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A VIS \ AUX HABITANS DES COLONIES ,
P ART I CU LI ÈR E M E N T A CEUX DE L'ISLE S. DOMINGUE ,
SUR les principales causes des maladies qu'on
y éprouve le plus communément, & ssir les
moyens de les prévenir. PAR J. F. LAFOSSE, Docteur en Médecine de l'Université do--
Montpellier, Corresporidant de la société Royale de Médecine. Felix qui potuit rerum cognoscere causas. ViRG. A ,P A R I S , . Chez ROYEZ , Libraire, Quai des Augustins
près le Pont-Neuf. M. D C C. L X X X V I I. Avec Approbation & Privilège du Rou --- Page 8 --- --- Page 9 ---
a AVANT-PROPOS. 2UELQUES fréquentes 'que soient les
lies qu'on est dans le dans la plupart de nos Colles sg sihiàsçs sous la Zone-torride , et nçgmngnt -fc&js
celle de l'île Saint Dominnfw,, ;3Tp(n Jhe
tarde pas a s'appercevoir quèS^i^^Cces en sont infiniment moins multipliées qu'en
Europe, et que s'il en est qu'on ne peut
pour ainsi dire éviter, il en est aussi beaucoup d'autres dont on pourrait mitiger
1 activité ou qu'il serait possible de prévenir. Je me suis tellement convaincu de cette
vérité , par les différentes observations
que j ai été à portée de faire pendant les
dix années que j'ai traité des malades dans
cette Colonie , que j'ai souvent désiré que
chacun pût en être également persuadé.
Lorsque j'ai réfléchi cependant que j'aurais à combattre l'habitude et les préjugés. --- Page 10 ---
et que les personnes de l'art qui seules
pourraient, dans le moment actuel, parer
aux inconvéniens dont je crois avoir à me
plaindre > sont peu nombreuses dans les
plaines et encore moins dans les montagnes ; ou que plutôt, ils n'ont pas le
tems de s'occuper des détails qui ont rapport à l'objet que je vais traiter, ni la
satisfaction de voir que leurs avis soient
écoutés toutes les fois qu'ils en donnent
de ce genre ; j'ai craint qu'il ne fût difficile
de prévenir les tristes conséquences d'une
pareille négligence. Ce n'est qu'après avoir
réfléchi qu'il serait possible de parvenir à
ce but en mettant sous les yeux d'un
chacun, la manière dont on doit s'y pren.
dre pour,, obvier à une infinité d'accidens
dont les Ws sont dus à de simples négligences et les autres à ce qu'on ignore
souvent les procédés convenables y que
j'ai regardé comme très-important d'exposer
aux gens instruits les suites de leur négligence et de suppléer à l'incapacité des autres.
ès avoir
réfléchi qu'il serait possible de parvenir à
ce but en mettant sous les yeux d'un
chacun, la manière dont on doit s'y pren.
dre pour,, obvier à une infinité d'accidens
dont les Ws sont dus à de simples négligences et les autres à ce qu'on ignore
souvent les procédés convenables y que
j'ai regardé comme très-important d'exposer
aux gens instruits les suites de leur négligence et de suppléer à l'incapacité des autres. --- Page 11 ---
(3) a ij Tel est le motif qui me portait à publier les résultats de quelques réfléxions,
dont les circonstances où je me suis trouvé,
m'ont assez souvent fourni l'occasion. Quelque simple néanmoins que me parût
ce projet au premier instant où je fus tenté
de l'exécuter ; lorsque j'ai senti que pour
parler des causes de maladie qui me semblaient les plus actives , je serais obligé
de m'étendre bien plus que je. n'avais intention de le faire ; j'ai jugé dès-lors que
l'exécution de mon dessein, n'était pas
aussi simple que je l'avais crû d'abord :
mais cette nouvelle réflexion, ni l'incertitude du succès , n'ont pû suffire pour
éteindre en moi le désir , ou peut-être
l'espoir que j'avais de me rendre utile. Si
je n'ai pas entièrement rempli mon objet,
j aurai du moins là satisfaction d'en avoir
fait connaître toute l'importance, et d'avoir suggéré à de plus habiles que moi >
1 envie de concourir à le perfectionner
et de faire connaître combien il serait --- Page 12 ---
(4) essentiel , que dans une Colonie où les maladies ne sont que trop communes > où la
plupart des malades sont dépourvus de
toute espèce de secours , ou plus malheureusement encore ^ vexés assez souvent par
des traitcmens contre-indiqués et dèslors
nuisibles ; combien dis-je il serait important
que les habitans fussent instruits de ce qui
peut les concerner, et le fussent assez pour
sentir la nécessité de.rester inactifs dans un
grand nombre de cas où l'homme de l'art
serait souvent plus circonspect que ne le
sont ordinairement ceux qui l'ignorent. Ils
lie doivent pas penser qu'il suffise de s'étayer
de quelques exemples qui paraissent
- avoir, mais qui n'ont réellement aucune
analogie,, avec ce qu'ils ont sous les yeux ;
ni qu'ils puissent être en état d'agir parce
qu'ils ont trouvé dans un livre quelque
remède dont l'application qu'ils en font,
n'est que trop soùvent funeste. J'ai eu si
souvent occasion de me convaincre com..,
bien lés demi-connaissances en médecine --- Page 13 ---
(5) 1 sont préjudiciables dans la plupart des cas,
eu égard aux différentes indications que
présentent chaque âge, chaque tempérament, chaque climat, &c. &c. , que tout
homme qui n'est pas bien. instruit ne
saurait apprécier ; que j'aurais crû m'écarter de mon but si j'avais joint à la description des principales causes des maladies,
celle du traitement qui peut leur convenir.
Cet essai n'étant destiné qu'à des personnes auxquelles je ne suppose aucune
ou du moins très-peu de connaissances
dans l'art de guérir, et n'ayant d'autre intention que de. le mettre à leur portée ;
on verra que tout autre détail pouvait être
déplacé, et que ceux pour lesquels j'écris,
n'en seront que mieux persuadés, qu'il est
plus de leur compétence de prévenir les
maladies par des. soins faciles, que de se
mêler de les traiter par des moyens dont
l'administration exige beaucoup de lumières.
-peu de connaissances
dans l'art de guérir, et n'ayant d'autre intention que de. le mettre à leur portée ;
on verra que tout autre détail pouvait être
déplacé, et que ceux pour lesquels j'écris,
n'en seront que mieux persuadés, qu'il est
plus de leur compétence de prévenir les
maladies par des. soins faciles, que de se
mêler de les traiter par des moyens dont
l'administration exige beaucoup de lumières. Si l'on notait convenu depuis longtems --- Page 14 ---
[texte_manquant] que la partie de la médecine qui traite
des moyens de prévenir les maladies, est
une des plus importantes et peut-être celle
qui mérite le plus d'attention de la part
des Médecins, quoiqu'elle ait été trop né*
gligée , comme s'en plaint Baglivi ; je
pourrais douter qu'un projet qui semble
d'abord assez simple, pût paraître de quelque utilité; mais il suffit d'une telle autorité pour que j'ose me flater du contraire
et que quelque peu nombreuses et peu
complettes que soient les réflexions que j'ai
été à même de faire à ce sujet ^ elles pourront être favorablement accueillies par
ceux auxquels je les destine. x Les abus, nombre de préjugés, et lé
défaut d'ordre sur les habitations m'ayant
paru y de toutes les causes qui peuvent occasionner ou aggraver les maladies celles
qui sont les plus fréquentes à Saint Domingue y et plus pernicieuses encore que
les influences du climat qui n'est pas ordinairement aussi préjudiciable qu'on le pré-1 --- Page 15 ---
(7) tend généralement et auquel on ne manque
pas de tout attribuer ; je réunirai sous le
titre de considérations générales . ce qui
doit être relatif à ces différentes causes ,
ayant soin de rapporter sous quatre sections
principales > les réflexions qui paraissent
avoir entre-elles le plus de rapport et qui
me semblent mériter la plus grande attention. J'entrerai ensuite dans le détail de
quelques-unes des maladies qui m'ont parû
les plus communes., et après avoir fait men
tion des différentes causes qui peuvent y
donner lieu, ainsi que des moyens de les
prévenir, j'aura! l'attention de dire un mot
des divers procédés qu'on met en usage
lorsqu'ils me paraîtront avoir des effets
contraires à ceux qu'on doit chercher à
obtenir ; ce qui confirmera jusqu'à quel
point les préjugés peuvent être nuisibles
lorsqu'ils sont fondés sur de faux principes
et que l'habitude les a accrédités. Sans doute si les personnes instruites
dans l'art de guérir ; étaient partout aussi --- Page 16 ---
(8) nombreuses qu'elles le sont dans les grands
quartiers de la Colonie, le travail dont je
me suis occupé serait moins essentiel; mais
outre qu'on sçait qu'elles ne sont pas également répandues partout, il est si nécessaire
que les propriétaires ou leurs représentàns
puissent suppléer en partie aux vides que
leur situation isolée nécessite à tout instant , vu l'instruction médicale qui leur
manque, que je me flatte qu'ils me sçayront
quelque gré de leur en avoir facilité le
moyen. Du reste quelque simple que puisse
paraître à des Médecins instruits le travail
dont je me suis occupé , peut-être plairat - il à quelques chirurgiens nouvellement arrivés dans nos Colonies, et, dûtil n'en résulter d'autre avantage pourceuxci 3 que de leur éparger une partie de
la peine qu'ils auraient à prendre avant
de connaître par eux-mêmes les particularités dont je fais mention , je me féliciterai
de l' avoir entrepris,
facilité le
moyen. Du reste quelque simple que puisse
paraître à des Médecins instruits le travail
dont je me suis occupé , peut-être plairat - il à quelques chirurgiens nouvellement arrivés dans nos Colonies, et, dûtil n'en résulter d'autre avantage pourceuxci 3 que de leur éparger une partie de
la peine qu'ils auraient à prendre avant
de connaître par eux-mêmes les particularités dont je fais mention , je me féliciterai
de l' avoir entrepris, AVIS --- Page 17 ---
A AVIS AUX HABIT ANS DES COLONIES ,'
# * PARTICULIÈREMENT A CEUX DE L'ISLE S. DOMîNGUE , Sur les principales causes des maladies quart
y éprouve le plus communément, & sar les
moyens de les prévenir... CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. SECTION PREMIER ET ON juge Ordinairement de la température
du climat d'un pays quelconque , par le degré
de latitude sous lequel il est situé ; cette regle
ne doit cep'éndant pas être regardée » comme
consiante, puisque nous voyons, que, parmi ceux
qui sont sous la Zone torride , il en est où.
le degre de température esl- dirent ? quoique --- Page 18 ---
(2) tèlui* de 'la latitude soit le même : & que dans
iquelqu'autres , les chaleurs sont moins fcpportables, surtout dans certains tems de l'année ,
quoique plus éloignés de la' ligne équinoxiale >
que dans quelques-uns de ceux qui en sont plus
rapprochés, & où elles sont même tempérées.
Cette différence dépend peut-être de ce que le
soleil met moins d'intervalle à repasser sur les
pays qui sont plus éloignés de la ligne, & de ce
que l'aâion directe des rayons de cet astre y est
plus longtems continuée , ce qui pourroit rendre
raison pourquoi les chaleurs que l'on éprouve à
S. Domingue font si fortes et si longtems conti.,.
nuées, quoique cette isle ne soit située qu'entre
les 18 Se 2o' dégrés latitude boréale. Je crois
néanmoins qu'il est encore plus vraisemblable
d'attribuer la variété de température des pays
qui sont situés entre les tropiques, au plus ou
moins de régularité des brifes & des pluyes; à
la moindre ou plus grande étendue des terres ,
& surtout à la diœétion & à l'exposition différente
des mornes (1) & du sol dont la nature & l'exposition variées peuvent les rendre plus ou
moins propres à réfléchir ou à absorber les
rayons du soleil , ou à intercepter les courans
d'air. Cest d'après ces différentes considérations, (1) Ce mot fîgnifxe montagnes dans nos colonies. --- Page 19 ---
(3) A ij cju'ori peut expliquer pourquoi, dans la même isle;
l'on éprouve des chaleurs plus considérables dans
certains quartiers que dans d'autres , quoique
également élevés les uns & les autres au-dessus
du nive.au de la mer. Au Ëes'L-e , quelle qu'en soit
la raison, il nous importe peu de l'approfondir,
puisque même dans ce dernier cas, celui qui a
le plus de rapport à notre objet , la variété de
température n'en; pas assez considérable pour
être fort préjudiciable. Il n'en sera pas de même
de la différente température qu'on éprouve à
mesure que l'on s'éloigne du bord de la mer &
qu'on s'éleve au-dessus du niveau de ses eaux,
il en résulte des différences plus ou mdins sensibles , selon que le passage qu'on fait de l'un à
l'autre lieu est plus ou moins rapide.
, celui qui a
le plus de rapport à notre objet , la variété de
température n'en; pas assez considérable pour
être fort préjudiciable. Il n'en sera pas de même
de la différente température qu'on éprouve à
mesure que l'on s'éloigne du bord de la mer &
qu'on s'éleve au-dessus du niveau de ses eaux,
il en résulte des différences plus ou mdins sensibles , selon que le passage qu'on fait de l'un à
l'autre lieu est plus ou moins rapide. Lorsque j'ai éprouvé peur la premiere fois ,
la différence qu'on apperçoit entre la température des quartiers qui sont sur les bords de la
mer y & celle des quartiers situés dans l'intérieur
des terres, & combien celle des mornes différait
encore de celle de ces deux premiers quartiers,
j'en fus d'autant plus étonné , qu'à en juger par
la sensation que j'en éprouvais , elle me parut
tres-considérable , & bien au-delà de ce qu'elle
était réellement, comme j'ai eu occasion de m'en
convaincre par mes observations météorologiques , dont je vais rapporter les résultats : ils --- Page 20 ---
(4) pourront donner quelque idée de la vraie temperature du climat du quartier de Miragoane
que j'habitais, & qui est situé dans la partie de
l'ouest de fille S. Domingue* Ayant eu l'attention de Vérifier à mon retout
en France, le thermometre dont je me suis servi
pour nôter les dégrés de la température de l'atmosphère ; je puis dire sans cràindre de me tromper, que dans le quartier que je viens de nommer, le plus haut dégré de chaleur que j'ai observé dans le courant de plusieurs années , n'a
jamais été au-deiïus de 28 d. 1ft & que celui des
plus grands froids que j'y ai éprouvés n'a pas
été au-dessous de 14 ou 13 au-dessus de zero,
thermometre de Réaumur ; quoique j'eusse l'attention de remarquer , dans les instans de la
journée où le froid est le plus vif & où les chaleurs sont les plus fortes. J'ai vu également par
ces résultats, que la plus grande chaleur du
jour commence vçrs les dix heures du matin ,
continue presqu'au même dégré jusqu'à deux
heures après midi : & qu'alors elle décline insensiblement depuis cet instarit jusqu'au lendemain matin aux approches 'du lever du soleil :
de maniere que deux heures après qu'il est
couché, le thermometre est descendu de 3, 4 ou
y dégrés du terme où il était monté, & se trouve
pendant les mois de juin, juillet, août & quel- --- Page 21 ---
(s.l A iij quefois en septembre à 2y, 24, 23 ,22 & 21
attendu qu'il n'arrive pas fréquemment' que dahs
la forte chaleur du jour il s'éleve jusqu'au 28c/j
la liqueur du thermometre continue ensuite à
baisser à mesure que la nuit avance, au plutôt
que sa matinée approche ; de sorte qu'il est, ait
moment où l'aurore paraît, à 2, 3 011.4 dégrés
plus bas de ce qu 'il étoit le soir. Pendant les mois
de décembre & de janvier & quelquefois celui
de février, qui sont ordinairement les plus froids,
la liqueur du thermometre monte * dans le. plus
fort de la chaleur du jour-,, depuis.20 jusqu'à 24,
elle décline ensuite & se trouve le soir , deux
heures après le coucher du soleil, à 21, 20,19 d.
& le lendemain matin depuis, i p ju[qu>à 11 , rarement au 14e. dégré.
il étoit le soir. Pendant les mois
de décembre & de janvier & quelquefois celui
de février, qui sont ordinairement les plus froids,
la liqueur du thermometre monte * dans le. plus
fort de la chaleur du jour-,, depuis.20 jusqu'à 24,
elle décline ensuite & se trouve le soir , deux
heures après le coucher du soleil, à 21, 20,19 d.
& le lendemain matin depuis, i p ju[qu>à 11 , rarement au 14e. dégré. Ces remarques quoique les plus générales ne'
font pas toujours semblables; tantôt les chaleurs
de la saison commencent ou finissent plutôt ou
plus tard, durent plus ou moins; tandis que celles
du jour sont parfois variées ainsi que celles de
la nuit, en raison de la direction des vents qui
soufflent & des pluies qui peuvent tomber , de
maniere qu'indépendamment de la variêté de la
température que j^ai désignée ci-deffiis , on en
éprouve qui font différentes , soit dans le moment des fortes chaleurs , par des orages du
nord3 soit dans les plus grands froids , par des, --- Page 22 ---
(6) vents de fud ou de tud est, accompagnés crune
grande sécheresse. Ayant ensuite comparé les différences que j'ai
* observées dans le quartier de Nipes, situé le long
de la mer & qui paraissait beaucoup plus chaud
que celui de Miragoane; avec celles du quartier
du fond des négres qui paraît beaucoup plus srais j
ce n'a pas été sans être fort étonné que j'ai vû
qu'il n'y avait entre le premier & celui que j'habitais qu'un degré de chaleur de plus, tandis que
le seçond ne présentait qu'un degré de moins :
fk qu'enfin sur la montagne du Rocheloy, quoique très-élevée & où le froid me paraissait très-
" vif, il n'y avait que trois ou quatre dégrés de
différence, Il me paraît qu'on peut conclure de ces observations que l'on e-st beaucoup plus sensible
dans les pays chauds que dans les pays froids,
aux plus petites variations dans la température
de l'atmospheres en raison de l'état de faiblesse
qu'on y éprouve ou de la débilité des forces
toniques, & que chacun pouvant s'y regarder
comme un thermometre ambulant, devrait avoir
l'attention de proportionner la force & le poids
de ses vêtemens, suivant les différens inflans de la
journée , ou lorsqu'il se transporte en peu de
te'ms du bas de la plaine, sur de hautes montagnes , surtout s} dans ces différentes circont-
l'atmospheres en raison de l'état de faiblesse
qu'on y éprouve ou de la débilité des forces
toniques, & que chacun pouvant s'y regarder
comme un thermometre ambulant, devrait avoir
l'attention de proportionner la force & le poids
de ses vêtemens, suivant les différens inflans de la
journée , ou lorsqu'il se transporte en peu de
te'ms du bas de la plaine, sur de hautes montagnes , surtout s} dans ces différentes circont- --- Page 23 ---
(7) Aiv tances il n'"est pas dans le cas de prévenir par
l'exercice, la suppreffiori de la transpiration qui
peut en résulter. Comme ces précautions sont
ordinairement négligées, il sera facile d'expliquer
d'où vient qu'il est si dangereux de rester en.
repos & en plein air pendant la nuit, quoique
la fraîcheur ne foit pas bien considérable, surtout si le serein, que le corps absorbe avec d'autant plus d'avidité qu'il est plus chaud & plus.
faible, est de mauvaise qualité , comme il 'eflr
ordinairement, surtout dans les pays bas & marécageux. Il est également assc de voir que.
d'après cette grande aptitude à appercevoir les.
moindres variétés de la température de l'atmosphere , on doit en éprouver nombre d'indisposissons provenant de la suppression de a tranfpiration, comme rhumatismes , catarrhes , coqueluches , douleurs &c. Aussi font-elles fréquentes dans les mois de septembre, octobre de.
novembre , où- les fraicheurs de la nuit & du
matin sont d'autant plus sensibles , que les chaleurs du jour sont encore allez fortes , & que.
les constitutions sont toujours un peu plus faibles,
par les. chaleurs de l'été qu'on vient d'éprouver.
D'ailleurs dans ces mois il n'est pas rare de voirdes variations considérables & presque subites
dans la température, par le peu de régularité:
des vents qui souillent alternativement, de manier s --- Page 24 ---
m que j'ai souvent observé des différences de 3, 4 &
même 8 dégrés. sur la journée précédente. L'on
peut, d'après ces considérations, juger des. révolutions que le corps p^ut éprouver , & si l'on
fait attention que la transpiration est très-abondante dans les pays chauds , & de qualité hétérogène , & quelquefois vicieuse, on n'aura pas.
ce peine à se persuader qu'il doit en résulter
nombre d'inçonvéniens qu'on pourrait prévenir
en se garantissailt des impressions du froid, à raide
de vêtemens différens de ceux qu'on porte dans.
le milieu du jour. Ce que dit Sydenham , sur
les dangers des suppressions de la transpiration,
pourra faire sentir si de telles précautions sont
à négliger, ce La seule inattention de quitter trop
33 tôt, à l'entrée du printems, les vêtemens qu'on
35 a portés pendant l'hyver, ou de s'exposer à -un
air frais quand le corps est chaud, nuit autant
D? aux hommes que les trois fléaux réunis de
33 la guerre , de la peste & de la famine.
Ce que dit Sydenham , sur
les dangers des suppressions de la transpiration,
pourra faire sentir si de telles précautions sont
à négliger, ce La seule inattention de quitter trop
33 tôt, à l'entrée du printems, les vêtemens qu'on
35 a portés pendant l'hyver, ou de s'exposer à -un
air frais quand le corps est chaud, nuit autant
D? aux hommes que les trois fléaux réunis de
33 la guerre , de la peste & de la famine. Si dans le climat de l'Angleterre où Sydenham
écrivait, il a regarde la suppression de la ,tranfpiration comme aussi conséquente, que ne doit-on pas.
en éprouver dans un climat infiniment plus chaud,
QIL elle est beaucoup plus abondante & beaucoup
plus hétérogène ? On ne doit donc rien négliger
de ce qui peut garantir ou du moins mitiger les
effets de la variation du tems, §£ l'on. aurait te --- Page 25 ---
() plus grand tort dans les quartiers Jbas & maréçageux, de ne ;pas mettre le corps à l'abri du
froid & de l'humidité, puisqu'on a éprouvé qu'en
s'opposant, par ces moyens, à l'introduction des
principes delétéres répandus dans l'air, & que
le corps absorbe très-facilement, le matin & le'
soir, on pouvait habiter ces lieux impunément L'on serait peut-être porté à douter de ce que
j'ai avancé touchant la plus grande sensibilité de
ceux qui sont acclimatés aux pays chauds , en
considérant la facilité avec laquelle ces mêmes
personnes semblent y supporter l'impression des
rayons -du soleil, qu'on croira d'abord devoir
être exceflivc, & bien au-dessus de celle qu'on
en éprouve dans des climats beaucoup plus
tempérés. Mais quand on sçaura que mes obser-.
vations à cet égard , confirmées par celles Que
les Anglais ont faites à la Grenade & à la Caroline
du sud, prouvent que le thermometre mis au soleil,
ne manifeste point une chalçur aussi forte, dans
ces pays méridionaux qu'en France , on sera
convaincu du çontraire. C'est du moins ce que
me prouvent les résultats de mes observations
qu'on
en éprouve dans des climats beaucoup plus
tempérés. Mais quand on sçaura que mes obser-.
vations à cet égard , confirmées par celles Que
les Anglais ont faites à la Grenade & à la Caroline
du sud, prouvent que le thermometre mis au soleil,
ne manifeste point une chalçur aussi forte, dans
ces pays méridionaux qu'en France , on sera
convaincu du çontraire. C'est du moins ce que
me prouvent les résultats de mes observations (1) Vide le mémoire de M. Raymond, furies épidémies , qui a remporté Je prix proposé par la iociété
royale 4ç médecine, année 1781 pag. 36. --- Page 26 ---
( 10 ) météorologiques. Mon thermometre mis au soleil
à S. Domingue dans le fort de la chaleur & dans
les tems les plus sereins, n'a jamais monté audessus de 3S dégrés , tandis que je le voyais à
Montpellier, exposé de la même maniere dans
le courant des mois de juillet & août , à quatre
& cinq dégrés au-dessus de ce terme ; particularité qui provient peut-être de la plus grande
densité de l'atmosphère des pays chauds, ou qui
peut en quelque sorte confirmer l'opinion du
célébré Wallerius, sur la cause de la chaleur , &
qu'on trouve dans son ouvrage sur l'origine du
monde. On ne doit donc pas être si étonné du
peu d'impression que fait le soleil sur ceux qui
font anciens au pays ; aussi, ne leur est-il ordinai -
rement préjudiciable , qu'en ce qu'il augmente
les pertes de la transpiration, qui, ne sont déjà
que trop abondantes, & ne font qu'affaiblir leur
constitution. Au reste quand on a vû que les
Européens nouvellement arrivés dans les Colonies , n'apperçoivent presque aucune différence
entre les saisons & ne sentent les variétés de la
température que tout autant quelles sont assez
considérables, on ne peut plus douter de la plus.
grande sensibilité des Créoles, & sur-tout des
Européens déjà acclimatés ou faits au pays. C'est
ce qu'il importe à tout médecin de ne point
perdre de vue dans le traitement des maladies des. --- Page 27 ---
[Il] . tJns & des autres & il ne doit 'pas non plufc
ignorer que si les variations de l'atmosphère
quant à sa température, sont beauceup moindres
qu'en France, celles qui dépendent de scn plus
ou moins de densité, le sont encore moins, de
manière que la colonne de mercure des barometres
ne varie que fort peu. Si comme je l'ai déjà dit, l'atmosphère peut
occasionner quelques - unes des maladies qu'on
éprouve à S. Domingue , en raison des impressions variées qu'on en ressent dans les différens
tems & dans différens lieux , par la différente
température qu'elle présente ; ses effets sont
encore plus conséquents & influent davantage
sur la santé , quant à sa nature, en raison de son
extrême humidité , surtout dans la saison des
pluies. On sçait combien elles sont fréquentes
& abondantes dans nos colonies , dans un certain tems de l'année, & que c'est pendant les
plus fortes chaleurs qu'elles ont lieu, du moins
dans certaines isles & notamment dans la partie
de l'ouest & du sud de celle de S. Domingue. Il
n'est donc pas douteux que dans ces derniers
cas, l'excès de chaleur & d'humidité se trouvant
réunis , il doit résulter de cette double cause les
plus cruels effets, puisque ce sont les principaux
agens de la putréfaction. Peut-être pourrait-on
par cette sçule consiguration, rendre raison pour-
aleurs qu'elles ont lieu, du moins
dans certaines isles & notamment dans la partie
de l'ouest & du sud de celle de S. Domingue. Il
n'est donc pas douteux que dans ces derniers
cas, l'excès de chaleur & d'humidité se trouvant
réunis , il doit résulter de cette double cause les
plus cruels effets, puisque ce sont les principaux
agens de la putréfaction. Peut-être pourrait-on
par cette sçule consiguration, rendre raison pour- --- Page 28 ---
[texte_manquant] quoi les isles du 'vent font en général moins
meurtrieres & plus salubres que celles 'qui sont
sous le vent & notamment que celle de Saint
Domingue , puisqu'on sçait que' la saison des
pluies y a lieu dans des tems différens. Il ne
serait certainement pas inutile de fixer son attention à cet égard , dans le cas où l'on aurait
à opter entre deux colonies , du deux quartiers
qu'on aurait le projet d'établir, & qui présenteraient les deux circonslances dont je parle : il
suffit de sçavoir, pour se persuader de cette
vérité , que quoique les pluies soient très-fréquentes & très-abondantes dans ces pays , elles
n'y font pas longtems continuées, & que le soleil
qui luit ordinairement dans ces intervalles, n'en
est que plus ardent. Qu'on faffe ensuite attention
aux émanations qui doivent provenir par la chaleur & l'humidité de cette couche de fumier
ou plantes. pourries qui se trouve à la surface des
terres nouvellement découvertes, l'on verra que
cette réflexion est assez fondée. Il nous importe encore plus d'observer que,
dans la saison dont je viens de parler , on ne
sçaurait trop prendre de précautions pour éviter les fâcheuses influences de la chaleur & de
l'humidité de l'atmosphère , dont la putridité qui
en est la suite,est annoncée par l'innombrable quandtité d'insettes répandus dans l'air, par la difficulté --- Page 29 ---
(13) p qu'on éprouvé à conserver les viandes fraîches >
& surtout par les nombreuses maladies qui, prefque toutes, dépendent de la nature de la saisom
C'est dans ces momens qu'il est très-eïïentiel de
se garantir de la rosée du matin & du soir , 8c
de prévenir toutes les causes qui pourraient oçcanonner des suppressions de la transpiration
puisqu'elle est alors plus abondante : on doit
également éviter toute espèce d'excès, & furtout vivre d'un régime humeétant, rafraichiiïant,
antiputride & tonique. Pour cet effet on usera.
de préférence pendant ce tems, de végétaux
frais f de viandes fraiches peu chargées de'
graisse : les graffes font alors contraires ainsi que
•le lait, le beurre, le sromage & surtout lé poifson Calé ou toute autrè espèçe de salaisons. On
doit avoir en même tems l'attention de faire
usage de tems en tems de fruits & boissons acides & du vin trempé, surtout dans le repas. On
ne ferait pas mal , ainsi que le pratiquent habituellement les Hollandais de.Curaçao, d'aciduler
les mets, surtout les viandes, en y ajoutant un peu
dè jU3 de citron.
, le beurre, le sromage & surtout lé poifson Calé ou toute autrè espèçe de salaisons. On
doit avoir en même tems l'attention de faire
usage de tems en tems de fruits & boissons acides & du vin trempé, surtout dans le repas. On
ne ferait pas mal , ainsi que le pratiquent habituellement les Hollandais de.Curaçao, d'aciduler
les mets, surtout les viandes, en y ajoutant un peu
dè jU3 de citron. En joignant aux précautions dont je viens de
parler , celle d'user pendant la saison la plus
contraire & la plus dangereuse , de quelques préservatifs propres à prévenir les influences de l'atmosphère & la dégénération des humeurs qui --- Page 30 ---
04) peut en être la suite, le nombre de malades ne
serait pas aussi considérable qu'il l'est ordinairement. Le meilleur de tous les préservatifs .èst
le quina, & convient d'autant plus dans cette
circonstance qu'il est antiputride * fébrifuge &
propre à soutenir le ton des organes digestifs ,
sans lequel la dégénération des humeurs gastriques ou bilieutes, cause de la majeure partie
des maladies, ne manque pas d'avoir lieu.- La maniéré d'user du quina , - consiste à le
prendre en substance à la dose d'un demi gros
par jour, ou de deux en deux jours, ou mieux
encore d en faire infuser une ou deux onces dans
une bouteille de vin rouge ou blanc , ayan; soin
d ajouter à cette infusion , égale quantité d'écorce d'orange ou de racine de serpentaire de
,Virginie. On coule le tout, après trois ou quatre
jours d 'infusi, & on le serre ensuite en bouteille,
on doit en boire un demi verre par jour, en
une ou deux doses, à jeun & une heure avant
le diner. Si l'on répugnait à prendre ce préser*
vasis, ou qu'on ne fút pas habitué à l'usage du
vin, oh pourrait diminuer la masse du liquide
ainsi que les doses à prendre, en augmentant la
quantité de l'écorce d'oranges & du quina qu'on
met à infuser. On peut encore au besoin se
borner à faire cette infusion dans l'eau froide
ôu chaude , au lieu de vin ou de toute autre --- Page 31 ---
o;) liqueur fermenlée ou spiritueuse ; il s'agirait de
laisser infuser plus longtems les drogues dans
le premier cas ; & dans l 'un & l autre s de fermer
le vaisseau pendant l'infusion. On en sentira la
raison si l'on fait attention qu'une sortie décoction faite à vaisseau découvert altère une grande
partie des propriétés de cet excellent reméde 3c
en diminue la vertu. 8 à 1o heures d'infusion ou
une légère décoction d'une ou deux 3 suffisent. Il
est ensuite queflion de filtrer à travers le papier
gris & d'user de cette teinture qui n'a rien de
rebutant ni de désagréable au goût en y laissant
infuser un peu d'écorce d'orange ou de canelle,
ce mélange possede toutes les propriétés du quin'a
en substance quoique à un dégré moindre. Le punch est une boisson qui convient également dans le cas dont il est question, pourvu
qu il ne soit pas trop fort , & que ceux qui ont
la poitrine délicate ou qui sont d'un . petit tempérament , n'en usent qu'avec modération : on
peut la rendre & plus efficace & plus agréable
en l'aromatisant avec l'eau de canelle ou l'huile
essentielle d'oranges. L'on n'a, dans ce dernier
cas, qu a frotter avec un morceau de sucre ,
comme avec une rappe, à la surface de l'écorcé
d une orange & faire dissoudre ensuite dans la
liqueur le morceau de- sucre ainsi imbibé d'huile.
elTentielle.
usent qu'avec modération : on
peut la rendre & plus efficace & plus agréable
en l'aromatisant avec l'eau de canelle ou l'huile
essentielle d'oranges. L'on n'a, dans ce dernier
cas, qu a frotter avec un morceau de sucre ,
comme avec une rappe, à la surface de l'écorcé
d une orange & faire dissoudre ensuite dans la
liqueur le morceau de- sucre ainsi imbibé d'huile.
elTentielle. --- Page 32 ---
(16) Ces différens moyens, que je ne conseille que
comme pnéservatifs & remédes de précaution
dans la faison de l'année qui me paraît la plus
critique , doivent être considérés comme indifi
pensables, lorsqu'on habite dés lieux humides &
marécageux-, tels que sont ceux de quelques
quartiers dé la colonie ; en faison des fréquentes
» "
fièvres * intermittentes ou rémittentes qu'on y
éprouve , des suppressions de transpiration , des
obstriidions ou autres maladies auxquelles on y
est exposé. Peut-être conviendrait-il qu'on y fît.
usage de tems en tems de quelque laxatif, ainsi
que le faisaient les anciens en pareil cas; surtout
quand il y avait apparence d'humeurs gastriques
surabondantes 5 ce qui. ne manque guere d-at,,
river, pour peu qu'on digere mal ou; qu'on m. ange
Un peu trop. Baglivi nous observe dans sa pratique
de médecine rappellée à l'ancienne* maniere d'ob-'
server, qu il a souvent éprouvé l'efficacité de cette
méthode" L'usagè des bains qu'on employé très-familièrement à Saint Domingue, est sans doute trèsavantageux & le serait encore plus, si l'on avait
l'attention de les prendre auji froids qu'il est
possible de les supporter , sans - en être incommodé. C'est undes meilleurs moyens pour fortifier le- corps 4 prévenir la dégénépation bilieuse'
& putride des humeurs qui., comme j'aurai OGcasson --- Page 33 ---
Ci 11) B carion de l'observer , est la plus ordinaire à S.
Domingue , surtout chez les blancs qui habitent
- la plaine (ij. (i) Cette disposition naturelle que j'admets àux humeurs de la plupart de ceu, qui habitent Saint Dominglte, & qui me porte à conseiller l'uLge des acides
comme préservatifs re cette dégénération ; présente
néanmoins quelques exceptions st.r lesquelles il convient d'insister afin d^évi er toute espè. e de soupçon
que je suis en conrradiction avec M. Bertjrt : d'après
ce qu'i: a dit touchant les dissé;entes dége'néfat.'ons que
les humeurs éprouvent dans les pays chauds , & dont
il a bien exadcment: désigné les causes , dans un
précis qu'il vient de donner sur les maiadus des climat; chauds Se humides deTAmérique»' Il n'eit: certainement poinr douteux que le relâchement qui silcccde à la tension que 'es fo'id -s ont éprouve
d abord par la raréfaction de:, humeur^ que les influences du climat déterminenr, ne suit un esset secondJre
de ce premier état; que de ce relâchement d s solides
il en résulte moins d'énergie dans leur a&i.n& que
les sucs qui doivent réparer Ou qui étaient déjà formés ne demeurent plus c~C:ds , plus aqueux & m i.,,s
animalisés eu égard à la débilité des organes qui
doivent opérer cette animation ; ce qui doit occrfionner des constations molles, senfîb.'es, piruiteuscs,
fort communes dans nos Colonies , surtout dans certains quartiers ; conséquemment les maladies qui pro-
solides
il en résulte moins d'énergie dans leur a&i.n& que
les sucs qui doivent réparer Ou qui étaient déjà formés ne demeurent plus c~C:ds , plus aqueux & m i.,,s
animalisés eu égard à la débilité des organes qui
doivent opérer cette animation ; ce qui doit occrfionner des constations molles, senfîb.'es, piruiteuscs,
fort communes dans nos Colonies , surtout dans certains quartiers ; conséquemment les maladies qui pro- --- Page 34 ---
fIS) Enfin pour terminer ce que j'avais à dire sur l'u-
..tilité des préservatifs, je dirai qu'il en est encore un •viennent d'une difft>lbtibn' séreuse 'des humeurs, doivent eti'êt^ la îTufie. On concevra facilement que
cette espe.ee de dégénérât ion doit être fàvorisée par
I'L,sio,e d'alimçsis pèu.nouriffans , ainsî que par le féjour dans des? lieux humides,, lorsqu'on menera une vie
molle Se peli adUv'e , surtout" si l'on est naturellemenc
d'nn'iempérament séreux ou pitaiteux. Dans ces cas ,
les humeurs tendront plûtot à l'aigre qu'à l'alkales'
cence.', puisqu'elles font d'autant plus éloignées de la
putréf?d;iojn qu'elles sont peu animalisées. Tel es sont
les réflexions de M. Bertin ; Vid. son ouvrage , pag.
14 & suiv.; ellès sont très-bien fondées , & prouvent
que danis des cas -4e cette nature les acides & la
nourriture végétale que j'ai conseillé , ne seraient point
des pr'fervatifs appropriés , & qu'on doit alors donner
la préférence aux toniques à la bonne-nourriture.
Il ne s'e'nsuivra pas néanmoins,, que la constitution 8c
la dégénératîon. sereuse sp,it la plus commune, dans
toutes no^ Colonies, cojnme fejnble le croire M. Beri -, ; no ^ - - • • tin., d'après ce qu'U ê observé-dajiSTcelle qu'il habitait,
ou le climat Se la manière dont on s'y. conduit préu: ".'v " " sentent des confédérations |>ar£içp,lïèxes : ni que je fois
moins fônc[e>' à regarder Les Régénérations. bilieuses
■•< r £31 'lO • '1 comme les Plus ordinaires a Saint Domingue surtout
à conîeilier de. préférence les moyens propres à. prévenir l'alkalescence des humeurs pendant la faison critique dont je parle, comme copytnant généralement. \ --- Page 35 ---
[texte_manquant] Bij fui ferait je pente très-efficace dans bien des ca'
& dont on pourrait tiret ainTi qu'en Italie 3 les
plus grands avantages ; si l'ont pouvait détruire"
le préjugé qui semble le proscrire , & si l'on
pouvait sc persuader qu'il y a nombre de cas à
Saint Domingue oè il ne serait moins avantageuoc. J'ai eu occasion d'en voir les plus lieu-1
teux effets fut une personne qui depuis !ongtems valétudinaire s y dstermiria après. avoir
tenté envain deu£ voyages en FrancQ, qui r/a.*
voient que pallié ion état pour quelque tenss *
tnal3ré la quantitJ de remèdes qui lui avaient
été conselies êç 'adniinist.-cs. Je suis Autant PI'US,
porté à regarder cet expédient comme esTen»
moins avantageuoc. J'ai eu occasion d'en voir les plus lieu-1
teux effets fut une personne qui depuis !ongtems valétudinaire s y dstermiria après. avoir
tenté envain deu£ voyages en FrancQ, qui r/a.*
voient que pallié ion état pour quelque tenss *
tnal3ré la quantitJ de remèdes qui lui avaient
été conselies êç 'adniinist.-cs. Je suis Autant PI'US,
porté à regarder cet expédient comme esTen» E) 'àillëurs „ Ai. Bfrth convint lui-même qu'on eil plus,
empote à Palfea'efctnce des humeurs , lorsqu'on se
nourrit d'atimens fucculens , qui ~ des sucsdéjà anirnalisés , & que les chaleurs font fortes ou'
qu'on mène une vie très - a'dive. Ces circonstance.; se..
rencontrant à Saint Domingue plus souvent que celles
qui peuvent dèterminer effet différent du moins
quant aux blancs "V quant à la saison dont je veux
pu'on évite les Mauvais effets ; OQ verra que la contradiction qù?il y a éùtté tâ Bénin & mofn'St qu'appatenté ; que nous; fomniés egalement fondés l'un &
l'autre quoique nous ayons conclu d'une maniéré qui
semble totalement opposés & d'aprés l'expériences " . --- Page 36 ---
( 20 ) tiel, que j'ai observé que les personnes qui font
" dans le cas d'éprouver quelque perte naturelle
ou accidentelle y sont rarement malades dans
nos Colonies, même dans les quartiers les plus
- mal sains, C'est aux médecins à décider quand
ce préservatif convient & aux chirurgiens à le Je sens qu'en insistant autant que je le fais sur
y pfîoo rutifkéj ^es^moyens préservatifs , on sera peuttre ô|^ à, conclure ainsi que beaucoup de
personnes le prétendent, qu'il est comme impossible de se bien porter à S. Domingue. J! n'est, que trop vrai, que le nombre de ceux
qui jouissent d'une parfaite santé , n'est pas Jçrt considérable , & que les influences de ce
climat sont réellement assez malfaisantes, pour
qu "il soit esentiel d'être continuellement sur ses
gardes , surtout pendant certaîns tems de l'année.Ceppndant nous croyons pouvoir assurer
aussi qu,e la, majeure partie de ceux qui périssent
dans, cette Colonie, ou qui y traînent une vie !(-i ) W>y%k" q'i<ëîs font lès bonns éfïets dès cauterés',
dans . ~* imprimé dans' le vo1% royale âe ôçjjid £dur l'année
.•> page Å qu'en dit M. Çarere en.parlam d. s moyens de se préserver des maladies épidémiques ôc contagieuses : même volume pag. 2.1 f. --- Page 37 ---
( 21) B iij Jangeitrantc', sont ordinairement vînmes dé leur
inconduite & de leurs dérèglements & beaucoup
plus rarement , des influences du climat : que:
même, l'on pourrait jouir dans ces pays d'un'eau'fli bonne sante qu'ailleurs ,'si l'ori *s'y cond...
duisait sagement & avec précaution dans l;usa.gte
des six choses non naturelles , dont l'examen suJcelîif va nous fournir le sujet de quelques réflexions
ésTentieHes à ceux qui habitent ces coiitréet.,
Elles prouveront je crois , qu'on peift^ prévenir
plufleurs des maladies qu'on est dans lé 'cas' dy
éprouver. > -! 1.
'fli bonne sante qu'ailleurs ,'si l'ori *s'y cond...
duisait sagement & avec précaution dans l;usa.gte
des six choses non naturelles , dont l'examen suJcelîif va nous fournir le sujet de quelques réflexions
ésTentieHes à ceux qui habitent ces coiitréet.,
Elles prouveront je crois , qu'on peift^ prévenir
plufleurs des maladies qu'on est dans lé 'cas' dy
éprouver. > -! 1. Il est assez généralement connu c%rfi^ivén râ.%
est necessaire à notre existence pô'ur' qiie
^ chacun puisse juger de quelle importance il eft-' ,
de ne respirer que le plus pur & le'plus salubre
& tel qu'il est quand il n'est point astére pair
des vapeurs ou miasrnes hétérogènes 8é qui lui
sont étrangers, & qu*iï est facilenienf renouvelle ou modérément agite par léuîaûffle des
vents. On doit donc quand on a la' liBérte eu
choix, préférer d'Mitet les '■\îèix°ij§tfont I
ma
récages..0% eaux Ja^wisinage
est tQwjbsi^fadangfifcey'KjÇi fartéiubid^s.nles pays
chauds.- Jié: %fe ^<!ïe toujours
à même , & qtfif'ësï^ Y^iQ^1 dâfTqn- est
forcé de braver ou 'de s?exposer 'à ces danger --- Page 38 ---
(22) Se ou l'on 'm peut en mitiger les influentes, que
par le régime & l'usage des préservatifs appro-^
pries. Mais au 8i, dans combien d'autres cas n'ai.,
je pas-vu- qu'on 'avait; non-seulement négligé de
xhôifir lûs:lièùt convenables, pour l'empli-ce-
-ment des logemens ou établissemens d'une ha,
bitation ; ,mais" ntèrnt: où. l'on affectait pour assisi
.-dire,nt- -de les rendre insalubres ?
Jl eil sans-doute de la plus grande importance
de ne Igs placer que dans les lieux les plus airéà
& les mieux égoutés , & surtout d'avoir l'attention Soient sj rués au vent de ces lieux
mal faiasi & marécageux, lorsqu'on ne peut al>
folumresnt êrt^ éviter le voisînafe , ou qu'il est im-.
,po{îib!e d'ew égouter le terre in par des travaux
tOBvetiables.- Mais quelles que' soient les .raisons
qui ipôrtent quelques habitans à négliger urîfe
,he[OglFle:qui leur semble peU' importante , ou ît
préférer- de tels emplacemens , eu égard à leur
-.poxi^itéiSa convenance ,-ils verront s'ils veulent
.prendre Ja'peins de tout apprécier, qu'ils font
#nçgpe?- plus intéresses à-sé garantir & à'gar&rrtfa
4gd&P înâuences du mauvais air.--n2.bi «•>
^ ' 4^06 r«<eu peut afiez blâmer aussi Ja mauvaise
^habitufle qu'àn^ia sut plusïeurs: habkatiians' d'y
^re^fecid^i marris en planeut-s iuitout pLacer aliffi à- portée *fitfeîle$'le Têat
4«. «Ç"5» -W>««ra, ipt^u'pn n,4 ttat
v; f1.
înâuences du mauvais air.--n2.bi «•>
^ ' 4^06 r«<eu peut afiez blâmer aussi Ja mauvaise
^habitufle qu'àn^ia sut plusïeurs: habkatiians' d'y
^re^fecid^i marris en planeut-s iuitout pLacer aliffi à- portée *fitfeîle$'le Têat
4«. «Ç"5» -W>««ra, ipt^u'pn n,4 ttat
v; f1. --- Page 39 ---
(2j) B iv d'autres ressources -pour, se procurer l»eau dons
on peut avoir besoin , soit pour , abreuver les
animaux, ou en cas r d'incendies j on doit du,
moins les éloigner ;-atJtant que faire se peut &
même les entourer d'arbres,-v pour en éviter le-
.trop prompt ou fréquent dessechement & la
grande corruption que l'eau &--la vase 4cQnîrac?
-tent, par l'action continuée du soleil — dajis 1 es
parties les moins profondes & qui restent §t dér
couvert & vaseuses , à mesure que la quantité
d'eau diminue ou /évapore. Cette raison, dent
faire sentir combien des badins bâtis en ^iïqnneseraient préférables, ou du moins .qu'il canvjsm-..
drait que les bords fussent . limités rpar, (îs^
,mu.rs dont l'élévation presque -j perpgj&lieùiaixa: -
rendrait rabbaissément ou le dessechement d'une
partie des eaux qu'ils contiendraient peu ou moins
conséquent ; au lieu que sans cette précaru:tio.ny
la moindre baisse des .eaux que les Jarres -,eog,-
tiennent, découvre june surface boueuse -plus ou
moins étendue & d6i laquelle il s'éléve .jdt;s: v Z'-
peurs d'autant plus infeétes,. que les eaux Qui Je
rendent dans ces: réservoirs sont, des plus, "salès *-&
k des plus impures , d'après le p.eu d'atteeriQO q-u or&
porte a n'y diriger que 1 çs .plus: nméisfr-h>jnd£.i
Je mç - suis Couvent pfiuré que. lesLilieux? où
l'on voit. une. grande, quantité _d?nfettes, font
toujaprs. les plus..mal iaiosfeout s'ilsry sont
aux Qui Je
rendent dans ces: réservoirs sont, des plus, "salès *-&
k des plus impures , d'après le p.eu d'atteeriQO q-u or&
porte a n'y diriger que 1 çs .plus: nméisfr-h>jnd£.i
Je mç - suis Couvent pfiuré que. lesLilieux? où
l'on voit. une. grande, quantité _d?nfettes, font
toujaprs. les plus..mal iaiosfeout s'ilsry sont --- Page 40 ---
(24). psrmanens, car on sçait qu'il est de's habitations
6u ils ne paroissent que dans certains instans du
jour & qjie c'est dans ces momeûs où les vents
viennent d.an^ la diçeâion dies lieux marécageux '
qui sont quelquefois à une aflèas grande distance;-
& il me fémkJeràit sufîifant de saire observer la -
nombreufe- quitté qu'on en voit aux environs
des marres. ,,:pour prouver l'insalubrité de l'air"?
qu'on y respire alentour : mais je puis rapporter (
des exempWs'r qui { paraîtront peut-être encore
plus concluants & prouveront l'impo rtance de la. t
précaution que je recommande quoiqu'elle sembles
minutieufey/ijtj -1 -, -f, un rto*v I t-
« Un de mes amis résidait su,r t:nc habitation
que je ;visitaisrjournellement & y avait joui pen-^f
dant quatre à cinq ans, d'une santé ravissante & t
qui était analogue à l'heureuse & brillante cone.)
titution doiit il était doue ; lûrsque par de 00^7
velles circon (lances il fut 1 obliger de quitter le l
logement qu'il avait OGcup.é j::l[qu'&< cette époque
& d'en habiter un .-nouveau: q^i.'se trouvait .plus )
à portée dgs.;4çab^sîemeîîs-pci,ncipà^; de la -mà
ïiufa£iurea 'ma's qui- mallfCi^eujTeig.e^t
gné que. de 15 j\;à a© -.pas-é^aè dass Ja-:
quelle r^jlôtnblait l'eau "f^^ie .pilT très-.
petite, tb-ufç^o;» dont Je: fetniiisr - était cpar-foijsin^j
ter-rergpu, Cat atfpi ne tarda .. pas à éprouver,
d'un si m^uyais voisinage & vinalgré sa ; --- Page 41 ---
(2s) bonne constitution, quoiqu'il fut à là fleur de l'âge
& qu'il menât une. vie également active , qur
? le mettait dans le cas de s'éloigner la moitié du
tçms de Ton, logenieait, il en eiîby â de tems j' aprèsplufieurs accès de fievri intermittente. Quoi qt:c mes premiers soupçons sut. la cause de cette
maladie me parussent assez son les comme les
fiévres de la nature de celle-ci sont lieres à Saint Domingue, j'admis ispélnf
vait être l'effet ée quelque cause plus générale ;
mais'je fas convaincu du contraire par la suite ,
lersque j'appe' çus. nombre d'insectes logemen t de mon ami; & qu'il éprouvait une ou
deux fois par -an , tant qu'il continu à habiter
le- même sejour , des maladies dé même nature
tandis qu'il n'en avait eu d'aucune espèce depurs
deux ans qu'i! >■ l'avait quitte pour se
porter à Léogane époque ou je partis ipcfifr là '
France. . F
je fas convaincu du contraire par la suite ,
lersque j'appe' çus. nombre d'insectes logemen t de mon ami; & qu'il éprouvait une ou
deux fois par -an , tant qu'il continu à habiter
le- même sejour , des maladies dé même nature
tandis qu'il n'en avait eu d'aucune espèce depurs
deux ans qu'i! >■ l'avait quitte pour se
porter à Léogane époque ou je partis ipcfifr là '
France. . F •: Je pourrais joindre à cette observation -y celle !
de toutes les personnes qui étaient logées sur la
; même Eabitatioff que moi, du j'avais bien remarqué deux maïr'e s infectes à peu1 dc dislâilëè1; &
qui lurent atteintes en même tems cie différentes maladies dont Ia, cause occasionnelle n'étaiet pas douteuse ; tandis que j<: réprouvai moi même qüe
quelques légères atteintes , y étant séDentaire & ayant la précaution d'user de "quel- --- Page 42 ---
( 26') - ques préservatifs appropriés : je me dispenserai
d'entrer dans ce détail, croyant pouvoir conclure de ces observations qu'on ne sçaurait être
trop attentif à égoûter toutes les eaux stagnantes à l'entour des maisons & que si l'on ne
peut se dispenser d'en ramasser , ou que la situation des terreins en rende leur écoulement impraticable; alors il faut préférer des bassins dans.
le premier cas, ou du moins placer les marres
à la plus grande distance possible des logemens
habités & les pratiquer au dessous du vent qui
regne le plus fréquemment : dans le sécond on
doit faire ensorte de placer ces mêmes logemens
sur le terrein le plus éminent & le plus élevé audessus du niveau de celui qui peut être submergé
ou marécageux. J'observerai en passant que lorsqu'il s'agit de
faire des fouilles considérables à proximité des
établissemens & que les terres ont été couvertes.
pendant, quelque tems par des eaux stagnantes;
on doit choisir les tems les plus propres } ou
plutôt les moins dangereux pour ces, sortes d'opérations; au lieu de suivre seulement l'ordre desi
travaux comme on le pratique ordinairement. Des
milliers d'exemples ne prouvent que trop, combien ces fouilles sont dangereuses , tant pour les
ouvriers qui y font employés; que pour ceux qui
.font à portée : de respirer les e^halaisons qui en
es.
pendant, quelque tems par des eaux stagnantes;
on doit choisir les tems les plus propres } ou
plutôt les moins dangereux pour ces, sortes d'opérations; au lieu de suivre seulement l'ordre desi
travaux comme on le pratique ordinairement. Des
milliers d'exemples ne prouvent que trop, combien ces fouilles sont dangereuses , tant pour les
ouvriers qui y font employés; que pour ceux qui
.font à portée : de respirer les e^halaisons qui en --- Page 43 ---
( 27 ) émanent. Il ferait donc important d'éviter cëS
fortes d'opérations dans le moment des grandes
chaleurs 5" & même '» de prévenir la nécéssité d'y
avoir couvent recours, par l'attention de rafraîchir de teins en tems lès fosses d'égoût, afin d'en
éviter les obstructions. Peut-être même ne serait-è
jï pas hors de propos de mieux choisir lé moment pour la fouille des pièces de cannes qui Íont
naturellement marécageuses.' J'ajouterai en termipant ce que j'avais à dire sur les causes qui contribuent à l'insalubrité de l'air, que l'inattention de
placer les parcs des animaux auprès & au milieu
des établissemens, n'en est pas moins blâmable,
Se que si -la crainte des voleurs ne permet pas de
s en dispenser on devrait au moins avoir l'attention de les placer sur une pente rapide & surtout ne pas y lai sser, accumuler ôr croupir 1$
fúrftier qui en résulte. La même observation doit
otre appliquée pour les fatras d'indigo qu'oh
entame & abandonne pendant plusieurs afinées
aux progrès d'une fermentation , dont les effets,
sont toujours dangereux pour les personnes quihabitent les maisons qui font situées auprès^ï
Lorsque j'ai observé que là présence d'une
nombreuse quantité d'insectes indiquait assez positivement l'insalubrité des lieux,j'ai dû remar*
quér, que lorsqu'elle n'était point permanente,.
elle çUic alors moins conséquente qu'ils --- Page 44 ---
fa») provenaient d'une autre cause , il est néanmoins à
propos d'ajouter qu'on doit éviter de s'exposer
dans ces mome'ns aux courants d'air qui les apportent, attendu qu'il ne peut qu'etre mal sain, &
charge des émanations marécageuses des lieux à
travers lesqù'els il à pasTé. Les alimens ne sont pas moins nécessaires à
notre exictence. Ce n'est que par eux que nous
pouvôWs réparer les pertes cohtîi&uel les que nous
faisans. Il fera question ci après de' ce qui doit
être relatif aux négres particulièrement. Il s'agit
d'en déterminer ici l'usage de la manière la plus
convenable. On ne doit jamais oublier que la sobriété est
de tous les moyens le plus propre à conserver la
santé, & que ce n'est pas sans raison qu'on dit en
proverbe qui boit & mange peu n'est jamais ràalade. Il faut cependant avoir toujours égard à
l'habitude àinsi qu'à la constitution différente de
chaque sujet, lorsqu'on veut déterminer les limites dc'la sobriété , au-delà " desquelles tout est
excèsr. Ell-es confîfirent à proportièntlter la quantité d'alimens que nous gênons à nos pertes 8c.
à-l'état des organes qui doivent les digerer : il
est ailé dé concevoir que- quand on agit beaucoup on éprouve des pertes considérables & que
le corps'a besoin de plus grandies réparations que
si l'on mène une vie sédentaire i mais il n'est pas
terminer les limites dc'la sobriété , au-delà " desquelles tout est
excèsr. Ell-es confîfirent à proportièntlter la quantité d'alimens que nous gênons à nos pertes 8c.
à-l'état des organes qui doivent les digerer : il
est ailé dé concevoir que- quand on agit beaucoup on éprouve des pertes considérables & que
le corps'a besoin de plus grandies réparations que
si l'on mène une vie sédentaire i mais il n'est pas --- Page 45 ---
( ) aussi ailé de déterminer quelle est la nature des
. alimens qu'on doit préférer dans différents cas,
eu égard au goût & aux constitutions d'un chacun : c'est pourquoi l'on doit examiner a,vpc quelque soin quels sont les alimens qu'on digère le
l mieux , afin d'apprendre à distinguer ceux qui
peuvent être contraires. L'on doit ensuite préférer ceux qui peuvent corriger op prévenir en
même tems lesu effets des causes morbifiques auxquelles on se trouve exposés. C'est d'après cette
considération @que dans un pays t.el ,,qu£, celui de
, Saint Domingue, où la chaleur & 1 'humidité de
l'atmosphere .tendent à produire des dégénérations bilieuses putrides, on doit insister de présérence sur l'usage des végétaux, puisque ce ^>nt les
alimens les plus ..propres à prévenir ces dégénérations. Je ne prétens pas qu'on doive se borner à cette »
seule espèce d'alimens 3 persuadé qu'il v aurait en.
plaine beaucoup de personnes qui ne pou traient
s'y., résoudre j ni supporter un pareij. régime . suffisamment nouirrissant pour
mais on doit être persuadé qu'il
en très-essentiel de faire usage de végétaux erij. '
mêm^ m Is
règne animal. Il suffit de.
ceux parchoix ou nécessité ne vivent pour ainsi dire que
des légumes qu ils ont a leur portée ? pour juger. { --- Page 46 ---
('30) combien cette nourriture peut être avantageuse,
d'après la brillante saute dont ils jouissent assez
généralement, & combien l'on doit être réservé
sur 1 usage des alimens gras & alkaJescens , surtout si l'on ne peut en mitiger les effets par le
mélange de tou¡te espèce de végétaux dont on effe
quelquefois privé. Je rte sçaurais trop recommander de bien faire
attention à la qualité du pain dont on se nourrit.
Cet aliment est sans contredit le plus nécessaire
1 & le plus fdlutaire lorsqu'il est préparé avec de'
la farine de bonne qualité , mais aussi des plus
dangereux lorsqu'elle est mauvaise , comme iî
arrive assez souvent dans les colonies , surtout en
tems de guerre, soit par l'avidité de quelques marchands qui la gardent trop longtems afin d'en
tirer meilleur parti ; soit par la vente de celle
qui a longtems séjourné dans les magafinsdu Roi
& qu'on veut renouveller. Le bon marché qu'on
fait de cette affreuse drogue, fait qu'on parvient;
toujours à la: placer & qu'elle est enlevée. Si ce*
pendant on poÚyait se persuader , corr bien le"
mauvais pain éft préjudiciable & que les maladies les plus dangereuses & les p!us graves , en
sont ordinairement le produit , on verrait que
les vivres de terre sont infiniment préférables &
que le rnauvaiis pain est la plus nuisible la plus
dangereuse de toutes les nourritures. •-
drogue, fait qu'on parvient;
toujours à la: placer & qu'elle est enlevée. Si ce*
pendant on poÚyait se persuader , corr bien le"
mauvais pain éft préjudiciable & que les maladies les plus dangereuses & les p!us graves , en
sont ordinairement le produit , on verrait que
les vivres de terre sont infiniment préférables &
que le rnauvaiis pain est la plus nuisible la plus
dangereuse de toutes les nourritures. •- --- Page 47 ---
.. ( 31) Ce n'est pas sans raison que j'insiste sur ce ,
point & sans avoir vu de terribles effets de cette
cause pendant la guerre dernière ; dans ces tems
surtout où les farines fraîches manquant , on ,,
n'usait que de celles qui avaient vieilli & dont la.
mauvaise qualité n'était que trop prouvée par la
mauvaise odeur 8c par la quantité de mittes ou
autres insectes qu'elles recelaient. Qtjoiqu' il soie
assez facile de reconnaître la mauvaise farine y
lorsqu'elle l'est à ce point , comme on ne
manque pas alors d'user de différep5 moyens
pour en couvrir les défauts apparens , il est.
important de faire connaître comment. l'on, peue
appercevoir cette fraude ; le même moyen servira
à taire distinguer les farines les meilleures 8c lest
plus fraiches de celles qui le font moins ou qui.
sont altérées par le mélange d'autres fécules végétales., commeJe sont la plûpart de celles qu'on
apporte de la nouvelle Angleterre. t Il s'agit de sçayoir que la farine de froment est
composée <de trois parties , l'une amylacée- ou
fécule proprement ditç, appellée, vulgairement
amidon , la sécondé, partie muqueuse qu mue il agineusë, & la troisieme la. partie glutineuse ou
vegeto anima'e. Pour féparçr ces trois pj-incipes,
on n'a qu'a prendre une poignée de farine & en
faire d'abord une pâte en y ajoutant une petite
quantité d'eaui, on \§ malaxe ensuite dans la main --- Page 48 ---
OS) en laissant couler dessus un ni et d'eJu qu'on doit
recueillir dans un vate tant qu'elle paraît blanchir
& entraîner avec clic que que chofj de la pâte
qu'on a Gans la mai -, & qji e réduit, lortque
1 eau passe bien claire , en uns fubfLwce grisâtre,
molle, très-elastique lors qu'on la tire entre les
doigts. Util cette partie qu'on a appelle végétoanimale, en raison de son analogie apparente avec
les membranes des animaux & qu'elle conne à la
dîilillation les produits des sub Ranc es animales;
& c'en: elle qui fournit Je moyen d'épreuve dont
nous devons parler. L'eau, qu'on a verré sur la
pâte & qu'on a ramasse dans un vase , dépote la
fécule au fond , tandis que l'autre principe , extrait muqueux & j uc ré , reste dissout dans l'eau
& ne peut être apperçu & recueilli que par l'évaporation. Nous observerons maintenant que c 'est
dans les proportions convenables de ces trois prinÓpes que consiste la meilleure farine & que dans
ce cas la partie glutineuse conflitue 13 quart de la
masTe totale à peu près. S. la sa i. -e est pauvre ,
c'est>à-dire composee de grain m'll venu ou mélangée d.e fécules é:rangères, la partie glutineuse
est moins abondante, tandis qu'elle manque totalement car. s l; hrine fermentée ou pourrie 5 &
ce déficit esi plus ou moins complet , sélon que
la fermentation esc p'us ou moins avancée. C'efl
en raison des on analogie avec les subfiances animales,
la
masTe totale à peu près. S. la sa i. -e est pauvre ,
c'est>à-dire composee de grain m'll venu ou mélangée d.e fécules é:rangères, la partie glutineuse
est moins abondante, tandis qu'elle manque totalement car. s l; hrine fermentée ou pourrie 5 &
ce déficit esi plus ou moins complet , sélon que
la fermentation esc p'us ou moins avancée. C'efl
en raison des on analogie avec les subfiances animales, --- Page 49 ---
(33) c Smàles , qu on sçait être plus putrescibles que les
autres, que la partie glutineuse se décompose
Jorsque les farines ont vieilli ou ont été mouiJlées;
Surtout dans les pays chauds. Comme les farines *
étrangeres qu'on est dans le cas de mêler à la farine de froment, ne contiennent que très-peu'
& presque pas de matiere-glutineuse-y il'fera- facile de distinguer même les farines lesplus fraîches ain6 mélangées , d'avec celles ^ui ne le
sont pas. Il faut néanmoins convenir que cettê*
fraude est infiniment moins conséquente qui'
toutes celles qu on, employé pour donner à la
farine altérée l'apparence d'une bonne qualité ; &
que même ce mélange de différentes sécules végétales Î est un moyen de ressou'rcè qui devraït
être employé de' préference, lorsque la bonne farine est rare ou trop chere, à celles qui font al*
térées & qu'on achete à vil prix. f : Il est important d'ajouter que la partie-mu cososucrée est. moins abondante dans le frômeni que
dans 1 orge , la patate &c., que c'en: cette partie
qui contribue le plu* à la fermentation spiritueuse
on vineuse & ensuite acide. C'est pourquoi ces
alimensrfant si venteux '& s'aigrissent si facilement
dans îi estomac dè ceux qui sont naturellement
sujets aux aigreurs ou chez lesquels les digestions se font lentement : aussi ne devrait-on user
des patates en ce cas, qu'avec beaucoup de mo- --- Page 50 ---
( 54) Aération} à moins de n'en prendre que la recule
fmre , qui, ainsi que celle du mais, du 'manioc.
peuvent fournir des crèmes ou autres alimens
nourissans légers & point malfaisans. Si les erreurs qu'on commet sur le choix des
alimens sont ordinaires & nuisibles à Saint Domingue, celles qu'on commèt par le peu de sobriété avec laquelle on en use, sont encore plus
fréquentes , par l'habitude qu'on a d'y servir les
tables avec profusion & de les couvrir de mets
très-variés. Les effets qui résultent du mélange
de cette multiplicité d'alimens, sont d'autant plus
préjudiciables , que la variété des apprêts porte
toujours à l'iintempérance du moment , & que
l'appétit au lieu d'être naturel, n'est excité que
par des moyens factices ou artificiels. Qu'on
sache que l'immortel Boërhaave répondit, quand
.on lui demanda quelles étaient les causes des noml)reusës maladies auxquelles nousfommes sujets aujourd'hui & que les anciens ignoraient? Qu'il/allait
compter les cuisiniers ; alors on verra jusqu'à quel
point il était persuadé que leur art peut y contribuer. Cette opinion est d'autant plus fondée -, que
. nous sçavons que la plupart de nos indispositions
:pr oviennent de mauvaises digestions, & que ceux
qui vivent le plus sobrement, sont ceux qui en
.éprouvent de moins fréquentes.
ës maladies auxquelles nousfommes sujets aujourd'hui & que les anciens ignoraient? Qu'il/allait
compter les cuisiniers ; alors on verra jusqu'à quel
point il était persuadé que leur art peut y contribuer. Cette opinion est d'autant plus fondée -, que
. nous sçavons que la plupart de nos indispositions
:pr oviennent de mauvaises digestions, & que ceux
qui vivent le plus sobrement, sont ceux qui en
.éprouvent de moins fréquentes. Il-ferait d'autant plus nécessaire de se persuader --- Page 51 ---
(sn Cij de cette vente à Saiht Domingue, que les organes
digestifs y sont naturellement affaiblis & ne peuVent exercer complètement leurs fondions 5 que
tout autant qu'on a l'attention de ne pas les surcharger & de les aider même par des moyens con..
Venables. De ce que l'estomac serait en état de
recevoir une quantité sur.abondante d'alimens, sans
qu'on en éprouvât des svmptomes de pesanteur &
de tencion dans cet organe , des oppressions
ou assoupisf-emens si propres à caractériser cette
espèce d exces ; il ne faudrait pas (e figurer que
1 on n aurait pas dépassé les bornes d'une sobriété raisonnable , ainsi qu'on l'imagine ordinairement : il ne faut jamais oublier , qu'indépendamment du premier travail de la digestion qui
s'opère dans les premieres voyes * il en est un
second encore plus important, & dont l'imperfe&ion amene des suites ehcore plus dangeréuses 8c
• plus fréquentes. Cette scconde digefrion consiste
dans le travail des organes qui constituent les sécondes voyes, de maniere que le chile, qui est le
produit de ceux qui ont eu leur aécioa sur la pâte
alimentaire dans les premieres > en devient propre
à être assimilé à nos fluides & à nos solides ; mais
il faut pour que cette assimilation ait lieu , que ces
mêmes organes secondaires soient dans leur intégrité convenable,, & que les forces toniques soient
justement proportionnées aux forces digestives * --- Page 52 ---
(16) sans quoi les nouveaux sucs 3 privés de la principale circonstance qui doit perfectionner leur élaboration , deviennent impropres à fournir complettement aux réparations nécessaires , & ne
manquent pas de donner lieu à une infinité d'indispositions diverses , en raison des différentes
dégénérations qu'ils peuvent éprouver ou des
difFérens organes qui peuvent en être affeétés. C'est d'après de semblables considérations,
qu'on pourra se représenter pourquoi les alimens
de la plus facile digestion, mais trop (uccuîens >
pris en trop grande quantité, nuisent assez souvent aux convalescens d'une longue maladie ,
quoiqu'ils n'en éprouvent point d'abord , les
symptomes des indigestions dont le siege est dans
les premieres voyes ; tandis que le même inconvénient n'a pas lieu chez ceux qui n'ont pas resté
iongtcms malades, quoique les pertes qu'ils ont
éprouvées aient été aussi considérables. On voit
que dans ce dernier cas, les forces toniques ne sont
pas dans l'état de langueur où le premier les a
réduites. Il sera donc à propos d'avoir toujours
égard au rapport qu'il peut y avoir entre les
forces toniques &les forces digestives, lorsqu'on
voudra régler quelle doit être la quantité d'alimens
que l'on doit prendre ; & d'après cette même
considération on pourra déterminer quels sont
les cas où il convient de prendre quelque exercice
aussi considérables. On voit
que dans ce dernier cas, les forces toniques ne sont
pas dans l'état de langueur où le premier les a
réduites. Il sera donc à propos d'avoir toujours
égard au rapport qu'il peut y avoir entre les
forces toniques &les forces digestives, lorsqu'on
voudra régler quelle doit être la quantité d'alimens
que l'on doit prendre ; & d'après cette même
considération on pourra déterminer quels sont
les cas où il convient de prendre quelque exercice --- Page 53 ---
(37) C iij âpres le repas & quels sont ceux où le repos est
préférable & plus avantageux. C'est-à-dire, que
si les forces toniques sont très-affaiblies , ou qu'étant dans leur intégrité , des pertes considérables
'Gui auraient précédé ne réclameraient pas de
grandes réparations ; il serait alors essentiel
d'aider le travail de la digestion, par un doux
exercice quelque tems continué ; tandis que le
repos & même le sommeil seraient préférables Se
même néceiîaires à de faibles constitutions. Sans
ce 1 epos les forces toniques, distribuées ailleurs
que sur les seuls organes qui doivent opérer la
digestion des sucs alimentaires, deviendraient in-
.suffisantes. Il sera facile d'après cette digression
de résoudre laquestion, s'il est toujours à propos de prendre de l'exercice après le repas, &
d'où vient que dans les pays chauds la nature
semble nous indiquer de préférer l'inaétion : &
enfin d'où vient } eu égard à l'intempérance avec
laquelle la plupart des hommes y vivent, en considérant généralement sur-tout la débilité des
organes digestifs, d'où vient dis-je, que l'habitude
où l'on est de se coucher pourainsi dire au sortir
de table , est si pernicieuse à ceux qui jouissent
d'une médiocre santé ou qui sont un peu avancés
en âge. Du moins devraient-ils souper plus légèrement , ou ne prendre le foir que des alimens
■très-faciles à digérer. --- Page 54 ---
. J'observerai quant aux boirons 3 que quoique
J eau soit généralement regardée comme la plus
salu taire ÔÇ comme le meilleur dissolvant des alimens > l'usage modéré du bon vin, m'a paru pré*
férable dans quelques cirçonstances & nécessaire
dans d'autres, Si l'on se rappelle ce que j'ai dit sur la conO:itution naturelle de l'air de S, Domingue ; qu'il
est chaud & humide , Se que dans nombre dç
quartiers , les exlialaifons marécageuses le rendent
mdï sain, surtout dans certains tems de l'année ;
pn verra que dans ce cas l'usage du vin ne peut
qu'être utile, si l'on fait attention avec quels succès
on l'a employé dans les maladies des priions, ou
.dans des épidémies où cet élément (1) était altéré
dans ses principes. On verra que le vin est propre
£ prévenir l'état de relâchement des fibres de l'eftamach & à corriger, ou du moins à mitiger, I&
mauvaise qualité de certaines eaux qu'on est quelquefois obligé de boire à S. Domingue, dans
quelques quartiers 3 à défaut de meilleures (2). Il
els succès
on l'a employé dans les maladies des priions, ou
.dans des épidémies où cet élément (1) était altéré
dans ses principes. On verra que le vin est propre
£ prévenir l'état de relâchement des fibres de l'eftamach & à corriger, ou du moins à mitiger, I&
mauvaise qualité de certaines eaux qu'on est quelquefois obligé de boire à S. Domingue, dans
quelques quartiers 3 à défaut de meilleures (2). Il Ci) Je me fers ici de l'expressîon généralement ad"f
pisse , quoique contradictoire avec celle de principes
que j'ajoute en fuite , afin de dor.ner à entendre que le
fluiae que nous respirons & qui compose l'atmosphère
âans laquelle nous sommes plongés , est composé de
différens principes. (2) pouy connaître la pureté, des eaux & le çhoi* --- Page 55 ---
(39 ) C iv est aisé de voir que dans joute aufre circonstance
que dans celles que je viens, de désigner, l'on
pourrait se passer de vin & boire de l'eau indifféremment ; cependant si l'on fait attention que
l'on est porté, par la seule ardeur du climat, à
boire plus fréquemment & plus copieusementi
que le relâchement de .l estomach & l'atténuation
des sucs qui sont si. essentiels aux digestions sont
l'effet de boissons aqueuses , surtout 'picises en
trop grande quantité ; on verra que Fumage modéré du vin , est d'autant plus préférable qu'il
est bien plus propre à étancher la sois, si l'on a
l'àttention de le boire bien trempé, ainsi que je:
v l'entends quand j'en conseille l'usage. Car , autant il me paraît utile bû avec cette modération ,
autant je le crois préjudiciable lorsqu'on en use
avec excès & qu'on le considere autrement que
comme un cordial excellent dont il ne faut user
qu'à propos, ainsi que de beaucoup d'autres liqu 'on doit en faire , il faut savoir que celles qui viennent des montagnes eu qui foTtent des' sources, qui socs;
à leurs bases & ont un court rapide sont les meilleures ,
admettant qu'elles sont en même tems » pures , limpides,.
&c. , que celles qu'on trouve dans les plaines & qui
ont un courant viennent ensuite, & qu'bn doit préférer
celle des rivieres pr:se dans le milieu de leur courants
à celle de puits ou sources stagnantes.. --- Page 56 ---
(40) queurs 3 dont on n'abute que trop } & dont les
effets sont encore plus dangereux dans les pays
chauds, Quant aux autres boissons dont on est dans le ca$
de faire usage à Saint Domingue , pourvu que
ce ne soit qu'avec une 'certaine modération ,
& qu elles ne soient ni trop spiritueuses ni
trop rel'àchantes , elles ne sont pas contraires.
J observerai seulement, quant à celle du café,
dont l'usage est encore plus familier dans cette colonie qu 'ailleurs; qu'il ne convient nullement à
ceux qui sont maigres & d'un tempérament bilieux ou mélancolique , ni à ceux qui ont le
-genre nerveux très-irritable ou dont le sang est
chaud & sec , & que ces personnes doivent au
moins n'en prendre qu'avec modération , si l'harbitude déjà contractée le leur a pour ainsi dire
, rendu nécessaire : encore conviendrait-il, qu'ils
du café,
dont l'usage est encore plus familier dans cette colonie qu 'ailleurs; qu'il ne convient nullement à
ceux qui sont maigres & d'un tempérament bilieux ou mélancolique , ni à ceux qui ont le
-genre nerveux très-irritable ou dont le sang est
chaud & sec , & que ces personnes doivent au
moins n'en prendre qu'avec modération , si l'harbitude déjà contractée le leur a pour ainsi dire
, rendu nécessaire : encore conviendrait-il, qu'ils .le prif[çnt affaibli avec le lait d'amendes , plutôt
que de le prendrç pur. Il est au contraire nombre
d'autres personnes qui (e trouveront très-bien de
l'usage modéré de cette boisson , & c'est même
le plus grand nombre; tels sont les tempérament
pltuiteux & froids, dont la fibre est molle & relâchée, & qui faisant peu d'exercice ou menant
upe vie trop sédentaire , C'nt besoin de quelque
Simulant poir faire circuler les humeurs qui,
comme on sçait, tendent assez souvent aux sta- --- Page 57 ---
( 4l ) gnations ou ' engorgemens, surtout chez ceux qui
passent une bonne partie de leur vie dans leur lit
ou dans Tinadion. Quoiqu'on ne fasse pas un aussi grand usage
du thé dans nos Colonies que dans le nord du
continent; je crois devoir observer que l'abus de
cette boisson pourrait y être préjudiciable, & que
ceux qui se (ont faits une habitude d'en prendra,
devraient avoir l'attention d'y ajouter une petite quantité d'une liqueur un peu cordiale, telle
par exemple que l'élixir de Garus ou Stougton ,
•yne petite quantité de rhum &c., & même qu'on
ferait bien de préférer l'infusîon de la feuille d'oranger en guise de thé , lorsque l'état de faiblesse
ou de débilité de l'estomac annonce , ainsi que
l'on ne le voit que trop souvent dans les pays
chauds , une trop grande mobilité. Cette boisson
étant amère & tonique 5 convient non-seulement
à cet état, mais même comme préservatif contre
les influences de la saison chaude & humide. Elle
convient con{équemment sous ce point de vue, à
ceux qui habitent les lieux humides ou marécageux , & n'en sera que plus salutaire en y ajoutant du bon vin au lieu de toute autre liqueur plus
spiritueuse.
ne le voit que trop souvent dans les pays
chauds , une trop grande mobilité. Cette boisson
étant amère & tonique 5 convient non-seulement
à cet état, mais même comme préservatif contre
les influences de la saison chaude & humide. Elle
convient con{équemment sous ce point de vue, à
ceux qui habitent les lieux humides ou marécageux , & n'en sera que plus salutaire en y ajoutant du bon vin au lieu de toute autre liqueur plus
spiritueuse. L'on ne peut douter que le sommeil ne soit
bien utile & même indispensable & que les veilles
immodérées ne loient toujours préjudiciables ; mais --- Page 58 ---
(42) on ne doit pas ignorer non plus, qu'un sommeil
trop longtems continué peut être' très-nuisible „
surtout dans les pays chauds , & que ce n'est
qu'autant qu'on en proportionne la durée au
besoin qu'on en a, qu'il peut être salutaire. L'on
pourra déterminer d'une maniere assez précise
quel est le tems qu'il convient d'y donner, en
faisant attention que ceux qui font de plus,
grandes pertes pendant la veille & qui fatiguent
le plus, sont en général ceux qui en ont le plusbesoin cependant on a une régle encore plus
positive en faisant attention que le corps est ,
après un sommeil justement proportionné, dans
un état d alacrité & de légéreté qu'on ne sent pas
quand le sommeil est trop long ou insuffisant.
C est d après ce signe que chacun doit régler
le tems qui doit appartenir au repos. Alors on
verra qu 'il est assez rare., que , dans un climat oiit
tout semble inspirer la non-chalance & la mollesse , on ne s'y livre pas un peu trop & que cet
doit être une des principales causes qui contribuent le plus à l'atonie des organes, & çonséquemment à la plupart des maladies qui doivent
en résulter & dont les exemples sont si multipliés. Je crois être d'autant plus fondé dans ces
réflexions , que j'ai assez constamment obCervè
que ceux qui se livraient le moins au sommeil jouir.
sàient a siez communément d'une meilleure santé.
--- Page 59 ---
C4?) Je remarquerai en parlant, qu'on doit toujours
faire ensorte de se lever de bonne heure , afin de
respirer la fraîcheur du matin , & que quoiqu'on
ait beaucoup disputé sur les avantages & désavantages de la méridienne, elle est, généralement -
parlant, avantageuse à Saint Domingue, & qu'on
peut s'y liv.r sans crainte à cette envie de dormir que la nature suscite vers le milieu du jour.,
surtout après le repas, soit que cela provienne
des excès de chaleur, du travail de la digestion,
soit de ce que le sommeil de la nuit aura été insuffisant ; surtout si l'on a l'attention de ne pas
dormir trop longtems & de prendre ce court sommeil dans une situation légèrement inclinée en
arriere 8ç assis ,dans un fauteuil ou autre siége
analogue. Quoique je conseille souvent l'exercice ,
comme un des moyens les plus essentiels à Saint
Domingue , on ne doit point ignorer qu'il ne
peut être réellement avantageux , qu'autant
qu'il n'est point excessif, ni dans le cas de provoquer des sueurs trop abondantes , qui ne pourraient qu'être contraires, en ce qu'elles ne manqueraient pas d'affaiblir. Rien n'est cependant plus
ordinaire que d'entendre dire à Saint Domingue
qu il faut y suer pour s'y bien porter & d'entendre
féliciter ceux qui suent abondamment même sans
cause manifeste. $i l'on feifeit cependant attention
antageux , qu'autant
qu'il n'est point excessif, ni dans le cas de provoquer des sueurs trop abondantes , qui ne pourraient qu'être contraires, en ce qu'elles ne manqueraient pas d'affaiblir. Rien n'est cependant plus
ordinaire que d'entendre dire à Saint Domingue
qu il faut y suer pour s'y bien porter & d'entendre
féliciter ceux qui suent abondamment même sans
cause manifeste. $i l'on feifeit cependant attention --- Page 60 ---
(44) -que; dans ce denier cas, les Tueurs ne font qu'un
:eifct de 1 extrême faiblesse des personnes; & 'que,
dans le premier, cette perte n'a d'autre propriété
que d affaiblir , du moins dans l'état de Tante ;
on verrait qu 'il vaudrait encore mieux la préve-
.nir que l'exciter. Que résutte-t-il en effet de.
ces Tueurs excessives? Si le corps est assez robune
pour les supporter & ne pas en être épuise, l'on
en éprouve toujours une sois extrême 5 qu'on
tache de calmer par des boiiîons abondantes qui
ne manquent pas d'affecter ou de relâcher l'ettomac, a moins qu or. ne les rende toniques par
quelque spiritueux ; mais alors elles manquent
une partie de leur effet. Quand on sçait quelle
esi 1 énorme quantité d'humeur que nous perdons par la voie de l'insensible transpiration seulement , on n'est plus étonné de la sois excessive
qu 'on est dans le cas d'éprouver 3 lorsque les
sueurs viennent se joindre à une perte aussi abondante. Il n'est donc pas douteux qu'elles ne soient
.réellement préjudiciables y eu égard à l'état de
faiblesse qui doit s'ensuivre & que si elles doivent
être considérées comme avantageuses dans certain cas, ce n'est que dans quelque état morbifique & où' elles peuvent entraîner des levains ou
principes morbifiques étrangers qui seraient con-
; tenus dans nos humeurs & qui ne manqueraient
pa$ d'y nuire ? si leur dépuration qui a lieu par la --- Page 61 ---
(4;) sueur , venait à être interrompue , comme je l'ai
déjà obf-ervé. : G'est lans doute sous ce point dé vue qu'Hippocrate dit que les corps qui transpirent bien,
sont plus faibles & plus sains que les. autres, &
se délivrent facilement des maladies; tandis que
ceux qui sont plus robustes & qui transpirent mal*
s'en délivrent plus difficilement ; puisqu'il dit ei1
même tems que ceux qui transpirent peu , lorsqu'il n'ya point maladie , sont plus forts : nous
pouvons donc conclure que les sueurs ne sont
réellement avantageuses qu'à ceux qui recèlent
quelque levain ou principe morbifique dans leurs
humeurs, & qu'hors cette circonstance elles sont
'réellement contraires.. " Enfin il suffit de dire que les passions ne font
que des, fondions erronées de Famé , ou plutôt
des déréglemens de l'imagination pour que l'on
punie se figurer combien elles peuvent être préjudiciables, en remarquant que toutes les fonctions y même celles qui sont les plus importantes
à notre existence, peuvent en être altérées. Ce
n'est pas ici le cas de parler des disférentes maladies morales qui en sont les efiets & qui sont
fbuvent d'autant plus opiniâtres & dangereuses,
que les médecins les plus habiles ne peuvent y
remédier efficacement, que lorsque les malades
contribuent eux-mêmes à leur guérison, en joi-
urer combien elles peuvent être préjudiciables, en remarquant que toutes les fonctions y même celles qui sont les plus importantes
à notre existence, peuvent en être altérées. Ce
n'est pas ici le cas de parler des disférentes maladies morales qui en sont les efiets & qui sont
fbuvent d'autant plus opiniâtres & dangereuses,
que les médecins les plus habiles ne peuvent y
remédier efficacement, que lorsque les malades
contribuent eux-mêmes à leur guérison, en joi- --- Page 62 ---
C4<0 aux avis qu*on peut leur donner, ceux qué
la raison seule peut & devrait leur dider. Je me
contenterai d'observer que le chagrin & la colere
sont de toutes les passions'celles qui contribuent
le plus aux fréquentes maladies qu'on éprouve
dans les pays chauds & à les rendre dangereuses :
à raison de la faiblesse & de l'extrême irritabilité des organes & de la propension naturelle des
humeurs vers la dégénération bilieuse : c'est pourquoi 1 on doit en éviter soigneusement l'occasion
ou du moins le plus qu'on le peut. SECTION IE. SIle pere de la médecine a commencé par
nous saire envisager les difficultés sans nombre
que présente l'art de guérir, & a dit qu'en raisun de l'étendue des connailtances qu'il jugeait
nécessaires , la vie de l'homme était courte pour
acquérir toutes celles qui y ont rapport; on ne
sera pas étonné qu'on ait divisé ce même art en
trois parties , qui, quoique tendants au même
but, c'est-à dire à la conservation de l'espèce
humaine, pouvaient être séparément exercées. Dèslors la partie qui concerne la médecine proprement dite, a é$p diflinguée de celle qui appar- --- Page 63 ---
( 47) tient à la chirurgie ; & l'une & l'autre ont été
comme séparées de la troisieme qui a rapport à
la pharmacie. Je ne parlerai pas des avantages qui ont pû
résulter de cette division, ni du danger qu'il y
auroit à admettre ponctuellement un tel démembrement & à s'y restreindre ; puisque tout homme
de l'art un peu infiruit ne peut qu'être étonné
de la parité de phénomènes qu'on observe entre
la plûpart des maladies qui ont été décernées à
la chirurgie 3 & celles qui concernent les mé-
:decin5; & que de cette comparaison il résulte souvent des lumieres dans l'emploi des remèdes convenables pour le traitement des maladies internes.
C'en: une preuve évidente que,{i le chirurgien peut
se borner à connaître les maladies externes; le
vrai médecin ne peut se dispenser de joindre à
la connaissànce des maladies internes , celles
q[ui ont rapport à la théorie chirurgicale. Au
reste quelqu'essèntiel qu'il puisse être que les
uns & les autres s'occupent plus particulièrement
de ces différentes parties, eu égard au vaste champ
. que chacune peut présenter ; il n'en est pas moins
vrai que ceux qui veulent exercer dans les colonies,
sur-tout en plaine 3 ne doivent pas avoir beaucoup d'égard à la division importante dont nous
parlons & qu'il est à propos qu'ils soient également versés en chirurgie comm€ en médecine , --- Page 64 ---
C48) puisqu'ils sont dans le cas d'être employés jourBellement pour l'un & l'autre objet & qu'il seroit
à souhaiter qu'ils eussent en même tems des
connaissances pharmaceutiques, tant pour pouvoir connoître aisément les drogues sophistiquées,
que pour réfuter celles qui seront altérées , 8c
pouvoir suppléer, dans le besoin, aux remèdes
qu'on n'a pas, par d'autres d'une vertu analogue
ou succédanés.
64 ---
C48) puisqu'ils sont dans le cas d'être employés jourBellement pour l'un & l'autre objet & qu'il seroit
à souhaiter qu'ils eussent en même tems des
connaissances pharmaceutiques, tant pour pouvoir connoître aisément les drogues sophistiquées,
que pour réfuter celles qui seront altérées , 8c
pouvoir suppléer, dans le besoin, aux remèdes
qu'on n'a pas, par d'autres d'une vertu analogue
ou succédanés. En lIéfléchissant que le nombre de remèdes
qu'on trouve dans la pharmacie d'un habitant
n'est pas considérable , qu'ils vieillissent souvent,
du moins certains;& qu'il en est beaucoup qui peuventent s'altérer en très-peu de tems par la grande
humidité de l'atmospherc , tandis que d'autres
perdent de leur adivité ; il sera facile de voir
combien il est important de connaître les remèdes d'une maniere un peu particuliere ,&: que souven t faute de cette connaissance, on peut manquer
non-seulement de tirer parti de l'occasion qui
en indique l'emploi, mais même qu'on peut en
administrer qui peuvent avoir un effet contraire
ou nuisible. , Lorsqu'on fait attention qu'il efl assez rare que
les gens de l'art qui se sont occupés en France
avant de passer dans l\!s colonies, se soient également adonnés à la médecine & à la chirurgie,
qu'ils soient également versés dans l'une & l'autre
partie --- Page 65 ---
( 49) D partie & que ceux qui sé sont adonnés à la médecine proprement dite, ignorent le plus souvent ce
qui a rapport à la partie chirurgicale ; tandis que
ceux qui se sont livrés à cette derniere ; n'ont pas
ordinairement grandes de connaissances de 'ce qui
concerne les maladies internes : on ne peut s'empêcher de convenir qu'on ne peut gueres comp.
ter sur l'utilité des uns & des autres ^ dans les
cas qui ne sont pas de leur compétence, & que -le
règlement touchant les pouvoirS: d'exercer est
essentiellement vicieux , puisqu'on les obtient
sans aucune distinction & sans qu'on ait exigé des
épreuves convenables & suffisantes. Il serait sans
doute plus avantageux que chacun de ces états
ïut exercé par deux perfonries différent es, ainsi
qu'ils le sont dans la plûpart des villes d'Europe
& même dans les plus considérables de nos Colonies; & quoique cette circonstance dût induire
les propriitaires des habitations à une dépende dé
plus; l'avantage inappréciable qu'il en résulterait >
de pouvoir compter avec plus de certitude sur
la capacité des uns & des àutrès pour la partie
qui les concernerait > ne pourrait que dédommager de ce petit sacrifice. Mais peut-on se slatter
qu'un tel avis, quelque important qu'il puisse etréj
sera jamais accueilli ? J'en doute.. Or comment
remédier aux conséquences d'un usage si that
établi ? C est à MM. les Médecins &: Chirurgiens
; l'avantage inappréciable qu'il en résulterait >
de pouvoir compter avec plus de certitude sur
la capacité des uns & des àutrès pour la partie
qui les concernerait > ne pourrait que dédommager de ce petit sacrifice. Mais peut-on se slatter
qu'un tel avis, quelque important qu'il puisse etréj
sera jamais accueilli ? J'en doute.. Or comment
remédier aux conséquences d'un usage si that
établi ? C est à MM. les Médecins &: Chirurgiens --- Page 66 ---
(50) du Roi., à représenter qu'il conviendrait que
ceux qui. se proposent d'exercer en plaine ,
& qui voudraient en obtenir le droit, fussent
obligés de subir des examens allez rigoureux pour qu'on fût convaincu de leur capacité
sur l'un & l'autre objet , s'ils ne veulent pas se
restraindre à la partie qui leur convient le plus,
plutôt que d'accorder aux uns & aux autres des
pouvoirs illimités. Il n'est pas douteux que si ceux
qui sont préposés à cet effet étaient toujours
assez justes & assez éclairés pour remplir dignement les devoirs d'une charge aussi eiTentielle,
ils préviendraient bien des malheurs dont ils ont
souvent été la cause premiere. Ils doivent faire
attention qu'il importe bien moins que ceux qui
prétendent au droit d'exercer , aient passé dans
un des hôpitaux de la Colonie le tems prescrit
par l'ordonnance, que de s'assurer de leur capacité par des examens convenables , à moins qu'on
ne manquât dans les hôpitaux du nombre d'éleves
nécessaires pour le service, ce qui n'arrive gueres.
Il est aisé de voir que c'est là le point le plus important, celui auquel le public est le plus intéressé,
& que le reste n'est qu'une formalité très-insuffisante pour ceux qui seraient totalement dépourvus
de connaissances en entrant dans les hôpitaux,
tandis qu'elle est très-onéreuse à ceux qui sont
dans un cas contraire. Je croirais même que cette --- Page 67 ---
(11) Dij espece de contrainte doit contribuer à des abus
d'un autre genre, & qu'elle ne peut avoir quelque utilité que lorsqu 'on la fera valoir pour ceux
là seulement qui ne font pas dans le cas de mériter la confiance du public , je m'explique. Dès que ceux qui voudront exercer leur état
ne pourront plus s'excuser sur la longueur du
tems qu'il faudrait passer dans un hôpital, puifque nous croyons qu'il suffît de s'y être mis au
fait des particularités que les influences du climat
peuvent présenter dans la marche & le traitement
des maladies, & qu'on sera persuadé qu'il suffit
d'être instruit pour obtenir les pouvoirs d'exercer;
chaque habitant, même ceux qui feront les plus
éloignés des chefs lieux & qui font les moins
propres à juger du merite de ceux qui voudront
s'occuper dans leur quartier, doutera avec quelque
raison des talens de ceux qui chercheraient à leur
en imposer, s'ils n'étaient pas munis de lettres de
maîtrise ou si leurs noms n'étaient pas portés
sur les étrennes américaines. On sçait que pour y
être inscrit il faut produire les titres en vertu defquels on a ce droit. Je sçais que la plupart s'en
dispensaient autrefois , attendu que cette formalité n'aboutissait pas à grand chose , & qu'aucun
•règlement n'y obligeait. Ayant cependant réfléchi que c'était un moyen de plus pour démasquer quelques-uns de ces charlatans., qui se
oms n'étaient pas portés
sur les étrennes américaines. On sçait que pour y
être inscrit il faut produire les titres en vertu defquels on a ce droit. Je sçais que la plupart s'en
dispensaient autrefois , attendu que cette formalité n'aboutissait pas à grand chose , & qu'aucun
•règlement n'y obligeait. Ayant cependant réfléchi que c'était un moyen de plus pour démasquer quelques-uns de ces charlatans., qui se --- Page 68 ---
(s2) permettent d'exercer sans titre un état aussi de'
'licat que celui dont ils ignorent les-premiers élémens ; je pense qu'il serait à propos que les Médecins & Chirurgiens qui ont droit d'exercer,
consentissent à cette petite formalité , puisqu'il
' est de - leur- intérêt de ne pas être confondus
parmi ceux qui ne doivent être regardés qu'avec
•mépris. »r Quelques étrangeres que paraissent les réflexions que je viens de faire, au but que je me
suis proposé , on n'aura pas de peine à se persuader' qu'elles y ont quelque rapport , si l'on
fait attention que lislue d'une infinité de maladies dépend souvent du plus ou du moins de
?£on.iaissances de ceux qui sont appelles pour y
: remédier , & qu'il est toujours de la plus grande
-conséquence , qu'ils soient très-instruits & surtout dans le cas d'agir utilement ; ou du moins
qu'il soient assez prudens pour ne pas agir d'une
maniéré préjudiciable. Combien de fois n'a-t-on
pas été fort en peine dans ce choix , avant que
nos Colonies aient été fréquentées autant qu'elles
.le sont aujourd'hui ? Cet inconvénient 3 quoique
moins ordinaire , existe encore dans quelquesuns de ces petits quartiers qui présentent trop peu
d'avantages pour y attirer les gens de l'art les plus
éclairés. On n'y voit encore que trop de ces personnes qui s'imaginent étaler leur sc avoir & prou- --- Page 69 ---
en) 1 D iit ver leur utilité, en raison de la multiplicité de
remèdes qu'ils employept & dont ils surchargent
l'estomac de leurs malades. Ce n'est pas que je
blâme l'emploi varié de différens remédes , lors-*
que les indications en-exigent de différentes ef-
:pèces , soit quant à la nature du mal, soit quant
au goût & dégoût que les malades en .éprouvent ;
mais il est si important de faire la médecine
d'une maniere simple, dans des.lieux où l'on est
souvent au dépourvu des .choses même les plus
essentielles, que j'ai crû devoir faire- cette réT
flexion pour que les habitans soient un peu
plus persuadés qu'il y a au moins autant du nsécrite à guérir avec les moyens les plus communs,
lorsque parmi ceux,-Ià il gn est dont les propriétés
sont aussi énergiques que celles de nombre de
remèdes dont on peut souvent se passer. Il femblexait d'après la méfiance que je cherche
à insinuer contre les personnes de l'art qui sont
établies dans les plus petits quartiers de Ja Co':'
lonie , qu'on doit y être fort à plaindre & le plus
souvent au dépourvu de secours.. Nous conviendrons néanmoins avec plaisir, que le nombre de
ceux contre lesquels il est permis de s'élever, ,
n'est plus aussi multiplié qu'il l'était, autrefois &
que dans la plupart des quartiers;, même de .ceux
qui sont les moins intéressans & les moins étendus,
on peut y trouver quelques performes. qui séront
lies dans les plus petits quartiers de Ja Co':'
lonie , qu'on doit y être fort à plaindre & le plus
souvent au dépourvu de secours.. Nous conviendrons néanmoins avec plaisir, que le nombre de
ceux contre lesquels il est permis de s'élever, ,
n'est plus aussi multiplié qu'il l'était, autrefois &
que dans la plupart des quartiers;, même de .ceux
qui sont les moins intéressans & les moins étendus,
on peut y trouver quelques performes. qui séront --- Page 70 ---
c s4) toujours utiles auprès des malades. Elles ne le
feront peut-être pas autant qu'on le désirerait;
mais si 1 on fait attention qu'il faudrait que
tout Médecin ou Chirurgien qui veut exercer
.en plaine ou dans le morne , fût instruit
non - seulement sur^ les maladies internes & les
externes ou chirurgicales , .mais même sur les
maladies des yeux, sur les accouchemens, &c,
&c. ; objets qui occupent ailleurs & sont comme
. distribués à différentes personnes : il sera facile d'en
conclure , que tant qu'une feule personne sera
préposée pour suffire ou remédier à ces différens cas , il sera comme impossible qu'elle y
satisfasse complettement recela prouvera combien
j'étais fondé, en m'élevant contre une habitude
aussi préjudiciable. Comme il est fort douteux que les réflexions
que je viens de faire , aient quelque effet , tant
je suis persuadé de la multiplicité d'obstacles qui
s'y opposent, je terminerai par un avis qui doit
intéresser tous les habitans & que je crois assez
essentiel. Qu'ils sçachent que la méfiance qu'ils
ont ordinairement à l'égard des nouveaux venus,
est assez généralement bien fondée , & qu'il est
rare que ceux qui passent dans les Colonies ,
pour y exercer la médecine ou la chirurgie ,
soient beaucoup versés dans la pratique de l'un
pu de l'autre état, & plus rarement encore qu'ils le --- Page 71 ---
(y;) D iv soient dans l'une & l'autre ; conséquemment que
s'ils peuvent être utiles dans les premiers tems de
leur séjour, ce sera toujours dans la partie à laquelle ils se sont adonnés plus particulièrement. *
Ce serait ici le cas de prouver combien à mérite
égal, ceux qui sont déjà anciens au pays doivent
avoir la préférence ; non pas que je croye que
les maladies qu'on éprouve dans les Colonies
soient d'une nature totalement différente de celles
de même genre qu'on observe dans d'autres pays,
comme je l'ai quelquefois entendu dire ; mais
bien en raison de quelques particularités qu'elles
présentent, & de ce qu'on ne peut douter que
ceux qui pratiquent depuis quelque tems ne soien t
en général bien plus essentiels & plus inftauits. Cette circonstance me paraît d'autant plus imv portante, que je ne sçaurais trop recommander
d'épargner à ces mêmes personnes, autant que faire
se peut, les désagréments qui décident la plûpart
d'entr'eux à cesser leurs fondions, dans le moment
où elles pourraient être le plus utiles. Si l'on -
prenait la peine de réHéchir que de tous les
états que les Européens vont faire dans les Colonies , celui d*y soigner des malades est le plus
essentiel, un des plus pénibles, & peut-être celui
qui offrirait un plus grand nombre d'exemples ,
que dans tout autre , de personnes qui y ont
succombé; on verrait que tous ceux qui s'en oc-
entr'eux à cesser leurs fondions, dans le moment
où elles pourraient être le plus utiles. Si l'on -
prenait la peine de réHéchir que de tous les
états que les Européens vont faire dans les Colonies , celui d*y soigner des malades est le plus
essentiel, un des plus pénibles, & peut-être celui
qui offrirait un plus grand nombre d'exemples ,
que dans tout autre , de personnes qui y ont
succombé; on verrait que tous ceux qui s'en oc- --- Page 72 ---
[texte_manquant] cupent méritent des égards, même de la part du
gouvernement, & qu'ils avaient quelque, droit de
prétendre aux places dont on les a comme exclus en dernier lieu, & à jouir des privilèges
d'exemption qui ne sont accordés qu'aux Méde-
-cins , o.u aux Chirurgiens brévetés seulement ;
çomme si ceux qui ne jauissent pas d'une de ces
deux prérogatives étaient moins utiles & moins
péceffàires au public que les autres., S C T 0 N II r. A R M i les différentes classes des personnes
qui habitent les Colonies , celle des habitans
propriétaires est sans doute la plus essentielle ;
vient. ensuite celle des Européens qui s'y sont
transplantés. Mais de quelle utilité feraient les
Uns & les autres à l'Etat, sans celle de ces êtres
malheureux , que le droit & la rigueur de l'esclavage soumet àâleurs ordres & à leur volonté ?
Ce n'est qu'à l'aide de leurs bras qu'on trouve à
la superficie de la terre des trésors, qui loin
de s'épuiser, produisçnt de plus en plus à mesure qu'on perfeâionne l'art de la cultiver. Il
suffirait de réfléchir que les Colonies ne peuvent
çxiftçr saps eux, pauc se.ntiJ;. combien il importe. --- Page 73 ---
(si). de s'occuper des moyens qui tendent à les conserver, si le cri de l'humanité ne m'en avait suffisamment persuadé. L'on verra dans cet esTai que
la plupart de mes réflexions leur font relatives,
& que toutes celles que je fais dans la [eétion
qui suivra celle-ci, leur sont particulières. S'il est des causes physiques & inévitables parmi
celles qui peuvent influer sur la constitution &
le tempérament des créoles , il en est qui ne
le sont pas & qui n'en sont pas moins conféquentes par le peu d'attention qu'on porte" à les
éviter, ou par les suites qu'elles, peuvent avoir.
Arrêtons - nous un moment sur les cruels effets
d'un virus qui se propage de plus en plus dans
toutes les parties du globe, & dont les exemples sont encore plus fréquens en Amérique que
partout ailleurs. C'cst a cette terrible " cause que
j'ose attribuer cette espèce d'appauvrissement de
constitution qu'on a beaucoup trop attribué aux
influences du climat. On se convaincroit peutêtre plus facilement de ce que j'avance, si l'on
pouvoit se persuader que malgré la multitude de
moyens que l'art a imaginés pour combattre &
guérir cette maladie, ils sont tous insuffisans loriqu'elle est trop invétérée & que le virus est trop
profondément établi ; que souvent, ce virus peut
rester caché chez certains sujets pendant une
suite d'années sans se manifester au dehors, si --- Page 74 ---
( 58) 1 ce n'est sur les personnes avec lesquelles ils communiquent ; tandis que d'autres fois, il ne paraît
ni chez les uns ni chez les autres avec aucun
des symptômes qui lui sont propresamais se déguise
fous l'apparence d'une infinité d'autres maladies.
Celles-ci sont ordinairement longues & opiniâtres,
& souvent incurables si l'oo n'y obvie par des
remèdes d'une nature différente de ceux qui semblent indiqués par les symptômes de la maladie
apparente.
n'est sur les personnes avec lesquelles ils communiquent ; tandis que d'autres fois, il ne paraît
ni chez les uns ni chez les autres avec aucun
des symptômes qui lui sont propresamais se déguise
fous l'apparence d'une infinité d'autres maladies.
Celles-ci sont ordinairement longues & opiniâtres,
& souvent incurables si l'oo n'y obvie par des
remèdes d'une nature différente de ceux qui semblent indiqués par les symptômes de la maladie
apparente. Si l'on doutait, comme j'ai occasion de le voir
quelquefois , qu'il soit possible qu'un virus étranger puisse rester caché pendant quelque tems sans
se manifester par quelque symptôme extérieur;
sans citer des exemples multipliés & bien certains, dont on douterait peut-être encore , je me
bornerai à deux comparaisons qui, je pense, sont
sans réplique. Doutera-t on que le virus goutteux
existe réellement dan's le corps d'une personne qui
en est atteinte, quoiqu'il se porte bien pendant
les intervalles des accès ? Non sans doute;du moins
les meilleurs médecins ne le pensent pas , lorfqu'ils recommandent expressément d'avoir égard
au virus arthritique dans toutes les maladies que
les goutteux font dans le cas d'éprouver. D'ailleurs
n'a-t-on pas des exemples de charbons pe. lentiels sortis tout-à-coup à des personnes qui paraîtraient être en parfaite saute & qui meurent --- Page 75 ---
• (59) en très-peu de tems, tandis qu'on en a vu d'autres tomber morts dans les rues en allant à leurs
affaires. Tout cela ne prouve que trop qu'on
peut porter en soi pendant quelque tems un levain de maladie quelquesois très dangereux , sans
s'en appercevoir,& que s'il ne produit point alors
de mal sensible, c'est qu'il n'a pas encore acquis
le dégré d'intensité suffisant pour altérer la conftitution ou pour surmonter celui de l'énergie
vitale qui s'oppose« à son développement & qui
veille sans celle à la conservation de tout être
vivant , tant que les causes qui tendent à le' détruire ne lui sont pas prépondérantes. On ne doit
donc pas être étonné que des enfans viennent au monde maléficiés , tandis que leurs pere
& mere jouissent d'une bonne santé^n apparence.
D'ailleurs en admettant que la question que nous
traitons ne soit pas encore bien décidée , puifqu'il y a des auteurs qui sont d'une opinion contraire, ce doute ne suffit-il pas pour qu'il faille
pancher pour l'affirmative-?
causes qui tendent à le' détruire ne lui sont pas prépondérantes. On ne doit
donc pas être étonné que des enfans viennent au monde maléficiés , tandis que leurs pere
& mere jouissent d'une bonne santé^n apparence.
D'ailleurs en admettant que la question que nous
traitons ne soit pas encore bien décidée , puifqu'il y a des auteurs qui sont d'une opinion contraire, ce doute ne suffit-il pas pour qu'il faille
pancher pour l'affirmative-? Ayant au reste observé plulîeurs fois à Saint
Domingue que ce virus existe assez souvent sans
se manifester au dehors , & ayant réfléchi sur
le genre de vie des hommes qui y sont, ne; doiton pas présumer qu'ils courrent ou ont couru
les plus grands risques, & qu'il est assez probable que plusieurs doivent en être atteints. Cette --- Page 76 ---
(6o) seule réflexion doit en faire faire de bien sé- -
rieuses sur le passé, à tous ceux qui se disposent à s'établir , & leur donner à penser qu'ils
ne devraient rien négliger à cette époque pour prévenir les suites qui peuvent résulter de trop de '
sécurité , pour peu que des soupçons ou les
apparences leur en démontrent la nécessité. Je
ne doute point de l'utilité de cet avis , et
que si l on y avoit plus de foi, le nombre
de ces jeunes infortunés qu'on ne met au
monde, ce nie semble, que pour y traîner une
vie languissante , seroit beaucoup moindre. Leurs
innocentes meres ne seraient pas si souvent dans
le cas de gémir des maux qu'elles n'éprouvent que ^
trop & qui sont d'autant plus conséquens, qu'elles
sont ordinairement victimes du-, cruel silence
qu'une honnête pudeur leur impose. Ces tristes
exemples ne sont que trop fréquens, & ce qui
met le comble aux suites qui doivent en résulter j ,c'est la trop grande réserve de eeux , qui 3
soupçonnant la cause réelle de certaines maladies, f
n'oient proposer les moyens qui pourroient y remédier ou en prévenir les effets. / -
. Lorsque j'intime sur un point aussi délicat, c'efl
que j'ai quelquefois gémi de ne pouvoir assez clairement exposer ma façon de penser , & que quoi-,
que j'aie quelquefois réussi à faire prendre des rem'des convenables, en prétextant d'autres raisons f --- Page 77 ---
111 (6i) que celles qui m'en fournissôient rindicat!oa >
cette ressource m'a paru bien peu suffisante , lorfqu'il est nécessaire d'employer des remèdes majeurs dont la nature & les propriétés sont trop
connues pour pouvoir leur en attribuer de différentes. C'est donc afin de détruire des scrupules
aussi mal placés, & qu'on puisse juger de l'injustice de ces soupçons désavantageux qu'on (e
permet trop librement à l'égard de toutes les
personnes qui peuvent être affe&ées de la raala*
die dont je parle. Ne devrait-on pas faire attention que les personnes les plus honnêtes & les
plus respedables, peuvent la contracter par les
liailons les plus légitimes ? Combien de maladies
qui paroissent ou deviennent incurables , qu'on
parviendrait à guérir, si indépendamment des cas
où t'on a quelque certitude sur .la vraie cause
du mal , on avait la liberté d'agir sur de (impies soupçons! sur-tout après avoir employé en vain
1 es remedes les plus appropriés à certaines maladies,
dont plusieurs vices cachés semblent prendre les
caractères.
peuvent la contracter par les
liailons les plus légitimes ? Combien de maladies
qui paroissent ou deviennent incurables , qu'on
parviendrait à guérir, si indépendamment des cas
où t'on a quelque certitude sur .la vraie cause
du mal , on avait la liberté d'agir sur de (impies soupçons! sur-tout après avoir employé en vain
1 es remedes les plus appropriés à certaines maladies,
dont plusieurs vices cachés semblent prendre les
caractères. L'aimable sexe en faveur duquel je reclame,
n' d1 pas , comme je l'ai déjà dit, la seule partie qui puisse avoir à gémir des suites d'une négligence condamnable ; les enfans ou plutôt les
jeunes infortunés qui proviennent de l'union la
plus intéressante , font quelquefois -^encore plus . t --- Page 78 ---
(62) malheureux & plus à plaindre , & s'ils ne suc~
combent de bonne heure , ce n'est que pour traîner une vie languissante plus terrible encore que
la mort même. Cessons sur une matiere sur laquelle je me suis assez & peut-être trop étendu,
afin de continuer l'examen des causes qui peuvent
influer sur la santé & la constitution de ces jeunes
individus. En supposant qu'ils sont venus au monde fains
& biens constitués ; à combien d'autres maux
ne les voit -on pas exposés, dont on pourrait néanmoins les garantir en grande partie c à peine
sortis du sein de leur mere, on les prive ordinairement d'une nourriture que la nature leur
avoit destinée , pour y substituer le lait d'une
nourrice étrangère , dont la consistance n'efL
presque jamais proportionnée à leur âge & dont
la qualité n'est que trop souvent altérée, tantôt
par les effets de leur inconduite passée & actuelle,
& presque toujours par la maniere singulière &
vicieuse avec laquelle on les alimente. Si les mères
nourrissaient leurs enfans elles-mêmes, elles éviteraient la plupart des dangers auxquels elles exposent leurs enfans , ainu que ceux qu'elles
courent elles-mêmes par les suites du reflux du
lait, sur-tout quand il est abondant & qu'elles sont
douées d'une bonne constitution. Je me garderai bien, de dire comme on le lit dans la médecine --- Page 79 ---
(63) domestique, qu'il n'y a que la privation du lait
& la pulmonie confirmée, qui puissent dispenser les
mères de remplir ce devoir, & que hors cette exception toutes les femmes,quelques délicates qu'elles
soient, sont en état de nourrir. C'eil: en vain
qu'on ajoute,d'après Morton, «que des mères menacées en apparence de phtisie par leur maigreur
& leur délicatesse , s'en sont préservéesen nourrissant elles-mêmes leurs enfans & en reâifiant
leur régime n. L'on aurait au moins dû observer, en supposant que dans ces cas les enfans s'en
soient biens trouvés , que si une incommodité
de la nature de celle-ci ne doit pas être-tranfmise au nourrisson par la voie de l'alaitement,
'il en est beaucoup d'autres qui peuvent l'être.
Pour lors la raison de soulager les mères des
maux qu'on considére comme un puissant motif pour les décider à nourrir, puisque ce ne pour'
rait être qu'aux dépens de la fanté des enfans,
deviendrait d'autant moins importante qu'on pourrait leur procurer la même ressource , si toutefois l'alaitement pouvait leur être utile, en les
faisant têter par de jeunes animaux. Comme
je ne doute point des effets que peut avoir la
pâture du lait d'une nourrice sur le nourrisson,
qu'il influe non-seulement sur le physique mais
même sur le moral : je me borne à désirer que
les mères qui jouissent d'une bonne (anté puis-
enfans,
deviendrait d'autant moins importante qu'on pourrait leur procurer la même ressource , si toutefois l'alaitement pouvait leur être utile, en les
faisant têter par de jeunes animaux. Comme
je ne doute point des effets que peut avoir la
pâture du lait d'une nourrice sur le nourrisson,
qu'il influe non-seulement sur le physique mais
même sur le moral : je me borne à désirer que
les mères qui jouissent d'une bonne (anté puis- --- Page 80 ---
C*4) lent se décider à nourrir leurs enfans,& que celles
qui ne le peuvent ou qui n'y sont pas bien disposées,
aient les soins les plus scrupuleux à bien choisir
celles qui doivent les remplacer dans" une sonction aussi importante & aussi sacrée. Quoiqu'en puissent dire la plupart des philo-»
sophes & mêmç quelques médecins, il est nombre de femmes qui ne peuvent ni ne doivent point
alaiter leurs encans ; & il peut même se faire
qu'avec les lignes appareils d'une brillante santé
qu'on regarde ordinairement comme la preuye
qu'elles y sont très propres, elles ne le soient
cependant pas. Il me paraît d'autant plus important d'entrer dans quelque détail sur un
objet aussi délicat, que la plupart de ceux qui
s'en sont occupés semblent avoir négligé le fond
de la question qui se séduit à savoir quelles sont
les femmes qui doivent nourrir leurs enfans ?
