avoir long-temps réfléchi, c'est que
si des calculs avoient pu démontrer la vérité de
l 'avantage, pour le Royaume, du reculement des *
barrières , les Administrateurs qui ont voulu ce
reculement , auroient fait imprimer ces calculs ,
les auroient fait connoître au Public. Pour le dernier Administrateur qui a présente le tarif à l'Asremblée des Notables, son intention n'a pu être
problématique pour ceux qui ont lu Se médité
son tarif ; elle étoit d'augmenter, le plus possible ,
les revenus du Roi 5 & le réiultat final d'un si beau
plan , auroit produit la ruine totale du Commerce
du Royaume. Le Traité de Commerce avec l'Angleterre met tout le monde à portée -d'en juger j
ce n est pas que je n'aye cherché à mettre en garde
les Administrateurs contre l'effet de ce Traité, ce
qui peut se justifier par une lettre que j'ai écrite de
Lille , a M. le Comte de Vergennes } à mon re -
tour d'un voyage d'Angleterre, oùj'avois vu avec --- Page 193 ---
57 ' observation & réflexion les Manufactures de ce
pays ; cette lettre se trouvera à la suite de cet
ouvrage. Revenons à mon sujet. Si je n'ai pu trouver
a fixer mon opinion d'une manière solide dans les
ouvrages qui ont été faits pour & contre le recule ment des barrières, même dans un rapport fait
a l Assemblée Provinciale de Lorrai'ne , quoique
cet ouvrage soit vraiment digne d'admiration par
la précision , la netteté avec laquelle il présente ses
opinions pour & contre cette opération ; j'ai donc
du revenir à chercher dans le tarif proposé les
raisons de l'opposition que mettoient à le recevoir
les Provinces qu'on vouloit y soumettre. Dans cet examen, je me suis convaincu que ce
tarif n'étoit qu'une opération fiscale , qui alloit détruire toute industrie nationale , au-lieu de défendre les manufactures du Royaume contre celles
des pays qui environnent la France. Partant de cette donnée, j'ai examiné si les Provinces non-soumises au tarif, verroient leurs manufactures encore dans l'enfance,susceptibles d'être
pourvues de toutes les matières premières qui leur *
étoient nécessaires } & si les objets de même nature, fabriqués chez l'Etranger j étoient grevés do
cale , qui alloit détruire toute industrie nationale , au-lieu de défendre les manufactures du Royaume contre celles
des pays qui environnent la France. Partant de cette donnée, j'ai examiné si les Provinces non-soumises au tarif, verroient leurs manufactures encore dans l'enfance,susceptibles d'être
pourvues de toutes les matières premières qui leur *
étoient nécessaires } & si les objets de même nature, fabriqués chez l'Etranger j étoient grevés do --- Page 194 ---
droits assez forts à leur entrée, pour que les manufactures de ces Provinces pussent soutenir la
concurrence de celles établies chez nos voisins 5
j'ai examiné si les bois de futaies qui font une grande partie de la richesse des propriétaires qui ont
su ménager cette portion de leur patrimoine, d'un
si grand prix , recevroient un accroissement de valeur par la prohibition mise à leur exportation. J'ai examiné si la culture des vignes, qui dans
ces Provinces sont placées sur des montagnes qu il
seroit. impossible d'employer à d autre culture, qui
fondent la fortune d'une grande part ie des Habitans
de ces Provinces,ne seroit pas détruite par le tarif ; si
ce tarif ne produirait pas le même effet de destruction du commerce des moutons etrangeis , qui ,
après avoir été engraissés dans les pâturages de ces
Provinces, y avoir laisse leur toison 3 employee dans
leurs manufactures de laine commune , vont servir à l'approvilionnement du marché de Poissy \
si le poisson sa'ié , les sucres , que ces Provinces
ne pourroient tirer de la France qu avec des frais
énormes , vu la cherté des transports par terre, ne
contribueroient point à achever la ruine de ces Provinces ; si , enfin, le commerce de transit, auquel
sont invités ces Provinces par leur polîtion dont --- Page 195 ---
j'ai déjà parlé (i), ne seroit pas totalement détruit
par l'établissement du tarif à leur frontière extrême. Un Gouvernement sage ne tarit jamais le plus
petit canal qui fournit des moyens de richesses à
ses Provinces; il s'occupe, au contraire , à élargir ces canaux ; & quand par eux l'or arrive , il
devient facile à une Adminiitration éclairée & sage,
qui se montre a découvert, de trouver des moyens
d établir des impôts pour fournir à ses besoins. Si les provinces que l'on veut soumettre au tarif, devoient rencontrer ces avantages dans son établissement, si ce tarif devoit seulement les laisser au
même point ou il les auroit trouvées; nul doute que
ces Provinces ne l'accu eilliflent alors avec transport*
Si"au contraire, il ne leur annonce que la langueur &
la misère, que doivent faire ceux qui sont chargés
de les représenter ? Peindre ce tableau avec franchiCe & simplicité à une Nation dont l'intention
ne peut être de les ruiner & de produire
cet effet sans aucune utilité pour elle : où asseoir
les impôts après leur ruine, lorsqu'épuisées de nu-
auroit trouvées; nul doute que
ces Provinces ne l'accu eilliflent alors avec transport*
Si"au contraire, il ne leur annonce que la langueur &
la misère, que doivent faire ceux qui sont chargés
de les représenter ? Peindre ce tableau avec franchiCe & simplicité à une Nation dont l'intention
ne peut être de les ruiner & de produire
cet effet sans aucune utilité pour elle : où asseoir
les impôts après leur ruine, lorsqu'épuisées de nu- (i) Indépendamment de cette position, il saut observer
que toutes les eaux de ces Provinces ont leur cours vers
l 'Etranger, & par conséquent facilitent leur commerce
avec lui, --- Page 196 ---
méraire , il ne leur restera qu'un sol sans culture »
des Villages déserts , des Villes sans industrie? Ce tableau n'est point chargé ; rien n'invite ces
Provinces à porter les objets de leur fabrication
dans l'intérieur du Royaume, Ci ce n'est les draps
destinés à l'habillement des troupes ; & les troupes/sont dans 'ces Provinces mêmes. Elles n'ont
aucune espèce de facilités pour leur transport
dans l'intérieur du Royaume , & la nature leur
en a donné pour transporter leurs productions
en Flandre, en Hollande , dans la basse & la
haute Allemagne , en Suide ; & cependant le tarif proposé à l'Assemblée des Notables grève
nombre de leurs productions d'industrie à leur
sortie à l'Etranger, sans grever, dans une proportion équivalente, celles qui en arrivent. Les matières premières , nécessaires aux manufactures naissantes de ces Provinces, sont grevées
de droirs qui apportent une gêne à leur entrée ;
d'autres de ces matières premières en paieront
d'assez forts pour les exclure. Il n'est pas parlé
des bestiaux vivans , des plombs , des étaims,
qui sont si nécessaires au commerce de ces Provinces : ce silence est effrayant > puisqu'il laisse
l'arbitraire. Plusieurs objets fabriqués dans ces
pays, dont ils font un grand commerce aux foires --- Page 197 ---
6i de basse - Allemagne , sont grevés de droits dè
sorcie, tandis que les fabrications étrangères de
même nature que celles de nos manufactures ,
sont grevées de droits trops legers à leur encrée;
enfin les droits établis par ce tarif semblent n'ayoir été nuances que pour aggraver les impôts. Le commentaire. du tarif, qui suit ce tableau
désastreux, mais vrai 1 doit achever de. convaincre que celui présenté à. l'Assemblée des Notables, par M. de Calonne, produiroit la ruine,non:-
seulement de ces, Provinces , mais encore de tout
le Royaume. ; ; . • Quel pourroit d'ailleurs être l'avantage pour la
Nation de reculer les barrières avant, l'expiration du bail actuel de la Ferme générale ? L'on
manque de toutes les données nécessaires pour
établir les changemens à, faire au bail , d'après le
tarif nouveau dont on va essayer l'effet ; les Provinces qui n y seront point enfermées, pourront,
d'ici à l'expiration de ce bail, spéculer elles-mêmes s 'il ne seroit pas de leur intérêt de demander le reculement à' leur frontière extrême.
Ne vaut-il pas mieux les convaincre si le tarif
doit leur erre utile , que les forcer d'adopter ée
qu'elles persistent à rejeter ? & si le tarif doit produite leur ruine , n'est-il pas préférable de ne
'effet ; les Provinces qui n y seront point enfermées, pourront,
d'ici à l'expiration de ce bail, spéculer elles-mêmes s 'il ne seroit pas de leur intérêt de demander le reculement à' leur frontière extrême.
Ne vaut-il pas mieux les convaincre si le tarif
doit leur erre utile , que les forcer d'adopter ée
qu'elles persistent à rejeter ? & si le tarif doit produite leur ruine , n'est-il pas préférable de ne --- Page 198 ---
[texte_manquant] pas la - consommer ? sur - tout cette opération
n'ayant aucun objet d'utilité réelle pour l'avantage du Royaume. Si l'on portoit la barrière au Rhin , comment
parviendroit-on à se défendre de la contrebande ?
Ce fleuve, semé d'isles, ne permettroit pas de
pouvoir empêcher l'entrée ni la sortie de toutes
les marchandises , sans payer des droits } & , il le
reculement des barrières étoit nécessaire, ne seroit-il pas préférable de placer la barrière au centre de l'Alsace, ce qui laisseroit la culture du
tabac à toute la partie de cette Province , qui y
est adonnée ? Comment parvenir à enfermer dans la barrière
le Comté de Bistche, entouré sur plus des trois
quarts de sa frontière de pays étrangers : une armée
de gardes n'empêcheroit pas la contrebande dans
ce pays couvert de forêts. En général , lorsque
l'on place une barrière , sa véritable position est
à quelques lieues de la frontière, afin de pouvoir surveiller l'arrivée de la contrebande : cette
règle doit s'observer bien plus' encore lorsque
la frontière présente des facilités pour son introduction. Mais - est-il nécessaire d'une barrière pour séparer un grand pays de l'Étranger ? son com- --- Page 199 ---
[texte_manquant] merce a-t-il besoin de cette protection ?♦ C'est v
ce que je ne crois pas ; j'imagine même que cette
vérité touche au moment de srapper par son évidence. Mon opinion particulière est que le
Royaume de France , s'il avoit une Marine conftituée comme elle devroit l'être, donnant une
prime & des matelots de la Marine militaire au
commerce des pêcheries, n'auroit pas même besoin d'interdire dans ses possessions en Europe ,
l'entrée des pêcheries étrangères : au surplus ne devroit-il y avoir que cet objet de commerce
qui seroit susceptible d'être sujet à des droits. Avec des Assemblées Nationales, encore quelques années, &: ces vérités ne seront plus problématiques. Je palTe donc à l'examen du tarif proposé à
l'Assemblée des Notables j & aux modisication.
qu'il est indispensable d'y faire. --- Page 200 ---
6"4 OBSERVATION S Sur les modifications à faire pour l' établissement du Tarif. Extrait de la colleclion des Mémoires
présentés à l' Assemblée des Notables ,
avec les changemens ou additions à y
faire. " - [ Tous les articles de cet Extrait font
marqués avec des guillemets , & lei;
réflexions de VAuteurfuivent. ] - DROITS D'ENTRÉE. « Lis droits d'entrée dans le Royaume sont fixés
» dans la première classe à un quart pour cent ;
» dans la seconde à deux & demi } dans la troi-
» sième à cinq , dans la quatrième à sept &
» demi; dans la cinquième à dix ; dans la sixième
» à douze peur cent.
[ Tous les articles de cet Extrait font
marqués avec des guillemets , & lei;
réflexions de VAuteurfuivent. ] - DROITS D'ENTRÉE. « Lis droits d'entrée dans le Royaume sont fixés
» dans la première classe à un quart pour cent ;
» dans la seconde à deux & demi } dans la troi-
» sième à cinq , dans la quatrième à sept &
» demi; dans la cinquième à dix ; dans la sixième
» à douze peur cent. » Tous ces droits ont été gradués sélon le plus * ou --- Page 201 ---
6S 1 Obsery. sur l'Administ. des Colonies. E » ou moins d'utilité donr peuvent être pour le
» Royaume les marchandises qu'il tire de l'E-
» tranger. « II devroit y avoir une septième classe , qui portâc les droits à quinze pour cent ; une huitième,
a vingc, & même à vingt-cinq pour cent sur certains objets, ainsi qu'il sera facile de le juger dans
le cours de ces observarions sur le tarif. Il est a
remarquer que les gradations qui ont été mises
sur différens objets, sont peu réfléchies , & ne
peuvent être que le résultat de la légèreté avec
laquelle le tarif présenté à l'Assemblée des Notables avoit été formé par l'Administrateur qui
étoit en place au commencement de cette AfTemblée ; ce dont on se convaincra facilement par ce
qui suit. « Ainsi, l'on a réduit au plus petit droit , à un
» quart pour cent seulement, les objets de lapre-
» mière classe, qui sont les matières premières de
» nécessité absolue pour nos manufactures & notre
» navigation , tels que les bois de construction , les
» munitions navales, les chanvres, lins, cotons ,
» laines, poils de toutes sortes , les ingrédiens
» servant aux teintures, aux papeteries, & autres --- Page 202 ---
» marchandises de même nature, dont on ne peut
» trop favori ser l'importation : on ne les auroit
« soumises à aucun droit d'entrés , si l'on n'avoit
» pas eu en vue } par cet assujettissement insensi-
» ble, de se procurer une connoissance exade de
» ce qui sera importé. 33 Rien n'est si sage que la disposition de cet arricle , mais l'on auroit dû. y comprendre les cuirs
en vert, si nécessaires aux fabrications de nos tanneries , que nous ne pouvons nous procurer
d'aucune de nos possessions coloniales : il est
cependant certain que le Rovaurne n'en fournie
pas la quatrième partie de ceux qu'il faudroit à
ses tanneries , quoique ce soi,t une branche de
commerce & de fabrication que le Gouvernement
devroit s'occuper à relever. L'Edit des cuirs y a
porté une atteinte mortelle ; & depuis cette époque , loin que l'on ait rien fait pour appliquer le
remède au mal, il semble que tout ait concouru
à l'aggraver ; surcharge nouvelle, aucun soin pour
procurer aux Tanneurs du tan de bonne qualité,
si précieux pour leur fabrication ; traités de commerce vicieux, qui n'ont rempli d'autre objet, sur
ce point, que d'achever de porter le coup mortel
aux tanneries : tel est le tableau exaét de cette
é une atteinte mortelle ; & depuis cette époque , loin que l'on ait rien fait pour appliquer le
remède au mal, il semble que tout ait concouru
à l'aggraver ; surcharge nouvelle, aucun soin pour
procurer aux Tanneurs du tan de bonne qualité,
si précieux pour leur fabrication ; traités de commerce vicieux, qui n'ont rempli d'autre objet, sur
ce point, que d'achever de porter le coup mortel
aux tanneries : tel est le tableau exaét de cette --- Page 203 ---
E x fabrication & de ce, commerce dans je Royaume (1). - Il faudroit aussi comprendre dans cette première classe, les terres & cailloux propres à raire
de la porcelaine & de la porterie : devroient être
au sri comprises dans cette première classe , les '
. cendres, les suifs ,. les cires jaunes, les peaux en
vert , si nécessaires au Royaume pour les différentes fabrications, &. dont les productions nationales ne pourront jamais fournir qu'une trèslégère partie. D'ailleurs, tous ces objets doivent
subir plusieurs préparations avant de pouvoir être
employés dans le commerce , & par conséquent
des mains-d'oeuvre qui enrichiroienc le Royaume. Les drogueries pour la médecine devroient
être dans cette même première classe : il paroît
inhumain de placer ces dons précieux de la na- (i) Pour avoir du tan de bonne qualité , il faudroit
que les Ordonnances des Eaux & Forêts autorisassent à ne
conper les arbres dont l'écorce est bonne pour les tanneries,
qu'à l'époque ad la sève y est au point, que les écorces ayenc
toute leur force ; seul moyen qui puisse procurer de bons
cuirs 5 & cette époque est à l'instant où la sève montante est
dans le corps de l'arbre , & où elle n'est point encore arrivée au point de faMe développer les feuille j. --- Page 204 ---
ture dans la quatrième classe , Se qu'un Gouvernement sage pense à se faire un tribut de ce qui
peut servir à rendre la santé aux hommes. Tous
les bestiaux vivans , comme chevaux , moutons,
bœufs , doivent être aussi rangés dans cette première classe. ' « Le droit fixé, pour la seconde classe , à deux
„> & demi pour cent de la valeur portera sur
» des objets utiles à l'industrie nationale, màis
x moins nécessaires que ceux de la première classe ,
» ou qui ayant reçu une première main d 'œuvre . « chez l'Etranger , méritent moins de faveur
: „ que les matières premières absolument brutes: ., tels sont les suifs, les cornes, les gommes,
„ les peaux & cuirs en vert, les cendres préparées,
» les soies , les cires jaunes, & autres matières de
» cette espèce. » - L'on vient de démontrer suffisamment combien il est vicieux d'avoir rangé les cuirs en vert
dans cette seconde .cl a (Te ; aussi bien que les peaux ,
les suifs Se les cires jaunes, qui sont dans le même
cas; car le Royaume ne peut pas en fournir la
dixième partie de ce qui est necessaire a sa consommation. Rien n'est mieux que de comprendre
les soudes Se les salins dans cette classe ; mais
les cendres devraient être renvoyées à la pre- --- Page 205 ---
69 I E 3 mière : les cornes , les gommes , les roies doivent y rester , & il faut y ajouter la cochenille & le bois de campèche si nécessaire à la teinture. « L'on a compris dans la troisième classe , pour
33 laquelle le droit est de cinq pour cent, les ob-
» jets dont on a un besoin moins effenciel, parce
» que le Royaume produit une grande partie de
« ce qui s'en consomme j tels que les aciers
» bruts, les fruits secs j les bois de marqueterie ,
es , les gommes , les roies doivent y rester , & il faut y ajouter la cochenille & le bois de campèche si nécessaire à la teinture. « L'on a compris dans la troisième classe , pour
33 laquelle le droit est de cinq pour cent, les ob-
» jets dont on a un besoin moins effenciel, parce
» que le Royaume produit une grande partie de
« ce qui s'en consomme j tels que les aciers
» bruts, les fruits secs j les bois de marqueterie , M les chanvres & lins apprêtés, les pelleteries non
» ouvrées, les cires blanches. »* Tous-les articles rangés dans cette classe y
sont placés avec justesse, mais ne devroit-on pas
y trouver aussi un jour l'indigo, lorsqu'une administration sage aura contenu à Sr.-Domingue
la rivière d'Arribonite dans un canal fournissant à
l'exportation & aux arrosemens des terres des
habitations, que l'on pourroit employer un jour
en sucreries, & qui aujourd'hui le sont en indigoterie ? « Dans la quatrième classe, le droit est porté
« à sept 8c demi pour cent, & on y a compris
» tous les. articles d'épiceries , les drogueries pro-
» pres pour la médecine, & autres objets qu'on
« ne peur pas regarder comme de première né-
» ceffité , qui, d'ailleurs , som principalement" à --- Page 206 ---
7<à 1 » rusage des gens aisés : les dénominations étant
» trop variées , on n'en citera aucune en parti-
» culier. » Il ne devroit y avoir de compris dans la quat-rième classe que les épiceries , parce qu'en effet
leur consommation est mal faine, cause la destruction de l'humanité, & ne sert qu'à réveiller
le goût de l'homme endormi dans la mollesse ,
& livré aux plaisirs de la table. Dans cette classe,
devroient être aussi compris les fers en barres & en
verges, non travaillés. « La cinquième classe , où est le droit de dix
»> pour cent de la valeur , comprend tous les
» objets de fabrique étrangère, qui, entrant-en
» concurrence avec les obiets de même nature
" qui se fabriquent dans le Royaume, parois-
» fent dans le cas d'être chargés d'un droit plus
» considérable ; tels que l'argent trait & filé ,
» l'orfévrerie & laxbijouterie , les beures salés &
« fondus, les fers en barres & en verges , les
& fils de chanvre , de lin & de coton, les laines
» filées , les huiles, les vins étrangers. » Les fers en barres & en verges, rangés dans
cette classe , sont chargés d'un droit trop considécablè , le Royaume n'en fournissant pas une
assez grande quantité pour sa consommation ; --- Page 207 ---
7 i E 4 une semblable disposition ne peut rendre qu'à "
faire ouvrir un plus grand nomble de mines
de fer , dont l'exploitation n'auroit d'autre objet
que d'amener la destruction plus prompte des
forêrs. Je pense qu'il faut les ranger dans la quatrième classe : peut-être faudroit-il même qu'ils
susTent dans la troisiéme , jusqu'a l'époque où
ayant ouvert des houillères considérabies , l'on
auroit pris l'usage de déphlogistiquer la houille , de
manière à l'employer pour la fonte de ce métal.
Quant à la bijouterie, à l'orfévrerie , a l'argent
trait & filé , la perfection de cette main-d'œuvre v
dans le Royaume, le grand nombre d'ouvriers
qui y sont,employés , le bénéfice de ce commerce,
devroient décider à les ranger dans une seprième'
classe , où il paieroit quinze pour cent.
uroit pris l'usage de déphlogistiquer la houille , de
manière à l'employer pour la fonte de ce métal.
Quant à la bijouterie, à l'orfévrerie , a l'argent
trait & filé , la perfection de cette main-d'œuvre v
dans le Royaume, le grand nombre d'ouvriers
qui y sont,employés , le bénéfice de ce commerce,
devroient décider à les ranger dans une seprième'
classe , où il paieroit quinze pour cent. « Enfin la sixième classe, où le droit s'élève à
« douze pour cent de la valeur , ne comprend que
» les objets dont, pour l'avantage de l'industrie
» nationale, il est ellentiel de restreindre encore
» l'importation : ce-s objets sont principalement
» les ouvrages de bonneterie , chapellerie , les
« toiles , les étosfes de laine j de coton ci de soie
» de tomes sortes, les papiers & cartons, les
» fViences & porcelaines , les aciers & fers fà-
» çonnés , les clincailleries & merceries , les --- Page 208 ---
7 1 »> peaux & cuirs tannés & apprêtés , les pelleteries
» ouvrées, les productions de la pêche étrangère,
» les eaux-de-vie & les savons ». L'on a rangé dans cette classe les chapelleries;
on y a confondu les toiles communes & fines ,
les étoffes de laine des deux qualités , communes
& fines, les aciers & fers façonnés , les peaux &:
cuirs tannes & apprêtés, les objets de la pêche
étrangère , les eaux-de-vie : preuve incontestable
du peu d'attention donnée à la manière dont a
etc formé le tarif. Les toiles communes , les
draps communs , les chapelleries devroient être
rangés dans ce qui formeroit la septième classe,
& payer quinze pour cent : il en devroit être de
même des papiers fins , des aciers & fers façonnés. Quant aux productions de la pêche étrangère , les eaux-de-vie, les cuirs , les étoffés de coion , devroient être rangés dans une huitième
classe qui paierait vingt pour cent. Les' objets que je propose de placer dans la
septième classe , ont leurs matières premières à
très vil prix chez les Anglois: leurs mains-d'œuvre y sont simplifiées à un tel point, qu'ils peuvent les donner à un prix qui détruira toute concurrence contraire à l'extension qu'ils donneront
à ces branches de commerce. L'on en a déjà au --- Page 209 ---
la trisse expérience. Quant aux objets que l'on
propose de placer dans la huitième classe , il est
inconcevable qu'un Administrateur qui auroit dû
avoir pour objet d'étendre les pêcheries du Royaume j se soit appliqué, en ne mettant que douze
pour cent de droits sur les pêcheries étrangères,
a faire tomber celles de la France , randis qu'elles
doivenr être l aliment de son commerce dans les
commerce. L'on en a déjà au --- Page 209 ---
la trisse expérience. Quant aux objets que l'on
propose de placer dans la huitième classe , il est
inconcevable qu'un Administrateur qui auroit dû
avoir pour objet d'étendre les pêcheries du Royaume j se soit appliqué, en ne mettant que douze
pour cent de droits sur les pêcheries étrangères,
a faire tomber celles de la France , randis qu'elles
doivenr être l aliment de son commerce dans les Colonies , & lui sournir la meilleure & la plus
nombreuse espèce de matelots (i), pour sa Marine
militaire pendant la guerre. ( i ) L'espèce de matelots des pêcheries est d'autant plus néceflaire à augmenter, qu'au premier coup de canon qui
se tire dans une guerre, les Nations qui y prennent part ne
peuvent plus avoir de pêcheries que sur leurs côtes, que par
consequent la plus grande partie des Matelots de ce commerce reviennent nécessairement à la Marine royale. L'Angleterre, convaincue de cette vérité, s'est conduite par des
principes bien différons de ceux de nos Administrateurs, en
excluant du commerce de leurs Colonies les Américains , &
donnant des primes pour encourager les pêcheries : tel à
été le premier soin de l'Angleterre à la paix , mais les Adminiflratcurs de ce pays ne demandent pas aux Colons
si l'état des paysans efl heureux à Cayenne. Si un jour l'on
parvient à avoir un Administrateur assez homme d'Etat,
assez aimant le bien , pour donner à son pays une Consti- --- Page 210 ---
74' Les peaux & cuirs tannés & apprêtés , qu'en
France, par le droit de marque, l'on a -grevés d'un
impôt destructeur , devroient au moins payer a
leur entrée un droit de vingt pour cent , composant une huitième classe j à peine dans cct insrant pourra-t-il mettre les tanneries du Royaume
(détruites par la mauvaise administration précédente ) à même de pouvoir soutenir la concurrence des tanneries étrangères. Quant aux cuirs
façonnés en bottes & souliers , ils devroienr être
rangés dans une neuvième classe , qui paisroic
vingt-cinq pour cent. Si l'on ne prend ces mo yens,
ron peut prédire d'avance que la France sera
réduite à voir déserter les ouvriers de ses Villes
• & de ses Manufactures ; ses richesses , absorbées
par l'Angleterre, la mettront a même de lui faire
une guerre qui lui enlevera ses Colonies , seules
traces de la grandeur de puissance à laquelle
la France auroit dû arriver , qui aujourd'hui même
vième classe , qui paisroic
vingt-cinq pour cent. Si l'on ne prend ces mo yens,
ron peut prédire d'avance que la France sera
réduite à voir déserter les ouvriers de ses Villes
• & de ses Manufactures ; ses richesses , absorbées
par l'Angleterre, la mettront a même de lui faire
une guerre qui lui enlevera ses Colonies , seules
traces de la grandeur de puissance à laquelle
la France auroit dû arriver , qui aujourd'hui même tution maritime , qui rende impossible à l'Angleterre les
moyens de réaliser son ambition de régner sur les mers ,
l'on auroit de grands moyens par cette Constitution , d'étendre les pêcheries , de manière qu'aucune Nation ne
pourroit entrer çn concurrence, pour ce commerce, avec la
France. --- Page 211 ---
75' ne font dans ses mains qu'un moyen sans effet. Les
Anglois, depuis la paix , ont eu soin de les fournir de Nègres qui en onc augmenté les cultures ,
en en Portant tout l'argent que la guerre dernière y avoir' lai (Té. Cette foute est le résultat de
1 ignorance de l'Administrateur qui l'a permis,
pour éviter l'inconvénient de la tutelle où le commerce tenoit les Colonies Françoises : en effet
profitant de l'exclusif de ce commerce » qui lui
etoit réservé , il ne portoit des denrées de toute
espèce nécessaires à ces Colonies > que ce qu'il en
falloir pour en maintenir le prix très-haut. Saisie
de cet inconvénient , l'Adminiitration a permis
au Commerce Anglois de porter des Nègres dans
nos Colonies , en payant 300 liv. de droit par
nègre : qu'en est-il résulté ? que les différentes
Places de commerce d'Angleterre ont spéculé
qu'en envoyant des petits vaisseaux à la côte, de
GuiÚée, qu'en les doublant en cuivre peur accélérer leur marche, ils pouvoient réunir le double avantage de compléter plus vite leur cargaison ,
d-e perdre moins de ces esclaves Africains, que
l ennui des longues traversées , des longues
attentes détruit, & dans-le choix desquels ils:
étoient moins difficiles que nos Négocians. Ces
spéculations leur rendoient leurs nègres moitié --- Page 212 ---
7 e' moins chers \ ils les vendoient à vil prix, en
étoient payés comptant ne s'inquiétant pas du
reproche , se doutant bien qu'un semblable régime ne pouvoit être long. Le Commerce François , étonné d'un tel parti, a long-temps fait entendre ses plaintes sans être écouté ; enfin l'instant est venu où la surdité de l'Administration
a. été forcée de chercher un remède an mal qu'tlle
avoit produit : elle a accordé en prime au Commerce François j ce qu'elle faisoit payer en droits
au Commerce Anglois. A cette époque les Colons étoient sans moyens pour acquitter les nègres qu'on leur portoit ; & alors les habitations
infectées des mauvais nègres qu'elles avoient reçues , qu'elles reçoivent encore , & qu'elles payent
en envoyant dans des barques leurs sucres & cafés
aux vaisseaux anglois , louvoyant aux vents des
Colonies, pendant les nuits longues que l'on a
dans ces climats, ne pouvoient plus payerles nègres
que fournissoit le Commerce François.
étoient sans moyens pour acquitter les nègres qu'on leur portoit ; & alors les habitations
infectées des mauvais nègres qu'elles avoient reçues , qu'elles reçoivent encore , & qu'elles payent
en envoyant dans des barques leurs sucres & cafés
aux vaisseaux anglois , louvoyant aux vents des
Colonies, pendant les nuits longues que l'on a
dans ces climats, ne pouvoient plus payerles nègres
que fournissoit le Commerce François. Pendant que les Anglois pourvoyoient nos Colonies de nègres j les Américains les approvisionnoient de farines, & des denrées qui leur étoient
nécessaires: que revoit-il au Commerce de France?
a porter dans les Colonies quelques barriques de
vin , quelques objets de luxe , dont les Négo- --- Page 213 ---
cians avoient peine à se défaire, & plus'encore,
à former la cargaifbn qui devoit faire leur retour
L'on avoit, aux mêmes époques , élevé une Compagnie des Indes d'agioteurs qui avoient détruit les espérances & les spéculations des grands
ports du Royaume , qui à la fin de la guerre dernière j spéculant que les grands navires qu'ils
avoient construits dans ce même temps jour profiter des convois & porter dans nos Colonies les approvifionnemens nécessaires, leur servir^e&Ê^^
faire le commerce de l'Inde maiç déçu&^^etfe^
espoir par l'établissement de la Gompa®j2^l^c^
nom , ont voulu s'en servir pour le cWimerce/^
des Antilles ; & par les raisons que je
développer , l'usaçe de ces vaisseaux a produi^ïïœ^sE' ruine en ralentissant trop leur retour , & en abforbant par-là leurs bénéfices. Sans avoir prévu la
cause de tant de maux, l'Administration sommeillante s'est enfin décidée à établir des domaines
commandés par des Officiers de la Marine Royale,
pour détruire la contrebande 3 que le commerce
étranger & destructeur , qu'elle avoit introduit,
produisoit. Prévoyant les fautes qui pouvoient être cornmises, Tentant la nécessité de mettre en garde les
Administrateurs contre les maux que de sembl^- --- Page 214 ---
bles fautes pouyoient produire , je m'érois occupé
de former un mémoire que j'ai remis à la fin de
/ 1783 Se au commencement de 1784, à M. le
/ Comte de Vergennes & à M. le Maréchal de
Castries., dans lequel je développons les besoins
des Colonies Francoises , les moyens d'y pourvoir , en éclairant le commerce national, en balançant le commerce étranger par des droits qui ,
laissant pencher la balance ,pour les Négociait
François , ne seroiqnt pour eux qu'un stimulant ,
mais en empêchant la contrebande des les premiers instans par les domaines accompagnés de
barques , qui , par la gêne qu'elles auroient apportée au commerce étranger, n'en n'auroient fait
qu un point d émulation pour le Commerce François. Qu 'est-il résulté "de l'omission ? les maux acCablans que je craignois , la ckûte totale du commerce 3 il n'y avoir pas , dans les mois de Mai &
Juin 1787 y vingt-cinq vaisseaux en construction
dans les ,ports de commerce du Royaume &
c'est après tant de maux accablaas dont on vient
de faire le tableau fidèle, qu'un Administrateur
en démence propose un tarir qui doit effectuer
la ruine du commerce déjà commencée ! L'on ne
peut rien dire de trop fort : il faut que le tableau
vrai que l'on vient d'esquisser, soit assez frap-
totale du commerce 3 il n'y avoir pas , dans les mois de Mai &
Juin 1787 y vingt-cinq vaisseaux en construction
dans les ,ports de commerce du Royaume &
c'est après tant de maux accablaas dont on vient
de faire le tableau fidèle, qu'un Administrateur
en démence propose un tarir qui doit effectuer
la ruine du commerce déjà commencée ! L'on ne
peut rien dire de trop fort : il faut que le tableau
vrai que l'on vient d'esquisser, soit assez frap- --- Page 215 ---
pant , pour imprimer la terreur , seule capable
d'être le salut de la France. CI Une septième classe , où les objets compris
» paieront quinze pour cent «?. Les objets compris dans cette classe seront
assujettis à un droit de quinze pour cent, puifqu'en effet, à peine avec un tel droit, pourrontils soutenir la concurrence des objets de ce genre
fabriqués en Angleterre , & chez nos Voisins,
la bijouterie, l'orfévrerie , l'argent & l'or trait &
filé, de même que les chapelleries , les toiles
communes, les étoffes de laine commune, les
aciers façonnés & apprêtés , les papiers fins , les
eaux-de vie. « La huitième classe est composée d'objets
» dont l'importation doit avoir un plus difficile
33 accès , comme nuisant plus aux manufactures
» nationales , déjà grevées de grands droits ». Les objets qui paieroient vingt pour cent, devroient être composés des peaux & cuirs tannés,
de la pêcherie étrangère & cassonnade non-terrée. « La neuvième classe doit être composée d'obM jets dont les matières premières grevées, dans le
» Royaume, de grands droits, ont reçu upe
» main-d'œuvre chez l'Etranger". Cette neuvième classe , enfin, devroit êrre com- --- Page 216 ---
1 8o posée des cuirs façonnés en bottes & en souliers,
de même que des draperies en tous genres façonnées, des peaux façonnées en gants & culottes. Il ne devroit y avoir de proscription que pour
les toiles de coron peintes , le café j mais toutes
espèces de toiles & marchandises arrivantes de
l'Etranger, qui sortiroient du Royaume revêtues
d'un plomb const itant qu'elles ont payé le droit
à leur entrée , se verroient rendre ce droit à un
demi pour cent près, qui constareroit leur sortie. Que'si , enfin, ces objets avoient reçu une façon nouvelle dans le Royaume, affinée par une
marque misse dans le lieu où elle au roit été donnée , & qui coûteroit un demi pour cent ; alors,à
leur sortie , outre les droits rendus , l'on accorderoit une prime d'un pour cène ; de cette règle
seroient exceptés tous les sucres regardés comme
marchandises coloniales, & par conséquent étrangères } mais lorsque le sucre auroit été rafiné en
France à la seconde période, & qu'il seroit réputé
seconde qualité , l'on rendroit , à la sortie du
Royaume, tous les droits perçus à son entrée sur
cette marchandise coloniale , même ceux du domaine d'Occident.
us , l'on accorderoit une prime d'un pour cène ; de cette règle
seroient exceptés tous les sucres regardés comme
marchandises coloniales, & par conséquent étrangères } mais lorsque le sucre auroit été rafiné en
France à la seconde période, & qu'il seroit réputé
seconde qualité , l'on rendroit , à la sortie du
Royaume, tous les droits perçus à son entrée sur
cette marchandise coloniale , même ceux du domaine d'Occident. « Quant aux articles dont l'introduction est
» prohibée, ils se réduisent aux productions coloniales , --- Page 217 ---
1 81 Observ. sur l'Aminis. des Col. î ù Ion laies étrangères, & aux toiles de coton
» peintes » ' ' Il parole juste que la France, qui fait de grandes
dépenses pour le soutien d'aussi belles Colonies
que celles qu'elle possède aux Antilles, prôscrive
l'entrée des cafés étrangers , même des sucres ,
lorsqu'ils sont une fois terrés. Quant à la cassonnade non-terrée, qui est obligée de subir plu-
' sieurs fabrications après son entrée > & qui, après
'ces fabrications & les droits qu'elle auroit payés,
ne pourroit pas circuler dans le Royaume & y soutenir la concurrence de celle de nbs Colonies, par
les droits auxquels elle auroit été assujettie à soh
entrée , la France doit en permettre l'entrée aux
'Provinces qu'elle enferme dans la barrière depuis
'Thion ville jusqu'à Strasbourg. L'éloignement de
ces points jusqu'aux anciennes barrières, laisse cet
a6te de justice sans inConvéniens pour les Finances. Il en est de même- pour l'indigo , qui devroit être rangé dans là sixième clalle , par la
~ faison que nos Colonies en fournissent trop peu
•pour la consommation du Royaume, & qu'il se
roit très-avantageux au Commerce & au Royan"
me , que les terres employées à en produite à
* Saint-Domingue le fussent à produire des sucres ;
' ce qui double roit la richefife de la partie de --- Page 218 ---
Si cette Colore ^ qui est située le long de là rivière d'Artibonite. L'entrée de la Cochenille ne
,doit pas, par la même raison , être défendue,
& sans doute elle est comprime dans les droits placés au premier article de ce Tarifs sur les ingrédient de teinture , puisque nous ne pouvons nous
procurer de cette teinture précieuse que par le
commerce r & qu'en nous la procurant aveç des
droits modérés * ce seroit mettre les manufactures
qui s'établiroient dans ce pays, à portée de teinjdre elles-mêmes leurs cotons en rouge ; ce qui
.leur se-roit un grand avantage. Il devroit en être
fde même du droit sur le bois de Campêche: toqs
.ces objets devroient avoir leur entrée sur toute
l'étendue de la frontière du Royaume ; on ne devroit comprendre dans les prohibitions que les
-toiles de coton peintes. « Les sucres, cafés & autres produ&ions de nos
Çolonies , continueront de payer les droits du
,P domaine d'oçcident. » Rien n'est plus juste que les Colonies dont la
protection coûte autant au Royaume, payent un
droit sifr leurs marchandises ? rien n'est mieux vu
que de leur faire payer ce droit loin du Colon
qui i par cette disposition , ne croit rien payer i on
devroit même l'augmenter, en lui portant, avec
de moindres droits , tout ce qui peut flatter sou
& autres produ&ions de nos
Çolonies , continueront de payer les droits du
,P domaine d'oçcident. » Rien n'est plus juste que les Colonies dont la
protection coûte autant au Royaume, payent un
droit sifr leurs marchandises ? rien n'est mieux vu
que de leur faire payer ce droit loin du Colon
qui i par cette disposition , ne croit rien payer i on
devroit même l'augmenter, en lui portant, avec
de moindres droits , tout ce qui peut flatter sou --- Page 219 ---
[texte_manquant] F * goût, ainsi que tous les objets nécessaires a sa subsistance. C'est d'après ce principe que les droits
des Colonies sont fixés eri Angleterre. DROITS DE SORTIE, « L'on a suivi les mêmes principes pour
» terminer la fixation des droits de sortie : « seront plus- considérables Air lés objets qu'il
» est de l'intérêt national de retenir * & plus
i, modérés sur ceux qu'il est avantageux d'exi
porter ; ainsi le droit ne sera que d'un quart
» pour cent, sur tous les ouvrages de nos faM briques & manufactures, sur les productions
» territoriales, dont le Royaume a plus qu'il
» n'en consomme ; sur les produits- de la pêches;
» les eaux-de-vie, les fromages & autres objets
n de ce même genre i doiit la première classe est
h compGsée. » Rien n'eût été mieux que l'observation de ce
qui est annoncé par cet article \ comme rien n'est
jplus contraire à tous les principes, à l'extension du
commerce , que ce qu'a réalité l'Administrateur
qui a formé ce tarif. Un tarif, pour être juste ,
pour etre utile , ne doit avoir pour objet que
d'étendre le commerce , en facilitant l'industrie
dès Nations > e non le but fiscal que s'est proposé --- Page 220 ---
F4 celui-ci , & dont le résultat ne peut être que
d 'étouffer l'industrie , la culture , & d'arrêter toutes spéculations. Il est facile d'augmenter les revenus d'un Royaume j lorsqu'on trouve le moyen
d'y faire circuler l'or à grands flots ; c'est ce
qu'une Administration sage produiroit sur un aussi
beau sol que le nôtre : une Administration erronée , au contraire , tarit & dessèche jusqu'aux
sources les plus abondantes de richesses \ cette
administration étoit celle de la France. D'où pouvoit
naître une semblable erreur, dans un Royaume
où il y avoit beaucoup d'hommes éclairés ? C'est
qu'en France on comptoir autant d'autorités royales qu'il y avoit de branches de revenus fiscales ;
qu'aucune de ces autorités ne vouloit céder l'une
à l'autre; que toutes tendoient sans celle à augmenter la portion de la royauté qui leur étoit
confiée, pour étendre en même temps leurs gains;
que des Arrêts du Conseil perpétuellement rendus à la réquisition d'un seul homme , formaient
le labyrinthe inextricable de cette autorité , où
l'Administrateur des finances lui-même s'égaroic .
sans pouvoir trouver de fil qui put le guider.
Il ne faut pas se le dissimuler, la Ferme générale,
la Régie générale, les droits réunis, voilà les
montres qu il falloir terrasser. On n'a qu'à confier
tout ce qui est du l'essort des Provinces aux Adminis-
du Conseil perpétuellement rendus à la réquisition d'un seul homme , formaient
le labyrinthe inextricable de cette autorité , où
l'Administrateur des finances lui-même s'égaroic .
sans pouvoir trouver de fil qui put le guider.
Il ne faut pas se le dissimuler, la Ferme générale,
la Régie générale, les droits réunis, voilà les
montres qu il falloir terrasser. On n'a qu'à confier
tout ce qui est du l'essort des Provinces aux Adminis- --- Page 221 ---
F 3 . trations provinciales, pour en faire le recouvrement
'& la rentrée j elles trouveront bientôt le moyen de
Amplifier toutes ces perceptions; & laisser à une
seule compagnie, composée de douze membres ,
la ferme des tabacs, les entrées de Paris & des
Villes (i) , les barrières du Royaume. ' L'on peut Initier dans cerre classe les objets qui
y sont compris ; mais il faudrait y ajouter les bois
de construction de la Lorraine & des Evêchés ,
les bois daHollande, dont la Marine Françoise ' J ne peut & ne veut pas se servir, vu leur qualité
inférieure ; la bijouterie , l'orfévrerie , les modes,
les cuirs tannés , les épiceries; tous les objets
tires de l'Etranger , qui ont ,payé des, droits à
leur entrée , qui à leur sortie pour retourner chez
l'Etranger, devroienc recevoir la totalité du droit
perçu à leur entrée, conformément à la facture
Se au plomb dont ils porreroienr encore l'empreinte; Se si ces obje:s avoient été façonnés &
qu'ils eussent des certificats des douanes des Villes
ou ils auraient été façonnés, comme l'ayant été
avec des étoffés ou matières venant de l'Etran- (.I) Si l'on propose de laisser les entrées des Villes
à une Compagnie., c'est pôur empêcher les exceptions de
faveur , qui ne manqueroient pas de s'introduire > s'il en
étoit autrement. --- Page 222 ---
¥■ ger, que ce certificat fût visé par le Bureau intermédiaire du Distriét, ils reçussent avec la to*
talité du droit perçu à l'entrée, une prime d'un
four cent à leur sortie. « Dans la seconde classe, où le droit est fixé
» sur le pied de deux & demi pour cent de la
valeur, on a compris les objers de fabrication
# nationale , qui n'ont reçu qu'une première
v main-d'œuvre ; tels que les cuivres & les fers
» à demi-façonnés, les drogueries., épicer.esj Se
$ autres productions étrangères qui ont paye un
droit d'entrée 3 l'orfèvrerie , bijouterie, & autres
« objets au débit desquel.s un droit aussi modique
» ne paroît pas po.uvoir mettre obstacle. » Cette seconde claue ne devroit comprendre que
les cuivres & les fers à demi-façonncs j il est de.
!,a plus grande inconscquence de charger de
droits la bijouterie Se l'orfèvrerie > que l'1 Etranger
s'occupe sans celse à repousser : on pourroit cependant y lai tier aussi. les drogueries & les épiceries , & y ajouter les bois de teinture moulus. « La troisième classe est composée des articles
» qui3 par l'utilité dom ils sont pour l'Etranger
y ont un débit a (fez assuré pour qu'on puisse a
» sans inconvénient, les assujettir à un droit de
;* cinq pour cent de la valeur, tels que le bray
'occupe sans celse à repousser : on pourroit cependant y lai tier aussi. les drogueries & les épiceries , & y ajouter les bois de teinture moulus. « La troisième classe est composée des articles
» qui3 par l'utilité dom ils sont pour l'Etranger
y ont un débit a (fez assuré pour qu'on puisse a
» sans inconvénient, les assujettir à un droit de
;* cinq pour cent de la valeur, tels que le bray --- Page 223 ---
[texte_manquant] F « » gras & liquide, les bois de teinture moulus,
H les fils de lin, de chanvres retorts, ceux de
a coton & de laine , les huiles & les modes. » Comment un Administrateur ose-t il, dire a
une Assemblée de Notables d'une Nation, que
les modes sont asses unies à l'Etranger , pout
pouvoir être chargées d'un drôit de tânq pour
cent ? Ces superftuités sont en effet l'objet de la
folie de ces étrangers _,. mais la' sagesse dés Gouvernemens s'occupe sans cesse à l'es repousser, fit
les entraves qu'ils mettent à leur actes : elles doivent donc , à juste titre , être mises dans la première cl a sse, , & ne payer qu'un quart p0ur cent.
L'on peut for tir de cette même classe les bois
de reinture moulus , puisqu'ils ont d'éjà. reçu une
préparation nouvelle , qui- dok engagea fë Gou- /
vernement a encourager leur exportation « Dans la quatrième classe » où lè droit est
» porte a douze pour cent , on a compris les ma-
» tières premières qü'il est important- d4 réserver
M pour nos manufactures , & dont: en consé-
» quence, on doit éviter de trop favoriser la
m sortie j mais qui ne1 pouvant être considérées
» comme produirions territoriales < ou comme
>* objets d'échange des articles qWi' nous sont
M fournis par l'Etranger, méritent cependant d'ob- --- Page 224 ---
'88 » tenir quelque libërté à l'exportation : ces objets
» iont les laines non filées , les peaux & cuirs
» secs & en vert, les matières premières nécessai-
» res pour les teintures & les corons bruts, sauf, à
l'égard de ce premier objet, de modérer le
» droit de sortie momentanément, & jusqu'à ce
?> que les. progrès de nos manufactures leur en
p fassent employer la totalité. » - Dans cette classe ne devroient être compris ni
les laines, ni les laines filées sous quelques dénominations que ce soita ni les peaux , ni les
-cuirs secs & en vert ; les corons seulement pour
un temps, les cotons filés devroient seuls y être
compris j ainsi que les ingrédiens pour les teintures j qui ne sont ni cochenille ni indigo; l'on
va comprendre avec facilité jusqu'à quel point
il est hors de toute raison de porter les peaux Se
les cuirs çn vert dans cette classe.
être compris ni
les laines, ni les laines filées sous quelques dénominations que ce soita ni les peaux , ni les
-cuirs secs & en vert ; les corons seulement pour
un temps, les cotons filés devroient seuls y être
compris j ainsi que les ingrédiens pour les teintures j qui ne sont ni cochenille ni indigo; l'on
va comprendre avec facilité jusqu'à quel point
il est hors de toute raison de porter les peaux Se
les cuirs çn vert dans cette classe. La France n'a pas le quart des peaux nécefsaires pour la fabrication de ses tanneries ; quoique cette fabrication cette espèce de manufacture y soit presque nulle, an grève les peaux
& cuirs en vert de deux &: demi pour cent à
leur entrée, de douze pour cent à leur sortie ,
ce qui fait quatorze & demi pour cent; & le droit
de manque des cuirs façonnés dans le Royaume , --- Page 225 ---
H s'élève à quinze pour ce nr. Avec. de tel les ope rations , comment se peut - il qu'il puisse exister
çn France un seul Tanneur ? Il y a un demi pour
çent à gagner à n'y pas laisser une peau ; & remarquez que ces peaux & cuirs tannés entrant
dans le Royaume , ne payent , d'après le Tarif
proposé , qu'un droit d'entrée de douze pour cent,
tandis que ceux façonnés dans le Royaume en
payent quinze : je demande ,où il faut placer un
Administrateur qui a la folie de proposer à l'élice d'une Nation, assemblée , un semblable plan
forti de sa plume. Les peaux & cuirs en vert doivent être assujettis à un droit de vingt pour cent
à leur sortie ; les laines non filées , au mêms
droit de vingt pour cent; & lès laines filées, à un
droit de quinze pour cent. « L'extrême dispropartion qui se trouv centre tes
J? qualités &c les prix des différens vins du crû dm
» Royaume, & notamment de ceux de la Guienne,
» n'a pas permis de les classer en raison de leur
« valeur ; mais quant à ces derniers, ils peuvent
» être considérés comme rangés entre la classe de
» cinq pour cent, & celle de douze. Le droit fixé
» à treize livres dix sols n'en: pas augmenté sur les
vins de la Sénéchaussée de Bordeaux , qui fonr
» d'une qualité supérieure ; il est coii si durablement
\ --- Page 226 ---
[texte_manquant] « diminue sur ceux du pays haut, qui sont d'une
» qualité inférieure ; le droit est baisse d'un quarz
" sur les viris de Bourgogne & de Champagne;
» il est si médiocre sur les autres- vins du Royaume,
* qu'il ne peut aucunement préjudicier à leur
» exportation. « II peut y avoir une raison politique, en effet,
pour laiiTer subsister des droits sur la sortie des
vins dans les Provinces Méridionales sur-tout ;
la certitude de cerce récolte 5 ion abondance * se.
roient sans cela abandonner la culrure de tous les
grains, pour s'adonner à celle de? vins ; la qualité des vins supérieurs de Bourgogne & de ChamPaS ne, peur aussi les rendre susceptibles du paiement de ces droirs : mais pour les vins des Evêches , du Barrois, de Lorraine, de l'AIface même,
n'crant pas de qualité à pouvoir être grevés d'aucun droit à leur sortie * ils ne devroient être assujetris qu'au droit modique d'un quart pour cent ;
& n le reculemenr des barrières avoir lieu , les
vin; de Bourgogne de de Champagne ne devroient
point être grevés d'un droit plus fort à leur sonie A
que les vins de ces Provinces.
ces droirs : mais pour les vins des Evêches , du Barrois, de Lorraine, de l'AIface même,
n'crant pas de qualité à pouvoir être grevés d'aucun droit à leur sortie * ils ne devroient être assujetris qu'au droit modique d'un quart pour cent ;
& n le reculemenr des barrières avoir lieu , les
vin; de Bourgogne de de Champagne ne devroient
point être grevés d'un droit plus fort à leur sonie A
que les vins de ces Provinces. « Les vins du cru du Royaume obtiennent d'aif-
» leurs une grande faveur, lorsqu'ils sont destinés
sur la consommation du Royaume , attendu --- Page 227 ---
[texte_manquant] » que Ton fuprime tous les droits de circulation
» intérieure, qui- font presqn'aussi considérables
j, que ceux de sortie." Il n'est rien à objecter à cet article, qui est la vérité : mais cette disposition pour la Lorraine & les
Evêchés , fourniroir bientôt un prétexte pour im7
poser des droits sur les vins de ces Provinces, qui
deviendroiçnt l'entrepôt des vins de Bourgogne &
de Champagne , si l'on ne mettait pas leur droit
de sortie au même taux que ceux des Provinces
que l'on enfermeroit dans la barrière, «« Enfin , il est des objets dont l'exportation ne
» pourroit avoir, lieu qu'en détruisant des manufacM tures , &: en diminuant l'industrie nationale ; on
» a cru en conséquence, devoir eu prohiber l'ex-
$ portation ; de ce nombre sont les bois de cons-
« truction , les chanvres litis , les fils de lin ou
» de chanvre , bis ou écrus-, les poils ÔC peaux
»> de lièvre , de-lapin & de chèvre ; les soies, les
» soudes, &: cendres, les suifs ^ les vieux linges de
» autres articles. » - Quant aux bois de construction de la Province
de Lorraine, des Evêchés , d'AI sace la prohibition
de leur exportation en Hollande ne potirrpit tendre
qu'à bisser pourrir ces bcis dans les forêts , sans
utilité pour le Royaume j la, marine marchander --- Page 228 ---
même ne voulant en employer aucun , leus
qualité étant reconnue très-inférieure. Le ,pied cube
de ce bois ne pèse que 40. à 45 livres, pendant
que celui des Provinces Méridionales (de Provence, par exempte ) pèle jusqu'à 110 livres le
pied cube j en Languedoc, en Guyenne , dans le
Roussillon » 75 livres ; dans le Charolois & le
Nivernais., 60 livres. Il est donc de l'intérêt de la
France de ne pas gêner l'exportation de ce bois ,
qui fournit une branche de commerce à cette partie du Royaume, & y attire l'argent de l'Étranger :
le reste des articles compris dans cette classe , &
dont la prohibition est prononcée . l'est avec
justesse., Proposition des additions nécessaires à faire au
Tarif: Il devrait y avoir une cinquième classe , où les
droits seraient portés à quinze pour cent , & dans
cette c la fie devraient: être comprises les laines
filées-seulement. Il devrait y avoir une sixième classe , où les
droits de sortie seraient portes à vingt pour cent ;
& dans cette classe devraient être compris les peaux
& cuirs en vert, & les laines de quajité com- --- Page 229 ---
1 y* -
des additions nécessaires à faire au
Tarif: Il devrait y avoir une cinquième classe , où les
droits seraient portés à quinze pour cent , & dans
cette c la fie devraient: être comprises les laines
filées-seulement. Il devrait y avoir une sixième classe , où les
droits de sortie seraient portes à vingt pour cent ;
& dans cette classe devraient être compris les peaux
& cuirs en vert, & les laines de quajité com- --- Page 229 ---
1 y* - mune. Ce ne pourroit être qu'un tarif dirigé
<• tomme celui dont on vient de tracer le plan , qui
pourroit être accepté par les Provinces que l'on
se propose d'y assujétir : là destruction de la Forai ne,
& l'établissement d'une libre circulation dans l'inténeur du Royaume , seroient une bien légère indemnité du sacrifice que feraient les propriétaires 4
& le commerce de ces Provinces, à l'accroissement
qui en résulteroic pour les finances du Royaume,
qui seules éprouveraient l'avantage d'une semblable opération. La ruine de ces Provincesseroit consommée, si,
avant de porter les barrières à la frontière extrême
du côté de l'Etranger, l'on ne commençoit pat
convertir la Gabelle, dans tout le Royaume, en une
imposition personnelle, calculée sur la plus-value
du prix qu'auroit le sel marchand, sur le prix actuel du sel dans chaque Province : sans un changement semblable , il est impossible que le tarif porté
à la frontière extrême du Royaume , ne consomme
pas la ruine des Provinces des Evêchés de Lorraine
& d'Alsace ; leur, sol ne leur fournit aucune culture
dont la richesse puisse les indemniser d'une surcharge aussi grande que seroit pour elles le sel au prîk
où il est en Champagne } & comment détruire la
barrière qui existe entre la Champagne & la Loc- --- Page 230 ---
H raine , si on laide subsister l'impôt de îa Gabelle?
La surcharge de cette double barrière fourniroit
jbientôt un prétexte pour assujétir les trois Provinces à cet impôt destructeuir : il seroit le seul fruit
.que recueilleroient les Propriétaires de ces Provinces , 'de l'acquiescemenr qu'ils auraient donné au
vœu du Gouvernement ; en sé rendant à celui de
la Nation j. à laquelle la justice impose le devoir
facté , non-seulement de ne point envahir les
propriétés des Habitans de ces Provinces, mais
même de les protéger. Ces trois Provinces + toujours grevées par les- surchirges que leur imposent
les guerres du continent , qui ont supporté des
convois multipliés, des surcroîts de corvées pour
le rétablissement de leurs routes, avec ce silence ,
ce calme s preuve incontestable de leur zèle pour là
cause commune, n'ont-elles pas acquis par ce sentiment, un titre de plus , & ne doivent-elles pas
èspéres que si la Nation crdir jamais la barrière
nécessaire à la frontière extrême , elle croit encore
qu'un sentiment de justice plus pui flanc ne peut
lui permèttre de sacrifier aux intérêts du Royaume trois belles Provinces ?.Que si même , aprèsavoir
écouté leurs justes représentatidns, elle se déci.
de à adopter le rarif que je présente , ou tour
autre, en portant la barrière à leur frontière ex-
& ne doivent-elles pas
èspéres que si la Nation crdir jamais la barrière
nécessaire à la frontière extrême , elle croit encore
qu'un sentiment de justice plus pui flanc ne peut
lui permèttre de sacrifier aux intérêts du Royaume trois belles Provinces ?.Que si même , aprèsavoir
écouté leurs justes représentatidns, elle se déci.
de à adopter le rarif que je présente , ou tour
autre, en portant la barrière à leur frontière ex- --- Page 231 ---
trême, elle doit faire, de l'acte qui donnera là .
sanction à cerre opération, un monument qui consacre Je sacrifice de ces trois Provinces j & rendre
à jamais tout accroissement de la charge de ce tarif,
iiripoflible. Je me résume. La Nation ne peut avoir aucun intérêt à Vouloir
le reculement des barrières à la frontière extrême
du. Royaume ; car la Nation ne peut faire du
tarif une opération bursale qui ruineroit sou commerce ; & si elle en fait une opération utile pour
sa protection , qui, mieux que les Provinces qui
doivent y être soumises., peut juger si pour elle
il remplit cet objet? Quand la barrière devroit être reculée à la frontière extrême * il faudrait encore attendre la fin
du bail général actuel, pour soumettre ces Provinces à ce reculement, puisque , jusqu'à l'époque
de l'expiration du bail, l'épreuve qu'elles auroienc
fait du nouveau tarif qui les sépareroit du Royaume,
leur faisant connoître l'avantage d'y être réunies #
les y soumettroit volontairement ; enfin, pour
les décider à l'àccepter , il faut modifier le'
tarif de manière à ce qu'a l'époque de l'expiration du bail, si l'on croit alors un tarif utile
ce tarif protège toutes les différentes espèces de --- Page 232 ---
[texte_manquant] commerce , auxquelles peuvent Ce livrer ces Provinces ; qu'il protège la sortie des bois de futaie
de Lorraine & des Evêchés, employés dans les
digues en Hollande , la sortie des vins de ces Provinces, & pour cela y modifier les droits de sor-
~df àes vins de Champagne & de Bourgogne -, que
ce tarif protège même le commerce d'entrepôt ;
que les impôts [oient dirigés de manière à n'avoir plus à craindre le régime des Aides & des
Gabelles ; mettre la Nacion dans l'heureuse impuissance de détruire le commerce des Provinces qui
seroient aiïujéciesau tarif; & en attendant, animiler le régime de toutes les Provinces situées au-delà
de la barrière , en détruisant toute gène de commerce, bureau d'acquit , de transit & de foraine,
qui les réparent les unes des autres , dont elles ne
supporteronc jamais le rétablissement. La Nation
doit réfléchir que ces Provinces sont grevées d'une
Surcharge immense de réparations de chemins
nécessaires à la communication des points militaiTes, & des troupes qui doivent pouvoir se porcer
avec facilité sur ces différens points.
de toutes les Provinces situées au-delà
de la barrière , en détruisant toute gène de commerce, bureau d'acquit , de transit & de foraine,
qui les réparent les unes des autres , dont elles ne
supporteronc jamais le rétablissement. La Nation
doit réfléchir que ces Provinces sont grevées d'une
Surcharge immense de réparations de chemins
nécessaires à la communication des points militaiTes, & des troupes qui doivent pouvoir se porcer
avec facilité sur ces différens points. Les convois militaires , les transparts, qu'occasionnent les marches des troupes, sont un nouveau poids aggravant & un impôt réel , ajouté 1
célui ds l'entretien des routes dont ces Provinces --- Page 233 ---
5>7 Obfcry. sur l'administ. sur les Colonies. G Ces sont surchargées ; & quoique ces impôts ni
soient poinr comptés au nombre de leurs contributions dans l'Ouvrage du Premier Ministre des
Finances j ils n'en sont pas moins une charge
énorme : dàns cet Ouvrage, qui sert aujourd'hui
à former la base des calculs des opérations de
finance j l'on n'y a pas fait mention que les Domaines du Roi, les Salines situées dans les deux
Provinces des Evèchés & de la Lorraine , ne sont
pas com pris dans le role des importions de ces
- Provinces , où elles ne payent aucun vingtième
imais que ces domaines & ces salines forment un
- produit pour le trésor public , en formant une
charge aggravante sur ces Provinces , tant par lë
- prix des bois , que par les prestations dues par
iea possesseurs des terres au Domaine du Souverain é Lors même que l'on en fera au temps où
il deviendra nécessaire , li cela est utile, d'établir
la barrière à la frontière extrême du Royaume ,
ce qui jusqu'à présent est encore très-problématique , & ne peut se connoître qu'à la fin du
bail actuel , il faudra encure peser avec sagesse ,
& après mur examen , les points ou il il pourra
etre utile de les placer * ces points, je crois les --- Page 234 ---
àvoir démontres , tant pour 1 utilité de la Nation , que pour celle des Provinces à la frontière
desquelles seront placées les barrières } ôc , dans
ce principe, on ne peut les placet au Rhin ni enferrner le pays de Biche , ni plusieurs parties de
la Franche-Comté , qui seroient trop difficiles à
garder. Je propose donc que l'Assemblée Nationale suspende le reculement des barrières
jusqu a la fin du bail a&uel, nomme une Cornmission de cinq personnes qui ? après un examen local des plans & un Mémoire raisonné ,
présenterois les moyens & la positiop .des lieux ,
mettroit l'Assemblée a portée de juger en connoissanse de cause où pourroit être placée la barrière, si jamais cette opération, devoit avoir lieu.1 - Enfin , en attendant les lumières nécessaires
& sans lesquelles il est impossible de prononcer
avec sagesse ; que l'Assemblée dérète , dès ce
moment , la suppression de tous droits de transit ,
haut conduit . acquits à caution, & de foraine ,
entre les Provinces des trois Evèchés , de la Lorraine & du Barrois, de l'Alsace & de la Franche1 Comté , en ordonnant que le produit de ces
impôts vexatoires sera remplacé par un autre
contribution sur le taux de leur produit net ,
aires
& sans lesquelles il est impossible de prononcer
avec sagesse ; que l'Assemblée dérète , dès ce
moment , la suppression de tous droits de transit ,
haut conduit . acquits à caution, & de foraine ,
entre les Provinces des trois Evèchés , de la Lorraine & du Barrois, de l'Alsace & de la Franche1 Comté , en ordonnant que le produit de ces
impôts vexatoires sera remplacé par un autre
contribution sur le taux de leur produit net , --- Page 235 ---
[texte_manquant] G % déduction faire des frâis de pereeptîoti j de ces
droits tyranniques & vexatoires } sur-tout pour
les malheureux habitans des Campagnes. Je m'estimerai heureux si dans ce mémoire ,
mes Concitoyens reconnoissent le zèle qui m'animera toujours pour leurs véritables intérêts. LETTRE Du Comte de Cujline à M. de Vergennes ) Ministre
& Secrétaire d'Etat s au Departement des Assaires Etrangères. De Lille , le 3 Avril 1786. MONSIEUR, J'AI l'honneur [de profiter avec empressement
de la demande que vous m'avez faite de vous tracer les réflexions que pourroit me faire naître
l'état des pays que je verrois , pour vous former
un tableau de l'Angleterre , telle qu'elle est aujourd'hui. J'ai pu , en la voyant, examiner & connoîtrc les Villes de commerce & les manufactu- --- Page 236 ---
ioô res dë tous genres qu elle renferme , maigre les
grandes défiances qui en ferment l'accès aux étrangers, aux François sur-tout ; ayant été adresse à un
des Banquiers les plus accrédités de ce pays s qui
s'est fait un plaisir de contribuera l'instruction de
mon fils j pour qui j'ai entrepris mes voyages. Voilà
quelle a été le motif de ma curiosité ; je vais tracer le résultat de mes recherches. Il est.en Angleterre un parti très-nombreux de
commerçans qui desirent ardemment un traité de
commerce avec la France , mais il en est un beaucoup moins nombreux sans doute * près duquel
l'intérêt personnel combat ce desir. Toutes les Villes de commerce du nord de
l'Angleterre , les manufactures du Yorckchire ,
le plus grand Comté d'Angleterre , & le plus riche , dont les fabrications sont en étoffes de laine
commune , draps , voiles 3 serges ; ses ports commercans en vin, eaux-de-vie , draps fins tirés de
France , dont la teinture plus estimée que celle du
drap anglois de même qualité , les fait préférer
par cette raison , dans le nord de l'Europe où ils
l'exportent , défirent avec ardeur un traité de
commerce qui leur procure ces marchandises , leur donne le pouvoir de nous porter celles de
eurs fabrications. Le port de Hull, port naissant, --- Page 237 ---
G 3 êc dont les succès ont été rapides & non interrompus , n'attend que ce traité pour porter [en commerce au plus haut degré de prospérité. Les manufactures de Shefield, de Birmingham,
de Manchester , ne le défirent pas avec moins
d'ardeur , pour inonder la France de leur coutellerie , de leur clincaillerie , de leur plarille * de
leurs étoffes de coron en tous genres , qu'elles ne
peuvent plus, depuis les prohibitions, saire parvenir en France qu'avec grande peine , en emprunt
tant le transit par la Flandre Autrichienne , & mar-t
quant tout ce'qu'elles envoient en marchandises)
passé en fraude par cette voie , des marques ou des
noms des manufactures ou. ouvriers français ; &
pour être hors de toutes recherches , du moment
qu'elles ont pu palier les bornes de l'entrée du,
Royaume » il se fabrique de faux connoissemens ;
l'on m'a même assuré qu'il étoit des manufactures,
du Royaume qui en avoient donné.
par la Flandre Autrichienne , & mar-t
quant tout ce'qu'elles envoient en marchandises)
passé en fraude par cette voie , des marques ou des
noms des manufactures ou. ouvriers français ; &
pour être hors de toutes recherches , du moment
qu'elles ont pu palier les bornes de l'entrée du,
Royaume » il se fabrique de faux connoissemens ;
l'on m'a même assuré qu'il étoit des manufactures,
du Royaume qui en avoient donné. Le port de Liverpool, qui commencer languir "
& qui exportoit des marchandises avant les Edits
prohibitifs } ce port qui fait aussi un grand cotin
merce de vin, desire ce traité. J'ai été témoin de l'ctar de langueur où sont l'es,
manufactures de Birmingham & de Manchester ,
& en ai fait Iç détail à le Contrôleur-Général. --- Page 238 ---
loi Le tiers des commerçans de Londres desire
aussi le traité de commerce pour se fournir de vins ,
&r des objets dont ils pourroient faire commerce
avec l'Espagne & le Portugal, de même que de
ceux nécessaires pour son commerce interlope avec
les Colonies espagnoles. Toutes les manufactures dont je viens de par1er ont amené la Amplification de leur maind'oeuvre à un tel point , que les manufactures
françoises de clincaillerie & de coton , qui n ont
point encore ces moyens, ne pourroient en soutenir la concurrence. La main-d'œuvre n est point
chère dans les Provinces de l'Agleterre : l ouvrier
le mieux payé y gagne dix schelings par semaine \
la pompe à feu employée par-tout k mouvoir des
machines qui Amplifient la main-d'œuvre > est
mise en mouvement par le feu de la houille qui 2
dans toutes les Provinces, est à très-vil prix; elle
remplace une force d'eau très-considérable , fait
mouvoir des moulins à polir , & des moulins a
filer le coton & le carder, qui par ce moyen, peuvent être servis par des enfans. Il n'en est pas de même de ce qui est des ouvrages de main-d'œuvre à Londres ; ils sont d'un prix
exorbitant ; l'acier qui y est travaillé , est d'un
prix trop énorme pour trouver du débit en --- Page 239 ---
iof e G 4 France ; presque toutes les soieries d'Angleterre y
sont fabriquées aussi ; par cette raison , tous les,
ouvriers qui sont employés à ces travaux 3 les marchands qui les débitent ne desirent point un traité >
les manufactures du sud de l'Angleterre qui fabriquent des draps fins qui par leur sécheresse.
& la qualité de la teinture, ne pourroient soutenir la concurrence des draps françois de cette qualité , ne le défirent pas davantage. A ces- raisons
déjà très-forres , se joint à Londres & dans le sud ,
la craints de ceux qui font le commerce du rhum ;
ils redoutent l'admission des eaux de-vie françoi-,
ses: à leurs craintes se joignent celles des créanciers des Colons , qui appréhendent de voir diminuer de valeur les plantations qui sont le gage
de leur créance. Ces considérations rendront sans doute le ML
nistère Anglois difficile sur les conditions du traité ;
il cherchera a les tourner à son avantage ; mais G.
fermeté à ne pas conclure sans l'admission des
eaux-de-vie, des vins , des draps fins, des soierics ,
avec des droits modérés , finira par faire accepter
ces conditions, par la nécessité où sera l'Angleterre
de céder , pour soutenir les Villes florissantes Se
< riches qu'ont formées les manufactures du nord ,
car leur décadence est certaine j si l'on trouve le
les conditions du traité ;
il cherchera a les tourner à son avantage ; mais G.
fermeté à ne pas conclure sans l'admission des
eaux-de-vie, des vins , des draps fins, des soierics ,
avec des droits modérés , finira par faire accepter
ces conditions, par la nécessité où sera l'Angleterre
de céder , pour soutenir les Villes florissantes Se
< riches qu'ont formées les manufactures du nord ,
car leur décadence est certaine j si l'on trouve le --- Page 240 ---
ïô4 moyen d'empêcher l'entrée dans le Royaume *
de ce qui en arrive encore en contrebande : pendant le laps de temps nécessaire à la discussion de
ce traité, que la sagesse qui est le propre du caractère de M. 'le Comte de Vergennes , saura fûrement ménager avec art il est nécessaire de s'occuper de donner aux manufactures des moyens de
Amplification & de main-d'oeuvre que les Anglois
ont si fort perfectionnés ; il sera d'autant plus difficile d'y réussir, que d'ici à deux ans les plus ingénieux d'entre les manufacturiers de Birmingham
& de Manchester , feront aisément attirés en
France ? si le traité languit , & qu'ils puifsenc
craindre de ne le pas voir se conclure. L'espoir
d'établir un grand commerce en France, qui seroit
près de leur échapper en Angleterre, les décideroit ; ce seroit après un succès semblable qu'un
traité de commerce de la France avec l'Angleterre
seroit avantageux au Royaume. Il est aussi bien nécessaire , M. le Comte , d'éviter l'admission d'un systême aussi dangereux que
l'a été celui de la banque de Saine-Charles, produit par l'avidité des Banquiers françois qui ont
partagé , avec leurs correspondans, en Espagne., la hauste du prix des actions de cette banque, qui , %
pour leurs acquifuions ont fait sortit tant de --- Page 241 ---
[texte_manquant] fonds du Royaume. Les lettres de change qui les
ont payés en Espagne, ont été retirées par le commerce d'Angleterre en échange de marchandises
de ses manufactures j les lettres de change données
pour les approvifionnemens des armées de terre &
de mer, dans les différents pays qui ont été le
théatre de la guerre dernière 3 au-lieu d'avoir envoyé en nature la plupart de ces approvifionnemens en France , ont été aussi retirées en grande
partie par l'Angleterre , par le même moyen ; la
plaie n'a pas été sentie alors, mais elle est la véri:able cause qui a fait pencher si fort le change
au désav.antage de la France. Par là les Anglois se.
font procuré un numéraire dont ils manquaient
totalement, & qui a donné à la Banque d'Angleterre une richesse réelle , au-lieu d'une imaginaire. Ces vérités ne sont que trop certaines , M.
le Comte : il faut aussi chercher, je crois , en attirant les matières d'or & d'argent d'Espagne , a
les payer avec les produits des manufactures françosses; ce qui ne sera possible, au moins pour la
totalité, qu'en fimplifianr la main-d'œuvre \ pour
être en état de donner beaucoup d'objets au même.
prix que les Anglois.
d'Angleterre une richesse réelle , au-lieu d'une imaginaire. Ces vérités ne sont que trop certaines , M.
le Comte : il faut aussi chercher, je crois , en attirant les matières d'or & d'argent d'Espagne , a
les payer avec les produits des manufactures françosses; ce qui ne sera possible, au moins pour la
totalité, qu'en fimplifianr la main-d'œuvre \ pour
être en état de donner beaucoup d'objets au même.
prix que les Anglois. # Il n'est pas moins urgent M. le.Comte , si l'on,
veut éviter dans le Royaume l'introduction d une --- Page 242 ---
multitude de monnoies d'or altérées de mettre
en garde le Royaume j par une ordonnance connue jusque dans la campagne , de ne recevoir de
monnoie d 'or qu'au poids : il se forme des spéculations vastes en Angleterre \ l'or y augmente
de prix pour être converti en louis altérés au nouveau coin ; ils le feront par le ritre de l'or , allié
a plus d'argent , & par conséquent par le poids.
En fixant un poids au-dessous duquel les pièces
d or de nouvelle fabrication n'auront aucun cours
dans le commerce 5 on évitera cet inconvénient : en
• Angleterre j tout commerçant & particulier à sa
balance , & les poids nécessaires pour peser les
guinées & les demi-guinées. A la paix dernière , le Gouvernement s'est occupé , en Angleterre j a encourager les pêcheries ;
& pour y réussir } outre les primes données pour
le commerce du poisson, il a proscrit les A méricains de ses Colonies, ce qui a fait mettre une
grande activité a un commerce dont le débit étoit
assuré. Cette disposition a formé en Angleterre
au moins six mille matelots , de plus qu'elle
n avoit avant la guerre. Ces matelots augmenteront chaque année. La dépopulation en Angleterne est cependant énorme ; & ces deux vérités , qui semblent se contredire , sout certaines , --- Page 243 ---
ïO7 mais elles s'expliquent en sachant qu'autrefois
l'Angleterre , dans une bonne année , avoit du
grain pour se nourrir pendant près de deux ans
& demi , & qu'aujourd'hui la population étant
moindre de plus de huit cents mille ames, elle
ne recueille pas , la meilleure année, de quoi
se nourrir dix-huit mois \ il n'y a plus, en Angleterre , que de très-grosses fermes. Presque toutes
les terres y sont en pâturages ; l'humidité de l'air
y fait croître facilement l'herbe ; aussi les bestiaux j en Angleterre , sont-ils abondans & à bon
marché ; les moutons sur-tout, fournirent la laine
à bas prix. Mais dans l'intérieur de l'Angleterre,
aujourd'hui il n'y a plus de petites maisons de
fermes , & le peu de Villages qui existent sont
presque déserts 5 la population est sur les côtes ,
dans les manufactures multipliées. Tout est matelot ou ouvrier : j'ai vérifié ce que j'ai écrit depuis le nord de la Province d'Yorck , jusqu'au sud
de l'Angleterre j & sur cette côte , ainsi que de
l'est à l'ouest.
à bas prix. Mais dans l'intérieur de l'Angleterre,
aujourd'hui il n'y a plus de petites maisons de
fermes , & le peu de Villages qui existent sont
presque déserts 5 la population est sur les côtes ,
dans les manufactures multipliées. Tout est matelot ou ouvrier : j'ai vérifié ce que j'ai écrit depuis le nord de la Province d'Yorck , jusqu'au sud
de l'Angleterre j & sur cette côte , ainsi que de
l'est à l'ouest. J'ai parcouru l'Angleterre entière ; j'ai vu aufil
sa marine , ses chantiers de construction , &
ses magasins de la Tamise, ses ports de guerre,
ses forteresses , dont le grand plan a été rejeté.
Dans la dernière guerre 5 commencée avec quarante --- Page 244 ---
ios mille hommes, l'on n'auroit pu donner qu'une
suite peu brillante à une semblable entreprise ;
j'ai fait quelques remarques sur ces objets sur
les constru&ions que le Lord Howe a accordé à
mon fils de voir quoique personne n'y ait eu
âccès depuis son ministère , qui me mettront à
portée d'en rédiger des mémoires ; j'aurai l'hpnneur de faire hommage à M. le Maréchal de
Castries , de ce que j'ai été à portée d'observer.
Voilà bien des détails , M. le Comte , peu intéreflans peut-être, mais pardonnez-les à mon zèl$
pour la gloire du règne du Roi. Oserai-je vous prier , M. le Comre 3 de m'en-r
voyer à Berlin , où je serai jusqu'au vingt Mai ,
Qui Saint-Pécresbourg, où je séjournerai ensuire
jusqu'au zo Juillet , une lettre de recommandation pour l'Embasladeur , ou le Chargé des affaires
du Roi à Vienne ? Si vous desirez , M. le Comte ,
le détail de ce que je verrai sur le reste de ma
route, je vous prie de me le mander en mêmetemps. J'ai continué cette correspondance : j'avois ré,-
digé , pour la terminer , un Mémoire sur la situation politique & les moyens des diiférens Etats de
l'Europe ; mais M. de Vergennes étant mort à mon,
retour en France , je l'ai remis.à son successeur. --- Page 245 ---
log Il sembleroit , d'après le rôle qu'a, joué
la France depuis cette époque , 'la conduite des
différens Souverains, que l'on a négligé ou regardé
comme indifféreils les moyens que je proposois $
mes avis n'ont pas eu plus d'influence , lorsque
l'on a terminé le traité de commerce. --- Page 246 --- --- Page 247 ---
A - INSTRUCTION POUR LES COLONIES, Présentée à VAssemblée Nationale 3 au nom du Comité
'chargé de ce travail 3 le 23 Mars 1790. PAR M. BARNAVE, Député du Dauphine. Imprimée par ordre de rAssemblée Nationale. L'ASSEMBLÉE NATIONALE ayant, par son Décret du
% de ce mois, invité toutes les Colonies Françoises à
lui transmettre leurs vues sur la Constitution, sur l'Administration, sur les Loix, & généralement sur tous les
objets qui peuvent concourir à leur prospérité, a annoncé
qu'il seroit joint a son Décret, quelques instru&ions néceffaires pour parvenir plus surement & plus promptement à ce but.
ée par ordre de rAssemblée Nationale. L'ASSEMBLÉE NATIONALE ayant, par son Décret du
% de ce mois, invité toutes les Colonies Françoises à
lui transmettre leurs vues sur la Constitution, sur l'Administration, sur les Loix, & généralement sur tous les
objets qui peuvent concourir à leur prospérité, a annoncé
qu'il seroit joint a son Décret, quelques instru&ions néceffaires pour parvenir plus surement & plus promptement à ce but. Ces Instruâions doivent avoir, pour objet, la formation des Assemblées destinées à exprimer le vœu des
Colonies, & quelques points généraux propres à servir
de base à leur travail. Pour connoître le voeu des Colonies, il est indispenfable de convoquer des Assemblées Coloniales, soit dans
les Colonies où il n'en existe point encore, soit dans celles --- Page 248 ---
1 1 les Assemblées existantes ne seroient pas autorisées par
la confiance dès Citoyens. - • -
•' Obligée dé tracer provisoirement un mode pour leur
formation, l'Assemblée Nationale a cru devoirthôisir
Informes les plus simples; 3 les plus rapprochées de celles
qui ont été adoptées dans les Colonies ou les . Citoyens..
se font d'eux-mêmes & librement assemblés , enfin les
plus convenables à des Assemblées dont le principal
objet doit être de préparer des plans de Constitution. Ces Assemblées méditeront elles-même , en préparant
la constitution des Colonies , quels doivent être pour l'avenir la composition & le mode de convocation des Assemblées Coloniales. Vouloir en ce moment prescrire à
cet égard des règles multipliées & compliquées, vouloir
faire plus qu'il n'etoit indispensable , c'eût été non-seulement s'exposer à des erreurs, non-seulement appeler les
• difficultés dans l'exécution , mais altérer l'esprit du Décret
ïendu en faveur des Colonies en faisant, pour assisi dire,
dayânce la Constitution qu'elles font invitées à proposer. ' :: D'après ces considérations, l'Assemblée Nationale a cru
que la députation aux premières Assemblées Coloniales
devoit être directe , & sans, aucun degré intermédiaire
d'électeurs. , - ' Qu'elle devoit se faire dans les Paroisses. Que chaque paroisse devoit députer, à raison du nombre des citoyens adifs qu'elle renferme dans son sein. Que pour cette convocation , & jusqu'à ce que la
Constitution fuit arrêtée, on devoit considérer comme --- Page 249 ---
r --' • '' • Inflruction pour les Colonies. A 1 citoyen actif, tout homme majeur , propriétaire d'immeubles , ou, à défaut d une telle propriété , domicilié
depuis dans la paroisse depuis deux ans, & payant une
contribution. Les raisons communes à tous ces articles , sont l'extrême facilité de l exécution , leur ressemblance avec tout
ce qui s'est pratiqué dans les Colonies, où les habitans
ont formé d'eux-mêmes des Assemblées ; enfin, le caractère d une représentation pure, immédiate & univer-.
felle, qui convient particulièrement à des Assemblées deftinées à préparer des- plans de Constitution.
ilié
depuis dans la paroisse depuis deux ans, & payant une
contribution. Les raisons communes à tous ces articles , sont l'extrême facilité de l exécution , leur ressemblance avec tout
ce qui s'est pratiqué dans les Colonies, où les habitans
ont formé d'eux-mêmes des Assemblées ; enfin, le caractère d une représentation pure, immédiate & univer-.
felle, qui convient particulièrement à des Assemblées deftinées à préparer des- plans de Constitution. On pourroit ajouter, pour la dépuration directe, que la
population des Colonies s'y prête sans difficulté , & que
ce mode de représentation, le seul que la nature indique,
& que la [évérité des principes avoue , est d une obligation rigoureuse toutes les fois qu'il est possible. Pour la dépuration par paroisses , qu'elles font en ce
moment dans les Colonies les seules divisions politiques
qu on puisse faire servir commodément à la représentation. Pour la représentation proportionnée au nombre de
citoyens actifs , qu'elle offre évidemment dans le moment
aéhiel la seule mesure pollible, & qu'elle tient au principe fondamental des Assemblées qui préparent des ConCtiturions ; car ces Assemblées exerçànt un droit qui appartient essentiellement au peuple, n'offrant nullement une
magistrature ou un pouvoir institué, mais l'image &: la
représentation du peuple même, tous ceux qui jouissent --- Page 250 ---
.1 - V
; 4 , du droit .de cité y sont naturellement appelles : tous devroient y prendre place, sans l'impossibilité qui résulte de
__ leur nombre ou de quelque autre motif. La nomination
des Députés nest autre chose 5 pour ces Assemblées, qu'une
réduction nécessitée par les circonstances, & ne peut par
, consequent être proportionnée qu'au nombre de ceux qui
dans l'ordre naturel auroient dû concourir à la délibération. On verra successivement quelles précautions ont été
prises- pour que cette forme de représentation ne fût pas
o désavantageuse aux campagnes. : Quant aux conditions attachées provisoirement à la
qualité de citoyen actif, on peut ajouter à tout ce qui
précède, qu'il est de l'intérêt général de chaque Colonie d'en multiplier le nombre autant qu'il est possible ,
& que le même intérêt existe en particulier pour toutes
les paroissesj puisque le nombre de leurs Députés sera
proportionné à celui .de leurs citoyens aétifs. Cependant
il a paru qu'à défaut d'une propriété immobiliaire, la
simple condition d'une contribution ne pouvoir pas être
suffisante , & que dans les Colonies où beaucoup de gens
n'habitent que momentanément & sans aucun projet de
s'y fixer , le domicile de deux ans étoit indispensable pour
attribuer la qualité de citoyen actif au contribuable non
propriétaire. - Cette disposition est une de celles qui contribueront à
garantir les campagnes de l'influence prédominante des
" Vil les. --- Page 251 ---
5 A „ ' La proportion du nombre des Députés à celui des citoyens actifs ne peut être la même pour toutes les Colonies. Les différences de leur population font trop confïdérables, & quoique les Colonies les plus peuplées doivent avoir des Assemblées Coloniales plus. nombreuses ,
il est impossible d'établir cette proportion d'après celle du
nombre de leurs citoyens.
les qui contribueront à
garantir les campagnes de l'influence prédominante des
" Vil les. --- Page 251 ---
5 A „ ' La proportion du nombre des Députés à celui des citoyens actifs ne peut être la même pour toutes les Colonies. Les différences de leur population font trop confïdérables, & quoique les Colonies les plus peuplées doivent avoir des Assemblées Coloniales plus. nombreuses ,
il est impossible d'établir cette proportion d'après celle du
nombre de leurs citoyens. Le nombre des Députés à chaque Assemblée Coloniale doit être assez grand pour autoriser la confiance
de la Colonie & celle de la métropole , il doit être assez
borné pour que les déplacemens ne deviennent pas une
charge pénible pour les habitans, & pour que la célérité
des opérations que toutes les circonstances rendent si dearable , n'en soit pas nécessairement arrêtce. -
L'Assemblée Nationale a pensé que l'Assemblée Coloniale de Saint-Domingue, à laquelle sont joints les
petites îles inabitées de la Tortue , la Gonave & l'île à
Vache, devoit être de d'environ cent cinquante députés. Elle a cru qu'on obtiendrait ce résultat en nommant
un député , à raison de cent citoyens a&ifs , avec les modifications flivantes. La dépuration devant se faire dans chaque paroisse
isolée & réparée, la justice exige que la moindre paroisse
ne demeure pas sans représentation , èc qu'en conséquence
elle nomme un député , quand même le nombre de ses
citoyens seroit très-inférieur à cent. Quant aux paroisses qui auraient plus 'de cent citoyens ;
il a paru juste que le nombre qui pourra se trouver pas --- Page 252 ---
' s de là les centaines complètes, obtienne un député quand
il fera de cinquante au moins, puisqu'étant également
près du nombre où le député seroit entièrement dû, &
dè celui où il n'y auroit rien à prétendre > la faveur de
la représentation , & celle qui, dans les Colonies, est
particulièrement due aux campagnes, doit déterminer
a l'accorder. . Il est évident que ces deux dernières dispositions ,
comme celles qui font relatives à la qualité de citoyen
actif, sont toutes en faveur des campagnes, & tendent
a rétablir en leur faveur la juste proportion d'influence
qu'elles doivent avoir avec les villes. . Ces formes de représentation étant convenues, l'Asfemblée Nationale doit indiquer la marche qui fera suivie,
pour les mettre à exécution. La plus prompte & la plus simple a paru la meilleure.
La tranicription , la publication & l'autorité des tribunaux , sont en général des moyens peu convenables à
l'établissement des Assemblées Représeniatives. Ils. convenoient moins encore dans les circonstances actuelles. Il a paru à l'Assemblée Nationale que la diligence du
gouverneeur de chaque Colonie, garantie par la sur-
' veillance des citoyens , & par sa responsabilité , devoit
* fussire pour faire parvenir , proclamer & afficher dans
- toutes les paroisses ses décrets & les instructions.
l'autorité des tribunaux , sont en général des moyens peu convenables à
l'établissement des Assemblées Représeniatives. Ils. convenoient moins encore dans les circonstances actuelles. Il a paru à l'Assemblée Nationale que la diligence du
gouverneeur de chaque Colonie, garantie par la sur-
' veillance des citoyens , & par sa responsabilité , devoit
* fussire pour faire parvenir , proclamer & afficher dans
- toutes les paroisses ses décrets & les instructions. Cette forme étant remplie , les décrets & les instructions
" étant authentiquement connus , le zèle & l'intelligence
" des citoyens suffisent à leur exécution. : * D eux-mêmes ils se formeront en assemblées paroissiales j --- Page 253 ---
■■ 7 - -: " A 4 ils vérifieront quels font ceux qui remplirent les conditions
requises pour y voter ; ils en calculeront le nombre pour
connoître celui des députés qu'ils doivent envoyer a l'Asfemblée Coloniale - ils éliront enfin ces députés, qui se
rendront immédiatement dans la ville centrale , indiquée
par cette instruction , & qui, de concert, y formeront
1 Assemblée Coloniale, ou la transféreront dans tel lieu
qui leur paroîtra mieux convenir. Les seules difficultés qui pourroient naître seroient relatives aux Assemblees Coloniales déja formées Se existantes dans quelques Colonies. Si ces Assemblées, après avoir connu les. décrets &
l'instruction de l'Assemblée Nationale , jugent ellesmêmes que la formation d une nouvelle Assemblée , colir
fermement à cette instruction 5 est plus avantageuse à la
Colonie que leur propre continuation , il est hors de doute
,que leur déclaration sera parfaitement suffisante , & qu'on
devra procéder sur-le-champ à de nouvelles élections. ; Mais si elles n'énoncent point cette opinion , il reste
a connoître, a leur égard, les dispositions des habitans. L Assemblée Nationale a annoncé que ces Assemblées
pourraient remplir les fonctions indiquées par son décret
du 8 Mars , lorsqu'elles auroient été librement élues ,
Se qu elles seroient avouées par les citoyens. Loin d avoir, par cette disposition, interdit aux ha-,
bitans des Colonies la faculté d'opter entre ces Assemblées
existantes & celles qui pourroient être formées , d'après,
l'a présente convocation, elle l'a, au contraire, implicitement énoncée, --- Page 254 ---
\
Mais quand elle ne leur auroit pas reconnu ce droit;
ils le tiendraient de la nature , & rien ne pourroit obliger ni la Métropole ni la Colonie à traiter ensemble,
par l'entremise d'un Assemblée queceux mêmes qui
l'auroient élue ne reconnaîtraient pas. Il s apit donc de tracer une forme , suivant laquelle
O -cette option puisse s'effectuer promptement & paisiblement. On ne sauroit y parvenir que par la délibération des
paroisses. Il fraudra donc que chacune s'explique , & cet objet
de délibération doit être le premier travail des A semblées
paroiiliilles. Dans l'espace de quinze jours, après la proclamation
& l'affiche , elles seront tenues d'énoncer leur vœu, &
elles le feront parvenir immédiatement au Gouverneur de
la Colonie & à l'Assemblée Coloniale. Chacune d'elles comptera pour autant de suffrages ,
qu'en suivant la forme de cette instruction , elle devroit
avoir de Députés à l'A ffemblée Coloniale.
de délibération doit être le premier travail des A semblées
paroiiliilles. Dans l'espace de quinze jours, après la proclamation
& l'affiche , elles seront tenues d'énoncer leur vœu, &
elles le feront parvenir immédiatement au Gouverneur de
la Colonie & à l'Assemblée Coloniale. Chacune d'elles comptera pour autant de suffrages ,
qu'en suivant la forme de cette instruction , elle devroit
avoir de Députés à l'A ffemblée Coloniale. Celles qui auront opté pour la formation d'une noitvelte Assemblée , ne nommeront point leurs Députés
avant que 'le vœu de la majorité ait été reconnu ccn-
-forme à leur opinion , car une élection anticipée ne seroit
propre qu'à exciter des troubles & des contestations. Tandis que le vœu de la Colonie ne sera point encore
connu , l'Assemblée Coloniale existante pourra commencer à s'occuper des travaux indiqués par le Décret
l'Assemblée Nationale mais il est' évident que le
droit de mettre à exécution & de modifier provisoi- --- Page 255 ---
[texte_manquant] 1 -- A 5 rement les Décrets, de l'AssTemblée Nationale ssir les
Municipalités & les Assemblées administratives , ne sauroit lui appartenir avant que le vœu des ParoitTes ait.
confirmé ses pouvoirs & fou existence.. Après le terme écoulé , où toutes Jes Assemblées Paroissiales auront dû s'expliquer à cet égard a le Gouverneur notifiera , de la manière la, plus publique , le
résultat des délibérations qui lui .seront parvenues,. & en
donnera à chaque Paroisse. une connoissance particulière .,
& authentique. Si la moitié plus un des suffrages des Paroisses qui
auront délibéré , demande la formation d'une nouvelle.
Assemblée il s'ensuivra clairement que l'Assemblée
existante n'est pas avouée & autorisée. par la. Colonie
sès pouvoirs cesseront : il fera procédé immédiatement à ,
la formation d'une nouvelle Assemblée. suivant les
formes indiquées, dans cette instruction , & en conséquence toutes les Assemblées. Paroissiales procéderont.
comme elles l'eussent fait, si lors de la première proclamation il n'eut point existé d'Assemblée Coloniale
dans la Colonie. Si au contraire la moitié au moins des suffrages des.
Paroisses délibérantes a voté pour la continuation de
l'Assemblée Coloniale y elle sera conservée , & elle
exercera dans leur plénitude les fondons Se les pouvoirs
attribués par le Décret de l'Assemblée Nationale. Ainsi les momens n'auront point ét£ inutilement CQnsommés , la forme admise. librement par les Habitans
pout la formation de . leur Assemblée n'aura point été
au contraire la moitié au moins des suffrages des.
Paroisses délibérantes a voté pour la continuation de
l'Assemblée Coloniale y elle sera conservée , & elle
exercera dans leur plénitude les fondons Se les pouvoirs
attribués par le Décret de l'Assemblée Nationale. Ainsi les momens n'auront point ét£ inutilement CQnsommés , la forme admise. librement par les Habitans
pout la formation de . leur Assemblée n'aura point été --- Page 256 ---
10. 1 contrariée ; mais les pouvoirs auront été retirés ou coufirmés, au moment où de nouvelles fonctions & de
nouvelles circonstances ne permettent plus de fonder
sur ceux qu'elle avoit reçus précédemment , l'adhésion de
la Colonie & la confiance de la Métropole. Aucun doute , aucun desordre , aucun retard dangereux ne pourra résulter de l'observaiion de ces formes,
si les Colons sont pénétrés de l'idée que leurs intérêts
les plus chers & les devoirs les plus sacrés du Citoyen
les obligent a se soumettre sans murmure au vœu delà majorité, s ils sentent que la promptitude, & la conciliation dans l exécution des mesures qui leur sont indiquées , peuvent seules les faire sortir heureusement de l'état
dé crise où les circonstances les ont placés, qu'il s'agit pour
eux de s affurer promptement, par une bonne Constitution,
ôt les espérances qu'ils ont conçues, & les avantages qui
leur sont offerts , & que loin de les [conduire à ce but,
le prolongement de la fermentation les environneroit
bientôt de dangers si pressans & si terribles , que tous
les secours qui leur seroient portés n'arriveraient jamais
assez tôt pour les garantir. L'Assemblée Nationale , après avoir indiqué les moyens
de former les Assemblées qui lui présenteront le vœu des
Colonies, est également obligée de fixer quelques bases
à leurs plans de Constitution, pour s 'assurer, autant qu'il
est possible , que tous ceux qui lui seront offerts seront
susceptibles d'être accueillis. Mais elle a voulu réduire ses conditions aux termes les
plus --- Page 257 ---
ir Instruction pour les Colonies. A 6 plus simples , aux maximes les plus incontestables ; &
au-delà de ce qui constitue les rapports fondamentaux des Colonies à la métropole, elle n'a voulu rien ajouter qui
pût imposer quelque limite à la liberté des Assemblées
Coloniales. * : V ^ Les Assemblées Coloniales, occupees du travail de la Constitution, apercevront la distinction des fondions
législatives, exécutives, judiciaires, administratives ; elles
examineront comment il convient de les organiser dans
la Constitution de la Colonie ; les formes , suivant lesquelles le pouvoir législatif & exécutif doivent y être
exercés ; le nombre, 'la composition, la hiérarche des !
tribunaux; en quelles mains doit être confiëe l'adiministration , le nombre, la formation , la suborbination des
différentes Assemblées qui doivent y concourir ; lesqualités qui pourront être exigées pour être Citoyen
aélif, pour exercer les divers emplois j en un mot tout
ce qui peut entrer dans la composition du Gouvernement
le plus propre à assurer le bonheur & la tranquillité des.
Colonies. La nature de leurs intérêts qui ne sauroient jamais
entièrement se confondre avec ceux de la Métropole , les i
notions locales- & particulière, que nécessite la prépara- \
tion de leurs loix • enfin la distance des lieux & le teins.
nécessaire pour les parcourir , établissent de grandes
différences de situation entre elles ôc les Provinces Françosses, & nécessitent par consequent des différences
leur Constitution. Mais en s occupant à les rechercher, il ne faut jamais
La nature de leurs intérêts qui ne sauroient jamais
entièrement se confondre avec ceux de la Métropole , les i
notions locales- & particulière, que nécessite la prépara- \
tion de leurs loix • enfin la distance des lieux & le teins.
nécessaire pour les parcourir , établissent de grandes
différences de situation entre elles ôc les Provinces Françosses, & nécessitent par consequent des différences
leur Constitution. Mais en s occupant à les rechercher, il ne faut jamais --- Page 258 ---
Il perdre de vue qu'elles forment cependant une partie de
l'Empire François, & que la protection qui leur est due
par toutes les forces Nationales } que les engagemens
qui doivent exister entre elles & le commerce François ;
en un mot, que tous les liens d'utilité réciproque, qui
les attachent à la Métropole , n'auroient aucune espèce
de solidité , sans l'existence des liens politiques qui leur
servent deibafe. De ces différentes vues , il résulte, quant au Pouvoir
législatif: Que les loix destinées à régir intérieurement les Colonies , indépendamment des relations qui existent entre
elles & la Métropole , peuvent & doivent sans difficulté ,
se préparer dans leur sein. Que ces mêmess loix, lorsqu'elles sont prenantes,
: peuvent être provisoirement exécutées , avec la sanction
du Gouverneur, : Mais que le droit de les approuver définitivement,
c doit être réservé à la législature Françoise & au Roi. A la législature, parce qu'elle est revêtue de la puissance Nationale, & parce qu'il seroit impossible d d'assurer sans sa participation, que les loix préparées dans la
Colonie j ne porteraient aucune atteinte aux engagemens
contractés avec la Métropole. Au Roi, parce que la sanction & toutes les fondions
de la Royauté lui sont attribuées sur les Colonies,
comme sur toutes les parties de l'Empire François. Il résulte également que les loix à porter sur les relations entre les Colonies & la Métropole, soit qu'elles \ --- Page 259 ---
[texte_manquant] 1 .. A 7 aient été demandées par les Assemblées Coloniales , soit
quelles aient été préparées dans l'A Semblée Nationale,
doivent recevoir de celle-ci leur existence & leup auto-a
rité, & ne peuvent s'exécuter , même provisoirement,
qu'après avoir été décrétées par elle. Maxime de législation qui n'a point de rapport aux exceptions, 'momentanées , que peuvent exiger des besoins pressans &r impérieux, relativement a l'introduction des subsistances. Il résulte de ces mêmes vues, quant au Pouvoir exécutis: Qu'il peut être nécessaire, dans certains cas, que les
fondions attribuées au Roi , dans toutes les parties de"
l'Empire François, soient provisoirement exercées , dans
les Colonies , par un Gouverneur qui le représente. Qu'en conséquence le choix & l'inslallation des Officiers qui font à sa nomination, l'approbation nécêssaire
à l exécution des Décrets des Assemblés Administratives
& les autres actes qui exigent célérité , peuvent être provisoirement attribués à ce gouverneur , sous la réserve
positive de l'approbation du Roi. ' Mais que, dans les Colonies * comme en France , le
Roi est le chef unique & suprême du Pouvoir exécutif j
que tous les Officiers de justice, l Administration les
forces militaires doivent le reconnaître pour leur chef,
& que tous les pouvoirs attribués à la Royauté, dans la
Constitution Françoise, ne peuvent être exercés provisoi-
. rement que par ceux qu'il en a chargés, définitivement
que par lui. --- Page 260 ---
*4 : Ces principes étant reconnus, toutes les vues qui peuvent concourir a la prospérité des Colonies, peuvent être
prises en considération par les Assemblees Coloniales.
iciers de justice, l Administration les
forces militaires doivent le reconnaître pour leur chef,
& que tous les pouvoirs attribués à la Royauté, dans la
Constitution Françoise, ne peuvent être exercés provisoi-
. rement que par ceux qu'il en a chargés, définitivement
que par lui. --- Page 260 ---
*4 : Ces principes étant reconnus, toutes les vues qui peuvent concourir a la prospérité des Colonies, peuvent être
prises en considération par les Assemblees Coloniales. j . La Nation Françoise ne veut exercer sur elles d'autres
I influence que celle des liens établis & cimentés pour
j l'utilité commune; elle n'efl: point jalouse d'établir ou de
î conserver des moyens d'oppression. Et quelles sources de prospérité n'offriront pas, au patriotisme des Assemblées Coloniales, les diverses parties
du travail qui leur est confie. L'établissement d'un Ordre
judiciaire simple a durant aux Citoyens une Justice impartiale & prompte, une Administration remise entre les
mains de ceux qui y sont intéressés, un mode d'impositions, approprié a leurs convenances, dont les formes ne
pourront être changées, dont la quotité ne sera réglée que
pat le vœu même des. Assemblées Coloniales. La France, a qui ses lois de commerce avec les CoJonies doivent assurer avec avantage le dédommagement
des fraix qu'elle est obligée de soutenir pour les pro-.
teger , ne cherche point dans leur possession une ressource fiscale. Leurs impositions particulières se borneront
aux frais de leur propre Gouvernement, elles-mêmes en
proposeront l'établissement & la mesure. La France ne cherche point dans ses Colonies un moyen
d âflbuvir l avidité , de flatter la tyrannie de quelques
hommes préposés à leur Administration ; les intérêts des
Citoyens doivent être gérés par eux-mêmes, & l'Admi-
: nistration ne peut être confiée qu'à ceux qu'ils ont librement élus. --- Page 261 ---
15 / > - .. .. - . - .1 Les frais d'une justice compliquée, les longueurs ^
les artifices de la chicane, les déplacemens occasionnés
par le ressort trop étendu de certains tribunaux, ne peuvent
convenir à des hommes incessamment occupés d'une cul-,
ture avantageuse & du commerce de ses productions - il
faut donc aux Colonies, plus rigoureusement encore qu'à,
la métropole, une justice prompte, rapprochée & dépouil- -
lée de tous les moyens de despotisme & d'oppression. Il n'est aucune de ces vues que l'Assemblée nationale
n'adopte avec satisfaction , lorsqu'elles lui seront propofées par les Assemblées Coloniales ; mais, après avoir con-.
sidéré ce qui convient au bonheur intérieur des Colonies
il reste à jeter un regard sur leurs intérêts extérieurs,. L Assemblee nationale exerce envers chacune des parties.,
'de 1 empire françois les droits qui appartiennent au corps
social sur tous les membres qui le composent ; chacun trouve
en elle la garantie de ses intérêts & de sa liberté ; chacun
est sournis par elle a l exercice de la volonté de tous. Dépositaire de la plus légitime &r de la plus imposante des ;
autorités , la Nation qui l 'a chargée de la conservation de
ses droits, a mis a sa disposition toutes les forces néces-.
saires pour les garantir. C est donc pour elle un devoir
rigide, une obligation sacrée de les maintenir sans altération • mais plus ces droits sont incontestables, plus la
Nation, qui les a confiés, a de moyens pour les. soutenir, & moins il convient à l'Assemblée qui la représente,. ,
d appeller à leur secours les armes de la foiblesse & de
la tyrannie. Une circonspection timide, une vaine dissimulation ravaleroient son caractère au niveau des pouvoirs
saires pour les garantir. C est donc pour elle un devoir
rigide, une obligation sacrée de les maintenir sans altération • mais plus ces droits sont incontestables, plus la
Nation, qui les a confiés, a de moyens pour les. soutenir, & moins il convient à l'Assemblée qui la représente,. ,
d appeller à leur secours les armes de la foiblesse & de
la tyrannie. Une circonspection timide, une vaine dissimulation ravaleroient son caractère au niveau des pouvoirs --- Page 262 ---
l£ ùsurpés ou chancelans ; elle peut donc, elle doit donc , en
traitant avec les enfans de la patrie, oublier un moment , & mettre de côté tous les droits &: tous les pouvoirs
qu'elle est chargée d'exercer sur eux, examiner & discuter
leurs intérèts avec franchise, les attacher à leurs devoirs par
le sentiment de leur propre bien , & prêter à la majesté
de la Nation qu'elle représente , le seul langage qui puisse
lui convenir, celui de la raison & de la vérité. En admettant les vues qui ont été exposées sur leur régime intérieur, les Colonies sont tranquilles, bien administrées', échappées à l'oppression. — 11 leur relle encore un
besoin. Elles offrent à tous les peuples, par leurs richeues, l'objet d'une active ambition, & n'ont point la population, &
- ne peuvent se procurer les forces maritimes & militaires
qu'il est nécessaire de leur oppqser. Il faut donc qu'unies, identifiées avec une grande puissance, elles trouvent, dans la disposition de ses forces, la
garantie des 'biens qui leur seront acquis par une bonne
constitUtion, par de bonnes lois intérieures. Il faut que cette puissance, intéressée a leur conservation
par les avantages qu'elle recueillera de ses tr an sanions avec
elles, se fasse un devoir envers elles de la -plus confiante
équité, qu'elle présente toujours une masse de forces suffisantes à leur protection, & que j par son industrie , par
ses productions, par Ces capitaux, elle ait en elle tous les
moyens qui doivent préparer les rapports de' commerce
les' plus avantageux. • --- Page 263 ---
Voila ce qui, pour, les Colonies, forme le complément
nécessaire de leur existence politique en leur assurant la
conservation de tous les biens intérieurs > voilà ce que
doivent leur avoïr dittous ceux qui leur ont inspiré le
desir d'une bonne Constitution. ^ S'il étoit des hommes assez insensés pour oser les inviter à une existence politique isolée, à une indépendance
absolue, on leur demanderait, en laisant de côté la foi,
les engagemens & tout, ce que les grandes Nations
peuvent employer pour les faire valoir j on leur
dernanderoit quel est donc le secret de leurs espérances?
où font leurs forces, pour les protéger ? Enleveront-ils les
hommes à la culture pour en faire des Matelots ou des
Soldats ? Les opposeront - ils avec quelque espoir aux
premières Puissances du monde? Mais,- diront - ils, nous nous procurerons des alliances & des garanties; '6c les croyez-vous donc désintéressées? quand elles pourraient l'être -un jour-, pensezvous qu'elles le fuissent long-temps ? Ne voyez-vous pas
que route protection feroit pour vous le ^commencement
d'un nouveau Gouvernement - arbitraire ? Nous, a qu
tant de devoirs , à qui tant de chaînes vous lient , ne
pourrions-nous pas vous dire, en oubliant tout, Excepte
vos intérêts, voilà nos principes, voilà nos loix 5 choisissez d'être les Citoyens libres d'une Nation libre ou de
devenir bientôt le,s enclaves de ceux qui s offriroient aujourd'hui pour vos alliés. *
Et quand ils se flatteroient quune domination , établie
sur de tels fondemens, pût conserver pendant quelque
, à qui tant de chaînes vous lient , ne
pourrions-nous pas vous dire, en oubliant tout, Excepte
vos intérêts, voilà nos principes, voilà nos loix 5 choisissez d'être les Citoyens libres d'une Nation libre ou de
devenir bientôt le,s enclaves de ceux qui s offriroient aujourd'hui pour vos alliés. *
Et quand ils se flatteroient quune domination , établie
sur de tels fondemens, pût conserver pendant quelque --- Page 264 ---
.- 18 - . temps une apparence de justice ; on leur demanderait
Encore quelle est cette Nation qui pourroit promettre
à nos Colonies, plus de loyauté, plus de fraternité que
nous n'en prouvons aujourd'hui ? Quelle est cette nation qui pourroit déployer pour leur
protection des sorces plus imposantes & plus solidement
fondées que celles dont nous disposerons après la crise
qui nous régénère ? Quelle est cette nation à qui la nature a donné plus
de moyens pour commercer avec elles ? Qui peut produire
& préparer dans son sein plus de matière propres à leur
consommation ? Qui peut faire un plus grand usage des
leurs ? Qui posséde enfin plus que nous tout ce qui peut
conduire au point où les échanges sont des deux parts
les plus avantageux possibles. Elles n'ont pas, il est vrai, jusqu'à ce jour, recueilli,
dans toute leur étendue, les fruits que ces diverses confidérations doivent leur faire attendre } mais où les causes
en etoient-elles , si ce n'est dans les abus que nous avons
détruis ? .. Le (régime de leur Gouvernement étoit oppressif? La
réponse est dans notre Révolution, la réponse est dans
les Décrets & les Instructions que nous envoyons dans les
(Colonies. • Nos forces navales n'ont jamais atteint le' degré de pré-» "
pcndérance que leur assignoit l'étendue de nos moyens &
notre poncion géographique. Eh 1 qu'avoient de plus que
nous ceux qui, avec moins d'hommes & moins de rich elfes, --- Page 265 ---
19 " chdses, se sont maintenus au premier rang des puissances
maritimes ? Ils avoient une constitution, ils étoient libres.'
Enfin la situation de notre commerce ne présentoit pas
toute la supériorité d'avantagés que lui garantit l'ensemble
de nos ressources, aussitôt qu'elles seront développées. Mais ignore-t-on que jusqu'à ce jour le génie seul de
la Nation Françoise a lutté contre toutes les institutions.
toutes les entraves, tous les préjuges ? Ignore-t-on qu'une opinion inconcevable plaçoit presque toutes les professions au-dessus du commerce,, de.
l'agriculture & de l'industrie productives, & détruisoit.
ainsi chez une Nation, amoureuse de la considération &
de la gloire, ce germe qui donne naissance à tous les,
genres de perfection ? Ignore-t-on que, jusqu'à ce jour, parmi nous, on se
livroit au commerce dans l'espoir de s'enrichir promptement, & qu'on le quitroit auflirôt qu'on avoit acquis,
allez de fortune pour le suivre d'une manière grande,
également avantageuse à soi & à ceux avec qui l'on
négocie ? Ignore-t-on que les capitaux, qui auroient dûfaire fleurir.
toutes les industries utiles, étoient absorbés par un Gouvernement emprunteur, & par le tourbillon d'agioteurs
d'ont il étoit environné ? Ignore-t-on que les profits qu'il étoit obligé d'offrir -
en retour de la plus juste méfiance , & ceux de. l'infame v
trafic qui s'alimentoit de ses profusions, soutenoient,
en France, l'intérêt de l'argent à un prix qui suffisoit
seul pour retenir, dans la médiocrité toutes les bran-
étoient absorbés par un Gouvernement emprunteur, & par le tourbillon d'agioteurs
d'ont il étoit environné ? Ignore-t-on que les profits qu'il étoit obligé d'offrir -
en retour de la plus juste méfiance , & ceux de. l'infame v
trafic qui s'alimentoit de ses profusions, soutenoient,
en France, l'intérêt de l'argent à un prix qui suffisoit
seul pour retenir, dans la médiocrité toutes les bran- --- Page 266 ---
'■ 20 . ces de notre industrie, & pour changer toutes les -
proportions de notre concours avec les autres Peuples? Voilà les abus, que nous n'avons cessé d'attaquer, que
nous nous sommes occupés chaque jour à détruire. Chaque
jour nous approche du terme où , dégagés des entraves 7
qui, jusqu'ici, ont contraint toutes nos facultés, nous
prendrons enfin â parmi les Nations, la place qui nôus
fut assignée. Alors notre liberté , notre puissance, notre
fortune , seront le patrimoine de tous ceux qui auront
partagé notre destinée ; alors , notre prospérité se répandra.
sur tous ceux qui contracteront avec nous. L'Assemblée
Nationale ne connoît point le langage & les détours d'une
politique artificieuse ; elle ignore, elle méprise sur-tout, les
moyens de captiver les Peuples autrement que par la justice. .
Attachement réciproque , avantages communs , inalté-.
rable fidélité : voilà , Peuple des Colonies , ce qu'elle.
vous promet & ce qu'elle vous demande. La Nation.
Françoise éprouve, depuis long-temps, ce qu'on peut.
attendre de vous : nous ne vous en demandons point
d'autres sentimens ; nous comptons sur eux avec certitude , & nous voulons qu'ils. soient chaque jour mieux. ••
mérités, & plus justifiés, de notre part • nous vous recommandons en ce moment une tranquillité profonde ,
une grande union entre vous, une grande célérité dans
les travaux qui doivent préparer votre nouvelle existence.
Ces Conseils sont essentiels à votre bonheur; ils le sont '
à votre sûreté. Ne donnez point, autour de vous x
l'exemple d'une diviCton, d'une fermentation contagieuse.
Vous avez, , plus que d'autres, besoin de paix , & vous - --- Page 267 ---
2 1 1 -. n'avez plus besoin devons agiter pour conquérir ce que
l'Assemblée Nationale aiéfolu de vous proposer dès le premier moment où vous avez été l'objet de Ses délibérations. ; Elle va rapprocher dans une suite d'articles précis , les
dispositions essentielles de l'instruction qu'elle vous
envoie. ARTICLE P R E M I E R. 1°. l e Décret de I'ASSEMBLÉE NATIONALE sur les Colonies , du 8 de ce mois, & la présente Instruction ayant :
été envoyés de la part du Roi au Gouverneur de la Co- -
lonie de Saint-Domingue, ce Gouverneur sera tenu, aussi- v
tôt après leur réception, de les communiquer à l'Assem- :
blée Coloniale , s'il en existe une déjà formée } de les
notifier également aux Assemblées Provinciales, & d'en
donner la connoissance légale & authentique aux Habi- :■
tans de la Colonie, en les faisant proclamer Ôc afficher dans :
toutes les Paroisses. - : '
neur de la Co- -
lonie de Saint-Domingue, ce Gouverneur sera tenu, aussi- v
tôt après leur réception, de les communiquer à l'Assem- :
blée Coloniale , s'il en existe une déjà formée } de les
notifier également aux Assemblées Provinciales, & d'en
donner la connoissance légale & authentique aux Habi- :■
tans de la Colonie, en les faisant proclamer Ôc afficher dans :
toutes les Paroisses. - : ' 1 . S'il existe une Assemblée Coloniale y elle pourra 3
'en tout état déclarer qu'elle juge la formation d'une noU- -
velle Assèmblée Coloniale plus avantageuse à la Colonie
que la continuation de sa propre adivité, & dans ce cas,
il fera procédé immédiatement aux nouvelles Elections. 3°. Si au contraire elle juge sa continuation plus avan-4 1
tageuse à la Colonie, elle pourra commencer à travaillée <
suivant les indications de l'Assemblée Nationale ; mais
sans pouvoir user de la faculté accordée aux Assemblées
Coloniales, de mettre à exécution certains décrets, jusqu'i --- Page 268 ---
1 Ce que l'intention de la Colonie, relativement à sa continuation, ait été constatée par les formes qui seront indiquées ci-après. ' 4°. Immédiatement après la proclamation, & l'affiche
du décret & de l'instruction dans chaque Paroisse , toutes les persohnes âgées de 15 ans accomplis, propriétaires
d 'immeubles, on, a défaut d une telle propriété, domiciliées dans la Paroisse depuis 1 ans, & payant une contribution, se réuniront pour former l'Assemblée paroissiale. , 5 * L Assemblée Paroissiale étant formée, commencera
par prendre une parfaite connoissance du Décret de l'Ai-
(emblée Nationale, du 8 de ce mois, & de la présentô
instruction pour procéder à leur exécution, ainsi qu'il
suit. ^ ^ 6°. S il n existe point dans la Colonie d'Assemblée
Coloniale précédemment élue, ou si celle qui existoit a
déclaré qu'elle juge plus avantageux d'en former unis
nouvelle, l'Assemblée Paroissiale procédera immédiates
ment à l'Eleaion de ses Députés à l'Assemblée Coloniale. 7 • A cet effet, il sera fait un état & dénombrement de toutes les personnes de la paroisse , absentes ou
présentes, ayant les qualités exprimées à l'article 4 de
la présente Instruction, pour déterminer, d'aprèsleurnombre,
<elui des députés qui doivent être envoyés à l'Assemblée
Coloniale. , S . Ce dénombrement fait, le nombre des dépurés à
pommer sera déterminé , à raison d'un pour cent citoyens ,
en observant, 1°. que la dernière centaine sera censée -
complette par lé n om bre de cinquante citoyens, de forte --- Page 269 ---
23 : ... que, pour cent cinquante citoyens, il iera nommé deux
députés ; pour deux cent cinquante citoyens , trois députés, & ainsi de suite. 2°. Qu'on n'aura aucun égard
dansles paroi sses où il y aura plus de cent citoyens, au
nombre fractionnaire , lorsqu'il sera au-dessous de cinquante , de sorte que pourcent quarante-neuf citoyens, il
nesera nommé qu'un député , & ainsi de suite. 30. Enfin
que les paroisses où il se trouvera moins decent citoyens *
nommeront toujours un député , qúelque foible que puisse
être le nombre des citoyens qui s y trouveront.
n'aura aucun égard
dansles paroi sses où il y aura plus de cent citoyens, au
nombre fractionnaire , lorsqu'il sera au-dessous de cinquante , de sorte que pourcent quarante-neuf citoyens, il
nesera nommé qu'un député , & ainsi de suite. 30. Enfin
que les paroisses où il se trouvera moins decent citoyens *
nommeront toujours un député , qúelque foible que puisse
être le nombre des citoyens qui s y trouveront. °. Après avoir déteiminé le nombre des députés qu'elles ':
ont à nommer, les Assemblées provinciales procéderont
à cette élection, dans la forme qui leur paroîtra la plus,
convenable. ^ 10°. Les Assemblées paroissiales seront libres de donner des instructions à leurs députés , mais elles ne pourront les charger d'aucuns mandats tendans à gêner leur
opinion dans l'Assemblée Coloniale , &' moins encore y
insérer des clauses ayant pour objet de les soustraire à
l'empire de la' majorité ; si une paroi fie dbnnoit de tels
mandats, ils seraient réputés nuls, & 1.A ssemblée Coloniale pourroit n'y avoir aucun égard, mais I eleârion des
députes n'en seroit pas invalidée. il. Les députés élus par l'Assemblée paroissiale se
rendront immédiatement dans la ville de Léogane. & y k
détermineront le lieu où doit siéger l'A siemblée Coloniale. 12°. Si au moment où l'Assemblée paroissiale s est for,.
mée , il existoit. daus la Colonie une Assemblée Coloniale-précédemment élue, ôc si cette Assemlée n'a point --- Page 270 ---
( i4 ..déclaré qu'elle juge avantageux à la Colonie de la remplacer par une nouvelle , l'Assemblée paroissiale commen-
: cera par examiner elle même cette question ; elle pesera
toutes les raisons qui peuvent décider ou a autoriser 1 l'Assemblée Coloniale existante à remplir les fondions indiquces
par le Décret de l'Assemblée nationale, ou à mettre à
: sa place une nouvelle Assemblée élue, conformément à
r la présente Instruction. 13°. L'Assemblée paroi ssiale sera tenue de faire son
-option dans l'espace de quinze jours, à compter de celui
où la proclamation aura été faite, & d'en donner immédiatement connoissance au Gouverneur de la Colonie,
& à l'Assemblée Coloniale. Son vœu sera compté pour au-
; tant de voix qu'elle eût dû envoyer de députés à l'Assemblée Coloniale, en se conformant à cette Instruction. 14". Lorsque le terme dans lequel toutes les Paroisses
.auront, dû s expliquer sera écoulé, le Gouverneur de la
Colonie vérifiera le nombre des Paroisses qui ont opté pour
la formation d'une nouvelle Assemblée; il en rendra le
Jrésultat public par l'impression, avec le nom de toutes les
Paroisses qui ont délibéré, l'expression du vœu que chacune a porté, & le nombre de voix-qu'elle doit avoir, à
raison du nombre de ses Citoyens actifs • il notifiera d'une
manière particulière cemême résultat à toutes les Paroisses
de la Colonie. -
de la
Colonie vérifiera le nombre des Paroisses qui ont opté pour
la formation d'une nouvelle Assemblée; il en rendra le
Jrésultat public par l'impression, avec le nom de toutes les
Paroisses qui ont délibéré, l'expression du vœu que chacune a porté, & le nombre de voix-qu'elle doit avoir, à
raison du nombre de ses Citoyens actifs • il notifiera d'une
manière particulière cemême résultat à toutes les Paroisses
de la Colonie. - i Si le desir de former une nouvelle Assemblée n'a
pas été exprimé par la majorité des voix des Paroisses, \
l'Assemblée Coloniale déja élue continuera d'exister, &
Xera chargée, de toutes les fondions indiquées par le Décret --- Page 271 ---
■M 4e l'Assemblée Nationale , & en conséqncnce il lie sera
point procédé dans les Paroisses à de nouvelles Elections:
si au contraire le desir de former une nouvelle Assemblée ,,
est exprimé par la majorité des voix des Paroisses, tous
les pouvoirs de l'Asïembiée Coloniale existante cesseront,
& il sera procédé sans délai, dans toutes les Paroisses, à de
nouvelles Elections , comme si, à l'arrivée du Décret , il
n'en eût point existé ; en observant que les Membres ,
soit de l'Assemblée Coloniale, soit des Assemblées Provinciales existantes pourront être élus aux mêmes conditions que les autres Citoyens, pour la nouvelle Assemblée. 16°. L'Assemblée Coloniale formée ou non formée de
la manière énoncée ci-dessus s'organisera & procédera ainÍÏ
qu'il lui paroîtra convenable , & remplira les fondions
indiquées par le Décret de l'Assemblée Nationale, du 8 de
ce mois, en observant de se conformer dans son travai
sur la Constitution, aux maximes énoncées dans les artides suivans. ' 17°. En organisant le Pouvoir législatif, elles reconnoîtront que les Loix dessinées à régir les Colonies, médi-
.tées & préparées dans leur sein, ne sauroient avoir uneexisrence entière & définitive, avant d'avoir été décrétées par
l'Assemblée Nationale & sanctionnées par le Roi; que si
les Loix purement intérieures peuvent, dans les cas prefsans, être provisoirement exécutées, avec la sanction d'un
Gouverneur , & en réservant l'approbation définitive du
Roi & de la Législature Francoise, les Loix proposées,
qui toucheraient aux rapports: extérieurs & qui pourraient
en aucune manière changer ou modifier les relations entre --- Page 272 ---
les Colonies & la Métropole, ne sauroient recevoir aucune
exécution même provisoire , avant d avoir été consacrées
par la volonté nationale; n'entendant point comprendre
sous la dénomination de Loix, les exceptions momentanés,
relatives à l'introduction des subsistances qui peuvent avoir
lieu à raison d un besoin pressant, & avec sanction du
Gouverneur. * 18° En organisant le Pouvoir exécutif, elles reconnoîtront que le Roi des François est, dans la Colonie,
comme dans tout l'Empire , le Chef unique & suprême
de cette partie de la puissance publique. Les Tribunaux,
l'Administration, les forces militaires le reconnoîtront
pour leur Chef ; il sera représenté dans la Colonie par un
Gouverneur qu'il aura nommé, & qui, dans les cas
pressans, exercera provisoirement son autorité ; mais
sous la réserve , toujours observée , de son approbation
définitive.
le Roi des François est, dans la Colonie,
comme dans tout l'Empire , le Chef unique & suprême
de cette partie de la puissance publique. Les Tribunaux,
l'Administration, les forces militaires le reconnoîtront
pour leur Chef ; il sera représenté dans la Colonie par un
Gouverneur qu'il aura nommé, & qui, dans les cas
pressans, exercera provisoirement son autorité ; mais
sous la réserve , toujours observée , de son approbation
définitive. PROJET DE DÉCRET PROPOSÉ LE COMITÉ. L'Assemblée Nationale , après avoir entendu la le&ure
des Instructions rédigées par le Comité des Colonies,
en exécution de ses Décrets du 8 du présent mois, pour
les Colonies de Saint-Domingue , à laquelle sont annexées.
les petites isles de la Tortue, la Gonave & l'isle à Vaches,
de la Martinique, de la Guadeloupe, à laquelle sont
annexées les petites isles de la Desirade, Marie Galante,
les Saints, la partie Françoise de l'isle Saint-Martin ,
de --- Page 273 ---
de Cayenne & la Guyane , de Sainte-Lucie, de Tabago,
dë l'isle de France ÔC de l'isle ; de Bourbon, a déclaré ::
approuver & v adopter lesdites Instructions dans . tout :
leur contenu • en conséquence elle décrète qu'elles 2
seront transc-rites ' sur le -Procès-verbal de la Séance , & l
que son Président se retirera par-devers le Roi, pour là -
prier de leur donner son approbation. ^ ... - ; - Décrète en outre que le Roi sera supplié d'adresser.
incéssamment lesdites Instructions ainsi que le présent
Décret , & celui du 8 de ce mois , concernant les Colonies, aux Gouverneurs établis par "Sa Majesté dans
chacune desdites Colonies, lesquels observeront & exécuteront lesdites Instructions & Décrets, en ce qui les
concerne, à peine d'en être responsables, & sans qu'il soit
besoin de l'enregistrement, & de la publication d 'iceux,
par aucuns Tribunaux.
