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MÉMOIRE
D'UN FRANÇOIS QUI SORT DE L'ESCLAVAGE. --- Page 8 --- --- Page 9 ---
MÉMOIRE D'UN FRANÇOIS QUI SORT DE L ESCLAVAGE. Par M. FOLLIE , Officier d'Administration
dans les Colonies. Non ignara mali, miseris succurrerc. disco. Virg. Eneid. Liv^J.1 A AMSTERDAM, Et si trouve à P A R I S 3 Chez L A P 0 R T E , Imprimeur-Libraire,
rue des Noyers. M. pce, 14 A -X x V. --- Page 10 --- --- Page 11 ---
AVERTISSEMENT. JE n avois d abord rédigé cet Ecrit
que pour satisfaire l'empressement
de quelques Amis : c'était pour
eux seuls qu'il étoit destiné. Je
pensois que les infortunes d'un
simple Particulier ne pou voient
toucher que ceux qu'un attachement intime intéressoit à son sort;
mais on m "à persuadé que les malheurs dont j'ai été- la vi£time sont
d une nature assez singuliere pour
fixer aussi l attention des. personnes
dont je ne suis pas connu &
qu'il suffiroit d'être humain & sensible pour en lire le recit sans indissérence. Qu "on ne s'attende
pas à y trouver les graces de l'élocution , ces ornemens recher- --- Page 12 ---
AVER TIS SEMENT. chés , ces tableaux variés qui 1ervent à embellir des romans qu une
imagination brillante a créés. J y
raconte avec vérité 5 avec fimplicité , les peines que j ai éprouvées
dans mon esclavage : si elles peuvent attendrir quelques - uns de
mes Le&eurs , je ne me reprocherai pas d'avoir été trop téméraire en osant les publier. MÉMOIRE --- Page 13 ---
A M É M O I R#ïï
;; D'UN FRANÇOÎS § QUI SORT DE UESCLAp^g^ J'AVOIS passé douze années dans
les différents détails de l'administration
de la Marine, j'avois fait quatre campagnes dans les Indes Occidentales
avec MM. Dampierre & de Monteii :
mon exaditude a remplir les diverses
places que j'avois successivement occupées m'avoit mérité l'estime de mes
Chefs , lorsque SA MAJESTÉ , à qui
on rendit un compte avantageux de
mes travaux, voulut m'honorer du
brevet d'Officier dans l'administration
de ses Colonies , & me dessina à ert
exercer les fondions dans le Sénégal. --- Page 14 ---
r 2"] Mes ordres reçus, je partis de Paris
le 26 Odobre 1783 , emportant avec
moi les regrers de ma famille & lui
iàiflant les miens. Le ip Décembre
suivant, fut le jour de mon départ de
Bordeaux : je m'embarquai sur le vaisseau les deux Amis, commandé par le
Capitaine Carsin.' Le vent devenu favorable nous préÍageoit la plus heureuse navigation :
nous descendîmes la riviere avec la
plus grande sécurité. Le 21, l'apparence d'un -gros temps nous ayant retenus , nous reliâmes vis-à-vis Royan
jl1squ'au 30.
lui
iàiflant les miens. Le ip Décembre
suivant, fut le jour de mon départ de
Bordeaux : je m'embarquai sur le vaisseau les deux Amis, commandé par le
Capitaine Carsin.' Le vent devenu favorable nous préÍageoit la plus heureuse navigation :
nous descendîmes la riviere avec la
plus grande sécurité. Le 21, l'apparence d'un -gros temps nous ayant retenus , nous reliâmes vis-à-vis Royan
jl1squ'au 30. La vue de la Gabarre du Roi la Bayonnaise , qui sortoit de la riviere ,
détermina notre Capitaine à faire lever
l'ancre. Sur le midi le Pilote cotier se
retira, & nous fîmes route pour notre
destination. La nuit du 1 au 2 Janvier, le temps
devint orageux , les vents passerent
dans la partie du sud, ils nous obli- --- Page 15 ---
: 3 1 gèrent de quitter notre route. Pendant quatre jours la mer fut des plus
grosses, on manœuvroit en désordre : *
les Matelots fatigués craignoient déjà
pour leur vie, l'inquiétude étoit peinte
surie front du Capitaine, elle paroissoit dans tous ses discours : le peu de v
confiance qu'il avoit dans ses Officiers,
dont aucun n'avoit encore navigué dans
des vaisseaux de construction hollandosse, l'inexpérience de l'équipage,
dont la moitié n'avoit jamais vu la
mer, tout lui faisoit craindre un événement fâcheux. Nous nous éloignions
de plus en plus de notre deflination :
déjà on croyoit être près d'Ouessant,
ïorsque la nuit du y au 6 les vents
s'étant calmés passerent dans la partie *
du Nord. Le Capitaine en profita, on
hissa toutes les voiles 5 la route ceG.
soit d'être périlleuse. Pleins de l'idée agréable d'avoir
évité un naufrage , nous nous livrions
aux douceurs du sommeil que nous
A u --- Page 16 ---
[ 4 3 n'avions pu goûter depuis quatre jours,
Le temps étoit sur, aucun danger ne
* paroissoit nous menacer, lorsque toutà-coup nous fûmes éveillés par une
secousse horrible du bâtiment. Paslagers & Matelots, nous nous crûmes
tous perdus. Le guy frappoit de tribord & de bas-bord sur les hauts-bancs,
on craignoit pour le grand mât, la fermeté du Capitaine qui sçut conserver
son sang-froid, le péril présent, l'air
de confiance du second Capitaine,
tout anima les Matelots : aucun d'eux
ne. craignit d'exposer sa vie : ils firent
avec courage, avec promptitude les
manoeuvres les plus périlleuses, 8c la
tranquillité de l'équipage succéda bientôt aux allarmes qui venoient de l'effrayer. Le Lieutenant, jeune homme, rempli de présomption , tout-à-fait novice
dans l'art de la. marine nous avoit
exposé à ce péril. Les divers Officiers
d'un vaisseau en sont alternativement --- Page 17 ---
[ 5 ], - A 3 les conducteurs pendant la nuit) & ce
jeune étourdi veilloit alors à la direction de notre navire. Fier d'occuper
un poste qu'il devoit plutôt à ia protection qu'à son mérite, il avoit fermé
l'habitacle , faisant gouverner ssir les
étoiles. De vent largue que nous
avions , il fit venir le vaisseau vent devant.
é à ce péril. Les divers Officiers
d'un vaisseau en sont alternativement --- Page 17 ---
[ 5 ], - A 3 les conducteurs pendant la nuit) & ce
jeune étourdi veilloit alors à la direction de notre navire. Fier d'occuper
un poste qu'il devoit plutôt à ia protection qu'à son mérite, il avoit fermé
l'habitacle , faisant gouverner ssir les
étoiles. De vent largue que nous
avions , il fit venir le vaisseau vent devant. Réproches , injures, menaces , il
n'est point de moyens dont le Capitaine ne se ser vit pour l'humilier. Mille
fautes commises par ce jeune homme,
ne faisoient que trop connoître son
incapacité. Méprisé généralement de
tous les Matelots , il n'en étoit pas
un qui ne se crût plus instruit que lui. Mais le Capitaine lui - même n'avoit guere plus d'expérience que sou
Lieutenant. Par une ignorance outrée , il prit les hautes montagnes qu'on,
appercevoit dans le lointain pour les
côtes de Mogodor, où il n'en exisie
pas. ( Nos malheurs nous ont appris --- Page 18 ---
[ 6 ] depuis que c'étoit le Cap de Num, si tué
à 6o lieues environ de Mogodor ).
Loin de gagner le large & d'éviter par
ce moyen un naufrage qui devenoit
presque certain', le Capitaine ayant pris
l'avis du fecond qui étoit fils de l'Armateur , se détermina à cotoyer. Enfin le 17 Janvier 1784, sur les
' quatre heures du matin, ( le Lieutenant
étoit encore préposé dans ce moment
à la conduite du vaisseau ) , le temps
étoit beau , le vent favorable, lorsqne noua donnâmes vent arriere sur
la côte baffe en cet endroit, & couverte d'un sable leger. Quel réveil ! grand Dieu ! le navire
entrouvert par les roches, les cris des
Matelots , le bruit effroyable des brisants, les cordages rompus passa force
du vent qui augmentoit de plus en
plus, les vergues avec les voiles emportées avec fracas dans la mer, les
lames qui couvroient le navire de part
en part, l'ignorance du lieu où nous --- Page 19 ---
r 7 1 A4 étions , tout joint à l'horreur de la
nuit, nous rendoit la mort présente &
inévitable. Nous sautâmes nuds sur le
pont : c'étoit à qui s'empareroit d'urie
planche, d'une cage , pour prolonger
un refle de vie que la frayeur nous
a voit prelqu'enlevé. Tout étoit dans la
confusioh : Capitaine , Officiers, Matelots , aucun n'étoit capable de donner
des ordres, personne d'en recevoir. Le jour commençoit à paroître :
nous apperçûmes la terre ; cette vue
ranima nos espérances. Revenus de notre premiere frayeur, nous travaillâmes
à l'envi à débara£rer le pont ; les cordages j lesr ancres, furent bientôt dans
la mer. Notre navire ne penchoit d'aucun côté ; dans la crainre de perdre
une position si avantageuse, nous coupâmes les mâts. Le dépit & la rage étofent peints
sur le visage de chaque Matelot. Ils
voyoientj avec Irorreur l'auteur de
leur naufrage, ils vouloient en tirer
frayeur, nous travaillâmes
à l'envi à débara£rer le pont ; les cordages j lesr ancres, furent bientôt dans
la mer. Notre navire ne penchoit d'aucun côté ; dans la crainre de perdre
une position si avantageuse, nous coupâmes les mâts. Le dépit & la rage étofent peints
sur le visage de chaque Matelot. Ils
voyoientj avec Irorreur l'auteur de
leur naufrage, ils vouloient en tirer --- Page 20 ---
[ 8 1 vengeance, & dans ce premier moment de fureur, ils auroient égorgé
le Lieutenant s'il n'avoit pas eû la précaution de se cacher. Déjà quatre heures s'étoient écoulées , sans qu'aucun de nous eût pu
trouver des moyens de gagner terre ;
éloigné d'un quart de lieue du rivage,
aucun ne pensoit à s'y rendre. Le Capitaine j affedant plus de courage qu'il
n'en avoit, disoit hautement que le
navire tiendroit bon, que nous pour*
rions à loisir sauver notre vie & les
marchandises. Pour donner plus de poids à ses raisons, je distribuai de l'argent aux Matelots. Leur fureur s'appaisa ; tous me
promirent de ne rien faire sans mes
ordres. Je voulois, s'il étoit possible,
sauver les effets du Roi & les miens. Pendant ce temps le Capitaine engageoit le sieur Deschamp , Officier
pilotin , bon nageur , à se rendre 'à
terre. Ce jeune homme, plein de cou- --- Page 21 ---
m rage, accepta la proposition. Le ioock
autour du corps, il sauta dans la mer;
nous le vîmes plusieurs fois disparoître
à nos yeux, enfin, après avoir longtemps lutté contre les vagues , il parvint à se dcbaraffer de la ligne, qui,
prise dans ses jambes, auroit pu causer:
sa mort ; il gagna terre tout ensanglanté par les blessures dont il s'étoit
couvert en nageant au milieu des'roches ; un t^pneau jette sur le rivage
fut l'asyle dans lequel il se mit à l'abri du vent qui étoit des plus froids. A peine il y étoit réfugié depuis un
quart d'heure, que nous vîmes un gros
chien qui sembloit se précipiter vers
lui. Les yeux troublés par la srayeur,
nous prîmes cet animal pour un tigre ;
nous adressions nos vœux au ciel
pour le voir s'éloigner de notre malheureux compagnon. Tout à coup nous apperçûmes la
campagne couverte d'une multitude
de Sauvages demi.noirs. Nuds, le sabre --- Page 22 ---
[ 10 1 2t la main ils accouroient vers le rivage
en poufsant des hurlements affreux.
Le sieur Deschamp , quoiqu'exténué
par les efforts qu'il venoit de faire
pour se sauver , se jetta de nouveau
dans la mer, pour regagner le navire :
les Barbares le suivirent à la nage, 8c
l'eurent bientôt arrêté. Occupés uniquement du malheur de
cet infortuné jeune homme , les yeux
élevés vers le ciel, tenant les bràs
vers ces Barbares , nous leur demandions grace ; insensibles à nos cris, ils
se l'arracherent les uns aux autres , le
dépouillèrent de sa chemise & le traînèrent sans pitié sur le haut de la
colline. Là nous le vîmes enterrer dans
le sable. Ayant ensuite allumé un grand
feu , ils danserent autour de notre
compagnon en pouffant mille cris' de
joie , ils le suspendirent par les pieds,
& un moment après il échappa à nos
regards.
insensibles à nos cris, ils
se l'arracherent les uns aux autres , le
dépouillèrent de sa chemise & le traînèrent sans pitié sur le haut de la
colline. Là nous le vîmes enterrer dans
le sable. Ayant ensuite allumé un grand
feu , ils danserent autour de notre
compagnon en pouffant mille cris' de
joie , ils le suspendirent par les pieds,
& un moment après il échappa à nos
regards. Quelle fut notre effroi à ce fpeâa- - --- Page 23 ---
[ " 1 de! plusienrs d'entre nous soutenoient
qu'ils l'avoient vu mettre à mort, d'autres , qu'on le faisoit rôtir. Les cris des
Sauvages leurs danses j le peu d'intérêt qu'ils sembloient prendre à notre,
navire, toùt concouroit à nous entretenir dans ces idées funestes. Ce nouveau malheur rompit nos mesures. Incertains sur le parti que nous avions à
prendre, nous restions anéantis. Cependant le péril preiïoit, le bâtiment se brisoit de plus en plus : la Iaille
emportoit à chaque infiant quelques
nouveaux débris ssir la côte, les Barbares s'en emparoient & ils y mettoient
aussi-tôt le feu. Malgré la crainte de
la mort qui sembloit nous attendre sur
le rivage, quelques Matelots firent un
radeau j un d'eux assez bon nageur
s'y jetta , dans la vue d'attirer quelques-uns de ces Sauvages. Ils pénétrèrent nos desseins : aucun ne s'avança. La mort nous paroissant inévitable ; --- Page 24 ---
[ 12 ] déterminés à tout entreprendre, nous
mîmes le canot à la mer j dans l'intention de nous rendre à terre les armes
à la main & de vendre chèrement nos
jours. Aussi tôt la lame l'emportant
loin de nous, rompit les cordages qui
le retenoient au navire, & à peine
fut-il sur le rivage, qu'on y mit le feu. Loin de nous décourager, ce nouvel
accident nous ranime. La chaloupe
nous relie encore, on la charge de
vivres, d'armes, de tout l'argent qui
étoit à bord. J'y fais placer mes bijoux , & ce que j'avois de plus précieux. Sur les deux heures., à force
de bras , nous la mimes à la nier., mais
lames étoient trop violentes, elle
? ~la à fond, & on ne fit que des efforts
~ es pour sauver les effets qu'on y
• ~ r embarqués. nombre des Barbares augmen-
~ le plus en plus. Nous étions privés
- barquation , la nuit approchoit,
Je toutes parts un sort affreux nous --- Page 25 ---
[ 13 ] menaçoit : Le tonnelier de l'équipage
fixa tout a-coup notre attention. « Mes
» amis } dit-il, je suis bon nageur, je
» m'en vais à terre , si- ces Negres ont
« mangé M. Deschamp , ils nous pré-
» parent à tous la même destinée, s'il
» efl en vie , je vous ferai signaI cc.
privés
- barquation , la nuit approchoit,
Je toutes parts un sort affreux nous --- Page 25 ---
[ 13 ] menaçoit : Le tonnelier de l'équipage
fixa tout a-coup notre attention. « Mes
» amis } dit-il, je suis bon nageur, je
» m'en vais à terre , si- ces Negres ont
« mangé M. Deschamp , ils nous pré-
» parent à tous la même destinée, s'il
» efl en vie , je vous ferai signaI cc. En achevant de prononcer ces mots
il s'élança dans la mer : nous le vîmes
bientôt sur le rivage. Attentifs à tous
nos mouvemens, les Barbares l'y attendoient : ils l'environnèrent aussi-tôt,
pousserent mille cris de jôie, le conduisirent à leur feu, le suspendirent par
les pieds, & nous ne le vîmes plus. Le mauvais succès de son intrépidité
découragea entièrement l'équipage j
aucun ne vouloit travailler, les Matelots retirés dans leurs cabanes n'écoutoient personne. Mes exhortations, celles des passagers, les promesses du sécond Capitaine, rien ne pou voit les
émouvoir : et Notre perte est inévitable,
» disoient-ils, qu'avons-nous besoin de --- Page 26 ---
[ 4 1 » tant travailler pour courir à la mort ?
» attendons-la ici, au moins nous au3> rons la consolation de ne pas nous
)) voir égorger ». La nuit commençoit à devenir sombre, le Capitaine appelle tout le monde
sur le pont, fait une priere générale ,
& nous propose ensuite de terminer
nos peines en faisant sauter le navire.
L'explosion de douze barils de poudre
renfermés dans la sainte-barbe , nous
auroit fait périr en un inflant; quelques-uns étoient de sÓn avis, les autres incertains ne sa voient à qupi se
résoudre. ' Mes amis , leur dis-je , puisque
• votre Capitaine est assez barbare pour
vous exciter à vous donner la mort,
il faut au moins que je vous ouvre
les yeux sur la noirceur de ce dessein :
songez-vous combien son exécution
vous rendroit criminels? votre vie
appartient au Créateur dont elle est --- Page 27 ---
t Ir] i ouvrage ; lui seul en est le maître ;
il peut vous l'ôter, il peut vous la conserver à son gré , il peut amollir le
cœur de ces barbares. Que dis-je ?
( barbares ! ils le font mille fois moins
que votre Capitaine 5 qui lui a dit
qu'ils nous égorgeroient ? Qui lui a dit
qu'ils avoient massàcré vos compagnons ? il le croit, vous le craignez ;
mais votre crainte suffit - elle pour
vous autoriser à attenter à vos jours ?
n'est-il pas plus probable au contraire,
que ces peuples, touchés de commisération ^ voyant vos compagnons
nuds, transis de froid, accablés de
faim & de fatigues, les auront conduits à leur demeure pour leur donner les soulagemens nécessaîres. Mes
amis, notre navire est bon, il résiste
à la mer , attendons à demain ; attendons que ces peuples viennent euxmêmes à notre bord , ne précipitons
rien , notre mort sera toujours assez
prompte.
-il pas plus probable au contraire,
que ces peuples, touchés de commisération ^ voyant vos compagnons
nuds, transis de froid, accablés de
faim & de fatigues, les auront conduits à leur demeure pour leur donner les soulagemens nécessaîres. Mes
amis, notre navire est bon, il résiste
à la mer , attendons à demain ; attendons que ces peuples viennent euxmêmes à notre bord , ne précipitons
rien , notre mort sera toujours assez
prompte. --- Page 28 ---
f r6 ] Les Passagers, le sécond Capitaine l
appuyèrent mon discours ; armés de
haches, ils menaçoient d'égorger sans
pitié le premier qui oseroit s'approcher
de la chambre où étoient les poudres.
Tout l'équipage céda à mon avis & à
leurs menaces. Le Capitaine , seul, sombre &
penslf j quoique paroissant se rendre
à mes raisons , cherchoit cependant
l'occasion de faire réussir son funefie
projet ; je crus qu'il n'étoit pas prudent de le laisser seul. Toujours accompagné d'un de nous , environné
des Matelots que nous avions gagnés,
il ne pouvoit faire un pas sans être
observé. Les Barbares , dont le nombre augmentoit de plus en plus , divisés
par troupes de diflance en distance,
continuoient d'allumer des feux sur
tout le rivage : les flammes , sou tenu es
par étages par le moyen des pierres
qu'ils avoient élevées en forme de
pyramides i --- Page 29 ---
i 17 Y B pyramides ; les sauts qu'ils faisoient
autour du feu , les hurlements affreux
qu'ils poussoient à chaque inflant, tout
concouroit à rendre ce fpeâtacïe des'
plus terribles. L'horreur de la nuit
qui étoit devenue très-orageuse , le
vent qui souffloit avec impétuosité,
la mer qui nous couvroit à chaque
Ïnsiant; enfin tous les élémens confondus sembloient se disputer notre perte. Accablés de douleur , de crainte , &
de fatigues, presque tous les Matelots
s 'étoient retirés dans leurs cabanes.
Pour éviter une surprise , deux sur le
pont observoient les démarches des
Barbares, tandis que deux autres veilloient avec nous sur le Capitaine, pour
faire avorter ses desseins. II se coucha enfin, & nous pensions
qu 'il alioit se livrer au sommeil, mais
trompant notre vigilance, Jorfqu'il
nous vit éloignés un peu de lui, il
se mit deux pistolets dans la bouche ;
je l'apperçois , j'accours , je veux --- Page 30 ---
[ .8] l'arrêter... il étoit déjà renversé sur son
lit. On s'empressa de le secourir , le
Chirurgien lui ôta une balle qui s'étoit arrêtée au palais ; nous le tenions :
il s'arracha de nos mains ; je saisis ses
pidolets, & les jettai dans la mer. Furieux de vivre encore, il cherchoit
les moyens les plus prompts d'abreger
son existence, nous conjuroit de l'achever ; nous eûmes tous horreur de
sa résolution , nous tachâmes de calmer son désespoir que l'affoiblissement
de ses forces rendit bientôt moins impétueux , & il reçut enfin les secours
que nous lui présentions.
s'arracha de nos mains ; je saisis ses
pidolets, & les jettai dans la mer. Furieux de vivre encore, il cherchoit
les moyens les plus prompts d'abreger
son existence, nous conjuroit de l'achever ; nous eûmes tous horreur de
sa résolution , nous tachâmes de calmer son désespoir que l'affoiblissement
de ses forces rendit bientôt moins impétueux , & il reçut enfin les secours
que nous lui présentions. Plusieurs de l'équipage, dans la
crainte que les Barbares ne nous imputaifent sa mort, vouloient le jetter
dans la mer, en lui attachant un pierrier sur le ventre. » Mes enfans, leur
» dis-je , ne finitions point nos jours
» par un crime : Dieu pour le punir
» lui a conservé la vie , il ne nous
>.I appartient pas de la lui ôter «. --- Page 31 ---
[ 19 ] B 2 Ces paroles firent impression sur ron
cœur. Sortant comme d'un profond
assoupissement, il demanda du papier,
sur lequel il écrivit : » qu'ayant par sa
négligence exposé la vie de tout son
M équipage, il n'oseroit après un tèl
» naufrage se présenter sur la place de
» Bordeaux , qu'il se faisoit horreur à
» lui-même, qu'ayant perdu son hon-
» neur , il ne pouvoit plus vivre <*. II
signa cet écrit, & le remit au second
Capitaine. Le jour paroissant, nous le laissâmes
avec le Chirurgien & un matelot,
après avoir éloigné de lui tous les
instruments dont il auroit pu abuser.
Montés sur le pont, nous apperçûmes
plus de 2oo hommes sur le rivage j
ils nous invitoient par leurs gestes à
descendre ; privés de nos embarquations , nous travaillâmes à faire un
radeau. L'aélion du Capitaine , loin d'abattre notre courage, l'avoit animé , --- Page 32 ---
[ 20 ] aous primes les précautions nécessaires
pour rendre notre radeau solide, il
fut bientôt achevé. Insiruits par les malheurs de la veille,
nous attendîmes que la marée fut basse
pour le mettre à la mer. Pendant ce
temps un des Barbares, plus hardi que
ses compatriotes, se décida à s'approcher de nous. L'impatience que nous
avions de savoir quels peuples couvroient le rivage, fit que nous nous
empressames de lui tendre des cordages : il fut bientôt à bord. Il nous apprit qu'il étoit Maure,
sujet du Roi de Maroc; que nos compagnons d'infortune étoient vivants ; &
aussi-tôt plus empressé de piller que
de répondre à nos questions, il nous
demanda de l'argent: M Tiens, mon
» ami, lui dis-je , voici ma bourse,
» aie soin de moi«. Mes boucles d'ar-,
gent lui ayant fait envie, furent bientôt en sa possession : aussi ingrat qu'ayide il exigeoit encore plus de ma --- Page 33 ---
.[al] B3 générosité : il me menaçoit pour obtenir de nouveaux dons. Le traitement que nous lui faisions,
fut observé par ses compatriotes, là
mer en fut aussi-tôt couverte ; le navire
en fut bientôt plein ; déja ils étoient.
plus nombreux que nous : il fallut
nous décider à gagner le rivage ; nous
jettâmes.Ie radeau à la mer : dix de
l'équipage s'y embarquèrent, j'étois
du nombre.
.[al] B3 générosité : il me menaçoit pour obtenir de nouveaux dons. Le traitement que nous lui faisions,
fut observé par ses compatriotes, là
mer en fut aussi-tôt couverte ; le navire
en fut bientôt plein ; déja ils étoient.
plus nombreux que nous : il fallut
nous décider à gagner le rivage ; nous
jettâmes.Ie radeau à la mer : dix de
l'équipage s'y embarquèrent, j'étois
du nombre. Pendant que ceux qui étoient reliés
à bord secouroient les Maures qui à sir
nage se pressoient pour monter sur le -
navire , nous faisions nos efforts pour
nous sauver : une lame furieuse vint se
briser contre notre radeau; cinq de
mes compagnons d'infortune purent'y
relier : je fus entraîné àvec les quatre
autres, je voulus m'attacher à l'un
d'eux , qui étoit bon nageur : son propre danger le rendit insensible au
mien : il me repoussa avec violence ;
je roulai plusieurs fois sur les rochers ; --- Page 34 ---
f 22 ] pavois déjà bii beaucoup d'eau : mes
forces m'abandonnoient : renversé suï
le dos, j'errois au gré des flots, sans
pouvoir m'approcher du rivage. J'étois déjà sans connoissance , lorsque
trois Maures , qui s'étoient jettes .
à la nage pour me secourir me saifirent & me traînerent à terre. Ils me
suspendirent par les pieds , me froifserent le ventre, me firent vomir
toute l'eau que j'avois avalée,m'approcherentd'un grand feu, me couvrirent
de sable chaud : je revins .à moi , ils
me déshabillèrent , & se disputerent
mes dépouilles à coup de couteau. Des quatre autres malheureux que
la lame avoit jettés à la mer , le sieur
Bardon, jeune Officier plein de mérite,
se noya. Deux sachant nager vinrent
bientôt à terre: le quatrième eut assez
de bonheur, pour rejoindre le radeau,
que la lame avoit jetté vers le Bâtiment. Restés six sur cette mauvaise embarquat ion , ils gagnerent le rivage, après --- Page 35 ---
[ =3 ] B 1 avoir été long temps le jouet des flots ;
le Capitaine, malgré sa blellure, avoit
eu assez de force pour s'y sou tenir. Plus prudents que nous, ceux qui
étaient reliés à bord attendirent que la
mer fut entièrement basse, & soit en
nageant, soit en marchant, ils évite.
rent le danger. Rassemblés au nombre de vingt autour d'un grand feu , nous rendions
graces a Dieu de nous avoir arrachés
au péril. Dépouillés & privés de tout
bien., nous nous trouvions cependant
les plus heureux des hommes : unÍ.
quement occupés du danger que nous
venions d'éviter, nous ne pensions
pas à notre misere présente , ni au
sort qui nous attendoit. * v
& soit en
nageant, soit en marchant, ils évite.
rent le danger. Rassemblés au nombre de vingt autour d'un grand feu , nous rendions
graces a Dieu de nous avoir arrachés
au péril. Dépouillés & privés de tout
bien., nous nous trouvions cependant
les plus heureux des hommes : unÍ.
quement occupés du danger que nous
venions d'éviter, nous ne pensions
pas à notre misere présente , ni au
sort qui nous attendoit. * v La mer venoit de jeter sur le rivage
le corps du pauvre Bardon $ nous nous
levâmes à cette vue : le désir de le
rendre à la vie nous animoit : nous
voulions tenter de le secourir, & de
le sauver. --- Page 36 ---
.[ 24 1 ; Le chef des Sauvages, qui le fabre
à la main, observoit nos démarches,
se figura sans doute que nous voulions
retourner dans le navire. II nous frap-
.pa sans pitié , & nous empêcha d'aller
sur le rivage. Le traitement de ce Barbare nous replongea dans de cruelles
inquiétudes : nous avions beau lui
. montrer notre malheureux compatriote : il ne nous répondoit, qu'en redoublant Tes coups. Cette rigueur nous
prépara à tous les événemens : n'appercevant aucune trace d'humanité
dans la conduite de ces Sauvages
nous crûmes qu'ils ne nous réservoient que pour nous faire subir une
mort plus rigoureuse que celle à laquelle nous venions d'échapper." Assemblés autour de nous, les uns
armés de fusils, les autres de sàbres,
ou le poignard à la main , ils nous ordonnerent de nous lever ; nous le
fîmes sans résistance , & nous marchâm mes dans les tçrres à près d'une demi-
'1 --- Page 37 ---
Tari 1 lieue de la mer ; ils nous conduisoient
comme des troupeaux , frappoient
ceux qui refloient en arriéré : enfin
ils nous firent arrêter pour nous partager. Peu d'accord entr'eux sur ce partage , nous les vîmes plusieurs fois
prêts à s'égorger. Nous ayant enfin
divisés par la moitié, ils nous amenèrent sur le rivage au.nombreide neuf.
Mais à peine y fûmes-nous arrivés»
que de nouveaux débats s'éleverent.»
ils se jetterent sur notre petite troupe;
c étoit à qui pourroit s'emparer d'un
Chrétien : ils se disputoient avec, fureur notre possession , & aucun de nous
ne fut à l'abri des effets de leur acharnement. Séparé de mes compagnons d'infortune , accablé par la fatigue, la
crainte, & par l'horreur de tout ce
qui m'environnoit, je cou rois sans
sa voir où porter mes pas : quelques Sauvages m 'apperçurent, me poursuivirent, --- Page 38 ---
[ 26 1 me saisirent & m 'entraînerent precrpitament sur le haut de la montagne;
d'autres accourent m'arrachent de
leurs mains, & furieux de ce que je
n'avois pas résisté à la violence de
leurs rivaux , me font essuyer les traitements les plus inhumains. Je tombe
sans mouvement sur le sable. Près de
là un grand feu étoit allumé dans l'endroit où les femmes avoient fixé
leurs demeures ; on m'approcha de
\ ce brasier , dont la chaleur me vivifia : je commençai à reprendre l'usage de mes sens ; mais voyant de toutes parts les apparences d'une mort
prochaine, je ne sentois mon existence
que par l'excès de mes maux.
les traitements les plus inhumains. Je tombe
sans mouvement sur le sable. Près de
là un grand feu étoit allumé dans l'endroit où les femmes avoient fixé
leurs demeures ; on m'approcha de
\ ce brasier , dont la chaleur me vivifia : je commençai à reprendre l'usage de mes sens ; mais voyant de toutes parts les apparences d'une mort
prochaine, je ne sentois mon existence
que par l'excès de mes maux. Sur le soir une troupe de ces Sauvages étant venus près de moi , je
crus que c'en étoit fait de mes jours 5
je ne voyois plus autun François , je
les croyois tous immolés à leur rage :
ils me regardoient avec une joie cruelle >
chantoient, dansoient autour de moi > --- Page 39 ---
1 271 leurs femmes assemblées dans ce lieu
m'environnoientaucune ne pensoità
me donner un morceau de toile pour
me couvrir. Effrayé par mille réflexions plus cruelles les unes que les
autres, je voulus savoir quel fort ils
me réservoient : je leur demandai s'ils
en vouloient à ma vie. Surpris de mon
inquiétude , qu'ils ne croyoient point
par leur conduite avoir occasionnée,
ils s'empresserent de me raturer. Les
uns me mirent une couverture sur le
dos, d'autres coururent sur le rivage
& m'apporterent du biscuit trempé
dans l'eau de mer : j'en' mangeai peu 5
la joie que j'eus d'apprendre qu'ils
ne songeoient pas à m'ôter la vie ,
suffisoit seule pour ranimer mes forces.
Le calme reparut sur mon yisage 3 ma
nouvelle situation sembla Ie\1r faire
quelque plaisir , ils se rassemblerent
près de moi, & tâcherent, par mille
questions, d'augmenter ma sécurité. --- Page 40 ---
[28 1 : Ces peuples sont si grossiers qu'ils
ne pouvoient sortir de l'étonnement
où les jettoit l'ignorance que pavois
de leur langue. Ils ne pensoient pas
même à m'expliquer leurs pensées par
des signes : ils se figuroient que je devois les entendre, comme ils s'entendoient eux-mêmes. Lassés enfin de ce
que je ne pouvois répondre à leurs
demandes , ils me laisserent ; leurs
fémmes me firent coucher dans le
sable, & eurent soin de mettre une
planche derriere ma tête pour me garantir du vent. Accablé par le poids de
mes malheurs & par la fatigue des
jours précédens , je me livrai enfin
au sommeil. Je passai trois heures environ dans
un profond repos. Eveillé au milieu
de la nuit par le bruit que faisoient
mes maîtres, je m'abandonnai aux réflexions les plus affreuses. Que vais-je
devenir? que prétendent ces Barbares? --- Page 41 ---
[ 29 ] que vont ils faire de moi ? que sont
devenus mes compagnons d'infortune.
( je n'en avois la veille apperçu aucune trace ) me vendront-ils comme
esclave, ou me garderont ils parmi
eux pour m'employer aux travaux les
plus durs & les plus vils? ma liberté.
eil-elle perdue sans retour ? Déjà le soleil paroissoit sur rhorison
& j'étois encore agité par ces linifîres
idées ; je n'avois pas encore osé lever
les yeux pour considérer les objets dont \
j'étois environné ; le désir de savoir
ce qu'étoient devenus mes compagnons d'infortune, quel traitement on
leur avoir fait, me tira enfin de l'assoupis.
sement dans lequel j'étois plongé. Je les
vis dispersés de côté & d'autre, aucun
n'osant s'éloigner du lieu qu'on lui avoit
marqué.
ité par ces linifîres
idées ; je n'avois pas encore osé lever
les yeux pour considérer les objets dont \
j'étois environné ; le désir de savoir
ce qu'étoient devenus mes compagnons d'infortune, quel traitement on
leur avoir fait, me tira enfin de l'assoupis.
sement dans lequel j'étois plongé. Je les
vis dispersés de côté & d'autre, aucun
n'osant s'éloigner du lieu qu'on lui avoit
marqué. Le Chirurgien obtint de son Martre , qu'il lui fut permis d'aller voir le
Capitaine la blessure avoit besoin de pansement : mais n'ayant pas --- Page 42 ---
[ 30 ] les médicaments nécessaires, il rie put
lui donner les secours que sa situation
exigeoit. La démarche du Chirurgien
auprès du Capitaine , fut imitée par
plusieurs Matelots : je les suivis : d'autres me suivirent ; & bientôt nous
nous trouvâmes tous rasTemMés , à
l'exception d'un passager & d'un
novice , sur le sort desquels personne ne put nous éclairer & qu'on
avoit vu la veille entraînés par les
Barbares. / Imaginant que ces Sauvages reconnoiffoient un Chef, parce que nous
apercevions quelque subordination
entr'eux, nous crûmes qu'ils étoient
allés lui présenter nos deux compatriotes. Une douleur sombre se peignoit
sur tous nos visages , nous pleurions
ensemble sur notre déplorable dessinée ;
nos discours n'étoient interrompus
que par de longs gémissements, nous
n'osions penser à l'avenir : ce qui ren- --- Page 43 ---
[ 31 1 doit notre situation plus affreuse, c'étoit la perspedive de sa durée , de sa
continuité. Le terme de notre captivité sembloit ne pouvoir être que celui
de notre existence. L'espérance consoiatrice ordinaire des malheureux, nous
privoit elle même de ces douces illusions. Nous employâmes la journée -
entiere à nous encourager réciproquement 5 plaçant notre confiance
en l'Être suprême que nous implorâmes d'une voix unanime , nous
résolúmes d'obéir avec soumission
aux ordres rigoureux de sa provi- •
dence. Le soir nos différens Maîtres nous
séparerent, on nous donna comme la
veille , du biscuit mouillé d'eau de
mer ; la faim horrible que j'avois, me
le fit trouver délicieux : ensuite je me
couchai sur le sable , exposé aux injures de l'air. Le lendemain nous nous revîmes
tous, non point à l'endroit où étoit --- Page 44 ---
[ 32 ] le Capitaine mais sur le rivage :
nos Maîtres nous y ayoient conduit
pour y travailler, A peine 'pouvois-je.
me soutenir : je voulus par signes faire,
entendre à mon Maître que j'étois
trop foible pour faire ce qu'il me commandoit. Sourd à mes raisons il me
frappoit, pour me forcer d'exécuter
ses ordres. Plusieurs Matelots témoins,
de ce spectacle; vinrent me donner du
se cours, & aidé de leurs bras, je traînai;
plusieurs tonneaux jusqu'à l'endroit
où nous avions coutume de coucher.
-je.
me soutenir : je voulus par signes faire,
entendre à mon Maître que j'étois
trop foible pour faire ce qu'il me commandoit. Sourd à mes raisons il me
frappoit, pour me forcer d'exécuter
ses ordres. Plusieurs Matelots témoins,
de ce spectacle; vinrent me donner du
se cours, & aidé de leurs bras, je traînai;
plusieurs tonneaux jusqu'à l'endroit
où nous avions coutume de coucher. A la marée montante on me fit
cesser l'ouvrage. Je croyois pouvoir
réparer mon épuisement par quelque
repos; mais .tout à coup mon Maître
me donna un nouvel ordre. J'ignorois
absolument son langage : il sur contraint de me faire connoître par ligne , qu'il m'ordonnoit d aller chercher du bois ; une corde qu'il me
donna pour en apporter, fut le seul
infl ruinent --- Page 45 ---
r 331 c ' infiniment qu'il crut m'être nécessaire,
j'eus encore assez de force pour gravir
sur une montagne voiGne, qui étoit
couverte de ronces & de bruyères i
mes pieds étoient nuds : je n'étois
couvert que d'une mauvaise chemise ,
dont on m'avoit revêtu la veille. N'ayant aucun Insiniment pour
couper le bois, je déchirais, j'ensanglantois mes mains, pour arracher les
racines de bois mort qui se présentoient à ma vue, & après deux heures
de recherche & de fatigues, je parvins à completter un fagot. Je le chargeai sur mon dos, 8c les épines des
.branches qui le composoient perçoient
mes épaules qu'aucun vêtement ne
garantissoit. Arrivé au lieu de notre résîdence,
couvert de sang & accablé de lassitude,
à peine y eus-je déposé mon fardeau,
que quelques femmes me montrèrent
eu. riant que je n'avois pa.s apporté le
bois qui leur étoit nécessaire j elles --- Page 46 ---
[ 34 ] me firent connoîrre la qualité de celui
qu'elles bruloient ordinairement, &
m'ordonnerent d'aller en chercher ; je
T leur fis ligne que pavois faim : elles me,
dirent qu'elles n'avoient rien à me donner à manger, mais qu'une d'entr'elles
étoit allée à leur demeure, & qu'au
soleil couché on mjè donneroit de la
nourriture. Plein de désespoir, je fus forcé de
retourner sur la montagne dont je
venois de descendre ; mais à peine
avois-je arraché quelques morceaux de
bois, que je vis venir vers moi deux
femmes, qui m'aiderent à composer un
nouveau fagot. Cette seconde charge,
fut encore plus forte que la pretniere:
je ne pus faire vingt pas sans succomber
fous le poids. Elles revinrent vers
moi, me rechargerent ; & je retombai
encore 1: enfin ayant partagé cette
charge, je la portai en deux fois au
lieu de notre demeure. Je me repo:"
fai le reste du jour, accablé de
je vis venir vers moi deux
femmes, qui m'aiderent à composer un
nouveau fagot. Cette seconde charge,
fut encore plus forte que la pretniere:
je ne pus faire vingt pas sans succomber
fous le poids. Elles revinrent vers
moi, me rechargerent ; & je retombai
encore 1: enfin ayant partagé cette
charge, je la portai en deux fois au
lieu de notre demeure. Je me repo:"
fai le reste du jour, accablé de --- Page 47 ---
- r 3.5" i C 2 douleur, de fatigue, & mourant de
faim. Sur le soir je vis arriver, cette femme
dont on m'a voit parlé, mes yeux parcourant aussi-tôt les objets qu'elle avoit
apportes, je n'apperçus point de vivres. Impatient, presse par le besoin qui
se faisoit séntir de plus :en plus, je
demandai à manger Î on se mit à
rire ; on me dit de prendre patience. Enfin sur les dix heures du soir;,
monMaître m'appella. On avoit apposé
du lait dans une peau mal-propre &dé-:
goutante : il en versa jdans un plateau
de bois , & après y avoir jétté des cailloux chauds i il me fit signe de boire: i
ce breuvage , quoique d'un goût plus)
déteflable que celui du vinaigre le plus,
fort, fut pour moi un neâar délicieux :
le plateau fut vuide. ,en un moment,
& si j'eus, à me plaindre, ceifut moinsi
du goût acre de cette boisson que
de la petite quantité qu'on m'en donnai --- Page 48 ---
[ 36 ] Ayant par ce moyen repris un peu de,
force, je m'étendis sur le sable , &
m'endormis. Le 22, au lever du soleil, il fallut
suivre mon Maître sur le bord de la
mer, & j'y travaillois comme la veille
à vuider le Bâtiment. Ce jour-là j'appris que le Major, le
Maître de l'équipage & deux Matelots
avoient formé le projet de déserter.
Allarmé par l'imprudence de leur-résolution, je me rendis près d'eux; je
les trouvai rassèmblés, ils me proposeient de les suivre; je parus les approuver pour me concilier leur confiance.
Mais quand ils me crurent bien disposé1
Nous allons doncfuir , leur dis-je , &
comment vivrons nous ? 'savons-nous
combien nous avons de chemin à faire
pour gagner la premiere ville? qui
sera notre guide ? qui nous répond
que nous ee nous écarterons point de
notre route ? que nous ne serons point
dévorés par les bêtes féroces qui sont --- Page 49 ---
[ 37 3 Ci répandues dans ces lieux ? qui nous
assure que nous ne serons point repris?
6c si nous le sommes... quel sera notre
sort ! Enfin, après plusieurs réflexions,
semblables, je leurs dis : mes amis r
quelle que sait la rigueur de notre posi-
, tion , souffrons avec patience, attendons encore quelques jours; notre
sort peut changer : ces barbares n'en
veulent point. à nos jours, peut-être
nous donneront-ils notre liberté. Ils se
rendirent à mes inflances. Je leur représentai que nous étions
dans la nécessité de ne jamais former
de pareils projets sans recueillir au
moins plusieurs avis, qu'autrement
abandonné à foi-même, égaré , désespéré, chacun de nous s'exposeroit à
commettre des imprudences qui lui eauseroient des regrets éternels. Ils furent
touchés,de mes avis, devinrent plus
tranquilles, me promirent de me communiquer désormais toutes leurs résolutions, & me regardèrent dès ce mo-
représentai que nous étions
dans la nécessité de ne jamais former
de pareils projets sans recueillir au
moins plusieurs avis, qu'autrement
abandonné à foi-même, égaré , désespéré, chacun de nous s'exposeroit à
commettre des imprudences qui lui eauseroient des regrets éternels. Ils furent
touchés,de mes avis, devinrent plus
tranquilles, me promirent de me communiquer désormais toutes leurs résolutions, & me regardèrent dès ce mo- --- Page 50 ---
r?» 1 ment comme un chef prudent y dont'
il convenoit de suivre les conseils. Je"
ne négligeais rien pour établir: solidement parmi nous un esprit d'union,
de fraternité , pioitr écarter sans retour
tout projet de désertion ; & j'apperçus
avec plaisir qu'ils se pénétraient des
sentiments de paix, de soumission &
de patience >qiie je voulons Jeur inspirer. Leurs Maîtres tout Sauvages
qu'ils étoient, apperçurent aussi-tôt leur
subordination à mon ¿ gard .& chacun
. d'eux, quand il " me parjoit, ne ine
nommoit plus que Commendor { nom
que j' ai conservé parnni eux jusqu'à
Mogodor)'. , ■■ I : Le bon: ordre ainsi établi, e'étoit
une inquiétude de meins pôtaï moi. Je
sui vois mes travaux ordinaires : tantôt je
portois des sacs, tantôt je roulois des
bariques -, ma nourriture étoit chaque
jour la même f j'avois un peu de lait
matin & soir. Pendant que nous sommes restés sur --- Page 51 ---
f 39 ] C-t le bord de la mer, les banques de farine
que nous tirions du bâtiment, ayant été
partagées parmi les Maures , mon
Maître m'en donnoit tQut- les matins
la valeur de trois poignées, pour faire,
un pain: & tout petit qu'il étoit, il
me suffisoit pour toute la journée. Le
soir j'allois arracher du bois ; à mon
retour je bu vois un peu de lait aigre,
puis couché sur la terre , je dormois si
je pouvois , toujours exposé aux injures du temps. Le 23 , avant de commencer mes
travaux, j'allai dans les diverses cases
visiter mes compagnons d'infortunes j,
je les trouvai tranquilles , & toujours
disposés à ne rien faire que de mon
,avis. Après les, avoir quittés, je me
sentis tout-à-coup arrêté; c'étoit un
Maure qui s'emparant de moi, vouloit
me forcer d'entrer dans sa case. Connoissant le caraé1ere dur & sauvage de
mon Maître, je fis résistance : ce Barbare
me donna deux coups de poings for
cases
visiter mes compagnons d'infortunes j,
je les trouvai tranquilles , & toujours
disposés à ne rien faire que de mon
,avis. Après les, avoir quittés, je me
sentis tout-à-coup arrêté; c'étoit un
Maure qui s'emparant de moi, vouloit
me forcer d'entrer dans sa case. Connoissant le caraé1ere dur & sauvage de
mon Maître, je fis résistance : ce Barbare
me donna deux coups de poings for --- Page 52 ---
[ 40 J la figure, me renversa , m'entraîna
dans sa casé, & me menaçant de me
tuer si j'osbis en sortir, il s'éloigna
pour prositer des débris de la cargaison
du navire. Sachant que je ne lui appat*
tenois pas, & craignant que si je restois
dans sa case, il ne nvarrivât quelque
nouveau malheur, je voulus prositer
dé son absence, pour m'en éloigner ,
& me rendre à celle de mon Maître.
J'étois à peine sorti, que Toit qu'on
l'eût averti, soit que sa désiance l'eût'
porté à revenir pour me garder plus
soigneusement, il courut vers moi.,
& me fit succomber sous les coups
redoublés dont il m'accabla. "
Plusieurs Maures témoins de ce
fpedacle me reconnurent, & allèrent,
en porter la nouvelle à mon Maître.
Celui-ci moins affecté de la perte de
ma personne, que furieux d'apprendre
qu'un autre que lui avoit osé me
frapper, s'arma de son couteau & de
son fusil &: accourut vers mon ravis- --- Page 53 ---
\.
t 4i 3 feur pour lui demander, raison-cfe son
adion, & me reprendre. II le trouva
Accompagné de six de ses amis, qui
armés de toutes pieces, l'attendoient
de pied ferme. Trop foible pour
l'attaquer, il retourna chercher du
secoÙrs' parmi ceux de sa famille,
résolu de tout tenter plutôt que de
me laisser entre les mains de son ennemi. Alors les forces devenues égales,
mon Maître l'attaqua avec fureur,
lui porta plusieurs coups de couteau ,
Pétendit sur le sable : pendant ce temps
d'autres Maures de ses pareils ou de
sa horde se saisirent cfe moi, & me re-;
conduisirent vers ma café. ; * Ce petit combat "fini, les parensf
ou plutôt les Barbares ,de la horde de,
mon ravisseur qui tous étoient occupés
sur le rivage , attirés par les cris des
semmes x & animés par les discours
de ceux qui avoient été contraints de
chercher leur salut dans la fuite, se réunirent armés de sabres, & de fusils &- --- Page 54 ---
F 4* 1 accoururent pour tirer vengeance
de l'affront qu'ils venoient de recevoir
dans la personne d'un de leurs
Chefs Plusieurs coups de fusil tirés par les
Mougeares qui regagnoient précipi-*
tement le haut de la montagne , avertirent mon Maître du danger auquel
il alloit être exposé j il assembla aussitôt ses gens : tous coururent aux armes;
les Moffelemis s'avancerent en ordre,
les Mougeares aussi braves qu'eux, se
voyant en état de tenir ferme , étoient
réynis , leur Çhef à leur tête : ils
pousserent des hurlements horribles;
la dispute de deux particuliers étoit
devenue celle de deux hordes entieres.
haut de la montagne , avertirent mon Maître du danger auquel
il alloit être exposé j il assembla aussitôt ses gens : tous coururent aux armes;
les Moffelemis s'avancerent en ordre,
les Mougeares aussi braves qu'eux, se
voyant en état de tenir ferme , étoient
réynis , leur Çhef à leur tête : ils
pousserent des hurlements horribles;
la dispute de deux particuliers étoit
devenue celle de deux hordes entieres. L'endroit où nous fîmes naufrage étoit
limitrophe de la province des Mosselemis ; les
Mougeares, peuples d'une province située plus
au Sud', étoient les premiers qui s'étoient apperçus de notre naufrage, & par droit établi
entr'eux, tous les Captifs devoient leur appartenir ; aussi furent, il s nos premiers maîtres. --- Page 55 ---
/
[ 43 ] Déjà quelques femmes Incertaines ssir
l'issue de ce combat, nous entraînaient
dans les terres. La, crainte d'être blessës
nous-mêmes, si nos Maîtres étoient
vaincus s nous excitoit aussi à nous
éloigner du lieu de l'adibo. Tout
présageoit un^ combat prochain & iné*
vitable , lorsque les femmes éperdues,
éplorées, se précipitèrent aii milieu
d'eux , arracherent leurs armes , &
calmèrent par leurs larmes & leurs
prieres la fureur meurtrière qui les
animoit. Alors un des Chefs des MofTelemis s'étant avancé seul vers: les MÓugjeares, ceux-ci suspendirent leur marche ; un des leurs se détacha pour
Pécouter, & après quelques moments
d'en tretien ,• chacun d'eux seretira du
coté de sa horde ; ce fut le moment de
la paix. Les Mosielemis rejoignirent
leurs cazes , les Mougeares en firent
de même: & tous ayant mis bas: les
armes, allèrent vers le vaisseau, pour
continuer à s'enrichir de nos dépouilles. --- Page 56 ---
[ 44 ] Mon Maître nous ayant sait revenir
ssir le bord de la mer, me donna
pleine liberté d'aller, où je voudrois;
la feule chose qu'il exigea de moi,fut
de faire chaque jour la provision de
bois pour la case : mais il ne m'employa
plus à rouler les tonneaux, ni à porter.
les barres de fer &c. &c. Ainlr
cettfc journée qui avoit commencé
d'une maniéré si funeste pour moi,
qui sembloit ne me préparer que de
nouvelles disgraces, quelle qu'eut été
l'événement du combat, rendit au contraire mon sort plus doux j mon
Maître s'attacha d'avantage à ma personne.,& fit cesser mes travaux.
bois pour la case : mais il ne m'employa
plus à rouler les tonneaux, ni à porter.
les barres de fer &c. &c. Ainlr
cettfc journée qui avoit commencé
d'une maniéré si funeste pour moi,
qui sembloit ne me préparer que de
nouvelles disgraces, quelle qu'eut été
l'événement du combat, rendit au contraire mon sort plus doux j mon
Maître s'attacha d'avantage à ma personne.,& fit cesser mes travaux. Quatre jours se passerent ainsi. Le
matin je faisois un pain pour me
nourir pendant la journée j allumant
un grand feu sur le fable, je jetrors
sur là braise un peu de pâte, & lorsqu'elle étoit cuite je la retirois ; le
vin que j'avois tiré du navire me servçic
de boisron.. • --- Page 57 ---
[ 45 ] - Le 27, ces deux peuples , fatigues
d'être reliés si long-temps siu le bord
de la mer, s'assemblerent tous j & soit
qu'ils regardaient ce qui restoit dans
le navire comme inutile pour eux,
soit qu'ils ne s'accordassent pas sur le
partage qu'il auroit fallu en faire, ils
aimerent mieux détruire ce qui ressoit $
ils mirent le feu au vaisseau : nous le
vîmes bientôt embrasé ; ces Barbares
n'avoient pas pénétré jusqu'au fond du
bâtiment ; il y ressoit douze barils de
poudre : quoiqu'ils fussent mouillés
par l'eau de la mer, l'explosion fut si
sorte que cinquante maures furent biesfés, & huit y perdirent la vie. Le 28 on quitta le rivage ; on chargea les chameaux de tous les effets
qu'on a voit pu tirer du navire ; à midi
presque tous les Barbares avoient disparu , & avoient emmené avec eux
leurs enclaves de divers côtés, sans permettre qu'ils pussent se voir & s'embrasser avant leur separation. --- Page 58 ---
[Vf Je croyais être le seul François qui
restât encore sur la côte, lorsque jevis venir vers moi le Capitaine. Défiguré par les blessures , il avoit l'œil
égaré , le visage sanglant & livide j
déjà sa bouche étoit gangrénée ; sa
mort étoit prochaine ; il ¡ chanceloit
se soutenoit à peine, quoique appuyé
sur deux Maures qui le conduisoient
près de moi & qui s'éloignerent
aussitôt ; aucun de ces Barbares ne
vouloit en prendre soin , parce qu'il
n'étoit pour eux qu'un esclave plutôt
incommode qu'utile. J'avois volé à sa rencontre ; mon
coeur étoit serré, mes larmes couloient
en abondance 3 il n'étoit plus à mes
yeux ce Capitaine imprudent dont les
fautes m'avoient plongé dans l'erclavage ; je ne voyois plus en lui qu'un
compatriote souffrant & moribond ,
dont les douleurs surpassoient les
miennes : l'excès de ses maux me le
rendoit cher , intéressant, refpe&able. --- Page 59 ---
[47] '
à sa rencontre ; mon
coeur étoit serré, mes larmes couloient
en abondance 3 il n'étoit plus à mes
yeux ce Capitaine imprudent dont les
fautes m'avoient plongé dans l'erclavage ; je ne voyois plus en lui qu'un
compatriote souffrant & moribond ,
dont les douleurs surpassoient les
miennes : l'excès de ses maux me le
rendoit cher , intéressant, refpe&able. --- Page 59 ---
[47] ' Je m'empressai de lui procurer tous les
secours qu'il étoit en mon pouvoir de
lui offrir. Ne pouvant le faire entrer
dans la cafe de mon maître qui auroit
refusé de l'y recevoir, je me hâtai d'en
préparer une avec les ronces que je
ramassai ; & après une heure de travail, je pus ainsi lui donner nn asyle
& le mettre à l'abri des injures de l'air. Il paroissoit surpris qu'ayant inspiré
plus d'horreur que de compassion aux
Maures , il trouvât encore ce dernier
sentiment dan's le cœur d'un homme
dont il avoit causé l'infortune : sa langue blessée, déchirée , ne pouvant articuler que des sons confus , il traça
sur le sable les dernieres expressions de
sa reconnoissance me pria de lui pardonner les imprudences dont j'étois la
victime, & de ne pas l'abandonner
pendant les derniers moments de sa
déplorable exifience. Je le raflîirai par
tout ce que l'humanité , la pitié , l'attendrissement peuvent suggerer de plus --- Page 60 ---
I
\
[ 48 ] consolant j de plus affedueux. Je Iuf
témoignai, par des proteflations réitérées le desir que j'avois de pouvoir)
par mes soins, prolonger & fortisier
le Ieger soufle de vie qui lui restoit
encore. . Mais tout-à-coup j'entendis les cris
d'un Maure qui accouroit avec précipitation -, il fut bientôt arrivé près de,
nous & m'ordonna par des signes menaçans de m'éloigner du Capitaine. Il
en comoit trop à mon cœur de délaifser mon compatriote mourant. Je restois à ses côtés malgré les ordres du
Maure. Irrité de ma résistance, il me
n1it en joue avec le fusil dont il étoit
armé. J'étois perdu si quelques femmes
présentes à ce îpedacle , ne lui eussent
demandé grace & arraché son arme,,
Pour moi n'attendant que la mort, imaginant que ces Barbares n'ayant plus
besoin de nous , avoient inhumainement massacré mes compagnons, je ne
cherchois point à éviter le dernier coup
que --- Page 61 ---
[ 49 ] D que le Maure me préparoit ; je refloîs
immobile. Cependant il fallut céder à la force :
il fallut rentrer dans la cafe de mon
Maître: il fallut abandonner le malheureux Capitaine qui resta dans celle que
j'avois formée à la hâte. La fin du jour
approchoit., j'avois besoin de repos.
Mais mes inquiétudes sur le sort qu'on
me desiinoit, sur celui qu'on réservoit.
au Capitaine, le bruit continuel que
faisoient les Barbares m'empêchèrent
de m'y livrer. Feignant d'être plongé
dans un profond sommeil, j'observois
attentivement toutes leurs démarches.
ux Capitaine qui resta dans celle que
j'avois formée à la hâte. La fin du jour
approchoit., j'avois besoin de repos.
Mais mes inquiétudes sur le sort qu'on
me desiinoit, sur celui qu'on réservoit.
au Capitaine, le bruit continuel que
faisoient les Barbares m'empêchèrent
de m'y livrer. Feignant d'être plongé
dans un profond sommeil, j'observois
attentivement toutes leurs démarches. Au milieu de la nuit, plusieurs s'ap.
procherent de moi, pour savoir si je
dormois; cette curiosité redoubla mes
attentions & mes craintes. A travers les
ronces qui formoient l'enceinte des
casés , je pouvois appercevoir ce qui
se passoit dans celle que j'avois donnée
pour asyle au Capitaine , & qui étoic
très-rapprochée de celle de mon Maître. --- Page 62 ---
[ so ] Bientôt je vis les Maures lui faire avaler, par une corne de bœuf, un breuvage qui le jetta dans un prompt affou.
pissement , & quelques momens après
V ils l'affommerent avec les crosses de
leurs fusils. J'entendis avec frémissement
son dernier cri, son dernier soupir. Frappé des précautions qu'ils avoient
prises pour me cacher ce meurtre abominable , je me gardai bien le lendemain de leur faire connoître que j'en
avois été le témoin5 peut-être ils m âuroient fait périr avec la même cruauté.
Le Maure qui avoit voulu me tuer la
veille , s'approcha de moi à la pointe
du jour, m'apprit que le Capitaine étoit
mort, & voulut me conduire près de
son cadavre ; mais ce spe&açle eût été
horrible pour moi, je refusai de le
suivre. Sur les dix heures du matin , mon
Maître se mit en route pour retourner
dans les montagnes au lieu de sa résidence ordinaire. J'allai à sa suite cou. --- Page 63 ---
t si 1 D 2 vert d'une mauvaise chemise, nuds
pieds & sans chapeau. Il seroit difficile
de concevoir combien l'ardeur du soleil
me fit souffrir, & quelles douleurs j'endurai en marchant sur des pierres aigles pendant toute la journée. Enfin,
sur les six heures du soir, nous arrivâmes à l'habitation de mon Maître,
qui étoit située entre deux montagnes. Dix cases placées à diUances égales
les unes des autres formoient ce petit
village ; mon Maître en étoit le Chef.
Les Maures vinrent le féliciter de son
retour. Je fus bientôt le principal objet de
leur curiosité ; ils se pressoient autour
de moi, me regardoient avec surprise,
même avec plaisir , me faisoient tous
des signes multipliés que je ne comprenois pas, me parloient tumultueusement en un langage que je comprenois encore moins. Une partie de la
la nuit se passa en chants & en divertissemens.
ient ce petit
village ; mon Maître en étoit le Chef.
Les Maures vinrent le féliciter de son
retour. Je fus bientôt le principal objet de
leur curiosité ; ils se pressoient autour
de moi, me regardoient avec surprise,
même avec plaisir , me faisoient tous
des signes multipliés que je ne comprenois pas, me parloient tumultueusement en un langage que je comprenois encore moins. Une partie de la
la nuit se passa en chants & en divertissemens. --- Page 64 ---
[ sa ] Ces Barbares n'ont d'autre logement
' qu'une tenture de toile tissue avec du
poil de chevre & du poil de chameau,
étendue sur des perches longues de huit
à neuf pieds : là on ne voit d'autres
meubles que quelques peaux de chevres qui leur fervent de vêtements, &
une natte de jonc qui est le lit commun de toute une famille, du mari,
de la femme & des enfans. Quelques
heures après notre arrivée je bus du
lait aigre ; on ne me donna pas d'autre
aliment. Je me couchai ensuite au milieu des chevreaux que les maures renferment dans leurs tentes pendant la
nuit, pour les mettre à l'abri des bêtes
féroces qui infeflent cette contrée;
J'étois. accablé par les fatigues que j'avois éprouvées pendant le jour 5 je
dormis bientôt profondément. - Je reliai deux jours dans ce lieu sans
qu'on exigeât de moi aucun ser vice.
Le troisieme., l'aurore commençoit à
peine à paroître, qu'on m'appella pour --- Page 65 ---
[ )3 ] Dî aller chercher du bois. J'obéis, & à
mon retour on me donna un peu de
lait. Sur les neuf heures il fallut mener
le troupeau de chevres au pâturage ;
un enfant m'accompagna pour me montrer le lieu où il falloit les condtiire 3
Je les ramenai dans la case avant le
coucher du soleil ; j'allai ensuite faire
une seconde provision de bois , &
quand je l'eus apporté , on ne m'offrit
qu'une ration de lait, aussi peu abondante que celle qu'on m'avoit donnée
le matin. Je n'ai jamais eu d'autre nourriture pendant que j'ai été l'esclave de
mon premier maître. Je continuai de mener, les jours
suivans , cette vie uniforme & paftorale. Qu'elle m'eût paru douce si dans
ce desert la nature s'était présentée à
mes regards fous l'alpeâ riant dont elle
se pare dans nos contrées ! Mais là je
cherchois vainement ces brillans paysages, ces prairies couvertes de fleurs
variées j ces bocages frais & touffus qui --- Page 66 ---
[ 54 1 embellissent les campagnes de France.
La terre y est toujours desséchée & fiérile, on n'y voit croître que des ronces
& des bruyeres, aucun arbre n'y montre son feuillage. Une sois dévorante
me consilmoÎt, & je ne trouvois aucun
ruisseau pour me désaltérer. Un soleil
brûlant m'embrasoit, & je n'appercevois aucun ombrage sous lequel je
pussè éviter l'ardeur de ses rayons. Je
He pouvois m'en garantir un peu, qu'en
me couvrant la tête de ma chemise ,
que je pliois en forme de turban; nuds
pieds , je courois sans cesse à travers
les épines pour rassembler mon troupeau.
& je ne trouvois aucun
ruisseau pour me désaltérer. Un soleil
brûlant m'embrasoit, & je n'appercevois aucun ombrage sous lequel je
pussè éviter l'ardeur de ses rayons. Je
He pouvois m'en garantir un peu, qu'en
me couvrant la tête de ma chemise ,
que je pliois en forme de turban; nuds
pieds , je courois sans cesse à travers
les épines pour rassembler mon troupeau. Errant dans cette affreuse solitude ,
j'étois encore plus vivement tourmenté
par les peines morales, par les chagrins
amers, par les regrets cuisans qui déchiroient mon cœur, que par les maux
physiques qui épuisoient mon corps
débile. Souvent le souvenir des biens
due j'avois perdus, du bonheur paisible / --- Page 67 ---
r tt i dont je jouissois dans ma patrie, des
douceurs que je goûtois dans le fein de
ma famille, des personnes cheres dont
j'étois réparé j venoit se retracer à mon
imagination. Quelquefois attendri, pénétré par ces trilles idées, je me prof.
ternois à genoux , je Ievois vers le
Ciel des mains suppliantes, des yeux
baignés de pleurs; quelquefois aussi je
m'abandonnois au plus violent désespoir ; j'avois mon exifience en horreur , je defirois la dessinée des animaux dont j'étois le Pasteur, je regrettois de n'avoir pas péri avec ce jeune
Officier , dont les flots avoit rejetté le
cadavre sur le rivage; je portois envie au sort de l'infortuné Capitaine que
j'avois vu massacrer. Un jour, accablé par la chaleur, excédé de fatigue , assis au pied d'une
colline , j'étois en proie à ces cruelles
réflexions ; mon troupeau éloigné de
moi, paifloit à l'aventure, ,
rugiffemens d'un tigre que --- Page 68 ---
[ S-6 1 tre a la cîme du côteau me glacèrent
d'effroi $ une prompte fuite pouvoit
seule me dérober à la furie de cet animal féroce. A quelque dislance j'apperçus des ronces qui étoient épaisses
& un peu élevées, j'y courus précipitamment. Couché contre terre derriere
cet asyle, tremblant , inanimé , craignant même de respirer, je vis le tigre
fondre sur mon troupeau, étrangler
trois chevres 8c dévorer leur chair palpitante : les autres s'étoient dispersées
sur la montagne & dans la plaine ; je les
rassemblai quand le tigre eut disparu.
Mais redoutant le brutal emportement
de mon Maître, que la perte de ses trois
chevres ne manquerait pas d'irriter,
je ne savois si je devois retourner à la
case, ou abandonner mon troupeau &
fuir dans la campagne. Déjà le soleil
ne paroissoit plus sur l'h orison, 8c j'étois encore irrésolu sur le parti que j'avois à prendre.
dans la plaine ; je les
rassemblai quand le tigre eut disparu.
Mais redoutant le brutal emportement
de mon Maître, que la perte de ses trois
chevres ne manquerait pas d'irriter,
je ne savois si je devois retourner à la
case, ou abandonner mon troupeau &
fuir dans la campagne. Déjà le soleil
ne paroissoit plus sur l'h orison, 8c j'étois encore irrésolu sur le parti que j'avois à prendre. Impatient de ne point me voir reve- --- Page 69 ---
[ sI ] nif j craignant qu'il ne fût arrivé quelque malheur à san troupeau , mon
Maître avoit pris ses armes pour venir
à ma rencontre : son fils l'avoit suivi.
Je frémis en les voyant; ils me demanderent pourquoi je revenois si tard ; je
leur en appris la cause. Nous arrivâmes
à la casé, & aussi-tôt on me fit asseoir
sans me permettre de lier les chevreaux , comme je ie faisois ordinairement ; on me refusa la peau dont je me
couvrais sur le grabat où je couchois.
Mon Maître furieux, s'arma de cordes
& me frappa long-temps avec la derniere inhumanité j mon sang ruifleloit:
de toutes parts : je tombai sans connoiflance. Dans ce pitoyable état, je
fus attaché au pied d'un poteau qui
étoit planté à l'entrée de la case, & j'y
demeurai exposé pendant toute la nuit,
qui fut très-froide 8c très-humide. Lorsque le jour parut, on vint me s
détacher. Mais hélas ! je n'appercevois
pas ceux qui me déliaient; j'avois perdu --- Page 70 ---
r r§t k J .1 la vue : l'abondance & l'humidité delà
rosée avoient fait sur mes yeux cette
împression funeste. Je fus écraré, anéanti
par un malheur si inattendu. Quelques
paroles que j'entendis proférer à mon
Maître, me firent appercevoir qu'il se
repentoit de sa brutalité ; mais sa femme
plus cruelle que lui étoit insensible à
la rigueur de ma ihuation ; je l'entendis dire à voix baffe, que je serois un
esclave inutile, embarrassant, & que
si dans trois jours, je ne recouvrois la
vue, il faudroit m'assommer pendant
mon sommeir. Qu'on imagine s'il est
possible, quelles idées noires , quelles
réflexions désespérantes dut faire naître
dans mon esprit ce langage dénaturé.
Je ne savois à laquelle m'arrêter : je
tombai dans un tel accablement que
pendant quelques momens , je perdis
pour ainsi dire, le sentiment de mon
. existence. Revenu à moi, j'invoquai
PÊtre suprême 5 je le suppliai de me
rendre la vue ou de m'arracher la vie. ; --- Page 71 ---
[ S ] Le sils de mon Maître m'avoit fait
rentrer dans la casé , m'avoit bassiné
les yeux , ml'avoit donné du lait : le
soir il s'approcha de moi, me paria
avec quelque douceur, m'invita à
dormir : mais le > désespoir s'étoit
fixé dans mon coeur, le repos n'étoit
plus fait pour moi. Je gémissois, je
pleurois, je priois; le moindre bruit
m'intimidôit, m'effrayoit ; je croyois
à chaque instant, qu'on se préparait
à suivre le barbare conseil donné par
la femme de mon Maître, qu'on alloit
s'approcher de moi pour me donner
le coup mortel.
ita à
dormir : mais le > désespoir s'étoit
fixé dans mon coeur, le repos n'étoit
plus fait pour moi. Je gémissois, je
pleurois, je priois; le moindre bruit
m'intimidôit, m'effrayoit ; je croyois
à chaque instant, qu'on se préparait
à suivre le barbare conseil donné par
la femme de mon Maître, qu'on alloit
s'approcher de moi pour me donner
le coup mortel. Déjà mon aveuglement duroit depuis trente-cinq heures ; on venoit de
me bassiner les yeux, lorsque je diftinguai confusément la femme de mon
Maître. Je me levai avec transport; j'allai aussi-tôt vers elle , pour lui faire
voir que ma vue commençoit à s'éclaircir ; elle en parut Satisfaite. Son mari à .
son retour en reçut la nouvelle avec --- Page 72 ---
r*°] plaisir & dans l'espace de douze heures
je m'apperçus avec une joie inexprimable que mes yeux se fortifîoient.
Depuis cet accident je n'allois plus
chercher du bois, je ne gardai plus
les troupeaux 5 on ne songa qu'à se
débarrasser de mon individu. L'occa-,
fion qu'on attendoit ne tarda pas à
se présenter. Un Maure étranger passa
dans la contrée, & je lui fus vendu
pour trois chevres. Le 14 Février je suivis mon nouveau
Maître ; il demeuroit à cent lieues
environ de l'endroit où j'étois : je sçus
qu'il étoit plus riche que le premier,
qu'il avoit un nombre infini de moulons, de chevres , de bœufs & de chevaux, qu'il possédoit 87 chameaux,
six Negres, trois Négresses , qu'il étoit
un des plus opulents marchands de ces
contrées. J'ignorais entièrement a quels tra-
" vaux il me deflinoit, & dans quel endroit
il me conduisoit. Je le suivis nuds pieds --- Page 73 ---
r 61 1 a travers les montagnes. Sur le soir
j'apperçus des cales ; je crus que c'étoit
sa demeure : dix Maures qui l'attendoient dans ce lieu me confirmerent
dans cette opinion ; je ne pensois pas
que cesBarbares s'occupassent d'aucun
commerce ; j'ignorois qu'ils portassent
fréquemment des marchandises dans
les- provinces les plus éloignées , pour,
les échanger contre des befliaux & de
la laine, & qu'ils s'éloignent souvent
de leurs demeures à plus de deux cents
lieues : mais l'expérience m'apprit bien.
tôt quelle est la longueur de leurs
courtes vagabondes. Trouvant l'hospitalité dans toutes les hordes qui sont répandues au milieu du désert, ils n'ont pas
besoin de porter avec eux beaucoup de
nourriture ; lorsqu'ils veulent faire des
provisions pendant le cours de leur
voyage, une paire deciseaux,un couteau , ou d'autres menus objets, leuren
procurent beaucoup plus qu'ils n'en peu.
vent consommer pendant huit jours. Ils
érience m'apprit bien.
tôt quelle est la longueur de leurs
courtes vagabondes. Trouvant l'hospitalité dans toutes les hordes qui sont répandues au milieu du désert, ils n'ont pas
besoin de porter avec eux beaucoup de
nourriture ; lorsqu'ils veulent faire des
provisions pendant le cours de leur
voyage, une paire deciseaux,un couteau , ou d'autres menus objets, leuren
procurent beaucoup plus qu'ils n'en peu.
vent consommer pendant huit jours. Ils --- Page 74 ---
[texte_manquant] sont toujours bien armés & marchent en nombre suffisant pour ré-.
sisier aux brigands qui pourroient les
attaquer,, Je n'avois presque pas mangé avant
de partir. Au moment de l'arrivée,
on me donna de la sarine d'orge.
délayée dans de Peau ; je la mangeai
avec gout : je me couchai sur des
roches, & les fatigues de la journée
me procurèrent un repos assez tranquille. Le lendemain, dès la pointe du jour,
il fallut se remettre en marche. Il
n'étoit pas encore dix heures du matin
qu'ayant moins de force que de courage, je resiai en arriere , faisanttous
mes efforts pour iiiivre mon nouveau
Maîtrejil s'apperçut que j'étois éloigné
de lui, & aussi tôt un Maure desa suite
fut chargé deme faire avancer : fidele
à l'ordre qu'il venoit de recevoir ,
celui-ci me donnoit des coups de corde sur les reins dès que mon pas pa* --- Page 75 ---
r 6* 1 roislort se rallentir $ il sembloit s'acquitter avec joie de la commission.
odieuse que son Chef lui avoit donné.
Plus de dix fois pendant cette journée, je fus réduit à la nécessité de boire
de l'urine de jumelle de chameau pour
me desàltérer ; pour surcroit de mallieur, je reçus deux coups de soleil,
l'un sur le dos qui fut peu sensible,
l'autre tomba sur mes jambes qui, déjà
enflées par la fatigue , en furent vivement affedées. ■ Mon Maître étoit le seul qui ne
plaignît point mon sort : malgré un
trernblement générai dont tout mon
corps étoit saisi , malgré l'inflammation de mes jamb. il exigea toujours
que je continuai la route à pied,
sans vouloir me permettre de monter
sur un de ses chameaux ; impitoyable,
il agravoit encore mes dqpleurs par
les coups redoublés dont il m'accaJ)Ioit à chaque inflant. Je lui demandai
plusieurs fois la mort j sourd à mes --- Page 76 ---
[ 64 ] prieres, il me la resusoit, & ne me répondoit que par des ménaces. J'arrivai ensin au lieu où l'on s'étoit
proposé de coucher, je ne pus prendre
la nourriture que ces monfires me présenterent ; j'avois une fiévre violente
qui dura pendant toute la nuit. Le lendemain, il fallut de même se
mettre en route ; on me força de
prendre les devants. Le soleil commençoit à peine à paroître, que j'étois
déjà incapable de marcher, de me
soutenir, mes jambes me refusoient
entièrement leur service : alors mon
Maître, craignant sans doute que je ne
retardasse la célérité de sa marche,
me fit mettre sur un de ses chameaux ;
les sauts horribles ~3e cet animal me
fatiguoient encore cruellement : comme je ne pouvois m'y tenir qu'avec
peine , les. Maures me lierent sur le
chameau pour s'épargner la peine de
prendre aucun soin de ma personne ;
ils continuerent les jours suivants de
m'attacher
--- Page 77 ---
t 65 ]
ignant sans doute que je ne
retardasse la célérité de sa marche,
me fit mettre sur un de ses chameaux ;
les sauts horribles ~3e cet animal me
fatiguoient encore cruellement : comme je ne pouvois m'y tenir qu'avec
peine , les. Maures me lierent sur le
chameau pour s'épargner la peine de
prendre aucun soin de ma personne ;
ils continuerent les jours suivants de
m'attacher
--- Page 77 ---
t 65 ] E attacher sur cette monture > & j'ar- '
rivai le 2) Février, après un voyage
de douze jours > aux casés de mon
Maître. Deux Negres & plusieurs
femmes s'étoient empressés de venir
à sa rencontre; on me donna quelque
nourriture & beaucoup de lait à boire. On me laissa trois jours dans une
entiere tranquillité j'étois couvert de
plaies , mes jambes etoient devenues
plus grosses que mon corps j on y
voyoit plusieurs ouvertures qui tendoient à suppuration : ma situation inspira enfin quelque pitié à ces Barbares :
ils songerent à me procurer les secours
qu'ils croyoient m'être nécessaires j on
m etendit sur le sable, & pendant que
quatre Maures me tenoient avec force,
mon Maître brûla les chairs qui environnoient mes plaies avec des lames
de couteau qu'il avoit fait rougir. Je
souffris alors des douleurs inouies ; je
poussai des cris horribles ; mais ce re.
mede , analogue à la férocité de ces --- Page 78 ---
î -66 ] Barbares, me procura une guérison
aIsez prompte. / Le premier Mars on me fit aller aux
champs pour garder les chameaux &
les empêcher de paître dans les pieces
de terre nouvellement ensemencées.
Comme j'étois encore dans l'impuissance de suivre le pas ordinaire des
chameaux, mon maître eut la précaution de leur attacher les pieds de devant; le matin avant de les conduire
au pâturage, on me donnoit une grande
ta{fe .de lait ; le soir à mon retour on
m'en donnoit encore, & sur les dix
heures, on me faisoit souper avec de
la pâte de farine d'orge ; j'étois mieux
couché que je ne Pavois été pendant
mon premier esclavage , je reprenois
visiblement mes forces, ce qui lit beaucoup de plaisir à mon maître ; il ne
m'avoit d'abord regardé que comme
un être qui étoit près de perdre la vie,
& ne s'intére£Toit point à me la conserveri mais voyant que ma santé se --- Page 79 ---
[ 67 \ E 2 retablisToit, il me regarda comme un
esclave précieux dont il pourroit tirer
grand profit : ce fut sans doute -ce motif qui l engagea à ne plus m'envoyer
garder les chameaux; il prenoit grand
soin de ma personne , & quand il me
voyoit trille, il me faisoit donner du
lait, de la nourriture, du tabac, enfin
tout ce qu'il croyoit pouvoir faire diversion à mes maux. La bonté & les égards qu'il eut pour
moi me firent oublier sa barbarie passée, souvent il m'emmenoit avec lui
promener dans la campagne : il prit
des informations sur le sort de mes
compagnons d'infortune , & m'apprit
que tous dispersés à une journée environ, s'approchaient du lieu où j'étois. Jamais nouvelle ne me fut plus
agréable j l espoir qui jusqu'à ce jour
avoit été banni de mon cœur., commença à y renaître ; le souvenir de ma
patrie y excitoit plutôt le desir de m'en
rapprocher qu'il ne reveilloit le regret
avec lui
promener dans la campagne : il prit
des informations sur le sort de mes
compagnons d'infortune , & m'apprit
que tous dispersés à une journée environ, s'approchaient du lieu où j'étois. Jamais nouvelle ne me fut plus
agréable j l espoir qui jusqu'à ce jour
avoit été banni de mon cœur., commença à y renaître ; le souvenir de ma
patrie y excitoit plutôt le desir de m'en
rapprocher qu'il ne reveilloit le regret --- Page 80 ---
r 68 ] d'era être éloigné. Je demandois souvent à mon Maître s'il pchsoit à me
vendre : ses réponses m'annonçoient
toujours que ma dessinée devoit bientôt changer ; il ne me gardoit encore
que pour tirer ensuite meilleur parti
de ma personne. Ensin me voyant dans l'état qu'il
délirait, il me .mena sur un chameau
à une petite ville nommée Glimy ,
située à trois lieues environ de la case.
Plusieurs Maures m'examinèrent, me
marchanderent & ne tomberent pas
d'accord : il me reconduisit chez lui.
Le lendemain un de ceux qui m'avoient
vu au marché., vint à la casé de mon
Maître. La vente se consomma : je
devins l'esclave d'un troisieme Maître , qui me ramena à Glimy le i s
Mars. Le .sécond Capitaine y étoit déjà,
ce fut le premier de mes compagnons
que je vis, depuis que nous nous étions
séparés sur le bord de la mer. Mahamet --- Page 81 ---
[tfp] E 3 (e'étoit le nom de mon nouveau Maître ), en homme qui entend ses intérêts ,
vendit la moitié de ma personne à
un Juif nommé Aron. Je vivois trois
jours chez l'un, trois jours chez l'autre j
ils me traitoient assez humainement
tous les deux, m'occupoientà moudre
de l'orgé, à porter de l'eau, & me
nourrissoient tantôt avec de l'orge,
tantôt avec du couseouse : je couchais
sur la paille, à côte. de la mule d'un
de mes Maîtres au dessous d'un
toit qui couvroit une partie de sa
cour. Cependant M. Mure , Vice ConsuI
de France dans l'Empire de Maroc, ne
négligeoit rien pour briser les liens de
notre captivité & nous rapprocher des
Etats de l'Empereur : lettres écrites à
ce Prince, courriers Maures expédiés
pour nous découvrir , pour nous réunir , présents promesses, argent, tout
fut mis en usage. Les efforts qu'il faisoit pour nous --- Page 82 ---
[ 70 ] tirer d'esclavage, l'exposoit lui-même
à de grandes disgraces : car l'Empereur
de Maroc est extrêmement jaloux de
délivrer, par la médiation de ses propres émissaires , les Enclaves qui sont
dispersés dans les déserts qui environnent ses Etats -, & souvent il inflige
des peines séveres aux Européens qui
ont racheté la liberté de leurs compatriotes. Mais les ordres que donne l'Empereur pour le rachat des Enclaves
chrétiens ne sont jamais fidelement exécutés; les Gouverneurs ou les Juifs
qu'il en charge ordinairement, ont
intérêt de garderie plus long-temps
possible l'argent qu'il leur confie pour
cet objet; ils lui font entendre qu'on
exige des rançons trop considérables,
ou qu'ils n'ont fait dans les déserts que
des recherches inutiles : ils lui persuadent aussi qu'en temporisant, on force
les Maîtres de devenir plus traitables,
& de vendre ensin leurs Esclaves à un
exécutés; les Gouverneurs ou les Juifs
qu'il en charge ordinairement, ont
intérêt de garderie plus long-temps
possible l'argent qu'il leur confie pour
cet objet; ils lui font entendre qu'on
exige des rançons trop considérables,
ou qu'ils n'ont fait dans les déserts que
des recherches inutiles : ils lui persuadent aussi qu'en temporisant, on force
les Maîtres de devenir plus traitables,
& de vendre ensin leurs Esclaves à un --- Page 83 ---
[ 71 ] E 4. prix plus modéré. Souvent l'Empereur,
impatient de faire executer promptement ses volontés , clioisit d'autres émir.
saires ; mais ces nouveaux agents
dirigés par le même intérêt qui animoit
les premiers, tiennent la même conduite , & les Esclaves relient toujours
dans la servitude. C'esl ce qui faisoit craindre à M.
Mure que notre délivrance ne fût trop
tardive , si le soin n'en étoit abandonné
qu'aux agents infidèles de l'Empereur.
Les peines qu'avoit essuyées dans
une circonstance pareille, M. Chenier,
Consul de France dans cette partie de
l'Afrique , les défenses impérieuses du
Prince, la çrainte des châtiments rigoureux qu'il prononce presque toujours
contre ceux qui les vicient , rien ne
pou voit diminuer l'aâivité de son zele.
Semblable à un pere tendre qui se
sacrifie pour le bonheur de ses enfans
ce généreux François exposoit, son
rang, sa fortune & sa vie, pour tirer de --- Page 84 ---
1 72 1 la misere ses malheureux compatriotes. MM. Cabannes & Defpars , Négocrans à Mogodor, avoient fecondé ses
vues bienfaisantes ; ils avoient député
un Maure nommé Bernard, qui ieur étoit
affidé, & qui arrivé bientôt à Glimy. Le 7 Avril 1784, il convint avec mes
Maîtres du prix de ma rançon, la leur
paya sur le champ , alla aussi-tôt dans
les campagnes voisines , où il racheta
cinq autres François, & les amena à
Glimy, d'où nous partîmes ensembfe
le 11 du même mois d'Avril pour nous
rendre à Mogodor. Craignant d'être attaqués par les
Maure^ rebelles, s)il avoient été inftruits de notre départ, notre guide nous
lit marcher jusqu'au milieu de la nuit:
alors nous nous écartâmes de notre
chemin & allâmes nous reposer au
pied d'une montagne couverte d'aman.
diers sauvages. Nous nous remîmes en
route dès que le jour commença à paroître j & le .2 1 Avril 17 84., après dix --- Page 85 ---
[ 73 1. jours de marche , nous arrivâmes à
Mogodor sans accidens, mais horriblement fatigués. Aussi-tôt MM. Cabannes & Depras
expédierent un courier à M. Mure,
pour lui annoncer notre arrivée ; ils
nous accueillirent, comme des amis,
comme des freres ; logemens, nourriture, habillemens , remedes , tous les
soulagemens , tous les secours nous
surent offerts avec générosité. F rançois, Anglois, Hollandais, tous
les Européens établis à Mogodor venoient chaque jour me visiter ; leurs
discours affe&ueux , leurs soins empressés rendoient à mon aine son ancienne sérénité ; le souvenir de mes
•maux ne me paroissoit déjà plus que la
légere réminiscence d'un vain songe.
nourriture, habillemens , remedes , tous les
soulagemens , tous les secours nous
surent offerts avec générosité. F rançois, Anglois, Hollandais, tous
les Européens établis à Mogodor venoient chaque jour me visiter ; leurs
discours affe&ueux , leurs soins empressés rendoient à mon aine son ancienne sérénité ; le souvenir de mes
•maux ne me paroissoit déjà plus que la
légere réminiscence d'un vain songe. Le Chirurgien du Commerce visitJ&
mes plaies, il n'en trouva aucune dangereuse ; huit jours suffirent pour 01e
mettre eh état de paroître chez les Négocians : tous, [ans distinction donation. --- Page 86 ---
r 74 1 merecevorent avec une affedion égale,
m'attiroient sans cesse dans leurs maÍsons, j'allois alternativement manger
chez chacun d'eux. L'agréable spedade de l'union fraternelle qui regne au
milieu de leurs sociétés, étoit toujours
pour moi une nouvelle jouissance : la
diversité de leurs patries ne relâche
point les nœuds de cette union : ils
savent allier leurs intérêts respeâifs &
ceux de leur nation, avec la concorde
& la bonne harmonie que des Chrétiens doivent conserver parmi eux. Connoissànt les coutumes des pays
qu'ils habitent, les mœurs & le caractere des maures & de leur Souverain.,
ils me donnerent amicalement tous les
avis dont pavois besoin pour prévenir ♦
les disgraces que j'auroispu essuyer de
leur part. Cependant le Gouverneur de Mogodor à qui ces Messieurs nous avoient
prérentés, avoit informé l'Empereur de
notre arrivée. Ce Prince , furieux de --- Page 87 ---
f 7\ T I * J ce que les Négocians François nous
a voient arraché à l'esclavage plutôt que
les propres émissaires , condamna à
niort 1 Arabe que les François a voient
employé pour nous procurer notre
liberté; cet homme inllrnit du danger
auquel il étoit exposé , déroba par une
prompte fuite , chez les peuples qui
nous a voient dépouilles j la personne
& ses biens aux poursuites de l'Empereur. Les Négocians, de leur côte , reçurent les réprimandes les plus séveres ;
il leur fut défendu de s'entremettre à
1 'avenir du rachat d'aucun Chrétien, de
quelque nation qu'il fÙt, sous peine
d'être brûlés vifs. Ces lettres, ces résolutions de l'Empereur son autorité qu'il croyoit coin-,
promise, tout nous faisoit redouter un
avenir aussi trille que le passé. Huit
jours se passerent dans cette incertitude
cruelle sur le sort qui nous étoit réservé. Nous étions menacés d'être ern- --- Page 88 ---
[ 7-6 ] ployés aux travaux publics. Le bruit
couroit parmi les Maures que la France
étoit en guerre avec le Roi de Maroc; les peuples nous regardoient déjà
comme ennemis : la crainte des mauvais traitemens nous empêchoit de
sortir. Mais le iy Mai. à onze heures
du matin, le Gouverneur ayant reçu
de nouveaux ordres de l'Empereur,
nous envoya chercher par ses Soldats,
qu'il chargea aussi de lui amener les
deux François qui avoient concouru à
notre délivrance, & en présence d'une
grande multitude , il ieur annonça que
l'Empereur leur pardonnoit, ainsi qu'à
l'Arabe qui nous avoit acheté ; il leur
remboursa publiquement la somme qui
avoit été payée pour n'otre rançon ,
nous fit. le meilleur accueil, & nous
permit de nous promener librement
dans la Ville.
Soldats,
qu'il chargea aussi de lui amener les
deux François qui avoient concouru à
notre délivrance, & en présence d'une
grande multitude , il ieur annonça que
l'Empereur leur pardonnoit, ainsi qu'à
l'Arabe qui nous avoit acheté ; il leur
remboursa publiquement la somme qui
avoit été payée pour n'otre rançon ,
nous fit. le meilleur accueil, & nous
permit de nous promener librement
dans la Ville. Dès ce moment notre liberté fut
entiere. Comme les Maures respectent
servilement toutes les volontés de leur --- Page 89 ---
[ 77 1 Prince, qu'ils croient être un descendant du Prophete; des signes d'amitié,
de vénération même , succéderent de
leur.part à ce mépris qu'ils nous témoÏgnoient auparavant. Nous passâmes un mois dans cette
situation: nous attendions impatiemment des nouvelles du reste de l'équipage, que nous savions être dispersé
dans les montagqes ; le Gouverneur
nous avoit annoncé que nous ne retournerions pas dans notre patrie avant
l'arrivée des autres François. Les Capitaines Dupuis de Nantes ^
& Audibert de Marseille , étoient reftés jusqu'à ce que tous furent réunis ;
telles étoient les intentions de l'Empereur ; il venoit d'expédier de nou- *
veaux ordres à un Prince de ses fils,
Gouverneur de Téroudant, pour raf.
sembler par force ou par argent le
reÍle de l'équipage. Ce Prince se mit aussitôt en marche j
les Arabes rébelles en furent instruits; --- Page 90 ---
179 ] ' ils mirent leur proie en sureté sans la
protection de Sidy Mohamet Moussa ,
le plus grand saint du Canton. Huit
furent conduits dans la demeure de cet
homme j deux resterent à Weldenmn
chez un Prince du sang royal , dans
la maison duquel la loi défend d'entrer ; les trois autres étoient au pouvoir de Sidy Mou!ey Abdramet, l'un
des fils du Roi, rébelle à son pere. Le Gouverneur de Téroudant ,
n'ayant pas réussi dans son expédition
voulut exécuter les ordres de l'Empereur à prix d'argent ; il fit donc proposer le rachat de ces captifs à chaque
possesseur ; ils les mirent à trop haut
prix. De là il se rendit chez son frere,
mit tout en œuvre pour obtenir de lui
les trois François qui étoient tombas
entre ses mains ; mais ce Prince refusa
obflinément de les rendre & de les
vendre , annonça qu'il auroit soin
d'eux , & qu'à la. mort de son pere
il les renverroit dans leur patrie. --- Page 91 ---
[ i ] L Empereur, voyant combien étoit
difficile la réunion des François de
notre équipage , donna ordre auflltôt
au Gouverneur de Mogodor de nous
envoyer à Maroc. Nous prîmes congé
de tous les Négocians qui nous avoient
comblés de bienfaits, & nous les quittâmes le i y Juin , pleins du souvenir
de leur attachement. Le Gouverneur nous avoit donné
à chacun une mule ; il voulut nous
voir à notre départ, & nous remit sous
la garde des soldats de l'Empereur.
Nous marchâmes à petites journées ;
la chaleur étoit excessive J la Cafile
étoit nombreuse , elle conduisoit avec
nous la caisse de la Douane de Mogo.
dor. Le premier jour deux chameaux
périrent étouffés par la chaleur.
pleins du souvenir
de leur attachement. Le Gouverneur nous avoit donné
à chacun une mule ; il voulut nous
voir à notre départ, & nous remit sous
la garde des soldats de l'Empereur.
Nous marchâmes à petites journées ;
la chaleur étoit excessive J la Cafile
étoit nombreuse , elle conduisoit avec
nous la caisse de la Douane de Mogo.
dor. Le premier jour deux chameaux
périrent étouffés par la chaleur. On se remit en marche le lendemain un peu avant le jour , & l'on fut
contraint de s'arrêter suries neuf heures; malgré ces précautions la chaleur
fit encore périr cette journée un Juif
& une Juive. --- Page 92 ---
r 80 ] Je souffrois excessivement, plusieurs
fois je perdis la respiration , je tombai
de ma mule. Les Maures prenoient
le plus grànd soin de nous; l'Aicaïde ,
auquel on nous a voit remis, craignoit
qu'il ne nous arrivât quelque malheur ;
il y alloit de sa tête -, ensin nous arrivâmes à Maroc, exténués & affoiblis i
le 20 du même mois. L'Empereur étoit sorti le matin à
la tête de douze mille Maures, pour
réduire les Rébelles du Mont Atlas;
en attendant son retour on nous mit
au Couvent .de la Million Espagnole,
où nous trouvâmes un Matelot de notre
équipage qui y avoit été amené. Le 28 Juin, l'Empereur,. de retour
de son expédition , nous fit appeller ;
il exerçoit Ces troupes lorsque nous ar -
rivâmes à son missoire : à l'inflant il
nous donna audience & parut sensible
à nos malheurs. On nous l'avoit représenté comme
un homme dur , absolu , inhumain ,
inexorable --- Page 93 ---
1 f Si j F. Inexorable, que les supplicatïdîis mêmê
irritoient; nous osâmes cependant le
prier de nous rendre à nos familles j
il sourit de notre hardiesse , & quoi"
que sa premiere intention fût que nous
attendissions le reste de l'équipage, if
fut si touché de l'état pitoyable danslequel nous nous présentâmes, qu'il
nous promit de nous renvoyer bientôt
en France. 1 .. Le lendemain un des Grands cTe
l'Empire nous apporta , de la part de
l'Empereur , une petite gratification
en especes., Enfin le j Juillet, appelles de nonVeau, l'Empereur nous remit entre les
mains d'un Bacha, lui ordonnant de
prendre soin de nous & de nous con'
duire à notre Consul. ; Nous partîmes le même jour de
Maroc, escortés par dix soldats & un
cavalier ; nous joignîmes au sortir de
la ville une petite arinée de Maures
qui devoit parcourir toute la Barbarie ; --- Page 94 ---
. t 82 J elle était commandée par le Bâcha
auquel l'Empereur nous avoit confiés5
la chaleur ne nous incommoda que
foiblement dans cette route. Le Bacha avoit pour nous les plus
grandes attentions ; nous marchions
toujours au milieu de l'armée avec
une escorte particulière : si quelquesunes de nos mules se trouvoient fatiguées j on les changeoit sur l'instant j
notre tente , au moment de notre arrivée, se trouvoit toujours prête -, on
la plaçoit près de celle du Général ;
on nous fournissoit des aliments en
abondance.
la chaleur ne nous incommoda que
foiblement dans cette route. Le Bacha avoit pour nous les plus
grandes attentions ; nous marchions
toujours au milieu de l'armée avec
une escorte particulière : si quelquesunes de nos mules se trouvoient fatiguées j on les changeoit sur l'instant j
notre tente , au moment de notre arrivée, se trouvoit toujours prête -, on
la plaçoit près de celle du Général ;
on nous fournissoit des aliments en
abondance. La première ville que nous rencon.
trâmes fut Azimor , placée sur une
éminence ; environnés de notre garde
nous eûmes le speaade agréable de
plusieurs jeux Mauresques. Les habitans d'Azimor qui, sous les armes,
attendoient l'armée Impériale , la conduisirent jusqu'au lieu où elle devoit
' camper, & ià, s'exerçant à la courte * --- Page 95 ---
[83 ] F* Ses chevaux , ils montrèrent ïeM
adresse à se servir des armes à feu.
Pendant ce temps on préparoit dans
la ville les nourritures nécessaires pour
toute 1 'armée: on les apporta, deux
heures après, ssir des brancards. Le Gouverneur de la place, après
avoir rendu au Bacïia les honneurs dus
a sa dignité , vint nous visiter dans
not,re tente , nous félicita d'avoir trouvé grace auprès de l'Empereur, &
nous envoya peu après des rafraîchissemens. . Nous reflâmes deux jours dans cet
troisieme nous traversâmes
la riviere, d'où nolis nous mimes en
route, pour Darsbedda. Cette ville , si tameute sous l'ancien
règne, n'offre plus qu'un monceau de
ruines ; nous continuâmes notre routé
par Fædal & Montforia , & arrivâmes
enfin à Rebate. après seize jours de
marche. L'armée étoit acru~ Je moitié 5 on --- Page 96 ---
r 84 1 avoit fait dl petites journées à causè
,de la chaleur & du Carême. Le Général > après avoir placé san camp & puni
de sa main les Arabes qui avoient vio- ,,
lé les régies rigoureuses du Carême ,
flous présenta au Gouverneur de la
place ; celui-ci nous remit aussitôt
entre les mains de notre Vice-Consul. M. Mure, qui avoit appris notre depart de Maroc, nous attendoit de jour
en jour ; la lenteur de notre voyage
l'avoit beaucoup inquiété; il savoit
que nous étions partis le cinq , que
huit jours suffisent pour faire cette
route : il craignit quelque facheux contretems : ses allarmes étoient d'autant
mieux fondées, qu'en suivant le chemin
ordinaire, nous devions pafser dans une
province dont les Iiabitans venoient
de se soule ver. Je ne puis assez exprimer quelle fut
sa joie lorsqu'il apprit notre arrivée.
La maniere dont l'Empereur s'étoit
conduit avec nous lui faisoit espérer --- Page 97 ---
[8M F3 de voir bientôt arriver le refle de notre .
malheureux équipage. L'accueil qu'il me fit , les honnêtetés qu'il me témoigna, les bontés dont
il me combla, les soins qu'il prit de
pourvoir à mes besoins & à ceux des
autres François , surpassent tout ce
que je pourrois en dire. Ses attentions se portoient sur tout : l'adivité
de sa bienfaisance étoit encore audessus de l'idée avantageuse que je
m'en étois formée.
refle de notre .
malheureux équipage. L'accueil qu'il me fit , les honnêtetés qu'il me témoigna, les bontés dont
il me combla, les soins qu'il prit de
pourvoir à mes besoins & à ceux des
autres François , surpassent tout ce
que je pourrois en dire. Ses attentions se portoient sur tout : l'adivité
de sa bienfaisance étoit encore audessus de l'idée avantageuse que je
m'en étois formée. Nous reliâmes quatre jours dans sa
maison ; la crainte de quelques nouveaux ordres de l'Empereur lui fit
hâter notre départ pour Tanger; il
donna ses soins pour nous faire préparer les objets nécessaires pour la route,
& le Dimanche , 2 y du même mois,
nous prîmes congé de lui, le coeur pénétré de reconnoissance. Nous passâmes la rivière de Salé ;
le lendemain nous remontâmes dans
les terres & traversâmes une forêt rem- --- Page 98 ---
[ 86 ] rlie de bêtes Feroces , de tigres & de
' lions j on les voyoit par troupeaux,
ils étoient sur-tout très nombreux suc
les bords d'une riviere qui va se déçharger dans la mer à côté de Mamor#
Nous la traversâmes cependant devant
eux avec sureté ; on les voyoit se retirer à petits pas. à mesure que nous
approchions. Je n'aurois pas été tranquille sans la noble assurance des Arabes, que la présence de ces animaux
féroces n'inquiétoit pas plus que celle
des animaux les plus domestiques. v Notre voyage fut de sept jours ;
trois mules périrent de chaleur : le desir de revoir notre patrie, la crainte
d'être arrêtés par quelques nouveaux
.ordres de l'Empereur, nous fit accélerer notre marche ; nous arrivâmes à
Tanger le 3 1 Juillet, M, Salmon , Consul d'Espagne , rlfidant dans cettç ville, nous attendoit: , il avoit arrêté une barque pour Cadix ,
nous iiqus y embarquâmes le Dimanche --- Page 99 ---
187 ] F* premier Août sur les sept heures du
soir 5, le lendemain sur les huit heures
'du matin nous fûmes dans la baye de
Cadix. La Santé vint aussitôt nous parlemanter, elle nous mit en quarantaine,
& nous envoya au Lazaret près de •
rifle de Leon. Nous fûmes trois jours dans notre
barque sans pouvoir mettre pied à
terre - nous n'avions pas de place pour
nous coucher : la malpropreté des
poules dont la barque étoit chargée
nous infeâoit, nous avions tout à
craindre si quelqu'un de nous tomboit
malade. Enfin le cinq Août à dix heures du
soir , on nous permit de descendre,
nous quittâmes aussitôt notre barque,
& fûmes nous reposer dans une e/pece
de grange. Une ancienne plaie que le mouvement de? mules avoit encore u'cerée^
m'incommodoit extrêmement. Je, ne- --- Page 100 ---
[ 88 V pouvois dans ce lieu , si mal nommé
Maison de san té , me procurer les secours. nécessaires j j'étois pâle & défiguré : les autres passagers, voyant ma
situation , sembloient me reprocher
leur séjour dans ce lieu. Le onze, sur les dix heures du ma.
tin , j'apperçus le canot de santé, je
pris la meilleure contenance qu'il me
fut possible ; les Médecins , trompés
par ma gaieté apparente , me jugèrent
bien portant , & nous donnerent la
liberté. 8 Tous à Penvi, nos Matelots , &
ceux de la barque, s'empresserent de
la charger j demi-heure après nous
partîmes pour Cadix ; nous nous présentâmes le même soir à M. Poirel,
:Vice-Consul de France.
canot de santé, je
pris la meilleure contenance qu'il me
fut possible ; les Médecins , trompés
par ma gaieté apparente , me jugèrent
bien portant , & nous donnerent la
liberté. 8 Tous à Penvi, nos Matelots , &
ceux de la barque, s'empresserent de
la charger j demi-heure après nous
partîmes pour Cadix ; nous nous présentâmes le même soir à M. Poirel,
:Vice-Consul de France. L'embarras des affaires multipliées
qui l'environnent ne l'empêcba point
de travailler à notre soulagement. Per.
fuadé que dçs malheureux qui sortent
ec l'esclavage ont plus de droit que --- Page 101 ---
[ 89 ] tous autres aux bienfaits du Priiice ; il
les répandit sur nous avec libéralité.. L'intérêt qu'il prit à mes peines
passées , & à ma situation présente , ne
peut assèz s'exprimer. Touché de la
plus vive commiseration, il montra le
zele le plus ardent pour mettre fin à
mes maux ; il m'envoya son Chirurgien , & fit tous ses efforts pour rétablir ma fanté, qu'une suite continuelle
de huit mois de fatigues & de peine
n'avoient que trop altérée. Enfin les mêmes secours que nous
avions reçus de M. Mure, Vice-Consul en Barbarie, nous les reçûmes à
Cadix des mains de M. Poirel. « Heureux François ! quel doit être
votre amour pour votre Souverain !
v Sa sage prévoyance vous procure
dans des pays étrangers des protecteurs généreux & sensibles. Amis de
» l'humanité , on les voit travailler
2) sans cesse à en être les bienfaiteurs: » leur autorité ne sert qu'à soulager --- Page 102 ---
[ po ] M leurs malheureux Compatriotes : ils
33 les recueillent avec soin , les arra-
» client à la misere, les consolent, les
53 secourent avec une attention tou-
>3 jours adive , toujours vigilante ; &
» ils ne se trouvent jamais mieux ré-
» compensés que Iorsqu'ils peuvent
» employer leur pouvoir à faire écla93 ter la bonté du Prince augufle qur
>i nous gouverne ». Avant de quitter Cadix, où je demeurai trente-huit jours, pour réparer mes forces ; je fus encore allarmé
par de nouvelles inquiétudes qui
heureusement ne m'agiterent pas longtemps. Ma vue se troubla, s'épaissit :
je cessai d'appercevoir les objets qui
m'environnoient. Je devins aussi aveir
gle que je l'avois été pendant trentecinq heures dans le desert de Sara ,
lorsque pour me punir d'un accident
que je n'avois pu ni prévoir, ni elnpêcher, de la perte de trois Chévrçaux, dévprés par un Tigre, dont --- Page 103 ---
[V ] yaurois été la proie , sans une fuite
précipitée , mon brutal & barbare
Maître me rendit vidime de sa rage
O
effrénée, & me laissa sans mouvement,
attaché au pied d'un poteau , où sanglant , déchiré, couvert de plaies, je
resiai exposé jusqu'au commencement
de l'aurore à une rosée pénétrante ,
qui dans cette contrée efl: aussi froide
pendant la nuit, que le soleil y efl
brûlant pendant le jour. Mais la cécité
nouvelle que j'éprouvai à Cadix ne
dura que cinq heures: le voile épais
qui étoit tombé sur mes yeux affoiblis
se leva insensiblement : je revis la lu—
miere, après avoir craint pour la seconde fois d'en être privé jusqu'à la fin
de ma vie.
ée pénétrante ,
qui dans cette contrée efl: aussi froide
pendant la nuit, que le soleil y efl
brûlant pendant le jour. Mais la cécité
nouvelle que j'éprouvai à Cadix ne
dura que cinq heures: le voile épais
qui étoit tombé sur mes yeux affoiblis
se leva insensiblement : je revis la lu—
miere, après avoir craint pour la seconde fois d'en être privé jusqu'à la fin
de ma vie. Trop impatient de revenir en
France , pour attendre que ma sauté
Ianguiffante fût entièrement rétablie,
je m'embarqui le 17 Septembre sur
un bâtiment commandé par le Capitaine Jacques Poutrel. Après une na- --- Page 104 ---
[ 5* ] vigation périlleuse ; nous arrivâmes à
Marseille le Odobre, On nous fit
subir douze jours de quarantaine ,
nous ne pûmes descendre à terre que
le 16 du même mois. De quelle hilarité vive, de quelle
émotion douce je fus saisi, en entrant
sur les terres de France! mon cœur
prenoit une nouvelle vie. II s'épanouissoit pour ainsi dire : il suffisoit à
peine pour recevoir les impressions
agréables & variées qui venoient le
ranimer , la joie s'emparoit de tout
mon être. Il est donc vrai, me disoisje à moi-Ulême, que la fin de tes maux
n'est plus incertaine. La paix, la tranquillité, le bonheur vont renaître pour
toi. La fortune a cessé de te persécuter : elle te' ramene dans le sein de ta
Patrie -, tu pourras encore te dévouer
au service du meilleur des Souverains.
- Tu vas te rapprocher d'une famille
chérie, dont tu te croyois pour jamais
séparé : tu vas revoir des amis qui
a voient pleuré ta perte. --- Page 105 ---
[ 93 1 C'est à Paris qu'ils m'attendoient ;
c'est à Paris que je devois recevoir
leurs embrassemens : j'y suis arrivé le
11 Novembre. Que cette journée a
été délicieuse pour moi ! que le souvenir en est cher à ma mémoire! De
quel attendrissement je fus pénétré
quand je vis rassemblés autour de moi,
tous ceux qui avoient gémi sur mon
absence ! Avec quel transpolrt je mes
précipitai aux pieds de la plu s respectable des meres ! Quelle volupté pure
je goûtai quand elle me serra étroitement contre son fein maternel j quand
je sentis couler fhr mon visage les
larmes que la joie lui faisoit répandre
& qui se mêloient avec les miennes.
L'amitié, la tendresse filiale, une foule
de sentimens divers se succédoient, se
preflsoient, se confondoient dans mon
ame , la subjuguoient , l'absorboient
toute entière. Jamais, non jamais il
n'y eut d'inflant si beau dans ma vie ,
il a réparé tous les malheurs qui l'a-
fhr mon visage les
larmes que la joie lui faisoit répandre
& qui se mêloient avec les miennes.
L'amitié, la tendresse filiale, une foule
de sentimens divers se succédoient, se
preflsoient, se confondoient dans mon
ame , la subjuguoient , l'absorboient
toute entière. Jamais, non jamais il
n'y eut d'inflant si beau dans ma vie ,
il a réparé tous les malheurs qui l'a- --- Page 106 ---
[ 94 1 Voient précédé, j'ai plus joui dans ce
moment trop court, trop rapide, que
je; n'avois fouflert pendant toute la
durée de mon esclavage* . Le 21 Novembre 1784 , je me
suis rendu à Versailles & aussi tôt j'ai
eu l'honneur de me présenter à M.
le Maréchal de Castries , Minislre
de la Marine , & de lui o ffrir mon
Mémoire. Les Infortunés trouvent toujours près de lui un accès libre & facile. L'influencé de sa sagesse 8c de
ses lumieres sur les résolutions du
l'rince, n'est prccieuse pour lui, que
parce qu'elle lui donne le pouvoir
d'exercer plus utilement sa bienfait
sance; il m'a accuelli avec bonté , sa
sensibilité la rendu attentif au récit
de mes peines : il en a été touché, attendri ; il n'a pas dédaigné de porter
mes plaintes au pied du Trône , d'être mon Protecteur auprès du ROI,
dont les graces se sont répandues sur
moi, une gratification m'a été aceor- --- Page 107 ---
L T1 dée, & des promesses qui ne peuvent
être vaines , me iaisTent espérer que
bientôt j'exercerai mon zele & mes
foibles talens dans une place, dont les
fondions ne m'exposeront pas à de
nouvelles calamités, que mon tempérament épuisé ne pourroit plus supporter. ~ FIN. A P PROBATION. j
J'AI lu par ordre de Monsergneur le
Garde des Sceaux le Manuscrit, qui a
pour titre, Mémoire d'un François qui
sort de l'Esclavage. Dans ce Manuscrit
Ïntéressant pour Inhumanité , je n'ai
rien trouvé qui puisse en empêcher
rimpresïion. A Paris, ce 21 Février 1785. - B r A K , Censeur. --- Page 108 --- --- Page 109 ---
i f *
réflexions
; ' S v R st
3| L'ESCLAVAGE'. DES NÈGRES. 3 . PAR M. S C H W A R T Z,~ j irajteur du Jaint-Evarzgileà à Biefine Membre
4 - de la Société économique de i F X j, f Nouvelle Edition revue & N f A NEUFCHA T EL; Etre trouve à PARIS, 1 Chez FROULLÉ , Libraire, quai des Auguflins,
au coin de la rue Pavée.
flexions
; ' S v R st
3| L'ESCLAVAGE'. DES NÈGRES. 3 . PAR M. S C H W A R T Z,~ j irajteur du Jaint-Evarzgileà à Biefine Membre
4 - de la Société économique de i F X j, f Nouvelle Edition revue & N f A NEUFCHA T EL; Etre trouve à PARIS, 1 Chez FROULLÉ , Libraire, quai des Auguflins,
au coin de la rue Pavée. M ' 1 . M. DCC. LXXXVIII, --- Page 110 --- --- Page 111 ---
[texte_manquant] TABLE DES MATIÈRES. ' I. D E l'injustice de l'esclavage des Nègres j
considérée par rapport à leurs maitres. page i
II. Raisons dont on se sert pour excuser l'esclavage
des Nègres. 3
III. De la préténdue nécessité de l'esclavage des
Nègres j considérée par rapport au droit qui
peut en résulter pour leurs maîtres. 8
IV. Si un homme peut acheter un autre homme
de lui-même.