& quelle; sont celles qui doivent s'en abstenir ? Il est utile , je pense, d'observer que toute ,
mère qui peut nourrir son enfant doit le faire
& qu'il y va de son intérêt puisqu'elle évite par
ce moyen une infinité de maux auxquels elle
s'expose en contrariant le vœu de la nature; on
ne peut douter qu'elle ne soit bien dédommagée
de sa peine , si toutefois c'en est une , par !ç
fendaient délicieux quelle éprouve à chaque instant qu'elle alaite son enfant & qu'elle peut
le --- Page 81 ---
(6; ) E le présse contre le sein que la nature lui a deftiné. Mais si l'on fait attention qu'il est de néceffité qu une nourrice digère une plus grande
quantité d'alimens pour fournir au lait dont elle
à besoin ; & que pour que ce lait soit bien élaboré & propre à nourrir , il faut qu'elle soit
bien portante & que toutes fcs fondions se fassent
bien & paisiblement ; on verra qu'on ne peut
pas supposer que toutes les mères doivent être
propres à alaiter. On ne peut nier en effet qu'indépendamment d'une infinité de maladies dont
elles peuvent être affeélées, il est nombre de
-
circonstançes qui doivent les mettre dans le cas
de renoncer à cette obligation ; parmi lesqueiles
on doit compter les dérangemens ou lésions des
organes digestifs , la faiblesse de constitution ,.
une poitrine faible & délicate, une excessïve mobilité du genre nerveux qui , si elle ne se transmet pas au nourrisson avec l'alaitement j l'expose
du moins a ressentir les efiets des troubles qu'éprouvent à tout ' in!tant des constitutions aussi
débiles. L 'on ne peut douter que dans dê pâ—
reilles circonstances la mère ou l'enfant, ou l'un'
& 1 autre en même tems , ne soient dans le casde présenter la preuve qu'il importe d'admtttrequelques exceptions & que des afTettions trop gé- '
jiérales doivent être modifiées: je -n'incistcrai pas
du moins a ressentir les efiets des troubles qu'éprouvent à tout ' in!tant des constitutions aussi
débiles. L 'on ne peut douter que dans dê pâ—
reilles circonstances la mère ou l'enfant, ou l'un'
& 1 autre en même tems , ne soient dans le casde présenter la preuve qu'il importe d'admtttrequelques exceptions & que des afTettions trop gé- '
jiérales doivent être modifiées: je -n'incistcrai pas --- Page 82 ---
*66) fer le détail des cas particuliers qui doivent sournir ces exceptions, attendu que les médecins
■qu'on est à même de- consulter & auxquels il
importe devoir recours en pareil cas, peuvent
fournir les éclaircifsemens nécessaires : je me
bornerai feulement à remarquer qu'on peut établir assez généralement , que toute femme qui
clans le cours de sa grossèsse a supporté cet état
sans que sa santé en ait été affaiblie ou altérée,
peut nourrir ; mais que l'on doit être très circonfped: à l'égard de celles qui ont été dans
le cas contraire ; & qu'enfin on ne doit engager
iine nourrice à continuer à alaiter , qu'autant qu'elle continue, ainsi que le nourrisson, à
jouir d'une bonne santé. Au relie comme il est vraisemblable que dans
les colonies , d'autres raisons moins légitimes
que celles que nous venons d'exposer , porteront
la plupart des mères à ne point nourrir leurs
enfans, par l'avantage qu elles ont de- les avoir
fous leurs yeux, & de pouvoir leur donner ,
&.U- lait près , tous les autres soins; elles doivent
au moins faire en sorte de ne leur procurer que
celui qui sera de la meilleure qualité pofsible, ce qui demande conséquemment beaucoup de précautions dans le choix des nourrices
qu'elles doivent leur donner. . Pour bien réussir dans le choix d'une nour« --- Page 83 ---
(67) Eij. rice il ne faut pas se contenter d'une apparence
de santé, comme fraîcheur jeunesse, embonpoint,
ainSi qu'on le fait ordinairement ; mais il faut se
bien assurer qu elle est réelle, soit en consultant
des personnes de l'art lorsqu'on le peut, soit
en scrutant de fort près tout ce qui peut faire
soupçonner ou rassurer sur la conduite qu'elles
ont tenue précédemment. Si l on prenoit toujours
de semblables précautions , on verrait qu'il en est
beaucoup de stispectes & que les apparences
sont souvent trompeuses. Lorsquon' s'est assure
des qualités physiques qu 'on desire dans une nourrice , on ne doit pas négliger entièrement celles
qui concernent le moral, si l'on en est à même.
Cette considération quoique moins importante
& encore plus négligée que la précédente, paraîtra je crois mériter un peu plus d'attention ,
si l'on se représente qu'elle ne. l'était pas par nos
anciens & qu ils avoient reconnu que les enfans
sucent avec le lait qui les nourrit, le tempérament aussi bien que les inclinations qu'on remarque en eux pendant le cours de leur vie, & qu'à
ces deux égards ils tiennent beaucoup plus de leurs
nourrices que de leurs mères. (Vid. Sylvius do.
tract. Morb. infant.) On doit donc préférer
parmi les nourrices celles dont le tempérament
& les qualités morales parailtent le plus avantageux. Il sapt ensui te faire en sorte que l'âgé
sucent avec le lait qui les nourrit, le tempérament aussi bien que les inclinations qu'on remarque en eux pendant le cours de leur vie, & qu'à
ces deux égards ils tiennent beaucoup plus de leurs
nourrices que de leurs mères. (Vid. Sylvius do.
tract. Morb. infant.) On doit donc préférer
parmi les nourrices celles dont le tempérament
& les qualités morales parailtent le plus avantageux. Il sapt ensui te faire en sorte que l'âgé --- Page 84 ---
'( 68.) de la nourrice foit proportionné à celui de l'ensant qu'elle doit alaiter ; c'est - à - dire qu'une
nourrice nouvellement accouchée convient mieux
il un enfant né nouvellement que celle qui seroit
deja ancienne. On peut, à la rigueur , remédier
juLlu'à un certain point à ce petit inconvénient,
en proportionnant la nature des alimens qu'on
donne à la nourrice aux forces de l'enfunt , &
en rendant leur nourriture un peu plus aqueuse:
mais c'est ce qu'on ne fait pas & qu'on n'obfervera peut-être pas. Il peut néanmoins résulter de
cette seule cause une constipation douloureuse
pour l'enfant j qui doit occasionner des accidens
fâcheux; surtout si elle venait à avoir lieu dans
le moment de la dentition où il est si essentiel
qu'ils aient le ventre libre : eu égard à la facilité
avec laquelle les humeurs se portent vere la tête
dans le premier âge de la vie. Lors donc qu'on
s'apperçoit d'une trop grande constipation chez
les enfans, & que vu l'ancienneté de la nourrice,
le lait, en serait trop épais ou trop conflfbnt ,
on ne doit point négliger de donner à celle-ci
quelque boisson ou titane émolliente & rafraichiiiante & même un peu laxative, telle que
celle de pied de poule, de fleurs de raquette ou
de mauve, le petit lait, &c. Si ces moyens ne suffiaient pas, il conviendrait de donner une nouvelle nourrice plus jeune & dont le lait Fut moins --- Page 85 ---
(6, y E iij ancien, puisque c'en le plus efficace dé tous",
lor{qu'on a intention de tempérer la fièvre chez
les enfans & de les rasraicI1ir.Ir convient donc pour
plus grande fûreté3de choisir desnourriçesd'un âge
proportionné à celui de l'enfant. Il ne ferait pas
moins important aussi qu'on fit plus d'attention
au régime qu'il convient de pcefcrire aux nourrices. Gorgées ordinairement d'hne abondante
quantité d'alimens de différente qualité & ' to'tis,
tres-succulens, & menant une vie oisive & nonchalante comment p"eut-on se figurer que la
digestion en soit bien faite , que se chile qui
doit procurer ce lait dont on a besoin , puiiï©
être suffi{ament élaboré & avoir les propriétés
requises ? Cela n'est gueres possible. Doit-on
ensuite être étonné que les jeunes créoles soient
si fréquemment malades pendant leur alaitemen.tr
& qu'il en pé"risse plu fleuri, lorsque les accidens
de la dentition sont compliqués- de pareilles
causes? Je ne veux d'autre preuve de ce que
j avance, que la comparaison que chacun peut
faire entre tes nourriJfcms. blancs & ceux de couleur ; pourvu- toutefois que les- meres de ces
derniers ne soient afFe&ées d'aucun vice, ni dans
le cas de. leur nuire par teur libertinagé- ou par
leur inconduite. On verra' que chez celles ci lw
nourriture consiste en vivres de terre 5 ou lé--
gumes , la plupart peu focculens & btfeites
j avance, que la comparaison que chacun peut
faire entre tes nourriJfcms. blancs & ceux de couleur ; pourvu- toutefois que les- meres de ces
derniers ne soient afFe&ées d'aucun vice, ni dans
le cas de. leur nuire par teur libertinagé- ou par
leur inconduite. On verra' que chez celles ci lw
nourriture consiste en vivres de terre 5 ou lé--
gumes , la plupart peu focculens & btfeites --- Page 86 ---
(70) ' font néanmoins à même de satissaire à la doubleobligation de nourrir leurs enfans, & de travailler
du matin au soir, la ¡hoiie ou la serpe à la main,
Leurs nourrissons en sont-ils moins forts, moins
robustes & plus Couvent malades? Il n'est personne qui ne puisse appercevoir le contraire.
Qu'on soit donc convaincu que la méthode op_.
posée est préjudiciable , & qu'il conviendrait que
les alimens qu'on donne aux nourrices des en-r
sans blancs, fussent moins succulens , moins abondans ; ou que du moins , si l'on veut que la
digestion en soit mieux faite, il serait à propos qu'on leur fît faire un peu plus d'exercice
qu'elles n'en font. - On alléguera peutrêtre que lorsque les nourrices des enfans blancs ont le leur à nourrir en
même tems; il est alors absolument nécessaire
qu'elles, prennent une plus grande quantité d'alimens. Je crois qu'il est assez inutile d'observer;
qu'il serait plus à propos qu'elles n'en alaitassent
qu'un , puisqu'on ne peut point doubler en même
tems la propriété des organes digestiss a & qu'il
arrivera souvent que l'enfant blanc n'aura pas la'
préférence sur le leur, quoiqu'il leur soit expres-.
ment recommandé. C'en: pourquoi l'on préfère
fivec raison les nourrices dont les enfans sont
morts, mais dont la cause ne doit laisser aucun
fQupçon désayantageux. à- la mçre. Comme go
\h 8 --- Page 87 ---
( 71 y ■. Eiv n'a pas toujours la liberté du choix & quTon efè
assez souvent obligé de faire allaiter deux en";'
sans par la même nourrice ; est- on autorisé à
leur donner une nourriture excessive & aufll
abondante que celle qu'on leur' procure l Il est
sans doute à propos qu'elle soit plus copieuse
un peu plus nourrissante , mais il est encore plus.
important quelles soient privées des alimens qui
font les plus succulens & surtout qui font les plus.
ragoutans. Alors les nourrices se borneront pour
ainsi dire d'elles mêmes à la quantité convenable , dès que leur appétit ne sera plus excita
par des apprêts qui doivent, en flatant leur goût,;
les porter à en user avec excès , par le peu.
d habitude qu'elles ont d'en prendre de femblables. , Au reste , comme il ne serait pas moins con--.
séquens de tomber dans un excès contraire à ce~
lui que je blâme, & que les en tana fuirent. privés,
d'une nourriture suffisanie ; on pourra connaître,
s ils sont convenablement nourris,si l'on voit qu'ils:
urinent & vont à la selle allez fréquemment 2 que:
leur corps & leur chair ne soient ni maigres ni
flasques, & que s'ils crient ou se plaignent souVent 3 on ne les appaisera pas facilement eii,
leur donnant à téter , comme on l'observe chess.
ceux qui ne crient que par besoin d'alimenté
nt. privés,
d'une nourriture suffisanie ; on pourra connaître,
s ils sont convenablement nourris,si l'on voit qu'ils:
urinent & vont à la selle allez fréquemment 2 que:
leur corps & leur chair ne soient ni maigres ni
flasques, & que s'ils crient ou se plaignent souVent 3 on ne les appaisera pas facilement eii,
leur donnant à téter , comme on l'observe chess.
ceux qui ne crient que par besoin d'alimenté --- Page 88 ---
(72) J'en ai vû plusieurs parmi ceux-ci, qui quok
que jeunes encore , prenaient avec une certaine
avidité la soupe ou la panade qu'on leur présen-i
tait : j'avais alors tout lieu de croire, ou que la
qualité du lait de leur nourrice ne leur conveDait point , pu que la quantité n'en était pas
suffisante, & qu'il était à propos de les sevrer ou
de les changer de nourrice ; à moins que cet
inconvénient n'eût pour cause la difficulté que
les enfans éprouvent quelquefois , à extraire le
lait du sein de leur nourrice par la succion. On
sçait que dans le moment de la dentition l'ex"!
trême serisibilité de leurs gencives, par la forte
tendon qu'elles éprouvent, peut y contribuer,
& que la douleur qu'ils y ressentent lorsqu'ils
veulent saisir le mamelon, contribue singuliere-I
ment à la répugnance qu'ils témoignent alors à
téter leur nourrice , & qu'il faudrait bien se garr
der de confondre ce cas-ci avec le précédent.
Je me contenterai d'observer qu'il est de la plus
grande importance de procurer en ces momens
une certaine liberté du ventre à ces jeunes individus , si elle n'a pas lieu naturellement , en
faisant prendre à leurs nourrices quelques boitsons un peu laxatives , telles que le' petit lait ,
la tisane de feuilles ou fleurs de caneficier, &
méme des pqrgatifs un peu plus adifs , si ceux-ci
n'étaient pas suffisans. --- Page 89 ---
(73) Il est une autre observatlon à faire & qú'il
.est à propos de déterminer , relativement au
tems qu'il convient de laisser les enfans en nourrice. On a raison de se régler ordinairement sur
Jes progrès de la dentition1 & d'attendre qu'elle
soit faite avant de sevrer les nourrissons. cependant
pour peu qu'on s'apperçut qu'un enfant ferait mal
nourri & qu'on aurait à craindre les suites de l'inconduite des nourrices, dont la plupart, dans nQs
îles , sont sort libertines &. très-impatientes au bout
d'un certain tems de privation; surtout sur les habitations O11 le bon ordre n'est pas trop bien- établi; je pente qu'il conviendrait de ne pas trop
tarder } & qu'en sévrant les enfans à 11 &
même 12 mois , lorsqu'ils ont été bien nourris
jusqu'à ce moment, on ferait souvent mieux que
de tarder davantage. J'en ai fait sevrer plusieurs
au bout de ce terme, sur de simples soupçons
contre leurs nourrices, & d'autres fois même plutôt , sur la certitude que j'avais de la mauvaise
qualité de leur lait, sans qu'il en ait résulté aucun mauvais effet. C'est: d'ailleurs le seul parti
qu'il y ait à prendre dans ce dernier cas & le
plus convenable , à moins que les enfans ne
fussent encore très-jeunes ou d'une constitution
trop délicate, pour pouvoir digérer toute autre
nourriture que le lait d'une nourrice. Dans ce
(dgriuç/ ças il ferait indispensable d'en substituer
sur la certitude que j'avais de la mauvaise
qualité de leur lait, sans qu'il en ait résulté aucun mauvais effet. C'est: d'ailleurs le seul parti
qu'il y ait à prendre dans ce dernier cas & le
plus convenable , à moins que les enfans ne
fussent encore très-jeunes ou d'une constitution
trop délicate, pour pouvoir digérer toute autre
nourriture que le lait d'une nourrice. Dans ce
(dgriuç/ ças il ferait indispensable d'en substituer --- Page 90 ---
(74) une nouvelle à celle que l'on croirait pouvoir
être en droit de soupçonner de donner de mauvais lait. Tel est celui des nourrices qui communiquent librement avec leurs maris, mais surtout
celui de celles qui deviennent enceintes , & que
je regarde comme toujours préjudiciable au nourijjbn, qui en est alimenté. Je pourrais citer à
ce sujet nombre d exemples qui m'ont bien convaincu de cette vérité , mais je m'en dispenserai
pour recommander de ne jamais oublier , que
t'est souvent de l'alaitement que dépend la force
& la vigueur du tempérament, & comme je l'ai
déjà dit, partie des facultés physiques & morales.
"• La maniéré dont on conduit les enfans lorsqu'ils sont sevrés, m'a également parû d'autant
plus défedueuse, qu'il est très-rare qu'on ait les
attentions convenables dans le choix des alimens qu'on leur donne & qu'on les proportionne^
quant à la quantité, à la force de leur petit estomac. Il convient de ne leur donner alors que
ceux qui sont pour ainsi dire à moitié digérés x
du moins de très-facile digestion , dans les premiers tems surtout où l'on vient de les sevrer. La -
soupe ou la panade sont ce qui leur convient le
mieux. Pour bien préparer cette dernière , il faut
faire bouillir le pain dans l'eau jusqu'à ce qu'il
soit entièrement fondu & commence à prendre.
une certaine consistançe qu'on diminue ensuitè: --- Page 91 ---
(15) en f délayant une certaine quantité de lait crud
de préférence au lait cuit. On a par ce moyen
une nourriture très-convenable & presque suffisante, pourvû qu'on ait l'attention de donner de
tems en teros quelque soupe ou bouillie semblable, à laquelle au lieu de lait on aura eu l'attention d'ajouter du bouillon. Cette attention est
encore plus essentielle , si des excrémens verdâtres , ou autres signes propres à faire connaître l'ascescence des humeurs à laquelle les ensans sont fort sujets , en démontraient l'utilité. Si
loin d'avoir de semblables attentions on se permet de donner à des enfans encore trop jeunes»'
des alimens trop consistans avant qu'ils puissent
les mâcher, ainsi qu'on le pratique ordinairement'
surtout pour les jeunes esclaves, on ne sera plus1
surpris qu il en résulte si souvent de mauvaises
digestions, dont ils sont plus ou moins incom-'
rnodés , quoique les dévoyemens que la natureprovoque alors si à propos, leur soient assez favorables. On ne doit point ignorer que la nutrition ne sçaurait avoir lieu que tout autant qu'on
digère les alimens qu'on prend, & qu'il est conséquemmel1t de la plus grande importance de ne
donner à des enfans aussi jeunes , que ceux qui
ne sont pas au-dessus des forces de leureftomac,
& qu 'on ne doit commencer à leur en accorder
ç'un peu consistans que par gradation & propor-
ique les dévoyemens que la natureprovoque alors si à propos, leur soient assez favorables. On ne doit point ignorer que la nutrition ne sçaurait avoir lieu que tout autant qu'on
digère les alimens qu'on prend, & qu'il est conséquemmel1t de la plus grande importance de ne
donner à des enfans aussi jeunes , que ceux qui
ne sont pas au-dessus des forces de leureftomac,
& qu 'on ne doit commencer à leur en accorder
ç'un peu consistans que par gradation & propor- --- Page 92 ---
(76) tionnement a leur force , leur âge & furtout%ur
constitution. Si cette observation peut être appliquée aux jeunes créoles blancs, elle est bien plus
relative encore aux petits enclaves , dont les
pères & mères sont de la plus grande indifférence ou ignorance à cet égard , & n'ont ordinairement d'autres alimens à donner à leurs
encans, si jeunes qu'ils soient, que ceux dont ils
se nourrissent eux-mêmes. Doit-on ensuite être
étonné que ces jeunes infortunés en soient souvent incommodés , ou que n'étant pas suffisarnent
nourris , vu les fréquentes indigestions qu'ils
éprouvent, ils soient portés à manger indifHnctement tout ce qui tombe feus leur main & qui
doit conséquemment leur être encore plus préjudiciable ? J 'ai si souvent été témoin des trilles & cruels
effets de la négligence des propriétaires à veiller
sur ce point d'adminiitration , que je ne scaurais
trop recommander d'y porter la plus grande attention , & j'ose les assurer que s'ils prenaient
tous, le parti de faire nourrir leurs négrillons sous
leurs yeux, comme le font quelques-uns, & d&
les faire garder par un sujet âgé & bien raisonnable , pendant que les pères & mères sont au
travail , on n'en perdrait pas autant qu'on en
perd. Ce ne fut qu'après avoir usé d'un pareit
expédient sur une habitation que je voyais nou' --- Page 93 ---
(77) veHement & où l'on avait perdu en peu de tems
12 à 15- de ces jeunes sujets , dont l'ouverture
manifestait bien clairement que la cause de leur.
mort devait être attribuée à la 1J1auvaise nourriture , qu'on parvint à remédier à ces nombreuses
mortalités. Si les jeunes créoles blancs ne sont pas aussi
exposés que les jeunes enclaves aux fuites qui
peuvent résulter d'une nourriture trop constante , ils le sont beaucoup plus à celles que
peuvent occasionner la qualité & la quantité de
celle qu'on leur fournit. Loin d'être la plus simple
possible, comme il conviendrait qu'elle fut, elle
est ordinairement très-variée & préjudiciable, &
le devient encore plus , par le peu d'attention
qu'on a de laisser un intervalle suffisant pour que
les alimens qu'un enfant a pris peu de tems auparavant, soient digérés avant de lui en donner
de nouveaux; comment ne conçoit-on pas que
la digestion de ceux qui succédent peu de tems
après, doit nécessairement troubler celle qui est
déjà commencée ? Ces observations paraîtront
peut-être minutieuses, mais qu'on examine avec
un peu d'attention le petit nombre d'enfans auxquels elles ne sont pas relatives, on verra qu'elles
ne sont pas déplacées. L'excès contraire ou oppose 3 en ce genre comme en tout autre, serait
sans doute très-blâmable & il y aurait même à
ne conçoit-on pas que
la digestion de ceux qui succédent peu de tems
après, doit nécessairement troubler celle qui est
déjà commencée ? Ces observations paraîtront
peut-être minutieuses, mais qu'on examine avec
un peu d'attention le petit nombre d'enfans auxquels elles ne sont pas relatives, on verra qu'elles
ne sont pas déplacées. L'excès contraire ou oppose 3 en ce genre comme en tout autre, serait
sans doute très-blâmable & il y aurait même à --- Page 94 ---
(78) craindre de ne pas accorder une nourriture suffisante aux enfans, qui comme on sçait digèrent
fort rapidement, si on voulait leur régler les alimens trop stridement , attendu qu'il en est qui
ont besoin d'une nourriture plus copieuse que -
d'autres 3 eu égard à leur constitution ou à l'exercice qu'ils prennent : mais on évitera facilement
cet inconvénient en accordant aux enfans qui
demandent à manger , hors les quatre repas
qu'on leur fera faire, des alimens qui ne flatent
point leur goût & qui puissent néanmoins les
nourrir. Ils s'en contenteront si le besoin les porte
à demander , tandis qu'ils les refuseront s'ils ne
sont pas nécessaires & qu'ils n'aient voulu contenter que leur fantaisie. Il me reste à blâmer la mauvaise habitude qu'on
a de donner de la viande aux enfans dans leur
bas âge, & d'observer que c'est souvent de cette
cause que proviennent les maladies dont ils sont
incommodés. Je ne crois pas cependant que cette
espèce de nourriture leur soit toujours essentiellement contraire & qu'il faille les en priver entièrement , îorsqu'ils la désirent & la prennent
avec une certaine avidité qui souvent leur est
comme naturelle , & prouve qu'elle leur convient quelquefois ; mais il sera toujours essentiel
de la leur accorder sous une forme convenable
.& de préférer le suc des viandes ou les sausses, --- Page 95 ---
(79) çûtfime pouvant être plus facilement digérées,
que la viande en subÛance qu'ils n'ont pas feulement la facilité de mâcher & qui conféquemment ne peut que leur nuire. Ayant exposé quelques - unes des causes qui
peuvent altérer la constitution ou enlever une
partie des créoles dans leur,enfance; les différens
excès auxquels ils se livrent ordinairement dès
leur premiere jeuiie-ffe , vont nous rendre raison
d'une maniere évidente de la médiocre santé de
la plupart d'entr'eux , & que s'il en est beaucoup
qui succombent avant d'atteindre [à un âge un
peu avancé, ce n'est pas sans qu'ils y aient <lmplement contribué en se livrant à ces mêmes excès. On voit en effet que les uns s'épuisent par
des veilles immodérées ou par 'des fatigues exceflfives, tandis que d'autres mènent une vie sédentaire & oisive dans le moment même où les
excès de bouche auxquels ils s'abandonnent rendent l'exercice si nécessaire , & qu'en Un le plus
grand nombre travaille à sa dess:rucrion par des
excès d'un autre genre & qui sont d'autant plus
dangereux qu'ils influent directement sur le principe de la vie : alors la constitution commence
à s'affaiblir ; l'état de langueur qui succéde ,
n annonce que trop que le mal fait de nouveaux
progrès : bientôt les obstrudions qui se manifeftent & que l'altération & la dissolution des. hu-
rendent l'exercice si nécessaire , & qu'en Un le plus
grand nombre travaille à sa dess:rucrion par des
excès d'un autre genre & qui sont d'autant plus
dangereux qu'ils influent directement sur le principe de la vie : alors la constitution commence
à s'affaiblir ; l'état de langueur qui succéde ,
n annonce que trop que le mal fait de nouveaux
progrès : bientôt les obstrudions qui se manifeftent & que l'altération & la dissolution des. hu- --- Page 96 ---
(§0) meurs suivent d'assez près, en démontrent tellement le danger , que les forces de la nature
étant prefqu anéanties , les remedes n'ont que
peu ou point d'efficacité ; aussi , le plus souvent,
ces états sont-ils incurables. Telles seront les suites qu'on doit appréhender -
lorsqu'on se livrera à des excès qui ne peuvent
qu'être préjudiciables en tous lieux, mais qui le
sont d- autant plus à Saint Domingue que les influences du climat tendent à produire les mêmes
effets, pour peu qu'on s'écarte des limites convenables. Mais il est si peu de personnes, tant
parmi les créoles, que parmi les européens créolisés ou même un peu anciens, qui ne soient
à cet égard plus ou moins. répréhensibles &
dont la santé ne soit pas plus ou moins altérée ,
que ce n'est pas sans raison que l'on y regarde
la saignée , dans lé traitement des maladies ,
comme un secours généralement dangereux &
auquel on ne doit avoir recours qu'avec beaucoup de circonspedion. Il est aisé de concevoir
que lorsque. la constitution tend vers un
état d'appauvrissement, les saignées ne pourraient
.. qu'aggraver cet état fâcheux, qu'elles seront absolumentcontre-indiquées & qu'on aura raison de les
prôscrire. Mais comme il est des cas d'une
nature différente , où ce secours peut convenir,
tandis qu'on y a recours assez légèrement dans
d'autres --- Page 97 ---
(81) F d'autres où il est inutile & peut nuire ; j'ai cru
devoir entrer clans quelque détail à ce sujet f
afin qu'il soit plus facile de les difUnguer &
d'éviter des accidens qui n'arrivent que trop sréquemment. On connaîtra sacilement l'appauvridement ces
humeurs & de la constitution dont j'ai parlé, &
qui contre-indique éminemment îa saignée , à la
pâleur du visage & de la peau de toute l'habitude du corps (i), à l'état de faibIefTe du corps
& à la fatigue qu'on ressent au moindre exercice ;
la connaissance que l'on aura que les sujets ont
éprouvé des maladies longues ou fréquentes,
sur-tout de celles qui sont suivies ou accompagnées d'enflure générale ou particulière , doit (1) Il faut cependant sçavoir que quelquefois la.
peau semble fortement colorée & haute en couleur ,
I quoiqu'il y ait appauvriffemenr du sang & que la saigrée soit contre-indiquée , comme on le voit dans
certaines affections (corDutiques ; mais en examinant
avec attention , on verra que mtte couleur n'est point
uniforme comme dans l'état de santé , & qu'elle provient de la trop grarde ténuité du sang qui circule
dins les vaisseaux les plus cutanés y colore certaines •
parties pius que les autres > à travers lesquelles il
semble s'extravaser & y former comme des taches plus
ou moins étendues.
igrée soit contre-indiquée , comme on le voit dans
certaines affections (corDutiques ; mais en examinant
avec attention , on verra que mtte couleur n'est point
uniforme comme dans l'état de santé , & qu'elle provient de la trop grarde ténuité du sang qui circule
dins les vaisseaux les plus cutanés y colore certaines •
parties pius que les autres > à travers lesquelles il
semble s'extravaser & y former comme des taches plus
ou moins étendues. --- Page 98 ---
( 82) faire renoncer à la saignée, de même que dans
le cas où le pouls , au lieu d'être vif, plein e
dur, comme il l'cst quand la saignée est indiquée, se trouve petit, flasque t'x. lent. Il convient également de se dispenser de ce genre de
iecours , même dans les maladies qui l'indiquent,
quoique la constitution des sujets le permette
si leur cas n'étant pas urgent, on peut espérer
de rétablir le calme qu'on desire , par une diette
légere & humeéfonte , par des boissons tempérantes & raf,-,iichissa-,ites , par les bains ou autres
moyens semblables, qui, comme on sait, suppléent
en partie aux effets de la saignée. Toutes ces
considérations doivent faire sentir que quand on
y a reèours il ne faut l'employer qu'avec beaucoup
de ménagement, & qu'on ne doit jamais oublier
qu'elle affaiblit les forces vitales sur louquelles la
-nature ne peut aider l'aétion des remèdes , ni
s'opposer aux progrès des maladies ; d'où nous
pourrons conclure que c'ePc fort mala-propos
qu'on a recours à la saignée pour des chÚtes légeres ou pour des ophtalmies peu vio'entes , ainsi
que dans le cas de gro/Teiïè sans apparences de -
pléthore ? comme on le pratique journellement.
Si nous ajoutons que la plupart des fievres qu'on
éprouve à Saint Domingue sont bilieuses , ou faburrhales, ou. putrides, & que dans ces cas la
saignés elt généralement contre-indiquée; on v~rra.. --- Page 99 ---
(H) F ij que ce n'efi: pas sans raisons qu'on a dit, quoique
un peu trop généralement, qU'Qil devait s'en
abflenir entièrement. Il est aisé de sentir que si l'on doit être beaucoup
réservé dans remploi des lignées, à l'égard de
ceux qui font dans le cas d'uscr d'une nourriture succulente ou de ne pas Elite des exercices
bien forcés, comme sont la plupart des personnes
aisées (Y.; C> même beaucoup de blancs en général;
cette réserve est encore plus essentielle à l'égard
des nègres, qui, comme on sçait, se nourrissent
d alimens peu succulents, souvent de mauvaise'
qualité, en mefoe-tems qu'ils sont dans le cas
de s 'épuitèr par les travaux forcés auxquels on
les emploie, ou par les excès auxquels ils se livrant.
Aulli sont-ils aisez généralement atteints d'une
faiûleiîe radicale de c0l111itL1tion , qui explique. *
allez facilement pourquoi la plupart vieillident
si promptement, ne peuvent point supporter sans
danger de nombreuses saignées ni de grandes évacuations , sans avoir besoin d'être soutenus par
une nourriture {ufECmte, & qu'ils recherchent êc
défirent ordinairement, même dans les derniers
momens de leur exislance } çomme je l'ai maintesois éprouvé. s ,
En in(jfbnt autànt que je l'ai fait sur la réserve
avec laquelle on doit avoir recours aux saignées
à Saint Domingue, & du tort qu'ont quelques-'
peuvent point supporter sans
danger de nombreuses saignées ni de grandes évacuations , sans avoir besoin d'être soutenus par
une nourriture {ufECmte, & qu'ils recherchent êc
défirent ordinairement, même dans les derniers
momens de leur exislance } çomme je l'ai maintesois éprouvé. s ,
En in(jfbnt autànt que je l'ai fait sur la réserve
avec laquelle on doit avoir recours aux saignées
à Saint Domingue, & du tort qu'ont quelques-' --- Page 100 ---
(84) 1 uns. d'y répandre. le sang avec trop de facilité,
je dois observer aufH qu'il en est d'autres qui
pêchent par un excès contraire en s'en abstenant
totalement, pui[qu'il est des cccasions où ce moyen
peut être avantageux & même indispensable. Il
luffirait de remarquer que les cas totalement opposes ou difFérens de ceux dont je viens de parler , permettent qu'on y ait recours & qu'on ne
peut s'en dispenser dans les maladies ciîentiellement inflammatoires , sur-tout chez les jeunes-
- gens ou les adultes d'un tempérament sanguin &
plethorique. Pour en appercevoir l'utilité dans
ces -circonf-lances, comme les apparences d'inflammation peuvent induire à erreur, & qu'il est trèsimportant & difficile de bien distinguer un état
vraiment inflammatoire de celui qui n'en a que
l'apparence, & qu'on n'est pas toujours à portée
de consulter des personnes de Fart ; je finirai
par remarquer que l'inspe&ion du sang pendant
& après la premiere saignée , peut souvent sour-
-nir le moyen de distinguer ces deux cas , ou du
moins, de prévenir les erreurs les plus graves
qu'on pourrait commettre si l'on s'avisait de la
réitérer sans y.avoir égard. Il s'agira donc, si
l'on s'en: décidé d'en venir à cette premiere sai -
g-nêe , d'après lVofQnte des signes qui la contreind:quent dont j'ai parlé plus haut, & d'après
une apparence d'état inflammatoire ? d'examiner --- Page 101 ---
*
(8;) F iii attentivement le fang qu'on a retiré. Si l'on voit
qu'il manifeste à la surface, peu de tems. après:
qu'il a été extrait, une croûte ferme & grisâtre , qu'il se coagule promptement en présentant
une certaine consistance , sans que sà couleur
toit altérée, & qu'il reste quelque-tems ainsi coagulé avant que la sérosité s'en sépare, il y
lieu de préiiimer que la saignée était indiqu^^'
sur-tout si la sérosité étant- entièrement sén&fjSe ,
n'est pas abondante; on pourrait même é&rss;ikc^
permettre de la répéter si les accidens qui'ont
porté à l'employer persistaient : si au contràité le sang qu'on aura recueilli & laissé reposer, reste
longtems à se prendre ou à se coaguler & ne le
fait que mollement ; si la sérosité s'en sépara
promptement & est abondante j & enfin si la
couleur du sang au lieu d'être d'un rouge vif fit
foncé, présente celle d'un rouge pâle ; alors il
faut bien se garder de réitérer la saignée, puir.
- qu'il y aurait apparence que la premiere même
serait assez déplacée & de trop. Il fera donc prudent de ne pas faire copieuse cette premiere fei->
gnée pour peu qu'on doute de son efficacité
& qu'elle soit bien indiquée , quitte par la répéter lorsqu'on sera dans le cas d'agir avec un:
peu plus de certitude. En examinant avec soin.
de quelle manicre les premieres gouttes de sang
QUJ sortent de la: veine tachent le linge QU la
'il y aurait apparence que la premiere même
serait assez déplacée & de trop. Il fera donc prudent de ne pas faire copieuse cette premiere fei->
gnée pour peu qu'on doute de son efficacité
& qu'elle soit bien indiquée , quitte par la répéter lorsqu'on sera dans le cas d'agir avec un:
peu plus de certitude. En examinant avec soin.
de quelle manicre les premieres gouttes de sang
QUJ sortent de la: veine tachent le linge QU la --- Page 102 ---
[texte_manquant] jâme de la lancette, on peut juger de sa qualité & de sà nature , pour peu qu'on s'en sbit
fait l habitude , attendu que le sang est moins vif
:quand il est. appauvri & que le fond de la tache
1Jue fait chaque goutte de sang sur la lame de
la lancette,. ou plus sensiblement encore sur le
linge ,. présente dans sa circonférence un disque
jaunâtre ou d'un rouge très pâle, qui, de même
que le centre } offre une infinité de petits points
beaucoup plus rouges, comme sabloneux. Ce dernier phenomene est encore plus sensible sur la
lame de la lancette , ou si l'on a laissé partir le
premier jet du sang sur une assiette vernissée. Quelque essentielle que me paraisse la nature
du sang } pour déterminer avec une certaine préci cion quels sont les cas où l'on doit être plus ou
moins reservé à.le répandre ; comme ces signes
ne sont pas toujours constans , ainsi que l'ont
prouve plusieurs Auteurs, & notamment le célebrec de Haën , j'ajouterai qu'on ne doit jamais
se permettre de faire de nombreuses saignées ,
que quand toutes les autres prtuves s'y trouvent réunies , & que même l'on fera toujours
mieux de s-adresser en pareil cas à des personnes
de l'art, eu égard à l'importance dont il est de
ne répandre qu'avec bien de précaution fluide
(f|ont dépend la force & la vie des animaux. Il n"çsl, pas hors de propos d'observer cjue quo4w --- Page 103 ---
(h) F iv que les remarques que nous venons de faire puis
sent être relatives à quelques femmes dont le
genre de vie & l.à const)tution seraient a peu
près les mêmes que ceux que nous avons reconnu
à la plupart des hommes , elles ne conviennent
point au plus grand nombre , puisqu'elles j-ouiflent
allez généralement d'une meilleure (an-té , le climat leur étant moins contraire; ou plutôt) parce
/ qu'elles sont moins exposées à ses influences 8c
s'y hâtent moins de vivre. Aussî. croyons-nous
* pouvoir avancer que , quoiqÙ'il faille être à. leurégard un peu. plus rélervé qu'en France sur la?
saignéc, & que quelques Auteurs en aient blâme
l'usage dans les pays chauds pendant leur grofsesTe, elle nous a paru souvent salutaiE© .&, mêmeindispensable dans les derniers mois, sur.- tout
à celles qui, jouissant d'une bonne santé, étaient
un peu pléthoriques & Ce trouvaient approcher dur
terme de leur grofxelîè dans les plus fortes chaleurs de l'année : je' me fuis convaincu qu'il étoit
quelquefois à propos de répéter la,saignée en pareilles circonstances , & que les. choses n'en allaient que mieux,, Il importe néanmoins d'observer que ces saignées doivent être faites de prête'
. rence dans les cinquième sixieme-" huitième
mois de leur grossessè i, & -,,qu'oa doit s'éloigner
le plus qu'il ectpouible de la -période; à laquelle
elles avaient coutume d'être réglées : ca-r faute de
quelquefois à propos de répéter la,saignée en pareilles circonstances , & que les. choses n'en allaient que mieux,, Il importe néanmoins d'observer que ces saignées doivent être faites de prête'
. rence dans les cinquième sixieme-" huitième
mois de leur grossessè i, & -,,qu'oa doit s'éloigner
le plus qu'il ectpouible de la -période; à laquelle
elles avaient coutume d'être réglées : ca-r faute de --- Page 104 ---
CS8) cette précaution la saignée pourvoit occasionner
quelque accident, On observera peut-être , ainsi que j'ai eu occasion de le voir, que parmi les négresses il en est
qui feraient assez embarrassées pour répondre
3vec precision aux qudlions qu'on voudrait leur
saire à ce sujet , que le plus grand nombre n'y
répondiait que d une maniere fort obscure, &
çonséquemment que la précaution dont je parle
f st assez inutile : j en conviens. Mais alors on pourra
se régler sur les résultats de l'observation géné-r*
raie que, depuis l âge de 14 ju(qu'à 2Q à 2 y ans,
1 évacuation périodique a lieu durant la nouvelle
lune; que depuis 20 à 2f , jufquà 30 ou 3y,
c est vers la pleine lune, & que depuis 30 à
jusqu -'à 4Q ou qy , elles sont réglées durant le
dernier quartier. De sorte qu'en divisant le tems,
durant lequel les menstrues peuvent avoir lieu ,
& le comparant avec les périodes lunaires , on
peut à peu près deviner quel est celui qui convient le plus généralement à chaque âge (1). Je dois même dire en payant que l'observa- (0 Luna velus vdtulcis , juveum nova [ana ttpitrgût*
Il n: faut pas cependant regarder cette régle comme eles
j>lus sures , aulîî ne la conseillons - nous que faute dç
p^ivoir se procurer des e'clairçilTçmens moins doyiens» --- Page 105 ---
(,Q, .) tion que je viens de faire est non-seuîement efsentie]Je !orsqu il s agit d'administrer les saignées
convenables vers les derniers tems de la grossesse,
mais même qu 'il feroit à désirer que toutes les
femmes qui sont nouvellement enceintes évitafsent avec soin 5 dans le tems qui répond à celui
où elles avoient coutume d'être réglées, tout ce
qui petit ajouter a cette prôpension naturelle qu'a
le sang à se porter vers la matrice à cette époque ; elles éviteraient souvent par cette attention,
des avortemens qui ne sont que trop fréquens,
sur-tout lorsqu elles sont d'un tempérament vif
& sanguin, Les signes qui indiquent que la sai^rîée est néceŒÚre dans le huitieme mois de la grossesse, sont
des étourdifsemens, des maux de tête , des oppressions dans la respiration, des engourdi/Iemens
dans les bras: l'on ne doit même pas attendre au
terme de huit mois pour la faire, si ces symptô.
mes se manifestent dès le cinquième ou le sixieme
mois , sur-tout si les sujets sont pléthoriques ;
alors il conviendrait de les saigner de suite & dç,
répéter la même opération vers la fin du huiticme mois , si, la çontinuation des symptômes
paraît l'exiger.
oppressions dans la respiration, des engourdi/Iemens
dans les bras: l'on ne doit même pas attendre au
terme de huit mois pour la faire, si ces symptô.
mes se manifestent dès le cinquième ou le sixieme
mois , sur-tout si les sujets sont pléthoriques ;
alors il conviendrait de les saigner de suite & dç,
répéter la même opération vers la fin du huiticme mois , si, la çontinuation des symptômes
paraît l'exiger. Il peut çepçndant se faire qu'il y ait des femmes qu 'il ne convient pas de saigner, eu égard
S leur tempérament ôc lçur maniéré d'être j mais --- Page 106 ---
/ (go) ces cas sont' beaucoup plus rares que les contraires : j en ai vu qu'il convenait de saigner dès
les premiers mois de leur grossesse, quoique dans
ce moment la saignée Toit avec raison généralement
contre-indiquée; les pertes fréquentes & non-périodiques en peuvent fournir l'indication, mais
ce cas ci étant beaucoup plus délicat 3 il n'appartient qu aux personnes de Fart à s'en mêler. Si l'abus ou le mauvais emploi qu'on fait de
la saignée m'a paru mériter quelques réflexions,
il importe, avant de finir cet article, de dire un
mot touchant la facilité de la majeure partie des labitans à adopter & employer des remèdes nouveaux'
parce qu'on les leur exalte comme des spécifiques
a tous maux. Comment peut-on se figurer qu'il
foit possible qu'un remède qui peut agir efficacement dans quelques cas analogues, puisse opérer également dans ceux qui sont totalement
opposés, & enfin dans tous, comme le prétendent leurs Auteurs : puisque le remede , même
le plus simple, & dont on borne îe plus les propriétés , a besoin d'être différemment modifié à
raison des âges , des semes;, des tempérament,
des climats , de la variation des tems & des saisons,&c. Il est donc de la plus grande imoortance qu'on soit plus circonspect qu'on l'est ordinairement, & qu'on se persuade qu'il ne suffit
pas qu'un remède ait opéré efficacement dans --- Page 107 ---
(pi) quelques cas , pour imaginer qu'il convient dans
d'autres qui peuvent être dans le fond très-différens, quoiqu'ils semblent de même nature lorsqu'on
n'a pas de connoissances suffisant.es pour les bien
apprécier. Il s'ensuit dès-lors des accidens d'autant plus fâcheux, qu'il est rare qu'un remède
qui peut faire du bien lôrsqu'il est employé à
propos , ne fasle pas du mal dans le cas contraire. Ce n'est que parce que j'ai souvent été
témoin de ces fâcheux exemples , que je crois
devoir recommander un peu plus de méfiance1
qu'on en a pour toutes ces admirables recettes,
que les Inventeurs ne manquent pas d'annoncer
commes spécifiques à tout mal, & qu'on devrait
douter plus souvent de l'efficacité des moyens
que la plupart des personnes se permettent de
conseiller à tous propos & avec là plus grande"
securité , quoiqu'elles n'aient point les connoi£
fances nécessaires pour en apprécier les propri étés. C'est ici le cas de se bien persuader que
les efforts de la nature tendent toujours à combattre la cause des maladies auxquelles nous sommes cxpos¿s, & que s'il est des circonstances où
l'art est nécessaire pour -l'exciter ou la modérer,
il en est beaucoup d'autres où elle se suffirait à
elle-même, si les sujets étant favorablement constitués on ne s'avisait de la troubler. N'est-il pas
évident qu'un remède qui ne ferait pas bien indi-
és. C'est ici le cas de se bien persuader que
les efforts de la nature tendent toujours à combattre la cause des maladies auxquelles nous sommes cxpos¿s, & que s'il est des circonstances où
l'art est nécessaire pour -l'exciter ou la modérer,
il en est beaucoup d'autres où elle se suffirait à
elle-même, si les sujets étant favorablement constitués on ne s'avisait de la troubler. N'est-il pas
évident qu'un remède qui ne ferait pas bien indi- --- Page 108 ---
(92) qué-; doit faire du mal dans tous les cas, tandis
que la nature pourrait opérer quelques guérirons'
1 on la laissait agir seule ? Cette seule réflexion doit sufftre, ce me femble3 pour faire juger des inconvéniens que peut avoir lt conduite
que je blâme, & qui sera encore mieux combattue, par ce que dit M, Gilibert, dans les mémoires qu'il a imprimés en 1785" , sur l'énergie
du principe vital , quoiqu'il l'ait un peu trop
exaltée en avançant d'une maniere trop générais
qu'on devait au moins avoir autant de confiance
pour l'efficacité du travail de la nature, que pour
celle des remèdes qui ne sont, dit - il , souvent
que trop douteux. Voici sss propres mots: «Je peux assurer qu'en exposant avec can-
« deur d'une part , l'impuissance de la nature
»» dans plusieurs maladies, & de l'autre les bons
» & mauvais procédés des Ardues qui se glori-
» fient de la dominer ; je pourrais démontrer ,
» qu'à tout considérer, il serait plus avantageux
aux hommes qu'on laissât toujours agir seule
» cette bonne nature; il est vrai que souvent par
» impuissance elle [uccomberait, mais combien
» de malades qu'elle guérirait qui sont souvent
» jugulés par les Artistes qui, ignorant l'espece
35 de maladie qu'ils combattent & l'énergie des
» remedes qu'ils emploient , agissent à peu près
» au hazard. J'ose le dire, les morts seraient en- --- Page 109 ---
'Si ) » core plus nombreux 1i cette bonne nature
*> ne réformait pas souvent les bévues qu'on corn33 met". Cette réflexion de M. Gilibert est sans
doute un peu outrée pour les pays où il écrivait,
mais ce serait encore pfus pour celui de l'Amérique , puisque cette f11ême nature en laquelle il
a tant de confiance y est le plus ordinairement
inadive & insuffisante. Néanmoins , comme ella
mérite tou}ours la plus grande confédération de la
part des Médecins, il est aisé de voir de quelle
importance il est que ceux qui n'ont pas appris
à l'observer, à l'apprécier & à l'interroger , Loient
-plutôt trop réservés que de se permettre de ri(-
quer à la contrarier. Il est aisé de se figurer, d après ces (impies réflexions, de quelle maniéré
on devrait considérer tous ces lemèdes qu'on regarde comme universels , & qu'on employe ou
conseille le plus souvent avec la plus grande | légèreté, & qui, j'ose le dire , feront toujours
plus de mal que de bien , quelque efficaces qu'ils
puiiïènt être dans quelques cas, lorsqu'on en fera
une application trop générale, & qu'elle ne fera pas
faite par des personnes de l'art en état de les bien
distinguer. Tels sont les .effets de la poudre d'Aïliaud, du baume de Lelie.vre, de la difsolution de gomme gayac, ,51,to' &c. dont on a
tant abusé & rnestisé , faute d'avoir sçû distinguer
les cas où ils pouvaient convenir & d'avoir ignoré
la maniéré de les employer.
application trop générale, & qu'elle ne fera pas
faite par des personnes de l'art en état de les bien
distinguer. Tels sont les .effets de la poudre d'Aïliaud, du baume de Lelie.vre, de la difsolution de gomme gayac, ,51,to' &c. dont on a
tant abusé & rnestisé , faute d'avoir sçû distinguer
les cas où ils pouvaient convenir & d'avoir ignoré
la maniéré de les employer. --- Page 110 ---
6mo Section I Ve, Si de tout ce que j'ai dit jusqu'ici on peut en
conclure qu'il cst possible de prévenir quelques
unes des causes qui tendent à altérer la san té ces
blancs , aggraver leurs maladies ou affecter leur
constitution : nous allons prouver, par ce qui
suit, qu'il est_encore plus facile d'obvier à une
infinité de celles qui peuvent nuire aux nègres. L utilité de ces êtres malheureux est aiTcz"
connue je pente pour que chacun puilie juger
combien il est important de s'occuper des moyens
qui peuvent contribuer à les conserver : & l'on
en sentirait encore mieux la nécessité, pour peu
, qu'on sût humain & compatiiTrit, Il l'on fiifiit
attention combien le nombre de ceux qui périment annuellement est considérable. Mais malheureusement la plupart des propriétaires qui
font sensibles à cette trifre vérité , ne se persuadent pas assez qu'il serait pofhble de prévenir
nombre des causes qui peuvent y'donner lieu :
plus malheureusement encore, il en est d'autres
qui ne s'en aiïeâent pour ainsi dire pas , & qui
ne songent à veiller à la santé de ces infortunés
qu'ils excédent, que dans ces tems 'de calamités --- Page 111 ---
(s) ou le produit du travail qu'ils en retirent , ne
peut équivaloir à leur valeur & leur fournir la
sacil .'té d'en acquérir de nouveaux : ce n'esi qu'alors
qu'ils les traitent avec un peu plus de bonté &
d'humanité. Contentons-nous d'observer que les
pertes & les malheurs sont constamment la suite
d'une administration injuste & cruelle, & opposons à ce trille tab!eau celui de ce citoyen ,
ami zélé de l'humanité , qui fut émû quand il
calcula le nombre des infortunés qui périmaient
dans les vaisseaux qui transportent les négres
de l'Affrique dans le nouvcau monde. Senlible à
ce spettable touchant, il consigna en 1772, la
somme de 1200 iiv. pour prix du meilleur mémoire', qui au jugement de l'académie de Bordeaux, indiquerait ce quels seraient les meilleurs
)) moyens pour préserver les négres qu'on tranf-
« porte de i'Affrique dans les Colonies , des
maladies sréquentes & si souvent funestes qu'ils
« éprouvent dans ce trajet. « Il eut été sans doute bien important qu'on
eÚt: satisfait aux vues de l'Académie & aux désirs
du citoyen vertueux qui en avait fourni l'occalion ; mais il n'en'a malheureusement rien été ,
puisque le même prix fut proposé. quelque tems
après par la même compagnie pour un autre:
objet d'utilité. Cependant quand on considere»
les nombreux armemens qui se font pour la côte --- Page 112 ---
- (96) d Affeique , 11 il semble qu'il était afîez facile dô
recueillir des observations très-intérelTantes &
nombreuses sur dissérentes causes qui peuvent
contribuer à ces mortalités qu'on aurait eu le
désir de prévenir; on ne peut donc qu'être étonné
que dans le nombre des premiers chirurgiens des
négriers, dont la plupart sant ordinairement In(-
truits, il n 'y en ait pas eu quelques-uns qui aient
daigné s'occuper d'un objet aussi intéreflknt.
semble qu'il était afîez facile dô
recueillir des observations très-intérelTantes &
nombreuses sur dissérentes causes qui peuvent
contribuer à ces mortalités qu'on aurait eu le
désir de prévenir; on ne peut donc qu'être étonné
que dans le nombre des premiers chirurgiens des
négriers, dont la plupart sant ordinairement In(-
truits, il n 'y en ait pas eu quelques-uns qui aient
daigné s'occuper d'un objet aussi intéreflknt. Je n'ignore pas que depuis qu'on est obligé
d'aller chercher les négres un peu loin dans les
terres, on ne peut éviter de leur faire éprouver
des marches forcées 4 fatiguantes , dont ils sont
quelquefois excédés avant d'être rendus à bord,
& que cette seule circonstance à laquelle il est
peut-être impossible de remédier , doit au moins
fortement contribuer à altérer leur fanté & con-,
tribuer à la mortalité. Néanmoins, ayant observé
que tous les navires qui arrivent à Saint Domingue, dont la traversée & la traite avaient été
courtes , ne portaient ordinairement que des
négres bien portans, qu'ils n'en avaient pas
perdu, du moins que fort peu , depuis leur départ
d'Affrique ; je crois être fondé à. croira que les
plus grands accidens proviennent du (éjour qu'on
fait quelquesois le long d'une côte mal saisie ,
ou de la cruelle situation dans laquelle se trouvent ces malheureux dans la plúpart des navires --- Page 113 ---
( 97 ) , G vires négriers. On sçait qu' ils y sont polir ainsi dire
entassés les uns sur les autres , que l'air qu'ils
y respirent ne peut qu'être très-impur, & que
les alimens dont on les noutrit sont parfois trèsdangereux 4 par leur vétusta & leur maüvai(e
qualité; il serait donc possible de prévenir une
partie des accidens qui en sont ses fuites, si Ion
voulait porter un peu plus d'attention qu on ne
fait à les prévenir. Nombre d'auteurs -se font occupés des différens moyens qui peuvent servir à
, purifier l'air de l'intérieur des Vai fléau* , ainU
que de ceux qui sont propres à prévenir l'altération
des provisions qu'on y charge. Nous nous contenterons d'observer, qu'en joignant aux précautions dont ils ont fait mention , celle d'avoir
moins égard au port des navires qu on expédie ,
qu'à leur marche, de borner la traite de chaque
négrier à une quantité moindre, & de ne partir
que dans la saison la plus convenable ; on pourrait prévenir nombre de ces maladies; que les
négres éprouvent à bord des négriers , & qui
sont dJ autant plus redoutables , que la contagion
qui en esl pour ainsi dire inévitable , rend tou,
jours le nombre des victimes très-multiplié.
d'avoir
moins égard au port des navires qu on expédie ,
qu'à leur marche, de borner la traite de chaque
négrier à une quantité moindre, & de ne partir
que dans la saison la plus convenable ; on pourrait prévenir nombre de ces maladies; que les
négres éprouvent à bord des négriers , & qui
sont dJ autant plus redoutables , que la contagion
qui en esl pour ainsi dire inévitable , rend tou,
jours le nombre des victimes très-multiplié. Quoique la derniere précaution dont je viens
de parler, me paraisse une des plus propres à
prévenir la majeure partie des accidens qu'on
éprouve à bord des négriers , ainsi que se le --- Page 114 ---
CpS) font persuadés les armateurs anglais ; comme il
est vraisemblable que les armateurs Français ne
s'en aviseront que tout autant que leurs intérêts
pourront s'y trouver, & que d'ailleurs en supposant
qu'ils s'y décidaient , plusîeurs autres circonstances peuvent ralentir les expéditions ou la
marche des négriers ; nous n'en serions pas moins
fondés à désirer que les gens de l'art les plus
instruits & qui sont a portée d apprécier quelles
sont les véritables causes des maladies que les
négres peuvent éprouver dans les bâtimens qui
les transportent d'Afrique en Amérique, fuient
dans le cas d'indiquer les meilleurs moyens de
les prévenir ou de remédier à leurs effets. Alors
on pourrait espérer que le nombre de ceux qui
périssent avant d'être arrivés aux Colonies , serait
beaucoup moindre , ainsi que celui de ceux qui
y arrivent affeetés de quelque vice , qu'on ne
craint pas ordinairement de répercuter à l'inftant de leur arrivée & dans le moment qui précéde celui de la vente, lorsqu ils se manifestent
par des symptômes extérieurs, afin de pouvoir
surprendre la bonne foi des acheteurs. N'insif-
• tons pas plus longtems sur un objet qui nous esi
presque étranger , afin de nous occuper de ce
qui nous concerne plus particulièrement & dont
nous pouvons parler avec plus de certitude. A peine les nègres sont-ils arrivés dans ncs --- Page 115 ---
(99) G ij Colonies, qu'ils sont vendus & remis â différent
propriétaires. S 'il est toujours de la plus grande
importance d'être justes & humains à leur égard à
personne ne doit ignorer que c'est encore plus ef-?
senties dans ces premiers inftaos , & qu'il convient
d être complaisant & très-attentif à procurer à
ces malheureux tout ce qui peut contribuer à
les rétablir des fatigues du voyage & leur être.
nécessaire. On commencera donc par les vêtir
d'une maniere convenable ; il sera à propos de
les faire loger & manger ensemble , du moins
pendant quelque tems, si cela se peut & si l'on
a eu plusieurs sujets du même navire , afin de
pouvoir y avoir l'oeil avec plus de facilité , &
qu'ils puissent s'égayer & se consoler mutuellement. Il est même à propos de les distraife par
quelqu'amusement, afin de leur faire oublier leur.
pays & de bannir le chagrin qui les prend quelquefois, lorsqu ils songent à la distance qui les.
sépare de leurs parens & de leur patrie. Celui de
la danse est un de ceux qui leur plaisefct le plus ,
surtout aux Congo , & c'est le plus propre à leur
faire prendre de l'exercice, que-je crois toujours
très-nécessaire pendant ces premiers tcms de leur,
séjour. Les meurs qui en résuîtent sont d'autant
plus avantagcûses qu'elles décident assez fréquemment, les symptômes de quelque vice eu-,
tanné qu'on aurait répercuté, ou des éruptions.
Celui de
la danse est un de ceux qui leur plaisefct le plus ,
surtout aux Congo , & c'est le plus propre à leur
faire prendre de l'exercice, que-je crois toujours
très-nécessaire pendant ces premiers tcms de leur,
séjour. Les meurs qui en résuîtent sont d'autant
plus avantagcûses qu'elles décident assez fréquemment, les symptômes de quelque vice eu-,
tanné qu'on aurait répercuté, ou des éruptions. --- Page 116 ---
( -too ) qui font toujours salutaires en dépurant le sang
des humeurs qui lui sont étrangères & pourraient
être très préjudiciables, si elles étaient retenues
& sj l'on ne les corrigeait par un régime convenable. , Les vivres de terre frais , notamment les bananes, les calalous Faits avec différentes plantes,
comme épinars , pourpier, cresson , feuilles de
patience , d'oreille &c. , aromatisés avec du jus
de citron , doivent constituer leur principale
nourriture. Ces alimens sont très-propres à remédier aux effets qu'a pu opérer le régime auquel on les a tenus pendant la traversée , & à
mitiger même ceux des salaisons que quelques
habitans leur donnent, & dont les nègres bauflales sont afîefc sriands. Cette réflexion doit idire
comprendre qu'il vaudroit mieux 1 ùbfl-;tuer aux
salaisons, de la viande fraîche quani- on le pourra jôu que du moins,' si l'on ne s'en tient pas à un
régime sImplement végétal , comme il me semblerait plus convenable , il faut bien prendre
garde que les salaisons qu'on leur donne scient
de bonne qualité, & que c-e ne soit pas en grande
quantité. Il ne faut pas cependant se figurer, quoique je
considere la nourriture végétale , comme celle
qui convient le plus aux négres nouveaux qu'il
(oit indifférent de les nourrir avec tel ou t{;l vivre --- Page 117 ---
( JOI). G iij de terre indiftinftement, car les patates, auxquelles ils ne sont pas ordinairement habitués,
sont par elles-mêmes trop indigestes d'une nature tellement acescente, qu'elles leur nuiraient
infailliblement si l'on en conirituait la bafe de
leur nourriture, ou si l'on n'avait l'attention d'en
corriger en même tems les qualités , par dest
calaloÕ.ls faits avec des plantes amères & toniques , par le jus de citron mêlé à celui de piment, ou par un peu de viande salée dont Tusage
devient dans ce cas ci comme nécessaire. Il est ordinaire que quelques jours après que
les négres sont arrivés dans les colonies , ils
éprouvent une petite révolution qui provient sans.
doute plutôt 4e la qualité différente des alimens.
qu'ils prennent, ou de la plus grande quantité
qu'on leur en accorde, que des influences du.
climat , qui peut néanmoins y co - opérer %
quoique la différence de celui d'où on les a tirés
ne soit ni bien grande ni essentiellement désavantageuse , puisqu'en général la côte d'Afrique
est plus brûlante & moins salubre que nos colonies. Les effets dexcette révolution ne demandent peut-être pas beaucoup d'attention 1 sen ai
cependant quelquefois vu résulter des diarrhéçsassez rebelles, auxquelles la suppreffton. ou diminution de ta transpiration avaient vraisemblablement
quelque part. C'est pourquoi j ai toujours cou-
ù on les a tirés
ne soit ni bien grande ni essentiellement désavantageuse , puisqu'en général la côte d'Afrique
est plus brûlante & moins salubre que nos colonies. Les effets dexcette révolution ne demandent peut-être pas beaucoup d'attention 1 sen ai
cependant quelquefois vu résulter des diarrhéçsassez rebelles, auxquelles la suppreffton. ou diminution de ta transpiration avaient vraisemblablement
quelque part. C'est pourquoi j ai toujours cou- --- Page 118 ---
- (102) 1 seille d'évacuer les négres nouveaux S à 6 jours
après leur arrivée sur les habitations, en leur fai.,;
fant prendre deux jours de suite & le matin seulement , un pot d'eau de casse , acidulée avec
un peu de jus d'oranges sures 3 & je n'en ai ja...
mais vu que de bons effets, Ces premieres attentions une fois observées , il
convient de ne pas tarder à occuper les nègres
baussâles à quelque travail léger , plutôt pour
les distraire ou entretenir la flexibilité des parties,
leur faire goûter avec plus de iatisfaction le plaisir de la danse & du repos, que dans les vues
de tirer quelque profit de leur service. Il serait
bien déplace de prétendre les employer alors
à des travaux pénibles & de ne pas se persuader
qu'il est important de ne les amener à ce point
& de les faire aller avec l'attelier que par gradation. Je crois même que ceux qui préfèrent
les employer séparément pendant un certain tems,
n'en font que- mieux. Ce n est pas qu'on ne pût
les traiter avec plus de douceur, quoique confondus parmi les anciens, mais ils font alors;
témoins des châtimens que ceux-ci sont quelquefois dans le cas d'éprouver, ôç qui pourraient les
dépiter ou les inquiéter. La plupart des habitans sont ordinairement dans
1 'peage de distribuer après un certain tems leurs
pagres nouveaux aux diffe'reqs sujets de leur ha- --- Page 119 ---
( 103 ) G Lv bitation qui leur en demandent. Ce choix mérite
la plus grande & 'la plus scrupuleuse attention-,
puisqu'il est de la plus grande conséquence de ne
les confier qu'à ceux qui sont dans le cas de leur
donner de bons conseits & un bon exemple, &
sur-tout qui ne sont pas capables d abuser de l'efpèce d'autorité quïls sont censés avoir sur eux ,
& qu'ils ne manquent pas de prendre. Comme
le nombre des bons sujets, sur lesquef's oh peut
compter en pareil cas,, est assez rare, il est asîez
ordinaire de voir que loin d'avoir le soin qu"ils
ont promis à ceux qui leur sont confiés, ils lés
regardent & les traitent comme des valets auxquels ils font faire les travaux les plus pénibles , en leur resusant quelquefois l'a nour,
riture convenable ou en leur excroquant une
partie des vivres que les maîtres leur accordent
quelquefois pendant certain tems. Ces pauvres
malheureux n'osant ni ne pouvant se plaindre, par
la difficulté qu'ils ont à se faire entendre, finifsent ordinairement par se- dépiter, & deviennent
presque toujours de mauvais suj'ets. Il semblerait
donc qu'il serait plus avantageux de livrer les né';'
gres nouveaux à eux-mêmes; cependant comme
il en peut résulter alors beaucoup- d'autres inconvéniens qu'il est inutile de détailler, & q:u1iL n'esi:
pas trop facile de prévenir tous les abus qui
écloraient en pareil cas, on n'aura pas de peine
ifsent ordinairement par se- dépiter, & deviennent
presque toujours de mauvais suj'ets. Il semblerait
donc qu'il serait plus avantageux de livrer les né';'
gres nouveaux à eux-mêmes; cependant comme
il en peut résulter alors beaucoup- d'autres inconvéniens qu'il est inutile de détailler, & q:u1iL n'esi:
pas trop facile de prévenir tous les abus qui
écloraient en pareil cas, on n'aura pas de peine --- Page 120 ---
(104) a concevoir pourquoi les nègres nouveaux réuf*
fuient si peu sur certaines habitations , tandis que
..sur d'autres ils prospèrent presque toujours. Je
conclurai de toutes ces réflexions que lorsque les
propriétaires n'ont pas sur leur habitation un bon
fond d'attelier , ils doivent toujours préférer de
faire des petites acquittions plus souvent répétées , que d'acheter une trop grande quantité de
nègres à la fois, afin de pouvoir y veiller eux- mêmies , ou de ne les confier qu'au petit nombre de
leurs esçl-avçs sur la fidélité desquels ils peuvent
compter; Lorsque l'état de leurs affaires ne permettra pas cette lenteur , ils doivent alors préfet
jer de mettre tous les négres nouvellement acquis , sous la diredion du meilleur sujet qu'ils aufont , dont ils doivent récompenser les services
d'une maniere allez essentielle pour qu'il soit in-
;ér?,f-sé à mériter cette confiance & cette espèce
de dignité. . Lorsque les n.cgres nouveaux font parvenus ^
ce point .ou l'on n'a plus besoin de s'en inquiéter,.
il s'agit que les propriétaires des biens auxquels
|ls font attachés , joignent à l'autorité qu'ils ont
sur eux , beaucoup de justice & d'humanité y &
que s'ils accordent leur pouvoir à 'des représentans , ce ne soit qu'à des personnes en état d'apprécier les obligations qu'elles ont à remplir, & qui
font capables de conduire les nègres d'autrui avec --- Page 121 ---
(los) autant d'intérêt, de soin & de. zèle que s'ils leur
appartenaient en propre. L'immense disproportion qu'on peut observer
entre les pertes qu'on fait sur une habitation mal
administrée , avec celle qui l'est bien , prouve
d'une maniéré bien évidente combien les vices
d'administration peuvent être conséquens. Il n'appartient qu'à ceux qui sont éclairés par une longue expérience à ce sujet de tracer à ceux qui en
ont moins, & qui commettent journellement des
bévues capitales , quelle est h route la plus convenable, Quoique mon intention ne foit point de m'occuper d'autre partie de l'administration , que de
celle qui a le plus de rapport à mon objet, je ne
puis m'empêcher d'admirer en passant la sage précaution de quelques propriétaires , de propos
tionner les bénéfices de leurs représentans aux
profits & aux pertes qu'on peut faire sur leurs
habitations, & de les saire participer aux uns &
aux autres pendant leur adminifhation. On ne
' peut sans doute disconvenir que dans le plus grand
nombre des personnes qui sont préposées par les
propriétaires pour les représenter, on pourroit
se dispenser d'une pareille précaution 3 & qu'on
n'en serait pas moins assùré des soins dont elles se
font un devoir; mais il n'en est pas moins vrai
rçvftl qn est quelques-unes à l'égard desquelles ellç
&
itations, & de les saire participer aux uns &
aux autres pendant leur adminifhation. On ne
' peut sans doute disconvenir que dans le plus grand
nombre des personnes qui sont préposées par les
propriétaires pour les représenter, on pourroit
se dispenser d'une pareille précaution 3 & qu'on
n'en serait pas moins assùré des soins dont elles se
font un devoir; mais il n'en est pas moins vrai
rçvftl qn est quelques-unes à l'égard desquelles ellç
& --- Page 122 ---
( io6) peut être utile , & qu'elle le ferait encore 'plus
si on l'étendait en quelque sorte à l'égard de celles
qui sont comme en sous-ordre des premiers représentans. Ayant parlé de quelques circonstances qui con":
cernent les nègres bauflales & qui leur sont particulières jusqu'au moment où l'on peut les confondre parmi ceux qui sont anciens au pays ou
créoles, nous allons maintenant parler de ces derniers en les considérant dans leurs différens âges,
en commençant par l'âge le plus tendre, ou plutôt par le moment où ils commencent une triste &
malheureuse existence, s'ils n'ont pas le bonheur
d'appartenir à des maîtres qui soient tels qu'ils
doivent être à leur égard. - Lorsque j'ai réfléchi pour la premiere fois y
combien le nombre des négres qui sont dans la
Colonie , est inférieur à celui de ceux qu'on y
a apporté d-Afrique , qu'il est des habitations
où l'on voit beaucoup de créoles r tandis qu'il y
en a beaucoup d'autres où l'on n'en voit qu'un
très-petit nombre , quoique établies depuis fort
tong-tems ; je me fuis facilement persuadé qu'il
devait exister des causes qui occasionnaient cette
grande dépopulation , & qu'il devait y en avoir
aufliqui pouvaient rendre raison pourquoi la population n'était pas plus nombreuse. Quelques
observations m*ayan,t confirmé dans mon opinion --- Page 123 ---
(107) qu'il était au pouvoir des habitans de prévenir
quelques-unes des premières, & qu'ils pouvaient
remédier aux autres en favorisant la population ,
j'ai pensé qu'il était à propos d'insister à ce sujet. Je l'ai déjà dit, & ne saurais trop le répéter,
toute personne qui veut tirer parti des négres doit
en agir avec eux avec la plus grande délicatesse,
& ne perdre jamais de vue fju'il doit être juste à
leur égard. S'il est bien convaincu de cette vérité , & s'il réunit à cette qualité le bon sens &
les connaissances convenables pour bien juger,
il verra bientôt pourquoi la population est beaucoup plus considérable sur certaines habitations
que dans d'autres ; qu'il ne s'agit pour la favoriser, que d'établir une bonne & donce admi.
nistration ; & que parmi les causes qui y sont les
plus'contraires, on doit compter les excès du libertinage auxquels les négres se livrent, & surtout le peu de bonté & de justice des maîtres
ou des représentans, à leur égard.
sens &
les connaissances convenables pour bien juger,
il verra bientôt pourquoi la population est beaucoup plus considérable sur certaines habitations
que dans d'autres ; qu'il ne s'agit pour la favoriser, que d'établir une bonne & donce admi.
nistration ; & que parmi les causes qui y sont les
plus'contraires, on doit compter les excès du libertinage auxquels les négres se livrent, & surtout le peu de bonté & de justice des maîtres
ou des représentans, à leur égard. Que peut-il résulter en effet de la conduite de
ceux qui, loin d'accorder aux nègres le tems qui
leur appartient, & pendant lequel ils pourraient
se consoler avec leurs femmes des peines attachées à leur état , disposent eg partie de celui
qui doit être consacré au repos , en leur faisant faire des veillées peu néceifaÍres, & ne leur .
accordant même pas les instants dont ils ont be- --- Page 124 ---
C108) soin pour se procurer & préparer leur nourriture? Peut- on se figurer que dans de telles circonftances , .les négres puissent être fort propres à la
propagation de.le.ur espèce, & que les negre lies
soient dans le cas de se soucier d'ajouter à des
peines trop multipliées celles d'un état qui ne
pourrait que les rendre encore plus malheureuses
& plus à plaindre ? Iî»y auroit certainement de î'inconséquence à le prétendre , & de ne pas sentir
que les travaux excessifs & trop long-tems continués , doivent, en épuisant les sujets, influer nécessairement sur la population. Il faut donc ménager les nègres autant que faire se peut, & ne
jamais oublier qu'ils ne peuvent être propres à la
propagation , que tout autant que les réparations
& le repos convenables seront proportionnés aux
pertes & aux fatigues qu'ils sont dans le cas d'éprouver. Si les excès forcés } du genre de ceux dont je
viens de parler, peuvent être contraires à la population, il en est d'autres qui quoique volontaires ne le sont pas moins , en raison du penchant naturel que les négres ont à s'y livrer 8c
des suites qui les accompagnent. Tel eflle désordre dans lequel vivent les négres & les négresses, & que les propriétaires doivent faire enforte de prévenir par tous les moyens imaginables j ils doivent également hire leur poilibfô, --- Page 125 ---
(100) pour prévenir l'abus qu'on fait d'une liqueur beaucoup trop répandue & dont les excès nuisent
de toute maniéré à la population, & altèrent
singuliérement la constitution. Par succession de
tems l'usage d& cette liqueur porte sur le tem-
- pérament, & quand même elle ne serait pas auili
dangereuse lorsqu'elle est ancienne, que quand elle
est récemment faite , comme l'assure M. Dafcile,
elle est toujours nuisible par sa violence si l'on
en use trop fréquemment & immodérément ,
comme le font la plupart des nègres , depuis que
les guildiveries sont si multipliées & que la valeur du taffia est devenue si modique, (i) Il est
liqueur porte sur le tem-
- pérament, & quand même elle ne serait pas auili
dangereuse lorsqu'elle est ancienne, que quand elle
est récemment faite , comme l'assure M. Dafcile,
elle est toujours nuisible par sa violence si l'on
en use trop fréquemment & immodérément ,
comme le font la plupart des nègres , depuis que
les guildiveries sont si multipliées & que la valeur du taffia est devenue si modique, (i) Il est (i) On lit dans les mémoires de la société royale de
Médecine, année 1776, page 258, que le squirre ou
obHruéèion du pylore , est une maladie Cori commune
parmi les gens du peuple qui s'adonnent à la boisson
de l'eau de vie , 8c que plus cette liqueur est violente
ou forte, & plus elle est familière. Comme ,les exemples qu'on y cite d -e cette indisposition prouvent qu'elfe
est toujours mortelle , on peut sr figurer combien les
excès du genre de celui qui l'occasionn-e sont dangereux , Se que l'abus du taffia ne doit coaséqueroment
pas être moins Redoutable^ J'observerai en passant que
les vomissemens continuels étant ordinairement le symptôme qui accompagne 'ce;te maladie , on ne doit pas
/ --- Page 126 ---
CÏÏO y probÈt-)Ie,què c'est pincipalement àî'usage de cette
liqueur que doit être attribué ce grand changement que plûsieurs' anciens habitans m'ont dit
avoir apperçu touchant le caractère moral des
nègres; & que cette même cause pourrait bien,
,en occasionner par la suite de plus conséquent,
si le Gouvernement n'interpose sérieusement Ton
autorité, comme il a quelquefois tenté de le
faire, afin d'empêcher le trop grand débit de
cette liqueur. Car indépendamment des dérangemens qu'elle occasionne [enGblement sur les
habitations depuis que les nègres en ont contrfété
l'habitude, elle peut les induire à une erreur
des plus conséquentes en les persuadant, comme
le croient la plupart, qu'ils peuvent à l'aide de ce
moyen léparer leurs forces épuisées, & se livrer avec plus d'ardeur à des excès qui sont par
sois d'autant plus préjudiciables , qu'ils sont souvent suivis & précédés de courtes vives & violentes. Tel est le cas des nègres qui ont leurs négliger d'avoir égari à celle dont je parle ainsi
qu'à sa cause , lorsqu'on est appelé pour prononcer
sur la cause de la mort de certains sti"ets , qu'on est
ordinairement porté à regarder comme violente & involontaire , lorsqu'ils ont éprouvé pareil' symptôme avant
de mourir , surrout quand c'est quelque négre qui aura
succombe'. --- Page 127 ---
Cm) femmes sur d'autres habitations que sur celle de
leur maître & dont ils sont plus ou moins éloignés.
Alors ils passent une partie & quelquefois la nuit
entière sans prendre le repos dont ils ont besoin & qui pourrait seul réparer les pertes
de la veille , d'où s'ensuit nécessairement qu'il
leur est impossible de remplir les devoirs du
lendemain, même .ivec la meilleure volonté. Malheur à l'habitant qui loin de remédier à la
cause premiere en établissànt le bon ordre , traite,
avec rigueur les négres qui sont dans ce cas &L
leur resuse le repos qu'ils tâchent ordinairement,
d'obtenir, en feignant quelque indisposition qui,
ne tarde pas à devenir réelle , si l'homme de
l'art qu'on consulte dans ce cas n'est pas plus judicieux.
ir les devoirs du
lendemain, même .ivec la meilleure volonté. Malheur à l'habitant qui loin de remédier à la
cause premiere en établissànt le bon ordre , traite,
avec rigueur les négres qui sont dans ce cas &L
leur resuse le repos qu'ils tâchent ordinairement,
d'obtenir, en feignant quelque indisposition qui,
ne tarde pas à devenir réelle , si l'homme de
l'art qu'on consulte dans ce cas n'est pas plus judicieux. Quoique ce ne foit qu'après des observations bien confiées que j -ai crû pouvoir avancer que le désordre ou libertinage des nègres '
& l'abus qu'il font du taffia,devaient être consïdérés
comme des causes qui influent le plus sur leur
santé & s'opposent à la p0pulation.l & qu'on ne.
sçauroit trop s'occuper des moyens qui peuvent,
les prévenir j il ne faut pas se figurer que je
veuille exclure entièrement l'usage du taffia , ni
que je psnse qu il fut a propos d'employer l'auI tor ité pour obliger les négres & les négresses à
contrer des liaisons immuables entr'eux.Dans
M --- Page 128 ---
( 112 ) le premier cas, ce n'est que l'abus d'une liqueur
trop violente que je condamne ; tandis que dans
lefecond , je pense que la liberté que les nègres
& négrelTes ont de se quitter mutuellement lorsqu'ils ne se conviennent plus , fait qu'ils se
conviennent plus Iongtems , - sur-tout quand
les propriétaires ou leurs représentans sçavent leur
tenir quelque' compte de leur conslatice par quelque petite faveur , ou en leur témoignant un peu
d'estime , quand les enfans qui résultent d'une
union aussi libre , la rendent plus étroite , comme
cela arrive allez communément. Ce ne sera donc
qu'à l'égard de ceux ou de celles qui, pouvant se
procurer une femme ou un homrre sur l'habitation de leur maître, vont se pourvoir à des diftances éloignées ou qui ne sont propres qu'à troubler
l'union & le ménage de ceux qui sont tranquiiics,
qu'il convient d'en agir avec quelque rigueur,
pourvu toutefois que celui qui veut les corriger {oit
dans le cas de leur prêcher le bon exemple & n'ait
pas les mêmes défauts qu'eux à se reprocher. Cette
réflexion paraîtra peut-être singuliere à quelques
personnes : .je me flatte cependant qu'elle ne le
sera palpeur ceux qui observent avec attention
le caractère des nègres & qui ont vu commemoi
l'influence que peut avoir la conduite du maître
sur la leur.
quelque rigueur,
pourvu toutefois que celui qui veut les corriger {oit
dans le cas de leur prêcher le bon exemple & n'ait
pas les mêmes défauts qu'eux à se reprocher. Cette
réflexion paraîtra peut-être singuliere à quelques
personnes : .je me flatte cependant qu'elle ne le
sera palpeur ceux qui observent avec attention
le caractère des nègres & qui ont vu commemoi
l'influence que peut avoir la conduite du maître
sur la leur. S'il eO: sacile de voir par ce qui précéde ,
comment --- Page 129 ---
( i i3 ) H tombent Une bonne administration petit cëritribuer à augmenter la population, il est encord
plus facile d 'en démontrer l'utilité dans d'autres
cas Où. l'exécution des moyens est beaucoup pfoé
aisée; Tel est celui qui est relatif à l'état des
négresses qui sont enceintes; Comme ce n 'est qu'en
railon du service qu'on en exige Ior[qu'èlles Vont
dans cette situation, qu'elles en font peinées ou
qu'elles s'en félicitent, c'est alors qu'il consent radoucir leur misère & de les traiter avec beaucoup
plus de bonté & de complaisance, si l'on veut con7
server leur fruit & favoriser la populatiori.il est
Ceitain que c est en raisdn des égards-qu'on a
pour les négresses enceintes bu nourrices, que îd
nombre en est plus ou moins'tonfiderablè. Je sçais
que piusieurs habitans y portent une attention'
fuMante , mais combien n'en voit-on Pas qui exigent alors le même service ou peu s'en faut , que
si elles n'étaient point dans une fittfàtion aüai
rntéfeïïante. Je ne ferai point mention des suites
terribles & affreuses auxquelles une telle incon-^
duite donne ordinairement lieu & dont les pro~
^ priétaires sont toujours la dupe; je me bornerai
à remarquer y qu il a de l'inhumanité d'employer
les femmes enceintes à dès travaux un peu forcés , sur-tout dans les quatre derniers mois de'
la gr-ofÉeflè , & que c'est s'èxposer à les perdre'
que d 'en agir autrement. On devrait donc. --- Page 130 ---
(114) ne les employer dans ces derniers tems, qu'aux
travaux ies moins fatiguans & avoir pour elles
les mêmes attentions que quelques habitans ont
pour les nourrices ; c'est-à-dire les excepter des
veillées 3 d'aller au jardin avant le lever du soleil,
& leur permettre de se retirer au moment où il
se couche. Ces attentions sont au moins indispensables pour les dernières , car on ne peut raifonnablement resuser de leur accorder un peu
plus de tems, puisqu elles sont obligées d'en employer une partie à soigner leur nourisïon. Quant à la précaution qu'on a de faire retirer
les nourrices & les femmes enceintes aux àpparences de pluie; à moins que l'attelier ne travaille
à portée des établissemens, ou que le tems ne soit
décidément mauvais , je crois qu'il vaudrait encore
mieux que chaque habitant fût pourvû d'une ou
deux petites tentes, qu'on pourrait faire porter au jardin & sous lesquelles les nourrices pourraient placer
leurs enfans, les y allaiter & même s'y mettre à couvert au besoin, en cas de grains de pluie, qui arrivent souvent trop promptement pour qu'elles aient
le tems de se rendre à leur case, sans courrir risque
de les essuyer. Cette première réflexion m 'a fait
faire celle qu'il conviendrait que chaque habitant
eût un nombre suffisant de tentes pour mettre tout
leur -attelier à l'abri de la pluie , & qu 'en les
faisant porter au jardin, dans la saison du moins
er & même s'y mettre à couvert au besoin, en cas de grains de pluie, qui arrivent souvent trop promptement pour qu'elles aient
le tems de se rendre à leur case, sans courrir risque
de les essuyer. Cette première réflexion m 'a fait
faire celle qu'il conviendrait que chaque habitant
eût un nombre suffisant de tentes pour mettre tout
leur -attelier à l'abri de la pluie , & qu 'en les
faisant porter au jardin, dans la saison du moins --- Page 131 ---
( ils) Hij où elle tombe si fréquemment * on pourroit préj
venir une infinité de maladies que les suppref-:
sions de transpiration occasionnènt & qui peuvent
être tres-sérieuses, lorsque les négres sont mouil*,
lés dans le moment où ils sont en sueur. Il n est pas d habitant qui ne fache parfaitement
que le nombre des malades est toujours plus cono
sidérable dans la saison des pluies que dans toute,
autres & quit augmente, toutes les fois que l'attelier vient à être mouille : c'est pourquoi plu—
sieurs ont la sage précaution de faire placer un
ou plusieurs ajouppas dans différèns coins dé
leurs jardins j afin que les négtes puissent y être
à l'abri du mauvais tems; Mais ces ajouppas ou
cabanes sont rarement assez multipliés & ne peu*
vent même l'être prudemment parmi les pieces
de canne; encore ne seront-ils jamais aussi à portée$
aussi utiles que des tentes ^ dont on peut opposer
à volonté la difedion du côté d'où viennent là
pluie & le vent, & qu'on peut les étendre dans
1 allée la plus^voisine de la piece de terre qu'uri
cultive. Il serait sans doute plus à propos de lejmultiplier que de les faite trop grandes, tant pouf
en faciliter le transport, que pour que le vent y
ait moins de prise. La petite dépense que cela
peut occasionner, ne mérite certainement pas la
moindre attention, puisqu on en sera plus qué
dédommagé par te tems qu'on économisera Bi cru. --- Page 132 ---
( 116) les négres employent, pour se rendre ou revenir,
des lieux où ils cherchent à se mettre à l'abri.
" D'après ce que j'ai dit ci - devant sur la difficulté de contenir les nourrices des jeunes créoles
blancs, il est naturel de penser qu'il est encore
plus difficile de contenir celles qui nourrissent les
jeunes négrillons. Les occasions de les tromper
( i ) se présentent bien plus fréquemment, que
quand elles sont observées de près ; elles succombent d'autant plus aisément à la réduction &
au desir de communiquer avec les nègres, que
leur amour maternel 'n'cst gueres prépondérant,
& qu'elles ne pensent pas qu'une telle conduite
puisse être fort préjudiciable ; dumoins se flattent-elles , que leurs fautes feront impunies par
l'espoir qu'elles ont de réussir à les cacher. Les
effets n'en sont malheureusement que trop senfibles., sur - tout si elles deviennent enceintes ;
leurs nourrissons, qui jusqu'à cet instant avaient
joui d'une santé ravissante, ne tardent pas à dépérir & à éprouver différentes maladies qui sont
d'autant plus sérieüses, qu'elles altèrent presque
toujours leur constitution & leur tempérament
-elles , que leurs fautes feront impunies par
l'espoir qu'elles ont de réussir à les cacher. Les
effets n'en sont malheureusement que trop senfibles., sur - tout si elles deviennent enceintes ;
leurs nourrissons, qui jusqu'à cet instant avaient
joui d'une santé ravissante, ne tardent pas à dépérir & à éprouver différentes maladies qui sont
d'autant plus sérieüses, qu'elles altèrent presque
toujours leur constitution & leur tempérament ( 1 ) Expression dont on se sert communément pour
dire qu'une nourrice s'expose à devenir enceinte pendant qu'elle allaite, & à donner du mauvais lait à son
nouriffon. - - --- Page 133 ---
Cl 17) H iii pour le reste de' leur vie, s'ils ne la perdent entièrement. J'ai vu ces accidens si fréquemment,
que je ne saurais trop recommander aux propriétaires de faire tout leur possible pour les prévenir ; mais ce n'est pas, je le répéte, en employant ces voies de rigueur qui m'ont souvent
paru insuffisantes, & qui pourraient même aggraver
le mal. Les nourrices qui se verraient enceintes, ne
manqueraient pas d'avoir recours à des moyens
violens pour se saire avorter, afin de se soustrairë
au châtiment qu'elles croiraient ne pouvoir éviter,
d'où pourrait en résulter la perte du nouveau fruits
souvent celle de, la mere, & toujours une plus
grande altération de leur lait. Ce n'eu: qu'à l'égard
des nègres , qui seraient bien convaincus d'avoir
contribué à ce désordre, qu'on devrait sévir avec
moins de ménagement ; puisqu'ils sont aussi coupables & moins excusables r en ce qu'ils peuvent
facilement s adresser à d'autres fèmmes. Je conviens qu'on ne peut pas considérer sans émotion
l'état de ces petits infortunés , sur-tout si l'on a
eu pour leurs mères les égards, que l'état de grafsesse & de nourrice reclamait, & qu'il ëst alors
bien difficile de se modérer. Cependant, comme il
le faut en ce moment, & que pour se pas aggraver le mal, il convient de différer de leur en tér
moigner de la rancune ; il s'agira de remédier au,
plutôt à l'état de leurs enfans, foit en les sevran- --- Page 134 ---
(118) sUIs sont déjà avancés 3 soit en leur donnant une
autre nourrice, ou en les nourrissant avec du lait
des animaux, plutôt que de les laisser entre les
roains de leur marâtre , dont le lait est comme
Revenu poison (i). D'après la multiplicité de pareils exemples , il
est facile de se persuader qu'il convient de ne pas
laisser long-tems les négrillons en nourrice, &
qu'il est à propos de les sevrer de bonne heure,
à moins qu'on ne puisse compter sur la conduite
de leur mère : peut-être le pourrait-on davantage,
si l'on faisait espérer à celles-ci qu'elles seraient
un jour exemptes jde toute espece de travaii, si
elles parvenaient à élever un certain nombre d'en-
é de pareils exemples , il
est facile de se persuader qu'il convient de ne pas
laisser long-tems les négrillons en nourrice, &
qu'il est à propos de les sevrer de bonne heure,
à moins qu'on ne puisse compter sur la conduite
de leur mère : peut-être le pourrait-on davantage,
si l'on faisait espérer à celles-ci qu'elles seraient
un jour exemptes jde toute espece de travaii, si
elles parvenaient à élever un certain nombre d'en- ( i ) Comme on ne peut douter que le lait des nourrices ne foit plus doux, plus agréable & meilleur,
,1?rsqu'iI n'y a que quelques heures qu'elles ont mange ;
tandis qu'il est épais, jaune , falé & même désaoréable, quand elles ont reflé longtems sans prendre d'aliment ; on verra qu'il convient non-seulement qu'elles
fassent plusieurs petits repas, plutôt que d'en faire Ult.
ou deux copieux ; mais même, que si l'on voulait nourrir des jeunes enfans avec le lait de vache , on devrait faire ensorte que la vache qui doit fournir ce lait, ne
r,eflât point parquée pendant toute la nuit ; surtout si
Ja tenant renfermée dans le parc , on n'a pas du fouragç
. | lui donner à Ranger» --- Page 135 ---
(110) lI. i '{ sans, & que l'époque où ils seraient tous propres
au travail du maître, serait celle où la mere n'aurait d'autre devoir à remplir que celui d'avoir soin
de sa famille. Il n'appartient qu'à des habitans
jufces, humains & sensibles, & qui se font un
vrai plaisir & devoir de favoriser !a population,
d'apprécier une idée qui 3ce me semble, devrait
être généralement adoptée , ne serait-ce que par
intérêt. Il est inutile de répéter ce que j'ai dit ci devant
touchant les soins qu'on doit porter aux négrillons
lorsqu'on les a sevrés ; je ne doute point qu'on
ne les garantisse par-là de plusieurs des maladies
qu'ils ont coutume d'éprouver : j'ajouterai ici, que
comme les vermineuses ne sont pas les moins sréquentes , on ne ferait que mieux de leur donner
de tems en tems quelques amers ou vermifuges ,
tels que la rhubarbe, le semen-contra, l'émithocorton , ou le suc de lianne. C'est en raison des
soins qu'on a des créoles dans leur bas âge, qu'on
peut prétendre à les voir plus où moins réussir.
maladies
qu'ils ont coutume d'éprouver : j'ajouterai ici, que
comme les vermineuses ne sont pas les moins sréquentes , on ne ferait que mieux de leur donner
de tems en tems quelques amers ou vermifuges ,
tels que la rhubarbe, le semen-contra, l'émithocorton , ou le suc de lianne. C'est en raison des
soins qu'on a des créoles dans leur bas âge, qu'on
peut prétendre à les voir plus où moins réussir. Quand les négres créoles sont parvenus à un
age assez avancé pour pouvoir (e suffire à euxmêmes & faire le service de leur maître , ils sont
en général plus intelligers & plus industrieux que
les négres de la côte ; aussi se tirent - ils mieux
d :Rffaire quand ils y mettent la bonne volonté *
mais elle n'esi; pas toujours leur partage 3 & l'on. --- Page 136 ---
( 120 ) voit que s'il en est plusieurs qui sont assez labo-.
rieux & allez industrieux pour se procurer leurs
besoins, il en est beaucoup d'autres qui, de me-'
me que des négres de la côte auxquels il renem1 blent à tous égards , se bisseraient manquer de
tout, par paresse & par nonchalance , & (eraient
' fouvetit réduits aux plus cruelles extrémités, si •
l'on négligeait d'y obvier en pourvoyant à leurs
besoins, ou en les obligeant à ronger à se les procurer. C'est en ceci que consine le' point le plus
essentiel & le plus important de l'administration
& qu'aucun habitant ne doit jamais perdre de
vue. Qu'on ne s'imagine pas qu'il suint d'accorder aux nègres le te m s qu'ils doivent employer à
cultiver leurs places ; il s'agit d'y regarder de plus.
près j ôç de s'assures s'ils les cultivent réellement.!
Alors, on verra que la majeure partie des nègres
ont des jardins iListiti-it uns , 8c qu'il en est qui ,*■
n'en ayant pas du tout, ne peuvent subsister. qu'à
l'aide de secours ou dss vols qu'ils font aux autres, sur tout si les places à vivre des maîtres neIpnt pas des mieux pourvues , ou si elles sont
gardées avec rigidité. Il est alors naturel d'en
çdhclure que le plus grand nombre de ces nègres
doit manquer d'une nourriture [ufhlànte, lorsque
les vivres seront un peu rares, & qu'eu égard à'
la nécessité où ils font de vivre alors de tout cç>
a -ils peuvent trouver, ils dçiyeot. être e^pQ%
font aux autres, sur tout si les places à vivre des maîtres neIpnt pas des mieux pourvues , ou si elles sont
gardées avec rigidité. Il est alors naturel d'en
çdhclure que le plus grand nombre de ces nègres
doit manquer d'une nourriture [ufhlànte, lorsque
les vivres seront un peu rares, & qu'eu égard à'
la nécessité où ils font de vivre alors de tout cç>
a -ils peuvent trouver, ils dçiyeot. être e^pQ% --- Page 137 ---
(121 ) '- à des indispositions plus ou moins fâchel1ses, se-^
Ion que leur nourriture est plus ou Ílloins- mauvasse ou infoffifante. Lorsque je me rappelle les tristes àccidens
dont j'ai été témoin, fk qui ne dépendaient pas
d'autre cause que de la mauvaise qualité ou d'une
trop grande privation d?alimens nécessaires ; j'ai
de la peine à concevoir comment avec de tels
exemples, qui malheureusement sont presqu'annuellement répétés, on peut négliger de prendre
toutes les mesures convenables, pour qu'un attelier ne'(bit jamais dans le cas de manquer. Je
sais que plusieurs habitans se sont très-bien trouvés de rassembler & de faire travailler sous leurs
yeux, & en commun , tous ceux de leurs négres
qui avaient besoin d'y être contraints, & que
par cet excellent expédient ils ont prévenu bien
des accidents : cependant il s'en faut de beaucoup que cette précaution me parailTe suffisante,
attendu qu'il est possible , que certaines plantations très-bien cultivées soient altérées ou emportées par des coups de vent, qui, comme on
sçait, ne font pas rares à l'époque de l'équinoxe. Ce ne sera donc qu'autant qu'on multipliera celles qui sont le moins casuelles, & en
comptant moins sur les vivres que les négres peuvent cultiver pour leur compte , que sur des
grandes provisions de eeu£ qui peuvent se con- --- Page 138 ---
(122) sèrver , qu'on pourra se flatter de n'avoir rien
a craindre. Si nombre de propriétaires regrettent de sacrifier quelques journées de leur tems ,
à la culture d'une surabondance de vivres, puifqu'ils ont quelquefois de la peine à cultiver
ceux qui sont absolument indispensables ; ils n'ont
qu *'à réfléchir sur la légende de maux que la disette de vivres peut occasionner ; & qu'il est impossible de résister à des travaux fatiguans, si l'on
ne répare les pertes qui s'en suivent: ils verront, que
, c est avec raison que les négres perdent alors leur
gayeté naturelle & que l'on doit se persuader,
que les momens qui sont employés à planter des
vivres, sont ceux qui le sont le plus avantageusement & le plus utilement. Ce n'est pas cependant ce que croient ceux, qui quand on leur
parle des effets de la disette de vivres, & qu'on
leur dit de comparer ce qu'ils en reilentiraient
eux-mêmes , s'ils étaient dans le même cas &
privés de leur nourriture , répondent que la
.çonsiitution des négres est beaucoup plus forte
que la leur. Elle le serait en effet, si les excès
& le travail ne l'altéraient considérablement, &
si l'on pourvoyait suffisament à leur subsistance.
Mais le peu de durée de la plupart de ces êtres malheureux , ne prouve que trop qu'on ne les traite
pas avec assez d'égards, & qu'on devrait faire enibrte de lçs attacher plus qu'ils ne le sQ,nt à leur
, répondent que la
.çonsiitution des négres est beaucoup plus forte
que la leur. Elle le serait en effet, si les excès
& le travail ne l'altéraient considérablement, &
si l'on pourvoyait suffisament à leur subsistance.
Mais le peu de durée de la plupart de ces êtres malheureux , ne prouve que trop qu'on ne les traite
pas avec assez d'égards, & qu'on devrait faire enibrte de lçs attacher plus qu'ils ne le sQ,nt à leur --- Page 139 ---
(123) eJdtlenee , - sbit en la leur rendant plus suppor
table & même en leur saisant entrevoir la perfpeétive d'une vieillesse plus tranquille & plus
agréable. Ce dernier moyen me paraît être le
seul qui puisse porter les nègres à désirer de prolonger une vie, dont ils envisageront, vraifembla^
blement le terme comme celui de leurs peines ,
tant qu'on n'aura, pas plus d'égards pour les
vieillards qu'on n'en a , & que leur sort, loin de
paraître digne d'envie, sembler-a plus affreux,
commue il l'est réellement. Si je voulais approfondir les différentes positions dans lesquelles les négres se trouvent eti
satisfaisant aux devoirs qu'on leur impôse & auxquels ils font obligés de satisfaire ; je pourrais
prouver par nombre d'exemples , qu'on ne me-'
sure pas toujours, le service qu'on exige d'eux, au
dégré des sorces ou d*a<5iivité dont ils sont capables, & qu'on devrait avoir un peu plus d'é..
gard qu'on en a à la médiocre constitution de
quelques-lfns , lorsqu'il s'agit de les occuper à
des travaux forcés, pénibles ou dangereux ; chaque genre de culture me fournirait des réflexions
assez fondées. Bornons-nous seulement à deux ou
trois exemples qui nous ont paru des plus re-,
marquables. On sçait que sur une sucrerie il y
a des travaux très-forcés, ou dars lesquels les,
pitres font obligés de porter des fardeaux aS€z --- Page 140 ---
( ) pesans ou de faire des efforts assez violens ,
comme de fouiller des pieces de cannes , de
planter des formes, & c. On conçoit facilement
que ces opérations ne peuvent guères convenir
à des constitutions faibles ou médiocres; cependant on ne les en exempte pas toujours. Doiton d'après cela ètre étonné, qu'il y ait tant de
nègres infirmes & d'en voir un si grand nombre
avec des hernies ou descentes ? La même réflexion est applicable à nombre de sujets qu'on
emploie dans les sucreries & sur-tout 311$ fourneaux , puifqu'en raison des efforts que ce travail exige & des alternatives subites de froid &
ce chaud que ceux qui y sont employés sont
dans le cas d'éprouver, on ne doit y mettre que
ceux qui font le plus en état de les supporter.
Comme il n'est point douteux que même ceux
qui sont le plus fortement constitués en éprou- -
vent des accidens presque toujours dangereux ;
j ajouterai qu'on devrait être plus attentif qu'on
ne l'est à disposer l'intérieur d'une sucrerie & la
situation des fourneaux , de manière à prévenir
en partie les causes de ces mêmes accidens ,
puisque les moyens qui peuvent remplir cette
indication sont également propres à contribuer
aux succès de la manufacture. Il ne s'agit pour
cet effet que d'établir une libre circulation d'air,
tant fous les appentis des fourneaux que. daiis,
toujours dangereux ;
j ajouterai qu'on devrait être plus attentif qu'on
ne l'est à disposer l'intérieur d'une sucrerie & la
situation des fourneaux , de manière à prévenir
en partie les causes de ces mêmes accidens ,
puisque les moyens qui peuvent remplir cette
indication sont également propres à contribuer
aux succès de la manufacture. Il ne s'agit pour
cet effet que d'établir une libre circulation d'air,
tant fous les appentis des fourneaux que. daiis, --- Page 141 ---
( 125 ) l'intérieur des sucreries ; c'est-à-dire qu'il faudrait'
qu'on eût l'attention que les fourneaux ne fussent
pas tant enterrés,' de changer les chauffeurs plus
sréquemment & de faciliter un courant d'air sur la
surface des chaudières en pratiquant deux ouvertures , portes ou fenêtres ; dans la ligne de
direction sur laquelle ces chaudières sont établies; par ce moyen , les vapeurs qui s'élévent
des matieres qui y sont contenues, en seraient
emportées à mesure qu'elles paraîtraient à la
sursace du liquide, au lieu de remplir l'intérieur
du bâtiment , & l'évaporation de la partie
aqu€use,fei:l ou principal objet qu'on ait en vue
dans la codion du vin de canne , en serait d'autant plus prompte , qu'il est prouvé, qu'en établiffant" un courant d'air à la surface d'un liquide,
qu'on a intention d'évaporer par l'action de feq,
l'évaporation se fait en un cinquième & même
un quatrième de tems moindre, que quand ce
courant d'air n'y est point établi. Il ne faut pas
être grand physicien pour concevoir, que si les.
vapeurs qui sont à la surface' du' liquide ne sont
pas déplacées à mesure, les nouvelles vapeurs que
Faction du seu tend à dissiper, trouvant une plus
grande réhstaoce dans le milieu qui doit les recevoir, ne peuvent s'en élever que beaucoup plus
lentement. Par cette seule considération on n'aura pas de peine à concevoir d'où vient que --- Page 142 ---
( 126 ) les équipages montés au milieu des facreftes ,i
bouillent mieux & que le sucre y est plutôt cuit
que dans ceux qui sont adossés contre les murs;
attendu que le mur gêne le déplacement des vapeurs j & qu'on ne pratique point ordinairement
de fenêtre au mur du pignon contre lequel la
grande se trouve adossée, Les soins & les attentions des propriétaire? ,
ne sont pas moins essentiels dans les cas où les
nègres sont malades, que dans tous ceux dont
j'ai parlé jusqu'à présent ; puisque c'en: d'eux
dont dépend le choix des personnes qui sont préposées pour les secourir, & qu'eux seuls peuvent
fournir les moyens nécessaires ou propres à contribuer à leur guérison. Je sçais qu'il n est pas
toujours possible aux habitans de choisir parmi
les personnes de l'art, sur-tout dans les quartiers
éloignés où l'on en est quelquefois entièrement au
dépourvu. Mais puisqu'il leur est toujours facile
de choisir sur le total de leur attelier le sujet
qui paraît le plus propre à soigner ceux qui
sont malades , en qualité d'hospitalier ; ils doivent
faire attention que cet emploi est le plus impor.
tant & le plus délicat qu'ils aient à faire remplit
& que c'est aux meilleurs sujets qu'il doit être
confié. -
personnes de l'art, sur-tout dans les quartiers
éloignés où l'on en est quelquefois entièrement au
dépourvu. Mais puisqu'il leur est toujours facile
de choisir sur le total de leur attelier le sujet
qui paraît le plus propre à soigner ceux qui
sont malades , en qualité d'hospitalier ; ils doivent
faire attention que cet emploi est le plus impor.
tant & le plus délicat qu'ils aient à faire remplit
& que c'est aux meilleurs sujets qu'il doit être
confié. - Lorsqu'on a été dans le cas de suivre les hôpitaux des habitations 8c d'examiner ce qui s'y --- Page 143 ---
(12-1) passe , on sent de quellé conséquence peut êsse
la précaution dont je parle ; puisque malgré que
beaucoup d'habitans aient l'attention de veiller
de près à leur' hôpital & d'avoir un bon hofpitalier ou une bonne hospitalière, il s'y commet journellement des abus* très- préjudiciables.
Combien ces abus ne doivent pas être & plus
nombreux & plus conséquents, si les propriétaires
ou, leurs substitut, en négligeant de ve-iller à ce
qui se paffe dans leur hôpital , s'en rapportent
aux soins d'un sujet souvent peu propre à s'acquitter de la besogne dont il est Chargé , ainsi
qu'il n'arrive que trop souvent d'après le peu
d'attention qu'on porte à le bien choisir ? Quant à ce qui est relatif aux moyens qui
peuvent coopérer à la guérison des malades ,
comme médicamens , alimens , logement, &c. il
esi essentiel de ne rien négliger pour les avoir
des plus convenables & de la meilleure qualité.
Pour cet effet il serait à propos de ne point négliger d'accorder à tout gérant en chef d'une
habitation, lorsque le propriétaire n'y sera point
résident3une somme suffisante pour qu'il puisse
fournir aux malades la nourriture qui leur sera
nécessaire, ou de lui tenir compte des déboursés
qu'il pourrait faire à leur occasion ; celui ci doit
à son tour ne rien négliger pour bien disposer
du local dans lequel les malades doivent être --- Page 144 ---
(128) rasTemblés/On sçait qu'il convient qu'un hôpit?rl
.soit vaste ,, bien airé , & dillribué de manière
que les sexes différens y {oient sépatés, ainG
que ceux qui sont affectés de maladies graves;
qu'il est essentiel que l'hospitalier y ait son lo- ■
gement particulier' 5 ou qu'il en soit très à
portée, & qu'enfin on doit le rep.dre aussî com",
mode que faire se peut ; mais sur - tout tâcher
de.,le rendre salubre , & que les malades puiffent y respirer un bon air : c'est cependant ce
•qu'on - néglige ordinairement. 1 ne suffira donc
pas de placer un hôpital à portée de -la maisorl
.principale, afin de pouvoir l'inspecter facilement,
mais il faudra qu'il soit isolé, éloigné de toute
eau dormante ou marécageuse, & le situer sur
un terrein égouté naturellement ou qui puille
l'être, en élevant le loi de l'intérieur du logement au-dessus du niveau du terrein d'alentour.
Il faut aussi qu'il soit pavé & que les lits soient
élevés, afin que l'air puiiïe y circuler plus librement , & qu'il soit facile d'en laver & balayer l'intérieur (i). Il ne serait pas hors de1
éloigné de toute
eau dormante ou marécageuse, & le situer sur
un terrein égouté naturellement ou qui puille
l'être, en élevant le loi de l'intérieur du logement au-dessus du niveau du terrein d'alentour.
Il faut aussi qu'il soit pavé & que les lits soient
élevés, afin que l'air puiiïe y circuler plus librement , & qu'il soit facile d'en laver & balayer l'intérieur (i). Il ne serait pas hors de1 (1) De semblables attentions ne ront pas à négliger
quant à l'emplacement des casés à négre, sont bien plus
importantes que la symétrie , si ce n'ell qu'aux dépens de
leur faitibrité qu'il elt possible de i'observer. propos --- Page 145 ---
( t29") • 1 -jiïoipos non plus d'y avoir queÍques tits un "peu*
commodes, pour ceux qui seraient fërieufèrherit
malades j & qu'on fût pouirvu de quelques chemises jj draps & couvertures, afin de pouvoir les
changer & les couvrir au bësdiri. En iéuÓiilarÍt
à ces différentes précautions , celle d'avoir un
••logement particulier & plus éloigné, pouf les
cas de' maladies épidéuiiquës ou cohtagieules,
on préviendra certainement nombre d'accidens
d'autaht plus frequens , qu'il est beaucoup de
propriétaires qui ne sont point partes à s en donner la peine. Nous pouVons donc fcofidure qu'il
est réellement possible de favoriser la populationsur une habitation, & de prévenir ces nombréuses
mortalités qu'on dbsërve sur certaines 3 lofsqu'ou
he négligera aucune des attentions qui constituent Une bonne administration & qui peuvent
faire Oublier eri partie aux nègres , l'horreur de
leur situations C'e!t:, je crois, eh fixant leur regaid sur un objet aulîî important , que les habilans pourraient parvenir à miùgcr la dure .
inhumaine loi i contre laquelle tous les philo- 1
[ophes se sont élevés, sans apercevoir peut-ctrô
qu ils auraient encore mieux fait d'indiquer les
moyens qui pourraient en adoucir la rigueur ^
puisqu'il est de puillantes raisons politiques qui
semblent devoir la perpétuer. Tel est du moins
le rtf[ultat des réflexions que m'ont fourni celles' --- Page 146 ---
d30) d'un illustre pçrfônitege qui nous a si bien prouvé
à cet égard comme à tant d'autres ; l'importance
de les vues , la solidité de son raisonqçment
l'étendue de ses copnaiffwces, & combien rhumarnité souffrante l'intérpsse ( i). (1) Vid. l'ouvrage de M. Necker , sur l'adnnmctration des Finances, chap. des Colonies Françaises. --- Page 147 ---
-r13 Ï ) ^
) d'un illustre pçrfônitege qui nous a si bien prouvé
à cet égard comme à tant d'autres ; l'importance
de les vues , la solidité de son raisonqçment
l'étendue de ses copnaiffwces, & combien rhumarnité souffrante l'intérpsse ( i). (1) Vid. l'ouvrage de M. Necker , sur l'adnnmctration des Finances, chap. des Colonies Françaises. --- Page 147 ---
-r13 Ï ) ^ l ij CHAPITRE PREMIER. Des Fiévres en général* / . Q p % q'f £ nôtre attention 4e soit pgs de,
nous éegrtef des borner que nç.us &qu§[ fommeg,
i^pgsé?, $1.90?. cp que nous nous proposons de dj.
r.t; h\f qyeiqugs pial^dies ,en particulier ;il Suffit de
c_QQ<fi4«F££ çonpfr.ipn lese?£#fflples dp !cell,es doivent être iftujtjpliés , py.iig-u^lle^ jççn^&ueiit ,
comme l'a dit Sydenfiam , les dçux tien? des çgî
pour Jefq'utlf les Mi^eçins fypt appelles y poi#;
ffPtÍr qu'il est ii$|?ornant que çeujt auxquels je
cet essai P ^i^it quelque i$Ue d.es £ign&$;
qui para$&isent cette espece d'i-ndispofition ; du.