Au surplus l'Assemblée Nationale déclare n'entendre
rien statuer, quant - à - présent, sur les Etablissemens
François, dans les différentes parties du monde, -non
énoncés dans le présent Décret, lesquels, à raison de
leur situation, ou de leur moindre importance, n'ont
pas paru devoir être compris dans les dispositions décrétées. pour les Colonies. , - > ... - N O TZ
Cette Inftra&icm efc'faite1 pour toutes .ks.Coionies én,oncée$
ilâtïs le Décret, avec.-la di&ereli^e : - .. , - xQu'à la. Martinique le premier lieu. de rassemblement àe --- Page 274 ---
^8 A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE, l'Assemblée Coloniale, fera le Fort Royal j à la Guadeloupe,
la Baffe Terre; à Cayenne, Cayenne; à Sainte-Lucie, le Carenage;
Tabago, le Fort Louis ; à l'Isle de France, le Fort Louis ; à
rifle de Bourbon , Saint-Denis. 2°. Qu'à la Martinique, à la Guadeloupe, à l'Isle de France y
& à l'Isle de Bourbon , il fera nommé dans les Paroisses ûn
Députe à raison de 5° Citoyens a&ifs ; à Cayenne , & la Guyane,
un à raison de 2 5 ; à Sainte-Lucie r un à raison de 20; à Tabago,
Un à raison de 10 , en observant les mêmes règles qu'à SaintDomingue , pour les nombre fractionnaires, & pour les Paroisses
qui n'ont pas le nombre de Citoyens indiqué.
France y
& à l'Isle de Bourbon , il fera nommé dans les Paroisses ûn
Députe à raison de 5° Citoyens a&ifs ; à Cayenne , & la Guyane,
un à raison de 2 5 ; à Sainte-Lucie r un à raison de 20; à Tabago,
Un à raison de 10 , en observant les mêmes règles qu'à SaintDomingue , pour les nombre fractionnaires, & pour les Paroisses
qui n'ont pas le nombre de Citoyens indiqué. 3°. Que dans les instructions envoyées à ces Colonies , on
supprimera , dans l'Article premier, ce qui concerne les A ssemblées Provinciales, attendu qu'il n'en existe qu'à Saint-Domingue. --- Page 275 ---
A MES CONCITOYENS DE tA MARTINIQUE; Far M. A. U. C. D. L. M. D:A. L. A. N. Loyauté, JUSTICE, Fermeté. A P À R 1 S : Chez B A UDO U 1 N , Imprimeur de L'A s s EM B IL é j NATioN ALE , rue du Foin St. - Jacques Jacques, N3. 31. 1 7 0. --- Page 276 --- --- Page 277 ---
A A MES CONCITOYENS DE L'ISLE , DE LA MARTIN IQUE. PERMETTEZ > Messieurs, à un de vos Conciroyens , dont le desir le plus vif est de vous voir
heureux , de vous adresser quelques réflexions sur la.
position nouvelle où vous allez vous trouver. Il ne
vous présentera qu'un apperçu de l'immense travail
auquel vous ferez obligés de vous livrer. Il voudroic
pouvoir se trouver parmi vous, lorsque le Décret de
l'Assemblée Nationale vous parviendra. Il seroit témoin
de la joie qu'il causera, sans doute , à toutes 1 es classes
de Propriétaires, Se aux Négocians qui voudront enfin
être justes. Celui qui vous écrit s'est trouvé à portée
de suivre attentivement toutes les opérations de l'Assembléc Nationale. Il croit de son devoir de vous faire
connoitre, dans le grand éloignement où vous êtes,
l'esprit qui anime cette Assemblée, ses dispositions favorables pour les Colonies , & enfin les motifs qui ont
produit son Décret du 8 Mars. Ces détails vous feront
connoitre les moyens de sagesse de fermeté que vous
devez employer pour sortir de la double oppression
ui qui vous écrit s'est trouvé à portée
de suivre attentivement toutes les opérations de l'Assembléc Nationale. Il croit de son devoir de vous faire
connoitre, dans le grand éloignement où vous êtes,
l'esprit qui anime cette Assemblée, ses dispositions favorables pour les Colonies , & enfin les motifs qui ont
produit son Décret du 8 Mars. Ces détails vous feront
connoitre les moyens de sagesse de fermeté que vous
devez employer pour sortir de la double oppression --- Page 278 ---
sous laquelle vous gémissez depuis si long-temps, k
vous sentirez aisément que sI vous manquez cette occasson, la verge de fer ministérielle & l'aristocratie
commerçante s'appesantiront à jamais sur vos têtes. Vous êtes instruits de quelle manière les Députés
de S. Domingue profitèrent de la fameuse Séance du
2o Juin dans un jeu de Paume, pour se faire recevoir par les Communes au nombre des Représentans
de la Nation. Si leur admission eût été délibérée dans
un moment de calme , & qu'il fût prouvé qu'elle eût,
eu l'assentiment général des Colons, elle auroit été ,
dans mon opinion, un mal irremédiable pour les Co-
' lon tes , qui auroient reconnu par-là qu'elles étoient
Provinces du Royaume, & obligées par conséquent
à accepter tous les Décrets de l'Assemblée , comme
toutes les autres. Si on doit de grands éloges à la
prudence de la Colonie de S. Domingue qui, sans
exprimer son vœu, a laissé agir ses Députés sans les
avouer officiellement, les Colons en général doivent
beaucoup de reconnoissance à l'Assemblée Nationale,
qui , non-seulement a conservé les Députés de SaintDomingue , mais a admis même ceux de la Martinique & de la Guadeloupe sur le même pied. Le
préambule du Décret du 8 Mars fait disparoître à ,
jamais tous les inconvéniens que l'admission des Dé-, ^
putés à'l'Assemblée Nationale auroir pu faire naître,
&c" il ne doit rester à toutes les Colonies que de la
> satisfadtion de leurs Députés. Les Colonies ont cru peut-être avoir à se plaindre ^
/ --- Page 279 ---
A 1 de l'inaction de l'Assemblée Nationale a leur égard:
mais c'est cette inadion même qui a opéré leur salut.
L'Assemblée n'avoit, pour ainsi dire , aucune connoissanee sur l'état des Colonies, sur leurs demandes , ni
même sur leur importance , que plusieurs mettoient en
doute. Obligée de se soutenir elle-même au milieu
des plus grands orages , elle ne pensoit q-u'avec nS
pugnance au moment où elle seroit obligée de s'occuper d'elles, parce qu'elle prévoyoit que les pretén-
- tions du Commerce, les diverses demandes des Colons
de Saine-Domingue, qui n etoient pas d'accord avec
leurs Députés , & les opinions erronées de plusieurs
de ses Membres sur l'esclavage & la traite, l'entraîneroient dans des diseussions trop longues, dans un moment
où elle étoit si pressée de hâter l'ouvrage de la nouvelle Constitution , & la mettroient peut-être dans le
cas de mécontenter à la fois, & les Colonies &f le
Commerce. C'est je crois, d'après ces principes qu'elle
a refusé au mois de Décembre aux Députés des Co*
lonies la formation d'un Comité Colonial, & qu'elle
a ajourné tant de fois les demandes des Députés de
Saint-Domingue sur les subsistances de leur Colonie;,
parce que le Commerce, qui avoit fait étayer les Né-
..gocians qui sont Membres de l'Assemblée , par une
deputation extraordinaire de 40 autres Députés près de
l'Assemblée, s'y opposoit toujours.
es qu'elle
a refusé au mois de Décembre aux Députés des Co*
lonies la formation d'un Comité Colonial, & qu'elle
a ajourné tant de fois les demandes des Députés de
Saint-Domingue sur les subsistances de leur Colonie;,
parce que le Commerce, qui avoit fait étayer les Né-
..gocians qui sont Membres de l'Assemblée , par une
deputation extraordinaire de 40 autres Députés près de
l'Assemblée, s'y opposoit toujours. Dans cet état de choses une société de prétendus : Philantrophes, décorée du titre imposteur d'amis des
Noirs , sert montrée avec audace , Quand on a lu leurs --- Page 280 ---
écrits aussi dangereux qu'impolitiques , on pourroit,
sans être imprudent, soupçonner les instigateurs de cette
secte, d'être à la solde des ennemis de la Nation. Des
Membres même de l'Assemblée ont eu la prétention
de servir de pères aux gens de couleur ; comme si les
Colons, à qui ils doivent tout', ne leur en eussent
pas toujours servi ! Le Ministère , désespéré de voir
échapper de ses mains le sceptre du despotisme, &:
les grâces qu'il avoit à sa disposition, a espéré jusqu'au dernier moment profiter de l'éloignement des
Colons pour leur fasciner les yeux , & les conserver
sous sa dépendance. II a contrarié en tout les demandes des Députés des Colonies , a fait tous ses
efforts pour s'opposer à leur admission à l'Assemblée,
& a cherché à augmenter & à perpétuer la division
d'opinions qui existoit entre les Propriétaires de SaintDomingue résidans en France, & les Députés de cette
Colonie admis à l'Assemblée Nationale. Mais le temps
est certainement passé, où la bonne -foi des Colons &
leur docilité laissoient les moyens de les opprimer,
au nom d'un bon Roi qu'ils adorent, & qui ignore
jusqu'à ce moment même à quel point ils ont été
vexés. . Voilà, Messieurs, où en étoient les choses, lorsque
le Ministre de la Marine a communiqué à l'Assemblée
Nationale les dépêches qu'il avoit reçues concernant
les mouvemens qui ont eu lieu, tant à Saint-Domingue qu'à la Martinique & dans les autres Colonies.
Il étoit aisé de voir par sa lettre que, si les Colors --- Page 281 ---
A3 s étoient permis quelques démarches que la nécessité
avoir di&ées, il desiroit que l'Assemblée Nationale
leur en donnât tout le blâme. Sa tendresse pour ïes
Agens , & sa colère contre les Colons, paroissoient
dans tout leur jour. Mais ses mauvaises intentions à
cet égard sont restées sans effet, & la dernière phrase
du Décret de l'Assemblée Nationale , doit vous le
prouver.
si les Colors --- Page 281 ---
A3 s étoient permis quelques démarches que la nécessité
avoir di&ées, il desiroit que l'Assemblée Nationale
leur en donnât tout le blâme. Sa tendresse pour ïes
Agens , & sa colère contre les Colons, paroissoient
dans tout leur jour. Mais ses mauvaises intentions à
cet égard sont restées sans effet, & la dernière phrase
du Décret de l'Assemblée Nationale , doit vous le
prouver. Les nouvelles communiquées par le Ministre étoient
déjà connues dans les Villes de commerce. Celles - ci
avoient prévu depuis long temps le danger où le trouveroit la Métropole de- perdre les Colonies, si elle ne
faisoit rien pour elles T & ne les rafluroit contre les
attentats des amis des Noirs, & contre lu crainte de
voir leurs idees fanatiques se propager parmi les ,Membres même de 1 Assemblee Nationale. Elles avoient
elles-memes le plus grand intérêt^ à faire prononcer
définitivement sur la traite. Ne cherchons pas leurs autres motifs, qu'ils ont bien démontrés en demandant
la -continuation du régime prohibitif tel qu'il existe,
& remercions-les de leur démarches. Vous connoissez
sans doute les Adressès que Y Armée patriotique Bordeloife & les Députés du commerce de France ont présensees a 1 Assemblee Nationale. Elles furent loutenues
par 1 opinion publique , parce que l'effroi s'étoit emparé de tous les esprits, à la seule idée de la poffibilité de voir les Colonies se déclarer indépendantes.
Chacun sentit alors leur importance , & trembla de
voir perdre des possessions. qui alimentent le-seul com- --- Page 282 ---
6 1 merce avantageux que fafle la France, nourrissent plulieurs millions d'individus dans le Royaume, l'eurichisseent de leurs productions. L'Assemblée Nationale,, frappée de la nécessité de
prendre un parti , a déployé, si on peut le dire, toute
Ja sagacité & la conciliation même dont un Corps de
Législateurs peut être susceptible. Ceux qui avoient
reconnu déclaré les droits de l Homme ne pouvoient point laisser discuter devant eux la question sur
]a traite & l'esclavage. L'Assemblée pouvoit, il est vrai,
se considérer en ce moment comme un Corps politique , &r se prêter en conséquence aux disparitcs que la
nature des choses .exige. dans les Colonies ; mais elle
a préféré, en demeurant toujours legislatrice , d 'étuder
la question ? & un des principaux motifs du Décret
qu'elle a rendu sur les Colonies, est la crainte bien
-fondée qu'elle. 'avoit, que le mécontentement des Provinces maritimes '& des manufacturiers qui vivent par
les Colonies , n'opérât des effets contraires à l'affermissement de là nouvelle Constitution du Royaume. Ne
pénétrons pas plus avant dans les autres raisons qui
• ont stimulé sa justice , & bénissons la Providence de
■ l'heureux résultat que nous avons obtenu. Rendonsnous en dignes par notre sagesse ; faisons connortre
aux détracteurs des Colons , à ces énergumènes qui
f ont osé Taupçonner notre humanité & notre fidélité,
les Colonies , n'opérât des effets contraires à l'affermissement de là nouvelle Constitution du Royaume. Ne
pénétrons pas plus avant dans les autres raisons qui
• ont stimulé sa justice , & bénissons la Providence de
■ l'heureux résultat que nous avons obtenu. Rendonsnous en dignes par notre sagesse ; faisons connortre
aux détracteurs des Colons , à ces énergumènes qui
f ont osé Taupçonner notre humanité & notre fidélité, • que l'Empire François n a point de sujets qui soient
plus dignes d'être heureux que les Colons Américains,
& que nous n'avons jamais demande que ce que les --- Page 283 ---
. 7 1 A4 droits imprefcrfptibles d'une classè de Citoyens qui ont,
enrichi par leurs travaux la mère-patrie , auroient du
nous faire obtenir depuis long-temps. Le Comité des Colonies a été composé , pour la
plus grande partie } de Membres prépondérans dans
l'Assemblée. Vous devez considércr le Rapport de Cq
Comité , fait par M. Barnave , comme la façon de
penser de la majorité de l'Assemblée. Je n'entreprendrai pas de vous en faire l'analyse ; vous l'avez fous
les yeux. Mais observez sur-tout les deux points principaux ; vous y verrez qu'on attribue votre juste mécontentement à deux causes : d'abord , les oppressions
du régime arbitra ire & ministériel : l'Assemblée Nationale sera votre plus ardente protéctrice dans toutes les
mesures que vous prendrez pour vous en affranchir.
Ensuite , le régime prohibitif : elle est déjà convaincue
qu'aucune convention à cet égard ne peut plus exister
qu'autant qu'il en résultera un intérêt réciproque ; &
comme vous ne proposerez sûrement, sur ce point,
que des choses justes 3 vous devez compter d'avance
sur l'appui de l'Assemblée Nationale. .. Je viens de vous exposer , Messieurs, la position
où vous vous trouvez par rapport à la France ; mon
zèle me portera à vous offrir par écrit quelques idéées
générales (ur le plan que , d'après mon opinion , je
voudrais vous voir adopter. Je n'ai pas la présomption. -
de vouloir vous éclairer ; mais j'ai cru qu'il ne feroit
pas inutile que vous connufIiez les opinions que vos
véritables amis ont déjà fait circuler dans ce pays-ci p --- Page 284 ---
8 1 èc presque la. généralité du Royaume s attend à les
voir mises en exécution , par la raison qu'ils pensent
qu'il ne feroit ni juste , ni même possible de lentpêcher.. * . ^ Connoissèz vos forces, mais n'en abusez pas. Croyez
sur-tout que, sans union , vous perdrez tous vos avantages. Trois mots doivent être à jamais votre devise :
LOYAUTÉ , JUSTICE & FERMETÉ. Je voudrois les
voir écrits sur les Drapeaux de vos Milices patriotiques.
. généralité du Royaume s attend à les
voir mises en exécution , par la raison qu'ils pensent
qu'il ne feroit ni juste , ni même possible de lentpêcher.. * . ^ Connoissèz vos forces, mais n'en abusez pas. Croyez
sur-tout que, sans union , vous perdrez tous vos avantages. Trois mots doivent être à jamais votre devise :
LOYAUTÉ , JUSTICE & FERMETÉ. Je voudrois les
voir écrits sur les Drapeaux de vos Milices patriotiques. L'Assemblée Nationale vous envoie des instrucions;
vous verrez qu'elles n'ont pas pour but de vous lier
servilement à un mode de convocation immuable, mais
d'établir seulement les points généraux sur lesquels
vous devez dirigèr votre travail. Je pense que, pour
cette première sois, vous ferez sagement d'adopter en
entier les idées de l'Assemblée Nationale dans la formation de votre Assemblée Coloniale, ( parce que, sans
cela, rien ne finiroit, & que l'on crieroit à l'illégalité ) ; sauf à rédiger par la suite , comme un des premiers articles de la Constitution que vous demanderez,
le mode de convocation que vous croirez le plus propre
a votre localité. Observez que les Instructions ne vous
nomment pas les gens de couleur libres ; c'est une condescendance marquée de la part de l'Assemblée. Elle
en: contre ses principes , & doit vous prouver le desir
qu'elle a de conserver l'harmonie entre les Colonies
& la Métropole. Mais j'avoue sincèrement qu'il paroît de toute justice de reconnoître qu'un homme de --- Page 285 ---
-- 1 couleur ne libre, & qui possède une propriété foncière
doit être Citoyen, & comme tel , être admis à donner
sa voix pour l'élection de ceux qui doivent veiller aux
intérêts de tous. Ne pensez-vous pas que le moment
où vous allez détruire les préjugés injustes qui vous
tenoient dans l'oppression , cst celui d'oublier vousmêmes ceux qui répugnent à l'équité , d'autantjqu'étant vingt contre un 3 vous n'avez, dans ce moment,
rien à craindre du résultat, & que vous pouvez prendre
d'avance des mesures pour empêcher cette classe
d'hommes de se trop multiplier par la suite ? Lorsque l'Assemblée Coloniale sera formée conformément aux Instru&ions que vous aurez reçues de l'Afsemblée Nationale, vous fendrez, Meilleurs, la nécefsité de vous occuper immédiatement de votre Constitution intérieure : elle aura pour objet d'affurer , ï°. La liberté, la propriété & tous les droits im.
prescriptibles du Citoyen ; ♦ i°. De fixer le pouvoir de l'Assemblée Coloniale
sous le double rapport de Corps législatif provisoire >
& de Corps administratif permanent > 3°. De fixer également l'autorité du Gouverneur,
considéré comme partie intégrante du Corps législatif
provisoire, comme chef militaire , & chargé de l'exécution des Loix consenties par la Colonie ; 40. De régler le pouvoir judiciaire. Ces pouvoirs bien organisés, assureront la tran- --- Page 286 ---
1 0 tranquillité de la Coloaie, & à chaque individu
jouissance de tous les avantages dQ, la. Société. Les détails relatifs à chacun de ces articles font:
orité du Gouverneur,
considéré comme partie intégrante du Corps législatif
provisoire, comme chef militaire , & chargé de l'exécution des Loix consenties par la Colonie ; 40. De régler le pouvoir judiciaire. Ces pouvoirs bien organisés, assureront la tran- --- Page 286 ---
1 0 tranquillité de la Coloaie, & à chaque individu
jouissance de tous les avantages dQ, la. Société. Les détails relatifs à chacun de ces articles font: ARTICLE Ï R E M I E R. L4 liberté civile dont chaque' Citoyen doit jouir. Es
adoptant pour les Blancs la déclaration des Droits de
l'Homme , ce but se trouvera rempli, tant pour soustraire tous les Citoyens au pouvoir arbitraire, auquel
vous avez été soumis jusqu'à présent , que pour assurer à jamais leur propriété. Si cette Déclaration efsarouche dans un p>ays où toutes les fortunes sont fondées sur resclavage, je l'adopterois au moins, en retranchant les deux premiers articles, ainsi que le mot
homme , & n'y laissant subsister que celui de Citoyen.
Car tous ses principes étant votre sauve-garde contre
le despotisme qui vous régit maintenant , leur établissement peut seul vous assurer que l'on ne cherchera
pas, par la suite , à vous remettre sous le joug. 2°. Les droits imprescriptibles des Citoyens. Je comprends sous ce point l'objet principal du travail qui
va vous occuper, & îe seul qui puisse causer quelque
difleotion entre vous & la Métropole , je veux dire les
loix prohibitives. Vous pouvez certainement avancer
en principe , & sans crainte d'être contredits , qu une
Métropole n'a pas le droit de faire le monopole des
objets de nécessité, première &: absolue , sur-tput quand \' --- Page 287 ---
ri cl le ne peut les fournir elle-même , & je pense que
vous devez prendre'à cet égard les mesures suivantes: Déclarer que vous ne consentirez, sous aucun prétexte , à fermer vos ports, que vous avez ouverts pour
quatre mois, jusqu'à ce que l'Assemblée Nationale ait
décrété , & que le Roi ait sandionné le nouveau projet que vous présenterez sur les loix prohibitives -, , Déterminer ensuite qu'à l'avenir la Colonie jouira
d'une liberté entière de commerce pour tous les comejlibles quelconques , qui ne paieront d'autres droits
que ceux qu'il plairoit à l'Assemblée Coloniale de fixer
au profit de la Colonie, & que les Habitans pourront
acquerir de l'Etranger tout article de comejlibles , feulement par échange de denrées coloniales. - Vous penserez sûrement aussi , que voulant toujours demeurer ce que vous êtes, c'est-à-dire de bons
& fidèles François , vous en donnerez la preuve en
faisant pour la Métropole tous les sacrifices possibles ^
à l'exception de la nécessité d'être assurés de votre subsistance; & d'après cela , vous établirez que les loix
prohibitives subsisteront pour tout le reste, & que toutes les denrées Coloniales, à l'exception de celles qui
feront échangées contre des comestibles , appartiendront exclusivement à la Métropole , qui aura également feule le' droit d'approvisîonner la Colonie de
tous les objets manufacturés. Votre patriotisme doit
vous porter à proposer une loi précise & sevère même
k cet égard , dont le maintien sera, comme toutes au-
vous établirez que les loix
prohibitives subsisteront pour tout le reste, & que toutes les denrées Coloniales, à l'exception de celles qui
feront échangées contre des comestibles , appartiendront exclusivement à la Métropole , qui aura également feule le' droit d'approvisîonner la Colonie de
tous les objets manufacturés. Votre patriotisme doit
vous porter à proposer une loi précise & sevère même
k cet égard , dont le maintien sera, comme toutes au- --- Page 288 ---
rt très loix , confié à la surveillance du Pouvoir exécutif
& un des meilleurs moyens. d'enpêcher la fraude, se^-
roit d'établir urne Commission composée moitié d'habitant , moitié de commerçais François , qui vérifieroient avec soin la quantité de comestibles importês
dans la Colonie, & leur prix , & jugeroient de celle
des denrées qui auroient été données en échange. A R T. II. Définir le pouvoir de l'Assemblée Coloniale , comme'
^ Corps législatif provisoire. Je pense qu'il est nécessaire de vous proposer de
définir j ou plutôt d'expliquer a votre avantage , le
pouvoir de l'Assèmblée Coloniale qui va être convoquée , & qui, d'après le Décret, sera un vrai Corps
législatif puisqu 'il vous accorde le pouvoir , non-seulement de- présenter tous les plans que vous jugerez
les meilleurs pour établir une bonne Constitution ,
, mais aufll celui de mettre à exécution toutes les parties
des Décrets de l'Assemblée Nationale sur les Municipalités & les Assemblées administratives qui peuvent
s'adapter aux convenances locales , en y apportant
même les modifications que vous jugerez nécessaires.
Mais il est à observer que si le Décret ne dit pas nettement que l'Assemblée Nationale & le Roi adopterent , sans restriction, les modifications que vous proposerez, il ne dit pas non plus que les Colonies seront
obligées de se soumettre à leur refus , moyennant --- Page 289 ---
quoi , d'après l'esprit qui paroît animer l'Assemblée,
quant aux Colonies, il est à présumer qu'elle adoptera
tout ce que les Colonies proposeront pour leur admitration intérieure ; ftlais le meilleur moyen de se lafluxer , est que l'Assemblée Coloniale établissè provisoire.
ment, & à mesure , toute la nouvelle Constitution
qu'elle desirera. Vous ne ferez en cela que suivre
l'exemple de l'Assemblée Nationale elle-même. Le
Gouverneur sanctionnera sûrement comme le Roi l'a
fait en France. Ce point est essentiel, car on peut craindre , si par hasard une guerre survenoit , que le Ministère toujours aux aguets pour reprendre son pouvoir,
ne profitât des forces qu'il auroit à sa disposition, pour
vous asservir de nouveau ; & c'est pour cela que je
vous ai invités à ne vous relâcher en rien sur l'ouverture des ports , jusqu'à la sanction définitive du Décret qui doit modifier les loix prohibitives. Fixer le pouvoir de l' Assemblée Coloniale comme Corps
adminijlratif permanent. Après l'article de la modification des loix prohibitives , celui-ci est sans contredit le plus important,
parce que c'est du choc des pouvoirs que nait le désordre , & que la bonne organisation d'une Assemblée administrative doit être le gage assuré de la félicité publique. ; Les droits naturels de ces Assemblées doivent être
tres-étendus, puisqu'elles sont composées des Repré- --- Page 290 ---
*4
le pouvoir de l' Assemblée Coloniale comme Corps
adminijlratif permanent. Après l'article de la modification des loix prohibitives , celui-ci est sans contredit le plus important,
parce que c'est du choc des pouvoirs que nait le désordre , & que la bonne organisation d'une Assemblée administrative doit être le gage assuré de la félicité publique. ; Les droits naturels de ces Assemblées doivent être
tres-étendus, puisqu'elles sont composées des Repré- --- Page 290 ---
*4 sentans du Peuple entier, & que cest ce Peuple qui
a celui de fixer tout ce qui a rapport à sa propriété &
à sa sureté. Les Décrets de l'Assemblée Nationale vous
feront connoltre j • Meilleurs , les pouvoirs attribues
aux Assemblées, administratives du Royaume ; ils serviront beaucoup à vous diriger pour les différences
qu'exige votre localité. Votre éloignement de la Métropole & du Corps législatif suprcme, nécessite l'autorisation de votre Assemblée Coloniale à promulguer
des règlemens provisoires dans les cas non prévus
par les Loix constitutionnelles, lesquels règlemens ne
pourroient être exécutés qu'avec la sanction du Gouverneur, qui pourroit la refuser s'il les croyoit contraires auxdites Loix constitutionnelles, mais qui seroit obligé, dans ce cas, à motiver son refus par écrit,
pour le tout être renvoyé à la décision de l'Assemblése Nationale & du Roi. Vous ne trouverez peutêtre pas que les fondions des Assemblées adminiltratives soient , en général, expliquces d'une manière
assez précise. Vous avez cependant une raison de
plus pour énoncer vos desirs d'une manière d'autant
plus énergique, que si, en France , le Gouvernement
avoit trop empiété sur les droits des Citoyens, il les
avoit violés dans les Colonies d'une manière monstrueuse. N'oubliez pas qu'un Intendant vendoit à un
v de ses protégés le droit d'enivrer vos enclaves, &:
qu'il disposoit ensuite de ce qu'il en retiroit, sans
vous en donner aucune connoissance. Le prix de la
liberté des esclaves étoit également à la disposition
du Gouvernement ; & depuis 1'784, vous avez vu --- Page 291 ---
<que fous prétexte de vous faciliter par l'Étranger vos
besoins de nécessité absolue, on a établi sur ces objets un
impôt, du produit duquel on ne vous a, jamais rendu
le moindre compte, quoiqu'on l'eût formellement promis.
Je pourrais citer beaucoup d'autres vexations ; mais
vous ne les connoissez que trop, & je vais vous offrir
les moyens que je pense que vous devez adopter pour
vous en préserver à l'avenir. . FINANCES. Pour traiter cet article qui forme la base de beaucoup d'autres, il faut établir un principe dont vous
ne devez jamais vous écarter : le voici. Le Régime
prohibitif ejl de tous les Impôts le plus violent & le
plus défaflreux 3 & doit tenir lieu de tous les autres. Le
Ministére ne conviendra pas de cette vérité , mais elle
n'en exisie pas moins. Le Commerce répétera sa
phrase favorite : les Colonies ne sont saites que pour la
Métropole. Vous lèur répondrez alors , que le. temps
cst passé, où le Ministre de la Marine & le Commerce de France se disputoient à l'envi l'empire
des Colonies , le premier, pour y exercer, au nom
-d'un Roi juste, toutes les injustices du pouvoir arbitraire; & le sécond, pour y maintenir avec une rigidité contraire à l'humanité, les loix prohibitives.
Commerce répétera sa
phrase favorite : les Colonies ne sont saites que pour la
Métropole. Vous lèur répondrez alors , que le. temps
cst passé, où le Ministre de la Marine & le Commerce de France se disputoient à l'envi l'empire
des Colonies , le premier, pour y exercer, au nom
-d'un Roi juste, toutes les injustices du pouvoir arbitraire; & le sécond, pour y maintenir avec une rigidité contraire à l'humanité, les loix prohibitives. Si j'étois parmi vous, &: que j'eusse l'avantage d'être Membre de votre Assemblée Coloniale ^ voici les --- Page 292 ---
/ i6 articles que je vous proposerois de rédiger relativement à l'article Finances. L'Assemblée Coloniale considérant qu'il ne peut
être levé aucun impôt de quelque nature qu'il soit,
sans le contentement du Peuple par la voix de les
Représentans, a reconnu que le régime prohibitif
qu'elle laissera subsister en faveur de la Métropole ,
doit affranchir à jamais le Peuple de la Martinique
de toùt Impôt 5 elle a en conséquence arrêté arrête
ce qui suit : 1°. La Colonie se chargera de payer tous frais
quelconques relatifs à son administration intérieure ,
tels qu'appointemens du Gouverneur, gages des Officiers de JuStice, de Police , ceux des Maréchaussees,
les frais de culte divin , les travaux publics, fortifications exceptées, & enfin toutes autres dépenses que
l'Assemblée Coloniale jugera convenable de faire pour
le bien-être & la sûreté publique. 2°. Pour subvenir à toutes ces charges, elle ordonnera la levée de toute contribution nécessaire 5 nommera tous Employés dessinés à la perception de ladite
contribution } & comme, d'après l'article IX de la section III du Décret de l'Assemblée Nationale concert
liant la constitution des Assemblées administratives ,
l'Intendant & ses Agens doivent cesser toutes fonctions aussi-tôt que l'Assemblée Coloniale sera entrée
en activité , celle-ci lui fera rendre compte de l'état
de la Caisse des libertés, de celle des amendes, confiscations , --- Page 293 ---
[texte_manquant] A mes Concitoyens. ® fisc'ations, ferme des cabarets, taxe Par le commerce
étranger, &c. &c. sauf à l'Assemblée Co'o iale à
maintenir au profit de la Colonie lesdites taxes, si elle
les juge necessaires. 3 La Métropole continuera à payer tous les frais de
protection qu'elle doit à la Colonie, en vertu du privilège exclulif qui lui est conservé de la fournir de tous
objets manufactures, & de la remi'è qui lui scra faite
exclusivement de toutes les denrées coloniales, à l'exception de celles qui feront employées en: échange die
comestibles, pour la sortie desquelles le droit de domaine d'Occident sera perçu au profit de la Métropole. L'Assemblée Coloniale comprend dans les frais de
protection la solde des Troupes réglées , les appointemens de tous Officiers, à l'exception du Gouverneur,
les journées d'hôpitaux » des militaires , les dépenses de
la marine, celles des fortifications, les employés du Domiine chargés de vei\ler sous l autorité du Gouverneur
au maintien des loix commerciales conlenties par la Colonie, & enfin de tous objets relatifs aux articles cidessus détaillésOlfervations sur le précédent Article.
tection la solde des Troupes réglées , les appointemens de tous Officiers, à l'exception du Gouverneur,
les journées d'hôpitaux » des militaires , les dépenses de
la marine, celles des fortifications, les employés du Domiine chargés de vei\ler sous l autorité du Gouverneur
au maintien des loix commerciales conlenties par la Colonie, & enfin de tous objets relatifs aux articles cidessus détaillésOlfervations sur le précédent Article. La Colonie devant ètre désormais chargee des frais
du Culte , il est évident, d'après les Decrets de 1 Assemblée Nationale, que les biens des Moines sont a sa
disposition. Toutes les corporations religieuses étant
supprimées, comment & par qui les Cures seront-elles --- Page 294 ---
is desservies à l'avenir ? Je pense bien que les anciens
Curés resteront, & que, pendant quelques années , ils
pourront être remplacés par leurs confrères de France,
défroqués. Quelque parti que vous preniez relativement aux Religieux & à leurs biens, vous n'oublierez
pas , dans le traitement que vous leur ferez , qu'ils ont
bien mérité de la Patrie.; & que si , dans tous les Pays
du monde , les Ministres de la Religion doivent être
respectés , cette vérité convient particulièrement aux
Colonies. M. le Comte de la Luzerne , dans le compte qu'il
a rendu à l'Assemblée Nationale , fait monter les frais
d'administration de la Martinique , à 596,552 liv.
tournois ; les dépenses 'militaires & la .Marine , à ua
million 397,619 liv. Il porte les revenus de la Colonie à 666,666 liv. Il ne parle point du droit du domaine d'Occident. Comme l'administration doit être
désormais à votre charge , il est bon que vous connoiffiez comment elle est composée , selon M. de la
Luzerne. Je ne doute pas que par le nouveau mode
que vous adopterez , vous n'épargniez au moins la
moitié des frais. ADMINISTRATION ACTUELLE. Un Intendant • 60,000 1, Un Commissaire-Général 12,000 Quatre Commissaires ordinaires , dont
trois à 6,000 liv., & un à 7,000 liv. 25,000 97)000 --- Page 295 ---
[texte_manquant] B x Li-contre. « ; . . • i 5^*7 000
peux Contrôleurs 2,100
Quatre Ecrivains principaux à 3,0001.. 12,000
Six Ecrivains ordinaires à 2,400 L ... 14,400
Divers entretenus . 82,793
Receveurs du Domaine & Commis , .42,0, 26
Vingt-cinq autres Commis 1 2,600
Indemnités. 48,578
Officiers de fante 3 0,300
Ecclésiastiques 28,193
Police 19,368 -
Bagne 17,194
Dépenses diverses . 209,000 596,55 2 t
Ce dernier article comprend les Loyers des maisons 52,000 L
Fort Royal, estimé 18,000
Curement de Port î 2,000
bureaux & impression ^ . 18,000
Transports dans les différens quartiers de
la Colonie i . 15,000
Journées dans les magasins 12,000
Journees d'Hôpitaux , autres que pour les Troupes. - , 8,000
13 5,000. --- Page 296 ---
De l autre part 135,000
2 t
Ce dernier article comprend les Loyers des maisons 52,000 L
Fort Royal, estimé 18,000
Curement de Port î 2,000
bureaux & impression ^ . 18,000
Transports dans les différens quartiers de
la Colonie i . 15,000
Journées dans les magasins 12,000
Journees d'Hôpitaux , autres que pour les Troupes. - , 8,000
13 5,000. --- Page 296 ---
De l autre part 135,000 Les frais de justice & subnstance des, Prisonniers 44,000
Dépenses imprévues .. 30,000 20,,000 1. Je ne vous ferai point d'observations sur l'énormité
de tous ces articles ; vous serez à portée de les vérifier,
& encore plus de les retrancher , puisque tous ceux
qui regardent l'administration , doivent être dorénavant à. votre charge. Vous ferez sans doute , disparoître , avec l'Intendant, cette légion de Commissaires,
d'Ecrivains & de Commis de toute espèce. Il vous suffira d'avoir un Trésorier choisi par l'Assemblée Coloniale , qui , avec un traitement médiocre , sera chargé
des recettes & dépenses que vous ordonnerez , & en
rendra tous les ans un compte détaillé , qui sera rendu
public par la voie de l'impreliion ; & si quelques-uns
de vous pouvoient penser qu'il fallût conserver un
Intendant, je les prie d'observer que cet emploi est
supprime en France, & qu'il l'est également dans les
Colonies, par l'atticle 5 du Décret de l'Assemblée
Nationale sur les Colonies , puisqu'elle y fait seulement mention du Gouverneur , relativement à la
sanétion provisoire à donner aux Arrêtés qui seront
pris par les Assemblées Coloniales. Au surplus , il est
évident que le Roi fera gérer la' partie des Finances
qui, comprenant les frais de protection , sera aux dépens de la Nation, par qui il jugera à propos. Mais --- Page 297 ---
1 1 B 3 celui qui en sera chargé bornera, [es fondions, & n'aura
plus rien à faire, ni à la Justice , ni à la Police , ni au
Commerce , ni aux Finances des Colonies. Police attribuée aux Municipalités , sous l'inspection de
l'Assemblée adminifirative. Vous savez , Messieurs, que rien n'est plus vicieux
que la police actuelle de votre Colonie, en ce qu'elle
est en entier arbitraire, parce qu'elle dépend de la
volonté d'un seul homme, ou de ses agens, sous le
nom de Commandans en second , ou particuliers,
Majors Commandans, on Commandans de quartiers.
Vous reconnoîtrez sûrement la necessité de la suppression absolue des fondions de ces places ; c'est la Loi
qui doit commander à l'avenir , & non le pouvoir
militaire ; il ne faut d'intermédiaires entre le Citoyen
& son Juge, organe des Loix , que ceux que ces
mêmes Loix établiront, & leurs fondions seront toutes civiles. L'Assemblée Nationale , conformément à
son Décret du 8 Mars, vous envoie le Décret pour
la conllitution des Municipalités ; mais je pense qu'il
peut vous convenir dans tous ses résultats. Votre localité exigera de grandes différences sous les rapports
de population ; mais vous devez établir des Municipalités dans tous les principaux Bourgs de la Colonie ,
plus ou moins nombreuses, sélon leur population.
, que ceux que ces
mêmes Loix établiront, & leurs fondions seront toutes civiles. L'Assemblée Nationale , conformément à
son Décret du 8 Mars, vous envoie le Décret pour
la conllitution des Municipalités ; mais je pense qu'il
peut vous convenir dans tous ses résultats. Votre localité exigera de grandes différences sous les rapports
de population ; mais vous devez établir des Municipalités dans tous les principaux Bourgs de la Colonie ,
plus ou moins nombreuses, sélon leur population. Les art. L &: LI du Décret des Municipalités vous
feront connoître que celles que vous établirez , rem- --- Page 298 ---
1 1 piiront tous les objets de police, de protection & de
justice que les Citoyens peuvent désirer , le tout sous
la surveillance & l'inspection de l'Assemblée Coloniale , comme il est dit aux mêmes ar t L &' LV ; &
aucun Citoyen ne doit craindre letabliffement de ces
Corps Municipaux , parce que , d'après les art, LX &
LXI, il aura recours à l'Assèmblée Coloniale , s'il se
croit lésé, & ensui te aux Tribunaux, si cette Affemblée juge que la dénonciation soit fondée. Mais, en établissant ces Municipalités, vous penserez sûrement, Messieurs, que dans une Colonie qui,
en totalité, n'est pas si grande qu'un des plus petits
Districts de France , cet intermédiaire seroit même
nuisible , puisqu'il em'ploieroit constamment aux affaires publiques un nombre considérable de Citoyens
dont le premier intérêt est d'être cultivateurs; il seroit inutile , puisque le Comité permanent de l'Aflemblée Coloniale pourra, en tout temps, donner ses
soins immédiatement, & dans le terme de trois jours
au plus, à toutes les'affaires de sa compétence qui
pourroient survenir dans chaque Municipalité. Lorsque vous aurez établi ces Municipalités , vous
reconnoîtrez sûrement la nécessité de faire une nouvelle division de la Colonie , afin de fixer l'étendue
&: les limites de chaque Municipalité, relativement à
sa population, qui devra aussi déterminer le nombre
des Officiers Municipaux. Il est évident que comme
en France il ne sera pas nécessaire que le Maire ou
autres Officiers Municipaux, soient précisément do- --- Page 299 ---
P 4 miciliés dans le Bourg dont la Municipalité portera le
nom, il suffira qu'ils le soient dans l'étendue du ,ressort de la Municipalité ; sans cela vous feriez la chose
la plus opposée au bien-être des Colonies, en mettant
toute l'autorité civile & la surveillance dans les Villes
ou Bourgs, tandis qu'il est nécessaire, dans un pays où
le principe de toutes richesses réside à la campagne ,
dont la culture ne s'opère que par des esclaves, toujours enclins à secouer le joug, de donner aux propriétaires , lorsqu'ils réuniront le suffrage de leurs Concitoyens , le pouvoir de maintenir l'ordre. Permettez-moi une réflexion bien' nécessaire dans
les circon!tànces présentes. Le Décret du 8 Mars vous
est favorable ; mais la rage des amis des Noirs, quoiqu'impuissante ici, se tournera peut-être contre vous
par des moyens sourds, & par cela même plus dangereux. Craignez, en effet, èc soyez convaincus que
la première démarche de l'Assemblée Coloniale doit
être de motiver une Loi bien précise dont l'exécution
sera confiée aux Municipalités, & ensuite aux Tribunaux , contre les gens sans aveu , ou poipt connus,
qui, arrivant dans la Colonie, se fixeroient dans les
Bourgs, ou se répandraient dans les campagnes. Votre
salut en dépend ; ne pensez pas que je vous inspirc
une crainte chimérique, & soyez convaincus qu'en
y mettant beaucoup de justice, vous n'y sauriez mettre trop de sévérité.
i bien précise dont l'exécution
sera confiée aux Municipalités, & ensuite aux Tribunaux , contre les gens sans aveu , ou poipt connus,
qui, arrivant dans la Colonie, se fixeroient dans les
Bourgs, ou se répandraient dans les campagnes. Votre
salut en dépend ; ne pensez pas que je vous inspirc
une crainte chimérique, & soyez convaincus qu'en
y mettant beaucoup de justice, vous n'y sauriez mettre trop de sévérité. --- Page 300 ---
2-4 Travaux Publics. Toutes les dépenses, contributions, projets, améliorations & confection des chemins ou autres travaux
Y ublics, appartiennent essentiellement à la surveil1 nte de l'Assemblée Coloniale : elle seule peut & doit
les ordunner, fauf à déléguer aux Municipalités, si
elle le juge à propos, la direction immédiate, dans le.
ressort de chacune d'elles, des travaux publics qui
auroient été ainsi ordonnés ; mais chaque Municipalité,
aura le droit de diriger & exécuter les travaux. dont
l'utilité &: la dépense lui seront particulières, d'après,
le contentement de son Conseil de la Commune. Par
conséquent , Messieurs, la grande querelle du Gouvernement pour les chemins est terminée , parce que
son autorité se bornera, à cet égard, 1°. à proposer à l'Assemblé Coloniale les chemins qu'il croira
v utiles au bien général, ou à la défense de la Colonie ; 2°. à faire exécuter les Arrêtés de l'Assemblée
Coloniale. Milices. Après vous avoir tracé rapidement, Meilleurs, une
partie des abus qui existent dans l'Administration qui
vous tyrannise.depuis si long temps, je vous prie d'observer par quelles progressions insensibles le Ministre
est parvenu à se rendre entièrement le maître du sort
des Celons dans toutes tes parties ; car si quelque --- Page 301 ---
2 5 point d'administration a dû être laisse à leur disposition , c'est certainement l'organisation des Milices.
Ce sont tous les Habitans de la Colonie qui forment
les Milices: Elles servent à leurs frais, & leur objet
est la défense de la Colonie en temps de guerre ,
&r le maintien du bon ordre pendant la paix. Vous
n'avez pas oublié que le Miniilère , après la paix de
1763 , voulut supprimer les Milices, non pour vous
alléger, comme il le disoit, d'un fardeau nécessaire au
bien-être pub!ic, mais pour avoir le prétexte de vous
surcharger d'un impôt énorme employé à payer les
troupes réglées que l'on destinoit à vous asservir. La
preuve en est que deux ans après, l'on rétablit les milices
sans retirer l'impôt que vous payez encore. Cependant,
les Citoyens, séduits par le plaisir enfantin de porter un
uniforme. & par ledesir d'une vaine décoration, ont éré
eux mêmes au-devant de leurs fers, & n'ont pas vu qu'en
se portant en foule pour obtenir des places d'Officiers
dans leurs Milices, lés Propriétaires les plus considérables
faisoient le sacrifice de leur liberté comme Citoyens,
& se mettoient dans le cas, comme Militaires, d'être
vexés &: emprisonnés sans pouvoir s'en plaindre : conlbien de fois n'avez-vous pas vu la discipline militaire
servir de prétexte à ces attentats contre la liberté
civile!
ers, & n'ont pas vu qu'en
se portant en foule pour obtenir des places d'Officiers
dans leurs Milices, lés Propriétaires les plus considérables
faisoient le sacrifice de leur liberté comme Citoyens,
& se mettoient dans le cas, comme Militaires, d'être
vexés &: emprisonnés sans pouvoir s'en plaindre : conlbien de fois n'avez-vous pas vu la discipline militaire
servir de prétexte à ces attentats contre la liberté
civile! Vous sentirez sûrement que votre nouvelle Constiturion pourra s'accorder avec l'organisation ac- -
tuelle de vos Milices ; que si chaque Citoyen sans
dintinction se doit à la défense & au maintien de'
l'ordre dans sa Patrie j aucun d'eux n'a dans ce cas --- Page 302 ---
le droit de commander à Tes frètes sans avoir été
choisi par eux, & que c'est un plus beau titre pour un
Cultivateur qu'aucun de ceux qu'il pourrait arracher
au pouvoir arbitraire. Je penserois donc que l'on deVroit 'adopter peur les Milices les idées suivantes : 1 °. La Milice actuelle supprimée en entier j Se
tous Brevets accordés aux Officiers qui y servent, regardés comme nuls à l'avenir j - 2°. L'Assemblée Coloniale déclare que tout Citoyen
blanc, depuis l'âge de 1 6 ans jusqu'à celui de 50,
se doit à la defense' de sa Patrie; &z en conséquence
tous les Citoyens de cet âge en général, sans aucune
distinction de personnes, seront inscrits dans la Milice patriotique de la Colonie. Tous les hommes de couleur, nés libres ou affranchis , fins aucune exception , seront enrôlés dans la
Milice, &: à l'avenir , un Maître qui voudra donner
la liberté à son esclave, pourra: le faire provisoirement,
mais elle ne sera ratifiée & confirmée par l'Assemblée
Coloniale que lorsque ledit esclave , devenu libre provisoirement, aura servi sans reproche six années dans
la Milice , ou aura arrête deux Nègres marons depuis
plus d'un mois. Il sèra établi dans chaque Municipalité une ou plusieurs Compagnies de Milices, suivant leur population,
& l'Assemblée Coloniale en fixera le nombre. Elle fixera le nombre d'Officiers de chaque grade, --- Page 303 ---
■ 27 qui feront employés dans ces Compagnies, & celui
des Officiers supérieurs qu'elle jugera nécessaire. Ces Officiers seront élus au scrutin & à la pluralité
des voix dans chaque Municipalité, en présence des
Officiers Municipaux-, & prêteront, avant d'être reçus
& entre les mains du Maire , le serment d'être sidèles
à la Colonie > à la Loi consentie par elle , & au Roi. Il fera créé une place de Commandant-Général,
de Commandant en second , & de Major-Général
des Milices patriotiques de la Colonie. Ces emplois
feront donnés par la voie du serutin dans toute l'étendue de la Colonie ; & pour y parvenir , l'Aflêmblée Coloniale fixera le jour & le lieu où les Députés
de chaque Municipalité , au nombre d'un sur dix
Citoyens ayant droit de voter , se rendront pour
procéder à ladite élection. La majorité absolue des
voix , c'est-à-dire , au moins une plus que la moitié,
sera requise pour l'élection du Commandant , & la
pluralité des voix suffira pour les deux autres emplois
supérieurs.
de la Colonie ; & pour y parvenir , l'Aflêmblée Coloniale fixera le jour & le lieu où les Députés
de chaque Municipalité , au nombre d'un sur dix
Citoyens ayant droit de voter , se rendront pour
procéder à ladite élection. La majorité absolue des
voix , c'est-à-dire , au moins une plus que la moitié,
sera requise pour l'élection du Commandant , & la
pluralité des voix suffira pour les deux autres emplois
supérieurs. Aucun Citoyen ne pouvant exercer à la fois la
fonction municipale & la fonction militaire, tout Officier de Milice qui seroit élu Officier municipal-, abandonneroit immédiatement son emploi dans les Milices il y seroit pourvu par la voie ordinaire du
scrutin. L'Assemblée Coloniale statuera s'il est convenable
pour la liberté publique, que les places supérieures --- Page 304 ---
2.8 des Milices patriotiques , soient permanentes , ou G
elles doivent être renouvelées à des époques fixes. Les Officiers supérieurs de la Milice patriotique ,
tous autres Officiers dudit Corps , ne s'immisceront en
aucune affaire publique quelconque , &r se contenteront de prêter main-forte pour l'exécution des Loix
constitutionnelles qui seront établies dans la Colonie ^
toutes les fois qu'ils en feront requis, soit par les Municipalités , soit par les Officiers du Justice. * L'Assemblée Coloniale se. réserve de fixer tous les
rapports que les Milices coloniales patriotiques doivent
avoir avec la chose publique, lorsqu'elle aura pris
connoissance de la manière dont les Milices nationales
auront été organisées en France. Elle fixera alors également les droits du Gouverneur sur elles , en se conformant, autant que la localité le permettra } aux pouvoirs qui seront attribués à Sa Majeflé en France sur les
Milices nationales, parce que le Gouverneur étant son
Représentant, doit avoir en son nom les mêmes droits
sur les Milices coloniales, sauf la responsabilité. L'Assemblée Coloniale, considérant néanmoins qu'un
des principaux objets de la Milice de la Colonie est de
la préforver de toute inquiétude contre les attroupemens, séditions ou marronages des Esclaves, se propose de comprendre dans sa Constitution une loi précise à cet égard , qui puisse avoir l'efset de maintenir
à jamais la tranquillité , sans assujettir les Citoyens à
N un service trop étendu , qui pourroit les diltraire de * --- Page 305 ---
leurs cultures ; ou les employer -dans d'autres quartiers que ceux qu'ils habitent j excepté dans des cas
où la sûreté publique î'exigeroit évidemment. OBSERVATIONS. Je viens de vous expôser, Meilleurs, quelques idées
sur vos Milices ; mais ce n'est qu'un apperçu comparativement à leur importance & a la quantité prodir
gieuse de détails qu'exigera leur organisation , si,
. comme cela doit être, vous voulez la lier, fous tous
les rapports, avec la chose publique 3 & pour qu'elle
soit parfaite , il faut que les Milices coloniales patriotiques puissent sou tenir & venir au secours de toutes
les parties de l'Administration , fins pouvoir être prépondérantes dans aucune ; que le Représentant du Roi
puisse avoir sur elles l'autorité sufisante pour les faire
servir à l'exécution des Loix consenties par la Colonie , dont il sera spécialement chargé , sans qu'il puisse
avoir une influence marquée sur elles dans aucun
autre cas.
3 & pour qu'elle
soit parfaite , il faut que les Milices coloniales patriotiques puissent sou tenir & venir au secours de toutes
les parties de l'Administration , fins pouvoir être prépondérantes dans aucune ; que le Représentant du Roi
puisse avoir sur elles l'autorité sufisante pour les faire
servir à l'exécution des Loix consenties par la Colonie , dont il sera spécialement chargé , sans qu'il puisse
avoir une influence marquée sur elles dans aucun
autre cas. Fixer l'autorité, du Gouverneur > conssidéré comme Partie
intégrante du Corps législatif provisoire j comme Ches Militaire j & comme chargé de l'exécution des Loix
consenties par ia Colonie. Cet article seroit tout simple à définir, très ailé ,à
établir dans un pays où le Gouvernement, auroit été --- Page 306 ---
13ô jnsqu'à présent moins arbitraire > mais comme chez:
vous les Gouverneurs s etoient, pour ainsi dire , rendus
despotes, il faut immédiatement les remettre leur
place , &r pour cela trancher dans le vif Il s'offre
plusieurs moyens de parvenir à ce but si desiré. Le
premier estrque l'Assemblée Coloniale déclare que tous
pouvoirs qui ont été accordés aux Gouverneurs, comme
Présidens ou Membres d'aucun Tribunal de Justice ,
sont annullés, & que par conséquent le Tribunal du
Gouvernement est aboli. Le second est de uéclarer que
le Brevet du Gouverneur est nul dans toutes les parties où il lui accorde des pouvoirs autres que ceux qui
lui seront attribués à l'avenir par la nouvelle Coniti- '
tution de la Colonie ; & que Sa Majesté sera suppliée, lorsqu'elle l'aura sanctionnée, de donner un
nouveau Brevet au Gouverneur, conforme aux pouvoirs qui lui seront fixés. Mais, en attendant, il sera
prudent de faire transerire' sur les registres du Conseil ,
en marge du Brevet du Gouverneur , la déclaration
de l'Assemblée Coloniale: elle doit aussi déclarer que la
dénomination de Gouverneur est impropre, parce que
ce sont les Loix qui doivent gouverner à l'avenir ,& non
un seul homme; &- que par conséquent, le seul qui
appartienne au Représentant du Roi, est celui de Chef
du pouvoir exécutif qui comprend toutes les fondions
qu'il doit exercer. D'ailleurs, ce titre de gouverner va
être aboli en France Vous avez le bonheur de
posséder parmi vous, dans ce moment , un Gouverneur qui sait en même temps être Citoyen, &: qui,
Sincèrement pénétré de l'autour du'bien , mérite l'atta- --- Page 307 ---
3I chement de la Colonie par celui qu'il lui porte. H a
été à portée de voir par lui-même comment les Fran
cois ont repris leurs droits , & il sera certainement Je
premier à ne vouloir commander qu'au nom des Loix
sàges que vous allez établir. Je vais, Messieurs, vous exposer quelques-uns des
principes généraux que je crois que vous devez adopter . relativement aux pouvoirs qu'exerceront par la
suite les Chefs du pouvoir exécutif.
I chement de la Colonie par celui qu'il lui porte. H a
été à portée de voir par lui-même comment les Fran
cois ont repris leurs droits , & il sera certainement Je
premier à ne vouloir commander qu'au nom des Loix
sàges que vous allez établir. Je vais, Messieurs, vous exposer quelques-uns des
principes généraux que je crois que vous devez adopter . relativement aux pouvoirs qu'exerceront par la
suite les Chefs du pouvoir exécutif. le pouvoir exécutif tésidera exclusivement dans les
mains du Gouverneur , sous le nom de Chef du pouvoir exécutif , comme représcniant la personne du
Roi , sauf la responsabilité pour tous les cas où il
trangresîeroit la Loi constitutionnelle de la Colonie,
consentie par elle. Ses fonctions principales seront le commandement
en chef des forces militaires soldées ; il aura la même
surveillance ck autorité sur les Milices coloniales patriotiques, que celle qui sera accordée en France au
Roi sur les Milices nationales ; il sera chargé de faire
mettre à exécution toutes les parties des Loix con.
senties par la Colonie , & sanélionnées par le Roi. Aucun Arrêté ou Règlement de l'Assemblée Coloniale , ne pourront être mis à exécution avant d'avoir
obtenu la sanCtion du. Pouvoir exécutif. Il pourra refuser sa sanction s'il juge que les Arrêtés
ou Règlemens qui lui seront présentés par l'Assemblée --- Page 308 ---
3 L Coloniale, sont contraires aux Loix constitutionnelles
de la Colonie , ou au bien-être public ; mais il sera
obligé de motiver son refus par écrit 3 pour le tout
être envoyé par l'Assemblée Coloniale à la décision de
l'Assemblée Nationale & du Roi. Le Chef du pouvoir exécutif ne pourra faire aucunes Loix , Ordonnances ni Règlemens quelconques,
même provisoires , mais seulement des proclamations
conformes aux Loix établies consenties par la Colonie , pour en ordonner ou en rappeler l'observation. Aucune proclamation ou ordre qui émaneroit du
Pouvoir exécutif suprême, ne seront dignes de confidération qu'autant qu'ils auront été lignés par S. M.
elle même , & contre-lignés par le Secrétaire d'Etat
qui aura le Département des Colonies 5 & ces proclamacionYou ordres ne pourront être exécutés dans la
Colonie qu'après avoir été consentis par l'A Semblée
Coloniale , qui en ordonnera 1 enregistrement sur ses
Registres , & la transcription simple sur ceui: du
Conseil. Toutes Lettres ministérielles, (ignées du Ministre
seul , seront réputées nulles & non-avenues par l'Assemblée coloniale, dans la cas où elles contiendraient
quelques ordres relatifs à l'Adminidration intérieure. Le chef du Pouvoir exécutif, les Troupes réglées
& tous Agens du Pouvoir exécutif prêteront, chaque
année, le 8 de Mars , le Serment Civique, le premier entre les mains du Président de l'Assemblée
Coloniale,
les, (ignées du Ministre
seul , seront réputées nulles & non-avenues par l'Assemblée coloniale, dans la cas où elles contiendraient
quelques ordres relatifs à l'Adminidration intérieure. Le chef du Pouvoir exécutif, les Troupes réglées
& tous Agens du Pouvoir exécutif prêteront, chaque
année, le 8 de Mars , le Serment Civique, le premier entre les mains du Président de l'Assemblée
Coloniale, --- Page 309 ---
3 3 A mes. Concitoyens, C
V Coloniale ; & tes autres entre celles des chefs des
Municipalités des lieux où ils se trouveront en gar- -
nsson ou en résidence. De l'Organisation du Pouvoir Judiciaire. Vous sentirez sûrement . Meilleurs, que cet-objet
n'est pas un des moins importans. Ils vous sera difficile de fixer dans ce moment définitivement vos idées
sur le Pouvoir judiciaire , parce que vous attendrez
sans doute les Décrets de l'Assemblée Nationale sur
l'organisation des Tribunaux dans -le Royaume y néan^
moins le Décret de l'Assemblée Nationale vous autorisç à manifester vos vœux à cet égard. Le Conseil
a été jusqu 'à présent dominé par le pouvoir arbitraire -
qui lui faisoit remplir des fondions qui n'auroient
jamais du être de son. ressort ( comme enregistrement
de lettres' ministérielles portant atteinte à des, Loi-x:
anciennes duement enregistrées ) ÔC la Colonie ne
doit iamais oublier les obligations quelle a à sou ,
Conseil Supérieur , qui étant la seule barrière qui exiftoit entre le Despotisme &: les Citoyens , a sauvé
plus d une fois la Colonie des oppressîons du Minière.
La manière dont votre Conseil est composé , a été
votre seule , quoique foible sauve-garde jusqu'à présent. Il deviendra votre plus .ferme appui, lorsque
des Magistrats Citoyens de la Colonie ne craindront
plus les influences des agens du pouvoir arbitraire
dans la dispensation de leurs devoirs sacrés, qui doivent --- Page 310 ---
•34' se borner à l'avenir à être les organes des Loix &
* à veiller sans relâche à la jufle application qui doip
en être faite pour le bonheur de tous. Je vais vou-s présenter quelques idées générales sur
l'organisation que je crois la meilleure pour l'ordre
judiciaire à établir dans la Colonie. i Le Conseil de la Martinique fera etabli sur le
même pied que les Coiars Supérieures des Départemens de la France , tant par rapport à ses fondions.
que par rapport a l 'élection ou nomination de ses Membres, mais fous la réserve qu ils continueront à. être
pris, comme par le passé, parmi les habitans de la,
Colonie, qui auront rempli les mêmes formalités pour
les grades & l'instruction exigés pour ceux qui feront
admis dans les mêmes Tribunaux en France. 2°. Ces principes vous conduiront à demander
que les appels qui pourroient être interjetés des Arrêts
du Conseil Supérieur de la Martinique, soient portés
directement au Tribunal souverain qui sera établi en
France .pour la révision des appels du jugement des,
Tribunaux supérieurs des Départemens , lesquels appels doivent être soumis aux mêmes règles & formes
qui feront suivies pour ceux des jugemens desdits
Tribunaux souverains de Département, sans que préalablement ils dussent être revisés ni inspedés par le
Ministre de la Marine; & s'il doit y avoir quelque
relation entre le Conseil & le Minière, elle doit
souverain qui sera établi en
France .pour la révision des appels du jugement des,
Tribunaux supérieurs des Départemens , lesquels appels doivent être soumis aux mêmes règles & formes
qui feront suivies pour ceux des jugemens desdits
Tribunaux souverains de Département, sans que préalablement ils dussent être revisés ni inspedés par le
Ministre de la Marine; & s'il doit y avoir quelque
relation entre le Conseil & le Minière, elle doit --- Page 311 ---
resider en la personne du Chancelier ou du Garde
des Sceaux ? Chef .de la Loi en France. Les Tribunaux inférieurs existans à la Martinique ,
doivent être conservés , & vous trouverez peut-être
convenable de demander le rétablissement d'une troisieme Sénéchaussée ara Bourg de la. Trinité , parce
que les justiciablçs de çe quartier font trop éloignés.
de leurs Juges. Les fondions du Conseil Souverain &: des Sénéchaussées feront fixées, à la Martinique , comme elle
le feront en France pour les, Tribunaux de Département & de District. II paroit certain que toutes les Cours d'Amirauté
vont être supprimées en France, & que leurs attributions feront partagées entre les Juges & Consuls
& les Tribunaux inférieurs, Je pense que ce sera
un grand avantage pour la Colonie de voir disparoÎtre
les privilèges de l'AmiraL ■ Toute corporation étant détruite en France, l'Ordre
des Avocats n existe plus ; par conséquent tout Citoyen pourra plaider sa propre cause, sans que les
Juges puissent s'y opposer. Le Conseil fixera le nombre des Notaires, Procureurs , Greffiers & Huissiers qui seront admis à
exercer ces différentes fondions dans toute l'étendue
de l'Isle; & comme le bien public exige essentiellement que ces emplois ne soient conférés qu'à des
personnes capables & intactes, il semble que c'est au --- Page 312 ---
Conseil que doit être confiée la proportion de deux.
sujets par chaque place vacante, sur l'un desquels le
çhef du Pouvoir exécutifjfera obligé de fixer son choix,
& de lui faire délivrer les pouvoirs ou commissions
nécessaires. Vous devez voir, Messieurs, dans l'apperçu que je..
viens de vous présenter , qu'il a été plutôt dicté par
1e zèle d'un de vos frères sincèrèment attaché à la
prospérité de sa Colonie, que par la prétention de
vous indiquer des devoirs à remplir. Je vous 'ai
présenté des idées que je crois conformes à celles qui
dominent dans l'Assemblée 'Nationale. Profitez de cet
instant favorable, où la crainte de voir les Colonies
échapper à la Mérropôle se fait sentir dans toute sa
force; l'Assèmblée Nationale n'en a pas été exempte.
Soyez prudens & jùstes, mais soutenez vos droits "
avec fermeté : il ne faut jamais sur-tout vous départir du point le plus essentiel à votre prospérité
future, celui de I4 liberté des comestibles &' de leur
paiement en denrées. Je ne dois pas vous laisser ignorer
que cet article fera vivement combattu par le Commerce de France. Le Décret du 8 Mars lui a causé
d'abord la joie la plus vive, parce qu'avant de
l'obtenir il craignoit également l'abolition de la traite,
& l'indépendance des Colonies ; à ce premier mouvement de satisfaction didé par l'intérêt personnel,
ont succédé des réflexions a'mères, lorsque le Commerce n'a pu se dissimuler qu'il faudroit enfin adoucir
laisser ignorer
que cet article fera vivement combattu par le Commerce de France. Le Décret du 8 Mars lui a causé
d'abord la joie la plus vive, parce qu'avant de
l'obtenir il craignoit également l'abolition de la traite,
& l'indépendance des Colonies ; à ce premier mouvement de satisfaction didé par l'intérêt personnel,
ont succédé des réflexions a'mères, lorsque le Commerce n'a pu se dissimuler qu'il faudroit enfin adoucir --- Page 313 ---
des loix qui lui dounoient le pouvoir exclusif d'envahir jusqu 'à notre subsistance ; quelques-uns même
ont été assez insensés & allez privés d'humanité pour
laisser entrevoir l'abus de leurs richesses, en se pro*
posant de les employer à soumettre les Colonies par
la force, si elles ne consentoient pas à n'exister que
pour la Métropole, c'est-à-dire, pour les commerçans des. Villes maritimes de France. Méprisez ces menaces impuissantes ; elles ne trouveront point des
partions parmi les Membres désintéresses de l'Assemblé'e Nationale, à qui j'aime à croire que vous devrez
tout. < Mais si, contre toute vraisemblance, la tyrannique
avarice parvenoit à armer vos frères contre vous,
ressouvenez-vôus que sans les secours de la France
& livrés a vos propres forces, vous avez plus d'une
fois repoussé les attaques- d'une Nation ennemie. La.
Déclaration des Droits de l'Homme vous donne celui
de résister à l'oppression. Votre courage & la justice
de votre cause vous feront triompher de tous les
dangers ; mais votre patriotisme vous engagera, sans
doute, a faire tous les sacrifices raisonnables pouf
concilier vos intérêts aved l'attachement que vous
devez a la mere-Patrie, & vous établirez la prohi- '
bition la plus sévère de tous objets de manufacture
étrangère, en prenant les mesures les plus efficaces
pour que les produits de vos cultures soient envoyés
exclu si vement en France, à la réserve de ceux que
vous aurez donnés en échaioge de votre subsistance. --- Page 314 ---
Cest alors que vous verrez l'Assemblée Nationale
applaudir & faire droit à la justice de vos réclamations, puisque vous n'aurez usé des droits qu'elle
Vous a reconnus, que pour adoucir des loix évidemment injustes, & vous soustraire au despotisme le
plus affreux , en établissant un régime intérieur
d'autant plus sage, qu'il sera dans ses propres principes. L'Assemblée Nationale ne discutera point les petits
v détails : occupée des plus grands objets, elle renverra votre travail au Comité des Colonies, qui lui
rendra compte de son' ensemble. Vous devez avoir
soin, en proposant chaque article de votre nouvelle
Constitution, de faire connoître sa relation avec
l'abus de l'ancien régime, que vous voulez corriger;
cette méthode rendra plus sensible la nécessité d'un
nouvel ordre de choses ; &: d'après l'opinion générale
sur ce point, je puis vous assurer d'avance tout le
succès que vous pouvez desirer. Tracez donc d'une main fermé, & sans perdre
un instant, cette heureuse Constitution qui assurera
à jamais votre liberté, votre bonheur vos sortunes. A Paris , le 11 Mars 1790. --- Page 315 ---
( 4*1) TOME IX. G g Le Courrier DE Paris dans les Provinces,
ET Des Provinces à Paris, N°. XXIX. Par M. GORSAS, Citoyen de Paris. Vires acquirit eundo. Jeudi 4 Maris 1790. PARIS. IL y a eu hier une insurrection aux barrières ,
occasionnée par les contrebandiers. Les chasseurs
ne seroient- point parvenus à l'arrêter, sans un
secours prompt & nombreux de cavaliers qui ont
été appeles.—
4*1) TOME IX. G g Le Courrier DE Paris dans les Provinces,
ET Des Provinces à Paris, N°. XXIX. Par M. GORSAS, Citoyen de Paris. Vires acquirit eundo. Jeudi 4 Maris 1790. PARIS. IL y a eu hier une insurrection aux barrières ,
occasionnée par les contrebandiers. Les chasseurs
ne seroient- point parvenus à l'arrêter, sans un
secours prompt & nombreux de cavaliers qui ont
été appeles.— - Les ouvriers de la Bassile viennent de prêter
le serment civique. Sar les ruines de cette demeura
du despotisme, on avoit élevé un autel formé des
débris des cachots, & couvert de chaînes & de
boulets. Nous avons les détails les plus intéresfons sur cette cérémonie mémorable „ & c'est avec. -
regret que nous nous trouvons contraints de, les
renvoyer à un autre N°. — La dénonciation contre, M. Necker, ses fau-<
leurs , complices & adhéfens , de laquelle nous --- Page 316 ---
( 468 ) avions promis un extrait, paroit en général trop
peu accueillie pour eI) parler dans ce moment.
Si cette dénonciation a quelques suites, alors nous
remplirons notre tâche en les faisant connoitre.
Jusqu'alors notre devoir est de garder le silence.
. — Les duels se multiplient chaque jour, & l'arme
favorite ell le piliolet. Le chevalier Menil-Durand
s'elt battu avant hier avec le chevalier de Rivarol. On prétend que c'eit une querelle généalogique que ces MM. ont vuidée. Le vainqueur
a été le sieur de Rivarol ; le chevalier Menil
Durand a reçu une balle dans le col, qu'une trèsépaisse cravatte a intercepté en partie. On allure
que la blessure n'est point dangereuse. CAISSE - D' ESCOMPTE. A l'Auteur du Courrier. «En ma qualité d'abonné à votre Courrier, je vous sais
gré, M., des détails que vous avez donné sur la grande &
importante question de la rareté du numéraire qui afflige .>
la Capitale. Sur votre invitation je me suis procuré les différens
écrits qui ont été publiés par ceux qui ont disuté cette
affaire à la commune. Je me suis livré à l'examen des différentes opinions avec les connoissances d'un homme qui,
par état, a passé sa vie aux calculs & combinaisors du
commerce. J'ai aussi examiné, M., vos propres réflexions ; elles
m'ont paru sages, mais je troùve que vous n'avez pas
assez observé le caractere de l'impartialité ; vous présentez un extrait du rapport de M. Duveyrier, dont vous
faires sàns doute un éloge mérité, mais vous me permettrez de vous faire observer que vous auriez dû v joindre
quelques réflexions sur ce rapport, Se ne pas étouffer celui
de M. Koramann ; permettez donc, M., que je supplée i --- Page 317 ---
1 .. (r 41$ y Gg 2 -> ce que vous n'avez pas voulu ou peut-être à ce que vous
avez eu des motifs pour ne pas dire : je trouve comme
vous que l'exorde du discours de M. Duveyrier annonce
le talent d'un orateur exercé ; 8c certainement, si j'avois
le malheur d'avoir un procès à sournir, 'je m'estimerois
heureux de l'avoir pour défenseur. M. Duveyrier fait l'éloge des premiers commissaires que la commune avoit
nommés, mais je ne vois pas en quoiils l'ont mérité ; leurs
conclusions, après de longues recherches, ne présente
rien de consolant, 8c il semble au contraire qu'ils affectent
de pafser à côté de la question qu'ils avoient à traiter.
le malheur d'avoir un procès à sournir, 'je m'estimerois
heureux de l'avoir pour défenseur. M. Duveyrier fait l'éloge des premiers commissaires que la commune avoit
nommés, mais je ne vois pas en quoiils l'ont mérité ; leurs
conclusions, après de longues recherches, ne présente
rien de consolant, 8c il semble au contraire qu'ils affectent
de pafser à côté de la question qu'ils avoient à traiter. Ensuite ce que M. Duveyrier dit du courage de M.
Kornmann ne me paroît pas suffisant; il me semble que
ce n'étoit pas allez d'accorder du courage à ce citoyen
zélé ; il falloit avouer que, comme versé dans cette partie, il a des connoissances particulières dont.il eit évident
qu'il a fait usage dans cette discussion. M. Duveyrier paroît convenir que la caisse d'escompte n'est pas un établissement sans défaut, mais il ne laisse pas de conclure
qu'il faut le conserver. Ce qui m'a frappé encore, c'est la petite inexactitude
que M. Kornmann releve dans son avant-propos, en ce
que M. Duveyrier ne parle des emprunts faits à la caissè
d'escompte, par le Gouvernement, qu'à la date de 1788 :
.il est cependant bien notoire qu'en 1787, déjà la caisse
d'escompte fit des avances à M. de Calorme; il avoit ce
fait sous les yeux dans le rapport de M. de Leflàrt, dont
il a tiré beaucoup de chiffres; comment est-il possible
qu'il ait pu se permettre un faux exposé qui détruit abfolument les excuses qu'il prodigue à la caisse. Certainement si la planche n avoit pas été faite, si on'
n'avait pas remis auparavant 70 millions, M. Necker
n'aurait pas emprunté 119 millions en 15 mois , comme
M. Duveyrier nous l'annonce. Il paroit que M. Duveyrier
a tiré du rapport de M. de Leffart, l'état dé la sitution de la caillé d'escompte ; 8c il ne paroît pas qu'il ait
eu besoin d'en vérifier aucun article. J'observerai seulement à ce respectable jurisconsulte que le résultat par
lequel il termine ses calculs, ne me paroît pas bien clair
ni bien juste, & qu'il y auroit beaucoup d'objections à lui
faire. --- Page 318 ---
'( 470 1 te qui me semble, c'est que les difficultés de la liquidation , relevées par M. Duveyrier , ont été parfaitement
résolues par M. Kornmann ; que s'il y a un moyen de
relever le change sur Paris, s'estde forcer ceux qui doivent à cette ville de s'acquitter avec elle: plus on aura
besoin de papier sur Paris, plus il doit devenir cher,
plus par conséquent il doit monter, & sortir enfin de
cette défaveur où il est tombé, il me semble que M.
Kornmann a démontré ce mouvement d'une maniere
bien victorieuse Il me semble encore qu'il est bien égal àParis que ce soient
les villes de provinces ou l'étranger qui soient obligés de
réaliser leurs dettes; elles serviront toujours à faire reparoitre le numéraire t qui est devenu si rare pour les
parisiens. M. Duveyrier, après avoir rejetté les opinions des
différents membres de la commune, revient aux projets
des premiers commissaires, pour faire circuler les billets
de la caisse dans les provinces ; cette idée désastrueuse
& impraticable , par le vœu des provinces, n'auroit pas
dû être proposée par M. Duveyrier.
réaliser leurs dettes; elles serviront toujours à faire reparoitre le numéraire t qui est devenu si rare pour les
parisiens. M. Duveyrier, après avoir rejetté les opinions des
différents membres de la commune, revient aux projets
des premiers commissaires, pour faire circuler les billets
de la caisse dans les provinces ; cette idée désastrueuse
& impraticable , par le vœu des provinces, n'auroit pas
dû être proposée par M. Duveyrier. II examine ensuite s'il ne faudroit pas attacher un' intérêt à ces billets ; il trouve que cet expédient seroit
iimple, qu il seroit sur-tout d'une extrême justice ; ce qui
etonne , c'est qu'après avoir présenté cete opinion dam le
plus beau jour, il la rejette, parce qu'il assure qu'alors
la caisse n'escompteroit plus, & que ce seroit un trèsgrand incouvénient : j'avoue que cette conclusion m'a
beaucoup étonné. Je crois encore que lorsque M. Duveyrier a fait envisager cet'e discussion comme une adresse d'agioteurs,
pour faire baisser les effets publics, il s'est permis une
asseertion imprudente, déplacée, pour ne rien dire de
plus ; on ne doit pas soupçonner ses concitoyens, & en
pareilles circonstances, il est dangereux autant que messéant de fermer la bouche aux hommes qui cherchent
de bonne foi des éclairciifemens, ou à ceux qui peuvent,
en éclairant leurs compatriotes, rendre les plus grands
services à la chose publique , en les désignant comme
des victimes à la fureur populaire par des imputations
odieuses. --- Page 319 ---
( 471 ) G g 3 La patience que M. Duveyrier nous recommande peut
être une vertu, mais c'est une pauvre ressource; au reste,
en la regardant comme une vertu, ce n'est gueres quq
celle des esclaves, 8c il me semble qu'il ne faudroit pal
la proposcr à un peuple devenu libre: ' : '
M. Duveyrier fait fendr combien la commission qui a
été confié aux commissaires était difficile à remplir. Je
ne suis pas d'accord avec lui ià-dessus, leur marche mé
paroît toute simple ; il fallait tout uniment demander à
la caisse d'escompte l'état de son passif • c'est-à-dire le montant des billets en circulation, ensuite se faire rendre?
compte de l'actif ; ç'est-à-dire de l'argent en caisse, des
effets escomptes en porte-feuille, & des. valeurs fourniespar le gouvernement; de plus, les espérances sur l'arrivée prochaine du numéraire, mais par un oubli inconcevable, les commissaires chargés de vérifier une caisse
ne s'embarrassent pas de ce qu'elle contient en especes
réelles ; il paroît cependant que cet objet devroit entrer
pout quelque chose dans cette vérification. Ensuite, ces
Meilleurs auroient dû, il me semble, se faire rendre
compte par M. Brousse de Faucherets à combien se monte
la Comme payée au public depuis qu'il ell chargé decette adminiilration, & pour quelle tomme il a des demandes pardevers lui, afin que d'après ces données, on
pût juger le service que la cail fait pour le public, & de
calculer avec les rentrées en especès ce qu'il y a à espérer
mais on n'a pas jugé à propos de faire mention de ces
objets; de maniéré que véritablement ces Messieurs, au.
lieu de faire des rapports, ont plutôt fait des plaidoyers
en faveur de la caisse, ce qui cependant n'étoit pas leurmillion.
des demandes pardevers lui, afin que d'après ces données, on
pût juger le service que la cail fait pour le public, & de
calculer avec les rentrées en especès ce qu'il y a à espérer
mais on n'a pas jugé à propos de faire mention de ces
objets; de maniéré que véritablement ces Messieurs, au.
lieu de faire des rapports, ont plutôt fait des plaidoyers
en faveur de la caisse, ce qui cependant n'étoit pas leurmillion. Enfin il est tems que je termine, en déclarant que j'ai
trouvé dans le supplémentdes idées de M. Kornmann des
ressources véritables à la calamité publique, & que plus
j'y réfléchis, plus je fuis convaincu que c'est le seul moyen..
de nous sauver des calamités dont nous hommes menacés ;
& quoique je sois possesseur encore de quelques actions y
je desire que l'Assemblée Nationale suive le plan propose
par M. iCornmann ; mes aftions ont participé il y a long--
tems aux bénéfices considérables que les opérations du
gouvernement leur a profiti ce qui me reste de ces esets. --- Page 320 ---
( -472 ) n'est que le bénéfice, 8c comme je desire 1e c»nserver, je
trouve juste que par l'opération proposée on évite la commotion qui ne seroit avantageuse ni aux porteurs de
billets, ni aux actionnaires. Lians tout ceci je ne fais que
présenter mon vœu, car je n'oserois prononcer dans une
matiere auiii importante, & je dirai avec le Palemon de
Virgile: I « Non nojlnim intervcs tantas componere lites. Je vous prie, M. de faire de ma lettre l'usage qui vous
paroîtra convenable: elle vous est adressée par un bon
citoyen, bon patriote 8c franc breton (i). .. Sigté KERGADO , négociant armateur de St-Malo,
actuellement au Palais-royal. Rapport des pièces envoyées par le Ministre, <5.
qui concernent la colonie de la Martinique. N. B. Comme il nous seroit impossible de rapporter
en entier la suite du rapport de St-Domirgue, nous
allons présenter d'abord celui de M. l'Abbé Grégoire,
sur l'assemblée coloniale de la Martinique, ensuite rous
reprendrons celui de St-Bomingue, que nous termineions demain avec le volume. « Parmi les pieces, Messieurs, remises à votre
comité des rapports , deuæ seulement concernent
la matiere dont je vais avoir l'honneur de vous
rendre compte. La premiere est un mémoire remis par M. de
Vioménil a M embre générale de la colonie dans
son domaine , séance du 10 décembre 1789; sur
quoi je vous observe, MM, que nous ne connoissons les résultat de cette affemblcc coloniale (1) En accueillant ces réflexions sur la question importante
de la caïsse d'escompte, nous prévenons que nous accueillerons
avec une égale impartialité des réf exions opp sées.
rendre compte. La premiere est un mémoire remis par M. de
Vioménil a M embre générale de la colonie dans
son domaine , séance du 10 décembre 1789; sur
quoi je vous observe, MM, que nous ne connoissons les résultat de cette affemblcc coloniale (1) En accueillant ces réflexions sur la question importante
de la caïsse d'escompte, nous prévenons que nous accueillerons
avec une égale impartialité des réf exions opp sées. --- Page 321 ---
( 473 ) [texte_manquant] de la Martinique, que par le mémoire dont il'
s'agit. Après avoir loué tout le zele patriotique
des membres qui la composent, le commandant
témoigne le desir qu'il a de concourir à faire jouir
sur le champ la colonie du fruit des travaux de
l'assemblée ; mais il ne trouve pas , dans les pouvoirs dont il est revêtu, une autorité suffisante pour
souscrire sur le champ , & d'une maniéré complette, à tous les arrêtés & réglemens présentés
à la sandion des administrateurs, attendu que plusieurs de ces arrêtés paroissent tenir de si près à
l'autorité légiiïative & sou ve raine , que ii je les
admettois, dit-il, purement & simplement, j'outrepasserois les bornes du pouvoir qui m'est confié. » Le premier article de son mémoire concerne
un nouveau réglement pour l'afframchilfement des
esclaves & les solemnités à y employer. Le commandant observe que cela changeroit totalement
la forme légalement instituée jnsqu'à présent pour
cette branche d'administration, & qu'à cet égard
la colonie ne peut se dispenser d'adresser son vœu
à l'Assemblée Nationale ; que cependant, loin d'être contraire à ce vœu, dès ce moment, si on le
juge nécessaire, il s'abiliendra d'accorder la liberté à ceux dont les demandes sont actuellement
en infiance & appointées. » Le deuxieme article concerne la demande de ;
vendre aux étrangers des nègres condamnés à la
chaîne publique. Comme cet objet intéresse uniquement la colonie, le commandant y souscrit;
cependant il desire qu'on le soumette à un nouvel
examen, pour savoir si, au lieu de vendre les
nègres condamnés, on ne pourroit pas, avec une
police plus exaéle, une destination plus sévere, --- Page 322 ---
1 (474) - Se en ôtailt toute communication entre ces criminels & les enclaves, on ne pourroit pas, dis-je,
quelque utilité pouf la colonie. o Par le troisieme article, le commandant admet piovisoirement, & 11 titre d'essai, le service
de la maréchaussée, que l'assemblée coloniale propose de faire faire par des compagnies de milice 5
mais il demande qu'on en adresse le projet au minière , pour obtenir Ton autorisation, en y joignant un état de la dépense qu'occasionne la solde
de cette troupe, & en indiquant le moyen d'y
pourvoir. • « Par le quatrième article, il autorise le réglement forme pour l'établissement des municipalités dans les villes, bourgs & paroillès de la coprovisoirement, & jusqu'à ce que par
l'Assemblée Nationale & la sanction du Roi, il en
ait été autrement ordonné. Il approuve de même
le règlement relatif à la sureté publique.
at de la dépense qu'occasionne la solde
de cette troupe, & en indiquant le moyen d'y
pourvoir. • « Par le quatrième article, il autorise le réglement forme pour l'établissement des municipalités dans les villes, bourgs & paroillès de la coprovisoirement, & jusqu'à ce que par
l'Assemblée Nationale & la sanction du Roi, il en
ait été autrement ordonné. Il approuve de même
le règlement relatif à la sureté publique. « Par le cinquième article, le commandant
, approuve la demande formée pour autoriser les
les bâtimens espagnols chargés de mulets , & les
conduire dans tous les quartiers de l'isle , à charge '
d en faire la déclaration au bureau du domaine le
plus prochain. \ « Par le nxieme, le commandant observe, que
la situation de la colonie exigeant plus que jaunis
les secours propres à lui faciliter les moyens de
supporter ses charges, il conlent provisoirement,
sous le bon plaisir du Roi & de l'Assemblée Nationale, que pendant quatre mois seulement, à
compter du premier janvier 1790, les navires
américains soient admis dans les quatre ports principaux de la colonie, savoir: St-Pierre, le Fortf - .. - --- Page 323 ---
( 47f ) Royal, la Trinité & le Port du Marin. Il conrent,
pour le même laps de tems, à l'établissement d'un
nouvel entrepôt en qualité de François, pendant
lequel tems, tous droits imposés sur les objets
mentionnés dans. l'arrêt du conseil du 30 août
1784., seront suspendus ; autorisant néanmoins les
représentans du commerce de France à-placer
dans chacun desdits ports & entrepôts, des commis pour surveiller & empêcher la sortie frauduleuse des denrées uniquement destinées ail commerce national., ■ " « Par l'article sept, le commandant approuve
également le plan proposé pour la formation d'une
assemblée annuelle des dépenses de la colonie ,
sans néanmoins qu'il puisse être dérogé par cette
sormation, aux dévis accordés aux administrateurs
généraux par l'ordonnance du mois de juin 1787,
ju[qu'à ce qu'il en ait été autrement déterminé
par l'Assemblée Nationale. « Les deux pieces en date du 11 décembre,
contiennent les preflations des commissaires du
commerce, capitaines généraux des navires de
France, négocians , commissionnaires, & autres,
citoyens de la ville de- Saint-Pierre-Martinique;
ils observent que l'assemblée coloniale, composée
de 121 membres députés de 23 paroisses de
l'isle, étant complette le 23 novembre dernier,
avoit arrêté qu'elle ne pouvoit se considérer
comme valablement consîituée; qu'elle ne pouvoit rien délibérer ni décréter qu'il n'y eût au
moins 81 membres présents ; que cependant depuis le 30 novembre inclusivement jusqu'à sa
clôture, les membres ayant été en nombre moindre de 81, ont fait différents arrêtés, sans égard
aux observations des députés de la ville de. St- --- Page 324 ---
( 476 ' Pierre, alors en petit nombre pour cause de malidic , &. ils se sont déclarés consiitiiés même
au nombre de 29 députés présents ; déclaration
illégale, attendu que les membres qui l'ont faite
étoient en nombre incomplet & ineonflitutionel ; en conséquence lesdits commissaires & négocians t
protestent de nullité contre tout ce qui a été fait
par lesdits membres de l'assemblée en nombre incomplet.
--- Page 324 ---
( 476 ' Pierre, alors en petit nombre pour cause de malidic , &. ils se sont déclarés consiitiiés même
au nombre de 29 députés présents ; déclaration
illégale, attendu que les membres qui l'ont faite
étoient en nombre incomplet & ineonflitutionel ; en conséquence lesdits commissaires & négocians t
protestent de nullité contre tout ce qui a été fait
par lesdits membres de l'assemblée en nombre incomplet. Ils proteflent sur-tout contre le décret de l'assemblée coloniale, qui ouvre aux vaisseaux américains les quatre ports du Fort royal, de la Trinité, du François & du Marin , tandis que la loi *
ne permet en cette île aux étrangers que le seul
port des princes; ils observent que l'ouverture
de ces quatre ports facilitera le commerce interà toutes sortes d'opérations frauduleuses,
ioit à terre , parce que la surveillance des officiers
^ navire étant insuffisante, ils sont sans cesse en
activité pour la vente & le recouvrement de leurs
cargaisons; & n'ont pas le loisir de se livrer a cet
emploi; soit en mer, parce que dans les deux
ports de la Trinité & du François, une mer orageuse rend impossible la flation confiante connue
de l'interlope, & d'ailleurs l'île angloise de la Do- ;
minique, l'île holandoise de St.-Euilache étant
voisines, on peut s'y rendre.en très-peu detems, ce qui faciliterait encore le jeu de la contrebande
du sucre & du coton. Il en est autrement, disent-ils , de l'autre port
de St.-Pierre, le seul port où se trouve réunie la
pins grande partie du numéraire de la colonie
& que par cette raison incçnteflable, suffisant aux •'
soldes dues aux Américains garantit de. l'invasion -
toutes les qu'il efl possible de- conserver --- Page 325 ---
( 477 ) a la métropole, au-lieu que de i ouverture des
quatre autres ports , il résultera que les commis-.
faires de St-Pierre, auxquels les habitans. de la
colonie doivent au moins vingt millions , seront
privés de la majeure partie des denrées, qui,
jusqu'à ce jour, avoient servis au remboursement
de leurs avances. Cette privation les rendra insolvables envers les négocians [& les capitaines -
gérens des navires de France. Outre cela , ils insistent sur l'introduétion des marchandises étrangères, , au détriment des nationales, la perte du droit colonial d'un pour cent d'entrée. & de soriie, & la
perte ,bien plus conséquente du droit de domaine
d'occident, qui, avec les accessoires, ell un obr
.jet d' environ S pour cent. » Les réclamans observent que les Colons auteurs de ce décret, sont personneilement seuls intéressés à ce que les quatre ports sus-nommés soient
ouverts aux Américains, & tacitement aux Anglois , sous paviUpn américain. Il rappelle le ferr
ment prêté par le général en ces termes: « Je jure
à la face des autels d'être propice à la colonie ,
& de protéger principalement la ville de SaintPierre. Serment contradictoire avec la sanction
qu'il donne à un décret qui entraîneroit la destruaion du commerce du royaume actuellement
en adivité dans cette ville, & la perte inévitable
de la colonie.
éricains, & tacitement aux Anglois , sous paviUpn américain. Il rappelle le ferr
ment prêté par le général en ces termes: « Je jure
à la face des autels d'être propice à la colonie ,
& de protéger principalement la ville de SaintPierre. Serment contradictoire avec la sanction
qu'il donne à un décret qui entraîneroit la destruaion du commerce du royaume actuellement
en adivité dans cette ville, & la perte inévitable
de la colonie. Et quel tems, disent-ils, a choisi l'assemblée
pour ouvrir ses ports ? celui où la plus grande
abondance a succédée à la disette causée par le
coup de vent de l'an dernier. « Les réclamans observent que l'assemblée coloniale avoit bien le droit de proposer; mais que
l Assemblée Nationale de France a seule le droit --- Page 326 ---
1 (475 ) dordonner, & ils esperent, Meneurs, que vous
trouverez jusie leurs proteflatiolls. « Votre comité, Meilleurs, ne vous présente
pas de délibération sur cet objet, parce qu'il a
cru qu'une délibération devoit résulter de l'alsemblage, des faits relatifs tant à la Martinique qu'à
Saint-Domingue, & à la réclamation du commerce
de Bordeaux. : Suite du rapport des pieces relatives à SaintDomingue. (Voyez le N° d'hier.) N. B. On se rappelle que M. la Chevalerie, président
de l'Assemblée , écrit à M. Peynier, relativement à une
lettre de ce dernier, qui lui a été communiquée. Votre lettre à M. Vincens présente l'assemblée sous quatre rapports; il faut la juflitier. —
Elle n'a point excédé les pouvoirs , puisqu'elle n'a
point manqué à ce qu'elle doit à la Nation & au
Roi. St-Domingue eil une collection de propriétaires qui ne sont attachés à la France que sous
de certaines conditions. — Ont-elles toujours été
refpedées? — Nous n'avons des députés que pour
présenter nos justes griefs. — L'Assemblée Nationale a commencé ses opérations par déclarer
nuls tous les impôts. — Les désordres de l'adminiflration de M. de Marbois justifient le parti pris
par l'assemblée de s'arroger la surveillance sur,
toutes les cailles ; ne pouvant laisser ce fruit précieux de nos sueurs à la disposition d'un adminislrateur concussionnaire & fugitif. On vous a
trompé en vous assurant que les députés de StDomingue ont souscrit l'arreté du 17 juin; ces
députés n'Gnt été admis que le 20. — Ils n'ont
pu engager leurs commettans à une obéissançe
passive aux décrets qui les dépouilleraient de leurs
la surveillance sur,
toutes les cailles ; ne pouvant laisser ce fruit précieux de nos sueurs à la disposition d'un adminislrateur concussionnaire & fugitif. On vous a
trompé en vous assurant que les députés de StDomingue ont souscrit l'arreté du 17 juin; ces
députés n'Gnt été admis que le 20. — Ils n'ont
pu engager leurs commettans à une obéissançe
passive aux décrets qui les dépouilleraient de leurs --- Page 327 ---
- ( 479 ) propriétés. Vous avez bien jugé l'assemblée provinciale en la regardant incapable de manquer à
ce qu'elle doit à la Nation, au Roi & à la Loi;
elle n'attaquera pas l'ancien régime de la colonie ;
elle ne fait qu'en réclamer l'exécution. La nécelTiré
des circonlhnces l'a entraînée dans des mesures
que vous avez jngées dignes de censure, mais
qu exige l'intérêt public pour sauver la colonie
des dangers qui la menaceroient. Une grande
société menacée d'une forte atteinte dans ses propriétés est autorisée par le droit naturel & le droit
des gens à tout ce qui peut la sauver d'un tel
risque. Voilà ce qui nous a permis de faire des
actes d 'autorité, d'intercepter des lettres. - Si
les ministres du Roi av oient fait leur devoir en
envoyant les décrets de l'Assemblée Nationale,
,cette colonie n auroit été expojee à aucun désordre ;
eLLe aurait suivi le fort général. — L'Assemblée
Nationale & le Roi recevront incessamment le
compte de nos opérations & la protefiation de
notre dévouement à leurs ordres. J '■> L'assemblée provinciale gémit de votre aveul
glement & de votre injuitice; elle espere que vous
reconnoîtrez votre erreur. Ni vous, ni les officiers à vos ordres n'avez. prêté le serment civique.
Votre gouvernement n'est consiaté que comme
un effet perdu, crié au ion du tambour à tous
les coins des rues. Vous reviendrez de votre
prévention , & vous reconnoîtrez que l'inspection
d une correspondance ministérielle étoit nécessaire
pour dévoiler la collusion des sieurs de Marbois , la Martelle & la Luzerne. - Notre conduite a donc été didée par la nécessité; nous tenons nos pouvoirs de nos commettans, Se ils
tiennent les leurs du droit naturel. - Occupezvous de réunir, loin des atteintes du pouvoir
arbitraire, une assemblée légale, à laquelle nous
jurerons obéi fsance, & rendrons compte de nos
opérations, Signé Bacon de Chevalerie. »
it nécessaire
pour dévoiler la collusion des sieurs de Marbois , la Martelle & la Luzerne. - Notre conduite a donc été didée par la nécessité; nous tenons nos pouvoirs de nos commettans, Se ils
tiennent les leurs du droit naturel. - Occupezvous de réunir, loin des atteintes du pouvoir
arbitraire, une assemblée légale, à laquelle nous
jurerons obéi fsance, & rendrons compte de nos
opérations, Signé Bacon de Chevalerie. » --- Page 328 ---
( 480 ) ( Le 24 décembre. ) — L Assemblée a écrit
aux parties du fud de l'oueil, en se plaignant de
l'abus fait par le conseil du droit de nommer
de déplacer les comptables & d'autres abus d'au-
torité commis par le conseil, & annonce qu'elle
annulle quelques-unes de ces nominations. ( Le 2S décembre. ) — Le conseil casse quelques-unes des dispositions de l'assemblée provinciale , lui fait défense de s'immilcer dans fadministration financière & judiciaire; ordonne la confection d'un mémoire; déclare nul l'emprifonnement du sieur Dubois, & caffe la nomination du
fleur Binis a la place de — Leéiure de cet
arrêt. — Eloge donné aux assemblées du sud &
de l'ouest, bien différentes de l'assemblée du nord.
■— Exposé dé la conduite abulive , vexatoire &
criminelle de cette derniere assemblée. — Assem-
' blée convoquée pour ie 3 mars, à Léogane,
par le gouverneur. — Ce dernier reproche à
l'assemblée d'avoir contrevenu au décret de l'arrêt du 17 juin, confirmé par celui du 2) septembre , sur la prorogation des impôts. M. Peynier répond : (Port au Prince, 3 janv. 1790.) —«D'accord sur ce principe, nous disférons sur les conséquences. Vous reconnnoissez
l'autorité de l'Assemblée Nationale , & vous contrevenez à ses décrets auxquels ont souscrit vos
députés. En entrant dans cette Assemblée, ils ont
adhéré à tout ce qui avoit été fait précédemment.
Ne combattez pas ma bonne foi par des sophismes. Une seconde autorité me prouve l'adhésion
de vos députes, c'elt le décret du 25 novembre ,
confirmatif de celui du 17 juin. Vous respectez
l'autorité du Roi, & vous détruisez toutes scs
ordonnances. Attenter â la liberté d'un citoyen
magistrat, eii-ce-là respecter la loi, qui protege
la liberté des citoyens, & qui enjoint le respect
dû aux magiflrats. Les deux parties du sud & de
l'ouest n'ont-elles pas été exposées aux mêmes dan- --- Page 329 ---
- _ ( 481 ) gers que vous * La surveillance de l'administration!
a. suffi pour les en garantir. Je borne-la mes réflexions , je ne veux point aigrir les esprits par
une plus longue conteihtion, & vous ramener
aux vrais principes , par toutes les con si dé rations
de la justice & de l'intérêt public, le seus vœu de
mon coeur ! si je ne puis y réussir, j'attendrai le
décret de l -Assemblée Nationale. Celle que vous
demandez sera incessamment convoqués , elle sera
libre dans ses opérations comme dans sa formation, & je ne concourrai plus que par mes voeux
à la régénération qui doit être son ouvrage.
ihtion, & vous ramener
aux vrais principes , par toutes les con si dé rations
de la justice & de l'intérêt public, le seus vœu de
mon coeur ! si je ne puis y réussir, j'attendrai le
décret de l -Assemblée Nationale. Celle que vous
demandez sera incessamment convoqués , elle sera
libre dans ses opérations comme dans sa formation, & je ne concourrai plus que par mes voeux
à la régénération qui doit être son ouvrage. (3 janvier 1790. ) Lettre de l'assemblée provinciale de l'ouest ; elle se plaint de ce que le
gouverneur n 'a point ordonné le serment civique. (4 janvier ) Délibération prise par
l' assemblée provinciale du nord. Justifie
les opérations sur ce principe, que les repréientans d'un peuple ne peuvent être bornés à des
fonctions passives; qu'en voyant le mal, ils ont
aussi le droit d'y porter le remède; de l'a naît le
pouvoir léginatif, & ce qui en elî la suite. la puissance executive; car à quoi serviroit de faire des
loix si on ne les saisoit pas exécuter. Donc l'assemblée provinciale a la plénitude des pouvoirs dans
tout ce qui concerne le régime intérieur ; mais
l'exécution de ses decrets ne doit être que provisoire jusqu'au moment où ils auront l'approbation l'Assemblée, qui ne peut être
e des opérations parfaitement juiîes; 'eue
d'ailleurs elle n'a attaqué ni les droits de la métropole, ni ceuæ des autres parties de la colonie, v '
Elle s éleve contre l'audace du substilut du procureur du Roi, qui a osé casser les arrêtés d? l assemblée provinciale démarche aussi injurieuse
& aussi absurde que le seroit celle d'une cour supérieure de France, citant devant elle l'Assemblée
-Nationale. — , --- Page 330 ---
( 482 ) Exposé des conséquences dangereuses d'une
telle audace, qui ne peut avoir de motif que le
delir de prolonger le regne du despotisme, motif
bien digne du tribunal aussi illégal que celui qui
a été formé par la réunion de deux conseils supérieurs de la colonie, si nuisible de toutes les
maniérés au bien public; qu'assurée qu'il n'y a
plus de juilice à attendre de ce tribunal, l'assemblée, après deux jours de délibérations, déclaré
le requisitoire du procureur général du Roi, criminel , comme tendant à faire renaître l'aristocratie & le despotisme; déclare l'arrêt intervenu nul,
& défend d'y avoir égard ; déclare les juges qui
y ont coopéré, facteurs du despotisme & coupables du crime de leze-nation, les execre & les
voue au mépris ; confirme la détention du sieur
Dubois, ordonne de conserver l'arrêt du tribunal,
comme un monument d'effronterie ; déclare nulle
la réunion des deux conseiis supérieurs ; ordonne
que celui du Cap reprendra ses fondions le il
de ce mois; déclare incapables de remplir aucunés fondions de magist rature ceux qui av oient
consenti la réunion sur un simple ordre des administrateurs; arrête de nommer les juges nécesfaires pour completter Je tribunal du Cap, & que
le Roi sera supplié de completter cette nomination ». , ( La fuite demain.)
comme un monument d'effronterie ; déclare nulle
la réunion des deux conseiis supérieurs ; ordonne
que celui du Cap reprendra ses fondions le il
de ce mois; déclare incapables de remplir aucunés fondions de magist rature ceux qui av oient
consenti la réunion sur un simple ordre des administrateurs; arrête de nommer les juges nécesfaires pour completter Je tribunal du Cap, & que
le Roi sera supplié de completter cette nomination ». , ( La fuite demain.) La séance 1 d'hier mercredi 3 n'a rien eu de
particulier ni de très-intéressant, à l'exception des
articles 17— 18— 19 —20 & 21. Lé premier
abolit les redevances à titre de banalité. Le second défend aux ci-devant banniers d'attenter à
la propriété des moulins ; le troisieme supprime
toutes les corvées à l'exception des réelles. Le
quatrième abolit sans indemnité les sujetions sans
utilité réelle ; & le cinquième le droit de triage.
(Nous donnerons demain ces articles en entier.)
De l'Imp. d'A.- J. GORSAS , rue Tiquetonne , N°. 7. --- Page 331 ---
( 4% ) TOME IX. Hh Le Courrier DE - Paris dans les Provinces,
ET , Des Provinces à Paris. N°. X X X. Par M. G 0 R SAS, Citoyen dé Paris. _ Vires acquixžf eundo. Vendredi j Mars 1790 > CÉRÉMONIE, .Les ouvriers qui ont démoli la Bastille prêtent
le ferment civique sur les débris de la plateforme de cette prison. L E jour dessiné pour cette mémorable cérémonie , 011 avoit élevé un autel formé des débris
des cachots. Des chaînes, des boulets, trouvés
dans cette horrible demeure, servoient dé table
à ce monument. — M. Jallier de Savault, dont dont
nous avons déja eu l'occasion d'honorer le patriotisme (1), leur a prononcé le discours suivant * (0 M. Jallier de Savait, l'un des archkeftes qui on
présidé à la démolition , aujourd'hui l'un des conseiller --- Page 332 ---
1 ( 494 1 « Mes amis, c'est sur cette terre que l'innocence
• a souvent abreuvée de ses larmes, cell sur ce monument formé des débris des cachots où elle a été enfevelie, c'est sur cet autel couvert des chaînes dont
on a chargé ses mains, que vous allez prêter le
serment de maintenir l'excellente constitution qui
déclare que nous sommes tous freres & tous ribres en obéissant à la loi. Elle déclare, cette
constitution, que tous les hommes sont égaux devant la loi, c'est-à-dire que tout homme accusé,
noble, riche ou pauvre, sera admis également à
se défendre, & puni sans dislindion de rang, de
naissance ou d'état, s'il est coupable Elle déclare
que les places, les dignités, les emplois, ne seront plus donnés qu'au mérite, à la vertu & au
choix libre de tous les citoyens ; ainsi vous voyez,
mes amis , qu'avec de la sagesse, de l'amour du
travail & du talent, le moindre d'entre nous peut
parvenir aux premieres places. Elle déclare que
tout homme qui obéira à la loi sera sous la protection de la loi. Elle déclare enfin, qu'il n'y a
plus de distinction de Profinces , plus de Bretons,
de Normands, de Picards, de Limousins, que la
au mérite, à la vertu & au
choix libre de tous les citoyens ; ainsi vous voyez,
mes amis , qu'avec de la sagesse, de l'amour du
travail & du talent, le moindre d'entre nous peut
parvenir aux premieres places. Elle déclare que
tout homme qui obéira à la loi sera sous la protection de la loi. Elle déclare enfin, qu'il n'y a
plus de distinction de Profinces , plus de Bretons,
de Normands, de Picards, de Limousins, que la . administrateurs des travaux publics, & sans doute l'un
: des plus honorables citoyens de la capitale ; il vient de
faire une dénonciation à la commune, relative aux murs
& aux palais bâtis pour loger les commis du flic, qui lui.
1 fait le plus grand bonne us* --- Page 333 ---
-- - ( 485 ) t ... -1 Hh-2,. " France ne fait qu'une grande famille de François,
sous un Roi pere de son peuple; que ces Fran*
çois, tous amis, tous freres, doivent maintenir"
de toutes leurs forces un gouvernement paternel ,
désormais protedeur de la justice & de l'innocence. '' T « Jurons donc y mes amis, jurons: devant le
ciel, autrefois leur seule espérance, d'être fideles
à la nation, à la loi, au Roi, & de maintenir
la constitution décrétée par, V Assemblée Nationale
& sanclionnée par le Roi ». - ' : A l'instant les mains de tous ces braves gens
s'élevent avec autant d'ardeur vers le ciel, qu'ils
en avoient mis a détruire ce monument consacré
par la vengeance, & les cris de Vive le Roi!
retentirent librement dans les airs, sur ces voûtes
détruites qui avoient recelé tant de fois les
cris douloureux des victimes de la haine des vifirs du despotisme. Quand le délire qui animoit tous ces honnêtes
gens a été un peu .cdmé, M. Jallier s'efi écrié: « Au nom de ce Monarque adoré, au nom de
ce Monarque restaurateur de la liberté francoise,
qu'elles disparoissent, ces chaînes de l'esclavage 1
(Les chaînes tombenty & à l'inflant Vautel ejl
couvert de fleurs.) « Couvrons cet autel de ces
fleurs premieres du printems ; offrons-les au ciel
avec les prémices de notre liberté : Les homma- --- Page 334 ---
? 496 y gts d'un peuple libre font les seuls dignes de
l'Eternel ; nous le forames à présent ! allons donc
ensemble, mes amis, lui ossrir nos vœux pour
notre excellent Monarque, pour l'auguste Assemblée Nationale &pour les représentans df la Commune, à qui vous devez tant de reconnoissance
pour les efforts qu'elle fait en votre faveur dans
ces momens de gêne, & promettez-lui que vous
vous rendrez dignes de ses bienfaits par votre
travail, votre docilité & votre exactitude à remplir vos devoirs». Ce discours prononcé, ces mêmes ouvriers,
au nombre de 750 , ayant à leur tête le commandant du bataillon du district Saint-Louis, M.
Jailier, &c., se sont rendus à l'église de St-Louis,
. où ils ont rendu graces au ciel, aux cris répétés
de Vive le Roi ! Vive la Nation ! Vive ses aueustes Représentans ! Le lendemain, 300 ouvriers
des atteliers de M. Palloy se réunirent à eux, &
se rendirent à l'Hôtel-de-ville, après avoir été divirés en brigades.
le commandant du bataillon du district Saint-Louis, M.
Jailier, &c., se sont rendus à l'église de St-Louis,
. où ils ont rendu graces au ciel, aux cris répétés
de Vive le Roi ! Vive la Nation ! Vive ses aueustes Représentans ! Le lendemain, 300 ouvriers
des atteliers de M. Palloy se réunirent à eux, &
se rendirent à l'Hôtel-de-ville, après avoir été divirés en brigades. Un corps de musique militaire les précédoit ; au
milieu d'eux, étoit porté en triomphe un modele
de la Bastille, taillée dans une pierre de la démor
lition, & parfaitement bien exécuté. Pour se rendre à l'hôtel-de-ville , ils traverserent plulieurs
rues & quais ; & par-tout ils reçurent les acclamations d'un peuple nombreux. Arrivés dans la
salle de la commune, & après qu'on eût dépoŒ
le modele de la Bastille , & un plan exécuté par
M. Palloy M. le Président du Diftrid St-Louis --- Page 335 ---
( 497 ) Hh 3: fit un discours analogue aux circonstances, a été fort applaudi. M. Jallier en monté ensuite
à la tribune, au-dessus de laquelle étoient croisés
les drapeaux & les flammes du bataillon. « MM. , dit-il j les braves gens , les dignes citoyens. que vous voyez, sont ceux qui ont dét
moli la bastill e; plusieurs ont contribué à la prise
de cette forteresse & tous à sa destruction. C'eU
sous leurs efforts ensin qu'efl tombé colosse
énorme sur lequel s'appuyoit le despotime qui expire vidime de ses propres attentats. - Ils. vien-J
peut tous jurer d'être fideles à la Nation , au Roi
& à la Loi ; & si quelques citoyens, se- reposant
sur leurs avions, pouvoient être dispenses de çe
serment, c'e11 sûrement ceux qui ont travaillé à
renverser ces tours funebres, immortel effroi de
la justice & de l'innocence! Chaque coup de
marteau, donné par ces braves ouvriers, étoit
un hommage à la liberté, & rampoit un chaînon
de notre ancien esclavage; la Baflille est disparue ;
déjà , l'œil étonné cherche la place ou elle étoit ;
mais son nom fera immortel. Je le demande, je
le désire, que ce nom foit à jamais l'effroi des
tyrans & le signal de' ralliemnt des âmes nobles
& amies de h liberté ! qu'il paffe d'âge en âge
jusqu'à nos derniers; neveux; que la. tendre mere
raconte un jour à son enfant ingénu.. et mon
ami, il y avoit autrefois une qu'à ce --- Page 336 ---
( 488 5 nom terrible, ' l'enfant épouvanté se cache dans
sort sein, l'homme libre s'élance sur Tes armes ,
& le vieillard leve ses mains reconnoiflantes vers
le- ciel , qui a donné à la France des citoyens
courageux qui lui ont rendu sa liberté , des sages
à qui elle doit une constitution, objet de l'envie
& de l'admiration de l'Europe , :& un excellent
Roi qui s'en cfl déclaré le chef & le protedeur. »
5 nom terrible, ' l'enfant épouvanté se cache dans
sort sein, l'homme libre s'élance sur Tes armes ,
& le vieillard leve ses mains reconnoiflantes vers
le- ciel , qui a donné à la France des citoyens
courageux qui lui ont rendu sa liberté , des sages
à qui elle doit une constitution, objet de l'envie
& de l'admiration de l'Europe , :& un excellent
Roi qui s'en cfl déclaré le chef & le protedeur. » Le sieur de Montignon, éledeur & ingénieur ;
le sienr Palby, entrepreneur de cette démolition ,
quelques ouvriers, prononcèrent àussi des difcours analogues à l'objet de la cérémonie, auxquels M. l'abbé Mulot, président de la commune,
répondit avec cette délicatesse de style & l'intérêt touchant qu'il a toujours mis dans toutes les
occasiôns où il a été chargé de porter la parole
au nom de l'assemblée qu'il préside; les ouvriers
ont ensuite prêté le serment au bruit de la murique militaire & des acclamations d'une assemblée
nombreuse , tant dans la salle que dans la cour ,
& ils se sont remis en marche dans le même
oràre. Mort de l'Empereur. Joseph 11, Empereur d'Allemagne, Roi de
Hongrie & de Bohême , Souverain des Etats
d'Autriche, est mort le 20 février, peu de tems
avant la conversation qu'il avoit eue avec M.
Quarin son médecin, conversation dont nous --- Page 337 ---
( 489 ) avons rendu compte dans notre N° du icr de ce
mois, en annonçant par anticipation la mort de
ce Prince. Le 18 Elisaheth-Wilhelmine-Louise de Wurftemberg-Stoutgard, sa nièce, étoit accouchée :
le 19 elle efl morte & n'a précédé son oncle que
de quelques heures. On assure que la révolution
qu'à causé à cette princesse les adieux de son
oncle lui a ouvert les portes du tombenu - Nous n'ajouterons aux réflexions insérées dans
notre N° XXVI que ce seul mot. Si les Rois de la terre se rappelloientqne lquefois .
de ce difiique fameux, si heureusement imité par
l'un de nos anciens poètes: Et la garde qui veille aux barrières du Louvre
N'en défend pas nos Rois , ils seraient moins ambitieux , plus humains, lX
les peuples iroient verser des pleurs sur leur tombe. Anecdote relative à cette mort. Un membre de l'Assemblee Nationale-, connu
par des écrits qni lui ont sait peu d'honneur,
dirigés contre Joseph II, avoit commandé hier à
un peintre un îransparent sur lequel étoit écrit ces
mots : Un ennemi de l'humanité efi mort. Une réflexion, entre mille autres, l'aura empêché sans
doute de faire usage de ce transparent : cette
réflexion est aussi aisée à deviner que le nom du
député dont il s'agit ( Nous garantirons l'anecdote.) - Hh 4
écrits qni lui ont sait peu d'honneur,
dirigés contre Joseph II, avoit commandé hier à
un peintre un îransparent sur lequel étoit écrit ces
mots : Un ennemi de l'humanité efi mort. Une réflexion, entre mille autres, l'aura empêché sans
doute de faire usage de ce transparent : cette
réflexion est aussi aisée à deviner que le nom du
député dont il s'agit ( Nous garantirons l'anecdote.) - Hh 4 --- Page 338 ---
( 490 ) )
* " . Fin de la séance du mardi 2. M.'Bacon de la Chevalerie, président de l'as
semblée provinciale, écrit à M. Peynier une séconde lettre' le 7 Janvier'. 1 •-
»' On vous dissimule, M., le rôle dangereux
que l'on vous fait jouer. Plus éclaire, vous l'abandonnerez; on peut cherchera nous compromettre
avec l'Assemblée Nationale. l'elle a été la conduite des infâmes Marbois & la Martelle. Nous
en fournirons les preuves. En attendant, M., nous
vous déclarons que nos députés n'ont pu concourir qu'aux opérations de l'Assemblée Nationale,
qui, faites pour le continent, pourraient s'appliquer à nos isles. C'est refpeâer la loi que de la
saisir. Celui qui prêche une doctrine dangereuse
a pu être légalement arrêté ; tël est le cas du sieur
Dubois, Se vous ne devez pas vous le faire répc- '
ter. Nous savons ce qui s'est pasTé au petit Goave
& à St-Marc; nous savons qu'au Port-au-Prince
vous vous êtes bornés à nommer des commit
saires. Si ces parties sont restées tranquilles , devions-nôus nous exposer à être bouleversés ? Que
les administrateurs marchent dans un sentier pur ;
qu'ils se soumettent à l'imptllfion de l'assemblée
coloniale; nous ne vous reconnoxtrons pour dépositaires du pouvoir exécutif que lorsque vous au- -
lez prêté Se fait prêter le serment civique L'assem- .' V --- Page 339 ---
( 491 y blee coloniale peut se convoquer' sans vous, &
nous saurons en écarter nos ennemis-, les
& sur-tout la vermine qui nous ronge. » Lettre de M. Vincens à M. de' Peyniëf, du 10
janvier, qui annonce que M. de la Chevalerie est
nommé commandant de la milice nationale; que
les gens de couleur ont été assembées, mais qu'ils
ont eu la prétention de nommer leurs officiers;
qu'ou a voulu le faire juger par un conseil de
guerre , & que le tribunal du cap reprit ses fonctibias. M. de Peynier se rend & exprimé1 les sentimens de modération & dlindulgence qu'exigent
les circonstances. ' Le conseil supérieur arrête d'inviter M. de'
Peynier à affiner à cette séance. — Délibération
des électeurs dé l'ouest pour affilrer le salut des
propriétés & la conservation de l'ordre, ils arrêtent dé prier MM. les administrateurs de faire
surseoir à tout enrégistrement de laloi nouvelle.—
M. de Peynier leur répond en protestant de sa
modération, & prêchant la soumission à' l'Assem- 1
blée Nationale , & en cédant à la demande des
électeurs.— Nouveau compté ; rendu à M. dôl
Peynier. — Toutes les milites semblent. M.
de la Chevalerie est inflallé capitaine général ; lé :
tribunal supérieur reprend ses fondions. — Comédie; bal & souper gratis.— Visite faite par M.
Vincent & par toutes les corporations. Visites ren-
protestant de sa
modération, & prêchant la soumission à' l'Assem- 1
blée Nationale , & en cédant à la demande des
électeurs.— Nouveau compté ; rendu à M. dôl
Peynier. — Toutes les milites semblent. M.
de la Chevalerie est inflallé capitaine général ; lé :
tribunal supérieur reprend ses fondions. — Comédie; bal & souper gratis.— Visite faite par M.
Vincent & par toutes les corporations. Visites ren- --- Page 340 ---
( 492 ) dues par les officiers des troupes à l'Assemblée
provinciale & aux chefs de toutes les corporations.— Il n'y a plus de moyens pour pourvoir
aux besoins des troupes. — Compte rendu à M.
de Poissi, faisant les fondions d'intendant. — Les
membres du nouveau tribunal demandent à être
payés par la caisse du Roi; faut-il avoir égard à
cette demande ? Le rapporteur conclut : ) L'assemblée provinciale & le conseil supérieur ont
excédé leurs pouvoirs.—Les circonflances ont paru
Jeur servir d'excuse , rien n'annonce un projet de
séparation de la. métropole, & un tel projet ne
peut se former au moment où l'Assemblée Nationale- s'occupe de donner une confiitution aux
colonies— Avant de prendre un parti, il convient
d'attendre les pieces annnoncées par l'Assemblée
provinciale du nord. , Après le rapport, M. Alex. de Lameth a propose la formation d'un comité particulier pour
l'examen de tout ce qui concerne les colonies ;
c'cit-à-dirc leur conflitution, leur commerce exclusif de France avec elles, & les importantes
queilions de la traite des noirs & de l'affranchissement, des esclaves. — MM. les députés des colonies ont résiflé à la formation de ce comité, &
prétendu qu'il falloit traiter les queflions dans l'Assemblée Nationale sans perdre. de tems. - M.