V. De l'injustice de l'esclavage des Nègres „ confidérée par rapport au Légijlateur. II
VI. Les Colonies à sucre & à indigo ne peuventelles être cultivées que par des Nègres esclaves ? 17
VII. Qu'il saut détruire l'esclavage dqs Nègres y
& que leurs maitres ne peuvent exiger aucun
dédommagement VIII. Examen des raisons qui peuvent empêcher la.
puissance législatrice des Etats où l'esclavage
des Noirs est toléré 0 de remplir j par une --- Page 112 ---
i? TABLE DES MATIÈRES; loi d'affranchissement général } le devoir de justice qui l'oblige à. leur rendre la liberté. 29
IX. Des moyens de détruire l'esclavage des Nègres par degrés., 3 3
X. Sur les projets pour adoucir l'esclavage des
Nègres. 4 6
XI. De la culture après la dejlruclion de t esclavage. 54
XII. Réponse à quelques raisonnemens des partisàns de l'esclavage. 6 1 Fin de la Table, --- Page 113 ---
A Ë P I T R E DÉDICATOIRE
AUX NEGRES ESCLAVES; I MES AMIS, QUOIQUE je ne sois pas de la même
couleur que vous, je vous ai toujours regarde
comme mes frères. La nature vous a formes --- Page 114 ---
i) 1 ÉPITRE pour avoir le même esprit, la même rai fin,
les mêmes vertus que les Blancs. Je ne parle
ici que de ceux d'Europe; car pour les Blancs
des Colonies , je ne vous fais pas F injure de
les comparer avec vous ; je sais combien de
fois votre fidélité, votre probité, votre courage ont fait rougir vos maîtres. Si on alloit
chercher un homme dans les Isles de l'Amerique , ce ne seroit point parmi les gens de
chair blanche qu'on le trouveroit. Votre suffrage ne procure point de places
dans les Colonies ; votre protection ne fait
point obtenir de pensions ; vous n'ave^ pas
de quoi soudoyer des avocats : il n'est donc
pas étonnant que vos maîtres trouvent plus
de gens qui se déshonorent en défendant leur
cause , que vous ri en avet trouvés qui si
soient honorés en défendant la vôtre. Il y a
même des pays où ceux qui voudroient écrire
en votre faveur n'en auroientpoint la liberté.
point de places
dans les Colonies ; votre protection ne fait
point obtenir de pensions ; vous n'ave^ pas
de quoi soudoyer des avocats : il n'est donc
pas étonnant que vos maîtres trouvent plus
de gens qui se déshonorent en défendant leur
cause , que vous ri en avet trouvés qui si
soient honorés en défendant la vôtre. Il y a
même des pays où ceux qui voudroient écrire
en votre faveur n'en auroientpoint la liberté. --- Page 115 ---
D É DIe AT TOI R E. lit Tous ceux qui se font enrichis dans les lfles
aux dépens de vos travaux & de vossouffrances t ont s h leur retour , le droit de vous infulter dans des libelles calomnieux ; mais il
ne si point permis de leur répondre. Telle ejl
l'idée que vos maîtres ont de la honte de leur
droit ; telle efl la conscience qu'ils ont de
kur humanité à votre égard. Mais cette injustice na été pour moi qu'une raison de plus
pour prendre , dans un pays libre > la désense
de la liberté des hommes. Je sais que vous
ne connoîtrez jamais cet Ouvrage > & que la
douceur et être béni par vous me fer4 toujours
refusée. Mais j 'aurai satisfait mon cœur déchiré par le fpec1acle de vos maux , soulevé
par l'insolence absurde des sophismes de vos
tyrans. Je TL emploierai point l eloquence y
mais la raison ; je parlerai > non des intérêts
du commerce, mais des loix de la justice. A ij --- Page 116 ---
1 iy ÉPITRE DÉDICATOIRE. Vos tyrans me reprocheront de ne dire qUe
des choses communes > & de n'avoir que des
idées chimériques : en effet, rien ne si plus
commun que les maximes de l'humanité &
la jufiice ; rien n efi plus chimérique que
de proposer aux hommes d'y conformer leur
conduite. --- Page 117 ---
1 A. iii P R É F A C E
DES ÉDITEURS. M , SCHWARTZ nous ayant envoyé sois
manuscrit, nous. l'avons, communiqué à
M: le Pasteur B 5. l'un de nos
afïbciés , qui nous a répondu que cet
Ouvrage ne contenoit que des choses
communes v ecrites d'un style peu correct , froid &- sans élévation ; qu'on ne
le vendroit pas., 6c qu'il ne conv.ertir.oit: -
personne. Nous avons fait part de ces,, observations à M. SCHWARTZ,, qui nous a. honorés de la lettre suivante : --- Page 118 ---
.j - PRÉFACE « MUSSIEURS, /• » Je ne suis ni un Bel-esprit Parisîen
1) qui prétend à fAcadémie Françoise, ni
» un Politique Anglois qui fait des pamai phlets y dans l'espérance d'être élu mem-
« bre de la Chambre des Communes, &c.
» de se faire acheter par la Cour, à la
» première révolution du Ministère. Je ne
» suis qu'un bon homme, qui aime à dire
, se franchement son avis à l'univers, Se
» qui trouve fort bon que l'univers ne
» l'écoute pas. Je sais bien que je ne dis
» rien de neuf pour les gens éclairés ;
>» mais il n'en est pas moins vrai que si
31 les vérités qui se trouvent dans mon --- Page 119 ---
DES ÉDITE URS. vif A iv
« * Ouvrage étoient si triviales pour }e
v commun des François ou des Anglois ,
» &c. l'esclavage des Nègres ne pourroit
» subsister. Il est très-possible cependant
» que ces réflexions ne soient pas *plus
» utiles au genre humain, que les ser-
* mons que je prêche depuis vingt ans,
» ne sont utiles à ma Paroiiïe ; j'en con-
» viens , & cela ne m'empêchera pas de
vif A iv
« * Ouvrage étoient si triviales pour }e
v commun des François ou des Anglois ,
» &c. l'esclavage des Nègres ne pourroit
» subsister. Il est très-possible cependant
» que ces réflexions ne soient pas *plus
» utiles au genre humain, que les ser-
* mons que je prêche depuis vingt ans,
» ne sont utiles à ma Paroiiïe ; j'en con-
» viens , & cela ne m'empêchera pas de * » prêcher & d'écrire tant qu'il me restera
* une goutte d'encre & un filet de voix. Je ne prétends point d'ailleurs vous ven-
» dre mon manuscrit. Je n'ai besoin de
rien ; je restitue même à mes paroissiens
» les appointemens de Ministre que l'Etat
» me paye. On dit que c'est aussi l usage
» que font de leur revenu les membres
» du Clergé d'un grand Royaume, depuis
» près de trente ans, qu'ils ont déclaré --- Page 120 ---
Viij PRÉFACE DES ÉDITEURS. » solemnellement que- leur bien étoie
* celui des pauvres. » J'ai l'honneur d'être avec respett, &c. » Signé JOACHIM SCHWARTZ « A
* avec paraphe. Cette lettre nous a paru d'un si bon
homme 1. que no,us avons pris le parti d'im- * primer son Ouvrage. Nous en serons
pour nos frais, typographiques, ou les
Le&eifrs pour quelques heures d'ennui. --- Page 121 ---
RÉFLEXIONS SUR L'ESCLAVAGE DES NÈGRES. I. De l'injutice de l'esclavage des Nègres j considérée
par rapport à leurs maîtres. RÉDUIRE un homme à l'esclavage, l'acheter,
le vendre , le retenir dans la servitude, ce sont
de véritables crimes, & des crimes pires que le
vol. En effet, on dépouille l'esclave, non-seulement de toute propriété mobiliaire ou foncière,
mais d& la faculté d'en acquérir , mais de la
propriété de son temps, de ses forces, de tout
ce que la Nature lui a donné pour conserver sa
vie ou satisfaire à ses bcsoins* A ce tort on joint --- Page 122 ---
1 RÉFLEXION S celui d'enlever à l'esclave le droit de disposer de
là personne. Ou il n'y a point de morale , ou il faut convenir de ce principe. Que l'opinion ne flétrisse
point ce genre de crime ; que la loi du pays le
tolère ; ni l'opinion , ni la loi ne peuvent changer la nature des actions r &: cette opinion seroit
celle de tous les hommes i & le genre- humain
assemblé aurait, d'une voix unanime, porté cette
loi, que le crime resteroit toujours un crime. Dans la suite nous comparerons souvent avec
le vol l'aâion de réduire à l'esclavage. Ces deux
crimes, quoique le premier soit beaucoup moins
grave , ont de grands rapports entre eux ; &
comme l'un a toujours été le crime du plus fort,
& le vol celui du plus foible, nous trouvons toutes.
les questions sur le vol résolues d'avance &: suivant de bons principes, par tous les Moralistes >
tandis que l'autre crime n'a pas même de nom
dans leurs livres.' Il faut excepter cependant le
vol à main armée , qu'on appelle conquête , ôc
quelques autres espèces de vols où c'est également le plus fort qui dépouille Je plus foible.
Les Moralistes sont aussi muets sar ces crimes que
sur celui de réduire des hommes à I'esclavage.
ons toutes.
les questions sur le vol résolues d'avance &: suivant de bons principes, par tous les Moralistes >
tandis que l'autre crime n'a pas même de nom
dans leurs livres.' Il faut excepter cependant le
vol à main armée , qu'on appelle conquête , ôc
quelques autres espèces de vols où c'est également le plus fort qui dépouille Je plus foible.
Les Moralistes sont aussi muets sar ces crimes que
sur celui de réduire des hommes à I'esclavage. --- Page 123 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 3 II. Raisons dont on se sert pour excuser l'csclavagà
des Nègres, ON dit , pour excuser l'esclavage des Nègres
achetés en Afrique , que ces malheureux sont ou
des criminels condamnés au dernier supplice, ou
des prisonniers de guerre , qui seroient mis à
mort s'ils n'étoient pas achetés par les Européens. D'après ce raisonnement , quelques Ecrivains
nous présentent la traité des Nègres comme étant
presque un ade d'humanité. Mais nous observerons , 1 °. Que ce fait n'est pas prouvé , & n'est pas
même vraisemblable. Quoi 1 avant que les Européens achetaÍfent des Nègres, les Africains égorgeoient tous leurs prisonniers ! Ils tuoient non-seulement les femmes mariées, comme c'etoit, dit-on à
autrefois l'usage chez une horde de voleurs orientaux, mais même les filles non mariées; ce qui n'a
jamais été rapporté d'aucun peuple. Quoi ! si nous
n'allions pas chercher des Nègres en Afrique , les
Africains tueraient les esclaves qu ils destinent
maintenant à être vendus ! chacun des deux partis aimeroit mieux assommer ses prisonniers que
de les échanger ! Pour-croire des faits invraisem- --- Page 124 ---
4 REFLEXIONS bîaîes, il faut des témoignages imposans , &C
nous n'avons ici que ceux des gens employés au
commerce des Nègres. Je n'ai jamais eu l'occafion de les fréquenter ; mais il y avoit chez les
Romains des'hommes livrés au même commerce,
& leur nom est encore une injure (i). 2°, En supposant qu'on fauve la vie du Nègre
qu'on achète, on ne commet pas moins un
crime en rachetant , si c'est pour le revendre
ou le réduire en esclavage. C'est précisément
l'action d'un homme qui , après avoir fauve un
malheureux pôursuivi par des assassins, le voleroi t. Ou bien , si on suppose que les Européens
ont déterminé les Africains à ne plus tuer leurs
prisonniers, ce feroit Faction d'un homme qui
seroit parvenu à dégoûter des brigands d'aflaffiner les passans , & les auroit engagés à se contenter de les voler avec lui. Diroit-on dans l'une
ou dans l'autre 'de ces suppositions , que cet
homme n'est pas un voleur ? Un homme qui ,
pour en sauver un autre de la mort, donneroiD (i) Lcno ne signifioit d'abord que marchand d'efclaves; mais comme ces marchands vendoient de belles esclaves
aux voluptueux de Rome , leur nom prit une autre signification. C'est: là une fuite nécessaire du métier de marchand"
d'esclaves : aussî, même dans les pays assez barbares pour
que cette profession ne fût point regardée comme criminelle
clic a toujours été infâme dans l'opinion --- Page 125 ---
* SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 5
ne signifioit d'abord que marchand d'efclaves; mais comme ces marchands vendoient de belles esclaves
aux voluptueux de Rome , leur nom prit une autre signification. C'est: là une fuite nécessaire du métier de marchand"
d'esclaves : aussî, même dans les pays assez barbares pour
que cette profession ne fût point regardée comme criminelle
clic a toujours été infâme dans l'opinion --- Page 125 ---
* SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 5 de son nécessàire , seroit sans doute en droit
d'exiger un dédommagement ; il pourrait acquérir un droit sur le bien & même sur le travail
de celui qu'il a sauve , en prélevant cependant
ce qui cst nécessàire à la subsistance de l'obligé ;
mais il ne pourroit sans injustice le réduire à
l'esclavage. On peut acquérir'des«droits sur la
propriété future d'un autre homme , mais jamais
sur sa personne. Un homme peut avoir le droit
d' 'en forcer un autre à travailler pour lui , mais
non pas de le forcer à lui obéir. 30. L'excuse alléguée est d'autant moins légitime , que c'cst au contraire l'infâme commerce
des brigands d'Europe, qui fait naître entre les
Africains des guerres presque continuelles, dont
l'unique motif est le desir de faire des prisonniers
pour les vendre. Souvent les Européens eux-mêmes
fomentent ces guerres par leur argent ou par
leurs intrigues ; en sorte qu'ils font coupables,
non-seulement du crime de réduire des hommes
en esclavage , mais encore de tous les meurtres
commis en Afrique pour préparer ce crime. Ils
ont l'art perfide d'exciter la cupidité & les pafsions des Africains , d'engager le père à livrer
ses enfans, le frère à trahir som frère , le prince
à vendre ses sujets. Ils ont donné à ce malheureux peuple le goût destructeur des liqueurs fortes.
Ils lui ont communiqué ce poison , qui, caché
dans les forêts de l'Amérique, est devenu * grâces --- Page 126 ---
4 RÉFLEXIONS iiI à l'avive avidité des Européens , un des fléaux
du globe ; & ils osent encore parlèr d'humanité. Quand bien même l'excuse que nous venons
d'alléguer disculperoit le premier acheteur, elle
ne pourroit excufcr ni le fecond acheteur, ni le
colon qui garde le Nègre ; car ils n'ont pas le
motif présent d'enlever a la mort l'enclave qu ils
achètent : ils sont , par rapport au crime de
réduire en esclavage , ce qu'est, par rapport à
un vol, celui qui partage avec le voleur , eu
plutôt celui qui charge un autre d'un vol, &
qui en partage avec lui le produit. La loi peut
avoir des motifs pour traiter différemment le
voleur son complice , ou son instigateur ; mais
en morale , le délit est le même. Enfin, cette excuse est absolument nulle pour
les Nègres nés dans l'habitation. Le maître qui
les élève pour les laisser dans l'esclavage , est
criminel , parce que le soin qu 'il a pu prendre
d'eux dans l'enfance, ne peut lui donner sur eux
aucune apparence de droit. En effet, pourquoi
ont ils eu besoin de lui ? C'est parce qu il a ravi
à leurs parens, avec la: liberté , la faculté de soigner leur enfant. Ce seroit donc prétendre qu un
• premier crime peut donner le droit d 'en commettre un second. D'ailleurs , supposons "mé
l'enfant Nègre abandonné librement de ses parens : le droit d'un homme sur un enfant abandonné , qu'il a élevé, peut-il être de le tenir
une apparence de droit. En effet, pourquoi
ont ils eu besoin de lui ? C'est parce qu il a ravi
à leurs parens, avec la: liberté , la faculté de soigner leur enfant. Ce seroit donc prétendre qu un
• premier crime peut donner le droit d 'en commettre un second. D'ailleurs , supposons "mé
l'enfant Nègre abandonné librement de ses parens : le droit d'un homme sur un enfant abandonné , qu'il a élevé, peut-il être de le tenir --- Page 127 ---
SUR. L ESCLAVAGE DES NEGRES. 7 dans la lervitude ? Une action d'humaniré donneroit-elle le droit de commettre un crime ? ^ L 'esclavage des criminels légalement condamnés n'est pas même légitime. En effet, une des
conditions necessàires pour que la peine foit juste,
c'est quelle soit déterminée par la loi, & quant
à sa durée, & quant à sa forme. Ainsi , la Ici
peut condamner à des travaux publics parce
que la duree du travail, la nourriture, les punitions en cas de paresse ou de révolte, peuvent
être déterminées par la loi ; mais la loi ne peut
jamais-prononcer contre un homme la peine
d'être esclave d un autre homme en particulier,
parce que la peine dépendant alors absolument
du caprice du maître , elle est nécessairement.
indéterminée. D ailleurs , il est aussi absurde
qu atioce d oser avancer que la plupart des malheureux achetés en Afrique , sont des criminels.
A-t-on peur qu'on n ait pas assez de mépris pour
eux, qu'on ne les traite pas avec assez de dureté?
Et comment suppose-ton qu'il existe un pays
où il se commette tant de crimes , & où cependant il se faite une si exa&e justice ? --- Page 128 ---
- S RjEFlÈXIÔNâ I 1 I De la prétendue nécessité de Vesclavage des Nègres , considérce par rapport au droit qui peut
en résulter pour leurs maîtres. O N prétend qu'il est impoffibîe de cultiver les
colonies sans Nègres esclaves. Nous admettrons
ici cette allégation ; nous [uppokrons cette impossibilité ablolue : il est clair qu'elle ne peut
rendre l'esclavage légitime. En effet, si la nécefsité absolue de conserver notre existence , peut
nous autoriser à blesser le droit d'un autre homme , la violence ceiïe d être légitime à l'infunt
où cette nécessité absolue vient à ceflcr : or il
n'est pas question ici de ce genre de nécessité ,
mais seulement de la perte de la fortune des
colons. Ainsi, demander si cet intérêt rend l'cfclavage légitime , c'est demander s'il m'est permis de conserver ma fortune par un crime. Le
besoin absolu que j'aurois des chevaux de mon
voisin pour cultiver mon champ , ne me donneroit pas le droit de les voler ; pourquoi donc aurois-je le droit de l'obliger lui-même, par la violence, à cultiver pour moi? Cette prérendue néceffiré ne change donc rien ici , & ne rend pas
l'esclavage moins criminel de la part du maître. ' 1 V. --- Page 129 ---
SUR l'esclavage DES Nègres. ^ - B I V. Si un homme peut acheter un autre homme dè,
lui-même. Un homme se présente à moi & me, dit i
donnez-moi une telle somme , je serai votre
enclave. Je lui délivre la somme ; il l'emploie librement ( sans cela le marché seroit absurde ) ; ai-je
le droit de le retenir en esclavage ? J'entends lui
seul ; car il est bien clair qu'il n'a pas eu le droit
de me vendre sa postérité ; & quelle que soit
l'origine de l'esclavage du père, les enfans naif.
seist libres.
dit i
donnez-moi une telle somme , je serai votre
enclave. Je lui délivre la somme ; il l'emploie librement ( sans cela le marché seroit absurde ) ; ai-je
le droit de le retenir en esclavage ? J'entends lui
seul ; car il est bien clair qu'il n'a pas eu le droit
de me vendre sa postérité ; & quelle que soit
l'origine de l'esclavage du père, les enfans naif.
seist libres. Je réponds que dans ce cas-là même, je no
puis avoir ce droit. En effet, si un homme se
loue à un autre homme pour un an , par exemple , soit pour travailler dans sa maison , soie
pour le servir , il a formé avec son maître une
convention libre , dont chacun des contradans
a le droit d'exiger l'exécution. Supposons que
l'ouvrier se soit engagé pour la vie : le droit réciproque entre lui & l'homme à qui il s'est engagé,
doit subsister comme pour une convention à
temps. Si les loix Veillent à l'exécution du traité 5
si elles règlent la peine qui sera imposée à celui
qui viole la convention 5 si les coups, les injure --- Page 130 ---
10 RÉFLEXIONS - du maître sont punies par des peines ou pécuniaires ou corporelles ( & pour que les loix
soient justes, il faut que, pour le même aéte de
violence , pour le même outrage , la peine soit
aussi la même pour le maître & pour l'homme
engagé ) j si les tribunaux annullent la convention dans le cas où le maître est convaincu ou
d'excéder de travail son domestique, son ouvrier
engage , ou de ne pas pourvoir à sa subsistance ;
si lorsqu'après avoir profité du travail de sa jeunesse , son maître l'abandonne, la loi condamne
ce maître à lui payer une pcnfion : alors cet
homme n'est point esclave. Qu'èst-ce en effet
que la liberté considérée dans le rapport d'un
homme à un autre ? C'est le pouvoir de faire
tout ce qui n'est pas contraire à ses conventions;
& dans le cas où l'on s'en écarte, le droit de ne
pouvoir être contraint à les remplir , ou puni d'y
avoir manqué, que par un jugement légal. C'est
enfin le droit d'implorer le secours des loix contre
toute espèce d'injure ou de lésion. Un homme
a-t-il renoncé à ces droits ; sans doute alors il
devient esclave : mais aussi son engagement devient nul par lui-même, comme l'effet d'une folie
habituelle, ou d'une aliénation d'esprit causée par
la passion ou l'excès du besoin. Ainsi, tout homme
qui, dans ses conventions , a conservé les droits
naturels que nous venons d'exposer , n'est pas
ciclave ; & celui qui y a renoncé, ayant fait un --- Page 131 ---
1 SM L'ESCLAVAGE DES NE&RES. 1 t B ij " engagement: nul, eiï audi en droit de réclamer sa
liberté , que l'esclave fait par la violence : il peut
rester le débiteur, mais feulement le débiteur
libre de son maîrre. Il n'y a donc aucun cas où l'esclavage, même
volontaire dans son origine , puisse n être pas
contraire au droit naturel. Yr t Y De 1 injufiicc de 1*esclavage des Nègres y consi-
NE&RES. 1 t B ij " engagement: nul, eiï audi en droit de réclamer sa
liberté , que l'esclave fait par la violence : il peut
rester le débiteur, mais feulement le débiteur
libre de son maîrre. Il n'y a donc aucun cas où l'esclavage, même
volontaire dans son origine , puisse n être pas
contraire au droit naturel. Yr t Y De 1 injufiicc de 1*esclavage des Nègres y consi- * dérée par rapport au Législat eur. TOUT légistateur, tout membre particulier
d'un corps législatif est assujetti aux klix de la
morale naturelle. Une loi injuste, qfii blesse le droit
des hommes, soit nationaux 3 soit étrangers > est
un crime commis par le legislateur, dont ceux
des membres du corps législatif qui ont [ousèrit
à cette loi, sont tous complices. Tolérer une loi
injuste lorsqu'on peut la détruire 3 est aussi un
crime ; mais ici la morale n'exige rien des législateurs au-delà 'de ce qu'elle prescrit aux particuliers j lorsqu elle leur impose le devoir de réparer une injustice. Ce devoir est absolu en luimême ; mais il est des circonstances où la morale
exige seulement la volonté de le remplir, .& laisse
a la prudence le choix des moyens & du temps. --- Page 132 ---
IL R É F L £ X l 0 S AinG, dans la réparation d'une injustice , le légifc
latenr peut avoir égard aux intérêts de celui qui
a souffert l'injustice , & cet intérêt peut exiger,
dans la manière de la réparer , des précautions qui entraînent des délais. Il faut avoir égard
aussi à la tranquillité publique ; & les mesures
nécessaires pour la conserver, peuvent demander
qu'on suspènde les opérations les plus utiles. Mais on voit qu'il ne peut être ici question
que de délais , de formes plurs ou moins lentes.
En effet, il est impossible qu'il soit toujours utile
a un homme , & encore moins à une clasïe
perpétuelle d'hommes, d'être privés des 'droits
naturels de l'humanité ; &: une association où la
tranquillité générale exigerait la violation du droit
des citoyens ou des étrangers, ne seroit plus une
société d'hommes, mais une troupe de brigands. Les sociétés politiques ne peuvent avoir d'autre
but que le maintien des droits de ceux qui les
composent. Ainsi toute loi contraire au droit
d'un citoyen ou d'un etranger , est une loi injuste ; elle autorise une violence -, elle est un
véritable crime. Ainsi , la protection de la force
publique accordée à la violation du droit d'un
particulier , est un crime dans celui qui dispose
de la force publique. Si cependant il existe une
sorte de certitude qu'un homme est hors d'état
d'exercer ses droits , & que si on lui en confie
l'exercice, il en abvisera contre les autres, ou qu'il
d'un citoyen ou d'un etranger , est une loi injuste ; elle autorise une violence -, elle est un
véritable crime. Ainsi , la protection de la force
publique accordée à la violation du droit d'un
particulier , est un crime dans celui qui dispose
de la force publique. Si cependant il existe une
sorte de certitude qu'un homme est hors d'état
d'exercer ses droits , & que si on lui en confie
l'exercice, il en abvisera contre les autres, ou qu'il --- Page 133 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 13 B iij s'en servira à son propre préjudice ; alors la société
peut le regarder comme ayant perdu ses droits,
ou comme ne les ayant pas acquis. C'est ainsi qu'il
y a quelques droits naturels dont les enfans en bas
âge sont privés , dont les imbécilles, dont les
fous restent déchus. De même si, par leur éducation , par 1 abrutissèment contracté dans l'esclavage , par corruption des mœurs , suite nécessaire des vices & de l'exemple de leurs maî~
tres , les esclaves des colonies Européennes font
devenus incapables de remplir les fonaions d'hommes libres ; on peut ( du moins jusqu'au temps ou
l'usage de. la liberté leur aura rendu ce que l'esclavage leur a fait perdre ) les traiter comme ces
hommes que le malheur ou la maladie a privés
d'une partie de leurs facultés, à qui on ne peut
laisser l'exercice entier de leurs droits , sans les
exposer a faire du mal à autrui , ou à se nuire
a eux-mêmes, & qui ont besoin , non-seulement
de la proteaiol1 des loix, mais des soins de l'humanité. Si un homme doit à la perte de ses droits l'afsurance de pourvoir à ses besoins ; si, en lui rendant ses droits, on l'expose à manquer du nécessaire, alors l humanité exige que le législateur
concilie la sûreté de cet homme avec ses droits.
C'est ce qui a lieu dans l'esclavage des- Noirs,
comme dans celui de la glèbe. Dans. le premier, la case des Nègres , leurs --- Page 134 ---
14 - -R B F L E X I Ô N I - meubles , les provisions pour leur nourriture *
appartiennent au maître. En leur rendant brusquement la liberté , on les réduirait à la misére.
De mê me dans l'esclavage de la glèbe , le
cultivateur dont le champ , dont la maison appartient.au maître , pourroit se trouver , par un
changement trop brusque , libre , mais ruiné. . Ainsi , dans de pareilles circonstances , né pas
rendre sur le champ a des hommes l'exercice de
leurs droits , ce n'est ni violer ces droits, ni
continuer à en protéger les violateurs ; c'est feulement mettre dans la manière de détruire les
abus, la prudence nécessaire pour que la justice
qu'on rend à un malheureux devienne plus sûrement pour lui un moyen de bonheur. Le droit d'être protégé par la force publique
contre, la violence, est un des droits que l'homme
acquiert en entrant dans la société ; ainsi le législateur doit à la société de n'y point admettre
des hommes qui lui sont étrangers, &r qui pourroient la troubler. Il doit encore à la société de
•ne point raire les loix , même les plus justes, s'il
présume qu'elles y porteront le trouble, avant
de s'être afsuré ou des moyens de prévenir ces
troubles, ou de la force necessaire pour punrr
ceux qui les caillent, avec le moindre danger
possible pour le resté des citoyens. Ainsi, par
exemple , avant de placer les esclaves au rang
des hommes libres , il faut que la loi s'assure
ient la troubler. Il doit encore à la société de
•ne point raire les loix , même les plus justes, s'il
présume qu'elles y porteront le trouble, avant
de s'être afsuré ou des moyens de prévenir ces
troubles, ou de la force necessaire pour punrr
ceux qui les caillent, avec le moindre danger
possible pour le resté des citoyens. Ainsi, par
exemple , avant de placer les esclaves au rang
des hommes libres , il faut que la loi s'assure --- Page 135 ---
SUR. L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 15 B iv qu'en cette nouvelle qualité ils ne troubleront
4 point la sûreté des citoyens ; il faut avoir
prévu tout ce que la sureté publique peut, dans
un premier moment , avoir à craindre de la
fureur de leurs maîtres , offenscs à la fois dans
deux passions bien fortes , l'avidité l'orgueil ;
car l'homme accoutumé à se voir entouré d'esclaves, ne se console point de n'avoir que des
inférieurs. Tels sont les seuls motifs qui pÚHient permettre au législateur de différer sans crime la destruétion de toute loi qui prive un homme de
ses droits. La prospérité du commerce , la richesse nationale , ne peuvent être mises en balance avec la
justice. Un nombre d'hommes assemblés n'a pas
le droit de faire ce qui, de la part de chaque
homme en particulier, seroit une injustice, Ainsi y
l'intérêt de puissance & de richesse d'une nation ,
doit disparoître devant le droit d'un seul homme (i)', autrement, il n'y a plus de différence (1) Ce principe est absolument contraire à la doctrine
ordinaire des politiques. Mais la plupart de ceux qui écrivent sur ces objets ayant ppur but, ou d'avoir des places,
ou de se faire payer par ceux qui en ont, ils n auroient
garde d'adopter des principes avec lesquels ils ne pourroient
si louer personne , ni trouver personne qui voulût les employer. --- Page 136 ---
16 R É 1 L E X ION S .. entre une [ociété réglée & une horde de voleurs.
Si dix mille , cent mille hommes ont le droit d.
tenir un homme dans l'esclavage, parce que leur
intérêt .le demandç , pourquoi un homme fort
comme Hercule n'auroit-il pas le droit d aflujettir un homme foible à sa volonté ? Tels sont
les principes de justice qui doivent guider dans
l'examen des moyens qui peuvent ê.tre employés
pour détruire l'esclavage. Mais il nest pas inu"
tile A après avoir traité la question dans ces prin.
cipes de iustice , de la traiter sous un autre:,
point-de-vue, & de montrer que l'esclavage des
Nègres est aussi contraire à l'intérêt du commerce qu'à la justice. Il est essentiel d'enlever à
ce crime l'appui même de ces politiques de comptoir ou de bureau , à qui la voix de la justice est;
étrangère, fte qui se regardent comme des hommes d'Etat & de profonds politiques, parce qu'ils
voient l'injustice de sens-froid , & qu'ils la souf-,
frent, lautorisentou la commettent san.s re.,
îpords.
'esclavage des
Nègres est aussi contraire à l'intérêt du commerce qu'à la justice. Il est essentiel d'enlever à
ce crime l'appui même de ces politiques de comptoir ou de bureau , à qui la voix de la justice est;
étrangère, fte qui se regardent comme des hommes d'Etat & de profonds politiques, parce qu'ils
voient l'injustice de sens-froid , & qu'ils la souf-,
frent, lautorisentou la commettent san.s re.,
îpords. --- Page 137 ---
S'BR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 17 VI. Les Colonies à sucre & à indigo ne peuvent-elles, être cultivées que par des Nègres esclaves ? * 1 L n'est pas prouvé que les Isles de l'Amérique
ne puissent être cultivées par des Blancs. A la
vérité, les excès de Négresses & de liqueurs fortes
peuvent rendre les Blancs incapables de tout travail. Leur avarice, qui les excite à se livrer avec
excès à des travaux qu'on leur paye très-cher, peut /
aussi les faire périr ; mais si les Isles, au-lieu d'être
partagées par grandes portions, étoient divisées
en petites propriétés ; si seulement les terres qui
ont échappé, à l'avidité des premiers colons,
étoient divisées par les gouvernemens ou par
leurs cessionnaires, entre des familles de cultivateurs . il est au moins très-vraisemblable qu'il sç„
formeroit bientôt dans ces pays une race d'hommes vraiment capables de travail. Ainsi , le raisonnement des politiques qui croient les Nègres
çsclaves nécessaires, se réduit à dire : Les Blancs.
sont avares ivrognes & crapuleux • donc les Noirs,
doivent être esclaves. Mais supposons que les Nègres soient néceffaires, il ne s'ensuivroit pas qu'il fût nécessaire
4'employe.r des Nègres esclaves: aussi on établit --- Page 138 ---
iS R E f L E X I O N t sur deux autres raisons cesse prétendue nécessité.
La première se tire de la paresse des Nègres,
qui, ayant peu de besoins, & vivant de peu,
ne travailleroient que pour gagner l'étroit nccesaire : c'est-à-dire en d'autres termes , que
l'avarice des Blancs étant beaucoup plus grande
que celle des Nègres, il faut rouer de coups
ceux-ci pour satisfaire les vices des autres. Cette
raison d'ailleurs est fausse. Les hommes, après
avoir travaillé pour la subsistance , travaillent
pour l'aisance lorsqu'ils peuvent y prétendre. 11
n'y a de peuples vraiment paresseux dans les nations civilisées, que ceux qui sont gouvernés de
manière qu'il n'y auroit rien à gagner pour eux
en travaillant davantage. Ce n'est ni au climat,
ni au terrein, ni à la constitution physique , ni
à I'esprit national qu'il faut attribuer la paresse
de certains peuples ; c'est aux mauvaises loix qui
les gouvernent. Il seroit aisé d'établir cette vérité
par des exemples, en parcourant tous les peuples,
depuis l'Angleterre jusqu'au Mogol , depuis la
principauté de Neufchâtel jusqu'à la Chine. Seulement , plus le sol est bon , plus la nation a de
facilités naturelles pour le commerce, plus il
faut aussi que les loix soient mauvaises pour
rendre le peuple paresseux. Il faudroit, par exemple, pour détruire l'industrie des Normands Se
des SiIésiens, de bien plus mauvaises loix que
pour détruire celle des Neufchâtelois & des Savoyards.
, depuis la
principauté de Neufchâtel jusqu'à la Chine. Seulement , plus le sol est bon , plus la nation a de
facilités naturelles pour le commerce, plus il
faut aussi que les loix soient mauvaises pour
rendre le peuple paresseux. Il faudroit, par exemple, pour détruire l'industrie des Normands Se
des SiIésiens, de bien plus mauvaises loix que
pour détruire celle des Neufchâtelois & des Savoyards. --- Page 139 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 1 e La seconde raison en faveur de l'esclavage
des Nègres -, se tire de la nature des cultures
établies dans les Mes. Ces cultures, dit-on, exigent de grands atteliers & le concours d'un grand
nombre d'hommes rassèmblés. D'ailleurs, leurs
produits étant sujets à s'altérer en peu'de temps,
si la culture étoit laissee à des hommes libres j la
récolte dépendroit du caprice des ouvriers. Cette
fécondé raison ne peut séduire aucun homme
capable de réflexion ; ni même quiconque n'a
point passé sa vie entière dans l'enceinte d'une
vil!e. D'abord , on auroit prouvé la même chose
de la culture du bled, de celle du vin , dans le
temps que l'Europe étoit cultivée par des esclaves.
Et il est aussi ridicule de soutenir qu'en Amérique
on ne peut avoir de sucre ou d'indigo , que dans
de grands établissèmens formés avec des esclaves,
qu'il l'auroit été il y a dix-huit siècles, de prétendre que l'Italie cesseroit de produire du bled,
du vin ou de l'huile , si l'esclavage y étoit aboli.
Il n'est pas plus nécessaire que le moulin à sucre
appartienne au propriétaire du terrein, qu'il ne
l'est que le pressbir appartienne au propriétaire
de la vigne , ou le four au propriétaire du champ
de bled. Au contraire , en général dans toute
espèce de culture , comme dans toute espèce
d'art, plus le travail se divise , plus les produits
augmentent &: se perfectionnent. Ainsi, bien loin
qu'il soit utile que le sucre se prépare sous la. --- Page 140 ---
20 REFLEXIONS direction de ceux qui ont planté la canne , il
feroit plus utile que la canne fût achetée du propriétaire par des hommes dont le métier seroit
de fabriquer le sucre. Il faut observer que rien , dans la culture de
la canne à sucre , ou de l'espèce du fenouil
qui produit l'indigo , ne s'oppose à ce que les
champs de canhes ou d'indigo ne soient partagés
en petites parties, & divisées, soit pour la propriété , soit pour l'exploitation. C'en: ainsi que
la canne à sucre cst cultivée en Asie de temps immémorial. Chaquc propriétaire d'un petit champ
porte au marché le sucre de la canne qu'il a
- exprimé chez lui -, & qu'il a converti en mélasse ; il vaudroit bien mieux encore qu'il
vendît la canne , ou sur pied, ou coupée, à un
manufacturier. C'est aussi ce qui arriveroit en
Assc , si le gouvernement n'y étouffait pas l'induft:rie ; & dans les Isles, si la culture y étoit
libre. Ce que nous venons de dire du sucre, s'applique à l'indigo , & -plus aisément encore au
café ou auæ épiceries. Il est donc d'abord trèsvraisemblable que les Nègres ne sont pas les
seuls hommes qui puissent remuer la terre en
Amérique , & il est certain que la culture par
des Nègres libres, loin de nuire ni à la quantité
ni à la qualité des denrées, contribuerait, au
contraire, à augmenter l'une en perfectionnant
l'autre.
dire du sucre, s'applique à l'indigo , & -plus aisément encore au
café ou auæ épiceries. Il est donc d'abord trèsvraisemblable que les Nègres ne sont pas les
seuls hommes qui puissent remuer la terre en
Amérique , & il est certain que la culture par
des Nègres libres, loin de nuire ni à la quantité
ni à la qualité des denrées, contribuerait, au
contraire, à augmenter l'une en perfectionnant
l'autre. --- Page 141 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NFGRES. 11 le préjugé contraire a été accrédité par les
Colons , & peut-être de bonne-foi. La raison
en est simple : ils n ont pas distingué le produit
réel du produit net. En effet, faites cultiver par
des esclaves- ; le produit net sera plus grand ,
parce qu'il ne vous en coûtera en frais de culture que le moins qu'il .est possible. Vous ne donnerez à vos esclaves que la nourriture nécessaire;
vous choisirez la plus commune & la moins
chère ; ils n'auront qu'une hutte pour maison 5
à peine leur donnerez-vous un habillement grossier. Le journalier le plus presse d'ouvrage , exigeroit un salaire plus fort. D'ailleurs, un journalier veut tantôt gagner plus , pour former
quelque capital ; tantôt il veut se réserver du
temps pour se divertir : s'il emploie toutes ses
forces, il faut que votre argent le dédommage
de ce qu'il n'a pas succombé à sa paresse, Avec '
des esclaves vous employez les coups de bâton ,
ce qui est moins cher. Dans la culture libre , c est la concurrence réciproque des propriétaires
& des ouvriers qui fixe le prix. Dans la culture
esclàve , le prix dépend absolument de l'avidité
du propriétaire. Mais aussi dans la culture esclave,
le produit brut est plus foible ; & au contraire,
le produit brut sera plus considérable dans la
culture libre. Ce n"est donc pas l'intérêt d'augmentation de culture, qui fait prendre. la defense
de 1 esclavage des Nègres; cest l'intérêt d 'aug- --- Page 142 ---
ZX REFLEXIONS nientation de revenu pour les colons. Ce n'est
pas l'intérêt patriotique plus ou moins fondé,
c'est tout Amplement l'avarice & la barbarie des
propriétaires. La destruction de l'esclavage ne
ruineroit ni les colonies , ni le commerce : elle
rendroit les colonies plus florissantes ; elle augmenterait le commerce (i). Elle ne fcroit d'autre (i) J'ai supposé ici que l'esclavage est utile aux colons,
parce que , même dans cette hypothèse , il n'en est ni moins
juste ni moins utile de détruire l'esclavage ; mais elle n'est
rien moins que certaine. En effet , les Etats-Unis d'Amé;
rique ont décidé que le travail de cinq eschves ne pouvoit être jugé égal qu'à celui de trois hommes libres seulement ; & il faut observer que la pluralité des Etats ayant
très-peu de Nègres, il éroit de leur intérêt d'évaluer ce
travail le plus haut possible, puisqu'il s'agissoit de distribuer
une imposition proportionnellement au nombre des hommes.
Or , si cinq esclaves ne travaillent qu'autant que trois hommes libres , puisqu'il faut de .plus , ou avoir acheté ces
Nègres, ou fait la dépense de les élever , il devient assez
vraisemblable que leur travail est plus cher en Amérique
que ne le seroit celui des hommes libres.
ègres, il éroit de leur intérêt d'évaluer ce
travail le plus haut possible, puisqu'il s'agissoit de distribuer
une imposition proportionnellement au nombre des hommes.
Or , si cinq esclaves ne travaillent qu'autant que trois hommes libres , puisqu'il faut de .plus , ou avoir acheté ces
Nègres, ou fait la dépense de les élever , il devient assez
vraisemblable que leur travail est plus cher en Amérique
que ne le seroit celui des hommes libres. On trouve, dans le tome cinquième des Ephémérides du
Citoyen, un calcul très-bien fait , duquel il résulte qu'un
Nègre coûte par an 420 livres ; ce qui conduiroit encore
au même résultat. Mais il faut observer que dans ce calcul
on suppose tous les Nègres morts remplacés par des Nègres
achetés , & qu'il paroît prouvé par l'expérience , qu'une
habitation qui ne sc soutiendroit que par ce moyen , seroit
très-peu productive, Aicii » ce calcul prouveroit plutôt le --- Page 143 ---
SUR. L'ESCLAVAGE DES NEGRES. li -
mal que d empêcher quelques hommes barbares
de s'engraisser des lueurs & du fang de leurs peu d'utilité de la traite des Nègres, que le peu d'utilité
de l'esclavage. Nous observerons enfin que si on veut comparer la
cuhure des esclaves avec celle pour' laquelle un homme qui
feroit valoir son bien emploierait des ouvriers libres, on
trouvera que toutes les avances en machines , en bâtimens,
en animaux , en outils, sont les mêmes ; que le propriétaire
seroit obligé de payer aux ouvriers libres le prix auquel
la concurrence porteroit leurs salaires 5 que ce prix feroit
necessairement au moins égal a ce que coûtent la nourririture . l'entretien de l'ouvrier , & de plus à ce qui cst
nécessaire pour soutenirplus ou moins une famille C'est
en effet sur cet excédent moyen des salaires , que font
élevés ceux qui doivent un jour remplacer les ouvriers
actuels. Mais le propriétaire qui fait cultiver par des esclaves,
est obligé de les nourrir, de les entretenir , & de pourvoir aussi à.leur remplacement, soit en achetant de noaveaux esclaves , foit en les élevant chez lui ; moyen qui
paroit le plus économique. La question se réduit donc à
savoir si le travail d'un esclave est assez inférieur à celai
d'un homme libre, pour compenser au moins la différence
entre le prix fixé par la concurrence , & celui que l'économie du maîtie établit, en réduisant ses esclaves au simple
nécessaire ; ou en d'autres termes, si un homme libre , à
qui on ne donneroit que ce qu'il en coûte pu maître par tête -
moyenne d'enclave travaillant, feroit plus ou moins d'ouvrage. Or, il cst assez vraisemblable qu'il en feroit encore
moias. Je fais bien que cet avantage de la culture par
entre le prix fixé par la concurrence , & celui que l'économie du maîtie établit, en réduisant ses esclaves au simple
nécessaire ; ou en d'autres termes, si un homme libre , à
qui on ne donneroit que ce qu'il en coûte pu maître par tête -
moyenne d'enclave travaillant, feroit plus ou moins d'ouvrage. Or, il cst assez vraisemblable qu'il en feroit encore
moias. Je fais bien que cet avantage de la culture par --- Page 144 ---
14 RÉFLEXIONS frères. En un mot la maire entière des hommes
y gagneroit , tandis que quelques particuliers
n'y perdroient que l'avantage de pouvoir, commettre impunément un crime utile à leurs intérêts. On a prétendu disculper la traite des Nègres,
en supposant que l'importation des Nègres est
nécessaire pour la culture : c'est encore une erreur. enclaves suppose qu'ils soient traités de manière à prévenir
les mortalités , les accidens de toute espèce, les pertes de
temps , &c. qui doivent résulter de la dureté & de l injustice des maîtres. De plus, nous ne pouvons comparer
cette Culture qu'a celle d un propriétaire qui fait valoir ,
& il est évident que pour la plupart des colons, il y auroit un très-grand avantage à pouvoir affermer leurs terreins
mis en culture , & même leurs machines & leurs bâti mens. Nous conclurons donc que , sans prononcer absolument
laquelle des deux manières de cultiver est plus avantageuse
pour les propriétaires , la différence entre ces deux cultures
nous paroît trop petite pour contrebalancer les avantages
même pécuniaires qai résolteroientde la liberté. Mais nous
avons supposé la possibilité de cultiver par des mains libres,
l'existence d'un assez grand nombre d'ouvriers libres , pour
que la concurrence puisse faire baisser le taux des salaires à
un degré où ils se rapprochent de ce que coûte le travail des
csclaves. Or c'est ce qu'on ne peut guère espérer que d un affran.
* chisTement successif, qui conserveroit dansles colonies une masse
d'hommes plus acclimatés que les Blancs qui pourroient venir
d'Europe : & dans ce cas, les colons ne pourroient guère éprouver de pertes feniiblcs que pendant le temps de la révolution.
faire baisser le taux des salaires à
un degré où ils se rapprochent de ce que coûte le travail des
csclaves. Or c'est ce qu'on ne peut guère espérer que d un affran.
* chisTement successif, qui conserveroit dansles colonies une masse
d'hommes plus acclimatés que les Blancs qui pourroient venir
d'Europe : & dans ce cas, les colons ne pourroient guère éprouver de pertes feniiblcs que pendant le temps de la révolution. Les --- Page 145 ---
STTR L'ESCLAVAGE DES NÈGRES. ix c Les femmes Nègres sont très-fécondes ; les habitations bien gouvernées s'entretiennent , même
sous la servitude sans importation nouvelle.
C'est l'incontinence , i avarice & la cruauté des
Européens, qui dépeuplent les habitations ; &
lorsqu'on prostitue les Négresses pour leur voler
ensuite ce qu'elles ont gagné; lorsqu'on les oblige,
à force de traitemens barbares, de se livrer, soie
à leur maître ^ foit à les valets ; lorsqu'on fait
dechirer devant elles les Noirs qu'on les soup-^
çonne de préférer à leurs tyrans ; lorsque l'avarice surcharge les Nègres de travail & de coups,
dii leur refuse le nécessaire ; lorsqu'ils v'oÎënf
leurs camarades tantôt mis à la question , tantôt
brûlés dans des fours pour cacher les traces de
ces assassinats j alors ils désertent > ils s'empoisonnent, les femmes se font avorter , & l'habitation ne peut se soutenir qu'en tirant d'Afrique
de nouvelles victimes. Il est si peu vrai que la
population des Nègres ne puisse se recruter par
elle-même , qu'on voit la race des Nègres marrons se soutenir dans les forêts, au milieu des
rochers , quoique leurs maîtres s'amusent à les
chasser comme des bêtes fauves , qu'on se
vante d'avoir assassiné un Nègre marron, comme
en Europe on tire vanité d'avoir tué par derrière
un daim ou un chevreuil. Si les Nègres étoient libres, ils deviendraient!
bientôt une nation florissante, Ils sont, dit-on * --- Page 146 ---
*<> RÉ F L E X ION S ' paretîeux, stupides & corrompus ; mais tel cst
le sort de tous les enclaves. Quand Jupiter réduit
un homme à la servitude , dit Homère , il lui
été la moitié de sa cervelle. Les Nègres sont naturellement un peuple doux , industrieux, sensible , 1eurs passïons sont vives. Si on raconte d'eux
des crimes atroces, on peut en citcr aussi des traits
héroïques. Mais qu'on interroge tous les tyrans ; ils
apporteront toujours pour excuses de leurs crimes
les vices de ceux qu'ils oppriment, quoique ces
vices soient par-tout leur propre ouvrage. VI I. Qu'il faut détruire t esclav âge des Nègres 3 & . que leurs maîtres ne peuvent exiger aucun
dédommagement. IL suit de nos principes , que cette justice
inflexible , à laquelle les Rois & les Nations sont
assujettis comme les Citoyens, exige la destruction.de l'esclavage. Nous avons montré que cette destru&ion ne
nuiroit ni au commerce , ni à la richesse de
chaque nation , puisqu'il n'en résulteroit aucune
diminution dans la culture.
t esclav âge des Nègres 3 & . que leurs maîtres ne peuvent exiger aucun
dédommagement. IL suit de nos principes , que cette justice
inflexible , à laquelle les Rois & les Nations sont
assujettis comme les Citoyens, exige la destruction.de l'esclavage. Nous avons montré que cette destru&ion ne
nuiroit ni au commerce , ni à la richesse de
chaque nation , puisqu'il n'en résulteroit aucune
diminution dans la culture. Nous avons montre que le Maître n'avoit
aucun droit sur son enclave ; que l'action de le
retenir en servitude, n'est pas la jouissance d'une --- Page 147 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 27 C ij propriété, mais un crime ; qu'en affranchissant
l'esclave , la loi n'attaque pas la propriété , mais
celle de tolérer une adion qu'elle auroit dû
punir par une peine capitale. Le Souverain ne
doit donc aucun dédommagement au maître des
enclaves , de me me qu il, n en doit pas à un voleur qu 'un jugement a privé de la possession d'une
chose volée. La tolérance publique d'un crime
absout de la peine, mais n'e peut former un véritable droit sur le profit du crime. Le Souverain peut, a plus forte raison , mettre
a 1 esclavage toutes les restrictions qu il jugera
convenables , & assujettir le maître aux taxes,
aux gênes qu'il voudra lui imposer. Une taxe sur
les terres, sur les personnes, suries consommations , peut être injuste , parce qu'elle attaque
la propriété la liberté, toutes les fois qu'elle
n est pas une condition, ou necessaire au maintien de la société, ou utile à celui qui paye l'impôt.
Mais puisque les possesseurs d esclaves n'ont point
sur eux un véritable droit de propriété ; puisque
la loi qui les soumettroit à des taxes, leur conserveroit la jouissance d'une chose dent non-seulement elle a droit de les priver , mais que le
législateur est même obligé de leur ôter , s'il veut
être juste : cette loi ne sacroit être injuste à leur
égard , par quelque sacrifice pécuniaire qu'elle
leur fît acheter une plus longue impunité de leur
crime. --- Page 148 ---
1t R. i F L E X ION g VIII Examen des raisons qui peuvent empêcher la puissance législatrice des Etats ou l'esclavage des
Noirs est toléré j de remplir _> par une loi d'asfranchissement général le devoir de jujîice qui
l'oblige à leur rendre la liberté. / - POUR que l'affranchissement n'entraînât après
lui aucun désordre 3 il faudroit, 1°. Que le Gouvernement pût assurer la subsistance aux vieux Nègres &: aux Nègres infirmes , que dans l'état actuel, leurs maîtres ne
laissent pas , du moins absolument, mourir de
faim (i). 2°. Qu'on pourvut à la subsistance des Nègres
orphelins. 3°. Qu'on a ssu rât, du moins pour une année,
le logement & la subsistance à ceux des Nègres
valides qui, dans cet instant de crise, n'auroient
pas trouve à se louer par un traité libre à des
possesseurs d'habitations. (1) Voyez l'Ouvrage intiul4 : Voyage à l'Isle de France,
par un Officier du Roi. C'est un des Ouvrages où la manière dont les Nègres sonc traités, est expose avec le plus
,de vérité.
ssu rât, du moins pour une année,
le logement & la subsistance à ceux des Nègres
valides qui, dans cet instant de crise, n'auroient
pas trouve à se louer par un traité libre à des
possesseurs d'habitations. (1) Voyez l'Ouvrage intiul4 : Voyage à l'Isle de France,
par un Officier du Roi. C'est un des Ouvrages où la manière dont les Nègres sonc traités, est expose avec le plus
,de vérité. --- Page 149 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 19 C iii A la vérité , on auroit droit d'exiger que les
frais de ces établissemens fussent faits aux dépens
des maîtres. Ils doivent des alimens aux Nègres
qui ont perdu à leur service, ou leur santé, ou la v
partie de leur vie qu'ils pouvoient donner au travail. Ils doivent des alimens aux enfans dont les
pères, morts dans leurs fers, n'ont pu laisser d'héritage. Ils doivent des alimens pour un temps à
tous leurs esclaves, parce que la servitude les a
empêchés de se procurer les avances nécessàires
pour attendre le travail. Ces obligations sont
strictes, indispensables ; & si le Gouvernement
s'en chargeoit à la place des maîtres, ce seroit
une sorte d'injustice qu'il feroit au rel1e de la
nation , en faveur des colons ; il aggraveroit le
fardeau des impôts sur des innocens, pour épargner les coupables. Aussi , le seul moyen juRe &
compatible avec l'état où se trouveroient alors
les possesseurs des Nègres , seroit un emprunt
public, remboursable par un impôt levé sur les
seules terres des colons. 4°. Comme il seroit à craindre que les Nègres,
accoutumés à n'obéir qu'à la force & au caprice, ne pussent être contenus, dans le premier moment , par les mêmes loix que les Blancs ; qu'ils
ne formafîent des attroupemens , qu'ils ne se
livraient au vol , à des vengeances particulières, & à une vie vagabonde dans les forêts & les montagnes > que ces désordres ne fussent fomentés --- Page 150 ---
30 RÉFLEXIONS en secret par les Blancs , qui efpéreroient en tirer
un prétexte pour obtenir le rétablissement de
l'escla vage ; il faudroit assujettir les Nègres, pendant les premiers temps, à une discipline révère,
réglée par des loix ; il faudroit confier l'exercice
du pouvoir a un homme humain , ferme, éclairé,
incorruptible, qui sût avoir de l'indulgence pour
l'ivresse où ce changement d'état plongerait les
Nègres, mais sans leur laiiîèr l'espérance de l'impunité, qui méprisât également l'or des Blancs,
leurs intrigues &: leurs menaces.
gres, pendant les premiers temps, à une discipline révère,
réglée par des loix ; il faudroit confier l'exercice
du pouvoir a un homme humain , ferme, éclairé,
incorruptible, qui sût avoir de l'indulgence pour
l'ivresse où ce changement d'état plongerait les
Nègres, mais sans leur laiiîèr l'espérance de l'impunité, qui méprisât également l'or des Blancs,
leurs intrigues &: leurs menaces. 50. Il faudroit peut-être se résoudre à perdre,
en partie, la récolte d'une année. Ce n'est point
par rapport aux propriétaires que nous considérons cette perte comme un mal. Si un homme a
labouré son champ avec des chevaux qu'il a volés,
8c qu'on le force à les restituer, personne n'imaginera de le plaindre de ce que son champ restera en
friche l'année d'après. Mais il résulteroit de cette
diminution de récolte , un enchérioement de la
denrée ) une perte pour les créanciers des colons.
Nous tentons que de pareilles raisons ne peuvent
contrebalancer les raisons de justice qui obligent le législateur, sous peine de crime , à détruire un usage injuste & barbare. Qui s'aviseroit de tolérer le vol , parce que les effets volés
se valident meilleur marché ? Qui oseroit mettre
en balance l'obligation rigoureuse de restituer,
qu'on force un voleur de remplir, avec le ris 1 que --- Page 151 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 3 Ï C iv que cette restitution pourroit faire essùyer à ses
créanciers ? Nous n'ignorons point enfin que cette
perte, aussi-bien que le défaut d'ouvrages, qui
pourroit dans les premiers insbns exposer une
partie des Nègres à la misère ou au crime , seroient.non l'effet nécessaire de la révolution, mais
"la fuite de l'humeur des propriétaires , & nous
n'en parlons que pour ne passer sous silence aucun des inconvéniens dont un affranchissement
général pourroit être suivi.. 6°. On ne peut diffimuler q11e les Nègres
n'ayent en générai' une grande stupidité : ce n'est
pas à eux que nous en saisons le reproche ; c'est
a leurs maires. Ils sont baptisés , mais dans les
colonies Romaines on ne les instruit point du
peu de morale que renferment les catéchismes
vulgaires de cette église. Ils font également négligés par nos Ministres. On sent bien que les maîtres n'ont eu garde de s'occuper de leur inspirer
une morale fondée sur la raison. Les- relations
de la Nature ou n'existent point *, ou font corrompues dans les esclaves ; les sentimens naturels
à l'homme , ou ne naissent point dans leur ame,
ou font étouffés par l'oppression. Avilis par les
outrages de leurs maîtres , abattus par leur dureté , ils sont encore corrompus par leur exemple.
Ces hommes sont-ils dignes qu'on leur confie le
soin de leur bonheur & du gouvernement de
leur familie ? Ne sont-ils ras dans le cas des
Nature ou n'existent point *, ou font corrompues dans les esclaves ; les sentimens naturels
à l'homme , ou ne naissent point dans leur ame,
ou font étouffés par l'oppression. Avilis par les
outrages de leurs maîtres , abattus par leur dureté , ils sont encore corrompus par leur exemple.
Ces hommes sont-ils dignes qu'on leur confie le
soin de leur bonheur & du gouvernement de
leur familie ? Ne sont-ils ras dans le cas des --- Page 152 ---
1 £ R Ç IL 1 X IONS infortunés que des traitemens barbares ont,
partie , privés de la raison > Et dès-lors, quelle
que soit la cause qui les a rendus incapables,
d'être hommes, ce que le législateur leur doit,
c est moins de leur rendre leurs droits, que d'assurer leur bien erre. Telles sont les raisons qui nous ont fait croire
que le parti de ne point rendre à la fois à tous
les Nègres la jouissance de leurs droits , peut
n'être pas incompatible avec la justice . Ces
raisons paroîtront (ans doute trés-foibles aux
amis de la. raison, de la justice & de l'humanité ; mais un affranchissement général demanderoit des dépenses, des préparatifs ; il exigeroit,
dans so-n exécution, une fuiçe, & une fermeté
dont un très-petit nombre d'hommes feroient
capables. Cependant il faudroit que plusieurs
hommes réunisient à ces. qualités le désintéressement, L'amour du bien, & le courage > il faudroit que la révolution fût l'effet de la volonté
propre d'un Souverain, , appuyée par l'opinion
publique , ou de celle d'un corps législatif dont
re[prit fût contant ; car si le plan , si l'exécution dépendent de la volonté d'un seul homme,
de l'a&ivité de quelques coopérateurs, bientôt
tous éprouveraient le sort que le genre-humain ,
toujours ignorant 6c barbare , a fait éprouver à
quiconque a osé défendre le foible contre le fort,
opposer la justice a l'écrit d'avidité & d'in- --- Page 153 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 33 térêt ; & cet exemple effrayant , joint aux préjugés que les partisans des abus ont su répandre
contre les nouveautés, susfiroit pour prolonger
de plusieurs siècles l'esclavage des Nègres. 1 X, JDes moyens de détruire l'esclavage des Nègres par
degrés, S i les raisons que nous venons d'exposer paroiCsent suffîsantes pour ne point employer le seul
moyen de détruire l'esclavage qui soit rigoureusement conforme à la justice ; il y en a d'autres
qui peuvent, du moins à la fois; adoucir l'état
des Nègres dès les premiers instans , & procurer
la destruction entière de l'esclavage à une époque
fixe & peu éloignée. Mais si nous les proposons,
c'est en gémissant sur cette espèce de consentement forcé que nous donnons pour un temps à
l'injustice, & en protestant que c'est la crainte
seule de voir traiter l'affranchissement général
comme un projet chimérique , par la plupart
des politiques, qui nous fait consentir à proposer
ces moyens.
Nègres dès les premiers instans , & procurer
la destruction entière de l'esclavage à une époque
fixe & peu éloignée. Mais si nous les proposons,
c'est en gémissant sur cette espèce de consentement forcé que nous donnons pour un temps à
l'injustice, & en protestant que c'est la crainte
seule de voir traiter l'affranchissement général
comme un projet chimérique , par la plupart
des politiques, qui nous fait consentir à proposer
ces moyens. i °. Il ne peut y avoir pour les Gouvernemens aucun prétexte pour tolérer, ni la traite
des Nègres faite par les négocians nationaux, ni --- Page 154 ---
34 - RÉFLEXIONS aucune importation d'esclaves. Il faut donc dér
fendre absolument cet horrible trafic : mais ce
n'eSt point comme contrebande qu'il faut le probÍber : cest comme crime ; ce n'est point par
des amendes qu'il faut le punir , mais par des
peines corporelles & déshonorantes. Celles que r
dans chaque pays, on décerne contre le vol ,
pourroient suffire. Nous ne faisons sans doute
aucune comparaison entre un voleur & un homme
qui trafique de la liberté d'un autre homme, qui
enlève de leur patrie les hommes, les femmes >
les enfans ; les entasse, enchaînés deux à deux,
dans un: vaisseau ; calcule leur nourriture , non
sur leurs besoins, mais sur son avarice ; qui leur
lie les mains pour les empêcher d'attenter à leur
vie; qui, s'il est pris de calme, jette tranquillement
a la mer ceux dont la vente seroit le moins avantageuse, comme on se débarrasse d'abord des plus
viles marchandises. On peut commettre des vols,
& n avoir point étouffé tous les sentimens de
I humanité , tous les penchans de la nature ; sans
avoir perdu toute élévation dame , toute idée
de vertu : mais il ne peut relier à un homme
qui fait le commerce de Nègres , ni aucun sentinient , ni aucune vertu , ni même aucune probité. S'il en conservoit quelque apparence , ce
seroit de cette probité des brigands qui , fidèles
à leurs coupables engagemens , bornent leur
morale i ne point se voler cnir'eux. Cette pre- --- Page 155 ---
SUR. L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 35 mière disposition de la loi adouciroit le iort
des Nègres dans le premier moment , parce que >
les propriétaires auroient un intérêt beaucoup
plus grand de conserver leurs esclaves (i). La seconde disposition auroit pour objet l'affranchissement de Nègres qui naislcnt dans les
habitations, & qu'on ne peut avoir aucun prétexte de soumettre à l'esclavage. Un officier général de la Marine de France , distingué par ses
lumières & son humanité ( 2 ), a proposé de dé- (1) Plusieurs des colonies Angloises de l Amérique Septentrionale ont prohibé l importation des Nègres , il y a
déjà quelques années. Ce n est pas le seul exemple il 'liumanité & de raison qu'elles donneront à l'Europe , si leurs
préventions en faveur de la constitution & des. principes po
Iniques de l'Angleterre , si les préjugés mercantiles , si la
fureur pour le papier-monnoie & l agiotage des effets dç
banque , si l'esprit aristocratique n'y viennent pas détruire
les sentimens d'amour de la paix , de respeéï pour l humanité j de tolérance , de zèle pour le maintien de 1 égalité ,
qui paroissent caraftériser ce bon peuple.
faveur de la constitution & des. principes po
Iniques de l'Angleterre , si les préjugés mercantiles , si la
fureur pour le papier-monnoie & l agiotage des effets dç
banque , si l'esprit aristocratique n'y viennent pas détruire
les sentimens d'amour de la paix , de respeéï pour l humanité j de tolérance , de zèle pour le maintien de 1 égalité ,
qui paroissent caraftériser ce bon peuple. (2) M. de Bori, Chef d'etcadre , ci-devant Gouverneur
des Isles Françniscs. Il y a quelque temps que les habitans
de la Jamaïque s'assemblèrent pour prononcer sur le sort
des mulâtres, & pour savoir si , attendu qu'il étoit prouvé
physiquement que leur père écoit Anglois , il n'éroic pas a
propos de les mettre en jouissance de la liberté & des droits
qui doivent appartenir à taut Anglois. L'aflcmblée penchoit
vers ce parti, lorsqu'un zéié défenseur de la chair blanche
s'avisa d'avancer que les Nègres n'étoient pas des cires de --- Page 156 ---
$6 R Et F L E X I O N S clarer libres tous les enfans qui naîtraient mulâtres. En efset, ils n'ont été mis au nombre des çfclavcs, que par une application ridicule de la
loi Romaine , Partus ventrem sequitur. Il est sinculier peut-être qu'une loi tyrannique,
établie par des brigands sur les rives du Tibre,
renouvellée par le mari d'une courtisane sur les
bords de la Propontide, fasse encore , au bout de
deux mille ans, des malheureux dans les mers de 1 Amérique. Mais enfin, cette loi ne pouvoit avoir
qu'un motif, la certitude de la mère , & l'innotre ecpèce, & de le prouver par l'autorité de Montesquieu:
alors il lut une traduction d'un Chapitre de l'Esprit des Loix
ssir lefdavage des Nègres. L'aflcniblée ne manqua point de
prendre cette ironie sanglante contre ceux qui tolèrent cet
exécrable usage, ou qui en profitent , pour le véritable avi&
de I Auteur de l'Esprit des Loix ; & les mutârres de la Jamaïque relièrent dans l'oppression. Cette anecdote m'a été
certifiée par M. d'Hele , Officier Anglois 3 connu en France
par plusieurs Pièces de Théâtre. Chez les habirans des Philippines 3 les enfans naturels des
femmes enclaves naissent libres , & la mère le devient. A
l Isle-de France , l'un & l'autre sont esclaves. M. le Gentil
y a vu avec horreur des pères vendre leur propre enfant
avec la mère. Le Gentil , Voyage dans les mers de l'Inde,
tom. i , pag. 71. Voyez ce qu'il dit dans le même volume.,
des habitans de Madagascar •, c'est un nouveau déclamateur , dont il saut augmenter la liste de ceux qui ne trouvent pas que l'esclavage des Nègres soit une invention fort
juste-, fort humaine & fort utile. --- Page 157 ---
SUR L'ESCLAVAGE BES NEGRES. 11 certitude du père. Ici, le père est aussi certain
que la mère ; on sait qu'il est blanc, & libre
par conséquent. La maxime Partus colorem sequitur i paroît donc bien plus juste ; & ( puisqu'il
faut toujours citer quelques axiomes de droit ) plus conforme à cette règle si ancienne , que, -
dans les cas douteux , la décision doit pencher
vers la douceur & en faveur de l'opprimé.
CLAVAGE BES NEGRES. 11 certitude du père. Ici, le père est aussi certain
que la mère ; on sait qu'il est blanc, & libre
par conséquent. La maxime Partus colorem sequitur i paroît donc bien plus juste ; & ( puisqu'il
faut toujours citer quelques axiomes de droit ) plus conforme à cette règle si ancienne , que, -
dans les cas douteux , la décision doit pencher
vers la douceur & en faveur de l'opprimé. Nous ne voyons à cette loi , juste en ellememe , qu un seul inconvénient , les traitemens
barbares dont on accableroit les Négresses ioup—
çonnées de porter dans leur sein un enfant inqtile a leur maître , les cruautés qu'on exerceroit
sur celles qui auraient été convaincues de ce
crime, & la nécessité d avoir un établissement
public pour ces enfans. * L 'affranchissement de tous les enfans à naître, noirs on mulâtres , a les mêmes inconvénient
A la vérité , dans ce cas, l'intérêt bien entendu
des maîtres ne serait pas d'empêcher de naître
des gens dont les bras doivent un jour leur devenir utiles mais cette idée de se réservçr , pour »
un temps éloigné, un homme dont il faudrait
payer le salaire , frapperait moins un colon , que
la perte du travail des Negressès grosses : ainsi ces
loix justes, didées par 1 humanité , deviendroient
une source de crimes. Nous proposerons donc , non d'affranchir les
Nègres a naître au moment de leur naissance ? --- Page 158 ---
38 RÉFLEXIONS mais de laissèr aux maîtres la liberté de les clever, & de s'en servir comme esclaves, à condition qu'ils deviendront libres à l'âge de trentecinq ans *, le maître étant obligé , à cette époque
de liberté , de leur avancer les vivres, l'entretien pour six mois , & une pension alimentaire
pour la vie , s'ils sont estropiés , ou jugés hors
d'état de travailler par un médecin chargé de
cette inspection. Si le maître refusoit de se char- 00
ger de l'enfant, il seroit déclaré libre , & porté
à un établissement public. La mère seroit transportée au même établissement avant l'époque de
ses couches , & y resteroit une année après l'accouchement : terme auquel on fixerait le temps
nécessaire pour allaiter son enfant. Cette perte
de travail seroit un petit sacrifice que les colons
feraient à l'humanité , & une bien foible compensation pour tant d'outrages. On auroit sans doute tout lieu de craindre
que les maîtres qui ne voudroient pas se charger
d'enfans, ne siflent avorter les Négresses, à force
* de travaux ou de mauvais traitemens. On peut
diminuer ce danger, en ordonnant, chaque deux
mois , une visite dans toutes les habitations.
Cette vif1re faite par un médecin ou un chirurgien accompagné d'un homme public , con(tateroit l'état de grossesse de chaque Négresse.
Dans le cas où l'avortement auroit lieu, si les
gens de l'art destinés à cette fonction , étant ap-
siflent avorter les Négresses, à force
* de travaux ou de mauvais traitemens. On peut
diminuer ce danger, en ordonnant, chaque deux
mois , une visite dans toutes les habitations.
Cette vif1re faite par un médecin ou un chirurgien accompagné d'un homme public , con(tateroit l'état de grossesse de chaque Négresse.
Dans le cas où l'avortement auroit lieu, si les
gens de l'art destinés à cette fonction , étant ap- --- Page 159 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 39 Reliés à temps, le jugeoient produit par la fatigue
ou par les mauvais traitemens, la Négressè seroit
guérie aux dépens du maître , déclarée libre , le maître condamné à lui payer des alimens,
soit pour le temps où il sera jugé qu'elle est hors
d'état de travailler &r pour six mois de plus;
soit pour la vie , si ses infirmités sont incurables.
Si l'on ne représentoit point l'enfant d'une Négreffe inscrite parmi les femmes grosses , & que
le médecin n'ellt pas été appellé pour constater
la naissance de l'enfant ou l'avortement, la Négresse seroit déclarée libre. Il n'y auroit point
d'injustice dans cette loi, le législateur ayant nonseulement le droit , mais étant obligé par la
justice , de détruire tout esclavage. L'affranchissement d'une Négresse fait sans motifs, ou même
en vertu d'une erreur , est toujours une chosë
jufle. Le maître est dans le cas d'un homme à
qui l'on auroit permis de voler sur un grand
chemin toutes les femmes qui ne seroient pas
grosses, & à qui on feroit restituer ce qu'il a
volé à l'une d'elles, parce qu'on se seroit trompé
sur son état. Quant aux alimens exigés du maître,
quelle que soit la cause de l'état d'infirmité où
se trouve un esclave , il est de l'exacte justice
d'obliger le maître à lui donner des alimens ,
parce que l'on peut toujours supposer que si l'eCclave eût été libre & qu'il ftÎt né de parens libres,
il etÎt pu épargner ou hériter un pécule suffisant
pour subvenir à 1es besoins. --- Page 160 ---
4'Ô RÉFLEXION^ On déclarerait libres à quarante ans les Nègres
qui seroient au-dessous de quinze ans au moment
/ de la publication de la loi. Quant à ceux qui
seroient alors au-dessus de quinze ans ; du moment où ils auroient atteint cinquante ans , il
leur seroit demande, à une visite generale faite
deux fois chaque année , ce qu'ils préfèrent, ou
de rester chez leur maître , ou d'entrer dans un
établissement public, dans lequel ils seroient nourris i & s'ils choisissènt cette maison, leur maître à
qui a profité du travail de toute leur vie, seroit
obligé de payer une pension annuelle, fixée par
la loi. Cette condition ne seroit pas injuste à
l'égard du maître : après avoir exercé pendant
cinquante ans une injustice horrible sur ces malheureux y après avoir profité plus de trente ans
de leur travail , il leur doit 4 en vertu du droit
dé la Nature , &: indépendamment de toute loi ^
non seulement la nourriture mais un dédommagement. Cependant, nous respectons trop l'avarice des maîtres pour rien demander au-delà
de là plus simpie nourriture.
ée par
la loi. Cette condition ne seroit pas injuste à
l'égard du maître : après avoir exercé pendant
cinquante ans une injustice horrible sur ces malheureux y après avoir profité plus de trente ans
de leur travail , il leur doit 4 en vertu du droit
dé la Nature , &: indépendamment de toute loi ^
non seulement la nourriture mais un dédommagement. Cependant, nous respectons trop l'avarice des maîtres pour rien demander au-delà
de là plus simpie nourriture. On pourrait craindre que ce changement ne
rendît plus dur le sort des Nègres actuellement
el'claves » ainsi il faudrait y pourvoir par une autre
disposition de la loi. Dans les visites faites chaque
deux mois, tout Nègre sur le corps duquel le medecin trouveroit des marques de mauvais traitemens,
seroit déclaré libre i tout Nègre malade , & qui
manqueroit --- Page 161 ---
- SUR L'ESCLAVAGE DES NACRES. 41, D manquerait des secours nécessaires , d'après l'examen du médecin, ferait déclaré libre, tranlporté
hors de l'habitation , guéri aux dépens du maître,
& nourri a ses frais , julqu'à ce qu'il fût en état
de travailler. En général , la pension de tout
Nègre hors d'état de travailler, seroit toujours,
ou pour tout le temps que peut durer son infirmité , ou pour la vie, s'il est afiez malheureuæ
pour que Ion infirmité ne. puisse avoir d'autre
terme. Si le Nègre déclaré libre est encore enfant 3 ou s'il est au-dessus' de quarante-cinq ans,
le maître sera condamné à lui payer chaque année la femme que peut valoir la nourriture d'un
Ncgre, ou jusquà l'âge de quinze ans, ou jusqu'à sa mort. Nous ne parlons , dans ce dernier article ,
que des Noirs qui peuvent rester esciaves à perpétuité , & de leurs en sans. Les esclaves engagés
jusqu'à trente-cinq ans , sont des citoyens capables d'avoir action devant les tribunaux , pour
forcer leurs maîtres à tenir les conventions faites
en leur nom par la loi. ou les faire punir de les
avoir violées ; ils peuvent donc demander également justice pour leurs enfans. Ainsi , non-seulement il faudrait que cette classe de Nègres
obtînt la liberté & les dédommagement dans le
même cas que les autres ; mais on ne pourrait
leur ôter le droir d'appeler leurs maîtres devant
les tribunaux lorsqu'ils se croiroient léiés. Ea
ux , pour
forcer leurs maîtres à tenir les conventions faites
en leur nom par la loi. ou les faire punir de les
avoir violées ; ils peuvent donc demander également justice pour leurs enfans. Ainsi , non-seulement il faudrait que cette classe de Nègres
obtînt la liberté & les dédommagement dans le
même cas que les autres ; mais on ne pourrait
leur ôter le droir d'appeler leurs maîtres devant
les tribunaux lorsqu'ils se croiroient léiés. Ea --- Page 162 ---
42 RÉ FLEXIONS effet, ils ne sont point réellement esclaves ; nt
iae sont que des domestiques engagés à temps. On réglerait pour eux une forme de mariage,
pour laquelle, pendant le tems de l'engagement,
le consentement du maître seroit nécessaire, si
les deux époux n'étoient pas sur son habitation,
ou que l'un d'eux fût esclave non engage. La
naissance , la mort de chaque Nègre , seroit
constatée légalement ; tout Nègre que l'on trouverait dans une habitation sans que sa naitlance
f(k constatée , feroit déclaré libre. Si un Nègre,
homme ou femme , a disparu sans que le maître
puisse prouver qu'il a pris la fuite , l'officier
public délivrera , à son choix, deux esclaves du
même sexe , entre vingt & trente ans ( i ). Le
maître sera tenu de nourrir les enfans des esclaves
engagés à temps, puisqu'il a profité & qu'il profite
encore du travail de leurs parens. Ces enfans
deviendraient libres à l'époque de la liberté de
leur père , &r à celle de la liberté de leur mère
si le père étoit mort esclave , ou qu'il fût de la
claire des esclaves perpétuels > on enfin, que l'eni fant fut illégitime. - (i) Il n'est peut-être pas inutile de répéter ici que cette
disposition n'est point injuste, quand même le maître seroit
innocent de la disparition de l'esclave. En effet, comme on
l'a déjà dit, ce n'est pas seulement deux esclaves, mais tous
les esclaves que le Légiflatcur a k droit, & même esi dans
l'obligation d'affranchir, --- Page 163 ---
STFR t'ESCLA v AbE DES NEGRES. 43 D ij Ce seroit à l'âge de dix-huit ans qu'on acçor-,
cderoit aux enfans mâles ou femelles des Nègres
esclaves perpétuels , le droit d'intenter une action personnelle contre leur maître. Si l'adion étoit admise, ils seroient, pendant
la durée de l'aébon, placés aux dépens du maître dans un établissement public. Il y auroit dans chaque colonie où dans chaque
fanion s un officier public > chargé spécialement
tie défendre les causes des Nègres ; &: le même
officier seroit le tuteur des Nègres esclaves , audessous de dix-huit ans, & pourroit poursuivre
les maîtres Iorsqu'il jugeroit que leur délit ne
feroit point assez puni par l'affranchissement de
ces enfans engagés > & la condamnation à leur
payer des alimens.
public. Il y auroit dans chaque colonie où dans chaque
fanion s un officier public > chargé spécialement
tie défendre les causes des Nègres ; &: le même
officier seroit le tuteur des Nègres esclaves , audessous de dix-huit ans, & pourroit poursuivre
les maîtres Iorsqu'il jugeroit que leur délit ne
feroit point assez puni par l'affranchissement de
ces enfans engagés > & la condamnation à leur
payer des alimens. Enfin , on formeront un tarif, fixant le prix
hioyen de la valeur d'un Nègre , suivant les
diffé rens âges, pour les différentes époques d'engagement; & tout Nègre qui offrirait, ou pour
qui on offriroit à son maître la somme fixée par
le tarif, seroit libre du moment où l'offre seroit
déposée chet un officier public : cet article auroit sur-tout l'avantage de délivrer les Négresses
de tout ce que la débauche & la férocicé de
leurs maîttes les exposent à souffrir. L'humanité, ou même l'incontinence, les auroit bientôt
délivrées ; car ce ne seroit point pour les faire
changer d'escla.vage , mais seulement pour, les --- Page 164 ---
44 REFLEXIONS affranchir , qu'il seroit permis de les racheter.
Si , après avoir eu connoissance du dépôt fait
chez l'officier public , un homme détcnoit l'esclave contre sà volonté -, s'il retenoit un esclave
au-dessus du terme que la. loi a fixe a 1 e[cla vage;
alors, & dans tous les cas semblables, le maître
se feroit rendu coupable du crime de retenir un
homme libre dans l'esclavage , & devroit être
puni comme pour un vol. Cette législation n'auroit aucun des inconvéniens qu'on suppose toujours aux changemens
trop brusques, puisque les affranchiflemens ne
se feroient que peu a peu. Elle donneroit a la
fois aux colons le temps de changer insensiblement
leur méthode de cultiver > de se procurer les
moyens de faire exploiter leurs terres , soit par
des Blancs, soit par des Noirs libres ; & au Gouvernement , celui .de changer le systeme de la
police & de la législation des colonies. Il en rcsulteroit qu'en portant à cinquante ans
le terme de la fécondité des Négresses, & àsoixantecinq ans celui de la vie des Nègres » il ne res-.
teroit plus aucun esclave dans les colonies au bçut
de soixante-dix ans ; que la clasTe des Nègres
esclaves pour leur vie , finiroit au bout de cinquante ; qu'à cette époque même , celle des
Nègres engagés seroit peu nombreuse ; qu 'enfin,
après trente-cinq à quarante ans , le nombre
des Nègres esclaves seroit presque anéanti , Be --- Page 165 ---
SUR. L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 45 D iij même celui des Nègres engagés dans t'elclavage
pour un temps , réduit tout au plus au quart du
nombre actuel ( 1 ). -- (i) Au reste , on ne peut fixer ces époques que d'après
des connoissances locales & des observations suivies, sur
l'état des Nègres aux diffère ns âges & la valeur de leur
travail. Ce qu'on se propose ici, c'est 3 IQ, d'empêcher les
\ crimes des maîtres, en n'employant que de impies privations
d'un droit injure , ou des réparations exigées d'avance par
la justice ; i". de hs laisïer jouir de leurs Nègres assez
long temps , pour les dédommager du prix que l'éducation
ou l'acquisition a coûté.
, sur
l'état des Nègres aux diffère ns âges & la valeur de leur
travail. Ce qu'on se propose ici, c'est 3 IQ, d'empêcher les
\ crimes des maîtres, en n'employant que de impies privations
d'un droit injure , ou des réparations exigées d'avance par
la justice ; i". de hs laisïer jouir de leurs Nègres assez
long temps , pour les dédommager du prix que l'éducation
ou l'acquisition a coûté. Oh sait très-bien que les Colons corromproient les Juges
& les Médecins, si une telle législation devoit être établie
à perpétuité : mais le danger est beaucoup moindre quand
elle n'est que pour un temps. Au commencement ils seroierrt
animés de l'esprit dans lequel ils auroient été choisîs ; c'eH: ce
qui arrive à tous les hommes. Je répondrais même que l'on
pourroit trouver , pendant un temps plus long , des Médecins
intègres, en les choisissant, non parmi les praticiens méd'locres , mais rarmi les jeunes gens ayant la p; ssion des
sciences, & qui iroient aux colonies , moins pour faire
fortune , que pour étudier. La proposition d'affranchir deux esclaves quand il s'en
■ perdjun , peut paraître ridicule : mais on laisse au maître la
liberté de prouver que l'esclave s'est: enfui ; ricn n'empêcheroit d'admettre en sa saveur la déposition des autres erclaves ; & au fond cette loi , qui n'est que pour un temps ,
se réduit à l'application de ces principes. Pour condamner
à une autre peine le maître accusé d'avoir fait périr un
enclave, il faut une preuve complette : mais le soupçon susBst --- Page 166 ---
4^ Réflexions, ; X. Sur les, projets pour adoucir l'esclavage deç
Nègres. 3S* o u S avons proposé les loix qui nous ont.
paru les plus sures. pour détruire graduellement
l'esclavage , & pour l'adoucir tant qu'il subsistera. On pourroit imaginer que des loix semblables aux dernières seroient capables , non de
rendre l'esclavage légitime , mais de le rendre
moins barbare, & compatible, linon avec 14
justice , du moins avec l'humanité. Notis croyons de pareilles précautions insuffisantes pour adoucir l'esclavage; elles ne peuvent
être utiles qu'autant qu'elles ne seront établies
que pour un espace de temps limité , &: qu'elles
ne feront qu'accompagner un systême d'affranchiflcment. Dans les moyens que nous avons employés , la seule peine du maître est la liberté de
l'èsclave , ou tout au plus une petite pension >
& , comme nous l'avons dit, l'une 6c l'autre sont
exigibles dans l'ordre de la Justice naturelle,
cir l'esclavage; elles ne peuvent
être utiles qu'autant qu'elles ne seront établies
que pour un espace de temps limité , &: qu'elles
ne feront qu'accompagner un systême d'affranchiflcment. Dans les moyens que nous avons employés , la seule peine du maître est la liberté de
l'èsclave , ou tout au plus une petite pension >
& , comme nous l'avons dit, l'une 6c l'autre sont
exigibles dans l'ordre de la Justice naturelle, pour l'obliger à un afts auquel la justice rigoUreuse exigeroit qu'on le forçât ^ mêraç dans te cas où il seroit innocent. --- Page 167 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 47 D iv quand, même le maître n'auroit jamais abuse de
son pouvoir. Ce sont des dédommagemens uéceiïaires du tort qu'il a fait à son esclave en le
retenant dans l'esclavage : crime qui n'a pas besoin d'une information pour être constaté. Cette
nécessité de réparer le crime qu'on a commis, est
une conséquence du droit naturel, & n'a besoin
d'être ordonnée d'avance par aucune loi. AinG il
cst juste de condamner celui qui' enlève à son
semblable l'usage de la liberté , à réparer son
tort, sans qu'il ait été nécessaire de l'avertir par
aucune loi, qu'il s'expose à cette condamnation
en commettant le crime ; ou de prouver qu'il a
joint à ce premier crime, soie des outrages, soit
de mauvais traitemens. Mais pour infliger d'autres
peines que cette réparation , il faut, 10. qu'elles .
■ ayent été établies par une loi expresse, antérieure
au crime /, i°. que l'action particulière pour
laquelle on les inflige, ait été légalement prouvée.
Cependant, ces simples réparations ne seraient
pas une peine suffisante pour arrêter les violences
des maîtres. Un homme qui aura fait donner la
question à ses Nègres, qui les aura fait brûler
à petit seu , mérite des punitions d'un autre
ordre : or , pour lui infliger c'es punitions , il ne
suffit point de les établir par une loi, il faut que
le crime soit prouvé. Seroit-il juste d'admettre,
dans ce cas, le témoignage des Nègres contre
leurs maîtres ? Qudques Publicités pourroient le --- Page 168 ---
43 RÉFLEXIONS penser; ils diroiçnt : Les maîtres n ont aucun droit
d'avoir des esclaves. On consent qu'ils en ayent } à
condition que s'ils sont accuss d'un crime contre un
de leurs esclaves ils pourront être condamnés par
le témoignage des autres. C'efl librement j c'e.sl pour
se conserver le droit ,si cher à leurs yeux y de violer
tous les droits de la Nature j qu'ils s'exposent à ne
plus jouir des précautions que la loi a prises pour
défendre la fureté des citoyens. Qu'ils affranchissent
leurs esclaves j qu'ils soient justes j & la société le
fera avec e ,x. Nous croyons qu'on peut opposer
à1 ce raisonnement, non-seuiement l'injustice d'une
telle loi , qui suit évidemment des principes que
nous avons établis , page 7 , mais l'encouragement qu'elle donneroit aux vices des esclaves.
D' un autre côté , si on n'admet pas le témoignage des Nègres, toute preuve de délits commis par le maître , devient impofilble : d'où il
résulte que dans l'hypothèse d'une servitude durable , il n'y a aucun moyen juste &: légal de
pourvoir à la sureté des esclaves.
évidemment des principes que
nous avons établis , page 7 , mais l'encouragement qu'elle donneroit aux vices des esclaves.
D' un autre côté , si on n'admet pas le témoignage des Nègres, toute preuve de délits commis par le maître , devient impofilble : d'où il
résulte que dans l'hypothèse d'une servitude durable , il n'y a aucun moyen juste &: légal de
pourvoir à la sureté des esclaves. D'ailleurs 3 toute loi qni tendra à adoucir l'efc
- clavage , tombera en désuétude. Les hommes
chargés de veiller à son exécution, iront- ils poursuivre le colon dont ils veulent épouser la fille ,
avec qui ils passent leur vie , pour soulager de
misérables Nègres ? A-t-on vu quelque part le .
pauvre obtenir justice contre le riche, toutes les
fois qu'il n'y a pas plus à gagner à poursuivre --- Page 169 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 49 le riche qu'à se laiuer corrompre ? A-t-on vu
dans quelqu'Etat policé le foible obtenir justice
contre 'le fort ? Plus la loi seroit sévère contre
le maître, moins elle seroit exécutée. Les hommes ( s'il peut être permis de leur
donner ce nom ) les hommes qui osent assurer
que l'esclavage des Nègres est nécessaire ne
manquent guère d'ajouter à leurs ouvrages un
petit projet de loix , pour adoucir le sort des
malheureux qu'ils outragent : mais eux-mêmes
ne croient pas à l'efficacité de ces loix, 6c
ils ajoutent l'hypocrisie à la barbarie. Ils savent
bien que tout cet appareil ne sauvera pas aux
Nègres un seul coup de fouet , n'augmentera point d'une once leur misérable nourriture.
Mais, colons eux-mêmes, ou vendus aux colons,
ils veulent du moins endormir les Gouvernemens,
arrêter le zèle de ceux des gens en place dont
l'ame ne s'est pas dégradée au point de regarder
comme honnête tout ce qu'il est d'usage de laisser
impuni. Ils semblent craindre , tant ils font honneur à leur siècle ! que les Gouvernemens n'ayent
pas assèz d'indifférence pour la justice, & que
la raison & l'humanité n'ayent trop d'empire. Les loix même que nous avons proposées,
quelque douces qu'elles soient , ne seroient pas
exécutées si elles étoient perpétuelles, si elles exigeoient d'autres preuves qu'une simple inspection , ou l'avis d'un médecin. Ce n'estpas au
') --- Page 170 ---
50 RÉFLEXIONS hasard que nous avons fait dépendre d'un homme
de cet état, l'exécution de cette partie des loix ;
c'est dans cette classe seule qu'on peut espérer
de trouver dans les colonies de l'humanité, de
la justice , des principes de morale. Les magistrats , les employés des différentes Puissances,
sont tous des hommes qui vont chercher aux
Isles une fortune à laquelle ils ne peuvent prétendre en Europe ( i ). S'ils ne sont pas des intriguans déjà déshonorés , du moins ils sont tirés
de cette classe d'hommes avides , remuans &c
sans moyens, qui produit les intriguans.
;
c'est dans cette classe seule qu'on peut espérer
de trouver dans les colonies de l'humanité, de
la justice , des principes de morale. Les magistrats , les employés des différentes Puissances,
sont tous des hommes qui vont chercher aux
Isles une fortune à laquelle ils ne peuvent prétendre en Europe ( i ). S'ils ne sont pas des intriguans déjà déshonorés , du moins ils sont tirés
de cette classe d'hommes avides , remuans &c
sans moyens, qui produit les intriguans. Quelques officiers François ont apporté dans (1' Tout homme né Cans bien , & qui acquiert une grande
fortune, est nécessairement un homme avide., peu délicat
sur les moyens d'acquérir , qui a sacrifié son plaisir & so&
repos à son avarice : plus les moyens de s'enrichir lui ont
coûté de soins ; plus il a été obligé de s'occuper d'affaires
dargent ; plus il est certain que l'amour des richesses est sa
passion dominante. Or les ames attaquées de cette passion
peuvent prendre le marque de toutes les vertus , & même
du désintéressement ; mais elles n'en ont réellement aucune.
Si vous n'avez besoin que d'une probité commune , on en
trouve dans tous les états , dans toutes les fortunes ; mais
si vous exigez quelque chose de plus , ne le cherchez jamais
parmi les hommes qui , ayant passé de l'indigence à uno
fortune médiocre pour leur état ne s'y sont pas arrêtés. Nous ue parlons point ici des hommes qui doivent l'augmentation de leur fortune à l'économie. --- Page 171 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. < R les colonies une ame pure ; mais plus occupés
du militaire que des loix, faciles à se laisser séduire par l'hypocrisie des colons , révoltés de la
corruption des Nègres, qui sa vent moins cacher
leurs vices, & trop peu philosophes pour sentir
que cette corruption n'est qu'une raison de plus
pour les plaindre & pour haïr leurs tyrans ; liés
avec ces tyrans par le sang, par l'intérêt, par
l'habitude, ils ont „ou cédé au préjugé qui fait
croire l'esclavage nécessaire, ou manqué du courage qu'il faut avoir pour s'occuper des moyens
de détruire la servitude des Nègres. Tel ne craint
point la mort, qui craint de déplaire à ceux donc
il est entouré. Tel brave le canon dans une bataille , qui n'osera braver des ennemis secrets,
accoutumés à se jouer de l'humanité. Si les Prêtres
chrétiens établis dans les Isles connoissoient les
principes de leur religion ; s'ils avoient le courage de les suivre dans la pratique, les miniftres du saint Evangile recevroient-ils les colons
à la sainte Cène ? Les Prêtres de l'éçlise Ro^
maine les admettroient-ils à l'Eucharistie ? leur
donneroient-ils l'absolution ? Est-ce que les colons , po{fedant des esclaves, ne sont pas des
pécheurs publics, des hommes souillés d'un crime
public qu'ils renouvellent tous les jours ( i ) ?
ient le courage de les suivre dans la pratique, les miniftres du saint Evangile recevroient-ils les colons
à la sainte Cène ? Les Prêtres de l'éçlise Ro^
maine les admettroient-ils à l'Eucharistie ? leur
donneroient-ils l'absolution ? Est-ce que les colons , po{fedant des esclaves, ne sont pas des
pécheurs publics, des hommes souillés d'un crime
public qu'ils renouvellent tous les jours ( i ) ? (i) Quoique Ministre d'une autre communion, nous
çroyons devoir rendre justice à un moine François , de --- Page 172 ---
5* , RÉFLEXIONS Parmi les médecins qui passent la mer , il y
en a un grand nombre qui n'ont été entraînés
que par l'envie de voir de-s choses nouvelles ;
& si le Gouvernement les choisit avec soin , il
peut trouver parmi eux de véritables amis de
l'humanité. Il suffiroit ensuite d'avoir dans chaque
colonie un défenseur de la cause des Nègres ; &
alors l'on pourroit se flatter que les loix en leur
faveur sèroient exécutées.. Cette dernière condition seroit-elle impossiblé à remplir? & ne trouveroit-on pas, dans toute l'Europe , une dou-
-zaine d'hommes qui n'aimassent point l'or, &
qui ne craigniflent point le suc de manioc ? D'ailleurs, en supposant que les colons trouvaffènt des moyens d'éluder , en grande partie,
les loix que nous avons proposées, du moins la
durée de l'esclavage ne peut se prolonger audelà de soixante-dix ans. La loi qui permettroit
aux Nègres d'acheter leur liberté, & aux hommes libres de racheter les Nègres suivant un tarif;
la loi qui déclarerait libres les Nègres à un cerl'Ordre des Frères Prêcheurs, Il n'a point suivi l'exemple de
se s confrères, soit évangélistes , soit romains ; & dans un
Ouvrage publié, il y a quelques années, sur la colonie de
Saint-Domingue , il a eu le courage de présenter un tableau
vrai de l'horrible barbarie exercée contre les Nègres , & une
réfutation des calomnies que leurs maîtres s'occupent d'accréditer contre eux en Europe. --- Page 173 ---
SUR. L'ESCLAVAGE DES . NEGR.ES. f ? tain âge ; celle qui afFranchiroit leurs enfans avec
eux ; toutes ces dispositions ne peuvent être éludées que par une prévarication ouverte de la
part des juges ; &: le crime que commettroit le
colon en retenant des Nègres libres , pourrait
être prouvé par des preuves juridiques , sans
avoir recours ni aux témoignages des Noirs,, ni
aux dépositions, plus suspectes encore, des Blancs.
Ainsi , du moins les maux que les autres dispositions de la loi n'auront pu empêcher , auront
un terme ; le nombre des Nègres esclaves , &
par conséquent le nombre des crimes, diminueroit chaque année ; & les loix d'adoucissement
ne sauvaflent-elles qu'une seule victime , elles
auroient encore produit un grand bien. En un
mot- , si l'esclavage resle perpétuel , l'appareil
d'une législation douce en faveur des Nègres,
peut produire un bien momentané &r foible j
mais le mal demeure éternel. Ici, au contraire,
c'est le bien qui sera éternel ; & le défaut d'exécution dans la loi, peut rendre les progrès du bien
plus ou moins lents, mais non les arrêter.
ime , elles
auroient encore produit un grand bien. En un
mot- , si l'esclavage resle perpétuel , l'appareil
d'une législation douce en faveur des Nègres,
peut produire un bien momentané &r foible j
mais le mal demeure éternel. Ici, au contraire,
c'est le bien qui sera éternel ; & le défaut d'exécution dans la loi, peut rendre les progrès du bien
plus ou moins lents, mais non les arrêter. --- Page 174 ---
54 RÉFLEXIONS XI. De la' culture après la dejlruclion de l'esclavage. Ï L faut considérer ici séparément la culture par
* les Nègres libres, &: la culture par les Blancs
libres. En effet, il y aura nécessairement dans
chaque colonie , pendant les premiers temps *
deux peuples , dont la nourriture , les habitudes
& les mœurs seront différentes. Au bout de quel-'
ques générations , à la vérité , les Noirs se confondront absolument avec les Blancs , & il n'y
aura plus de différence que pour la couleur ; le
mélange des races fera ensuite disparoître , à la.
longue , même cette dernière différence. Les Nègres esclaves tirent en général la plus
forte partie de leur nourriture, de terreins qu'on
leur abandonne pour les cultiver. La même quantité
de terrein les nourriroit libres comme enclaves.
On fournit, de plus, au Nègre esclave quelques
alimens tirés de dehors, quelques vêtemens, & lé
terrein où il se construit une chaumière. Il faudroit
que le Negre libre pût sur son salaire, se procurer un équivalent. Le Nègre esclave a coûté à son
maître le prix de sa valeur ; le Nègre libre ne lui a
rien coûté : mais il faut que son salaire soit suffisant
pour entretenir sa famille. Ces deux objets pcu-' --- Page 175 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES, NEGRES. ✓ J
tent le compenser. Én effet, dans l'ordre naturel
un homme & une femme produisent un garçon
& une fille ; or la somme que coûte la nourriture d'un garçon &: d'une fille jusqu'au temps où
ils peuvent gagner leur subsistance par le travail,
jointe à ce qu'a pu coûter la nourriture des ensans de la même famille qui sont morts en bas
âge, doit être égale ou inférieure à la somme
que coûte un Nègre ou une Négresse ; sans quoi,
il y aurait plus d'avantage à acheter des Nègres
qu'à en élever ; ce qui n'est pas. S'il faut que le
Nègre libre gagne de quoi secourir ses parens
dans la vieillesse, ou épargner une ressource pour
la tienne , il faut que le maître npurrisie le vieux
Nègre. La culture par des Nègres libres n'est
donc pas nécessairement plus chère que par des
esclaves ; elle ne l'est , comme nous l'avons dit y
que parce que le partage du produit brut se fait,
dans l'état de liberté , en vertu d'une convention libre > & dans l'esclavage , au gré de l'avarice du maître : que dans l'état de liberté, c'est
la concurrence réciproque des travailleurs & des
propriétaires, qui fixe le prix des salaires, & non
le calcul que fait l'avidité de l'état de détresse
où l'on peut réduire un homme , sans diminuer
en plus grande proportion la quantité de travail
qu'en peut obtenir de lui à coups de fouet. Mais
il ne faut pas s'imaginer que la différence de
prix entre les deux cultures, soit aussi grande
qu'on le croiroit d'abord.
de liberté, c'est
la concurrence réciproque des travailleurs & des
propriétaires, qui fixe le prix des salaires, & non
le calcul que fait l'avidité de l'état de détresse
où l'on peut réduire un homme , sans diminuer
en plus grande proportion la quantité de travail
qu'en peut obtenir de lui à coups de fouet. Mais
il ne faut pas s'imaginer que la différence de
prix entre les deux cultures, soit aussi grande
qu'on le croiroit d'abord. --- Page 176 ---
<6 R É F t E X 1 0 N S 1 Les terres abandonnées aux Nègres pour
leur nourriture , sont mal cultivées , & elles le
feroient mieux si elles leur étoient affermées
comme à des colons libres. 20. La maniera d'exploiter les terres changeroit à l'avantage du propriétaire ; il ne seroit
plus obligé de faire valoir par lui-même. Les
dépenses de la fabrique du sucre , les embarras
de la vente , les avaries, ne seroient plus lupportés directement par lui , mais par des fermiers , des manufacturiers , des commerçans ,
polir qui les dépenses de ce genre sont toujours
bien moins considérables, & qui laiiferoient aux
propriétaires une partie de ce qu'ils gagneroient
sur ces objets. Dans ce systême d'exploitation,
il y auroit des hommes intéresses à perfectionner
la culture , la fabrication des denrées ; & le profit qui résulteroit du progrès de ces arts, finiroit
toujours par produire une augmentation de revenu pour le propriétaire. 3 °. Les habitations seroient partageables ; elles
pourroient être affermées ou aliénées par parties ;
leur propriété pourrait devenir le gage des créanciers ; & ce changement seroit à la fois un trèsgrand bien pour les familles des colons , & la
source d'un meilleur emploi des terreins. Ces avantages seroient lents ; mais en suivant
la marche lente d'affranchissement que nous avons
proposée , les pertes des propriétaires seroient
aussi --- Page 177 ---
sur. L'ESCLAVAGE DES NegRes, 57 E aussi successives, & cette perte seroit moindre
qu'ils ne l'imaginent. La plupart des Nègres
affranchis se loueroient à bon marché , parce
que la plupart ne pourroient -être employés a
autre chose qu'a la culture , •& que tous pouvant y être employés, ils seroient toujours dans
le cas des simples journaliers, dont par-tout le
salaire , par cette même raison , ne peut s'élever
au-dessus de ce qu'exige le simple nécessaire.
D'ailleurs, d'après des calculs qui nous ont été
communiqués par un homme exact, nous avons
jugé que la valeur des Nègres employés sur une
habitation , est à-peu-près égale au tiers du prix
de cette habitation. Supposons donc que l'effet
de notre législation soit de diminuer d'un tiers
le revenu du maître : elle ne le diminuera que
de la valeur des Nègres ; c'est a dire , de la valeur en argent du tort qu'il leur a fait en les
privant de leur liberté. Il ne sera donc privé
que de ce qu'il a usurpé par un crime ; -il n'aura
réellement rien perdu > &r par conséquent, si la
perte reste au-dessous du tiers, le colon aura réellement gagné au changement d'administration.
législation soit de diminuer d'un tiers
le revenu du maître : elle ne le diminuera que
de la valeur des Nègres ; c'est a dire , de la valeur en argent du tort qu'il leur a fait en les
privant de leur liberté. Il ne sera donc privé
que de ce qu'il a usurpé par un crime ; -il n'aura
réellement rien perdu > &r par conséquent, si la
perte reste au-dessous du tiers, le colon aura réellement gagné au changement d'administration. Quant à la culture par les Blancs, 1°. Les colons pourroient établir sur leurs
habitations des familles blanches , moyennant
des engagemens semblables à ceux qui se font „
dans les colonies Angloises de l'Amérique septentrionale. --- Page 178 ---
58 RÉFLEXIONS 20. Les Gouvernemens à qui il relie encore >
dans les Isles Françoises & Espagnoles , des terreins dont ils peuvent disposer , pourroient y
établir des familles de Blancs , en divisant ces
terreins en petites propriétés. Dans les premiers
temps il seroit nécessaire , pour les travaux sur
le sucre ou l'indigo, de s'arranger avec un négociant pour l'établissement d'un moulin ou d'une
indigoterie publique. 3 °. En France on pourroit permettre aux Protestans d'acquérir des habitations, avec la liberté
de l'exercice de leur religion dans chaque habitation ou canton formé de plusieurs habitations,
qui occuperoit cent hommes, à la condition que .
ces cent, hommes , Blancs ou Noirs, seroient
libres. On pourroit permettre aux Juifs , aux
mêmes conditions , d'acquérir des habitations ,
& d'y faire les cérémonies de leur culte. Les Anglois &: les Hollandois pourroient accorder aux
Juifs les mêmes avantages. Les Isles à Nègres
d'Amérique ou d'Afrique, étant alors le seul pays
fournis à un Gouvernement modéré , où un Ji^f
pût avoir une vraie propreté territoriale , cette
offre pourroit les séduire ; la condition de ne
cultiver que par des hommes libres, ne les effrayeroit pas , parce qu'il se trouve parmi eux un
grand nombre d'individus pauvres & laborieux,
qu'ils {ont naturellement sobres & économes, &
qu'il ne seroit pas difficile à des Juifs riches , --- Page 179 ---
SUR L'ESCLAVAGE DFS NEGRES. 59 E ij rétablir des peuplades sur des terres divisées
entre des familles , auxquelles ils avancer oient
les premiers frais de culture & de transport , &
avec lesquelles ils partageroient le produit : on
pourrait même , pour augmenter la facilite , ne
les obliger qu'à affranchir , chaque année , le
sixième des enclaves, perpétuels ou pour un temps,
qu'ils trouveraient dans une habitation déjà établie. On entendroit par là le sixième du nombre
des Nègres ou Négresses en état de travailler ,
qui se trouveroient la première année dans l'habitation , chaque famille emmenant avec elle ses
•enfans au dessous de quinze an s; par ce moyen,
1 affranchissement seroit encore très-prompt, &
en même temps -on donneroit au propriétaire un
grand intérêt de conserver ses Nègres, puisque
la totalité des morts seroit en pure perte pour lui. A la vérité ces derniers moyens ne seraient
point employés par les Espagnols. La position de
î'Espagne, l'étendue & la nature de son sol,
la finesse & l'élévation d'esprit , la force & la
grandeur d-ame , qualités naturelles à ses habitans, en auraient dû faire une des premières nations du globe. Mais quel espoir reflet-il à ce peuple infortuné, chez qui le restaurateur d'une province est condamné juridiquement à demander pardon aux moines du bien
qu'il a fait aux hommes ; où toute vertu publique est dangereuse ; où il n'y a de sureté que
l'étendue & la nature de son sol,
la finesse & l'élévation d'esprit , la force & la
grandeur d-ame , qualités naturelles à ses habitans, en auraient dû faire une des premières nations du globe. Mais quel espoir reflet-il à ce peuple infortuné, chez qui le restaurateur d'une province est condamné juridiquement à demander pardon aux moines du bien
qu'il a fait aux hommes ; où toute vertu publique est dangereuse ; où il n'y a de sureté que --- Page 180 ---
60 RÉFLEXIONS pour ceux qui s agenouillent devant un capu~
chon, à moins qu'ils ne prennent remploi d'espions 8c de satellites du Saint Office ; où cet infâme metier ne déshonore plus} où les généraux
d armees 5 les commandans des flottes n'oient
lire dans leurs tentes ou sur leurs bords, que les
livres qu il plaît a leur aumônier de leur laisser ?
Qu espérer pour une nation réduite à cet état,
& réduite par les moines au point de conserver
encore san orgueil, & de ne sentir ni son avilissement , ni ses malheurs ? Heureuse l'Espagne
& l'Europe entière , si Charles - Quint , au-lieu
d'écouter la faussè politique qui lui conseilla de
troubler l'Europe pour des querelles religieuses,
en le flattant d'élever par-là sa puissance sur les
débris de ses voisins} eût pris pour guide une
raison plus éclairée , une politique plus saine:
s'il n'eût vu dans Luther & ses disciples (i) ,
que des réformateurs de l'église, occupés d'en (i) On ne peut nier que les premiers réformateurs n'ayent
can(ervé, en grande partie , l'esprit fanatique & persécuteur de l'Eglise Romaine. L'assassinat juridique de Servet,
machiné de sang-froid par Calvin j l'apologie que Bèze en
publia , dans le temps même où la France étoit couverte
d'écbafauds dressés pour les Calvinistes ; les supplices préparés en Angleterre aux Anti-Trinitaires : tous ces crimes
ont déshonoré la naissance de la réformation. Mais il ne
faut pas oublier que ce Luther, si violent dans ses Ecrits ,
£ emporté d:ns sa conduite, ne persécuta personne ; que --- Page 181 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 61 E iij épurer le dogme, d'en corriger les abus, & d'eu
arrêter les usurpations ; des hommes, en un mot,
dont, pour le bonheur des peuples, comme pour
rintérêt des Souverains, les Nations 8c les Rois
devoient se faire un devoir de diriger le zèle, &,
de seconder le courage (*J. X 1 L Réponse à quelques raisonnemens des partisans de
l'esclavage. Si ces réflexions obtiennent l'approbation des
csprits droits, des ames saines, l'auteur sera plus
que récompensé. Mais il ne peut croire sa tâche
terminée, sans avoir répondu à quelques raisonnemens d'autant plus faits pour séduire ceux
qui ne réfléchiflsent pas, .qu'ils portent avec eux
Fair de la bonhommie , & de cette bonne opinion de l'espèce humaine , qui est' devenue si Mélan&on prêcha la tolérance & la paix; que Zwingle,
qui mourut en combattant pour Ton pays, eut le courage1 de s'élever publiquement dans ses sermons contre cet indigne usage, si ancien parmi nos compatriotes, de vendreleur sang pour des querelles étrangères.
duire ceux
qui ne réfléchiflsent pas, .qu'ils portent avec eux
Fair de la bonhommie , & de cette bonne opinion de l'espèce humaine , qui est' devenue si Mélan&on prêcha la tolérance & la paix; que Zwingle,
qui mourut en combattant pour Ton pays, eut le courage1 de s'élever publiquement dans ses sermons contre cet indigne usage, si ancien parmi nos compatriotes, de vendreleur sang pour des querelles étrangères. (*) M. Schwartz parle ici fuivact les sèntîmens de las
communion. (Note de l'Editeur.) --- Page 182 ---
êt REFLEXIONS à la mode , parce qu on a trouve très-commode
de dire que le mal n'est pas dans ia Nature, pour
être dispensé de l'empêcher ou de le réparer. Après tout, dit on , les Nègres ne sont pas si
maltraités que l'ont prétendu nos déclamateurs
philosophes ; la perte de la liberté n est rien pour
eux. Au fond, ils sont même plus heureux que
les paysans libres de l'Europe. Enfin , leurs maîtres étant incereOes à les conserver, ils doivent
les ménager, du moins comme nous ménageons.
les bêtes de somme. Eh ces quatre alertions , aucune n'est vraie.
Les Nègres /ont. beaucoup plus maltraités qu'on
ne 'le croit en Europe : j'en juge , non par les
livres qu'impriment leurs maîtres, mais par les
aveux qui leur échappent ; j'en juge par le témoignage d'hommes respectables, que ce spectacle
a remplis d'horreur. Je ne prends pas l'indignation qu'ils montrent pour de la déclamation ,
parce que je ne crois pas qu'un homme doive
parler froidement d'excès qui révoltent la nature.
Suivant le principe qu'adoptent les partisans de
l'esclavage , tout homme qui a de l'humanité .
qui possede une ame forte ou sensible , devient
indigne de toute croyance , & l'on ne doit accorder là confiance qu'à des hommes assez froids &
afïez vils, pour qu'on soit bien sur que quelque
horreur qu'on .exerce en leur présence , jamais
leur ame n'en sera troublée. Je crois enfin ceux --- Page 183 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 65 E iv qui ont décrit les horreurs de l esclavage des
Nègres, parce qu'ils sont exempts d intérêt, parce
qu'on n'en peut avoir aucun (d ignoble du moins)
a combattre pour les malheureux Noirs. Je rejette
au contraire le témoignage de ceux qui défendent la cause de l'eschvage , qui proposent de
l'adoucir par des loix , lorsque je vois qu'ils ont
ou qu'ils espèrent des emplois par le crédit des
colons, qu'ils ont eux-mêmes des esclaves , qu 'enfin, ils ont été dans les Isles ou les protecteurs, ou
les complices de la tyrannie & je doute qu'en
puisse citer en faveur de l'esclavage, le témoignage d'aucun homme tiré d'une autre classe. Malheur à une cause contre laquelle se sont reunis
tous ceux qui nont point un intérêt personnel
de la soutenir! La perte de la liberté est beaucoup pour les
Nègres ; il n'y a point d'hommes pour qui elle
ne soit un grand malheur. Sans doute un Nègre
ne se tuera point, comme Caton , pour n etre
pas obligé d'obéir à César ; mais le Nègre se
tuera , parce que son maître le sépare malgré lui
de la femme qu'il aime parce qu'il la force
de se livrer à lui-même, parce qu'a l exemple
du vieux Caton , il la prostitue pour de l'argent (i). Les Nègres regrettent leurs fêtes, leurs,
hommes pour qui elle
ne soit un grand malheur. Sans doute un Nègre
ne se tuera point, comme Caton , pour n etre
pas obligé d'obéir à César ; mais le Nègre se
tuera , parce que son maître le sépare malgré lui
de la femme qu'il aime parce qu'il la force
de se livrer à lui-même, parce qu'a l exemple
du vieux Caton , il la prostitue pour de l'argent (i). Les Nègres regrettent leurs fêtes, leurs, (i) Plutarque dit que le vieux Caton défendait a ses
esclaves mâles tout commerce avec des femmes étrangères, --- Page 184 ---
64 RÉFLEXIONS danses, leur paresse , la liberté de se livrer aux
goûts , aux habitudes de leur patrie. Pour qu'un pays jouisse d'une véritable liberté,
il faut que chaque homme n'y soit sournis qu'à
des loix émanées de la. volonté générale des citoyens ; qu'aucune personne dans l'État n'ait le
pouvoir ni de se soustraire à la loi, ni de la violer impunément ; qu'enfin, chaque citoyen jouisse
de ses droits , & qu'aucune force ne puisse les
lui enlever, sans armer contre elle la force publique. L'amour de cette espèce de liberté
n'exile pas dans le cœur de tous les hommes ;
& à voir la manière dont se conduisent, dans
certains pays , ceux qui en jouissent, il n'est pas
bien sûr qu'eux-mêmes en sentent tour le prix.
Mais il y a une autre liberté, celle de disposer
librement de sa personne, de ne pas dépendre,
pour sa nourriture, pour ses sentimens , pour
ses goûts , des caprices d'un homme : i! n'est
personne qui ne sente la perte de cette liberté ,
qui n'ait horreur de ce genre de servitude; & qu'il leur permettoit, moyennant une certaine taxe,
d'avoir des tête-à-tête avec les femmes esclaves de sa n aison:
mais il ne dit pas expressement que le produit de cette taxe
fût pour Caton ; ce qui cependant est très - vraisemblable,
vû son excessive avarice. D'ailleurs, le rage Caton avoit des moeurs trop sévères
pour établir un mauvais lieu dans ct maison, s'il ne lui
en était revenu aucun profit., --- Page 185 ---
SUR. L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 6$ On dit qu'on a vu des hommes préférer l'et:
clavage à la liberté : je le crois ; c'est ainsi qu'on
a vu des François à qui on ouvroit la porte de
la Bastille, aimer mieux y rester que de languir
dans la misère & dans l'abandon. Un paysan
esclave jouit, à des conditions très-dures, d'une
maison, d'un champ ; & cette maison, ce champj
font à son maître. On lui offre la liberté 3 c'estdire, qu'on lui offre de le mettre hors de chez
lui , de lui ôter le seul moyen de subsister qui
soit en son pouvoir : il est tout simple qu'il préfère l'esclavage. Mais n'est-il pas à la fois ridicule &: atroce de soutenir qu'un homme est bien,
parce qu'il aime mieux vivre misérable que de
mourir de faim ?
res, d'une
maison, d'un champ ; & cette maison, ce champj
font à son maître. On lui offre la liberté 3 c'estdire, qu'on lui offre de le mettre hors de chez
lui , de lui ôter le seul moyen de subsister qui
soit en son pouvoir : il est tout simple qu'il préfère l'esclavage. Mais n'est-il pas à la fois ridicule &: atroce de soutenir qu'un homme est bien,
parce qu'il aime mieux vivre misérable que de
mourir de faim ? On a osé dire que les Nègups sont mieux , non
pas que nos paysans , ou ceux d'Angleterre &
de Hollande , mais que les paysans de France
ou d'Espagne. D'abord , quand cela feroit,
comme l'excessive misère de ces paysans seroit
l'ouvrage des impôts , des gênes, des prohibitions , qu'on appelle tantôt police > tantôt encouragement des manusaélures ; en un mot, des mauvasses loix , ce raisonnement se réduit à dire :
Il y a des pays où r on efl parvenu à rendre des
hommes libres plus malheureux que des esclaves ;
donc il faut bien se garder de détruire l'esclavage.
