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DISCOURS SUR LA NÉCESSITÉ ET LES MOYENS G^-ty Hcttuwjy C'é'.Jcfava;jû' ~bau& CotoM/LM A Jsii CL.J Iclj deance^JjJuùLcjutJ du / OCcademiçj>
royale detL dciencebUy lelleùL- iettreôt_
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z 7 88, ,fbvc/f(.<J de J5a2e$aL_j Membre de cette Académie , directeur de celle des arts , correspondant de la société royale d'agriculture de paris , etc. A BORDEAUX, DE L'IMPRIMERIE DE MICHEL RACLE. I788. --- Page 2 ---
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AVANT-PROPOS. 4/ Qs/L/Oîde^juteu lLJ cou tactil uy f{vz:u
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cil cffzééeuL %U4- 'ieiaii^ Dit 7ffay
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coiome^L..^é%y' -^J-M
{& -cl LEs crimes que la cupidité entraîne présentent à l'homme sensible le plus affreux
tableau. C'est en vain qu'on a voulu les
déguiser par les illusions de la fortune et
de la gloire : ils ont ravagé la terre ; ils
ont fait gémir l'humanité sous le poids du
malheur. De toutes les parties du monde,
l'Europe est celle qui s'en est rendue la plus
coupable. Ailleurs on a été égaré par la --- Page 8 ---
vengeance et par la fureur des armes : c'est
de sang froid que nous avons commis les
plus cruels attentats. Nos connoissances et
nos arts semblent n'avoir servi qu'à détruire
le repos de toutes les nations. Au dedans,
que de divisions et de troubles ! Au dehors,
que d'oppressions et d'horreurs ! L'Asie, l'Afrique et l'Amérique ont été à la fois le
théâtre de nos excès. L'Asie nous a vus
calculer la fortune sur la famine et la
mort (i). Nous avons dépeuplé et avili
l'Afrique. L'Amérique dévastée a plié sous
le joug de notre tyrannie. Nous y avons
établi l'esclavage, que la religion proscrivait
dans nos climats (2). Nos colonies sont
encore fondées sur cet abus criminel. Des
terres où la nature réunit toutes les richesses
de la fécondité, sont sillonnées par des esclaves qu'on arrache à leur patrie, et qu'on
charge de chaînes pour augmenter nos richesses. II est consolant de voir une nation
commerçante dénoncer elle-même à son
sénat assemblé ce long outrage fait à l'humanité. Ce sénat souillera sa gloire, s'il ne
change pas le sort de tant d'infortunés. La
raison et la justice doivent enfin rétablir
leurs droits et briser leurs fers.
de la fécondité, sont sillonnées par des esclaves qu'on arrache à leur patrie, et qu'on
charge de chaînes pour augmenter nos richesses. II est consolant de voir une nation
commerçante dénoncer elle-même à son
sénat assemblé ce long outrage fait à l'humanité. Ce sénat souillera sa gloire, s'il ne
change pas le sort de tant d'infortunés. La
raison et la justice doivent enfin rétablir
leurs droits et briser leurs fers. --- Page 9 ---
L'AMÉRIQUE fat dévastée par ses avides
conquérants: ils crurent que les mines précieuses que le sol leur offrait, suffiroient à
leur ambition ; et pour en jouir sans partage , ils portèrent avec eux la destruction
et l'effroi. Les habitants de ces contrées
nouvelles, frappés de terreur, s'imaginèrent
que leurs Dieux mêmes avoient décidé leur
perte. Plusieurs étouffèrent leurs races; et
ce continent, à cette époque, semble être
l'affreux séjour du crime et du malheur.
Des peuples entiers ont disparu, et leurs
noms sont oubliés. Leur existence n'est plus
attestée que par la solitude de leurs demeures et l'horreur de leurs tombeaux. Bientôt
ces mines funestes au bonheur du monde
demandèrent des bras mercenaires, et on
n'en trou voit plus. On acheta des esclaves
en Afrique, et on les traîna sur les plages
de l'Amérique (3); ils aggravèrent encore
le sort des malheureux Indiens. C'est ainsi
que quelques tyrans croyoient avoir le droit
de soumettre la terre entière à leurs jouissances. Tant de désordres avoient confondu
toutes les idées. Les titres clairs et sacrés de
la justice, de la propriété et de la liberté,
paroissoient effacés : on ne connoissoit que --- Page 10 ---
les excès de l'ambition et de l'audace.
Las-Casas lui-même, cet évêque si vertueux au milieu de tant de crimes, demandoit de nouveaux esclaves ; trompé par son
coeur , il croyoit diminuer le travail excessif
et meurtrier auquel on condamnoit les Américains échappés à la mort. Les fiers oppresseurs du nouveau monde dédaignoient des
travaux utiles, et leurs barbares mains ne
savoient donner que des fers. LE commerce des hommes fut favorisé
par toutes les nations commerçantes, comme
une nouvelle source de richesses publiques.
Près de six millions d'esclaves Africains
peuplent aujourd'hui les champs de l'Amérique ; plus de cent mille infortunés sont
enlevés chaque année à l'Afrique , pour
soutenir cette population (4). Qui osera
calculer ce qu'elle a coûté (5)? Pour ravir
des esclaves , on a massacré des millions
' d'hommes qui défendoient leur liberté. Peignez-vous tous les liens de la nature brisés,
tous les sentiments outragés , toutes les
cruautés réunies; et vous aurez quelque idée
des horreurs que je ne puis tracer. La
guerre , les injustices et tous les crimes ont
à l'Afrique , pour
soutenir cette population (4). Qui osera
calculer ce qu'elle a coûté (5)? Pour ravir
des esclaves , on a massacré des millions
' d'hommes qui défendoient leur liberté. Peignez-vous tous les liens de la nature brisés,
tous les sentiments outragés , toutes les
cruautés réunies; et vous aurez quelque idée
des horreurs que je ne puis tracer. La
guerre , les injustices et tous les crimes ont --- Page 11 ---
ÏI désolé les peuples que ce trafic a séduits.
Les côtes Occidentales de l'Afrique sont
dépeuplées, et c'est de l'intérieur des terres,
ou des côtes Orientales, qu'on traîne des
esclaves aux marchés Européens. Cette diminution de traite effraie déjà ceux qui
calculent froidement la prospérité des colonies. QUAND les loix sacrées de l'ordre social
sont violées, il n'y a plus de mesure aux
excès que l'homme coupable ose commettre.
Ici le cri de la nature semble implorer le
ciel, et lui demander vengeance. Je parcours
les feuilles de l'histoire, et je ne vois
pas, dans ses tristes récits, de plus grand
crime public. II y a bientôt trois siècles
qu'il se perpétue, et voilà l'ouvrage des nations qui se placent au rang des plus éclairées. JE ne parlerai pas de la rigueur de l'esclavage dans nos colonies. L'humanité frémiroit encore des tableaux que je pourrois
rappeller. Le sceptre de l'oppression est toujours pesant ; et si des moeurs plus douces,
si l'humanité, si l'intérêt même des colons --- Page 12 ---
ont tempéré les traitements barbares que
leurs esclaves éprouvoient, cet esclavage
est-il plus légitime? ON, a dit que la victoire légitimoit l'esclavage. Oui sans doute , comme la force
légitime tout : mais alors le pacte social est
détruit pour l'homme qu'on enchaîne. Si
les Ilotes avoient vaincu Sparte, leur nom
effaceroit peut-être dans l'histoire celui de
leurs cruels oppresseurs. Rappelions-nous la
honte des Romains pendant la guerre servile, le sang qu'ils firent couler pour étouffer
des révoltes toujours renaissantes, et leur
effroi, lorsque le Thrace Spartacus marchoit
a Rome, et renversoit leurs préteurs et leurs
légions (6).
truit pour l'homme qu'on enchaîne. Si
les Ilotes avoient vaincu Sparte, leur nom
effaceroit peut-être dans l'histoire celui de
leurs cruels oppresseurs. Rappelions-nous la
honte des Romains pendant la guerre servile, le sang qu'ils firent couler pour étouffer
des révoltes toujours renaissantes, et leur
effroi, lorsque le Thrace Spartacus marchoit
a Rome, et renversoit leurs préteurs et leurs
légions (6). O N a dit que l'intérêt des colons rendoit
le sort de nos esclaves plus doux que celui
des journaliers que la misère accable. Un
sort plus doux! Quelle est donc cette existence que la liberté n'accompagne pas ? La
misère est affreuse sans doute : mais la liberté est un grand bien, et l'espérance luit
encore au fond du coeur de l'homme libre.