Ch, de Lameth a appuyé la. motion de son frere. --- Page 341 ---
( 4.93 ) « MM., a dit l'abbé Maury, il n'efl plus question d'éluder, il esi une queflion qui forme
pierre d'achoppement, il faut cependant l' aborder.
& la décider. » Il propose de commencer par là *
& de décréter qu'elle sera discutée dès demain. On a insiflé sUf la formation d'un comité , mais
a 1 instant, la division de cette motion a été demandée pour en faire excepter la question de
traite des noirs, & la faire discuter demain dans
1 'Assemblée. — Queflion préalable sur cette division. Epreuve par assis & levé j doute. Appel
nominal préalable : par le résultat de l'appel , il
est déclaré qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur
le diviuon. -On va ensuite aux voix sur la motion, Sera-t-il sormé un comité, oui ou non? DISCRÉTÉ qu il sera formé un comité. DÉCRÈTE enfuite que ce comité sera çomposé de douze mem
bres, & qu'ils feront lundi prochain le rapport
de leur travail.
é j doute. Appel
nominal préalable : par le résultat de l'appel , il
est déclaré qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur
le diviuon. -On va ensuite aux voix sur la motion, Sera-t-il sormé un comité, oui ou non? DISCRÉTÉ qu il sera formé un comité. DÉCRÈTE enfuite que ce comité sera çomposé de douze mem
bres, & qu'ils feront lundi prochain le rapport
de leur travail. M. de Cocherel a demandé qu'aucun député
des colonies ne pût être membre de ce comité ^
mais cette demande a été rejettée.. Articles décrétés dans la séance du 3 mars dernier,
desquels nous avons donné hier Vextrait. L article 16 du titre II, sur la proposition dg
M. Merlin , 311 nom dû comité de féodalité, a. été
ami; qu'il suit - --- Page 342 ---
r
( 494 ) ' -11 ' Art. XVI. » Lorsque les possesseurs des droits
tonfervés par les articles p, 10, II, iy & 18,
ne seront pas en état d'en présenter le titre primitis, ils pourront y suppléer par deux reconnoisfances énonciatives d'une plus ancienne, conformes
&non contredites par deux reconnoiirances antérieures données par la communauté des habitons,
lorsqu'il s'agira de droits généraux; & par les
individus intéresses, lorsqu'elles concerneront des,
x droits particuliers, pourvu qu'elles soient soute-'
tenues d'une possession de 4.0 ans, & qu'elles rappellent, soit les conventions, soit les concessions,
mentionnées par lesdits articles. Art. XVII. » Toute redevance ci - devant
payée par les habitans, à titre d'abonnement des
bannalités, de la nature de celles ci-dessus, supprimées sans indemnité , & qui n'étoient point
dans le cas des exceptions portées par l'art. est abolie & supprimée sans indemnité. Art. XVIII. » L'Assemblée Nationale fait désense aux ci-devant .banniers d'attenter à l'a propriété des moulins , pressoirs , fours & autre$
objets de la bannalité , desquels ils font affranchis.
par l'article 14; met ladite propriété sous la sauvegarde de la loi, & enjoint aux municipalités de
tenir la main à ce qu'elle soit sévérement respectée. XIX. « Toutes les corvées , à la seule exception des réelles, soRt sup primé es sans indemnité i --- Page 343 ---
.. ( 49S ) & ne leront réputées corvées-réelles que Celles
qui seront prouvées être dues pour prix de la
concession d un fonds ou d'un droit réel. XX. « Toutes sujétions qui, par leur nature,
ne peuvent apporter à celui auquel elles sont dues,
aucune utilité réelle, sont abolies & supprimées
sans indemnité. ,
. « Toutes les corvées , à la seule exception des réelles, soRt sup primé es sans indemnité i --- Page 343 ---
.. ( 49S ) & ne leront réputées corvées-réelles que Celles
qui seront prouvées être dues pour prix de la
concession d un fonds ou d'un droit réel. XX. « Toutes sujétions qui, par leur nature,
ne peuvent apporter à celui auquel elles sont dues,
aucune utilité réelle, sont abolies & supprimées
sans indemnité. , XXI. » Le droit de triage, établi par l'art. 4
du titre 25, de l'ordonnance des eaux & forêts ,
de 1669, est aboli. ^ M. de Fermond, avant la discussion de ces articles avoit dénoncé', qu'ayant eu l'oècasion d'aller
-à l imprimerie de l'Assemblée Nationale, il y
avoit trouvé l'article 10 du titre premier du dé-
. cret concernant les droits féodaux, prêt à être mis
fous presTe, avec une rédadion qui n'étoit pas
celle décrétée par l'Assemblée : il a dit qu'au lieu
de ces mots: Sans égard à l' ancienne qualité noble des biens & des personnes, on y avoit inséré
ceuæ-ci, dont l'effet eut été bien différent: Sans
igard à l ancienne qualité des biens s & à la noble se des personnes. L'opinant a demandé la suppression de cette derniere tournure, & le rétar
blissement des expressions décrétées par l'AfTemblée pour bonnes raisons, &. après grandes discussioins. M. Dufraiflè Duché, député des communes --- Page 344 ---
( 496) du baiîlagë de Riom, mais ennobli, a défendu la
nouvelle rédaction, & combattu l'opinion de M.
de Fernond, ce qui a donné lieu à d'étranges
soupçons.. Si l'on entend détruire la noblesse, comme cela
paroît évident, a dit M. de Crecy, je demande
. qu'à l'avenir personne ne puisse prendre que des
noms de baptême, comme Pierre, Jacques, &c.
Cette proposition a été ajournée. ( L'Assemblée
s'occupera sans doute de ce grand & utile
ajournement quand elle n aura rien de mieux a
faire.) La suppression demandée par M. Fermond a
été adoptée, & il a été décrété que l'article demeureroit & seroit imprimé tel qu'il suit : « Toute féodalité '& nobilité de biens étant
- détruite, les droits d'aînesse & de masculinité, à
l'égard des fiefs, domaines & alleux nobles, les
partages inégaux à raison de la qualité des personnes, sont abolis ; en conséquence toutes les
successions, tant directes que collatérales, tant mobilières qu'immobilières, qui écherront à compter
du jour de la publication du présent décret, se
ront sans égard à l'ancienne qualité noble des
biens & des personnes, partages entre les héritiers suivant les loix, statuts, &c. ( le surplus de
' l'article tel que nous l'avons ci-devant rapporté.) Séance du if Mars. ' L'ordre du jour a ramené la continuation du
projet des décrets concernant les droits féodauæ.
/ La premiere question qui s'est présentée,
qu'on avoit laissé hier en suspens a été celle-ci.
• L'article XI (celui qui abolit le droit de triage), --- Page 345 ---
( .497:' ) aura-t-il un estet rétroactif, ou/ne l'aura-t-il que
pour l 'avenir ? L'opinion du comité étoit contre
Peffet rétroadif, & MM. Robetz-Pierre, Cochard,
Lavie, Goupil, de Croy , ont fou tenu cette
opinion.
premiere question qui s'est présentée,
qu'on avoit laissé hier en suspens a été celle-ci.
• L'article XI (celui qui abolit le droit de triage), --- Page 345 ---
( .497:' ) aura-t-il un estet rétroactif, ou/ne l'aura-t-il que
pour l 'avenir ? L'opinion du comité étoit contre
Peffet rétroadif, & MM. Robetz-Pierre, Cochard,
Lavie, Goupil, de Croy , ont fou tenu cette
opinion. L'abbé Grégoire a soutenu que rien n'étoit plus »
injuste que l'ordonnance de 1669; qu'elle n'étoit
qu'un ade de despotisme de Louis XIV, extorquée par favarice des seigneurs; que cette vérité
avoit paru si évidente aux magistrats de ce tems,
qu'ils avoient refusé de l'enregistrer ( & il a fait
ledure de l'enrégistrement du Parlement, fait de
force dans un lit de jullice, & de ceiui de la chambre des comptes, fait d'une manière non moins
violente). Il s'en résumé en faveur de l'effet rétroactif. — Plusieurs amendemens. — Esset rétroadif aux 40, 30 & 20 dernieres années.
Quefiion préalable proposée & adoptée. On va
aux voix, & l'on décrete: « Que j'art. XXI,
portant abolition du droit de triage, établi par
l'art. IV du titre XXV de l'ordonnance de 1 669,
n'aura effet que pour l'avenir ». Nouvelle question : le droit de triage supposé
aboli pour l'avenir, n'exceptera-t-on de cette
décision le droit particulier de triage, auquel des -
lettres-patentes , par arrêts de 1777 & de 1779 ,
ont assujetti en Flandres & en Artois, les biens
communaux concédés à titre onéreux ? Enfin,
conservera-t-on , ouabolira-t-on dans la Lorraine,
le Barrois , les trois Evêchés & le Clermontois ,
le droit de tiers denier des ventes des bois &
prosits communaux f Grands débats sur la premiere question. - M.
Merlin conclut pour l'affirmative. M. Destourmel soutient la négative, & demande l'ajourne- --- Page 346 ---
. 'U?8 ) Il AJelliap, crA Ctorsas, rue Tiquetonne, N°. 7-. : ment, amli que plulieurs autres. La discution
s'anime. —M. Rhedon, membre du comité féo»
dal, dit, que M. Tronchet & lui n'avoient pas
été de l'avis de M. Merlin, & il conclut contre
l'exception, c'est-à-dire pour la négative.
, & demande l'ajourne- --- Page 346 ---
. 'U?8 ) Il AJelliap, crA Ctorsas, rue Tiquetonne, N°. 7-. : ment, amli que plulieurs autres. La discution
s'anime. —M. Rhedon, membre du comité féo»
dal, dit, que M. Tronchet & lui n'avoient pas
été de l'avis de M. Merlin, & il conclut contre
l'exception, c'est-à-dire pour la négative. M. de Montlauirer prend de l'humeur, & dans
son dépit, il propose de décréter, que tous les
avocats seroient tenus de restituer le prix de toutes
les consultations qu'ils avoient pu donner en
conformité de l'ordonnance de 166p. — On a
beaucoup ri. Ensin l'Assemblée a prononcé le
décret luivant: « Tous édits, déclarations, arrêts du conseil
-, & lettres-patentes rendues depuis ans, tant à
l'égard de la Flandre & de l'Artois , qu'à lézard
de toutes les autres provinces du Royaume , qui
- ont autorisé le triage , hors des cas permis
de l'ordonnance de 1669 , demeureront à cet
égard comme non avenues ; & tous les jugemens
rendus & ades faits en conséquence, sont révoqués , & pour rentrer en possession de leurs biens
communaux, dont elles ont été privées par l'efset desdits arrêts & lettres-patentes, les communautés sont tenues de se pourvoir dans les cinq
ans, pardevant les tribunaux, sans pouvoir prétendre aucune resiitution des fruits perçus, sauf
à les faire entrer en compensation, dans le cas
où il y auroit lieu à des indemnités pour cause
d'impenses. Il a été présenté par la commune de Paris une
adresse concernant les opérations de la caisse
d 'escompte, mais la leélure en a été ajournée à , la séance de samedi foir. Fin du IX.C Volume. --- Page 347 ---
( ) TOMÉ X. Le Courrier D E ,T Paris dans les Provinces,
ET ' Des Provinces à P a r i s. N°. X I. Par M. G O R S As, Citoyen de Paris. Vires acquirit eundo. Mafdi 16 Mars 1790 . ADMINISTRATION . ' IL paroît confiant que M. Necker va décidétrient aller aux eaux. On assure qu'il fera remplacé par M. Lambert, contrôleur général deS
finances , qui a dû travailler hier au soir ave£
le Roi. Nous abandonnons à nos lecteurs les réflexions . H Ô T E L-D E-V I iL .L E. La garde de l'hôtel-de-ville est augmentée
piquet de cent hommes, dont cinquante grenadiers, vingt-cinq chasseurs & vingt-cinq volon-
M. Necker va décidétrient aller aux eaux. On assure qu'il fera remplacé par M. Lambert, contrôleur général deS
finances , qui a dû travailler hier au soir ave£
le Roi. Nous abandonnons à nos lecteurs les réflexions . H Ô T E L-D E-V I iL .L E. La garde de l'hôtel-de-ville est augmentée
piquet de cent hommes, dont cinquante grenadiers, vingt-cinq chasseurs & vingt-cinq volon- --- Page 348 ---
y ( 162 ) taires, pour se porter par-tout où besoin sera.
Cette précaution devient nécessaire dans un mok ment où l'on s'occupe du travail des finance*. Commune de Paris. C'el1 aux lumieres répandues dans l'Europe depuis près d'un siécle, par les gens de lettres,
que la France devra sa régénération & sa liberté.
Mais il est à 'remarquer que ce sont en général
des écrivains isolés qui ont été les apôtres !es plus
ardens de cette liberté. Ceux qui ont atteint la suprématie, après avoir passé leurs beaux jours a la
solliciter & à l'obtenir, & qui, réunis en grandes
corporations, pesent pour ainsi dire , sur les
produ#iôns du génie, dégradés par ia faveur,
ou corrompus par l'illusion de 1 esperance , qui
leur montre de loin les places & les pensions , ont
toujours porté bassement les chaînes humiliantes
du pouvoir arbitraire. De rares exceptions n'admettent pas même le besoin d'une distinction. En
effet, le petit nombre de gens de lettres qui, tenant aux grands corps littéraires, ont parlé de
l'homme d'une maniere digne de sa noblesse, se
sont vu forcés de vivre isolés , d'emprunter un
masque anonyme , ou d'aller , loin d'une ingrate patrie , arroser de larmes un sol étranger j finop les murs d'un cachot interceptoient --- Page 349 ---
( 163 ) L2 des accens que la justice , la raison & la haine dz
despotisme les forçoit de prononcer.. - Il existe au sein de cette capitale une société
littéraire qui n'a point à se reprocher l'adulation
ni la servitude. Formée dans un tems où le nom
de liberté ne pouvoit s'appliquer à aucun corps
& même à aucun des citoyens de cet empire, sa
modeflie l'a préservée des révolutions de l'ambition ; sa sagesse l'a garantie des attaques de l'autorité; sa confiance l'a prémunie contre les insuites de l'égoilme & de la jàlousie. Elle a conservé son indépendance dans l'esclavage , & n'élevant pas ses prétentions au-delà de ses sorces,
volant sur-tout de ses propres ailes, & ne devant qu'à elle-même son exigence, elle s'en maintenue au sein de la paix qu'elle chérit, en cultivant sans relâche , sans interruption, dans les tems
les plus orageux, avec quelque succès & sans
ostentation , les lettres , les sciences & les arts,
ces bienfaits de la nature auæquels la société civilisée doit & donne sa protection, pour le bonheur de l'humanité. Cette société, qui subsiste depuis dix ans sous
le nom modeile de Musée de Paris, qui compte
parmi ses membres un grand nombre de citoyens
de cette capitale, plusieurs compagnies sayantes
des provinces qui lui sont assimilées, des savans?
des artistes, des littérateurs, iant régnicoles qu'«- --- Page 350 ---
(i^4) trangers parmi ses correspondans, & qui porte
ses relations au-delà des mers, vient, la premiere
de ' toutes les compagnies littéraires, de donner
l'exemple de son zele pour la patrie, & de soh
dévouement à la constitution, en .prononçant et1
corps, samedi dernier, 13 de ce mois, le serment civique devant les représentans de la commune de Paris.
, des littérateurs, iant régnicoles qu'«- --- Page 350 ---
(i^4) trangers parmi ses correspondans, & qui porte
ses relations au-delà des mers, vient, la premiere
de ' toutes les compagnies littéraires, de donner
l'exemple de son zele pour la patrie, & de soh
dévouement à la constitution, en .prononçant et1
corps, samedi dernier, 13 de ce mois, le serment civique devant les représentans de la commune de Paris. M. Ponce, son président, a porté la parole au
nom du Mutée. — M. l'abbé Fauchet, président de la commune ,
y a répondu avec cette éloquence affectueuse qui
lui est naturelle , & qui porte si bien le caractere
de la liberté. Comme ces discours seront rendus publics,
d'après le voeu de la commune, nous ne hasarderons pas d'en affoiblir les expressions par un
extrait incomplet; mais nous ne devons point
' omettre la scene intéressante qui a suivi le serment civique du Musée. M. Moreau de St-Méry, membre de l'Assemblée Nationale & président honoraire du Musée ,
après avoir rappellé avec une sensibilité touchante
les premiers ades de la liberté , auxquels il avoit
pris une si grande part, lorsqu'en sa qualité d'éledeur il avoit présidé, le 14 juillet 1789, dans
le même fauteuil où s'asseoit aujourd'hui le chef
de la commune, il pria l'assemblée de vouloir --- Page 351 ---
( 1 ) hi bien recevoir le serment civiquè de son fils. Cette
proposition fut reçue avec acclamation. Elevé sur
les bords de la tribune & sou tenu par son perc ,
ce charmant enfant, revêtu d'un uniforme national & âgé d'environ sept ans , prononça trèsdistinctement la formule. Des applaudissemens multipliés accompagnèrent cet a de patriotique , auquel un représentant de la commune ajouta un
nouvel intérêt en votant pour que M. le pré
fident embrassât cet enfant au nom de la commune. A l'instant il fut transporté dans les bras
de M. l'abbé Fauchet, qui, s'étant levé de son
fauteuil, y fit asseoir l'enfant patriote. Il lui rappella que c'étoit au même endroit où son pere
-avoit signalé d'une maniéré si diflinguée son civisme & son courage ; que l'accueil qu'il y recevoit dans cet initant étoit un motif bien digne
de l'engager à imiter d'un si rare modele. A
ces mots l'enfant, après avoir été embrassé, fut
remis entre les mains de son pere , & M. l'abbé
Fauchet invita le Musée à prendre place pour
affilier à la seance de la commune. Lettre sur la permanence des diflricts. A FAu. ~ ur du Courrier.. Dans votre feuille d'hier, Monsieur > comme
dans plusieurs. autres , - vous parlez des districts --- Page 352 ---
( 166 ) en homme qui ne croit pas leur permanence abfolument essentielle. Je ne discuterai pas aujourd'hui avec vous la nécessité ou les inconvéniens
de cette permanence. Encore dans l'enfance de
l'éducation publique, nous ne sommes pas plus
murs pour la divination que nous ne l'étions peutêtre pour la liberté; & il n'ell pas très-étonnant
que ni vous ni moi ne découvrions pas de primabord, si la permanence est bonne ou non ; mais
je crois avoir assez de motifs pour vous persuader, tinon la nécessité de cette permanence y du
moins celle de l'existence des districts , contre
lesquels , ainsi que je dois vous l'avoir écrit déjà,
vous vous élevez souvent en termes qui , soit
dit en passant, ne plaisent pas à tous vos lecteurs.
ne l'étions peutêtre pour la liberté; & il n'ell pas très-étonnant
que ni vous ni moi ne découvrions pas de primabord, si la permanence est bonne ou non ; mais
je crois avoir assez de motifs pour vous persuader, tinon la nécessité de cette permanence y du
moins celle de l'existence des districts , contre
lesquels , ainsi que je dois vous l'avoir écrit déjà,
vous vous élevez souvent en termes qui , soit
dit en passant, ne plaisent pas à tous vos lecteurs. L'un de ces jours, peut-être, je pourrai vous
remercier au nom des districts, au nom de celui
dont j'ai l'honneur d'être membre, de la peiné
que vous prenez d'endoélriner des citoyens paifibles, qui veulent le bien, qui souvent l'operent,
à qui la chose publique doit beaucoup , mais dont
la bonne volonté & l'amour de l'ordre n'ont pas
toujours ruffi pour faire le bien qu'ils désirent.
Les précepteurs du genre humain sont rams ; il
cst donné à quelques individus d'en remplir les
devoirs : autant qu'aucuns d'eux, vous avez des
droits à la reconnoissance publique, & je ne doute --- Page 353 ---
( 167 ) [texte_manquant] pas que si vous vous obflinez à inflruire les diftrias, ils ne votent pour vous, M., une adresse
de remercimens. Je ne releverai qu'une petite erreur glissée
dans votre Journal d'hier; vous annoncez que
4° districts ont voté pour leur permanence, &
doivent témoigner leur voeu à la Commune ou à
l'Assemblée Nationale. Il faut qu'à mon tour je vous instruise que la
Commune n'ell pas l'hôtel-de-viIle, ou se réunisient
les mandataires provisoires des districts. La Commune , suivant M. Bailly, suivant tous les citoyens
qui connoissent la véritable acception des mots
est Tésidente dans les sections. Leur réunion forme
la véritable Commune. Le vœu de cette Commune n'est pas équivoque, quand avant d'être
émis, il a été pesé dans les 60 serions , & 51
de ces sedions, c'elt-à-dire la Commune , va proposer à l'Assemblée Nationale l'adresse respectueuse qu'elle a dressée pour la permanence des
sedions. Signé CHARRON. Le 14 mars 17P0. Dans un moment oh l'on ne s'occupe que de pamphlets , que de libelles, que de récits bizarres ou incendiaires , n'allons-nous pas- encourir l'indignation de nos
lecteurs, en leur présentant l'extrait d'un ouvrage dont
un Prêtre est l'auteur , dédié à un Prélat, 8c qui a pour
litre : Discours sur l'immortalité de l'ame. Indépendamment des reproches que nous --- Page 354 ---
t'î -i6$ J ~ méritér, en perdant des pages cet ~inuji!®
entrait, nous allons encore nous exposer au ridicule en avouant que cet écrit nous a paru d'un
tel mérite, que nous n'avons pu rési sister au plaisir de le faire connoire alix persônnes dont la
révolution a pu faire changer les habitudes, mais
non pas le gout pour les bonnes choses, qui souvent
restent oubliées dans la foule, faute d'un titre
Singulier ou burlesque , qui appelle les yeux &
invite la curiosité, & qu'on rejette bientôt avec
dédain.
ons encore nous exposer au ridicule en avouant que cet écrit nous a paru d'un
tel mérite, que nous n'avons pu rési sister au plaisir de le faire connoire alix persônnes dont la
révolution a pu faire changer les habitudes, mais
non pas le gout pour les bonnes choses, qui souvent
restent oubliées dans la foule, faute d'un titre
Singulier ou burlesque , qui appelle les yeux &
invite la curiosité, & qu'on rejette bientôt avec
dédain. M. l'abbé Michel, après avoir établi que l'immortalité de rame est le dogme le plus universel, & qué
le sauvage qui habit" les forêts, comme l'habitant des
vastes cités, se réjouit au fond de son cœur de l'idée
;de son immortalité.. après avoir établi que c'est, le
■dogme de la grande famille du genre humain, il poorfuit en ces termes : a Ce dogme réjquit, il enchante le cœur de
l'homme de bien ; il inquiete > il épouvante l'impie
& le méchant. L'un n'y songe qu'avec délices,
l'autre ît'y peut penser qu'en tremblant. Celui-ci
invoque le néant, que le sentiment intérieur re.
;pouffe, fk celui-là se promet une vie immortelle
& divine. Ce dogme précieu, charme les rapides
jours, de notre fragile existence ; il prolonge,
rend plus vives les. innocentes jouissances du riche
compatissant & sensible ; il ~sou'!' ~nf le pauvre dans
'sa détresse, essuie ses b , 5: éloigne le desespoir ; il embellit h prospérité & console dans
l'adversité. • * C'est sous ces deux points vue que M. l'abbé Michel considere cet important Il po se enfuite en
si l'ame survit au- corps ~nc'lt ~animé, QU FI --- Page 355 ---
I 169 î elle périt avec lui Convaincu que des images parlent
plus éloquemment à rame que les raisonnemens compliqués d'une métaphysique aride ; c'est par des images,
oc par des images touchantes & poétiques, que ~labeur
entraîne son lecteur. Il met en scene le malheureux étonné, effrayé de sét
foliitude, portant par-tout ses regards inquiets, & qui
n'apperçoit que le néant, & bientôt il lui oppose
l'homme de bien : > » Comme ses jouissances , s'écrie-t-il, deviennent & plus multipliées & plus vives, en même
tems qu'elles font plus innocentes & plus simples-l
comme toute Ton existence s'embellit du charmé
de l'immortalité ! avec quel plailir je me le représente , prodiguant ses tendres caresses à une
épouse aimable & vertueuse , à des enfans chéris,
épanchant son coeur au sein de la consiance & dè
l'amitié ; ne bornant pas à i'instant présent ces
émotions délicieuses , mais les prolongeant audela des limites de la vie , & les immortalisant
pour ainsi dire, en se perdant dans l'infini avec
elles ! Un morceau qui nous a paru sublime, 8c qui fait honneur au cœur & à l'esprit de M. l'abbé, Michel, est celui-ci : ' Après avoir demandé aux par:ifansde la destruction,
pourquoi, à la vue de la tombe d'un homme religieux on
de celle d'un méchant, on éprouve des sentimèns, qui;
tout opposés qu'ils sont, réveillent celui de l'imm ortaté de l'ame , il poursuit : « C'est encore ce sentiment qui nous pénétre
d'une douce & profonde mélancolie à la vue de la
tombe d'un homme de bien : c'est lui qui réveille
dans notre ame ces grandes pensées, ces- ineffa-
de la destruction,
pourquoi, à la vue de la tombe d'un homme religieux on
de celle d'un méchant, on éprouve des sentimèns, qui;
tout opposés qu'ils sont, réveillent celui de l'imm ortaté de l'ame , il poursuit : « C'est encore ce sentiment qui nous pénétre
d'une douce & profonde mélancolie à la vue de la
tombe d'un homme de bien : c'est lui qui réveille
dans notre ame ces grandes pensées, ces- ineffa- --- Page 356 ---
( 170 ) blés souvenirs qui remplissent nos yeux de larmes.
délicieuses, & notte cœur d'affetfions sublimes.
Cest ce même sentiment qui, à l'asped de la
pierre funèbre qui couvre le méchant, nous fait
reculer d'horreur. Un secret & puissant instind nous
repousse, & semble nous dire: crains d'appsocher! ici dort le crime, mais le criminel vit encore ! redoute &: fuis son approche ! En considérant la tombe de l'homme vertueux, que nous
éprouvons des sentimens bien opposés 1 mille
douces & consolantes pensées s'offrent à nos réflexions. L'image de ses vertus, toujours présente ,
écarte les idées lugubres : le ciel l'environne de
souvenirs touchans, & d'immortelles espérances.
Un atniofphère de bonheur répand la sérénité
dans l'ame de ceux qui approchent de ce monument respectable. C'est moins un tombeau qu'un
autel qui appelle les hommages de l'homme de
bien, & qui attirera un jour les bénédictions de
la postérité. 0 vous que j'ai perdu trop tôt pour
mon bonheur, vous dont je ne reçus jamais que
des caresses & des leçons de vertu ! ô le meilleur
des peres '! seroit-il possible que vous ne fussiez
plus rien ? Lecteurs séveres , qui ne pouvez
souffrir qu'un auteur parle un moment de luimême, pardonnez ; je vais vous déplaire, sans
doute, car je vais parler de moi ; mais ce sera la
première & la derniere fois de ma vie. J'avois
treize ans , il y en avoit un que j'étois orphelin, je traversois la forêt de Montebourg , peu
éloignée de Valogne, ma patrie. J'étois seul, trille
& mélancolique car j'ai connu de. bonne heure
les chagrins & les peines ; l'ame remplie de l'i- -
vais vous déplaire, sans
doute, car je vais parler de moi ; mais ce sera la
première & la derniere fois de ma vie. J'avois
treize ans , il y en avoit un que j'étois orphelin, je traversois la forêt de Montebourg , peu
éloignée de Valogne, ma patrie. J'étois seul, trille
& mélancolique car j'ai connu de. bonne heure
les chagrins & les peines ; l'ame remplie de l'i- - --- Page 357 ---
( 171 ) mage de mon pere, des regrets de sa mort &
du souvenir de ses vertus, je suivois un sentier
par où je me rappellai avoir passé plusieurs fois
avec lui, & même peu de tems avant de le
perdre. Cette pensée me rendit ce sentier précieux,
je craignois d'en sortir. Je me mis à rêver, & à
marcher lentement. J'apperçus des pas d'homme ,
je crus y reconnoître ceux de mon pere ; je me
trompois : mais ce n'en pas de quoi il s'agit.
A l'instant mon cœur se gonsle , mes yeux se remplissent de larmes, ,je meprofterne, & baise mille
fois l'empreinte de ces pas. Un désordre inexprimable s'empara de toutes mes, facultés. L'excès
de la sensibiiité m'ôta pour quelques inflans l'usage du sentiment. Revenu un peu à moi-même,
je m'apperçus que j'avois versé des larmes en si
grande abondance, que la place où j'etois en étoittrempée. Non, jamais je ne pourrai exprimer ce
que j'éprouvai alors de tourmens, qui n'étoient
pas cependant sans quelque consolation. J'avois
rame neuve, innocente & pure. J'étois orphelin , sans protecteur, sans fortune , je me trouvois
seul au milieu d'un bois, n'ayant pour moi que
Dieu & mon innocence. Ces réflexions, loin d'abattre mon courage , remplifsoient mon coeur d'un
noble orgueil. Epuisé par ces violentes agitations,
je voulus en vain continuer ma route; je fis quelques pas, & fus contraint de m'asseoir pour me
reposer. C'étoit vers la fin du mois de mai. Je
m'en ressouviens parfaitement, quoiqu'il y ait plus
de 2y ans que cet événement me soit arrivé.
Comme la nature contrailoit alors avec l'état de
mon ~amI.'" Tour étoit riant autour de moi : la ver- --- Page 358 ---
( T72 ) dure naissante , le chant des oiseaux, cette douce
& suave odeur des végétaux > qui nous avertit
que la vie recommence à circuler avec la sève
dans les arbres & les plantes; tout inspiroit la
joie & appelloit le' bonheur. Moi seul pleurois,. ~
Ah ! ii dans ce moment on m'eût appris que dans
quelque coin de la forêt il y eut un jeune infortuné
comme moi, pleurant son pere , j'aurois volé vers
lui: je l'aurois pressé sur mon cœur, j'aurois consondu mes larmes avec les siennes; j'en au rois
fait pour la vie le meilleur de mes amis... Lecteurs
soyez indulgens ; il y a près de quinze ans que je
résifîe au desir de raconter ce trait de ma jeunesse.
Si vous le trouvez déplacé, songez qu'il ne l'est
pas pour moi. J'ai parlé d'un pere qui, tout mort
qu'il efl, vit & vivra à jamais dans mon ame, &
qui vit dans les cieux sans doute, parce qu'il esl
impossible que de pareils êtres soient anéantis
la vie le meilleur de mes amis... Lecteurs
soyez indulgens ; il y a près de quinze ans que je
résifîe au desir de raconter ce trait de ma jeunesse.
Si vous le trouvez déplacé, songez qu'il ne l'est
pas pour moi. J'ai parlé d'un pere qui, tout mort
qu'il efl, vit & vivra à jamais dans mon ame, &
qui vit dans les cieux sans doute, parce qu'il esl
impossible que de pareils êtres soient anéantis Une suite d'idées, dont le premier chaînon part du
cœur, & présentées avec les graces d'un flyle aimable
& rapide, entraînent le leéteur, Se le forcent à s'écrier
avec l'auteur : « Les siecles , comme les flots, se rouleront
les uns sur les autres, & l'homme indestructible
refiera tout entier ! » L'auteur de cet ellimable écrit, paroît avoir profondément médité les discours du Docteur Hughes Blaïr; mais
s'il a puisé quelques idées dans ce célébré écrivain', il a
su leur donner ce vernis agréable qui rajeunit & donne
une nouvelle vie (i). (i) Cet ouvrage se trouve chez IMde. Toubon, Libraire ,pasfage des Variétés t & cheï les Marchands de nouveautés. --- Page 359 ---
( 173 ) Séance dû lundi ~15 mars. M. l'abbé de Montesquiou annonce , que, par le
recensement des scrutins , M. Rabaud de StEtienne eil désigné pour lui succéder à la préfidence. - D if cour s d'usage. — Sur ie réquisitoire de M. Muguet, ilesî décrété
que M. le président se retireroit par devers le
Roi pour lui demander Ion acceptation & là
sandion au décret qui fixoit les bases conftitutionnelles ssir lesquelles l'organisation de l'armée doit
être formée à l'avenir. ./ M. Bouche a fait la même proposition pour
le décret concernant l'état à fournir de la quantité de vaissolle & autres matieres d'argent portées dans les divers hôtels des monnoies depuis le
mois d'août dernier.Cette proposition à été adoptée. M. le président a voulu rappeller à l'ordre du
jour Une difficulté s'éleve sur l'ordre du travail.—Entendra-t-on le résumé général des divers articles décrétés concernant les droits féodaux , ou commencera-ton par le rapport du
comité des financés sur l'adresse de la commune
de Paris ? —II a été décidé que la préférence seroit donnée aux droits féodaux. M. Merlin a donc lu le résumé général des ar- --- Page 360 ---
( J74 ) ticles décrétés, concernant les droits féodaux. Ce
résumé forme un décret en trois titres; il a été
dit que M. le président le présenterois incessamtnent à l'acceptation & sanc1ion du Roi. • M. de Foucaud demande que ce décret ne
~ commence à recevoir ion exécution que pour
lés cens , rentes & autres droits féodaux , à échoir
en 1790. Ceux des années antérieures à 1790
; demeureront exigibles en l'ancienne forme & suiO vant l'ancienne loi. Après quelques débats , le décret suivant a été rendu : « L'Assemblée Nationale rendra incessamment
les décrets relatifs aux modes & au prix du ra- N
chat des droits conservés , sans préjudice du paiement qui sera sait des rentes , redevances & droits
échus & à échoir jusqu'au jour du raclut». On a fait lecture ensuite d'une lettre de M.
le garde des sceaux. Cette lettre annonçoit la sa.nc-
• tion de plusieurs décrets , particulièrement de ceux
que l'Assemblée venoit de charger son président
de demander.
« L'Assemblée Nationale rendra incessamment
les décrets relatifs aux modes & au prix du ra- N
chat des droits conservés , sans préjudice du paiement qui sera sait des rentes , redevances & droits
échus & à échoir jusqu'au jour du raclut». On a fait lecture ensuite d'une lettre de M.
le garde des sceaux. Cette lettre annonçoit la sa.nc-
• tion de plusieurs décrets , particulièrement de ceux
que l'Assemblée venoit de charger son président
de demander. On est paffé à la discussion sur l'article II du
- projet de décret concernant les gabelles. Cet ar-
" ticle efl conçu en ces termes : « Une contribution réglée sur le pied de 4o
millions par année, & formant les deux tiers seu- --- Page 361 ---
( 175 ) lement du revenu net que le trésor national. retiroit de la vente exclusive du sel & du droit de
quart bouillon, sera répartie sur les dépanemens
& les districts qui ont formé les provinces & les
pays de grande gabelle, de petite gabelle , de gabelle locale & de quart bouillon., en raison de la
quantité de sel qui se consommoit dans ces provinces, & du prix auquel il y a été débité Si nous écrivions pour des maltotiers, nous
pourrions parler ici un langage inintelligible pour
le plus grand nombre de nos ledeurs, & rapporter plusieurs discours , plusieurs amendement
que 1 on comprendrait si l'on pouvoit; nous nous
bornerons à résumer ce qui nous a paru le moins
difficile à saisîr. M. de Montlausier propose par amendement
d 'ajouter 20 millions aux 40 millions énoncés dans
l'article, & de porter à 6o millions le remplacement de la gabelle, à supporterpar les provtnces
ci-devant gabellées, quart bouillonnées, fallée
en sel de mer ou en sel minéral. M. de Crillon prétend que les 10 sols pour liv.
ajoutés au prix de la gabelle, ou sèl maltotier,
étoient une surcharge que supportoient ces provinces au delà d'une juste contribution proportionnelle ; il a demandé que l'amendement du préopinant fut supprimé. MM. Duchez, de Biauzsc, l'archevêque d'Aix --- Page 362 ---
( 176 ) & plusieurs autres, ont successivement parlé pouf
& contre , ou en faveur de tierces opinions ; mais
#près beaucoup de débats, d'amendemens & de
sous-amendemens , qui ont été successivement
éconduits, l'article a été décrété avec l'addition
-de quelques mots qui se trouvent compris dans
la rédaction suivante: « Une contribution réglée sur le pied de 4Q
millions par année ; & formant les deux tiers seu4ement du revenu net que le trésor national retireroit de la vente exciuiive du sel & du droit
du quart-bouillon , sera réparti provisoirement
& pour la présente année seulement, sur les dédépartemens & les districts qui ont formé les
provinces & les pays de grandes gabelles,
de petites gabelles , de gabelles locales &
de quart-bouillon, en raison de la quantité de sol
Qui sé confommoit dans ces provinces, Se du prix
auquel il étoit débité avant le décret du 23 leptembre dernier. - S.Onobservera que vendredi 12 mars on avoit
"tourné la discussion de différentes motions, renvoyées au lundi suivant. La premiere chose qu'à
lait l'Assemblée , c'est d'oublier l'ajournement. Ainiî notre promesse de rendre compte du réfultat de ces motions devient mille. Cette remarque répond à beaucoup de lettres que nons recevcns , par lesquelles on nous reproche quelquefois, des omissions qui ne nous font pas personnelles. Jt-De rirnj^-d'A.-J. Gojps, -rue Tiquetonne, N".7:
discussion de différentes motions, renvoyées au lundi suivant. La premiere chose qu'à
lait l'Assemblée , c'est d'oublier l'ajournement. Ainiî notre promesse de rendre compte du réfultat de ces motions devient mille. Cette remarque répond à beaucoup de lettres que nons recevcns , par lesquelles on nous reproche quelquefois, des omissions qui ne nous font pas personnelles. Jt-De rirnj^-d'A.-J. Gojps, -rue Tiquetonne, N".7: --- Page 363 ---
( 419 ) TOME X. Ff Le Courrier D E Paris dans les Provinces, ET Des Prôvinces à Par i s. N° XXIX. Par M. GOR SAS, Citoyen de Paris. Vites acquirit iundo. Samedi 3 Avril 1790. Lês personnes dont les abonnemens sont échus j
font priées de reiiouveiler ou dé prévenir. ... Séance du jeudi premier avril. A PRÈs la lecture du procès-verbal par M. Mangin de Roquefort, un de MM. les députés a annonce , de la part de la municipalité d'Angers,
Une sou million de io millions, aux mêmes charges
& conditions que la municipalité de Paris, pour
Jes assignats ssir les biens eccléfiafiiques & domaniaux* M. Bouche, dont le zele adis tend toujours à
saire économiser le tems & à Circonscrire les déi --- Page 364 ---
. , ( 450 1 .. dans le cercle étroit de là queflion, vouloit
qu'on d sè bornât à décider, si le privilege de la
compagnie des Indes dev oit être conservé ou abolît
ou, pour réduire le fait à sa plus simple expression, si le commerce des Indes dey oit être aboli?
oui ou non? — - ^ Cette motion étoit trop simplifiée pour être gour
tée, grand bruit pour réclamer la Queflion préalable , M. Bouche a été, vaincu. ; : t V Projet de décret fournis à lu discussion. ' « L'Assemblée Nationale considérant que la
liberté des mers e11 le lie ci des nations , que les
entraves mises au commerce individuel ne, peuvent que rétrécir le génie, gêner l'industrie, Se
borner ses opérations ; quelle fyfleme destructeur
du monopole rassemblant dans une petite partie
du corps politique les principes du mouvement
& de la vie, ne laisse dans tout le relie que l'engourdissement, l'inertie & la langueur, a décrété
Se décrete ce qui suit: > • . - » 1°. Le privilège exclusif pour le commerce
de l'Inde & de la Chine, concédé à une compagnie, par les arrêts du conseil, des 14 avril
& 27 septembre 1786, est révoqué. » 20. Il eil libre , de ce moment, à tout citoyen
"francois de commercer dans l'Inde, la Chine &
tous autres lieux compris dans le privilège, sans
qu'il soit besoin de prendre aucun passe-port , .ni
"ailCuae" permission ; en se conformant néanmoins
aux ordonnances, édits & déclarations concernant l'Ami rauté. ' - * --- Page 365 ---
.. ( 451 ) Ffa -, - " -" 3 vaisseaux qui feront «*: 1 ? Chine.. &. autres pays au-
>4eia dit Cap. de bonne-Espérance, feront provisoirement , comme par le pasté, leur retour &
désarmement au port de l'Orient. : * . ; » 40. Toutes les marchandises, provenant
commerce ci-dessus, payeront un droit ~d'induit
de cinqu pour cent, de la valeur de celles de
l'Inde & dé la Chine , & de trois pour cent de
crû des isles de France &
feront «*: 1 ? Chine.. &. autres pays au-
>4eia dit Cap. de bonne-Espérance, feront provisoirement , comme par le pasté, leur retour &
désarmement au port de l'Orient. : * . ; » 40. Toutes les marchandises, provenant
commerce ci-dessus, payeront un droit ~d'induit
de cinqu pour cent, de la valeur de celles de
l'Inde & dé la Chine , & de trois pour cent de
crû des isles de France & }> 5°. Indes sera exemple
du droit d'indiilt sur toutes les marchandises qu'elle
s# actuellement pour son compte dans les magasins
de J 'Orient ) & sur celles également pour
compte, qui composeront ses retours de l'Inde, .jusqu'au premier janvier 1791. «. M. de la Jacque miniere etl monti le- premier k
;h tribune. Il commence par donner un démenti
formel aux administrateurs de la compagnie des
-Indes, qui s'étoient plaint hautement de n'avoir
pas été entendus contraçiidoirement au comité du
commerce. Il a sou tenu ; qu'ils avoient été entendus partiellement chez lui & chez les autres memBres du comité, toutes les fois 'qu'ils l'avoient
v ou lu. L'orateur s'est élevé ensuite contre le privilège de la compagnie des Indes; il a soutenu
que tout privilege étoit. contraire à l'ordre public & contrarioit la liberté & l'égalité, baIes fondamentales de notre constitution. D'un autre côté,
une liberté indéfinie lui a paru sunelle. II a fait --- Page 366 ---
( ) ) une longue, énumération des ' denrées & autres
marchandises que nos vaisseaux vont chercher
aux extrémités du monde. Il a divisé ces denrées en deuxclafîes, celles que 1 habitude a miles au Nombre des choses de premiere nécessité, & les ^
objets de luxe. Il a évalue le premier article à 4 millions, &
l'article concernant les marchandises de luxe, à près, ^
de 20 millions. . « Quoi 3 s'est-il crie ! a travers mille hasards ,
nous irons chercher au loin des objets de luxe'
que noijs pouv ons trouver dans notre propre
sein .5 perfedionnant nos manufactures ? Avant
d'avoir atteint, à cette perfection, nous aurons
sans doute des privations à éprouver ; mais l'esprit public ne fera-t-il donc rien chez nous ,
tandis qu'il opere der. prodiges chez nos voisms ?
-Ils ont établi des filatures de coton qui doivent ^
exciter notre admiration ; je dirai plus 3 notre jalousie. Leurs mamifaâures n'employ oient aut refois que pour cent mille livres sterling de coton,
& aujourd'hui elles en consomment pour un
million & demi. Et d'où tirent-ils ce coton? de
nos lues. Quelle est donc notre apathie ? Quelle ^
fatalité pour nous d'avoir toujours étouffé, à force
d'entraves, l'activité de ceux de nos concitoyens
qui ont voulu élever des établissemens de ce -
plus 3 notre jalousie. Leurs mamifaâures n'employ oient aut refois que pour cent mille livres sterling de coton,
& aujourd'hui elles en consomment pour un
million & demi. Et d'où tirent-ils ce coton? de
nos lues. Quelle est donc notre apathie ? Quelle ^
fatalité pour nous d'avoir toujours étouffé, à force
d'entraves, l'activité de ceux de nos concitoyens
qui ont voulu élever des établissemens de ce - ,4 --- Page 367 ---
- . 4 /• Ff i ê
rare; comment une nation, qui avoit n'aguerre
60 millions en sa faveur dans la balance du com-
être tombée tout-à-coup dans ;
état de dépérissement ? Sans doute la révolution
actuelle a fait sortir beaucoup d'argem dû royaume, ^
& le fait resserrer encore;mais nous avons une cause ,
plus ancienne du mal: nous portons aux Anglois ,
année commune, pour les marchandises de l'Inde ™
à millions; ia Suisse, dont nous ne payions
autrefois qu'avec nos marchandises 7 les soldats
qu elle nous fournit, nous rend aujourd'hui tri- ?
butaires de 8 à 10 millions d'excédent pour ses '
mousselines ; & c'est nous encore qui lui fourmi
fbns la matiere premiere. Après teia notre
tion actuelle est-elle si étonnante? " ' Je n'adopte ni les prétentions exagérées du
commerce & de la compagnie , ni les résultats du
comité, an ta go ni rte déclaré du commerce, cen- ^
feur rigide du mode de la compagnie, mes vues "
feroient de confier le commerce de l'Inde, puiÊ- "
que c efl encore un mal nécessaire à une associaBon libre. & volontaire de négocians, allez bons ^
citoyens pour le refireindre dans les bornés étroites 1
de nos befoihs réels , & pour employer lès moyens
propres à nous conduire à son anéantissement
total. Voici le décret que je propose. v - " ? « L'Assemblée Nationale canfidérarst que S --- Page 368 ---
[texte_manquant] le systême général, le commerce doit être
^ libre » la nécessité est toujours % suprême loi ;
considérant que le commence de l'Inde est désavantageux ; considérant que le meilleur moyçn
de le restreindre, de le surveiller, de l'anéantir
peu à peu y est de le confier à une association
libre » & volontaire de négocians assez désintéressés
& assez patriotes pour concourir à ces vues ;
considérant enfin que le syflême aduel de la compagaie repose sur des bases qui y sont absolument
' opposées, décrété que le privilege de la compagnie sera supprimé, à compter du jour du décret , & que néanmoins elle pourra faire ses
retours a .l'Orient en toute franchire : qu'il sera
nommé > par. les actionnaires des administrateurs
qui, en concurrence, avec ceux qui exigent, feront les ventes & la liquidation des comptes : que
le comité d'agriculture & 'de commerce prétentera , Tous uil mois, à l'Assemblée Nationale, le
" plan.'d'une association particuliere & libre, dans
lequel il cherchera à concilier les intérêts des
manufactures & du commères de France avec
- les intérêts nationaux, & ceux de nos colonies
dans l'Inde
actionnaires des administrateurs
qui, en concurrence, avec ceux qui exigent, feront les ventes & la liquidation des comptes : que
le comité d'agriculture & 'de commerce prétentera , Tous uil mois, à l'Assemblée Nationale, le
" plan.'d'une association particuliere & libre, dans
lequel il cherchera à concilier les intérêts des
manufactures & du commères de France avec
- les intérêts nationaux, & ceux de nos colonies
dans l'Inde Sinety a parlé apres- M. de la Jacquemis'est élevé avec beaucoup de force contre
r!k compagnie exclusive, & a fait l'apologie de la
liberté du commerce. Il a fixé ensuite ses regards sur : X* - --- Page 369 ---
[texte_manquant] Ff 4 i.' "Plvilfe de Matfëîïïc-après^vbirikif C6iïâfl#(eèîyde ^tïè^iU^^il^'céHciW^îcclâll t e rlilàï : ^ra"yet ^Uité^Bcfù^èiïë'fotfte
aah^Ies îridës, torîqUe le" privilège- ScMf *a)Ê-*
uile, compîgme, a tîrî ''sëîs:rhcîuiîHêi%
jjôfé dés. ferries iHfttnnoritïbîes' à ââïf%^
Que ce privilège foit anéanti ''^e3'1 cfes''b^f^es
lôleht détriutes, 8c cette a Ivite renaîtra
* Pr",gran(i d'ora:te.urs avçiént (îëmaSâé
la parole pour & contre^ II's*est donc -agr'dé^ffie
line lifte de ceux qui devoient parler sur cette
M. 1 abbe JVlaury s'eït'trouve a la etc.
ir il monté à la tribune, avant qu'il ouvrît
sa bouche, on avoit deviné que l'apoi oifl des
lettres de cachet allait parler en faveur des privilèges exclus,,Js y or M. l'abbé Alaury a pairie pout
& contre. 0/
péfumons Jes moyens de. M. j'abbé Maury,'
dans fçe qu'ii a appelle , non une^fiwn^de
*• &er£&:l$<gsgrtmde. q\ieJlïoM (sémt. v Q, i ont eîîtje^gri^.je/.: cohingefice
de l'Jjick - tej$ jjgyg préfères, qui font Anale
terre & la Hollande , ont toujours
m&mQr^a.r'lié Sfcffyôfsfensbétàjk ré-,
publiçaiiis Q&t--.ç'çipjjç',k .jiaqii^in-. $es;
, modes, ■rfg&<s$i pasft i;idi»QS^ ^^wçîtfi^afcàMi --- Page 370 ---
(mi ) le privilége exclusif de la
compagnie des Indes. ., r 2°. Tout est privilege en France, MajffeiUe j privilege du commerce du Levant; l'Orient a le
privilege de l'Inde ; les franchises de Dunkerque
& Bayonne font des privileges ; nos foires sont -.•
des privilèges; la vente du tabac est un privilege; 1
tout est privilege enfin; donc il faut respecter k!
frivilege exclusif de la compagnie des. Indes,
370 ---
(mi ) le privilége exclusif de la
compagnie des Indes. ., r 2°. Tout est privilege en France, MajffeiUe j privilege du commerce du Levant; l'Orient a le
privilege de l'Inde ; les franchises de Dunkerque
& Bayonne font des privileges ; nos foires sont -.•
des privilèges; la vente du tabac est un privilege; 1
tout est privilege enfin; donc il faut respecter k!
frivilege exclusif de la compagnie des. Indes, 3°. Le Roi, législateur, provisoire, a accordé
un privilege exclusif à la compagnie des Indes;
& il n'est pas pe rmis à l'Assemblée Nationale dû
toucher à ce privilege. - >
L'abbé Maury, qui n'avoit établi ces principes, v
que pour parvenir à un résultat dont lui seul avoit
le secret, a continué : • ; i
« La compagnie des Indes efl établie par Loiiis
le Grand, & par les conseils du grand & trois
fois grand Colbert (i). En 1769 l'abolit-on?
Point "du tout, elle sut suspendue par un simple
arrêt du conseil ». '
L'orateur avoit un but, mais pour y parvenir., % a parcouru un labyrinthe, de circonlocutions,
dont on n'a commencé à appercevoir le fil que
écrié : « Qu'il dévoileroit comment
la Cupidité prenoit, dans l'Assemblée même, le (x) Cette chute de phrase etoit une ironie qui rappelloit le M. Dupont î h <
Turgot. --- Page 371 ---
. ( 457 ) mâfqtoe de: les ennemis de la Nation qui eîietékdièhÊ duîttt: S il^' ëôrlcrti'? pâ^'^FÔ^ftrë'ÇiÀ pfaâ
quii|>r^'étiiQ)ït îjféfrb'ifeil gÉherâ!^^à^:îôyà^m P<|
Fa^g^t^g^';parkbufié¥r^é¥- cdmnaë Ce? étôn< uif privilégë è^kilîf j!dlonî le ÏH$d¥'é'tôîide ^
FiftPgiitiori ,:dti j3Îé'diGâfeiAiiVRbx.^ f- *&lf v^c| L'èfÚ()'fÛllaêê ÇJ (ài difëdtïb "de l?aî>î)ê 'Màiïry VeH'0-?
ensin débrouille : 1)\ $V\}\iàww b^\vYv'n
VTSi M. de Galonné a. rétabli1 Ta coiifpagnâe des Indès^t-il Bit ¡œÜ¡ftBÚ -^t^faùiWpapeiàïd'-epiQ w
celui avec lequel il av-oit'pree.hé la Cène '!'e matin , '•*
c'efc d'après les plans de dcs' honbràbks
mémb'ré'i"*dont l'Assemblée eslime le plus les hall.
tes himief es & réfpèâe à 'plûs de titres Firiébrari-P
lable patriotisme. Cet honorable membre , cest M
M. Dupant w.'ck? --M ^|r, r. ?
epiQ w
celui avec lequel il av-oit'pree.hé la Cène '!'e matin , '•*
c'efc d'après les plans de dcs' honbràbks
mémb'ré'i"*dont l'Assemblée eslime le plus les hall.
tes himief es & réfpèâe à 'plûs de titres Firiébrari-P
lable patriotisme. Cet honorable membre , cest M
M. Dupant w.'ck? --M ^|r, r. ? M.1 Dupent à ce mot ^ se levé avec vivacité, *1
&,* oub1ial1t ce qu'il devoit au sàint prédicateur; « Jô^demande à p rôuver publiquement à M. l'abbé'^
Maury qu'il est un fourbe, qu'il est un impbflear f & if; .Grande fermentation dans l'Assemblée" à? ces
mofôi- M. le" président l'a calmée en rappellant h
M^Çupbfit à l'ordre,rqœ -n :nrt3mmoo /n «o ?fK>|>
SM- Fabbe- Maury --à' répondu sans s'émouvoirol
qi&i la vérité feinte avoit parié par. si ^ottclre j •»!
qi^avo^" ^ans 'mains des prepve5 giie%M* '
Dup®ni<one po.^rroi^réyoqijqrCeïi 4ottW*iÇe$.*t
^1^1, --- Page 372 ---
) . preuves étoient un méMoire & des leurs originales de M. Dupont ; &' ces lettres dit-il, les
' voici. Et dé' suite il a remis le mémoire à M. te
' Marquis de Bonnay. - ' - v Les premieres phrases de ce mémoire ont d'abord paru suspectes ; l'abbé Maury triomphoit,
& ses partisàns ne' vouloient pas qu'on poursui-
« vit plus, loin cette lecture, mais le parti opposé,
& M. Dupont lui-même, ont voulu que la leâure
- -Il fût faite- en entier ; je me réserve, 'a ajouté
M. Dupont ,-de répondre à M. l'abbé Mauri ;
je veux le rendre, s'il est possible , plus cirtonfpect à l'avenir. f Quel étoit l'objet du plan de M. Dupont ?
- « C'étoit de former une compagnie des Indes
messagere, qui, sans rien faire débourser à l'état,
- auroit fait le fret à 19 ou 20 pour cent, nteil4feûr marché que les compagnies angloises & hollandoises 1\1. Dupont trouvoit le moyen de créer
• cette compagnie par l'achat simulé de quelques
vaisseaux de 64 %. de quelques frégates, que la
" marine auroit feint de Reformer. Le Roi aùroit
" donné uile soumi iTion de plusieurs millions sur le
trésor-royal, mais dont les fonds auroient été
réellement fournis parles particuliers Le grand
fort de ce plan, & ce qui faisoit triompher le
? parti de l'abbé Màtiri, était que M. Dupont se
désignoit au nombre des administrateurs. . --- Page 373 ---
[texte_manquant] tres ., l'abbé ~Maury s'empresser de donner une
interprétation défavorable par f une glose ;>} insidieuse, qui a fini par ~indisposer, au point que le
. comte de Mirabeau insillé pqur imposât
p silence l'abbé Maury, & qu'on le remît à l'or-
-dre. Il a continue cependant mois son réfuté
: n'a. fait que préparer la viçloire. à M. Dupont »
que des applaudissemens multipliés ont porté. à la
tribune, & qui étoit justifié avant mçirçç qu'il puvrît la bouche ppur sa justification.
isposer, au point que le
. comte de Mirabeau insillé pqur imposât
p silence l'abbé Maury, & qu'on le remît à l'or-
-dre. Il a continue cependant mois son réfuté
: n'a. fait que préparer la viçloire. à M. Dupont »
que des applaudissemens multipliés ont porté. à la
tribune, & qui étoit justifié avant mçirçç qu'il puvrît la bouche ppur sa justification. „ M. Dupont a repris, en sous-œuvre tout ce
que l'abbé Maury lui avoit opposé de plus fqrt
en apparence. Un discours simple & modefle
avoit préparé les, esprits ; un examen impartial des
faits , une discussion claire & précise de ses mptjfs, lui eurent, bientôt concilié tous les suffrages ;
enfin , en très-peu de te iris il sut détruire tous ses
efforts de la malignité & de l'intrigue , & l'Assemblée, pour le venger des perfides insinuations de
son, adver faire., que le mépris avoit repoulïe à sa
. place, s'est empressé de se lever lorsqq'il efl descendu de la tribune , & de lui donner des témoignages d'eilime Se d'amitié, les plus honorables (i). (I) Il >'3. pas pu parvenir à sa place qu'après avoit
été embrassé par tous les Députes qui se trouvoient sur.
son passage. L'abbé Mauti cependant contemploit cette
~cene avec un rire sardonique. ( La suite de h dis cussion a été renvoyée au lendemain. ) - --- Page 374 ---
[texte_manquant] Finances * L'Assemblée Nationale s'occupe de finances
depuis longtems, & le crédit public n a pas encore reparu. À quoi doit-on 1 attribuer ? Est-ce
la faute des opérateurs de cette auguste Assemblée? *
Est-ce une ligUe des capitaines pour faire avor- ^
ter toutes les loix qu'ells à fait jusqu'ici? Je ne __
m'appliquerai point, Monsieur, à résoudre ces
questions, & quoique la derniere soit de ta plus ^
grande importance, il faut trancher, & sè passer
des capitalises. Mais cela est-il possible? Vous^
allez en juger. Je trouve dans les décrets même
de l'Assemblée Nationale la base du projet que '
je propose. L'Assemblée de la Nation a décrété :
la suppression des dîmes, & que les biens ecclé- ..
siastiques sont à la disposition de la Nation d'où il doit résulter nécessairement que le clergé est à ^
solde publique, & que la Nation peut disposer
e1e ses biens. Mais quelle est l'étendue de ces biens f ^
On ne nous taxera point de les porter trop haut,
en les évaluant au sixieme des biens du royaume :
or, d'après un appérçu des revenus territoriaux,
tire de la hauteur des vingtièmes aduels, ces revenus peuvent monter à 1 milliard Sa millions; ^
ainú; dans cette hypothese, les revenus du clergé
doivent se monter à 17: niillions. Sur ce revenu ^_
^ faut prélever cent cinq millions ou en viron --- Page 375 ---
[texte_manquant] pour le culte public , & lès traitemens viagers
des religieux & autres réformées dans
ce corps. Il restera un revenu annuel de 70 millions , qui sé' réduira à 60 J en prélevant les intérêts de la dette du clergé : ces soixante millions "
peuvent être , pendant un. nombre d'années, ^
une ressource extraordinaire, & servir de rem- /
boursement rapide à la partie exigible de la dette ""
publique. .. " " " 1
e_manquant] pour le culte public , & lès traitemens viagers
des religieux & autres réformées dans
ce corps. Il restera un revenu annuel de 70 millions , qui sé' réduira à 60 J en prélevant les intérêts de la dette du clergé : ces soixante millions "
peuvent être , pendant un. nombre d'années, ^
une ressource extraordinaire, & servir de rem- /
boursement rapide à la partie exigible de la dette ""
publique. .. " " " 1 Mais il faut, pour cette année, une somme de '
300 millions pour le service courant. Une réfi- "
liation des baux aduels des biens eccléfiailiques '
& un nouveau bail jusqu'à la fin du siecle, pourroit fournir pour cette année une ressource, de
175 millions, en exigeant des fermiers une année
de pot de vin, non imputable sur une des années |
sui vantes. ^
Les remboursemens de la dette exigible ont
pour terme le plus prochain le commencement J
de l'année 1791 ; d'où il suit que la partie des
revenus ecclésiastiques que nous avons montré
disponible , peut être mise, pour cette année , ail |(
nombre des ressources extraordinaires. Ces deux
objets forment ensemble une somme de 235 millions & les différens décrets de l'Assemblée Nationale pourront aisément remplacer le reste, La vente des biens ecclésiastiques elî une res- ^
source, sans doute j mais elle doit être lente, sans --- Page 376 ---
1 t 46i ) quoi les biens se vendrotent à vil prix. On n'a
point fouirait des revenus ecclésiastiques la dimination qu'occasionnera la vente d une parue de
ces biensr, parce qu'outre, qu'une partie de ces
biens à vendre, consistera en maisons évacuées
domaines nationaux ; on peut encore attendre une
augmentation sensible sur le fermage des biens
fends , qui n'est nulle part i sa hauteur réelle. '" Entiérement dévoué, à la chose publique, je
fuis au nombre des citoyens qui ne désesperent
jamais de la fortune nationale , lorsqu'on voudra
faire usage de ressources, qui, sur-tout ne soient
pas fictives. Le. moyen de déjouer les capitalises
est de -se paffer d'eux, & je crois que mon projet
èst dans ce cas. -
(iCet article efl de M. Bertiede y officier au
corps du Génie y a Maubeuge.) ' ' Résultat de l'affaire du casé Amiral. - M. Duport du Tertre & un Aide-de-camp M. de la Fayette , se sont transportés dans le
café , où ils ont ramené (provisoirement au
moins) l'ordre & la paix. Il a été reconnu que
tous les officiers qui viennent habituellement à
ce café, étpient des hommes honnêtes, cherchait
les plaisirs de la sociéte, & dont les actions ni les
sentimens tutoient fuspeàs. Quelqu'un parmi eu*
pouvoit avoir eu des torrs individuels ; mais
ide-de-camp M. de la Fayette , se sont transportés dans le
café , où ils ont ramené (provisoirement au
moins) l'ordre & la paix. Il a été reconnu que
tous les officiers qui viennent habituellement à
ce café, étpient des hommes honnêtes, cherchait
les plaisirs de la sociéte, & dont les actions ni les
sentimens tutoient fuspeàs. Quelqu'un parmi eu*
pouvoit avoir eu des torrs individuels ; mais --- Page 377 ---
( 4i ï m smyme fodété
epnere. llm ■^®35PEartiem^a$- de sermer S
principes â'kiuriu; maïs nous Te f^éfèèV-y ?:îë»
Habitués "-du fr^seVcnéHPâès^il^cîâïèïf
qti'-bn n^ojt -'^asP|èn<5afeoîëp «àatq ç&dèe* 1©$.
troubler : Jeritoes s&ô rjpçjggg
de -cette - liberté dp-ni parle janxer§T aujç^irnê
respecte pas toujours. " i btl r--K'î4'0&
Quant â limis, qqi~pe varions jiinai^cMfis i:cëHé
ftaricHe- ^Tèté5 *J$m
jftoiiW'jcIefifeHf i«u\sesp'n©ié décimais j|ue
ooU11 ^tsns iétéA:®é^tés; foii¥4i%^eTi|^r?njani^
4fô§&yÇ& op a- prétendu eomipaBdVr aui
$HWP%Â> Wj ,Pei?stes. Nous répëtpns ënîin c¥
que nous avons jit'dans fim dé nosf p-rëcëdëîfJ
In . fficiïts tie crô'irons Vraiment à -1.4 lib«rté| <¥1.q
fôH^lfiltt^'hoiîipie.'^aifibfe cepénda&£) pçfyni^
dire publiquement, comme dans les foyers : J$
M4S ^r$°ç™%x ? parce qu 'il me plaît "Jé
L'être. Si cette liberté existoit, que d'individus qui
se sont expatriés* ferbient encore au milieu" d®
nous! Si ce ttelîbçrrée^^oiteniin, combien d'ennemis UevvlaNrév^itfkm en seroient devenus les
^éiés partisans... La violence ;z> jamais fait
5 ÍÚf çi°£b''*s- M 3f(T. ; Affairé de M, Dantoûï' ".) 4 que -le Châteiet. décrété "M.' Danton
^Cr j3nfe.,de corps, pendant que S i-ftïîc",s
tent cette affaire & prènhéht clifférei-iS"a r'irë tés' pDtff
Inicfentré, lô diôrïârdeî Coniclièrs l^;.élevg:^c^|
fer feto raie fois à læ: préiïdence, à I'iinailluiité de$
suffra ges. Cette élection Revient fort cmbarraP --- Page 378 ---
( 44 > De 'r'Imp.' dA.-J. GoRSAS/ rue Tiquetomiè,-N''.7sante pour le tribunal souverain, oc lcn attend
avec impatience le résultat de cette grande aifaire Que M. Danton soit président de district •
oui ou non, si le Châtelet a eu raison de lancer
son décret, il doit, avoir aussi le courage de le
mettre à exécution; car il n'appartiendroit pas à
lin aréopage au ssi auguste de montrer de -la pufIllanimité.
Imp.' dA.-J. GoRSAS/ rue Tiquetomiè,-N''.7sante pour le tribunal souverain, oc lcn attend
avec impatience le résultat de cette grande aifaire Que M. Danton soit président de district •
oui ou non, si le Châtelet a eu raison de lancer
son décret, il doit, avoir aussi le courage de le
mettre à exécution; car il n'appartiendroit pas à
lin aréopage au ssi auguste de montrer de -la pufIllanimité. Variétés. La commune de Paris a continué de s'occuper ces jours ci de l'ordre des spectacles & du
nombre de ceux qu'il convcnoit de supprimer
ou de laisser subsister. En général , on a regarde
tout au moins comme perdu , le tems qu'il a pluà la commune d'employer à cette discussion. On
a sur-tout remarqué que le moment auroit pil
être mieux choisi. Quelques journaux ont pané
des différentes motious faites à ce sujet, en des
termes peu respectueux. Nous ne nous permettrons pas d'improuver dans cette occaiion la
conduite de la commune, mais nous ne risquetons pas non plus d'y applaudir ; nous craindrions que le pub!ic ne fût pas de moitié. On s'attendoit que la promenade de Longchamp n'auroit pas lien ceue année , tant on etoit
persuadé que la révolution avoit influé sur nos
têtes Parisiennes ; mais le beau tems & les silles
de Paris se sont entendus pour faire mentir plusieurs papiers publics qui avoient annoncé qtte
le bois de Boulogne seroit défert. Cette pïomenade n'a pas été anssi brillante que de coutume;
tnais au moins elle a eu lieu. --- Page 379 ---
[texte_manquant] TOME X» Gg Le Courrier D E '■ " *' :i Paris Aim le$'Èfpvimc#s : T D e s P r q v i n ets à P a r i & - _ ï: Par M, G OR SAS, Citoyen de Paris. ' . .. .. .. rlres acqairit eundo. Dimache 4 Avrilippo, ■- Les personnes dont les abonné ens font échu?,
1er du courantiont priées de renouveller ou de prévenir. du %. avril. \ LECTURS de plusieurs adresses, entre autres de celle
des lignes Grisonnes. Ce peuple jouit paisiblement
de sa liberté an sommet des alpes. li a une constitution, & cette constitution ressemble assez à celte
qu'on vent établit en France. Il a , comme
nous des municipalités, des districts, des départe
mens sous d'autres noms , mais dont le mode
différé peu. Les lignes Grisonnes se plaignent que dan --- Page 380 ---
{ 466 ) d'autres tems l'administration françoise est paryenue à corrompra les principes fages d'après lesquels elles se dirigeoient. Le principal objet de leurs -
plaintes efl que le colonel des troupes grisonnes
s'est attribué , au moyen de la protection de la
- France, une trop grande influence dans leur pâys;
elles ôbservent que oene influence peut être fune ste.
à leur systême de liberté ; elles invitent donc les
" François à réformer cet abus , ce qui fera renaître
l'ancienne gloire des armes francoises & des trou-
, pes grisonnes , heureuses alors de servir sous leurs
drapeaux. * f
de leurs -
plaintes efl que le colonel des troupes grisonnes
s'est attribué , au moyen de la protection de la
- France, une trop grande influence dans leur pâys;
elles ôbservent que oene influence peut être fune ste.
à leur systême de liberté ; elles invitent donc les
" François à réformer cet abus , ce qui fera renaître
l'ancienne gloire des armes francoises & des trou-
, pes grisonnes , heureuses alors de servir sous leurs
drapeaux. * f Î Motion pour que cette adresse soit insérée dans
- le pnoccs-verbal , & qu'on en décréte l'impresr fion, enfin que M. le préiîdent y réponce au nom
^ de l'Assemblée. Débats ssir cette dernière disposition. M. ' de Clermont Tonnere observe que le
' pouvoir exécUtif est chargé de la correspondance
- extérieure. M. Muguet répond que l'Assemblée Nationale a déjà répondu à une société particuliere
(à la société de la révolution de Londres), eilç
peut 6c elle doit donc répondre aux lignes-Grisonnes. Enfin l'Assemblée décrete ; r
j°. « Que ton président mettra sous les yeux
^ de Sa Majesté la pétition des lignes Grisonnes ; 2°. qu'il leur écrira une lettre pour leur, foire part
de la maniere affectueuse avec laquelle l'Assemblée * a accueilli leur adresse, & de sa démarché auprès --- Page 381 ---
( 467 ) G & 3 du Koi ; 3 . que cette ad ré ne sera imprimée, &
insérée au procès-v erbal du jour, ORDRE D U J O'U R. L'abbé Béraldi est monté le premier à la tritune pour discuter la grande & importante quesfion de la compagnie des Indes. Il a parlé au milieu de l'agitation & des flots; mais au milieu de
des flots & de l'agitation , il est parvenu à se faire
entendre. Après avoir dit, qu'il entreprenoit unie
tâche étrangère à ses fonctions, & au-dessus de
ses forces, il ell entré en matiere ; -, » Çe n'en pas d'après mes propres lumieres,
MM., que je vais vous empoter quelques principes; les observations que je vais avoir l'hon- ^eur de vous soumettre ont été recueillies d'après
des réflexions de plusieurs officiers de ma rine, au
service de l'ancienne compa gnie. Ce n'est donc
pas moi, MM., ce sont ces vétérans qui vont
parler par ma bouche »* . L'abbé Berakii fait l'histoire de la compagnie. des Indes depuis Colbert ; ii a prétendu que
cette compagnie, ayoir d'abord excité la jalousie
des autres nations ; il a prétendu que les François
seroient souverains dans- l'Inde, si, par une fuite
d'intrigue, on n'eût pas rappellé, après la prise
de Madras, MM. Dupleix & de 14 Bourdonnaie,
Il est tombé sur k secte des économistes, qui ,
Berakii fait l'histoire de la compagnie. des Indes depuis Colbert ; ii a prétendu que
cette compagnie, ayoir d'abord excité la jalousie
des autres nations ; il a prétendu que les François
seroient souverains dans- l'Inde, si, par une fuite
d'intrigue, on n'eût pas rappellé, après la prise
de Madras, MM. Dupleix & de 14 Bourdonnaie,
Il est tombé sur k secte des économistes, qui , --- Page 382 ---
(468 ) au lieu d'ouvrir un canal sécond de riche sses , n'a
occasionné que du désordre & des pertes. Apres avoir parlé des victoires de M. le Bailly de
Suffreri, & de l'arrêt du conseil qui subroge une
Nouvelle compagnie a l'ancienne, d'abord pour
7 ans, & ensuite jusqu^en 1799, & s'être écrie
qu'il existoit des privilèges nécessaires 5 il a conclu ; « qu'il étoit nécessaire qu'une compagnie fît
exclusivement le commerce de l'Inde, & à cet
égard il êst entré dans une infinité de raisonnemens, dont la plupart ont paru vagues , quoiqu'il
ait cité l'abbé Raynal, qu'il a appelle Penseur
moderne où à la moderne. Il est parvenu enfin à
se résumer & 'à présenter un projet de décret
dont voici l'esprit : ; ' « La compagnie continuera à jouir de son pri-
» vilege jnsqu'en 17^2 4 commissaires seront
V nommés pour surveiller les opérations de la
» compagnie, & seront ternis de présenter à "
» l'Assemblée Nationale les moyens de perfec-
» tion-ner le commerce des Indes ). M. de Nérac, député de Bordeaux, a passé
après M. l'abbé Béraldi » Je ne soutiendrai
pas, a-t -il dit, le privilege de la compagnie, ?1
est absolument insoutenable ; mais ce commerce
est-il nuisible ? saris douté il le seroit, si les ré"
sultats de M. rabbé n'étoient pas souverainement infideles ». --- Page 383 ---
( 469 ) Gg 3. - M. de Nérac a examiné ensuite les trois obj,e. étions fuites- contre Je commerce de l'Inde 1°. il fait disparoître le numéraire ; 2°. il nuit à nos
m a nu factures ; 3 ° il ne peut être fait que par une
compagnie exclusive. Il a répondu à chacune
de cçs objedions, & il y a répondu en homme
éclairé. Il a prouVé que nous ne portions dans,
l'Inde glue des piastres, & non des écus ni des
louis d'or ; or ces piastres, étant échangées contre nos productions, ne sont qu'une marchandise qui dev indroit même embarrassante pour nous,
puisque nous serions obligés de le convertir en
écus , pour pouvoir leur donner la circulation
Quant à nos manufactures, jamais elles ne pourfont imiter celles de l'Inde ; car, en supposant que
nous ayons :la patience & l'indullrie des Indiens ^
il lions manquera toujours une chose qu'il estimpossible de trouver dans notre propre fonds; ce
font les matières premieres. M. de Nérac tenant une route diamétralement
oppos¿e à celle de l'abbé Maury /cette opposition de voit produire un choc violent..
ir en
écus , pour pouvoir leur donner la circulation
Quant à nos manufactures, jamais elles ne pourfont imiter celles de l'Inde ; car, en supposant que
nous ayons :la patience & l'indullrie des Indiens ^
il lions manquera toujours une chose qu'il estimpossible de trouver dans notre propre fonds; ce
font les matières premieres. M. de Nérac tenant une route diamétralement
oppos¿e à celle de l'abbé Maury /cette opposition de voit produire un choc violent.. ' » Les députés des manusactures, a-t-il dit, se
font joints, dans cette cause aux députa dû
» commerce ; & qui peut mieux vous rendre un
» . compte exaâ sur cette queilion importante ,
» que ces députés réunis Quel est-il donc cet
» homme, qui prétend mieux connoître les, inté- --- Page 384 ---
( 470) % rête dit commerce que les côtiimérçails eux-
» mêmes. Qu'il se taire ! Qu'il reite à sa place $
M. l'abbé Maury ! qu'il ne s'arroge pas le droit
# de jitges d'honnêtes négociant, de braves tie toyens qui travaillent pour ta patrie Eh !
# qu'il nous dise donc, M. l'abbé Maury 5 ce
^ qu'il a fait, lui, pour la patrie Ce qu'il a
» fait Messieurs. ! ». La franchire de M. de Nérac a épouvanté les
partisans de M. l'abbé. A l'ordre ! à l'ordre ! se '
sont-ils écriés M. de' Nérac leur a imposé silence à tous, en se tournant de leur côté t< L'abbé Mauri a attaqué hier , il a insnlté le
Commerce ; il faut bien que je repousse ses incité
pations ridicules & ses audacieuses insultes ». Et
M. de Nérac a continu é, & a pris les mêmes
conclusions que le comité. :"
' M» de Clermont - Tonnerre prend la parole -
âpres M. de Nérac. Il applaudit d'abord à-la
prescription de tous les' privilèges exclusifs. 11
avoue qu'il ne donneroit pas sa voix à la création d'tine nouvelle compagnie exclusive des Indes ^
niais cette compagnie existe ; faut-il la détruire?
le commerce de l'Inde est-il nuisible ? C'est ce que
l'abbé Mauri n'a pas suffisamment démontré. Estil avantageux ? ce qu'a dit le préopînant ne l'a
pas entièrement prouvé. Il propose donc d'ajout'
ner la question en remédiant aux vices qui exif' --- Page 385 ---
( 4?» ) ». [texte_manquant] tint dans lei régime Il trouve,, qu'abolir sans
réédifier, c'est couper les anneaux d'une grande
chaîne ; <&: il aime, mieux qu'on répare ces anneaux., Enfin il proposé le décret suivant : , I. « La compagnie des Indes continuera à
jouir des droits & privilèges qui lui ont été accordés en 1785, ce jusqu'au mois d'avril
175)2, elle paiera les droits de traite & d'indult. II. » .Quatre députés seront chargés de surveiller & de suivre les opérations de la compas
gnie , & de prendre, sur son établissement & son
régime, toutes les instructions nécessaires pour,
en suite, en faire 11n rapport en toute connoifsance de cause, soit à la législation actuelle, soit
à k législation qui suivra. Interruption occaiionnée par une question faite ;
par M. le president, & dont l'objet étoit de savoir,
s'il y auroit le lendemain une ou deux séances ?
M,, de Vineux, au ssi zélé dé vot qu'ardent patriote
a objefté, que te jour du samedi samt étoit un trop
grand jour pour, que deux, séances pussent avoir
lieu. Il a cenclu, qu'il falloit aller à l'office le matin, & à la séance -le soir.
Interruption occaiionnée par une question faite ;
par M. le president, & dont l'objet étoit de savoir,
s'il y auroit le lendemain une ou deux séances ?
M,, de Vineux, au ssi zélé dé vot qu'ardent patriote
a objefté, que te jour du samedi samt étoit un trop
grand jour pour, que deux, séances pussent avoir
lieu. Il a cenclu, qu'il falloit aller à l'office le matin, & à la séance -le soir. Beaucoup de, membres vouloient cependant
qu'il y eût deux séances. On a. été deux, fois aux
voix par assis & levé, & deux fois l'épreuve
été douteuse. La droite réclamoit l'appel nomijidL Les véritables citoyens ont senti le ridicule. --- Page 386 ---
( 475 de cet appd, qui auroit a bs or bé If relie de la
séance. ~ ~ le zele a cède à h prudence, & il
a ete ~ qu'on ne ségeroit qu'une fois le lendemain. On a repris l'ordre du jour : M. de Creteau a
attaque le systeme, & de M. l'abbé Maure, dont
il a prouve l'excessive mauvaise foi; & celui de
M. de 1\ érac , auquel il a essa yé de prouver que
les matières premieres ne nous manqueroient p as ;
il a cite les manufactures de Louvrier, d'Arpajon,
d'Orléans, & quelques autres : en se réiumant
il a appuyé le projet du comité. M, Bégouin a attaqué , dans le principe de
fort discours , !a validité du privilége accordé à
la compagnie des Indes en 17/Sy. Ii a prétendu
que ce privilège n'étoit ni juste ni légal: il s'est
attaché enftute à disséquer le long év astucieux
diicours de l'abbé Ma 11 ri, dans le quel, à travers
beaucoup d'ignorance, ~ par les pro stiges
d'une éloquence deplacés ; il a remarqué un
égoïsme coupabie, & une rnauvaile foi qui l'aurok étonné dans tout autre M. Begouin , en remontant à la source , croît
que le commerce des Indes est nui si b le ; neus
il existe , Se il a trouve qu'il étoit impraticable &
même dangereux de 1 anéantir dans un moment
où le luxe se passeroit diff icile ment du ré sultat de
en commerce. --- Page 387 ---
( 475 ) L'orateur 3. conclu au rétablissement du droit
d'indult sur toutes les marchandées , & à une augmentation des droits de traite sur les grosses mouf-
~ & roiles, afin de forcer le commerce de
l'Inde , nuisible par fort essence, à devenir par
fuite unie à nos manufactures nationales, i\L de Cazales paroit à la tribune. Queihon „
s 'il parlera , ou s'il ne parlera pas f il a été décidé
qiul parleront , il a suiv i la même route que
M. de Clermont-Tonnerre : comme lui, il a craint
de prononcer, comme lui enfin il a conclu à un
ajournement aux légissatures suivantes. M. d'Eprémesnil avoit promis de développer
de grands & de très-amples principes sur le commerce des Indes, il a débute effectivement par
un très-ample historique de h compagnie des
Indes; & s'il a appris quelque chose a cet égard *
il n'a apris au moins que des choses assez inutiles à savoir.
de Clermont-Tonnerre : comme lui, il a craint
de prononcer, comme lui enfin il a conclu à un
ajournement aux légissatures suivantes. M. d'Eprémesnil avoit promis de développer
de grands & de très-amples principes sur le commerce des Indes, il a débute effectivement par
un très-ample historique de h compagnie des
Indes; & s'il a appris quelque chose a cet égard *
il n'a apris au moins que des choses assez inutiles à savoir. il a posé d'abord cette que stion : Doit-on faire
le commerce des Indes f Si ce commerce doit
être fait, doit-il être libre? Doit-il être conne à
une compagnie? Hnnn, s'il doit être confié à une
compagnie , eu-ce par préférence à celle qui existe
aujourd'hui ? Il a repris en sui te ion texte, & en a
examiné succe Hivernent les points principaux. Nous ne suivrons pas M. d'Eprémesnil dam
les longues dissertations dans lesquelles on a cru --- Page 388 ---
[texte_manquant] apercevoir beaucoup de paradoxes & petite
logique, quoique certaines .geos prétendent quril
a parlé comme un homme du, métier Finalement , il a pérore longtems, & n'a rien fait décider.
Il a conclu comme M. de Ciermont-Tonnerre. —-
La discussion a été continuée, au lendemain. On craint pour ces fêtes quelque insurrection ^
de la part des ouvriers ; cette insurrection seroit
d' autant plus dangereuse que les fêtes vont attirer
hors de Paris beaucoup de personnes. Quelques
districts ont même, par une fage prévoyance,
invité les citoyens armés de leur arrondissement
à sacrifier leurs jouissances à l'intérêt public. La
crainte de cette insurrection est fondée sur quelques mouvemens qu'on a apperçu dans différens
aîteliers, & sur les bruits publics , qui ont été
jusqu a fixer le jour & l'heure de cette mfurréction. • Ce n'étoit pas sans fondement que le retour
ou prince de Conti avoit été annoncé. Ce prince
est arrivé d'avant-hier, Il avoit pris toutes les
précautions pour que son retour n'excitât aucune
émotion parmi le peuple. Mesdames de la halle
lui ont fait un très grand accueil, & lui ont offert des bouquets. Hier il s'est présenté aux Tui- --- Page 389 ---
( 475 ) . leries, ou il n'a "pas été i dit-on, reçu avec tous
les témoignages de satisfaction qu'on lui avoir fait
espérer. Au surplus, ce prince n'a rien à craindre > v
sa confiance est pour lui un bouclier avec lequel
il n'a rien à redouter; r :! ' ^ ** " Le malheureux domestique qui s'est tué d'un
coup de pistolet, & de la mort duquel nous avons
fait le détail dans notre N° d'avant-hier, s'appelle
Villete ; il demeuroit chez madame Bertrand
hôtel Jabac, rue neuve St-Méry (t). Dans le'
dialogue entre son ame & Dieu, on trouve cesmois t « N'as-tu rien à te reprocher, lui demande l'È-
» ternel? - Rien, lui répond l'aine du Suicide.
» — Malheureux ! tu n'as rien à te reprochera
» & tu as attenté à ta vie ! Ne' t'avais-je point
» donné les forces nécessaires pôuis résister? —'
» Hélas non! réplique rame, puisque, malgré
» tons nies efforts, j'ai succombé ».
ame & Dieu, on trouve cesmois t « N'as-tu rien à te reprocher, lui demande l'È-
» ternel? - Rien, lui répond l'aine du Suicide.
» — Malheureux ! tu n'as rien à te reprochera
» & tu as attenté à ta vie ! Ne' t'avais-je point
» donné les forces nécessaires pôuis résister? —'
» Hélas non! réplique rame, puisque, malgré
» tons nies efforts, j'ai succombé ». On observera que son testament de mort étoit
daté du 10 mars, & qu'il à persillé pendant 15
jours, & plus dans l'intention de s'ôter la vie. ■ Difcolirs de M. Burcke. Il y a déjà près d'un mois que le célebre Burck (I) Nous donnons ce détail pour répondre à plusieurs lettres que nous avions reçues. --- Page 390 ---
1 ( 476 )• - 4 la chambre des communes (I)
^ discours dont nous allons citer quelques, passages. ;• Après avoir prouvé, , politiquement parlant $»
qu'il n'y a aucun Etat dans l'Europe qui puisse
prétendre à quelque prépondérance, il examine
l'état actuel de la françe. (Nous abserverons que
payant aucunement l'intention de faire un extrait,
nous riions seulement rapprocher quelques morceaux de qe discours, dans lequel jamais M. Burcke
• n'exprima plus énergiquement la haine qu'il porte
au nom françois. » La France avoit fixé jnsqu'à présent notre
premiere attention; nous nous étions accoutumés
à la chercher la premiere dans la balance ; dans
ce moment, elle eil comme rayée du systême de'
l'Europe , & il est difficile de décider si jamais
elle 'y sera replacée comme une puissance majeure. Il est probable gue la génération future
pourra dire des François : — 11 fut pour eux un
tems d§ renommée. — Gallos quoque in bellis
floruisse vide mus La France a tout perdu
jusqu'à ion nom. ... • • Jacet ingens littore, truncus, Avulfumque humeris caput & sine nomine corpu i ■. -' ' - (i) Lors du fameux débat sur les estimations de --- Page 391 ---
1 ( & I •«'Ce ih'éff pMi Ik FfàHiépé%& ië Kâfâm7èè
Frànpàis Les François- ont ifapp ë ju fq~'ao~
fofidemens l'édifice de leur antique monarchie 5
ils ont démoli ièur êgllr( e , illve-rfé 1e£iÈ nôbfcïTe^
léïirs loix , letirs reVenias , leut
mâtine, leur commerce , leurs aftS j 1etiâi
■^hianàfàâîife-s ; ils ont &it plus pour teuïs rivàuxl;
è
Frànpàis Les François- ont ifapp ë ju fq~'ao~
fofidemens l'édifice de leur antique monarchie 5
ils ont démoli ièur êgllr( e , illve-rfé 1e£iÈ nôbfcïTe^
léïirs loix , letirs reVenias , leut
mâtine, leur commerce , leurs aftS j 1etiâi
■^hianàfàâîife-s ; ils ont &it plus pour teuïs rivàuxl; •cp^cfenx-ci il^aiiroient pu faire ix&rr' ètli^iïêfjïés'^
"Vingt batailles de'Ranullâès oüd'e'"BleinhoêiTn ftèéà&
féiertî pu doffîier ièS Avantages donfles Frahpéï^
TÎënï^iit dTè se( dëpouiifcr- en notre faveiir».i M*
« Quel efl donc le dzüi7c du peuplé FraUçoisj?
îl fë gfotifie d'avoir fait une révolution, comme
Ê une révolution étoit une bonne chose en elle*
même ! Il ne voit pas que cette révolution e-K une
disgrâce pour lui; sà maMie pour le fetilnoi, de
révolution lui fèirae les yeux sur louîes les hoir»-1
•réurs, sur tous les crimes de l'anarchie jdaas fer
Quelle il s'e-Jft plonge... Après avûtf aaialfé dévasit
lui t^n monceau de ruines, il s'avance lafoorieuf©^
tnèfrt for -des dëeomlbr<es 'vers'Un fpèébré' ayant
pour é c à.,ù : C©fïmiTOï0N v' • « Essit-cfe des citoyens, ces foldatsf.. Non.*
c'étoiem: site .sôtdïàsr ttuntf-Liges:>- desHiués <& in*
fca<pables dis tôut 'fentoent d'hct''m, 'etir. Leur can*
dtii'të- a le-- fr-i«T 'de^cet espris d'anarchie qrreâ
^•■Tôfl^âçc» des 114férùbtm 'quî- n'cut^uien à èÇ*
perer de l'honneur, & beaucoup à gagner d'une --- Page 392 ---
( 478 ) égalité qu'intérieurement ils méprisent
sertion qui a déshonoré -la France de voit servir
d'appui à une sédition abominable, qui, avec le
cri sauvage de guerre, à l'aristocrate ! le déclaroit l'implacable ennemi de tout homme bien né,
de tout homme dont le pillage présentoit un appât a la rapine & au meurtre, pendant que les
fauteurs secrets, & d'une classe bien supérieure,
de cet horrible systême, s'en- servoient pour assouvir leurs haines, leurs vengeances & leur ambition, & écrasant tout ce qu'il y avoit de respedable & de vertueux dans la nation, & en
flétrissant tous les noms qui lui rappelloient qu'autrefois il exista un pays renommé, tel que la
France... » Je ne reviens point de nion étonnement,
quand j'entends dire, que cet étrange & bicarré
événement, qui, sous le nom de Révolution, jette
les François dans l'extase, est comparable à notre
glorieuse révolution, & que la conduite de notre
armée d'alors fat peu différente de celle qui 4
déshonoré la France en dernier lieu Au lieu
de de devenir immobiles , comme par l'effet
d'une extase, ou de nous exposer, comme des
convulsionnaires, à la pitié ou à la risée des
autres Nations, & de' nous rendre méprisables
par des excès qui feroient rougir des sauvages
François dans l'extase, est comparable à notre
glorieuse révolution, & que la conduite de notre
armée d'alors fat peu différente de celle qui 4
déshonoré la France en dernier lieu Au lieu
de de devenir immobiles , comme par l'effet
d'une extase, ou de nous exposer, comme des
convulsionnaires, à la pitié ou à la risée des
autres Nations, & de' nous rendre méprisables
par des excès qui feroient rougir des sauvages --- Page 393 ---
[texte_manquant] après lesquels il ne reste plus que de ïe briser
la tête contre les pavés, nous nous sommes éle-
--- v és au dessus de nous-mêmss ; &c " ^ » Tels sont mes sentimens, continue M, Bürke,
sur ce que les François appellent leur révolution. Je ne dissimule pas 'que j'ai senti une joie secrete
de trouver l'occasion qui s'est préseiitée tout natu-
" telle ment dd les faire connoître; ils honoreront,
" j'espère, la fin de ma carriere politique qui s'approche , peut-être, avec celle de ma vie; il ell
un âge où il faut se retirer de la mêlée, tupe senex miles H. ' J N.B. Il faut espérer que l'évenement démentira
lès ailertions avancées dans le discours de M. Burke,
dont nous avons infiniment adouci les expresfions. Arrêté du diflricl St. Marcel, relativement au.
décret de prise-de-corps 'lancé par le tribunal
^ du Châtelet, contre M. Danton, > ( Nous regrettons sincerement de ne pouvoir
pas rapporter le discours qui à précédé cet
arrêté : ) « L'assemblée , considérant que le titre d'ac~
cufition est toujours inconnu; que l'espece d'evocation que proposent les Cerdeliers est contraire
a l'obéissance due aux décrets de la justice, & --- Page 394 ---
( 480 ) De l'Imprimerie D'ANT.-JOS. GORSAS, rue Tiquetonne,
.. N° 7. 1790. tend à rétablir l'abus despotique qu'on * cherché
4 réprimer. » Cbnfidérant que la libellé que. les citoyens
ont d'exprimer leurs voeux étant en assemblée
légale, ne peut pas s'éiendre au-delà de cette sago
liberté qui respecte les lois; que la censure que
donnerait une assemblée à celui de ses membres
qui sécarteroit, ne suffiroit pas si son discours étoit
d'une certaine nature, que la justice aurait le droit
de punir. Considérant, que s'il en étoit autrement, lei
ennemis du, bien public ne manqueroient pas de
chercher cette voie pour enflammer les esprits &
égarer les cœurs; & que, du sein même de ces
assemblées, dont la base doit être la liberté pu-
„ blique, pourroient sortir des seux de discorde,
qui bientôt consumeroient l'édifice sacré de notre
nouvelle confiitution. » Que dans tous les cas, on doit penser que
les tribunaux de la loi sont impassibles de ptévention , & qu'enfin l'innocence de M. Danton
brillera dans une défense publique & conforme
aux loix ».
garer les cœurs; & que, du sein même de ces
assemblées, dont la base doit être la liberté pu-
„ blique, pourroient sortir des seux de discorde,
qui bientôt consumeroient l'édifice sacré de notre
nouvelle confiitution. » Que dans tous les cas, on doit penser que
les tribunaux de la loi sont impassibles de ptévention , & qu'enfin l'innocence de M. Danton
brillera dans une défense publique & conforme
aux loix ». --- Page 395 ---
( 5'9 ) ' TJm.lV. Z N°. - XXI II. COURIER DE MADON Â L'A S S E M B L É E NATIONAL E ; * '■ PERMANENTE. Séance du jeudi matin 2 J Février lypo. " M. de la Luzerne a écrit au résident qu'if,
avoit rendu compre au roi & au conseil de l'état
actuel de la Martinique & de l'île Saint-Domingue *, qu'il ne pouvoir avant trois jours remettre
ses instructions & les copies des pieces nécessaires sous les yeux de l'assemblée, Il faire donc
attendre ce terme pour juger de l'importance & ' -
de la vérité de ces nouvelles ministérielles ; car
il paroit bien étonnant qu aucun négociant n'ait:
encore reçu des lettres des colonies sur les événemens qui commencent à se répandre, & qui font ^
d'une h grande importance pour le commerce. On a continué la discussion du. projet du,
comité sur les matieres féodales. C'étoit sans
contredit 1'article le plus sérieux du titre premier
sur- les effets généraux de la destruction du
régime féodal qui restoit à traiter. M. Merlin
eh a fait lecture, ainsi qu'il suit ; t « A K T. X. Toute féodalité & nobilité de --- Page 396 ---
( 120 ) biens étant détruite , les droits d'aînesse & de
maseulinité sont abolis à l'égard des fiefs , domaines , & alleux nobles qui feront en conféquence sournis -dans les successions partages
aux mêmes lois, statuts , & coutumes que les
autres biens >>. M. Merlin a proposé sur cet ancien projet des
observations très-importantes , & qui serviront
d'explication au nouvel article ci-aprcs , formant
l'article X. Voici l'extrait littéral de son discours. -
La premiere rédaction , disoit le rapporteur,
nous avoit paru d'abord remplir entièrement les
deux objets que nous nous étions proposés ; l 'un de ^
faire disparoître de la jurisprudence françoise
les disparités que le régime féodal y avoit introduites entre les fiefs & les biens allodiaux, relativement à la maniere d 'y succéder ; l autre , de remé.
dier aux injustices que les lois féodales commettoient envers les puînés , & de faire participer
ceux - ci- aux fiefs , du moins dans la même
proportion & de la même maniere qu'ils participent aux autres biens. En examinant de nouveau notre rédaétion,
nous avons trouvé que de ces deux objets, elle
ne remplissoit universellement que le premier * & qu'à l'égard du sécond elle produiroit en
quelqués endroits, un effet tout contraire à celui
que nous nous étions proposés , c 'est-à-dire ,
qu'en quelques endroits elle rendroit la condition
des puînés pire qu'elle n'étoit auparavant. Esfectivement il existe , entre autres , une coutume
dans laquelle , par une bizarrerie bien digne des
temps barbares où elle a été rédigée , les puînés
sont plus maltraités dans les successions des biens
sécond elle produiroit en
quelqués endroits, un effet tout contraire à celui
que nous nous étions proposés , c 'est-à-dire ,
qu'en quelques endroits elle rendroit la condition
des puînés pire qu'elle n'étoit auparavant. Esfectivement il existe , entre autres , une coutume
dans laquelle , par une bizarrerie bien digne des
temps barbares où elle a été rédigée , les puînés
sont plus maltraités dans les successions des biens --- Page 397 ---
( 321 5 - - Z 2 roturiers que dans les successions des fiefs. Ainsi
en lai nani subsister l'article rel que nous l'avions
d'abord rédigé, les puînés, dans le Boulonnois,
se trouveroient privés de toute espece de parc
dans les fiefs, & conséquemment un pere , qui,
dans cette coutume, ne laisseroit que des fiefs ,
n'auroit.rien à transmettre à sa fille ni aux puînés
Dans cette coutume le décret que nous vous
proposons feroit le malheur de ceux dont vous
voulez sans doute améliorer' le sort ; & tandis
que ce décret Va multiplier dans toutes les parties de la #rance les amis de la constitution, il
ne feroit que lui. attirer des ennemis dans ces provinces. Sans doute, c est bien ici le moment de regretter que nous. n'ayons pas encore pu faire
disparoître de notre droit trançois cette espece
de marqueterie , cet assortiment ridicule de lois
& de coutumes toutes contradictoires, & qui
jie font que produire, au milieu d'une association vraiment politique & nationale, des traces
du gouvernement féodal le plus absurde & le
plus barbare dont l'histoire ait conservé le souvenir. Mais il n'est pas possible de tout faire à la
fois; & en atténdant que vos vœux soient remplis à cet égard, il faut pourvoir au,sort des
individus qui, dans le Boulonois ou autres coutumes , pourroient être les victimes de la destruétion du régime féodal, quoique vous l'ayiez
ordonnée pour leur avantage. Il s est préscnté plusieurs moyens pour atteindre à ce but ; & celui que nous aurions été le
plus flattés de pouvoir vous présenter , consistoit
à abolir des à présent le droit daîneffe de --- Page 398 ---
( 322 ) masculinité dans tout le royaume, non feulement
à l'égard des fiefs & des biens nobles, mais à
l'égard des biens roturiers & des meubles. En
pelant attentivement ce moyen, nous avons vu
que notre mission ne s'étendoit pas jusqu'à faire
line loi semblable, puisqu'elle né concerne que
le développement des effets résultans de l'abolition du régime féodal, & non des biens étrangers à Ce même régime. En suite nous avons cru
que peut-être il y auroit des inconvéniens à renverser aussi rapidement l'ancien' ordre des successions, & à exciter subitement dan' toutes les
familles cette grande commotion que ne manqueroit pas d'y produire le dérangement inattendu de toutes les combinaisons qu'elles ont
formées, d'après les expectatives que leur donnoient les lois par lesquelles sont a&uelle-
-ment régies les successions ; commotion qui arrivera sans doute par rapport aux fiefs, mais que
votre comité a regardée comme indispensable
à leur égard , parce que l'abolition que vous
avez faite du régime féodal, emporte d'ellemême & suffiroit feule pour établir, quand vous
ne la prononceriez pas, l'abolition des droits
d'aînesse & de masculinité dans les biens cidevant féodaux.
les lois par lesquelles sont a&uelle-
-ment régies les successions ; commotion qui arrivera sans doute par rapport aux fiefs, mais que
votre comité a regardée comme indispensable
à leur égard , parce que l'abolition que vous
avez faite du régime féodal, emporte d'ellemême & suffiroit feule pour établir, quand vous
ne la prononceriez pas, l'abolition des droits
d'aînesse & de masculinité dans les biens cidevant féodaux. Un autre moyen s'est offert à votre' comité ;
" & il l'a saisi avec d'autant plus d'empressement,
que d'une part, si vous l'adoptez, il metrra les
parens à même de faire à leurs puînés & à leurs
filles tout le bien qu'il sera dans leur intention
-de leur procurer -, & que de l'autre, il les rendra
en même temps maîtres de disposer, en faveur
de leurs aînés , de telle manière qu'il leur plaira. --- Page 399 ---
( 323 ) Z 3 = Ce moyen-, MMr, ferait d'abolir toutes les
réserves coutumieres qui affectent les, biens tenus
jusqu'à présent en fiefs, & par là de les rendre
dans toutes les coutumes, comme; ils, le sont
déjà & l'ont toujours été dans les. pays de droit
écrit y disponibles . à la volonté des. propriétaires. ' ; ; Par ce moyen , il. n 'est point de pere
possédant des biens ci devant féodaux, ne pût
corriger , en faveur des puînés,, les avantages
trop considérables que certaines cputumes donnent aux aînés dans les rotures auxquelles sont
a&uellement assimilés les fiefs. Et remarquez
qu en donnant à l'autorité paternelle .ce. nouveau ressort ce ne seroit pas seulement travailler pour la fortune des cadets, ce seroit bien
plus encore travailler pour la restauration
mœurs. Votre comité , MM., en vous proposant
de rendre tous les. ners difponibies à l'avenir,
ne regrette qu' Une choie , c'est de ne pouvoir
étendre cette heureuse innovation à toutes les
especes de biens ; mais , je l'ai déjà dit, la
mission qu'il a reçue de vous, & qu'il ne peut
transgresser , l'oblige de. se renfermer dans le
cercle de la féodalité ; Se c'est d'après cette considération , qu'rl vous propose le décret suivant. ART. 10. « Toute féodalité & nobilité des
biens étant détruite, les droits d'ainesse & de
masculinité dans les successions ab intestat de
biens ci-devant nobles ou féodaux, font abolie ;
en conséquence lesdits biens seront partagés également entre tous les héritiers, si les parens auxquels ils succedent n'en ont autrement disposé --- Page 400 ---
T
l W) 1 en faveur d'un ou de plusieurs desdits héritiers,
foit par contrat de mariage, soit par donation
ou testament, ce qu'ils auront la liberré de faire
comme en pays de droit écrit v dérogeant quant
à ce, à toutes lois & coutumes contraires, jufqu'à ce que , par la présente législature ou celles
qui suivront, il ait été déterminé un mode définitif' & uniforme de succession pour tout le
Royaume ». *
400 ---
T
l W) 1 en faveur d'un ou de plusieurs desdits héritiers,
foit par contrat de mariage, soit par donation
ou testament, ce qu'ils auront la liberré de faire
comme en pays de droit écrit v dérogeant quant
à ce, à toutes lois & coutumes contraires, jufqu'à ce que , par la présente législature ou celles
qui suivront, il ait été déterminé un mode définitif' & uniforme de succession pour tout le
Royaume ». * M. le duc de la Roçhefoucault a dit qu'il auîroit préféré la rédaction de l'ancien article en y
mettant un amendement concernant les institutions d'héritiers contractuelles, auxquelles il n&
- falloit faire aucune innovation pour la tranquillité des familles & la sureté des conventions.
Il étoit bien de l'avis de l'égalité des partages
de tous les biens sans aucune distinction -, mais
il n'a pas cru que nonobstant tour le refpeâ:
' dû à la puissance paternelle , il sallut éten...
dre les bornes de la disponibilité , à moins
qu'on n'intervertisse toute l'économie de nos , M. Goupil a proposé un amendement qu'iL destinoit pour être placé à la fin de la premiere rédaction de l'article X, en ces termes
« Néanmoins les biens qui ont celle , par les
décrets du. 4 août & jours suivans, d'être féodaux , seront dans les successions des possesseurs
actuels desdits biens, .réglés comme s'ils n'avoient pas cessé d'être féodaux ». M. Pethion de Villeneuve a voté pour le
partage égal des immeubles s sans aucune dif^
tinction ^ sans néanmoins, porter atteinte aux --- Page 401 ---
( 32S ) ^ êt contrats de mariage, & autres conventions
existantes. M. le Chapellier a lu un autre projet de
rédaction, qui a été adopté dans la forme
suivante , avec les amendemens qui y Qnt été
insérés. Le voici. Décret. ARTICLE X.. Tout privilège, toute séodalité & nobilite
» de biens étant détruits , les droits- d'aînesse
» & de masculinité à l'égard des fiefs, domaines
» &: aleux nohles, les partages inégaux à raison
» de la qualité des personnes sont abolis ».. « En conséquence-, toutes successions, tant
» directes que collatérales , tant mobiiiakes
# qu'immobiliaires , qui échéeront à compter
» du jour de la publication du présent décret,
» seront, sans égard à l'ancienne qualité noble
» des biens & des personnes, partagés entre
^ » les héritiers, suivant les" lois,, statuts, & cou-
» tûmes qui règlent les partages entre tous les
» citoyens; abroge & détruit toutes les lois- &
» coutumes à 'ce contraires ». , i « Excepte, du présent, décret ceux .qui sont
v » aCtuellement mariés ou veufs , ayant des en
» sans, lesquels partageront entre eux &c leurs
» cohéritiers , conformément aux anciennes
» lois, les successions immobiliaires directes
» collatérales qui. pourront leur écheôir ». » Déclare, en outre que les puînés les
Elles, dans les coutumes où ils ont eu jus- --- Page 402 ---
( 326) W qu'à présent sur les biens tenus en fief pft3
» davantage que sur les biens non féodaux
continueront de prendre dans les biens tidevant fiefs , les parts à eux assignées par lef-
" dites coutumes , jusqu'à ce qu'il ait été dé-
» terminé par l'afifemblée nationale un mode
» définitif & uniforme de succession pour tour
" le royaume ». •'
Elles, dans les coutumes où ils ont eu jus- --- Page 402 ---
( 326) W qu'à présent sur les biens tenus en fief pft3
» davantage que sur les biens non féodaux
continueront de prendre dans les biens tidevant fiefs , les parts à eux assignées par lef-
" dites coutumes , jusqu'à ce qu'il ait été dé-
» terminé par l'afifemblée nationale un mode
» définitif & uniforme de succession pour tour
" le royaume ». •' L'afsembîée a cru que la destruction de la féodalité & de, la nobilité des biens étoit une suite
nécessaire de 1 abolition entiere du régime féodal. îl étoit en effet lé type créateur de tous
ces priviléges réprouvés par le droit commun
de l'égalité primitive. Le féodisme étoit Je code
inépuisable des distinctions & des prérogatives
inventées par l'orgueil. Elles étoient a limentées enté es
lin-teret. Car l or étoit le premier appui de
ces fragiles honneurs. La féodalité;, après avoir
sa roture &Jchargé de fers les sept hiliciemes dé -la société avoit établi dans son sein
line chaîne de dépendance qui , du dernier cen- , sitaire, remontoit jusqu'au Suzerain & du fuà -la couronne* Ces nuances graduelles
de supériorité , étoient bien plus marquées
î attribution & les partages des biens. Ainsi
l'injustice se déchiroit elle-même de ses propres
les puînés dit'pere commun dévoient
naissant maudire & accuser la nattire. Un aîné
prenoit la portion avantageuse dans un fief. &
partageoit encore ; dans ïes biens de l' humbk )
~ quelquefoi s îl envahissoit -tout à la seule '<
charge d'un retour pécuniaire . Tandis que cet
homme, né quelque mois plutôt, étoit dans l'opulence, les cadets, n'ayant que la cape & i epée,
înés dit'pere commun dévoient
naissant maudire & accuser la nattire. Un aîné
prenoit la portion avantageuse dans un fief. &
partageoit encore ; dans ïes biens de l' humbk )
~ quelquefoi s îl envahissoit -tout à la seule '<
charge d'un retour pécuniaire . Tandis que cet
homme, né quelque mois plutôt, étoit dans l'opulence, les cadets, n'ayant que la cape & i epée, ■ --- Page 403 ---
( 7 ) cC les filles le chapel de rosés , avoient à peine
leur subsistance assurée. On ne voyoit que rrop
ordinairement les aînés accablés des dons de la
fortune , en jouir dans une honteuse mollesse,
& dégrader la mémoire de leurs ancêtres - par
leurs vices ou leur incapacité. Quelque soir l'origine des droits d'aînesse , dont la valeur fut
porté dans des temps anciens à celle d'un plat
de lentilles , il n'y eut jamais de loi raifonnable qui put attacher à Une naissance antérieure
des privilèges ; & qui détruisant l'égalité si nécessaire pour la paix des familles , verset tous
les honneurs sur la tête d'un aîné inepte & sans
principes, aù préjudice d'un cadet plein de sagesse & d'intelligence. Les hommes ont pu quelquefois faire parler les dieux , pour couvrir leur
cupidité sous le voile de la religion -, mais une
vérité éternelle crie au fond de nos âmes, enfans
du même pere, vous ctes tous égaux. Pourquoi l'aîné vivoit- il dans un faste insolent, &
les cadets dans l'indigence ? La pauvreté sans
doute nécessite l'induffrie , mais souvent elle
produit la mauvaise foi. La nature regarde avec
horrenr cette inégalité qui ne fut'jamais qu'une
. inftimtion humaine. Si l'aîné se trouve à la tête
dé la famille 3 c'est que. son âge suppose l'expérience , & que la confiance du pere s'est reposée primitivement sur lui. Le premier fruit
de l 'hymen épuise souvent dans quelques peres
toutes leurs affedtions. L'enfant, qui le premier
porta dans leur cœur le sentiment délicieux de
la paternité , égara leur jtiftice : voilà le préjugé. Quelque^ lois barbares semblerent sanctionner ceste odieuse préférence. L'aîné étendit
que. son âge suppose l'expérience , & que la confiance du pere s'est reposée primitivement sur lui. Le premier fruit
de l 'hymen épuise souvent dans quelques peres
toutes leurs affedtions. L'enfant, qui le premier
porta dans leur cœur le sentiment délicieux de
la paternité , égara leur jtiftice : voilà le préjugé. Quelque^ lois barbares semblerent sanctionner ceste odieuse préférence. L'aîné étendit --- Page 404 ---
( 328 ) sa main cupide sur les biens, comme H l'avoit
fait sur les honneurs -, la loi du plus fort fit
taire la tremblante & docile foiblesse. Le service féodal ajouta à ce code affreux de nouvelles barbaries ; & ce sexe sensible & charmant
fut écrasé par l'avarice de ces valeureux chevaliers , qui croyaient que la gloire ne confifloit
que dans le tumulte, des combats. Droits d aunesse , droits de masculinité, droits de prlmogéniture, vous êtes disparus du recueil de
.nos lois avec les portions avantageuses ) le
manoir & le vol du chapon. Ce langage barbare déshonoroit notre législation i la féodalité,
.fut un remede dangereux à l' anarchie dans des
temps barbares •, notre siecle n'a plus besoin de
cette gothique reiToarce. Je ne veux plus d'un
protecteur qui me réduise en servitude , qui
m'opprime du poids de sa puissance , qui
me vende au prix de mes sueurs & de ma
fortune cçtte dangereuse protection. C'est la loi
:feule qui protégera les françois, Les citoyens
.doivent entre eux s'aimer & se défendre, & ne
commander qu'au nom de la loi,, En un mot'
les causes qui créèrent la féodalité ne subsistent
plus ; le tronc est extirpé •, dès ce moment les
rameaux desséchés ne peuvent plus Produire aucun fruit. Le. décret semble cependant encore respecter
.la génération aétuelle. Un seul des enfans ma,-
rié ou veuf avec des enfans arrête le cours de
la loi, & nécessite le partage suivant les sormes
anciennes ; falloit-il donc absolument carresser
les hommes par 1 'intérêt ? Car«fi le décret est
juste dans sa première disposition , il est évi- --- Page 405 ---
( 129 ) dent que fexception qu'il admet dàns la seconde
blesse les droits des cinq huitièmes des enfans
existans. Craint - on , par une réforme prompte
sévere, de multiplier le nombre des mécontens que l'égoïsme augmente chaque jour ? Fautil que le législateur se prête aux foiblesses des
hommes, & qu'il ne puisse leur commander avec
empire ) Par un décret particulier l'assemblee a ajourné '
[a question relative aux fiefs masculins d'Alsace. A ce moyen le titre premier est fini. On
çommencera peut-être demain la discussion du
titre second , qui traite des droits seigneuriaux
jiipprimés sans indemnité. SÉANCE BU JEUDI SOIR. Une députation de la commune a présenté
ce soir- une adresse pour tous les juif résidans
à Paris., qui n'avoient pas été compris dans le
décret. En effet ce décret ne parle que des juifs
avignonois , espagnols , & portugais. La dê..
putation asupplié l'assemblée d'étendre la même
grâce aux juifs dllemans & polonais, quittant
tous mêlés confondus dans la capitale, devroient jouir de la même faveur. M. l'abbé
Mullot a porté la parole.
à Paris., qui n'avoient pas été compris dans le
décret. En effet ce décret ne parle que des juifs
avignonois , espagnols , & portugais. La dê..
putation asupplié l'assemblée d'étendre la même
grâce aux juifs dllemans & polonais, quittant
tous mêlés confondus dans la capitale, devroient jouir de la même faveur. M. l'abbé
Mullot a porté la parole. On a reçu ensuite les députés de la société
royale de médecine de Paris , qui a sait l'ofc
frande des ouvrages qu'elle a produits depuis
1776 , époque de son institution , sous le ministere de M. Tutgot. Que n'auroit pas fait ce
ministre ami de l'humanité , si ses maximes aus-
& Cages eussent pu & faire entendre --- Page 406 ---
? m? milieu de la corruption ? Son seul crime farde
trop croire à la vertu, & de vouloir accréditer
quelques principes de liberté au milieu de la
plus profonde servitude. Treize années de plus.
& ces courtisans méprisables n'auroient osé intri guer,contre un ministre que l'opinion publique auroit soustrait à leurs prosondes noirceurs.
Car ces hommes décorés qu'entourent l'opulence & la faveur , dqnt :on découvre à l'examen la nullité, ne savent souvent que cabaler
& trembler. Ce sont de vils. esclaves qui s'étant
couchés dans l'orniere pour renverser la voiture rient bassement de la chûte, & vont se
faire renverser à' leur tour. Ces tableaux ne seront bientôt plus de lasson , & le patriotisme
qui siége sur le trône , dans le cœur d'un roi
citoyen , servira d'exemples aux grands de la
terre, qui sont si petits si petits quand
ils ne sont pas vertueux. M. Poissonnier étoit
à la tête de la dépuration. Des députés de Bordeaux font aussï venus
presenter a l assemblee une adresse intitulée :
Adresse de l'année patriotique Bordelaise à
l'assemblée nationale. Ils ont expliqué ce titre
en disant qu'ils ne venaient pas à main armée
demander une graçe qu'il? attendoient de la
justice mais que ces expressions annonçaient le
vœu des citoyens de, Bordeaux tous armés
pour la défense de la constitution. ,pans le discours qui. a précedé la lecture de jeur adresse
les .députés ont dit que la yille ee Bordeaux
3voit expédiée, en 1789 , 1419 bâtimens de
moins qu'en .1788 -, ce qui prouve un dépérifsement notable dans leur commerce.
ée
demander une graçe qu'il? attendoient de la
justice mais que ces expressions annonçaient le
vœu des citoyens de, Bordeaux tous armés
pour la défense de la constitution. ,pans le discours qui. a précedé la lecture de jeur adresse
les .députés ont dit que la yille ee Bordeaux
3voit expédiée, en 1789 , 1419 bâtimens de
moins qu'en .1788 -, ce qui prouve un dépérifsement notable dans leur commerce. --- Page 407 ---
f 331 ) L objet de cette adresse est bien important \
il est relatif à la traite des noirs. Les dépurés
soutiennent « que les colonies ne peuvent sub-
» sister sans la conservarion de la servitude &
» de la traire -, que son abolition enrraîneroit
» la perte des colonies ; que le commerce de
» la France seroit anéanti, si les colonies ces-
« soient d'exister pour elle , & pour elle seule ;
» que ce coup mortel porté au commerce,
» frapperoit d'inertie la marine, l'agriculture &
» les arts ; que les colonies nous donnent feules
» la prépondérance sur nos voisins. Cinq millions de françois, disent-ils , n'existent, que
» par le commerce qu'elles procurent. Elles don-
» nent' un revenu annuel de plus de 2CO mil-
» lions , une réaction incalculable, &: une ba-
» lance de 80 millions en notre faveur. La
» destruétion de la traite causeroit la mort de
» 100 mille françois, & la ruine de tout le
» royaume. Nos colonies ne peuvent être cul-
» tivées que par des hommes, & par des hommes habitués à un climat dévorant. Les plus
» grands philosophes eux mêmes ont reconnu
» que la crainte & la force déterminant seules
» au travail, par-rout où l'amour du repos est
» en quelque sor;e une loi du sol, la servirude
» y est le premier instrument de la culture. Ils
» ajoutent que les autres nations , & sur-touc
» l'Angleterre, n'imiteront pas l'exemple de la
» France , & prositeroient d'une décision impo-
» litique qui prohiberoit ce commerce par les
» simples vues de l'humanité »o. Les officiers municipaux de Bordeaux , les
deux ce'ots électeurs de la Sénéchaussée de --- Page 408 ---
( 252 ) Guienne, & les directeurs de la chambre du
commerce ont joint leur adhésion à cette de.
mande. Cette qusstion a été ajournée à lundi matin
^ dans le cas où le ministre de la marine auroit
envoyé les instructions & les pieces quil a annoncées ce matin dans sa lettre au président. A ce sujet M. Barnave a demandé pourquoi
M. de la Luzerne ne remettoit pas la lettre
adressée à l'assemblée nationale par les colonies. Un autre membre a répondu que c'étoit un
paquet dépêché par le conseil superieur du Port
au Prince, & M. Moreau de Saint-Méry a alluré
qu'il ne conterioit que le détail des difficultés
particulières de cette cour avec le comité provincial de la partie du Nord.. Mais, a repris M. de Lameth , est-il de la .
dignité du corps législatif de souffrir qu'un ministre se permette de gàrder une lettre dont il
n'est que le simple dépositaire ? Cette conduite
seroit répréhensible envers un simple citoyen , éc
cest à plus forte raison un manque d'égards envers
l'assemblée nationale.
terioit que le détail des difficultés
particulières de cette cour avec le comité provincial de la partie du Nord.. Mais, a repris M. de Lameth , est-il de la .
dignité du corps législatif de souffrir qu'un ministre se permette de gàrder une lettre dont il
n'est que le simple dépositaire ? Cette conduite
seroit répréhensible envers un simple citoyen , éc
cest à plus forte raison un manque d'égards envers
l'assemblée nationale. M. le duc du Châtelet, en soutenant la motion
tendante à la réclamation de ce paquet , a protésté que ce ministre n'avoit point manqué à
l'assemblée. Cet effort de courage lui a tait le
plus grand honneur. J'ignore s'il auroit bien des partisans , car
cette très-petite très-minutieuse que ssion n'a
pas été jugée , & cependant vous verrez que
demain matin le paquet fera lu à la scéance ,
s'il n'est pas rendu ce soir chez le président. M. Crochet, soldat de la garde nationale d --- Page 409 ---
( 233 ) Paris s du district des nfaiis-Rouges , est venu
offrir un don patriotique. Il a fait part à
l'assemblée de ses dispositions testamentaires
par lesquelles il frappe d'exhérédation ses héritiers , dans lè cas où ils se montreroient con*
trairas à la constitution. ' -
On a remarqué ( car que ne remarque-t-on
pas ) que les députés défenseurs de la traite
des noirs , admis dans l'intérieur de h salle ,
ont été se placer fùr les sîéges a la droite du président. Il est vrai que la société royale de médecine s'est retirée à la gauche. Au milieu des
plus sérieux débats , le françois se permet de.s
alîulîons , & ne se- dépouille jamais' de ce caractere national qui le porte à une gaieté aimable &
vive. Je préfere la solie, quelquefois ennuyeuse
des calembours , aux éclats impétueux d'une
sombre fureur. Ainsi laiilbns parler les clubs des
Jacobins & de Ja rue de la Michodiere, n°. 8;
faisons le bien , ne détestons & ne calomnions
personne ; car tout le monde doit être le maître
de ion opinion. la cacher si elle n'est pas
patriotique. Ainli, comme vous le voyez, la séance de ce
soir a été employée en discours & députations. M. de Cernon > au nom du comité de conf-x
titution , a 'annoncé qu'il manquoit encore au
dépôt plusieurs cartes des départemens pour
completter entierement cette grànde opération^
La question de la traite des noirs va retarder
de quelques jours la discussion des matieres féodales , dont le jugement est si nécessaire à la
paix publique. --- Page 410 ---
( 334 ) '- De l'imprimerie de ville, 1790. Cette feuille paroît tous les matins au Palais •
Royal, n° 14, chez GATTEY , Libraire , où l'on
souscrit à raison de 5 1. par mois pour Paris &
6 livres pour la Province , franc de port. On souscrit aussi pour la Collection du meme
Courier , qui formera deux volumes , depuis l'ouverture des Etats , à raison de 6 liv., 8 liv. pour
ceux qui n'auront pas souscrit. On prie MM. les abonnés, dont l'abonnement expire à la fin de février, & qui délireront le renouveller, d'en donner avis au bureau avant le premier
mars, afin de n'éprouver aucun retard ; & MM. les
abonnés qui ont été continués pendant le mois de
février , sans avoir fait payer , font aulli priés de le
faire avec le prochain renouvellement.