D'ailleurs, cette allégation est fausse. Elle a pu
être avancée de bonne foi par des hommes que --- Page 186 ---
611 R É l' L E X ION S les misères publiques , dont ils étoient témoins ;
a voient révolté : elle peut être le cri d'indignation
d'une ame honnête > mais jamais on n'a pu la
regarder comme une assertion réfléchie. Dans
les pays dont on parle, il y a sans celle, à la.
vérité, une petite partie du peuple qui se détruit
par la misère ; mais il est. fort douteux qu'un
mendiant soit plus malheureux qu'un Nègre ; &
si on excepte les temps de calamités ou les malheurs particuliers, la vie du journalier le plus
pauvre , est moins dure, moins malheureuse que
celle des Noirs esclaves. Les corvées seules pouvÓient mettre quelquefois une partie du peuple
de France au-dessous des Nègres. Mais enfin,
quand les paysans François seroient pendant
trente jours par année aussi malheureux que des
Nègres, s'enfuit-if que l'esclavage des Nègres ne
foit pas insupportable ? Et si l'on a osé imprimer
dans quelques brochures , que le peuple en
France est corvéable &r taillable de sa nature, en
faut-il conclure que l'esclavage des Nègres est
légitime en Amérique ? Une injustice cesre-t-elle
de l'être parce qu'il est prouvé qu'elle n'est pas
la seule qui se commette sur la terre ?
heureux que des
Nègres, s'enfuit-if que l'esclavage des Nègres ne
foit pas insupportable ? Et si l'on a osé imprimer
dans quelques brochures , que le peuple en
France est corvéable &r taillable de sa nature, en
faut-il conclure que l'esclavage des Nègres est
légitime en Amérique ? Une injustice cesre-t-elle
de l'être parce qu'il est prouvé qu'elle n'est pas
la seule qui se commette sur la terre ? On a dit encore : le colon , intéresse à conserver ses Nègres , les traitera bien , comme les
Européens traitent bien leurs chevaux. A la vérité,
on mutile les chevaux mâles ; on assujettit quelquefois les jumens à des précautions ( qu'on pré- --- Page 187 ---
. SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 67 tend que quelques colons ont adoptées pour leurs
Négresses ) ; on condamne ces animaux à passer
leur vie ou dans le travail, ou tristement attachés à un râtelier ; on leur enfonce des pointes
de fer dans) les flancs , pour les exciter à aller
plus vîte ; on leur déchire la bouche avec un
barreau de fer pour les contenir, parce qu'on
a découvert que cette partie étoit très - sensible ;
on les oblige, à coups de fouet, à faire les efforts
qu'on exige d'eux : mais il est sur qu a tout cela.
près, les chevaux sont assez ménagés ; à moins
encore que la vanité oui l'intérêt de leur maître,
ne le porte à les excéder de fatigue , & que par
humetir ou par caprice, les palfreniers ne s amusent
à les fouetter. Nous ne parlons pas de leur vieillesse , qui ressembleroit beaucoup à celle des Nègres , si , par bonheur pour les chevaux , leur
peau n'étoit bonne à quelque chose. Tel est l'exemple qu'on propose sérieusement,
pour montrer qu'un esclave sera- bien traite,
d'après ce principe, que l'intérêt de Ion maître
est de le conserver 1 comme si l'intérêt d* naître
pour l'esclave , ainsi que pour le cheval , n etoit
pas d'en tirer le plus grand parti possible , &
qu'il n'y eût pas une balance à établir entre l intérêt de conserver plus long-temps l esclave ou
le cheval , & l'intérêt d'en tirer , pendant qu ils
dureront , un plus grand profit ! D'ailleurs , un
homme n'est pas un cheval, & un homme mis --- Page 188 ---
1 68 REFLEXIONS au régime de captivité du cheval le plus humainement traité, serait encore très-malheureux. Les.
animaux ne Tentent que les coups ou la gêne;
les hommes Tentent l'injustice & loutrage. Les
animaux n ont que des besoi-ns , mais l'homme
est misérable par des privations. Le cheval ne
souffre que de la douleur qu'il ressent ; l'homme
est révolté de l'injnstice de celui qui le frappe.
Les animaux ne sont malheureux que pour le
moment présent > le malheur de l'homme dans
un instant embrasse route sa vie. Enfin, un maître
a plus d humeur contre ses esclaves que contre
ses chevaux , & il a plus de choses à démêler
avec eux. Il s'irrite de la fermeté de leur maintien , qu 'il appelle insolence , des raisons qu'ils
opposent à ses caprices, du courage même avec
lequel ils essuient ses coups & ses tortures : ils
peuvent être ses rivaux , & naturellement ils
doivent lui être préférés.
instant embrasse route sa vie. Enfin, un maître
a plus d humeur contre ses esclaves que contre
ses chevaux , & il a plus de choses à démêler
avec eux. Il s'irrite de la fermeté de leur maintien , qu 'il appelle insolence , des raisons qu'ils
opposent à ses caprices, du courage même avec
lequel ils essuient ses coups & ses tortures : ils
peuvent être ses rivaux , & naturellement ils
doivent lui être préférés. On m'obje&era enfin l'humanité des colons ?
on me dira :-des hommes distingués par leur mérite ,, honores de l estime publique, revêtus des
premières places dans quatre des principales nations de l Europe , ont des possessions cultivées
.par des esclaves ; & vous les traitez comme des
criminels qui , chaque jour qu'ils diffèrent de
travailler a briser les fers de leurs Nègres, se
fouillent d'un nouveau crime. Je réponds qu'Aristide, Epaminondas, Catou le jeune, & Marc- --- Page 189 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 6$ Aurèle , avoient des esclaves. Quiconque a réfléchi sur l'histoire de la morale , n'a pu s'empêcher de remarquer que l'honnêteté ne consiste,
dans chaque nation , qu'à ne pas faire , même
étant sûr du secret, ce qui seroit' déshonorant
s'il étoit connu du Public. Qu'une adion criminelle par elle-même ne soit pas déshonorante
dans l'opinion : on la commet sans remords..
Cette morale , dont on porte la sanction dans
le coeur , & dont la raison éclairée' dicte les
maximes s cette véritable morale de la Nature ,
n'a jamais été , chez aucun peuple , que le partage de quelques hommes. Les Européens propriétaires des colonies, sont
à plaindre d'être conduits par une fausse confcience ; & d'autant plus à plaindre, qu'elle auroit dû être ébranlée par les réclamations des
défenseurs de l'humanité, Se , ce qui est moins
excusable, que ce n'est pas contre leurs intérêts , mais pour. leur avantage que cette faussè
conscience les fait agir (i). (i) Voyez. mon Sermon sur la fausse conscience> imprimé à Yverdun en 1773. Les préjugés sur l'esclavage des Nègres sont encore si
enracinés dans certaines parties de l'Europe , qu'on y a va
des Ministres qui se piquoient d'humanité & de vertu, recevoir la dédicace d'Ouvrages où l'on faisoit l'apologie de
cette coutume barbare. Il y a même des gens. qui font
t --- Page 190 ---
70 RÉFLEXIONS Quant à l'humanité qu'on suppose aux maîtres
des Noirs , j'avoue que j'ai connu des Anglois
avage des Nègres sont encore si
enracinés dans certaines parties de l'Europe , qu'on y a va
des Ministres qui se piquoient d'humanité & de vertu, recevoir la dédicace d'Ouvrages où l'on faisoit l'apologie de
cette coutume barbare. Il y a même des gens. qui font
t --- Page 190 ---
70 RÉFLEXIONS Quant à l'humanité qu'on suppose aux maîtres
des Noirs , j'avoue que j'ai connu des Anglois de si bonne foi sur cet article, qu'un Négociant s'avisa de
proposer, il y a quelques années, à un Ministre révéré en
Europe pour Ces lumières & pour ses vertus , de donner
son nom à un vaisseau destiné à la traire des Nègres. On
sent quelle dut être la réponse du Ministre. Lorsque j'ai écrit cette note, la mort n'avoit point enlevé à sa France , à l'Europe , au monde entier , le seu!
homme peut-être dont on ait pu dire que son existence
étoit nécessaire à l'humanité. Il avoit embrassé, dans toute
son étendue . le systême des sciences, dont dépend le bonheur des hommes. Il avoit donné pour base à ces sciences
iun petit nombre de vérités simples, puisées dass la narure
de l'homme ou des choses , & susceptibles de preuves
rigoureuses. La décision de toutes les questions de droit
public, de législation, d'administration , devenoit une conséquence néeeflaire & jamais arbitraire de ces principes : il
n'avoit rien trouvé qui ne pût, qui ne dût être réglé par
les loix inflexibles de la justice , & il avoit assujéti le systême social à des loix générales & rigoureuses , comme
celles qui gouvernent le systême du monde. Il ne cherchoit point , comme les anciens Législateurs ,
à dénaturer l'homme pour le rendre plus grand ; mais il
vouloit le rendre heureux &'sage , en lui apprenant à écouter la raison , à connoître, à aimer la justice , à suivre la
nature. Si ses idées, si ses vues périment avec lui, le genre
Humain , qui n'a jamais fait de perte plus grande, n'en
llura jamais fait de plus irréparable. Dans un ministère très-court, on l'a vu assurer la subsistance du peuple, en rendant la liberté au commerce des --- Page 191 ---
SUR. L'ESCLAVAGE DES NÈGRES, 7t &£ des François très-humains ; mais ils vivoient
en Europe, & leur humanité étoit d'une foible grains ; rétablir les possejsseurs de terres dans leurs droits de
propriété , en leur rendant celui de disposer librement des
productions de leur sol , & rçftituer en même temps aux
hommes qui vivent de leur travail , la libre disposition de
leurs bras, de leur industrie ; espece de propriété non moins
sacrée, dont l'établissement des corps de métiers & leurs
règlemens les avoient privés. Il a détruit la servitude des
corvées; servitude qui place le peuple dans un état pire
que celui des bêtes de Tomme, puisqu'après tout, on nourrie
l'animal qu'on force au travail. Toutes ces loix , qui auroient suffi pour illustrer un ministère de vingt ans, ont
été l'ouvrage de vingt mois ; & ce n'étoient que les premiers
traits du plan le plus vaste, le mieux combiné qu'aucun
Législateur ait jamais conçu pour le bonheur d'une grande
nation. Les moyens de l'exécution auroient été sïmples, &
cette heureuse révolution se seroit exécutée en peu d'années, sans exposer la tranquillité publique, sans qu'il en
en coûtât rien à la justice.
vingt ans, ont
été l'ouvrage de vingt mois ; & ce n'étoient que les premiers
traits du plan le plus vaste, le mieux combiné qu'aucun
Législateur ait jamais conçu pour le bonheur d'une grande
nation. Les moyens de l'exécution auroient été sïmples, &
cette heureuse révolution se seroit exécutée en peu d'années, sans exposer la tranquillité publique, sans qu'il en
en coûtât rien à la justice. Tout ce que la fourberie peut inventer de petites ruses,
fut employé par les ennemis du bien public pour exciter
contre lui des orages. Ils réussirent au-delà de leurs efpérances ; & ces orages ne servirent qu'à faire'admÎrer davantage les talens , le courage & les vertus du grand homme
dont ils craignoient les lumières & l'incorruptible équité. Il est le seul de tous les hommes d'Etat qui n'ait eu
d'autre règle de politique que la justice , d'autre art que
de présenter la vérité avec clarté & avec force , d'autre
intérêt que celui de la patrie, d'autre passion que l'amour
du. bien, public. S'il abhorroit cette politique infâme qui --- Page 192 ---
71 RÉFLEXIONS ressource à de malheureux eselaves , livrés ert Amérique à des régisseurs. Les maîtres reflem- , trompe une nation pour augmenter la richesse ou la puifsance du Prince , la politique insidieuse qui tromperoit^le
Prince pour augmenter la liberté du peuple If étoit indigne
de son caractère. Toute charlatanerie lui paroissoit une
fourberie moins coupable peut-être que beaucoup d 'autres,
/ mais plus ridicule & plus honteuse. Il ne croyait pas que
l'amour de la gloire méritât d'être le mobile des actions
d'un homme de bien , tant que les hommes ne seraient
pas assez éclairés pour n'honorer de cette récompensc que
ce qui esi vraiment utile. Jamais homme n'a reçu une ame à-la-fois plus calme
& plus sensible , n'a réuni plus, de force à plus de bonté ;
plus d'indulgence pour les autres , à plus de sévérité pour
lui-même ; plus d'empire sur ses passions, à plus de franchise 3 plus de prudence ou de réserve, à une haine plus forte
contre tout ce qui avoit l'apparence de la fausseté Se de la
dissimulation. Il avoit sacrifié l'esperance d'une fortune immense, à son refpeét pour la vérité ; sa santé & ses goûts »
au desir de servir l'humanité 5 enfin sa place , sa gloire
même , du moins pendant sa vie, & jusqu'à l'espérance de
faire le bien , à la sévérité de ses principes. Juste envers ses ennemis , mais sans prétendre à être
généreux , il ne se croyoit point permis de faire graée à
un méchant , ou de le ménager , parce qu'il avoit à s'en
plaindre. Toute espèce d'exagération, d'ostentation étoit
étrangère à son caractère. Il avoit ces défauts en horreur,
parce qu'il croyoit y voir plus de fausseté encore que d'orgueil. Personne n'a eu des lumières plus étendues , plus varies 5 personne n'a eu le courage d'approfondir plus d'objets
blent
de faire graée à
un méchant , ou de le ménager , parce qu'il avoit à s'en
plaindre. Toute espèce d'exagération, d'ostentation étoit
étrangère à son caractère. Il avoit ces défauts en horreur,
parce qu'il croyoit y voir plus de fausseté encore que d'orgueil. Personne n'a eu des lumières plus étendues , plus varies 5 personne n'a eu le courage d'approfondir plus d'objets
blent --- Page 193 ---
SUR L'ESCLAVAGE DÈS NEGRES. 7V ' F blent à ces Souverains dont le cœur est bon >
mais au nom de qui on brûle , on brise des hommes vivans, d'un bout de leurs Etats à l'autre >
parce aire -ces Souverains ne se conduisent 'pas
d'après leur propre cœur , mais suivant les idées
qu'ils ont trouvées établies. L'humanité de la plupart des hommes se borne à plaindre les maux
qu'ils voient ou dont on leur parle , & quelquefois à les soulager ; mais cette humanité qui
cherche sur la terre entière où il existe des malheureux, pc£r les défendre & pour s'élever contre différens, n'a remonté plus loin vers les premiers princ'peà
de toutes les connoissances, n'en a suivi les conscquenceS
avec pins de sagacité & de justesse. Il seroit difficile de
' nommer une question importante sur laquelle il n'tut une
opinion arrêtée , & formée d'après lui-même , ou qu'il ne
pût résoudre d'après ses principes. Jamais homme n'a
possédé un esprit plus étendu, plus profond , plus juste,
une ame plus douce, plus pure , plus courageuse, Peut-être
a-t-il existé des hommes d'un aussi grand géhie, d'autres
aussi vertueur, aussi grands : mais jamais dans aucun la nature humaine n'a plus approché de la perfection. Ceux qui, pendant sa vie , l'ont haï à caùse du bien,
qu'il pouvoit faire j ceux qui, dans le délire de leur orgueil , ont osé être jaloux de lui, pardonneront, à présent
qu'il n'est plus à craindre , le témoignage que rend à sa
mémoire un étranger qu'unissôit avec lui une passion commune pour le bien de l'humanité , & qui, dans ses voyages
en France, a joui du bonheur de l'entendre développer (es
vues-, & montrer son ame toute entière.
se du bien,
qu'il pouvoit faire j ceux qui, dans le délire de leur orgueil , ont osé être jaloux de lui, pardonneront, à présent
qu'il n'est plus à craindre , le témoignage que rend à sa
mémoire un étranger qu'unissôit avec lui une passion commune pour le bien de l'humanité , & qui, dans ses voyages
en France, a joui du bonheur de l'entendre développer (es
vues-, & montrer son ame toute entière. --- Page 194 ---
74 REFLEXIONS leurs tyrans ; cette humanité n'eu: pas dans le
cœur de tous les hommes ; & c'est la seule cependant qui pourroit être utile aux esclaves de l'Amer ique , s'ils la trouvoient dans un de leurs
maîtres : alors , regardant le bonheur de ses
esclaves comme un devoir dont il est chargé, &
la perte de leur liberté & de leurs droits comme
un tort qu'il doit réparer il voleroit dans son
habitation y abdiquer la tyrannie d'un maître,
pour ne garder que l'autorité d'un Souverain juste
& humain ; il mettroit sa gloire à changer en
hommes ses esclaves ; il en formeroit des ouvriers industrieux, des fermiers intelligens. L'efpoir d'un gain légitime , le desir de rendre l'existence de sa famille plus heureuse, seroient les
seuls aiguillons du travail. Les châtimens employés par l'avidité infligés par le caprice,
ne seroient plus que la punition des crimes ; punition décernée par des juges choisis parmi les
Noirs. Lés vices des esclaves disparoîtroient avec
ceux du maître ; bientôt il se trouveroit au milieu
d'amis attachés à lui jusqu'à la passion , fidèles
jusqu 'à l'héroïlme ; il montreroit par son exemple que les terres les plus fertiles ne sont pas
celles dont les cultivateurs sont les plus misérables, & que le vrai bonheur de l'homme est celui
qui ne s'achète point aux dépens du bonheur de
ses frères. Au bruit des fouets, aux hurlemens
des Nègres, succéderoient les sons doux & ten- --- Page 195 ---
STJÏl t'ïSClAVAGE DES NEGRÏS. '75 , ï l, lires de la siûte des bords du Niger. Au-lieu de
■cette crainte servile, de ce resped plus humiliant
pour celui qui le reçoit , que révoltant pour
ceux qui sont contraints à le rendre } au-lien
de ce spectacle de servitude , de férocité , de
prostitution & de misère, que sa présencè a fait
disparcître , il verroit naître autour de lui la simplicite grossière, mais ingénue, de la vfe partiarchale ; par- tout des familles heureuses de rravailler &r de se reposer ensemble , viendraient
frapper ses regards attendris. Le sentiment de
l'honnêteté , l'amour de la vertu , l'amitié , la
tendresse maternelle ou filiale, tous les sentimens
doux ou généreux qui viendroient charmer -
ou embellir lame de ces infortunés, ou plutôt
leur ame entière seroit Ion ouvrage; & aulieu d'être riche du malheur de ses esclaves, il
seroit heureux de leur bonheur. J'ai rencontré quelquefois des maîtres Américains accoutumés à vivre dans les habitations ,
& il m'a suffi ,de leur avoir entendu parler des
Nègres pour sentir combien ceux-ci devoient
être malheureux ( 1). Le mépris avec lequel ils en (i) g vous les interrogez , ils vous diront que les Nègres sont une canaille abominable ,; qu 'on les traite trèsbien ; que toutes les atrocités qu'on impute en Éurope à
leurs maîtres sont autant de contes. Mais ne les interrogez,
pas ; sardei-vous sar-tout de contredire leurs principes de
,de leur avoir entendu parler des
Nègres pour sentir combien ceux-ci devoient
être malheureux ( 1). Le mépris avec lequel ils en (i) g vous les interrogez , ils vous diront que les Nègres sont une canaille abominable ,; qu 'on les traite trèsbien ; que toutes les atrocités qu'on impute en Éurope à
leurs maîtres sont autant de contes. Mais ne les interrogez,
pas ; sardei-vous sar-tout de contredire leurs principes de --- Page 196 ---
76 REFLEXIONS parlent, est une preuve de la dureté avec laquelle
on les traite. D 'ailleurs, les habitations font goutyrannie ; faites-vous la violence de vous taire, de contraindre votre virage : alors vous entendrez d'eux la vérité.
Ils vous raconteront, sans y penCer, ce qu'ils n'auroient
esé vous répondre. Nous rapporterons ici deux traits qui prouvent à-la-fois
combien tes Européens sont éloignés en général de regarder
les Noirs comme leurs semblables , & que cependant on
peut citer quelques exceptions honorables pour l'espèce humaine. En 1761 , le vaisseau l'Utile échoua sur l'Ifls-deSable. M. de la Fargue , Capitaine, ses Officiers & l'équipage » composé de Noirs & de Blancs, employèrent six:
mois a construire une espece de chaloupe. Elle ne pouvoir
* contenir que les Blancs. Trois cents Noirs , hommes ou
femmes , consentirent à leur départ, & à rester sur l'Isle,
avec la promesse solemnelle qu'aussi-tôt après l'arrivée de M. de
la Fargue à l'Isle-de-France, les Blancs enverroient un vaifseau pour ramener leurs malheureux compagnons. La chaloupe arriva heureusement à Madagascar. On demanda un
vaisseau à l'Administration de l'Isle - de - France pour aller
chercher les Noirs, laissés dans une Isle prelqu'entièrement
couverte d'eau à chaque marée , où l'on ne trouve ni arbres
ni plantes . où ces trois cents Noirs n'avoient pour*lit qu'une
terre humide , & pour nourriture que des coquillages , des
ceuss d'oiseaux de mer, quelques tortues , le poisson & les
oiseaux qu'ils pouvoient prendre à la main. M. des Forges,
alors Gouverneur de l'Isle-de-France , refusa d'envier un
vaisseau , sous prétexte qu'il couroit risque d'être pris. En
1776 , après treize ans de paix , M le Chevalier de Ternai
envoya M. Tromelin , Lieutenant de vaisseau, sur la cor-I --- Page 197 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NErRES. 77 F iij vernées par des procureurs , espèce d'hommes
qui vont chercher la fortune hors de l'Europe, vette la Sylphide, chercher les restes de ces infortunés,
abandonnés depuis quinze ans. Il ne paroît pas que dans
l'intervalle on eût fait aucune tetitative sërieuse. M. Tromelin , arrivé près 'de l'isle-de-Sable , détacha une chaloupe commandée par M. Page ; elle aborda heureufemenr. On trouva encore sept Nègresses & un enfant né
dans l'Isle ; les hommes avoient tous péri, soit de misère
& de désespoir , soit en voulant se sauver sur des radeaux
construits avec les restes du vaisseau l'Utile. Ces Négresses
s'étoient fàit des couvertures avec les plumes des oiseaux
qu'elles avoient pu surprendre. Une de ces couvertures a
été présentée à M. de Sartine.
. On trouva encore sept Nègresses & un enfant né
dans l'Isle ; les hommes avoient tous péri, soit de misère
& de désespoir , soit en voulant se sauver sur des radeaux
construits avec les restes du vaisseau l'Utile. Ces Négresses
s'étoient fàit des couvertures avec les plumes des oiseaux
qu'elles avoient pu surprendre. Une de ces couvertures a
été présentée à M. de Sartine. En 175'7, M. Moreau, commandant le Favori, reconnut
les Isles Adu : il y envoya, dans un canot, M. Rivière,
Officier de son bord, deux Blancs & cinq Noirs. Les courans ayant entraîné le vaisseau hors de sa route , M. Moreau Ce crut obligé d'abandonner fn canot. Les huit hom ]
mes laissés sur les isles Adu, prirent le parti de remplit
le canot de cocos, & d'essayer de gagner l'Inde. On attacha
au canot un radeau chargé aussi de noix de cocos ; mais
au bout de trois jours, la mer étant trop forte, on fat
obligé de l'abandonner. Alors , comme la provision na
pouvoit pas suffire pour les huit hommes, les Blancs proposèrent à M. Rivière de jeter les Noirs à la mer. Il
rejeta cette proportion avec horreur j dit que le malheur
les avoit rendus tous égaux ; que les cocos seroient diffribués également entre tous, & qu'ils périroient oa se fauveroient ensemble. Il n'y .avoit que pour treize jours det.
livres ; la traver[ée fut de i?. Ils arrivèrent enfin près de --- Page 198 ---
78 Réflexions ou parce que toutes les voies honnêtes d'y trorjver de l'emploi leur font fermées, ou parce que
leur avidité insatiable n'a pu se contenter d'une
fortune bornée. C'est donc à la lie de nations
déjà très-corrompues , que les Nègres sont abandonnés. Souvent 1es Nègres sont mis à la torture en présence des femmes & des filles des
colons , qui affilient paisiblement à ce spectacle
pour se former dans l'art de faire valoir les habitations. D'autres Nègres ont été les victimes de
la férocité de leurs maîtres ; plus d'une fois on
en a fait brûler dans des fours -, & ces crimes,
qui méritoient la mort, sont tous demeurés impunis j & il n'y a pas eu , depuis plus d'un
siècle , un seul exemple d'un supplice infligé à
un colon pour avoir assassiné son esclave. On
pourroit dire que ces crimes, cachés dans Tinterieur des habitations , ne pouvoient être prouvés ; mais les Blancs se permettent de tuer les
Nègres marrons, comme on tue des bêtes fauves.
Ce crime se commet au-dehors, il est public , de Calicut, à l'embouchure d'une rivière , mourans de faim
& de fatigue. Leur canot se remplit d'eau en passant la
barre ; mais tous furent sauves. M. Rivière reprit bientôt
se! forces & sa tante , & continua de servir. Lorsque,
plu Geurs années après , on lui faisoit des questions sur cette
aventure & Cur le Capitaine qui l'avoit abandonné : J'a
fait vœu dans mon malheur , répondoit - il, • de ne park,
de lui ni en bien ni en mal.
de faim
& de fatigue. Leur canot se remplit d'eau en passant la
barre ; mais tous furent sauves. M. Rivière reprit bientôt
se! forces & sa tante , & continua de servir. Lorsque,
plu Geurs années après , on lui faisoit des questions sur cette
aventure & Cur le Capitaine qui l'avoit abandonné : J'a
fait vœu dans mon malheur , répondoit - il, • de ne park,
de lui ni en bien ni en mal. / --- Page 199 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 75> I 4 il reste impuni non-seulement jamais une
seule fois la tête d'un de ces monstres n'eu: tombée sous le fer de la loi, mais ces actions infâmes ne les déshonorent point entr'eux ; ils osent
les avouer , ils s'en vantent , '& ils reviennent
tranquillement en Europe parler d'humanité,
d'honneur & de vertu. Il peut y avoir eu quelquefois des maîtres humains en Amérique ; mais
parce que Cicéron , dans l'ancienne Rome, traitoit ses esclaves avec humanité , ne devons-nous
plus détester la barbarie des Romains envers leurs
enclaves ? Et quand nous savons qu'il existe des
milliers d'infortunés, livrés à des hommes vils &
méchans qui peuvent impunément leur faire
tout souffrir , )usqu'à la torture ou à la mort,
qu'avons-nous besoin de connoître les détails des
habitations, pour savoir tout ce que ces infortunés éprouvent d'outrages, pour avoir droit de
nous élever contre leurs tyrans, &: pour être difpensés de plaindre les colons, quand même l'affranchement entraîneroit leur ruine absolue ? .
Il s'agit pour le Nègre de la liberté , de la vie *
. il ne s'agit pour l'Européen que de quelques
tonnes d'or ; & c'est le sang de l'innocent qu'on
met en balance avec l'avarice du coupable ! Doux
apologistes de l'esclavage des Noirs , supposezvous pour un instant aux galères , & que vous y
soyez injustement ; supposez ensuite que votrebien m'ait été donné i que penseriez- vous de --- Page 200 ---
8o RÉFLEXIONS moi, si j'allois mettre en principe que vous- devez!
rester toujours à la chaîne , quoiqu'innocens. P
parce qu'on ne peut vous en faire sortir sans
me ruiner ? Voilà cependant le beau raisonnement avec lequel, dans vos mémoires clandestins , vous combattez les intentions bienfaisantes
des Rois & des Minières ; vous surprenez 5 dans
les pays où la presse n'est point libre , des désensès de combattre vos principes criminels ; &
certes / en cela du moins, vous vous êtes rendu
justice. C'est sur-tout pour ces pays . où la vérité est
captive , que j'ai écrit cet ouvrage ; & je l'ai
'écrit dans une langue étrangère pour moi, mais
que les ouvrages des poëtes & des philosophes
François ont rendue la langue de l'Europe. Cette
protection accordée à l'avarice contre les Né- <
gres, qui est en Angleterre &: en Hollande l'effet
de la corruption générale de ces nations , n'a
pour cause, en Espagne & en France, que les.
préjugés du public , & la surprise faite aux Gouvernemens, que l'on trompe également , &r sur
la nécessité de I'esc!avage , & sur la prétendue
importance politique des colonies à sucre. Un écrit
fait par un étranger, peut sur-tout être utile pour
la France ; il ne fera pas si facile d'en détruire
l'effet d'un seul mot, en disant qu'il est l'ouvrage
d'un phitosophe. Ce nom , si respectable ailleurs,
est devenu une injure'dans cette nation ; & de
Gouvernemens, que l'on trompe également , &r sur
la nécessité de I'esc!avage , & sur la prétendue
importance politique des colonies à sucre. Un écrit
fait par un étranger, peut sur-tout être utile pour
la France ; il ne fera pas si facile d'en détruire
l'effet d'un seul mot, en disant qu'il est l'ouvrage
d'un phitosophe. Ce nom , si respectable ailleurs,
est devenu une injure'dans cette nation ; & de --- Page 201 ---
1 SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. - 81 combien de choses aussi n'y accuse-t-on pas les
philosophes ? Si quelques écrivains se sont élevés
contre l'esclavage des Nègres, ce sont des philosophes , a t-on dit ; & on a cru leur avoir répondu. A-t-on proposé d'abolir Fumage dégoûtant & meurtrier de paver de morts l'intérieur
des cglises , d'entasser les cadavres au milieu des
villes : ces idées viennent des philosophes. Quelques personnes se sont-elles soustraites, par l'inoculation , aux dangers de la petite vérole ? c'est par
l'avis des philosophes. Ce sont les philosophes
qui ont fait supprimer les fêtes, les célestins &:
les Jésuites, & qui ont essayé de répandre l'opinion absurde , que le monde po'urroit subsister
quand même il n'y auroit plus de moines. Si un
historien parle avec indignation des massacres des
Albigeois ou de la S. Barthélemi, des aflaffinats de l'Inquisition, des docteurs qui déclarèrent
Henri IV déchu du trône , & qui aiguisèrent
contre lui tant de poignards ; sur le champ on
dénonce cet historien comme un philosophe
ennemi du trône & de l'autel. Si on a supprimé
depuis peu l'usage de briser les os des accusés
entre les planches, pour les engager à dire la
vérité , c'est que les philosophes ont déclamé
contre la question, 8c c'est malgré les philosophes
que la France a eu le bonheur de sauver un débris des anciennes loix, & de conserver l'habitude précieuse d'appliquer à la torture les çrirni- --- Page 202 ---
tl REFLEXIONS * nels condamnés. Ce font des philosophes qui ont
voulu abolir les corvées , & c'est encore leur
, faute si, malgré le rétablissement de cette méthode , elle s'éteint peu-à-peti. A peine , en substituant un impôt aux corvées , a-t-on pu sauver
de leurs mains destru&ives ie juste & antique
usage de n'en faire tomber le poids que sur les
roturiers. Qui est-ce qui ose se plaindre en France
de la barbarie des loix criminelles , de la cruauté
avec laquelle les protestans François sont privés
des droits de l'homme & du citoyen (i), de la
dureté & de 1 injun:ice des loix sut la contrebande
& sur la chasse ? ce sont les philosophes. Qui apu avoir la coupable hardiesse de prétendre qu'il
feroit utile au peuple &: conforme à la justice,
de rendre la liberté au commerce & à Tinduftrie ? Quels sont ceux qui ont réclamc , pour
chaque propriétaire, le droit illimité de disposer
de sa denrée; pour chaque homme, le droit illimité
de disposer de ses forces ? On voit bien que ce
font surement les philosophes. Et si quelques personnes ont poussé la scélératesse jusqu a dire à
l oreille que le Roi, en rendant la liberté aux
re qu'il
feroit utile au peuple &: conforme à la justice,
de rendre la liberté au commerce & à Tinduftrie ? Quels sont ceux qui ont réclamc , pour
chaque propriétaire, le droit illimité de disposer
de sa denrée; pour chaque homme, le droit illimité
de disposer de ses forces ? On voit bien que ce
font surement les philosophes. Et si quelques personnes ont poussé la scélératesse jusqu a dire à
l oreille que le Roi, en rendant la liberté aux (i) L'état civil a été rendu en France aux Protestans en 1788 par un Edit , malgré plasieurs remontrances très- '
éloquentes. La question des criminels condamnés a été abolie
la même année, par une loi enregistrée en Lit-de-Justice a
de l'exprès commandement du Roi. --- Page 203 ---
SUR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. 83 serfs du domaine public, devoit comprendre dans
ce nombre les serfs du clergé , &: qu'il en avoit
le droit, ces blasphêmes ne sortent-ils pas nécessairement de la bouche d'un philosophe ? Voila.
ce que j'ai entendu dire à plusieurs gens en habit
noir dans plusieurs anti-chambres , pendant le
dernier séjour que j'ai fait en France. En vérité ,
il faut que ceux qui s'accordent ^ attribuer aux
Philosophes de pareilles atrocités, se soient formé
de la philosophie une idée bien abominable. P OST-S CRIPTUM. > Il ne sera peut-être pas inutile de présentet
- ici un tableau de la législation des États-Unis,
relativement à la servitude des Noirs. Malgré la protection accordée à l'esclavage
par le Gouvernement d'Angleterre , jamais l'Etat
de Massachu!ètt ne l'a autorise } tout Esclave
introduit dans cet. État a obtenu sa liberté ,
dès qu'il l'a réclamée. Depuis la révolution , tous les États, à l'exception des deux Carolines & de la Georgie,
ont défendu l'importation de nouveaux Enclaves. La Caroline méridionale a fait la même desense pour trois ans feulement. --- Page 204 ---
1 14 REFLEXI0N S La Pensylvanic a de plus fait une loi pour
déclarer libres tous les Nègres qui naîtront après
la promulgation de cette loi. La constitution pour régler la forme & le
pouvoir du Congrès, présentée aux États par
la convention formée à Philadelphie en 1-787,
porte que le Congrès ne défendra point l'importation des Esclaves avant l'année 1808
mais qu'il pourra l'assujettir à un droit d'entree, pourvu que ce droit n'excède pas dix
piastres par tête (1). ... AinÍi, tout annonce que la traite & le commerce des Nègres ne tarderont pas à éprouver
une proscription unanime. L'esclavage ne peut
durer en Pensylvanie que jusqu à la mort des
individus nés après la loi. Dans les huit États
du nord, où il n'y a qu'un petit .nombre de
Nègres, on doit espéres une loi semblable , ou
même un affranchissèment plus prompt. (1; II n elt pas inutile de remarquer ici que, dane: ce projet
de constitution, on s'est servi du mot'personnes pour désigner
les Esclaves. " L'horreur que les Rédacteurs de ce projet ont
» pour un état si contraire au droit naturel, les a empêchés
» de faire usage même du terme usité ». Telles sont les
expressions de l'Auteur des Recherches historiques & politiques,
sur les Etats-Unis ; Ouvrage qui le premier a donné à l'Europe des idées exactes sur ces Gouvernemens, & où les droits
de la raison & les intérêts de l'humanité sont défendus sans
exagération comme sacs foiblesse.
les Rédacteurs de ce projet ont
» pour un état si contraire au droit naturel, les a empêchés
» de faire usage même du terme usité ». Telles sont les
expressions de l'Auteur des Recherches historiques & politiques,
sur les Etats-Unis ; Ouvrage qui le premier a donné à l'Europe des idées exactes sur ces Gouvernemens, & où les droits
de la raison & les intérêts de l'humanité sont défendus sans
exagération comme sacs foiblesse. --- Page 205 ---
I
STJR L'ESCLAVAGE DES NEGRES. S 5 Il ne reste plus que quatre États ; mais en
Virginie les hommes les plus éclairés s'occupent
avec ardeur &' avec constance % des moyens de
préparer un affranchissement graduel. L'esclavage est regardé universellement dans les treize
États comme un crime de lèle-humanité, comme
une tache à la gloire des amis de la liberté. '
Or, il est difficile qu'avec cette opinion , l'intérêt
particulier des propriétaires d'Esclaves puisse,
long-temps l'emporter dans un pays où la presse
est libre , & où toutes les meures de l'autorité publique, toutes les délibérations du corps législatif, 8c même toutes les propositions -qu-.i'-«er x
sont faites, tous les avis qui y font ouverts . '\, * ont necessairement publics. " \ Nous ajouterons qu'en Angleterre il ^ËlKformé^^
une société pour l'abolition de la traire%j§TTie,^î>S!
I'csclava e ô des Nègres : cette société, qui co^p^53^^ parmi ses souscripteuirs des membres des deux
Chambres, & même des Ministres, finira par
remplir tôt ou tard son objet. II est impossible
que des bills dictés par l'humanité & la justice,
avoués par la raison & la saine politique, ne
finissent par entraîner le vœu des deux Chambres. A la vérité, dans les premiers débats sur
cet objet, l'Europe a vu avec indignation des
Pairs de la Grande-Bretagne s'avilir jusqu'à se
L rendre les protedeurs des marchands d'Esclaves,
5 & les apologistes de leur infâme brigandage, --- Page 206 ---
t 6 1 R E F L E X 1 o N S.'
^ 4 1 quoique la dignité de Lord & la fortune héréditaire qui l'accompagne , semblassènt exclure
toute elpèce de liaison entre deux classes si différentes. La France a suivi l'exemple de l'Angleterre ; & il existe à Paris une société dont l objet
unique est de chercher les moyens de procurer
l'abolition de là traite & de l'esclavage des Nègres. Jusqu'ici elle a eu peu d'aétivité;
mais le moment où elle s'est formée est favorable : jamais le Gouvernement n'a montré un
esprit d'humanité plus éclairé, plus suivi, ni
plus de respeél pour les droits des classès infé-
- rieures de la société. (Note de l Éditeur) FIN. --- Page 207 --- --- Page 208 --- --- Page 209 ---
TABLEAU PRÉCIS
DE LA MALHEUREUSE CONDITION
DES NÈGRES DANS LES COLONIES D'AMÉRIQUE,
suivi De considérations adressées aux Gouvernemens de l'Amerique libre sur l'inconséquence de leur conduite en tolé-
-4
Tant L'ESCLAVAGE. TRADUIT DE L'ANGLAIS, "A LONDRES; fit se trouve à Paris, chez REGNAULT , Libfaire, rue
St-Jacques , vis-à-vis celle du Plâtre.
---
TABLEAU PRÉCIS
DE LA MALHEUREUSE CONDITION
DES NÈGRES DANS LES COLONIES D'AMÉRIQUE,
suivi De considérations adressées aux Gouvernemens de l'Amerique libre sur l'inconséquence de leur conduite en tolé-
-4
Tant L'ESCLAVAGE. TRADUIT DE L'ANGLAIS, "A LONDRES; fit se trouve à Paris, chez REGNAULT , Libfaire, rue
St-Jacques , vis-à-vis celle du Plâtre. )r. D cc. lxxxri11, --- Page 210 --- --- Page 211 ---
az OBSERVATIONS PRÉSENTÉES A LA S'OCIÉTS
ÉTABLIE ËN FAVEUR DES NÈGRES,' Sur la nécessité de donner la plus grande publicit
possible a ses travaux , & à tout ce qui pourrok
accélérer l'abolition de l'esclavage. JE viens d'apprendre qu'à l'exemple de l'Amérique & de l'Angleterre, il s'est formé à Paris une
société dont le but est de travailler à abolir la
traite des Nègres. Dès citoyens vertueux qui jusqu'à ce moment
ne se connoissant peut-être pas, mais entraînés
l'un vers l'autre par les mêmes sentimens, se rafsemblent pour mieux défendre une cause aussi vivement mtéressante , & réunir leurs moyens
pour, la soutenir avec plus de force , de vigueur
& de persévérance. — Que leurs efforts doivenr
être puissans ! car ce n'est pas ici de vils motifs
adroitement enveloppés sous le voile apparent du
bien public; on n'y découvre ni les combinaisons
sécrettes de l'intérêt personnel ni les suggestion.
de la vanité ; c'est l'amour des Hommes ; c'est la --- Page 212 ---
7.
fr . . vertu la plus pure & la plus recommandable qui
dirige leurs démarches, sans autre objet que le
bonheur général des peuples , & sans autre fruit
pour chaque membre que la satisfadion d'y avoir
coopéré autant qu'il étoit en son pouvoir. — D'autres , qui sachant commander à leur sensibilité, à
tous les mouvemens de leur cœur, calculent toujours,, avant d'enmettre les ressorts en jeu, ne manqueront pas de rejetter froidement ce genre d'associations, comme ne pouvant produire que de trèssoibles résultais.— Oui, sans-doute, ceux qui dans
le bien qu'ils peuvent faire, ne recherchent qu'un
'moyen d'apprendre à toute la terre qu'ils existent
dans tel pays & sous tel nom ; ceux là doivent dédaigner & regarder comme très-inutile un établitsement dont les succès seroient nuls pour leur orgueil. — Mais tout Homme vraiment sensible &
; réfléchi reconnoîtra facilement qu'en travaillant
à la félicité publique , il ri'èst point de foibles
avantages. Déjà & depuis long-temps plusieurs Auteurs
& quantité de Voyageurs s'étoient efforcés d'attirer l'attention générale sur la condition des Nécres. Ces tentatives foibles & isolées devoient parentre absolument vaines : & cependant peu-àpeu, leurs écrits en circulant, laisséreni des im- --- Page 213 ---
* " a 3" > pfemons, d'abord inapperçues ; mais dont l'effet
lent & graduel , développé tout-à-coup par la révolution de l'Amérique, vient de se manifester
avec éclat. — C'est ainsi que s'élèvent peu-à-peu
ces vapeurs imperceptibles qui venant enfin à il
combiner, n'ont plus besoin que d'une étincelle
électrique pour s'enflammer & répandre des Sots
: de lumières. " ' "
3" > pfemons, d'abord inapperçues ; mais dont l'effet
lent & graduel , développé tout-à-coup par la révolution de l'Amérique, vient de se manifester
avec éclat. — C'est ainsi que s'élèvent peu-à-peu
ces vapeurs imperceptibles qui venant enfin à il
combiner, n'ont plus besoin que d'une étincelle
électrique pour s'enflammer & répandre des Sots
: de lumières. " ' " Mais la révolution tentée aujourd'hui en faveur
des Nègres est-elle assez préparée, pour obtenir
un succès entier ? Les idées ssir la liberté & la dignité de l'Homtne dont les Américains ont dû se pénétrer pour
secouer le joug du Gouvernement Anglois ; les
mêmes idées beaucoup plus répandues & mieux
senties en Angleterre que dans toute autre partie
,,de l'Europe, donnent l'espoir que les réclamations
de l'humanité y seront plus vivement accueillies.1
En edà, à la premiére invitation qui leur est
saite,les principales villes d'Angleterre s'emprest sent de demander unanimement à leurs représentans , l'abolition d'un commerce , qui pour exciter l'indignation universelle, n'a besoin que d'être mieux connu. *
Cette même impulsiôn se fait sentir en France ,
tuais qu'il s'en faut bien que ce soit avec 1a même --- Page 214 ---
w universalité. Et cependant ^ sommes-nous incâ*
fables de reconnoître les droits naturels de l'Hom-i
me ? Ne pourrions-nous concevoir qu'ils apparu
fcennent avec égalité & dans toute leur intégrité
à chaque individu l quelque soit la couleur de sa
peau ; ou serions-noÚs inaccessibles à la honte
de Ïbufrrir qu'ils soient violés d'une manière
cruelle à l'égard des. Noirs ? — Non sans-doute 5
c'est plutôt , que , croyant incurables tant de
maux déchirans , nous avons craint d'y arrêter
notre attention ; c'est que plus disposés à jouir des
plaisirs laissés à notre portée qu'à rechercher au
loin, dans le malheur de nos semblables 3 des conséquences facheuses pour nous, nous n'avons pas
voulu réfléchir sur cet important sujet ; c'est encore qu'ils ne nous sont pas assez familiers ces principes , selon lesquels un Nègre opprimé sous le
plus vil esclavage seroit à nos yéux un objet aussi
jntéressant que toute autre créature humaine , un
objet de douleur comme le sont nos freres dans
les chaînes du barbare Algérien :—Peut être aussi
ne sommes-nous pas généralement assez inslruit
des horreurs qui accompagnent & suivent la trai-
* te des Noirs. , Ce sont ces motifs qui m'engagent à traduire
& faire paroître en France ces deux petites bro^ --- Page 215 ---
[texte_manquant] #4 chures. D'autres ouvrages contre l'esclevage ont
été publiés en Angleterre & en Amérique ; je n'ai
que ceux-ci sous la,main. - C'en: faire peu de
chose, sans-doute ; mais encore si je
par cette, simple & médiocre traduûion, ^ émouvoir quelques personnes en faveur des Noirs ? ,
les désabuser de quantité d'erreurs & de .préjugés établis contre eux & les disposerenfin à croire que les Africains , en effet, ne font point nés
pour la servitude ; à reclamer en leur, faveur les
droits inaltérables que, comme nous, ils ont reçus
du Créateur Suprême. — Alors jfeurois concourra
autant qu'il étoit en moi, à faire connoître quelques vérités, dont l'effet, tel qu'il soit, paroîtra
toujours assez important.
de .préjugés établis contre eux & les disposerenfin à croire que les Africains , en effet, ne font point nés
pour la servitude ; à reclamer en leur, faveur les
droits inaltérables que, comme nous, ils ont reçus
du Créateur Suprême. — Alors jfeurois concourra
autant qu'il étoit en moi, à faire connoître quelques vérités, dont l'effet, tel qu'il soit, paroîtra
toujours assez important. Puis-je d'ailleurs regarder comme tout à fait
inutile de transmettre en France les vœux , les
sentimens de Benezet dont le zèle brûlant pour l'humanité a produit en Amérique tout le bien qu'ion
j&mple particulier puisse jamais effeéÍuer. L'Histoire du Commerce des esclaves est un
exemple effrayant de l'aétivité & du succès avec
lesquels l'intérêt particulier cherche à prévaloir
sur l'intérêt général. — Dès les premiers momens,
la cupidité prit le masque de la Religion, pour, obtenir l'aveu des Gouvernemens j ne pouvant --- Page 216 ---
lîlj simuler long-temps ses vues impures, elle s'essor'çâ
de calomnier ces misérables Nègres, pour anéarc*
tir du moins la pitié que leur sort auroit pu ins»
pirer., Aujourd'hui que les autres ressources lui
manquent , elle invoque la nécessité; comme Vil
pouvoit jamais exiger quelqiies circonslances qui
forcetoient les loix de 4a nature à se plier aux convenances particulières de telle- ou telle société. —
C'est la dernière arme qui reste à ceux qui pren-,
nent part au lucre que produit la traite des Nègres
ou leur travail dans les Colonies ; & ce mot, la
nécessité en impose à tous .ceux qui veulent s'é;j
pargner la peine de réfléchir, ou dont l'amé engourdie ne lent pas qu'au dessus de toutes ces pe.,
tites nécessités qui dérivent1 de circonstances particuliéres, il en esi une première , fondamentale der
toute soeiété , e'esi q^te jamais un Homme, sous, y
quelque climat qu'il soit né, nfe puisse perdre ar-;
bitrairement sa liberté. ; / gf
" Il faut craindre cependant que ces foibles argumens ne continuent de séduire un grand nombre,
de ceux qui ne connoissent pas les Noirs des Colonies pour ce qu'ils seroient hors de cette condi,
tion abrutie. Car ces anciennes calomnies, ces préjugés, qui,, en dégradant les Afriçains, déshonorent
Jes Européens, loin d'être tout-à-fait effacés, son|
puisse perdre ar-;
bitrairement sa liberté. ; / gf
" Il faut craindre cependant que ces foibles argumens ne continuent de séduire un grand nombre,
de ceux qui ne connoissent pas les Noirs des Colonies pour ce qu'ils seroient hors de cette condi,
tion abrutie. Car ces anciennes calomnies, ces préjugés, qui,, en dégradant les Afriçains, déshonorent
Jes Européens, loin d'être tout-à-fait effacés, son| --- Page 217 ---
' Ítr encore appuyés chaque jour qui paroissant, au é'tant; même désintéressés en
deviendraient d'autant plus iinpbMans, si on regardait comme le résultat d'observations profonides , de Amples apperçus de voyageurs f presséons
de parcourir une vaste étendue de pays . T •
Combien d'autres de ces Voyageurs, visitant
nos Colonies Européennes & partageant à la table des planteurs toutes les jouissânces que procurent les richesses , se font raconter comment les"
Négres sont voleurs, traîtres, stupides, dépravés*
& sur-tout si insensibles qu'on ne sauroit imaginer
de châtimens assez cruels pour les punir. Puis ,
vient quelqu'Histoire de révolte & le tableau du
danger que l'on courroit si on n'avoit soin de
les opprimer sans cesse, d'abattre leur courage
par la pesanteur de leurs fers, de contenir les plus
inquiets par les supplices les plus terribles. — Et
le voyageur énivré par les plaisirs,le luxe & le faste
des Colons, ne sentplus, comme eux, que la
crainte, le péril d'être massacré au milieu de tant
de délices. La veille il étoit révolté de leur cruauté , aujourd'hui il adopte avec complaisance leurs
idées & serit qu'il parvient lui-même à ce sang*
sroid, que ni les coups de fouets, nileurs profonde»
blessures , ni les gémissemens du malheureux Néj --- Page 218 ---
r: gre ne sauroient altérer. Il ne voir plus que stupidité dans les esclaves & prudence dans la conduite de leurs oppresseurs ou, si vraiment il
prétend connoître par lui-même ces misérables ,
vers leiquels il n'en: plus amené que par la curio^ I
• sité ; s'il veut les observer, c'est avec cet esprit de $
prévention, que déja il avoit reçti en Europe Î
& qui se trouve encore fortifié par les récits des
Colons. Rapportant ensuite au naturel des Négres
tous les vices qui appartiennent inséparablement à
leur situatiôn, il revient nous peindre les peuples
nombreux de la côte de Guinée, comme nés dans
un tel état de dégradation que ce seroit trop leur
accorder que de les considérer comme faisant
partie de notre espèce. * * Il faut démentir tant d'erreurs & faire connoître aux Européens que les Africains sont des êtres
sensibles, leurs semblables , leurs freres doués
comme eux des sacultés & des droits communs à
tous les Hommes : — Que, si quelques peuplades
sur les côtes de Guinée sont justement décriées ;
leur dépravation est, ou l'ouvrage même des premiers Européens qui les visitérent, ou celui de
leur Gouvernement souvent despotique. ~ Que,
si les Nègres esc1àves ont tous les vices qu'entraîne
l'état abjeâ: de servitude , c'est l'ouvrage des Eu-
eux des sacultés & des droits communs à
tous les Hommes : — Que, si quelques peuplades
sur les côtes de Guinée sont justement décriées ;
leur dépravation est, ou l'ouvrage même des premiers Européens qui les visitérent, ou celui de
leur Gouvernement souvent despotique. ~ Que,
si les Nègres esc1àves ont tous les vices qu'entraîne
l'état abjeâ: de servitude , c'est l'ouvrage des Eu- --- Page 219 ---
n ropéens ? que la plupart des crimes dont on leur
reproche l'atrocité , sont encore l'ouvrage des
Européens, & que souvent leurs prétendus crimes , ne sont autres que ces a&es de vertu , que
nous admirons en Europe sous le nom de fermeté,1
de courage, de bravoure, de hauts sentimens , de
grandeur d'ame. Il faut convaincre les impérieux'
Colons que n'ayant pu acquérir , par aucun prix *
des droits réels sur la liberté des Africains, ils ne
sont que des tyrans odieux, lors qu'ils les retiennent,
dans la servitude; & d'infâmes bourreaux, lorsqu'à coups de fouet ils en exigent un travail violent. Il faut leur démontrer, que les Nègres ,
étant vis-à-vis d'eux dans un état perpétuel de désense, peuvent avec justice & sélon les loix natutelles tenter tous les moyens d'échapper aux maux
qu'ils en éprouvent. Tels sont sans-doute les objets que se propose
la société respectable,, qui s'est formée pour l'abolition de la traite des Noirs . — Nous éclairer, nous
instruire , c'est, si je ne me trompe le premier
moyen qu'il faudroit employer ; s'il paroît le plus
lent, peut-être aussi est-il le plus vraiment efficace. Si une semblable société acquiert tout le poids
qu'elle mérite , elle pourroit obtenir le succès par,
son crédit y mais ce crédit tenant à des circonstan- --- Page 220 ---
m ces passagéres ;ou du moins " supposantle succès.
entier, & la société dissoute alors faute d'objet,
qui ne doute que l'intérêt particulier épiant d'autres circonstances , ne puiÍfe encore prévaloir. Mais si, plus éclairée l'opinion publique avoit
fortement prononce, contre l'esclavage des Nègres
& contre cet exécrable commerce qui l'alimente,
les bons administrateurs en seroierit plus puissans
pour détruire la resistance opiniâtre qu'il faut attendre de l'avidité particulière ; elle-même seroit
trop foible alors pour se conserver la faveur des
Gouvernemens. Il ne faut pas attendre des loix seules , qu'elles
arrêtent le cours de certaines calamités. Les loix
vraiment puissantes sont celles qui se font laine
précéder par le vœu public. Les autres ou passent
avec les Administrateurs qui les avoient conçues
ou ressent sans vigueur, ou encore, quoique bonnes en elles-mêmes 6c soutenues par l'autorité,
font suspectes au plus grand nombre ; ce qui, même en ce dernier cas, me paroît un vice politique,
que quelques instru&ions préparatoires auroient
fait disparoître. — Toutes les fois qu'il s'agit du
bonheur général des Hommes , & non du bienêtre de telle société, de telle classe, de tels ou tels
individus , il faudroit donc pour ^tablir. sur une
frase solide le bienfait qu'on se propose ? que l'ins-
enues par l'autorité,
font suspectes au plus grand nombre ; ce qui, même en ce dernier cas, me paroît un vice politique,
que quelques instru&ions préparatoires auroient
fait disparoître. — Toutes les fois qu'il s'agit du
bonheur général des Hommes , & non du bienêtre de telle société, de telle classe, de tels ou tels
individus , il faudroit donc pour ^tablir. sur une
frase solide le bienfait qu'on se propose ? que l'ins- --- Page 221 ---
[texte_manquant] truction publique eut préparé les Hommes à la
conrioissance de ce bienfait. Cette vérité, démontrée par l'expérience de
tous les iiécles, est bien connue de, la société conth
l'esclavage ; elle le témoigne par les soins qu'elle
prend pour rendre public tout ce qui intéresse cet
objet. — Mais les Journalistes s'empresseront-îls
de dévouer leurs Feuilles à cette bonne-œuvre ?
Il ne faut pas l'espérer. Et en effet, nos papiers publics forment des propriétés qu'on peut comparer
à nos fabriques de modes ; les uns & les autres ne
tiennent la vie que de cette attention continue
à carresser la légéreté du "public & le suivre
dans la variété de ses goûts ; prétendre les fixèr
quelque temps sur le même objet, ce seroit les.
anéantir. Avec l'aveu du Gouvernement, sous une protection plus honorable , plus importante , mais
semblable à celle accordée aux lettres , ne seroitil pas possible à la 'société de Paris , d'exciter les
amis de l'humanité dans les dissérentes Provinces,
à se réunir èc concourir à répandre les lumiéres
sans lesquelles une si belle cause ne peut obtenir
qu'un succès imparfait. — Dans les Provinces dans
les petites Villes sur-tout, les moyens d'instruction
sont rares. Il en résulte ordinairement que lqs
\ --- Page 222 ---
■SÎV Mées de chaque individu ne s'étendent pas audelà de ses plus proches voisins; n'ayant la plûpart
aucune notion des rélations éternelles qui exigent
centre les droits d'un homme & ceux d'un autre
femme, fuÍfent-ils nés 1, l'un sous l'Equateur ,
l'autre sous le Pôle ; souvent même n'ayant ni la
«onnoiffance, ni le sentiment des rapports immédiats entre le bien-être de leur voisin & leur pro-
-pre félicité ; comment avec de semblables disposition, s'élever à aucune idée de bien public ?
Tout leur est étranger, s'il ne leur est direÇlement
persônnel. i *' aux différentes sociétés de bienfaisance
établies depuis quelques années à changer des cir-:
constances aussi défavorables à la félicité publique. Les bons exemples autant que les bons princi-
-pes font propres à accélérer cette révolution. Si
par des contributions volontaires, ceux qui joignent au désir du bien , le bonheur de pouvoir y
faire coopérer le superflu de leurs richesses , formoient un fonds destiné à propager les uns & les
autres par la voie de l'impression, il ne s'agiroit
.que de trouver dans les Provinces des personnes
afïez zèléèspour seconder de tous leurs efforts çette
communication désirable. Les administrations provinciales, les corporations littéraires des principa*
élérer cette révolution. Si
par des contributions volontaires, ceux qui joignent au désir du bien , le bonheur de pouvoir y
faire coopérer le superflu de leurs richesses , formoient un fonds destiné à propager les uns & les
autres par la voie de l'impression, il ne s'agiroit
.que de trouver dans les Provinces des personnes
afïez zèléèspour seconder de tous leurs efforts çette
communication désirable. Les administrations provinciales, les corporations littéraires des principa* --- Page 223 ---
■m •les Villes, [I] en offriroent peut-être des moyens
faciles. Si dans les petites Villes, si parmi les ames
honnêtes quipréférent le séjour des campagnes,
il n'étoit pas pofllble deiqrmer des sociétés , n'y
auroit-l pas encore de l'uitilité à s'y procurer des
correspondances : dussent les sruits de ce commerce se bornera de simples ^œux de la part des bons
citoyens , qui par leur position ne pourroient da-
,vantage , — Je lè répété, point de réforme solide
que par les tonnoilTances ^ pat4 le sentiment universes des. devoirs sévétesi de la société envers
tout Homme souffrant ; & si cet Homme eô vic
lime. d'une injustice énorme ; si contre sis? droits
naturels, la force, la violence enchaînent sa liberté ; si à cette odieuse oppression sont joints tous les
maux-longs & cruels qui accompagnent l'esclavageodansles Colonies d'Amérique; — qu'une
horreur générale s'élève contre de semblables cri- ( i) En effet, la plûpart des Académies de Province paroiffent reconnoître la futilité d'appliquer le temps & les
talens à une vainè littérature. Les sujets qu'elles choisissent
ordinairement pour les prix à distribuer chaque année" V
prouvent qu'elle n'estiment les lettres gantant qu'elles
peuvent éclairer les Hommes & ks porrer à méditer sur les
_> .., --- Page 224 ---
'rstn mes ! — Déjà les nations s'unissent ; trois puis- • \
lances qui derniérement se déchiroient dans la fii- J
,reur de la guerre , voient leurs sujets former au- |
jourd'hui une .confédération la plus honorable qui 1
jamais ait exifié. — Puisse-t-elle s'étendre sur les
deux continens, & acquérir une prépondérance I
précieuse sur tant de petits intérêts particuliers ;
puisse-t-elle ne pas borner ses travaux à obtenir
l'abolition de la traite, mais à la rendre nécessaire
fous la régénération des loix naturelles. — Puisse
enfin l'empire de l'humanité intervenir seul dans
cet important procès, &, sans le secours des puissances civiles, parvenir à briser les fers de l'esclavage. ■. PORPH DU D..; T DE Mor B Norm ~3 ci zq Avril 1788 * TABLEAU --- Page 225 ---
-hTABLEAU PRÉCIS; DE: LA MALHEUREUSE CONDITION JDJES NEGRES DANS LES COLONIES D'AMÉRIQUE^ A Ù moment 011 la liberté de l'Homme J
les droits généraux qu'il a reçus de M
Nature & la conservation de ces priviléges inestimables sont devenus l'objet de l'attention publique , n'est-il pas bien étonnant que
la plupart de ceux qui s'annoncent comme les
défenseurs de la liberté restent indissérens, insensibles au traitement de tant de milliers
d'Hommes, qui par des motiss d'avarice, & par,
l'inexorable loi d'un usage tirannique sont en
ce moment retenus dans le plus déplorable état
de servitude,
& la conservation de ces priviléges inestimables sont devenus l'objet de l'attention publique , n'est-il pas bien étonnant que
la plupart de ceux qui s'annoncent comme les
défenseurs de la liberté restent indissérens, insensibles au traitement de tant de milliers
d'Hommes, qui par des motiss d'avarice, & par,
l'inexorable loi d'un usage tirannique sont en
ce moment retenus dans le plus déplorable état
de servitude, --- Page 226 ---
(lJ l, Cet Ecrit est particulièrement destiné à faire
connoître les iniquités nombreuses qu'exige la
traite des Nègres : commerce qui chaque année
jette dans un rigoureux & barbare esclavage plusieurs milliers d'Hommes, nos fieres , nés aussi
libres que nous , comme nous l'objet du sa- .
crifiee offert par le Christ pour la rédemption
commune , & dont un grand nombre , un trèsgrand nombre périssent d'une mort misérable &:
prématurée. Quelques personnes vivement touchées de cette
triste vérité , viennent de la présenter comme
méritant la plus sérieuse considération de la part
de tous ceux qui prennent intérêt au bonheur public , considéré soit civilement, soit du côté de
la' Religion. Qu'úne calamité aussi profonde ait été non pas
seulement tolérée par ceux qui ont le pouvoir en
main, mais qu'ils l'ayent même favorisée & lui
c¡yent prêté leur appui, c'est en effet une observation surprenante, & la charité ( il en faut beaucoup
ici ) doit supposer que les personnes soit Ecclésiastiques ou Laïques qui ont eu part au gouvernement & qui avoient en leur pouvoir d'arrêter
ce commerce, ont ignoré les motifs corrompus
qui lui donnoient la vie, qu'elles n'ont pas connu --- Page 227 ---
(3)1 A 2. les plaintes, de ces créatures si violemment opprimées , &; n'ont point entendu les douloureux
gemissemens que leur cœur brisé élève chaque
jour jusqu'à Dieu notre pere commun. Autrement
les puissançes de la terre auroient - elles voulu
j'ai presque dit, auroient-elles pu autoriser aussi -
long-temps une pratique si contraire aux idées
de justice & de liberté ; & qui, comme l'observe
James Fofler- « en renversant tous principes de
Religion soit naturelle, soit revelée , insulte avec
la plus haute audace à ce Dieu qui est également
le Dieu & le Pere de ceux qui n'ont pas le bonheur d'être nés dans le sein du Christianisme. » On pourroit justement afliirer qu'en proporfion de ce que cette pratique prévaut dans un
pays, elle y détruit la tranquillité, la paix & le
bonheur de la société. On pourroit aussi démontrer qu'elle rompt les nœuds d'affeftion, de bienveillance générales, par lesquels la nature avoit •
uni le genre bumain; qu'elle introduit l'oisiveté,:
porte le découragement dans les mariages-, jette
la jeunesse dans là corruption & la débauche ,
roit justement afliirer qu'en proporfion de ce que cette pratique prévaut dans un
pays, elle y détruit la tranquillité, la paix & le
bonheur de la société. On pourroit aussi démontrer qu'elle rompt les nœuds d'affeftion, de bienveillance générales, par lesquels la nature avoit •
uni le genre bumain; qu'elle introduit l'oisiveté,:
porte le découragement dans les mariages-, jette
la jeunesse dans là corruption & la débauche , ruine les moeurs ; qu'elle excite de fréquentes
allarmes par les dangers continuels auxquels les
Blancs sont nécessairement exposés par l'augmentation si considérable d'un peuple qui, toujours --- Page 228 ---
(4) aigri par l'oppression sous laquelle il gémit, de*
vient leur ennemi naturel, en même-temps qu'il
occupe la place & mange le pain de ceux qui seroient l'appui & la sureté de la Patrie. Mais comme
ces réflexions & beaucoup d'autres de ce genre
doivent se présenter à l'esprit, pour peu qu'il
s'arrête sur ce sujet, je m'efforcerai feulement de
faire connôître par les observations d'Auteurs distingués, la nature de ce commerce, l'abondance
dont les Négres jouissent sur la cote de Guinée , -
le barbare traitement que nous leur faisons essuyer, 8c de prouver aussi combien ces marchés d 'esclaves sont opposés aux préceptès les plus clairs de
l'Evangile , à ceux de la raison 6L aux sentimens
communs qu'inspire l 'htimanité. Dans une Histoire des Etablissemens des Européens dans l'Amérique , imprimée à Londres en
1757, l'Auteur s'exprime ainsi sur ce Íujet. « L'esclavage des Nègres de nos Colonies est plus complet & bien plus cruel dans toutes ses circonstances que celui qu'aucun peuple ait à supporter dans
tout autre pays ? ou ait jamais souffert dans d autres siécles. Les pertes prodigieuses que nous
éprouvons dans cette malheureuse partie de notre
espèce , ne laissent aucun doute sur cette trisse
vérité, L'Isle de Barbade (011 le nombre des Nègres --- Page 229 ---
(5) île monte pas à quatre vingt mille ) malgré tous
les moyens employés pour encourager & augmen";
ter leur propagation , & quoique le climat soit
sous tous les rapports exactement semblable à
celui de leur pays, si ce n'est même qu'il est beau-
■ coup plus sain , & cependant malgré tous ces
avantages, l'Ille de Barbade est forcée de faire
chaque année une recrue de cinq mille enclaves
pour entretenir le nombre ci-dessus rapporté. La
mortalité prodigieuse que découvre cette observation, & qui doit être au moins en même proportion dans toutes nos autres HIes, démontre
évidemment que les Nègres éprouvent quelque
oppression accablante & insupportable sous laquelle ils succombent d'une maniére si rapide ;
& je crois que c'est particulièrement le travail
excessif auquel ils sont forcés. » Dans un Ouvrage publié par Thomas Jeffery J
sur une partie de l'Amérique Septentrionale, &
imprimé en 1761 , il dit en parlant des Négres
qui se trouvent dans les Isles des Indes Occidentales : « Il esi impossible pour une ame sensible de
réfléchir sur la servitude de ces malheureux , traités comme la lie du genre humain , sans se trouver vivement ému du tableau de leurs douleurs
qui ne finissent qu'avec leur vie. Rien de plus --- Page 230 ---
(<5)
Ouvrage publié par Thomas Jeffery J
sur une partie de l'Amérique Septentrionale, &
imprimé en 1761 , il dit en parlant des Négres
qui se trouvent dans les Isles des Indes Occidentales : « Il esi impossible pour une ame sensible de
réfléchir sur la servitude de ces malheureux , traités comme la lie du genre humain , sans se trouver vivement ému du tableau de leurs douleurs
qui ne finissent qu'avec leur vie. Rien de plus --- Page 230 ---
(<5) misérable que leur condition. On imagineroit
qu'ils sont formés pour être le rebut de l'espèce
humaine : enlevés à leur pays , dépouillés de la
liberté , de ce céleste bienfait auquel toutes les
Nations attachent tant de prix , ils sont en quelque sorte abaissés à la condition des bêtes de
^ charge. En général , quelque peu de racines 3
particulièrement des patates, forment toute leur
nourriture ; ils sont couverts de quelques haillons
qui ne peuvent les garantir ni de la chaleur du
jour ni de l'extrême fraîcheur de la nuit. On ne
les laisse que très-peu répoier ; pour prix de leur
travail presque continuel , ils ne reçoivent point
de gages, mais vingt coups de fouet pour la
moindre faute. » Une jeune personne d'un jugement solide 5 qui
voyageoit dernièrement dans, une de nos Isles
faisoit les observations suivantes sur la malheureuse situation des Nègres 3 & sur le traitement
journalier que ces misérables créatures éprouvent
de leurs maîtres , à l'exception d'un très-petit
nombre. « Pour les moindres sujets, ils les fouettent de la maniére la plus cruelle ; ils les frappent
" à coups de bâton , & vous veniez leur corps
couvert de plaies &: de cicatrices : enfin ils paroil:
fent ne faire cas de la vie de leurs esclaves qu'à r --- Page 231 ---
(7) raison dt: prix qu'ils leut coûtent ; & ce n'efl qu'en
considération de ce prix qu'ils s-abstiennent de
leur arracher la vie ; ils les traitent, non comme -
une race de créatures humaines , qui soient susceptibles de raison & du souvenir de leurs maux,
mais comme un troupeau de bêtes semblables aux
bœufs stupid$s, durs , insensibles, propres à la
somme & désignés pour là porter. Ils se gardent
bien de leur accorder aucun titre aux privilèges de
la nature humaine; ou plutôt à peine les regardentils comme l'ouvrage de Dieu. Quoiqu'il ait été
conforme à la justice de notre Créateur d'étendre sur toutes les générations les effets de cette
Sentence qui condamnoit notre premier Pere &
sa postérité à manger leur pain à la sueur de leur
front ; n'est-il point aussi d'une vérité éternelle
que le Laboureur mérite un salaire ? L'équité naturelle ne comporte pas qu'il y ait une servitude
sans condition ; une cruelle & perpétuelle servitude ! Il n'est point conforme à l'équité naturelle-,1
que des Nations entiéres soient arrachées aux
nœuds chéris de parenté, d'amitié, pour être à jamais dévouées à servir dans le plus dur esclavage,
les désirs & les plaisirs d'une race d'Hommes,dont
la supériorité n'est due qu'à la violence.
aire ? L'équité naturelle ne comporte pas qu'il y ait une servitude
sans condition ; une cruelle & perpétuelle servitude ! Il n'est point conforme à l'équité naturelle-,1
que des Nations entiéres soient arrachées aux
nœuds chéris de parenté, d'amitié, pour être à jamais dévouées à servir dans le plus dur esclavage,
les désirs & les plaisirs d'une race d'Hommes,dont
la supériorité n'est due qu'à la violence. Dans un Ouvrage publié dernièrement sur --- Page 232 ---
(8) 1 ce sujet J on trouve un passage , que ceièc
même , qui, aveuglés par l'intérêt, cherchent à
excuser ce commerce & en pallier l'atrocité,
avouent être un tableau vrai, quoique trop affoiblijdù traitement que les malheureux Africains
reçoivent dans les Colonies. « C'est , y est-il dit,
l'inhumanité avec laquelle les Nègres sont traités dans les plantations ; c'est la maniére de les
nourrir & vêtir ; c'est le travail forcé qu'on
en exige généralement, qui mettent le comble à
l'iniquité de ce commerce. Il faut y ajouter les
cruels châtimens qu'ils subissent fréquemment &
auxquels il n'est d'autres bornes que la volonté
ou plutôt la colère de leurs cruels surveillans.
Dans la Barbade & quelques autres Ines, six pintes de mais & trois harengs forment pour chaque esclave la provision d'une semaine entiére.
Dans la Jamaïque, les propriétaires alignent à
chaque esclave un petit quartier de terre qu'ils
leur permettent de cultiver le Dimanche. Alors
ils n'ont pour nourriture que le produit qu'ils
peuvent en tirer, auquel on joint de temps à
autre quelques harengs ou autres poissons salés.
Dans les Isles on leur accorde rarement plus de
six aulnes d'étoffe grossiére pour se couvrir ; &
gans les Colonies qui s'avancent plus vers lç --- Page 233 ---
\
() Nord, & où les vents d'Ouest soufflent si long-
, temps & avec un froid si piquant, ces pauvres v
Africains manquent de vêteméns ; la plupart
même n'en ont aucun jusqu'à ce qu'ils soient en
état de l'acquérir par leur travail. » « Le temps du travail pour les Nègres des Indes occidentales, commence au point du jour jusqu'à midi, & depuis deux heures jusqu'à la nuit.
Pendant cet intervalle ils sont accompagnés de
leurs surveillans, qui fouettent impitoyablement
ceux qui leur paroissent tentés de se livrer au
repos-, & avant qu'il leur soit permis de retourner dans leurs quartiers, il faut encore qu'ils s'occupent à cueillir de l'herbe pour les chevaux $ à
préparer & amasser du bois pour les chaudières,
&c. de sorte qu'il est Couvent midi & demi avant
qu'ils puissent retourner au logis, & qu'ils ont
à peine le temps de broyer &: faire cuire leur
maïs ; delà il arrive souvent qu'ils sont rappellés
au travail avant d'avoir pu appaiser leur faim ; &
qu'il leur soit permis de retourner dans leurs quartiers, il faut encore qu'ils s'occupent à cueillir de l'herbe pour les chevaux $ à
préparer & amasser du bois pour les chaudières,
&c. de sorte qu'il est Couvent midi & demi avant
qu'ils puissent retourner au logis, & qu'ils ont
à peine le temps de broyer &: faire cuire leur
maïs ; delà il arrive souvent qu'ils sont rappellés
au travail avant d'avoir pu appaiser leur faim ; & il n'est question ni de délai, ni d'excuses : s'ils ne
sont pas arrrivés au champ immédiatement à l'instant prescrit, ils ne doivent pas espérer d'échapper au fouet sanglant du Commandeur. Dans le
temps de la récolte qui dure plusieurs mois, ils
sont obligés tour-à-tour de passer la plus grande --- Page 234 ---
(la) partie des nuits à travailler aux moulins. )y « C'est ainsi que les propriétaires , pour augtnenter au plus haut degré possible , le gain qu'ils
retirent du travaille leurs esclaves, les surchargent d'une maniére excessive , tandis qu'ils ne
leur accordent la nourriture & le vêtement
qu'avec la plus grande parcimonie ; quelques-uns
portent la cruelle avarice jusqu'àles leur retrancher presque entiérement ; de forte que les pauvres malheureux sont obligés d'y pourvoir du
mieux qu'ils peuvent par la ruse & le vol ; d'où il
résulte que souvent ilsse font tuer dans les champs
voisins, où la faim les force d'aller dérober des
patates ou autres racines ; & si, poussés par leurs
besoins pressans , ils osoient prendre quelque
chose dans la plantat^pn à laquelle ils appaitiennent , manger quelque foible partie de ce qu'ils
ont cultivé avec tant de peine, ils en seroient
punis par les châtimens les plus douloureux, tandis que les barbares propriétaires se livrent aux
plus grands excès du luxe & de la débauche. » « Ne faut-il pas s'étonner que des gens qui,
considérés comme Nation, passent pour être généreux , humains, & s'énorgueillissent de leur vif
amour de la liberté , puissent se permettre de
porter jusqu'aux dégrés extrêmes l'oppression --- Page 235 ---
{Il' l'inhumanité, sans reconnoître l'nconséquence
d'une telle conduite & sans éprouver de grands
remords. Peut-on n'être pas indigné d'entendre
ces Hommes spéculer d'une ame calme &: tranquille , & soumettre à leurs calculs la force & la
vie des Hommes, dont ils ont fait leur propriété.
Dans la Jamaïque, si, sur dix Nègres nouvellement importés, il n'en meurt que six dans la première faison, le propriétaire est en gain sur sort
marché ; Se dans la plupart des autres plantations,
si les Nègres vivent huit à neuf ans, leur travail
aura suffisamment compensé leur prix. Ces calculs ne leur paroissent pas plus étranges , que
s'il s'agissoit d'évaluer la force & le travail des
bêtes cle charge. — Mais même à l'égard de ces
animaux, un homme capable de compassion, les
traiteroit certainement avec moins de dureté, que
les pauvres Nègres en éprouvent ordinairement.» « Les gémissemens de ces misérables créatures
profondément persécutées & opprimées, ne
monteront-ils pas jusqu'au Ciel ? Et lorsque la
coupe d'iniquité sera à son comble, ces impitoyables oppresseurs échapperont-ils à la justice de
Dieu ? —Mais hélas de quel malheur plus grand les
Hommes peuvent-ils être frappés ! Quelle plus
déplorable calamité, que cette dureté du coeur ^ --- Page 236 ---
(12).
émissemens de ces misérables créatures
profondément persécutées & opprimées, ne
monteront-ils pas jusqu'au Ciel ? Et lorsque la
coupe d'iniquité sera à son comble, ces impitoyables oppresseurs échapperont-ils à la justice de
Dieu ? —Mais hélas de quel malheur plus grand les
Hommes peuvent-ils être frappés ! Quelle plus
déplorable calamité, que cette dureté du coeur ^ --- Page 236 ---
(12). cet oubli de Dieu, cette insensibilité à toute imz
pulsionTeligieuse, & enfin cette dépravation générale des mœurs plus ou moins aûive dans les
Colonies, en proportion des richesses qu'elles ont
accumulées aux dépens de la liberté & du sang des
Négres ! » Georges Whitfield dans une lettre imprimée en
1 73 qu'il adresse de la Géorgie , aux habitans de
Maryland, de la Virginie & des deux Carolines,
expose aussi d'une manière touchante le sort des
Nègres dans nos provinces méridionales. « En
traversant vos provinces , j'ai été vivement affeâé de la misére des pauvres Nègres. S'il est permis à des Chrétiens d'acheter des esclaves , &
pour entretenir ce commerce , d'ençourager les
Nations qui les fournirent à une guerre perpétuelle les unes contre les autres, c'est ce que je ne
me permettrai pas de décider ; mais au moins je
ne puis douter qu'il soit criminel , lorsqu'ils sont
achetés , de les traiter aussi mal, que dis-je, avec
plus de dureté que s'ils étoient des animaux ; &c
quelques soient les exceptions particuliéres qu'il
y ait à faire parmi vous, comme la charité me
porte à l'espérer, je crains que la grande partie
des propriétaires de Nègres n'ait un tel reproche
à se faire. — Le travail auquel vos enclaves soqÇ --- Page 237 ---
t13 ) assujettis est plus dur, s'il n'est même plus violent
que celui des chevaux qui vous portent. Ceux-ci
du moins , lorsque leur tâche est remplie , sont
nourris & entretenus avec un soin particulier. VosNégres , lors qu'accablés & presque succombans
de fatigues, ils retournent au logis , ont encore à
préparer , à broyer leur grain. Vos chiens sont
traités avec douceur ; vos caresses les appellent
jusques à votre table; mais vos enclaves , que ^
souvent par mépris, vous traités de chiens de bêtes, ne jouissent point de privilèges égauæ aux
leurs ; ils ne sont pas même admis à ramasser les
miettes qui tombent de la table du maître. >> « Dirai-je combien j'en ai vu livrés au fouet
du cruel surveillant dont les coups redoublés fillonnoient leur corps de plaies profondes 6c mor"-
telles, Lorsque traversant vos habitations, j ob*
servois tant de maisons spacieuses ? un etat de,
culture si brillant, & chaque j our la vie somptueuse
des propriétaires ; mon sang se glaçait, en considérant en même-temps combien de malheureux
t esclaves manquoient de nourriture & de vêtemens
tandis que vous deviez entièrement à. leurs travaux excessifs l'abondance dont vous jouisîiez. »
es 6c mor"-
telles, Lorsque traversant vos habitations, j ob*
servois tant de maisons spacieuses ? un etat de,
culture si brillant, & chaque j our la vie somptueuse
des propriétaires ; mon sang se glaçait, en considérant en même-temps combien de malheureux
t esclaves manquoient de nourriture & de vêtemens
tandis que vous deviez entièrement à. leurs travaux excessifs l'abondance dont vous jouisîiez. » « L'Ecriture dit : Tu n'emmufeleras pas le bœus
^ dont tu te sers four fouler le grain & le faire sortir de --- Page 238 ---
(H) l'épi. Dieu prend donc soin des boeufs r oc la
bienveillance ne s'étendra-t-elle pas jusqu'aux Nègres ? oui vraiment, & déja vous devez, Hommes riches & orgueilleux , pleurer, gémir sur les
maux qui menacent vos têtes : considérez la quantité de pauvres esclaves qui ont défriché & arrosé
- vos champs de leur tueur, & auxquels vous avez
refusé les premiers besoins ; ils crient vengeance
& leurs cris sont parvenus jusqu'au Seigneur Suprême. Vous avez un exemple frappant du soin
que Dieu prend de venger la querelle des misérables esclaves, dans cette famine désastreuse dont
parlent les Saintes Ecritures : David demanda au
Seigneur la cause de ce steau & le Seigneur répondit ;
c'est pour punir Saul & sa maison sanguinaire des
meurtres dont ils se sont rendus coupables envers les
Gibéonites. — Il faut ici remarquer, premièrement
que les Gibéonites étoient des esclaves comme
les vôtres ; secondement que la Justice Divine
n'éclata que plusieurs années après le crime commis. Et pourquoi de tels exemples seroient-ils
conservés dans les livres sacrés , si ce n'est pournotre instruction ? — Car Dieu est aujourd'hui Se
fera à l'avenir, ce qu'il étoit hier. Il ne rejette pasla priére du pauvre, du malheureux ; il ne dédaignera pas le soupir de la chétive créature que --- Page 239 ---
[texte_manquant] "Vous opprimez ; le sang des Nègres répandu depuis tant d'années dans vos provinces, montera
jusqu'au Ciel & criera vengeance contre vous. » Ceux qui ne connoissent les Négres que pour
les avoir vus avilis & abrutis dans cet état abject
d'esclavage, & qui n'ont aucune connoissance de
ce qu'ils sont dans leur pays natal, pourroient s'imaginer qu'ils font naturellement insensibles ,
misérables & insusceptibîes des biens précieux de
la liberté ; que soussrir qu'ils vivent parmi nous ,
comme autrefois les Gihéonites au milieu des
Juifs , & même quoique sous des conditions encore plus opprenives , c'est leur accorder une
saveur. Mais certes ce seroit se tromper grosïiérement à l'égard de la plus grande partie de ces
Peuples. Sans-doute il est hautement probable que dans
une contrée d'une étendue de plus de trois mille
miles du Nord au Sud & autant de PEst à l'Ouest,
il doit se trouver des parties désertes, & des
peuplades moins civilisées ou plus barbares les
unes que les autres , de même que dans toute autre contrée : mais d'après les récherches les plus
certaines ssir les habitans de la Guinée, ils paroissent en général industrieux humains, sociables
4oués de facultés naturelles 7 qui ? si elles étoient
étendue de plus de trois mille
miles du Nord au Sud & autant de PEst à l'Ouest,
il doit se trouver des parties désertes, & des
peuplades moins civilisées ou plus barbares les
unes que les autres , de même que dans toute autre contrée : mais d'après les récherches les plus
certaines ssir les habitans de la Guinée, ils paroissent en général industrieux humains, sociables
4oués de facultés naturelles 7 qui ? si elles étoient --- Page 240 ---
r 16 v .. > * cultivées pourroient s'étendra comme celles dé?
Européens. Il paroît aussi que leur pays est fertile , qu'en
un grand nombre d'endroits le sol est très-amélioré, qu'il abonde en bestiaux , en grains & en
fruits. Et comme la terre y est toute l'année -en .
pleine production, & que la chaleur continuelle
du climat n'exige que très-peu de vêtemens ; il
* "" est bien plus tacile de pourvoir auæ besoins de la
vie dans une glande partie de l'Afrique que sous
nos climats septentrionaux. C'est ce que cpnfîrme
le témoignage de plusieurs Auteurs distingués qui
ont résidé dans ces contrées ; entr'autres Mr
Adanson, dans le compte qu'il rend de la Gorée
&; du Sénégal en 1754. « De quelque côté ditil que je tourne les yeuæ sur ce délicieux pays,
il offre une parfaite image de la Nature dans toute
sa pureté ; une solitude agréable, bornée, de tous
côtés, par de charmantes perspe&ives ; la position champêtre des chaumières au milieu des arbres ; l'aisance , la tranquillité des Négres qui reposent à l'ombre d'épais feuillages , la simplicité
de leurs ajustemens , celle de leurs moeurs ; tout
rappelle dans mon ame l'idée da nos premiers Peres & me présente le tableau de l'état primitif du
' monde, Les Négres sont en général sociables,
obligeans --- Page 241 ---
(17) B . bbligeans & d'un excellent caraftére. Je fus extrémement satisfait de la premiére réception qu'ils me
firent ; elle suffit pour me convaincrequ'il y avoit
„ considérablement à rabattre de ce que j'avois
lu & entendu dire partout sur le caraûére sauvage
des Africains. J'observai dans les Nègres & dans les Maures beaucoup d'humanité & de sociabilité, ce qui me persuada fortement que je jouirois d'une
parfaite sureté au milieu d'eux & que je réussirois
dans les recherches que je souhaitois de faire sur. les curiosités du pays. » William Bosman , faveur principal pour les
Hollandois , qui passa seize ans dans la Guinée
s'exprime ainsi sur les habitans du canton où. il
résidoit : « Ce sont en général de bonnes-gens &
pleins de probité dans les 'marchés & parlant
d'autres peuplades : » Ils reçoivent amicablement
les étrangers , sont affables , d'une conversation
douce, & cédant facilement à la raison. Quelques
Négres)ajoute-t-il, dont l'éducation a été cultivée,'
Hollandois , qui passa seize ans dans la Guinée
s'exprime ainsi sur les habitans du canton où. il
résidoit : « Ce sont en général de bonnes-gens &
pleins de probité dans les 'marchés & parlant
d'autres peuplades : » Ils reçoivent amicablement
les étrangers , sont affables , d'une conversation
douce, & cédant facilement à la raison. Quelques
Négres)ajoute-t-il, dont l'éducation a été cultivée,' ont montré un esprit aussi brillant qu'aucun de
nos Européeos. — Parlant ailleurs de la fertilité
du pàys : « Il est très-peuplé, abondamment fourni
de grains, de patates & de fruits qui se succèdent
les uns aux autres. En plusieurs endroits , on ne
yoit d'incube que les sentiers nécessaires ; les Né: --- Page 242 ---
fin grès ne négligent aucun terrein qu'ils pensent être
sertile ; & aussitôt après avoir récolté, ils recommencent à Semer. » — En décrivant d'autres cantons , il les représente « couverts de villes & de
villages , offrant un sol très-riche & si bien cultivé qu'il semble être une continuité de jardins ;
d'ailleurs abondant en riz & autres grains, en bestiauæ & volailles dont jouissent ces laborieux habitans. » William Smith , que la Compagnie d'Afrique
envoya en 1726 , pour visiter ses établissemens
sur la côte de Guinée, vante-également la bonté
& la beauté des pays qu'il parcourut & il ajoute :
«Plus on descend le long de cette partie appellée
la Côte des Esclaves , plus le sol paroît riche & dév licieux, & parlant des habitans : ils sont honnê-<
tes , d'un bon caraftére , industrieux au plus haut
dégré ; il est aisé de voir de quelle heureuse mémoire ils sont doucs & quels progrés ils feroient
dans les sciences, si leur esprit étoit cultivé par l'étude : » il ajoute d'après un des fadeurs qui avoit
résidé dix ans parmi les Nègres « que les plus sensés
d'entre-eux regardent comme le plus funeste des
fléaux, d'être continuellement visités parles Européens. - Que les Chrétiens introduisirent chez
.eux le commerce des esclaves & qu'avant leur arrivée ils vivoient en paix. * --- Page 243 ---
( ') [texte_manquant] André S rue, un des principaux employés dans
la faB:orerie Françoise , en rendant compte de ses
voyages le long du Sénégal qu'il remonta à plusieurs milliers de miles dans les terres , apprend à
ses ledeurs que plus on s'éloigne de la mer, plus
!e pays, le long de cette rivière , semble fertile
& cultivé ; il abonde en grains , riz , légumes ,
tabac & indigo. On y rencontre de vastes prairies qui nourrirent une grande quantité de troupeaux de toute espèce ; la volaille privée ou sauvage y est très-commune. » Le même Auteur , dans son voyage au Sud du
Fleuve Gambie exprime son étonnement de voir
la terre si bien cultivée ; « à peine y trouve-t-on
quelques petites parties en friche. Les bas fonds,
divisés par de petits canaux sont tous ensémencés
en riz ; les terreins plus élevés portent le maïs, le
millet & des poix de différentes espèces : le bœuf
&: le mouton y sont communs ainsi que toutes les
autres nécessités de la vie. » Quant aux naturels du
pays « ils sont en général d'un caractère bon' &
honnête, faciles à séduire par les maniéres douces
& affables. En parlant des mêmes peuples, Artus
dit j qu'ils sont pacifiques, pleins de bonne-foi &
de justice soit entre-eux ? soit envers les étrangers. »,
& des poix de différentes espèces : le bœuf
&: le mouton y sont communs ainsi que toutes les
autres nécessités de la vie. » Quant aux naturels du
pays « ils sont en général d'un caractère bon' &
honnête, faciles à séduire par les maniéres douces
& affables. En parlant des mêmes peuples, Artus
dit j qu'ils sont pacifiques, pleins de bonne-foi &
de justice soit entre-eux ? soit envers les étrangers. », --- Page 244 ---
t
( 10) De ces récits confirmés par quantité d'autres
Auteurs, soit sur les bonnes dispositions des naturels , soit sur la fertilité de la plus grande partie
de la Guinée, on peut penser combien auroit pu
être heureuse pour eux la connoissance des Européens 1 si ceux-ci ne s'étoientpas bornés au nom,
mais avoient été vraiment dirigés par l'esprit du
Christianisme. — Mais hélas ! que la conduite des
Blancs s'est,écartée des préceptes & des exemples
du ChriSt ! Au lieu de prêcher à l'Homme l'Évangile de paix & la bienveillance universelle, combien par leurs pratiques n'ont-ils pas contribué à
enflammer dans le cœur des Nègres toutes les pasfions nuisibles d'une nature corrompue ? Ce sont
eux qui les ont excités à une guerre continuelle ;
ce sont eux qui, à cet effet, .leur ont fourni une
prodigieuse quantité d'armes & de munitions &
qui ont ainsi précipité ces peuples dans le désordre, le carnage 6t dans tous les excès des miséres
humaines. Telles ont été les horreurs qui ont -dû
élever dans leur ame un mépris, une exécration
générale pour le nom Chrétien & qui ont profondément affecté , s'ils n'ont même entiérement
éteint, leur foi aux grandes vérités de notre Sainte
Religion. Le désir insatiable du gain eSt donc devenu le principal mobile des crimes les plus abomi- --- Page 245 ---
( 2.1 ) B3 nables & les plus terribles ; tout lui est asservi ï
jusqu'au pouvoir des Rois , qui, séduits par les
appas, les richesses exposées fous leurs yeux par,
les l'acteurs Européens, & cessant d'être les proteneurs de leurs sujets, ont envahi leur liberté &:
en sont devenus les tyrans. Plusieurs Auteurs ont parlé de la barbarie révoltante avec laquelle ce commerce se pratique sur
la côte d'Afrique ; comme ces ouvrages peuvent
n'être pas tombés entre les mains de mes le&eurs,
je vais en rapporter quelqu'uns des exemples les
plus remarquables. François Moor , facteur de la Compagnie d'Affrique , sur les bords du Fleuve Gambie, rapporte
que quand le Roi de Baisalli désire des" marchandises &c , il envoie un exprès au Gouverneur
du Fort Sain-t-James , pour lui en demander une'
cargaison ; ce que le Gouverneur ( dit l'Auteur )
ne manque jamais de faire : au moment ou le Sloop
arrive , le Roi fond sur quelques villes ennemies ,
les pille , enlève les habitans jusqu'à ce qu'il y ait
allez d'esclaves pour payer les marchandises. S'il
n'est pas en guerre avec les Rois voisins : il tombe sur quelques-unes de ses propres villes & se
glorifie de vendre ses malheureux sujets.
lui en demander une'
cargaison ; ce que le Gouverneur ( dit l'Auteur )
ne manque jamais de faire : au moment ou le Sloop
arrive , le Roi fond sur quelques villes ennemies ,
les pille , enlève les habitans jusqu'à ce qu'il y ait
allez d'esclaves pour payer les marchandises. S'il
n'est pas en guerre avec les Rois voisins : il tombe sur quelques-unes de ses propres villes & se
glorifie de vendre ses malheureux sujets. Brue. en parlant de ce commerce , dit aussi --- Page 246 ---
( 22 ) qu'ayant reçu une provision de marehandiies, il
écrivit au Roi du pays que s'il avoit un nombre
suffisant d'esclaves , il étoit prêt à traiter avec lui.
Ce prince , ajoute l'Auteur, ainsi que les autres
Rois Nègres, ont toujÓurs un moyen sur de suppléer à ce qui leur manque d'esclaves en vendant
leurs propres sujets. — C'est à cette ressource
. que le Roi recourut ; il fit saisir trois cens de ses
propres sujets & envoya dire à Brue, qu'il avoit
des esclaves à lui livrer pour ses marchandises. Les extraits suivans de deux voyages sur la côte de Guinée offrent un tableau plus détaillé des
horreurs & du carnage qu'occasionne la traite des
Nègres. Le premier esi tiré mot-à-mot du Journal
du Chirurgien d'un vaisseau expédié de Liverpool. A Sepio du 2.9 Décembre 1723. — «Point de
marché aujourd'hui, quoique plusieurs courtiers
soient venus à bord. Il nous apprirent que ce peuple étoit allé en guerre dans l'intérieur des terres
& qu'ils ne manqueroit pas de ramener un grand
nombre de prisonniers sous deux ou trois jours.
Dans cet espoir , nous nous sommes arrêtés. » Du 50. — (i Point encore de marchés : mais
nos courtiers vinrent à bord nous informer que le
peuple avoit brûlé quatre villes ennemies & que
nous pouvions compter d'avoir le lendemain des
enclaves. » --- Page 247 ---
[texte_manquant] B-4 Du 31 . — « Beau temps ; mais point encore
d'esclaves ,, nous voyons chaque nuit des villes en
feu , & nous apprenons que les Nègres de l'intérieur des terres ont battu & fait un grand carnage
de ceux dfe Seflro ; de sorte que nous craignons
bien que cette guerre ne soit malheureuse. » Du 2 Janvier 1725. — « La nuit derniére nous
avons vu s'élever un feu prodigieux vers les onze
heures, & ce matin nous avons apperçu que la
ville de Sestro est entièrement consumée ; elle
contenoit plusieurs centaines de maisons ; il paroît
que leurs ennemis leur, sont devenus trop supérieurs , & que notre commerce est perdu en cet
endroit ; en conséquence nous avons levé l'ancre
vers les sept heures, & les trois autres vaisseaux
en ont fait autant pour chercher plus bas. »
Le second Extrait est aussi tiré d'un Journal
d'une personne de créance , qui étoit également
comme Chirurgien sur un bâtiment expédié de
New-York à la côte de Guinée, il y a environ dixneuf ans.
emis leur, sont devenus trop supérieurs , & que notre commerce est perdu en cet
endroit ; en conséquence nous avons levé l'ancre
vers les sept heures, & les trois autres vaisseaux
en ont fait autant pour chercher plus bas. »
Le second Extrait est aussi tiré d'un Journal
d'une personne de créance , qui étoit également
comme Chirurgien sur un bâtiment expédié de
New-York à la côte de Guinée, il y a environ dixneuf ans. Etant arrivé sur la côte à l'endroit appellé Ba~
salsa, « le Capitaine du vaisseau députa , selon la
coutume, une personne pour porter des présens
au Roi, l'informer de son arrivée, & lui demander une cargaison d'esclaves. Le Roi promit de lui --- Page 248 ---
(14) en fournir ; & pour remplir sa parole, il se mit
en marche contre ses ennemis, avec le dessein de
fondre à l'improviste sur quelques villes voisines
& en faire tous les habitans prisonniers. Quelque
temps après, le Roi nous fit dire qu'ayant essayé
de surprendre deux villes, cette tentative n'avoit
point eu de succès , & qu'il avoit été repoussé
deux fois ; mais qu'il espéroit encore nous livrer
un nombre suffisant d'esclaves ; dans cette vue, il
persista, jusqu'à ce qu'ayant rencontré l'ennemi
en plçine campagne, ils se battirent pendant trois
jours & d'une maniére si sanglante qu'il périt sur
la place près de quatre mille cinq cens hommes. »
— Celui qui rapporte ce trait a vu les corps restés
sur le champ de bataille. « Imaginez ? ajoute-t-il
dans son Journal, quel touchant spe&acle de voir
les veuves pleurant sur le corps de leur mari &
• les enfans déplorant la perte de leur pere, &c. » Ceux qui connoissent ce commerce, n'ignorent
pas que la plupart des Nègres qui habitent les côtes de la mer, corrompus par leur communication
avec les faveurs Européens, n'épargnent pas les
< astes de cruauté quand l'intérêt les disse. Ils ont
coutume d'enlever quantité de jeunes Négres des
deux sexes, lorsqu'ils les trouvent dans les chemins , & dans les champs, où leurs parens les en- --- Page 249 ---
(25 ) . voient gardeT les grains, &c. Plusieurs Auteurs
rapportent que les fadeurs Nègres vont avec des
marchandises qui leur sont livrées par les Européens , jusqu'à six & sept cent miles dans l'intérieur des terres, où ils tiennent des marchés d'hommes comme ceux que nous tenons pour les besîiaux.
Lorsque les pauvres Nègres arrivent sur le rivage , soit qu'ils viennent de loin ou de près, ils
sont dépouillés de leurs vêtemens & les Chirurgiens Européens les examinent soigneusement
hommes &: femmes sans distinction > sans la moindre pudeur. Ceux qui sont agréés, reçoivent aussi
tôt sous l'empreinte douleureuse d'un fer chaud ,
la marque du vaisseau , & sont conduits à bord ,
attachés deux à deux par des chaînes de fer.
Leûeur, récueillez toute votre attention, & considérez , si jamais il y a dans la vie une situation
plus complettement misérable que celle de ces infortunés captifs. Réfléchissez qu'il n'est aucun de
ces individus qui n'ait quelque tendre attachement
que brise cette cruelle séparation ; qui n'ait une
femme, des parens auxquels il est ravi, sans pouvoir même obtenir la derniére consolation de mêler ses larmes aux leurs dans cet éternel adieu ; J
qui ne laisse peut-être de foibles enfans , ou un'
pere, une mere âgés, qu'il devoit nourrir de son -
de ces infortunés captifs. Réfléchissez qu'il n'est aucun de
ces individus qui n'ait quelque tendre attachement
que brise cette cruelle séparation ; qui n'ait une
femme, des parens auxquels il est ravi, sans pouvoir même obtenir la derniére consolation de mêler ses larmes aux leurs dans cet éternel adieu ; J
qui ne laisse peut-être de foibles enfans , ou un'
pere, une mere âgés, qu'il devoit nourrir de son - --- Page 250 ---
( 16) travail & protéger par ses tendres soins ; eux-mêmes enfin accablés sous l'idée terrible & toujours
présente d'un esclavage perpétuel & inconnu ;
jettés tous ensemble & quelquefois au nombre de
six à sept cens dans la cale étroite d'un vaisseau où
l'air & la lumiére leur parviennent à peine ; succombant sous tant de maux compliqués on en a
vu, les uns s'échapper de leurs chaînes pour se j etter dans la mer, & se retenir sous l'eau, jusqu'a ce
qu'ils fussent noyés ; d'autres se faire mourir en
refusant tout aliment : ce qui a porté plusieurs
Capitaines de vaisseau à couper les bras & les
jambes à une quantité de ces créatures désespérées j pour effrayer les autres ; un grand nombre
ont aussi péri dans les plus horribles tortures pour
avoir essayé de s'affranchir de tant de miséres
présentes & de celles de l'essrayant avenir auquel ils étoient destinés. On trouve un exemple de cet espèce dans le
récit même du Capitaine d'un bâtiment qui portoit une cargaison de Nègres a l'Iûe Barbade.
L'humanité y est outragée à un tel degré, que je
douterois de l'exactitude des faits, s'ils n'étoieat
rapportés par une personne d'un caractère grave '
& digne de foi, qui les tient de la bouche même
du Capitaine. Interrogé sur le succès de son --- Page 251 ---
( ^7 ) voyage, il répondit « qu'il avoit eu bien de la
peine à engager les Nègres à combattre les uns
contre les autres pour se procurer un nombre
suffisant d'esclaves ; mais que , quand il eut obtenu ce qu'il lui en falloit, & qu'il en eut chargé
son bâtiment, ce fut bien une autre difficulté pour -
les engager à prendre des nourritures ; désespérés de se voir enlevés de leur pays , ils avoient
résolu de se laisser mourir de faim. » Questionné
encore sur les moyens dont il usa pour vaincre en
eux cette extrême résolution , il ajouta : « Qu'il
avoit fait monter tous les Nègres sur le tillac,
où voyant qu'ils p.ersis1oient à refuser toute nourriture , il ordonna à ses matelots de se saisir de
l'un des plus obstinés, de le hacher par petits
morceaux, &. força les autres d'avaler une partie
de ce corps mutilé ; leur jurant qu'il les traiteroit
tous ainsi, l'un après l'autre, s'ils ne consentoient
pas à manger. »
ajouta : « Qu'il
avoit fait monter tous les Nègres sur le tillac,
où voyant qu'ils p.ersis1oient à refuser toute nourriture , il ordonna à ses matelots de se saisir de
l'un des plus obstinés, de le hacher par petits
morceaux, &. força les autres d'avaler une partie
de ce corps mutilé ; leur jurant qu'il les traiteroit
tous ainsi, l'un après l'autre, s'ils ne consentoient
pas à manger. » Il s'applaudissoit de cette horrible exécution,
comme d'une action recommandable qui avoit
produit l'effet désiré , en les engageant à prendre
des nourritures. On voit encore dans la collection des voyages
Astley, un exemple semblable, que john Atkins,
Chirurgien à bord de l'Escadre de l'Amiral OgIe, --- Page 252 ---
(z8) rapporte du Capitaine d'un vaisseau, où plusieurs
esclaves & une Négresse avoient tenté de se soulever & de recouvrer leur liberté , & qui, de
sa propre autorité , en condamna plusieurs à une
mort cruelle, » en leur faisant d'abord manger
le cœur & le foie de l'un de ceux qu'il avoit fait
massacrer. Quant à la femme , il la fit suspendre
par les pouces & la fit déchirer à coups de fouets
& à coups de couteau devant les autres Nègres,
jusqu'à ce qu'elle eut expiré. » Quelques révoltans& exécrables que soient
ces raits'pour ceux dont le cœur n'est point encore endurci par l'habitude de cette cruauté, que
l'avidité des richesses introduit peu à peu dans
l'esprit humain, ils ne paroîtront point étranges
à 'ceux qui ont été intéressés ou employés dans
la traite des Nègres. On ne peut s'empêcher ici
de se faire une queu:ion , de la faire à ceux qui
ont en main .la balance & l'épée de la justice,
& qui doivent rendre un compte sévére à Dieu
de l'usage qu'ils en auront sait. Comment , leur
diroit-on , dans un pays où les loix sont si hautement eflimables par leur impartialité , pouvez - vous
supporter que ces infortunes Asricains soient mis à
mort sans procès 3 sans preuve qu'ils se soient rendus coupables de crimes 3 auxquels leurs châtiment. --- Page 253 ---
± Soient proportionnes. Comment souffrez-vous que ces
Capitaines de vaisseaux , qui ne sont pas toujours
les plus scrtipuleux ni les plus judicieux des hommes
soient les souverains arbitres de la vie des misérables -
Nègres ; qu'ils les sassent périr ? qu'ils les assassinent
ainji, & par des moyens si cruels } qu'on ne peut les
rapporter sans srémir d'horreur. Quand les vaisseaux arrivent au port de leur
destination dans les Colonies , les pauvres Noirs
sont offerts en vente aux propriétaires des plàntations. Ici, ils sont encore ,exposés nuds , sans
aucune diflindion de sexe , à l'examen brutal des
acquéreurs ; & c'est encore ce qui doit paroître
à plusieurs d'entr'eux une profonde injure, particulièrement aux femmes. Ajoûtez aussi le nouveau chagrin d'être Réparés, sans égard aux plus
tendres liens de parenté ou d'amitié 3 pour suivre
respectivement ceux qui viennent d'acquérir le
droit d'être leurs bourreaux. Quelle triste scene
en ce moment de voir les filles embrasser les genoux de leur mere ; leur sein nu est baigné des
larmes cuisantes d'une séparation dont le terme
esi inconnu ; doutant même si jamais elles se rencontreront après ce dernier instant, dont la douleur s'accroît encore par l'incertitude du nouveau
dégré de maux auxquels elles sont desiipées. Quel
é 3 pour suivre
respectivement ceux qui viennent d'acquérir le
droit d'être leurs bourreaux. Quelle triste scene
en ce moment de voir les filles embrasser les genoux de leur mere ; leur sein nu est baigné des
larmes cuisantes d'une séparation dont le terme
esi inconnu ; doutant même si jamais elles se rencontreront après ce dernier instant, dont la douleur s'accroît encore par l'incertitude du nouveau
dégré de maux auxquels elles sont desiipées. Quel --- Page 254 ---
spettacle plus attendrissant , plus propre à exciter
<. la pitié , la commisération ? Eli bien en ce moment même, c'est à coups de bâtons, à coups de
fouet sur leurs corps nuds & ensanglantés que les
propriétaires mettent fin à ces adieux,lprsqueils se
prolongent trop à leur gré. Tout cœur sensible ,
capable d'un mouvement de compafficn pour les
maux de l'humanité , ne sera-t-ir pas vivement
affç&é du récit de tant d'horreurs ? Si Dieu donna
aux Hommes l'empire sur les animaux, jamais il
ne soumit un Homme au pouvoir illimité d'un autre Homme. Cette vérité a été exposée avec la plus grande
clarté, par des Auteurs très-distingués & sur-tout
par Georges Wallis dans son systême des loix d'Ecosse. Comme son sentiment doit être d'un grand
poids pour toutes les personnes sensées, je répéterai ici une partie de ce qu'il a publié dernièrement sur le commerce d'Affrique. « Si la traite des
Noirs peut être autorisée par la morale ou par la
raison ; il n'est point de crimes mêmes les plus
atroces qui ne puissent être justifiés. C'est pour le
bien-être du genre humain que les gouvernemens
furent institués. Les Rois, les Princes, les Gouverneurs n'ont aucun droit de propriété sur leurs
sujets ; ils n'ont point celui de les rendre miséra- --- Page 255 ---
- bles ; ils ne sont ïnvestis de l'autorité , que pouf
en faire un juste usage & assurer le bonheur du
peuple. Et si tel est lé devoir inviolable des Souverains , peut-il s'accorder avec des droits sur leur
liberté, avec le droit de les vendre pour en faire
des esclaves. EH-il aussi quelqu'un qui puisse justement acquérir des droits semblables ? Les Homnfes, leur liberté ; sont-ce là des objets susceptibles d'être vendus, d'être achetés ? Il ne pourroit
donc s'en prendre qu'à lui-même , celui qui se
trouveroit privé d'un homme sur lequel il auroit
cru avoir acquis un droit de propriété, au moyen
d'un prix qu'il auroit livré. Car il auroit . trafiqué
de ce que les premiéres loix de l'humanité déclarent être à jamais hors de tout commerce. Il est
donc évident que chacun de ces infortunés Nègres , retenus dans l'esclavage, a un droit sacré à
sa liberté qu'il n'a jamais perdu , que jamais il n'a
pu perdre ; son Prince n'avoit pas le pouvoir
de disposer de lui ; le' contrat étoit illicite , il
étoit vuide d'objet. Ce droit, il remporte partout avec lui ; par-tout & dans toutes les circonstances il peut le réclamer, & dès qu'il met les
pieds dans un pays où lesJuges n'ont point encore
perdu tout sentiment d'humanité, c'est leur devoir de déclarer qu'il est homme, qu'il çft li-
, que jamais il n'a
pu perdre ; son Prince n'avoit pas le pouvoir
de disposer de lui ; le' contrat étoit illicite , il
étoit vuide d'objet. Ce droit, il remporte partout avec lui ; par-tout & dans toutes les circonstances il peut le réclamer, & dès qu'il met les
pieds dans un pays où lesJuges n'ont point encore
perdu tout sentiment d'humanité, c'est leur devoir de déclarer qu'il est homme, qu'il çft li- --- Page 256 ---
3* bre — C'eu: ici une loi de la nature, obligatoire
pour tous les Hommes, dans tous les temps, par
tous les lieux. Il n'eu: aucun de nous qui, pris par
des Pirates, enlevé à son pays natal, ne se regarde
comme opprimé & comme ayant dans tous les
temps le droit de recouvrer sa liberté. Mais ces
malheureux Affricains , sournis à cette cruelle destinée , n'auroient-ils pas le même droit ? Ne sontils pas des Hommes & nos semblables ; ne sont-ils
pas comme nous des êtres sensibles ? Cessons donc
de protéger, de souffrir une pratique si contraire
à toutes les loix de l'humanité. » Francis Hutch'mson dans son systême de philosophie morale, dit aussi au sujet de l'esclavage : «
; Celui qui retient un Homme par force dans l'efclavage , est toujours obligé à prouver son droit.
L'esclave vendu ou entraîné dans un pays éloigné
ne peut être forcé de prouver cette négative : que
jamais il n'a perdu ni mérité de perdre sa liberté.
Le possesseur par force & violence doit , dans
tous les cas, produire ses titres & sur-tout lorsque
l'ancien propriétaire est bien connu. Or, dans ce
cas chaque Homme est bien certainement le propriétaire primitif de sa propre liberté : c'est donc à
ceux qui l'en ont dépouiUé par force à fournir les
preuves de la validité de leur prétendue propriété: --- Page 257 ---
/
( 33 ) c — Choie trange ajoute 1 Auteur, que chez tinté
nation, qui s'honore du sentiment de sa liberté, &
qui fait profession de la Religion Chrétienne les
consciences soient si engourdies par l'habitude &
tellement émoussées par l'espoir de hauts profits,
que des Hommes peuvent, sans exciter l'indignation , {ans éprouver de l'horreur, soumettre aux
calculs le prix de la liberté de leurs freres & qu'ils
semblent en cette occasion avoir perdu tout sen-,
timent d'équité naturelle. ». Le célèbre de Montesquieu pense de même : «
Rien,dit.il,ne met plus près de la condition des bêtes
que de voir toujours des Hommes libres & de ne
l'être pas ; de tels gens sont des ennemis naturels
de la société, & leur nombre seroit dangereux. » Suivant l'Auteur d'un écrit estimable derniérement imprimé , l'esclavage dans lequel nous te-:
nons les Africains, repugne absolument à la justice;
Il est hautement contraire à la politique civile :
premièrement en ce qu'il tend à arrêter tout progrés dans les Arts, 6c dans les Sciences, sans lefquels cependant il est moralement impossible
qu'une Nation puisse être heureuse & puissante ;
secondement, en ce qu'il déprave même l'ame des
Hommes libres, qui sans cesse ont besoin de se
roidir contre tous sentimens louables de vertu &
d'humanité ; & enfin, en ce qu'il expose la société
aux dangers des séditions, AÏouterai-ie ce que tout
èrement en ce qu'il tend à arrêter tout progrés dans les Arts, 6c dans les Sciences, sans lefquels cependant il est moralement impossible
qu'une Nation puisse être heureuse & puissante ;
secondement, en ce qu'il déprave même l'ame des
Hommes libres, qui sans cesse ont besoin de se
roidir contre tous sentimens louables de vertu &
d'humanité ; & enfin, en ce qu'il expose la société
aux dangers des séditions, AÏouterai-ie ce que tout --- Page 258 ---
(34) ' - être sensible doit penser de l'esclavage, qu'il révolte l'humanité , qu'il détruit tout généreux sentiment , qu'il est absolument abhorré par le Chris-,
tiariisme : car comme Montesquieu l'observe judicieusement » il eSt impossible que nous supposions
que ces gens-là ( les Négres ) soient des Hommes >
parce que } si nous les supposions des Hommes , on
commencerait à çroire que nous ne sommes pas nous
mêmes Chrétiens. — Il n'y auroit point de maximes
plus dangereuse que de. vouloir excuser cette injustice par la nécessité, Car qui fixera le dégré de
cette nécessité ? Quel scélerat si atroce qui ne puisse
faire valoir cette excuse ; ou comme dit Milton : And with necejjity The tyrant fpka, excuse bis Dev'lish Deed. Que nos Colonies manquent de bras, c'est un
bien foible argument pour violer la justice d'une
manière si inhumaine. — Une Nation civilisée , des
peuples Chrétiens , encourageront-ils l'esclavage,
parce qu'ils l'ont trouvé établi par le barbare &
sauvage Africain ? Monstreuse idée J Pourquoi
professer une Religion & violer ses préceptes les
plus absolus ? Pourquoi nous présente-t-elle tant
d'exemples de bonté & d'humanité , si nous né
devons pas les suivre ? Jusqu'à quand nous rendrons-nous coupables d'une pratique que la politique rejette, que la Justice condamne & dont la --- Page 259 ---
. ( 35) . „ c 2 piété frémit ? Les Américains persisteront-ils dans
une conduite qu'ils ne peuvent justifier, & voudront-ils persévérer dans une oppression contre
laquelle leur propre cœur doit se soulever ? Si les
barbares Africains doivent continuer de se jetter
réciproquement dans les fers ; qu'ils retiennent au
milieu d'eux le démon de l'esclavage, & puisse leur
crime y recevoir le châtiment qui lui convient.