«&CW ep résykefa-t-il, qpç quoique ces idées q_e.
foispt pgç fugîsantes pour mettre les h^jtgns
niéme 4'y r.efiiâks, ils en scrn.t plus gp état d@
distinguer quels sont les nègres qui e;n sont réeîlgmgp.t aifectéç , &: auxquels on ne réfute que '
trpp spuvent le rppos dont ils pçuygnt afÜ' k>çCo^me ce n'efl que par la confident/on de
, renfejiible des phénomènes par k.squeJs la fiévre
se manifêôe, que l'on peut la recofmaitrs ; nous
dirons qu'elle confîiie , .genér;ilemmt .parlant , --- Page 148 ---
(132) - dans l'amplitude, la fréquence ou la dureté du
pouls augmentées, & suivies de quelque changement sens;ble dans l'habitude du corps , ou
de la lésion de quelque fondion volontaire ou
involontaire. Il serait impossible de juger des dérangemens
que le pouls peut éprouver y si l'on ne compa':
rait sa maniere d'être dans l'état maladif à ce
qu'il est dans l'état naturel, ou dumoins à ce
qu'il doit être relalativement à l'âge & au tempérament de chaque sujet ; abstradtion faite des
différentes circonstances ou accidens qui "peuvent en accélérer les pulsations , & pourraient,
en imposer , il l'on n'y avait égard. Tel est
l'effet d'un exercice violent, ou des vives émotions de î'amc qu'on peut éprouver, ou de l'abus
des liqueurs spiritueuses , &c. On doit savoiraulli
qu'eu égard aux différens âges, le pouls présente
des variations très-remarquables ; puisqu'on ob-
(erve qu'en général, chez un adulte , il bat 60
à 7° fois par minute , 80 à y fois dans le même"
espace de tems chez les enfans, tandis que chez les
vieillards on ne compte que 5° à 60 pulsations:
qu'eû égard aux diflérens tempéramens, il présente
aussi de grandes variétés, & qu'il bat en général
plus lentement chez les phlegmatiques , les pituiteux, de les personnes graiïes, que chez celles qui
fontd'une constitution chaude, bilieuse & maigres
60
à 7° fois par minute , 80 à y fois dans le même"
espace de tems chez les enfans, tandis que chez les
vieillards on ne compte que 5° à 60 pulsations:
qu'eû égard aux diflérens tempéramens, il présente
aussi de grandes variétés, & qu'il bat en général
plus lentement chez les phlegmatiques , les pituiteux, de les personnes graiïes, que chez celles qui
fontd'une constitution chaude, bilieuse & maigres --- Page 149 ---
[texte_manquant] 1 iii -Si ces régies, quoique déjà assez vagues , sont nécessairement sujettes à beaucoup de modifications,
en raison des complications dont chaque tempérament est susceptible , & eû égard aux différens. termes intermédiaires des âges de la vie ,
dont nous n'avons considéré que les trois principales périodes, on ne pourra se dissimuler qu'il
ji est pas au sfi, facile , qu'on se le figure, de connaître la fiévre par la seule exploration du pouls,
& que si les autres phénomènes qui la caractérisent, & dont je ferai mention ci-après, ne sont
bien développés, il n'appartient gueres qu'à des
personnes bien exercées de prononcer en pareil
cas d une manière bien décisive. C'est ce qui Ille
porte à recommander à ceux pour lesquels j'écris,
d'être plus ci;conspeas qu'ils ne le sont ordinairement, pour peu qu'ils aient à douter de l'état
• des régres qui reclament du secours & demandent
a aller à 1 l'hôpital. Le cas sera au contraire moins
embarrassant, si au doute qu'on a sur le dérangement du pouls, on observe quelqu'un ou plusieurs
des autres symptômes par lesquels la fièvre se ma-,
nifefie ordinairement; tels qu'une scif extraordinaire , mal de tête, les courbatures ou douleurs
dans les membres & le long de la colonne verr
tebrale, les baillemens répétés, les envies de vomir ou les vomissemens, des sensations de froid
dans toute l'habitude du corps / plus sensibles
au doute qu'on a sur le dérangement du pouls, on observe quelqu'un ou plusieurs
des autres symptômes par lesquels la fièvre se ma-,
nifefie ordinairement; tels qu'une scif extraordinaire , mal de tête, les courbatures ou douleurs
dans les membres & le long de la colonne verr
tebrale, les baillemens répétés, les envies de vomir ou les vomissemens, des sensations de froid
dans toute l'habitude du corps / plus sensibles --- Page 150 ---
(134) fiéàflffiôin$ à rêxff&hifé des pîëds & dès ffiâiftè;
18 lividité des onglée la difficulté de respiter,
f agitât iôâ ou la thâleuf extraordinaire que les
ffiàladës éprOutônf , &6. &é. Î1 si'est pas dôiitéUx*,
que la préséficê dè quelqu'un dé ses syrtiptoiîie'S
ôu dè ^iiiflêuré réufiiâ ^ pf-ôuvèrà côrrîrflè indonfèllaoléffiènt qiié là 6évfè èxifle, suf-tÓUt si loft
peut apercevoir eid mémé fétu! ou soupçonriet
l'à&ion de quelque cauié occafioniiellé, tôfntîié
dès ViVéfc afPeâiôriS dè 1 'athé, là tnàt1vaisè quài
lite dë§ files éu dès huttiéuts3 quelque vite dans !e§,
Îêcrëtlé>n5 6ti érftfètlôris, de faùsréi digestiôfîS j
la friaUVaife îjilâiité dès HiifnéurS côritèrîue*
Ûihê Ids p-éfiîieféS Voiè§,la tépertuttion de quelque !iùtllêüt ÔU értiptiôrt tutan£è, Hntérfuptioà
flé qiiëlqllë sitik ' fjéribdiqiie ou habituel 3 la sbpi
pi-ëffioh dé la trànfpltâtlpfi, &tc. Tdutéi ces càh*
fidêl-âH^riS fôni àutâhf dé moyens prôpfefc à f2tité
êônhâîtfe là fiêtfrè ; & d'apis lesquels ôh nè peut
douter de la valida dè là demande des ilégrél
qUi rëclàrrieiit des sèèouf's, lôfQu'ils se préffentéftf
âVêfc de telles preuves. Il n'êst pôiht de nottè objet; dé safré fnêntiôrt
aês différefiteg ëspécës de fiévfê^hi des êivifiôf1!
qui en ont été établiès eu. égard à là nature Và^
fiée desfèâuféS înâtéKelJes qui peuvéht y dônnef- lietf
h décident leur régularité pu iffégulaKté', ainsi què
lâ durée de leurs jSarOxisméfc ©U dè leWs
objet; dé safré fnêntiôrt
aês différefiteg ëspécës de fiévfê^hi des êivifiôf1!
qui en ont été établiès eu. égard à là nature Và^
fiée desfèâuféS înâtéKelJes qui peuvéht y dônnef- lietf
h décident leur régularité pu iffégulaKté', ainsi què
lâ durée de leurs jSarOxisméfc ©U dè leWs --- Page 151 ---
[texte_manquant] ■Iiv dés. Nôus nous contenterons d'observer, qué quoique quelques Médecins aient regardé la fiévre
comme l'ennemi toujours dangereux & qùë l'art
doit combattre par-tout, il n'est pas moins vrai,
Qu'elle est souvent le grand moyen dont là na-^
ture sé fert pour dompter la cause morbifique ,
St que l'expérience confirme qu'il est très-avantageux dans bieh des cas : d'où l'on verra combien cet effort de la nature mérite considération,
& qu'on doit être très-circonspect dans tout ce
qui peut la troubler Ce n'est pas cependant que
nous pensons que l'abstinence & le régime dé vivre doivent toujours avoir la préférence, comme
l'ônt pense bien-de grands Medecins de l'antiquité , puisqu'ôn fie peut douter que les maladies
fébriles ne fussent souvent funestes, si l'on se bornait à ces moyens ; & que si là fiévre est pour
l'ordinaire un instrument [alùtaire entre les mains
de là nature , elle peut souvent devenir un instrument dangereux , sur-tout dans la Colonie pout
laquelle j'écris : mais je crois pouvoir en çonclufe7, puisqUe les su^éès que lés anciens obtenaient de leur méthode, prouvent bien évidemment qu'on peut guérir, du moins dans certains,
cas, sans employer ili purgations, ni saignées,
ni autres remèdes qu'on regarde ordinairement
comme indispensables; qu'elle peut être utile à quel- '
qu'égard, & qu'une semblable considération doit ' --- Page 152 ---
[texte_manquant] suffire pour détourner ceux qui ne-sont pas dans
le cas de distinguer les cirçonstances où il convient G 'agir dç se le permettre aussi inçonsidéré,
ment qu'ils le font. Dumoins verront-ils par-là
le peu de cas qu'ils doivent faire de ( ette légende
de formules ou prétendus secrets admirable? contre la fjéyre ? & dont on n'abuse que trop , à
moins que quelques personnes de l'art n'aient in-r
diqué quelles sont les circonstances dans lesquelles
on peut les employer, . Quelque multipliées que soient les causes qui,
peuvent occasionner les fièvres de différente efc
peçe ? nous n'aurons pas grand chose a a
ce sujet ? puisqu'elles proviennent ,. du moins la
plupart , des erreurs dang l'usage des six chose$
non naturelles dont il a déjà été question : l'on
n'a qu'à se rapeller ce que nous avons dit à cet
egard , tant sur l'influepce du mauvais air que'
sur l'efficacité des préservatifs que nous avons con-?
seillé, alors on pourra se flatter que les. fièvres
intermittentes qui sort très-fréquentes & quelquefois si dangereuses dans certains quartiers, le se-r
ront infiniment moins.
art , des erreurs dang l'usage des six chose$
non naturelles dont il a déjà été question : l'on
n'a qu'à se rapeller ce que nous avons dit à cet
egard , tant sur l'influepce du mauvais air que'
sur l'efficacité des préservatifs que nous avons con-?
seillé, alors on pourra se flatter que les. fièvres
intermittentes qui sort très-fréquentes & quelquefois si dangereuses dans certains quartiers, le se-r
ront infiniment moins. Nous devons néanmoins obferyer qu'indépen
damment des causes générales que nous venons
de désigner 3 il en est une inanité d'autres qui.
déterminent les fièvres d'une manière plus partit
çulière ou en occasionnent de différente espéce. --- Page 153 ---
( 137 ) C'est ainsi que l'abus des liqueurs spiritueuses,
l'exercice à l'ardeur du soleil ? les veilles immodérées &c., d-onnent lieu aux fièvres inflammatoires ; que les lieux où l'on respire \ln ait
humide & chaud , comme dans nos Colonies,
offrent souvent des exemples de fiévres bilieuses,
auxquelles la putridité ne manque pas de se joindre, si ce même air est chargé d'émanations putrides des animaux ou des végétaux en putréfaction ; ou qu'il soit altéré par le séjour d'une trop
grande quantité de personnes rassemblées dans un
même lieu sans y être suffisamment renouvelle : &
qu'enfinles lieux humides & froids , les fréquentes
affedions de rame , le chagrin sur-tout, les fréquentes maladies en aftoiblis(ant la constitution >
&i notament les excès avec les femmes 3 donnent
ordinairement lieu aux fiévres malignes. Il suffit
d'avoir connoissance de la plupart de ces causes,
"pour voir qu'il est possible de les éviter dans
bien des cas , & que c'est le vrai moyen d'en
prévenir les effetse . Si l'on joint à toutes ces confédérations celle
d'éviter .les occasions dans lesquelles le corps peut
éprouver des sensas'ions vives & révolutions subites , comme de s'exposer à l'impression d'un air
trop frais quand on a chaud ou qu'on est suant,
d'être mouillés, de se baigner, ou de boire sroid
dans ces momcns , de supprimer qu repercuter --- Page 154 ---
( j den écoulemens pétiôdiqués ôu habituels, comme
réglés cm hémorrhoïdes, éruptions cutanées &c.
on préviendra certainement là majeure partie dés
causes qui décident les fiévres; alôts îcs exemples en feront irtfinimènt moins fréquerts qu'ils fie
le sont ordinairement d'après l'indifférence ou 11
négligence d'une infinité dè perfortriôs. & le dé.
faut de connaissances dé beaucoup d'autres. CHAPITRE II. De la maladie du pays.. L A premiere maladie un peu conséquente que
font les Européens nouvellement arrivés dans nos
Colonies y est ordinairement désignée sous eç
nom. Cette dénomination , qui semble annoncer
une maladie toute particulière 5 convenait peut-*
être dans les premiers tems où elles furent établies, & où les influences de l'air qu'on y fespirait devaient être d'autant plus dangereuses , que,
la terre était presque par-tout couverte de bois
ou offrait des lagons ou marécages. Mais aujout-i
d'hui, que presque toutes les plaines sont entièrement à découvert & anciennement abattues, qufc
la plus grande partie des terreins qui étaient
annoncer
une maladie toute particulière 5 convenait peut-*
être dans les premiers tems où elles furent établies, & où les influences de l'air qu'on y fespirait devaient être d'autant plus dangereuses , que,
la terre était presque par-tout couverte de bois
ou offrait des lagons ou marécages. Mais aujout-i
d'hui, que presque toutes les plaines sont entièrement à découvert & anciennement abattues, qufc
la plus grande partie des terreins qui étaient --- Page 155 ---
'O^) noyés font égautés ou comblés & devenus fertiles & habitables ; nous Tommes très-persuadés
que, du moins dans l'isle de Saint Domingue, ces
mêmes influences de l'air qu'on y retire, ne sont
plus aussi dangereuses qu'elles l'étaient autrefois *
si ce n'est dans un petit nombre de quartiers ;
& qu'ort aurait conséquemment tord de confia
déret la première maladie que les Européens doivent y faite, comme devant être aussi dangereuse
•qu'elle l'a été par le paffé. Il n êlt cependant pas
mains vrai, que tout Européen qui se transporte
dans nos Colonies doit y éprouver une révolution particulière des influences du climat , que
nous avons déjà cônfidéré comme effentiellemeilt
différent de celui qu'ils ont quitté, & auquel ils
étaient habitués : mais cette révolution devant
être plus ou moins promptS & plus ou moins conféquehte3 eu égard au tempérament d'un êhatun,
au genre de vie qu'ils mèneront & à la manière
de s'y conduite ; il est âisé de voir que la maladie
qui doit en tésulter présentera de grandes difféfonces dans ces différend cas f & de plut grandes
encore dans le traitement qui lui fera le plus
approprié. Aussi, voit-on que si elle se manifeste
quelquefois sous le caractère de amples fièvres
termittentes, d'autres fois il en résulte des fié*
v.rôs continues ou rémittentes, tâtuôt inflammatoires ? tantôt biiieuses, putrides ou malignes- --- Page 156 ---
( 140 ) Au reste quel que soit le tempérament ou la
conftirution d'un Européen qui arrive dans les
colonies, il doit s'attendre à payer le tribut au
nouveau climat qu'il habite , par une maladie
quelconque , qui sera plus ou moins sérieuse ,
en raisoa du régime ou de la conduite qu'il
observera. Il convient donc qu'il s'abstienne de
toute espéce de liqueurs fortes, qu'il n'use qu'avec
beaucoup de modération des boissons spiritueuses
ou fermentées èc même qu'il s'en prive entières
ment, à cette première époque de son séjour',
-si l'habitude n'en a pas déjà rendu l'usage abso-
,Jument nécessaire. Il doit vivre sobrement &
:donner le plus souvent la préférence aux végétaux ; il doit éviter toute espéce d'excès , notamment avec les fernmes,dont les suites sont toujours fâcheuses en tout tems & funestes dans celuici. Il doit avoir l'attention de ne point s'expofer à l'ardeur du soleil s'il en a la liberté , ou
du moins tâcher de ne pas en augmenter l'effet
par des marches ou exercices forcés , lorsqu'il
ne peut s'en dispenser. 0i1 peut en pareil cas en
mitiger l'impression à l'aide de vétemens légers
& d'une couleur propre à réfléchir les rayons
du solel. On sçait que ce font celles qui approchent le plus du blanc qui ont cette propriété
& que les corps blancs sont ceux à travors les-
il s'il en a la liberté , ou
du moins tâcher de ne pas en augmenter l'effet
par des marches ou exercices forcés , lorsqu'il
ne peut s'en dispenser. 0i1 peut en pareil cas en
mitiger l'impression à l'aide de vétemens légers
& d'une couleur propre à réfléchir les rayons
du solel. On sçait que ce font celles qui approchent le plus du blanc qui ont cette propriété
& que les corps blancs sont ceux à travors les- --- Page 157 ---
(141) quels les rayons pénétrent le moins (i).' Cette
précaution nous paraît d autant plus essentielle
pour les Européens nouvellement arrivés , surtout quant à la couleur de leur chapeau , qu elle
peut contribuer à les garantir de ces violens maux
de tête qu'ils éprouvent ordinairement, & qui,
trop fréquens ou trop long-tems continués , peuvent affecter cette partie d'une débilité relative
qui pourrait augmenter le danger de leur première maladie 5 si par cas elle était serieuse.
D'ailleurs cette précaution n'est point à négliger, même dans toute autre circonstance, si l'on
fait attention que presque tous les anciens au pays ( 1 ) L'expérience du doaeur Franklin n? laisse aucun doute à cet égard ; il prefita d'un instant où le
cùl pur & serein ne présenrait aucun obstacle aux
rayons du soleil, pour étendre sur la neige dont la terre
était couverte , des morceaux de drap de même grandeur & même sorce , mais d'une couleur différente ; il
vit qu'après un laps de tems déterminé , ces morceaux
de Llrap s'étaient enfoncé* plus ou moins , que le noir
l'était le plus, tandis que le blanc 1 était îe moins, Se
ne l'était presque pas du tout , mais que les draps
de; autres couleurs étaient plus enfoncés à mesure qu'elles
se'Vapprochaient dela première , au lieu que ceux qui & 'en
éloignaient le plus en se rapprochant du blanc l étaient beaucoup moins. --- Page 158 ---
[texte_manquant] en forment l'exemple. On peut par ce moyen
prévenir les fluxions sur les yeux, les dents ou
les oreilles , dont on co très - souvent incowmodé & qui proviennent de la suppression de
la transpiration qui Ce fait par cette partie supéneure du corps, que quelques auteurs ont assez
justement considéré comme s'il en était la cheminée, eu égard à la grande quantité d'humeur
perspirato,ire qui s'échappe par cette partie. On
0 n'aura pas de la peine à concevoir que cette
perte sera plus ou moins copieuse , sélon qu,e
la tête fera plus ou moins couverte habituellement
eu les rayons du soleil y auront ue accès,
plus ou moins aisé; & que dans le premier de
ces deux cas, on doit être plus exposé à l'alternative qui peut décider des fluxions. * Si 1 on joint à ces attentions ceHe de frodérer l'effervescence du fang & des autres humeurs,
par un usage modéré de quelques boissons légèrement acidulées, par les bains froids ou tempérés îouvent répétés, par l'usage d'alimens tires
du règne végétal, & sur-to^f en respirant l'ait
frais de la matinée, pourvu qu'on ne soit pas
aux environs des lieux marécageux; on aura tout
lieu d 'espérer, que la révolution du nouveau climat ne sera point dangereuse & qu'elle sera
souvent peu conséquente.
usage modéré de quelques boissons légèrement acidulées, par les bains froids ou tempérés îouvent répétés, par l'usage d'alimens tires
du règne végétal, & sur-to^f en respirant l'ait
frais de la matinée, pourvu qu'on ne soit pas
aux environs des lieux marécageux; on aura tout
lieu d 'espérer, que la révolution du nouveau climat ne sera point dangereuse & qu'elle sera
souvent peu conséquente. Je n ignore pas qu'il est des personnes qui --- Page 159 ---
( ) çnç conseillé 1* feignée à ceux qui se tra» sportent
d'Europe en proposant d'avoir recoure
$ ce moyen avant le départ f on 'durant la tra--
versée, ou lors de l'arrivée dans les colonies.
Quoiqu'il Toit probable que quelques personnes
pourraient se bien trouver de cette précaution,
comme il en est beaucoup d'autres, auxquelles
elle ferait certainement inutile ou préjudiciable ?
je ne suis nullement de cet 4vis ; persuadé qu'en
prenant les autres précautions dont j'ai fait men-t
tion , la maladie du pays fera rarement fâcheuse,
sur-tout si l'on y remédie d'une manière convenable , & que les malades ne soient point effrayés
d'avance du danger qu'ils croyent cournr 4 dont
il est bien important de les dissuader. . Il ne faudrait pas cependant se figurer qu'il
suffit d'avoir fait uns maladie quelconque en arrivant dans* les pays chauds pour pouvoir se flatter
d'y être aclimatés; car on ne l'est réellement,,
comme je l'q.i assez osbservé, que quand les humeurs ont été amenées à un certain dégré
d'apauvrissement que je juge néçessajre & qui
peyt être que le produit d'une maladie un peu
conséquente ou d'un fégifne approprié longtems
continué ; ou enfin du laps de tems pendant le*,
quel le$ influences du climat agitant modérément, tendfpt à U longue à. prodwir^ Je même
tfet, --- Page 160 ---
[texte_manquant] Cette dernière réflexion touchant les influences
du climat ne pdurraient que paraître bien ail armantes , si je n'ajoutais que daiis les premiers
tems ou les Européens habitent ces nouveaux
climats , les pertes qu'ils éprouvent sont alors
beaucoup plus considérableS qu'elles ne le sont
ensuite & lorsqu'ils sont acclimatés ; de manière
que ces mêmes pertes sont pour airi'si dite ptvportionnées & relatives à la qualité des humeurs
& au besoin qu'on a qu'elles soient appauvries
pour être en équilibre avec la température de
les qualités de l'atmosphère dans laquelle l'on est
plongé. Nous ne pouvons cependant diilimuler
que les mêmes causes qui altèrent de la sorte li
conslitution des nouveaux venus, n'influent aussi i
quoique moins sensiblemerit j sur celle de ceux
qui sont déjà anciens au pays, du moins quant à 11
majeure partie des sujets , puisque nous voyons
qu'après un long séjour dans les Colonies, la constitution de ceux-ci est ordinairement très différente de celle des premiers, & que leurs so1ides"
& leurs fluides sont trop relâchés & trop appauvris. Cette trisse vérité rte prouve que trop que
se long séjour dans les pays chauds , ne (ç'aurait
convenir qu'à Un très-petit nombre d'Européens,
& d'où vient que le régime le plus approprié
aux anciens est si. différent dte celui q.ue nous
avons
séjour dans les Colonies, la constitution de ceux-ci est ordinairement très différente de celle des premiers, & que leurs so1ides"
& leurs fluides sont trop relâchés & trop appauvris. Cette trisse vérité rte prouve que trop que
se long séjour dans les pays chauds , ne (ç'aurait
convenir qu'à Un très-petit nombre d'Européens,
& d'où vient que le régime le plus approprié
aux anciens est si. différent dte celui q.ue nous
avons --- Page 161 ---
J t i4f> K avons indiqué comme le plus convenable à deux qui
sont nouvellement arrivés. - Quelque bornés que soient les avis que je viens
d'indiquer comme propres à prévenir ou modérer
les influences du climat de l'île de Saint Domingue j je ne doute point qu'ils ne, puissent être
de quelque utilité aux Européens qui s'y transc
portent. Le silence que j'observe sur le diagnostic
& le traitement de la maladie qu'ils doivent y
éprouver , doit faite seritir qu'ils ne peuvent sà
dispenses d'appeller des persotines eri état d'y satisfaire lorsqu'ils eh seront atteintsi Je me éon~
tenterai d'ajoutes que les rechutes, dans la conValefeence des maladies qu'on y fait . surtout dd
celle ci i sont si fréquentes & quelquefois si
L dangereuses é que ce moment est ordinairement le
plus conséquent & le plus périlleux pout les:
inalades^ eu égard à l'état de faiblesse & d'atonie
dans lequel se trouve alors l'estomac ainsi que
les autres organes qui concourront à là digestion.
On ne sçaurait donc être trop circonspect sur la
quantité êç la qualité des alimens dont on use à
Cette époque. J'ai au contraire assez coristamment
observé , que les convalescens étaient bien rarement raisonnables sur ce point j & qu'il s'en fallait de beaucoup que le précepte de l'école de
Salerne , de forât de table avec appétit, puiifa
suffire alors pour toute régie de tempérance : car ^ --- Page 162 ---
(146) foit que cela provienne de ce que les pertes qu'on
fait dans les maladies sont plus considérables
qu'ailleurs, ou de toute autre cause ; nous voyons
•que tous ceux qui relevent de maladie sont comme affamés, & prendraient certainement toujours
trop d'alimens , s'ils ne suivaient d'autre
régie que celle de leur appétit. C'est ce qu'on
voit communément ; aulli, en résulte. t-il ordinairement des rechûtes ou du moins un état de fai-
., blesse qui prouve suffisamment, que les digestions .sont imparfaites par la ttop grande quantité d'alimens dont on use. Le dévoiement qui survient
le plus souvent indique d'une manière assez évidente, que les organes digestifs sont alors dans un
état d'atonie & de faiblesse qui ne permet pas de
les surcharger d'une trop grande quantité d'alimens. Cette faiblesse est en effet quelquefois telle
qu'ils ne pourraient exercer leurs fondions, quelque petite que soit la quantité d'alimens qu'on
permet aux convalescens, si l'on n'avait l'attention
de leur conseiller d'user, pendant ou après le repas , de quelque cordial propre à fortifier ces organes. C'est pourquoi l'usage modéré du bon vin:,
que nous avons comme prohibé dans les premiers tems qu'on arrive dans les Colonies, est
toujours utile & même indispensable dans la circonstance dont nous parlons.
effet quelquefois telle
qu'ils ne pourraient exercer leurs fondions, quelque petite que soit la quantité d'alimens qu'on
permet aux convalescens, si l'on n'avait l'attention
de leur conseiller d'user, pendant ou après le repas , de quelque cordial propre à fortifier ces organes. C'est pourquoi l'usage modéré du bon vin:,
que nous avons comme prohibé dans les premiers tems qu'on arrive dans les Colonies, est
toujours utile & même indispensable dans la circonstance dont nous parlons. S'il est essentiel de bien régler la quantité d'a- --- Page 163 ---
(147) K ij limens qu'on accorde à ceux qui relèvent de maladie , sur-tout dans les premiers jours de con..
valescence; il ne l'est pas moins, je crois , de
bien faire attention à leur qualité : car, s'il est
probable que, dans le tems même où nous jouifsons d'une parfaite santé * la nature de nos hu'-
meurs participe de celle, des alimens dont nous
nous nourrissons . il l'est encore plus, qu'elles doivent y participer davantage dans le moment de
la convalescence, puisqu'elles sont alors comme
régénérées par les alimens que nous prenons, ce
qui mérite sans doute la plus grande attention.
Ce n'est pas que je pense qu'on 'puisse espérer de
changer entièrement la constitution des sujets par
les lues alimentaires, de même qu'on avait osé
l'espérer de l'infusion & transfusion du sang; mais
n'est-il pas vraisemblable , puisque ces mêmes
sucs peuvent occasionner ou fournir le levain de
quelque nouvelle maladie s'ils ne sont pas de nature convenable , qu'on pourrait également les
rendre propres à prévenir celles auxquelles on est
le plus exposé à Saint Domingue , si l'on choifissait parmi les alimens ceux qui sont les plus
propres à cet effet? Je pourrais rapporter quelques faits à l'appui de cette supposition, mais j'en
ai allez dit pour qu'on puisse juger combien il est
essentiel de ne nourrir les convalescens qu'avec --- Page 164 ---
(148) beaucoup ce précaution . & en choisïssant les
alimens de la meilleure qualité possible. Quoiqu'il soit assez ordinaire que les Européens
nouvellement arrivés jouissent pendant quelque
tems d'une assez bonne santé dans le nouveau
climat qu'ils habitent, lorsqu'ils ont fait leur première maladie, & qu'ils ont pasle le tems où l'on
doit toujours craindre les rechûtes ; ils ne doivent pas cependant se figurer qu'ils sont à l'abri
d'en éprouver de nouvelles 3 parce qu'ils auront
déjà payé le tribut. Ce n'eu: qu'autant qu'ils auront l'attention d'éviter toute espèce d'excès Se
qu'ils seront assez heureusement constitués pour
satisfaire sacs peine & gaiement aux différentes
occupations auxquelles ils se livreront, qu'ils pourront y jouir d'une bonne santé. Tout ce que nous
avons dit jusqu'ici prouve, quoiqu'il soit vrai
;que les espéces de maladie qu'on éprouve à Saint
Domingue ne sont pas aussi multipliées qu'ailleurs , que les causes qui peuvent occasionner
celles qu'on y observe, le sont assez pour expliquer d'où vient qu'on y est plus souvent .malade
qu'ailleurs ; & qu'il y ait si peu de personnes qui y
jouissent de ces brillantes santés qu'on voit en
France bien plus communément. Nous ajouterons
cependant , puisque cela confirme que dans le
nombre de ceux qui périssent à Saint Domingue).
il en efV beaucoup qui succombent par leur faute,
multipliées qu'ailleurs , que les causes qui peuvent occasionner
celles qu'on y observe, le sont assez pour expliquer d'où vient qu'on y est plus souvent .malade
qu'ailleurs ; & qu'il y ait si peu de personnes qui y
jouissent de ces brillantes santés qu'on voit en
France bien plus communément. Nous ajouterons
cependant , puisque cela confirme que dans le
nombre de ceux qui périssent à Saint Domingue).
il en efV beaucoup qui succombent par leur faute, --- Page 165 ---
(149) K iij que ce climat peut être préférable & plus convenable que tout autre à quelques personnes, & surtout à celles d'un certain âge, de même qu'à
celles qui ont la poitrine délicate; du moins voiton, qu'eû égard aux moindres révolutions qu'on
est dans le cas d'y éprouver dans les différentes
saisons de l'année, l'on y est moins souvent malade qu'ailleurs , une fois qu'on a passé l'âge despassions vives & qu'on sçait éviter toute eÍpéce
d'excès. CHAPITR-E I I I. ■ Des maladies de poitrine, connues généralement
fous le nom de fluxions. D APPRÈS le plan que nous nous sommes proposés, de ne parler que des maladies qu'on observe le plus communément, & ce que nous avons
dit en terminant le chapitre précédent ; on ne
manquerait pas de croire que nous sommes en:con.
tradition avec nous mêmes , si nous n'avions l'attention d'ajouter que nous n'entendons parler ici,
que des affe&ions de poitrine , qui peuvent être
occasiônnées par des causes violentes ou accidentelles, auxquelles les négres sont ordinairement --- Page 166 ---
(iyo) bien plus exposés que les blancs. Quoiqu'on emploie généralement le nom de
fluxion de poitrine, pour désigner une maladie
prompte ou algue, qui affed:e les organes de la
respiration, il ne faudrait pas se figurer, coisme
on le peme communément, qu'une telle dénomi-*
nation indique quelque chose de fort clair & de
bien positif; attendu que les parties ou organes,
qui opérent , ou coopérent à cette importante
fonction , font très - multipliés, & que les poumons, qui en font les organes les plus essentiels.,
peuvent être affeCtés ainsi que les autres de différente manière & par des çauses matérielles totalement différentes. Il suffit d'observer que quoiqu'on aperçoive,
dans toute espèce de fluxion de poitrine la fié.
vre, l'oppression & la douleur, ces signes n'indiquent rien de positif quant à la nature de la
maladie qui y donne lieu, ni quant au traitement
qu'il convient d'employer; pour voir que des
notions aussi vagues ne peuvent être d'aucune utilité , & combien peut être préjudiciable la conduite de ceux qui s'imaginent que toute espéce
de fluxion de poitrine qui se manifeste par de
tels signes , est une maladie de même nature Se
qui doit etre traitée de la même manière. Cette
erreur 3 assez généralement admise par ceux pour
lesquels j'écris , m'a paru d'autant plus çonfë-
'il convient d'employer; pour voir que des
notions aussi vagues ne peuvent être d'aucune utilité , & combien peut être préjudiciable la conduite de ceux qui s'imaginent que toute espéce
de fluxion de poitrine qui se manifeste par de
tels signes , est une maladie de même nature Se
qui doit etre traitée de la même manière. Cette
erreur 3 assez généralement admise par ceux pour
lesquels j'écris , m'a paru d'autant plus çonfë- --- Page 167 ---
(W) KIv queute, que les cas où les saignées doivent con.; -
venir & où elles doivent être multipliées , sont
infiniment plus rares dans tes pays chauds, que
ceux où l'on ne doit employer cette espéce- de
moyen, qu'avec beaucoup de circonspeétion.. Comme je sçais que la saignée n'est pas le
seul moyen dont on abuse ordinairement dans
Je traitement des fluxions de poitrine , & qu'il
n'en est que très-peu 3 de ceux qui peuvent convenir à une espéce particulière de fluxions, qui
puissent être appropriés ou indiqués à telle autre;
il est encore plus important de prouver que le
traitement de maladies aussi graves que celle •
dont il s'agit ici, ne doit être confié qu'à des personnes éclairées , que de relever toutes les erreurs que peuvent commettre ceux qui ne le
sont pas & qui osent s'en mêler. Je ne crains
pas d'affirmer que ces derniers feraient encore
mieux de livrer ces fortes de maladies aux seuls
foins de la nature , s'ils ne peuvent avoir ceux
d'un homme de l'art , plutôt que. de risquer
d'employer quelques moyens , peu ou point convehables, & qui font toujours beaucoup de mal
s'ils ne font pas de bien. Le simple exposé que je vais faire de quel- ,
ques espéces de fluxions de poitrine,. afin de
pouvoir rapporter à chacune d'elles, quelquesunes des causes qui peuvent les occasionner, . --- Page 168 ---
( IS2) fuffira- je crois pour désabuser ceux qui s'imaginent que rien n'est plus simple que le, traitement
des fluxions de poitrine 3 & que ceux auxquels
je destine cet ei[ai, ne peuvent mieux faire que
de se borner à prévenir les çauses qui peuvent y
donner lieu, On doit distinguer les fluxions de poitrine,
çu égard au Gége' réel qu'occupe la cause ou
matière morbifique , en vraies ou essentielles ,
fausses ou symptômatiques ; & quant à la nature
de cette même cause, en inflammatoires, bilieuses
pituiteuses ou çatarrhaies. La vraie, ou essentielle cst celle où les principaux organes de 1$
respiration , tels que les poumons ou la membrane qui les enveloppe & qui tapisse l'intérieur
de la poitrine , sont primitivement & immé~ -
di^tement affeâ;és ; tandis que dans la fausse ou
lymptomatique, ils ne le sont que- secondairement ou sympatiquement , & la cause morbifique ne porte que sur des parties moins essen-.
tielles à cette fon&ion , ou qui fympatisent avçç
çelles qui le sont le plus.
principaux organes de 1$
respiration , tels que les poumons ou la membrane qui les enveloppe & qui tapisse l'intérieur
de la poitrine , sont primitivement & immé~ -
di^tement affeâ;és ; tandis que dans la fausse ou
lymptomatique, ils ne le sont que- secondairement ou sympatiquement , & la cause morbifique ne porte que sur des parties moins essen-.
tielles à cette fon&ion , ou qui fympatisent avçç
çelles qui le sont le plus. Il est aisé de voir que, dans l'un & l'autre de
ces cas , quoique la fiévre , l'oppression & la
douleur , semblent présenter des indications analogues , le traitement doit en être différent
attendu qu'eu égard au plus ou moins d'impôt
tance des organes affectés, ? les secours font plys --- Page 169 ---
( 1 ) ou. moins urgents & doivent être de différente
nature, ou employés de différente manière. Si
l'on ne peut douter de l'utilité de cette premiers
distinction > relative au siége qu'occupe la cause
morbifique , celle qui doit être déduite de' la
considération de la nature de cette même cause,
est bien plus importante encore , lorsqu'il s'agit
de statuer quel est le traitement qu'il convient
d'employer dans chaque fluxion de poitrine ;
puisqu'en raison de la différente nature de cette
même cause , les remèdes doivent être totalement différens. Si nous ajoutons maintenant,
qu'il n'est pas rare de voir que les différentes
espéces de fluxions soient compliquées entr'elles,
de manière à présenter quelquefois des indica?
tions opposées ; on verra que ce ne peut être
qu'avec la plus. exaÇte connaissance de tous les
symptômes particuliers à chacune d'elles, qu'on
peut déterminer quels sont les remèdes les
plus appropriés , & conséquemment comme
je l'ai déjà dit , que les maladies dont il s agit
ne sont pas aussi simples qu'on le croit trop, gé
néralement' & qu'il était bien important de détruire cette erreur. Nous observerons quant aux causes qui peu"!
vent y donner lieu, que tout ce qui peut gêner
la circulation è travers les poumons ou les par"
ties qui coupèrent à la respiration , ralentir U --- Page 170 ---
( 154 J interrompre la transpiration pulmonaire , déterminer ou fixer vers ces organes des kumeurs •
qui leur sont étrangères, en sont les principales.
On voit déjà que ces causes doivent être trèsmultipliées, & que leurs esfets doivent être plus
ou moins sensibles ou dangereux, sélon quelles ;
seront plus ou moins adives, ou que les organes
seront plus ou moins en état d'y résïster. Nous
avons assez souvent parlé de l'utilité des efforts
que fait la nature pour combattre & chasser audehors du corps les différentes matières morbifiques dont e!le est incommodée , pour qu'on .
puisse appercevoir combien il importe dans ces
cas ci , que les organes sur lesquels elles portent leur aétion, soient en bon état ; & que s'il
convient, eu égard à leur grande importance,
de les garantir de tout ce qui peut les incommoder, il est encore plus important d'être sur
ses gardes , si l'on a la poitrine naturellement délicate & si les poumons sont affeélés d'une débilité relative. Cet état ne peut que les rendre
plus sensibles à l'impression des moindres
causes, qui, sans cela, seraient insuffisantes pour
y déterminer quelque lésion ou dérangement
notable,
& que s'il
convient, eu égard à leur grande importance,
de les garantir de tout ce qui peut les incommoder, il est encore plus important d'être sur
ses gardes , si l'on a la poitrine naturellement délicate & si les poumons sont affeélés d'une débilité relative. Cet état ne peut que les rendre
plus sensibles à l'impression des moindres
causes, qui, sans cela, seraient insuffisantes pour
y déterminer quelque lésion ou dérangement
notable, Parmi les, causes qui peuvent gêner la circulation à travers les poumons ou interrompre la
perspiration pulmonaire, on doit compter les --- Page 171 ---
(r $5 ) exercices ou travaux forcés pris à l'ardeur du foleil 3 les excès de boissons spiritueuses, le passage
subit d'un lieu chaud dans un autre qui l'est beaucoup moins, sur-tout, il les poumons ont été immédiatement fatigués, comme par le chant, le
parler à haute voix, ou qu'on ait respiré devant
un grand feu, &c. Quant à celles qui peuvent occasionner le
transport de différentes humeurs vers la poitrine
elles sont très - nombreuses ; on doit remarquer la suppression de la transpiration ou des
sueurs, comme la plus importante & celle qui
décide le plus fréquemment la maladie dont nous
parlons, surtout chez les nègres; roit qu'on s'expose
subitement & sans se mouvoir à l'impression d'un
air froid ou d'un courant d'air, pendant que le
corps est chaud ou suant ; soit qu'on s'avise de
boire froid , sur-tout de l'eau pure , avant de
s'être reposé , & que le corps soit un peu tempéré ; soit enfin qu'on vienne à être mouillé par
quelque grain de pluye pendant qu'on est dans
ce même état. On n'a qu'à savoir, que toutes les
parties du corps communiquent entre elles &
qu'eu égard à cette communication , il peut se
faire des transports d'humeur de toutes les parties sur les poumons , pour voir que l'humeur de
la transpiration n 'est pas la seule qui puisse être répercutée ou puisse occasionner des fluxions de poi- --- Page 172 ---
[texte_manquant] x trine 5 que la suppression des écoulemens naturels
ou de toute espéce d humeur morbifique par
quelque voie que ce soit que la nature cherche à
s 3en débaraiïer , peut également y donner
lieu. D après l exposé que nous venons de faire des
causes de fluxions de poitrine , il est clair que
les principaux moyens, propres à prévenir ces
maladies , çonsistent à éviter, ces mêmes causes
avec le plus grand soin ; alors on verra combien
les différens avis dont il a été question en parlant
des considérations générales peuvent être utiles ,
tant sur le peu d attention qu'on a de ne point
proportionner son vêtement aux fraicheurs de la
matinée & du soir , que de ne pas mettre les
négres a l abri des grains de pluye qu'ils sont
souvent dans le cas d'essuyer, pendant qu'ils sont
échauffés par la fatigue des travaux auxquels on
les occupe. On verra aussi 5 qu'il serait bien important de prendre quelques précautions pour les
chauffeurs des fourneaux de sucrerie, ainsi que
pour ceux qui travaillent pendant la nuit
dans l'intérieur de ce bâtiment & ressent pendant plusieurs heures de suite devant les chaudières , respirant & enveloppés pendant tout ce
tems de la vapeur qui s'en élève : qu'il ne peut
cju être très-dangereux d'exposer les négres aux
suppressions de transpiration qu'ils doivent éprou-
on
les occupe. On verra aussi 5 qu'il serait bien important de prendre quelques précautions pour les
chauffeurs des fourneaux de sucrerie, ainsi que
pour ceux qui travaillent pendant la nuit
dans l'intérieur de ce bâtiment & ressent pendant plusieurs heures de suite devant les chaudières , respirant & enveloppés pendant tout ce
tems de la vapeur qui s'en élève : qu'il ne peut
cju être très-dangereux d'exposer les négres aux
suppressions de transpiration qu'ils doivent éprou- --- Page 173 ---
[texte_manquant] ver , lorsqu'oh les fait travailler de grand matîil
dans des lieux où ils sont continuellement couverts d'une froide humidité : tel ess l'intérieur des piéces de canes déjà avancées } ou
toute autre position analogue, lorsque les plantes,
a travers lesquelles ils sont obligés de passer , sont
encore chargées de l'humidité que les pluyes, la
rosée, ou les brouillards de la nuit & du matin
ont deposée sur leurs feuilles ; & qu'on devrait
attendre que le soleil l'eut absorbée entièrement
ou en grande partie , ou du moins qu'il fût
assqz chaud, pour que le corps pût par le moindre
exercice s'opposer à la répercussion de la transpiration que le contact de cette humidité doit occasionner ou la prévenir. On verra combien il importe
aussi d'être plus circonspect dans le traitement
de la plupart de ces maladies qui se manifeflent
à l'extérieur, telles qu'éresYfeles, dartres, gales,
pian, goutte , rhumatismes &c., de même que
dans le cas d'éruptions critiques que la nature
provoque , ou lorsqu'elle détermine quelque
égoût ou quelque écoulement nécessaire, ou s'il en
est que la longue habitude a rendu naturels, tels
font les hémorrhoïdes, les. fleurs blanches, les
vieux ulcères, &c. &c. Tous les cas que je viens de désigner pouvant
donner lieu à des fluxions de poitrine, si l'on se
permet l'emploi des moyens qui peuvent in- --- Page 174 ---
Cis-S) terrompre ou intervertir l'ordre & les mouvemens
de la nature, sans user des plus grandes précautions, avant de remédier aux symptômes qui les
accompagnent; j'ajouterai qu'on devrait être bien
plus réservé qu'on ne l'en ordinairement en pareils
cas, & qu'on ferait alors beaucoup mieux de rester
dans la plus grande inadion , si l'on n'est pas
à portée de consulter & de suivre les avis de ceux
qui peuvent prévoir & prévenir toutes les conséquences qui peuvent en résulter. Combien de
fois n'ai-je pas vu, que pour vouloir remédier
à des indispositions de la nature dont je parle,
on a couru les plus grands dangers, ou occasionné
des accidens infiniment plus graves que ceux
qu'on desirait ou qu'on tentait de guérir ! Qu'on
se rappelle ce que nous avons dit, en parlant
des abondantes excrétions qui se font par l, peau,
on verra que, dans les pays chauds plus qu'en
tout autre, les maladies de cet organe doivent
y être d'autant plus fréquentes & d'autant plus
compliquées, que c'est là l'émondoire par lequel la nature se débarrasse sans cesse de beaucoup d'humeurs morbifiques dont elle peut être
incommodée. Il est donc de la plus grande importance de n'employer qu'avec beaucoup de rér
réserve les remèdes ou topiques externes qui
peuvent intervertir cet ordre habituel du cours.
des humeurs du centre à la circonférence ; tels
cet organe doivent
y être d'autant plus fréquentes & d'autant plus
compliquées, que c'est là l'émondoire par lequel la nature se débarrasse sans cesse de beaucoup d'humeurs morbifiques dont elle peut être
incommodée. Il est donc de la plus grande importance de n'employer qu'avec beaucoup de rér
réserve les remèdes ou topiques externes qui
peuvent intervertir cet ordre habituel du cours.
des humeurs du centre à la circonférence ; tels --- Page 175 ---
( 159 ) sont les résolutifs & les répercussifs dont on n'abufe que trop. - CHAPITRE IV. De la coqutluche. AV A N T eu occasion de voir, À différentes
fois, cette maladie dans le quartier de SaintDomingue où j'ai resté , & avec quelle rapidité
elle se répandait, du moment que quelque sujet
en était atteint sur une habitation ; j'ai cru qu'il
était d'autant plus à propos d'en parler, que la plupart des auteurs la considèrent comme une maladie
épidémique & évidemment contagieuse ; & que
j'ai été témoin qu'en raison de la grande quantité de malades, du peu de soin qu'on en avait
en pareil cas , & sur-tout des mauvais traitemens qu'on y employait, elle avait assez souvent
des suites très fâcheuses. Quoiqu'il paraisse allez évident que la conk
titution épidémique de l'air ou de la saison, doit
être considérée comme la principale cause de
cette maladie , ce qui semblerait exclure toute
espéce de moyens pour la prévenir : comme il
n'est pas moins vrai que les effets de ces in- --- Page 176 ---
(160) fluences font plut ou moins a&ifs, (eson qu'bM y
est plus ou moins exposé t en raison de l'âgé
ou constitution des sujets , & (uivant la nature
du climat qu'on habite ; & qu'il paraît qu'on est
au moins fondé à soupçonner qu'elle est contagieuse; l'on ne peut douter que ces considérations ne puissent fournir quelques réflexions relatives au but que nous nous sommes proposé. Si l'on fait attention que la coqueluche est plus
fréquente & plus dangereuse dans les pays froids
que dans les pays chauds ; qu'elle régne plus
fréquemment pendant les constitutions froides &
humides , où l'on est plus exposé aux suppressions de transpiration s que les en sanS y sont plus
ordinairement sujets que les adolescens ou les
adultes, qu elle est ordinairement plus sérieuse
& plus rébelle lorsqu elle affecte les enfans de
l'âge le plus tendre ; on verra qu'on est en
quelque sorte fondé à regarder les causes qui
tendent à favoriser ou à déterminer l'altération
muqueuse des humeurs > comme celles qui 'sont
les plus propres à favoriser la contagion de la
coqueluche ou à l'aggraver : conséquemment ,
que les moyens qui peuvent être propres a pré-»
venir cette espéce de dégénération, peuvent être
des préservatifs contre la maladie dont il est
question. C'est pourquoi nous indiquerons comme
très-elTentiels, 1°. l'attention d'éviter d'exposer
les
terminer l'altération
muqueuse des humeurs > comme celles qui 'sont
les plus propres à favoriser la contagion de la
coqueluche ou à l'aggraver : conséquemment ,
que les moyens qui peuvent être propres a pré-»
venir cette espéce de dégénération, peuvent être
des préservatifs contre la maladie dont il est
question. C'est pourquoi nous indiquerons comme
très-elTentiels, 1°. l'attention d'éviter d'exposer
les --- Page 177 ---
1 (itl) L lés enfans aux impreûions^d'un air froid & humide; 2°. de les garantir par des vetemens un peu plus
chauds que de coutume , des suppressions ôu de là
diminution de la transpiration,qu 'il importe d'entretenir , en leur faisant prendre un peu d'exercice $
3°. ,de préférer alors un régime incisif / sondant & un peu tonique 5 à toute espéce d'alimens capable de \ disposer les humeurs à la dégénération muqueuse ou de relâcher le ton des
solides & de lestomac. Il n'est pas douteux
qu'en pareil cas l'usage du bain froid , d'une
bonne nourriture prise sobrement, au lieu dè
donner des alimens visqueux & indigestes en
grande quantité , sur-tout si l'on ajoute à ces pré*
cautions celled'uCer,comme préservatif dequelquesunes de ces boissons qu'on sçait être très-éfficacés j
même quand le mal est déjà déclaré , telles que
l'infusion de feuilles d'oranger , de romarin de
pouillot,légèrement éguisée par-quelque sel neutre
•ou même seulement par le sucre ; il. n'est pas
douteux, dis-je, que par ces différens moyens
•on ne mitigeât & on ne prévînt Souvent la contagion .de la coqueluche. La sèule considération
de la nature des différens moyens qu'on employé
avec succès dans le traitement de cette maladie , lorsqu'on suit les indications qu'elle l'réa
sente , confirmerait ce que j'avance, si les succes que j'ai plusieurs fois obtenus des dirent --- Page 178 ---
(162) moyens que je conseille, en me pressant de
les employer dès la première invasion de cette
maladie, ne m'assuraient de leur plus grande efficacité en les appliquant comme prérervatifs. Je dois ajouter que, puisqu'il est probable que
cette maladie est susceptible de contagion, on
doit empêcher la libre communication entre les
-ênfans qui n'en sont pas atteints & ceux qui l'ont ;
né serait-ce que pour éviter en partie le grand
embarras qu'il y a lorsqu'il faut soigner à la fois
un nombre considérable de malades de cec âge;
ce qui ne manque pas d'ajouter aux risques qu'ils
peuvent courir , par l'impossibilité où l'on est
d'y veiller de près, & de prévenir les inconséquences que les mères peuvent commettre lorsqu'elles sont esclaves. On connaît jusqu'à quel
point celles-ci sont crédules & négligentes, combien il importe que les enfans soient à l'abri de
l'impresioM des courans d'air dans ces momens
où des quintes de toux violentes & fréquentes
les tiennent presque continuellement dans un état
de moiteur ; combien il importe de leur épargner ou leur éviter les qccasions qui peuvent les
émouvoir ou les inquiéter , puisque les accès de
toux n'en sont que plus fréquens & plus violens;
& qu'enfin il n'est pas moins à propos d'obvier
à la trop grande facilité des mères à gorger
leurs ensans d'une infinité de remèdes qu'elles
des quintes de toux violentes & fréquentes
les tiennent presque continuellement dans un état
de moiteur ; combien il importe de leur épargner ou leur éviter les qccasions qui peuvent les
émouvoir ou les inquiéter , puisque les accès de
toux n'en sont que plus fréquens & plus violens;
& qu'enfin il n'est pas moins à propos d'obvier
à la trop grande facilité des mères à gorger
leurs ensans d'une infinité de remèdes qu'elles --- Page 179 ---
( 1'63 ) L ij imaginent ou que chacun lte manque pas de
tonfeiller. J'ai souvent vu les mauvais effets de
quelques-uns de ces remèdes 5 notamment des
bains qu'on employé assez librement, quoique
saie reconnu que ce moyen est toujours sufped
& dangereux, sur-tout quand la maladie est bien
déclarée & que les crises de sueur sont déjà fréquentes & considérables. J'ai quelquefois observe
de véritables flexions de poitrine par cette inconséquence &" plus souvent encore des effets très
fâcheux* ou au moins beaucoup d'opiniâtreté dans
la cure de cette maladie , par l'abus des purgatifs trop irritans qu'on employait mal à propos. C'est pourquoi j'ajouterai en finilTant, que
quoique le traitement de cette maladie soit ofr
dinairement assez simple à on ne doit point négliger de consulter les personnes de l'art dont
on peut être à portée > puisqu' il est de la plus
grande importance de bien distinguer les deux
indications que cette maladie présente dans ses
périodes remarquables; êç de savoir que les remèdes
qu'on employe dans l'une & dans l'autre, doivent
avoir des effets diamétralement opposés. Quoique cet objet ne me concerne point $
comme il est possible qu'op ne soit pas toujours
à portée des personnes de l'art, & qu'il importe
de dissuadet ceux qui s'imaginent que le traitement de la coqueluche consiste seulement dans --- Page 180 ---
(164) l'usage des loochs & boissons adoucissantes, même
quand elle est grave; je dirai en passant que dans
la première période de c'ette maladie les remèdes
les mieux indiqués sont les incisifs , les digeftifs, les vomitifs & les absorbans, auxquels il
importe quelquefois de joindre les caïmans : tandis que dans la seconde période tous ceux dont
nous venons de parler, excepté les derniers, sont
absolument contraires, & que les calmans & les
toniques sont les seuls qu'il convient d'employer.
Je dois cependant ajouter que lorsque la coqueluche est benigne, c'est-à-dire, que les accès ne
sont ni fréquens ni violens, que l'expedoration
est modérée , que les malades n'éprouvent point
de malaise dans l'intervale des quintes, conservent
leur appétit, dorment & n'ont ni fiévre ni de la
peine à respirer : ou bien que ces symptômes existans d'abord, on les verrait diminuer journellement d'intensité, l'on peut espérer alors que la
maladie se terminera assez promptement par le seul
secours de la nature, conséquement qu'on n a
pour ainsi-dire rien à faire.
érée , que les malades n'éprouvent point
de malaise dans l'intervale des quintes, conservent
leur appétit, dorment & n'ont ni fiévre ni de la
peine à respirer : ou bien que ces symptômes existans d'abord, on les verrait diminuer journellement d'intensité, l'on peut espérer alors que la
maladie se terminera assez promptement par le seul
secours de la nature, conséquement qu'on n a
pour ainsi-dire rien à faire. --- Page 181 ---
(16S) L iij CHAPITRE V.- De la petite- verole. L A contagion étant généralement concidérée
comme la seule cause qui peut occasionner cette
maladie , les meilleurs moyens de la prévenir
doivent consister principalement à garantir de
cette même contagion tous ceux qui n'ont pas
encore été atteints de la petite vérole , soit en
interceptant toute espèce de communication avec
ceux qui en sont affecrés , soit par l'usage des
différens moyens qui peuvent être utiles, si non
pour garantir des effets du contact immédiat,
comme quelques Auteurs le pensent, du moins
comme pouvant garantir des influences des miafmes varioliques répandus dans l'air ;" en suppo- :
sant qu'il soit possible que la petite vérole se communique ainsi , même à une certaine distance. Il est sans doute assez facile d'intercepter toute,
communication sur les habitations, en faisant transporter tous les vérétés dans un logement particulier , éloigné des autres établissemens; mais si
l'on fait attention, que. ceux qui habitent les villes
QtL le? bourgs, nont Pas la même facilité ; que les --- Page 182 ---
(i 66) propriétaires des habitations ne sauraient s'y réfoudre volontiers pour eux ou quelqu'un de leur
famille , & sur-tout combien le préjugé qui régne
parmi les nègres les invite à se visiter mutuellement , on verra que le meilleur & peut-être l'unique moyen de prévenir les dangereux effets de
la petite vérole, consiste dans l'inoculation. On
sçait qu'elle a eu les plus grands succès dans nos
Colonies lorsqu'elle a été pratiquée par des gens
instruits, & qu'il n'est plus permis de douter de
l'utilité. & de l'importance de cette découverte,
C'est, je crois , ce dont on pourra se convaincre
en lisant notre dissertation sur ce sujet. Certain néanmoins que, si mes réflexions peuvent persuader quelques-uns des habitans qui prendront la peine de les lire avec un peu d'attention,
beaucoup d'autres continueront à s'exposer aùx
ravages de la petite vérole naturelle , dont !a
fortune la mieux établie peut être ébranlée en.
très-peu de tems, se flattant ou qu'ils réussiront
à prévenir la communication & à empêcher qu'elle»
ne se répande , ou que la maladie sera benigne^
il m'a paru nécessaire d'indiquer quels peuvent
être les moyens & les, précautions qu'il çst à,
propos d'employer pour y réunir.
à s'exposer aùx
ravages de la petite vérole naturelle , dont !a
fortune la mieux établie peut être ébranlée en.
très-peu de tems, se flattant ou qu'ils réussiront
à prévenir la communication & à empêcher qu'elle»
ne se répande , ou que la maladie sera benigne^
il m'a paru nécessaire d'indiquer quels peuvent
être les moyens & les, précautions qu'il çst à,
propos d'employer pour y réunir. Personne ne doutera, je crois , qu'il ne soit esFentiel que tous ceux qui sont atteints de la petite
Vérole y soient séparés soigneusement & contenus --- Page 183 ---
(167) L iv , dans leur maison pendant tout le tems qu'ils peuvent la communiquer à d'autres. Cependant, combien de fois na-t-on pas vu les enfans libres d'aller dans les rues, avant que les croûtes des boutons varioliques fussent entièrement tombées 5
même pendant qu'ils étaient en suppuration , lorsque la petite vérole était assez benigne pour que
leurs parens n'eussent rien à craindre sur leur état:
doit-on être étonné, d'après une telle liberté ,
que la petite vérole se perpétue dans les villes
des Colonies pendant des années entières? Comme
il n'appartient qu'aux magistrats & aux gens de
l'art qui se trouvent sur les lieux de prévenir cet
abus, il ne nous concerne point ; mais si nous
' considérons avec quelle rapidité la contagion de
cette maladie fait ses progrès lorsqu elle paraît
sur les habitations, nous verrons que la précaution
que la plûpart & presque tous les habitans prennent de faire transporter les malades dans des cases isolées & placées à une grande distance des
autres, n'est pas ce qu'il importe le plus d'observer. Si l'on ne joint en effet à cette première
attention, celle de donner des ordres très-rigoureux pour empêcher les négres de cominuniquer
entr'eux, & si l'on ne sevit contre tous ceux qui
braveront ces défenses 3 on doit s'attendre que
fétabliflèment d'une café à verrette fera nonseulement insuffisant mais mém-e qu'il deviendra --- Page 184 ---
-fi68* préjudiciable, On ne peut douter que l'éloignement dans lequel les malades se trouvent alors ,
ainsi que la nécessité de les entasser pour ainsi dire
sous des cases ordinairement, trop peu spatieuses
peu commodes, n'ajoutent réellement au danger de leur maladie, tant par h plus grande difficulté de les y soigner, que par l'insalubrité de
1 air qu ils y respirent. Il serait cependant facile
d 'obvier à l un & à l'autre de ces inconvéniens, en
plaçant ces cases en bon air & à deux ou trois
cents pas qe distance tout au plus , en y rcnou-
\ellant l air de tems en tems , en les parfumant
il différentes fois dans la journée, & en les faifant un peu plus spatieuses qu'elles ne sont , au
cas que le nombre des malades soit trop multiplié j mais il ne le sera jamais , si, comme je l'ai déj'à dit , après avoir pris la précaution de les
separer , on promet des châtimens aux négres
qui sont préposés pour les garder ou les soigner,
ainsi qu'à ceux qui seront dans le cas de participer à la contagion. Si je n'avais été souvent témoin de l'efficacité de cette précaution, ainii
que des tristes conséquences qui s'ensuivaient
lorsqu'on la négligeait 3 d'après la singulière idée
que les nègres ont que s'ils craignent de visiter
leurs parens eu leurs amis malades, la maladie
viendra lçs visiter , j'eusse moins insisté sur un
moyen qui ne me concerne guères. J'ajouterai
. Si je n'avais été souvent témoin de l'efficacité de cette précaution, ainii
que des tristes conséquences qui s'ensuivaient
lorsqu'on la négligeait 3 d'après la singulière idée
que les nègres ont que s'ils craignent de visiter
leurs parens eu leurs amis malades, la maladie
viendra lçs visiter , j'eusse moins insisté sur un
moyen qui ne me concerne guères. J'ajouterai --- Page 185 ---
( 169 ) néanmoins qu'il convient d'être fort rçservé avant
d'en venir au fait , quoiqu'il faille toujours menacer, puisqu'il ferait de la plus grande inhumanité d'agir rigoureusement avant de s'être bien
assuré que l'erreur des malades a été volontaire.
La considération touchant la parenté, ou les liaisons
particulières entre les nègres de la même habitation ou çeux du voisinage, si la maladie y régné,
fournira des moyens propres à résoudre ce problême d'adminillration, (i l'on a eu le soin d'empêcher que le nègre qui Joigne spécialement les malades , n'ait eu aucun prétexte ou aucune raison
de s'éloigner un instant, & que les nègres malades ne soiènt retournés chez eux, après leur guêri son , qu'après que toutes les croûtes sont entièrement tombées, qu'on les aura bien fait baigner,
& sur-tout que tout le linge qu'ils auront porté
pendant leur maladie aura été bien lessivé. On ne
ferait que mieux de- le brûler lorsqu'il ne sera
pas de grande conséquence. Quant à ce qui concerne lespréservatiss- par lesquels on peut s'y garantir des effets de 14 contagion de la petite vérole ; quoiqu'il ne paraisse
pas prudent de compter assez sur leur efficacité
pour pouvoir s'exposer impunément au contai
immédiat, malgré .que quelques Auteurs l'aient
prétendu ; je pense qu'il est à propos de ne pas
négliger, d'en faire usage principalement dans les --- Page 186 ---
( ) villes, sur-tout si la petite vérole est de mauvaise
qualité, ou, ce qui revient au même, si elle régne
dans une saison qui peut la rendre telle. Parmi les différens préservatifs qu'on a conseillé contre la contagion variolique, les principaux sont l'usage du camphre, du mercure , de
l'eau de goudron & le quina. Rhosen rapporte
que dans une épidémie varioleuse qui regna à
Upsal en 1744, & qui était très mauvaise, il eut
la consolation de [voir que ceux qui usèrent des
pilules ci-après, échappèrent à la contagion de la
maladie, ou ne l'eurent que très-benigne, & qu'on
s'en servit ensuite par-tout le Royaume avec le
même succès. Il s'agit de prendre : D'Aquila Alba .. douze grains.
De Camphre ... huit grains
D'Extrait d'Aloës . douze grains.
De Gomme Gayac . seize grains. * Et de mêler le tout, pour en former des pi-
'Iules de deux grains, dont la véritable dose sera
celle qui procurera trois ou quatre selles. Rhosen
ajoute qu'un enfant de deux ans prendra trois de
ces pilules ; celui de quatre, cinq, celui de cinq,
six, & qu'il faut s'en tenir à*sept pilules quoique
l'enfant ait plus de sept à huit ans ; que si la dose
ne iaifait point aller, on y ajouterait un qu deux
. seize grains. * Et de mêler le tout, pour en former des pi-
'Iules de deux grains, dont la véritable dose sera
celle qui procurera trois ou quatre selles. Rhosen
ajoute qu'un enfant de deux ans prendra trois de
ces pilules ; celui de quatre, cinq, celui de cinq,
six, & qu'il faut s'en tenir à*sept pilules quoique
l'enfant ait plus de sept à huit ans ; que si la dose
ne iaifait point aller, on y ajouterait un qu deux --- Page 187 ---
( 171 ) grains de racine de jalap bien triturée avec des
amandes ; qu'il faut donner dè ces pilules deux
fois par semaine , le dimanche & le mercredi
au soir, & que leur effet se manifeste le lundi &
le jeudi matin; il recommande aussi d'éviter les
viandes salées le jour qu'on use de ce remède, 8c
de ne prendre de viande qu'à midi; il dit enfin qu'on
peut prendre l'air à volortté,hors les jours que les pilules opérent. Tel est le moyen conseillé par Rhozen & dont il recommande de continuer l'usage pendant tout le tems que l'épidémie dure, ayant soin
de ne pas faire préparer une trop grande quantité de pilules à la fois, parce que le camphre
qui en est un des principaux ingrédiens , s'évapore facilement. Il suffit de connaître les bons effets que d'autres Auteurs ont retiré de remploi du camphre
& du mercure dans le traitement de la petite v&
role naturelle ou inoculée (vid. :ném. de la Soc,
roy. de Méd. 1777 & 1778, pag. 22$) pour juger que l'usage des pilules que Rhosen conseille
n'est pas à négliger. Les propriétés.de l'eau de goudron, comme
préservatif de la contagion variolique ou pour
en mitiger les influences, la rendent aussi recomrnandable. Les succès que Rhofen dit en avoir
obtenu dans la patoisse de Langara à trois mille
d Upsal, lors d'une petite vérole si maligne que --- Page 188 ---
(172) tous les enfans en mouraient, & qui devînt trèsbenigne par l'usagede ce remède; joints à l'observation merveilleuse qu'il rapporte d'après le Docteur Cantwel, prouvent assez que ce moyen peut
être sort utile. ( Vid. Rhosen Traité des maladies
des enfans ), cc Pour préparer l'eau de goudron, on met trois
livres de bon goudron dans douze livres d'eau,
33 on agite le tout pendant deux ou. trois minutes
« avec une spatule ; on laisse ensuite reposer pen33 dant deux jours, on tire ce qui est clair qu'on
33 inet, dans des bouteilles pour l'usagc. Cette li33 queur a une teinte de vin d'Espagne, une sa33 veur açidule & légèrement résineuse. La dose
âs est d'un verre matin & soir --Nous pourrions rapporter plusieurs autres remèdes qu'on a proposes comme autant de pré-
(ervatifs de la contagion variolique, mais dont
l'éfficacité est encore moins prouvée, ou peut être
plus douteuse, que celle de ceux que nous avons
conseillés; aussi terminerons-nous sur ce point, en
répétant que les moyens les plus propres à prévenir les effets dangereux de la petite vérole confissent dans l'inoculation , & à faire observer à
ceux qui sont exposés à la contagion, sur tout
dans des momens où la saison sera préjudiciable*
un régime convenable & propre à les préparer à
dont
l'éfficacité est encore moins prouvée, ou peut être
plus douteuse, que celle de ceux que nous avons
conseillés; aussi terminerons-nous sur ce point, en
répétant que les moyens les plus propres à prévenir les effets dangereux de la petite vérole confissent dans l'inoculation , & à faire observer à
ceux qui sont exposés à la contagion, sur tout
dans des momens où la saison sera préjudiciable*
un régime convenable & propre à les préparer à --- Page 189 ---
4 ( 173 ) 1 la recevoir , àinsi qu'on le pratique ordinairement
lorsqu on veut en venir à l'inoc ulation. Maintenatlt que nous avons satisfait au principal but que n ous nous sommes proposé, c'eftà dire, de mitiger ou de prévenir les effets de la
contagion variolique ; il convient de dire un
mot touchant la nature de, cette maladie , afin de
pouvoir parler des ' mauvais procédés que j'ai vu
mettre en usage & qui peuvent & doivent rendre cette maladie encore plus, d'angereuse. L'éruption variolique' étant' le seul symptôme
évident qui caractérise la petite vérole & ce qui
doit en constituer la crue , elle doit nécessairement être considérée comme une maladie esïentiellement éruptive par laquelle la nature se débarasse d'une humeur qui lui est étrangère. Comme
c'en; à l'aide de la'fièvre qu'elle opère cette dépuration , & que cette même fiévre est ordinairement proportionnée & relative à la quantité &
à la qualité de l'humeur morbisique , il sJensuit
que quand l'éruption doit être de bonne qualité
& en petite quantité, l'effort de la nature ne sera
point considerable , ainsi qu'on le voit da'ns les
petites véroles benignes ; que la fiévre sera ~cor..
séquemment peu de chose ; & qu'alors la maladie
n'aura d'autre caractère y que celui d'une éruption
salutaire qui ne présentera aucune espéce d'indication, si aucune cause morbisique étrangère ne --- Page 190 ---
( m) s'y complique. Aussi , n'a-t-on Fien à faire alors
qu'à prévenir que les malades ne commettent au*
cune erreur de régime & de conduite. Si l'éruption doit être au contraire plus cçnsidérable,
quoique benigne , l'effort de la nature devant toujours être proportionné à l'intensité de la cause
morbifique , la fiévre sera nécessairement plus
violente, présentera le génie inflammatoire &
sera accompagnée de divers symptômes qui précéderont l'éruption ; comme douleurs de tête 3 de
reins 3 la sois, &c. qui, tant qu'ils ne feront point
exaltés par quelque circqnstance dépendant de la
constitution du sujet, ou de tout autre cause que
nous avons désignée dans l'eiïai déjà cité, sous le
nom d'accidentelle, ou cancomittante i ces symptômes, dis-je, propres à la maladie ne présenteront
que le génie^inflamrnatoire, c'est-à-dire, disposition
à l'état inflammatoire (i) , & nullement une maladie inflammatoire proprement dite. Il est allez
évident que les deux cas de petite vérole que
nous avons rapporté ci-dessus, quoique des plus
sîmples, présentent deux indications différentes
qui prouvent que dans le dernier , le régime
, ou cancomittante i ces symptômes, dis-je, propres à la maladie ne présenteront
que le génie^inflamrnatoire, c'est-à-dire, disposition
à l'état inflammatoire (i) , & nullement une maladie inflammatoire proprement dite. Il est allez
évident que les deux cas de petite vérole que
nous avons rapporté ci-dessus, quoique des plus
sîmples, présentent deux indications différentes
qui prouvent que dans le dernier , le régime ( i ) Vid. Le mémoire de M. Jaubert; mémoires de la.
société de médecine 1776 , pag. SS8 , touchant l'utilité
de cette diflin&ion en goqie inflammatoire ôc inflammation proprement dite. , --- Page 191 ---
cm) échauffant dont on a tant abuse & dont 'On àbuse
assez souvent encore à Saint Domingue, doit être
alors contre-indiqué ; tandis que dans le premier
le régime rafraîchissant, dont on abuse peut-être
déjà dans bien des cas aujourd'hui^ peut égaïe'-
ment devenir dangereux, puisque la fièvre ne doit
être modérée par ce moyen que quand elle est
excessive ; que modérée jusqu'à un certain point
elle entretient & favorise l'éruption, & qu'il conviendrait de l'exciter si elle était insuffisante. >
Si je parais avoir insisté un peu trop sur cette
distinâion des deux cas d'une petite vérole fimm
pie, ce n'elt que parce qu'elle me semblait propre à persuader qu'on devrait être plus réservé
dans le traitement de cette maladie. D'ailleurs
on n'en concevra que mieux , que puisque cç
n'est qu'en raison des différentes complications
qu'elle peut éprouver que le traitement doit
offrir des indications différentes, combien l'on au.-
rait tort de se figurer , que la petite vérole doit
toujours être traitée de la même manière, ainsi
qu'on le pratique ordinairement sur les habita-?-
tions ; sur-tout sur celles où les malades étant
trop éloignés pour être fréquemment visités par
les personnes de l'art ou par les propriétaires ou
leurs représentans , sont comme à la discrétion
des sujets qu'on place auprès d'eux pour en avoir
foin. Quand on sçait combien ceux-ci sont or- --- Page 192 ---
1 (* 16 ) dinairement négligens & qu'ils ont presque tovls
là manie d'employer dans tous les cas des moyens
échauffans, on n'a pas de peine à fendre raison pourquoi cette maladie est ordinairement si
grave. C'est pour obvi-er en partie à cet inconvénient , ainG qu'à d'autres abus , que j'ai recommandé de ne pas trop éloigner les cases à ver1retés & que je tâchais de Amplifier autant que
faire se pouvait le traitement de cette maladie',
comme on peut le voir dans l'essai déjà cité sur
l'utilité de l'inoculation lorsque je parle de la
complication que 4a petite vérole présente darfs
les pays chauds. Qu'on ne s'imagine pas néanmoins,
ainsi que je l'ai déjà observé, que cette manière
:de traiter 'a petite ^vérole, soit toujours-la plus
.convenable. Cette erreur serait d'autant plus grande , qu'il est absolument nécessaire que le traitement de cette maladie soit varié en raison des
différentes complications dont elle est susceptible,
mais dont nous ne devons point parler ici, puisqu'il ,n'appartient qu'aux personnes de l'art, auxquelles on doit s'adresser y de les apprécier. j
'imagine pas néanmoins,
ainsi que je l'ai déjà observé, que cette manière
:de traiter 'a petite ^vérole, soit toujours-la plus
.convenable. Cette erreur serait d'autant plus grande , qu'il est absolument nécessaire que le traitement de cette maladie soit varié en raison des
différentes complications dont elle est susceptible,
mais dont nous ne devons point parler ici, puisqu'il ,n'appartient qu'aux personnes de l'art, auxquelles on doit s'adresser y de les apprécier. j CHAPITRE --- Page 193 ---
( Ii7 ) M CHAPITRE VI. Petite vérole volante. QUOIQUE cette maladie ne soit point dangereuse y comme elle est extrêmement commune
à Saint Dominguc , & que j'ai eu plusieurs fois
occasiori de la voir dans le quartier de Miragoanne; pendant le séjour que j'y ai fait, il
suffit d'avoir observé qu'elle est très-contagieuse ,
& qu'on peut quelquefois la consondre ou
la prendre pour la petite vérole , pour qu'il me
parût essentiel d'en dire quelque chose. Si la verette volante ne s'annonçait jamais
que par une ti ès petite fiévre , accompagnée
d'une légère démangeaison à la peau, à laquelle
succéderait une éruption de petits boutons ou
véhicules blanches & transparentes , plus ou
moins grosses & plus ou moins nombreuses, qui
créveraient ou sécheraient en 24 ou 48 heures,
comme cela arrive quelquefois, il ne serait pas
possible de consondre cette maladie avec la pré.
cédente & de s'y méprendre. Mais j'ai observé
que le plus souvent à Saint Domingue , la marche
dç cette maladie est bien disféreute , soit que --- Page 194 ---
< 178 ) cela dépende de la dureté de l'épiderme chez
4es nègres, ou plutôt de ce que l'humeur de la
transpiration est, comme je l'ai déjà observé, de
qualité hétérogène. Il est du moins bien certain
que j'ai souvent remarqué que l'éruption était
précédée d'une fiévre allez vive, qu'elle était
accompagnée de quelques-uns des symptômes
qui ont coutume de précéder l'éruption de la
petite vérole, tels que douleur de tête , mal de
gorge, maux de reins, & que l'humeur qui remplissait les boutons était non-seulement trouble ,
mais même blanchirait au point de paraître
purulente : cette particularité peut alors tellement en imposer , que j'ai quelquefois vu que
les boutons reliaient plus de ^ à y jours avant de
créver, ce qui pourrait sans doute occasionner
des mépiises assez désagréables, si prenant ces
cas ci pour la petite vérole, on allait s'aviser de
confondre parmi des veretés ceux qui n'ont que
la petite vérole volante , ou que dans d'autres
cas , tels que ceux de petite vérole benigne, on
s'avisât de les prendre pour la petite vérole voyante elle-même. -
Quoique les signes dont il sera question ci.
après, puissent suffire pour obvier à pareilles méprises, je dois observer qu'il faut toujours commencer par se mettre a 1 abri de la plus dangçreuse de toutes , en séparant les malades qui --- Page 195 ---
(179) ' Mij lont dans le cas douteux dont nousparlons., de manière que l'on ne piasse pasfcommuniquer librement
avec eux, puifqu'en supposant même que leur
maladie ne fut qu'une petite vérole volante ,
il sera toujours désagréable, d'après la Facilité
avec laquelle cette maladie se communique ,
d'être privé tout-à coup & pendant quelques jours
du service d'un grand nombre de sujets, faute
d'avoir pris cette précaution ; & que si, par cas,
on avait méconnu d'abord la petite vérole ellemême , cette précaution n'en deviendrait queplus essentielle.
, puifqu'en supposant même que leur
maladie ne fut qu'une petite vérole volante ,
il sera toujours désagréable, d'après la Facilité
avec laquelle cette maladie se communique ,
d'être privé tout-à coup & pendant quelques jours
du service d'un grand nombre de sujets, faute
d'avoir pris cette précaution ; & que si, par cas,
on avait méconnu d'abord la petite vérole ellemême , cette précaution n'en deviendrait queplus essentielle. Les signes par lesquels on peut reconnaître -la
petite vérole volante, même dans les cas les plus',
douteux, sont i'. la cessation ccmplette ou une trèsgrande diminution de la fièvre du moment que
l'éruption paraît, quoiqu'elle ait été asiez forte
avant cet instant ; 2°. lorsque la fievre a baissé
ou disparu elle n'augmente ou ne paraît plus ;
3°. les boutons sont ordinairement en plus grande
quantité sut le front qu'ailleurs, & (ont réellement
limphatiques ou comme transparens au moment
qu'ils paraissent, grossissent très rapidement,& sont'
parfaitement demi-sphériques & bien arrondis,
même quoiqu'ils soient dehors depuis quelque tems
& que l'humeur qu'ils contiennent soit blanchâtre,
& qu'ensin ils offrent la même couleur à leur bass
qu'à leur sommet. Au lieu qu'on sçait que ceux % --- Page 196 ---
(iso) de la petite vérole plésentent une couleur diffea
tente à leur base, avant qu ils aient pleinement
fupuré & que leur Commet est ordinairement ; un
peu plus relevé dans les premiers jours d'éruption > ce qui leur donne une figure un peu py-:
ramidale. Enfin on voit que dès le lendemain,
ou peu de jours après leur éruption, les boutons
de petite vérole volante s'affaissent ordinairement,
se flétrirent, tombent en croutes ou par écailles
sans lai tier sur la peau , si ce n est que très-rarement, des empreintes ou marques analogues, a
celles que laissent les boutons de petite vérole ;
4. dans la petite vérole volante la fiévre n est
jamais bien forte ni de longue durée , & n'augmente même pas par la rentrée subite d une grande
partie de boutons que j'ai quelquefois vu arriver
sans que les malades aient éprouvé le moindre
accident : tandis qu'on sçait qu un pareil événe-
- ment, dans le cas de petite vérole, a toujours
des suites très-fâclieuses. Le traitement de la petite vérole volupté est des
plus simples & consiste dans 1 ulage des boiiTons rafraichissa'ntes pendant l'éruption, & à purger une
ou deux fois après l'exsiçcation des boutons. La
limonade légèrement tiéde & l'eau de casse ,
avec le sel d'epsom ou végétal , m'ont toujours
suffi pour remplir l'une & l'autre indication. --- Page 197 ---
( 181 > M iij CHAPITRE VII. Tétanos & mal de mâchoire. o r Q U E nous soyons persuadés qu'il exifte des causes occasionnelles particulières à l'une.
ou à l'autre de ces deux maladies , ainsi que
nous aurons occasion de l'observer en traitant
du mal de mâchoire, il suffit de considérer que
la cause prochaine est la même dans les deux
cas & que ce $e sont que deux modifications.
différentes , de la même maladie, pour que nous
fussions fondés à les comprendre dans un même
chapitre. On sçait d'ailleurs qu'elles font l'une
& l'autre infiniment plus fréquentes dans nos
Colonies qu'en Europe & qu'elles n'y fant que
trop souvent funestes. -
'observer en traitant
du mal de mâchoire, il suffit de considérer que
la cause prochaine est la même dans les deux
cas & que ce $e sont que deux modifications.
différentes , de la même maladie, pour que nous
fussions fondés à les comprendre dans un même
chapitre. On sçait d'ailleurs qu'elles font l'une
& l'autre infiniment plus fréquentes dans nos
Colonies qu'en Europe & qu'elles n'y fant que
trop souvent funestes. - On doit regarder comme cause prédisposante
aux maladies convuîsives , le tétanos & mal de
mâchoire, tout ce qui peut affaiblir l'état naturel des forces toniques & augmenter sa fensibilité nerveuse a. de manière qu'un certain état
d'équilibre qui doit exister naturellement, entret
l'une & l'autre de ces deux sacultés, est à proprement parler celui où le corps est le moins --- Page 198 ---
(,8z) susceptible de ce genre d'affection ou de maladie , & que c'efl dans cette interruption et équilibre
entre ces deux forces , que confijle la caujè prochaîne des maladies convulsives. D'après cette considération il est ailé de concevoir pourquoi ces
maladies font plus fréquentes dans les pays chauds
qu'ailleurs, eu égard à l'atonie des parties ou. à
Ja grande sensibilité nerveuse .qu'on observe assez
généralement chez ceux qui habitent ces climats;
d'où vient que les enfans ou les femmes d'un
faible tempérament, sont les plus sujets à cette,
maladie, & pourquoi les négres les plus forts
& les plus robufles en fournissent des exemples,
plus fréquents que les sujets d.,e conflituiion
médioçre ou ordinaire, mais chez lesquels la correspondance réciproque entre les deux facultés dont
nous avons parlé , se trouve dans un rapport,
plus exad, Comme c'eit d'après ce principe ,
je crois, qu'on peut expliquer la manière d'agir des, remèdes anti spasmodiques & qu'on prut,
en régler la véritable application , je ne doute
point qu'il ne soit de la plus grande importance
d'y avoir égard dans le traitement des. maladies
convulsives & qu'elles ne fussent moins fréquentes :
& moins dangereuses, l'on y portait plus d'attention qu'on ne fait ; ç'est aux personnes de:,.
l'art qu'il appartient d'en faire la juste application. .. , :
,
je crois, qu'on peut expliquer la manière d'agir des, remèdes anti spasmodiques & qu'on prut,
en régler la véritable application , je ne doute
point qu'il ne soit de la plus grande importance
d'y avoir égard dans le traitement des. maladies
convulsives & qu'elles ne fussent moins fréquentes :
& moins dangereuses, l'on y portait plus d'attention qu'on ne fait ; ç'est aux personnes de:,.
l'art qu'il appartient d'en faire la juste application. .. , : --- Page 199 ---
( 18 y M iv rNous noùs contenterons d'observer ici, que.
les meilleurs moyens de prévenir les efsets de
ces causes prédisposântes aux maladies nerveuses,
consïstent à fortifier les constitutions faibles l
& que s'il n'est pas aussi nécessaire de relâcher
ou d'affaiblir ceux. qui sont d'une constitution
telle que les forces toniques soient trop exaltées ,
il est au moins important qu'ils évitent d'user
des moyens qui pourraient ajouter à ceite exaltation de force. La preuve que dans ce dernier *
cas les moyens propres à exalter la force tonique, sont évidemment contraires., c'est les effets
que les négres éprouvent ordinairemsnt de l'usage des liqueurs spiritueuses & des impreffiorcs
d'un froid un peu vif. Ce n'est donc pas sans de
bonnes raisons que nous avons blâmé î'abus dit
tafsia, & ce n'est pas non plus sans cause , queles négres recherchent &. chérissent le pourtour des foyers & des feux, comme on le voit
communément. Aussi conseilîerons - nous a afin
d'obvier à ce dernier inconvénient, de ne'
point négliger de mettre les nègres à l'abri
d'éprouver les impressions du froid , en leur
fournissant les vêtemens convenables & en ayant
soin de veiller à ce que leurs cafes soient bien'
clauses ou ne soient pas du moins exposees à
tout vent, comme on le voit fort souvent ; &
qu'il importe d'empêcher en même tems qu'ils --- Page 200 ---
( IS4 ) abusent d'une liqueur .dont les tremblemens
qu ils en éprouvent , même à un âge peu
avancé n 'annoncent que trop le danger, Dans;
le premier cas au contraire, c'est-à-dire lorfqu 'on veut prévenir les maladies convulsives provenants d 'excès d atonie & d'exaltation des forces
sensitives 3 comme on le voit chez les constitutions faibles; alors les meilleurs moyens font les.
toniques , tels que le bon vin , le bain froid ,
l'exercice modéré en bon air & la bonne nourriture , &c, . Il suffit de conlidérer les maladies convulsives
ou tétaniques ? comme provenant de l'interruption
de rapport entre les forces toniques & les forces <
sensitives, pour qu'on puisse se figurer comment
tout ce qui peut oeçasionner de vives ou fortes
impredions , sur-tout si elles sont promptes Sç
rapides ou capables d'occasionner de grandes
révolutions dans la manière d'être de nos corps,
peut être confidéré comme cause de ces maladies, J ai vu le tétanos occasionné par une suppref"
sion subite de sueurs , de même que par une
prompte suppression des règles. M. Bajon rapporte avoir vu à Cayenne la même maladie , occasionnée par une perte très çonsidérable. Ce sont
sans doute des preuves bien suffisantes pour convaincre combien il importe d'éviter avec soin tout
çe qui peut oçcasionner de gr<tndçs révolutions
être confidéré comme cause de ces maladies, J ai vu le tétanos occasionné par une suppref"
sion subite de sueurs , de même que par une
prompte suppression des règles. M. Bajon rapporte avoir vu à Cayenne la même maladie , occasionnée par une perte très çonsidérable. Ce sont
sans doute des preuves bien suffisantes pour convaincre combien il importe d'éviter avec soin tout
çe qui peut oçcasionner de gr<tndçs révolutions --- Page 201 ---
( ls) dans la machine, & que c'est dans ces mêmes
attentions que consistent les préservatifs des maladies dont nous parlons, lorsqu'elles dépendent
de pareilles causes. Malheureusement il en est
d'autres & ce sont celles dont les exemples sont
% 5. les plus fréquens , & qu'il est comme impossible
de prévenir. Tel est le tétanos qui. survient à la
suite des brûlures considérables, ou de grandes
blessures dans les parties charnues , & des plus petites dans les parties tendineuses ou aponévrotiques , telles qu'à la plante des pieds sur-tout. Dans le premier de ces deux cas on ne .fçaurait trop prendre de précaution pour mitiger la
grande sensibilité des nerfs, qui se trouvent à dé-»
couvert, en évitant le contact de l'air le plus
qu'il est possible , & tous les topiques non appropriés. Dans le sécond on ne sçaurait trop se
hâter de débrider en tout sens la partie tendis
neuse , nerveuse ou aponévrotique qui a pu être
blessée, piquée ou déchirée. Ces cas sont ordi-
. nairement si graves au reste & si dangereux,
qu'il est inutile d'observer combien les secours
d'un homme de l'art sont alors indispensables Se
qu'on doit toujours y recourir , que la ma..
ladie soit chirurgicale ou non. Eux seuls peuvent indiquer quelle est la nature des moyens
qu'il convient d'employer & dont le choix est de la
plus grande çqnséquençe, Ce n'est pas cepeiv --- Page 202 ---
(igtf) dant ce qu'on croit ordinairement, d'après si
facilité avec laquelle j'ai vu qu'on employait en
même tems des remèdes dont les vertus ou propriétés étaient totalement différentes ou opposées. Voilà à quoi' se bornent les réflexions que je
croyais pouvoir faire sur le tétanos en général. J'ajouterai quant au mal de mâchoire en particulier , que quoique cette maladie soit presque
toujours mortelle, elle n'en présente pas de moins
importantes, & qu'il est d'autant plus essentiel
dJinsister sur toutes les causes qui peuvent Toc-
<çasionner ainsi que sur les moyens qui peuvent
le prévenir, que les exemples de cette cruelle
maladie ne sont que trop multipliés. : J'avouerai avec peine qu'il n'est pas trop aisé
de décider, si cette maladie doit être considérée
plutôt comme accidentelle & involontaire , que
comme dépendant de causes violentes & volontaires, ainsi que j'ai vû quelques habitans portés
à le croire. Il est consiant, d'une part, que les
pays chauds favorisent les affe&ions nerveuses &
convulsivts sur tous les sujets & principalement
sur les nouveaux-nés; que l'humidité des cases où
les. femmes accouchent, ou dans lesquelles il
peut-régner des courants d'air froid & chaud alternativement; que les impressions violentes que
les enfans peuvent éprouver au passage ou des
mains mal adroites qui les reçoivent ; que des
à le croire. Il est consiant, d'une part, que les
pays chauds favorisent les affe&ions nerveuses &
convulsivts sur tous les sujets & principalement
sur les nouveaux-nés; que l'humidité des cases où
les. femmes accouchent, ou dans lesquelles il
peut-régner des courants d'air froid & chaud alternativement; que les impressions violentes que
les enfans peuvent éprouver au passage ou des
mains mal adroites qui les reçoivent ; que des --- Page 203 ---
(ISJ) chutes involontaires au moment où ils naissent
ou dans d'autres instans ; que les tiraillemens du
cordon ombilical pendant l'accouchement ou
après , &c. il est constant, dis-je, que toutes ces
causes peuvent donner lieu au mal de mâchoire.
Mais d'où vient que sous le même ciel, dans le
même quartier & sur deux habitations qui font
limitrophes, l'on ne voit aucun exemple de la
cruelle, maladie dont j e- parle dans une de ces
habitations, , tandis que la plupart & quelquefois
tous les,négrillons qui naissent sur l'autre en font
atteints ? Il faut convenir que ce contraste est
assez frappant pour convaincre , que s'il est des
cas où cette maladie dépend de causes accidentelles involontaires , on ne peut nier qu'il en est
(Vautrés ,.où elle dépend réellement de la méchanceté de ceux à la discrétion desquels les enfans;
se trouvent- au moment de leur 'naissance ; c'est
pourquoi l'on ne doit jamais négliger en pareils
cas d'employer tous les moyens imaginables pour
tâcher d'éclaircir un fait si important & qui paraîtrait inconcevable , si des preuves convaincantes ne le confirmaient assez. Je tiens de M.
Berbas \ Médecin de la Guadeloupe, & mon
ami, qu'il obtint par ruse, d'une négresse qu'on avait
plusieurs fois soupçonnée, l'aveu qu'il suffisait de tirailler aux ensans, dans les premiers jours de leur
naissance , le bout du cordon ombilical qui reste --- Page 204 ---
. fiSSï \ / après la sedion, pour décider le mal de mâchoire ; & ce qui semblerait venir à l'appui de
cette probabilité, c'est que j'ai guéri un enfant
déjà atteint du mal de mâchoire , en donnant
plus de liberté au bout de l'ombilic, qui me
lembla tiraillé par la bande & la compresse qui
le fixaient au tour du corps , & en joignant à
cette attention , celle de donner en même tems
des potions huileuses & laxatives telles que
l'huile de palma chrysti mêlée à parties égales
avec l'huile d'olive, de manière à entretenir la
liberté du ventre. ( Ce sujet appartenait à madame Febvé habitant à Miragoane , & était le
fils d 'une négresse nouvellement venue d'Affrique
appellée Laurence. ) Je tiens d'un habitant, qu'on
avait découvert , après avoir perdu plusîeurs
jeunes sujets du mal de mâchoire sur une habitation 3 dans l'examen exad qui fut fait d'une
nouvelle vidime , une épingle introduite
dans le crâne à travers la partie encore membraneuse de ces os qui tient alors lieu de suture
& les joint les uns aux autres.
agoane , & était le
fils d 'une négresse nouvellement venue d'Affrique
appellée Laurence. ) Je tiens d'un habitant, qu'on
avait découvert , après avoir perdu plusîeurs
jeunes sujets du mal de mâchoire sur une habitation 3 dans l'examen exad qui fut fait d'une
nouvelle vidime , une épingle introduite
dans le crâne à travers la partie encore membraneuse de ces os qui tient alors lieu de suture
& les joint les uns aux autres. . Quelque évident qu'il paraisse, néanmoins d'après de tels exemples, qu'on est en droit de soupçonner quelque méchanceté lorsque ces accidens de
mal de mâchoire sont très-multipliés , il serait
cependant si inconséquent d'en statuer la cause avec --- Page 205 ---
( 1 89 ) trop de légèreté , que je crois devoir conseiller
de n'en jamais venir à des traitemens de rigueur
qu'avec la plus grande circonspection & sans avoir
tenté envain tous les moyens que la prudence &
la sagesse peuvent suggérer & que je croirais d'autant plus convenables , qu'il est bien difficile de
sçavoir le vrai de çe qui se passe en pareilles circonstances. Ces moyens consistent 1°. à fortifier
la constitution des enfans dès leur naissance, surtout s'ils {ont d'un tempérament délicat, en les lavant de tems en tems f avec; du vin , & même_
en les baignant à l'eau sroide , sur-tout sur^J^shitl^
bitations où l'on observe souvent le mal/d$ mâ-
-.
choire; 2°. en veillant à ce que les cafeçtf les "
femmes accouchent soient seches, bien cra^fè^^C--
sur-tout qu'il n'y régne point de courants aïsse?** que le dégré de température de leur intérieur soit
nuit jour à peu près le même, & que qui quç
ce soit ne puisse y pénétrer, à l'exception de ceux
qui sont nécessaires & qui ne peuvent être sufPeEtés ; 30. en se procurant une Sage-Femme
adroite, intelligente, mais sur-tout de bonne volonté , chose qu'on obtiendra assez aisément, en
les intéressant en quelque sorte aufuccès de l'accouchement ; 4°. en intéressant les mères au salut de
leur enfant par une promesse telle que leur bien
être & l'avantage du maître puisse s'y trouver; il
en a déjà été question en parlant du meilleur --- Page 206 ---
(ipo) moyen de favoriser la population ; SO. enfin éft
veillant & recommandant qu'aucune partie du
corps des nouveaux-nés, ne soit ni lésée ni gênée par aucun linge ni bandages dont on a de
tout tems démontré le danger. Ce n'en: pas qu'on
en abuse autant dans les pays chauds comme en
d'autres pays, puisqu'on n y emmaillote point les
enfans ; mais il suffit de l'observation rapportée
ci-defliis, & que je me rappelle, qu'un Médecin
de ma connoissance avec qui je causais sur le
mal de mâchoire, prétendait que c'était au reflux des humeurs vers la tête, occasionné, disaitil j par le circulaire qu'on met au tour du ventre
pour fixer le bout du cordon 3 qu'on pouvait
quelquefois attribuer le mal de mâchoire ; pour
que je sois fondé à recommander d'éviter la moindre gêne dans cette partie, & ce qui serait encore mieux, d'assujettir le bout de l'ombilic avec
un emplâtre agglutinatif plutôt que par le moyen
d'un circulaire autour du corps.
des humeurs vers la tête, occasionné, disaitil j par le circulaire qu'on met au tour du ventre
pour fixer le bout du cordon 3 qu'on pouvait
quelquefois attribuer le mal de mâchoire ; pour
que je sois fondé à recommander d'éviter la moindre gêne dans cette partie, & ce qui serait encore mieux, d'assujettir le bout de l'ombilic avec
un emplâtre agglutinatif plutôt que par le moyen
d'un circulaire autour du corps. Je ne doute point, qu'en employant les différentes précautions que je viens de rapporter , les
exemples du mal de mâchoire ne soient bien
moins fréquens, & que les occaiïons d'agir avec
rigueur ne soient bien rares , si surtout, avec
les voies de douceur que j'indique, on sçait inspirer l'horreur du crime par la menace, & en mettant beaucoup de sévérité, si des preuves bien con- --- Page 207 ---
(ipo vaincantes venaient à dévoiler un cou'pable, Quoique le mal de mâchoire Soit presque toujours mortel & que le tétanos le soit le plus
couvent, il paraît très-vraisemblable que les bains
sroids ou l'opium employés convenablement, surtout dès l'invasion du mal, réuniraient dans cette
maladie , d'après ce qu'on a écrit en dernier lieu
sur l'efficacité de ces moyens dont j'ai moimême éprouvé les bons effets en quelque sorte.
J'ai guéri deux négres affectés du tétanos, occasionné par la suppression subite des sueurs ,
en joignant à l'usage des potions & lavemen$
laxatifs & huileux & des vésicatoires appliqués
entre les deux épaules, celui de fortes & frér
quentes doles d'opium pris intérieurement, & des
embrocations anodines le long de la colonne vertébrale. Il est inutile d'observer qu'il n'appartient
qu'aux gens de l'art de régler l'adminidration de
remèdes aussi conséquents que ceux-ci. Je finirai en ajoutant que M. Bajon rapporte
que les Indiens ne perdent jamais aucun enfant
du mal de mâchoire, par l'attention qu'ils ont de
les frotter soir & matin, pendant les neuf premiers
jours, avec quelque substance grasse & huileuse ,
& en appliquant sur l'ombilic , après qu'ils ont
fait la ligature & la sedion du cordon , un emplâtre de quelque substance agglutinative. Vid.
journal de Méd. 1759; suivant Poupe Desportes, --- Page 208 ---
( t92 ) malad. de Saint Domingue, il suffit de frottet
les tempes & les mâchoires des nouveaux - nés
iavec de l'huile de palma chrysti pous prévenir
le mal de mâchoire. Tissot, dans son Traité des
maux de nerfs ? t. 4 , p. 91 , dit qu'on prévient
souvent les progrès de ce mal en purgeant avec
le syrop de roses les enfans qui en sont atteints
dès la première invauon. J'ai appris depuis peu
que quelques Médecins avaient avancé en dernier lieu que le défaut d'attention de bien exprimer le fang contenu dans tous les vaisseaux
du cordon ombilical avant d'en faire la ligature,
'jtait souvent la cause du mal de mâchoire, &
qu'en prenant soigneusement cette précaution &
celle d'appliquer sur le bout du cordon coupé
un grain d'opium , on pourrait garantir les ensans de cette affreuse maladie. Toutes ces précautions ou moyens ne doivent point être négligés, devraient - ils ne réussir que quelquefois.
aut d'attention de bien exprimer le fang contenu dans tous les vaisseaux
du cordon ombilical avant d'en faire la ligature,
'jtait souvent la cause du mal de mâchoire, &
qu'en prenant soigneusement cette précaution &
celle d'appliquer sur le bout du cordon coupé
un grain d'opium , on pourrait garantir les ensans de cette affreuse maladie. Toutes ces précautions ou moyens ne doivent point être négligés, devraient - ils ne réussir que quelquefois. CHAPITRE --- Page 209 ---
(193 > N CHAPITRE VIII. convulsions oècufionnées par la présence des
vers.. QUELQUES multipliées que [ôient les causes qui peuvent déterminer les convulsions auxquelles les enfans sont si sujets dans les pays chauds,
il suffit d'observer que la majeure partie des affections morbifiques qu'ils sont dans le cas d'éprotir
ver , peuvent y donner lieu , pour voir qu'il
convenait de nous borner à celle dont les exemples étaient les plus fréquens & dont dépènd le
plus Couvent le symptôme allarmant dont il en:
question. L'on sçait en effet combien les enfans
sont sujets dans nos Colonies aux maladies vermineuses, & que même il n'est pas rare de voir
les adultes, les nègres principalement, en fournir des exemples. Comme on n'est pas toujours
a portée d avoir les secours convenables dans ce
moment allarmant r & qu'il est assez à propos
qu'on ait quelque idée d'une maladie qui n'elj
que trop souvent fâcheuse, quoiqu'assez simple
de sa nature, j'ai crû devoir dire quelque çhose --- Page 210 ---
OP4) des symptômes qui peuvent la faire connaître,
ainsi que de quelques moyens d'y remédier. Ayant déjà observé que la meilleure manière
de prévenir les maladies vermineuses consistait
dans le bon régime & dans l'usage des vermifuges comme préservatifs , nous dirons que quoique les différens signes qui peuvent indiquer que
les convulsions sont occasionnées par la présence
des vers soient très-nombreux, & que la réunion
de plusieurs on soit une preuve assez convaincante , on ne peut néanmoins regarder comme
bien poGtif que celui de leur sortie par la bouche ou par l'anus, asin qu'on ne soit pas porté
à abuser avec indiscrétion des moyens que nous
devons indiquer pour y remédier. Les signes qui •
indiquent la présence des vers sont une douleur
vive de tête que les malades rapportent vers la
racine du nez , les yeux sont larmoyans , ou
affectés de picottemens douloureux , la pupile en est dilatée , la langue présente à la surface des lignes blanchâtres ou rugosités, les joues
s'animent & se décolorent alternativement, les
malades éprouvent un prurit ou démangeaison
aux narines , des tintemens d'oreille , de légers mouvemens convulsifs des lévres , de la mâchoire inférieure, ils ont des grincemens de dent
pendant le sommeil,des soubresaults ou mouvemens
convulsifs des tendons du poignet , leur haleine
la langue présente à la surface des lignes blanchâtres ou rugosités, les joues
s'animent & se décolorent alternativement, les
malades éprouvent un prurit ou démangeaison
aux narines , des tintemens d'oreille , de légers mouvemens convulsifs des lévres , de la mâchoire inférieure, ils ont des grincemens de dent
pendant le sommeil,des soubresaults ou mouvemens
convulsifs des tendons du poignet , leur haleine --- Page 211 ---
r(ï$ï) N ij teit aigre 3 la matière des vomissemens où des
sellès est glaireuse 3 grisâtre & présente des débris
de vers t ou même des vers en leur entier, le
pouls est irrégulier, intermittent, &c. Tels sont les signes d'après lesquels on peut
reconnaître ou au moins soupçonner fortement
la présence des vers, sur-tout si l'on en observe
plusieurs en me me- tems *, de sorte qu'on peut ,
dans des convulsions qui surviennent en pareil
cas, espérer de remédier à la cause qui les occasionne , & d'en prévenir le retour en employant les Vermifuges dont il fera question craprès. Gommé ces remèdes n'agiiïënt pas toujours
instantanëment, & que même il est urgent, avant
de les employer, d'interrompre ou au moins dè
calmer les mouvemens convulsifs, sur-tout quand
ils sont violens ; on aura reèours de préférence
aux moyens qu'on connaît propres à cet effet
n'importe par quelle c.Üsse que l'accident [dit oc'
cafionné. Tels sont l'eau & le sel , le baumé
de vie , le baume caraïbe; la poudre tempérante , le sel sedalif j &c. J'observerai seulement
que ces moyens doivent être préférés au jus de
citron dont on abuse ordinairement, & qui pourrait devenir contraire, si les convulsions provevaient d'un levain acide contenu dans l'estomac ,
ainsi qu'il arrive quelquefois. Il est aisé de voir
au reste par le peu de moyens que j'indique --- Page 212 ---
(10 6) qu'on ne doit pas négliger d'appeller des secours
en pareils cas 5 sur-tout si l'on n'a pas quelque
certitude que la présence des vers soit la véritable
cause des convuluons. Si l'on est au contraire fondé
a les attribuer à cette cause , d'après les signes
rapportés ci-dessus , on doit faire en sorte d'en
prévenir le retour par les moyens convenables
& qui peuvent détruire & chasser au dehors les
vers & les matières visqueuses ou putrides qui les
engendrent & leur servent de pâture. Le tartre émétique, donné en lavages & à petites doses répétées jusqu'à ce qu'il procure le vomifsement , est un des remèdes les plus efficaces,
lorsque rien ne le contre - indique 3 sur - tout
si les vers ou matières vermineuses ont leur
siége dans l'estomac, & que l'état de ce viscère
permette d'y avoir recours. On sera fondé à croire
que les vers résident clans l'estomac ou qu'ils oc-"
cupent la partie supérieure du canal intestinal,
lorsque les malades rendront des rapports aigres
ou fœtides, éprouveront une espèce de salivation
baveuse , auront la bouche & la langue sales, &
que ces parties paraîtront enduites d'une espèce de
mucosité, lorsqu'ils auront du dégoût pour les
alimens , un léger gonflement au creux de l'eftomac accompagné d'une douleur sourde dans
cette partie , sans qu'elle augmente cependant
en pressant sur cette région ; c'eil lorsqu'on ob-
ports aigres
ou fœtides, éprouveront une espèce de salivation
baveuse , auront la bouche & la langue sales, &
que ces parties paraîtront enduites d'une espèce de
mucosité, lorsqu'ils auront du dégoût pour les
alimens , un léger gonflement au creux de l'eftomac accompagné d'une douleur sourde dans
cette partie , sans qu'elle augmente cependant
en pressant sur cette région ; c'eil lorsqu'on ob- --- Page 213 ---
'( 107 5 N iii serve plusieurs de ces différens symptômes, qu'il
convient d'employer l'émétique de préférence ,
ou que du moins le traitement doit commencer
par l'emploi de ce remède : au lieu qu'il serait
moins essentiel, si les vers paraissaient avoir leur
siége dans la partie inférieure du canal & du côtédes gros intestins; & il serait absolument contre-
■ iadiqué, si l'estomac paraissait être dans un état
de phlogose ou menacé d'inflammation. La fièvre,
les vomissemens & la vive douleur que les malades ressentent au creux de l'estomac , & qui
augmentent par la pression, indiquent ce dernier cas. Quant au premier , on le reconnaît à
l'absence des signes qui indiquent la présence des
vers dans les parties supérieures , & en ce que
les malades éprouvent des légers borborismes dans
la partie inférieure du ventre, accompagnés de
coliques ou tranchées ; ils rendent des vénts d'une
odeur aigre & fœtide, leurs excrémens font verdâtres ou griiâtres, peu consistans, & ont une
odeur vermineuse à laquelle on ne peut sa méprendre. On sent que dans ce cas-ci, de même
que dans celui d'une apparence d'inflammation à
l'eflomac , au lieu d'avoir recours à l'émétique
en lavage, il convient de préférer 1°. les lavemens
laxatifs ou purgatifs dul-corés , tels que celui de
pulpe de casse, auquel on ajoute du gros syrop %
au même du lait 1 en ce qu'ils ont non-seulement --- Page 214 ---
(198) la propriété d'entraîner dans leur effet les ver4
$ç les humeurs qui se trouvent dans les gros in-'
testins, mais mênie d'y attirer les vers qui seraient
situés plus supérieurement; 2°on fait prendre ensuite
aux malades des. remèdes propres à fondre les matières visqueuses & tenaces dont les vers sont comme
enveloppés, & les mettraient quelquefois à l'abri de l'action des vermifuges. Les remèdes qui
ont cette propriété & qu'on peut employer sans
risque sont les sels neutres principalement, tels que
I? sel végétal , de glaubert ou même le sel commun , qu'on peut donner depuis deux ou trois
gros jusqu'à demi-once ou même plus, dissous
dans demi - livre , une livre ou une livre Se
demie d'eau , & qu'on peut faire prendre dans le
courant de la journée. Il conviendra même de
répéter ces moyens si le malade en éprouve quelque évacuation sans trop d'irritation: & on pourrait substituer à ces fondans, si les malades éprouvaient trop de répugnance à prendre des remèdes
de cette nature sous un si grand volume, dégoût qui n'est que trop commun chez les en-,
sans 3 de l'eau fortement sucrée , ayant soin déjouter un quart de grain ou un demi-grain de
tartre émétique sur chaque pinte de cette dissolution ,ann d'augmenter le dégré d'énergie dç
ce dissolvant. Lorsqu'on aura satisfait à Gette
seconde indication , qu qu'on aura. rendu les
ades éprouvaient trop de répugnance à prendre des remèdes
de cette nature sous un si grand volume, dégoût qui n'est que trop commun chez les en-,
sans 3 de l'eau fortement sucrée , ayant soin déjouter un quart de grain ou un demi-grain de
tartre émétique sur chaque pinte de cette dissolution ,ann d'augmenter le dégré d'énergie dç
ce dissolvant. Lorsqu'on aura satisfait à Gette
seconde indication , qu qu'on aura. rendu les --- Page 215 ---
( 199 ) Niv matières visqueuses plus fluxiles ,. on procédera
à la troisiéme qui consiste dans l'emploi des vermifuges qui n'en agiront que plus efficacement
en les associant aux purgatifs , à moins qu'on
n'employe ceux qui jouissent de cette double propriété, tels que le syrop de liane l'huile de palma-chrisii , le jalap' trituré. avec le sucre & la
rhubarbe, la rhubarbe & le semen-contra, ou
la gomme deliane mêlée à la crême de tartre (1). (i)Onne sera peut-être pas fâché de trouver ici la
formule de quelques-uns de ces remèdes que nous venons
d'indiquer, ainsi que celle du syrop de brainvillier r
beaucoup plus usité aux îles du vent qu'à St. Domingue. Pour faire le syrop de liane à médecine , on prend'
ex livres de cette liane , connue aussï sous le nom de
liane à Minguet ; on la coupe en petits morceau^ d'un
pouce à un pouce & demi de long , quTôn met infuser pendant 18 à 2o heures dans 6' bouteilles ou douze
livres d'eau ; après cette infusion on fait bouillir le tout
à grand feu pendant demi-heure , dans une bassine de
cuivre bien nette , & on cou'e ensuite à travers une
serviette de brin sans expression on remet cette colature sur le feu après y avoir ajouté deux bouteilles
syrop de sucre brut bien clarisié & bien cuir r & on
fait cuire jusqu'à ce. que le tout soit réduit à consistance
de syrop, ce qui produit un, quart de bouteille, de plus
que la quantité de syrop qu'on a employé , en raisoa
de l'extrait que la liane a fourni. On doit avoir l'ax.- --- Page 216 ---
(200) Les vermifuges proprement dits qu on emploie
avec le plus de succès font l'émithocorton 3 ln fention, pendant qu'on prépare cette cpmpofîtion , de ne
point enlever les écumes qui paraissent à la surface , &
de prendre garde qu'elles ne se répandent. La dose de
-çe remède ou syrqp est d'une cuillerée à bouche, pour
pn adulte , Se d'une c&illère à café pour un enfant de
six ans, & ainsi à proportion pour les difftre-is âges,
On le délaye avant de le faire. prendre , dans deux
ou trois fois autant d'eau tiède : ayant soin d'agiter la
bouteille de syrop & de la renverser deux ou trois
fois, afin que l'extrait qui y est suspendu soit également étendu dans toute Ja mafle avant d'en prendre cej
dont on a besoin. Ce syrop, outre la propriété vermi*
fuge pour laquelle nous le çonseillons ici , est un purgatif très - commode Se peu désagréable qu'on peut
donner dans tous les cas où on a intention de purger Se
dans lesquels on employe le jalap ; ç'est pourquoi l'on
doit s'en abstenir dans les maladies inflammatoires ,
einsi qu; lorsqu'on craindrait inflammation ou irritation
d'entrailles.
mafle avant d'en prendre cej
dont on a besoin. Ce syrop, outre la propriété vermi*
fuge pour laquelle nous le çonseillons ici , est un purgatif très - commode Se peu désagréable qu'on peut
donner dans tous les cas où on a intention de purger Se
dans lesquels on employe le jalap ; ç'est pourquoi l'on
doit s'en abstenir dans les maladies inflammatoires ,
einsi qu; lorsqu'on craindrait inflammation ou irritation
d'entrailles. Comme il arrive quelquefois qu'on ne peut faire
prendre des purgatifs liquides à des enfans par la
grande répugnance qu'ils ont pour toute espèce de
remède , & que même on cst parfois dans ce cas à
l'égard des personnes plus âgées ; je me suis souvent
servi avec succès d'un mélange de crème de tartre &
ae gomme de liane, donné aux doses ci-après défignéé&
& prépare dans les proportions suivahtes.- Après avoir --- Page 217 ---
-1 ( 201) ~semen-contra , le suc de liane a couleuvre, oti
g'il y a trop d'irritation, une emulsion faite avec ramassé la gomme qui s'est extravasée , coagulée 8C
séçhée à. l'extrémité des bouts de liane , qu'on coupe
à cet effet cqmms nous l'avons indiqué pour faire Io
syrop, on ajoute deux gros de crême de tartre sur
quatre gros de cette gomme , 6c on pile le tout pout
Je réduire en poudre. Par ce mélange de créme de
tartre les particules de gomme restént divisées, & né
se réunissefit point par la moindre chaleur comme quand
on l'employé seule , & les erreurs qu'on peut corné
lettre en pesant d'aussi petites dores sont moins conléquentes ; — la dose de cette poudre ell de 6 grains
pour un ensant d'un an , 8 grains à 2 ans , grains à
4,11 grains pour celui de 6 , 14 grains pour celui de
8, 17 grains pour celui de 10, 22 grains à 12 ans ,
grains à 14, 18 grains à 18 ans , 30 gràiiis à 20
ans & plus. —— Oh peut fâire prendre cette poudre
entre déux tranches de soupé ou enveloppée dans du
lait caillé ; & on doit sçavoir que, de même que le
syrop de liahe, la poudre né convient point dans les
maladies inflammatoires , sur-tout quand il y a irritation
d'entrailiés. Pour faire le syrop dé brainvillier , on prend 4 livres
de la plante de brainvillier fraîchement cueillie , de laquelle on èterâ les racines , on y joindra une poignes
d'abfïmhe, & les écorces de cinq à' Ux oranges ameres.
Qii fait bouillir le tout dans quinze livres d'eau qu'on --- Page 218 ---
r(202} les graines de citron ou d'orange, & sur-tout
le syrop de brainvillier si recommandable en pareil cas par ses propriétés vermifuges & calmantes.
de brainvillier fraîchement cueillie , de laquelle on èterâ les racines , on y joindra une poignes
d'abfïmhe, & les écorces de cinq à' Ux oranges ameres.
Qii fait bouillir le tout dans quinze livres d'eau qu'on --- Page 218 ---
r(202} les graines de citron ou d'orange, & sur-tout
le syrop de brainvillier si recommandable en pareil cas par ses propriétés vermifuges & calmantes. réduit à douze, on laiÍse ensuite le tout en digestion à
froid pendant douze heures ; après quoi on coule
avec forte expression , & on ajoute à la colature quatre
livres de sucre , & on fait cuire jusqu'à consistance de
syrop bien cuit pour qu'il se conferve. La dose pour un enfant d'un an est d'une cuillerée à.
bouche , qu'on délaye dans deux ou trois cuillerées.
d'eau, avec le quart d'une cuillerée de jus de citron.
J'our un enfant de huit ans, le double, & au-dessus de
cet âge deux & demi jusqu'à, trois cuillerées de syrop „
de jus de citron & d'eau en même gradation. On doit
avoir l'attention de ne point exposer les malades à
l'air quand ils ont pris ce remède , & de leur faire
prendre demi-heure avant de le leur donner une petite
soupe. Si malgré ces précautions qui suffisent ordinairement pour mitiger & prévenir la trop grande aftion
de ce remède , on s'appercevait qu'il agit sur les
nerfs par la peine que les malades ont alors à supporter
l'impression de la lumière , ou par quelques anxietés ,
on aurait alors recours au jus de citron qui en est le
ccrredlif, & on en donnerait une , deux ou trois
cuillerées. Mais on ne court pas ordinairement ce
risque en proportionnant les doses du remède comme
nous l'avons désigné, & l'on peut le regarder comme
un des meilleurs remèdes vermifuges connus. --- Page 219 ---
( 203 ) 'n fent que les doses de chacun de ces remèdes
doivent varier en raison de leur activité & de
l'âge & tempérament des sujets. Comme je sçais
que la plupart sont très-usités en pareils cas, &
que chacun connaît à peu près la manière de
les administrer , je ne les ai désignés qu'afin de
les rappeller. Je dois cependant observer que
quant au syrop de brainvillier, il faut être
très-circonspect dans l'usage de ce remède &
prendre garde de ne pas le prescrire à trop haute
dose en raison de la vertu assoupissante & narcotique qu'il possède, CHAPITRE IX, J)e la Vérole, COMME il est clairement démontré que la vé-.
rôle ne peut se contrader que par la communication immédiate avec une personne qui en est
atteinte, nous n'aurons rien à dire, sans doute ,
sur les tno.yens de la prévenir, puisqu'il dépend
de chacun dç ne s'y point expoter ; mais si
nous considérons combien cette maladie est gé-.
rçéralement répandue , comme nous l'avons déja
observé, & surtout que ses dangereux effets font --- Page 220 ---
1-
(204.) souvent la suite des mauvais trâitemens qifon
employé , ou de la négligence des malades à
remédier à certains symptômes qui peuvent, de
simples qu'ils étaient dans le principe, dêcider
une vérole confirmée ; nous ne pouvons douter
qu'il ne fut à propos de parler de ces principales circonfiances & d'indiquer quelques - uns
des procédés par lesquels on peut prévenir ou
éviter partie des mauvais effets qui en peuvent
résulter.
204.) souvent la suite des mauvais trâitemens qifon
employé , ou de la négligence des malades à
remédier à certains symptômes qui peuvent, de
simples qu'ils étaient dans le principe, dêcider
une vérole confirmée ; nous ne pouvons douter
qu'il ne fut à propos de parler de ces principales circonfiances & d'indiquer quelques - uns
des procédés par lesquels on peut prévenir ou
éviter partie des mauvais effets qui en peuvent
résulter. .. n est pas ici le cas de parler de tous les
symptômes qui caractérisent cette maladie , puis-t
qu ils sont aisez généralement connus, & encore
moins de faire mention de la diversité d'opinions
des différens auteurs qui ont écrit sur cette maladie , touchant le prognostic qu'ils ont porté
sur quelques-uns des symptômes par lessquels
elle se manifeste ordinairement & que les uns regardent comme des signes certains d'une vérola
confirmée g tandis que d'autres sont d'un avis
contraire. L'examen de ces questions nous me-,
nerait trop loin. Il s'agit seulement de nous
arrêter sur celui des symptômes qui succéde le
plus ordinairement à un commerce impur ,
connu sous le nom de gonorrhée & vulgairement
chaude-pissè. Il paraît assez confiant que lorsque ce symp. *
tome se manifeste de suite ou peu de jours après' --- Page 221 ---
(20;) avoir communiqué avec une personne atteinte de
vérole , cet accident peut être confidéré comme
fort {impie, & que s'il donne lieu à la vérole ,
comme on ne le voit que trop souvent, ce n'est
que par les mauvais procédés qu'on employe
.ou par la négligence des malades à y remédier.
Il en refaite dès-lors qu'une maladie, de simple
qu elle était dans le principe , devient quelques
fois tres-fâcheuse & presque toujours rébelle &.
très-opiniâtre, même aux traitemens les mieux
administrés. C'est d'après ces considérations que
j'ai cru . devoir parler des principales indications
qui se présentent dans le traitement de la.
gonorhée, afin qu'on foit plus réservé dans l'emploi qu'on fait de cette multiplicité de moyens
qu'on croit d'autant plus efficaces, qu'ils interrompent plus promptement l'écoulement dont
on est toujours impatient de se voir débarassé. La première indication qu'on a à remplir dans
le traitement de la- gonorrhée, consiste à diminuer ou prévenir l'inflammation des parties génitales, soit en émoussànt leur irritabilité , soit en
adoucissant la qualité de l'humeur virulente &:'
en rendant celle des urines moins acre & moins
irritante. Les bains généraux pris à une douce
température doivent être considérés comme un,
des moyens les plus propres à opérer ces effets,
les bains loçaux d'eautiede ou de décoctions émol-
de la- gonorrhée, consiste à diminuer ou prévenir l'inflammation des parties génitales, soit en émoussànt leur irritabilité , soit en
adoucissant la qualité de l'humeur virulente &:'
en rendant celle des urines moins acre & moins
irritante. Les bains généraux pris à une douce
température doivent être considérés comme un,
des moyens les plus propres à opérer ces effets,
les bains loçaux d'eautiede ou de décoctions émol- --- Page 222 ---
J liérites & adoucissantes, telles que celles de racine
de mauve, guimauve > de feuilles ou fleurs dé
raquette, ou le lait, conviennent aussi. On joint
a ces remèdes externes l'usage intérieur de ti'"
sanes des mêmes plantes ou de graine de lin e
mais dont il ne faut pas abuser,d'après les mau*
yais effets que peuvent avoir les boissons relâ f
chantes prises en quantité, comme nous l'avons
observé ailleurs. Les amandés & émulsions cal.a
mantes & sédatives trouvent aussi leur place >
ainsi que la saignée, si l'irritation est considérable
& que l'inflammation ne céde point aux remèdes
ci-dessus désignés ; à moins que les contre-indications de ce dernier moyen dont nous avontf
déjà fait mention ne le rende dangereux; dans
ce cas les saignées locales doivent être préférées
comme pouvant procurer le même effet , sans
qu'il soit nécessaire de tirer une si grande quantité de sang. Ordinairement ces différens moyens
employés convenablement & aidés d'un régime
rafraichissant, mettent fin à cette première pé^
riode en] lo à 12 jours & quelquefois plutôt.
'Lorque l'inflammation & l'irritation n'existent
plus, ce qu'on connaît facilement par la cessation
entière de la douleur qu'on éprouvait auparavant
dans les parties , sur-tout en urinant ? alors on
laissera continuer l'écoulement sans qu'il soit néceslàire de le solliciter & sans abuser surtoutnî --- Page 223 ---
(207) des bains, ni des boissons relâchantes & déla yantel
puisqu'elles sont alors inutiles , & pourraient
même devenir nuisibles trop longtems continuées,
par le relâchement excessif qui pourrait s'ensuivre , & d'où provient souvént l'opiniâtreté de
la guérison de cette maladie & de la durée de
l'écoulement. C'est pourquoi on doit substituer,
à cette époque-ci, aux boissons ci-dessus, celles
qui sont légèrement toniques, telles que la tisane
de liane à savon, de racine de pois puants , ou
l'infusion de bois d'acoma, ou de racine de satse'
pareille ; ayant l'attention qu'elles soient peu
chargées des principes extraâifs de ces différentes
plantes , c'est - à - dire qu'elles soient légères ,
& de ne pas les prendre en trop grande quantité de peur que l'estomac n'en soit incommodé.
On continuera ces boissons jusqu'à ce que la
matière de l'écoulement prenne une couleur
louable, qu'elle ne tache que légèrement le linge
& commence à prendre assez de consîstance pour
filer entre les doigts, en en prenant ja preuve
comme pour la cuite du sucre. Ce sera alors le
cas d'employer des toniques plus puissans intérieurement ou en injedions. Mais il suffit ordinairement du baume du Pérou , ou de copahû,
ou de la thérébentine cuite, aidés de quelques
purgations pour terminer l'écoulement & le
traitement de cette maladie, lorsqu'elle n'a pas
le linge
& commence à prendre assez de consîstance pour
filer entre les doigts, en en prenant ja preuve
comme pour la cuite du sucre. Ce sera alors le
cas d'employer des toniques plus puissans intérieurement ou en injedions. Mais il suffit ordinairement du baume du Pérou , ou de copahû,
ou de la thérébentine cuite, aidés de quelques
purgations pour terminer l'écoulement & le
traitement de cette maladie, lorsqu'elle n'a pas --- Page 224 ---
( 209 ) êté négligée dès son principe , & que pendant
tout le tems qu'eite a daré on a eu l'attention
de se priver des alimens de haut goùt , de salassons, liqueurs , café, violens exercices à pied
& surtout à cheval, & de porter un suspensoir
bien fait & bien appliqué. Cette dernière précaution est bien plus importante qu'on ne croit,
& l'on préviendrait souvent par ce mojen ces
gonflemens & engorgements des testicules qui
surviennent assez fréquemment du simple tiraillement des cordons , & rendent la maladie tou-*
jours plus désagréable & quelquefois plus dan-"
gereuse. Tel est le traitement de la gonorrhée lorsqu'elle est simple & récente, & il est d'autant
plus important d'y avoir recours au plutôt, qu'ori
peut, parce moyen, se dipenser d'user de mercure,
ce qui, comme on le verra ci après, mériterait
bien qu'on y fît un peu plus d'attention. Mais
il n'est que trop ordinaire de voir qu'on se néglige en*pareil cas, ou qu'au lieu d'employer des
remèdes propres à remplir les trois indications
dont nous avons parlé , on a recours de préférence à des remèdes contraires ; alors il en résulte souvent une maladie des plus opiniâtres à'
guérir, dont le traitement n'appartient qu'aux
gens de l'art, & qui devient d'autant plus conséquente --- Page 225 ---
f 2co )
féquentë qu'il peut en résulter une vérole confinnée, ou des accidens encore plus fâcheux. L'on convient: allez généralement que le
mercure est le meiileur & peut-être le, seul remède spécifique qu'on ait encore découvert contre la Vérole , & que ce n'est qu'à l'aide de ses
différentes préparations administrées d'une manière
convenable , qu on peut se i1attci' d'obtenir une
guérison radicale de cette terrible mabdis îorfqu'on en est atteint. Quoique persuadé de la vér
rité de cette assertion > il suffit de se rappeller
l'état d appauvriiïement des humeurs que nous
avons reconnu chez ceux qui habitent depuis
long-tems les pays chauds, fk de sçavoir que le
mercure ajoute au même état d'appauvrissement
& tend à les dissoudre, pour ssntif qu'il en: toujours fâcheux d'en avoir besoin , qu'il importe
de prendra bien des précautions, lorsqu'on y a
recours, & qu'on dévi-ait être bien plus.circonfcpect qu'on pe l'est ordinairement , lorsqu'on se
permet d'employer un remède de cette nature sans
avoir les connaiiîances requins. L'on n'a qu'à
considérer en effet que le traitement de la vér
role demande à être varié en raison de la constituti on des malades, de la nature des symptômes,
du plus ou moins d'ancienneté de la maladie ;
qu'aucune méthode ne convient exclusivement ♦
, & qu'on dévi-ait être bien plus.circonfcpect qu'on pe l'est ordinairement , lorsqu'on se
permet d'employer un remède de cette nature sans
avoir les connaiiîances requins. L'on n'a qu'à
considérer en effet que le traitement de la vér
role demande à être varié en raison de la constituti on des malades, de la nature des symptômes,
du plus ou moins d'ancienneté de la maladie ;
qu'aucune méthode ne convient exclusivement ♦ --- Page 226 ---
(210) observer qu on ne peut guères compter sur l'exactitude des nègres malades à faire tout ce qu'on
leur prescrit, & encore moins sur celle de ceux
qui sont préposés pour les toigner ; & qu'enfin
il paraît ailez consiant que les sudorifiques , la
salse-pareille sur-tout , agissent bien plus efficacement dans les pays chauds que dans les pays
froids, pour que nous soyons en droit d'en conclure que, si l'on n'est pas à portée des personn%s
de l'art capables de diriger l'emploi du spécifique on ferait beaucoup mieux de se borner à.