, à raison de 6 liv., 8 liv. pour
ceux qui n'auront pas souscrit. On prie MM. les abonnés, dont l'abonnement expire à la fin de février, & qui délireront le renouveller, d'en donner avis au bureau avant le premier
mars, afin de n'éprouver aucun retard ; & MM. les
abonnés qui ont été continués pendant le mois de
février , sans avoir fait payer , font aulli priés de le
faire avec le prochain renouvellement. --- Page 411 ---
( 33 5 ) Tom. ir. A a V N°. X XI V. CQURIER DE MADON A L'ASSEMBLÉE NATIONALE PERMANENTE. Séance du vendrédi 26 Février 1790. L'OBJET de la création des départemens &
de l'organisation administrative de toutes les parties de l'empire , étoit de détruire entierement,
l'esprit des provinces, & de tout rallier sous l'influence des mêmes principes. C'est d'après ces
motifs politiques que le comité a imaginé d'attribuer à chacun des 83 départemens une dénomination particuliere On auroit pu sans doute
appeler chaque département du nom de la ville
où il étoit établi, & cette nomenclature eût été
peut-être plus facile à saisir, parcé qu'elle auroit
été plus relative à la connoissance usuelle des chefslieux ; mais un double inconvénient auroit pu
résulter de cette disposition, 1°. Il y a plusieurs
départemens dont les chefs - lieux sont sournis à
1 alternat; 2° chaque ville de département eût
peut-être pris sur les villes & lieux de son enclave, un ascendant trop marqué , Se fespece de
trituration de l'ancien régime n'auroit pas été
aussi parfaite. C'est en conséquence de ces prin- --- Page 412 ---
? 3# ) cipes que le comité a assigné des noms a chaque
département *, ils sont pris dans la nature, c 'està dire, dans leur site , sur les bords d'une riviere ,
dans le voisinage d'une montagne , ou de telle
partie de la mer qui baigne les côtes du dépar-
' tement. Tel est le résultat du rapport verbal de M.
de Cernon, & des réflexions de M. Bureaux
de Puzy. M. l'abbé Maury s'est opposé à ce nouveau
plan. Il a prérendu que ces innovations ne pouvoient dompter la force de 1 opinion , & que
la supériorié des chefs - lieux sur leurs dépendances, seroit toujours sensible, malgré ce mélange combiné ; qu'au surplus, si l'on vouloir
donner à ces parties de la division générale, des
noms particuliers il falloir leur attacher ceux
des grands hommes de la France , comme on
a fait pour quelques régimens : on appelleroit
telle province la province de Turenne, &c. Un bon Curé, toujours imprégné de ses devoirs pastoraux, s efc levé, & a dit : MM., puisque l'on veut BAPTISER les département ,
il faut aussi BAPTISER les cantons & les
districts. Sur quoi M. Garrat l'aîné lui a répondu ; M.. , parlei avec plus de respect du sacrement de baptême. Ce qui prouve très clairement
que M. Garrat est un bon catholique romain ,
malgré l'opinion de quelques évêques ( I ) qui
Curé, toujours imprégné de ses devoirs pastoraux, s efc levé, & a dit : MM., puisque l'on veut BAPTISER les département ,
il faut aussi BAPTISER les cantons & les
districts. Sur quoi M. Garrat l'aîné lui a répondu ; M.. , parlei avec plus de respect du sacrement de baptême. Ce qui prouve très clairement
que M. Garrat est un bon catholique romain ,
malgré l'opinion de quelques évêques ( I ) qui f ï ) Voyez N°. , séance da samedi 13 fevrier 1790 - --- Page 413 ---
T ?Ï7 ) prêtenaoiént que Ton ne devoit pas jurer 1$
jour qu'on s'emparoit de leur temporel. Un autre membre a demandé l'ajournement
de cette question à la prochaine légifiature. Je vis hier les pofledans fiefs se réjouir à lâ
lecture du décret sur les fiefs , qui, dans l'article X du titre premier ( i ) , respecte les habitudes & les jouissances de la génération actuelle. Cette joie tient beaucoup à l'espérance
que ta génération future ne trouvera des traces
:de la révolution que dans l'histoire. Car je
m'apperçois qu'on attend cette conquête, du
temps , de la lassitude des patriotes, & ... des intrigues de toutes espèces qui se renoiivelieaf^ chaque jotir. hnnn l'afîcmblée a autorisé le .comité
seul ; & sans y appeler les députés. ( 2 ) des
provinces , les dénominations des 83 déipaK, -- temens. - M. l'abbé Gouttes a propose, au nom du comité des finances , un décret concernant les
décimes du dauphiné , & l'emploi des quittances
indiquées dans le décret du 27 janvier dernier.
.Voici l'extrait littéral de ce rapport. «En Dauphiné, comme dans plusieurs provinces du royaume -, il n'y avoit point de privilège
personnel ; les privilèges appartenoient aux biensfonds : ainsi, l'ecclésiastique , le noble , & le
roturier n'étôient pas imposés pour les fonds ( 1 ) N°. 23, pas;. 315 de ce mois. (z ) 1 our l'économie du temps, car cette no'merlclature coûteroit encore un mois de contestations &
d'importunités. - --- Page 414 ---
( ?38 f nobles quils possédoient. En Dauphine, il y
avoit dans quelques villes des oétrois qui ne se
percevoient point sur les consommations, mais
qui étoient répartis par voie d'imposition ;directe. Il est question, en Dauphiné, de savoir si
l'article 2 de votre décret du 27 janvier, qui
admet la quittance de la dernière moitié des
décimes de 1789, en compensation des impositions ordinaires , doit s'appliquer dans cette
province aux impositions auxquelles on étoit
assujetti sans distinction de privilége ; votre comité a pensé qu'il ne pouvoit s'appliquer qu'à
la capitation &: à la portion de la taille à laquelle
les privilégiés ont dû être imposés pour les biens
pobles qu'ils possedent ». Le décret a été rendu en conformité de cet
-principes. Conseil supérieur de Saint-Domingue. Le paquet destiné pour l'assemblée nationale
« été envoyé au président par le ministre de la
marine , ainsi que je l'avois si doctement prédit
hier (1). Il contenoit plusieurs piecesgrelatives à
des difficnltcs qui se sont élevées entre le conseil
supérieur de la colonie & le comité provincial
de la partie du nord, résidant au Cap françois.
On a lu un mémoire du conseil supérieur, adressé
à l'assemblée nationale. Voici presque mot à mot
ce qu'il contient.
ale
« été envoyé au président par le ministre de la
marine , ainsi que je l'avois si doctement prédit
hier (1). Il contenoit plusieurs piecesgrelatives à
des difficnltcs qui se sont élevées entre le conseil
supérieur de la colonie & le comité provincial
de la partie du nord, résidant au Cap françois.
On a lu un mémoire du conseil supérieur, adressé
à l'assemblée nationale. Voici presque mot à mot
ce qu'il contient. (1) Numéro XXIII, page 332. --- Page 415 ---
( 33.9 ) A a 3
* Mémoire du conseil supérieur de S. Domingue. Le salut de l'a France vous est confié ; de vous
elle attend une nouvellè vie, un nouvel être. °
Les troubles qui l'ont agitée , se font communiqués jusqu'à Saint-Domingue, & lui font
éprouver dans ce moment une crise dont les pro-'
grès journaliers & rapides deviennent de jour eri
jour plus alarmans, & menacent la colonie d'une
subversion totale. Le conseil supérieur croît de
son dèvoir de recourir à vous , & de vous demander un prompt secours. — On a vu s'élever
tout a coup, dans la partie du nord dé cette
colonie , une a ssemblée qui, m'éconnnoissant à a la
fois son origine êc sa de Ri nation , & se qualifiant dit titre pompeux d'assemblée provinciale ,
s'est portée bientôt à toutes les entreprises du pouvoir le plus étendu, le plus tyrannique, le plus
illégitime. Alors le conseil fupétieu^ s'est vu contraint d'opposer quelque résistance a tant d'écarts. Ce n'étoit pas assez pour l'assemblée dLi Gap
de méconnoître toute autorité, & de-réformer
les anciens usages , de révoquer les lois jusques
là en vigueur, de s'emparet de la caille des
deniers municipaux , au mépris de l'autorité de
la cour, a qui jusques-là les ordonnances de ÙL
majesté en avoiént confié le dépôt & le régime.
Ce n etoit pas assez de Violer sa foi publique ^
le sceau sacré des lettres, même ministérielles,
d attenter à la personne d'un magistrat, de l'enlever. publiquement au milieu de l'exercice des
fondions qui lui étoient confiéés par la coué
même, de le traduire en prison, & de lui infl
de
la cour, a qui jusques-là les ordonnances de ÙL
majesté en avoiént confié le dépôt & le régime.
Ce n etoit pas assez de Violer sa foi publique ^
le sceau sacré des lettres, même ministérielles,
d attenter à la personne d'un magistrat, de l'enlever. publiquement au milieu de l'exercice des
fondions qui lui étoient confiéés par la coué
même, de le traduire en prison, & de lui infl --- Page 416 ---
.. 340 ) truire son procès. Ce n'étoit pas allez de licencier les milices, de les reproduire, jàllS une
nouvelle forme , de forcer les chefs de ladministration du nord à faire prêter aux troupes
le serment national, avant qu'ils en eussent reçu
l'ordre. - Ce n'est pas assez de déclarer ouvertement qu'ils ne veulent point du plan de convocation de l'assemblée générale de la colonie ,
envoyé par. le miniflre de la marine, à la de--
mande même de nos député?. Ce n'étoit pas assez
- 'de sommer impérieusement le chef des finances
'de Saint-Domingue à leur en rendre compte , &
de lui prescrire même jusqu'à la' forme dans la
quelle il de voit le rendre. Il leur falloit pousser
l'esprit de révolte jusquau point de se rendre
enfin maîtres absolus des clefs de toutes les
cailles de, la comptabilité de la partie du nord
de cette colonie ; & c'est ce qu ils ont fait pat
un arrêté du 22 décembre dernier ; ils ont envoyé
çet arrêté au conseil supérieur , avec une lettre
a laquelle il seroit difficile d'assigner d'autre car
raétere que celui d'un libelle.— Des discours sé-
.ditieux, des motions incendiaires font la mariera
des délibérations de cette assèmblée dite provinciale du nord. — Ce malheureux esprjt d'insurrection , qui afflige la partie du nord, ne
doit peut-être sa cause qu'à L'impression vire
qu' a faite dans la colonie ,cet aveugle, enthousiasme de, l'humanité, qui en France a séduit
quelques esprits. Cette impression a çte le prétexte vrai ou faux de toutes les assemblées qui
se sont formées dans chaque, partie de la colo-r
rie -, & sans doute celle-du Cap, qui a aussi
étrangement étendu les, bornes de (es. pouvoirs
: * ;
du nord, ne
doit peut-être sa cause qu'à L'impression vire
qu' a faite dans la colonie ,cet aveugle, enthousiasme de, l'humanité, qui en France a séduit
quelques esprits. Cette impression a çte le prétexte vrai ou faux de toutes les assemblées qui
se sont formées dans chaque, partie de la colo-r
rie -, & sans doute celle-du Cap, qui a aussi
étrangement étendu les, bornes de (es. pouvoirs
: * ; --- Page 417 ---
( 341 ) Aa4 if a couvert Jes usurpations que- sous le motifs
spécieux de maintenir la tranquillité générale.
Si ce délire fanatique pouvoit s'accréditer, si.
des projets aussi odieux que nuisibles à l'intérêt
même de la métropole, pouvoient se réaliser ,
ils creuseroient bientôt le tombeau où seroit enfevelie la population de Saint Domingue. Le conseil superieur réclame , au nom de tous
les vrais citoyens, la protection de l'assemblée
nationale , pour détourner le coup fatal que -voudroit porter à la colonie l'assemblée illicite du
Cap. Son influence ne se soutient que par l'afcendant que lui donne la classe des gens mal intentionnés , -Se l'espece de terreur qu'ils savent
répandre autour d'eux ; mais heureusement l'esprit public , même dans. la partie du Nord,
n'est pas généralement corrompu, & le mal n'est
pas universel; La- partie faine de la colonie
gémit en secret , & vit encore à l'abri & sous
l'autorité des lois. Loin de tout esprit d'inno-
* ration , elle respecte l' ancien régime , Se se
soumet à l'observer julqu'à ce qu'il cede à une
constitution légale. — Ceux qui ont troublé le'
repos de la colonie , s'annoncent pour ne- reconnoître d'autres décrets que ceux- quiéma
nent. de votre puissance. Veuillez en. proclamerun qui les ramene à dès principes de sagesse & à
la soumission aux lois., & étendre vos généreux
travaux sur la colonie , & y rappeler l'ordre. & la
tranquillité. f -
A ce mémoire étoient jointes deux autre.
pieces. 1° La copie de la délibération de l'assemblée du Cap , du 22 décembre dernier. Il en
résulte qu'on n'a pu se procurer encore aucune --- Page 418 ---
( 342) connoissance la comptabilité de M. de Màrbois , pendant l'administration duquel tous-les
fonds de la province ont été dissipés ; que
l'assemblée a cru devoir prendre des mesures pour
empêcher ces vexations à l avenir -, sur quoi elle
a arrêté qu'il sera enjoint aux différe ns comptables de la. dépendance du nord , de remettre
aux comités de leur résidence, du premier au 20
janvier prochain , un double du compte qiU ils
doivent remettre; à cette époque à l'intendant, des
recettes & dépenses de l'année 1789 ensuite tous
les mois le double de leurs bordereaux de caisses y
signés par lesdits comptables, & qui seront vé-.
risiés par les commissaires des comités ; qu'ils ne
feront pasfer aucuns fonds provenans de la recette
de-la- partie du nord dans les autres parties de la
colonie , sans la permission de l'assemblée 'du
nord , qui se réserve de s'entendre, pour les secours respectifs avec les assemblées provinciales
de l'ouest & du sud—Que toutes les pieces de
le double de leurs bordereaux de caisses y
signés par lesdits comptables, & qui seront vé-.
risiés par les commissaires des comités ; qu'ils ne
feront pasfer aucuns fonds provenans de la recette
de-la- partie du nord dans les autres parties de la
colonie , sans la permission de l'assemblée 'du
nord , qui se réserve de s'entendre, pour les secours respectifs avec les assemblées provinciales
de l'ouest & du sud—Que toutes les pieces de dépenses seront visées par les commissaires des *
comités, avant leur acquittement ; pourquoi lefdits comptables seront contraints par corps. En
cas doppofition de. la .part du conseil supérieur
à l'execution du présent, l'assemblée déclare qu 'à
l'instar des cours souveraines de France, les fonctions dudit cohfeil sont circonscrites dans l'administration de la justice, & que tous les obiers de;
finances font réservés à la connoissance des assemblées provinciales. ' " '. f --- Page 419 ---
i 34J 1 " *"■ a 5
Lettre du comité provincial de la parti.
du nord, La féconde piece est la lettre du 23 décembre 1789 écrite au conseil supérieur de SaintDomingue. Elle est relative a la nomination à la
place du curateur aux vacances du Çap , faites
par cette cour. Voici l'extrait littéral de cette
lettre, / Le roi, MM. , en vous chargeant du foin important de nommer à diverses places de comptabilité , croyoit sans doute que la brigue & l'importunité agiroient moins puissamment sur une
cour de justice que sur des administrateurs isoles,
il vouloit affurer les droits du mérite & de la
bonne conduite , ainsi que la punition de la négligence ou de l'infidélité ; il ne vouloit suremenc
pas vous ménager un moyen d'enrichir vos familles
ni vous faciliter l'accès a toutes les caisses de la
colonie , ni gêner l'exercice rigoureux de vos
fonctions contre les comptables délinquans. On
peut citer assez d'exemples de l'abus que vous
avez sait du pouvoir de nommer aux places de
finances, pour en conclure que vous vous en êtes
fait une regle. 1°. Déplacement du sieur Plard,
curateur aux vacances de Saint-Marc, en 1786,
pour y substituer le sieur Chambelland, frere de
l'un des conseillers. 2°. Il fut fait une réunion
des deux caisses municipales en 1788 ; une place
de l'un de ces deux receveurs fut encore donnée au
sieur Chambetland, au préjudice du comptable
plus ancien de la partie du nord. 3°. La place
de receveur des oétrois aux Cayes est occupée
ur Plard,
curateur aux vacances de Saint-Marc, en 1786,
pour y substituer le sieur Chambelland, frere de
l'un des conseillers. 2°. Il fut fait une réunion
des deux caisses municipales en 1788 ; une place
de l'un de ces deux receveurs fut encore donnée au
sieur Chambetland, au préjudice du comptable
plus ancien de la partie du nord. 3°. La place
de receveur des oétrois aux Cayes est occupée --- Page 420 ---
( 344 > .. , par te parent du procureur général, successeur
du fleur Dubo is, parent de M. Dubois de Moligniere , alors votre confrere. 4°. La recette des
octrois au Port-au-Prince est dans les mains du
sieur la Biche , frère 'du conseille'r. 5°. Vous
avez remis la place de curateur aux vacances du
Cap, au sieur Juré, parent de M. Cottes 1 un de
vos confreres, quoique, ce sieur Juré foit telle -
ment incapable, qu'il n'a pu rendre son comprede la, recette des octrois, dont cependant on lui
avoit fourni le modele ; & ce au préjudice
du sieur Veyrier, ancien comptable délire par
la dépendance du cap, auquel vous n'avez offert
qu'une association qu'il a refusee. Cette réunion
des caines dans les mains des vôtres , est dangereuse. Nous sa von s qu'à la fin de 1 exercire'du sieur Bourdon , receveur des deniers muiiicipaiix - Ion ne trouva dans sa caisse, au lieu
des fonds qui devaient y être, que les bons du
president du conseil, qui efl: son pere. M. du
Commun n'a dû son fécond exercice qu' à la facilité qu'il avoi,t eue d'échanger les fonds de la;
caisse, contre les bons de MM. du consoil, &
de pareils effets remplissoient en partie le vide de
ta caille du sieur Gavalda. — Gratifications extraordinaires répandues sur vos propres membres. Le comité les menace de dénoncer tous ces
abus à l'assemblée nationale, & annonce que le
fleur Juré leur parent, ne doit pas compter
sur sa réception.
û son fécond exercice qu' à la facilité qu'il avoi,t eue d'échanger les fonds de la;
caisse, contre les bons de MM. du consoil, &
de pareils effets remplissoient en partie le vide de
ta caille du sieur Gavalda. — Gratifications extraordinaires répandues sur vos propres membres. Le comité les menace de dénoncer tous ces
abus à l'assemblée nationale, & annonce que le
fleur Juré leur parent, ne doit pas compter
sur sa réception. Cette importante question a été renvoyée atL
comité des rapports. Il me semble , à la simple lecture des pieces
du coseil de Saint-Domingue, , que cette cour --- Page 421 ---
(345) â des torts graves a se reprocher. On ne' faît
que trop à quel affreux degré de corruption sont
portées dans ce pays, où on ne connoît que
1 or , toutes les parties de la judicature &: dé-,
l'administration. Si la justice est active dans nos.
climats, elle dévore & absorbe tout ious ce
ciel brûlant ; le déprédateur, avili par les pillages
les plus criminels, semble purifier toutes les souillures de sa fortune., au passage du Tropique ;
& son opulence fait oublier, à son retour, les:
moyens souvent déshonorans dont il s'est serviIgnore-t- on que plusieurs fois les premieres places:
des colonies ont été conférées à d'es hommes
ruinés, pris dans les premieres classes ,' & quele gouvernement envoyoit dans ces climats pout
y rétablir leur fortune? Imaginez, s'il est poffible ,. les ravages de ces torrens, & la dureté d'un
regime, dont la cupidité étoit le principe. Un
sceptre de- fer pesoit sans cesse sur Je s in ai' heureux colons ; & si. les îles ont été si sou v en c
onéreuses à l'état,, e^est par les déprédations des.
, chefs envo-yés pour les régir-, & qui n'associoent
très- fréquemment leurs pouvoirs que pour protéger & couvrir mutuellement leurs rapines. Il
sera possible de raviver en France l'esprît public & le patriotisme, parce que l'européen est.
susceptible d'une énergie soutenue,. Mais le créole
subjugué par la mollesse du climat, ne soutiendra jamais sa liberté, à moins qu'il ne change
ses mœurs & son caractère.. Un effort rapide ,
un élan soutenu par un noble enthousiasme,
produira peut-être une révolution •, mais cette
premiere effervescence sera bientôt affoiblie- &
détruite par l'inertie morale 3. qui semble engoua
„ --- Page 422 ---
( 3 46 ^ dir cette atmosphere embrasée. En un mot, une
trop foible population exige un protecteur, &
-ce protecteur ne tarde pas à devenir un maître.
Telle est la -marche de la politique ; alors que
-devient la liberté , lorsqu'elle n'est pas affermie
sur les baies d'une puissance réelle ? Comité des finances. M. le marquis de Montesquiou a présenté
un décret concernant la réduction des dépenses
publiques; l'état des dépenses & -du service de
l'année 1790. Voici en quels termes ce décret
a été adopté. Décret sur les finances. « L'assemblée nationale a décrété &: décrete
ce qui luit ». A R T. 1er. « Il sera fait une réduction provisoire de
soixante millions sur le montant des dépenses
du trésor public, dont l'état est annexé au présent décret , laquelle réduction aura lieu à
compter du premier avril prochain». ART. 1 I. « L'assemblée nationale se réserve de statuer
définitivement & en détail sur chacun des arricles contenus dans ledit état annexé au présent
nationale a décrété &: décrete
ce qui luit ». A R T. 1er. « Il sera fait une réduction provisoire de
soixante millions sur le montant des dépenses
du trésor public, dont l'état est annexé au présent décret , laquelle réduction aura lieu à
compter du premier avril prochain». ART. 1 I. « L'assemblée nationale se réserve de statuer
définitivement & en détail sur chacun des arricles contenus dans ledit état annexé au présent --- Page 423 ---
( 347 ) decret, d après le compte détaillé qui lui en
sera rendu par le comité des finances & les
autres comités , de manière que la masTe des
dépenses ordinaires de l'administration générale
ne puisse excéder les bornes des dépenses prefcrites par l'article précédent, & qu'il ne puisse
être proposé, ni adopté à cet égard que des
réductions nouvelles ». ART. III. « L'assemblée nationale ordonne que le tableau des besoins de tout genre de l'année 1790,
& des fonds destinés au service de ladite année,
sera mis incessamment sous ses yeux par le premier ministre des finances ». * A R T. IV.. « Le comité des finances sera tenu de présenter , sous huitaine , à l'assemblée nationale ,
le projet de remplacement de la gabelle pour la
présente année». Il est impossible de mettre les colonnes de
réduction sous les. yeux du ledeur , & dont le
résultat précis monte à 60 millions 902 mille
huit cent trente-quatre livres. Voici une idée des
principales réductions. Sur la maison du roi, de la
reine, & de la famille royale, y millions. Sur celleg
des princes, y compris les enfans de M. le comte
d'Artois, plus de 3 millions. Sur le département
de la guerre & dépenses accessoires, plus de 14
millions. Sur les affaires étrangères , un million. sur ks pensions ? plus de 7 millions, sans --- Page 424 ---
" ( 348 ) y comprendre les autres réductions très-prochaines. Sur les dépenses imprévues, 2 millions
500 mille livres -, ajoutez à cela, pour les suppressions des haras, 814 mille livres ; plus 1413
mille livres pour celles des intendans & de leurs
bureaux, qui , comme chacun lait, travailloient
gratuitement pour le service de l'état, & qui se
distinguoient, ainsi que leurs subdélégues, par
leur déiintéreiTement ; enfin 817 mille livres
pour plantations- dans les' forêts, qui ont tou-,
jours été employées à la satisfaétion des grands*
maîtres j & pour le. bien du dbmaine., M. de Montesquiou a donné des espérances
très-confclantes sur les finances , en annonçant
qu'il n'y auToit d'embarras réel qu'en 1790. * M. Dupont a observé que cet embarras pouvoit être levé par une sage administration j quesans ce moyen, l'état des finances de la France
seroit déplorable , & avec ce moyen le plus
avantageux. : M. le comte de Mirabeau a parlé ssir ce décrec. Est-ce là, disoit- , rendre des comptes
à une grande nation ? Peut on les présentet
dans une forme plus inconvenable ? On ne vous
donne que des résultats. On vous dit froidement 4
j'ai tant \ il me faut tant. Mais je leur demanderai , pourquoi vous saut - il tant ? pourquoi dépensez-vous tant ? Quoi donc , le myP
tere impénétrable des finances ne sera-t-il que
l'objet particulier des confidences ministérielles
envers quelques membres privilégiés ? Il nous
faut -un état circonstancié des besoins de
Des détails seuls peuvent nous éclairer * la>
m^ invisible & non insensible de la dette
résultats. On vous dit froidement 4
j'ai tant \ il me faut tant. Mais je leur demanderai , pourquoi vous saut - il tant ? pourquoi dépensez-vous tant ? Quoi donc , le myP
tere impénétrable des finances ne sera-t-il que
l'objet particulier des confidences ministérielles
envers quelques membres privilégiés ? Il nous
faut -un état circonstancié des besoins de
Des détails seuls peuvent nous éclairer * la>
m^ invisible & non insensible de la dette --- Page 425 ---
.. 349 ) publique doit le développer à nos yeux. L'inquiétude & les besoins nous entourent ; nous
dormons avec sécurité, parce que l'on dort aux
pieds du mont Vésuve , & que nous hommes
en quelque façon acclimatés à ces désastres.
Le cheval de Caligula, sait consul, ne nous,
étonne que parce que nous n'en avons pas, été
les témoins. Savez-vous l'étendue des besoins
dç cette capitale ? La caisse décompte ayant
destiné aux pauvres un secours pécunaire , le
ïecenfe-ment approximatif des districts en a porté
le nombre à J20 mille. Sans doute la constitution réglera les finances ; mais ce sont les finances qui doivent soutenir la constitution. Faitesvous donc apporter avant tout fétat des besoins,
le budgey de l'année , Se que le ministre vienne
nous indiquer ses ressources & ses moyens. : (M. Barnave..) Je ne partage pas les .profondes terreurs du pré opinant -, notre situation
n'est nullement désespérée ; je me repose sur
1 immensité des valeurs qui font dans les mains
de la nation , sur la vente prochaine des biens
du clergé , sur le patriotisme des fiançois, &
sur le nouvel ordre de choses qui va ramener
notre ancienne préspérité. On ne peut sans injutHce acculer l 'assemblée nationale de ces mal-.
heurs, nés avant elle > & dont sa présence a arrêté les suites incalculables ^ je répondrai à ces.
çenseurs prévenus : Qu'a pu faire l'assemblée ,
qu'elle n'ait pas fait? N'a-t-elle pas accepté
avec empressement toutes les proportions utiles
au bien des peuples ? A - t-on des reproches fondés à lui fairé sur son zèle & son activité ? Eh I
pour qui travaillons nous ? N'est-ce p.a& pour --- Page 426 ---
( 350 5 . la félicité commune? Chacun de nos décrets ne
tend-il pas au fputien des finances? Nos succeifeurs recueilleront le fruit de nos travaux. Je
n'estime pas que vous deviez appeler le ministre , & invoquer, avant le décret , ses conseile
& ses ressourcës. Réglez la dépende publique
donnez - lui des bases à ses calculs , afin qu'il
puisse partir de principes invariables, M. Duport avoit proposé à ce décret un ,
amendement pour la suppression prochaine , &
le remplacement de la gabelle & de la partie
des aides à l'exercice. M. de Cazalès a observé qu'on ne devoit pas
ainsi composer piece- à piece le systeme des finances ; qu'il étoit nécessaire d'opérer sur un
plan général. Il a proposé la question préalable
sur l'amendement de M. Duport. - ,M. Anson a remarqué trës-sagement que les,
aides avoient encore quelque consistance j qu'il
ne falloit pas, avant la récolte, toucher à cet impôt , & le frapper, avant sa destru&ion, d'un discrédit dangereux.
'on ne devoit pas
ainsi composer piece- à piece le systeme des finances ; qu'il étoit nécessaire d'opérer sur un
plan général. Il a proposé la question préalable
sur l'amendement de M. Duport. - ,M. Anson a remarqué trës-sagement que les,
aides avoient encore quelque consistance j qu'il
ne falloit pas, avant la récolte, toucher à cet impôt , & le frapper, avant sa destru&ion, d'un discrédit dangereux. L'assemblée a admis la question préalable sur
les aides, & a ordonné qu'il feroit pourvu trèsincessamment' au remplacement de la gabelle.
Ne croyez pas cependant que les aides survivent
à l'assemblée actuelle. Non; c'est encore un bienfait
qu'elle réserve à la nation. Mais il faut remplacer,
& sur-tout, en attendant ce jour heureux, payer
cet impôt, comme tous les. autres, pour les besoins de l'état. Comité féodal. M. Merlin a fait la lecture des trois premiers --- Page 427 ---
( 3f 5 " 1 articles du titre fécond, qui ont été admis ainsi
qu'il suit. TITRE SECOND. Des droits seigneuriaux qui sont supprimeê
sans indemnité. ARTICLE PREMIER. '*< La main morte personnelle , réelle ou mixte ,
ain1i que la servitude d'originé, la servitude personnelle du possesseur des héritages tenus en mainmorte réelle , celle de corps & de poursuite, des
droits de taille & de corvées personnelles, d'échute , de vide-main, le droit prohibitif des aliénations & dispositions à titre de vente, de donations entre vifs ou testamentaires , & tous les
autres effets de la main-morre réelle, personnelle,
&: mixte , qui s'étendoient sur les personnes ou
les biens , sont abolis sans indemnité. ARTICLE II. « Néanmoins tous les fonds ci-devant assujettit
à la main-morte réelle ou mixte, continueront .
d'être assujettis aux autres charges, redevances ,
tailles ou corvées réelles , dont ils étoient précédemment chargés ». A R T I C L É, III. '« Lesdits héritages demeurerout pareillement
assujettis aux droits dont ils peuvent être tenus --- Page 428 ---
x 3 52 *) ; De riraprirosrie de De ûï ON Y ille , 1-790- 1 ' en cas de mutation par y ente , pourvu neanmoins
que lesdits droits ne fussent pas des. compontions
à la volonté du propriétaire du fief dont ils étoiént
mouvans, & que lesdits droits n excédassent peint
ceux qui ont accoutumé être dus par les héritages
non main-mortables s tenus en censive dans là
même seigneurie , ou suivant la coutume ". Monsieur Tronchet a fait une très-solide explication -de tous ces- articles , une longue
dissertation sur les main ' mortes. Mais on fent
que ce détail de jurisconsulte seroît ici déplacé;
-tous les possesseurs dc ces droits conn oissent parfaitement cette aride rhéorie', & les articles leur
serviront de principes pour se décider. ^ ' - M. Christin a défendu la franchise entière des
main-mortables mais le principe de la propriété
terrant à la concession primitive des fonds, à
fait admettre une indemnité avouée par la justices : Cette feuille paraît tous les matins au Palais
Royal, n° .14, chet GATTEY . Libraire ? où l'on
souscrit à raison de ) l. par mois pour F aris &
6 livres pour la Province > franc dz port. On fouserit aussi pour là ~Colul: ion du même
Courier , qui formera deux volumes depuis Couverture des Etats , à raison de 6 liv., & 8 liv. pour
ceux qui n'auront pas souscrit.
mettre une indemnité avouée par la justices : Cette feuille paraît tous les matins au Palais
Royal, n° .14, chet GATTEY . Libraire ? où l'on
souscrit à raison de ) l. par mois pour F aris &
6 livres pour la Province > franc dz port. On fouserit aussi pour là ~Colul: ion du même
Courier , qui formera deux volumes depuis Couverture des Etats , à raison de 6 liv., & 8 liv. pour
ceux qui n'auront pas souscrit. On prie MM. les abonnés , dont l'abonnement expire à la fin de février, & qui déseront le renouveller, d'en donner avis au bureau avant k premier
mars, aEn de n'éprouver aucun retard ; & MM. ies
abonnés qui ont été continués pendant le ^ mois de
février , sans avoir fart payer , sont aussi priés du le
faire avec le prochain renouvellement. --- Page 429 ---
C 3îl ) Tom. 1 V. B b N'°. XXV. COURIER DE MADON A L'ASSEMBLÉE NATIONALE. PERMANENT E. Séance dit Samedi matin 27 Février 1790. C'E S T bien à èe moment que lés détracteurs
l'assemblée doivent rendre hommage à fori
esprit de jultice & d'impartialité. Dans l'état dé
force où le patriotisme l'a élevé , elle n'abuse
point de sa victoire , ôc les communes prouvent 5
aux yeux de l'Europe entiere, qu'elles savent relpecter la propriété, après avoir détruit les abus.
Rapprochez l'article premier des arrêtés de la
nuit du 4 août, des articles déjà décrétés sur
les droits féodaux & censuels, vous serez bientôt convaincu que l'assemblée a su concilier ses
premiers décrets avec les droits légitimes des
seigneurs. Elle avoir anéanti entièrement le régime féodal -, elle avoit décrété que dans les
droits & devoirs, tant féodaux que censuels 5
ceuss qui tiennent à la main morte réelle ou' personnelle, & ceux qui les représentent, seroient
abolis sans indemnité , & tous les autres ràcherabies. Il ne falloit pas tirer de ce décret la conséquence que tous les droits & redevances atta- --- Page 430 ---
' ( 354 ) ches au fonds , & pour prix de leur conceliion,
feroient abolis sans indemniser les bailleurs primitifs. Toutes les conventions qui ne blessent
ni les lois ni les bonnes moeurs, doivent être
remplies avec un scrupule religieux. Il n'est pas
douteux que dans des temps trcs-anciens , la
force & la violence n'avent été la source de la
j
plupart de ces droits, qui, lous différentes dénominations, n'étoient que le prix de la protection du fort, pour asservir le foible. Mais la nuit
des temps couvre ces usurpations. Dénaturées
dans l'espace des siecies par des traités des
contrats ultérieurs, 'elles offrent aujourd'hui à
l'examen du législateur un aspect moins défavorable. Est-ce lur des présomptions résultantès
- -des monumens historiques, que l'on doit attenter à des propriétés qui ne résident plus dans
la main des premiers usupateurs ?
'étoient que le prix de la protection du fort, pour asservir le foible. Mais la nuit
des temps couvre ces usurpations. Dénaturées
dans l'espace des siecies par des traités des
contrats ultérieurs, 'elles offrent aujourd'hui à
l'examen du législateur un aspect moins défavorable. Est-ce lur des présomptions résultantès
- -des monumens historiques, que l'on doit attenter à des propriétés qui ne résident plus dans
la main des premiers usupateurs ? L'articie premier des arrêtée du 4 août est
renouvelé , étendu, & interprété par l'article
premier d-u titre 2 décrété hier. Mais par l'article 2 de ce dernier décret, l'assemblée continue d'assujettir les fonds aux autres charges,
redevances, tailles ou corvées réelles dont ils
-étoient précédemment grevés. Ainsi, par l'ari ». ticle premier, le législateur assure la liberté de
l'homme ; & par le second , sa propriété. En
-effet, la main-morte, assujettie à un service perionnel, pouvoit contenir d'autres clauses tombantes sur la propriété. Ces clauses ont pu être
les conditions irritantes de la jouissance. Or il
est certain que le seigneur qui a fait la concefsion originaire , a été le maître d'imposer au
tenancier des obligations sans lesquelles il ne lui --- Page 431 ---
,. f iïf J B b 2 auroit point trantmis la propriété de lhéritage.
Enfin, toutes les stipulations contraires à la
berté individuelle indiquées dans l'article premier , ont dû être abolies, & toutes celles permises par le droit civil ont dû être conservées. On a opposé que l'affranchissement auroit dû.
etre intégral, tant pour la personne que pout
les biens; que c'étoit aint1 que les arrêtes du 4
août l'avoient entendu , par l'abolition de la
main morte réelle ou personnelle sans indemnité.
Mais d'après ce systême ,ie main-mortable affranchi auroit été plus heureux que le censitaire j
car le même seigneur qui auroit concédé unà
meme teniire à deux preneurs, savoir, la moi<
tié au premier à cens, & au sécond l'autre
moitié en main-morre , auroit toujours les droits
utiles sur l'un , Se n'auroit plus rien à prétendre
sur 1 autre j ce qui répugne à l'essence de la consession Mais, insiste-t-on, qui prouvera que le se
gneur ait été originairement propriétaire de tous
ces terrains concédés? Peut-on présumer que
par exemple, le seigneur de Saint-Claude eii
1;r a n c h e -C omté, qui a 50 lieues carrées de sa.
perfide, ait appartenu à un seul propriétaire ,
qu'il ait grevé toute cette grande enclave de la mainmorte par des baililées fair collectives foit individuelles ? Je réponds; qui. pourra prouver le contraire î
car l'usurpation, fille dé la violence & de' la
tyrannie, ne se présurne pas plus que la fraude.
L 'obscurité des siecles est elle devenue un ritre
contre la possession ? Seroit-il juste d'enrichir
des tenanciers aux dép'ens du légitime acqué-
à un seul propriétaire ,
qu'il ait grevé toute cette grande enclave de la mainmorte par des baililées fair collectives foit individuelles ? Je réponds; qui. pourra prouver le contraire î
car l'usurpation, fille dé la violence & de' la
tyrannie, ne se présurne pas plus que la fraude.
L 'obscurité des siecles est elle devenue un ritre
contre la possession ? Seroit-il juste d'enrichir
des tenanciers aux dép'ens du légitime acqué- --- Page 432 ---
( 3 56 ) reur, d'une foule de droits dont la justice ne
proscrit pas l'exercice. Détruisez tout ce qui nuit
aux droits imprescriptibles de l'homme , c'està-dire, , à sa liberté. Mais toutes les conven-,
rions licites ne peuvent être anéanties que
par le concours spontané des volontés de toutes
les parties contractantes. Les hab-itans du Mont - Jura & tous les mainmortables du royaume n'ont rien dû attendre '
de l'assemblée, qui fut contraire à la justice éter-^
nelle à la raison ; lorsque tous les décrets
mettent toutes les propriétés au niveau censuel,
conservent des charges & redevances licites,
dont l'illégitimité n'en: pas démontrée par le repevable i lorsque ce redevable allégué , sans le
justifier , que le seigneur n'étoit pas propriétaire
de l'héritage concédé, &: que toutes ces institutions font l'ouvrage de la force -, le légiflateur ne peut écouter ces considérations gêné- *
raies , & l'équité seule doit dicter ses jugemens. C'est d'après ces principes que les ades _
'd'affranchissement ont été réduits , quant aux
prestations y contenues, aux droits usités dans
la seigneurie , ou établis par la coutume , relativemenr aux fonds non main ~morrables tenus \
en censive. Telle est la substance de l'article 4
décrété aujourd'hui, & dont la discussion a seule j
rempli la séance. 1
Je. n'entrerai pas sans doute dans le détail «
immense & souvent inutile des débats qui se
font élévés sur cet article , je me contenterai,
pour l'instru£tion du lecteur , de lui remettre
iaus les veux cet: article, meme après l'extrait
" " " ' l --- Page 433 ---
• ï 35*7 ) [texte_manquant] Sa rapport fait par M. Merlin, dont le travail
mérite des éloges. Extrait du rapport sur l'article 4 du
titre secund. L'article que nous, avons en ce moment à
vous proposer, exige le plus important examen.)
L'exposition des motifs qui l'ont fait adopter
par le comité ,-fixera votre opinion. Vous avez , par votre décret du 4 août 4
aboli non - seulement la main- morte réelle, mais;
encore les droits qui la représentent. Je ne parle
pas de la main-morte personnelle, parce qu'ib
nen est pas question dans cet article. Ainsi t&us les droits qui représentent: la ~mammorte réelle 'sont supprimés; & si nous vetiions'
vous proposer de faire revivre des droits de
cette espece , vous seriez fondés à nous dire que
nous avons excédé les bornes de notre mission.
De quel Suroît s'agît-il donc dans l'article proposé ~'(H Des droits représentatifs dès. : la mainmorte ? Non Et 'pour vous prouver qu'en effet
ils ne la représentent pas, "je vous prie de remarquer la grande différence qu'il y a à cet égardS
dans - un acte d'affranchissement de la mainmorte réelle entre une stipularion dé droits qui
affectent la personne , & une stipulation de
droits purement fonciers. ••■
bornes de notre mission.
De quel Suroît s'agît-il donc dans l'article proposé ~'(H Des droits représentatifs dès. : la mainmorte ? Non Et 'pour vous prouver qu'en effet
ils ne la représentent pas, "je vous prie de remarquer la grande différence qu'il y a à cet égardS
dans - un acte d'affranchissement de la mainmorte réelle entre une stipularion dé droits qui
affectent la personne , & une stipulation de
droits purement fonciers. ••■ Lorsque par l'acte d'affranchissement d'une
main-morte réelle le seigneur s'est réservé des.
droits sur la personne de son main- mortable,
il efc vrai 'de 'dire que le main - mortable n'est --- Page 434 ---
( «8 ) pas entièrement affranchi , puisque sa personne
demeure sujette a des droits auxquels la nature
ne l'avoit pas soumise , & que cette sujettion est
un reste de servitude ou main - morte -, donc
les droits qui sont 1 objet de cette sujettion représentent véritablement la main-morte ou fervitude ; donc ces droits sont évidemment (compris dans votre décret du 4 août ^ donc ils font
évidemment supprimés sans indemnité.. Mais lorsqu'en étcignant une main. morte
réelle le seigneur se réserve sur l'héritage mainmortable des droits qui ne - touchent pas la per-
. sbnne & n'affectent que le fonds , tel qu un.
cens & un droit de lods & ventes , dans cecas il se fait une opération toute différente ; la
main-morte alors disparoit absolument, il, n ea
reste plus aucune trace , & les droits réservés
par l 'acte qui l'a fait évanouir , ne la représentent pas. Ceci paraîtra peut-être,, au premier abord , un.
paradoxe; mais j'en appelle;à tous les jurisconsultes qui éclairent & honorent cette assemblée;
je les supplie de suivre un instant aveç: moi le'
fil des principes qui ont dirigé dans cette matière
la marche de votre comité; & bientôt, j'ose le
croire , ils consacreront, par leurs suffrages, une
opinion que votre comire ne vous présente par
mon .organe, qu'après le plus mûr examen. 1
D'abord je prie qu'on veuille bien , pour un
moment, sopposer avec moi un fait que j'ai déjà
remarqué n'être pas universellement reconnu
dans l'assemblée , mais sur lequel je me reserve
de revenir & de m 'expliquer. jGe to cil: que la main-morte réelle provient
< --- Page 435 ---
( 3W ) :B b i d une conceliion, c est-à-dire, ou d'une donation , ou d une vente, ou de toute autre aliénation que le seigneur. a faite au profit d'un individu quelconque , & a laquelle il a opposé la
condition que celui-ci tiendroit l'héritage en
main-morte ou en d'autres termes, qu'il ne
pourroit ni le vendre, ni le donner sans le consentement du-seigneur, ni le transmettre à des
héritiers avec lesquels il n'auroit pas vécu en
communauté jusqu'au dernier soupir.
'une donation , ou d une vente, ou de toute autre aliénation que le seigneur. a faite au profit d'un individu quelconque , & a laquelle il a opposé la
condition que celui-ci tiendroit l'héritage en
main-morte ou en d'autres termes, qu'il ne
pourroit ni le vendre, ni le donner sans le consentement du-seigneur, ni le transmettre à des
héritiers avec lesquels il n'auroit pas vécu en
communauté jusqu'au dernier soupir. En admettant donc que tout fonds mainmortable soit sorti primitivement du patrimoine du seigneur pour être- tenu de lui en
main-morte, personne de vous, ne contestera
qu un seigneur propriétaire d un fonds a été originairement le maître de le concéder en censive plutôt qu'en, main-morte. Il n'est pas
moin? constant qu après avoir fait une concession primitive en main-morte 5 il a pu , de -concert avec son main mortable, résilier le, contrat
fait entre lui & ce dernier , reprendre son
fonds, & par ce moyen le décharger de la
main-morte, — Il est, certain encore qu'après
çe resiliement-, & redevenu propriétaire de son
fonds, il a pu faire, aveç son ci devant mainmortable, un-nouveau contrat, & lui rendre le
fonds pour le tenir dorénavant en censîve. Or, voila précisément ce qui s'est fait entre
le seigneur & le main-m or table , lorsque le premier a délivré le fecond de la main-morte ,
moyennant un cens ou un droit de lods ôc
ventes, A la vérité, le seigneur n'a pas dit textuellement : je reprends l'héritage que je vous.
avois concédé j & le. main-mortable n'a pas --- Page 436 ---
( 360 ) dit en propres termes : je vous rends l'héritage
q-ue je nens de vous en main-morte. A. l i vérité , le seigneur n'est pas rentré réellement &
çorporelleme t en possession de cet héritage, &
le main-mortable n'en a pas été dessaisi de fait,
A là vérité j le seigneur n'a pas fait expressément
une nouvelle conceilion au ci devant main-mortable , & celui ci n'a pas été , par une stipulation explicite' directe, réinvesti de ce fonds.
Mais tout cela s'est fait, ou plutôt esc censé s'être
faitvpar une sorte d'opération tacite, qu'on appelle en droit ficto br evis manûs ; fiction qui,
pour abréger & éviter un circuit inutile de tésiliement, de retrocession & de tradition nouvelle suppose que l'héritage , sans sortir des
mains du main morraMe est: rentré dans celles
du seigne u r , & que celui-ci l'a ensui te concède
de nouveau en censive. Les exemples de cette fiction sont trèscotnmuns dans le. droit. Ainsi pour que je devienne
propriétaire à titre d' achat d'un héritage que
vous nrayiez ci-devant donné à bail, il n 'est
pas nécessaire que je commence par rétablir
* dans vos mains cet héritage , & que vous m'en
fassiez une tradition de propriété. En demeurant
en possession du bien, j'en deviens propriétaire
par le seul effet de là siction brevis manûs, qui
suppose de ma part u'ne récrocession de ma jouissance à titre de fermier, & de votre part une
tradition de propriété subféquenre à cette rétrocession.
vous nrayiez ci-devant donné à bail, il n 'est
pas nécessaire que je commence par rétablir
* dans vos mains cet héritage , & que vous m'en
fassiez une tradition de propriété. En demeurant
en possession du bien, j'en deviens propriétaire
par le seul effet de là siction brevis manûs, qui
suppose de ma part u'ne récrocession de ma jouissance à titre de fermier, & de votre part une
tradition de propriété subféquenre à cette rétrocession. la matiere des fiefs & censives offioit journellement, avant la de fl ru et ion du régime
de, des exemples semblables de la Étôioo brevis --- Page 437 ---
, ( 61 ) manûs. Tous les jours. en effet, il se faisoit des
conversions de fiefs en censives, ou de censives
en fiefs. Or comment se faisoient-elles? Fallait-il
que pour convertir un fief en censive , le vassal
temît son héritage entre les mains dé son feigneur, & que celui-ci 'le lui concédât de nouveau à titre de cens f Falloit il que, pour coftvertir une censive en' fief, le censitaire la remît
entre les mains de son seigneur , & que le seigneur l'en investît de nouveau pour en jouir
a, titre de fief ? Non. La fiction brevis manûsfuppléoit à ce circuit d'action. Le fies devenoit
censive & la censive devenoit fief par la seule:
intention simultanée du seigneur & du tenancier d établir l'un & l'autre une innovation;
animo novum statutum rei inducendi ^ dit Dumoulin , sur l'article 15 de l'ancienne coutumede PâriS. C'est cette marche qui a été suivie • c'est cette
regle qui a été observée dans les traités quiont substitué la tenure censive à la. tenure eti
main-morte. Le main-mortable n'a pas rétrocédéexpressément à son feignent l héritage qu'il tenoit
en main-morte, mais le tolt s*est opéré pat:
1 effet de la fiélion , qui imprime au fief la
qualité de censive, & à la censive la qualité d&
fief. Je demande maintenant si sous prétexte de
f abolition des droits représe-ntatifs de la mainmorte , le seigneur qui a ci-devant converti ses
main-mortes en censive, pourront être aujourd 'hui dépouillé des droits de cens a de fods *
qui remplacent actuellement dans. ses mains la
main-morte & les droits qu'élis produisit;.
f
1 effet de la fiélion , qui imprime au fief la
qualité de censive, & à la censive la qualité d&
fief. Je demande maintenant si sous prétexte de
f abolition des droits représe-ntatifs de la mainmorte , le seigneur qui a ci-devant converti ses
main-mortes en censive, pourront être aujourd 'hui dépouillé des droits de cens a de fods *
qui remplacent actuellement dans. ses mains la
main-morte & les droits qu'élis produisit;.
f --- Page 438 ---
. «.
( 362 ) réponds qu'il ne peut pas l'être ; que votre pouvoir ne s'étend pas jusques-la : ma raison est
iimple, c'est que les droits fonciers qui, dans
1 hypOthese proposée, grevent actuellement l'héritage ci-devant main-monable , ne sont pas
représentatifs de la main-morce, Et en effet , dans cette hypothèse % la mainmorte a été abolie par le résiliement qui a été
fait entre le seigneur & le main-mortable , de leur
contrat primitif; dès-lors le seigneur & le cir
devant main-mortable ont fait ensemble une nouvelle convention ; mais peut-on dire que cette
nouvelle convention soit représentative de Tan-
"• cien état des choses ? Lorsqu'un vassal convestissoit son fief en censive , on ne pouvoit pas
cure que îa censive repréfènrât le fie si N'auroitil pas été ridicule d'avancer que les. droits censuels, auxquels l'héritage devenoit par-là soumis,
fussent représentatifs des droits féodaux , dont
il étoit précédemment grevé? De même si après ■'
m avoir loué une maison , vous en rompiez le
bail , d'accord avec moi , pour me la vendre ,
rrès-certainement le contrat de vente ne représenteroit pas le contrat de bail \ seulement il" "
seroit vrai de dire qu'il n'existe plus de contrat
de bail entre nous , & que vous m'avez vendis
votre maison. Peut-être viendra-t-on dire, sous un autre
point de vue , que cet article , juste en lui,
mcme , ne doit cependant avoir [on. application
qu'aux héritages qui seront prouvés par les titrer
primitifs avoir été autrefois concédés en mainmorte? Mais cette objection, déjà refutée hier ,
tie méritera pas aujourd'hui de nouvelle réponse. --- Page 439 ---
( 363 ) A oici 1 article proposé par le comité, & qui a été
décrété. ART. IV. « Tous. les actes d'affranchissement par fef-
» quels la main-morte réelle ou mixte aura été
» convertie sur les fonds ci-devant affectés de
» cette servitude, en redevances foncières & en
» droits de lods aux mutations , feront exécu-
» tés selon leur forme & teneur , à moins que
», lesdites charges & droits de mutation ne se
trouvaient excéder les charges & les droits
» ujités dans la même seigne urie, ou établie par
» la même coutume , relativement aux fondé
» non main-rnortables, tenus en censive », M. Cochard a parlé , entre autres, avec beaucoup de force & de solidité pour l'extinction dç
ces redevances. •' \ La, cause de l 'erreur , diroit-il , dans laquellç
est, tombe le comité féodal , vient de la confusion
quil a faite des pays allodiaux avec -ceux où
l'on invoque la maxime ,, nulle ter e sans seigneur. Les main-mortes réelles & personnelles se
sont alTez généralement répandues dans la BrefTq
& les deux Bourgognes. Cependant ces provins
çes étaient allodia-les. La nécessité de la fuppreffion totale de ces redevances dérive encore dg
principe que la main - morte étoit simplement
personnelle , quelle n'avoit frappé sur les choses
que par rapport aux personnes.
l'on invoque la maxime ,, nulle ter e sans seigneur. Les main-mortes réelles & personnelles se
sont alTez généralement répandues dans la BrefTq
& les deux Bourgognes. Cependant ces provins
çes étaient allodia-les. La nécessité de la fuppreffion totale de ces redevances dérive encore dg
principe que la main - morte étoit simplement
personnelle , quelle n'avoit frappé sur les choses
que par rapport aux personnes. - La cession originaire des terres,, avec le droit
de réversibilité en ças de mort sans enfans ou
parens communs , n'étoit que le voile de J'op
pression a le prétexte toujours subsistant d'un droit --- Page 440 ---
( ^4 ) oppresseur qui rendroit la propriété précaire Se
incertaine. C'est dans le temps des guerres désastrueufes
des enfans Je Charlemagne , que ces droits
odieux prirent naïssance. Ce grand prince laissa
un empire divisé entre des enfans sans énergie,
qui déchirerent ce précieux héritage. C'est à cette
époque que cessa le pouvoir' municipal que les ronains avoient respecté dans leurs conquêtes des
Gaules; c'est à cette êqoque que l'hérédité des
fiefs & la' patrimonialité des justices fut établfé
sur les ruines de la puissance publique , & que
la liberté fut anéantie. Ici commença le regné
odieux de la Servitude & de ces main - mortes,
qui, en dégradant la dignité de l'homme, attestent les vexations de ces anciens seigneurs. Les
choses resterent en cet état jusqu' en T 549. Alors
la puissance formidable de Charles V ne fit qud
consolider les usurpations seigneuriales. II rendit
une ordonnance sur le recés de états de la Franche-Comté, qui aflimiia les gens francs aux posfesseurs de, biens main-motables pour leur fuccesfibilité & leur disponibilité. Dès-lors les échutes
se multiplierent à 1 infini , Se les seigneurs firent
des concessions nouvelles à titre de main morté. Le' parlement de Franche-Comté perpétua cëâ
anciens abus par sa jurisprudence. L'es dauses d'affranchissement ne doivent pas lé*
gitimer des redevances qui prennent leur source
dans le titre main - mortable , & sans que des
/ concevons ,de fonds en aient été généralement
îe principe. Ainu ces prestations représentatives
ne sont pas plus légitimes 'que' la main - morte
elle-même. Si dans la Franche-Comité te main- --- Page 441 ---
( 365 ) motte eut été d une jurisprudence usuelle & généraie, on n'auroit pas eu besoin d'une loi pour
en étendre les effets ; mais les seigneurs , voulant anéantir la franchise de la province de Fran.
che-Comté , invoquèrent l'autorité d'un monarque impérieux, qui, ne connoissant que le despotisme pour regle de son gouvernent, favorisa
celui des seigneurs : tel étoit l'usage.
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( 365 ) motte eut été d une jurisprudence usuelle & généraie, on n'auroit pas eu besoin d'une loi pour
en étendre les effets ; mais les seigneurs , voulant anéantir la franchise de la province de Fran.
che-Comté , invoquèrent l'autorité d'un monarque impérieux, qui, ne connoissant que le despotisme pour regle de son gouvernent, favorisa
celui des seigneurs : tel étoit l'usage. Enfin , MM. , considérez que vos décres du
4 août ont répandu la joie dans toutes les provinces. Les peuples se sont persuadés que la
main-morte & tous les autres jdroits représentatifs , étoient anéatis par l'article Ier. de ces arrêtés. Comment détruirez -v ous leurs espérances ï
Pourriez-vous les ramener sous un joug que votre bienfaisance & votre justice ont briié sans
retour ? MM. Tronchet & Goupil ont répondu , en
discutant dans une forme plus étendue les principes consignés dans le rapport du comité. Ils '
ont sur-tout établi que l'ancienne résolution de
la baillée avoit été un acre généreux de la part
des seigneurs qui auroient pu rentrer par droit
d'échute ou de retenue dans l'héritage concédé.
Peut-on sen efset légitimement contester une re-,
devance indépendante dans sa création de la servitude main-mortable? ? L'erreur ;dans laquelle
tous les opinans ont été entraînés , consiste en
ce qu'ils ont amalgamé perpétuellement ces redevances avec le contrat de main - morte •> qu'ils
ont cru que la main-morte étoit le seul principe'
de leur stipulation, & qu'elles en étoient repréTentatives. Mais cette confusion d idées est contraire à la nature de tous ces contrats. L'assem- --- Page 442 ---
( i66 ) blée a aboli les servimdes destructives de la
liberté individuelle : voilà l'esprit de sôn décret
du 4 août ; mais on ns pourroit supposer qu' elle
eÚt conçu le projet d'attenter aux droits & propriétés , qu'en la supposant en même temps
injuste. Si dans ce noble énthousiasme de la h dit
du 4 août, & la rapidité dès arrêtés qui ont été
la suite de cette nuit mémorable, l'assemblée eût
blessé les droits du moindre des citoyens , elle
devroit s'empresser de réparer cet oubli. Dunod, jurisconsulte Francomtois, , attelle qu'il a vu une
multitude de titres de main morte attachés à des
concevions territoriales avec d'autres préstations;
là main-morte ne subsiste plus, mais les préstations
distinguées dela main-morte, n'éroient-elle pas des
clauses légitimes , & dont nulle puissance n'a lô
droit d'arrêter l'exécution ? En un mot il n'est
pas plus poilible de taire cesser ces redevances ,
stipulées il y a plùsieurs siecles dans des actes
d'affranchissement, que de forcer les seigneurs à'
rendre les héritages dans lesquels ils sont ancien..
nement rentrés, pour n'avoir par voulu consentir des afftanchissemens (i).
-elle pas des
clauses légitimes , & dont nulle puissance n'a lô
droit d'arrêter l'exécution ? En un mot il n'est
pas plus poilible de taire cesser ces redevances ,
stipulées il y a plùsieurs siecles dans des actes
d'affranchissement, que de forcer les seigneurs à'
rendre les héritages dans lesquels ils sont ancien..
nement rentrés, pour n'avoir par voulu consentir des afftanchissemens (i). ' Voila les raisons qui ont fait admettre l'article proposé par le comité , sans y sàire aucun
changement. M. Lapoule avoit voté par amendemenr peut
ajouter le mot particulier après celui d'affran -
chissement, par opposition aux affranchissemens '
accordés aux communes. (i) Ces matieres sont bien (éricuCes ; le leiteur qui saura apprécier ce travail, sera content de ces discussions. " --- Page 443 ---
( 367 ) M. Merlin a répondu que ces affianchiflb.
mens individuels, ou ceux faits aux communes,
supposoient les uns & les aut-res une concession
primitive faite à un particulier ou à une corn.
munauté , & que tous devoient se régler par
les mêmes principes & les mêmes formes. Au moment de la clôture de la séance, un
inconnu a fair appeller M. de Biozat, l'un des
fecrutaires , & lui a remis trois billets noirs ce
la caisse. Ce trait de patriotisme est digne d'adv miradon ; il prouve le retour de l'esprit public
si néceŒaire pour le retour de la prôspérité ,
qui fait fhile 1 objet des travaux de l'assemblée. SÉANCE D U SAMEDI SOIE. Des dons patriotiques & des adresses ont rempli la
majeure partie de cette séance. Le comité des domaines a présenté le décret suivant
qui a été adopté, & dont la lecture fufEra3 sans autre
détail ultérieur. Décret. « L'assemblée nationale , instruite qne quelques adjudicatair es de bois situés dans la Lorraine allemande ,
éprouvent des difficultés pour L'exportation de ces bois
à L 'ét ranger, quoique la faculté leur en ait été accorleurs adjudications , a décrété & décrété que
jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la liberté ou sur la
défence de 1 exportation desdits bois, d'après les demandes & lenfeignemens des assemblées administratives de
a province , la liberté de l 'exportation doit continuer
avon lieu dans la Lorraine allemande ; renvoyé les
confcquences au pouvoir exécutif pour procurer l'exécution des adjudications subsistantes ». M. de Castellane a Fait lecture du projet de décret
concernant L-s lettres de cachet. Il contient oeuf ar- --- Page 444 ---
{ 368 ) ticles ; mais Ces dispositions, avec lé préambule , font
trop étendues pour les insérer dans cette feuille. D ail-
' leurs cette insertion seroit un double emploi , puisqu'aucun des articles n' a été décrété. Il seroit même
inutile fie donner l'extrait de discussion faite par
M. l'abbé Maury & des réponles de M. Fréteau. On
ne peut apprécier le mérite de ces observations , qui
tombent sur toutes les parties du décret. A ce moy en
il fera plus convenable de differer l'impression de ce
décret, pour en faite un enfeuible avec les débats.
seroit un double emploi , puisqu'aucun des articles n' a été décrété. Il seroit même
inutile fie donner l'extrait de discussion faite par
M. l'abbé Maury & des réponles de M. Fréteau. On
ne peut apprécier le mérite de ces observations , qui
tombent sur toutes les parties du décret. A ce moy en
il fera plus convenable de differer l'impression de ce
décret, pour en faite un enfeuible avec les débats. MM. Moreau de Saint - Méri & un autre membre
ont proposé chacun un autre projet de décret , qui jufqu'à ce moment n'ont pas paru remplir les vues de
l'a sse mb lée C * M. Charles de Lameth a observé que la phrase prononcée par M. Biin dans la seance de lundi zz février
( N°. XX ) , avoit été répandue avec une affectation
maligne dans plusieurs provinces \ que les circonstances en avoient été enderemènt dénaturées ; qu 'on avoit
écrit dans les mêmes intentions aux régimens. Le seul
but de ces insinuations perfides cil sans doute d'indilposer l'armée contre l'assemblée nationale. Rien ne
peut égaler la perverse noirceur de ceux qui forment
de pareils projets. Il est bien inconcevable qu'il se
trouve toujours des gens mal intentionnés qui se fallent
un jeu cruel du trouble & de la discorde M. Blin est
un citoyen estimable , bien au dessus de ces inculpations. La minorité a été la plus empressée à adoptet
l'explication qu'il à donnée sur le champ des expresfions inconvenables échappées à la vivacité. La majorité n'a prouoncé un decret bien rigoureux que pour
prouver son extrême impartialité. Quel nom donner à
ces hommes inquiets^ in rigums , qui, rapprochant les
faits relatiss à M. Dubois de Crancé , voudroient perfuader aux militaires que 1 assemblée ne les honore
pas de l'estime qui leur est due ? Demain dirnaucht; ( l'assemblée s 'occupera du rapport du comité militai e & de l'organisation de l'armée. C'est en faisant le birn que l 'assembléce détruira
plus efficacement les manœuvres toujours aaives des
ennemis du bien public. --- Page 445 ---
( » 5 Tom. Y. . A N°. Ier. COURIER DE MADON, A L'ASSEMBLÉE NATIONALE > PERMANENTE. Séance du lundi Ier Mars o N n'a point aujourd'hui discuté les queftions élevées relativement aux noirs, sur les demandes de XnrmSo ~ totique bordeloise &
des citoyens. Le comité des rapports n'a pu ^
dans un délai si court , rendre compte de son
opiriion sur une matiere aussi importante. C'est
sans doute la cause de l'humanité & de la juftice. La liberté est le premier bien, & nul contrat
ne peut transférer à un homme la propriété de
ce droit aussi inaliénable qu'imprescriptible. Cependant la premiere époque de l'esclavage remonte presque au berceau de l'univers. Celui
qui fut reconnu fort devant le seigneurs i ), bâtie
une ville , répandit la terreur , commanda en despote , & s'entoura d'esclaves. Toutes les nations
ont imité ce coupable exemple. Les esclaves
é est le premier bien, & nul contrat
ne peut transférer à un homme la propriété de
ce droit aussi inaliénable qu'imprescriptible. Cependant la premiere époque de l'esclavage remonte presque au berceau de l'univers. Celui
qui fut reconnu fort devant le seigneurs i ), bâtie
une ville , répandit la terreur , commanda en despote , & s'entoura d'esclaves. Toutes les nations
ont imité ce coupable exemple. Les esclaves (1) Fortis coram domino, Genes. --- Page 446 ---
U l fermoîent une partie de la magnificence & cb
la mollesse asiatiques, de de la richesse de toute
les nations. Tous les conquérans vendirent ,
comme des troupeaux, les peuples vaincus. Tel
étoit le droit public. Les Spartiates, dont on
vante l'équité, furent les maîtres les plus cruels
a l'égard de leurs ilotes. L'histoire atteste que
les Ephores firent égorger deux mille hommes
de la jeunesse choisie de ce peuple malheureux
( i ), après les avoir conduits au temple couronnés de fleurs. Telle étoit leur politique sanguinaire. Plutarque atteste qu'il étoit défendu
aux Ilotes de chanter lés poésies d'Alcman &
de Terpandre, dans ,la crainte de leur inspiïer l'amour de la gloire & de la liberté (2).
C'est ainsi que chez toutes les nations l 'humamité fut outragée, & que les peuples imbécilles
courbèrent honteusement la têce sous le joug de
j'eppression & de l'avarice. Ne préjugeons pas. néanmoins cette question
mémorable, où l'art des orateurs doit s'épuiser,
dont la discussion se terminera peut erre par
un ajournement indéfini , ou par le renvoi à la
prochaine législature. ( 1 ) Thucydide , liv. 4 , chap. 80. = Diôd. Sic.
liv. 12 , page 117. ( x ) Plut. in Lyc. ) tom. i , pag. 5,7. Les Ilotes
étoient pas , à proprement parler, des enclaves , mais
' des espèces de serfs attaches à la glebe. Ils accompagnaient les Spaftiates dans les combats ; eux seuls
exerçoient les arts & métiers : leTpartiate n'étoit qae
guerrier, --- Page 447 ---
[texte_manquant] - A x Quelques personnes penfenc que cette grande
difficulté n'a été suscitée à la législature actuelle,
que pour compromettre 4a confiance dont elle
jouit dans 1 efpric des peuples, & sur-tout dans
le commerce. On lui offre cette singuliere alternative. Si elle ordonne l'affranchissément des
noirs, elle renverse la fortune des colons , des
planteurs, & des' négocians ; la perte des co-'
lonies est inévitable v le commerce est ruiné ;
plus de roo mille françois périssent de misere
& de faim ; l état perd des ressources commérciales , qui font une grande partie d'e sa splendeur; les nations étrangères , & surtout nds'
rivaux se rejouiront de cette faute impolitique,
& s enrichiron' de nos erreurs. Le contrecoup
de cette affreuse se.cousse ébranlera le royaume
entier, &: la liberté de la France est menacée
si elle eft* séparée de ses colonies. Voilà un
foible extrait des raisonnemens de ceux qui font
les partisans de la traite. Ils y ajoutent la violation criminelle de la propriété des colons
qui ont acheté leurs noirs fous la foi publique
& sous l'autorité des lois , qui, en instituant un
code particulier, appelé le code noir, ont dès
ce moment sanctionné l'esclavage.
royaume
entier, &: la liberté de la France est menacée
si elle eft* séparée de ses colonies. Voilà un
foible extrait des raisonnemens de ceux qui font
les partisans de la traite. Ils y ajoutent la violation criminelle de la propriété des colons
qui ont acheté leurs noirs fous la foi publique
& sous l'autorité des lois , qui, en instituant un
code particulier, appelé le code noir, ont dès
ce moment sanctionné l'esclavage. Si l'assemblee refuse cet affranchissement mille
écrits .vont, répéter qu'elle est en contradiction ;
avec ses principes, avec' droit* de l'homme ;
& qu'elle a deux mesuses pour peser la liberté
individuelle. ' Si elle diffère à une autre législature, se commerce de la France & les colonies se plaindront
amerement de l incertitude cruelle de leur situation. La traite languira , &: les bâtimens negiers --- Page 448 ---
(4).. relieront dans nos ports, tandis que les anglois
continueront leurs importations de noirs, & enleveront 4 par leurs échanges, toutes nos denrées
coloniales. Si nos planteurs n'osent pas. acheter
des esclaves , la culture sera considérablement
diminuée , & le produit des colonies , qui ne
s'augmente & ne se conserve que par le lang 8c
les tueurs de l'africain, sera bientôt détruit. Qn
dira encore que -l'assemblée n'a pas eu le courage
d'aborder cette question. En un mot, on se prépare à su sciser dans nos colonies une révolution
déjà ébauchée, si la décision de. 1 assemblee n'est
pas suffïsante pour concilier les intérêts majeurs
du commerce & les droits sacrés de la propriété. La philosophie tonne en faveur de la liberré -,
elle ne peut croire que les anglois nous aient
préparé cette contestation mémorable , pour nous
dépouiller , si 1 humanité la décide. Cette rusee
-déplorable est indigne-d'une grande nation
le doreur Clarkson est un sage qui n a point
certainement colludé avec M. Brissot de Varville,
pour égarer les délibérations de l'assemblee. On
ne voit pas que cette difficulté tient nécessairement
à- la, constitution des colonies , foit qu elle dût
être, faite par les colonies elles-mêmes , ou par
l'assemblée nationale de France. Ainsi la discussion
& le jugement en étoient inévitables. Si cet affranchissement a lieu, sera-t-il graduel, successif, ou Qpéré le même jour sur tous
les noirs ? La nation indeminisera-t-elle les propriétaires , & comment? Quelles précautions
pourra-ton prendre pour que cettc liberté ne
devienne pas funeste aux blancs & aux noirs i
/ --- Page 449 ---
( ; > A 2 bu, pour mieux dire, quelles, seront les suites
de cette délibération , sur laquelle ON RÉPAND
QUE NOS- RIVAUX AURONT TANT D'INFLUÈNCE ? Entendez vous cela? les suites en font
, incalculables. La France, pour prendre un parti
définitif, se concertera-t-eile avec toutes les autres
pissances Il saut attendre la solution de ce
problème. ,
& aux noirs i
/ --- Page 449 ---
( ; > A 2 bu, pour mieux dire, quelles, seront les suites
de cette délibération , sur laquelle ON RÉPAND
QUE NOS- RIVAUX AURONT TANT D'INFLUÈNCE ? Entendez vous cela? les suites en font
, incalculables. La France, pour prendre un parti
définitif, se concertera-t-eile avec toutes les autres
pissances Il saut attendre la solution de ce
problème. , L'assemblée, voulant terminer les matieres
féodales, a arrêté que la leéture des pieces relatives à la colonie de Saint Domingue seroit
différée , avec d'autant plus de raison, qu'elle -
doit concourir avec la délibération sur la traite
des noirs. M. Merlin a continué de présènter les articles
du titre sécond, sur les droits seigneuriaux
supprimés sans indemnité. ~ Avant de mettre ces articles sous vos yeux,
je .dois faire une observation sur l'article X du
titre premier, afin d'éviter toute interprétation »
erronée. J'ai dit dans mes observations sur cet
article ( n°. XXIII, pag. 328 ) : Le décret semble
cependant encore refpecler la génération actuelle. Un seul des EN F A S , marié, ou veuf
avec des en sans , arrête le cours de la loi
& nécessite le partage suivant lesformes ancienries. Il faut entendre l'exception portée au
décret, comme étant relative aux seuls aînés..
Le mariage d'un puiné n'empêcheroit nullement
l'exécution de la nouvelle loi ; & puisque c'est
en faveur des puinés que ce déctet a été rendu ,
il ne peut pas s'interpréter contre eux, suivant
cette maxime de droit , quod'in favorem ali.
cujus introduc7um est % contra. eum non débet --- Page 450 ---
( 6 ) , retorqueri. Je dois cette réflexion. comme un
hommage aux principes, & afin de prévenir toute
erreur. Voici maintenant les articles q'ii ont été succeshvement décrétés. On y reconnoîtra encore
la touche du jurisconsulte & l'impartialité du législateur. Cependant, comme cette matiere comporte par elle-même les plus grandes obscurités,
je prévois que si les seigneurs & les anciens vassaux
ne savent pas prudemment se désintéresser, la
justice achèvera de dévorer les tristes débris de
la dcfjnte féodalité des uns, & une grande partie
de la fortune des autres. Profitez de cet avis3 & ne plaidez pas. Suite des décrets. ART. V. <* Dans les cas où les droits & charges réelles
mentionnés dans les deux articles précédens, se
trouverôient excéder le taux qui est indiqué, ils
demeurent réduits , 1 excédant ne devant être
considéré que comme la conséquence ou le prix
des servitudes personnelles, lesquelles n etoient
pas susceptibles d'indemnité ; & sont entierement
supprimés les droits charges qui ne feront
représentatives que des servitudes purement personnelles ». Art V 1. ce Seront néanmoins les aétes d affran chiffe ment
faits avant l'époque fixée par 1 article XX ci-apres5
moyennant une somme de deniers 3 ou pour l a t --- Page 451 ---
(7) A4 bandon d un corps d'héritage Certain , foit pat
les communautés, soit par les particuliers , exéw
çuté$ selon leur forme & teneur». A R T. VII. « Toutes les dispositions ci-dessus, concernant
la main-morte, auront également lieu pour les
tenures en bordelage & en motte & quevaife ; &
a l égard des tenures en-domaine eongéable p il
j fera statué ci-après ».
a t --- Page 451 ---
(7) A4 bandon d un corps d'héritage Certain , foit pat
les communautés, soit par les particuliers , exéw
çuté$ selon leur forme & teneur». A R T. VII. « Toutes les dispositions ci-dessus, concernant
la main-morte, auront également lieu pour les
tenures en bordelage & en motte & quevaife ; &
a l égard des tenures en-domaine eongéable p il
j fera statué ci-après ». A R T. V I I I. (c Les droits de meilleur cattel ou morte
main (1), de taille à volonté, de taille ou d'indire aux quatre cas, de cas impériaux & d'aide
seigneuriale sont supprimés sans indemnité ». (ï) On appelle ainsi en Hainaut & dans quelques
autres provinces , le droit de, prendre , à la m.ort
d 'un affranchi, ou descendant d'affranchi, le meilleur
meuble , ou ( comme parloient nos peres il y a i ou
300 ans) le meilleur cattel qui se trouvoit dans, sa
succession. Ce fut Marguerite, cotntefle de Flandre &
de Hainaut, qui la premiere, en affranchissant ses serfs
en 1252 , donna l'exemple de rétablissement de ce
droit. Margarita, Flandriœ atque Hannoniœ comitiffa, turcarum morem execrata tant immane jugum servitutis sitis ademit, & ad catelli unius preftationem arreiavit. ( Burgund. ad consuet. Flarrd. tract.
15 n°, 3.) --- Page 452 ---
( 8 ) ART. 1 X. « Tous droits qui, sous la dénomination de
fouagetfeu feu allumant , feu mort, fumée ,
montage ) bourgeoisie, congé , droit de chiéhage ou gîte aux chiens , ou autre quelconque ,
sont perçus par les seigneurs, sur les personnes,
sur les bestiaux, ou à cause de la résidence,
sans qu'il soit justifié qu'ils sont dus, soit par.
les fonds invariablement, soit pour raison de
concevions, d'usages, ou autres, sont abolis
sans indemnité ». - , A R T. X. « Sont pareillement abolis, sans indemnité ,
les droits de guet & de garde , ainsi que les
rentes ou redevances qui en sont représentatives,
quoiqu'affettées sur des fonds , s 'il n est pas
prouvé que ces fonds ont été concédés pour
cause de ces rentes ou redevances ». « Les droits de pulverage levés sur les troupeaux paisans dans les chemins publics des seigneuries ». « Les droits qui, sous la dénomination de
banvin , vet du vin , étanche , ou autre quelconque, emportoient pour , un seigneur la faculté de vendre seul & exclusivement aux habitans de sa seigneurie, pendant un certain temps
de tannée , les boissons &: autres denrées quelconques provenantes de son cru », --- Page 453 ---
lp } .Å X Â R T. X ï. Les droits connus en Auvergne & autres
provinces sous le nom de cens en commende •
en Flandre, en Artois, & en Cambrésis, sou* '
celui de gave, gavenne , ou gaule ^ en Hainaut, sous celui de poursoin; en Lorraine, sous
celui de sauvement oa saus garde , en Alsace,
sous celui d'avouerie ; & généralement touc
droit jui se payoit ci-devant en reconnoissance
& pour prix de la protedion des seigneurs, en
quelque lieu du royaume & lous quelque dénomination quecesoit, sont abolis sans indemJuré , sans préjudice des droits qui , quoique
perçus sous les mêmes dénominations, leroient
justifiés avoir pour, cause des concessions de
fonds».,
ui de sauvement oa saus garde , en Alsace,
sous celui d'avouerie ; & généralement touc
droit jui se payoit ci-devant en reconnoissance
& pour prix de la protedion des seigneurs, en
quelque lieu du royaume & lous quelque dénomination quecesoit, sont abolis sans indemJuré , sans préjudice des droits qui , quoique
perçus sous les mêmes dénominations, leroient
justifiés avoir pour, cause des concessions de
fonds»., ART. XII. « Les droits sur les achats, ventes, importations, & exportations de biens-meubles, de denzées, & de marchandises, tels que les droits dè
cinquantième, trei{ieme, ou autre denier du
prix des meubles -ou bestiaux vendus, les lods
& ventes sur les vaisseaux , où autres semblables
droits sur les ventes des arbres futaie, testards,
ou fruitiers, coupés & vendus, & sur les matériaux des bâtimens, les. droits d'accise sur lei
comestibles, les droit d'umgeld sur les vins &
autres boissons *, les impôts e billots seigneuriaux , & autres de même nature, sont abolis --- Page 454 ---
~ ( io ) fafts indemnité , sans rien préjuger quant à present sur les droits de péage , '■ minage , 6* de
tiers denier ». Art. XIII. « Tous droits exigés fous prétexte de permillions données par les seigneurs de faire des
choses ou d'exercer des professions, arts, ou commerce , qui, par le droit naturel & commun ,
sont libres à tout le monde, sont supprimés
sans indemnité ». A R T. X I V. i « Toutes les banalités de fours , moulins ±
de pressoirs de boucheries, de taureau, de
verrat, de forges, & autres \ ensemble le droit
de verte moute , usité en Normandie, droit de
quête mout ou de vent, soit qu'elles soient
fondées sur la coutume , ou sur un titre, ou acquises par prescription , ou confirmées par des
jugemens, sont abolies & supprimées-sans indemnité , fous les feules-exceptions ci-apres », A R T. X V, « Sont exceptées de la suppression ci-dessus ,
& seront rachetables , 1°. Les banalités qui seront prouvées avoir
été établies par une convention avec un particulier non seigneur. 2°. Celles qui seront prou-
:vées avoir eu pour cause une concession faite --- Page 455 ---
( II ) A. 6 par le seigneur a la communauté des habitans,
de droits d'usage dans ses bpis ou prés, ou de
communes en propriété » . R T. X V L « Les preuves mentionnées dans l'article précèdent , âinsi que dans les articles IX , X, St
XI, ne pourront être censées acquises que par
deux reconnoi ssances énonciatives d'une plus. an.
cienne, données par la communauté des habitans, de suivies d'une possession de 4o ans, &
l'appelant, foit la convention de droits d'usages
ou de communes en propriété, fous. la charge
de la banalité ». Je dois observer , pour l'exactitude des faits,
que l'assemblée a. décrété seulement les principes
des articles XIV, XV, & XVI ; mais sous la réserve de la rédaction, qui a été renvoyée au
comité de féodalité.
. an.
cienne, données par la communauté des habitans, de suivies d'une possession de 4o ans, &
l'appelant, foit la convention de droits d'usages
ou de communes en propriété, fous. la charge
de la banalité ». Je dois observer , pour l'exactitude des faits,
que l'assemblée a. décrété seulement les principes
des articles XIV, XV, & XVI ; mais sous la réserve de la rédaction, qui a été renvoyée au
comité de féodalité. Les gens de fart entendent avec plaiiir cette
discussion aride. Elle se fait par le choc des opinions des députés de toutes les provinces, qui
rapportent leurs connoissances locales & individuelles , & perfectionnent les travaux estimables
du comité. Les conférences de Puifort & de'
Lamoignon sur les. ordonnances de 1667 & de
1670 y n'eurent point cette auguste solennité.
Ministre de-l'autorité , l'inflexible Puisort savoit
toujours faire. prévaloir les opinions les plus rigoureufes. J'en parlerai au roi, disoit cet ef_clave du desportisme , qui prostitua les refpe&ables fondions de légiftateur. Ici, c'est la nation --- Page 456 ---
e 12 ) <jui fait elie-même ses lois. Ce fpe&acle important mérite plus de confiance. Parmi les opinions, celle de M. Frochot,
député du bailliage de la Montagne , mérite:
. d'être lue. Ce ser jit laffoifolir que de l'extraire
Voici son travail fus les banalités.. Opinion de M. Frochot. Votre comité vous propose, MM., par lart. XIV de son projet de roi, de décréter en principe général la: suppression , sans aucune7 indemnité, des diverses especes de banalité ; & cependant , paf dérogation à cette loi générale, il demandé aussi-tôt , par l'art. XV, une exception
en faveur des banalités purement conventioncelles. J'avoue, que je ne pressèns pas- les motifs de
cette exception , qui me paroit contraire a toirs
les principes d'après lesquels votre comité devoit
se décider en cette matiere. Les lois oue vous avez rendues ssir la féodalité ne peuvent être qu'une interprétation scrupuleuse des textes que vous avez précédemment
consacrés. C'est dans vos arrêtés du mois d'août
dernier que vous devez chercher les motifs de l'exception proposée ; & si ce texte y répugne , l'ex.
ception doit être rejetée. Vous avez dit alors que- tous les droits féodaux
qui tenoient à la servitude personnelle , étoierrt
abolis jàns indemnité. Il vous est impossible au-.
jourd'hui d'altérer la. sorce: 2c l'étendue, de. ce
premier décret. --- Page 457 ---
( r3 ) Si donc la banalité conventionnelle est ellemême une servitude féodale personnelle, on no
peut hésiter à en prononcer l'abolition sans aur
cune indemnité. , * Or il e st d'abord évid'ent que toutes les banalités , considérées. en elles même, sont de véritables servitudes performelles , &c qu'elles- ne
peuvent être conlidérées comme un droit réei
dans la main de celui au profit de qui elles sont
établies , qu'autant que leur établissement est le
prix de la cession d'un droit réel. Delà il résulte que les banalités purement con
ventionnelles ne. peuvent êtreconsidésées comme
des droits réels -, & votre comité lui-même ne.
le prétend pas ; mais simplement comme des
droits personnels , qui ont engendré une servitude.
purement personnelle*.
elles- ne
peuvent être conlidérées comme un droit réei
dans la main de celui au profit de qui elles sont
établies , qu'autant que leur établissement est le
prix de la cession d'un droit réel. Delà il résulte que les banalités purement con
ventionnelles ne. peuvent êtreconsidésées comme
des droits réels -, & votre comité lui-même ne.
le prétend pas ; mais simplement comme des
droits personnels , qui ont engendré une servitude.
purement personnelle*. Il rette maintenant à examiner si la convenu
tien , en la supposant existante., change quelque
choie à la nature du- droit, c'est-à-dire,. si elle1 empêche d'être un droit féodal & une servitude personnelle, de l'espece de celles que vous
" avez détruites sans- aucune indemnité. Si cette convention esbde-la même nature que
celles qui se font- entre. les particuliers \ Ci elle a
pu être formée entre toutes fortes de personnesindistinctement $ si les deux parties étoient également libres de. contrarier ou de ne pas contrat
tcr; si l'effet de la convention n'a rien qui répugne à la liberté individuelle , ou-du moins rien
qui enchaîne cette liberté au delà des justices bornes ; rien enfin qui soit contraire à la nature des;
contrats ordinaires du. droit civil je. conviens. --- Page 458 ---
( 14 y alors qu'un tel engagement, quoiqu'il se trouva
-• au profit d'un; seigneur , ne participe néanmoins
en rien au régime féodal, putfque le seigneur a
contracté * non pas comme seigneur , mais
-comme simple particulier; que conséquemment
ies principes que vous avez consacrés relativeMent à la féodalité,, ne sont pas applicables dans:
cette circonstance. Si au contraire la convention ne pouvoit pas ,
de sa nature , être faite entre toutes sortes de personnes , mais simplement entre un seigneur Se
-des vassaux ; si elle différé entièrement des contrars ordinaires du droit civil, qui se forment entre de simples particuliers, soit dans son objet,
foit dans ses effets, soit dans la peine , en cas.
d'inexécution , de maniéré que l'on y voie partout la rigide application des maximes féodales;
' si rune des parties n'étoit pas libre de ne pas
contracter > si l'effet de la convention est une sérvitude perfonnelle , contraire à la liberté individuelle & à l'intérêt public ; je ne vois alors dans
xette prétendue convention que 1 empreinte
odieuse du régime féodal ; & dès lors, le droit
qui en résulte doit être nécessairement assimilé
aux autres servitudes féodales personnelles, Se
supprimé, comme elles sans aucune indemnité. Éh bien, MM., si vous considerez que presque toutes les banalités, que /vous nommerez, si
-vous voulez , purement conventionnelles , appartiennent à des seigneurs , n'en induirez-vous
-pas que cette prétendue convention n'est pas dela nature de celles qui se font entre des parties -
iiers l Qu'elle ne pouvoit se faire qu'entre un sei- --- Page 459 ---
'( IS Ï* trieur & des vaiiaux, & que consequemment ella
est moins uae convention libre, quand elle en
suroît d'ailleurs tous les lignes, qu'une véritable
-émanation de la puissance seigneurialeSi vous considérez que les simples particuliers
qui jouissent aujourd'hui de quelques banalités ,
ont eu besoin du consentement du seigneur polit
les établir , avant même que le seigneur en eût
établi lui-même, & avant que la coutume locale
lui assurât le droit d'en avoir , n'en induirez-vous
pas que tous les Seigne urs ss regardoient comme
ayant un droit exclusif à la chose, de telle sorte
que s'ils ont fait ailleurs une convention , c'est
moins une convention libre, que le commencement de l'exercice d'un droit qu'ils prétendoient
avoir ?
eu besoin du consentement du seigneur polit
les établir , avant même que le seigneur en eût
établi lui-même, & avant que la coutume locale
lui assurât le droit d'en avoir , n'en induirez-vous
pas que tous les Seigne urs ss regardoient comme
ayant un droit exclusif à la chose, de telle sorte
que s'ils ont fait ailleurs une convention , c'est
moins une convention libre, que le commencement de l'exercice d'un droit qu'ils prétendoient
avoir ? Si vous considérez ensuite que presque toutes
les banalités sont incessibles, vous en induirez
que la prétendue convention est un véritable droit
seigneurial, & qu'elle ne tient en rien de celles
'qui se font entre des particuliers , puisque toutes
celles-ci sont cessibles de leur nature. Si vous remarquez encore que le droit tésul,..
tant de la prétendue convention est imprescriptible ^ que la peine de celui qui sraude le droit est
l'amende & la confiscation vous direz: Ce n efl
point-là une véritable convention , mais bien
un véritable droit seigneurie. Si vous considérez de plus que le seigneur, en
donnant à ceux qu'il nommoit ses sujets, la
faculté d'aller moudre ou pressurer ailleurs, n etoit pas obligé d'entretenir le moulin ou le prefsoit 3 que quand le sujet banier avoit attendu. / . --- Page 460 ---
1 16 ) pendant vingt-quatre heures au moulin, sans obtenir son tour, il lui étoit à la vérité permis de
s'en aller ailleurs, mais sans conserver aucune
action contre Ton seigneur ; vous en conclurez
que ce n'étoit pas là une convention de la nature
des autres ; car enfin, au premier cas, le seigneur
auroit été forcé d'entretenir le moulin ou le prefsoir, & n'auroït puse dégager de la convention,
sans le concours des autres parties contractantes ;
&, au fecond cas, il auroit été obligé aux dommages & intérêss résultans , soit de la perte ,
foit de l'inexécution du traité. Si vous consid-érez enfin que presque toujours
les nobles & les prêtres domiciliés dans la seigneurie , éroient exempts de ce droit, & que
ceux-là seuls que l'on nommoit alors les manans
ou villains, y étoient rigoureusement assujettis,
vous ne veriez, dans la prétendue convention, que
l'asservissement forcé d une portion d'hommes à
qui il étoit impossible de se soustraire à l'autorité
seigneuriale, & qui, presque par-tout, obligés de
payer l'air qu'ils respiroient, sembloient ne devoir,
jouir d'aucunes des franchises réservées aux hommes, d'une classes supérieure. Ainsi donc l'on voit par-tout dans la banalité prétendue conventionnelle , les vrais caractetes de l'asservissement féodal , 8c rien qui
/ ; tienne de la nature des Contrats ordinaires. Partout c'est le sujet qui obéit à son maître. D'un
côté, Ion ne voit que puissance 8c autorité ; de
l'autre, on ne découvre que crainte, foiblesse,
& servitude , & certes, ce n'est pas entre de
telles parties qui se forme des contrats vraiment:
libres, & faits pour être respectés. --- Page 461 ---
( 17 ) Mais je vais plus loin , MM. -, je suppose
qu 'un seigneur vous produise son titre 3 qui conftate que ses vassaux l'ont prié , font supplié de
leur bâtir un moulin , en se Soumettant à y porter leurs grains , sans pouvoir les faire moudre
ailleurs. Certainement il seroit difficile d'admettre une hypothese plus favorable silence de
ceux qui réclament une exception en faveur de
ce qu'ils nomment des banalités purement convzntionnelles.
) Mais je vais plus loin , MM. -, je suppose
qu 'un seigneur vous produise son titre 3 qui conftate que ses vassaux l'ont prié , font supplié de
leur bâtir un moulin , en se Soumettant à y porter leurs grains , sans pouvoir les faire moudre
ailleurs. Certainement il seroit difficile d'admettre une hypothese plus favorable silence de
ceux qui réclament une exception en faveur de
ce qu'ils nomment des banalités purement convzntionnelles. Eh bien, MM., en conclurez-vous que la
convention intervenue sur cette requête, a
une convention parsaitement libre de la part des
vassaux ? 4
Je soutiens qu'elle ne l'a pas été ; & en effet
les seigneurs ayant imaginé de se dire propriétaires de l'eau , qui par sa fugacité semble cependant
se destiner à l'usage de tous , sans vouloir jamais
être la propriété de personne, les seigneurs s'étant
rendus maîtres de disposer de cet élément à leur
gré, souvent même jusqu'au point d'en vendre
l'usage à leurs vassaux ; car-vous n'ignorez pas
qu'il existoit aussi des rivieres banales, c'estdire, prohibées aux sujers de la seigneurie , qui ne
pouvoient y abreuver leurs bestiaux qu'en payant
une certaine redevance. Etoit-il donc possible
alors aux malheureux habitans de construire un
moulin sur la prétendue propriété de leur seigneur ? & ,s'il leur étoir. utile d'en avoir un, ne
falloir il pas de toute nécessité qu'ils se sbumif.
sent au prétendu propriétaire du cours d'eau,
qu'ils subissent sa loi, toute rigoureuse qu'elle pût
être, & qu'ils contractassent forcément avec lui? --- Page 462 ---
( 19 5 Il me paroît difficile de réfuter cette objection
a moins que l'on ne me représente en titre qui
prouve très clairement que les rivières ont été formées pour être exclusivement la propriété de quelques hommes qui devoient s'appeler un jour des
seigneurs. Si ce titre n'existe pas, comme il y a
lieu de le croire-, si au contraire, par la nature
même des choses, les rivieres ne peuvent appartenir à personne en particulier, mais bien à tous
en général, de telle sorte que le droit de propriété prétendu sur elles par les seigneurs, ait été
une véritable usurpation du droit de tous, une
violation manifeste des lois de la nature -, je demande si cette premiere usurpation a pu devenir
la bafe d'une convention légitime & libre ? n'en
résulte-t-il pas au contraire, pour la solution de
la question qui nous occupe, que cette prétendue
convention étant l'effet nécessaire & inévitable
d'une usurpation féodale que la nature & la raison désavouent, l'engagement qui en est émané;
ne peut lui-même être conlldéré autrement que
comme une servitude personnelle forcée, dérivant
de la féodalité ? Voilà cependant, MM., les banalités que l'on
vous propose de conserver, parce que, dit-on,
elles sont fondées sur des conventions. Mais les corvées personnelles, la main-morte
personnelle, & en général toutes les autres servitudes féodales personnelles , qui n'exigent pas
en vertu d'une disposition textuelle & expresse de
la coutume locale, n'ont-elles pas été , ou ne
sont-elles pas nécessairement présumées avoir été
établies en vertu d'une convention l S'ensuivra-
ant, MM., les banalités que l'on
vous propose de conserver, parce que, dit-on,
elles sont fondées sur des conventions. Mais les corvées personnelles, la main-morte
personnelle, & en général toutes les autres servitudes féodales personnelles , qui n'exigent pas
en vertu d'une disposition textuelle & expresse de
la coutume locale, n'ont-elles pas été , ou ne
sont-elles pas nécessairement présumées avoir été
établies en vertu d'une convention l S'ensuivra- --- Page 463 ---
l 19 ) ., -.. t'il donc aussi qu elles seront rachetables ? Le
contraire a été décrété. Remarquez que si vous adoptiez 1 exception
que l'on vous propose, il en résulteroit que la
suppression, sauf indemnité, seroit uniquement
applicable aux pays soumis a des coutumes qui
font de la banalité un droit essentiellement
inhérent à la seigneurie, & que dans ceux au
contraire où la coutume locale a négligé d'en
parler, les seigneurs seroient assez bien fondés a
répondre que la coutume ne leur assuroit pas ce
droit. Il ne peut s'être établi en leur faveur que
par une convention , d'où ils en induiroient la rachetabilité, par une suite même de vos décrets ;
ceci est particulièrement applicable a la province
de Bourgogne *, car quoique la coutume du pays
n'assure pas aux seigneurs le droit de banalité ,
cette province n en gémit pas moins sous le poids
des fetvitudes, qui naissent de la diverse nature
de ces droits sur-tout de la banalité des prefsoirs, l'un des plus contraires à l'intérêt particulier & à l'intérêt général , dans un pays vignoble , où un quart d heure d attente décide souvent
de la qualité du vin. Mais au surplus, MM., quel si grand intérêt
doit-on mettre à conserver ces droits ? En les
détruisant, ne diroit on pas que l'on ordonne
aussi la démolition des- fours, des moulins, & des
pressoirs. Si le moulin ess'en bon état, s 'il est
commode, les geds du lieu auront ils intérêt de
porter leurs grains ailleurs l Non , sans doute :
maison veut continuer d'obtenir deux, par la
contrainte, ce qu'ils feroient librement : si le, pres- --- Page 464 ---
( -50 ) foir-est bien servi, s'il est suffisant, en fera-t on
contraire d'autres ? Non, sans doute ; mais s'il est
• insuffisant, alors il est très-probable que chacun
cherchera à éviter la perts que lui causeroit un
service trop lent : mais y a-t-il de, la justice à s'y
opposer ? Je demande donc , MM., que par une conséquence des principes que vous avez précèdemment consacrés , & que je crois vous avoir démontré être entièrement applicables aux banalités purement conventionnelles (si toutefois on
peut les nommer assisi ) , l exception proposée en
leur faveur parla premiere disposition de l'art 15
du projet de décret, soit définitivement rejetée.
lui causeroit un
service trop lent : mais y a-t-il de, la justice à s'y
opposer ? Je demande donc , MM., que par une conséquence des principes que vous avez précèdemment consacrés , & que je crois vous avoir démontré être entièrement applicables aux banalités purement conventionnelles (si toutefois on
peut les nommer assisi ) , l exception proposée en
leur faveur parla premiere disposition de l'art 15
du projet de décret, soit définitivement rejetée. Mais en Unissant, je me permettrai encore de
proposer un amendement à l'art. 14 de ce même
projet de décret. ( Je demande qu'après ces mots, banalités de
sours, moulin, &c. &c. , & autres, il soit ajouté,
même celles qui pourraient avoir été établies
en remplacement de la main-morte. ; Cet amendement ne me paroît pas devoir souffrir la moindre difficulté, même de la part de
votre comité, puisqu'il a énoncé nettement Ion
avis , à cet égard , à la page 37 de son rapport,
où il déclare que ces sortes de banalités doiveut être supprimées sans indemnité. Mais je
,n 'ai pas moins pensé que cet amendement fût
très - nécefïalre , afin d'éviter la sausse interprération que l'on pourroit donner à cet égard
à votre décret de samedi dernier. Il faudrait faire un traité sur les fiefs , &
donner en une feuille l'extraie des S à 6 mille --- Page 465 ---
. ùt y ' Volumes écrits très-inutilement sur ce cédé
barbare., pour apprendre aujourd'hui ce que l'on
doit oublier demain. Un volume suffiroit à peine
pour en expliquer la gothique nomenclature. Il
lest donc sage d'y renoncer. Laissez aux infatigables commentateurs à obscurcir, suivant leur
usage , le texte, par leurs doétes interprétations.
Hâtez-vous de racheter ces droits , & ne permettez jamais que les gens de loi se chargent
d'aucune explication judiciaire. M. l'abbé d'Eymard , sur l'article XI, a
montre- un zèle bien louable pour les princes
d'Allemagne, pour leurs avoueries d'Alsace, Ils
peuvent se reposer sur lui du soin de leurs intérêts ; mais M. Lavie lui a repondu que la
loi devoit être générale que l'assemblée avoit
déjà réservé de prononcer sur l'indemnité de
ces princes étrangers. Vous voulez, apparentment disoit il avec énergie, que. nous soyions
toujours esclaves ,* cela ne fera pas j & nous
ne le souffrirons point, malgré tous leà abbés du
mondé » Je pourrois bien , a repris M. le président (i),
» faire au préopinant quelques observations ;
» mais a-t-il ajouté en riant, on croiroit peut-
» être que c'est M. l'abbé, plutôt que le pré33 sident, qui parle. « On rend justice à votre équité,, Monsieur, (1) C'est M. l'abbé de Montesquiou qui a réuni Voix coutre 317 , qui ont été en faveur de M'.' ie baron
de 'M en ou. - 1 --- Page 466 ---
( âa 1 . De l'Imprimerie de DEMONVILLE, 1790. » a repris M. Lavie , & on sait admettre det
» différences». Pendant ce singulier débat, j'ignore si M. l'abbé
d'Eymard jouissoit d'une pleine satisfaction, je
le Souhaite \ car il faut toujours s'intéresser aux
excellens patriotes. Cette feuille paroît tous les matins au Palais
Royal, n° 14, chel GATTEY , Libraire , où l'on
fouferit à raisoh de 5 l. par mois pour Paris &
6 livres pour la Province , franc de port.
det
» différences». Pendant ce singulier débat, j'ignore si M. l'abbé
d'Eymard jouissoit d'une pleine satisfaction, je
le Souhaite \ car il faut toujours s'intéresser aux
excellens patriotes. Cette feuille paroît tous les matins au Palais
Royal, n° 14, chel GATTEY , Libraire , où l'on
fouferit à raisoh de 5 l. par mois pour Paris &
6 livres pour la Province , franc de port. On souserit aussi pour la Collection du mêmè
Courier , qui formera deux volumes , depuis l'ou.
verture des Etats , à raison de 6 liv. , & 8 liv. pouf
ceux qui n'auront pas souscrit. prie MM. les abonnés, dont l'abonnement expire ^ à la fin de février , & qui désireront le renouveller, d 'en donner avis au bureau avant le premier
mars, afin de n'éprouver aucun retard; & MM.. les
abonnés qui ont été continués pendant le mois de
février , sans avoir fait payer , sont aussi priés de le
faire avec le prochain renouvellement. --- Page 467 ---
( a3 j Tom. v. B . N°. 1 I. COURIER DE MADON
rA L'ASSEMBLÉE NATIONALE PERMANENTE. Séance du mardi 2 Mars 1790. AU cours de la lecture du procès verbal, l'asfemblée a délibéré sur les articles XII & XV ,
décrerés, sauf rédaction, dans la séance d'hier.
Voici en quels termes ils ont été arrêtés aujourd'hui , conformément à la rédaction proposée
par M. Merlin. ART. XII. Les droits sur les achats, ventes, importa-
* tions , & exportations de biens-meubles , de
» denrées, de marchandises, tels que les droite
» de cinquantième , treizieme, ou autre denier
» du prix des meubles ou bestiaux Vendus , les
» lods &: ventes sur les vaisseaux démolis ou vendus
» pour être démolis, ou autres semblables droits
» sur les ventes des arbres de futaie , têtards .
» ou fruitiers , coupés , ou vendus pour être
p coupés sur les matériaux de bâti mens . les --- Page 468 ---
\
(% ) .. # droits d'accise sur ks comestible , les droits
» d'umgeld sur les vins & autres boissons , les
» impôts & billots seigneuriaux , & autres de
» même nature, sont abolis sans indemnité , sans
» rien préjuger, quant à présent, sur les droits
» de péage, minage, & de tiers-denier ». .A R T. X V. Ki Sont .exceptées de la suppression ci-dessun ,
» & seront rachetables :* » i°. Les banalités qui feront prouvées avoit
» été établie par une convention souscrite entre
» une communauté d'habitans & un particulier
» non seigneur ». - « 2°.Les banalités qui seront prouvées avoir été
» établies par une convention souscrire entre
)> une communauté d'habitans & un seigneur
» pour l'intérêt & l'avantage desdits habitans ,
» & par laquelle le seigneur ne sera pas simple-
» menr. obligé à bâtir ou entretenir l'usine, ou.
» autre objet qui est la tnatiere de la banalité . » 3°. Celles qui seront prouvées avoir eu pour
» cause une concession fàite , par le seigneur, à
» la communauté des habitans, de droits d'up sage dans les bois ou prés, . ou de communes
en propriété ».
» pour l'intérêt & l'avantage desdits habitans ,
» & par laquelle le seigneur ne sera pas simple-
» menr. obligé à bâtir ou entretenir l'usine, ou.
» autre objet qui est la tnatiere de la banalité . » 3°. Celles qui seront prouvées avoir eu pour
» cause une concession fàite , par le seigneur, à
» la communauté des habitans, de droits d'up sage dans les bois ou prés, . ou de communes
en propriété ». Réflexions philosophiqu.es. / Voltaire écrivoit en ces termes à M. de Condor. (( cef en 1770 : Un grand courtisan m'a envoyé
» une singuliere réfutation du Systême de la Nature, dans laquelle il dit que la philosophie anje- --- Page 469 ---
t-àr ) -Ê a » nera une révolution horrible , ïî on ne la
», vient pas. Tous ces cris s'évanouiront & la
» philosophie Tessera. — Laissez faire ; il est
» impossible d empêcher de penser -, & plus on:
» .pensera, moins les hommes feront malheu-
» reux. Vons verrez de beaux jours ; vôiis les
ferez : cette idée égayé la En des miens ». Il a fallu vingt a'nnées pour vérifier les prédirions du philosophie, '& consommer le triomphe de la: philosophie. Cependant des dangers menacent de toutes
parts la constitution naissante & encore peu af-,
fer'mie. J'avois beforn d'une longue expérience
& d'une méditation profonde pour me persua-
•der le dégré d influence de l'intérêt personnel
sur les mœurs ■& sur la société. La cupidité est
sans doute la cause principale qui a empêche
le développement du patriotisme. L'honneur ,
la vertu, la gloire, sont souvent oblitérés sous
ce méprisable intérêt qui tyrannise l'univers.
Voulez-vous connoître l'état, le pays , le fenïiment, 8c les projets de l'homme j ouvrez le
-code de son intérêt. Sa pattie , ses vertus sont
presque toujours subordonnées à ce motif secret,
qu'il n'ose s'avouer à lui-même. C'est sur-tout dans les grandes assemblées où
regne la liberté, que l'intérêt se développe avec
plus d'énergie, & qu'il se peint à grands caracteres dans leurs ondulations politiques. La traite
des noirs cause dans l'assemblée nationale la plus
vive fermentation. A peine la seance du matin
étoit-elle close ce soir à huit heures. Que d'intérêts divers ont excite ces étonnantes agitations 1 - --- Page 470 ---
f 26 i Le commerçant désire que l'assemblée déclare
qu'elle n'entend point appliquer ses décrets au
gouvernement des colonies, dans les parties essentiellement contraires à leur régione. Le commerce , ami de la paix qui le fait fleurir & profpërer, veut attendre tout du temps, & laisser a
la sagesse des Nations, à prononcer sur le sort
de leurs esclaves. Son inquiétude s étend sur ses
relations commerciales, & les capitaux immenseS
qui lui sont dus par la colonie. ^ Le colon , exalté par l'ardeur d'un ciel brûlant, & plus encore par ses terreurs, croit sa
fortune, Ion commerce , & ses propriétés menacées d'une révolution funeste. Le philosophe , élevé au dessus de ces spécutations cupides , gémit sur ces combats de l'intérêt , & ne considere que la sensible humanité î
il calcule avec horreur les crimes commis par une
politique avare & sanguinaire, & il condamna
l'esclavage.
Le colon , exalté par l'ardeur d'un ciel brûlant, & plus encore par ses terreurs, croit sa
fortune, Ion commerce , & ses propriétés menacées d'une révolution funeste. Le philosophe , élevé au dessus de ces spécutations cupides , gémit sur ces combats de l'intérêt , & ne considere que la sensible humanité î
il calcule avec horreur les crimes commis par une
politique avare & sanguinaire, & il condamna
l'esclavage. Des gens tranquilles & sensés ont adopté
Une opinion mixte , qui mariant le commerce
& la philosophie, & ne regardant pas la ser-
'vitude personnelle comme essentiellement contraire
aux droits des hommes, exigent uniquement
que rassemblée réforme le Code noir, Se rende
les negres plus heureux. Ils envisagent les projets
de leur afFranchissement comme une fiai on sublime de morale & l'enthousiasme de la vertu.
Ils croient qu'ils se trouvent parmi les amis des
noirs des intrigans avides Se dissimulés, des
sycophantes politiques, qui n'ont que le mérite
imposteur de s'unir 'au systême des véritables
philantropes. --- Page 471 ---
( -2 ) U 1. • Une autre classe, guidée par la. fureur, l'esprit
de parti, & par toutes les passions que traîneni
après eux f orgueil & la cupidité, demande à
grands cris le jugemens de la traite.. Cet empressement n'est point le fruit de la sensibilité.
Non, ils ne sont attirés que par les feux de la
Vengeance -, ils regardent la' question de la traite
comme le tombeau de la constitution & de la
liberté publique. Vous les verrez déchirer Tassemblée avec emportement, si elle suspend son
décret ? par l'ajournement que diète la prudence,
ou si, par impossible, elle confirmoit positivement la traite mais si l'assemblée en prononçoit
l'abolition, je les entends annoncer, àvec une
joie criminelle , la banqueroute & le retour des
abus qu'ils regrettent avec tant de- douleur. Voilà
l'objet de leurs denrs. L'assemblée pourroit, sans tomber en contradiction avec elle-même, restraindre la constitution
dans l'enceinte de la France, & déclarer qu'elle >
n'a voulu la stipuler que pour les peuples qui
v formoient son association primitive ; enfin, qu'elle
se propose de donner "aux' colonies , après les
avoir consultées & entendues par leurs - députés , une constitution Convenable au climat s
au commerce, au génie',. & aux besoins de see
habitans. Certainement l'assemblée ne s'est jamais trouvée
dans une situation aussi critique. J'en juge par
le tumulte & les clameurs de la seance de ce
jour $ par l'empressement affecté de vouloir iso1er le jugement d'une question sur laquelle la
sagesse ordonnoit le silence ; sur le contentement
extérieur des malveillans & qu'ils décèlent avec --- Page 472 ---
( 28 ) iant de mal-adresse ; sur les vues connues de ceux
qui veulent précipiter cet e decision ; sur les suites terribles qu'elle peut produire; sur les, crimes
que la seule idée de. l'affranchissement a déjà .fait
commettre dans les colonies; enfin , sur les mouvemens sérieux qui en ont totalement changé l'adjninistration. MM. Goupilleau & Lapparent ont sait le
rapport & la ledure des,' pieces relatives à la colonie de Saint-Domingue
---
( 28 ) iant de mal-adresse ; sur les vues connues de ceux
qui veulent précipiter cet e decision ; sur les suites terribles qu'elle peut produire; sur les, crimes
que la seule idée de. l'affranchissement a déjà .fait
commettre dans les colonies; enfin , sur les mouvemens sérieux qui en ont totalement changé l'adjninistration. MM. Goupilleau & Lapparent ont sait le
rapport & la ledure des,' pieces relatives à la colonie de Saint-Domingue La première étoit la lettre du 27 février, écrite:
au président, par le: ministre de la marine , qui
rend un compte sommaire des troubles de SaintDomingue & de la. Martinique. J'ai déjà donnédes, extraits. : fidèles du paquet adressé à l'assemblée, par le conseil supérieur de Saint-Domingue, (I). M, de la Luzerne, fait un récit rapide
Se très-peu détaillé de l'état actuel des colonies ;
mais les pieces jointes fournirent de. grands développemens. Au surplus y rien ne. prouve qu'audépart de l'aviso, les colonies fussent dans un
état total d'inlurrection s & que leur sé par a tien
çfé la métropole sur même projetée. Je fais bien
qu'on a cherché à ébranler le.ur fidélité., parce
que la politique est rarement d'accord avec la
justice, & même qu'on ne' peut prévoir ni çalculer les révolutions que peuvent produire l'esservescence Se. l'oubli des principes. Le ministre fait un tableau brillant de la pros0) Voyez N°. XXIV du vendredi x6 février. Ces
pieces font relatives à l'affaire aauelle. ( Page 3)6 »
à 349.) i --- Page 473 ---
( 29 ) B I.. périté de la colonie au temps du départ du det--
nier intendant. Voici l'extrait de cette lettre. "
» La colonie de Saint-Domingue supporte
toutes les dépenses qui la concernent, & ne coûte
rien à la Métropole., Les droits d'octrois que
payent toutes les denrées coloniales à leur for—
tie , y sont la principale branche du revenu: pu",
blic. Au 2 6 octobre- 1.789 , il Ce- trouvoit environ
douze cents mille livres, argent de la Colonie,,
dails les caisses, non compris 300 mille liv.
destinés à la construétion d'un pont sur l'Artibonite; des avances considérables avoient même
été faites à divers entrepreneurs ; la colonie "
avoit de grandes créances à exercer, & n'étoit
gj évée d aucune dette , abstraction faite d'une
réclamation litigieuse de 500,000 livres par le
sieur Arraud. Tel est le résultat des comptes rendus par l'intendant revenu en. France par congé, & qu'il- a
fait imprimer &c répandre dans la colonie avant,
son départ. En un .mof, les.revenus habituels de la colonie
font plus que suffisans pour couvrir les frais, de
l adminiffcration, puifqu en moins: de'cinq ans, il.
a, été éteint onze millions de dettes contractées
par la colonie ».. La seconde piece , la plus intéressante, est la
délibération du comité provincial du nord de
Saint Domingue, du 4. janvier 1790, dont voici
l'extrait littéral ; elle contient la caule principale
& 1 explication des; troubles qui agitent Sainte
Dooiiagufi.
pour couvrir les frais, de
l adminiffcration, puifqu en moins: de'cinq ans, il.
a, été éteint onze millions de dettes contractées
par la colonie ».. La seconde piece , la plus intéressante, est la
délibération du comité provincial du nord de
Saint Domingue, du 4. janvier 1790, dont voici
l'extrait littéral ; elle contient la caule principale
& 1 explication des; troubles qui agitent Sainte
Dooiiagufi. --- Page 474 ---
( 3°) Êx trait des registres des délibérations de
l' assemblée provinciale du nord de SaintDomingue. « Lecture prise de l'arrêt rendu par le conseil
supérieur, soi-disant de Saint-Domingue , le 29
décembre dernier. L'assemblée considérant que quant à les
pouvoirs, ils sont également puisés dans le droit
qu'ont toutes les sociétés de s'assembler -, les assemblées qu'un peuple forme pour aviser à ses
intérêts sont donc essentiellement actives, &c par
conséquent elles ont le droit, non seulement de
voir, mais encore d'agir; non seulement de
dire, mais encore de faire ; non seulement de
proposer, mais encore de statuer ; qu'ainsi ces
assemblées ont essentiellement le pouvoir législatif. Considérant en outre qu'une assemblée ne
peut avoir le pouvoir de faire des lois, qu'elle
n'ait en même temps le pouvoir de les faire exécuter -, & q u'ainsi les assemblées dont il s'agit,
ont aussi le pouvoir exécutif. — Qu'il est donc
démontré que l'assemblée provinciale du nord a
la plénitude des pouvoirs dans tout ce qui concerne le régime intérieur de la province \ qu'elle
a droit par conséquent de faire des règlement
touchant la sÚreré individuelle, le maintien des
propriétés, l'administration militaire , civile , &C
judiciaire dans l'étendue de cette dépendance-
'ainsi les assemblées dont il s'agit,
ont aussi le pouvoir exécutif. — Qu'il est donc
démontré que l'assemblée provinciale du nord a
la plénitude des pouvoirs dans tout ce qui concerne le régime intérieur de la province \ qu'elle
a droit par conséquent de faire des règlement
touchant la sÚreré individuelle, le maintien des
propriétés, l'administration militaire , civile , &C
judiciaire dans l'étendue de cette dépendance- » L'assemblée en conséquence , à l'unanimité
des f;i ffrages, déclare le réquisitoire du sieur de
Ronseray ( procureur général du conseil supérieur ) faux & séditieux 3 tendant à soulever les --- Page 475 ---
( 31 ) citoyens de la dépendance du nord, contre les
dépositaires de leur confiance & de leurs pouvoirs , & à les priver des travaux tutélaires de
l'assemblée provinciale , pour les ramener plus '
facilement tous le- joug du despotisme & de
l'aristocratie. Déclare l'arrêt intervenu sur ledit
réquisitoire, séditieux , attentatoire à l'autorité
de l'assemblée, rendu sans pouvoir, & nul -, fait
défenses à toutes personnes d'y avoir égard. —
Déclare les juges qui ont coopéré audit arrêt,
& nommément les sieurs de Ronferay , Faure
'de Lussac & Fougeron , fauteurs du despotisme,
complices de la déprédation des finances ; détracteurs des principes de la sûreté individuelle,
décrétés par l'assemblée nationale & sanctionnés
par le roi -, coupables de crime de lete-nation , &
comme tels , ennemis publics; leur- interdit àr
toujours l'entrée de la province du nord , &
les voue au mépris. Défend au sieur Barau,
concierge des prisons de cette ville, d'élargir les
perturbateurs du repos public , notamment le
fleur Dubois (substitUt du procureur général),
& tous autres prévenus comme lui de professer
une doctrine pernicieuse à la colonie , jusqu 'à
ce qu'il en ait été autrement ordonné par l'assemblee , à peine d'en répondre sur sa tête. — Déclare illégale , frauduleuse & nulle la réunion du
1 conseil supérieur du Cap, à celui du Port-auPrince, en 1787.— Ordonne qu'il reprendra
ses fonctions le II de ce mois. — Déclare nuls
tous arrêts qui pourroient être rendus après le 10
de ce mois, par le conseil séant au Port-au-Prince,
en quelque matiere que ce soît, sur des objets de
la compétence du conseil supérieur du Cap \ & --- Page 476 ---
f 32 ) sajt défenses a toutes personnes d'y obéir & deles mettre ou saire mettre à exécution. Ordonne
le présent arrêté sera imprimé , publié , &
affiché par tour ou besoin sera , — qu'il en sera
pareillement adressé des exemplaires aux administrareurs, au conseil supérieur du Port-au-Prince^
aux députés de la colonie à l'assemblé nationale..
/ Signés BACON DE LA CHEVALERIE , préfident J PETIT DES CHAMPEAUX , secrétaireadjoint.
toutes personnes d'y obéir & deles mettre ou saire mettre à exécution. Ordonne
le présent arrêté sera imprimé , publié , &
affiché par tour ou besoin sera , — qu'il en sera
pareillement adressé des exemplaires aux administrareurs, au conseil supérieur du Port-au-Prince^
aux députés de la colonie à l'assemblé nationale..
/ Signés BACON DE LA CHEVALERIE , préfident J PETIT DES CHAMPEAUX , secrétaireadjoint. Je laisse à la sagacité du le&eur à faire desInflexions sur cet acte, où le délire dé l'enthousiasme & l'ignorance de tous les élémens poli-,
tiques, ont entraîné dans mille erreurs des.
colons, qui, par un excès de zèle , ont usurpés
tous les genres d'administration. La grandeur
du mal pouvoit nécessiter le remède, mais la
fermeté éclairée se concilie toujours avec les
principes inaltérables de la justice & de la raison -
~ou le despotisme seul fit un crime aux hommes
de leur opinion Cependant la délibération.
voue au mépris + & ordonne la réclusion rigoureuse des personnes, non pas convaincues, mais
seulement prévenues de professer une doctrine:
pernicieuse à la colonie. Je ne doute pas que l'on ne puisse improuver ,,
sous. bien des rapports , la conduite des administrateurs de la colonie &: des cours de judicature.
Mais la prudence prescrit des bornes qu'il nefaut pas franchit, & la chaleur des résolutions.
prouve rarement le civisme*. Une lettre de M. Bacon à M. le comte de
Peiniel, du 7^ janvier 1750 r annonce clairenient le systême de- la colonie sur les' décrets --- Page 477 ---
( 33 ) 6t rassemblée nationale. Voici ce passage impartant : « Nous vous dirons très-affirmativement
» que nos députés ne peuvent avoir concouru
» aux opérations de l'assemblée nationale , qu en
» ce qui , concernant les posséssions srançoises
» dans le continent, pourra s'adapter, sans in-
» convenient , au régime & à la constitution
» particulière de la colonie ». M. l'abbé Grégoire a fait part ensuite , avec
beaucoup de précisjon , des pieces relatives a
la situation de la Martinique. La derniere aff
femblée coloniale est du 10 décembre 178p. On
n'en connoit point encore les résultats , si ce n 'est
par un mémoire de M. le comte de Viomesnil,
en réponse aux demandes de la colonie. La
premiere concerne les solennités a remplir pour
l'affranchissement des esclaves, & le règlement
nécessaise à cet esser. Le commandant invite les ,
colons à se pourvoir à i'assemblée nationale. La
'econde , la vente des esclaves condamnés à la
chaîne publique, le commandant y souscrit j
les exhorte feulement à un nouvel examen ^
pour rendre ces negres plus utiles a la colonie.
Le commandant consent en troisieme lieu, néanmoins sous l'agrément du mmiftre, que le service des maréchaussées se fafle par les milice?
coloniales. Par le 4uatrieme , il autorise le régler
ment institué par là colonie, pour la formation
des municipalités, l'approbati on de 1 assemblee
nationale, sanctionnée par le roi. Par le cinquième, il autorise le commerce & 1 introduction
des mulets, dans l'île, par les. bâtimens espagnols , en faisant la déclaration. Sur îe sixieme,
re, que le service des maréchaussées se fafle par les milice?
coloniales. Par le 4uatrieme , il autorise le régler
ment institué par là colonie, pour la formation
des municipalités, l'approbati on de 1 assemblee
nationale, sanctionnée par le roi. Par le cinquième, il autorise le commerce & 1 introduction
des mulets, dans l'île, par les. bâtimens espagnols , en faisant la déclaration. Sur îe sixieme, --- Page 478 ---
34 1 . ' il cornent, Ibus le bon plaine du roi & de l'a£
fîmblee nationale , que pendant quatre mois
feulement, a compter du 1er. janvier 1790, les
navires américains soient admis dans les quatro
ports principaux de la colonie ^ savoir', SaintPierre , le Fort Royal y la Trinité , & le
Port du Marin ; pendant lequel temps tous
droits imposés sur tous les objets mentionnés
dans l arrêt du conseil du 30 août 1784, seront
suspendus ; autorisant néanmoins les représentans
du commerce de France, à placer dans chacun
desdits ports & entrepôts, des commis pour surveiller & empêcher la sortie frauduleuse des den-1
lées uniquement dessinées au commerce national.