Mais que des Chrétiens cessent de se montrer
suffi. inhumains que les Sauvages qu'ils détestent,
en se livrant à une barbarie qui fait supposer que
la Religion n'est qu'un vain phantôme à leurs
yeux & qu'ils ne la professent que par hypocrisie. » James sofler, dans ses difcourses on natural Religion and social vertue , témoigne aussi sa juste indignation contre cette exécrable pratique, qu'il dit
être une violation criminelle & atroce du droit naturel du genre humain. Il ajoute ailleurs : i< avons-nous
lu que les Grecs ou les anciens Romains ayent fait
le commerce , dans la vue de se procurer des efclaves de leur propre espèce ; eux, qui reconnoissoient sans-doute que c'eîlt été introduire ,
dans les Nations, des systêmes sanguinaires de car";
nage & de destruction pour se réduire mutuellement sous le jôug de l'esclavage ? Avons-nous vu
que pour leur propre intérêt, ils ayent excité &
engagé des peuples entiers en guerre ouverte &
les Grecs ou les anciens Romains ayent fait
le commerce , dans la vue de se procurer des efclaves de leur propre espèce ; eux, qui reconnoissoient sans-doute que c'eîlt été introduire ,
dans les Nations, des systêmes sanguinaires de car";
nage & de destruction pour se réduire mutuellement sous le jôug de l'esclavage ? Avons-nous vu
que pour leur propre intérêt, ils ayent excité &
engagé des peuples entiers en guerre ouverte & --- Page 260 ---
(^1 perpétuelle entre eux ; qu'ils n'ayent eu aucune
horreur pour la violence & la cruauté ; qu'ils
n'ayent eu d'autres craintes que celles du mauvais
succès de leurs inhumaines entreprises ; — qu'ils
ayent enlevé des Hommes avec leurs enfans, leur
famille, pour les vendre comme des bêtes de charges , & les livrer, comme elles, sur les marchés
aux examens outrageants sur leur saute , leur
force, leur capacité pour les travaux ; qu'oubliant
tout à fait & dégradant cette dignité originelle de
l'humaine nature, à laquelle participe chaque in"'
dividu, ils ayent traité ces esclaves avec plus de
dureté & de barbarie que le bœuf ou l'âne qui
font privés de l'entendement. — Et si tels ils eufsent été, quel autre sentiment nous resteroit-il de
leur morale , que le plus juste mépris ? Les
avouant pour des Nations polies, nous les eussions
regardées comme entiérement étrangères à tout
sentiment de vertu & de bienveillance. » Mais, n'est-ce point là l'idée que nous donnons
de nous mêmes, « nous qui professons le Chriftianisme, qui jouissons & nous glorifions de l'avantage particulier d'avoir reçu du ciel une révélation
expresse de nos devoirs ; avec toutes nos lumières
& notre supériorité, nous inspirons à ceux mêmes que nous appellons Barbares & Sauvages, la
plus. méprisable opinion de la nature humaine, --- Page 261 ---
'( 17) C3 Nous nous efforçons de tout notre pouvoir à affoiblir , à briser le nœud qui d'un bout à l'autre
de l'Univers, unit les Hommes entre eux. La conduite que nous tenons , nous nous recrierions
qu'elle est le dernier excès de la tyrannie & de
la cruauté, si -d'autres Nations , différentes de
nous par la couleur de leur peau , par la forme de
leur gouvernement, mais supérieures en forces , f
venoient nous jetter dans ce vil état de servitude. Il ne faut pas le dissimuler, nous sacrifions notre
raison, notre humanité, notre Religion , à l'avidité d'un gain sordide. Nous apprenons aux autres
Nations à mépriser, à fouler aux pieds, tous les
devoirs , toutes les vertus sociales, & nous arrêtons de la manière la plus efficace la propagation
de l'Evangile, en le présentant comme un systême
d'oppression barbare & destructrice des droits &
priviléges naturels des Hommes. » « Mes efforts, sans-doute, seront trop foibles pour
arrêter tant d'excès & d'iniquités; mais du moins je
jouirai de la satisfaaion d'avoir ici protesté contre
une pratique , qui, dans mon opinion , en renver-,
sant tous principes de Religion soit naturelle, foit rdvélée , insulte avec la plus haute audace à ce Dieu qui
esl également le Dieu & le Pere de ceux qui n'ont pas
le bonheur d'être nés dans le sein du Chriflianifme. »
oute, seront trop foibles pour
arrêter tant d'excès & d'iniquités; mais du moins je
jouirai de la satisfaaion d'avoir ici protesté contre
une pratique , qui, dans mon opinion , en renver-,
sant tous principes de Religion soit naturelle, foit rdvélée , insulte avec la plus haute audace à ce Dieu qui
esl également le Dieu & le Pere de ceux qui n'ont pas
le bonheur d'être nés dans le sein du Chriflianifme. » Comment les Anglais toujours si portés vers --- Page 262 ---
(38) l'équité naturelle ont-ils en effet été les premiers
à enfreindre d'une manière si violente les droits
& la liberté de leurs semblables ? C'est sous le règne d'Elisabeth vers 1563 , qu'ils s'engagérent
pour la premiére fois dans le commerce de GtÛnée ; on voit dans l'Histoire Navale de Hill, que
quand le Capitaine Hawkins revint de son premier voyage d'Afrique, cette Princesse, attentive aux intérêts de ses lujets , le fit appeller & lui
donna ses ordres afin qu'aucun Négre ne soit transporté hors de son pays , que de son libre consentement, déclarant que toute violence à cet égard seroit
détestable & attireroit la vengeance du Ciel sur ceux
qui oseroient s'en rendre coupables. Le Capitaine
Hawkins promit d'être fidèle aux ordres de la
Reine. Nous trouvons cependant dans cette même
Histoire que l' Auteur, en parlant du second voyage de Hawkins , observe que c'est à cette époque
que commença l'horrible pratique de jetter les
Africains dans un esclavage forcé. Labat, Missionnaire Catholique, dans son Histoire des Isles de l'Amérique, dit qu'il sist extrêmement difficile d'obtenir de Louis XIII une Loi
qui permît l'esclavage des Négres dans ses Colonies , qu'il n'y acquiesça qu'après avoir été fortement sollicité, sous le prétexte d'une plus grande
fecilité pour les convertir au Chriflianifme. --- Page 263 ---
c Et quoiqu'il nous reste peu de témoignages de
la premiére impression que fit sur un peuple d'un
esprit grave & réfléchi, cette invasion violente
des droits naturels du genre humain, elle n'a point
échappéàla sévérité de plusieurs personnes dignes
d'une eslime particulière, & qui dans leur temps ,
étoient en quelque sorte les gardiens des différentes sociétés Chrétiennes auxquels ils appartenoient. Richard Baxter, Prédicateur diflingué parmi les
non-Conformités, dans sa derniére Centurie écrite
il y a environ cent ans , & particulièrement estijnée par les plus éclairés des Presbytériens & des
lndépendans, montre combien il détestoit cette
pratique ; « considérez, disoit-il , de quelles plaies
le Ciel vous a frappés ? & votre conscience ne .
vous dit-elle pas que c'étoit la juste punition des
cruautés que vous exerciez envers vos treres. —
Aller comme de vrais pirates enlever de pauvres
Nègres ou habitans d'autres contrées, qui jamais n'ont engagé leur liberté, ni mérité de- la
perdre , pour en faire des esclaves, & , comme
tels, les exposer en vente ; c'est la plus odieuse
des atrocités, & ceux qui s'en rendent coupables
devroient être traités comme les ennemis communs du genre humain ; & ceux qui les achetent,
les retiennent dans la servitude , les traitent com-
de vrais pirates enlever de pauvres
Nègres ou habitans d'autres contrées, qui jamais n'ont engagé leur liberté, ni mérité de- la
perdre , pour en faire des esclaves, & , comme
tels, les exposer en vente ; c'est la plus odieuse
des atrocités, & ceux qui s'en rendent coupables
devroient être traités comme les ennemis communs du genre humain ; & ceux qui les achetent,
les retiennent dans la servitude , les traitent com- --- Page 264 ---
Uo) me des bêtes & trahirent, détruisent ou négligent le salut de leur ame, sont bien moins des
Chrétiens que les ministres du démon. C'est un
crime détestable d'acheter ces enclaves, si ce n'est
pour les arracher à leur déplorable sort. — Quelque soit le prix qu'ils ayent avancé dans ces mar-
, chés sacriléges , certainement ils sont obligés à
rompre les chaînes de leurs esclaves ; ils sont
Hommes: tout Homme a reçu de la nature un titre
imprescriptible à la liberté : elle ne peut donc jamais devenir un objet de juSte propriété pour tout
autre Homme. » George Fox, Homme de piété exemplaire , qui
a principalement contribué à rassembler en société
religieuse ceux auxquels on a donné le nom de
Quakers , exprima aussi la compassion que lui
inspiroit l'esclavage des Nègres, dans un discours
qu'il prononça à la Barbade en 1671. « Réflechifsez sur la condition des Nègres , imaginez-vous
être dans leur place, - eux qui vous étoient étrangers & qui vous Rirent vendus comme esclaves.—
Si tel étoit votre sort, il vous paroîtroit bien dur ;
que dis-je , il vous paroîtroit le comble de la
cruauté & le dernier dégré de l'esclavage. Méditez donc sérieusement sur ce sujet & comportezvous envers eux .comme vous désireriez qu'ils fifsent à votre égard, si, vous-mêmes, vous étiez --- Page 265 ---
(4i ) tombés dans ce malheureux état de servitude St
portez-les à la connoissance du Christianisme. » Et dans son Journal, page 431 , parlant du conseil qu'il avoit donné à ses amis de la Barbade, il
dit : « je désirois aussi qu'ils ordonnaient aux surveillans de traiter leurs Nègres avec plus de douceur & d'agrément, de ne jamais user de cruauté
envers eux comme plusieurs l'ont fait; & qu'après
un certain nombre d'années, ils leur lendiŒent la
liberté. » Dans un ouvrage imprimé à Liverpool, intitulé , Liverpool, Memorandum Book 5 qui., entr'autres
choses, traite du commerce de ce Port, on trouve
une liste exa&e des vaisseaux employés à la traite
des Négres & du nombre d'esclaves importés sur
chaque bâtiment. Il en résulte que, en 1753 , le
nombre des Nègres importés en Amérique par1
les vaisseaux appartenans à ce Port, montoit audessus de trente mille. Et d'après l'état des bâtimens
expédiés des Ports de Londres & Brislol par la
compagnie d'Airique , nous pouvons conclure
avec quelque dégré de certitude que le' nombre
des Nègres achetés sur la côte d'Afrique & transportés à bord de nos propres vaisseaux, monte
chaque année à une centaine de mille. C'est ce qui
est confirmé par Anderson dans Ion Histoire du
Commerce, imprimée en 1764, & où il est dit que
ès l'état des bâtimens
expédiés des Ports de Londres & Brislol par la
compagnie d'Airique , nous pouvons conclure
avec quelque dégré de certitude que le' nombre
des Nègres achetés sur la côte d'Afrique & transportés à bord de nos propres vaisseaux, monte
chaque année à une centaine de mille. C'est ce qui
est confirmé par Anderson dans Ion Histoire du
Commerce, imprimée en 1764, & où il est dit que --- Page 266 ---
( 41. ) « le nombre des Nègres que l'Angleterre fournit
annuellement à ses Colonies d'Amérique monte
au-dessus de cent mille. » Lorsque les bâtimens sont remplis d'esclaves ,
ils font voile pour nos plantations en Amérique ,
ils mettent deux ou trois mois à faire cette traversée ; & pendant ce temps, le mauvais air , la
mal-propreté dans laquelle ils croupissent, occasionnent parmi eux des maladies fréquentes qui
conduisent à la mort un cinquiéme , un quart, &
quelquefois même un tiers de ces infortunés ; de
sorte que sur la totalité de ceux qui sont transpor-
, tés à bord de nos bâtimens chaque année, ce n'est
pas exagerer que de faire monter au moins à dix
mille le nombre de ceux qui meurent dans le voyage. Et dans un compte imprimé de l'état des Nègres dans nos plantations . on avance que de ceux
qui arrivent dans les différentes Isles il en périt à
peu près la quatriéme partie avant qu'ils se soient
acclimatés. Il résulte donc de ces observations que
sur le nombre d'esclaves que nos commerçans
vont acheter chaque année sur les côtes d'Afrique
il en meurt environ trente mille, tant dans la traversée que dans les premiers temps de leur arrivée. Ajoutez à ce calcul, le nombre prodigieux
de ceux qui sont tués dans les incurlions, dans les
guerres intestines , qui sont les seuls moyens de --- Page 267 ---
[texte_manquant] procurer un nombre suffisant d'esclaves pour com
' plëter le chargement des vaisseaux. — Qu'il est
donc terrible ce commerce , s'il ne peut se soutenir que par le sacrifice , ou pour choisir le vrai &
propre terme , par l'assassinat de tant de milliers
de créatures semb lables à nous, libres par nature ,
doués des mêmes facultés que nous, appelles comme nous aux graces de la rédemption commune !
Car pour convaincre un Homme d'assassinat, il
n'est pas besoin de prouver qu'il ait eu l'intention
de commettre ce crime. Tout Homme qui par force & violence prive un autre de sa liberté, & qui,
tandis qu'il le tient en son pouvoir j le réduit par
un traitement cruel, à une condition telle qu'elle
met la vie de l'esclave en danger & qu'elle le conduit à la mort, cet Homme est bien réellement
coupable de meurtre. Il n'est pas moins révoltant de lire les détails
que Sir Hans Sloane & d'autres nous ont donnés
sur le traitement inhumain que ceux des Nègres,
qui échappent à cette mortalité, reçoivent dans
les Isles, pour des fautes auxquelles les châtimens
sont excessivement disproportionnés , & les
horribles exécutions par lesquelles on punit les
moindres efforts qu'ils font, pour recouvrer leur
liberté. — les uns sont roués vifs, les autres
font brûlés à petit feu ; d'autres sont condamnes
Sir Hans Sloane & d'autres nous ont donnés
sur le traitement inhumain que ceux des Nègres,
qui échappent à cette mortalité, reçoivent dans
les Isles, pour des fautes auxquelles les châtimens
sont excessivement disproportionnés , & les
horribles exécutions par lesquelles on punit les
moindres efforts qu'ils font, pour recouvrer leur
liberté. — les uns sont roués vifs, les autres
font brûlés à petit feu ; d'autres sont condamnes --- Page 268 ---
(44) à périr de faim, près d'un pain qui leur touche le
bout des lèvres , toas expirent par une longue &
terrible agonie , ou dans les plus affreuses tortures. Pour de simples négligences, ils sont impitoyablement fouettés jusqu'à ce que leur corps
soit déchiré, & alors tant pour augmenter la douleur que pour prévenir la cangréne , on applique
du sel & du piment sur leurs plaies. Il faut que
ces Hommes ayent chassé de leur ame tout sentiment de pitié pour se porter envers leurs semblables à une cruauté aussi exécrable , & pour des
crimes qu'eux mêmes, les bourreaux, ont couvent
nécessités ? Si leurs esclaves méritent la mort,
n'ont-il pas ses Juges pour prononcer cette peine.
Doivent-ils jamais oublier que ces malheureux esclaves sont des Hommes, & qu'eux mêmes sont
Chrétiens ? La Loi de MoÏse nous apprend quel
est notre devoir en pareil cas , en déterminant
avec pitié & modération les châtimens à infliger
aux transgresseurs : — Et si le méchant mérite d'être
battu, le Juge lui prononcera sa Sentence & lecondamnera à recevoir en sa présence un certain nombre de
coups proportionnés à sa faute ; il peut lui faire donner jusqu'â quarante coups mais non au-delà — &
la raison que la Loi donne de cette défense, c'est
à cause du respect dû à la nature humaine — dans
la crainte que Ji le Juge venoit à excéder ce nombre --- Page 269 ---
(4'5 ) .. : de coups & a 'une manière, arbitraire , ton frire ni
parut alors avili a tes yeux. Les Anglais se vantent d'être humains généreux,'
de sentir fortement le prix de la liberté ; mais
peut-on leur accorder ce caractère, lorsque la traite des Nègres & toutes les horreurs qui l'accompagne , lorsque ce commerce de Barbares, de Sauvages qui chaque année coûte à la nature tant de
milliers de victimes, reçoit la sanction & la protection de la législature. Croyons-nous sincerement aux vérités de l'Evangile? Sommes-nous
vraiment persuadés que les menaces ainsi que les
promesses qu'il contient , auront leur effet ? Si
vraiment nous y croyons , ne devons-nous pas
trembler en pensant quelle charge d'iniquités s'accumule sur la Nation en généra)., & en particulier
sur ceux qui plus ou moins directement participent
& contribuent à aggraver cette abomination,
L'Histoire nous présente un exemple mémorable
& plein d'instructions, si nous sommes capables
d'en profiter ; c'est uneobservation que Giraldus
Cambrensis Auteur distingué qui vivait il y a environ six cens ans faisoit sur la prospérité des armes
des Anglais, lorsqu'ils entreprirent de conquérir
l'Irlande, cet Auteur dit que « ce point étant débat
tu dans un Concile ou Synode qui se tenoit à Armagh, l'opinion unanime fut que les péchés du peu-
mémorable
& plein d'instructions, si nous sommes capables
d'en profiter ; c'est uneobservation que Giraldus
Cambrensis Auteur distingué qui vivait il y a environ six cens ans faisoit sur la prospérité des armes
des Anglais, lorsqu'ils entreprirent de conquérir
l'Irlande, cet Auteur dit que « ce point étant débat
tu dans un Concile ou Synode qui se tenoit à Armagh, l'opinion unanime fut que les péchés du peu- --- Page 270 ---
(46) p1e avoit attiré lur leur Nation, le poids de la justice divine, & que pour les punir particuliérement
d'avoir acheté les Anglais que des Pirates avoient
enlevés , & de les avoir retenus dans le plus dur
&misérable esclavage, le Ciel permettoit que, par
un juste retour, ils fussent réduits par les Anglais
au même état de servitude. Touchés par cette considération , ils résolurent dans ce Concile , par un
a&e public, que tous les Anglais detenus en captivité dans toute l'étendue de cette Iile, seroient
aussitôt rendus à leur premiére liberté. » Je vais, finir par un discours qu'un Auteur adresfoit derniérement aux marchands & autres qui
\ sont intéressés dans le commerce de Guinée, &
qui s'applique aussi à tous ceux qui par amour du
gain, se laissent porter à conserver encourager
la captivité des Noirs. « Forcés de reconnoître le bas & vil objet de
ce commerce dans lequel vous vous êtes engagés,
& combien il révolte la plupart des Hommes, vous
voudriez le justisier aux yeux de l'Univers par des
principes de raison, d'équité , d'humanité, vous
voudriez persuader que vous n'avez point envahi
injustement la liberté des Noirs, ni violé les droits
naturels du genre humain. — Mais laissant de côte
l'opinion des Hommes, que le souffle du temps
emporte en un moment, pensez au compte que --- Page 271 ---
(47) vous aurez a rendre a la Toute-Puissance divine y
& comment, dans ce jour grand & terrible, vous
pallierez votre conduite : aujourd'hui, vous vous
livrez au plaisir, vous accumulez les richesses ;
mais hélas, quel usage en ferez vous, lorsque la
mort vous enlevera de ce monde ? & le moment
n'est pas loin où vous aurez à présenter à Dieu une
ame accablée sous le faix des crimes sanguinaires
dont vous la souillez aujourd'hui. » «L'Evangile déclare expressément que les meurtriers , les assassins n'entreront point au Royaume
des Cieux. Considérez qu'en même temps 8c par
les mêmes moyens que vous amassez ces richesses,
vous aggravez sur vous mêmes le poids de la vengeance céleste, à laquelle vous ne pouvez échaper
que par le repentir de vos iniquités. » « Et quelle plus grànde iniquité , en effet, que
cette pratique habituelle des crimes les plus odieux,
sur lesquels cependant votre commerce est fondé.
Comment pouvez-vous élever au Ciel vos coupables yeux ? Comment pouvez-vous prier votre
Créateur, ou eh espérer quelque grace; lorsque
vous l'outragez ouvertement en avilissant, en détruisant le plus noble ouvrage de ses mains sur ce
ba$ monde ? S'il est le Pere des Hommes, penfezvous qu'il soit indifférent à tant de maux exercés
, en effet, que
cette pratique habituelle des crimes les plus odieux,
sur lesquels cependant votre commerce est fondé.
Comment pouvez-vous élever au Ciel vos coupables yeux ? Comment pouvez-vous prier votre
Créateur, ou eh espérer quelque grace; lorsque
vous l'outragez ouvertement en avilissant, en détruisant le plus noble ouvrage de ses mains sur ce
ba$ monde ? S'il est le Pere des Hommes, penfezvous qu'il soit indifférent à tant de maux exercés --- Page 272 ---
(48) contre ses créatures qu'il a aimées au point de permettre le iacrince de son Fils unique afin que ceux
qui croyent 'en lui, jouissent de la vie éternelle }
Cette bienveillance particulière de Dieu pour les
créatures humaines, qui nous est revélée par l'Evangile , vous rend encore bien plus coupables.
Car si Dieu aime les Hommes n'est-ce pas une loi
pour eux de s'aimer réciproquement. Vous vous
rappeliez le sort de ce serviteur qui se trouvant
creancier d'un de ses malheureux compagnons, le
saisit à la gorge & le traîna dans lesprisons : réfle.
chissez-y donc, & tremblez de penser quelle sera
votre punition à vous qui jettez aussi vos freres
dans les 'priions qui les retenez toute leur vie
dans les chaînes, tandis qu'ils ne vous doivent pas
même un denier. » - « Méditez sur ce sujet, & vous abstenant s'il
esi possible de toute partialité, considérez la natltre de ce commerce de' chair humaine & à moins
que vous n'ayez perdu tous sentimens de compassion, de pitié & d'humanité, votre ame ne resistera
pas au tableau déchirant du ravage, des calamités,
des meurtres dont le trop ardent amour du gain
vous a rendu les Auteurs. Que Dieu vous accorde le sentiment profond de vos fautes & permette
que vous puissiez les effacer-par un vrai repentir. » --- Page 273 ---
D CONSIDÉRATIONS SÉRIEUSES ADRESSÉES AUX GOUVERNEMENS DE, L'AMÉRIQUE LIBRE
S V & L'INCONSÉQUENCE DE LEUR CONDUITE; EN TOLÉRANT L'ESCLAVAGE. ,Quant a moi, quelque doive être le sacces de me/f^pfts,
cesserai de combattre pour une liberté pleine u NE ame saine dans un corps bien- constitué est, dit-on , le plus haut état
du bonheur de l'Homme ; si cette union.précieuse n'exisle pas, si -, lorsque le corps '
est d'une conslitution saine & forte ou ( l'ame le
principe qui gouverne ) est foible, chancelante &
vicieuse ; dans cet état de dérèglement, la santé,
la constituton du corps vient souven t à s'altérer
& s'affoibliir jusqu'au point d'amener enfin la mort --- Page 274 ---
- (50) ... Il en est de même des corps potques, & c elt ce
f. iiv: >i f'iml/i- i *- jiu. » » / • m que l'^iglçj.erre yient de prouyer p^r.la cqjjfluitè ^l'en^a^tenu^dans^çes derniers temps, (i ) ^
d?/orce,&
, j^e /yj^u;J ^s'a^tifoit ^'admiration, de l'Univers
entier; mais dépourvue d'une ame saine ? gouvernée par parime adminiitration imprudente & folle; 'Àcette beUp ^oç^itutipn est tombée dans un tel état
Pftte ne petit être trèsTOSRSSoubM zsb «îolàu f; i ujqo gnoïff.Tf
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entier; mais dépourvue d'une ame saine ? gouvernée par parime adminiitration imprudente & folle; 'Àcette beUp ^oç^itutipn est tombée dans un tel état
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feS'PteiWSy YfSGLw'% <?e,f<?WPFf derglppiç,fçslifiéges,
_4f4ie jçndce^^îtrpfe sa propre volonté. C'est J!X«j - -s'ajy^^^Hjoiy^'jiy^Vii[ ^ politique; sa confrâ rWiiVeig.fstj^gig^^ment ^tteht^(a|coçduite,,afin œq Çfcfci» ««ffl&i %'ÇfiSC^Ï^rrtW»t.-c
;:. S?rf?ÏP.4 rffflstfi#a«5 4&f frap-
-wrîr* 4*4/^ -n o-r*rrt* rtriiirr *trrr r« î rl»v*t r> ♦ r fefcj'Wjf fàsc-kW"
v£uerre. Ouvrage f. --- Page 275 ---
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'se froa$eûi?poM^
nemens libïes'cïè rÂmeriquè.îKiCi^J e,i:,:î '. Ce sot 1111^ cri ^e^iibèrtëf bfisaftt les fers du
... pouvoir
flottes & les arrfées^^qul'ï^înlj'lit là ïerrè '^ îés
meYs dFrapinei&'d^àr^a|f,<qn??foà'blafe Fép<fc
de l'Europe & épuisalès trésors des NatioË's! M&ii. tenkffe--il1 éf¥¥eiirÇ^cfâ^?c^lV^t^%' ilUOOp{!iA\ lou~
j Taiitt rtiotifs ^fôss(}i?fellFBMÛâif Maufc^l'hu-:
maÅté ttn'a°2Sëitîe> p3ftM%rë4n& ^brfqu'avédtàiî^itt^^csi&^îi^'éf^^t^ ptificip£:F<^ife row ksiMrtiiïzâ Hài^eiif H^lâf^i&n'faf.
sance diitrCrëkeur^uià ^ffl^é^igàî&^faSx qVtlih " n'ait-^ks^à lui reprocher gëii
conr? àclïftion avet ^sM^è^ffi3rîS0K;sèl^iièlles,
si so u t! rëpef^Js yot^u/èf se^enfàrô riMiên?pas
les vrais amisiie là liberté tftâls h'éîb'énî àtrlgës
i dans ce terrible procès par aucun autre motif ping
noble que leur propre & unique intérêt. — V 011S ,
| qui déez^des loî$v{éut ^m^ique'.' -THÎifrâît ,
^ffi3rîS0K;sèl^iièlles,
si so u t! rëpef^Js yot^u/èf se^enfàrô riMiên?pas
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i dans ce terrible procès par aucun autre motif ping
noble que leur propre & unique intérêt. — V 011S ,
| qui déez^des loî$v{éut ^m^ique'.' -THÎifrâît , \ en ce jour, vos regiikes recevoir & transmettïe --- Page 276 ---
Uî\ -loup06 o-po^l floiBuifnf f - y* aux âees futurs :la preuve qurvôus ! nè"^otis ^uoi / êtetf^ ^
nas contentés de vouFânnonïêî11' b£$Mélt?s TKVùçats da'la ttg.eRe ' malS, quMPvo\tJn !jléz vrai--
mentinfm^ fpuhaitiezj' œ^erv.er intou!rçe^Ô'à in'eîH&able,
,."3 fi/llIJjFEÎ bt) "JlH i. v j ij f ■») (,. m tr+t- ' .i *
auctueL tous ont droit & que comme vous dét ee--,
jtiez d'êt^ loumS au pouvoir illimité , de même
vpijs ^horriezïe crime de l:'exérc!er (ur des HomjBies^yQç freres dont les tissés lonr légaux aux
,. lOJ'UJG91 ij/oi rfp«,r<-. <>u .. ^ ■„ ( *
vôtres. f Quoique l'habitvde rende familiéi^^IsflisHftë1 Wi, ...
tions ou plutôt cette dégradation îgnominieule r .,
«au. JXOttS J&PQrçs Jes Nègres , je ne rougis pas de ^hÙf^lB!srixjtotqle& i;otfs ^sséd'èis 4settê^3(Jâffi^ fHes
GJfgfife i je
^oxvoifkW^
«^lèur^çfén^^^or^é?^ lMM^* l^s-'$Vhî,é-
, feïiP^iiéf l!illlls
ue^araiônS'ji&À' ^ngletef^é^ |rëût
sencKâpfaarer^ cëîiîï qu^ îV&us f^ribrï^ esf àitëit1 ~or~ 'fie^pëtit
^^r^àiâ'éiôBë'^'àe ^Félii |eiiërèiiix
* 'ctr^n serine3 îenli c!âfs fonimn
une^se^ri^inâignatiâ^^e'ri Vtfyatf^lék --- Page 277 ---
KîX 1 [texte_manquant] i Mme
lorsqu il penlera aue ce meme peuple tient très
, milliers, M,. pL de les freces ,innocen? 3Àdfi,Blâb dans le plus runell&Jj
, & le v ' fcMfit »
droits ~. re Pirat;ç qui viendrait <ceda§ièr cfans'Pe ïa^iuà^ê
de> J^%efk/a,Yfliï %^'tp*iWà de if) ces ïoix llcVeesIfifé'ftft
penlera aue ce meme peuple tient très
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meme viole chaque jour avec les circomian<52sie3 BtexâîrcB5e^iyiiuiisl abrm obMidsd'f aupiouOP V - f.i(JOngt Kôi&Bin^B ÇçmP?ronlles 01Î3D *aitsK îôî/jlq , IJO 2noii I ,,les Rw%t /«IMwtï WC¥^88$Sffif J5Hh ^'wçrAfe'gL^èTRP1^ I!1îg^ey%^gujen^iî_ ee^^enlever 1esr . t'6®d£,leveriur eux <wsb, J«?lltrespourfë'vme --- Page 278 ---
(15 4() J i-eG^rd€f&èm^»ào«^ï q$ja£a|xçfotegeres,, déclara,
00üS1eudirifpcmon'!tQj c|_u^l^$olpnies.étoient sous.
Aaté^qu«J<& tabusafbsq sa^ir^j^ioi^immédiate ,& '
deypit LflvoirS
O ànètfelqoiâni&bliHpqièi ,',
reyjEtJ's'flsimiieiitiiotpe;. ; ,v / '1 wm-VH
'«nh%>p»tteAye«i b ,.„i pfir/larif0ltaoal©-weï»i»&oi ... me J»ôindrbe«éQâp4î '11 i î' i>~y"1 11£ 1 !'P ;
rèllfcjitèqfofli okida^tol 33 /rr) 1JJt i; "
Iîé»C0fHftleSCy^^;DôïiB <?l dfiIlI a'ii i" '1 ••' -112 lUOJi. J: ;! .. M,.; EiJtrfjngWAmâri^m.'Htas SSSSS r^""
ret>fteus8iphaiH<S8îï3rtroq h. i . r/75 JXfâyiOil^J. ? ■ t-. -rh"j ^ri; ;j!.v w
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ïwm^îauifin^^^ l^îrHîïfepâ'e SÏSS j^liSégoôîiôtîe/caî^en tie race humaii5ë)^ht
ÔÉotm^aellaedeittâMdô Mtffe ^f^fié&W6kie
^qip«si3^b^kè( ep&i St^VlfSPëm àc^è^àftQe^lHiM£gfetôpfe ^dkj mtt mkéef$è%i o~
fté --- Page 279 ---
(55) U 4 autre ' partie comme-l'objefr ^limcir&QHtfws
d'une ' dôffiriâHbH"légàléi^ pomûotmèstbimmu$ ,
àMëùmmWM&e"té6* P^ct'hEt TO"S(|Amé*
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fté --- Page 279 ---
(55) U 4 autre ' partie comme-l'objefr ^limcir&QHtfws
d'une ' dôffiriâHbH"légàléi^ pomûotmèstbimmu$ ,
àMëùmmWM&e"té6* P^ct'hEt TO"S(|Amé* «ÎS>SswSS3Sft
le puf Ëtir, II « f Sitfort Crrbteur&prfme^qui
jamais dè'JjÚaé téïMé/riài? f' lesfM^artflamiMiM» les habitans de ces Colonies - téif1}utHleB[!umpleshlu:"J; p ourroient au moins exiger ra»stes ânfcm coinniua
du Parlement d'Angleterre
la " Il aIt . le i c^Bcsàtsraiîorohjeitiviari,J ~ , , preuve qu ^ . reçu tr^Goiimehbimsk SaW t
droit d exercer ssir eux ce loigobndo BaapwWté,
pouvoir si terrible ; mais le ^C: krçweUe^fmteM*
resped du au Créateur Su- dajt *«àdlreis
prême.j.lf^p^cj^n^^ manité, ^Jes^^ygii^ .
res du sens commiiitjdoiyÊat^ < jiu . ? V\Ï permettgfttmHqueu^esi
conv^n^fflVrtetft54f?r- HomiBwebBfâW-deiJur
a^^teaçote e&Wtof-isôl ^e^i^rime0tc^
it^rîiéfeaéstolt^j&M
f^^éricparwi^toBi
t . " > .. ? gttMliif^tôufm^teh V, .„ jr ) - f" ■' J** a3^Bft>Vottet"rfiop<iiSîté; Aç^emofesAfricains oeft .
cette,fcvtafl^meWppq*,
£<$màïïth &e» Plus détt&felft ! --- Page 280 ---
(%6Ï> Jerarsniaèîs^ ksenfaés àletuà
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nous comthweilffl*tq Mmàfm*K-&Jpar -Îri UfI i znonnob ?uoK » " JPiemï " ,'197
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VÔfW^fbiîriéglîé*5BH8» «olnsîior*m/b ru _?f :>n
arrigrrn^ 29b lEq jjjpsîJf; t'.
nonnob ?uoK » " JPiemï " ,'197
fî'ffi ïbmiitèê'MotyÇ ; ç'wpcsîqwsq nIl b -M
ëff^^èftes^q&éqa -âmeriEi f noiîKU,o-x> 'jaiuiik
VÔfW^fbiîriéglîé*5BH8» «olnsîior*m/b ru _?f :>n
arrigrrn^ 29b lEq jjjpsîJf; t'. V'ëtf%Têc3?3#Àftfàft$â —^Màôyâë^'éiïS:)st)left^Hël^^
fôri^de' ^at^6ta?a , votre confentefflfii flëtr*
n'est-ce pas une vexa- ébtifieP^kk
tion si odieuse que vous nous av&S^é^itétàçtofë^
• mêtats.^éteôMirir MÛm:ë\êd âk1ffWktPde ■^pértkjto^ p Cà4a4ëülf&lrldtWP4
-1 --- Page 281 ---
C^r) brarilàbte'&toiïf éilÍœmrmn:t, cbnferwptoinMtattrM>e&r'-s^r'TJ: EÏÏSseï
tértes^jjfo&uxe^stycwflflj- dfavpjç
neinMOiis^ninfoècésH^ïre^ cpçj^Bïiî h
couriî? iJc nou fsomiilei
unanimement résolusàifiou* ^etï£fci^ SjWB^b fYstî
i • r.r •ri libres, plutôt ' que de yxvre esclayes. >e gi^ftmcc^r^vqtr^
znof* : «Nous donnons à l'Uni-
* r cl' i SMfclaTOfcPHSp
vers le speûacle remarquable d'un peuple, qui, sans q^j^j^jÈ$â$§ gpç*
aucune accusation , sans même le soupçon d'une offense, est attaqué par des ennemis
ïMMTnï l wjit $$gwéfm içpe^^qfe la fffétffcfînaitio:) ^DOV
C5p^dàti@i>;pU*S ^Uç^i^fdê -EXS'/ 3n:r ?.r:q 0> fb'iï
^tW§hPèblft«^vf, <'JOss ^ov 5UF ano- ...Q^ctosste p&y§>:j»&»â pjHftk^â^kW^ai --- Page 282 ---
,, (58) i 1 ce il avoit reçu de la na- ciuëd' eu notre nai:ff;apçg nous
ture s lorsque des Sauva- avm^s5peipt j(Je la;nàtiwe lx.
ses Chrétiens vinrent les , dont toujours nous avioR?
enlever par milliersDOur. '
les Xer re ar Co Mme efcla- 3°^ ce qu'où ait
ves, en Amérique, & les ^ derniecemeçt t€J3lte dejlpl
y employer à défricher violer y s. 'efL-P'o p-rç>teg£r
lesi^mrks.ï^e ?f"rs °P*,-vla-|Bfopidéiéique-.oou^..flyQijs.
p^issr®hL. -iij uliv aequifeîamquepedt
m -{ onu no.. fjii id dteflukèionnête de.nosperes
tôboàfc jiob iiip ^ion feopqpfonêàreiç-qiqpn&QW
smmoH I f>b eno-ib ,sb
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... la violence dont noufr fouismam r.u ^aoi <«q "UOfl
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(59')îîv l sans Ieur coWentememîi^ jiiu1 sI sM ! t: S'adreflantauGouverneur, «P™ • ■j ment-Ang . t • r «»lH»1fÛ7a»ij4'!lL- ?.«
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, brëe c[iie nos frères en Au-; gi^éî-re, foit^en Âmen-''
^ gleterre^ & qu'aucun pO|ir que ? Efl-ce urie'pejui^
| voiî"sj.ir lalferr^n'a -Vè 'dlicf.dah blanche, ou une peau
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f- -v t • rà la liberté ? f meifti tfwon înab -)Dn-gloiv fil N'avonsI , - nous pas tous un même
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I > KYT gidofio,ng zèlgncO même Dieu. j* « Ceux qui occuftèftttflidx Les Américainsrejet-
'de ils ffîoiâs Ëtefiteoits leteàr^ro» l
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-M«nHtt»lsu|ï.KiaioT qi-ie iS-, - j£k .biEâà uni *. Jadi que nous ne pouv,b atxp iioiior» tuQ YWs!Sff jp«ir;q long-
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s'iaià il silmpx» ii sjj! gÇÇl^fttre. >» , -1
cSnnoiïie| ûi)<<lv5inilaypk de l^Jivftice
Î8?f1fiiâtiés''in!iumâines 11t . f". '.d . lpjx i les ,lS&|ïirfuah^WiaQLnu làiînym , . \ . *r' . ; "lmenK aucun (enmeint
d humarate ne peuvent detourner vos mains de verser
issir a le^^^es'^omnles dans
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t^sTe(clavage;Vè
flèchlfiez un moinent & -rrtoH 43 i, 2fMj. "'Ms . efclavesi a mu/* . 4 , \ trons a devenir
dèë'idez IaqueUe des deux 2k^p XUijâ , ^-^noi ,,JUÏ
causes eftla plus impie ; & alors, si la voix te là. ° daucune nation "?r 2a terre.
jujtice ni même aucun Et a -1 Vveriîr que là JuMce 3
♦♦ •• *■! j,. Ti V i 1 , --- Page 285 ---
(fah sentment dhumanit' e nd
peuvT ?TrZr vos
y mains de se souiller par
■!^iK.rn'j pt<n d'infâmes pratiques ;
JUÏ
causes eftla plus impie ; & alors, si la voix te là. ° daucune nation "?r 2a terre.
jujtice ni même aucun Et a -1 Vveriîr que là JuMce 3
♦♦ •• *■! j,. Ti V i 1 , --- Page 285 ---
(fah sentment dhumanit' e nd
peuvT ?TrZr vos
y mains de se souiller par
■!^iK.rn'j pt<n d'infâmes pratiques ; /.t, ' Î 4 ~ oï *s& cessez de porter avec or. Mi-: m n* -£ hnr.tr*> < ?3i gueil le nom de celui
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vÔiléJ'&! en
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bitr^ë^'ëtàblisse àttfMliëti îorfqu'5 s'agit des Né-
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Cion ; res pnt,l U1 ,Nu :) ^?ii/ u R ^îbjE jr≥ sb ? no 11 ,i î ri p -»S^fc8$» Mm
comme évidentes ar-elles- iieU|ss^?5?^b se? 3 rriuol lJJOft an <>.ij6n stsmfir wc
mêmes, que tousïesHom-iSVnamon^wjS^Fiè^V * ?11oU font éFidfJiteiimçjfefimes sont fÇreesfigaux.qu, ils yrrjP ^ ^raiiptr^wnfâr- - ilOr1f."t1IIflrffil1R -inthick 6 memes :,à motn^nue
«mwwMW» <sgsM&
ont
que parmi ces droits, ont la cams ne sont pas des --- Page 286 ---
(62) - Hommes combien fera- "vie, klffierté&la recherche
t-on indigné de voir que *duBonheûr. '< " |
ceux mêmes qui font ces Déclaration' des droits de 1
15 Juillet 1
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cnoiiaaîîrtq 291 f l')vrÜQfttf Aé jouît!îkmvh *Wla \
oiq2on >S 3mdd ^ctib^h^ô^\^dOehm^ c^ix j
vvî<;ri x iâiî d'SCquéfff/pofî&ler & dé- :i --- Page 287 ---
1 63) rendre une propreté » de rechercher & se procurer bonheur, & sureté. » i Tel étoit le langage que tendit lé Conseil Sûr
prême des Américains pour soutenir leurs droits
comme Hommes, contre une imposition & des loix
inj ustés ! oui, tel étoit le cri de l'Amérique eptlére
' représentée dans un Congrès solemnçL — « Nous
tenons ces vérités comme évidentes par elles mêmes que tous les Hommes sont nés égaux & doués
par leur Créateur de droits inalienables à la vie, à x
la liberté , à la recherche du bonheur. >> « Par les
loix immuables de la nature tous. les
droit à la vie & à la libertéi; » — Qu'elles sont claires, pleines & concluantes, ces expressions ! Nous
n'avons pas besoin de rechercher en Europe des
autorités pourprouver que les Noirs sont iiêetffi?ès'
comme les Blancs ; le sentiment it unanime " de
l'Amérique : qu'ils soient donc frappés de honte Se
de, confusion, ces Américains qui oseroient traîner leurs freres dans les marchés publics pour les
y vendre avec les bestiaux. Mais que dis-je ! O Ciel, pardonnez-le ? Tandis que nous rejettons avec exécration & avec
toute l'amertume des invectives, les prétentions
de.notre mere Patrie sur notre liberté & nos propriétés, nous régnons qo5 freres dans le plus ser-, * --- Page 288 ---
(64) vile esclavage exposés au traitement le plus
cruel, le plus barbare , sans espoir d'adoucissement dans leur sort ou de consolation, sans amis,
sans défenseurs, & sans accès à la protection de
nos loix.
Tandis que nous rejettons avec exécration & avec
toute l'amertume des invectives, les prétentions
de.notre mere Patrie sur notre liberté & nos propriétés, nous régnons qo5 freres dans le plus ser-, * --- Page 288 ---
(64) vile esclavage exposés au traitement le plus
cruel, le plus barbare , sans espoir d'adoucissement dans leur sort ou de consolation, sans amis,
sans défenseurs, & sans accès à la protection de
nos loix. Dans ces jours d'humiliation ordonnés par nos
administrateurs pour prier notre Peré commun
de nous délivrer de nos oppresseurs ; il reçoit aussi
les vœux & les gémissemens des misérables esclaves sur lesquels nous exerçons une oppression
mille fois plus accablante. Nous répandons notre
sang & nos richesses pour la défense de no s droits
nous en reclamons l'exercice au nom des loix sacrées de la nature , tandis que les pauvres Afri-
' cains ressent dans les chaînes de la servitude, comme des créatures indignes de prendre part à ces
hauts intérêts, & qui doivent refier soumises à un
s systême de loix , abhorrées par l'humanité & le
Christianisme. Une de ces loix accorde un encouragement de
quinze pounds pour l'assassinat cFun Nègre ; c'esïà-dire, que quand un Nègre s'est caché pendant
un certain temps , celui qui apporte sa tête reçoit
vingt pounds , & qu'il n'est accordé que cinq
pounds à celui qui le ramene vivant. Une autre
donne à certains officiers, le pouvoir de s'emparer * - des
* --- Page 289 ---
-e , ( kl E
II. ides Nègres rendus à la liberté, & de les vendre
au bénéfice du Gouvernement : & même durant
la guerre aftuelle , des Nègres saisis, ainsi que les
biens des personnes qui s'étoient rangées du parti
de l'Angleterre , furent vendus au cri public,
pour un perpétuel esclavage 5 & leur prix fut joint .
aux fonds destinés à la défense de la liberté Américaine. Dans le New-Jersey, une femme Quaker
avoit affranchi ses Nègres , il y a environ sept ans,;
le malheur des temps rayant dernièrement réduite a un de, dçtreffe qu'elle ne pouvoit acquitter une dette dont elle étoit seulement caution, le créancier, grand, déclamateur pour,
liberté Américaine, quoiqu'on lui eû^gffert sa somme principale, obtint un jugement contre ces Né^
gres libres ? qui par le .feçqurs de quelques amis
plus vrais de la liberté, fournirent un habeas corpus ^
& portérent leur cause devant les Juges de la Cour ,
Suprême. Combien ces, jours d'épreuves ont dé -
couvert de patriotes dont le cœur impéné^,,
trable aux sentimens ,de commisération & d'humanité se joue des droits des Hommes, se plaît
dans le désordre, où leurs mains agides peuvent'
se livrer au. pilla^! mais touchez seulement à '
leurs intérêts rempliront l'air de leurs cris..
L'amour de ma Patrie, l'honneur de l'Améri-
les Juges de la Cour ,
Suprême. Combien ces, jours d'épreuves ont dé -
couvert de patriotes dont le cœur impéné^,,
trable aux sentimens ,de commisération & d'humanité se joue des droits des Hommes, se plaît
dans le désordre, où leurs mains agides peuvent'
se livrer au. pilla^! mais touchez seulement à '
leurs intérêts rempliront l'air de leurs cris..
L'amour de ma Patrie, l'honneur de l'Améri- --- Page 290 ---
i..
1, (66) qt1e me font ardemment désirer que ce portrait
ne puisse jamais se réaliser dans aucun de ses administrateurs. On peut objeaer qu'il se\présente de grandes
difficultés contre l'affranchissement des. Nègres &
que s'ils étoient tous à la fois, rendus à la liberté,
ils se trouveroient dans une condition pire que
celle actuelle. J'admets que ces objections sont de
quelque poids ; mais ces obstacles ne sont-ils pas
notre ouvrage ? Et l'innocent doit-il continuer à
isouffrir parce que nous nous sommes enveloppés
de difficultés ? LailTons à la Justice son libre cours
& tel que nous le demandons pour nous-mêmes, si
nous désironsquele Ciel accorde une faveur durable à notre liberté naissante. L'ouvrage doit du
"moins se commencer, s'il ne peut être d'abord parfait. — Il est commencé & une quantité de Nègres
ont été affranchis. — Il est commencé, c'est vrai ;
mais non pas d'une manière propre à conduire au
fait désiré, l'entiére abolition de l'esclavage. C'est
à l'autorité supérieure ; c'est au ressort principal
qui donne le mouvement à toute la machine politique à opérer cette révolution ; & si on l'entreprenoit sérieusement, nous ne tarderions pas à
" toucher à l'époque où. notre territoire cesseroit
d'être souillé par l'esclavage, & en effet : n'est-il --- Page 291 ---
(67) , E % pas surprenant que ce corps qui s'est tant occupé dé
l'étude & de la défense des droits de l'humanité..i
n'ait encore pris aucune résolution esse&ive ftZ
cette matiére ? Si ,lors de la déclaration d'indépendance le Congrés avoit récommandé aux différentes législatures d'ordonner qu'aucunes personnes
transportées ou nées en Amérique après ce jour
ne. pourroient être retenues en esclavage, c'eût
été une démarche conséquente avec nos propres
réclamations, & qui avec le temps, auroit coin.
plettement détruit l'esclavage. Pour démontrer qu'il est nécessaire au succès
de cette cause, que les Gouvernemens s'en occupent sérieusement, je puis attester l'exemple
des Quakers. On sait que la plûpart se sont
toujours montrés opposés à l'esclavage dès les
premiers temps de son introduélion. Le mal venant à augmenter ils publièrent plusieurs écrits
pour engager leurs membres à ne prendre aucun
intérêt dans la traite des Noirs , de bien traiter
ceux qui seroient en leur possession , d'instruire
leurs enfans, &c. Mais quoiqu'un grand nombre
d'entre-eux ayent affranchi leurs Nègres, d'autres
principaux membres de cette société ayant connu
les profits de leur travail ; il ne fut pas, possible
d'arrêter d'une manière -efficace cette odieuse pra-
ant à augmenter ils publièrent plusieurs écrits
pour engager leurs membres à ne prendre aucun
intérêt dans la traite des Noirs , de bien traiter
ceux qui seroient en leur possession , d'instruire
leurs enfans, &c. Mais quoiqu'un grand nombre
d'entre-eux ayent affranchi leurs Nègres, d'autres
principaux membres de cette société ayant connu
les profits de leur travail ; il ne fut pas, possible
d'arrêter d'une manière -efficace cette odieuse pra- --- Page 292 ---
(£68) Hque , jusqu'à ce que les difficultés qui ont amené
sa derniére guerre , ayant mieux fait connoître
- les droits des Hommes, il parut un Réglement qui
'défendoit à chacun des membres de s'intéresser
dans :l'importation la vente ou l'achat des Né-
- gres ; & quelques années après, un autre Règlement enjoignit à tous ceux qui auroient des esclayes, de les déclarer libres, sous peine d'être fét parés de l'union religieuse; - Ce fut alors que cetéte bonne-œuvre s'achêva sans délai & on assure
qu'il n'est maintenant présqu'auci-in des membres
de l'assemblée annuelle de Philadelphie , qui ait
Retenu- un escla ve: T Quand? un mal est général, il ne faut point y
appliquer des-remèdes partiels ; ce seroit vouloir
- détruire un gr'ând arbre en rongeant peu-à-peu
chacune de ses branches. Le pouvoir Suprême
peurs seul le déraciner. iLes recherches & les raipdTonnemens que îles difficultés des derniers temps
ont fait naître 3 ont ouvert les yeux de la multitude dir les droits des Hommes & lui ont prouvé
que la défense de ées droits s'étendoient également
à jà leurs esclaves, qfue tous les argumens qu'ils employoient pour, convaincre les autres pouvoient
le ur être opposés avec une force redoublé en faleurs Négres ; de sorte qu'il en est^eupar* --- Page 293 ---
t 69 ) mi nous ^ assez imprudents pour vouloir aujourd'hui justifier l'esclavage ; mais cependant peu sont
assez justes pour relacher leurs esclaves. Ils ressemblent à ces pécheurs endurcis qui reconnoissent
leur faute & ne montrent aucun désir de réform.e;
De cette conyi&ion , à la vérité, il est resulté
qu'un nombre d'esclaves ont été remis en liberté,
& que deux ou trois Etats ont montré quelques
foibles efforts en leur faveur ; mais je crains- qifà
la paix ces bons effets n'ayent pas -de suite, à
moins que le souverain pouvoir n'intervienne
pour mettre fin à cette injustice révoltante. '' ' b
Qu'il me soit permis de m'adresser à cet augure
corps dont les membres ont reçu de leurs freres
la puissance Suprême pour gouverner les hautS in,
térêts de l'union Américaine. —Vous avez généreux Américains, déclaré à l'Europe, à l'Uni vers
« que tous les Hommes sont nés égaux, &rqae
par les loix immuables de la nature , ils ont tous
un droit égal à te liberté. » Nous attendons, l'Univers attend que vous montriez votre foi par vbs
oeuvres , la sincérité de vos discours par vos actions , en exerçant dans sa plus haute énergie le '
pouvoir dont vous êtes invertis, en faveur d'une
liberté égale, impartiale, & pour y faire admettre
tous les Hommes 'que le sort'aura posés sous l'in-
rqae
par les loix immuables de la nature , ils ont tous
un droit égal à te liberté. » Nous attendons, l'Univers attend que vous montriez votre foi par vbs
oeuvres , la sincérité de vos discours par vos actions , en exerçant dans sa plus haute énergie le '
pouvoir dont vous êtes invertis, en faveur d'une
liberté égale, impartiale, & pour y faire admettre
tous les Hommes 'que le sort'aura posés sous l'in- --- Page 294 ---
( 70 ) fluence de ce pouvoir ; c'est alors que vous serez,
révérés comme les vrais amis de l'humanité ; c'est
par ce moyen que vous échapperez aux exécrations qui poursuivent les tyrans, dont l'mjustice
sacrifie sans remords le bien-être des autres à leur
propre bonheur & s'inquiètent peu des droits de
l'humanité, pourvu que les leurs soient hors d'attaque. Nous sommes soutenus dans cet espoir par
cette loi d'Octobre 1774, qui défend d'importer
ou d'acheter aucun esclave importé dans nos provinces après le premier de Décembre prochain ;
après laquelle époque il ne sera permis à aucun
de nous de s'intéresser dans la traite des Noirs,
foit en y employant nos vaisseaux, soit même en
vendant nos marchandises, ou de denrées, ou de
manufactures à ceux qui font ce trafic. — Quelle
gloire pour l'Amérique, si cette résolution avoit
été adoptée Se confirmée par les loix dans chaque état, & si, voulant tout-à-fait détruire l'esclavage par ses racines , on avoit ordonné en même-temps que tout enfant, né de parens esclaves
sur le territoire des Etat-unis seroit déclaré libre.
— Mais les enfans des esclaves forment une propriété particulière qu'on ne peut enlever à leurs
maîtres saijs une compensation. — Quoi, lorsque
de toutes parts l'Amérique a répété que « tous les
^ * * --- Page 295 ---
ï \
- (70 Hommes font nés également libres » qu'aucun
Homme , qu'aucune classe d'Hommes, ne peuvent s'arroger un droit, un pouvoir sur d'autres
Hommes , sanj leur consentement explicite ou
implicite. » Désavouerons-nous maintenant ces
protestations, afin de garder nos esclaves ? L'honnêteté nous le défend ; ce seroit trahir les droits de
l'humanité & ces principes qui firent la base de la
révolution de l'Amérique & qui la justifient ; ce
feroit reconnoître que les prétentions de l'Angleterre sont équitables & que nous sommes ,de vrais
rebelles. 2- „ i . x Nous devons donc espérer que ceux auquel le
Gouvernement est confié, donneront à ces principes, à ces loix qu'eux mêmes ont déclaré immuables toute la vigueur & l'efficacité qui leur appartient , c'en: ce qu'attendent, ce qu'ont droit de
demander tous ceux qui souhaitent le bien de leur
Patrie. — Mais dira-t-on encore nous avons des
loix qui nous maintiennent dans la possession de
nos esclaves ; — « Le bonheur du genre humain
étant une loi fondamentale de la nature, il n'est
point de sandions humaines qui puissent prévaloir
contre cette loi ; elles. font vaines , & tout
homme a droit d'y résister. Loch. — Qui adroit
donc une juste cause de se plaindre , si après la
droit de
demander tous ceux qui souhaitent le bien de leur
Patrie. — Mais dira-t-on encore nous avons des
loix qui nous maintiennent dans la possession de
nos esclaves ; — « Le bonheur du genre humain
étant une loi fondamentale de la nature, il n'est
point de sandions humaines qui puissent prévaloir
contre cette loi ; elles. font vaines , & tout
homme a droit d'y résister. Loch. — Qui adroit
donc une juste cause de se plaindre , si après la --- Page 296 ---
'(7*1 déclaration d'indépendance, les Etats-unis avouent
ordonné qu'aucune personne transportée ou née
dans leur territoire, ne fût retenue dans l'esclayage. s Les constations des différens Etats montrent
une bien grande partialité par le soin extrême, les
rages précautions qu'elles prennent pour conserver & assurer nos propres droits, & par l'oubli,
le profond dédain qu'elles témoignent pour
ceux des misérables Africains. — Il faut excepter
l'Etat de Delaware qui en travaillant à affermir ses
droits , se mit en garde contre toute violation de
ceux d'autrui. Par le vingt-sixiéme article de leur
constitution, ces citoyens resolurent 44 qu'à l'avenir aucune personne importée d'Afrique, dans
cet état , ne seroit retenue en esclavage , sous tel
prétexte que ce soit, & qu'aucun esclave Indien ,
Nègre ou Mulâtre ne seroit amené d'aucune partie du monde sur ce territoire pour y être vendu. »
Que n'ont-ils été plus loin ; que n'ont-ils pris des
mesures pour poser enfin un terme à l'esclavage ?
—1 J'espére que, par les mêmes considérations qui
ont suggéré cet article de leur constitution, la seute où la postérité trouvera quelque égard pour ce
peuple opprimé > ils Te détermineront à proscrire
entièrement cette iniquité révoltante qui sera une
tâche --- Page 297 ---
f73) G jtâche éternelle dans les annales de l'Amérique. (1 j
Et vous, qui dans les différens Etats, êtes re->
vêtus de l'autorité législative , & qui avez main":
tenant une occasion de déployer votre sagesse &c
votre vertu par des loix affranchies de toute cen-,
sure étrangère ; quoique ce peuple & ses droits,
ses intérêts vous ayent paru indignes d'être rappellés dans vos constations ; si cependant vous
voulez épargner à votre pays le reproche & l'in*
fâmie ineffaçable de refuser aux autres les droits
qu'il a si souvent & si solemnellemeht déclaré être
les droits de tous ; si les noms de Chrétiens & d'amis de l'humanité vous font chers ; si vous voulez
demander au Créateur Suprême des hommes qu'il
,vous traite avec-la même bonté, la même tendresse dont vous usez envers les autres ; je vous
supplie d'arrêter vos regards sur. l'oppression rigoureuse qui accable aujourd'hui ses autres ensans , vos freres , oppression autorisée par des
'il a si souvent & si solemnellemeht déclaré être
les droits de tous ; si les noms de Chrétiens & d'amis de l'humanité vous font chers ; si vous voulez
demander au Créateur Suprême des hommes qu'il
,vous traite avec-la même bonté, la même tendresse dont vous usez envers les autres ; je vous
supplie d'arrêter vos regards sur. l'oppression rigoureuse qui accable aujourd'hui ses autres ensans , vos freres , oppression autorisée par des (i) Lorsque j'écrivois ceci, j'avoisété porté à croire ,
par information particuliére, que la derniére loi de Penfylvanie , concernant les esclaves, étoit très-partialle & trèsinjuste, mais je me suis convaincu depuis, que cette loi est
judicieuse, bien conçue & propre à effe&uer dans cet état,1
l'abolition entière de l'esclavage. --- Page 298 ---
1 (74l bix que vous seuls pouvez abroger. Voyez vÓÎ
Réglemens concernant les Nègres, calculés non
pour les défendre ou les protéger, mais pour af4
, fermir & appésantir leur déplorable situation 1 rejettes Sf privés du bénéfice de ces loix établies
pour la défense des droits & privilèges, ou pour
conserver & améliorer les mœurs & les vertue
des Blancs ; abandonnés à toutes les passions, 8z
comme des brutes, à un commerce criminel entre-eux ; la débauche, l'adultére & tous les droits
du mariage parmi les Noirs , considérés comme
étrangers aux loix faites pour arrêter & reformer
une nature corrompue 2 ou comme ne méritant pas
l'attention de ceux dont le devoir est de veiller à
1 execution de ces Règlemens. Oui vous avez
des loix, des peines sévéres contre ces crimes ,
quand les blancs s'en rendent coupables, mais
s'ils sont commis par des Noirs, ou par des Blancs
pvec des Négresses, susTent-ils accompagnés de
circonstances aggravantes de violence Se d'abus
de pouvoir, alors ils perdent le nom de crimes i
& ne sont plus que des sujets de plaisanterie , qui
ïie sauroient exciter ni la sé vérité de la loi ni la
vigilance du Magistrat. v Il arrive souvent de là que les enfans son familiarisés avec ces scènes de corruption r avant quç --- Page 299 ---
r1,l 8e pouvoir distinguer entre les devons du Christianisme 8c l'appétit d'une nature débordée. Il ne
faut donc pas s'étonner , si la plûpart des proprié*
taires sont punis, par les vices de leÚr propres
enfans , de leur négligence immorale envers leurs
enclaves. Car il résulte de cette même négligence:
ique les enfans , ne font que trop souvent élevés
dans l'orgueil, la paresse, le libertinage le plus
ouvert ; & n'y eut-il d'autres conséquences que
celles-ci, elles sont assez funestês pour exiger rigoureusement une réforme. Mais en considérant;
toutes les calamités diverses que cet infâme trafic a
continuellement attirées sur nos contrées , & quf
durent décrites par d'autre^ Auteurs, en pensant
que depuis près- de dix ans qu'il est en notre
pouvoir d'arrêter cè terrible fléau , nous n'avons*
encore pris aucune messîre effe&ive pour rendre*
à ses droits un peuple opprimé ; je dis que c'en:
un sujet de douleur, de crainte pour les vrais amis
de l'Amérique, & qui leur paroît d'un noir prér
fage. ^ i
nos contrées , & quf
durent décrites par d'autre^ Auteurs, en pensant
que depuis près- de dix ans qu'il est en notre
pouvoir d'arrêter cè terrible fléau , nous n'avons*
encore pris aucune messîre effe&ive pour rendre*
à ses droits un peuple opprimé ; je dis que c'en:
un sujet de douleur, de crainte pour les vrais amis
de l'Amérique, & qui leur paroît d'un noir prér
fage. ^ i Je ne puis mieux tehriiner que par les mots
que le Congrès adressoit à ^Angleterre, « Si, ni la voix de la jufiice, les loix de l'humanité, les droits de larîature humaine, si ^ ni la régé- r
aération d'une impartiale, ni l'amour du bien
i --- Page 300 ---
'(76) public ; ni la crainte d'un Dieu vengeur ne peuvent
vous détourner de cette pratique impie de retenir
vos iemblables dans l'esclavage, de mettre leur liberté & leur vie dans le commerce, d'annoiicer,'
comme des marchandises communes , dans vos
papiers publics Invente de vos freres, doués comme vous d'une ame immortelle : alors que la juftice, l'humanité, les titres de défenseurs de la liberté
& le nom de Chrétiens cessent d'être vantés par,
les Gouvernemens Américains. », Février 1783. UN CULTIVATEUR; < r --- Page 301 ---
A MÉMOIRE POUR les Habitans de la Partie du
Sud de Saint-Domingue servant
à prouver; 1°. L'espèce £ 'abandon que les
Armateurs de la Métropole ont toujours
sait ct sont encore de cette partie de la
Colonie, très susceptible néanmoins d'un
prodigieux accroissement de culture. 2.0 La nécessité de permettre aux
bâtimens étrangers d! introduire pendant
dix ans dans le port des Cayes, chef
lieu de cette partie, un certain nombre
de Nègres ct de Mulets y dont ils pourront emporter le produit en denrées
Coloniales. 3.0 Les avantages qui résulteraient
d'une telle permission, non seulement
pour l'Etat ct pour le Colon % mais aussi
pour le Commerce national. T -Li A partie du Sud de SaintDomingue a toujours été dédaignée --- Page 302 ---
(O par le Commerce de France; les
Habitans établis dans cette partie,
n'ont cessé de se plaindre chacun en
particulier; mais soit qu'ils n'ayent
pas pris la voie d'une réclamation
générale, soit que leurs plaintes ne
sbient pas parvenues jusques au pied
du Trône, le Commerce a été sourd *
à leurs cris & ils continuent à gémir
sous cette oppression, sans éprouver
aucun secours. Ce mal s'aggravant de jour en jour; la paix dont nous jouissons^ n'âpportant aucun changement favorable à
notre situation, nous osons espérer
un regard de bienfaisance de la part
d'un Roi qui chérit également tous
les Sujets, & d'un Ministre qui met
sa gloire à seconder les vues de cet
auguste Père. Ce n'est point par des raisonnemens que nous combattrons le système du Commerce, qui ne veut ni
nous secourir, ni permettre que nous
soyons secourus dans nos besoins de --- Page 303 ---
( 3 ) première necessité. Nous avons appris
à nous défier des discussions, dans un
genre où l'elprit supplée couvent à la
taison , & où les motifs d'intérêt
l'emportent toujours sur ceux de la
justice. Des faits, des exemples,
des tableaux comparatifs, voilà les
moyens que nous allons employer.
C'est aux yeux que nous voulons
parler, & s'il suffit de voir pour
nous entendre , il suffira de nous
entendre pour prendre des dispofitions favorables à notre égard.
ris
à nous défier des discussions, dans un
genre où l'elprit supplée couvent à la
taison , & où les motifs d'intérêt
l'emportent toujours sur ceux de la
justice. Des faits, des exemples,
des tableaux comparatifs, voilà les
moyens que nous allons employer.
C'est aux yeux que nous voulons
parler, & s'il suffit de voir pour
nous entendre , il suffira de nous
entendre pour prendre des dispofitions favorables à notre égard. N'oublions pas que nous écrivons
ici pour des Européens, qui ne connaissent les Colonies que par des
relations toujours insuffisantes pour
sentir & pour opérer le plus grand
bien. Nous commencerons donc par
donner une idée exaâe de la position
& de l'état de la partie du Sud; nous
ferons ensuite le tableau fidelle des
privations & des maux multipliés que
nous souffrons & qui résultent du.
délaissement du Commerce. , --- Page 304 ---
(4) §. Ier. Partie du Sud, si position, sin état. La partie du Sud de Saint-Domingue, est pour ainsi dire, un pays à
part, une Colonie différente de celles
du. Cap & du Port-au-Prince. Le
peu de rapport qu'il y a entr elle &
ces deux derniers quartiers , & la
rareté de ses relations de Commerce :
aveç eux, pourraient la faire consi-," «
.dérer comme réparée & indépendante ;
du grand ensemble. Aussi ses affaires i
& ses communications ne sont-elles <
guères plus vives avec ses voisins <
qu'avec la Guadeloupe ou la Martinique, (tf), qui en sont à trois cens <
lieues. Le petit quartier de Jacmel seul 1
demande une exception. Assez rap- -
proché par terre de la partie de î
l'Ouest, il s'y est ouvert un chemin -,, 1 ( a ) Cette assertion paraît au premier coup d'œil extraordinaire , mais pour se convaincre de cette vérité il suffira &
de dire que l'on ne trouverait pas une lettre de change ' a
du Cap ou du Port-au-Prince aux Cayes, & vkijsim.
w --- Page 305 ---
(5) au travers des montagnes. Par cette
voie fatiguante & dispendieuse, il
transporte à dos de mulet ses denrées
à Léogane : ce qui prouve en passant
combien peu de débouchés offrent
les rades de la partie du Sud, où-, à
conditions égales, les Habitans de
Jacmel consommeraient leurs màr-,
chés à leur très-grand avantage ( b
Port-au-Prince aux Cayes, & vkijsim.
w --- Page 305 ---
(5) au travers des montagnes. Par cette
voie fatiguante & dispendieuse, il
transporte à dos de mulet ses denrées
à Léogane : ce qui prouve en passant
combien peu de débouchés offrent
les rades de la partie du Sud, où-, à
conditions égales, les Habitans de
Jacmel consommeraient leurs màr-,
chés à leur très-grand avantage ( b ( b ) Il est aussi très-essentiel pour l'intérêt du Roi & celui
de la partie du Sud de faire connaître une ruse qui vient
de Ce pratiquer & qui se perpétuerait si elle n'était arrêtée
dans son principe; elle peut s'appeller moyens de gagner la
prime promise par Sa Majesté, sans que la partie du Sud en
profite. En effet, le Capitaine P**, commandant le navire
les Bons-Amis ,. venant de la, côte d'Or, dont la destination réelle était pour le quartier de Léogane, situé dans la
partie de l'Ouefl, a eu ordre de l'Armateur de se rendre
dans le port de Jacmel, situé dans la partie du Sud. Celuici voulant remplir sa mission , a pris cette route >
mais, soit qu'il ne connût pas ce port, soit qu'il ait été
entraîné par les vents & les courans, il s'est trouvé obligé
de mouiller aux Cayes au mois de Janvier 1786. On devait s'attendre qu'il y ferait sa vente. Le quartier lui offrait
des ressources bien plus considérables que celui de Jacmel.
L'un contient quatre-vingt-onze Sucreries, tandis que l'autre
n'en a que .deux. L'un est une plaine de 2 1 lieues de superficie, tandis que l'autre mérite à peine cette dénomination.
L'un est enfin dix sois plus peuplé de Cultivateurs, que l'autre.
Cependant malgré cet avantage réel, malgré la difficulté & le
danger même de remonter contre les vents & les courans
du port des Cayes dans celui de Jacmel, le Capitaine P**
y a conduit son navire. Là , il a vendu une très-petite
partie de sa cargaison, à quoi il s'attendait bien,'& la majeure partie a paffé dans la plaine de Léogane, située dans,
l'Ouest de Saint-Domingue, sa véritable destination, qui --- Page 306 ---
m Ce défaut de communication entre
le Port-au-Prince, le Cap & la partie
des Cayes, peut provenir de la difficulte qu'il y a à remonter du bas de
la Côte (le Cap-Tiburon) dans les
ports des Cayes, d'Aquin, ou de Jacmel, en raison des vents & des couTans qui soufflent & qui règnent
presque toujours de l'est à l'ouest;
ensorte qu'il faut huit, dix & quelquefois quinze jours pour faire environ
vingt lieues de navigation de Tiburon
aux Cayes, & en proportion pour
remonter à Aquin ou à Jacmel, qui
sont plus au vent. Cet obstacle, joint
au peu de relation dont nous avons
parlé-, rend le cabotage presqjue nul
dans la partie du Sud, qui est condamnée à la détresse, quand ses n'est séparé de Jacmel que de 12 lieues &, par quelques
chaînes de montagnes. L'Armateur se trouve par cette manœuvre habile avoir gagné la prime accordée à ceux qui
iraient dans la partie du Sud, quoique l'esprit de la loi n'ait
pas été rempli; c'est-à-dire, quoique ce quartier malheureux & abandonné n'ait pas reçu un seul bras pour y' faire
fruftifier ses terres. G'cst ce qui peut facilement s'exécuter
toutes les fois qu'on voudra introduire des Nègres dans la.
plaine de Léogane.
Armateur se trouve par cette manœuvre habile avoir gagné la prime accordée à ceux qui
iraient dans la partie du Sud, quoique l'esprit de la loi n'ait
pas été rempli; c'est-à-dire, quoique ce quartier malheureux & abandonné n'ait pas reçu un seul bras pour y' faire
fruftifier ses terres. G'cst ce qui peut facilement s'exécuter
toutes les fois qu'on voudra introduire des Nègres dans la.
plaine de Léogane. --- Page 307 ---
(7) voisinsjouisient de l'abondance. Sous
Je même ciel, sur la même terre,
fous sa proteûion d'u même Prince,
on existe ainsi à des conditions trèsdifférentes. Il. est très-commun, dans
un même temps & à la même époque,
de voir dans les quartiers du Nord
& de l'Ouest l'affluence de toutes les
marchandiCes, tandis que la misère & la disette pèsènt de tout leur poids
sur la partie du Sud. Quel est cependant ce pays ainsi
abandonné au milieu d'une Colonie
florissante ? Quelle est son étendue ? Quelles sont ses cultures ? De quels
accroissemens est-il susceptible ? C est le tiers de l'isle de SaintDomingue : c'est une étendue de 80
lieues de côtes de l'Est à l'Ouest depuis
le Sale-Trou jusqu "à Tiburon. C'est
un sol fertile & arrose , couvert d'habitations plantées en indigo, café,
coton & en cannes à sûcre, dont le
nombre peut être augmenté & dont
le produit peut être triplé r si on. --- Page 308 ---
(8) daigne favoriser l'industrie aûive des
Cultivateurs, Les quartiers habitués sont les
Cayes de Jacrnel, où il y a une
Paroisse. Jacmel, avec Paroisse, Jurifdiâion
& Amirauté. Baynefl, avec Paroisse. On y cultive généralement & avec succès l'indigo, le café & le coton, mais on n'y
compte encore que deux Sucreries. Le quartier d'Aquin . .avec Pa.,
roisse ; très-abondant en indigo. Celui de Saint-Louis, avec Pa<
roide, Jurisdiûion & Amirauté. Son
sol est moins favorisé de la nature
que les précédens. Il a aussi deux
belles & grandes Sucreries. Celui de Cavaillon, avec Paroisse,
arrosé par une belle rivière, contient
dix-neuf Sucreries & une infinité de Caféières. Il est susceptible de 50 Sucreries en totalité, arrosables par la
même rivière. Ceux des Coteaux & du Cap" --- Page 309 ---
() Tiburon, chacun avec Paroisse, produssent beaucoup de coton, d'indigo
& de café. Il n'y existe que deux
Sucreries très-belles, avec des terrains très-convenables à en établir
beaucoup d'autres. Enfin, le quartier de la plaine du
Fond, divisé en deux Paroises ; savoir
celles des Cayes, avec Jurisdiction,
Amirauté & Etat-Major, & celle de
de Torbec, aussi considérable en
étendue, La seule plaine du Fond contient
vingt-quatre ou vingt-cinq lieues de
superficie. La Paroisse des Cayes
renferme 45 Sucreries roulantes, sur
lesquelles , d'après les recensemens
donnés pour l'année 1785, sont employés 5926 Nègres de tout âge &
de tout sexe, & 1884 mulets.
Jurisdiction,
Amirauté & Etat-Major, & celle de
de Torbec, aussi considérable en
étendue, La seule plaine du Fond contient
vingt-quatre ou vingt-cinq lieues de
superficie. La Paroisse des Cayes
renferme 45 Sucreries roulantes, sur
lesquelles , d'après les recensemens
donnés pour l'année 1785, sont employés 5926 Nègres de tout âge &
de tout sexe, & 1884 mulets. Celle de Torbec, compte quarante-six Sucreries aussi roulantes, qui,
d'après les recensemens donnés pour
la même année 1785, sont exploités
par 5 846 pègres de tout âge & de --- Page 310 ---
1 (I0) tout sexe, & quinze cens trente-quar
tre mulets. La première de ces deux Paroisses.
a de surplus 3712, Nègres employés,
aux Indigote-ries, Cotpneries, Caféïères & places à vivres. Dans le nombre de ces habitations, il y en a quinze
qui peuvent utilement être établies
en Sucreries. La seconde employe à la culture
de l'indigo, du coton, du café S des
vivres, 2959 Nègres & pourrait
établir onze habitations de plus en
Sucreries. On ne comprend pas dans
1 état des Nègres de Torbec, ceux
des quartiers de l'Abacou & de Marche-à-Terre, qui s'élèvent au nombre
de 2650. A ce tableau aussi fimpte que vrai,
qui pourrait douter que la partie du
Sud , seule & prise séparément, ne
vaille beaucoup plus que la plus
grande partie des Antilles, & qu une
fois portée au point de prospérité où
elle pourrait atteindre, si le Gommer- --- Page 311 ---
( II ) ce la prenait en considération, elle ne
donnât plus de produetions que toute
la Martinique, parce que les habitations y sont en genéral plus étendues
& les terres beaucoup plus rendantes. Nous craighons d'autant moins
d'être contredit sur une vérité aussi
essentielle à connaître, que Jes plus
petites Sucreries de ce quartier ont
de 110 à 15 o caPreaux de terre,
& qu'il y en a un grand nombre qui
en ont 200, 300 & même plus. Nous pouvons avancer encore
avec confiance qu'il n'en est aucune
qui ne soit susceptible de donner par
an un produit de cinq cens milliers
de sucre, quand -on y aura porté les
Nègres & les mulets dont elle peut
avoir besoin, C'est cependant une pareille Colonie qui est réduite à végéter, parce
qu'elle ne 'reçoit presque pas de
Nègres de la part du Commerce. Ce sont les Habitans de ce quartier
qui payent les marchandises d'Eu- --- Page 312 ---
( II") \ / rope vingt-cinq pour cent plus cher
que leur compatriotes fixés au Portau-Prince. Ce sont eux qui vendent leurs
sucres vingt-cinq pour cent de moins
& qui, faute de bras, n'obtiennent
pas de leurs habitations le quart de.
ce qu'elles devraient leur rendre. Une circonstance très-affligeante
pour ce quartier & qui tient encore
à sa situation & aux arrangemens
politiques, c'est le défaut, c'est l'ab.
sence presque totale du numéraire. '
La rai(on en est que des 1500000 1.
de droit qui se payent au Bureau
de l'Octroi pour la sortie des indigos
des cotons, cafés & sucres , il en
reste à peine sur les lieux 100000
livres pour les appointemens desEtatsMajors & la solde d'un détachement
de cent homme qui y sont envoyés
en garni on. Le surplus de ces fonds
font versés- au Trésor Royal, situé
au Port-au-Prince, où la circulation
est vivifiée par les dépenses du Gou-
0 1.
de droit qui se payent au Bureau
de l'Octroi pour la sortie des indigos
des cotons, cafés & sucres , il en
reste à peine sur les lieux 100000
livres pour les appointemens desEtatsMajors & la solde d'un détachement
de cent homme qui y sont envoyés
en garni on. Le surplus de ces fonds
font versés- au Trésor Royal, situé
au Port-au-Prince, où la circulation
est vivifiée par les dépenses du Gou- --- Page 313 ---
( 13 ) vernement, où la résidence de MM.
les Administrateurs & d'une Cour Souveraine, la présence d'un Régiment & d'un grand État Militaire,
attirent & entretient l'argent; tandis
que la partie duSud, dévouée à toutes
les privations , donnant sans cesse, ne
recevant jamais, contribue à cette
circulation, qui n'existe pas pour elle. Cette disette d'espèces dérive encore des principes du Commerce &
des mesures qu'il prend pour se les
approprier dans la vue de les exporter. Un Capitaine se rend dans cette
partie avec l'ordre le plus formel de
1es Armateurs de ne vendre sa cargdi(on qu'en argent ou à trente &
quarante pour cent plus cher à ceux
qui ne peuvent payer qu'en sucre.
De ce système tyrannique résulte le
double inconvénient de tarir la
circulation à sa source, & d'entretenir un très-haut prix dans la
vente des articles qui s'achètent en
sucre. --- Page 314 ---
C 14) Enfin la partie du Sud est sujette
annuellement à des coups de vent
qui détruisent ses vivres, ravagent
ses cultures, endommagent toujours
[es bâtimens, quand ils ne les écrasent
pas ; ce qui semblerait devoir la rendre plus intéressante aux yeux du
Gouvernement & plus digne de son
attention, dont elle peut moins se
paffer. Après avoir donné ces connaifsances préliminaires, il nous reste à
exposer le triste & humiliant état où
nous réduit l'abandon du Commerce
national., §. II. Pour s'en pénétrer il suffira de
jeter un coup d'oeil sur le tableau de
comparaison que nous avons joint
au prêtent Mémoire Il prouvera que
nous hommes comptés pour rien par
le Commerce de France, & condamnés à une léthargie qui durera
auHi long-temps que le régime aduel --- Page 315 ---
fiOsubsistera ; il convaincra les esprits les
plus incrédules, qu'avec des terres
aussi belles que celles du reste de la
Colonie , & avec des habitations
beaucoup plus étendues, il est impossible que nous rivalisions jamais
avec les autres quartiers & que nous
nous, élevions à ce haut degré de
culture, plus essentiel encore à l'État
qu'aux Colons, Comment concevoir en effet qu'une partie aussi riche en terre, n'ait
reçu du icr Mai 1783 au Ier Août
1784 que trente-un navires; tandis
que dans la même période de temps
le Port-au-Prince en a expédié deux
cens dix-neuf, tous nationaux ; ce
qui fait un peu plus de sept fois autant ? Cotnment concevoir que durant
ce même intervalle le Port-au Prince
ait reçu 7144 Nègres, sur seize navires, tandis que la partie du Sud
n'en a pas reçu un seul ?
, n'ait
reçu du icr Mai 1783 au Ier Août
1784 que trente-un navires; tandis
que dans la même période de temps
le Port-au-Prince en a expédié deux
cens dix-neuf, tous nationaux ; ce
qui fait un peu plus de sept fois autant ? Cotnment concevoir que durant
ce même intervalle le Port-au Prince
ait reçu 7144 Nègres, sur seize navires, tandis que la partie du Sud
n'en a pas reçu un seul ? Comment expliquer le préjudice
que souffre cette partie, en payant --- Page 316 ---
( 16 contaminent pour cent de plus
les marcharidises d'Europe , & en
vendant ses sucres pour-cent
de moins ? Comment expliquer qu'elle paye
le fret de ses denrées à 1 8 ou 1 5 , à 14
& 13 deniers, tandis qu'à 3 0 ou 40
lieues de distance, ces mêmes denrées
sont chargées à 10 & à 8 deniers?
N'est-il pas évident que cette misère
& cette détresse sont les suites naturelles de l'oubli total du Commerce
de France & du défaut de navigation ? Ces faits étaient-ils connus ? non
sans doute. Le Commerce a trop
d'intérêt à les cacher pour perpétuer
son oppressîon. Osera-t-il dire qu'il
les ignorait ? il ne le persuadera à
personne. Cependant il ne c&Ie de
faire entendre sa voix pour l'exercice
d'un privilège exclusif qu'il dédaigne.
Soit refus, soit impuissance de sa part,
la partie du Sud n'est ni approvisïonnée nisecourue, & le Commerce
ne peut pas se procurer le bénéfice
d'une --- Page 317 ---
. M" B d'une navigation qu'il ne fait pas. Ne sommes-nous pas bien fondés
à lui dire, vous avez manqué à vos
engagemens envers le Gouvernement
en ne fournissant pas à la Colonie les
'Nègres qu'exigent ses besoins. Vous
y avez manqué plus spécialement à
l'égard de la partie du Sud, d'abord
par la dénégation de tout secours &
ensuite en n'y apportant aucun Nègre , malgré l'encouragement que
S. M. vous a donné depuis quatorze
mois par une prime sur tous ceux que
vous y introduiriez (c). Vous y avez
manqué, en disant dans vos Mémoires multipliés que vous faisiez avec
les Colonies un -commerce d'échange, tandis qu'il n'y a pas une seulé
obligation contrastée pour Nègres ( c ) Depuis que ce Mémoire est fait il est arrivé trois
Négriers dans la partie du Sud, avec des cargaisons tellement
inférieures , qu'elles n'eussent pu soutenir la concurrence'
dans les autres quartiers; elles n'étaient composées que de
vieillards & d'entans , qui suivant les apparences, n'auront
pas coûte au-delà de la prime que Sa Majesté accorde à
l'Armateur pour porter des Nègres dans cette malheureuse
partie. - --- Page 318 ---
fi8) V / qui n'assujettisse t'Habitant à payer éti
argent & non autrement. Vous avez
changé la nature des faits & répandues des doutes sur les vérités les
plus certaines, & pour remplir un
pareil objet , vous avez un grand,
avantage sur les Colons, Les Négocians réunis dans le sein des villes,
rassemblés chaque jour dans les Bourses, agissent aisément de concert,
tandis que les Planteurs, éloignés les
uns des autres & de la Métropole.,
épars sur de grandes surfaces & occupés dé leurs habitations, ne peuvent
qu'avec beaucoup de peine répondre
aux assertions hasardées du Commerce
& demander le redressement des torts
qu'ils souffrent.
ir un
pareil objet , vous avez un grand,
avantage sur les Colons, Les Négocians réunis dans le sein des villes,
rassemblés chaque jour dans les Bourses, agissent aisément de concert,
tandis que les Planteurs, éloignés les
uns des autres & de la Métropole.,
épars sur de grandes surfaces & occupés dé leurs habitations, ne peuvent
qu'avec beaucoup de peine répondre
aux assertions hasardées du Commerce
& demander le redressement des torts
qu'ils souffrent. Mais Sa Majesté n'ignorera plus
que le Commerce de France ne peut
pas fournir des Nègres à la partie du
Sud de Saint-Domingue ou qu'il ne
le veut pas, ce qui revient au même.
;FlIe n'ignorera plus qu'il ne fait
pas un commerce d'échange avec --- Page 319 ---
( 19) ' sa Colonie, pui(qu'il fait ContraQer
impérieusement d^s obligations en
argent. Pour le prix éç tous les Nègres
quil vend aux Colons & qu'il serait
dans l'impossibilité de rapporter un
engagement autrement conçu depuis
vingt ans. ' Si ces faits ne peuvent être assai.
blis dans la plus légère circonstance ,
quel remède resse-t-il à y apporter ?
Nous le demandons au Commerce
lui-même. Aura-t-il l'injustice de s'opposer à ce que nous recevions d'une
main étrangère, un bien que nous lui
demandons inutilement & qu'il déclare de la manière la plus formelle,
ne pouvoir ou ne vouloir point nous
fournir ? Ce principe blesserait également les droits de la nature, ceux
• du Colon & ceux de la Métropole
elle-même. 1.0 Nest-il pas en effet dans !es*
principes du droit naturel de laisser
jouir un autre du bien qu'on déda'tgne ? Ne répugne-t-il pas à la simple --- Page 320 ---
(1O) raison que le Commerce ne veuille
ni nous fournir des Nègres, ni souffrir
que le Gouvernement prenne les mesures les plus efficaces pour nous en
procurer ? Ce n'est point un sacrifice
qu'on lui demande, puisqu'il n'efl queltion que d'une chose qu'il abandonne. 2..0 Envain posséderons-nous des
terres immenses. Envain seront-elles
susceptibles de donner les plus grands
revenus. Elles seront toujours mortes
pour le Propriétaire, si l'on n'y joint
pas les moyens nécessaires pour les
cultiver. Nous possédons des fonds
fertiles, autant vaudrait pour nous posféder des terres arrides & des landes. 3.° Le Commerce a-t-il besoin
qu'on le lui dite ? En matière d'Agriculture il faut commencer par
mettre en valeur , sans s'informer d'où
viennent les moyens qu'on applique
*à la culture. Sans les Colonies point
de Commerce , sans cultures point
de Colonies & sans Nègres point de
cultures. En suivant le fil. de ces --- Page 321 ---
Y 2 J j vérités, le Commerce doitfentir que
son plus vif intérêt demande que nos
habitations soient portées à leur plus
grande valeur. Procurés donc des
Nègres à la partie du Sud de SaintDomingue, vous la verrez se peupler, se découvrir, perfeâionner des
etabiisemens, en créer de nouveaux,
de manière à tiercer en peu d'années
les armemens actuels. Le Commerce
ne tardera pas à jouir 'du fruit de ses
avances, & la prospérité des Colo-
* nies ira, iuivant sa deflination naturelle, augmenter la splendeur de la
Métropole. ' -
Procurés donc des
Nègres à la partie du Sud de SaintDomingue, vous la verrez se peupler, se découvrir, perfeâionner des
etabiisemens, en créer de nouveaux,
de manière à tiercer en peu d'années
les armemens actuels. Le Commerce
ne tardera pas à jouir 'du fruit de ses
avances, & la prospérité des Colo-
* nies ira, iuivant sa deflination naturelle, augmenter la splendeur de la
Métropole. ' - 4.0 Enfin, la Métropole elle-même est intéressée à ce que les propriétés Coloniales soient portées au
plus haut point de culture. Cette
vérité n'a pas besoin d'être discutée.
Le travail donne des denrées. Les
denrées procurent de l'argent & multiplient la navigation ; la navigation;
multiplie les gens de mer, & tous.
ces moyens combinés augmentent la --- Page 322 ---
2.7. ) richesse de l'Empire & la masse de
ses forces navales. L'expérience nous prouve que la
politique moderne a pour grand &
principal objet , la supériorité de
Commerce , & que les guerres actuelles ont pour motifs l'aggrandissement ou tout au moins la conservation des Colonies. Les soins du
Gouvernement & les franchises qu'il
a accordées à plusieurs Isles, déposent
qu'il les considère comme essentielles
à la gloire de l'Etat. Voilà une Colonie à créer. Il n'y a pour cela ni
guerre à déclarer , ni sang à répandre,
C'est une conquête d'industrie, préférable à celle des armes. C'est la
partie du Sud de Saint-Domingue a
qui le moindre privilège suffira pour
acquérir tout son lurtre. Elle est dans
l'enfance & dans la langueur, parce
qu'elle n'a ni tes Nègres , ni les
mulets nécessaires à l'exploitation de
ses terres. Q ue le Gouvernement
vienne à son secours & op la verra --- Page 323 ---
(*î) ' sortir comme du fond des eaux. Puisque le Commerce de France
ne juge pas cette partie de l'Amérique digne de son attention ; puisque
les encouragemens accordés par Sa
Majesté à ceux qui y apporteraient
des Nègres , n'ont opéré aucune
révolution favorable ; que nous restet-il à demander ? Que reste-t-il au
Gouvernement à nous accorder ?
Serons-nous sacrifiés sans raison au
caprice ou à la jalousie des égo..
cians ? Rejettera-t-on nos demandes,
parce que leur ambition & leur inquiétude leur font créer des fantômes ? Ne sommes-nous pas déjà assez
à plaindre en réclamant des Nations
étrangères un secours que nous devrions espérer de notre Patrie; n'eflçe pas son abandon qui nous y force ?
Au point où nous en sommes, l'admillion de l'Etranger peut seute nous
aider à sortir de la condition milerable où nous réduit le système prohibitif. Que ce privilège ne soit acco-
-t-on nos demandes,
parce que leur ambition & leur inquiétude leur font créer des fantômes ? Ne sommes-nous pas déjà assez
à plaindre en réclamant des Nations
étrangères un secours que nous devrions espérer de notre Patrie; n'eflçe pas son abandon qui nous y force ?
Au point où nous en sommes, l'admillion de l'Etranger peut seute nous
aider à sortir de la condition milerable où nous réduit le système prohibitif. Que ce privilège ne soit acco- --- Page 324 ---
(M) dé que pour dix ; qu'il toit révocable
au premier abus, rien n'est plus juste ;
mais la seule crainte du mal ne peut
çtre un ob!1acle à des vues utiles au
Colon & à l'Etat. Il n'est pas moins
nécessaire que l'Etranger puisse emporter en denrées Coloniales le prix
de ses Nègres & de ses mulets, parce
que nous ne pouvons pas mettre dans
le commerce une valeurque nous n'a-
, vons pas (d) & que l'assujétissement
de payer ces objets avec de l'argent
rendrait la faveur nulle, & équivaudrait à la prohibition la plus rigoureuse.
Ainsi secourus dans nos établissemens,
. nous pourrons nous élever au niveau
des autres possessions, & nous deviendrons dignes de l'attention des Places
de Commerce. L'Etat y gagnera une
riouyelle Colonie, & les. fortunes, particulières ne manqueront pas de s'accroître à l'abri de la sortune publique. ( à. ) Il ne faut pas perdre de vue qu'il c'y a ni ne peus
y avoir de numéraire dans ce quartier j nous en avons dit Ig
d<ms notre premier paragraphe. --- Page 325 ---
(2 S ) Nous le répéterons encore, il s'agit
de vivifier un pays qui vaut seul
plusieurs Isles ensemble ; un pays qui .
présente quatre-vingt lieues de côtes
avec plusieurs ports, plusieurs plaines
très-fertiles & spécialement celle du
Fond de l'Isle-à-Vache, qui a 25
f lieues de surface & où l'on compte
quatre-vingt-onze Sucreries roulant
tes, sans parler des terrains à établir.
Ce seul point est susceptible de don?
ner cinquante millions de sucre, tandis qu'il est bien éloigné aujourd'hui
de ce terme, puisqu'il n'en produit que
de 14 à 15 millions tout au plus. Si nos reproches contre le Coin*
merce, sont fondés en temps de paix,
que ne dirons-nous pas du temps de
guerre ? Il a entièrement oublié qu'il
existait des hommes dans cette partie
pendant le cours de ce fléau cruel.
Les alimens les plus nécessaires au
soutien de la vie ont totalement manqué. Les Boulangeries ont été fermées
six semaines de suite à. une seule --- Page 326 ---
[texte_manquant] époque, & il a fallu chercher sa subsistance dans les racines & dans les
vivres de terres; enfin on peut &
on doit le dire,, l'état des Habitans
du Sud de Saint-Domingue, était
alors si déplorable , qu'ils étaient
réduits à apprendre comme bonnes
nouvelles, les prises que les Anglais
faisaient au vent du Cap ou du Portau-Prince, parce ces prises étaient
menées à la Jamaïque, d'où il leur
revenait quelques cpmestibles par la
voie des Parlementaires ou par celle »
des Caboteurs sous pavillon neutre.
Misérables en temps de guerre, oubliés pendant la paix, dévoués dans
tous les temps aux privations de tout
genre, notre seule ressource est d'implorer les bontés'd'un Souverain qui
veut assurer le bonheur de ses Sujets
& accroître la gloire de son Empire.
' Si nous 'n'avions pas circonscrit
les bornes de notre sujet, nous pourrions nous permettre quelques recherches sur les causes de l'ambition
Caboteurs sous pavillon neutre.
Misérables en temps de guerre, oubliés pendant la paix, dévoués dans
tous les temps aux privations de tout
genre, notre seule ressource est d'implorer les bontés'd'un Souverain qui
veut assurer le bonheur de ses Sujets
& accroître la gloire de son Empire.
' Si nous 'n'avions pas circonscrit
les bornes de notre sujet, nous pourrions nous permettre quelques recherches sur les causes de l'ambition --- Page 327 ---
C *7 ) démesurée de notre Commerce, qui
dédaigne les bénéfices d'une navigation qui ne donne que vingt ou vingtcinq pour cent. Peut-être les trouverions-nous dans les bénéfices excçsïifs
qu'il s'est procuré pendant la guerre ,
soit en achetant au plus vil prix les
denrées des Colons, soit en tenant
le fret à un prix si cher qu'il absorbait
& au-delà la valeur de la çhose &
le produit des ventes (e). Ces bénéfices n'éraient pas mesures aux risques qu'il courait, puisque ses armemens étaient protégés
par- les dépenses du Gouvernement
& par les escortes militaires; mais
dans les principes du Commerce, ses
escortes étaient pour ses vaisseaux &
non pour les denrées des Colons,
qu'ils n'admettent point à partager
les graces du Prince. Ainsi, malgré
la faveur des convois, la denrée n'a ( e ) Il y a eu quelques circonstances dans cette guerre
où le prix du fret a excédé les denrées chargées, & que
le fréteur a encore été forcé de payer l'Armateur pour une
denrée qu'il ;ae recevait pas. --- Page 328 ---
fi8) pu être chargée qu'à 66, 71, 78 &
84 deniers par livre de sucre brut, à l'immense profit de l'Armateur
Français & au grand détriment du
Propriétaire d'Amérique. Nous pourrions nous permettre
quelques recherches sur l'altération
des poids & des mesures ou plutôt
sur l'abolition de toute règle à cet
égard, objet que Meilleurs les Administrateurs ne peuvent tarder à prendre en considération, comme intéressant vivement la Police dont ils »
ont l'exercice. Nous pourrions aussi faire quelques réflexions sur les aSes apparens
de patriotisme de quelques Places
maritimes, qui ont voté des sommes
destinées à la construâion d'un vais.
seau. En se réservant tout l'honneur
de l'offrande, ils en ont lqissé les dépenies à la charge des Colons, par
1 impôt ou la retenue d'un pour cent
qu'ils ont établis sur la vente de toutes
les denrées ven-ant d'Amérique, --- Page 329 ---
(49) Mais rentrons dans notre question
& passons à l'examen des objeaions
du Commerce. En lesprésentant dans
toute la force dont elles sont fusceptibles, voyons si elles peuvent attenuer
notre réclamation. PREMIÈRE OBJECTION. « Si nous armon's moins de navires » pour vos ports, dira le Commerce,
» vous ne pouvez pas ignorer que
*> c'est parce que vous faites beau-
» coup moins de denrées qu'au Port-
» au-Prince; parce que vos sucres,
» y sont d une qualité moins belle;
» parce la difficulté des recouvre-
» mens prolongeant les voyages,
absorbe par les frais de sejour
» le bénéfice que nous faisons, en
» vous vendant 15 pour cent de
» plus que par-tout ailleurs
armon's moins de navires » pour vos ports, dira le Commerce,
» vous ne pouvez pas ignorer que
*> c'est parce que vous faites beau-
» coup moins de denrées qu'au Port-
» au-Prince; parce que vos sucres,
» y sont d une qualité moins belle;
» parce la difficulté des recouvre-
» mens prolongeant les voyages,
absorbe par les frais de sejour
» le bénéfice que nous faisons, en
» vous vendant 15 pour cent de
» plus que par-tout ailleurs RÉPONSE. Nous entrons dans vos vues : oui,
nous faisons beaucoup .moins de den- --- Page 330 ---
(io) rées qu'au Port-au-Prince, mais d*ou
cela provient-il ? Est-ce faute de
terres? non. Il y a cent dix Sucreries
dans la partie du Sud, sans compter
celles qu'on peut former. Dans ce
nombre, les unes ont trois cens carreaux de terre & sont conséquemment
susceptibles d'un million de sucre.
Les autres en ont deux cens, cent
- cinquante & cent vingt; c'est-à-diré
propres à donner chacune cinq cens
milliers de sucre. C'eu: donc faute
de Nègres que nos Habitations produssent moins de denrées. Ce n'est pas
la terre qui manque aux bras, ce sont
les bras qui manquent à la terre. De
quelle utilité peuvent être les campagnes sans moyens & sans inltrumens
pour les mettre en valeur ? Répondez
aux vœux d'un quartier dénué &
inculte, introduisez - y des Nègres,
favorisez le pendant dix ans seulement
par un nouveau régime, & vous
verrez changer notre sort & le vôtre.
Ces terres sans vie & sans production --- Page 331 ---
(; 1 ) deviendront bientôt des sources d'abondance & de richesses. Elles se
convertiront en mines pour vous,
pour nous & pour l'Etat. Z.Q Nos sucres font moins beaux
que ceux du Cul-de-Sac. Oui, cela
est vrai encore, mais pourquoi cette
infériorité dans la qualité ? C'est encore dans la faiblesse de nos ateliers qu'il
faut en chercher la cause. Notre terre
renferme ôc cache dans son fein des
matières aussi riches que la terre des
autres quartiers, mais -il faut les en
tirer, il faut les élaborer, & ces
avantages ne s'obtiennent que par la
bonne culture qui ne s'obtient ellemême que par le travait L'homm e qui, par la pente naturelle de
son ambition, porte ses travaux aussi
loin qu'ils peu vent aller. Les Habitans
du Sud plantent beaucoup & nécessairement entretiennent mal faute de
moyens pour mieux faire. Pour la
seconde fois , procurez - nous des
Nègres, & nos produirions fixef --- Page 332 ---
CJO ront votre attention. Cette objection
rentre dans la précédente, parce que
la non culture & la mauvaise culture
dérivent des mêmes causes. 3 .® La difficulté des recouvremens
& la longueur des voyages peuvent
s'expliquer par deux raisons, dont le
développement n'est pas moins utile
au tommercè de France qu'à la
Colonie. D'abord, de ce que le Né- -
gocÍant a oublié qu'il devait faire un
commerce d'échange avec Je, Colon.
Sa première conditio'n est d'exclure le
sucre dans le payement de la créance ;
qu'il vient chercher. C'est de l'argent, ,
toujours de l'argent qu'il lui fsur. Or, ,
rien n'est si rare ni si cher que cet 5
argent dans la partie du Sud, & nous <
avons expliqué plus haut comment j
tout le numéraire provenanr-des droits ?
payés au Roi, prend la route du i
Port-au-Prince. Ce numéraire ne :
pourrait se reproduire que par les ;
ventes de denrées, mais les Capitaines ;
de navires, n'en achètent pas. La seule
manière
C'est de l'argent, ,
toujours de l'argent qu'il lui fsur. Or, ,
rien n'est si rare ni si cher que cet 5
argent dans la partie du Sud, & nous <
avons expliqué plus haut comment j
tout le numéraire provenanr-des droits ?
payés au Roi, prend la route du i
Port-au-Prince. Ce numéraire ne :
pourrait se reproduire que par les ;
ventes de denrées, mais les Capitaines ;
de navires, n'en achètent pas. La seule
manière --- Page 333 ---
(?î) c , manière de le procurer le débit dé
quelques sucres est de les livrer à des
spéculateurs qui les envoyent vendre
au comptant au Cap, où les affaires
iont vives. Mais ces l'péculateurs ne
les achètent qu'à trois & quatre mois
de terme , & ne les payent que long--
temps après déchéance & souvent en
marchandises ou comestibles qu'ils
rapportent de cette dernière ville.
Observons, en passant, que ces sucres
sont obligés de supporter un fret,
un magasinage & une foule de frais
perdus pour la chose; Ce circuit entraîne des longueurs
qui rejailli sse n t sur Je, Capitaine
qu'il n'éprouverait pas s'il achetait
lui-même notre denrée, si l'argent
qu'il reçoit d'une main de la ventes
de sa cargaison, revenait dans lzs
nôtres pour le payement de nos
sucres. Si le Commerce est, cornme il le prétend , l'agent & le miniftre des échanges > qu'il débouche nos
produftions, alors les voyages ne --- Page 334 ---
( 54) feront pas plus longs dans la partie
du Sud qu'ailleurs & il y aura de
plus en bénéfices ce qu'il y aura de
moins en frais. La prolongation des voyages au
Sud de Saint-Domingue provient encore d'une conduite repréhensible de
la part de quelques Capitaines. Ceuxci trouvent bon leur séjour dans la
Colonie, pour y faire, (bit avec leurs
fonds, soit avec ceux de la cargaison,
un commerce local à leur compte
particulier. Ce sont des spéculations
sur des Mulets, sur des parties de
Nègres ou tous autres articles d'un
débit courant. Ces nouvelles com;-
binaisons donnent lieu à de nouveaux
recouvremens, qui sont fréquemment
le motif de la longueur des voyages,
que l'on ne manque jamais de rejeter
sur la mauvaise volonté des Colons 8t
sur l'extrême difficulté de recouvrer
les fonds de la cargaison. Il résulte
de ces arrangemens un préjudice réel
& notable pour le Commerce qui, --- Page 335 ---
Os)' faute d etre dans la confidence > s'exhale en clameurs & en plaintes contre
un quartier calomnié par ses agens,
qui briguent à l'envi la commission
d'y revenir. SECONDE OBJECTION. « Si la difficulté de faire les recou-
» vremens de nos cargaisons est
» grande; comment pourrions-nous
» nous flatter de faire ceux d'un
» Négrier, qui montent à dix fois
» au-delà de la valeur des premières.
335 ---
Os)' faute d etre dans la confidence > s'exhale en clameurs & en plaintes contre
un quartier calomnié par ses agens,
qui briguent à l'envi la commission
d'y revenir. SECONDE OBJECTION. « Si la difficulté de faire les recou-
» vremens de nos cargaisons est
» grande; comment pourrions-nous
» nous flatter de faire ceux d'un
» Négrier, qui montent à dix fois
» au-delà de la valeur des premières. Nous ne pouvons donc, sans com-
» promettre nos fortunes, faire un
» tel commerce dans ce quartier :
» il y aurait de l'injustice à l'exiger ». R É P 0 N S E. Nous n'exigeons rien. Nous ne
sommes pas assez ennemis de la raison
& de vos intérêts, pour vous engager
à faire un commerce qui vous sera
impossible, autant que vous conserverez l'habitude d'exiger votre paye"
i ... --- Page 336 ---
(36) ment en argent, mais qui deviendrait
facile, si vous vouliez recevoir notre
denrée en contre-échange. Soyez
jpstes à votre tour. Soyez assez généraux pour déclarer formellement
ce que vous avouez par votre conduite. Que vous reste-t-il à faire que
de n'avoir pas J'inutile cruauté de vouloir conserver le privilège exclusif
d'un commerce que vous ne voulez
ou que vous ne pouvez pas faire ?
Soyez sur qu'alors le Ministère ouvrira les yeux sur une possession aussi
intéressante pour l'État, qu'il prendra
tous les moyens, toutes les mesures
propres à répandre dans cette partie
de: la Colonie les Nègres qui lui font
nécessaires pour porter ses cultures
au point de prospérité où elles peuvent monter, & procurer à la Métropole des richesses qu'elle peut tripler
dans un espace de dix années. La France a un territoire immense
à établir dans la plus belle & la plus
fertile des Isles de l'Amérique. Qu'un --- Page 337 ---
( 7) tel avantage doit lui être envié par
les Nations Étrangères ! Le Gouvernement n'esi point à sentir que cet
établissement ne peut se former que
par l'aÛion de l'Étranger. Il a été
frappé de l'état de splendeur dans
lequel les Anglais ont remis la Guadeloupe , après l'avoir conservée
environ trois ans. Par des principes
fages. & des vues profondes le Roi
a permis, par l'Arrêt de son Gonseil du 18 Juin 1783, la franche
& libre introduâion de Nègres dans
ses. Colonies, de la Martinique, de
la Guadeloupe, de Sainte-Lucie &
de Tabago. Il y a cent raisons de
faire pour la partie du Sud de SaintDomingue , ce qui a été fait pour les
Mes dont on tient de parler. Il ne faut
pas confondre l'esprit des Gommersans avec l'esprit du Commerce. Ce
dernier tient à la science du Gouvernement, qui veut que tous les
intérêts se favorisent. Tous les intérêts se réunissent dès qu'il est quefiion --- Page 338 ---
( xle défricher & de fertiliser de nouvelles terres ; tous les intérêts se
réunissent pour une prompte &
abondante introduâion de Nègres
.qui doivent procurer une extension
de commerce par un accroissement
de cultures, TROISIÈME OBJECTION. « Mais, diront les Négocians,
» cette franchise entraînera des abus :
les Nègres une fois entrés dans la
» partie du Sud de Saint-Domingue
se répandront dans tout le reste
de la Colonie & notre commerce
%> en souffrira ».
res ; tous les intérêts se
réunissent pour une prompte &
abondante introduâion de Nègres
.qui doivent procurer une extension
de commerce par un accroissement
de cultures, TROISIÈME OBJECTION. « Mais, diront les Négocians,
» cette franchise entraînera des abus :
les Nègres une fois entrés dans la
» partie du Sud de Saint-Domingue
se répandront dans tout le reste
de la Colonie & notre commerce
%> en souffrira ». RÉPONSE. / Cette objection est une pure affaire
d'inquiétude, c'est détourner ses yeux
d'un bien réel pour ne voir que des
' abus imaginaires. Nous avons dit &
prouvé plus haut que cette partie de
la Colonie était pour ainsi dire isolée
& qu'elle avait peu de relations avec --- Page 339 ---
- (39) 1 les autres quartiers, foit par la voie
maritime, sait par celle de terre. Ce
n est pas à nous à dider au Gouvernement les raefuresqu'il peut prendre pour prévenir ou réprimer les
abus; mais il nous semble que les
moyens se présentent en foule. D'abord toute extraâion par mer
ferait au moins très-difficile, si elle
n'était pas impossîble, & il suffirait
à cet égad de considérer les Nègres
qui sor tiraient par cette voie comme
objets de. contrebande & sujets à
confiscation. Le passage par terre dans les quartiers voilins, ferait impraticable &
on ne saurait le tenter sans être découvert & arrêté. On pourrait le
défendre fous la même, peine. Le Gouvernement: peut borner
cette introduaion à un seul port de.
la partie du. Sud & ouvrir cet Entrepôt dans le chef lieu (les Cayes)
où il soit sous la main du Commandant, sous l'inspection du Commerce --- Page 340 ---
( 4Q ) national, sous l'œil des Officiers de
rAmirauté & sous la vigilange du
Bureau établi en exécution de l'Arrêt
du Conseil du 30 Août 1784. Il pourrait ordonner que sous au.
cuns prétextes, les Etrangers ne
pourraient exporter des denrées colo.
niales au-delà du produit des Nègres &
des mulets qu'ils auraient introduits. Il pourrait ajouter que les Etrangers seraient toujours obliges à avoir
des Correspondans & des Correfpondans nationnaux, qui répondraient
perfonnellemenr des fraudes & des
contraventions qui leur seraient imputées. Au surplus la crainte des abus
n'est qu'une chimère qui ne doit point
arrêter le plan d'une institution utile. Avant de finir, qu'il nous soit
permis d 'exposer qu 'il n'y a pas de
parité entre le prix des Nègres de
traite Française & le prix de ceux
offerts par l'Etranger, ni quant à la
douceur des prix, ni quant a la nature des payemens. Nos Armateurs --- Page 341 ---
(41) murmurent & se plaignent de ne
vendre leurs captifs que 2400 ou
1500 livres, tandis que l Étranger
esi très-content ide son bénéfice, en
les vendant 16 & 1 80c livres. Nous
n'approfondirons pas les causes de
cette différence; nous en conclurons
seulement que nos Armateurs sont
bien injustes ou qu'ils font leur commerce à des conditions bien moins
avantageuses que les Navigateurs
Etrangers. -
Le Commerce de France ne cesse
d'insister pour que les Colons chargent leurs denrées pour France. Mais
d'abord, comment charger dans un
quartier où la très-insuffisante navigation qui s'y fait y entretient le frèt
/ à un prix extrême ? Comment pourrions-nous envoyer nos denrées en
France; nous, qui à raison de notre
privation de Nègres, faisant peu
de revenu , le faisant d'une qualité
moins belle, avons de la peine à
fournir à nos frais d'exploitation,
d'insister pour que les Colons chargent leurs denrées pour France. Mais
d'abord, comment charger dans un
quartier où la très-insuffisante navigation qui s'y fait y entretient le frèt
/ à un prix extrême ? Comment pourrions-nous envoyer nos denrées en
France; nous, qui à raison de notre
privation de Nègres, faisant peu
de revenu , le faisant d'une qualité
moins belle, avons de la peine à
fournir à nos frais d'exploitation, • --- Page 342 ---
(4»>. , à nos besoins journaliers & aux demandes de nos créanciers sur les lieux,
qui réclament leur dû à mesure que
nous roulons nos cannes. Outre ces
raisons , tirées de notre infortune,
nous pensons qu'il convient de laisser
l'Agriculteur Colon , occupé du soin
de sa terre & de sa manufaaure.
Pourquoi le transformer en Négociant, lui donner les. épines & les
charges dun commerce dont il ne
partage pas les bénénces? Lui convient-il d'exposée ses récoltes, aux
vents & à la mer, de se jeter dans des.
discussions de fret ^ d'assurances ,
d'avaries, quelquefois de faillites &
d'autres intérêts, contentieux qui se
traitent à quinze cens lieues de son;
séjour ? Enfin , pourquoi ne feraitil (es affaires qu'avec le secours d'une'
foule de. mains intermédiaires, tandis
qu'en les consommant lui-même, il
trouve diligence, économie, fûreté &
emploi de son temps dans son habitation, où l'homme le plus appliqué; --- Page 343 ---
.1 (4i) a toujours à voir & toujours à faire. Que sera-ce si nous prouvons qu'il
y a une espèce d'impossîbilité morale
que nous puissions charger notre denrée. Un chargement exige, outre les
débourrés ordinaires de la part de
1 Habitant pour faire rabattre ses sucres, il exige, disons-nous, du numéraire pour payer au Roi les droits
de sortie: où le prendra-t-il? Point d<'argent dans le quartier, point d'achat
de sa denrée de la part du Capitaine.
Le Commerçant vient cependant d'imaginer un nouveau genre d'oppression pour nous tirer d'une perplexité
aussi cruelle. Dans le moment aEtuel, le
fret est aux Cayes à 14 deniers. Voulez-vous charger , le Capitaine vous
offre honnêtement de vous avancer
les droits qui sont dus en pareil cas, il
Vous gratifie encore d'un millier d'écus
d'argent comptant; mais il exige à son
tour deux conditions aussi onéreuses
qu 'humiliantes. La première c'est que
l'on payera 18 deniers de fret au lieu --- Page 344 ---
(44) de 14; la seconde c'elt que le char";
gement sera adressé à l'Armateur de
son navire pour en faire la vente &
le recouvrement. Ce fait inouï ferait
incroyable pour nous-mêmes, si nous
n'écrivions sur les lieux & si nous
n'en n'étions les trisses victimes. Nous
sommes jusqu'à ce jour dans SaintDomingue le- seul quartier où il ait
été imaginé, & on nous saura gré
sans doute de notre modération. Nos demandes se résument aiCément. La mesure des maux de la partie du Sud est comble. La prime
accordée par Sa Majeslé sur tous les
Nègres introduits dans cette partie
n'a jusques à présent tenté l'ambition
d'aucun Négociant. Nous disons plus,
quelque précaution que prenne le
Gouvernement , il ne parviendra
jamais à faire descendre des Négriers
F; rançais dans nos-ports. Le Commerce vend aujourd'hui ses Nègres
1400 & 1500 livres au Port-auPrince, à Saint-Marc., à Léogane. Il .
prime
accordée par Sa Majeslé sur tous les
Nègres introduits dans cette partie
n'a jusques à présent tenté l'ambition
d'aucun Négociant. Nous disons plus,
quelque précaution que prenne le
Gouvernement , il ne parviendra
jamais à faire descendre des Négriers
F; rançais dans nos-ports. Le Commerce vend aujourd'hui ses Nègres
1400 & 1500 livres au Port-auPrince, à Saint-Marc., à Léogane. Il . --- Page 345 ---
(40 les vend en argent, il les vend trèspromptement, & nous convenons de
bonnefoi qu'il lui serait impossible 1
d'avoir les mêmes avantages dans
notre quartier, par le défaut de numéraire. Le parri du Commerce étant
pris, nous ne devons pas craindre
de passer pour injustes en sollicitant
une permission pour dix ans en faveur
de l'Etranger, pour nous apporter au
moins les Nègres & les mulets qui
sont pour nos habitations des objets
de première nécessité. Il n'est pas moins essentiel que ce
commerce ne soit que d'échange &
que nous soyons autorisés à livrer en
payement nos denrées. Le Trésor Public n'y perdra rien pour le moment,
puisque l'Etranger payera sur les lieux
le droit d occident. Que ne gagnerat-il pas à l'avenir ? Les Nègres versés
dans la partie du Sud, n'iront pas
enrichir les Colonies rivales & les
mettre en état de disputer la supériorité aux nôtres, L'Etat y gagnera --- Page 346 ---
(46) dans dix ans une Colonie nouvelle
qui n'aura coûté de sang ni de larmes à personnes. Le Souverain, en
multipliant les Nègres de la partie du
Sud, multipliera les arts & les manufaaures de ses Colonies, la consommation & le commerce de la Métropole & le bonheur de tous ses
Sujets. Aux Cayes, Fond de l'Isle-à-Vache,
ce 6Décembre 178b. Signés Collet,
Habitant, Leaumont de Castille,
? Ducis, Thiollieres, des Rouandieres,
Saint-Martin, Tuffet, Saint-Martin
Redon,Martin de Castetpers, Faugas,
Regnier, Lafrenelliere, Berault fils,
Maffiere, Bourses, Leduc & Lavelanet, Bénèch de Solon, Redon, J.