1 usage des sudorifiques, quoique ce traitement
ne sait que palliatif, puisque ces remèdes font,
j'ose le dire , plus efficaces qu'on ne croit & bien
moins dangereux. On sera pLus convaincu de cette. dernière vérité si nous ajoutons que nous avons constamment
observé que l'usage du mercure est très - suspect
dans les pays chauds, & qu'il peut même occafionner des accidens très-graves long-tems après
qu'il a été administré , comme le prouvent incontesiablement les deux exemples que je vais
rapporter. Ils sont allez étonnans pour faire pen1er aux personnes de l'art, qu'il est plus important qu'on ne l'imagine d'aider ou de favoriser Yiffue d un .remède de cette espèce, loriqu'on juge -•
qu il a allez long - tems séjourné dans le corps
pour y opérer ses effets, & si l'on a lieu de croire --- Page 227 ---
C itt) 4 Oij que les crises naturelles, avec lesquelles il s'évacuë
«ordinairement, nont pas été suffisantes. - La nommée Marguerite , hospiralière & négresse enclave de l habitation des héritiers Baudouin j. située dans le quartier de Miragoane j
avoit subi deux traitemens par les frictions mercurielles eti 1759 # pour des ulcères opiniâtres
qu'elle avait aux jambes, & qu'on avait cru de'
nature vénérienne. Le premier traitement fut fait
par extinction, & n'ayant pas opéré grand changement dans l état de la malade $ on en administra
un second trois ou quatre mois après, qu'on pouf.
fa jusqu'à la salivation , & pendant lequel les ulcéres furent entièrement amenés à cicatrice. Cette
malade n'ayant pu m'informer d'une manière pré-"
cise, a l époque où j 'eus occasion de lui donner
mes soins, des particularités de ces traitemens,
j ignoi e s ils furent administrés avec les précautions convenables : ce fut en 1776 que commerçant à traiter l&s malades de cette habitation , j 'eus occasîon de voir cette même
négresse incommodée d'un gonflement assez confidérable aux deux articulations du genou pour
l-a mettre dans 1 impossibilité de marcher & qui
la faisait beaucoup fouffpir. Comme elle m'ajoutai
que c était pour la troisiéme fois qu'elle éprouvait
la même incommodité , laquelle avait eu lieu.
pendant les deux hivers précédents à celui où. m
que commerçant à traiter l&s malades de cette habitation , j 'eus occasîon de voir cette même
négresse incommodée d'un gonflement assez confidérable aux deux articulations du genou pour
l-a mettre dans 1 impossibilité de marcher & qui
la faisait beaucoup fouffpir. Comme elle m'ajoutai
que c était pour la troisiéme fois qu'elle éprouvait
la même incommodité , laquelle avait eu lieu.
pendant les deux hivers précédents à celui où. m --- Page 228 ---
(112) k voyais & que ces gonflemens ou tumeurs me pafurent plutôt de nature,humoralequ'inflammatoires;
je tentai l'usagede? topiques résblutifs & spiritueux,
en employant en même tems les purgations, espérant pouvoir détourner & faire révulsion al l'humeur
engorgée, mais ces moyens ayant plutôt augmenté
.que diminué le mal, j'employai avec , plus de'
sùccès les cataplasmes & les fomentations émollientes que je combinai quelques jours après avec
les résolutifs. Les tumeurs parurent alors diminuer sentablement de volume & les douleurs furent
moindres ; mais ce ne fut pas sans quelque surprise que je vis qu'à mesure que les articulations
du genou se dégageaient, celles du pied avec
la jambe étaient affectées de la mème manière.
Je transportai alors les mêmes remèdes ou catapjasmes sur la nouvelle partie affectée , insistant
flvr les purgations réitérées, espérant 3 eu égard
à la mobilité de l'humeur morbifique, de réussir
'à l'évacuer ; mais ce fut en vain , & au moment
où je projettais d'appliquer des emplâtres véficatoires aux jambes , la malade m annonça
que tous ses orteils étaient douloureux & gonflés & que l'articulation du pied avec la jambe
était presqu'entièrement ttbre. Le gonflement des
orteils étant en effet devenu conudérable & trèsdouloureux en peu de jours, les cataplasmes éniomoliens furent les- seub remèdes que j'employai, --- Page 229 ---
(213 G il ivoyant que ces tumeurs paraissaient venir a
suppuration ou abcéder. Il ne se forma cependant point d'abcès, mais il se fit une crévasse
à chaque extrémité, des doigts entre ongle &
chair qui présentèrent en peu de jours 1 'aspect
d'ulcères d'assez mauvais caradère , fournissant
une suppuration ichoreusc.' Ayant réduit par le
moyen des onguents digefiifs le gonflement & les
.ulcères en meilleur état , j'employai des emplâtres de dyachilum gommé de préférence , afin
que par ce pansement moins gênant la. malade
qui ne soufirait presque plus x pût veiner à la
besogne la plus essentielle de l'hôpital , dont
raide qu'on lui avoit donné s'acquittait assez
mal. Mais mon étonnement fut des plus grands
lorsqu'ayant levé moi-même dans une: de mes
visites, un emplâtre &: successivement tous les
autres, j'apperçus qu'ils étaient comme enduits
à leur surface ? d'une couche de matière grisâtre.
que je reconnus n'être autre choie qu'une infinité de. petits globules mercuriels que Je parvins
facilement à réunir en un globule' aussi gros
que la tête d'une grosse épingle r en- donnant a
ces emplâtres l'a forme de capsule & en rafsemr
blant au: centre toute la poussière grisâtre dont
ils étaient recouverts. Ce fut alors que je m'avisai de m'informer- de la malade si elle avait
fait usaee de ce remède & que j'appris que 17
ie qu'une infinité de. petits globules mercuriels que Je parvins
facilement à réunir en un globule' aussi gros
que la tête d'une grosse épingle r en- donnant a
ces emplâtres l'a forme de capsule & en rafsemr
blant au: centre toute la poussière grisâtre dont
ils étaient recouverts. Ce fut alors que je m'avisai de m'informer- de la malade si elle avait
fait usaee de ce remède & que j'appris que 17 --- Page 230 ---
( ^14) artà auparavant elle avait essuyé deux traitement
par les frictions, Quelqu'étonnant que me parut ce phénoméne;
sur-tout d'après l'aiïertion de quelques auteurs qui
rient que le mercure puisse se revivifier & redevenir mercure coulant dans le corps & former des dépôts , ne pouvant douter que ce ne
fut à cette cause que je dusse attribuer la suite
d'àccidens que la malade avoit éprouvés & qu'il
s'agissoit de favoriser la sortie de cette substancç
métallique qui s'échappait avec la suppuration ,
pour obtenir sa guérison ; je lui recommandai
de continuer le même pansement, avec l'attention
de lever quatre à cinq fois par jour les emplâtres & de' les essuyer chaque fois, Par ce.
•procédé la suppuration devint plus louable , les
ulcères prirent une bonne tournure & parvinrent
entièrement ^ cicatrice sans employer d'autre
traitement, La malade depuis cette époque n'a plus éprouvé
dans les hyvers subséquens ni gène ni gonflement
aux articulations dti genou & du pied. La seule
particularité- qu'il importe de noter, c'est une
espèce de fourmillement qu'elle repentit à la
plante des pieds la première fois qu ell<?
s'avisa, peu de tems après sa guérison, de marcher pieds nuds dans la boue ou sur un terreirç •
humide , ce cjui disparut entièrement par la pra- --- Page 231 ---
1 (21y) O iv caution qu'elle a eu de porter des foulieçs : d®
forte que depuis 1777 jusqu a 1784 où je quitta
la. Colonie , cette négrcsse n'avait plus éprouve
d'accident qui eut quelque rapport a celui qui
fait le sujet de cette observation. Ne pouvant douter d'après .un fait de cette
nature , que le mercure . ne puisse rester longtems
dans l'intérieur du corps, j'en conclurai qu'il j^eut
alors occasionner des accidens très graves s il vient
à se porter sur des parties plus essentielles que les
extrémités inférieures , comme va le prouver
l'histoire de l'afFreuse maladie qu'éprouva fous
mes yeux la négresse nommée Zabeth , esclavo
de la même habitation des héritiers Baudoin. Ce fut en 1782 que cette négresse âgée d'en.
viron 40 ans, & peu de jours après avoir été estimée, dans un inventaire qui fut fait, 3 yco 1 v.
çomme servante & de très - belle apparence ,,
se plaignit d>une douleur du cote de 1 'orbita
droit, qui étoit accompagnée d'une légère rougeur & d'un très-petit gonflement. Je prescrivis
à ma première visite des fomentations emollientes
&. légèrement résolutives 8c .I usage intérieur de
boissons rafraîchissantes. Ayant revu la malade
deux jours après & ayant observé quels rougeur, la
tension & la douleur avaient augmenté & gagnaient
du côté du globe de l'oeil, quoiqu'il n y eut que
très-peu de fiévre , la rougeur parailFant éryfi-
gonflement. Je prescrivis
à ma première visite des fomentations emollientes
&. légèrement résolutives 8c .I usage intérieur de
boissons rafraîchissantes. Ayant revu la malade
deux jours après & ayant observé quels rougeur, la
tension & la douleur avaient augmenté & gagnaient
du côté du globe de l'oeil, quoiqu'il n y eut que
très-peu de fiévre , la rougeur parailFant éryfi- --- Page 232 ---
(216) peIateufe, je fis une saignée du bras & je prefcrivî?
des compresses trempées dans la décoction de
fleurs de sureau , recommandant de donner à la
malade deux ou trois verres de limonade de casse
afin de lui tenir le ventre libre & de détourner les
humeurs d'une partie aussi essentielle que les
yeux. J'espérais que par ces moyens les accidens
calmeraient , mais ayant vu deux jours après,
que le gonflement & la rougeur avaient augmenté
considérablement & s'étendaient sur la joue &!es
paupières, la malade se plaignant en outre d'un
grand mal de tête , j'appliquai un large emplâtre vesicatoire à la nuque & entre les épaules,
recommandant de bassiner la partie malade avec
une simple décoétion de mogbin &de faire prendre
la limonade pour boiiïon ordinaire. Malgré l'abondante supuration du vésicatoire la maladie fit
des propres très-rapides 3 les paupières étaient
considérablement tuméfiées & couvraient entièrement le globe de l'œil. A cette époque la vive
douleur de tête que la' malade avait éprouvée j,
s'appaifa; mais il flic céda une douleur lancinante & locale , accompagnée d'un suintement
d'une humeur ichoreuse ¡qui s'échappait de 1^
commissure des paupières. Peu de jours après
il s'y forma une excoriation ou crevasse dans la
région de l'os de la pommette' qui ne tard 3
pas à devenir un ulcère de mauvaise qualité --- Page 233 ---
(217) qui fit des progrès d'autant plus rapides , qu'en
moins d'un mois de tems , la joue, le cou &
le haut de la poitrine du même côté , ne pré-<
sentaient qu'une plaie des plus affreuses mais
dont les bords ou disque inférieur, paraissaient
être la partie la plus envenimée. Je n'attendis
pas que le mal fût parvenu à ce degré de violence
pour juger qu'il était entretenu par quelque vice
interne, aussi me hâtai-je dès que j'en vis l'opiniâ-reté, à mettre la malade au lait pour toute
Rourriture & à lui faire prendre la tisane de
false - pareille coupée avec le lait. Ces moyens
parurent avoir un bon effet, la plaie commençait à se bien nétoyer & la suppuration à devenir
plus louable, mais je voyais avec peine qu'en
raison de l'abondance de cette même suppuration
la malade dépérissait journellement. Au bout dç
trois semaines de ce traitement, je commençais
à espérer quelques succès voyant que la cicatrice qui
avâit commencédans lehaufde cette'plaieavançait
rapidement ; le virage & le cou en partie étaient
déjà cicatrisés, mais le bord le plus inférieur de la
plaie était toujours de mauvaise qualité & gagnait les parties voisines quoique plus lentement ;
l'humeur qui découlait de cette plaie était si
âcre, que !a peau en était irritéef& enflammée,
& décida même par son impression une nouvelle
petite çrçvasfe ou ulcère auprès du mamelon d'un
lehaufde cette'plaieavançait
rapidement ; le virage & le cou en partie étaient
déjà cicatrisés, mais le bord le plus inférieur de la
plaie était toujours de mauvaise qualité & gagnait les parties voisines quoique plus lentement ;
l'humeur qui découlait de cette plaie était si
âcre, que !a peau en était irritéef& enflammée,
& décida même par son impression une nouvelle
petite çrçvasfe ou ulcère auprès du mamelon d'un --- Page 234 ---
(21 ) ces deux tétons. Comme cette nouvelle plaie était
distante de trois travers de doigt de l'autre &
fort sensïble, j'y fis appliquer d'abord un emplâtre de mucilage & ce fut avec un nouvel
étonnement que j'observai alors sur cet emplâtre
le même phénoméne dont j'ai parlé dans l'observation précédente, & que je fus fondé à attribuer cette cruelle maladie au mercure que la
malade avait pris en frictions 10 à 12 ans auparavant. Le régime & les remèdes que j'employais me paraissaient propres à combattre cette
cause morbifique, puisque j'en éprouvais de bons
effets; je continuai le même traitement ayant seulement l'attention de dimrnuer la dose de salse-pareillç
& de joindre l'usage modéré du quina afin d'obvier aux progrès d'une petite fiévre qui s'était
jointe, & qui réunie à l'abondante suppuration ,
j-etta la malade dans un état de marasme &. de
maigreur dont elle mourut après deux mois de
souffrance. » • L'on objectera peut-être que ces deux exemples prouveraient plutôt que le mercure qu'on
avait employé , était de mauvaise qualité, mal
préparé , ou qu'il avait été mal administré ; mais
si j'ajoute que j'ai encore observé que nombre
de es sujets qui sont „comme estropiés par une
maladie assez fréquente dans nos Colonies, connue vulguairement sous le nom de grosses jambes --- Page 235 ---
(21 g) ou gros pieds, ne sont dans cet état que depuis
-qu'ils ont subi quelque traitement mercuriel ; on
se convaincra, comme je l'ai déjà dit, qu'il n'appartient qu'aux gens de l'art d'y avoir recours,
qu'ils ne doivent point perdre de vue l'appauviiiïement des humeurs qui ne peut qu'augmenter la gravité spécifique du mercure, & que
ceux pour lesquels j'écris, doivent se borner de
préférence à l'usage des remèdes moins danger
reux , quoique moins spéçifiques. Tels sont les
sudorifiques dont il va être question. Des sudorifiques. v » Si l' on fait attention qu'il est assez confiant
que la vérole fait des progrès moins rapides dans
les pays chauds, ou que du moins les symptômes
extérieurs par lesquels elle se manifeste dans ces
pays , s'observent «beaucoup plus rarement ,
quoiqu'on se soit exposé à la contagion du virus;
on ne pourra douter que ce ne soit à l'aide des
Tueurs .& de l'abondante transpiration qu'on
éprouve en Amérique, que la nature se eébarasse
d'une partie du levain vérolique ; ce qui confirme sans doute jusqu'à un certain point , l'utilité des remèdes sudorifiques. Cette assertion
quoique peut - être un peu hazardée, ne.paraîtra
pas entièrement dépourvue de vraisemblance, si
se soit exposé à la contagion du virus;
on ne pourra douter que ce ne soit à l'aide des
Tueurs .& de l'abondante transpiration qu'on
éprouve en Amérique, que la nature se eébarasse
d'une partie du levain vérolique ; ce qui confirme sans doute jusqu'à un certain point , l'utilité des remèdes sudorifiques. Cette assertion
quoique peut - être un peu hazardée, ne.paraîtra
pas entièrement dépourvue de vraisemblance, si --- Page 236 ---
(220J l'on considère que c'est: ordinairement dans se
saison de l'année la plus fraîche & où les nuits
font moins chaudes que l'on voit les malades:
se plaindre de douleurs ou que les exostoses se
manifestent : tandis, que pendant les chaleurs,
qui comme on sçait durent les trois quarts de
l'année, il est peu ordinaire que les malades aient
sujet de s'en plaindre. J'ai vû des personnes qui, de bien portantes
qu'elles étaient pendant qu'elles habitaient la
plaine, où l'on sçait que les chaleurs sont presque continuelles , ne tardaient pas à éprouver en
se transportant sur les montagnes, dont le climat
est plus srais & où l'on transpire moins, peu de
.tems après qu'ils habitaient ce nouveau climat,
des symptômes propres à confirmer la présence
du virus qui avait resté caché sans se manifester,
sans cependant y avoir donné lieu depuis cette
nouvelle époque. Toutes ces considérations dotvent sans doute confirmer l'utilité des sueurs
dans les cas de vérole, & conséquemment celle
des remèdes qui peuvent les provoquer, sur-tout
si nous ajoutons que l'expérience démontre qu'ils
sont toujours avantageux lorsqu'on en use à propos & qu'ils sont administrés d'une manière convenable. Cela doit suffire pour qu'on puisse regarder les sudorifiqùes comme des moyens très-
,recommandables, ne les considérerait - on qu.e --- Page 237 ---
(Z2ï) comme des remèdes palliatifs contre la vérole 4
quoiqu'on ne puisse nier que ce n'est que par
eux qu'on obtient dans bien des cas, même ailleurs que dans les pays chauds , la guérison de
quelques symptômes qui avaient résisté aux effets
du mercure. Si j'observe que pour obtenir des sudorifiques
les bons effets qu'on peut en espérer , il importe qu'ils soient bien administrés, c'est qu'on
n'a pas toujours l'attention de les choisir & de
les doser relativement à l'âge & au tempérament
des sujets, & que c'est seulement de ces attentions
que peut dépendre leur efficacité. L'on sçait en effet que la plupart des tisanes
sudorifiques , dont on fait usage sur les habitations , sont ordinairement composées sur la même
formule ^ & que les précautions qu'on prend communément se réduisent à diminuer ou à augmenter
les doses du remède proportionnément à l'âge
des sujets qui en font usage. Cependant si l'on
voulait observer que les quatre subsiances qu'on
emploie le plus communément ont chacune des
propriétés bien différentes, quoique généralement
sudorifiques, *& qu'indépendamment de l'âge dés
sujets leur constitution mérite considération ; on
verrait que quoique le mêlange des quatre substances doive rendre l'efficacité de ces titanes
plus générale étant mitigées les unes par les aù-
'âge
des sujets qui en font usage. Cependant si l'on
voulait observer que les quatre subsiances qu'on
emploie le plus communément ont chacune des
propriétés bien différentes, quoique généralement
sudorifiques, *& qu'indépendamment de l'âge dés
sujets leur constitution mérite considération ; on
verrait que quoique le mêlange des quatre substances doive rendre l'efficacité de ces titanes
plus générale étant mitigées les unes par les aù- --- Page 238 ---
(2H2 > très, elles pouffaient être encore plus utiles en
choisissànt parmi ces substances celles seulement
qui peuvent être les plus appropriées à la conC.
titution de chaque sujet, C'est d'après de sem^
blables considérations qu'on peut rendre raison
d ou vient que la false-pareille convient plus gêné.
ralement & est plus efficace dans nos colonies qu'en
France 3 tandis que l 'on n'y doit uler du gayac
qu'avec plus de précaution, quoique ce soit celui des quatre bois sudorifiques que les Médecins d Europe emploient de présérence. Ne pouvant donner à cet égard que des régies
Un peu générales, nous nous contenterons d'obferver 1°. que la salse - pareille & la squine (celle
du levant principalement) conviennent particuliérement chez les sujets sensibles & irritables, & chez
lesquels les humeurs sont appauvries ou tendent
a la dissolution , en raison de l'extrait mucilagineux que ces plantes fournirent, & de ce qu'elles
n'ajoutent point, du moins que fort peu, à cet état
d'appauvrissement des humeurs qu'on rencontre
ordinairement chez ceux qui habitent depuis longtems les pays chauds ; encore convient-il quelquefois , pour la même fin , de couper cette tisane avec le lait, ou que les malades usènt d'alimens incraflans pendant qu'ils en font usage ;
2°. que l'emploi du gayac n'est bien indiqué
que chez les sujets d'une constitution froide , --- Page 239 ---
/ C123) peu irritable, & dont les humeurs & la limphe
principalement, semblent avoir trop de consistance , que cela provienne de leur constitution
naturelle ou de l'effet du virus. Alors le gayac est
non-seulement utile adminifiré en tisane , mais
même en usant de sa teinture comme on l'emploie
avec assez de succès dans le cas de goutte ; tandisqu'il serait absolument contre-indiqué dans le cas
où nous avons vu que la salse-pareille convenait,
en ce qu'il agit plus vivement & augmente la
dissolution du sang par son principe résineux, '■
comme le font toutes les substances de cette nature; 3 • enfin que le sassàfras ne doit être con sidéré
que comme un moyen accessoire qu'on peut joindre efficacement aux remèdes précédens lorsqu'oa
veut en augmenter le degré d'énergie, en raison
de ses propriétés toniques & stimulantes, & qu'il
est question de soutenir le ton des parties solides
trop relâchées, de l'estomac principalement, ou
d'augmenter leur dégré d'irritabilité. A défaut de
sassafras on substitue efficacement le fenouil. .Telles sont les principales règles dont on ne
doit point s'écarter en ufanr des sudotifiques.
Quant à la manière de les préparer & de s'en '
servir, j'ajouterai qu'on doit toujours choisir la
salse-pareille la plus fraîche, qu'on doit la fendre
&. la couper par petits morceaux & la faire infur- '
fer pendant huit à dix heures à l'eau bouillante, --- Page 240 ---
(224) sbit qu'on en veuille en user en infusion3 en décoe^
tion ou en syrop (i). La dose pour un adulte est
en ufanr des sudotifiques.
Quant à la manière de les préparer & de s'en '
servir, j'ajouterai qu'on doit toujours choisir la
salse-pareille la plus fraîche, qu'on doit la fendre
&. la couper par petits morceaux & la faire infur- '
fer pendant huit à dix heures à l'eau bouillante, --- Page 240 ---
(224) sbit qu'on en veuille en user en infusion3 en décoe^
tion ou en syrop (i). La dose pour un adulte est (1) Potir faire le syrop de salle-pareille , on prend
deux livres salse - pareille fendue suivant sa longueur
& coupée en petit morceaux, qu'on met à infuser dans
huit bouteilles d'eau pendant huit à dix heures , on
fait ensuite bouillit jusqu'à réduction de la moitié oc
on coule ; à cette colature on ajoute deux bouteilles
de syrop, 8c où réduit cette masse aux deux tiers de
sa quantité , de manière qu'il reste quatre bouteille*.
,Chaque bouteille fournit la quantité -convenable pour
quatre jours , & ce quart de bouteille doit être pris
dans la journée en deux ou trois doses , pur ou mê é
avec double quantité d'eau tiede. Pour que le syrop
de salse-pareille ait plus de vertu & n'afFaiblisse point
l'estomac , il convient d'y joindre, au moment où on le
retire du feu & qu'il est prêt, demi livre de sassafras
ou une bonne poignée fenouil , qu'on laisse infuser
pendant une demi-heure à vase couvert, & qu'on rêtire ensoite avec une spatule , avarit de vider le syrop
dans les bouteilles qu'il faut alors tenir soigneusement
bouchées. Il est a siez rare qu'on préfère cette manière
d'administrer la salse pareille à celle dl: l'infusion ou
de la décoBion dans l'eau Amplement ; à moins que ce
tie foit dans le cas où l'on a plusieurs maladej à traiter
à la fois , & où l'on veut préparer du remède pour
plurieurs' jouts, comme dans le cas de traitement des
pians ; mais alors-il saut y joindre la rapure de gayac ,
tenir soigneusement
bouchées. Il est a siez rare qu'on préfère cette manière
d'administrer la salse pareille à celle dl: l'infusion ou
de la décoBion dans l'eau Amplement ; à moins que ce
tie foit dans le cas où l'on a plusieurs maladej à traiter
à la fois , & où l'on veut préparer du remède pour
plurieurs' jouts, comme dans le cas de traitement des
pians ; mais alors-il saut y joindre la rapure de gayac , - — - d'une --- Page 241 ---
(2 àyj p d'une once à une, once & demie par Jour y dè
quelque manière qu'on fasse l'extrait de cette planmoitié quantité dé celle que nous avons indiqué de
false-pareille , attendu que le pian exige des remèdes
incisifs, & propres à résoudre ou dissoudre l'excès d'épaississement que la lymphe Centrale dans cette maladie.
Il faut daîis cette dernière affedtion purger les malades
tous les huit jours pendant l'usage du syrop de salsepareille, avec les pilules de beloste ou les bols fondans
ordinaires. Quoique le syrop de salse pareille *
simple ou compote , soit la composition la plus propre
à être gardée pendant quelque tems , sans s'altérer ÔC
foit aussi efficace que toutes 1rs autres boissons sudorifiques ; comme la tisanne sudorifique préparéè au soleil
ou par fermentation , est aussi très-souvent employée 8c
également efficace, lorsque les malades peuvent la fupporter, stirtout dans le traitement des pians ; je dois
observer qu'on ne doit jamais la laisser vieillir au-delà
de cinq à six jours après qu'elle a été préparée, 6c que
cette préparation doit toujours être faite dans des damejeannes de verre , au lieu d2 se servir de canaris vèrnilsés, comme on le fait ordinairement. Pour faire la
tisane au soleil appellée rape ou gouldringue , on prend
deux livres false-pareille coupée , uirè-livre tapure de
gayac, une livre squine du pays & même quantité de
bois de pin ; on met ces substances dans une damejeanne , pouvant contenir au moins vingt bouteilles ; on
terre deilus 16 bouteilles d'eau & on ajoute 4 livrés • --- Page 242 ---
f 226) te. Si l'on se sert du gayac , il faut que ce boii
soit réduit en copeaux ou en rapure, la saire
macerer dans l'eau pendant 24, heures, & même
le double de ce tems pour faire bouillir ensuite
jusqu'à réduction de moitié dans autant de livres
d'eau qu'on a mis d'onces de cette substance. On
doit même préférer le ga\ac franc & l'écorce de
jeunes arbres en ce que l'extrait médicamenteux
een fait mieux à l'aide de la déco&ion. La dose
est la même pour les adultes que celle que nous
avons indiquée pour la salse-pareille, & doit être
proportionnée néanmoins à l'âge & à la force des
fujets. Si l'on veut au contraire employer la teinture (1) la dose sera d'une cuillerée à bouche ou sucre brut. On expose ensuite au soleil pendant cinq
jours , ayant soin pendant la nuit de placer la damejeanne en un lieu chaud , & de remuer avec un bâton
de tems en tems ; au bout de ce tems on coule le tout,
& on serre dins des bouteilles qu'on doit tenir bouchées. La dore de cette bolÛon est d'un ou deux verres
pendant les deux ou trois premiers jours , & ensuite on
continue à trois verres par jour , le matin , à midi & le
soir. — Il faut purger les malades tous les huit jours
comme nous l'avons dit ri-deffas.
lieu chaud , & de remuer avec un bâton
de tems en tems ; au bout de ce tems on coule le tout,
& on serre dins des bouteilles qu'on doit tenir bouchées. La dore de cette bolÛon est d'un ou deux verres
pendant les deux ou trois premiers jours , & ensuite on
continue à trois verres par jour , le matin , à midi & le
soir. — Il faut purger les malades tous les huit jours
comme nous l'avons dit ri-deffas. ( r) Pour faire la teinture de gayac , on met a in-
. fuser au soleil pendant sept à huit jours dans une bouteille •ccmenant une pinte de taffia, cinq gros vingt- --- Page 243 ---
1227) Pij line cuillerée & demîe tous les matins délayée
dans une demi-verre d'eau tiéde ou de tisane de quatre grains de gomme gayac , pulvérisée. Cette bou-i
teille doit être bien bouchée & agitée de tems en tems
afin de favoriser la dissolution de la gomme. Il faut observer que la bouteille doit être un peu plus grande
qu'il ne faut , pour contenir la pinte de taffia , sans
quoi elle pourrait éclater dans le moment de l'effervescence. Au bout du tems indiqué oh siltre la liqueur
à travers da coton ou du papier brouillard , & en
ferre dans une bouteille qu'on doit tenir bien bouchées
Comme ce remède se conserve bien & que même on
prétend qu'il se bonifie en vieillissant, il convient
d'en préparer plusieurs pintes à la fois , dans uri
vase plus grand que celui que nous avons indiquéTour en préparer trois bouteilles, la dose de gomme
gayàc , sur troiî pintes de bon taffa , ést de deux
onces. Cette préparation est la mêmé, ou plutôt
ée:]e qui a ere publiée én , par M. Emei-ignon ,
habirant de là Martinique , comme un spécifique contre;
b goutte , & comme lui ayant été indiquée par un caraïbe.
11 ne sera pas- bots de propos d'ajouter que la dote
qu'on prescrivait dans ce cas ci , est d'une cuillerée à
bouche $ à prendre' tous les matins à jeun , déjeunant
Une ou deux heures après avec du lait. Avant eu oc*
casson d'employer & de connaître des personnes qui
ont usé de ce remède, j'observerai que quoique la doie
d'une .cuillerée à bouche foit celie qui convient à un
adulre d'une constitution ordinaire, on r.e doit pas tcu- --- Page 244 ---
(228) raquette, ou de lait ; on porte cette dole jusqu'à
deux cuillerées par jour , mais alors on donne
une de ces, cuillerées le matin & l'autre le soir.
On ne doit point oublier que ce remède est trèsactif & ne convient qu'aux tempéramens phlegmatique3 ou pituiteux , sur-tout donné à haute
dose. C'est peut-être , pour le dire en passant ,
faute de cette attention qu'on n'en a pas éprouvé
en France autant d'efficacité qu'en Amérique dans
le cas de goutte. J'ai eu occasion d'en voir de bons
effets dans cette dernière maladie en prenant la
précaution de proportionner la dose du remède
aux divers tempéramens, & d'en mitiger l'activité
par un régime laiteux.
ou pituiteux , sur-tout donné à haute
dose. C'est peut-être , pour le dire en passant ,
faute de cette attention qu'on n'en a pas éprouvé
en France autant d'efficacité qu'en Amérique dans
le cas de goutte. J'ai eu occasion d'en voir de bons
effets dans cette dernière maladie en prenant la
précaution de proportionner la dose du remède
aux divers tempéramens, & d'en mitiger l'activité
par un régime laiteux. jours s'y festraindre strictement, puisque, s'il est rare
qu'il convienne de l'augmenter, les cas où il convient
de la diminuer ne le sont pas ; tels font ceux où les.
personnes affe&ées de la goutte sont d'un tempérament
sec , faible & irritable ; alors il convient non-seulement de diminuer la dose du remède , & qu'ils usent
d'un régime adoucissant , tel quj la diette blanche ,
mais même de prendre la teinture de gayac , mêlée
dans un demi-verre de lait au lieu de la prendre pure;
& qu'enfin ce remède ne peut qu'être très-dangereux
■à ceux qui font sujets aux hémorrhagies & crachemens
de sang, ainsî qu'à ceux qui boivent habituellement beaucoup de vin, ou font un grand usage de liqueurs spiritueuses. --- Page 245 ---
( 229 ) P iij Nous n'avons considéré le sassafras que comme
un accessoire qu'on joint ordinairement au gayac
ou à la salse-pareille, quoique je l'aye employé
seul comme sudorifique avec succès , & alors on le
donne à même dose indiquée par le gayac. J'obferverai actuellement que quand on le combine on
n'en met que le tiers ou la moitié de la quantité
des autres & qu'il faut avoir l'attention de ne
jamais faire bouillir cette substance, & qu'elle
doit être toujours préparée par infusion & à pot
fermé , qu'on veuille l'employer seule , ou qu'art
l'ajoute aux tisanes ou syrop ci-dessus : comme je
l'observe dans la note A. Enfin pour terminer ce qui est relatif aux sudorifiques , on doit savoir que pendant qu'on
fait usage de ces remèdes, le régime doit êtrë
sec, que les malades ne doivent prendre des
alimens que sobrement, & avoir l'attention dé
se garantir des impressions extérieures du froid
par de bons vêtemens, & enfin que l'exercice,
même un peu forcé, n'est pas moins avantageux
dans ce cas, lorsque la saison, la santé des malades , ou autres circonstances peuvent le permettre. Cette remarque étant également relative
à l'emploi qu'on fàit des sudorifiques dans le traitement des pians , on verra que l'usage où l'on
est de ténir, les nègres affedés de cette maladie,
étroitement renfermés, ne laisse pas que d'être
bons vêtemens, & enfin que l'exercice,
même un peu forcé, n'est pas moins avantageux
dans ce cas, lorsque la saison, la santé des malades , ou autres circonstances peuvent le permettre. Cette remarque étant également relative
à l'emploi qu'on fàit des sudorifiques dans le traitement des pians , on verra que l'usage où l'on
est de ténir, les nègres affedés de cette maladie,
étroitement renfermés, ne laisse pas que d'être --- Page 246 ---
- (250) contraire à ces traitemens , & qu'il ferait plus
avantageux de les faire agir en bon air lorsqu-3
la saison le permettrait, pourvû que ce fût pendant la chaleur du jour & qu'on pût prendre les
mesures convenables pour les empêcher d'abuser
de cette espèce de liberté. On sera peut-être étonné que j'aye réduit à
un si petit nombre les maladies qu'on doit regarder comme les plus communes à Saint Domingue , puisqu'il en est réellement beaucoup
d'autres dont les exemples se répètent aussi
fréquemment ; mais outre que je ne renonce
pas à m'en occuper , j'ai vu que je pouvais
me dispenser d'en- parler ici , en ce qu'elles
eussent exigé , du moins la plûpart , des détails très - compliqués , ou qu'elles ont déjà été
traitées par ceux qui ont écrit sur les maladies
des Colonies ; heureux , si les personnes auxquelles j'ai destiné cet essai , peuvent tirer
quelque profit de cç que j'ai dit sur celles dont
je fais mçnticn , si les propriétaires sensibles & bienfaisans, que j'ai eu intention de,
seconder dans leurs désirs , peuvent y appert
ceyoir quelque moyen d'améliorer ou d'adoucir
ie sort des êtres qui leur sont sournis & à 14
fente desquels tout habitant est obligé de coppçrçr tant par intérêt que par humanité. N. --- Page 247 ---
(23 1') TABLE DES MATIERES Contenues en ce volume., AVANT - PROPOS touchant l'utilité de cet
. essai & le but qu'on s'y est propose.
Confédérations générales. 1re. SECTION. Tempe-
. rature de l'atmosphère de Saint Domingue > . ses qualités, ses influences & moyens de s'en
garantir en quelque sorte. Dégrés de chaleur
- du soleil à Saint Domingue. Preuves de- la
: plus grande sensibilité de ceux qui habitent ce
pays & les pays chauds en général. Quelle;
est la saison de l'année la plus dangereuse ^
moyen d'en prévenir les influences. Utilité des.
cautères. Preuve que la grande mortalité des
Européens qui se transportent dans les pays
chauds, provient souvent de leur inconduite.
Précautions à prendre pour eyiter les,, influences
du mauvais air. — Réglés sur la quantité de
qualité des alimens & des baillons qu'on doit
préférer.. Tems qu'il convient d'employer ail
repos , dangers de ton excès dans les, pays
chauds ainsi que des sueurs considérables ^ des.
veilles immodérées & des pasSons. Pag.. i suiv.
mortalité des
Européens qui se transportent dans les pays
chauds, provient souvent de leur inconduite.
Précautions à prendre pour eyiter les,, influences
du mauvais air. — Réglés sur la quantité de
qualité des alimens & des baillons qu'on doit
préférer.. Tems qu'il convient d'employer ail
repos , dangers de ton excès dans les, pays
chauds ainsi que des sueurs considérables ^ des.
veilles immodérées & des pasSons. Pag.. i suiv. 1. --- Page 248 ---
(212) SECTION IIe. De la nécessité de connaître les
trois parties qui constituent l'art de guérir,
quand on veut exercer en plaine. Des risques
qu'on peut courir lorsqu'on s'adresse aux personnes de l'art nouvellement arrivées dans les
Colonies pour y exercer. Utilité , vices & but
des réglemens relatifs aux pouvoirs d'exercer.
Conseil aux habitans à ce sujet. Pag. 46 & suiv.
SECTION IIP. Utilité & importance des différens individus qui peuplent nos Colonies. Propagation & effet du virus vénérien , comme
cause de la, dégénération de l'espèce & d'une
infinité d'autres malheurs. Dangers & précautions à prendre pendant l'allaitement. Choix
des nourrices. Observations sur la manière dont
pn les nourrit. Tems de sevrer les enfans. Attentions qu'il conviendrait d'avoir lorsqu'ils
font sevrés pour éviter les abus qui se commettent alors. Des excès auxquels la jeunesse
se livre & dont elle ell souvent vidime. ---
Des dangers de la saignée dans les pays chauds,
& des cas où elle peut être utile. De la trop
grande crédulité touchant l'efficacité des remèdes nouveaux. Pag. S6 & suiv.
SECTION IVe. Utilité des nègres , précautions
à prendre pour diminuer le nombre de ceux
qui périssent dans la traversée & dans les premiers tems de leur arrivée dans les Colonies. --- Page 249 ---
(233) Pes moyens propres à favoriser la population
& a remédier aux causes qui s'y opposent,
Causes des maladies auxquelles les négres sont
exposes pendant la saison des pluyes, & moyens
de les prévenir, Précautions à prendre pour
que les négrillons soient bien nourris & bien
soignés pendant leur allaitement. Du tems où
1 on doit les sevrer. Nécessité de veiller avec
Je plus grand soin, à ce que les nègres ne
manquent jamais de vivres } èc effets de cette
négligence. Des égards qu'on devrait avoir
pour les vieux esclaves. Combien il importe
d avoir égard à la constitution des négrés dans
les divers travaux auxquels on les employa
Des attentions qu'on doit porter aux négres
malades. Pag. 91 & suiv.
CHAPITRE Ier. Des fièvres en général. Définition de la fiévre & des symptômes qui la caractérisent. Pag. 131& suiv. -
CHAP. IIe. De la maladie du pays. En quoi
elle consiste. Quelles sont les causes qui y
donnent lieu. Moyens qui peuvent la rendre
bénigne. Révolution qu'elle opère. Danger
des rechûtes , précautions pour les prévenir.
'on doit porter aux négres
malades. Pag. 91 & suiv.
CHAPITRE Ier. Des fièvres en général. Définition de la fiévre & des symptômes qui la caractérisent. Pag. 131& suiv. -
CHAP. IIe. De la maladie du pays. En quoi
elle consiste. Quelles sont les causes qui y
donnent lieu. Moyens qui peuvent la rendre
bénigne. Révolution qu'elle opère. Danger
des rechûtes , précautions pour les prévenir. Pag. 138 8c suiv.
ÇHAP. IIIE. fluxions de poitrine. Définition &
utilité des divisions des maladies de cette efpèce. De leurs causes & des moyens de 'les --- Page 250 ---
(234) prévenir. Vices de quelques procédés uiités
en pareil cas. Pag. 149 &:(uiv.
CHAp. IV. De la coqueluche. Ses causes, sa nature; moyens d'en prévenir la contagion ou
d'en diminuer l'activité ; mauvais procédés à
réformer. — Indications à remplir.Pag. 159
& suiv.
CHAP. V. De la petite vérole. Précautions à
; prendre pour prévenir la contagion. Préservatifs contre cette maladie. Pilules de Khosen,
• leur composition. Eau de goudron , sa composition. Nature de la petite vérole. Indications à remplir. Pag. 16 5 & suiv.
CHAP. VI. De la petite vérole volante. Signes
& symptômes par lesquels on peut la reconnaître. Indications à remplir. Pag. 177 & suiv.
CHAP. VII. Tétanos & mal de macho ire. Causes
prédisposantes du tétanos, sa cause prochaine.
Raisons de sa fréquence dans les pays chauds.
Indications à remplir. Doit-on considérer I&
mal de mâchoire comme une maladie naturelle?
Moyens de le prévenir & d'y remédier, pag. 181 & suiv,
CHAP. VIIIE. Des convulsions par la préseuct
des vers. Symptômes de l'existence des vers.
Moyens à employer dans le moment des
convulsions. De l'administration des vermifuges. Composition du syrop de liane , de. la. --- Page 251 ---
(W) poudre de liane, du syrop de brainvillier. pag.
ip3 & suiv.
CHAP. IXe. De la vérole. Causes de la vérole
confirmée. Indications à remplir dans la goporhée (impie & son traitement. DangereuX!
d'employer le mercure [dans les pays chauds ,
exemples à ce sujet. Des sudorifiques , leur
utilité. Nécessité de distinguer le dégré d'énergie particulière des différentes substances, &
les cas & la manière de les employer. Composition du syrop de salse-pareilie, de la tisane
au soleil ou gouldringue, & de la teinture du
gayac. Concluions. Pag. 203 & suiv, Fin de la Table. A --- Page 252 ---
-
(236) ERRA T A. PAS F 7 , ligne 16, de a transpiration , lisez de la
Page 49 y ligne 5*, grandes de connaissances , lisez
grandes connaissances. Eag. 82 , lig. 17 , forces vitales sur lesquelles, lisa sans
lcsquelles. Pag. 94 » lig. S , mais ce serait &c., lisa mais le serait.
Pag. 95, lig. 12, les négres de l'Affrique , lisez l'Afrique.
Pag. 96, même faute.
PAS F 7 , ligne 16, de a transpiration , lisez de la
Page 49 y ligne 5*, grandes de connaissances , lisez
grandes connaissances. Eag. 82 , lig. 17 , forces vitales sur lesquelles, lisa sans
lcsquelles. Pag. 94 » lig. S , mais ce serait &c., lisa mais le serait.
Pag. 95, lig. 12, les négres de l'Affrique , lisez l'Afrique.
Pag. 96, même faute. Pag. 113, lig. 24 s remarquer y qu'il a , lisa remarquer '
qu'il y a. Pag. T3 r > Hg. ire., quoique notre attention , lisa quoique notre intention. rag. , lig- 4 > relative au siége , lisez relativement
au siége. Page 154, principales. On voit déjà que, lisit principales ; on verra que. Pag, 195, lig. 23, sel selatif , lisa sel sedatif. --- Page 253 ---
APPROBATION. J, AI lu par l'ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , un manuscrit intitule : Avis aux
Habicans des Colonies , particulièrement à ceux de
1 île Saint Domingue, jur les principales caujes
des maladies qu 'on y éprouve le plus communément
c. r .. i , , . - - - v-jur leS moyens de les prévenir, par M. AFOSS-E
Codeur en Médecine de l'Université de'A|0tî|p^l-Ç<
lier, &c.; je n'y ai rien trouvé qui pulM%î empêcher l'impression. A Paris . CE 3n IIIIÏ/1"RRRR-IX\\ 1 DESCEMET. PRIVILEGE DU POI. Xj OUIS, par la grace de Dieu , Roi de France &
de Navarre: A nosamés & féaux Conseillers , les gens
tenans nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes
ordinaires de notre Hôtel, Grand Conseil, Prévôt de
Paris , Baillifs , Sénéchaux , leurs Lieutenans Civils &
autres nos. Justiciers qu'il appartiendra : SALUT. Notre
amé le sieur LAFOSSE , Doreur en Médecine de l'Université de Montpellier &c. , Nous a fait exposer qu'il
délireroit faire imprimer & donner au Public , un
Ouvrage de sa composition intitulé : Avis aux Habitans'
des Colonies , sur les maladies qu'on y éprouve le
plus communément, ct sur les moyens de les prévenir, s 'il nous plaisoit lui accorder nos Lettres de
permission pour ce nécessaires. A cEs CAUSES
voulant favorablement traiter l'Exposant , nous lui
avons permis & permettons par ces Présentes , de
faire imprimer ledit ouvrage autant de fois que bon lui
semblera , & de le faire vendre & débiter par tout notre
Royaume , pendant le tems de cinq années consécutives,
a compter du. jour de la date des présentes. FAISONS
défenses à tous Imprimeurs, Libraires & autres personnes,
de quelque qualité & condition qu'elles soient, d'en
introduire d impression étrangere dans aucun lieu de notre
obéissance. A L A CHARGE que ces présentes seront
faire imprimer ledit ouvrage autant de fois que bon lui
semblera , & de le faire vendre & débiter par tout notre
Royaume , pendant le tems de cinq années consécutives,
a compter du. jour de la date des présentes. FAISONS
défenses à tous Imprimeurs, Libraires & autres personnes,
de quelque qualité & condition qu'elles soient, d'en
introduire d impression étrangere dans aucun lieu de notre
obéissance. A L A CHARGE que ces présentes seront --- Page 254 ---
enregistrées tout au long sur le Registre de la Communauté des Imprimeurs Libraires de Paris , dans trois
tnois de la date d'icelles ; que l'impression dudit ouvrage
fera faite dans notre Royaume & non ailleurs , en boii
papier & beaux caractères ; que l'impétrant se conformera en tout aux Réglemens de la Libraire , & riotamment à celui du lo avril 1725 , & à l'arrêt de notre
Çonseil du 30 août 1777, à peine de déchéance de l.t
présente Permission ; qu'avant de l'exposer en vente, te
manuscrit qui aura servi de copie à rimpreffion dudit ouvrage sera remis dans le même éu.t où l'Approbation y
aura été donnée ès mains de ndtre trè>-cher 8c féal
Chevalier Garde des Sceaux de France , le Sieut DE LAMOIGNON, qu'il en fera ensuite remis deux exemplaire*
en notre Bibliothèque publique , un dans celle de frotte
Château du Louvre, un dans celle de notre très-cher 6c
séal Chevalier Chancelier de France, le Sieur DE MAUI>EOU , & un dans celle dudit Sieur DE LAMOIGNON :
le tout à peine de nullité des Présentes; DU CONTENU.
dè[queHes vous MANDONS & enjoignons de faire jouir
ledit Exposant & ses ayans cause pleinement & paifiblement, sans soufFrir qu'il leur foit fait aucun trouble
orr empêchement. VOU LONS qu'à la copie des Présentes,
qui fera imprimée tour au long, au commencement ou a
la fin dudit ouvrage , foi soit ajoutée comme à l'original.
COMMANDONS au premier notre Huissier ou Sergent sur
ce requis , de faire pour l'exécution d icelles 5 tous A(stes
requis & nécessaires, sans demander autre permission, 8c
nonobstant. clameur de Haro , Charte Normande , 6c
1 ettres à ce contraires: car tel est notre plaisir. Donné à
Versailles le 27me. jour du mois de Septembre , l'an de
grâce mil se, t cent quatrevingt-sept ; & de notre Regne
le quatorzième. 'P AR LE ROI, EN SON CONSEIL. Signé LE 13 E G U F. Régiftréfur le Regîflre XXIII de la Chambre Royale
si Syndicale des Libraires fr Imprimeurs de Paris ,
NQ. 128?, fol. 351, conformément OUI dispositions énoncées dans la présente permission; ù à la enarg: de remettre à ladite Chambre les mvf exemplaires ; refaits
par l'Arrêt du Conseil du 16 Avril 17- S ' Pans > le
sè Septembre 1787. Signé, KNÅPEN , Syndic. --- Page 255 ---
REQUETE AU ROI,
ADR E SS É E A SA MAJESTÉ,
PAR - LE COMTE DE ROURZOLLES,
RELATIVEMENT A LA NAVIGATION DU NORD. 1788. --- Page 256 --- --- Page 257 ---
A 2 REQUETE la SIRE, L E Comte de Bourzolles , perç de dix ensans , animé du desir de servir sa Province &:
l'Etat, & ayant employé sa Fortune à cet
objet, se verroit entièrement ruiné, s'il étoit
---
REQUETE AU ROI,
ADR E SS É E A SA MAJESTÉ,
PAR - LE COMTE DE ROURZOLLES,
RELATIVEMENT A LA NAVIGATION DU NORD. 1788. --- Page 256 --- --- Page 257 ---
A 2 REQUETE la SIRE, L E Comte de Bourzolles , perç de dix ensans , animé du desir de servir sa Province &:
l'Etat, & ayant employé sa Fortune à cet
objet, se verroit entièrement ruiné, s'il étoit --- Page 258 ---
( 4 ) possible que ses réclamations ne fussent point
accueillies par VOTRE 'MAJESTÉ mais il est
bien intimement persuadé qu'une demandé fondé-è sur la justice , ne sera jamais envain portée
aux pieds du Trône du plus vertueux des
Princes. C'effc jusqu'à l'évidence que, par un détail
simple & précis , le Comte de Bourzolles va
démontrer la légitimité de ses prétentions , ou,
si l'on veut, de la Compagnie dans laquelle il
a placé ses fonds. Les vins du Quercy & du Périgord , qui
sont une production précieuse , deviendroient
néanmoins une denrée peu profitable aux Cultivateurs, soit par l'aétion du monopole qui
avoit particuliérement obstrué les débouchés
que le Nord offroit précédemment à ces vins ,
soit à cause des obstacles qui en gênoient la
circulation intérieure. Le mal étoit de nature à exiger un prompt
remede, qui ranimât le courage des Habitans.
On étoit menacé d'un abandon de culture &
de l'émigration des Peuples , qui ne pouvoient
plus tirer du dehors la partie des choses de pre «
miere néceiÏité, que la nature refuse sur les
lieux à leur industrie & à leur sol, ni acquitter'
les tributs dus à l'Etat. Pressé par le vœu général de ces Provinces,
& par ses propres intérêts, le Comte de Bourzolles , se rendit au pied du Trône , pour tâcher
d'obtenir quelqu'allégement aux maux qui,
affligeoient les mêmes Provinces. Connoissant,
SIRE, la tendre sollicitude de VOTRE MA- --- Page 259 ---
G) A 3 JESTÉ pour ses Peuples , il ne douta pas
•qu'elle n'écoutât favorablement ses très-humbles
supplications. Aussi , ont-elles été couronnées
du succès par deux Arrêts de votre Conseil r
-qui ont autorisé la libre circulation des vins,
dont il s'agit , & modéré les droits auxquels
ils étoient afliijettis, quand ils sortoient pour
aller à l'Etranger (i). Dans le même-tems que le Comte de Bourzolles suivoit au Conseil de VOTRE MAJESTÉ
la cause de ses Compatriotes , il intéressoit à
leur sort un homme d'un rare mérite , dont le
dévouement au bien public , n'a jamais été
équivoque : il étoit alors à Hambourg , &
quoiqu'il fût sur le point de revenir en France
quand il reçut les instructions du Comte de
Bourzolles, il n'hésita point d'entreprendre un
nouveau voyage en Dannemarck & en Suede ,
pour favoriser les vues patriotiques dont on lui
avoit fait part.
Compatriotes , il intéressoit à
leur sort un homme d'un rare mérite , dont le
dévouement au bien public , n'a jamais été
équivoque : il étoit alors à Hambourg , &
quoiqu'il fût sur le point de revenir en France
quand il reçut les instructions du Comte de
Bourzolles, il n'hésita point d'entreprendre un
nouveau voyage en Dannemarck & en Suede ,
pour favoriser les vues patriotiques dont on lui
avoit fait part. Ce même Citoyen s'occupoit alors de feconder le plan que le Gouvernement avoit
formé de rétablir la navigation Françoise , &
des comptoirs nationaux dans le Nord. Il
communiqua au Comte de Bourzolles le projet
-de faire concourir à ses vues , une association
de pluiieurs personnes, fous le titre de Com-
.pagnie de la navigation du Nord. Le siecle de Colbert paroissoit renaître dans (l)Les deux Arrêts du Conseil & les remercimens qu »
ont été faits au Comte de Bourzolîes , pour les foins
>qu*il s'est donnés, font consignés aux Pieces Justîficatives s
sous la cote A --- Page 260 ---
( 6 ) le Gouvernement. Pour l'encouragement de la
navigation du Nord , le Ministere avoit jugé,
comme lui, qu'il ny avoit qu'une Compagnie
qui pût ietter les fondemens d'un pareil etablissement, & qu'il falloit des encouragemcns
pour le faire prospérer. Colbert les avoit offerts de lui-même , & fit
'les plus. grands avantages à la Compagnie du
Nord 3 qu'il forma ; mais vos Départcmens
ayant trouvé convenable de suivre une routé
différente, ils crurent devoir attendre les proportions de divers particuliers ; ceux-ci en
firent d'exorbitantes , qui auroient singuliérement surchargé vos finances , si çlles avoient
été admises. Le Département de la Marine promit sa prêt
sérence au Pavillon François , pour le transport des munitions navales qu'il tiroit du
.Nord , & celui des Finances asfura des primes
aux Armateurs qui adrefleroient leurs navires
aux Maisons Françoises s qu'il avoit en vue
4'encourager dans le Nord (i). La Compagnie seule laissa au Gouverne.
ment le choix des moyens qu'il trouverait bon
d'employer pour le succès de cette entrer
prise ; en conséquence intervint le traité qu'elle
passa le 30 Septembre 1783 , avec le Ministere de la Marine ,, slipularit pour VOTRE
MAJESTÉ (2), (l) Arrêt du Conseil , du 2,3 Septembre 1794,
porte aux Pieces Justificatives , fous la cote B. Ce traitç se trpaYe anx fieees juïlifîcaEiYçs ? fous
le n'\ l, --- Page 261 ---
( 7 ) A4 La Compagnie sollicitoit , suivant l'article
III du traité, les instructions d'avance pour se
préparer à remplir son engagement durant la
Campagne de 1784. : les Bureaux n'avoient pas
reçu de bonne heure les états de demande des
Ports : mais heureusement, une lettre de l'Ingénieur de la Marine, employé à Hambourg,
à la recette & l'expédition des bois , vint
éclairer la Compagnie au commencement du
mois de Décembre 1783 , par la demande de
dix à quinze Navires de 90 à 100 lasts (1).
préparer à remplir son engagement durant la
Campagne de 1784. : les Bureaux n'avoient pas
reçu de bonne heure les états de demande des
Ports : mais heureusement, une lettre de l'Ingénieur de la Marine, employé à Hambourg,
à la recette & l'expédition des bois , vint
éclairer la Compagnie au commencement du
mois de Décembre 1783 , par la demande de
dix à quinze Navires de 90 à 100 lasts (1). La Compagnie sentit que cette demande
supposoit qu'on feroit usage de Navires, de la
construction Françoise, lesquels avec un plus
grand tirant d'eau , présentent un moindre encombrement : mais il étoit dans les vues de la
Compagnie de faire réussir les François dans
cette navigation , en employant la méme sorte
4e Navires, le même nombre d'hommes dans
l'équipement , & la même économie que les
Nations du Nord ; & malgré la briéveté du
tems qui ressoit à la Compagnie, elle acheta
des navires à platte varangue qui, au nombre.
de neuf seulement, donnèrent un encombrement supérieur à la demande , & le tirant
d'eau convenable pour charger les bois sur
J'Elbe. L'exécution du projet parut au Comte de
Bourzolles si avantageuse pour la France &
pour assurer des débouchés aux vins du Péri- (1) Lettre du sieur O Uivier, Ingénieur de la Marine h
1 à Hambourg - aux Pieces Justificatives , n°, IIa --- Page 262 ---
( 8 ) gord & du Quercy, par la voie des François, qui
établiroient des comptoirs dans le Nord, sous
l'auspice de cette navigation , & la protection
que VOTRE MAJESTÉ leur accordoit , qu'il
s'empressa cfengager ses terres & de rassembler
toutes les sommes que ses facultés lui permi-,
rent de se procurer , afin d'aider la Compagnie
à se mettre en activité le plutôt qu'il seroit
possible, - Il fut dit par le traité , que la Compagnie
s'obligeait de transporter le plutôt possible dans
les Ports de VOTRE MAJESTÉ , sur bâtimens Francois, la totalité des bois de confiruction à fournir annuellement & successivement h.
Hambourg , pour le service du Roi, par l'administration Royale de Prussi ou autre. Le prix assigné à la Compagnie, pour raison
de ce transport, fut de 4° livres par tonneau ,
du poids de deux milliers , & il fut stipulé que
dans le cas de guerre , il seroit fixé un, autre
prix , relativement aux circbnfiances. La simple levure de ces dispositions démontre évidemment, que la Compagnie étoit bien
fondée à croire que le service dont elle s'étoit
chargée, ne seroit jamais confié à d'autres peçsonnes. D'après cette opinion , elle se livra
sans réserve aux dépenses qu'exigeoit l'entre-
• prise pour remplir l'obligation qui lui etoit
imposée par l'article troisieme du traité dont
• il s'agit (1), (1) Ce traité a'été porté aux Pièces Juftificatiyçs» sous
îç n°. 1, •
à croire que le service dont elle s'étoit
chargée, ne seroit jamais confié à d'autres peçsonnes. D'après cette opinion , elle se livra
sans réserve aux dépenses qu'exigeoit l'entre-
• prise pour remplir l'obligation qui lui etoit
imposée par l'article troisieme du traité dont
• il s'agit (1), (1) Ce traité a'été porté aux Pièces Juftificatiyçs» sous
îç n°. 1, • --- Page 263 ---
,( ) Cet article avoit été dicté par un saisie politique , afin d'établir dans le Nord une Navigation Françoise. Empressée d'exécuter ce Traité, la Compagnie eut à peine reçu ses instructions, que les Administrateurs jugerent devoir employer 240,000
livres à l'acquisition des Vaisseaux nécessaires
pour ce service, qui avoit déjà exigé antérieurement de grandes dépenses pour la formation
de l'établissement. Il n'est pas inutile d'observer ici que quelques considérables que fussent ces dépenses préliminaires , elles furent supportées par les seuls
Administrateurs de la Compagnie, qui se contenterent d'attendre leur dédommagement sur le
bénéfice que l'enteprise leur faisoit espérer. Les transports de bois qui-eurent lieu cette
année, pour le service de VOTRE MAJESTÉ,
s'élevèrent à yooo tonneaux. L'Administration
de la Marine, satisfaite de ce premier essai ,
donna ses ordres à la Compagnie, pour qu'elle
eût à faire, en 1785, le transport de 2S,3 y
pieds cubes de bois(i). Ce transport considérable exigeoit un plus
grand nombre de Vaisseaux que celui dont la
'Compagnie étoit pourvue. Il exigeoit auili que
la Compagnie fît Tétabliflement d'un Comptoir
François à Hambourg ; c'est pourquoi elle ar- (1) Lettre du Minière , du 26 Novembre 1784 ,
portée aux Pieces Justificatices, n°. III. --- Page 264 ---
( 1O ) rêta qu'au lieu de faire une répartition des
200,000 livres de fret acquis, il falloit nonseulement laisser en caille ce qui en resteroit
après le prélèvement des frais de la Campagne,
mais encore admettre dans l'entreprise un nouveau Capitaliste, afin d)augmenter les Armemens, & de servir avec plus de succès la Marine de VOTRE MAJESTÉ sous Pavillon François. Par ce moyen le service ordonné pour 1785
fut fait avec exactitude, nonobstant les difficultés que la disette de Marins expérimentés
dans la Navigation du Nord fit éprouver à la
Compagnie , & le Comptoir François qu'elle
avoit établi à Hambourg avoit parfaitement pris
faveur. Le Sieur Descolin , qui le dirigeoit >
ayant mérité l'estime publique, & acquis-de la
considération dans cette Ville , sous les auspices
de la Maison réfugiée des Sieurs Boue & fils ,
connue par sa probité, & par l'affedion constante qu'elle conserve à la France , son ancienne
Patrie. Le Comte de Bourzolles s'en promettoit
beaucoup d'avantages pour le Quercy & le
Périgord. Le Sieur Descolin avoit reçu l'instruB:ion la plus ample sur les mesures qu'il devoit prendre pour le débouché des vins de
ces Provinces. La satisfaétion du Département de la Marine fut manifestée par les nouveaux ordres
qu'il donna à la Compagnie , pour qu'elle fît
transporter en France pendant la Campagne --- Page 265 ---
( II )
te de Bourzolles s'en promettoit
beaucoup d'avantages pour le Quercy & le
Périgord. Le Sieur Descolin avoit reçu l'instruB:ion la plus ample sur les mesures qu'il devoit prendre pour le débouché des vins de
ces Provinces. La satisfaétion du Département de la Marine fut manifestée par les nouveaux ordres
qu'il donna à la Compagnie , pour qu'elle fît
transporter en France pendant la Campagne --- Page 265 ---
( II ) de 1786 la quantité de 172,700 pieds cubes de
bois ( 1 ), Il n'est pas possible de taire à VOTRE MATJTESTÉ , que tandis que la Compagnie faisoit tant
de sacrifices en 1785 , l'Administration de la
Marine , au préjudice de l'article 4 du Traité,,
(2) & de l'approbation qu'elle avoit paru donner à l'établissement du Comptoir François d\!
Sieur Descolin à Hambourg ( 3 ) , accepta l'offre au rabais de 1) liv. par tonneau du prix
du fret que firent les Etrangers , relativement
au. transport des cargaisons de bois livrées
par l'Administration de Prusse pour le service du
.Port de Cherbourg, • Il est vrai, SIRE , que la Marine de VOTRE
MA JESTÉ fit une épargne de 240/300 livres sur
ces transports > qui ont été de 16,000 tonneaux dans cette Campagne ; mais , pour cela ,
il est sorti du Royaume, au préjudice de la balance nationale, 400,000 livres, pour payer, à
:2 S liv. par tonneau, le fret aux Etrangers.
C'est aux Administratëurs à réfléchir & calculer , s'il n'eût, pas été beaucoup plus avantatageux à l'Etat que cette somme , au lieu de
passer entre les mains de l'Etranger , fût restée
dans celles des Marins & des Ouvriers François >a (1) Lettre du Ministre, du 3 Mars 1786 , portée aux
:Pieces J uftificatives , n°.;IV. (l) Voyez le traité porté aux Picces Just ficatives,
n\ I, il est dit que la Compagnie fera, seule chargée du
transport des bois. . (3) Lettres du Ministre , des Janvier & 10 Mars. I78 1 , portées aux Pieces justificatives, n . V & VI, --- Page 266 ---
( 12 ) & s'il n'etoit pas juste de laisser jouir la
Compagnie Françoise & le nouveau Comptoir
établi à Hambourg , qui avoient fait de grandes dépenses, du bénéfice de la baisse du prix
du fret, puisque s'il avoit haussé , on les auroit
contraints à faire les transports. Le Comte de Bourzolles ne s'arrêtera pas
non plus à examiner s'il étoit d'une bonne politique de favoriser la Navigation des Etrangers
dans le Nord, plutôt que celle de la Nation ; il
s'en rapporte à un Mémoire intitulé : Réflexions
politiques' & historiques sur la" Navigation dans
-le Nord par les François, que la Compagnie a
adressé au Ministre & au Conseil de la Marine ( I ). Il est très-possible que la diminution du
prix proposé a l'administration de la Marine par
quelques Etrangers , ait eu pour but de ruiner
,la Navigation Françoise dans ces parages, pour
exercer avec sécurité le monopole du fret, &
exiger en conséquence des prix exorbitans,
auxquels les besoins de l'Etat obligeroient de se
soumettre, lorsqu'on n'auroit plus de concurrence à opposer à ce monopole.
& au Conseil de la Marine ( I ). Il est très-possible que la diminution du
prix proposé a l'administration de la Marine par
quelques Etrangers , ait eu pour but de ruiner
,la Navigation Françoise dans ces parages, pour
exercer avec sécurité le monopole du fret, &
exiger en conséquence des prix exorbitans,
auxquels les besoins de l'Etat obligeroient de se
soumettre, lorsqu'on n'auroit plus de concurrence à opposer à ce monopole. Ces conjectures ont la plus grande apparence
de vérité , quand on considere que le prix ancien que faisoient payer ces mêmes Etrangers
avoit été de 50 liv. par tonneau. On ne peut
donc point méconnoître leur but , ni douter
qu'ils ne proposent une réduction de ce prix (1) Ce mémoire est porté aux Pieces Justificatives a
fous la cote C. --- Page 267 ---
( ï3 ) que dans le dessein d'y revenir, & même de
l'augmenter en d'autres circonstances ( i ). ; La totalité de 172,700 pieds cubes de bois.,
ordonnée pour le service de 1786, fut nonseulement remplie , mais encore excédée de
124,2)1 pieds cubes de bois, pour obéir à
une lettre ministérielle, du 12 Avril (2) de la
même année, qui ordonna ce nouveau service, •
Quoique la Compagnie ne mît aucunes bor-,
Des à son zèle & à son activité pour le service
de VOTRE MAJESTÉ , on lui imputa d'avoir
cause, en 178S , la détention & le dépérissement de quelques bois à la charge de la Marine. La. meme lettre du Ministre5 du 12 Avril,
lui en faisoit le reproche (3 ) ; tandis que les. Ces conjectures n'ont pas tardé à se réaliser, on
vient d'apprendre que l'administration de la Marine a
éprouvé dans la Campagne derniere , une augmentation
d-e plus, de quarante pour cent , sur le prix du fret deS.
bâti mens étrangers , qu'elle a employés pour transporter,
les bois de Hambourg ; & une lettre que Je lIeur Benoît,,
Capitaine. François , homme très-expérimenté dans les
mers du Nord , à adressée au sieur Cafàuranc de St-Pàul,
Adminiitrateur de la Compagnie- de' la navigation dûf
Nord, annonce que les frets pour la France ont valu à;
Pétersbourg, de 46 à 5° livres le tonneau, & iO.pour;
cent d'avaries & chapeau. C'est le tonneau ordinaire du
commerce : ii. est à remarquer que celui que fournissoit
la Compagnié, est 'de deux milliers pesant de bois , cet
qui rend -un encombrement d'un tiers plus vaste. ; f
La lettre du Capitaine Benoît, est portée aux Pieces?
Justificatives, fous le 0°. VII. , v (2) Lettre du Ministre , du 12 Avril 1786, portée
aux Pieces Justificatives. fous le n° Vlff. 1: (3) Même lettre du la Avril. ^ - : . ; , ; -,, --- Page 268 ---
'c îV) Vaisseaux de la' Compagnie avoient transporté
la totalité de ce qui avoit été ordonné, & que
réellement ce reproche n'étoit que l'effet d'une
erreur, puisqu il n'étoit pas resté à Hambourg
une seule piece de bois ; l'Ingénieur chargé de
fexpédition avoit eu l'attention de laisser à la
charge de l'Administration de Prusse toutes les
pieces dont le transport n'avoit pas été ordonné
par le Ministre.
aisseaux de la' Compagnie avoient transporté
la totalité de ce qui avoit été ordonné, & que
réellement ce reproche n'étoit que l'effet d'une
erreur, puisqu il n'étoit pas resté à Hambourg
une seule piece de bois ; l'Ingénieur chargé de
fexpédition avoit eu l'attention de laisser à la
charge de l'Administration de Prusse toutes les
pieces dont le transport n'avoit pas été ordonné
par le Ministre. ; Cependant ce supplément de service étoit ordonné à l'époque tardive du 12 Avril, où commençoit déjà la Campagne , malgré la disposi--
tion .de l'article 4 du Traité , qui régloit que
la Compagnie seroit infiruite de bonne heure des
quantités de bois que l'Administration Royale
de Prusse seroit dans le cas de sournir annuelfanent. s La Compagnie ne pouvoit remplir la forte
fâche que lui presçrivoit cet ordre, f;tns renonçer aux avantages qu'elle avoit espérés. Ces
avantages consistoient à conduire par ses Bâti-'
mens des marchandises, tant de Francç que des
Colonies Françoises qui s'exportent pourte Nord.:
XI falloit pour cela qu on eût fait circuler les
avis respectifs , tant des Comptoirs François établis dans le Nord , que des Négocians des diyers Ports d'où les Navires devaient être expédiés, Mais la. Compagnie fit le sacrifice des
bénéfices qui Revoient réfuker de cette spéculation , pour ne s'occuper qu'à faire arriver
promptement ses Bltimens. Auflile Ministre de'
la Marine témoigna-t-il à la Compagnie, par
sa lettre du 2 Juin 1786, eu'il étoit satisfait --- Page 269 ---
c is ) des mesures qu'elle avoit prises pour effectuer le
transport des bois (i). Et dans une autre lettre,
du 28 Avril précédent, adressée à l'Ingénieur
de Hambourg , il eut l'attention de prévenir
les dommages qui pourroient résulter à la
Compagnie, par les retards dans les expéditions ( 2 ). Mais la Compagnie ne jouit pas long-tems
du prix flatteur qu'elle,. attachoit à des pareils témoignages. Les menées ténébreuses de l'intrigue , l'ayant desservie dans l'esprit du Minière ,
elle en reçut peu de tems après , c'est-à-dire ,
le 13 Oétobre 1786, une lettre dont voici le
contenu. Je me fuis fait représenter , Messieurs, le
Traité que je passai avec vous, le 3° Septembre
17 8 3 , pour le transport des bois de Prusse que
la Marine du Roi tire de Hambourg ; je n'y ai
trouvé aucune condition qui en fixe la durée ;
c'est un contrat qui ne nous engage qu'autant
qu'il pourra réciproquement nous convenir. Des renfeignemens qui m'ont été donnés m'ont
fait connoitre, que le prix de 4o liv. par tonneau , qui vous efi payé, efi beaucoup trop cher.
On m'a fait plusieurs offres ; d'après lesquelles il
peut etre réduit à 24 liv.par des Navires François ,
ou à il ou liv. par des Etrangers. L'économie que présente, cette différence de (i) Lettre du Ministre , du ,2 Juin 178 6 , portée aux
Pieces Justificaticaves , n°. IX. , 1. (2) Lettre du Ministre au fiear Ollivier , du 2,8 Avril
1786, portée aux Pièces Justificatives , n°. X. ., --- Page 270 ---
( 16 ) prix efl si grande , que je ne Veux point différen
à en faire jouir le Roi, &c. ( i ).
présente, cette différence de (i) Lettre du Ministre , du ,2 Juin 178 6 , portée aux
Pieces Justificaticaves , n°. IX. , 1. (2) Lettre du Ministre au fiear Ollivier , du 2,8 Avril
1786, portée aux Pièces Justificatives , n°. X. ., --- Page 270 ---
( 16 ) prix efl si grande , que je ne Veux point différen
à en faire jouir le Roi, &c. ( i ). Mais, quelle dût être, SIRE, la surprise
de la Compagnie , livrée à comparer cette lettre
avec celle du 12 Avril précédent, qui lui parloit d'une maniere diamétralement<opposée sur
la rigueur des devoirs que nous imposoit le
Traité. En voici le Contenu. - Je vous préviens donc , MeJJieurs, que si vous
ne. me faites connoitre d'une maniere bien précise, & propre à ne me laisser aucun doute,, que
vous avei pris vos mesures pour transporter
dans le cours de cette année , les 8,61 y pieces
rejlées à Hambourg , indépendamment .de ce qui
yous-a été indiqué pour le service de 178 6 , je
prendrai les ordres du .Roi .pour la résiliation de
votre Traité, & pour que les transports :Ioient
effectués à vos frais risques par: les: voies les
plus promptes., v » On remarque dans, la lettre du 13 Octobre
que l'Administration de la ,Marine s'est crue. en
droit de résilier le Traité du 30' Septembre
1783 , sur le fondement qu'il ne rse trouvoit.aùt;
cune condition qui en- fixât la durée ; mais il ne
faut que lire ce Traité pour y appercevoir l'erreur qui a dirigé cette opinon. Le Traité porte expressément, comme on l'a
déjà dit, que la Compagnie transposteroit , sur (r} lettre du Ministre , du .13 Odobré 1786 , portée
aux Pieces Justificatives, .foùs.le n°. XI. i (2.) Voyez.la lettre du Ministre , qui a été placée aux
Pieces Justificatiyes, Jous. le .n°. VIII. i Bâtimens --- Page 271 ---
I 11 ) B Bâtimens François, la totalité des bois de. construction 'à fournir annudkmçnt & successivement
à Hambourg, pour le serviçe du Rai, par V 'Administration Royale de Prusse ou autre.
obré 1786 , portée
aux Pieces Justificatives, .foùs.le n°. XI. i (2.) Voyez.la lettre du Ministre , qui a été placée aux
Pieces Justificatiyes, Jous. le .n°. VIII. i Bâtimens --- Page 271 ---
I 11 ) B Bâtimens François, la totalité des bois de. construction 'à fournir annudkmçnt & successivement
à Hambourg, pour le serviçe du Rai, par V 'Administration Royale de Prusse ou autre. Il ési bien clair que ces expressions annonxervt ' de 14 mniere 19. plus positive que la durée du Traité qui, les renferme ne peut être
limitée qu'au cas qu'il n'y aura pas des bois
.à transporter de Hambourg pour le lervicç de
VOTRE MAJESTÉ. r Vous apprécierez aisément, SIR E, l'étendue du préjudice qu'une telle résiliation a occasionné à la Compagnie ; les dép^nses pour exé-
■ Futer les qbligations qu'elle avoit contrariées ont
été immeusçs, C'est donc non-seulement par les règles du droit naturel , qui a précédé le tems, & qui
régit les homines de tous les lieux & de tous les
siecles , mais encore par celles du droit positif,
,que VOTRÇ MAJESTÉ & ses augustes PrédéceCseurs ont établi que ce préjudice doit être réparé.
. Qupi qu¡'il çn Toit, la Compagnie, empechée dans l'exercice des opérations relatives à
son entreprise , par la lettre ministérielle du
.13 Q&obre 1786, qui d'autorité a résilié un
-Traité qui sembloit reposer sur les bases les
plus soUdes , a reclamé l'indemnité qui lui étoit
.due; mais ce qui est bien plus vrai que vraisemblable, trois Ministres ont- répondu succefsivement aux réclamations de la Compagnie,
que son assaire étant liée aveç. celle du sieur de
:Sainte-James, cen'étpit pas par le fait du Département de la Marine que la Compagnie étoit
privée de la libre disposition de ses Bâtimens --- Page 272 ---
( 18 ) mais par Un effet de la faillite de ce Trésorief. .
Général, & que la Compagnie devoit s'adresser
à la Cour des Aides ( i ), Il est évident que ces
réponses sont une surprise faite à la religion du
Ministere. La faillite du sieur de Sainte-James n'avoit
rien de commun avec l'a Stagnation & le dépérissement des Vaisseaux, puisqu'elle n'eSt survenue qu'en Février 1787, quatre mois après la
lettre ministérielle qui résilioit le Traité. Il est d'ailleurs sensible qu'il étoit inutile de
renvoyer la Compagnie solliciter à la Cour des
Aides le rétablissement de sa Navigation, puisque cette Cour étoit sans minion de VOTRE
MAJESTÉ pour juger de la résiliation, qui regardoit le Département de la Marine. Au surplus , SIRE , telles étoient les conditions du sieur de Sainte-James avec la Compagnie , que sa faillite n'avait aucune sorte
d'influence sur la libre disposition des Navires,
& qu'ils devoient être maintenus dans la Navigation du Nord, autant de tems qu'ils seroient dessinés à remplir le Traité qui avoit
été fait avec VOTRE MAJESTÉ. Il n'est pas inutile aussi de faire connoître que ces Vaisseaux
Tutoient nullement engagés envers qui que
ce fût , autre que les Intéressés dans l'Entreprise.
la Compagnie , que sa faillite n'avait aucune sorte
d'influence sur la libre disposition des Navires,
& qu'ils devoient être maintenus dans la Navigation du Nord, autant de tems qu'ils seroient dessinés à remplir le Traité qui avoit
été fait avec VOTRE MAJESTÉ. Il n'est pas inutile aussi de faire connoître que ces Vaisseaux
Tutoient nullement engagés envers qui que
ce fût , autre que les Intéressés dans l'Entreprise. (1) Lettre de M. le Maréchal de CaR ries , du 17 Avril
1787; de M. le Comte de Montmorin, du 4 O&obre
1787; de M. le Comte de la Luzerne, du 2.1 Mars
1788 , portées aux Pieces Justificatives, fous les numéros
xn, XIII & XÏV. --- Page 273 ---
( tp ) 15 2 Pour donner une idée de l'état de souffrance
dans lequel se trouve la Compagnie, il suffira
d'observer qu'elle peut prouver par ses livres
& autres Pieces justificatives, que les dépenses
qu'elle a faites pour établir sa Navigation, se
sont élevées à la somme de quatorze cent mille
livres. Il a pareillement été employé pour
rendre cette Navigation plus utile , le produit
de tous le fret acquis par les Bâtimens de
la Compagnie, pendant les différens voyages
qu'ils ont faits au Nord , à l'effet de transporter les bois dont la Marine a eu besoin, dans
les années 1784 , 1785' & 1786. Ce fret a
produit, en 1784, environ deux cent mille livres; en 1785", trois cent soixante-treize mille
soixante-cinq livres, & en 1786, quatre cent
soixante-neuf mille trois cent soixante-quinze
livres. Toutes ces sommes réunies forment celle
de deux millions quatre cent quarante - deux
mille quatte cent livres , qui constituent proprement les frais & avances de la Compagnie. Sur ces sommes la masse du sieur de SainteJames représente environ 1,200,000 livres, à
raison d'un quart d'intérêt, pour lequel il entroit dans l'Entreprise, & des sommes qu'il a
remises à la Compagnie r comme bailleur de
fonds ; circonstance qui faciliteroit les arrangemens avec les finances de VOTRE MAJESTÉ,
attendu les sommes considérables dont elle se
trouve créanciere sur cette masse. Non-seulement la Compagnie se croit fondée --- Page 274 ---
( 20 ) à demander que ses frais & avances lui soie rît
promptement remboursés, mais encore qu' elle
soit indemnisée des bénéfices dont elle a été
privée , parce que Ces. opérations ont été interrompues par le seul fait du Département de
la Marine qui n'a pas voulu quelle continuât d'exécuter le Traité qu'il avoit passé avec
elle. Telle est l'opinion de plusieurs Jurisconsultes
célèbres ; ils l'ont consignée dans leur Consultation du 3 Mars 1787 ( 1 ).. \ Mais, SIRE, il est un moyen qu'on peut
envisager sous divers rapports, d'utilité » qui dé..
dommageroit en partie la Compagnie , si VOTRE
MAJESTÉ jugeoit à propos d'ordonner au Département de la Marine de l'adopter : ce feroit de
rétablir la Compagnie dans les fonctions que
lui avoit assigné le Traité du 30 Septembre
1783 > par là, les Vaisseaux construits pour la
Navigation, du Nord,. étant remis en activité ,
reprendroient la valeur qui leur est propre,
tandis que cette valeur est absolument nulle pour
toute autre destination.
la Compagnie , si VOTRE
MAJESTÉ jugeoit à propos d'ordonner au Département de la Marine de l'adopter : ce feroit de
rétablir la Compagnie dans les fonctions que
lui avoit assigné le Traité du 30 Septembre
1783 > par là, les Vaisseaux construits pour la
Navigation, du Nord,. étant remis en activité ,
reprendroient la valeur qui leur est propre,
tandis que cette valeur est absolument nulle pour
toute autre destination. D'ailleurs , il. y a dans l'exécution de ce plan
une épargne sensible pour les finances de l'E-.
tat ; & enfin la Navigation du Nord se conserveroit à la Nation, chose qui paroîtne devoir
pas être négligée en bonne politique. Il convient d'observer à cet égard, que si
VOTRE MAJESTÉ trouvoit bon d'admettre le (1) Cette Confultaticn se trouve aux Pi.eces Juftifîcafives', n°. XV. - --- Page 275 ---
(21) B 3 tempérament proposé , il faudroit que cela se
dît sans délai , par la raison que le dépériflsement journalier des Vaisseaux dont on vient de
parler , en rendroit les oppérations impraticables,
si l'on tardoit à s'en occuper. Par ces considérations, le Comte de Bourzolles, tant pour lui, que pour la Compagnie
du Nord, supplie très - humblement VOTRE
MAJESTÉ d'ordonner au Département de la
Marine de s'occuper incessamment de régler les
intérêts de cette Compagnie, conformément aux
loix tracées par la justice & l'équité. Signé, le Comte DE BOURZOLLES, --- Page 276 --- --- Page 277 ---
PIECES JUSTIFICATIVES. --- Page 278 --- --- Page 279 ---
PIECES JUSTIFICATIVES. ( C 0 T E A. ) ARRÊT DU CONSEIL D'ÉTAT DU ROI, Qui exempte du Droit de Transit, tous les Vins
qui arriveront dans les ports de la Sénéchaussée de Bordeaux, four y être -embarqués* Du 10 Septembre 1786. Entrait des Regiflrts du Cônjeïl d'Etat. Le ROI étant informé que ? abondance de'
plusieurs récoltes successives a occasionné dans
la Guyenne un engorgement de vins considérable , & -que la plus grande partie de ceux
qu'ont produit les armées 1783 , 1781 8( 1785* ,
sont restés invendus ; Sa Majesté a cru devoir
venir au secoürs de sa province de Guyenne,
en favorisant l'exportation de ses vins, par usse
modération des droits imposés à leur sortie
les poïts; de cette province, À quoi vou* --- Page 280 ---
( 26 ) lant pourvoir : Ouï le rapport du neur de
Calonne, Conseiller ordinaire au Conseil royal,
Contrôleur général des finances : LE ROI
ÉTANT EN SON CoNSEiL , a ordonné & ordonne ce qui suit : ARTICLE PREMIER. - À compter du jour de la publication du
présent Arrêt, jusqu'au premier Janvier 1788 ,
tous les vins qui arriveront dans les ports de
la Sénéchaussee de Bordeaux , pour y être
embarqués, jouiront , depuis le lieu de leur
origine, jusques dans lesdits ports , d'un transit
en eæception de tous droits de traite.
général des finances : LE ROI
ÉTANT EN SON CoNSEiL , a ordonné & ordonne ce qui suit : ARTICLE PREMIER. - À compter du jour de la publication du
présent Arrêt, jusqu'au premier Janvier 1788 ,
tous les vins qui arriveront dans les ports de
la Sénéchaussee de Bordeaux , pour y être
embarqués, jouiront , depuis le lieu de leur
origine, jusques dans lesdits ports , d'un transit
en eæception de tous droits de traite. 1 I. . LESDITS vins jouiront pareillement du bénéfice de l'entrepôt dans Lesdits ports, sans
payer les droits dus à l'entrée de la Sénéchaussée, & ce, pendant le délai accordé par
le présent Arrêt ; mais après ledit délai les
vins qui n'auroient pas été embarqués, seront
assujettis auxdits droits. III. LES droits de sortie de la Sénéchaussée sur
lesdits vins, & même sur ceux de la Sénéchaussée , seront & demeureront réduits pendant le
même délai, savoir : à deux livres par tonneau
pour ceux allant à l'Etranger, & à trois livres
pour ceux allant à toute autre destination , &;
ce, non compris les droits accessoires, FAIT au --- Page 281 ---
27 ) Conseil d'Etat du Roi , Sa Majesté y étant,
tenu à Versailles , le dix Septembre mil sept
cent quatre vingt-six. Signé, GRAVIER DE VERGENNES. ARRÊT DU CONSEIL D'ÉTAT DU ROI, ' Concernant les Vins qui entrent dans les ports de
la Sénéchaussée de Bordeaux, ou qui en sortent. Du 6 Février 1788. Extrait des Registres du Conseil d'Etat. S U R ce qui a été représenté au Roi, étant
en son Conseil , que les motifs de l'Arrêt du
10 Septembre 1786, qui exempte du droit de
transit , jusqu'au premier Janvier dernier, les
vins qui arriveront dans les ports de la Sénéchaussée de Bordeaux pour y être embarqués , sont toujours subsistans , & qu'il y auroit lieu de proroger ce délai ? Sa Majesté a
cru devoir maintenir encore pour un an ladite
exemption, & Elle ne s'est même bornée à ce
terme, que dans l'espérance que les circonftances auront alors permis de supprimer tous les
droits de circulation , en portant les barrieres
à l'extrême frontiere. A quoi voulant pourvoir :
Ouï le rapport du fleur Lambert ? Conseiller --- Page 282 ---
( 28 ) d'Etat & ordinaire au Conseil royal des finances;LE ROI ÉTANT EN .SON CONSEIL , %
prorogé & proroge ledit Arrêt, jusqu'au pre-?
mier Janvier 1789 ; ce faisant, a ordonné &
ordonne que tous les vins qui -arriveront dans
les ports de la Sénéchaussée de Bordeaux,
pour y être embarqués, continueront de jouir,
jusqu'à cette -époque, d'un Transit en exemption
de droits de Traite, du bénéfice de l'entrepôt
dans lesdits ports, & de la réduction sur les
droits d-e sortie conformément à l'article IÏI
dudit Arrêt , tant à l'égard desdits vins, qiM
de ceux de la Séné chaussée de Bordeaux.
qui -arriveront dans
les ports de la Sénéchaussée de Bordeaux,
pour y être embarqués, continueront de jouir,
jusqu'à cette -époque, d'un Transit en exemption
de droits de Traite, du bénéfice de l'entrepôt
dans lesdits ports, & de la réduction sur les
droits d-e sortie conformément à l'article IÏI
dudit Arrêt , tant à l'égard desdits vins, qiM
de ceux de la Séné chaussée de Bordeaux. FAIT au Conseil d'Etat du Roi, Sa Majesté '
y étant , tenu à Versailles, -le €x Février mil
sept cent quatre-vingt-huit. Signé, LE B.ON DE BRETEUIL. LETTRE de M. l'Evêque de Rodez, Président
de V Administration Provinciale de là haute
Guyenne. A Rodez , ce premier d-e l'an 1786.. J'AI reçu , Monsieur le Comte. & j'ai lu
avec beaucoup d'attention l'excellent Mémoire
que vous avez eu la bonté de m'envoyer , con-
- cernant les droits ddQuercy & du Périgord. Si vous pouviez réussir dans ce projet , je
vous regarderois , non - seulement .comme le
bienfaiteur du Périgord, mais de la haute Guyea> --- Page 283 ---
i( 2 ) île & du Languedoc. Nous gérmssons dans des
entraves dont nous desi-rons ardemment de nous
délivrer , & la main qui brisera nos fers , répan
<ira l'abonda.mce & la bénédiction sur les Habitans de notre Contrée. J'envoie aujourd'hui votre Mémoire à la
Commission intermédiaire: c'est avec un empressement digne de l'objet que nous joindrons
nos efforts1 aux vôtres, & je ne doute pas que
• la prochaine Assemblée Provinciale ne vous témoigne sa reconnoissance. d'avoir seulement
conçu un projet si important pour nous. S'il
y a des démarches à faire de notre part, ajoutez à vos. bontés celle, de nous les indiquer,
& rendez jussiée aux sentimens sïnceres & ref
pectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monsieur le Comte , votre très-humble & très-obéis
fant serviteur , • Signé., t S. Ev. de Rodez. Du- même Prélat , & Président de VAdminiftration Provinciale de la haute Guyenne. Rodez, le 3° Décembre 1787. V" V ous êtes un véritable Patriote, Monsieur le
Comte , & je m'empresse de vous faire mon
compliment sur vos succès ; ils seroient complets , si vous aviez pu obtenir la libre circulation des vins pendant une durée illimitée,
ou au moins jusqu'en 17.90 > mais apparemment --- Page 284 ---
( 30 ) que l'on a cfru la chose inutile, attendu le
projet décidé que l'on a de faire une réforme
totale dans la partie des Douanes.- — J'applau-
.dis à vos spéculations > relativement à un dépôt
vers Calais & Boulogne ; je vous remercie d'à- .
voir eu la bonté de m'en faire part, & je suis
persuadé que votre exemple sera un puissant ai..
guillon pour nos Propriétaires de vignes. Recevez avec bonté l'hommage de ma reconnoisisance , de mon estime, & des sentimens reG
pectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être ,
Monsieur le Comte , votre très-humble & trèsobéissant serviteur ,
ement à un dépôt
vers Calais & Boulogne ; je vous remercie d'à- .
voir eu la bonté de m'en faire part, & je suis
persuadé que votre exemple sera un puissant ai..
guillon pour nos Propriétaires de vignes. Recevez avec bonté l'hommage de ma reconnoisisance , de mon estime, & des sentimens reG
pectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être ,
Monsieur le Comte , votre très-humble & trèsobéissant serviteur , Signé, t S. Ev. de Rodez. Du même Prélat, Président de V Administration . - Provinciale de Guyenne. Rodez, le C.5 Février 1788. - -IL falloit tout votre courage, Monsieur le
Comte, & tout votre zèle , pour vainçre les
obstacles qui ont menacé le commerce de nos
vins". Je suis fâché que le terme soit si court ;
cependant j'ai la plus grande confiance dans le -
Ministere a&uel ; lorsque le Roi sera un peu
plus à son alse , soyez persuadé que la liberté
.sera rendue au Commerce dans toutes ses branches; mais rien n'est aurdelsus de votre courage , Monsieur le Comte , & vos bonnes raisons l'ont emporté. Recevez-en tous mes corn- * --- Page 285 ---
( 31 ) plimens, & les remercimens de la haute Guyenne,
& rendez justice aux sentimens sinceres & refpectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être,
votre très-humble & très-obéissant serviteur, Signé, t S. Ev. de Rodez. LETTRE de V Adminiflration Provinciale
de la haute Guyenne. Villefranche-, le 31 Mars 1788'. MONSIEUR le Contrôleur-Général, Monsieur
le Comte, nous avoit annoncé l'Arrêt concernant les vins qui entrent dans les Ports de la
Sénéchaussée de Bordeaux que vous avez eu
bonté de nous adresser. Notre Province, Monsieur le Comte, vous doit des remercimens des
soins que vous avez bien voulu vous donner.
Nous nous félicitons d'être ses organes pour
vous les ossrir. Nous les accompagnons de l'agréable nouvelle que cet Arrêt a déjà produit
les meilleurs effets sur les côtes du Lot & de
la Dordogne. L'intérêt que vous avez pris à
cette branche de commerce , ne nous laisse
point douter que vous ne renouvelliez- vos
efforts , pour faire maintenir l'affranchissement.,
s'il est nécessaire. Vous acquérez des nouveaux
Droits à la reconnoissance des habitans du
Quercy & du Périgord, & il nous sera toujours bien agréable d'être à portée de vous en rè..
nouveller les assurances, avec celles du sincerë --- Page 286 ---
( 32 ) & respeâueux attachement avec lequel nous
.- sommes , Monsieur le Comte, vos très-humbles
& très-.obéissans Serviteurs. Signé- les Pro'cureurs-Généraux—DESLANDES* LETTRE de M. le Lieutenant-Général du Sénéchal de Bergerac en Périgord, & Maire
de ladite Ville. M ON SI EUR LE COMTE, EN faisant disparoître une partie des obstaçles qui s'opposent à la circulation de nos vins,
vous avez rendu un iervice important à notre
pays, & par-là acquis les droits les plus étendes à la reconnoissance de ses habitans. Mais
qu'il me soit permis de vous représenter,
Monsieur le, Comte, qu'il reste encore bien des
choses à faire pour mettre cette denrée sur le
pied QÙ elle devroit être naturellement:, puisqu'U
$'cn faut de beaucoup que depuis quelque-tems
& en général, le produit des vitis ait pu balancer les frais de mise dehors.
rendu un iervice important à notre
pays, & par-là acquis les droits les plus étendes à la reconnoissance de ses habitans. Mais
qu'il me soit permis de vous représenter,
Monsieur le, Comte, qu'il reste encore bien des
choses à faire pour mettre cette denrée sur le
pied QÙ elle devroit être naturellement:, puisqu'U
$'cn faut de beaucoup que depuis quelque-tems
& en général, le produit des vitis ait pu balancer les frais de mise dehors. Si quelqu'un peut parvenir à rendre cet important service à la Nation , c'ess sar\s doute
vous , Monsieur le Comte , qui avez déjà si
heureusement commencé cet ouvrage : personne
ne peut mieux que vous développer ce plan ,
& présenter les raisons qui doivent le faire
adopter. Encore quelques efforts & le succès
couronnera votre entreprise , non - seulement
vous --- Page 287 ---
( 33 ) cvous ferez le bonheur de ce pays en particulier , mais celui de tout l'Etat en général,
& vous rendrez cher à jamais un nom dont nous
nous honorons depuis long-tems, nom, qui
transmis d'âge en âge, rappellera les bienfaits
& les obligations dues au bienfaiteur. J 1ai l'honneur d'être avec un parfait respea,
MONSIEUR LE COMTE, Votre très-humble & très*
obéissant Serviteur , Signé, GONTIER DE BIRAN ,
Lieutenant - Général du Sénéchal & Maire de Bergerac
Bergerie, et i Ottobre 1786. LETT RE de ta Ville de Bergerac en Pèrigord,
à M. le Comte de Bour^oUes.
MONSIEUR, Nous avons reçu l'exemplaire de l'Arrêt
du Conseil, du 6 Février dernier, & la copie
qui y étoit jointe d'une lettre de M. le Contrôleur-Général , concernant les vins de cette
Province , que vous avez bien voulu nous
adresser avec votre lettre du 8 du courant. Quoique nos Citoyens n'ignoroient pas que --- Page 288 ---
( 34* ) cet Arrêt avoit été rendu , en ayant été instruits
par une lettre de M. le Contrôleur-Général,
au Direâeur du commerce à Bordeaux, qui a
paru imprimée dans les affiches de cette capitale
de la Province, nous ne manquerons cependant
pas de leur en donner communication , pour
leur faire connoître les dispositions ou paroit
être le Ministere , de favoriser le commerce
des vins. Votre amour, Monsieur, & votre zele pour
le bien de tout ce pays , nous sont trop connus,
pour que si nos habitans éprouvoient la moindre
difficulté pour le remboursement, de ce qu'ils
ont pu payer depuis le premier Janvier dernier , ils ne prissent pas la liberté de s'adresser à
vous pour leur faire rendre justice , & obtenir
les ordres nécessaires pour cet effet a & sur-tout
d'après la permission que vous leur en donnez. Nous sommes avec autant de respeét que de'
xeconnoiûance » . MONSIEUR, Votre très-humbles & trèsobéissans Serviteurs, Signés , GANTIER DE J&I R AN,
Maire ; LESPINASSE , Premier
consul ; RI V ASSON DE STE.
FOY , Consul ; COSSET ,
Consul, PETIT , Consul, Bergerac, le 2.0 Mars 1788. --- Page 289 ---
( ls,) C2 (COTE B. ) A R R Ê T DU CONSEIL D'ÉTAT DU ROI, Qui accorde différentes faveurs au Comment
du Nord.
UR, Votre très-humbles & trèsobéissans Serviteurs, Signés , GANTIER DE J&I R AN,
Maire ; LESPINASSE , Premier
consul ; RI V ASSON DE STE.
FOY , Consul ; COSSET ,
Consul, PETIT , Consul, Bergerac, le 2.0 Mars 1788. --- Page 289 ---
( ls,) C2 (COTE B. ) A R R Ê T DU CONSEIL D'ÉTAT DU ROI, Qui accorde différentes faveurs au Comment
du Nord. Du 25 Septembre 1784. Extrait des Registres du Conseil d'Etat. L E R OI voulant fôfdtHef fé Commerce tfs
ses Sujets dans le Norà i Ouï'le rapport du
sieur de Galonné, Conseilles ordinaire au Cosiseil royal, Contrôleur 'gérïéraf des finances; S'A
MAJESTÉ ÉTANT EN.SOJNJ CONSEIL, a ordonné
& ordonne ce qui fuir : ARTICLE PREMIER. ; Les approvisionnemens bouche nécessaires
à l'armement des Vaifai# destinés. au Commerce du Nord 5 ferait exempts dé soiss droits
de soTtie , en prenam m acquit à caution qui
fera déchargé par les Consuls ou Vice-Consuls
de France dans les ports dit Nord où le Rdi
entretient des Consuls, & par lés Officiers mu*
nicipau dasdits ports dans ceux où il n'y a --- Page 290 ---
C36 ) point de Consuls de France; à la charge que,
pour les vins & liqueurs, ladite exemption ne
s'étendra qu'à la quantité d'une pinte de vin,
ou de deux pintes de' bière ou de cidre , &:
d'un quart de pinte d'eau-de-vie , mesure de
Paris, par homme d'équipage , pour chacun
jour que le voyage sera censé devoir durer,
sélon l'estimation de la Chambre du Commerce
dans le ressort de laquelle sera le port du départ , & que le surplus desdits vins & liqueurs
acquittera les droits de sortie. I I. Les marchandises du Nord apportées par
Vailleaux françois dans les ports de France où
la police de l'entrepôt est établie , y jouiront
pendant six mois dudi entrepôt en justifiant
de leur origine, & pourront dans ledit terme
de, six mois être réexportées par mer à l'étranger "sans payer aucuns droits. , ' III. Il sera payé pendant quatre années des primes
aux Capitaines ou Armateurs des Navires françois qjai feront le, Commerce du Nord. Ces primes seront durant la premiere année,
à compter du jour de la, publication du présent
Arrêt , de dix livres par tonneau.'du port des
Navires , lorsque lesdits cNavires auront été
adressés à une maison: françoise établie dans un
port de la n:er Baltique.;, & de cinq livres pareillement par tonneau, lorsqu'ils l'auront été --- Page 291 ---
• X 37' ) • .. C 3 à une maison françoise établie dans un port de
la mer d'Allemagne ou de 'la mer du Nord. La seconde année., lesdites primes , dans ces
mêmes cas , seront de six livres par tonneau
pour le voyage de la mer Baltique , & de trois
livres par tonneau pour celui de la mer d'AlWmagne ou de la mer du Nord. La troisieme année, elles seront de quatre
livres par tonneau pour la mer' Baltique ^ & de
deux livres par tonneau pour la mer d'Allemagne ou la mer du Nord.' La quatrieme année, elles-feront de trois livres
par tonneau pour la mer Baltique , & d'une
livre dix sous pour la mer. d'Allemagne ou
pour la mer du Nord.
mer Baltique , & de trois
livres par tonneau pour celui de la mer d'AlWmagne ou de la mer du Nord. La troisieme année, elles seront de quatre
livres par tonneau pour la mer' Baltique ^ & de
deux livres par tonneau pour la mer d'Allemagne ou la mer du Nord.' La quatrieme année, elles-feront de trois livres
par tonneau pour la mer Baltique , & d'une
livre dix sous pour la mer. d'Allemagne ou
pour la mer du Nord. Lesdites primes seront payées au retour defdits Bâtimens , par le Receveur général des
Fermes dans le port où lesdits Navires effeâueront leur retour, sur le certificat du Consul de
Sa Majesté dans le district où la marchandise
portée par un Navire françois aura été adressée
à une maison françoise. I V. Dans le cas où lesdits Navires ayant fait le
Commerce du. Nord, Sauront pas été adressés
à une maison françoise, lesdites primes feront
réduites à moitié. FAIT au Conseil d'Etat du Roi, Sa Majesté Y
étant, tenu à Versailles, le vingt-cinq Septembre mil sept cent quatre-vingt-quatre. Signé LE M.AL DE CAS STRI ES. --- Page 292 ---
( 38 ) C 0 T E Q RÉFLEXIONS Politiques & Hifloriques
ssir la Navigation dans le Nord, par . les François. ,f O N ne peut disconvenir qu'il ne soit de
l'intérêt d'un Etat aussi peuplé que la France,
d§ trouver J§s moyens d'occuper des hommes.
dont l'inaction pourront lui être funeste , ou du
moins, à charge , & qu'il ne soit de sa gloire
d'entretenir une Marine respectable. Or, la
navigation dans le Nord contribuerait parfaitement à remplir ces vues politiques; elle donnerait la pratique des mers du Nord, & en
exerçant les matelots déjà formés, elle en for-.
meroit & en procureroit de nouveaux. Mais
il est à craindre que ce but ne soit éludé par
l'emploi des matelots Etrangers. Eh ! quel
inconvénient y auroit-il donc à les attacher à
notre Marinç * ett les habituant par cette na-i
vigation ? Consultons nos voisins , les Anglais,
sur-tout, experts eh cette partie ; loin de re-,
pouffer les marins des autres Nations, ils les
attirent de toutes manieres, & no us-même,
lorsque les circonstances l'exigent, jusqu'à les
forcer de servir sur l'ours vaisseaux , & quoique
la population soit plus grande en France qu'en
Angleterre , cette observation " ne perd rien de
donc à les attacher à
notre Marinç * ett les habituant par cette na-i
vigation ? Consultons nos voisins , les Anglais,
sur-tout, experts eh cette partie ; loin de re-,
pouffer les marins des autres Nations, ils les
attirent de toutes manieres, & no us-même,
lorsque les circonstances l'exigent, jusqu'à les
forcer de servir sur l'ours vaisseaux , & quoique
la population soit plus grande en France qu'en
Angleterre , cette observation " ne perd rien de --- Page 293 ---
( 39-J C £ sa justesse , "parce que 1"étendue & la natuMdes Etats Anglois , est plus qu'en proportion
de nos Provinces maritimes, & que les besoins
de la marine Françoise , sont pour le moins les
mêmes ; aussi le grand Colbert permit-il à la
Compagnie du Nord qui s'établit sous san minisiere, d'employer sur ses vaisseaux la moitié
de. Matelots étrangers ; lesquels , au bout de
six ans de serviee, de voient recevoir des lettres
de naturalité expédiées sans frais. ( v. -torr » III
de l'Encyclopédie, par ordre de matières intitulé : Finances , au mot Nord. ) Enfin, par
l'art. III d'un traité du 30 Septembre 1783 ,
fait par le Ministre de la Marine , pour le
transport des bois de Hambourg, &c (1). La
Compagnie Françoise du commerce du Nord
avoit la liberté de recruter dans ses équipages,
tel nombre d'hommes étrangers qui lui conviendroit , & après tout , on pourroit aftreindre les Bâtimens qui entreprendraient cette
navigation , à avoir une quantité proportionnelle de Matelots François & Etrangers, & ce
seroit aux Bureaux des classes à surveiller l'exécution des réglemens en ce point. Il est trèsimportant pour un royaume tel que la France;
qui a un superflu considérable dans ses productions y soit métropolitaines , soit coloniales &
de recruter dans ses équipages,
tel nombre d'hommes étrangers qui lui conviendroit , & après tout , on pourroit aftreindre les Bâtimens qui entreprendraient cette
navigation , à avoir une quantité proportionnelle de Matelots François & Etrangers, & ce
seroit aux Bureaux des classes à surveiller l'exécution des réglemens en ce point. Il est trèsimportant pour un royaume tel que la France;
qui a un superflu considérable dans ses productions y soit métropolitaines , soit coloniales & (i) La Compagnie n'a cesse de cette faculté, qu'avec
l'attention que sur tous les Bâtimens les uns dans les
autres, il n'y eût jamais plus d'Etrangers que n'en comportent les Ordonnances ; ce fait est facile à vérifier au
Département des Claires. --- Page 294 ---
( 40 ) dans les ouvrages de ses manufa&ures, d'en
obtenir la consommation. Or , la navigation
dans le Nord en fournira le débouché. Mais
les nationaux se soucieront toujours fort peu
de la tenter, parce qu'elle est très-dangereuse,
-qu'elle exige des Bâtimens à plattes varangues,
très-rares dans nos ports , & que les Nations
qui nous y ont devancés , se sont pour ainsi
dire , rendues maîtresses du commerce de ces
pays. Pour qu'ils se portent à surmonter tous
ces obstacles , il faut une infinité d'encouragemsns. Colbert le sentoit très- bien, lorsqu'en
1664 , il accorda deux livres de primes, par
tonneau. S'étant ensuite apperçu de la foiblesse
de ce moyen , il forma une Compagnie du
Nord, à qui il donna le privilége exclusif de
cette navigation , pour vingt ans ; trois livres
de primes par barrique d'eau-de-vic qu'elle ex."
porterait t, quatre livres par tonneau des autres
denrées qu'elle exporteroit ou importeroit. en
droiture; exemption de tous droits d'entrée &
dç Sortie sur les munitions nécessaires à ses
armemens, & fui la réexportation des retours
entreposés ; promesse par le Roi, de prendre ses
approvisionnemens de cette Compagnie, & de
les payer comptant , sur le pied de la faéture
originale, en y ajoutant le change, le fret &
les assurances, ou sur le prix courant que vaudroient les munitions navales à Hambourg & à
Amsterdam , l'avance par le Roi pendant six
ans, sans intérêts du tiers du fonds capital , à la
charge d'y imputer les pertes qui se feroient
pendant ces six années, k permillion de çora-
de prendre ses
approvisionnemens de cette Compagnie, & de
les payer comptant , sur le pied de la faéture
originale, en y ajoutant le change, le fret &
les assurances, ou sur le prix courant que vaudroient les munitions navales à Hambourg & à
Amsterdam , l'avance par le Roi pendant six
ans, sans intérêts du tiers du fonds capital , à la
charge d'y imputer les pertes qui se feroient
pendant ces six années, k permillion de çora- --- Page 295 ---
( 41 ) parer la moitié de ses équipages de matelots
Etrangers, qui devoient être naturalisés sans
frais , après six ans de service ; & enfin, désense de saisir les essets de la Compagnie, pour
dettes des intéressés ; ( voyez l'Encyclopédie,
par ordre des matieres, à l'endroit déjà cité. )
il n'étoit guères possible de faire de plus belles
conditions, & ce grand Ministre s'efforçoit de
réaliser le vœu de l'Assemblée des Notables de
1626. Mais ses différentes tentatives furent infruâueuses : & pourquoi? M. de Fourbonnais
prétend en trouver la cause dans le privilège
exclusif. Il est bien plus vraisemblable que ce
furent les guerres continuelles de ce regne, &
notamment celle de 1672, qui traverserent l'établissement de cette navigation. L'Administration , toujours pénétrée de la nécessité de cette
navigation, sonda le commerce en 1783 , sur
les moyens de l'établir & de la faire prospérer.
On commença par demander des monopoles,
des exclusions, des loix prohibitives ; ces démandes ayant été rejettées, on demanda un
droit de cote & paraphe , sur tous les Livres
& Journaux des Négocians : l'apparence seule
d'un impôt suffit pour faire reprouver une pareille prétention. Tel étoit l'état des choses lorsque, le 30 Septembre 1783, la Compagnie
Françoise du commerce du Nord, fit son traité
pour le transport des bois de Hambourg , &
au mois de Septembre de l'année suivante, un
Arrêt du Conseil d'Etat régla des primes gra:
duelles en faveur des Bâtimens François , qui
entreprendraient cette navigation. Quoique ces --- Page 296 ---
( 42 ) primes soient plus fortes que celles proposees
par Colbert, elles ont été insuffisantes, & la
navigation dans le Nord doit être encore regardée comme nulle pour la France , puisqu'il
n'y a eu que très-peu de Bâtimens François
qui l'ayent entreprise ; autres que les vingt4cinq appartenans à la Compagnie Françoise d4
commerce du Nord. Eh! ! dira-t-on peut-être ,
le prix de tous ces encouragemens ne seroit-il pas
une surcharge gratuite pour l'Etat , puisque
les Etrangers nous procurent eux-mêmes cette
exportation? En supposant que la balance n'en
.dût pas être plus favorable pour nous , la bonne
politique veut que les Nationaux ayent la préférence , quand même il en coûteroit des sacrifices au Gouvernement * parce que c*est un
principe inconte&able, que la richesse publique
n'est que le résultat des richesses particulières
& individuelles, & qu'alors ce que l'Etat semble perdre d'un côté, il le regagne de l'autre ,
& au-delà , en excitant l'industrie & l'activité
des membres qui le composent ; mais cette exportation, quelque considérable qu'on la suppose, par les Etrangers , accroîtra d'autant par
la concurrence des Nationaux, parce qu'il se
trouve toujours de la part des Etrangers , un
excédent de besoin à satisfaire , & de notre
part, un excédent de superflu à consommer.
'Etat semble perdre d'un côté, il le regagne de l'autre ,
& au-delà , en excitant l'industrie & l'activité
des membres qui le composent ; mais cette exportation, quelque considérable qu'on la suppose, par les Etrangers , accroîtra d'autant par
la concurrence des Nationaux, parce qu'il se
trouve toujours de la part des Etrangers , un
excédent de besoin à satisfaire , & de notre
part, un excédent de superflu à consommer. Le Nord fournit la majeure partie des matieres de premiere nécessité, pouT la Marine
royale & le commerce. L'importation qui s'en
feroit par les Nationaux , aura deux avantages.
Le premier, de nous procurer des objets de --- Page 297 ---
( 13 ) meilleure qualité ; car il est sensible que les
Etrangers portent 1 élite a leurs compatriotes
& a leurs alliés : le sécond , de nous le procurer à meilleur marché, sinon sur le champ , du
moins par la suite ; parce qu'une fois que les Nationaux auront acquis l habitude & la connoissance.
parfaite de ce commerce, ils ne manqueront pas
de profiter des tems & des lieux qui leur présenteront les achats les moins chers & les moins
dispendieux. Et ce que l'on dit ici du prix des
marchandises, s applique également au coût des,
fret & transports. Envain objeéteroit-on, que
les Etrangers proposent de faire. ces transports
à 25 & 24 livres le tonneau , & même au-.
dessous; tandis que les Nationaux demandent
30 & 32 livres. Ces offres de la part des
Etran gei s , ne sont qu'insidieuses, La preuve
en résulte , 1°. de ce que la navigation dans
le Nord est aussi dispendieuse pour eux, que
pour nous. Cette vérité a été démontrée par la Corn-,
pagnie, dans un tableau qu'elle a adressé , le,
l J Août 1788, portant le détail des frais de
I. navigation Hollandoise , la plus économique ^
comparés avec ceux de la navigation Françoise,
& soutenu de Pièces Jufiificatives. Elles rédussent au néant, aux yeux de l'Administration & de tout homme impartial, le préjugé
contraire qu'ont entretenu les partisans de la
navigation étrangère, de la prétendue activité
& de l'économie de ces Etrangers , comme fî,
les Marins François n'étoient pas capables d& --- Page 298 ---
( 44 ) là même activité & économie, quand il sont
bien commandés. 2°. De ce qu'avant le traité fait avec la
Compagnie Françoise du Nord, la marine du
Roi payoit en tems de paix aux Etrangers 45*
à 5° livres le tonneau. On peut vérifier ce fait
par rinspe&ion des Etats du département des
fonds de la Marine, '& ce fut là sans doute ce
qui détermina M. de la Porte, alors Intendant
générale de la Marine, à donner la préférence
à la Compagnie Françoise du prix de 5*0 livres.