Que restent-il à celui qui ne l'est pas? --- Page 13 ---
Est-ce par des désordres publics qu'il fàut
justifier d'autres désordres ? Parce que les
attentats commis contre la propriété ont
troublé la terre, on a nié que la propriété
fût la base de^ï'ordre social. On a rappellé
les faits éclatants de ces républiques fondées
sur la communauté des biens. A-t-on
oublié qu'il n'y avoit là que des tyrans et
des esclaves ? Parce que notre luxe et nos
longues erreurs ont appauvri la classe infortunée qui fait naître nos subsistances, fautil que des esclaves gémissent sous le fouet
d'un commandeur cruel? Faut-il, pour le
bonheur public, charger de chaînes les mains
qui nous nourrissent ? N'y auroit-il sur la
terre, pour le pauvre qui la cultive, que
des fers ou la mort Quelle triste philosophie que celle qui conduit à de pareils
résultats! C'est ainsi qu'on justifie tout:
l'esclavage devient un devoir : la tyrannie
est un droit : la jouissance seule est un
titre. Malheur aux nations qui seroient assez
avilies pour laisser établir ces maximes
cruelles : il n'y auroit plus pour elles que
crimes et désespoir. Proscrivons enfin cette
admiration exclusive pour l'antiquité. Ne
rendons hommage qu'aux vertus particulières --- Page 14 ---
i4 éparses çà et là dans l'histoire, comme des
phares brillants sur la vaste étendue d'une
mer sombre et agitée. Qu'importent de
grands noms et leur éclatante renommée ,
si la vertu et l'humanité gémissoient auprès
d'eux ? Ne respectons que les institutions
conformes à nos droits ; rappelions les caractères qui les distinguent, et cherchons
ainsi à réparer les maux que leur violation
et leur oubli ont répandus sur la terre. L A possession libre et exclusive de nousmêmes , ou notre propriété personnelle , est
notre premier droit; il est inaliénable et sacré. Réduire un homme à la condition
d'esclave, est donc , après le meurtre , le
plus violent des attentats. L'homme anéantiroit tous ses droits en se rendant esclave.
II n'y a point de vente où il n'y a pas
de prix (7). Ainsi l'homme ne peut jamais
aliéner sa liberté; et s'il ne peut pas l'aliéner , qui est-ce qui pourroit en disposer ?
On peut enchaîner un criminel ; voilà le
droit de la force publique : mais si le coupable
rompt sa chaîne , il n'est plus esclave.
urtre , le
plus violent des attentats. L'homme anéantiroit tous ses droits en se rendant esclave.
II n'y a point de vente où il n'y a pas
de prix (7). Ainsi l'homme ne peut jamais
aliéner sa liberté; et s'il ne peut pas l'aliéner , qui est-ce qui pourroit en disposer ?
On peut enchaîner un criminel ; voilà le
droit de la force publique : mais si le coupable
rompt sa chaîne , il n'est plus esclave. LE nom d'homme repousse celui d'escla- --- Page 15 ---
r5 1 ve ; et les tyrans eux-mêmes l'ont bien
senti. Quand ils ont avili des infortunés à
porter leurs chaînes, ils ne les ont plus
comptés que comme des instruments de
culture ou de travail (8). Les droits les
plus sacrés, la justice et l'humanité proscrivent donc l'esclavage. On croit que l'équilibre politique et le maintien des richesses nationales s'opposent encore à ce
voeu de la raison et de la nature. Si je
prouvoÎs, que cet équilibre et le maintien
même des richesses demandent que l'esclavage soit aboli, et si j'en indiquois les
moyens, j'aurois peut-être rendu quelque
service à l'humanité. J'Ai dit que la traite diminuoit. Cette
rareté d'esclaves menace la culture des colonies. La dépopulation des côtes de l'Afrique baignées par l'Océan a dirigé une
partie du commerce des Noirs vers les
côtes Orientales de ce continent ; la traite
y est plus abondante et moins chère : mais
ïa longueur et les dangers de la navigation
causent presque toujours une mortalité effrayante. Le prix des esclaves a doublé dans
nos colonies depuis vingt ans ; et plusieurs --- Page 16 ---
i6 habitations ne donnent pas la moitié des
produits qu'elles pourroient fournir, faute
de bras pour leurs travaux. La population,
quoiqu'un peu plus animée, ne remplace
pas la moitié des esclaves que la mortalité
enlève. L'avenir n'offre donc à cet égard
qu'une perspective allarmante. II est temps
d'obéir à une révolution que la nature prépare elle-même. Notre politique et nos
petits intérêts n'arrêteront pas sa marche. L' EspAGNE donne depuis long-temps des
moyens de liberté à ses esclaves (). La
volupté et le luxe détruisent les avantages
de cette liberté. Ce n'est pas cet exemple
que je proposerai de suivre : mais il est
dangereux pour nos colonies, et il cause
souvent une désertion ruineuse pour nos
établissements. LES États-unis rendent peu à peu la
liberté à leurs Nègres (io). Sans doute la
reconnoissance doit enchaîner long-temps
cette nation nouvelle : mais tout s'oublie ;
les circonstances et les intérêts changent ;
et si l'on venoit offrir la liberté à nos esclaves , quels seroient nos moyens de défense? --- Page 17 ---
Si le parlement d'Angleterre adopte une
loi qui adoucisse l'esclavage dans les colonies Britanniques, on doit redouter l'effet
qu'elle produira sur nos esclaves , et déjà v
les colons en sont allarmés. PLUs nos établissements s'accroissent, et
plus leur possession devient incertaine. Le
grand nombre d'esclaves nécessaires à leur
culture est seul -un grand danger (1 1). LE commerce des esclaves nuit à la navigation. II détruit chaque année un sixième
des gens de mer qu'on y emploie. C'est
une école affreuse pour les moeurs.
Britanniques, on doit redouter l'effet
qu'elle produira sur nos esclaves , et déjà v
les colons en sont allarmés. PLUs nos établissements s'accroissent, et
plus leur possession devient incertaine. Le
grand nombre d'esclaves nécessaires à leur
culture est seul -un grand danger (1 1). LE commerce des esclaves nuit à la navigation. II détruit chaque année un sixième
des gens de mer qu'on y emploie. C'est
une école affreuse pour les moeurs. IL suffit d'indiquer ces considérations pour
prouver la nécessité de changer de système.
La culture et la conservation des colonies
en dépendent. Je vais démontrer que l'intérêt particulier s'unit ici à la surveillance
politique et au maintien des richesses publiques. LE travail des esclaves n'est jamais aussi
productif que celui de l'homme libre. »? Les
mines des Turcs, dans le Bannat de Te- --- Page 18 ---
i8 >j meswar , dit Montesquieu , étoient plus
55 riches que celles de Hongrie, et elles ne
» rendoient pas tant, parce qu'ils n'ima-
» ginoient jamais que les bras de leurs
jj esclaves- • DANS les sucreries les mieux cultivées,
le produit du travail annuel d'un esclave,
dans la force de l'âge, ne peut pas être
apprécié au dessus de 1200 I. En Angleterre
on évalue le produit annuel du travail d 'un
cultivateur à 2400 1. A la vérité, il est
question ici du laboureur aidé de toutes les
machines que l'art a inventées pour faciliter culture : mais l usage de ces machines peut être introduit dans nos colonies,
et il sera une suite nécessaire de la liberté.
Des calculs exacts établis sur le produit
total des colonies les mieux cultivées , ne
donnent qu'environ 353 1. pour le produit
du travail de chaque esclave existant dans
nos îles. Le même calcul, en supposant
que le quart de la population du royaume
soit attaché à la culture , donne 500
pour le produit annuel du travail de chaque individu de la classe agricole. Ainsi,
sous ce premier rapport, le travail de l'hom- --- Page 19 ---
me libre est bien plus avantageux que celui
des esclaves : mais il faut comparer encore
la fertilité des terres dans nos colonies et
en Europe. Le produit du travail est aussi
en raison de la fertilité; et une terre où
elle seroit double d'une autre , donneroit,
avec le même travail, un doublé produit.