Par 1 article 7 , le commandant approuve le plan
proposé pour la formation annuelle d'une assemblée
des députés de la colonie, sans néanmoins préjudicier aux administrateurs généraux par l'ordonance
du mois de juin 1787 » & jusqu'à ce qu'il y ait
été statué par l'assemblée nationale.. La seconde piece, du 14 décembre , est une
protestation des commissaires du commerce ,
capitaines de navires, négociant, commiflionnaires,&: autres citoyens de Saint-Pierre de laMartinique. Il paroît que le 23 novembre il y avoir eu
une assemblée complette de 121 députés des 28
paroisses de île, qui avoient arrêté qu'aucune assemblée ne seroitréguliere,sans la présence de 81 membres ; cependant 29 députés .seulement se sont
constitués l'assemblée coloniale ; cette protestation a pour objet l'ouverture des 4 ports de l'île,,
tandis qu 'il n 'en est jamais ouvert qu'un aux
vaisseaux étrangers , ce qui favorise le commerce
interlope , & ruine celui de la colonie. Les pren --- Page 479 ---
1 Îîf ) restans disent que les délibérans ont été intérêt
,sés à cette innovation, comme transportant le commerce aux anglois qui entrent dans les ports sous
le pavillon américain , ce qui détruit la perception des impôts, 8c sur-tout du droit du domaine
d'occident, & autorise's importation des marchant
dises étrangeres dans la colonie. *
M. Camus a renouvelé la motion élevée par
M. de Lameth, au milieu des discussions 3 pout
l'établissement d'un comité. M. Alexandre de Lameth , en appuyant la
nomination d'un comité, a observé qu'il falloit
le hâter de rétablir la tranquillité dans le royaume
par les décisions sur les matières féodales & la
constitution } que l'assemblée jugêroit sur le rapport du comité les grandes questions de politique & de commerce qui demandoient un examen
ultérieur M. l'abbé Maury, & pour cause , a vojé pous
que la question relative à la traite dés noirs fût
traitée séparément ; il a dit qu'elle avoir une relation immédiate avec le maintien des colonies, ÔC
- même qu'il s'agissoit de prévenir la banqueroute.
les décisions sur les matières féodales & la
constitution } que l'assemblée jugêroit sur le rapport du comité les grandes questions de politique & de commerce qui demandoient un examen
ultérieur M. l'abbé Maury, & pour cause , a vojé pous
que la question relative à la traite dés noirs fût
traitée séparément ; il a dit qu'elle avoir une relation immédiate avec le maintien des colonies, ÔC
- même qu'il s'agissoit de prévenir la banqueroute. Il a demandé que le rapport des faits d'insurrection de la constitution & de la conservation
des colonies susTent renvoyés au comité qui
seroit établi. Il a requis en conseqùence ladivi,-
fion de la motion. M. de Cazalés a soutenu au conrraire que la seule
chose, dont l'assemblée dût s'occuper, étoit de
remettre l'ordre & la tranquillité dans la colonie. Après quelques débats , un grand tumulte ,
des clameurs très - fortement prononcées, &
qui annonçoient un très - grand intérêt, on a --- Page 480 ---
t -3* >
,
A • / ,i t ïi A V invoqué -là queltion prealable iur la division %
c'est - à - dire , que l'on vouloir que l'a peti tion
du commerce de Bordeaux &: des autres villes
maritimes concernant les colonies, ce qui comprend la traite , & généralement tous les rapports des colonies, fussent remis ensemble aû
rapport unique du nouveau comité. Il faut convenir qu'il y à eu beaucoup plus
de bruit que de raisons sur cette que'ssion préalable , quoiqu'il y eut de grands moyens à développer. Le désir de quelques - uns étoit d isoler
entièrement & de hâter la décision sur la traite,
Les motife en sont connus \ car, comme je l'ai
déjà observé tant de fois , les mécontens , les
ennemis du bien public n'ont pas encore perdu
l'espérance. Or, avec de pareils projets on n'a
jamais un instant à perdre , & la plus grande
- activité peut seule procurer le succès. Cet^ activité
cst même le caractere principal de l'intrigue, qui né
jouit que de surprises & d'erreurs, lorsqu'elle ne
peut pas vaincre par la violence. Il est à observer
que le méchant a plus de ressources pour nuire
que l'homme bienfaisant qui n'obéi,t qu'aux doux
penchans de la nature , & aux attraits de la
vertu. Le méchant est insatigable ; la vengeance
ranime ses forces épuisées par l'effort de la cupidité } il se repait des maux qu'il cause , Se
trouve une espece de jouissance dans les agitations convulsives de son inquiétude. Furieux
d'être l'objet du mépris public , il veut se faire
craindre de ceux.dont il ne peut se faire estimer j
& si sa cupidité deçue ou Ion orgueil trompé
ne lui laissent aucun espoir , le méchant cherche --- Page 481 ---
i < 37 ) > engloutir avec lui toute la génération que ses
attentats n'ont pu asservir ou détruire. Le présidenc a fait deux épreuves successives,
par asis & levé , sur la que ssion préalable ; elles
lui ont paru douteuses , & il a demandi lui^
même l'appel nominal. Ainsi ceux qui étoient
pour que toutes les questions ou pétitions &
ies rapports fussent traités ensemble , s'opposoient de droit à la division , & ont répondu
non, les autrés oui. la question ainsi posée ,
il y a eu 343 voix pour le non, & 310 pour
le oui, & il a été décrété qu'il n'y avoit pas
lieu à délibérer sur la division demandée.
ont paru douteuses , & il a demandi lui^
même l'appel nominal. Ainsi ceux qui étoient
pour que toutes les questions ou pétitions &
ies rapports fussent traités ensemble , s'opposoient de droit à la division , & ont répondu
non, les autrés oui. la question ainsi posée ,
il y a eu 343 voix pour le non, & 310 pour
le oui, & il a été décrété qu'il n'y avoit pas
lieu à délibérer sur la division demandée. Ensuite. il a été décrété , à la très - grande
majorité , qu'il seroit nommé un comiré de'
douze membres pris dans toute 1 assemblée, &
non dans les différens comités d'agriculture, de
commerce , & de finances , comme quelquesuns l'a voient proposé. M. Malouet craignant sans doure, par humanité , que ce comité n'eut pas de million
spéciale pour faire son rapport sur les noirs, en
a fait l'observation. On lui a répondu que cette missïon faisoit
partie des pétitions* discutées , & que sa demande
étoit au moins superflue. Enfin il a çté arrêtée, sur la motion précise
de M. le Chapelier, que le comité feroit son
rapport lundi prochain. --- Page 482 ---
( 38 ) De l'Imprimerie de DEMONVILLE, 1790. Cette feuille paroît tous les matins au Palais
Royal, n° 14, chez GATTEY , Libraire ^ où l'on
souscrit à raison de 5 l. par mois pour Paris &
6 livrer pour la Province , franc de port. On souscrit aussi pour la Collection du même.
Courier, qui formera deux volumes , depuis Couverture des Etats , à raison de 6 liv., & 8 liv. pour
ceux qui n'auront pas souscrit. On prie MM. les abonnés , dont l'abonnement expire à la fin de février , & qui désireront le renouveller, d'en donner avis au bureau avant le premier
mars, aEn de s'éprouver aucun retard; & MM. les
abonnés qui ont été continués pendant le mois de
février , sans avoir fait payer , sont aussi priés de le
faire avec le prochain renouvellement. --- Page 483 ---
( 79. )
r Tom, ^ r, N°. v 1. COURIER DE MADON A L'ASSEMBLÉE NATIONALE; PERMANENTE. Séance 'du samedi matin 6 mars 1790. ' 0 N n'a point mis à la discussion l'article sécond du titre 3 , qui éprouvera sans doute des
amendemens considérables \ mais M. Merlin a
proposé deux nouveaux articles destinés à être
placés après l'article X du titre premier, qui
traite des effets généraux de la destruction du
régime féodal ( 1 ). Cet article prononce, comme on l'a vu , l'abolition de tous les droits d'aînesse & de masculinité
a l'égard des fiefs, domaines & aleux nobles , &
les partages inégaux à raison de la qualité des personnes ; ordonne en conséquence que toutes successions, tant directes que collatérales, tant mobiliaires qu'immobiliaires , seront, sans avoir
égard à l'ancienne qualité noble des biens &
des personnes , partagés entre les héritiers sui-.
1 ). Cet article prononce, comme on l'a vu , l'abolition de tous les droits d'aînesse & de masculinité
a l'égard des fiefs, domaines & aleux nobles , &
les partages inégaux à raison de la qualité des personnes ; ordonne en conséquence que toutes successions, tant directes que collatérales, tant mobiliaires qu'immobiliaires , seront, sans avoir
égard à l'ancienne qualité noble des biens &
des personnes , partagés entre les héritiers sui-. (1) N°. XXIII du z5 février ^ pag. 325. --- Page 484 ---
(Soi vant les lois, statuts, 8c coutume? qui règlent
les partages entre tous les citoyens ( I ). Cej
article déclare en outre que les puînés & les
filles, dans les coutumes où ils ont eu jusqu à
présent, sur les biens tenus en fief, plus d'avantage que sur les biens non féodaux, continueront de prendre, dans les biens ci - devant fiefs *
les parts à eux assignées par lesdires coutumes,
jusqu à ce qu'il ait été déterminé par l'assemblée
nationale un mode définitif & uniforme de succession pour tout le royaume. Voici les deux articles qui ont été successive.
tnent présentés & décrétés ainsi qu'il suit : A R T. X I. « La garde royale, la garde seigneuriale ? &
le déport de minorité sont abolis ». A R T. X I I. « Sont pareillement abolis tous les effets que
» les statuts , coutumes , & usages avoient fait
» résulter de la qualité féodale ou censuelle des
» biens, soit par rapport au douaire, soit pour
» la forme d'estimer les fonds, & généralement
» pour tout autre objet , quel qu il soit, sans ( i ) L'article excepte les citoyens actuellement
. mariés ou veufs ayant des enfans, lesquels partageront entre eux & leurs cohéritiers, conformément auæ
anciennes lois , les successions immobiliaires directes &
collatérales qui pourroient leur écheoir. \ --- Page 485 ---
( Si ) F 2 » néanmoins comprendre dans la présente dis-
» position, quant au douaire des femmes actuel-
» lement mariées ou veuves, & sans rien inno-
» ver , quant à présent , aux dispositions des
p coutumes de nantissement , relativement à la
» maniere d'hypothéquer & aliéner les hérita-
'» ges , lesquelles continueront, ainsi que les
» édits & déclarations qui les ont expliquées t
» étendues, & modifiées , d'être exécutées " sui-
» vant leur forme & teneur , jusqu 'à ce qu'il en
» ait été autrement ordonné». M. Guillaume a fait ensuite la levure du mémoire de M. Necker, qui a durée plus de deux
heures, & remplie avec un petit événement dont
je parlerai , le reste de la séançe. Voici quelques idées de cet ouvrage très-volumineux., autant qu'une lecture très-rapide a permis de les
saisir. Le ministrè rappelle ce qu'il avoit annoncé,
dans son mémoire du 14 novembre dernier sur
le défaut de recouvrement & de rentrée de
quelques impôts indirects. Il dit que depuis le
mois de novembre dernier , julqu'au 20 février
( époque précise de la rédaction du mémoire
d'aujourd'hui) , il y a un déficit, dans lés perceptions , de quarante-un millions, ct une perte
sur les suibsistances de dix-sept millions. Qu'au
28 février il de voit rester au trésor royal vingt
millions -, que c'est donc sans aucun fondement
qu'on avoit répandu des bruits sur les embarras
extrêmes du trésor public. - -
julqu'au 20 février
( époque précise de la rédaction du mémoire
d'aujourd'hui) , il y a un déficit, dans lés perceptions , de quarante-un millions, ct une perte
sur les suibsistances de dix-sept millions. Qu'au
28 février il de voit rester au trésor royal vingt
millions -, que c'est donc sans aucun fondement
qu'on avoit répandu des bruits sur les embarras
extrêmes du trésor public. - - Il parle ensuite des inquiétudes & des besoins
de l'avenir, notamment de ceux des dix mois
restants de cette année , qu'il fait monter, a
millions, dont le détail suit. --- Page 486 ---
( 82 ) .. Déficit au premier mars .. '• 47 millions
a°. Anticipations non renouvelées
au 31 décembre dernier ... 121
3°. Déficit approximatif sur les
régies , marc d'or , centieme
renier , franc-fief, & sur d'autres impôts indirects, &:c. .. 60
4°. Dépenses extraordinaires pour
les dix derniers mois 60
Intérêts de l'emprunt de 80
millions 3 i 6°. Retard sur les tailles & capilation , pour • mémoire. Total de l'aperçu des nouveaux
besoins des dix derniers mois de , 79'0 @ 291 millions Le premier mini stre a parlé d'un projet de
création de nouveaux bidlcts pour couvrir sur
le champ ce nouveau déficit, & se mettre au
r pair . de la surcharge extrême qui résulteroit de
cette émiilion. Il a observé néanmoins quon ne
pOurroit franchir les dix derniers mois sans des
ressources extraordinaires. Il existe , disoit-il, un
discrédit fondé sur les causes les plus réelles •>
l'avenir nous donne des promesses, mais il nous
faut des secours de l'instant. La confiance est
soumise (I) aux lois d'une régénération lente
Se successive ; elle périt graduellement , elle renaît de même. (1) C'est à ce moment qu'est arrive i'épisode que je
retracerai à la fin de .la séance. --- Page 487 ---
C H1 F 3. Le premier ministre a parle de nos ressource;
ssir le squelles il a fait les observations suivantes. Att premier mars il devôit se trouver au tréfor public 2Q millions , que l'on ne doit compter que pour dix, parce qu'il faut toujours dix
millions au moins pour les besoins imprévus. , La caisse d'escompte doit encore fournir 28
millions sur les capitaux qu'elle s'est obligée de:_
verser. Les économies , réductions & bonifications
sur les 47 millions de déficit ci-dessus, s'éleveiont à 30 millions. La moitié des anticipations étant ou, devant
être renouvelées, elles ne seront plus comptées,,
dans les besoins de 1790 que pour moitié, ou
pour 60 millions. - . Les receveurs généraux ne se sont engagés à
verser que. les sept douzièmes de. l'année 1790 •:
'on pourroit prendre avec eux des arrangemens
pour procurer une accélération de rentrée qui
ferait de iy millions. Cette accélération doit,
être d'autant plus facile , que les peuples font
foulages par l'imputation de, l'impôt reversé partiellement sur les ci devant privilégiée
de 1790 que pour moitié, ou
pour 60 millions. - . Les receveurs généraux ne se sont engagés à
verser que. les sept douzièmes de. l'année 1790 •:
'on pourroit prendre avec eux des arrangemens
pour procurer une accélération de rentrée qui
ferait de iy millions. Cette accélération doit,
être d'autant plus facile , que les peuples font
foulages par l'imputation de, l'impôt reversé partiellement sur les ci devant privilégiée Il y a déja douze mille déclarations poux la
feule ville de Paris , de sa contribution patrio"
tique , dont le résuitat, s'éleve à 30 millions. On pourra proposer au cours de l'année., sous
une forme attrayante, un emprunt de 3q millions. On doit sans doute encore- compter sur l'indulgente confiance des. créanciers de l'état, Se
prendre avec eux des. arrangemens pour leur. --- Page 488 ---
. (84) payer deux semestres à la fois , savoir un quart
en argent j & les trois quarts en assignats portant
intérêts ; on étendroit cette opération aux pensionnai'res arriérés -, en un mot, voici la marche
de ces ressources. 1°. Au premier mars , dans le • trésor public, un fonds de .. 10 millions
2P. A recevoir de là caisse d'efcomte pour solde de ses engagemens ï .. 28 50. Economies, bonifications .. 30
Vingtièmes & importions du
clergé , toute déduction faite . j°. RenouvelJement pour moitié
des anticipations 60 6°. Rentrées accélérées comme cidessus .. ; 15 7°. Contribution patriotique .. 30 8°. Emprunt au cours de l'année 30 °. Semestres acquittés par affignats Se argent 50 10°. Retards sur les payemens , ou payemens en effets à terme 30 Total des ressources pour ac- -
quitter les besoins de 1799. » 292 millions A ce- moyen , les 294 millions de besoins
extraordinaires sont a peu près couverts. On sent
que ces calculs approximatifs sont susceptibles de
variation. Le ministre propose de se procurer un nouveau crédit sur la caisse d'escompte de 30 à
< i --- Page 489 ---
( 85 ) 40 millions pour en faite tifage au besoin ;
d'accorder pour - encouragement une prime de
deux pour cent sur les billets de caisse j de &
hâter de mettre les biens ecclésiastiques & domaniaux en vente, ou du moins de rendre
public l'état de Ceux qui doivent être vendus *
afin de faire renaître la. confiance & de mettra
Ja caisse en état de payer à bureaux, ouverts. -
Le ministré propose de7 nommer des cômmissaires tirés de la commune de Paris , pout
iurveiller & inspecter les opérations des administrateurs de la caisse, & les mettre à l'abri des'
saux jugèmens & de la calomnie, eux sur-tout
qui servent la chose publique sans intérêts &
avec tant de dévouement. M Necker examine &c balance ensuite les
inconvéniens & les avantages de la création &
cmifîîon. de ce papier - monnoye" : il le présente
comme infiniment: préférable aux: billetsr', de
caisse , qui n'ont qu'une hipotheque indirecte
sur les biens du clergé & du domaine, tandis
que ce nouveau papier aura pour base une hypothéqué spéciale. Il se fait l'objeâion ( qu'il
ne résout pas) relativement à l'engorgement nécelsaire que produiroit cette émission immodérée, sur-tout en observant que la puissançe de'
ï'assemblée (qui se régit, dit-ii ,• sagement par
l'opinion) n'e seroit peut-être pas allez étendue
pour faire circuler ce papier dans les proVinces.
du domaine, tandis
que ce nouveau papier aura pour base une hypothéqué spéciale. Il se fait l'objeâion ( qu'il
ne résout pas) relativement à l'engorgement nécelsaire que produiroit cette émission immodérée, sur-tout en observant que la puissançe de'
ï'assemblée (qui se régit, dit-ii ,• sagement par
l'opinion) n'e seroit peut-être pas allez étendue
pour faire circuler ce papier dans les proVinces. Il semble délirer que l'on abandonne à
ministration -des financés une liberté, dit le ministre , que vpus seriez peut-être- inquiets de re- ,
metre entre lés mains d'un seul homme. Il ajoute *" --- Page 490 ---
7, 1 ( 86 ) .. que sa conduite depuis le mois daout 17b» ,
prouve qu'il ne .cherche point à diminuer la
responsabilité ,• non envers le roi qui J honore
de sa confiance, non envers . laflemblee , non
envers la nation, mais envers.lui-même. Le ministre propose ensuite le projet de la
création d'un comité pour l'administration du
' trésor public , dont les membres dirigeraient
l'action sous le nom de commissaires de la
trésorerie. Le président rendroit les comptes au
roi; dès lors les places de contrôleur & de directeur général des finances .deviendroient inutiles. Il a ajoute iquil n entend pas se meure a
V écart ver sonnellement dans cette nouvelle injtitution, quoiqu'il se propose de se rendre aux
eau* , pour-fa. fanté, au retour de la belle faison. Il instruit l'assemblée de ce projet, quoiqu'il sache que le roi soit parfaitement le maître
de l'exécuter. Ce plan servira pour extirper absolument les anciens abus, procurera dans ^ 1 ex-
-pédition dei affaires une npuydle célérité , J empêchera dé. négliger des détails- quelquefois
précieux. Pour cela le ministre observe qu'il
faudroit un peu déroger au décret de l 'assemblée, qui interdit aux, membres d 'accepter aucune place du gouvernement vau cours de la 1^
gislature ; ' que le .motif n'est plus > même,
- puisque , dans fous les cas, ces membres conserveront leurs principes nuprès d'un roi citoyen & de ministres disoit - if,
bons patriotes que vous, que ces places
feront plutôt une charge qu'une faveur. If en
résultera pareillement ,de la part 4?
roger au décret de l 'assemblée, qui interdit aux, membres d 'accepter aucune place du gouvernement vau cours de la 1^
gislature ; ' que le .motif n'est plus > même,
- puisque , dans fous les cas, ces membres conserveront leurs principes nuprès d'un roi citoyen & de ministres disoit - if,
bons patriotes que vous, que ces places
feront plutôt une charge qu'une faveur. If en
résultera pareillement ,de la part 4? une communication plus active pour les opéra. V v --- Page 491 ---
' r 87 V 1 tion du trésoï public , & qui est si nécessaire
pour la conduite & l'intelligence des opérations.
Que puis-je , dit le ministre , seul & loin de
vous, avec quelques conférences rapides ? Que
puis-je, seul & loin de vous , avec quelques,
mémoires dont les reflexions peuvent échappes
si souvent à votre sou venir ? Le ministre jette ensuite un coup-d œil trèsconsolant sur l'état du moment, & la situation
de 1791,, 'Il annonce que le prêt des troupes,
le paiement des atteliers de charité-, les approvisionnemens de Paris, &c., ne peuvent causes
aucune inquiétude pour plusieurs mois. Il pro-t
pose , au nom du roi & de sa part, d'indemniser, aux dépens dé la nation , les propriétairesdont les châteaux ; maisons , &c. , ont été pillés ,
Se incendiés dans les derniers troubles, ce qui
a excité les plus. vifs applaudiîïemens dans 1 'asfemblée. ": -
Le premier ministre a parcouru ensuite avec
rapidité , mais sans indiquer ni moyens , ni
plans , le remplacement des aides * de la gabelle quil faut , disoit-il, détruire dès à présent, afin de faire; cesser la résistance des ;peu-.
ples , qu?il est si difficile de faire rentrer dans ,
le sens de la morale & des lois; du rempla- ï
cernent ou améliorations des: droits de francfiefs ,* contrôles, insinuations, de la formule ou
papier timbrée II annonce que J'assemblée n'aura
pas des difficultés extrêmes à vaincre aflec une.
nation riche & généreuse. 'Cependant le ministre se plaint du peu! de patriotisme de quelques
villes de: provinces, tant dans la fixation que dans
la lenteur extrême de leurs déclarations. Il a pro- --- Page 492 ---
( 88 > pose la ville de Paris pour exemple > dont ,
les citoyens se sacrifient si généreusementr pour
la cause publique. (Des applaudissemens uni versels ont prouvé que toute raue mblée étoit persuadée de la vérité de cet éloge. ) Je n'en doute
peint, disoit le ministre, vous fer ez, le bien, mais
il saut de la célérité. Il a exhorté l'airemblée
à s'occuper activement des finances. Voilà le seul,
moyen de ramener la confiance & la tranquillité , de faire ce (Ter les orages, & de faire- difparoître les nuages qui obscurcissent aujourd'hui
l'horison.
-Par un mémoire séparé , le' ministre annonce
que la caisse d'escompte veut payer en assignats
qâi échéront en mai & juin ; que cette dispefition ne peut remplir les besoins du mois demars ; en conséquence il demande un décret
pour en empêcher , ou une simple lettre du préfident. :
ramener la confiance & la tranquillité , de faire ce (Ter les orages, & de faire- difparoître les nuages qui obscurcissent aujourd'hui
l'horison.
-Par un mémoire séparé , le' ministre annonce
que la caisse d'escompte veut payer en assignats
qâi échéront en mai & juin ; que cette dispefition ne peut remplir les besoins du mois demars ; en conséquence il demande un décret
pour en empêcher , ou une simple lettre du préfident. : L'assemblée a ordonné l'impression & distribution de ce mémoire, sur lequel il sera statué
au" premier jour. . Oh pourroit , sur ce mémoire , proposer un
singulier problême. Pourquoi n'a-t-il été écouté
d'une partie connue de la salle , qu'avec les signes
les plus marqués de^'impatience? On ne peut supp'oser que? quelqu'un voye avec peine la certitude du retour du bonheur public , & les fef^
sources inépuisées de la nation. Il y a long-temps
que certaines personnes répetent (ans cesse le,
mot de banqueroute. M. l'abbé Maury le prononça encore à l'occasion de l'affaire des colonies. Cependant , je l'ai dit & je le dirai sanscesTe , elle ne se fera pas. Une nation entiere --- Page 493 ---
( 89 ) ne peut se couvrir d'une pareille infamie qui <
feroit rougir même le despotisme, s'il n'étoit pas
familiarisé avec tous ces genres de crimes. On
trouve à chaque pas des gens inquiets qui sont
les vils échos des malheurs publics, qui en difséminent les récits affligeans avoc une affreuse
jouissance. J'ai vu un de ces hommes bouffis
d'orgueil & d'ignorance , oubliant un ministere de paix, ne parler que de meurtres & de com-,
bats , qui, se reposant sur. l'ancien pouvoir arbitraire , avoit l'injustice & la sottise de croire que
l'armée serviroit avec ardeur les vengeances de
l avare & cupide aristocratie. Entêté d'une vaine
noblesse , à peine accordoit-il son estime protedlrice à l'opulence roturière (1). Il ne savoit
louer que les hommes qu'il appeloit de nom ;
il vit àvec une douleur furieuse la réunion des
ordres ; les troubles des provinces étoient pour
lui un motif de joie , parce qu'il espéroit que
l'anarchie reÍsusciteroit les abus. Les jours malheureux des 18 , 20. & 23 juin , furent pour
lui des jours d'allégresse : il osa sourire au. milieu
de la consternation générale ; il applaudit avec:
transport avec tant d'autres entraînés comme
lui par une orgueilleuse stupidité. Les,12 13
juillet ranimèrent ses espérances.. Il crut que r armée &- le canon alloient foudroyer la capitale,
& son cœur féroce se réjouit. La chiite de la
bastille le rendit imbécille & muet, & sa rago
fut condamnée au silence. Avec quelle fureur
n'a-t-il point déclamé; contre les journées des 5 («) Bien entendu , quand ells lui donnoit à dîner --- Page 494 ---
(90) &C 6 octobre l Eh bien , cet hommé sans capa- •
cité, & dont l'ineptie surpasse , s'il est possible
encore la vanité , n'a point changé, il ne chan- -
géra pas. Il espere encore ; il clabaude : c'çft un
de ces clamateurs, un de ces énurgumènes ariftocrates qui grincent des' dents aux seuls Mots
» de liberté, & sur-tout d'égalité.
--- Page 494 ---
(90) &C 6 octobre l Eh bien , cet hommé sans capa- •
cité, & dont l'ineptie surpasse , s'il est possible
encore la vanité , n'a point changé, il ne chan- -
géra pas. Il espere encore ; il clabaude : c'çft un
de ces clamateurs, un de ces énurgumènes ariftocrates qui grincent des' dents aux seuls Mots
» de liberté, & sur-tout d'égalité. Mais je m'aperçois que ce portrait isolé trouveroit une foule d'originaux qui ne peuvent s'accoutumer avec la pensée de la révolution , & qui
ne se convertiront jamais. Episode de M. de Blair , député suppléant de la prévôté & vicomté de Paris. Au milieu de la levure du mémoire de M. Necker , quelques députés ont prévenu M.
président qu'un étranger s'étoit introduit dans
là salle. Sur Je champ le président a chargé l'un
des huissiers de le prier de' sortir. Ce premier
avertissement a été inutile, & l'étranger a repoussé l'huissier. Les ordres réitérés du président
n'ont opéré aucun effet. Il a fallu appeler l'officier de garde, qui -, étant venu, a rendu l'invitation un peu plus pressante enfin il a étécontraint d'obéir. Mais au moment où cet étran-'
ger alloit descendre l'un des escaliers de déga.
ge mens placés dans les angles de la falie , il s'est
retourné , & levant le poing vers le préfrdent ,
il l'a menacé par deux fois. Tel est le fait dont
plus de 1500 personnes ont été les témoins. A l'instant il s'est élevé de toutes parts des
voix qui ont crié qu'on l'arrête , on a su
>•. ^uei -cét : étranger étoit M. de Blair, suppléant, --- Page 495 ---
( y ) iqui , disoit- on, s'étoit venu placer sur les siéges,
n'ayant pu trouver de place dans la tribune. M. le comte de Mirabeau a demande qu il
fut jugé sur le champ par l'assemblée , seule
compétente pour prononcer sur un délit commis
dans son enceinte. Le président a observe que ce gesse étoit
tellement plein de démence , que cela meritoit
plutôt la pitié que l'indignation , & qu il défiroit qu'il fut passé à l'ordre du jour. Si ce délit, cette offense vous étoient personnels, a repris M, de Mirabeau , vous pourriez
accorder à cet homme un oubli genereux , mais
il ne nous est pas libre à nous -mêmes d user d une
indulgence qui n'eil pas en notre pouvoir. ^ Je
demande qu'il soit conduit aux prirons de r abbaye de Saint - Germain, & renfèrmé pour 21
heures. :■ . , . Pendant ces discussions , M. de Blair étoit
resté un peu forcément au corps - de - garde, a
justement inquiet sans doute de l'issue d'une
accusation si grave. Il a envoyé offrir, par l un
des huissiers , de venir a la barre demander excuse. L'assemblée l'a refusé. ' M. l'abbé de Barmont a entrepris la défense
de l'accusé, en disant qu'il avoit été témoin
oculaire & auriculaire des faits ( ca qui prouve
merveilleusement qu'il a des yeux & des oreilles),
& qu'il n'avoit point vu ( & sans doute entendu) le geste indécent; que l'étranger, comme.-
suppléant, n'ayant pu entrer dans la tribune,
étoit entré dans la salle avec le dessein d en
sortir après la letlure du mémoire de M.
Necker. ;
'accusé, en disant qu'il avoit été témoin
oculaire & auriculaire des faits ( ca qui prouve
merveilleusement qu'il a des yeux & des oreilles),
& qu'il n'avoit point vu ( & sans doute entendu) le geste indécent; que l'étranger, comme.-
suppléant, n'ayant pu entrer dans la tribune,
étoit entré dans la salle avec le dessein d en
sortir après la letlure du mémoire de M.
Necker. ; --- Page 496 ---
. ( g' ) x - M. de Mirabeau lui a rappelé qu'il confonà oit le temps & le lieu , & que la scene s 'étoit
passé à la descente de l'escalier. A cet instant on a apporté une lettre de M.
de Blair au président > dans laquelle il jure
qu'il n'a point eu l'intention de manquer à
l'assemblée nationale , & qu'il n'avoit poiut fait
un geste qui fupposoit de la démence. L'assemblée , assez grande par elle-même pour
mépriser sans péril cet oubli d'un citoyen honnête , qui doit être assez puni par ses regrets
douloureux , s'est contentée de cette satisfaction.
Elle a fait grace plutôt que justice, & ordonné
seulement que la lettre seroit insérée au procès verbal. L'habitude de menacer , de provoquer, va,
dit-on, faire revivre les temps glorieux & célebres où l'on se battoit en champ clos à ou.
trance ^ on se battoit pour sa mie , on se bat
aujourd'hui pour lès opinions. Il elt souvent
plus commode de se battre que de raisonner,
sur-toUt quand on a tort. Si ce système guerroyant s'accrédir , bientôt les champs des environs de la capitale seront fameux par ces cornu
bats. Les françois, toujours armés comme des
spadassins , perdront leur caractere aimable &
franc -, &: lorsqu'on sortira de ses foyers, il faudra désormais s'armer de pied en cap , puisque
les conversations les, plus tranquilles finirent
souvent par des scenes orageuses. M. de Menou a fait là motion tendantes ce
-que les membres chargés rêdadïon du
décret de police de l'assemblée, fissent un ou
plulieurs articles pour prévenir ces inconvéniens. --- Page 497 ---
t "93 y SEANCE DU SAMEDI SOIR, , Une Réputation de la commune de Paris a"
présenré deux pétitions * la premiere relative à
la caille descompte & a la rareté du numéraire j
la seconde au prévôt de maréchaussée de Briyes
<en Limousin, qui, dit-on , remplit cette province de terreur par ses exécutions sanguinaires. M. Guillaume a demandé la suppression des
jurisdictions prévôtales dès à présent. M. de Lameth a ajouté qu'il falloir arrêter
le cours de cette soule de jugemens & de pyocédures que les prévôts de maréchaussées multiplioient de toutes parts contre les citoyens. L'assemblée a ajourné la motion de M. Guillaume , & ordonné que M. le président se retireroit sur le champ devers le roi, pour le supplier de suspendre toutes les procédures dirigées par les prévôts du royaume. En effet, le
président est sorti sur le champ.
qu'il falloir arrêter
le cours de cette soule de jugemens & de pyocédures que les prévôts de maréchaussées multiplioient de toutes parts contre les citoyens. L'assemblée a ajourné la motion de M. Guillaume , & ordonné que M. le président se retireroit sur le champ devers le roi, pour le supplier de suspendre toutes les procédures dirigées par les prévôts du royaume. En effet, le
président est sorti sur le champ. M. Bréven de Beaujour, député d'Angers, a
fait très au long le rapport de 1 affaire du prévôt/
de Marseille contre les habitans (i). J'ai déjà
fait le récit des faits dans les. nos. y du mardi
8 décembre , dans les nos. 18 , 20 , & 24 de
janvier. (1) Je dis contre les habitans de Marseille ; car il y
a trois autres affaires contre ce prévôt au comité des
rapports pour le peuple des Baux, de Carces, & de
Tropes. Du Fort Saint-Jean, ce juge terrible décrété
à 20 lieues à la ronde, & jette toute la Provence dans
la Gonsternation. --- Page 498 ---
(>4>. De l'Imprimerie de DEMONVILLE, 179°. il n'y a de nouveau fait bien important aujourd'hui, que la réclamation de la majeure
partie des districts de Marseille , contre la
tyrannie de cette procédure, & sur-tout contre
- l'inhumanité avec laquelle les prisonniers sont
traités dans les prisons du fort, où quelques--
uns ont contracté des maladies dangereuses. Le rapporteur a conclu au renvoi du prévôt
au châtelet, & des procédures , pour y donner
une suite convenable, &c au renvoi des accusés
devant les juges de la sénéchaussée de Marseille , le tout conformément au décret du 8 décembre dernier. Il éroit trop tard pour commencer la discusfion de cette affaire importante; elle a été ajournée à mardi prochain. Demain dimanche , seance, dont je ne rendrai
compte qu'avec celle du lundi, attendu que le
résultat d'une comptabilité des dons patriotiques
ne présente pas des évenemens allez importans
pour accélérer les jouissances du lecteur. Cette feuille paraît tous les matins au Palais
Royal, n° 14 , chel GATTEY , Libraire , où l'on
souscrit il raison de 5 1. par mois pour Paris &
6 livres pour la Province , franc de port. On souscrit aussi pour la Collection du même
Courier , qui formera deux volumes , depuis louverture des Etats ).à raison de 6 liv., ct 8 liv. pour
ceux qui n'auront pas souscrit. --- Page 499 ---
'( Î i Tom. V. G 1 N°. VII. ' : ' COURIER DE MADON A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
PERMANENTE. Séance du dimanche y mars 1790 (i). M • Dupont (2), au nom du comité de consc
titution, a fait le rapport de la masse des dons
patriotiques. Ce compte est divisé en 20 chapi -
très (3), dont voici l'extrait. t
Ch. I. Sommes en ar-, ' " gent-comptant ou billets V
de caisse , 288,036 1. T2 f. d. Ch. II. Lettres de change . ou billets à ordre... ^ 282,142 - 8 11
N. B. Ne reste à recevoif que '• à •
la somme de 25591 1-9 s. payable jusqu'en juillet prochain. Ch. III. Mandats sur ' divers particuliers, de* . 14 41 ; N. B. Il reste encore à recevoir sur cet, objet i
7,605 livres. 1
lets V
de caisse , 288,036 1. T2 f. d. Ch. II. Lettres de change . ou billets à ordre... ^ 282,142 - 8 11
N. B. Ne reste à recevoif que '• à •
la somme de 25591 1-9 s. payable jusqu'en juillet prochain. Ch. III. Mandats sur ' divers particuliers, de* . 14 41 ; N. B. Il reste encore à recevoir sur cet, objet i
7,605 livres. 1 (1) Dans cette feuille se'irouve la séance intéressante
du lundi 8, mars.. h : r (1) C'est le député de Bigorre.. Ï h) Vous pouvez comptes sur l'exactitude de cet extraits --- Page 500 ---
1 i 96 ) .Ch. IV. Sommes offertes Se annoncées par di. . 241,803 18 6
Sur laquelle Tomme n a
iété encore payé que
sjy,322l- 16 [. d. N. B. Sur cette Comme générale il y a 5° mille liv. offertes
par M. de la Borde , pour subvenir spécialement aux frais du
comité des recherches Ch. V. Soumissions à
terme ou sans terme , ci.. 441,08^ 2 ». ■N. B. Il n'a été payé fiircette
somme que 60,79 x -liv-, & pour
le recouvrement du s-.irplus , il
faudra une correfpondancea£tivfi
avec les soumiffionaires Ch.&Vl. Effets sur le
irésor royal i bavoir , 1°. en coupons , échus & payés - .. M3SWrJ 2°. En / billets de K 29,783 1 r B
jembourse- 1 ment suf- \
pendus-..24*2*85' * ) Tdtal,sauf
1200 1. de
non valeur. 25^783 *5 Ch. VII. Abandons de
pensions de 83,39Q 3
Cet article ne forme aucune
gççette e$e£tiye. --- Page 501 ---
( 97 )• Da Ch. VIII. Abandons , r; -
d'arrérages de pensions
pour.. j 123,296 17 II
Cet article fera susceptible. -
de grandes variations, attendu
qu'il manque beaucoup de titres pour les recevoir ; les trésoriers n'ont encore reçu que
2000 livres. j
Ch. IX. Plusieursabandons 8c cessions sur divers
particuliers, sur les com-' >
munautés, sur le roi, 8c - ;
autres que l'evénement seus '<• » . -
mettra à portée d'évaluer* 1 " Ch. X. Récépissés don- ' • * v: nés par les directeurs des
monnoies , payables à dif- ' férens termes, 8c montans
a I≤?0,8é>8 17 | Ch. XI. Abandons de '' finances d'offices de judi- *" "*
cature, dont la somme ne * * * . peut être sixée invariable- ^ J ' '
ment , puisque tous ces
offices ne font point éva- ?
lués. Ch. XII. Capitaux de
rentes perpétuelles qui excedent 300 mille livres , mais dont le montant fixe
dépend d'une liquidation
ultérieure , . ^00,000 --- Page 502 ---
I 0* î Ch. XIII, Abandons de
rentes viagères 61) 17
Ch. XIV. Abandons de
quelques rentes & gages.. 120,343. 1 £
Cette Tomme est susceptible
d'accroissemens graduels, pour
les échéances successives. Ch. XV. Abandons de
sommes indéterminées sur
ouvrages ou créances.
dont le montant fixe
dépend d'une liquidation
ultérieure , . ^00,000 --- Page 502 ---
I 0* î Ch. XIII, Abandons de
rentes viagères 61) 17
Ch. XIV. Abandons de
quelques rentes & gages.. 120,343. 1 £
Cette Tomme est susceptible
d'accroissemens graduels, pour
les échéances successives. Ch. XV. Abandons de
sommes indéterminées sur
ouvrages ou créances. Ch. XVI. Bijoux d'or,, dont la majeure partie est
fondue * ; 16,261 3 8
Ch. XVII. Fonte de
sarc,enterie 341,03£ 2 6
N. B. Y compris deux mille
marcs. existans en nature, évalués à 50 liv. le marc. Ch. XXII..Qbje,t$^vendus en naturel doiit là- * fonte auxoit diminué lk
valeur ï 28,026 1J'
Ch. XIX. Annonces 'd'envoi d'effets d'une va-. leur indéterminée.. Ch. XX. Soumifflons 'de rendre gratuitement lar • - • -
justice, souscriptions ouvertes en quelques villes,,
exemplaires d'ouvrages', , -
&c. ; tous lesquels objet ne sont susc£j^ble<; d'aucune évaluatioif "'ce'rt-ainè. tu --- Page 503 ---
1 ( 99 > -G3 . ^ Dou résulte, qu'il y a dans la caisse patriotique , en effets çomptans & disponibles , un million quarante-deux mille cent soixante-dix
; livres.. De ce jour, à six mois de terme, une augmentation certaine de 239,946; & en totalité d'objets fixes & déterminés , 4,3 Il faut ajouter à cette somme tous les objets indéterminés, qui forment au moins un tiers
en sus, dont la correspondance fera connoître la
valeur -, de maniéré que les dons patriotiques s éîevent à peu près à six MILLIONS. On eilime a près de 4.00 mille livres le montant des charges annuelles dont l'état fera libéré. Vous avez autorisé un emprunt de 80 millions,
moitié en papier , moitié en argent. Il paroit
qu'il a été déposé 21 millions au trésor royal, 9.
dont il existe pour 24 millions de papier, qu'il
faudroit brûler, comme titres de créances devenus inutiles. -
L'avis du comité étoit de destiner ces dons:
à sormer une caisse d'amortilïement. ^
Mais l'assemblée a préféré d'employer ces dons
de fopulence ou de l'aisance patriotique, à soulager les créanciers qui souffrent le plus par les
retards des payemens des rentes modiques, qui
font souvent toutes les ressources de leur subi
sistance. Voici le décret qui a. été rendu.. Décret pour remploi des- dons patriotiques, » L'assemblée nationale a décrété, que les
» sonds disponibles étant actuellement dans sa --- Page 504 ---
r( ioô 5 ' » caisse patriotique, & qui y seront portes a 1 a-
» venir, seront employés a payer les rentes de
» 50 livres & au dessous, perpétuelles ou via-
» geres , qui sont dues à des personnes qui ne
» payent que 6 livres de capitation & au des-
» fous ». » Et pour, effectuet cet emploi, l'assemblée
» nationale ordonne que dans la huitaine les
)) trésoriers des dons patriotiques appelleront les
» syndics des payeurs des rentes à l'hôtel-de-
» ville de Paris ; qu'ils se concerteront avec
» eux pour la forme , la mesure , & la compra-
» bilité du versement des fonds entre leurs mains,
» & qu'ils rapporteront un projet de décret sur
» la forme, la mesure , Se la comptabilité. du-
» dit versement ».
uet cet emploi, l'assemblée
» nationale ordonne que dans la huitaine les
)) trésoriers des dons patriotiques appelleront les
» syndics des payeurs des rentes à l'hôtel-de-
» ville de Paris ; qu'ils se concerteront avec
» eux pour la forme , la mesure , & la compra-
» bilité du versement des fonds entre leurs mains,
» & qu'ils rapporteront un projet de décret sur
» la forme, la mesure , Se la comptabilité. du-
» dit versement ». M. Rabaud de Saint-Etienne a fait un discours
très-intéressant, & dont l'assemblée a ordonné
l'impression. Il avoit pour objet de prémunir les
patriotes contre les insmuations perfides des ennemis du bien public , contre la crainte du renversement total des finances , que quelques personnes mal intentionnées semblent répandre pour
décourager les peuples & enhardir les adversaires
de la constitution. Il a parlé des causes piésumées de la rareté des especes , du discrédit malheureux dont le trésor public étoit frappé , de
'nos justes espérantes pour le rétablissement de la
confiance & du retour du bonheur, qui doit être
l'ouvrage de la liberté. Voici le décret qui a
été rendu sur sa motion, & le résumé de son
discours. « L'assemblée nationale décrete , qu'elle s occupera constamment de la discussion des finasceV ' --- Page 505 ---
( tôt )> G 1 drant trois jours de la semaine savoir, les vendredi, Jamedi & dimanche ; décrété aussi que'
le comité des finances donnera son avis vendredi
prochain sur le mémoire remis hier par le premier
ministre des" finances, & sur ladresse présentée..
par la commune de Paris », Séance du lundi 8 mars. ; Sur lès observations de M. de la Borde Mérevillë , l'assemblée a chargé îe président d'écrireaux administrateurs de la caisse d'escompte, pour
- les prévenir de ne pas payer la, somme qui leurreste à fournir autréfor public pour le complément
des 80. millions en reseriptions ou assignations
échéant en avril, mai & juin ) mais de payer err
effets échéans en mars, pour remplir le service~
du mois courant. L'assemblee a ordonné en outre
l'impression des états de compte mentionnés air
mémoire de M..Nécker.. En attendant le rapport du comité des colonies, M. merlin a proposé les articles, suivans,.
qui ont été décrétés ( 1). TITRE T Pt OI S IE M E. Des droits seigneuriaux rachetables, A R T 1 G L E L Seront simplement rachetables & continueront" (1) Je répete l'article Ier..du titre 3 , pour mettre lelecteur à portée de suivre le travail sans recourir aux
feuilles antérieures. 1 -. --- Page 506 ---
( t02 ) d être payes jusqu au rachat effectué tous les droits
& devoirs féodaux .ou censuels utiles, qui sont le
prix & la condition d une concession primitive de
ionds. 1 ART. II. m ... Et sont présumés tels , sauf la preuve contraire, i °. Toutes les redevances seigneuriales'annuelles
en argent, grains , volailJes, cire, denrées ou sruits
de la terre, servis sous la dénomination de cens,,
censives sur cens, rentes féodales, seigneuriales
Çc emphytéotiques, champart, tasque, ter rage ,
agrier, comptant , soëté, dixmes infèodées ,
corvees réelles , ou sous toute dénomination
quelconque , qui ne se payent & ne sont dus
que par le propriétaire ou possesseur d'un ronds ,
tant qu'il est propriétaire ou possesseur , & à raison
de la durée de sa possession.
nomination de cens,,
censives sur cens, rentes féodales, seigneuriales
Çc emphytéotiques, champart, tasque, ter rage ,
agrier, comptant , soëté, dixmes infèodées ,
corvees réelles , ou sous toute dénomination
quelconque , qui ne se payent & ne sont dus
que par le propriétaire ou possesseur d'un ronds ,
tant qu'il est propriétaire ou possesseur , & à raison
de la durée de sa possession. A . tous les droits casuels, qui, sous les noms
'de quint, requint, treizieme, lods & tregains ,
lods & ventes, ventes & issu es, rachats, venter iules , reliefs, relevaifons, plaids, & autres
dénominations quelconques, sont dus , à cause *
des mutations survenues dans la propriété ou la
possession d un sonds , par le vendeur , l'acheteur, les donataires, ou les héritiers & tous ayans
cause du précédent propriétaire ou possesseur. 3 Les droits d'acapte , arriere acapte , &
autres sèmblables, dus à la mutation des ci-devant
seigneurs. ART. III. Aucune municipalité , aucune administratioa --- Page 507 ---
1 . t 103 ) GS. distriâ: ou de département ^ ne pourra à
peine de nullité , dè prise à partie, & de dom»
mages-intérêts, prohibet la perception d'aucune
des. droits seigneuriaux dont le paiement fera
réclamé , sous prétexte qu'ils se trouveroient ime
pli citerne rit ou explicitement supprimés fan?
indemnité -, sauf aux parties intéressées à se
pourvoir par les voies de droit, devant lesc
tribunaux ordinaires A si T. i V. . les propriétaires de fiefs, dont les archives &
lès titres auroient été brûlés ou pilles à l'occasion
ides troubles survenus depuis le commencement
de l'année 1789, pourront, ,en faisant preuve
du fait, tant par titres que par témoins, dans
les trois années de la publication du prêtent
décret, être admis à établir, foit par actes, soit,
par la preuve testimoniale d'une possession dé
30 s antérieure a l'incendie ou au pillage ^
la nature & la quotité de ceux des droits noà,
supprimés, qui leur appartenoient* À R T . V, ta preuve testimoniale, donc ïï vient d'être
parlé, 'ne pourra être acquise qûe par dix témoins,
lorsqu' ,il s'agira d'un droit général, & par six
témoins , lorsqu'il s'agira d'un fait particulier. A R ■* V I. lès propriétaires de fiefs qui auroient, de- --- Page 508 ---
t K>4'5 0>. „ -puis l'époque énoncée dans 1 article IV, reénoncé par contrainte ou violence a la totalité
ou à une partie de leurs droits non supprimés
par le présent décret, pourront, en se pourvoyant également dans les trois années , demander la nullité de leurs renonciations ^ &
après ce terme ils 'n'y seront plus reçus, même
en prenant des lettres de rescision.
de fiefs qui auroient, de- --- Page 508 ---
t K>4'5 0>. „ -puis l'époque énoncée dans 1 article IV, reénoncé par contrainte ou violence a la totalité
ou à une partie de leurs droits non supprimés
par le présent décret, pourront, en se pourvoyant également dans les trois années , demander la nullité de leurs renonciations ^ &
après ce terme ils 'n'y seront plus reçus, même
en prenant des lettres de rescision. Le commencement de l'article II , comme
en l'a vu , étoit conçu en ces termes : de cette
nature sont MM. Lucas , l'abbé Grégoire & autres ont
observé qu'un grand nombre de cens ne supposoient pas essentiellement des concessions de fonds ;
qu'il seroit facile de prouver que dans plusieurs
provinces il y a eu des cens constitués à prix
d'argent ou pour rachat de servitude. M. Lucas.
a dit qu'il en avoit beaucoup personnellemenc
de cette especê -, qu'il étoît juste de contraindra
les seigneurs , dans les coutumes de franc-alleu +
-de prouver par titres les concessions de fonds
ou sans cela d'ordonner la suppression de ces
tens par le décret, sans aucune indemnité. MM. Goupil &e Tronchet ont répondu
que ces sortes de rentes étoient supprimées
par l'article IV du titre II relatif aux mainsmortes ; que d ailleurs cette question prématurée devoit être remise aux articles qui concerne'roient le remboursement des rentes foncières. M. Potée de Montoire a demandé que les
seigneurs fussent tenus de justifier leurs concessions foncierçs par la représentation du titrc
primitif, ou au moins par deux reconnoiflances --- Page 509 ---
C r°f ) conformes, énonciatives d'une plus ancienne , &
suivies d'une possession de 4° ans. Telles sont les raisons qui ont fait substituer
le mot présumés à la rédaction positive & affirmative du comité. C'est aussi le motif qui a fait
rejeter le mot présumés, afin d'indiquer que lo
débiteur seroit toujours admis à faire 1a, preuve
du principe créateur de la rente, pour se soustraire a l'indemnité & au- remboursement ordonnés. Il a été pareillement arrêté qu'il feroit mceffammcnt statué par une loi particulière sut
tes domaines congéables. Au milieu de la discussion de ces. articles M.
Barnave a fait le' rapport relatif aux colonies &
au commerce; 7 Commerce & Colonies.; M. Barnave a exposé que les caures des,
Biouvemens qui se sont élevés dans les colonies ^
avoient une connexion intinv avec ceux qui
avoient agité les différentes provinces de la,
France. Oppressions & vexations multipliées des.
agens. du pouvoir arbitraire -, il sembloit que ledespotisme , exilé de la métropole-, se fîitr réfugié
dans les colonies. Rareté & presque défaut absolu des subsistances. Enfin des craintes chimétiques, des insinuations perfides, répandues dans
les colonies par la malveillance; H sembloit, à
entendre ces vils calomniateurs, que l'assemblée
alloit renverser entièrement le régime colonial,
attenter à toutes les propriétés, détruire, par un
décret j toutes, les ressources de la culture. Tous
t
îitr réfugié
dans les colonies. Rareté & presque défaut absolu des subsistances. Enfin des craintes chimétiques, des insinuations perfides, répandues dans
les colonies par la malveillance; H sembloit, à
entendre ces vils calomniateurs, que l'assemblée
alloit renverser entièrement le régime colonial,
attenter à toutes les propriétés, détruire, par un
décret j toutes, les ressources de la culture. Tous
t --- Page 510 ---
f 106 ) ces motifs ont dû accroître les inquiétudes d'es
colons. x x Il est vrai que , sur quelques questions célebres } on pourroit vous présenter le systême
d'une philosophie imposante , de sublimes abftradions, une théorie qui sembleroit respirez
l'amour de l'humanité. Mais il faut se défier
de cette sagesse mensongere qui ne convient
ni à notre situation politique , ni aux besoins,
des colonies. Quelques personnes croient cependant que.
la France pourroit se passer de ses possessions -
coloniales. Ce principe hasardé résiste à toutes
les leçons de l'expérience , &c suppose une ignorance absolue de nos relations politiques commerciales. Ne voit-on pas que ce tte scission.
violente cau.feroit une secousse dangereuse à la;
jnétropole ? Ce seroit pour nous le plus redoiitable écueil. Bientôt ta France elle - même , déçhirée par cette séparation douloureuse, verroir,
son crédit totalement anéanti , ses sinances bonleverféés. La constitution , non encore affermie %
ne pourroit résister à ce choc terrible , & le
despotisme reviendroit avec plus de sureur
pous charger de nouveaux fers. Telles seroient
les fuites de ce systême inconséquent dan?notre,
état- a&uel. Ajoutez à cette somme effrayante
de malheurs , la ruine du commerce * & surtout des manufactures ; la cessation absolue des,
ressources avantageuses que le commerce avec.
colonies- procure pour le travail tles ouvriers
de: tout genre j l'emploi des: matieres & des,
denrées ; & manipulation des denrées coloniales Lçs voyages, dans les îles, entretiennent --- Page 511 ---
( i °7 ) ' cette pépiniere de v matelots , si nécessaires aa
service de la marine ; car nous n'avons pas en
France, comme en Angleterre, les. moyens d,e
multiplier le nombre de ces marins intrépides
& laborieux. les anglois ont le cabotage intérieur, un commerce beaucoup plus étendu dans
les grandes Indes, & sur la mer Baltique. Bientôt!
nos fiers rivaux, seuls dominateurs des mers ,
réaliseroient l'idée de cet empire chimérique
que 1 exagération de leurs orateurs leur a quelquefois supposée. Nous ferions restreints au commerce intérieur sur notre territoiie , l'Espagne,
soutenue par la marine françoise , retomberoit;
dans l'engourdissement ; bientôt 'nous ferions
obligés d'acheter au plus haut prix , des puisfances étrangères, les mêmes. denrées que nous
leur vendons annuellement. C'est alors que les
ennemis du bien public diroient aux malheureux.
ouvriers & artisans sans ressource & sans oc- \
eu pations : Vous aviez du travail avant que
d'être' devenus libres , vous aviez, du pain sous
Jes anciennes lois > reprenez vos fers, & vous
verrez renaître le- bonheur. Langage banal &
perfide, qui ne peut séduirë que lorsque le fèntiment d'une prosonde, misere a étouffé tous les
autres sentimens.
ennemis du bien public diroient aux malheureux.
ouvriers & artisans sans ressource & sans oc- \
eu pations : Vous aviez du travail avant que
d'être' devenus libres , vous aviez, du pain sous
Jes anciennes lois > reprenez vos fers, & vous
verrez renaître le- bonheur. Langage banal &
perfide, qui ne peut séduirë que lorsque le fèntiment d'une prosonde, misere a étouffé tous les
autres sentimens. Au surplus., le comité a confidéré la question
qui vous occupe fous trois rapports différens. 1°. Il a pensé que nos décrets ne sont point
pour la plupart applicables à la situation de nos
colonies. Elles auront leurs lois & leur conftitution particulière, sur lcsquelles la sagesse ordonne d'entendre leur vœu. Il sera nécessaire
de leur envoya des: bases générales, pour réglet --- Page 512 ---
I 108 ) . leurs assemblées, telles que les décrets concernant les municipalités & les corps administratifs
Cependant il doit être libre aux colonies de les.
reformer , de les modifier dans les parties inconvenables à leurs, besoins , fous la réserve del'approbation du roi &: de l'asserablée nationale.
2°. Le régime prohibitis des colonies doit être
fournis à des regles sages, qui conservent les intérêts respedifs de la métropole & des colonies.
Mais il faut encore les consulter sur ce point;,
car le régime prohibitif est le seul prix de laé
défense & de la protection. Mais dans tous les cas, nous ne devons point
nous occuper de l'extension dont il est susceptible. Il ne saut rien innover dans le commerce;
des colonies , & cela doit suffire pour calmer le^
inquiétudes de la politique & les alarmes de la
propriété. On a eu la cruauté de fixer vos regards sur des objets que vous^ne deviez point"
examiner. C'est à vous d e lai lier à la lenteur dutemps , & à la sagesse de l'expérience , à décider ces grandes questions. 3". Le gouvernement des colonies doit être:
en majeure partie leur ouvrage. Que pouvonsnous leur offrir que le partage de notre bonheur
& de notre liberté t Nos institutions, dirigées
à l'avantage commun , pourront contribuer a la,
félicité des colonies. C'est à elles de se réunit
sincèrement avec la métropole, pour augmenter-
& étendre nos relations de politique &c de commerce. Amis, concitoyens, françois, les colonsont partagé nos périls & nos travaux dans les
d'ernieres guerres ^ rien n'a pu ébranler leur fidélité. Voilà le moment heureux de renouveler:
notre liberté t Nos institutions, dirigées
à l'avantage commun , pourront contribuer a la,
félicité des colonies. C'est à elles de se réunit
sincèrement avec la métropole, pour augmenter-
& étendre nos relations de politique &c de commerce. Amis, concitoyens, françois, les colonsont partagé nos périls & nos travaux dans les
d'ernieres guerres ^ rien n'a pu ébranler leur fidélité. Voilà le moment heureux de renouveler: --- Page 513 ---
X 109 } • le contrat qui nous unit. Cest le fentimebt du
bonheur commun qui ddit faciliter ce rapprochement i & le serment de cette union sera lé
premier article du traité entre la métropole. &
les colonies. M. Barnave a proposé le projet de décret que
Je vai's rapporter dans un instant. Ce rapport sage a causé une véritable satisfaction dans toute l'assemblée. Jamais peut-être il
n'exista , ôc peut-être il n'existera jamais une aussi
étonnante harmonie. La, minorité s'étoit per"
fuadée, par une prévention injuste , que les prestiges d'une philosophie fausse ■& dangereuse au"
loient égaré le surplus de l'assemblée ; que l'exagération de l'enthousiasme auroit étouffe les maxiimes salutaires de la prudence. Telle étoit la cause
principale de cette fermentation vive qui a régné
dans les opinions, forsque l'affaire des colonies
•a été simplement proposée. li n'y avoit peut-être
-que deux ou trois membres dans les deux partis
opposés, qui eussent conçu le projet réel & funeste de faire discuter formellementt la traite des
noirs. Il valoit mieux, comme a fait le comité,
jeter sur cette erreur des nations un voile religieux , & ne pas remettre la destinée de l'empire
aux efforts de l'éloquence. Prononcer dans le sèin
d'une assemblée d'hommes libres, le nom d'efclaves ou le mot affreux de servitude , ç'eût été
la profaner & déshonorer ses principes. Le sitence absolu sur ce crime politique, que le salut
du peuple efface par sa loi suprême, le silence,
clis-je , étoit préférable au hasard des 'discufsions. Une sage providence qui regle les mouvemens --- Page 514 ---
- t iio ) du corps législatif5 "a semblé dicter aujourd'hui
un décret nécessaire à nbtre situation , & que là
Patrie ordonnoit à ses sages désenseuts. A peine
le projet de décret a-t-il été lu, que plus dè
500 membres se sont fait entendre de toutes
parts dans le même instanr, & avec i'ensemble
le plus étonnant, pour crier aux voix, aux voix.
Bientôt cetre réquisition a été universelle, & soutenue avec la plus grande consiance. L'impatience
générale de l'assemblée étoit inexprimable. Un
moment de iiience étoit interrompu tout à coup
par des c'ris plus articulés. Les esprits sembloient
animés par un sentiment commun , & tous les
députés se dire ï « Hâtons - nous de sauver là
» France ; point d'orateurs \ là sagesse consisté
» à se taire; il faut agir *>. Il étoit à Craindre
en effet que la chaleur des discussions ne conduisît à tin résultat impolitique. Cette masse délibérante, entraînée par des idées individuelles,
paroissoit en ce moment admirable n'en avoit
-qu'une seule, le bien du peuple & le salut de
l'état.
députés se dire ï « Hâtons - nous de sauver là
» France ; point d'orateurs \ là sagesse consisté
» à se taire; il faut agir *>. Il étoit à Craindre
en effet que la chaleur des discussions ne conduisît à tin résultat impolitique. Cette masse délibérante, entraînée par des idées individuelles,
paroissoit en ce moment admirable n'en avoit
-qu'une seule, le bien du peuple & le salut de
l'état. Laissons. déclamer les prétendus philosophes,
ces défenseurs enthousiastes de l'humanité. Qu'ils
accusent l'assemblée d'inconséquence & de contradiction. Nos rivaux , qui en conndissent quelques-uns ? pourront applaudir aux éclats de ce
zele imprudent & antipatriotique. Les détracteurs
de l'assemblée l'accuseront de pusillanimité ÔC
d'erreur. Eh 1 qu'importe l'opinion de ces écrivains , que leur noble sensibilité, ou, à l'égard
de quelques - uns que là séduction égare ,
lorsqa'il s'agit de la tranquillité & du bonheur
public ? Des tableaux touchans & sublimes --- Page 515 ---
4 m ) prouvent les talens de l'artiste , mais en même
temps l'insuffisance de l'art, lorsque la sagesse
n'en a pas réglé remploi. Si l'assemblée eût aboli la traite, c est alors
qu 'on lui eût reproché avec fondement de détruire sans remplacer, & de s'entourer de ruines.
Une destruction lente & préparée de l'esclavage
eût été une indiscrétion maladroite & criminelle. Car la perspective assurée de l'affranchissement des noirs eût bientôt produit la révolte,
puisque la seule idée de la liberté a suffi pour
exciter une commotion dangereuse. Cet affranchiÍfement graduel étoit une erreur , & toutes
les mesures de la prudence humaine auroient été
insuffisantes pour contenir dans la servitude , des
hommes convaincus du retour certain de leur
liberté. Ils auroient accéléré ce terme heureux,
& les colonies auroient été perdues pour toujours. Ces sentimens étoient sans doute gravés dans
tous les coeurs , & l'unanimité des suffrages
prouve seule la sagesse du décret. M. le comte
de Mirabeau & M. Pétion ont seuls insisté prin- •
cipalement sur la discussion. Le premier avoit
un discours de la plus grande éloquence à prononcer. " L'assemblée a ordonné que la discussion feroit fermée ; & sans vouloir écouter aucuns amenmens qui auroient servi de prétexte pour entrer
dans des détails qu'elle vouloit absolument éviter , elle a adopté , sur une simple lecture , le décret suivant. --- Page 516 ---
( 112 > Décret général sur les Colonies. « L'assemblée nationale, délibérant sur les adret
ses & pétitions des villes de commerce, &
» .des manusactures s sur les pieces nouvellement
» arrivées de Saint-Domingue & de la Marti-
» nique, à elle adressées par le ministre de la
33 marine, & sur les représentations des dépu-
» tés des Colonies ». « Déclare que, considérant les colonies comme
» une partie de l'empire françois , & désirant
» les faire jouir des fruits de l'heureuse regé-
» nération qui s'y est opérée, elle n'a jamais
entendu les comprendre dans la constitution.
» qu'elle a décrétée pour le royaume , & les
» assujettir à des lois qui pourroient être incom-
» patibles avec leurs convenances locales &: par-
» ticulieres ».
dépu-
» tés des Colonies ». « Déclare que, considérant les colonies comme
» une partie de l'empire françois , & désirant
» les faire jouir des fruits de l'heureuse regé-
» nération qui s'y est opérée, elle n'a jamais
entendu les comprendre dans la constitution.
» qu'elle a décrétée pour le royaume , & les
» assujettir à des lois qui pourroient être incom-
» patibles avec leurs convenances locales &: par-
» ticulieres ». « En conséquence , elle a décrété & décrete
» ce qui suir. ». « le. Chaque colonie est autorisée a faire
» connoître son vœu sur la constitution, la lé-
» gislation, & l'administration qui conviennent
» à la prospérité & au bonheur de ses habitans,
» à la charge de se conformer aux principes
» générEux qui lient les colonies à la métro-
» pôle , & qui assurent la conservation de leurs
» intérêts respectifs ». » 2°. Dans les colonies où il existe des af-
» semblées coloniales librement élues par les
» citoyens, & avouées par eux ; ces assemblées
» seront admises à exprimer le voeu de la co-
» lonie •, dans celles où il n'existe pas d 'assem- --- Page 517 ---
[texte_manquant] » blées semblables , il en sera formé inceflam- » ment, pour remplir les mêmes fondions ». )) 30.. Le Roi sera supplié de faire parvenir
» dans chaque colonie une instruction de l'as-
» semblée nationale, renfermant, 1°. les moyens » de parvenir à la sormation des assemblées
» coloniales dans les colonies où il n'en existe » pas ; 2°. les bases générales auxquelles les as-
» semblées coloniales devront se conformer, dans » les plans qu'elles présenteront». « 40. Les plans préparés par lesdites affem-
» blées coloniales seront sournis à l'assemblée » nationale , pour être examinés, décrétés par
» elle, & présentés à l'acceptation & à la sanc<
» tion du roi » y0. Les décrets de l'assemblée nationale,
/ » sur l'organisation des municipalités & des as-
» semblées administratives, seront envoyés aux- » dites assemblées coloniales, avec pouvoir, de
» mettre à exécution la partie desdits dédrets qui » peut s'adapter aux convenances locales , faus
- t) la décilion définitive de l'assemblée nationale » & du roi sur les modifications qui y auroient
pu être apportées , & la sanition provisoire
» du gouverneur, pour l'exécution des arrêtés » qui seront pris par les assemblées adminif-
» tratives ». « 6°. Les mêmes assemblées coloniales énon- » ceront leur vœu sur les modifications qui pour- » roient être apportées au régime prohibitif du
» commerce entre les colonies &c la métropole, » pour être, sur leurs pétitions & après avoir
» entendu les représentations du commerce srani) çois , statué ce qu'il appartiendra ». --- Page 518 ---
. ( 11, ) « Au surplus , l'assemblée nationale déclara
» qu'elle n'a entendu rien innover dans aucune
» des branches de commerce , soit direct , soit in-
» direct, de la France avec ses colonies *, met
» les colons & leurs propriétés sous la sauvegarde
» spéciale de la nation ; déclare criminel envers
» la nation, quiconque travailleroit à exciter des.
» soulevemens contre eux i jugeant favorable-
» ment des motifs qui ont animé les citoyens
» desdites colonies , elle déclare qu'il n'y a lieu
» contai eux à aucune inculpation ; elle attend
» de leur patriotisme le maintien de la tran-
» quillité , & une fidélité inviolable à la nation 31
» à la loi, & au roi ».
de
» spéciale de la nation ; déclare criminel envers
» la nation, quiconque travailleroit à exciter des.
» soulevemens contre eux i jugeant favorable-
» ment des motifs qui ont animé les citoyens
» desdites colonies , elle déclare qu'il n'y a lieu
» contai eux à aucune inculpation ; elle attend
» de leur patriotisme le maintien de la tran-
» quillité , & une fidélité inviolable à la nation 31
» à la loi, & au roi ». * Maire de Strasbourg. M. le baron de Dietrich a été élu maire
Strasbourg sans aucune opposîtion ; sur 5685
vorans, il a réuni 3312 voix, c'est - à - dire
469 voix au delà de la pluralité absolue ,
& 1000 voix audessus de la pluralité relative. On
a observé, après son élection , qu'il n'avoit que
huit mois de domicile réel à Strasbourg -, bientôt
il s est élevé une fermentation inquiétante. La
source de cette agitation singuliere n'est pas difsicile a découvrir; M. de Dietrich est luthérien>
»& le clergé d'Alsace est bien intolérant. Cependant M. de Dietrich' jouit d'une estimer
générale ; il est magistrat à Strasbourg depuis 25"
ans, & inscrit comme tel sur le tableau de sa
compagnie. -En 1783 , il sut revêtu de deux
commissions ; 1°. de l'emploi de secrétaire auprès
des suisses & grisons i 2°. de la visite des mines. --- Page 519 ---
λ«*J forgeS, verreries, & martinets du royaume. M.
le maréchal de Ségur écrivit alors aux magistrats
de Strasbourg , que les commissions de M. de'
Dietrich ne devoient point lui faire perdre son
droit de domicile : en effet, il a toujours conservé l'esprit de retour, & possede à Strasbourg ,
où il est né, le liège de toute sa fortune. M.
de Dietrich, au moment de son élection, annonça qu'il abdiquoit toutes ses commissions ÔC '
emplois, pour résider uniquement en cette ville. C'est cependant d'après ce concours de circonstances que son élection a été attaquée. Pour
le bien de la paix, & en attendant le décrets
de l'assemblée Rationale, il a été arrêté à Strasbourg-qu'elle ne seroit considérée que comme
provisoire. Le comité a estimé quelle étoit trèsvalable , & conforme aux principes de la constitution. M. l'abbé Mauri a seul voulu la combattre ;
il n'avoit point entendu probablement le
rapport, & sur-tout la raison tirée de la magistrature toujours subsistante de M. de Dietrich ;
il n'a pas'voulu considérer que jamais le citoyen
n'est réputé absent, lorsqu'il est employé aux af -
faires publiq uès. En un mot il n'a point traité
la question -, dès lors l'impatience a accéléré l'inf.
tant de la délibération. Peut-être feroit-il entré
dans de plus grands détails, s'il n'eût.craint quelques observations sur les démarches du clercs .
d'Alsace, dont il étoit l'orateur. Mais fassemblée, *
toujours conduite par des vues de tolérance &£ *
de sagesse, n'a point considéré ces motifs secrets, ^
dictes par un faux zele , plus encore- que pat"
l'amour sincere de la vérité.
accéléré l'inf.
tant de la délibération. Peut-être feroit-il entré
dans de plus grands détails, s'il n'eût.craint quelques observations sur les démarches du clercs .
d'Alsace, dont il étoit l'orateur. Mais fassemblée, *
toujours conduite par des vues de tolérance &£ *
de sagesse, n'a point considéré ces motifs secrets, ^
dictes par un faux zele , plus encore- que pat"
l'amour sincere de la vérité. --- Page 520 ---
( 116 ) , Le clergé ne -sent point assez que le tempi .
heureux de cette tolérance universelle est arrivé.
Il ne veut pas se dépouiller entièrement, dans les
les provinces sur-tout, de cet esprit persécuteur,
ouvrage de l'orgueil & de la cupidité ; il crie
toujours à l'impiété *, il appelle l'anathême sur
l'homme public , qui , plein de resped pour.
le culte, croit devoir toucher, pour le bien de
l'état, aux possessions ecclésiastiques ; sur celui
qui déclame avec énergie contre les abus &
les scandales du clergé , contre le luxe des^
évêques, leur conduite immorale & la mollesse licencieuse des abbés commendataires.
Voilà leur langage •, il ne séduit plus que des
imbécilles , ou des gens prévenus , ou enfin
ceux que décide un secret intérêt. C'est ainsi
que , confondant l'autel & le ministre , & les
places avec ceux qui les occupent , tant de
citoyens honnêtes conservent encore une vénération religieuse pour ces hommes sans principes que l'église a enrichis & décorés. Tristé &
aveugle prévention! Peuples, apprenez à ne refpecter que la vertu, & méprisez les orgueilleux
perïécuteurs. Voici le décret qui a été rendu. Décret. « L'assemblée nationale, sur le rapport &
l'avis du comité de constitution, déclare , qu'à
l'époque du 6 février dernier , le baron de
Dietrich n'avôit pas perdu son domicile à
Strasbourg, & que ce citoyen , réunissant d'ail-» --- Page 521 ---
I rtl 5 e fluiprini«iq de Drimouvir.Lxo 17,Re,- leurs toutes les conditions prescrites, son élection à la place de maire doit être regardée
comme valable & désinitive ». - -, Cette feuille paroît tous les matins au Palais
Royal, n° 14, cheï GATTEY , Libraire , oii l'on
souserit à raison de 5 l. par mois pour Paris tj
6 livres pour la Province , franc de port. On souscrit aussi pour la Collection du même
Courier , qui formera deux volumes , depuis touverture des Etats , à raison de 6 liv., & 8 Ziv. pour
ceux qui n'auront pas souscrit. --- Page 522 --- --- Page 523 ---
i m 5
... 1
ît tous les matins au Palais
Royal, n° 14, cheï GATTEY , Libraire , oii l'on
souserit à raison de 5 l. par mois pour Paris tj
6 livres pour la Province , franc de port. On souscrit aussi pour la Collection du même
Courier , qui formera deux volumes , depuis touverture des Etats , à raison de 6 liv., & 8 Ziv. pour
ceux qui n'auront pas souscrit. --- Page 522 --- --- Page 523 ---
i m 5
... 1 Tarn. V. K N°. X. COURIER DE MADON A L'ASSEMBLÉE NATIONALE PERMANENTE. Séance du jeudi matin ii mars 1790. M . Goupil de Préfêlm a dénoncé une saute
très - grave , & eh même temps très-dange-
' reuse qui s'étoit - glissée dans l'imprimé de l'adresse aux provinces sorçant de l'imprimerie
royale. il a observé qu'il n'entendoit inculper
personne s mais que la substitution du mot irréparables à celui d'insép arables , présentoit un
sens odieux qui ne pouvoit entrer dans les vues
de l'assemblée \ qu'elle regardoit dans l'ordre
politique les malheurs qui ont affligé là France
comme inséparables d'une grands révolution ,
mais non pas comme irréparables , puifqu'elle
travailloit avec zele à les réparer, & que l'amour
de tous les bons françois pour la patrie en garan»
tifloic le succès. L'assemblée a rendu le décret
Suivant. Décret. (t L'assemblée a décrété que l'édition faite à
l'imprimerie royale, en 12 pages d'impression « --- Page 524 ---
•V ( '" - l '
i m 4e format in-4°., dans laquelle à la ligne quatorzieme de la page 11, le mot irréparables se
trouve sÜbstitué au mot insép arables que porte
le texte de cette adresse, est en ce point une édition iautive : en conséquence a décrété qu'il est
fait défenses à toutes personnes de distribuer aucun exemplaire de ladite édition dans lequel cette
faute ne soit corrigée -, comme aussi de faire
aucune nouvelle édition de ladite adresse dans
laquelle cette faute se trouve répétée ; arrête au
surplus quç son président se retirera incessamment
vers le roi pour solliciter S. M. d'accorder sa
sanétion royale au décret de l'assemblée nationale , portant que son adresse aux françois sera
lue aux prônes de toutes les paroissès du royaine >*. M. Merlin , au nom du comité de constituition a proposé deux nouveaux articles dont le
premier a pour objet de régler la quotité des
droits dus par les tenanciers, suivarit les titres &C
les coutumes seulement, sans avoir égard eu droit
d'enclave que tant de jurisconsultes attribuoient
aux seigneurs, comme inhérent essentiellement a
la seigneurie. Voici l'extrait exact des réflexions
qu'il a présehtées à cet égard , & qui serviront
d'explication à cet article,
ité de constituition a proposé deux nouveaux articles dont le
premier a pour objet de régler la quotité des
droits dus par les tenanciers, suivarit les titres &C
les coutumes seulement, sans avoir égard eu droit
d'enclave que tant de jurisconsultes attribuoient
aux seigneurs, comme inhérent essentiellement a
la seigneurie. Voici l'extrait exact des réflexions
qu'il a présehtées à cet égard , & qui serviront
d'explication à cet article, Rapport de M. Merlin. En matiere féodale , on appelle enclave un
territoire déterminé' sur lequel un seigneur est
fondé à exercer le droit général de directe ; &
l'on entend par droit d'enclave la prérogative
qui résulte pour les seigneurs de cette circonfcription du territoire, & qui consiste à pouvoir --- Page 525 ---
. t !?> ) K 2 être appliquée a tous héritages fîmes dans, son
territoire circonscrit , les droits auxquels son^t
soumis envers lui la plus grande partie des autres
héritages du même territoire. Ain si je possede
dans l'arrondissement d'une seigneurie un héritage qu'on ne peut pas prouver avoir jamais payé
ni cens , ni lods & ventes , ni champart , ni
aucun autre droit seigneurial. Cetta possession
de franchise , dans laquelle je suis , sembleroit
pouvoir me dispenser de toute espece de preuve
pour me maintenir dans ma franchise même. Il
sembleroit que mon héritage dût demeurer franc
jusqu'à ce que le seigneur,ait prouvé qu'il lui est
asservi. Cependant par l'effet du droit d'enclave j
le seigneur est dîspensé de la preuve ; mon héritage est présumé non seulement dépendre de lui;
mais> être aiTujetti à tous les droits de cense, de
champ arts , de lads & ventes auxquels sont
soumis les fonds voisins > Se il faut qu'il, subisse
toutes ces charges, si je n'ai pas de titre qui en
établisse l'allodialité ou la franchise. Ce n'est pas seulement dans les coutumes où
est écrit nulle terre sans seigneur qu on attribue cet effet au droit d'enclave. Les écrits de
jurisconsultes vendus à la féodalité, & les arrêts
des parlemens l'ont étendu même aux coutumes
allodiales, & il y a des provinces de droit écrit
dans lesquelles cette jurisprudence s'est établie. C'est ainsi que Guyot , dans son traité des
fiefs ( tome 2 page 94 ), dit avoir résolu la question en 1736 pour l'abbaye de Saint-Pierre de
Lyon , pays de droit écrit, dit-il, où l'allodialité est aussi bien reçue pour le moins que dans les
coutumes de Vitry , de Troyes . & de Nevers.
l'ont étendu même aux coutumes
allodiales, & il y a des provinces de droit écrit
dans lesquelles cette jurisprudence s'est établie. C'est ainsi que Guyot , dans son traité des
fiefs ( tome 2 page 94 ), dit avoir résolu la question en 1736 pour l'abbaye de Saint-Pierre de
Lyon , pays de droit écrit, dit-il, où l'allodialité est aussi bien reçue pour le moins que dans les
coutumes de Vitry , de Troyes . & de Nevers. --- Page 526 ---
( 1 ) Guyot cite ensuite des arrêts de parlement de
droit écrit, & pour des pays de franc-alleu qui
ont donné tout son effet au droit d d'enclave . &
c'est le parti qu'il embraite lui-même. Vous sentez , MM. , combien est injuste j
combien est vexatoire une telle jurisprudence. Je ne prétends pas la combattre pour les coutumes dans lesquelles elle est autorisée par une
disposition expresse ; pour les coutumes dans
lesquelles est écrite textuellement la réglè nulle
terre sans séigneur. Sans doute , sous 1 empire
de ces coutumes, le ieigneur n'a pas besoin de
titre pour asservir les héritages finies dans son
territoire ; la loi elle-même lui tient lieu de
titré ; & cè feroit une injustice de faire tourner
contre lui les ménagemens qu'il a eu pour ses
vassaux ou censitaires, en n'exigeant pas d'eux
dès titres particuliers , qui dans le sait lui
étoient inutiles. Mais en est-il de même foit
dans les coutumes qui rejettent expressément la
regle nulle terre sans seigneur, foit dans les
coutumes qui sont muettes sur ce point, foit
enfin dans les pays de droit écrit où le francalleu se présume toujours. Sans doute, MM. *
vous penserez tous que non. Cependant , je le
repete , c'est là ce que soutiennent un grand
nombre d'auteurs ; c'est depuis un certain temps
C3 qu'on juge dans plusieurs tribunaux \ & tous
les jours nous voyons un seigheur exiger le cens
d'un héritage qui n'y ç jamais été sournis, sous
prétexte qu'aucun des autres héritages voisinS
n'en est exempt. Qu'elle est donc la raison qu'on emploie
pout justifier cette jurisprudence ? La voici. --- Page 527 ---
( 7 ) Ki Il est vrai , dit - on , que la réglo nulle terre
sans seigneur n'est. pas écrite dans toutes les
coutumes, mais elle doit êtte fous - entendue j
elle sait le droit commun du royaume ^ & dans
les coutumes qui paroissent la rejeter, elle doit .
encore prédominer à l'aide de l' enclave , parce
que quand tout ce qui environne un coin de.
domaine , est féodal du censuel , il est contre
toute vraisemblance que ce domaine soit franc.
Il est vrai , dit - on , que la réglo nulle terre
sans seigneur n'est. pas écrite dans toutes les
coutumes, mais elle doit êtte fous - entendue j
elle sait le droit commun du royaume ^ & dans
les coutumes qui paroissent la rejeter, elle doit .
encore prédominer à l'aide de l' enclave , parce
que quand tout ce qui environne un coin de.
domaine , est féodal du censuel , il est contre
toute vraisemblance que ce domaine soit franc. Tel est , MM. , le ieul argument qu'on emploie pour donner à l'enclave tant de prérogatives. Ainsi l'on convient que les prérogatives
de l'enclave ne sont que des conséquences de.
la regle nulle terre sans seigneur. Cependant cette regle d'institution purement
féodale ne fut jamais écrite dans le code général des lois relatives à ce régime. L'uniformité des principes , leur antiquité auroit pu.
seules en démontrer l'évidence. Mais comment
pourroit - on admettre une unanimité de principes dans une matiere qui résiste à tous les principes de la justtee Se de la raison > dans une
matiere où le droit du fort contre le foible
posa les, premiers fondemens de ces créations
bisarres ? Ce n'est que plus, de 8Qo ans après
l'origine) de la féodalité , que la maxime nulle
terre sans seigneur a été érigée en principe
copiée servilement par une foule de nomenclateurs ignorans ou prévenus, toujours portés
à resserrer les liens de la servitude. Beaumanoir
en a parlé dans Je 14e siecle mais si la coutume de Beauvoisis a admis cette maxime, elle
devroit être restreinte dans son territoire. Peut-être
cet exemple isolé d'une autorité locale a-t-il égaré --- Page 528 ---
( 158 ) tant de juriscon sultes & de praticiens, dont l'imitation est le premier talent. D'ailleurs il n'y a pas
long-temps que l'on ose regarder en sace le
colosse féodal, que le stupide engourdissement
des peuples n'envisageoit qu'avec respect ou terr,eur. Ce sentiment habituel permettoit à peine
l'examen, & l'erreur dut long-temps prévaloir
avant que la saine raison eût rétabli son empire.
Dumoulin donna sur-tout une grande consistance
à la féodalité, en, y appliquant ses vastes lumieres, sa logique profonde, & son énergie.
Mais nonobstant l'autorité de tous ces grands
hommes, on doit admettre pour certain que
toute domination territoriale doit avoir une
assiette fixe & déterminée -, que les titres doivent
textuellement l'indiquer } que la servitude de
l'héritage voisin n'est point une raison suffisante
pour asservir le mien , & baser le droit d'enclave. Il faut des titres pour toute espece de
propriété : des inductions ne suffisent pas ÔC
une enclave ne peut être un droit qui puisse ,
de sa généralité , .s'étendre à chaque héritage
qu'il renferme, par le seul argument de la circonférence.
& déterminée -, que les titres doivent
textuellement l'indiquer } que la servitude de
l'héritage voisin n'est point une raison suffisante
pour asservir le mien , & baser le droit d'enclave. Il faut des titres pour toute espece de
propriété : des inductions ne suffisent pas ÔC
une enclave ne peut être un droit qui puisse ,
de sa généralité , .s'étendre à chaque héritage
qu'il renferme, par le seul argument de la circonférence. Voici les deux articles que M. Merlin a proposé , & qui ont été décrétés, ainsi qu'il suit. Articles décrétés pour être ajoutés à la faite
de l'article Il du titre 111 du décret concernant les droits féodaux. ART. III. Les contestations sur l'existence ou
la quotité des droits énoncés dans l'article précédent, seront décidées d'après les preuves au- --- Page 529 ---
( 159 ) K ± rorisees par les statuts, coutumes & regles obsérvées jusqu 'à présent; sans néanmoins que, hors
4es coutumes qui en disposent autrement, l'enclave puisse servir de prétexte pour assujettir un
héritage à des prestations qui ne sont point énoncées dans les titres directement applicables à cet
héritage, quoiqu'elles le soient dans les titres
relatifs aux héritages dont il est environné &
cireonscrit. ART. IV. Lorsqu "il y aura , pour raiscn d'usse
même héritage , plusieurs titres ou raeonnoifiances, les moins onéreuses aux tenanciers, seront préférées, sans avoir égard au plus ou moins
d ancienneté de leurs dates , sauf l'action en
blâme ou réformation de la part du ci -devant
seigneur contre celles desditès reconnoiflances
qui n'en seroient pas encôre garanties par ia
prescription, & dans lesquelles il n 'auroit été
partie -en personne , ni par son fondé de procuration. L'assemblée a ajournée à mardi prochain l'artide II concernant les garanties en matieres de
partages , déja renvoyé au comité féodal dans
la séance d'hier (page 146, n°. IX). Il a été arrêté que pour éviter le pléonasme,
les mots , corvées réelles, qui se trouvent ene
1 article II du titre III seroient supprimés , puisque l'article III nouvellement placé à la fuite
de celui-ci, suppose des titres existans , & des
concessions de fonds légalement établis. M. Tronchet a combattu en faveur de la maxime, nulle terre sans seigneur , qu'il a fait
remonter jnfqu'en 1 300. Mais son systême n'a pas --- Page 530 ---
? 4o, ) prévalu, comme étant fondé sur les maximes surannées de la féodalité , & déjà réfuté par le
rapport de M. Merlin. M. Dupont de Nemours a fait ensuite un
rapport très-étendu & en même temps très-im- .
portant sur les finances. Il a proposé neuf projets de décrets sur. les finances, dont voici l'extrait. PROJETS DE DÉCRETS SUR LES FINANCES* 1°. Gabelle. Ce premier projet est divisé en neuf articles. ART. I. Suppression de la' gabelle , ou de la
vente exclusive du sel à compter du premier
avril 1790. ART. II. Etablissement d'une-coritribution de
40 millions , sormant le tiers de ce que le
trésor national retiroit de l'impôt de la gabelle,
ou du droit de quart- bouillon, qui sera répartie sur les départemens &: les distri&s qui ont
formé les provinces & pays de grandes gabelles ,
de petites gabelles , de gabelles locales & de
. quart-bouillon, en raison de ce qui se consommoit dans ces provinces , & du prix auquel il
étoit débitée
II. Etablissement d'une-coritribution de
40 millions , sormant le tiers de ce que le
trésor national retiroit de l'impôt de la gabelle,
ou du droit de quart- bouillon, qui sera répartie sur les départemens &: les distri&s qui ont
formé les provinces & pays de grandes gabelles ,
de petites gabelles , de gabelles locales & de
. quart-bouillon, en raison de ce qui se consommoit dans ces provinces , & du prix auquel il
étoit débitée ART. III. Une contribution de 2 millions >
sormant les deux tiers seulement du revenu que
le trésor national retiroit des droits dç traite
de toute espèce, établis sur le transport de sel --- Page 531 ---
( 1.61 ) e S destiné à la consommation des départemens ôi
des districts, qui formoient .les provinces franches & rédimées, sera répartie sur' les départemens &:- les districts, en raison de 4a consommarion que chacun de ces départemens & districts faisoit du sel soumis à ces droits. ART. IV. Les états de répartition feront drersés d'après les états de consommation &: de prix
qui seront incessamment rapportés. ART. V. La contribution ordonnée par les
articles II & III, sera répartie sur les contribuables par forme d'addition proportionnelle à
toutes les impositions réelles & personnelles, &
aux droits d'entrée des villes, tant de ceux qui
appartiennent a la nation, que de ceux qui se
lèvent au profit des villes mêmes.. A'R T. VI. La portion de cette contribution,
qui sera en augmentation des impositions directes , fera établie au marc la livre , Se perçuc en vertu d'un simple émargement en tête
des rôles de ces impositions pour la présente
année 1790. ART. VII. Quant À la portion de la même
contribution, qui devra être en addition des
droits-d'entrée des villes, l'assemblée en reglera
l'assiette par un décret particulier. ART. VIII. Etablissement de la contribution
portée dans l'article II, à compter de 1 l'époque
où les départemens ont été affranchis DE --- Page 532 ---
f 162 ) FAIT des gabelles, & où l'état a cesse d'en
retirer le revenu dans: leur province. ART. IX. Il est enjoint aux fermiers généraux
de continuer le débit du sel au prix qui sera réglépar la concurrence du commerce 9. d'assurer l'approvisionnement des lieux que le commerce négligeroir de fournir , & de prévenir les renchérissemens subits trop considérables auxquels la variété
des combinaisons du commerce pourroit donner
lieu. Ils rendront compte tous les mois à l'administration des finances de la manutention &
du profit de cette régie , sur laquelle leur seront
attribuées dès remise?, proportionnées à leur travail & au produit qu'ils verseront pareillement
de mois en mois dans le trésor national., 2°. Marque dès cuirs.. Ce projet cst rédigé de deux articles,. ART. 1. L'exercice du dtoit de' marque des:
cuirs fera supprimé dans toute l'étendue du
royaume, à compter du premier avril prochain ^
à la charge, par les tanneurs & autres fabricans de cuirs- & de peaux, d'acquitter en douzepayemens , & dans l'espace de: douze mois, la
valeur d'es d'roits dûs par les marchandises qu'ils
ont en charge , sur le pied d'une estimation:
moyenne crui sera réglée par un décre.t pardifculier*
' marque des:
cuirs fera supprimé dans toute l'étendue du
royaume, à compter du premier avril prochain ^
à la charge, par les tanneurs & autres fabricans de cuirs- & de peaux, d'acquitter en douzepayemens , & dans l'espace de: douze mois, la
valeur d'es d'roits dûs par les marchandises qu'ils
ont en charge , sur le pied d'une estimation:
moyenne crui sera réglée par un décre.t pardifculier* ART. IL L'abonnement du droit de marqua --- Page 533 ---
( r61) des cuirs & peaux pour toutes les marchandises de cette espece qui feront mises en fav
brication & fabriquées à l'avenir, fera rendu gênéral au moyen d'une contribution de Jix millions par année, qui fera répartie, à compter
du premier avril prochain , sur tous les propriétaires & habitans du royaume, en proportion de toutes les rmpofitions directes y & detous les droits d'entrée des villes , laquelle répartition aura lieu, 'quant aux impositions direétes, au marc la livre, par simple émargement sur les rôles ^ & quant aux droits d'entrée
des villes , en la, forme q-ui sera réglée par un
décret particulier. * Droits sur les amidons» Ce; projet est conçu en trois articles. Le pre,-
mier supprime ce droit à compter du premier
avril. Le fecond supprime les abonnemens. Le
troisieme-ordonne la contribution d'un million
qui sera répartie sur tout le royaume dans la
même forme qu'en l'article 2. du décret précédent.. 4°. Marque des-fers.. Il est rédigé en quatre articles. 10 Droit de
marque des fers supprimé à partir du Ier. avril. Maîtres de forges & de' fonderies tenusd'acquitter en six mois f & en six payement
égaux, les droits qui peuvent être d'ûs par leurs:
fers déjà fabriqués., 3°. Contribution d'un million
par année sur les départemens & districts qut
formaient les ressorts des parlemens de Paris T --- Page 534 ---
( 3&4 ) Dijon, Metz, & de la cour des aides de
CLermont - Ferrand , à l'exception des districts
formans autrefois le pays d 'Aunis. Plus une
contribution de 500 mille livres sur tout le
zeste du royaume. 5°. Huiles & favoris. Art. 1. Continuation des abonnemens des
provinces. Art. 2. Contribution de 500 mille
livres sur les départemens & districts qui n'ont
abonne que le droit de fabrication. Art. 3. Abonnement rendu général par la contribution d un
million établie sur les départemens & distriâs
où la perception du droit à la fablication des
huiles avoit lieu. Ait. 4. Répartition de ces
contributions , comme dans l'article 2 du second
décret. # 6°. Contributions des villes. L'assemblée voulant adoucir pour les villes la
portion de contribution qu'elles auront a fournir
en raison de leurs droits d'entrées pour remplacement de la gabelle , des droits de traite sur le
sel, des droits de marque des cuirs & des marques
des fers & des droits de fabrication sur les huiles
Se les amidons , & rendre la perception de cette
contribution à la fois plus sûre & plus facile, a
décrété, '&c. &c. Les trois articles portent des
notions & instructions à recevoir des villes, pour
régler avec sagesse la répartition de ces contrit
butions.
en raison de leurs droits d'entrées pour remplacement de la gabelle , des droits de traite sur le
sel, des droits de marque des cuirs & des marques
des fers & des droits de fabrication sur les huiles
Se les amidons , & rendre la perception de cette
contribution à la fois plus sûre & plus facile, a
décrété, '&c. &c. Les trois articles portent des
notions & instructions à recevoir des villes, pour
régler avec sagesse la répartition de ces contrit
butions. --- Page 535 ---
( 16S ) ,; A 7*. Administration des postes. » Ce projet ne concerne que la franchise des
ports de lettres & paquets , relativement aux .
affaires , ou aux hommes publics , & la taxe
d'un sou pour le port de chaque feuille imprimée ôu feuilleton non relié. 8°. Débets' des impôts. » Il est conçu en quatre articles , concernant
le rapprochement & le. payement des débets
arriérés des provinces. °. Rapprochement & services des caisses. Un seul article ordonne le versement de l'excédent éventuel sur les revenus publics dans la
caille de l'extraordinaire, & le supplément du
déficit par la caisse extraordinaire. Tels sont les décrets que M. Dupont a présenté , & qu'il a fait précéder d'un discours
rempli d'une mâle éloquence & d un patriotifine
touchant. Il a fait revenir à plusieurs fois l'éloge
de M. Turgot, & l'assemblée; a fait connoître
par ses applaudissemens les justes sentimens d admiration dont elle est pénétrée. pour la mémoire d'un grand homme , d'un patriote généreux , qui osa prononcer les mots sacrés de
liberté & de peuple dans le sein du despotisme
& de la servitude. M, Dupont a annoncé que l'assemblee s 'ocçuper©it du sort de cette multitude; de commis --- Page 536 ---
( i66 ) & cremployés qui alloicnt être frappés d'une
affligeante suppression a &: qu'elle trayailleroit k
les rendre utiles. . L'assemblée a ordonné l'impression du dif-
, cours & des projets de décrets. Je donnerai ,; lors de la discussion du décret
» sur la gabelle, l'extrait d'un projet sur la gabelle , présenté par la ferme générale., où elle
gradue adroitement le prix du fèl suivant l'éloignement des salines , de maniere qu'en maintenant une partie du régime de la ferme , lesel seroit à un taux beaucoup inférieur.*Le comité n'a point adopté ce plan , qui conserve-
' roit encore le spe'étre odieux de la gabelle. M. Merlin a anno'ncé que le comité alloit
s occuper du soin de mettre- dans leur ordre
naturel tous les décrets déjà réndus sur les ma -
tieres. féodales r &: d'y joindre des instructions
convenables ; quinceffamment il feroit aussi le;
rapport sur le mode du rachat des droits §ç
devoirs décrétés rachetables. M. Bouche a requis M. le président de vouloir bien instruire l'assemblée s'il avoir présenta
a la sanction du roi le décret relatif aux pen- '
fions y & s'il avoit supplié sa majesté de vouloir bien interdire à ses ministres de solliciter
la concession de nouvelles pennons.
&: d'y joindre des instructions
convenables ; quinceffamment il feroit aussi le;
rapport sur le mode du rachat des droits §ç
devoirs décrétés rachetables. M. Bouche a requis M. le président de vouloir bien instruire l'assemblée s'il avoir présenta
a la sanction du roi le décret relatif aux pen- '
fions y & s'il avoit supplié sa majesté de vouloir bien interdire à ses ministres de solliciter
la concession de nouvelles pennons. M. le Président a répondu affirmativement %
il a assure que le roi avoit dit que les- intentions de l'assemblée seroient suivies. SÉANCE DU JEUDI SOIR.. Madame Marie-Louise Jouet 2 religieux --- Page 537 ---
( 167 ) hospitaliere du couvent de Saint-Mandé à Vincennes , a été introduite à la Barre ; elle a
prononcé le discours suivant. Le lecteur le verra
avec plaisir ( I ). Discours de madame Jouet. « Un sentiment également doux à exprimer
& à entendre m'amene aujourd'hui parmi vous,
la reconnoissance : vous voyez en moi un de ces
êtres insortunés que l'injustice , ou la violence ,
ou l'avarice , ou un zele souvent mal éclairé ,
excessîf, prématuré avoient précipité dans l'esclavage , j'ai presque dit dans le tombeau. Leur
pitoyable sort trop long-temps oublié,a enfin trouvé
parmi vous des protecteurs sensibles,des défenseurs
intrépides , des consolateurs bienfaisans ; je fuis
une de celles qui ont le plus vivement ressenti les
doux effets de votre humanité : aussi iuis-je une
de celles qui bénissent le plus cordialement cette
auguste allemblée. On ne m'imputera pas sans
doute d'avoir-, pour profiter de vos décrets, suivi
l'impulsion d'un caractère inconstant ou frivole;
on me taxera encore moins de prétentions mondaines. Un corps flétri par [es sollicitudes , la
douleur, la crainte & plus que tout cela par les
maux affreux que ressent un cœur à qui on a
iavi la liberté , voilà les tristes restes d'une languissante vie que je rends à là société ; voilà la
vidime qoe votre 'skgesse a arrachée delà servi.
tude j & que vos avez restituée à la vie. On - ( 1 ) -Elle n'étoit plus vêtue -cu religieuse. --- Page 538 ---
( 168 ) 1 me verra remployer à la pratique des vertus sociales, bien compatibles avec celles du cloître s
à l'observation de vos fages maximes, un respeét
» le plus inviolable pour la constitution yla nation,
la loi, & le roi. Je jure ici de leur être fidelle :
qu'il m'est doux. de prononcer ce serment dans
le sanctuaire du patriotisme , des lois, & de la,
liberté. Pour premiere preuve de ma ferme résolution à remplir strictement ce nouvel engagegement , permettez, que je vous dénonce les obstacles en tout genre qui sont apportés dans les.
cloîtres à l'exécution de vos lois. Promesses ,
menaces , terreurs, affronts , pièges , séductions ,
moyens de tout genre , rien n'est oublié pourri vér les chaînes dont vous avez voulu faciliter.
l'allégissement & la rupture. Prenez les mesures
que vous suggérera votre prudence pour arrêter
les progrès d'aussi condamnables manœuvres ; ne
souffrez pas que vos bienfaits soient retardés 5
v méconnus , calomniés -, achevez votre ouvrage ;
si votre sermeté vous a fait des ennemis , elle
vous a concilié pour jamais l'admiration du peuple, tous les vrais francois sont vos amis ».
avez voulu faciliter.
l'allégissement & la rupture. Prenez les mesures
que vous suggérera votre prudence pour arrêter
les progrès d'aussi condamnables manœuvres ; ne
souffrez pas que vos bienfaits soient retardés 5
v méconnus , calomniés -, achevez votre ouvrage ;
si votre sermeté vous a fait des ennemis , elle
vous a concilié pour jamais l'admiration du peuple, tous les vrais francois sont vos amis ». Voici la réponse du président. (C'est M. Bu1eaux de Puzy , en l'absence de M. l'abbé deMontesquiou ). « L'assemblée nationale, en applaudissant au
dévouement civique des citoyens de tous les
sexes , de tous les états, se félicite elle-même,
avec une satisfaction particulière, d'avoir réintégré dans leurs droits naturels des êtres foibles &
malheureux qui en font un usage si noble & si
touchant ». Les colons de la Martinique & de la Gua- --- Page 539 ---
{ 1991 deloupe, résidens à Paris, sont venus ptêter te
serment civique *, on attend ceux de Saint-Domingue, qui imiteront sans doute un si bel
exemple. Suite de Vaffaire de Marseille. M. Faydel a demandé qu'il fut dit qu'il n'y
avoit lieu à délibérer sur les inculpations faites
contre la personne du prévôt, sauf aux accusés
à se pourvoir par les voies de droit , & autres
indiquées par l'ordonnance de 1670. M. l'abbé Maury, rapporteur de cette affaire
-dans le principe , ainsi qu'on la vu, destitué
ensuite de cet emploi, a renouvelé sa dénonciation contre la municipalité de Marseille. Il
avoit encore, comme rapporteur, conclu à la
décharge honorable du prévôt, aujourd'hui il
-a -demandé i°. son renvoi au châtelet ; 2°. le
renvoi des accusés ... -au châtelet ; 3°. le
renvoi de la municipalité . ... encore au châtelet. M. l'abbé avoit endossé sa cuirasse ; il étoit
ce soir pour les partis rigoureux & extrêmes.
Etoit-ce pour en faire perdre le goût à la majorité ordinaire ? Etoit - ce force & courage ?
Etoit-ce confiance & certitude du succès? Etoit-
-ce le désit de fournir au prévôt une occasion
éclatante de se justifier ? Tout 6eci est "un problême que la moralité de M. l'abbé ne pourra
jamais résoudre. On saura un jour si les accusés,
qui ont allégué autant de faits graves contre le
prévôt, auront assez de courage pour le prendre
à partie, & lui faire rendre un compte sévere
des prévarications qu'ils lui imputent Leu4 fi- --- Page 540 ---
? Jr7 0 ) lence serait une lâcheté coupable, s ils font certains de leur innocence, de faire la preuve
des inculpations. - La motion de M. l'abbé Maury, & ensuite
celle de M. Faydel, ont été rejetées par la question préalable. • M. Castellanet, sans doute uniquement pour
templir le voeu de ses commettans , a requis l'élargiisement provisoire des accusés ; mais il a
celle d'insister, pou'r rendre hommage au principe qui défend au corps législatif d'exercer le
pouvoir judiciaire. '
preuve
des inculpations. - La motion de M. l'abbé Maury, & ensuite
celle de M. Faydel, ont été rejetées par la question préalable. • M. Castellanet, sans doute uniquement pour
templir le voeu de ses commettans , a requis l'élargiisement provisoire des accusés ; mais il a
celle d'insister, pou'r rendre hommage au principe qui défend au corps législatif d'exercer le
pouvoir judiciaire. ' Alors en a mis la motion du comité aux voix.
M. d'Eprémesnil a demandé la division , sur le
fondement de l'incertitude du crime imputé au
prévôt, & dont aucune loi n'avoit encore fixé
la nature , & sur l'incertitude de la peine, que
nul' code n'indique dans toute notre législation. La division a été admise , & ensuite à une
très-grande majorité , la première partie du décret a été adoptée, ainsi qu'il suit. La seconde
a été rejettée. Décret sur l'affaire du prévôt de Marseille.
ce L'assemblée nationale a décrété que le pré-
» fident se retireroit par devers le roi , pour
» supplier Sa Majesté de saire renvoyer parde.
» vant les officiers de la sénéchaussée de Mar-
» seille les procès criminels instruits depuis le
» 19 août dernier par le prévôt général de
» Provence, contre les sieurs Rehecqui, Gra-
» net, Pajçkal, & autres ; d'ordonner que
» ceux-des accusés qui étoient détenus ensuite --- Page 541 ---
f 171 J W des décrets de prise de corps lances 'par Il
» prévôt, ser oient transférés d'ans les prisons
» royales de Marseille , pour y être jugés en
» dernier ressort ». Suit la seconde partie du décret, qui a été.
ïejeté à une majorité assèz sensible (i). « Que la copie des requêtes présentées par
trois des accusés au prévôt général de Provence ,
au bas desquelles font les conclusions du procureur & les ordonnances des 20 & 25 novembre dernier'. seroient renvoyées au procureur du
roi du châtelet, pour y être donné les suites
convenables ». J'observe uniquement sur ce décret qu'il n'enleve point aux accusés les moyens de nullité Se
de prise à partie , qui leur sont ouverts par les
lois. L'assemblée a jugé seulement que tous les
délits imputés au prévôt ne pouvoient saire la
matiere d'une accusation en crime 'de lese-nation que ce juge pouvoir avoir prévariqué dans
ses fondions *, mais que ce délit privé ne pourvoit concerner que les accusés , & que les droits
de la nation n'avoient pas été directement enfreints. (1) J'observe que l'on a contesté quelque temps
sur le renvoi des acccusés à la sénéchaussée d'Aix, demandé par M. de Clermont-Lodeve , mais que l'as-
{emblée n'a eu aucun égard à cet amendement irréfléchi , & dont M. de Mirabeau a développé les conséquences. --- Page 542 ---
( 172 ) De l'Imprimerie de DEMONVILIE, 1790, Cetié feuille paroît tous lès matins au Palais
Royal, n° 14, chel GATTEY , Libraire , où l'oit
souscrit à raison de 5 1. par mois pour Paris &
6 livres pour la Province , franc 'de port.
blée n'a eu aucun égard à cet amendement irréfléchi , & dont M. de Mirabeau a développé les conséquences. --- Page 542 ---
( 172 ) De l'Imprimerie de DEMONVILIE, 1790, Cetié feuille paroît tous lès matins au Palais
Royal, n° 14, chel GATTEY , Libraire , où l'oit
souscrit à raison de 5 1. par mois pour Paris &
6 livres pour la Province , franc 'de port. On souscrit aussi pour la Collection du même
Courier , qui formera peux volumes , depuis l'ouverture des Etats , à faison de 6 liv., 6* 8 liv. vour.
egux qui n'auront pas souscrit. --- Page 543 ---
'( 393 ) ,T'am. V. B b N°. XXV. / COURIER DE MADON A L'ASSEMBLÉE NATIONALE PERMANENTE. ' :\ Séanct du dimanche 28 mars M . le baron de Menou , successeur dans la
présidence à M. Rabaut de Saint-Etienne , a
commencé ce matin des fonctions, que lui ont
méritées son zele son patriotisme. Toute la séance a été remplie par la discussîon sur l'instruction pour les colonies , rédigée
par le comité de constitution j elle est diviséé
en deux parties. La premiere contient des principes & deS
vues patriotiques sur l'établissement des assemblées coloniales ; la seconde, t qui est l'application de la première -, renferme dix - huit articles
de réglemens pour la convocation &c la tenue
de Ces assemblées. Mais toutes Ces lois , ces
principes, & ces réglemens n'ont aucune force
coadive. L'assemblée les donne aux colonies
comme des idées constitutionnelles , dont elles
pourront s'écarter au besoin & suivant les convenances locales. C'est une mere affectionnée
qui donne à ses enfans chéris des instructions, --- Page 544 ---
[texte_manquant] qui consulte leurs avantages & leurs voeux
avant que de leur prescrire des lois. Si l'on en croit quelques esprits exaltés , les
colonies -ne recevront pas avec beaucoup de
docilité ces instructions -, la fermentation s'accroîtra ; l'esprit d'indépendante qui y regne, les
portera à l'insurrection, & bientôt à une, division
éclatante de la métropole. Ces prophetes qui
craignent sans doute que cette scission douloureuse ne se réalise pas , l'annoncent comme
inévitable. Il en e'st quelques-uns qui voudraient
l'opérer par leurs écrits & par leur correspondance. Les colonies sont , ainsi que nos provinces , infestées de pamphlets & d'écrits séditieux. Il est quelques négociais & planteurs
des colonies, débiteurs de leurs correspondans
èn France, qui trouveraient commodément leur
quittance dans cette séparation , & font les apôtres de -ce criminel systême. A cet essaim de gens
que guide leur intérêt personnel , se joint le
grand nombre des mécontens qui ne diniinue
pas, parce que l'orage de la réforme s'étend &
frappe successivement sui tous les états de la
société. Ne soyez pas surpris , d'après cela , de ces
assemblées tumultueuses, de -ces murmures , de
-ces plaintes que des hommes stipendiés par la
malveillance, plus encore que par le besoin,
répandent dans les lieux publics, en menaçant
d'une prochaine insurrection. Toutes ces agitations ont conStamment précédé les grands événemens , les questions célebres dont rassemblée nationale s'est occupée.
Tout cela ne doit point étonner au milieu --- Page 545 ---
f v;-s ' )
'après cela , de ces
assemblées tumultueuses, de -ces murmures , de
-ces plaintes que des hommes stipendiés par la
malveillance, plus encore que par le besoin,
répandent dans les lieux publics, en menaçant
d'une prochaine insurrection. Toutes ces agitations ont conStamment précédé les grands événemens , les questions célebres dont rassemblée nationale s'est occupée.
Tout cela ne doit point étonner au milieu --- Page 545 ---
f v;-s ' ) B 02 ... d'une immense cite , où si trouvent réunis
fiches capitalistes, des agioteurs, des banquiers,
„ des courtisans furieux & déséspérés ; des grands
que blesse l'égalité populaire ; des pillards de
toute espece ;qui s'enrichissoient du luxe de la
cour & du désordre des dépendes de la maison
du roi & des princes ; des financiers qui voient
le colosse de l'impôt chancelant sur sa bafe',
& le recouvrement des subsides rendu aux af.
semblées administratives ; des pen sionn aires qui
joigent à la honte d'une suppression humiliante ,
les regrets amers de la cupidité; en un mot,
une ville où circule une foule de fanatiques , d 'intrigans ; de gens de palais qui voient
chicane en pleurs fuir v avec tant d'autres
abus qui dévoroient les peuples ; en .un mot, de
'gens oisifs, de prélats , & d'abbés commendataires : car l'aristocratie, dont on ne parle plus,
n'a jamais été autre chose que l'intérêt perfonnel, donc il >faut toujours .parler, contre lequel
il faut toujours 'écrire & tonner, pour rappeler
les peuples au patriotisme , Se ranimer cet esprit
public, sans lequel la constitution s'évanouira
* comme un songe. ,
Je ne donnerai pas l'extrait des discours de
MM. Cocherel, l'abbé Maury, de Gouy d'Arcy
, sur .le projet de ces instructions , qui, formant
^avec les 18 articles un recueil de 28 pages d'impression , ne peuvent être présentées avec fidélité dans un simple extrait , ni être lues, dans
un récit aussi rapide, avec intérêt. Je ne dirai pas non plus comment M. l'abbé
Maury , ignorant absolument le régime des colonies, a parlé, pendant une demi- heure, contre --- Page 546 ---
. ( 396 J , l'évidence des faits connus de tous les colons •
comment M. de. Reynaud a inculpé ces erreurs
de méchanceté de la part du préopinant ; comment ce préopinant est venu pour détruire cette
incroyable accusation, en combattant la logique
& le style de l'imprimé de M. de Reynaud ;
comment il a prouvé qu'il n'étoit pas méchant ,
parce que M. de Reynaud avoit fait de son
propre aveu , de méchantes phrases ; comment
enfin l'assemblée, bien convaincue par ce genre
de réfutation, a rendu justice à la bonté de M.
labbé , qui n'avoit pas besoin de cette ressource
pour rétablir sa réputation. Au fait. Après la discussion , l'assemblée 3
adopté, avec de très-légers changemens, l'info
truction & les articles du comité de constitution. Séance du lundi 29 mars. M. Lambert, contrôleut général des finances
a écrit ce matin au président, pour lui annoncer
la diminution considérable du recouvrement de
l' impôt sur le tabac. L'objet de cette lettre a été
renvoyé au comité des finances, pour en être fait
le rapport au premier jour. Commissaires du roi pour la formation des
assemblées primaires & administratives.
, avec de très-légers changemens, l'info
truction & les articles du comité de constitution. Séance du lundi 29 mars. M. Lambert, contrôleut général des finances
a écrit ce matin au président, pour lui annoncer
la diminution considérable du recouvrement de
l' impôt sur le tabac. L'objet de cette lettre a été
renvoyé au comité des finances, pour en être fait
le rapport au premier jour. Commissaires du roi pour la formation des
assemblées primaires & administratives. Le roi a nommé, par arrêt de son conseil du
44 mars , des commissaires pour la formation
des assemblées primaires & des assemblées adrni- -
nistratives. Il a été arrêté pareillement une inf*
truétion afse2 etendue, pour leur servir de guide --- Page 547 ---
'Ç ' Bb 1 dans hi marche de leurs opérations. Il leur efl
expressement enjoint de ne point assister aux
assemblées, pour ne pas gêner la Liberté par
leur présence. Leur sonétiçm principale se bornera
à donner les éclair ciffemens qui dépendront,
d'eux, & de résoudre les difficultés qui s'éleveront sur l'exécution de la loi► Ils doivent
faire enregistrer leur commission dans les principales municipalités. Chaque municipalité leur
sournira la listé des citoyens aérifs renfermés dans,
son fein. Ils adressèront dans chaque municipalité
l'ordre d'avertir les citoyens actifs, de se rendre;
à l'assemblée de leurs cantons, à l'effet d'y procéder au choix des électeurs. Ils désigneront le,
lieu, le jour de l'assemblée & le nombre- d'électeurs qu'il y faudra nommer. Ils s'instruiront
du résultat des élections. En un mot , ils procureront toutes les lumieres nécessaires pour,
faire consommer toutes les élections avec cé-.
lérité. Les commissaires prononceront sur les difficultés relatives à l'étendue des cantons déterminés.
par l'assemblée ; sur celles relatives aux cantons à
former , sauf aux assemblées de département à
proposer par la suite leurs observations, & à les.
faire parvenir à l'assemblée nationale. Ils recevront les plaintes qui, dans quelques endroits ^
se sont élevées relativement à l'élection des officiers municipaux, & en jugeront le mérite. Ils
donneront à cet objet toute l'attention qu'iL
exige par sa haute importance ; &: après avoir,
employé , épuisé tous les moyens d'instruction
& de persuasion , ils ne se porteront à prononcer,
sur la validité ou la, nullité des élections. ,. qu'au- --- Page 548 ---
( 398 > 1 tant que la tranquillité publique en im posera f3'
nécesité. Ce ne sera même alors qu'une décision
provisoire , les assemblées administratives de
département pouvant proposer leurs observations
& en résérer à l'assemblëe nationale. A cette instruction font jointes des lettres de
corn mi ssion , émanées du roi, qui retracent plus
sôm mai rement les fondrions de chacun des conimissaires. Elles portent cette clause : « Sans que
» la présente commission puisse vous priver des;
» dtoirs & facultés d'éligibilité dont vous poli-
» vez être susceptible »,
ision
provisoire , les assemblées administratives de
département pouvant proposer leurs observations
& en résérer à l'assemblëe nationale. A cette instruction font jointes des lettres de
corn mi ssion , émanées du roi, qui retracent plus
sôm mai rement les fondrions de chacun des conimissaires. Elles portent cette clause : « Sans que
» la présente commission puisse vous priver des;
» dtoirs & facultés d'éligibilité dont vous poli-
» vez être susceptible », Tel est l'extrait littéral & sidele de- l'instruction
& de la commission qiii ont fait la matière de
toutes ces discussions. : ' La municipalité de' Troies sur instruite de ce
projet. Un membre de la commune y dénonça
-cette commission, comme étant contraire aux'
décrets de l'assemblée nationale. L'orateur annonce dans son discours , ci que si l'aristocratie,
déguisée sous le manque du civisme , s'empare'
des suffrages ; si le choix des administrateurs
33 tombe sur des ennemis de la constitution y
» alors il fout ré courber sous le joug & reri-
» trer dans l'èsclavagé n. Il ajouté , « que l'on'
» cherche à faire naître des troubles particuliers,
» dans l'espoir de causer un soulevement géné-
» ral; que l'on répand par-tout des brochures
» incendiaires ; —^ que l'aristocratie expirante ,
» mais encore dans les convulsions de l'agonie ,
» est plus dangereuse ; qu'il ne faut pas faire des
» changemens ni donner aucune extension aux
» décrets de l'assemblée ». En conséqnebce y
sur les concluions de l'opinant i la municipalité --- Page 549 ---
t *00 $ B b ^ \ * arrêta - à - l'unanimité des voix , que ces- commissaires ou porteurs d'ordres ministériels ne
feroient point admis aux assemblées, à moine
qu'ils ne tiennent leur mission de l'aflembléenationale. La municipalité de Troies a adïeffé cette délibération à celle de Versailles . en l'engageant à
suivre la., même marche. Elle-lui écrit avec les
sentimens de la plus sincere, fraternité. Les officiers municipaux de Versailles en ont
léféré à l'assemblée , & ont prudemment arrêté
de ne prendre aucun parti avant la décision
finale. M. le Chapelier, au nom du comité de constitution, a rendu compte de ces faits, & qbsetvé
que la municipalité de Troies avoit évidemment
excédé ses pouvoirs. Il a proposé un projet de
décret , qui a été adopté avec de légers changemens. Je vais le rapporter dans l'instant. M. Robespierre a dénoncé les commissions Se
l'instruction comme dangereuses à la liberté.
Vous ne réfléchissez pas , diroit-il, quel'est l'empire de ces commissaires dans les provinces. Parlant au nom du roi , rarement ils font chérir son
autorité tutélaire ; ils excedent toujours leurs
pouvoirs ; ils y partent ce ton de fierté, de du
reté que l'on retrouve encore journellement dansles bureaux du ministere ; ils affectent ce ton
austere & négatif, que les ministres Si quelques
grands , qui font, hélas ! si petits , appellent de
la dignité. Ç'est sous cette enveloppe repoussante
qu'ils dérobent presque toujours leur profonde
nullité. La plupart de ces délègues de lfi
puissance ne connoiflenr que l'arbitraire, Inu-
fierté, de du
reté que l'on retrouve encore journellement dansles bureaux du ministere ; ils affectent ce ton
austere & négatif, que les ministres Si quelques
grands , qui font, hélas ! si petits , appellent de
la dignité. Ç'est sous cette enveloppe repoussante
qu'ils dérobent presque toujours leur profonde
nullité. La plupart de ces délègues de lfi
puissance ne connoiflenr que l'arbitraire, Inu- --- Page 550 ---
. ( 400 ) tîlement leur prescrit-on les voies de la persuasion
. & de la douceur; ils porteront dans leur million
- la hauteur & l'astuce des courtisans. Quelques-
, uns, parti sans secrets du despotisme & des anciens
abus , travailleront en sous-oeuvre contré la constitution , quoiqu'ils soient envoyés pour la foute-
: nir. Défiez-vous de tout ce qui sort des bureaux
du ministere. Ces conciliateurs ne seront jamais
des émissaires de la liberté. On leur confere
une puissance presque sans bornes -, elle s'étend à tout, même jpsqu'à la faculté de juger
les contestations qui pourroient s'élever. Ils
s'annoncent par l'enregistrement de leur commission, [ ils exigent la lifte des citoyens actifs,
Toujours éveillés sur les résultats des élections,
sur les moindres détails, & même sur les doutes
& les difficultés -, c'est eux qui adressent aux mu-.
nicipalités l'ordre de former les assemblées primaires } ils indiquent le jour & le lieu des
élections ; ils se concertent ensuite avec les
électeurs dç chaque district, pour fixer le jour
le lieu de leurs assemblées ; ils désigneront proa
.visoiremen.t la cirçonscription des cantons qui
ve sera pas déterminée -, ils sont chargés de
veiller à l'exécution des décrets -, enfin ils prononcent provisoirement sur toutes les contestrtions élevées ou qui pourront s'élever , tant
sur les, municipalités que sur les départemens
qui vont s'établir. Cette latitude de fondions
placées dans les mains des agens du minifcere,
réduit les citoyens actifs, les éled-eurs , & les
corps administratifs, à un état humiliant, qui
les asservit aux commissaires. Si ces nouvelles
créations ne sçntent pas leur importance a leur --- Page 551 ---
I 4oi 5 pouvoir dans l'ordre politique, leur indépendance
de ces instrumens ministériels, bientôt ils ne
feront plus que les exécuteurs serviles de leure
volontés, & la constitution sera anéantie. Remarquez comme, par une- clause aussi inutile
qu'inconsidérée, les termes même de la cômmission semblent provoquer les suffrages des
peuples , en décidant que ces fondions ne
peuvent priver les commissaires de leurs droits
à l'éligibilité. Aucun citoyen ne sera tiré du
fein des anciennes communes pour les remplir*
-Le préjugé , ou, pour mieux dire , l'aveugle faveur , distribue toujours les postes honorables à
cette classe que la foiblesse avoit enrichis par
des privilèges, & illustrê par des honneurs.
semblent provoquer les suffrages des
peuples , en décidant que ces fondions ne
peuvent priver les commissaires de leurs droits
à l'éligibilité. Aucun citoyen ne sera tiré du
fein des anciennes communes pour les remplir*
-Le préjugé , ou, pour mieux dire , l'aveugle faveur , distribue toujours les postes honorables à
cette classe que la foiblesse avoit enrichis par
des privilèges, & illustrê par des honneurs. Tout se suit dans la marche ministérielle. Tandis
que des commissaires du c-onseil sont institués
pour faire exécuter vos décrets par les peuples,
- on cache aux peuples une partie de ces mêmes
décrets, & notamment celle qui pourroit stimuler leur reconnoissance & leur patriotisme.
Bien plus, il semble que l'on se plaise à nous
entourer de fausses terreurs, à exagérer les mal.
heurs publics par des déclamations ; une morosité
toujours plaintive y laisse à peine entrevoir
les ressources de l'espétance. C'est ainsi que le
crédit public s'altere, & que la chose publique
est sacrifiée aux combinaisons secretes de la
vanité. Mon avis est de. ne Doint laisser subsister ces commissions dangereases, & d'aban-
'donner aux provinces le soin de veiller à l'établifsement de leurs corps administratifs , sans
y admettre, même extérieurement, des agens • --- Page 552 ---
( y ministériels, qui pourroient tous perdre par
leur influence. M. Armand a pensé que le pouvoir de juger,
imparti à ces commiffaixes , étoit inconstitutionnel. M. Voidel à demandé que la liste de leur
nomination fût: imprimée, afin que toute la,
France pût surveiller leur conduite politique ( i ).
M. Dandré t- combattu les argumens de M.
Robespierre. Il a dit. que ces nouveaux érabli£
femens avoient besoin , pour leur sormation
première , d'un centre de réunion , qui pût maintenir 1 'unité- des principes & des délibérations ;
que cette fonction passagere n'étoit qu'une
création de circonstances , & qui ne se renouvelleToit jamais ; que tout cela n'étoit que provisoire
que cette défiance & ces terreurs dont on voulait alimenter la crédulité populaire , n'avoient
aucun fondement réel; qu'il étoit à présumer
que les commissaires royaux, envoyés pour cimenter l'ouvrage de la liberté, ne prendraient
pas le ton insolent du despotisme ; que îe
roi avoit bien été le maître de déléguer à
ses envoyés une portion du pouvoir judiciaire , dont l'exercice provisoire & très su.
bordonné à l'assemblée nationale, n'avoit aucune
espece de danger ; qu'il étoit à croire que toris
ces commisTaites se seroient un honneur & un
devoir de maintenir les principes de la conftitution. (J) Après avoir rempli avec autant de sagesse que
de douceur sa commission dans- la- Provence, il devoir
soutenir ce systême. '■ . j --- Page 553 ---
(403) M. Reubell a voté pour que le jugement des
quëstions de municipalités fut exclusivement
réservé aux départemens ; l'assemblée a adopte
cet amendement fige, qui diminue une partie
des sondions des commissaires, & remet les municipalités sous la sauve-garde & la protection
spéciale des départemens, dont elles ne font qué
des émanations.