B. Lafosse, Boudeaud, pour l'habitation du Duc de Praslin, Laureau,
pour Madame la Maréchale de Nico*
laï, Lambert, Dubreul de Fonreaux,
Berault aîné, Hook, Letang, Marrondhuc , J. Vinelles, R. Ballin 10 --- Page 347 ---
( 47) Bruhuier de Warvillers, Demalivahins, Marraud des Grottes, Marraud
Charloy, Deronseray, Procureur de
Milord Va$h, Lapl ace, M. E. Fraine, Procureur de M. Esmengart,
Joqua, Guilhem frères, Fontfréde,
Pallon de la Touvrie, Van Duffel,
pour moi & les habitations Picot, Tarde la Borderie, Syndic de la Mission,
Drouet, S. Durocher, Dubrusquet,
Voyer de la partie du Sud, Marin,
Arpenteur principal du Roi, Tuffel
fils, Lalanne Beaumaraix, Gensact,
de Collau, Gentilot , Latabe , le
Chevalier de la Roch , Lepays de
Bourjolles , Galais , Chateauneuf,
Mion de la Ferrandiere, Duroul,
Bodin Desplantes, Touys, Delinois,
Girard aîné, de Ronseray, Girard,
Berret, Grimouville.
, Dubrusquet,
Voyer de la partie du Sud, Marin,
Arpenteur principal du Roi, Tuffel
fils, Lalanne Beaumaraix, Gensact,
de Collau, Gentilot , Latabe , le
Chevalier de la Roch , Lepays de
Bourjolles , Galais , Chateauneuf,
Mion de la Ferrandiere, Duroul,
Bodin Desplantes, Touys, Delinois,
Girard aîné, de Ronseray, Girard,
Berret, Grimouville. --- Page 348 ---
TABLEAU DE COMPARAISON Du rix des marchandises d'Europe. & des denreés d'Amérique, au Port-au-Prince & au Sud de Saint-Domingue pendant tannée 1784. MARCHANDISES D' E U R O P E. Port-au-Prince. Cayes. Farine, le baril , 75 1. 90 à 120 1.
Vin nouveau, la barrique, loo :150 à 180
Vin vieux, 1 » 150 £.20 à 270
Chaudières à sucre, lèvent, 60 80 90 -
Houes & serpes , 45 à 50 f. 3 4
Briques de liantes, le millier, 36 à 60 1. 66 85
Tuile plate,, le millier , 90 à 120 1. 110 132 Les Caye-s ont reçu depuis la paix. .1783. Du Sénégal., 140 Nègres. D'Ango1e, 540 1784; zéro., 1785: Du Havre, ^ ^ 3oo Nègres. Du même bâtiment réexpédié des Isles, 300 De Nantes, 364 S'il y a Sans la partie du Sud soixante mille Nègres, il en faudrait
trois' mille par an pour réparer les pertes à cinq pour cent, suivant
les événemens commun. L'abandon du Commerce doit faire rétrograder
les cultures. DENRÉES DE SAINT-DOMINGUE. Port'au-Prince. Cayes. Sucre blanc*^>remière qualité, 72 J. 66 1.
fécondé, 68 50 à 57
Brut, première qualité, 42 30 33
feconde, 39 25 28
Cotons , 220 180 190
Indigo, JO 10 f. 10 10 G
Café, 18 • peu. PRIX DU FRET. Port-au-Prince. Cayes. Sucres, 10 à 8 den. 18 à 17 içài^den» Navires entrés dans les deux Ports. P-oft-au-Prince Cayes. Navires, 241 50.
Nègres. ' ^37^ zéro. --- Page 349 ---
ES SA 1 S V K
rADMÏNÏSTBATÏON
P ES COLONIES FRANÇOÎSËS» ET particuliérement £une partie -tèlles dé
S .4tNr- D OMINGUE, Avec deux Cartes ct deux Tableaux Géographiques. ~ .. ct Politiques. - La raison & l'équité permettent les Colonies: mais elles tracent
les principes dont il ne devroit pas étre permis de s'écarter dans
leur formation. & dans leur administration.
ES SA 1 S V K
rADMÏNÏSTBATÏON
P ES COLONIES FRANÇOÎSËS» ET particuliérement £une partie -tèlles dé
S .4tNr- D OMINGUE, Avec deux Cartes ct deux Tableaux Géographiques. ~ .. ct Politiques. - La raison & l'équité permettent les Colonies: mais elles tracent
les principes dont il ne devroit pas étre permis de s'écarter dans
leur formation. & dans leur administration. HIST. PuiL. & PdL. LIV. FUI. A A NT ON IN A , Et se trouve A PARIS , Chez MONORY, Libraire de S. A. S Mgr le Prince
de COND É , rue de l'ancienne Comédie Franc. 1 7 8 8, --- Page 350 ---
jVo N tam fpcBandum cjl quid fatlum ejt,
quam quid fari debeat. LEG. I*. §. Di OMIC, PR^sid^ --- Page 351 ---
AVER TI S SE MENT.
L E nouveau Compilateur des Loix Sc
Constitutions de Saint - Domingue a mis
pour Épigraphe ou Devise en tête de son
Ouvrage cette proposicion générale tirée,
comme bien d'autres maximes, de Montesquieu : Rien ne doit être si cher aux hommes
que les Loix dejlinées à les rendre bons,
fages & heureux. On pourroit le défier de
consîgner dans son énorme Compilation
une seule Loi dont l'effet ait été de rendre les hommes ( des Colonies ) bons ,
sages & heureux. Les Epigraphes ne font
pas toujours justes , dit l'Abbé Mallet. En effet qu'esl-ce que la Jurisprudence --- Page 352 ---
TJ AVERTISSEMENT. de nos Colonies ? sans régularité, sans
cohérence , sans uniformité, elle semble
I avoir été établie au hasard, comme on
a bâti des habitations. On ne peut douter cependant que
le Gouvernement ne se soit occupé dans
tous les temps 'de ses possessions lointaines .* mais il s'est presque toujours restreint
a des Loix réglementaires & prohibitives
sur le Commerce, tanrôt en faveur de
la Mere-Patrie, tantôt en faveur des
ColÓn). Quant à la partie d'Admininration intérieure , elle n'a souvenc été qu'un
moyen dont on s'etl: servi pour rétablir,
ou pour fonder la fortune de quelques
individus qu'on, a mis à !a tête, eu pour
alimenter la vanité, l'ambition ou l'amour
du pouvoii absolu & arbitraire, dont quelques. uns de ces Chefs étoient dévorés. --- Page 353 ---
A v, E R T I s £ E M E ,r. ïtf II n est point quesHon du Commercé
des Colonies dans cet Biïai : ce qui a été die
sur cet ob}er, seroit plus que suffisant pour
opérer le bien, si ce qui se palîè encore
en ce moment, la chaleur inconsidérée
des Discours & des Écrits, un Parti formé
au fein de la Capitale, des Lettres anonymes, des abus de confiance &c , n'étoienc
des obstacles malheureusement trop réels
au retour & a l'exercice des vrais principes du Commerce de la M-ere - Patrie
avec ses Colonies.
qui a été die
sur cet ob}er, seroit plus que suffisant pour
opérer le bien, si ce qui se palîè encore
en ce moment, la chaleur inconsidérée
des Discours & des Écrits, un Parti formé
au fein de la Capitale, des Lettres anonymes, des abus de confiance &c , n'étoienc
des obstacles malheureusement trop réels
au retour & a l'exercice des vrais principes du Commerce de la M-ere - Patrie
avec ses Colonies. Il me semble qu'on n'a pas assez remarqué l'influence que pourroit avoir sur leur
Commerce une bonne Administration
intérieure dans nos Colonies 5 des Colons
attachés au sol Se au climat qui les ont
vu naitre par de bonnes Loix, par tjn
régime de municipalité , qui trouveroient
al --- Page 354 ---
t
r
iv P E RTl S S E .L'I,f E NT. chez eux des ressources pour l'éducation
de leurs enfans -, de tels Colons, dis - je ,
penseroient & se conduiroient différemment de ceux qui ne se regardant que
comme transplantés momentanément dans
leurs Ides, forcent leur culture, & emploient tous les moyens possibles pour
* * amasser des richesses destinees à erre difsïpées en Europe. J'ajoute que ces premiers Colons seroient encore bien différens de ces propriétaires d'habitations qui
n'ont jamais vu une canne à sucre, protecteurs intéreiTés des abus, & qui croi.
seront toujours les vues d'utilité publique
d'un Minière. Une pareille idée est bien digne d'être
approfondie : mais aujourd'hui que la population & l'accroissement des cultures de --- Page 355 ---
AVERTISSEMENT. V a 3 nos Colonies peuvent les faire ranger au
nombre des Provinces du Royaume , personne ne doutera qu'elles ne méricenc
qu'on leur accorde le bienfait d'une lé-,
giflacion fixe, appropriée & indépendance
des volonrés & des caprices d'un Général
& d'un Intendant, 6c de plus celui d'un
Gouvernement municipal & d'une Admînillration religieuse propre à former des
mœurs dans ces climats lointains. - Au reste en proposant un nouveau
Plan , de nouveaux Principes , il falloit
bien faire mention des abus ou des erreurs .
de régime qui sont, pour ainsi dire , la
, base de l'Administration actuelle de nos
Colonies.Mais c'est d'une maniere générale
qu'on a envisagé les choses : ce n'eil: point
une censure qu'on a voulu faire ; on s'est --- Page 356 ---
vj AVERTISSEMENT. encore moins permis aucunes observations ni aucunes allusions aux hommes
présens. Qui rapiet ad se quod erit commune omnium
Stulte nudabit animi conscientiam. Prol. ;. Lib. Fabul. Phsedri, Versu 47, La Table qui suit va rendre compte du plan des macieres de 1 cet Eitai.. --- Page 357 ---
TABLE DES PRINCIPALES MATIERES CONTENUE S DANS CET ESSAI. E s S A I sur VAdministration des Colonies
Françoises 3 & particulièrement d'une partie de
celles de Saint-Domingue., Page i
Division politique ct géographique des irois Colonies Françoises de Saint-Domingne. 7
r Francoise. ■
PROVINCES) < de Lartibonite. 1 o
Antonine. i11 Notice de la Province Antonine. j ^
Adini.nijlr ation Civile. Compojiiion du Parlement et Aï ti. 2 p
.A dminiJlr 4tÏon Municipale. Divijîvn de Io Province Antonine en douze
Cités. ^ --- Page 358 ---
viij T A B L E. Composition des Préfectures des Cités. 5 i Préfectures provinciales. $ 2 Compojition des Municipalités. y y Fonctions des Officiers Municipaux. 5 Assemblée Provinciale ; sa compojition. 68
pouvoir militaire. 7 5
jiiion du Parlement et Aï ti. 2 p
.A dminiJlr 4tÏon Municipale. Divijîvn de Io Province Antonine en douze
Cités. ^ --- Page 358 ---
viij T A B L E. Composition des Préfectures des Cités. 5 i Préfectures provinciales. $ 2 Compojition des Municipalités. y y Fonctions des Officiers Municipaux. 5 Assemblée Provinciale ; sa compojition. 68
pouvoir militaire. 7 5 Commandans génitaux du département 78 Commandant en premier , second dans les
Provinces. 79 ' Majors des Cités." Idéra
De l'Intendant de la Province Antonint. 84. Conjeil d'approvisionnement, S 7 De l'Administratiojn de l'a Marine dans la Province
Antonine. 8p Administration Religieuse dans la Province Antonine. 94 Des Commissaires du Conseil dans la Province
Antonine , & utilité importante de ces
Missi. lo5 Rêve politique contenant le resumé général de
cet Ecrit. 1 1 l Fin de la Table des Macières. --- Page 359 ---
A E S S A I - SUR L'ADMINISTRATION DES COLONIES FRANÇOISES, E T particulièrement d'une partie de celles
de Saint - Domingue. N OS Colonies ont été l'objet de beaucoup d'Ecrits bons & mauvais ; leur Administration Politique , Civile , Militaire & leur Commerce avec
la Métropole, ont fait & font encore aujourd'hui
la matière d'un nombre innombrable d'Ouvrages,
( i ) de Brochures & de Mémoires. ( t ) Un nouvel Ouvrage sur la Colonie de Saint-Domingue est encore fous presTe. C'est une compilation des
Loix & ConsHtutions des Illes de l'Amérique fous le
Tent, rudis indigeflaque moles , qui probablement ne fera
pas faire un pas vers la perfedion dans l'Adminifîration
de cette Colo-nie. --- Page 360 ---
.. a Essai sur l'Administration On ne peut douter que presque tout ce qui
concerne nos Colonies n'ait été prévit ou discuté;
& l'expérience de plus ,de cent cinquante années
ajoute encore aux connoiffences que l'on devroit
posséder sur cette partie. Cependant malgré toutes les lumieres acquises,
malgré cette expérience, ce Juge Souverain dont la
faine politique n'appella jamais, on est encore dans le
<•' cas de se demander : pourquoi nos Colonies sont-elles
toujours si mal administrées ? pourquoi ces Colonies
: habitées par des François continuent-elles à se
trouver, pour ainsi dire, sans administration civile
& religieuse? pourquoi la Justice & la Magistrature
y sont-elles sans autorité comme sans considération ?
pourquoi le régime militaire se trouve-t-il partout à !a place des institutions qui cara&érisent
' le Gouvernement François ^ Gouvernement à la
vérité efTemiellement absolu mais aussi efîèntiellement réglé Dans nos Colonies on ne
fait du pouvoir absolu qu'un usage arbitraire ,
c'est une absence continuelle des Loix , c'est le
mépris des formes ; enfin c'est une funeste habitude de substituer à l'autorité confiante & à l'exercice uniforme de la règle, les volontés passàgeres
& les caprices d'un Général.
risent
' le Gouvernement François ^ Gouvernement à la
vérité efTemiellement absolu mais aussi efîèntiellement réglé Dans nos Colonies on ne
fait du pouvoir absolu qu'un usage arbitraire ,
c'est une absence continuelle des Loix , c'est le
mépris des formes ; enfin c'est une funeste habitude de substituer à l'autorité confiante & à l'exercice uniforme de la règle, les volontés passàgeres
& les caprices d'un Général. Ces traits caractérisent, tans doute, le despotisme --- Page 361 ---
des Colonies Françoises. , A % pur. Audi les différens Gouvernements des Isles
Françoises, pourroient-ils etre considérés comme
autant de Pachaliks dans lesquels l'administration
est conduite à peu près à la maniere orientale. Il faut convenir néanmoins qu'un petit nombre
de Gouverneurs ont échappé à cette corruption; les
Dogeron se sont quelquefois montrés; quelques-uns
de leurs successeurs pourroient aussi être comptés au
nombre des Chefs vertueux ; m'ais iâns aucun principe fixe dans une administration lans limites, ils pafsoient continuellement d'une erreur à raurre. C est
que la Loi ne gouvernoit point : ôtez aux Adminiftrateurs cette règle de leurs jugements , il n'y
aura plus de droit, plus de sureté ni de liberté
civile. On ne verra plus qu'une foule de décidons
contradictoires, que des réglemens passàgers qui
s'entrechoqueront, que des ordres qui faute de
maximes fondamentales n'auront aucune liaison
entr'eux (i). v « Cette espèce de cahos, dit l'Auteur de i'Histoire
»> Philosophique des deux Indes, fut continuel dans
" les Colonies Françoises & d'autant plus grand que,
» les Chefs ne faisoient qu'y paroître, pour ainu (1) Hlst. Phil. des deux Indes, T. III. Liv. 13,
pag. 49U . --- Page 362 ---
«
4 Essai sur l'Administration « dire , ôc en étoient rappellés avant d'avoir rien
» vu par eux-mêmes. Après avoir marché trois ans
^ » sans guide dans un pays nouveau, sur des plans
» Insormes de Police & de Loix, ces Administrateurs
« croient remplacés par d'autres, qui , dans un
» terme aussi court, n'avoient pas le temps de former
M des liens avec des Peuples qu'ils devoient con-
» duire, ni de mûrir assez leurs projets pour leur
» donner ce caractere de justice & de douceur qui
» en assurent t'exéctMion. 'U » Cependant, continue le même Auteur, il est
aisé de tarir la source de ces désordres en mettant
» à la place du Gouvernement Militaire, violent en
» lui-même, & fait pour des temps de crises &
33 de périls, une législation modérée , fixe & indéa> pendante des volontés particulières : mais ce
« projet mille fois proposé déplut aux Gouverneurs
jaloux d'un pouvoir absolu, qui redoutable en
» lui-même est toujours plus odieux dans un îujet...
■» Ils n'aimoient rien tant que cette justice asiaJ) tique La réforme fut même rejettée par des
J) Gouverneurs qui d'ailleurs vertueux, ne voulurent
« pas voir qu'en se réservant le droit de faire le
» bien, ils laissoient à leurs successeurs la faculté
» de faire le mal impunément. Tous se déclarèrent
r> hautement contre un plan de législation qui avoit
* pour but de diminuer la dépendance des Peuples,
ujet...
■» Ils n'aimoient rien tant que cette justice asiaJ) tique La réforme fut même rejettée par des
J) Gouverneurs qui d'ailleurs vertueux, ne voulurent
« pas voir qu'en se réservant le droit de faire le
» bien, ils laissoient à leurs successeurs la faculté
» de faire le mal impunément. Tous se déclarèrent
r> hautement contre un plan de législation qui avoit
* pour but de diminuer la dépendance des Peuples, --- Page 363 ---
des Colonies Françoises. y [texte_manquant] J) & la Cour eut la foiblesse de céder à leurs inû-
» nuations ou à leurs conseils. » (i) Le temps viendra sans doute, où cette foiblesse
si sou vent & si inutilement reprochée, fera place
à une volonté plus ferme ; où le Gouvernement,
plus éclairé ne craindra plus de diminuer la dépendance des Peuples en leur donnant un régime
d'administration raisonnable.. On doit même être
convaincu d'un plus grand arrachement de l,eur
part , lorsque dans leur Patrie les Colons François sé,, verront considérés 6c gouvernés d'une
maniere plus conforme à la raison & à la, (âjne
politique. En effet pourquoi le Gouvernement craindrait-il
de relâcher les liens qui attachent les Colonies à
leur Mère-Patrie en leur procurant une constitu^
tion réguliere ? S'il existoit de sa part des crainres ou
des incertitudes, pourquoi ne chercheroit-il ppint
à s'éclairer par l'expérience en avançant par dégrés
vers un but aussi louable ? Intimement pénétré de l'importance de cette
idée, je me suis occupé d'un plan, qui, s'il méritoit quelqu'attention, pourroit d'abord, être essa) é ; (1) Tome 111. Liv. q, vase 491 & suiv. --- Page 364 ---
6 - Essai sur l'Administration dans une de nos Colonies. J'ai choisi à cet effet
une portion intéressante de nos possessions dans rifle
de Saint-Domingue ; c'est cette longue presqu'Isle qui
s'étend depuis le Cap de JacmeL & depuis la riviere
du Lamentin quatre ou cinq lieues à PEfl: de Léogane, jusqu'aux Caps de Tiburon & de Dona-Maria. La partie de cette presqu'Isle qui esl au Sud,
est encore , pour ainsi dire, dans son enfance:
c'esi: peut-être la pius fertile des possessions Françoises
a Saint-Domingue, & c'est la moins cultivée : celle v
qui est au Nord rest davantage *, elle est aussi
plus peuplée : mais combien il reste encore à faire
pour qu'elle puitle parvenir à son état le plus
florissant ! Quoique l'on considere les trois parties, du Nord,
de l'Ouest & du Sud de Saint-Domingue, comme
. autant de Colonies distinctes & séparées; cependant celle du Sud manque des établissemens politiques existants dans les deux autres qui ont chacune
leur Tribunal souverain & qui jouissent chacune
alternativement de la présence des Administrateurs
en chef : un Commandant Militaire subordonné
au Gouverneur Général, est tout ce que cette
Colonie du Sud a en partage. * , --- Page 365 ---
des Colonies Françoises. 7 [texte_manquant] D *1 VISION POLITIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
des trois Colonies Francoises de SaintDomingue,. L ES possessions Françoises de Saint- Domingue
étant considérées comme trois Colonies diftinétes. & scparées (1), il seroit convenable qu'elles fussent
divisees autrement que par le Nord l'Ouest & le
Sud. La partie que l'on comprend sous la dénomination de l'Ouest est elle feule aussi considérable que les deux autres : d'ailleurs tous ces
districls ne sont pas déterminés d'une maniere juste :
ÉOGRAPHIQUE
des trois Colonies Francoises de SaintDomingue,. L ES possessions Françoises de Saint- Domingue
étant considérées comme trois Colonies diftinétes. & scparées (1), il seroit convenable qu'elles fussent
divisees autrement que par le Nord l'Ouest & le
Sud. La partie que l'on comprend sous la dénomination de l'Ouest est elle feule aussi considérable que les deux autres : d'ailleurs tous ces
districls ne sont pas déterminés d'une maniere juste : (i) Le Gouvernement l'a encore reconnu ainsi a Foc—
canon du fameux Arrêt du 30 Août 1784. Au surplus cette
Division qui est indiquée par la Nature; le défaut de communications aisées qui ne peuvent avoir lieu du Nord à
l'Ouest ou au Sud , que par mer ou en passant sur le territoire Espagnol ; une différeNce même de climat, &c ; tout
concourt à former de nos possessions de1 Saint-Domingue;
trois Colonies ou Provinces distinctes & réparées ayant
chacune leur. Administration particuliere. L'Essai proposé
dans cet Ecrit a pour base cette distinction qui existe dé j;J
en partie pour le. régime militaire». --- Page 366 ---
8 E ffai sur l'Administration car la partie Françoise de Saint-Domingue erant
à l'Occident de cette Isle, 'la Colonie se trouvé
au Nord -, mais il est contre l'exactitude de la
Géographie de mettre à l Ouest toute cette bande
qui s'étend depuis Léogane jusqu'au Cap DonaMaria; puisqu'il est évident que cette partie, par
rapport au reste des possessions Françoises, est aussi
bien au Sud que celle que, l'on appelle privativemcnt la bande du Sud. Certe bande du Sud avoit pour bornes , suivant
une Ordonnance des Administrateurs de la Colonie
du 17 Avril 1717 , la chaîne de montagnes qui
s'érend de la riviere de Neybe au Cap Tiburon :
c'est-à-dire, l'espace de plus de quatre-vingt lieues
de long, sur une prosondeur de quatre, cinq,
six ou huit lieues. Lors de la 'révocation du privilége de la Compagnie Royale de Saint-Domingue en 1710
& de la réunion de cette bande du Sud au Domaine , cette singuliere division ne fut point changée. En en faisant une nouvelle de cette partie de
Saint-Domingue qui appartient à la France , on
pense qu'il est aussi raisonnable de donner à chacune
des trois Provinces ou Colonies des dénominations
autres que celles du Nord, de l Ouest & du Sud ./ % --- Page 367 --- --- Page 368 ---
! CARTE iiI cLe^ Possessions François es
DANS L'isLE D 'AITI > \
COIII;riilille,711 ait itl)pellée SAINT-DOMINGUE,
Contenant LES PROVINCES ANTONINE,DE
L RTIB ONITE ET FRANÇOISE.
, on
pense qu'il est aussi raisonnable de donner à chacune
des trois Provinces ou Colonies des dénominations
autres que celles du Nord, de l Ouest & du Sud ./ % --- Page 367 --- --- Page 368 ---
! CARTE iiI cLe^ Possessions François es
DANS L'isLE D 'AITI > \
COIII;riilille,711 ait itl)pellée SAINT-DOMINGUE,
Contenant LES PROVINCES ANTONINE,DE
L RTIB ONITE ET FRANÇOISE. --- Page 369 --- --- Page 370 ---
des Colonies Françoises. j qui étoient passables dans l'origine de ces établit
semens; mais aujourd'hui que ces Colonies sont
parvenues à un état de richesse & de splendeur>
& qu'elles peuvent figurer au nombre des Provinces soumises à l'Empire François, quelle raison
pourroit-on objecter contre les nouvelles dénominations aue l'on va voir ï
x x PROVINCE FRANÇOISE, » J'appellerai donc Province Françoise, cette partie de nos possessions de l'Isle de Saint-Domingue
nommée anciennement Aïti par les Indigenes , qui
s'étend au Nord, l'espace de plus de cinquante
lieues, à commencer à la riviere du Massacre jusqu'à l'extrémité du Cap-Saint-Nicolas , sur une
largeur inégale de huit jucqu'à quinze & dix-huit
lieues ; c'est-à-dire de dix lieues du Port de Paix
à la pointe de Grand-Pierre , & d'environ quinze
à dix-huit lieues de la Baye du Fort-Dauphin, jusqu'aux extrémités de la plaine de Mirebalais. L'Ille de la Tortue est comprise dans la Province
Françoise dont le Cap-François est la Capitale. Cette Province étant la premiere qui ait été fréquentée , habitée & cultivée par les Français à cause
du. voisinage de l'Isle de la Tortue , il est raisonna- --- Page 371 ---
10 Essai sur l' Administration ble de; l'appeller Province Françoise par excellence t
Comme on appelle Isle-de-France cette. ancienne
Province du Royaume dont Paris est la Capitale
& qui étoit connue sur la fin dç la seconde Race
de. nos Rois sous le nom de Duché de France. PROVINCE DE LARTIBONITE. Je désignerai sous le nom de Province de Lartihonite , tout cet espace de près de cinquante lieues
d-e. longueur du Septentrion au Midi, depuis la
pointe de Grand-Pierre au Nord jusqu'à l'extrémité
du. Cap de la Béate au Sud j & qui comprend les
plaines de Lartibonite 5 du Mirebalais & des Verettes; les villes de Saint-Marc, du Port-au-Prince (1) & de Jacmel, & qui s'étend en largeur quelque- ( T ) « ta- ville du Port-au-Prince peut être considérée
» comme un Monument de stupidité , puisque tout porte
» à croice qu'ellc ëft assise sur la voûte d'un Volcan. »
Hifloire Pkilos. des deux Indes, Tome III, Liv. 13. Elle
esl cependant un Entrepôt important ; mais il ne conviendra, plus d'y concentrer l'autorité civile & militaire , les
Tribunaux , &c. Une nouvelle Capitale de la Province
de Lartibonite doit être élevée sur un terrein & dans une
position mieux choisîs. On pense qu'elle devroit être , autant qu'il fera possible, dans le voisinage des Frontiere&
Espagnolest
Hifloire Pkilos. des deux Indes, Tome III, Liv. 13. Elle
esl cependant un Entrepôt important ; mais il ne conviendra, plus d'y concentrer l'autorité civile & militaire , les
Tribunaux , &c. Une nouvelle Capitale de la Province
de Lartibonite doit être élevée sur un terrein & dans une
position mieux choisîs. On pense qu'elle devroit être , autant qu'il fera possible, dans le voisinage des Frontiere&
Espagnolest --- Page 372 ---
des Colonies Françoises. 1 1 fois l'espace de quinze lieues jusqu'aux frontieres
Espagnoles & l'embouchure du Neybe. L'lue de la Gouave est de la dépendance de
cette Province à laquelle l'on juge que la riviere
de Lartibonite qui l'arrose en partie , doit naturellement donner son nom. P ROTIN CE ANTONIN E. En l'honneur de notre Auguste Reine je donnerai
le nom d'Antonine à cette longue Presqu'isle qui est
à l'extrémité occidentale de Saint-Domingue & au
Sud Sud-Ouest des Provinces Françoises Ôc de
Lartibonite ci-dessus désignées.. Elle commence du cote de l'Orient au Cap de
Jacmel qui est au Sud, & au Nord à la riviere du
Lamentin. L'espace renfermé entre ces deux points
qui est de dix à douze lieues, peut être regardé
comme l'Isthme de cette presqu 'isle. Elle a plus de cinquante lieues de longueur &
une largeur inégale depuis six jusqu'à seize lieues:
une chaîne de montagnes la traverse entiérement
d'Orient en Occident & elle a plus de cent vingt
lieues de côtes. --- Page 373 ---
11: Essai sur l'Administration L'Isle d Avache & les Caymites sont de la dépendance de la Province Antonine. Elle a pour Capitale Antonina, du nom a' Antoinette Reine de France : elle s'appelloit auparavant
les Cayes : elle est située au Nord-Ouest de la baye
de Saint-Louis, sur un sol excellent, mais marécageux & mal sain. Cet inconvénient n'existera plus
lorsqu'une bonne administration municipale pourra
s'occuper d'y remédier. f Ces trois Provinces formeront un grand département sous le nom à'Aïti, dont la Métropole
Capitale de la Province de Lartibonite , désignée
dans la note ci-dessus, portera le nom de RoyalAiti, & sera le siége des principaux établissemens
que l'on verra dans la suite de cet écrit 'i ). On doit faire connoître ici les motifs qui engagent à changer quelques noms de certains endroits
de cette Province. En général les dénominations de divers lieux
de nos possessions de l'Amérique paroissent bisarres ( i ) On trouvera à la fin de cet EsTai un Tableau des
Colonies Françoises divisé par Provinces, & des Provinces difiribuées en grands Départemens Civils & Militaires. --- Page 374 ---
des Colonies Françoises. 1 5 ou grossiérement indicatives du gifisement, de la
forme & des qualités phynques de chaque endroit:
d'où vient que plusieurs des noms sont répétés ; ils
sont d'ailleurs une preuve de la rudesse de leurs premiers Colons. %
) On trouvera à la fin de cet EsTai un Tableau des
Colonies Françoises divisé par Provinces, & des Provinces difiribuées en grands Départemens Civils & Militaires. --- Page 374 ---
des Colonies Françoises. 1 5 ou grossiérement indicatives du gifisement, de la
forme & des qualités phynques de chaque endroit:
d'où vient que plusieurs des noms sont répétés ; ils
sont d'ailleurs une preuve de la rudesse de leurs premiers Colons. % En se restreîgnanc aux trois Provinces du département de Sainc-Dominguç, on y trouvera douze
ou quinze endroits qui s'appellent Petit- Trou ,
Sale - Trou, Trou -Forban , Trou- Maho, Troufiombon , Trou-£Enser, Trou-Bourdel, &c. Indépendamment des magnifiques noms de Lacul, de
Pointe-à-la-Seringue, des Abricots, de l'Anse-àCochon 3 de Tapion , d'Etron-à-Porc, de Nipes ,
du Mont-Mardi-Gras , des Sources-Puantes . de
Boucan- à-Joseph, de Boucan-Brou , de Boucassîn,
de Limonade , de Marmelade & une infinité d'autres qui d'après les acceptions communes & triviales
que l'on donne aujourd'hui à ces différens mots ,
choquent également la délicatesse & les convenances. Deux endroits s'appellent les l'un dans
la Province de Lartibonite au Sud, entre Jacmel
& rAnse-à-Pitre ; l'autre efl:celui auquel on donne
le nom à'Antonina à sept ou huit lieues de SaintLouis, & qui par sa position & les grandes cultures
dont il est entouré, peur devenir la plus importante
ville des trois Provinces, \ * --- Page 375 ---
14 Essai sur VAâminijiration NOTICE DE LA PROVINCE ANTONINE. . Une des premieres opérations à faire concernant cette Province sera sa description topographique & médicale, comme ausE d'en déterminer
l'étendue par lieues quarrées (i). En attendant,
on trouvera ici la notice de ses principaux endroits avec les changemens de noms qu'on a cru
devoir adopter. L Et 0 G Ji N E. En entrant dans la partie du Nord de la Province
Antonine on trouve en tirant à l'Ouest à deux
lieues du Trou-d'Enfer qui fait la séparation des
deux Provinces , la ville de Léogane qui a été
pendant long-temps la Capitale de tous les établiflemens François de Saint-Domingue: elle est
à deux lieues de l'ancienne Yaguana. PETIT-GOAVE. Petit-Goave, à douze lieues de cette derniere ( 1 ) On croit qu'il y a déjà des Cartes Topographiques de quelques parties de nos Cole nies de SaintDomingue. --- Page 376 ---
des Colonies Françoises. I5 ville, sur la riviere d'Abaret: c'est un bon port. Il
a une Sénéchaussée & une Amirauté. La ville à
été la résidence ordinaire du Gouverneur Général,
de l'Intendant, du Conseil Supérieur avant que
cet honneur eût été déféré a Léogane. A quatre
lieues au Sud au Petit-Goave est le fond des Nègres, S T A N I S L A S - V I L L E. Stanislas-Ville, ainsi nommée en l'honnèrir de
Louis-Stanislas-Xavier, Monsieur, Frère diX Roi j
autrefois Nipes sur la riviere de Nipes à treize
ou quatorze lieues du Petit-Goave. P H I L 1 P P O P 0 L I S, Philippopolis, du nom de Charles - Philippe, '
Comte d'Artois, Frere du Roi, auparavant PetitTrou , sur la riviere des Baradaires qui se jette
daas la baye de ce nom.
mée en l'honnèrir de
Louis-Stanislas-Xavier, Monsieur, Frère diX Roi j
autrefois Nipes sur la riviere de Nipes à treize
ou quatorze lieues du Petit-Goave. P H I L 1 P P O P 0 L I S, Philippopolis, du nom de Charles - Philippe, '
Comte d'Artois, Frere du Roi, auparavant PetitTrou , sur la riviere des Baradaires qui se jette
daas la baye de ce nom. Trois lieues plus loin est celle des Caymites qui
ne peut recevoir de navires au-dessus de cent ou
cent cinquante tonneaux. Elle a derriere elle au
Sud les montagnes de la Hotte. BRETEÜ IL. Breteiiil du nom d'un Ministre principal pro- --- Page 377 ---
ï 6 Essai sur V 'Administration priétaire d'habitation sur cette Paroisse , appel ice
auparavant Jérémie, sur la riviere de Breteuil. Son
territoire occupe vingt ou vingt-cinq lieues de
côtes & quatre ou six dans les terres. La Ville est
le siége d'une Sénéchaussée & d une Amirauté. CAST RIES. Cajlriesy du nom d'un Ministre de la Marine 'de nos jours , ci - devant l'Islet-à-Pierre-Joseph
à onze lieues de Breteuil. CAP DON A-MARI .4. La partie la plus occidentale de la presqu'Isle
Antonine est l'espace compris entre les deux ,Caps
Dona- Maria & de Tiburon qui font à dix ou
douze lieues l'un de l'autre : le mouillage au Cap
Dona-Maria est fort bon. T 1 B V R 0 N. Le territoire du Cap de Tiburon a douze lieues
détendue sur le bord de la mer, & deux, trois
& quatre lieues dans l'intérieur des terres. - ELISABETH-VILLE. --- Page 378 ---
des Colonies Françoises. 17 B ELISABETH-VILLE. En tournant au Sud , on trouve le territoire
d'Elisabeth-Ville, ci-devant les Coteaux qui occupe environ dix lieues de rivage sur une profondeur de deux jusqu'à cinq lieues. Cet endroit porte
le nom d'Elisabeth, en l'honneur de Madame Elifabeth, Soeur du Roi. PORT-SALUT. . Labacou , péninsule à l'Ouest de la baye de
Saint-Louis sur laquelle est le Port-Salut. ANTONIN A. / Antonina, anciennement les Cayes-Saint-Louis :
sa construction fut ordonnée en 1720. Elle est
à l'entrée d'une très-grande plaine qu'on nommait
le fond de l'Isle - A vache, & qu'on appellera à
présent la Plaine Antonine. Elle contient vingtcinq mille carreaux d'un Col généralement excellent. Indépendamment des autres établissemens dont
on parlera ci-après, cette ville Capitale est aujourd'hui
le siége d'une Sénéchaussee & d'une Amirauté. L' 1 S L E D* A r A C H E. A trois lieues en mer d'Antonina est l'Isle 'd'Ava- --- Page 379 ---
1 8 Essai sur VAdministration che qui a cinq ou six lieues 'de longueur lur une
de largeur ; elle a été célèbre par la fréquentation
des Flibustiers qui en faisoient leur rendez-vous
pour le partage de leur butin. C A r À i x x o x. Cavaillon est à deux lieues à rest de la Capitale *,
(on territoire n'occupe que trois lieues sur les bords
de l'Océan. SAIN T-L OUIS. Saint-Louis ; très-bon' port même pour les vai(-
feaux de ligne. Elle a une Sénéchaussée & une
Amirauté. Son territoire s'étend cinq à six lieues
sur la côte. Cette Ville fut commencée en 1711,
sur les plans de M. Frezier.
A r À i x x o x. Cavaillon est à deux lieues à rest de la Capitale *,
(on territoire n'occupe que trois lieues sur les bords
de l'Océan. SAIN T-L OUIS. Saint-Louis ; très-bon' port même pour les vai(-
feaux de ligne. Elle a une Sénéchaussée & une
Amirauté. Son territoire s'étend cinq à six lieues
sur la côte. Cette Ville fut commencée en 1711,
sur les plans de M. Frezier. T -A Q. v 1 M. A l'entrée de la rade est 1 de Saint-Louis. Yaquimo, Yaquim cinq lieues de Saint-Louis :
son territoire s'étend quinze lieues sur les bords de
la mer, & trois, quatre & quelquefois six lieues
dans l'intérieur des terres. / --- Page 380 ---
des Colonies Françoises. î .9 B 1. D Â v p H I If E - B A. Y E. A douze lieues d'Yaquim est Dauphine - 'Baye:
auparavant elle s'appelloit Baye-Net. C'est la Ville ,de Ja Province le plus. à l'Est sur
la côte méridionale. Son territoire confine au Cap
de Jacmel qui en est à six lieues. On donne à cet
endroit le nom de Dauphine-Baye, eii l'honneur
du Dauphin actuel. C J P DE Jacmel. Le Cap de Jacmel sépare au Midi les deux Provinces Antonine & de Lartibonite. Telle est la Province que l'on propose de former
sous le nom d'Antonine ; elle se trouvera aussi étendue que quelques Généralités du Royaume, telles
que celles d'Alsace, de Valenciennes, de Perpignan , &c. Lorsque par une bonne administration
l'Antonine -sera parvenue au dégré de culture
qu'elle a droit d'attendre par la nature de son sol,
sa population actuelle sera plus que doublée. Indépendamment des motifs que l'on a vus
ci - dessus de faire une nouvelle division 8c de --- Page 381 ---
.20 Essai sur l'Administration donner des nouvelles dénominations aux trois Co-
(lonies de Saint-Domingue, ainsi que de changer
les noms de quelques lieux de cette Province que
l'on appelle Antonine, on a des exemples de pareilles innovations puisés dans l'Antiquité. Lorcqu'Auguste vint dans les Gaules, il sit une
nouvelle division des Provinces de cette partie de
ion Empire. Tibere les divisa en soixante-quatre
cités. Au commencement du cinquième Siècle on
y comptoit dix-Cept Métropoles & cent quinze
cités dont quelques-unes sous des dénominations
qui existent encore, (i) Ainsi en donnant à la Province ci-dessus le
nom de notre Reine , il conviendra de désigner
la plupart des Paroisses, ou des rivières, ou des anses qu'elle contient par des termes appellatifs
propres à honorer ou à conserver la mémoire soit
des Princes ou Princesses de la Famille Royale, soit Il seroît peut-être convenable de rétablir la dénomination de Cité qui iigniâeroit alors, comme anciennement,
une certaine étendue de territoire qui comprendroit plusieurs Paroisses : dans ce sens, ce nom est à peu près synonime à celui de commune. Lorsque l'on traitera ci-après
de la municipalité, on essayera de réaliser cette idée. --- Page 382 ---
des Colonies Françoifcs. 21 B i d'illustres Personnages dans l'Etat, ou même des
principaux Habitans des differens lieux de l 'Antonin, (1). Le plan dont on propose l'Essai embrasse nonseulement une nouvelle division politique des Colonies de Saint-Domingue, mais aussi ce qui peut
concerner l'Adminiflration Civile, la Justice, la Magisteature, le Gouvernement Militaire & l'Administration Municipale & Religieuse dans la Province
Antonine.
Colonies Françoifcs. 21 B i d'illustres Personnages dans l'Etat, ou même des
principaux Habitans des differens lieux de l 'Antonin, (1). Le plan dont on propose l'Essai embrasse nonseulement une nouvelle division politique des Colonies de Saint-Domingue, mais aussi ce qui peut
concerner l'Adminiflration Civile, la Justice, la Magisteature, le Gouvernement Militaire & l'Administration Municipale & Religieuse dans la Province
Antonine. ADMINISTRATION CIVILE. » Notre malheur, même en France, dit un de » nos bons Écrivains, est peut-être de n'avoir connu >
» que des Loix pénales, & non des Loix de morale ; » des réglemens sur les biens, & non dès regles
» de justicc n. * Ce malheur est bien plus grand dans nos Colonies, où non-seulement il n'y a point de Loix de mo- ( i ) Lorsque d'un nom pàrticulier on en fait un nom
commun , c'efl une espéce d'Antonomase dant les excrh-
-ples fourmillent dans l'Histoire. * Discours sur l'Hifloire 4s France , Tom: --- Page 383 ---
2,2. Essai sur l' Administration raie, (i) mais où même les Loix pénales & les
réglemens sur les biens sont très-imparfaits: le Code
des Colonies Françoises est encore à faire. Le Gouvernement délirant fixer leur jurisprudence
par des principes certains , avoit ordonne de travailler
à un Code Général des Colonies j mais il nest forti
jusques à prêtent du Bureau de Legislation établi à
cet esser, que des récompenses pour les différens
Membres qui ront composé, sans que la législation
des Colonies ait fait des progrès sensibles. Un Corps de Magistrature respectable & respecté,
composé en partie de Colons choisis, peut seul
opérer une révolution salutaire dans cette partie.
Lorsçiue ce grand travail aura été exécuté avec la
maturité convenable, il sera livré aux discussions les
plus profondes & les plus séveres; la sanction du
Gouvernement ne lui sera 'accordée que lorique l 'on
n'aura pas le moindre. .doute sur son utilité & sa
perfection. . (1) On peut s'en convaincre par l'état où se trouve la Re..
ligion dans nos Colonies : on peut dire d elles ce qui a été
observé sur les Gouverriemens Asiatijuts : on v a oublié
ces moyens moraux, qui ,* maniés par des Législateurs habiles, ont souvent élevé çle grandes puissances , sur des
bares d'abord très-foibles. * --- Page 384 ---
des Colonies Françoises. i 5 B 4 On ne fera donc mention dans ce Mémoire de
quelques points de jurisprudence propres pour nos
Colonies, que par occasion ., &: l'on va y développer
le plan tel qu'on l'a conçu de la constitution des Tribunaux de Justice tant pour le Département d Aiti
en général, que pour la Province Antonine en
particulier. Les Tribunaux de Saint-Domingue sont encore
bien éloignés de cette consistance & de cette considération dont jouissènt ceux de France. L'esprit
militaire avoir tellement prévalu dans l'Administration de la Justice de nos Isles, que les Jurisdictons
& les Conseils Supérieurs n'étoient d'abord compotes
que de Majors, de Commandans, & autres Officiers
de Milice. Il est vrai que dans l'enfance de nos Colonies y il n'eût; guères été possible de faire
mieux. - ;
-Domingue sont encore
bien éloignés de cette consistance & de cette considération dont jouissènt ceux de France. L'esprit
militaire avoir tellement prévalu dans l'Administration de la Justice de nos Isles, que les Jurisdictons
& les Conseils Supérieurs n'étoient d'abord compotes
que de Majors, de Commandans, & autres Officiers
de Milice. Il est vrai que dans l'enfance de nos Colonies y il n'eût; guères été possible de faire
mieux. - ; Au commencement de ce siécle , oii admit
quelques Conseillers purement civils , mais ils
n'avoient de rang dans les Conseils qu'après les
Officiels Militaires qui n'avoient rien tant à cœur
que cette prédomination à laquelle ils ajoutoient
même le mépris, jusqu'à vouloir contraindre rn
Procureur - Général du Conseil de Léogane de --- Page 385 ---
24 Essai sur l'Administration servir de Cavalier de Piquet. * A cette époque il
- n'est sorte de violences que les Commandans ne se
permirent envers les Qificiets Àe Justice. Les vrais principes ont cependant repris un peu
le dessus. Les Militaires ont été écartés des Conseils Supérieurs ; les Gouverneurs ou Commandans en
chef ont conservé seuls le droit d'y assister, tantôt
avec, tantôt sans voix délibérative ( 1 ) .* Vers 1710, Voyez les Lettres des Ministres aux Comman.
dans d'alors. ; 1,. ( 1 ) Suivant le Règlement du 14 Mars 1763 , le Gouverneur où Commandant en Chef n'avoit pas voix délibérative dans les Conseils. Dès le 3 Janvier 1764 ce
Réglement étoit changé en faveur de M. le Comte d'Ejftaing , & il a été décidé par l'Ordonnance de 1766 que le
Gouverneur auroit voix délibérative dans les Conseils... •
Cette variation perpétuelle , cette multitude d'Ordonnances prouvent moins la sagesse du Gouvernement, que l'inquiétude de ceux qui gouvernent, le dérèglement des Sujets , & le défaut d'attention & de vigueur à les faire obéir.
C'efl par les plans généraux d'une Législation bienfaisante »
& non par les vues courtes d'une politique insidieuse ,
c'efl par l'aaivité de la Régie, & non par, les souplesses de
l'intrigue que se gouvernent les Etats, & que le pouvoir de la Souveraineté s'affermit. A / -, --- Page 386 ---
des Colonies Françoises, 1 S Mais les anciens abus ne se font évanouis que
pour faire place à d'autres usages abusifs... * La
Cour a donné des places de Magistrature à des
hommes qui connoissoient très-peu les affaires , Se
point du tout la Colonie. Les Intendans ont
même adopté un systême de préférence exclusive pour
toutes les places qui sont à leur nomination, en
faveur des Avocats des Parlements de France: les
sujets anciens dans la Colonie , éclairés sur ses
besoins & ses mœurs, ont été repousses ; il n'y a plus
eu d'espoir d'avancement pour eux. 1 : « Les Conreils Supérieurs n'ont plus été com-
» posés que d'un petit nombre de François de diffë-
» rens âges & de différentes conditions , que les
- Ministres ont nommés au hazard. Depuis 1766,
» il y en a eu dont le choix sembloit être une preuve
» de mépris de la part du Gouvernement pour lès
» Colons». * * L'honoraire attribué à ces nouveaux Magistrats
est modique; mais comme plusieurs d'entr'eux ne
passoient les mers que pour acquérir promptement
ont plus été com-
» posés que d'un petit nombre de François de diffë-
» rens âges & de différentes conditions , que les
- Ministres ont nommés au hazard. Depuis 1766,
» il y en a eu dont le choix sembloit être une preuve
» de mépris de la part du Gouvernement pour lès
» Colons». * * L'honoraire attribué à ces nouveaux Magistrats
est modique; mais comme plusieurs d'entr'eux ne
passoient les mers que pour acquérir promptement * Considérations sur Saint-Domingue , Tom. t. ? Idem. Tern. 2. p. --- Page 387 ---
It 6 Essai sur l'Administration des richesses, la J ùstice a cessé d'être rendue, & l'injustice n'a pas été gratuite : de-la ces plaintes du
'Public ces accusations scandaleuses qu'ils ont portées les uns contre les autres, la perte que quelques-
-uns ont faite de leur état, & ce murmure peu flatteur
ipour des Magistrats que l'on a entendu s'élever de
;toute part. < Les Juges, quand ils ne font point honorés,
'-quand ils ne tiennent leur état que précairement ,
quand ils ont des besoins plus grands que leurs facultés, trafiquent nécessairement de la profpérÍtJ des
JPeuples.. ' ;; ; Tous ces défqrdres peuvent se réparer par l'établiement de Cours de Justice composées de gens
« estimables dont le Ministere ne se rcferveroit que le
premier choix, dont l'état seroit inamovible & les
1 facultés en proportion avec leurs besoins, enfin par
le titre de PARLEMENT que l'on donneront au Tribunal Souverain du département. " Que d'affections différentes & opposées' cette
nouvelle dénomination de PARLEMENT doit faire
naître 1 Une révolution dans les esprits & même dans les --- Page 388 ---
des Colonies Françoises, 2.7 mœurs des Colons doit en être la Cuite. Ce nom
antique de Parlement si respectable & si cher à des
François ne peut être accueilli qu'avec tranipott par
les habitans du nouveau Monde : rien ne leur prouvera mieux qu'ils font François & considérés comme tels. Les égards & le respect dus à un pareil
Corps. leur fera naître le désir de meriter d en être
Membres -, d'où s'ensuivra nécessairement un changement dans leur maniere de jouir de leurs richesses & dans l'éducation de leurs enfans. ; ; D'un autre côté ces Administrateurs en chef si
jaloux d'une autorité absolue , si partisans. de cette
Jujïic# Asiatique , ne manqueront pas 'de s'oppose
à une telle innovation ; comment maitriser en éflêf
une pareille Cour Souveraine ? Comment oser à
l'avenir pousser le despotisme militaire au point d'arracher à la tête d'une Compagnie de Grenadiers,
un Parlement de son Tritunal 2 Comment un Intendant pourra-t-il sur une simple inculpation sur,
des dénonciations vagues, enlever à Ces; Membres;
un état que l'on ne perd point sans deshonneur >
Comment enfin pourront-ils l'un & l'autre s'attribuer le pouvoir d'interdire !, d'embarquer , d'exiler
de leur- autorité toutes sortes d'officiers ? Point,
de doute qu'ils ne se déclarent hautement contre,
une semblable Institution politique , qui malgré les
insinuations & les conseils qu'ils pourroient donner,
une simple inculpation sur,
des dénonciations vagues, enlever à Ces; Membres;
un état que l'on ne perd point sans deshonneur >
Comment enfin pourront-ils l'un & l'autre s'attribuer le pouvoir d'interdire !, d'embarquer , d'exiler
de leur- autorité toutes sortes d'officiers ? Point,
de doute qu'ils ne se déclarent hautement contre,
une semblable Institution politique , qui malgré les
insinuations & les conseils qu'ils pourroient donner, --- Page 389 ---
2,8. Essai ssir tÀminiftraÙQn n'a pas assurément pour but de diminuer la dépendance des Peuples. ( i ) ' (i ) L'étude de notre Histoire nous fait, connoître , surtout depuis le Regne de Philippe Auguste, qu'on s'ell servi
utilement de la Magiflrature pour contenir les hommes
puissans , & principalement la Noblesse Militaire & rétablir l'autorité Royale : mais depuis quelque tems il semble
que beaucoup de Minières affe&ent de se servir de l'Etat
Militaire pour écraser à son tour la Magistrature , comme
Ii celle-ci ne convenoit plus au bon ordre , au rétabliflement duquel, elle a tant contribué. Ce résultat politique de notre Histoire pourrait s'appliquer à l'Administration des Colonies, où à la vérité il
n'y a jamais eu , à proprement parler , de Magistrature :
mais l'expérience doit faire présumer qu'une Cour de Parlement à Saint-Domingue contribueroit beaucoup au rétabliflement du bon ordre. Si une aussi excellente Institution a été utile à l'autorité de nos Rois en Europe , pourquoi ne lui rendroit-elle pas le même service en Amérique ? Il faudroit renverser le régime aduel ; c*e(t précisëment le but de cet E{fai. Une Réflexion d'une grande importance sur les Parle.
mens ne sera peut-être pas déplacée ici. Il semble qu'une
des erreurs sréquentes de l'Administration en général & de
celle des Finances en particulier, c'est de se conduire
avec les Parlemefts, tantôt d'après d'anciens souvenirs , &
taatôt d'après des présages : au lieu que la feule manière
grande & fage à la fois, c'eû de les considérer hardiment --- Page 390 ---
des Colonies Françoises. 2, 1 Les Conseils Supérieurs sont aujourd'hui composés
aux Isles du vent de quatorze Conseillers Titulaires
& de quatre Assesseurs, * & à Saint-Domingue >
de douze Conseillers en titre . & de quatre Afletfeurs, non compris l'Intendant ; ce qui forme en
tout dix-sept Membres dans chacun des Coaseils du
Port-au-Prince & du Cap. COMPOSITION DU PARLEMENT. Voici la composition du Parlement du département d'Aïti, telle qu'on la conçoit. Ce Parlement sera compose d'un Premier Président qui sera toujours l'Intendant de la Province de Lartibonite, de quatre Présidens à Mortier,
de vingt-deux Conseillers-Laïcs, de trois ConseillersClercsjd'un Avocat-Général, d'un Procureur Général & de six Substituts ; d'un Greffier en Chef
Civil, d'un Greffier en Chef Criminel, d'un Greffier
des Requêtes "du Palais, de deux Commis Greffiers,
ëc d'un Premier Huisrier. tels qu'ils doivent être , & tels qu'ils seroient en effet constamment , si l'Administration entretenoit avec eux un
commerce continuel de raison, de franchise & de loyauté.
De l'Administration des Finances, Tom. i» Ch. S. * LçttresrPatentes du 8 Octobre 1768. / --- Page 391 ---
3 o Efflli sar - ladminijiration Il y aura en outre deux Conseillers d'honneur nés,
l'Evêque de la Province,.& le Commandant Général
du département.
doivent être , & tels qu'ils seroient en effet constamment , si l'Administration entretenoit avec eux un
commerce continuel de raison, de franchise & de loyauté.
De l'Administration des Finances, Tom. i» Ch. S. * LçttresrPatentes du 8 Octobre 1768. / --- Page 391 ---
3 o Efflli sar - ladminijiration Il y aura en outre deux Conseillers d'honneur nés,
l'Evêque de la Province,.& le Commandant Général
du département. Ces Officiers feront distribués dans quatre Chambres, la Grand'-Chambre, la Chambré des Enquêtes, la Chambre des Comptes, & les Requêtes
du Palais. » La Grand'Chambre présidée par le Premier Président & deux Présidens à Mortier, comprendra les
six plus anciens Conseillers & les trois ConfeillersClercs. La Chambre des Enquêtes sera comparée de
liuit Conseillers, .& sera présidée alternativement par
un des Présidens à Mortier. La Chambre des Comptes sera formée d'un
Président à Mortier & de neuf ConCeillers ( i). , ( i ) L'Administration des revenus publics dans le département d'Aïti ne doit pas être assez cbnsidérable , pour y
établir comme en France un partage de fondions entre
deux Cours Souveraines isolées & étrangeres l'une à l'au.
tre ; ainsi le Parlement de Royal Aiti sera en même tems
Cour des Comptes & Cour de Juflice. Elles auront tau- --- Page 392 ---
des Colonies Françoises, 3 1 Quatre Conseillers de la Cour, les derniers en
réception formeront une Chambre des Requêtes du
Palais, qui sera présidée ainsi que l'on verra ciaprès. * Les Conseillers chargés du service des Requêtes
ne seront pas dispensés de celui des autres Chambres. jours des rapports essentiels l'une à l'autre Se elles ne seront
regardées que comme faisant partie du même tout. Sous Philippe Augure la Cour Royale de France dont
l'exiŒence remonte '.à l'établiiTement de la Monarchie &
qui porte aujourd'hui le nom de Parlement, étoit devenue plus importante, plus considérable & plus utile qu'elle
n'avoit été depuis HUGUES CAPET. Elle étoit dès-lors
Cour de Pairie, & Cour des Comptes , & Cour de Justice ,
& Conseil d'Administration. Mais dans la suite la multiplicité & la différente des travaux occasîonnerent un partage
de fondions : les Comités se diviserent & on finît par avoir
une Chambre de Jugeurs , une Chambre des Enquêteurs
& une Chambre des Comptes : peu à peu cette derniere
sans rapports essentiels avec les deux autres, is'isola , n'eût
plus pour objet que l'Administration des revenus , & ne
jugea que les questions relatives à la comptabilité. Telle
est sans doute l'origine de la Chambre des Comptes de
Paris. Voyez le zime. Disc. sur l'Hist. de France. §. IV.
on finît par avoir
une Chambre de Jugeurs , une Chambre des Enquêteurs
& une Chambre des Comptes : peu à peu cette derniere
sans rapports essentiels avec les deux autres, is'isola , n'eût
plus pour objet que l'Administration des revenus , & ne
jugea que les questions relatives à la comptabilité. Telle
est sans doute l'origine de la Chambre des Comptes de
Paris. Voyez le zime. Disc. sur l'Hist. de France. §. IV. ï Voyez ci-apr es , pag. J4. --- Page 393 ---
3 % Essai sur l' Administration La Chambre des Enquêtes connoîtra des Procès
par écrit concurremment avec la Grand'-Chambre,
& seule des matieres du grand & du petit Criminel. - La Chambre des Comptes connoîtra des matieres attribuées en France aux Cours Souveraines
qui portent ce nom. Elle aura seule en consèquence l'audition, l'examen, la clôture & l'apurement des comptes des Receveurs de l'octroi,
ainsi que des autres droits qui sont perçus dans les
trois Provinces du département & dont les Conseils
du Port-au-Prince & du Cap ont à présent la Régie.
Elle pourra en outre juger au Civil tous les Procès
qui lui seront envoyés par le Premier Président. Ce
Magistrat aura même le pouvoir de distribuer aux
Enquêtes & aux Comptes les Procès appointés à la
Grand'-Chambre. Il sera permis à la Grand'-Chambre de renvoyer
les Affaires d'Audience aux Chambres des Enquêtes
êc des Comptes. Par ce moyen les Audiences de
chacune d'elles n'étant pas trop surchargées, il ne
fera pas nécessaire d'introduire dans le Parlement
de Royal Aïti les renvois aux anciens Avocats, ni
les Appointemens Sommaires qui font dépendre
irrévocablement d'une feule personne le sort & la
fortune des citoyens & des familles. On 1 « ; --- Page 394 ---
des Colonies Françoises. ;; c On pourra rendre le service des trois Chambres
alternatif, si leur distribution ci-dessus indiquée
81 n'étoit pas jugée la plus convenable ; dans ce cas, le
Doyen des Conseillers fera toujours attaché à la
premiere Chambre, ainsi que les Conseillers Honoraires. \ Les Arrêts pourront être rendus dans les trois
Chambres, tant au Civil qu'au Criminel (1), par
sept Juges qui motiveront leurs Arrêts > & ceux
qui porteront la peine de mort contre des personnes libres, feront présentés au Roi avant que
d'être mis à exécution : il n'y a point de honte
à rendre raison de Ion jugement ; & si l'on veut
bien réfléchir sur ces deux dernieres dispositions,
on les considérera comme deux chaînons de plus
dans la chaîne qui doit lier les Colonies à leur
Mere- Patrie. La Grand'Chambre connoîcra seule, sans pou";
voir renvoyer aux autres Chambres , de toutes
les'mai eres concernant le possessoire des Bénéfices
& de toutes celles qui feront attribuées en premiere instance à la Cour, soient qu'elles foiepç
appointées ou non. ( t ) Le nombre de sept Juges est prescrit pour les Colonies par l'Edit du mois de Janvier i766. --- Page 395 ---
'3 4 Essai sar CAâtninljlration Conformément aux Ordonnances du Royaume,
les Titulaires d'Offices dans le Parlement de Royal*
-, Aïti seront inamovibles, (i)
ire des Bénéfices
& de toutes celles qui feront attribuées en premiere instance à la Cour, soient qu'elles foiepç
appointées ou non. ( t ) Le nombre de sept Juges est prescrit pour les Colonies par l'Edit du mois de Janvier i766. --- Page 395 ---
'3 4 Essai sar CAâtninljlration Conformément aux Ordonnances du Royaume,
les Titulaires d'Offices dans le Parlement de Royal*
-, Aïti seront inamovibles, (i) Ce Parlement jouira en ; outre de la prérogative d'élire & de présenter aii Roi trois
sujets pour remplir les Offices vacans de Conseillers. (ij Ces élevions ou présentations avoient
déjà été pratiquées dans les Conseils Supérieurs
de nos Isles sur la fin du dernier siécle ; car dans
cette foule énorme de Loix & de dispositions
contradi&oirês qui ont été faites pour l'adminifc
v tration de nos Colonies , on rencontre quelquefois le germe du bien, mais l'esprit militaire qui
a toujours prédominé n'a jamais sçu qu'abuser dee
bonnes Loix. En essèt il a existé un Règlement du Roi du ( 1 ) Louis X 1 rendit les Offices perpétuels par son Or-
'donnance de 1467. Cette nouvelle disposition facilité leur
vénalité qui précisément un siécle après en 1567 8c 1568 ^
fous le Règne de Charles IX fut légalement établie. L'introdu&ion de la vénalité a rendu les Charges non seulement héréditaires ; mais elle a même accordé la faculté
de les vendre à des Etrangers. Seroit-il d'une bonrie
politique d'admettre dans le régime de nos Colonies cette
inamovibilité des Offices ? < s ) Cela est en ufège aù Parlement de Nancy1 \ 1 1 •±- --- Page 396 ---
dès Colonies Èrançoifes. j 1 c 4 '4 Novembre 1671, dont l'article VIIe laissoit
aux Conseils, en cas de vacances d'Offices de
Conseiller , la présentation de trois sujets aux Adj
ministrateurs. * Puisque ces Administrateurs n'ont jamais sçii
faire un bon usage de cette disposition , il feroit
impolitique de la leur attribuer de nouveau : les
circonstances, au surplus, ne doivent plus être les
mêmes à l'avenir (i on élit & si on préfentd à
l'avance quatre. Conseillers survivanciers, dont le
plus ancien remplacera toujours de droit le Titulaire qui viendra à manquer sbit par mort jpù
autrement. L'éloignement des lieux & l'inconvénient dè
laisser trop long-temps vacantés les placés de Con*
seillers qui viendront à manquer dans le Parlement, font les motifs de cette institution de sur-;
vivanciers. Ils feront toujours prêts en cas d'événement à completter la Compagnie de maniere
que le service sera rarement dans le cas de languir ou d'être interrompu par le défaut de Juges. Ces 'Conseillers survivanciers ne jouiront d'aucuns émolumens : ils seront cependant considérés, ? Loix & Constitutions des Colonies. Tom. lere --- Page 397 ---
*3 $ Essai sur t Adminijlraùon dans quelques circonstances comme des véritables Conseillers en titre & en fondions. L'élection & la présentation des sujets pourront
être dirigées à l'avantage du Gouvernement &
des Justiciables, en prescrivant au Parlement de
donner la préférence aux personnes capables &
zélées pour le service de, la Religion & de l Etat,
& recommandables par leur probité & leurs bonnes
coeurs.
des Colonies. Tom. lere --- Page 397 ---
*3 $ Essai sur t Adminijlraùon dans quelques circonstances comme des véritables Conseillers en titre & en fondions. L'élection & la présentation des sujets pourront
être dirigées à l'avantage du Gouvernement &
des Justiciables, en prescrivant au Parlement de
donner la préférence aux personnes capables &
zélées pour le service de, la Religion & de l Etat,
& recommandables par leur probité & leurs bonnes
coeurs. Rien de plus avantageux qu'une pareille dit
position, lorsqu'étouffant les intérêts particuliers,
une Compagnie ne préféré les enfans, les neveux,
les cousins de ceux qui la composent, qu autant
'qu'ils montrent des connoissances, des vertus &
des talens égaux à ceux des autres concurrens >
lorsque Téleftion ne porte que sur les plus dignes ;
lorsque le roturier qui a montré au Barreau & dans
les Tribunaux subalternes une expérience consommée , une probité incorruptible, ne peut se voir
préférer radolefcent qui n auroit en sa faveur que
l'éclat frivole d'un annoblissement plus au moins
récent. Point de doute que de pareils choix ne répandert dans une Compagnie de Judicature une
émulation de talens & de vertus capable d'élever
véritablement les Ministres de Loix. au-dessus de
toutes les professions de la société. --- Page 398 ---
des Colonies Françoises. 37 [texte_manquant] On a donc eu raison de dire plus haut que
fous ce point de vue l'institution d un Parlement
dans une de nos Colonies étoit faite pour operet
une révolution dans les moeurs. L'Ordonnance de discipline donnée en 177 f
pour toutes les Cours Souveraines du Royaume
doit être adaptée à ce nouveau Parlement. Ainsî
ses Chambres observeront l'ordre & la police qui
leur seront prescrics. Ses Membres jouiront de
tous les droits, honneurs, rangs & prérogatives.
dont jouirent les Officiers des autres Parlement
de France, & dont jouissent déjà ceux des Conseils Supérieurs de nos Colonies. La Justice s'administrera gratuitement par le
Parlement de Royal-Aïti. Les gages de ses Officiers
seront fixés de la maniera suivante : Pour chacun des PréCidens. 15 000 liv.
Chacun des Conseillers de Grarid'-Chambre ... . . 12000
Chacun des Conseillers des Chambres des Enquêtes & des Comptes 1 0000
Le Procureur-Général... . 15000
L'Avocat-Général à ... . 12000 Chacun des Substicuts... . » . 4000 --- Page 399 ---
15 $ Essai sur t Adminijlratioti Le Doyen des Conièillers
iouira d'un traitement extraordinaire de 2400 Les offices de Greffier en chef seront en finances
§c leurs gages fixés. (1) La Juridiction du Parlement d'Aïti & la procédure que l'on y suivra , feront l'objet d'un autre
Règlement 3 ainsi que l'établissement d'une Chancellerie qu'il (era nécessàire d'y annexer: cette Chancellerie sera formée du plus petit nombre possible d'Officiers , afin d'éviter l'abus des privilèges & de I4
trop grande quantité des Suppôts de la Justice.
seront en finances
§c leurs gages fixés. (1) La Juridiction du Parlement d'Aïti & la procédure que l'on y suivra , feront l'objet d'un autre
Règlement 3 ainsi que l'établissement d'une Chancellerie qu'il (era nécessàire d'y annexer: cette Chancellerie sera formée du plus petit nombre possible d'Officiers , afin d'éviter l'abus des privilèges & de I4
trop grande quantité des Suppôts de la Justice. Un Conseiller Garde-des-Sceaux qui pourra
çrre un des Conseillers de la Cour, un Secrétaire
Contrôleur, deux Secrétaires du Roi, & un Greffier
; qui sera toujours un de ceux du Parlement: un
Payeur des gages & Receveur des émolumens du ( 1 ) On n'a point fixé ici les gages d'un Premier Président parce que l'Intendant de la Province s'est toujours pourvu -de cet Office. ,Les gages sont fixés argent de
France, La dilHnftion mise entre le traitement des Conseillers de Grand Chambre & ceux des deux autres Chambres ne subïîfiera plus si l'on juge à propos d'assimiler le
service des trois Chambres & de le rendre alternatif, / --- Page 400 ---
des Colonies Françoisesl 3 f [texte_manquant] 5ceau, un Chauffe-Cire & deux Huissiers , compo,
feront donc cette Chancellerie. Le Parlement du Département d'Aïtî ne pourra
en aucun temps, ni en aucune circonstance se
mêler des affaires du Gouvernement. L'Arrêt du
Conseil d'État de 172.6 sera à cet égard la base
d'une Loi constitutive : ainsi l'attribution aux Intendans ( que les Gouverneurs se sont aussi arrogée ) du
pouvoir de surseoir comme Intendant, à l'exécution
des Arrêts des Conteils Supérieurs, lorsqu'ils psuveriç
les juger contraires au service du Roi & au bien
public , n'aura aucune application à l'égard de ce
Parlement, puisque ses Arrêts ne concerneront que
les intérêts de particulier à particulier, & la Police
générale dans certains cas, Cette autorité de surseoir & de pourvoir doit être
proserite ; autrement ce seroit subordonner à des
Chefs une Cour qui ne doit l'être qu'au Roi dans
les matieres de sa compétence. Les Magistrats de cette nouvelle Cour ne pourront être jugés, en matiere criminelle, qu'au Parlement , les Chambres assemblées ; & les Officiers des
Juridictions de son ressort ne pourront être traduits;
qu'à la Cour pour malversati 011s. Conformément à l'Article 5 3 de l'Ordonnance --- Page 401 ---
'40 Essai sur fAdminijlration de 1766 , l'Intendant de la Province aura feut,
comme Premier Président, le pouvoir de convoquer
extraordinairement le Parlement \ mais il ne lui Cera
permis d'exercer ce pouvoir, que dans le cas où le
be{oin du service l'éxigeroit, & en prévenant le Commandant Général en fondions dans le département. Au surplus comme les affaires générales pe doivent
pas être traitées dans le Parlement on ne voit pas
quelles pourroienr être les occasions d'assembler
extraordinairement ce Corps, autrement qu'en
vertu des ordres du Roi : les cas en seront précisément déterminés. '
\ mais il ne lui Cera
permis d'exercer ce pouvoir, que dans le cas où le
be{oin du service l'éxigeroit, & en prévenant le Commandant Général en fondions dans le département. Au surplus comme les affaires générales pe doivent
pas être traitées dans le Parlement on ne voit pas
quelles pourroienr être les occasions d'assembler
extraordinairement ce Corps, autrement qu'en
vertu des ordres du Roi : les cas en seront précisément déterminés. ' Les Officiers qui jouiront du droit de COMMITtimus. aux. Requêtes du Palais à Ai'ti , font ceux
du Parlement, le Clergé de la Cathédrale, les Officiers de la Chancellerie , les Maires & Echevins de
cette Ville, ainsi que son Procureur-Syndic, (on
Receveur & (on Greffier pendant l'exercice de leurs
charges seulement * les Commandans en chef &
particuliers de la Province pendant la durée de
leur service. Ce droit de Commitùmus fera restreint aux causes
purement personnelles : l'Hôtel Municipal, ainsi que
le Collège, jouiront seuls du privilège de faire évoquer aux Requêtes du Palais tous les Procès aux- --- Page 402 ---
des Colonies Françoises. 41 quels ils pourroient avoir intérêt, tant comme parties principales que comme parties Íntervenantes. On verra ci-après en faisant mention des municipalités 3 les vues nouvelles que l'on imagine relativement à l'Administration de la Justice dans les Jurifdictions inférieures, & dont on pourra faire l'essai
dans ce que l'on appelle la Province Antonine. rADMINISTRATION MUNICIPALE. » LE FRANÇOIS, dit l'Ami des hommes, est
» ainti que les autres dans ses Colonies, marqué an
» coin de Ton Gouvernement, & malheureusement
M aussi au coin de ion génie. Un Gouverneur, un
JÏIntendant, se prétendant tous deux maires &
» jamais d'accord : Un Conseil pour la former
» gaieté , libertinage, légèreté ^ vanité, force fd-
» pons très-remuants , d'honnêtes-gens Couvent
33 mécontens & prévue toujours inutiles: au milieu
» de tout cela , des Héros nés pour faire honneur
33 à l'humanité , & d'assez mauvais sujets capables
» dans l'occasion de traits d'héroïsme 3 ie vol des
33 coeurs, pour ainsi dire, & le talent de se concilier
33 l'amitié des naturels du pays -, de belles entreprises
v & jamais de fuite ; le file qui ferre l'arbre naissant --- Page 403 ---
41 Essai sur l'Adminij1ration » & déjà s'attache aux branches, le monopole dans
toute sa pompe ; voila nos Colonies & nos
Colons. Si certe maniere de peindre nos Colonies n'est pas
d'un style fort correct, elle ne peut pas être d'une vérité
plus piquante: elle prouve que les François, comme
tous les Peuples modernes, ne mettent pas p us de
prudence dans le régime actuel de leurs Colonies,
qu'ils n'en mirent autrefois dans leurs établit
céments. Trois choses condiment la politique de l'Europe
relativement à ses Colonies de l'Amérique : l'esprit
de domination, celui de commerce & celui de population. On a déja remarqué que ces trois choses ne
sont guères faites pour être combinées, (i) L'esprit de domination voudroit gouverner ses sujets Américains autant & plus despotiquement que
ceux qui sont à la porte de la Capitale. On sait assez
ce qu'est l'esprit du commerce ; celui de population
sent bien la nécessité de renforcer & d'accroître les
Colonies: mais on demandera si une dépendance
absolue du Gouvernement des Colonies, qui n'oié rien
. On a déja remarqué que ces trois choses ne
sont guères faites pour être combinées, (i) L'esprit de domination voudroit gouverner ses sujets Américains autant & plus despotiquement que
ceux qui sont à la porte de la Capitale. On sait assez
ce qu'est l'esprit du commerce ; celui de population
sent bien la nécessité de renforcer & d'accroître les
Colonies: mais on demandera si une dépendance
absolue du Gouvernement des Colonies, qui n'oié rien ( i ) Voyez VArticle Colonies dans l'Encyclopédie, --- Page 404 ---
des Colonies Françoises. 4 i entreprendre sans unepermission d'Europe, rien 'décider Tans demander des ordres précis à des Ministresdéja trop chargés & forcés d'abandonner souvent
comme détails à des fous-ordres, la plupart de ces
objets éloignés, on demandera, dit-on, si ce régime
est bien propre à remplir des vues de population ?
s'il ne convient pas plutôt à un corps d'Armée qu'à
une société de Propriétaires assis sur le sol qui leur
appartient î On fait de cette subordination le rempart
de l'autorité contre le penchant naturel qu'ont des
sujets si éloignés à secouer tle joug. On croit ,
çcpendant qu'il y auroit un moyen plus sûr de Jes
détourner de ce penchant; ce feroit de leur donner
une conflitution"bîeii orgânisée } & qui eût des
formes connues.; de leur rendre joug de la MerePatrie si doux que loin d'être redoutable i il fût re-.-
cherché comme protection. » Pour remplir ce but, rien ne paroîtroir plus
s, conforme aux vues d'une politique judicieuse , dit
« l'Auteur de l'Histoire Philosophique des deux
« Indes *, que d'accorder aux Insulaires le droit de
» (e gouverner eux mêmes , mais d'une maniere
» subordonnée à Timpulsion de la Métropole, à peu-
• » près comme une chaloupe obéit à toutes les direc93 tions du vaisseau qui la remorque. » t Tom. 3. L. 1,3, --- Page 405 ---
44 Essai sur CA dm inijlrati on On doit concevoir maintenant, des possessions
Françoises de Saint-Domingue, l'idée d'un pays
vaste, digne de route l'attention d'un Gouvernement
éclairé , peuplé de gens inflruirs, occupés, adbfs ,
d'un pays neuf, sujet à des abus inévitables dans le
premier siécle de Ion exigence ; d'un pays enfin dont
O11 ne peur trop encourager la population, & auquel on doit accorder incessamment , non-seulement le bienfait d'une législation fixe & appropriée ,
mais encore celui d'une Administration municipale. , C'est encore ici une de ces dispositions dont
on rencontre le germe en parcourant le le immense des Loix & Constitutions de Saint-D uuinguet JEn effet le Gouvernement ~parr -voir senti
toute l'importance d'un pareil Etablissement, puisque l'Article 96 de l'Ordonnance du Roi du 24
Mars 1763; , suppose qu'il existe des Officiers Municipaux dans les Colonies. Il en a même été établi à Saint-Domingue
fous le nom de Syndics, par l'Ordonnance des Gouverneur & Intendante enregistrée le 27 Juin 1763,
dans les deux Conseils Souverains du Cap & du Portau-Prince : mais en 1768 l'Eat Militaire s'empara
de nouveau d'une fon&ion purèment civile , qu'il
n'avoit quittée qu'à regret; & les Commandans des
(Quartiers & d'autres Officiers remplacerent les Syn-
même été établi à Saint-Domingue
fous le nom de Syndics, par l'Ordonnance des Gouverneur & Intendante enregistrée le 27 Juin 1763,
dans les deux Conseils Souverains du Cap & du Portau-Prince : mais en 1768 l'Eat Militaire s'empara
de nouveau d'une fon&ion purèment civile , qu'il
n'avoit quittée qu'à regret; & les Commandans des
(Quartiers & d'autres Officiers remplacerent les Syn- --- Page 406 ---
des Colonies Françoises. v 4 dics - quoiqu'ils n'aient point été supprimés par
une Déclaration du Roi, & quoique l'Ordonnance des Minces contienne aucune disposicion générale ou particulière qui attribue aux Commandans les Fonctions Municipales. C'eG: donc de' la formation des Municipalités ,
dont on pourra faire un essai dans la Province Antonine , qu'on va s'occuper , ainsi que d'une Administratiou Provinciale qui doit être le complément du Gouvernement politique dans cette partie
de nos Colonies. Leur agriculture & leur population n'ont rien
qui puisse les faire comparer à l'agriculture &
à la population de l'Europe : les Institutions municipales ;ou financieres de France ne peuvent donc
pas être adoptées indistin&emtnt dans nos Colonies. Il y a très-peu, & il ne peut pas y avoir de Villes
considérables. La division par Paroisses, outre qu'elle est très-informe, multiplieroit trop les municipalités. On pourroit sè représenter nos Colonies à certains égards dans le même état où se sont trouvées
les Gaules , lorsqu Augure y est venu : il n'y avoÍc
pas une seule ville un peu considerable : Paris même --- Page 407 ---
4 6 FJsai sur V Administration iemblable à plusieurs des Bourgardes de nos Ides I
n'étoit qu'un assemblage de cabanes concentrées!
dans ce qu'on appelle la Cité. Aucune division politique n'avoir encore cté établie depui5 ~. conquête > un Pro-Consul & un Qutsteury réù. t oient
sur leur tête l'autorité civile & militaire. } Auguste vint j l' ordre qu'il établi' ; r ? rtie de son Empire esi admirable II aï ~;i' i ~ir;, '. ~;u*
Jes en Provinces qui comprenoient cha ~L! r n
cerràin nombre de Cites auxquelles il assur.. la
municipalité dentelles jouissoient déjà (L). Chaque
Province eut son Reûeur & chaque Cité eut ion
Sénat ,qui rendoit la justice à les Concitoyens &
régloit les affaires municipales. Dans les choses efsentielles. au Gouvernement les Romains avoient
un plan uniforme dont ils m, s'écartoient jamais.
\ Sous l'Empereur Constantin l'autorité civile &
le pouvoir militaire furent séparés. ( i ) A l'arrivée d'Auguste il n'y avoit guères que la Province Romaine ou la Provence ôc la Narbonnoi.e qui fussent policées & qui eussent des Villes ; encore même les
- monumens qui ont existé dans ces deux Provinces, font-ils
postérieurs à cette époque. (2 ) Quelques-uns pensent que la division des Gaules
en dix-sept grandes Provinces n'eut lieu que sous l'Empire d'Honorius; du moins on ctoit que la Notice qui nouen reste cst de son tçmpsff --- Page 408 --- --- Page 409 ---
CARTE DE LA PROVINCE
ANTONINE, divisée EN SES DOUZE CITES. --- Page 410 ---
[texte_manquant] CARTE DE I
A NT C divl Echelle de 12 Izi Echelle de ïo j --- Page 411 ---
des Colonies Françoises. '4 1 Le Préfet du Prétoire avec le Plaid, fut à la tête
de l'Administration Civile, & le Maître de la Milice
eut le commandement des armes.
--- Page 408 --- --- Page 409 ---
CARTE DE LA PROVINCE
ANTONINE, divisée EN SES DOUZE CITES. --- Page 410 ---
[texte_manquant] CARTE DE I
A NT C divl Echelle de 12 Izi Echelle de ïo j --- Page 411 ---
des Colonies Françoises. '4 1 Le Préfet du Prétoire avec le Plaid, fut à la tête
de l'Administration Civile, & le Maître de la Milice
eut le commandement des armes. Cette forme d'AdminHltation étoit favorable au
bonheur public. Il n'eût été question alors que de
choisir d'excellens Magistrats & d'écouter les plaintes des Peuples. Il cst inutile de pousser plus loin l'érudition
dans un Ecrit de la nature de celui-ci. Mais on
pence que la Division par Cités pourroit être adoptée utilement, comme expérience. Alors la Province
Antonine contiendra douze Cités, divisées à peuprès de la maniere suivante. CITÉ CAP 1 T ALE ANTONINE. A N TON IN A sera la Capitale de la Ciré Antonine & de la Province de ce nom, puisqu'elle
fera le Siége du Plaid Provincial de Justice & des
Administrateurs en chef. Cette Cité auta environ douze ou quinze lieues --- Page 412 ---
48 EJJai sur ladiiiinyration de côte sur une profondeur inégale depuis trois
jusqu'à sept ou huit lieues. La petite ville de Cavaillon fera comprime dans san arrondiiTemenr,
ainsi que le Port-Salut. CITÉ DE SAINT-LOUIS. A l'Orient de la Cité Antonine sera celle de
Saint-Louis qui s'étendra le long de la mer l'efpace de six à sept lieues sur une profondeur de
deux, trois , quatre & cinq lieues : la petite ville
de Saint-Louis en fera la Capitale, & l'Isle d'A vache
une dépendance. CITE D'Y A Q U I M. En tirant toujours à l'Est & sur le prolongement
de la même côte maritime on trouvera la Cisse
d'Yaquim , qui aura dix lieues environ sur le
rivage de la mer , & trois, quatre & quelquefois
six lieues dans l'intérieur des terres. Yaquim et
sera le chef-lieu , & le fgnds des Negres une
de ses dépendances. CITE D -d V P H 1 N E. La Cité la plus Orientale fera celle Dauphine,
de douze ou treize lieues d'étendue sur les côtes,
avec Dauphine-Baye pour chef-lieu. C 1 T r --- Page 413 ---
des Colonies Françoises 4$ D CITÉ D E L É 0 G A N E. En passant au Nord on trouvera la cité de
Léogane qui s'étendra l'espace de 1iix lieues sur
les côtes ; la bourgade de l'Estero sera de cette
Cité. C 1 T È DE S G 0 JI. r E S. La Cité des Goaves aura dix ou douze lieues
d'étendue. Ses principaux endroits seront le petit
Goave Capitale, le grand Goave & Miragouane. CIRÉ DE STANISLAS. La cité de Stanislas en aura huit : Staniflas-»
Ville en sera le chef-lieu. CI TÉ D E P H 1 L 1 p p g. Celle de Philippe en aura" dix aussi sur les bords
de la mer, & quatre ou six dans l'intérieur. Philippopolis en sera le chef-lieu, & les Caymjtes
feront comprises dans cette Cité.
aux endroits seront le petit
Goave Capitale, le grand Goave & Miragouane. CIRÉ DE STANISLAS. La cité de Stanislas en aura huit : Staniflas-»
Ville en sera le chef-lieu. CI TÉ D E P H 1 L 1 p p g. Celle de Philippe en aura" dix aussi sur les bords
de la mer, & quatre ou six dans l'intérieur. Philippopolis en sera le chef-lieu, & les Caymjtes
feront comprises dans cette Cité. CITE D E B R E T E J? I L. La Cité de Breteuil aura dix à douze lieues
de développement sur les bords de la mer, sur
cinq à six de profondeur. La petite ville de Breteuil en sera la Capitale. * --- Page 414 ---
j$:* £jai sur taiminislration C1 T È DE C À S T R 1 E s. La Cité de' Castries fera la Cité la plus occidentale de la prefqu'Isle Antonine : elle s'étendra
depuis & compris le Cap de Dona-Maria, l'espace de plus de dix lieues, ju(qu'à trois lieues
de Tiburon & comprendra la petite ville de CaCtries cher-lieu, la pointe des Irais & le petit pott
de Dona-Maria. C 1 T É D E T t B U RO N. En tournant au Midi la Cité de Tiburon aura
une étendue de treize; lieues de côtes sur une profondeur de quatre & cinq lieues. Ç IiT Â W L ISA B E T H. * La Cité d'Elisabeth douzième & derniere de la
Province Anconine , s'étendra jusqu'aux confins
de la Cité Antonine , l'eipace d'environ dix lieues
de côces. La ville d'Elisâbeth> ci-devant les Côteaux , en fera.le chef-lieu. Toutes ces Cités fçrontfubdivisées en Paroisses(1) ( i ) .On juge bien qu'une pareille divilion demande à
Itre faite avec beaucoup de précision. Ce feroit une opé- --- Page 415 ---
des Colonies Françoises. > 1 P a I qui contiendront chacune un certain nombre d'habitations. Chaque Cité formera un corps de -com-,
mune. < Un des inconvéniens (j ) reprochés à l'adminis-
.iration a&uelle de la Juâice aSaint-Domingue, est la
,trop grande étendue des Jurisdictions, dont une'
eule s etend sur quarante lieues de pays. En général les affaires y font négligées. Il n'y a point
assèz de séances , & le nombre des Juges qui
existent est fou vent réduit à rien par des empêchemcns fréquens, tels que des absences ou des
maladies. ^ COMPOSITION DES PRÉFECTURES DES CITÉS; On remédiera à ces inconvéniens qui ne font
1 que trop réels, en faisant rendre la Justice dans dation préliminaire à faire. On pourroit même réduire le
nombre des Cités , si l'on trouve celui de douze trop
"grand. - ( 1 ) On a annoncé ci-devant, page 41 , qu'en faisant
mention des municipalités on dévelepperoit les vues nouvelles que l'on imagine relativement à l'Admirfiflration dq'
la Jufiice dans les Jurisdictions inférieures. --- Page 416 ---
52 Essai sur tAdminijlration le chef-lieu de chaque Cité, par un Tribunal
. composé de deux Juges, un Préfet & ion Assesseurs d'un Procureur du Roi, de trois Substituts,
d'un Greffier & du nombre d'Huissiers nécessaires ;
j] n'y aura d'autre innovation dans cette partie »
que la dénomination de Préfet & d'Assesseur ,
puisque la composition des Sénéchaussees qui exiftent déja dans quatre endroits de la Province
cst de deux Juges seulement & d'un Procureur
•du Roi.
un Tribunal
. composé de deux Juges, un Préfet & ion Assesseurs d'un Procureur du Roi, de trois Substituts,
d'un Greffier & du nombre d'Huissiers nécessaires ;
j] n'y aura d'autre innovation dans cette partie »
que la dénomination de Préfet & d'Assesseur ,
puisque la composition des Sénéchaussees qui exiftent déja dans quatre endroits de la Province
cst de deux Juges seulement & d'un Procureur
•du Roi. L a compétition de !a Préfecture (i) de la Cité
Capitale d Antonina sera d'un plus grand nombre
de Magistrats : cette Juridiction jouira tant au Civil
qu'au Criminel de toutes les attributions accordées
aux Présidiaux de France. Par ce moyen elle remplacera en partie la Cour Supérieure que l'on désire depuis long-temps voir établir dans ce qu'on
appelle encore la bande du Sud. J'appellerai par cette raison la Juridiction d'Antonina PRÉFECTURE PROVINCIALE de l'Antonine. ( T ) On se sert du mot Préfecture , parce qu'til paroît
inutile de laisser subsister dans nos Colonies aucune trace
du Régime féodal , que les mots de Sénéchal ou Bailli
rappellent sans ceÍfe à l'esprit. --- Page 417 ---
1 des Colonies Françoises' Sf [texte_manquant] Bile sera composee d'un Président qui sera toujours l'Intendant de là Province, d'un Vice-Pré-/
fîdent, de cinq Assesseurs, d'un Avocat du Roi,
& un Procureur du Roi, de quatre Subsiiruts, d'un
Greffier Civil, d'un Greffier Criminel & du nombre
d'Huiflters néceuaires. En matiere Civile , les Préferslferonr autorisés
conformément à ce qui se pratique dans le Royaume , d'après l'Édit du mois de Septembre 17 6 $ , à
juger avec deux Officiers municipaux, dans une
Audience particuliere & sans miniflere de Procureur, toutes les causes purement personnelles dérivant de contrat sous seing-privé & qui n'excé-i
deront pas 60 liv. argent des Isles. La Préfe&ure Provinciale d'Antonina connoîtra:
par appel des onze autres Préfedures de la Pro-'
vince , & en dernier ressort de toutes les matieres Civiles de quelque qualité qu'elles soient, qui pour..
roient tomber en estimation & qui n'excéderoienc
pas la somme de 1000 liv. de principal & de 80 liv.
de rente, le tout argent de France, & en outre
par provision à, la charge de donner caution jufqu'à 4000 !iv. de principal & de 160 liv. de
rente, conformément à l'Édit de Novembre 1774.
Ces attriburions,, au reste , seront réglées d'après t. --- Page 418 ---
jîf. 1 Ejjai sur T a dm inîjîra;i on nature des affàires qui oi1t le plus commimémen?
lieu à Saint-Domingue. Les crimes qui exigent une punition prompte,
pu qui sont indignes de la faveur de l'appel, ou
qui font commis par des personnes d'une condition vile & méprisable , enfin tous les crimes
désïgnés sous le nom de' cas Prevôtaux ou Presidiaux, seront jugés souverainement par les Officiers
de la Préfecture Provinciale.
sur T a dm inîjîra;i on nature des affàires qui oi1t le plus commimémen?
lieu à Saint-Domingue. Les crimes qui exigent une punition prompte,
pu qui sont indignes de la faveur de l'appel, ou
qui font commis par des personnes d'une condition vile & méprisable , enfin tous les crimes
désïgnés sous le nom de' cas Prevôtaux ou Presidiaux, seront jugés souverainement par les Officiers
de la Préfecture Provinciale. 1 ' La Jurisdi£Hon à laquelle on donne ce nom dans
la Province Antonine, n'aura pas lieu dans la Capir de de la Province de Lartibonire qui sera le
siég? du Parlement du département d'Aïti. Elle y
sere ramplacée par la Chambre des Requêtes du
Parais qui fera présidée par le Vice-Préiiderit de
la Province (i) & qui n'aura point d'autres attributions > indépendamment des Committimus, que
celles accordées aux simples Préfeé1:ures des Cités. La Capitale de la Province Françoise serait seule
susceptible d'une Jurisdi&ion semblable à celle que ( ) Ce Vice-Prérident pourra être un Membre du Parlement : on Cent bien au reste que l'attribution que l'on
donne ici à la Chambr: des Requêtes du Palais n'a d'autres
motifs-que d'éviter là multiplicité des Juges & des Jurisdiçi
tions dans Un même lieu. --- Page 419 ---
des Colonies Françotfesl j ç1 D 4. 1 on vient de proposer pour la Capitale de la Pro-,
vince Antonine.. CoM POSIT I ON DES MUNI l PALITES? Dans chaque chef-lieu des Cités, excepté à An-'
tonina, les Officiers municipaux seront au nombre
de quatre Echevins, d'un Procureur-Syndic, d'un
Secrétaire-Greffier & d'un Trésorier ou Receveur. Il y aura en outre huit Notables Habitans , lesquels composeront tous ensemble avec les anciens
Echevins qui sortiront de charge, le Conseil Général de la Cité. ( 1 ) Le Procureur-Syndic le Secrétaire-Greffier B4
le Trésorier n'auront point de voix délibérative
dans les Assemblées générales ni dans le Bureau,
ordinaire des Echevins. Il sera défendu au Commandant de la Cité de
s'immiscer dans l'administration des affaires municipales. Toutes les Assemblées de la Cité tant générales ( i ) La population des Colonies étant composée d'hommes libres, d'affranchis & d'enclaves , il conviendra de
statuer d'une maniéré formelle sur l'état des personnes „
£c d'indiquer celles qui pourront être adoptées dans la
Çlaslc des Notables. , --- Page 420 ---
56 - Essai sur tAdminijlration que particulières feront convoquées à la diligence du
Procureur-Syndic, par le premier Echevin qui
fera toujours le plus ancien & qui présidera. Le
Procureur-Syndic fera dans ces Assemblées les réquisitions nécessaires & y exercera les fondions du
ministere public. Les affaires courantes & l'administration ordinaire feront traitées dans le Bureau des Echevins,
& les affaires extraordinaires qui intéresseront le
général des habitans de la Cité, telles que la demande de nouveaux droits d'oétroi ou continuation
de ceux qui sont déja établis, les redditions de
comptes du TréCorier & les dépenses au-dessus de
mille livres argent des Isles -, les délibérations pour
intenter des Procès ou pour y défendre & autres
affaires importantes seront traitées dans le Conseil
général.
inaire feront traitées dans le Bureau des Echevins,
& les affaires extraordinaires qui intéresseront le
général des habitans de la Cité, telles que la demande de nouveaux droits d'oétroi ou continuation
de ceux qui sont déja établis, les redditions de
comptes du TréCorier & les dépenses au-dessus de
mille livres argent des Isles -, les délibérations pour
intenter des Procès ou pour y défendre & autres
affaires importantes seront traitées dans le Conseil
général. Le temps de l'execice des Echevins sera de
quatre années, ensorte que tous les ans il en sortira
un & il s'en élira un nouveau , sans que ledits
Echevins puissent être continués ou nommés qu'après un temps égal à celui de leur exercice , si
ce n'est par la permission expresse du Roi : le Procureur-Syndic , le Greffier & le Trésorier seront
pareillement nommés pour quatre ans : ils pourront être continués autant de fois que le bien da
service paraîtra l'exiger. --- Page 421 ---
« des Colonies Fr an golse s.' $1 Les Echevins prêteront serment entre les mains
du Préfet de chaque Cité. Les huit Notables Habitans feront élus par la voie
du scrutin par le Conseil général, parmi les Officiers des Jurisdictions, les Avocars & principaux
habitans de la Cité ,(t) lesquels Notables composeront, ainsi qu'il a été dit plus haut, avec le
Corps municipal & les anciens Echevins , le Conseil
général de la Ciré j ils exerceront les fondions de
leurs places pendant quatre ans, ensbrte qu'il en
sortira deux tous les ans. \ On procédera chaque année avant- le zo Décembre à l'éle&ion d'un Echevin & de deux Notables pour remplacer ceux qui sortiront d'exercice ;
cette élection se fera par scrutin dans une Assemblée
du Conseil général ; il en sera usé de même
lorsqu'il y aura lieu de procéder à l'éleétion du Pro- (1) Le Peuple se renouvellant sans cesse dans nos Colonies
par l'instabilité que le Commerce y donne aux richesses ,
cette fermentation y attire beaucoup de mauvais Sujets.
Mais cette classe d'hommes n'aura aucune influence
dans une Administration qu'on laissera aux Propriétaires,
ainsi qu'aux Officiers de Juflice : d'où il s'ensuivra, comme on l'a dit dans la Note précédente, la nécessité de
diviser tous les Habitans par classes, --- Page 422 ---
jS Essai sur C adminyrat;on cureur-Syndic, du Secrétaire & du Receveur : les
Osficiers & Notables nouvellement élus entreront
en exercice le premier Janvier, & les Notables
prêteront serment entre les mains de l'Echevin qui
présidera le Corps municipal, Les Echevins seront toujours choisis parmi les
Notables, tant anciens qu'en exercice, ou parmi
les anciens Echevins. Le Procureur-Syndic le Secrétaire-Greffier & le Trésorier-Receveuripourront être
pris dans différentes classès d'Habitans. Le Trésoriec
ne pourra entrer en exercice qu'après avoir donné un
cautionnement tel qu'il sera fixé dans une AiTembléç
générale. Pour prévenir toutes les difficultés qui pourroient s'élever relativement à la premiete élection
des Officiers municipaux, il y sera pourvu par
le Roi pour cette fois seulement, & sans tirer à
conséquence. Les Officiers municipaux de la Cité Anttmine
feront au nombre de cinq , & nommés par l'Admis
nistration Provinciale, attendu que ces Officiers
formeront toujours partie de la commission intermédiaire qui aura lieu d'une Assemblée Provinciale à l'autre: le temps de leur exercice durera
cinq ans.
relativement à la premiete élection
des Officiers municipaux, il y sera pourvu par
le Roi pour cette fois seulement, & sans tirer à
conséquence. Les Officiers municipaux de la Cité Anttmine
feront au nombre de cinq , & nommés par l'Admis
nistration Provinciale, attendu que ces Officiers
formeront toujours partie de la commission intermédiaire qui aura lieu d'une Assemblée Provinciale à l'autre: le temps de leur exercice durera
cinq ans. --- Page 423 ---
des Colonies Françoises. 5e -., FONCTIONS DÈS OFFICIERS MUNICIPAUX. On considérera les, Echevins des Cités de la Province Antonine comme Officiers municipaux, 8ç
de plus comme Officiers choisis pour veiller à la
tutelle des mineurs & pour délibérer dans les affaires
qui concerneront leurs biens ; comme Assesseurs &
Conseillers nés des Préfets en matiere Criminelle
seulement, & enfin comme Ministres des contrats
passés entre les habitans de leurs Cités, 10. En qualité d'Officiers municipaux ils feront
Àdministrateurs nés des biens & affàires de leurs
Cités & auront en conséquence la régie des ourdis :
ils èn arrêteront les comptés dans une Assemblée
générale que les Receveurs présenteront au Parlement de Royal Aïri ; ils seront les tuteurs nés
des enfans dont les peres & meres seront morts
domiciliés dans l'étendue de leurs Cités, & qui
n'auront point nommé de tuteurs par testamenr. La tutelle testamentaire aura lieu dans la Province Anronine ; mais la tutelle légitime ne sera
en usage qu 'à défaut de la premiere, & sera restreinre aux seuls peres & meres des pupilles. . kes Officiers municipaux pourront régir euxk --- Page 424 ---
6o Essai sur l'Administration mêmes les biens des mineurs dont la tutelle leur
fera dévolue \ mais ils seront aussi autorisés à établir des tuteurs subalternes qui feront chargés des
détails de la gestion de la tutelle. Les tuteurs subalternes seront tenus de donner
caution & de commencer leur administration par
un inventaire exact & circonstancié de l'habitation
ou des autres biens des mineurs. Les tuteurs en chef pourront saire vendre pardevant eux les effets des successions appartenantes
à leurs mineurs. Les tuteurs subalternes rendront compte tous les
ans aux tuteurs en chef, & même toutes les fois
qu'ils en seront requis : Les Officiers municipaux
ne rendront compte aux mineurs que quand ils
feront sortis de tutelle. Si les mineurs sè trouvent lésés dans le compte
qui leur aura été rendu par les tuteurs en chef,
ils Ce pourvoiront par. appel soit à la Préfeaure
Provinciale, soit au Parlement pour leur être fait
droit. Pour justifier ces dispositions nouvelles, il suffit de
remarquer que les tuteurs des mineurs Créoles de --- Page 425 ---
des Colonies Françoises, 61 Saint-Domingue peuvent être rarement choisis entre
les parens de ces mineurs ; que leurs biens étant
en général plus considérables que ceux des enfans
mineurs en France, ils excitent davantage la. cupidité des particuliers à qui ils font consiés, ( i)
feaure
Provinciale, soit au Parlement pour leur être fait
droit. Pour justifier ces dispositions nouvelles, il suffit de
remarquer que les tuteurs des mineurs Créoles de --- Page 425 ---
des Colonies Françoises, 61 Saint-Domingue peuvent être rarement choisis entre
les parens de ces mineurs ; que leurs biens étant
en général plus considérables que ceux des enfans
mineurs en France, ils excitent davantage la. cupidité des particuliers à qui ils font consiés, ( i) L'Auteur des Considérations sur Saint-Domingue
annonce qu'on trouvera à la fin de son Ouvrage
les précautions qui lui ont paru les plus sages pour
ne laisser subsister aucun détordre dans la gestion
des Tutelles. Si la derniere partie de cette Ou-!
vrage a été exécutée , elle n'est pas venue à la
connoissance de l'Auteur de cet Ecrit : en atten- ;
dant il est persuadé que la Loi qui attribueroic
à un Corps d'Officiers respectables la garde &
la tutelle des mineurs - de son district, opéreroÍt le
plus grand bien dans nos Colonies où il eLl temps (J) En France un Tuteur qui retientles fonds de Ces Plfpilles en est assez puni par les intérêts & intérêts des
intérêts qu'il est forcé de payer. Au lieu qu'à Saint-Domingue il ne paye qu'à raison de cinq pour cent l'intérêt
des capitaux qui peuvent produire quinze pour cent. H
saut par conséquent veiller de plus près à Saint-Domingue Cur 1*Ad rniniftration des tutelles qu'on ne le fait en
France , & se rendre plus sévere sur l'apurement des
comptes. Considérations sur Saint-Domingue, Tom. 2, --- Page 426 ---
:&1 Essai sur t l',4d m * inifltàtioà enfin de mettre un fréin à l'avidité & à ;1a mauvaisefoi de plusieurs individus. - La même disposition devra avoir lieu pour ce
qui regarde les curateurs aux successîons vacantes.. Ces places Font très-lucratives : on prétend que
les avantages secrets que l'on peut cirer du maniement de la caisse, du brocantée des papiers 6c
rdes intrigues particulieres sont immenses. Les détails
-des manœuvres que se permettent les pourvus de
Ces places sont affiigeans, &c l'on doit être surpris
qu'un pareil brigandage n'ait point encore excite
l'attention du Gouvernement. - - ' Il fera donc très-convenable de rendre les Offitiers municipaux de chaque Cité depositaires des
biens vacans, jusqu'à la réclamation Juridique que
' les héritiers peuvent en faire. Les curateurs subalternes que les Echevins seront obliges d'employer,
: ne pourront jamais être Receveurs en même temps;
il leur sera attribué à chacun quatre pour cent du
montant des reçouvremens effectifs i 8c ils rendront
compte tous les six mois de leurs gestions aux Offi*
eiers municipaux. 2°. On a dit ci-dessus qu'il falloir considérer les --- Page 427 ---
des Colonie Françoisesl 6 $ Officiers municipaux comme Assesseurs & Conseillers
nés en matiere Criminelle des Préfets des diflèrentes Cités de la Province. Ce peu de mors dit tout : ils ne feront en matiere Criminelle que ce que font en France les Confeillers d'un Bailliage ou d'un Présidial. Cette difposition rappellera en partie le temps où les François
etoient jugés dans les plaids de leurs Cités par
leurs concitoyens. On rie voie pas quel inconvénient
elle pourroit avoir puisque les Officiers du Roi
feront toujours les premiers Juges du Tribunal. ( i '
des diflèrentes Cités de la Province. Ce peu de mors dit tout : ils ne feront en matiere Criminelle que ce que font en France les Confeillers d'un Bailliage ou d'un Présidial. Cette difposition rappellera en partie le temps où les François
etoient jugés dans les plaids de leurs Cités par
leurs concitoyens. On rie voie pas quel inconvénient
elle pourroit avoir puisque les Officiers du Roi
feront toujours les premiers Juges du Tribunal. ( i ' ( i) ,On ne peut s'empêcher,de regretter ici les anciennes
formes de la Monarchie,. Ce sysiême de Gouvernement
qui avoit triomphé.de la férocité des vainqueurs des Gaules, CHARLEMAGKE en reconnut toute la bonté. Il entres
prit de le .rétablir , & il y réussit. La Juffice qui dirigea
ej 1 exercice de la jurisdiâion fut rendue aux Plaids des
» Cités qui tous se trouverent en état de délibérer suries
o.. délits ou sur les torts de leurs Membres. Le droit de
a» commander faisoit partie de la puissance publique, mais
» le dçvoir de juger appartenoit à la Commune. Elle
a» éclairait, dirigeoit l'autorité qu'elle étoit obligée d'implorer. SJ »» On retrouve fous Charlemagne l'application perpéi, tuelle de cet ancien principe que les Romains avoient
j» si bien connu, & sur lequel ils s'étoient toujours fondés $ --- Page 428 ---
64 ,Essai sur l'Adminijîration Le Préfet ou son Assesseur ne pourra jamais
instruire ou juger une affaire en matiere Criminelle, qu'il ne foit assiflé de quatre Assesseurs, dont
trois Officiers municipaux ; c'est-à-dire que les
Echevins auront voix délibérative , tant à l 'Audience qu'à la Chambre du Conseil, dans ce cas
seulement. 3°. Il reste encore à considérer les Echevins
sous les rapports d'Officiers préposés pour la réception » pour séparer sans cesse l'autorité de punir d'avec le der
» voir de juger, qui n'efl , après tout, autre chose que ce-
» lui de convaincre. Chez ce peuple le Magistrat ne ju-
» geoit point ; il ordonnoit de juger. Eum qui judicare
si jubet Magijlratum ejje oportet : parce qu'il importe a
la sureté du Genre-Humain que celui qui a la puir-
» sance ne puisse jamais disposer de la régie. Celle ci
» étoit entre les mains des Juges, le Magistrat exerçoit
:n celle-là. ™ Disc. sur l'Hiss. de France , Tom. 7. page
& suiv. Cet ancien Principe de la Céparation de l'autorité de
punir d'avec le devoir cie, juger, fut de nouveau anéanti
par l'Anarchie féodale. Combien il seroit intéressant d'y
v ramener la Nation 1 Quel parti le Gouvernement n'en
redreroit il point pour la deftruétion des abus des Justices Seigneuria,les! &c. &c. ^ --- Page 429 ---
âts Colonies Françoises. - 65 S des contrats & autres accès pasïcs entre les habitans
de chaque Cité.
punir d'avec le devoir cie, juger, fut de nouveau anéanti
par l'Anarchie féodale. Combien il seroit intéressant d'y
v ramener la Nation 1 Quel parti le Gouvernement n'en
redreroit il point pour la deftruétion des abus des Justices Seigneuria,les! &c. &c. ^ --- Page 429 ---
âts Colonies Françoises. - 65 S des contrats & autres accès pasïcs entre les habitans
de chaque Cité. On sait qu'anciennement les Juges étoient cii
France les seules personnes publiques dont la préfence & la signature pouvoient. donner aux a6tes un
caraétere d'authenticité"! L'esprit de finance qui a tout bouleverse . dans
les charges de Judicature, n'a pas manqué de faire
exclure la plupart des Juges du droit de recevoir
à l'avenir aucun contrat volontaire & de l'attribuer éxelusivement, moyennant finance , aux N07
taires. L'Édit de François Premier de 1541 constitue à cet égard le dernier état des choses. Il nous
reste cependant encore dans la f landre & ie Hainault François des traces de l'ancien droit qu'il
est à délirer que l'on puisse adopter dans nos Colouies. Dans un pays & sous un climat ou les paflïong
ont toùte leur énergie, ce sera un frein salutairé
& puîssànt que d'obliger les citoyens de paner toutes
leurs consentions devant les Officiers de la Cité*
& d'exiger en quelque sorte le concours des té«j
moignages des habitans. les translations quelconques de propriété , les --- Page 430 ---
1- -1 Essai sur l'Adminiftraticn testamens, les conventions même de mariage, tous
ces actes seront du r efsort de ces Officiers. Les Procureurs du Roi des Préfe8:ures ou leurs
Substituts feront seuls les fondions de partie publique tant au Civil qu'au Criminel, & veilleront
aux intérêts des mineurs : les Procureurs. Syndics
borneront les leurs aux seules affaires municipales.
Ils seront en outre les correspondans ou les Subdélégués de l'Intendant de la Province. Un des grands avantages qui doit résulter de
ces nouveaux principes d'ordre dans nos Colonies,
est celui d'attacher les propriétaires d'habitations
dans leur Patrie, en leur procurant quelques occupartons publiques dont ils se croiront honorés.
« Cette petite part à fadminist ration, dit M. Nec-
* ker, releve le patriotisme abattu, & porte vers le
» bien de l'Etat une réunion de lumiere & d'activité
n dont on éprouve les meilleurs effets. On objectera peut-être , que le patriotisme est
nul dans les Colonies, qu'il n'y a jamais eu d'esprit
public ; que le Colon ne cherche qu'à s'enrichit
promptement, pour venir en Europe jouir de ses
richesses accumulées On conviendra que
ces objections ne sont malheureusement que trop
réelles : mais quelle eû la cause de cette insouciance --- Page 431 ---
des Colonies Françoises. -6 E Z du Colon pour une Patrie qui renferme la source
de ses jouissances } Weil-ce pas la nature de sou
Gouvernement qui le dégoûte sans cesse du théâtre
de sa fortune ? Quelle relTource lui resse-t"il pour
l'éducation & l'établiflemenc de ses enrans ? de quelle
considération y jouir.il ? quels sont les Administrateurs qui jusqu'à présent ont été envoyés pour conduire ces régions lointaines i n'ont-ils pas été pour
la plupart des hommes vains ou corrompus choisîs
par l'intrigue ou par l'ignorance ?
pas la nature de sou
Gouvernement qui le dégoûte sans cesse du théâtre
de sa fortune ? Quelle relTource lui resse-t"il pour
l'éducation & l'établiflemenc de ses enrans ? de quelle
considération y jouir.il ? quels sont les Administrateurs qui jusqu'à présent ont été envoyés pour conduire ces régions lointaines i n'ont-ils pas été pour
la plupart des hommes vains ou corrompus choisîs
par l'intrigue ou par l'ignorance ? Le but de toute administration est de procurer le
bien-être des Peuples, de les faire jouir des droits
^ qui leur appartiennent, & de les garantir de toute
opprelîion. Il ne faut pas espérer que ce but soie
jamais rempli à l'égard de nos Colonies, si une
constitution réguliere n'organise pas leur gouvernement; si on ne fonge à leur former le régime
le plus capable de plaire qu'il (oit possîble, sans
choquer les intérêts de la Mere-Patrie. Les Créoles
touchés des marques d'estime & de confiance
qu'elle leur donnera, s'attacheront à leur sol, se
feront un bonheur d& l'embellir & d'y créer toutes
les douceurs d'une société civilisée: ils n'auront plus
cet éloignement pour la France, dont le reproche
est une accusation de dureté contre Ces Ministres. ( 1 ) ( 1 ) Hist. Philos, des deux Indes, Lir. 13. Tom. 5. , --- Page 432 ---
- '4 S Essai sur rAdminiJlration r « Quoi de plus propre 3 dit encore M. Necker *
.» à exciter le patriotisme que des Administrations
; » Provinciales, où chacun peut à son tour espérer
« d'être quelque chose, où on apprend à aimer
» & à connoître le bien public, & oll l'on forme
* » ainu de nouveaux liens avec la Patrie 2 » Cest à une Administration Provinciale sans doute
qu'est réservée la prospérité & le bonheur de nos
Colonies : à l'aide de cette institution simple, elles
parviendront à se former une constitution d'après
laquelle les choses qui doivent se faire pourront se
'faire d'elles-mêmes,& sufficaminent bien sur les lieux,
sans que' les Ministres ou leurs Bureaux soienc
obligés de ramener sans cesse à eux , l'adminiftration des moindres détails j & (ans qu'ils aient
bésoin d'y concourir autrement que par la protection générale que le Gouvernement doit à tous
: les citoyens.
, elles
parviendront à se former une constitution d'après
laquelle les choses qui doivent se faire pourront se
'faire d'elles-mêmes,& sufficaminent bien sur les lieux,
sans que' les Ministres ou leurs Bureaux soienc
obligés de ramener sans cesse à eux , l'adminiftration des moindres détails j & (ans qu'ils aient
bésoin d'y concourir autrement que par la protection générale que le Gouvernement doit à tous
: les citoyens. ASSEMBLÉE PROVINCIALE. L'Assemblée Provinciale de YAntonine sera compose de l'Evêque d'Antonina & de deux autres Membres du Clergé de la Cathédrale, de quinze Membres de 1a Magistrature » ravoir, quatre pris paxroi --- Page 433 ---
des Colonies Françoises, \ 69 , « A les Officiers de la Préfecture Provinciale , non
compris le Président; un Député de chacune des
onze autres Préfeftures de la Province , qui sera
pris parmi le Préfet, son Assesseur, l'Avocat & le
Procureur du Roi ; des cinq Officiers municipaux
de la Ciré Antonine ; d'un Député choisî entre
les Officiers municipaux de chacune des onze autres Cités , & enfin d'un Député pris parmi les
huit Notables Habitans aussi de chaque Cité, à
l'exception de celle d'Antonina ; ce qui formera
en tout quarante-cinq Membres qui seront chargés %
autant qu'il plaira au Roi, de la Régie générale
des Octrois qu autres Impositions quelconques qui
auront lieu dans la Province. Cette Assemblée traitera en outre, de. tout ce qui concernera la popula"
tion , les défrichemens,l'agriculture, la navigation,
le commerce extérieur & intérieur : la communication de la Province Antonine avec les autres
Provinces, ou par des chemins ou par des canaux;
rétablinfement des differens travaux à faire aux
ports, foit pour en former de nouveaux , ou entretenir les anciens; la (alubrité de l'air, la défenl6
des côtes & de l'intérieur du pays (1) : enfin de ( 1 ) Un Ordre du Roi du 25* Septembre 1741, exige o
rapport d'une Délibération des Principaux Habitans sur ~
milité & la nécessité des ouvrages dç fortifications & au res. --- Page 434 ---
70 Essai sur ladmi'niflration tous les moyens nouveaux de prospérité qu'une
Province peut développer. En un mot les fonctions de ces Administrateurs s'étendront sur tous
les objets dont étoient chargés les Conseils Supérieurs réunis en Assemblée Nationale & la Chambre
d'Agriculture du Port-au-Prince, conformément au
Réglement du 14 Mars 1763. (i) L'Assemblée Provinciale présidée par celui de
(es Membres que le Roi choisira chaque -fois aura
lieu tous les deux ans & ne poutrà durer plus d'un
mois : les suffiages y seront comptés par tête, & le
Roi y fera connoître ses volontés par l'Intendant &
un des Commandans en chef de la Province qu'il
nommera ses Commissaires & qu'il chargera de
ses instrudtions. - On ne fait mention ici de cet Ordre que pour prouver que
le Minifière a quelquefois pensé qu'il étoit bon de consulter dans certaines occasions le voeu & le témoignage des
Habitans des Colonies. Mais on peut croire que cet Or-
- dre du Roi a eu rarement son exécution.