Le plus ou le moins de valeur des productions générales recueillies sur la même
étendue de terrein, dans des cultures et des
climats différents, peut être regardé comme
la mesure comparative de leur fertilité. La
valeur du produit des terres , dans les
colonies, est trois fois plus considérable
que celui que nous obtenons dans nos
champs les mieux cultivés. C'est ainsi
qu'on peut prouver que l'esclave ne donne
pas le tiers du produit du travail d'un
homme libre (13). J E sais que la nature des productions,
l'état de l'agriculture et l'art de l'agricul.,
teur peuvent apporter de grandes variations
dans les rapports des cultures isolées : mais
ce sont les cultures générales qu'il faut
rapprocher, et ce sont elles qui ont servi
de base à mes calculs. --- Page 20 ---
ON croit que le prix des denrées des
colonies est un prix d'opinion , et qu'il ne
peut pas être comparé au prix de nos productions d'Europe. Cela étoit vrai, lorsque
ces denrées n'étoient pas d'un usage général.
Elles le sont devenues aujourd'hui, et elles
ont pris le caractère des denrées de première nécessité. Je trouverois d'ailleurs des
preuves de cette plus grande fertilité des
colonies dans la culture des plantes qui
sont communes à l'Europe et au nouveau
continent (14).
des
colonies est un prix d'opinion , et qu'il ne
peut pas être comparé au prix de nos productions d'Europe. Cela étoit vrai, lorsque
ces denrées n'étoient pas d'un usage général.
Elles le sont devenues aujourd'hui, et elles
ont pris le caractère des denrées de première nécessité. Je trouverois d'ailleurs des
preuves de cette plus grande fertilité des
colonies dans la culture des plantes qui
sont communes à l'Europe et au nouveau
continent (14). LE travail des esclaves est moins cher,
dit-on, que celui du journalier , et c'est
bien moins le produit absolu de la culture
qu'il importe au propriétaire d'augmenter,
que le bénéfice qu'il en retire. Si l'on calcule l'intérêt de la valeur d'un esclave, le
prix des remplacements nécessaires, et les
frais de nourriture et d'hôpital , on verra
que ce meilleur marché n'est qu'une illusion ,
et que chaque Nègre travaillant coûte annuellement plus de 500 livres à son maître (15). ON peut objecter enfin que la chaleur --- Page 21 ---
du climat des colonies ne permettroit pas
à nos cultivateurs d'y fournir la même, mesure de travail. De nombreuses expériences
démentiroient cette assertion : elles prouvent
que le travail est un moyen de conservation
dans nos îles , pour les ouvriers que la fortune y appelle. La chaleur dans nos provinces Méridionales, aux mois de Juin, de
Juillet et d'Août, est souvent plus forte
qu'à St. Domingue; et c'est l'époque ou les
travaux de nos campagnes sont les plus
forcés. D'ailleurs je ne propose pas de conduire des cultivateurs d'Europe dans nos,
établissements. Je déplore les funestes essais
qu'on a faits à cet égard, et je sais combien
l'ambition cruelle de ceux qui les dirigeoient a fait périr de victimes. Nous avons
à nos portes assez de terres incultes et de
champs déserts. Ce sont nos esclaves qu'il
faut attacher au sol de nos colonies. II faut
les former au travail, et les aider de toutes
les ressources de l'art pour faciliter leur
culture ^ et rendre leurs travaux plus productifs. L'emploi des machines en agriculture peut être regardé comme ayant doublé
la force des cultivateurs et le produit de leur
travail. Voilà quel seroit encore l'effet de la --- Page 22 ---
il liberté dans les colonies. Je suis étonné
moi-même des résultats auxquels ces vérités
conduisent. L'égarement de l'intérêt particulier est donc toujours une suite de l'oubli
des principes de l'ordre et de la justice. APRÈS avoir rappelle ces principes sacrés, après avoir montré les considérations
politiques et les avantages publics et particuliers qui sollicitent en faveur de la liberté
de nos esclaves, je dois indiquer les moyens
de donner cette liberté sans allarmer l'intérêt
particulier , et en évitant les dangers d'une
révolution trop rapide. LORSQU'IL fout détruire de grands désordres publics , on doit se tenir en garde
contre sa sensibilité. II faut calculer les
effets des changements qu'on prépare ; car
tout s'enchaîne dans l'état social. Des esclaves accoutumés au poids de leurs fers,
confondent les égarements de la licence
avec les jouissances paisibles de' la liberté.
En rompant tout d'un coup leurs chaînes,
on feroit leur malheur, et cette race infortunée disparoîtroit de dessus la terre qu'elle
cultive. La paresse et la volupté, voilà
. II faut calculer les
effets des changements qu'on prépare ; car
tout s'enchaîne dans l'état social. Des esclaves accoutumés au poids de leurs fers,
confondent les égarements de la licence
avec les jouissances paisibles de' la liberté.
En rompant tout d'un coup leurs chaînes,
on feroit leur malheur, et cette race infortunée disparoîtroit de dessus la terre qu'elle
cultive. La paresse et la volupté, voilà --- Page 23 ---
23 - presque toujours l'existence des affranchis.
Leur liberté n'est souvent que le prix de
leurs débauches. Les crimes que les besoins
entraînent achèvent de les dépraver. L'esclave ne connoît que ce genre d'affranchi ;
et c'est avec cette classe avilie qu'il se confondait. II n'y auroit plus alors de sûreté
dans nos colonies, et leurs richesses seroient
bientôt anéanties. Ce n'est pas la conservation de ces richesses qui m'arrête. L'opulence
des nations et la fortune des particuliers
n'excusent point leurs crimes. Je souillerois
ma plume et je trahirois mon coeur, si .Te
voulois justifier ainsi les outrages faits à la
liberté : mais je le répète, c'est une considération plus puissante qui m'occupe : c'est
le sort des esclaves qu'il ne faut pas exposer. Leur existence et leur bonheur tiennent aujourd'hui à nos propriétés. PRÉPARONS la liberté qu'on doit leur
donner un jour. Assurons-leur les moyens
de l'obtenir par des travaux dont les produits leur appartiennent. L'homme n'est
soumis aux loix sociales que pour conserver
ses propriétés : il faut donc en donner à l'esclave qu'on veut affranchir. --- Page 24 ---
CETTE marche est celle de la nature.
Lorsque les esclaves n'ont pas été affranchis
par la victoire, ou, lorsqu'ils sont restés
attachés au joug du vainqueur , ils ont été
serfs de glèbe avant de devenir libres ; tels
étoient les esclaves chez les Germains, au
rapport de Tacite (16). - FRAPPÉ de cette idée, il y a bientôt
douze ans que je proposai à l'administration
de diriger, d'après ce système, les nouveaux
établissements dont on s'occupoit pour la
Guyanne Françoise. C'est dans cette vue
que j'y avois demandé et obtenu une concession (17). Les circonstances et la guerre
ont détruit ces projets : mais rien ne peut
arracher de mon coeur le sentiment qui les
dictoit. Je desirois que cette colonie servît
de modèle pour l'affranchissement successif
des esclaves. J'espérois que cette terre funeste, qui a coûté tant de trésors et tant
de sang, jouiroit enfin de quelque liberté. J'avois tracé la marche successive
de cet affranchissement, d'après la position
particulière de cette colonie, et les moyens.
que le gouvernement se proposoit d'employer. --- Page 25 ---
[texte_manquant] JE rappelle les mêmes principes, et j'ai
prouvé qu'ils n'étoient que l'expression de
la justice et de l'intérêt public et particulier. J'ai indiqué les dangers d'un affranchissement subit, et, s'il falloit des autorités, je dirois ce que Montesquieu rapporte
de l'embarras des Romains pour cette partie
de leur police publique, et de l'abus que
des affranchis ont osé faire de leurs droits.
Page 25 ---
[texte_manquant] JE rappelle les mêmes principes, et j'ai
prouvé qu'ils n'étoient que l'expression de
la justice et de l'intérêt public et particulier. J'ai indiqué les dangers d'un affranchissement subit, et, s'il falloit des autorités, je dirois ce que Montesquieu rapporte
de l'embarras des Romains pour cette partie
de leur police publique, et de l'abus que
des affranchis ont osé faire de leurs droits. IL faut, a dit un homme dont la plume éloquente a défendu avec énergie les
droits sacrés de la liberté publique, " il
" faut, avant toutes choses , rendre dignes
55 de la liberté et capables de la supporter,
55 les serfs qu'on veut affranchir (18). JE propose d'abord d'assurer en propriété
à chaque esclave ce qu'il pourra gagner
au delà du travail modéré auquel il peut
être assujetti. La loi relative à la mesure
du travail imposé, doit varier suivant le
genre de culture et la situation des établissements ; mais par-tout les. règlements devront assurer à un esclave actif et laborieux
les moyens de gagner, dans l'espace de six
ou sept ans au plus, une somme égale aux --- Page 26 ---
trois quarts de sa valeur. Cette somme,
fixée par la loi, ne doit pas être arbitraire.