Mais le traité n'ayant pas été conclu avant
l'arrivée de M. Dufresne , au département des
fonds de la Marine , celui-ci fit la réduction
à (1) 4.0 livres. Il en donc impossible d'imaginer que les prix de 24 & 25 livres, &c. ,
soient le vrai tableau du fret , & il est plus
probable que par la réunion de divers menus
frais qu'on laissera à la charge de Sa Majesté ,
ils égaleront & surpasseront peut être les prix
actuels. D'ailleurs, il ne seroit pas étonnant
que les Etrangers finent ces rabais , pour se
maintenir seuls dans un commerce dont ils
Tentent toute l'importance a & il faut être per-
iner que les prix de 24 & 25 livres, &c. ,
soient le vrai tableau du fret , & il est plus
probable que par la réunion de divers menus
frais qu'on laissera à la charge de Sa Majesté ,
ils égaleront & surpasseront peut être les prix
actuels. D'ailleurs, il ne seroit pas étonnant
que les Etrangers finent ces rabais , pour se
maintenir seuls dans un commerce dont ils
Tentent toute l'importance a & il faut être per- (1) La Compagnie Françoise du commerce du Nord ,
n'a souscrit qu'avec beaucoup de peine , à ce prix de
4° livres, par l'espoir des primes , qu'on lui annonçoit, & plus encore par la confiance dans l'équité du Roi,
pour en obtenir l'indemnité des pertes , & du défaut de
bénéfice , d'autant que par l'art. III de- son Traité, elle
s'engageoit à n'employer à ces transports, que des Bâtimens François , oq de propriété Françoise. --- Page 299 ---
( 4; ) suadé qu'ils feront revivre leur ancien tarif,
lorsqu'ils auront détruit la concurrence des
Nationaux : les prix que ceux-ci demandent *
sont conformes à celui que la Compagnie leur
a payé, lorsqu'elle s'est trouvée dans le cas de
sous-freter. La Compagnie a adressé au département de la Marine le mème jour, 11 Août
1788, un- état comparatif des frais d'affrètement du navire le Saint-Charles de Dunkerque,
avec Pieces Justificatives au soutien. Il en résulte que la Compagnie a payé pour. fret, par tonneau, 21 1. Plus, à titre & sous le nom d'avaries , dix pour cent, 2 1. 8 s. Et enfin , une prime de 5 livres
par tonneau, ci 5 1. TOTAL 31 1. 8 s. Ce qui équivaut bien aux prix de 30 à
32 livres ; mais ces Nationaux , ainsi que les
Etrangers, n'assurent pas les transports , & cet
engagement de la Compagnie , joint à d'autres
dépenses, a porté pour elle le coût de ce soufretement, à .. 39 1. 2 s. 3 d. De sorte qu ayant reçu du Roi, par tonneau,
pour prix du fret, .. 4o 1. ) j E t pour prime, CI:. 2 1. ) La Compagnie n'a eu d'excédent que ... 2 1. 17 s. d. Et encore, ce bénéfice apparent, a-t-il dû
contribuer à tous les frais de geliion. Il résulte de tous ces détails , 1°. qu'il est
impodiblc que les offres des Etrangers ne soient --- Page 300 ---
( 46 ) pas des proportions insidieuses , contre lesquelles il est de la prudence de se tenir en
garde. 2°. Que les prix demandés par les Nationaux r sont à peu de chose près les mêmes
que celui de la Compagnie , a la différence
que dans fm prix de 40 liyres, sont englobées
les assurances & autres dépensest, non comprises
dans ceux de ,0 à 32 livres , demandés par
les Armateurs particuliers. Reste à examiner si l'Administration doit
préférer des affretemens particuliers, à un traité
avec une Compagnie. Pour recoudre cette question, il faut savoir si le transport des bois de
la Marine royale se fera aussi régulièrement 8t
aussi abondamment par des Armateurs particuliers , qui ne s'en chargeront qu'à leur convet
france , que par une Compagnie qui en aura
pris l'engagement spécial. L'expérience que
l'Administration a nécessairement acquise par
ses différentes opérations, avant le traité avec
sa Compagnie, & depuis près de deux ans que
te ttaité reste sans exécution > lui servira de
regle sûre à cet égard.
bois de
la Marine royale se fera aussi régulièrement 8t
aussi abondamment par des Armateurs particuliers , qui ne s'en chargeront qu'à leur convet
france , que par une Compagnie qui en aura
pris l'engagement spécial. L'expérience que
l'Administration a nécessairement acquise par
ses différentes opérations, avant le traité avec
sa Compagnie, & depuis près de deux ans que
te ttaité reste sans exécution > lui servira de
regle sûre à cet égard. Une derniere considération qui doit faire
donner sa présérence aux Nationaux., crest la
çonservation du numéraire dans le royaume. --- Page 301 ---
( 4-7 ) No. I. N ous, soussignés Jean-François Sauty Be
Compagnie , Directeurs de la Compagnie du
commerce du Nord, établie à Stralsund, dans
la Poméranie Suédoise , demeurant à Paris. ' Et Simon-Léon Carzauranc de Saint - Paul ,
Ecuyer, Dire&eur général de la même Compagnie , agissant tant pour lui que pour les codirecteurs , dans la susdite Compagnie , demeurant anssi à Paris. Promettons & nous engageoH3 , envers le
Roi & Monseigneur le Maréchal de Castries,
Ministre & Secrétaire d'Etat, ayant le département de la Mariae , de transporter, le plutôt
possible , à BreA , FOrient ou Rochefort > sur
Bâtimens François , la totalité des bois deconstruction à fournir annuellement & succes,
sivement à Hambourg, pour le service du Roi,
par l'Administration royale de Prusse ou autre.
lesquels seront reçus à bord des mains & aux.
frais des Préposês de Sa Majesté , pour ce
service. ARTICLE PREMIER. Le fret des Bâtimens employés par la Compagnie , à ces nouveaux transports , lui sera
payé comptant par le Roi, à l'arrivée de chaque
Capitaine à Bresis, - l'Orient ou Rocheforr, sur * --- Page 302 ---
( 48) le pied de 4.0 livres du tonneaU de deux railliers , entre les mains de son fondé de procuration, & sur ses quittances Se suivant le jaugeage
qui en sera fait par les Officiers de Sa Majesté. II. S'il étoit besoin de faire passer à Toulon
quelques parties de ces mêmes bois , il ser oit
payé à la Compagnie trente pour cent d'augmentation , sur le prix susdit de 4o livres du
tonneau. I I I. La Compagnie s'engage pour ces transpors,
à n'employer que des Bâtimens François ou de
propriété Franço'ise , & portant pavillon François , ce qui ne l'empêchera pas cependant de
recruter dans ses équipages , tel nombre d'hommes étrangers qui lui conviendront pour cette
navigation. 1 V. La Compagnie , au moyen de l'Art. III cidessus , étant seule chargée du transport des
bois , sera instruite de bonne heure des quantités de bois que l'Administration royale de
Prusse ou autre , sera dans le cas de fournir annuellement à Hambourg , & des différentes
époques auxquelles ces bois devront y arriver
& se trouver en état d'être embarqués, pour
qu'elle puisse, en conséquence, se précautionner
du nombre de Vaisseaux dont elle pourra avoir.
besoin *
, au moyen de l'Art. III cidessus , étant seule chargée du transport des
bois , sera instruite de bonne heure des quantités de bois que l'Administration royale de
Prusse ou autre , sera dans le cas de fournir annuellement à Hambourg , & des différentes
époques auxquelles ces bois devront y arriver
& se trouver en état d'être embarqués, pour
qu'elle puisse, en conséquence, se précautionner
du nombre de Vaisseaux dont elle pourra avoir.
besoin * --- Page 303 ---
( 4P ) D besoin, & les y raire rendre en tems, et noirtbre convenables, V.. La Compagnie sera libre d'employer des
Bâtimens de toutes grandeurs , au moyen de
:ce qu'elle prendra sur Ton compte les assurances
,du prix des bois & frais extraordinaires, à faire
:pour ceux qui seront forcés de charger en
riviereo hors du gras btock. VI. AusiÎ-t6t que les Correspondans de la Compagnie à Hambourg, auront annoncé aux Préposés de Sa Majesté , l'arrivée des Bâtimens au
gras brock ou en riviere , & au moyen des
clauses de l'Art. V ci-dessus:, lesdits Préposés
seront tenus de les faire charger sans aucun
retard ni délai, & s'il y en avoit 5 lesdits délais
seroient payés par le Roi, aux prix des jours
de planches portés dans les chartes parties du
jour de la déclaration légale des Préposés de
la Compa i V 1 I. Au cas que les bois chargés sur les Navires
soient perdus , ou que par quelque cause que
ce soit, à l'exception du cas de rupture subite
de la part de l'ennemi ou de piraterie , ils n'arrivent pas à leur destination, leur valeur fixée
dans les prix du traité fait avec l'Adminiitration
royale de Prusse ou autre, & d'après l'état qui --- Page 304 ---
- ( SO ) en sera dressé par l'Ingénieur de la Marine ,
& visé par le Consul de France, sera payée
par la Compagnie, entre les mains du T résorier
général de la Marine. VIII. Il est bien entendu que le prix de 40 livres
du tonneau , porté dans le présent Traite,
n'est que pour le tems de paix , & qu'en cas
de guerre, il sera. fait de nouveaux engagemens relatifs & convenables aux circonstances. I X. Sur le montant du paiement desdits tranfports, sera faite la retenue des quatre deniers
pour livre des Invalides de la Marine , droit
de contrôle & quittance. Fait quadruple , à
Paris, le trente Septembre mil sept cent quatre,
vingt-trois. Signés SAU.TY & Compagnie, &
ÇAZAURANC DE SAINT-PAUl, , Direéteur général de la Compagnie du Nord. Vu & accepté. Signé, LE M.At DE CASTRIES. --- Page 305 ---
( f1 ) D 2 N°. 1 ï. r • ' ' ' » * Ingénieur du Roi "%
Hambourg x h M. Casaurane de ôr. Paul,
24. Novembre 1783. MONSIEUR, M. le Maréchal de Castries m'a adressé votre
soumission ⣠engagement , pour le transport
des bois pe la nouvelle fourniture ; en consé:-
quence ; j'ai l'honneur de vous prévenir , qu'au
retour de lq belle faison , je pourrai successivement employer iq à ij" Bâtimens, ayant actuellement' de prêt à être embarqué 1000 piece$,
environ 1 J- autiies que je reGeyrpis pendant
qu'on chargerait les premiers serrés.
IEUR, M. le Maréchal de Castries m'a adressé votre
soumission ⣠engagement , pour le transport
des bois pe la nouvelle fourniture ; en consé:-
quence ; j'ai l'honneur de vous prévenir , qu'au
retour de lq belle faison , je pourrai successivement employer iq à ij" Bâtimens, ayant actuellement' de prêt à être embarqué 1000 piece$,
environ 1 J- autiies que je reGeyrpis pendant
qu'on chargerait les premiers serrés. Je dis, io à 1500 Bâtimens, en les supposant de ° à 100 lasts. Je çrains que ma derniere ne vous soit pas parvenue , ayant mis votre
adresse 4 rue Notre-Dame des Yigpires. Je vous prie de me faire connoître vos dis..
positions pour le commencement de l'année
prochaine , désirant vous convaincre de mon
'zele & de mon activité dans l'expédition de ces
bois, de maniere que le Roi & vous, y trouviez votre compte. J'ai l'honneur d'être, &c. Signé, Olivier, --- Page 306 ---
( p) N°. 1 1 L COPIE , M lettre de M. h Maréchal de
Castries, aux Administrateurs de la Compagnie dIt Nord. Ver sailles le 16 Novembre 1784. J'ADRES SE aujourd'hui , Meilleurs , à
M. Ollivier, un état des bois à fournir par
l'Administration royale de Prusse , pour le
service de l'année prochaine, aux ports de
Brest & de l'Orient, montant à 259,93) pieds
cubes 5 vous voudrez bien prescrire à vos Préposés à Hambourg , de s entendre. avec cet
-Ingénieur, pour l'exécution des^rdres que je
lui donne à cet égard , & vous leur recommanderei de se conformer pour le service de
l'année prochaine, aux dispositions que vous
leur avez indiquées, pour ceux de cette année. Je suis, Meilleurs, &c. Signé, LE M. AL DE CASTRIES. MM, Casauranc de Saint-Paul & Compagnie. \ --- Page 307 ---
( s3 ) D3 N\ -1 V. Versailles, le 3 Mars 1786. J E vous préviens y Meneurs , que j envoie
. aujourd'hui à M. Ollivier , 1 état des bois a
fournir par l'Administration royale de Prusse y
aux ports de Brest & de 1 Orient, pour le ser-.
vice de 1786, montant à 172,700 pieds cubes , dont 112,200 pour Brest, & 60,504 pour
l'Orient. Il est nécessaire que vous prescriviez.
à vos Préposés , à Hambourg , de s entendre
avec cet Ingénieur , pour l'exécution des ordres que je lui donne, & que vous leur recommandiez de se conformer aux dispositions que
vous leur avez déjà prescrites pour les tranfports. Je suis, Messîeùrs, &c Signé, LE M4IAL DE CASTRIES. MM. Casauranc de St. Paul & Compagnie. --- Page 308 ---
( U ) ' V. Versailles, le Janviçr 1785. J'AI reçu i Messieurs 5 la lettre que vous
m'aVes écrite 3 le 2 de ëé mois 5 je me suis •
fait un plàisir de recommander à M. dé Montbret, d'appuyer de fés avis & sfei offices >
les démarches du fiè'ur d'Escolin * qUe vous
avez résolu d'envoyer à Hambourg j pour y
fonder une maison de cômiïrêtce : vous trouverez ci-joint ma dépêche à te Confui : je ne
doute pas qu'il ne s'empresse de concourir,
en ce qui pourra dépendre de lui 5 au succès
de vos vues.
isir de recommander à M. dé Montbret, d'appuyer de fés avis & sfei offices >
les démarches du fiè'ur d'Escolin * qUe vous
avez résolu d'envoyer à Hambourg j pour y
fonder une maison de cômiïrêtce : vous trouverez ci-joint ma dépêche à te Confui : je ne
doute pas qu'il ne s'empresse de concourir,
en ce qui pourra dépendre de lui 5 au succès
de vos vues. Je suis, Messieurs, &c. Signé le M»AL DE Castries, MM. Casuranc cle $t, Paul & Compagnie, " --- Page 309 ---
(ri) [texte_manquant] N°. V I. Versailles, le tO Mars 178 5. J'A: reçu , Messieurs , la lettre que vous
m'avez écrite, le 16 de ce mois. Je suis fort
aise que le sieur Descolin soit parvenu à remplir entiérement vos vues, & que son établifsement à Hambourg n'ait souffert aucune difficulté Je viens décrire , comme vous le desirez,
s. M. de Montbret, pour l'autoriser à expédier
en faveur de ce Négociant , les certificats
prescrits par l'Arrêt du 2 y Septembre 1784 a
s'il n'y trouve aucun inconvénient. Je suis, Meilleurs, &c. Signé, LE M/LDE CASTRIES. * MM. Casauranc dè St. Paul & Compagnie --- Page 310 ---
( 56 ) Np, V II. C o P i E de la lettre écrite à M, Cafauranc de
St. Paul , Directeur de la Compagnie du
Nord , par M. P. Benoit , Capitaine de
- Navire, datée de Rouen , le 20 Novembre
: 1788, MONSIEUR,, COMPTANT toujours que vous me conserverez vos bontés, & que vous m'emploierez
pour la Baltique ou pour les mers du Nord,
le plutôt que les circonstances pourront le
permettre, je prends soin de vous rendre compte
de ce qui arrive ici & au Havre', relativement
aux expéditions qui se sont faites pour le Nord.
Il y a eu vingt-deux Navires du Havre, Rouen
& St, Valéry , qui ont été chargés à Péters.
bourg pendant la Campagne derniere ; ils ont
tous trouvé du fret à 48 & yo livres le tonneau , & 10 pour 100 d'avaries ou chapeau „
fgit pour les cargaisons que la Marine du Roi
a fait expédier , soit pour celles que les particuliers ont envoyées en France. J'espere que la
Campagne prochaine, les Vaisseaux de la Compagnie paroîtront.dans ces .mers ; on les y verra,
toujours avec plaîsir, comme içs premiers -- qui --- Page 311 ---
( 57 ) ont formé des Marins dans l'Ecole des Ports
de Mer du Nord, & il y a toute apparence ,
que la circonstance rendra brillante la Campagne
prochaine, pour le Pavillon François , quoiqu 'on fasTe la paix entre les Puissances du Nord,
pendant cet hiver parce que tous les Navires
du Nord , nos concurrens , sont en majeure
partie , restés dans la Baltique , par les glaces. J'ai l'honneur d'être , &c. Signé, P. BENOÎT , Capitaine
de Navire. P. S, La moitié de vos Capitaines sont sans
pain , faute de trouver des çommandemens.
Pendant l état misérable de la navigation , nous
avons éprouvé comment vous êtçs notre pere.
Ne laissez pas tromper le Ministre par les offres
des Etrangers. Je me souviens toujours de leurs
ryfes pour m'enlever un fret à Riga. Signé, P. BENOÎT, M. Casauranç de St. Paul , Direaeur de la
de Navire. P. S, La moitié de vos Capitaines sont sans
pain , faute de trouver des çommandemens.
Pendant l état misérable de la navigation , nous
avons éprouvé comment vous êtçs notre pere.
Ne laissez pas tromper le Ministre par les offres
des Etrangers. Je me souviens toujours de leurs
ryfes pour m'enlever un fret à Riga. Signé, P. BENOÎT, M. Casauranç de St. Paul , Direaeur de la Compagnie du Nord. --- Page 312 ---
( SE ) N° VIII. Versailles, lè 14 Avril 1786. JE viens d'apprndre 5 Mefllèurs, avec le plus
grand étonnement, que les transports des bois
de Hambourg , dont vous êtës chargés par
votre Traité du 30 Septembre 1783 , n'avoient
pàs été, à beaucoup près, exécutés pendant
les deux dernières années , avec l'activité à
laquelle vous oblige l'Article IV de ce Traité.
Il est résulté de cette lenteur & de cette inexécution très - répréhensible de vos engagemens ,
Qu'une grande partie des bois fournis en 1784
& 178Y , est reliée entreposée à Hambourg , où
il se ttÓuve actuellement 8,61 S pieces provenant
des fournitures de ces deux années. Ces bois ,
exposés aux variations de température que produit la succession des saisons , éprouvent un
dépérissement qui compromet gravement les
intérêts du Roi, & dont vous êtes responsables. Votre Traité a été fidèlement rempli de la
part de l'Administration ; vous avez été prévenus à tems, chaque année , de la mesure des
transports que vous auriez à exécuter. M.
Ollivier vous avoit avertis , à la fin de
1784, que vous auriez à vous assurer pour le
setvice de l'année suivante , de 70 à 80 Na~
vires , & vous n'avez opéré que 3 1 chargemens» --- Page 313 ---
( 19 ) Je vous préviens donc, Meilleurs, que si
vous ne me faites connoître d'une manière biëst
précise & propre à ne me laisser aucun doute,
que vous avez pris des mesures pour transporter
dans le cours de cette année, les 8,615 pieces
reflues à Hambourg , indépendamment de ce
qui vous a été indiqué pour le service de 1786 f
je prendrai les ordres -du Roi, pour la résiliation
de Votre traité , & pour que les transports
sofent effe&ué's à vos frais & risques, pat les
voies les plus promptes. Je suis, Messieurs, &c. Signai UÊ M.AL DE CASTRIES. r MM. Casauran de St. Paul & Compagnie. --- Page 314 ---
( 6o) : Nci 1 X.: Versailles. le 1 Juin 1786, J'AI reçu, Meflsieurs, votre lettre du 25 du
mois dernier. Je ne puis qu'être satisfait des
mesures que vous me marquez avoir prises pour
faire face au transport des bois qui sont raÍfemblés à Hambourg, & sûrement en les combinant , vous n'avez pas perdu de vue ce que je
vous ai mandé le 12 Avril. J'espere que vous
préviendrez par votre aétivité, les craintes que
j'ai dû avoir sur le dépérissement des pieces qui
sont fournies depuis long-tems ; mais je desire
que vous vous efforciez de faire les dispositions
nécessaires pour éviter d'employer des Bâtimens
étrangers, attendu que vous connoissez les motifs qui m'engagent à maintenir l'exécution de
fvotre Traité, qui vous oblige à ne vous servir
que de Navires François.
que vous
préviendrez par votre aétivité, les craintes que
j'ai dû avoir sur le dépérissement des pieces qui
sont fournies depuis long-tems ; mais je desire
que vous vous efforciez de faire les dispositions
nécessaires pour éviter d'employer des Bâtimens
étrangers, attendu que vous connoissez les motifs qui m'engagent à maintenir l'exécution de
fvotre Traité, qui vous oblige à ne vous servir
que de Navires François. Je suis, Meilleurs, &c. Signé, LE M.AL DE CASTRIES. MM. Çasauranc de St. Paul & Compagnie --- Page 315 ---
{ «5» ) N". X. - Versailles * le 2,8 Avril 1786. J'A t reçu , Monsieur , avec votre lettre du 4,
de ce mois, la facture du Navire de la Compagnie du Nord, le Quercy, expédié pour Brest
avec un chargement de 132 pieces de construction , dont 87 plançons & baux, 10 courbes ,
& 35 pieces de membrures cubant ensemble
489 1 pieds. J'ai vu que quatre autres Bâtimens qui entroient
en chargement à l'époque de votre lettre, de
voient être expédiés incessamment. La Compagnie du Nord vient de m'informer
qu'elle avoit pris des mesures pour effectuer cette
année, le transport de 8000 pieces entreposées
à Hambourg, indépendamment de la quantité
qui lui a été indiquée pour le service de 1786 :
je m'attends que vous prendrez de votre côté les
mesures nécessaires pour que les chargemens se
fassent & se succéderit avec célérité ; car cette
Compagnie seroit fondée à répéter sur le Roi,
les dommages qui résulteroient du retard que ses
< Bâtimens eprouveroient à Hambourg • les difpositions extraordinaires & dispendieuses qu'elle --- Page 316 ---
( 6e ) fait en ce moment , l'ont déterminée par les
reproches & les menaces que votre Mémoire
m'a mis dans le cas de lui faire. Je suis , Monsieur, &c. Signé, LE MAL. DE CASTRIES. ■■ >
r " ' s \
fti. Ollivier , Ingénieur de la Marine , à
; Hambourg. --- Page 317 ---
1 ( 63 ) N°. X I. p»ris, le Ij Ofletre - /- ": J E me fui§ fait repr-,éfenter ? Mdïïeiir^, le •.
Traité que je passai ftvqç vous , lg 30.
bre 1783 , pour le transport des bois de P^Û
que la Marine du Roi tire dç Hamboyrg»^J&=^ n y ai trouve aucune condition qui en fixât la
durée : c'est un contrat qui ne nous- engage
A qu autant qu'il pourra nous convenir réciproquement. Des renseignemens qui m'ont été donnés,
m'ont fait connoître que le prix de 4° livres
par tonneau, qui vous est payé, est beaucoup
trop cher : on m'a fait plusieurs offres, d'après
lesquelles il peut être réduit à 24 livres par
des Navires François , ou à 12 ou 1) livres
par des Etrangers. L'économie que présente cette différence de
prix, est si grande , que je ne veux pas différer
a en faire jouir le Roi. Je vous préviens donc, Messieurs , que dès
ce moment-ci , je renonce à votre Traité, &
que vous devez-le regarder comme nul. Je
consens néanmoins , pour ne pas troubler les
arrangemens que vous pouvez avoir pris pour le
reste de cette année, que vos Navires conti-
~
transportér les bois de Hambourg dans ks norts --- Page 318 ---
( 64 )
présente cette différence de
prix, est si grande , que je ne veux pas différer
a en faire jouir le Roi. Je vous préviens donc, Messieurs , que dès
ce moment-ci , je renonce à votre Traité, &
que vous devez-le regarder comme nul. Je
consens néanmoins , pour ne pas troubler les
arrangemens que vous pouvez avoir pris pour le
reste de cette année, que vos Navires conti-
~
transportér les bois de Hambourg dans ks norts --- Page 318 ---
( 64 ) de Sa Maiesté , conformément aux condition..s
établies dans le Traité dont il s'agit, à compter
dudit jour, premier Janvier prochain, j'y pourvoirai par d'autres arrangemens, à moins que
vous ne consentiez, dès ce moment, à réduire
le prix du fret à 24 ou 25 livres , comme
d'autres particuliers le proposent. Répondezmoi , Meilleurs , le plutôt possible, à ce sujet ,
pour que je prenne, en conséquence , les mesures convenables. Je suis, Meilleurs, &c. * Signé, LE M.AL DE CASTRIES. ,
1 ... -■ '• * ' < j - -MM. les Directeurs de la Compagnie Françoise
du Nord. ^ N°. XII. --- Page 319 ---
( 6) ), E N°. X, I L LETTRÉ de M le Maréchal de Cafiriés , à
M. le Comte de Bourîolles. Versailles, le Z7 Avril J A i reçu , Monsieur , les lettres que vous.
m'avez écrites , touchant votre intérêt dans
l'entreprit de la Compagnie du Nord. Vous
sentez que ,cette assaire étant liée à la liquidation,
de M. de Ste. James, c'est principalement à
MM. les - Commissaires que le Roi a nommés i'
pour opères cette liquidations, que vous deveA
vous adresser pour en hâter l'arrangement. Au
reste , je vous prie de croire que je ne prendrai
aucun parti dans ce qui regarde la Marine,
qu'après avoir examiné très - attentivement" la
nature, les circonstances & l'état des choses.
Si la Compagnie a quelques droits sur le Roi,
ils ne seront certainement ni méconnus , ni
éludés par de mauvaises difficultés. J'ai l'honneur d'être , &c. 1Signé, LE M.AL DE CASTRIES. --- Page 320 ---
(66) N°. XIII. Versailles, le 4 Oûobre 1787. • J'AI reçu, Messieurs , votre lettre du 22 du
mois, dernier, par laquelle vous demandez à
être autorisés à mettre en activité les 17 Bâtimens que vous avez dans difsérens ports. Comme
c'est par la faillite de M. de Ste, James , l'un de
vos associés, que vous éprouvez des entraves
à cet égard, il ne m'est pas possible de prononcer sur cette demande , & je vous préviens
que vous devez la soumettre à la Cour des
Aides , que le Roi a nommée pour examiner
& terminer les affaires de cet ancien Trésorier
de la Marine. Je suis,' Messieurs , &c. Signé, L. C. D. MONTMORIW. Messieurs les Intéressés dans la Compagnie de
la Navigation du Nord. --- Page 321 ---
( 67 ) E2 N°. X I V. Versailles, le 2.1 Mars 1788* J'Ai reçu , Meilleurs, votre lettre du 12 de
ce mois, ainsi que le Mémoire qui l'accompagnoit. Vosreprésentations portent sur le même objet
que celles que vous adressâtes à M: le Comte de
Montmorin, le 22 Septembre dernier. Je ne
puis vous faire aujourd'hui une réponse difsérente de celle que vous fît ce Ministre , le 4
Octobre suivant.
N°. X I V. Versailles, le 2.1 Mars 1788* J'Ai reçu , Meilleurs, votre lettre du 12 de
ce mois, ainsi que le Mémoire qui l'accompagnoit. Vosreprésentations portent sur le même objet
que celles que vous adressâtes à M: le Comte de
Montmorin, le 22 Septembre dernier. Je ne
puis vous faire aujourd'hui une réponse difsérente de celle que vous fît ce Ministre , le 4
Octobre suivant. Comme ce n'est pas par le fait du Département de la Marine que la Compagnie est privée de la libre disposition de ses Bâtimens ,
mais par un effet de la faillite de feu M, de
Ste. James , il ne m'est pas possible de prononcer
sur vos demandes, & c>est à la Cour des Aides
que vous devez vous adresFer» Je suis 2 Meilleurs, &c, Signé, LA LUZERNE. Mef1Îeurs les Intéressés dans la Compagnie de
la Navigation du Nord,, --- Page 322 ---
( ) Np. X V. LE CONSEIL SOUSSIGNE qui a pris lecture d'un Traité paflfé en l'année 1783 3 entre
les Dire&eurs de la Compagnie Françoise du
Nord 3 &: le Ministre de la Marine pour le
transpott des bois de Hambourg , de différentes lettres de ce' Ministre -l & de quelques
ôbseèvations des DireÇteurs de-la Compagnie
Françoises du Nord sur ces lettres, Consulté Air la question de ravoir si l'admis
nistration resiliant le Traité qu'elle a passé avec
la Compagnie du Nord pour le transport des
bois de Hambourg, elle n'est pas tenue d'indemniser au moins la Compagnie des dépens
qu'elle a faits pour son établissement, & des
béhésices mêmes qu'elle perd par la resiliation
du Traité, Est d'avis que cette question ne peut pas
faire de difficultés ea faveur de la Compagnie
du Nord, & que l'administration lui doit, en
effçt, une indemnité considérable, & pour les
dépenses qu'elle lui a occasionnées , & pour les
bénéfices dont elle la prive. Les principes à cét égard, sont même bien
simples. . ;• --- Page 323 ---
( 69 ) En général on est tenu de réparer le dommage qu -on a causé, & d'indemniser celui qui
1 a soussert de tout ce que lui a coûté ce dommage même. C'est la justice naturelle qui le veut ainsi. En
matiere d'inexécution d'engagement la loi va
encore plus loin, elle veut qu'on répare nonseulement la perte qu'on a occasionné , mais
encore le gain dont on a privé celui avec lequel on auroit contradé cet engagement. Et
quantum mihi abejl, & quantum lucrari potui. Pothier. dit aussi ( Traité des obligations )
cc que celui au préjudice de qui ôn n'exécute
» pas une obligation contrariée envers lui ,
« doit être indemnisé non-seulement de la perte
» qu'il éprouve , mais du gain même qu'il
» manque de faire ». Ce sont là les principes qui reglent les conventions qui se passent entre les simples Citoyens , à plus forte raison doivent-ils avoir
lieu des Sujets du Roi à Sa Majesté elle-même. En effet l'intention du Roi n'est pas que ses
Sujets perdent avec lui dans les conventions
auxquelles sa bonté daigne les admettre , Sa
Majesté Souveraine ne le permet pas , son intention n'est pas même qu'ils ne fassent pas un
bénéfice légitime-, il ne faut donc que présen-
es qui reglent les conventions qui se passent entre les simples Citoyens , à plus forte raison doivent-ils avoir
lieu des Sujets du Roi à Sa Majesté elle-même. En effet l'intention du Roi n'est pas que ses
Sujets perdent avec lui dans les conventions
auxquelles sa bonté daigne les admettre , Sa
Majesté Souveraine ne le permet pas , son intention n'est pas même qu'ils ne fassent pas un
bénéfice légitime-, il ne faut donc que présen- --- Page 324 ---
(70 ) ter au cceuf du Roi une réclamation juste pour
avoir le droit d'espérer qu'elle sera accueillie. Celle que la Compagnie du Nord se trouve
aujourd'hui dans le cas de former à Toccasion
de la resiliation du Traité qu'elle a passé en
1783 avec rAdministration pour le transport
des bois de Hambourg en France 3 est ici de
toute justice. D'abord il est bien évident que d'après les
expressions même de ce Traité , la Compagnie
a été fondée à croire que le Privilége que lui
accordoit le Roi, d'être chargée feule de l'extraction des bois de Hambourg seroit pour elle
au moins d'une certaine durée. Les mots annuellement & successivement, & la différence du
tems de paix au tems de guerre observée dans
l'article VIII , devoientnécessairement lui don..
ner cette espérance. Elle a donc été conduite
par cette espérance même à faire de plus grands
essorts pour fonder l'établissemént qu'exigeoit
le Traité qu'elle avoit souscrit. Ces efforts qui ont eu du succès , ont été
non-seulement encouragés, mais ordonnés par
le Ministre. On voit dans une lettre du Ministre
de la Marine lui-même , du mois d'Avril 178(5,
qu'il avoit fait prévenir la Compagnie dès l'année 1784. ; qu'elle eût à se pourvoir de soixante à quatre-vingt Navires pour le transport
dont elle étoit chargée. 'La Compagnie a suivi --- Page 325 ---
( 71 ) en conséquence le plan qui lui étoit tracé. Elle
a équipé depuis l'époque de son Traité un
nombre considérable de Vaisseaux avec lesquels
elle a exécuté son engagement & transporté en
France les bois qui étoient à Hambourg. Mais
ces transports lui ont occasionné des frais immenses , & non-seulement elle n'a pas retiré
encore un sol de bénéfice, mais suivant le relevé de ses Registres , il paroît qu'elle en est
même pour environ douze cens mille livres de
déboursés. L'entreprise qu'elle a tentée, d'ailleurs, étoit
extrêmement difficile , personne avant-elle n'avoit osé courir les risques d'une Navigation
dans le Nord, on craignoit la concurrence des
peuples qui en ont l'habitude. Il a fallu à la
Compagnie le courage de surmonter cet ob-
:ftacle ; il lui a fallu avancer des fonds conlidérables , se faire des correspondances dispendieuses, établir des maisons dans le Nord, en
un mot, elle a été entraînée, malgré elle, à
des dépenses presque au-dessus de ses forces ,
& qu'elle n'avoit pas prévues, elle-même, quand
elle a souscrit son Traité. Ces dépenses elle ne peut pas , sans doute,
les perdre , elle ne peut pas perdre non plus
le bénéfice q*u elle avoit espéré de faire en traitant avec le Roi, & qui n'a pas encore commencé pour elle. Or , puisque le Roi reil1ie son
Traité , aiï-moment même où la Compagnie --- Page 326 ---
( 72 ) avoit consomme toutes ses avances , & où elle1
alloit commencer à en receuillir le fruit, il est
absolument nécessaire qu'il l'a dédommage.
, sans doute,
les perdre , elle ne peut pas perdre non plus
le bénéfice q*u elle avoit espéré de faire en traitant avec le Roi, & qui n'a pas encore commencé pour elle. Or , puisque le Roi reil1ie son
Traité , aiï-moment même où la Compagnie --- Page 326 ---
( 72 ) avoit consomme toutes ses avances , & où elle1
alloit commencer à en receuillir le fruit, il est
absolument nécessaire qu'il l'a dédommage. Il y a deux manieres de dédommager la Compagnie. Ou en lui accordant en bloc une indemnité
proportionnée aux pertes qu'on lui occasionne,
& aux bénéfices dont on la prive, Ou en l'admettant à compter avec le Roi
de Clerc à Maître , c est-à-dire, de lui présensenter l'état détaillé de toutes les dépenses
qu'elle a faites , & de tous les paiemens qu'elle
a reçus avec les pieces justificatives. Le Roi alors rembourseroit à la. Compagnies
tout ce qu'allé. se trouverait avoir dépensé
pour former l'établissement dont il croiroit de-r
voir la dépouiller , & lui accorderoit ensuite
une indemnité pour les bénéfices dont elle auroit perdu ainsi l'espérance, L'Administration peut choisir , sans doute ,
entre deux manieres de dédommager la Compagnie. La deyaiese seroit cependant la plus
réguliere , parce que ce seroit celle qui expoferoit l'Admistration à lui causer moins dé
préjudice, Mais la Compagnie à droit, au moins, à
'une --- Page 327 ---
( 73 ') F l'une des deux, & s'il étoit poLible que l'administration à s'y refusât , elle commettroit une
injultice a laquelle on ne doit pas s'attendre dé
sa part, & dont il seroit injurieux 3 pour elle,
de la loupçonner» ' ? m Ce feroit , même en politique , une Chose
bien dangereuse que ce refus : car il est bien
évident que personne ne voudroit désormais
traiter avec l'Administration , si dans des conventions qu on auroit occasion de former avec
elle y on étoit exposé à perdre sa fortune pour
avoir voulu concourir au bien de l'Etat. Il faut
en ce genre encourager la confiance bien loin
de l'inquiéter ou de l'affoiblir. Il ne faut pas
donner d'exemples qui puissent faire craindre
pour la sûreté des engagement qu'on contrarie.
Celui de la Compagnie du Nord deviendroit
une leçon publique, qui avertiroit les Citoyens
des dangers quils courent en se livrant à des
espérances qu'ils croiroient fondées, & l'on se
tiendroit désormais en garde contre les promesses les plus authentiques & les conventions
les plus solemnelles. Nous pensons donc que la Compagnie du
Nord ne doit concevoir à cet égard aucunes
inquiétudes , & que puisque le Roi resilie le
Traité qu'il a passé avec elle, il la dédommagera & des dépenses qu'il lui a occasionnées, &
des bénéfices dont il la prive. Ce dédommagement est de la plus rigoureuse justice , & --- Page 328 ---
( 74 ) la bienfaisance connue du Monarque 5 cet
de jueice. ne peut pas éprouver de con4
tradiction.
Compagnie du
Nord ne doit concevoir à cet égard aucunes
inquiétudes , & que puisque le Roi resilie le
Traité qu'il a passé avec elle, il la dédommagera & des dépenses qu'il lui a occasionnées, &
des bénéfices dont il la prive. Ce dédommagement est de la plus rigoureuse justice , & --- Page 328 ---
( 74 ) la bienfaisance connue du Monarque 5 cet
de jueice. ne peut pas éprouver de con4
tradiction. Délibéré à Paris ce 3 Mars 1787. Signés ,
Target, de Seze , Hardion de Reynerie 3 &
Henrion, --- Page 329 --- --- Page 330 --- --- Page 331 ---
SUITE DE LA REQUÊTE
AU ROI, ADRESSÉE A SA MAJESTÉ
PAR LE COMTE DE BOURZOLLES,
RELATIVE MENT A LA NAVIGATION DU NORD. --- Page 332 --- --- Page 333 ---
• ( ) A 2 SIRE, L E Comte de Bonrzolles pressé par la
contradiction la moins attendue, reparoît
très-humblement aux pieds du Trône ,
charge , par devoir , de dissiper des nuages que l'intérêt particulier cherche à jet-
, ter sur la certitude des vérités dont il a
bien entendu se rendre responsable à
l'instant où il les a consacrées dans la
Requête qu'il a eu l'honneur de présenter, à VOTRE MAJESTÉ , le i o janvier dernier. Le Comte de Bourzolles se confiant
dans la justice du plus vertueux des Prin- --- Page 334 ---
( 4 ) ces, n'a pas tardé à se rendre au Département de la Marine , pour savoir les
résolutions de VOTRE MAJESTÉ sur la Requête , & il ne peut, SIRE , vous diffimu1er sa surprise de trouver quelques esprits
disposés à consommer sa ruine , & celle
des honnêtes Citoyens qui composent la
société de la Navigation du Nord , par
les indécisions mal fondées qui entraînent
les lenteurs, & presque l'entier oubli des
affaires les plus importantes. On n'a point égard, SIRE , à ce que la
même indécision , soutenue dans ce Département pendant deux ans pâlies , rend
à présent inévitable la perte totale de dixsept navires , qui représentent une propriété considérable qu'on laisse dépérir
dans les ports. On dit froidement qu'on
ne nous gêne pas pour en disposer ,
comme si ces vaisseaux n'eussent point été
acquis sur la bonne foi d'un traité fait au
nom de VOTRE MAJESTÉ , & comme si„
en le résiliant, il ne falloit pas , avant
tout, faire état des dédommagemens, & --- Page 335 ---
( Y ) A 3 arrérages qui sont dus aux intéressés.'
On objecte que, VOTRE MAJESTÉ
trouve de l'économie à faire transporter
de Hambourg , les munitions navales
par les étrangers, plutôt que par Tes
sujets , sans calculer comment ni à
quel. point l'argent qui circule dans le
Royaume rentre, SIRE, dans vos cosi-res
par les consom mations & les opérations
de vos propres sujets , & comment celui
qu'on paie pour le fret aux étrangers, est
entièrement" perdu pour VOTRE MAJESTÉ
Se pour l'Etat. On.-dit , pour toute réponse, que les lettres de l'ingénieur , qui
esi aujourd'hui à Hambourg , annoncent
que le fret par. les-, étrangers en 1788,
n'eH: revenu -qu'à h;:& l 5 liv. le tonneau., Se dn déprimerjle mérite du service
de la compagnie Françoise He la navigation -du Nord , en ; comparant ce prix à
celui de 40 liv. de ion traité. On ne veut
point appercevoir que ce fret des étrangers revient beaucoup plus cher, & que
ceux- qui cherchent à faire valoir cette
esi aujourd'hui à Hambourg , annoncent
que le fret par. les-, étrangers en 1788,
n'eH: revenu -qu'à h;:& l 5 liv. le tonneau., Se dn déprimerjle mérite du service
de la compagnie Françoise He la navigation -du Nord , en ; comparant ce prix à
celui de 40 liv. de ion traité. On ne veut
point appercevoir que ce fret des étrangers revient beaucoup plus cher, & que
ceux- qui cherchent à faire valoir cette --- Page 336 ---
( 6 ) grandè économie , l'annoncent de la manière la plus vague & la plus insidieuse,
quand ils ne parlent que du tonneau isolé,
sans faire connoître clairement la' capacité de ce tonneau , par l'explication de
la quantité des pieds cubes qu'ils y arriment afin d'établir & déterminer le véritable point de vue de l'économie rapportée au tonneau, tel que le Département
même de la Marine la fixé à 27 pieds
cubes de bois de chêne courbant , & à
3 0 de la même sorte , en bois droit , &
non sur un tonneau inconnu, arbitraire &
indéterminé. Après cela, il y a des frais d'assurance
6c d'autres qu'on méprise , parce qu'ils
sont consignés dans des comptes épars,
& qui cependant sont payés a la charge
de VOTRE MAJESTÉ, rehaussent assez
considérablement le prix, des transports
par les étrangers. Vos sujets intéressés dans' la Compagnie
du Nord, ont souvent indiqué , SIRE,
au Département de la Marine l'erreur --- Page 337 ---
( 7 ) dans laquelle il a été induit par le rapport d'une correspondance où l'on n'a
point expliqué sur quelle quantité de bois
retomboit le fret ni les dépenses accessbires qui ajoutoient beaucoup au premier
apperçu qu'on lui présentoit. Aussitôt que ce Département aura vérifié ces erreurs , il sera évidemment démontré à VOTRE MAJESTÉ, qu'en 1788,
elle a payé le fret plus de 40 pour cent
au-dessus de 12 & 15 liv. que le Ministère de la Marine a toujours présenté à la
Compagnie comme le prix courant de la
concurrence des étrangers à Hambourg. C'est de cette vérification, long - tems
sollicitée & toujours promise jusques à
présent sans avoir été essectuée, que le
Comte de Bourzolles attend la preuve de
la vérité qu'il a annoncée à cet égard à
VOTRE MAJESTÉ, dans la note portée à
la page 13 de sa Requête. Le comte de Bourzolles ne se permettra
aucune réflexion sur les délais apportés à
cette vérification > pour ne pas s'écarter --- Page 338 ---
( 8 ) de la modération qu'il s'en: prescrite dans
ton Mémoire & dans cet Exposé. Si le comte de Bourzolles n'avoit eu
en vue que son intérêt particulier, il se
fut contenté de demander le dédommagement qui lui est légitimement dû, ou
si r on veut, à la Compagnie dans laquelle
il a placé ses fonds, il n'eût pas même
proposé de tempérament ni d'allégement
pour les finances de VOTRE MAJESTÉ ;
mais entraîné par son zèle pour sa patrie,
il a tâché de démontrer les avantages
qui résultoient pour l'Etat dans la Navigation Françoise du Nord.
, il se
fut contenté de demander le dédommagement qui lui est légitimement dû, ou
si r on veut, à la Compagnie dans laquelle
il a placé ses fonds, il n'eût pas même
proposé de tempérament ni d'allégement
pour les finances de VOTRE MAJESTÉ ;
mais entraîné par son zèle pour sa patrie,
il a tâché de démontrer les avantages
qui résultoient pour l'Etat dans la Navigation Françoise du Nord. Eh! comment, SIRE, les étrangers qui,
avant que la Compagnie eut entrepris de
faire les transports de Hambourg à 40 liv.
par bâtimens François, vous en faisoient
payer 50 liv., pourroient-ils faire à la
longue cette navigation à meilleur compte
que les François ? La Compagnie a envoyé plusieurs fois au Département de la
Marine un tableau comparatif, qui prouve
que les Hollandois, .regardés par toutes --- Page 339 ---
() les Nations, comme les marins les plus
économes , dépensent dans la Navigation
du Nord autant que les François. Il semble, SIRE, qu'on fait peu d'attention au, jugement sage qu'on doit porter
de la comparaison de ce tableau. Il démontre évidemment que, si dans certaines
circonstances, l'emploi des vaisseaux marchands étrangers, se rallentit dans le Commerce , on trouve à Hambourg des vaifseaux qui seroient obligés de venir en
France à vuide ; lesquels alors , s'estiment
trop heureux de fretter à tout prix. Nousmêmes, François, serions bientôt dans le
même cas , si notre Navigation accroissoit
dans ces parages, fous la proteéHon que
chaque gouvernement accorde à ses
sujets. Le comte de Bourzolles dépose ce
tableau comparatif au pied du trône;
il sera dans tous les tems un témoignage
authentique du zèle de la Compagnie ,
dans laquelle il a confondu ses intérêts --- Page 340 ---
( 1O ) particuliers avec ceux de l'Etat ( * ). Il reste au Comte de Bourzolles à supplier de nouveau très-humblement VOTRE
MAJESTÉ de donner ses ordres au Département de la Marine pour terminer cette
affaire incessamment & conformément aux loix tracées par l'équité. - Signé Le Comte DE BOURZOLLES. . (*) Cette piece se trouve à la suite sous la cotte A.. --- Page 341 --- --- Page 342 ---
Tableau de dépense de premiere acquisition d'un
navire françois de z 5 o tonneaux, 6 état
des frais qu'il coûte pour être entretenu pendant six mois dans la navigation du Nord. T j A conftruclion & grément complet d'un navire
de '150 tonneaux en bois de chêne , coûte par approximation , suivant les informations qui ont été prises
dans les principaux chantiers du Royaume, 60,000 1.
Il faut réputer l'intérêt de cette somme à 6 pour cent 1,800 J 3*. Il a été constaté par le rôle de
désarmément du navire l'Aunis, de
la Compagnie Francoise de la Navigation du Nord , fait par M. de
la Richerie, Commissaire des Classes
à Dunkerque, que l'équipement de
ce navire a été de douze hommes , & que , compris deux hommes qui
ont servi de remplacement à des
Marins débarqués, les salaires ont
été payés pour six mois un jour , depuis le 13 Juin jusqu'au 13
Décembre inclusivement , par la
somme de 2,746
Six deniers pour livre pour les
is, de
la Compagnie Francoise de la Navigation du Nord , fait par M. de
la Richerie, Commissaire des Classes
à Dunkerque, que l'équipement de
ce navire a été de douze hommes , & que , compris deux hommes qui
ont servi de remplacement à des
Marins débarqués, les salaires ont
été payés pour six mois un jour , depuis le 13 Juin jusqu'au 13
Décembre inclusivement , par la
somme de 2,746
Six deniers pour livre pour les Invalides de la Marine 63 13 3
La Compagnie du Nord a payé
les approvlsionnemens de bouche
& de chauffage, conformément au
traité qu'elle a fait avec tous les
Capitaines qui ont été employés
à son service pour la Navigation
du Nord, à raison de 20 sols par
jour & par homme ; or , les six
moisMin jour, composant 183 jours , forment en dépense 2,196 TOTAL 6,805 tt 13 s 3 \ --- Page 343 ---
Tableau de dépense de premiere acquisition d'un
navire hollandois de z 5 o tonneaux, ct état
des frais qu'il coûte pour être entretenu pendant
six mois dans la navigation du Nord. L A conftrudion & grément complet d'un navire
de 250 tonneaux en bois de chêne, coûte par approximation, dans les différens chantiers de Hollande, 10,000 florins courans , lesquels florins évalués
à 41 sols chaque, forment, argent de France, la
somme de 61,500 livres , dont on répute l'intérêt à quatre pour cent. C'en pour six mois' 1,230 tt s
Il résulte des états détaillés que la
Compagnie du Nord a fait relever dans
les Ports d'Amsterdam & de Rotterdàm , par des Correspondans intelligens
& fideles, le Mars 1786, & donc
elle a remis les pieces justificatives au
Département de la Marine , que les
Hollandois équipent un navire dessiné
au cabotage du Nord , également de
douze hommes, & que leurs salaires
montent à, florin courant, 173 par
mois, & pour six mois , 1638 , florin
courant, sassant, argent de France , - 3,357 18
Les approvifionnemens de bouche &
de chaussage des Hollandois , dont le détail a été remis par la Compagnie du Nord
au Département de la Marine, sont à
des prix variables , suivant les lieux &
les circonslances, mais toujours réputés
par eux-mêmes, comme leur revenant
l'un dans l'autre, à 10 schelins par
jour & par homme ; or , 18 3 jours composant six mois & un jour font io98
florins, qui forment, argent dé France, 2,250 r8 TOTAL 6,838 tt 16s --- Page 344 --- --- Page 345 ---
LES ÉTUDES DU MAGISTRAT. DISCOURS PRONONCÉ A LA RENTRÉE DU CONSEIL
SUPÉRIEUR DU CAP , LE JEUDI 5 OCTOBRE 1786. Par M. FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU
Procureur - Général du Roi. SUIVI D'UN MORCEAU DE L'HISTOIRE CRITIQUE
DE LA VIE CIVILE, Traduit de l'Italien. Et si alterum pedem in tumulo habereni , non pigeret
aliquid addiscere. (L. 2o. ff. de fidei-comm. Liber. ) AU CAP-FRANÇAIS, AVEC PERMISSION. --- Page 346 --- --- Page 347 ---
a EXTRAIT D"UNE LETTRE DE L'AUTEUR,
A M. B A YARD , Conseiller-Assesseur
- au Conseil Souverain du Cap ,
Lieutenant - général de l'Amirauté
.de cette ville, en survivance. Au Bas - Lifnbé , habitation F AGE ,
le ii Octobre 1786.
et
aliquid addiscere. (L. 2o. ff. de fidei-comm. Liber. ) AU CAP-FRANÇAIS, AVEC PERMISSION. --- Page 346 --- --- Page 347 ---
a EXTRAIT D"UNE LETTRE DE L'AUTEUR,
A M. B A YARD , Conseiller-Assesseur
- au Conseil Souverain du Cap ,
Lieutenant - général de l'Amirauté
.de cette ville, en survivance. Au Bas - Lifnbé , habitation F AGE ,
le ii Octobre 1786. Vo u s seret bien surpris , mon
cher ami et cher confrere , de recevoir
de moi une lettre si prompte ; de me
savoir si près de vous , lorsque vous
m'en croyet si loin ; et d'apprendre
que j'ai prononce au Conseil , jeudi
dernier, un long Discours. Vous sere^
bien plus étonné, quand vous saurez
que cet ouvrage a été composé par
votre malheureux arni, au sortir d'un
naufrage où toute sa fortune a été --- Page 348 ---
1).. engloutie , tous ses effets volés, tous
ses écrits perdus et sa vie en un grand
danger. Ce sont pourtant les circonstances, dans lesquelles j'ai pu ébaucher
cette faible esquisse. Le Caboteur Anglois qui nous a sauvés de Mogàne ,
nous a jettés ici,. Dans cet effroyable
désastre, j'ai regardé comme un bonheur d'être débarqué au Limbé. L'infortuné n'a point d'agile-qui lui soit
plus sacré que le temple de l'amitié.
le me suis retrouvé dans l'habitation
de vos respectables parens , accueilli ,
soigné y consolé, comme le seroit un
enfant dans sa propre famille. Mes
larmes n'ont pas coulé seules. Mon
ami , vos dignes parens étoient plus
désolés , plus troublés que nzoi-même.
Il n'y avoit pas quinze jours qu'ils
pi'avoient vu- partir pour France. --- Page 349 ---
"i aij Dieu ! quelle terrible nouvelle , quand
on leur annonça. , le z5 Septembre
dernier, que j'étais à l'Embarcadaire ,
presque, nu , dépouillé de tout , brûlé
de trois coups de soleil ! Quel attendrissement , lorsque je pus parler, et
leur conter , à mots rompus , une
partie de mon histoire ! Il faudrait un
volume , pour ces détails affreux , et
les horreurs particulieres dont j'ai seul
été la victime., passent toute croyance.
Les compagnons de mon naufrage ont
erré, comme moi, sept jours entiers,
sept nuits entieres , sur les rochers
déserts de cette isle maudite. Nous
passions tous les jours , sans boire et
sans manger, et les nuits, couchés sur
la dure, en proie aux légions d'insectes
que le climat produit. Mais seul de tous
mes compagnon, j'ai été enfermé et --- Page 350 ---
iv à demi-noyé dans ma chambre , à
bord du navire } depuis onte heures
et demie que l'échouement eut lieu, dans
le fort de la nuit, jusqu'à quatre heures du matin. Jugez, mon cher ami ,
des transes , des affres mortelles où
j'ai été près de cinq heures , ne pouvant m'échapper , n'espérant plus aucun secours , et attendant à chaque
instant le dernier de tous mes instans,
au milieu des secousses et des craquemens convulsifs du vaisseau couché
sur le roc et dans lequel l'eau de la •
mer s'engouffrait de tous les côtés.
C'est un prodige inconcevable , qu'avec
ma constitution dès longtems affaiblie,
et dans l'état d'épuisement que deux
années de fièvre m'ont occasionné ,
j'aye pu résister à tant de chocs si
douloureux > marcher, tout frêle que je
de tous mes instans,
au milieu des secousses et des craquemens convulsifs du vaisseau couché
sur le roc et dans lequel l'eau de la •
mer s'engouffrait de tous les côtés.
C'est un prodige inconcevable , qu'avec
ma constitution dès longtems affaiblie,
et dans l'état d'épuisement que deux
années de fièvre m'ont occasionné ,
j'aye pu résister à tant de chocs si
douloureux > marcher, tout frêle que je --- Page 351 ---
v a 111 suis sur les rocs pointus de Mogane y
y faire par jour plusieurs lieues, sans
bas et sans souliers , et ne pas succomber à la faim et au désespoir.
Cest ce que je ne. puis comprendre.
Je conçois un peu mieux comment ,
depuis mon arrivée sur cette terre hospitalière , j'ai pu recueillir mes idées
et composer cette harangue pour la
Rentrée de la Cour. D'une part , voulant me distraire du sentiment cruel de
mes malheurs et de mes pertes , je n'avois rien de mieux à faire que d'occuper ma tête et d'exercer ma plume.
D'ailleurs , je vous l'ai dit j'ai trouvé
dans votre famille des consolations ,
qui ont aisément pénétré jusqu'au fond
de mon cœur. Dans une retraite si
chere , je me suis rappelle les sujets de
nos entretiens en des tems plus heu— --- Page 352 ---
vi reux, lorsque nous méditions les principes de notre état. Et c'est un de ces
entretiens , qui m'a fourni Vidée du
Discours que je MOUS envoye. C'était
ici, mon cher ami , que nous lisions
iin jour ensemble les essais de Montaigne. Nous fumes frappés l'un et
Vautre de ses remarques sur les Lois >
surtout de ce qu'il dit, avec tant de
raison, qu'il y .a plus de Lois en France
que dans tout le reste du monde.
Nous prenions de-là notre texte, pour
désirer un bon ouvrage sur l'étude des
Lois. Et c'est le plan de cet ouvrage
que j'ai osé tracer. Vous n'ave{ pu
être témoin du bon effet que mon Discours me semble avoir produit , puisque vous n'étiez pas à l'ouverture des
Séances. Je .ne m'aveugle point sur le
prix de cette harangue. Mais si ce n'est --- Page 353 ---
vii un bon morceau-, c'est un morceau fort
singulier > par l'état où étoit l'Auteur ,
lorsqu'il s'en occupait. Je le compare
à ces tableaux , que des Peintres privés par la paralysie de l'usage de leur
main droite, ont travaillés de la main
gauche. On leur sait gré de cet effort.
C'ist ce qui m'a valu l'indulgence de
mes Confreres et les suffrages du Public.
Vous en jugere'{, mon ami, et vous êtes
bien digne de prononcer sur ces matières. Car vous aimez les livres et ne ressemblet point à ces Magistrats , ennemis des lettres et des connoissances y
qui semblent regarder comme un titre
à leurs dignités, l'ignorance honteuse
de la bonne littérature. Lorsque; vous
m'aurez lu , je vous serai très-obligé
de faire parvehtf tette copie de mon.
Discours à votre illustre Ami y qui.
mon ami, et vous êtes
bien digne de prononcer sur ces matières. Car vous aimez les livres et ne ressemblet point à ces Magistrats , ennemis des lettres et des connoissances y
qui semblent regarder comme un titre
à leurs dignités, l'ignorance honteuse
de la bonne littérature. Lorsque; vous
m'aurez lu , je vous serai très-obligé
de faire parvehtf tette copie de mon.
Discours à votre illustre Ami y qui. --- Page 354 ---
viij est maintenant à Paris , et j'accompagnerai cet envoi de ma Prose, des
mêmes vers qu'Ovide adressoit à son
livre : Parve, nec invideo , sine nie ? Liber ?
ibis in Urbem! Cette élégie d'Ovide m'a paru contenir tant de passages analogues à ma
position, et sous çe point dç vue , elle
m'a tellement touché , que j'ai essayé
de la rendre ou de l'imiter librement. Voici donç , mon 4mi x a-peu-près
ce que ce Poète mettoit à 'la tête de$
Tristes. C'est la Préface naturelle d'un
écrit composé par un infortuné, que
ri?a pu revoir sa patrie au moment ou
il s' en flattait } et qui n'existe plus
, que par des souvenirs, --- Page 355 ---
OVIDE A SON LIVRE. ( Pnmiere Élégie des Tristes, ) A 1 N s 1 donc, 6 mon petit Livre, Tu vas dans la grande Cité , Où ton Auteur envain cité, N'a point le bonheur de te suivre ! Pars, sans atours et sans orgueil :
L'exil veut que l'on soit modeste. Mes vers , dans mon état funeste , Comme moi, doivent être en deuil. (h De la pourpre , en ta reliure 7 Ne fais pas briller la couleur, L'éclat de cette couverture
Ne siéroir point a mon malheur, D'une peinture somptueuse
Autour d'un cèdre précieux , Garde toi bien d'offrir aux yeux
L'enveloppe trop fastueuse. Aux livres heureusement nés Ce luxe est dû , comme un hommage ;
Mais toi , tu dois garder l'image
De mes destins infortunés, --- Page 356 ---
X La triste main qui te recueille
Ne songe pas à te polir. J'assemble au hasard chaque feuilÎe;
Sans la rogner, ni l'embellir. Surtout, ne conçois point d'allarmes
D'avoir tant de mots effacés : Tes ratures disent assez
Qu'elles sont le fruit de mes larmes; 0 men livre , enfin donc tu vas
Saluer la Ville si chèfe 1 Qu'il ne m'est plus permis, hélas 5
De visiter d'autre maniere. De ses généreux habitans , Si quelques-uns me sont fidéles ;
Si, malgré l'absence et le tems ,
On s'informe de mes nouvelles ; Répons que je vis en effet , Mais que mon malheur est extrême J
Quoique mon existence même
D'un Dieu soit encor le bienfait. Surtout ne dis pas autre chose ?
Voulut-on te faire parler. Le silence que jev t'impose, Songe à ne pas le violer. --- Page 357 ---
Xl Ne ,vas pas, des torts que j'expie,
Avertir un malin lecteur , Et réveiller sur ton Auteur
La rumeur publique , assoupie. Si la dent des Censeurs te mord,
Ne cherche pas à t'en défendre : ■<
Quand on a tort, il faut se rendre ;
Plaider , c'est aggraver son tort.
ne dis pas autre chose ?
Voulut-on te faire parler. Le silence que jev t'impose, Songe à ne pas le violer. --- Page 357 ---
Xl Ne ,vas pas, des torts que j'expie,
Avertir un malin lecteur , Et réveiller sur ton Auteur
La rumeur publique , assoupie. Si la dent des Censeurs te mord,
Ne cherche pas à t'en défendre : ■<
Quand on a tort, il faut se rendre ;
Plaider , c'est aggraver son tort. Peut-être qu'un lecteur sensible
Me donnant des soupirs secrets, Ne pourra, d'un œil inflexible ,
.Voir le tableau de mes regrets. Si nul jaloux ne l'espionne , Alors , ce lecteur généreux
Au Ciel tout bas fera des vœux ,
Afin que César me pardonne. Ah ! quel qu'il soit, qu'il soit heureux î
Qu'il soit heureux , celui qui pense
Qu'on honore surtout les Dieux ,
Quand on invoque leur clémence. Puissent ces Dieux me secourir !
Et puisse , au foyer de mes peres ,
César , fléchi par mes misères ,
Me permettre d'aller mourir ! --- Page 358 ---
,xiJ Peut-être aussi. que des suffrages y Mon livre , tu seras privé, Et par la critique trouvé
Fort au-dessous de mes ouvrages. Mais, qui veut juger nos écrits, Doit-il en oublier l'époque ? Tel livre, d'un prix équivoque, Aux circonstances doit son prix. > Les beaux vers sont des fleurs écloses \
Sous un ciel paisible et serein : Et comment, sous un ciel d'airain *
Aurois-je pu cueillir des roses.! Le loisir dicte les beaux vers Dans une douce solitude : Et moi, je me livre à l'étude ' s
Sous les glaçons des noirs hivers. I Les beaux vers veulent un génie Que rien n'allarme et ne distrait : Moi, j'écris sous un glaive , prêt
A trancher le fil de ma vie. Mon livre , à des juges sensés y
Offre-toi , malgré ta foiblesse. Va ! quelque faute qui les blesse , Ils en seront moins offensés. --- Page 359 ---
xiii - Qu'on me donne' Homère lui-même
En proie aux maux que j'ai soufferts !
Homère et son esprit suprême
Céderont au poids des revers. Libre du souci de la gloire, Mon livre , quand tu seras lu , Ne rougis point, si l'on peut croire
Que ta lecture aura déplu. Non. Les destins, dans leur colere
Ne m'ont pas assez bien traité , Pour me laisser la vanité
De prétendre que tu dois plaire. Plus heureux, j'eus l'ambition
Des honneurs de la renommée ? Et l'amour de cette fumée
Fut ma premiere passion. Maintenant, je devrÓis sans doute }
Détester un art qui m'a nui. Si je le cultive aujourd'hui, C'est beaucoup , vu ce qu'il me coûte. Va , puisqu'il t'est permis à toi, Va voir les lieux qui m'ont vu naître:
Ah ! pourquoi ne peux-tu pas être
L'ouvrage d'un autre que moi ? --- Page 360 ---
xiv De cette rive %i lointaine ,
Jusqu'à Rome enfin parvenu,
Dans cette Ville souveraine , Ne crois pas rester inconnu. Aux lecteurs, sans que je me nomme y
Ton style va me dévoiler. Tu voudrais, envain me celer ;
On me devinera dans Rome. N'y parois que discrettement , Tremble que mon nom ne te nuise.
Je ne sais plus en ce moment
Si le public me favorise, A ceux dont la sombre hauteur
Voudroit te juger , sans te lire ,
Et se hâter de te proscrire
Sur le nom seul de ton Auteur :
Dans cette Ville souveraine , Ne crois pas rester inconnu. Aux lecteurs, sans que je me nomme y
Ton style va me dévoiler. Tu voudrais, envain me celer ;
On me devinera dans Rome. N'y parois que discrettement , Tremble que mon nom ne te nuise.
Je ne sais plus en ce moment
Si le public me favorise, A ceux dont la sombre hauteur
Voudroit te juger , sans te lire ,
Et se hâter de te proscrire
Sur le nom seul de ton Auteur : Tu diras : regarde£ mon titre ;
Je n'enseigne plus l'art d'aimer.
Mon Auteur a . sur ce chapitre >
Eu le tems de se réformer. Peut-être, en ton audace extrême,
Attens-tu que j'ose, en ce jour,
T'élevant jusqu'à César même,
T'enhardir d'aller à la Cour,. --- Page 361 ---
xv. S'il faut en dire ma pensée ,
J'adore l'Olympe et ses Dieux ;
Mais c'est delà, mais c'est par eux .
Que la soudre me fut lancée. L'olympe a des Divinités
Qui respirent la bienfaisance. J'ai longtems chéri leur présence ;
Mais je crains les Dieux irrités. Sans doute , aux foibles tourterelles
Qu'une fois blessa l'épervier , Il est permis de s'effrayer
Du moindre bruit que font ses ailes; L'agneau par bonheur échappé
De la dent des loups en furie,
D'une juste terreur frappé , Ne quitte plus la bergerie. Si Phaëton vivait encor ^ Il fuiroit des honneurs funestes ; Il craindroit ces coursiers célestes
Dont il ne put guider l'essor. De Jupiter ainsi la foudre M'a laissé la peur de ses traits: Il ne tonne plus désormais
Que je ne tremble d'être en poudrer --- Page 362 ---
xvj Qu'un Pilote ait pu se sauver
Des noirs écueils de Capharée , Il se garde bièn de braver
Cette mer aux Autans livrée. Et moi, dont le vaisseau léger
Fut battu d'un si grand orage , Aux lieux témoins de mon naufrage
Je n'ai garde de naviger. Sois donc plus discret, ô mon livre !
De loin regarde les grandeurs.
Crains leur approche et ne te livre
Qu'à l'ordre moyen des lecteurs. Icare prit un vol sublime ; Ses ailes n'y suffisoient pas ; Icare tomba dans l'abyme
Qui prit son nom de son trépas. Mais si les vents étoient propices;
Devrois-je alors t'intimider ? Le tems , le lieu , d'heureux auspices
Auroient droit de te mieux guider. Si tout paroît calme et tranquile $
Mon livre, si tu peux saisir
L'heure d'audience facile
De la clémence et du loisir 5 Si --- Page 363 ---
.vij b Si quelqu'un t'accorde la grâce
De te servir d'introducteur , S'il se charge de ta Préface , Ose suivre ton protecteur. Alors, plus heureux que ton Maître,
Profite d'un si doux moment, Et tâche , en te faisant connoître,
De faire cesser mon tourment. Un seul, dans les maux que j'endure ,
Un Dieu seul peut me secourir.
L'Achille qui fit ma blessure
Est celui qui la doit guérir. Tremble qu'une vaine apparence
Ne me perde , aulieu de m'aider :
Car dans mon ame l'espérance
A la crainte est prête à céder. D'une colere qui repose Ne vas pas réveiller les coups , Et ne sois pas une autre cause
Qui rende aux Dieux tout leur courroux.1 Lorsqu'au sein de mon domicile
On aura pu te recevoir,
Dieu seul peut me secourir.
L'Achille qui fit ma blessure
Est celui qui la doit guérir. Tremble qu'une vaine apparence
Ne me perde , aulieu de m'aider :
Car dans mon ame l'espérance
A la crainte est prête à céder. D'une colere qui repose Ne vas pas réveiller les coups , Et ne sois pas une autre cause
Qui rende aux Dieux tout leur courroux.1 Lorsqu'au sein de mon domicile
On aura pu te recevoir, Et là , pour ton dernier asile,
T'assigner le coin d'un tiroir : --- Page 364 ---
xviij Tu verras là nombre de freres J
Ainsi que toi ; tous mes enfans,
Rangés, suivant l'ordre des tems ,
Dans mes archives littéraires. La plupart, du Peuple approuvés )
Peuvent à son regard propice ,
Étaler leurs titres gravés
Au devant de leur frontispice. Trois autres se font renfermer
Sous une clé. trop peu fidèle , Et le Public , en dépit d'elle , Sait trop qu'ils montrent l'art d'aimer; Tu dois éviter ces perfides ; Tu dois leur donner à tous trois, ( Si l'on peut entendre ta voix )
Le nom des fameux parricides. Si mon destin peut te toucher,
Songe qu'ils ont perdu leur pere.
Aucun d'eux ne doit t'attacher ,
Quoiqu'il enseigne l'art de plaire, Quinze autres , tes frères aines , Peignant le changement des choses,
Sont les chants des métamorphoses
Qu'a. périr j'avois condamnés. --- Page 365 ---
xix Tu leur diras que le plus ample
De tous leurs changemens divers,
Le cede au funeste revers
Dont ma fortune est un exemple.' Elle eut le front couvert de fleurs J
Les yeux gais, la mine riante ;
En un moment, cette inconstante
N'a plus que soupirs et que pleurs. J'aurais , si tu voulois m'entendre ^
D' autres ordres à te donner. Mais je crains de te faire attendre:
C'est trop ici t'emprisonner. De tout ce qui me reste à dire
Si tu devais être chargé , Tu serais si fort allongé
Qu'un courier n'y pourroit suffire»' Hâte-toi. Loin de ces déserts ,
Va, mon livre , dans ma Patrie».
Pour moi, je traînerai ma vie
A l'autre bout de l'univers. --- Page 366 --- --- Page 367 ---
A DISCOURS SUR LES ÉTUDES DU MAGISTRAT, PRONONCÉ AU CONSEIL DU CAP,
L E 5 OCTOBRE 1786. MESSIEURS, L ES Orateurs fameux qui ont honoré
dans les Cours la carrière épineuse ou
nous osons les suivre , ont épuisé depuis longtems presque tous les aspects
sous lesquels on peut présenter la
morale du Magistrat. Dans leurs discours sublimes , tous présens à votre
pensée, ils ont détaillé tour - à - tour
les divers caractères auxquels on reconnoît l'intégrité des juges et les
divers obstacles qu'elle doit surmonter. Ainsi, d'une part, le courage, le --- Page 368 ---
[texte_manquant] désintéressement, la fermeté , l'attention, le zèle et l'assiduité, ont reçu
la couronne qui leur est si bien dueDe l'autre, la prévention, la foiblesse et les vices qu'elle traîne à sa
suite, la négligence et ses malheurs,
l'esprit personnel et ses crimes, ces
monstres ennemis de l'ordre et destructeurs de la justice , ont été immolés à la gloire du Magistrat.
Page 368 ---
[texte_manquant] désintéressement, la fermeté , l'attention, le zèle et l'assiduité, ont reçu
la couronne qui leur est si bien dueDe l'autre, la prévention, la foiblesse et les vices qu'elle traîne à sa
suite, la négligence et ses malheurs,
l'esprit personnel et ses crimes, ces
monstres ennemis de l'ordre et destructeurs de la justice , ont été immolés à la gloire du Magistrat. Dans ce champ moissonné par tant
d'autres mains plus habiles, que restet-il a recueillir ? Mais nous croyons trouver dans cet
embarras même , la source d'un sujet
nouveau, digne d'être traité avec plus
d'importance ; qu'il nous suffira cependant de vous faire entrevoir , pour
vous mettre a portée de suppléer par
vos lumières à l'ébauche imparfaite
que nous aurons tracée. Jugez-en , Messieurs , il s'agit des
études du Magistrat. --- Page 369 ---
A z Ecartons , avant tout, la ressemblance dangereuse que l'on pourroit
saisir entre la question des études du
Magistrat , et le discours sur la science , chef- d'oeuvre inimitable de cet
homme immortel , dont le nom est
pour ses lecteurs le nom même de
l'éloquence , comme il fut pour les
Tribunaux le nom même de la vertu,
Oui, Messieurs , d'A guesseau a dit
aux Magistrats ce que la science est
pour eux , et ce qu'ils sont sans la
science. Il l'a dit, ce seroit une espèce
de sacrilége d'oser le redire après lui. Nous ne commettrons point le cri-*
me de toucher à l'ouvrage de ce grand
orateur : nous nous appuyons au contraire , sur cette vérité qu'il a mise
dans tout son jour. Et de la démonstration de la nécessité de la science ,
nous passerons à la recherche des vrais
moyens de l'acquérir. Nous savons que dans l'origine , --- Page 370 ---
chez des peuples encore simples, quand
les juges n'étoient que peres de famille , que les loix et les différens
étoient en petit nombre , le mérite
du Magistrat devoit consister seulement dans les qualités de son cœur.
Il pou voit n'être pas question d'études , ni d'esprit, pour former un bon
juge. C'est en ce sens et dans ces tems
que l'équité suffisait seule , que l'amour de la vérité tenoit lieu de toute
science, et qu'on pouvoit avec honneur s'asseoir et opiner dans le conseil
des juges, avec le seul secours d'un
sens droit et d'un cœur honnête. Mais aujourd'hui , Messieurs , ces
qualités si précieuses ont besoin de se
joindre à des lumieres non moins
rares. Les problêmes de la justice sont
devenus si compliqués ; et l'intrigue
et la fraude se couvrent de tant de
nuages ; la perfection même de la --- Page 371 ---
A 3 société , des arts et des esprits , a
tellement croisé les intérêts divers , et tellement multiplié les semences de
la discorde ; à tant d^bus , à tant de
vices qui renaissoient les uns des autres , il a fallu , de jour en jour ,
opposer tant de règlemens ; la nature
elle-même subit tant de métamorphoses et produit tant de nouveautés, *
suivant l'expression des loix , qu'à
mesure que les états ont suivi la marche des siècles , leur législation est
devenue avec le tems un labyrinthe
immense, tortueux difficile. Il ne--
peut plus être permis de; sJengager
dans ce dédale , sans en avoir connu
et pratiqué tous les détours. Les meilleures intentions, la probité la plus
austère ne garantiroient pas des pièges
de l'erreur.
amorphoses et produit tant de nouveautés, *
suivant l'expression des loix , qu'à
mesure que les états ont suivi la marche des siècles , leur législation est
devenue avec le tems un labyrinthe
immense, tortueux difficile. Il ne--
peut plus être permis de; sJengager
dans ce dédale , sans en avoir connu
et pratiqué tous les détours. Les meilleures intentions, la probité la plus
austère ne garantiroient pas des pièges
de l'erreur. Multis undique natura novitatibus utitur. Nov.
84. Justinien a dit ailleurs : Multas cnim formas edere
natura novas deproperat. - --- Page 372 ---
Ce n'est donc pas pour vous assez
de vos vertus , et pour être un bon
juge, il faut être un juge éclairé. Mais quelles sont ces connoissances,
quelles sont les études, dont le flambeau doit luire devant le Magistrat ? Le même d'Aguesseau en a tracé
l'esquisse, dans une double instruction
destinée à l'un de ses fils, qui devoit
s'essayer dans le ministère public. Le cadre en est si vaste, que l'œil
qui le mesure en est épouvanté. Cependant, de l'aveu de l'illustre
auteur même, le cadre n'en est pas
complet. Et loin que son exactitude
l'ait porté à exagérer le fardeau des
devoirs , son indulgence paternelle en
,a plutôt restreint et adouci le poids. Ce n'est même qu'une partie des
études du Magistrat. D'Aguesseau ne
songeoit qu'à fixer la mesure des travaux imposés à notre ministère , auprès d'un siége inférieur. Et notre --- Page 373 ---
A ,I. ministère , quelqu'étendu qu'il soit ,
même en premiere instance , n'embrasse dans ce cas qu'une partie de
la carriere ouverte aux Magistrats. Nous suivrons donc une autre marche, qui nous est indiquée par la nature même du sujet de notre Discours. A cet égard, Messieurs, notre siècle
est moins avancé que ne le feroit espérer le progrès des lumières et la
multitude des livres. Il n'est point de
science qui n'ait de nombreux élémens ; point de profession que l'on
n'ait réduite en système; point d'état,
si borné qu'il soit, dont quelque traité
spécial ne donne les principes et ne
facilite les règles. Les études du magistrat sont les seules, jusqu'à présent,
que l'on n'ait pas même effleurées. Ce seroit le sujet d'un livre; mais
nous ne faisons qu'un discours, et
nous ne pouvons qu'indiquer le titre
des chapitres dont ce livre seroit for- --- Page 374 ---
mé, s'il se trouvent un homme en état
de le faire avec le même soin qu'en
apporta Fleuri au traité du choix des
études. * Les études du magistrat nous paroissent, Messieurs, avoir deux objets
principaux. Ou bien elles. lui sont communes avec
les autres citoyens jaloux de s'éclairer, et ne tiennent, par conséquent,
que d'une maniere indirecte à l'essence de son état. Ou elles lui sont
spéciales, et tiennent à son état même. Les études communes sont celles qui
forment et perfectionnent à la fois l'esprit et le cœur, qui complettent l'ouvrage de l'éducation classique, achè- * Ouvrage de l'abbé Fleury , publié en 1688 , et
qui n'est pas ausssi connu et aussi lu qu'il devroit
l'être, suivant M. de Marmontel. L'auteur en donnoit
un extrait, dans le livre qu'il avoit préparé ( avant son
malheureux naufrage ) sous ce titre : Table des arti.
cles qui manquent à l'Encyclopédie.
prit et le cœur, qui complettent l'ouvrage de l'éducation classique, achè- * Ouvrage de l'abbé Fleury , publié en 1688 , et
qui n'est pas ausssi connu et aussi lu qu'il devroit
l'être, suivant M. de Marmontel. L'auteur en donnoit
un extrait, dans le livre qu'il avoit préparé ( avant son
malheureux naufrage ) sous ce titre : Table des arti.
cles qui manquent à l'Encyclopédie. --- Page 375 ---
vent un homme privé, et préparent
d'avance, dans un homme public, le
sens supérieur et l'héroïque probité
qui doivent le caractériser. Le bon
sens ordinaire, la probité vulgaire ne
lui suffisent pas. Elevé au-dessus des
autres citoyens par un rang éminent,
il dégrader oit sa noblesse, s'il n'ajoutoit à son éclat par le mérite personnel
dont l'étude des belles-lettres fait une
si grande partie. Ce sont les lettres qui distinguent
les nations civilisées d'avec les peuplades barbares. On ne saur oit voir sans
frémir dans les archives de l'histoire,
le tableau atroce et fidele des siècles
d'ignorance. On détourne les yeux de
ces peintures dégoûtantes, et l'on est
pénétré de la raison profonde de ce
peuple ancien, dont la loi n'imposoit
aux malheureux vaincus d'autre peine
que la défense de former leurs enfans
à la connoissance des lettres. --- Page 376 ---
Nous avons dit que ces études ne
frappoient pas directement sur l'essence
de notre état. En effet, elles appartiennent à chaque état et à chaque homme.
Ce sont les instrumens qui servent à
tous les esprits , pour cultiver leurs
facultés, les déployer et les étendre :
mais ces instrumens mêmes, appliqués à vos fonctions, doivent y être
appropriés d'une maniere spéciale,
pour que le Magistrat s'en serve avec
plus de succès. Eclaircissons cette pensée par quelques exemples choisis dans la foule des
connoissances qu'on peut nommer préparatoires. Nous avons distingué deux espèces
d'études ou d'instructions de ce genre.
Celles qui ont trait à l'esprit: celles qui
ont rapport au cœur. Dans les unes et dans les autres, tout
ce qui tend à la justesse, ainsi qu'à la
droiture, appartient plus naturellement --- Page 377 ---
II au plan qui nous occupe. Ainsi, Messieurs, relativement à l'esprit, Fétu de
la plus convenable aux ministres de la
justice sera celle de la logique et des
mathématiques. Quant au coeur , les
plus nécessaires seront la morale et
l'histoire. Entrons dans le détail. Nous prenons ici la logique dans
un sens étendu , qui comprend à la
fois et la dialectique , et la métaphysique. Ce n'est pas donner à ce mot
une trop grande latitude. Ce n'est que
rapprocher des connoissances qui se
tiennent, et qu'on a tort de séparer. Nous estimons aussi que la morale
enferme dans son domaine naturel,
presque toute la politique et presque
tout le droit public. C'étoit l'idée de
Locke, lorsqu'il divisoit les sciences
en philosophie naturelle, philosophie
morale, philosophie logique.
comprend à la
fois et la dialectique , et la métaphysique. Ce n'est pas donner à ce mot
une trop grande latitude. Ce n'est que
rapprocher des connoissances qui se
tiennent, et qu'on a tort de séparer. Nous estimons aussi que la morale
enferme dans son domaine naturel,
presque toute la politique et presque
tout le droit public. C'étoit l'idée de
Locke, lorsqu'il divisoit les sciences
en philosophie naturelle, philosophie
morale, philosophie logique. Cela posé, Messieurs ; la logique --- Page 378 ---
est l'art de penser, de fixer la valeur
des mots, de décomposer les idées,
de pèser les perceptions, de juger les
raisonnemens, de comparer entr'elles
les objections et les preuves ; d'arriver
en un mot, de conséquence en conséquence, jusqu'à la vérité. Cet art passoit jadis pour une étude
difficile, vain aliment de la dispute,
parce que ses préceptes, trop nombreux , trop confus, n'étoient, pour
ainsi dire, qu'une collection d'enigmes, un tissu de sophismes, une charlatanerie savante, ou plutôt pédantesque. Dans cet état, l'étude devoit
en être ensevelie dans la poussière de
l'école, et c'eût été un grand malheur de le transporter au barreau, où
- les logomachies ne sont déjà que trop
en vogue.. Mais il faut l'avouer. La philosophie a changé la face de cette science.
Ramus fut le premier qui attaqua --- Page 379 ---
i3 l'idole de l'aristôtélisme. Et le nouvel
organe, du chancelier Bacon; les méditations et la méthode de Descartes ; et les livres de Port royal (quoiqu'ils fussent encore trop remplis
d'Aristote) et les essais de Locke, et
les traités de Condillac * éclairant successivement les opérations de l'ame
et la marche longtems douteuse de
notre entendement humain , ont fait
de la logique l'instrument de la vérité,
de l'évidence et du bon sens. Cet instrument est nécessaire dans
toutes les conditions. Il l'est surtout
aux Magistrats. Car dans quel autre état auroit-on
plus besoin d'apprendre à reconnoître
les sources de l'erreur ? a rectifier ses * On pourroit ajouter à ces divers ouvrages la médecine Je l'esprit, ouvrage latin de Tschirnaus , et
le Traité de Werénfels sur les Logomachies , ou disputes de mots : deux écrits excellens et qui auroient
bien mérité d'être mis en françois. --- Page 380 ---
i4 idées ? à définir sans cesse tout ce
qu'on veut comprendre? à se rendre
jraison de toutes ses pensées, et enfin
a se préserver des subtilités du mensonge et des piéges de l'esprit faux ?
La passion et l'intérêt assiègent sans
relâche toutes les avenues qui menent
au temple des loix. La passion et l'intérêt ont l'art de mettre en œuvre les
sophismes les plus puissans, les détours les plus captieux, les adresses
les plus profondes. Chaque plaideur
soutient que la raison , que k droit,
que la vérité parlent en sa faveur. Chacun les cite et les appelle au secours
de sa cause. Chacun s'en prévaut tourà-tour. C'est une arme à plusieurs tranchans, * si l'on ose le dire, qui sert
passion et l'intérêt ont l'art de mettre en œuvre les
sophismes les plus puissans, les détours les plus captieux, les adresses
les plus profondes. Chaque plaideur
soutient que la raison , que k droit,
que la vérité parlent en sa faveur. Chacun les cite et les appelle au secours
de sa cause. Chacun s'en prévaut tourà-tour. C'est une arme à plusieurs tranchans, * si l'on ose le dire, qui sert * On prête à Louis XII une comparaison moins
noble , mais beaucoup plus expressive. Il disoit que les
loix étoient pour les Jurisconsultes ce qu'est le cuir
aux cordonniers. Si le cuir est trop court, et s'il est
trop épais , les cordonniers, avec leurs dents , le ti- --- Page 381 ---
i5 dans le même combat a tous les combattans. Dans cette incertitude , le
juge qui doit prononcer ne sauroit
être trop habile. Qu'un défaut de justesse est terrible , en effet , dans l'exercice d'un
état, ou les moindres erreurs ont une
si grande influence ! Il n'en est pas
ici d'un raisonnement vicieux comme
dans les disputes et les systêmes ordinaires. Presque par-tout ailleurs, les
erreurs sont indifférentes. Mais pour
vous, Magistrats , frémissez à la vue
du danger qui vous environne ! Vos
suffrages font les arrêts. Vos opinions
sont des loix. Un seul faux argument
ruine, deshonore , assassine des citoyens. Oui, Messieurs, il les assassine. rent, rallongent , le tournent suivant leur volonté.
Ainsi les Juristes étendent et contournent les loix suivant le besoin de leur cause. Personne n'ignore le
mot de notre grand Roi Henri IV, après avoir oui
plaider deux fameux Avocats. t --- Page 382 ---
16 , Car les tuer de guet-apens 3 eu causer leur trépas par votre négligence,
ce sont deux crimes presque égaux ,
du moins aux regards de la loi. Quelque indulgente qu'elle soit, elle n'excuse point, par la foiblesse humaine y
l'impéritie qui tourne au péril de l'humanité. * La fortune , l'honneur, la
vie, la vie de vos semblables , quelquefois le salut public , tout cela tient
a vos pensées. La logique la plus savante ne le sera jamais assez pour rassurer vos consciences contre les risques infinis d'un mauvais syllogisme,
ou d'une fausse induction. C'est donc à vous , Messieurs , de
désirer que Locke ait eu raison de
soutenir que l'on peut démontrer les
règles * Nihil interest occidat quis , an causam mortis -
prœbeat. ( L. 15. if. ad. L. Cor. de Sic.) Prœtextu humanœ fragilitatis , delictum decipientis , in periculo hominis , innoxium. esse non débet.
( L. 6. $ 7. ff. de off. Près. ) --- Page 383 ---
B
vous , Messieurs , de
désirer que Locke ait eu raison de
soutenir que l'on peut démontrer les
règles * Nihil interest occidat quis , an causam mortis -
prœbeat. ( L. 15. if. ad. L. Cor. de Sic.) Prœtextu humanœ fragilitatis , delictum decipientis , in periculo hominis , innoxium. esse non débet.
( L. 6. $ 7. ff. de off. Près. ) --- Page 383 ---
B règles du juste et de l'injuste comme
les règles de l'algèbre. Heureusement > Messieurs y l'art du
raisonnement a trouvé de nos jours
un supplément et un appui dans la
science du calcul. L'étude des mathématiques, la plus propre de toutes à
la justesse de l'esprit, cette étude sévere et qui marche toujours sur la
route de l'évidence, cette étude vient
au secours de l'homme destiné à juger
les hommes. On n'a songé que tard à l'application
heureuse dont les mathématiques devenoient susceptibles , en leur soumettant les problêmes de la jurisprudence
ou de la politique. Platon et Aristote
n'avoient eu que le germe de cette
grande idée. De nos jours seulement
le calcul adapté par la. philosophie à la
législation même , a donné des résultats sûrs et des combinaisons profondes. Bernouilli, le premier, réduisit --- Page 384 ---
i8 en système les conjectures juridiques
sur la mort des absens. D'autres ont
soumis au calcul tous les hasards du
jeu, toutes les probabilités , tout jusqu'aux caprices de l'opinion même. *
Il est à souhaiter que cette méthode
nouvelle se propage et s^étende en-
, core, et que ce soit toujours par la
réunion d'une saine logique à la rigueur mathématique , qu'un jeune
Magistrat dispose son esprit à la recherche de la vérité. Qu'il raisonne
avec la premiere , et calcule avec la
seconde. Car raisonner et calculer ,
ce sont là les deux points sur qui roule
toute la vie , et principalement celle
du Magistrat. * * * Voyez l'ouvrage de M. le marquis de Condorcet
sur les probabilités. * * C'est le sens de ces vers du Sicilien Epfcarme ,
dans une comédie intitulée la République, ( en grec
Politeias. ) --- Page 385 ---
B2. Ce seroit peu pour lui de former
son esprit, s'il ne joignoit à ces études
un peu séches peut-être, les études
substancielles qui nourrissent le cœur. La premiere de toutes, celle qui lui
convient le mieux pour lui-même et
pour ses devoirs , c'est l'étude de l-a
morale, science malheureusement trop
négligée dans nos écoles , et sans laquelle néanmoins on ne seroit pas
digne du nom de Magistrat. Les principes de la morale sont les
sources de la justice , les fondemens
du droit, soit de celui de la nature,
soit de celui des nations , et les bcrses Junge cum ratione numcriitn y
Queis homo solis eget.
Vivimus ràtione numero que :
Hcec duo hominem sospitant.
Bien raisonner, bien supputer
C'est toute la philosophie : On ne doit cesser, dans la vie,
De réfléchir et de compter. --- Page 386 ---
%0 essentielles sur lesquelles repose tout
l'ordre social.
de la justice , les fondemens
du droit, soit de celui de la nature,
soit de celui des nations , et les bcrses Junge cum ratione numcriitn y
Queis homo solis eget.
Vivimus ràtione numero que :
Hcec duo hominem sospitant.
Bien raisonner, bien supputer
C'est toute la philosophie : On ne doit cesser, dans la vie,
De réfléchir et de compter. --- Page 386 ---
%0 essentielles sur lesquelles repose tout
l'ordre social. La morale spéculative apprend au
Magistrat à connoître les hommes et
leurs relations diverses. On sent que
cette connoissance doit être la premiere qu'exige l'exercice du droit de
les juger. La morale pratique dispose en même
tems le cœur du Magistrat à toutes
les vertus que suppose le sacerdoce
dont il doit être décoré. Je dis le
sacerdoce et je me sers ainsi de l'expression de la loi, qui, dans les fonctions des juges, voit quelque chose de
divin, et les appelle en conséquence
Prêtres de la justice, à l'exemple des
sages de la secte stoïque, surnommés
autrefois Prêtres de la vertu. Cette idée est sublime. Mais à cette
hauteur où elle vous élève, comment,
ô Magistrats, vous soutiendriez-vous,
çi vÓus n'étiez pas pénétrés des pré- --- Page 387 ---
B3 ceptes de la morale, c'est-a-dire, de
cette révélation naturelle, qui apprend
à l'humanité ses rapports , son but,
ses devoirs ; qui développe en nous
l'amour que nous avons pour la perfection ; qui nous fournit des armes
contre notre foiblesse ; et de. toutes
nos connoissances , est la seule , sans
contredit , qui rende l'homme plus
heureux en le rendant meilleur , en
éclairant son intérêt, en dirigeant ses
facultés , en épurant sa conscience ,
en le préparant, pour tout dire, à ce
que lui prescrit la révélation divine. Oui, Messieurs , c'est là proprement
la doctrine des Magistrats. Dépositaires et garants de l'ordre et du bonheur publics, vous êtes appellés, vous
êtes consacrés à faire respecter les
mœurs. La morale est votre science.
Vous réprimez tous ceux qui en enfreignent les maximes par des actions
violentes. Vous anéantissez tous les --- Page 388 ---
[texte_manquant] actes , toutes les stipulations , qui
répugnent aux bonnes mœurs. * Dans
les premiers mots de la loi , vous
trouvez les préceptes de la saine morale. Les préceptes du droit , ditelle , sont de régler sa vie , de ne
faire tort à personne et de rendre
à chacun le sien. * * Ailleurs , elle
vous dit que ce qui est permis n'est
pas toujours honnête. *** Ces leçons
de délicatesse que renferme la loi,
sont transmises par vous au reste des
humains : vos arrêts les forcent d'agir
conformément à ces principes. C'est à vous de fortifier la leçon
par l'exemple. C'est à vous de veiller
pour l'entretien du feu sacré ; et s'il * Omnia quce contra bonos mores vel in pactum
vel in stipulationem deducuntur f nullius moment
sunt. ( Cod. 1. 8. 1. I4. ) ** Juris prcecepta sunt hœc ; honestè vivere , alteram non loedere , suum cuique tribuere. ( L. 1O. $.
I. Æ. de Just. et jur. )
par l'exemple. C'est à vous de veiller
pour l'entretien du feu sacré ; et s'il * Omnia quce contra bonos mores vel in pactum
vel in stipulationem deducuntur f nullius moment
sunt. ( Cod. 1. 8. 1. I4. ) ** Juris prcecepta sunt hœc ; honestè vivere , alteram non loedere , suum cuique tribuere. ( L. 1O. $.
I. Æ. de Just. et jur. ) *** Non omne quod licet, honestum est. (L. 144.) --- Page 389 ---
*3 B4 venoit jamais à s'éteindre parmi les
hommes , dans ces tems de corruption
où la vertu semble les fuir, où pourroit-on la retrouver que dans le cœur
du Magistrat ? Parmi les gens du monde , un
homme sans morale peut être reçu
dans un cercle où tout le monde le
méprise. On l'admet en l'appréciant,
en le désignant même par ces épi—
thètes affreuses , qui attachent d'avance aux cœurs pervers la flétrissure des supplices infames dont ils
se rendent dignes. C'est une espèce
de justice , que l'opinion générale se
permet d'exercer sur le coupable qui
échappe à la vigilance des loix. Mais
si le défaut de morale excite tant
d'horreur dans un monde frivole et
qui n'a guère d'autre frein que celui
de la bienséance . que seroit - ce r
Messieurs , d'un homme sans morale
qui seroit par malheur revêtu du pou- --- Page 390 ---
H voir et placé sur les fleurs - de - lys ?
Comment pourroit - on appeller un
monstre de ce genre ! les mots manquent pour l'exprimer , et mon génie
épouvanté se refuse k chercher ceux
qui peuvent lui convenir. Notre siècle, Messieurs, n'a pas été
aussi fécond, ni aussi fortuné pour
l'étude de la morale que pour les au
tres connoissances. Le premier des
corps littéraires vient de l'avouer hautement dans le programme de ses
prix. * Il est bien étonnant que malgré les
lumières qu'une religion plus pure a
répandues sur nos devoirs et ,sur leur
vrai principe, on n'ait rien produit de
nos jours qui ne soit au-dessous des * L'académie de Dijon a couronné dès 1766 un
Traité élémentaire- de mqrale à l'usage des colléges ,
traité dans lequel elle avoit demandé que les devoirs
de l'homme envers la société , et les principes de
l'honneur et de la vertu fussent développés. --- Page 391 ---
M derniers discours de Socrate , des principes de Marc-Aurele et sur-tout du
livre admirable des offices de Ciceron,
qu'on peut appeller l'Evangile de la
loi naturelle. Socrate , Ciceron , Marc-Aurele ,
Messieurs, quels noms et quels exemples ! 0 ! Magistrats , de tels modeles
sont seuls dignes de vous. Ce n'est pas seulement à vos mœurs
personnelles que cette étude est consacrée. Elle doit vous apprendre aussi
à connoître les mœurs, les passions
et les penchans du reste des humains.
Elle doit vous donner la clef de leurs
affections diverses. Vous en avez
besoin, pour descendre au fond de
leurs cœurs et pour juger leurs actions. C'est une expérience qui vous
est nécessaire en entrant dans le Tribunal , et que la morale vous prête,
avant que l'âge vous la donne.
'est pas seulement à vos mœurs
personnelles que cette étude est consacrée. Elle doit vous apprendre aussi
à connoître les mœurs, les passions
et les penchans du reste des humains.
Elle doit vous donner la clef de leurs
affections diverses. Vous en avez
besoin, pour descendre au fond de
leurs cœurs et pour juger leurs actions. C'est une expérience qui vous
est nécessaire en entrant dans le Tribunal , et que la morale vous prête,
avant que l'âge vous la donne. A son défaut, Messieurs y les leçons --- Page 392 ---
t.6 de l'histoire peuvent vous éclairer : les
hommes ordinaires n'en ont pas un
si grand besoin. Mais la part que vous
devez prendre aux affaires publiques,
vous met dans la nécessité d'approfondir cette science. Nous sommes en ce genre infiniment plus riches. Nous avons aujourd'hui beaucoup d'ouvrages excellens
sur diverses parties d'histoire, ancienne
ou moderne, dont l'étude est indispensable pour tous les Magistrats qui
veulent connoître les hommes, les
siècles et les nations. Il seroit bien à desirer qu'un habile écrivain eut rempli en notre faveur le vœu que fait en général, pour
la perfection de tous les livres histo..
riques, le docte instituteur de l'Infant Duc de Parme. Le sage Condillac vouloit que l'on choisit dans les
vastes dépôts des annales du monde,
les faits particuliers, qui intéressent --- Page 393 ---
nommément telle ou telle profession.
On a déjà beaucoup d'histoires qui
ne parlent que des batailles , des guerres et des sièges, et qui sont des écrits
purement militaires. Pourquoi donc
n'en auroit-on pas, à l'usage des Juges, qui seroit purement civiles ? Le Clergé a cet avantage. On sait
que la lecture d'une histoire ecclésiastique , composée avec soin vaut le
cours de théologie le meilleur et le
plus complet. On pourroit dire aussi
que le livre dont nous parlons seroit
plus instructif que tous les systèmes
de droit en forme dogmatique. * * Un savant Allemand a donné en latin la Jurisprudence historique , ou Dissertation tendante à démontrer qu'une grande partie de la jurisprudence consiste moin& dans le raisonnement de la philosophie
que dans les connoissances qu'on tire de ^histoire
sur l'établissement, les progrès et la décadence des
loix et des usages. Ant. Schultingii Jurisprudentia
anti Justinianea } oratio de jurisprud. historien 1737 ,
in-4°. Le savant Vossius avoit brièvement énoncé --- Page 394 ---
0 combien seroit digne des méditations de tous les Magistrats, la suite
des portraits des célèbres législateurs
et des fameux jurisconsultes, dans
tous les temps , chez tous les peuples ! Quel magnifique ensemble résulteroit de ces tableaux, rangés suivant l'ordre des siècles ! Quelles hautes
leçons nous pourrions tous puiser dans
l'étude de ces modèles et que l'aspect
de ces grands hommes ainsi exposés
sous nos yeux, imprimer oit profondément dans l'ame d'un bon Magistrat le desir de leur ressembler ! * Je résiste, Messieurs, à la tentacette idée . en disant que la connoissance des antiquités romaines étoit la clef du droit. Etiam romance
antiquitatis notitiam vert dixeris incunabula jurisprudence?. ( De natur. art. 1. 2. c. 14. ) * J'ai eu en vue dans ce morceau, le beau passage
de Senéque sur la nécessité de se donner un grand
modèle j en présence duquel on croye être sans cesse :
aliquis vir bonus nobis eligendus est ac semper antè
oculos habendus , ut sic , tanquam illo spectante >
it la clef du droit. Etiam romance
antiquitatis notitiam vert dixeris incunabula jurisprudence?. ( De natur. art. 1. 2. c. 14. ) * J'ai eu en vue dans ce morceau, le beau passage
de Senéque sur la nécessité de se donner un grand
modèle j en présence duquel on croye être sans cesse :
aliquis vir bonus nobis eligendus est ac semper antè
oculos habendus , ut sic , tanquam illo spectante > --- Page 395 ---
tion de développer ce projet. Je sens
que sa beauté m'égareroit loin de mon
but. Je me hâte d'y revenir. Nous avons crayonné les études du Magistrat qui peuvent lui être communes avec les autres citoyens. Passons maintenant aux études qui sont
propres à son état. Deux considérations nous frappent
dans ces études spéciales de la magistrature. C'est qu'il en est de générales pour
tous les juges du royaume, et le détail en est immense. vivamus et omnia } tanquam illo videntc , faciamus.
( Senec. epist. 11. ) Et ce morceau de Ciceroft dans le discours pour
Archias : Quà scilicet illis imaginibus , non soliim
ad intuendum verum etiam ad imitandum propositis , animi mentesque civium , ipsâ cogitatione
hominum excellentium , conformentur. » Afin que
» ces portraits ne soient pas seulement offerts à
» notre vue , mais à notre imitation , et que les
» esprits et les cœurs des citoyens qui les contem-
» plent, s'élevent naturellement de la pensée de ces
» grands hommes au désir de leur ressembler. « --- Page 396 ---
3° Il en est de locales pour les juges
des Colonies , et le détail n'en est pas
moindre. Parcourons d'abord les premieres.
Ici, Messieurs, notre sujet, loin de
se retrécir, s'aggrandit devant nous.
Et l'horison qui se découvre ne permet pas à nos regards d'en déterminer
l'étendue , ni d'en appercevoir les bornes. Les premieres loix des Romains,
empruntées de celles des Grecs, étoient
gravées sur douze tables, que Ciceron mettoit au-dessus des écrits de
tous les philosophes, * et que Titelive regarde comme la source unique
de tout droit, public et privé. * * Les codes des peuples barbares ont
été renfermés depuis dans un volume * Legibus duodecim tabularum ex quibus reliquce
omnes fluxerunt , omnium philosophorum bibliotheca
superantur. ** Fontem omnispubliciprivcbtiquc juris. (Liv. 1.3.) --- Page 397 ---
3i unique et peu considérable , que des
enfans pouvoient écrire de leur main
et retenir par cœur. * Les peuples de l'Asie n'ont encore
aujourd'hui qu'un livre, et ce livre est
tout à la fois le dépôt de toutes leurs
loix religieuses,, politiques, et civiles,
et criminelles. Cette simplicité paroît digne d'envie. Le fameux Grotius en étoit si
frappé y que dans l'avant-propos de
l'histoire des Goths, des Vandales et
des Lombards, il n'hésite pas d'avancer que les codes des Visigoths ont
eu et mérité jadis une sorte de préférence sur le droit civil des Romains. Cette simplicité sans doute à de
grands avantages, avec des inconvé- * Il -en étoit de même à Rome des loix des douze
Tables, qu'Horace appelle les Loix Saintes. Ciceron
nous atteste que les enfans les apprenoient comme
un poëme nécessaire. Discebamus pueri duodecinz p
lit carmen necessarium, ( Cicer. de Orat. 1. I. )
rité jadis une sorte de préférence sur le droit civil des Romains. Cette simplicité sans doute à de
grands avantages, avec des inconvé- * Il -en étoit de même à Rome des loix des douze
Tables, qu'Horace appelle les Loix Saintes. Ciceron
nous atteste que les enfans les apprenoient comme
un poëme nécessaire. Discebamus pueri duodecinz p
lit carmen necessarium, ( Cicer. de Orat. 1. I. ) --- Page 398 ---
[texte_manquant] mens peut - etre aussi considérables.
Nous ne sommes plus guère à por
tée d'en juger ; nous en sommes trop
loin. Nous sommes mêmes parvenus
à l'extrêmité opposée. Ciceron, Pompée et César avoient
desiré tous les trois de' réduire les
loix romaines, dont l'amas monstrueux est si bien p«int par Tite-live *
un immense' fatras de décisions entassées les unes sur les autres. Tacite s'écrioit dans son style énergique : ce ne sont plus les crimes, ce
sont les loix qui nous accablent. * *
Dès le tems de Justinien, un philosophe assure qu'il y avoit de quoi
charger plusieurs chameaux du seul
texte des loix de ses prédécesseurs.
Rome avoit plusieurs codes , sans
compter * Cet historien appelle le droit romain : Immensum aliarum super alias acervatarum legum cumulum. * * Ut antea flagi.tiis 3 sic nunc legibus laboratur. --- Page 399 ---
c compter deux mille volumes des anciens Jurisconsultes, ou plus de trois
cent mille versets ou paragraphes,
ayant force de loi. Cet Empereur elifin fut si fort effrayé de cette masse
épouvantable de décisions souveraines,
qu'il y rêvoit sans cesse et qu'il en
perdoit le sommeil. Qu'auroit-il donc fait de nos jours,
s'il eût vu ce que plusieurs siècles
écoulés depuis lui ont ajouté à ce
cahos, dans lequel se perdoit alors
l'imagination! Qu'auroit-il dit, Messieurs, de voir le droit commun du
royaume de France forn1.é de l'assemblage des ordonnances de nos Rois,
d'une partie du droit romain , et des
textes mal combinés de cinq cent
cinquante coutumes ? . N'attendez pas, Messieurs, que je
dénombre ici h liste interminable de
nos diverses loix et l'innombrable catalogue des livres sur nos loix. Il fau- --- Page 400 ---
droit faire le détail d'une bibliothèque
entière : on a essayé ce détail dans
un livre moderne. Nous nous bornons à observer que l'auteur de ce
spicilége se contente de rapporter les
titres des livres choisis, regardes comme indispensables à tout élève du Barreau, et que ces titres imprimés en «
petit caractère, occupent un espace
d'un peu plus de cent pages, telles
ment qu'il n'est pas possible à la plus
robuste mémoire de retenir par cœur
le simple intitulé des ouvrages, indispensables aux ministres de la justice. Comme si c'eût été trop peu que
nos auteurs et nos recueils fussent
portés à un tel nombre, il falloit que
.pour le malheur de la jurisprudence,
tous ces auteurs et ces recueils, ou
du moins presque tous, bien différens
à cet égard des jurisconsultes romains,
ajoutassent encore aux épines de la
matière par les ronces du style et les
retenir par cœur
le simple intitulé des ouvrages, indispensables aux ministres de la justice. Comme si c'eût été trop peu que
nos auteurs et nos recueils fussent
portés à un tel nombre, il falloit que
.pour le malheur de la jurisprudence,
tous ces auteurs et ces recueils, ou
du moins presque tous, bien différens
à cet égard des jurisconsultes romains,
ajoutassent encore aux épines de la
matière par les ronces du style et les --- Page 401 ---
C2 incohérences de la rédaction ; qu'ils
fussent la plûpart hérissés de termes
barbares , à - peu - près inintelligibles
pour le commun des hommes ; qu'ainsi
la destinée des peuples fut écrite dans
Un langage mystérieux et rebutant ;
que chaque citoyen ne pût absolument s'instruire par lui-même de ses
devoirs et de ses droits ; et que les
interprêtes de ces droits et de ces
devoirs fussent embarrassés eux-mêmes d'éclaircir les Hiéroglyphes et de
concilier les contradictions de la multitude des règles inscrites sur les tables de notre législation. Voila pourtant f Messieurs, voilà
les sources où vous devez puiser les
connoissances spéciales , les institutions de la magistrature. Voilà , si
nous osons le dire, les pierres qu'il
faut dévorer , dont il faut exprimer le
suc > pour en tirer l'esprit d'un juge. Des innovations heureuses ont eu --- Page 402 ---
lieu parmi nous, dans les autres parties des sciences abstraites, et les ont
rendues populaires. La physique céleste est descendue de
l'Empyrée, pour révéler même a des
femmes, les mystères profonds de la
pluralité des mondes. Une femme a développé le systême
de l'univers. Le confident du créateur, le sublime Newton a été mis à la portée
du commun des lecteurs. Un génie aussi étendu , aussi brillant que la nature, en a reproduit les
richesses dans un tableau dont les couleurs sont sensibles pour tous les yeux. Sous un autre pinceau , l'histoire
de l'astronomie , quoique fidélement
tracée, a presque acquis dans notre
langue le charme d'un roman. La finance a caché l'aridité de ses
calculs et a su leur prêter un intérêt
universel. --- Page 403 ---
c3 Il n'est pas jusqu'à la tactique, cet
art terrible et meurtrier, qui n'ait vu
ses foudres couverts des fleurs de
Félégance. Et cependant, ô barbarie f nos loix
dorment encore dans la rouille gothique de leur vieil idiome, ou sous la
profonde enveloppe d'un langage étranger. C'est un des principaux obstacles aux études du Magistrat ; car le
tems qu'il consume à percer ces ténèbres, il pourroit l'employer d'une
manière plus utile, si des livres mieux
faits avoient accéléré la marche de
son instruction. Le citoyen n'y perd pas moins.
Soumis à des maximes qu'il ne peut
pas connoître, il est comme étranger
dans son propre pays., Son éducation
ne lui apprend rien sur les loix qu'il
doit suivre pour tout le reste de sa
vie. En vain l'illustre Fénélon avoit
recommandé de donner aux enfans --- Page 404 ---
de l'un et l'autre sexe, des notionsélémentaires sur les engagemens, les
conventions et les droits qu'ils doivent
exercer un jour. Ce conseil du mentor moderne n'a pas été rempli. Il
ne le sera pas, tant que notre jurisprudence demeurera couverte du voile
qui la. cache et qui la défigure; et
les français continueront de vivre sous
l'empire de loix, qu'ils ne çonnoîtront
point et qu'ils n'apprendront à con-*
noître que par des condamnations.
re sexe, des notionsélémentaires sur les engagemens, les
conventions et les droits qu'ils doivent
exercer un jour. Ce conseil du mentor moderne n'a pas été rempli. Il
ne le sera pas, tant que notre jurisprudence demeurera couverte du voile
qui la. cache et qui la défigure; et
les français continueront de vivre sous
l'empire de loix, qu'ils ne çonnoîtront
point et qu'ils n'apprendront à con-*
noître que par des condamnations. 0n s'étonne souvent, Messieurs, de
cette supériorité des anciens sur les
modernes dans tant da* genres différens. La nature n'a pas changé. Les
hommes sont les mêmes. Mais on
cl oit convenir de l'avantage immense
qu '\avoient les anciens, du coté de
leurs langues. Pour savoir quelque
chose , nous sommes obligés de consumer beaucoup de tems dans l'étude
des idiomes qui ne sont plus d'usage. --- Page 405 ---
C 4 Nous y passons notre jeunesse, et
nous n'apprenons que des mots. Plus
fortunés à cet égard, les Grecs et les
Romains apprenoient des pensées.
Avec quelle facilité leurs enfans devoient-ils marcher dans les chemins de
la raison et dans ceux du génie, débarrassés, comme ils l'étoient, du fardeau qui opprime nos premières années. * Ne sommes-nous pas, au contraire , presque aussi entravés dans
l'étude des langues, que les Chinois
le sont et le seront toujours, par la * Voici ce qu'en pensoit le fameux Vossius, qui
ne sauroit être suspect dans son opinion. Hœc doctrina. de Sermone bonam nobis prima
atatis partent absunzit. Quod olim non erat necesse ,
prœsertim in Graciai quia ut diximus, linguam
grcecam x quâ artes ovines ac philosophia ipsa tradita est ,.pene cum lacte hauriebant. Eaque potissima
est ratia, cur olim ad tantum fastigium pervenerint
phifysophi in Gracia. Nam bonos annos quas in latines , grœcœque linguæ studio insumimusilli Maihesi ac philosophia impendebant. (Vossius, de natura artium. Lib. 1. C. 7. ) --- Page 406 ---
torture préalable et .la difficulté de
leur propre langage ! Nous plaignons
les Chinois d'employer dans leur alphabet quatre-vingt mille caractères ,
au lieu de nos vingt-quatre lettres. Mais.
voulons-nous, comme ce peuple admirable d'ailleurs, reculer éternellement la maturité des esprits , par cette
superstition qui ne veut pas souffrir
la réforme des livres ? Cette réforme est commencée.
L'esprit des loix, Messieurs, a donné le signal au monde, et Montesquieu , dans ce chef-d'oeuvre, a préparé pour nos études la révolution
qui s'y fait déjà ressentir. La république de Platon et la Cyropédie qui l'avoit précédée, furent
des romans pour les Grecs, qui n'en
étoient pas dignes. Aristote fit un système ; nous nten
avons qu'une partie, et ne pouvons
juger du tout. --- Page 407 ---
Le Prince de Machiavel n'étoit. qu'un
tyran détestable. La république de Bodin renfermoit
trop d'écarts et de digressions.
Grotius n'avoit guère écrit que
pour des érudits. v
ie qui l'avoit précédée, furent
des romans pour les Grecs, qui n'en
étoient pas dignes. Aristote fit un système ; nous nten
avons qu'une partie, et ne pouvons
juger du tout. --- Page 407 ---
Le Prince de Machiavel n'étoit. qu'un
tyran détestable. La république de Bodin renfermoit
trop d'écarts et de digressions.
Grotius n'avoit guère écrit que
pour des érudits. v Puffendorf avoit travaillé plus généralement pour des citoyens et des
hommes. Bacon avoit donné un petit nombre d'aphorismes. Leibnitz avoit tracé un plan.
Mais le seul Montesquieu les a tous
effacés : ce qu'ils avoient dit il l'a fait. Son ouvrage sans doute appartient
aux Législateurs plutôt qu'aux Magistrats ; occupé des loix politiques il
a du moins frayé la voie à quiconque,
après lui, voudra traiter de nos coutumes si nombreuses et si obscures ,
et de nos loix civiles aussi multipliées,
aussi peu concordantes. Il a tourné
les bons esprits vers la jurisprudence. --- Page 408 ---
42 1 Il a sonné l'alarme sur les loix criminelles : graces en soient rendues aux
mânes de ce Magistrat ! Il a semé
dans ses écrits des germes de raison
et de félicité publique , dont nous
avons déjà recueilli des fruits précieux ! Nous avons vu, Messieurs y abolir
dans les Tribunaux la question préparatoire , qui trop longtems , hélas ! a
souillé le glaive des loix du sang des
innocens, en rendant le sort de ceuxci pire que celui des coupables. C'est un premier bienfait, qui nous
en promet d'autres. Les Chinois qui ne changent rien ,
les Chinois si servilement attachés à
tous leurs usages, les Chinois qui restent les mêmes depuis quatre mille
ans, les Chinois ont pourtant réformé
leur code pénal. Un Empereur a aboli
,la coutume barbare de couper par morceaux les hommes condamnés pour
crime. Il a substitué à cette atrocité --- Page 409 ---
une police plus humaine : ce grand
exemple de l'Asie ne sera point perdu
pour l'Europe et pour l'Amérique.
Les Gouvernement entendront la voix
de la sagesse et de l'humanité. Oui, Messieurs , livrons-nous à cet
espoir consolateur ! Fions - nous au
-crédit que doivent obtenir sur tout
le genre humain les oracles de Montesquieu , et attendons les résultats de cette fermentation excitée dartë'J ;
tous les esprits par l'ouvrage grand homme. Ce n'est pas que nous approuvions^ les. excès vraiment incroyables où l'on
s'est eniporté depuis contre le droit
Romain, qu'il avoit toujours respecté. Ce droit sans doute a ses défauts. L'exagération de ses panégyristes a
révolté quelques esprits ; mais celle *
de ses adversaires est plus intolérable
encore. Si l'on prétend trouver , dans le --- Page 410 ---
corps de ce droit , un systême suivi
et non contradictoire de toute la jurisprudence , on se trompe sans doute. Non : tout .n'est pas dans les Pandectes, quoique le titre de Pandectes
paraisse l'annoncer. Cette grande collection est le fruit successif des différens états par lesquels a passé la nation Romaine.
a
révolté quelques esprits ; mais celle *
de ses adversaires est plus intolérable
encore. Si l'on prétend trouver , dans le --- Page 410 ---
corps de ce droit , un systême suivi
et non contradictoire de toute la jurisprudence , on se trompe sans doute. Non : tout .n'est pas dans les Pandectes, quoique le titre de Pandectes
paraisse l'annoncer. Cette grande collection est le fruit successif des différens états par lesquels a passé la nation Romaine. Numa donna d'abord a Rome les
institutions de Sparte, transmises aux
Sabins. Les Décemvirs ensuite empruuterent les loix d'Athènes. Sur
cette base primitive s'éleva l'édifice
d'une autre législation, dans laquelle
influerent tour-à-tour, bien différemment , les efforts des Patriciens contre la multitude, les tentatives que le
peuple fit contre ces Patriciens , les
coups du dictateur Sylla contre le
pouvoir des Tribuns , les sectes des
Jurisconsultes, etc. Cette forêt de loix
antiques , comme Tertullien rappelle > --- Page 411 ---
subit de nouveaux changemens sous la
cognée des Empereurs, dont les édits
contradictoires se détruisaient les uns
les autres. Le corps du droit Romain est formé de Centons pris dans toutes ces
loix. Malheureusement ces Centons
ont été recueillis un peu trop à là
hâte, et dans un tems de décadence
trop voisin de la barbarie. Ce sont
des pièces de rapport, dont on a fait
un tout, qui n'est pas bien lié. Mais aussi c'est l'ouvrage des hommes les plus consommés du premier
des peuples du monde. C'est le produit consécutif d'une expérience suivie pendant nombre de siècles. C'est
en un mot , la seule école où nous
puissions encore renvoyer avec confiance tous ceux qui se destinent à
paroître au Barreau , ou qui veulent
avoir des notions élémentaires sur le --- Page 412 ---
droit, c est-a-dire , sur la science qui
discerne ce qui est équitable et bon. *
Il seroit mieux peut-être , il seroit
moins honteux aussi pour des Français , ( d'ailleurs si éclairés et pourvus
de tant de bons livres, ) de trouver
les principes de leur jurisprudence
dans un livre français ) qui fut aussi
clair pour le style > aussi pur pour
l'expression, aussi noble pour les tournures , aussi intéressant enfin dans
toutes ses parties , que l'est presque
partout le corps du droit Romain. Voilà ce qui nous manque. Et voilà ce qu'on trouve dans ce
monument admirable ! Les modernes
l'ont décoré du beau nom de Raison
écrite, et ce n'est pas sans fondement
que l'Empereur Justinien a écrit ces
belles paroles : Ce qui est raisonnable3 * Jus est ars boni et aqui. --- Page 413 ---
ce qui est évident, c'efl ce qui constitue la perfection de nos loix. * On aime également a lui entendre
dire, que le législateur rend un culte
à la vérité, et s'attache à ne commander que ce qu'elle enseigne elle-même. * *
Il y a plus , Messieurs , quiconque
s'est un peu familiarisé avec l'étude
de ce droit, y rencontre les types de
mille idées, plus ou moins grandes,
* dont on s'est emparé dans nos siècles
modernes et que l'on a données comme
des découvertes. Je n'en citerai qu'une. Personne n'ignore la vogue des
observations sur les synonymes fran- .
cals , ouvrage , dont on a lié l'existence et le sort au sort même de * Quod ex re ipsa rationabile est, hoc in jus
perfectum deducitur. ( L. I. Cod. de la 1. Libr. toll. ) * * Nos qui Veritatem colimus , ea tantum modo
volumus in nostris esse legibus , quir re ipsâ obtineni.
( t. i. Cod. -de dedit.)
ai qu'une. Personne n'ignore la vogue des
observations sur les synonymes fran- .
cals , ouvrage , dont on a lié l'existence et le sort au sort même de * Quod ex re ipsa rationabile est, hoc in jus
perfectum deducitur. ( L. I. Cod. de la 1. Libr. toll. ) * * Nos qui Veritatem colimus , ea tantum modo
volumus in nostris esse legibus , quir re ipsâ obtineni.
( t. i. Cod. -de dedit.) --- Page 414 ---
notre langue. Son succès est bien légitime, et son idée étoit heureuse.
Or , Messieurs, cette idée primitive
de distinguer les mots dans leurs
moindres nuances est un emprunt visible des jurisconsultes Romains. Vous connoissez , Messieurs , les
titres de la loi sur la valeur des termes * C'est la que la premiere fois ,
on vit l'esprit humain analyser les
mots, remonter à leur origine, les
comparer entr'eux ; éclairer la grammaire par la métaphysique et par l'analogie ; et du choc des mots opposés,
et du rapprochement des expressions
similaires et des degrés divers de leur
force ou de leur foiblesse, tirer des
règles * De significations verborum. Le commentaire de
Brisson sur ce seul titre de la loi est le meilleur dictionnaire que l'on ait sur le droit romain. Il a été
réimprimé dans ce siècle, à Léipsick. --- Page 415 ---
4£ D réglés sures pour l'intelligence des
actes et l'explication des loix. Que dirons « nous de cette suite
d'axiomes si clairs, si précis, si frappans qui terminent le corps du droit
et qui renferment sa substance dans
un petit nombre de règles aisées à
retenir ? Chacun sait au Palais de quelle
utilité sont ces règles fameuses, pour
aider a trouver le vrai nœud des solutions. * Il n'est pourtant pas impossible de
s'en approcher de plùs près. Les Romains et les Grecs ont été nos modeles dans des genres plus difficiles.
C'est en les imitant que nos grands * Pothier a completsté cette collection à la fin des
pandectes ; majs pour en bien sentir le prix, il faut
joindre à ce grand recueil ce que François Charles
Romain a publié à Wittemberg en 1728, sur les règles
du droit et le soin qu'apportoient à leur rédaction
les anciens jurisconsultes : De jurisprudentia regulari
Romanorum 3 et veterum lctorum studiis circà regulas juris. --- Page 416 ---
S'O écrivains les ont quelquefois surpas.'
sés et souvent égalés. Pourquoi dé- .
sespéreriolls-nous de voir dans la jurisprudence , çe' que nous avons vu
dans la philosophie et dans tous les
beaux arts? Gardons-nous de poser
les bornes de l'esprit humain, et n'allons pas couper les ailes du génie. En attendant y Messieurs, que nos
souhaits soient accomplis et que le
Magistrat trouve pour ses études tous
les secours que notre plan vient de
vous montrer nécessaires, quel surcroît de travail ne lui impose pas cette
nécessité de suppléer par ses propres
efforts, aux livres qui lui manquent?