Roi y fera connoître ses volontés par l'Intendant &
un des Commandans en chef de la Province qu'il
nommera ses Commissaires & qu'il chargera de
ses instrudtions. - On ne fait mention ici de cet Ordre que pour prouver que
le Minifière a quelquefois pensé qu'il étoit bon de consulter dans certaines occasions le voeu & le témoignage des
Habitans des Colonies. Mais on peut croire que cet Or-
- dre du Roi a eu rarement son exécution. (1) On juge bien d'après cette derniere disposition que la
Chambre d'Agriculture sera supprimée , au moins pour ce
qui concernera la nouvelle Province : on a vu plus haut
que le Parlement ne pourra jamais se mêler des objets qui
concerneront l'Assemblée Provinciale. --- Page 435 ---
des Cctonies Françoises, 7 il E 1k t Dans l'intervalle, des Assemblées il y aura ua
Bureau d'Administration composé du quart environdes Membres de l'Assemblée Provinciale; ravoir,
de l'Evêque d'Antonina, d'un Membre de la Préfeaure Provinciale au choix de l'Allèmblée » des
cinq Echevins de cette Ville & de trois aurres
Membres choisis parmi lee Officiers municipaux ou
Notables qui se feront trouvés à FAflsemblée; da.
Procureur-Général-Syndic & d'un Secrétaire : lequel
Bureau suivra tous les détails relatifs aux objets
confiés à la direction de l'Assemblée Provinciale >
aux délibérations de laquelle il sera tenu de se
conformer, 8c de lui rendre compte de toutes ses
opérations. Il aura une attention particulière aux Régtemens
sur le commerce. Aucune dépense déterminée par ladite Assemblée ou le Bureau d'Administration, ne pourra avoir
lieu si elle n'est expreflfément autorisée par le Roi ^
sâus toutefois les frais indispensables & ordinaires,
de l'Admtnistration dont la somme sera fixée. Il sera permis à l'Assemblée , ainsi, quyau Bureau.,
d'Administration intermédiaire, de faire en tout
temps au Roi telles; représentations qu'ils aviseront --- Page 436 ---
y i Ejjui sur tAâminijlration de lui proposer les Réglemens qu'ils croiront
justes & utiles à la Province. L'Intendant pourra prendre connoissance des
eiverses délibérations de l'A d'emblée1 Provinciale
du Bureau d'Administration , toutes les fois
qu'il le croira convenable pour le service du Roi
& le bien des habitans de la Province. Ce sera dans l'A tremblée, Provinciale seule qu'il
fera délibéré sur les constrtï&ions & entretiens des
routes & autres ouvrages ou édifices publics. Elles
ne pourront être ordonnées que par le Ministre
ayant le département des Colonies sur l'avis, de l'Inpendant de la Province. Le Président de l'A emblée qui sera nommé
çhaque fois par le Roi, aura 'pour assistant l'Evcque
d'Anegnina & le Député des Officiers de la Préfeaure Provinciale : si c'est l'Evêque ou le Député
qui soit désigné Président de l'Afremblée , il fera
remplacé comme assistant par le plus ancien Echevin
de la Cité Antonine. Le Président ne pourra former
aucun Comité ou aucun Bureau pour faire l examen
pu le rapport de quelqu'objet d'administration que
çé fok, sans le concours des deux assistans.
Anegnina & le Député des Officiers de la Préfeaure Provinciale : si c'est l'Evêque ou le Député
qui soit désigné Président de l'Afremblée , il fera
remplacé comme assistant par le plus ancien Echevin
de la Cité Antonine. Le Président ne pourra former
aucun Comité ou aucun Bureau pour faire l examen
pu le rapport de quelqu'objet d'administration que
çé fok, sans le concours des deux assistans. Qn remarquera sans doute que le Çlerge etanç --- Page 437 ---
., des Colonies Françoises. 7 » propriétaire d'habitations dans la Province, il est
raisonnable de le faire participer à l'Administr'atioq'
municipale : « Ce n'est pas de l'énergie de l'intérêt
» personnel que dépend l'observation des devoirs
>> imposés aux Adrninittrations Provinciales. * Cet
*? esprit pourrait paroître le pjus essentiel si ce?
v Administrations étoient appellée? à traiter aveç
"1 le Souverain de la quotité des tributs
« Ce qu'il faut pour remplir dignement de pareilles
»? fondions, c'est un esprit de sagesse & d'équité;
» ce font des lumieres & de l'application, & fous
v ce rapport, le seul véritable , on ne pourroic avec
» raison exclure d'une Âdministrarion Provinciale
», l'un des Corps de l'Etat le plus instruit & celui
J> qui est encore uni par un plus, grand nombre
>> de liens aux 4evpirs de la Justice & de la Bien-
» raisance. De ce nouvel. ordre de choses il s'ensuivra néeeflairement une meilleure Administracion des Fipances : l'Anfernblée Prqvinciale fournira abondamment à tous les frais dès qu'elle aura cette
"parrie à sa disposition : alors les Troupes seront
régulierernent payées, les fortifications nécessàires
jnieux vues & mieux entretenues fous l'inspection î De l'Administration des Finances, Tom. z. Chap. 7i --- Page 438 ---
74 :£ffai ssir ?ddminifration des Administrateurs en chef eux-mêmes : elle s occupera essentiellement de tous les genres d amé-
,Iioration dont la Colonie pourra être susceptible :
il s'ouvrira des chemins commodes de tous les cotés,
les marais feront desséchés, on creusera un lit aux
torrens, celui des rivieres sera redresse, & l'on
construira des ponts qui assureront les communications. * Les jeunes Créoles recevront une
instruction nationale dirigée dans des vues politiques & sur des principes uniformes : enfin avec
le secours de l'Administration Provinciale, le Gouvernement saura avec certitude quelles sont les
richesses de la Colonie, quelles sont ses forces de
Ces ressources ? l'état de son commerce, &c. Il sera
moins trompé dans la connoissance de tous ces
objets, & l'autorité du Roi ne sera dans aucune
Colonie plus respectée que dans la Province Antoninc.
recevront une
instruction nationale dirigée dans des vues politiques & sur des principes uniformes : enfin avec
le secours de l'Administration Provinciale, le Gouvernement saura avec certitude quelles sont les
richesses de la Colonie, quelles sont ses forces de
Ces ressources ? l'état de son commerce, &c. Il sera
moins trompé dans la connoissance de tous ces
objets, & l'autorité du Roi ne sera dans aucune
Colonie plus respectée que dans la Province Antoninc. * Hiss. Philos. des deux Indes, TomV III. Lir. 13. --- Page 439 ---
, des Colonies Françoises. " 7% • DU GOUVERNEMENT MILITAIRE. \ T
o u T pouvoir a sa régle ; mais celui qui n'a
point de frein s'en écartera souvent, & tout Commandement Militare qui disposera de l'Admiiiiflration civile finira par être arbitraire & tyranique. Le Gouvernement s'est prodigieusement trompe
quand il a rendu l'état Militaire le principal appui
de sbn autorité dans les Colonies. A la vérité les'
premiers Chefs Militaires furent des citoyens ver1 tueux qui n'employèrent leur autorité que pour
la prospérité des établissemens naiflâns : mais les
abus que quelques-uns de leurs successeurs on faits
de cette autorité illimitée ont été si révolrans &
si multipliés, que lè ministere a été obligé de la
limiter aux Troupes réglées en garnison dans nos
Colonies. L Arrêt du Conseil d'Etat du 11 Mars
1762 & l Ordonnance du premier Février 1766
forment le dernier droit public en cette partie -
& il est expredement enjoint aux Chefs Militaires
de prêter main-forte à l'exécution des Jugemens
civils, & défendu de connoître de l'administration
de la Justice. --- Page 440 ---
7 6 Essai sur l'Administration Cependant au mépris de ces Loix, les GQUverneurs n'ont pas celle de se croire & d'agir en
sèuls maîtres indépendans des régies & même des
volontés du Gouvernement. Les Jugemens Civils
n'en ont guères été p1us libres ni plus respectés, & il
arrive encore quelquefois qu'une Sentence d'un Sénéchal ne peut être mise à exécution que sous le
bon plaisir du Chef Militaire. Toutes les branches
de l'Administration sont dans le ¡pême cas, ensorte
que le sort des Colonies est peu changé. Ces inconvéniens auront toujours lieu, tant que
le pouvoir de l'Administration fera concentré dans
les mains d'un Gouverneur Lieutenant Général. Dépositaire d'un pouvoir absolu & inconnu dans les
principes du Gouvernement François , il est libre
de s'en arroger toutes les fondions qui peuvent
l'étendre ou l'exercer ; & si ce Gouverneur Militaire est ignorant, il l'abandonne à la discrétion
de subaltemes la plupart corrompus, qui le trompent ou qui l'égarent. « Or on doit bien se
» garder, dit le Président de Montesquieu, d'artri-
» buer des fondions civiles à des hommes pareils;
» il ne faut pas qu'ils aient en même temps la
» confiance du peuple & le pouvoir d'en abuser. »
'étendre ou l'exercer ; & si ce Gouverneur Militaire est ignorant, il l'abandonne à la discrétion
de subaltemes la plupart corrompus, qui le trompent ou qui l'égarent. « Or on doit bien se
» garder, dit le Président de Montesquieu, d'artri-
» buer des fondions civiles à des hommes pareils;
» il ne faut pas qu'ils aient en même temps la
» confiance du peuple & le pouvoir d'en abuser. » On. n'a pas assez fait pour les Colonies en y
établissant des Intendans qui devoient balancer les --- Page 441 ---
les Colonies Françoists; 77 Commandans *, on sait assez ce qu'ont été & ce
que peuvent être la plupart des Intendans des
Colonies. Aucune des mesures qui ont été prises jusqu'à
présent pour leur administration n'aura d-essèt, à
moins que le Gouvernement n'adopte & ne suive
avec fermeté un systême qui puissè leur procurer:
l'exercice libre d'une Justice impartiale, réprimer
le despotisme des Chefs Militaires, & assurer aux
Colons une administration fixe & indépendante
des volontés particulières. On croit que le plan
proposé dans cet Ecrit peut contribuer à mettre
en pratique un pareil systême, si on s'attache lurtout à apporter beaucoup de scrupule & d'atten-^
tion dans le choix des coopérateurs. S'il n'étoit possible de s'assurer des Colonies qué
par un Gouvernement violent & absolu , ca il
» vaudroit mieux , dit un Philosophe, que la terre
» restât dépeuplée, ou peu habitée, que de voir
» quelque Puissànce s'étendre pÓur le malheur
" des Peuples. » Le pouvoir Militaire sera donc restreint dans la
Province Automne au seul commandement des
Arme:. --- Page 442 ---
7 3 Essai ssir l'Aministration Les dispositions de l'Arrêt du Conseil du 11 Mai
1761 & de l'Ordonnance du 1 er Février 1766.
feront la ba(e de cette autorité : les objets de ce
commandement étant d'une trop grande conséquence pour les laisser à la discrétion des Comjnandans, ils seront clairement définis & circonccnts de maniere à éviter toute espece d'abus , de
prétentions & de tracasseries. Le mauvais systême
de gouvernement de nos Colonies vient en partie
de ce que ces Commandans- Généraux ou particuliers jaloux de se faire valoir & de paroître des
sujets importans , se sont quelquefois fait un jeu
de tromper le Ministere. ( 1 ) Le commandement des armes fera exercé en
chef dans le département d'Aïti par un Commandant-Général de l'Infanterie & un Commandant- Général de la Cavalerie, dont le premier
en grade ou le plus ancien au ser vice commandera
le fécond dans le cas où ils (croient l'un & l'autre
en activité de (èrvice; ce qui dépendra toujours de
la volonté du Roi. ï (1) Voyez à ce sujet l'Anecdote de la Forteresse de Sainte
Joseph dans le 4-me, Discours des Considérations sur la Colonie de Saint-Domingue, Tom. t. pag. 168.
Commandant- Général de la Cavalerie, dont le premier
en grade ou le plus ancien au ser vice commandera
le fécond dans le cas où ils (croient l'un & l'autre
en activité de (èrvice; ce qui dépendra toujours de
la volonté du Roi. ï (1) Voyez à ce sujet l'Anecdote de la Forteresse de Sainte
Joseph dans le 4-me, Discours des Considérations sur la Colonie de Saint-Domingue, Tom. t. pag. 168. --- Page 443 ---
des Colonies Françoises. ' 70 Chacune des trois Provinces du département
aura un Commandant en premier & un Commandant en second -, mais il n'y en aura qu'un à la
fois en activité de lèrvice sous les ordres du Commandant-Général de son département, auquel il
rendra compte , sans qu'il puisse s'abstenir en aucun
cas de rendre également compte au Secrétaire
d'Etat des Colonies. Le traitement d'un Commandant - Général en
fondions sera de S0000 liv. & celui de chacun
des Commandans de Province sera de 12 000 liv,
ceux des derniers qui seront en fondions jouiront
d'un supplément de douze autres mille livres, le tout
argent de France. \ Chaque Cité de la Province aura un Major qui
fera les fondions de Commandant particulier,
subordonné au Commandant en Chef, & dont
les pouvoirs seront fixés de maniere qu'ils ne pourront en aucun cas se mêler des affaires municipales, ou de Justice, ou des dettes civiles. (1) Ces (1) On a dit plus haut que la Jurisprudence convenable
à nos Colonies n'étoit point proprement l'objet de cet
Ecrit. Le payement des Jdettes seul feroit la matiere d'un
Ample Traité, On ne fc permettra ici que quelques ré- --- Page 444 ---
So Éssài sur ? Jirriinïjlratlorl pouvoirs seront réglés paries Loix &c non par des
Commissions qui portent plus ou moins l'empreinte
de la faveur, du crédit, ou de la brigue. Le traU
tement des Commandans de Cité sera de joeo liv.
suffi argent de France. - Le Commandant de la Province en fonctions
fera Conseiller d'Honneur né à la Préfecture d flexions à ce sujet. Si on àppliquoit à l'encouragement dé
Ja population des Negres les mêmes primes que le Gouvernement accorde pour leur Traite il en résulteroit sans
doute deux grands biens. le premier seroit d'avoir partout & peu à peu des Nègres créoles & acclimatés, 'le second , la suppression du Commerce & de la Navigation des!
Côtes d'Afrique qui éft fî déstructive de l'esgéce humaine.
jCe moyen îariroit la source des dettes. . - En supposant l'Etablissement des Municipalités & d'und
Adminiflration Provinciale dans chaque Colonie , on doit
s'attendre à voir naître une grande confiance de la part des
Colons.- Alors il seroit aise d'aVoir une Caisse publique
qui auroit pour base un plan bien calcule Elle feroit des
avances aux Habitans industrieux , soulageroit ceux qui
auroient éprouvé des fléaux ou des malheurs non mérités , &c. Enfin cette. Caisse seroit entièrement consâcrée
à l'amélioration & à ia prospérité de l'Agriculture & du
Commerce de la Colonie, nina, --- Page 445 ---
des Colonies Françoises. f il p nina i ainsi qu'il a été déjà dit plus haut ; & chaque
Major sera Conseiller né de la Jurisdiction de [a
Cité, sans que les uns 6c les autres puissent jamais
prétendre voix délibérative dans aucun cas. Ils
seront tenus en outre de faire enrégistrer leurs
Commissions au Parlement d'Aïti & au Gtefïè de
chaque Préfecture, avant qu'ils puillent faire aù-j
cune fonction de leur placcÕ
Françoises. f il p nina i ainsi qu'il a été déjà dit plus haut ; & chaque
Major sera Conseiller né de la Jurisdiction de [a
Cité, sans que les uns 6c les autres puissent jamais
prétendre voix délibérative dans aucun cas. Ils
seront tenus en outre de faire enrégistrer leurs
Commissions au Parlement d'Aïti & au Gtefïè de
chaque Préfecture, avant qu'ils puillent faire aù-j
cune fonction de leur placcÕ L'Assemblée Provinciale donnera au Roi son
avis sur la meilleure maniere de veiller à la sûreté
intérieure de la Province, sur la conservation ou
le renvoi des Milices , sur lé Corps de Marechaussée qu'il conviendra d'y établir > sa formation
sa teaue & sa subsist:ance. \ On pense qu'un Corps de Maréchaussée seroit
suffisant pour la police intérieure de la Colonie :
qu'il devroit étire composé de soixante-douze hommes
divises en douze brigades, ayant à leur tête chacune
unChes de Brigade sous les ordres d'unComtnandané -
Général : & que cette Maréchaussée ne devroit dé*
pendre que de la police générale 8c de l'administration civile. Le Commandant de la Province ers
conserverà néanmoins l'inspection. La défense de la Province sera confiée dans leî --- Page 446 ---
81 m/ai sur C Adminijîratlon reinps ordinaires à un Régiment formé à l'instant
de ceux du département de la guerre , & dont
les garniions ordinaires seront Léogane, Antonina
&' le petit port de Dona-Maria. Les garnisons
feront fous les ordres des Commandans des Cités,
& en leur àbsencè seus ceux des Officiers municipaux. Deux ou trois Compagnies d'Artillerie seront
attachées particulièrement à la défense des Côtes
de la Province. Une Compagnie de Cardes sera fixée dans l'a
ville d'Antonina pour servir auprès des Officiers
de la Prése&ure & à la police de cette Ville. L'Art Militaire est sans doute utile & même
spenfable dans nos Colonies. Mais d'après les
principes qu'on a pu remarquer dans cet Essai,
on n'exigera point qu'on joigne ici sa voix à celle
de quelques Militaires qui l'ont nommé le premier
des Arts , V Art par excellence, lart des Princes &
des Rois, & qui de-là en déduisent une prépon- '
dérance universelle en faveur de l'Etat Militaire,
sur presque toutes les branches de l'Administration
générale & particulière. Non, l'Etat Militaire n'est
point le premier des Arts que les Rois doivent
exercer : dans une Colonie bien gouvernée , l'Etat --- Page 447 ---
des Colonies Françoises. '8 f F * Militaire doit obéir aux Loix civiles & les faire
exécuter au - dedans suivant l'ordre des Juges ;
il doit concourir au-dehors à la défense des Colons.
« Né de l'injustice & du ressentiment , l'Art Mi-
» litaire conferve toujours la tache de son origine,
» & accompagne de grands maux le peu de bien
» qu'il procure : mais ces Arts conservateurs de
» la Nature humaine, l'Art de la Législation qui iak
» régner l'ordre dans les sociétés, celui de l'Agri-
» culture & celui de' l'économie qui institue &
» dirige tout ce qui peut Gontribuer au bonheur
» public, voilà les premiers Arts des Princes : qu'ils
» les protègent & les exercent dans la (incériré de
>» leur cœur, Rois & Peuples feront heureux, &
n l'Arc Militaire inutile. » *
aine, l'Art de la Législation qui iak
» régner l'ordre dans les sociétés, celui de l'Agri-
» culture & celui de' l'économie qui institue &
» dirige tout ce qui peut Gontribuer au bonheur
» public, voilà les premiers Arts des Princes : qu'ils
» les protègent & les exercent dans la (incériré de
>» leur cœur, Rois & Peuples feront heureux, &
n l'Arc Militaire inutile. » * ' * De l'Art Militaire , par M. de Keralio. --- Page 448 ---
S 4 Essai sur l'Administration DE L'INTENDANT DE LA PROVINCE ANTON IN E. I l'on ne sauroit apporter dans nos Colonies trop
de précautions contre les effets du pouvoir confié à
l'État Militaire, l'autorité & les fondions d'un Intendant ne sauroient y être déterminées d'une maniere
trop précise. Si les Colons restoîent assujettis à obéir
aveuglément à une autorité illimitée ou arbitraire , si
.la marche lente & fûre des Loix demeuroit inconnue,
si la volonté d'un Intendant, comme celle d'un
Gouverneurou Commandant en Chef, ne cessoit pas
,d'être un oracle terrible & sans interprétation, il
tiendrait dans ses mains le pouvoir dangereux de
faire révérer comme des actes de justice tout ce qu'il
lui plairoit d'ordonner. Un semblable pouvoir ne
doit jamais être abandonné à un seul homme quel
qu'il foit. L'Intendant de la Province Antonine doit être
considéré comme le premier Officier de Justice 8c
comme Commissaire du Roi chargé de veiller &
d'inspecter tout ce qui intéresse la Justice y la Police,
les Finances, la Guerre & la Marine. --- Page 449 ---
des Colonies Françoises. S 5 • * A 1 En qualité de premier Officier de Justice, c'estdire de PréGdent du Plaid Provincial d'Antonina,r Intendant ne jouira plus du pouvoir exorbitant d attirer
à lui toutes les affaires civiles ou criminelles, soie
que la Justice n'en ait pas encore pris connoissance.
foit quelles aient déjà été portées devant les Tribunanx même Souverains & de les juger avec trois
gradués: une pareille attribution est impolitique
dangereuse. ( 1 ) L'Intendant de la Province Antonine ne sera donc sous ce point de vue que ce que
sont les Chefs des Compagnies de Judicature dit
Royaume. Comme Commissaire du Roi, l'Intendant de !a
Colonie taillera un libre cours a la Justice ordinaire
& à l'Administration Municipale Toit générale foie,
particulière : il surveillera seulement toutes ces parties
ainsi que l'observation des Ordonnances , & (e
bornera au droit de rendre compte au Roi. Cet Administrateur ne doit être à l'égard de la Loi que
l'Inspectteur de Ton exécution, , & non pas soa.
Exécuteur. Le Tribunal Terrier créé par Edit du 1S Mars,
de !a
Colonie taillera un libre cours a la Justice ordinaire
& à l'Administration Municipale Toit générale foie,
particulière : il surveillera seulement toutes ces parties
ainsi que l'observation des Ordonnances , & (e
bornera au droit de rendre compte au Roi. Cet Administrateur ne doit être à l'égard de la Loi que
l'Inspectteur de Ton exécution, , & non pas soa.
Exécuteur. Le Tribunal Terrier créé par Edit du 1S Mars, (t) On asTure qu'aucun Intendant n'a jamais osé sa ~ïtfr
usage d'un pouvoir si extraordinaire, --- Page 450 ---
S 6 Essai sur r Adminijlration 1 ïj66 sera supprimé. Les objets de sa compétence
feront attribués dans l'étendue de la Province Anto.
nine, au Parlement comme Chambre des Comptes,
& seront bornés au jugement des Procès qui s'éleveront sur les clauses des concevions & à la réunion au
Domaine des terreins défrichés, &c. Les assaires
concernant toute espèce de {ervirudes en général
& les bornages des terres, seront portées devant les
Juges ordinaires & par appel au Plaid Provincial op
en la Cour. La distribution des eaux pour l'arrosement
des terres, les chemins, leurs constructions & entretiens, ainsi que ceux des ponts & aquéducs , bacs &
partages de rivieres, seront réservés aux Administrations Municipales & Provinciales; (i) & l'Intendant
n'aura sur tous ces objets que le droit d'inspection,
de Conjure ou de Semonce, & de rendre compte. La Police des grands chemins appartiendra aux
Officiers Municipaux & aux Juges ordinaires, chacun
dans l'étendue de leur Cité : celle des Negres hors des
atteliers & des maisons de leurs maîtres sera attribuée à la Maréchaussée & aux Compagnies de Police
qui pourront être établies dans quelques villes. ( j) Consulter sur tous ces objets la Déclaration du Roi du
f 5 Oâobre 1759 que les Administrateurs naonc jamais voulu faire enregifirer. --- Page 451 ---
des Colonies Françoîses. $7 F -4 Les Habitans & domiciliés ainsi que les Ecclét?
siastiques ne seront justiciables dans tous les cas que
-
des Magistrats & de la Loi. CONSEIL D'APPROVISIONNEMENT.
i Ni le Commandant ni l'Intendant ne pourront
plus permettre au besoin foit séparément fait: corijointement l'introduction de toutes fortes de denrées étrangeres, particulièrement des farines qui
sont, d'après l'Arrêt du 50 Août 1784, presque les
feules prohibées : cette introduction sera délibérée &
résolue suivant les circonstances dans un Conseil qui
sera formé de l'Intendant, du Commandant, da
Procureur du Roi & du Bureau Général d'Administration intermédiaire dans la ville d'Antonina \ le
régime prohibitif en cette partie pourra être tempère
momentanément dans les temps de guerre & autres
cas urgents, par la sagesse, c'est-à-dire l'intelligence
& la fidélité des personnes qui composeront ce
Conseil.
érée &
résolue suivant les circonstances dans un Conseil qui
sera formé de l'Intendant, du Commandant, da
Procureur du Roi & du Bureau Général d'Administration intermédiaire dans la ville d'Antonina \ le
régime prohibitif en cette partie pourra être tempère
momentanément dans les temps de guerre & autres
cas urgents, par la sagesse, c'est-à-dire l'intelligence
& la fidélité des personnes qui composeront ce
Conseil. En cas d'absence de l'Intendant, le Vice-Président
de la Province le remplacera dans toutes ses
fondions. i Malgré tout le désir que l'on peut supposer aua --- Page 452 ---
"1 - Essai sur t Administration .. Jnrendans des Colonies de faire le bien, presque
fous sç sont trompés jusqu'à présent dans le choix des
moyens : envoyés pour trois ans dans une Colonie,
fk dépourvus d'expérience, ils ont été forcés de Ce
confier à des hommes qui se donnant pour instruits,
n'avoient d'autre science que celle de flatter leur
foiblessè. Le bien public a été sâcrifié. M Si donc vous
v donnez à vos Colonies des Chefs d'une probité
» reconnue, patients, généreux, (achant estimer les
" hommes, découvrir & culriver leurs talents; si
?» vous payez bien ces Chefs & les mettez à même
» de tenir ,un grand état sans percevoir aucun droit
n onéreux sur le commerce & moins encore sur les
» folies des Colons ; si vous les y laissez long-temps
? arec une autorité entiere; enfin si fermant l'oreille
» aux plaintes 6c aux cabales des intriguans & des
a* mauvais sujets toujours soutenus dans les Cours ,
j≥ vous deshonorez, quand ces Chefs reviendront,
M ceux qui se feront enrichis dans leurs places, &
" récompensez ceux qui reviendront avec la panne-
, wtiere & la houlette ; dormez alors sur les détails ;
o ne veillez qu'aux secours principaux & au choix des
» dépositaires de votre autorité: vos Colonies se peuv pleront & se renforceront d'elles-mêmes avec un
t' rapidité dont les progrès vous étonneront ». * - % L'Ami des nommes , Toni, 1, . --- Page 453 ---
des Colonies Françoises. 89 D E L'ADMINISTRATION DE LA MARINE Dans la Province Antonine. N Intendant de Colonie doit embraser par sa
surveillance tous les objets possibles d'administration : si le Roi est le Pere de tous les Sujets de
l'Etat, on peur dire qu'un Intendant doit se regarder
comme celui de tous les habicans de la Colonie qui lui
est confiée : veiller à ce que les imposirions soi en t réparties avec équité, à l'entretien des subsistances, faire
fleurir le commerce, proposer les reglemens les plus -
convenables, faire chérir par-tout le pouvoir souverain lors même qu'il s'agit de faire exécuter des ordres
séveres; alléger le poids des corvées; encourager les
défrichemens ; répandre avec intelligence des secoars
favorables ; protéger toujours la foiblesse contre les
véxations de l'intérêt -, dédommager avec équité le
particulier qui souffre du bien général ; quelle belle
tâche ! eh combien pour la remplir il faut dç justice,
d'assiduité & de connoissances l 1
s'agit de faire exécuter des ordres
séveres; alléger le poids des corvées; encourager les
défrichemens ; répandre avec intelligence des secoars
favorables ; protéger toujours la foiblesse contre les
véxations de l'intérêt -, dédommager avec équité le
particulier qui souffre du bien général ; quelle belle
tâche ! eh combien pour la remplir il faut dç justice,
d'assiduité & de connoissances l 1 Qui croiroit que des obligations aussi multipliées
Bc aussi importantes ont presque toujours été confiéçs entre les mains d'un Commissaire de la Marine, --- Page 454 ---
«K> Essai sur 1'.Adlllinijlration quelquesois même de ce qu'on appelle un SousCommissaire, ou d'un simple Ecrivain; c'est-à-dire
de personnes donc l'éducation , l'instruction , les
talens & la conduite n'ont sou vent eu aucun rapport
avec les connoissances judiciaires & la science de
l'administration économique & politique ! Cette erreur de régime a dû être fatale aux Colo-
/ nies en général; après les inconvéniens du despotisme militaire, il n'en est point qui ait dû avoir des
fuites plus funefles que ce mauvais choix de la plupart
de ses Administrateurs civils (i). On ne se permettra ici aucune observation particulière aux hommes présents; on l'a déjà dit, c'est (1) Le Minifière a ^ bien reconnu la réalité de ces
inconvéniens , que depuis quelque tems il a choisi les
Intendans des. Colonies dans les Cours Souveraines du
Royaume. Mais ce choix a presque toujours été fait en faveur de quelque individu dont la fortune étoit à faire ou ?
réparer. Les absences fréquentes de ces Administrateurs de
leurs Départemens , laissent encore souvent le régime des
Colonies entre les mains de leurs sous-ordres, c'esl-à-dire ,
de ceux que l'on désigne ici. Voyez l'Ordonnance du Roi
du z8 Mars 1759 ; la Lettre du Minîstre du 6 Avril sui-\
vant, & autres dispositions antérieures & pofiérieures à
ces deux époques. --- Page 455 ---
des Colonies Françoises. 91 d'une maniere générale que l'on envisage ce sujet: il a
existé plusieurs de ces Administrateurs à qui il n'a manqué dans leurs places que d'y trouver d'autres principes d'administration ou des circonstances plus heureulès. Le département de la Marine doit être circons.
crit désormais dans la Province Antonine aux approvisionnemens & aux travaux nécessaires aux radoubs
des Bâtimens du Roi, à la manutention des classes,
& à la police des Bâtimens Marchands dans certains
cas, ou concurremment avec les Officiers des Amirautés. Les Commissaires de la'Marine feront leur unique •
occupation de ces objets , (ans pouvoir s'immiscer
en aucun temps ni en aucune circonstance de
l'administration civile. Il, leur sera très-expressément défendu d'érendre'
leur commandement ou la police sur les vaisseaux
particuliers jusqu'à leur enlever, pour le service des
vaisseaux du Roi leurs Matelots ou autres gens d'équipage, leurs cordages, ancres & autres agrès &:
ustensiles arbitrairement, sans distinction de Bâtimens en charge ou prêts à partir, (ans eflimation &
sans payer la valeur des choses ; sans indemniser l'Armateur de son séjour forcé dans la Colonie j ni de
l'excédent des gages des Matelots qu'il Ca oblige
d'acheter pour partir.
particuliers jusqu'à leur enlever, pour le service des
vaisseaux du Roi leurs Matelots ou autres gens d'équipage, leurs cordages, ancres & autres agrès &:
ustensiles arbitrairement, sans distinction de Bâtimens en charge ou prêts à partir, (ans eflimation &
sans payer la valeur des choses ; sans indemniser l'Armateur de son séjour forcé dans la Colonie j ni de
l'excédent des gages des Matelots qu'il Ca oblige
d'acheter pour partir. --- Page 456 ---
91 Essai sur t -4 dministr ation Ces injustices ont pour prétexte des besoins pour
le service des vaisseaux du Roi \ mais ce pouvoir ne
doit point s'exercer arbitrairement, & le Commissaire de Marine en Chef ne devra jamais en faire usàge
(ans l'autorisation de l'Intendant de la Province. Une autre sorce de commandement qu'aucune
Loi ne prétexte, est celui que les Commandans des
vaisseaux du Roi s'arrogent quelquefois sur les Bâtimens des particuliers mouillés dans les ports ou rades
où ils se trouvent, en les contraignant d'employer
leurs canots, chaloupes & équipages à faire l'eau &
le bois pour les Bâtimens du Roi, dont les équipages
font naturellement dessinés à pourvoir à ces besoins;
les Commissaires de la Marine veilleront aveç une
attention particulière à ce que ces abus n'aient
jamais lieu, & à ce que l'Article 50 du Réglement
du 14 Mars 1764 soit exécuté à cet égard dans
toute sa rigueur. ^ Les Commandans des Bâtimens du Roi seront
subordonnés aux Commandans en chef ou particuliers des ports où ils relâcheront; à moins que leurs
instructions particulières ne les mettent dans un cas
contraire. 11 . Il y aura dans la Province Antonine un Gom»
missaire-Ordonnateur de la Marine qui pourra êtrc1 --- Page 457 ---
des Colonies Françoises. ^ Commissaire-Géneral; un Contrôleur de la Marine,
deux Commissàires ordinaires, six Ecrivains, deux
Gardes-Magasins, deux Capitaines de port, l'un à
Antohina, l'autre à Saint-Louis, & une quantité
suffisante d'Officiers de port. L'Ordonnateur de la Marine fera Ta résidence à
Saint-Louis, ainsi que le Contrôleur & un des
Commissaires j un autre Commissàire sera détaché
dans un des ports de la' partie du Nord de la
Province. Dans les circonstances extraordinaires du servîces
le Commissaire-Ordonnateur sera tenu de se concer-»
ter avec l'Intendant de la Colonie : le Contrôleur de
Ja Marine sera tenu, comme en France, de correspondre avec le Ministre ou seulement avec l'Intendant sélon l'exigence des cas : il surveillera toutes
les dépenses de la Marine , & ne pourra point
' ordonner. --- Page 458 ---
$4 Essai sur l'Administration ADMINISTRATION R E L 1 G 1 É USE. L y a trois choses qui dans le Gouvernement se
prêteront toujours un secours mutuel & qui dans tous
les siecles auront les unes far les autres une influence
sensible & réciproque : les Loix, ta Religion & les
Moeurs. Les Loix d'une Nation ont pour but l'intérêt com-
.mun : les moeurs secondent les Loix ; la Religion qui
enseigne le désintéressement, & qui ne prêchant
que la charité étend & épure la morale savo'risè
l'action des Loix & donne aux moeurs une bafe
inébranlable.
ours mutuel & qui dans tous
les siecles auront les unes far les autres une influence
sensible & réciproque : les Loix, ta Religion & les
Moeurs. Les Loix d'une Nation ont pour but l'intérêt com-
.mun : les moeurs secondent les Loix ; la Religion qui
enseigne le désintéressement, & qui ne prêchant
que la charité étend & épure la morale savo'risè
l'action des Loix & donne aux moeurs une bafe
inébranlable. La plupart des Colons qui occupèrent les pre*-
miers les Isles Francoises étoient ignorans : il est
inutile de parler de leurs moeurs. Lorsqu'ils eurent embrassé une vie paisible &
qu'ils se furent adonnés à l'Agriculture , ils se
trouverent encore réunis par la profession extérieure du Christianisme : l'intrusion & l'exemple
des Pasteurs auroient du faire le refle. --- Page 459 ---
des Colonies Françoisesl j S'ils eussent été distribués par Diocèses & partagés en certains nombres dé aistri&s, à la tête
desquels des hommes sâges, éclairés & religieux,
eussent sans celle travaillé à faire goûter les coniatantes "vérités de la Religion, les Colons auroient
vu de jour en jour s'épurer leur morale : ils auroient reconnu cju'il étoit de leur intérêt de faire
instruire leurs enclaves d'une Religion qui prescrit une subordination dont ils doivent leur donner
l'exemple. Mais on ne pouvoir espérer ces avantages que
d'un ministere ecclésiastique permanent, canoni-
'quement établi & exercé sans interruption par un
nombre 'de sujets suffisant. Toutes les dispositions qui ont été faites concernant les Millionnaires passàgers de nos Colonies , ont presque toujours été subordonnées à
l'existence présente ou future, a&uelle ou possible
de ce ministere hiérarchique. (1) Mais l'utilité de (1) Voyez les Lettres-patentes pour l'établissement des
Religieux Carmes aux I/les de l'Amérique, du mois de
'Mai 1690. Il y cst dit qu'ils n'y exerceront leur Miniflère
que du contentement des Evêques , Prélats , Gouverneurs
& principaux Habitans du lieu. Voyez également les Articles 8, 14, 15 , 17 & 25 des
pouvoirs accordés par le Pape ^ un Préfet Apoflolique
en 1766, --- Page 460 ---
y g ^ Essai sur l'Administration ce Ministere ainsi préjugée est encore à désîres. Actuellement comme par le passe, la plupart des
Missionnaires sont ou de jeunes gens à peiné
forcis de l'école, ou des hommes de peu de mœurs,
peu sournis à la discipline séculiere ou réguliere;
ne cherchant les uns & les autres que l'indépendancè attachée à l'emploi de MiffiÓnnaires, éloignés de la vue de leurs Supérieurs, & ne se
proposant que d'acquérir , comme d'autres l'ont
fait, par toutes sortes de voies & de moyens,
leur affranchissement de la police ecclésiastique &
..de leur Régle , soit par des dispenses qu'ils savent
se procurer , soit par des sécularisàtions qui les
rendent au monde à leur retour en France. Ces abus ne peuvent qu'augmenter par la licence
de tout faire qui dérive ordinairement de l'impu-"
nité : il n'y a dans les Colonies ni hiérarchie, ni
puissance coërcitive; il n'y a ni discipline réguliere $
ni police ecclésiastique. Chore qui paroîtra sans doute extraordinaire
& bien remarquable *, l'Angleterre est si persuadée
de l'utilité d'un Evêché dans ses Colonies pour
y ramener & entretenir l'esprit de subordination
qu'elle a plus d'une fois mis ces établissemens en
question
irement de l'impu-"
nité : il n'y a dans les Colonies ni hiérarchie, ni
puissance coërcitive; il n'y a ni discipline réguliere $
ni police ecclésiastique. Chore qui paroîtra sans doute extraordinaire
& bien remarquable *, l'Angleterre est si persuadée
de l'utilité d'un Evêché dans ses Colonies pour
y ramener & entretenir l'esprit de subordination
qu'elle a plus d'une fois mis ces établissemens en
question --- Page 461 ---
, des Colonies Françoises 97 G question : des CJiefs de partis s'y sont toujours
ôppblés, sur la crainte qu'ils avoient qu'une hiérarchie spirituelle ne fît naître le goût d'un gouvernement monarchique. t \
On a le denein dans cet Ecrit de proposer encore une fois une chose qui l'a été Couvent ; savoir,
l'érelHon de quelques Évêehés dans nos Colonies:
j'ai-lu ce qui peut avoir été ôbje&é de raisonnable contre une pareille institution , & je n'ai
tien vu qui ait pu empêcher un si grand bien de
s'effectuer pour la politique comme pour la morale. ( i ) (0 Ce Ceroit un grand inconvénient de plus dans l'Adfninillration actuelle de nos Colonies d'y établir des Eyêques ; une pareille institution exige un autre régime ;
sans quoi, outre le Général & l'Intendant qui se prétendent tous les deux Maîtres, il s'en trouvera un troiséme
qui ne manquera pas d'augmenter la confuïïon & le désordre. Une Hiérarchie canoniquement établie, ne doit être
admite pour le bonheur des Peuples que dans un Gouvernement civil bien organisé, où il se trouve d'ailleurs
iin Corps de Magistrats respectables qui soit le dépolitaire
des Loix & de la protection que le Souverain doit à la Religion 8c à ses Minisires. C'est le systême qu'on a en vue
dans cette partie de cet Essai. --- Page 462 ---
§ Mfai sur 'Àiminiflrtfion On seroit tenté d'accuser encore ici la foiklefle de la Cour, qui sans doute aura pu (e
laisser alter à des insinuations ou à des çonsejls iptéreffés. « En effet les Colonies n'auroient pas à délirer
« des Evêchés, si le Ministere étoit bien informe
du besoin qu'elles en ont ; tout concourt a le
' » lui laisser ignorer ; les Supérieurs ecclésiastiques
- » craignent la dépendance , &: ont 'à conserver la
» jouiffapce de gros biens destinés au ministere de
" la Religion : les Missionnaires auroient Une ciu-
» torité à relpefter, & en perdanc les desserres,
» perdroient l'espérance de s'affranchir de leurs
" Régles à leur retour en France. * » Les Peuples indifférens sur les avantages d'une
religion qu'ils ne connoissent pas, n'en prévoient
(lue la gêne qui résulteroit d'une instruction suivie
& du bon exemple des Ministres. " Enfin les Administrateurs des Colonies n'ont vu
dans un Evêque qu'un témoin que le Ministere auroit pu être tenté de consul[er, & qui les
eût dépouillés .d'une autorités sur les Ecclésiasti- * Droit publie des Colonies Françolfes , Tom. II.
--- Page 463 ---
des Colonie Françoises, 99
issent pas, n'en prévoient
(lue la gêne qui résulteroit d'une instruction suivie
& du bon exemple des Ministres. " Enfin les Administrateurs des Colonies n'ont vu
dans un Evêque qu'un témoin que le Ministere auroit pu être tenté de consul[er, & qui les
eût dépouillés .d'une autorités sur les Ecclésiasti- * Droit publie des Colonies Françolfes , Tom. II.
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des Colonie Françoises, 99 G 2 ques dont ils n'ont usé qu'arbitrairement & jamais
pour !a correction des mœurs & l'édification des
Peuples. « Bièn loin de présenter ces vérités au Ministere,
• » dit M. Petit, on a osé le prévenir, par la com- *> paraison tant des prétentions des Evêques avec
» la facilité de contenir les Préfets apostoliques,
» que du désintéressement, de la subordination &
» de la régularité des mœurs des Millionnaires ré-
» guliers par état, avec la liberté des séculiers ^
» sur l'avarice & la cupidité d'amasser, leur esprit
w d'indépendance du Gouvernement Civil, & l'imJ) punité de leurs désordres, par la difficulté de leur
«faire leur Procès, & sur-tout par la perspeâive
H de la dépense indispensable pour- la formation
» d'un Evêché , l'entretien d'un Evêque , & la
» subsistance d'un Clergé, tandis que le Ministerè
" aduel est entretenu sur les biens des Missions. » On peut voir dans l'Ouvrage cité la réponse
à toutes ces obje&ions qui tombent d'elles-mêmes
par la seule sorce des faits contraires. Je ne m'arrêterai ici que sur la dépende néces-
- saire pour l'établissement d'an Evêché. * Il a été répondu à cette objection par l'exemple --- Page 464 ---
100 Essai sur d'Administration de l'Evêché de Quebec, & on a avancé de plus,
que le Ministere de la Religion étoit suffisamment
fondé dans les Colonie?. Mais sans entrer dans la discussion de la natûre
de l'établi Cernent des Millionnaires dans les Isles;
de l'étendue des possessions qu'on leur y a permises, & des causes de ces possessions, pourquoi
ôter aux Ecclésiastiques possesseurs actuels une partie
des biens qu'ils ont acquis n'importe de quelle
maniéré î On ose ici mettre en. avant une idée qui, se
crois, n'a pas dû être encore proposée ; ce seroit
de former le nouveau Clergé de nos Colonies
avec l'Ordre entier des Dominicains, (i) qui seroit
sécularisé y & dont on feroit servir les biens tant
d'Europe que d'Amérique à la dotation des Evêchés
"& des revenus du Clergé des Cathédrales & des
Cures : l'essai pourroit en être fait dans la Province Antonine : une Congrégation de cet Ordre
y possede déja dcux habitations considérables-. (1) Une pareille proportion mérite sans doute un /1 ) On juge bien que c'efl des Dominicains de France
seuls que l'on veut parler. i») A Léogane & à Cavaillon. --- Page 465 ---
des Colonies Françoises. 01 Ci examen sérieux , sur-tour lorsqu'on considérera que
l'Ordre des Dominicains diminue en France d'une
maniere très remarquable depuis l'Edit de 1768.
Eh ! quel plus bel emploi pourroit-on faire des débris de cet Ordre, jadis si illustre. que de leur
donner la destination indiquée ! destination déja,
réalisée en partie , puisquil est vrai que les Mif—
sîonnaires Dominicains sont aujourd'hui en poCsession d'un grand nombre de Millions des Isles,
& qu'ils y sont propriétaires d'habitations conddérables. ( 1 ). *
re des Dominicains diminue en France d'une
maniere très remarquable depuis l'Edit de 1768.
Eh ! quel plus bel emploi pourroit-on faire des débris de cet Ordre, jadis si illustre. que de leur
donner la destination indiquée ! destination déja,
réalisée en partie , puisquil est vrai que les Mif—
sîonnaires Dominicains sont aujourd'hui en poCsession d'un grand nombre de Millions des Isles,
& qu'ils y sont propriétaires d'habitations conddérables. ( 1 ). * Pour que ce projet pt1t être développé avec
plus d'étendue, il faudroit qu'il eût déjà attiré
l'attention du Gouvernement, sans quoi tout ce
qu'on ajouteroit ici feroit vain & superflu : cet,
objet doit seul faire la matiere d'un Mémoire à
part. On supposé donc la formation d'un Evêché*
a Antonina, dont le Diocèse s'étendra sur toute
la Province Antonine ; mais dans cette nouvelle
Institution des Minières de l'Autel, il n'en faudra. (1) Plût à Dieu que les Ordres Religieux dont le but est
l'instruction des Peuples, pussent être incorporés au Clergé Séculier ! C'étoit le vœu d'un grand Magisirat qui gémifroit de cette quantité prodigieuse d'Institutions & d'Or4rçs Religieux, --- Page 466 ---
102 Essai sur l'Administration point d'inutiles, tels que nos Chanoines de Cathédrales : un certain nombre de Prêtres & de Diacres
seroit sufïisant pour servir de Conseil à l'Evêque
& le soulager dans Ces fondions : le Clergé enfin
doit être établi à l'instar de celui de la primitive
Eglise * Se tel sans doute que l'Abbé Fleury nous
!e peint dans les Mœurs des Chrétiens. La Jurisdiction contentieuse sera réglée d'une
inaniere précise : on fent bien que dans cette circonfiance l'Edit de 1695 concernant la Jurisdiction Eccéhastique doit être infiniment restreint,
puisqu'il ne peut être question dans nos Colonies
où il n'y a que des Cures, de provisions en Cour
de Rome, de Bénéfices sélon la forme appellée
Dignum, ni même de Provisions, en forme graçieure, d'une Cure ou autre Bénésice à charge
d'ames ; car l'Evêque seul, en vertu de sa Dignité, *
çonférera de plein droit tous ces Bénéfices. On bornera donc la Jurisdiction contentieuse
aux seuls Ecclésiastiques , & on ne la donnera sur
les Laïcs qu'en matiere de fulmination & de difpenses de la Cour de Rome pour les mariages. Enfin ce nouveau Clergé sera chargé de l'infinietion de la jeunesse , & contribuera de Ces biens
3 l'établiirement de deux Collèges au moins dans
1a Province Antonine. --- Page 467 ---
des Colonies françoises. 103 G 4. DES -COMMISSAIRES DU CONSEIL DANS LA PROVINCE ANTONINE. U iLL est tant de causes de relâchement dans toutes
les Administrations publiques, & sur-tout dans.
celles des Colonies ; l'on y échappe si aisément
à la surveillance du Gouvernement, qu'on ne doit
négliger aucuns des moyens qui peuvent ramener
davantage à l'amour de l'ordre les personnes chargées de la direction des, différentes parties duservice. Les hommes ont besoin d'être rappelles
sans cesse à leurs devoirs , à la régie ainsi qu'à,
l'économie, par tout ce qui peut frapper leur attention d'une maniere sensible ; sous ce point de:,
vue l'institution des Commissaires qu'on enverroit
tous les ans une fois dans les Colonies seroit
susceptible de produire les plus grands effets.
iger aucuns des moyens qui peuvent ramener
davantage à l'amour de l'ordre les personnes chargées de la direction des, différentes parties duservice. Les hommes ont besoin d'être rappelles
sans cesse à leurs devoirs , à la régie ainsi qu'à,
l'économie, par tout ce qui peut frapper leur attention d'une maniere sensible ; sous ce point de:,
vue l'institution des Commissaires qu'on enverroit
tous les ans une fois dans les Colonies seroit
susceptible de produire les plus grands effets. Ces Commissaires seront chargés de connoître
les abus de l'Administration, de recevoir les plaintes:
des Sujets contre les Magistrats & les Personnes en* --- Page 468 ---
r'
'le4 Essai sur tAdmtnijlrati&n . place elles-mêmes; (i) d'examiner sur-tout si
Justice est rendue avec soin ; ce fera un de leurs
devoirs les plus indispensables. Il leur sera recommandé de s'informer des désordres intérieurs qui
peuvent troubler la paix entre les Hapitans, s'ils ne
témoignent point quelques mécontentemens dont (i) l'Art. 14 du Règlement du 24 Mars 1763 est conçu
pn ces termes : Toutes les sois qu'un Gouverneur ou un
» Intendant mourra ou quittera sa place pour venir en Eu.
s» rope , soit sur sa demande , soit qu'il ait été rappellé ,
35 la Chambre d'Agriculture sera tenue d'envqyer au Se-
#» crétaire d'Etat ayant le Département de la Marine son
avis ligné de tous ses Membres » sur l'Administration dii
Gouverneur ou de l'Intendant qui sera mort ou parti pour
95 l'Europe, & d'entrer dans le détail de son caractère, ses
» talens , (ps vices, (a probité , & le bien ou le mal qu'il
» aura produit pendant le tems de san administration. Voilà une de ces dispositions qui paroissent bonnes en
théorie , & impraticables & même dangereuses dans le
fait : aussi ne connoit. on point de cas où on en ait sait usage,
a moins que ce ne soit celui de M. le C. D. E. qui en quittant son Gouvernement , sitsouserire un Certificat de son
Administration par tous les Ordres de la Colonie. La MiCr
fion des Commissaires du Conseil doit remplir ce but
plus sûrement & d'une maniere plus conforme aux mœurs
fc à l'honnêteté publique. --- Page 469 ---
des Colonies Françoises. 105 " il paroîtra nécessàire que le Gouvernement soiç
informé. On voit par-là quel pourroît être l'objet de la
Million de ces Commissaires du Roi : rien ne leur
sera indiffèrent ; Police générale, Administration intérieure , Ecclésiastique , Civile, Militaire, Politique,'
& Commerce , leur surveillance embraiera tour
éminemment ; mais de tout aussî ils rendront compte
au Roi. On connoît fous la premiere Race de nos Rois
ces Commissaires qu'on appelloit Legati, qui de
temps en remps parcouroient les Provinces par
ordre du Souverain. Sous Charlemagne ils furent
appelles Missi DomiNici > il y avoit une infinité
d'abus, une foule de vexations dont ce Prince
pouvoir rarement être instruit, & qu'il eût difficilement réprimés s'il les eur connus, à cause de
la vaste étendue de son Empire : il sentit qu'il
falloit que l'autorité se rapprochât de toutes le parties de l'Etat, pour pouvoir les observer toutes
avec une égale attention.
re du Souverain. Sous Charlemagne ils furent
appelles Missi DomiNici > il y avoit une infinité
d'abus, une foule de vexations dont ce Prince
pouvoir rarement être instruit, & qu'il eût difficilement réprimés s'il les eur connus, à cause de
la vaste étendue de son Empire : il sentit qu'il
falloit que l'autorité se rapprochât de toutes le parties de l'Etat, pour pouvoir les observer toutes
avec une égale attention. Quelle étoit la Million que Charlemagne confiait à ses Missi ? Il leur disoit : Aile£ & assembez
par-tout mes Sujets , demandes-leur s 'ils sont consent , s'ils nont peint de plaintes à me saire, de --- Page 470 ---
106 Essai sur l'Administration désordres à me désirer , de besoins à m'exposer ;
sache{ par eux-mêmes s ils sont heureux , réforme{
ce pourrez : & ce vous
Tle pourrez réformer, tout ce quil vous jeroit impossible de changer sans produire dans le moment
un désordre plus grand èncore, venci m en rendre
compte. Voilà l'objet de la visite des MISSI DOMINICI
dans lés Provinces sous Charlemagne & sous quelques-uns de les Successeurs. Il ne faut point prendre une faulse idée de
cette commission : ne jugeons point de (es effèts
par l'état at1uel des Peuples des Colonies, qui,
opprimés en quelque sorte par l'anarchie & le
despotisme Militaire, n'ont point cet intérêt parriotique qui sous les deux premieres Races de nos
R ois rendit aux François * leur liberté si précieuse.
Que l'on aille aujourd'hui rassembler les Peuples
dans les places publiques , qu'on les interroge ?
l'on n'entendra que des plaintes licentieuses, ou
des murmures quelquefois justes , mais jamais
éclairés : dans nos Colonies les habitans ne sont
rien & ne tiennent à rien ; la Magistrature y est
sans autorité comme sans considération , les Administrateurs seuls sont écoutés. Il sa.ut donc que l'autorité bienfaisante du Gouvernement se rapproche de Ces Colonies lointal- --- Page 471 ---
des Colonies Françoises. 107 ries, pour pouvoir les obrerver toutes avec une
attention égale ; un effet aussi salutaire dérivera
naturellement de l'emploi des MISSI DOMINICI ,
& c'est encore un essai qui pourra être mis à
exécution dans la Province Antonine. Toute espèce d'abus devant être soumise à leur
examen,,ce sera par cette raison que l'on destinera
deux MISSI par an dans cette Colonie, l'un pris dans
l'ordre du Clergé, l'autre dans celui de la Magistrature : leurs vûes différentes & leurs intérêts quelquefois opposés raflfûreront le Gouvernement sur la
danger de les voir s'unir d'une maniere contraire à
ses intentions. Le pouvoir de ces Missi ou Commissairesroyaux sera iupérkur à celui de tous les Adminiftrateursde la Colonis : ils auront le droit de donner des
ordres, mais avant tout ils devront écouter, examiner, faire délibérer en leur présence., soit dans
l'Assemblée Provinciale, soit dans le Bureau d'Administration intermcdiaire > & enfin dans chacune
des Assemblées Judiciaires ou Municipales de chacune des douze Cités de la Province. Dans ces espèces d'Assises, si quelques Officiers
Municipaux avoient prévariqué , si quelqu'autre individu du nombre de ceux qui n'auront point tenu
leur état du Roi . avoit abusé de son pouvoir, les
examiner, faire délibérer en leur présence., soit dans
l'Assemblée Provinciale, soit dans le Bureau d'Administration intermcdiaire > & enfin dans chacune
des Assemblées Judiciaires ou Municipales de chacune des douze Cités de la Province. Dans ces espèces d'Assises, si quelques Officiers
Municipaux avoient prévariqué , si quelqu'autre individu du nombre de ceux qui n'auront point tenu
leur état du Roi . avoit abusé de son pouvoir, les --- Page 472 ---
ïo8 Essai sur £ A dm l nijlration - M i s s 1 auront le droit de les destituer : mais il faudra
que tout soit constaté par des informations légales ;
ils écouteront les plaintes, entendront les témoins,
& les Officiers destitués ne pourront être remplacés
que par le choix de çeux qui avoient droit de les
dire: les Juges eux-mêmes, ainsi que les Commandans des Cités, ou autres toilirrres, seront soumis
à 1 'animadversion de ces Magistrats, mais ils ne pourront que s'instruire des faits, en dreflser des Procèsverbaux & rapporter le tout au Roi, ou au Minifire qui aura les Colonies dans sbn département. La conduite des Juges fera éclairée, les habitans
n'auront plus à gémir des ordres arbitraires d'un
Commandant ou d'un Intendant; ceux-ci ont pu
quelquefois intercepter leurs plaintes; les Assises des
Commissàires annuels leur garantiront une espece de
liberté, & un bonheur auparavant inconnu. Il n'y
aura plus aucun oppresseur qui pourra se flatter de
l'impunité. On ne peut se refurer au plaisîr d'insister encore
sur quelques détails touchant des dispositions qui
doivent concerner le pouvoir, les droits & les fonctions des Commissaires-royaux : on a pris pour
guide le célebre Capitulaire de Charlemagne de
l'an 802, & les origines ou l'ancien Gouvernement François. --- Page 473 ---
des Colonies trançoiJes. 109 Les deux Commissaires feront choisis parmi ce qu'il
y a de plus intègre & de plus éclairé dans les deux
premiers Ordres de l'État. La présence d'un Évêque
rendra moins difficiles les Ecclésiastiques dont il sera
souvent nécessaire d'examiner l'adminisiration. Ils indiqueront eux mêmes une ou deux assèmblées dans le chef-lieu de chaque Cité, afin que les
Magistrats, les Commandans, les habitans f même le
petit peuple , pauperes , qui ont tous droit de
demander justice , puissent s'y rendre facilement, Aussi-tôt que les Commissaires-royaux seront
arrivés dans la Colonie, ils seront par-tout regardés
comme les Supérieurs des Administrateurs Civils ou
Militaires & de tous les Magistrats auxquels ils
écriront pour leur donner des ordres & des inf-
' truâions. . . > Dans les Assises des différentes Cités les Missi
auront le droit de réformer tous les désordres, de
punir, de révoquer tout Officier auquel le Roi
n'aura pas donné lui même de provisions ; les Officiers Municipaux en général & tous les Ministres inférieurs de l'Administrarion populaire & financiere
seront fournis à leur animadv ersion *, ils pourront les
déplacer : s'il s'agit ensuite d'en nommer d'autres,
les Commissaires le conformeront aux Loix & aux
les Assises des différentes Cités les Missi
auront le droit de réformer tous les désordres, de
punir, de révoquer tout Officier auquel le Roi
n'aura pas donné lui même de provisions ; les Officiers Municipaux en général & tous les Ministres inférieurs de l'Administrarion populaire & financiere
seront fournis à leur animadv ersion *, ils pourront les
déplacer : s'il s'agit ensuite d'en nommer d'autres,
les Commissaires le conformeront aux Loix & aux --- Page 474 ---
110 Essai sur V A dministration urages; il ne leur fera pas permis de violer les privilèges dont des villes ou des particuliers pourront être
en droit de jouir: par-tout ils exerceront le pouvoir,
mais par-tout ce pouvoir sera réglé: ils n'aurontpaç
le même droit à l'égard des Magistrats Supérieurs,
parceque ceux-ci ne sont justiciables que du Roi luimême ; mais ils dresseront leurs Procès-verbaux, ils
se muniront des preuves, & il rapporteront au Roi
qui doit prononcer. Non-seulement 1" tablifîemem de ces Commmitfaires annuels procurera au Roi l'avantage de faire
connoître & refpe&er son pouvoir abiolu danscos
Colonies, ce fera même Un moyen de rendre leur
iAdminiftration intérieure plus sage, plus éclairée,
moins arbitraire -, la Religion, les Loix- & les moeurs
plus refpeâabtes ; & on remarquera sans doute dans
N ce plan de Gouvernement un, méchanisme simptë
& des précautions suffisantes pour maintenir l'ordre
par-tout*' . Il eÛ inutile d'observer que les Bâtimens du Roi
qui sont souvent armés pour les croisieres de l'Amérique, pourronrpoiter les Commissaires-royaux
à leur destination : qu'ainsi l'exécution d'un semblable Projet n'entraînera pas des dépenses bien
considérables# --- Page 475 ---
des Colonies Françoises. III Qu'on me permette de faire en finissant un rêve
politique. Encore des projets, des rêves, dira-t-oft
sans doute ? car c'efl: le cri du ralliement contre toute 1
idée, tout systême de bienfaisance publique. Je suppose la Religion mieux connue & par conséquent plus
respectée dans nos Colonies ; une hiérarchie canoniquement instituée; des établissemens convenables
pour l'éducation des enfans ; les moeurs plus épurées,
un corps de Loix fixe & adapté au climat & à l'esprit
de ses habitant u-n corps de Magiftfature composé
avec choix & révéré ; une Administration libre &
indépendante des volontés particulieres j: l'Etat Militaire contenu dans de juGes bornes ; le Commerce des-Colonies avec la Mere-Patrie bien ré^
été ; l'Administration 'municipale dans tout ion
éclat, le tout inspeâé une fois l'an par des Commiflaires du Roi, nouveaux surveillans, choisis parmi les personnes les plus éclairées & les plus intègres des deux premiers Ordres de l'Etat
Eh 1 qui opérera une révolution aussi importante
dans nos Colonies, me dira-t-on i Eh ! n'ai-je pas
dit que c'dl un songe ? Mais à quoi tient-il qu'il
ne se réalise ? Il ne sera plus un songe, quand le :
Gouvernement connoîtra mieux ses intérêts & ceux
des Colonies ; quand des hommes puissans
jaloux de l'autorité arbitraire :.. quand des
ées & les plus intègres des deux premiers Ordres de l'Etat
Eh 1 qui opérera une révolution aussi importante
dans nos Colonies, me dira-t-on i Eh ! n'ai-je pas
dit que c'dl un songe ? Mais à quoi tient-il qu'il
ne se réalise ? Il ne sera plus un songe, quand le :
Gouvernement connoîtra mieux ses intérêts & ceux
des Colonies ; quand des hommes puissans
jaloux de l'autorité arbitraire :.. quand des ^ * --- Page 476 ---
112 Essai sur f a dminijïràtion des Colon. Frant. fujetis médiocres ruinés &c. &c.
Il faut espérer qu'un jour les hommes verront mieux > & feront mieux. FIN. 1 ERRATA. PA 6 E ii de l'Avertissement, lig. 161 à la tête; lisez,
à sa tête. -Page 1 ç » ligne 6 , au Sud au, lises, au Sud du. Page j6 , lig. avant-derniere , Minières de Loix, lis. des
Loix. ,Page jg, à la Note , ligne i, l'Intendant de la Province
s'est toujours pourvu ; Zis. sera toujouts. Page 96 , lign. 4. ou de jeunes gens ; lif ou des jeunes gens. --- Page 477 --- --- Page 478 ---
PROJET E NOUVELLE Division GÉOGRAPHIQUE ET POLITIQUE DES COLONIES FRANÇOISES OCCIDENTALES ET ORIENTALES. " " - — J ■ NOMS LEUR ÉTENDUE NOMS LEUR ÉTENDUE | NOMS LEUR ETENDU. REMARQUES. & REMARQUES. * „ des &! I REMARQUES. des LIMITE!. PROVINCES. LEURS LIMITES. PROVINCES. LEURS LIMITES. moyens employés à ravanceC0L0N1ES OCCIDENTALES. MARTINÏQUE\ 5 L"Isle de la Martinique. ^ Renfermera l'espace depuis ment de cette Colonie , de
Nota. Les trois premières Pro- ( Fort-Royal, Capitale. DE LA GUY A HE 1 rembouchure du CachiPour qu'on n'entreprend point
A U X ANTILLES, vinces qui suivent forment la < jusqu'aux frontières Portu- des défrichemens dans des
partie Françoise de l'Isle d'AiTi, N O T S T M * ' f gaises. Il y a environ quarante parties sans doute meilleures
communément appellée Hispa- ' f Les Isles de la Guadeloupe, l lieues. 1 ' que celles où l'on obstine à
niola ou Saint-Domingue. ' 1 des Saintes, de la Désïrade, perdre son remps 8C ses foins» LA J de Marie Galande & la partie 1 . n GUADELOUPE, j Depuis la Rivière du Maf- On dénomme cette Pro- ] Françoise de llflc de Saint— i , sacre jusqu'à l'extremlte ci II VInce . P ROVINCE FRANÇOISE, / Martin. Capitale la Pointe- J , Cap de Saint-Nicolas; sur une du nom de sa Capitale Cap- L a" Pitre. largeur inégale de huit jusqu'à François, & parcequ'elle a COLONIES RNTONJFÇ ORIENTALE ORIENTALESS. g FRANÇOISE. S i5°&: 18 lieues. été la première fréquentée, 1 HI
T de' la Tortue est de cultivée & habitée par les - 1 I François est la Capitale. de 1 Ille de la T ortue. \ C ' f r Les 1J1 Isles de France) de Ro- , t drigue 8c de Diego Garcias /■ , L'ISLE DE FRANCE. ) avec la partie Françoise de 1/ - I» J l'Hle de Madagascar. Port- Les Établissëmens François
i5°&: 18 lieues. été la première fréquentée, 1 HI
T de' la Tortue est de cultivée & habitée par les - 1 I François est la Capitale. de 1 Ille de la T ortue. \ C ' f r Les 1J1 Isles de France) de Ro- , t drigue 8c de Diego Garcias /■ , L'ISLE DE FRANCE. ) avec la partie Françoise de 1/ - I» J l'Hle de Madagascar. Port- Les Établissëmens François If Comprendra tout l'espace r L'ille de Tobago. ' Louis, Capitale. à Saint-Pierre & Miquelon,au ' qui s'étend près de 5° lieues TOBAGO. > Scarborough,Capitale. , Sénégal, à Gorée & à Juida, 1 en longueur du Septentrion / • • :■ a Moka, à Canton, &c. ne
1 au Midi, depuis la pointe dfe J peuvent être considérés comDANS L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE. ' L'ISLE DE BOURBON.\ ^2.1 * au Sud, qui contient les plail j • C if pourquoi on ne les comprend
nes de Lartibonite, du MirJ La Rivière de Lartibonite, ' Comprendra l'espace ren- * F. point dans cette division par
LARTIBONlTE. 4 balais & des Verettes; les Vi| qui arrose en partie cette Pro- J fermé entre le Fleuve Maroni On donne à cette Province | / Provinces. les de Saint-Marc, du Porlj vince, lui donne son nom. H & la Rivière de Sinnamari; le nom d'un des principaux r Pondichéry ; œ «ii com- II ne sera point fait mention
au-Prince 8C de J acmel, 8C qf D E L A G A LIB BlE. h ce qui donne une étendue de Peuples Indigènes qui habi- V prend tous les ^aliflemens de ces Comptoirs dans la ses'étend en largeur jusqu'a l'e U près de trente lieues sur les tent cette contrée. PONDICHÊRY. \ François sur la Cô^de Coro- conde Partie de ce Tableau. S
frontières Espagnoles 8C l'enj J bords de la Mer. J mandel,au Bengali, ainsi que B
bouchure du Neybe. 1 || V. Mahé sur la Côte dî Malabar. I
L'Isle de la Gonave est cfe ■ ^ la dépendance de cette Pro- I i B
vince. '| "r Depuis la Rivière de Sinna- II
^ ,|| I au ju[qu'à la Ri- Cette partie de la Guyane PÉ CAPITULA I O N- 8
1 vière de Kaw au Sud. ayant été habitée par les I
|| ' DELA GUYANA J L'Isle de Cayenne se trouve François depuis près de 180 ^ I
f Cette longue Presqu'isle qitf PREMIERE. I 1 dans cette partie, ainsi que les ans est dénommée par cette Provinces des Colonies Occi denta les. , iî. ■
| est à l'extrémité occidentale / Salut & grand 8C raison première Guyane. Provinces des Colonies Orientales. g
8
1 vière de Kaw au Sud. ayant été habitée par les I
|| ' DELA GUYANA J L'Isle de Cayenne se trouve François depuis près de 180 ^ I
f Cette longue Presqu'isle qitf PREMIERE. I 1 dans cette partie, ainsi que les ans est dénommée par cette Provinces des Colonies Occi denta les. , iî. ■
| est à l'extrémité occidentale / Salut & grand 8C raison première Guyane. Provinces des Colonies Orientales. g I de Saint-Domingue : cetijj le petit Connétable. I4. I
I Province commence à rdil ^ I
1 rient, au Cap de Jacmel qaii 1
1 est au Sud, & au Nord à k Cette Province & sa Capi- j ^ Depuis la Rivière de Kaw Cette division de la Guyane H
A N T O NIN E. J Rivière du Lamentin. Elle « tale sont ainsi nommées du I ju[qu'à l'embouchure de celle Françoise en quatre Pro vin- I
1 plus de 5° lieues de loijj nom BC en l'honneur de la 1 de Cachipour 1 à environ il ces est sans doute prématu-i I
gueur : l'Isle Avache & 1« Reine de France. D E LA GUY.il N. J lieues au Sud du Cap d'O- rée; car sa population & sa Toutes ces Colonies sont, à vrai dire, sans constitution régulière. Leur division en I Caymites font de sa dépeiii 1 SECONDE* I $1 ] range. Cette Province est ar- culture sont & seront proba- Provinces , ainsi que la distribution de ces Provinces en grands Départemens Civils ■
dance. Sa j i rosée par deux Rivières con- blement long-temps encore & Militaires, pourront servir de base à une nouvelle organisation de leur ol^er" 1
Capitale est Antoninal f f adorables , l'Aprouague & dans l'enfànce.On est toujours) nement. Chaque Province aura son Intendant 8C sera subdivi ee en îtes, es îtes ■
elle s'appelloit auparavant 1# v l'Oyapock. surpris de la médiocrité des en Paroisses. I --- Page 479 --- --- Page 480 --- --- Page 481 ---
DISTRIBUTION N°. 77. UATORZE PROVINCES COLONIALES EN SIX GRANDS DEPARTEMENS CIVILS ET MILITAIRE S. ~" — ~ I DÉPARTEMENT CIVILS. DEPARTEMENS MILITAIRES.. S PROVINCES ANN EXÉES É T A B L I S S E M E N S ÉT AB LIS SE M E N S RECAPITULATION. f
N 0 m s C r r r L MILITAIRES. DÉS DEPARTEMENS' > ^ % j 8 : | ~~ " RoYAL Aïri Capitale de Lartibo-f La Province ANTONIVE est r b C11VllCe ].. 0 « ÉTAT DES OFFICIERS MILITAIRES ÉTAT DES OFFICIELS MILITAIRES S
nite , fera la Métropole & le Siège du en XII Cités. a ue l s dans la Colonie de Sainti du Département d Aid , IJle de Saint- si
Parlement de ce Département. ^ Domingde. I Domingue. B • CITÉ CAPITALE D 'ANTONINA« Commandant Général de l'In- ! ^ |
t , „ Cité DE SAINT -Louis. fancerie& un Commandant Général r. - ,8 , Les ^ Provinces Antonine , de Ap LE CAP-FRANÇOIS , Préfecture „ „ Pro- CITE D'YAQUiM. de la Cavalerie ; l'un doit suppleer Gouverneur .. . 1. Commandans Généraux 1. B| !~" , . „ „ inciale. , ,• Officiers de l'État-Major des I
A-artlDO Iartibonite & Françoile. - r v Cn É DAUPHINE. l'autre en cas d 'abcence ou de maladie. ' Commandans des Provinces en H
ANÇOIS , Préfecture „ „ Pro- CITE D'YAQUiM. de la Cavalerie ; l'un doit suppleer Gouverneur .. . 1. Commandans Généraux 1. B| !~" , . „ „ inciale. , ,• Officiers de l'État-Major des I
A-artlDO Iartibonite & Françoile. - r v Cn É DAUPHINE. l'autre en cas d 'abcence ou de maladie. ' Commandans des Provinces en H * C. lTE __ 1' LEOGANE.. AÎJE Trois Commandans , de j Proviiices en Armées Chef 2. 5- S| DE en second . B
-, Chef & trois Commandans , en r sécond-, , Commandans , r En second 3. m
CITE DES GOA VES. ' des Etats-Majors B
1 douze Commandans de Cités, Officiers des € A Majors faisant fonctions de B
Cite DE STANISLAS. Places .. 77. k omman ans es B
ANTONINA > Préfecture Ptovinciale. C < PUILIPPE. 1 N Inspecteur Général des Fron- îtes.en- . g
r- -JIE DE 1 hil 1 dères , 1, viron zo. | B 1 CITE DE BRETEuiL. Inspecteur Général des Milices . 1. B
I CITÉ DE CASTRIES. " 2,8. S
^ B CITÉ DE TIBURON, . « B I ^ CITÉ D'ELISABETH. h
i-l FORT-ROYAL , Métropole & Pat- Voy. 'la page 47 & Jui7lanteor de lEssAi Un ComnlandatK Général de l'In- 1
n f lement sur l'Adminifaation des Colonies. fanterie & un CoLandant Général Nota. On a compris dans la deuxième .. Colonne de cette RécapitulationT.A ... |
1 1 — R R Voir S,I(B ce eu qu on entend par de la Cavalerie. Quatre Commandans r«.n«iandans les Commandans en second des trois Provinces ; mais ils ne sont destinés
I Les Isles & Provinces de la laMar- CASTRIES-SAINTE-LUCIE , Prcfec- aussi p Préfe£lure , r. B 1 • . « ^ Provinciale, page 51 dudit F.Uài. de en CI ef & quatre Com- qu i à suppléer . <, les Commandans en Chef en cas de besoin : ceux-ci pourI < tinique de Sainte - Lucie, de j la ture Provinciale. s Provinces
I J) E. LA MARTINIQUE. / B,rl,Tnrrr 1q , rn „ t id mandans en secont Com-. roient meme etre remplaces par les Commandans des Cités Cap.tales,r • 1 • I j V e & de Tobago. LA omTE-A-PiTRE , id. mandans de CitésJ alors ces derniers seroient de droit les Commandans en second de leurs
B L SCARBOROUG, id. j Provinces respectives. Si l'on trouve trop grand le nombre des ComB mandans de Cités , on en pourra réunir deux sous la même auto1 I AXIV f Les Provinces de la première Tout est à faire dans la Guyane Fran- ^ DE LA PREMIERE 'l Guyane & de la Galibie. çoife quant à son Adminilhaùon Chef elle I |J 1 4 ^ ne sauroit être divisée : un seul Cner *-> Commandant Général & un Voy. l' Article GOUVERNEMENT MILITAIRE , Page 75 (,0 Juiv. de l Es s A 1 sur M
■ pour partie économique; un seul Commandant particulier. 1>Adm;nitet;on des Colonie, I
B Conseil Supérieur & un seul Comman- | IB
1 . Les Provinces seconde & troisième dant Général, est tout ce qui convient f I I DE LA SECÇNDE GUYAN Guyane. dans ion état aauel. | . • ■
énéral & un Voy. l' Article GOUVERNEMENT MILITAIRE , Page 75 (,0 Juiv. de l Es s A 1 sur M
■ pour partie économique; un seul Commandant particulier. 1>Adm;nitet;on des Colonie, I
B Conseil Supérieur & un seul Comman- | IB
1 . Les Provinces seconde & troisième dant Général, est tout ce qui convient f I I DE LA SECÇNDE GUYAN Guyane. dans ion état aauel. | . • ■ II v Un Commandée Général de l'In- B
B r PORT-LOUIS, Métropole & Parle- fanterie & un Ce minaudant Général B
T/i ,France Franrf B
1 I 1 J Les Provinces j trance ment. de la Cavalerie ; V, ( eux Commandans 1
« des Isles de , . I DE LISLE-DE -FRANCE. < de B rb * SAiN-r-DENis , Préfedure Provin- de Provinces en Chef r. & deux Com- ' g
I F * if ciale. mandans en secon^. Com- B
1 ' mandans de Citésj Nota. Le premier de ces Tableaux doit servir de fuite à celui NG. I contenant I
I j "> le Projet d'une nouvelle Vivision Géographique b Politique du Royaume de France.- B I * Pondichéry, Chef-Lieu & Siège dès Un Commandant Général & un Le fécond à celui N". II contenant U Difiributwn des tuaramc-huit Provinces ||
I DE L'INDE 5 & Tous les Établissemens Francois Établissemens Civils & Militaires dans Commandant particulier. - du Royaume de France en dix-Sept grands Départemens Civils fr .L'klilitaires. 3
dans lInde, --- Page 482 --- --- Page 483 ---
NOTIC E
SUR LA FIE DE M. POIVRE. --- Page 484 --- --- Page 485 ---
NOTICE
SUR LA VIE DE M. POIVRE, CHEVALIER DE L'ORDRE DU ROI 4
ancien INTENDANT des Isles de France-
& de Bourbon. Erat enim modeił:us, prudens, gravis: temporibus
sapienter utens : animo maximo & xquo : verh ,
tatis diligens, ut ne joco quidem mentiretur :
continens, clemens, patiensque : commiffa celans, studiosus audiendi : & agricola solers, &
Reippblicæ perirus, & probabilis Orator. CORN. NEP. PHILADELPHIE, Et se trouve à Paris chez MOUTARD , ImprimeurLibraire de la REINE , de MADAME , & de Madame
Comtesse D'ARTOIS, rue des Mathurins, Hôtel
de Cluni. M. DCC. L XXXVI. --- Page 486 --- --- Page 487 ---
A NOTICE SUR LA VIE DE M. POIVRE, CHEVALIER DE L'ORDRE DU ROI,
ancien INTENDANT des lJles de Franc i
& de Bourbon. ON entend souvent dès hommes trèsmédiocres s'écrier qu'on ne rend point
justice au mérite. On en voit d'autres
qui croient qu'on ne peut réussir à rien
que par l'intrigue, & qui se conduisent
en conséquence. Si l'on voulait cependant faire la liste
des hommes simples & modestes qui ont --- Page 488 ---
% Naissance de M. POIVRE. acquis une haute consideration 6c sont
arrivés à de grandes places par le seul
effet de leur capacité 6c de leurs vertus,
on la trouverait imposante , 6c l'on penserait moins mal de l'Humanité 6c de
la Société. Toutes les bonnes actions ne sont
pas récompensées , tous les travaux estimables ne jouissent pas de la gloire
qui leur serait due ; mais une vie entière consumée à faire le bien, à servir
ou à éclairer les hommes, les conduit
nécessairement à lui payer un jusfce tribut de reconnaissance 6c de respedt.
de leur capacité 6c de leurs vertus,
on la trouverait imposante , 6c l'on penserait moins mal de l'Humanité 6c de
la Société. Toutes les bonnes actions ne sont
pas récompensées , tous les travaux estimables ne jouissent pas de la gloire
qui leur serait due ; mais une vie entière consumée à faire le bien, à servir
ou à éclairer les hommes, les conduit
nécessairement à lui payer un jusfce tribut de reconnaissance 6c de respedt. Si cette vérité avait besoin d'être consirmée, les regrets que la mort de M.
Poivre, ancien Intendant de l'Isle de
France, cause à Lyon, où il s'était retire , la sensation qu'elle a faite dans la
Capitale même 6c jusques au pied du
Trône, en fourniraient une preuve frappante. M. POIVRE était né à Lyon, au mois
d'Août 1719 , d'une famille commer- --- Page 489 ---
Ses Etudes. 3 A ij çante. Il montra, dès son enfance, un
esprit doux facile, les plus grandes
dispositions pour les Lettres & pour les
Arts, un caraétère bienfaisant, qui lui
faisait désirer d'être utile à ceux qu'il
connaissait, &: à ceux qu'il ne connais-,
sait pas. Ses études furent brillantes. Il les avait
finies dans un âge encore très-tendre,
&: commençait un Cours de Théologie
à la Communauté des Millionnaires de
Joseph à Lyon , dont le Supérieur
était ami de sa famille, lorsque les Jésuites, qui né négligeaient rien, firent
attention aux succès d'un élève qu'ils ne
formaient pas, & qui croiiïait dans une
maison avec laquelle ils avaient un point
de rivalité. Ils cherchèrent à persuader
au jeune1 Poivre de préférer leurs Professeurs & leur Compagnie. ' Ils représentèrent en même temps à
M. de Rochebonne, alors, Archevêque
de Lyon , le danger de laiiïer imprégner un enfant heureusement né de --- Page 490 ---
4 Il entre aux Missions Etrangères. principes qui n'étaient pas les Tiens.
Cette seconde démarche détruisit l'effet
de la première, & peut-être sans elle
M. Poivre eut-il été Jésuite ; mais il
vit , avec le sentiment naturel de résiftance, que toute apparence de contrainte inspire aux cara8:ères nobles,
que l'on songeât à porter atteinte à sa
liberté dans le choix de ses Maîtres; Se
il pria ses parens de le faire palier à
Paris dans la ^Congrégation des Missions
Etrangères. Il y vint, il y finit son éducation , il s'y distingua. L'étude de la Philosophie, celle de
la Théologie, l'instruction des Catéchumènes qui lui fut confiée, & des conférences qui lui firent honneur dans le
temps, ne furent pas les seules occupations auxquelles il se livra dans cette
maison respectable. Il s'appliqua avec
succès au dessin & à la peinture, qu'il
regardait comme un délassement, comme
un moyen de réussir mieux dans les pays
qu'il se,proposait déjà de parcourir, & --- Page 491 ---
On l'envoie à la Chine. 5 A iij comme celui d'en rapporter plus de connaissances utiles dans sa patrie. L 'éducation chez des Missionnaires
donne nécessairement le goût des voyages ; & quelques notes écrites par M.
Poivre, indiquent qu'en embrassant l'état
de ses Instituteurs, il envisageait, outre
l'avantage de servir la Religion, celui
,de s'éclairer sur les moeurs , les usages,
la culture, l'industrie des Nations qu'il aurait a observer, &c de procurer à l'Europe
quelques-unes des productions les plus
précieuses de lasie, de l'Afrique & de
1 Amérique. Il semblait prévoir sa destinée.
; & quelques notes écrites par M.
Poivre, indiquent qu'en embrassant l'état
de ses Instituteurs, il envisageait, outre
l'avantage de servir la Religion, celui
,de s'éclairer sur les moeurs , les usages,
la culture, l'industrie des Nations qu'il aurait a observer, &c de procurer à l'Europe
quelques-unes des productions les plus
précieuses de lasie, de l'Afrique & de
1 Amérique. Il semblait prévoir sa destinée. Les Supérieurs des Missions Etrangères
se hâtèrent de l'affilier à leur Corps &
de l'associer à leurs travaux. Ils l'enO voyerent en Chine, & lui prescrivirent de
paÍfer ensuite à la Cochinchine, quoiqu'il ne fût pas encore engagé dans les
Ordres sacrés.
Dans une relâche qu'il sit avant d'arriver à Kanton 1. il reçut d'une main --- Page 492 ---
4 Aventure à Kanton. , trompée ou perfide, une lettre en Chinois , qu'on lui dit être de recommanda-
'tion, &: dans laquelle au contraire, un Chinois qui avait été ofFensé par un Européen,
dénonçait cet Européen, qu'il croyait devoir être le porteur de sa lettre, comme
un coupable dont la Nation Chinoiseavait
à se plaindre, qui méritait la mort. Le jeune homme, rempli de confiance,
se hâta de présenter la lettre au premier Mandarin dont il put approcher,
&: fut mis en prison. Les prisons sont
très-douces à la Chine , il y apprit la
Langue. Le Vice-Roi de Kanton , intéressé par sa contenance noble, douce,
patiente, grave, presque asiatique, touché de son ingénuité, indigné d'une si
odieuse trahison , devint son protecteur,
lui procura toutes les facilités qu'on
refuse ordinairement aux Européens pour
voir l'intérieur du pays. Il y avait séjourne à peu près deux
ans , lorsque se présenta l'occasion qu'il
attendait pour aller à la Cochinchine --- Page 493 ---
Crédit quelle procure à M. POIVRE. 7 A iv avec les Millionnaires qu'il accompagnait. Il s'y rendit &? y passa deux autres
années. Le Vice-Roi de Kanton avait
approuvé facilité ce voyage ; &:, à
son retour, M. Poivre retrouva au même
degré toutes les bontés de ce grand Mandarin , qu'il suivit dans plusieurs tournées, & dont il ne s'écarta presque plus
pendant un an. Le crédit qu'il avait acquis auprès de
lui, procura souvent une plus prompte
& meilleure justice aux autres Français,
& fut très-utile aux intérêts de la Compagnie des Indes. Le Ministère de France
fut instruit qu'à l'extrémité de l'Asie,
un jeune Missionnaire avait rendu des
services essentiels à la Nation. M. Poivre avait montre, dès l'enfance , la même raison, le même esprit
d'ordre & d'observation qu'il a développés ensuite dans les différentes époques
de sa vie. Sa grande jeuneiïe, lorsqu'il
habitait en Chine, ne l'a point empêché
de porter un jugement juste 6c solide
Indes. Le Ministère de France
fut instruit qu'à l'extrémité de l'Asie,
un jeune Missionnaire avait rendu des
services essentiels à la Nation. M. Poivre avait montre, dès l'enfance , la même raison, le même esprit
d'ordre & d'observation qu'il a développés ensuite dans les différentes époques
de sa vie. Sa grande jeuneiïe, lorsqu'il
habitait en Chine, ne l'a point empêché
de porter un jugement juste 6c solide --- Page 494 ---
8 Son, estime pour les Chinois. sur les Chinois. Ayant pu observer réellement leurs mœurs & l'esprit de leur
Gouvernement, il avait pris pour cette fameuse Nation une estime que n'en. ont
point conçue nos Commerçans qui n'ont
traité qu'avec ses Revendeurs , &: par le
ministère de Courtiers avides dans un
port de mer éloigné du centre de l'Empire. Des Chinois qui arriveraient en
Juirope, qui n'y séjourneraient pas plus
long-temps , & qui n'y pénétreraient pas
plus avant que ne le font nos Navigateurs à la Chine, pourraient remporter
une idée très-mauvaise , très-exagérée ,
très-injuste de nos usages, de nos mœurs,
de nos Loix, même de notre Administration. En 1745 , M. Poivre revenait en
France pour revoir sa famille, rendre
irrévocables ses liens religieux, & retourner ensuite au bout du monde où
l'appelait son zèle. Le vaisseau qui le
portait fut attaqué dans le détroit de
- Banca par un Anglais supérieur en force, --- Page 495 ---
Combat contre les Anglais. & combattit. Il y a dans les âmes trèsr
élevées, même avec le caractère le plus
doux , une répugnance naturelle à fuir
le danger ; pendant tout le combat ,
M. Poivre se porta sur la galerie , sur
le gaillard, sur le tillac , par-tout où il
se crut le plus utile, aidant à la manoeuvre ,
exhortant les soldats & les matelots,
sur-tout secourant les blessés ; un boulet
de canon lui emporta le poignet. Pour donner une idée de la sérénité
de son ame, nous dirons que le premier
mot qu'il prononça en se voyant un bras
de moins , fut : Je ne pourrai plus peindre.
Cet amusement était alors pour lui une
espèce de passion ; & si on la regardait
-comme une faiblesse chez cet homme
sage, qui s'est toujours montré au dessus
des autres passions , nous remarquerions
que le dessin & la peinture sont de la plus
grande utilité pour un Missionnaire ; que
le séjour d'un vaisseau nécessite un goûe -
décidé pour quelque occupation manuelle , & qu'il n'en est point de plus --- Page 496 ---
to M. POIVRE perd un bras. propre à .exercer à la fois l'imagination ,
l'observation , la réflexion 6c l'esprit. Peu de moment après la blessure de
M. Poivre, le vaisseau fut pris. Lë Missionnaire , jette à fond de cale , resta
vingt-quatre heures sans être pansé ; la
gangrené s'était établie , il fallut faire
l'amputation beaucoup plus haut. L'opération se fit à bord des Anglais , par
leur Chirurgien. A peine était-elle finie,
avant que l'appareil fût posé , le feu
prit au bâtiment. Tout le monde y courut , ■& le Chirurgien comme les autres ;
M. Poivre , abandonné , perdit une
grande quantité de sang , & bientôt la
connaissance : peut-être fut-ce un bien ;
cette énorme Baignée ayant prévenu &
affaibli la fièvre inflammatoire, dont le
danger est extrême fous le climat brûlant
de l'Inde.
peine était-elle finie,
avant que l'appareil fût posé , le feu
prit au bâtiment. Tout le monde y courut , ■& le Chirurgien comme les autres ;
M. Poivre , abandonné , perdit une
grande quantité de sang , & bientôt la
connaissance : peut-être fut-ce un bien ;
cette énorme Baignée ayant prévenu &
affaibli la fièvre inflammatoire, dont le
danger est extrême fous le climat brûlant
de l'Inde. La vie est une si singulière énigme,
qu'on ne peut jamais savoir si les événemens qu'elle présente sont avantageux
Ou: funestes. ^'accident grave que venait --- Page 497 ---
Suites 'de cet événements 1 i d'essuyer M. Poivre , fut la source de
presque tout le bien qu'il a fait, & de toue
le bonheur qu'il a éprpuvé. Quelle qu'elrt ,
été sa carriere, il y eût: certainement
' déployé beaucoup de zèle , de talens &
de vertus ; & les Millions Etrangères
auxquelles il s'était consacré, présentene
sans doute de grands objets d'utilité religieuse & même civile. Mais s'il flit
resfcé Missionnaire , comme il n'y aurait
pas manqué sans sa blessure, il n'aurait pas
été Administrateur ; il n'aurait pas donné
d'importantes instructions &: de touchans
exemples à ceux qui le seront après lui ;
il n'aurait pas goûté toutes les douceurs
de la vie domestique & patriarchale ; il
n'aurait pas épousé une femme du mérite
le plus rare , laissé trois filles d'une intéreslante espérance. Ainsi la Providence
a compensé avec usure pour lui & pour
nous la perte de son bras. Il en avait fait, dans le même combat*
une autre qui n'a pas été réparée. C'est
celle du Journal de tout ce qu'il avait --- Page 498 ---
12, Nature de sis Journaux, remarqué à la Chine, à la Cochinchine ,
à Macao, auquel étaient joints un grand
nombre de dessins précieux. Cette perte
est d'autant plus fâcheuse , que rien n'est
aussi propre à faire connaître les mœurs,
les principes 8c les usages d'une Nation ,
les vices ou la bonté de son Gouvernement, qu'un Journal tenu régulièrement
par un homme éclairé qui peint les choses
telles qu'il les voit, telles qu'elles sont,
sans prétention , sans chercher à écrire
l'Histoire , sans penser à se faire jamais
imprimer. Peut - être ces manuscrits intéressans
sont-ils encore entre les mains des Anglais;
& l'on espère que si quelqu'un de cette
grande & généreuse Nation en avait connaissance , il voudrait bien les faire remettre à la famille de M. Poivre. Le vaifseau dans lequel il fut pris, s'appelait le
Dauphin ; le Commandant de l'Escadre
Anglaise était l'Amiral BARNET, qui montait le Deptford il y a quarante ans. Les Anglais, qui manquaient de vivres 3 --- Page 499 ---
Voyagesà Batavia & à Siam, i 1 étaient embarrasses de leurs prisonniers.
Ils les conduisirent à Batavia, & leur y
rendirent la liberté. Ce fut pendant le fé--
jour de M. Poivre dans cette Capitale des
établissemens Hollandais , que toujours
occupé de vûes utiles , il prit des connaissances réfléchies sur la culture des
épiceries précieuses que les Hollandais
possédaient alors exclusivement , & sur
les Isles où elles sont indigènes. Il avait
formé dès lors le projet qu'il a depuis réalisé , d'en enrichir un jour son pays.
à Batavia, & leur y
rendirent la liberté. Ce fut pendant le fé--
jour de M. Poivre dans cette Capitale des
établissemens Hollandais , que toujours
occupé de vûes utiles , il prit des connaissances réfléchies sur la culture des
épiceries précieuses que les Hollandais
possédaient alors exclusivement , & sur
les Isles où elles sont indigènes. Il avait
formé dès lors le projet qu'il a depuis réalisé , d'en enrichir un jour son pays. Il s'embarqua, au bout de quatre mois,
avec le reste des Français, pour aller hiverner à Mergui, port du Royaume de Siam ,
& de là se rendre à Pondichéry. Le bâtiment était très-mauvais ; il essuya des tempêtes affreuses , & courut le plus grand
danger. M. Poivre, qui ne pouvait aider
à la manœuvre, conservait son sane froid
o *
& rédigeait ses observations. C'est dans
ce voyage & dans les relâches forcées
auxquelles son navire fut obligé , qu'il
s'instruisit avec exa&itude des moeurs de --- Page 500 ---
14 en Afrique, & aux Antilles. la Nation Malaise, de celles des Siamois, 6c de leur Gouvernement. Il n'avait
pas vingt-sept ans, 6c déjà il savait juger
du bonheur des Peuples par. l'état de leur
agriculture. De retour à Ppndichéry, M. Poivre
s'y trouva pendant l'expédition de Madras si brillante , 6c les querelles si funestès de MM. Du Pleix & De la Bourdonnais. Il blâma également ces deux
* hommes, si habiles d'ailleurs, si célèbres, & qu'il voulut en vain concilier.
Il suivit à l'Ille de France le sécond, plus
disposé à l'écouter. L'escadre qui les ramenait tous deux en Europe, fit plusieurs relâches à la côte d'Afrique, 6c
une dernière à la Martinique, où les vaifseaux se trouvèrent retenus par la guerre. M. Poivre, qui avait recueilli sur l'Inde
tant de lumières qui pouvaient y décider du sort de la Nation, presle par son
zèle de les mettre sous les yeux du Gouvernement , gagna dans un canot fisle
de Saint - Eustache , Ol1 il s'embarqua --- Page 501 ---
M. POIVRE , Envoyé de France 15 pour l'Europe sur un senau Hollandais. Il fut pris à l'entrée de la Manche par
un Corsaire de Saint-Malo, repris quatre
jours après par une frégate Anglaise,
conduit à Guerne[ey, Se rendu au bout
de huit jours sur la signature de la paix. Les curieuses observations & les grandes vûes qu'il rapportait de l'Alie, jointes à la perfection avec laquelle il parlait
le Chinois , le Cochinçhinpis, le Malais, fixèrent sur lui l'attention de la 4
Compagnie des Indes, & le firent choisir,
dans l'année 1751, pour aller en qualité
de Minisire du Roi, à la Cochinchine,
fonder sur des liaisons d'amitié une nou-*
velle branche de commerce. M. Poivre montra dans cette million
des talens supérieurs , une probité délicate , une étonnante activité, une dignité
quelle il parlait
le Chinois , le Cochinçhinpis, le Malais, fixèrent sur lui l'attention de la 4
Compagnie des Indes, & le firent choisir,
dans l'année 1751, pour aller en qualité
de Minisire du Roi, à la Cochinchine,
fonder sur des liaisons d'amitié une nou-*
velle branche de commerce. M. Poivre montra dans cette million
des talens supérieurs , une probité délicate , une étonnante activité, une dignité • O sage ; & dans le compte qu'il en rendit,
une modestie presque inconcevable. Il y
eut tout le succès qu'il pouvait délirer. Le.Roi de la Cochinchine, surpris de
trouver un jeune Européen avec lequel il --- Page 502 ---
1 1 £ a la Cochinchine. pouvait converger sans Interprète, prit
pour lui la plus grande affection, & lui témoigna les bontés les plus distinguées. C'était un Prince sensible & genéreux;
mais faible & inappliqué. On voit dans
le Journal que M. Poivre a fait de son
séjour auprès de lui, & qu'on se propose de donner au Public, toutes les vexations, tous les pillages, toutes les balles
manœuvres que se permettaient les Man-
' darins & les courtisans d'un Roi qui ne
croyait pas mal faire en se livrant a ses
passions ; & l'inertie, la misère d'un Peuple sournis à un Despote à qui l'on avait
persuadé qu'il était de sa dignité de végéter dans son palais. Quand le Roi de la
Cochinchine voyait le mal, il en gémissait, s'en irritait, voulait le réparer ; mais
il le voyait rarement , & sa volonté,
d'abord courageuse, n'avait point de tenue ; il retombait bientôt dans une indolence qui rendait inutiles les meilleures
intentions & les plus heureuses qualités. M. Poivre, de retour à l'Isle de France,
déposa --- Page 503 ---
Rare désintéressement. rj B déposa dans les magasins de la Compagnie jusques aux présens particuliers qu'il
avait reçus de ce Souverain. Un trait peindra son désintéressement ingénu. Il écrivait
à la Compagnie des Indes : Je vous ai
remplace, telle chose , de mon argent ,
parce que je m étais laissé voler par ma faute;
& il n'est pas juste que vous fupportie^ cettè
perte. On peut demander aux trois Compagnies Anglaise , Hollandaise & Française , combien, depuis qu'elles existent,
elles ont eu de pareils serviteurs. Les intentions favorables dans lesquelleâ
M. Poivre avait laissé le Roi de la Cochinchine, & les instructions qu'il avait, recueillies à sa Cour & dans son pays ,
pouvaient devenir la base des plus importantes spéculations. Il est très-fâcheux
qu'elles aient été négligées ; on n'ose pas
dire que cela soit très-surprenant; Mais si les vûes politiques & commerciales dont M. Poivre avait préparé le succès, n'ont pas été remplies, son ambaitade
à la Cochinchine n'a pas été pour cela --- Page 504 ---
18 Plantes portées à Vlsle de France. sans avantages. Il ne s'était pas strictement
renfermé dans la million qu'il avait reçue.
Il avait mis le plus grand soin à recueillir
les plantes les plus utiles, pour les introduire & les naturalisçr à rifle de France. Il y avait apporté le Poivrier, le Cannellier,
plusieurs arbres de teinture, de réGne &
de vernis , plusieurs espèces d'arbres fruitiers. Il était le Bienfaiteur de cette Isle,
seize ans avant de se douter qu'il en serait
un jour l'Administrateur.
ement
renfermé dans la million qu'il avait reçue.
Il avait mis le plus grand soin à recueillir
les plantes les plus utiles, pour les introduire & les naturalisçr à rifle de France. Il y avait apporté le Poivrier, le Cannellier,
plusieurs arbres de teinture, de réGne &
de vernis , plusieurs espèces d'arbres fruitiers. Il était le Bienfaiteur de cette Isle,
seize ans avant de se douter qu'il en serait
un jour l'Administrateur. Le plus précieux des présens qu'il lui
avait faits, était le Riz sec, qui se cultive à la Cochinchine sur les montagnes,
n'a besoin que d'une chaleur modérée,
& ne demande point d'irrigation. On en
fit quelques récoltes ; mais après le départ de M. Poivre, la culture de ce grain
si important ayant été abandonnée aux
esclaves Nègres, qui l'arrosèrent comme
l'autre Riz, l'espèce du Riz sec, qui aurait
pu de cette Colonie passer en' Europe , êc
qui devrait enrichir aujourd'hui-nos Provinces méridionales, fut détruite à l'Isle --- Page 505 ---
Du R iî sec. t - B ij de France. Parmi les maux sans nombre
que l'esclavage & la Stupidité qui en est la
suite, ont causes au Genre humain , il faut
encore compter celui-Jà. Depuis vingt ans
que ce fait a pris de la publicité , on dit
qu'il faudra retourner chercher le Riz feç à
la Cochinchine. Pendant deux siècles , l'Europe a dépensé aux Indes des milliards ; elle y a
massàcré des millions d'hommes ; elle y
a envoyé & entretenu un nombre conndérable de profonds Politiques , d'habiles
Généraux , de saints Missionnaires, d'industrieux Commerçans, de Héros intrépides. Un seul Sage s'était trouve : il
avait rapporté une plante plus utile
même que le bled, & qui aurait pu conipenser tout le mal qu'ont saie tant de
grands Hommes. A peine y a-t-on pris
garde : on l'a laissé perdre. Et, lorsque
chez des Nations savantes, dans
siècle éclairé , on a eu connaissance de ce
trésor & de sa perte , quelques gens d'ef
prit ont dit froidement : C'ejl dommage ; --- Page 506 ---
20 Voyage à Manille. puis l'on a continué à commercer, à
\ intriguer , à se battre, sans songer seulement à combien peu de fraix ce dommage
pourrait être réparé. Il vaudrait mieux sans doute que nos
devanciers ne nous eussènt rien laissé à
faire ; mais c'est à nous à sentir que la
tâche en est plus belle , & à ne pas tomber dans les torts que nous leur reprochons. Peu après son retour de la Cochinchine, M., Poivre fut envoyé par la Compagnie
des Indes à Manille avec une mission secrète : ses instru6tions l'obligeaient d'en
garderie secret, même avec les Employés
de la Compagnie à Kanton , où il devait
palier. Ceux-ci s'en offensèrent, & d'autant plus peut-être , qu'il parut dans la
suite qu'ils avaient été instruits de ce même
secret par une autre voie. Ils lui suscitèrent
toutes sortes d'obstacles & de traverses ,
& le mirent hors d'état de remplir sa misflon avec un entier succès. Il fut obligé
,de revenir à Pôndichery & à l'Isle de
Employés
de la Compagnie à Kanton , où il devait
palier. Ceux-ci s'en offensèrent, & d'autant plus peut-être , qu'il parut dans la
suite qu'ils avaient été instruits de ce même
secret par une autre voie. Ils lui suscitèrent
toutes sortes d'obstacles & de traverses ,
& le mirent hors d'état de remplir sa misflon avec un entier succès. Il fut obligé
,de revenir à Pôndichery & à l'Isle de --- Page 507 ---
Il apporte des Muscadiers. " 21 B iij France, n'ayant fait qu'une partie de ce
dont il avait été chargé ; mais il s'était
acquis d'excellens amis chez les Espagnols
& parmi les Naturels des différens pays
qu'il avait eus à par.courir. Il avait préparé
les esprits & les choses pour faire un sécond voyage plus heureux. Ce voyage avait pour objet principal
d'acquérir & de naturaliser à, l'HIe dç
France les épiceries fines. M. Poivre rapportait cinq. plants enracinés de Muscadiers , & un assez grand
nombre de noix muscades propres à la
germination, dont M. de Buffon & M. de
vérifièrent la bonne qualité. Il n'avait
pu se procurer de Gérofliers sans aller dans
les Moluques mêmes, parce qu'on ne
vend le gérofle que dans un état où il ne
jouit pas de la faculté de germer. Ayant rendu à la Compagnie des Indes
des services essentiels, 6c en ayant toujours reçu les plus grands témoignages de
satisfa&ion , M. Poivre croyait avoir lieu
de compter sur les secours les plus effica- --- Page 508 ---
il Ce qu'était la Compagnie des Indes. ces pour la continuation d'une entreprise
dont le succès. était aiïuré, 61 qui devait
procurer à cette Compagnie des avantages inappréciables. Il avait quitté l'Europe
fort jeune : sa tête sage &c son cœur pur
n'avaient point encore l'expérience de
nos mœurs. Il s'imaginait avec ingénuité,
qu'une grande Compagnie de commerce
était constamment déterminée par son intérêt ; qu'elle devait avoir nécessairement
de la suite dans ses projets & dans ses volontés; qu'avec elle aucun service ne pouvait être perdu. Il raisonnait & s'était conduit d'après ces élémens. ,Mais, il apprit à
l'Isle de France, que la Compagnie des Indes était, comme le sont presque toujours
toutes les Compagnies, & même toutes les
Républiques , divisée en deux partis ; que
celui qui dominait pour le moment, n'était
plus le même qui avait favorisé ses voyages 6c applaudi à ses travaux ; qu'à la tête
de ce parti, qui avait acquis la prépopdérance , était un Directeur qui ne se piquait
pas de continuer l'exécution des projets --- Page 509 ---
Courage dont il eut besoin. 13 B iv adoptés par ses prédécesseurs du parti opposé, & qui, d'origine hollandaise , pouvait ne pas voir avec plaisir sa nouvelle
Patrie devenir , pour un objet aussi important que les épiceries fines , la concurrente de l'ancienne. Il comprit alors la cause d'une partie
des difficultés qu'il avait précédemment
éprouvées , qu'il avait eu beaucoup de
peine à concevoir , 6c qui tenaient aux
dissentions intérieures de la Compagnie
des Indes. Il comprit qu'il ne pourrait
rendre utiles les connaissances qu'il avait
acquises , & enrichir sa Patrie des plus
précieuses sources de l'opulence de la
Compagnie des Indes de Hollande, sans
risquer à la fois sa vie au milieu des etabliflemens Hollandais, & l'ingratitude 5
la persécution peut-être de la part des Français même.
ine à concevoir , 6c qui tenaient aux
dissentions intérieures de la Compagnie
des Indes. Il comprit qu'il ne pourrait
rendre utiles les connaissances qu'il avait
acquises , & enrichir sa Patrie des plus
précieuses sources de l'opulence de la
Compagnie des Indes de Hollande, sans
risquer à la fois sa vie au milieu des etabliflemens Hollandais, & l'ingratitude 5
la persécution peut-être de la part des Français même. Mais celui qui, pour servir les hommes,
voudrait être alTuré de leur reconnaissance, celui qui n'ô[erait s'exposer à voir
tomber sur lui d'injustes & dangereuses --- Page 510 ---
Z4 Secours donné par M. BOUVET. inimitiés , n'aurait pas une véritable vocation à devenir homme public , ni peut-être
à demeurer homme de bien. M. Poivre
était tenax propofiti Vir; il entra en conférence avec M. Bouvet, un des plus grands
hommes de mer qui ayent été au service
de la Compagnie des Indes , ôç qui commandait par intérim à FIsle de France. Il
fit si bien valoir les anciennes instructions
non-révoquées qu'il avait reçues de la
Compagnie ; il lui montra si clairement
l'importance de Pentrèprise & la certitude
du succès, pourvu qu'on eût un navire à
y consacrer , que M. Bouvet, après avoir
combiné les besoins de la Colonie, dont
la marine était très-peu nombreuse en
très-mauvais état, prit sur lui de déplaire
au parti le plus puissant, & de confier au
nouvel Argonaute une vieille petite frégate de cent soixante tonneaux. C'était, dans les circonstances, un grand
& très-rare effort de zèle & de courage qu'avait fait en cela M. Bouvet ;
& M. Poivre en a toujours gardé une --- Page 511 ---
Second Voyage à Manille. 25 vive reconnaissance, .quoiqu'il n'eût été
possible de donner à ce très-mauvais petit
bâtiment qu'un plus mauvais équipage ,
peu de provisions, &e de mauvaise espèce. Pendant l'armement, M. Poivre partagea entre trois Colons de PIsse de France
ses plants de muscadiers , 6c y joignit d'excellentes instru£bions sur leur culture. Enfin il s'embarqua, en 1754, sur sa
petite frégate la Colombe, image du faible
oiseau que l'Ecriture nous peint envoyé
par Noé au milieu de la plus immense
mer pour chercher un rameau précieux. Ce petit vaisseau , mal construit, vieux,
mauvais, faiblement équipé, ne marchait
qu'avec une extrême lenteur. Jouissant
constamment du vent le plus favorable, il
mit, pour se rendre à Manille, le double
du temps qu'un navire ordinaire aurait
employé à faire le même voyage. Il y arriva prêt à couler bas, 6c la quantité d'eau
nécessaire était retranchée depuis longtemps à l'équipage. M, Poivre trouva le pays en feu. Le --- Page 512 ---
2.6 Credit qu'y eut M. POIVRE. Gouvernement Espagnol avait engagé des
querelles sérieuses avec toutes les Nations
voisines. Il retenait le Roi de Yolo prifonnier. Le caractère de M.Poivre, son sang froid,
sa douceur , sa franchise même , car lorsqu'elle est sage , la franchise est toujours
très-utile, le rendaient infiniment propre
aux négociations. Il parvint à calmer beaucoup les esprits : il eut à Manille un crédit
presque aussi grand que celui qu'il avait eu
à la Cochinchine ; & entre autres usages
louables qu'il en fit , il l'employa pour
adoucir le sort du Roi de Yolo.
caractère de M.Poivre, son sang froid,
sa douceur , sa franchise même , car lorsqu'elle est sage , la franchise est toujours
très-utile, le rendaient infiniment propre
aux négociations. Il parvint à calmer beaucoup les esprits : il eut à Manille un crédit
presque aussi grand que celui qu'il avait eu
à la Cochinchine ; & entre autres usages
louables qu'il en fit , il l'employa pour
adoucir le sort du Roi de Yolo. Après s'être acquitté d'une partie importante de sa million, s'être procuré les
connaissances dont il avait besoin , avoir
vendu & remplacé la petite cargaison de
son vaisseau , &: l'avoir carené , s'être
attiré l'eslime & la confiance des Espagnols 8c la consiante amitié du Roi de
Yolo & de. sa famille, M. Poivre se
rembarqua , Se dirigea sa route sur les
Isles à épiceries. Plusieurs de ses matelots --- Page 513 ---
Retour de Manille. 27 & même deux de ses Officiers avaient
abandonné un vaisseau dont ils connaifsàient les défauts, & qu'il était impossible de mettre en état de défense pour
arriver à des terres inconnues , & traverser des mers infestées de Pirates , qui
couraient également sur toutes les Nations , 6c qui venaient d'enlever une galère 6c un vaisseau parfaitement armés ,
hérissés de canons , défendus par des
équipages nombreux. M. Poivre ne se
dissimulait pas le danger; il aurait pu l'éviter en partie, en renonçant pour lors
à la suite de sa mission 6c de ses projets,
6c retournant à l'Isle de France par le
chemin le plus court. Mais il avait eu
tant de peine à y obtenir les faibles
moyens dont il pouvait disposer, il voyait
tant d'incertitude à ce qu'on se prêtât
à les renouveller, lorsqu'une expédition
imparfaite aurait paru justifier les répugnances , que , dévoué au succès des vues
qu'il avait à remplir , il aima mieux s'exposer aux hasards des Elémens, qu'à ceux --- Page 514 ---
29 Voyage aux -Yoluques. des Gouvernemens , & après avoir tout
pesé avec le sang froid & l'égalité d'âme
qui l'ont toujours caractérisé, il se résolut à partir, ,& à réussir ou à périr. Nous ne le suivrons point dans cette
navigation si dangereuse sous tous les afpects, au milieu des difficultés innombrables qu'il avait à vaincre. Le Journal
de son voyage à Manille, & celui de
son retour seront publiés. On y trouvera
mille choses curieuses ssir les usages, la
force, la politique des Peuples peu connus avec lesquels il eut à traiter. On y
verra que si Ton bâtiment & son équipage eussènt été moins mauvais , il eût
dès lors exécuté tous les projets qu'il
avait formés , & qu'il avait été autorisé
à suivre ; on le verra plusieurs fois à un
jet de pierre d'une Ille qu'il pouvait regarder comme le but de son voyage ,
ians moyen d'y aborder. : Forcé de revenir, il fit une relâche
à Timor, 6c forma des liaisons d'amitié
avec le Roi Indien & avec le Gouver- --- Page 515 ---
Nouveaux plants de Muscadiers 19 neur Portugais de cette Isle, qui lui
procurèrent quelques plants de Muscadiers , une assez grande quantité de noix
muscades 6c de baies de gérofle mûres
& dans l'état Oll on les seme, mais qui se
trouvèrent trop vieilles pour germer. C'était du moins constater la possibilité d'en
avoir de propres à être cultivées.
é
avec le Roi Indien & avec le Gouver- --- Page 515 ---
Nouveaux plants de Muscadiers 19 neur Portugais de cette Isle, qui lui
procurèrent quelques plants de Muscadiers , une assez grande quantité de noix
muscades 6c de baies de gérofle mûres
& dans l'état Oll on les seme, mais qui se
trouvèrent trop vieilles pour germer. C'était du moins constater la possibilité d'en
avoir de propres à être cultivées. Rendu enfin à l'Isle de France , après
avoir fait des observations utiles sur les
moussons , il remit au Conseil Supérieur
de cette Colonie , le 8 Juin 17 5 5 , les
plants précieux qu'il avait apportés , &c
qui furent reconnus pour être des épiceries fines. Ceux qu'il avait laisses l'année précédente à différens habitans, étaient morts;
& plusieurs circonstances firent croire que
leur mort n'avait pas été naturelle , mais
l'effet de la mauvaise volonté d'un Directeur des jardins qui était arrivé à l'isle
de France, envoyé par le parti qui s'opposait à la recherche des épiceries. L'événement prouva que M. Poivre --- Page 516 ---
3 c Voyage à Madagascar. avait bien fait de ne pas remettre à une
autre fois ses recherches sur les Moluques. ^1. Bouvet n'était plus à risle de
France. Un nouveau Gouverneur l'avait
remplacé. Il n'avait aucune instruction
favorable à M. Poivre , ni de la part des
Protecteurs de celui-ci, qui le croyaient
noyé & ne pensaient plus à son expédition , ni de la part de leurs adversaires,
qui n'y pensaient que pour la traverser. Ce Gouverneur, quoique bien intentionné , ne put donc, & voulut encore
moins, prendre sur lui de donner aucuns
moyens pour retourner à une entreprise
dont avec un vaisseau passable le succès
n'étaitplus douteux. Dans de telles circonstances, M. Poivre crut devoir se borner à remettre à
la Compagnie la cargaison qu'il avait rapportée , & qui fut vendue sur le champ
avec profit , & sollicita son retour en
France. Il l'obtint sur un bâtiment qui
devait hiverner à Madagascar. Le Journal de son séjour dans cette Isle offre --- Page 517 ---
Esprit des Voyages de M. POIVRE. 31 des détails intéressans sur les mœurs de
ses habitans, les ports, les rivières, les
iites du pays, son Histoire Naturelle ,
ses productions, & les ressources qu'il peut
fournir à nos Colonies des Isles de France de Bourbon. - Jamais M. Poivre n'a perdu une occafion de recueillir & de rapporter des connaissances utiles à sa Patrie. Dans le Coromandel , il avait sui vi avec le plus grand
détail les procédés employés par les Indiens pour la peinture des belles toiles,
connues sous le nom de Perses ou de
Chittes, & il avait étudié la composition
des teintures. En Chine, il s'était instruit
à fond sur les matériaux. & la fabrique
des porcelaines , & sur la manière de préparer ce que nous appelons les soies de
Nankin ; il en a fait des essais très-heureux depuis son retour. Mais il serait impossible d'exposer ici toutes les observations de cet homme respe&able. Il était
si modeste, que les personnes même qui
ont vécu avec lui dans la plus intime so-
Chittes, & il avait étudié la composition
des teintures. En Chine, il s'était instruit
à fond sur les matériaux. & la fabrique
des porcelaines , & sur la manière de préparer ce que nous appelons les soies de
Nankin ; il en a fait des essais très-heureux depuis son retour. Mais il serait impossible d'exposer ici toutes les observations de cet homme respe&able. Il était
si modeste, que les personnes même qui
ont vécu avec lui dans la plus intime so- --- Page 518 ---
32 Ce que sait pour lui M. BERTIN. ciété , ne recueillaient que par lambeaux
quelques-unes de ses connaissances, & le
récit d'une partie de ses travaux. \ Nous avons vu qu'il avait porté dans
toutes ses millions un désintéressement
qui serait très-rare en Europe , & qui
l'est bien plus en Asie. Il en était revenu avec une grande réputation & une fortune médiocre. M.