En payant cette somme à son maître, l'esclave deviendroit serf de glèbe (19) , c'està-dire, qu'il seroit attaché à une partie du
terrein ou des travaux de l'habitation, et le
produit de sa culture seroit partagé entre
son maître et lui (20). Les Nègres ouvriers
auroient, en entrant dans la classe des serfs
de glèbe , un "salaire également fixé par la
loi. Chaque esclave , en obtenant ce premier degré d'affranchissement , auroit le
droit d'assurer le même avantage à sa femme , en payant une somme d'autant moins
forte qu'elle auroit un plus grand nombre
d'enfants. Les enfants ne naîtroient serfs
de glèbe , qu'autant que leurs 'mères seroient déjà dans cette classe. Le pécule ou le
gain assuré par la loi suivroit l'esclave, et
appartiendroit à sa femme ou à ses enfants,
après lui ; celui de la femme appartiendroit
également ou au mari, ou aux enfants. S'ils
n'avoient pas d'héritiers naturels, les esclaves pourraient disposer de leurs gains à
leur volonté ; et s'ils n'en disposoient pas i
leur pécule appartiendroit aux fonds de
charités établis dans la colonie. Les succes-
Le pécule ou le
gain assuré par la loi suivroit l'esclave, et
appartiendroit à sa femme ou à ses enfants,
après lui ; celui de la femme appartiendroit
également ou au mari, ou aux enfants. S'ils
n'avoient pas d'héritiers naturels, les esclaves pourraient disposer de leurs gains à
leur volonté ; et s'ils n'en disposoient pas i
leur pécule appartiendroit aux fonds de
charités établis dans la colonie. Les succes- --- Page 27 ---
sions des serfs de glèbe. pourroient être
soumises à la même loi. Tout affranchissement qui ne seroit pas le prix du travail
ou d'une grande vertu, seroit proscrit. C'est
ainsi qu'on formerait cette population avilie à l'amour du travail et au respect des
moeurs. Le serf cle glèbe ne pourroit
ensuite s'affranchir des obligations que lui
imposerait la loi, qu'en remplissant celles
qu'elle prescriroit pour le conduire à une
liberté entière. Ces conditions seroient ou
l'achat de la terre, s'il convenoit au propriétaire de l'aliéner, ou des redevances,
ou le paiement d'une somme suffisante pour
que le propriétaire pût faire cultiver luimême la portion de terre que le serf abandonneroit. Les serfs ouvriers s'affranchiroient, en
payant une somme égale à la valeur représentative du travail que la loi leur imposeroit. C'est ainsi que cette loi, en rétablissant
les droits les plus sacrés, porteroit le travail
et la culture au plus haut point d'activité:
elle serviroit à la fois l'intérêt public et l'intérêt particulier (21). Cette division de terrein accroîtrait rapidement les produits. C'est
dans les atteliers des propriétaires que seroient manufacturées les denrées qili deman- --- Page 28 ---
2.8 dent des préparations , et que se feroient
ensuite les partages. La régie de ces établissements deviendroit plus simple et plus
économique : la valeur du fonds augmenter
roit avec la liberté. JE me borne à tracer les idées élémentaires d'un plan dont les détails ne peuvent
être déterminés que dans les colonies mêmes.
La servitude de glèbe est odieuse, lorsque la
loi n'assure pas- des moyens successifs pour
s'en affranchir. J'en ai dit assez pour qu'on
ne confonde pas les règlements que je propose , avec les coutumes barbares que la
tyrannie des seigneurs avoit introduites dans
quelques-unes de nos provinces, et qui subsistent encore dans quelques états. Le servage
que j'indique est le premier pas vers la liberté. Le travail affranchira peu à peu de ce
reste de servitude. Les principes que j'ai
développés suffisent pour tracer la marche
qu'il faut suivre. Celle de la justice n'est
jamais incertaine, et c'est en oubliant nos
droits qu'on a rendu nos institutions si obscures et si contradictoires. On l'a dit, la
vérité n'a qu'une route , et celles de l'erreur
sont sans nombre. . ,
indique est le premier pas vers la liberté. Le travail affranchira peu à peu de ce
reste de servitude. Les principes que j'ai
développés suffisent pour tracer la marche
qu'il faut suivre. Celle de la justice n'est
jamais incertaine, et c'est en oubliant nos
droits qu'on a rendu nos institutions si obscures et si contradictoires. On l'a dit, la
vérité n'a qu'une route , et celles de l'erreur
sont sans nombre. . , --- Page 29 ---
L'AFFRANCHISSEMENT que j'ai proposé
n'aurait aucun des inconvénients que peuvent craindre les défenseurs de l'esclavage.
Lorsque j'ai porté ma pensée sur ce grand
objet de police publique, j'ai redouté l'opinion et l'intérêt particulier. J'ai lecueilli les
objections qu'on opposoit à l'affranchissement
des esclaves (22). J'ai vu qu'elles supposoient
toutes une révolution subite, également dangereuse pour les maîtres et pour les esclaves.
Ceux qui défendent le système actuel, n'i- '
maginent que des affranchis livrés à la paresse et aux voluptés, sans activité et sans
énergie pour les travaux utiles. Cette classe
dangereuse est née de la corruption de nos
moeurs. Je crois avoir tracé un autre ordre
de choses et une marche plus prudente et
plus sûre. Sa lenteur préviendrait tous les
dangers. La révolution s'opèreroit insensiblement, sans effort ét sans trouble. La liberté que je présente, auroit pour base, le
travail et les moeurs. Les propriétés particulières n'éprouveroient aucune atteinte ;
leur produit seroit augmenté par l'intérêt des
cultivateurs, par leur émulation et par leur
industrie. On n'aurait rien à craindre de la
licence des affranchis : leurs moeurs seroient --- Page 30 ---
changées, et on leur imprimeroit le caractère
qui convient à un peuple cultivateur. Une
population nouvelle, nombreuse et faite au
travail, remplaceroit ce peuple d'esclaves qui
cultivent nos colonies : la possession de ces
établissements seroit moins incertaine : chaque affranchi seroit un nouveau défenseur ;
tandis qu'en cas d'attaque l'esclave est un
ennemi de plus à combattre ou à enchaîner.
La justice, la bienfaisance et la liberté préviendroient la ruine qui menace nos colonies,
si elles sont long-temps encore dépendantes
du commerce des esclaves. Ce commerce,
que rien ne peut justifier, s'anéantiroit , et
l'humanité auroit moins de larmes à verser.
Ce plan peut être annoncé sans crainte : sen
premier effet sera de resserrer les noeuds de
l'obéissance , de placer l'espoir du bonheur
et de la liberté dans le travail et la bonne
conduite, et d'animer ainsi la culture et la
population des colonies. C'EST aux pieds de la nation assemblée
que je mets ces projets. C'est elle qui doit
prononcer sur d'aussi grands intérêts. Elle doit
porter ses regards sur tous les hommes qui
la composent. Elle doit s'occuper de tout --- Page 31 ---
ce qui peut influer sur les vertus particulières
et publiques. Elle doit se réformer elle-même
et détruire les abus que de longues injustices
ont consacrés. Puissent les idées que je viens
de tracer adoucir le sort des infortunés dont
j'ai plaidé la cause ! Quel que soit leur
succès, elles auront eu pour moi le charme
consolateur qu'ont toujours les voeux formés
pour le bonheur de l'humanité.