De se débarrasser, par ses propres
extraits y du superflu des livres qui le
surchargent au contraire ? Enfin , de
se former, ppr sa propre industrie,
un systême des connoissances les plus
propres à son état?
et que le
Magistrat trouve pour ses études tous
les secours que notre plan vient de
vous montrer nécessaires, quel surcroît de travail ne lui impose pas cette
nécessité de suppléer par ses propres
efforts, aux livres qui lui manquent?
De se débarrasser, par ses propres
extraits y du superflu des livres qui le
surchargent au contraire ? Enfin , de
se former, ppr sa propre industrie,
un systême des connoissances les plus
propres à son état? Peut-être, il faut le dire, p.eut-êtrq --- Page 417 ---
51 . D 2, aussi que ce travail tourne àu profit
de la solidité de son instruction. La
peine que l'étude donne, rend l'étude
plus fructueuse. On s'attache bien plus
à ce qu'on a conquis. On peut croire
que les méthodes , les abrégés , les,
élémens , et cette foule de lexiques,
tous superficiels , qui rendent si faciles certaines connoissancës ? ont rinconvénient de favoriser la paresse > de
multiplier beaucoup trop les demiconnoisseurs > et d'avilir en quelque
sorte les trésors de -lesprit > qui ne
valent qu'autant qu'ils coûtent. Quoiqu'il en soit Messieurs > le
Magistrat français > formé sur ces
principes , initié au droit Romain ,
imbu des ordonnances, des règlemens
.et des coutumes , familiarisé avec là
procédure , son ordre et ses formalités ; ce Magistrat sans doute peut
passer pour très-éclairé. Il mérite la
confiance des peuples et du Souverain. --- Page 418 ---
5>* Mais s'il sort des Cours du royaume ,
pour occuper un rang dans les Sénats
. des Colonies , ce Magistrat instruit
ne sait encore presque rien de ce qu'il
doit savoir. C'est ma derniere réflexion. On a soumis les Colonies à la coutume de Paris ; quoique cette coutume fut reconnue insuffisante pour
les lieux mêmes où ses articles ont
été rédigés. * On a chargé leurs Cours * Charles VII ordonna en 145 3 , qu'on rédigerait
par écrit les coutumes et les usages de chaque pays
du royaume. Les Rois ses successeurs ont suivi cet
exemple. Cette idée était un bienfait que la France
doit à ses Rois. Mais peut-être la nation n'étoit-elle
pas mûre pour profiter de ce bienfait. On n'étoit pas
assez éclairé dans le tems de la rédaction des styles
et coutumes. Aussi la plûpart des cahiers, incomplets
et insuffisans, ont-ils été bientôt refaits, et auraient
grand besoin d'une réforme ultérieure. On pourrait
faire un gros recueil des singularités et des absurdités
dont on a rempli les coutumes. Nos Rois en ont
déjà corrigé un grand nombre par d'excellentes ordonnances. Mais il reste encore des traces de l'an. --- Page 419 ---
D3 'de faire exécuter les mêmes ordonnances que les Parlemens observoient
sious le règne de Louis XIV" D'après ces premieres données, on
est porté à croire que la jurisprudence
devroit être dans l'Amérique absolument la même que dans la Métropole :
et les Européens ne manquent pas de.
bétonner , quand ils y apperçoivent
certaines différences dont ils ne peuvent pas pénétrer les motifs. Avant de condamner ces usages
419 ---
D3 'de faire exécuter les mêmes ordonnances que les Parlemens observoient
sious le règne de Louis XIV" D'après ces premieres données, on
est porté à croire que la jurisprudence
devroit être dans l'Amérique absolument la même que dans la Métropole :
et les Européens ne manquent pas de.
bétonner , quand ils y apperçoivent
certaines différences dont ils ne peuvent pas pénétrer les motifs. Avant de condamner ces usages cienne barbarie. Hodiè que marient vestigia ruris. Dans le silence des coutumes, on renvoye ordinairement à celle de Paris ; mais celle de Paris est
loin , je ne dis pas de la perfection, mais de l'intégrité des dispositions qu'elle devroit offrir. Aussi,
remarque-t-on avec surprise que dans la conférence
des coutumes de France, la premiere partie contient
2.6 chapitres sur des matieres principales, dont la
coutume de Paris ne fait aucune mention ; et, dans
la seconde partie qui se rapporte aux seize titrer de
la coutume de Paris, il y a des additions de cas
particuliers, également obmis dans la loi de la Capitale. " --- Page 420 ---
particuliers / il seroit plue sensé do
les examiner et de bien s'informer des
raisons sur lesquelles leur introduction a pu être fondée. Mais l'examen
est une peine que l'on prend rarement j
car il est plus commode de juger que
de s'enquérir. De-la viennent , Messieurs , tant
d'erreurs. et de préjugés qui régnent
encore en Europe sur tout ce qui conçerne les Colons et les Colonies. Les ouvrages les plus célèbres n'en
sont pas même exempts. On pourroit pardonner à des compilateurs obscurs les fautes ridicules;
dans lesquelles ils tombent, en traçant
le tableau des isles de 1'Amérique y
d'après les esquisses grossieres ou des
Labat ou des Touron. Mais comment
g-t-il py se faire que , dans la seconde
çité du royaume de France, on ait,
en pleine Académie, accusé les Colons
d'avoir fait une loi pour brûler dans --- Page 421 ---
[texte_manquant] D ,I. les fouts toutes les graines de café,
par un motif absurde? * . Mais comment a-t-il pu se faire que
l'estimable auteur d'un dictionnaire
moderne d'histoire naturelle , copiant
d'antiques récits, transforme, de sang
froid 3 en d'abominables parties de
chasse et de plaisir , les guerres légitimes que la nécessité , que la loi
autorisent les habitans des Colonies à
livrer à des troupes, de malfaiteurs et
de brigands ? *
les graines de café,
par un motif absurde? * . Mais comment a-t-il pu se faire que
l'estimable auteur d'un dictionnaire
moderne d'histoire naturelle , copiant
d'antiques récits, transforme, de sang
froid 3 en d'abominables parties de
chasse et de plaisir , les guerres légitimes que la nécessité , que la loi
autorisent les habitans des Colonies à
livrer à des troupes, de malfaiteurs et
de brigands ? * Mais comment a-D-il pu se faire que
l'éloquent auteur d'une histoire fameuse y le premier des Rétheurs modernes, se soit permis sans fondement
d'horribles imprécations contre les administrateur& des deux - maisons de
providence ? * Discours sur. le café', là à l'Accadémie de L**"
par M. fAbbé P*** * Dictionnaire d'Histoire naturelle, pat M* Valmont
de Bomare au mot négre. --- Page 422 ---
[texte_manquant] Je m'arrête, Messieurs , si je voulois citer les traies du même genre ,
j'en pourrais rassembler une foule in-,
croyable. Tous prouvent à quel point
on est trompé en France par les fausses idées qu'on a des Colonies. On
n'a que trop calomnié les habitans de
Saint-Domingue : leur apologie est
facile. Il s'agit seulement de les faire
connoitre ; de peindre avec fidélité
les obstacles de tous les genres qu'il a
fallu qu'ils surmontassent , pour créer
dans cette Isle des trésors dont la
Métropole s'enrichit tous les ans ; de
montrer leur courage et leur persévérance à lutter contre le climat , à
combattre avec les torrens, à dessécher les marécages, à porter la culture sur des roches inaccessibles , à
vivre de privations ou à risquer même
leur vie, pour transformer en sol fertile cette terre si prompte à dévorer
ses habitans. --- Page 423 ---
C'est-là ce que j'ai vu ; c'est-là ce
que je voulois rendre. Hélas ! ma foible voix ne retentira
point , au milieu des clameurs qu'élève la prévention et que des rapports infideles ont trop accréditées.
Qui donc aura cet avantage de désabuser les Français habitans du royaume , des imputations affreuses qu'on
leur fit adopter sur les Français des
Colonies ? 0 combien devra s'applaudir celui qui sera digne de justifier
ces derniers , sans nul autre intérêt,
que celui d'éclairer les autres sur l'opinion erronée où les jette leur ignorance ! Alors, on sentira l'effet de ces modifications , que les circonstances locales impriment ici à des loix, à ses
formalités, a des pratiques différentes.
L'empreinte du climat se grave sur
les hommes, conséquemment sur leurs
rapports entr'eux, sur les liens , sur --- Page 424 ---
r8 les Contrats d'où naissent les affaires
que le Magistrat doit juger. La, nature elle-même subit ici des changemens qui en exigent d'autres dans l'état social et dans- la législation. C'est un grand avantage de l'état de
nos Colonies, de pouvoir se prêter plus
aisément que le royaume à l'admission
des réformes utiles. Les préjugés ec
les abus n?ont pas eu le tems de jetter
sur une terre toute neuve, ces racines
profondes , qui semblent dans l'Europe
faire la base des Empires. Le code de
la- Colonie peut s'améliorer sans résistance et- sans secousse. C'est une puis-
. sante raison de ne pas différer um
ouvrage si nécessaire-,
nos Colonies, de pouvoir se prêter plus
aisément que le royaume à l'admission
des réformes utiles. Les préjugés ec
les abus n?ont pas eu le tems de jetter
sur une terre toute neuve, ces racines
profondes , qui semblent dans l'Europe
faire la base des Empires. Le code de
la- Colonie peut s'améliorer sans résistance et- sans secousse. C'est une puis-
. sante raison de ne pas différer um
ouvrage si nécessaire-, - Vous le savez,, Messieurs, les troi$)
quarts des articles de la coutume de,
Paris ne peuvent convenir ni s'appliquer en aucun sens r aux biens et aux
personnes de cette Colonie. Il a fallu
chercher d'autres raisons de déciden --- Page 425 ---
et se faire d'autres principes. Le Souverain lui - même a successivement
dérogé aux loix primitives étrangères
h. ce pays , par des décisions plus analogues à l'état de ses biens et des
personnes. Mais il reste un grand
nombre d'objets intéressans qui ne
sont pas fixés avec assez de conve-^
nance. Jusqu'à ce que l'on donne à cette
Colonie un code saie pour elle , le
Magistrat de Saint - Domingue esc
chargé d'une double étude, puisque
la science ordinaire de la jurisprudençe n'est pour lui qu'un préliminaire a l'étude considérable des constitutions locales, En récapitulant les articles divers
du plan que nous venons de mettre)
sous vos yeux, ce plan peut étonner
l'esprit par sa grandeur et ses diffiçultés. Mais ce qu'il y a, de trop im^
mense ne peut: être effrayant, que dans; --- Page 426 ---
la théorie. Des exemples heureux
prouvent la possibilité de la mettre en
pratique. Et si je ne craignois d'offenser aujourd'hui la modestie de la vertu,
en déchirant le voile qui couvre son
état et qui tempère ses rayons, il me
seroit aisé , Messieurs , de trouver
dans le sein de cette Compagnie, et
de remarquer à sa tête , la réalité du
tableau que j'ai voulu vous peindre. Vingt ans d'expérience et d'assiduité
dans les travaux pénibles et non interrompus de la Magistrature sous
cette zone si voisine de la zone torride ; une tradition fidèle de tout ce
qui s'est fait dans ce long intervalle ;
un fond de connoissances accru par
la réflexion et mûri par le tems; un
esprit d'indulgence et de philosophie,
qu'il est rare de conserver, en voyant
de si près les torts et les vices des
hommes ; les lumières enfin réunies
aux vertus : ce sont des traits sans
--- Page 427 ---
doute qu'il n'est pas ordinaire de trouver rassemblés. Et ces traits néanmoins ne seroient aujourd'hui que l'image imparfaite du modèle des Magistrats. * Mais ce n'est pas l'usage de rendre
ainsi justice au mérite vivant. L'àmitié
qui le loue est suspecte de flaterie ,
et par un sentiment cruel, et qui fait
peu d'honneur à notre espèce humaine , c'est, entre tous les hommes,
une convention tacite de ne laisser
parler la gloire et ne faire taire l'envie,
qu'après la mort de ceux qui ont pu
mériter et l'envie et la gloire. Forcé,
quoiqu'à regret, de nous assujettir à
cette loi si tyrannique , nous nous
imposerons un silence pénible sur les
gens de bien qui existent. Mais pour
nous consoler . autant que pour rem-
d'honneur à notre espèce humaine , c'est, entre tous les hommes,
une convention tacite de ne laisser
parler la gloire et ne faire taire l'envie,
qu'après la mort de ceux qui ont pu
mériter et l'envie et la gloire. Forcé,
quoiqu'à regret, de nous assujettir à
cette loi si tyrannique , nous nous
imposerons un silence pénible sur les
gens de bien qui existent. Mais pour
nous consoler . autant que pour rem- * M. de TREUILLET, Président du Conseil supérieur du Cap. . --- Page 428 ---
éi plir un devoir cher à notre cœur, il
nous sera permis de nous étendre
davantage sur le mérite de celui que
nous avons perdu. Vous savez à combien de titres nous
devons cet hommage à' la mémoire
précieuse de l'un de nos prédécesseurs , mort dans le cours de cette
année. Annoncer au Cap un éloge
des vertus de M. le Gras , * c'est acquitter en quelque sorte , une dette
publique. Et ce qui nous rassure, c'est
que pour la payer , il n'est pas besoin
d'éloquence. Le nom seul de M. le
Gras suffit a son panégyrique ; parce
que ce nom seul réveille dans ces lieux
les idées de la bienveillance, de l'esprit d'union, de l'amour de la paix,
de la douce philantropie qui composoient son caractère, qui le rendoient * Procureur-général honoraire au Conseil supérieur
du Cap, associé du Cercle des Philadelphes. --- Page 429 ---
63 ! heureux lui-même par le bonheur de,
autres , et qui sembloient toujours
répandre autour de lui la sérénité de
son ame. M. le Gras eut l'avantage de remplir dans la Compagnie des emplois
différens , qui le menerent par dégrés
aux suprêmes honneurs de notre ministère. Il entra d'abord au. parquet en qualité de Substitut. Et comme ici nos
Substituts remplissent à- peu - près la
place des Avocats-généraux de France,
c'est pour l'homme à talens qui veut
entrer dans le Barreau, c'est, dis-je,
la premiere école et le rôle le plus
brillant. M. le Gras s'en acquitta de maniere
à se rendre digne du prix le plus flatteur: il devint Conseiller. Ses fonctions étoient changées. Son
mérite et son caractere ne changèrent
jamais , et le genre de ce mérite eç --- Page 430 ---
celui de ce caractère, étoient sur-tout
très-propres a lui concilier l'estime et
l'amitié de ses confreres, comme la
confiance des Avocats et des Parties.
La candeur, la bonté , peintes sur sa
figure et retracées dans sa conduite,
sont dans toutes les Compagnies des
qualités inestimables. Il n'est que trop d'esprits inquiets ,
tourmentans, jaloux de régner sur
les autres, d'enchaîner les opinions et
de faire prédominer leur raison orgueilleuse. Des hommes de ce naturel,
même avec du génie, sont des fléaux
à craindre au sein d'un tribunal. Prêts
à troubler sàns cesse l'ordre des délibérations , ils tyrannisent les suffrages,
ils ne savent jamais sacrifier leur amour
propre à la pluralité des voix, ou au
besoin de la concorde. L'excès de leurs
prétentions fait éclater souvent dans
l'intérieur du Sénat, une division qui
nuit au Sénat même, autant qu'elle
est
,
même avec du génie, sont des fléaux
à craindre au sein d'un tribunal. Prêts
à troubler sàns cesse l'ordre des délibérations , ils tyrannisent les suffrages,
ils ne savent jamais sacrifier leur amour
propre à la pluralité des voix, ou au
besoin de la concorde. L'excès de leurs
prétentions fait éclater souvent dans
l'intérieur du Sénat, une division qui
nuit au Sénat même, autant qu'elle
est --- Page 431 ---
E est contraire au bien de la justice. Et si les circonstances deviennent
difficiles , s 'il y a des tempéramens à
indiquer ou à choisir, ils en sont incapables. Ils se jettent aveuglément
dans les partis extrêmes, sans en prévoir les suites, et d'écarts en écarts,,
ils sont réduits à aggraver le tort des
plus fausses démarches, par des torts
plus graves encore, pour n'avoir pas
su calculer jusqu'où devoit les emporter l'impétuosité d'un premier mouvement. Que deviendroient alors les
affaires publiques, si la même assemblée, où ces volcans vomissent leurs
feux incendiaires, n'opposoit à leur
turbulence quelques-uns de ces bons
esprits qui ramenent le calme dans
les cœurs et dans les idées? M. Le
Gras étoit un de ces bons génies. Ce fut à ces vertus paisibles qu'il
dût son élévation à notre ministère,
dans des tems orageux, où ces vertus --- Page 432 ---
peut-être étoient les seules convena-*
bles, quoique moins adaptées à cette
activité qui fait le caractère de la par..
tie publique. - M. Le Gras n'ignoroit pas que
cette dignité nouvelle n'étoit qu'un
écueil plus brillant., où le Magistrat
isolé se trouve en évidence, exposé,
s'il est trop sévère, aux conspirations,
aux ligues, au déchaînement de la.
troupe nombreuse des pervers , dont
il est par état l'ennemi, l'accusateur
et le fléau ; plus exposé, s'il est trop
foible, aux murmures, aux plaintes,
aux censures peu réfléchies de cette
multitude qui souffre des abus, et qui
semble lui imputer tous ceux qu'il
n'a pas réprimés ; placé par conséquent dans cette alternative, ou de
faire hair et craindre sa personne,
s'il ne veut que remplir sa place, ou
de voir avilir et dégrader sa place,
* s'il ne songe qu'à sa personne ; éga- --- Page 433 ---
Ex -lement à plaindre , soit qu'il s'abandonne à son zèle > soit qu'il n'ose pas
s'y livrer ; et souvent mal apprécié
dans l'un et l'autre cas, parce que
ceux qui l'apprécient le jugent sur ce
-qu'il a fait, sans calculer les résistances et sans savoir au juste s'il peut
toujours tout ce qu'il doit. On dit qu'un des anciens sages avoit
nlis la vertu sur une ligne étroite et
qu'en deçà et hors de là, tout lui
paroissoit vice. Cette ligne si difficile à
suivre constamment sans s'écarter jamais d'un point, représente à-peuprès l'image de ce qu'est notre ministère dans les circonstances pareilles à celles où M. Le gras eût l'honneur dangereux d'en être revêtu. Sa
modération, sa politesse et sa prudence
en firent disparoître, en quelque sorte,
les périls. Les Médecins les plus habiles ne sont pas toujours ceux qui
prodiguent à leurs malades des re.
paroissoit vice. Cette ligne si difficile à
suivre constamment sans s'écarter jamais d'un point, représente à-peuprès l'image de ce qu'est notre ministère dans les circonstances pareilles à celles où M. Le gras eût l'honneur dangereux d'en être revêtu. Sa
modération, sa politesse et sa prudence
en firent disparoître, en quelque sorte,
les périls. Les Médecins les plus habiles ne sont pas toujours ceux qui
prodiguent à leurs malades des re. --- Page 434 ---
mèdes aussi violens que leurs maux.
Un corps blessé ou épuisé se remet
beaucoup mieux par un régime ménagé, et telle fut l'adresse heureuse
dont se servit M. Legras, sans autre
politique que de laisser couler tout naturellement ce qui émanoit de son ame. Cette marche lui réussit. Il sortit
avec gloire de cette carrière épineuse.
Il resta depuis attaché à cette Compagnie , et par le titre d'honoraire qui
fut sa récompense, et par le nœud
sacré de l'estime et de l'amitié, récompense plus douce et dont il étoit
aussi digne. En payant ce foible tribut aux mânes de M. Le Gras, nous avons fait
plus d'une fois un triste retour sur
nous-mêmes. Nous ne nous dissimulons pas combien nous sommes loin
des vertus que nous célébrons, et
nous avouons à regret que le fardeau
d7un ministère, si léger et si doux pour --- Page 435 ---
[texte_manquant] EJ. ce grand Magistrat , contraste trop
avec nos forces et nous accable de
son poids. Forcés de le porter, nous
aurons toujours le chagrin de rester
au-dessous de l'idée que nous nous
faisons d'une place aussi difficile. Mais
. une seule chose est à notre avantage. Si nous n'avons pas le bonheur
d'offrir à cette colonie la longue expérience et les autres mérites qui distinguoient M. Le Gras, nous pouvons nous flatter d'être placés du moins
dans un moment plus favorable. Les cent voix de la renommée ont
annoncé à ce ressort les vertus et la
bienfaisance du militaire-citoyen que
le Roi a nommé Gouverneur-général
des isles sous le vent. * Le descendant des Lamoignons et l'héritier de
leurs vertus, promet à la magistrature
des jours plus clairs et plus sereins. * M. le Comte DE LA LUZERNE, --- Page 436 ---
/
Tout nous atteste qu'il respire cet
esprit de sagesse, cette noble simplicité, cette bonté de cœur pour les
particuliers et cet amour du bien public / caractères sacrés auxquels on
reconnoît ses illustres ancêtres, dans,
l'histoire des tribunaux dont ils furent
l'honneur. Ces caractères si touchans
sont empreints à jamais dans un des
plus beaux monumens du grand siècle'
dernier. Je veux parler, Messieurs >
de ce fameux procès-verbal des conférences que l'on tint par ordre de
Louis XIV, pour l'examen de ses deux
codes a civil et criminel. C'est-là que
nous voyons la philosophie indulgente
et la fermeté éclairée du sage Lamoignon, contraster si heureusement avec
la dureté de nos loix anciennes , et
devancer d'un siècle les lumieres qui
doivent les changer et les adoucir.
C'est à l'ombre de ce beau nom que
s'éleva l'enfance de notre Gouverneur,
que l'on tint par ordre de
Louis XIV, pour l'examen de ses deux
codes a civil et criminel. C'est-là que
nous voyons la philosophie indulgente
et la fermeté éclairée du sage Lamoignon, contraster si heureusement avec
la dureté de nos loix anciennes , et
devancer d'un siècle les lumieres qui
doivent les changer et les adoucir.
C'est à l'ombre de ce beau nom que
s'éleva l'enfance de notre Gouverneur, --- Page 437 ---
7l [texte_manquant] C'est sous de tels auspices qu'il vient
régir la colonie. On l'a pénétré de
bonne heure des principes sacrés et
des maximes qui fondent l'empire des
loix : il sait que cet empire fait régner les loix sur les armes, * que
rien n'honore plus les chefs., n'affermit plus l'autorité, que l'observation
des loix. ** Que c'est une parole digne de la majesté même du Souverain , de se reconnoître lié par les
chaînes de la justice Que tout gouvernement doit détester la violence
laquelle ne consiste pas seulement dans
les attentats d'une force arbitraire,
mais dans toutes les voies de réclab * Leges etiam in ipsa arma imperium kabere vo—
lumets. (Nov. C. t. \ ** Nihil tanz proprium imperii est quam se gibus
vivere. (L. 3/Cod. de Test.) * * * Digna vax est majestate regnantis , legiÕus
allegatum principem profiteri. (L. 4. Cod. de Leg. )
Adeo de auctoritate juris , mstra pendet auctoritat- t --- Page 438 ---
mation et de protection, qui ne sont
point celles de droit. * Qu'ainsi l'ordre des tribunaux établit l'ordre social, et que troubler les juges, c'est
troubler la société. . L'autorité remise en de pareilles
mains n'en sera que plus respectable,
parce qu'elle sera plus chere ; et c'est
en choisissant de tels représentans,
que notre auguste Souverain, enchaînant les Colons par la reconnoissance, encouragera votre zèle, et régnera dans tous les cœurs. * Tuvim putas esse solum si homines vulnerentur ;
vis est et tune quoties quis , id quod deberi sibi
1 putat, non per Judicem reposcit. ( L. 13. ff. quod
Met. Caus. ) --- Page 439 ---
EXTRAIT D E L'HISTOIRE CRITIQUE DE LA VIE CIVILE, Traduite de l'Italien, de Vincent
M A R T 1 1V E L L 1, PAR M. FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU. CAPITOZO XV. delle Legi, (Torno secondo3 p. 75.)
ÇHAPITRE XV des Loix (page 75 du Tome 2.
de la troisieme Édition, à Naples, chez Gravier ,
1764, ih - 8°. ) I C E R 0 N , dans ses Dialogues sur l'objet
du présent chapitre , dit qu'il manquôit à
Rome un corps de Loix méthodiques et radicales, tel que pouvoit le desirer une si grande
République. En efFet, qu'avoient les Romains, outre leurs
loix des douze Tables? Ces loix étoient en quelque sorte , commeles fondemens de cette liberté que le peuple
Romain , secouant le joug des Tyrans , avoit
su N se donner. Tout le reste du Corps civil
ses Dialogues sur l'objet
du présent chapitre , dit qu'il manquôit à
Rome un corps de Loix méthodiques et radicales, tel que pouvoit le desirer une si grande
République. En efFet, qu'avoient les Romains, outre leurs
loix des douze Tables? Ces loix étoient en quelque sorte , commeles fondemens de cette liberté que le peuple
Romain , secouant le joug des Tyrans , avoit
su N se donner. Tout le reste du Corps civil --- Page 440 ---
n'étoit qu'un vrai déluge de Plébiscites , de
Senatus - Consultes , d'Édits de Magistrats , et
' de réponses des Docteurs , que les Romains
nommoient Prudens. * Cette foule ge Loix nouvelles avoient eu
pour objet de pourvoir successivement aux cas
particuliers qui s'étoient présentés , à mesure
des occurrences. Dans la suite des tems, lorsqu'il s'offroit des cas semblables , on récouroit pour les juger , aux premieres décisions.
Mais ceux qui devoient prononcer, abondans
chacun dans son sens , les mêmes règlemens
furent entendus tour-a-tour de plusieurs manieres diverses. C'est ainsi que naquirent ces contradictions
des loix , qu'on nomme Anti-logies , et qui, * Laurent Valle s'emporte contre Justinien et lui
reproche avec chaleur d'avoir supprimé les ouvrages
de Scevola, de Paul , d'Ulpien , de Sulpicius , etc.
» Ce sont autant de Cygnes, dit-il, que l'aigle de
» cet Empereur a souvent étrangles. A ces Cygnes,
» ont succédé une foule d'Oisons; Bartole, Balde ,
» Accurse et d'autres, dont les volumes trop épais
» pour être portés par des hommes , ne sont bons
» qu'à charger des ânes. » Quorum volumina non .
viris , ita enitn grandia sunt et vasta sed ab asi.
nis portanda. --- Page 441 ---
[texte_manquant] même encore aujourd'hui , subsistent dans le
droit Romain. De libre qu'elle avoit été , Rome devînt
impériale. A ces décisions , à ces loix dont
on a parlé , vinrent se joindre, en très-grand
nombre, celles des Empereurs , dites communément LES PLACITÉS DES PRINCES.
( Principum Placita. ) *
Ces loix des Empereurs et de la République , formerent une masse et si énorme et si
confuse , que l'Empereur Justinien fut touché
du malheur des parties litigantes , et qu'il
voulut les soulager. Il crut y parvenir , en faisant faire de ces.
loix un recueil régulier, dont il donna le soin
à Tribonien \ Théophile et Dorothée, avec la
pleine faculté d'y faire tous les changemens
qui leur paroîtroient convenables pour faire
un corps de loix aussi bref, aussi clair qu'il
leur seroit possible. Il défendit aux Magistrats
d'admettre désormais aucune autre explication ^
ni aucune autre loi, pour éviter tout subterfuge et tout obstacle à la prompte fin des procès. Mais par malheur , Tribopien et les autres
Compilateurs, ou ne donnèrent pas l'attentiom.
qu'ils auroient due à l'observation de l'ordre --- Page 442 ---
qu avoit prescrit Justinien, ( car cette négligence dans l'exécution , détruit presque toujours
l'effet des bonnes vues de- tous les Souverains,)
pu le tems leur manqua pour un si grand ouvrage ; ou , par quelqu' autre cause , iî arriva
que l'Empereur croyant donner sa sanction à
des loix bien complettes et bien dignes de- cet
honneur , ne ramassa, pour ainsi dire , que
des fragmens de loix. L'assemblage de ces débris forma donc un Tout imparfait.
gligence dans l'exécution , détruit presque toujours
l'effet des bonnes vues de- tous les Souverains,)
pu le tems leur manqua pour un si grand ouvrage ; ou , par quelqu' autre cause , iî arriva
que l'Empereur croyant donner sa sanction à
des loix bien complettes et bien dignes de- cet
honneur , ne ramassa, pour ainsi dire , que
des fragmens de loix. L'assemblage de ces débris forma donc un Tout imparfait. Aussi, bon nombre de ses loix sont si contradictoires , que Cujas, le plus érudit et peutêtre le plus habile des auteurs sur le droit
Romain , a été forcé d'employer plusieurs infolios épais, pour tâcher d'arranger ces loix,
de les concilier ensemble et de les réduire en
système.. Mais malgré son travail et sa sagacité , la compilation de ce code Justinien est
toujours embrouillée. Tous ces gros tomes de Cujas et dune foule
d'autres interprêtes du droit , ou ses rivaux
ou ses confrères, n'ont fait absolument que
fournir aux Docteurs ample matière de dispute , sans que les Nations en ayent encore
reçu aucun soulagement, soit pour retrancher
les procès, soit pour les abréger. " En 1741 , l'Abbé Antoine Mura tori pu- --- Page 443 ---
blia un savant ouvrage , où plein d'un zèle
respectable pour la tranquillité publique, il
dépeint vivement le misérable état de la Juris.
prudence parmi les peuples d'Italie. Il en prend
sujet d'implorer la sagesse supérieure et la piété
paternelle de quelque Prince bienfaisant, pour
ordonner une réforme, au moyen de laquelle
les Plaideurs sortent des filets que leur tend
la chicane , et soient en même, tems affranchis des longueurs de la procédure, longueurs
si fort dispendieuses, et si fort préjudiciables,
surtout a la classe des pauvres. Ce livre de Muratori avoit à peine vu le
jour , que dans mainte Université, des 'Professeurs se mirent à en publier d'autres, pour
tacher de le réfuter. Les uns le reprenoient
sur le sens qu 'il avoit donné à de certaines
loix qu'il avoit prises pour exemples. Les autres , s'attachant aux mots , lui faisoient presque uniquement des morsures grammaticales.
Aucun d eux cependant ne s avisa de contredire le projet de réforme tracé par ce Savant,
ni surtout les motifs qu 'il en avoit donnés. * * Observons ici, à la gloire des facultés de Droit
en France, que leurs illustres Professeurs , convaincus les premiers des vices actuels de leur enseigne- --- Page 444 ---
Pour mol , non-seulement je suis de son
avis sur la nécessité d'une réforme entiere
dans la Jurisprudence de notre moderne Italie } mais je vais bien plus loin que lui. Je
crois que le désordre a des racines plus profondes , des effets plus sinistres et des suites
plus malheureuses pour la société. J'estime en
conséquence, qu'il faut à des maux si pressans ,
des remèdes plus radicaux, que ceux auxquels
il s'est bornés.
Page 444 ---
Pour mol , non-seulement je suis de son
avis sur la nécessité d'une réforme entiere
dans la Jurisprudence de notre moderne Italie } mais je vais bien plus loin que lui. Je
crois que le désordre a des racines plus profondes , des effets plus sinistres et des suites
plus malheureuses pour la société. J'estime en
conséquence, qu'il faut à des maux si pressans ,
des remèdes plus radicaux, que ceux auxquels
il s'est bornés. c -tes défauts dont Muratori accuse la. Jurisprudence reçue en Italie , roulent sur plusieurs
cas que les loix n'ont pu décider avec cette
précision qui pourrait enlever aux juges toute
occasion d'équivoque, et désarmer les Procument, n'ont point eu l'injustice d'écrire , ni de s'élever
contre les bons ouvrages où l'on a relevé des abus r
dont ces Professeurs sont -, à quelques égards , les
instrumens involontaires. M. Boucher d'Argis , Magistrat estimé dans le
Châtelet de Paris, a publié des Lettres , dignes d attention , sur la réforme des études dans la partie du
Droit. Les Universités n'ont point réclamé contre ;
et je sais, à n'en pas douter , que les DocteursRégens de ces différens Corps se prêteroient euxmêmes à une révolution , qui rendroit leurs Écoles
moins désertes et plus utiles. (Note du Traducteur. ) --- Page 445 ---
reurs de tous les moyens de chicane. Il voudroit que ces cas , douteux et arbitraires ,
fussent examinés par un nombre d'hommes de
loi, d'une érudition profonde et d'une probité
connue, qui auroient soin de les fixer si positivement et d'une maniere si claire, que tout
Juge , en des cas semblables , prononçât au
premier coup d'œil. Notre Jurisprudence réunit , selon moi ,
l'imperfection notée par Ciceron, celles qu'avoit voulu détruire Justinien , celles contre
lesquelles s'est élevé Muratori, et d'autres encore en grand nombre. En premier lieu , j'attaque le langage, étranger pour nous, dans lequel nos loix sont écrites , et qui n'étoit pas un défaut pour le siécle
de Ciceron et de Justinien, puisqu'alors c'étoit
la langue naturelle et des Juges et des Parties.* * J'ajoute à ce que dit l'Auteur, que ce n'est plus
assez pour entendre le Corps du Droit, de savoir la
langue Latine ; le Grec n'est pas moins nécessaire. Les
Loix des dt>uze Tables, apportées de la Grèce , en
ont gardé l'empreinte. Les Jurisconsultes latins ont
employé des mots qui sont purement Grecs, comme
Hypothéque , Ckirograpke , Emphitéose , et beaucoup
d'autres. Les Pandectes fourmillent d'heilénismes ,
plus ou moins forts. Lorsque la Grèce fut réduite sous
it, de savoir la
langue Latine ; le Grec n'est pas moins nécessaire. Les
Loix des dt>uze Tables, apportées de la Grèce , en
ont gardé l'empreinte. Les Jurisconsultes latins ont
employé des mots qui sont purement Grecs, comme
Hypothéque , Ckirograpke , Emphitéose , et beaucoup
d'autres. Les Pandectes fourmillent d'heilénismes ,
plus ou moins forts. Lorsque la Grèce fut réduite sous --- Page 446 ---
8o La République de Venise est jusqu'aujourd'hui , le seul État de l'Italie qui ait senti le
très-grand mal de cette usage monstrueux ,
et sa sagesse y a pourvu d'une maniere paternelle , par un Code Vénitien , à la portée de
v tout le joug des Romains , il se glissa dans leur langage
beaucoup de termes empruntés de celui des peuples
vaincus. Tribonien eut soin qu'on transcrivit en Grec
ce qu'il trouvoit écrit ainsi dans les Jurisconsultes.
Le fameux exemplaire des Pandect.es, qu'on nomme
Pandectes Florentines, contient plusieurs passages en
caracteres Grecs , etc. Je supprime d'autres raisons
tout aussi conciliantes , d'où il résulte qu'aujourd'hui
nous avons encore besoin de suivre le conseil que
Ciceron donnoit autrefois à son fils, de réunir l'étude
du Latin et du Grec, si nous voulons lire avec fruit
les monumens du Droit Romain. Ce qui ajoute, comme
on voit, aux embarras de cette étude dans un siécle
où la langue Grecque est si fort négligée , que des
hommes instruits d'ailleurs, sont forcés de prendre
pour eux ces mots des Glossateurs des siécles d'ignorance , qui mettoient à côté des passages écrits en
caracteres Grecs. Græcum est , non legitur. Théophile a traduit en Grec les Institutions de
l'Empereur Justinien ; et quoiqu'il y ait fait des fautes , cependant cette paraphrase est le meilleur ouvrage dont on puisse s'aider pour entendre Justinien.
( Voyez le livre d'Antoine Augustin. Emendat, Jur.
Civil. ) Note du Traducteur. ) » --- Page 447 ---
8r F tout le monde, où les objets particuliers a son
Gouvernement sont combinés avec les dispositions du corps du droit Romain , ou suppléés par les loix propres de l'État. Je traite avec raison de monstruosité cet
abus par lequel , nous , modernes Italiens,
nous laissons nos actes civils sous l'empire de
loix et de régies écrites en latin , quoique
le latin ne 'soit plus d'usage en Italie , depuis l'époque trop fameuse du déchirement de
l'Empire. Et je demande, à cet égard , si quelque
voyageur , arrivant des Terres Australes ,
venoit nous rapporter que les peuples de ce
pays se règlent par des loix écrites dans un
idiome qu'ils ne comprendroient pas, en latin, par exemple, je demande, disois - je , si
nous ne regarderions point cette police australienne comme un excès de barbarie ? Un tel
récit nous surprendroit et nous révolteroit ;
nous le traiterions de fable.
Empire. Et je demande, à cet égard , si quelque
voyageur , arrivant des Terres Australes ,
venoit nous rapporter que les peuples de ce
pays se règlent par des loix écrites dans un
idiome qu'ils ne comprendroient pas, en latin, par exemple, je demande, disois - je , si
nous ne regarderions point cette police australienne comme un excès de barbarie ? Un tel
récit nous surprendroit et nous révolteroit ;
nous le traiterions de fable. Et cette fable est notre histoire. Dans un Chapitre précédent, sur l'éducation , j'ai proposé , et j'en conviens , de faire
commencer l'étude de la langue latine par Ie&
loix des Romains, et de mettre Ces loix dans
les mains des enfans. Ce que je dis ici contre --- Page 448 ---
82, le Droit civil , n'est pas contraire à mon,
premier système. Ma proposition n'en est que
plus solide et plus recommandable. En effet,
d'une part, la rédaction de ces loix est presque par-tout d'un bon style ; c'est le seul qui,
du moins, nomme tout ce qu'il veut nommer,
dise toujours ce qu'il veut dire, avec les termes les plus propres , sans embarras de périphrase , sans recherche et sans métaphore..
C'est le vrai langage des loix , qui doivent
éviter jusqu'à l'ombre d'une équivoque. * D'un autre côté, la science des loix civiles
des Romains , est si ardue, si compliquée par
la relation qui existe entre leurs motifs , et
tant d'événemens passés dans des siécles si reculés , que je crois nécessaire d'employer spécialement à une étude si pénible, les loisirs de * L'excellente latinité qu'on remarque dans les
Pandectes, a été le sujet de dissertations utiles parmi
les savans Allemandes. On cite avec éloge celle de
Kircmaïer , à Vittemberg , et les Dialogues Allemands de Tenzel. Taubmann a fait à ce sujet un
distique fameux. Credo ego, si linguce Ciceronis imago perisset >
E Juris posset corpore restitui. s Ciceron I si ta langue avoit été perdue ,
L'éloquence du Droit nous l'eût presque reQduc.
(Note du Traducteur, J --- Page 449 ---
g3 F2. •ce premier âge où nos parens se trouvenyt
maires de nous assujettir et de nous appliquer à des travaux longs et suivis. Dans le fait, la langue latine n'a plus d'utilité pour les Italiens, qu'autant qu'elle peut
les conduire à l'intelligence des loix; et l'étude
des loix, suivant notre système, est de toutes
les connoissances, celle dont aucun homme ,
dans la société civile, ne peut se dispenser. Donc, entre le projet de faire étudier ces
loix par les enfans, et l'absurdité que je trouve
à ce que nous suivions ces loix (absurdité
qui saute aux yeux, par la comparaison que
je fais de notre sottise avec le récit supposé
de la même sottise aux Régions australes ),
il n'y a pas de disparate. A l'inconvénient du langage des loix romaines , se joint celui des interprêtes, des
auteurs de traités, de maximes et de conseils ; parvenus dès longtems à un nombre si
excessif, que ce ne seroit pas assez pour se
les procurer ^ d'y employer les honoraires
qu'un travail de soixante années vaudroit à
un bon Avocat.
notre sottise avec le récit supposé
de la même sottise aux Régions australes ),
il n'y a pas de disparate. A l'inconvénient du langage des loix romaines , se joint celui des interprêtes, des
auteurs de traités, de maximes et de conseils ; parvenus dès longtems à un nombre si
excessif, que ce ne seroit pas assez pour se
les procurer ^ d'y employer les honoraires
qu'un travail de soixante années vaudroit à
un bon Avocat. Nos tribunaux Italiens ont tant de déférence pour ces sortes d'auteurs, que si c'étoit
l'usage d'imprimer en Ethiopie les jugemens --- Page 450 ---
des Mores, tous ces arrêtistes moresques se-1
roient bienvenus parmi nous et cités dans
nos Cours, comme le sont déjà ceux de tant
d'autres peuples à qui nos Libraires modernes
font sans cesse passer les monts. La masse de ces interprêtes, commentateurs , compilateurs , est donc la base essentielle, le capital de notre droit. Cet excès
est porté plus loin que je ne saurois l'exprimer. La profusion des auteurs est tellement
un luxe dans le Barreau italien, qu'il ne sauroit se présenter ni affaire, ni incident, où
l'on ne fasse intervenir d'innombrables citations. Cette méthode est devenue l'habitude
des Tribunaux. Chaque Avocat croiroit avoir
perdu sa cause, s'il faisoit autrement. L'effet
que produit ce fatras d'autorités accumulées,
est celui qu'on doit en attendre. Bien loin
d'éclaircir la matiere et d'éclairer le juge
pour le conduire au vrai, tout cela l'embrouille
si bien, tout cela le rend si perplexe, que
tous les cas possibles , discutés devant lui,
sont des problêmes ambigus: si bien qu'à
chaque opinion qu'il a pu embrasser, il peut
en substituer une diamétralement opposée,
sans le moindre scrupule. Ce que j'avance en ce moment est si vrai --- Page 451 ---
8< Fî qu'on voit maintes fois la même question décidée un jour par un juge , d'une manière
affirmative, tandis que la veille, ce juge a,
sur le même objet, tranché la négative; et
cela, d'après les raisons de ce même Avocat,
qui, suivant l'importance de ses cliens ,-la veille
soutenoit le pour , le' lendemain plaide le
contre. La raison en est simple. Chaque difculté a,. pour l'affirmative, et pour la négative, tant de docteurs tout à k fois , qu'un
habile praticien, dans tous les cas possibles y
a de quoi se pourvoir d'autorités en abondance, pour défendre à son choix l'opinion
qui s'accommode aux intérêts de son client. Du tems de Ciceron, le témoignage des:
auteurs étoit déjà d'un très-grand poids. Mais;
sous Justinien, les loix impériales avoient si
fort accru le corps du droit civil, et le nom-,
bre des Glossateurs devenu sr exorbitant, que
le Prince ne conserva d'autorité qu'aux articles compris dans sa collection. Il défendit
d'en titer d'autres, et d'en admettre de nouveaux.. La république de-, Venise, guidée par la
prudence qui lui a fait dresser un code propre à ses sujets, en langage vénitien, a exterminé pour toujours cette hydre des citations
ien, les loix impériales avoient si
fort accru le corps du droit civil, et le nom-,
bre des Glossateurs devenu sr exorbitant, que
le Prince ne conserva d'autorité qu'aux articles compris dans sa collection. Il défendit
d'en titer d'autres, et d'en admettre de nouveaux.. La république de-, Venise, guidée par la
prudence qui lui a fait dresser un code propre à ses sujets, en langage vénitien, a exterminé pour toujours cette hydre des citations --- Page 452 ---
et cet empire des docteurs. Un avocat Vénitien ne peut plus alléguer , dans les Tribunaux du pays, aucune autorité que celle des
choses jugées dans le tribunal même. Mais outre l'embarras ou sont jettes .nos
juges par toutes ces citations dont nous avons
parlé , ces citations ont encore bien d'autres
inconvéniens, Le juge, de deux choses l'une,
est ou ignorant, ou 'instruit. Supposons - le
ignorant: plus il étudiera ces écritures hérissées d'autorités et de passages, et plus grande'
sera la confusion qui doit remplir sa tête
après une telle lecture. S'il est savant , s'il
veut donner le tems qu'il doit à l'examen de
ces autorités , pour savoir si elles sont justes,
et si elles s'appliquent ou non à la cause à
juger , alors il se perd tout entier dans une
seule affaire, et en suivant cette méthode,
il faudroit établir des juges aussi nombreux
que les procès. Ces premiers vices remarqués dans notre
Droit italien, ne sont que des obstacles à la.
facilité des jugemens des tribunaux. Ce ne
sont pas les sources des contestations, Les sources des procès chez les Italiens,
sont principalement: 1°. Les testamens, . --- Page 453 ---
$7 F 4, 2. o. Les fideicommis. 30. Les primogénitures ou droits d'aîpesse. 4o. Les droits des fiefs. ^°. Les prescriptions. 60. Les dettes. ( N. B. On ne rapporte pas le detail que
l'auteur donne sur ces objets, comme trop
étendu et trop peu relatif au suj-et du discours. On passe à la conclusion et aux
autres parties du chapitre des loix, qui se
rapprochent davantage des études diz Magistrat. ) Que résulte-t-il de mes vues ? Qu'il nous faudroit d'abord former un Code
italien dans notre langue maternelle, comme
nous avons dit que T'a sagement fait le Sénat
de Venise. Que pour être bien ordonné , ce code doit
être conforme au plan de Ciceron. * Qu'ensuite il faut proscrire absolument l'autorité des interprêtes, comme ont fait les. * Aulugelle fait mention d'un ouvrage de ce grand
homme intitulé : De la rédaction du. droit civil en,
art. De jure civili in artem redigendo. --- Page 454 ---
Vénitiens; régler les testamens; rendre les
fideicommis à leur simplicité premiere, ainsi
que l'Empereur l'a fait dans son grand Duché
de Toscane; proportionner mieux les primogénitures, suivant les convenances des différens
états ; régler la matière des fiefs, comme on
l'a fait en Angleterre ; mettre un ordre meilleur dans celle des prescriptions et dans celle
des dettes. Alors , notre Jurisprudence seroit réduite à
un degré de clarté, de simplicité et de brièveté , que les procès perdroient, si Ton ose le
dire, quatre-vingt-dix pour cent. Leur nombre ainsi diminué, on prescriroit encore un terme à leur durée, comme
l'a fait le Roi de Prusse. Il faudroit moins de tribunaux et beaucoup
moins de gens d'affaires. Ainsi, l'on pourroit parvenir, dans la partie judiciaire, à cet ordre nouveau, dont
la nécessité universelle en Italie a été démontrée par le sage Muratori. *
brièveté , que les procès perdroient, si Ton ose le
dire, quatre-vingt-dix pour cent. Leur nombre ainsi diminué, on prescriroit encore un terme à leur durée, comme
l'a fait le Roi de Prusse. Il faudroit moins de tribunaux et beaucoup
moins de gens d'affaires. Ainsi, l'on pourroit parvenir, dans la partie judiciaire, à cet ordre nouveau, dont
la nécessité universelle en Italie a été démontrée par le sage Muratori. * * Muratori, Martinelli ne sont pas les seuls écrivains qui ayent désiré la réforme du droit romain.
Voici ce qu'on lit sur ce point dans la bibliothéque
latine de Fabricius: » Les hommes sages d'aujour- --- Page 455 ---
Mais dans la majeure partie de nos États
italiens, il y a un autre défaut. Les formes » d'hui souhaiteroient également qu'un moderne Jus-
» tinien vînt remettre le droit dans de justes limites
» et en ôter le superflu. Saavedra, dans un songe
» assez ingénieux, qu'il a intitulé la République lit-
» téraire) introduit un censeur de livres et le fait
» s'écrier, à l'aspect des Traités , des Décisions , des
» Conseils et des autres volumes entassés sans me-
» sure par les jurisconsultes : 0 Jupiter, si tu prens
» soin des choses d'ici bas } pourquoi donc ne fais-
» tu pas naitre, de cent ans en cent ans, un Ent-
» pereur Justinien , ou une armée de Goths , qui vien-
» nent délivrer le monde de ce débordement effroyable
» de livres" dont chaque siècle est inondé ? O Jupiter, si cuidas de las cosas inferiores , por
xjue no das al mondo de cien en cien annos un
Emperador Justiniano , ú derramas exercitos de
Codos , que remedien esta universal inundación de
libros ! Ainsi voilà les Espagnols , les Allemands et les
Italiens d'accord , pour solliciter la réforme de la
jurisprudence. Il n'est pas inutile de remarquer que cette note
est tirée de la cinquième édition de Fabricius (in80. Hambourg 1711 ) et que tout le passage a été
retranché, ainsi que beaucoup d'autres, dans l'Edition de Leipsick, sans qu'on en sache la raison.
( Note du Traducteur. ) --- Page 456 ---
de nos tribunaux et de leurs jugemens contribuent beaucoup à éterniser les affaires et
à les compliquer. Les méthodes que j'ai trouvées les meilleures jusqu'à présent, comme
étant les plus simples, sont celles de Venise et
celles d'Angleterre. A Venise, les causes se discutent publiquement. C'est un crime d'état pour un juge vénitien ,
de connoître d'aucune affaire dont il lui a été
parlé dans le particulier, soit par les Avocats ,
soit par les cliens même. Etablissement ad-
-mirable et loi vraiment divine, qui ferme
exactement la porte à toute partialité et à
toute corruption ! * Au lieu de ces sollicitations, de ces visites
ténébreuses, qui ailleurs égarent les juges,
Venise a établi des Magistrats exprès, pour * Il paroit que la même loi étoit jadis suivie en
France. Voici ce que l'Abbé Millot dit, dans ses
élsmens de l'histoire de France, à l'époque où le
Parlement devint perpétuel : » Pour écarter jusqu'au
13 plus léger soupçon, les juges ne recevoient ni
» visites , ni lettres , ni messages relatifs aux procès
» dont ils étoient Rapporteurs , et les Parties ne
» pouvoient leur parler qu'à l'audience, (tome 1
page 2.23 de la cinq. édit. )
ce que l'Abbé Millot dit, dans ses
élsmens de l'histoire de France, à l'époque où le
Parlement devint perpétuel : » Pour écarter jusqu'au
13 plus léger soupçon, les juges ne recevoient ni
» visites , ni lettres , ni messages relatifs aux procès
» dont ils étoient Rapporteurs , et les Parties ne
» pouvoient leur parler qu'à l'audience, (tome 1
page 2.23 de la cinq. édit. ) --- Page 457 ---
r vérifier tous les actes produits par les parties f
examiner les témoignages, etc. Quand ils sont d'accord sur les faits et que
les pièces sont produites, on les fait imprimer
par ordre de ces Magistrats, et on les donne
à tous les juges qui doivent en connoître.
Alors, les Avocats n'ont autre chose à faire
que d'exposer aux juges le droit de leurs parties. Dans les causes de quelque poids, il n'y
a pas moins de dix juges. Dans les affaires importantes, il n'y a pas
moins de vingt juges. Dans les causes majeures, il n'y a pas moins
de quarante juges. Avec tant de précautions, celui à qui justice est due , est moralement sûr qu'il obtiendra justice. Telle est la renommée que les formes vénitiennes ont acquise depuis longtems et conservée aux tribunaux de 'cette République,
qu'on a vu plusieurs fois s'en remettre à leur
arbitrage , des Princes qui avoient des différens sur des limites, ou sur d'autres objets.
Le dernier de ces grands exemples fut un jugement solemnel, prononcé par la Quarantie ,
sur une contestation pour les confins du ter- --- Page 458 ---
9* ritoire entre le Grand Duc de Toscane et
le Duc de Parme. A ce sujet, il faut noter qu'en ce moment
la République étoit en guerre avec les Turcs,
et que le Grand Duc de Toscane fournissoit
à Venise un. secours de galères et de soldats.. L'arrêt fut contre le Grand Duc. Ce qui démontre bien que les yeux de la
Qiiarantie s'étoient fixés uniquement sur le
droit et sur la justice, sans égard à la politique qui sembloit devoir l'engager à procéder
différemment. Les jugemens en Angleterre sont publics y
à-peu-près comme ceux de Venise; les formalités aussi simples, et les juges, en général , non suspects de corruption. Mais il y
a des différences. Cette simplicité, cette incorruptibilité n'abrège pas les causes, autant
que l'on pourroit le croire. Les tribunaux
sont en trop petit nombre , pour un Royaume
aussi peuplé. Ils ont de trop longues vacances.
Aussi les procès traînent sur-tout par l'art
extrême qu'ont tous les gens d'affaires,. de
ruiner, à qui mieux mieux, leurs cliens respectifs , et de leur faire dépenser dix fois plus
que ne vaut l'objet en contestation, et c'est
une chose Remarquable, quoiqu'elle soit com- --- Page 459 ---
mune dans les Cours de justice anglaises, de
voir un Avocat célèbre, par le seul exercice
de sa profession, se faire un capital de cent
mille livres sterlings» * Ce que j'ai dit des vices de la jurisprudence qu'on suit en Italie, excitera certainement des murmures universels, et me vaudra peut-être des malédictions de la part d'un
grand nombre de Professeurs ès droits , Docteurs des Universités, Juges, Avocats, Procureurs , etc., cela est assez naturel. Car ,
plus on veut simplifier une profession quelconque , et moins ceux qui l'exercent sont
considérables alors dans la société ; ou, pour
mieux dire, ils sont moins à portée d'abuser
vices de la jurisprudence qu'on suit en Italie, excitera certainement des murmures universels, et me vaudra peut-être des malédictions de la part d'un
grand nombre de Professeurs ès droits , Docteurs des Universités, Juges, Avocats, Procureurs , etc., cela est assez naturel. Car ,
plus on veut simplifier une profession quelconque , et moins ceux qui l'exercent sont
considérables alors dans la société ; ou, pour
mieux dire, ils sont moins à portée d'abuser * Il est bon d'opposer ce témoignage impartial d'un
étranger, admirateur du peuple anglais, aux éloges
outrés <jue nos écrivains Anglomanes ne cessent de
donner à la justice Britannique. L'Angleterre a quelque
avantage du côté des loix criminelles , pour la forme
des jugèmens; mais son code est d'ailleurs barbare
et la rédaction des actes des Notaires et les loix des
procès civils y sont beaucoup plus vicieuses et plus
nuisibles au public , que dans le Continent. Nous
avons moins à faire qu'eux pour nous former un
code digne d'un siècle et d'un peuple éclairés. ( Note
du Traducteur. ) --- Page 460 ---
de la confiance que le reste des hommes
donne à leur ministère. Aussi, n'ai-je point d'espérance que jamais
aucun Prince, aucun Gouvernement, touché
des maux du peuple et disposé à se servir
des remèdes que je propose, trouve des Conseillers qui secondent ses vues. Ces Conseillers doivent être choisis dans la classe des
gens de loi } et ceux-ci sont si dévoués à
leur métier, dont si longtems ils furent les
oracles, qu'ils feront une guerre obstinée ,
implacable, à toute nouveauté, qu'on voudra
in troduire. Oui ! quand même il arriveroit qu'un Prince
eût pour ministre un Magistrat profond, sage,
vrai, désintéressé, passionné pour le bonheur
du peuple et pour la gloire de son maître,
eût-il l'autorité d'un Visir de Turquie, il
n'oseroit prendre sur lui l'événement d'un t
tel dessein ; sa bonne intention céderoit à la
peur de voir soulever contre lui l'opposition
unanime du nombre immense des légistes ,
qui par leur influence sur tous les autres citoyens , semblent concentrer en eux-seuls
toute la République. Je me mets peu en peine, au reste, des
injures qui vont, ainsi que je l'ai dit, pleu- --- Page 461 ---
[texte_manquant] voir sur mes remarquas. La critique échouera
contr'elles. A ses traits quels qu'ils soient ^
j'opposerai toujours, comme un égide impé-1
nétrable, le respect dû aux sources, où ces
remarques sont puisées ; à la sagesse des
grands hommes qui me les ont fournies, et
à la majesté des exemples qui les confirment. Après avoir parlé de la jurisprudence qui
regarde les choses , disons un mot de celle
qui a trait aux personnes. Tous les délits des hommes peuvent se:
réduire à trois chefs. Les homicides, ou attentats sur l'existence
physique, c'est-à-dire, sur les personnes. Les vols, ou attentats sur l'existence sociale,
c'est-a-dire, sur la propriété. Les injures, ou attentats sur l'existence mo^
rale , c'est-à-dire, sur l'honneur. N. B. On supprime ici ces détails, pour
se borner à quelques mots sur le banissement,
sur l'aveu des coupables, et sur la question.)
hommes peuvent se:
réduire à trois chefs. Les homicides, ou attentats sur l'existence
physique, c'est-à-dire, sur les personnes. Les vols, ou attentats sur l'existence sociale,
c'est-a-dire, sur la propriété. Les injures, ou attentats sur l'existence mo^
rale , c'est-à-dire, sur l'honneur. N. B. On supprime ici ces détails, pour
se borner à quelques mots sur le banissement,
sur l'aveu des coupables, et sur la question.) Vu Banissement. ( Tome 2 page z z4" ) Cette méthode insouciante d'exiler les coupables, me semble une des plus impies qu'un
Gouvernement puisse suivre. --- Page 462 ---
Un voleur, par exemple, qu'on laisse ainsi
en liberté, ayant besoin de vivre, n'en a
d'autre moyen bien prompt que de recommencer ses vols. Assailli par la faim, le crime
lui devient une arme nécessaire pour se défendre de la mort. Ainsi donc un Gouvernement, qui bannit un tel criminel, semble
lui dire, en le chassant » Tu ne dois plus
» voler ici: vas dérober ailleurs. » C'est faire exactement comme ce laboureur
qui trouvant dans son champ, des vipères
venimeuses, prenoit soin de les ramasser, les
mettoit dans un sac, et pour s'en délivrer,
alloit jetter ce sac dans le jardin de son
voisin. * De l'aveu et dt la torture. (îbid. page 225.) Par la forme des jugemens; les voleurs et
les * J'ai proposé ailleurs de substituer aux supplices
actuellement en usage la transportation des sujets
condamnés, dans une partie d'Amérique non encore
établie par des Nègres esclaves. Voyez les lettres à
M. le Président DUPATY , à la suite du discours sur
le numéraire des Colonies , dont il a été rendu compte
dans le supplément au Mercure de France, N°. 31.
( Note du Traducteur. ) --- Page 463 ---
G les homicides, trouvent én Italie une grande
protection dans leurs délits, Généralement parlant, un homme ne peut
être condamné au dernier supplice, à moins
qu'il ne confesse, c'est-à-dire , à moins qu'il
n'avoue le fait dont il est accusé. . Lorsque le criminel s'obstine à ne pas convenir du crime, malgré les témoins et les
preuves qui l'en ont convaincu, les tribunaux
alors combattent avec ce coupable par le
moyen de la-torture, laquelle est différente
dans les divers Gouvernemens. Cette torture , qui doit être, suivant l'intention des juges, la mere de la vérité, conduit presque toujours a deux grandes erreurs,
l'une contraire à l'autre j mais toutes deux
également horribles. Ou l'accusé, à qui l'on fait donner la question , est un homme ferme d'esprit et robuste
de corps -, et soutenant, sans avouer, la dose
de tourmens que le Tribunal lui assigne ,
termine son procès comme s'il étoit innocent. Ou l'infortuné patient j doué de peu de force
et de peu de courage, ne peut endurer ces
souffrances, et pour les évitet, se reconnoît
coupable, quoiqu'il soit innocent. Ce dilemme est si naturel, que jer crois
nutile d'apporter des exemples de ce double --- Page 464 ---
danger. Ces exemples sont trop connus. Dans
tous les tribunaux, on a vu malheureusement
de ces fatales aventures, oit des innocens,
appliqués à la question préalable , trop foibles
pour y résister, ont cédé à l'esfroi, à l'horreur des tourmens , et se sont déclarés coupables de crimes, que pourtant ils n'avoient
pas commis. Et quelque tems après que ces
hommes infortunés ont subi leur arrêt de mort,
la justice apprend sa méprise et retrouve les
vrais coupables.
les tribunaux, on a vu malheureusement
de ces fatales aventures, oit des innocens,
appliqués à la question préalable , trop foibles
pour y résister, ont cédé à l'esfroi, à l'horreur des tourmens , et se sont déclarés coupables de crimes, que pourtant ils n'avoient
pas commis. Et quelque tems après que ces
hommes infortunés ont subi leur arrêt de mort,
la justice apprend sa méprise et retrouve les
vrais coupables. L'usage de la question n'est pas connu,
chez les Anglois. * * J'ajoute à ce que dit l'auteur sur les loix criminelles,
une anecdote remarquable et digne d'être répétée. » Il est peu de pays ea Europe où l'on employe
» plu? de formalités qu'à Venise. Voici pourquoi.
x> Il arriva autrefois qu'un Boulanger fut trouvé dans
» cette ville près d'un homme qui avoit été poi-
» gnardé. Le couteau étpit resté dans le corps mort.
3) Le Boulanger avoit dans sa poche une gaine qui
» sembloit être faite pour ce couteau. Il fut arrêté
» sur le champ, condamné et pendu. Peu de tems
» après, on découvrit son innocence. Cet événement
» donna lieu à une coutume qui a duré pendant
» plusieurs siècles, et qu'on auroit dû conserver.
» Lorsque les juges étoient sur le point de prononcer
» un arrêt de mort, un Officier leur crioit : Ricordatevi del povero Fornaro! --- Page 465 ---
(Souvenez-vous du pauvre Boulanger). Depuis
cette époque, les juges -sont très-difficiles sur le choix
des preuves qui doivent conduire quelqu'un à la
mort. De-là, dit-on, les longues formalités employées
dans les procès criminels ( Etat des Cours de l'Eu-,
rope pour i ^4, page 2,77 ). Cette anecdote me rappelle un morceau remar.
quable d'un écrivain Français, qui nous a mieux développé qu'aucun autre avant lui, l'ordre judiciaire
que l'on suit à Venise. Je retrouve, en effet, dans la vie de M. Grosley,
( page 32.3 ) un résultat précis des meilleures idées
modernes sur nos loix criminelles. M. Grosley étoit
un Avocat instruit, juge de plusieurs seigneuries, de
plus, homme de lettres, qui avoit voyagé, observé,
çomparé et réfléchi toute sa vie. Voici donc ce qu'il
donne comme un avis, fondé sur son expérience et
déjà énoncé par lui dans un de ses ouvrages. » Notre procédure criminelle ( dont j'ai dit ce que
» je pensois dans mon voyage d'Italie, article de
» Venise) est un instrument très-dangereux, toujours
» tourné contre l'accusé, et formé de ces captions que
» l'on reproche à la forme de procéder des inqui-
» siteurs. Par exemple : » ] °. Le serment que l'on prend de l'accusé, dans
» tous les actes que l'on fait avec lui. Dans la bouche
» des scélérats, ce serment est illusoire et même
» dérisoire. De la part d'un homme qui croiroit devoir
» y déférer, il est contraire aux premiers principes
» du droit naturel. » 1°. Le défaut de défenseur et de communica-
» tion de toute la procédure. • --- Page 466 ---
ïoô » 3°. Là récusation, de tout fait justificatif, avant
» l'entiere instruction de la procédure à chargé. » -iO. Les procès-verbaux sur le délit et sur le corps
» de délit, toujours faits sans le concours de l'accusé. » 5°. La tournure de tous les actes , dont le juge
» est toujours le maître absolu.
défenseur et de communica-
» tion de toute la procédure. • --- Page 466 ---
ïoô » 3°. Là récusation, de tout fait justificatif, avant
» l'entiere instruction de la procédure à chargé. » -iO. Les procès-verbaux sur le délit et sur le corps
» de délit, toujours faits sans le concours de l'accusé. » 5°. La tournure de tous les actes , dont le juge
» est toujours le maître absolu. » De tout cela, et des procédures criminelles que
>j j'ai instruites mtfi-même, j'ai conclu que tout gtt
)j dans la probité et dans l'impartialité du juge, qui
» a condamné ou absous le plus souvent avant l'ins55 truction. Cette instruction lui donne rarement de
» nouvelles lumières, et, entre les mains d'un juge
h inique ou prévenu, elle ne sert souvent qu'à faite
ij périr en règle l'accusé le moins coupable. « Ce n'est point là le verbiage , la déclamation ,
l'exagération de ceux qui veulent prononcer sur la
jurisprudence, sans en avoir la moindre idée, ou
d'après une théorie trop superficielle. C'est l'avèu
raisonné d'un juge, et d'un juge éclairé par une assez
longue pratique. ( Note du Traducteur ). N. B. On devait placer à ta suite de cet extrait Italien ,
te plan de l'histoire critique des célébrés Législateurs, Magistrdts et Jurisconsultes, avec l'idée de leurs ouf rages. Mais
ce plan, trop considérable pour entrer ddns cette brochure, formeroit un ouyrage a part, qui serviront de supplément à la partie
juridique de l'Encyclopédie par ordre de matieres. Et l'Auteur se propose de le publier in^quarto, s'il en a le loisir &
si l 'infortune marquée, dont il, est la victime > lui laisse le
sourage de revenir sur ses écrits. --- Page 467 ---
A PRÉCIS POUR le Sieur PIERRE DuMAS, Habitant à la
Marmelade, Appelant de Sentence de la Sénéchaussée.
du Cap, rendue le '1 3 Mars dernier ; CONTRE le Sieur JEAN-BAPTISTE AUSPICE
DUGARIC D U Z EC H , ci-devant Capitaine de Mulâtres
Grenadiers-Volontaires de Saint-Domingue, & la Dame son
Épouse 3 se disant aux droits par transport d'un Sieur JEANCLAUDE MICHAUT , intimés ; ET le Sieur MICHAUT, en fin nom personnel. C ^ LE Sieur Dumas n'a épargné aucun procédé honnête
pour engager ses adversaires à ne point plaider. Mais on
ne croit pas à la pureté de ses intentions, & malgré son âge,
on l'appelle au combat. Déjà le Sieur Duzech l'a forcé
six fois à se défendre, & déjà six fois le Sieur Duzech a
succombé. La cause actuelle est précisément la même ;
& pourquoi le Sieur Dumas , qui croit fermement à l'impartialité des Magistrats, n'espéreroit-il pas de leur sagesse
un Arrêt définitif, qui rende à son esprit le repos, &
.. à ses enfans leur fortune? Cet espoir le soutient, & le
Public, aussi bien que les juges, feront convaincus qu'il n'est
ni téméraire ni indécent dans sa défense.
ur Duzech a
succombé. La cause actuelle est précisément la même ;
& pourquoi le Sieur Dumas , qui croit fermement à l'impartialité des Magistrats, n'espéreroit-il pas de leur sagesse
un Arrêt définitif, qui rende à son esprit le repos, &
.. à ses enfans leur fortune? Cet espoir le soutient, & le
Public, aussi bien que les juges, feront convaincus qu'il n'est
ni téméraire ni indécent dans sa défense. --- Page 468 ---
1 2 ] FAITS PRÉLIMINAIRES, ' j
Le plus ancien habitant de la Marmelade est présente- ?
ment le Sieur Dumas. Il n'y en avoit que deux lorsqu'il
fit l'acquIsition du terrein où il fixe son domicile. Cest j
environ depuis 1754 qu'il en est propriétaire & qu'il y,,
réside. Il est également un des plus anciens de cette Co- ^
Ionie : il y a 40 ans qu'il y habite. L'époque de son ^
arrivée est en 1748, & il étoit dans sa vingtième année. !
On peut faire sur lui toute espèce de perquisitions , & f
cela est d'autant plus aisé qu'il n'a jamais changé de quartier. j
Il ne s'est jamais démenti. Il n'a eu qu'un procès, & il |
l'a gagné pleinement. Le procès actuel, qui l a contraint c
d'aller de tribunaux en tribunaux, qui l'a nécessité del
passer en France plusieurs fois , qui a exposé si terriblement ses jours, & notamment à ce. fameux naufrage sur
les terres de Mogane, & dont M. François de Neufchâteau';
a fait la relation; ce procès , dis-je, que les adversaires re-^
nouvëllent pour la septième fois, & qui l'amène encore
depuis six mois pour la Seconde fois à la suite de la|
Cour, qui lui coûte tant de toute manière, qui l arrache 1
du sein de sa famille, & le tourmente sur fcs vieux
jours ; ce procès enfin n'est que le second qu'il ait eu
dans sa vie, où encore il ne fait que se défendre ! il n'en
auroit jamais eu, si on ne l'eût pas attaqué ! Si encore on ne
vouloit qu'une foible partie de sa fortune, peut-être alors
aimeroit-il mieux se la. laisser arracher que de voir son
nom ballotté par les flots de la chicane: mais on ne veut
pas moins que sa fortune toute entière, on ne veut pas --- Page 469 ---
t 3 1 moins que la substance de sa femme, de ses enfans;
il saut donc, malgré sa répugnance, qu'il cède à la nécellité
de plaider. Il le faut, il le doit. Il a déjà eu six fois le
foccès que son bon droit lui méritoit, & l'on va voir
qu'il n'est pas moins fondé à se défendre dans le septième
combat qu'on lui livre. Ce n'est pas le Sieur Duzech qui est vraiment l'ennemi
du Sieur Dumas. Il est sans c'oute trop honnête pour
avoir entrepris un procès aussi injuste, s'il n'y avoit
pas été excité par des conseils perfides ; & dans le fait,
il ne sert que de manteau à un Jean-Claude Michaut.
occès que son bon droit lui méritoit, & l'on va voir
qu'il n'est pas moins fondé à se défendre dans le septième
combat qu'on lui livre. Ce n'est pas le Sieur Duzech qui est vraiment l'ennemi
du Sieur Dumas. Il est sans c'oute trop honnête pour
avoir entrepris un procès aussi injuste, s'il n'y avoit
pas été excité par des conseils perfides ; & dans le fait,
il ne sert que de manteau à un Jean-Claude Michaut. Cet homme est un demi-savant en chicane, & l'on
sait combien les demi-savants sont dangereux dans la
société! Il a parcouru quelques études, quelques cabinets,
& il a pris la superficie pour la science; en sorte qu'il
possède dans sa tête le talent odieux de faire beaucoup de
mal par l amour qu'il a pour la chicane. Il a cruellement
tourmenté le Sieur Dumas, il lui a occasionné bien des
inquiétudes, bien des peines, bien des démarches & biendes voyages. Certainement le Sieur Dumas feroit excusable en faisant le portrait de cet homme inquiet & turbulent: mais le Seur Dumas ne veut pas qu'on lui reproche
de rendre Michaut plus noir qu'il ne l'est. Les faits vont parler,
& le Sieur Dumas n'est pas fait, pour se venger autrement. La question principale à juger est purement une question
de fait. La montagne du Bois-des-Houx est-elle la véritable séparation des deux quartiers des Gonaives & de la
Marmelade ? Le terrein dont le Sieur Dumas est bien &
légitimement propriétaire est-il situé dans la partie des
Gonaïyes? Telle est la simplicité de cette cause : & Ton --- Page 470 ---
[4] va être étonné des ressources de Michaut pour changer
l'état de cette question, & pour obscurcir la vérité
peut-être la plus facile à saisir. On le sera peut-être encore
plus lorsqu'on saura que Michaut en a sussisamment imposé
pour faire de cette cause un nouveau Prothée, qui paroît
aujourd'hui sous sa septième forme. FAITS PRINCIPAUX DE L.4 CAUSE. Il existe dans cette cause une complication de faits &
de procédures qui n'est que le fruit de l'adresse de Michaut.
Il a le plus grand intérêt à imiter ce poisson des anciens,
qui ne se sauvoit qu'a travers une liqueur noire & épaisse.
Mais il a beau faire aujourd'hui, on le saisit ; & .1 a beau
se replier en cent façons différentes, il n échappera plus
aux Magistrats. L'ordre & la clarté vont triompher de son
art mensonger. Dans le fait, cette Colonie quoique très-florissante
dans ce moment, avoit, il y a très-peu d'années, une
quantité immense deterreinsqui n'étoient pas cultivés. HérilTée
de bois, de ronces & d'épines, il n'étoit pas facile de distinguer
les différens territoires & d'en fixer les limites ; souvent
même on ne les connoissoit point. , Cela n'empêchoit pas que des citoyens courageux, ne
follicitaflent des concevions, & qu'à force de temps &
de sueurs ils ne parvinssent a établir de grands biens. Mais
l'obscurité de ces temps-là , & peut-être encore plus la
négligence ou l'ignorance des premiers Arpenteurs, occasianna souvent de la confusion dans les propriétés. C'est
de là qu'est née cette immensité de procès que l'avidité
. , Cela n'empêchoit pas que des citoyens courageux, ne
follicitaflent des concevions, & qu'à force de temps &
de sueurs ils ne parvinssent a établir de grands biens. Mais
l'obscurité de ces temps-là , & peut-être encore plus la
négligence ou l'ignorance des premiers Arpenteurs, occasianna souvent de la confusion dans les propriétés. C'est
de là qu'est née cette immensité de procès que l'avidité --- Page 471 ---
[ il suscite aujourd'hui, à la faveur de cette obscurité dès premiers
temps. Dans la partie du Nord, les quartiers de la Marmelade
& des Gonaïves, & plusieurs autres sur les confins Espagnols,
n a voient, il y a 25 ou 30 ans, encore que très-peu de
terrains cultivés. Les habitans épars ça & là n'avoient pas
encore intérêt à se nuire. Leurs limites étoient immenses,
& il ne venoit pas même à leur esprit qu'on pût plaider
un jour sur ces objets, encore moins que l'on pût leur
contester le terrein défriché par leurs mains laborieuses.
C'est dans çette innocence que tout le monde vivoit. Mais,
hélas ï ce n etoit qu'un sommeil, & le réveil devoit être
cruel pour les enfans de ces habitans qui prenoient leur
sécurité pour un bonheur durable ! Si les Arpenteurs de nos jours assurent les propriétés
des habitans, les anciens Arpenteurs les ont cruellement
troublées ! Ces derniers n'avoient souvent que le nom de
leur profession, ils avoient peu de talens, & les terres
étoient peu connues en forte qu'ils ne donnoient aux
Administrateurs que des lumières vacillantes. De là un
nombre de concessions de mêmes terreins à différentes
personnes ; de là un concours dangereux de prétentions
fondées en apparence ; de là des inimitiés & des procès
sans nombre. - C'est dans ce temps encore obscur, au mois de Juillet
1757, que Perrodin & Jarry eurent une concession située
à la montagne du Bois-des-Houx, entre la Marmelade
& les Gonaïves. Jean, Pierre, Adrien & Jean Baptiste Angoumard
frères, obtinrent une pareille concession de 800 pas --- Page 472 ---
[ 6 1 quarrés, & leur terrein étoit situé dans les hauts des Gonaïves , dépendance du Port-au-Prince. Ces frères Angoumard, entourés de terreins incultes,
s'égarèrent, & s'établirent sur des terres non concédées. Cette méprise de leur part dura 13 ans, & pendant ce
temps-là ils recueillirent tranquillement les fruits de leurs
travaux. Ils ne furent désabusés qu'en 1770 : le Sieur Pernet
de Beau^Regard, Arpenteur, leur fit voir qu'ils n etoient
point dans leur local. Ces malheureux frères avoient épuisé leurs forces sur
ce terrein: il leur parut plus avantageux d'abandonner
leur première concession, & de sollicitsr celle de la terre
qu'ils avoient arrosée de leurs sueurs.
temps-là ils recueillirent tranquillement les fruits de leurs
travaux. Ils ne furent désabusés qu'en 1770 : le Sieur Pernet
de Beau^Regard, Arpenteur, leur fit voir qu'ils n etoient
point dans leur local. Ces malheureux frères avoient épuisé leurs forces sur
ce terrein: il leur parut plus avantageux d'abandonner
leur première concession, & de sollicitsr celle de la terre
qu'ils avoient arrosée de leurs sueurs. Miçhaut faisoit alors, comme il fait encore, commerce
de concevions. Possesseur de plus de 1200 carreaux de
terre, il s'efforce encore d'en avoir d'autres pour rien , &
de les vendre bien cher. Cet esprit de commerce lui fit
regarder la terre des Angoumard comme une excellente
spéculation pour lui, & bientôt il la convoita. Un Sieur
Jean Guerin & un Sieur Girou avoient cédé GRATIS à ce
Michaut plusieurs concédions qui le raproçhoient ainsi du
terrein faussement possédé par les Angoumard. Il avoit
également eu le secret de s'emparer des terreins de la
veuve Perrodin son aïeule, qui lui procuroient le même
rapprochement. D'abord il voulut faire parler ses propres titres, mais il
employa une opération si fausse, les 28 & 30 Mars,
30 Juillet & 6 Août 1770, que lui-même y renonça,
& n'épargna rien pour la cacher, Cependant on 1" --- Page 473 ---
[ 7 I connoît, & elle fait bien connoître la bonne foi de
Michaut. Enfin voulant suivre toujours son projet, quoiqu'il abandonnât son opération, il imagina de se servir du titre
de son aïeule. Il prétendit que le terrein cultivé par les
Angoumard faisoit partie de la concession Perrodin. Il
sent't la nécessité de ne point paroître personnellement, &
la veuve Perrodin lui prêta son nom. Ain si masqué, Michaut fait arpenter le terrein de la veuve
Perrodin, & fait ensorte d'englober le terrein qu'il convoitoit. Mais les Angoumard forment opposition, & déclarent qu'ils vont se pouvoir afin d'obtenir à titre de
concession le terrein qu'ils labouroient depuis si long-temps
& par mégarde. Il ne faut pas perdre de vue que ce
terrein est dans les Gonaïves & de la dépendance du
Port-au-Prince, & que les Angoumard y tsnoient leur
domicile. Bref, Michaut, ce Michaút qui ose accuser le Sieur
Dumas de mensonges & d'impostures , employa de nouveau
l'astuce : il fit assignes les Angoumard, à la requête de la
veuve Perrodin , non pas aux Gonaïves où ils demeuroient,
mais à la Marmelade où ils n etoient pas, & où ils ne
pouvoient pas être par le site de l'habitation qu'ils cultivoient.
De cette manière les Angoumard ignoroient ce qui se
tramoit contre eux. -
accuser le Sieur
Dumas de mensonges & d'impostures , employa de nouveau
l'astuce : il fit assignes les Angoumard, à la requête de la
veuve Perrodin , non pas aux Gonaïves où ils demeuroient,
mais à la Marmelade où ils n etoient pas, & où ils ne
pouvoient pas être par le site de l'habitation qu'ils cultivoient.
De cette manière les Angoumard ignoroient ce qui se
tramoit contre eux. - En effet, Sentence par défaut au Siège du Cap , le i <
Septembre 1770. On se doute bien qu'elle prononce mainlevée de Yopposition des Angoumard, & autorise la continuité de l'opération de l'Arpenteur. Mais ce qui doit
étonner, c'est l'étrange complaisance de cette Sentence par --- Page 474 ---
[8] défaut, qui condamne les Angoumard à 2000 I:v. de
dommages & intérêts envers la veuve Perrodin, & qui
par conséquent devient une vexation encore plus odieuse.
Enfin cette Sentence est signifiée, non pas aux GonaÏves
où les Angoumard demeuroient, mais à la Marmelade ou
il ne demeuroient pas. Michaut a toujours eu le plus grand
intérêt à manoeuvrer dans les ténèbres. Nous prouverons
bientôt par des moyens accablans, combien il est infidèle
dans cé qu'il fait & dans ce qu'il écrit. Allons au fait. Le Procureur des Angoumard , comme plus à portée
qu'eux, eut le bonheur pour eux d'avoir connoissance de ce
jugement par défaut. Aussitôt il en interjette appel. L'Avocat au conseil du Cap n'étoit muni d'aucune
pièce pour leur défense. Mais il sentit aisément qu'il ne
s'agissoit d'abord que de déclinatoire, & il soutint l'incompétence , pour être renvoyé à la jurisdiction du véritable
domicile des Angoumard, à celle enfin du Port-au-Prince. Les choses en sont restées là jusqu'au mois de Février
1772 ; à cette époque, & c'est ce qu'il ne faut pas oublier 3
la veyve Perrodin, ou ce qui est la même chose, Michaut
avoua lui-même l'incompétence. Il convint que les terres
concédées aux Angoumard étoient situées aux Gonaïves,
mais il soutint que le terrein étubli par eux étoit situé à
la Marmelade & faisoit partie des concevions de son
aïeule. Néanmoins il sentit bien qu'il ne falloit que vouloir
■parcourir le plan du quartier pour se convaincre qu'il en
imposoit effrontément, en conséquence il se rabattit sur ce
qu'il. fit encore semblant de regarder comme une fin de
non recevoir. Il exposa que d'ailleurs ayant établi un autre
Urrein que celui à eux concédé, leur opposition navoit point --- Page 475 ---
! 1 d'obet , & qu'ils étoient non recevables au fond comme au
déclinatoire. Cependant, sans avenir, ni sommation préalable, il furprit encore un avis au Parquet du Conseil du Cap, qui
canonifa sa prétention à cet égard. Mais on ne peut plus
en argumenter aujourd'hui, parce que le Conseil d'Etat du
Roi a jugé à propos de lui ôter toute sa force. Pour donner suite aux faits, il convient de dire que
cet avis homologué fut lignifié le 30 Avril 1771, comme
on avoit lignifié les actes précédens, c'est à dire, à la
Marmelade, & point aux Gonaïves. On avoit pour but
d'en ôter la connoissance aux personnes intéressées.
gard. Mais on ne peut plus
en argumenter aujourd'hui, parce que le Conseil d'Etat du
Roi a jugé à propos de lui ôter toute sa force. Pour donner suite aux faits, il convient de dire que
cet avis homologué fut lignifié le 30 Avril 1771, comme
on avoit lignifié les actes précédens, c'est à dire, à la
Marmelade, & point aux Gonaïves. On avoit pour but
d'en ôter la connoissance aux personnes intéressées. Mais ce qu'il faut remarquer comme une contradiction incroyable , c'est que l'Arrêt qui déboute les Angoumard de
leur déclinatoire, & rendu au conseil du Cap, & qui,
par conséquent les déclare justiciables de cette Cour -fouveraine , n'a pu être ûgnifié en leur domicile aux Gonaïves
qu'en vertu d'un arrêt de pareatis du Conseil fup érieur du
Port-au-Prince. Il est difsicile, sans doute, de voir rien
qui choque aussi ouvertement les notions ordinaires. Ce
n'est pas tout. Nous ne demandons qu'un peu de patience
pour achever de peindre Michaut par ses actions. On procédoit ainsi contre les Angoumard, & on les
faisoit condamner irrégulièrement & par défaut, dans le
temps qu'ils sollicitoient eux-mêmes la concession de 02
terrein qu'ils a voient par erreur cultivé pendant 13 ans. Ordonnance de MM. les Administrateurs, le 12. Décembre 1770. Ella prononce que Michaut sera mis en
cause pour produire les titres en vertu desquels il troubloit
les Angoumard ; & cependant attendu l'ancienneté de leur --- Page 476 ---
[ 10 ] étabiissement, les autorise à se faire délivrer un certificat
pour obtention de la concession qu'ils desiroient. Cette
Ordonnance porte expressement que cette concession leur
sera expédiée par préférence à tous autres. Encore un peu de patience , nous touchons tout à l'heure
au véritabfe point de la contestation! D'abord Michaut ne parut pas sur l'assignation, & la
concession fut délivrée aux Angoumard, fous la réserve
des droits d'autrui, le Septembre 17 71. Le 26 , Michaut préscata sa requête. Il déclara n'avoir
aucun dtoit personnel, niais que, comme representant la
veuve Perrodin ,il alloit intervenir pour prendre son fait
& cause. En effet, Michaut donna une requête pour la veuve
. Perrodin. D'abord il prétendit que les concessions Perrodin
& Jarry s'étendoient sur les terres établies par les Angoumard • que d'un autre côté cas concessions étoient
plus anciennes que celle des Angoumard ; & qu'enfin les
terreins mis en valeur par ks Angoumard ÉTOIENT
SITUES AUX GONAÏVES. Les Angoumard demandent qu'avant faire droit, les
limites séparatives des deux quartiers soient tirées, autant
qu il le faudra pour décider la' question. Le 2.8 Juin 1772 l'opération préalable se fait, & son
commet le Sieur Sterling de la Plaine, Arpenteur de la
dépendance du Port-au-Prince. Toutes les parties intéressées
y furent appelées, & en outre on commit quatre habitans
recommandables de ces deux quartiers pour assister à
cette opération.
ant faire droit, les
limites séparatives des deux quartiers soient tirées, autant
qu il le faudra pour décider la' question. Le 2.8 Juin 1772 l'opération préalable se fait, & son
commet le Sieur Sterling de la Plaine, Arpenteur de la
dépendance du Port-au-Prince. Toutes les parties intéressées
y furent appelées, & en outre on commit quatre habitans
recommandables de ces deux quartiers pour assister à
cette opération. Un ieu! habitant ne put pas s'y trouver. Ce fut le Sieur --- Page 477 ---
t II 1 Dubuisson. Maïs comme il savoit ce dont il s'agissoit, il
écrivit qu'il déclaroit que la montagne du Bois-des-Houx
a toujours été la séparation des deux quartiers de la
Marmelade & des Gonaïves. Cette déclaration est dans le
procès verbal du Sieur Sterling de la Plaine. Michaut se présenta, lui, & tant en sin nom qu'an
nom de la veuve Perrodin & d'un autre particulier, il se
rendit opposant à cette opération. Mais il ne s'agissoit
pas d'arpenter, il n'étoit question que de tirer un;! ligne
de démarcation, & le Sieur Sterling de la Plaine passa
outre. Il résulta de cette opération que les terres dont il s'agit
sont non seulement dans les Gonaïves, mais encore qu'il
reste un excédent de terre de la dépendance des Gonaïves
entre l'établissement des Angoumard & la montagne
des Houx. En conséquence, jugement des Administrateurs le i
Mai 1774: la veuve Perrodin est déboutée de sa demande
& de ses prétendus fins de non recevoir. Michaut est
également débouté de son opposition, tant pour ce qui
le regarde que pour ce qui concernoit la veuve Perrodin
& un Sieur Charron dont il empruntoit le nom. Les
Angoumard sont autorisés à jouir de leurs concessions
conformément à leurs abornemens, & faire planter des
bornes, définitives où ils n'avoient que des piquets de remarque, La veuve Perrodin & Michaut sont condamnés
aux dépens. Enfin cette ordonnance prescrit que la séparation
des paroisses & quartiers de la Marmelade & des Gonaïves
demeurera fixée & déterminée conformément au procès verbal
dit Sieur Sterling de la Plaine. --- Page 478 ---
1 12 ] Il n'est pas inutile d'observer qu'en 1769 un Siair
Roland des EiTarts , Arpe:ît-ur, avoit été commis pour
faire à peu près la même opération , & qu'il fut dressé
par cet Arpenteur un plan & mémoire instructif On
assure que les titres sont perdus. Pourquoi ? Michaut pourroit
nôus en dire quelque çhose. Mais ce qu'il y a d'incohérent, d'inconcevable, ou plutôt
de plus clair . c'est la conduite d'un Sieur Tartelin, Arpenteur
parfaitement dévoué à Michaut. Cet Arpenteur imagine
un plan qu'il arrange autant qu'il peut à l'avantage de
Michaut, & il déclare qu'il est entièrement calqué sur
celui du Sieur Rolland des Essarts. Mais assurément cette
déclaration est un conte: car il lui eût été plus facile de
déposer l'original, que d'en tirer une copie , pour ensuite
perdre le plan du Sieur Rolland, & y substitu::r cette copie
erronée. On fent bien tout ce quc cette opération p2ut
renfermer: on voit clairement Tartelin favorisant Michaut.
de
Michaut, & il déclare qu'il est entièrement calqué sur
celui du Sieur Rolland des Essarts. Mais assurément cette
déclaration est un conte: car il lui eût été plus facile de
déposer l'original, que d'en tirer une copie , pour ensuite
perdre le plan du Sieur Rolland, & y substitu::r cette copie
erronée. On fent bien tout ce quc cette opération p2ut
renfermer: on voit clairement Tartelin favorisant Michaut. Quoi qu'il en soit, & admettant pour un instant la
plus grande véracité dans ce plan ( ce qui n'est qu'une
supposition ) !e Sieur Dumas ne sort pas de sa cause.
On voit dans ce plan , ou du moins dans la copie qu'il a
levée lui-même & qu'il produit, que le Sieur Rolland
ides EiTarts borne la Marmelade par la montagne du Boisdes-Houx, comme tous les Arpenteurs qui l'ont précédé,
& conformément à la tradition des anciens & à la
notoriété publique. Le procès verbal que la Sieur Tartelin dit être copié
sur celui du Sieur Ronand des Efforts , & qui n'est vraiment que l'ouvrage du premier, est asséz malicieufcment
combiné pour étendre les limites de la Marmelade jusqu'à --- Page 479 ---
[ 13 j 1a montagne des Gonaïves , & comprendre ainsi dans la
même enceinte, & la montagne du Bois-des-Houx, &
les terres établies par les Angoumard. Cest une complaisance du Sieur Tartclin, mais ce n'est pas un titre
contre le Sieur Dumas. En effet le Sieur Tartelin est suspect, 1° par l'intérêt
qu'il a personnellement, comme ayant épousé une Demoiselle Boyer, qui lui a donné en se mariant la propriété
d'un terrein dans la dépendance des Gonaïves, mais dont
la concession porte pour le quartier de la Marmelade. On
Cent que par son opération il a lu dans l'avenir. 20 Il est suspect par son attachement pour Michaut.
30 Il l'est encore parceque cette opération est faite
par lui sans autorisation quelconque, & qu'il scroit fort
dangereux de donner aux Arpenteurs le droit de fabriquer
ainsi des titres sans le concours des personnes_ intéressées,
ou sans des ordres supérieurs. On nous répondra que cette opération a été homologuée.
Mais cette homologation a été surprise, & el'e étoit aisée,
parce que personne n'ayant été prévenu, personne n'a
pu la contredire. C'est ainsi que Michaut travaille ou fait
travailler dans les ténèbres. Il citera sans doute son protecteur, le feu Sieur Vilîars,
Commandant de quartier, qui l'a favorisé. Mais on lui
répondra que c'est précisément dans le temps où il lui
vendoit du terrein que le Sieur de Viilars cherchoit à
avoir à bon marché, & qdil a fini par avoir pour rien.
Ainsi cette opération ne celle pas d'être vicieuse, & d'être
parfaitement inapplicable à cette cause.
travailler dans les ténèbres. Il citera sans doute son protecteur, le feu Sieur Vilîars,
Commandant de quartier, qui l'a favorisé. Mais on lui
répondra que c'est précisément dans le temps où il lui
vendoit du terrein que le Sieur de Viilars cherchoit à
avoir à bon marché, & qdil a fini par avoir pour rien.
Ainsi cette opération ne celle pas d'être vicieuse, & d'être
parfaitement inapplicable à cette cause. D'un autre côté, ce plan renferme une singularité bien --- Page 480 ---
[ 14 ] frappante, c'est que malgré qu'il soit fait par Tartelin;
il n'est signé par aucun Arpenteur. Ce n'est pas non
plus un Arpenteur qui le dépose au greffe de la subdélégation, c'est Me. Truchot, Procureur, défunt mari de la
Dame Duzech.qui, avec Michaut, en fait le depôt. Les
signatures de Me. Truchot & de Michaut mises au bas
de' ce plan, jettent le plus grand jour sur toute cette
opération ténébreuse. Cette observation n'échappera sûrement pas à la Cour. On ne voit d'autre signature d'Arpenteur que celle du Sieur Naudet, qui en a extrait une
copie le 3o Octobre dernier. Qu'est-ce que cela peut
signifier ? C'est au moins bien suspect. Michaut & le Sieur T artelin trop complaisant, ont
été bien plus loin. Quelques jours avant sa condamnation
par jugement de MM. les Administrateurs du 2, Mai
1774, Michaut exigea de la trop grande affection du
Sieur Tartelin, un procès verbal qui les compromet tous
deux, par l indécence avec laquelle ils s'expliquent sur
1 autorité que le Souverain prête aux Administrateurs. Le Sieur Tartelin dit nettement dans le procès verbal,
que l'opération du Sieur Sterling de la Plaine est fauÍfe;
que la montagne du Bois-des-Houx n'est point la séparation des deux quartiers de la Marmelade & des Gonaïves.
Ensuite il reçoit la déclaration téméraire de Michaut. Ce
Michaut y dit positivement qu'il n'entend aucunement acquiescer aux actes émanés ou A EMANER du tribunal de
MM. les Général 6, Intendant. Il y proteste dans tous les
cas contre le jugement qui alloit intervenir 3 DUT- IL lui
être savorahle. Il est très-important d'oblèrver que ce procès verbal, --- Page 481 ---
[ X5 ] après avoir dit que la montagne du Bois-des-Houx n'est
pas la réparation, dit encore positivement quelle ne servira
plus de fiparation à l'avenir. Cette contradiction est en
faveur de la vérité. Si le Sieur Tartelin dit quelle ne fervira plus de séparation à l'avenir, nécessairement il convient
quelle en a voit servi, jusqu'à c;: moment. Cet argument
est sans réplique. D'un autre côté, quel est le droit du
Sieur Tartelin pour fabriquer ainsi des procès verbaux
dans lesquels il victime la vérité pour servir son ami
Michaut ? Il faut "convenir que l'amitié, ainsi que l'intérêt,
produisent quelquefois bien des Inconséquences ! On en va
voir d'autres.
fervira plus de séparation à l'avenir, nécessairement il convient
quelle en a voit servi, jusqu'à c;: moment. Cet argument
est sans réplique. D'un autre côté, quel est le droit du
Sieur Tartelin pour fabriquer ainsi des procès verbaux
dans lesquels il victime la vérité pour servir son ami
Michaut ? Il faut "convenir que l'amitié, ainsi que l'intérêt,
produisent quelquefois bien des Inconséquences ! On en va
voir d'autres. Michaut, protégé par le Sieur Villars, & qui devoit
l'être comme l'on vient de le voir, obtint de ce Commandant de milices, & après même le jugement de MM.
les Administateurs du 2 Mai, un certificat par lequel il
est dit que les terrains situés sur la montagne des Houx ont
toujours été reconnus pour dépendre de la Marmelade,
& que ceux de la veuve Perrodin & de Michaut en
faisoient partie. On sent que le Sieur Villars avoit autant
de plaisir à étendre son commandement qu'à obliger
l'homme qui lui avoit fait présent de 60 carraux de terre.
Ce certificat fut la boussole du Sieur Tartelin. Ce certificat fit bien du mal ! il a mis le quartier presque tout en
combustion. Enfin il fut la cause ou plutôt le prétexte avec
lequel le Sieur Tartelin opposa, les 16, 17 & 18
Juin 1774 , des bornes pour la paroisse de la Marmelade
du côté Ouest, & seulement sur les montagnes des Calumets
& des Ardennes 3 nommée autrefois la montagne des
Gonaïves, & qui n est qu'une très-petite montagne auprès --- Page 482 ---
[ 16 ] . de celle du bois-des-Houx. Michaut les indiqua malicieusement pour être la véritable séparation de la Marmelade
& des Gonaïves, & pour englober le terrein des Angoumard. Son ami Tartelin n'a rien épargné encore
pour remplir ses intentions. Ce procès verbal fut signifié le 27 du même mois
aux Angoumard résidans aux Gonaïves , & affiché aux
portes de l'Église de ce même quartier des Gonaïves,
sans permission des Cncf. On sè crut tout permis avec
le certificat de M. le Commandant des milices. La signification de ce procès verbal d'apposition de
bornes fut même attentatoire à l'obéissance due aux Administateurs. Michaut, la veuve Perrodin & le Sieur de Villars
y déclarent que les bornes de la Marmelade ayant été
posées, les ANGOUMARD ne peuvent plus passer outre
aux abor .emens qu'ils prétendent tirer en faveur du jugement du 2 Mai 1774 ; qu'eux Michaut, veuve Perrrodin,
& Sieur de Villars, S'OPPOSENT à toutes les opérations
qu'ils pourroient faire par fuite & en vertu de ce jugement. Les Angoumard osèrent se pourvoir contre le jugement & la défense de cette espèce de triumvirat,
MM. les Général & Intendant, en donnant aux Angoumard
main-levée des oppositions ci-dessus , ordonnèrent de
plus fort l'exécution de leur jugement du 2 Mai 1774 ;
ïàus après la confection des opérations que ce jugement
ordonne, & s'il y écheoit 3 à être statué ainsi qu'il appartiendra sur les limites de la paroisse de la Marmelade.
pourvoir contre le jugement & la défense de cette espèce de triumvirat,
MM. les Général & Intendant, en donnant aux Angoumard
main-levée des oppositions ci-dessus , ordonnèrent de
plus fort l'exécution de leur jugement du 2 Mai 1774 ;
ïàus après la confection des opérations que ce jugement
ordonne, & s'il y écheoit 3 à être statué ainsi qu'il appartiendra sur les limites de la paroisse de la Marmelade. Sur ce nouveau jugement, les Angoumard firent sommer les parties adverses d'être présentes à l'apposition des
bornes sur leur terrein, en vertu du jugement du 2 Mai 1774. Oa --- Page 483 ---
t 17 I B On commit le Sieur Pernet de Beauregard, Arpenteur, ?
& assisté des témoins nécessaires : il fit planter des bornes
sur ce terrein, au lieu de piquets de remarque plantés
précédemment par le Sieur Sterling de la Plaine. Hé bien ! ce procès verbal porte que la montagne du
Bois-des-Houx, désignée par le Sieur Sterling de la
Plaine pour séparation des deux quartiers, lui a paru être
la vraie séparation, & le Sieur Pernet de Beauregard ne
se contente pas de le dire , il le prouve; 10, parce que
cette montagne est la plus élevée entre les deux quartiers j
2° , parce que son revers à l'Ouest & à l'Est, qui. est de
plus de trois cens pas, regarde le Sud , côté des Gona'ives,
& non le Nord , côté de la Marmelade ; 30, par ceque
les eaux pluviales & les sources de cette montagne tombent
naturellement dans la grande rivière des Gonaïves, &
non dans celle de la Marmelade. D'après ce procès verbal, il est clair que les vœux de la
raison ne sont dans cette cause que ceux de la nature! Cependant cette opération fut traversée par plusieurs
opposifions des adversaires, où Michaut, en son nom
personnel, ou sous le nom de son aïeule, a fait briller
toute son éloquence opiniâtre. Il est pourtant à remarquer que parmi les titres produits
dans ce même temps, on a, par inadvertance, montré
pour les adversaires un procès verbal d'arpentage du Sieur
Roland des Essarts. Cet Arpenteur désigne lui-même la
montagne du Bois-des-Houx pour le point séparatif des
deux quartiers & dans le même séns que le Sieur
Sterling de la Plaine. On va voir la petite malice de Michaut. On se rap- --- Page 484 ---
[ 18 J pellera que ces oppositions sont faites à des Jugemens
rendus par MM. les Général & Intendant, & parconséquent que la main-levée ne pouvoit naturellement
en être demandée qu'aux Administrateurs qui avoient
rendu ces Jugemens. Point du tout! Michaut se met au-dessus de la règle
qui le gêne ; & sous le nom de la veuve Perrodin, il
présente Requête le 15 Octobre 1774 au Conseil-supérieur
du Cap,
18 J pellera que ces oppositions sont faites à des Jugemens
rendus par MM. les Général & Intendant, & parconséquent que la main-levée ne pouvoit naturellement
en être demandée qu'aux Administrateurs qui avoient
rendu ces Jugemens. Point du tout! Michaut se met au-dessus de la règle
qui le gêne ; & sous le nom de la veuve Perrodin, il
présente Requête le 15 Octobre 1774 au Conseil-supérieur
du Cap, Dans cette Requête il demande que le Jugement de
MM. les Administrateurs du 2 Mai 1774 soit déclaré
nul & de nul effet ; qu'en conséquence il fut défendu aux
Angoumards d'exécuter ce jugement, & d'outre-passer la
montagne des Gonaïves, reconnue par le Sieur T artelitt
pour séparation des deux quartiers, à peine de PUNITION
CORPORELLE / que la veuve Perrodin fût autorisé à faire
arracher les bornes posées par les Angoumards, & à
.requérir le secours de la Maréchaussée pour prêter main forte,
Outre que Michaut manquoit avec connoissance de
came au respect dû à MM. les Administrateurs, il exposoit
deux autorités souveraines à s'entre-choquer 1 C'est ainsi
que l'esprit d'intérêt enhardit & aveugle des hommes
Comme Michaut 1 Poursiùvons. Les Magistrats du Conseil-supérieur du Cap devinèrent
aisement le projet insensé de leur suppliant. Aussi leur
sagesse rendit un Arrêt, qui ordonne que la Requête seroit
communiquée avec assignation aux Angoumards. 11 paroît que Michaut avoit prévu cet effet indispensable
de la lumière des Juges Souverains auxquels il s'adressoit!
fécond en expédiera à imagine encore une fois --- Page 485 ---
( 19 1 ée signifier sa Requête, & de donner assignation a.
Angoumards, 4 la Marmelade, où ils n'ont jamais demeuré. De cette manière il est clair que les Angoumards ne
pou voient se douter rien _ de cette manœuvre. D\m
autre côté, ces bonnes gens , quoiqu'accoutumés aiué
irrégtilarités de Michaut, ne pouvoient se persuader, ni
même penser que, sur des contestations nées dans une
affaire au Tribunal de MM. les Administrateurs & jugée
par eux, il oseroit introduire & renouveler la même
demande dans un autre Tribunal, & surprendre ainsi 6c
compromettre même deux puissances infiniment respece
tables. Les Angoumards, par deux raisons aussi fortes,
repèrent dans une parfaite sécurité. Qu'est-il arrivé ? ce qui devoit être naturellement. Il
est intervenu Arrêt par défaut. Il est du a 5 Novembre
1775. Cet Arrêt place seulement cette cause au GRAND
RÔLE pour y être jugée définitivement avec le Ministère
public. Mais autre irrégularité bien plus étonnante: cet
Arrêt préparatoire prononce la condamnation des dépens,
contre les Angoumards, comme s'il eût été définitif. On
ient parfaitement que ce n'a jamais été l'intention des
Magistrats , & que ce n'est qu'une inadvertance du Greffier
de ce temps-là. Nous n'en faisons l'ohsetvation que
pour faire voir combien il y a de fatalité attachée à
cette cause.
définitivement avec le Ministère
public. Mais autre irrégularité bien plus étonnante: cet
Arrêt préparatoire prononce la condamnation des dépens,
contre les Angoumards, comme s'il eût été définitif. On
ient parfaitement que ce n'a jamais été l'intention des
Magistrats , & que ce n'est qu'une inadvertance du Greffier
de ce temps-là. Nous n'en faisons l'ohsetvation que
pour faire voir combien il y a de fatalité attachée à
cette cause. Enfin, & quoi qu'il en soit, cet arrêt fut, suivant
Fusage de Michaut, signifié avec réassignation le 15 Mars
1776 , toujours au lieu que les Angoumards n'"ont jamais
habité. ' Michaut étoit sûr que lee Angoumards ne paroîtrofent --- Page 486 ---
r 20 1, pas, puisqu'ils ne Ce dôutoient de rien: en conséquence,
le 3 Octobre 1778, il obtint contre eux Arrêt par défaut,
adjudicatif de ses çonclusions. Cette conduite étoit d'autant plus irrégulière que
Michaut savoit parfaitement que le Sieur Dumas avoit
acquis le terrein des Angoumards le 2o Novembre 1775. Le Sieur Dumas avoit fait cette acquisition de bonne
foi ; il ignoroit absolument qu'il y eût à cet égard la
plus légère contestation. Ses vendeurs n'en savoient rien
eux-mêmes, ils reposoient tranquillement à l'ombre du
jugement définitif de MM. les Administrateurs du 2 Mai
1774 ; comment lui, Sieur Dumas , auroit-il pu deviner
l'inconcevable conduite du trop inconcevable Michaut ? FAITS RELATIFS AU SIEUR DUMAS,, On a dû s'appercevoir que Michaut obtint ainsi,
dans les ténèbres, quatre Arrêts par défaut, en date des
4 Mai 1772 , 15 Octobre 1774, 25 Février 1775, &
3 Octobre 1778. Il en donna connoissance bien singulièrement au Sieur
Dumas. Il lui fit parvenir indirectement quatre copies
destinées aux Angoumards, & peut-être même n'est-ce
pas Michaut! Quoi qu'il en soit, le Sieur Dumas eut connoissance de ces copies, datées bien antérieurement,
seulement au mois d'Octobre 1778. Il fut conseillé de
trancher la tieree-oppoûtion, le 31 du même mois
il présenta sa Requête, De là nouvelle instance au ConseilSupérieur du Cap. ii faut encore ici une explication préliminaire. --- Page 487 ---
[«] On doit savoir que sur un certificat du Sieur Tartelin
que nous avons déjà cité, le Sieur Truchot, défunt mari
de la Dame Duzech, obtint le 22, Janvier 1771, une
tonceffion de 64 carreaux, de figure irrégulière, situés
à la Marmelade, dépendance du Cap, bornés au NordNord-Ouest de Michaut, aux droits du Sieur Giroultj
& bornés, au reste, par des. terres non reconnues. Le Sieur Truchot n'eut effectivement que 33 carreaux.
Il en céda onze à Michaut, qui s'étoit replié sur lui, par
l'action du Sieur de Cokburn sur Michaut. Ensuite
il en donna vingt autres à Michaut, pour des raisons que
ce dernier connoit parfaitement. La Dame Truchot, devenue veuve, fut excitée par
Michaut à former une demande contre le Sieur Dumas.
En effet elle présenta sa Requête le 27 Janvier 1776.
Elle y exposa fàussement ce qui avoit déjà été dit faussetrient dans l'arpentage du terrein du Sieur Truchot, fait
par l'Arpenteur Barroteau, & dirigé par Michaut.
il en donna vingt autres à Michaut, pour des raisons que
ce dernier connoit parfaitement. La Dame Truchot, devenue veuve, fut excitée par
Michaut à former une demande contre le Sieur Dumas.
En effet elle présenta sa Requête le 27 Janvier 1776.
Elle y exposa fàussement ce qui avoit déjà été dit faussetrient dans l'arpentage du terrein du Sieur Truchot, fait
par l'Arpenteur Barroteau, & dirigé par Michaut. Elle obtint Sentence par défaut le 2. Décembre de la
même année : le Sieur Dumas n'en savoit rien. Cette Dame Truchot resta deux années sans donner
le moindre mouvement à cette Sentence. Michaut, qui l'aidoit
de ses avis & qui présidoit à sa conduite, le lui conseilla.
Il avoit deux raisons pour en agir ainsi. 10, Il prévit bien
que le Sieur Dumas arrêteroit bientôt l'effet de cette Sentence par une simple opposition. 2°, Il vouloit annuller
deux titres pour se réserver une ressource d'un côté, dans
le cas où il ne réufliroit pas de l'autre. Cela est si vrai,
qu'aussitôt l'obtention de l'Arrêt par défaut du 3 Octobre
1778 , il prépara lattaqu» de la Dams Truchot. --- Page 488 ---
f 22 ] r Mai? l'opposltion à cet Arrêt ayant mis la prévoyance
de Michaut en défaut, il fallut tirer avantage de cette
Sentence par défaut , & en risquer l'exécution ; pour cet
effet, on obtint en silence des ordres supérieurs, & l'on
s'entoura de la Maréchaussée, pour donner à cette expér
dition une forme guerrière. La Dame veuve Truchot crut qu'il convenoit à sa
situation de jouer un rôle imposant, & on la vit se travestir en Officier, la cocarde au chapeau, & les épaulettes
d'un grade supérieur. Elle composa sa troupe de trois Huissiers, de quelques
records, & de plusieurs Cavaliers de Maréchaussée, de
douze à 15 personnes de ses amis, & de tous les valets
qui formoient l'arrière-garde. Ce fut le 3 Novembre 1778
qu'elle se mit en campagne : elle arriva chez le trop mal"
heureux pèrç de famille, pour l'expulser de son domicile
Ce fut pour elle une vraie partie de plaisir. Elle arriva,
prit un ton presque militaire, & en sa qualité de chef
éphémère, annonça elle-même au Sieur Dumas qu'elle
venoit, accompagnée de beaucoup d'autres, le mettre dehors
de l'habitation qu'il avoit arrosée de tant de lueurs. Le
Sieur Dumas vit la Sentence par défaut, & les ordres des
Chefs, il ne put pas y former opposition sur le champ
ik il obéit à l'instant. Le vaillant Capitaine crut devoir récompenser sa troupe, qui avec elle avoit couru tant de hasards. En conséquence, grands repas pour les uns, & pillage, pendant
quatre jours, pour les autres. En Chef habile, elle sut
encourager son monde, & rien nç manqua pour déchirer
le coeur du Sieur Dumas. Cependant il ne soïtit de la --- Page 489 ---
.. [ 23 ] Bouche de ce vieillard, qu'une seule exclamation : Tant de
charmes, dit-il, peuvent-ils rensermer tant de cruautés?
qui avec elle avoit couru tant de hasards. En conséquence, grands repas pour les uns, & pillage, pendant
quatre jours, pour les autres. En Chef habile, elle sut
encourager son monde, & rien nç manqua pour déchirer
le coeur du Sieur Dumas. Cependant il ne soïtit de la --- Page 489 ---
.. [ 23 ] Bouche de ce vieillard, qu'une seule exclamation : Tant de
charmes, dit-il, peuvent-ils rensermer tant de cruautés? - Enfin le Sieur Dumas eut pendant quatre jours, à plus
de dix lieues du Cap, la douleur de voir beaucoup de
Nègres occupés à détruire ses bâtimens, à çn transporter.
ensuite les matériaux à plus de deux cens pas de son emplacement, & à voir les Huissiers dresser de fang+froict
neuf procès-verbaux & une saisie-exécution de ses meubles;
On peut dire que cette Sentence par défaut & les ordres
supérieurs furent véritablement des armes dans les mains '
des furieux. Aussitôt le Sieur Dumas implora la justice du ConseilSupérieur du Cap. Les Magistrats furent justement indignés
d'une conduite aussi barbare, & ils rendirent un Arrêt
de défenses contre la Dame Truchot,qui autorise le Sieur
Dumas à se faire réintégrer. Cette réintégrande fut exécutée par le ministère de Me. Moutet, Notaire, les 16
& 19 Novembre de la même année. La Dame Truchot, toujours conseillée par MichaUt;
opposa tant de résistance, que malgré l'Arrêt de défenfes^
elle voulut qu'un Cavalier de Maréchaussée restât sur l'habitation. Enfin , le 12 Décembre suivant, c'est-à-dire, 40
jours après, il sanut obtenir un autre Arrêt pour faire
retirer ce Cavalier. Cette instance fut jointe à celle de la veuve Perrodin.
Ainsi le Sieur Dumas eut à combattre contre des femmes, suggérées par un homme, qui possède le talent méprisable de jeter un crêpe épais sur la vérité. Il n'y a
pas de mouvemens que ces deux veuves n'aient employés
contre lui, pas de sollicitations, pas de démarches, pas
de mensonges ! --- Page 490 ---
.,[ 24 1 Enfin il fut décidé que, rans avoir égard au Jugement
rendu contradictoirement par MM. les Administrateurs,
le 2 Mai 1774, le Sieur Dumas succomberoit le 20 Juillet
1780. Dans une potition aussi cruelle, on tente tous les moyens , & le Sieur Dumas se transporta en France, où il
obtint du. Conseil d'État du Roi, un Arrêt qui le vengeoit
complètement des mensonges employés contre lui, en ordonnant l'exécution du Jugement rendu contradictoirement
lé 2 IVIai : 1774, par MM. les Général & Intendant. te 'Sieur Dumas revint muni de cet Arrêt, il se munit encore. d'Ordonnance de MM. les Administrateurs,
& secouru à son tour par la Maréchaussée, il est remis
en possession , les 28 & 29 Août 1783 , par Me. Bernard,
Notaire aux Gonaïves.
onges employés contre lui, en ordonnant l'exécution du Jugement rendu contradictoirement
lé 2 IVIai : 1774, par MM. les Général & Intendant. te 'Sieur Dumas revint muni de cet Arrêt, il se munit encore. d'Ordonnance de MM. les Administrateurs,
& secouru à son tour par la Maréchaussée, il est remis
en possession , les 28 & 29 Août 1783 , par Me. Bernard,
Notaire aux Gonaïves. Il est naturel de croire que tout finit là. Hélas, on en
est bien loin encore ! La Dame Truchotse remarie pour
son plaisir, mais ce mariage va causer bien des peines
au Sieur Dumas. Michaut se fait de nouveaux moyens
des avantages du Sieur Dugaric Duzech, nouvel époux de
la Dame veuve Truchot. Aussitôt ce nouveau mariage , le Sieur Duzech, abusé
, sans doute par Michaut, & par le desir de corriger la
fortune ingrate envers lui, se joignit aux héritiers de la
veuve Perrodin, & tous ensemble se pourvurent coatre ce
même Arrêt du Conseil d'État du Roi, rendu en faveur du
Sieur Dumas. Bref, le Sieur Dumas, malgré son âge, retourne en France. Après une instruction bien déployée, après des débats bien
nombreux, & après des volumes immenses de part & --- Page 491 ---
' [ 25 1 d'autre, U intervient nouvel Arrêt du Conseil d'État du
Roi, qui confirme le précédent & ordonne l'exécution
du Jugement de MM. les Administrateurs , du 2 Mai 1774. Cet Arrêt fut signifié aux adversaires, & l'on devoit
croire que la dernière difficulté étoit totalement- anéantie.
Mais il paroît qu'il étoit dans la destinée du Sieur Dumas
de n'en être pas sitôt quitte ! . En effet, 4 ANS APRÈS, les adversaires se pourvurent encore
contre cet Arrêt si contradictoire, & rendu en si grande connoiflance de cause. Mais il n'est rien de sacré pour Michaut,
le seul instigateur des tourmens du Sieur Dumas. Ils reprirent leurs premières conclusions, & ajoutèrent une condamnation contre le Sieur Dumas de huit mille livres d'amende
& cent cinquante mille livres de dommages & intérêts,
& de tous les dépens. Le Sieur Dumas l'avoue franchement, il s'attendoit encore moins que jamais à cette nouvelle poursuite. Il ne
pensoit plus qu'à jouir tranquillement des sruits bien amers
de ses longs travaux. Mais aujourd'hui il semble qu'on a
peur but de lui apprendre que l ôln doit s'attendre à tout. Dans le fond , c'est sûrement la première fois qu'on aura
vu des plaideurs demander au Conseil d'État du Roi la.
cassation de ses propres Arrêts, & sur-tout quand ils sont
rendus sur production respective. Il semble même qu'en
pareil cas il ne faut pas de contradicteur, & que l'on est
non recevable à revenir contre une chose jugée au dernier
degré de justice, & jugée contradictoirement. Ces réflexions toutes naturelles laissèrent le Sieur Dumas
dans la plus profonde sécurité, & c'est à l'ombre de cette
paix factice que l'on surprit contre lui un nouvel Arrêt --- Page 492 ---
[ 26 ] du Conseil d'Êtat du Roi, le 6 Novembre 1786, c'està - dire , près de quatre ans postérieurement à l'Arrêt du
Conseil d'État du Roi, du 3 Mai 1782. Cet Arrêt est par défaut ; il casse les Arrêts précédens ,
& même le Jugement de MM. les Administrateurs, du
« mai 1774. Ensoite sur le fond il renvoie les parties
par-devant les Juges du Tribunal terrier du Port-au-Prince.
du Conseil d'Êtat du Roi, le 6 Novembre 1786, c'està - dire , près de quatre ans postérieurement à l'Arrêt du
Conseil d'État du Roi, du 3 Mai 1782. Cet Arrêt est par défaut ; il casse les Arrêts précédens ,
& même le Jugement de MM. les Administrateurs, du
« mai 1774. Ensoite sur le fond il renvoie les parties
par-devant les Juges du Tribunal terrier du Port-au-Prince. Il est bien extraordinaire qu'on ait laisse partir de France
le Sieur Dumas, sans le prévenir que cet Arrêt du Conseil d'État du Roi étoit seulement par défaut, qu'il pouvoit y former opposition, & en espérer la réformation.