BERTIN, alors Contrôleur-Général, auquel
nous devons le commencement de la liberté du commerce des grains en France, une excellente Loi pour limiter les
privilèges exclusifs , l'établissement des
Sociétés d'Agriculture , celui des Ecoles Vétérinaires , beaucoup de recherches
précieuses sur la Chine * & qui connaissait & savait apprécier les services de M.
Poivre , engagea le Roi à lui donner une
gratification de vingt mille srancs , qu'il
n'avait pas demandée. Satisfait de cette récompense modérée ,
M. Poivre s'était établi près de Lyon dans
une campagne agréable. Il s'y livrait à
ion --- Page 519 ---
Ouvrages de M. POIVRE. 3 3 c son amour pour les Lettres, & il y cultivait les plantes les plus curieuses des
quatre parties du Monde. L'Académie des Sciences avait depuis
long-temps rendu justice à son mérite ,
en le nommant à la place de Correspondant, la seule que ses voyages lui pèrmissent de remplir. Elle lui avait donné
cette marque d'estime le 4 Septemb. 1754;
6c le lavant Jussieu regardait ses lettres
comme une des richesses de l'Aca-r
démie. Désiré & reçu depuis son retour à celle
de Lyon , il y lut deux Mémoires intitulés : Observations sur les Mœurs & les
Arts des Peuples de l'Afrique & de V A fie.
L'A cadémie exigea que ces Mémoires
fussent imprimes. Le Gouvernement approuva cette résolution, puis en suspendit
l'effet. Quelques exemplaires cependant s'étaient répandus, &: les Libraires Etrangers , qui les contrefirent sur le champ,
y ajoutèrent, à l'insçu de l'Auteur, le titre --- Page 520 ---
2 a Caractère de ses Écrits. de Voyages d'un Philosophe. M. Poivre
était trop Philosophe pour en prendre le
nom à la tête de ses écrits ; mais le titre
imaginé par les Libraires , confirme par
le Public, ÔC multiplié par plusieurs éditions, a prévalu sur celui qu "il avait donné
à son Ouvrage. Cet Ouvrage intéressant,
précis , nerveux, contient plus de choses
que de mots ; on y voit par-tout en traits
de lumière , comment dans l'Univers entier , la félicité, la population, la puissance
des États sont en raison de l'agriculture
& de la liberté, & à quel point la main
du despotisme , celle de l'anarchie, &
celle de la superstition , rendent inutiles
la fécondité du sol le plus favorisé du
Ciel.
. Cet Ouvrage intéressant,
précis , nerveux, contient plus de choses
que de mots ; on y voit par-tout en traits
de lumière , comment dans l'Univers entier , la félicité, la population, la puissance
des États sont en raison de l'agriculture
& de la liberté, & à quel point la main
du despotisme , celle de l'anarchie, &
celle de la superstition , rendent inutiles
la fécondité du sol le plus favorisé du
Ciel. Les écrits de M. Poivre sont, comme
l ses actions , pleins de simplicité & de
i dignité , remarquables par une force
qu'il n'a pas cru avoir , & a laquelle il n 'a
pas songé. Il ne connaissait ni l'enthousiasme , ni la verve. Sa sensibilité , toujours fondée en raison , était grave Lz --- Page 521 ---
. Son Mariagè. * * C ij , lans ardeur. Il ne blâmait pas les Ecrivains qui , s'abandonnant à leur fureur
poétique , se procurent , par intervalles,
une composition brûlante , dont l'éclat
rend plus remarquables les transitions
embarrailees & les passages obscurs qui
lui succèdent : Fumum ex fulgore. Il ne
les imitait point. Il marchait ; mais sa
taille était si élevée , que ses pas , faits
sans aucune précipitation, avançaient plus
dans le chemin de la vérité 6c de l'utilité
publique , que les élans de ceux qu'on
pourrait regarder comme ses concurrens,
&: qui ont acquis le plus de célébrité. Se croyant quitte de ce qu'il pouvait
faire pour le bonheur des autres hommes, il avait enfin songé au sten. Il était
sur le point d'époufer une jeune femme
bien née, pleine de vertus , de douceur
& de grâces, digne, à tous les égards, d'être la compagne d'un Philosophe sensible , lorsqu'il éprouva, qu'en méritant du
Public, on ne fait que contracter le de- --- Page 522 ---
1 $6 Propojitions. du Gouvernement. voir & rengagement d'en mériter encore davantage. Sa réputation fit croire avec justice
qu'il n'y avait que lui qui pût réparer aux
Isles de France &: de Bourbon , les fautes de toute espèce d'une administration
qui , depuis qu'elle était sortie dans ces
Isles des mains de M. de la Bourdonnais, avait été constamment malheureuse.
Les invitations les plus pressantes de la
part du Gouvernement , & les plus propres à redoubler la passion de bien faire
dans un cœur qui n'avait jamais cessé d'en
être animé, vinrent le chercher au milieu
des préparatifs de son mariage. Il avait bien
des raisons de se peu soucier de retourner
faire des. voyages de quatre mille lieues.
Il jouissait du sort le plus fortuné que
puisse désirer un Sage : dans un âge mûr
&: non affaibli, avec le juste espoir d'un
ménage heureux \ assuré d'une aisance bornée, qu'il trouvait suffisante , & honoré
d'une fiatteuse & universelle considération.
cher au milieu
des préparatifs de son mariage. Il avait bien
des raisons de se peu soucier de retourner
faire des. voyages de quatre mille lieues.
Il jouissait du sort le plus fortuné que
puisse désirer un Sage : dans un âge mûr
&: non affaibli, avec le juste espoir d'un
ménage heureux \ assuré d'une aisance bornée, qu'il trouvait suffisante , & honoré
d'une fiatteuse & universelle considération. --- Page 523 ---
M. POIVRE, Intend, de l'Isle de France. 3 7 C iij Il pouvait même craindre que les dangers de la mer, & ceux des places importantes , non moins redoutables, n'efFrayassent sa jeune amie, & ne fissent manquer
une alliance dont les faveurs &: l'autorité
des Rois n'auraient pu compenser le bonheur. Rassuré à cet égard par le courage
6c rattachement qu'elle lui témoigna , il
lui restait encore à regretter sa douce retraite, le repos, l'étude, tant de biens qui
étaient infiniment chers à sa raison tranquille, mais qui le lui étaient moins cependant que le bien public. Il obéit aux ordres
du Roi , &e les justifia par les plus grands
succès. Il trouva les Isles de France Se de
Bourbon dans un anéantissement presque
total ; la culture, le commerce, les fortifications , tout avait été également négligé. Il parvint à tout rétablir. Quelques-uns de ses discours au Conseil Supérieur, dont il était Préiident y
ont été imprimés ; ce sont des chef-d'oeuvres de raison & d'éloquence , le plus --- Page 524 ---
3 8 'Premiers foins qu 'il y prend. noble langage du Magistrat, de l'Adminiitrateur &: du Citoyen. ; Ses premiers soins ie portèrent sur la
culture des comestibles si importante
dans -ces Isles qui doivent non seulement
subsister par elles-mêmes, mais encore
faire subsister les escadres du Roi pendant la guerre. Il mit la plus grande activité à y introduire ,de Madagascar, du
Cap de Bonne-Espérance & de l'Inde,
tous les animaux domestiques & toutes
les productions propres à la consommation des habitans & aux besoins des Navigateurg. Cette activité de M. Poivre à multiplier les subsistan ces . & à se procurer
tous les moyens possibles d'en avoir du
dehors, a été pour la Colonie & pour
l'Etat d'une utilité inappréciable.
oi pendant la guerre. Il mit la plus grande activité à y introduire ,de Madagascar, du
Cap de Bonne-Espérance & de l'Inde,
tous les animaux domestiques & toutes
les productions propres à la consommation des habitans & aux besoins des Navigateurg. Cette activité de M. Poivre à multiplier les subsistan ces . & à se procurer
tous les moyens possibles d'en avoir du
dehors, a été pour la Colonie & pour
l'Etat d'une utilité inappréciable. En 1770, sur une apparence de guerre ,
le Roi fit paÍfer à l'Isle de France dix
mille. hommes, tant de terre que de
mer. Les vaisseaux qui les amenaient se
trouvèrent, en arrivant, dépourvus d'à- --- Page 525 ---
Il sauve une armée & une flotte. 3 C iv grès : ils, n'apportaient ni vivres ni arigent. Je fais bien qu'on; manquera de
tout, écrivit M. le Duc CHOISEUL à
M. Poivre ; mais vous êtes la, & nous
comptons str vous. Il ne-s'était pas trompe;
M. Poivre pourvut à tout : & malgré
deux ouragans successifs qui ravagèrent
l'Isle dans la même année, 8c qui firent
échouer une grande partie des vaisscaux
sur le rivage, la confiance qu'il s'était
acquise dans l'Inde, & les ressources
que sa prévoyance avait ménagées, sauvèrent les troupes & la flotte. Ce fut
chez les Hollandais du Cap de BonneEspérance que M. Poivre trouva les plus
grands recours. Il les dut àr la réputation
de son honnêteté. Il ne pouvait payer
qu'en lettres de change-' les provisions
qu'on lui fourniiïait. Il eut à vaincre le
préjugé que les Hollandais avaient alors
en faveur des Anglais , leur défiance
naturelle. Mais l'estime 8c l'amitié qu'il
avait inspirées aux Chefs- de l'Administration du Cap prévalurent. On délivra --- Page 526 ---
40 .' Difficultés & inconvéniens. ' les proviuons;. on se contenta des lettres
de change. Il est fâcheux d'ajouter que
ce sont ces mêmes lettres de. change qui
ont éprouvé tant de difficultés pour être
payées, ôe qui ne l'ont été que sous le
rèçne de Louis-XVI. » - V ; s
o - Un vaiiTeau. marchand Danois, chargé
de mâtures d'agrès , mouilla dans le
.pprt de l'Isle ; de France. A force de
caresses & de,bons traiternens, M. Poivre
détermina le'Capitaine à lui c^der à un
prix très-modéré sa cargaison , dont on
^vait le besoin le plus urgent. Elle fut ,
.de même queues provisions hollandaises 3
payée en lettres de change ; 6c ces lettres n'ont été acquittées qu'au moment
Gu • M. Bertin eu quelque temps par
interim le porte-feuille des affaires étrangères. ; g M. Poivre, savait combien la -possibilité de ces fortes d'accidens devait rendre précaires, les ressources ; du dehors.
Il avait prodigieusement multiplié celles
du dedans. Animée par ses exhortations, --- Page 527 ---
Idées de M. POIVRE sur les Colonies. 41 par ses soins, par tous les encouragemens qui avaient dépendu de lui depuis [on arrivée dans la Colonie , la
culture des Isles de France & de Bourbon avait produit7 des récoltes abondantes de froment, de riz , 8c d'autres
grains.
ens devait rendre précaires, les ressources ; du dehors.
Il avait prodigieusement multiplié celles
du dedans. Animée par ses exhortations, --- Page 527 ---
Idées de M. POIVRE sur les Colonies. 41 par ses soins, par tous les encouragemens qui avaient dépendu de lui depuis [on arrivée dans la Colonie , la
culture des Isles de France & de Bourbon avait produit7 des récoltes abondantes de froment, de riz , 8c d'autres
grains. On a vu des Administrateurs & des
Politiques d'Europe, qui ont paslé pour
grands, ne s'occuper que de circulation
8c de gains mercantilles, n'envisager dans
les Colonies que des moyens d'augmenter le numéraire- & les- occasions de
voyages, croire utile que la subsistance
des Colons leur arrivât uniquement par
les Négocians de la Métropole. M. Poivre pensait que les moyens de
vivre ne sauraient être trop près des
hommes qui doivent les .. consommer.
Eclaire par les Législateurs de l'Asie &
par sa propre raison j il croyait qu'on
ne pouvait rien faire de-plus agréable
au Ciel 8ç de plus, utile au Monde que
de planter ;un arbre 8c de labourer un --- Page 528 ---
4i Ordonnance en saveur des Nègres. champ : préceptes de Zoroastre, dont
relui qui les fuit, indique le fruit 6c ln.
récompenser " Guidé par ptf sentiment d'humanité &
par le bon sens qui voudrait qu'on ménageât les esclaves . quand oh .ne les considérerait que comme des instrumens de
culture ; 6e indigné, comme il le dit
dans le préambule d'une Ordonnance
qu'il rendit à Bourbon le- io Avril
1771 , des fardeaux excessifs que l'on
faisait porter aux Nègres dans des chemins très-difficiles * & presque impraticables, il défendit, par cette Ordonnance,
de, charger un Nègre, mâle de plus de
soixante livres pesant, & une Négrelîe
de plus de cinquante. Oh leur mettait
âuparavant sur la tête ou sur les épaules
jùsqu'à cent vingt livres, & au delà, pour
faire de longues routes dans des sentiers
ou l'on ne - peut même se servir de
bêtes de somme. Il est triste de penser
qu'une Ordonnance si louable, & qui
devait tant influer sur les succès de la --- Page 529 ---
Protection à M: DE COMMERSON. 45 culture par la consérvation de ses agens,
soit petit-être & trop vraisemblablement
demeurée sans exécution. Mais quand
elle ne serait plus qu'un avertissement ôc
une instru&ion, sous cet aspeft encore
elle aurait son utilité. L'Administration
qui instruit n'est pas moins re[peâable Se
moins Salutaire que celle qui commande. Convaincu de cette vérité, ôt fàisisfant toutes les occasions d'éclairer sur
leurs véritables intérêts les habitans des „
deux Colonies confiées à ses soins,, M.
Poivre s'était attaché par toutes sortes
de services & de bons procédés M. de
Commerson qui revenait de faire le tour
du Monde avec M; de Bougainville.
Il l'avait engagé à rester à - l'Isle de
France pour en faire l'Histoire naturelle,
& apprendre aux Propriétaires à employer
les richesses de leur territoire, & celles
que des soins vigilans leur avaient procurées êt leur apportaient chaque jour.
iées à ses soins,, M.
Poivre s'était attaché par toutes sortes
de services & de bons procédés M. de
Commerson qui revenait de faire le tour
du Monde avec M; de Bougainville.
Il l'avait engagé à rester à - l'Isle de
France pour en faire l'Histoire naturelle,
& apprendre aux Propriétaires à employer
les richesses de leur territoire, & celles
que des soins vigilans leur avaient procurées êt leur apportaient chaque jour. M. de Commerson a toujours vécu a
risle de France. chez M. Poivre ; ôc il --- Page 530 ---
44 ., Plantes introduites 1 est mort dans cette même Isle, peu après
le départ de son ami & son protecteur ,
dans les dégoûts de le chagrin de voir
abandonner leurs anciens travaux, sur lesquels ils s'étaient si bien accordés, quoiqu'ils y portaient des principes différens. M. de Commerson, Botaniste pafsionné, mettait le même intérêt à toute
plante) pourvu qu'elle fût curieuse &
nouvelle. M. Poivre, Administrateur &
Philosophe, ne dédaignait pas la curioiité , mais fixait principalement ses regards sur l'utilité c'était aux plantes
utiles qu'il prodiguait Tes soins. Parmi celles qu'il, a fait connaître à
.l'Isle de France , qu'il y a cultivées lui-même, il faut d'abord nommer
l'arbre à -,pain ou Rima, qui s'y est beaucoup multiplié , dont les Colons commencent à faire usage, qui sera bientôt
un de- leurs principaux alimens, & qui,
transporté ensuite dans les Antilles , y
assurera un jour à peu de fraix la subsistance des Blancs & des Noirs., --- Page 531 ---
à l'Isle de France, 45 Il faut encore faire mention de l'ampalis ou mûrier à gros fruit vert de Madagascar, de l'arbre à huile essentielle
de rose , de l'arbre à suif, de du thé de
la Chine , du bois de campêche , du
bois immortel ou nouroucouyë , du cannellier de Ceylan &: de la Cochinchine,
de toutes les variétés du cocotier, du
dattier & du manguier , de l'arbre des
quatre épices , du chêne , du sapin , de
la vigne, du pommier 6c du pêcher de
l'Europe, de l'avocat des Antilles, du
mabolo des Philippines , du sagoutier
des Moluques, du savonnier de Chine,
du maran d'Yolo, du mahé ou arbre
de mâture , & du mangoustan , fruit
réputé le meilleur de l'Asie & du
Monde. Mais il devint plus célèbre par le succès qu'eurent enfin ses soins & l'intelligence qu'il déployait depuis vingt-cinq
ans pour parvenir à faire apporter des
Moluques à l'Isle de France des plants de
muscadiers & de gérofliers, en quantité --- Page 532 ---
46 Expédition aux Moluquès. assez considérable pour en aÍfurer la naturalisation. Il s'était occupé, depuis qu'il était chargé
de l'administration de la Colonie , à
reprendre à cet égard la suite de ses anciens travaux. Il avait instruit de tous
leurs détails M. Provofl; ancien Ecrivain
des vaisseaux de la Compagnie des Indes, qui parlait la Langue Malaise ; ôe
l'ayant chargé de lértres pour différens.
Princes Indiens , il le fit partir au mois
de Mai 1769 sur la corvette le Vigilant , commandée par M. de Tremigon,
Officier de la Marine Royale, & Lieutenant de vaisseau , accompagné du bateau l'Etoile du matin y commandé par
M. d'Etcheveri, Lieutenant de ftégate.
ancien Ecrivain
des vaisseaux de la Compagnie des Indes, qui parlait la Langue Malaise ; ôe
l'ayant chargé de lértres pour différens.
Princes Indiens , il le fit partir au mois
de Mai 1769 sur la corvette le Vigilant , commandée par M. de Tremigon,
Officier de la Marine Royale, & Lieutenant de vaisseau , accompagné du bateau l'Etoile du matin y commandé par
M. d'Etcheveri, Lieutenant de ftégate. Les deux bâtimens firent ensemble le
voyage de Manille, passèrent à Mindanao , touchèrent a l'Isle d'Yolo, dont
le Roi , devenu libre , regardait M.
Poivre comme un père. Ce Prince re-
- mit à M. de Tremigon une lettre pour
le Roi de France, qu'il appelait son --- Page 533 ---
Expédition aux Moluques. - 47 puissant Protecteur. Il donna plusieurs
renseignemens utiles , & assura nos Navigateurs que s'ils ne réussissaient pas cette
année dans leur expédition , il leur procurerait , pour l'année suivante , tous les
plants qu'ils pourraient désirer. MM. de Tremigon , d'Etcheveri &
Provost passèrent ensuite à l'Isle de M iao
où ils firent des recherches infruélueu[es :
les Hollandais y avaient récemment détruit les plants d'épiceries. Entre cette Isle & celle de T affouri, le
défaut de vivres détermina les deux Commandans à ménager le temps en faisant chacun de leur coté une partie de
la carrière qu'ils étaient chargés de parcourir. Ils convinrent d'un rendez-vous.
M. de Tremigon se rendit à Timor, où
il pouvait se procurer les vivres nécefsaires, & faire aussi des recherches. M.
d'Etcheveri reçut à son bord M. Provost , & l'ordre de faire tout ce que
celui-ci jugerait convenable pour le succès de l'expédition & le service du Roi. --- Page 534 ---
48 Expédition aux Moluques. Tel fut le résultat d'un Conseil , tenu
sur le Vigilant, le 10 Mars 1770, veille
de la séparation des deux vaisseaux. M. Provost &c d'Etcheveri , parfaitement d'intelligence, parcoururent dans
leur petit bâtiment tout l'est des Mo-:
luques, abordèrent plusieurs fois à l'Isle
de Ceram , & enfin , sans que la République de Hollande ni sa Compagnie
des Indes pussent avoir aucun sujet légitime , ni même aucun prétexte de
plainte, ils obtinrent des Rois de Gebi
& de Patani, Souverains indépendans
des Hollandais , un grapd nombre de
plants des deux arbres précieux , & un
bien plus grand nombre- de baies &e de
noix fécondes. Le retour présenta quelques dangers
de la part d'une escadre Hollandaise, à
laquelle M. d'Etcheveri échappa par son
sang froid, par sa prudence, & par la
petitesse même de son bâtiment qui déroutait les soupçons. Il rejoignit M. de
Tremigon au point convenu. On partagea --- Page 535 ---
On rapporte des plants d'Épiceries. 49 D tagea encre les deux vaisseaux les jeunes
plants, les noix muscades , les baies de
gérofle ; ëc ils arrivèrent à rIfle de
France , le 24 Juin 1770.
sang froid, par sa prudence, & par la
petitesse même de son bâtiment qui déroutait les soupçons. Il rejoignit M. de
Tremigon au point convenu. On partagea --- Page 535 ---
On rapporte des plants d'Épiceries. 49 D tagea encre les deux vaisseaux les jeunes
plants, les noix muscades , les baies de
gérofle ; ëc ils arrivèrent à rIfle de
France , le 24 Juin 1770. Le Conseil Supérieur del'lsle de France
consacra dans ses registres ce succès si
long-temps désiré ; & par un arrêté,
pris après que M. Poivre se fut retiré,
il réclama les bontés du Roi pour l'Administrateur qui avait rendu un si grand
service à la Colonie , 5c pour ceux qui
avaient concouru à l'exécution de ses
vues. Le Conseil pria M. le Chevalier
DES ROCHES, Commandant général, de
se charger de faire parvenir au Ministre
le voeu de la Compagnie, de peur que
la modestie de M. Poivre ne l'engageât
à supprimer les éloges qui lui étaient dus. En effet, ce n'avait pas été une petite entreprise ; & ce n'était pas un événement médiocrement heureux, pour la
France qui participe à une nouvelle source
de richeiles , pour l'Europe qui se trouvera pourvue à meilleur marché d'un ob- --- Page 536 ---
5 0 Moyens qui assùrerent ce succès. jet de jouissance , 6c sur- tout pour les
habitans des Moluques qu'on n'opprimera plus, afin de s'emparer de leurs productions & d'en conserver le privilége
exclusif, lorsque cette cruauté sera devenue inutile. Nous avons indiqué pa^quels travaux
de tout genre M. Poivre avait préparé
ce service distingue qu'il a rendu a sa
Patrie 6c au genre humain. L'habileté
& les lumières qu'il devait à ses différens voyages , 6c sur-tout la réputation
qu'il s'était faite auprès des Princes du
pays, pouvaient seules vaincre les obstacles que la Compagnie Hollandaise oppose aux Navigateurs qui cherchent à
pénétrer dans les Moluques. Presque
tous ceux qui l'avaient tenté y avaient
péri , victimes des rigueurs 6c de la vi-
"gilance des Hollandais. Mais M. Poivre , qui avait passe sa
vie à semer par-tout des bienfaits, était
sûr de trouver par-tout des amis 6c de la
reconnaissance. Les Souverains de ces --- Page 537 ---
Chagrin dont il sut mélé. 51 D ij Contrées bavaient , les uns par expérience , & les autres pour l'avoir appris de leurs Alliés, qu'au milieu de ces
Français qui ne s'étaient montrés à eux
que comme des Guerriers redoutables , il
existait cependant un homme sage pacifique, qui n'avait jamais conseillé que les
bons offices 8c la douceur. M. Poivre eue
certainement de grandes jouissances : ses
succès durent être d'autant plus précieux à
son cœur, qu'ils étaient le prix de ses vertus
encore plus que l'ouvrage de son génie. La satisfaction qu'il éprouva en voyant
enfin terminer une entreprise qui lui
coûtait la moitié de sa vie , fut néanmoins accompagnée d'une circonstance
fâcheuse. Telle paraît être la loi qui
gouverne ce monde, qu'il n'y a presque
aucun événement, heureux qui ne soit
mêlé de quelque chagrin , comme il n'y
a presque point de malheur qui n'amène
avec lui quelque compensation : » Le Ciel sur nous, de deux vases égaux, ;
n Verse à la fois. & les biens & les maux Cf. Volt,
ait la moitié de sa vie , fut néanmoins accompagnée d'une circonstance
fâcheuse. Telle paraît être la loi qui
gouverne ce monde, qu'il n'y a presque
aucun événement, heureux qui ne soit
mêlé de quelque chagrin , comme il n'y
a presque point de malheur qui n'amène
avec lui quelque compensation : » Le Ciel sur nous, de deux vases égaux, ;
n Verse à la fois. & les biens & les maux Cf. Volt, --- Page 538 ---
5 1 Erreur de la Colonie : elle efl reparle. A peine les épiceries fines étaient-elles
v arrivées à l'Isle de France, que le zèle du
Commandant, 6c l'avis unanime du Conseil Supérieur , M. Poivre seul excepté ,
sirent rendre une Ordonnance qui decla^-
rait coupable de trahison quiconque emporterait , dans une autre Colonie, quelques-uns des plants enracinés des deux
arbres nouveaux , ou quelques noix muscades ou baies de gérofle propres a la
germination. M. Poivre , affligé , ne
trouvant personne qui partageât Ton opinion, ne put se dispenser de ligner. Mais
il écrivit au Ministre pour faire sentir les
dangereuses conséquences d'un tel privilége exclu fif, 6c chargea un de ses amis ,
celui qui tient ici la plume , de contribuer
à les développer ; ce qui fut fait tant par
des Mémoires particuliers, que par un écrit
alors imprimé. M. le Duc DE Praslin ,
qui était plein de sens 6c d'équité, jugea,
comme M. Poivre, qu'il serait injuste &
absurde d'interdire à quelques Provinces
de l'État une culture utile qu'on encoÙra- --- Page 539 ---
Nouvelle expédition aux Moluques. 5 3 D iij gérait dans d'autres, & que si les épiceries
fines étaient concentrées à l'Isle de France,
elles pourraient y être détruites par un ouragan, ou par les suites d'une guerre malheureu[e.Il se hâta de prendre les ordres du Roi,
& de faire passer des Muscadiers &: des
Gérofliers tant à l'Isle de Bourbon qu'à la
Guyane Française. Ils ont très-bien réussi
dans l'une & dans l'autre Colonie. Ils commencent à pouvoir y devenir un objet de
commerce ; & leurs fruits aelimatés y sont
aussi beaux & aussi parfumés aujourd'hui
que dans les Moluques même. M. Poivre ne se borna pas à cette expédition , quoiqu'elle eût rapporté quatre
cents plants de Muscadiers, dix mille noix
museades toutes germées ou propres à germer, soixante & dix plants de Gérofliers,
& une caisse de baies de gérofle, dont
quelques-unes germées &c hors de terre.
Sa prudence craignit les accidens phyflques , 8c même les accidens moraux,
dont il avait fait plus d'une fois l'expérience qu'il était encore destiné à recom- --- Page 540 ---
54 Son heureux succès. jnencer. Il renvoya au mois de Juin 1771,
dans les Moluques, M. Provost , sur la
flûte l'Isle de France, aux ordres de M. de
Coëtivi, Enseigne des vaisseaux du Roi ,
accompagnée de la corvette le Nécessaire ,
commandée par M. Corde\ ancien Officier de la Compagnie des Indes. Ils firent
un nouveau voyage à Gebi, &c en rapportèrent une quantité bien plus çonsidérable de plants & de graines de Gérofliers
& de Muscadiers. La flûte fut de retour le
4 Juin 1772. , &, la corvette le 6. Cette .
expédition , plus heureuse encore que la
première , a pour jamais assuré aux Colonies Françaises la possession des épiceries
fines.
M. Corde\ ancien Officier de la Compagnie des Indes. Ils firent
un nouveau voyage à Gebi, &c en rapportèrent une quantité bien plus çonsidérable de plants & de graines de Gérofliers
& de Muscadiers. La flûte fut de retour le
4 Juin 1772. , &, la corvette le 6. Cette .
expédition , plus heureuse encore que la
première , a pour jamais assuré aux Colonies Françaises la possession des épiceries
fines. La première cependant eût pu suffire.
Tandis que MM. Provost & d'Etcheveri
voguaient sur le bateau l'Etoile du matin,
à une conquête que la prudence la plus
profonde avait assurée , toutes les mesures
avaient été prises à l'Isle de France pour
que les jeunes plantes trouvaient en arrivant le sol & la culture qui leur conviennent. --- Page 541 ---
Jardin de Montplaisir. - 5 5 D iv M. Poivre avait acheté de la Compagnie des Indes , dans un lieu nommé
Montplaisir , un enclos peu distant du port
de rifle de France. Il en avait fait à les fraix
un magnifique jardin , qui le dispute à
ceux que la Compagnie Hollandaise des
Indes fait cultiver au Cap de Bonne-Espérance, & qui, plus riche qu'eux encore,
renferme prcsque toutes les plantes utiles
des deux hémisphères. Il y passait tout le.,
temps que les devoirs de l'Adminislration
pouvaient lui laisser libre ; car propre,
comme Caton , à influer sur les mœurs
& sur les affaires publiques , M. Poivre
avait encore avec ce grand Homme le
rapport d'aimer à diriger tous les détails
des travaux champêtres , & il y était d'une
grande habileté. Il a depuis cédé au Roi, pour le même
prix qu'il l'avait acheté de la Compagnie,
cette habitation si intéressante aux yeux
des Savans 3c des Citoyens, qui sentent
qu'il peut être plus important d'acquérir
une plante utile qu'une Province. Il a fait --- Page 542 ---
* 5 6 Jardin du Roi hommage à la Patrie des dépenses , des
améliorations , des travaux considérables
qu'il avait consacrés à en enrichir le jardin,
& qui l'ont rendu un des plus précieux
du globe entier. Il avait instruit dans tous
les détails de la culture ASiatique M. de
Ceré, auquel il avait dessiné la direction
du jardin de Montplaisir, dônt il ne put
le mettre en possession, mais qui depuis
en a été chargé , conformément à ses
vues ; & M.. de Ceré a justifié ce choix
par ses soins , ses lumières & son cou-
. rage. On aura peine à croire que cette
dernière qualité ait été bien nécessaire à
M. de Ceré pour la conservation & l'entretien d'un jardin appartenant à Sa Majessé. On aura encore plus de peine à croire
que même après le succès, & depuis le
départ de Mr Poivre , il se soit trouvé
des gens qui, sans autre motif que la jalousse, ayent mis à tâcher de détruire les
plantes précieuses qu'il avait introduites à
l'ïsle de France , presque autant d'activité
qu'il en avait déployé pour les y apporter. --- Page 543 ---
à l'Isle de France. 57 Ces faits, trop vrais, viennent encore de
nous être attestés par un Ministre du Roi,
sous les yeux duquel ils se sont panes , 6c
qui a. eu besoin de tout son crédit pour
empêcher le jardin & les plantes qu'il renferme d'être anéantis , & pour protéger
M. de Ceré contre les ennemis que son
zèle patriotique à conserver le fruit des
travaux de M. Poivre lui avait attirés.
l'Isle de France. 57 Ces faits, trop vrais, viennent encore de
nous être attestés par un Ministre du Roi,
sous les yeux duquel ils se sont panes , 6c
qui a. eu besoin de tout son crédit pour
empêcher le jardin & les plantes qu'il renferme d'être anéantis , & pour protéger
M. de Ceré contre les ennemis que son
zèle patriotique à conserver le fruit des
travaux de M. Poivre lui avait attirés. Si les épiceries fines sont un jour une
richesse pour la France , le nom de M. de
Ceré ne doit pas être plus oublié que celui de son illustre ami, auquel la reconnaissance des cultivateurs a élevé à Cayenne
un monument noble & simple dans le jaiv
din de M .de Gers,au centre de quatre belles
allées de gérofliers ; & pour qui l'Histoire
en élevera certainement un plus durable
dans le souvenir de la postérité délivrée
d'un monopole onéreux, & enrichie d'un
grand nombre de cultures précieuses. Voici ce qu'écrit sur le jardin de Montplaisir un homme de bien , un homme
d'esprit, un homme éclairé qui a voyagé --- Page 544 ---
5 8 Jardin du Roi utilement dans toute l'Europe, en Grèce,
en Asie., en Egypte, M. Melon, qui arrive actuellement des Colonies administrées par M. Poivre. » Le jardin du Roi à l'Isle de France, «
dit-il, 53 me paraît une des merveilles du
« Monde. Le climat de' cette Isle lui per-
» met de multiplier en pleine terre les
33 productions de toutes les parties de ru33 nivers. Le Voyageur trouve rassemblés
M dans ce jardin plus de six cents espèces
3> d arbres ou d'arbustes précieux, trans33 portés des divers continens. Tous n'ont
35 pas atteint encore leur point de perfec33 tion. Il faut du temps & des soins pour
33 aclimater & naturaliser les arbres. Cette 53 partie de la culture, qui demande beau-r
« coup d'observations , de sagacité & de
33 philosophie , était une des choses dans
» lesquelles M. Poivre excellait. M. de
33 Ceré, son élève, y est devenu très-ha-
« bile. Le Manguier a été vingt ans dans
w les Isles de France & de Bourbon sans
" donner de bons fruits. Les deux Isles --- Page 545 ---
a l'Isle de France. 59 « sont actuellement couvertes de ces » arbres, qui produisent en grande abon- '
55 dance des fruits délicieux. On peut dire
» la même chose de plusieurs autres y
55 qui par degrés y ont réussi. 53 Les cloux de gérofle, sorcis du jar55 din du Roi de l'Isle de France , que
53 M. l'Abbé Raynal a vus, 6c qu'il dit
» être petits , secs 6c maigres, avaient^
55 ces qualités parce qu'ils étaient les
53 fruits du premiet rapport d'arbres fai53 bles 6c encore languissans, nouvelle55 ment transplantés loin de leur terre
»5 natale. Aujourd'hui il n'en dirait pas
« autant du fruit des mêmes arbres, ni
sorcis du jar55 din du Roi de l'Isle de France , que
53 M. l'Abbé Raynal a vus, 6c qu'il dit
» être petits , secs 6c maigres, avaient^
55 ces qualités parce qu'ils étaient les
53 fruits du premiet rapport d'arbres fai53 bles 6c encore languissans, nouvelle55 ment transplantés loin de leur terre
»5 natale. Aujourd'hui il n'en dirait pas
« autant du fruit des mêmes arbres, ni 55 de ceux du jardin de M. Hubert, qui
53 cultive à Bourbon avec le plus grand
53 succès huit mille Gérofliers «. Nous ajouterons que l'Académie des
Sciences a présentement sous les yeux
une quantité considérable de gérofle de
Cayenne de la plus grande beauté , 6c
d'une qualité excellente. Croirait-on cependant que la jalousîe, --- Page 546 ---
6o Jardin du Roi à l'Isle de France: la bassesse , l'indifférence pour le bien
de la Patrie de l'humanité, marqués
sous le voile d'une vile mesquine économie , ont proposé plusieurs fois aU
Gouvernement d'abandonner ou de détruire le jardin de Montplaisir, qui a
déjà été, & peut encore être si utile ? & si
le Ministère eût été moins noble, moins
bienfaisant, moins instruit, & si le Héros de l'Inde, M. de Sitffren , n'avait pas
- rendu, justice à M. Poivre , à l'importance de ses vues, & à l'utilité de ses
travaux, on ne sait ce qui en serait arrivé. M. Poivre avait le plus grand désir
de rejoindre une seconde fois le ri^ sie
aux plantes précieuses qui enrichissent ce
jardin. Il faisait encore plus de cas de cette
plante alimentaire, que des plus riches
épiceries. Il a souvent proposé d'aller la
rechercher à la Cochinchine ; mais jufqu a présent une sorte de fatalité a fixé
l attention des Nations & des Gouvernemens sur les entreprises, presque en
raison inverse de leur utilité, ou à peu --- Page 547 ---
Tentative poùr sormer du rit sec. - 61 près uniquement en raison de leur éclat.
Il ne faut pas s'en prendre aux Administrateurs ; ce malheur ne tient qu'à
l'éducation qu'ils ont reçue, dans laquelle on leur a parlé de la gloire,
jamais des moyens de multiplier les
subsistances, & d'enrichir les Nations.
M. Poivre avait donc été autorisé à tout
faire pour les épiceries ; & l'on n'avait
pas cru que la Cochinchine, qui ne
paraissait présenter , pour le moment,
aucun objet important de commerce ,
méritât qu'on y fît une expédition pour
avoir du riz.
heur ne tient qu'à
l'éducation qu'ils ont reçue, dans laquelle on leur a parlé de la gloire,
jamais des moyens de multiplier les
subsistances, & d'enrichir les Nations.
M. Poivre avait donc été autorisé à tout
faire pour les épiceries ; & l'on n'avait
pas cru que la Cochinchine, qui ne
paraissait présenter , pour le moment,
aucun objet important de commerce ,
méritât qu'on y fît une expédition pour
avoir du riz. La marine très-faible de la Colonie
ne pouvait se prêter que difficilement à
deux entreprises différentes. Les moyens
que M. Poivre avait imaginés pour rendre ces deux entreprises possibles, trouvèrent dans la division de l'autorité civile & de l'autorité militaire, & dans la
diversité de vues qui en était la suite ,
un obstacle insurmontable. Obligé donc de renoncer, pendant - --- Page 548 ---
6'1 012 fabrique un riç mitoyen. son administration , à se procurer de
nouveau riz sec , il tenta de changer
la culture du riz humide,. de l'accoutumer par degrés à croître sans avoir le
pied dans l'eau. Il en fit semer en disc
férens cantons au commencement de la
saison des pluies. Quelques parties périrent. Cet arrosement naturel se trouva
suffire à quelques autres, dont le grain
devint propre à germer, croître & fruc-
- tifier avec un moindre arrosement. Il y
a donc actuellement à l'Isle de France
un riz qui tient le milieu entre le riz
humide , généralement connu , 6c le riz
sec de la Cochinchine. C'est un riz dont
l'humidité d'une saison pluvieuse favorise
suffisamment la production. Il n'est pas
encore en état d'être transporté utilement en Europe. Il souffre même beaucoup à l'Isle de France, quand les pluies
ne sont pas abondantes ; & l'on se plaint
qu'elles deviennent plus faibles, à mefure que les défrichemens se multiplient.
Mais on peut espérer qu'en prenant tou- --- Page 549 ---
Utilité .du riç sec. 63 jours pour semence le grain récolté dans
les cantons qui auront été le moins arrosés & le plus élevés , on arrivera au
point d'avoir un riz qui pourra, dans
des climats tempérés, se passer presque
entièrement de pluie, un véritable riz sec;
& ce sera pour l'Europe un des plus précieux trésors. Il serait sans doute bien
plus court d'envoyer exprès à la Cochinchine : on jouirait peut-être vingt
ans plus tôt de ce moyen de doubler
les subsistances & la population ; mais
on doit savoir beaucoup de gré à M.
Poivre, qui s'est vu privé de la faculté
d'obtenir du pays, où il est indigène,
ce grain si important, d'avoir tenté d'en
fabriquer, en y appliquant la savante
théorie qu'il avait sur la culture & sur
la dégénération des plantes. On doit se
féliciter de ce qu'il a , en partie, réussi.
Il faut remercier le Ciel lorsqu'il fait
présent à la terre d'un homme de génie , & plus encore, quand il donne à
cet homme de génie la passion d'em-
d'obtenir du pays, où il est indigène,
ce grain si important, d'avoir tenté d'en
fabriquer, en y appliquant la savante
théorie qu'il avait sur la culture & sur
la dégénération des plantes. On doit se
féliciter de ce qu'il a , en partie, réussi.
Il faut remercier le Ciel lorsqu'il fait
présent à la terre d'un homme de génie , & plus encore, quand il donne à
cet homme de génie la passion d'em- --- Page 550 ---
64 Autres travaux de M. POIVRE. ployer ses talens , son travail, son eCprit & ses forces entières au bien public. L'Agriculture, sans doute, doit être
en tout pays le premier objet des soins
d'un Administrateur ; & c'est principalement par le respedt secourable qu'ils
ont témoigné pour l'Agriculture, par les
encouragemens , les instru&ions & les
faveurs qu'ils ont répandus sur elle, qu'on
doit marquer les rangs entre les Rois
& les Ministres que léur zèle ou leurs
talens ont rendus dignes de l'estime, de
la reconnaiiïance & de l'amour des Nations : Triptolème avant Thésée. Mais ,
après l'Agriculture, & pour son propre
intérêt , qui sera toujours l'intérêt fondamental de la Société , il est d'autres
travaux , dont l'homme d'Etat s'occupe
- avec une égale ardeur, 8c qui contribuent
à lui mériter les hommages de l'humanité 8c de la Patrie. M. Poivre n'a négligé aucun de ceux pour lesquels les circonstances ont réclamé sa vigilante attention. Il --- Page 551 ---
'Ancien Port de l'Ifl-e de France. 65 - Il avait trouvé le Port Louis de l'Isle
de France à peu près comblé. L'inexpérience, qui avait présidé aux premières
concevions de la Colonie , avait livré
au fer & au feu des Défricheurs les
bois des montagnes, dont ce port esl
entouré , & les ravins causés par la saison des pluies , en avaient ensuite entrame les terres nues dans le baffin. Les
abords des magasins étaient devenus impraticables ; les vàisseaux de guerre étaient
obligés de mouiller à demi-lieue, exposés
à la fureur des ouragans & des vents
du large. L'escadre dé. M. d'Aché y avait
été presque entièrement détruite dans
l'hivernage de 1761. La Colonie était
ainsi privée d'un port de sûreté, d'autant plus à l'abri des insultes de l'ennemi, que les vents généraux ne permettent presque jamais d'y aborder qu'à
la remorque, & en favorisent la sottiè
dans tous les temps : d'un port d'autant
plus important, qu'il présente à mille lieues
du Continent l'avantage de ne pouvoir
jamais être espionné. E
entièrement détruite dans
l'hivernage de 1761. La Colonie était
ainsi privée d'un port de sûreté, d'autant plus à l'abri des insultes de l'ennemi, que les vents généraux ne permettent presque jamais d'y aborder qu'à
la remorque, & en favorisent la sottiè
dans tous les temps : d'un port d'autant
plus important, qu'il présente à mille lieues
du Continent l'avantage de ne pouvoir
jamais être espionné. E --- Page 552 ---
66 M. POIVRE fait un nouveau Port. M. Poivre entreprit de rendre ce port,
ou un équivalent à l'Isle de, France 8c
à l'Etat ; mais, en homme modeste qui
ne se fie pas à ses seules lumières , &
en Administrateur qui sait faire usage
de celles d'autrui, il consulta les gens
les plus éclairés, & entre autres , M.
de Tromelin , habile Capitaine des
vaisseaux du Roi, 8c M. de CojJigny,
Correspondant de l'Académie des Sciences , Ingénieur de la Colonie. M. de
Tromelin conçut le projet d'un nouveau
port, entièrement à l'abri des ouragans,
& combina avec M. Poivre les moyens
de préserver ce nouveau port des atterri{[emens, & d'en arrêter les progrès
dans l'ancien, par des canaux, des digues
& des jetées qui conduiraient sur une
plage inutile les torrens annuels que ramène la saison des pluies. La difficulté de faire reprendre des
bois sur des coteaux lavés, dégradés, x brûlés d'un soleil à pic, était excessive. M. Poivre & M. de Coiligny , après --- Page 553 ---
M. POIVRE sait un nouveau Port. 67 E ij a.voir essayé tous les arbres &: les afbustes j dont le jardin de Moiitplaisir
présentait une si belle collection , jugèrent qu'il n'y avait qu'un arbre , connu
fous le nom de bois noir, qui pût donner quelque espérance. Mi de Coffigny
se chargea d'en faire exécuter avec tous
les soins qu'on pût imaginer ^ une immense plantation. Elle a réussi 5 elle a
diminué l'éboulement des terres , & à
fortement contribué aux succès des autres
travaux. Une roche , qui se trouvait à Feutrée
du nouveau port, & qu'on avait toujours
cru ne pouvoir extirper sous l'eau, l'a
été par la suite du courage avec lequel
M. de Tromelin & M. Poivre en ont
soutenu la possibilité & fait décider le
travail. Les mesures paraissaient assurées
pour que la grande entreprise du nouveau port fût exécutée en quatre ans ;
8c l'on a lieu de croire que si M. Poivre
fût resté Administrateur de la Colonie ,
l'ouvrage n'aurait pas exigé plus de temps. --- Page 554 ---
68 État du nouveau Port. DifFérentes circonstances l'ont retarde.
Cependant un procès-verbal, rédigé en
1781, constate que le nouveau port pou
vait recevoir & contenir à cette époque,
& à l'abri de tout danger, six vaisseaux
de "guerre &: plusieurs frégates. La sagesse
éclairée du Ministère at1uel fait continuer les travaux , dont M. le Duc de
Praslin, M. Poivre , M. de Tromelin &
M. de Coffigny doivent partager la gloire ;
&, lorsqu'ils seront achevés, le nouveau
port pourra donner le plus sûr des aGies à
douze vaisseaux de guerre & à un grand
nombre de frégates ou de gros bâtimens
de commerce. La Colonie a formé le
projet d'élever à rentrée de ce port un
monument, dans les inscriptions duquel
les services de M. Poivre ne seront pas
publiés.
aslin, M. Poivre , M. de Tromelin &
M. de Coffigny doivent partager la gloire ;
&, lorsqu'ils seront achevés, le nouveau
port pourra donner le plus sûr des aGies à
douze vaisseaux de guerre & à un grand
nombre de frégates ou de gros bâtimens
de commerce. La Colonie a formé le
projet d'élever à rentrée de ce port un
monument, dans les inscriptions duquel
les services de M. Poivre ne seront pas
publiés. La sollicitude de cet homme également
actif &: bienfaisant ne se bornait pas
aux objets soumis à son administration.
Il mettait avec raison la plus grande
importance à faire déterminer, par de --- Page 555 ---
Recherche des écueils projetée. 69 E iii bonnes observations agronomiques, la position de la multitude d'Isles & d'écueils
qui séparent l'Inde de l'Isle de France. Il
avait engagé M. l'Abbé Rochon', son ami,
qui était déjà de l'Académie de M-arine,
& qui est aujourd'hui de celle des Sciences , à se charger de cet intéressant travail. Il avait fait toutes fortes de préparatifs pour lui rendre le voyage plus
commode &: moins pénible. Au moment de rembarquement , un conflia
d'autorité empêcha le départ de M. l'Abbc .
Rochon : M. Poivre en eut beaucoup
de chagrin. Il voyait échapper une occasson qui semblait favorable de faire
des recherches bien utiles. Il éprouva
encore qu'il faut toujours suspendre son
opinion sur les evènemens. C'était dans
le vaisseau de l'estimable & malheureux
Capitaine Marion , que M. l'Abbé Rochon
avait dû s'embarquer. On sut peu après ^
que cet homme habile & vertueux avait
été assassiné 6c dévoré par les Antropophages de la Nouvelle-Zélande ; 6c M. --- Page 556 ---
7o Il revient de Vljle de France. Poivre eue a remercier le Ciel des contradiétions qui, en retenant M. l'Abbé
Rochon . l'avaient soustrait à un danger
affreux. Ils pleurèrent ensemble le Capitaine Marion, qu'ils aimaient tous deux,
& s'en devinrent plus chers l'un à
l'autre. M. Poivre a quitté l'Isle de France
en 1773. Comme il ne s'y était occupé
que du bien public , il n'en a rapporté
que la médiocre fortune que son économie , qui ne fut jamais parcimonieuse,
a pu ajouter à ce qu'il possédait avant
d'en être nommé Administrateur. M'ais
il a laissé mémoire en bénédiction
dans les deux Colonies qui furent confiées à ses soins, Il ne faut pas croire cependant que
son administration ait été sans orages,
qu'il n'ait jamais rencontré d'ennemis.
Nous avons déjà fait pressentir quelques-uns de ses chagrins, Même avant son départ de France,
il avait éprouvé les avant-coureurs des --- Page 557 ---
Peines qu'il y avait essuyées. 71 E iv peines qu'il devait avoir a dévorer, ôc
tout autre que lui aurait été dégoûté dès
les premiers pas. Mais sous sa gravite
froide en apparence , il cachait un zèle
aétif 6c profond. Il portait dans les affaires un courage d'esprit au dessus de
tous les évènemens, 6c personne n'en
a eu un plus grand besoin.
vé les avant-coureurs des --- Page 557 ---
Peines qu'il y avait essuyées. 71 E iv peines qu'il devait avoir a dévorer, ôc
tout autre que lui aurait été dégoûté dès
les premiers pas. Mais sous sa gravite
froide en apparence , il cachait un zèle
aétif 6c profond. Il portait dans les affaires un courage d'esprit au dessus de
tous les évènemens, 6c personne n'en
a eu un plus grand besoin. Quand il ne s'agit que de négocier,
l'homme de bien peut être ami de tout
le monde ; mais lorsque son devoir l oblige de s'opposer à des prétentions injustes 6C de réprimer des usurpations,
les adversaires lui naissent de toutes
parts. Quiconque a travaillé au bien public
6c a entrepris de réformer des abus, a
éprouvé que ceux qui sont accoutumés
à en retirer avantage, regardent 6c défendent ces abus comme un patrimoine.
Et cette disposition fâcheuse a toujours
été plus redoutable dans les Colonies,
par la suite du principe que le Gouvernement avait autrefois adopté, 6c dont --- Page 558 ---
71 Effet des anciennes erreurs. il est revenu trop. tard, d'y tenir le pouvoir militaire & le pouvoir civil dans un
etat de brouillerie ouverte. On rappelait alors les Commandans 6c les Inten-
, dans lorsqu'ils se montraient d'accord. On les soutenait alternativement l'un
contre l'autre , & on ne les rappelait que
l'un après l'autre y quand la dissention
^ était bien établie entre eux. Cet esprit,
fondé sur la maxime dangereuse, Divide
ut imperes 3 est trop au desTpus des Rois
&: trop contraire au bien de leur fervice , pour avoir pu être durable ; il n'entrait même nullement dans les intentions de M. le Duc de Choiseul, ni de
M. le Duc de Praslin , mais son influence exilait encore autour d'eux,. Elle
avait frappé sur M. de la Rivière & sur
M. le Marquis de Fénélon à la Martinique , ôc sur M. le Comte d'Estaing
à S. Domingue, comme sur M. Poivre
à rIfle de France. Elle avait divisé toutes
nos .Colenies en deux partis. Il en résultait que celui des Administrateurs qui --- Page 559 ---
Ligues produites par les abus, 73 le premier avait le bonheur de se rendre le plus cher aux honnêtes gens,
rangeait tous les autres sous les, drapeaux de son collègue : & ce n est pas
une République sans habileté ni sans puissance, que celle des gens qui ont contracté l'habitude, quelquefois autorisée
par les mœurs, de vivre d'abus & de pillage. Très-divisés lorsqu'on les laisse en
paix, ils deviennent unis comme des frères
dès qu'on en attaque un seul. Ils savent
parfaitement flatter toutes les nuances de
l'amour-propre des Protecteurs qu ils recherchent. Ils ne leur disent pas : On veut
dètruire mon petit bénéfice ; ils affectent au
contraire le désintéressement. Mais ils
disent ; On porte atteinte a votre autorite.
Ne laissez point enraciner un esprit d'innovation qui aurait les plus grands inconveniens.
Il est trop souvent arrivé que des hommes,
même estimables, animés par ces discours,
& par un sentiment qui semble, au premier coup-d'œil, n'être pas sans "élévation, la jalousie du pouvoir, ont fait tout
Ils ne leur disent pas : On veut
dètruire mon petit bénéfice ; ils affectent au
contraire le désintéressement. Mais ils
disent ; On porte atteinte a votre autorite.
Ne laissez point enraciner un esprit d'innovation qui aurait les plus grands inconveniens.
Il est trop souvent arrivé que des hommes,
même estimables, animés par ces discours,
& par un sentiment qui semble, au premier coup-d'œil, n'être pas sans "élévation, la jalousie du pouvoir, ont fait tout --- Page 560 ---
74 Defagrémens : puis jujlice. le contraire de ce qu'ils se proposaient,
& sont devenus l'appui des plus vils des
humains. M. Poivre arrivant a Versailles, y trouva
l'apparence d'une disgrace. Deux ans
s'écoulèrent avant qu'on lui rendît la justice que méritait son administration. Mais
sous le nouveau règne, M. TURGOT, l'ami
& l'exemple de tous les gens de bien ,
M. TURGOT , si digne , par ses lumières y
ses vertus son courage, d'essuyer des
persécutions du même genre, &c qui en
effet en a depuis été la victime, se montra le Protecteur éclairé de M. Poivre.
Les témoignages les plus honorables de
la satisfaction du Roi furent accordés à
ses services , & douze mille francs de penfion furent ajoutés au Cordon de S. Michel , qu'il avait déjà reçu. Les bontés du Roi ne se bornèrent point
à cette récompense. Il délira que M. Poivre fut Prévôt des Marchands de Lyon,
& le fit encourager par M. Turgot & par
M. Bertin à solliciter cette place. Mais la --- Page 561 ---
Retraite de M. POIVRE. 75 plaie qu'avaient faite au cœur de M. Poivre
les chagrins dont il sortait à peine, saignait
encore ; sa reconnaissance ne put surmonter son éloignement pour de nouvelles
fonctions publiques. Il ne fit aucune des
démarches nécessaires, & ne fut point élu. Le revenu de la fortune personnelle de
M. Poivre était inférieur à celle qu'il
tenait des bienfaits du Roi. Mais sa sagesse , l'ordre qui régnait dans sa maison, & qu'y maintenaient les soins de son
estimable compagne , leur permettait de
tenir un état honorable , de donner a
leurs aimables enfans une éducation distinguée , & de répandre une multitude de
bienfaits sur les indigens qui se trouvaient
à portée de leur délicieux jardin de la
Freta, où ils passaient leurs jours sur les
bords de la Saone, à deux lieues de Lyon,
& où les Voyageurs éclairés ne manquaient
pas d'aller se reposer l'ame ôc s enrichir
l'esprito . M. Poivre parlait avec beaucoup de
facilité & de grâce , mais toujours aveç --- Page 562 ---
76 Son caraciere. simplicité. Ayant vu & bien vu une prodigieuse multitude de choses Se d'hommes,
avec des connaissances très-étendues &
une mémoire admirable , il n'avait jamais
le ton affirmatif. Il était indulgent par
nature & par réflexion, & pour les travers
autant que pour les faiblesses de l'humanité. Il aimait la société des gens d'e[-
prit, &: supportait celle des sots. On trouve,
dirait-il , a s'injlruire avec tout le monde.
Les mechans même affligeaient plus qu'ils
ne courrouçaient son .cœur. Jamais aucun
emportement n'a souillé ni dérangé la
tranquille &: paisible dignité qui le caracterisait. Un heureux mélange de raison
& de bonté lui avait donné un sang
froid inaltérable, & l'avait rendu supérieur aux passions. Très-peu d'hommes
ont porté aussi loin que lui la Philo[o.
phie pratique.
s'injlruire avec tout le monde.
Les mechans même affligeaient plus qu'ils
ne courrouçaient son .cœur. Jamais aucun
emportement n'a souillé ni dérangé la
tranquille &: paisible dignité qui le caracterisait. Un heureux mélange de raison
& de bonté lui avait donné un sang
froid inaltérable, & l'avait rendu supérieur aux passions. Très-peu d'hommes
ont porté aussi loin que lui la Philo[o.
phie pratique. Sa santé, affaiblie par ses longs travaux , s était fort altérée dans les deux
dernières années de sa vie. Mais, toujours
également serein , sage & modéré , ÙL --- Page 563 ---
Sa mort. 77 société n'a jamais cessé d'être douce, 8c sa
conversation respe£table & chère a ceux
qui l'ont approché. Les conseils de M. Rast, son Médecin
& son ami , habile sous le premier titre ,
digne du second, l'avaient envoyé passer
à Hières en Provence, l'hiver de 1784
à 1785. Ce voyage lui fut très-salutaire ,
mais ne put réparer les ravages que lax
goutte avait faits en s'emparant de l'intérieur. Il devint impossible de la rappeler aux extrémités. On vit M. Poivre
s'affaiblir par degrés pendant tout l'été,
■& l'hydropisie de poitrine miner lentement & à pas trop certains ce grand
homme de bien. Il a succombé le 6 Janvier 1786 , à
l'instant du dégel, avec la même tranquillité qu'il avait gardée toute sa vie ,
& comme un Philosophe religieux qui,
ayant toujours été bienfaisant, se confie
parfaitement à la bonté du Bienfaiteur
universel. Cette nouvelle, arrivée à Paris, a montre --- Page 564 ---
7 Récompenses à sa famille. combien M. Poivre était généralement
révéré. La plus singulière émulation s'est
déployée pour réclamer, en faveur de sà
veuve & de ses enfans , les bienfaits du
Roi. Une foule de bons Citoyens de
tous les ordres & de tous les rangs,
depuis le plus élevé jusqu 'au plus ordinaire, se sont unis sans se concerter *
mutuellement surpris de se rencontrer , ont concouru à solliciter M. le
Maréchal DE CASTRIES. Rien ne pouvait
être plus honorable à la mémoire de M.
Poivre , & plus inutile. En apprenant
sa mort, M. le Maréchal de Castries
avait résolu de proposer au Roi de partager la moitié de sa pension entre Madame Poivre & ses trois filles : & le
Roi, dont l'économie, toujours subordonnée à la justice, sait combien on gagne à récompenser jusque sur leurs ensans les services des hommes habiles 8c
vertueux, n'a pas hésité un moment. , FTtST' --- Page 565 ---
FAUTES que Von prie le Lecteur de corriger. Page 15, ligne ij , 1751 si mettez 1749. Page 64, ligne 2, supprimez &, mettez à la place une virgule» --- Page 566 --- --- Page 567 --- --- Page 568 --- --- Page 569 --- --- Page 570 --- --- Page 571 --- --- Page 572 --- --- Page 573 --- --- Page 574 ---
iferoit aile d'avoir une Caille feroit publique des
qui auroit pour bale un plan bien.calculé foulageroit Elle ceux-q qui
avances aux Habitans induftrieux des x, malheurs non mériauroient éprouvé des Aéaux ou
confacrée
165,8ca Enfin cette Caille feroit entierement
& di
al'améliorarien & ànla profpérité de PAgriculiare
Commerce de la Colonie,
BiisT rinid,
snrinted --- Page 447 ---
des Colonies Frangoifess
ninas ainfi qu'il a été déja dit plus haut : &
Major fera Confeiller né de la Jurifdiction chaque
Ciré, fans
les
de la
que
uns & les autres -
puilfent
prétendre voix délibérative dans
jamais
feront tenus en outre de faire aucun cas. Ils
Commiflions au Parlement d'Aiti entegilirer leurs
chaque Préfecture,
&au Gteffe de
avant qu'ils
cune fonétion de leur placc.
puilfent faire aus
L'Affemblée Provinciale donnera au
avis fur la meilleure maniere de veiller Roi fon
inrérieure de la
à la sûrété
Province, fur la
de renvoi a des Milices,
confervarion ou
chauffée
3 fur le Corps de Maréa
fa
qu'il conviendra d'y établir, fa
tenue & fa fubliftance,
fotmations
On penfe qu'un Corps de Maréchaufiée
fuffifant Pour la police intéricure de la
feroit
qu'il devroit être compofé de foixante-doiize Colonie :
divifés en douze brigades,
hiommes
ayantaleur tête chacuné
unCherdeBrigade fous les ordres
Général: & que cette Maréchauffée danaCommandant
pendre que de la police
ne devroit déa
tration civile. Le
générale & de Padminif
confervera néanmoins Commandant de la Province en
Tinfpedion.
La défenfe de la Province fera confiée dans
les
la --- Page 448 ---
Efai Tur PAdminifration
ordinaires à un Régimenr formé à linftar
remps
de la
& dont
de ceux du déparrement
guerre, Antonina
les gatnions ordinaires (eront Léogane,
de Dona-Maria. Les garnifons
& le petit port
des Cités,
feront fous les ordres des Commandans
& en lear ablence feis ceux des Officiers municipanx.
d'Artillerie feront
Deux ou trois Compagnies à la défenfe des Côtes
attachées pardiculierement
de la Province.
de Gardes fera fixée dans la
Une Compagnie
fervir auprès des Officiers
ville dAntonina pour
de cette Ville,
de la Préfeôture & à la police
L'Art Militaire eft fans doute utile & même
Indipenlable dans nos Colonies. Mais d'après les
dans cet Elai,
prineipes qu'on a Pu remarquer ici fa voix à celle
on n'exigera point qu'on joigne Pont nommé le premier
de quelques Militaires qui
PArt des Princes 6
des Arts, PArt par excellence,
des Rois, & qui de-là en déduifent une prépondérance univerlelle en faveur de PEtar Militaire,
fur preique toutes les branches detrAdminifiration n'eft
générale & particuliere. Non, PEtat Militaire
le premier des Arts que les Rois doivent
point
Colonie bien
PEtat
exercer: dans une
gouvernée,
igera point qu'on joigne Pont nommé le premier
de quelques Militaires qui
PArt des Princes 6
des Arts, PArt par excellence,
des Rois, & qui de-là en déduifent une prépondérance univerlelle en faveur de PEtar Militaire,
fur preique toutes les branches detrAdminifiration n'eft
générale & particuliere. Non, PEtat Militaire
le premier des Arts que les Rois doivent
point
Colonie bien
PEtat
exercer: dans une
gouvernée, --- Page 449 ---
des Colonies Francoijes.
8;
Militaire doit obéir aux Loix civiles & les faire
exécuter au - dedans fuivant Pordre des Juges 5
al-doit concourir au- dehors à la défenfe des Colons.
de
& du rellentiment, 5 PArt Mi-
€c Né
Tinjulice
la rache de fon origine
>> litaire conferve toujours
de
maux le peu de bien
>> & accompagne
grands
de
: mais ces Arts confervareurs
92 qu'il procure
PArt de la Légillation qui fait
$ la Narurehumaine, dans les fociétés, celui de PAgri-
>2 régner l'ordre celui de Téconomie qui inftirue &
N culture &c
contribuer au bonheur
32 dirige tout ce qui peut
voila les
Arts des Princes : qu'ils
> public,
ptemiers
& les exercent dans la lincérité de
>> les protégent
feront heureux, &
3 leur ccur, Rois & Peuples
f n T'Arr Militaire inutile. >> *
9D
Keralio.
* De TArt Militaires > par M, de
a --- Page 450 ---
Elai fur tAdminifration
ANT
DE
LINTEND
DELA PROVINCE ANTONINE
ne fauroit apporter dans nas Colonies trop
Sifen
contre les effets du pouvoir confié a
de précautions Tautorité&c les fonctions d'unIntenPEtat Militaire,
être déterminées d'une maniere
dant ne fauroient y Colons reftoient affujettis à obéir
trop précile. Si les autorité illimitée ou arbitraire, G
aveuglément à une
la marche lente &cfure des Loix demeuroirinconnac, celle d'un
6 la volonté d'un Intendant, comme
-
Commandant ten Chef, ne celloit pas
Gouverneurou terrible &c (ans incerprétation, il
d'être un ofacle mains le
dangereux de
tiendroit dans fes
pouvoir tout ce quil
faire révérer comme des actes dejuftice
ne
d'ordonner. Un femblable pouvoir
lui plairoir
abandonné à un feul homme quel
doit jamais être
qu'il foit.
de la Province Antonine doit être
LIntendant
Officier de Juftice &c
confidéré comme le premier
de. veiller &c
Commiflaire du Roi chargé
comme
intérelle la Juftice, la Police,
d'infpecter tout ce qui
la Marine.
les Finances, la Guerre &
des actes dejuftice
ne
d'ordonner. Un femblable pouvoir
lui plairoir
abandonné à un feul homme quel
doit jamais être
qu'il foit.
de la Province Antonine doit être
LIntendant
Officier de Juftice &c
confidéré comme le premier
de. veiller &c
Commiflaire du Roi chargé
comme
intérelle la Juftice, la Police,
d'infpecter tout ce qui
la Marine.
les Finances, la Guerre & --- Page 451 ---
des Colonies Frangoiles.
Officier de Jullice, c'ell-àEn qualité de premier
d'Antouina.lIndire de Rrecdondahiauathoneal exorbitant d'attirer
tendant ne jouira plus du pouvoir
foit
à lui toutes les affaires civiles ou criminelles, connoidlance,
que la Juftice n'en ait pas encore pris devantiles Tribufoit qu'elles aient déjà été portées
avec trois
même Souverains B de les juger
naux
attribution ett impolitique 8o
gradués: une pareille
de la Province Antodangereule. (1) L'Intendant de vue que ce) que
nine ne fera donc fous ce point
du
font les Chefs des Compagnics de Judicature
Royaume.
Commiffaire du Roi, PIntendant de la
Comme
libre cours à la Juftice ordinaire
Colonie laiflera un
foit génerale foit
Municipale
& à rAdminiftration
feulementtoures ces parties
particuliere: il furveillera
Ordonnanees , & le
Foblervation des
ainli que
de rendre compre au Roi. Cet Adbornera au droit
être à Tégard de la Loi
miniftrateur ne doit
non pas FInfpecteur de fon exécurion $ &
Exécuteur.
Terrier créé par Edit du 18 Mars
Le Tribunal
Intendant n'ajamais ofé fa rt
() On affiare qu'aucun
nfage d'un pouvoir S extraordinaire.
E 3 --- Page 452 ---
Efai fur tAlminipration
1766 fera fupprimé Les objers de fa
ferontarribués dans Pétendue de la Province compérenice
nine, au Parlement comme Chambre
Anto-s
& feront bornés au jugement des
des Comptes,
ront fur les claufes des
Procès qui s'éleveDomaine des
conceflions & à la réunion au
terreins défrichés, &c. Les
concernant toute elpèce de fervirudes
affaires
& les bornages des terres, feront
en général
Juges ordinaires &
portées devant les
enla Cour, La
par appel au Plaid Provincial ou
des
difribution des eaux pour
terres, les chemins, leurs
l'arrofement
tiens, ainfi que ceux des
conftructions & entrepallages de rivieres,
ponrs & aquéducs, bacs &
feront réfervés aux
tions Municipales & Provinciales;
Adminiftran'aura fur tous ces objets
(1) & PIntendant
de
que le droit
Conjure ou de Sémonces & de rendre d'infpedtion,
comptc,
La Police des grands chemins
Officiers Municipaux & auxJuges appartiendra aux
danslétendue de Jeur Cité: celle des ordinaires, chacun
arteliers & des mailons de leurs
Negres hors des
buccal la Maréchauflee
maitres fera attri-
& aux Compagnies de
qui pourront être établics
Police
dansquelques villes.
(1) Confulter far tous ces objets la
; Odobre 1759 QuelesAdminidrateurs Déclaration du Roidu
lufaire enregifirer.
n'ontjamais vou-
aux
danslétendue de Jeur Cité: celle des ordinaires, chacun
arteliers & des mailons de leurs
Negres hors des
buccal la Maréchauflee
maitres fera attri-
& aux Compagnies de
qui pourront être établics
Police
dansquelques villes.
(1) Confulter far tous ces objets la
; Odobre 1759 QuelesAdminidrateurs Déclaration du Roidu
lufaire enregifirer.
n'ontjamais vou- --- Page 453 ---
des Colonies Frangoijes:
87.
Les Habitans & domiciliés ainfi que les Ecclé- 1m
feront jufticiables dans tous les cas que
fialiques ne
des Magiftrats & de la Loi,
NE MENT.
CONSEIL DAPPROYISIONN
Ni le Commandant ni FIntendant ne pourront
au befoin foit (éparément foit, conplus permettre Vinrroduction de toutes fortes de denjointement
parricalierement des farines qui
rées étrangeres, PArrêt du 39 Aodt 17843 prefque les
font, d'après
(era délibérée &
feules prohibées: cette introdudion
Confeil
réfolue fuivant les circondances dans un
qui da
fera formé de "Intendant, du Commandant, d'AdmiProcureur du Roi & du, Bureau Général
le
niftration intermédiaire dans la ville d'Antoninas
régime prohibitif en cette partic pourra étretempéré
momentanément dans les temps de guerre & autres
la fagelles c'eft-a-dire Tintelligence
cas urgents, par
compoleront Ce
& la fidélité des perlonnes qui
Confeil
En cas d'ablence de MInrendant, le Vice-Préfident (es
de la Province le remoplacera dans routes
fonétions.
Malgré tout le délir que Pon peut fiappoler aux
F A --- Page 454 ---
S
Efai fur tAimimipration
Inrendans des Colonies de faire le
tous G font trompés julqu'ap
bien, prefque
préfent dans le choix des
moyens: envoyés pour trois ans dans une
& dépqurvus
Colonie,
confier à des d'expérience, ils ont été forcés de fe
hommes qui fe donnant pour
n'avoient d'autre fcience
eelle
inftruits,
foibleffe, Le bien
que
de flatter leur
public a été facrifié.
a donnez a vOs Colonies des
>Si donc vous
Chefs
>> réconnue, patients, généreux,
d'une probité
3 hommes, découvrir
fachant eftimer les
& culiver leurs
3 vous payez bien ces Chefs 8les
talents; G
32 de tenir un grand état fans
mettez à même
3> onéreux fur le commerce & percevoir aucun droit
moins
9o folies des Colons; G
encore fur les
vous lesylaillez
>avec une autoriré entiere; enfin G fermant long-temps
> aux plaintes & aux cabales des
l'oreille
a mauvais fujets toujours foutenus intriguans & des
3 vous deshonorez,
dans les Cours,
quand ces Chefs
e ceux qui fe feront entichis dans leurs reviendront,
y récompenfez ceux qui reviendront
places, &
ptiere &c la houlertes dormez
avec la pannealors fur
9 ney veillez qu'aux fecours
les détails 3
> dépolitaires de votre
principaux & au choix des
autorité: vos Colonies
p pleront & fe renforceront d'elles-memes fe peu-
#2 rapidité donr les progrès vous étonneront avec * une
x
I L'Ami des Hommes 2 Tom. 3-
y récompenfez ceux qui reviendront
places, &
ptiere &c la houlertes dormez
avec la pannealors fur
9 ney veillez qu'aux fecours
les détails 3
> dépolitaires de votre
principaux & au choix des
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p pleront & fe renforceront d'elles-memes fe peu-
#2 rapidité donr les progrès vous étonneront avec * une
x
I L'Ami des Hommes 2 Tom. 3- --- Page 455 ---
des Colonies Frangoiles.
DE
LADMINISIRATION
D E
L A
M A R à I N E
Dans la Province Antonine.
U N Intendant de Colonie doit embralfer par (a
d'adminiftrafurveillance tous les objets pollibles
de
tion: f le Roi eft le Pere de tous les Sujets
dire qu'un Intendant doit fe regarder
FErar,ion-peur celui de tous les habicans de la Colonie qui ilui
comme
les
foient réeft confiée: veiller à ce que
impolitions
faite
pardesavecéquité, à Pentrerien desfabliftances,
les reglemens les plus
fleurir le commerce, propoler
fouveconvenables, faire chérir par-rour le pouvoir
faire exécuter des ordres
rain lors même quilsagiede
les
féveres; alléger lepoids des corvées; encourager feconrs
des
défrichemenss stpandicavectudhenbe la foiblelle contre les
favorables; protéger toujours
le
véxations de l'intérêt; dédommager avec équité
fouffre du bien géneral; quelle belle
particulier qui
la
il faut de juftice,
tàchelch combien pour remplic
d'affiduité & de connoillances!
Qui croiroit que des obligations auffi maltipliées
ont
toujours été con-
& auffi importantes
prefque Commillaire de la Marine,
fiécs entre les mains d'un --- Page 456 ---
Efai fer PAdainifration
un Sousquelquefois même de ce qu'on appelle
Commillaire, ou d'un fimple Ecrivain; c'eft-à-dire
dont Péducation, linfituaton, les
de perionnes
talens & la conduite n'ont fouvent eu aucun rapport
judiciaires & la fcience de
avec les connoiflances
!
Tadminifration économique & politique
Cette erreur de régime a dû être fatale aux Cololes inconvéniens du defponies en genéral; après
ait dû avoir des
tifme militaire, il n'en eft Point qui
funeftes que ce mauvais choix del la plupart
fuites plus
de fes Adminifitateurs civils
ici aucune obfervation partiOn ne fe permettra
on la déjà dit, cel
culiere aux hommes préfents;
Miniftère a f bien reconnu la réalité de ces
(1) Le
depuis quelque tems ila choifi les
inconvéniens , Colonies que
dans les Cours Souveraines du
Intendans des
toujours étéfait en faRoyaume, Mais ce choix a prefque fortune étoit à faire ou à
vcur de quelque individu dont la
de
Les abfences fréquentes de ces Adminifirateurs
réparer.
laiffent encore fouvent le régime des
leurs Départemens 1 delcurs fous-ordres, c'eft-a-dire,
Colonies entre les mains
T'Ordonnance du Roi
de ceux que l'on déligne ici, Voyez
du 6 Avril fuin
du 28 Mars 1759, ;la Lettre du Miniftre
à
antétieures & poléricures
vant, 8c autres difpofitions
ccs deux époques.
équentes de ces Adminifirateurs
réparer.
laiffent encore fouvent le régime des
leurs Départemens 1 delcurs fous-ordres, c'eft-a-dire,
Colonies entre les mains
T'Ordonnance du Roi
de ceux que l'on déligne ici, Voyez
du 6 Avril fuin
du 28 Mars 1759, ;la Lettre du Miniftre
à
antétieures & poléricures
vant, 8c autres difpofitions
ccs deux époques. --- Page 457 ---
des Colonies Frangoifes.
d'une maniete'générale
cxiféplulicursdee
que Pon envifage cet fujer: il a
qué dans lears places cesadminiftrateurs à quiil n'a manpes d'adminifration qued'y trouver d'autres Princi.
reufes.
ou des circonftances plus heuLe département de la Marine doit être
crit déformais dans la Province Antonine circonfvilionnemens & aux travaux nécellaires aux auxappron
des Bâtimens du Roi, à la manutention des radoubs
& à la police des Bâtimens Marchands
claffes,
dans
cas, ou concurremment avec les Officiers des certains
rautés.
AmiLes Commiffaires de la'Marine
occupation de ces
ferontleartnique
objers 2 fans
en aucun temps ni en aucune pouvoir circonftance s'immifcer
Fadminifration civile,
de
Illeur fera tres-expre@lement défenda
leur commandement
d'érendre
ou la police fur les vaiffeaux
particuliers julqu'à leur enlever pour le fervice des
vaiffeaux du Roi leurs Matelors ou autres gens d'équipage, leurs cordages, ancres & autres
uftenfiles
agrès &
arbirrairement, fans difination
mens en charge ou prérs à parrir, lans
de Barifans Payerla valeur des choles;
climation &
mateur de fon fcjour forcé dans fansindemnifer la
PArlexcédent des gages des Matclors Colonie, ni de
d'acherer
quil'ca oblige
pour partir, --- Page 458 ---
Efai fur tininifration
Cesinjuflices ont pour prétexte des beloins
le fervice dcs vailfeaux du Rois mais
pour
doit Point s'exercer
ce pouvoir ne
faire de Marineen arbitrairement, & le Commiffans
Chetaedevajamsitent faireulage
lautorifation del FIntendant de la Province.
Une autre forte de commandement
Loi ne prétexte, eft celui que les Commandans qu'aucune
vaifleaux du Roi s'arrogent
des
mens des
quelquefois fur les Bâtiou ils fe particuliers mouillés dans les ports ou rades
trouvent, en les contraignant
leurs canots, chaloupes & équipages à faire d'employer
lel bois pour les Bâtimens du Roi, dont les l'eau &c
font naturellement deftinés àp
à équipages
les Commillaites de la Marine pourvoir ces beloins;
attention
veilleront aveç une
particuliere à ce que ces abus
jamais lieu, & à ce quel'Article 30 du
n'aient
du 2 4 Mars 1764 foit exécuré à
Réglement
toute fa rigueur,
cet égard dans
Les Commandans des Bâtimens du Roi feront
fubordonnés aux Commandans en chef ou
liers des ports ou ils relacheront; à moins particuinftructions
que leurs
contraire, particulieres ne les mettent dans un cas
Ily aura dans la Province Antonine
un'Com:
milfaute-Ordonmararde la Marine qui pourra être
Article 30 du
n'aient
du 2 4 Mars 1764 foit exécuré à
Réglement
toute fa rigueur,
cet égard dans
Les Commandans des Bâtimens du Roi feront
fubordonnés aux Commandans en chef ou
liers des ports ou ils relacheront; à moins particuinftructions
que leurs
contraire, particulieres ne les mettent dans un cas
Ily aura dans la Province Antonine
un'Com:
milfaute-Ordonmararde la Marine qui pourra être --- Page 459 ---
des Colonies Frangoifes.
un Contrôleur de la Marine,
Commifire-Genéal, ordinaires, fix Écrivains, deux
deux Commillaires
de port, Tun à
Gardes-Magalins, deux Capitaines
lautre à Saint-Louis, &c une quanrité
Antohina,
fuffifnte d'Officiers de port.
de la Marine fera fa réfidence a
L'Ordonnateur
le Contrôleur 8c un des
Saint-Louis, ainfi que Commiffaire fera détaché
Commilfaires; un autre
du Nord de la
dans un des ports de la partie
Province.
extraordinaires du fervice;
Dans les circonflances
ferat tenu de fe concerle Commnifiaie-Onioeeesd de la Colonie: le Contrôleur de
rer avec PIntendant comme en France, de cortefJa Marine fera tenu,
(eulement avec FIntenpondre avec le Miniftre ou
il furveillera toutes
dant felon Pexigence des cas :
de la Marine 2 8 ne pourra point
les dépenfes
erdonner. --- Page 460 ---
fur PAdminifratien
Efai
-
N
A D MINISTRATIO
RELICIE USE. -
XLya trois choles qui dans le Gouvernement fe
dans tous
préreronts toujours un fecours muruel8cqui influence
les fiecles auront les unes farles autres une
& les
fenfible &créciproque: les Loix, la Religion
Maeurs.
but Vintérêt comLes Loix d'une Nationont pour
qut
mun: les meeurs fccondent les Loix;la Religion
le deélintéreflement, &
ne préchant
enleigne charité étend & épure la
3 Avorite
Ss
que Tadion la des Loix & donne aux mccurs Boiot une bafe
incbranlable,
La plupart des Colons qui occuperent les preétoient ignorans : il eft
miers les Iles Françoifes
inutile de parler de leurs mceurs.
eurent embrafle une vie paifible &
Lor/qu'ils fe furent adonnés à TAgriculture 2 ils fe
qu'ils
encore réunis par la profelflion extétrouverent
& l'exemple
rieure du Chriftianifme : Tinfruction
des Pafteurs auroient du faire le refte.
anlable,
La plupart des Colons qui occuperent les preétoient ignorans : il eft
miers les Iles Françoifes
inutile de parler de leurs mceurs.
eurent embrafle une vie paifible &
Lor/qu'ils fe furent adonnés à TAgriculture 2 ils fe
qu'ils
encore réunis par la profelflion extétrouverent
& l'exemple
rieure du Chriftianifme : Tinfruction
des Pafteurs auroient du faire le refte. --- Page 461 ---
des Colonies Frangoifes
S'ils cuffent été diftribués par Diocèfes & parcertains nombres de diftriets, à la tête
tagés en
éclairés & religieux,
delquels des hommes fages,
les confaeuffent fans ceffe travaillé à faire goiiter
lantes vérités de la Religion, les Colons auroient
leur morale : ils auvu de jour en jour s'épurer
de faire
roient reconnu qu'il éroit de leur intérêt
inftruire leurs efclaves d'une Religion qui preffubordination dont ils doivent leur donner
erit une
Texemple.
Mais on ne pouvoit efpérer ces avantages que
d'an miniftere eccléfiaftique permanent, canoniétabli &c éxercé fans interfuption par un
quement
nombre de fujets fuffilant.
Toutes les difpolitions qui ont été faites conde nos Colocernant les Miffionnaires paflagers été fubordonnées à
nies, ont prelque toujours
Texifténce préfente ou future, actuelle ou pollible
miniftere hiérarchique. (1) Mais Tutifité de
de ce
()Voyez les Lettres-patestes pour Tétabliffement mois des de
Religieux Carmes aux Iles de PAmérique, du Minifère
Mai 1690. Ily eft dit qu'ils n'y exerceront leur Gouyerneurs
que du confentement des Eyéques, Prélats,
& principaux Habitans du lieu.
des
les Articles 8, 14, 15378 25
Voyez également le Papc A un Préfet Apollolique
pouvoirs accordés par
en 1766, --- Page 462 ---
Efai Far PAdminifration
eft encore à défiret.
ce Minifere ainfi préjugée
Actuellement comme par le palle, la plupart des
Miffionnaires font ou de jeunes gens a peine
fordis de Pécole, ou des hommes de peu de mceurs,
foumis à la difcipline féculiere ou régulieres
peu cherchant les uns & les autres que lindépenne
aTemploi de Miffionnaires, éloidance artachée
leurs
&c ne fe
gnés de la vue de
Supéricurs, d'autres l'ont
propolant que d'acquérir, de voies comme & de moyens,
fait, par toutes fortés
&
de la police eccléfiallique
leur alfanchalfement
favent
de leur Régle, foit par des difpenfes quils
les
foit par des fecularifations qui
(e procurer , monde à leur retour en France.
rendent au
par la licence
Cesabus ne peuvent qu'augmenter de Pimpude rout faire qui dérive ordinairement ni hiérarchie, ni
nité: il n'y au dans les Colonies
s
coèrcitives il n'y a ni difcipline réguliere
puillance
ni police eccléfiaftique.
fans doute extraordinaire
Chofe qui paroitra
eft G perfuadée
& bien remarquable 5 rAngleterre dans fcs Colonies pour
de Putilité d'un Evêché
de fubordination, 1,
ramener & entretenir Pelprit
y
plus d'une fois mis ces érabliflemens cn
qu'ellea
qucllion
'y au dans les Colonies
s
coèrcitives il n'y a ni difcipline réguliere
puillance
ni police eccléfiaftique.
fans doute extraordinaire
Chofe qui paroitra
eft G perfuadée
& bien remarquable 5 rAngleterre dans fcs Colonies pour
de Putilité d'un Evêché
de fubordination, 1,
ramener & entretenir Pelprit
y
plus d'une fois mis ces érabliflemens cn
qu'ellea
qucllion --- Page 463 ---
des Colonies Frangoifesi
queltion : des Chefs de partis s'y font
oppofés, fur la crainre quilsavoient
toujours
chie
qu'une hiérar-
(pirituelle ne Fit naitre le gour d'un
ment monarchique,
gouverneOn a le deffein dans cet Ecrit de
core une fois une chole qui Pa été
propofer enf'éreéton de
fouvent; favoir,
quelqués Evéchés dans nos Colonies:
jai lu ce qui peur avoir été objecté de railonnable contre une pareille inftitution, &
n'ai
rien vu qui air
je
empécher un G grand bien de
s'effeduer
#
Pour
Politique comme Pour la
rale, (1)
mo-
(r) Ce feroit un grand dinconvénient de plus dans l'Ad
minifration actuelle de nos Colonies d'y établir des
-ques; une parcille inflitution cxige un autre
Evéfans quoi, outre le Général & l'Intendant
fe régime;
dent tous les deux Maitres, il s'en trouvera qui prétenquine manquera pas d'augmenter la confufion un & troiléme le défordrc. Une Hicrarchic canoniquement
admife pour Ie bonheur des Peuples érablie, ne doit étre
vernement civil bien
que dans un Goisorganifé, où il fe trouve
un Corps de Magiftrats refpeétables qui foit le d'ailleurs
des Loix & de la protedion que le Sauverain doit dépoficaire à la
ligion & à fes Miniftres. C'eft le fyftéme
Redans cette partic de cêt Effai,
qu'on a en vue --- Page 464 ---
Efai fur
2R
tAinisifration
On - feroir tenté d'accufer encore ici la
blefe de la Cour, qui fans doute
foidaiffer.aller à des
aura Pu fe
téreflés.
infinuations.ou. à des confeils inc. En effet les Colonies n'auroient
5> des Evéchés, G le Miniftere étoit pas à délirer
33 du beloin
bien informé
qu'elles en ont; tout
3 lui laiffer ignorers les
concourt ale
Supérieurs
wcraignent la dépendance. & ont 36 à ecléiialtiques
# jouillance de gros biens deltinés
conferver la
2 la Religion: : les Miflionnaires au miniftere de
3> torité à relpecter, &
auroient une au5> perdroient
en perdant les deffertes,
lefpérance de Réglesa leur
s'affranchir de leurs
retour en France, * 3
Les Peuples indifférens fur les ayantages, d'une
Religion qu'ils ne connoiffent tipas, n'enp
RS oue la gene qui réfulterort dane inftruchion préroient
& du bon exemple des Minifres.
fuivie
Enfin les Adminiftrareurs des Colonies
-dans un Eveque qu'un rémoin
le ont vu
tere auroit Pu être tenté de
que
Minif- un
eut dépouilles d'une
confulrer, &c qui les
autorité, far les Ecclélalli-
* Droit public des Colonies Frangoifes, Tom, TI,
connoiffent tipas, n'enp
RS oue la gene qui réfulterort dane inftruchion préroient
& du bon exemple des Minifres.
fuivie
Enfin les Adminiftrareurs des Colonies
-dans un Eveque qu'un rémoin
le ont vu
tere auroit Pu être tenté de
que
Minif- un
eut dépouilles d'une
confulrer, &c qui les
autorité, far les Ecclélalli-
* Droit public des Colonies Frangoifes, Tom, TI, --- Page 465 ---
des Colonie Frangoifesi
ques dont ils n'ont ufe
pour la correction des qu'arbitrairement & jamais
Peuples.
meurs & lédification des
- eo Bienloin de
s dit M. Petit, préfenter ces vérités au
on a ofé le
Miniftere;
> paraifon tant des
pévenin, Par la com13 la facilité de contenir prérencions des Evéques avec
3a que du
lès Préfets apoftoliqaes,
à
défincéref.emenr, dela
dela régularité des. mccurs des fubordination &
2 guliers par état, avec la
Miflionnaires ré3> fur l'avarice & la
liberté des feculiers, 3
>
cupidité d'amaffer, leur
d'indépendance du
clpric
3 punité de leurs
Gouvernement Civil, & lim29 faire leur Procès, defordresy Parla difliculré de leur
& far-tout
180 de la dépenfe
parla peripedive
139 d'un Evèché, indipenlable pour la fotmation
l'entretieni d'un
2 fubfiftance d'un
Eveque, &c la
wactuel efl entretenu Clergéy randis que le Minifere
furles biens des Miflions.
On peur voir dans
a toutes ces objections rOuvrage cité la réponfe
par la feule force des faits qui tombent diolbssmenes
-
onuob
contraires.
faire Je ne m'arréterai ici que fur la dépenle
Pour l'érabliflement d'an Evéché.
nécef
Il a été répondu à cette objedion
Par T'exemple
G 2 --- Page 466 ---
Effai fur PAâminifration
de
& on a avancé de plus s; de PEvêché
Quebec,
étoit fuffiamment
le Miniftere de la Religion
que fondé dans les Colonies.
dans la difcuffion de la natare
Mais fans entrer
dans les Iles;
de létablidement des Miffionnaires
Tétendue des poffeflions qu'on leur y a perde
sifes, & des caufes de ces pollefions, pourquoi
poflefleurs actuels une partie
ôter aux Eccléiafiques
n'importe de quelle
des biens qu'ils ont acquis,
manicre :
ici mettre en: avant une idée qui, je
Onole
feroit
crois, n'a pas dà être encore propofte;ce Colonies
de former le nouveau Clergé de nos
feroit
rOrdre entier des Dominicains,(t) qui
avec
feroit fervir les biens tant
fécularifé, & dont on
dotation des Evêchés
d'Europe que d'Amérique à la Cathédrales & des
& des revenus du Clergé des fait dans la ProCures: Pellai pourroit en être
de cet Ordre.
vince Antonine: une Congrégation confidérables. (:)
pollede déja deux habirations
y
propolition mérite fans doute un
Une pareille
bien que cet des Dominicains de France
10 Onjuge
fuls que l'on veut parler.
4) A Léoganc & à Cavaillone
Evêchés
d'Europe que d'Amérique à la Cathédrales & des
& des revenus du Clergé des fait dans la ProCures: Pellai pourroit en être
de cet Ordre.
vince Antonine: une Congrégation confidérables. (:)
pollede déja deux habirations
y
propolition mérite fans doute un
Une pareille
bien que cet des Dominicains de France
10 Onjuge
fuls que l'on veut parler.
4) A Léoganc & à Cavaillone --- Page 467 ---
des Colonies Frangoifes.
ToT
fur-tout lorfqu'on. confidérera que
examen fericux,
diminue en France d'une
POrdre des Dominicains
PEdit de 1768.
maniere très remarquable depuis
faire des déEh!q quel plus bel emploi pourroir-on
de leur
bris de cet Ordre, jadis fi illufre - que
donner la deflination indiquée ! deftination déja
elt vrai que les Mila
réalifée en partic, pailfqu'il
Dominicains font aujourd"hui en Pof
fionnaires
nombre de Miflions desIles,
feffion d'un grand
d'habitations conti-
& qu'ils y font propnéaires
dérables. (1).
être développé avec
Pour que ce projet pdt
edt déja attiré
plus d'érendue, il faudroit qu'il
du Gouvernement, fans quoi tout ce
Pattention
ici feroit vain & faperfa : cet
qu'on ajouteroit faire la matiere d'un Mémoire à
objet doit feul
part.
donc la formation d'un Evéché.
On fuppofe
s'étendra fur toute
à Antonina, dont le Diocèle
la Province Antonines mais dans cette nouvelle
Inftitution des Miniftres de lAutel, il n'en faudra
Plût à Dieu que les Ordres Religicux dont le but eft
(1)
des Peuples, Puffent être incorporés au Clerlinfrucion Séculier ! C'étoit le vaeu d'un grand Magifrat qui gle
ge
d'iflitutions& d'Ore
miffoit de cette quantité prodigieule
dres Religieux.
Gi --- Page 468 ---
1o2
Efai fur tAininipration
point d'inutiles, tels que nos Chanoines de
drales s:un cértain nombre de Prêtres
Cathé
feroit fuffilant
& de Diacres
& le
pour fervir de Confeil à PEvèque
foulager dans fes fonctions : le
doit être étalbli à l'inftar de celui de Clergé enfin
Eglife, & tel fans doute
la primitive
lepeinr dans les Maurs des que PAbbé Fleury nous
Chrétiens.
La Juri(didtion, contentieule fera
maniere précile : on fent bien
réglée d'une
conftance PEdic de
que dans cette cirtion
1695 concernant la JurifdicEccéliaftique doir être infiniment
puilqu'il ne péut être queflion dans
reftreint,
od il n'y a que des Cures, de
nos Colonics
de Rome, de Benéfices felon provifions en Cour
la forme
Dignum, ni méme de Provifions,
appellée
cieule, d'une Cure
en forme
ou autre Bénéfice à grad'ames; car FEvèque feul, en vertu de fà charge
conférera de plein droit tous Ces Bénéfices. Dignité,
On bornera donc la Jurifdiction
aux feuls
contentieufe
les Laics Eccléfiafiques, & on ne la donnera fur
qu'en matiere des fulmination &
penles de la Cour de Rome
de dif
pour les mariages.
Enfin ce nouveau Clergé fera
del
tion de la jeuneffe, & contribuera chargé Pinftrucà Pérablillement de deux
de fes biens
la Province
Colleges au moins dans
Antonine.
Bénéfices. Dignité,
On bornera donc la Jurifdiction
aux feuls
contentieufe
les Laics Eccléfiafiques, & on ne la donnera fur
qu'en matiere des fulmination &
penles de la Cour de Rome
de dif
pour les mariages.
Enfin ce nouveau Clergé fera
del
tion de la jeuneffe, & contribuera chargé Pinftrucà Pérablillement de deux
de fes biens
la Province
Colleges au moins dans
Antonine. --- Page 469 ---
des Colonies Frangoifes.
DES CO M MISSAIRES
DU CONS E IL
ANTONIN E.
DANS LA PROYINCE
XL eft tant de caules de relachement dans toutes dans
& fur-tout
les Adminiftrations pabliquet,
fi aiféement
celles des Colonies Pon Y échappe
ne doit
àlafurveillance du Gouvernement, qu'on
ramener
négliger aucuns des moyens qui peuvent
chardavantage à Famour de Fordre les perfannes du
de la direétion des différentes. parties
gécs
Les hommes ont belsin d'être rappellés.
fervice. celle à leurs devoirs, à la régle ainfi qu'à
fans
frapper leur atTéconomic, par tout ce qui peut fous ce point de
tention d'une maniere fenfible ;
enverroit
vue linftitution des Commiflaires qu'on Colonies (croit
tous les ans une fois dans les
effets.
fufceprble de produire les plus grands
Commiffaires feront chargés de connoitre
Ces
de recevoir les plaintés
les abus de rAdminiftation,
& les Perfonnes en
des Sujers contre les Magiftrars
G 4 --- Page 470 ---
Effai fur PAdminifration
d'examiner fur-tout 6 la
place elles-mémess (i)
ce fera un de leurs
Juftice eft rendue avec foin;
Illeur fera reçomdevoirs les plus indifpenfables:
intérieurs qui
mandé de s'informer des défordres
troubler la paix entre les Habitans; s'ils ne
peuvent
méconrentemens dont
témoignent point quelques
du Réglement du 24 Mars 1763 eft conçu
(1)I'Art 14
les fois qu'un Gouverneur ou un
en ces termes : 3 Toutes
fa'place pour venir en Eus Intendant mourra ou quittera foit qu'il ait été rappellé,
5 rope, foit fur fa demande, fera tenue d'enveyer au Ses la Chambre d'Agriculture
de la Marine fon
a crétaire d'Etat ayant le Département
a
de tous fes Membres, fur TAdminifiration du
5 avis figné
qui fera mort ou partipour
s Gouverneur ou delIntendant dans le détail de fon canidere,fes
s TEurope,8 d'entrer
&1 le bien ou le mal qu'il
s talens > (es vices, fa probité, de fen adminiftration.
le tems
3 aura produit pendant
quiparoilfent bonnes en
Voilà une de ces difpolitions
dans le
théorie, impraticables & méme dangereufes
on
de cas ou on en ait fait ufage,
fait:aufi ine connoit- celui point de M. le C. D. E.qui en quits
àmoins que cene foit
fit foufcrire un Certificat de fon
tant fon Gouvernement les 5 Ordres de la Colonie. La Mif
Adminifiration par tous
Confeil doit remplir ce but
fion des Commiffaires maniere du
plus conforme aux mceurs
plus furement & d'une
& à Thonnéteté publique.
es
on
de cas ou on en ait fait ufage,
fait:aufi ine connoit- celui point de M. le C. D. E.qui en quits
àmoins que cene foit
fit foufcrire un Certificat de fon
tant fon Gouvernement les 5 Ordres de la Colonie. La Mif
Adminifiration par tous
Confeil doit remplir ce but
fion des Commiffaires maniere du
plus conforme aux mceurs
plus furement & d'une
& à Thonnéteté publique. --- Page 471 ---
des Colonies Françoifes.
Tof
nécellaire que le Gouvernement foit
Il paroitra
informé,
êtte Pobjet de la
On voit par-là quel pourroir du Roi: rien ne leur
Miflion de ces Conmiffaires
Adminiftration inferaindifferent: Police générale,
Politique,
térieure, Ecléiallique, Civile, Militaire,
leur furveillance embraflera tout
& Commerce,
de tout aufiils rendront compte
éminemmentsmais
au Roi.
connoit fous la
Race de nos Rois
On
premiere appelloit Legati, qui de
ces Commiflaires qu'on
les Provinces par
temps en temps parcouroient
ils furent
ordre du Souverain. Sous Charlemagne infinité
appellés Missi DOMINICI 5 il y avoit une Prince
d'abus, une foule de vexations dont ce diffirarement être inftrait, & qu'il eût
pouvoit
s'il les ent connus, à caule de
cilement réprimés étendue de fon Empire : il fentit quil
la vafte
fe
de toutes le parfalloit que Pautorité rapprochir les oblerver toutes
ties de FEtar, pour pouvoir
avec une égale attention.
Quelle étoit la Miflion que Charlemagne confioit à fes MISSI ? Il leur difoit: Allet & afemblez
sils Jont COTLpar-tout mes Sujets, demandec-leur
de
à me faire, de
tens, sils n'ont peint
rlainter --- Page 472 ---
EJai par PAiminiftation
dijordres 2 me difarcr de befoins a m'expofers
eux-mémes s'ils font heureux, réforme
fachet par vous
: & tout ce que vous
tout ce que
pourret
vous
imtout ce qu'il
Jeroit
ne pourret réformer,
dans le moment
polfible de changer fans produire
m'en rendre
encore, venc
un défordre plus grand dela vifite des Missi DOMINICI
compte. Voill'objer fous Charlemagne & fous queldans les Provinces
ques-uns S19
de fes Succefleurs.
faut
une fauffe idée de
Il ne
point ptendre
sU
us
: ne
point de fes effets
cette commiffion
jugeons
2 l'état actuel des Peuples des Colonies, qui,
par
forte
lanarchie & le
opprimés en quelque
par
intérêt
delporifmne Militaire, n'ont point cet
patriofous les deux premietes Races de nos
tique qui
"leur liberté G prédieule.
Rois rendit aux François raffembler les Peuples
Que Ton aille aujourd'hui
les interroge 2
dans les places pabliques, qu'on licentieufes, ou
ron n'entendra que des plainres
juftes - 2 mais jamais
des murmures quelquefois Colonies les habitans ne font
éclairés : dans nos
eft
rien & ne tiennent à rien'; la Magiftrature les y Adfans autorité comme fans confidération,
miniftrateurs feuls font écoutés.
l'autorité bienfailante du GouIl faut donc que
de fes Colonies lointaivetnement [c tapproche
2
dans les places pabliques, qu'on licentieufes, ou
ron n'entendra que des plainres
juftes - 2 mais jamais
des murmures quelquefois Colonies les habitans ne font
éclairés : dans nos
eft
rien & ne tiennent à rien'; la Magiftrature les y Adfans autorité comme fans confidération,
miniftrateurs feuls font écoutés.
l'autorité bienfailante du GouIl faut donc que
de fes Colonies lointaivetnement [c tapproche --- Page 473 ---
des Colonics Frangoifes,
nes, pour Pouvoir les oblerver
artention
toutes avec une
égale; un effet anffi falutaire dérivera
naturellement de Temploi des Missi
& c'eft encore un efat
DOMINIÇI I
exécution dans la Province qui pourra être mis à
Antonine,
Toute eipèce d'abus devant être foumife à leutexamen,.ce fera par cette raifon que Pon
deux Missi par an dans cette Colonie, Fun deflinera
lordre du Clergé, l'autre dans celui de la pris dans
tracure: leurs vàes differentes &c leurs intérêts Magif
quefois oppofés raldreront le Gouvernement quel:
danger de les Voir s'unir d'une
fur le
ferinteutions
maniere contraire à
Le Pouvoir de ces MissI ou
royaux fera iupéricur à celui de tous les Commiflaires:
teursde la Colonie: : ils aurontle droit de Adminiftra- donner
ordres, mais avant tour ils devront
des
miner, faire délibérer en leur
écourer, exaPAffemblée Provinciale, foit dans préfence, foit dans
miniftration
le Bureau d'Addes Allemblées intermédiaire, & enfin dans chacune
Judiciaires ou
cune des douze Cités de la Province, Municipales de chaDans ces efpèces d'Alifes, G quelques Officiers
Municipaux avoient prévariqué, G
dividu du nombre de ceux
quelqu'autre inleur étar du
qui n'auront Point tenu
Roia avoitabule de fon pouvoir, les --- Page 474 ---
I08
Efai Jur
Missi
tAiminpration
auront le droir de les deflituer: mais
gue tout foit conflaté Par des
il faudra
ils écouteront les plaintes, informations legales;
& les Officiers deflitués
entendront les témoins,
que par le choix de
ne Pourront être remplacés
élire: les Juges
ceux qui avoient droit de les
dans des Cités, eux-mémes, ainfi queles Commanou autres Miliezires, feront foumis
alanimadvetfion de ces
ront que s'inftruire des Magiftrats, mais ils ne Pour
verbaux, &
faits, en dreffer des Procesnifre
rapporter le tout au Roi, ou au
qui aura les Colonies dans fon
Midépartement.
La conduire des Juges fera éclairée, les
n'auront plus à gémir des ordres
habirans
Commandant ou d'un Intendant; arbitraires d'un
quelquefois inrercepterleurs
ceux-ci ont pu
Commillaites annuels
plaintes; les Affites des
liberté, & un bonheur leur garantiront une elpèce de
aura plus aucun oppreffeur auparavant inconnu. Il n'y
limpuniré,
qui pourra fe Alatter de
On ne peut (e refuler au
fur quelques détails
plailir d'infifter encore
doivent concerner touchant des difpolitions
le pouvoir, les
qui
tions des
droits & les foncguide le célebre Commilairebroyass : on a pris pour
Tan
Capitulaire de
802, & les
Charlemague de
ment François,
origines ou l'ancien Gouverne-
oppreffeur auparavant inconnu. Il n'y
limpuniré,
qui pourra fe Alatter de
On ne peut (e refuler au
fur quelques détails
plailir d'infifter encore
doivent concerner touchant des difpolitions
le pouvoir, les
qui
tions des
droits & les foncguide le célebre Commilairebroyass : on a pris pour
Tan
Capitulaire de
802, & les
Charlemague de
ment François,
origines ou l'ancien Gouverne- --- Page 475 ---
des Colonies Françoijes.
1o9
Commiflaires (eront choilis parmi ce quil
Les deux
& de
éclairé dans les deux
y a de plus intègre
plus
d'un
premiers Ordres de PÉtar. La préfence
Évèque fera
rendra moins difficiles les Eccléfiafliques dontil
fouvent nécelfaire d'éxammer Tadminiltration.
Ils indiqueront eux mémes une ou deux affeme a3
blées dans le chef-lieu de chaque Cité, afin que les
habitans, mème le
Magiltrats, les Commandans,les ont tous droit de
peuple s pauperes 9 qui rendre facilement.
ELSIS juftice 5 puilfent s'y
feront
Aufli-tôt que les Commifaires-rogaus
arrivés dans la Colonie, ils feront pat-tout regardés
des Adminiftrateurs Civils ou
comme les Supérieurs
auxquels ils
Militaires &c de tous les Magiftrats
des
leur donner des ordres &
inf
écriront pour
truétions.
Dans les Afifes des différentes Cités, les Missi
le droit de réformer tous les défordres, de
auront
tout Officier auquel le Roi
punir, de donné révoquer lui même de provilions ; les Offin'aura pas
& tous les Miniftres inciers Municipaux en général
& financiere
férieurs de rAdminiftration populaire ils pourront les
feront foumis à leur animadverfion;
d'autres,
déplacer: s'il s'agit enfuite d'en nommer
fe conformeront aux Loix & aux
les Commifaires --- Page 476 ---
I10
Efai Jier ddminifration
mages il ne leur fera pas permis de violer les
leges a3
dont des villes ou des
privien droit dej
particuliers pourront être
jouir: Par-tour ils exerceronrl le
mais par-tout ce pouvoir fera réglé: ils
pouvoir,
le même droir à légard des
n'auront pas
Magilitars
parceque ceux-ci ne font juliciables
Supérieurs, du
méme: mais ils drefferont Jeurs
que
Roi luife muniront des preuves, & il Procès-verbaux, ils
qui doit prononcer,
rapporteront au Roi
- tioal 2101
Non-feulement Témabliffement de
a
faires annuels procurera au Roi
ces Commmif
connoitre & relpeéten fon
Tavantage de faire
Coloniesy ce-feraiméme Pouvoir ablolu dans-nos
Adminiftration
un moyen de rendre leur
intérieute plus
moins arbitraire; la
lage, plus écliirée,
plus relpeclables; & Réligions-les Loix & les mceurs
ce plan de Gouvernement on remarquera fans doute dans
& des précautions fuffifantes un, méchanilnie fimple
par-tout.
pour maintenir l'ordre
2001 Tamiolors
Ied supue inutile d'oblerver 1001
qui font fouvent armés que les Bâtimens du Roi
mérique,
Pour les croiflieres de PA
pourroncpocen les
à leur denination: qu'ainfi Conunilftaressoyat
blable Projet n'entrainera Texécurion d'un femconfidérables,
Pas des dépenfes bien
ifantes un, méchanilnie fimple
par-tout.
pour maintenir l'ordre
2001 Tamiolors
Ied supue inutile d'oblerver 1001
qui font fouvent armés que les Bâtimens du Roi
mérique,
Pour les croiflieres de PA
pourroncpocen les
à leur denination: qu'ainfi Conunilftaressoyat
blable Projet n'entrainera Texécurion d'un femconfidérables,
Pas des dépenfes bien --- Page 477 ---
des Colonies Frangaifes.
I13
de faire en finilfant un rève
Qu'on me permerte
des réves, dira-t-on
polique. Encore des projets, cri du ralliement conrre toute
fans doute ? car c'eftle
Je fupidée, tout (ytème de bienfailance publique.
mieux connue & par conféquent plus
pole la Religion Colonies;une A
hiérarchie canonirelpecée dans nos
convenables
infliruée; des érabliflemens
quement
des enfans; les moeurs plus épurées,
pouredacadion de Loix fixe & adapté au climat & alelprit
un corps
compolé
de fes habitans; un corps de Adminiftration Magitrature libre &
avec choix & révéré; une
sTEOLMIindépendante des volontés parriculieres bornes; le Comlitaire contenu dans de juftes
bien ré
avec la Mere-Parrie'l
merce desColonies
municipale dans toursoh
gté 5 rAdininitradon une fois l'an par des Coméclat, le El tour inlpecé
furveillans, choibspar
millaires du Rol, nouvéaux éclairécs & les
intémi- les perionnes lesplus
de : f'Etat. ples P3AT
gres des deux premiers révolution Ordres auffi importante
Eh! qui opérera une me dira-t-on : Eh ! n'ai-je pas
dans nos Colonies,
Mais à quoi tient-il quil
dit que ceft un (onge?
le
ne fe réalile ? Il ne fera plus un fonge, intérêts quand & ceux
Gouverhement connoitra mieux fes
des Colonies ; quand des hommes puilfans. quand des
jaloux de Fautorité arbitraire.. --- Page 478 ---
tAuminifration des Colon. Frang.
1ri Efaifur
&c.&cc.
médiocres.
ruinés,
fujets
verrontmieux,
Il faure repurgtesipoatenlemme
& feront mieux.
F 1 N.
nomis n
szd xioJ Sb 20102 -
C
semilo US Sigsbs
todato
-
E R R AT A.
del TAvertillement a lig. 16, à la téteg.lifez,
P.ori ij
0os
IO à fa téte.
Sud lau, lifes au Sud du.
Pagenss1 ligne 6,au
Miniftres de Loix,lij. des
Page 36, lig. avant-dernierts
Loix.
TIntendant de Ia Province
Page 38, à la Note, lign, 2,
s'cf toujours pourva ; lif. fera toujouts, oudes jeunes gense
dejeunes gens; lif
Page 96, lign.4.ou
ins nolinlovan onu 15 1 1990 -
0o 1t sm
T
con
no
a VBC
a --- Page 479 --- --- Page 480 ---
PROJET
DES COLONIES FRANCOISES OCCIDENTALES ET ORIENTALES. GÉOGRAPHIQVE ET POLITIQUE
D'UNE NOUVELLE DIVISION
Nox S
LEUR ÉTENDUE
No M
LEUR ÉTENDUE
des
&
REMARQUES
Nox S
LEUR ÉTENDU. REMARQUES
des
&
RENARQUES PROVINCES LEURS LIMITES. des
&
PROVINCES LEURS LIMITES. PROVINCES. LEURS LIMITEL
moyens employési l'avanceL'le de la Martinique.
S OCCIDENTALES ET ORIENTALES. GÉOGRAPHIQVE ET POLITIQUE
D'UNE NOUVELLE DIVISION
Nox S
LEUR ÉTENDUE
No M
LEUR ÉTENDUE
des
&
REMARQUES
Nox S
LEUR ÉTENDU. REMARQUES
des
&
RENARQUES PROVINCES LEURS LIMITES. des
&
PROVINCES LEURS LIMITES. PROVINCES. LEURS LIMITEL
moyens employési l'avanceL'le de la Martinique. Renfermera Tejpace depuis ment de cette Colonie, & de
COLONIES OCCIDEITALES
LA MARTINIQUE Fort- Royal, Capitale,
DE LA GUYANE T'embouchure da Cachipour ce qu'on n'entreprend point
Nota. Les trois premieres Projufqu'aux frontières Portu- des défrichemens dans des
vinces qei fuivent forment la
TROISIÈME, gailes.Ilya environ quarante parties fans doute meilleures
AUX ANTILLES paniefrangeie del'iled'Aitt,
licues. que celles ou T'on yobltine d
commintment appellte HifpaLes Ifes de laGuadeloupe,
perdre fon remps & fes foins,
niola ou Saint-] Domingue. des Saintes, de la Défirade,
LA GUADELOUPL de Marie Galande &la partic SaintFrançoife de Tile de
Depuis la Rivière du Mal- On dénomme cette ProMartin. Capitale la Pointefacte jufqu'a Textremicé du vincel PROVINCE FRANÇOISI,
à-Pitre. RI
Cap pde Saint) Nicolas: fur une du nom de fa Capitale CapCOLONIES o
largeuri rinégale de huit jufquri François, & patcequtelle a
FRANÇOISE. & 18 licues. été cultivée la première & habirée frequentée, par les
L'lde de la Tortue eft de
caufe du volfnage SAINTE-LUCIE, L'lfe de Sainte-Lucie. cette Province dont le Cap François,i llle de la Tortue. Callries Sainte-Lucie,Cap
Les Ies del France, deRo
Frangois eft la Capitale. del
drigue & de Diego Garcias
L'ISLE DE FRANCE, avec la partie Frangoife de Les Érablifemens François
rlle de Madagafcar, Port- aSaint-Pierre & Miquelon,au
Comprendrs tout Tefpace
LIAe deTobago. Louis, Capitale. Senégal, a Gorée &a] Juida,
qui sétend près de 5o licues
TOBAGO. Scamborongh,.Capiale
à Moka, Canton &cc. ne
être confidérés comen longueur du Septention
peuvent
aul Midi,, depuis la pointe dd
LIe de Baurbon. me desColoniesmais comme
Grand-Pierre au Nondjuce
DANS L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE,
LISLE DE BOURBON. Saint-Denis, Capitale. de fmples Comptoirs: c'eft
Textrémité duCapde laBéat
pourquoion ne lescomprend
aus Sud, qui contient les plat
renpoint dans cette divifion par
nes de Lartibonite, du Mire La Rivière del Lartibonite,
Comptendra entre le FleuveMaroni l'efpace On donneà cetteProvince
Provinces. DE LARTIBONITE (balais & des Verettes; les vi quiatrofe en partie cettePro nom. fermé la de Sinnamari; le nom d'un des principaux
Pondichéry; e dui com- IIne fera point fait mention
les de Saint-Marc, dul Port vince,luie donne fon
& qui Kivière donne une étendue de Peuples Indigènes qui habi
prend tous les) Eatlillemens de ces Comptoirs dans la feau-l Prince & de] Jacmel, &q
DE LA GALIBIE.