- la- Provence, il devoir
soutenir ce systême. '■ . j --- Page 553 ---
(403) M. Reubell a voté pour que le jugement des
quëstions de municipalités fut exclusivement
réservé aux départemens ; l'assemblée a adopte
cet amendement fige, qui diminue une partie
des sondions des commissaires, & remet les municipalités sous la sauve-garde & la protection
spéciale des départemens, dont elles ne font qué
des émanations. C'est âpres ces débats que le décret suivant
a été rendu en ces termes. - Décret sur les commissaires du Roi, envoyés
pour la formation des assemblées primaires & des assemblées adminiflratïves. « L/assemblée nationale, après avoir entendu
la levure delà conmission & de l'instruction
donnée par le roi aux commiiïaires nommés par
sa majesté, pour la formation des assemblées
primaires & administ ratine s, & sur le rapport
à elle fait par son comité de constitution , a
décrété & décrete ce qui suit. - « 1°. Que les pouvoirs des commissaires char-
-gés par le roi de surveilîer & diriger pour cette
premiere fois feulement, conformément au décret du 8 janvier dernier, la formation des administrations de département & de district ex-'
pireront le jour de la clôture du dernier procès verbal d'élection des citoyens qui composesont ladite administràtion. « 2°. Que les commissaires devant décider
provisoirement les difficultés qui surviendroient
dans Je .cours de la. formation des. assembléessprimaires & administratives, renverront à l'as- --- Page 554 ---
C 404 ) semblée nationale les difficultés majeures qui pôur-
•roienc survenir , dont la décision ne' pourroit
erre. dirigée ni, par le texte , ni par les conséquences nécessaires des décrets de l'assemblée
nationale. (( 3 °. Que le comité de constitution ayant
été autorisë à donner Ton avis sur plusieurs difficultés relatives a la formation des municipalités , &.à renvoyer aux assemblées de. départemens les difficultés qui tiennent à des connoiisances locales, ce feront ces assemblées qui prononceront sur toutes les qnestions survenues à
cet égard, ou qui pourroient survenir ; les commiÍsaires du roi ne pourront: en connoître sous.
aucun prétexte. - ■ « 4 . Que les commissaires, avant que decommencer leurs fonctions, prêteront le serment
•civique devant la municipalité du lieu où se
tiendra 1 assemblée v des électeurs de département ». 1 Ordre judiciaire Il n 'y aura rien de bien intéressant sur cette partie, jusqu'à ce que l'assemblée ait adopté de préférence l'un des fo à 60 projets & leur suite, que
la plume féconde des créateurs invente chaque
jour. Il y en a un autre rédigé par, M. l'abbé »
Syeyes, & qui est bien intéressant : tel est en effet
le, caradere qui distingue tous les ouvrages profonds 8c fages de cet auteur.
». 1 Ordre judiciaire Il n 'y aura rien de bien intéressant sur cette partie, jusqu'à ce que l'assemblée ait adopté de préférence l'un des fo à 60 projets & leur suite, que
la plume féconde des créateurs invente chaque
jour. Il y en a un autre rédigé par, M. l'abbé »
Syeyes, & qui est bien intéressant : tel est en effet
le, caradere qui distingue tous les ouvrages profonds 8c fages de cet auteur. M. Vieville des Essarrs a parlé long-temps;
mais on a prétendu & même jugé que la majeure
partie de son discours é.toit étrangère à l'ordre. --- Page 555 ---
( 4°) ) du jour. Elle avoit pour objet la question du
remboursement de la finance des offices , qu'il
à soutenu devoir précéder leur suppression. Il s'est
appuyé sur un article de la déclaration des droite
de l'homme, qui décide que nul ne peut être
privé de sa propriété, même pour des causes
d utilité publique , sans une indemnité préalable.
Cette fausse application d'un principe vrai ôc
' ïncontestable l'a entraîné dans une suite d'erreurs
inévitables. Il en a tiré la conséquence, hautement adoptée par la minorité, qu'il falloit remv bourser la finance des offices de judicature avant
que de reconstituer en entier l'ordre judiciaire;
comme si une question de finance pouvoit être relative à une loi constitutionelle;
comme si l'organisation du pouvoir judiciaire,
qui est une émanation du pouvoir exécutif, devoit se consendre avec les intérêts privés & individuels de l'officier instrumentaire. La derniere partie du disconrs de l'orateur
tendoit à une simple réforme dans Tordre judiciaire , à quelques modifications déjà proscrites
par le décret qui a ordonné que l'ordre judiciaire
seroit reconstitué en entier, & qui par conséquent
rejette sans espoir tous ces ménagemens conciliatoires. Il est entré dans quelques détails sur les
inconvéniens du projet du comité de constitution,
notamment dans la partie qui autorise le plaideur
à plaider sa propre cause sans le secours d'aucun
désenseur légal. Mais pour éviter toute répétition,
je remettrai tous ces débats, lorsque l'assemblée
aura adopté un plan sur lequel frapperont les
opinions ; car sans cela le lecteur n'auroit que
,le récit de projets vagues ; présentés avec rapidité , honorés peut-être de l'impression^ mais
éniens du projet du comité de constitution,
notamment dans la partie qui autorise le plaideur
à plaider sa propre cause sans le secours d'aucun
désenseur légal. Mais pour éviter toute répétition,
je remettrai tous ces débats, lorsque l'assemblée
aura adopté un plan sur lequel frapperont les
opinions ; car sans cela le lecteur n'auroit que
,le récit de projets vagues ; présentés avec rapidité , honorés peut-être de l'impression^ mais --- Page 556 ---
( 406 ) pventot oublies clans la malle des Inventions Se
des systêmes. Qn doit cependant distinguer celui dont M.
JDuport a fait aujourd'hui la lecture : des jurés ,
tant au civil qu'au criminel * des juges ambulans,
tenant des assises publiques, & appliquant le texte
de la loi, sur le fait déjà jugé par les jurés:
.-de grands juges s réviseurs de ces jugemens ; un
solliciteur, ou officier public , attaché à chaque
tribunal ambulant, & un grand officier de la couronne : voilà en somme tout le projet. Mais on
ne peut en suivre les immenses détails dans un
extrait rapide. C'est un ouvrage qu'il faut lire ,
.& qui mérite d'être lu. C'est en le lisant, en le
comparant avec nos mœurs, nos besoins , qu'il
convient de le juger. Mon opinion est bien fixée
sur ce plan ; mais on doit attendre celle du
public sur une matiere où la fortune & l'honneur de
plus de 300 mille familles en France sont Ci grandement intéressées. Au surplus la rédaction de ce
discours est pleine d'intérêt & de sent-ibilité. La
„douce philosophie, l'amour de l'humanité, qui hoDorent notre siecle , sont les bases de la moralité
de ce syflême. Peut-être est-il trop vertueux pour
notre siecle , trop philosophique pour notre ntua-
,ti.on , trop ïimple pour s'accorder avec le chaos
affreux de notre législation. 144 coutumes générales , sans les locales , & leurs insipides cômmentaires ; 7 à 800 volumes de lois & d'ordonnances, avec leurs interprètes ; 20 à 30 volumes
in-folio de recueils de la jurisprudence des arrêts;
, un mélange. de droit écrit, au milieu de cette
t épouvantable confusion -, ajoutez la forme des
procédures , les regles de cette marche judiciaire i --- Page 557 ---
( 407 ) De l'Imprimerie de DEMONVILLE, 1790. - accordez cela, s il est possible , avec des jurés,
des juges voyageurs & amovibles , des juges
réviseurs, & tout l'appareil de la simplicité de
nos peres .. Mais attendons fexa-,
men dissipera peut - être ces obje&ions que
1 amour du bien général doit faire envisager avec,
le sentiment de la défaveur -, car tout homme ,
<3ans ce moment critique, doit s'immoler sans
murmure. La considération de quelques victimes
isolées ne doir point attendrir rame inflexible
<lu legislateur. Il faut qu il console la génération
existante, par de justes indemnités ; mais la patrie
in a jamais contracté l'obligation de conserver
tians le luxe & l abondance une partie de citoyens
<lui ne se procure des jouissances qu'aux dépens
du surplus de la société , & au mépris des
maximes éternelles de la raison & de la justice.
sans
murmure. La considération de quelques victimes
isolées ne doir point attendrir rame inflexible
<lu legislateur. Il faut qu il console la génération
existante, par de justes indemnités ; mais la patrie
in a jamais contracté l'obligation de conserver
tians le luxe & l abondance une partie de citoyens
<lui ne se procure des jouissances qu'aux dépens
du surplus de la société , & au mépris des
maximes éternelles de la raison & de la justice. L'assemblée a ordonné l'impression du discours
de M. Duport. La suite de cette matiere sera
reprise demain, quoiqu'elle ne paroisse pas amuser
M. d 'Eprémesnil, qui se console cependant, dan's
l'espoir qu'il sera l'un des ambulans ou des inamovibles qui fixeront l'honorable choix de leurs
concitoyens. Cette feuille paroit tous les thatins au Palais
Royal, n° 14 , chel GATTEY , Libraire , où l'on
souscrit a raison de 5 1. pur mois pour Paris &
6 livres pour la Province , franc de port. On fouferit aussi pour la Collection du même. "Courier , qui formera deux volumes , depuis l'ou- -.
verture des Etats , à raison de 6 liv., & 8 liv. pour
ceux qui n'auront pas foufarit. --- Page 558 --- --- Page 559 ---
[texte_manquant] TOÎIÎ* VI. A N°. Ier. v COURIER DE MADON A L'ASSEMBLÉE NATIONALE PERMANENTE. Séance du jeudi Ier avril 1790. Ïi-A grande question du privilège exclaidf d&
la compagnie des Indes, k seule rempli cette
séance jusqu'à dix heures du soir. Si demain
elle résiste encore à 1 opinion qui, l'attaque avec
toutes les forces du Commerce & de la liberté'
elle sera certainement assujettie à un nouveau
régime. Car il est à remarquer que ses parti sans
les plus zélés, & même M. l'abbé Maury, qui
-a joue ce soir un rôle si bruyant , conviennent;
•que ce régime doit être réformé, ôe fut M. de
Cal on ne qui ressuscita cette compagnie, comme
il a ressuscité & créé tant d'autres abus, qui
ont causé tant de plaies â "la France , dont les
cicatrices profondes subsisteront long-temps. Elle
ne pouvoit pas renaître fous de plus défavorables auspices. 1
Pour mettre le le&eur à pattée de suivre cette
rnatiere importante , je vais d'abord analysër
les raisons qui peuvent être employées en faveur
xfe la compagnie . & demain . avec le -7
compagnie, comme
il a ressuscité & créé tant d'autres abus, qui
ont causé tant de plaies â "la France , dont les
cicatrices profondes subsisteront long-temps. Elle
ne pouvoit pas renaître fous de plus défavorables auspices. 1
Pour mettre le le&eur à pattée de suivre cette
rnatiere importante , je vais d'abord analysër
les raisons qui peuvent être employées en faveur
xfe la compagnie . & demain . avec le -7 --- Page 560 ---
\
( 2 j qui fera rendu ( probablement pour sa suppression , ôu au moins de très - grandes modifications ), je donnerai l'extrait des raisons employées
contre elle. Je tire ces argumens respectifs des mémoires
respectifs , tant imprimés que manuscrits, ÔC.
des discours prononces dans les séances. Ce ..
rapprochement offrira un plu! trand intérêt. Russons pour la compagnie. Il est des circonstances où les priviléges ex> :
clufifs. , dans 'quelques parties du commerce ,
peuvent se concilier avec la liberté des peuples.
Le privilège de la compagnie n'est qu'un droit
attribué à une collection d'individus, auquel une
multitude d'autres font libres de prendre part
comme actionnaires. f idée feule du privilegè
se présente ordinairement sous un aspect odieux;
mais lorique la liberté, tourne au préjudice de
la nation , elle nuit à la richesse publique , &
l'exclusif devient un ade de sagesse. L'Angleterre & la Hollande ont essayé du régime de la
liberté , Se l'expérience leur a fait préférer le privilège. Lors de la prise de Madras, plusieurs villes
d'Angleterre voterent pour l'abolition de la compagnie.Le parlement se forma en comités; les dir
recteurs de la compagnie furent entendus, & tous
ceux qui par leur résidence dans l'inde en con-'
noifsoient le commerce furent entendus. Après
de longs débats, l'Angleterre jugea qu'il ne pouvoit être fait utilement que par une compagnie
privilégiée. La natures de ce commerce dut mo-'
tiver ce jugement mémorable. La compagnie ne
- •• - * A *
de la compagnie.Le parlement se forma en comités; les dir
recteurs de la compagnie furent entendus, & tous
ceux qui par leur résidence dans l'inde en con-'
noifsoient le commerce furent entendus. Après
de longs débats, l'Angleterre jugea qu'il ne pouvoit être fait utilement que par une compagnie
privilégiée. La natures de ce commerce dut mo-'
tiver ce jugement mémorable. La compagnie ne
- •• - * A * --- Page 561 ---
h) 'A 2 por.ce dans l'Inde qu'un septieme de marchandi'ses françoises qui sert aux échanges , & le
surplus de ses achats est soldé en matières d'of
& d'argent, & sur- tout en piastres. L'indien accoutumé à vivre de peu., ne consomme pas
même en entier ces foibles échanges. Ils sont
pour la plupart employés par les européens
domiciliés dans l'Inde. Il saut des capitaux ininienses pour soutenir ce commerce, Se plusieurs
expéditions se 'succedent Couvent avant que le
produit de la premiere soit rentrée. Des comptoirs & des magasins sont nécessaires dans un.
pays où il n'y a ni marchés publics ni entrepôt , où l'indien, naturellement ami du repos ,
ne peut être arraché à son apathie que car l'or
qa'on lui préfente3 même avant la fabrication. •
La compagnie contracte avec plus de facilité
par ses agens qui sui vent le tisserand & traitent -
avec les entrepreneurs indiens. Des particuliers
isolés ne pourroient suivre cette marche longue
& active , ils n'auroient pas allez de fonds ; il t
leur feroit impossible de soutenir la concurrence '
aVec les compagnies étrangeres ; on ne pourront
même y suppléer par des sociétés; le royaume
seroit mal approvisionné des marchandises de, -
l'Inde. Les négocians étant sans accord entre '
eux dans leurs expéditions , on verroit succédér dans l'Inde une abondance funeste â une*
di'sette dangereuse. Jamais des associations ordinaires & moins encore des individus ne seroient
en état de soutenir les variations du débit & les
hasards la concurrence. Bientôt cette influence ;
impolitique porteroit les marchandises de l'Inde;
à un prix excessif, & avilirÓit nos exportations. --- Page 562 ---
- U)' - Lorsque lé gouvenement suspendit en 1769
•le privilégie de l'ancienne compagnie «, il se Forma
plusieurs sociétés conduite avec autant d'activité
que d'intelligence. Elles avoient des correspondans
-dans l'Inde ,chargés de contracter pour elles. Cependant elles ont éprouve des pertes immenses ; ,
une compagnie a perdu entre autres 12 millions -
sur 43. Que l'on calcule sur cet, apperçu ce que
perdirent une foule d'individus qui voulurent ;
s'isoler dans leurs spéculations. Bientôt nos armateurs abandonnèrent ce commerce aux compagnies étrangères 3 dont ils devinrent les faveurs
& les commissionnaires ; ils se chargèrent de
vendre à l'orient les marchandises de ces compagnies, & en faisoient pafser le prix -hors du
royaume , après avoir prélevé lé fret & la comv mission. Dès-lors le bénéfice sur le commerce
ae l'Inde, qui s'éleve de 2) à 30 pour cent,
tournoit au profit de ces compagnies rivales ,
Se le numéraire de France étoit enlevé par ces
spéculations réellement anti - nationale.
ils se chargèrent de
vendre à l'orient les marchandises de ces compagnies, & en faisoient pafser le prix -hors du
royaume , après avoir prélevé lé fret & la comv mission. Dès-lors le bénéfice sur le commerce
ae l'Inde, qui s'éleve de 2) à 30 pour cent,
tournoit au profit de ces compagnies rivales ,
Se le numéraire de France étoit enlevé par ces
spéculations réellement anti - nationale. ,Au contraire , les avantages <1 une compagnie
font évidens & sensibles. L approvisionnement du
royaume est plus assuré j les marchandises qu elle
fournit sont mieux assorties &plus parfaites ^ elle
ouvre à tous ses adionnaires ses bénéfices, & répare ainsi sans inconvénlens l'interruption d une
liberté infructueuse , elle emploie un quart moins
de numéraire dans ses achats. Une compagnie
immédiatement soumise a l'inspection du gouver.
nement réglera son commerce sur les besoins de,,'
la nation, & sur l'avantage des manufactures de
la métropole ; des particuliers au contraire ne
se soumettroient jamais à ces entraves politiques. --- Page 563 ---
. 5 1 -A i. Faut-il Jonc' anéantir dans l'Inde tout. le crédit
du nom françois , par l'extinction d'une compas
gnie , qui y maintient encore sa considém-
-tion? • La compagnie des Indes , rétablie, en- 1785 • commença avec un capital de- 20 millions, qui
s'est ensuite- élevé à 40. Son crédit double à peu
près ce fonds social , ainsi qu'il résulte de sondernier bilan. Son commerce, audi étendu que
celui de- l'ancienne compagnie,, a excédé celui des:
. particuliers- d'environ 5; millions. Les magasins,
de la compagnie dans l'Inde font fournis; il y
en a pour 35 millions dans ceux: de lOrient ,,
sans y comprendre l'expédition de- Tannée qui
S'élevera à 25 millions. Voilà la situation de la,
compagnie dans le moment où l'on demande la
suppression. de son privilége.-Bientôt la, liberté, du
commerce seroit verser tous les rebuts des compagnies étrangères, & tout- ce que la contrebande.
tient en dépôt à Ostende Se à Nice. La com pagnie, par cette concurrence imprévue, éprouveroit;
des pertes immenses qui seraient du fait de la
nation , & né cessi ter oient une indemnité, non
seulement pour la perte d'un privilége qu'elle
devoit exercer pendant 1 ) années, mais encore1
pour le bénéfice perdu sur les ventes & les mal-
- chandises invendues. On séduisit quelques momens le public par dès états inexacts d'arme*
: mens particuliers -, mais ils étoient dans la vérité1
réduits de 21 vaisseaux a 9, année commune „
• lit l'année commune de l'importation réduite à
17,765,996 livres, au lieu de 22,843,535
& même dans les dernières années , le commerce
se ne pour le compte des étrangers.
ice perdu sur les ventes & les mal-
- chandises invendues. On séduisit quelques momens le public par dès états inexacts d'arme*
: mens particuliers -, mais ils étoient dans la vérité1
réduits de 21 vaisseaux a 9, année commune „
• lit l'année commune de l'importation réduite à
17,765,996 livres, au lieu de 22,843,535
& même dans les dernières années , le commerce
se ne pour le compte des étrangers. --- Page 564 ---
(6) \ A l'égard des concessions faites a la compagne
par le gouvernement de l'aiffranchissêment du
droit d'induit, ou autres exemptions, ou elles sont
une fuite de la substitution delà nouvelle tômpagnie aux privilèges de l'ancienne , ou bien profitent aux consommateurs' qui payeroient plus cher
les marchandises importées. Tant que les nations
voisines suivront leur systême commerçial , il
t est impossible que des négocians associés réunie
' sent des capitaux suffîsans, ou luivent.avec assez
d'activité ce commerce, pour qu'ils ne leur devienne pas onéreux, & par suite préjudiciable au
bien de l'état , dont la richesse générale ne résulte que des richesses individuelles. Enfin ce privilège n est il pas devenu pour
la compagnie une véritable propriété ? Attaquée
avec acharnement par le commerce libre, elle
s'est défendue par des raisons d'utilité publique,
Un arrêt. du 21 septembre 1786 a* fixé invariablemerit l'existence de la compagnie. Depuis
V cette époque elle a doublé ses capitaux & étendu
ses expéditions. Ce privilège fut suspendu en
1769 : le parlement, dans ces remontrances,
demanda lui-même l'exécution du privilège, &:
cita l'exemple de toutes les nations européennes,
pour justifier. la sagesse de cette concession. Ce
n'est pas dans un moment où la compagnie est
chargé de fonds immenses, que la nation vondroit opérer sa ruine par une concurrence aussi
contraire à la justice, & qui obligeroit à une
indemnité considérable, dont le poids retombeïoit sur le trésor public. --- Page 565 ---
(7) [texte_manquant] plan,, de M. de la. Jacqueminiere, r Les détails de sori plan seront infiniment
- mieux entendus par la ledure du projet de, dé-
- cret ci-après, rédigé en trois articles. T, Le pritilége de la compagnie actuelle de
- - flnde sera supprimé à compter du premier
avril, & cependant la. compagnie pourra faire
au port de l'Orient, en franchise & exemption
des droits qui lui avoient été accordés les
retours & expéditions quelle auroit fait avant
; cette époque ; toutes importations & ventes particulieres continueront d'être prohibées commepar le passe. f ; A R T. I T. '; ' . Il sera incessamment nommé par l'assemblée gé- - .nérale des. actionnaires ayant yoix delibérative ,
des commissaires en nombre égal. à celui des
administrateurs actuels -, lesquels conjointement
avec ceux-ci , & d'ici à 1 époque qui va être
" fixée , géreront les affaires de ladite compagnie *,
èc immédiatement après les derniers retours & r , les dernières ventes, procéderont ensemble à la
r sormation & liquidation des comptes de ladite
-, r compagnie , laquelle liquidation cependant ne
v pourra s'exécuter qu'après qu'elle, aura été présensée & soumise à l'assernblée générale des actionnaires ayant voix délibérative & agréées agréées pan
elle à la majorité,
ée , géreront les affaires de ladite compagnie *,
èc immédiatement après les derniers retours & r , les dernières ventes, procéderont ensemble à la
r sormation & liquidation des comptes de ladite
-, r compagnie , laquelle liquidation cependant ne
v pourra s'exécuter qu'après qu'elle, aura été présensée & soumise à l'assernblée générale des actionnaires ayant voix délibérative & agréées agréées pan
elle à la majorité, --- Page 566 ---
[texte_manquant] ART. II I. Le comité d agriculture & de commerce prérestera sous un mois à l'asssemblée nationale le
plan dwne association particulière pour le commerce de l' Inde, dans lequel il cherchera à concilier les intérêts des manufactures & d'u commerce, avec le besoin & les avantages nationaux & ceux .de nos colonies dans l'Inde. - M. Sinetty a parié contre le privilège excluraisons seront demain confondues avec
celles qui feront employées contre-la compagnie.,
Venons au trop célèbre Abbé Maury. Prenez,
lisez, & jugez. Suite des raisons pour la compagnie ( M..l'Abbé Maury ). MM, , ce n'est point
ici une simple question de commerce que vousavez à décider grande question d'administratiôn & de droit publique. Trois états.
ont entrepris ce commerce, la France, la Hollande & l'Angleterre.. Deux de ces états sont
fournis a un gouvernement républicain, & ils
tmt adopté le privilège exélusif pour le commérce de 1 Inde. G?and exemple pour nous L
leçon importante pour diriger notre décision !:
Irôtà fois cette question célébré a été agitée. .Angleterre, & trois fois, elle. a. été terminée, en faveur du privilège exclue
oppose que tout prIvilége est un attentat
aux droits de l hoomme, & un monument odieux
Qii despotisme qu'il faut détruire --- Page 567 ---
(S>y Si ce privilége est incompatible. avec la contitution , il n'est pas douteux ,qu il ne soit néceffaire de l'abolir & le problème est résolu Mais
tout n'est-il pas érigé en privilèges en France ? .•*
Les franchises des ports de Dunkerque , de
Bayonne, de l'Orient , ne font-elles pas des
privilèges ï C'est avec ce mot ? auquel on attache une idée de réprobation, ,que l'on a esfayé de surprendre votre patriorisme. Le projet
du décret du comité ne renferme t-il pas luimême l'idée d'un privilege en faveur du port
de l'Orient. / ' Mais ce prétendu attentat aux droits de
l'homme, n'est qu'une exception à la liberté
pour le bien général , qui doit être la loi supreme des peuples. Considérez, MM. que ce
privilége a été accprdé par le roi , au m,oins
comme législateur provisoire , lorsque la France
entiere avoit abandonné le soin de sa légiflation. Vous devez respecter ces concessions cornme vous respectez les anciennes lois, & surtout
comme les autres engagemens que le monarque
g contractés, ... ■. - -
Le privilege de la compagnie, accordé par
le trois fois grand Colbert (I ) , a été illimite
pendant plus d'un siecle. Il fut suspendu e#
1769.' On voulut faire un crime à la compar
gnie des sottises du gouvernement ; cette ques- .
France
entiere avoit abandonné le soin de sa légiflation. Vous devez respecter ces concessions cornme vous respectez les anciennes lois, & surtout
comme les autres engagemens que le monarque
g contractés, ... ■. - -
Le privilege de la compagnie, accordé par
le trois fois grand Colbert (I ) , a été illimite
pendant plus d'un siecle. Il fut suspendu e#
1769.' On voulut faire un crime à la compar
gnie des sottises du gouvernement ; cette ques- . (I) Ceci- a été dit par allusion aux expressions dont ; M. Dupont, député de Némours > s'étoit servi à l'egard
de M. Turgot. Tout ce" discours -étpil dirigé contre
M. Dupont, asosi que vous l'aillez voir. .. : --- Page 568 ---
f l'O ) tion fut cependant discutée solennellement, Se
l,â suspenction continua jusqu'en 1785*. Passons maintenat à la discussion du privilège,
qu'il est nécessaire de traiter avec quelqu' étendue, &: sous différens rapports. 1°. Le commerce
1 de l'Inde dt-il utile à. la France ? 2g. Doit-il
Être livré à des particuliers ou à une compagnie? 3°. A quelles conditions ? : ' * Le commerce de l'Inde est un véritable fléau public ; il n'est fondé que sur le luxe. C'est avec
-de l'argent que ce commerce s'alimente & Œ
soutient sans aucun versement des productions
territoriales. Ici le luxe a pris la place de la
- nécessité. En un mot, les élémens de notre commerce avec l'Inde sont uniquement de l'argent; "vous n'y fournissez -que très-peu de denrées &
de marchandises. Vos laines y sont bientôt dévorées par les vers ; vos vins ne peuvent y supporter la chaleur, du climat. En un mot, les
peuples indiens, vêtus d'une simple toile , vivant
- de peu , ne sentant jamais le besoin , ne demandent que votre argent. Ce métal n'ell: pas même
pour eux un objet de commerce ; ils l'enfouissent
dans leurs tombeaux , dans l'espoir de le re-
' trouver dans une vie plus heureuse. Plus le commerce des Indes sera florissant, plus le royaume
sera appauvri. Par des calculs rapprochés, nous
Voyons une perte de quinze millions sur le com-
. merce de l'Inde ; nous en perdons sept par suite
de notre traité de commerce avec l'Angleterre,
& onze millions avec la Suisse au delà des 800
/ mille livres de cotons que nous lui vendons an-
/; nuellement. Comment 1e royaume pourroit - il
résister long temps à ces pertes annuelles î De-
le royaume
sera appauvri. Par des calculs rapprochés, nous
Voyons une perte de quinze millions sur le com-
. merce de l'Inde ; nous en perdons sept par suite
de notre traité de commerce avec l'Angleterre,
& onze millions avec la Suisse au delà des 800
/ mille livres de cotons que nous lui vendons an-
/; nuellement. Comment 1e royaume pourroit - il
résister long temps à ces pertes annuelles î De- --- Page 569 ---
( XI ) puis trente ans les anglois regardent nos- folies -
comme leur patrimoine , & commercent de nos
fautes (i). Entendez-vous en Angleterre les négocians réclamer contre les privilèges de la compagnie? Souvent ils ont fait -la loi au gouvernement, mais ils ont respecté le privilège d'une
association utile au bien public 5 & s'ils euflent
osé le faire , bientôt le patriotisme les eut investi, & auroit repoussé leurs efforts. Ore si ces
négocians, fiers de leur liberté ; si ces négocians,
. qui sont quelquefois devenus des ministres, des
: ambassadeurs, ont maintenu la compagnie àngloise , qui sommes-nous pour donner à ce peuple des leçons de sagesse, nous, dont le commerce est frivole, & sur-tout celui de cette capitale? Nous, qui ne sommes que les agens es
anglois dans l'Inde ? Car il est bon de vous observer que l Angleterre retire de l'Inde 320
-millions de revenus annuels. Elle est puissante
a la côte de Coromandel; elle est absolue «dans
le Bengale. Ceux qui vous demandent l'abolition des privilèges de la compagnie sont les
négocians; ce font les apôtres du luxe qui rfe
rendent les apôtres de la liberté. C'est la capidité qui prend le masque du patriotisme. Voila
les vrais ennemis dé la nation , puisque le-tirs
vues sont contraires à sa prospérité. 11 faut donc
, détruire le commerce de l'Inde ; & pour y par-
. venir, le restreindre insensiblement par le privilege d'une compagnie »..
privilèges de la compagnie sont les
négocians; ce font les apôtres du luxe qui rfe
rendent les apôtres de la liberté. C'est la capidité qui prend le masque du patriotisme. Voila
les vrais ennemis dé la nation , puisque le-tirs
vues sont contraires à sa prospérité. 11 faut donc
, détruire le commerce de l'Inde ; & pour y par-
. venir, le restreindre insensiblement par le privilege d'une compagnie ».. (1) L'orateur n"â cessc d'exalter l'Angleterre ^ de
' dépriser sa patrie.- ; --- Page 570 ---
'( Î2 T " Après ce long étalage des dangers du cam-
;merce de l'Inde, M. l'abbé Maury a fait faire:
-ledure d'un mémoire qui constate que l'Angleterre a établi de nombreuses manufactures ;
-qu'elle y occupe journellement plus de '300 mille
ouvriers , & plus de 15° mille femmes & enfans.
Il a soutenu que l'Angleterre confommoit peu
-elle même des marchandises de l'Inde, & qu'elle
ries exportoit dans le nord de l'europe. Il a pasTé
ensuite au rétablissement de la compagnie sous
:le minière de M. de Calonne. C'est à ce mo-
,ment qu'il se préparoit pour inculper M. Dupont,
-patriote vertueux & homme de bien, qui a eur
-l honneur d'être accusé aujourd'hui par l'abbéMaury, dont on ne peut caractériser la conduite,
:puisquil s'est rendu coupable d'une délation fausses
& reconnue calomnieuse. M. l'abbé Maury a annoncé un mémoire adressé, disoit il, à M. de Calonne par un membre de cette assemblée, dont les
jùmieres , en matiere de commerce sont connues,
&: qui soutint alors le privilège] exclusif de la
:compagniel, qu'il combar aujourd'hui. — A ce
moment , M. Dupont a dit : je donne sur ce"
fait un démenti formel à M. l'abbé Maury,
Ce dernier lui a répondu que le mémoire étoit
de lui , 8c qu'il étoit accompagné de lertres
originales lignées de lui , qui cemfioient qu'il en
é tois l'auteur. - En effet, il a fait lecture de ce mémoire contenant la note du projet d'une compagniesmefsagere de l'Inde , qui. sans aucun privilège exclusif du commerce des marchandises , seroit
- l'affrètement % 10. pour cent au dessous du prix
des compagnies anglôrsès Se hollandoises, % des; ' --- Page 571 ---
c î* ) marchandises & denrées envoyées, dans l'Inde,
par les négocians françois , Se ensuite du transport des retours & échanges., Quelques vaisseaux
de la marine royale, sous lé prétexte d'une réforme , auroient été prêtés à la compagnie, qui
îi en auroit été que fictivement propriétaire par
des paiemens simulés , avec la clause secrete
expresse de rendre les vaisseaux en état à l'expiiation du privilege. M. Dupont y ajoutoit que
le ministre "trouveroit également les occasions de
favoriser ses protégés par l'excation de ce plan ,
-& demandoit à être l'un des directeurs. Cette
Compagnie auroit fourni des ressources en temps
de guerre, 8c les vaisseaux prêtés à son commerce auroient pu servir pour le protéger con-
'tre les premieres hostilités. :
la clause secrete
expresse de rendre les vaisseaux en état à l'expiiation du privilege. M. Dupont y ajoutoit que
le ministre "trouveroit également les occasions de
favoriser ses protégés par l'excation de ce plan ,
-& demandoit à être l'un des directeurs. Cette
Compagnie auroit fourni des ressources en temps
de guerre, 8c les vaisseaux prêtés à son commerce auroient pu servir pour le protéger con-
'tre les premieres hostilités. : La manière dont M. l'abbé Maury a fait faire
cette lecture par l'un des secrétaires, a excité un
moment de défaveur dans une partie de la salle
contre M. Dupont. Il s'est même élevé quelques
applaudissemens pour l'orateur ; mais le triom-
-phe de la délation n'a pas duré long temps.
Cependant le but du délateur étoit rempli ; le^
tumulte agitoit l'assemblée ; son état de fermeh.
tation , & une discussion aussi prolongée de voient
nécessairement consommer le reste de la séance.
Car il faut remarquer que le discours de l'abbé
Maury , cent fois interrompu , a duré plus de
Quatre heures. ; La lecture d'une lettre de M. Dupont a jeté
beaucoup de lumieres sur l'incident qui le concemoit. Son dénonciateur , car tel est le nom
qu'il mérite, ne vouloit, disoit-il , lire que la
partie de la lettre relative à renvoi du mémoire | --- Page 572 ---
( ù ) mils ayant été obligé de la lire en entier, on a
entendu. cette phrase entre autres ; je ne suis point
indifférent sur tiron intérêt , mais je sais que
je préférerai toujours l'intérêt du roi & de la
france au mien. Un tel patriotisme sous M., de Calonne, peu
fait pour l'apprécier, a mérité les plus grands
applaudissemens ; & ceux qui avoient accueilli,
avec une si maligne sensualité , la premiere ca-'
lomnie , ont paru frappés de cette lettre, dont
l'ensemble rendoit à l'explication du plan de
M. Dupont, & faisoit honneur à son civisme ,
dans le temps où ce mot étoit inconnu, & où
la' chose eût été regardée comme un crime. Depuis ce moment, M. l'abbé Maury a perdu de vue le plan de son discours. Il n'a plus
débité que des inconséquences & des contradictions, & même souvent de ces inepties que
l'embarras d'un orateur n'excuse jamais. M. Dupont s'est présenté à la tribune ^ il a
développé la nature & les cirConstances du projet
qu'il avoit présenté dans le temps au miniflere.
Il a observé que cette révélation publique d'un
mémoire destiné à être secret pour l'intérêt de
la France, étoit lin véritable délit; qu'en parlant
dés protégés du ministre , il avoit pris cette
précaution pour lui enlever personnellement tout
prétexte de tefus' ; qué' l'objet dé ce mémoire,
faisant partie de quatre autres , étoit d'empêcher
la concession du privilège exclusif que favorisoir
M. de Calonne, & non pour la déféndre ; qu'il
n'avoit desiré être l'un des directeurs que par
ce sentiment naturel, à tout inventeur de projet
' d'être chargé de veiller à son exécution , qu'il
oit pris cette
précaution pour lui enlever personnellement tout
prétexte de tefus' ; qué' l'objet dé ce mémoire,
faisant partie de quatre autres , étoit d'empêcher
la concession du privilège exclusif que favorisoir
M. de Calonne, & non pour la déféndre ; qu'il
n'avoit desiré être l'un des directeurs que par
ce sentiment naturel, à tout inventeur de projet
' d'être chargé de veiller à son exécution , qu'il --- Page 573 ---
(îf) craignoit qu'il ne fût, pas suivi par - tout autre
avec le' même zele 8c le même secret } qu'à cet
égard il n'avoir jamais change d'opinion ; qu'il regardoit comme mauvais le commerce de l'Inde ,
& fait avec de mauvais moyens , que les anglois
eux-mêmes conduisoient mal le commerce de
la compagnie, qui ne retiroit ses revenus réels
que de ses produits territoriaux & non de sesachats &: de les ventes j qu'enfin il croy oit qu'il.
s'étoit bien suffisamment. instifié ; qu'il n'exami,.
noit point d'où M. l'abbé Maury pouvoit tenir
le mémoire &: les lettres envoyés par lui ( M.
Dupont) à M. de Calonne (I . ; , mais qu'il
se persuadoit qu'on ne devoir pas regarder
comme un bon citoyen celui qui,,suivant une
délation maladroitement combinée, compromettoit: au0i indiscrettement les intérêts du commerce de la ,France entiers. f Des applaudissemens , des bravo cent fois
réitérés , ont du dédommager M. Dupont de
la peine momentanée qu'il a dû éprouver , car
il y a été\ sensible j mais M. l'Abbé Maury ...
il n'a été sensible à rien \ il s'étoit procuré une
joui nance digne de son cœur ; il ne lui restoit
que le dépit d'avoir lî mal réussi , & le désis
afsreux de recommencer au premier instant une
feene aussi détestable. r ( 1 ) Il n'est pas difficile de deviner quel est l'hon- ;
nête corre (pondant de l'abbé Maury. - s i --- Page 574 ---
[texte_manquant] De l'Imprimerie de DEMONVILLE, 1790. Cette feuille paroît tous les mutins au Palais
Foyal, n° 14, cheî GATTEY , Libraire , où L'on
souscrit à raison de f l. par mois pour Paris &
6 livres pour la Province , franc de port. On sou h rit aussi pour la Collection du même
Courier , qui formera deux volumes , depuis l'ouverture des Etats , à raison de 6 liv, & 8 li". pour
deux. qui n'auront pas souscrit. --- Page 575 ---
'( 117 ) Tom, rh B N°. II. COURIER DE MADON A L'ASSEMBLÉE NATIONALE PERMANENTE. Séance du vendredi 2 avril 1790. Je vais suivre sidelement la marche que je me
suis tracée. Elle sera plus commode pour le rapprochement des débats & l'instruction du lecteur, sur-tout pour une matiere aulîi importante , où des raisons éparses , dans une série
de séances, perdroient infiniment de leur prix
par leur incohérence. Raisons contre la compagnie. Tous les contendans sont jusqu'à ce moment
' convenus dans leurs discussions que le commerce
de l'Inde est désavantageux à la France. Elle
seroit (i) beaucoup plus opulente & plus heu- ( 1) Au moment où j'écris, j'apprends que l'on se
propose de démontrer le contraire ; je le souhaite Se
je l'attends. Observez que je continue l'extrait des pièces
& mémoires respectifs. - --- Page 576 ---
( IS )
contre la compagnie. Tous les contendans sont jusqu'à ce moment
' convenus dans leurs discussions que le commerce
de l'Inde est désavantageux à la France. Elle
seroit (i) beaucoup plus opulente & plus heu- ( 1) Au moment où j'écris, j'apprends que l'on se
propose de démontrer le contraire ; je le souhaite Se
je l'attends. Observez que je continue l'extrait des pièces
& mémoires respectifs. - --- Page 576 ---
( IS ) teuse, si elle pouvoit le cesser absolument. Ce
commerce en effet ne tend -qu'à satisfaire les
fantaisies &: le luxe ^ il usurpe le patrimoine de
nos manufactures , & porte à nos rivaux un
tribut qui augmente leur puissance & leurs richesses. Une bonne & sage administration de-
' vroit le proscrire ; mais les passions humaines
& l'habitude savent bien peu respedet l'empire
des lois. La Francs consomme annuellement
pour 60 millions de marchandises de l'Inde. La
nécessité d'un commerce direct est donc démontrée C'est un nouveau fléau que le luxe
nous cause, & dont nos manusattures nationales éprouvent le contrecoup. Il ne faut pas
opérer que jamais le patriotisme « détermine
-au sacrifice de ces jouissances. Mais si le commerce de l'Inde est indilspenfable , si ce mal est nécessaire , il ne faut pas
y ajouter un autre mal plus grand , celui de
Je soumettre à un privilege exclusif. Le commerce est le principal agent de la prospérité
publique , & les privilèges qui enchaînent son
activité , sont toujours odieux. Le commerce de
l'Inde a presque toujours été exploité par des
compagnies depuis jusqu'en 1769. Le
gouvernement a fait une multitude de sacrifices
ïnfructueux pour les maintenir.
enfable , si ce mal est nécessaire , il ne faut pas
y ajouter un autre mal plus grand , celui de
Je soumettre à un privilege exclusif. Le commerce est le principal agent de la prospérité
publique , & les privilèges qui enchaînent son
activité , sont toujours odieux. Le commerce de
l'Inde a presque toujours été exploité par des
compagnies depuis jusqu'en 1769. Le
gouvernement a fait une multitude de sacrifices
ïnfructueux pour les maintenir. - En 1769, le minifrere invita tous les négocians à faire ce commerce direct. L'émulation
multiplia de toutes parts lçs armemens. Il fallut
long - temps lutter contre les erreurs de l'inexpérience. Le commerce libre s'éclaira par- Cespropres pertes ; il porta ses relations avec l'Inde
a un degré d'extension inconnu à la compagnie. --- Page 577 ---
( 19 ) B 2 En effet ses retours montèrent à 32,846,226 liv. J
tandis que, de l'aveu même des administrateurs
de la compagnie , leurs retours ne s'éleverent,
dans la plus forre année, qu'à 28,000,000 liv.
Encore quelques années, &la liberté auroit beaucoup reculé les bornes de ce commerce. C'est
cependant cet état de prospérité que le ministere sacrifia au monopole en 178). Il créa une
compagnie exclusive ; il l'affranchit des droits
d'induit, évalués annuellement à 1800 mille li-,
vres ; il lui concéda toutes les propriétés de
l'ancienne compagnie au port de l'Orient &,
au delà du cap de Bonne-Espérance. Ce privilege, déterminé d'abord pour sept années ,
excita des plaintes universelles de toutes les
places de commerce. Pour répondre à ces hum -
bles doléances, le ministre impérieux & cupide
prolongea le privilège pendant huit années. Telle
devoit être la réponse d'un despote avare &
prodigue tout à la fois. On renvoya ce fléau
destructeur qui auroit écrasé toute la France ;
le mépris le suivit dans sa honteuse retraite, &
l'espérance du commerce libre sembla renaître
après le départ de son ennemi. Tous les négocians
srançois renouvelerent leurs premiers efforts, leurs
mémoires furent communiqués à la compagnie..
Cette demande étoit siniple & d'une justice sensible } cependant, par le crédit de la compagnie ,
elle se convertit en un procès contradictoire au
conseil des finances ; procès qui auroit duré atrtant que le privilège , si l'assemblée nationale nese fût pas chargée de le terminer. Les administrateurs ont joui du triomphe de l'instant, lorfque vous avez ajourné cette Question célèbre t la
efforts, leurs
mémoires furent communiqués à la compagnie..
Cette demande étoit siniple & d'une justice sensible } cependant, par le crédit de la compagnie ,
elle se convertit en un procès contradictoire au
conseil des finances ; procès qui auroit duré atrtant que le privilège , si l'assemblée nationale nese fût pas chargée de le terminer. Les administrateurs ont joui du triomphe de l'instant, lorfque vous avez ajourné cette Question célèbre t la --- Page 578 ---
'( 20 ) Consternation du commerce libre a dû fixer votre,
opinion , & ne vous permet plus de balancer. La
mauvaise foi peut vous dire que ces négocians
ne sont conduits que par les vues basses de la
cupidité, & qu'ils sont les apôtres du luxe & les
ennemis de la nation. Cette idée , aussi absurde
qu'injuste, ne peut se concilier avec celle du commerce , qui enrichit les empires. Eh ! quelle est donc l'importance & l'utilité de
cette compagnie , tributaire de l'industrie angloise, qui , par la charte même de son établissement, est chargée de prendre avec la compagnie angloise les arrangemens de commerce
quelle a projetés (i) ? d'une compagnie commerçante avec un profit sûr & avec la çlause expresse de faire supporter à l'état, pendant les
deux premieres aminées , toutes les pertes
excellentes dix pour cent ? d'une compagnie qui, d' après le résultat de sa premiers
expédition % avoit l'option dé suivre pour Ion
compte & [es risques l'exploitation de son
privilège , ou de s'en déjijler ? Voilà cette décision dont la compagnie a si justement craint
la publicité, & qui décele aux yeux de la France
ses vues ambitieuses.
supporter à l'état, pendant les
deux premieres aminées , toutes les pertes
excellentes dix pour cent ? d'une compagnie qui, d' après le résultat de sa premiers
expédition % avoit l'option dé suivre pour Ion
compte & [es risques l'exploitation de son
privilège , ou de s'en déjijler ? Voilà cette décision dont la compagnie a si justement craint
la publicité, & qui décele aux yeux de la France
ses vues ambitieuses. C'est néanmoins cette compagnie qui ose
soutenir que son privilége est une propriété ac-
% quise dont on ne peut la dépouiller, d'après la
déclaration des droits, sans une indemnité préalable. Mais avec ce raisonnement faux &: antipatriotique , on auroit éternisé tous les abus * (i) Décision du conseil du z7 février 178 s , 1 --- Page 579 ---
( 21 ) B3 toutes les prérogatives féodales , toutes les usurpations des seigneurs, & généralement tous les
ïnaux qui désoloient la" société. Leur antiquité
les rendoit encore, pour la plupart, plus tolérables. Leur confusion, leur mêlange avec les
autres propriétés civiles, sembloient les légitimer.
Elles avoient été acquises à prix d'argent,
transmises avec les hérédités & les autres domaines. La justice de l'assemblée a cependant
frappé ces usurpations & ces erreurs, ouvrages
-de la foiblesse & dé la tyrannie; les peuples ont
applaudi à cette sévérité. Les administrateurs devoient-ils compter sur la durée d'une concession
illégale , enlevée au commerce général par le
despotisme d'un ministre pillard & dissipateur?
N'est-elle pais assez indemnisée jpar la jouissance
gratuite, pendant plus de cinq ans, de ses établie
semens en Europe & en Asie ? par l'affranchissement annuel du droit d'induit ? par la diminution du droit de traite ? Mais cette compagnie
a-t-elle indemnisé les négocians, lorsqu'elle les a
dépouillés inhumainement, en vertu de son privilège ?lorsqu'elle a ruiné leurs spéculations î
lorsqu'elle a détruit leurs établiÍsen;ens'? lorfqu'elle a eu la barbare injuStice de les empêcher
d'exécuter des transactions qu'ils n'avoient acceptées que sous la foi publique ?• lorsqu'el!e a ruiné
leurs sociétés, leurs entreprises, & causé la perte
d'une partie de leurs capitaux ? C'est cependant
avec de simples ordres ministériels que le commerce de France a été opprimé par ce monopole
destructeur & par les intrigues de la corruption.
Voilà cette compagnie qui demande qu'on lia
dédommage , non de ce qu'elle perd, mais dé cV --- Page 580 ---
X 22 ) qu'elle ne gagne pas allez par la suppression d 'un
privilège exclusif, qui révolte toute la nation;
Les effets qu'a produits la rénovation du privilège
ont été terribles. Le commerce libre ,écrasé pat
cet arrêt inique, a été obligé de vendre à vil prix
ses vaisseaux destinés pour 1 Inde ; il a vu avec
douleur pourrir dans les ports les vaisseaux invendus. Les chantiers, les ateliers sont restés fins
adivité -, une foule de matelots sans emploi s ëft
livrée au service des puissances voisines •, n03
commérçans, pour retirer leurs fonds, ont éts
contraints de négocier sous des. pavillons étrangers, & de sacrifier une partie de leurs bénéfices,
& souvent même de leurs capitaux.
pour 1 Inde ; il a vu avec
douleur pourrir dans les ports les vaisseaux invendus. Les chantiers, les ateliers sont restés fins
adivité -, une foule de matelots sans emploi s ëft
livrée au service des puissances voisines •, n03
commérçans, pour retirer leurs fonds, ont éts
contraints de négocier sous des. pavillons étrangers, & de sacrifier une partie de leurs bénéfices,
& souvent même de leurs capitaux. Alors le commerce de l'Inde étant réduit a peti
de chose, les agens de la nouvelle compagnie
n'ont plus été que les facteurs de la compagnie
anoloise. Le commerce libre avoit expédié, en
1783, 37 vaisseaux 5 en 1784, 33; m 1785 *
' 21 : malgré le renouvellement du privilége, la.
compagnie au contraire n'en a envoyé que ÎO
en 1787, 6 en 1788, & n'en prépare que •3
pour cette année; encore en a t-elle fait venir
deux d'Angleterre.. deux complètement
armés, tandis qu'elle pouvait en trouver dans
nos ports. ; Examinez maintenant îe régime de îa compagnie .avec le commerce de France. Certaine deses suceès , èc sans crainte sur la concurrence ,
elle n'exporte que très-peu de marchandises nationales v &. sait son comme.rc.e avec des métaux.
Elle donne des lois aux manufacturiers, aux consommateurs ; elle soumet tout J Ion privilége;
elle ouvre ses établissemens de rince aux nations --- Page 581 ---
; ( 23 ) étrangères ; elle les ferme aux négociais, françois.
Voila sa conduire & Ses torts (I). s ^
A l'ouverture de la séance, qn a fait lecture
d'une adresse 4e la république des- grimons. Encore une dérogation à mon usage. mais le lecteur m'en faura gré. Il verra avec plaisir ces peu:-,
pies simples & passionnés pour la, liberté, féliciter l'assemblée de ses conquêtes y & se joindre
à toutes les villes de la France pour la. féliciter.
Ce condert urïânime d'éloges , & pluf encore
l'opinion armée sont la meilleur réponf& #
aux pamphlets, aux calomnies, à tant de plats,
sarcasmes en vers ou en prose; à ces infrpides *
calembours donnés avec emphase comme des
traits de génie par une société de gens flétrisdepuis long-temps par cette même opinion
qui ont trouvé le secret de réunir dans leurs
lecteurs le sourire qu'excite quelquefois la
plaisanterie, & le mépris profond qu'inspire la
méchanceté. Tout homme de bien qui se montreroit sensible a ces injures périodiques qui fhonorent , doit se corriger de cette foiblesse puetile. Qu'il suive l'exemple de l'assemblée. Le col.
porteur vend jusques sous le vestibule les calomnies du besoin ou de la malveillance -, elle
ne daigne pas apercevoir ces viles productions.
Tous ces méprisables roquets delà cabale arisrocratique , qui croient ressusciter la Mén ippée %
ne sont que des prosateurs ennuyeux , dont la (i) Le surplus des raisons côntre la compagnie sa
retrouvera dans les discours des opinans j il leia.
bien difficile d'éviter quelques légeres répétitions. V / --- Page 582 ---
f 1, \ satire monotone fatigue ; dont les alluiïons gros-'
sieres provoquent le dégoût, &: qui , voulant
verser le ridicule - sur des hommes honnêtes,
finissent par se couvrir eux-mêmes de l'infamie'
que méritent tous les mauvais citoyens & les
calomniateurs.
compagnie sa
retrouvera dans les discours des opinans j il leia.
bien difficile d'éviter quelques légeres répétitions. V / --- Page 582 ---
f 1, \ satire monotone fatigue ; dont les alluiïons gros-'
sieres provoquent le dégoût, &: qui , voulant
verser le ridicule - sur des hommes honnêtes,
finissent par se couvrir eux-mêmes de l'infamie'
que méritent tous les mauvais citoyens & les
calomniateurs. Voici l'extrait de cette àdresse. Adresse des patriotes grisons. ' « MM. , il vous suffit sans, doute pour votre;
^ satisfaction de recevoir de toutes les parties du,
vaste empire que vous représentez, des actions,
-de graces réitérées & des adhésions continuellesà vos- décrets ; cependant permettez qu'à travers
tant de gloire, s'élève jusqu'à vous l'hommage,
d'un, peuple simple, mais ambitieux de paroître
un des premiers dans l'heureuse confraternité
que. vous venez d'établir entre toutes les nations libres. Les hautes Alpes que nous habitons au fond vde l'ancienne Rhétie , sont comme
un temple saint, où, à la faveur d'une démocratie. pitre , se conserve depuis ( I ) plusieurs
siecles le germe sacré de la liberté. Nous en
profitions seuls, &c il étoit réservé à la nation.
la plus ingénieuse de l'univers j de la féconder ( i ) Belle occasion pour imputer à la majorité le
syfïême odieux de la démocratie, puisqu'elle a ordonné
l'impression de cette adresse , & son insertion au procès
verbal. Mais' le chef suprême & inamovible qu'elle
reconnoît, seroit une réponse à.-cette inculpation. --- Page 583 ---
( 2S ) pour le bonheur du monde. C'est ce que vous
venez de faire, MM., par les droits que vous
avez déclarés, par les principes que vous avez
donnés à votre constitution. Les hommes y ont
reconnu pour quelle fin ils sont nés, dans quelle
condition ils doivent couvrir la terre ; & sous
quel pacte ils doivent se réunir en société. Mais si vous recevez l'hommage de tout le
bien que va faire à l'humanité la régénération,
de votre empire, il faut que vous sachiez aussi,
MM., que les vices de votre ancien gouvernement portoient leur funeste influence Jusqu'au
sein des états que leur position sèmbloit en rendre le plus indépendans. C'est ce qu'a éprouvé
notre république, & c'est aussi ce qui vous sera
facile & honorable à détruire ». Ici se trouve le détail du régime politique de
la république des grisons. « Qu'il nous foit permis un mouvement:
d'orgueil, en comparant nos administrations
de communes à vôs municipalités, no s grandes
communautés à vos districts, nos trois ligues
à vos départemens, &: notre grande diete à
votre assemblée nationale. De profonds légiflateurs ont tracé votre constitution ; des hommes
simples , guidés seulement par le besoin d'échapper à l'oppression, dès l'an 14°0, ont commencé la nôtre, & leur rapport prouve assez
combien vous avez connu la nature & ses droits.
Une seule difsérence vous étoit commandée par
l'étendue de l'empire, & vous l'avez trouvée
heureusement établie dans l'exiitence & la fiiccession déterminée d'un chef suprême O ina-
lateurs ont tracé votre constitution ; des hommes
simples , guidés seulement par le besoin d'échapper à l'oppression, dès l'an 14°0, ont commencé la nôtre, & leur rapport prouve assez
combien vous avez connu la nature & ses droits.
Une seule difsérence vous étoit commandée par
l'étendue de l'empire, & vous l'avez trouvée
heureusement établie dans l'exiitence & la fiiccession déterminée d'un chef suprême O ina- --- Page 584 ---
( 26 ) movible, qui lui-même a coopéré avec magnanimité a votre sublime ouvrage ». Ici se trouvent quelques réclamations, relatives
- au régime des troupes à la solde de France, &
le désir que le règlement concernant l'organisation de l 'armée leur Toit déclaré commun. « Tels sont, après nos hommages , les objets
que nous prions l 'assemblée nationale de prendroen considération. « Nous n avons à y ajouter que nos vœux sinceres pour la prospérité de la monarchie fran-.
çoife, a laquelle les principes qui la gouvernent
à présent ^ ne font que nous attacher davantage.
Et ces principes seront toujours plus puissans sur
nous, que tout lait de la diplomatie ; car un
peuple ne sauroit espérer de véritables amis ,
que là où le pacte sociàl poje sur cette baje
sacrée ». Voici le décret qui a été rendu, sur la motion
:de MM. de Clermont-Tonnerre & Goffin. « L'assemblé nationale décrete que M. le présîdent écrira a la république des grisons , pour
lui marquer la sensibilité de l'assemblée aux témoignages que la république lui a manifestés par
son adresse , & lui faire part qu'il s'est retiré
pardevers le roi , pour le prier de prendre en
considération les demandes y énoncées, & que
cette adresse sera imprimée & insérée dans le
procès verbal». Suite de l'affaire de la compagnie des Indes. Une nouvelle opinion s'éleve au milieu des
débats qui divisent les orateurs. Celt celle des --- Page 585 ---
(2 7) - partisans de l'ajournement de là question à un
temps plus opportun pour le bien de la nation.
MM. de Clermont Tonnerre & d'Eprémesnil ont
soutenu ce systême. Le premier a combattu les raisonnemens employés refpe&ivement par les défenseurs & les
adversaires du privilège exclusif de la compagnie.;
Il a remonté jusqu'à Colbert, que M. l'abbé Maury
appela hier le trismégiste , ou le trois fois grand.
L'orateur a dit qu'il pouvoit mériter ce nom ,
comme protedeur des arts & du commerce, mais
non comme le sourien de la liberté publique il
a rapporté à ce propos une lettre manuscrite de,
Colbert, qui mérite , par sa iîngularité , d'être
placée parmi les monumens de l'histoire. Elle,
démontre combien ce ministre, uniquement occupé de la gloire & de la puissance de son maître,
cherchoit à détruire tous les principes de la liberté
nationale ; comment il vouloit concentrer dans
le seul monarque , l'influence de la faveur & la
terreur de l'autorité ; comment enfin ce visir d'un:
despote méritoit , après l'incendiaire Louvois
d'être son premier esclave, Voici ce qu'il écrivoit
au gouverneur d'une colonie.
ien ce ministre, uniquement occupé de la gloire & de la puissance de son maître,
cherchoit à détruire tous les principes de la liberté
nationale ; comment il vouloit concentrer dans
le seul monarque , l'influence de la faveur & la
terreur de l'autorité ; comment enfin ce visir d'un:
despote méritoit , après l'incendiaire Louvois
d'être son premier esclave, Voici ce qu'il écrivoit
au gouverneur d'une colonie. Vous avez eu tort de rassembler en trois » états les habitans de la colonie que vous gou-
» vernez ; cela rappelle les états généraux, sorme
» abolie dans le royaume, & dont les rois ont
» cru du bien de leur service que le souvenir
» perdît insensiblement. Tâchez, avec le temps,
» d abolir le syndic qui présente des requêtes pour
» les habitans. Il est bon que chacun parle pour
» soi, & personne pour tous ». M. de Clermont: Tonnerre a développé les in- --- Page 586 ---
f 28 ) De l'Imprimerie de DEMONVILLE, 1790. convéniens qui résulteroient de la suppression actuelle de la compagnie. Il s'est résumé, en demandant qu'il ne fût rien innové, quant à présent p
au privilége. de la compagnie, si ce n'est de la
soumettre au droit d'induit & au paiement entier
des droits de traite, comme le commerce national. Demain je donnerai le surplus des argumens
de M. de Clermont-Tonnerre , avec ceux de M.
d'Eprémesnil, & le dilcours de M, Begouen contre le privilége (ij. Demain séance à trois heures après midi. La
question n'efc pas encore jugée -, on a même décidé par un décret que la discussion seroit contitinuée. Une matiere aussi sérieuse ne doit pas être
traitée avec légereté. O (i) La scance ayant fini à plus de dix heures du soir,
il vaut mieux mettre un peu de retard , .& rendre la
rédaction plus exacte & plus parfaite. 1 Cette feuille paroît tous les matins au Palais
Royal, 71° 14, chei GATTEY , Libraire , où l'on
souscrit à r'aison de 5 l. par mois pour Paris &
6 livres pour la Province , franc de port. On souscrit aussi pour la Collection du même
Courier , qui formera deux volumes , depuis l'ouverture des Etats , à raison de 6 Liv., & 8 liv. pour
ceux qui ti auront pas souscrit. --- Page 587 ---
( 29 ) Tom. VI. C N°. 1 1 I. COURIER DE MADON i A L'ASSEMBLÉE NATIONALE ' PERMANENTE. Séance du samedi 3 avril 17904 Réflexions générales sur le commerce de l'Inde
& le privilége exclusif de la compagnie ( 1). SI l'on calcule le numéraire que la France
Yerse dans l'Inde pour y soutenir son commerce , r (1) Dans cette partie se trouvent rapprochés les difcours de M. d'Eprémesnil, qui a été du même ayis
que M. de Clermont-Tonnefre , de M. de Bégouen ,
qui a fait la motion suivante , en adoptant l'avis
du comité. Il a demandé « que le comité soit
chargé de préparer & de proposer le plutôt possible
un plan qui tende à faire revertir en encouragement
pour les manufactures nationales de toiles de coton la
totalité du droit d'induit, qui sera désormais supporté
par le commerce libre de l'Inde, & même des droits
nil, qui a été du même ayis
que M. de Clermont-Tonnefre , de M. de Bégouen ,
qui a fait la motion suivante , en adoptant l'avis
du comité. Il a demandé « que le comité soit
chargé de préparer & de proposer le plutôt possible
un plan qui tende à faire revertir en encouragement
pour les manufactures nationales de toiles de coton la
totalité du droit d'induit, qui sera désormais supporté
par le commerce libre de l'Inde, & même des droits --- Page 588 ---
< %à,i . & que ce versement, enfoui pour jamais , ne • centre point dans la circulation européenne , il
est évident que fous ce rapport de finance ce
> commerce: est désavantageux. Mais le goût de
- la nation commande avec empire : cette partie
de notre luxe est maintenant placé Qu rang de
nos besoins. Les lois fiscales & apolitiques feroient éludées journellement par le désir de
jouir a -qui seroit -encore stimulé (par la prohibition. Le commerce interlope sauroit bien
échapper -à ,la vigilante des piéposés. Nous deviendrions les tributaires des compagnies étrangères. ^Jii s'enrichiroient de nos -erreurs, & il
faudrait rappeler ce commerce de luxe, pour
éviter une déperdition plus considérable de notre
numéraire qui seroit envahi par nos rivaux. -
î « D'ailleurs un commerce désavantageux soiss
Un rapport, peut être utile-en derniere analyse,
s'il fournit de la premiere main , au moindre
, prix possible, des marchandises absolument nécessaires, & s'il procure des matières premières
« qui .alimentent l'industrie & vivifient les manui factures de la nation qui les reçoit, Se qui,
'étant Travaillées , fourmissent non seulement à
. "la consommation mais encore à une exportation lucrative » (1).
. -
î « D'ailleurs un commerce désavantageux soiss
Un rapport, peut être utile-en derniere analyse,
s'il fournit de la premiere main , au moindre
, prix possible, des marchandises absolument nécessaires, & s'il procure des matières premières
« qui .alimentent l'industrie & vivifient les manui factures de la nation qui les reçoit, Se qui,
'étant Travaillées , fourmissent non seulement à
. "la consommation mais encore à une exportation lucrative » (1). : Les drogueries ,les épiceries , les thés, font
devenus pour nous des objets de premiere né- "& t/iitc qü'i' feront persus lrûr les marchandises des
' «frittes Je'feai aussi l'aflâîlyfe du -ap'crt p du C0-
* ' - - (1) Rapport, page 5. • * - • --- Page 589 ---
i'W ) - .. C2 peintes , les guinées; les cauris,
: sont utiles pour nos- échanges avec les autres
nations. Enfin les gommes, les bois de coti-
: leur , les cotons -en laine les toiles propres
- à l'impression , font indispen sables à nos manu-
• factures. Ce commerce direct," dans nos mains ,
nous applique le profit de l'affrétement & r de
la commission que nous payerions à nos rivaux.
•H nous est donc important d'élever ce commerce
,vau niveau de notre" consommation. Il ne préTente pas sans doute une perspedtive aussi utile
que je commerce de l'Amérique , qui alimente
notre in dustrie , développe tous les. germes de
richesses , & augmente notre population 3 mais,
la néceilité démontrée du commerce de l'Inde
ne permet plus un doute » & tous les. calculs:dc
la moralité , de la finance , & de la philosophie
doivent céder à l'expérience. s
le genre de ce commerce n'est susceptible
d'aucune comparaison. Il n'existe dans l'Inde ni
marchés publics , ni magasins particuliers , où
le .commerce puisse se pourvoir des marchanédiles qui doivent former ses retours. Il est obligé
Remployer une multitude d'agens. qui, répandus
% trois ou quatre cent lieues les uns des autres ,
vont, l'argent a la main, éveiller findoience du
tisserand. Ils commandent un an ou dix-huit
'mois d'avance les marchandises dont ils déterminent sur des échantilloins 8c la valeur & la
qualité. Le tiers du prix se paie en contractant ; le fecond tiers , lorsque l'ouvrage est «
. moitié rait, 8c le reste au moment de la livraison. Il faut que les marchandises soient vérifiées
.. avant que d'être reçues ; qu'ensuite elles soient --- Page 590 ---
( 2 ) blanchies , battues, pliées, & emballées , toutes
ces préparations demandent beaucoup de temps
& de soin ( i ). Les agens de la compagnie, surveillés par une
administration sage # guidés par une correspondance exacte , munis de capitaux proportionnés à la masTe de leurs opérations, contrac7ent
avec économie. Ils préparent d'avance des retours choisis avec soin, assortis avec intelligence,
& proportionnés aux besoins de l'Europe. Les
vaisseaux de la compagnie trouvent en arrivant
leurs cargaisons pretes ; ils déposent les marchandises d'Europe dans les magasins , & ne
restent dans ces parages que le temps nécessaire
pour rafraîchir les équipages, & attendre la mousson qui doit saciliter leur retour. Les ventes en
. France se font à des époques fixes, & avec des
assortimens convenables. Par la remise du droit
d'induit la compagnie peut associer, en quelque
façon, les consommateurs à la prospérité de son
commerce, & les faire participer aux graces
qu'elle reçoit du gouvernement.
magasins , & ne
restent dans ces parages que le temps nécessaire
pour rafraîchir les équipages, & attendre la mousson qui doit saciliter leur retour. Les ventes en
. France se font à des époques fixes, & avec des
assortimens convenables. Par la remise du droit
d'induit la compagnie peut associer, en quelque
façon, les consommateurs à la prospérité de son
commerce, & les faire participer aux graces
qu'elle reçoit du gouvernement. Les partisans du privilege exclusif prétendent
que le commerce libre entraîne une foule d'inconvéniens (1). Mais la réfutation des adversaires du privilège a paru jusqu'à ce moment plus solide que
les objections, de la compagnie. Voici ce qu'ils
disent. On ne peut reprocher aux négocians l'insuf- ; ( 1 ) Rapport , pag. 8. (1) V. Nô. I, Séance du ier avril, p. z à 6, --- Page 591 ---
c 33
• . % /\ . C 3 ftfance dé leurs capitaux -, il elt vrai qu ils sont
obligés de cumuler plu sie urs expéditions avant
le retour de la premiere. Mais leurs misès déhors pourront n'être que de y à 600,000 liv..
par vaineau-, & dès-lors il y a beaucoup de
commerçans en France en état de faire de pareilles avances. Le fait détruit encore bien plu$
péremptoirement l'objection. Le commerce librea expédié en une seule année 39 vaisseaux du
port de 18,485 tonneaux j ses retours se sont
élevés jusqu'à 33 millions : donc il avoit descapitaux suffisans pour y suffire. Le royaume fera également approvisionné pat
le commerce libre , par l'immensité des assortimens, comme par les armateurs qui commercent aux Antilles , & qui ne sont obligés , paraucun régime particulier, à transporter du café,!
du sucre ou de l'indigo. C'est le7 prix courant
de la marchandise, qui regle toujours ces approvisionnemens. '
La concurrence des compagnies rivales n'est
point à craindre pour le commerce libre -, il est
impossible d étendre beaucoup plus les bornes
de' cette rivalité qui existe entre tous les peuples
de FACie , les hollandois, les suédois, les danois, les portugais, les sujets de l'empereur,
qui font tous le commerce. Certainement la
substitution de quelques négocians françois à
une compagnie, n'augmentera pas assez sensiblement cette concurrence que l'on exagere. La liberté de prendre des actions de la compagnie , de de participer à sa prospérité, n'est
qu'illasoire ; ses propres réglemens prouvent cette:
assertion. Les articles 17 & 18 de l'arrêt du , --- Page 592 ---
/
. ( Î4 ,- , . " c. - - conseil du avtfi 1785, exigent que chaque
possesseur de 500 a étions 1 'article J accorde quatre voix à l'administrateur
qui aura deux mille actions ; l'article 3 permet
aux étrangers de s' intéresser en commandite dans
la compagnie. Dès lors il pourroit arriver que
les 40,000 actions appartinssent à des étrangers. ... "^ ' '" Qui pourroit empêcher que le commerce
libre n'eût ^ Inde ses agens, ses facteurs #
& qu' il n'O trouvât facilement d es moyens da
contracter une intelligence > •_ Le. bénéfice du fret & de: la commission sera,
encore une riche ressource pour le commerce
libre. Ces deux objets rapportent, ta'nt au négocians qu au fisc, 20 à 2 y pour cent. La compagnie qui. traire cette ressource d'avilissante „
fait elie-mcme ce genre de commerce ; elle a
plus fait , puisqu' elle paroît avoir été convaincue de s'être approvisionnée a Londres des marchandises de l'Inde. ,
intelligence > •_ Le. bénéfice du fret & de: la commission sera,
encore une riche ressource pour le commerce
libre. Ces deux objets rapportent, ta'nt au négocians qu au fisc, 20 à 2 y pour cent. La compagnie qui. traire cette ressource d'avilissante „
fait elie-mcme ce genre de commerce ; elle a
plus fait , puisqu' elle paroît avoir été convaincue de s'être approvisionnée a Londres des marchandises de l'Inde. , La compagnie, après avoir fait une loi très-
. rigoureuse. aux manufactures nationales , exerce
le monopole le plus du'r, sur la vente de ses
tours. Il est prouvé que l'a compagnie a refuse
de vendre à 25 pour cent, au dessus du prix
des autres compagnies, On prétend qu' en retis
mm ses poivres, don t on lui offroit 53; sous
le 12 déce-mbre 1787,. & $ janvier 1788 , elle
refofoit un. bénéfice de 80 a 90 pour cent;
Peut-elle, après cela, se plaindre du commerce
interlope qui répare une, partie de ses cupides
spéculations, & la force & désister d'une par-
~ df son bénéfice $ --- Page 593 ---
( 35) - r - [texte_manquant] les pertes des armateurs particuliers ne
que le foible tableau de celles '' les compagnies. Peu d'entre elles, ont' échappé à
à leur ruine. L'Angleterre & la Hollande ne
peuvent ici nous, fervix d 'exemple. Ces deux;
compagnies font Souveraines , elles possedent
d'immeniès territoires. Ç 'est par leurs revenus
territoriaux qu'elles réparent 1 'insuffisance deleur commerce. Telle est: la Source de' 1 opulence .de la compagnie angloise , qui offre, fui-:
vant les mémoires de Fullarton, une population de 44 millions d'âmes , & 312 millions.
de revenus» ^ . Jettez maintenait un coup-d'œil sur les tableaux du commerce, libre ; r°. depuis la fup-
* pression de l'ancienne compagnie en* 1769. )usqu à l'établissement de la nouvelle en 1785.
te commetce libre a expédié 34o vai sseau x du
port de 148,945 tonneaux , ce qui donne, pouxannée moyenne , 21 vaille aux, &c ton--
Beaux V 2°. depuis 1774 à 1 77^ le commerce:
libre avoit étendu ses expéditions. Il sut envbyé, dans cet intervalle 5 118 vaisseaux du
port de 57,190 tonneaux , ce qui fait » année
moyenne , 29 vaine aux , & tonneaux , &c. Si l'on rapproche-les armemens de la compagnie , on compte 3 vai fléaux expédies en 1785 &
en 1786 , 10 en 1787 , 7 en , qui donnant un total de 29 vaisseaux du port 'dç17,038 tonneaux, pour année moyenne, 7
vaisseaux & 4,258 tonneaux. Il est vrai que pa? l'article V de l'arrêt du
conseil -du 14 avril ^ à tous
les François d'approvisionner lies de F^àncé --- Page 594 ---
f £ ) & de Bourbon, mais à la même condition de
ramener des denrées coloniales j dés ce moment les
approvisionnemens ont cessé , parce que le défaut
de b énéfice a éloigné, l'industrie ; c'est dans ces circonstances, & pour appaiser les cris des colons
réduits à la famine, que par un arrêt du conseil, on a permis aux négocians étrangers, de
commercer avec ces deux îles, & les françois
seuls en ont été privés. Voilà les suites du privilége exclusif.
des denrées coloniales j dés ce moment les
approvisionnemens ont cessé , parce que le défaut
de b énéfice a éloigné, l'industrie ; c'est dans ces circonstances, & pour appaiser les cris des colons
réduits à la famine, que par un arrêt du conseil, on a permis aux négocians étrangers, de
commercer avec ces deux îles, & les françois
seuls en ont été privés. Voilà les suites du privilége exclusif. - Qui peu douter maintenant que la liberté
du commerce ne soit infiniment préférable à
une compagnie privilégiée ? Le commerce libre
exporte plus de denrées & de marchandises nationales , & moins d'argent ; il vivifie les ateliers
de constructions ; il détruit le commerce sous
pavillon étranger, dont chaque expédition enleve à l'état 200 mille livres j il met plus d'économie dans ses opérations ; il suit avec plug
d'activité & dattention, toutes les parties de
bénéfices que ce commerce procure ^ il employe
plus d'ouvriers j il vend ses retours à un prix,
plus modéré j plus utile aux finances, il ofsre de
payer le droit d'induit ; il forme une plus grande
qùantiré de matelots v il peut faciliter le grand
projçt de M. de la Bourdonnais, qui vouloit
feire de 1 île de France un grand entrepôt pour
le commerce des Indes. Enfin le vœu unanimes
de toute; les villes de commerce, doit entraîner
irrésistiblement l'opinion sur la suppression d'un
privilège . qui ne subsiste qu'au détriment de
tous les négocians de la France entiere.. M. de Tracy a donné d'autres raisons de,
considération. Il a prétendu que le seul nom du --- Page 595 ---
, ( 57 ) créateur de cette compagnier rendoit son existence désavorable ; c'est , disoit il, ce ministre
justement prôscrit (i) & fugitif qui a sacrifié
les intérêts de 1 état à lès vues cupides & 3
l'ambition de ses protégés. C'est lui, qui , de
-de Londres où il s est réfugié , inspire ôc anime
encore les défenseurs du privilège. Il veut sou-,
tenir son ouvrage. 1 " C'est ici le moment de remettre sous les yeux
du lecteur, le projet de décret du comité qui
entre dans l'ordre de la discussion. Projet de décret du comité si la compagnie
" ;/ des Indes. ; L'assemblée nationale considérant que la liberté des mers est un bien des nations ; que les
entraves mises au commerce individuel ne peuvent que rétrécir le génie, gêner l'industrie-, &
borner ses opérations ; que le systême destructeur du monopole rassèmblant dans une petite
partie du corps politIque les principes du mouvement & de la vie, ne laisse dans tout le reste
qus l'engourdissement de la langueur, a décrété
& décrété ce qui suit: I . Le privilège exclusif pour le commerce:
de l'Inde & de la Chine, concédé à un compagnie par tes arrêts du conseil des 14 avril
1785 & 27 septembre 1786, est révoqué. i (*) Des applaudissemens nombreux du côté gauche
de la salle ont arrêté sur le champ les petits mur mu-,
res d'improbation des-noirs, qui olit senti le sarcasme
" \ ^ --- Page 596 ---
[texte_manquant] a*. Il est libre dès ce niQment a tout citoyen
flançois de commercer dans l'Inde, la Onne».
& toui autres lieux compris dags le privilège,
sans qu'il soit besoin de prendre aucun passeport, ni aucune permission % en se conformant
néanmoins aux ordonnances, édits y & déclarations concernant l'amirauté.
mur mu-,
res d'improbation des-noirs, qui olit senti le sarcasme
" \ ^ --- Page 596 ---
[texte_manquant] a*. Il est libre dès ce niQment a tout citoyen
flançois de commercer dans l'Inde, la Onne».
& toui autres lieux compris dags le privilège,
sans qu'il soit besoin de prendre aucun passeport, ni aucune permission % en se conformant
néanmoins aux ordonnances, édits y & déclarations concernant l'amirauté. 3°. Tous les vaisseaux qui seront le commerce de l'Inde, de la Chine, & autres pays au
delà du cap, de Bonne - Espérance, feront proviso.irement, comme par le passé, leur retour
& désarmement au port de l'Orient 4®. Toutes les marchandises provenant du
commerce ci-dessus , payeront un droit d induit
de cinq pour cent de la valeur de celles de
l'Inde & de la . Chine , & de trois pour cent
de celles du cru des îles de France & dç
Bourbon - - . 5°. La compagnie des Indes fera exempte di*
droit d'induit sur toutes les marchandises qu'elle
a, actuellement pour ion compte dans les m4gafins de l'Orient, 6c sur celles également pour
' son compte qui composeront ses retours de
fIn de, jusqu'au premier janvier 17^2 ». Parmi le nombre des opinans. qui sc sont sait;
entendre, je ne vois que la motion de M. Ma--
louet qui presente un intérêt bien réel» Les ré-
* fultats des autres discours font des amendement
au projet du comité , qui feront repris lors de
la discussion du fonds. Ainsi je ne rapporterai
que les deux avis principaux de M. Malouet &
de M. de Clermont-Tonnerre. --- Page 597 ---
, , ( - 39 V , : -, 1, ,
- '• Profit de décret de M. L 'assemblée nationale, ouï le raoport de son
comité de' commerce & d'agriculture, & les ob- •'
servations contradictoires pour & contre la ré^
vocation du privilège exclusif de la compagnie "
dési Indes, ajourne la décision de cette question
au fond à la prochaine législature, & "nean
moins, ayant - êgkrd aux réclamations des com- '
merçans du royaume , en ce qai petit s'unir aux
in té têts politiques de la riariort , l'assemblée nationale décréte provisoirement : 1°. Que la navigation dans la mer rouge * le "
golphe Persique par B assora & Alep, & lé libre
transport des marchandises de l'Inde par l'Isthme
de Suez, feront dès' à présent retranchés du
privilège exclusif de la compagnie des Indes. 2°. Que lés marchandises introduites en France
par cette voie , & celles qui arriveront à l'Orient
fin les Vaisseaux de la compagnie, seront désormais fbumifes aù droit d'indult. 3^. Que l'exemption des droits de traite pour
la compagnie , cessera à compter du premier
Mai prochain. " '' 4°. Que le' Produit entier du droit d'indutt;
sera employé en primes 'd'encouragement pour
là, fabrication & 1 importation des toiles de coton
peintes 8e non peintes, provenant des manufactures fiationales. ■■ Quelle roi sera supplié de faire solliciter
par son ambassadeur à la- Porte, la" protection
du Grand Seigneur pour le commerce par caravanes , que voudraient entreprendre Ces négo-
prochain. " '' 4°. Que le' Produit entier du droit d'indutt;
sera employé en primes 'd'encouragement pour
là, fabrication & 1 importation des toiles de coton
peintes 8e non peintes, provenant des manufactures fiationales. ■■ Quelle roi sera supplié de faire solliciter
par son ambassadeur à la- Porte, la" protection
du Grand Seigneur pour le commerce par caravanes , que voudraient entreprendre Ces négo- --- Page 598 ---
-4 (40) cians franç6is par l'isthme de Suez & la mer
, rouge. • ( Suit la motion de M. de Clerm ont-Tonnerre,
telle qu'il l'a remise sur le bureau. Projet de decret de M. de Clermont-Tonnerre. « L'assemblée nationale décrite qu'il ne sera
tien innové j quant à présent. dans le commerce
fait dans l'Inde par la compagnie existante. Que dès à présent la compagnie payera , ainsi
que le faisoix le commerce , les droits de traite
& d'induit. Que son comité d'agriculture &c de commerce
se procurera & prendra en considération tous
les renfeignemens nécessaires pour que toutes
les questions relatives au commerce de l'Inde f
puissent être soumises sbit à l'assemblée nationale, soit à la législature suivante. M. Dupré de Carcassonne a adopté le projet
du comité, sauf la disposition qui tend à cotir
fèrver à la ville de l'Orient la faculté exclusive
de recevoir les vaisseaux arrivant de l'Inde. Après tous ces débats , la discussion a été
fermée.. Au moment où l'on se disposoit a faire
une dernière lecture des àmendemens & des motions , on a requis l'ajournement de la question;
mais, sur le champ, il a été répliqué par la
demande bien appuyée de,la question, préalable
sur tous les ajournemens, c'est-à-dire, sur toute^
les motions & amendemens tendans a ajourner
la motion principale. On a été aux voix } les
deux épreuves ayant paru douteuses , il a fallu
faire rappel nominal La question a. été ainsi --- Page 599 ---
( 4i ) posée : Y lieu à délibérer sur toutes les
especes d'ajournement? oui. ou non. Il est facile
de sentir l'importance de cette décision préparatoire , qui préjugeoit évidemment le ronds ;
,car les partisans du privilège exclusif devoient -
opiner pour l'affirmative 3 qui conduisoit à l'ac- '
ceptation de l'ajournement. D'un autre côté
les défenseurs du commerce libre devoient voter
pour la négative, puisque par ce moyen ils éliminoient sans retour .ces ajournemens di vertement habillés, dont l'effet naturel étoit de perpétuer le privilège. A l'appel il y a eu 38Y voix
pour le noiz , 275 pour le oui. Ainli l'assemblée
a décrété qu'il n'y avoir pas lieu à délibérer sut
l'ajournement demandé. Il étoit trop tard pour passer 1 la discussion.
des articles du décret. En conséquence M.
Voidel a proposé de décréter le principe e»
;ces termes Le privilege exclusif sera-t-il dès à présent
supprimé ? oui ou non. ' M. de Roederer a voté pour l'adoption pure
& simple de l'article 2 du décret du comité,
comme contenant le principe. M. Target a posé ainsi la question : Le commerce de l'Inde est - il libre ou non? M. le Chapelier. Le commerce de l'Inde au
delà du cap de Bonne - Espérance est il libre
ou non pour tous les françois ?
ipe e»
;ces termes Le privilege exclusif sera-t-il dès à présent
supprimé ? oui ou non. ' M. de Roederer a voté pour l'adoption pure
& simple de l'article 2 du décret du comité,
comme contenant le principe. M. Target a posé ainsi la question : Le commerce de l'Inde est - il libre ou non? M. le Chapelier. Le commerce de l'Inde au
delà du cap de Bonne - Espérance est il libre
ou non pour tous les françois ? M. de Foucault a prétendu que puisque l'on
étoit en bonne disposition d'anéantir les questions de privilege, il falloit supprimer celui de
la ville de l'Orient. Sur quoi il a été observé que cette motion --- Page 600 ---
( 4£; ) ... été imaginée pfeu* indisposer
la Bretagne csmaela constitution & l'assemblée,
dans le cas où ce privilège lui seroit enlevé ;
f mais que cette pcoannce ne moftok pas à prrx-
... sa fidélité & son patriotisme ; que ce piége maiadroitement présenté "• ne lui seroit pas oublier Enfin la mile Aulx veix , il: a été
décrété, à la grand majorité , que le commerc e
4e l'Inde au delà du cap de Bonne-Espérance
est libre à toux les français. La faite 'a reM
penti d'applaudissemens réitérés, & la joie étoit
universelle .3 sauf parmi ces hommes amoureux
des priviléges qui s'en déclarent constamment
les désenseurs; presque toujours vaincus, ils font
Infatigables , &: l'espoir du succès leur fait sans
cesse livrer de nouveaux combats. Cette lutte
subsistera avec la même, activité jusqu'à ce que
l'assemblée , composée d'élémens homogenes,
jfoit délivrée de ces agitations perpétuelles que
l'intérêt & l'orgueil excitent dans toutes les manières importantes. Ainsi le privilège exclusis de
Ja compagnie des Indes est détruit sans retour;
car il nest plus de Calonniens qui puissent se
ressusciter, «ni darret -du conseil qui l'arrache à
la conquête de -la liberté . On a admis une députation <lu commerce
de {Bordeaux -qui offre de se soumettre aux décrets de l'affembiée , & même de les exécuter,
quelque parti qu'elle prenne en matiere de
finances, relativement atrx rentes des biens du
clergé; k résultat de -cette soumission tend e
-donner dans le commerce de Bordeaux un cours
aux assignats de l'extraordinaire. Une • résolution --- Page 601 ---
r ' ) De l'imprimerie de DEMONVILLE, 1790, semblable dè toutes les villes de commerce procureroit bientôt le débouché de tous les affignats & la circulation de l'argent , au grand
-dépit des malveillans, qui voudrôient l'engloutir
fous les ruines de leur patrie. Le commerce de
Bordeaux doit envoyer son adresse & son arrêté
à toutes les places & municipalités du royaume.
Lundi à il heures du matin séance, & reprise de l'ordre judiciaire. Cette feuille paroi t tous les matins au Palais
Royal, n° 14 , chez GATTEY , Libraire , où l'on
souscrit à raisort de, 5 l. par mois pour Paris &
i6 livres pour la Province , franc de part.
fous les ruines de leur patrie. Le commerce de
Bordeaux doit envoyer son adresse & son arrêté
à toutes les places & municipalités du royaume.
Lundi à il heures du matin séance, & reprise de l'ordre judiciaire. Cette feuille paroi t tous les matins au Palais
Royal, n° 14 , chez GATTEY , Libraire , où l'on
souscrit à raisort de, 5 l. par mois pour Paris &
i6 livres pour la Province , franc de part. On fouf rit aussi pour la Collection du même
"Courier , qui formera deux volumes , depuis l'ouverture des États , à raison de 6 liv., & S liv. pour
ceux qui n'auront pas souscrit. - ; --- Page 602 --- --- Page 603 ---
t V) -, Tom. VI. D - NG. 1 V. COURIER DE MADON ; A L'ASSEMBLÉE NATIONALE . PERMANENTE. Séance du lundi $ avril 1790 LA compagnie des Indes ne subsiste plus sous
le régime exclusif de son privilège. La masse de
son crédit, ses relations, ses établissemens j ses
comptoirs, ses magasins ; ses ressources, & la
-liberté de la concurrence, qu'on ne peut lui enle ver, lui donneront pour quelque temps une
; grande prépbhdérance; sur le commerce libre. Il
faudra peut-être plus de deux ans avant que
cette liberté précieuse puisse faite sendr son ii*-
rfluence. Car sans doute le négociant françois
n'ira pas chercher à Londres ses spéculations
. sili les marchandises indiennes , quoique l'a compagnie, dit-en, ait donné cet étonnant & dangereux exemple. Mais puisque nous sommes
condamnés par 1 habitude , qui produit le besoin 5 par le luxe , qui multiplie nos jouisTanees ;
par la fan ta i sie, qui les varie sans cesse * par
le flux; rapide du commerce > par l'exemple irrésistible des autres nations ; par l'usage des peupies tant, aricjemies que modernes enfin pat
quelques motifs. politiques a saife le commerce
de 'l Inde ; n est - il pas humiliant pour le' nom --- Page 604 ---
( 46 * 1 François de n exister dansvces parages que ions
Ja protection de nos rivaux ? La compagnie angloise y exerce avec hauteur tous les droits de
la souveraineté ^ elle tient, fous sa puissance un
vaste territoire; le commerce sur-tout est fournis à son inspection -, elle donne impérieusement des lois ^ elle tient dans ses mains toutes
les matieres premieres, les ateliers , les maga-«
sins, &: la force publique ; -le françois nest dans
ces climats , & spécialement au Bengale , que
l'agent subordornné de ces fiers insulaires. Nous
- n'avons plus que des comptoirs, que le premier
bruit de guerre peut faire disparoître. Le gouyernement a jugé que Pondicheri etoit indé.
sensable , & toutes les troupes ont évacué ce
foible posse. Les temps prosperes de Dupleix
de la Bourdonnaye ne sont plus. La paix
*de 1763 laissa le commerce françois dans un
, & spécialement au Bengale , que
l'agent subordornné de ces fiers insulaires. Nous
- n'avons plus que des comptoirs, que le premier
bruit de guerre peut faire disparoître. Le gouyernement a jugé que Pondicheri etoit indé.
sensable , & toutes les troupes ont évacué ce
foible posse. Les temps prosperes de Dupleix
de la Bourdonnaye ne sont plus. La paix
*de 1763 laissa le commerce françois dans un •état de foiblesse Se de dépendance qui semble.
ient l'avilir dans l'Inde quelques succès de la
dernière guérre n ont pu le rétablir; le temps
seul peut lui rendre sa vigueur premiere ; cette
--conquête est digne du retour de la liberté.
' < -Cependant on doit s'attendre que toutes les
villes maritimes vont témoigner Íeur joie de
l'abolition du. privilége exclusif. Il n est pas douteux que le commerce libre ne puisse , par la
• multiplicité de ses armemens, balancer au moins
la concurrence de .,la compagnie. Dès - lo s le
monopole. ne pourra plus dider des lois aussi
'• rigoureuse 5 une rivalité salutaire le sorcera de
.. ne plus s'attendre à des prosits immodérés , &
à ne plus spéculer sur nos besoins. On ne peut
même présumer sans injustice que la compagnie
* établisse une baisse sur ses marchandises , pour --- Page 605 ---
1, ( 47 Da anéantir par cette manœuvre les premiers efforts
du commerce libre , & nécessiter la résurrection
de son privilège. Cette marche politique, que,
les régisfeuïs adopterenr quelquesois avec succès pour fairé revivre les fermes générales, fit
la loi au despotisme ; mais elle seroit infruc-"
tueuse contre la liberté. Il faut se reposer sur
l'intérêt du commerce libre, de tous les moyens
qu'il emploiera pour éviter des pertes & se;
procurer des profits. C'est aux négocians îraneois à t.ouir avec activité, sagesse , & intelligence, d'un bienfait qu'ils ont eux - même foUi--
cité avec tant d'ardeur de la justice de l'assem;
blée narionale. - v ^ M. Dupont, de Nemours , inculpé dans le
cours des discussions sur cette matiere par M.
l'abbé Maury, & qui a trouvé dans l'estime &
la confiance de l'assemblée une sf belle justification,
a fait à ce sujet une nouvelle motion en cesi
termes : « MM. , je n'ai pas voulu interrompre.
» l'ordre d'a jour lorsque. M. l'abbé Maury a
» fait la leéture de me.s lettres & mémoires ; au-
» jourd'hui je les reclame comme une propriété
» qui m'appartient; je demande qu'ils soient
» dëposés aux archives de l'assemblée ; car M.
» l'abbé Maury n'a pu s'en trouver porteur
» que par tine infidélité /, &- les rendre pu-
» blics que par un délit ». ^
pre.
» l'ordre d'a jour lorsque. M. l'abbé Maury a
» fait la leéture de me.s lettres & mémoires ; au-
» jourd'hui je les reclame comme une propriété
» qui m'appartient; je demande qu'ils soient
» dëposés aux archives de l'assemblée ; car M.
» l'abbé Maury n'a pu s'en trouver porteur
» que par tine infidélité /, &- les rendre pu-
» blics que par un délit ». ^ M. l'abbé Maury, toujours bien sûr de son
innocence , & fier de sa renommée, a répondu ,
qu'il ne demandoit pas jujlice (i) pour.les expres- ( i ), Justice, grands dieux ! elle est rendue
l'opinion publique. Quel est donc celui qui n'estimant --- Page 606 ---
(49) sions dont M. Dupont s'étoit ervi, qu il nayoit
aucun compte à lui rendre de remploi de sa
correspondance & de ses mémoire, puisqu'il ne
les tenoit pas de lui } qu'il avoit 80 mémoires faits
par M. Dupont sous les ministeres de M. l'abbé
Terray, de Clugny, & de l'archevêque de Sens ,
& qu'il alloit les fàire imprimer successivement -,
que M. Dupont, qui avoit eu des relations avec
ces ministres , seroit le maître de désavoner ses
propres ouvrages ; qu'il offrait de les déposer
chei tçl notarre que M. Dupont lui indiqueroit ;
qu'au surplûs, il ne croyoit pas avoir empêché
la conquête du Bengale par la lecture du premier
mémoire -, que ces turgotines , composées de 2i
vaisseaux, transformables à volonté en vaisseaux
de ligne , étoient une chimere dont la publicité
ne pouvoit causer aucun tort. M. Roederer a observé qu'il ne croyoit pas
que les lettres & mémoires de M. Dupont fussent
encore , comme il' le soutenoit , sa propriété ;
qu'ils appartenoient au dépôt ministériel, auquel
chacun de ces mémoires étoit relatif ; que si l'on
consulcoitles principes de la morale &: ceux même
de l'honnêteté (1), l'assembléé ne devoit pas soutpas M. Dupont, oseroit Ce dire eftimablç ? Qui osera
le peser dans la même balance ayeç son adverfairc
Je lui dirois : « M. , vous défendez l'abbé Maury ; d.èsM lors tout homme de bien doit se paffer de voire
eslime , & je vous prie de me faire l'honneur de.
» dire du mal df moi & de me haïr ». Je fais bien
pe£suadé que cette scene glorieu(e, pour M. Dupont ,
n'a fait. que le. rendre plus cher à ses amis.
imablç ? Qui osera
le peser dans la même balance ayeç son adverfairc
Je lui dirois : « M. , vous défendez l'abbé Maury ; d.èsM lors tout homme de bien doit se paffer de voire
eslime , & je vous prie de me faire l'honneur de.
» dire du mal df moi & de me haïr ». Je fais bien
pe£suadé que cette scene glorieu(e, pour M. Dupont ,
n'a fait. que le. rendre plus cher à ses amis. ( 1 ) Le prédicateur a entendu cela, & il ne s'est --- Page 607 ---
(fo y D 3 frir qu'on fît un pareil usage des lettres & mémoires
de ses membres. ^ Puis reprenant après sation du tumulte, l'orateur à ajouté: « Si nous
j) n'avions eu que des hommes de la nature &
» du caractere de Mi Dupont, nous n'aurions
» eu ni f édit du 8 mai ^ m le célebre arrêt
» du 20 suist (1), in tous ces libelles affreux
qui depïris long-temps infèrent les provinces
M. Dupont , en persistant dans sa premierê )
réclamation, a simplement ajouté qu'il avoir -travaille succesKvement avec tous les ministres ; maté
que l'effet de ses relations avec M. l'abbé de Ter*
ray , avoient été la suppression des Ephémérides ;!
du citoyen -, avec M. de Ckigny, l'ordre ministériel de le retirer à sa campagne -, & enfin avec
J' archevêque de Sens, là privation'de sa place =
de commissaire général du commerce; Après cette discussion , ûn est revenu à l'ordre
du jour. M. Le président a proposé d'abord de s'occuper
de la suite des décrets relatifs à l'ancienne compoint fâché. Cette langue lui seroit-elle étrangere ?
Cet homme de bien avoit aujourd'hui de bons vocifératturs à ses ordres , qui ont rugi pendant tout le
temps que M. Roederer a parlé. Il a fallu même consulter l'assemblée pour imposer silence aux poitrines
cléricales, & faire entendra cet opinait. L'abbé Maury «
a donc des atnis ? Je croyois qu'il ne pouvoit trouver- r
que des complices. : (1) Lecteur , entendez-vous le mérite de ces allu- 4
fions? Sur ma question , quelqu'un m*à répondu : Voyez l'héroïco-tragi-comédie de la cour pléniere„ & consultez
ensuite l'opinion publique. : c --- Page 608 ---
- f p ) pagnie des Indes Se au commerce libre. M. de Foucaut de Lardimalie a renouvelé sa
motion concernant le port de l'Orient. Il a soutenu que cette ville ne devoit pas avoir exclusivemçnt le privilège de recevoir les marchandises
de l'Inde -, qu'il falloit lui faire partager cet avantage avec toutes les autres villes du royaume.
de la cour pléniere„ & consultez
ensuite l'opinion publique. : c --- Page 608 ---
- f p ) pagnie des Indes Se au commerce libre. M. de Foucaut de Lardimalie a renouvelé sa
motion concernant le port de l'Orient. Il a soutenu que cette ville ne devoit pas avoir exclusivemçnt le privilège de recevoir les marchandises
de l'Inde -, qu'il falloit lui faire partager cet avantage avec toutes les autres villes du royaume. Le lecteur se rappelle les motifs secrets ( I )
que l'on a supposes à cette dangereuse motion. M. le Chapelier a répondu que le versemerit
des marchandises de l'Inde dans le port de l'Orient
'n'étoit pas l'effet d'aucun privilège ; mais que cette
ville était un entrepôt établi pour la commodité
du commerce, un lieu de rendez-vous , pour
faciliter la vente & le débouché des marchandises 5 que cet unique entrepôt étoit nécessaire
pour simplifier & assurer la perception des droits
de traite &: d'induit, qui seroient prssque anéantis
par la fraude & les contraventions, si le comT
merce libre pouvoit verser dans tous les ports
indistin&ement ; que la réunion dans. un seul
' lien de toutes ces marchandises, fixoit l'attention
des étrangers , & les appeloit à leurs achats ; que
-Ces étrangers ne pourroient les exécuter , si le
commerce libre alloit répandre & morceler ses
retours dans toutes les villes où il n'y auroit quedes magasins peu considérables Se souvent destîtués d'aiîbrtimens. Il a demande l'ajournement
de cette motion après le' rapport du tarif de la
traite , dont le comité d'impositions étoit actuellement occupé. ' M. le: Coûteux a insisté sur un ajournement
à jour fixe, à'ctmfe de la nécessité de rétablir -.. 1 -1, î) Voyez N°. IIf , pag. 41.
--- Page 609 ---
",( ;,'JI ) 1 enduit Se la traite , & pour prévenix la contrebande. ; L assemblee a décrété l'ajournera ent pourrie
vendredi 16 avril, de la motion & du surplus
des articles du décret. 3 Suite de l'ordre judiciaire. On est revenu à l'ordre judiciaire. Il ne faut
pas s' attendre à des détails, à des discussions bien
suivies, jusqu 'à ce que l'assemblée ait adopté un
plan parmi ceux qui lui sont présentés. Ceux qui
ont fixé principalement l'attention de l'assemblée,
y font le travail du comité de constitution , les
ouvrages de,M. Duport, de M. Chabroud, Se
sur-rout de M. l'abbé Syeyes , qui, par la seule
force du raisonnement & les regles, d'une sage
p.hilosophie , a su donner des préceptes aux (ciences & aux arts.. ^ ^ Il faut se rappeler que dans la séance du 31 mars (N°. XXVII, page ,431 ), l'assemblée .avoit décrété un ordre de travail sur une série
d onze questions. D abord il est bien certain qu'il
faut que l'ordre judiciaire soit reconstitué en entier,
puisqur l'assemblée 1a solennellement ordonné.
Mais le choix de l'un des. systêmes est encore bien
incertain. Je vois l'assemblée flottante , & les
-opinions encore indécises. La question de l'oppor- -
tunité des circonstances est peut-être la plus irnportante. Ce voile Récent. & commode pourra
obombrer bien de petits intérêts particuliers.
Mais cependant il faut bien convenir que c'est de
la réunion de tous, ces petits intérêts particuliers,
que naît le bien général, comme c est des fortunes particulières que naît la fortune publique,
incertain. Je vois l'assemblée flottante , & les
-opinions encore indécises. La question de l'oppor- -
tunité des circonstances est peut-être la plus irnportante. Ce voile Récent. & commode pourra
obombrer bien de petits intérêts particuliers.
Mais cependant il faut bien convenir que c'est de
la réunion de tous, ces petits intérêts particuliers,
que naît le bien général, comme c est des fortunes particulières que naît la fortune publique, --- Page 610 ---
C î1 J. Ainsi, ceux qui étudient avec attention la physionomie de l'assemblée , ne ' peuvent. encore calculer sa détermination finale. Je crois que les jurés seront admis en matières criminelles , & que
chacun sera juge par ses pairs dans ces sortes de
questions. 'Il ne paroît.sur ce point qu'un seul
Sentiment. Mais le ministere des jurés , en matiere
civile , éprouvera les plus grands obstacles. Il se
trouvera aussi de grands & de nombreux partisans
pour le défendre. On pourront même prédire sa
future adoption , sans être surpris de le voir enfuite rejeter par des raisons, extérieures, déduites
de la seule impossibilité actuelle de son exécution. On a'disçuté aujourd'hui les deux premieres
questions. 1°. Etablïra-t-on des jurés ? 2°. Les
établira-t-on en maiiere civile & criminelle ? 'MM. Pétion de Villeneuve, Antoine, & autres ont parlé pour &: sur ces deux questions. M. Prugnon a suivi une marche toute nouvelle. Il a intéressé par ses tableaux saillans, ses
expressions énergiques , & par ses raisonnemens.
Voici l'extrait de son discours (i). - MM., admettez-vous des jurés en matiere criminelle ? En admettez-vous en matière civile >
La premiere queition aura pour partisans tous les
cœurs droits & vertueux ; la proposuion contraire
n'aura d'autres opposans que le bourreau.
La seconde présente les plus sérieuses difficultés.
Voilà le moment de consulter les. convenances,.
cette règle invariable du bonheur des nations. Les
jurés sont une plante native d'Angleterre , tranf-
i). - MM., admettez-vous des jurés en matiere criminelle ? En admettez-vous en matière civile >
La premiere queition aura pour partisans tous les
cœurs droits & vertueux ; la proposuion contraire
n'aura d'autres opposans que le bourreau.
La seconde présente les plus sérieuses difficultés.
Voilà le moment de consulter les. convenances,.
cette règle invariable du bonheur des nations. Les
jurés sont une plante native d'Angleterre , tranf- (i) Qu'il a prononcé de mémoire ; mais l'extrait
n'en est pas moins exaft. - - --- Page 611 ---
( 53 ) portée en Amérique. Mais cette conception,
neuve pour nous , me paroît exagérée. Sommesnous suffisamment disposés à la recevoir & à en
profiter utilement ? Ést- ce chez une nation usée
par une profonde ci vilisatibn, que l'on peut faire
germer ces nouvelles institutions ? C'est placer
des têtes modernes sur des busses antiques. Réformez donc , avant tout, le volume inextricable
de vos lois, & sur-tout votre code d'instruction ;
réformez votre éducation nationale ; préparezvous à recevoir cette innovation. Sans cela vos
efforts se roi en t infructueux, & la chute de cette
partie de votre constitution pourroit entraîner
celle de la totalité de 1 édifice. Je me rappelle
cette charmante pensée de Fontenelle : la vérité eit
comme un gros point, qui présente toujours un
côté plus aigu ; si vous voulei la 'faire entrer
par le gros bout dans l'esprit des hommes , vous
n'y réussirez jamais ; c'est donc par le côté aigu
qu'il faut l introduire , & frapper à coups lents %:
sûrs. Imitons le financier calculateur oui veut
doubler un impôt existant; il l'augmente peu à
peu , comme par couches superficielles , & dans
un intervalle de 20 années , il recueille le Fruit de
ses longues combinaisons , sans exciter les murmures des peuples. Examinez, MM., votpe situation. Nous Sommes ici sur la hauteur, entourés & animés de l'esprit public qui anime
&: vivifie nos délibérations. Mais croyez-vous que
les provinces soient parvenues à votre niveau ?
Croyez-vous qu'en 2,1 heures elles prendront la
robe virile ? Sacrifiez un peu à leurs habitudes , à
leurs préjugés. Lès romains qui vouloient conquérir
une nation étrangère , eommençoierit car sacrifier
a ses dieux. Suivez cette route marquée par U sa-
sur la hauteur, entourés & animés de l'esprit public qui anime
&: vivifie nos délibérations. Mais croyez-vous que
les provinces soient parvenues à votre niveau ?
Croyez-vous qu'en 2,1 heures elles prendront la
robe virile ? Sacrifiez un peu à leurs habitudes , à
leurs préjugés. Lès romains qui vouloient conquérir
une nation étrangère , eommençoierit car sacrifier
a ses dieux. Suivez cette route marquée par U sa- --- Page 612 ---
(51 , ) gesse, en travaillant à la destruction des anciene
abus. Mais avant que d'adopter des jurés en matière
civile, il faut savoir ce que l'on veut entendre
par cette dénomination trop générale. Ces citoyens, pairs de l'accusé, comment les jugeront-ils ? quelles feront leurs sonctions ? Que{s
font les moyens d'exécutez ce plan que l'on vous
propose ? En effet, décréterez - vous le principe
avant de les connoître i Quel seroit ensuite votre embarras, si ces moyens étoient regardés,
comme impraticables ? Elt-ce donc ainsi que
procèdent de sages législateurs? On nous oppose sans cesse l'exemple de l'Angleterre & de
l'Amérique? Devons-nous être les copistes serviles de nos rivaux ? Faut-il donc passer par Philadelphie ou par Londres a pour arriver à Paris *
. Mais il est encore un préalable plus nécessaire
a tous ces projets de réformes. Changez donc
les mœurs & le génie de la nation au gré de
vos ingénieuses combinaisons ; car les lois doivent être d'accord avec les mœurs, sans quoi
cette dissonance opere le désordre & la consufion. Je fais encore à tous les créateurs de projets différentes questions. QueJs sont donc .les
jures qu'ils nous proposent ? Sont-ce les jurés de
M. l'abbé Sieyes? de M. dé Condorcet ? du comité de constitution ? de M. Duport ? les jurés
d'Angleterre ou d'Amérique ? Tous ces jurys
différent en des parties très-essèntielles. Tâchez
donc au. moins de vous concilier. Faites en sorte
que l'oeil, fatigué de ces révoltantes contrariétés,
puisse se reposes sur un objet fixe y & que l'attention soit e'n état de le méditer. Déterminez,
les fonctions de ces jurés. Seront-ils obligés d'être
unanimes dans les iugemens ? Seront-ils élus par --- Page 613 ---
( 55 ) les municipalités ou par les parties 5 Seront-ils
enfermés à la diete & 'sans feu, comme les jures
anglois ? On a crée cette marche pour détruire
le despotisme judiciaire. Il existoit sans dout-e
dans la complication & l'obscurité des lois -, car
avec l'imperfection de nos lois. criminelles,
tout juges ressembloit à ce gouverneur génois ,
qui faisoit tuer les corses ex informatâ conscientiâ. En esset, les cours ne motivoient point
leurs jugemens ; elles condamnoient pour les cas.
résultans des proces. Mais aujourd'hui la pensée
tendue publique par la voie de l'impression, est
despotisme judiciaire. Il existoit sans dout-e
dans la complication & l'obscurité des lois -, car
avec l'imperfection de nos lois. criminelles,
tout juges ressembloit à ce gouverneur génois ,
qui faisoit tuer les corses ex informatâ conscientiâ. En esset, les cours ne motivoient point
leurs jugemens ; elles condamnoient pour les cas.
résultans des proces. Mais aujourd'hui la pensée
tendue publique par la voie de l'impression, est line magistrature qui surveille les juges mêmes,
& les contraint d'être impartiaux & susi:es. Sans
détruire les tribunaux aëtuels, impolez-leur lobligation de juger séparément le fait du dto"it.
N'attendez pa$ Cd service a&if des jurés, 'avaîit
la fimplrficatiûn de vos lois. Pourroient ils rer'iie-, plir vos intentions ? Il s'agit, par - exemple, d'un
crime de faux dans un contrat. Combien de
précautions pour connoître la vérité ? îl faut le
frottement de l'usage , & les jurés ne l'auront
pas.- II est même des cas où leur minidere est
impossible au civil. Par exemple , Paul meurt
sans enfans, laissant des biens dé différente nature. Il est nécessaire d'abord que la question
de droit soit jugée , pour régler le degré d'aptitude à l'hérédité ; ensuite on descend à la question de fait, pour savoir si Pierre & Jean quï
se présentent, réunissent les capacités que la loi
exige. Ainsi voilà la marche du jurisme renversée. Car le systême est de leur faire juger
dabord la question de fait, afin de mettre en
suite le juge à portée de faire l'application de la
loi. Que penser d'un plan inexécutable dans un --- Page 614 ---
( 56 ) De l'Imprimerie d.e DEMONVILLE, 1790. èâs propolé qui se renouvelle chaque Jour &
dans mille autres que je pourrois vous rapporter? Craignons, MM., 1 impatience du bien j
c'est la tentation des hommes vertueux. Tacite ,
en faisant l'éloge d'Agricola, dit qu'il ne suc
Jamais outrer le sagesse. Rednuit, quod difficillimum ejl, ex sapientiâ modum. Faisons comme
ce conquérant qui montra les grandes Indes à
son armée , comme une conquête réservée à ses
successeurs. Laissons la réforme de cette partis
de nos lois a«x législatures ultérieures •, en un
mot, ne travaillons pus en marqueterie ce qui
doit être coulé en bronze. Je demande que cette
question soit ajournée après la réformation du.
code , & sur-tout du code d'instruction j ou bien:
qu'avant de prendre aucune détermination, M.
Duport réponde à mes questions sur l'espece des
iurés qu'il propose, & la nature de leurs fonctions. , Il n'a rien été dit de neus jusquà ce moment
en saveur des jurés ou contre leur institution.
J'aurai soin d'en rendre compte dans cet ordre ,
ainsi que je l'ai toujours observé pour l'instruction du ledeur. J'ai rendu en entier cette opinion , parce qu'elle m'a paru dignç de satisfaire
sa, curiosité. Demain séance à onze heures, & suite de
l'ordre judiciaire. --- Page 615 --- --- Page 616 --- --- Page 617 --- --- Page 618 --- --- Page 619 --- --- Page 620 --- --- Page 621 --- --- Page 622 ---
éc ne derdoqeiarcient areréquauicune aflembres : Erndtospaienefamnar cependant 29 dépures préfence de81 memconftitués Talfemblée
feulement fe font
tion a pour objet
colontales ; cette proteftatandis qu'il n'en Touverture eft jamais des 4 ports de Tile,
vaifleanx étrangers,e qui favorife ouvert le qu'un aux
interlope, 3 &c ruine cclai de la colonie, commerce
Les pro- --- Page 481 ---
135 1
teftans difent que les délibérans ont été intéref
fésà ceneianorariuitycomme tranfportantle commerce aux anglois qui entrent dans les ports fous
de pavillon américain, ce qui détruit la
tion des impôts, & fur-tour du droit du domaine percepd'occident, & atitorifcTimportation des marchandifes étrangeres dans la colonie.
M. Camus a renouvelé la motion elevée
M. de Lamech,au milieu des difcuflions, par
l'établiffement d'un comité,
pour
M. Alexandre de Lameth 5 en
la
nomination d'un comité, a obfervé appuyant qu'il falloit
fe hâter de rétablir la tranquilliré
par les décifions fur les matieres dansleroyauime féodales & la
conftitution; que l'affemblée jugeroit fur le
port da comité les grandes queftions de rapque & de commerce qui demandoient un examen politiultérieun
M. l'abbé Maury, e pour caufe, a voté pour
que la queltion relative à la traite des noirs fns
traitée féparénient ; il a dit qu'elle avoit une relation immédiate avec le maintién des colonies, &t
même qu'il sagifloir de prévenirla banqueroute.
Ila demandé que le
des faits d'infurrection de la conftitution PE de la confervation
des colonies fullent renvoyés au comité qui
feroit établi. Il a requis en confequence la divilion de la motion.
M,de Cazalés a fourenn au contraire quel la feule
chole, dont l'affemblée dat s'occuper, étoit de
remertrejlordre &clatranquillité dans la colonie.
des Après quelques debats, un grand tumulte - 5
clamettrs trés - fortement prononcées, &
gui annonçoient un très-grand intérêt, on a
renvoyés au comité qui
feroit établi. Il a requis en confequence la divilion de la motion.
M,de Cazalés a fourenn au contraire quel la feule
chole, dont l'affemblée dat s'occuper, étoit de
remertrejlordre &clatranquillité dans la colonie.
des Après quelques debats, un grand tumulte - 5
clamettrs trés - fortement prononcées, &
gui annonçoient un très-grand intérêt, on a --- Page 482 ---
186)
la queftion préalable fur la-d
at - àr dire,
Ton vouloit
la diwifion,
du commerce 3 Bordeaux & des que
Pétition
maritimes concernant les
autres villes
prend la traite, & généralement colonics, Ce qui comports des colonies, fuflent remis tous enfemble les raprapport imique du nouveau comité.
au
de 1 faut convenir quil y a eu
bruit que de raifons fur cette beaucoup queftion plus
lable, quoiquil y eut de grands moyens a
Le défir
L
velopper.
de quelques- uns étoit
entierement 8c de hâter la décifion fur la difoler
Les motifs en font counus; car, comme je traite, Tai
déjà oblervé tant de fois, lcs
ennemis du bien public n'ont pas mécontens, encore
les
felpérance. Or, avec de pareils
on perdu
jamais un inftant à perdre, & la projers
na
activité peurfeule procurerle fuccès.
grande
eft mèmele
activire
LE
caractere principal
jouit que de furprifes & detreurs, dellintriguie, quine
peur
vaincre parla violence, Ileft loriquelle à oblerver ne
que En méchant a plus de reffources pour nuiré
que Thommebienfailant qui n'obeit
doux
penchans de la nature & aux attrairs qu'aux
vertu. Le méchant eft
de la
ranime fes forces épuifées infatigable ; la vengeance
pidités. il fe
des
par T'effort de la cutrouve une efpece repait de
maux qu'il caufc : &
tions convalfives de jouiffance fon
dans les agitad'être T'objet du mépris
inquiérude. il
Furieux
craindre de ceux dont il ne public, fe faire veut fe faire
& G fa cupidité deçue ou peut fon
ellimer;
ne lui laillent aucun elpoir, le méchant orgueil cherche trompé
able ; la vengeance
pidités. il fe
des
par T'effort de la cutrouve une efpece repait de
maux qu'il caufc : &
tions convalfives de jouiffance fon
dans les agitad'être T'objet du mépris
inquiérude. il
Furieux
craindre de ceux dont il ne public, fe faire veut fe faire
& G fa cupidité deçue ou peut fon
ellimer;
ne lui laillent aucun elpoir, le méchant orgueil cherche trompé --- Page 483 ---
à
2 137)
engloutir avec lui touté la génération
fes
attentats n'ont pu affervir O11 détruire. que
Lc préfident a fait deux épreuves fuccellives,
par aflis & levé.-far-laquelion: préalable; elles
lui ont
doutéufes, & il 21 demandé lui
même emea nominal. Ainfi ceux qui étoient
pour que toutes les queftions ou pétitions &
les. rapports fuffent traités
foient de drojt ala divifion, enfemble, & ont 4 soppol
non, les autrés oui. La queltion ainfi répondu
Hya eu 343 yoix
le non,&
pofée *
le oui, & il a été Abente quil ny avoit 310 pour
lieu à délibérer fur la divifion demandée, pas
Enfaite il a été décrété, à la trés- grande
majoriré, qu'il feroit nommé un comiré de
douze membres pris dans toute
non
dans les différens comités l'aflemblée, &
d'agriculture,de
commerce, & de finances, comme
uns l'avoient propofé,
quelquesM. Maiouet craignant fans dour, par humanité 3 que Ce comité n'eut pas de miflion
fpéciale pour faire fon rapport fur les
en
a fait l'obfervation.
noirs,
On lui a
que cette miffion faifoit
partie des
difcutées, 2 &cquefa demande
PREORL
étoit au moins firperflue.
Enfinil a été arrétée, fir la motion
de M. le Chapelier, que le comité feroit précife fon
rapport lundi prochain, --- Page 484 ---
(38)1
Cette feuille paroit tous les matins au
Royal, 72o 14, chet GATTEY,
Palais
fouferit d raifon des Z. par mois Libraire, oilon
6livres pour la Pravince. franc de pour Paris 6
On Jouferit aufi pour la
port, du
Courier, qui formeri deux volumes Colletion
même
perture des Eeats, raifon de 6 liv., , & depuis 8 liv. lou
ceuzqui n'auront pas Jouferit.
pour
On prie MM. les abonnés, dont
veller, pire à la fin de février, &c qui défireront l'abonnement le
exd'en donner avis au bureau avant le renouabonnés mars, afn de n'éprouver aucon retard; ; & MM. premier. les
ont été
février , - Rut avoir fait continués pendant le mois de
faire avec le prochain renouvellement. payer, font aufli priés de le
De Timprimerie de DEMONVILLE,
1790.
ferit.
pour
On prie MM. les abonnés, dont
veller, pire à la fin de février, &c qui défireront l'abonnement le
exd'en donner avis au bureau avant le renouabonnés mars, afn de n'éprouver aucon retard; ; & MM. premier. les
ont été
février , - Rut avoir fait continués pendant le mois de
faire avec le prochain renouvellement. payer, font aufli priés de le
De Timprimerie de DEMONVILLE,
1790. --- Page 485 ---
(79,
No
VI
COURIER DE MADON
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
PERM A NENTE
Scantce du Jamedi marin 6 mars
1790,
( N n'a point mis à la difcuflion
cond du titre 3,qui
T'article feamendemens conlidérables; éprouvera fans doute des
propofé deux nouyeaux articles mais M. Merlin a
placés après T'article X du titre deftinés à être
traite des efers généraux de la premier,
régime fiodal (1).
defrudion 9RE
Cet article prononce, comme
lition de tous les droits d'aîneffe 8cde onla vu, l'aboalégard des fiefs, domaines & aleux mafculinité
les nartagesinégaux à raifon de la
nobles, desp &
fonnes; ordonne en conféquence qualité
callions, tant directes
que toutes Et
biliaires
que collatérales, tant moégard à Pancienne qu'immobiliaitres, 3 ferohes fans avoir
des
qualité noble des biens &
perfonnes, s partagés entre les héritiers fui-
(1) No. XXIII du 25 festierapag. 325.
Tom. P.
K --- Page 486 ---
(80)
les lois, fatuts, & coutumes qui réglent
vant
entre tous les citoyens (I). Ccz
les partages
outre
les
& les
article déclare en
que ou ils ont puinés eu jufqu'a
filles, dans les coutumes en
d'avanfur les biens tenus
fief, plus
prefent, fur les biens non féodaux, continuetage que
dans les biens ci-devant fiefs,
ront de prendre,
lefdites coutumes,
les parts à eux allignées éré
par laffemblée
ce
ait
RAETLLES
jalqua qu'il
& uniforme de fcnationale un mode définitif
ceflion
tout articles le royaume. ont été fuccelliven
Voici PES deux
qui ainfi quil fuit :
ment préfentés & décrétés
A RT. X I.
la
feigneuriale, &
K La garde royale, garde font abolis )).
> le déport de minorité
ART. XTL
abolis tous les effets
( Sont psreillement &
avoient 1SR
flatuts, coutumes a
ufages
> les
de la qualité féodale ou cenfuelle des
>) réfulter
au douaire, foit pour
biens, foit
fonds, & généralement
> la
Tre
foit, fans
TAERELOT
tout autre objet 2 quel quil
) pour
L'article excepte les citoyens aétuellement
(1)
veufs ayant des enfans, lefquels partagemariés ou
conformément aux
ront entre eux & leurs cohéritiers, immobiliaires directes &
anciennes lois, les fucceffions leur écheoir.
collatérales qui pourroient
ter
au douaire, foit pour
biens, foit
fonds, & généralement
> la
Tre
foit, fans
TAERELOT
tout autre objet 2 quel quil
) pour
L'article excepte les citoyens aétuellement
(1)
veufs ayant des enfans, lefquels partagemariés ou
conformément aux
ront entre eux & leurs cohéritiers, immobiliaires directes &
anciennes lois, les fucceffions leur écheoir.
collatérales qui pourroient --- Page 487 ---
( 81.)
dans la
dic-
) néanmoins comptendre
des préfente actuel-
> polition, quant au douaire
femmes inno-
) lement mariées ou veuves, & fans rien
à
aux difpofitions des
) ver > quant
préfent
relativement à la
D coutumes de
ADtAn
&. aliéner les hérita-
> maniere d'hypothequer
a
ainfi que les
)
2 lefquelles déclarations continueront, les ont expliquées S
32 Eau 82
qui d'être exécatécs fui-
> étendues, 8c modifiées,
ce
en
) vant leur forme 8c teneur 3 jufqua qu'il
> ait été autrement ordonné >.
duméM. Guillaume a fait enfuitelalecture de deux
moire de M. Necker, qui a darée
dont
&c remplie avec un petit
CILE
heures,
je parlerai - le refte de la féance. Voici quelidées de cet ouvrage tres-volamineuxe auques
leéture
a permis de les
tant qu'une
tres-rapide
failir. Le miniftre rappelle ce qu'il avoit annoncé
dans fon mémoire du 14 novembre dernier fur de
le défaut de reconvrement &c de rentrée le
quelques impôts indirects, Il dit que depuis
mois de novembre dernier, jufqu'au 20 tevtier
précife de la rédaction du mémoire
(époque
a un déficit, dans lès
Mamjpundtul) 5 ily
millions, & une perte perceptions, de quarante-un de dix-fept millions. Qa'au
fur les fubliftances il devoit refter
tréfor roval vinge
28 février
c'eft donc ati aucun fondemient
millions ; que
des bruits fur les embarras
qu'on avoit répandu
a 9b aioa
extrèmes du tréfor public,
& des befoins
Il parle enfuite des inquiétudes de ceux des dix mois
de Tavenir, 8c notamment
reftants de cette année, quil fait monter 3224
millions, dont le détail fuit.
F2
il devoit refter
tréfor roval vinge
28 février
c'eft donc ati aucun fondemient
millions ; que
des bruits fur les embarras
qu'on avoit répandu
a 9b aioa
extrèmes du tréfor public,
& des befoins
Il parle enfuite des inquiétudes de ceux des dix mois
de Tavenir, 8c notamment
reftants de cette année, quil fait monter 3224
millions, dont le détail fuit.
F2 --- Page 488 ---
82 )
mars
: 47 millions
- Défcit au premier
2. Anticipations non renouvelées
dernier : : 124
aul 31 décembre
fur les
3: Déficit approvimatif centieme
régies , marc dor,
denier, 6
franc-fief, & fur d'au- 60
tres impots indirects, &c. -
4 Dépenfes extraordinaires pour 60
les dix derniers mois de 80
s". Intérêts de Temprunt
6. millions Retard : fur les railles &c capi- mémoire
ration, pour
Total de-apereu dés snouveank mois de
beloins des dix derniers
millions
. 294
d'un
de
Le, psemier miniftre a parlé
couvrir projet fur
création de nouveaux, déficit, billers pour & fe mettre au
le champ ce nouveau extrème qui.séfmineroit de
Paira de la forcharge obfervé néanmoins qu'on ne
cette émiflion. 1l a dix derniers mois fans des
Pourroit franchir les
Ilexifte, difoitil,un
refources eetaoniinairer fur les canfes les plus réelles 5
diferédit fondé
des
mais il nous
Favenir nous donne Tinilant, promefles, La confiance eft
faut des fecours de d'une régénération lente
foumife (1) aux lois
clle reelle périt gradaelemeets
& fuccellive;
nait de mème.