Il n'est pas moins étonnant qu'il n'en ait pas été prévenu
au moment où les parties ont croisé le fer à la Juridiction du Cap. Mais encore une fois, c'est une preuve de la
fatalité qui semble s'attacher à cette cause : c'est une preuve
que tout est possible à la finesse pour surprendre l'innocence
qui dort en paix. Tout ce qui cause le mal actuel est l'effet de Pinterprétation forcée que l'on a voulu donner à ce dernier Arrêt
par défaut du Conseil d'État du Roi. Cet Arrêt ci casse les deux Arrêts du 3 Mai 1782.
n & du 3 Janvier 1784, & les annulle en ce qu'ils ont
» confirmé les Ordonnances de MM. les Administrateurs,
» des 2 Mai & 2.2, Juillet 1774, dont étoit appel, lef-
» quelles deux Ordonnances sont pareillement cassées &
» annullées ; ensuite, évoquant les demandes & contesta-
» tions d'entre les parties, circonstances & dépendances,
» renvoie la connoissance desdites contestations par-devant
n les Juges du Tribunal Terrier du Port-au-Prince, pour
» y -être instruit en la manière ordinaire, sauf l'Appel --- Page 493 ---
I 7 1 Y> au Conseil de Sa Majesté i attribuant à cet effet audit
v Tribunal terrier où besoin seroit, toute Cour & Juri-
» diction, icelle interdisant à tous autres Juges; ordonne
» que le surplus des dispositions contenues auxdits Arrêts
» des 3 Mai 1782 & 1 Janvier t784, feront exécutées
PP SELON LEUR FORME ET TENEUR. Les prétentions de Michaut sur l'interprétation qu'il
donne aux derniers mots de cet Arrêt par défaut, sont
Vraiment de la plus rare extravagance. Les adversaires allèrent même bien plus loin. Ils voulurent se mettre en possession de l'habitation dont s'agit,
en vertu de ce même Arrêt. Mais une opposition les
arrêta. Au mois de Juin 1787, le Sieur Duzech & consorts,
ou plutôt Michaut, présenta requête à MM. les Général
& Intendant, pour être réintégrés, disoit-il, sur l'habitation,
en. vertu de cet Arrêt par défaut, & pour que le Sieur
Dumas fût condamné à la restitution des fruits y & condamné tout uniment en 225 mille liv. de dommagesintérêts, prétendant que c'étoit la véritable & seule inter.,
prétation du dernier Arrêt par défaut surpris au Conseil
d'État du Roi s & dont nous venons de donner le prononcé. MM. les Administrateurs renvoyèrent les parties pardevant les Juges naturels, attendu la suppression du Tribunal
Terrier, en date du mois de Janvier 1787.' Alors les Adversaires divisèrent leurs actions : le 8 Août
1785 , ils en formèrent deux en la Sénéchaussee du Cap,
La première tendit à ce qu'ils fussent maintenus dans la
possession , propriété & jouissance de l'habitation du Sieur
Dumas , & que ce dernier fût, débouté de toutes préten-
MM. les Administrateurs renvoyèrent les parties pardevant les Juges naturels, attendu la suppression du Tribunal
Terrier, en date du mois de Janvier 1787.' Alors les Adversaires divisèrent leurs actions : le 8 Août
1785 , ils en formèrent deux en la Sénéchaussee du Cap,
La première tendit à ce qu'ils fussent maintenus dans la
possession , propriété & jouissance de l'habitation du Sieur
Dumas , & que ce dernier fût, débouté de toutes préten- --- Page 494 ---
[ 19 1 tions contraires. Qu'il lui fût fait défenses de les troubler,
qu'il fût condamné à restituer les fruits suivant estimation
& en 2.25 MILLE LIVRES de dommages & intérêts &
aux dépens, dans lesquels seroient compris les fraix de voyage. La séconde tendit à ce qu'ils fussent autorisés à passeroutre à la mise en possession de l'habitation du Sieur Dumas,
EN EXECUTION , dirent-ils, de l'Arrêt du Conseil d'État
du Roi, du 6 Novembre 1786, & à être assistés de
Cavaliers de Maréchaussée, pour prêter main-forte, & à
ce que la Sentence à intervenir fut exécutée par provision,
&c. Le Sieur Dumas est nécessité de le dire, il étoit assuré
de perdre son procès à la Juridiction du Cap, où la
Dame Duzech a exposé ce qu'elle a voulu, où la simpli-
• cité du Sieur Dumas n'a pas fait impression, quoique ce
soit peut être un des meilleurs signaux de la vérité. Il
étoit assuré de perdre, parce qu'il n'a pas eu le bonheur
de se faire comprendre, parce que sa 'cause est devenue
très - compliquée par les effets merveilleux de la Dame
Duzech, & par les talens heureusement inimitablesdeMichaut. D'abord il est intervenu Sentence sur le possessoire par
laquelle les Sieur & Dame Duzech ont été autorisés à
châsser encore l'infortuné Dumas de son habitation. Le pretnier mouvement du Sieur Dumas fut d'interjetter appel de ce. Jugement. Mais la Sentence étoit exécutoire par provision. Il falloit un Arrêt de défenses. Et
comment l'obtenir assez tôt ? Les justiciables de la partie
du Nord ont la douleur d'avoir leurs Magistrats à 60 lieues
d'eux. Comment donc , à travers des chemins presque impraticables encore, à travers une immensité ( de rivières,
fortuné Dumas de son habitation. Le pretnier mouvement du Sieur Dumas fut d'interjetter appel de ce. Jugement. Mais la Sentence étoit exécutoire par provision. Il falloit un Arrêt de défenses. Et
comment l'obtenir assez tôt ? Les justiciables de la partie
du Nord ont la douleur d'avoir leurs Magistrats à 60 lieues
d'eux. Comment donc , à travers des chemins presque impraticables encore, à travers une immensité ( de rivières, --- Page 495 ---
I 29 1 sujettes à tant de débordemens, à travers des montagnes
escarpées, à travers des pluies qui ressemblent si souvent
à des déluges, ou à travers des mers reconnues pour les
plus dangereuses, attendu la proximité de la terre & le
peu de solidité des embarcations dont le choix est infiniment rare, comment enfin à travers tant de difficultés,
dont l'énumération Jeroit trop longue, les malheureux
Habitans de la partie du Cap peuvent-ils obtenir à temps
les secours de leurs Juges Supérieurs ? Comment donc ne
regretteroient - ils pas ces Magistrats Souverains qui, feulement sous ce point de vue, leur faisoient tant de bien?
Comment, en çonsidérant leurs autres bienfaits, ces tristes
Habitans n'arroseroient-ils pas de leurs larmes le saint lien
où se distribuoit, au Cap, la Justice Souveraine ? Le
Sieur Dumas n'est dans ce moment que l'écho de ceux
qu'il peut appeler en quelque sorte ses compatriotes. La
privation qui les rend aujourd'hui si tristes , si abattus,
ne verra pas de sitôt sécher leurs pleurs ! Suivant eux, cette
privation ne devoit être que la punition des plus grands
crimes qui auroient été commis par eux! Ils osent, tout
en obéissant respectueusement, former encore des vœux,
& lever au ciel des yeux de supplication! La chaleur de
l'espérançe ranime leurs cceqrs presque flétris, & le Monarque bienfaisant dont ils sont, comme les autres Colons,
les fidèles sujets, ne tardera pas de récompenser leur
zèle, en leur rendant ce qui fait aujourd'hui & le sujet de
leur supplication, & le motif ardent de leurs accens
plaintifs Le Sieur Dumas fut une des premières victimes de cet
éloignement. La Poste fut retardée par des causes d'empe- --- Page 496 ---
[ 30 1 chement absolu. L'Avocat ne reçut les papiers du Sieur
Dumas que long-temps après. La cause étoit longue pat
le récit même des seuls faits principaux, & l'Arrêt de
défenses ne put pas être obtenu à propos. Dans cet intervalle, on a eu le temps de faire exécuter la
Sentence. Les adversaires offrent caution. Le Sieur Dumas
démontre que cetts caution n'est pas bolide, & l'on se
contente de nommer un renfort de caution qui n'est pas
plus solvable. On se hâte, & les adversaires s'acheminent.
On met impitoyablement le Sieur Dumas dehors de son
habitation, & l'on ravage tout, suivant le coupable usage
des parties adverses. Le Sieur Dumas obtint l'Arrêt de
défenses, mais il n'étoit plus temps ! Le mal étoit Sait ;
le trop infortuné Dumas, ce vieillard respectable, ce pèred'une famille intéressante, étoit chasle de son domicile, &
on lui avoit tout ravagé.
& les adversaires s'acheminent.
On met impitoyablement le Sieur Dumas dehors de son
habitation, & l'on ravage tout, suivant le coupable usage
des parties adverses. Le Sieur Dumas obtint l'Arrêt de
défenses, mais il n'étoit plus temps ! Le mal étoit Sait ;
le trop infortuné Dumas, ce vieillard respectable, ce pèred'une famille intéressante, étoit chasle de son domicile, &
on lui avoit tout ravagé. Enfin l'on plaide sur le possessoire, & il intervient Arrêt
sur le rapport de M. Faure de Lussac, qui ordonne la
réintégration du Sieur Dumas. Ce vieillard retourne dans
la partie du Cap, & le 24 Août dernier, on lui rendit
son habitation j c'est ainsi qu'il passe sa vie & celle de ses
enfans, à être habillé & nud, à recouvrer & à être dépouillé. En gagnant même son procès combien n'aurat'il pas encore perdu, & quelle ressource aura-t-il dans
les adversaires? Combien de récoltes enlevées ? Combien
1le dévastations en tout genre? Combien d'occasions de
dépense irréparable ? Enfin, il possède & il ne s'agit
plus aujourd'hui que de prononcer sur le pétitoire au rapport
de M. de Piémont. -On devine aisément que le Sieur Dumas ne fut pas pius
» --- Page 497 ---
[ 3i ] heureux à la Sénéchaussée du Cap, sur le pétitoire, qu'il
l'avoit été sur le possessoire. En effet, le 18 Mars dernier,
Sentence sur appointement, qui prononce, cc sans égard
» aux fins & moyens du Sieur Dumas, ainsi qu'à l'oppo-
» sition formée par les nommés Angoumard au Procèsn verbal d'arpentage du 31 Juillet 1770, fait A LA REQUÊTE
op de la Dame veuve Perrodin , par le Sieur Lesigner, Ar-
» penteur, les procès-verbaux faits par les Sieurs Lefigner,
» Baroteau, Arpenteurs, les 31 Juillet & 17 Novembre
» I770 & 1 Avril 1771, A LA REQUÊTE des veuves Perrg-
» din, Sieurs Mi CHAUT & Truchat, sont homologués pour
» être exécutés j en conséquence lesdites Dame Perrodin,
» Sieur & Dame Duzech & Consorts sont maintenus &
» gardés dans la PROPRIÉTÉ , possession & jouissance des
» terreins mentionnés aux quatre concevions à eux accordées les 15 Juillet Z757, 8 Février 1770, & 22. Janvier
» 1771, suivant les abomemens désignés aux proçès-ver-
» baux d'arpentage. Il est fait défenses au Sieur Dumas 8c
» à tous autres de troubler, ni inquiéter lesdits Sieur &
» Dames Duzech & HÉRITIERS PERRODIN dans lesdites
a propriété & jouissance, sous les peines de droit, le
» Sieur Dumas tenu de déguerpir lesdits terreins, si FAIT
» N'A ÉTÉ , & ce dans TROIS JOURS de la signifi,
» cation de la Sentence, si non & ce délai passé, lesdits
i> Sieur & Dame Duzech & héritiers Perrodin, autorisés
» a le faire sortir & mettre ses effets sur le grand chemin ;
» le Sieur Dumas condamné à RESTITUER auxdits Sieur
» & Dame Duzech & héritiers Perrodin les fruits & re*.
» venus perçus INDUMENT , tant par lui que par les nom;"
1) mes Angoumard, suivant l'estimation qui en sera faite
» cation de la Sentence, si non & ce délai passé, lesdits
i> Sieur & Dame Duzech & héritiers Perrodin, autorisés
» a le faire sortir & mettre ses effets sur le grand chemin ;
» le Sieur Dumas condamné à RESTITUER auxdits Sieur
» & Dame Duzech & héritiers Perrodin les fruits & re*.
» venus perçus INDUMENT , tant par lui que par les nom;"
1) mes Angoumard, suivant l'estimation qui en sera faite --- Page 498 ---
[ V ] » par des arbitres & sur-arbitres, Habitans voisins, con-
» venus entre les parties, sinon nommés d'office, lesquels
» auront égard aux différentes époques DES INDUES
» POSSESSIONS dudit Sieur Dumas, & condamne le Sieur
» Dumas aux dépens pour tous dommages-Intérêts, &c. M. Il est naturel de croire que le Sieur Dumas a interjeté
appel de cette Sentence, & c'est en effet sur elle qu'il
s'agit de prononcer aujourd'hui. Au seul apperçu des faits, il est difficile de se défendre
d'une espèce d'attendrissement pour un infortuné sexagénaire, qui se voit, après avoir travaillé péniblement
pendant 40 ans de sa vie, sous un climat aussi destructeur, au milieu d'un monde aussi difficile que celui que
renferme la Colonie de Saint-Domingue, qui se voit,
dis-je, entouré de personnes avides qui veulent, malgré la
raison & la nature même , lui arracher une terre qu'il a
arrosée de ses sueurs, & qu'il baigne aujourd'hui de ses
larmes. On l'a traîné de Tribunaux en Tribunaux, de
pays en pays, de mers en mers, de climats en climats,
& par-tout l'on a été convaincu de sa bonne, foi, &
par-tout les adversaires ont essayé & presque failli de le
rendre victime de leur crédit, de leurs manoeuvres &
de leurs mensonges. Pourquoi donc les gens honnêtes sontils sujets à tant de persécutions ? Le Sieur Dumas n envie
rien à personne, il n'a d'autre desir que de posséder tranquillement ce qui lui appartient, & d'avoir le moyen
d'élever une famille qui doit le remplacer, & perpétuer
l'utilité dont il a pu être dans la masse commune des
citoyens laborieux des Colonies. Pourquoi ne pas cesser
de le tourmenter ? Le malheureux procès dont on l'écraje,
en --- Page 499 ---
[ 311 c en vaut mille pour lui ! Il n est point accoutumé a cé
genre terrible de crucifier les hommes, & le procès qu'on
lui a intenté , l'a déjà mis à de cruelles épreuves ! Voyons
donc s il a cesse d'avoir i même pour lui , les apparences di
l'innocence qui est dans son cœur. MOYENS. Preuves au fond. On ne peut pas dire que le Sieur Dumas en ait imposé
sur les faits ; ils sont tous & sidèlement tirés des pièces
produites. S'ils ne sont pas controuvés, ils ne sont pas
non plus contournés! L'Avocat n'a fait que suivre la
bonne foi de son Client. Le Sieur Dumas a dicté, & son
defenseur n a été, pour ainsi dire, que son Secrétaire.
Qui connoît le Sieur Dumas, peut bien attester sa bon*
hommie j il peut bien a durer aussi qu'il n'est pas propre
ni aux souplesses de l'envie, ni aux détours de la malignité. Hé bien j ces faits exposés naïvement & sans art, renferment tous ses moyens ! Il va les resserrer pour qu'ils
occupent moins de place j & pour que la revue en soit
plus facile à faire.
, & son
defenseur n a été, pour ainsi dire, que son Secrétaire.
Qui connoît le Sieur Dumas, peut bien attester sa bon*
hommie j il peut bien a durer aussi qu'il n'est pas propre
ni aux souplesses de l'envie, ni aux détours de la malignité. Hé bien j ces faits exposés naïvement & sans art, renferment tous ses moyens ! Il va les resserrer pour qu'ils
occupent moins de place j & pour que la revue en soit
plus facile à faire. Encore Une fois, il n'y a pas d'autre question dans
cette cause, que celle de savoir si la montagne du boisdes-Houx, est la véritable ligne séparaÿve de la Marmelade & des Gonaïves. Il est étonnant, sans doute, qu'une question aussi simpla
(ait occasionné tant de volumes d'écritures, tant d'opérations,
tant d'intrigues, tant de voyages, tant de chaos, & tant --- Page 500 ---
[ 34 J de peines & de dépenses ; mais tout cela cesse d'étonner
quand on connoît la pairion dominante de Michaut pour
fcs procès, Si, l'art qu'il a d'en tirer parti. En première
instance, il a prouvé qu'il n'avoit besoin que de s\gna.
tures, & qu'il se défendoit merveilleusement bien luimême; mais heureusement le Sieur Dumas a la plus
grande confiance dans la bonté de sa cause, parce qu'il
en a une infinie dans l'impartialité & les lumières des
Magistrats Souverains. Ainsi, Michaut a beau vouloir
parier dix portugaises qu'il gagnera son procès, le Sieur
Pumas,sans être suffi téméraire, se contentera d'expçfêr
sens jactance, les moyens certains qui doivent l'empêche,
de perdre., Un plaideur qui craint, sème Couvent dan,
le monde toute autre chose qu'il ng pense, espérant parla d'avoir pour lui la voix du Peuple, & fasciner ainsi
les yeux de ses Juges ; mais ce n'est souvent qu'un enfant
qui crie dans les ténèbres, parce qu'il a peur ; tàchons
de le faire crier plus fort encore. Le Sieur Dumas commençe par défier ses adversaires
de prouver qu'avant l'époque de la contestation actuelle,
la montagne des Gonaïves, aujourd'hui surnommée mon..
tagne des Calumets , ou montagne des Ardennes, ait
jamais servi de limites aux deux quartiers dont s'agit,
& qu'il en ait même jamais été parlé. En effet, avant
son naufrage à Mogane, il a produit quarante pièces
depuis 17s2 jusqu'en 1776, qui constatent que la montagne du bois-des-Houx a toujours été la véritable limite.
L'inventaire de production inséré dans les Arrêts de >_
cassation, est sûrement une preuve suffisante. - - f --- Page 501 ---
[ 35 1 La montagne du bois-des-Houx est donc lé point qui
répare de tout temps la Marmelade des Gonaïves il s'agit
de le prouver encore, & la preuve en est complète. Le
Sieur Pernet de Beau-Regard le soutient fermement. 19. Parce que c'est la montagne la plus élevée entre les
deux quartiers. 20. Parce que son revers à l'Ouest & à l'Est, qui est
de plus de yoo pas , regarde le Sud, côté des Gonaïves, Se
non te Nord , coté de la Marmelade.
tout temps la Marmelade des Gonaïves il s'agit
de le prouver encore, & la preuve en est complète. Le
Sieur Pernet de Beau-Regard le soutient fermement. 19. Parce que c'est la montagne la plus élevée entre les
deux quartiers. 20. Parce que son revers à l'Ouest & à l'Est, qui est
de plus de yoo pas , regarde le Sud, côté des Gonaïves, Se
non te Nord , coté de la Marmelade. 31. Parce que les eaux pluviales & les sources qui cou*
lent entrent cette montagne & les Gonaïves, tombera
dans la grande rivière des Gonaïves, & non dans celle
de la Marmelade. Certainement voilà des raisons plausibles ! c'est ce qu'on
peut appeler consulter la nature pour fortifier la raison.
il y a peut-être plus encore ! c'est l'énumération des
Arpenteurs qui sont du même sentiment dans leurs procès verbaux. 1 °. Le Sieur Chenau du Marsey. ,°. Le Sieur Saint-Maurice. 30. Le Sieur Injulvin. 4°. Le Sieur Pernet de Beauregard. Le Sieur Hodié. 6°. Le Sieur Baroteau
70. L-e Sieur Sterling de la Plaine, 8°. Le Sieur Lecomte. 90. Le Sieur Paris de Saint-Vallier. 10° La Sieur Lesigner, qui déclare avoir dérogé à 1 esprit du titre, & ne s'être conformé qu'à l'intention de rrequérante ( veuve Perrodin ). --- Page 502 ---
r 36 J * 11° Le Sieur Rolland des Essarts. k
n.° Le Sieur Tartelin. Oui Tartelin lui-même, l'intime de Michaut ! Il dit expressément dans son procès-verbal du 7 Avril 1774, que la montagne du bois-des-Houx,
ne fer vira plus de séparation à l'avenir; donc, elle en avoit
servi auparavant & jusqu'alors! C'est ainsi que la vérité
échappe quelquefois de la bouche de ceux mêmes qui
cherchent le plus à la déguiser. Quant aux autres Arpenteurs, il n'en est pas un de
ceux qui viennent d'être cités, qui dans la foule de leurs
procès-verbaux ne reconnoissent la montagne du bois des
Houx pour le point séparatif des deux quartiers dont s'agit. Mettons encore preuves sur preuves. 1." Signification de l'Arrêt par défaut, du 27 Novem.
bre 1772 , faite à la requête de Michaut, laquelle signisication n'est faite par lui aux Angoumards, qu'après un
ARRÊT DE PAREATIS qu'il a demandé lui-même au Conseil-Supérieur du Port-au-Prince, Aveu bien eflsentiel, &
une vraie fin de non recevoir contre Michaut ! 2..° L'acte de vente fait au Sieur Dumas par les Angoumards, & paÍfé au Bourg des Gonaïves par-devant
Me. Frigière , Notaire .& Substitut de la Juridiction de
Saint-Marc, & par conséquent de la dépendance du, Port
au-Prince, 3.0 Les concessions des Angoumards, délivrées sur
certificats d'Arpenteurs, qui déclarent les terreins à concéder situés aux Gonaïves. 4 q Copie d'un plan général certifié par lea Sieur«
Villars & Fouquet,
Ífé au Bourg des Gonaïves par-devant
Me. Frigière , Notaire .& Substitut de la Juridiction de
Saint-Marc, & par conséquent de la dépendance du, Port
au-Prince, 3.0 Les concessions des Angoumards, délivrées sur
certificats d'Arpenteurs, qui déclarent les terreins à concéder situés aux Gonaïves. 4 q Copie d'un plan général certifié par lea Sieur«
Villars & Fouquet, --- Page 503 ---
r 371 5.° Autre copie d'un plan du il Juin 1770, & certifié
par le Sieur Paris de Saint-Valiier. Voilà dans un instant VINGT PREUVES incontestables
qui soutiennent d'une manière inébranlable le droit du Sieur
Dumas ! Et ces preuves ne sont point imaginaires, elles
sont toutes consignées dans les pièces produites au procès.
Qu'on ajoute à cette accumulation de preuves six Jugemens
de Cours Souveraines qui les adoptent, en confirmant ou
ordonnant de plus fort l'exécution du Jugement de MM.
les Général & Intendant du 2 Mai 1774, & l'on aura
bien de la peine à se persuader que la raison & la bonne
foi soient du côté de Michaut & ses Consorts. Ce sont
là des retranchemens à l'abri desquels un Propriétaire doit
être en sûreté. Car si après avoir gagné son procès six
fois, par des Jugemens de Cours Souveraines, on pouvoit
avoir encore à appréhender, il n'y auroit rien de sur parmi
les hommes; & si les méchans peuvent encore quelque
chose contre les décrets de la Justice Souveraine, il faut
se sauver dans les bois! Le Sieur Dumas auroit bien d'autres preuves encore,
sans l'événement terrible qui a manqué de lui faire perdre
la vie sur l'isle de Mogane, où il est resté pendant sept
jours, partageant avec ses tristes compagnons, la misère la
plus affreuse, & les tourmens les plus durs. Il n'a pas
cru devoir augmenter encore ses immenses débours, en
tirant des Greffes de nouvelles copies ; une seule vient de
lui coûter 1188 liv. & il croît pouvoir se dispenser des
autres, puisque l'énumération incontestée & incontestable
en est faite dans l'inventaire de production, rapporté dans --- Page 504 ---
[ 38 1 r Arrêt du Conseil d'État du Roi du 3 Mai I782, c%st«
à-dire, antérieur de 4 ans au naufrage sur Mogane, &
cette même production renouvelée au même Conseil, le
3 Janvier 1784. Ce seroit des frais inutiles & des faux
frais qui retomberaient sur lui, car encore une fois, qu'elle
ressource aura-t-il dans ses adversaires, même pour les dépens liquidés? Nullité de Procédure: 0 ne faut vraiment qu'un mot pour prouver que toute
la procédure de Michaut est radicalement nulle. Les Angoumards n'ont jamais demeuré à la Marmelade : ils n'y ont
jamais eu l'ombre d'un domicile; ils ont cessé de demeu*
rer aux Gonaïves, & ce fait est prouvé non seulement
par ramas des titres déjà cités, mais encore par l'aveu
de Michaut, qui est forcé à demander un pareatù au Conlèil du Port-au-Prince.
faut vraiment qu'un mot pour prouver que toute
la procédure de Michaut est radicalement nulle. Les Angoumards n'ont jamais demeuré à la Marmelade : ils n'y ont
jamais eu l'ombre d'un domicile; ils ont cessé de demeu*
rer aux Gonaïves, & ce fait est prouvé non seulement
par ramas des titres déjà cités, mais encore par l'aveu
de Michaut, qui est forcé à demander un pareatù au Conlèil du Port-au-Prince. Cependant les Angoumards ont toujours été assignés à
la Maimelade où ils ne demeuroient pas, au lieu de l'être
aux Gonaïves où ils demeuroient depuis 1757. De cette
manière, Michaut a obtenu des condamnations autant qu'il
en a desirées, & cela n'étoit pas difficile, puisque les Angoumards n'étant pas prévenus & ne pouvant pas l'être
de cette forte, il étoit toujours sans contradicteur. Ce n'est pourtant pas là le vœu de la Loi. La défense
est de droit naturel, & le Législateur entend que la partie
traduite en Justice ait connoissance des poursuites que l'on
fak contrefle, & l'on ne peut s'écarter de . ce principe
Ouïs une nullité d'Ordonnance. Il ne faut, pour en être --- Page 505 ---
r 391 convaincu, que se rappeler des articles VIII du titre let.
& III du titre a de l'Ordonnance de 1667, rien n'est
.plus précis, rien n'est plus impératif. On objectera peut-être malicieusement l'avis du Parquet
fy pris par Michaut, mais on lui fera ressouvenir de l'Arrêt
du Conseil d'État du Roi qui remet les choses dans le
premier état. Ainsi la procédure de Michaut est radicalement nulle,
& de nullité d'Ordonnance; par conséquent sous ce seul
.point de vue, il mérite le châtiment de la Loi. Cette procédure est encore radicalement nulle sous un
nouveau point de vue. En esfet, & originairement, il ne
e'agissoit, de la part des adversaires, que d'obtenir mainlevée d'une opposition formée par les Angoumards à 1 arpentage que la veuve Perrodin faisoit faire, dans lequel on
engloboit les terreins des opposans, & qu'ils a voient
établis depuis 13 ans. Comme ces terreins n'étoient pas
encore concédés, il ne s'agissoit pas de débats de titres.
Les Angoumards s'opposoient simplement à ce que Ion
s'emparât des terres qu'ils établissoient depuis 13 ans &
dont ils sollicitoient la concession. Il est & il doit être
reconnu que les contestations nées & à naître en pareil
cas sont, exclusivement du ressort de MM. les Général
& Intendant. Pour que l'on n'en doute pas, que l'on se
donne la peine de lire plusieurs Réglemens sur ce sujet,
notamment l'article a 6 de l'Ordonnance du 1er. Février
e 666, & l'article 1er. du titre 6 de l'Ordonnance de 1667.
On verra que le tout est expressément à peine de nullité.
les contestations nées & à naître en pareil
cas sont, exclusivement du ressort de MM. les Général
& Intendant. Pour que l'on n'en doute pas, que l'on se
donne la peine de lire plusieurs Réglemens sur ce sujet,
notamment l'article a 6 de l'Ordonnance du 1er. Février
e 666, & l'article 1er. du titre 6 de l'Ordonnance de 1667.
On verra que le tout est expressément à peine de nullité. Or les adversaires ont fait précisément ce qui est netteçient - défcndu par ces Ordonnances à peine de nullité : ils --- Page 506 ---
[ 40 ] se font adressés à d'autres Juges que ceux qui leur sont
indiqués j par conséquent leur procédure est vraiment nulle,
& d'une nullité radicaie prononcée par les Ordonnances. D'après cela, il n'est pas un homme raisonnable, impartial , qui ne dise que le Sieur Dumas n'ait triplement raison. Michaut lui-même en est convaincu , & quoiqu'en
sortant de la Marmelade -ù ait dit à l'Exempt de Maréchaussee : je vais vous chercher de la besogne , il ne pensoit
pas ce qu'il disoit, il faisoit semblant de le croire, mais
au fond il craignoit d'être à la fois découvert- par la pénétration des Magistrats Supérieurs qui lisent à travers les
replis du Cœur. Michaut n'a cessé de se faire un rempart,
& même un labyrinthe pour se rendre impénétrable :
mais le Sieur Dumas qui ne cônnoit uniquement que l'Art
de cultiver le café, qui n'a ni élocution, ni style, ni sciènce
dans aucun autre genre, qui ne connoît pas l'art de capter
les esprits, qui est sans appui, sans protecteurs, sans détours,
se contente de s'envelopper de sa vertu, & malgré ce que
Michaut en dit, le Sieur Dumas croit avoir, avec cette
simplicité, la meilleure égide. RÉFUTATION. Il est tout simple qu'il a fallu que Michaut dise quelque
chose, & se crée même, pour ainsi dire, quelques apparences , pour accréditer son systême de prise : il a fallu
qu'il imaginât des raisonnemens, & se tortillât en tous sens
pour se faire des moyens, à-peu-près comme l'on se fait
des fantômes. Mais l'on va voir que les roseaux sur lesquels
il se perche & se balance sont bien foibles & bien plians --- Page 507 ---
t 4t 1 D pour loi qui n'a pas la légèreté d'un oiseau des champs. SI
encore il étoit honnête, comme il doit l'être indifféremment
avec tout le monde, si à tout moment dans ses écrits,
n'osoit pas dire que le Sieur Dumas efl capable de hasarder des impostures de tous les genres si plus adroitement
il se contentoit d'exposer avec une fausse naïveté ses prétentions , quoique folles, on seroit tenté d'excuser son erreur ,
[ on n'auroit en vue que la cause elle-même; Mais Mi chaut,'
oui Michaut lui-même, tend à ternir la réputation dont le
Sieur Dumas jouit depuis plus de 40 ans dans les deux
quartiers de la Marmelade & des Gonaïves, à ternir la
réputation d'un homme qui l'a vu naître & s'élever. C'est
bien mal-adroit de la part de Michaut ! ... Voyons donc
feulement les prétendus moyens de sa cause. Cest tout ce
que le Sieur Dumàs veut voir en ce moment.
; Mais Mi chaut,'
oui Michaut lui-même, tend à ternir la réputation dont le
Sieur Dumas jouit depuis plus de 40 ans dans les deux
quartiers de la Marmelade & des Gonaïves, à ternir la
réputation d'un homme qui l'a vu naître & s'élever. C'est
bien mal-adroit de la part de Michaut ! ... Voyons donc
feulement les prétendus moyens de sa cause. Cest tout ce
que le Sieur Dumàs veut voir en ce moment. Dans sa dernière Requête en la Cour il chànge entièrement de batteries. Selon lui, il ne s'agit plus de savoir si
la montagne des Houx est la ligne séparative des deux
quartiers , & cependant, en fuyant, il laisse encore quelquesuns de ses précédens argumens pour tâcher de laisser croire
que son ancien systême est supportable. A cet égard il
fait ce qu'on lui a vu faire déjà, il évite la clarté pour
être moins reconnu : il s'enveloppe d'un double galimathias
compose de quelques mots barbares, & après avoir cité
nombre de procès verbaux & de plans, où il feint de voir
ce qui n'y est pas, il charge le Lecteur qui ne le çroit pas
d'y aller voir , ensorte que pour prouver que tout ce qu'il
rapporte est un grain d'apparence de vérité, délayé dans
one hier d'absurdités ÔC de mensonges, il faudroit un in", --- Page 508 ---
[ 41 ï folio, & 1 on finiroit par voir qu il est tellement sublime
dans ses démonstrations qu'il ne s'entend peut-être pas luimême! Si cependant cette tâche étoit nécessaire, nous
prendrions l'obligation de la remplir : mais au moyen de
l'article ci-dessus , preuves sur le fonds, nous pouvons nous
dispenser & d'un détail excessivement long à faire & d'un
travail extrêmement dégoûtant. Ce qu'il y a de clair dans
tout cela c'est que Michaut croit se sauver à travers les
ténèbres. Nous pourrions plus raisonnablement qua lui peutêtre parier DIX PORTU GAISES qu il se trompe. Examinons
son nouveau systême. A présent il avance que les titres des Angoumards sont
nuls. Cet argument est tardif. C'est pour la première fois
qu'il paroît sur la scène. Vraisemblablement Michaut l'a
réservé pour étonner les yeux par son éclat lumineux.
Il n'a voulu d'abord que nous étourdir, & voilà maintenant,
sans doute, ce qu'il appelle son coup de massue. En garde ! Michaut n'est pas plus exact dans ce nouveau. moyen
que dans tout ce qui le précède. Une petite subtilité
facile à détruire , & c'est tout ! Les terreins que réclame le Sieur Dumas, sont, suivant
lui, abjolument les mêmes que ceux réclamés par lui &
ses consorts. Il ajoute que pour se convaincre il ne faut
qua jeter les yeux sur le plan produit même par le Sieur.
Dumas, & parcourir le quarré lavé en rouge & renfermé
dans le lettres E F G H. D'après des renseignemens qui paroissent aussi positifs,
on est tenté de croire à ce que dit Michaut! Hé bien, qu'on
examine ce plan & qu'on l'examine avec soin, on verra
que ceux réclamés par lui &
ses consorts. Il ajoute que pour se convaincre il ne faut
qua jeter les yeux sur le plan produit même par le Sieur.
Dumas, & parcourir le quarré lavé en rouge & renfermé
dans le lettres E F G H. D'après des renseignemens qui paroissent aussi positifs,
on est tenté de croire à ce que dit Michaut! Hé bien, qu'on
examine ce plan & qu'on l'examine avec soin, on verra --- Page 509 ---
R 43 1 . que Michaut est vraiment digne du caractère dimposturè
qu'il donne gratuitement au Sieur Dumas. En effet, Michaut se fait un petit moyen de l'extension
que l'Arpenteur a donné sur son' plan, en écrivant les
noms des voisins du Sieur Dumas, un peu trop lâchement.
Il en arrive que le nom de Perrodin se trouve sur le
terrein du Sieur Dumas, ainsi que plusieurs autres ; de là
il conclud que le terrein où sont ces noms appartient à
ceux qui les portent. Il faut convenir que c'est une pitoyable
subtilité. Mais au lieu de cela , qu'on examine ce qui fait l'essence
du plan, les lignes démarcatives, & l'on verra sans la
moindre difficulté que les terreins sont entre les lettres
D X AC & que c'est le Sieur Decharon qui les a enlevés
comme lui appartenans, & comme situés dans les Gonaïves. Il se fait encore un petit moyen de ce que auprès de la
ligne Nord, en dehors, son nom, le nom de MICHAUT,
aux droits du Sieur Girou , s'y trouve comme une tangente.
Mais ce n'est pas un titre que l'Arpenteur lui fait. C'est,
seulement pour exprimer sa prétention dans cette cause.
Enfin c'est le procès verbal de Lesigner qui déclare déroger
à resprit des titres , & qui impose la loi de faire approuver
son opération qui ne l'a jamais été , & qui nécefTairement est de toute nullité. Car si Lesigner n'avoit point
dérogé aux titres, Michaut ne paroîtroit en rien sur ce plan.
Par conséquent il faut mettre au néant tout ce que Michaut
dit à cet égard, parce que tout cela ne peut en imposer
qu'à des enfans. Passons à l'examen d'objections plus sérieuses. Il se fait une égide de l'article III de la Déclaration --- Page 510 ---
du Roi, 4a 17 Juillet I743. Voici ce que cet article dit au
sujet de MM. les Administrateurs : » Ils ne pourront concéder les terres qui auront été une
» fois concédées, quoiqu'elles soient dans le cas d'être
» réunies , qu'après que la réunion en aura-été prononcée ,
» à peine. de nullité des nouvelles çoncessions, & sans
» préjudice néanmoins de la réunion, laquelle pourra
» toujours être poursuivie contre les premiers eoncef-
» sionnaires »
que cet article dit au
sujet de MM. les Administrateurs : » Ils ne pourront concéder les terres qui auront été une
» fois concédées, quoiqu'elles soient dans le cas d'être
» réunies , qu'après que la réunion en aura-été prononcée ,
» à peine. de nullité des nouvelles çoncessions, & sans
» préjudice néanmoins de la réunion, laquelle pourra
» toujours être poursuivie contre les premiers eoncef-
» sionnaires » Mais il n'y a qu'un mot à répondre à Michaut : pour
qrçe cet article pût avoir lieu, il faudtoit que, dans l'espèce
présènte, le terreih des Angoumards eût déjà été concédé,
S'il ne l'a pas été précédemment, il est clair comme le jour
que leur concession est valable. Hé bien, non, ce terreiit
n'a jamais été concédé à d'autres qu'aux Angoumards.
Bes concessions obtenues par Michaut & conforts font
pour là Marmelade, & il est reconnu que celles des An*
goumards sont pour les Gonaïves. On a bien suffisamment
prouvé que' les Angoumards, étoient dépendans des Ganaïves > on peut même encore le prouver par le plan
général signé par les Sieurs Villars & Fauquet, & déposé
avec tant. de précaution par le malicieux Michaut, par ce
plan , dont la copie coûte au Sieur Dumas là tomme de
ir 88 livres , ce plan dont nous avons démontré les
Tipes & la partialité dégoûtante ! ce plan' porte qu'il a étésiât pour servir --à demander une paroisse POUR LE QUARTIER1
DE LA MARMELADE & àfiker SES BORNES ET LIMITES.
Enfin ce plan fait avec tant de complaisance pour Michaut,
qu'offre-t-il- à la vue*? l'étendue de la. Marmelade &. ses --- Page 511 ---
E 4f 1 abdmemens. Quel est un demies ahornemens ?' La montagne
du Bois-des-Houx, & la rivière des Gonaïves. Au-delà
le plan ne montre plus rien, parce qu'il désigne que le
reste est des Gonaïves. Il ne paroît plus d'habitation.
On ne voit uniquement que Michau t qui fait placer Ton
nom, & voilà sa malice. Il est seul, & l'on se douta bien
pourquoi ! C'est une observation majeure qui dirige le
flambeau de la cause. On ne dépasse pas dans ce planla montagne du Bois-des-Houx, ni la rivière des Gonaïves,
on y laisse le reste en blanc parce qu'il n'est que le plan'
de la Marmelade. Il marque seulement la limite des Gonaïves , & il n'en falloit pas davantage. Ainsi l'on peut
$re que Michaut, sans le vouloir, a travaillé ou fait
travailler pour le Sieur Dumas, par conséquent il n'y a &
3 ne peut y avoir aucune connexité entre les concessions
si différentes entr'eIIes. Est-ce la petite subtilité de Michaut,
& que l'on vient de voir, qui sera la preuve de ridentité qu'il
suppose, & qu'il desire encore plus de faire croire, & à laquelle
il rte croit pas dans le fond de sa conscience? Non sûrement.
Quand il s'agit de dépouiller un propriétaire, & de troubler si
affreusement l'ordre public, il faut d'autres preuves que celles
que Michaut fournit à des juges éclairés. Ainsi il faut en reven r
au principe. On ne peut pas faire réunir un terrein qui n'a
jamais été concédé, parceque la réunion ne porteroit sur personne : par conséquent la concession faite aux Angoumards est
légale, & l'assertion de Michaut n'est pas soutenable.
agit de dépouiller un propriétaire, & de troubler si
affreusement l'ordre public, il faut d'autres preuves que celles
que Michaut fournit à des juges éclairés. Ainsi il faut en reven r
au principe. On ne peut pas faire réunir un terrein qui n'a
jamais été concédé, parceque la réunion ne porteroit sur personne : par conséquent la concession faite aux Angoumards est
légale, & l'assertion de Michaut n'est pas soutenable. Il dit que le sieur Dumas ne demande que 47 carreaux de
terre, & il en conclud que ce vieillard reconnoît que le reste
appartient aux adversaires. Mais point du tout : si ls sieur Du- --- Page 512 ---
[46] mas expose qu'il ne s'agit que de 47 carreaux, c'est pour faire
voir que Michaut n'en veut qu'aux établissemens & plantations
qui contiennent cette étendue de terrein. Cest en effet toute
l'ambition de Michaut & de ses consorts. Sans cet appât, il y
a long-temps que Michaut auroit lâché prise, & sur-tout
après avoir essuyé six condamnations de Cours Souveraines. Le Sieur Dumas est bien loin de croire qu'il revienne aux
adversaires un pouce du terrein en contestation. Pour étayer
sa juste prétention à cet égard, il lui suffira sans doute de renvoyer Michaut aux termes de cet Arpenteur, qui dit positivement qu 'il ne se conforme pas à l'ESPRIT DES TITRES , MaiS
à l'INTENTION de sa requérante (veuve Perrodin.) Il faut se
rappeler que cet arpenteur impose la loi à sa requérante de
faire approuver son procès verbal par MM. les Administrateurs. Il savoit parfaitement bien que les concessions Perrodin
reposent dans le quartier de la Marmelade, & qu'il ne pouvoit
de son chef les placer dans le quartier des Gonaives. Il faut
aussi se rappeler que jamais on ne s'est pourvu pour l'homologation de ce procès verbal. D'après cela, les conséquences
sont fort aisées à tirer contre les adversaires. Le procès verbal
& le plan de Lesigner ne peuvent leur être d'aucune utilité. Il
y a plus, ils prouvent avec certitude que les adversaires ont
commis dam ce temps une espèce de taux, un vrai faux même,
auquel ils croyoient donner une apparence respectable, à force
de procédures, de chicane & de temps. Heureusement le temps
ne sert qu'à découvrir de plus en plus le caractère fin & diffiroulé de Michaut, qui veille lorSque la bonne foi s'endort paisiblement.
le plan de Lesigner ne peuvent leur être d'aucune utilité. Il
y a plus, ils prouvent avec certitude que les adversaires ont
commis dam ce temps une espèce de taux, un vrai faux même,
auquel ils croyoient donner une apparence respectable, à force
de procédures, de chicane & de temps. Heureusement le temps
ne sert qu'à découvrir de plus en plus le caractère fin & diffiroulé de Michaut, qui veille lorSque la bonne foi s'endort paisiblement. v II ose dans ce moment avancer que Pierre Perrodin avoit --- Page 513 ---
[ 47 J des etablissemens sur les terreins dont s'agit. En vérité cette
allégation nouvelle est excessivement hardie l Eh! dans quel
temps ces etablissemens ont-ils existé ? Comment les Angoumards, qui ont joui paisiblement pendant 13 ans, ne s'en sontils jamais apperçus? Comment Pierre Perrodin auroit-il souffert que les Angoumards, Nègres libres, se fussent établis sur
A le même local que le sien, sans former la plus légère oppofition ? Comment ces malheureux Angoumard auroient-ils osé
s'établir sur un terrein qui l'auroit déjà été par Pierre Perrodin ?
Et dans quel temps Michaut a-t-il la hardiesse d'alléguer un
pareil mènsonge? Dans ce moment & en la Cour seulement.
Au moins que Michaut ait un* peu plus de pudeur 1 En vérité
c'est mentir pour le seul plaisir de mentir; car il n'a pu se faire
illusion au point d'espérer d'être cru jusques-là. Non, ces terreins n'ont jamais été établis ni concédés avant les Angoumards, & ils n'ont aucune connexité même avec les terreins
des adversaires. Michaut, dont le métier est de vendre des
terres & de s'en procurer d'une manière mercantile, a souvent parcouru les bois, & suivi les arpenteurs dans leurs
courses; en sorte qu'il n'en a malheureusement que trop appris
pour nuire à ses voisins. Il s'est senti plus de dispositions à
troubler les propriétés qu'à cultiver les terres; en conséquence
il a acquis une certaine hardiesse, qui le met dans le cas de
tout dire & de tout soutenir pour légitimer ses incurslons.
Cela peut lui être fort profitable, mais c'est bien douloureux
pour un homme de bonne foi qui se trouve en présence avec
lui! D après cela, quand il ose dire que le jugement des chess du
a Mai i774luienlève son terrein, c'est une continuation de --- Page 514 ---
[ 48 1 mensonge. Ce jugement ne lui a rien enleva puisqu'il ne sait
que maintenir les Angoumards dans leur propriété, possesSION & JOUISSANCE. Jusqu à pœsênt on n avoit jamais vu Michaut parler d'état
blisïemens & contester la possession des AngoumaFds. Ce
.W est que depuis ce dernier arrêt du Conseil d'État du Roi,
obtenu par défaut le 6 Novembre 1786, sur le faux exposë
des adversaires, qu'il a osé ce mensonge. C'est une remarque
qu'il ne faut pas perdre de vue.
Angoumards dans leur propriété, possesSION & JOUISSANCE. Jusqu à pœsênt on n avoit jamais vu Michaut parler d'état
blisïemens & contester la possession des AngoumaFds. Ce
.W est que depuis ce dernier arrêt du Conseil d'État du Roi,
obtenu par défaut le 6 Novembre 1786, sur le faux exposë
des adversaires, qu'il a osé ce mensonge. C'est une remarque
qu'il ne faut pas perdre de vue. B ose défier -le Sieur Dumas de produire aucun recensement
pour le quartier des Gonaïves 1 C'est encore bien là une de
ses méchancetés! Il feint d'ignorer le malheur accablant que
le sieur Dumas a éprouvé sur Mogane. Avant cette époque si
-terrible, le sieur Dumas avoit des recensemens de son habit»»
tion aux Gonaïves, ou ce qui est la même chose, du terrein
des Angoutnard, depuis 1757, certifiés dabord par le Sieeur
Danach, Commandant des Gonaïves, ensuite par le Sieur Marchand , qui lui a succédé, & enfin par le Sieur Pascal, Capitaine de Milice, qui vit encore. Il avoit en outre des certificats
que les anciens Commandans avoient remis aux Angoumards,
pour justifier qu'ils étoient entièrement établis aux Gonaïves^
& qu'en cette qualité ils y faisoient régulièrement leur semce
militaire, & y payoient leurs droits. On se doute bien que Michaut ne manquera pas de dire
qu'il est facile au Sieur Dumas d'en lever de nouvelles expéditions. Sans doute : & si cela n'est pas facile à faire, au moins
cela est fort aisé à dire. Mais le sieur Dumas peut-il manquer
d'être épuisé, d'après un procès aussi coûteux ? Que l'on fasse
attention à tous fin voyages, à tous les frais qu'il a essuyés le --- Page 515 ---
[ 49 1 E payés même pour les adversaires, & au nombre infini d'autres objets de dépense inévitable, & l'on ne sera pas surpris
que le sieur Dumas regarde aux faux srais de ces nouvelles
expéditions. Cependant s'il y est contraint, il fera encore sur
le champ ce vrai sacrifice. Mais au moyen de ce que ces pièces
ont déjà été produites trois fois au Conseil d'État, & que les
adversaires ne les ont pas contestées, qu'ils n'ont l'air de les
contester aujourd'hui que parce qu'ils savent que le rieur Dumas les a perdues dans son naufrage ; au moyen, disons-nous,'
de ce que ces pièces sont déjà connues au procès, il paroît
assez inutile de les reproduire en nature. Mais, au surplus, un
!mot, & le Sieur Dumas fera vîtement cette dépense.
produites trois fois au Conseil d'État, & que les
adversaires ne les ont pas contestées, qu'ils n'ont l'air de les
contester aujourd'hui que parce qu'ils savent que le rieur Dumas les a perdues dans son naufrage ; au moyen, disons-nous,'
de ce que ces pièces sont déjà connues au procès, il paroît
assez inutile de les reproduire en nature. Mais, au surplus, un
!mot, & le Sieur Dumas fera vîtement cette dépense. Michaut, qui n'avoit jamais critiqué le plan du Sieur Sterling de la Plaine, Je tourne & le retourne aujourd'hui de cent
manières plus invraisemblables les unes que les autres. Il
prétend à cette heure que cet Arpenteur des Gonaïves a
pris une montagne pour une autre. En vérité c'est bien
ridicule. La montagne du bois-des-Houx est pourtant
bien assez haute pour qu'il ne se soit pas trompé aussî
grossièrement ! Mais Michaut qui n'a pas pu être Arpenteur du temps de M. de Montarcher, & cela par des
oppositions d'Arpenteurs & pour des causes qu'il connoît
bien, se fait un vrai plaisir de se venger, sitôt qu'il croit
en trouver l'occasion. Il ne voit pas un Arpenteur que sa
bile ne s'échauffe, & il ne se contient que vis-à-vis de
ceux dont il croit pouvoir tirer parti. Ainsi, l'on ne
doit pas être étonné de le voir se déchaîner contre le
Sieur Sterling de la Plaine. Mais des mots ne sont pas
des raisons, ni des injures des moyens, --- Page 516 ---
11° 1 Que Michaut cesse également de citer le Sietff Charron
père : il nous forceroit de relever ce qui s'est passé dans
le temps qu'il en avoit la procuration. Nous nous contentons, pour lé présent, d'assurer que ce qu'il dit à ce sujet est
un mensongehonteux. Qu'il nous dispense d'en dire davantage. Pour éloigner l'insurmontable fin de non recevoir du
pareatis, obtenu au Conleil du Port-au-Prince, & dont
nous avons déjà parlé, Michaut se met fort à l'aise. Les
faits ne lui coûtent rien , & il en imagine un pour sortir de
ion embarras. Il dit tout bonnement que les Angoamards
avoient quitté leur domicile pour aller demeurer avec leur
père; &. que c'est la raison qui l'a nécessité d'obtenir tm
pareatis, parcé qu'alors les Angoumards se trouvoient aux
Gonaïves. En vérité Michaut est inimitable 1 Voilà ce qui
test que d'être sans honte & sans remord ! Mais pour
Cette fois encore il manquera son coup. Le Sieur Dumas
je dément fermement, & il le défie de donner l'ombré d'une
preuve à cet égard; il le défie de rapporter des copies de
recensement qui le prouvent, des certificats de Milices
qui confirment ce qu'il ose avancer. Certainement les An.
goumards , N. L. n'ont pas resté 18 ans tranquilles, sans
qu'on n'ait exigé d'eux Service Militaire & paiement de
droits : ainsi Michaùt peut aisément se procurer la preuve
qu'on lui défie de rapporter. Il y a plus i on le défie de
fournir la preuve que les Angoumards se soient retirés chez
leur père ! Ainsi la fin de non recevoir restera dans toute
ÙL force. Ce qui achève d'éclairer le mensonge de Michaut,
ce sont les contestations elles-mêmes de ce temps là, & le
Jugement de 1774, qui les maintient dans leur possession
& jouissance: donc les Angoumards n'avoientpas abandonné
qu'on lui défie de rapporter. Il y a plus i on le défie de
fournir la preuve que les Angoumards se soient retirés chez
leur père ! Ainsi la fin de non recevoir restera dans toute
ÙL force. Ce qui achève d'éclairer le mensonge de Michaut,
ce sont les contestations elles-mêmes de ce temps là, & le
Jugement de 1774, qui les maintient dans leur possession
& jouissance: donc les Angoumards n'avoientpas abandonné --- Page 517 ---
f il 1 les terreins dont s'agit; donc Michaut est plus qu'invrak
semblable dans son Roman. i Nons finissons l'article de la réfutation, en faisant obfèrver que Michaut a toujours évité de contredire son ami
Tartelin, quand ce dernier dit que la montagne du boisdes-Houx neserviraplus de limites à l'avertir. Avis au Lecteur! Nous achevons, en demandant à Michaut pourquoi
ij affecte de ne pas produire & ses défenses & son Mémoire imprimé qu'il a fournis au Conseil d'État? Cettç
ftippreffion n'est pas indifférente, parce que Michaut ne
fait rien indifféremment dans une causa de cctte espècç.
Autre avis au Lecteur ! Le Sieur Dumas s'attend bien que Michaut va répondre à ce Précis, 6c il s'attend aussi que Michaut ne distribuera sa réponse que la veille du Jugement. C'est une des
petites malices ordinaires de cette partie adverse. Le Sieur
Dumas la prévoit, & il croit devoir en prévenir ses Juges. Quant au Sieur Dumas, il agit loyalement, & depuis la
dernière Requête de son adversaire, il annonce ce Précis
parce qu'il ne veut surprendre personne. Michaut a bien
sait tout ce qu'il a pu pour le faire avorter. Il s'est hâté
de produire, quoique l'Ordonnance actuelle donne un
délai de 15 jours, même après la Ggnification de la dernière requête. Mais la justice de M. le Rapporteur ne s'est
pas rendue à la malicieuse impatience de Michaut. Le Sieur
Dumas possède , mais il ne desire pas moins d'être jugé
promptement. Une possession simple n'est rien quand on
pense comme lui, 8c elle est précieuse quand on pense
comme Michaut! Aussi l'adversaire mct la plus grande activité dans ses poursuites, & que l'on examine les dates, on. --- Page 518 ---
t Si t fè convaincra que le Sieur Dumas se prête même à ses vues.
C'est au point que ce dernier donne au sur & à mesura
les feuilles de son manuscrit à l'Imprimeur, qui peut le
certifier ! D'après cela, on doit s'attendre à des incorrections dans
cet Imprimé. Il faut du temps pour être court! & Michaut
n'a pas voulu en donner, & le Sieur Dumas n'a pas cru
devoir en demander. On s'est appl'qué à rendre la cause,
à être exact & clair dans les faits, à être vrai & solide
dans les moyens, & au surplus on a laisse courir la plume!
Aussi ce Précis a-t-il vraiment l'air d'un Mémoire en entier. Cependant les Magistrats qui verront les pièces de
ce procès , pourront rendre au Sieur Dumas la justice
d'avouer qu'il auroit pu dire encore beaucoup plus de choses, entrer dans un plus grand détail, & qu'il s'abandonne
à leur sagacité, pour ne pas fatiguer leur patience.
, à être vrai & solide
dans les moyens, & au surplus on a laisse courir la plume!
Aussi ce Précis a-t-il vraiment l'air d'un Mémoire en entier. Cependant les Magistrats qui verront les pièces de
ce procès , pourront rendre au Sieur Dumas la justice
d'avouer qu'il auroit pu dire encore beaucoup plus de choses, entrer dans un plus grand détail, & qu'il s'abandonne
à leur sagacité, pour ne pas fatiguer leur patience. RÉSUMÉ. On a vu que le Sieur Dumas n'éprouve pour la see
tlème sois LE MÊME PROCÈS que parce que les adversaires
ont surpris contre lui un Arrêt par défaut, le 6 Novembre
1786 au Conseil d'État. On a vu que le Sieur Dumas auroit pu former opposition à cet Arrêt. Mais que par une fatalité singulière,
cette opposition ne lui est pas venue à Fesprit, & qu'à
Paris personne n'a songé à lui en faire l'observation ! On
l'a vu arriver au Cap, & subir l'attaque en première
instance, sans qu'il ait encore eu l'occasion de penser à
cette opposition , qui lui auroit évité bien des peines. Il
n'y a pas le moindre doute, cette instance n'auroit pas --- Page 519 ---
{ 53 ] eu heu, & les Arrêts précédens du Conseil d'État obtenus
très-contradictoirement par le Sieur Dumas, n'auroient pas
manqué d'être confirmés, parce qu'enfin il faut qu'il y
ait quelque chose de certain parmi les hommes ! C'est
une erreur, c'est une inadvertance dont Michaut profite
merveilleusement bien ! Au fond, l'on a vu que la question principale roule sur
ce qui doit faire & a toujours sa t la ligne séparative
des deux quartiers de la Marmelade & des Gonaïves ; que
cette question bien établie, il n'en reste plus d'autres, &
que toutes les preuves cumulées par le Sieur Dumas sont
plus que sufsisantes pour convaincre que la montagne du
bois-des-Houx est indiquée par la nature & la raison pour
être le véritable point de séparation des deux quartiers :
douze Arpenteurs sont d'accord sur ce fait, Michaut lui,
même en a fait l'aveu, & en outre, il existe une autre corroboration de preuves insurmontables, dont nous avons rendu
compte. On a vu , qu'en admettant pour un instant la question
supposée par Michaut, de savoir si les titres du Sieur
Dumas, ou ce qui est la même chose, des Angoumards ,
font infectés de nullité, elle se trouve amplement décidée,
malgré les efforts du contradicteur. Il est certain que la
preuve de la ligne séparative fait celle de la légitimité des
titres du Sieur Dumas, & qu'en outre les terreins des
concessions relèvent d'une manière frappante la différence
qui les distingue. Celles de Michaut portent qu'elles sont
pour la Marmelade : celles des Angoumard expriment
qu'elles sont pour les Gonaïves. On a vu qu'avant la contestation préfêete, mue & --- Page 520 ---
[ 54 1 nourrie par Michaut, il n'y eut jamais le plus léger doute
sur la ligne qui sépare les deux quartiers, & que l'on a
défié Michaut de rapporter 1. plus légère preuve du &jf
contraire. On a vu avec quelle facilité la Dame Duxech a obtenu
la Sentence dont est appel, ainsi que celle qui a déjà été
réformée en la Cour, & le plaisir incroyable qu'elle a mis
à dépouiller un père de famille, qui a 4o ans de travaux
utiles, dans un pays aussi destructeur que celui de S. Domingue,
On a vu quelle a été la fuite d'une action aussi indéccnte, & le sort d une Sentence qui avoit osé y donner lieu.
ère preuve du &jf
contraire. On a vu avec quelle facilité la Dame Duxech a obtenu
la Sentence dont est appel, ainsi que celle qui a déjà été
réformée en la Cour, & le plaisir incroyable qu'elle a mis
à dépouiller un père de famille, qui a 4o ans de travaux
utiles, dans un pays aussi destructeur que celui de S. Domingue,
On a vu quelle a été la fuite d'une action aussi indéccnte, & le sort d une Sentence qui avoit osé y donner lieu. On a vu que cette Sentence n'a été exécutée que par
Pimpoffibilité où a été le Sieur Dumas, par l'éloignement
des Magistrats Supérieurs, de se procurer à temps un
Arrêt de défense ; que cet Arrêt a été obtenu, mais qu'il
n'a pu être d'aucune utilité ap malheureux qui l'avoit sollicité, & qu'enfin l'Arrêt définitif qui l'a fait remettre en
possession , est le seul bienfait dont il ait pu profiter. On a vu la comparaison des pièces que le Sieur Dumas
a faite entr'elles autant qu'il lui a été permis de le faire
par écrit. Car une semblable discussion gagne bien plUt
à être plaidée qu a être écrite. Les mouvemens qui accompagnent la parole rendent Fexposant plus sensible, & réveillent davantage l'attention. On lit froidement ce qui est
écrit : mais l'on partage la chaleur de celui qui parle, &
cette même chaleur sert aux Juges aussi bien qu'aux parties,
On a vu quel est l'homme devant lequel le Sieur Dumas
ne eefïe de se trouver, combien de détours & de mali,
gn'tés il emploie, combien il fait profiter des connoissances
qu'il ^a acqtâfcs à la sitta des Arpenteurs, & combien il --- Page 521 ---
t 55 ] s en iert pour acquérir des terres qui ne lui coûtent pas
beaucoup > Go qu'il vend fort cher , & sur-tout pour intenter
avec aisance des procès à ses voisins. On a vu que ce
Michaut, dont on reconnoît le portrait, est le seul Instigateur & le soutien du procès des Sieur & Dame Duzech,
qui ne sont dans l'erreur que parce que cet homme méchant les a mal conseillés , pour le plaisir de tracasser le
Sieur Dumas. On a vu que s'il a quelques apparences de
titres, il les a fabriqués lui-même, & qu'il n'a eu que la
peine de persuader quelques Arpenteurs, & d'en obtenir
les signatures. On a vu que l'ombre légère de ces titres
disparoît aussitôt qu'on en approche le flambeau de l'exa.
tnen. On a vu qu'il ne veut que jeter beaucoup d'obscurité
sur une cause qui dans le fond est fort claire, & où il
ne s'agit que de reconnoître la ligne de séparation des quartiers de la Marmelade & des GonaÍves. Enfin l'on a vu
que Cet homme est une hydre à sept têtes, que les Cours
Souveraines lui en ont déjà coupé six, & que la septième
n'est pas plus difficile à trancher que les autres. On a vu l'exG2Ílive faveur dont les Sieur & Dame
Duzech ont joui par leur crédit en France, & qui cependant n'a porté que sur des points de forme , sans toucher
en rien au fond de la cause du Suppliant. On a vu l'interprétation forcée qu'ils ont voulu donner à l'Arrêt du
Conseil d'État, & que la Cour a dédaignée & proscrite
par son Arrêt contradictoire du II Juillet dernier, qui fait
triompher le Sieur Dumas sur le possessoire.
faveur dont les Sieur & Dame
Duzech ont joui par leur crédit en France, & qui cependant n'a porté que sur des points de forme , sans toucher
en rien au fond de la cause du Suppliant. On a vu l'interprétation forcée qu'ils ont voulu donner à l'Arrêt du
Conseil d'État, & que la Cour a dédaignée & proscrite
par son Arrêt contradictoire du II Juillet dernier, qui fait
triompher le Sieur Dumas sur le possessoire. On a vu Hé que n'a-t-on pas vu , & que ne verrat-on pas encore? Michaut ne manquera pas de solliciter
lui-même le retard du jugement, potfr fàire voir ce que l'on --- Page 522 ---
. [ 56.] Au Port - au - Prince, de i'Imprimerie de MOZARD. 1788..2 sait déjà & peut-être même ce qu'il a montré dans un
Mémoire qu'il a fait imprimer en France, à la veille du
Jugement qui fut rendu contradictoirement contre lui, le 3
Janvier 1784 ! Il est bien étonnant qu'il n'ait pas produit
cet Imprimé foudroyant. Il n'y a pas à espérer qu'il le
produit ! Il est fâcheux que le naufrage de Mogane prive
h Sieur Dumas des exemplaires de ce Mémoire qu'il s etoit 1
procurés. Il y auroit puisé encore quelques moyens précieux.. D'après ce qui vient d'être développé, est-il nécessaire e
que le Sieur Dumas rappelle qu'il est sans reproches, qu'il I
n'a jamais eu que deux procès dans la longue carrière de 5
sa vie, qu'il a gagné pleinement le premier, & qu'il a E
déjà gagné six fois le second ? Est-il besoin qu'il expose i
encore qu'il est plus que sexagénaire , qu'il est père de
famille , que sa famille est intéressante, qu'il est ruiné, <
ses enfans & sa femme PRESQUE SANS PAIN, si une si
erreur peut le faire succomber dans un procès aussi important pour lui, & que Michaut, ce Michaut qui a crié bl
par-tout que ce vieillards verroitpas la fin dè ce procès ,
ne peut, en aucune manière, supporter la comparaison ?
Faut-il qu'il répète . que les Sieur & Dame Duzech ne 2i
sont qu'abusés, qu'ils cherchent à s'emparer d'un bien qui iu
ne leur appartient nullement, & qui ne peut leur appar—1
tenir? Non surement, le Sieur Dumas a pour lui l'intégrité si
& le cœur paternel des Magistrats : la bonté de sa causesti
achèvera de décider leur sagesse. Signé, DUMAS. Me. BAUDRY DESLOZIERES, Avocat. Monsieur DE "PIÉMONT 3 Conseiller • Rapporteur. .u --- Page 523 --- --- Page 524 --- --- Page 525 --- --- Page 526 --- --- Page 527 --- --- Page 528 --- --- Page 529 --- --- Page 530 ---
en épurant sa conscience 3
en le préparant, pour tout dire, à ce
que lui prescrit la révélation divine.
Oui, Messieurs, c'est là proprement
la doctrine des Magistrats. Dépositaires et garants de lordre et du bonheur publics, vous êtes appellés, vous
êtes consacrés à faire respecter les
moeurs. La morale est votre science.
Vous réprimez tous ceux qui en enfreignent les maximes par des actions
violentes. Vous anéantissez tous les
B3 --- Page 390 ---
actes 5 toutes les stipulations a 3 qui
répugnent aux bonnes moeurs. * Dans
les premiers mots de la loi, 2 vous
trouvez les préceptes de la saine morale. Les préceptes du droit, ditelle, sont de régler sa vie, de ne
faire tort à personne et de rendre
à chacun le sien. * * Ailleurs
elle
vous dit que ce qui est permis n'est
pas toujours honnête. *** Ces leçons
de délicatesse que renferme la loi,
sont transmises par vous au reste des
humains : VOS arrêts les forcent d'agir
conformément à ces principes.
C'est à vous de fortifier la leçon
par l'exemple. C'est à vous de veiller
pour l'entrétien du feu sacré; et s'il
* Omnia que contra bonos mores vel in pactum
vel in stipulationem deducuntur nullius momenti
sunt. (Cod. 1. 8. 1. 14)
** Juris pracepta sunt hac; ; honesté vivere, alterum non ladere, 3 suunt cuique tribuere. (L. 1o.S.
1., f. de Just. et jur. )
*** Non onne quod licet, honestum est. (L. 144-) --- Page 391 ---
venoit jamais à s'éteindre parmi les
hommes, dans ces tems de corruption
ou. la vertu semble les fuir, où pourroit-on la retrouver que dans le coeur
du Magistrat C ?
Parmi les gens. du monde, 2 un
homme sans morale peut être reçu
dans un cercle où tout le monde le
méprise. On l'admet en l'appréciant,
en le désignant même par ces épithètes affreuses 2 qui attachent d'avance aux coeurs pervers la flétrissure des supplices infames dont ils
se rendent dignes. C'est une espèce
de justice, 2 que l'opinion générale se
permet d'exercer sur le coupable qui
échappe à la vigilance des loix. Mais
si le défaut, de morale excite tant
d'horreur dans un monde frivole et
qui n'a guère d'autre frein que celui
de la bienséance 2 que seroit - ce 7
Messieurs, d'un homme sans morale
qui seroit par malheur revêtu du pouB 4 --- Page 392 ---
voir et placé sur les fleurs - de -lys?
Comment pourroit - on appeller un
monstre de ce genre! les mots manquent pour Pexprimer,et mon génie
épouvanté se refuse à chercher ceux
qui peuvent lui convenir.
Notre siècle, Messieurs, n'a pas été
aussi fécond, ni aussi fortuné pour
l'étude de la morale que pour les autres connoissances. Le premier des
corps littéraires vient de P'avouer hautement dans le programme de ses
prix. *
Il est bien étonnant que malgré les
lumières qu'une religion plus pure a
répandues sur nos devoirs et,sur leur
vrai principe, on n'ait rien produit de
nos jours qui ne soit au-dessous des
* L'académie de Dijon a couronné dès 1766 un
Traité élémentaire de morale à l'usage des colléges,
traité dans lequel elle avoit demandé que les devoirs
de Phomme envers la société 2 et les principes de
Phonneur et de la vertu fussent développés,
lumières qu'une religion plus pure a
répandues sur nos devoirs et,sur leur
vrai principe, on n'ait rien produit de
nos jours qui ne soit au-dessous des
* L'académie de Dijon a couronné dès 1766 un
Traité élémentaire de morale à l'usage des colléges,
traité dans lequel elle avoit demandé que les devoirs
de Phomme envers la société 2 et les principes de
Phonneur et de la vertu fussent développés, --- Page 393 ---
derniers discours de Socrate, des principes de Marc-Aurele et sur-tout du
livre admirable des offices de Ciceron,
qu'on peut appeller PEvangile de la
loi naturelle.
Socrate, Ciceron, 9 Marc-Aurele,
Messieurs, quels noms et quels exemples ! O1Magistrats, de tels modeles
sont seuls dignes de vous.
Ce n'est pas seulement à VOS meeurs
personnelles que cette étude est consacrée. Elle doit vous apprendre aussi
à connoitre les moeurs, les passions
et les penchans du reste des humains.
Elle doit vous donner la clef de leurs
affections diverses. Vous en avez
besoin, pour descendre au fond de
leurs coeurs et pour juger leurs actions. C'est une expériençe qui vous
est nécessaire en entrant dans le Tribunal,et que la morale vous prête, 9
avant que l'âge vous la donne.
A son défaut, Messieurs, les leçons --- Page 394 ---
de T'histoire peuvent vous éclairer: les
hommes ordinaires n'en ont pas un
si grand besoin. Mais la part que vous
devez prendre aux affaires publiques,
vous met dans la nécessité d'approfondir cette science.
Nous sommes en ce genre infiniment plus riches. Nous avons aujourd'hui beaucoup d'ouvrages excellens
sur diverses parties d'histoire, ancienne
ou moderne, dont l'étude est indispensable pour tous les Magistrats qui
veulent connoitre les hommes, les
siècles et les nations.
Il seroit bien à desirer qu'un habile écrivain eut rempli en notre faveur le voeu que fait en général, pour
la perfection de tous les livres historiques, le docte instituteur de PInfant Duc de Parme. Le sage Condillac vouloit que l'on choisit dans les
vastes dépôts des annales du monde,
les faits particuliers, qui intéressent --- Page 395 ---
nommément telle ou telle profession.
On a déjà beaucoup d'histoires qui
ne parlent que des batailles, des guerres et des siéges,et qui sont des écrits
purement militaires. Pourquoi donc
n'en auroit-on pas, à l'usage des Juges, qui seroit purement civiles?
Le Clergé a cet avantage. On sait
que la lecture d'une histoire ecclésiastique, 2 composée avec soin, vaut le
cours de théologie le meilleur et le
plus complet. On pourroit dire aussi
que le livre dont nous parlons seroit
plus instructif que tous les systèmes
de droit en forme dogmatique. *
* Un savant Allemand a donné en latin la Jurisprudence historique, ou Dissertation tendante à démontrer qu'une grande partie de la jurisprudence consiste moins dans le raisonnement de la philosophie
que dans les connoissances qu'on tire de Fhistoire
sur Térablissement, les progrès et la décadence des
loix et des usages. Ant. Schultingii Jurisprudentia
anti Juutinianeasoratio dejurisprud. historica 1737,
in-40. Le savant Vossius avoit briévement énoncé
é en latin la Jurisprudence historique, ou Dissertation tendante à démontrer qu'une grande partie de la jurisprudence consiste moins dans le raisonnement de la philosophie
que dans les connoissances qu'on tire de Fhistoire
sur Térablissement, les progrès et la décadence des
loix et des usages. Ant. Schultingii Jurisprudentia
anti Juutinianeasoratio dejurisprud. historica 1737,
in-40. Le savant Vossius avoit briévement énoncé --- Page 396 ---
combien seroit digne des méditations de tous les Magistrats, la suite
des portraits des célèbres législateurs
et des fameux jurisconsultes, dans
tous les temps, - chez tous les peuples !Quel magnifique ensemble résulteroit de ces tableaux, rangés suivant l'ordre des siècles!Quelles hautes
leçons nous pourrions tous puiser dans
Pétude de ces modèles et que l'aspect
de ces grands hommes ainsi exposés
sous nos yeux, imprimeroit profondément dans l'ame d'un bon Magistrat le desir de leur ressembler! *
Je résiste, Messieurs, à la tentacette idée, en disant que la connoissance des antiquités romaines étoit la clef du droit. Etiam romand
antiquitatis notitiam vere dixeris incunabula jurisprudentia. (De natur. art. L. 2. C. 14.)
* J'ai eu en vue dans ce morceau, le beau
de Senéque sur la nécessité de se donner un passage grand
modèle ; en présence duquel on croye être sans cesse:
aliquis vir bonus nobis eligendus est, ac semper antè
oculos habendus 2 ut sic, tanquam illo spectante > --- Page 397 ---
tion de développer ce projet. Je sens
que sa beauté m'égareroit loin de mon
but. Je me hâte d'y revenir.
Nous avons crayonné les études du
Magistrat qui peuvent lui être communes avec les autres citoyens. Passons maintenant aux études qui sont
propres à son état.
Deux considérations nous frappent
dans ces études spéciales de la magistrature.
Cest qu'il en est de générales pour
tous les juges du royaume, et le détail en est immense.
vivamus et omnia, tanquam illo vidente, faciamus.
(Senec. epist. II.)
Et ce morceau. de Ciceroh dans le discours pour
Archias : Quô scilicet illis imaginibus 3 non solim
ad intuendum, verum etiam ad imitandum propositis 3 animi mentesque civium 3 ipsà cogitatione
hominum excellentium M 2 conformentur. > Afin que
> ces portraits ne soient pas seulement offerts à
> notre vue 2 mais à notre imitation 3 et que les
> esprits et les caeurs des citoyens qui les contem-
> plent, s'élevent naturellement de la pensée de ces
D grands hommes au desir de leur ressembler. & --- Page 398 ---
Il en est de locales pour les juges
des Colonies,et le détail n'en est pas
moindre.
Parcourons d'abord les premieres.
Ici, Messieurs, notre sujet, loin de
se retrécir, s'aggrandit devant nous.
Et P'horison qui se découvre ne permet pas à nos regards d'en déterminer
l'étendue, ni d'en appercevoir les bornes.
Les premieres loix des Romains,
empruntées de.celles des Grecs, étoient
gravées sur douze tables, que Ciceron méttoit au-dessus des écrits de
tous les philosophes, * et que Titelive regarde comme la source unique
de tout droit, public et privé. **
Les codes des peuples barbares ont
été renfermés depuis dans un volume
* Legibus duodecim tabularum, er quibus reliqua
omnes fluxerunt 2 omnium philosophorum bibliotheca
superantur.
** Fontem omnis pabliciprivatique juris. (Liv.1.3.)
gravées sur douze tables, que Ciceron méttoit au-dessus des écrits de
tous les philosophes, * et que Titelive regarde comme la source unique
de tout droit, public et privé. **
Les codes des peuples barbares ont
été renfermés depuis dans un volume
* Legibus duodecim tabularum, er quibus reliqua
omnes fluxerunt 2 omnium philosophorum bibliotheca
superantur.
** Fontem omnis pabliciprivatique juris. (Liv.1.3.) --- Page 399 ---
unique et peu considérable. 2. que des
enfans pouvoient écrire de leur main
et retenir par coeur. *
Les peuples de P'Asie n'ont encore
aujourd'hui qu'un livre, et ce livre est
tout à la fois le dépôt de toutes leurs
loix religieuses, politiques, et civiles,
et criminelles.
% Cette simplicité paroit digne d'envie, Le fanteux Grotius en étoit' si
frappé, que dans Tavant-propos de
Phistoire des Goths, des Vandales eti
des Lombards, il n'hésite pas d'avancer que les codes des Visigoths ont
eu et mérité jadis une sorte de préférence sur le droit civil des.Romains.
Cette simplicité sans doute a de
grands avantages, avec des inconvé-
* Ilen étoit de même à Rome des loix des douze
Tables, qu'Horace appelle les Loix Saintes. Ciceron
nous atteste que les enfans les apprenoient comme
un poème nécessaire, Discebamus pueri duodecim,
ut carmen necessarium. ( Cicer. de Orat. 1. I.) --- Page 400 ---
niens peut - être aussi considérables.
Nous ne sommes plus guere à por
tée d'en juger; nous en sommes trop
loin. Nous sommes mêmes parvenus
à l'extrémité opposée.
Ciceron, Pompée et César avoient
desiré tous les trois de réduire les
loix romaines, dont l'amas monstrueux est si bien peint par Tite-live *
un immense" fatras de décisions entassées les unes sur les autres.
Tacite s'écrioit dans son style énergique : ce ne - sont plus les crimes, ce
sont les loix qui nous accablent. **
Dès le tems de Justinien, un philosophe assure qu'il y avoit de quoi
charger plusieurs chameaux du seul
texte des loix de ses prédécesseurs.
Rome avoit plusieurs codes 3 sans
compter
* Cet historien appelle le droit romain: ImmenSILTTL aliarum super alias acervatarum. legum cumulum.
** Ut anted flagitits, sic nunc legibus laboratur. --- Page 401 ---
compter deux mille volumes des anciens Jurisconsultes, ou plus de trois
cent mille versets ou paragraphes,
ayant force de loi. Cet Empereur enfin fut si fort effrayé de cette masse
épouvantable de décisions souveraines,
qu'il y rêvoit sans cesse et qu'il en
perdoit le sommeil.
Qu'auroit-il donc fait de nos jours,
s'il eût vu ce que plusieurs siècles
écoulés depuis lui ont ajouté à ce
cahos, dans lequel se perdoit alors
Pimagination! : Qu'auroit-il dit, Messieurs, de voir le droit commun du
royaume de France formé de l'assemblage des ordonnances de nos Rois,
d'une partie du droit romain, et des
textes mal combinés de cing cent
cinquante coutumes? a
N'attendez pas, Messieurs, que je
dénombre ici la liste interminable de
nos diverses loix et Tinnombrable catalogue des livres sur nos loix. IlfauC
lequel se perdoit alors
Pimagination! : Qu'auroit-il dit, Messieurs, de voir le droit commun du
royaume de France formé de l'assemblage des ordonnances de nos Rois,
d'une partie du droit romain, et des
textes mal combinés de cing cent
cinquante coutumes? a
N'attendez pas, Messieurs, que je
dénombre ici la liste interminable de
nos diverses loix et Tinnombrable catalogue des livres sur nos loix. IlfauC --- Page 402 ---
droit faire le détail d'une bibliorhèque
entière : on a essayé ce détail dans
un livre moderne. Nous nous bornons à observer que l'auteur de CG
spicilége se contente de rapporter les
titres des livres choisis, regardés comme. indispensables à tout élève du Barreau, et que ces titres imprimés en
petit caractère, occupent un: espace
d'un peu plus de cent pages, tellement qu'il n'est pas possible à la plus
robuste mémoire de retenir par coeur
le simple intitulé des ouvrages indispensables aux ministres de - da justice.
Comme si c'eût été trop peu que
nos auteurs et nos recueils fussent
portés à un tel nombre, il falloit que
pour le malheur de la jurisprudence,
tous ces auteurs. et ces recueils, ou
du moins presque tous, bien différens
à cet égard des jurisconsultes romains,
ajoutâssent encore aux épines de la
matière par les ronces du style et les --- Page 403 ---
incohérences de la rédaction ; qu'ils
fussent la plapart hérissés de termes
barbares , à- peu - près inintelligibles
pour! le commun des hommes ; qu'ainsi
la destinée des peuples fut écrite dans
un langage mystérieux et rebutant : ;
que chaque citoyen ne put absolument s'instruire par lui-même de ses
devoirs et de ses droits ; et que les
interprêtes de ces droits et de ces
devpirs fussent embarrassés eux-mêmes d'éclaircir les Hiéroglyphes et de
concilier les contradictions de la multitude des règles inscrites sur les tables de notre législation.
Voila pourtant, Messieurs, voilà
les sources où vous devez puiser les
connoissances spéciales, les institutions de la magistrature. Voila, si
nous osons le dire, les pierres qu'il
faut dévorer, dont il faut exprimer le
suc; pour en tirer lesprit d'un juge.
Des innovations heureuses ont eu
Cz --- Page 404 ---
lieu parmi nous, dans les autres par-
-
ties des sciences abstraites, et les ont
rendues populaires.
Laphysique céleste est descendue de
TEmpyrée, pour révéler même à des
femmes, les mystères profonds de la
pluralité des mondes.
Une femme a développé le système
de l'univers.
Le confident du créateur, le sublime Newton a été mis à la portée
du commun des lecteurs.
Un génic aussi étendu, 2 aussi brillant que la nature, en a reproduit les
richesses dans un tableau dont les couleurs sont sensibles pour tous les yeux.
Sous un autre pinceau 3 2 Phistoire
de l'astronomie ER ) quoique fidélement
tracée, a presque acquis dans notre
langue le charme d'un roman.
La finance a caché l'aridité de ses
calculs et a su leur prêter un intérêt
universel.
du commun des lecteurs.
Un génic aussi étendu, 2 aussi brillant que la nature, en a reproduit les
richesses dans un tableau dont les couleurs sont sensibles pour tous les yeux.
Sous un autre pinceau 3 2 Phistoire
de l'astronomie ER ) quoique fidélement
tracée, a presque acquis dans notre
langue le charme d'un roman.
La finance a caché l'aridité de ses
calculs et a su leur prêter un intérêt
universel. --- Page 405 ---
I1 n'est pas jusqu'à la tactique, cet
art terrible et meurtrier, 2 qui n'ait vu
ses foudres couverts des fleurs de
l'élégance.
Et cependant, 6 barbarie! nos loix
dorment encore dans la rouille gothique de leur vieil idiome, 3 ou sous la
profonde enveloppe d'unlangage étranger. C'est un des principaux obstacles aux études du Magistrat; car le
tems qu'il consume à percer ces ténèbres, il pourroit l'employer d'une
manière plus utile, si des livres mieux
faits avoiert accéléré la marche de
son instruction.
Le citoyen n'y perd pas moins.
Soumis à des maximes qu'il ne peut
pas connoitre, il est comme étranger
dans son propre pays. Son éducation
ne lui apprend rien sur les loix qu'il
doit suivre pour tout le reste de sa
vie. En vain Pillustre Fénélon avoit
recommandé de donner aux enfans
C3 --- Page 406 ---
de Pun et Pautre sexe, des notions
élémentaires sur les engagemens, les
conventions et les droits qu'ils doivent
exercer un jour. Ce conseil du mentor moderne n'a pas été rempli. Il
ne le sera pas, tant que notre jurisprudence demeurera couverte du voile
qui la cache et qui la défigure; et
les français continueront de vivre sous
l'empire de loix, qu'ils ne connoitront
point et qu'ils n'apprendront à connoître que par des condamnations.
On s'étonne souvent, Messieurs, de
cette supériorité des anciens sur les
modernes dans tant den genres différens. La nature n'a pas changé. Les
hommes sont les mêmes. Mais on
doit convenir de Pavantage immense
qu'avoient les anciens, du côté de
leurs langues. a Pour savoir quelque
chose, , nous sommes obligés de consumer beaucoup de tems dans l'étude
des idiomes qui ne sont plus d'usage. --- Page 407 ---
Nous y passons notre jeunesse, et
nous n'apprenons que des mots. Plus
fortunés à cet égard, les Grecs et les
Romains apprenoient des pensées.
Avec quelle facilité leurs enfans devoient-ils marcher dans les chemins de
la raison et dans ceux du génie, débarrassés, comme ils Pétoient, du fardeau qui opprime nos premières années. * Ne sommes-nous pas., au contraire 2 presque aussi entravés dans
l'étude des langues, que les Chinois
le sont et le seront toujours, par. la
* Voici ce qu'en pensoit le fameux Vossius, qui
ne sauroit être suspect dans son opinion.
Hac doctrina. de Sermone bonam nobis prima
atatis partem absumit. Quod olim non erat necesse,
prasertim in Gracia: quia ut dizimus, linguam
gracam, qua artes omnes ac philosophia ipsa tradita estspend cum lacte hauriebant. Eaque potissima
est ratio, cur olim ad tantum fastigium pervenerint
philpsophi in Gracid. Nam bonos annos quas in latina > gracaque linguae studio insumimus, illi Mathesi ac philosophiae impendebant. (VossIUs, de natura artium, Lib, 2. C. 7.)
C4
ertim in Gracia: quia ut dizimus, linguam
gracam, qua artes omnes ac philosophia ipsa tradita estspend cum lacte hauriebant. Eaque potissima
est ratio, cur olim ad tantum fastigium pervenerint
philpsophi in Gracid. Nam bonos annos quas in latina > gracaque linguae studio insumimus, illi Mathesi ac philosophiae impendebant. (VossIUs, de natura artium, Lib, 2. C. 7.)
C4 --- Page 408 ---
torture préalable et la difficulté de
leur propre langage! Nous plaignons
les Chinois d'employer dans leur alphabet quatre-vingt mille caractères,
au lien de nos vingt-quatre lettres. Mais
voulons-nous, comme ce peuple admirable d'ailleurs, reculer éternellement la maturité des esprits, par cette
superstition qui ne veut pas souffrir
la réforme des livres?
Cette réforme est commencée.
L'esprit des loix, Messieurs, a donné le.signal au monde, et Montesquicu, dans ce chef-d'ceuvre, a préparé pour nos études la révolution
qui s'y fait déjà ressentir.
La république de Platon et la Cyropédie qui l'avoit précédée, furent
des romans pour les Grecs, qui n'en
étoient pas dignes.
Aristote fit un systême ; nous nen
avons qu'une partie, et ne pouvons
juger du tout. --- Page 409 ---
Le Prince de Machiavel n'étoit qu'un
tyran détestable.
La république de Bodin renfermoit
trop d'écarts et de digressions.
Grotius n'avoit guère écrit que
pour des érudits.
3 Puffendorf avoit travaillé plus genéralement pour des citoyens et des
hommes.
Bacon avoit donné un petit nombre d'aphorismes.
Leibnitz avoit tracé un plan.
Mais le seul Montesquieu les a tous
effacés: ce qu'ils avoient dit, illa fait.
Son ouvrage sans doute appartient
aux Législateurs plutôt qu'aux Magistrats; occupé des loix politiques : ) il
a du moins frayé la voie à quiconque,
après lui, voudra traiter de nos coutumes si nombreuses et si obscures, ,
et de nos loix civiles aussi multipliées,
aussi peu concordantes. Ila tourné
les bons esprits vers la jurisprudence. --- Page 410 ---
Il a sonné l'alarme sur les loix criminelles: graces en soiert rendues aux
mânes de ce Magistrat ! Il a semé
dans ses écrits des germes de raison
et de félicité publique , dont nous
avons déja recueilli des fruits précieux!
Nous avons vu, Messieurs, abolir
dans les Tribunaux la question préparatoire 2 qui trop longtems, hélas! ! a
souillé le glaive des loix du sang des
innocens, en rendant le sort de ceuxci pire que celui des coupables.
C'est un premier bienfait, qui nous
a en promet d'autres.
Les Chinois qui ne changent rien, )
les Chinois si servilement attachés à
tous leurs usages, les Chinois qui restent les mêmes depuis quatre mille
ans, les Chinois'ont pourtant réformé
leur code pénal. Un Empereur a aboli
la coutume barbare de couper par morceaux les hommes condamnés pour
crime. Ila substitué à cette atrocité
sort de ceuxci pire que celui des coupables.
C'est un premier bienfait, qui nous
a en promet d'autres.
Les Chinois qui ne changent rien, )
les Chinois si servilement attachés à
tous leurs usages, les Chinois qui restent les mêmes depuis quatre mille
ans, les Chinois'ont pourtant réformé
leur code pénal. Un Empereur a aboli
la coutume barbare de couper par morceaux les hommes condamnés pour
crime. Ila substitué à cette atrocité --- Page 411 ---
une police plus humaine : ce grand
exemple de PAsie ne sera point perdu
pour & PEurope et pour PAmérique.
Les Gouvernemens entendront la VOIX
de la sagesse et de Phumanité.
Oui, Messieurs, livrons-nous à cet
espoir consolateur ! Fions La nous au
crédit que doivent obtenir sur tout
le genre humain les oracles de Montesquieu 9 et attendons les résultats
de cette fermentation excitée dans ET
E
tous les esprits par Pouvrage de-cc
grand homme.
SARCIIES
Ce n'est pas que nous approuvions *
les excès vraiment incroyables où l'on
s'est emporté depuis contre le droit
Romain, qu'il avoit toujours respecté.
Ce droit sans doute a ses défauts.
L'exagération de ses panégyristes a
révolté quelques esprits ; mais celle,
de ses adversàires est plus intolérable
encore.
Si Pon prétend trouver 3 dans le --- Page 412 ---
corps de ce droit a 3 un systême suivi
et non contradictoire de. toute la jurisprudence, , on se trompe sans doute,
Non : tout,n'est pas dans les Pandectes, quoique le titre de Pandectes
paraisse l'annoncer. Cette grande collection est le fruit successif des différens états par lesquels a passé la nation Romaine.
Numa donna d'abord à Rome les
institutions de Sparte, transmises aux
Sabins. Les Décemvirs ensuite emprunterent les loix d'Athènes. Sur
cette base primitive s'éleva l'édifice
d'une autre législation, dans laquelle
influerent tour-à-tour, bien différemment, les efforts des Patriciens contre la multitude, les tentatives quele
peuple fit contre ces Patriciens 2 les
coups du dictateur Sylla contre le
pouvoir. des Tribuns, les sectes des
Jurisconsultes, etc. Cette forêt de loix
antiques, > comme Tertullien l'appelle, --- Page 413 ---
subit de nouveaux changemens sous la
cognée des Empereurs, dont les édits
contradictoires se détruisoient les uns
les autres.
Le corps du droit Romain est formé de Centons pris dans toutes ces
loix. Malheureusement ces Centons
ont été recueillis un peu trop à la
hâte, et dans un tems de décadence
trop voisin de la barbarie. Ce sont
des pièces de rapport dont on a fait
un tout, qui n'est pas bien lié.
Mais aussi c'est l'ouvrage des hommes les plus consommés du premier
des peuples du monde. C'est le produit consécutif d'une expérience suivie pendant nombre de siecles. Cest
en un mot, la seule école oà nous
puissions encore renvoyer avec. confiance tous ceux qui se destinent à
paroitre au Barreau, ou qui veulent
avoir des notions élémentaires sur le
isin de la barbarie. Ce sont
des pièces de rapport dont on a fait
un tout, qui n'est pas bien lié.
Mais aussi c'est l'ouvrage des hommes les plus consommés du premier
des peuples du monde. C'est le produit consécutif d'une expérience suivie pendant nombre de siecles. Cest
en un mot, la seule école oà nous
puissions encore renvoyer avec. confiance tous ceux qui se destinent à
paroitre au Barreau, ou qui veulent
avoir des notions élémentaires sur le --- Page 414 ---
droit, c'est-à-dire, sur la science qui
discerne ce qui est équitable et bon. *
Il seroit mieux peut-être, il seroit
moins honteux aussi pour des Français, (d'ailleurs si éclairés et pourvus
de tant de bons livres,) ) de trouver
les principes de leur jurisprudence
dans un livre français , - qui fut aussi
clair pour le style - 3 aussi pur pour
Texpression, aussi noble pour les tournures 3 aussi intéressant enfin dans
toutes ses parties , que Pest presque
partout le corps du droit Romain.
Voilà ce qui-nous manque.
Et voilà ce qu'on trouve dans ce
monument admirable! Les modernes
P'ont décoré du beau nom de Raison
écrite, et ce n'est pas sans fondement
que l'Empereur Justinien a écrit ces
belles paroles: Ce gui est raisonnable,
Jus est ars boni et aqui. --- Page 415 ---
ce qui est évident, c'efl ce qui constitue la perfection de nos loix. *
On aime également à lui entendre
dire, que le législateur rend un culte
d la vérité, et s'attache à ne commander que ce qu'elle enseigne elle-méme. **
Ilya plus, Messieurs 3 quiconque
s'est un peu familiarisé avec l'étude
dece droit, y rencontre les types de
mille idées, plus ou moins grandes,
dont on s'est emparé dans nos siècles
modernes et que lon a données comme
des découvertes.
Je n'en citerai qu'une.
Personne n'ignore la vogue des
observations sur les synonymes français, 3 ouvrage, dont on a lié l'existence et le sort au sort même de
* Quod er re ipsa rationabile est, hoc in' jus
perfectum. deducitur. (L. I. Cod. de la I. Libr. toll.)
** Nos qui Veritatem colimus 2 ea tantum modà
volumus in nostris esse legibus > que re ipsà obtinent.
(L. I. Cod. de dedit.) --- Page 416 ---
notre langue. Son succès est bien légitime, et son idée étoit heureuse.
Or, Messieurs, cette idée primitive
de distinguer les mots dans leurs
moindres nuances est, un emprunt visible des jurisconsultes Romains.
Vous connoissez, Messieurs, les
titres de la loi sur la valeur des termes * C'est là que-la
fois
premicre
>
on Vit l'esprit humain analyser les
mots, remonter à leur origine, les
comparer entr'eux; éclairer la grammaire par la métaphysique et par Tanalogie; et du choc des mots opposés,
et du rapprochement des expressions
similairés et des degrés divers de leur
force ou de leur foiblesse, tirer des
règles
De significatione verborum. Le commentaire de
Brisson sur ce seul titre de la loi est le meilleur dictionnaire que lon ait sur le droit romain. Il a été
réimprimé dans ce siècle, à Léipsick.
parer entr'eux; éclairer la grammaire par la métaphysique et par Tanalogie; et du choc des mots opposés,
et du rapprochement des expressions
similairés et des degrés divers de leur
force ou de leur foiblesse, tirer des
règles
De significatione verborum. Le commentaire de
Brisson sur ce seul titre de la loi est le meilleur dictionnaire que lon ait sur le droit romain. Il a été
réimprimé dans ce siècle, à Léipsick. --- Page 417 ---
règles sûres pour Pintelligence des
actes et lexplication des loix.
Que dirons H nous de cette suite
d'axiomes si clairs, si précis, si frappans qui terminent le corps du droit
et qui renferment sa substance dans
un petit nombre de règles aisées à
retenir? Chacun sait au Palais dequelle
utilité sont ces règles fameuses, pour
aider à trouver le vrai noeud des SOlutions. *
Il n'est pourtant pas impossible de
s'en approcher de plus près. Les Romains et les Grecs ont été nos modeles dans 2 des genres plus difficiles.
C'est en les imitant que nos grands
* Pothier a completé cette collection à la fin des
pandectes; mais pour en bien sentir le prix, il faut
joindre à ce grand recueil ce que François Charles
Romain a publié à Wittemberg en 1728, sur les règles
du droit et le soin qu'apporroient à leur rédaction
les anciens jurisconsultes: : De jurisprudentia regulari
Romanorum, , et veterum Ictorum studiis circà regulas juris.
D --- Page 418 ---
5o
écrivains les ont quelquefois surpassés et souvent égalés. Pourquoi désespérerions-nous de voir dans la jurisprudence, ce' que nous avons vu
dans la philosophie et dans tous les
beaux arts? Gardons-nous de poser
les bornes de Pesprit humain, et n'allons pas couper les ailes du génic.
En attendant, Messieurs, que nos
souhaits soient accomplis et que le
Magistrat trouve pour ses études tous
les secours que notre plan vient de
vous montrer nécessaires, quel surcroit de travail ne lui impose pas cette
nécéssité de suppléer par ses propres
efforts, aux livres qui lui manquent?
De se débarrasser, par ses propres
extraits, du superflu des livres qui le
surchargent au contraire? Enfin, de
se former, Par sa propre industrie,
un système des connoissances les plus
propres à son état?
Peut-être, il faut le dire, peut-être --- Page 419 ---
aussi que ce travail tourne au profit
de la solidité de son instruction. La
peine que l'étude donne, rend Pétude
plus fructueuse. On s'attache bien plus
a ce qu'on a'conquis. On peut croire
que les méthodes, 5 les abrégés 5 les,
élémens, et cette foule de lexiques,
tous superficiels 3 qui rendent si faci
les certaines connoissances, Ont Pinconvénient de favoriser la paresse , de
multiplier beaucoup trop les demiconnoisseurs , et d'avilir en quelque
sorte les trésors de l'esprit 5 qui né
valent qu'autant qu'ils coûtent.
Quoiqu'il en soit 5 Messieurs 3 le
Magistrat français 3 formé sur CeS
principes 3. initié au droit Romain 5
imbu dés ordonhances; des règlemens
et des coutumes 3 familiarisé avec la
procédure, son ordre et ses formalités ; ce Magistrat sans doute peut
passer pour très-éclairé. If mérite la
confiance des peuples et du Souverain.
D.2
qui né
valent qu'autant qu'ils coûtent.
Quoiqu'il en soit 5 Messieurs 3 le
Magistrat français 3 formé sur CeS
principes 3. initié au droit Romain 5
imbu dés ordonhances; des règlemens
et des coutumes 3 familiarisé avec la
procédure, son ordre et ses formalités ; ce Magistrat sans doute peut
passer pour très-éclairé. If mérite la
confiance des peuples et du Souverain.
D.2 --- Page 420 ---
Mais s'il sort des Cours du royaume,
pour occuper un rang dans les Sénats
des Colonies, ce Magistrat instruit
ne sait encore presque rien de ce qu'il
doit savoir.
C'est ma derniere réflexion.
On,a soumis les Colonies à la coutume de Paris ; quoique cette coutume fut reconnue insuffisante pour
les lieux mêmes oà ses articles ont
été rédigés. * Ona chargéleurs Cours
* Charles VII ordonna en 1453, qu'on rédigeroit
par écrit les coutumes et les usages de chaque pays
du royaume. Les Rois ses successeurs ont suivi cet
exemple. Cette idée étoit un bienfait que la France
doit à ses Rois. Mais peut-être la nation n'éroit-elle
pas mûre pour profiter de ce bienfait. On n'étoit pas
assez éclairé dans le tems de la rédaction des styles
et coutumes. Aussi la plapart des cahiers, incomplets
et insuffisans, ont-ils été bientôt refaits, et auroient
grand besoin d'une réforme ultérieure. On pourroit
faire un gros recueil des singularités et des' absurdités
dont on a rempli les coutumes. Nos Rois en ont
déja corrigé un grand nombre par d'excellentes ordonnances. Mais il reste ençore des traces de Yan- --- Page 421 ---
de faire exécuter les mêmes ordonnances que les Parlemens observoient
sous le règne de Louis XIV.
1 D'après ces premicres données, on
est porté à croire que la jurisprudence
devroit être dans PAmérique absolument la même que dans la Métropole:
et les Européens ne manquent pas de
s'étonner, quand ils y apperçoivent
certaines différences dont ils ne peuvent pas pénétrer les motifs.
Avant de condamner ces usages
cienne barbarie. Hodië que manent vestigia ruris.
Dans le silence des coutumes, on renvoye ordinairement à celle de Paris; mais celle de Paris est
loin, je ne dis pas de la perfection, mais de l'intégrité des dispositions qu'elle devroit offrir. Aussi,
remarque-t-on avec surprise que dans la conférence
des coutumes de France, la premiere partie contient
26 chapitres sur des matiéres principales, dont la
coutume de Paris ne fait aucune mention ; et, dans
la seconde partie qui se rapporte aux seize titres de
la coutume de Paris, il y a des additions de cas
particuliers, également obmis dans la loi de la Capirale.
D3
dis pas de la perfection, mais de l'intégrité des dispositions qu'elle devroit offrir. Aussi,
remarque-t-on avec surprise que dans la conférence
des coutumes de France, la premiere partie contient
26 chapitres sur des matiéres principales, dont la
coutume de Paris ne fait aucune mention ; et, dans
la seconde partie qui se rapporte aux seize titres de
la coutume de Paris, il y a des additions de cas
particuliers, également obmis dans la loi de la Capirale.
D3 --- Page 422 ---
particuliers, 3 il seroit plus sensé de
les examiner et de bien s'informer des
raisons sur lesquelles leur introduction a pu être fondée. Mais l'examen
est une peine que lon prend rarement;
car il est plus commode de juger que
de s'enquérir.
De-la viennent , Messieurs a 3 tant
d'erreurs et de préjugés qui règnent
encore en Europe sur tout ce qui concerne les Colons et les Colonies,
Les ouvrages les plus célèbres n'en
sont pas même exempts.
On pourroit pardonner à des compilateurs obscurs les fautes ridicules
dans lesquelles a ils tombent, en traçant
le tableau des isles de PAmérique : >
d'après les esquisses grossieres ou des
Labat ou des Touron. Mais comment
a-t-il pu se faire que, dans la seconde
cité du royaume de France, on ait,
en pleine Académie, accuséles Colons
d'avoir fait une loi pour brûler dans --- Page 423 ---
les fours. toutes les graines de café,
par un motif absurde? *
Mais comment art-il-puse faire que
l'estimable auteur dun dictionnaire
moderne d'histoire naturelle,. copiant
d'antiques récitsy transforme, de sang
froidi, en d'abominables parties de
chasse-ett de plaisir:, les guerres légitimes quel la nécessité 5 que la loi
autorisent les habitans des Colonies à
livrer a des troupes de malfaiteurs et
de brigands ? *
Mais comment a-t-il puise faire que
Téloquent auteur dune histoire fameuse, le premier des Rétheurs modernes, se soit permis sans fondement
d'horribles imprécations contre les administrateurs. des deuxi maisons- de
providence-2
* Discours sur le cafés ld à PAccadémie de L**
par M. FAbbé p***
* Dictionnaire d'Histoire naturelle,par M: Valmont
de Bomare, au mot négre.
D4 --- Page 424 ---
Je m'arrête, Messieurs, 9 sije voulois citer les traits du même genre ,
j'en pourrois rassembler une foule incroyable. Tous prouvent à quel point
on est trompé en France par les fausses idées qu'on a des Colonies. On
n'a que trop calomnié les habitans de
Saint- Domingue : leur apologie est
facile. Il s'agit seulement de les faire
connoitre ; de peindre avec fidélité
les obstacles de tous les genres qu'il a
fallu qu'ils surmontassent, pour créer
dans cette Isle des trésors dont la
Métropole s'enrichit tous les ans; ; de
montrer leur courage et leur persévérance à lutter contre le climat , à
combattre avec les torrens, à dessécher les marécages, à porter la culture sur des roches inaccessibles, à
vivre de privations ou à risquer même
leur vie, pour transformer en sol fertile cette terre si prompte à dévorer
ses habitans.
genres qu'il a
fallu qu'ils surmontassent, pour créer
dans cette Isle des trésors dont la
Métropole s'enrichit tous les ans; ; de
montrer leur courage et leur persévérance à lutter contre le climat , à
combattre avec les torrens, à dessécher les marécages, à porter la culture sur des roches inaccessibles, à
vivre de privations ou à risquer même
leur vie, pour transformer en sol fertile cette terre si prompte à dévorer
ses habitans. --- Page 425 ---
Cest-lce que j'ai vu ; c'est-là ce
que je voulois rendre..
Hélas! ma foible voix ne retentira
point:, au milieu des clameurs qu'élève la prévention et que des rapports infideles ont trop accréditées.
Qui donc aura cet avantage de désabuser les Français habitans du royaume A , des imputations affreuses qu'on
leur fit adopter sur les Français des
Colonies ? O: combien devra s'applaudir celui qui sera digne de justifier
ces derniers, sans nul autre intérêt,
que celui d'éclairer les autres sur Popinion erronée où les jette leur ignorance !
Alors, on sentira l'effet de ces modifications , que les circonstances locales impriment ici à des loix, à ses
formalités, à des pratiques différentes.
L'empreinte du climat se grave sur
les hommes, conséquemment sur leurs
rapports entr'eux, sur les liens, sur --- Page 426 ---
les contrats d'ou naissent les affaires
que le Magistrat doit juger. La nature-elle-mème subit ici des
mens
changequi en exigent d'autres dans létat social et dans la législation.
Cest un grand avantage de l'état de
nos Colonies, de pouvoir se Préter plus
aisément que le royaume à lladmission
des réformes utiles. Les
les abus n'ont
préjugés ett
pas eu leitems de jetter
sur une tenre toute neuve ces racines
profanadeas,quisemblen: dans FEurope
faine lar base desi Empires. Le code de
la Colonie peut slamélioren sans résise
tance et sansi secousse. Clest une puissante raison de ne pas différer unE
ouvrage si nécessaire.
Vousi le savez; Messieurs, les trois
quarts dès articles des la coutume de
Paris ne peuvent convenir ni s'appliquer en aucun 3 sensi, aux biens et aux
personnes der cette Colonie. Ia fallu
chercher d'autnes raisons de déciden --- Page 427 ---
et se faire d'autres principes. Le Souverain lui - même a successivemenit
dérogé aux loix primitives étrangères
à ce pays, par des décisions plus analogues à Fétat de ses biens et a des
personnes. Mais il reste un grand
nombre d'objets intéressans qui ne
sont pas fixés avec assez de convenance.
Jusqu'à ce que Pon donne à cette
Colonie un a code fair pour elle 3 le
Magistrat de Saint 1 Domingue est
chargé d'une double étude, puisque
la science ordinaire de la jurisprudence n'est pour lui qu'un prélimipaire à Pétude considérable des constitutions locales.
En récapitulant les articles divers
du plan que nous venons de mettre
sous vOS yeux, ce plan peut étonner
Pesprit par sa grandeur et; ses dilin
cultés. Mais çe qu'il yi a de trop imn
mense ne peut être effrayane que dans
pour elle 3 le
Magistrat de Saint 1 Domingue est
chargé d'une double étude, puisque
la science ordinaire de la jurisprudence n'est pour lui qu'un prélimipaire à Pétude considérable des constitutions locales.
En récapitulant les articles divers
du plan que nous venons de mettre
sous vOS yeux, ce plan peut étonner
Pesprit par sa grandeur et; ses dilin
cultés. Mais çe qu'il yi a de trop imn
mense ne peut être effrayane que dans --- Page 428 ---
la théorie. Des exemples heureux
prouvent la possibilité de la mettre en
pratique. Et si je ne craignois d'offenser aujourd'hui la modestie de la vertu,
en déchirant le voile qui couvre son
état et qui tempère ses rayons, il me
seroit aisé , Messieurs,
3 de trouver
dans le sein de cette
de,
Compagnie, et
remarquer à sa tête, la réalité du
tableau que j'ai voulu vous peindre.
Vingrans d'expérience et d'assiduité
dans les travaux
pénibles et non interrompus de la
Magistrature sous
cette zone si voisine de la zone torride; une tradition fidèle de tout ce
qui s'est fait dans ce long intervalle
un fond de connoissances
;
la réflexion-et
accru par
muri par le tems; un
esprit d'indulgence et de philosophie,
qu'il est rare de conserver, en voyant
de si près les torts et les vices des
hommes ; les Jumières enfin réunies
aux vertus : ce sont des traits sans --- Page 429 ---
doute qu'il n'est pas ordinaire de trouver rassemblés. Et ces traits néanmoins ne seroient aujourd'hui ique Pimage imparfaite du modèle des Magistrats. *
Mais ce n'est pas l'usage de rendre
ainsi justice au mérite vivant. L'amitié
qui le loue est suspecte de flaterie )
et par un sentiment cruel, et qui fait
peu d'honneur à notre espèce humaine,cest, entre tous les hommes,
une convention tacite de ne laisser
parler la gloire et ne faire taire l'envie,
qu'après la mort de ceux, qui ont pu
mériter et l'envie et la gloire. Forcé,
quoiqu'à regret, de nous assujettir à
cette loi si tyrannique 3 nous nous
imposerons un silence pénible sur les
gens de bien qui existent. Mais pour
nous consoler, autant que pour rem-
* M. deTRKUILIST, Président du Conseil supérieur du Cap. --- Page 430 ---
plir un devoir cher à notre ceur, it
nous sera permis de nous étendre
davantage sur le mérite de celui que
nous avons perdu.
Vous savez à combien de titres nous
devons cet hommage à la mémoire
précieuse de Fun de nos prédécesseurs >* mort dans le cours de cette
année. Annoncer au Cap un éloge
des vertus de M. le Gras, * c'est ac
quitter en quelque sorte , une dette
publique. Et ce qui nous rassure, c'est
que pour la payer, il n'est pas besoin
d'éloquence. Le nom seul de M. le
Gras suffit à son Panégyrique 7 parce
que ce nom seul réveille dans ces lieux
les idées de la bienveillance, de Pesprit d'union, de l'amour de la paix, 3
de la douce philantropie qui composoient son caractère, 5 e qui le rendoient
Procureuir-général honoraire au Conseil supérieur
du Cap, associé du Cercle des Philadelphes,
, il n'est pas besoin
d'éloquence. Le nom seul de M. le
Gras suffit à son Panégyrique 7 parce
que ce nom seul réveille dans ces lieux
les idées de la bienveillance, de Pesprit d'union, de l'amour de la paix, 3
de la douce philantropie qui composoient son caractère, 5 e qui le rendoient
Procureuir-général honoraire au Conseil supérieur
du Cap, associé du Cercle des Philadelphes, --- Page 431 ---
heureux lui-même par le bonheur des
autres 7 et qui sembloient toujours
répandre autour de lui la sérénité de
son ame.
M. le Gras eut l'avantage de remplir dans la Compagnie des emplois
différens, qui le menerent par dégrés
aux suprêmes honneurs de notre mi
mistère.
Il entra d'abord au parquet en qualité de Substitut. Et comme 1C1 nos
Substituts remplissent à-peu -près la
place des Avocars-généraux de France,
c'est pour Phomme à talens qui veut
entrer dans le Barreau, c'est, dis-je,
la premiere école et le rôle le plus
brillant.
M. le Gras s'en acquitta de maniere
à se rendre digne du prix le plus flatteur: il a devint Conseiller.
Sesfonctions étoient changées. Son
mérite et son caractere ne changerent
jamais, 2 et le genre de ce mérite et --- Page 432 ---
celui de ce caractère, étoient sur-tout
très-propres à lui concilier Pestime et
T'amitié de ses confreres, comme la
confiance des Avocats et des Parties.
La candeur, la bonté, peintes sur sa
figure et retracées dans sa conduite;
sont dans toutes les Compagnies des
qualités inestimables.
Iln'est que trop d'esprits inquiets,
tourmentans, jaloux de régner sur
les autres, d'enchainer les opinions et
de faire prédominer leur raison orgueilleuse. Des hommes de ce naturel,
même avec du génic, sont des fléaux
à craindre au sein d'un tribunal. Prêts
à troubler sans cesse lordre des délibérations, ils tyrannisent les suffrages,
ils ne saventjamais sacrifier leur amour
propre à la pluralité des voix, ou au
besoin de la concorde. L'excès de leurs
prétentions fait éclater souvent dans
lintérieur du Sénat, une division qui
nuit au Sénat même, autant qu'elle
est --- Page 433 ---
6;
est contraire au bien de la justice.
Et Si les circonstances deviennent
difficiles, s'il y a des tempéramens à
indiquer ou à choisir, ils en sont incapables. Ils se jettent aveuglément
dans les partis extrêmes, sans en prévoir les suites, et d'écarts en écarts,
ils sont réduits à aggraver le tort des
plus fausses démarches, par des torts
plus graves ercore, pour n'avoir pas
su calculer jusqu'ou devoit les emporter l'impéruosité d'un premier mouvement. Que deviendroient alors les
affaires publiques, si la même assemblée, ou ces volcans vomissent leurs
feux incendiaires, n'opposoit à leur
turbulence quelques-uns de ces bons
esprits qui ramenent le calme dans
les coeurs et dans les idées? M. Le
Gras étoit un de ces bons génics.
Ce fut à ces vertus paisibles qu'il
dût son élévation à notre ministère,
dans des tems orageux, ou ces vertus
E
deviendroient alors les
affaires publiques, si la même assemblée, ou ces volcans vomissent leurs
feux incendiaires, n'opposoit à leur
turbulence quelques-uns de ces bons
esprits qui ramenent le calme dans
les coeurs et dans les idées? M. Le
Gras étoit un de ces bons génics.
Ce fut à ces vertus paisibles qu'il
dût son élévation à notre ministère,
dans des tems orageux, ou ces vertus
E --- Page 434 ---
peut-être étoient les seules convena--
bles, quoique moins adaptées à cette
activité qui fait le caractère de la partie publique.
M. Le Gras n'ignoroit pas que
cette dignité nouvelle n'étoit qu'un
écueil plus brillant, ou le Magistrat
isolé se trouve en évidence, exposé,
s'illesttrop sévère, aux conspirations,
aux ligues, au déchainement de la
troupe nombreuse des pervers, dont
il est par état Pennemi, laccusatcur
et le fléau; plus exposé, s'il est trop
foible, aux murmures, aux plaintes,
aux censures peu réfléchies de cette
multitude qui souffre des abus, et qui
semble lui imputer tous ceux qu'il
n'a pas réprimés; placé par conséquent dans cette alternative, ou de
faire hair et craindre sa personne,
s'il ne veut que remplir sa place, ou
de voir avilir et dégrader sa place,
sil ne songe qu'a sa personne; éga- --- Page 435 ---
-lement à plaindre, 5 soit qu'il s'abandonneà son zele, soit qu'il n'ose pas
s'y livrer; et 1 souvent mal apprécié
dans Pun et Pautre cas; parce que
ceux qui L- l'apprécient le jugent sur ce
qu'il a fait, sans calculer les résistances et sans savoir au juste s'il peut
toujours tout ce qu'il doit.
On dit qu'un des anciens sages avoit
mis la vertu sur une ligne étroite et
qu'en deçà et hors de la, tout lui
paroissoit vice. Cette ligne si difficileà
suivre constamment sans s'écarter jamais d'un point, représente à- péuprès Timage de ce qu'est notre ministère dans les circonstances parcilles à celles ou M. Le gras eût Phonneur dangercux d'en être revêtu. Sa
modération, sa politesse et sa prudence
en firent disparoitre, en quelque sorte,
les périls. Les Médecins les plus habiles ne sont pas toujours ceux qui
prodiguent à leurs malades des ree
E2 --- Page 436 ---
mèdes aussi violens que leurs maux,
Un corps blessé ou épuisé se remet
beaucoup mieux par un régime ménagé, et telle fut l'adresse heureuse
dont se servit M.
Legras, sans autre
Politique que de laisser couler tout naturellement ce qui émanoit de son ame,
Cette marche lui réussit. Il sortit
avec gloire de cette carrière
Il resta depuis attaché à
épineuse.
cette Compagnie, et par le titre d'honoraire
fut sa
qui
récompense, et par le ncud
sacré de l'estime et de l'amitié, récompense plus douce et dont il étoit
aussi digne.
En payant ce foible tribut aux mànes de M. Le Gras, nous avons fait
plus d'une fois un triste retour
nous-mémes. Nous
sur
ne nous dissimulons pas combien nous sommes loin
des vertus que nous
célébrons, et
nous avouons à regret que le fardcau
d'unministère, siléger et si doux pour
sacré de l'estime et de l'amitié, récompense plus douce et dont il étoit
aussi digne.
En payant ce foible tribut aux mànes de M. Le Gras, nous avons fait
plus d'une fois un triste retour
nous-mémes. Nous
sur
ne nous dissimulons pas combien nous sommes loin
des vertus que nous
célébrons, et
nous avouons à regret que le fardcau
d'unministère, siléger et si doux pour --- Page 437 ---
ce grand Magistrat x contraste trop
avec nos forces et nous accable de
son poids. Forcés de le porter, nous
aurons toujours le chagrin de rester
au-dessous de Pidée que nous nous
faisons d'une place aussi difficile. Mais
une seule chose est à notre avantage. Si nous n'avons pas le bonheur
d'offrir à cette colome la longue expérience et les autres mérites qui distinguoient M. Le Gras, nous pouvons nous flatter d'être placés du moins
dans un moment plus favorable.
Les cent VOIX de la renommée ont
annoncé à ce ressort les vertus et la
bienfaisance du militaire-citoyen que
le Roi a nommé Gouverncur-général
des isles sous le vent. * Le descendant des Lamoignons et Phéritier de
leurs vertus, promet à la magistrature
des jours plus clairs et plus sereins.
* M. le Comte DE LA LUZERNE.
E3 --- Page 438 ---
Tout nous atteste qu'il respire cet
esprit de sagesse, cette noble simplicité, cette bonté de coeur pour les
particuliers et cet amour du bien public, caracteres sacrés auxquels on
reconnoit ses illustres ancêtres, dans
Phistoire des tribunaux dont ils furent
Phonneur. Ces caractères si touchans
sont empreints a jamais dans un des
plus beaux monumens du grand siècle
dernier. Je veux parler, Messieurs,
de ce fameux procès-verbal des conférénces que l'on tint par ordre de
Louis XIV,pour l'examen de ses deux
codes, civil et criminel. Cest-la que
nous voyons la philosophie indulgente
et la fermeté éclairée du sage Lamoignon, contraster siheureusement avec
la dureté de nos loix anciennes, et
devancer d'un siècle les lumieres qui
doivent les changer et les adoucir,
C'est à l'ombre de ce beau nom que
s'éleva l'enfance de notre Gouverneur. --- Page 439 ---
C'est sous de tels auspices qu'il vient
régir la colonie. On l'a pénétré de
bonne heure des principes sacrés et
des maximes qui fandent l'empire des
loix: il sait que cet empire fait régner les loix sur les armes, *" que
rien n'honore plus les chefs, n'affermit plus Pautorité, que Pobservation
des loix. ** Que c'est une parole digne de la majesté même du Souverain, de se reconnoitre lié par les
chaines de lajustice, *** Que tout gouvernement doit détester la violence,
laquelle ne consiste pas seulement dans
les attentats d'une force arbitraire,
mais dans toutes les voies de récla-
* Leges etianz in ipsa arma imperium habere vOlumus. (Nov. 35- C. 5.)