(balais & des Verettes; les vi quiatrofe en partie cettePro nom. fermé la de Sinnamari; le nom d'un des principaux
Pondichéry; e dui com- IIne fera point fait mention
les de Saint-Marc, dul Port vince,luie donne fon
& qui Kivière donne une étendue de Peuples Indigènes qui habi
prend tous les) Eatlillemens de ces Comptoirs dans la feau-l Prince & de] Jacmel, &q
DE LA GALIBIE. nce
cette conttée. furlacowde Coro- conde Partie dec ce Tableau,
près de trente lieues far les tent
François
en
vétend largeur jufqu'aus
bords de la Mer. PONDICHÉRT. mandelau Bengalé, ainfi que
frontières Efpagnoles & l'ere
Mahe fur laCôte de Malabar. bouchure du Neybe. L'lle de la Gonave elt de
la dépendance de cettel Pro
Depuis la Rivière des SinnaE CA P ITU LA T 0 N. vince. maria au Nord jufqu'a la Ri- Cette partie de la Guyane
R
vière del Kaw au Sud. ayant été habitée par les
DE LA GUYANE L'Ide de Cayenne fe trouve François depuis prés de 180
Provinces des Colonies Occidentales. 11. PRE E. dans cette; partie,ainic queles ans eft dénommée par cette
Cettel longne Prefquille qui
Ifles du Salut & le grand & raifon première Guyane. Provinces des Colonies Orientales. eft arestremité occidentale
le petit Connétable. de Saint- Domingue : cette
Province commence à ro
dient, au Cap de] Jacmel qui
& @Capila Rivière de Kaw Cette divifion del la Guyane
elt au Sud, & au Nord il Cetre Province nommées du
Depuis
Françolle en quatre Provin:
ANTONINE Rivière dul Lamentin. Ellea tale font ainfi de la
fufqu'a Temboucharedecelle à environ 11 ces elt fans doute prématue
plus de so lieues de lose nom & en Thonneur
de Cachipour, Sud Cap d'oa &a Toutes ces Colonies font, à vrai dire, fans conlitution régulière. Leur divifion en
gueur : l'lle Avache &! les Reine deFrance. DE LA GUYANE licues au du eft ar- rée; car font population & feront proba
ainfi que la diftribation de ces Piovinces en grands Départemens Civils
Caymites font de a dépere
S CONDI range. Cettel Province culrure long-temps encore Provinces,
fervir de bale à une nouvelle organifation de leur Gouverrofte par deux Rivières con- blement
& Militaires, pourront
& fera fubdivite en Cités, & les Cités
dance. rAprousgue &
nement: Chaque Province aura fon Intendant
Sa Capitale elt Antonina
rOyapock. fiderables
snneste-endatete furpris de la médiocrice des en Paroiffes. elle sappelloir auparavantle
moyeng
L Cayes Saint-l Louis. -
a a --- Page 481 ---
- 2 -
JOV avo
- --- Page 482 ---
A
a
a
TX -
- G - --- Page 483 ---
No, II. DISTRIBUTION
DEPARTEMENS CIVILS ET MILITAIRES. COLONIALES EN SIX GRANDS
FROVINCES
DES QUATORZE
DÉPARTEMENS MILITAIRES
DEPARTEMENS CIVILS
STABLISSEMENS
ÉTABLIS SEMENS
RECAPITULATIO N. PROVINGES ANNEXÉES
NILITAIRES
NOMS
CITILS
A CHAQUE DÉTARTEMENT,
DES DIPARTENENS. La Province ANTONINE ef fabdivilée
ETAT DES Orricuns suruerar DES Orricisn Mfle MILITAIRES LE SaintROYAL-Airi, Capitale de Lartibo- en XII Cités.
ENS MILITAIRES
DEPARTEMENS CIVILS
STABLISSEMENS
ÉTABLIS SEMENS
RECAPITULATIO N. PROVINGES ANNEXÉES
NILITAIRES
NOMS
CITILS
A CHAQUE DÉTARTEMENT,
DES DIPARTENENS. La Province ANTONINE ef fabdivilée
ETAT DES Orricuns suruerar DES Orricisn Mfle MILITAIRES LE SaintROYAL-Airi, Capitale de Lartibo- en XII Cités. afluelr dans la Colonie de Saine dul Departement e/ni,
nite ,fera lal Metropole & le Siegedu
Domingat. Dumingur. Parlement de ce Departement. Crri CAPITALE D'ANTONINA, Un CommundaGéséeal. del lInCini DE SAINT-Lovrs. fanterie & un Commandant Général Gouverneur
I. Commandans Généraux
Lr
Prefechure Pro Crri D'YAQUIM. de.la Cavalerie; lan doit fuppléer Officiers de l'État-Major des Commandans des Provinces en
Les Provinces Antonine 7 de vinciale. Car-Faasçon,
Ciri DAUTHINS. Pautre en casd'ablener ou de maladie. Armées
Chef
DAITL
Larribonite &Frangoife
Cri DE LiOGANI. Trois Commandant de Provinces en Commandans en fecond
En fecond. Cari DIS GoAYIS. Chef & trois Commandans Cités, en fecond; Ofliciers des États-Majors des Majors faifant fonctions de
douze Commandagde
Places
des Cités,enCiri DS STANISLAS. Infpecteur Général des Fron- Commandans
ANTONINA, Préfechure! Provinciale. Cii DE PHILIPPE. tières
viron
Ciri DI BAETEUIL. Infpecteur Général des Milices. I. Ciri DE CASTRIS. Crri DE Tiuxox,
Cni WEUsAmTn. FORT-ROYAL, Métropole & Pat- Vey. la page 47 6 fivanter de PESSAI Un Commandas Général del "In- Neta. On a compris dans la deuxième Colonne de cette Récapitulation
lement,
Jaratmingrais de Caleniet. fantetie & un Commandant Général les Commandans en fecond des trois Provinces; mais ils ne font deftinés
Provinces de la MarPréfee Vair anf ce ç'an entend par Préjadlure de laCivaleric. Qate Commmandans qu'à fuppléer les Commandans d Chef en cas de befoin: : ceux-ci pourLes Illes&
de la Cemsnssausrebecni Praviscisie, ,page SI dudit FIai. del Provincese sen Chefs quatre Com- même être
les Commandans des Cités Capitalesi
tinique, de Ssinte-Lacie, ture Provinciale. mandans en fecond. Com- roient
remplacespat les Commandans en fecond de leurs
DE LA MARTINIQUE Guadeloupe & de Tobago. LA PonstrA-Peras, id. mandans de Cités
alors ces derniers feroient Si Toa dedrpit ttouve trop grand le nombre des ComScaxsonono,i. mandans Provinces de refpedives. Cités on en pourra réunir deux fous la même autorité. GUYANE. Les Provinces de la première Tout eltafired dans laGuyanel Fran- elle
Général & un
far
DE LA PRENIERE
Guyane & dela Galibie. coife quant à fon Adminilitation: feul Chef
Un Commandant
Vey. PArricle GOUYRANENINT MILITAIRE, page 75 6 Juiv. de TESSAI
ne. fauroit être divifee: économique; un un feal
Commandant panticulicr. FAdminifiration des Colanics,
pour Confeil la Superieur partie & un feul Comman
feconde * troifieme dant General,ent rout ce qui convient
Les Provinces
dans fon état adtuel. DE LA SECONDE GUYANE.
: feul Chef
Un Commandant
Vey. PArricle GOUYRANENINT MILITAIRE, page 75 6 Juiv. de TESSAI
ne. fauroit être divifee: économique; un un feal
Commandant panticulicr. FAdminifiration des Colanics,
pour Confeil la Superieur partie & un feul Comman
feconde * troifieme dant General,ent rout ce qui convient
Les Provinces
dans fon état adtuel. DE LA SECONDE GUYANE. Guyane. Un Commandant Général de TinMéropole & Parlefanterie & un Commandant Général
PoxT T-Lovis,
de la Cavalerie; deux Commandans
Les Provinces des Illes de France ment. Préfedture Frovis
del Provinces en Ghef & deux ComDE EISLE-DE-FRANCE. & de Bourbon. SAINT-DENIs
mandans en fecond. Comciale. mandans de Cirés,
Nota. Le premier de ces Tableaux doit. Serrir de fuitre a celai N, I contenant
le Prejer Pune nourelle Dirifion Geographigue 6 Politigue da Reysume de France. & un Le Jecend a celi No. II contemant la Difriburion des guarane-hair Provinces
PONDICHÉRY, Chef1 Licu & Siege des
Un Commandant Général du Reyeume Zel France en dir.fopigrands Départemens Chils 6 Militairet. Tous le Érabliffemens Frangois Établiffemens Civils & Militaires dans
Commandant particalier. DE L'INDE. dans FInde,
lInde. m --- Page 484 ---
a -
R --- Page 485 ---
8-6
NO TICE
SUR LA /IE
DE
M. POIVRE: --- Page 486 ---
a O IT 0
TIX Nd AU2
TAVIOS M DO --- Page 487 ---
NOTIC E
SUR LA VIE
DE M. POIVRE,
CHEVALIER DE L'ORDRE DU ROI,
ancien INTENDANT des Ifles de France
6 de Bourbon,
Erat enim modeftus, prudens, gravis: temporibus
tatis fapienter utens : animo maximo & aquo : vericontinens, diligens, ut) ne joco quidem mentiretur :
lans, ftudiofus clemens, audiendi patienfque : commiffa ceReipublica
: & agricola folers, &c
pericus, & probabilis Orator.
CORN. NEP.
S
PHILADELPHIE,
Et fe trouve à Paris chez MOUTARD,
Libraire dela REINE, de MADAME, & Imprimeur- de
Comteffe
Madame
D'ARTOIS, rue des Mathurins, Hôtel
de Cluni,
M. DCC, LXXXVI --- Page 488 ---
1 2 a
AU2
- TAYIOT M - C
IEII
A --- Page 489 ---
ALAMKAROITL
NOTICE
SUR LA VIE
DE M. POIVRE,
CHEPALIER DE L'ORDRE DU
ancien INTENDANT des Ies de France Ror,
& de Bourbon.
Ox entend fouvent dés hommes trèsmédiocres s'écrier qu'on ne rend
juftice au mérite. On en voit d'autres Point
qui croient qu'on ne peut réuflir a rien
que par lintrigue, & qui fe conduifent
en conféquence.
Si l'on voulair cependant faire la
des hommes fimples & modeftes
lifte
qui Ont
A
,
CHEPALIER DE L'ORDRE DU
ancien INTENDANT des Ies de France Ror,
& de Bourbon.
Ox entend fouvent dés hommes trèsmédiocres s'écrier qu'on ne rend
juftice au mérite. On en voit d'autres Point
qui croient qu'on ne peut réuflir a rien
que par lintrigue, & qui fe conduifent
en conféquence.
Si l'on voulair cependant faire la
des hommes fimples & modeftes
lifte
qui Ont
A --- Page 490 ---
Naiflance de M. POIPRE.
acquis une haute confidération &c font
arrivés a de grandes places Par le feul
effer de leur capacité & de leurs
on la trouverait
vertus,
impofante, & Pon
ferait moins mal de THumanité & pen- de
la Société.
Toutes les bonnes actions ne font
récompenfées S, 5 tous les travaux efne
ERuAe
jouiffent pas de la gloire
qui leur ferait due; mais une vie entière confumée a faire le bien, à
ou
à éclairer les hommes, les
fervir
conduit
nécellairement à lui payer un jufte tribut de reconnaiflance & de relpect.
Sicerte vérité avait befoin d'être confirmée, les regrets que la mort de M.
Poivre, ancien Intendant de TIle de
France, caufe à Lyon, : ou il s'était retiré, la fenfation qu'elle a faite dans la
Capitale même, & julques au pied du
Trône, en fourniraient une
pante,
preuye frapM. POIVRE était né à Lyon, au mois
d'Août 1719, d'une famille commer- --- Page 491 ---
Ses Etudes.
çante. Il montra, dès fon epfance, 3
elprit doux & facile, les plus
un
dilpolitions pour les Lettres & grandes les
Arts, un caractere bienfaifanr, Pour
faifait défirer d'être utile àl
qui lui
connaiflait, &c à ceux
ceux quil
fait
qu'il ne connaif
pas.
Ses érudes furent brillantes. Illes
finies dans un age encore
avait
&
très-rendres
commençait un Cours de
à la Commanauté des
Théologie
S. Jofeph à
Millionnaires de
Lyon,, dont le
était ami de fa famille,
Supérieut
fuites,
lorique les Jé.
qui ne negligeaienr rien, frent
attention aux fuccès d'un élève
formaient pas, & qui croiflait dans qu'ils ne
maifon avec laquelle ils avaient
une
de rivalité. Ils chercherent à un point
au jeune Poivre de préférer leurs perfuader Profelleurs & leur Compaghie.
Ils repréfentèrent en même
M. de Rochebonné, alors
temps à
de Lyon, le danger de laiffer Archevéque
gner un enfant heurcufement impré, né de
A 1j
attention aux fuccès d'un élève
formaient pas, & qui croiflait dans qu'ils ne
maifon avec laquelle ils avaient
une
de rivalité. Ils chercherent à un point
au jeune Poivre de préférer leurs perfuader Profelleurs & leur Compaghie.
Ils repréfentèrent en même
M. de Rochebonné, alors
temps à
de Lyon, le danger de laiffer Archevéque
gner un enfant heurcufement impré, né de
A 1j --- Page 492 ---
Il entre aux Milfions Etrangères.
n'étaient pas les fiens.
principes qui démarche détruifit l'effet
Cette feconde
fans elle
de la première, & peut-être
mais il
M. Poivre edt-il été Jéfuite ;
le fentiment naturel de réfifvit, avec
de conr
tance, que toute apparence nobles,
trainte infpire aux caractères
à
atteinte à fa
que lon fongeit
porter
&c
liberté dans le choix de fes Maitres;
fes
de le faire paffer à
il pria
parens
des Miflions
Paris dans la Congrégation
fon éduEtrangeres. Il Y vint, il y finit
cation, il s'y diftingua.
celle de
L'étude de la Philofophie,
l'inftruétion des Catéchula Théologie, lui fut confiée, & des conmènes qui
honneur dans le
férences qui lui firent
ne furent pas les feules occutemps, auxquelles il fe livra dans cette
pations
Il s'appliqua avec
maifon refpectable.
fuccès au deflin &c à la peinture, qu'il
regardait comme undélaflement, comme
de réufir mieux dans les pays
un moyen
déjà de parcourir, &
qu'il fe propofair --- Page 493 ---
On P'envoie d la Chine.
comme celui d'en
naiflances utiles rapporter plus de condans fa patrie.
L'éducation chez des
donne néceffairement
Miflionnaires
le gont des
ges; ; &c quelques notes écrites voyaPoivre, indiquent
par M:
de fes
qu'en émbraffant l'état
Inftituteurs, il envifageair, outre
Tavantage de fervir la
de s'éclairer fur les
Religion, celui
la culture, linduftrie maeurs, les ufages,
desNations
rait à obferver, & de
qu'il auprocurer à T'Europe
quelques-uries des productions les plus
précieufes de T'Afie, de PAfrique & de
T'Amérique. Il femblait prévoir fa deftinée.
Les Supérieurs des Miflions
fe hâtèrent de l'affilier a leur Errangeres
de l'aflocier à leurs
Corps &c
travaux. Ils l'envoyèrent en Chine, & lui prefcrivirent de
paffer enfuire à la Cochinchine,
qu'il ne fût pas encore engagé dans quoi- les
Ordres facrés.
Dans une relâche qu'il fit avant
river à Kanton, il
d'arreçut d'une main
A iij
tinée.
Les Supérieurs des Miflions
fe hâtèrent de l'affilier a leur Errangeres
de l'aflocier à leurs
Corps &c
travaux. Ils l'envoyèrent en Chine, & lui prefcrivirent de
paffer enfuire à la Cochinchine,
qu'il ne fût pas encore engagé dans quoi- les
Ordres facrés.
Dans une relâche qu'il fit avant
river à Kanton, il
d'arreçut d'une main
A iij --- Page 494 ---
Aventure d Kanton.
trompée ou perfide, une lettre en Chinois, qu'on lui dit être de
tion, - & danslaquelleauc contraire, recommandanois.quiayait été offenfé
un Chipar un
dénonçair cet Européen, qu'il Européen,
voir étre le porteur de fa lettre, croyait deun coupable dont la Nation
comme
à fe plaindre, & qui méritait Chinoileavait la
Le jeune homme, rempli de
mort.
fe hàta de préfentor la lettre confiance,
mier Mandarin dont il
au pre-
& fut mis en prifon. Les Pur approcher,
tres-douces à-la Chine
prifons font
Langue. Le Vice-Roi ; il y apprit la
reffe par fa
de Kanton, inté
coptenance noble, douce,
patiente, grave, preique
ché de fon ingenuiré, afiatiques touodieufe trahifon,
indigné d'une fi
devint fon
& lui procura tottes les facilités protedteur,
refufe ordinairement aux
qu'on
voir Tintérieur du
Européens pour
Il y avait féjourné Pays. à
ans, lorique fe préfenta peu près deux
attendait
l'occalion qu'il
pour aller à la Cochinchine --- Page 495 ---
Credit qu'elle procure a M.POIPRE. AN
avec les Millionnaires
qu'il
gnair. Isy rendit &6 y paffa deux accompaannées. Le Vice-Roi de Kanton autres
approuvé & facilité ce
avait
fon rctour, M. Poivre voyage; &, a
retrouva au même
degré routes les bontés de ce grand Mandarin 2 qu'il fuivit dans pluficurs
nées, & dont il ne s'écarta
tourprefque
pendant un an.
plus
Le crédit qu'il avait acquis
de
lni, procura fouvent une
auprès
& meilleure
plus prompre
juftice aux autres
& fut tres-utile aux intérêts de Français, la Compagnie des Indes. Le Miniftere de
fut inftruit qu'i l'extrémité de France
un jeune Mifionnaire avait
l'Ale,
fervices effentiels à la Nation. rendu des
M. Poivre avait montre, dès l'enfance, la même raifon, le même
d'ordre & d'obfervation
elprit
loppésenfuite
qu'il a dévedans les différentes
de fa vie. Sa grande jeuneffe, époques
habitait en Chine, ne l'a point lorfqu'il
de porter un jugement jufte & empéché folide
A iv
mité de France
un jeune Mifionnaire avait
l'Ale,
fervices effentiels à la Nation. rendu des
M. Poivre avait montre, dès l'enfance, la même raifon, le même
d'ordre & d'obfervation
elprit
loppésenfuite
qu'il a dévedans les différentes
de fa vie. Sa grande jeuneffe, époques
habitait en Chine, ne l'a point lorfqu'il
de porter un jugement jufte & empéché folide
A iv --- Page 496 ---
Son cfime pour les Chinois.
fur les Chinois. Ayant pu obferver réellement leurs mceurs & l'efpric de leur
Gouvernement,
meufe
slavaicpris pour cette faNation une eftime que n'en ont
point conçue nos Commerçans
traité qu'avec fès
qui n'ont
miniftere del
Rerendeurs, & par le
Courtiers avides dans un
port de mer éloigné du centre de lEmpire. Des Chinois qui arriveraient
Ruropes qui n'y féjourneraient
en
Pas plus
long-semps, & qui ny pénétreraient
plus avant que ne le font nos
Pas
teurs à las Chine,
NavigaPourraient
une idée tresmauvaife,
remporter
très-exngéréel,
tres-injufte de nos ufages, de nos
de nos Loix, & même de notre mceurs, Adminiftrationise
En 1745 M, Poivre revenait
France pour revoir fa famille, rendre en
irrévocables fes liens religieux, & retourner enfuite au bout du monde ou
Fappelair fon zele. Le vaifleau qui le
portait fut attaqué dans le détroit de
Bança Par un Anglais fupérieur en force, --- Page 497 ---
Combat contre les Anglais.
& combattit. Il y a dans les âmes très- 9
élevées, même avec le caraétère le plus
doux, une répugnance naturelle à fuir
le dangerit
M.
pendant tout le combat ,
Poivre fe porta fur la galerie -
le gaillard, fur le tillac,
3 fur
fe
par-tout ou il
crurleglosagleseitanes à la manceuvre,
exhorrant les foldats &c les matelots, &
fur-tour fecourant lès blefless un boulet
de canon lui emporta le poigner.
Pour donner une idée de la férénité
de fon ame, nous dirons que le
mot qu'il prononça en fe voyant premier un bras
de moins, fur: : Je ne pourrai plus
Cet amufement était alors
peindre. lui
efpèce de paflion ; & G on pour la
une
comme
regardait
une faiblefle chez cet homme
fagey qui s'eft toujours montré au deflus
des autres pallions, nous remarquerions
que le deffin & la peinture font de la plus
grande utilité pour un Mifionnaire;
le féjour d'un vaiffeau néceflite
que
décidé
un gode
pour quelque occupation manuelle, & qu'il n'en eft point de plus
peindre. lui
efpèce de paflion ; & G on pour la
une
comme
regardait
une faiblefle chez cet homme
fagey qui s'eft toujours montré au deflus
des autres pallions, nous remarquerions
que le deffin & la peinture font de la plus
grande utilité pour un Mifionnaire;
le féjour d'un vaiffeau néceflite
que
décidé
un gode
pour quelque occupation manuelle, & qu'il n'en eft point de plus --- Page 498 ---
M. POIVRE perd un bras.
fo
à exercer à la fois T'imagination, 5
propre Tobfervation, la réfexion &0 T'efprit.
Peu de momens après la blefure de
MA Poivre; le vaifleau fat pris. Le Mif
fionnaire', jetté a fond del caley Irefta
heures fans être panfe ; la
Vingt-quaere s'était établie a , il Fallut faire
gangrène
beaucoup plus hant. L'opél'ampatation
ration fe fit à bord des Anglais 3 8 par
leur Chirurgien. A peine était-elle finie,
fit pofe, le feu
avant que Fappareil
prit au batiment. Tout le monde y courut, 80 le Chirargien comme les autres ;
M. Poivre: - abandonné , perdic une
grandel quantité de fang, 80 Bientôt la
connaiffande - : polit-etre fut-ce un bien ;
cette énorme faignée ayant prévenu &
dont le
affaibli la fièvre infammatoire,
danger eft extrême fous le climat bralant
de'Tinde. 10 C sigioie
ouLa vie E eft une f lingulière énigme,
jamais favoit fi les événequ'onine peur
font avantageux
mens qu'elle préfenre
venait
ou funeftes, Laccident grave que --- Page 499 ---
Suites de cet événement:
II
d'efluyer M. Poivre, 5 fut la fource de
le prefquetout le bien qu'il a fait, &c detout
bonheur qu'il a éprouvé.
été fa carriere, il
edt Quelle qu'edt
déployé
y
certainement
beaucoup de zele,de
de vertus ; & des Miflions
talens 8E
auxquglles il s'était confacrés Etrangères
fans doute de grands objers d'ucilité préfentent
ligieufe & même civile, Mais s'il rerefté Mifionnaire,
fit
comme il n'y aurait
pas manqué fans fa bleflure, il
été Adminiftrateur
n'anrairpas
; il n'aurait pas donné
d'importantes inftructions & de touchans
exemples à ceux qui de feront
il n'aurait
après luis
pas goûré toutes les
de la vie
douceurs
domeftiquel &i patriarchales il
n'aurait Pas époufé une femme du
le plus rare, & laiffé trois filles d'une mérite
téreflante
ine
elpérance. Ain@ la
a compenfé avec ufure pour lui Providence &
nous la perte de fon bras.
Pour
Il en avait fait, dansle méme
une autre qui n'a pas été réparée. combat, C'eft
celle da Journal de tout ce qu'il avait
pas goûré toutes les
de la vie
douceurs
domeftiquel &i patriarchales il
n'aurait Pas époufé une femme du
le plus rare, & laiffé trois filles d'une mérite
téreflante
ine
elpérance. Ain@ la
a compenfé avec ufure pour lui Providence &
nous la perte de fon bras.
Pour
Il en avait fait, dansle méme
une autre qui n'a pas été réparée. combat, C'eft
celle da Journal de tout ce qu'il avait --- Page 500 ---
Nature de fès Journaux,
remarqué à la Chine, à la
à Macao, auquel étaient Cochinchine,
nombre de deflins
joints un grand
eft d'autant
précieux. Cette perte
aufli
plus facheufe, que rien n'eft
propre à faire connaitre les
les principes & les ufages d'une moeurs,
les vices ou la bonté de fon Gouyerne- Nation,
ment, qu'un Journal tenu régulièrement
par un homme éclairé qui peint les chofes
telles qu'il les voit, telles qu'elles
fans Prétention, fans chercher à écrire font,
FHiltoire, fans penfer à fe faire jamais
imprimer.
Peut a être ces manufcrits intéreffans
fontils éncoreentre les mains
& l'one elpère
fi
desAnglais;
que
quelqu'un de cette
grande & généreufe Nation en avait connaillances il voudrait bien les faire remettre à la famille de M. Poivre. Le vaif
feau dans lequel il fut pris, s'appelait le
Dauphin ; le Commandant de PEfcadre
Anglaife étaitl Amiral
tait le
il
Baswer,quimonDepiford y a quarante ans.
Les Anglais, qui manguaientde vivres, --- Page 501 ---
Voyagesa Batavia & a Siam,
étaient embarraffés de leurs
Ils les conduifirent à
prifonniers.
rendirent la liberté Ce Batavia, fut
& leur y
jour de M. Poivre dans
pendant le féétabliffemens
cette Gapitale des
Hollandais, que
occupé de vàes utiles, il prit des toujours
naillances réfléchies fur la culture conépiceries précieufes que les Hollandais des
poflédaient alors
les Illes ou elles font exclufivement, &c fur
formé dès lors le
indigenes. Il avait
lifé, d'en
projet qu'il a depuis réa:
enrichir un jour fon pays.
Ils'embarqua, au bout de quatre
avecle refte des
mois,
Frangaiss pour allerhivernerà Mergui, port du Royaume de
& de là fe rendre à
Siam,
Pondichéry. Le
ment était très-mauvais;
bâtipêtes affreufes, 8c
ilelluya des temcourut le plus grand
danger, M. Poivre, qui ne
à la manceuvre, confervair fon pouvair aider
& rédigeait fes obfervations. fang froid,
Ceft
ce voyage & dans les relâches
dans
auxquelles fon navire fur
forcées
s'inftruilit avec exactitude obligé, . qu'il
des moeurs de
Siam,
Pondichéry. Le
ment était très-mauvais;
bâtipêtes affreufes, 8c
ilelluya des temcourut le plus grand
danger, M. Poivre, qui ne
à la manceuvre, confervair fon pouvair aider
& rédigeait fes obfervations. fang froid,
Ceft
ce voyage & dans les relâches
dans
auxquelles fon navire fur
forcées
s'inftruilit avec exactitude obligé, . qu'il
des moeurs de --- Page 502 ---
en Afrigues & aux Antilles.
14 Nation Malaife, de celles des Siamois, la
& de leur Gouvernement- Iln'avait
ans, &c déjà il favait juger
pas vingt-fept
Tétat de leur
du bonheur des Peuples par
agriculture. à
M. Poivre
De retour
Pondichéry,
T'expédition de Mas'y trouva pendant &c les
f fudras G brillante,
querelles
neftes de MM. Du Pleix & De la Bourdonnais. Il blâma également ces deux
habiles
fi célèà
hommes, G
d'ailleurs,
bres, & qu'il voulut en' vain concilier.
Il fuivit à PIle de France le fecond,plus
difpofé à Técouter. L'efcadre qui les ramenait tous deux en Europe, fit plufieurs relâches à la côte d'Afrique, &
une dernière à la Martinique, ou les vaif
feaux fe trouvèrent retenus par la guerre.
fur PInde
M. Poivre, qiavaicrecueilli
tant de lumières quis pouvaient y décifon
der du fort de-la Nation, preffé par
zèle de les mettre fous.les yeux du Gouvernement, gagna dans un canot lIlle
de Saint La Euftache, ou il s'embarqua --- Page 503 ---
M. POIYRE, Envoyede France
pour PEurope fur un fenau
Il fur pris à l'entrée de la Hollandais.
un Corfaire de Saint-Malo, Manche Par
jours après par une frégate repris quatre
conduit a
Anglaife,
de huit
Guerneley, & rendu au bouc
jours fur la fignature de la
Les curieufes ob(ervations & les paix.
des vies qu'il rapportait de
grantes à la perfedion avec
TAlie, joinr
le
Jaquelle il parlaic
Chinois, le Cochinchinpis, le
lais, fixèrent fur lui Tartention Mar
Compagnie des Indes, & le firent de la 4
dans l'année 175, 13
aller
choifir,
de Miniftre du
pour
en qualité
Roi, à la
fonder fur des liaifons d'amitié Cochinchine,
velle branche de
une nou-t
commerce.
M. Poivre montra dans cette
des talens
milion
fapérieurs, une probité délicate, une éronnanre activité, une
fage; & dans le compte
dignité
une modeftie
qu'il en rendit,
prefque
-
eut tout le fuccès quil inconcevable. Ly
Le Roi de la Cochinchines pouvait défirer,
trouver un jeune Européen
farpris de
avec
il
oo
lequel
Cochinchine,
velle branche de
une nou-t
commerce.
M. Poivre montra dans cette
des talens
milion
fapérieurs, une probité délicate, une éronnanre activité, une
fage; & dans le compte
dignité
une modeftie
qu'il en rendit,
prefque
-
eut tout le fuccès quil inconcevable. Ly
Le Roi de la Cochinchines pouvait défirer,
trouver un jeune Européen
farpris de
avec
il
oo
lequel --- Page 504 ---
a la Cochinchine.
converfer fans Interprete, prit
pouvait
affection, & lui tépourluil la plus grande
moigna les bontés les plus diftinguées.
C'était unPrince fenfible & généreux,
On voit dans
mais faible 8 inappliqué.
fait de for
le Journal que M. Poivre a
auprès de lui, & qu'on fc proféjour
toutes les vepolc de donner au Public,
les bafles
xations, rousles pillages, toutes les Manmanceuvres que fe permettaiene d'un Roi qui ne
a
darins & les courtifans
a fes
mal faire en fe livrant
croyait pas
la mifère d'un Peupallions ; & Tinertie,
à qui lon avait
ple foumis à un Defpote
de
qu'il était de fa dignité
végeperfuadé
le Roi de la
ter dans fon palais. Quand
Cochinchine voyait le mal, il en gémifirritait, voulait le réparer - : mais
fait,s'en
rarement , &c fa volonté,
il le voyait
n'avait point de ted'abord courageule, bientôt dans une indonue ; il retombait inutiles les meilleures
lence qui rendait
intentions & les plus heureufes qualités.
M. Poivre, de retour à TIe de France,
dépofa --- Page 505 ---
Rare definterefement.
dépola dans les magafins de la
gnie julques aux préfens
Compaavair reçus de ce Souverain. particuliers Un
quil
draf afondefinteéreffement:
trait pein:
à la
ingénu. D
II écriyaic
Compagnie des Indes : Je vous ai
remplacé, telle chofe, de mon2
parce gueje metaislaufevoler
argent $
&
par mafaates
Hln'oipasi jufte que vous Japportics cette
perte. On peut demander aux trois Compagnies Anglaife 5 Hollandaife & Françaife, combien, depuis qu'clles
elles ont eu de pareils ferviteurs. exiftenr,
M. Poivre avait
ARmmetataaee
laillé le Roidela Cochinchine, & les inftructions qu'il
cueillies à fa Cour & dans fon avait.repouvaient devenir la bafe des
pays 5
tantes fpéculations. Il elt très- plus ficheux impors
qu'elles aient été negligees, on n'ofe
dire que cela foit
pas
Mais
tres-famprenane,
G les vûes politiques & commerciales dont M. Poivre avait préparé le luccès,n'ont pas été remplies, fon
à la Cochinchine n'a
étd ambaflade
pas
pour cela
B
illies à fa Cour & dans fon avait.repouvaient devenir la bafe des
pays 5
tantes fpéculations. Il elt très- plus ficheux impors
qu'elles aient été negligees, on n'ofe
dire que cela foit
pas
Mais
tres-famprenane,
G les vûes politiques & commerciales dont M. Poivre avait préparé le luccès,n'ont pas été remplies, fon
à la Cochinchine n'a
étd ambaflade
pas
pour cela
B --- Page 506 ---
18 Plantes portées à PIfle de France.
fans avantages.Ilne s'était pas Atriétement
renfermé dans la miflion qu'il avait reçue.
Il avait mis le plus grand foin à recueillir
les plantes les plus utiles, pour les introduire & les naturalifer à PIle de France.
lyatatsmpoantlePaieden leCannellier,
plufieurs arbres de teinture, de réfine &
de vernis, , plufieurs efpèces d'arbres fruitiers. Il était le Bienfaiteur de cette Mle,
feize ans avant de fe douter qu'il en ferait
un jour Adminiftrateur.
Le plus précieux des préfens qu'il lui
avait faits, était le Riz fec, qui fe cultive à la Cochinchine furles montagnes,
n'a befoin que d'une chaleur modérée,
8c ne demande point d'irrigation. Onen
fit quelques récoltes; ; mais après le départ de M. Poivre, la culture de ce grain
fi important ayant été abandonnée aux
efclaves Négres, quilarroferent comme
l'autre Riz, l'efpèce du Riz fec, qui aurait
pu de cette Colonie paffer en Europe, &c
qui devrait enrichir aujourd'hui-nos Provinces méridionales, fut détruite à PIle --- Page 507 ---
Du Rifec
de France. Parmi les maux fans
que T'efclavage & la ftupidité
nombre
fuite, ont caufés au Genre
qui en eftla
encore compter celui-la, humain, ilfaut
Depuis
que ce fait a pris de la publicicé, vinge ans
qu'ilfaudra retourner chereher le
on dit
la Cochinchine.
Rilica
Pendant deux Gecless
penfé aux Indes des
J'Europe a dé
maflacré des millions milliards - ; elle y a
a envoyé & enpretenu d'hommess elle y
dérable de profonds
unnombre confiGénéraux, de faints Polisguenedihabiles Milionnaires,
duftrieux
dinh
Commergans, de Héros intrés
Pides, Un feul Sage slétair trouvé
avair rapporté une plante
: il
même que le bled, &qui aurait pluts utile
penfer tout le mal gu'onp faie puicomr tant ride
grands Hommes, A peine y artron
garde : on l'a laiflé perdre. Et
pris
chez des Nations
dorique
fiècle éclairé,
lavantess dans - un
tréfor & de fa 2 on a eu connaillance de ce
prit ont dit
perte, 3 quelques gens d'ef
froidement : Ceft dommages
B ij
il
même que le bled, &qui aurait pluts utile
penfer tout le mal gu'onp faie puicomr tant ride
grands Hommes, A peine y artron
garde : on l'a laiflé perdre. Et
pris
chez des Nations
dorique
fiècle éclairé,
lavantess dans - un
tréfor & de fa 2 on a eu connaillance de ce
prit ont dit
perte, 3 quelques gens d'ef
froidement : Ceft dommages
B ij --- Page 508 ---
Voyage à Manille.
à commercer, à
puis Pon a continué
feuleintriguer, à fe battre, fans fonger
mentà combien peu de fraix ce dommage
pourrait être réparé. fans doute que nos
Il vaudrait mieux euffent rien laifé à
devanciers ne nous
à fentir que la
faire ; mais ceft à nous
tâche en eft plus belle, & à ne pas tomber dans les torts que nous leur reprochons.
Cochinchine;
Peuaprès fon retourdela
M. Poivre fut envoyé par la Compagnie
des Indes à Manille avec une miflion fe
crète: fes inftructions l'obligeaient d'en
fecret, même avec les Employés
garderle
à Kanton, out il devait
de la Compagnie
& d'aupaller: Ceux-ci s'en offensèrent, dans la
tant plus peutêtre, qu'il parur
savaient été inftruits de ce même
fuitequils une autre voie. Ils lui fufcitèrent
fecretpar fortes d'obftacles & de traverles,
toutes le mirent hors d'état de remplir fa mif-
&
fuccès. Il fut obligé
fion avec un entier
& à TIle de
de revenir à Pondichery --- Page 509 ---
Il apporte des Mefcadiers.
France, n'ayant fait qu'une partie de 2I
dont il avait été
ce
charge ; mais il s'était
acquis d'excellens amis chez les
&c parmi lcs Naturels des différens Efpagnols
qu'il avair eusà parcourir. llavaic
pays
les efprits & les chofes
faire préparé
cond
pour
un fer
voyage plus heureux.
Ce voyage avait pour objet principal
d'acquérir & de naturalifer à lIle de
France les épiceries fines.
M.1 Poivre rapportait cinq plants enracinés de Mufeadiers, & un aflez
nombre de noix mufcades
grand
germination, dont M. de
propres à la
Jufieu vérifièrent
Bufon & M. de
la bonne qualité Iin'avair
pufe procurer de Gérofliers fans aller dans
les Moluques mêmes, Parce
ne
vend le gérofle que dans un état qu'on oi il ne
jouit pas de la faculté de germer.
Ayant rendu à la Compagnie des Indes
des fervices eflentiels, & en ayant toujours reçu les plus grands témoignages de
fatisfaction, M. Poivre croyait avoir
de compter fur les fecours les plus effica- lieu
B ij
la bonne qualité Iin'avair
pufe procurer de Gérofliers fans aller dans
les Moluques mêmes, Parce
ne
vend le gérofle que dans un état qu'on oi il ne
jouit pas de la faculté de germer.
Ayant rendu à la Compagnie des Indes
des fervices eflentiels, & en ayant toujours reçu les plus grands témoignages de
fatisfaction, M. Poivre croyait avoir
de compter fur les fecours les plus effica- lieu
B ij --- Page 510 ---
22 Cequ'eait la Compagnie des Indes.
ces pour la continuation d'une entreprife
dont le fuccès était afluré, & qui devait
procurer à cette Compagnie des avantagesinsppréciables Il avait quittélEurope
fort jeune : fa tête fage &c fon coeur pur
n'avaient point encore l'expérience de
nos moeurs. Il s'imaginait avec ingénuité,
qu'une grande Compagnie de commerce
était conftamment déterminée par fonintérêt; qu'elle devait avoir nécellairement
de la fuite dans fes projets & dans fes Volontés;qu'avee elle aucun fervice ne pouvait être perdu. Il raifonnait 86s s'était conduit d'après ces élémens. Mais ilapprie à
PIle de France, que la Compagnie desIndes était, comme le font prefque roujours
toutes lés Compagnies, 8 mêmétoutesles
Républiques, divifee en deux partis; que
celui 1 qui dominaitpour le moment,n'érait
plus le même qui avait favorifé fes voyages & applauidi à fes travaux; qu'a la tête
de ce partt, qui avait acquis la prépondérance, était un Direéteur qui ne fe piquait
pas de continuer Pexécution des projets --- Page 511 ---
Courage dont il eut befoin.
fes prédécelleurs du parti OPF
adoptés par
hollandaile, poupolé, & qui, d'origine
fa nouvelle
vait ne Pas voir avec plaifir
auffi imPatrie devenit i pour un objet
que les épiceries fines, la concurportant
rente de Tancienne.
caufe a d'une partie
Il comprit alors la
des difficultés qu'il avait précédemmenr de
éprouvéés - 5 quil avait eu beaucoup aux
peine à concevoir., & qui tenaient
diffentions intérieures de la Compagnie
des Indes. Il comprit qu'il ne pourrait
rendre utiles les connailances qu'il avait
& enrichir fa Patrie des plus
acquifes, fources de T'opulence de la
préieufes des Indes de Hollande, fans
Compagnie rifquer à la fois fa vie au milieu des établiffemens Hollandaiss & lingratitude, 9
apentc@medelagaredel Franlaperféeution
çais même.
fervir les hommes,
Mais celui iqui,pour
voudrait être alluré de leur reconnaiffance, celui qui n'oferait s'expofera voir
tomber fur lui d'injultes & dangereules
Biv
, fources de T'opulence de la
préieufes des Indes de Hollande, fans
Compagnie rifquer à la fois fa vie au milieu des établiffemens Hollandaiss & lingratitude, 9
apentc@medelagaredel Franlaperféeution
çais même.
fervir les hommes,
Mais celui iqui,pour
voudrait être alluré de leur reconnaiffance, celui qui n'oferait s'expofera voir
tomber fur lui d'injultes & dangereules
Biv --- Page 512 ---
Secours donnépar M: BoUPET.
n'aurait
une véritable vocainimitiés,
pas
tionadevenir homme public, ,ni peur-êrre
homme de bien. M. Poivre
à demeurer
était tenax propofiti Virs ilentra en conférence avec M. Bouvet, un des plus grands
hommes de mer qui ayent été au fervice
de lal Compagnie des Indes, & qui commandait par interim à llle de France. Il
fit fi bien valoir les anciennexinflmudions de la
non-révoquées qu'il avait reçues
Compagnies il lui montra fi clairement
T'importance de T'entreprife & la certitude
qu'on eût un navire à
du fuccès, pourvà
avoir
confacrer, que M. Bouver, après
y combiné les befoins de la Colonie, dont
la marine était très-peu nombreufe & en
très-mauvais état, prit fur lui de déplaire
le
& de confier au
au parti plus puiflant,
frénouvel Argonaute une vieille petite
gate de cent foixante tonneaux:
Cétait, dansles circonftances, un grand
8c très-r rare effort de zèle & de couqu'avait fait en cela M. Bouvet;
rage
une
& M. Poivre en a toujours gardé --- Page 513 ---
Second Voyage à Manille.
n'eût été
vive secomntaifiancesagasigel
pollible de donner à ce très-mauvais petit
bâtiment qu'un plus mauvais équipagel,
de provifions, & de mauvaife efpèce.
peu Pendant T'armement, M. Poivre partaentre trois Colons de PIe de France
gea
d'exfesplants de mufcadiers, yjoignit
cellentes inftructions fur leur culturer
Enfin il s'embarqua., en 1754, fur fa
frégate la Colombe, image du faible
petite
oifeau que PEcriture nous peint envoyé
Noë au milieu de la plus immenfe
par
chercher un rameau précieux.
mer pour vailleau, malconftruit, vieux,
Cepetit faiblement équipé, ne marchait
mauvais,
extrême lenteur. Jouiffant
qu'avec une
favorable, il
conftamment du vent le plus
mit, pour fe rendre à Manille, le double
navire ordinaire aurait
du temps qu'un
employé à faire le même voyage. Ilyarriva prèt à coulerbas, 801 la quantité d'eau
nécellaire était retranchée depuis longtemps à léquipage.
Le
M, Poivre trouva le pays en feu.
vieux,
Cepetit faiblement équipé, ne marchait
mauvais,
extrême lenteur. Jouiffant
qu'avec une
favorable, il
conftamment du vent le plus
mit, pour fe rendre à Manille, le double
navire ordinaire aurait
du temps qu'un
employé à faire le même voyage. Ilyarriva prèt à coulerbas, 801 la quantité d'eau
nécellaire était retranchée depuis longtemps à léquipage.
Le
M, Poivre trouva le pays en feu. --- Page 514 ---
Credit qu'y eut M. POIVRE.
Gouvernement Efpagnol avait engagé des
querelles férieufes avec toutes les Nations
voilines. Il retenait le Roide Yolo prifonnier,
Le caa@aredeM.Poive,. fon fang froid,
fa douceur, fa franchife même, car lorfqu'elle eft fage, la franchife eft toujours
tressutile, le rendaient infiniment propre
Il
à calmerbeataux négociations. parvint
crédit
coup les efprits: Gil eut à Manille un
preique aufli grand que celui qu'il avait eu
à la Cochinchine; & entre autres ufages
louables qu'il en fit, il l'employa pour
adoucir le fort du Roi de Yolo.
Après s'être acquitté d'une partie imde fa mifion, s'être procuré les
portante connaiffances dont il avait beloin, avoir
vendu & remplacé la petite cargaifon de
fon vaifleau, 80 l'avoir carené, s'être
attiré l'eftime & la confiance des Efpagnols &c lai conftante amitié du Roi de
Yolo 80 de fa famille, M. Poivre fe
rembarqua, & dirigea fa route fur les
Hfles à épiceries: Plufieurs de fes matelots --- Page 515 ---
Retour de Manille.
& même deux de fes Officiers avaient
abandonné un vaifleau dont ils connaiffient les défauts, &C qu'il était impof
fible de mettre en état de défenfe pour
arriver à des terres inconnues, 80 traverfer des mers infeftées de Pirates, qui
couraient également fur toutes les Nations 82 qui venaient d'enlever une gaarmés,
lère & un vaiffeau parfaitement
hériflés de canons, 2 défendus par des
nombreux. MV Poivre ne fe
équipages diffimulait pas le dangers il aurait pu l'é
lors
viter en partie, en renonçant pour
à la fuite de fà miflion sode fes projets,
& retournant à TIe de France par le
chemin le plus court. Mais i avait eu
de
à
obtenir les faibles
tant
peine
y
moyens dont 41 pouvait difpofer,1l voyait
à ce qu'on fe prétit
tant d'incertitude
à les renouveller, lorfqu'une expédition
imparfaite aurait paru juftifier les répudévoué au fuccès des vies
gnances, que, à
il aima mieux s'exqu'il avait remplir,
pofer aux hafards des Elémens, qua ceux
avait eu
de
à
obtenir les faibles
tant
peine
y
moyens dont 41 pouvait difpofer,1l voyait
à ce qu'on fe prétit
tant d'incertitude
à les renouveller, lorfqu'une expédition
imparfaite aurait paru juftifier les répudévoué au fuccès des vies
gnances, que, à
il aima mieux s'exqu'il avait remplir,
pofer aux hafards des Elémens, qua ceux --- Page 516 ---
Voyage dux Moluques.
des Gouvernemens, &c après avoir tout
pefs avec.le fang froid & l'égalité d'âme
quilont toujours caractérifé, il fe réfolut à partiry8c à réuflirou-à périr.
Nous ne le fuivrons point dans cette
navigation fi dangereufe fous tous les afpects, au milieu des difficultés innombrables qu'il lavait à vaincre. Le Journal
de fon voyage à Manille, &c celui de
fon retour feront publiés. On y trouvera
mille chofes curieufes fur-les ufages, la
force, la politique des Peuples peu connus avec lefquels il eut à traiter. On y
verra que fifon bâriment & fon équipage euffent été moins mauvais, il eût
dès lors exécuté tous les projets qu'il
avait formés, &c qu'il avait été autorifé
à fuivre: ; on le verra plufieurs fois à un
jer de pierre d'une Ifleiqu'il pouvait regarder comme le but de fon voyage 3
fans moyen dy aborder.
Forcé.d de revenir, il fit une relâche
A Timor, & forma des liaifons d'amitié
avec le Roi Indien & avec le Gouver- --- Page 517 ---
Nouveaux plants de Mufeadiers
neur Portugais de cette Ifle,
procurèrent
qui lui
quelques plants de Mufcadiers, une aflez grande quanticé de noix
mufcades & de baies de gerofle
& dans l'état out on les feme,
mures
trouvèrent
mais qui fe
trop vieilles pour germer. C'était du moins conftater la pofibilité
avoir de propres à être cultivées.
d'en
Rendu enfin à llle de France
avoir fait des obfervations utiles 5 après
fur les
moullons, il remit au Confeil
de cette
Supérieur
Colonie, 5 le 8 Juin 1755, les
plants précieux qu'il avait apportés, &c
qui furent reconnus pour être des
ries fines.
épiceCeux qu'il avait laiflés l'année
dentei différens habitans, éraient précé-
&c plufieurs circonftances firent croire morts;
leur mort n'avait pas été naturelle, mais que
l'effet de la mauvaife volonté d'un Direéteur des jardins qui était arrivé à lIle
de France, envoyé par le parti qui s'oppofair à la recherche des épiceries.
L'événement prouva que M. Poivre
ries fines.
épiceCeux qu'il avait laiflés l'année
dentei différens habitans, éraient précé-
&c plufieurs circonftances firent croire morts;
leur mort n'avait pas été naturelle, mais que
l'effet de la mauvaife volonté d'un Direéteur des jardins qui était arrivé à lIle
de France, envoyé par le parti qui s'oppofair à la recherche des épiceries.
L'événement prouva que M. Poivre --- Page 518 ---
Voyage a Madegefear.
avait bien fait de ne pas remettre à une
autre fois fes recherches fur les Moluques. M. Bouvet n'était plus à IIfle de
France. Un nouveau Gouverneur l'avait
remplacé, Il navait aucune inftruction
favorable à M. Poivre, ni de la part des
Protecteurs de celui-ci, qui le croyaient
noyé & ne penfaient plus à fon expédition, ni de la part de leurs adverfaires,
qui n'y F
penfaient que pour la traverfer,
Ce Gouverneur, > quoique bien intentionné, ne pur donc, & voulut encore
moins, prendre fur lui de donner aucuns
moyens pour retourner à une éntreprife
dont avec un vaiffeau paffable le fuccès
n'était plus douteux.
Dans de telles circonftances, M. Poivre crut devoir fe borner à remettre à
la Compagnie la cargaifon qu'il avait rapportée, & qui fut vendue fur le champ
avec profit, & follicita fon retour en
France. Il T'obtint fur un bâtiment qui
devait hiverner à Madagafcar, Le Journal de fon féjour dans cette Hle offre --- Page 519 ---
Efprit des Voyages deM.POIPRE.
des détails intéreffans fur les
fes habitans, les
mceurs de
ports, les
fites du pays, fon Hiftoire rivières, les
fesproductions, & les
Narurelle - 3
fournir à nos Colonies rellourcesquily des
peut T
Ifles de
ce & de Bourbon.
FranJamais M. Poivre n'a
fion de recueillir & de perdu une Occanaiflances utiles à fa Patrie. rapporter des conromandel, il avait fuiviavec Dansle Cole
détail les procédés
plus grand
diens
la
employés par les Inpour
peinture des belles
connues fous le nom de Perfes toiles,
Chittes, & il avait étudié la
ou de
des teintures. En Chine, il s'était compofition
à fond fur les matériaux. & la inftruit
des porcelaines, & fur la manière fabrique de
parer ce que nous appelons les foies pre de
Nankin ; il en a fait des eflais
reux depuis fon retour. Mais il ferait tres-henpoflible d'expofer ici toutes les
imtions de cet homme
obfervafi modefte,
relpectable. Il était
que les perfonnes même
ont vécu avec lui dans la plus intime 2ef
ine, il s'était compofition
à fond fur les matériaux. & la inftruit
des porcelaines, & fur la manière fabrique de
parer ce que nous appelons les foies pre de
Nankin ; il en a fait des eflais
reux depuis fon retour. Mais il ferait tres-henpoflible d'expofer ici toutes les
imtions de cet homme
obfervafi modefte,
relpectable. Il était
que les perfonnes même
ont vécu avec lui dans la plus intime 2ef --- Page 520 ---
pour lui M. BERTIN:
32 Cequefait
lambeaux
ciété, ne recueillaient que par
le
quelques-unes de fes connaillances, &
récit d'une partie de fes travaux.
Nous avons vu qu'il avait porté dans
toutes fes miflions un défintéreffement
ferait très-rare en Europe, & qui
qui
Teft bien plus en Afie.
ré
Ilen était revenu avec une grande
& une fortune médiocre. M.
putation
BERTIN, alors ConmbleuGeeul,asmed
devons le commencement de la linous
des
en Franberté du commerce
grains limiter les
ce, une excellente Loi pour
des
privileges exclufifs, T'établiffement
Sociétés d'Agriculture , celui des Ecobeaucoup de recherches
les Vérérinaires,
connaifprécieufes fur la Chine, & qui
fait & favait apprécier les fervices de M.
le Roi à lui donner une
Poivre, engagea
geatilication de vingt mille francs, qu'il
n'avait pas demandée.
Satisfaitde cette récompenfe modérée,
M. Poivre s'était établi près de Lyon dans
Il
livrait à
une campagne agréable.
s'y
fon --- Page 521 ---
Ouvrages de M
fon amour A
les
POIPRE.
tivait Ies pour
Lettres, & ilyl a cul
plantes les plus curieufes dès
quatre parties du Monde:
on
L'Académie des Sciences avait depuis
long-temps rendu jultice à fon
en le nommant à la place de mérite, Correft 3
pondant, la feule que fes
lui
miffent de remplir. Elle voyages lai avait
per
cette marque d'eftime
donne
legSeptemb:
le favant Jufieu regardait fes 17543 lettres
comme une des richefles de l'Acas
démie.
n
1 Défiré &
Terc1 eob
de
reçu depuis fon retour à celle
Lyon, il y-Juc deux Mémoires intis
tulés : Obfarvations fur les Maurs G iles
Arts des Peaples de PApique G de PAfie.
L'Académie exigea que ces Mémoires
fuflent imprimés. Le Gouvernement
prouva cette réfolution, puis en
apTeffer. 1
fufpendit
Quelques exemplaires cependant lis'étaient répandus, &0 les Libraires Etrangers,qui les contrefirent fur le champ,
yajoutérent, à TinfgudelAuteur, letitre
C
fur les Maurs G iles
Arts des Peaples de PApique G de PAfie.
L'Académie exigea que ces Mémoires
fuflent imprimés. Le Gouvernement
prouva cette réfolution, puis en
apTeffer. 1
fufpendit
Quelques exemplaires cependant lis'étaient répandus, &0 les Libraires Etrangers,qui les contrefirent fur le champ,
yajoutérent, à TinfgudelAuteur, letitre
C --- Page 522 ---
Caractère defes Ecrits.
de Voyages d'un Philofophe, M. Poivre
était trop Philofophe pour en prendre le
nom à la tête de fes écrits ; mais le titre
imaginé par les Libraires, confirmé par
le Public, 8 multiplié par plalieurs édi+
tions, a prévalu fur celui qu'il avait donné
à fon Ouvrage, Cet Ouvrage intéreflant,
précis, nerveux, contient plus de chofes
que de mots ; on y voit par-tour en traits
de lumière, comment dans PUnivers entier, la félicité,la population,1 la puiflance
des Etats font en raifon de l'agriculture
8t de la liberté, & à quel point la main
du defpotifine, celle de l'anarchie, &
celle de la fuperftition-s rendent inutiles
la fécondité du fol le plus favorifé du
Ciel.
dimsb
Les écrits de M. Poivre font, comme
fes actions , pleins de limplicité & de
une force
dignité, 2 remarquables par
quiln'a pas cru avoir, & Alaquelleiln'a
pas fongé. Il né connaiflait nil'enthoufialme, ni la verve. Sa fenfibilité, toujours fondée en raifon, était grave & --- Page 523 ---
Asan
Son Mariage.
fans ardeur. Ise blâmait
vains qui, s'abandonnant pas les Ectià leur fureur
poétique, fe procurent 5 par
une compolition bralante, dont intervalles,
rend plus remarquables les
l'éclat
embartailées & les
tranfitions
lui fuccedent :
pallages obfeurs, qui
les imitait
Fumum ex filgore. lline
taille était G point. Il marchair ; mais fa
fans aucune élevée, 9 que fes pasis faits
précipitation,
dans le chemin de la vérité avangaient & de
plus
Tutilité
pablique, 5 que les élaris de ceux
Pourrait regarder comme fes
qu'on
& qui ont acquis le plus de célébrité. concurrens,
Se croyant quitte de Ce qu'il
faire pour le bonheur des sutres Pouvait home
mes, il avair enfin fangeau
fur le point d'époufee
fienall était
bien née, pleine de unejeune femme
& de graces,d
vertus, de douceur
digne; à rousles
tre la compagne d'un Philofophe égardsgd'és
ble, lorfquil éprouya qu'en méritang fenlin du
Public, on ne fait que contraéter le des
T
Cij moa
'il
faire pour le bonheur des sutres Pouvait home
mes, il avair enfin fangeau
fur le point d'époufee
fienall était
bien née, pleine de unejeune femme
& de graces,d
vertus, de douceur
digne; à rousles
tre la compagne d'un Philofophe égardsgd'és
ble, lorfquil éprouya qu'en méritang fenlin du
Public, on ne fait que contraéter le des
T
Cij moa --- Page 524 ---
Propo@tions du Gouvernement,
d'en mériter envoir 80 Pengagement
SB
corei davantage.
Sa réputation fit croire avec jaftice
aux
qu'il n'yavait D
que lui qui pûc réparer les fauHles:de France & de Bourbon,
tes de toute efpèce d'une adminiftration
depuis qu'elle était fortie dans ces
qui', Iles des mains de M. de la Bourdonnais, avait été conftamment malheureule. de la
Lesi invitations les plus preflantes
du Gouvernementy & les plus
part redoubler la paflion de bien Eare
pres sa
ceflé d'en
dans un coeur qui n'avaitjamais
étreanimé, vinrent le chercher au milieu
despréparatifse de fon mariage. Il avaitbien
des raifons de fe peu foucier de retourner
faire des.voyages de quatre mille lieues.
Ijouilfait du fort le plus fortuné que
puille défirer un Sage : dans un Age mûr
& non affaibli, avec le jufte efpoir d'un
heureux,alluré d'une aifance borménage trouvait fuffifante, & honoré
nées quil
univerfelle confidérad'unel flatteufe &
tion, wO --- Page 525 ---
M.POrPRn, Intend.de PIfle de
IL; pouvait même craindre Frances
gers del la mer, &
qué les danceux des places
tantes, non moinsredoutablesy import
fent fa jeune amie, & ne fiffent n'effiayaf
une alliance dont-les faveurs & manquer
des Roisn'auraiene
l'autorité
heur. Raffuré à cet pu compenferle boni
Rolatrachement
égard par le courage
qu'elle lui
lui reftait encore à
témoigna, 2 il
traite, leirepos;
regretter fa douce reétaient
Vécude, tant de
infinimene chers à fai raifon biensqui
quille, mais quilelai étaient moins trandanitquele bien public. Il obéiraux cependu Roi, & les juftifia
les
ordrés
fuccès.
VO
par
plus grands
32 2
llitrouva lest Ifles del France 880 de
Bourbon dssemasisnéancifiemener
toral ; la
rprefque
tifications', sentune,lemmerce, les for
, tout avait été
ne
glige. IL Parvint à tout rétablir. également
Quelques-tinsi de fes difcours au
feil
ConSupérieur, dont il était
ont
Préfident,
ércimpriméssce font des
vres de raifon &
chef-d'cend'éloquence s le plus
C iij
va lest Ifles del France 880 de
Bourbon dssemasisnéancifiemener
toral ; la
rprefque
tifications', sentune,lemmerce, les for
, tout avait été
ne
glige. IL Parvint à tout rétablir. également
Quelques-tinsi de fes difcours au
feil
ConSupérieur, dont il était
ont
Préfident,
ércimpriméssce font des
vres de raifon &
chef-d'cend'éloquence s le plus
C iij --- Page 526 ---
Premiers foins qu'ily.prend. 91K
38.
du Magiltrar, de PAdminoble niftrateur langage & du Citoyena abs Nsb 215B
de Ses premiers foins fe portèrent furla
culture des comeftiblesis fi importante
dans icesi Mles qui doivent non feulement
fublifter ripar elles-mémess mais encore
faire fublifter les efcadres du Roi pent
dant la guerre, Il mite la plus grande lacrivitéay introduire-de Madagalcary du
Cap de Bonne-Eiperance &udel lInde,
tous les animaux domeftiques & toutes
les productions: proprés! là la confommation des habitans & aux befoins des Naoflub
Nigateursis Cette aétivité 3o1
de M: Poivre à multipliegsless fubliftances & à fe procurer
d'eniavoire du
tous les moyens pollibles
dehors,, as été pour la, Colonier & pour
lEtat d'une utilitéi linappréciable. RonE
En 1770, fur uneapparence de guerres
le Roi fit paffer à PIle de France dix
millé hommesy rantulde terre que de
mer. Les vaifleaux qui les amenaient fe
trouvérent, en arrivant, dépourvusid'a- --- Page 527 ---
IIfauve une armée & une Rotte: 39
ni evivres ni ark
grès : ils nlapportaiene
de
gent-Je fhis bien gu'omi manquera
rour,éerivit M. le DucipEn CHOISEUL-A
M. Poivre slimais vous êtes lay G nous
comptons far yous. Il nes'était pas trompés
M. Poivre pourvut à tout : & malgré
deux ouragans fucceflifs iqui ravagèrent
PIfle dans las même année, & qui firent
échouer une grande partie des vaiffeaux
far le rivagey da confiance qu'il s'était
aéquife dans IInde, gcilles reffources
que fa prévoyance avait ménagées, Ce faur fur
verent les troupes & la fotte.
chez les Hollandais du Cap de BonneEfpérance que M. Poivretronva les plus
grands fecours. 11 les due wla réputation
de fon honnêteré. I ne pouvait payer
qu'en lettres de change lesi provilions
qu'on lui fourniflait. 11 eut à vaincre le
préjugé que - les Hollandais avaient alors
en faveur des Anglaisyee leur défiance
naturelle. Mais Teltime & l'amitié quil
avait infpirées aux Chefs de PAdminif
tration du Cap prévalurent. On délivra
C iv
les plus
grands fecours. 11 les due wla réputation
de fon honnêteré. I ne pouvait payer
qu'en lettres de change lesi provilions
qu'on lui fourniflait. 11 eut à vaincre le
préjugé que - les Hollandais avaient alors
en faveur des Anglaisyee leur défiance
naturelle. Mais Teltime & l'amitié quil
avait infpirées aux Chefs de PAdminif
tration du Cap prévalurent. On délivra
C iv --- Page 528 ---
3 Dificultes & inconveniens.
les provifions juon fe contenta des lettres
de changeradlieft fichete.d'asjolaten que
cer font cesmêmes lettres deschangequi
ont éprouvé tant de difficultés pour être
payéess 86 quis ne Tont éréque fous le
règne de Louis XVI.
S10
GnUn vailleau marchand Danois, chargé
demâtures Spad d'agress mouilia dans le
de MIleiden France. A force de
porti
M, Poivre
carefles 86 de.bomntraicethieneye
dérermina lelCapitaine à luin céder à un
tres-mosléré-faid cargaifons dont on
avait prix de befoin le plus urgente Elle fut,
hollandaifes,
de même iqwerdesprosifions & ces let
payée en lettres de change.s
ttes n'ont étés acquittées qu'au moment
oit M.i Bertin S1 eu quelque témps étran- par
le
des affaires
anterim porresfenille 0
igeres
a dus favait combiend la pollibir
nM Poivre,
d'accidens devait rendicés ide ces forres, reflources du dehors.
adres précairessles
muliplié celles
Jhaxait ptodigieulement
du dedans, Animée par fes exhortations,
a
8a --- Page 529 ---
Idees dEMPOITRE furles Colonies. 41
par: fes foins par tous les encourage- de lui der
mens quicavaient dépenda
la
puis fon arrivée dans la Colonie, Bourculture desi Mles de France 8 de
bon avaitip produit des récoltes abondantes der froment, de tizs &c d'autres
geninsesiinces simos oup
abr
dib Ori ai vu des Adminiftrateurs & des
Politiques d'Enrope,qui-ont pallé pour
grands, nels'occuper que'de circulation
& de-gains aemacostondsenies
lesi Colonies ique des moyens d'augmen- de
teri le numéraire 8c.lesi roccalions
croire utile que.lal fubfiftance
woyages,i des Colons lenmiarrivat uniquement par
les Négocians de la Mécropole.
de
M. Poivtepenfait que oles moyens
vivre ne fauraient à être trop près des
hommes qui sadoivent lesi confommer:
Eclairé pair les Légilateurs del'Afie &
fa propre raifon 5 iky croyait qu'on
par
rien faite dempluis agréable
ne Ciel pouvait & de
utile au Monde que
au
jun plus arbre & dei labourer un
de planter
at uniquement par
les Négocians de la Mécropole.
de
M. Poivtepenfait que oles moyens
vivre ne fauraient à être trop près des
hommes qui sadoivent lesi confommer:
Eclairé pair les Légilateurs del'Afie &
fa propre raifon 5 iky croyait qu'on
par
rien faite dempluis agréable
ne Ciel pouvait & de
utile au Monde que
au
jun plus arbre & dei labourer un
de planter --- Page 530 ---
42 Ordonnande en faveur desi Negres.
champ : précepres de Zoroaftre,
celui qui les fuir, indique le fruit dont & In
récompenfel
u
à 71h8 10
Guidé par un fentimene d'humanité &
par le bon fens
gede des efclavess quivoudraitiqulon ménafidérerait
quand conine les conculture que comme des inftrumens de
: 8 tidigne, comme il le dit
dans le préambule d'unel Ordonnance
qu'il réndit
Bourbong-le 0I0 Avril
1771, des fardeaux exceflifs
Pon
faifait porter aux Negres dans que des chel
mins tres-difficiles-8c prefque
bles, il défendit, par cettel
impraticadej charger unn Negreimale Ordonnance, de
foixante livres
plus de
de plus de
pefant', & une Negrelle
einquante, Oneleur mettait
auparavant fur lai tête ou far les épaules
jalqu'à cent vingr livres, & audelà,
faire de cllongues routes dans des
pour
oà lon nes Peut même fen fervir fentiers
bêtes de fomme. Il eft trifte de
de
qulune Ordonnance
penfer
devait tanel infuer fur fulomable, & qui
lestufucces de la --- Page 531 ---
Protection a MipE COMMERSON. 43
cultares parilai confervation de fes agens,
foit cpieuc-êere c8c Rroparatf@nbiaslesent
demeurée fans exécution. Mais iquand
avertiflement &
elle ne ferait plus qu'un
encore
fous cet afpect
une inftruction,
elle aurait an
fon intilité. L'Adminittraition
inftruit n'eft pas moins refpéctabile &
motns.@alutsireqnes qui
celle qui commande.
3 Convainca der cette vérités 8t Taifif
fant toutes les occafions d'éclairer - far
leurs véritables intérêts les habirans des
Colonies confiées da fes foins, M.
deux
attaché
toutes a
fortes
Poivre s'était
par
Mide
de fervices 80 de bons procdides de faire des tour
Commarfon qui revenait
da Monde avec Mu de Beugaimills
a refter ile-de
ilrelavait engagé o
narmrelle,
France pour ensareiftiboies employer
scapprendre aux Proprétairesa geeelles
Jes richefles de Jeur territoire,
des.foins vigilansi leur avaient procuque rées 8 leur apportaient chaque jouk véeu à
HMa'de Commerfon a toujours
Iile de France"c chez M. Poivreyredil
des tour
Commarfon qui revenait
da Monde avec Mu de Beugaimills
a refter ile-de
ilrelavait engagé o
narmrelle,
France pour ensareiftiboies employer
scapprendre aux Proprétairesa geeelles
Jes richefles de Jeur territoire,
des.foins vigilansi leur avaient procuque rées 8 leur apportaient chaque jouk véeu à
HMa'de Commerfon a toujours
Iile de France"c chez M. Poivreyredil --- Page 532 ---
44 VLS
Plantes introduites
eft mort dans cette même Ile,
le départ de fon amin & fon peuiaprès
dans-les dégolits & le chagrin protedteur, de voir
abandonner leurs anciens travaux, furJec
quels ils s'étaient f bien
qu'ils y portaffent des principes acordéssiquoi- différens.
M: dej Commerfon, Botanifte
fionnés mettait le même intérêta paf
plantess pourvu quielle fût curieufe toute &c
nouvellel M. Poisre, Adminifrateur &
Philofophes ne déaignait pas
fité mais fixait principalement Jarcuriogards dor Futilité ic'était
fes reuciles quil prodiguait fes foins, aux plantes
IIlerde Parmi-celles qual bva fait connaitre à
vées
France MA&0 qu'il ey a cultidui-meme, il faut d'abord nommer
Tarbre a pain ou Rima, qui s'y eft beaucoup multiplié, idont les Colons commencent à faire ulages qui ferai
un de leurs principaux:
bientôt
tranfporté enfuite dans alimens, & quis
les
alutera un jour à peu de fraixi Antillssy la fubfilançe des Blancs & des Noirs.b SNHDT --- Page 533 ---
à PIfle de France.
1l faut encore faire mention de lamou mûrier à gros fruit verti del Mapalis
de Tarbre à huile ellentielle
dagafcar, de T'arbrei Là fuif, 8c du thé de
de rofes
du
la Chine, du bois de campêche,
du canbois immortel ou nouroucouyé,
nellier de Ceylan 8c de la Cochinchine,
les variétés du cocotier'; du
de routes
r, de Tarbre,des
dattier & du manguier
de
épicesy daichêne, du fapiny
quatte
du
80 du pécher de
la vigne,
pommier
du
TEnrope, de Favocat des Antilles
mabolo des Philippines siy du fagontier
du favonnier de Chine,
des Moluques,
du mahé ou arbre
du maran d'Yolo,
fruit
de mâture, - 8c da mangosiftail du
le meilleur de TAfe 89
réputé Monde.
N
n
N
Mais il devint plus célebre par le fuc
enfin fés foins &0 Vintellicès qu'eurent
depuis vinge-cinq
gence quil.déployait
des
à faire lapporter
ans pour parvenir à PIle de France des plantsde
Moluques mufcadiers & de gérofliens, enb quantité
an d'Yolo,
fruit
de mâture, - 8c da mangosiftail du
le meilleur de TAfe 89
réputé Monde.
N
n
N
Mais il devint plus célebre par le fuc
enfin fés foins &0 Vintellicès qu'eurent
depuis vinge-cinq
gence quil.déployait
des
à faire lapporter
ans pour parvenir à PIle de France des plantsde
Moluques mufcadiers & de gérofliens, enb quantité --- Page 534 ---
Expédition aix Moluques.
alfiziconifidérable pour en aflurer la naturalifation. uE E7 UTS
de
crosasadeg
ladminifeation de la
reprendre à cet égard la fuite Colonie, de fes 5 à
eiéns travaux. Il avait rinftruit de anleurs détails M. Provefis ancien Ecrivain tous
des vaifleaux de la
des
a
Compagnie
In+
des, qhi parlait lai Langue Malaife , &
Fayant chargé de léttrés pour différens
Princes Indiensy ilile fic partir au mois
de Mailx769 fur la corvette le Kigilantiy commandée par M. de
Officier de la Marine
Trontigons
Royale, & Lieutenant de vaifleau, accompagné du bateau PEtoile du matin', commandé
M. d'Etcheveri, Lieutenant de
pat
Les deux bâtimens firent enfemble frégate, le
voyage des Manille, pafserent a Mindanao, > rouchèrent eà lille d'Yolo, dont
lei Roi, devenu libres regardait M.
Poivre comme un pereu Ce Prince remit à M.de Tremigon une lettre
le Roi des France, qu'il appelait pour fon --- Page 535 ---
Expédition aux Moluques.
puilfant Proteckeur. Il donna plufieurs
renfeignemens utilés, & aflura nos Nar
vigateurs que s'ils ne réuffiflaient Pas cette
année dans: leur expédition, il leur pros
T'année fuivante, tous les
curerait, Pour
plants, qu'ils pourraient défirer.
ul
MM. de Tremigon, > d'Ercheveri &
Provolt pafserent enfuite à PIle de Miao,
ou ils firent des secherchensinsdusufes déles Hollandais y avaient récemment
truit les plants d'épiceries.
le
Entre cette Ie & celle de Taffouri,
défaut d
de vivres détermina les deux Commandans a ménager le temps en fair
fant chacun de leur côté une partie de
la carrière qu'ils étaient chargés de parr
courir. Ils convinrent d'un rendez-vous
M. de Tremigon fe rendit à Timor, ou
fe procurer les, vivres nécefil pouvait faire aufi des recherches. M.
faires, &
à fon, bord M. Prod'Etcheveri T'ordre reçut de faire tout ce que
voft, &
convenable pour le fuc- at
celui-ci jugerair
& le fervice du Roi.
cès de Texpédition
E9961
la carrière qu'ils étaient chargés de parr
courir. Ils convinrent d'un rendez-vous
M. de Tremigon fe rendit à Timor, ou
fe procurer les, vivres nécefil pouvait faire aufi des recherches. M.
faires, &
à fon, bord M. Prod'Etcheveri T'ordre reçut de faire tout ce que
voft, &
convenable pour le fuc- at
celui-ci jugerair
& le fervice du Roi.
cès de Texpédition
E9961 --- Page 536 ---
Expedition aux Moluques.
Tel fut lé réfultat d'un Confeil, tenu
fur le Vigitant, leno Mars 1770, veille
de la féparation des deux vaiffeaux.
M. Provolt & d'Etcheveri, parfaites
ment d'intelligence, parcoururent dans
leur petit bâtiment tout l'eft dès Moltiques, abordèrent plufieurs fois à l'Ile
de Ceram, & enfin, fans que la Ré
publique de Hollande ni fa Compagnie
des Indes puffent avoir aucun fujet 18l
gitime, ni même aucun prétexte de
plainte, ils obtinrent des Rois de Gebi
& de Patani, Souverains indépendans
des Hollandais, un grand nombre de
plants des deux arbres précieux", & un
bien plus grand nombre de baies & de
noix fécondes.
Lè retour préfenta quelques dangers
de la part d'une efcadre Hollandaife, à
laquelle M. d'Etcheveri échappa par fon
fang froid, par fa prudence, & par la
peritelle même de fon bâtiment qui dé
routait les foupçons. 1l rejoignit M. de
Tremigon au point convenu. On par
ragea --- Page 537 ---
On rapporte des plants d'Epiceries. 49
tagea entre les deux vaifleaux les jeunes
plants, les noix mufcades, les baies de
gérofle , & ils arrivérent à Tifle de
France, le 24 Juin 1770:
sub
Le Confeil Supérieur dellflede France
confacra dans fes regiftres ce, fuccès G
long-temps défiré; & par un arrêté,
pris après que M. Poivre fe fut reriré,
il réclama les bontés du Roi pour lAdminiftrateur qui avait rendu un fi grand
fervice a la Colonien & pour
avaient
ceuxqui
concouru à Texécution de fes
vies. Le Confeil Pria M. le Chevalter
DES ROCHES, Commandant général, de
fe charger de faire parvenir au Miniftre
le vceu de la Compagnie, de PEUr que
la modeftie de M. Poivre ne l'engagest
à fapprimer les éloges 6 gui lui étaient dus.
En effet, ce n'avait Pas été une. PSr
tite entreprife 5 & ce n'était Pas un évenement médiocrement heureux, Das la
France qui participe à une nouvélle Pour fource
de richelles, Pour FEurope qui 2 fe trou- 5
vera pourvue à meilleur marché d'un obu3 D 100jst
de la Compagnie, de PEUr que
la modeftie de M. Poivre ne l'engagest
à fapprimer les éloges 6 gui lui étaient dus.
En effet, ce n'avait Pas été une. PSr
tite entreprife 5 & ce n'était Pas un évenement médiocrement heureux, Das la
France qui participe à une nouvélle Pour fource
de richelles, Pour FEurope qui 2 fe trou- 5
vera pourvue à meilleur marché d'un obu3 D 100jst --- Page 538 ---
50 Moyens qui affurérent ce fuccès.
jet de jouillance, & fur-tout pour les
habitans des Moluques qu'on n'oppriméra plus; afin des s'emparer de leurs produétions & d'en conferver le privilége
exclufif, lorique cette cruauté fera devenue inutile.
Nous avons indiqué par quels travaux
de tout genre M Poivre avait préparé
ce fervice diftingué qu'il a rendu à fa
Patrie & au - genre humain. L'habileté
& les lumières qu'il devait à fes différens voyages, & fur-tout la réputation
qu'il s'était faite auprès des Princes du
pouvaient feules vaincre les obftapays, cles que la Compagnie Hollandaife oppofe aux Navigateurs qui cherchent à
pénérer dans les Moluques. Prefque
tous 13 ceux qui Tavaient tenté y avaient
péri, viétimes des rigueurs & de la vigilance des Hollandais.
Mais M: Poivre, qui avait palle fa
vie à femer Par-tour des bienfaits, était
sûr de trouver par-tout des amis & de la
reconnaiflance. Les Souverains de ces --- Page 539 ---
Chagrin dont ilfiue mélé.
contrées
les
St
favaient,
uns par
riences & les autres pour Tavoir expépris de leurs Alliés, qu'au milieu de apFrançais qui ne s'éraient montrés à ces
que comme des Guerriers
eux
exiftait cependant
redourablesy il
unhomme
fique, qui n'avait jamais confeillé fageScpacis
bons officès & la douceur. M.
que les
certainement de
Poivre eup
fuccés durent être grandes jouiffances : fes
fon
d'autant plus précieuxà,
cceur, qu'ils érnientleprix de fesvertus
encore plus que l'ouvrage de fon
La fatisfaction qu'il éprouva
génie;
enfin terminer une
en voyant
contait lar moitié de entreprife fa
quilui
moins
vie, fut néan
accompagnée d'une circonftance
ficheufe. Telle parait être la idoi
gouverne ce monde,
qui
aucun événement:
qu'il n'y a prefque
mêlé de
heureux qui ne foit
quelque chagrin, comme
a prefque point de malheur
ilh'y
avec lui quelque
qui n'améne
compenfation: TD
> Le Ciel fur nous, de deux
) Verfe à la fois & les biens & vafes les maux égax, 6.
Kolt
Dij
conftance
ficheufe. Telle parait être la idoi
gouverne ce monde,
qui
aucun événement:
qu'il n'y a prefque
mêlé de
heureux qui ne foit
quelque chagrin, comme
a prefque point de malheur
ilh'y
avec lui quelque
qui n'améne
compenfation: TD
> Le Ciel fur nous, de deux
) Verfe à la fois & les biens & vafes les maux égax, 6.
Kolt
Dij --- Page 540 ---
522 Erreur de la Colonie : elle eft reparce.
A peine les épiceries fines étaient-elles
arrivées à TIle de France, que le zèle du
Commandant, &c l'avis unanime du Confeil Supérieur, M. Poivre feul excepté,
firent rendre une Ordonnance qui déclarait coupable de trahifon quiconque emporterait, dans une autre Colonie, quelques-uns des plants enracinés des deux
arbres nouveaux, ou quelques noix mufcades ou baies de gérofle propres à la
germination. M. Poivre, affligé, ne
trouvant perfonne qui partageit fon opinion, ne put fe difpenfer de ligner. Mais
il écrivit au Miniftre pour faire fentir les
dangereufes conféquences d'un tel privilege exclufif, & chargea un de fes amis, 3
celuio qui tient ici la plume, de contribuer
à les développer ; ce qui fut fait tant par
des Mémoires particuliers, que parun écrit
alors imprimé. M. le Duc DE PRASLIN,
qui - était plein de fens & déquité,jugea,
comme M. Poivre, qu'il ferait injufte &c
abfurde d'interdire à quelques Provinces
de TEtat une culture utile qu'on encoura- --- Page 541 ---
Nouvelle expedition aux Moluques. 53
gerait dans d'autres, & que G les épiceries
fines étaient concentrées à TifledeFrance,
ellespourratentyécie détruites par un ouragan, ou par les fuites d'une guerre malheuAeubcllenhinadepemhele ordresduRoi,
& de faire paller des Mufcadiers &c des
Gérofliers tant à PMe de Bourbon qu'àla
Guyane Françaife. Ils ont très-bien réufli
dansl'une & danslautre Colonie. Ils commencent à pouvoir Y devenir un objet de
commerce ; & leurs fruits aclimatésy font
aufli beaux & aufli parfumés aujourd'hui
que dans les Moluques même.
M. Poivre ne fe borna pas à cette expédition, quoiqu'elle eût rapporté quatre
de Mufcadiers, dix mille noix
cents plants
mufcades toutes germées ou propres à germer,foixante & dix plants de Gérofliers,
& une caifle de baies de gérofle, dont
quelques-unes germées &c hors de terre.
Sa prudence craignit les accidens phyl-
& même les accidens moraux,
EN il avait fait plus d'une fois lexpérience qu'il était encore deftiné à recomD iij
édition, quoiqu'elle eût rapporté quatre
de Mufcadiers, dix mille noix
cents plants
mufcades toutes germées ou propres à germer,foixante & dix plants de Gérofliers,
& une caifle de baies de gérofle, dont
quelques-unes germées &c hors de terre.
Sa prudence craignit les accidens phyl-
& même les accidens moraux,
EN il avait fait plus d'une fois lexpérience qu'il était encore deftiné à recomD iij --- Page 542 ---
Son heureux fuccés.
mencer. Ilrenvoya au moisde Juin 1771,
dans les Moluques, M. Provoft, fur la
Aûte TIfe de France, aux ordres de M.de
Coctivi, Enfeigne des vaiffeaux du Roi,
accompagnée de la corvette le Néceffaire :. >
commandée par M. Cordé, ancien Officier de la Compagnie des Indes. Ils firent
un nouveau voyage à Gebi, & en rapportèrent une quantité bien plus confidérable de plants & de graines de Gérofliers
& de Mufcadiers. La Aûte fut de retour le
4 Juin 1772, & la corvette le 6. Cette
expédition, plus heureufe encore que la
première, a pour jamais alluré aux Co-
- lonies Françaifesla poffeflion desépiceries
fines.
La première cependant ett pu fuffire.
Tandis que MM. Provoft & d'Etcheveri
voguaient fut le bareau PEtoile du matin,
à une conquête que la prudence la plus
profonde avait aflurée, toutes les mefures
avaient été prifes à THle de France pour
que les jeunes plantes trouvaflent en arrivant le fol & la culture qui leur -
conviennent. --- Page 543 ---
Jardin de Moneplaifir.
M. Poivre avait acheté de la Compagnie des Indes , dans un lieu nommé
Montplaijr, un enclos peu diftant du port
de Tlile deFrance.l Il lenavait faita fes fraix
qui le dilpute à
un magnilique jardin, Hollandaife des
ceux que la Compagnie
Indes fait cultiver au Cap de Bonne-Elpés
rance, & qui, plus riche qu'eux encores
renferme prefque toutes les plantes utiles
des deux hémilphères. Il y paffait tout le
les devoirs delAdminiliration
temps que lui laiffer libre ; car propre,
pouvaient
à influer far les moeurs
comme Catons
M. Poivre
& fur les affaires pabliques, Homme le -
avait encore avec ce grand
détails
d'aimer à diriger tous les
rapport
& ily était d'une
des travaux champêtress
grande habileté. D
le même
Ila depuis cédé au Roi, pour
acheté de Ja Compagnie,
prix quillavaie G intéreffante aux yeux
cette habitation
fentent
des Savans & des Ciroyens, qui
quil peur être plus important d'acquérir Ila fait
une plante utile qu'une Province,
D iv
encore avec ce grand
détails
d'aimer à diriger tous les
rapport
& ily était d'une
des travaux champêtress
grande habileté. D
le même
Ila depuis cédé au Roi, pour
acheté de Ja Compagnie,
prix quillavaie G intéreffante aux yeux
cette habitation
fentent
des Savans & des Ciroyens, qui
quil peur être plus important d'acquérir Ila fait
une plante utile qu'une Province,
D iv --- Page 544 ---
Jardin du Roi
hommage à la Parrie des dépenfes, des
améliorations, des travaux confidérables
qu'ilavait confacrés den enrichirlejardin,
& qui lont rendu un des plus précieux
du globe entier, Ilavait inftruit dans tous
les détails de la culture Afiatique M. de
Cere, auquel il avait deftiné la direétion
du jardin de Montplaifir, dont il ne
le mettre en pofleflion, mais qui depuis put
ên a été chargé - 5 conformément à fes
viies : & Mide Ceré a juftifié ce choix
par fes Toins, fes Jumières & fon coumage: On aura peine à croire que cette
dernière qualité ait été bien néceflaire à
M. de Ceré pour la confervation 8t Pentretien d'un jardin appartenant à Sa Majefte/Onaura encore plus de peineà croire
que même après le faccès, & depuis le
dépare de MJ Peivre, il fe foit trouvé
des gens qui, fans autre motif que laj jaloufie, ayent mis à tâcher de détruire les
plantes précieufes qu'il avait introduites à
Pifle de France, prefque autant d'activité
qu'ilen avait déployé pourlesyapporter --- Page 545 ---
a PIfle de France.
Ces faits, trop vrais, viennent encore de
nous être atteftés par un Miniftre du Roi,
fous lep yeux duquel ils fe font palles, &c
qui a.eu befoin de tout fon crédit pour
empécher le jardin & les plantes qu'il renferme d'être anéantis, & pour protéger
M. de Ceré contre les ennemis que fon
zèle patriotique à conferver le fruit des
travaux de M. Poivre lui avait attirés.
Si les épiceries fines font un jour une
richefle pour la France, le nom de M.de
Ceré ne doit pas être plus oublié que celui de fon illuftre ami, auquel la reconmatmesdenederetensde-ds Cayenne
un monument noble & fimple dans le jare
dindeM.de Gers,au centre dequatrebelles
allées de géroflierss & pour qui THiftoire
en élevera certainement un plus durable
dans le fouvenir de la poftérité délivrée
d'un monopole onéreux, & enrichie d'un
grand nombrel de cultures précieufes.
Voicice qu'écrit fur le jardin de Montplaifir un homme de bien, un homme
d'efprits un homme éclairé qui a voyagé
dans le jare
dindeM.de Gers,au centre dequatrebelles
allées de géroflierss & pour qui THiftoire
en élevera certainement un plus durable
dans le fouvenir de la poftérité délivrée
d'un monopole onéreux, & enrichie d'un
grand nombrel de cultures précieufes.
Voicice qu'écrit fur le jardin de Montplaifir un homme de bien, un homme
d'efprits un homme éclairé qui a voyagé --- Page 546 ---
Jardin du Roi
utilement dans toute P'Europe, en
en Alie,ien Egypte, M. Melon, Grèce,
rive actuellement des
qui arColonies adminif
trées par M. Poivre.
35 Lejardin du Roi à lIle de France,
dit-il, 55 me parait une des merveilles
55 Monde. Le climat de'cette Ifle lai du
55 met de
permultiplier en pleine terre les
3 productions de toutes les
del'U.
53 nivers. Le
parties
Voyageur trouve
55 dans ce jardin plus de fix cents raffemblés
>5 d'arbres ou d'arbuftes
efpèces
35 portés des divers
précieux, tranfcontinens. Tous
53 pas atteint encore leur
n'ont
52 tion. Il faut du
point de perfectemps & des foins
5> aclimater & naturalifer - les arbres. pour
52 partie de la culure, quidemande Cette
55 coup
beaud'obfervations, de
fagacité & de
philofophie, 3 était une des chofes
>5 lefquelles M. Poivre excellait. M. dans
35 Ceré, fon élève, y eft devenu
de
35 bile. Le
très-haManguier a été
ans
55 les Ifles de France & de vinge Bourbon dans
3 donner de bons fruits. Les deux Ifles fans --- Page 547 ---
à PIfe de France.
couvertes de ces
99 font aétuellement
en
grandeabione
arbres, qui produifent
On
dire
des fruits délicieux.
peut
3) dance
chofe de plufieurs autres,
55 la même
réufli.
55 qui par degrés y ont
fortis du jar55 Les cloux de gérofle,
du Roi de PIle de France, que
5) din
a vus, 8c qu'il dit
5> M: l'Abbé Raynal
avaient
& maigres,
55 être petits, fecs
étaient les
ces qualités parce qu'ils d'arbres fai95 fruits du premier rapport nouvelle9) bles 8 encore languiflans, loin de leur terre
95 ment tranfplantés il n'en dirait pas
9> natale, Aujourd'hui des mêmes arbres, ni
35 autant du fruit
du
de M. Hubert, qui
>5 de ceux
jardin
le
à Bourbon avec
grand
cultive
plus
huit mille Gérofliers c.
35 fuccès
l'Académie des
Nous ajourerons que fous les yeux
Sciences a prefehtement
de
confidérable de gérofle
une quanticé
beauté, 2 &
Cayenne de la plus grande
d'une qualité excellente.
Croirait-on cependant que la jaloulie,
ant du fruit
du
de M. Hubert, qui
>5 de ceux
jardin
le
à Bourbon avec
grand
cultive
plus
huit mille Gérofliers c.
35 fuccès
l'Académie des
Nous ajourerons que fous les yeux
Sciences a prefehtement
de
confidérable de gérofle
une quanticé
beauté, 2 &
Cayenne de la plus grande
d'une qualité excellente.
Croirait-on cependant que la jaloulie, --- Page 548 ---
60 Jardin du Roi a PIfle de France.
la bafleffe, l'indifférence pour le bien
de la Patrie & de T'humanité, malqués
fous levoile d'une vile & mefquine économie, ont propofé plufieurs fois au
Gouvernement d'abandonner ou de détruire le jardin de Montplaifir, qui a
déjà été, & peut encore être fi utile? & fi
le Miniftère eût été moins noble, moins
bienfaifant, moins inftruit, & fi le Héros de lInde, M. de Suffren, n'avait pas
rendu. juftice à M. Poivre, à limportance de fes vies, & à P'utilité de fes
travaux, on ne fait ce qui en ferait arrivé.
M, Poivre avait le plus grand défir
de rejoindre une feconde fois le rigfec
aux planites précieufes qui enrichiffent ce
jardin,I1f faifait encore plus de -
cas de cette
plante alimentaire, que des plus riches
épiceries, Il a fouvent propofé d'aller la
rechercher à la Cochinchines mais juc
qu'à préfent une forte de fatalité a fixé
l'artention des Nations & des Gouvernemens fur les entreprifes, prefque en
raifon inverfe de leur utilité, ou à Peu --- Page 549 ---
Tentative pour former du rigfec. 61
uniquement en raifon de leur éclat.
près
s'en
aux AdmiIl ne faut pas
prendre
niftrateurs ; ce malheur ne tient qu'a
l'éducation qu'ils ont reçue , dans la
quelle on leur a parlé de la gloire;
jamais des moyens de multiplier les
fubliftances, & d'enrichir les Nations.
M. Poivre avait donc été autorifé à tout
faire pour les épiceries ; & lon n'avait
la' Cochinchine, qui ne
pas cru que
paraiflait préfenter, pour le moment 2
de' commerce 5
aucun objet important
méritât qu'on, Y fit une expédition pour
avoir du riz.
de la Colonie
30 La marine tres-faible difficilement à
ne pouvait fe prèrer que
deux entreprifes différentes. Les moyens
M. Poivre avait imaginés pour renque
troudre ces deux entreprifes poflibles,
vèrent dans la divifion de l'autorité civile & de l'autorité militaire, & dans la
diverfité de vues qui en était la fuite,
un obftacle infurmontable:
Obligé donc de renoncer, pendant
oir du riz.
de la Colonie
30 La marine tres-faible difficilement à
ne pouvait fe prèrer que
deux entreprifes différentes. Les moyens
M. Poivre avait imaginés pour renque
troudre ces deux entreprifes poflibles,
vèrent dans la divifion de l'autorité civile & de l'autorité militaire, & dans la
diverfité de vues qui en était la fuite,
un obftacle infurmontable:
Obligé donc de renoncer, pendant --- Page 550 ---
Onfabrique un rig mitoyen.
fon adminiftration, , à fe procurer de
nouveau riz fec, il tenta de
la culture du riz humide, &c de changer l'accoutumer par degrés à croître fans avoir le
pied dans leau. II en fit femer en dif
férens cantons au commenicement de la
faifon des pluies. Quelques parties
rirent. Cet arrofement naturel fe
péfuffire à quelques autres, dont le trouva
devint propre à germer, croître & grain fructifier avec un moindre arrofemen.t. Il
a donc actuellement à lIle de France y
un riz qui tient le milieu entre le riz
humide, généralement connu, & le riz
fec de la Cochinchine, C'eft un riz dont
Fhumidité d'une faifon pluvieufe favorife
fuffifamment la production. Il n'eft
encore en état d'être tranfporté utile- pas
ment en Europe. Il fouffre même beaucoup à IIlle de France, quand les
ne font pas abondanress & l'on fe pluies
qu'elles deviennent plus faibles, à plaint
fure que les défrichemens fe
meMais on peur elpérer qu'en multiplient.
prenant tou- --- Page 551 ---
Utilité du rifec.
femence le grain récolté dans
jours pour
auront été le moins ar
les cantons qui
rofés & le plus élevés, on arrivera au
point d'avoir un riz qui pourra, dans
desi climats tempérés, fe paller prefque
entièrement de pluie, un véritable riz fec;
& ce fera pour T'Europe un ldes plus prés bien
cieux tréforsi 1 ferait fans doute
exprès a la Co+
plus court d'envoyer
chinchine : on jouirait peut d4 être vingt
tôt de ce moyen de doubler
ans fubfiftances plus
&c la population ; mais
les
favoir
de gré à M.
on doit
beaucoup de la faculté
Poivre, qui s'eft vu privé
d'obrenir du pays, ou il eft indigene,
d'avoit ténté d'en
ce grain fi important,
la favante
fabriquer, en Y appliquant fur lal culture &c fur
théorie qu'il avait
On-doit fe
la dégénération des plantes:
iréaffi.
féliciter de cel qu'il ha, en partie,
Il faat remercier le Ciel lorfqu'il fait
à la terre d'un homme de gée
préfent
il donne à
nie, & plus encore, quand
d'emcet homme de génie la pallion
I
'avoit ténté d'en
ce grain fi important,
la favante
fabriquer, en Y appliquant fur lal culture &c fur
théorie qu'il avait
On-doit fe
la dégénération des plantes:
iréaffi.
féliciter de cel qu'il ha, en partie,
Il faat remercier le Ciel lorfqu'il fait
à la terre d'un homme de gée
préfent
il donne à
nie, & plus encore, quand
d'emcet homme de génie la pallion
I --- Page 552 ---
64 Autres travaux de M. POIVRE.
ployer fes talens, fon travail, fon ef
prit & fes forces entières au bien put
blic,
L'Agriculture, 5 fans doute, doit être
en tout pays le premier objet des foins
d'un Adminiftrateur r5 & c'eft principalement par le refpect fecourable qu'ils
les
ont témoigné pour I'Agriculture, par
encouragemens, les inftructions 8 les
faveurs qu'ils ont répandus fur elle, qu'on
doit marquer les rangs entre les Rois
& les Miniftres que leur zèle ou leurs
talens ont rendus dignes de Teftime, de
la reconnaillance & de l'amour des Nations: Triptoleme avant Théfée. Mais,
après TAgriculture, &6 pour fon propre
intérêt, qui fera toujours lintérêt fondamental de la Sociérés il eft d'autres
travaux, dont P'homme d'Etat s'occupe
avec unee égale ardeurs & qui contribuent
à lui méritér les hommages de Phumanité & de la Patrie. M. Poivre n'a négligé aucun de ceux pour Jefquels les circonflances ont réclamé fa vigilante attention.
Il --- Page 553 ---
Ancien Port de PIle de France. 65
Il avait trouvé le Port Louis de MIle
de France à peu presi comblé. Linexpérience, qui avait préfidé aux premières
concellions de la Colonie , avait livré
Défricheurs les
au fer & au feulides
eft
bois des montagnes, dont ce port
entouré; & les ravins. caufés par la faifon des pluijes, en avaient enfuite entrainéles terres nues dans le ballin. Les
abords des anagalins. éraient devenus imptatieabless les vhiffeaux des gierre éraient
obligés de mouiller à demi-lieue, expoles
à la fureur desi otiragans srr8c ides vents
du large. L'efcadre de M. d'Achey avait
ensierement: détrite dans
étép prefque
La Colonie était
Phivernagel de 1761.
d'au
ainfi privée d'un port de surerés
à l'abri des tinfultés de lene
tant plas:
ne
nemi, que les vents généraux
per:
jamais dyaborder qu'à
mettent prefque
la fortie
la remorque, & en favotifent
dans tous les temps - : d'an port d'autant
quilpeefeunein millelienes
plusimportant, Tavantage de ne pouvoir
du Continent
E
jamais être efpionné.
de 1761.
d'au
ainfi privée d'un port de surerés
à l'abri des tinfultés de lene
tant plas:
ne
nemi, que les vents généraux
per:
jamais dyaborder qu'à
mettent prefque
la fortie
la remorque, & en favotifent
dans tous les temps - : d'an port d'autant
quilpeefeunein millelienes
plusimportant, Tavantage de ne pouvoir
du Continent
E
jamais être efpionné. --- Page 554 ---
66 M. POIVRE fait un nouveau Port.
M. Poivre entreprit de rendre ce port,
ou un équivalent à TIle des France &
à l'Etar; mais, en homme modelte
ne
fe fie pas à fes feules
qui
lumieres, 3 &
en Adminiftrateur qui fait faire
de celles d'autrui, il confulta les ufage
les plus éclairés, & entre autres, géns M.
de Tromelin 2 5 habile Capitaine des
vaifleaux du Roi, & M. de Cofigny,
Correfpondant de l'Académie dès Sciences, Ingénieur de la Colonie. M. de
Tromelin coniçut le projet d'un nouveau
port, entièrement à P'abri des
& combina avec M. Poivre les ouragans, 9
de préferver ce nouveau port des moyens atterriflemens, & d'en arrêter les progrès
danslancien, par des canaux, des
& des jetées qui conduiraient fur digues
une
plageinutile les torrens annuels
ramène la faifon des pluies.
que
La difficulté de faire reprendre des
bois fur des côteaux lavés,
brûlés d'un foleil à pic, était dégradés, excellive,
M. Poivre & M, de Coligay,
après --- Page 555 ---
M. - POITRE Fait un nouveau
ayoir
Por.67
effayé tous les arbres & les arbuftes, dont le jardin de
Préfentait une fi belle collection, Monrplaifis
rent qu'il n'y avait qu'un
jugefous le nom de bois noir, arbre, connu
ner quelque
qui pût donfe
efpérance. M. de
chargea d'en faire exécuter Colligny
les foins
avec tous
menfe
qu'on Pur imaginer - 3 une imdiminué plantation. Elle a réufli, elle a
fortement l'éboulement des terres, 3 & a
contribué aux fucces des
travaux.
autres
Une roche, qui fe trouvait tEtd
à
du nouveau Port, &c qu'on avait Tentrée
cru ne pouvoir extirper fous toujours
été par la fuite du
l'eau, Ta
M. de Tromelin
courage avec lequel
foutenu la
& M. Poivre en ont
Polibilité & fait décider le
travail. Les mefures paraiflaient aflurées
pour que la grande entreprife du nouveau port fût exécutée en quatre ans ;
&lon a lieu de croire que fi M. Poivre
fit refté Adminiftrateur de Ja Colonie,
l'ouvrage n'aurait pas exigép plus detemps,
Eij
été par la fuite du
l'eau, Ta
M. de Tromelin
courage avec lequel
foutenu la
& M. Poivre en ont
Polibilité & fait décider le
travail. Les mefures paraiflaient aflurées
pour que la grande entreprife du nouveau port fût exécutée en quatre ans ;
&lon a lieu de croire que fi M. Poivre
fit refté Adminiftrateur de Ja Colonie,
l'ouvrage n'aurait pas exigép plus detemps,
Eij --- Page 556 ---
Etat du nouveau Port.
Différentes circonftances lont retardé.
Cependant un procès-verbal, C 2 rédigé en
1781, conftate que-le nouveau port pou
vait recevoir & contenir à cette époque,
8 à l'abri de tout danger, fix vaifleaux
de guerre -
& plufieurs frégates. La fagefle
éclairée du Miniftère actuel fait continuer les travaux, dont M. le Duc de
Praflin, M. Poivre, M. de Tromelin 8
M.deColligny doivent partagerla gloires
sc,lorfquils feront achevés, le nouveau
pourra donner le plus sûr des afiles à
port
douze vaifleaux de guerre & à un grand
nombre de frégates ou de gtos bâtimens
de commerce. La Colonie a formé le
projet d'élever lentréc de ce port un
monument, dans lesi infcriptions duquel
les fervices de M. Poivre ne feront pas
oubliés. ndis
La follicitude de cethomme également
adtif & bienfaifant ne fe bornait pas
aux objers foumis à fon adminiftrations
Il mettait avec raifon la plus grande
importance à faire dérerminer, par de --- Page 557 ---
Recherche des écueils projetée.
bonnesolfervations aftronomiques, lapo
fition de la multitude d'Iles & d'écueils
qui féparent lInde de TINe de France. Il
avait engagé M. LAbbé Rochon, fon ami,
qui érait déjà de l'Académie de Marine,
de celle des Scien-
& quieft aujourd'hui
traces, à fe charger de cet intéreffant
vail, Il avait fait toutes fortes de prépa
ratifs pour lui rendre le voyage plus
commode & moins pénible. Au moment de Pembarquemene , un confliet
d'autorité empécha a
le départ de M.TAbbé
Rochon: : M. Poivre en eut beaucoup
de chagrin. Il voyait échapper une OCcafion quil femblait favorable de faire
des recherches bien utiles. 1l éprouva
faut toujours fufpendre fon
encore qu'il
évenemens. C'érait dans
opinion fur les
le vaiffeau de l'eftimable & malheureux
Capitaine. Marion, que M.FAbbÉRochon
avait da v'embarquer. On fut peur apres,
cet homme habile & vertueux avait
que été aflafliné & dévoré par les Antrepode la Nouvelle-Zélande : & M.
phages
Eiij
bien utiles. 1l éprouva
faut toujours fufpendre fon
encore qu'il
évenemens. C'érait dans
opinion fur les
le vaiffeau de l'eftimable & malheureux
Capitaine. Marion, que M.FAbbÉRochon
avait da v'embarquer. On fut peur apres,
cet homme habile & vertueux avait
que été aflafliné & dévoré par les Antrepode la Nouvelle-Zélande : & M.
phages
Eiij --- Page 558 ---
Il revient de PIfle de France.
Poivre eut à remercier le Ciel des contradictions qui, en retenant M. l'Abbé
Rochon, 3 Tavaient fouftrait à un
affreux. Ils pleurerent enfemble le danger
taine Marion, qu'ils aimaient tous Capi-
& s'en devinrent
deux,
l'autre,
plus chers l'un à
M, Poivre a quitté lIe de France
en 1773. Comme il ne s'y était occupé
que du bien public, il n'en a rapporté
que la médiocre fortune
que fon économie, qui ne fut jamais
a pu ajouter à ce qu'il parcimonieufe,
d'en être nommé
poflédair avant
il a laiflé fa mémoire Adminiftrateur. Mais
dans les deux Colonies en bénédiction
fiées à fes foins,
qui furent con-
- Il ne faur pas croire cependant
fon adminiftration ait été fans
que
& qu'il n'ait jamais rencontré d'ennemis. orages,
Nous avons déjà fait preffentir quelques-uns de fes chagrins.
Même avant fon départ de
il avaic éprouvé les avântFrance,
coureurs des --- Page 559 ---
Peines qu'ilyavait effuyées.
devait avoir à dévorer, &
peines qu'il lui aurait été dégoâté dès
tout autre que
Mais fous fa gravité
les premiers pas.
il-cachair un zèle
froide en apparences
dans les afactif & profonda 1l portait
deflus de
au
faires' un courage d'efprit
n'en
les
&2 perfonne
tous
évenemensy befoin.
de
a eul un plus grand
de négocier,
Quand il ne s'agit que être ami ide tout
Phomme de bien peut
fon devoir lole monde ; mais lorfque
inblige de s'oppoler à des précentions
juttes & de réprimer des ufurpations,
adverfaires lui naiflent de toutes
les
parts.
au bien public
Quiconque a travaillé
des abus,a
de réformer
& a entrepris
font accoutumés
éprouvé que ceux qui
& défenà en retirer avantage, regardent
dent ces abus comme un patrimoine:
facheufe a toujours
Et cette difpolition dans les Colonies,
été plus redoutable
le Gouverpar la fuite du principe que
& dont
nement avait autrefois adopré,
Eiv
,
adverfaires lui naiflent de toutes
les
parts.
au bien public
Quiconque a travaillé
des abus,a
de réformer
& a entrepris
font accoutumés
éprouvé que ceux qui
& défenà en retirer avantage, regardent
dent ces abus comme un patrimoine:
facheufe a toujours
Et cette difpolition dans les Colonies,
été plus redoutable
le Gouverpar la fuite du principe que
& dont
nement avait autrefois adopré,
Eiv --- Page 560 ---
Efe des anciennés erreurs.
ileft-revenu troputard., d'y tenir le
voir militaire & le pouvoir civil dans pouétat de brouillerie
un
lait alors lesi
ouverte. On rappedans
Commandans & les Intenloriqu'ils fe montraient d'accord.
On les fourenaits alternativement
contre l'autre, &c on ne les
Fun
lun après l'autre
rappelait que
était bien
, quand la dilfention
établie entre eux. Cet
fondé fun la maxime
elprit,
dangereufe,
ut imperes, eft trop au deffous des Divide
&c trop contraire au bien de leur Rois fervice, pour avoir pu être
trait même nullement durablesiln'en- dans les
tions de M. le Duc de Choifeul, lintenM. le Duc de Prallin, mais fon nide
Auence-exillait
inavair
encore autour d'eux. Elle
frappé fur M. de la Rivière & fur
Mile Marquis de Fenélon à la Martiniques & fur M. le Comte
à S. Domingue, comme fur M. dEong
à Tile de France. Elle avait divifé Poivre
nos Colonies en deux partis. Il toutes
fmimicque celui des
en réAdminiftrateurs qui --- Page 561 ---
Ligues produites par les abus.
avait le bonheur de fe renle premier
honnêtés gens,
dre le plus cher aux
fous les dra
rangeait tous les autres
n'eft
de fon collègue : 8c ce
pas
peauxi
fans habileré ni fans puita
une République celle des gens qui ont confance, que
autorifée
tracté Thabitude, quelqicrois d'abus & de pilparles mceurs, de vivre
les laifle en.
lage. Tres-divifés lorfqu'on
des frères
paix, ils deviennent unis comme feul. Is favent
dès qu'on en attaque un les nuances de
flatter toutes
parfaitement
reTamour-propre des Proteéteuts qu'ils
cherchent. Ilsi ne leur difent pas: On veut
bénefice a ; ils affeétent au
detruire mon petit
Mais ils
contraire le délintereffement cautorité. -
difent : On porte atteinte à votres d'innovaNe laifepoine enraciner un efprit ancoméniens.
tion qui aurait les plus grands
tarrivé que des hommes,
Ileft tropi fouventa
ces difcours,
même eftimables, animés par
femble au pre-
& par un fentiment qui
fans: élévamier coupdeil.anéure pas
tion, la jaloulie du pouvoir, ont faittolt
Mais ils
contraire le délintereffement cautorité. -
difent : On porte atteinte à votres d'innovaNe laifepoine enraciner un efprit ancoméniens.
tion qui aurait les plus grands
tarrivé que des hommes,
Ileft tropi fouventa
ces difcours,
même eftimables, animés par
femble au pre-
& par un fentiment qui
fans: élévamier coupdeil.anéure pas
tion, la jaloulie du pouvoir, ont faittolt --- Page 562 ---
Defagremens : puis juflice.
le contraire de ce qu'ils fe
& font devenusi
propofaient,
humains.
T'appui des plus vils des
a
s M.Poivre
Tapparence camtencaverileroy d'une
y trouva
s'écoulerent
difgrace: Deux ans
avant qu'on lui rendit
tice que méritait fon
la juf
fousle
adminiftration. Mais
nouveau règne, M.
& Texemple de tous les TURGoT, l'ami
gens de
M.TuRcor, fi
bien, 9
fes
dignes, par fes
vertus &0 fon
lumières,
perfécutions du courage, d'effayer des
effet
même genre, &
en a depuis été la
qui en
tra le Proteéteur
viétime, fe monLes
éclairé de M. Poivre.
témoignages les plus
la fatisfaction du Roi furent honorables de
fes
accordés à
fervices, & douze mille francs
fion furent
de penajoutés au Cordon de S. Michel, qu'il avait déja reçu.
Les bontésdul Roi ne
à cette
fobomnbrenrpoist
récompenfe, Il défira
M.
vre fàt Prévôt des Marchands que
Poi
& lel
de Lyon,
M. Bertin fieencourager par M. Turgot &
à folliciter cette place. Mais par la --- Page 563 ---
Retraite de M. POIVRE.
quavaient faite au coeur de M.Poivre
plaie
peine, faignait
les chagrins dontilfortairà
furmonencore; fa reconnaiflance ne put
de nouvelles
ter fon cloignement pour fit aucune des
fonétions publiques. Il ne
élu.
démarches néceflaires, & ne fut point
Le revenu de la fortune perfonnelle de
M. Poivre était inférieur à celle qu'il
bienfaits du Roi. Mais fa fatenait des
dans fa maigelle, l'ordre qui régnait les foins de fon
fon,&cqu'y maintenaient
de
eftimable compagne, leur permettait donner à
honorable, de
ténir un état
uneéducation diftinJeurs aimables enfans
multitude de
guée, & de répandre une
trouvaient
bienfaits fur les indigens quife
de la
à portée de leur délicieux jardin fur lès
Fretas ou ils pallaient leurs jours
bords de la Saone,à deux lieues deLyon,
nei
-
emanquaient
& oules Voyageurséclaireésr
d'aller fe repofer l'âme & s'enrichir
pas
Telprit.
de
M. Poivre parlait avec beaucoup
mais toujours avec
facilité & de grace 2
répandre une
trouvaient
bienfaits fur les indigens quife
de la
à portée de leur délicieux jardin fur lès
Fretas ou ils pallaient leurs jours
bords de la Saone,à deux lieues deLyon,
nei
-
emanquaient
& oules Voyageurséclaireésr
d'aller fe repofer l'âme & s'enrichir
pas
Telprit.
de
M. Poivre parlait avec beaucoup
mais toujours avec
facilité & de grace 2 --- Page 564 ---
Son caractère.
fimplicité. Ayant vu & bien vu une prodigicufemultitude de chofes&.dhiommes,
avec des connaiflances très-étendues &c
une mémoire admirable, il n'avait jamais
le ton affirmatif Il était indulgent par
nature &0 par réfexion, & pour les travers
autant que pour les faiblefles de Phumanité: Il aimait la fociété des gens d'efprit, & fapportait celle desfots. Ont trouve,
difait-il, a s'infiruire avec tout le monde,
Les méchans méme affligeaient plus qu'ils
he courrouçaient fon cceur. Jamais aucun
emportement n'a fouillé ni déranigé la
tranquille & pailible dignité qui le caractérifait. Uni heureux mélange de raifon
&c de bontéi lui avait donné un
froid inaltérable, &c l'avait rendu fupé- fang
rieur aux paflions. Très-peu d'hommes
ont Porté aufli loin que lui la Philofophie pratique:
Sa fanté, affaiblie Par fes longs travaux, s'était fort altérée dans les deux
dernières années de fa vie, Mais, 3 toujours
également ferein, 2 fage & modéré, fa --- Page 565 ---
Sa mort.
fociété n'a jamais cefle d'être douce, & fa
converfation refpectable & chère à ceux
qui Pont confeils approché de M Ref, fon Médecin
ob Les
habile fous le premier titre,
& fon ami,
lavaient envoyé paller
digne du fecond,
T'hiver, de 1784
à Hières en Provence',
à3785- Ce voyage lui fut tres-falutaire, la
les ravages que
mais ne put réparer
de linr
goutte avait faits. en s'emparant de la raprérieur, Il devint impoilible
Poivre
peler aux extrémités. On vit M.
s'affaiblir pari degrés pendant tout Tété,
de poittine miner lente-
& Thydropilie
certains ce grand
ment & àr pas trop
homme de bien. - - biot
Il a fuccombé le 6 Janvier 1786,
linftant 9I
du dégel, avec la même tranquil avait gardée toute fa vie,
quillité
religieux qui,
& comme un Philofophe
fe confie
ayant toujours été bienfaifants Bienfaiteur
à la bonté du
parfaitement
univerfel.
arriveed Paris,a montré
Cettenouvelle,
lente-
& Thydropilie
certains ce grand
ment & àr pas trop
homme de bien. - - biot
Il a fuccombé le 6 Janvier 1786,
linftant 9I
du dégel, avec la même tranquil avait gardée toute fa vie,
quillité
religieux qui,
& comme un Philofophe
fe confie
ayant toujours été bienfaifants Bienfaiteur
à la bonté du
parfaitement
univerfel.
arriveed Paris,a montré
Cettenouvelle, --- Page 566 ---
Récompenfes afa famille.
combien M. Poivre était 'généralement
révéré. La plus fingulière émulation s'eft
déployée pour réclamer, en faveur de fa
veuve & de fesenfinss les bienfaits du
Roi. Une foule de bons Citoyens de
tous les ordres & de tous les
rangs 2
depuis le plus élevé jufqu'au plus ordinaire, fe font unis fans fe concerter,
&, mutuellement furpris de fe rencontrer, ont concouru à folliciter M. le
Maréchal DE CASTRIES. Rien ne pouvait
être plus honorable à la mémoire de M.
Poivre, & plas inutile? En apprenant
fa mort, M-le Maréchal
a
de Caftries
avait! réfolu de propofer au Roi de partager la moitié de fa penfion entre Madame Poivre & fes trois filles : & le
Roi, dont l'économie, toujours fubordonnée à la juftice, fait combien on gagne à récompenfer jufque fur leurs enfans les fervices des hommes habiles &
vertueux, n'a pas héfité un moment.
N
BCIBIS --- Page 567 ---
FAUTES que l'on pric le Ledeur de corriger.
Page 15, ligne 13, 175I, méttet 1749.
Page 64, lignen,fupprimet &, mettegila place une yirgule, --- Page 568 --- --- Page 569 ---
Tatl mlomo
S Le - Uye lianion gui Arit -
- 1e elur
87.
% 2
- 22 Hefhrmean
Celarng n
rigur
000 Aabha fuan
a mathuurud
ondtio
F.3
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Ehas durfidlimn
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nCR --- Page 570 --- --- Page 571 --- --- Page 572 --- --- Page 573 --- --- Page 574 --- --- Page 575 ---
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