C'eft àce moment qu'eht arrivé l'épifode que'je
setracerai (t)
i la fin de 1a féancc.
--- Page 489 ---
Le premier miniftre (83) a Parlé 1 de nos
fir leiquelles il a fair les
reflourcee
vantes. 216
obfervarions fui
fOF Aur 1 premier mars il devoit fe trouvér au
pablic 20 ibilifons, que lon ne
tréter Qie pour dix, parce qu'il faut doitd compmillions au moins pour les befoins toujours dix
Lancaille d'efcompre doit encore inprévus. -
millions fur les capitaux quelle selt fournir 28
verfer.
obligée des
fur Les les économies 2 réductions & bonilicarions
47emillions de défieit.
ront à 30 millions,
i-dellasesicleve
La moitié des ansiciparions étant
être renouvelées, elles ne feront.
ou devant
dans les befoins de 1790 que plus comprées
pour 60
pour moitié, ouL
Les receveurs millions. a u0
verfer que les fept généraux douziemes ne fe font engagés à
on pourroit prendre Avec eux deFannée des
procurer une accélération de asrangemens rentrée
Eeet. de 15 nillions. Cetre
être d'autant plus
accélération les
tt
foulagés par limputation faciles de que limpor peuples font
tiellement dr lcs, cidlevant privilégiés reverle parII y a déja douze mille déclarations
feule-villo de Paris, de la concribution pour la
riquelidont le réfultar s'éleve a 30 millions. patrioanio On
propofer au cours de
une Peta attrayante 2 un emprune Tannéc, de
fous
lions.
a 39 milOn doit fans doute encore
fur l'indulgente confiance des créanciers
férat, &
prendre avec
Eaerd
r
eux des arrangemens pour leur
F 3
ja douze mille déclarations
feule-villo de Paris, de la concribution pour la
riquelidont le réfultar s'éleve a 30 millions. patrioanio On
propofer au cours de
une Peta attrayante 2 un emprune Tannéc, de
fous
lions.
a 39 milOn doit fans doute encore
fur l'indulgente confiance des créanciers
férat, &
prendre avec
Eaerd
r
eux des arrangemens pour leur
F 3 --- Page 490 ---
deux
( 84 )
payer
femeftres à la fois, favoir un
enargent, & les trois qutarts en allignats quart
intérers; on étendroit cette
portant
fionnaires arriérés; en un mot, opération voici aux pende ces reffources.
la marche
1°. Au premier mars 9 dans le *
tréfor public, un fonds de .
IO
2° A recevoir de la caiffe d'ef
millions
comte pour folde de fes engagemens
:
3 Economies, bonifications -
4: Vingtiemes & impolitions du
clergé,or 3 Protite déducion faite
5". Renouvellemient pour moitié
des anticipations a ce -
6° Rentrées accélérées comme ci0
deffasre
7 Contribution
I5
patriotique
Emprune au cours deTannée
s". Semeftres acquittés par afli- 30
gnats 8 argent
TO Retards Tur les
5o
ou payemens en éffers payemens à terme 3
Total des relfources pour acquirter les befoins de 1792,
292 millions
A Ce moyen, les 204 HE Tole millions de"
extraordinaires font a peu près couverts. n befoins
que ces calculs approximatifs font
On fent
variation.
0. fufceptibles de
Le miniftre propofe de fo
un
veau crédit fur la caifle
procurer
noudelcompte de 30 à
TO Retards Tur les
5o
ou payemens en éffers payemens à terme 3
Total des relfources pour acquirter les befoins de 1792,
292 millions
A Ce moyen, les 204 HE Tole millions de"
extraordinaires font a peu près couverts. n befoins
que ces calculs approximatifs font
On fent
variation.
0. fufceptibles de
Le miniftre propofe de fo
un
veau crédit fur la caifle
procurer
noudelcompte de 30 à --- Page 491 ---
Sacorder 40 milMons pour (85) en faire nfage au beloin
deux
pour encotragement une 1 prime 5
cent fir les billets de
de
hârer Remte mettre les biens
caifles dele
maniaux en vente, Oul du: eceletiaftiques moins des & doe
public Térat de ceux
doivent étre rendre
afin de faire senaitre *
avendutsy
la caiffe en état de payér confiance à bureauxi & de mcttre
Le miniftre propole de nommer ouvertse 8515
miflaires tirés de la commune de
des comfurveiller & infpecter les opérations Paris, des pout
niftrateurs de la caiffey & lesi mettre
admifaux jugemens & de la calomnie, à labri des
gut fervent la chofe
fans eux fur-tout
avec tant de
publique
intérets &c
XU M: Necker dévouement salisnate
Inconvéniens 8c-les examine & balance enfiire des
émiflion delce papier-r imanadelreriont monrioyer
comme infinimene préferablel ible préfente
caiffe, qui n'ont qu'une
aux 0 billets de
firr les biens du elergé odu hipotheque indiredte
que ce houveatr papieraura pour domaines bafe tandis
Potheque fpéciale. It fe fair
une byne réfour pas) relativemene fobjedion (quit
ceffaire
produiroit cette afengorigement émillion
nérée, ioh en
immodé
Taffemblée (quifa obfervant-qme-ta la puilfance de
Topinion) ne
régits dit-il 3 fagerent par
pour faire cireuler fessimpeutêtre ce
pasi nffez érentlge
vinces. HE a 9 STIS
papier dans. les
I femble défirer
tTg 10 3 3005971 pro- 19
miniftration
que f'onabandonte à Fadnifre, que Tefarmaumnatmne vous feriez peut êtres
lermimetre a
entre lés mains dimfeut-homme. inquiers-desseioq Svilos auig
lisjoure
aobesintigneg arus --- Page 492 ---
aistod TSG
(86 2 mois, d'août 1788 2
qe-fa conduite scherche depuis
à diminuer fa
Prouve quil me non envers point; le roi qui Thonore
elponlabines confiancoist non envers Taffemblée, non
de-fa
envers: lui-mème,
envers la nationpmais enfuire ig projet de 1a
7 Le miniftre comité propola
Tarimintration du
création dunz dont
membres, dirigeroient
tréfor public le nom femt de comamifratres de la A
Taction fous
gendroit fes
au
treforerie. Le prefident de controleut EE &
di:
wois dès lors lest des places financess deviendroiene inuvedteur génétal
w'entenad Egasfe mettre a
xiles. Ib sjouraigulif dans cettp meurellcin aux
Técart perfonsiliesat fe propole de fe rendre
ieution 5 quoigail sfa fantés.au retour de la; belle fai
eanx, pour
ce projet,
fon. Il tannantatentiede
le
roit fes
au
treforerie. Le prefident de controleut EE &
di:
wois dès lors lest des places financess deviendroiene inuvedteur génétal
w'entenad Egasfe mettre a
xiles. Ib sjouraigulif dans cettp meurellcin aux
Técart perfonsiliesat fe propole de fe rendre
ieution 5 quoigail sfa fantés.au retour de la; belle fai
eanx, pour
ce projet,
fon. Il tannantatentiede
le d
squil fache que lelkoi foit fervisa paatairemenr Rour extirper
de Texécurer Ce plan
dans
Holumenti iles ancicns sbaus.pracurea une nouvelle célérité. e
pédition des de.pégliget aflaites des dérailsn quelqueioie
lempécheta Pour a celas de miniire oblerve Iaflerg quil
poecieux, fandroit unipetk dérogencat, décret de
aubléc, quis interdit paux membres eSTi cours HI4
eune place. du Boaserwenseneat Nosmotit melksplas 1c
gifanurest
a
puifgme, - al: tous les cisnicesuageahe uupres d'un Toi d
fervesont sndeminifres leurs priacipes 945 Verttal difoitr -, auffe
-izoyen
yue vOuSS SeSpHoa.ces plages
-bons patransesi unes eharge.qa une, fayeur. Tsn
aeiapecenet -feront plitpe
de lar part dt eereiembies les operaplus active pour
une comgrarnication --- Page 493 ---
tréfor
(87) , & qui eft fi néceffaire
tion du
public
des
pour la conduite & Tinrelligences minilitte, feul opérations. & loin de
Que puis-je, 5 dic-le conférences rapides? Que
vous, avec fcul quelques & loin de vous, avec échapper qhelgnes)
patis-je, niémoires dont les réflexions peuvehe -
fif fouvent a votre fouvenira enfuite un coup-dosil très- -
Le miniftre- fur Tétat jette du moments 8 la fituation
confolant II annonce que de prêt des troupes 3
de 1791, des-atteliers decharités les approle paientented de Paris, 8c., ne
caufer
vilionnemens
plufienrs rta Il
aicune inqunérode
fa part, ALEED
au nom di
Esttr
pofe,
da nationiy lesi propsiétaires
nifer, aux chateaux, dépens-de maifons, 8cc.s ont été pilléss
dont les:
Idans les derniers troublesce quir
&2 incendiés
dans Tal
a excité lesn plus vifs applauaiilienmets
fasbd
femblée.
miniftre a parcousu enfuite avec
Le premier fans: indiqtten ani moyens. 5 nit
mais remplacemene des aides s de la gars
E
dès àn
plans.,
faut, difoit-il, 2 détruire
poébelle, afn-de qu'l fairer deffer la menifance des
fent,
de faire rentrer
m
quil'el moraler f dificilel & des loisa du xomplact
Paa de la
desi droits de francn
cement ou améliorationsr infinuations, de lad formule our
Rel,contbies Hllannonce qubilalienhiée naurat
maperaute dificultés exndrmssishwisinesers avec une,
pas des
genéreufes Gependane Je minifnt
hatdenstriche-* du
Patriarifine de quelques:
tre fe plaine
peuides tant danssla fixation quer dans,
villes de provines, extrême 5 de leurs déclarations. Il a pron
la Ienteur
desi droits de francn
cement ou améliorationsr infinuations, de lad formule our
Rel,contbies Hllannonce qubilalienhiée naurat
maperaute dificultés exndrmssishwisinesers avec une,
pas des
genéreufes Gependane Je minifnt
hatdenstriche-* du
Patriarifine de quelques:
tre fe plaine
peuides tant danssla fixation quer dans,
villes de provines, extrême 5 de leurs déclarations. Il a pron
la Ienteur --- Page 494 ---
pofe la ville de Paris (88)
les' citoyens fe factifient
exemple, dont
la
Rets
caule publique. (Des
générenfemnenr
fels ont prouvé que toute applaudillemens Faffemblés fet
fiadée de la vérité de cer éloge.)J n'en étoir
point, difoit de
bete
21 faut de la miniftre, célérité. Pous Il Fereg le bien.mais
àsoccuper activement des finances. a exhorcé Voila Tallemblée
moyen de ramener la confiance & la
le fenl
liré, de faire ceffer les orages, & de faire tranquilparoitre les ntages qui obleurciffene
dif
thorifon:
aujourd'hui
-Par un mémoire féparé, 5 le miniftre, 2ns annonce
guenda qhi échéront calile-defcompe cn mat & veut payer en allignars
tion ne peut remplit les juin $
cette du dilpelimars
uolet
; en confequence il demande un mois de,
poir fident. en empécher, ou une fimple lettre du décret prébition Laffemblée de ce a ordonné Timprellion & diftriau-prémier mémoire, fur lequel il fera ftatué,
jour.
On pourroit, fir. ce mémoire,
fingulier probléme. Pourquoi nant-illéré propofer Unt
d'une partie connue de la Talle,
écouté
les plus marqués
qu'avec les fignes
pofer que
delimpatiencerOn ne
luptude du retour quelqu'lan du bonheur voye avec peine Set certifources inépuifées de la nation. public 5 &c, des ref
cerraines perfonnes
llyalengtemps
Stir 4 de banqueroure, M. répetent Fabbé fans ceffe lo
nonça encorea loccafion de laffaire Maury le
nies. Cependanti, je l'ai dit &c.je.le des ste
ceffe, : clle ne fe fera pas. Une nation.enierer dirai fans
luptude du retour quelqu'lan du bonheur voye avec peine Set certifources inépuifées de la nation. public 5 &c, des ref
cerraines perfonnes
llyalengtemps
Stir 4 de banqueroure, M. répetent Fabbé fans ceffe lo
nonça encorea loccafion de laffaire Maury le
nies. Cependanti, je l'ai dit &c.je.le des ste
ceffe, : clle ne fe fera pas. Une nation.enierer dirai fans --- Page 495 ---
ne peut fe couvrir pareille infamie quis
feroit rougir même le defporifine, silnétoit
ces
de crimes.
DR
familiarife avec tous
genres
font
trouve à chaque pas des gens inquiets qui en difles vils échos des malheurs, pablicss quie affreufe
féminent les récits afiligeans avac hommes unen boufls
jouifance. J'ai vu un de ces
dorgueil & dignorance, oubliant un miniftere
de pais, ne
quei de meurtres & de com- arbibata.quis fc EE fur T'ancien pouvoir
& la fottife de croire
traire, 5 avoit Tinjuftice ardeur les vengeances a32
farmée ferviroit avec ariftocratie, Entèté dane vaine
Tavare & cupide
fon eftime pronobleffe, à peine accordoit-il roturiere
Il ne favoit
tectrice à Topulence
(1).
den nom
louer que les hommes quil farieufs appeloit la réunion ac
il vit avec une douleur
éroient
ordres 3 les troubles des provinces:
pour, que
lui: un-motif de jole
abus. quil Les efpÉrois jours maln
T'anarchie reffufciteroit
E
heureux des 181, 20, 80.23 juin 3 furent milieut. pour
lui des jours d'allégrelles ilofa fourireau avec
de la confternation génerales entrainés il applaudit comme
tranfport avec tant d'autres
Les.12 & 13
lui-par une orgueilleufe fcs Aupidite. Il crut que lar
juiller ranimerent alloient efpérances foudroyer la capitales
mée & le canon
La chate dé la
& fon ceur féroce fe réjouit. & muer, & fa rage
baltille le rendit imbécille
fureut
futo condamnée au filencea Avec quelle des
natil paint déclamé contre les jousnées
avoll
avec tant d'autres
Les.12 & 13
lui-par une orgueilleufe fcs Aupidite. Il crut que lar
juiller ranimerent alloient efpérances foudroyer la capitales
mée & le canon
La chate dé la
& fon ceur féroce fe réjouit. & muer, & fa rage
baltille le rendit imbécille
fureut
futo condamnée au filencea Avec quelle des
natil paint déclamé contre les jousnées
avoll anO
() Bien entendu, quaid elle lui donnoit à dinera --- Page 496 ---
& 6octobre! ! Eb bien, (50) cet homme fans'
cité, 8 dont Tineptie furpaffe, s'il eft capaencore la vanité, n'a point changé, il nechan-: pollible
de gera pas. Il elpere encore; il clabaude: :
ces clamateurs, un de
celt un
tocrates qui grincent des cesiénurgemenes dents aux feuls arif!
de liberté, &
mots
a Mais je
fur-tout dégalité.
veroit une m'apercois foule
- cel porerait ifolé trouqui nei
1endher
coutumer avéc la penfée de'la
peuvent s'ac-b
ne fe convertiront
93 révolution, 8 qui
Sr
ISST
jamais.
TObIs 5y
Epifide de M, de Blair, député
de la prévoté Govicamé de fuppléane
E
Paris.
Air milieu de la leéture du mémoire de M.
Necker, prefident quelques députés ont prévenu M. le
la falle, Sur qu'un Je étranger seroit introduit danso
dés huilliers de champ-let le prier prélidentia dei fortir. chargé funi
avertiflement a été inutile, &c
Ge premier
poullé Thuiflier. Les ordres réitérés l'énranger du
a renont opéré aucun effet. Ila fallu
préfidenel
ficier de
appeler l'of
vitation garde, qui 3 étant venu, a rendadlina
contraint un d'obéir. peu plus preffante 3 enhin 1 il a étél
gér alloit defcendre Mais Tun au moment o cét étrandemens placés dans les angles des de efcaliers la falles de is'eft déga
retourné, & levant 1e
vers
ilPau ménacé par deux poing fois. Tel eft lepréfidene, le fait dont
plus de 1500 perfonnes ont éré les:
A linftant ils'eft élevé de toutes témoins:
voix qui ont crié qu'on Parréte - 2 & parts on a des fir
quellcét iétranger étoit M. de Blaits-foppleanr,
les angles des de efcaliers la falles de is'eft déga
retourné, & levant 1e
vers
ilPau ménacé par deux poing fois. Tel eft lepréfidene, le fait dont
plus de 1500 perfonnes ont éré les:
A linftant ils'eft élevé de toutes témoins:
voix qui ont crié qu'on Parréte - 2 & parts on a des fir
quellcét iétranger étoit M. de Blaits-foppleanr, --- Page 497 ---
(9n)
s'étoit venu placer fur les Géges,
ml,dibit-on, trouver de place dans la tribune
n'ayant Pu
de Mirabeau a demandé quil
M. le comte
Taffemblée.s 5 feule
fut jugé fur le champ par fur un délit commis
compétente pour prononcer
F
daus fon enceintée obfervé que ce gefte étoit
Le prélident a
cela méritoit
tellement plein de démeuce 2 que & qu'il deliplurôe la pitié que Tindignation, à lordre du jour.
roit quil fut palle offenfe vous étojent perr
Si ce délit, cette M. de Mirabeau, vous pourriez
fonnels,a repris cet homme un oubli générent, mais
accorder à
libre à nous-méues d'ufer dune
il ne nous eft pas n'ek pas en notre pouvoir. T'ab- Je
indulgence
foit conduit aux prifons de
demande de
& reniermé
baye de Saint - Germain,
Pour
heures.
M. de Blair étoit
Pendant ces forcément difcullions, au corps - den garde.,
refté un peu
fans doute de lillue d'une
juftement inquict f grave. I a envoyé offrit, par lun exaccufation
de venir a la barre demander
des huifliers, Lallemblée Ta-refufe.
cufe.
entrepris la défenfe
M. l'abbé de Barmonta avoit été témoin
de Taccufé, en difant des quil faits (cs qui prouve
oculaire & auriculaire quil a des yeux & des oreilles),
merveilleufemente poine vu (& fans doute en8c quil-navoit indécent; que Térrangers comme.
tendu) le gete
entrer dans la mibune,
fuppléant, n'ayant dans la Pul falle avec le. deffein d'en
étoit entre la lecture du mémoire de M.
fortir après
Necker.
été témoin
de Taccufé, en difant des quil faits (cs qui prouve
oculaire & auriculaire quil a des yeux & des oreilles),
merveilleufemente poine vu (& fans doute en8c quil-navoit indécent; que Térrangers comme.
tendu) le gete
entrer dans la mibune,
fuppléant, n'ayant dans la Pul falle avec le. deffein d'en
étoit entre la lecture du mémoire de M.
fortir après
Necker. --- Page 498 ---
M. de Mirabeau (92) lui va
doit le temps &le lieu, & rappelé qu'il confon.
paffe à la defcente de Tefcalier. que la Icene s'éfoit
A cet inftant on a
de Blair au prélident apporté une lettre de M.
qu'il n'a point eu Tintention 5 dans laquelle de
il jure
Tatlemblée nationale, &
manquer à
un gefte qui fuppofoit de quil la n'avoit poiur fait
L'uffemblee, aflez grande démence.
méprifer fans péril cer oubli par d'un elle-mème
néte, qui doit être affez
citoyen reat
doulourenr, s'eft conrenrée puni de par fes regrers
Elle a fait grace plurôt
cette fatisfaction.
fenlement que la lettre que juftice, & ordonné
cès verbal.
feroit inférée au proL'habitude de menacer, de
dicon, faire revivre les
provoquer, va,
lebres ou l'on fe battoit temps en
glorieux & cé.
trance: ; on fe battoit pour fa champ clos à ouaujourd'hui pour fes opinions. mie, on fe bat
plns commode de fe battre
Il-eft fouvent
fur-tour quand on a tort. Si que ce de raifonner,
royant Saccrédire - - 3 bientôt les
fyftème guervirons de la capitale feront fameux champs des enbats. Les françois, toujours armés par ces coma
fpadafins, perdront leur caraétere comme des
franci, & forfqu'on fortira de fes
aimable &c
dra déformais s'armer de
foyers, il faules converfitions les
pied en cap, puifque
fouventpar des fcenes plus tranquilles hniffent
M. de Menou a fait orageufes. la morion
que les merubres chargés
tendante à ce
décrer de police de Todlemble, dent rédaction du
pluficurs articles pour prévenir ces fiflent un ou
inconvéniens, --- Page 499 ---
)
T
(93
SÉANCE DU SAMEDI SOIR.
Une députation de la commune de Paris: al
préfenté deux pétitions 3 la premiere relative à
la caiffe d'elcompre &c à la rareré du
la feconde au prévôr de maréchauffée numéraites de
en Limoufin, qui, dit-on, remplic cette Briyes
vince de terreur par fes exécutions
M. Guillaume a demandé
RAEEE
jurifdictions
la fuppreflion des
prévôtales dès à préfent.
M. de Lameth a ajouté quil falloir
le cours de cette foule de jugemens & de arrêrer
cédures que lesi prévôts de maréchauffées
tiplioient de
AE
toutes parts contre les citoyens.
L'affemblée a ajourné la motion deM. Guil.
laume, & ordonné que M. le préfident fe retireroit fur le champ devers le toi,
le
plier de fufpendre toutes les procédures pour
gées
les
préfent.
M. de Lameth a ajouté quil falloir
le cours de cette foule de jugemens & de arrêrer
cédures que lesi prévôts de maréchauffées
tiplioient de
AE
toutes parts contre les citoyens.
L'affemblée a ajourné la motion deM. Guil.
laume, & ordonné que M. le préfident fe retireroit fur le champ devers le toi,
le
plier de fufpendre toutes les procédures pour
gées
les par
prévôrs du reyaume, En effet, le
préfident eft forti fur le champ.
M. Bréven de Beaujour, dépuré
fait très au long le rapport delaffaire dAngers, du
a
de Marfeille contre les habitans
prévôc
fait le récit des faits dans les no. (1). du J'ai déjà
8 décembre dans
mardi
les
& 24 de
janvier.
nr.18,0,
() Je dis contre les habitans de
a trois autres affaires contre ce
Marfsille; arily
prévôt aui comité des
rapports pour le peuple des Baux, de Carces, 8C de
Tropes. Du Fort Saint-Jean, ce juge terrible
à 20 lieues à la ronde, & jette toute la Provence décrete dans
la confternation. --- Page 500 ---
(94 )
Ilny a de nouveau fait bien important aujourd'hui, que la réclamations de la majeure
partie des diftricts de Marfeille
contre la
tyrannie de cette
R Iinhumaniré
procédure, &c fur-tout contre
avec laquelle les prifonniers font
trairés dans les prifons du fort, ou
uns ont contracté des maladies
quelquesa Le rapporteur a conclu au renvoi dangereufes. du
au châreler, & des
prévor
une fuite
procédures, pour y donner
devant les convenable,& au renvoi des accufés
de la
15 feille, le tout jages conformément fénéchaufféc de Marcembre dernier.
au décret du 8 déIl-éroit trop tard pour commencer la
fion de cettel affaire importante; elle a été difcufnée à mardi prochain.
ajourDemain dimanche 3 féance, dontje ne rendrai
compte qu'avec celle du lundi, attendu que le
réfialtat dane comptabilité des dons
ne préfente pas des évenemens aflez patriotiques importans
pour accélérer les jouiffances du lecteur.
Cetté feuille parote tous les matins au Palais
fouferit Royal, à no raifon 14, chez de GATTEY, Z.
Libraire 3 oi l'on
6 livres pour la Province, 5 par franc mois de pour Paris 6
On fouferit aufi pour la Collection port. du
Courier, qui formera deux volumes
mémie
verture des Erats, raifon de 6 liv., > & depuis 8 liv. louCELLX qui n'aurone pas Jouferit.
pour
De Timprimerie de DEMIONVILLE, 1790.
ins au Palais
fouferit Royal, à no raifon 14, chez de GATTEY, Z.
Libraire 3 oi l'on
6 livres pour la Province, 5 par franc mois de pour Paris 6
On fouferit aufi pour la Collection port. du
Courier, qui formera deux volumes
mémie
verture des Erats, raifon de 6 liv., > & depuis 8 liv. louCELLX qui n'aurone pas Jouferit.
pour
De Timprimerie de DEMIONVILLE, 1790. --- Page 501 ---
(95 /
)
No2 VIL
aroous
COURIER DE MADON
A LASSEMBLÉE NATIONALE
PERMANENTE
dinoo
Séance du dimanche Tmars 1790 (4).
M.
CBO a
S Lo TIOT
Dupont (2), au nom du
comitérde C conf:
titution, a fait le rapport de la malle des dons
patriotiques. Ce comptereft divilé en-20 chapitres (3), dont voici lextrait.
bont
Ch. I. Sommes en ar51 DSNS
gent- comptant ou billetsnil
A9 IVb
de caifle.
258.0364r2figd.
Ch. II. Lettres dechange aurisa 2009u00
ou billets à ordre. .
21 282,742 8119
N.B. Nerefte à recevoir que
la fomme de :f5911.9 C payaob llid
ble jufqu'en juillet prochain.
elzuodomt
Ch. III. Mandats fur
Al tnout
divers particuliers, del
155463. I4040g
N. B. Il refte encoreà
recevoir fur cet objet
AunreT
7,605 livres.
ab A OOCI
Lou
(1) Dans cette feuille fctrouve la féance saférelfinte
du lundi 8 mars,
65 eneinog
(:) C'eft le député de Bigorres
kits 360
() Vous pouvez compter fur l'exaditudedecet extrais
Tom. v.
G --- Page 502 ---
196)
Ch.IV. Sommes offertes & annoncées par di.
18 6
vers..
241,803
Sur laquelle fommie n'a
été encore payé que
35,3221 16 f9 d:
P
N. B.Sur cette (omme géncrale ily a 5o mille liv. olfertes
par M. de la Borde, pour fubvenir fpécialement aux ffrais du
comité des recherches
Ch, V. Soumiflions à
terme ou fans terme, ci.. 441,089
NB.Ilasétépaye fur cette
fomme que 60,79:din., &pour
le recouvrement du furpluss al
faudraune conelpondansecacice
avec les foumiflionaires
Ch.*VI, Effets fur de
fréfor royal; davoir, I°.
en coupons 3 échus &
payés2 . N - 34381.155
2°. En
billets de
29,783 IS >
rembourfement fif
pendus.
24,285
Total,fauf
1200 1. de
non-valeur, 29:783
02 Ch. VII.
TLa
penlions de.
83,390
pluss al
faudraune conelpondansecacice
avec les foumiflionaires
Ch.*VI, Effets fur de
fréfor royal; davoir, I°.
en coupons 3 échus &
payés2 . N - 34381.155
2°. En
billets de
29,783 IS >
rembourfement fif
pendus.
24,285
Total,fauf
1200 1. de
non-valeur, 29:783
02 Ch. VII.
TLa
penlions de.
83,390 Cet article ne forme aucune
Recette effective.
a --- Page 503 ---
(97
Ch, VIII. Abandons
d'aérages de penfions
pour.
:
123,296 17 II
Cet atticle fera fulceptible
de grandes variations, attendu
quil manque beaucoup de titres pour les recevoir; ; les tréforiers n'ont encore reçu que
2000 livres.
D siobntsd
Ch.IX. Plufieurs abandons & ceflions fur divers
B3
particuliers, fur les com-0
munautés, fur le roi, 86 o118 oxnC a Di 1aoh
atmigelevdnenetréad
mettra à portée d'évaluer2 suo
Ch. X: Récépiffés don:
nés par les direéteurs des
monnoies, payables à dif
férens termes, & montans
à.
as 190,868 . 17 3
Ch. XI. Abandons de
uD
finances d'othices de judi- sunimib JIOTUS annot
TOlEY
cature, dont la fomme ne
peut être fixée invariable- aronae XIX d
ment , puifque tous ces omb
ne
offices ne font point évaSACIr
noL
lués.
2ITO imuce
Ch. XII. Capiraux de oubtebimor arbriszcb
rentes perpétuelles
exn0n
-
cedent 300 mille
ouplosst ae 23319V
-
fC
mais dontle montant fixe
Tislemaxg
dépend d'une liquidation 10 E
toi
La38
ultérieure. .
300,000
100 Srt
camo
Da --- Page 504 ---
798 )
Ch. XIII. Abandonsde
rentes viageres.
619 17
Ch! XIV. Abandons de
quelques rentes & gages.. 120,344
4 S
Cette fomme eft fefceptible
d'accroiffemens graduels, pour
les échéances fucceffives.
Ch. XV. Abandons de
fommes indéterminées fur
ouvrages Oul créances.
Ch. XVI. Bijoux d'ors
dont la majeure partie eft
fondue.
16,204
3 8
Ch. XVII. Fonte de
s
Fargenterie .
2 a
N.B.Y compris deux mille stnebotio
marcs exiftans en nature, éva- 2 es.deyeo
Sionnom
lués à 50 liv.le marc.
z0ssno
Ch.XIII.
vendus én nature,, part dont la,
fonte auroit diminué la probaedA TX
valeur. a
28,026 17
o0 omm
JnON
Ch. XIX. Annonces e
d'envoi d'effets d'une vaso RHOT ouphug
leur indéterminée.
iiog anot 90
Ch. XX. Soumiflions
de rendre gratuitement la ximsieso IIZ
juftice, foufcriptions ou2aliounagyed
vertes en quelques villes,
a ollim 208
exemplaires d'ouvrages',
L7 tuom slanob
8cc.; tous lefquels objets - ousbinol en
ne font fufceptibles daucune évaluation 'certaine.
S -
d'effets d'une vaso RHOT ouphug
leur indéterminée.
iiog anot 90
Ch. XX. Soumiflions
de rendre gratuitement la ximsieso IIZ
juftice, foufcriptions ou2aliounagyed
vertes en quelques villes,
a ollim 208
exemplaires d'ouvrages',
L7 tuom slanob
8cc.; tous lefquels objets - ousbinol en
ne font fufceptibles daucune évaluation 'certaine.
S - --- Page 505 ---
(99)
D'ou réfulte 5 quil Yra dans la caiffe patriotique,. en effers comptans & dilponibles LLTZ (
million. quarante-deux mille scnn/oixante-d'e
livres. De cejour, afix mois de terme, une
tation certaine de 239,946; & en toralité augmen d'objets fixes & dérerminés, 3 40310,995G
Il.faut ajouter à cetre fomme tous les. - objets indéterminés, qui forment au moins un tiers a
en fus, dont la correfpondance fera connoitre la
valeur 5 de maniere que les dons patriotiques s'élevent à peu près à SIX MILLIONS.
On eltime à
de 400 mille livres le montant des charges mg dont l'érat fera libéré.
a
orLlour
Vous avezautorifé un emprunt de 80
moitié en papier, moitié en argent. millions, 1l paroit
qu'il a été depole 24 millions au tréfor
dont il exifte Pour 24 millions de
royal,
faudroit bruler, comme titres.de créances papicr.
nus inutiles.
S
L'avis du comité étoit de lug deltiner 0 ces dors
à former une caiffe damortiffement
MaisTailemblée a préféré d'employer ces apol dons
de lopulence ou de Taifance patriotique, afoulager rles créanciers qui fouffrent le plus
Ics
retards des payemens des, renres modiques, Par qui
font fouvent toutes les reflources de leur fambr
fiftance. Voici le décret qui a été rendu.
Décret pour: Temploi igio
des 1S6 dons dn
5h
viol
Retriatigucis
) L'affemblée nationale a décrérés
C les
D fonds difponibles étant actucllement Time G
G3
ifance patriotique, afoulager rles créanciers qui fouffrent le plus
Ics
retards des payemens des, renres modiques, Par qui
font fouvent toutes les reflources de leur fambr
fiftance. Voici le décret qui a été rendu.
Décret pour: Temploi igio
des 1S6 dons dn
5h
viol
Retriatigucis
) L'affemblée nationale a décrérés
C les
D fonds difponibles étant actucllement Time G
G3 --- Page 506 ---
R 1OO 3 feront
à Ta-
& qui y
portés
> caiffe patriotlgue,
à payer les rentes de
>) venir, feront employés
ou vialivres & au deflous, perpétuelles
) So
font dues à des perfonnes qui ne
) geres, qui 6 livres de capitation & au def-
) payent que
a
)) fous ).
effectuer cet emploi, T'affembléc
) Et pour ordonne que dans la huitaine les
)) nationale
les
tréforiers des dons patriotiques appellerone
)
des
des rentes à Thôtel-de-
> fyndics
payeurs fc concerteront avec
> ville de Paris; qu'ils la mefure, & la compta-
) eux
verlement la fornie, des fonds entre leursmains,
> bilité Faus
de décret fur
un projet
)) & quils rapporteront mefure, & la comptabilité, du-
) la forme, la
) dit verfement de D. Saint Erienne a fait un difcours
M. Rabaud & dont Taffemblée a ordonné
eres-incéreffant,
objet de prémunir les
Timprellion. Il avoit pour
des enpariores contre les infinuations la perides crainte du rennemis du bien public, contre
perverfement total'des finances, que quelques
femblent répandre
fonnes mal inrenrionnées & enhardir les PRIES
décourager les pcuples Il a
des canfes préfitde la conflinition.
parlé du difcrédit malmées de la rareté des efpeces, étoit frappé, de
Heureux dont le tréfor public le rétabliffement de la
nos jultes efpérances
bonheur," qui doit être
du retour
LPaat
confance &c de la liberté. Voici le décret quia fon
Touvrage rendu fur fa motion', & le réfumé de
été
difcours.
s'oc254
wLaffemblés nationale décrete', qu'elle des financos
confammearde la difcufion
cupera
--- Page 507 ---
( TOI )
durant trois jours de la-femaine; favoir, les vettdredi, famedi & dimanche ; décrete aufli que
le comité des Ainancesidonnera fon avis vendredi
prochain fur le mémoire remis hier par le premier
miniftre des financesi, & fur Tadrefle préfentée
par la commune de Paris >
Séance du lundi 8 mars.
Sur les obfervations de M. de la Borde Méreville, l'affemblée a chargé le préfident d'écrire
aux adminiftrateurs. de la caille d'efcompte,
Tes
de ne
la fomme qui
AUE
prévenir
pas payer
reltea fournir au tréfor public pour le complément
des 80 millions en refcriptions ou aflignations
échéant en avril, mai & juin, mais de payer en
effets échéans en mars, pour remplir le fervice
du mois courant. L'affemblée a ordonné en outre
fimprellion des états de compte mentionnés au
mémoire de M. Necker.
En attendant le rapport du comité des colonies, M. Merlin a propole les articles. fuivans,
qui ont été décrétés (1).
TITRE TROISIEME:
Des droitr-/eigieurianux rachetables.
A R T IC L a E I
Seront fimplement rachetables & continueront
(:) Jei répete Particle-l".du titre3, pour mettre le
lcéteur à portée de fuivre le travail fans recourir aux
feuilles antérieures.
Gt
. Necker.
En attendant le rapport du comité des colonies, M. Merlin a propole les articles. fuivans,
qui ont été décrétés (1).
TITRE TROISIEME:
Des droitr-/eigieurianux rachetables.
A R T IC L a E I
Seront fimplement rachetables & continueront
(:) Jei répete Particle-l".du titre3, pour mettre le
lcéteur à portée de fuivre le travail fans recourir aux
feuilles antérieures.
Gt --- Page 508 ---
d'ètre
( 102 )
& devoirs payés féodaux jufqu'ar rachat effedtué tous les droits
prix & la condition ou d'une cenfuels utiles, qui font le
fonds,
conceflion primitive de
AR T. II.
Et font préfumés rels, fauf la
traire,
preuve conIo. Toutes les redevances
en argent, grains,
faigneuriaderanngells
de la terre, fervis volaule,clie.denrées fous la dénomination ou fruirs
de censs
senfaves.furcens, rentes
& emphytcorigucs, champarts Fedatrsfrigacarialt
agTKr complant 2 Joeté, dixmes tajgue, serrages a
corvees réciles , ou fous toute dénomination inftodeess
quelconques T01 le
qui ne fc payent & ne font dus
que Par propriétaire ou Pollelfeur dun
tant quilert propriétaire ou
fonds,
de la durée de fa Pollellion, Poffeficur.&caralfon
de 2 tous les droits cafuels, qui, fous les noms
lods quine E reguint a treizieme, lods G
ventes, ventes 6 ifues, rachais, treixainss verdénominations terolles, reliefs, relevoifons, plaids, & autres
des murations furventtes quelconques, font dus, à caufe
poffeilion dun fonds, dans la propriété ou la
teur, les
par le vendeur, l'achecaule dux donataires, ou les héritiers & tous ayans
3". Les précédent droits
propriétaire ou poffeffeur.
arriere
autres
femblables, danupie, dus àla mutation des acapte, ci-devant &
feigneurs.
A RT. III
Aucune municipalité, aucune adminiftration --- Page 509 ---
103 )
de diftrict ou de dépatrement 2 ne pourta, a
peihe de nullité, de prife à pattie , 8 de dom*
mages-intérêts, prohibet la perception d'aucuns
dese droits feigneuriaux dont le paiement fera
réclamé, fous prétexte qu'ils fe trouveroient ima
plicitement ou explicitement fupprimés fans
indemnité 3 fauf aux parties intéreffées à f
pourvoir par les voies de droit, devant les
Eribunaux ordinaires.
ART. IV.
Lcs propriéraires de fiefs, dont les archives 8
les titres auroient été brulés ou pillés a l'occalion
des troubles furvenus depuis le commencement
de T'année 1789, pourront a en faifant
du fait, tant par titres qute" par témoins, Preuve dans
Ies trois années de la publication du préfent
décret, êrre admis à érablir, foit Par actes, foit
par la prenve teltimoniale d'une. poffethon de
30 ans, antérieure à l'incendie ou au
Ia nature & la quorité de ceux des droits pillage, non,
fxpprimés, qui leur appartenoient
R T.
V.
La preuve teftimoniale dont il vient d'être
parlé, ne
être acquife que par dix rémoins,
forfquil Hern d'an droit general, &k par fix
témoins, a lorlquil s'agira dun fait pargiculien,
A RT VI.
Les propriétaires de fiefs qui auroient, de
Gs
antérieure à l'incendie ou au
Ia nature & la quorité de ceux des droits pillage, non,
fxpprimés, qui leur appartenoient
R T.
V.
La preuve teftimoniale dont il vient d'être
parlé, ne
être acquife que par dix rémoins,
forfquil Hern d'an droit general, &k par fix
témoins, a lorlquil s'agira dun fait pargiculien,
A RT VI.
Les propriétaires de fiefs qui auroient, de
Gs --- Page 510 ---
t 104 )
puls Pépoque énoncée dans Tarticle IV, re
noncé par contrainte ou violence à la totalité
ou a une partie de leurs droits non fapprimés
par le préfent décret, pourront, , en fc pour- der
voyant egalement dans les trois années, 5
mander Ja nullité de leurs rénonciations 5 &
après ce terme ils ny feront plus reçus, même
en prenant des lettres de refcifion.
Le commencement de l'article II, comme
on Ta vu, étoit conçu en ces termes: de cette
nature font.
MM. Lucas, Tabbé Grégoire & autres ont
obfervé quun grand nombre de cens ne
foient
des conceflions de
FESS
pas seffentiellemente
dans
quil feroit facile de prouver que
plufieurs
provinces il y a eu des cens conftitués à prix
ou pour rachat de fervitude. M. Lucas
Tr a
qu'il en avoit beanceup perfonnellement
de cette efpece ; qu'il étoût juite de contraindre
les fsigneuts, dans les courumes de franc-alleus
de prouver par titres les corceflions de fonds,
ou fans cela d'ordonner la fuppreflion de ces
cens par le décret, fans aucune indemnité.
MM. Goupil &c Tronchet ont répondu
que ces fortes de rentes étoient fupprimées mainspar Tartiele IV du titre II relatif aux
mortes 5 que d'ailleurs cette queftion prématurée devoit être remife aux articles qui concerneroient le rembourfement des rentes foricieres.
M. Potée de Montoire a demandé que les
feigneurs fuffent tenus de juftifier leurs conceffions foncieres par la repréfentation - du titre
primitif, ou au moins par deux reconnoilfances
répondu
que ces fortes de rentes étoient fupprimées mainspar Tartiele IV du titre II relatif aux
mortes 5 que d'ailleurs cette queftion prématurée devoit être remife aux articles qui concerneroient le rembourfement des rentes foricieres.
M. Potée de Montoire a demandé que les
feigneurs fuffent tenus de juftifier leurs conceffions foncieres par la repréfentation - du titre
primitif, ou au moins par deux reconnoilfances --- Page 511 ---
( rof )
conformes, énonciatives d'une plus ancienne, &
fuivies d'une poffeflion de 40 ans.
Telles font les raifons qui ont fait fubftituer
le mot préfumés à la rédaction pofitive & affirmative du comité. C'eft aufli le motif qui a fait
rejeter le mot préfumés, afin dindiquer quele
débiteur feroit toujours admis à faire. la preuve
du principe créateur de la rente, pour fc fouf
traire a lindemnité & au rembourfement Ordonnés.
Ila été pareillement arrêté qu'il feroit înceffamment Aatué par une loi particuliere fur
les domaines congéables.
Au milietr de la difcuffion de ces: articles M.
Barnave e a fait le rapport relatifaux colonies &6
au commerce,
Commerce & Colonies.
M. Barnave a expofé
les caufes des.
mouvemens qui fe font dertisra dans les colonies 9
avoient une connexion intin, avec ceux
avoient agité les différentes provinces de: T
France. Oppreflions & vexations multipliées des:
agens. du pouvoir arbitraire; il fembloit
le
delpotifme, ,exilé de la métropole, fe fit
dans
dengs
les colonies. Rareté & prefque défaut abfolu des fubfiftances. Enfin des craintes chimé
xiques, des infinuations perfides, répandues dans
les colonies par la malveillance. H fembloit, à
entendre ces vils calomniareurs, que l'affemblée
alloit renverfer entierement le régime colonial,
attenter à toutes les propriétés, dérruire 9 par un
décret, toutes les Teflources de la calture. Tous
s
les colonies. Rareté & prefque défaut abfolu des fubfiftances. Enfin des craintes chimé
xiques, des infinuations perfides, répandues dans
les colonies par la malveillance. H fembloit, à
entendre ces vils calomniareurs, que l'affemblée
alloit renverfer entierement le régime colonial,
attenter à toutes les propriétés, dérruire 9 par un
décret, toutes les Teflources de la calture. Tous --- Page 512 ---
(1OS )
ces motifs ont dû accroitre les inquiérudes des
colons.
Il eft vrai que, fur, quelques queftions cé4
lebres, on pourroit yous préfenter le fyftème
d'une philofophie impofante, de fublimes abf
tractions, une théorie qui fembleroit relpirer
l'amour de Thumanité. Mais il faur fc défier
de cette fageffe menfongere qui ne convient
ni à notre firuation politique E 3 ni aux beloins
des colonies.
Quelques perfonnes croient cependant que
la France pourroit fe paffer de ies poffellions
coloniales. Ce principe hafardé réfite. à toutes
les leçons de Texpérience, & fuppofe une ignorance abfolue de nos relations politiques & coms
merciales. Ne voit-on
que cette fcillion
violente cauferoir une cEoute dangereufe à la
métropole ? Ce feroit pour nous le plus redourable écueil. Bientôt ta France elle-meme,dé
chirée par cette féparation douloureufe, verroit
fon crédit totalement anéanti, fes finances bous
leverfées. La conftitution, non encore aflormie,
ne pourroit réfifter àce choc terrible., s & le
defpotifme reviendroit avec plus de fureur
nous charger de nouveaux fers. Telles feroient
les fuites de ce fyltême inconféquent dans notre
état aétuel. Ajoutez à cette fomme effrayante
de malheurs, la ruine du commerce 2 & furtout des manufactures ; la ceflation abfolue des
reffources avantageufes que le commerce avec
les colonies procure pour le travail-des ouvriers
de tout genre 3 f'emploi des matieres & des
denrées, & la manipulation des denrées coloniales, Les voyages dans les iles entretiennent
L
ient
les fuites de ce fyltême inconféquent dans notre
état aétuel. Ajoutez à cette fomme effrayante
de malheurs, la ruine du commerce 2 & furtout des manufactures ; la ceflation abfolue des
reffources avantageufes que le commerce avec
les colonies procure pour le travail-des ouvriers
de tout genre 3 f'emploi des matieres & des
denrées, & la manipulation des denrées coloniales, Les voyages dans les iles entretiennent
L --- Page 513 ---
( 107 )
cette pépiniere de matelots, fi néceflaires au
fervice de la marine: 5 car nous n'avons Pas en
France, comme en Anglererre, les moyens de
muliplier le nombre de ces marins intrépides
& laborieux, Les anglois ont le caborage inté
ricur,un commerce beaucoup plus étendu dans
les grandes Indes & fur la mer Baltique. Bientôt
nos fiers rivaux, feuls dominateurs dés mers S
réaliferoient lidée de cet empire chimérique
que T'exagération de leurs orateurs leur a quelquefois fiippofée: Nous ferions reftreints au commerce intérieur fur notre territoire 5
foutenue par la marine francoife, retomberoit FEfpagne,
dans Tengourdiffement 5 bientôr nous ferions
obligés d'acheter au plus haut prix, des puiffances érrangeres, les mêmes denrées que nous
leur vendons. annuellement. C'eft alors que les
ennemis du bien public diroient aux malheureux
ouvriers & artifans fans reffource & fans OCT
cupations : Vous avicz du travail avant que
d'étre devenus libres, vous aviez du pain fous
les anciennes lois; reprenez vOS ters,8 vous
verrez renaitre le bonheur, Langage banal &
perhide,qui ne peut féduire que lorique le fentiment d'une profonde mifere a étoufé tous les
autres fentimens.
Au firplus, le comité a confidéré la queftion
qui vous occupe foust trois Tapports différens.
r". Il a penfé que nos décrets ne font poine
pour la
applicables à la fituation de nos
colonies. PEDr auront leurs lois & leur conf
titution particuliere, fur lefquelles la fagefle ordonne d'entendre leur veeu. Il fera néceffaire
de leur envoyer des bafes générales,pour xégler
autres fentimens.
Au firplus, le comité a confidéré la queftion
qui vous occupe foust trois Tapports différens.
r". Il a penfé que nos décrets ne font poine
pour la
applicables à la fituation de nos
colonies. PEDr auront leurs lois & leur conf
titution particuliere, fur lefquelles la fagefle ordonne d'entendre leur veeu. Il fera néceffaire
de leur envoyer des bafes générales,pour xégler --- Page 514 ---
f1O8 )
leurs aflemblées, telles que les décrets concernant les municipalités &c les corps adminiftratifs:
cependant il doir être libre aux colonies de les:
réformer , de les modifier dans les. parties inconvenables à leurs. befoins, fous la réferve de
du foi & de laffemblée nationale.
MRUT Le régime prohibinif des colonies doit être:
foumis à des regles fages, qui confervent les intérêts refpectifs de la métropole & des colonies.
Mais il faut encore les confulter fur ce point;
car le régime prohibirif eft le feul prix de la:
défenfe & de la protection.
Mais dans tous les cas, nous ne devons point
nous occtper de T'extention dont il eft fufceptible. Il ne faut rien innover dans le commercer
des colonies, & cela doit fuffire pour calmer les:
inquiétudes de la politique 8 les alarmes de la
propriéné. On a ett la cruauté de fixer vos regards fur des objers que vous, ne deviez point
examiner, Ceft à vous de laifler a la lenteur dus
temps, & à la fagefle de T'expérience, à décider ces grandes queftions.
3". Le gouvernement des colonies doit êtrer
en majeure partie leur ouvrage. Que pouvonsnous leur offrir que le
de notre bonheur
& de notre liberté ?
inftitutions, dirigées:
KrR
à l'avantage commun, pourront contribuer à la
félicité des colonies. Celt à elles de fe réunir
fincerement avec la métropole,
augmenter
& étendre nos relations de alee &c de commerce. Amis, concitoyens, françois, les colons
ont
nos périls &c nos travaux dans les
EEAE guerres; rien n'a pu ébranler leur fidélité. Voila le momcnt heureux de renouveler
é ?
inftitutions, dirigées:
KrR
à l'avantage commun, pourront contribuer à la
félicité des colonies. Celt à elles de fe réunir
fincerement avec la métropole,
augmenter
& étendre nos relations de alee &c de commerce. Amis, concitoyens, françois, les colons
ont
nos périls &c nos travaux dans les
EEAE guerres; rien n'a pu ébranler leur fidélité. Voila le momcnt heureux de renouveler --- Page 515 ---
( TOO )
le contrat qui nous unit. Ceft le fentiment du
bonheur commun qui doit faciliter ce
chement ; & le ferment de cette union rappro- fera lé
premier article du traité entre la métropole &
lcs colonies.
M. Barnavea propofe le projet de décret que
je vais rapporter dans un inftant.
Ce rapport fage a caufé une véritable farisfaction dans toute l'aflemblée. Jamais peut-être il
n'exifta, & peut-être il n'exiftera jamais une aufli
étonnante harmonie, La minorité s'étoit per*
fuadée,
une prévention injufte, que les pref
riges arRer philofophie fauffe & dangereufc auroient
farplus de Taflemblée; quelexagézation
f'enthouliafime auroit érouffé les maxiF'Tes
mes falutaires de la prudence. Telle étoit la caufe
principale de cette fermentation vive qui a régné
dans les opinions, lorfque l'affaire des colonies
a été fimplement propofée, H n'y avoit peur-être
que deux ou trois membres dans les deux partis
oppofés,
euflent conçu le projet réel & funelte de a difcuter forméllementt la traite des
noirs. Ilvaloit mieux, comme a fait le comité,
jeter fur cette erreur des nations un voile religicux, ne pas remettre la deftinée de-l'empire
aux efforts de léloquence. Prononcer dans le fein
d'une affemblée d'hommes libres, le nom d'efclaves ou le mot affreux de fervitude,ceot été
Ra profaner & déshonorer fes principes. Le Glence abfolu fur ce crime politique,
le falut
du peuple efface par fa loi CRORCARE Gilence,
dis-je, étoit préférable au hafard des difcuffions.
Une fage providence qui regle les mouvemens
ire
aux efforts de léloquence. Prononcer dans le fein
d'une affemblée d'hommes libres, le nom d'efclaves ou le mot affreux de fervitude,ceot été
Ra profaner & déshonorer fes principes. Le Glence abfolu fur ce crime politique,
le falut
du peuple efface par fa loi CRORCARE Gilence,
dis-je, étoit préférable au hafard des difcuffions.
Une fage providence qui regle les mouvemens --- Page 516 ---
(11o)
du corps legifatif, femblé diéter aujourd'hut
un décret néceflaire a notre fituation, & que la
patrie ordonnoit à fes fages défenfeuts. A peine
ie projet de décrêt atil été la, que plus de
5oo membres fe font fait entendre de toutes
parts dans le même inftant, & avec l'enfemble
ie plus éronnant, pourcriet aux voix, aux voix,
Bientôt cette réquilition a été univerfelle, & four
renue avec la plus grande condance.L.impatieice
générale de l'affemblée étoit inexprimable. Un
moment de filente étoit interrompu tout a coup
par dés cris plus articulés. Les elprits fembloient
animés
un fentiment commun, 5 8 tous les
dépurés T dire: ( Hârons H nous de fauver la
) France'; point d'orateurs ; la fageffe confifte
> à fe taire; il faut agir >. Il étoit à craindre
en effet que la chaleur des difcuffions ne conduisit à in réfultat impolitique. Cette maffe dé
libérante, entrainée par des idées individuelles,
paroiffoit en ce moment admirable n'en avoit
qu'ihe feule, le bien du peuple 6 le Jalut de
Petat.
Laiflons déclamer les prérendus philofophes,
Ces défenfeurs enthoufiaftes de Phumanité. Qu'ils
accufent T'aflembléc d'inconféquence & de con
tradiction. Nos rivaux, qui en connoiffent quelques-uns 3 pourront applaudir aux éclats de ce
zele imprudent & antipatriotique, Les détraéteurs
de Taflemblée l'accnferont de pufiflanimité 8c
d'erreur. Ehl quimporte Topinion de ces écrivains, que leur noble fenfibiliré, ,ou, à Tégard
de quelques - uns que la féduction égare,
lorfquilsagit de la tranquilliré 8 du bonheut
public P Des tableaux touchans & fublimes
3 pourront applaudir aux éclats de ce
zele imprudent & antipatriotique, Les détraéteurs
de Taflemblée l'accnferont de pufiflanimité 8c
d'erreur. Ehl quimporte Topinion de ces écrivains, que leur noble fenfibiliré, ,ou, à Tégard
de quelques - uns que la féduction égare,
lorfquilsagit de la tranquilliré 8 du bonheut
public P Des tableaux touchans & fublimes --- Page 517 ---
( III )
les talens de Tartifte, mais en mème
prouvent l'infuffifance de Tart, lorfque la fagelle
temps
n'en a Taffemblée pas réglé Temploi. eut aboli la traite'y Ceft alors
Si quon lui eût reproché avec fondement de détruire fans remplacer, & desenrourerde ruines.
Une deftruétion lente 8 préparée de T'efclavage
eût été une indiferétion maladroite & criminelle, Car la perfpedive aflurée de Taffranchiffement des noirs eàt bientôt produit la révolte,
puifque la feule idée de la liberté a fuffi affran- pour
exciter une commotion dangereufe, Cet
chiffement graduel étoit une erreur , & toutes
les melures del la prudence humaine auroient des été
infuffifantes pour contenir dans la fervitude, de leur
honmes convaincus du retour certain
liberté. Ils auroient accéléré ce terme heureux,
&c les colonies auroient été perdues pour toujours. Ces fentimens étoient fans doute gravés dans
tous les coeurs 2 & Tunanimité des M.le fuffrages comte
prouve feule la fagelle du décret. feuls infifté
de Mirabeau & M. Pétion ont
prin- avoit
cipalement fur la difcullion. Le premier
un difcours de la plus grande éloquence à proAT
noncer. Laffemblée a ordonné
la difcullion feroit fermées & fans vouloir
aucuns amenREe
fervi de prétexte pour entret
mens qui auroient
vouloit abfelament évidans des détails qu'elle
lecture, le déter, elle a adoptéyfar une fimple
cret fuivant.
--- Page 518 ---
(112 )
Déeret général fur les Colanies.
nationale, délibérant farlesadref
Laffemblée des villes de commerce, &c
5 fes & pétitions furles picces nouvellement
> des marnfactures,
&c de la Marti-
) arrivées de Saint-Doringue le miniftre de la
>> niques àclle adreflées par
des dépu-
>> marine, & fur les reprefentations
> tés des Colonies confidérantles ).
colonies comme
( Déclare
Iempire françois , & défirant
) une
RE
partie
des fruits de Theureufe régé-
> les faire jouir
eft opérée, elle n'a jamais
) nération
sy
dans la conftitution
))
entendu E comprendre
8c les
a décrétée pour le royaume ,
)) qu'elle
être incom-
) affujettir à des lois qui pourroient locales &c paravec leurs convenances
) patibles
) ticulieres ).
elle a décrété & décrete
( En confequences
) ce
fuit ). colonie eft autorifée à faire
( N Chaque
fur la conftitution, la lé-
) connoitre fon vaeu
conviemnent
> gillation, &c T'adminiftration bonheur E fes habirans,
) à la profpérité 8 au
aux
de fe conformer
principes
) a la charge lient les colonies à la métro-
) généreux qui affurent la confervation de leurs
)) pole, & qui
>.
> intérèrs refpedtifs les colonies ou il exifte des af-
) 2". Dans
librement élues par les
)) femblées coloniales & avouées par eux 5 ces affemblées
)) citoyens, admifes à exprimer le vaeu de la CO-
) feront dans celles ou il n'exifte pas d'affem-
) lonie;
principes
) a la charge lient les colonies à la métro-
) généreux qui affurent la confervation de leurs
)) pole, & qui
>.
> intérèrs refpedtifs les colonies ou il exifte des af-
) 2". Dans
librement élues par les
)) femblées coloniales & avouées par eux 5 ces affemblées
)) citoyens, admifes à exprimer le vaeu de la CO-
) feront dans celles ou il n'exifte pas d'affem-
) lonie; --- Page 519 ---
( I13 )
5) blées femblables, il en fcra formé inceffam-
> ment, pour remplir les mêmes fonctions ).
) 3-Le Roi fera fapplié de faire parvenir
) dans chaque colonie une inftruction de Taf
) femblée nationale, renfermant, 1o. les moyens
) de parvenir à la formation des affemblées
1) coloniales dans les colonies où il n'en exifte
> pas; ; 20. les bafes générales auxquelles les af-
)) femblées coloniales devront fe conformer, dans
N les
qu'elles préfenteront >).
(( E Les plans préparés par lefdiges affem-
)) blées coloniales feront foumis à Taflemblée
)) nationale, pour être exaninés, décrétés
))
&
& à la
iche
elle, prélentés-a. Tacceptation
> tion du roise
) 59. Les décrets de T'affemblée nationale 5
)) fur T'organifation des municipalités & des af
> femblées adminiftratives, feront envoyés aux-
) dites aflemblées coloniales, avec pouvoir. de
) mettre à exécution la partie defdits dédrets
))
aux convenances locales,
aut
peur sadapter
nationale
)) la décilion définitive de Taffemblée
)) & du roi far les modifications
y auroient
)
être
8c la
provifoire
andl
pu
apportés,
Texécution des arrêtés
)) du gouverneur, pour
adminif-
> qui feront pris par les aflemblées
) tratives >.
énon-
<61 Les mèmes aflemblées coloniales
) ceront leur voeu fur les modifications qui pour-
)) roient être apporrées au régime Prolnibinif du
) commerce entre les colonies & la métropole,
avoir
)
étre, fur leurs péritions & après
) Ementirt les repréfentations du commerce fran-
) çois, fatué ce quil appartiendra ).
êtés
)) du gouverneur, pour
adminif-
> qui feront pris par les aflemblées
) tratives >.
énon-
<61 Les mèmes aflemblées coloniales
) ceront leur voeu fur les modifications qui pour-
)) roient être apporrées au régime Prolnibinif du
) commerce entre les colonies & la métropole,
avoir
)
étre, fur leurs péritions & après
) Ementirt les repréfentations du commerce fran-
) çois, fatué ce quil appartiendra ). --- Page 520 ---
& Air
/ ( II4) )
> qu'elle furplas na entendu l'aflemblée nationale déclare
) des branches de
rien innover dans aucune
)) direct, de la France commerce, foit direct; foit in-
) les colons & leurs
avec fes colonies; met
)) fpéciale de la nation; propriétés fous la fauvegarde
> la Dation, quiconque déclare criminel envers
) foulevemens
travailleroit à exciter des
)) ment des motifs contre eux : jugeant favorable3> defdites colonies, qui elle ont animé les ciroyens
>) contte eux à aucune déclare qu'iln'y a lieu
)) de leur
inculpation; ; elle attend
> quillité, patriorifine & une fidélité le maintien de la tran-
) a la loi, & au roi ). inviolable à la nation,
Maire de Strasboarg.
Strasbourg M. le baron de Dietrich a éré élur maire
fans aucune
far
vorans, il a réuni 3312 oppolition; voix,
469 voix au dela de la
c'el-a-dire,
& 1000 voix audeffus de la pluralité abfoluc 5e s
a obfervé, aprés fon élection, pluraliré relative. On
huit mois de domicile récl à
qu'il n'avoit que
il s'eft élevé une fermentarion Strasbourg; bienrôt
fource de cette agitation
inquierante. La
ficile à découvrirs M. de finguliere Dietrich n'eft pas dif
& le clergé d'Alface eft bien
eft luthérien,
Cependant M. de Dietrich intolérant,
génerale; il eft magiftrar à
jouit d'une eftime
ans, & infcrit comme tel Strasbourg fur le rableau depuis
compagnie. En
de %
commillions;
1783, il fut revéru de deux
des fuifles & yo.del Temploi de fecrétaire auprès
grifons; 2 de la vilite des mines,
n'eft pas dif
& le clergé d'Alface eft bien
eft luthérien,
Cependant M. de Dietrich intolérant,
génerale; il eft magiftrar à
jouit d'une eftime
ans, & infcrit comme tel Strasbourg fur le rableau depuis
compagnie. En
de %
commillions;
1783, il fut revéru de deux
des fuifles & yo.del Temploi de fecrétaire auprès
grifons; 2 de la vilite des mines, --- Page 521 ---
tiir)
verreries, & martinets du royaume. M,
forges, le maréchal de Ségur écrivit alors aux magiftrars de M. de
de Strasbourg,
les commillions lui faire perdré fon
Dictrich ne tE point
condroit de domicile: en effet, il a toujours
fervé Tefprit de retour, & poflede fa a Strasbourg, fortune. M.
oû il eft né, le fiége de toute de fon élection, ande Dietrich, au moment toutes fes commiflions &
nonça qu'il abdiquoit rélider uniquement en cette ville.
emplois, Celt cependant pour
d'après ce concours de circonftances
fon élection a été attaquée. décret Pour
lc bien de 1
& en attendant a
arrété le à Strasde Taffembléc mhad il a été
bourg qu'elle ne feroit confidérée elle que éroit comme tresprovifoire. Le comité a eltimé qu' de la confvalable, & conforme aux 6 Prinepes
titution. M. l'abbé Mauri a fcul vonla Ia combarres le
mais il n'avoit point la entendu raifon tiréc pfobablement dela magif
rapport, & furtout fubfiftanre de M. de Dietrich;
trature toujours confidérer
jamais lc citoyen 101
ilna pasvouli
1 employé aux ac1
n'eft réputé ablent, lorfquil mot, ilna
traité
faires pulbliques: En un
point l'infla quellions. dès lors Timpatience Peutétre a accéléré feroit-il entré
tant de la délibération. détails, s'il n'eit.craint -
queldans de plus
fur les démarches du clergé
ques
dafnsa
d'Alface, dont ilétoielorateur Mais de Taffemblée, tolérance &2
roujours conduite
des vues morifs fecretss2
del fagelle, na CaLEea encorepar
dictés par un es zele, , plus
que
famour fincere de la vérité.
éléré feroit-il entré
tant de la délibération. détails, s'il n'eit.craint -
queldans de plus
fur les démarches du clergé
ques
dafnsa
d'Alface, dont ilétoielorateur Mais de Taffemblée, tolérance &2
roujours conduite
des vues morifs fecretss2
del fagelle, na CaLEea encorepar
dictés par un es zele, , plus
que
famour fincere de la vérité. --- Page 522 ---
Le
( 2 116 )
heureux clergé de ne fent point affez que le
cette rolétance univerfelle
temps
II ne veut pas fe dépouiller
eft arrivé.
les provinces fur-tout, de cet entierement, clprit
dans les
ouvrage de Torgueil & de la
perfécuteur,
toujours à Iimpiétés il appelle cupldité; ; il crie
Thomme public
Tanathème fur
le culte, croit devoir 2 qui, roucher, plein de refpect pour
Tétar, aux pofleflions
Pour le bien de
qui déclame avec énergie cecleliaftiques ; fur celui
les icandales du clergé, contre les abus &
évèques, leur conduite immorale contre le luxe deso
lele licencienfe des, abbés
&c la molVoilà leur langage; : il ne feduit commendatatres.
imbécilles ou des gens
plus que des
ceux que décide un lecret prévenus, intéret. C'eft ou enfin ainfi
que, confondant T'autel & le miniftre, &
places avec ceux qui les
tant les
honnètes confervent occupent ,
de
SU2LE religieufe
encore une vénépour ces hommes fans
pes quie leglife a enrichis & décorés, Trifese princiayengle pecter prévention! la
Peuples, apprenez ine ref
vertu, & méprifcz les
FemtSTA
E
orgueilleux
Voici le décret qui a été rendu.
n
Décret,
( I'affemblée nationale, fir le
Tavis du comiré de conftitution, rapport &a
Tépoque du 6 février dernier déclare, le
qu'a
Dictrich navoit pas perdu fon : domicile baron de à
Strasbourg. que ce citoyen', réuniflant d'ail- --- Page 523 ---
( 117 5
feurs toutes les conditions prefcrites, fon élection à la place de maire doit être regardée
comme valable & définitive )
Cette feuille paroit tous les matins au Palais
Royal, no 14, chex GATTEY, Libraire, oit l'on
fouferit à raifon de 5 1. par mois pour Paris é
6 livres pour la Province 2 franc de port.
On Jouferie auf pour la Colledtion du méme
Couriers, qui formera deux volumes 2 depuis louverture des Erats, d raifon de 6 liy., & 8 liv.gour
ceux qui n'auront pas fouferit.
Do IImprimerie de DEMONVILLE, 1790.
Royal, no 14, chex GATTEY, Libraire, oit l'on
fouferit à raifon de 5 1. par mois pour Paris é
6 livres pour la Province 2 franc de port.
On Jouferie auf pour la Colledtion du méme
Couriers, qui formera deux volumes 2 depuis louverture des Erats, d raifon de 6 liy., & 8 liv.gour
ceux qui n'auront pas fouferit.
Do IImprimerie de DEMONVILLE, 1790. --- Page 524 ---
ibnos
PRTI AJIIVEOME
ab shomi mllea --- Page 525 ---
(133 )
No.
X.
COURIER DE MADON
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
PERMANENTE
Séance du jeudi matin II mars1790.
M. Goupil de Préfelm a dénoncé une faute
trés- grave, & en même temps
reufe quiséroit gliffée dans Timprimé de
drefle aux
MT
provinces fortant de Linprimerie
rorale. I a obfervé qu'il n'entendoit inculper
perfonne, mais que la fubftitution du mot irré
parables à celui Ainfeparasles, préfentoit un
fens odieux qui ne pouvoir entrer dans les vues
de l'aflemblée ; qu'elle regardoit dans l'ordre
politique les-malheurs
ont aligé la France
comme infeparables A grande
mais non pas comme irréparables, révolution., 4
travailloit avec zele ales réparer, & puifqu'elle l'amour
de tous les bons françois pour la patrie que en garantiffoit le fuccès. L'aflemblée a renda le décret
fuivant.
Décret.
( L'affemblée a décreté que T'édition faire à
royale, en 12 pages d'imptelion 2
Lager V.
K --- Page 526 ---
7134 5
de format in-4., dans laquelle a la ligne quatorzieme de la page II, le mot irréparables fc
trouve fubftitué au mot infeparables que porte édile texte de cette adrelle, eft en ce point une
tion fautive: en conféquence a décrété qu'il eft
fait défenfes à toutes perfonnes de diftribuer aucun exemplaire de ladite édition danslequel cette
faure ne foit corrigée ; comme aufli 'de faire
aucune nouvelle édition de ladite adrefle dans
laquelle cette faute fe trouve LA répétées arrête au
farplus que fon préfident fe retirera inceffamment
vers le roi pour folliciter S. M. d'accorder fa
fanction royale au décret de l'affemblée nationale
fon adreffe aux françois fera
3 portant de que routes les
royame s.
lue aux prônes
paroillesdu
M. Merlin 3 au nom du comité de conftitution, a propofé deux nouveaux articles dont le
piemiet a pour objet de répler la quotité dés
droits dus par les renanclers,futvant) tles titres &
les coutumes feulement, fans avoir égard au droit
d'enclave que tant de luntconmiterandhuedier à
aux feigneurs, comme inhérent effentiellemerit
la feigneurie. Voici Fextrait exact des réfexions
qu'il a préfentées à cet égard, & A qut ferviront
dexplication à cet article.
Rapport de M. Merlin.
En matiere féodale on appelle enclave un
territoire déterminé t lequel un feigneur eft
fondé à exercer le droit général de directe ; &
T'on eutend par" droit Tendlave la prérogarive
qui réfulte pour les feigheurs de cette circonfcription da territoire, & qui confifte à pouvoir
des réfexions
qu'il a préfentées à cet égard, & A qut ferviront
dexplication à cet article.
Rapport de M. Merlin.
En matiere féodale on appelle enclave un
territoire déterminé t lequel un feigneur eft
fondé à exercer le droit général de directe ; &
T'on eutend par" droit Tendlave la prérogarive
qui réfulte pour les feigheurs de cette circonfcription da territoire, & qui confifte à pouvoir --- Page 527 ---
(195 )
etre appliquée a tous héritages fitués dans fon
territoire circonfcrit a les droits auxquels font
toumis enyers lui la plus grande partie des autres
héritages du même territoire. Ainli je poflede
dans Farrondiflement d'une leigneurie un héritage qu'on-ne
prouver avoir jamais
ni cens 3 ni Ea E ventes 3 ni champart, Payé ni
aucun autre droit feigneurial. Cette poflellion
de franchile, dans laquelle je fuis, fembleroit
pouvoir me difpenfer de toute efpece de preuvé
pour me maintenir dans ma franchile même. I
iembleroit que mon héritage dut demeurer franc
jufqua ce que-le feigneur ait
qu'il lui.eft
allervi. Gependant par l'effet OPAE droit d'enclave,
le feigneur eft difpenfé de la preuve 3 monhéritage eft préfumé non feulement dépendre de lui,
mais être aflujerti à tous les droits de cens, de
champarts 2 de lods 6 ventes auxquels font
foumis les fonds voilinss & il faut
fubifle
toutes
quil
Ces charges, fje nai pas de titre qui en
établifle Tallodialité ou la franchife.
Ce n'eft pas feulement dans les coutumes ou
eft écrit nulle terre fans feigneur qu'on. attris
bue cet effer au droit d'enclave, Les écrits de
jurifconfultes vendus a la féodalité, & les arrèrs
des parlemens l'ont étendi même aux coutumes
allodiales, & il y a des provinces de droit écric
dans lefquelles cette jurifprudence selt établie.
Ceft ainfi que Guyot., dans fon traité des
fiefs (rome 2 page 94), dit avoir réfolu la
tion en 1736 pour labbaye de Saint-Pierre quef de
Lyon,
de droit écrit, dit-il, ou l'allodialité eft atk bien reçue pour le moins que dansles
coutumes de Vity,de Troyes, & de Nevers.
K2
allodiales, & il y a des provinces de droit écric
dans lefquelles cette jurifprudence selt établie.
Ceft ainfi que Guyot., dans fon traité des
fiefs (rome 2 page 94), dit avoir réfolu la
tion en 1736 pour labbaye de Saint-Pierre quef de
Lyon,
de droit écrit, dit-il, ou l'allodialité eft atk bien reçue pour le moins que dansles
coutumes de Vity,de Troyes, & de Nevers.
K2 --- Page 528 ---
(56)
Guyot cite enfuite des arrèts de parlement de
droit écrit, & pour des pays de franc-alleu qui
ont donné tout fon effet au droit d'enclave, &
ceft le parti qu'il embrafle lui-méme,
Vous fentez > MM., combien eft injulte a
combien eft vexatoire une telle jurifprudence.
Je ne prérends pas la combattre pour les coutumes dans lelquelles elle eft aurorifée par une
difpolition exprelfe 3 pour les coutumes dans
lefquelles eft écrite textuellement la régle nulle
zerre fans feigneur. Sans doute, fous T'empire
befoin de
de ces coutumes, le feigneur napas
titre pour aflervir Jes hérirages fitués dans fon
territoire; la loi elle -méme lui tient liçu de
titrés & ce feroit une injultice de faire tourner
contre lui les ménagemens quil a eu pour fes
vallauix ou cenfitaires, en n'exigeant pas d'eux
des titres particuliers S qaic dans le fait lui
étoient inutiles. Mais en eft-i il de même foit
dans les coutumes qui rejettent expreffément la
regle nulle terre fans feigneur, foit dans les
coutumes
font muettes fer ce point, foit
enfin dans E pays de droit écrit ou le francalleu fe préfiame toujours. Sans doute, MM.,
vous penferez tous que non. Cependant t, je le
c'eft là ce
fouriennent un grand
repete, nombre 2 d'auteurs 3 celt que depuis un certain temps
c: quon juge dans plufieurs tribunaux; &c tous
1:s jours nous voyons un feigneur exigerle cens fous
d'un héritage qui n'y 8 jamais été foumis,
prétexte qu'aneun des autres héritages voilins
n'en eft exempt.
Qu'elle eft donc la raifon qu'on emploie
juftifier cette jurifprudence : La voici,
pour
ennent un grand
repete, nombre 2 d'auteurs 3 celt que depuis un certain temps
c: quon juge dans plufieurs tribunaux; &c tous
1:s jours nous voyons un feigneur exigerle cens fous
d'un héritage qui n'y 8 jamais été foumis,
prétexte qu'aneun des autres héritages voilins
n'en eft exempt.
Qu'elle eft donc la raifon qu'on emploie
juftifier cette jurifprudence : La voici,
pour --- Page 529 ---
(157
Ileft vrai, dit-on, que a regle nulle terre
Jans feigneur n'eft pas éctire dans toutes les
coutumes, mais elle doit êtte fous- entendue;
elle fait le droit commun du royaume; & dans
les coutumes qui paroiffent la rejerer, elle doit
encore prédominer à Taide de T'enclave 2 parce
tout Ce qui environne un coin de.
EE eft féodal our cenfuel, il eft contre
toute vraifemblance que ce domaine foit franc.
Tel cft, MM.,1e feul argument qu'on emploie pour dobner alenclave tant de
tives. Ainfi l'on convient que les prérogatives prérogade l'enclave ne font
des conféquences de
la regle nulle terre aas feigneur.
Cependant cette regle d'infticution purement
féodale ne fut jamais écrite dans le code général des lois relatives à Ce régime. E'unifor-:
mité des principes, leur antiquité auroit pu
feules en démontrer Tévidence. Mais contment
pourroit t on admettre' une unanimité de principes dans une matiere qui réfifte à tous les principes de la juftice & de la raifon , dans une
matiere ou le droit du fort contre le foible
pofa les premiers fondemens de Ces créations
bifarres : Ce n'eft
plus de 8q0 ans après'
l'origine' de la ahdimate que la maxime nulle
terre fans feigneur a été érigée en principe 5
& copiée fervilement par une foule de nomenclateurs ignorans ou prévenus, toujours
à refferrer les liens de la fervitude. Beaumanoir portés
en a parlé dans le 14 fiecle; mais fi la coutume de Beauvoifis a admis cette maxime, elle
devroit être reftreinte dans fon territoire. Peut-êrre
cet exemple ifolé d'une autorité locale a-t-il'égaré
K3
fans feigneur a été érigée en principe 5
& copiée fervilement par une foule de nomenclateurs ignorans ou prévenus, toujours
à refferrer les liens de la fervitude. Beaumanoir portés
en a parlé dans le 14 fiecle; mais fi la coutume de Beauvoifis a admis cette maxime, elle
devroit être reftreinte dans fon territoire. Peut-êrre
cet exemple ifolé d'une autorité locale a-t-il'égaré
K3 --- Page 530 ---
C158)
tant de jurifconfultes & de praticiens, dont fimitation eft le premier talent. D'ailleurs il nya
temps que Ion ofe regarder en, face E
Lbe féodal, que le ftupide engourdiffement
des peurples n'envifageoit qu'avec relpect ou terreur. Ce fentiment habituel permertoit à peine
lexamen, & l'erreur dur long. temps prévaloir,
avant que la faine raifon eit rétabli fon empire.
Dumoulin donna fur-tout une, grande confillance
à la féodalité, cn_y appliquant fes valtes lumieres, fa logique profonde, & fon - énergie.
Mais nonobitant Tautorité de tous ces grands
hommes, on doit admettre pour certain que
toute. domination terriroriale doit avoir une
alliette fixe & dérerminées que les titres doivent
textuellement findiquer ; que la fervitude de
Théritage voilin n'elt Point une railon fufhfante
ailervir le mien, & baler le. droit d'enEnt Il faut des titres Pour toute efpece de
propriéré: des inductions ne fufhfent
&c
une, enclave ne pent être un droit qui e
de fa généralité, sétendre à chaque heritage
quil tenterme, par le fcal argument de la circonférence.
Voici les deux articles que M. Merlin a
&
ont été décrérés, ainfi quil
dhtr
polés
qui
Articles 55 décrétés pour étre ajoutés à lafre
de Particle II du titre 111 du décret-concernant les droits féodaux.
ART.IIL Les conteltations fur T'exiftence ou
la quotité des droits énoncés dans Tarticle precédent, ferontjdécidées d'après les preuves au-
tenterme, par le fcal argument de la circonférence.
Voici les deux articles que M. Merlin a
&
ont été décrérés, ainfi quil
dhtr
polés
qui
Articles 55 décrétés pour étre ajoutés à lafre
de Particle II du titre 111 du décret-concernant les droits féodaux.
ART.IIL Les conteltations fur T'exiftence ou
la quotité des droits énoncés dans Tarticle precédent, ferontjdécidées d'après les preuves au- --- Page 531 ---
(159 )
rorifées par les ftaturs, coutumes 8c regles obfrvéesjufqua préfent; fansnéanmoins que, hors
des coutumes qui en difpofent autrement, lenclave puiffe fervir de prétexte pour allirjettir un
héritage à des preftarions-qui ne font point énoncées dans les titres diredemnenraplicables à cet
héritage, quoiqu'elles le foient dans les titres
relatifs aux héritages dont ibeft environné &c
circonfcrit.
ART. IV. Lorfqu'il ay aurai, pour raifon d'in
même héritage 3 plufieurs titres ou reconnoiffances, les moins onéreufes : aux tenanciers, feront préférées, fans avoir égard au
ou moins
d'ancienneté de: leurs daresyl EIPT l'action en
blâme ou réformation de la. part du ci-devant
fcigneur contre cellés defdites reconnoiffances
qui nen feroient Pas encôre garanties par la
prefcription, & dans lefquelles il C n'auroit été
partie en perfonne, ni par fon fondé de
curation.
proL'affemblée a ajournée à mardi prochain Tarticle II concernant les garanties en matieres! de
partages 2 déja renvoyé au comité féodal dans
la féance d'hier (page 146,. IX).
II a été arrêté que pour éviter le pléonafme,
les mots, corvées rielless qui fe trouvent en
Farticle II du titre II feroient flapprimés, puif1 l'article HI nouvellement placé à la fuite
celui-ci,
des titres exifans, & des
conceflions EA de
légalement établis.
M. Tronchet a combattu en faveur de la maxime, nulle terre fans feigneur , qu'il al fait
remonter jufqu'en 1300, Mais fon fiféme n'a pas
K4 --- Page 532 ---
7 160 )
prévalu, comme étant fondé fur les maximes firrannécs de la féodalité, 8c déja réfuté par le
xapport de M, Merlin.
M. Dupont de Nemours a fait enfuite un
rapport trés-étendu &c en même temps très-important fur les finances. Ilaj propolé neuf
de décrets fur les finances, dont voici
fRee
jets
trait.
PROJETS DE DÉCRETS SUR LES FINANCES.
1. Gabellea
Ce premier projet eft divifé en neuf articles.
ART. I. Supprellion de la gabelle, ou de la
vente exclulive du fel à compter du premier
avril 1790.
ART. II. Erabliffement dune-contribution de
40 millionss formant le tiers de ce que le
tréfor national retiroit de Timpôt de la gabelle,
ou du droit de quare-bonillons, qui fera répartie fur les départemens & les diltricts qui ont
formé les provinces & pays de grandes gabelles,
de petires gabelles 5. de gabelles locales & de
quant-bouilon, en raifon de ce qui fe confommoit dans ces provinces, &c du prix auquel il
étoit debité.
ART. III. Une contribution de 2 millions,
formant les deux tiers feulement du revenu que
le tréfor national retiroit des droits de traite
de toute clpece, établis fur le cranfport de fcl
départemens & les diltricts qui ont
formé les provinces & pays de grandes gabelles,
de petires gabelles 5. de gabelles locales & de
quant-bouilon, en raifon de ce qui fe confommoit dans ces provinces, &c du prix auquel il
étoit debité.
ART. III. Une contribution de 2 millions,
formant les deux tiers feulement du revenu que
le tréfor national retiroit des droits de traite
de toute clpece, établis fur le cranfport de fcl --- Page 533 ---
( I6I )
deltiné à la confommation des départemens &
des diftricts, qui formoient les provinces franches & rédimées, fera répartie fur les départeRiens & les diftriets, en raifon de la confommation que chacun de Ces départemens & dif
tricts failoit da fel foumis à ces droits.
ART. IV.Les états de' répartition feront dreffés d'après les états de confommation & de prix
qui feront inceffamment rapportés.
ART. V. La contribution ordonnée par les
articles II & 1II, fera répartie fur les cohtribuables par forme d'addition proportionnelle à
toutes les impolitions réelles & perfonnelles, 8z
aux droits d'entrée des villés, tant de ceux qui
appartiennene à la nation, que de ceux qui fe
levent au profit des villes mêmes.
A'RT. VL La portion de cette contribution,
qui fera en augmentation des impolitions directes, fera établie au marc la livre, &
çue en vertu d'un
émargement en
Re
fimple
des rôles de ces impolitions pour la préfente
année 1790.
ART. VII. Quant à la portion de la même
contribution, qui devra être en addition des
droits-d'entrée des villes,Taflemblée en reglera
l'afliette par un décret particulier.
ART. VIII. Etabliffement de la contribution
portée dans larticle II, à compter de lépoque
oi les départemens OTL été afranchis DE
KS --- Page 534 ---
( 162)
FAIT des gabelles, & oi Pétat a ceffé d'om
retirer le revenu dans leur province.
ART. IX. Il eft enjoint aux fermiers généraux
de continuer le débit du fel au prix qui fera
la
régle
par concurrence du commerce > d'affurer Papproyilionnement des lieux que le commerce négligeroit de fourtir, & de prévenir les renchériflemens fubits trop confidérables auxquels la variété
des combinaifons du commerce pourroir donner
licu. Ils rendront compte tous les mois à Tac
miniftration des finances de la manutention &
du profit de cette régie, far laquelle leur feront
attribuées des remifes proportionnées a leur travail &au produit qu'ils verferont pareillemene
de mois en mois dans sle tréfor national.
2". Marque des Chirs.
Ce projee cft rédigé de deux articles.
ART. L L'exercice du droit de marque des:
cuirs fera fupprimé dans toute l'érendue du
royaume, à compter du premier avril prochain
à la charge
les tanneurs &c autres fabricans de cuirs E de peaux, d'acquitter en douze:
payemens, & dans Telpace de douze mois, la
valeur des droits dis par les marchandifes
ont
qu'ils
en charge, fur le pied d'une eftimation
Eltrae qui fera réglée par un décret partiART. IL L'abonnement dir droit de marque
:
cuirs fera fupprimé dans toute l'érendue du
royaume, à compter du premier avril prochain
à la charge
les tanneurs &c autres fabricans de cuirs E de peaux, d'acquitter en douze:
payemens, & dans Telpace de douze mois, la
valeur des droits dis par les marchandifes
ont
qu'ils
en charge, fur le pied d'une eftimation
Eltrae qui fera réglée par un décret partiART. IL L'abonnement dir droit de marque --- Page 535 ---
(i 163)
des cuirs & peaux pour toutes les marchan
difes de cette efpece qui féront mifes en fa
brication & fabriquées à Tavenir, fera rendu
néral au moyen d'une contribution de fix
EE
lions par année, qui fera répartie, à compter
du premier avril prochain , fur tous les propriétaires & habitans du royaume, en proportion de toutes les impofitions directes, 3 & de
tous les droits d'entrée des villes, laquelle répartition aura lieu, quant aux impofitions direétes, au marc la livre, par fimple émargement fur les rôles, 8 quant aux droits d'entrée
des villes, en la forme qui fera réglée par un
décret particulier.
3". Droits Fur les amidons.
Ce,projet eft conçu en trois articles. Le prer
mier fuapprime ce droit à compter du premier
avril, Le fecond fupprime les abonnemens. Le
troifieme ordonne la' contribution d'un million
qui fera répartie fur tout le royaume dans la
même forme qu'en l'article 2 du décret précédent.
4": Marque des fers.
Il eft rédigé en quatte articles. 1° Droit de
marque des fers fupprimé à partir du I". avril,
2". Maitres de forges & de fonderies tenus
d'acquirter en fix mois 5 & en fix payemens
les droits qui peuvent être dus par leurs:
ErA déjà fabriqués. 3". Comibutenfrimilice
par année fur les départemens & diftriets
formoient les refforts des parlemens de
LEE --- Page 536 ---
Dijon, Metz, 6 (164) de la cour des aides de
des diftricts
Clermont L- Ferrand, à l'exception
formans autrefois le pays d'Aunis. Plus une
contribution de 5OO mille livres fur tout le
zelte du reyaume.
5". Huiles & favons.
Art. I. Continuation des abonnemens des
provinces. Art. 2. Contribution de 5oo mille
livres firr les départemens &c diftricts qui n'ont
abonnéque le droit de fabrication. Art. 3. Abonla contribution d'un
nement rendu général par
&c diftriets
million établie fur les départemens
où la perception du droit à la fablication des
huiles avoit lieu. Art. 4 Répartition de ces
conrributions, comme dans l'article 2 du fecond
décret.
6'.Contributions des villes.
L'affembléc voulant adoucir pour les villes la
portion de contribution qu'elles auront à fournir
en raifon de leurs droits d'entrées pour remplacement de la gabelle, des droits de traite fur le
fel, des droits de marque des cuirs & des marques
des fers & des droits de fabrication fur les huiles
& les amidons, & rendre la perception de cette
contribution à la fois plus sûre &c plus facile, a
décreté, 8cc. 8cc. Les trois articles portent des
notions & inftructions à recevoir des villes, pour
régler avec fagelle la répartition de ces contris
butions,
droits d'entrées pour remplacement de la gabelle, des droits de traite fur le
fel, des droits de marque des cuirs & des marques
des fers & des droits de fabrication fur les huiles
& les amidons, & rendre la perception de cette
contribution à la fois plus sûre &c plus facile, a
décreté, 8cc. 8cc. Les trois articles portent des
notions & inftructions à recevoir des villes, pour
régler avec fagelle la répartition de ces contris
butions, --- Page 537 ---
(165 )
5yo
7. Adminifration des pofles
Ce projet ne concerne que la franchife des
ports de lettres &
2 relativement aux
affaires 2 ou aux etinn publics 5 & la taxe
d'unfou pour le port de chaque feuille imprimée ou feuilleton non relié.
8°. Débets des impôts.
11 eft conçu en quatre articles, concernant
le rapprochement & le payement des débers
arriérés des provinces.
9. Rapprochement & fervices des cailfes
Un feul article ordonné le verfement de T'excédent éventuel fir les revenus publics dans la
caifle de Textraordinaire, & le fupplément du
déficit par la caiffe extraordinaire.
Tels font les décrets que M: Dupont a. préfenté, & quil a fait précéder d'un difcours
zempli d'une male éloquence & d'un parriotifme
rouchant. Il a fait revenir à plulieurs fois Téloge
de M. Turgot, & T'affemblée a fait connoitre
par fes applauditlemens les jultes fentimens d'admiration dont elle eft pénéerée Pour la mémoire d'un grand homme, dun parriote facrés géné- de
reux 2
ofa prononcer les mots
liberté T de peuple dans le fein da defpotifme
& de la fervitude.
l'affemblée s'oci
M. Dupont a annoncé multitude que
de commis
cuperoit du fort decette --- Page 538 ---
(166 )
& d'employés qui alloient être frappés d'une
alligeante fuppreflion, & qu'elle trayailleroir à
les rendre utiles.
L'affemblée a ordonné l'imprelflion di dif
cours 8c des projets de décrets.
XL Je donnerai, lors de la difcuffion du décrét
fir la gabelle, fextrait d'un projer fur la
belle, 5. préfenté par la ferme générale, ou S
gradue adroitementle prix du fel fuivant léloignement des falines.de maniere qu'en maintenant une Partic du régime de la ferme, le
fel feroit à un taux beaucoup inférieur. Le COmité n'a point adopté ce plan, qui conferveroir encore le fpectre odieux de la gabelle.
M. Merlin a annoncé que le comité alloit
s'occuper du foin de mettre* dans leur ordrg
naturel tous les décrets déjà rendus fur les-imatieres féodales, & dy joindre des inftructions
convenables ; quinceffamment il feroit aufli le
rapport fier le mode du rachat des droits &
"devoirs décrétés rachetables.
M. Bouche a requis M. le préfident de vouloir bien inftruire laffemblée s'il avoit préfenté
fa Ta fanétion du roi Ie décret relatif aux penfions. & Sil avoit firpplié fa majefté de vouBoir bien interdire à fes miniftres de folliciter
la concellion de nouvelles penfions.
M. le préfident a répondu affirmativement S
ila allineque le roi avoit dit que les intentions de Taffemblée feroient fuivies.
SÉANCE DU JEUDI SOIR.
Madame Maric-Louife Jouet 2 religieufs
préfenté
fa Ta fanétion du roi Ie décret relatif aux penfions. & Sil avoit firpplié fa majefté de vouBoir bien interdire à fes miniftres de folliciter
la concellion de nouvelles penfions.
M. le préfident a répondu affirmativement S
ila allineque le roi avoit dit que les intentions de Taffemblée feroient fuivies.
SÉANCE DU JEUDI SOIR.
Madame Maric-Louife Jouet 2 religieufs --- Page 539 ---
(167 )
hofpitaliere du couvent de Saint-Mandé à Vincennes. 5 a été introduite à la Barre ; elle a
prononeé le difcours fuivant. Le lecteur le verra
avec plaific (I).
Difcours de madame Jouet.
(T Un fentiment également doux àexprimer
& à entendre m'amene aujourd'hui parmi vous,
la reconnoiffance : vous voyez en moi unde ces
êtres infortanés que Tinjuftice, ou la violence,
ou-lavarice - 7 ou un zele fouvent mal éclairé >
excellif, prématuré avoient précipité danslefcladit dans le tombeau: Leur
vage, 2 jai prefque
trouvé
piroyableforetr troplong-temps onblié,aenfin
parmi vous des protecteurs fenfbles,desdsfenfoaurs
intrépides, des confolateurs bienfaifans : je finis
uine de celles quiontde plus vivement réffenti les.
doux effets de votre humanité : anlli fuis-je une
de celles qui béniflentle plus cordialement cette
augulte affemblée. On ne m 'imputera pas fans
doute'd'avoir, pour profiter de VOS décrets, fuivi
limpulfion dun caractere inconftant ou frivoles
on me taxera encore moins de prétentions mondaines. Un corps flétri par fes follicitudes, la
douleur,la crainte & plus que tout cela par les
maux affreux que reflent un cour à qui on a
ravi la hberté, , voilà les triftes reftes d'une languillante vie que je rends à la fociété 3 voilà la
victime que votre fagefle a arrachée dela fervis
tude, 8 que VOs avez reftituée à la vie, On
(1) Elle n'étoit plus vêtue cn roligioufe,
udes, la
douleur,la crainte & plus que tout cela par les
maux affreux que reflent un cour à qui on a
ravi la hberté, , voilà les triftes reftes d'une languillante vie que je rends à la fociété 3 voilà la
victime que votre fagefle a arrachée dela fervis
tude, 8 que VOs avez reftituée à la vie, On
(1) Elle n'étoit plus vêtue cn roligioufe, --- Page 540 ---
( 168 )
me verra Temployer à la pratique des vertus fociales, bien compatibles avec celles
à l'oblervation de vos
du cloitre a
D
le plus inviolable
la fages maximes, un refpect
la loi, & Ze roi.Je pour jure conflitusion,la ici de leur être nation,
qu'il m'eft. doux.de
fidelle:
le fanctuaire du
prononcer ce ferment dans
liberté, Pour
patriotifme, 5 des lois, &c de la
lution à remplic premiere preuve de ma ferme réfoftriétement Ce nruvel
gement 5 Permettez que je vous
tacles en tout
dénonce les
PRE
cloitres à Texécurion genre qui font apportés dans" les
menaces
de vos lois. Promeffes 3
, terreurs, affronts,
moyens de tout genre rien
fednctions, s
river les
oublié
ISr
chaines dont vous avez voulu
Tallégiflement & la
efier
que vous
rupture. Prenez les mefures
les progrés funggérera d'auli votre prudence pour arrêter
fouffrez
condamnables mancenvres 5 ne
pas que vos bienfaits foient retardés,
méconnus, calomniés; achevez
fi votre fermeté vous a fait des votre ouvrages ;
vous a concilié
ennemis, elle
ple, tous les vrais pour jamais l'admiration du peuVoici la
françois font vOS amis ).
réponfe du
reaux de
préfident. (C'eft M. BuPuzy 3 en T'abfence de M.labbé de
Montefquion ).
( Laflemblée nationale, en
dévouement civique des citovens applaudiffant de
au
fexes, de tous les états, fc félicite
tous les
avec une fatisfaction
elle-mème,
gré dansileurs droits naturels particuliere,davoir des êtres
réintémalheureux qui en font un ufage fi noble foibles & & f
touchant ).
Les colons de la Martinique & de la Gua-
3 en T'abfence de M.labbé de
Montefquion ).
( Laflemblée nationale, en
dévouement civique des citovens applaudiffant de
au
fexes, de tous les états, fc félicite
tous les
avec une fatisfaction
elle-mème,
gré dansileurs droits naturels particuliere,davoir des êtres
réintémalheureux qui en font un ufage fi noble foibles & & f
touchant ).
Les colons de la Martinique & de la Gua- --- Page 541 ---
(: - 169)
deloupe, réfidens à Paris, font venus préter le
ferment civique.s on attend ceux de Saint-Domingue, qui imiteront fans doute un f bel
exemple,
Suite de Paffaire de Marfeille.
M. Faydel a demandé qu'il fit dit qu'il n'y
avoit lieu à délibérer fur les inculpations faites
contre la perfonne du prévôt, fauf aux accufés
a fe pourvoir par les voies de droit, & autres
indiquées par f'ordonnance de 1670.
M. Tabbé Maury, rapporteur de cette affaire
dans le principe s ainfi qu'on la vu, deftitué
enfuite de cet emploi, a renouvelé fa dénonciation contre la municipalité de Marfeille. Il
avoit encore, comme rapporteur, conclu à la
décharge honorable du prévôt, aujourd'hui #
a demandé 1, fon renvoi au chàtelet; 20, le
renvoi des accufés -
. au châtelet; 3". le
renvoi de la municipalité.
: encore au chàtelet. M. T'abbé avoit endoffé fa cuirafle; ilétoit
ce foir pour les partis rigoureux &c extrêmes.
Etoit-ce pour en faire perdre le gout à la majorité ordinaire 2 Etoit-ce force & courage?
Eroitce confiance &c.certitude du fuccès? Etoirce le délir de fournir au prévôt une occalion
éclatante de fe juftifier: Tout Geci eft un problême que la moralité de M. l'abbé ne pourra
jamais réfoudre, On faura unj jour fi les accufés,
qui ont allégué autant de faits graves contre le
prévôt, auront allez de courage pour le prendre
à partie, & lui faire rendre un compte févere
des prévarications qu'ils lui imputente Leux G-
Etoirce le délir de fournir au prévôt une occalion
éclatante de fe juftifier: Tout Geci eft un problême que la moralité de M. l'abbé ne pourra
jamais réfoudre, On faura unj jour fi les accufés,
qui ont allégué autant de faits graves contre le
prévôt, auront allez de courage pour le prendre
à partie, & lui faire rendre un compte févere
des prévarications qu'ils lui imputente Leux G- --- Page 542 ---
7 170 5
lence feroit une: lâcheté coupable, s'ils font certains de leur innocence, & de faire la preuve
des inculpations. -
La motion de M. l'abbé Maury, & enfuite
celle de M. Faydel, ont été rejetées par la quef
tion préalable,
M. Caftellanet, fans doute uniquement pour
remplir levan deifes commettans, a requis l'6largillement provifoire des accufés 5 mais il a
cellé d'infilter, pour rendre hommage au principe qui défend au corps légiflatif d'exercer le
pouvoir judiciaire.
Alors on a mis la motion du comité aux voix.
M: d'Eprémefnil a demandé, la divifion, fur le
fondement de l'incertitude du crime imputé au
prévôt, 80 dont aucune loi n'avoir encore fixé
la nature 5. & fur lincertitude de la peine, que
nulcode n'indique dans toute notre légiflation.
La divifion a' été admife, &crenfitite à une
tres-grande majorité, la premiere partie du décret a été adoptée, ainfi qu'il fuit. La feconde
a été rejettée.
Décrét fiuer Dafaire du prévôt de Marfeille,
Cc L'affemblée nationale a décrété
le
> fident fe retireroit
devers le
pré-
>
Ti
"fupplier Sa Majefté Re faire renvoyer pour
)) vant les
parde.
ofhciers de la fénéchauffée de Mar-
> feille les procès criminels infruits depuis le
> 19 août dernier Par le prévôt général de
)) Provence, contre les fieurs Rebecqui, Gra-
)) net,Pajchal, & autres; &ci d'ordonner
> ceux-des accufés qui étoient détenus Tendaie
le
> fident fe retireroit
devers le
pré-
>
Ti
"fupplier Sa Majefté Re faire renvoyer pour
)) vant les
parde.
ofhciers de la fénéchauffée de Mar-
> feille les procès criminels infruits depuis le
> 19 août dernier Par le prévôt général de
)) Provence, contre les fieurs Rebecqui, Gra-
)) net,Pajchal, & autres; &ci d'ordonner
> ceux-des accufés qui étoient détenus Tendaie --- Page 543 ---
? à 171 y
S des décrets de prife de corps lancés par le
>) prévôt, feroient transferés dans les prifons
)) royales de Marfeille, pour y être. jugés en
)) dernier reffort ).
Suit la feconde partie du décret, qui a étéxejeté à une majorité aflez fenfible (1).
G Quc la copie des requêtes préfentées par
trois des accufés au prévôr général de Provence, 5
au bas defquelles font les conclutions du procureur & les ordonnances des 20 825 novembre dernier', feroient renvoyées au procureur du
roi du châtelet, pour y être donné les fuites
convenables ).
J'obferve uniquement fy ce décret qu'il n'enleve point aux accufés les moyens de nullité &
de prife à partie, qui leur font ouverts par les
lois. L'affemblée a jutgé feulement que tous les
délits impurés au prévôt ne pouvoient faire la
matiere d'une accufation en crime de lefe-nation; que cejuge pouvoit avoir prévariqué dans
fes fonctigns; ; mais que ce délit privé ne
voit concerner
les accufés, & que les
dots
que
de la nation n'avoient pas été directement enfreints.
(1) J'oblerve que l'on a contefté quelque temps
fur le renvoi des acccufés à la fénéchauflée d'Aix, demandé par M. de Clermont-Lodeve, > mais que l'affemblée n'a eu aucun égard à cet amendement irréfléchi, & dont M. de Mirabeau a développé les conféquences. --- Page 544 ---
(172 )
Cettè feuille paroit tous les matins au Palais
Royal, 7o 14, chet GATTEY, Libraire, oic l'ort
fouferic à raifon de 5 Z. par mois pour Paris G
6livres pour la Provinses franc-de port.
On Jouferie auffi pour la Collection du méme
Courier 7 qui formera Reux volumes > depuis rouperture des Erats, d taifon de 6 lip.,6 8 liy, pour
eeux qui n'auront pas Jouferit,
De FImprimerie de DEMONVILLE, 1790.
7o 14, chet GATTEY, Libraire, oic l'ort
fouferic à raifon de 5 Z. par mois pour Paris G
6livres pour la Provinses franc-de port.
On Jouferie auffi pour la Collection du méme
Courier 7 qui formera Reux volumes > depuis rouperture des Erats, d taifon de 6 lip.,6 8 liy, pour
eeux qui n'auront pas Jouferit,
De FImprimerie de DEMONVILLE, 1790. --- Page 545 ---
28:
(3 393 )
No.
XXV.
COURIER DE MADON
A 2 L'ASSEMBLÉE NATIONALE
PERMANENTE
Séance du dimanche 28 mars 1790.
M. le baron de Menou, 9 fuccefleur dans Ia
préfidence à M. Rabaut de Saint- Etienne 2 a
commencé ce matin des fonétions. que lui ont
méritées fon zele 8c fon patriotifme.
Toute la féance a été remplie Par la difcuf
fion fur linftruction pour les colonies, rédigée
par le comité de conftitution; elle eft divilee
en deux parties.
& des
La premiere contient des principes.
vues parrioriques fur Térabliffement, des aflemblées coloniales 3 la feconde,
eft Tapplication de la
renferme
articles
MER
premisres
de réglemens pour la convocarion & la tenue
de ces affemblécs. Mais toures ces lois. ces
principes, & ces réglemens n'ont aucune force
coactive. L'affemblée les donne aux colonies
comme des idées conftisutionnelles, dont elles
pourront s'écarter au befoin & fuivant les conyenances locales. Ceft une
affectionnée
qui donne à fes enfans chéris AHE inftructionsa
Tom. V.
Bb --- Page 546 ---
354 )
8.qui confulre leurs avantages & leurs
avant que de leur prefcrire des lois.
veux,
Si lon en croit quelques efprits
colonics ne recevront
exalrés, les
docilité ces inftructions; pas la avec beaucoup de
Croirra ; lefprit d'indépendanee fermentation s'acportera ifinfarredtion, &c bientôt quiy à une regne, les
éclatanre de la métropole. Ces
divilion
craignent fans doute que Cette prophetes
reufe ne fc réalife
feilion,
acte
inévitable. Il en eft quciques-ums pas, 5 Tannoncent comme
Topérer
leurs écrits &
leur qui voudroient
dance. iar colonies font, par
correlponvinces, infectées de
5 ainfi que nos protieux. Il eft
pamphlers & d'écrits fédides colonies, quelques debitetrs négocians de leurs & planteurs
en France,qui trouveroient commodément correfpondans
quitrance. dans Cette
& font
leur
tres de ce criminel fritéme. Teparation, A cet effaim de les apoque guide leur intérêt perfomnel , fe
gens le
grand nombre des méconrens, qui ne dintinue joint
pas, parce que l'orage de la reformes'étend 8
Jocieré. trappe fuccellivemenr fur tous les états de la
affemblées Ne foyez pas furpris, d'après cela, de Ces
tunulrmeufes, de ces
Ces plaintes quie des hommes
murmures 5 de
malveillance, , - plus encore que flipendiés le
la
zépandent dans les lieux
par
ltadt
dune prochaine infurrection. publics, en menaçant
Toutes ces agitations ont conftamment
cédé les grands événemens les
prédebres dont Taffemblée nationale ,
seft queftions céFout cela ne doit point étonner au occupée. milieu
tunulrmeufes, de ces
Ces plaintes quie des hommes
murmures 5 de
malveillance, , - plus encore que flipendiés le
la
zépandent dans les lieux
par
ltadt
dune prochaine infurrection. publics, en menaçant
Toutes ces agitations ont conftamment
cédé les grands événemens les
prédebres dont Taffemblée nationale ,
seft queftions céFout cela ne doit point étonner au occupée. milieu --- Page 547 ---
dune immenfe
395 or fe )
siches capitaliftes, diré, des agioreurs, - 210T trouvent des réunis se
des courtifans
banguiers,
mo
furieux & defelpercs; : des grands
que blefle légalité popalaures des
8T1 toute elpece
d
qui senrichiloient du
de la
cour &
fart
du delordre des dépentes de la maifon
da roi & des princes 5 des hnanciers
voient C
7 colofle de Himpor chancelant fur 9e
X le récouvrement des fublides rendu aux bafc, - af
femblées d
adminiftratives: des penfionnaires
jgignent ala honte dune fupprelion
9ui
les
amers de
humiliante,
007 regrets
la cupidira;
un. mot,
une ville ou circule une
En
DC foule de fanatiques, dintrigans 5 de gens de palais qui voient
la chicane en pleurs fuir avec tant
abus
D
- d'autres
no
qui dévoroient les peuples; en un
gens oilifs, de prélats 2 & dabbés y mor.de
taires
commeritie
: car lariftocratie, dont on ne parle
n'a jamais été autre chofe que Tinrerer perfon- plus,
neladont il faut toujours parler, contre
Sl faut toujours, écrire & tonnér,
les DE peuples au patriotifme, & ranimer Pour cet
CemS
publie, fans legael la conftitution
Elprit
DINT comme un fonge,
sévanouira DE
Je ne donnérai pas Textrait des difcours de
MM. Cocherel,Tabbé Manry, de Gouy
2 fur le projet de ces inftractions > qui, formant d'Arcy
avec les 18 articles un recueil de 28 pages d'imprellion, ne peuvent être préfentées avec fidéUD lité dans un Timple extrait, ) ni être lues, dans
nln récit aulli rapide, avec intérêt.
Je ne dirai Pas non plus comment M. Tabbé
Maury, ignorant ablolument le régime des CO30 Jonies, a parléspendant U une * demi: heure, contre
Bb2
y
2 fur le projet de ces inftractions > qui, formant d'Arcy
avec les 18 articles un recueil de 28 pages d'imprellion, ne peuvent être préfentées avec fidéUD lité dans un Timple extrait, ) ni être lues, dans
nln récit aulli rapide, avec intérêt.
Je ne dirai Pas non plus comment M. Tabbé
Maury, ignorant ablolument le régime des CO30 Jonies, a parléspendant U une * demi: heure, contre
Bb2 --- Page 548 ---
(356 - )
Tévidence des faits connus de tous les colons
comment M. de. Reynaud a inculpé ces erreurs :
de méchanceté de la part du préopinant; comment ce préopinant eft venu pour détruire cette
incroyable accufation, en combattant la
& le ftyle de Timprimé de M. de
logique
comment
Reynaud';
il a prouvé qu'il n'étoit pas méchant,
parce que M. de Reynaud avoit fait 2 de fon
aveu, de méchantes phrafes; comment
ERat'T Taffemblée, bien convaincue
ce
de réfutation, rendu juftice à la Bonde
M.
l'abbé
ENE
2 qui n'avoit pas befoin de cette reflource
pour rétablir fa réputation.
Au fait.
la difcullion, Taffemblée a
adopté, avec E très-légers changemens, l'inf
traction & les articles du comité de conftitutions
Séance du lundi 29 mars.
M. Lambert, contrôleur général des
a écrit ce matin au préfident, pour lui fnances, annoncer
la diminution confidérable du recouvrement de
T'impôt fur le tabac. L'objet de cette lettre a été
renvoyé au comité des finances, pour en être fait
VAX le rapport aui premicr jour.
Commifraires du TOi pour la formation des
affemblecs primaires & adminifratives.
Le roi a nommé, par arrêt de fon confeil du
14 mars, des commiflaires pour la formation
des affemblées primaires & des affemblées adminiftratives. Il a été arrêté pareillement une inf
truétion affez étendue, pour leur fervir de guide
objet de cette lettre a été
renvoyé au comité des finances, pour en être fait
VAX le rapport aui premicr jour.
Commifraires du TOi pour la formation des
affemblecs primaires & adminifratives.
Le roi a nommé, par arrêt de fon confeil du
14 mars, des commiflaires pour la formation
des affemblées primaires & des affemblées adminiftratives. Il a été arrêté pareillement une inf
truétion affez étendue, pour leur fervir de guide --- Page 549 ---
t397 )
I leur efB
dans la marche de leurs opérations
aux
exprellénient enjoint de ne point affiRer liberté
allembléess pour ne pas géner la
par:
lesrprefence.Leur fonction ptincipale e bornera
à donner les éelairciffemens qui dépendront. s'éled'eux, & de réfoudre les dificultés la lois Ils gui doivent
veront Jur Pexécution de
dans les
faire enregifrer leur commilflion
V
cipales municipalités Chaque actifs municipalité senfermés dans.
fournira la lifte des citoyenis
fon fein. Ils adrefleront dans chaque municipalité
Yordre d'avertir les citoyens actifs de fe rendre.
alaflemblée de leurs cantons, à Leffer dy pro- le,
céder au choix des électeurse & Hs le déligneront nombre d'élieu, le jour de T'affembléc,
Ils sinftruiront
lecteurs quil des y faudra éleétions. nommer- En un mot, ils Produ réfulrat
les lumieres néceflaires pour
cureront toutes toutes les élections-avec cém
faire confommer
lérité.
fur les difiLes commiffaires prononceront des cantons déterminés.
cultés laffembléc; relanivesalérendue fur celles relatives aux cantons à
former, par
fauf aux aflemblées de département à
la fuite leurs oblervations, &c à les.
propofes par à Taflembléc nationale. Ils recefaire parvenic les
dans quelques endroits s
vront élevées plaintes relativement qui,
à Télection des offife font
& en jugeront le mérite. Ils
ciers municipaux,
toute: Yattention qu'il
donneront à cet objet
&c
avoin
exige par fa haute importances d'inftrudion après
épuife tous les moyens
P perfuafion, ils ne fc
à prononicer
fur la validité ou la nullité
élections, qu'aue
risat
Bb3
ic les
dans quelques endroits s
vront élevées plaintes relativement qui,
à Télection des offife font
& en jugeront le mérite. Ils
ciers municipaux,
toute: Yattention qu'il
donneront à cet objet
&c
avoin
exige par fa haute importances d'inftrudion après
épuife tous les moyens
P perfuafion, ils ne fc
à prononicer
fur la validité ou la nullité
élections, qu'aue
risat
Bb3 --- Page 550 ---
tant que fa ttanquilliré (398 )
méceilité. Ce ne fera meme publiquie alors en impofera le
provifoire, les affemblées
qu'une décition
departement Pouvant propofer adminiftrarives leurs
de
& en référer a Taflemblée nationale. obfervations
A cette infruction font jointes des lettres
commillion, émanées du roi, qui retracent de
fommairement les fonctions de chacan
plue a
miffaires. Elles portent Cette claufe : ( des com-
>-la Préfente commiflion
Sanis
- droits & facultés
puifle vous priver des
> vez être
d'éligibilité dont vouis
fufceptible >.
pou
Tel eft Textrait littéral & fidele
& de la commiffion
de Tinftruction
toutes ces difcufions. qui ont fait la matiere de
13 La municipalicé de Troies fut inftruite
projet. Un membre de la commune
de ce
cotte commillion, comme étant
y dénonca
décrets de Fallemblée nationale, contraire aux
nonce dans for
L'orateur an
3 déguifée fous difeours, le mafque a du que G Taritocratie,
* des fulfragess fi le choix chvilimes
55 tombe fur des entiemis des
Uthats
alors il fauit fe courber fous derla confitition I
s trer dans Tefelavage 52 Il
le joug & ren
)) cherche à faire naitre des ajoute, que l'on'
> dans Telpoir de caufer un tioubles parriculiers,
> ral; que Fon repand
foulevement géné
)) incendiaires; ; -
par-tout des brochures
D mais encore dans R fariftocratie expitante,
3 eft plus dangerenfes convulfions de Tagonie 9
% changemens ni donner qu'il ne faut
faire dés
> décrets de
aucune
aux
LELRLS
furles conclufions Taffemblée 52 En
de
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lopinant, la 3 mmunicipalité
iculiers,
> ral; que Fon repand
foulevement géné
)) incendiaires; ; -
par-tout des brochures
D mais encore dans R fariftocratie expitante,
3 eft plus dangerenfes convulfions de Tagonie 9
% changemens ni donner qu'il ne faut
faire dés
> décrets de
aucune
aux
LELRLS
furles conclufions Taffemblée 52 En
de
confequenees
lopinant, la 3 mmunicipalité --- Page 551 ---
(399 )
srreras a-Tunanimité des voix, que ces commiffaires ou porteurs d'ordres miniftériels ne
feroient point admis aux affemblées, à moins
qu'ils ne tiennent leur miflion de l'affemblée
nationale.
Lay municipalité de Troies a adreffé cette délibération à celle de Verfailles, en Tengageane
fuivre la mème marche. Elle-lui écrit avec les
fentimens de la plus fincere fraternité.
Les officiers municipaux de Verfailles en ont
réferé alaffemblée & ont prudemment arrêté
de ne prendre aucun parti avant la décifion
finale.
M, le Chapelier, au nom du comité de conf
titution, rendu compre de ces faits, & abfervé
que la municipalité de Troies avoit évidemment
excédé fes pouvoirs. Il a propofe un projet de
décret, qui a été adopré avec de-légers changemens. Je vais ler rapporter dans Linftant.
M. Robalpierre a dénoncé les commillions &
Finftruction comme dangereufes à la liberté,
Vous ne réfléchiflez pas,, difoitil, queleft l'empire de ces commiffaires dans les provinces. Parlant au nom duroi, rarement ils font chérir fon
autorité tutélaire ; ils excedent toujours leurs
pouvoirs; ils Y parrent ce ton de fierté, de duzeté que lon retrouve encore journellement dans
les bureaux du miniftere 5 ils affectent ce. top
auftere & négarif, que les miniftres & quelques
grands, qui Tont,helast fi petits, appellent de
la dignité. Ceft fous cette enveloppe repouffanre
quils dérobent prefque toujours leur profonde
nullité, La plupart de ces délégués de la
pusdlauce ne connoilfent que T'arbitraire, * IniBb4 --- Page 552 ---
( 400 y
tilement leur prefcrit-on les voies de la perfuafion
& de la douceur; ils porteront dans leur million
la hauteur & Taftuce des courtifans. Quelquesuns, partifans fecrets du defpotifme & des anciens
abus, travailleront en. fous-ceuvre contré la conftitution, quoiqu'ils foient envoyés pour la foutenir. Détez vous de tout Ce qui fort des bureaux
du miniftere, Ces conciliateurs ne feront jamais
des émiffaires de la liberté, On leur confere
une puiffance prefque fans bornes ; elle s'étend à tout, même jufqu'a la faculté de
les conteftations qui
s'élever. juger Ils
sannoncent par deloeera de leur commillion; ils exigent la lifte des citoyens actifs,
Toujours éveillés fur les réfultats des élections,
fur les moindres détails, & même furles doutes
& les dificuliéss ceft eux qui adreffent aux municipalités lordre de former les affemblées
maires; ils indiquent le jour & le lieu EOE
élections 5 ils fc concertent enfuite avec les
électeurs de chaque diftrict, pour fixer le
& le licu de leurs affemblées; ils déligneront jour
vifoirement la circonfcription des cantons
ne fera pas déterminée ; ils font chargés
à
lections,
fur les moindres détails, & même furles doutes
& les dificuliéss ceft eux qui adreffent aux municipalités lordre de former les affemblées
maires; ils indiquent le jour & le lieu EOE
élections 5 ils fc concertent enfuite avec les
électeurs de chaque diftrict, pour fixer le
& le licu de leurs affemblées; ils déligneront jour
vifoirement la circonfcription des cantons
ne fera pas déterminée ; ils font chargés
à veiller l'exécution des décrets; enfin ils
noncent provifoirement fur toutes les contef proertions élevées Oul qui pourront s'élever, tant
fur les municipalités que fur les départemens
gui vont s'érablir. Cette latitude de fonctions
placées dans les mains des agens du minifkere,
réduit les citoyens actifs, les éledteurs, & les
adminiftratifs, à un état humiliant, qui
Rrtir alfervit aux commiffaires, Si ces nouvelles
créations ne fentent pas leur importance, leur --- Page 553 ---
(401 5
Tondrepolitique, 4 Tomrindépendance
porvotidans
miniftériels, bientot ils ne
de ces inftrumens exécuteurs fervilesrde leurs
feront plus & que la les conftitution fera anéantie. Revolontés;
une: claufe aufli inutile
marquez comme, les par termes même de: la comquinconfidenes,
les fuffrages des
miffion femblent provoquer
ne
ces fonéions
peuples : 2 en décidant que
de leurs droits
peuvent priver les commiffaires
du
Aucun citoyen J ne fera tiré
à T'éligibilite. des anciennes communes
les remplir.
fein
mieux S.er Faveuglo faLe préjugé, ou, pour les poftes honorables à
veur, diftribue toujours la foibleffe avoit enrichis
cette claile que & illuftré par" des
OREN
-des Tout priviléges, fe fuit dans la marche miniftérielle. Tandis
des commifaires du confeil font inftitués
que faire exécuter VOS décrets par les peuples,
pour cache aux
une partie de ces mêmes
on
notamment peuples
celle
pourroit ftidécrets, & reconnoifance & 1 patriorifme.
muler leur il femble que Fon fer plaife à nous
Bien plus, de faufles terreurs, à exagérer les malentourer
des déclamations; une merofité
heurs publics par
laifle à peine entrevoir
toujours plaintive y
Ceft ainfi que le
les reffources de s'altere, Telpéance. &
la chofe publique
crédit public
fecretes de la
eft facrifiée aux
EESEI
vanité. Mon avis eft de ne point laiffer d'aban- fubfifter ces commiflions dangereules, foin de veiller & à fétadonner aux provinces le adminiftratifs, fans
bliffement de leurs corps
des agens
admettre; même cstérieurement;
Y
ive y
Ceft ainfi que le
les reffources de s'altere, Telpéance. &
la chofe publique
crédit public
fecretes de la
eft facrifiée aux
EESEI
vanité. Mon avis eft de ne point laiffer d'aban- fubfifter ces commiflions dangereules, foin de veiller & à fétadonner aux provinces le adminiftratifs, fans
bliffement de leurs corps
des agens
admettre; même cstérieurement;
Y --- Page 554 ---
miniftériels, qui (402 j
leur influence.
pourroient tout perdre pat
M. Armand a pehfé-que le
imparti à ces
pouvoir de jugers
tionnel,
commiffaites, 5 éroie inconftitue
M. Voidel - à demandé qute la-life de
nomination fit! imprintée, afin
leur
France piir fiurveiller leure
que toute la
M. Dandré acombattu conduite - lés
pelitique (1).
Robefpierre. Iha dit que ces argumens de M.
femens avoient befoin
notveaux érablif
première, d'un centre de , pour leur formarion
tenir lunité des principes rénhion, 8-des qui pur mainque cette fonctiondeliberationss
création deciconflaricst,
n'étoit qu'une
roit
qui ne fe
N
jamais; que tour cela nétoit
renouvelleque cette déhance &c ces terreurs que dont provifoire;
Ipit alineniter la crédulité
on vouaucun fondement réel;
populaire, éroit
n'avoient
que les commiffaires quil
a préfumer
menter Touvrage de la royaux, envoyés pour cipas le ton infolent du liberré, ne prendroient
roi avoit bien été le maître delponifmes que le
fes envoyés une portion du de déléguer à
Ciaire 5 dont T'exercice
pouvoir judikoedonnélfoafembilie provifoire & très fix
elpece de
nationale, n'avoit aucune
ces commifaités danger fe 5 qu'il feroient étoit à croire que tons
devoir de maintenir les
un honneur &cun
tution.
principes de la conftide (r) douceur Après avoir rémpli avec autant de
fa commifion dans la
fagefle que
foutenir ce fyltème.
Provence, il devaie
hinl
onnélfoafembilie provifoire & très fix
elpece de
nationale, n'avoit aucune
ces commifaités danger fe 5 qu'il feroient étoit à croire que tons
devoir de maintenir les
un honneur &cun
tution.
principes de la conftide (r) douceur Après avoir rémpli avec autant de
fa commifion dans la
fagefle que
foutenir ce fyltème.
Provence, il devaie
hinl --- Page 555 ---
(403))
le
des
M. Reubell a voté pour que jugemeht
queftions de municipalités fut exclufivement
réfervé aux départemhens : Faffemblée a adopté
cet amendement
qui diminue une partie
des fonctions des EFA & remetles mitnicipalités fous la fave-garde- & la protedion
fpéciale des départemens, dont elles ne font que
des émanations.
Ceft aprés ces débats que le décret fuivant
a été rendut en ces termes.
Déeret fur les commifaires du Roi, envdyés
pour la formation des alfemblées primasres & des. affemblées adminipratives.
( Laflemblée nationale, après avoir enrendu
la lecture de la commillion & de linfleéion
donnée par le roi aux commiflaires nommés par
fa majeité, pont la formation des efembles
primaires 6 admimifirasites,8 fur lerapport
aelle fait
fon comité de confticurion,
décrété & lenste ce qui fuit.
( Io. Que les pouvoirs des commiffaires chargés par le roi de furveiller 8cdiriger pour cette
Premiere fois feulement, conformément au décret du 8 janvier dernier, la formation desadminiftrations de département & de diftriét ex
pireront le jour de la clôture du dernier procès verbal d'élection des citoyens qui compoferont ladite adminiftration.
devant décider
( 20. Que les commiflaires
provifairement les dificultés qui furviendroient
dans le cours de la formation des allemblées T'afptimaires & adminiftratives, renverront à --- Page 556 ---
( 404 )
fembléenationale les difhicultésn majeures
roient fiurvenir, , dont la décifion ne qui pourêtre dirigée ni par le texte,-ni par les pourroir conféquences néceflaires dcs décrets de l'affemblée
nationale,
( 3". Que le comité de conftitution
été aurorifé à donner fon avis fitr plufieurs ayant difficultés relatives à la formation des
lités, 8cià renvoyer aux aflemblées de. municipamens les difficultés qui tiennent à des départe- connoif.
fances-locales, ce feront cesjaflemblées qui
nonceront fir toutes les queftions furvenues pro- à
cet égard, ou qui pourroient furvenir; les commiffaires du roi ne pourront en- connoitre fous
aucun prétexte.