uper de tout --- Page 31 ---
ce qui peut influer sur les vertus particulières
et publiques. Elle doit se réformer elle-même
et détruire les abus que de longues injustices
ont consacrés. Puissent les idées que je viens
de tracer adoucir le sort des infortunés dont
j'ai plaidé la cause ! Quel que soit leur
succès, elles auront eu pour moi le charme
consolateur qu'ont toujours les voeux formés
pour le bonheur de l'humanité. --- Page 32 ---
O 6l ptewecc (1) LISEZ l'état civil, politique et commerçant du Bengale,
imprimé à la Haye, en 1775. Voyez les détails du procès de
M. Hastings. Ce n'est pas qu'on doive fixer son opinion sur cet
illustre accusé. Ce seroit une injustice ; il faut attendre sa défense
et le jugement que portera la cour des Pairs. Je n'ai entendu que des
louanges en sa faveur de la part de tous les François qui ont passé
dans les établissements Anglois pendant son administration. Je ne
parle donc que des faits; et c'est une grande leçon que l'Angleterre
donnera encore, si elle punit les coupables, quels que soient d'ailleurs
leurs titres et leurs services, et si par des loix de bienfaisance elle
adoucit le sort des peuples opprimés. (2) Louis XIII ne vouloit point d'esclaves: mais on lui persuada
qu'on ne pouvoit convertir les Africains qu'en les chargeant de
chaînes. Malheur aux hommes qui abusent ainsi de la foiblesse des
rois ! (3) DÈS 1505 on porta quelques Nègres dans les colonies. On
voit dans l'histoire navale de Hill, qu'Elisabeth voulut s'opposer à
ce commerce ; elle donna des ordres pour qu'on ne transportât aucun
Nègre d'Afrique qu'il n'eût donné son libre consentement. Elle
disoit que toute violence à cet ég-rd seroit détestable / et artireroit la --- Page 33 ---
[texte_manquant] vengeance du ciel sur ceux qui s'en rendroient coupables. La soif de
l'or l'emporta bientôt sur le cri de la justice. Les Génois, les
Portugais, les François et les Anglois se disputèrent tour à tour
l'avantage barbare de fournir des esclaves. (4) M. Cooper, dans ses lettres sur le commerce des Nègres, publiées
en Angleterre, évalue les esclaves des nations commerçantes de la
manière suivante. Aux Anglois et aux Américains 1^00,000
Aux Frangois.. fO 0,0 0 0
Aux Espagnols 2,500,000
Aux Portugais 1,000,000
Aux Hollandois et aux Danois 100,000 5,500,000 CE calcul n'est pas exact pour les François : ils possèdent environ
550000 esclaves; et je crois qu'on peut porter à 6000000 les Nègres
esclaves des colonies. LE nombre des esclaves, traités chaque année, s'élève À plus de
1 00 0 0 o. Voici un de5 derniers états de traite, depuis le Cap blanc
jusqu'à New Congo.
Portugais 1,000,000
Aux Hollandois et aux Danois 100,000 5,500,000 CE calcul n'est pas exact pour les François : ils possèdent environ
550000 esclaves; et je crois qu'on peut porter à 6000000 les Nègres
esclaves des colonies. LE nombre des esclaves, traités chaque année, s'élève À plus de
1 00 0 0 o. Voici un de5 derniers états de traite, depuis le Cap blanc
jusqu'à New Congo. PAR les Anglois 53,100
PAR les États unis 6,500
PAR les François 23,500
PAR les Hollandois 11,300
PAR les Portugais 8^700
PAR les Danois 1,200 1 0 4, 1 0 0 QUI ont été achetés au prix moyen de 360 livres. --- Page 34 ---
V 34 (5) J'aurois voulu présenter l'effrayant tableau de la dépopulation que ce commerce cause à l'Afrique: mais les éléments manquent
pour en calculer exactement l'influence désastreuse. Pour s'en faire
une idée, on doit remarquer que les Nègres qu'on traite sont tous
dans la force de l'âge. Ils ont passé les dangers de l'enfance, et ils
sont loin encore des accidents qui menacent le déclin de la vie.
C'est à l'instant de leur plus grande reproduction qu'on les enlève
à leur patrie. Réduisons les 1 00000 qu'on exporte à 97500
à cause de leur mortalité naturelle estimée dans la proportion
de 1 à 40. Ces 97500 représenteront un fonds de population
de 3800000 individus détruits pour l'Afrique dans l'espace de
3 0 ans. Si on adopte la proportion de 1 à 3 0, qui paroît la plus
vraie pour déterminer le nombre commun des morts, relativement
à la masse des hommes existants, enlever à la population une
classe d'hommes dans l'âge ou la mortalité n'est que comme 1 à
40 , c'est détruire réellement une plus grande masse d'habitants;
car 1 000 0 0 individus, pris dans toutes les classes ne représentent
que 3 0 0 0 0 0 0 de population ; tandis que pris dans l'adolescence
et la vigueur de l'âge , ces 1 00000 représentent une population de 4000000, ou de 3 800000 en déduisant, comme j'ai
fait, ceux que la mort naturelle détruiroit indépendamment de
la traite. Si à ces 3 800000 on ajoute le nombre des malheureux qui expirent dans les combats livrés pour enlever des esclaves,
ceux qui périssent de misère , de fatigue et de désespoir, on verra
que la masse de population anéantie par la traite dans l'espace
de 3 0 ans, s'élève à plus de 4800000 individus, et qu'ainsi ce
commerce cruel coûte chaque' année à l'Afrique plus de 160000
de ses habitants. (6) IL semble que quelques historiens ont cherché à effacer le
souvenir de ces révoltes. Voilà comment on écrit l'histoire. Spartacus
avoit un grand caractère, et s'il avoit pu arrêter la licence de ses
compagnons d'armes, il auroit vengé l'univers. --- Page 35 ---
(7) ECOUTEZ Montesquieu. « Il n'est pas vrai qu'un homme
« libre puisse se vendre. La vente suppose un prix: l'esclave se
(f vendant, tous ses biens entreroient dans la propriété du maÎtre"
« le maître ne donneroit rien, et l'esclave ne recevroit rien, etc.. Il
Esprit des loix, liv. XV, chap. 2. -
la licence de ses
compagnons d'armes, il auroit vengé l'univers. --- Page 35 ---
(7) ECOUTEZ Montesquieu. « Il n'est pas vrai qu'un homme
« libre puisse se vendre. La vente suppose un prix: l'esclave se
(f vendant, tous ses biens entreroient dans la propriété du maÎtre"
« le maître ne donneroit rien, et l'esclave ne recevroit rien, etc.. Il
Esprit des loix, liv. XV, chap. 2. - « t. E 5 mots esclavage et droit sont contradictoires : ils s'excluent
« mutuellement ». Rousseau, contrat social, liv. I, chap. 4. (8) LES Lacédémoniens fustigeoient leurs esclaves à certaines
époques de l'année, uniquement pour faire sentir à ces infortunés le
poids de leur servitude. Plus d'une fois, dans nos colonies, des maîtres
cruels se sont fait un spectacle des coups de fouet dont ils déchiroient
leurs Nègres. () DANS les colonies Espagnoles, chaque esclave a un jour par
semaine où il travaille pour son compte Ce moyen est dangereux ; et
c'est souvent à la débauche que l'esclave consacre les moments qui lui
sont accordés. Dans les colonies Espagnoles, les affranchis sont presque
tous les ministres des voluptés de leurs maîtres. On doit cependant
applaudir à l'humanité de la loi qui assure la liberté à chaque esclave
Espagnol, en état de payer sa rançon. (10) ON a suivi dans les Etats—unis différentes méthodes pour
l'affranchissement des esclaves. Dans quelques parties le petit nombre
de Nègres qu'il y avoit, a permis de les affranchir tout d'un coup .
et ils sont restés attachés à leurs maîtres, comme domestiques et
journaliers. (1 1) L.ES Lacedemoniens limitoient, pour leur stlreté, le nombre
de leurs esclaves, et ils en firent quelquefois exposer les enfants.
« Rien, dit encore Montesquieu, ne met plus près de la condition
« des bêtes, que de voir toujours des hommes libres, et de ne l'être --- Page 36 ---
« pas: De telles gens sont des ennemis naturels de la société, et
« leur nombre seroit dangereux ». Liv. XV, chap. XIII. el 2) VoYEZ une brochure écrite par John Newton à la société
de Manchester. Il a lui-même fait la traite des Noirs ; et les détails
qu'il donne, font frémir. el 3 ) J'A 1 porté à 1 2 0 0 livres le produit du travail d'un Nègre
dans la force de l'âge, et on ne peut pas l'évaluer plus haut. M.