€ 4. Que les commilfaires, avant
de
commencer leurs fonctions, préterontle
civique devant
Timte
tiendra
la municipalité du lieu oû fe
l'aflemblée des électeurs de
ment ).
départeOrdre judiciaire
IInyauta rien de bien intéreffant fur cette
tic, julqua ce que T'aflemblee ait adopté de pasférence Tun des 5o à 6oprojets & leur fuite, préla plume féconde des créateurs invenre chaque que
jour. II y ena un autre rédigé Par M. labbé
Syeyes, & quielt bien intéreffant: : teleft en effet
le caractere qui diftingue tous les
fonds & fages de cet auteur.
ouvrages proM. Vieville des Effarrs a parlé
mais ona prétendu & même jugéque Jong la majeure tempss
partic de fon difcours étoit étrangere à lordre
& leur fuite, préla plume féconde des créateurs invenre chaque que
jour. II y ena un autre rédigé Par M. labbé
Syeyes, & quielt bien intéreffant: : teleft en effet
le caractere qui diftingue tous les
fonds & fages de cet auteur.
ouvrages proM. Vieville des Effarrs a parlé
mais ona prétendu & même jugéque Jong la majeure tempss
partic de fon difcours étoit étrangere à lordre --- Page 557 ---
du jour. Elle avoit (405 pour ) objet la queftion da
rembourfement de la finance des
a
bilies, qu'il
foutenu devoir précéder leur fupprefion. Iselt
appuyé fur un article de la déclaration des droits
de Thomme, qui décide que nul ne peut être
privé de Ta propriéré, même pour des caufes
d'utilité publique, fans une indemaité préalable.
Cette fauffe application d'un principe vrai &
inconteftable Ta entrainé dans uhe fuite d'erreurs
inévitables. I1 en a tiré la confequence, hautement adoprée
la minorité, quil falloit rembourfer la TAnutierd des ofhces de judicature avant
que de reconftituer en entier lordre judiciaire;
comme 6 une queltion de finance
voit être relative à une loi conlitutionelles poucomme fi Torganifation du pouvoir judiciatre,
qui eft une émanation du pouvoir exécurif, devoit fe confendre avec les intérêts privés & individuels de l'officier inftrumentaire.
La derniere Partie du difconrs de l'orateur
tendoit à une fimple réforme dans Tordre judiciaire 5 à quelques modifications déjà profcrites
par le décret qut a ordonné que Tordre judiciaire
feroit reconftitué en entier, & qui par conféquent
rejette fans efpoir tous ces ménagemens conciliatoires. Il eft entré dans quelques détails fur les
inconvéniens du Projet du comité de conftitution,
notamment dans la partie
autorife le" plaideur
à plaider fa propre caufe A le fecours d'aucun
défenfeur légal. Mais pour éviter toute répétition,
je remettrai tous ces" débats, lorfque Taflemblée
aura adopté un plan fur lequel Gapperont les
opinions; Car fans cela le lecteur n' auroit
le récit de projers vagues, préfentés avec rapi- qte
dité, honorés peur-eure de Timpreflion, mais
autorife le" plaideur
à plaider fa propre caufe A le fecours d'aucun
défenfeur légal. Mais pour éviter toute répétition,
je remettrai tous ces" débats, lorfque Taflemblée
aura adopté un plan fur lequel Gapperont les
opinions; Car fans cela le lecteur n' auroit
le récit de projers vagues, préfentés avec rapi- qte
dité, honorés peur-eure de Timpreflion, mais --- Page 558 ---
bientôt oubliés dans la ) des
des
inventions
fritemes,
Sc 10
On doit cependant difinguer celui
Daport a fait ajourdthal la lecture dont M.
tant au civil qu'au criminel; des
: des jurés,
tenant des afhifes publiques, & juges ambulans,
de la Joi, fur le fait déja appliquantle texte
de grands juges, révifeurs de juge ces par les jurés:
folliciteur, ou offcier
atraché jugemens ; un
tribunal ambulant, & un Pulblic, Stand officier de à chaque
ronne : vojla en fomme rout le
la coune peut en fuivre les immenfes projet. Mais on
extrait rapide. C'et un
détails dans un
8c qui mérite d'étre lu. C'eft ouvrage en le qu'il faur lite,
comparant 1
avec nos mceurs, nos lilant, en le
convient de le juger,
befomins,qeil eft
fur Ce plan ; mais Mon.opinion on doit attendre bien fixée
publicfur une matiere ou la fortune
celle du
plus de 300 mille familles en France &Thonneurde font fi
demene ineérellées. Au furplus la rédaction de grandifcours eft pleine d'intérér & de
ce
douce philofophis,Tanour de
fenlibilité, La
Dorent notre fiecle, 3 font les bales Thumanité, dela qui.hode.ce 31
fyllème, Peutérre eft-il
moralité
notre fecle. trop
trop vertueux poue
2 tion,
fimple philofophique pour saccorder Pour notre fituaathreux tP notre legillation.
avec le chaos
nérales, fans les locales, & leurs 144 coutumes gemenraires 5
a
infipides comnances,
7 - 800 volumes de lois- &
avec leurs interpretes 5 20
d'ordonan-Tolio de recueils de
130 volumes
un mélange de droit ljuniprudenee écrit, au milieu des arrers;
épouvantable confilion; 3 ajoutez la forme de cette des
procedures, les regles de cette marchejudiciaires
reux tP notre legillation.
avec le chaos
nérales, fans les locales, & leurs 144 coutumes gemenraires 5
a
infipides comnances,
7 - 800 volumes de lois- &
avec leurs interpretes 5 20
d'ordonan-Tolio de recueils de
130 volumes
un mélange de droit ljuniprudenee écrit, au milieu des arrers;
épouvantable confilion; 3 ajoutez la forme de cette des
procedures, les regles de cette marchejudiciaires --- Page 559 ---
(407 )
accordez cela,"sil eft polible, avec des
des juges voyageurs & anovibles, des jurés, 3
révifeurs, &c tout Tappareil. de la'
juges
nos
fimplicité de
peres.
Mais attendons..
men dillipera peut - - être ces objections l'exal'amour du bien
doit faire
avec, que
le fentiment de
envifager
car tout
Ea
défaveurs
dans ce moment
homme,
critique, 2 doit s'immoler fans
murmure. La confidération de quelques victimes
ifolées ne doit
attendrir Tame inflexible
du légillateur. Il Talt qu'il confole. la génération
exifante, par dejuftes indemnitéss mais la patrie
n'a jamais contraété T'obligation der conferver
dans le luxe & Tabondance une, partie de
3 ne fe procure des jouiffances qu'aux ciroyens dépens
furplus de la fociéré, & au mépris des
maximes éternelles de la raifon & de la juftice.
L'affemblée a ordonné Timpreflion du
de M. Daport. La fuite de cette matiere difcours fera
reprife demain, quoiqu'elle ne paroiffe pas amufer
M.dEprémefmil, qui fe confole cependant, dans
Telpoir qu'il fera fuu des ambulans ou des inamovibles qui fixeront T'honorable choix de leurs
concitoyens.
Royal, Cette feuille 229
paroit tous les matins au Palais
fouferit à raifon 14, chez de 5 GATTEY, Z. pur mois Libraire, oi l'on
6 livres pour la Province, Frane de pour port. Paris 6
Courier, On Jouforit auffi pour la Colledion du méme
gui formera deux volumes 3
verture des Ecats, raifon de 6 liy., & depuis 8
louceux quin'aurone pas Jouferit.
liv. pour
De IImprimerie de DEMONYILLE, - 10s :
1790,
ouferit à raifon 14, chez de 5 GATTEY, Z. pur mois Libraire, oi l'on
6 livres pour la Province, Frane de pour port. Paris 6
Courier, On Jouforit auffi pour la Colledion du méme
gui formera deux volumes 3
verture des Ecats, raifon de 6 liy., & depuis 8
louceux quin'aurone pas Jouferit.
liv. pour
De IImprimerie de DEMONYILLE, - 10s :
1790, --- Page 560 ---
no
- --- Page 561 ---
No.
Ier,
aem
COURIER DE MADON
nu SIO
A L'ASSEMBIÉE
15 tsot NATIONALE a
PERM A NENTE
-
roeupAaboto
Séance du jeudin"t captil 1790.
Lxguste queftion du
exclnlif
la compagniel des Indes, a privilege feule
de
Teance jufqua dix heures du foir. rempli St cette
elle réfite encore à
demain
toutes les forces du lopinion commerce&-de a qufPartaque 1a
avec
elle fera certainentent
liberte, A5
régime. Carileft à
aflujettic a'un un nouveau
les pltrs zélés, & même remarquer M. Tabbé que fes. partifans
a joué ce foir un rôle G bruyant, conviennent Maury, 2 qui
que ce régime doit être réformé, Ce furM.de
Calonne qui reffulcita cette compagnie, comme
il'a reffufcité & créé tant d'antres
ont caufé tant de plaies à la France, abus, dont
cicatrices
#
profondes fublifteront
Ellé
ne pouvoit pas renaitre fous de long-temps.
bles aufpices. 10
plus délavoraPour mertre le lecteur à portée de fuivre cette
matiere importante 2 je vais d'abord
les raifons qui peuvent être employées en analyfer
de la compagnie, & deniain, avee le faveur décret
Tom. P1.
A
ont caufé tant de plaies à la France, abus, dont
cicatrices
#
profondes fublifteront
Ellé
ne pouvoit pas renaitre fous de long-temps.
bles aufpices. 10
plus délavoraPour mertre le lecteur à portée de fuivre cette
matiere importante 2 je vais d'abord
les raifons qui peuvent être employées en analyfer
de la compagnie, & deniain, avee le faveur décret
Tom. P1.
A --- Page 562 ---
e
(25
fera e rendu (probablement
fa
ou aul moins
a pour
gte
de très
tions ),je donnerai l'extrait grandes
fopef
contre elle.
des taifonse employées
Je tire ces argumens
des
re/pectifs, tant imprimiés relpectin 5b
memotres
des difcours prononcés ate les manufcrits, &
rapprochement offrira un plus
féances. Ce 0
n grand intérêt. I
Raifons pour la compagnie.
tasur
Ilet des circonftances oh les
clufifs, dans - quelques parties du priviléges cXpenvent fe concilier avec la libérté commerce des
Lc privilége de la compagnic n'eft
peuples.
attribué à une collection dindividus, quun droit
multitude d'aurres font libres de
une
comme actionnaires,
part
L
1c préfente ordinairement L'idée fous feule du
mais lorlque la liberté tourne un A afpect
KS
la nation, elle nuit a la richeffe au préjudice de
Texclufif devient un acte de
publique, &
terre & la Hollande ont ellayé fagetle. du récime LAngle- de la
liberté, &-Texpérience leur a fait
vilege. Lors dela prife de Madras.plafieurs phélererle
d'Anglererre voterent
RSt
pagnic,Le parlement fe pour forma labolition de la comrecteurs de la compagnic furent en comités; les diceux qui par leur relidence dans entendus, linde & tous
noifloient le commerce furent
en conde
entendus.
longs débats a TAnglererre
Après
voit étre fait utilement
jugca quilne pouprivilégiée. La nature de ae par commerce - une compagnie
tiver ce
dur mojugement o a 20h mémorable.La oE
compagnie ne
Le parlement fe pour forma labolition de la comrecteurs de la compagnic furent en comités; les diceux qui par leur relidence dans entendus, linde & tous
noifloient le commerce furent
en conde
entendus.
longs débats a TAnglererre
Après
voit étre fait utilement
jugca quilne pouprivilégiée. La nature de ae par commerce - une compagnie
tiver ce
dur mojugement o a 20h mémorable.La oE
compagnie ne --- Page 563 ---
(3)
porte dans TInde qu'un feptieme de marchandifes françoifes qui fert aux
NO
furplus de fes achars eft foldé échanges., en matieres 5 & le
& dargent, & fur- tout en piaftres. L'indien d'or accouruméa vivre de peu. 5 ne confomme
même en entier ces foibles échanges. Ils
la
jet
pour
plupare employés par les curopéens
domiciliés dans TInde. Ifaur des capitaux immenfes pour foutenir ce, commerce, plulieurs
expéditions fe fuccedent fouvent avant que le
produit de la premiere foir rentrée, Des
toirs & des magafins font néceffaires dans comp- an
pays où it n'y a ni marchés publics ni entrepot, ou lindien, naturellement ami du
ne peut être arraché à fon apathie que repos,
qu'on lai préfente, même avant Ja
parfor
La compagnie contrade avec plus fabricarion, de facilité
par fes agens qui fuivent le tifferand, & traitent
avec les entrepreneurs indiens. Des
ifolés ne pourroient fuivre cette marche particuliers
& active; sils n'auroient pas affez de fonds longue
leur feroit impofible de foutenir la concurrence ; il;
avec les compagnies étrangeres 5 on ne
même
fuppleer par des fociérés; le pourroit
fcroit Hal approvilionné des marchandifes rovaume de:
linde, Les négocians étant fans accord entre
eux dans leurs expéditions on verroit fuccédér dans lInde une abondance funcfte à une
difette dangereufe. Jamais des allociations STordinaires & moins encore des individus ne feroient
en état de foutenir les variations du débit &
hafards de la concurrence, Bientôt cette influenca les
impolitique 2
porteroit les marchandifes dex fInde
a'uin prix excellit, & aviliroit nos exportations.
A 2
ocians étant fans accord entre
eux dans leurs expéditions on verroit fuccédér dans lInde une abondance funcfte à une
difette dangereufe. Jamais des allociations STordinaires & moins encore des individus ne feroient
en état de foutenir les variations du débit &
hafards de la concurrence, Bientôt cette influenca les
impolitique 2
porteroit les marchandifes dex fInde
a'uin prix excellit, & aviliroit nos exportations.
A 2 --- Page 564 ---
(4)
Lorique le gouvenement fifpendtt en 1759
le privilége de lancienne compagnie, 11 fe forma
pinfieurs fociétés conduite avec autant dlactivité
qued'ianrelligence. Elles avoientdes correlpondans
de sontrader
elles. Cedanslimdescharges a
des pour immenfes;
pendane elles ont épronvé
pertes
millions
ane compagois a perda entre autres 12
fur 43. Que lon calcule fur cet apperçu ce que
perdirent une foule d'individus qui voulurent
s'ifoler dans leurs fpéculations. Bientôr nos armateurs abandonnerent ce commerce aux compagnies étrangeres, dont ils devinrent les facteurs
& les conmillionnaires 5 ils fc chargerent de
vendre à lorient les marchandifes de ces 1 compagnies, & en failoient paller le prix hors du
avoir
le fret & la comroyaume miflion. Des-lors 3 après le bénéfice prélevé fur le commerce
de lInde, gak s'éleve de 25 à 39 pour Centa
tournoit au profit de ces compagnies rivales,
& le numéraire de France étoit enlevé par ces
ipéculations réellement anti - nationale.
Au contraire, lesavahtages d'une compagnie
font évidens & fenfibles. Lapprowi@onnement du
royaume elt plus affuré sles marchandifes qu'elle elle
fournit font mieux allorties & plus
-ouvre tousfes actionnaires fes
& réTOSERTE
parc TAR fans inconvéniens Tintetruption d'une
Mercinfacuetle elle emploic un quart moins
de numéraire. dans fes achats. Une compagnie
immédiarement foumifea Tinipection du gouver:
nement
fon commerce fur les befoins de
la nation., a : seglera & lur Tavantage des manufactures de
la méttopole 5 des particuliers au contraire ne
& foumettroient jamais à ces entraves politiques.
fes actionnaires fes
& réTOSERTE
parc TAR fans inconvéniens Tintetruption d'une
Mercinfacuetle elle emploic un quart moins
de numéraire. dans fes achats. Une compagnie
immédiarement foumifea Tinipection du gouver:
nement
fon commerce fur les befoins de
la nation., a : seglera & lur Tavantage des manufactures de
la méttopole 5 des particuliers au contraire ne
& foumettroient jamais à ces entraves politiques. --- Page 565 ---
done anéantir ts dans 5 fInde tout le crédit.
Faut-il
Textinction d'une
du nom françois, par
- maintient encore, fa
ReRCOEI
agnle, qui y
-tiont
5 rétablie' en La compagnie des Indes,
1785,
scommença avec un capial de 20. millions, qui
selt enluite élevé a 40. Son crédit doublea
ARI
-
réfulte de
Se
pres ce fonds focial , ainii quil aulli étendu que:
dernier bilan. Son commerce,
a excédé celnrdes
celui de-lancienne
S millions, Les magalins
patriculiers
cen
ndela compagnie dans TInde font fourniss ily
millions dans ceux de T'Orient 9
-ena a pour 35
de l'année
fans y comprendre millions. Texpédition. Voila la fituation de E
s'élevera-a 25 dans le moment ou Ton demande la
fappretions compagtic de fon privilege.Dientoe la liberté du
commerce feroit verfer tous: les rebuts des cométrangeres, & tout cd quecliaconurebagde
atient Mapriss en. dépor à Oftende & à Nice. La compaparcette concurrencel imprévue, feroient du éprouveroie fait de la
T pertes immenfes qui
& nécefliteroient une indemnité,'non
e nation, Aculement pour la perte dun privilége qu'elle
devoit exercer pendant IS années, mais encore
le bénéfice perdu fur les venres & les marchandifes pour
invendues. On féduifit quelques momens le public par des états inexacts dans la d'arme- vérité
imens particuliers 3 mais ils étolent année commune
eréduits de 21 vaifleaux 39,
réduite :
& Vannéc commune de Tiunportation de 22,843.535 liv.
17,765.956 livres, au lieu
commerce
& même dans les dernieres années 5 le
fc ft pour le compte des étrangers. A3
perdu fur les venres & les marchandifes pour
invendues. On féduifit quelques momens le public par des états inexacts dans la d'arme- vérité
imens particuliers 3 mais ils étolent année commune
eréduits de 21 vaifleaux 39,
réduite :
& Vannéc commune de Tiunportation de 22,843.535 liv.
17,765.956 livres, au lieu
commerce
& même dans les dernieres années 5 le
fc ft pour le compte des étrangers. A3 --- Page 566 ---
C6)
A Tégard des conceflions
par le gouvemement de Taffranchiffement fitersiscompagate du
aasm deoitd'indult, uine Tite
ou autres exemprions, ou elles font
X -
déla fubltitution dela nouvelle
gnie aue Hrivileges de Fanciennero
compatent aux confommateurs
5 or bien profiles machandilenimponca qui Tant payeroient plus cher
voifines ftivront leur fyftème que les nations
ab eft impoflible
des
commerçial, il
Tenta des' of que
négocians affociés réunif
23 dactivite capiraux Tafhifans ;ou fuivent.avec aflez
STIAT vienne
ce commerce, Pour qu'ils ne leur deROI bien"de pas onérenx, & par fuire préjudiciable au
fulie a Térat" des o dont fla richelle générale ne ré3AETS qute
richeffes individuelles
Enhn ce" privilege n'eftil pas devenu
0 to la compagnie une verable
pour
avec acharement par le commerce propriéré? Attaquée
s'elt défendue par des raifons d'utilité libre, elle
Un arrêt du 21 feprembre 1786 a fixé publique, invariablement l'exiftence de la
cette époquel elle a doublé fes compagnie. capitaue & Depuis étendu
fes expéditions. Ce
a
1e
ptivilége fur
en parlement, dans ces fufpendu
demanda lof-mémel Texécution du vemontrances,
cita Pexemplede toutes lesnations Privilége,8
jultiner la
européennes,
a
fagelfe de cette conceilion. Ce
E
dans un
bet
chargé Pac de fondeimmenfes, moment ou la compagnic eft
droit opérer fa ruine
que la nation voucontraire la jultice, par & une concurrence aufli
indemnité confidérable. dont qui le robligeroira une
roit fur le tréfor
En poids retombea
- public,
ita Pexemplede toutes lesnations Privilége,8
jultiner la
européennes,
a
fagelfe de cette conceilion. Ce
E
dans un
bet
chargé Pac de fondeimmenfes, moment ou la compagnic eft
droit opérer fa ruine
que la nation voucontraire la jultice, par & une concurrence aufli
indemnité confidérable. dont qui le robligeroira une
roit fur le tréfor
En poids retombea
- public, --- Page 567 ---
(7)
tinbsamos S1
R enorlssros dor
tib En Planide M. de la Jasqueminierenol 2507 DO oltgmex 92b1116 BO
infiniment
sgme Les, détails det fon.
fcront
de démieux entendus par Ia Ete du projet
sarcreti ci-après, rédigé en trois.articles. ZUA
0O06a 3 adp anst DOMOUIL
Terptammoa om A R Tal M SaNT
Oinget 291 olis 161 100 DE
aaboup
de
softs Le pririlége de fa sompagnie snielsaimeil
sb TInde fera impprime A compter à
du premies
avril, & ccpendans la compagnie pourra faire
all port de'TOrient, en franchife & exemption
des droits, qui lui avoient été accordésa les
snol retourss & expéditions quelle auroit fait avant
sor cette époque 3 toutes importations & ventes parelle ticulieres continueront d'etre prohibées -
comme
upar.le patlerh znotict 200
rdi
-Eitevol xn
A - - AR T. II - 10T48
zingp(i IOS
oons a
sronen Iferaincefaumuents nommé parTaffemblée ge
mo nérale des, actionnaires ayant vOIX delibérative,
en nombre
a celui des
991 des commilfaites
égal
3 adminiftrateurs actuels; ) leiquels conjointement 50 être
oravec cenx-ci d'ici à - Fepoque qui va
3 fixéea géreront les affaireside ladite compagnies
0s S immédiarement apres les derniers retours &
pondes dernieres ventess procederont enfemble à la
Ros formation, & liquidations des compres a
de ladite
ne
omu compagmie. 2 laquelle liquidarion cependan
aura
-
adn
sexécurer
quelle
été
& foumife à
généralc des
frate
NEF
L
naires ayant voix délibérative 3 & agréces Par
elle à la majorité,
-
ide ladite compagnies
0s S immédiarement apres les derniers retours &
pondes dernieres ventess procederont enfemble à la
Ros formation, & liquidations des compres a
de ladite
ne
omu compagmie. 2 laquelle liquidarion cependan
aura
-
adn
sexécurer
quelle
été
& foumife à
généralc des
frate
NEF
L
naires ayant voix délibérative 3 & agréces Par
elle à la majorité,
- --- Page 568 ---
L8)
ART. IIL
Le comiré dagriculrure 8 de commerce
fentera fous un mois a fallemblée nationale pré. lc
d'ane affociation particuliere pour le comHad de Tinde, dans leguel il cherchera à concilier les intérèrs des manufactures & du commerce, avec le befoin & les avantages nationaux & ceux.de nos colonies, dans linde,
M. Sinerty a
contre Ie privilége exchyfif; fes raifons At demain confondues avec
celles qui feront emplovées contrela
Venons au
compagnie
trop -R
célebre Abbé Maury, Prenez,
lifez, &
1 SV
jagez.
SeS Suite des
adoi KORTT pour la eompagnic.
(M.PAbbé Maury . MM., ce n'eft
ici une fimple queftion de
poine
avez. A décider, mais 22 une grande commerce quefion que diad- vous
miniftradon 8cae dioit
ont entrepris ce 2r commerce, a
publique. la France. Treis la Hol- états
foumis lande & FAnelererre. bon s
Deux de ces états font
a un gouvernement républicain, & ils
ont adopré le. privilese exéluff pour le commerce de PInde. Grand exemple pour nous : !
Trois lecon" importante fois Cette pour diriger notre décilion L
quellion celebre a été
en Anglererre & trois fois, elle a été rermi- agirée
née'en faveur de
exclufif
Of oppofe que de Friviiege tour ptivilege eft un attentar
atrx drois delhiomime,& un monument odicux
du defporime quilfaut détruire.
ont adopré le. privilese exéluff pour le commerce de PInde. Grand exemple pour nous : !
Trois lecon" importante fois Cette pour diriger notre décilion L
quellion celebre a été
en Anglererre & trois fois, elle a été rermi- agirée
née'en faveur de
exclufif
Of oppofe que de Friviiege tour ptivilege eft un attentar
atrx drois delhiomime,& un monument odicux
du defporime quilfaut détruire. --- Page 569 ---
(9)
Si ce priviléceen incompatible, elavec >
la confritution, il n'eit
douteux quil ne foit néceffaire de l'abolir K le probieme eft réfolu, Mais
tout n'elt-il pasérige en priviléges en France? de
Les franchifes des
de Dunkerque.,
Bayonne, de rola ne Tont-elles RA
pas des a
priviléges? C'eft avec ce mot aliquel on aftache une idée de réprobation, que Ton acffayé de furprendre votre patrior.fme Le projet
da décret du comité ne renfermet-il
méme lidée d'un privilége en faveur
port
Sa
de - TOrient.
attentat aux TC droite de
fhomme, Mais ce n'elt prérendu qu'une exceprion a la liberté
le bien général, qui doit être la loifur
EERE des peuples. Conlidérez, MM., que ce
privilége a été accorde par le roi, au moins
comme légillareur provifoire, lorique la France
entiere avoit abandonné le foin de fa legillation. Vous devez refpecter ces concclhons comme vous refpectez les anciennes lois, & fur tout
comme les autres engagemens que le monarque
acontractés
Le privilege de la compagnic, accordé par
le trois fois grand Colbert TI) a été illimité
pendane plus dun ficcle: Il fut fufpendu en
1769. On voalut faire un crime a la TA compas
gnie des fottifes du gouvernements oup cette quele
Ceci a été dit
allufion. aux expteffions dont
e ()
par
fervia
M. Dupont,, député de Némouts,setolt
l'égard
de. M. Turgot. Toutce difcours étoit dirigé contre
M. Dupont, ainti quevous Yallez:voiry
pendane plus dun ficcle: Il fut fufpendu en
1769. On voalut faire un crime a la TA compas
gnie des fottifes du gouvernements oup cette quele
Ceci a été dit
allufion. aux expteffions dont
e ()
par
fervia
M. Dupont,, député de Némouts,setolt
l'égard
de. M. Turgot. Toutce difcours étoit dirigé contre
M. Dupont, ainti quevous Yallez:voiry --- Page 570 ---
tion
(IO )
ficepeidame difcurée
la fafpention conriina -
folennellement, &
9n Pafions mantenant adadifcutfion-di jntow'en:178s.
quilsif nécellairer del traiter avec privilege,
dueg8e Hfous différens
quelqu'étende H'inde 2 eftill utile rapports, arlan France 19 Lecommerce
être liviéa des particuliers OuS à9 une 2120, Doit-il
3JA quelles condirions :
compagnic?
S Le'2ommetce eide-lInde Joineid S116t
publicgilin'er fondé
eft un véritable fléau
que fur de luxez Cleft avec
de.Targenenqus fourienes
cein commerce Salimente & fe
fans aucun 78 verfement
rerritoriales, ci led luxe a
desproductions la
néceflité, En. un mot, les
de place de la
merce
notre comduEt
avec fInde font uniquement de
vouss n'y foumiffez rque
des Targent;
de marchandifes Vos laines rès-peu,
denrées &c
vorées par les
y font biencôt déporter la chaleurl versy dan vOS vins ne peuvent-y y
peuples lindiensvêtns climat, Emun mor,
de peugohe fentant jamaisle d'ane hmple toile, vivant
dent que votteargent. Ge métal beloin, n'eft ne demanpour enx un-objer de conmercegils pac même
dans: leurs rotnbeialus, dans lelpoir fenfouiffent idel le rerronveridans mneivie plus
27 merce des Indes fera
heureufe: Plus le comarfera appauvric Par des Horiffane; calculs plus le royaume
voyons une perte de quinze millions rapprochés, fur le nous
merce de IInde: nous cem
comde notre traité de commerce perdonis fepr parfaite
&c onze millions avec la Suiffe Gavec au TAngleterte, dela
mille livres de cotons
nous lui
des 800
61 nuellemenrA Comment que les
vendons anrélifter
royaume pourroit - il
long-temps-a ces perres annuelles? De-
iffane; calculs plus le royaume
voyons une perte de quinze millions rapprochés, fur le nous
merce de IInde: nous cem
comde notre traité de commerce perdonis fepr parfaite
&c onze millions avec la Suiffe Gavec au TAngleterte, dela
mille livres de cotons
nous lui
des 800
61 nuellemenrA Comment que les
vendons anrélifter
royaume pourroit - il
long-temps-a ces perres annuelles? De- --- Page 571 ---
C(CIr )
nos folies
puis trente ans les anglois. & regardent commercente de nos
comme leurparrimoine Entender-vous , en Angleterre les néfautes (1). réclamer contre les
de lai comgocians Soavent: ils ont fait ATe lai
sgouverPagnioz nement, mais als ont refpecté le privilege éufleht dune
affociation utile. au bienit public & is'ils
ofé le faire, bientôt le pattiotifinel les eut in- ces -
vefti, & auroit repoulle leuts efforeOnfi
négoctans,harse deleur libertés @ cesinégocians, des
squi font qhelquetod-devenas des miniltres, anambafladeurs, ontr maintenunila compagnie
gloife, qui fommes nous pouri donneri dont ciarce les com- peuple des lecons de fagelles.t nouss celui der cetté.camercel eft frivole a 8 fur-rout
pitale? Nous, qui ne 1 fommesi nueiesegena.des dewous-obanglois dans TindezCar dl/eftbon retire de IInde 320
ferver que de TAngleterser revenusi annnels. Elle eft puillante
millions
Sellerefk-ablolues dans
ala côter de Goromandeli demandept JabolileBengalea Ceux quir vousiK
fontiles
sation des
ade lan sompagnies cdu luxe
ce
dess
inégocians TE s
apotres
squlfe
rendent les apotres de la libertés Celt la S
dité qui prend lon mafque dur patriotifmes Jeurs
les vrais ennemis dela nations ipuifque
vues font contraires à fa profpériten -
Ikfantidone
dérruirel le commercer de FInde: 3 & pour yeparpardei psivivenir, Rexodhesndic.infearbintee obxSTiETT ST3ort 2bi
lege dune compagnienw.es
e D Kbb TLE hne 11 O9YA 2noilim ssno ellm
a
a
LE zuon an P 24 0105 5eb2 251711
80 de
T(I) L'orateur n'al cefférd'enalter PAogleterre aol 39081 920
aéptiler fa patric.
253 2um
yeparpardei psivivenir, Rexodhesndic.infearbintee obxSTiETT ST3ort 2bi
lege dune compagnienw.es
e D Kbb TLE hne 11 O9YA 2noilim ssno ellm
a
a
LE zuon an P 24 0105 5eb2 251711
80 de
T(I) L'orateur n'al cefférd'enalter PAogleterre aol 39081 920
aéptiler fa patric.
253 2um --- Page 572 ---
a Après ce fong éralage (12) des
merce de lInde, M. Labbé dangers du com
lecture d'un mémoire
Maury a fait faire
-terre a établi de nombreufes qui conftate que TAnglesouvriers, qu'elle y
journellement plus manufachures de
S
Il
de I5o mille
300 mille
a
EE
foutenu que
femmes &enfans.
elle même des marchandifes TAngleterre de confommoit peu
dles exportoi dans le nord de lInde, & qu'elle
enfiire au rétabliffement de la l'europe. Ila Paffé
de miniftere de M. de Calonne. compagnie fous
ment quil fe préparoir
inculper Ceit a ce mopatriote vereueux & hoeatis de
M.Duponrs,
thonneur derre accufe anjourd'hui bien, qui a Cu
Maury, dont on ne peur caractérifer la par labbe
puifquil s'eft rendu
conduire,
& reconnue calompieufe, coupable d'une délation faufle
noncé unmémoire adreffé, M.labbé difoiril, Maury a anlonne
membre de cette allembléc, à M. de CaImmbine KC
en matiere de
dontles
&c qui foutint alors le çommerce font connues,
privilégel exclufif
C
compagniel quil combar
de la
moment : M. Dupont a dit: aujourdhui, Je donne à A cC
Ce fait LTL démenii formel a M. Pabbé fur ce.
demier lui a répondu
le
Maurye
de ado Lul 2 &c quil éroir que mémoire étoir
originales lignées de
accompagmé de lertres
eioit Tauteur. a
a Ara.gni certifioient guil etr
tenant Eneffer, la note ila 1 du fait lecure de ce mémoire confagere de Elades projet qui, fans d'ime aucun. emmpagniemde
clulf du commerce des marchandifes privilége exr
Tafmréremncnt a1o
a feroie
des compagmies - ponr cent au deflous du
angloifes & hollandoifes, M
accompagmé de lertres
eioit Tauteur. a
a Ara.gni certifioient guil etr
tenant Eneffer, la note ila 1 du fait lecure de ce mémoire confagere de Elades projet qui, fans d'ime aucun. emmpagniemde
clulf du commerce des marchandifes privilége exr
Tafmréremncnt a1o
a feroie
des compagmies - ponr cent au deflous du
angloifes & hollandoifes, M --- Page 573 ---
Tyarchandifes 8c denrées (13) envoyées, Zans TInde
par les négocians françois, & enluite du tranf
port des retours 8 échanges, Quelgues vaiffeanx
de la marine royale, fous le prétexte duneréforme, auroient été prétés àla compagnie,
a'en auroit été que fictivement propriétaire qui
des paiemens fimulés, avec la claufe fecrete Ie
expreffe de rendre les vaiffeaux en érat à
farion du privilége. M.
ajoutoit Texpi1e miniftre trouverott Egalement Dupone 1 occalions
favorifer
dae
& demandoit fes TE érte Faa Texcution des
de ce plans
directeurs. Cette
compagnie de
auroit fourni des reffources en
&
temps
guerre,
les vaiffeaux prétes a fon commerce auroient pu fervir
le
treles premieres hoftilités. Pour A Protéger conLa maniere dont M.labbé Maury a fair
cette lecture par Tun des fecrétaires, a 11
faire
moment de defaveur dans une à
partie de excité la falle un
contre M. Dupont. II seft. méme STA
a
Velevé
spplaudiffemens Pour Torateur 3 mais LE le quelques triom*
phe de la délation h'a pas duré
mn
Cependant le but du délateur éroit B fong
tumulte
remplis
D
PE
agitoitT-aftemnbilée fon état de fermhele
tation,& une difcuflion auffi prolongée devoient
néccllairement confommer le refte de la feançes
Car il fauc remarquer
le dilcours de
Maury, 5 cent fois
que
a 253
labbé
quatre heures. D interrompu, > a duré 0s plus de
La lecture d'une lettre de M.
a jeté
de lumieres fur Tincident Dapont le conLE Son
dénonciateur a car tel # le nom
quil mérite, ne a vouloit, difoit-il, lire que la
partie 3 de la - leture relative al'envoi du
- n mémoires.
es
Car il fauc remarquer
le dilcours de
Maury, 5 cent fois
que
a 253
labbé
quatre heures. D interrompu, > a duré 0s plus de
La lecture d'une lettre de M.
a jeté
de lumieres fur Tincident Dapont le conLE Son
dénonciateur a car tel # le nom
quil mérite, ne a vouloit, difoit-il, lire que la
partie 3 de la - leture relative al'envoi du
- n mémoires. --- Page 574 ---
mais ayant été obligé (14) de la ) lire en
entendu cette phrafe entre autressje entier, on a
indiferent Yar mont intérer mais nefuis je
point
jei preférerai toujolirs Pintéret du fais que
Franee au mien. ens : Vnert Toi e de la
Unt tel' pattionifne fous M. de
fait Pourr Tapprecicra métité les Calonne, peu
applaudti@femiens; 8 Ccux qui avoient plus grands
avee fune fi
accueilli,
lomnie, ont maligne a
fenfualité, la premiere cal'enfemble tendoit"a paru frappés de cette lette, dont
M. Dapont, 8cfaifoit Teeplication du plan de
dans - lle temps ou ce mot hontieur éroit à fon avifme
la chofe eat été regardée comme inconnu, & ou
Depuis ce moment, M.Tabbé un crime.
da de vue le plan de fon difcours, Maury a
débité que des
Irn'a fma
Inconleqtuiences & des
dictions, & A même fonvent de ces
contral'embarras dun orateur n'escufe inepties que
M. Dupont seft préfenté à la jamais. rribune; il a
developpe Tanacure &-leveirtontances du
qu'il- ayoit préfenté dans lé
au
projet
IPW obferve que cette révélarion temps
minillere.
memoire deftine à erre fecret publique dm
la France, éroit tn véritable pour l'intérêt. de
dès proteges du minifres iFavoir delltiqu'en parlant
précaution pour lni enlever perfounellement pris a cette
prérexte de refuss que Tobjetde ce
tout
faifane partie de quatre
mémoire,
la concellion du
autres. 5 éroit d'ompéchér
M. de Caloune, privilege & nen C exclufif qtie favorifoit
n'avoit defiré être lun des pour directeurs la défendres gu'il
Ce fentiment naturel à tout invenreur que par
d'être chargé de veiller à fon exécution; de projer quil
ni enlever perfounellement pris a cette
prérexte de refuss que Tobjetde ce
tout
faifane partie de quatre
mémoire,
la concellion du
autres. 5 éroit d'ompéchér
M. de Caloune, privilege & nen C exclufif qtie favorifoit
n'avoit defiré être lun des pour directeurs la défendres gu'il
Ce fentiment naturel à tout invenreur que par
d'être chargé de veiller à fon exécution; de projer quil --- Page 575 ---
(15)
eraignoit quit ne fic pas fiuivi.par a tout autre
avec le méme 39 zele -
& le meme lecrers.quacet
égardil n'ayoir jamais, ciangedapitionupire
gardoir comme mauvaisle commerce de Linde,
& fait avec de mauvais moyensi quedes
eux - mêmes conduifoient mal
anglois
la
VEV CN 24
h commerce de
compagmicsqui ne retiroir 1es, revenus récls
que de fe produirs territoriaux & hom, de fes L
achats &d de des venmtanueninil, croyoit quit
s'étoit bien futhfaroment jottifé D qu'il n'examiro
noit Poine diout M. Jabbe Maury pouvoit tenir
le mémnoire & les lertres enyoyes.par lni CMM
Dupont ) A M, de Calonne,
(I 22 mais
fc
aguils
peduisioir quon.ne à devoir pas
comme
regardee,
LLTL bon ctayen celui qui fuivant une
délation maladroirement. combinee,
toit aulh inclilerettement les ibtérèrs comprometr du,
merce de Ia France entieree
A comDes
omemt 3
oifib
réitérés applaudillemens 0 des bravo cent fois - -
2 D0I onr da dédommiager, M.
ide
la peine
Dupont
il
A momentanée quila da Éprouyer 2 car D
1ya6 11 - fenlibles mais M: LAbbe Maury
il'na ete fenible à rien; il seroit procuré une
jouillance -
dignp de fon ccEur a il ne lui reltoir
le depir davoir Amal reunin & le défis
Jas de recommencer au
inftant
fcene auffi déteftable,
premier 30
une J
300:
-
teveins ot tuor RORDRODIT
(T torn n'eft PaS SD dificile. CU de U2 deviner ZATS quelief 31201910 Thonn
nête correfpondant del labbe Maury. ub noillsono AK
liup tatbnetsbel mnog dec 3 omnoleDab M
389 sup anueiosiib 2ab Cout 5133 5189b diors'd
broid 5B TUSsISVOT 7U0T Elotujen ausminst 32
Wup donDo3xs hot E sslliays6 2150O 9ud'b --- Page 576 ---
(161)
2M01
Cette feuille paroit cous les matins au Palais
Royal, 79 14, chex GATTEY, Libraire, ol l'on
fouferic à raifon de 5 L. par mois pour Paris G
6 livres
la Province, franc de port.
On ETA aulf
la Collecion du méme
Courier, qui formera Fanue votumes depuis touverture des Etats,à raifon de 6 TAC 8 liv.pour
ceunqui in'auront pas Jouferite
De fImprimerie de DENONVILLE, 1790.
matins au Palais
Royal, 79 14, chex GATTEY, Libraire, ol l'on
fouferic à raifon de 5 L. par mois pour Paris G
6 livres
la Province, franc de port.
On ETA aulf
la Collecion du méme
Courier, qui formera Fanue votumes depuis touverture des Etats,à raifon de 6 TAC 8 liv.pour
ceunqui in'auront pas Jouferite
De fImprimerie de DENONVILLE, 1790. --- Page 577 ---
Do
(17)
No.
II.
COURIER DE MADON
a
NATTONALE
A LASSEMBIEE
PERMANENTE
Séance du vendredi 2 avril 1790.
J vais fuivre fidelement la marche que je me
fuis tracée. Elle fera plus commode
du le rap- lecdes débats &
mtseler
prochement teur, fur-tout pour une matiere aufli importante, oû des raifons éparfes, dans une férie
infiniment de leur prix
de féances, perdroient
par leur incohérence.
Raifons contre la compagnie.
Tous les contendans font jufqu'à ce moment
convenus dans leurs difcullions
le commerce Elle
défavantageux à E France.
de TIndeeft
opulente & plus heuferoit (1)-beaucoup plus
(r) Au moment ou j'écris, Tapprends que l'on fe
de démontrer le contraire; 5 je le fouhaite &
propofe
des pieces
jel'attends. Oblervez- queje continucl'extrait
& mémoires refpeétifss
Tom. V1.
B --- Page 578 ---
(18 )
reufe, f elle pouvoit le ceffer abfolument. Ce
commerce en effet ne tend qu'à fatisfaire les
fantailies & le luxe; il ufurpe le patrimoine de
nos manufastures, & porte à nos rivaux un
tribut qui augmente leur puiffance & leurs richelles. Une bonne & fage adminiftration de- a
vroit le profcrire ; mais les pallions humaines
& T'habitude favent bien peu refpecter lempire
des lois, La France confomme annnellement
pour 60 millions de marchandifes de TInde. La
nécellité d'un commerce direct eft donc démontrée. Ceft un nouveau fléau que le luxe
nous caufe, &c dont nos manufactures nationales éprouvent le contrecoup. Il ne faut
le
Fatemate
elpérer que jumais
parriori(me
au facrifice de ces jouiflances.
Mais fi le commerce de l'Inde eft indifpenfable, fice maleft nécellaire, il ne fant pas
y ajouter un autre mal plus grand, celui de
le foumettre à un privilege exclufif. Le commerce eft le principal agent de la profpérité
publique, & les priviléges qui enchainent fon
activité, font roujours odieux. Le commerce de
IInde a prefque toujours été exploité par des
sompagnies depuis 1664 jufqu'en 1769. Le
gouvernement a fait une maltitude de facrifices
infraétnenx
les maintenir.
En malore miniftere invita totis les négocians à faire cc commerce direét. L'émulation
mulriplia de toutes. parts les armemens. Il fallut
long-remps lutter contre les erreurs de linexpérience, Le commerce libre s'eclaira par fes
propres pertes; il porta fes relations avec TInde
a un degré d'extenfion inconnu à la compagnie.
Le
gouvernement a fait une maltitude de facrifices
infraétnenx
les maintenir.
En malore miniftere invita totis les négocians à faire cc commerce direét. L'émulation
mulriplia de toutes. parts les armemens. Il fallut
long-remps lutter contre les erreurs de linexpérience, Le commerce libre s'eclaira par fes
propres pertes; il porta fes relations avec TInde
a un degré d'extenfion inconnu à la compagnie. --- Page 579 ---
(r9)
En effet fes retours monterent à 32,846,226 liv.,
tandis que, de Taveu même des adminiftrareurs
de la compagnie, 3 leurs retours ne s'éleverent,
dans la plus forte année, qu'a 28,000,000 liv.
Encore quelques années, &cla liberté éauroit béaucoup reculé les bornes de ce commerce. C'eft
cependant cet état de profpérité que le minif.
tere facrifia au monopole en 1785. Il créa une
compagnie exclulive: il l'affranchit des droits
d'indult, évalués annuellement à 1800 mille livres; il lui concéda toutes les propriétés de
lancienne compagnie au port de TOrient &
au delà du cap de Bonne -Efpérance. Ce privilege, déterminé d'abord pour fept années 2
excira des plaintes univerfelles de toutes les
places de commerce. Pour répondre à ces humbles doléances, le miniftre impérieux 8c cupide
prolongea le privilége pendant hoit années. Telle
devoit être la réponfe d'un defpote avare 861
prodigue tout à la fois. On renvoya ce fléau
deftruéteur qui auroit écrafé toute la France - ;
le mépris-le fuivit dans fa honteufe retraite, &
T'efpérance du commerce libre fembla renaître
après le départ de fon ennemi. Tous les négocians
françois renouvelerentleurs premiers cfforts, leurs
mémoires furent communiqués à la
Cette demande étoit fimple & d'une compagnic. juflice fenmibles cependant, par le crédit de la
elle fo convertit en un procès contradictoire compagnic, au
confeil des financess procès qui auroir duré attant que le privilége, flaffemblée nationale nel
fc fàt pas chargée de le terminer. Les adminif
trateurs ont joui du triomphe de Tinftant, lorf
que vous avez ajourné cette queftion célebre; la
B2
demande étoit fimple & d'une compagnic. juflice fenmibles cependant, par le crédit de la
elle fo convertit en un procès contradictoire compagnic, au
confeil des financess procès qui auroir duré attant que le privilége, flaffemblée nationale nel
fc fàt pas chargée de le terminer. Les adminif
trateurs ont joui du triomphe de Tinftant, lorf
que vous avez ajourné cette queftion célebre; la
B2 --- Page 580 ---
(120.)
confternation du commerce libre a dû fixor votre
opinion, 5 & ne vous permet plus de balancer. La
mauvaife foi peut vous dire que ces
ne font conduits
par les vues bafles négocians de la
cupidité, & qu'ils Boer les apôrres du luxe &c
ennemis de la nation, Cette idée, aufli ablurde les
qu'injufte, ne peutfe concilier avec celle du commerce , gui enrichit les empires.
Eh! quelle eft denc Timportance & lutilité
cette compagnie, triburaire de linduftrie de
gloile, qui, par la charte même de fon établif alldement, eft chargée de prendre avec la compagnie angloife les arrangemens de
qu'elle a projetés (I)F dune
commerce
merçante avec un Profit sûr & compagnie avec. la claufe comprelle de faire fupporter à Pétat, pendant ex- les
deux premieres annnées, toutes les
excédentes dix pour cent ? d'une pertes compagnie
d'aprés le réfultat defa premiere
avoit Toption
IRa
compte 6 fes rifques defiuiure pour fon
Texploitation de
privilége, 3 ou de s'en defifters Voila cette for dé.
cifion dont la compagnic a G juftement craint
la publicité, & qui décele aux yeux de la
fes vues ambiticufes.
France
C'eft néanmoins cette
ofe
foutenir que fon privilége eft compagnie une
qui
quife dont on ne peut la dépouiller, propriété acdéclaration des
d'aprés la
droits,/ans une
lable. Mais avec ce raifonnement indomniniprés- faux & antipatriotique, on auroit éternifé tous les abus,
(1) Décifion du confcil du 27 février 1785.
fes vues ambiticufes.
France
C'eft néanmoins cette
ofe
foutenir que fon privilége eft compagnie une
qui
quife dont on ne peut la dépouiller, propriété acdéclaration des
d'aprés la
droits,/ans une
lable. Mais avec ce raifonnement indomniniprés- faux & antipatriotique, on auroit éternifé tous les abus,
(1) Décifion du confcil du 27 février 1785. --- Page 581 ---
(2t )
toutes les prérogatives féodales, toutes les ufuf
pations des feigueurs, sigenéralemene tous les
maux qui défoloient lan fociété. Leur
les rendoit encore, pour la plapart, plus antiquité tolé
rables, Leur confulion, leur mélange avec les
autres propriérés -
civiles, fembloient les
Elles avoient été acquifes ràb prix
légitimer. &
tranfmifes avec les hérédités & les d'argent, autres domaines. La juftice de Taflemblée a cependant
frappé Ces nfurparions & ces etreurs,
de la foiblefle & de la tyrannies : iles peuples ouvrages ont
applaudia cette févérité. Les adminiftrateure devoientils! compter fur la durée d'une conceflion
illégale, enlevée au commerce général par le
defpotifine d'un miniftre pillard & dillipateur?
N'eft-elle pas-affez indemnifée par la jouiffance
gratuite, pendant plus de cinqans,de fes érablif
femens en Europe & en Afier par Taffranchiffement annuel du droit d'indul: par la diminttion du droit de traite 2 Mais cette
a-t-elle indemnifé les négocians, lorfqu'elle compaghie les a
dépouillés imhumainement,en vertu de fon
vilége 2 loriqu'elle a ruiné leurs fpéculations? priloriqu'elle a dérruit leurs a établiffeniens? lorf
qu'elle a eu a barbare injuftice de-les empécher
d'exécuter des tranfactions quils n'avoient
tées que fous da foi publique - loriqu'elle a accep- ruiné -
leurs fociétés, leurs entreprifes, 8c Caufé la
d'une partie de leurs capitaux 2 C'eft cependant perte
avec de fimples ordres miniftériels que le commerce de France a été opprimé
ce monopole
deftructeur & par les incrigues Bc1 la
Voilà cette compagnie qui demande corruption. qu'on la
dédommage, non de cequ'elle perd, mais de c:
B 3
ous da foi publique - loriqu'elle a accep- ruiné -
leurs fociétés, leurs entreprifes, 8c Caufé la
d'une partie de leurs capitaux 2 C'eft cependant perte
avec de fimples ordres miniftériels que le commerce de France a été opprimé
ce monopole
deftructeur & par les incrigues Bc1 la
Voilà cette compagnie qui demande corruption. qu'on la
dédommage, non de cequ'elle perd, mais de c:
B 3 --- Page 582 ---
(22 )
qu'elle ne gagne pas ailez par la fipprellion dun
exclnfif, qui révolte toute la nations
Er Les
qu'a produits la rénovation duprivilege
ontété terribles, Le commerce librey écrafé pax
cet arrêt inique,a été oblige'de vendre à vil pris
fes vaifleanx deftinés pour Pinde; il a vu avec
douleur pourrir dansi les ports les vaiffeaux invendus. Les chantiers, les ateliers font reftés fans
aétivité ube foule dematelots fans emploi s'elt
livrée au fervice des phiflances voilines 3 nos
commerçans, Pour retisen leurs fonds, ont été
contraints de nécocier fous des pavillons étran
gets, & de facriher une partie de leurs bénélicess
& fouvent même de leurs capitaux,
Alors le commerce de TInde érant réduit à petr
de a chofe, les agens de làt nouvelle compagnie
nont plus été que les facteurs de la compagnie
angloile. Le commerce libre avoit expédie é,en
11783, 37 vaifloaux 5 en 1784, 335 sren 1785, la
21: malgré lexenonvellenent du priviliége,
compagnie au conttaite nen a envoyé que 10
en 1787.6 en 1788,8 n'en prépare
cette année; encore en a t-elle fait
f d'Angleterre.
deux: completement
armés, tandis qu'elle pouvoit en2 trouver dans
nos ports. Vos
11 159 75RE
Examinez mainrenant te régime de Ia compaghie avec le commerce de France. Cerraine de
ies fucces & fans crainte fir la concurrence,
elle-n'exporte que trés- peu de-marchandifes nationaless & fait fon cormerce avec des méranx.
Elle donne, des lois aux manufacturiers, aux conr
fommatears elle foumet tout 4 fon 11
ellc auvre fes établifferpens de Tinde aux
EE
ports. Vos
11 159 75RE
Examinez mainrenant te régime de Ia compaghie avec le commerce de France. Cerraine de
ies fucces & fans crainte fir la concurrence,
elle-n'exporte que trés- peu de-marchandifes nationaless & fait fon cormerce avec des méranx.
Elle donne, des lois aux manufacturiers, aux conr
fommatears elle foumet tout 4 fon 11
ellc auvre fes établifferpens de Tinde aux
EE --- Page 583 ---
(23 )
énangeresi alle-les fermeux négocians francoise
Voila fa conduire & fes torts (I). KA
A T'ouverture, de.la féance,on a fait lecture
d'ane adreffe de la république des grifons, Ens
core une dérogation 4 moniufage; mais le lecteur m'en faura gré. Il verra avec plaifir, ces
fimples 8c
la uberrés
E
ples
pallionnés pour
citer laflemblée de fes conquetes,& fe joindre
à toutes les villes de la France pour la féliciter.
Ce concert unanime
& plnt encore
T'opinion armée
dCT font
meilleute, reponfe
aux pamphlets, aux calomnies, à tant de plats
farcafmes en vers ou en profe; aces infpicles
calembotrs donnés avec emphafe comme des
traits de génie par une Tocieté de gehs Hétrie
depuis long-temps par cette même orinion, &
qui ont trouivé le fecret de réunir dans leuirs
leéteurs le fourire qu'excite quelquefois la
platfanterie, & le mépris profond aurinfpire Ta
méchanceré, Tout homme, de bien qufe mon
treroit fenfible à cesinjures périodignte quithonorent, doitife corriger de cette toibletle
rile. Quilfuive Texemple de Taflemblée. Le
a
porteur vend jufques fous le veftibule les ce
lomnies du befoin. ou de la malveillance 1 elle
ne daigne pas apercevoir ces - viles producions,
Tous ces méprifables roquets dela cabale aif
rocratique, qui croient rellulciter la Menippées
ne font que des profateuts ennuyeux 5o 2 dont la
(1). Le furplus des raifons contre la compagnie fe
retrouvera dans Ics difconrs des iopinans 3 il fera
bien difficile d'éviter quelques légeres répétitions. .
la malveillance 1 elle
ne daigne pas apercevoir ces - viles producions,
Tous ces méprifables roquets dela cabale aif
rocratique, qui croient rellulciter la Menippées
ne font que des profateuts ennuyeux 5o 2 dont la
(1). Le furplus des raifons contre la compagnie fe
retrouvera dans Ics difconrs des iopinans 3 il fera
bien difficile d'éviter quelques légeres répétitions. . --- Page 584 ---
(24)
fatire monorone
dont'les allulions grof
fieres provequent MTaN dégott, 8c qui, voulant
verfer le ridicule * fir deg hommes honnètes,
fniffent par fe couvrir eux-mèmes de l'infamie
que méritent tous les mauvais citoyens & les
calommiateurs.
Voici Textrait de cette adreffe.
Adreffe des
D
patriotes grifons.
a
E
F MM., il vous fuffit fans, doute pour votre
fatisfaction de récevoir de toutes les parties da
valte empire
votis repréfentezs des actions
de graces FEnhHE & des adhélions continuelles
à vos décrets 5 cépendant permettez qu'atravers
tant de gloire, 2 s'éleve julqu'a vous
dun peuple fmples mais. ambitieux Thommage de
un
des premiers dans Theurcafe confraternité paroitre
que vous venex décablir entre toutes les nan
tions libres. Les haures Alpes que nous habitons au fondde Tancienne Rhétie, font comme
un remple Latncs ou, àla faveur dune démocratie.pures fe conferve depuis (1) plulicurs
fieclés le germe facré de la liberté. Nous en
profitions tenls, & il étoit réfervé à la nation
la Blus ingénienfe de luniyers, de la féconder
ité paroitre
que vous venex décablir entre toutes les nan
tions libres. Les haures Alpes que nous habitons au fondde Tancienne Rhétie, font comme
un remple Latncs ou, àla faveur dune démocratie.pures fe conferve depuis (1) plulicurs
fieclés le germe facré de la liberté. Nous en
profitions tenls, & il étoit réfervé à la nation
la Blus ingénienfe de luniyers, de la féconder (T) Belle occafion 10
pour 1s0ta imputer à la majorité le
fyfteme odieux, de la.démocratic, puifqu'elle a ordonné
limprellionede cettez adreffe, & fon Infertion au procès
verbal. Maiss Testheffupréme G inumovisle qu'elle
reconnoit, fcroit une réponfe a cette inculpation. --- Page 585 ---
(.25 )
pour le bonheur du monde. C'eft ce que vous
venez de faire, MM., par les droits que vous
avez déclarés, par les principes que vous avez
donnés à votre conftitution. Les hommes y ont
reconnu pour quelle fin ils fout nés, dans quelle
condition ils doivent couvrir la terre; & fous
quel pacte ils doivent fe réunir en fociété.
Mais R vous recevez Thommage de tout le
bien que va faire à l'humanité la régénération
de votre empire, il faut que vous fachiez aufli,
MM., que les vices de votre ancien gouvernement portoient leur funelte infuence jufqu'au
fein des états que leur polition fembloit en rendre le plus indépendans. Celt ce qu'a éprouvé
notre république, & c'eft aufli ce qui vous fera
facile 8c honorable à détruire )
Ici fe trouve le détail du régime politique de
la république des grifons.
( Qu'il nous foit permis un mouvement
d'orgueil, en comparant nos adminiftrations
de communes à vos municipalités, nos grandes
communautés a vos diftricts, nos trois ligues
a vos départemens, & notre grande diete à
votre affemblée nationale. De profonds légillateurs ont tracé votre conftitution: 3 des hommes
fimples, guidés feulement par le befoin d'échapà Topprellion, dès lan 1400, ont com
tme la nôtre, & leur vapport prouve
combien vous aver connu lanacureb
elnE
fes
Une feule différence vous étoit commandée par
l'étendue de T'empire, & vous Tavez trouvée
heureufement établie dans Texiftence & la fincceflion déterminée d'un chef Jupréme o inà-
3 des hommes
fimples, guidés feulement par le befoin d'échapà Topprellion, dès lan 1400, ont com
tme la nôtre, & leur vapport prouve
combien vous aver connu lanacureb
elnE
fes
Une feule différence vous étoit commandée par
l'étendue de T'empire, & vous Tavez trouvée
heureufement établie dans Texiftence & la fincceflion déterminée d'un chef Jupréme o inà- --- Page 586 ---
(26) -
movible, qui-lutumeme a coopéré avec
nimité à votre fublime ouvrage ):
magnaIcife trouvent quelques réclamations,
au régime des troupes à la folde de relatives
le défir que le réglement concernant France, &
tion de larmée leur foit déclaré commun. Forganifa-
( Tels font, après nos hommages, les
que nous prions Taflemblée nationale de objets
en confidération.
prendre
( Nous navons ay ajouter que nos vaux
ceres pour la profpérité de la monarchie fran- (ingoife, laquelle les ptincipes qui la gouyernent
apréfent, ne font que nousattacher
Et ces principes feront toujours plus puilfans
nous, que tout l'art de
AE
la diplomatic ; car ZLIZ
peuple ne fauroit elpérer de véritables
que la oi le pade Jocial pofe Jur cette amis,
Jucrée ).
bafe
Voicile décret qui a été rendu, fur la motion
de MM. de Clermone-Tohnerre
d c L'affemblé nationale décrete & Goflin.
fident écrira à la république des que M. le prélui marquer la fenfibilité de T'affemblée grifons, pout
moignages que la république lui a
aux téfon adreffe, a
manifeftés par
5 & lui faire part qu'il s'eft retiré
Pardevers le roi, pour le prier de prendre en
confidération les demandes y énoncées, &
cette adreffe fera imprimée & inférée dans que le
procès verbal )).
Suite de Pafaire de la compagnie des Indes,
Une nouvelle opinion s'éleve au milieu des
débats qui divifent les orateurs. C'eft celle des
ages que la république lui a
aux téfon adreffe, a
manifeftés par
5 & lui faire part qu'il s'eft retiré
Pardevers le roi, pour le prier de prendre en
confidération les demandes y énoncées, &
cette adreffe fera imprimée & inférée dans que le
procès verbal )).
Suite de Pafaire de la compagnie des Indes,
Une nouvelle opinion s'éleve au milieu des
débats qui divifent les orateurs. C'eft celle des --- Page 587 ---
(27)
partifans de T'ajournement de la queftion à un,
temps plus opportum
le bien, de la nation.
MM. de Clermont Tutete & d'Eprémefnil ont
foutenu ce fyftème,
Le premier a combattu les raifonnemens em+
ployés relpedtivement par les défenfeurs & les
adverfaires du privilége exclulif de la compagnice
Ilaremonté julquaColbert, que! M. Tabbé Maury
hier le trifmigifte, Oli le trois fois
a
grand,
TOAaNL dit quil pouvoit mérirer ce nom
comme protecteur des arts & du commerce, mais 2.
non comme le foutien de la liberré publique 3 il
a rapporté ce propos une lettre manufcrite de
Colbert, quimérite, par fa lingularité, d'être
parmi les monumens de Thiftoire. Elle
combien ce
ECLE
cupé de la gloire & de la miniftre, puiffance uniquement defon maitre, OCcherchoit a détruire tous les principes de la liberté
nationale 3 comment il vouloit concentrer dans
le feul monarque, l'influence de la faveur & la
terreur de T'autorité ; comment enfin cevifir d'un:
defpote mériroit, 2 après Tincendiaire Louvois,
d'être fon premier efclave, Voicice qu'il-écrivoit
au gonverneur d'une colonie,
a Vous avez eu tort de raffembler en trois
>> états les habirans de la colonie que vous
)) vernez; cela rappelle les états généraux, forme gou-
) abolie dans le royaume, 5 & dont les rois ont
>) cru du bien de leur fervice que le fouvenir fe
) perdit infenfiblement. Tachez, avecle
)) d'abolir le fyndic quipréfenre des requêtes temps 3
>> les habitans. Il eft. bon que chacun parle pour
> foi, &c perfonne pour tous ).
pour
M. de Cletmon-Tonnetre. a développé les in-
cela rappelle les états généraux, forme gou-
) abolie dans le royaume, 5 & dont les rois ont
>) cru du bien de leur fervice que le fouvenir fe
) perdit infenfiblement. Tachez, avecle
)) d'abolir le fyndic quipréfenre des requêtes temps 3
>> les habitans. Il eft. bon que chacun parle pour
> foi, &c perfonne pour tous ).
pour
M. de Cletmon-Tonnetre. a développé les in- --- Page 588 ---
réfulteroient (28) de la fpprefion acconvéniens qui
Ils'eft réfumé, en demantuelle de la fut
innové, quant à préfent,
dant
ne
SRE
qu'il
lice n'elt de la
au privilége de la compagnie, d'indult & aul
entier
foumettre aul droit
le paiement commerce nades droits de traite, comme
tional.
donnérai le farplus des argumens
Demain je
avec ceux de M.
de M. de Cletmonc-Tonnere difcouts de 5 M. Begouen condEprémefnil, &le
tre le privilége (1).
heures
midi. La
Demain féance à trois
après même déqueltion n'eft pas encore jagée: on a feroit conticidé par un décret que la difcullion doit
être
tinuée, Une matiere aulli férieufe ne
pas
traitée avec légereté.
(cance ayant finia plus de dix heures du foir,
(1) La
de
rendre Ia
il vaut mieux mertre un peu
retard,8
rédaction plus exacte & plus partaite.
paroit tOus les matins au Palais
Cette feuille chet GATTEY, Libraire, oul'on
Royal, 720 à raifon 14, de 5 L. par mois pour Paris 6
fouferit
la Province, franc de port.
6 livres pour auffi pour la Collecion du méme
On Joulorit formera deux volumes , depuis touCourier., qui
à raifon de 6 liv., 88 liv. pour
verture des Etais,
ceux qui n'auront pas fouferit.
de DEMONVILLE, 1790.
De TImprimerie --- Page 589 ---
(20)
No.
III
COURIER DE MADON
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE
PERMANENTE
Séance du famedi 3 avril 1790.
Réfexions générales fur le commerce de PInde
Grleprivilige excluffde la compagnie (1).
Srre calcule le numéraire
la France
verfe dans TInde pour y foutenir Rus commerce,
(1) Dans cette partie fe trouvent rapprochés les difcours de M. d'Eprémefnil, qui a été du même ayis
que M. de Cletmosi-Tonnerre, de M. de Bégouen,
qui a fait la motion fuivante., en adoptant l'avis
du comité. Il a demandé a que le comité foit
chargé de préparer & de propofer le plutôt poffible
un plan qui tende à faire revertir en encouragement
pour les manufaStures nationales de toiles de coton la
totalité du droit d'indult, qui fera déformais fupparté
par le commerce libre de lInde, & même des droits
Tom, V1,
C
re, de M. de Bégouen,
qui a fait la motion fuivante., en adoptant l'avis
du comité. Il a demandé a que le comité foit
chargé de préparer & de propofer le plutôt poffible
un plan qui tende à faire revertir en encouragement
pour les manufaStures nationales de toiles de coton la
totalité du droit d'indult, qui fera déformais fupparté
par le commerce libre de lInde, & même des droits
Tom, V1,
C --- Page 590 ---
& quel ce verfement, 1309 enfoui
a wentre point dans la cireulation pour jamais, ne
et évident que fous ce rapport curopéenne, de
il
commerceef
finance.ce
la nation commande Béfsvantagenn Mais le gout de
de notre luxe eft maintenant avec empire : cette partie
mnos beloins. Les lois fifcales -placé & au rang de
roient éludées journellement
politiques fejouir, qui feroit encore ftimplé par ler défir de
bition. Len commercer
par la prohiéchapper à a vigilanee interlope des.
fauroit bien
viendrions les: triburaires des prepofes. Nous degeres qti s'enrichiroient de compagnies Hos
étranfaudroir
erreurs, &c il
éviter rappeler ce commerce de luxe, pour
numéraire une.déperdition plus contidérable de notre'
qui feroit envahi
: (C Dailleurs un commerce pari nos rivaux,
un tapport, peut étic utileen defavantageuix derniere
fous
s'il fournit de Ja premicre main a
analyfe,
prix pollible F des marchandifes abfolument , au moindre
echiairess & s'il procure ides matieres
taté.
equi alimentent cd'induftrie & wiyifient es premieres
factures de 2 dan nation qui-les
manuétant travaillées,
reçoity &cqui,
lai
fouenilfent non I feulement a
confommations, maisriencore D a une exportaScion-luctative (1). pysm
105e
devehus Les-drogueries, les Epiceries, les thés, font
poar snous desiobjets de
néTasley El 8 R0olimmnss eb Premicre
U0 131
de triite qur feront perçus fir les' marchandifes
lodes >. Je ferai auffi "Tanalyfe du
des
mité.
rapport du coDE
) "Rapport, page
confommations, maisriencore D a une exportaScion-luctative (1). pysm
105e
devehus Les-drogueries, les Epiceries, les thés, font
poar snous desiobjets de
néTasley El 8 R0olimmnss eb Premicre
U0 131
de triite qur feront perçus fir les' marchandifes
lodes >. Je ferai auffi "Tanalyfe du
des
mité.
rapport du coDE
) "Rapport, page --- Page 591 ---
K31 )
ceffitée Tes toiles peintes de guinées, les cauris,
Mont utiles pour nos. echanges sivecileseatitnes
nations., Enhin les gommes, les bois ide couBeur, des corons en Jaine;
à Timpreflion, font indifpenzables-a acaleisotlet-propres nosimanuTactures. Ce cormerce direct dansinos mains,
tnons applique le protit de laffrétemene' 8cide
a comptiflion que nous payerions anos'rivaux.
11 nous eft donc important d'élever Ce commerce
au niveaa de norre: confommatione J11 nc préfente pas fans doute. une perlpective aufi ntile
que le commerce de TAmerique, qui alimenre
notre indaftrie, 2. développe tous les germes de
zicheffes, & augmente notre
mais,
la tiéceilité démontrée du commercei population; de linde
ne permet plus.u doute, & tous les calculs-de
la moralité, de la fimance, & de la philofophie
doivent céder à Texperience.
Le genre de ce commerce n'elt fulceptible
d'aucune comparaifon. Il n'exifte dans TInde mi
marchés publies, : ni magalins
ou
le .commerce paille fe
parriculiers, des marchandifes quidoivent former Pourvpir
Sne
fesreroiars. I eft obligé J
d'employer une mulricude d'agens qui, répandus
à trois ou qulatre cent lieues les uns des autrés, 3
vont, Targent a la main, éveiller Tindolence de
tifferand. Ils commandent un an rou dixi huit
mois d'avance les marchandifes dont ils déterminent fur des échantillons & la valeur & la
qualité, Le tiers du prix fe paie" en contractanr; le fecond tiers 2 lorique louvrage ela
moitié fait, le relte au moment de'la livraifan. Il faut que les marchandifes foient vérinées
avant que detre reguess qu'enfuite elles, foient
C2
veiller Tindolence de
tifferand. Ils commandent un an rou dixi huit
mois d'avance les marchandifes dont ils déterminent fur des échantillons & la valeur & la
qualité, Le tiers du prix fe paie" en contractanr; le fecond tiers 2 lorique louvrage ela
moitié fait, le relte au moment de'la livraifan. Il faut que les marchandifes foient vérinées
avant que detre reguess qu'enfuite elles, foient
C2 --- Page 592 ---
blanchies, battues, (32 )
ces préparations demandent pliées, & emballées, toutes
erde foin 61).
beaucoup de temps
Les agens de la compagnic, Kastiq furveillés :
adnioiftration. dance
fagely guidés par une
par une
exacte, munis de
correfponnés au la maile ade leurs sapiraux proportionavec économie. Ils
opérations, coneradene
tours chaifis ravec préparent davance des re-
& proportionnés foln.afforsiss laux, befoins issveciataligence, de
vailleaux de la compagnie
FEurope, Les
leuts cargailons
trouyent, en arrivant
chandifes
prétes dans 5 ilso depofent les: marreftent dans d'Enrope ces.
les magalins & ne
pour rafraichir les Parages que le
néceflaire
fon qui doit
équipages,
la mouf
CantE
France fc font faciliter à des leur retour, Les ventes en
aflortimens convenables, époques Par fixes, &a avec des
d'indult la compagnic
la Temife du droit
façon,les, confontmaruss pent a affocierreh la
quelque
commerces & les faire
profpérite de fon
T reçoit du gouvernement. Participer aux graces
parrifans du, privilege exclufif
que le commerce libre entraine une prétendent
convéniens (1).
foule d'inMais la réfutation des 3X adverfaires
lege a Partjufqu'a ce moment
du priviles objections.de. la compagnie plus Voici, folide
ce
ielifatinaniena
Ea
adir
Onne peut reprocher Mo aux négocians 1103
ceRs
linfuf
DE
to
(D): Rapport, pag, 8.
() V.NPOL Séance du Ier avril, P. 2 à6.
R0501 --- Page 593 ---
fifance de leurs capitaux (339)) : il eft vrai qu'ils font
avant
obliges) de cumuler plutieurs Mais'leurs expéditions mifes de
le retour de la n'etre premiere. de 5 à 600,000 liv.
hers vaifleauy pourrone 8c des-lorsil que y a a beancoup de
par
ren France en état de faire de pacommerçams reilles avances, Le fait détruit encore bien libre plus
pérempeosement Tobjedtion. Le commerce vaiffeaux' du
a expédié en une feule année fes 39 retours fe font
port de 18.485 ronpeauxy millions : donc it avoit des
élevés jufqua 33
fuffire,
Ast
000 liv.
hers vaifleauy pourrone 8c des-lorsil que y a a beancoup de
par
ren France en état de faire de pacommerçams reilles avances, Le fait détruit encore bien libre plus
pérempeosement Tobjedtion. Le commerce vaiffeaux' du
a expédié en une feule année fes 39 retours fe font
port de 18.485 ronpeauxy millions : donc it avoit des
élevés jufqua 33
fuffire,
Ast capitaux fuffifans pour y
Le royaume fera égalemuent Timmentité aproviionne des cditt
le commerce libre, par
commermens, comme par les armateurs qui
cent.aux Antilles, TI & qui ne font obligés, du café, par
à tranfporter
aucun régime de particulier, Ceft le prix courant
du fucre ou
l'indigo. regle totjours' ces apde la marchandife, qui DONL e
a
provi@onnemens des
rivales n'eft
La concurrence
le compagnies commerce libre : ileft
point à craindre d'érendre pour" beaucoup plus les-botnes
impolflible de cette rivaliré qui exifte entre tousles' peuples
de TAlie, lesi hollandois, les fuédois, les-danois, les portugais, les fujets Certainement t de Pempereur, la
qui font tous le commerce.
françois à
fubfitution de quelques négocians allez fenfil
une compagnie, n'augmentera fat exagere.
blement cette concurrence des quie actions dela comLa liberté de prendre à fa
n'eft
pagnie, & de participer
ptofpérité, cette
quillsfoie; fes propres réglemens &
Tarrèt de
affertion. Les articles 17
msrtit
C3
ujets Certainement t de Pempereur, la
qui font tous le commerce.
françois à
fubfitution de quelques négocians allez fenfil
une compagnie, n'augmentera fat exagere.
blement cette concurrence des quie actions dela comLa liberté de prendre à fa
n'eft
pagnie, & de participer
ptofpérité, cette
quillsfoie; fes propres réglemens &
Tarrèt de
affertion. Les articles 17
msrtit
C3 --- Page 594 ---
confeil NIP de 2telluss 14 avail 17854 (34 CTES 256 23
sdminiinatnur
aO
foir poleifeur
ghe chaque
Tarticle
SOO
-
M
J
actions
qai aura 17ascorde E3 AL quatre YOiX
aux.
a denx C
mille a actionss aladiatinidraneme
As
-
Tarticle
- - a
fa Stranger de sintereller.ea commandire 3 Permen dana
les sompagnise 40,993, S actions Des-lors DU
il poirroir artiver
gers. ob
appartinient
à des
ate
Qui
S01ubk
slleT
libre e POUERONE empécher
le
20 neut TIT dans TInde fes ifte fes commerca
contracter &gwil 21 ne uné L trouvar AR des moycas fadrars, de
intelligences
à Le bénéfice du fréc & de la
encore une fiche reflource Te rommmnition fera
libre. Ccs deux
pour no le 1 commercd
clans. guraur 03 flc, pbjers 20 mphorrenty tant au negoERE qui traite cette a,2s feate cent. La comelle-nieme ce genre de
saviliflante,
plas fait 5 puifgi elle paroit 11 avoir comnierces elle a
cue de setre approvilonnée a Londses. eté convainchandiles de Thode
des mar
sigoureule La compagnies 3 aprés avoir faie une loi
aux manufachures
tresle monopole 6 plus dur fur la hationales, vente
exerce
ZOHIS. Ileft
que la
de fes rea
de vendred proutvé as pour
compaghie on
a retufe
des autres
Cenifs at dellus du
xant les Poivres, compagnies. Q0
done Os Pretend quen peix retite 12 décembee 1797.8 on lus offroit 33 fous
refufoit un bénchce de fo 3 janvier
1788, elle
Paur-clle, aprés cela, fe plaindse pous cent, dre
incerlope,
al
fpéculations, qut répare une
de fes commercé
ss de fon bénélice &lat force de LEL deniiter dune Sepieag
a
pax
xant les Poivres, compagnies. Q0
done Os Pretend quen peix retite 12 décembee 1797.8 on lus offroit 33 fous
refufoit un bénchce de fo 3 janvier
1788, elle
Paur-clle, aprés cela, fe plaindse pous cent, dre
incerlope,
al
fpéculations, qut répare une
de fes commercé
ss de fon bénélice &lat force de LEL deniiter dune Sepieag
a
pax --- Page 595 ---
Les pertes des armateurs C35) particuliers ne font he
que le foible tablean de celles
pas 2
les compagnies, Peu d'entre elles
échappe 4
tan
a'leur ruine. L'Angleterre & la Hollande ne
peuvent ici nous lervit d'ekemple. Ces deux:
compagniee a
fone fouveraines, elles poffedent
d'immehies territoires. Ceit par leurs revenus
territoriaux quelles réparent Tintutifancer de
leur commerce. Telle eft la fource de Topue
lence de La
angloifea
oftre, 7
fuivant les mémoeres commplaghic 221
de
une
a
TI
Ta
lation de
millions damess &
ites
a -
312 00 51
de Jettez revenus. maintenaot un a comp-feit fif les tableaux du commerce hibve; To
la fopptellion de Fancienne compaghie a 1769*
RionLReahicnes de la nouvelle eh 1785Le commerce libre a expédié 340 vaifleaux du
port de 148.045 tonnéaux, a ce qui donne, PouE
annéc 25 moyenne, 21 valfeaux, & 9,300 ronneaux La 3 2". depuis 1774 217757 le Il commerce. fut cnlibre avoit érendu fes a - expéditions. 1 118 Vailleaux du
voye, -
dans cet 31 intervalle, ce m
fait, annédPort de 575190 tonneaux, 1 - quit
Vaiflcurx,& 9,300 tonneaux, 5 &c:
moyenne,29 2H
armemens nn
de'la compa
X Sifon rapprocheles Vaiffeaux expédiés en
-
compte
ghie.b
1785: don5en 1786,10 en 17871.76n 1758 dul : qur denent un total EI de det & 29. vailfeaux année moyenne the pore 7
17.038 tonneaux.
Bonr nonad no HOIDISs
yaiffeanx 8c d255 - tonneaux. Particle Vae TREP au
ll'eft vrai
par So
et u a tots
confeil'di 143 E 1785,
porimnfsi
&
les François dapprovinooner lès 00r9r lerderrance C 4
s
71.76n 1758 dul : qur denent un total EI de det & 29. vailfeaux année moyenne the pore 7
17.038 tonneaux.
Bonr nonad no HOIDISs
yaiffeanx 8c d255 - tonneaux. Particle Vae TREP au
ll'eft vrai
par So
et u a tots
confeil'di 143 E 1785,
porimnfsi
&
les François dapprovinooner lès 00r9r lerderrance C 4
s --- Page 596 ---
E 635)
& de no Bourbon, mais 1 laomeme condition de
ramener desd
-
denréea
E Solasdsigudecemomearl les
approvilidanemens ont cefle, Parceque.de défaut
-
debemencacioigne
68 N Tindultricaicef dans ces circonitanice. réduits Arla
appaufer les cris des colons
OI NCT nl.
que Par uma arrér du conNE
Tl on ey a Peinifama aux négocians étrangers, de
commercer avec ces deux ilesa & les
feuls en ont été
françois
vilege exclanf privés. Voila les fuites du priQut" peut 100 "douter 30 61 E
15T0Iq si ynolasl 6
du commerce" TO1 ne foit mainrenant infiniment que Ia liberté
préférable à
une compagnie -
privilégiée Le commerce libre
exporte plus de denrées &c de marchandifes nationales, & moins dargent; il vivifie les ateliers
de conitrictionsi il dérreit len commerce fous
pavillon Ettanger, dont chaque expédition enleve aTétat 200 mille livres; il met plus d'éco
nomie dans fes opérations;. il fuit avec
dactiviré & d'attention, toutes les parties: plus de
bénefices
ce commerce procures dle emplaye
plus aede i 1 vend. fes retours. à un prix
plits niodére plus utile aux finanecs, iboffre de
Payer le droit dinduley il forme une plus grande
quanciré "de marelots; il peut faciliter le grand
projet de M. de la Bourdonnais, qui vouloit
faire de Tile de France un-grand entrepot pour
le'commercedes Indes. a
Enhin le vocu unanime
de'toute les villes de commerce., doit entrainer
irrenifiblement T'opinion fur la fupprellion d'un
privilége qui ne-lublifte quau détriment de
tous les négocians de la 02 France enciere. D0
M.de Tracya a donné d'autres raifons des
conlidération. n'a prétendu
lc feul
Paiisousl ol einsk sud
que
nomdu:
commercedes Indes. a
Enhin le vocu unanime
de'toute les villes de commerce., doit entrainer
irrenifiblement T'opinion fur la fupprellion d'un
privilége qui ne-lublifte quau détriment de
tous les négocians de la 02 France enciere. D0
M.de Tracya a donné d'autres raifons des
conlidération. n'a prétendu
lc feul
Paiisousl ol einsk sud
que
nomdu: --- Page 597 ---
(37)
*créateur des certe compagnie rendoit, fon exif
etencer défavorables ceft dioit i7, ce, miniftre
-jaftement profert (r) &
non TOIL a facriné
les inrérêts de olétat aPfes Fagitfs vues quI
&a
efambition de fès prorégés: Ceft cupidera. lni,
de
de Londresiou il Velt
FII I
qui
encoreiles défenfeurs selugte du o
infpire 11 & no anime
tenirs fon
xuab ptivilége 233 YS I 23 veut fououvrage
-C'eft icile moment de remettre a 315 fous les 15 1ga
du lecteur, le projer de décret du comite a
yeux
entre dans Tordre ide la difcutlion, 1o
qui
E Sldarany aemignar
T botanaro? 00
Projet de décrét du comité Rer la Sagmon
ka
ibradoueme des Indes. 0:bb BUI9 compagnie
1815 24 SDIviv -
(E 3 n
Dat
21 L'affemblée nationale confidérane ritin
liberté des mers ef un
-
bien
que'ls
des nations;
les
entraves mifes au commerce individuel ne qHe
vent que rétrécir le génie, géner Tinduftric, peu- &c
borner fes opérations ;
le fyltéme deftructeur du monopole mtiliiat dans une
partic du corps politique les principes O du petite mouvément & de lavie, he laifle dans tout D0 le refte
qhe Tengourdillement & la
a
derdécrere ce qui fuirt: languenra 230 160
décréré
Hi Le privlegeresclufir pour. - t çommerce
de dinde & de la Chibe, H
a
-
concedé un. compagnie par'les arrèts" du confeil des 14 avril
3785 &c27ofeptembre 1786, eft
Ku
Roneg E
T1
E
révoqués 4on
sh 309001199
9 (1) Des applauaifeinens nombreux a
231 ALOT
COLE
ARu
derla2 Glleonr atreté fur le champ les DS
gauche
resd'imnprobatiot
uons 19Y
L petits mur mur
dalhotra, qui iont fenti le farcalme-
" du confeil des 14 avril
3785 &c27ofeptembre 1786, eft
Ku
Roneg E
T1
E
révoqués 4on
sh 309001199
9 (1) Des applauaifeinens nombreux a
231 ALOT
COLE
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derla2 Glleonr atreté fur le champ les DS
gauche
resd'imnprobatiot
uons 19Y
L petits mur mur
dalhotra, qui iont fenti le farcalme- --- Page 598 ---
C341
2". IT eft libre dés de moment a tout citeyer
fiançois de commerces dans. rindes la Chine-
& tous autres Reux
dans le piviléges
fans quil 100 foit a beloin
ptendre aucun palleRe
ni aucume permillion en fe conformant
porf, néanmoins, aux RA ordonnancess
& décla1
éditsa
rations concernant vailleaux Famirauté. ferost Aho Di le noil com3 Tous les.
merce dex TInde, do. la
autres Pays aur
De
c
dela.du cap.de Bonne F Elperance. feront pror
vifoirement, 21 comme par, Je pallé, leur retour
& défarmement au port de TOrient
-
du
f. Toutes les marchandifes
d'indult
coumerce ci-dellus, 5. payeront un
aerata
de. cing pour cent de la 8 valeur de celles de
fInde & de la, Chines & de trois pour cene
de celles da.eré des, iles de France &de
Bourbon. 2sb ou19
Indes sb fera aHr exempte du
S La compagnie des
droit d'indult fur toutes les. marchandifes quelle
a actuellement pour fon
dans les magalins de rOrient, & fiur SOST également pour
fon. compte ne qui compoleront fes retours de
rInde, julqu au, premier janvier 1792 ). ROS
Parmi le nombre des opinans qui fe fontfalf
ne vois
da motion de M. Mar
entendre,16 louet qui pecfenne un - enrae bien réel Les res
fultats des autres. dilcours font des amendemens
feront
lors de
att projet du comité qui
repris:
la difcullion du fonds. "Ainli
ne rapporterai &
les deux avis principaux t M. Malouer
15 M. de Clermont- Tonnerres siisdm
mino?
suog TUe09
arninabuoy 2u
a 1
ne vois
da motion de M. Mar
entendre,16 louet qui pecfenne un - enrae bien réel Les res
fultats des autres. dilcours font des amendemens
feront
lors de
att projet du comité qui
repris:
la difcullion du fonds. "Ainli
ne rapporterai &
les deux avis principaux t M. Malouer
15 M. de Clermont- Tonnerres siisdm
mino?
suog TUe09
arninabuoy 2u
a 1 --- Page 599 ---
0 S 505 (309 eb atdil s 37
ouvi Piojet sllensb) de AEcret de M2 Mulouter. aloumer
211gm0o Usil 2571s 2007
Latlemblee nationale, eb oui 1e rapport de fon
comité de'comimérce Sdusticalrure, & lés ob.
fervations comtadictotres pour & contr8 9a PPés
vocation du
excluff de 14 compagnie
des Indes, ajourne SE decition de Cetre
au
fondi a prochaine
qoellion
moins,
legillanire 5 &2 néanayatjr écard aux reclamartoné des' coma
merçans diProyaime a en ce qui peut Vinir aux
interérs politiques de la nation, Paffenablée nationale décrare provifotrenienit : abilo e
One la navigation dans la mer rouge, 2 le
golplie Perlique par' Baffora 8 Alep,& let libre
tranfport des marchandifes de TInde 5 Pifthme
de Suez, feront dès * préfent MO du
privilége exclufif de la compagnie des Indes,
2Oneles marchandifes introdinites erfrance
par cette voie, 82' celles qui artiveront aTOrient
Tf les vaiffeaux de la compaanie, Tefont défor
mais foumifes an droitidindult, noit -
201s0
3 Que Texemption des droits de traire
la compighie a ceffeta a compter du Potir
Mai prochatn. edsnrgo 001 fimoasl peciepec
4: Que le produie enticr du droit d'induft
fera employé en primes d'encouragemese 32
la fabrication &21 Timportation des toiles'de
peinres &
r
a
non peintes,
des mante
facturesi nationales. TaiA
bb
-5
Rondcalts
PovetinNe
so: Quel le roi fora fupplié de faire folliciter
fon ambafladenr an 9a Porte,ia prorection
E Grand Seigneur
lc commerce
caravanes, que Rentelet entréprendre Es négon
fera employé en primes d'encouragemese 32
la fabrication &21 Timportation des toiles'de
peinres &
r
a
non peintes,
des mante
facturesi nationales. TaiA
bb
-5
Rondcalts
PovetinNe
so: Quel le roi fora fupplié de faire folliciter
fon ambafladenr an 9a Porte,ia prorection
E Grand Seigneur
lc commerce
caravanes, que Rentelet entréprendre Es négon --- Page 600 ---
191105 Ttt
cians S1
40 )
TST
Franpois lifthme
dOi
par
de Suez & la mer
rouge. Suit la b motion mm GR de M. de
telle
remife -
Clemmanc-Tonete,
RE quilla DERDD - -
fur le bureau.
Projet 28 dcelet de M.de
anelovse
Clermane-Toanerree
( Laffemblée nationale décrete VIJS
fera
rien innové,
quil.ne
fait dans PInde 2 quane à la préfemtn dans le commerce
XID
des a par compagnie exiftante.
a Que
prefent la compagnie payera,ainii
que le failoit le
les
& d'indult. E 151 commerces
droits de traite
Que fon comité dagriculmure & de a commerce oumuO
fc procurera & prendra en confidération tous
les renfeignemens néceffaires 3
toutes
les queltions relatives au commerce pour 2E" fInde,
puiffent être foumifes, 4 foit à Laflembléc nar
tionale, foit a la légillature fuiyanteM. Dupré de Carcaffonne a
le
du comité, faufla difpofition adopeé qui tend à projer conr
ferver à la ville de TOrient la faculré exclulive
de - recevoir 1O) les vaiffeaux arrivant de TInde.
Apres tous ces. débats, la difcuflion a été
fermée, Au moment oulon fe dilpofoit à faire
une. derniere lecare des amendemens & des mo:
tions, on a réquis T'ajournement de la queltions
mais, fur le chaimpe ila éré réplique
la
demande bien appuyée de la
par
fur tous les sjournemens, TTR fett-direy queftion fur préalable
les motions 88 amendemens tendans a toures
la motion principale. On 00 a été aux yoix 32
deux
E
éprenves" ayant paru douteufes, i a fallu
faire Iappel nominal, La queftion a été alnfi
'ajournement de la queltions
mais, fur le chaimpe ila éré réplique
la
demande bien appuyée de la
par
fur tous les sjournemens, TTR fett-direy queftion fur préalable
les motions 88 amendemens tendans a toures
la motion principale. On 00 a été aux yoix 32
deux
E
éprenves" ayant paru douteufes, i a fallu
faire Iappel nominal, La queftion a été alnfi --- Page 601 ---
141 )
polée: y a-t-il lieu a délibérer fiur toutes Zex
e/peces dajournemens? auLi ou non, Il eft facile
de fentir Timportance de cette décifion préparatoire, qui préjugeoit évidemment le
LE L7
fondss
car les partifans du
naivilége ET
eRclamidevoient
opiner Pour Tafirmarive, qui conduifoita lacceptation. de Tajournement. D'un autre côré
les defenfeursdu conimerce libre devoient voter
pour la négative, puifque par ce moyen. ils éliminoient fans retour ces ajournemens diverfement habillés, dont l'effet naturel étoit de perpéruer le privilége. a A Tappel ilya eu a 385 voix
pour le A0R,27 pour le oui, Ainfi Tallemblée
a décrété qu'il ny avoit pas lieu à délibérer fur
f'ajournement demandé.
Il'étolr trop tard
4 la difcuflion
des articles du drseut Ree confequence M.
Voidel a propofe de décréter lc
ces termes
W/V LA
D principe en
B Le
exclalif fera.til desa préfent
fupprimér Eme ou non,
391 MI de Roederer a voté
& fimple de larticle 2 a di Pour, décret
comme
irarie OCSIT
contenantle principe.
M. Targera
ainfila
Le commerce de fInde
libre ou
SIUT M.
ardtaert
le Chapelier. Le commerce de lInde au
dela du cap de Bonne LE
elt-il libre
ou non
Eipetance
l
pour tous les francois St
M. de Foucault a prétendu.
pwifque Ton:
étoit eni bonne difpolition
tions
quef
Aar
de privilege, i falloit fupptimer
ville
nsmi
de
a
la"
de lOrient.
291 Sur qHol i a été oblervé onrrg Cette toltom
SItM
rusuod -
ve a
motion
uuls
snollloup RL
- non
a
stia
non
Eipetance
l
pour tous les francois St
M. de Foucault a prétendu.
pwifque Ton:
étoit eni bonne difpolition
tions
quef
Aar
de privilege, i falloit fupptimer
ville
nsmi
de
a
la"
de lOrient.
291 Sur qHol i a été oblervé onrrg Cette toltom
SItM
rusuod -
ve a
motion
uuls
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- non
a
stia --- Page 602 ---
inidieufe awDir, été imaginée (42
da Breteghe
pour indifpofer
Lsians le Cas-9u cepcmia.conitanone & Jaffemblee,
mais que e Cotte re privilége Jui feroit enlevé;
da Ridelice & fon province nel mortoit pas à Prix
adrpoitement
pacrionifinciquere piege mal
fes devoir. préfenré ne luirferoit Pas oublier
Entn da retile
U7
esosla
decrére, à la quellion grand: mife aux voix a ila éré
de Plnde au dela du majorité cap de que Ze commerde
senti af libre Tàt tous-les franpois: Bonne-E/pérence La falle a red'applaudilfemens réitérés, & la
aniverielie 5 dauf Permr ces hommes joie étoit
s'on
amoareux
Mognbieretiens les défendfeurs;
déclarent confterment
prefque toujours vaiheus,'ils font
infatigables, ceffe Jiyter Sy 5. &2 fefpoir du fucces leur fait
de
fans
fabiftera avec RA la nouveaux môme combats, Getre lurte
Tallembiée, compofée activités d'élémens julquà, ce que
foir delivrée de Cos agitations
homogenes,
l'intérêt & Torgueilfexeitent dans perpétuelles toutes
que
tieres impormarres. Ainfi le
les maJa compaenie des Indes eft privilége exclufif de
Car il n'eft plus de Calonniens détruit fans retour;
seflefciser, ni d'aner du confeil qui puiffent le
la conquéte de la liberté.
qui Tarrache à
de On a admis une dépatation du commerce
Bordeaux qui offre de fe foumertre
crets de Taffemnblée,8 même de les aux désquelque parti
exécuter,
fnances
qu'elle prenne en matiere de
slongés le > relativement réfultat de aux ventes des biens du
donner dans la-commerce cette foumifion tend a
aux atignats dedestreoriunsine. de-Blordeaurs.n Une:
cours
refolrtion
é.
qui Tarrache à
de On a admis une dépatation du commerce
Bordeaux qui offre de fe foumertre
crets de Taffemnblée,8 même de les aux désquelque parti
exécuter,
fnances
qu'elle prenne en matiere de
slongés le > relativement réfultat de aux ventes des biens du
donner dans la-commerce cette foumifion tend a
aux atignats dedestreoriunsine. de-Blordeaurs.n Une:
cours
refolrtion --- Page 603 ---
(43) )
femblable de toutes les villes de commerce procureroit bientôt le déboucherde tous les adlignats & lal citculation de Targent", 2 au "grand
dépir des malveillans,qui wudiseencTengloatr
fous dest ruines de leur patrie. 1 Le commerce de
Bordeaux doit-envoyer Ion adrefle" 82 fon arrêté
à toutes les places & municipalités duroyaume.
Lundi * àriheures du matin feance, & reprife de l'ordre judiciaire. Qasig -
aOd 95 ADD ib Stst 1533 Sasi
Cette feuille paroit tous les mazins E
au b Palais Pr
Royal, 79 14, chet GATTEY Libraire, 5 oit lon
foufcrit d raifon degil. par mois Pour Paris &
slivres pour la Province, 31 frane de part.
On Jouf-rit auf
la Colleciion: du méme
Courier, 9 qui formera Tote volumes', depais Louverture des Erats', d raifon de 6 l,63 Liv.
seux qui n'auront pas foujerit. El aavs s3Aditl pour Ex
iod ansruels n
1090 ébidmolls
a de ISGTOg ertousik
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101NO3zE 2b1 5b smsme 3 Saldinstial 56 27915
sb Sitien ItD 9npe1d alisop inse onpl
b zrsid. e5h 201nov XUA atorsvinslet B50 AA r
ror ponhrgot 2150 Vo Jetliler ol ogysl
De fImprimerie de DEMONVILEE, 1790,
900 eumba a ne
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De fImprimerie de DEMONVILEE, 1790, --- Page 604 ---
ATE -
aGsbtues
CTE --- Page 605 ---
32.
Dito'a.ab
-
No. IV.
COURIER DE MADON
A
D L'ASSEMBIEE NATIONALE
FERMANENTE
Séance du lundi S avril 1790,
L. dIC;
le
compaznie des Indes ne fablilte
fous
régime exclulif-de fon privilége, La
fon
de
Hiaxit
crédit, fes relations, fes
fes
comproirs,
étabillemene,
liberté de la fes magalinss fes reflources, &c la
dever,lui donneront concurrences qu'on ne peut lui engrando prépondérance pour fur le quelque commerce remps libre. une Il
chandra peutn être plus de deux-ans avant
cette libercé précieule puifle faite fentir
que
sfluence. Car fans doute le négociant foninh'ira pas chercher à Londres, des
françois
fur les marchandifes indiennes, quoique fpéculations la compagnie, ditronsair donné cet étonnant & danscondamnés gereux exemples Mais puifque nous fommes
ifoin
par Thabitude - 2 qui produit le be.
2 par le luse, qui multiplie.nos
spar la fantaific, gini les varie fans jowilances; celles 3
sle Rux rapide du commerce S par
sréfiftible
l'exemple a
des.austes nations; par Tufage des
sples tant anciennes quei modernes ; enfin ped- pat
squelques de Tindes motifs. politiques àn faire de commerce
Tom. VI, n'eft-il pas hamiliant P le nom
Thabitude - 2 qui produit le be.
2 par le luse, qui multiplie.nos
spar la fantaific, gini les varie fans jowilances; celles 3
sle Rux rapide du commerce S par
sréfiftible
l'exemple a
des.austes nations; par Tufage des
sples tant anciennes quei modernes ; enfin ped- pat
squelques de Tindes motifs. politiques àn faire de commerce
Tom. VI, n'eft-il pas hamiliant P le nom --- Page 606 ---
(46)
françois de n'exifter dansyces parages que fous
la-prorection de nos civans? La - compagnie an- de
gloile M.exercGuavec haureur
les droits
dar fouveraineté 3 clle tient fous - puilance un
valte netitofresle commerce fur -tour eft fouanis à foir infpection 2 elle donne impérienfement des loissielle tient dans fes mains toutes
des matieres premnieres, les atcliers 9 les n'elt
dla forcet
- le francois
TILL
E
fhus,
publique
ces climatsy & fpécialement au Bengale
de ces Rers infulaires, 291
N
fubordoune
pluisy que des comptoirs, que le Le prenier
brdit de guerre peut faire difparoitre, étoit
a
Pondicheri
Ea
vernement- fenfable , & toutés juge EE troupes ont évactié ce
foible polle, Les rtemps profperes de Dupleix
38 de lar Bourdonmaye ne font plus. La Paix
Ader1763 lailla le commerce francois dans un
état de foibleile & de dépendanee
femible- de la
rent: l'avilir dans TIndes quelques
derniere guetre n'ont PU le rérablir: le temps
feul peut lui rendre fa viguenr premiere liberté. 3 cette
reonquétereit digne du rétour de lai
les
Cependant on doit s'attendre que toutes de
avilles matitimes vont témoianer Jeur joie
Tabolinondiapoilége exclaif. Il n'elt pas douteux que le e commerce libre ne Bulilfe a par la
amultiplicité de fes armemens, balancer au moins
la concurrence de la compagnie, Des-1 lors le
monopole ne pourra plus dicter des lois raufli
itigoureule 5 une a rivaliré falutaire le forcera de
rne plus s'attendre à des prohts immodérés, &c
à ne plus fpéculer fur nos befoins. On ne peut
même préfumer fans injultice que-la compagnic
érablifle une baille fr fes marchandifes, pour
tanD aupi - idug
emens, balancer au moins
la concurrence de la compagnie, Des-1 lors le
monopole ne pourra plus dicter des lois raufli
itigoureule 5 une a rivaliré falutaire le forcera de
rne plus s'attendre à des prohts immodérés, &c
à ne plus fpéculer fur nos befoins. On ne peut
même préfumer fans injultice que-la compagnic
érablifle une baille fr fes marchandifes, pour
tanD aupi - idug --- Page 607 ---
A
enot SHL
9815a 1C47 yaitizan-ab Nepnath efforts
anéantir par cette mancuvre les premiers lacréfurraction
du cominerce libre, &1 nécefliterd
de fon privilége. Cette marche politique, avéc Re
les réguleuts adopterent les quelquelois fermes genérales 53 fe
ces
faire revivre mais elle feroiti infruc1a au defporfme libértés : Il-fanut fe
fuir
tucule contte la
vopolar
Vintérér du commerce 1R
libte, de tous les moyens 8fc
Guil emploiera pour éviter des pertes traniprocurer des pronits. Ceft auk ri@gocianis intellisois 1 jouir avec adivité, agelle 982 2
follidun bienfais quils ort eus-meme de laflemSri avec rant d'ardeur de la UO juftice 3 sidalnot
biée nationale, quoa
X10 M. Dapont. de Nemours, inculpé dansile
U cours des difcatlions. fur cette matiere par M.
Tabbé Maury, & qui a trouvé dans Teilime8c
la conhance delaffemblée nouvelle uneftbelle motion jutification en ces
a fait A ce fujet une
ad termes : ( MM., je n'ai pas voulu interrompre,
513 ) Tordre du
s lorfque M. Tabbe Maury a
> fait la leéture F més letres86 mémoires g al25 > jourdhui je les reclanie comme ane propriété foient
)) qui m appartient 5 je demande qwils carM.
de Taflemblées
) denofts aux" archives Pa pu Pen trouver porteur
5 Tabbe Maury
a EB )) que
une" infidelire oples vendre pu- sY
BL
par
délirs. sangreionos
hure ) blies Labbé que par Maury, szn toujoutrs bien9s strode forr
innocence, M.
& ferde Ta ténommées a répondu
ne demandoir
expref (
E
Det
30s gul
aniolad pesjsflicetupounlese eutd
J3
- DK
Doq I Jufise 2. grands. dieux Velleef rendue n'eftimant dans
T'opinion publique. Quel eft donc celui qui
Da
reionos
hure ) blies Labbé que par Maury, szn toujoutrs bien9s strode forr
innocence, M.
& ferde Ta ténommées a répondu
ne demandoir
expref (
E
Det
30s gul
aniolad pesjsflicetupounlese eutd
J3
- DK
Doq I Jufise 2. grands. dieux Velleef rendue n'eftimant dans
T'opinion publique. Quel eft donc celui qui
Da --- Page 608 ---
fions donti M. Dupont (48) sétoit
aucun L compte à lui rendre feeviyquil del Temploi n'avoit de fa
eorrefpondanice & de fes mémoires puifquril ne.
lestenaitpardelufy quilavoit 80 mémoires
par M. Dupont fous) des minifteres de Mil'abbé faits
Terray, de'Clabpy, & de
& qu'il alloir des faire imprimer Tarcheveque de Sens a
que M. Dupont, qui ayoit eu desi ficcefivement;
ces miniftres, feroit de maitre de relations défavoner avec fes
chez propres tel onvrages notaite 3 qu'il offroit de les dépofee
que M. Dupont lui
quai frpius, fil7 ne croyoit pas indiqueroirs
la conquere du Bengalé par lal ledure avoir du empéché
mémoites qtte ces turgorines compofées prerbier de
vaifleaux, transformables à volonté
de lignes, étoient une chimere dont en vaiffeaux
ne pouvoit caufer aucun tort.
la publicité
M. Roederer a obfervé qu'il ne
que les lettres & mémoires de M. croyoit pas
éncore, 5 comme ille foutenoit, Dupont frflene
qu'ils appartenolent au dépôt miniftériel, 5 fa propriété
chacun de Ces mémoires étoit relatif
auquel
confultoirles principes de la morale
que f Ton
de Thonnéteré
& ceux même
(I).Tallembléc ne devoit
fouta
Pas
pas M. Daponts oferoit fe dire
:
le peler dans la meme balaoce ellimable Qui ofera
Je lui jdiroiss'a M.vous
avec fon adverfaire A
* lors tout homme dei bien défendez doit usteataungea fe
dese
2 eflime 3 & je vous prie de me
paffer de votre
s idire du mal de moi & de me hair faire lhonneur dei
perfuadé que cette fcene gloticufe,
>. Je fais bieny
n'a fait ques lc,t tendre
pour M. Dupont,
(:) Le
plus cher à fes: amis.
prédicateur a enteudu cula, & ilene s'eit
.vous
avec fon adverfaire A
* lors tout homme dei bien défendez doit usteataungea fe
dese
2 eflime 3 & je vous prie de me
paffer de votre
s idire du mal de moi & de me hair faire lhonneur dei
perfuadé que cette fcene gloticufe,
>. Je fais bieny
n'a fait ques lc,t tendre
pour M. Dupont,
(:) Le
plus cher à fes: amis.
prédicateur a enteudu cula, & ilene s'eit --- Page 609 ---
(40)
farqu'ont fioum pareilulage deslenes8 mémoires
de fes! memibres! l Puisn soprenane (5
pres dareeles
farion dul tumuites dorateur a ajouteis Si nous &1
desi hommes deflainatirres
D n'avions carique Mi Dupont, nous nlaurions
> du carschere-den
n loicélebre arrôt
>) eu ni Tédit dust 8 niai 1738, libelles affteuts
9> du 20 juin (1)9 mi tous: ces
>D
* iqui
dans fa
RESREETFES
Me Dipont plen perliftune
prenolere tra-q
séclamation a fimplement sjouté quilawoie miniftress mais
vaillé fuccefivemient aveci touslest avec M. Tabbé de Terap
quefeffer de fes relarions
des Bphémérides
ray, avoient étéla fuappreflion
Fordre miniGr
du citayen 5 avec M. de Clug grys 8c enfin avec L
tériel de fci retirer à da campagnés nde fa place
Farchevéque des Sensy la privation
du commiherelitr
de commiflaire dilculion, généeal on eft revenu àlordte
Après cette
K
aa L
du jour, RoGiCi
d'abord de s'occuper
M. Le pehideurapeopofs décrets relatifs alancienne comde la finite ides
e a TOn 283
ie fcroitelle étrangere eitine 2
point faché. Cette langué avoit aujourdhui -
de bons voci- d
Cet homme de bien
tout ie
feraseurs à fes ordres , qui ont rugi fallu pendant même con- /
temps que M. Roedeter a parlé, Il a
fulter Vaflemblée pour impofer filence faux poitrines
cléricalesys faire entendre cet opinant. L'abbe Mauryl &
des amis? Je droyois quil nier pouvoit trouver
a donc
Stl
shg 2000 a
quel des complicesie
le mérite de"ices allu1 () Lecteur - entenidéz-vous
fionse Sur ma queltion > quelqiun m'a tépondai: seconfultez Vayegt a
Thdoke-sragiraandis de la cour plenteres t
1ubiabib414
enfuite Topinion. publiquedos
D 3
opinant. L'abbe Mauryl &
des amis? Je droyois quil nier pouvoit trouver
a donc
Stl
shg 2000 a
quel des complicesie
le mérite de"ices allu1 () Lecteur - entenidéz-vous
fionse Sur ma queltion > quelqiun m'a tépondai: seconfultez Vayegt a
Thdoke-sragiraandis de la cour plenteres t
1ubiabib414
enfuite Topinion. publiquedos
D 3 --- Page 610 ---
(tso )
desIades8e au-commerce libte,lmbail.
TE de Foucaut de Lardimalie a renouvelé
motion concernant le portde LOrient. Ila fou- fa
stenu-aquteicetres ville he devoit pas avoir exclufivement le priviléige de reeevoip les)
de IInde; qu'il falloit lui faire
marchandifes
tage avec roures les autrés villes Partager du
cet avanLe lecteur fe rappelle les morifs royaume. fecrers
que lont a-fappofesia cette
(I)
nai M: lell Chapelier a répondt dangerenfe que le verfement motion,
des-marchandifes de l'Inde danslep portdel
in'étoit pas Tefferd'aucun priviléges
POrient
ville-érait un entrepôe établi
maisqtie la
c'cette
das commeirce un lieu de pour commodiré
faciliter lari venté & le débouché rendez-vous des
3 pour
difess quel cet unique entrepôt étoit nécellaire marchanpour limplifier 8c affurerl la perception des droits
denbatrescodindntbse la
qui feroient prefque anéantis
par fraude & les
merce libre pouvoit contraventiolis, verler dans tous file les comr
indilinctements E que la réunion dans
ports
liou de toutes ces marchandifes;
un feul
des étrangers, &les appeloir à-leurs fixoirlattention
eces érrangers ne pourroient Tes
achatsrque
commerce libre alloit répandre exécuter, & moréeler fle
retours-dans'e toutes les villeson il
fes
des magafins
confidérables &c n'y fouvent auroir
tués
eRE
ReRmntEn Itl a demande
dei cette motion après le rapport du Pajouruemene tarif dea
traites dontile comiré d'impolitions étoit
lemene occupér ainu
Dt ob Raig
actuelob M. leu Coureux a infilte fur un
medos
a jour fixel, a caule de la
ajournement
01 23b fha pfomo) BISI na0 néceflire nate de bL rétablir
Voyez ntus N2 Ift, Nsn pag 41. aup 291
I nusg 251
rapport du Pajouruemene tarif dea
traites dontile comiré d'impolitions étoit
lemene occupér ainu
Dt ob Raig
actuelob M. leu Coureux a infilte fur un
medos
a jour fixel, a caule de la
ajournement
01 23b fha pfomo) BISI na0 néceflire nate de bL rétablir
Voyez ntus N2 Ift, Nsn pag 41. aup 291
I nusg 251 --- Page 611 ---
(r)
Tindult 80 la traitens &4 pogr prévenix la riconstrebandes S oilse smibreI b ausonoab M
n-Latiemmbléeoa décrété Tajournement pour orle
wendredi 16 avzil, derla motion Bodar furplus
des articles duj décretor sb Balivitg 91 TRO0TOY
CSVE S J905ITAG stiel jol diolisl L4 D toball So
SQUEY Suite de L'ordre judidaineosreaneh
a 2191991 deom al slloggss al anofol 51
do On eft revenu à Lordre judiciaire. Ine faut
pas.Sattendre à des.détails, à des difcuflions bien
Auiviess juiqua cerc que Tallemblée ait adoptésin
plan. parmiceux qui lui.font préfentése
ont fixé principalement lattention
Ceuxqui
X
font le travail du comité de confitution del'allemblée,
ouvrages de, M, Duport, 2 5 de M. Chabroud, 3 les
fantour de M. labbé Syeyes, qui, pars la feule
force. du railonnement & les reglasi dune fage
philofophien afu donner des préceptes.anx fciences Il &aux arts. 19 a uno 396 8 abbsd sl 1e
2310 faut fe rappeler que. dans la féanice
mars (No XXVII,
431) lailemblée du-gr
avoit décrété un. ordre, PIC travail fas une férie
d'onse.queftions. Dabord
fant quelordre judiciaire Wekbisn-certainquil
puifque Taffemblée la folennellement foitreconflacuee en entier,
Mais, le choix de Tun des, fyitèmes eftencore ordonné. bien
incertain, Je yois Laflemblée fottantes & les
opinions encoreindécifes, La queltion.
tuniré des cirçonftances elk peutérre deloppor- la plas importante. Cevoile, décent & commode
obombrer bien de petits intérecs. particuliers. poarre
Mais cependant ilfaur bien convenir queceft de
la. réunion de tous çes petirs. intérêts
que naît le bien général, comme ceft particaliers, des
nes Particulieres
naît la fortune
fortuqua RtC
IE
gublique,
écifes, La queltion.
tuniré des cirçonftances elk peutérre deloppor- la plas importante. Cevoile, décent & commode
obombrer bien de petits intérecs. particuliers. poarre
Mais cependant ilfaur bien convenir queceft de
la. réunion de tous çes petirs. intérêts
que naît le bien général, comme ceft particaliers, des
nes Particulieres
naît la fortune
fortuqua RtC
IE
gublique, --- Page 612 ---
fiononie Ainf ceux qui érudienr Cf3) avec artention. la
ciler
a2 Taffembléc., ne peuvent encore phy- Calmi
rés feront derermination finale. Je crois que
admis en
desjurn
chacun fera 0 L
- matieres fes
criminelles,
JugEp par pairs dans ces fortes
IL ne
aa
Maisle paroit fur ce point quun feul
- -
E
miniftere, des
civile, éprouvera les plus grands jurés.en obftacles. matiere
trouvera aliffi de grands & de nombrenx
Ilfe
pour le defendre. On Pourroit même partifans
future
prédire fa
fuire rejeter adoption. 33
D des a fans érre firpris de le voir ende la feule par
raifons extérieures, dédaites,
tion. Onadifcaté impollibilité actuelle de fon exécugueftions. 1". Erablsra-t-on aujourd'hui les deux premieres
erablira-ton en matiere civile desjures &
P 2 Les
MM. Pétion de
eriminelle? - -
tres ont parlé Pour & Villenctive, fur ces deux > Antoine, & auM. Prugnon a fuivi une marche queftions, toute
velle. Il a intéroffe par fes tableanx faillans, nouVoici expreflions énergiques, & par fes raifonnemens. fes
T'extrait de fon difcours
MM., admettervous des (1).
-
minelle? En admettez -
jurés en matiere criLa premiere queftion vous - en matiere civile ?
coeurs droits & vertuenx;la aura pour partifans tous les
n'aura d'autres
propofision contraire
La feconde préfente oppofans les que. . le bourrean.
Voila le moment de confulrer plus férieufes les
difticultés,
cette regle invariable du bonhenr des convenances, nations.
jurés font une plante native
Les
dAngleterre, tranf
(t)
- aSM
- ROT
n'en-cf Qn'il Pas moins a0 prononcé cxact. de mémoire; mais l'exirait
07 91300 a VIS -
les
n'aura d'autres
propofision contraire
La feconde préfente oppofans les que. . le bourrean.
Voila le moment de confulrer plus férieufes les
difticultés,
cette regle invariable du bonhenr des convenances, nations.
jurés font une plante native
Les
dAngleterre, tranf
(t)
- aSM
- ROT
n'en-cf Qn'il Pas moins a0 prononcé cxact. de mémoire; mais l'exirait
07 91300 a VIS - --- Page 613 ---
portée en Amérique, (53) Mais cette A tUp XU33
neuve pour nous, me Paroit
516 - conceptiona -
nous fufffamment difpofes à exagérée, 14 recevoir a U Sommese
profirer utilement EA ce Chez une nation a &.acR. ulée 9
par une profonde ciilifation, 1O Ton
faire
germer ces nouvelles Sinaltl ? Ceft peut
des rêtes modernes fur des bultes
placer
formez doncavantt tout, le volume antiques. Re a
de vos lois,8 Turtour votre code inextricable
réformez votre éducation nationales dinbracions
vous à récevoir cette innovarion: Sans Prepasser cela YOS
efforrs feroient mnfructuenx, & la chate de cette
partie de votre conftiration pourroit entrainer
celle de la toralire de lédifice. Je me D
cette charmante penfée de Fontenelle:las vérité rappele
comme un Eros point, qui préfenre
eft un
côté plus aigu; G vous voulez la faite toujours entrer NA
par le grOS bour dans lefprir des hommesa vous
ny réntlirez jamais; c'eft donc par le coré
furs. quil fauelintrodunte, & frapper à
lonts
Imitons
de
le financier
yeut
doubler un
EAYN
impor exiftant: iFTausmmente Qui
a
peu, comme par couches
& pcu
un intervalle de20 années, fuperhciclles, il recueille le dans
fes longues combinaifons, fans exciter les fruit de
mures des peuples. Examinez,
murtuation. Nous fommes ici fur MM., la
a
A- 73
rourés-8e animés
a enupeauties
de Tefprt
qui
&vivifie nos deliberations, Mais pubic - anime -
les provinces foient parvenues à croyez-vous votre niveauz qHe
Crovez-vous qu'en 24 heures clles
robe virile : Sacrifiez un
a
prendront la
leurs Pxinge-Taromainigu peu lenrshabicndesy a
voloientconquete
Tecrrnne à fes dieux. Suivez cette route
par facrifdr
inatquce Parla fa-
-8e animés
a enupeauties
de Tefprt
qui
&vivifie nos deliberations, Mais pubic - anime -
les provinces foient parvenues à croyez-vous votre niveauz qHe
Crovez-vous qu'en 24 heures clles
robe virile : Sacrifiez un
a
prendront la
leurs Pxinge-Taromainigu peu lenrshabicndesy a
voloientconquete
Tecrrnne à fes dieux. Suivez cette route
par facrifdr
inatquce Parla fa- --- Page 614 ---
alianorae E20ITIOC
I6C 0 sanilaqibinung 2o1
a7
a roirtie
(54) )
- - S0 - rotre
gelle, D 3u en travaillant à la. deftruction des anciens
abus, Mais ayantque dadopserdejunesemne matiere
civile, iI faut
O1
fayoirer que, lon veut entendre
par cette uu dénomination -
tropi générale, Ces.cie
tovens, Pairs de Taccafia comment les juges
ront-ils? quelles 33 feront Jeurs fonctions? Quels
font les moyens dexéc uter ce plan que lon vous
propofe En effet, décrérerezn vous le principe
avant 3
de les N4 a connoitre: P Quel feroit eninite votre 19 embatras goir
0 ces moyens éroient regardés
comme impraticables: Eft-ce donc aindi que
procedent de fages légillareurs? On nous. ops
pofe fans ceffe lexemple de 1Anglenerre Scude
PAménque Devons-nous etre les copites fer4
viles de nos T1 rivaux 2 Faut-il donc pailer
Philadelphid ou Par Londresa pour arriver a Paris,a
M.is AE a il L eft LE encore un préalable plus néceflaite
tous. ces 5 projets de reformes, Changez donc
les mCEuIs & le genie de la nation au
de
vos
gré
-
combinaifons 5 car les lois doi
vent n d'accord avec les mcurs fans T
cette diffonance
leg défordre &
quoi
fion. Je fais ençore -T tous o les créateurs la de confis
jets différentes queftions. Quels font donc
jurés qu'ils
t
nous propolent : Sont-ce les jurés de
M.Tabbe Sieyes € de M. de Condorcer2 du c9T
mité de conititution; de M. Daport P les jures
rAapletere -
ou dAmerique 7 Tous cesyarys
different en M. des parties tres-effentielles. Tachez
donc au moins de vous TE concilier. Faites en forte
quel Toil, fatigué de ces TIE révoltantes contrariéréss
puile SD 00 fc repoles fur a un objer Aixes & que Late
tention Toit en érat de ic méditer. Détermincs
lest fonctions deces ces jurés. Seront-ils obligésderre
unanimes dans les iugemens : Seront-ils élus Par
Tous cesyarys
different en M. des parties tres-effentielles. Tachez
donc au moins de vous TE concilier. Faites en forte
quel Toil, fatigué de ces TIE révoltantes contrariéréss
puile SD 00 fc repoles fur a un objer Aixes & que Late
tention Toit en érat de ic méditer. Détermincs
lest fonctions deces ces jurés. Seront-ils obligésderre
unanimes dans les iugemens : Seront-ils élus Par --- Page 615 ---
les municipalirés ou (55) par les parties 2 Seront-ils
enfermésala diete & fans feu, comme les
anglois: On'a TCHeE cette marche pour 5
le
EAR
defpotifine judiciaire." H'exiton fans doute
dans la sompicemare-Tebicutie dés lols; car - 12
avec Tinperfection de nos lois'
a
crimincliles,
tout fatfoie juges relfembloit a ce gouverneur génois a
qui
tuer les corles e informata
E
con/cies
tids En effer, les cours' ne motivoient point nE D1
leurs jugemenss clles condamnoient Pour les CYEL cas
réjulians des proces. Maisa aujourd'hui 1a peifese
rendue publique
l"voie de Timpréilions ct
une magiftrature a furveille les
SA
ha
80 les contraint d'etre impartianx & juges juftes. memesg Sans B ET
détraire les tribunaux actacls, 4 impolez-leur
D
bligation de
féparément le fait du
Nattendex
fervice actifdes jurés, D avant
rens
RE
la fimmplificacion de vos Jois. Pouroicnt ils reme de a 3 3
a
pliri vos' intentions? Ifagit, par: exemple, dun
crime del faux dans un contrat. Combien de
précautions pour'connoitre la' vérité I e - faut le
frottetient de
& Cles jurés ne - Fauront
pas. Tet même chere cas oh Telir miniftere eit
impollible au civil. Par escmnples Paut meurt
fatis enfans, laifant deg biens de différente na- 12
ture. Iett néceffairé d'abord 2295 1a4 queftion
de droit foit jugée,pour
L4 desté
tude a
Japde
Therédites REA31 defcend a 1a
tion' de fait, pour favoir fi Pierre 822 Jeah
fel
a
a
préfentent, réunifient les capacités
1a
. Par escmnples Paut meurt
fatis enfans, laifant deg biens de différente na- 12
ture. Iett néceffairé d'abord 2295 1a4 queftion
de droit foit jugée,pour
L4 desté
tude a
Japde
Therédites REA31 defcend a 1a
tion' de fait, pour favoir fi Pierre 822 Jeah
fel
a
a
préfentent, réunifient les capacités
1a exige. Ainfi voilà la marche da Juri/me que ren- loi
veriée. Car le fyftéme eft de leur faire
dabord la queftion de fait, afin de mettre jniger enfilite le juge à portée de faire Tapplication dela
loi? Que penfer d'un
2319 D
ido - T a A plan 2 inexécutable dans - un 491
350 culs al-Jronc 1 znomnaou 5 LzRst ReCOIEaST --- Page 616 ---
cas propofé qui fe renouvelle t56)
a
dans" mille autres que je
chaque jour &
ter? CHaignons, MM., pourrois vous
éell la tentation des hommes limpatience du E
én faifant T'eloge
vertueux. Tacire,
jamais outrerle fagelle, dAgricola, dit qu'il ne fic
limum
Rerianit, 9
-1
ef, exfapientid modum, quod diffeilfon ce conquérant qui montra les grandes Faifons Indes comme à
fuccefleurs. arméc, comme Laiflons une conquére réfervée à fes
de nos lois aux légillatures la réforme de cette partie
mot, ne travaillons
en ulnérieuress en un
doit êcre coulé en RrdA Je marqueterie demande ce qui
queftion foir ajournée aprés la
que cette
code, & fur-rout du code
réformation du
qu'avant de prendre aucune d'inltructions ou bien
Duport réponde à mes queitions détermination, fur
M.
tions. jerés quil propole, & la nature de. lefpece leurs fonc- des
SL Iin'a rien été dit de nenf
ce
en faveur des jurés ou contre julqua leur
moment
Jaurai foin d'en rendre compte
infticution,
ainti que je Tai roujours obleryé dans cet ordre,
tion du lecteur, Jai rendu. en
linftruc:
nion,
cette
etere
A curfofité, parce qu'elle m'a paru digne de ot2te
fordre Demain féance à onze heurés, & fuite de
judiciaire,
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De "Imprimerie de DEMONVILLE,
1790. --- Page 617 ---
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