Arthur Young, écrivain Anglois, celèbre par l'étendue de ses connoissances économiques et politiques, évalue, d'après quelques informations
parlementaires, le produit du travail des Nègres de à 1 5 livres sterlings
au plus, et d'après le produit général de la Jamaïque à 7 livres 1 0
schelings par tête. J'ai réuni dans le tableau suivant le produit des principales îles
comparé au nombre de leurs Nègres travailleurs. SI. Domingue cultivée par 3 0 0,0 o'o esclaves produit 1 0 0,0 0 010 oo 1.
L.. Jamaïque par 200,000 esclaves produit 35,000,000
Guadeloupe par 1 0 0,0 o o esclaves produit 18,000,000
MARTINIQUE par 8 0,0 o o esclaves produit 18,000,000
ant le produit des principales îles
comparé au nombre de leurs Nègres travailleurs. SI. Domingue cultivée par 3 0 0,0 o'o esclaves produit 1 0 0,0 0 010 oo 1.
L.. Jamaïque par 200,000 esclaves produit 35,000,000
Guadeloupe par 1 0 0,0 o o esclaves produit 18,000,000
MARTINIQUE par 8 0,0 o o esclaves produit 18,000,000 680,000 esclaves produit 171,000,000 1. Pajouterai pour la valeur des denrées consommées
dans ces îles provenant de la culture des Nègres. 69,000,000 2 4 0)0 00,000 1. CE qui donne par esclave 352 livres 18 sols 10 deniers. M. Young évalue en Angleterre le travail annuel d'un bon cultivateur
à 24°0 livres. Notre culture accablée par la misère publique, n'offre
pas des résultats aussi brillants : mais ils surpassent de beaucoup le
produit du travail des esclaves. --- Page 37 ---
Supposons qu'en France la consommation de chaque individu
soit de 13 0 livres seulement, terme moyen -, la reproduction totale,
si on compte 240 o o o o o d'habitants dans le royaume, doit être de
3 120 millions. D'après d'autres données, la reproduction totale, en
1 779 , fut évaluée à 3164. millions. On croit que le quart au plus
de la population générale est attaché à la culture : ainsi la reproduction
totale est le prix du travail de six millions d'individus -, ce qui donne
par tête un produit annuel de 5 2 7 livres 6 sols 8 deniers. LE produit du travail est encore en raison de la fertilité ou du
prix des denrées cultivées ; de la fertilité, lorsque les denrées et les
valeurs sont les memes- et du prix, lorsque les denrées et les valeurs
sont différentes. LE carreau de terre dans les colonies produit au moins 2 0 0 0 livres
par an; ce qui donne environ 800 livres par arpent. Le produit de
l'acre en Angleterre n'est évalué qu'à 4 livres sterlings ou 1 o 8 livres par
arpent *. UN homme, dont le travail rend annuellement. 5 2 0 livres dans une
terre qui ne produit que 1 0 8 livres par arpent, donnerait dans une
terre qui produit 800 livres, 38^1 livres 1 7 sols. Je réduis cette
somme au tiers a cause de l'avantage qu'a le- cultivateur d'Europe
d'employer des machines que le cultivateur esclave n'emploie pas,
et nous aurons 1 2 8 3 liv. 1 sols pour le travail de l'homme libre,
tandis que celui de l'esclave n'est que d'environ 3 5 3 livres. J'ai comparé le travail de la vigne à celui des sucreries. Il faut
exactement le même nombre de journées d'esclaves que de vignerons
.dans la même étendue de terrein cultivée en cannes ou en vignes. Dans * Le carreau est de 5,400 toises (luarrées. L'acre, de I) 1; 5 toises, et
l'arpent de 1,344 , 4/7- --- Page 38 ---
un arpent de vigne produisant 240 livres, le travail du journalier peut
être évalué à 1 2 00 livres par an, comme celui du Nègre sucrier dans
sa plus grande valeur. I,a proportion du travail libre au travail servile est
donc ici comme 4000 livres à 1 200 livres. Pour prévenir les objections)
j'ai infiniment réduit les avantages du travail de l'homme libre. Je
préviens qu'il est toujours question dans ces calculs du produit absolu
du travail , et pas du tout du produit net, que bien d'autres causes
peuvent augmenter ou diminuer.
é à 1 2 00 livres par an, comme celui du Nègre sucrier dans
sa plus grande valeur. I,a proportion du travail libre au travail servile est
donc ici comme 4000 livres à 1 200 livres. Pour prévenir les objections)
j'ai infiniment réduit les avantages du travail de l'homme libre. Je
préviens qu'il est toujours question dans ces calculs du produit absolu
du travail , et pas du tout du produit net, que bien d'autres causes
peuvent augmenter ou diminuer. ( 14) VOYEZ ce que dit M. Parmentier de la fécondité du maïs
à l'Amérique, dans son excellent mémoire sur la culture de cette plante,
couronné par l'Académie de Bordeaux en 1784. L'évaporation à
l'Amérique est beaucoup plus considérable que dans nos climats -, et
il seroit peut-être possible de prouver que la fertilité des différentes parties de la terre est en raison de l'évaporation de leurs,
surfaces. (15) ON objectera que c'est le bon marché du travail, bien
plus que sa quantité absolue , qui est important pour le propriétaire >
c'est le plus grand bénéfice qu'il doit chercher. Il faut donc prouver
encore que le travail de l'esclave est plus coûteux que celui du cultivateur salarié. Le Nègre, dont j'ai évalué le travail à 1 2 0 0 livres,
vaut au moins 3 000 livres. L'intérêt de cette somme compté à 8
pour cent dans les colonies, les risques de remplacements 5 pour
cent font ensemble 1 3 pour cent ou 390 livres3 si on
y ajoute 1 1O livres seulement pour l'entretien et la nourriture, on
trouvera que chaque esclave, bon travailleur , coûte au moins
500 livres, tandis que le prix d'un journalier en France n'est que
de 3 0 0 à 3 5 0 livres, pour son travail annuel. (16) CAETERIS servis non in nostrum morem descriptis per
familiam ministeriis utuntur. Suam quisque sedem) suos penates regit.
Frumenti modum dominus , aut pecoris ) aut vestis, ut colono } --- Page 39 ---
injungit} et servus hactenùs paret. Tacite , de mor. Germ. -, c'est le
premier degré d'affranchissement que je propose. (17) PAR arrêt du conseil, du 2 Décembre 17 7 6 , j'avois
obtenu une concession du terrein situé dans la Guyanne, entre
les rivieres d'Oyac et d'Aprouague, ce qui occupe une étendue d'environ
2 5 0 lieues quarrées, et voici ce que je demandois. (1 Que tous les
« esclaves de la Guyanne eussent un pécule assuré et constant, et
« qu'il fût loisible aux habitants, comme à la compagnie que je
« formois, de changer l'esclavage pur ' et simple en servage de
« glèbe ». Ce sont les termes d'un mémoire que je remis alors
au ministre de la marine. (18) RoussEAU', du gouvernement de Pologne. (19) C'EST ce que les Romains appelloient adscriptitios s eu.
addictos glebae. Les addicti glebae étoient des serfs qui demeuroient attachés à la glèbe. Les adscripti glebae étoient des fermiers
qui cultivoient en payant des redevances. Lorsque les Francs, dit
Loiseau , conquirent les Gaules, ils réduisirent les naturels du pays
à la servitude de glèbe. Le grand inconvénient de ces loix, ou plutôt
leur injustice, étoit de ne pas prescrire des moyens d'affranchissement.
La cupidité et la tyrannie y ajoutèrent successivement des dispositions
vraiment barbares.
èbe. Les adscripti glebae étoient des fermiers
qui cultivoient en payant des redevances. Lorsque les Francs, dit
Loiseau , conquirent les Gaules, ils réduisirent les naturels du pays
à la servitude de glèbe. Le grand inconvénient de ces loix, ou plutôt
leur injustice, étoit de ne pas prescrire des moyens d'affranchissement.
La cupidité et la tyrannie y ajoutèrent successivement des dispositions
vraiment barbares. (20) Voi C 1 un chapitre de Montesquieu, qui fera mieux entendre
encore la nature du servage que je propose. « L'esclavage de glèbe
« s'établit quelquefois après une conquête. Dans ce cas l'esclave qui
« cultive doit être le colon partiaire du maitre. Il n'y a qu'une
« société de perte et de gain qui puisse réconcilier ceux qui sont
« destinés a travailler, avec ceux qui sont destinés à jouir ». Esp.
des loix, liv. XIII, chap. 3. (2 1) JE crois pouvoir prouver que le revenu particulier seroit --- Page 40 ---
4° augmenté dans le nouveau système de culture que je propose : mais
quand il seroit un peu diminué, la réparation d'une grande injustice
exigeroit bien ce sacrifice. UNE habitation en sucre terré ayant 8 o carreaux en cannes ,120 qui
peuvent être plantés, et 1 0 0 en savannes ou prairies et mornes, évaluée 1,400^00 1. AYANT un attelierde 250 Nègres estimés à 2 0 0 0 liv. ensemble 5 0 0,0 0 0 liv. donne un produit de
300,000 liv. de sucre : ces 300,000 liv. à 5 0 le
cent donnent 150,000 1. LES dépenses ' 40,000 REDUISENT le produit à. 110,000 1. Si les 2 5 0 Nègres s'affranchissent, ils paitront les
î/ de leur valeur 375,000
Nou s avons évalué l'habitation 15400,000 LE capital est reduit À 1,025,000 1. DANS ce nouvel état de culture, le prodnit)sera au
moins doublé et porté à 300,000 1. LA moitié du maître sera de 150,000 1. LA dépense réduite À 1 5,000 LE revenu sera de 1 3 5,0 0 0 1. Ou plus de 1 3 pour cent, tandis qu'il n'étoit que de 8 pour cent
à peu près. Les serfs de glèbe, au lieu du produit de leurs jardins et
de 2 5 o o o liv pour leur entretien, auront également le produit de leurs
jardins, dont ils pourront disposer, et un revenu de 5 o o 1. par tête. --- Page 41 ---
4-i DEPUIS que j'ai écrit ces feuilles, j'ai lu, dans le courrier de
l'Europe, vol. 23, n°. 2 ^ , un mémoire, présenté en 17 7 9 et
en 17 8 1 par M. le chevalier de Laborie, lieutenant—colonel d'infanterie, sur les moyens de donner la liberté aux esclaves en Amérique.
Les mêmes principes nous ont guides j mais les moyens d'affranchissement , que j'avois proposés en 1776 au gouvernement, et que
je publie aujourd'hui, sont différents. M. de Laborie parle d'une
sucrerie qu'il vouloit établir à la Tortue. Il étoit convenu, dit-il,
qu'un habitant se chargerait des frais d'établissement, en payant
seulement aux cultivateurs la moitié du prix du sucre - et il avoit
calculé que chaque cultivateur auroit, au délà de ses dépenses, un
bénéfice de 5 à 6 0 0 livres.
gouvernement, et que
je publie aujourd'hui, sont différents. M. de Laborie parle d'une
sucrerie qu'il vouloit établir à la Tortue. Il étoit convenu, dit-il,
qu'un habitant se chargerait des frais d'établissement, en payant
seulement aux cultivateurs la moitié du prix du sucre - et il avoit
calculé que chaque cultivateur auroit, au délà de ses dépenses, un
bénéfice de 5 à 6 0 0 livres. (22) IL est impossible de suivre tous les égarements de l'intérêt
particulier. Personne n'a répondu avec plus de sentiment aux défenseurs de l'esclavage que M. l'abbé Raynal. Voyez l'histoire phil. et
pol. des établissements des Européens dans les deux Indes, liv. XI,
parag. XXIV. --- Page 42 ---
4X fo J ti CclDluill. J'AVOIS lu ce discours à l'Académie, et je le livrois À l'impression , lorsque j'ai reçu les réflexions sur l'esclavage des Nègres J
par M. Schwartj , qui viennent d'être publiées. Si je n'avois voulu
que prouver l'injustice de cet esclavage, j'aurois supprimé mon travail.
On ne peut rien ajouter à la clarté et à l'évidence des principes que
l'auteur a rappellés. On ne peut pas plaider avec plus de raison et
plus de force pour les droits de 1 humanité. L 'auteur de ce nouvel
ouvrage a développé les vérités que je) n ai fait qu indiquer : mais
les moyens d'affranchissement qu'il présente ne me paroissent pas
aussi convenables dans l'état actuel des colonies que ceux que j ai
proposés. Mon but essentiel a été de conduire les esclaves a la liberté,
en les formant au travail et au respect des moeurs. Il ne suffit pas
de les rendre libres -, il faut aussi leur donner une existence heureuse
et utile. Je crois donc devoir encore soumettre mes idées à l'opinion
publique. LES colons sollicitent le droit de représentation aux états généraux. Leur patriotisme et leur zèle sont des titres que le souverain
et la nation ne méconnoîtront pas. La plus belle cause que les députés des colonies pourroient plaider dans cette auguste assemblée, seroit celle de la liberté que je r^fclajc&e- au nom de l'humanité et de la justice. --- Page 43 ---
de(L^ eeyistzeôL. do P<i%cadémitj> tqyafu de<t_ Jcienceîc_, SeffeâL. fettteîL. att&—
do oBotdeaux. Ú)U 7 uc^tCm^uLy 1;88.
jour, l'Académie extraordinairement assemblée pour délibérer
sur la demande qui lui a été faite par M. de Ladebat, de vouloir
bien lui permettre de faire imprimer, sous son privilège , le discours
sur la nécessité et les moyens de détruire l'esclavage dans les colonies,
qu'il lut à la séance publique du 2 5 Août dernier, la compagnie lui
a unanimement accordé cette permission, et a autorisé M. le secrétaire
à lui expédier, à cet esset, une copie de la présente délibération. EN foi de quoi j'ai délivré le présent extrait, que je certifie
conforme à l'original. A Bordeaux, ce Octobre 1788. 1) e-J J}aUtoufaÍfjue-J) J~eczllait£j) ree"-Péltiee di; £ G^cadeutîtJ. --- Page 44 --- --- Page 45 --- --- Page 46 --- --- Page 47 --- --- Page 48 --- --- Page 49 --- --- Page 50 --- --- Page 51 --- --- Page 52 ---
andis que celui de l'esclave n'est que d'environ 353 livres.
J'AI comparé le travail de la vigne à celui des sucreries. Il faut
exactement le même nombre de journées d'esclaves que de vignerons
dans la même étendue de terrein cultivée en cannes ou en vignes. Dans
*Le carreau cst de 3,400 toises quarrées. L'acre, de 1,135 coiscs, et
l'arpent de 1,34+,4 4/7. --- Page 41 ---
un arpent de vigne produisant 240 livres, le travail du journalier peut
être évalué à 1200 livres par an, comme celui du Nègre sucrier dans
valeur. La
du travail libre au travail servileest
sa plus grande
proportion
donc ici comme 4000 livres à 1200 livres. Pour prévenir les objections,
jai infiniment réduit les avantages du travail de l'homme libré. Je
préviens qu'il est toujours question dans ces calculs du produit absolu
du travail, et pas du tout du produit net, que bien d'autres causes
peuvent augmenter ou diminuer.
(14) VOYEZ ce que dit M. Parmentier de la fécondité du mais
alAmérique, dans son excellent mémoiresur la culture de cette plante,
couronné par PAcadémie de Bordeaux en 178+ L'évaporation à
P'Amérique est beaucoup plus considérable que dans nos climats; et
il seroit peut-étre possible de prouver que la fertilité des différentes parties de la terre est en raison de T'évaporation de leurs
surfaces.
(15) ON objectera que c'est le bon marché du travail, bien
plus que sa quantité absolue, qui est important pour le propriétaire 5
c'est le plus grand bénéfice qu'il doit chercher. Il faut donc prouver
encore que le travail de l'esclave est plus coûteux que celui du cultivateur salarié. Le Nègre, dont j'ai évalué le travail à 1200 livres,
vaut au moins 3000 livres. L'intérêt de cette somme compté a 8
pour cent dans les colonies, les risques de remplacements 5 pour
cent font ensemble 13 pour cent ou 39° livres; si on
y ajoute IIO livres seulement pour P'entretien et la nourriture, on
trouvera que chaque esclave, bon travailleur, 2 coûte au moins
500 livres, tandis que le prix d'un journalier en France n'est que
de 300 à 350 livres, pour son travail annuel.
(16) CAETERIS servis non in nostrum morem descriptis per
familiam ministeriis utuntur. Suam quisque sedem, suos penates regit.
Frumenti modum dominus, aut pecoris J aut vestis, ut colono,
retien et la nourriture, on
trouvera que chaque esclave, bon travailleur, 2 coûte au moins
500 livres, tandis que le prix d'un journalier en France n'est que
de 300 à 350 livres, pour son travail annuel.
(16) CAETERIS servis non in nostrum morem descriptis per
familiam ministeriis utuntur. Suam quisque sedem, suos penates regit.
Frumenti modum dominus, aut pecoris J aut vestis, ut colono, --- Page 42 ---
injungit, et servus hactenis paret. Tacite, de mor. Germ.; c'est le
premier degré d'affranchissement que je propose.
(17) PAR arrêt du conseil, du 29 Décembre 1776, j'avois
obtenu, une concession du terrein situé dans la Guyanne, entre
les rivieres d'Oyacetd d'Aprouague, I ce qui occupe une étendue d'environ
2150 lieues quarrées, et voici ce que je demandois. ( Que tous les
( esclaves de la Guyanne eussent un pécule assuré et constant, et
K qu'il fût loisible aux habitants, comme à la compagnie que je
( formois, de changer l'esclayage puret simple en servage de
( glèbe ). Ce sont les termes d'un mémoire que je remis alors
au ministre de la marine.
(18) RoussEAU, du gouvernement de Pologne.
(19) C'EST ce que les Romains appelloient adscriptitios seu
addictos glebae. Les addicti glebae étoient des serfs qui demeuroient attachés à la glèbe. Les adscripti glebae étoient des fermiers
qui cultivoient en payant des redevances. Lorsque les Francs, dit
Loiseau, conquirent les Gaules, ils réduisirent les naturels du pays
ala servitude de glèbe: Le grand inconvénient de ces loix, ou plutôt
leur injustice, étoit de ne pas prescrire des moyens d'affranchistement.
La cupidité et la tyrannie y ajoutèrent successivement des dispositions
vraiment barbares.
(20) Vorcrun chapitre de Montesquieu, qui fera mieux entendre
encore la nature du servage que je propose. ( L'esclavage de glebe
( s'établit quelquefois après une conquête. Dans ce cas l'esclave qui
R cultive doit être le colon partiaire du maitre. Il n'y a qu'une
& société de perte et de gain qui puisse. réconcilier ceux qui sont
6 destinés à trayailler, avec ceux qui sont destinés à jouir >, Esp.
des loix, liv. XIII, chap: 3.
(21) Jn crois pouvoir prouver que le revenu particulier seroit
age que je propose. ( L'esclavage de glebe
( s'établit quelquefois après une conquête. Dans ce cas l'esclave qui
R cultive doit être le colon partiaire du maitre. Il n'y a qu'une
& société de perte et de gain qui puisse. réconcilier ceux qui sont
6 destinés à trayailler, avec ceux qui sont destinés à jouir >, Esp.
des loix, liv. XIII, chap: 3.
(21) Jn crois pouvoir prouver que le revenu particulier seroit --- Page 43 ---
augmenté dans le nouveau système de culture que je propose : mais
quand il seroit un peu diminué, la réparation d'une grande injustice
exigeroit bien ce sacrifice.
UNE habitation en sucre térré ayant 80 carreaux en cannes, 120 qui
peuvent être plantés, et 100 en savannes ou prairies et mornes,
évaluée.
1,400,000 I
AYANT un attelierde 250 Nègres estimés sa2000 liv.
ensemble 500,000 liv. donne un produit de
21 300,000 liv. desucre: ces 300,000 liv. à 50 lel
cent donnent.
150,000 1
LEs dépenses
40,000
REDUISENT le produit à.
110,000 1
Siles 250 Nègres s'afranchissent, ils paieront les
% de leur valeur.
375,000
Nous avons évalué Phabitation.
1,400,000
LE capital est reduit à
1,025,000 1.
DANS ce nouvel état de culture, le produitysera alt
moins doublé et porté à.
300,000 L
LA moitié du maitre sera de..
150,000 1.
LA dépense réduite à.
15,000
Ls revenu sera de.
13:5,0.0.0 1.
Ou plus de 13 pour cent, tandis qu'il n'étoit que de 8 pour cent
à peu près. Les serfs de glebe, au lieu du produit de leurs jardins et
deajooo liv pourleur entretien, auront également le produit de leurs
jardins, dont ils pourront disposer, et un revenu de 500 1, par tête. --- Page 44 ---
DEPUIS que jai écrit ces feuilles, j'ai lu, dans le courrier de
l'Europe, vol. 23, no. 25, un mémoire, présenté en 1779 et
en 1785 par M. le chevalier de Laborie, lieutenant-colonel d'infanterie, sur les moyens de donner la liberté aux esclaves en Amérique.
Les mêmes principes nous ont guidés; mais les moyens d'affranchissement, que j'avois proposés en 1776 au gouvernement , et que
je publie aujourd'hui, sont différents. M. de Laborie parle d'une
sucrerie qu'il vouloit établir à la Tortue. Il étoit convenu, dit-il,
qu'un habitant se chargeroit des frais d'établissement, en payant
seulement aux cultivateurs la moitié du prix du sucre; et il avoit
calculé que chaque cultivateur auroit, au délà de ses dépenses, un
bénéfice de 51 600 livres.
1: est impossible de suivre tous les égarements de l'intérêt
particulier. Personne n'a répondu avec plus de sentiment aux défenseurs de l'esclavage que M. l'abbé Raynal. Voyez P'histoire phil. et
pol. des établissements des Européens dans les deux Indes, liv. XI,
parag. XXIV.
et il avoit
calculé que chaque cultivateur auroit, au délà de ses dépenses, un
bénéfice de 51 600 livres.
1: est impossible de suivre tous les égarements de l'intérêt
particulier. Personne n'a répondu avec plus de sentiment aux défenseurs de l'esclavage que M. l'abbé Raynal. Voyez P'histoire phil. et
pol. des établissements des Européens dans les deux Indes, liv. XI,
parag. XXIV. --- Page 45 ---
Gotecriptumne
1N
Joen lu ce discours à P'Académie, et je le livrois a Timpression, lorsque jai reçu les réflexions sur l'esclavage des Nigres,
par M. Schwartt, qui viennent d'être publiées. Sije n'avois voulu
que prouver Vinjustice de cet esclavage 2 j'aurois supprimé mon travail.
On ne peut, rien ajouter à la clarté et à l'évidence des principes que
P'auteur a rappellés. On ne. pent pas plaider avec plus de raison et
plus de force pour les droits de Thumanité. L'auteur, de ce nouvel
ouvrage a développé les vérités que jel n'ai fait qu'indiquer: mais
les moyens d'affanchissement qu'il présente ne me paroissent pas
aussi convenables dans l'état actuel des colonies que ceux que jai
proposés. Mon but essentiel a été de conduire les esclaves à la liberté,
en les formant au travail et au respect des moeurs. Il ne suffit pas
de les rendre libres; ; il faut aussi leur donner une existence heureuse
et utile. Je crois donc devoir encore soumettre mes idées à l'opinion
publique.
LEs colons sollicitent le droit de représentation aux états généraux. Leur patriotisme et leur zèle sont des titres que le souverain
et la nation ne méconnoitront pas. La plus belle cause que les députés des colonies pourroient plaider dans cette auguste assemblée,
séroit celle de la liberté que je réclame.au nom de Phumanité etde
Ja justice.
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a
V
ARQEN
S --- Page 46 ---
Cateairs Dex tegistrer Ou
Pelcalémiccoyaakodes. Jcienced, bellex lettiec el arta
O0 SBorDeaux.
0.7 poptecutier 1,88.
Cip P'Académie extraordinairement assemblée pour délibérer
sur la demande qui lui a été faite par M. de Ladebat, de vouloir
bien lui permettre de faire imprimer, , sous son privilège, le discours
surla nécessité et les moyens de détruire l'esclavage dans les colonies,
qu'il lut à la séance publique du 25 Août dernier, la compagnie lui
a unanimement accordé cette permission, et a autorisé M, le secrétaire
à lui expédier, à cet effet, une copie de la présente délibération.
EN foi de quoi jai délivré le présent extrait, que je certifie
conforme à Yoriginal. A Bordeaux, ce 9 Octobre 1788.
Des Esmontaigue-y
Radbiterg pepdunl2es fCcaléwse).
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