** Nihil tam proprium imperii est quam legibus
vivere. (L. 3- - Cod. de Test.)
*** Digna vox est majestate regnantis, legibus
allegatum principem profiteri. (L. 4- Cod. de Leg.)
Adeo, de auctoritate juris, nostra pendet auctoritast
E4
arbitraire,
mais dans toutes les voies de récla-
* Leges etianz in ipsa arma imperium habere vOlumus. (Nov. 35- C. 5.)
** Nihil tam proprium imperii est quam legibus
vivere. (L. 3- - Cod. de Test.)
*** Digna vox est majestate regnantis, legibus
allegatum principem profiteri. (L. 4- Cod. de Leg.)
Adeo, de auctoritate juris, nostra pendet auctoritast
E4 --- Page 440 ---
mation et de protection, qui ne sont
point celles de droiti * Qu'ainsi l'ordre des tribunaux établit lordre SOcial, et que troubler les juges, c'est
troubler la société.
L'autorité remise en de pareilles
mains n'en sera que plus respectable,
parce qu'elle sera plus chere; et c'est
en choisissant de tels représentans,
que notre auguste Souverain, enchaînant les Colons par la reconnoissance, encouragera votre zele, et régnera dans tous les coeurs.
* Tu vim putas esse solum si homines vulnerentur;
vis est et tunc quoties quis 2 id quod deberi sibi
putat, non per Judicem reposcit. (L. 13- ff. quod
Met. Caus.) --- Page 441 ---
EXTRAIT
DE
LHISTOIRE CRITIQUE
DE LA VIE CIVILE,
Traduite de LItalien, de VINCEN T
M A R T I N E I I I,
PAR M. FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU.
CAPITOLO XV. delle Legi, (Tomo fecondo, P.75-)
CHAPITRE XV des Loix, , (page 75 du Tome 2
de la troisieme Edition, à Naples, chez Gravier,
1764, ih-8°.)
Crexkox, dans ses Dialogues sur Tobjet
du présent chapitre 2 dit qu'il manquoit à
Rome un corps de Loix méthodiques et radicales, tel que pouvoit le desirer une si grande
République.
En effet, qu'avoient les Romains, outre leurs
loix des douze Tables?
Ces loix étoient en quelque sorte 1 comme
les fondemens de cette liberté que le peuple
Romain, 2 secouant le joug des Tyrans 2 avoit
sû, se donner. Tout le reste du. Corps civil --- Page 442 ---
n'étoit qu'un vrai déluge de Plébiscites 2 de
Senatus - Consultes, d'Edits de Magistrats , et
de réponses des Docteurs 2 que les Romains
nommoient Prudens. *
Cette foule de Loix nouvelles avoient eu
pour objet de pourvoir successivement aux cas
particuliers qui s'étoient présentés, à mesure
des occurrences. Dans la suite des tems, lorsqu'il s'offroit des cas semblables, on recouroit pour les juger 2 aux premicres décisions.
Mais ceux qui devoient prononcer, abondans
chacun dans son sens 2 les mêmes règlemens
furent entendus tour-à-tour de plusieurs manieres diverses.
C'est ainsi que naquirent ces contradictions
des loix, qu'on nomme Anti-logies, et qui,
Laurent Valle s'emporte contre Justinien et lui
reproche avec chaleur d'avoir supprimé les ouvrages
de Scevola, de Paul-, d'Ulpien, de Sulpicius, etc.
> Ce sont autant de Cygnes, dit-il, que Taigle de
> cet Empereur a souvent étranglés. A ces Cygnes,
> ont succédé une foule d'Oisons ; Bartole, Balde,
> Accurse et d'autres, dont les volumes trop épais
> pour être portés par des hommes, ne sont bons
> qua charger des ânes. ) Quorum volumina non,
viris, ita enim grandia sunt et vasta, sed ab dsinis portanda.
pien, de Sulpicius, etc.
> Ce sont autant de Cygnes, dit-il, que Taigle de
> cet Empereur a souvent étranglés. A ces Cygnes,
> ont succédé une foule d'Oisons ; Bartole, Balde,
> Accurse et d'autres, dont les volumes trop épais
> pour être portés par des hommes, ne sont bons
> qua charger des ânes. ) Quorum volumina non,
viris, ita enim grandia sunt et vasta, sed ab dsinis portanda. --- Page 443 ---
même encore anjourd'hui, subsistent dans le
droit Romain.
De libre qu'elle avoit été, Rome devint
impériale. A ces décisions 5 a ces loix dont
on a parlé, vinrent se joindre, en très-grand
nombre, celles des Empereurs, dites commu
nément LES PLAGITÉS DES PRINCES
(Principum Placita.)
Ces loix des Empereurs et de la Républia
que, formerent une masse et si énormé et si
confuse 2 que TEmpereur Justinien fut tonché
du malheur des parties litigantes 2 et qu'il
youlut les soulager.
Il crut y parvenir 7 en faisant faire de ces
loix un recueil régulier, dont il donna le soin
à Tribonien 3 Théophile et Dorothée, avec la
pleine faculté d'y faire tous les changemens
qui leur paroitroient convenables pour faire
un corps de loix aussi bref, aussi clair qu'il
leur seroit possible. Il défendit aux Magistrats
d'admettre désormais aucune autre explication,
ni aucune autre loi, pour éviter tout subterfuge et tout obstacle à la prompte fin des pro+
cès.
Mais par malheur. 2- Tribonien et les autres
Compilateurs, ou ne donnerent pas lattention
qu'ils auroient due à Fobservation de l'ordre --- Page 444 ---
qu'avoit prescrit. Justinien, (car Cette
ce dans T'exécurion
négligen2 détruit
l'effet des bonnes vues de tous presque les
toujours
ou le tems leur
Souverains,)
manqua pour un si grand ouvrage ; ou, par quelqu'autre cause 7 il arriva
que TEmpereur croyant dorner sa
des loix bien
sanction à
honneur
complettes et bien dignes de cet
2 ne ramassa, pour ainsi
des fragmens de loix.
dire, que
bris forma donc
I'assemblage de ces déun Tout imparfait.
Aussi, bon nombre de ses loix sont fi contradictoires, que Cujas, le plus érudit et
être le plus habile des auteurs
peutsur le droit
Romain, a été forcé d'employer
folios épais, pour tâcher
plusieurs inde les concilier
d'arranger ces loix,
ensemble et de les réduire en
systême. Mais malgré son travail et sa
cité, la compilation de ce code Justinien sagatoujours embrouillée.
est
Tous ces gros tomes de Cujas et d'une foule
d'autres interprétes du droit
ou ses
2 ou ses rivaux
confreres, n'ont fait absolument
fournir aux Docteurs
que
ample matière de dispute, sans que les Nations en
reçu aucun
ayent encore
les
soulagement, soit pour retrancher
procès, soit pour les abréger.
En - 1741, TAbbé Antoine Muratori
pu-
ce code Justinien sagatoujours embrouillée.
est
Tous ces gros tomes de Cujas et d'une foule
d'autres interprétes du droit
ou ses
2 ou ses rivaux
confreres, n'ont fait absolument
fournir aux Docteurs
que
ample matière de dispute, sans que les Nations en
reçu aucun
ayent encore
les
soulagement, soit pour retrancher
procès, soit pour les abréger.
En - 1741, TAbbé Antoine Muratori
pu- --- Page 445 ---
blia un savant ouvrage 9 où plein d'un zèle
respectable pour la tranquillité publique, il
dépeint vivement le misérable état de la Juris
prudence parmiles peuples d'Italie. Il en prend
sujet d'implorer lasagesse supérieure et la piété
paternelle de quelque Prince bienfaisant,
ordonner une réforme, au moyen de laquelle pour
les Plaideurs sortent des filets que leur tend
la chicane, et soient en même tems 6 affranchis des longueurs de la procédure, longueurs
si fort dispendieuses, et si fort préjudiciables,
surtout à la classe des pauvres.
Ce livre de Muratori avoit à peine vu le
jour, que dans mainte Université, des Professeurs se mirent à en publier
tâcher de le réfuter. Les
d'autres, pour
uns le
sur le sens qu'il avoit donné à de
loix
PERAS
qu'il avoit prises pour exemples. Les autres, s'attachant aux mots, lui faisoient
presque uniquement des morsures grammaticales.
Aucun d'eux cependant ne s'avisa de contredire le projet de réforme tracé par ce Savant,
ni surtout les motifs qu'il en avoit donnés. *
* Observons ici, à la gloire des facultés de Droit
en France, que leurs illustres Professeurs, convaincus les premiers des vices actuels de leur enseigne- --- Page 446 ---
Pour moi, , non-seulement je suis de son
avis sur la nécessité d'une réforme entiere
dans la Jurisprudence de notre moderne Italie ; mais je vais bien plus loin que lui. Je
erois que le désordre a des racines plus profondes, des effets plus sinistres et des suites
plus malheureuses pour la société. J'estime en
conséquence, qu'il faut à des maux si pressans 2
des remèdes plus radicaux, que ceux auxqnels
il s'est bornés.
cLes défants dont Muratori accuse la,Jurisprudence reçue en Italie, roulent sur plusieurs
eas' que les loix n'ont pu décider avec: cette
précision qui pourroit enlever aux juges toute
occasion d'équivoque, et désarmer les Procument, n'ont point eu l'injustice d'écrire, 5 ni de s'élever
contre les bons ouvrages où lon a relevé des abus, 7
dont ces Professeurs sont, à quelques égards, 4 les
Instrumens involontaires.
M. Boucher d'Argis - 2 Magistrat estimé dans le
Châtelet de Paris, a publié des Lettres, dignes d'attention, sut.la réforme des études dans la partie du
Droit. Les Universités n'ont point réclamé contre ;
et je sais, à n'en pas douter , que les DocteursRégens de ces différens Corps se préteroient euxmêmes à une révolution; qui rendroit leurs Ecoles
moins désertes et plus utiles, (Note du Traducteur.)
M. Boucher d'Argis - 2 Magistrat estimé dans le
Châtelet de Paris, a publié des Lettres, dignes d'attention, sut.la réforme des études dans la partie du
Droit. Les Universités n'ont point réclamé contre ;
et je sais, à n'en pas douter , que les DocteursRégens de ces différens Corps se préteroient euxmêmes à une révolution; qui rendroit leurs Ecoles
moins désertes et plus utiles, (Note du Traducteur.) --- Page 447 ---
reurs de tous les moyens de chicane. Il voudroit que ces cas 2 douteux et arbitraires 2
fussent examinés par un nombre d'hommes de
Ioi, d'une érudition profonde et d'une probité
connue, qui auroient soin de les fixer si positivement et d'une maniere si claire, que tout
Juge 2 en des cas semblables 3 prononçât au
premier coup d'oeil.
Notre Jurisprudence réunit", selon moi 2
T'imperfection notée par Ciceron, celles qu'avoit voulu détruire Justinien, celles contre
lesquelles s'est élevé Muratori, et d'autres encore en grand nombre.
En premier lieu, 2 j'attaque le langage, étranger pour nous, dans lequel nos loix sont écrites, et qui n'étoit pas un défaut pour le siécle
de Ciceron et de Justinien, puisqu'alors c'étoit
la langue naturelle et des Juges et des Parties.*
* J'ajoute à ce que dit l'Auteur, que ce n'est plus
assez pour entendre le Corps du Droit, de savoir la
langue Latine ;1 le Grec n'est pas moins nécessaire. Les
Loix des douze Tables, apportées de la Grèce, en
ont gardé T'empreinte. Les Jurisconsultes latins ont
employé des mots qui sont purement Grecs, comme
Hypotheque, Chirographe 2 Emphitéose, et beaucoup
d'autres. Les Pandectes fourmillent d'hellénismes 2
plus' ou moins forts. Lorsque la Grèce fut réduite sous --- Page 448 ---
La République de Venise est jusqu'aujourd'hui, le seul Etat de PItalie qui ait sengi le
très-grand mal de cette usage monstrueux 2
et sa sagesse y a pourvu d'une maniere paternelle, par un Code Vénitien, à la portée de
tout
le joug des Romains 2 il se glissa dans leur langage
beaucoup de termes empruntés de celui des peuples
vaincus. Tribonien eut soin qu'on transcrivit en Grec
ce qu'il trouvoit écrit ainsi dans les Jurisconsultes.
Le' fameux exemplaire des Pandectes, qu'on nomme
Pandectes Florentines, contient plusieurs passages en
caracteres Grecs 2 etc. Je supprime d'autres raisons
tout aussi concluantes, 7 d'oà il résulte qu'aujourd'hui
nous avons encore besoin de suivre le conseil que
Ciceron donnoit autrefois à son fils, de réunir l'étude
du Latin et du Grec, si nous voulons lire avec fruit
les monumens du Droit Romain, Cequi ajoute, comme
on voit, aux embarras de cette étude dans un siécle
où la langue Grecque est si fort négligée, 2 que des
hommes instruits d'ailleurs, sont forcés de prendre
pour eux ces mots des Glossateurs des siécles d'ignorance, qui mettoient à côté des passages écrits en
caracteres Grecs. Gracum estnon legitur.
Théophile a traduit en Grec les Institutions de
F'Empereur Justinien ; et quoiqu'il y ait fait des fautes, cependant cette paraphrase est le meilleur ouvrage dont on puisse s'aider pour entendre Justinien.
(Voyez le livre d'Antoine Augustin. Emendat, Jur.
Civil.) Note du Traducteur.)
pour eux ces mots des Glossateurs des siécles d'ignorance, qui mettoient à côté des passages écrits en
caracteres Grecs. Gracum estnon legitur.
Théophile a traduit en Grec les Institutions de
F'Empereur Justinien ; et quoiqu'il y ait fait des fautes, cependant cette paraphrase est le meilleur ouvrage dont on puisse s'aider pour entendre Justinien.
(Voyez le livre d'Antoine Augustin. Emendat, Jur.
Civil.) Note du Traducteur.) --- Page 449 ---
tout le monde, ou les objets particuliers à son
Gouvernement sont combinés avec les dispositions du corps du droit Romain 2 ou suppléés par les loix propres de l'Etat.
Je traite avec raison de monstruosité cet
abus par lequel, 9 nous 2 modernes Italiens,
nous laissons nos actes civils sous l'empire de
loix et de régles écrites- en latin, 2 quoique
le latin ne'soit plus d'usage en Italie, 7 depuis lépoque trop fameuse du déchirement de
TEmpire.
Et je demande, à cet égard , si quelque
voyageur , arrivant des Terres Australes 3
venoit nous rapporter que lés peuples de ce
pays se réglent par des loix écrites dans un
idiome" qu'ils ne comprendroient pas, en latin, par exemple, je demande, disois - je, si
nous ne regarderions point cette police australienne comme un excès de barbarie?Un tel
récit nous surprendroit et nous révolteroit ;
nous le traiterions de fable.
Et cette fable est notre histoire.
Dans un Chapitre précédent, sur l'éducation, j'ai proposé, et j'en conviens, de faire
commencer l'étude de la langue latine par les
loix des Romains, et de mettre ces loix dans
les mains des enfans, Ce que je dis ici contre
F --- Page 450 ---
le Droit civil 1, n'est pas contraire à mon
premier systême. Ma proposition n'en est que
plus solide et plus recommandable. En effet,
d'une part, la rédaction de ces loix est presque par-tout d'un bon style; c'est le seul qui,
du moins, nomme tout ce qu'il veut nommer,
dise toujours ce qu'il veut dire, avec les termes les plus propres 2 sans embarras de périphrase - 2 sans recherche et sans métaphore..
C'est le vrai langage des loix, qui doivent
éviter jusqu'à P'ombre d'une équivoque. *
D'un autre côté, la science des loix civiles
des Romains, est si ardue, si compliquée par
la relation qui existe entre leurs motifs 2 et
tant d'événemens passés dans des siécles si reculés, que je crois nécessaire d'employer spécialement à une étude si pénible, les loisirs de
* L'excellonte latinité qu'on remarque dans les
Pandectes, a été le fujet de dissertations utiles parmi
les savans Allemands. On cite avec éloge celle de
Kircmaier, à Vittemberg , et les Dialogues Allemands de Tenzel, Taubmann a fait à ce sujet un
distique fameux.
Credo ego, si lingua Ciceronis imago perisset, >
E Juris posset corpore restitui.
Ciceron 1 si ta langue avoit été perdue,
L'éloquence du Droit nous T'edt presque renducs
(Note du Traducteur.)
le fujet de dissertations utiles parmi
les savans Allemands. On cite avec éloge celle de
Kircmaier, à Vittemberg , et les Dialogues Allemands de Tenzel, Taubmann a fait à ce sujet un
distique fameux.
Credo ego, si lingua Ciceronis imago perisset, >
E Juris posset corpore restitui.
Ciceron 1 si ta langue avoit été perdue,
L'éloquence du Droit nous T'edt presque renducs
(Note du Traducteur.) --- Page 451 ---
-ce premier âge où nos parens se trouvent
maîtres de nous assujettir et de nous appliquer à des travaux longs et suivis.
Dans le fait, la langue latine n'a plus d'utilité pour les Italiens, qu'autant qu'elle peut
-les conduire à l'intelligence des loix; et l'étude
des loix, suivant notre systême, est de toutes
les connoissances, celle dont aucun homme,
dans la société civile, ne peut se dispenser.
Donc, entre le projet de faire étudier ces
loix par les enfans, et l'absurdité que je trouve
à ce que nous suivions ces loix (absurdité
qui saute aux yeux, par la comparaison que
je fais de notre sottise avec le récit supposé
de la même sottise aux Régions australes),
il n'y a pas de disparate.
A l'inconvénient du langage des loix romaines, se joint celui des interprètes, des
auteurs de traités, de maximes et de conseils; parvenus dès longtems à un nombre si
excessif, que ce ne seroit pas assez pour se
les procurer, d'y employer les honoraires
qu'un travail de soixante années vaudroit à
un bon Avocat.
Nos tribunaux Italiens ont tant de déférence pour ces sortes d'auteurs, que si c'étoit
Tusage d'imprimer en Ethiopie les jugemens
F2 --- Page 452 ---
des Mores, tous ces arrêtistes moresques se
roient bienvenus parmi nous et a cités dans
nos Cours, comme le sont déjà ceux de tant
d'autres peuples à qui nos Libraires modernes
font sans cesse passer les monts.
La masse de ces interprêtes, commentateurs, compilateurs, est donc la base essentielle, le capital de notre droit. Cet excès
est porté plus loin que je ne saurois Texprimer. La profusion des auteurs est tellement
un luxe dans le Barreau italien, qu'il ne sauroit se présenter ni affaire, ni incident, oùr
l'on ne fasse intervenir d'innombrables citations. Cette méthode est devenue l'habitude
des Tribunaux. Chaque Avocat croiroit avoir
perdu sa cause, s'il faisoit autrement. L'effet
que produit ce fatras d'autorités accumulées,
est celui qu'on doit en attendre. Bien loin
d'éclaircir la matiere et d'éclairer le juge
pour le conduire au vrai, tout cela l'embrouille
si bien, tout cela le rend si perplexe, que
tous les cas possibles, discutés devant lui,
sont des problèmes ambigus : si bien qu'a
chaque opinion qu'il a pu embrasser, il peut
en substituer une diamétralement opposée,
sans le moindre scrupule.
Ce que Javance en ce moment est sivrai
est celui qu'on doit en attendre. Bien loin
d'éclaircir la matiere et d'éclairer le juge
pour le conduire au vrai, tout cela l'embrouille
si bien, tout cela le rend si perplexe, que
tous les cas possibles, discutés devant lui,
sont des problèmes ambigus : si bien qu'a
chaque opinion qu'il a pu embrasser, il peut
en substituer une diamétralement opposée,
sans le moindre scrupule.
Ce que Javance en ce moment est sivrai --- Page 453 ---
8;
qu'on voit maintes fois la même question décidée UIr jour par un juge, d'une manière
aflirmative, tandis que la veille, ce juge a,
sur le même objet, tranché la négative; et
cela, d'après les raisons de ce même Avocat,
qui,suivant Pimportance de ses cliens,la veille
soutenoit le pour 5 le lendemain plaide le
contre.. La raison en est simple. Chaque difculté a, pour l'affirmative et pour la négative, tant de docteurs toue à la fois, qu'un
habile praticien, dans tous les cas possibles,
a de quoi se pourvoir d'autorités en abondance, pour défendre à son choix Popinion
qui s'accommode aux intérêts de son client.
Du tems de Ciceron, le rémoignage des
auteurs étoit déja d'un très-grand poids. Mais:
sous Justinien, les loix impériales avoient Si
fort accru le corps du droit civil, et le nombre des Glossateurs devenu si
exorbitant, que
le Prince ne conserva d'autorité qu'aux articles compris dans sa collection. Il déféndit
d'en eiter d'autres, et d'en admettre de nou-.
veaux.
La république de Venise, guidée par Ia
prudence qui lui a fait dresser un code propre à ses sujets, en langage vénitien, a exterminé pour toujours cette hydre des. citations
F3 --- Page 454 ---
et cet empire des docteurs. Unravocat We
nitien ne peut plus alléguer, dans les TribuHaux du pays, aucune autorité que celle des
choses jugées dans le tribunal méme,
Mais outre l'embarras ou sont jettés nos
juges par toutes ces citations dont nous avons
parlé, ces citations ont encore bien d'autres
inconvéniens. Le juge, de deux choses Tune,
est ou ignorant, ou instruit. Supposons -le
ignorant: plus il étudiera ces écritures hérissées d'autorités et de passages, et plus grande
sera la confusion qui doit remplir sa tête
après une telle lecture. S'il est savant, s'il
veut donner le tems qu'il doit à l'examen de
ces autorités, pour savoir si elles sont justes,
et si elles s'appliquent ou non à la cause à
juger, alors il se perd tout entier dans une
seule affaire, et en suivant cette méthode,
il faudroit établir des juges aussi nombreux
que les procès.
Ces premiers vices remarqués dans notre
Droit italien, ne sont que des obstacles à la
facilité des jugemens des tribunaux, Ce ne
sont pas les sources des contestations,
Les sources des procès chez les Italiens,
sont principalement -
1o. Les testamens,
elles s'appliquent ou non à la cause à
juger, alors il se perd tout entier dans une
seule affaire, et en suivant cette méthode,
il faudroit établir des juges aussi nombreux
que les procès.
Ces premiers vices remarqués dans notre
Droit italien, ne sont que des obstacles à la
facilité des jugemens des tribunaux, Ce ne
sont pas les sources des contestations,
Les sources des procès chez les Italiens,
sont principalement -
1o. Les testamens, --- Page 455 ---
2°, Les fideicommis.
3°. Les primogénitures ou droits d'ainesse.
4". Les droits des fiefs.
5°, Les prescriptions.
6°, Les dettes.
(N.B. On ne rapporte pas le détail que
Pauteur donne sur ces objets, comme trop
étendu et trop peu relatif au sujet du discours. On passe à la conclusion et auc
autres parties du chapitre des loix, qui se
rapprochent dayantage des études du Magistrat. )
Que résulte-t-il de mes vues ?
Qu'il nous faudroit d'abord former un Code
italien dans notre langue maternelle, comme
nous avons dit que l'a sagement fait le Sénat
de Venise.
Que pour être bien ordonné,ce code doit
être conforme au plan de Ciceron. *
Qu'ensuite il faut proscrire absolument lautorité des interprétes, comme ont fait les
* Aulugelle fait mention d'un ouvrage de ce grand
homme intitulé: De la rédaction du. droit civil en
art. De jure civili in artem.redigendo.
F 4 --- Page 456 ---
Vénitiens; régler les testamens; rendre les
fideicommis à leur simplicité premiere, ainsi
que TEmpereur l'a fait dans son grand Duché
de Toscane; proportionner mieux les primogénitures, - suivant les convenances des différens
états ; régler la matière des fiefs, comme on
T'a fait en Angleterre; mettre un ordre meilleur dans celle des prescriptions et dans celle
des dettes.
Alors, notre Jurisprudence seroit réduite à
un dégré de clarté, de simplicité et de briéveté, que les procès perdroient, sil'on ose le
dire, quatre-vingt-dix pour cent.
Leur nombre ainsi diminué, on prescriroit encore un terme à leur durée, comme
l'a fait le Roi de Prusse.
Il faudroit moins de tribunaux et beaucoup
moins de gens d'affaires.
Ainsi, l'on pourroit parvenir, dans la
partie judiciaire, à cet ordre nouveau, dont
la nécessité universelle en Italie a été démontrée par le sage Muratori. *
* Muratori, Martinelli ne sont pas les seuls écrivains qui ayent desiré la réforme du droit romain.
Voici ce qu'on lit sur ce point dans la bibliothéque
latine de Fabricius: > Les hommes sages d'aujour-
udroit moins de tribunaux et beaucoup
moins de gens d'affaires.
Ainsi, l'on pourroit parvenir, dans la
partie judiciaire, à cet ordre nouveau, dont
la nécessité universelle en Italie a été démontrée par le sage Muratori. *
* Muratori, Martinelli ne sont pas les seuls écrivains qui ayent desiré la réforme du droit romain.
Voici ce qu'on lit sur ce point dans la bibliothéque
latine de Fabricius: > Les hommes sages d'aujour- --- Page 457 ---
Mais dans la majeure partie de nos Etats
italiens, il y a un autre défaut. Les formes
> d'hui souhaiteroient également qu'un moderne Jus-
> tinien vint remettre le droit dans de justes limites
> et en ôter le superflu. Saavedra, dans un songe
> assez ingénieux, qu'il a intitulé la République lit-
> téraire, introduit un censeur de livres et le fait
> s'écrier, à l'aspect des Traités, des Décisions, des
> Conseils et des autres volumes entassés sans me--
D sure par les jurisconsultes: 0 Jupiter, si tu prens
> soin des choses d'ici bas, pourquoi donc ne fais-
> tu pas naître, de cent ans en cent ans, un EmD pergur Justinien, OLL une armée de Goths, qui vien-
> nent délivrer le monde de ce débordement effroyable
) de livres, dont chaque siècle est inondé?
0 Jupiter, si cuidas de las cosas inferiores 7 por
que no das al mondo de cien.en cien annos un
Emperador Justiniano, à derramas exercitos de
Codos,
remedien esta universal inundacion de
2 que
libros !
Ainsi voilà les Espagnols 2 les Allemands et les
Italiens d'accord 2 pour solliciter la réforme de la
jurisprudence.
Il n'est pas inutile de remarquer que cette note
est tirée de la cinquieme édition de Fabricius (in8°. Hambourg 1721) et que tout le passage a. été
retranché, ainsi que beaucoup d'autres, dans TEdition de Leipsick, sans qu'on en sache la raison.
(Note du Traducteur.) --- Page 458 ---
de nos tribunaux et. de leurs jugemens contribuent beaucoup à éterniser les affaires et
à les compliquer. Les méthodes que j'ai trouvées les meilleures jusqu'à présent, comme
étant les plus simples, sont celles de Venise et
celles d'Angleterre.
A Venise, les causes se discutent publiquement.
C'est un crime d'état pour un juge vénitien,
de connoitre d'aucune affaire dont il lui a été
parlé dans le particuljer, soit par les Avocats,
soit par les cliens même. Etablissement admirable et loi vraiment divine, qui ferme
exactement la porte à toute partialité et à
toute corruption ! *
Au lieu de ces sollicitations, de ces visites
ténébreuses, qui ailleurs égarent les juges,
Venise a établi des Magistrats exprès, pour
* Il paroit que la même loi étoit jadis suivie en
France. Voici Ce que l'Abbé Millot dit, dans ses
élémens de T'histoire de France, à lépoque on le
Parlement devint perpétuel : > Pour écarter jusqu'au
> plus léger soupçon, les juges ne recevoient ni
> visites, ni lettres, ni messages relatifs aux procès
> dont ils étoient Rapporteurs, et les Parties ne
> pouvoient leur parler qu'à l'audience. (tome 2
page 223 de la cing. édit.)
France. Voici Ce que l'Abbé Millot dit, dans ses
élémens de T'histoire de France, à lépoque on le
Parlement devint perpétuel : > Pour écarter jusqu'au
> plus léger soupçon, les juges ne recevoient ni
> visites, ni lettres, ni messages relatifs aux procès
> dont ils étoient Rapporteurs, et les Parties ne
> pouvoient leur parler qu'à l'audience. (tome 2
page 223 de la cing. édit.) --- Page 459 ---
vérifier tous les actes produits par les parties, - 9
examiner les témoignages, etc.
Quand ils sont d'accord sur les faits et que
les pièces sont produites, on les fait imprimer
par ordre de ces Magistrats, et on les donne
à tous les juges -qui doivent en connoître.
Alors, les Avocats n'ont autre chose à faire
que d'exposer aux juges le droit de leurs parties.
Dans les causes de quelque poids, il n'y
a pas moins de dix juges.
Dans les affaires importantes, il n'y a pas
moins de vingt juges.
D Dans les causes majeures, il n'y a pas moins
de quarante juges.
V Avec tant de précautions, celui à qui justice est due,est moralement sûr qu'il obtiendra justice.
X Telle est la renommée que les formes vénitiennes ont acquise depuis longtems et conservée aux tribunaux de "cette République,
qu'on a vu plusieurs fois s'en remettre à leur
arbitrage, , des Princes qui avoient des différens sur des limites, ou sur d'autres objets.
Le dernier de ces grands exemples fut un jugement solemnel, prononcé par la Quarantie,
sur une contestation pour les confins du ter- --- Page 460 ---
ritoire entre le Grand Duc de Toscane ct
le Duc de Parme.
A ce sujet, il faut noter qu'en ce moment
la République étoit en guerre avec les Turcs,
et que le Grand Duc de Toscane fournissoit
à Venise un secours de galères et de soldats.
L'arrêt fat contre le Grand Duc.
Ce qui démontre bien que les yeux de la
Quarantie s'étoient fixés uniquement sur. le
droit et sur la justice, sans. égard à la politique qui sembloit devoir T'engager à procéder
différemment.
Les jugemens en Angleterre sont publics : 7
à-peu-près comme ceux de Venise; les formalités aussi simples, et les juges, en genéral, non suspects de corruption. Mais il y
a. des différences. Cette simplicité, cette incorruptibilité n'abrége pas les causes, autant
que lon pourroit le croire. Les tribunaux
sont en trop petit nombre - 2 pour un Royaume
aussi peuplé. Ils ont- de trop longues vacances.
Aussi les procès trainent sur-tout par l'art
extrême qu'ont tous les gens d'affaires, de
ruiner, à qui mieux mieux, leurs cliens respectifs, et de leur faire dépenser dix fois plus
que ne vaut l'objet en contestation., et c'est
une chose remarquable, quoiqu'elle soit com-
ant
que lon pourroit le croire. Les tribunaux
sont en trop petit nombre - 2 pour un Royaume
aussi peuplé. Ils ont- de trop longues vacances.
Aussi les procès trainent sur-tout par l'art
extrême qu'ont tous les gens d'affaires, de
ruiner, à qui mieux mieux, leurs cliens respectifs, et de leur faire dépenser dix fois plus
que ne vaut l'objet en contestation., et c'est
une chose remarquable, quoiqu'elle soit com- --- Page 461 ---
mune dans les Cours de justice anglaises, de
voir un Avocat célèbre, par le seul exercice
de sa profession, se faire un capital de cent
mille livres sterlings. *
Ce que j'ai dit des vices de la jurisprudence qu'on suit en Italie, excitera certainement des murmures universels, et me vaudra peut-étre des malédictions de la part d'un
grand nombre de Professeurs ès droits, Docteurs des Universités, Juges, Avocats, Procureurs , etc., cela est assez naturel, Car,
plus on veut simplifier une profession quelconque ? et moins ceux qui l'exercent sont
considérables alors dans la société ; ou, pour
mieux dire, ils sont moins à portée d'abuser
* Il est bon d'opposer ce témoignage impartial d'un
étranger, admirateur du peuple anglais, aux éloges
outrés que nos écrivains Anglomanes ne cessent de
donner à la juftice Britannique. L'Angleterre a quelque
avantage du côté des loix criminelles, pour la forme
des jugémens; mais son code eft d'ailleurs barbare,
et la rédaction des actes des Notaires et les loix des
procès civils y sont beaucoup plus vicieuses et plus
nuisibles au public, que dans le Continent. Nous
avons moins à faire qu'eux pour nous former un
code digne d'un siècle et d'un peuple éclairés. (Note
du Traducteur.) --- Page 462 ---
de la confiance que le reste des hommes
donne à leur ministère.
Aussi, n'ai-je point d'espérance que jamais
aucun Prince, aucun Gouvernement, touché
des maux du peuple et disposé à se servir
des.remèdes que je propose, trouve des Conseillers qui secondent ses vues, Ces Conseilders doivent être choisis dans la > classe des
gens de loi; et ceux-ci sont si dévoués à
leur métier, dont si longtems ils. furent les
oracles, qu'ils feront une guerre obstinée,
implacable, à toute nouveauté, qu'on voudra
introduire.
3N Ouilquand méme il arriveroit qu'un Prince
eût pour ministre un Magistrat profond, sage,
vrai, désintéressé, passionné pour le bonheur
du peuple et pour la gloire de son maitre,
eût-il l'autorité d'un Visir de Turquie, il
n'oseroit prendre sur lui Tévénement d'un
tel dessein ; sa bonne intention céderoit à la
peur de voir soulever contre lui l'opposition
unanime du nombre immense des légistes, 2
qui par leur influence sur tous lés. autres citoyens, semblent concentrer en eux-seuls
toute la République.
Je me mets peu en peine, au reste, des
injures qui vont, ainsi que je l'ai dit, pleu-
'autorité d'un Visir de Turquie, il
n'oseroit prendre sur lui Tévénement d'un
tel dessein ; sa bonne intention céderoit à la
peur de voir soulever contre lui l'opposition
unanime du nombre immense des légistes, 2
qui par leur influence sur tous lés. autres citoyens, semblent concentrer en eux-seuls
toute la République.
Je me mets peu en peine, au reste, des
injures qui vont, ainsi que je l'ai dit, pleu- --- Page 463 ---
voir sur mes remarques. La critique échouera
contr'elles. A ses traits quels qu'ils soient, > 1
j'opposerai toujours, comme un égide impénétrable, le respect dû aux sources, où ces
remarques sont puisées ; à la sagesse des
grands hommes qui me les ont fournies, et
à la majesté des exemples qui les confirment.
Après avoir parlé de la jurisprudence qui
regarde les choses 2 disons un mot de celle
qui a trait aux personnes.
Tous les délits des hommes peuvent se
réduire à trois chefs.
Les homicides, ou attentats sur Pexistence
physique, c'est-à-dire, sur les personnes.
Les vols,ou attentats sur P'existence sociale,
c'est-à-dire, sur la propriété.
Les injures, ou attentats sur l'existence morale, c'est-à-dire, sur l'honneur.
N. B. On fupprime ici ces détails, pour
se borner dquelques mots sur le banissement,
sur l'ayeu des coupables, et sur la question.)
Du Banissement. (Tome 2 page 224.)
Cette méthode insouciante d'exiler les coupables, me semble une. des plus impies qu'un
Gouvernement puisse suivre. --- Page 464 ---
Un voleur, par exemple, qu'on laisse ainsi
en liberté, ayant besoin de vivre, n'en a
d'autre moyen bien prompt que de recommencer ses vols. Assailli par la faim, le crime
lui devient une arme nécessaire pour se défendre de la mort., Ainsi donc un Gouvernement, qui bannit un tel criminel, semble
lui dire, en le chassant > Tu: ne dois plus
> voler ici: vas dérober ailleurs. >
C'est faire exactement comme ce laboureur
qui trouvant dans son champ, des vipères
venimeuses, prenoit soin de les ramasser, les
mettoit dans un sac, et pour s'en délivrer,
alloit jetter ce sac dans le jardin de son
voisin. *
Delaveu et de la torture. (Ibid.page 225-)
Par la forme des jugemens, les voleurs et
les
* J'ai proposé ailleurs de substituer aux supplices
actuellement en usage la transportation des sujets
condamnés, dans une partie d'Amérique non encore
établie par des Négres esclaves. Voyez les lettres à
M. le Président DUPATY, à la suite du discours sur
le numéraire des Colonies, dont il a été rendu compte
dans le supplément au Mercure de France, No. 31.
(Note du Traducteur.)
forme des jugemens, les voleurs et
les
* J'ai proposé ailleurs de substituer aux supplices
actuellement en usage la transportation des sujets
condamnés, dans une partie d'Amérique non encore
établie par des Négres esclaves. Voyez les lettres à
M. le Président DUPATY, à la suite du discours sur
le numéraire des Colonies, dont il a été rendu compte
dans le supplément au Mercure de France, No. 31.
(Note du Traducteur.) --- Page 465 ---
les homicides, trouvent én Italie une grande
protection dans leurs délits.
Généralement parlant, un homme ne peut
être condamné au dernier supplice, à moins
qu'il ne confesse, c'est-à-dire, à moins qu'il
n'avoue le fait dont il est accusé.
Lorsque le criminel s'obstine à ne pas convenir du crime, malgré les témoins et les
preuves qui l'en ont convaincu; les tribunaux
alors combattent avec ce coupable par le
moyen de la*torture, laquelle est différente
dans les divers Gouvernemens.
Cette torture, 2 qui doit être, suivant l'intention dès juges, la mere, de la vérité, conduit presque toujours à deux grandes erreurs,
l'une contraire à Tautre, mais toutes deux
également horribles.
Ou l'accusé, à qui l'or fait donner la question, est un homme ferme d'esprit et robuste
de corps; ; et Soutenant, sans avouer, la dose
de tourmens que le Tribunal lui assigne 2
termine son procès comme s'il étoit innocent.
Ou l'infortuné patient, doué de peu de force
et de peu de courage, ne peut endurer ces
souffrances, et pour les éviter, se reconnoit
coupable, quoiqu'il soit innocent.
Ce dilemme est si naturel, que je crois
nutile d'apporter des exemples de ce double
G --- Page 466 ---
danger. Ces exemples sont trop connus, Dans
tous les tribunaux, on a vu malheureusement
de ces fatales aventures, ou des innocens. 2
appliqués à la question préalable, trop foibles
pour y résister, ont cédé à Teffroi, à Thorreur des tourmens , et se sont déclarés coupables de crimes, que pourtant ils n'avoient
pas commis. Et quelque tems après que ces
hommes infortunés ont subi leur arrêt de mort,
la justice apprend sa méprise et retrouve les
vrais coupables,
L'usage de la question n'est pas çonnu,
chez les Anglois. *
* J'ajoute à ce que ditl'auteur surlesloix criminelles,
une anecdote remarquable et digne d'être répétée.
) Il est peu de pays en Europe od lon employe
> plus de formalités qu'a Venise. Voici pourquoi.
> Il arriva autrefois qu'un Boulanger fut trouvé dans
> cette ville près d'un homme qui avoit été poi-
> gnardé. Le couteau étoit resté dans le corps mort.
> Le Boulanger avoit dans sa poche une gaine qui
> sembloit être faite pour ce coureau. Il fut arrêté
D sur le champ, condamné et pendu. Peu de tems
> après, on découvrit son innocence. Cet événement
) donna lieu à une coutume qui a duré pendant
> plusieurs siècles, et qu'on auroit da conserver.
> Lorsque les juges étoient sur le point de prononcet
> un arrêt de mort, un Officier leur crioit:
Ricordatevi del povero Fornaro!
> sembloit être faite pour ce coureau. Il fut arrêté
D sur le champ, condamné et pendu. Peu de tems
> après, on découvrit son innocence. Cet événement
) donna lieu à une coutume qui a duré pendant
> plusieurs siècles, et qu'on auroit da conserver.
> Lorsque les juges étoient sur le point de prononcet
> un arrêt de mort, un Officier leur crioit:
Ricordatevi del povero Fornaro! --- Page 467 ---
(Souvener-vous du pauvre Boulanger ). Depuis
cette époque, les juges sont très-difficiles sur le choix
des prenves qui doivent conduire quelqu'an à la
mort. De-là, dit-on, les longues formalités employées
dans les procès criminels (Etat des Cours de PEurope pour 1784, page 277).
Cette anecdote me rappelle un morçeau remarquable d'un écrivain Français, qui nous a mieux développé qu'aucun autre avant lui, T'ordre judiciaire
que lon suit à Venise.
Je retrouve, en effet, dans la vie de M, Grosley,
(page 323) un résultat précis des meilleures idées
modernes sur nos loix criminelles. M. Grosley étoit
un Avocat instruit, juge de plusieurs seigneuries, de
plus, homme de lettres, qui avoit voyagé, observé,
comparé et réfléchi toute sa vie. Voici donc ce qu'il
donne comme un avis, fondé sur son expérience et
déja énoncé par lui dans un de ses ouvrages.
) Notre procédure criminelle (dont j'ai dic ce que
> je pensois dans mon voyage d'Italie, article de
> Venise) est un instrument très-dangereux, toujours
> tourné a
contre l'accusé, et formé de ces captions que
> Ton reproche à la forme de procéder des inqui-
> siteurs. Par exemple:
> 1o. Le serment que l'on prend de l'accusé, dans
D tous les actes que lon fait avec lui, Dans la bouche
> des scélérats, ce serment est illusoire et même
> dérisoire. De la part d'un homme qui croiroit devoir
> y déférer, il est contraire aux premiers principes
> du droit naturel.
> 20. Le défaut de défenseur et de communica-
> tion de toute la procédure,
a
inqui-
> siteurs. Par exemple:
> 1o. Le serment que l'on prend de l'accusé, dans
D tous les actes que lon fait avec lui, Dans la bouche
> des scélérats, ce serment est illusoire et même
> dérisoire. De la part d'un homme qui croiroit devoir
> y déférer, il est contraire aux premiers principes
> du droit naturel.
> 20. Le défaut de défenseur et de communica-
> tion de toute la procédure,
a --- Page 468 ---
30. La récusation. de tout fait justificatif, avant
> l'entiere instruction de la procédure à charge.
> 4o. Les proces-verbaux sur le délit et sur le corps
D de délit, toujours faits sans le concours de Paccusé.
) 5°. La tournure de tous les actes, dont le juge
) est toujours le maître absolu.
5) De tout cela, et des procédures criminelles que
5 jai instruites mei-même, jai conclu que tout glt
55 dans la probité et dans Pimpartialité du juge, qui
> - a condamné ou absous le plus souvent avant l'ins5 truction. Cette instruction lui donne rarement de
5 nouvelles lumières, et, entre les mains d'un juge
5 inique ou préventi, elle ne sert souvent. qu'à faire
5 périr en règle l'accusé le moins coupable. <
Ce n'est point ià le verbiage 7 la déclamation,
l'exagération de ceux qui veulent prononcer sur la
jurisprudence, sans en avoir la moindre idée, ou
a
d'après une théorie trop superficielle, C'est l'avéu
raisonné d'un juge, et d'un juge'éclairé par une assez
longue praticue. (Note du Traducteur ).
N. B. On devoit placer à la suite de cet extrait Italien,
le plan de Phistoire critique des célebres Ligislareurs, Magistrats et Jurisconsultes, avec l'idée de leurs outrages. Mais
ce plan, 3 trop.considérable pour entrer dans cette brcchure, formeroit un ouyrage d part, gui serviroitde supplénent d la partie
juridique de P'Encyclopédie par ordre de matieres. Et T'Anteur se propose de le publier in-quarto, s'il ena le loisir & BL
si l'infortune marquée, dont il est la victime, lui laisse le
eourage de revenir sur ses écrits.
--- Page 469 ---
P R E C 1S
POUR le Sieur PIERRE DUMAS, Habitant à la
Marmelade, Appelant de Sentence de la Sénéchauffée
du Cap, rendue let3 Mars dernier;
CONTRE le Sicur TRAN-BARTISTE AUspiCE
DUGARIC DUZECH, ci-devant Capitaine de Mulitres
Grosaliun-F'oiontairis de Saint-Domingue, 6 la Damne for
Eponfe,fe dijant aux droits par tranfport d'un SiaurJEANCLAUDE MICHAUT, intimés ;
ETl Sicut MICHAUT, en fon nom perfonnel:
L. Sieur Dumas n'a épargné aucun procédc-honnéte
pour engager fes adverfaires à ne point plaider. Mais on
ne croit pas àla pureté de fesintentions, & malgré fon Age,
on l'appelle au combat. Déjà le Sieur Duzech la forcé
fix fois à fe défendre, & déjà fix fois le Sieur Dazech a
fuccombé. La caufe actuelle est précifément ja même ;
& pourquoi le Sieur
croit fermement à Fime
Dumas, qui
partialité des Magistrats, n'efpéreroit-il pas de leur fagelle
un Arrêt définitif, qui rende à fon efprit le repos, &c
a fes enfans leur fortune? Cet efpoir le foutient, & le
Public, ,aufli bien que les jugas, front convaincus qu'il n'est
ni téméraire ni indécent dans fa défenie.
A
caufe actuelle est précifément ja même ;
& pourquoi le Sieur
croit fermement à Fime
Dumas, qui
partialité des Magistrats, n'efpéreroit-il pas de leur fagelle
un Arrêt définitif, qui rende à fon efprit le repos, &c
a fes enfans leur fortune? Cet efpoir le foutient, & le
Public, ,aufli bien que les jugas, front convaincus qu'il n'est
ni téméraire ni indécent dans fa défenie.
A --- Page 470 ---
I2l
FAITS PRELIMI N AIRES
Le plus ancien habitant de la Marmelade est préfentement le Sieur Dumas. Iny en avoit que deux loriquil
fit Tacquilition du terrein ou il fixe fon domicile. Cest
environ depuis 1754 quil en-est propriétaire &c quil y
réfide. n est également un des plus anciens de cette Colonie : il y a 40 ans qu'i y habite. Lépoque de fon
arrivée est en 1748, 8c il étoit dans fa vingtième année.
On.
faire fur lui toute efpèce de perquifitions 2 &c
30 peur
aifé
In'aj
changé de
cela est d'autant plus
quil jamais
quartier.
1l nes'est jamais démenti. Il n'a eu qu'un procès, &cil
1a e gagné pleinement. Le procès actuel,qui Ta contraint
d'aller de tribunaux en tribunaux, qui Ta néceffité de
paller en France plnficurs fois, qui a expofé fi terriblement fes jours, & notamment à ce. fameux naufrage fur
les terres de Mogane, & dont M. François de Neufchâteau
ai fait la relation; ce proces,dis-ie.que les adverfaires renouvellent pour la feptième fois, & qui l'amène encore
depuis fix mcis pour la feconde fois à la fiite de la
Cour, qui lui coûte tant de toute manière, qui T'arrache
du fein de fa famille, & le tourmente fur fes vieux
jours; ce procès enfin n'est que le fecond quil ait eu
dans fa vie,ou encore il ne fait que fe défendrelil n'en
auroirjamais eu, f on ne Pett pas attaqué ISi encore onte
vouloit quane foible partie de fa fortune, peut-être alors
aimeroit-il mieux fe la laifler arracher que de voir fon a
de la chicane: mais on ne veut JL
nom ballotté par lesflots
pas moins que fa fortune toute entière, on ne veut pas
es vieux
jours; ce procès enfin n'est que le fecond quil ait eu
dans fa vie,ou encore il ne fait que fe défendrelil n'en
auroirjamais eu, f on ne Pett pas attaqué ISi encore onte
vouloit quane foible partie de fa fortune, peut-être alors
aimeroit-il mieux fe la laifler arracher que de voir fon a
de la chicane: mais on ne veut JL
nom ballotté par lesflots
pas moins que fa fortune toute entière, on ne veut pas --- Page 471 ---
[31
moins que la fubstance de fa femme, dè fes enfins;
il faur donc, malgré fa répugnançe, qu'il cède àla néceflité
de plaider. Il le faut, il le doit. Il a déjà eu fix fois le
fuccès que fon bon droit lui méritoit, & l'on va voir
qu'il n'est pas moins fondé à fe défendre dans le feptième
combat qu'on lui livre,
Ce n'est pas le Sieur Duzech qui est vraimentl'ennemi
du Sieur Dumas, Il est fans Coute trop honnête pour.
avoir entrepris un procès auffi injuste, 2 s'il n'y avoit
pas été excité par des confeils perfides ; & dans le fait,
il ne fert que de manteau à un Jean-Claude Michaut.
Cet homme est un demi-favant en chicane, & lon
fait combien les demi-favants font dangereux dans la
fociété! Il a parcouru quelques études, quelques cabinets,.
&c il a pris la fuperficie pour la fcience; en forte quil
pofsède dans fa tête le talent odieux de faire beaucoup de
mal par l'amour quil a pour la chicane. Ia cruellement
tourmenté le Sieur Dumas, il lui a occafionné bien des
inquiétudes, bien des peines, bien des démarches & biendes voyages. Certainement le Sieur Dumas feroit excufable en faifant le portrait de cet homme inquiet & turbulent: mais le Sieur Dumas ne vent pas qu'onlui reproche
de rendreMichaut plus noirquil ne Test. Les faits vont parier,
& le Sieur Dumas n'est pas fait. pour fe venger autrement.
La quastion principale à juger est purement une question
de fait. La montagne du Bois-des-Houx est-elle la véritable féparation des deux quartiers des Gonaivès & de la
Marmelade ? Le terrein dont le Sieur Dumas est bien &
légitimement propriétaire est-il fitué dans la partie des
Gonaives P Telle est la fimplicité de eette cauf:: & lon
ne Test. Les faits vont parier,
& le Sieur Dumas n'est pas fait. pour fe venger autrement.
La quastion principale à juger est purement une question
de fait. La montagne du Bois-des-Houx est-elle la véritable féparation des deux quartiers des Gonaivès & de la
Marmelade ? Le terrein dont le Sieur Dumas est bien &
légitimement propriétaire est-il fitué dans la partie des
Gonaives P Telle est la fimplicité de eette cauf:: & lon --- Page 472 ---
14]
va être étonné des reffources de Michaur pour changer
Pétat de cette question, & pour obfcurcir la vérité
peut-être la plus facile à faifir. On le fera peut-être encore
plus loriqu'on faura que Michaut en a fuffifamment impofé
pour faire de cette caufe un nouveau Prothée, qui paroit
aujourd'hui fous fa feptième forme,
C
FAITSPRINCIPAUXDELA CAUSE
Il existe dans cette caufe une complication de faits &c
de procédures qui n'est quelefrit de l'adrefle de Michaut,
Il a le plus grand intérêt à imiter ce poiflon des anciens,
qui ne fe fauvoit qu'à travers une liqueur noire & épaille,
Mais il-a beau faire aujourd'hui, on le failit ; & ila beaur
fe replier en cent façons différentes, il n'échappera plus
aux Magistrats. L'ordre &c la clarté vont triompher de fon
art menfonger.
Dans le fait, cette Colonie quoique très-floriffante
dans ce moment, avoit, il y a très-peu d'années, une
quantité immenfe déterreinsqui n'étoient pas cultivés. Hériffée
de bois, de ronces & d'épines, iln'etoltpasfaciede distinguer
les différens territoires & d'en fixer les limites ; fouvent
même on ne les connoifloit point.
Cela n'empêchoit pas que des citoyens courageux, ne
follicitaffent des conceffions, & qu'à force de temps &
de fueurs ils ne parvinffent a établir de grands biens, Mais
lobicurité de ces temps-là, & peut-être encore plus la
négligence ou l'ignorance des premiers Arpenteurs, occafionna fouvent de la confulion dans les propriétés. C'est
de Tà qu'est née cette immenfité de procès que l'avidité
n'empêchoit pas que des citoyens courageux, ne
follicitaffent des conceffions, & qu'à force de temps &
de fueurs ils ne parvinffent a établir de grands biens, Mais
lobicurité de ces temps-là, & peut-être encore plus la
négligence ou l'ignorance des premiers Arpenteurs, occafionna fouvent de la confulion dans les propriétés. C'est
de Tà qu'est née cette immenfité de procès que l'avidité --- Page 473 ---
[SI
fufcite aujourd'lui, à la faveur de cette obfcurité des ptemiers
temps.
Dans la partie du Nord ,les quartiers de la Marmelade
& des Gonaives, & pluficurs'autres fr les confins Efpagnols,
n'avoient, il y a 25 ou 30ans, encore que très-peu de
terreins cultivés. Les habitans épars ça & là n'avoient
encore intérét à fe nuire. Leurs limites étoient immenfes, pas
& il ne venoit pas même à leur efprit qu'on pût plaider
un jour fir ces objets, encore moins que l'on pût leur
centester le terrein défriché par leurs mains laborieufes.
Cest dans çette innocence qne tout le monde vivoit. Mais,
hélast Ce n'étoit qu'un fomieil, & le réveil devoit être
cruel pour les enfans de ces habitans qui prenoient leur
fécurité pour un bonheur durable!
Si les Arpenteurs de nos jours affurent les propriétés
des habitans, les anciens Arpenteurs lcs ont cruellement
troubléest Ces derniers n'avoient fouvent que le nom de
leur profefion,ils avoient peu de talens, & les terres
étoient peu connues 5 en forte qu'ils ne donnoient aux
Administrateurs que des lumières vacillantes. De là un
nombre de conceflions de mêmes terreins à différentes
perfonnes ; de là un concours dangerenx de prétentions
fondées en apparence 3 de là des inimitiés & des procès
fans nombre.
Cest dans ce temps encore obfcur, au mois de Juillet
1757, que Perrodin & Jarry eurent une concefhion fituée
à la, montagne du Bois-des-Houx, entre la Marmelade
& les Gonaives.
Jean, Pierre, Adrien & Jean Baptiste Angoumard
frères, obtinrent une pareille conceffion de 800 pas
de là un concours dangerenx de prétentions
fondées en apparence 3 de là des inimitiés & des procès
fans nombre.
Cest dans ce temps encore obfcur, au mois de Juillet
1757, que Perrodin & Jarry eurent une concefhion fituée
à la, montagne du Bois-des-Houx, entre la Marmelade
& les Gonaives.
Jean, Pierre, Adrien & Jean Baptiste Angoumard
frères, obtinrent une pareille conceffion de 800 pas --- Page 474 ---
[6]
quarrés, & leur terrein étoit fitué dans les hauts. des Gonaives, dépendance du Port-au-Prince,
Ces frères Angoumard, , entourés de terreins
s'égarèrent, &s'établirent fur des terres non concédées. incultes,
Cette méprife de leur part dura 13 ans, &
temps -là ilsi recueillirent
pendant ce
travaux. Ils'ne furent
tranquillemient les fruits de leurs
de
défabufés qu'en 1770 : le Sieur Pernet
Beau-Regard, Arpenteurs, leur fit voir qu'ils n'étoient
point dans: leur loçal,
Ces malheurenx frères avoient épuifé leurs forces
ce terrein: il leur
fuar
leur
parut plus avantageux d'abandonner
première conceffion,8 de folliciter celle de la terre
quils avoient arrofée de leurs fueurs,
Michaut faifoit alors, comme il fait encore,
de conceflions, Poffeffeur de plus de
commerce
terre, is'efforce
1200 carreaux de
encore d'en avoir d'autres
de les vendre bien cher, Cet elprit de
pour rien,&
regarder la terre des Angoumard
commerce lui fit
fpéculation
comme une excellente
pour lui, & bientôt il la çonvoira. Un
Jean Guerin & un Sieur Girou avoient cédé
Sieur
Michaut plufieurs conceflions
GRATIS à ce
terrein fauflement
qui le raprochoient ainfi da
poffédé par les Angoumard. Il avoit
également eu le fecret de s'emparer des terreins de
veuve Perrodin fon aicule, qui lui
la
procuroient le méme
rapprochement.
D'abord il voulut faire parler fes
employa une opération fi
propres titres, maisil
3o Juillet & 6 Août
fauffe, les 28 & 30 Mars,
&
1770, que lui-même y renonça,
n'épargna rien pour la cacher,
Cependant on la
oumard. Il avoit
également eu le fecret de s'emparer des terreins de
veuve Perrodin fon aicule, qui lui
la
procuroient le méme
rapprochement.
D'abord il voulut faire parler fes
employa une opération fi
propres titres, maisil
3o Juillet & 6 Août
fauffe, les 28 & 30 Mars,
&
1770, que lui-même y renonça,
n'épargna rien pour la cacher,
Cependant on la --- Page 475 ---
connoit, & elle fait bien connoitre la bonne foi de
Michaut.
Enfin voulant fivre toujours fon projet, 4 quoiquil abandonnât fon opération, il imagina de fe fervir dui titre
de fon aieule. Il prétendit que le terrein * cultivé par les
Angoumard faifoit partie de la conceffion Perrodin. Il
fentit la néceffité de ne point paroitre perfonnellement, &c
la veuve Perrodin lui prêta fon nom.
Ainfi mafqué, Michaut fait arpenter le terrein de la veuve
Perrodin, &i fait enforte d'englober le terrein qu'il convoitoit. Mais les Angoumard forment oppofition,8 déclarent qu'ils vont fe pouvoir afin d'obtenir à titre de
conceflion le terrein qu'ils labouroient depuis fi long-temps
& par mégarde, Il ne faut pas perdre de vue que ce
terrein est dans les Gonaives & de la dépendance du
Port-au-Prince,8 que les Angoumard y tenoient leur
domicile.
Bref, Michaut, ce Michait qui ofé accufer le Sieur
Dumas de menfonges & d'impostures 2 employa de nouveau
Tastuce : il fit affigner les Angoumard, à la requête de la
veuve Perrodin 2 non pas aux Gonaives où ils demeuroient,
mais à la Marmelade où ils n'étoient pas, & où ils ne
pouvoient pas être parle fite de Thabitation quils cultivoient.
De cette manière les Angoumard ignoroient ce qui fe
tramoit contre eux.
En effet, Sentence par défaut au Siège du Cap, le IS
Septembre 1770. On fe doute bien qu'elle prononce mainlevée de Toppolition des Angoumard, & autorife la continuité de l'opération de l'Arpenteur. Mais ce qui doit
étonner, c'est l'étrange complaifance de cette Sentence par
ouvoient pas être parle fite de Thabitation quils cultivoient.
De cette manière les Angoumard ignoroient ce qui fe
tramoit contre eux.
En effet, Sentence par défaut au Siège du Cap, le IS
Septembre 1770. On fe doute bien qu'elle prononce mainlevée de Toppolition des Angoumard, & autorife la continuité de l'opération de l'Arpenteur. Mais ce qui doit
étonner, c'est l'étrange complaifance de cette Sentence par --- Page 476 ---
défaut, qui condamné les Angoirmard à 2000 liv. de
dommages & intérêts envers la veuve Perrodin, &
par cohfequent devient une vexation
qui
Enfin cetre Sentence
encore plus odicufe.
oà les
est fignifiée, non pas aux Gonaives
Angoumard demetiroient, mais à la
G1 ne demetroient
Marmelade où
intérêt à
pas. Michaut a toujours eu le plus grand
mancéuvrer dans les ténèbres, Nous
bientôt par des moyens accablans,
prouverons
dans cé qu'il fait & dans
combien il est infidèle
ce
a Lel Procureur des
qu'il écrit, Allons au fait.
qu'eus, eurlo bonheur Angoumard 2 comme plus à portée
pour eux d'avoinconnoilfanice de ce
jugement par défaut. Auflitôt il en interjette
L'Avocat au confeil du Cap n'étoit muni appel
pièce pour leur défenfe, Mais il fentit aifément d'aucune
s'agilloit d'abord que de
quil ne
déclinatoire, & il foutint lincompétence, pour être renvoyé à la jurifdiction da
domicile des Angoumard a celle enfin du
véritable
Les chofes en font restées là
Port-au-Prince.
juqu'au mois de Février
1772, ,à cette époque, & c'est ce
faut
la veuve Perrodin,
quilne
pas oublier,
ouce qui est la même chofe,
avoua lui-même
Michant
concédées
Tincompétence. Il convint que les terres
aux Angoumard étoient fituées aux
mais il foutint que le terrein établi
Gonaives,
Ja Marmelade & faifoit
par eux étoit fitué à
aieuld, Néanmoins
partie des conceflions de fon
il fentit bien qu'il nefalloit
parcourir le plan du quartier pour fe
que vouloir
impofot efrontément,
convaincre qu'il en
quit fit encore
en conféquence il fe rabattit fur ce
femblant de regarder comme
non recevoir. Il expola
une fin de
serrein
que d'aillurs ayant établi un autre
que celuid eux conoidé, leur
oppoftion nn'avoit point
, Néanmoins
partie des conceflions de fon
il fentit bien qu'il nefalloit
parcourir le plan du quartier pour fe
que vouloir
impofot efrontément,
convaincre qu'il en
quit fit encore
en conféquence il fe rabattit fur ce
femblant de regarder comme
non recevoir. Il expola
une fin de
serrein
que d'aillurs ayant établi un autre
que celuid eux conoidé, leur
oppoftion nn'avoit point --- Page 477 ---
d'otjas 6 qu'ils étoient non recevables au fond comme au
diclinatoire.
Cependant, fans avenir, ni fommation préalable, il farprit encore un avis au Parquet du Confeil du Cap, qui
canonifa fa prétention à cêt égard, Mais on ne peut plus
en argumenter aujourd'hui, parce quele Confeil d'Etat du
Roi a jugé à propos de lui ôter toute fa force.
Pour donner finite aux faits, il convient de dire que
cet avis homologué fat fignifié le 30.Avril 1771, comme
onavoit fignifié les actes précédens, c'est à dire, à la
Marmelade, & point aux Gonaives. On avoit pour but
d'en ôter la connoiffance aux perfonnes intéreflées.
Mais.ce quilfaut remarquer comme une contradiction incroyable,cest quelArrê qui déboute les Angoumard de
leur déclinatoire, & rendu au confeil du Cap, &c qui
par confequent les déclare justiciables de cette Cour fouveraine,n'a pu être fignifié en leur domicile aux Gonaives
qu'en vertu d'un arrêt de pareatis du Confeil fup.rieur du
Port-au-Prince: Il est difficile, fans doute, de voir rien
qui choque auffi ouvertement les notions ordinaires. Ce
n'est pas tout. Nous ne demandons qu'an peu de patience
pour achever de peindre Michaut par fès actions.
On procédoit ainfi contre les Angoumard,8 on les
faifoit condamner irrégulièrament & par défaut, dans le
temps qu'ils follicitoient eux-mêmes la conceflion de oe
terrein qu'ils avoient par erreur cultivé pendant 13 ans,
Ordonnance de MM. les Administrateurs, le 12 Décembre 1770. Elle prononce que Michaut fera mis en
caufe pour produire les titres en vertu defquels il troubloit
Jes Angoumard; & cependant attendu l'ancienneté de leur
faifoit condamner irrégulièrament & par défaut, dans le
temps qu'ils follicitoient eux-mêmes la conceflion de oe
terrein qu'ils avoient par erreur cultivé pendant 13 ans,
Ordonnance de MM. les Administrateurs, le 12 Décembre 1770. Elle prononce que Michaut fera mis en
caufe pour produire les titres en vertu defquels il troubloit
Jes Angoumard; & cependant attendu l'ancienneté de leur --- Page 478 ---
[rl
établiffement, les autorife à f faire délivrer un certificat
pour obtention de la conceffion quils defiroient. Cette
Ordonnance porte exprelliément que cette conceflion leur
fera expédiée par prefirence 4 tous autres.
Encore un peu de patience, , nous touchons tout à Theure
au véritable point de la contestation!
D'abord Michaut ne parut pas fir Taflignation, & la
conceffion fut délivrée aux Angoumard, fous la réferve
des droits d'autrui, le 9 Seprembre 1771.
Le 26, Michaut préfenta fa requête. Il déclara n'avoir
aucun droit perfonnel, mais que, comme repréfentant la
veuve Perrodin il alloit intervenir pour prendre fon fait
& caufe.
En effet, Michaut donna une requéte pour la venve
Perrodin. D'abord il prétendit que les conceflions Perrodin
& Jarry s'étendoient far les terres établies par les An
goumard; que d'un autre côté ces conceffions étoient
plus anciennes que celle des Angoumard ; &c qu'enfin les
terreins mis en' valeur par les Angoumard ÉTOIENT
SITUÉS AUX GONAIVES.
Les Angoumard demandent qu'avant faire droit,les
limites féparatives des deux quartiers foient tirées, autant
quille faudra pour décider la question.
Le 28 Juin 1772 Topération préalable fe fait, & Ton
commet le Sieur Sterling de la Plaine, Arpenteur de la
dépendanice du Poreau-Prince. Toutes les parties intéreflées
y furent appelées, & en outre on commit quatre habitans
recommandables de ces deux quartiers pour aflister à
cette opération.
Un feul habitant ne put pas sy trouver, Cefit le Sieur
foient tirées, autant
quille faudra pour décider la question.
Le 28 Juin 1772 Topération préalable fe fait, & Ton
commet le Sieur Sterling de la Plaine, Arpenteur de la
dépendanice du Poreau-Prince. Toutes les parties intéreflées
y furent appelées, & en outre on commit quatre habitans
recommandables de ces deux quartiers pour aflister à
cette opération.
Un feul habitant ne put pas sy trouver, Cefit le Sieur --- Page 479 ---
Inl
Dubuiffon. Mais comme il favoit ce dont il s'agiffoit, il
écrivit qu'il déclaroit que la montagne du Bois-des-Houx
a toujours été la féparation des deux quartiers de la
Marmelade & des Gonaives, Cette déclaration est dans le
procès verbal du Sieur Sterling de la Plaine.
Michaut fe préfenta, lui,-&c tant en fon nom qu'ai
nom de la veuve Perrodin & d'un autre particulier, il fe
rendit oppofant à cette opération. Mais il ne s'agifloit
pas d'arpenter, il n'étoit question que de tirer une ligne
de démarcation, & le Sieur Sterling de la Plaine palla
outre.
Il réfulta de cette opération que les terres dont il s'agit
font non feulement dans les Gonaives, mais encore quil
reste un excédent de terre de la dépendance des Gonaives
entre létablifiement des Angoumard & la montagne
des Houx,
En conféquenee, jugement des Administrateurs le 1
Mai 1774: la veuve Perrodin est déboutée de fa demande
& de fes prétandus fins de non recevoir, Michaut est
également débouté de fon oppofition, tant pour ce qui
le regarde que pour ce qui concernoit la veuve Perrodin
& un Sieur Charron doit it empruntoit le nom. Les
Angoumard font autorifés à jouir de leurs concellions
conformément à leurs abornemens, & faire planter des
bornes. définitives où ils n'avoient que des piquets de remarque, La veuve Perrodin &c Michaut font condamnés
aux dépens. Enfin cetteordonnance prefcrit que lafiparation
des paroilfes & quartiers de la Marmelade 6 des Gonaives
demeurera fode 6 déterminée conformément qu procès verbal
du Sieur Sterling de la Plaine,
jouir de leurs concellions
conformément à leurs abornemens, & faire planter des
bornes. définitives où ils n'avoient que des piquets de remarque, La veuve Perrodin &c Michaut font condamnés
aux dépens. Enfin cetteordonnance prefcrit que lafiparation
des paroilfes & quartiers de la Marmelade 6 des Gonaives
demeurera fode 6 déterminée conformément qu procès verbal
du Sieur Sterling de la Plaine, --- Page 480 ---
Ir]
Iln'est pas inutile d'obferver qu'en 1769 un Sieur
Roland des Elfarts, Arpenteur, avoir été commis pour
faire à peu près la même opération, & qu.l fut dreffé
par cet Arpenteur un plan & mémoire instruictif, On
affure queles titres font perdus. Pourquoi? Michaur pourroit
nous en dire quelque chofe.
5 Mais ce qu'ily a d'incohérent, dinconesvable, ou; plutôe
deplusclair, dest la coaduite d'un Sieur Tartelin, Arpenteur
parfaitement dévoué à Michaut. Cet Arpenteur imagine
Iin plan qu'il arrange autant qu'il peut à Tavantage de
Michaut, & il déclare qu'il est entièrement calqué fir
celui du Sieur Rolland des Effarrs. Mais affurément cette
déclaration est un conte: car il lai eût été plus facile de
dépofer Toriginal , que d'en tirer une copie 2 pour enfinite
perdre le plan du Sieur Rolland, &y fubstituer cotte copie
erronée. On fent bien tout ce qu3 citte opération peur
renfermer : on voit clairement Tartelin favorifant Michaut,
Quoi qu'l en foit, &c admettant pour un instant la
pls grande véracité dans ce plan (ce qui n'est qu'une
fappolition ) le Sieur Dumas ne fort pas de fa caufe,
On voit dans ce plan, ou du moins dans la copie qu'il a
levée lui-même &L qu'il produit, que le Sieur Rolland
des Efarts borne laMarmelade par la montagne du Boisdes-Houx, comme tous les Arpenteurs quil'ont précédé,
& conformément à la tradition des anciens & à la
notoriété publique,
Le procès verbal que le Sieur Tartelin dit être copié
fur celui du Sienr Rolland des Effarts, & qui n'est vraiment que T'ouvrage da premier, est aflez malicicufement
combiné pour étendre les limites de la Marmelade ejufquà
Rolland
des Efarts borne laMarmelade par la montagne du Boisdes-Houx, comme tous les Arpenteurs quil'ont précédé,
& conformément à la tradition des anciens & à la
notoriété publique,
Le procès verbal que le Sieur Tartelin dit être copié
fur celui du Sienr Rolland des Effarts, & qui n'est vraiment que T'ouvrage da premier, est aflez malicicufement
combiné pour étendre les limites de la Marmelade ejufquà --- Page 481 ---
Is)
la montagne des Gonaives, & comprendre ainfi dansla
même enceinte, & la montagne du Bois-des-Houx, &
les terres établies par les Angoumard. Cest. une complaifance du Sieur Tartelin, mais ce n'est pas un titre
contre le Sieur Dumas,
En effet le Sieur Tartelin est fufpect, 1o par l'intérét
qu'il a perfonnellement, comme ayant époufé une De
moifelle Boyer, qui lui a donné en fe mariantla propriété
d'un terrein dans la dépendance des Gonaives, mais dont
la conceffion porte pour le quartier de la Marmelade. On
fent que par fon opération il a lu dans l'avenir,
20 Il est fufpect par fon attachement pour Michaut.
3o Il Test encore parcaque cette opération est faite
par lui fans autorifation quelconque, & qu'il feroit fort
dangereux de donner aux Arpenteurs le droit de fabriquer
ainfi des titres fans le concours des perfonnes intéreflées,
ou fans des ordres fupéricurs,
On nousrépondra que cette opération a été homologuéc.
Mais cette homologation a été furprife, &c elle étoit aifée,
parce que perfonne n'ayant été prévenu, perfoane n'a
pu la contredire. C'est ainfi que Michaut travaille ou fait
travailler dans les ténèbres.
Il citera fans doute fon protecteur, le feu Sieur Villars,
Commandant de quartier, qui l'a favorifé. Mais on lui
répondra que c'est précifément dans le temps où il lui
vendoit du terrein que le Sieur de Viilars cherchoit à
avoir à bon marché, & qu'il a fini-par avoir potr rien,
Ainfi cette opération ne celfe pas d'être vicieufe, 8c d'être
parfaitement inapplicable à cette caufe,
D'un autre côté,ce plan renferme une fingularité bien
eur, le feu Sieur Villars,
Commandant de quartier, qui l'a favorifé. Mais on lui
répondra que c'est précifément dans le temps où il lui
vendoit du terrein que le Sieur de Viilars cherchoit à
avoir à bon marché, & qu'il a fini-par avoir potr rien,
Ainfi cette opération ne celfe pas d'être vicieufe, 8c d'être
parfaitement inapplicable à cette caufe,
D'un autre côté,ce plan renferme une fingularité bien --- Page 482 ---
[14]
frappante, c'est que malgré qu'il foit fait par Tartelin;
il n'est figné par aucun Arpenteur, Ce. n'est pas non
plus un Arpenteur qui le dépofe au greffe del la fubdélégation, c'est Me. Truchot, Procureur, défunt mari de la
Dame Duzech, qui, avec Michaut,en fait le depôt. Les
fignatures de Me. Truchot & de Michant mifes au bas
de ce plan, jettent le plus grand jour fur toute cette
opération ténébreufe. Cette obfervation n'échappera farement pas à la Cour.. On. ne voit d'autre fignature d'Arpenteur que celle du Sieur Naudet, qui en a extrait une
copie le 30 Octobre dernier. Qu'est-ce que cela peut
fignifier ? Cest au moins bien fupect.
Michaut & le Sieur Tartelin trop complaifant, ont
été bien plus loin. Quelques jours avant fa condamnation
par jugement de MM. les Administrateurs du 2 Mai
1774, Michaut exigea de la trop grande affection du
Sieur Tartelin, un procès verbal qui les compromet tous
deux, par lindécence avec laquelle ils s'expliquent fur
Tautorité que le Souverain prête aux Administrateurs.
Le Sieur Tartelin dit nettement dans le procès verbal,
que Topération du Sieur Sterling de la Plaine est faufle;
que la montagne du Bois-des-Houx n'est point la féparation des deux quartiers de laMarmelade & des Gonaives.
Enfuite il reçoit la déclaration téméraire de Michaut. Ce
Michaur y dit pofitivement qu'il n'entend aucunement aci
quiefeer aux actes émanés OD A EMANER du tribunal de
MM. les Giniral 6 Intendant. Il y proteste dans tous les
cas contre le jugement qui alloit incervenir, DUT-IL lui
être favorable.
II est tres-important d'obferver que ce procès verbal,
deux quartiers de laMarmelade & des Gonaives.
Enfuite il reçoit la déclaration téméraire de Michaut. Ce
Michaur y dit pofitivement qu'il n'entend aucunement aci
quiefeer aux actes émanés OD A EMANER du tribunal de
MM. les Giniral 6 Intendant. Il y proteste dans tous les
cas contre le jugement qui alloit incervenir, DUT-IL lui
être favorable.
II est tres-important d'obferver que ce procès verbal, --- Page 483 ---
:5]
après avoir dit que la montagne du Bois-des-Houx n'est
pas la féparation, dit encore pofitivement qu'elle ne fervira
plus de fsparation a Tavenir. Cette contradiction est en
faveur de la vérité. Si le Sieur Tartelin dit qu'elle ne fervira plus de féparation a L'avenir, néceffairement il convient
qu'elle en avoit fervi, jufquace moment. Cet argument
est fans réplique, Dan autre côté, quel est le droit du
Sieur Tartelin pour fabriquer ainfi des, procès verbaux
dans lefquels il victime la vérité pour fervir fon ami
Michaut ?Il faut convenir que Tamitié, ainfi que l'intérêt,
prodnifent qualquefois bien desi inconféquences! On en va
voir d'autres.
Michaut, protégé par le Sieur Villars, & qui devoit
lêtre comme lon vient de le voir, obtint de ce Commandant de milices, & après même le jugement de MM.
les Administateurs du 2 Mai, un certificat par lequel il
est dit queles terrains fitués fur la montagne des Houx ont
toujours été reconnus pour dependre de la Marmelade,
& que cetix de la veuve Perrodin & de Michaut en
faifoient partie. On fent que le Sieur Villars avoit autant
de plaifir à étendre fon commandement qu'à obliger
Thomme qui lui avoit fait préfent de 60 carraux de terre.
Ce certificat fut la bouffole du Sieur Tartelin. Ce certificat fit bien du mal! il a mis le quartier prefque tout en
combustion, Enfin il fut la caufe ou plurôt le prétexte aveç
lequel le Sieur Tartelin oppofa, les 16, 17 & 18
Juin 1774, des bornes pour la paroiffe de la Marmelade
du côté Ouest, & feulement far les montagnes des Calumets
& des Ardennes, nommée autrefois la montagne des
Gonaives, & quin'est qu'une très-petite montagne auprès
mal! il a mis le quartier prefque tout en
combustion, Enfin il fut la caufe ou plurôt le prétexte aveç
lequel le Sieur Tartelin oppofa, les 16, 17 & 18
Juin 1774, des bornes pour la paroiffe de la Marmelade
du côté Ouest, & feulement far les montagnes des Calumets
& des Ardennes, nommée autrefois la montagne des
Gonaives, & quin'est qu'une très-petite montagne auprès --- Page 484 ---
L161
de celle du bou-des-Houx Michaut les
ment pour être la véritable
indiqua malicieufe-
& des Gonaives,
féparation de la Marmelade
& pour englober le terrein des Angoumard. Son ami Tartelin n'a rien
pour remplir fès intentions,
épargné encore
2 Ce procès verbal fut fignifié le 27 du même mois
aux Angoumard réfidans aux
& affiché
portes de Téghfe de ce même Gonaives,
aux
fans
quartier des Gonaives,
permiffion des Cacf, On f crut tout
le certificat de M. le Commandant des permis avec
La fignification de ce procès verbal milices.
bornes fut même attentatoire al'obéiffance d'appofition de
due aux
tateurs. Michaut, la veuve Perrodin &le Sieur de Adminis- Villars
y déclarent que les bornes de la Marmelade
pofees, les ANGOUMARD ne
ayant été
aux aborsemens
Peuvent plus paffer outre
qu'ils prétendent tirer en faveur du
ment du 2 Mairyr4: qu'eux Michaut, veuve
juge-
& Sieur de
Perrodin,
Vilan,sOpPOSENT à toutes les opérations
qu'ils pourroient faire par fuite 6 en vertu de ce Jugement.
Les Angoumard osérent fe pourvoir contre le
ment & la défenfe de cette elpèce de
jugeMM. les Général &
triumvirar, &
Intendant, en donnant aux Angoumard
main-levée des oppolitions
plus fort lexécution de leur ci-deflus 2 ordonnèrent de
jugemént du 2 Mai
fanf après la confection des
ordonne,
opérations que ce jugement
bsily écheoit, à être statué ainfi qu'il
tiendra fir les limites de la paroiffe de la Marmelade. apparSur ce nouveau jugement, ,les Angoumard firent fommer les parties adverfes d'être préfentes à Tappofition des
bornes fir leur terrein,en
vermidujogement dus Mai1774
On
leur ci-deflus 2 ordonnèrent de
jugemént du 2 Mai
fanf après la confection des
ordonne,
opérations que ce jugement
bsily écheoit, à être statué ainfi qu'il
tiendra fir les limites de la paroiffe de la Marmelade. apparSur ce nouveau jugement, ,les Angoumard firent fommer les parties adverfes d'être préfentes à Tappofition des
bornes fir leur terrein,en
vermidujogement dus Mai1774
On --- Page 485 ---
to
en Onc comimicle Sieur Pernet de Beurngind.drpemtur:
& aflisté dés témoins néceflaires: il fit planter dés bornes
fur ce terrein, au lieu de piquets de remarque plantés
précédemment par le Sieur Sterling de la Plaine, 1
Hé bien ! ce procès verbal porte que la montagne du
Bois-des-Houx, défignée par le Sieur Sterling de la
Plaine pour féparation des deux quartiers, luia paru être
la vraie féparation, & le Sieur Pernet de Beauregard ne
fe contente pas de le dire > il le prouve ; 1o, parce que
cette montagne est la plus élevée entre les deux quartiers ;
20 > parce que fon revers à TOuest & à FEst, qui est de
plus de trois cens pas, regarde le Sud, côté des Gonaives,
& non, le Nord, côté de la Marmelade; 391 parceque
les eaux pluviales 8E les fources de cette montagne tombent
naturellement dans la grande rivière des Gonaiyes, &
non dans celle de la Marmelade. E
23 193
D'après ce procès verbal, ilest clair que les voeux de la
raifon ne font dans cette caufe que ceux de la nature!
Cependant cette opération fut traverfée par plufieurs
oppofirions des adverfaires, oûi Michaut, en E fon nom
perfonnel, ou fous le nom de fon aieule, a fait briller
toute fon éloquence opiniâtre,
Il est pourtant à remarquer que parmi les titres produits
dans ce même témps, on a, par inadvertance, montré
pour Hles adverfaires un procès verbal d'arpentage du Sieur
Roland des Effarts. Cet Arpenteur défigne lui-méme da
montagne du Bois-des-Houx pour le point féparatif des
deux quartiers, & dans le même fèns que le Sieur
Sterling de la Plaine.
On va voir la petite malice de Michaur. On: fe rap:
B
pourtant à remarquer que parmi les titres produits
dans ce même témps, on a, par inadvertance, montré
pour Hles adverfaires un procès verbal d'arpentage du Sieur
Roland des Effarts. Cet Arpenteur défigne lui-méme da
montagne du Bois-des-Houx pour le point féparatif des
deux quartiers, & dans le même fèns que le Sieur
Sterling de la Plaine.
On va voir la petite malice de Michaur. On: fe rap:
B --- Page 486 ---
[181
pellera que ces oppofitions font faites à des
rendus par MM. les Général &
Jugemens
confequent que la main-levée
Intendant, &c parne pouvoit
en être demandée qu'aux Administrateurs naturellement
rendu ces Jugemens.
qui avoient
Point du tout ! Michaut fe met au-deffus de la
qui le géne; & fous le nom de la veuve
règle
préfente Requète le I5 Octobre
Perrodin, il
du Cap,
1774 au Confal-fapéricur
Dans cette Requête il demande que le Jugement de
MM. les Administrateurs du 2 Mai 1774 foit déclaré
nul & denul effet : qu'en conféquenceil for défendu
Angoumards d'exécuter ce jugement, &
aux
montagne des Gonaives, reconnue par le d'outre-paffer Sieur
la
pour féparation des deux quartiers, à peine de Tartelin
CORPORELLE ; que la veuve Perrodin fut autorifé PUNITION à faire
arracher les bornes pofées par les
requérir le fecous de la Maréchauffée Angoumards, & à
Outre
pour préter mainforts,
que Michaut manquoit avec connoiffance de
caufe au refpect dû à MM. les
deux autorités fouveraines à Administratenrs, il expofoit
s'entre-choquert Cest ainfi
que l'efprit d'intérêt enhardit & aveugle des hommes
comme Michaut 1 Pourfiuvons,
Les Magistrats du Conteil-fispérieur du Cap devinérent
aifément le projet infenfé de leur fuppliant. Auli
fagelfe rendit un Arrêt qui ordonne
la
leur
que Requéte feroit
communiquée avec afignation aux Angoumards,
1l paroit que Michaur avoit prévu cet effet
de la lumière des Juges Souverains
indifpenfable
mais fécond en
auxquels il s'adreffoit!
expédiens, il imagine encore une fois
istrats du Conteil-fispérieur du Cap devinérent
aifément le projet infenfé de leur fuppliant. Auli
fagelfe rendit un Arrêt qui ordonne
la
leur
que Requéte feroit
communiquée avec afignation aux Angoumards,
1l paroit que Michaur avoit prévu cet effet
de la lumière des Juges Souverains
indifpenfable
mais fécond en
auxquels il s'adreffoit!
expédiens, il imagine encore une fois --- Page 487 ---
Xa Requéte, 8 de donner affignation aue
de figaifier ala Marmelade, ou ils n'ont jamais demeuré,
Angoumards, De cette manière il est clair que les Angoumards ne
fe douter rien de cette manoeuvre. D'un
pouvoient
aux
autre côté, ces bonnes gens 7 quoiqwactoummnés ni
scréguflarités de Michaut, ne pouvoient fe perfuader,
far des contestations nées dans une
même penfer que,
&t
affaire au Tribunal de MM. les Administrateurs jngee
eux, il oferoit introduire & renouveler la même
par demande dans un autre Tribunal,8 furprendre ainfi &c
même deux puiffances infiniment refpeos
compromertre
deux raifons auffi fortes,
tables. Les Angoumardsyp par
restèrent dans une parfaite fécurité.
naturellement. Il
Qu'est-il arrivé? ce qui devoit être
est intervenu Arrêt par défaut. I est du 25 Novembre
Cet Arrêt place feulement cette caufe au GRAND
1775:
être
définitivement avec le Ministère
RÔLE pour y
jugée
étonnante: cee
public, Mais autre irrégularité bien plus
la condamnation des dépens
Arrêt préparatoire prononce
s'il eût été définitif. On
contre les Angoumards, comme
été lintention des
fent parfaitement que ce n'a jamais
du Greflier
Mag/strats, & que ce n'est qrlineinadvertance
Nous n'en faifons Tobfervation que
de ce" temps-là.
fatalité attachée à
faire voir combien i y a de
pour
cette caufe.
foit, cet arrêt fut, fivant
Enfin, & quoi quil'en
le 15 Mars
Tufage de Michaut, fignifié avec réaflignation n'ont jamais
1776, tonjours au lieu que les Angoumards
habité.
Mickaut étoit Or que les Angoumards ne paroitrolent
'est qrlineinadvertance
Nous n'en faifons Tobfervation que
de ce" temps-là.
fatalité attachée à
faire voir combien i y a de
pour
cette caufe.
foit, cet arrêt fut, fivant
Enfin, & quoi quil'en
le 15 Mars
Tufage de Michaut, fignifié avec réaflignation n'ont jamais
1776, tonjours au lieu que les Angoumards
habité.
Mickaut étoit Or que les Angoumards ne paroitrolent --- Page 488 ---
f20 1
pas, puifquils ne fe doutoient de rien : en
le 3 Octobre 1778; il obtint contre eux Arrêt conféquences
adjudicatif de fes conclafions,
par défaut,
Cette conduite étoit d'autant plus
Michaut favoit parfaitement
le
irrégailière que
acquis le terrein des
que
Sieur Dumas avoit
Le Sieur Dumas avoit Angoumards le 20 Novembre 1775- -
foi; ili ignoroit
fait cette acquilition de bonne
plus légère
abfolument quil y ent à cet égard la
contestation, Ses vendeurs n'en fayoient rien
eux-mêmes, ils repofoient tranquillement à Tombre du
jugement définitif de MM. les Administrateurs du
1774: comment lui, Sieur Dumas, auroit-il
2-Mai
Tinconcevable conduite du trop inconcevable pu deviner
Michaut?
FAITS RELATIES.AU SIEUR DUMAS,
smorcsh)
Ona dû s'appercevoir que Michaut
clans les ténèbres, quatre Atrêts
obtint ainfi,
4 Mai 177201 15nOctobre
par défaut, - en date des
1774,.25 Février
3 Octobre 1778.
12 ommoo
1775, &
I en donna connoiffance biensf
Dumas) Il lui fit parvenir
fingulierement au Sieur
destinées aux
indirectement quatre copies
Angoumards, & peut-être même n'est-ce
pas Michaut! Quoiquilen foit sleSieur
noiffance de ces copies, datées bien Dumas eut confeulement au mois d'Octobre 1778. II antérieurement, fiut
trancher la
conféillé de
il préfenta fa tierce-oppofition, - & le 31 du même mois
Requéte, De la
Supérieur du Cap.
nogvelleinstancs au Confil.
Il faut encore ici une explication
préliminaire,
oumards, & peut-être même n'est-ce
pas Michaut! Quoiquilen foit sleSieur
noiffance de ces copies, datées bien Dumas eut confeulement au mois d'Octobre 1778. II antérieurement, fiut
trancher la
conféillé de
il préfenta fa tierce-oppofition, - & le 31 du même mois
Requéte, De la
Supérieur du Cap.
nogvelleinstancs au Confil.
Il faut encore ici une explication
préliminaire, --- Page 489 ---
taj
On doit favoir que fur un certificat du Sieur Tartelin
que nous avons déjà cité, le Sieur Truchot, défunt mari
de la Dame Duzech, obtint le 22 Janvier 1771, une
tonceflion de 64 carreaux, de figure irrégulière, fitués
à la Marmelade, dépendance du Cap, bornés au NordNord-Ouest de Michaur, aux droits du Sieur Giroult;
& bornés, aul reste, par des. terres non reconnues.
Le Sieur Truchot n'eut effectivement que 33 carreaux.
Il en céda onze à Michaut, qui s'étoit replié fur lui,par
l'action du Sieur de Cokburn fir Michaut. Enfuite
i en donna vinge autres à Mithaut, pour des raifons que
ce dernier connoit parfaitement,
2 - La Dame Truchot, devénue veuve, fit excitée
par
Michaur à former une demande contre le Sieur Dumas.
En'effet elle préfenta fa Requête le 27 Janvier 1776.
Elle y expofa fauffement ce qui avoit déjà étédit faufle
ment dans Tarpentage du terrein du Sieur Truchiot, fait
par IArpenteur Barroreau, 8c
par
dirigé
Michaut,
Elle obtint Sentènce par défaur lel 2 Décembre de la
même année : le Sieur Dumas n'en favoit rien.
Cette Darne Truchot resta deux années fans donnet
lemoindre mouvement à cette Sentence. Michaus,quilaidoit
de fes avis & qui préfidoit à fa conduite, le lui confeilla.
Il avoit deux raifons pour en agir ainfi. 1°, Il prévit bien
que le Sieur Dumas arrêteroit bientôt Teffet de cette Sentence par une fimple oppofition. 20, Il vouloit annuller
deux titres pour fe réferver une reffource d'un côté, dans
le cas où il ne réuffiroit pas de l'autre. Cela est fi vrai,
qu'auffitôt l'obtention de PArrêt par défaur du 3 Octobra
1778, il prépara lattaque de la Dame Truchot,
fi. 1°, Il prévit bien
que le Sieur Dumas arrêteroit bientôt Teffet de cette Sentence par une fimple oppofition. 20, Il vouloit annuller
deux titres pour fe réferver une reffource d'un côté, dans
le cas où il ne réuffiroit pas de l'autre. Cela est fi vrai,
qu'auffitôt l'obtention de PArrêt par défaur du 3 Octobra
1778, il prépara lattaque de la Dame Truchot, --- Page 490 ---
t]
à cet Arrêt ayant mis la prévoyance
D Mais Toppofition
il fallut tirer avantage de. cette
de Michaut en défaut,
Texécurion; pour cet
Sentence par défat, en rilquer
& Ton
effet, on obtint en filence des ordres fupérieurss
donner à cette expés'entoura. de la Maréchauffe,pour
dition une forme guerrière
convenoit à fa
La Dame veuve Truchot crut, quil
vit fe trafiruation, de jouer un rôle impolant, &c on la
Oflicier, la cocarde au chapeau, & les épanlctes
vestir en
d'un grade fupérieur:
de trois Huiffiers, de quelques
Elle compofa fa troupe Cavaliers de Maréchauflée, de
records, & de plufieurs de fes amis, & de tous les valets
douze à 15 perfonnes
Ce futle 3 Novembre 1778
qui formoient Tarrière-garde. elle arriva chez le trop mal
qu'elle fe miti en campagne: Texpulfer de fon domicils
heurcux: père de famille, pour
de plaifir. Elle arriva,
Ce fut pour elle une vraie partie
fa
de chef
prit un ton prelque militaire, & en
qualité Dumas qu'elle
éphémbres annonça elle-mème au Sieur
dehors
de beaucoup d'autres, le mettre
venoit, accompagnée avoit arrofée de tant de fueurs: Le
de Thabitation quil
défaut, & les ordres des
Sieur Dumas vit la Sentence par
fur le champ
Chefs il ne put pas y former oppolition
& il.obéit à Tinstant.
devoir récompenfer fa trouLe vaillant Capitaine crut
de hafards. En confépe, qui avec elle avoit couru tant
repas pour les, uns, &c pillage, pendant
Gmnehagronda
les autres. En Chef habile, elle fut
quatre jours, pour
déchirer
encourager fon monde, êcrien ne manqua pour fortit de la
le coeur du Sieur Dumas. Cependant il ne
pas y former oppolition
& il.obéit à Tinstant.
devoir récompenfer fa trouLe vaillant Capitaine crut
de hafards. En confépe, qui avec elle avoit couru tant
repas pour les, uns, &c pillage, pendant
Gmnehagronda
les autres. En Chef habile, elle fut
quatre jours, pour
déchirer
encourager fon monde, êcrien ne manqua pour fortit de la
le coeur du Sieur Dumas. Cependant il ne --- Page 491 ---
[s3]
bouche de ce vieillard, qu'une feule exclamation: Tant de
eharmes, dit-il, peurvent-ils renfermer tant de cruautis?
Enfin le Sieur Dumas eut pendant quatre jours, à
de dix lieues du Cap, la douleur de voir
plog de
beaucoup
Negres occupés à détruire fes bâcimens, à en
enfuite les matériaux à plus de deux cens
tran/porter
pas de fon emplacement, & à voir les Huiffiers dreffer de
neuf procès-verbaux & une faifie-exécution de fes fang-froid
On peut dire que cette Sentence par défaut & les. meublesi ordres
fupérieurs furent véritablement des armes dans les mains
des furieux:
Auffitôr le Sieur Dumas implora la justice du Confeil
Supérieur du Cap. Les Magistrats furent justement
d'ane conduite auff barbare, & ils rendirent indignés
de défenfes contre la Dame Truchot,
un Arrêt
qui autorife le Sieur
Dumas à fe faire réintégrer. Cette réintégrande fit exécutée par le ministère de Me. Moutet, Notaire, les 16
& 19 Novembre de la méme année,
La Dame Truchot, toujours confeillée
par Michaut,
oppofa tant de réfistance, que malgré T'Arrêt de
elle voulut qu'un Cavalier de Maréchauflée restât défenfes, fur Thabitation. Enfin, le 12 Décembre fuivant, cest-à-dire,49
jours après, il fallut obtenir un autre Arrêt pour faire
retirer ce Cavalier,
Cette instance fut jointe à celle de la veuve Perrodin:
Ainfi le Sieur Dumas eurt a combattre contre des femmes, fuggérées par un homme, qui pofsède le talent méprifable de jeter un crépe épais fur la vérité. Il n'y a
pas de mouvemens que ces deux veuves n'aient
contre lui, pas de
de
employés
fillicitations, pas
démarches,
de menfonges !
pas
autre Arrêt pour faire
retirer ce Cavalier,
Cette instance fut jointe à celle de la veuve Perrodin:
Ainfi le Sieur Dumas eurt a combattre contre des femmes, fuggérées par un homme, qui pofsède le talent méprifable de jeter un crépe épais fur la vérité. Il n'y a
pas de mouvemens que ces deux veuves n'aient
contre lui, pas de
de
employés
fillicitations, pas
démarches,
de menfonges !
pas --- Page 492 ---
L241
Enfin ilf fut décidé que, fans avoir égard aui Jugement
rendy contradictoirement par MM. les Administrateurs,
le 2 Mai 1774, le Sieur Dumas faccomberoit
S
le 20. Juillet
1780.
Dans une pofition audi cruelle, on
:
tente tous les moyens, & le Sieur Dumas fe tranfporta en France, ou il
obcint da Confeil d'État du Roi, un Arrêt qui le vengeoit
complètement des menfonges employés contre lui, en ordonnant Texécution du Jugement rendu
a
contradictoirement
lè 2 Mai 1774, par MM. les Général & Intendant.
a0 L Sietur Dumas revint muni -
de cet Arrêt, il fe munit encore d'Ordonnance, de: MM. les Administrateurs,
& fecouru à fon. tour par la Maréchauffée, il est remis
én pollefion, les 28 & 29 Août
Me.
at
1783, par
Bernard,
Notaire aux Gonaives.
- Il est naturel de croire que tout finit là. Hélas, on en
est bien loin encore ! La Dame Truchot fe remarie
fon plaifir, mais ce mariage IVI
va caufer bien des peines pour
au Sieur Dumas, Michaut fe fait de nouveaux moyens
dés avantages du Sieur Dugaric Duzech, nouvel époux de
la Dame veuve Truchot.
Auflitôt ce nouveau mariage 2 ,le Sieur Duzech, abufé
fans doute par Michaut, & par le defir de corriger la
fortune ingrate envers lui, fe joignit aux. héritiers de la
veuve Perrodin, & tous enfemble fe pourvurent contre ce
même Arrêt du Confeil d'État du Roi, rendu en faveur du
Sieur Dumas.
Bref,le Sieur Dumas, malgré fon age, retourne en France,
Après une instruction bien déployée, après des débats bien
nombreux, & après des volumes immenfes de part &
par Michaut, & par le defir de corriger la
fortune ingrate envers lui, fe joignit aux. héritiers de la
veuve Perrodin, & tous enfemble fe pourvurent contre ce
même Arrêt du Confeil d'État du Roi, rendu en faveur du
Sieur Dumas.
Bref,le Sieur Dumas, malgré fon age, retourne en France,
Après une instruction bien déployée, après des débats bien
nombreux, & après des volumes immenfes de part & --- Page 493 ---
Lasl
dautres il intervient nouvel Arrêt du Confeil d'Etat du
Roi, qui confirme le précédent & ordonne l'exécution
du Jugement de MM. les Administrateurs, du 2 Mai1774.
Cet Arrêt fut fignifié aux adverfaires, & l'on devoit
croire que la dernière difficulté étoit totalement anéantie.
Mais il paroit qu'il étoit dans la destinée du Sieur Dumas
de n'en être pas fitôt quitte !
En effet, 4ANSAPRES,les adversaires fe pourvurent encore
contre cet Arrêt fi contradictoire, & rendu en fi grande connoiffance de caufe. Mais iln'est rien de facré pour Michaut,
le feul instigateur des tourmens du Sieur Dumas, Ils reprirent leurs premières conclufions, & ajoutèrent une condamnation contre le Sieur Dumas de huitmille livres d'amende
& cent cinquante mille livres de dommages 8 intérêts,
& de tous les dépens,
Le Sieur Dumas F'avoue franchement, il s'attendoit en
core moins que jamais à cette nouvelle pourfinite. Il ne
penfoit plus qu'à jouir tranquillement des fruits bien amers
de fes longs travaux. Mais aujourd'hui il femble qu'on a
pour but de lui apprendre que lon doit s'attendre à tout,
Dans le fond, c'est firement la première fois qu'on aura
vu des plaideurs demander au Confeil d'État du Roi la.
cailation de fes propres Arrêts, fur-tout quand ils font
rendus fur production respective. Il femble même qu'en
pareil cas il ne faut pas de contradicteur, & que lon est
non recevable à revenir contre une chofe jugée au dernier
degré de justice, & jugée contradictoirement.
Ces réflexions toutes naturelles laifsèrent le Sieur Dumas
dans la pluis profonde fécurité, & c'est à l'ombre de cette
paix factiçe que Ton farprit contre lui un nouvel Arrêt
propres Arrêts, fur-tout quand ils font
rendus fur production respective. Il femble même qu'en
pareil cas il ne faut pas de contradicteur, & que lon est
non recevable à revenir contre une chofe jugée au dernier
degré de justice, & jugée contradictoirement.
Ces réflexions toutes naturelles laifsèrent le Sieur Dumas
dans la pluis profonde fécurité, & c'est à l'ombre de cette
paix factiçe que Ton farprit contre lui un nouvel Arrêt --- Page 494 ---
136]
du Confel'dEtat cht Roi, le 6Novembre
à-dire, près de quatre ans
1786, ceste
Confeil d'Etat du
postérieurement à TArrêt du
Roi, du 3 Mai 1782.
Cet Arrêt est par défatit ; il cafleles Arrêts
& même le Jugement de MM. les
précédens,
2 mai 1774 Enfuite fur le fond il Administrateurs, du
par-devant les Juges du Tribunal
renvoie les parties
a
Ilest bien
terrier du Port-au-Prince.
le Sieur
extraordinaire qu'on ait laiffé partir de France
Dumas, fans le prévenir que cet Arrét du
feil d'Erat du Roi étoit faulement
Convoit y former
par défaut, qu'il pouIl
oppofition, & en efpérer la
n'est pas moins étonnant qu'il n'en ait réformation.
au moment on les parties Ont croifé le pas été prévenu
tion du Cap. Mais
fer à la Juridicencore une fois, cest une
fataliré qui femble s'attacher à
preuve de la
cette caufe : cest une
gue tout est poffible à la finefle
preuve
pour
-
qui dort en paix.
furprendre Tinnocence
Tout ce qui caufe le mal actuel est Teffet de finterprétation forcée que Ton a vouht donner à ce dernier
par défaut du Confeil d'Etat du Roi.
Arrêt
3 Cet Arrêt G caffe les deux Arrêts du
s & du 3 Janvier
3 Mai 1782.
1784,8 les annulle en ce
s) confirmé les Ordonnances de MM. les
quils ont
5 dés 2 Mai & 22 Juillet
Administrateurs,
5 quelles deux
1774, dont étoit appel, le
Ordonnances font
> annullées ; enfuite
pareillement caflées &
2 évoquant les demandes &
5) tions d'entre les parties, circonstances
contesta3x renvoie la connoiffance defdites
& dépendances,
s les Juges du Tribunal Terrier du contestations par-devant
P y être instrpit en la manière Por-au-Prince, pour
ordinaire, fauf TAppel
2 Mai & 22 Juillet
Administrateurs,
5 quelles deux
1774, dont étoit appel, le
Ordonnances font
> annullées ; enfuite
pareillement caflées &
2 évoquant les demandes &
5) tions d'entre les parties, circonstances
contesta3x renvoie la connoiffance defdites
& dépendances,
s les Juges du Tribunal Terrier du contestations par-devant
P y être instrpit en la manière Por-au-Prince, pour
ordinaire, fauf TAppel --- Page 495 ---
1l
Confeil de Sa
; attribuant à cet effet audit
9). au
Majesés befoin feroit, toute Cour & Juri2 Tribunal terrier o
ordonne
icelle interdifant à tous autres Juges;
2 diction,
contenues auxdits Arrêts
2) que le fiurplus des difpofitions
exicutées
1 des 3 Mai 1782 & 3 Janvier 1784a feront
n SELON LEUR FORME ET: TENEUR.
Les prétentions de Michaut fur Tinterprétation qu'il
donne aux derniers mots de cet Arrêt par défaut,font
vraiment de la plus rare extravagance.
Les adverfaires, allèrent même bien plus loin. Ils voulurent fe mettre en poffefion de Phabitation dont sagit,
vertu de ce même Arrêt. Mais une oppofition les
en
arrêta. Au mois de Juin 1787, le Sieur Duzech & conforts;
Michaut, préfenta requête à MM. les Général
ou plutôt
difoit-il,fir Thabitation,
& Intendant, pour être réintégréss
en. - vertu de cet Arrêt par défaut, & pour que le Sieur
Dumas fût condamné à la restitution des fruits,& condamné tout uniment en 225 mille liv. de dommages:
que c'étoit la véritable &x feule inter
intérêts, prétendant
du dernier Arrêt par défaut furpris au Confeil
prétation d'État du Roi, & dont nous venons-de donner le prononcé.
MM. les Administrateurs renvoyèrent les parties pars
devant les Juges naturels, attendu la fuppreffion du Tribunal
Terrier, en, date du mois de Janvier 1787.1
Alors les Adverfaires divisèrent leurs actions: : le 8 Août
deux en la Sénéchauflée du Cap.
1785, ils en formèrent
fuffent maintenus dans.la
La première tendit à ce quils
du Sieur
poftilion, propriété & jouiffance de T'habitation
Dumas, & que ce dernier fàt débouté de toutes préten-
ls, attendu la fuppreffion du Tribunal
Terrier, en, date du mois de Janvier 1787.1
Alors les Adverfaires divisèrent leurs actions: : le 8 Août
deux en la Sénéchauflée du Cap.
1785, ils en formèrent
fuffent maintenus dans.la
La première tendit à ce quils
du Sieur
poftilion, propriété & jouiffance de T'habitation
Dumas, & que ce dernier fàt débouté de toutes préten- --- Page 496 ---
[28
tions contraires. Quil lui fot fait défenfes de les
qu'il fàr condamné à restituer les fruits fuvant troubler,
& en 225 MILLE LIVRES de
& estimnation
aux
dépens, dans
dommages
intérêts &
lefquels feroient compris les fraix
La feconde tendit à ce qu'ils fuffent autorifés devoyage. a
outre à la mife en poffeffion de Thabitation duSieur pafferEN EXECUTION, dhirent-ilsr de TArrét du Confeil Dumas,
du Roi, du 6 Novembre
d'Erat
Cavaliers de
1786, & à être affistés de
ce que la Sentence Maréchanffée, à
pour préter main-forte, & à
intervenir fur exécutée par
&c.
provifion,
30 Le Sieur Dumas est néceffité de le dire, ilétoit
de perdre fon procès à la Juridiction du
affuré
Dame Duzech a
Cap, où la
cité du Sieur
expofe ce qu'elle a vouh, ou la fimpliDumas n'a pas fair
foit peut être un des meilleurs imprellion, quoique ce
étoit affuré de
fignatrx de la vérité. Il
de fe faire
perdre, 5 parce quil n'a pas eu le bonheur
comprendre, parce que fa caufe est
très * compliquée par les' effets merveilleux de la devenne
Duzech, &
Dame
Phxsss-neemteaaer deMichaut.
D'abord il est intervenu Sentence fur le pollelfoire,
laquelle les Sieur & Dame Duzech ont été autorifés par
chaffer encore l'infortuné Dumas de fon habitation. à
-Le premier mouvement du Sieur Dumas fut d'intera
jetter appel de ceJugement. Mais la Sentence étoit
cutoire par provifion. Il falloit un Arrêr de défenfes. exé- Et
comment Tobtenir allez tôt? Les justiciables de
du Nord ont la douleur d'avoir leurs
la partie
d'eux. Comment
Magistrats à 60 lieues
donc, à travers des chemins prefque impraticables encore, a trayers une immenfité,de rivières;
vement du Sieur Dumas fut d'intera
jetter appel de ceJugement. Mais la Sentence étoit
cutoire par provifion. Il falloit un Arrêr de défenfes. exé- Et
comment Tobtenir allez tôt? Les justiciables de
du Nord ont la douleur d'avoir leurs
la partie
d'eux. Comment
Magistrats à 60 lieues
donc, à travers des chemins prefque impraticables encore, a trayers une immenfité,de rivières; --- Page 497 ---
iujettes à tant de débordemens, à travers des montagnes
à travers des pluies qui reffemblent fi fouvent
efcarpées,
à des délnges, ou à travers des mers reconnues pourles & le
dangereufes, attendu la proximité de la terre
plus
des embarcations dont le choix est infinipeu de folidité
enfin à travers tant de difficultés,
ment rare, comment
longue, les malheureux
dont T'énumération feroit trop,
obtenir à temps
Habitans de, la partie du Cap peuvent-ils
donç ne
les fecours, de leurs Juges Supérieurs 2 Comment ,feu
regretteroient - ils pas ces Magistrats Souv rerains de qui, bien 2
lement fous ce point de vue,leur faifoient tant
confidérant leurs autres bienfaits, ces tristes
Comment,en
de leurs larmes le faint lieu
Habitans n'arroferoient-ils pas la Justice Souveraine ? Le
ou fe distribuoit, au Cap,
Técho de ceux
Steur Dumas n'est dans ce moment que
La
appeler en. quelque forte fes compatriotes.
qu'il peut
rend
fi tristes, fi abattus,
privation qui les
aujourd'hui leurs
! Suivant cux,cette
ne verra pas de fitôt sécher
pleurs
ne devoit être que la punition des plus grands
privation auroient été commis par eux! Ils ofent, tout
crimes qui
former ençore des voeux,
en obéiflant rofpectucufements de
La chaleur de
& lever au ciel des yeux
fupplication! flétris, & le Mol'efpérançe ranime leurs coeurs prefque
Colons,
bienfaifant dont ils font, comme les autres
narque
ne tardera pas: de récompenfer leur
les fideles fuijets,
fait aujourdhui 8c le fujet de
zele,en leur rendant ce qui
ardent de leurs accens
leur fupplications & le motif
plaintifs 1
des
victimes de cet
Le Sieur Dumas fut une
premières
La Poste futretardée par des caufes d'empèéloignement:
leurs coeurs prefque
Colons,
bienfaifant dont ils font, comme les autres
narque
ne tardera pas: de récompenfer leur
les fideles fuijets,
fait aujourdhui 8c le fujet de
zele,en leur rendant ce qui
ardent de leurs accens
leur fupplications & le motif
plaintifs 1
des
victimes de cet
Le Sieur Dumas fut une
premières
La Poste futretardée par des caufes d'empèéloignement: --- Page 498 ---
1so1
chement abfoh. L'Avocat ne reçut les
du
Damas que long-temips après. La caufe éroit papiers
Sieur
le récit même des feuls faits
longue par
défenfes ne put pas être obtenu principaue, à
& l'Arrêt de
Dans
propos.
cetintervalle, on a eur le temps de faire
Sentence, Les adverfaires offrent
exécuter la
démontre
caution. Le Sieur Dumas
contente que cette caution n'est pas folide, & Ton fe
de nommer un renfort de caution qui n'est
plus folvable. On fe hâàte, & les adverfaires
pas
On met impitoyablement le Sieur Dumas s'acheminent.
habitation, & l'on
dehors de fon
des
ravage tout, fuivant le coupable
parties adverfes. Le Sieur Dumas obtint lArrét ufage
défenfes, mais il n'étoit plos temps ! Le mal
de
le trop infortuné
étoit fait;
Dumas, ce vieillard
d'ane famille intéreflante, étoit
refpectable, ce père
on Jui avoit
chaffé de fon
tout ravagé.
domicile,6
Enfin lon p.aide fir le polfeffoire, &c il
fur le rapport de M. Faure de
intervient Arrêt
réintégration du Sieur Dumas, Luffac, qui ordonne la
la partie du Cap, & le
Cel vieillard retourne dans
fon habitation
24 Août dernier, on lni rendit
; c'est ainfi quil paffe fa vie & celle de fes
enfans, à être habillé & nud,a recouvrer & à être dépouillé. En gagnant même fon procès
t'il pas encore perdu, &
combien n'aurafes adverfires?
quelle reffource aura-t-il dans
Combien de récoltes enlevées?
de dévastations en tout genre? Combien
Combien
d'occafions de
dépenfe iréparable P
Enfin, il pofsède & il ne s'agit
plus aujourd'hui que de prononcer fir le
de M. de Piémont.
enf
pétitoire au rapport
On devine aifement quele Sieur Dumas ne fur
pas plus
pas encore perdu, &
combien n'aurafes adverfires?
quelle reffource aura-t-il dans
Combien de récoltes enlevées?
de dévastations en tout genre? Combien
Combien
d'occafions de
dépenfe iréparable P
Enfin, il pofsède & il ne s'agit
plus aujourd'hui que de prononcer fir le
de M. de Piémont.
enf
pétitoire au rapport
On devine aifement quele Sieur Dumas ne fur
pas plus --- Page 499 ---
[s]
heureux à la Sénéchauffée du Cap, fir le pétitoire, qu'il
l'avoit été furle pofleffoire. En effet,le 18 Mars dernier,
Sentence fur appointement, qui prononce, 4 fans égard
s3 aux fins & moyens du Sieur Dumas, ainfi qu'à T'oppon fition formée par les nommés Angoumard au Procès1 verbal d'arpentage du 31 Juillet 1770, fait A LA REQUÈTE
5 de la Dame veuve Perrodin, par le Sieur Lefigner, Ar37 penteur, les procès-verbaux faits par les Sieurs
s
Lefigners
Baroteati, Arpenteurs, les 31 Juillet & 17 Novembre
S) 1770 & 2 Asrtil 1771,A LA REQUÈTE des veuves Perro3) din, Sieurs MICHAUT 6 Truchot, font homologués
> être exécutés; en conféquence lefdites Dame Perrodin, pour
s Sieur & Dame Duzech & Conforts font maintenus &
2) gardés dans la PROPRIÉTÉ, poffeffion &jouiffance des
s terreins mentionnés aux quatre conceflions à eux accordées les I5 Juillet 1757, 8 Février 1770, & 22 Janvier
9) 1771, finivant les abornemens défignés aux procès-ver-
> baux d'arpentage, Il est fait défenfèsau Sieur Dumas &
D à tous autres de troubler, ni inquiéter lesdits Sieur &
> Dames Duzech & HÉRITIERS PERRODIN dans lefdites
3) propriété & joniffance, fous les peines de droit, le
> Sietr Dumas tenu de déguerpir lefdits terreins, SI FAIT
3) NA ÉTÉ, & ce dans TROIS JOURS de la fignifi5 cation de la Sentence, fi non & ce délai paffé, lefdits
s) Sieur & Dame Duzech & héritiers Perrodin, autorifés
5 à le faire fortir & mettre fes effets fur lel grand chemin;
9) le Sieur Dumas condamné à RESTITUER auxdits Sieur
n & Dame Duzech & héritiers Perrodin les fruits & re3) venus perçus INDUMENT,tant par lui que par les nom9 més Angoumard, faivant lestimation qui en fera faite
de la Sentence, fi non & ce délai paffé, lefdits
s) Sieur & Dame Duzech & héritiers Perrodin, autorifés
5 à le faire fortir & mettre fes effets fur lel grand chemin;
9) le Sieur Dumas condamné à RESTITUER auxdits Sieur
n & Dame Duzech & héritiers Perrodin les fruits & re3) venus perçus INDUMENT,tant par lui que par les nom9 més Angoumard, faivant lestimation qui en fera faite --- Page 500 ---
D2]
sy par des arbitres & fir-arbitres, Habirans
s venus entre les parties, finon nommés voifins, cons auront égard aux difirentes
d'office, lefquels
> POSSESSIONS dudit Sieur
épaques DES INDUES
Dumas, &
> Dumas aux dépens
condamne le Sieur
pour tous
Il est naturel de croire que le dommagerinuirés Sieur
&c.n.
appel de cette Sentence, & c'est
Dumas al interjeté
s'agit de
en.effet fur elle qu'il
prononcer aujourdhui.
Au feul apperçu des faits,il est difficile de - fe
d'une efpèce d'attendriflement
défendre
naire, qui fe voit,
pour un infortuné fexagéaprès avoir travaillé
pendant 40 ans de fa vie, fous un climat auffi péniblement destructeur, au milieu d'un monde auffi difficile
renferme la Colonie de
que celui que
dis-je, entouré de
Saint-Domingus, qui fe voit,
perfonnes avides qui veulent,
raifon & la nature même, lui arracher
malgré la
arrofée de fes fueurs, &
une terre qu'il a
larmes, On.Ta
qu'il baigne aujourd'hui de fès
trainé de Tribunaux en Tribunaux, de
pays en Pays, de mers en mers,de climats en
& par-tout Ton,a été convaincu de fa bonne climats,
par-tout les adverfaires ont eflayé &
foi, &
rendre victime de leur
prefque failli de le
crédit, de leurs
- de leurs menfonges, Pourquoi donc les
manceuvres &
ils fujets à tant de
gens honnètes fontperfécutions ? Le Sieur Dumas n'envie
rien à perfonne, il n'a d'autre defir
de
que pofféder tranquillement ce qui lui appartient, & d'avoir le
d'élever une famille qui doitle remplacer, & moyen
lutilité dont il a pu être dans la mafle commune perpétuer des
citoyens laborieux des Colonies. Pourquoi ne pas ceffer
dele tourmenter? Le malheureux procès dont on Técrale,
en
tant de
gens honnètes fontperfécutions ? Le Sieur Dumas n'envie
rien à perfonne, il n'a d'autre defir
de
que pofféder tranquillement ce qui lui appartient, & d'avoir le
d'élever une famille qui doitle remplacer, & moyen
lutilité dont il a pu être dans la mafle commune perpétuer des
citoyens laborieux des Colonies. Pourquoi ne pas ceffer
dele tourmenter? Le malheureux procès dont on Técrale,
en --- Page 501 ---
en vaut mille pour luit Il n'est point accoitumé a ce
genre terrible de crucifier les hommes, & le procès qu'on
luiai intenité, la déjà mis à de cruelles épreuves! I Voyons
donc's'il a ceffé d'avoir, même pour lui, les apparences de
Tinnocence qui est dans fon coeur.
M O F E N S.
Preuves au fond.
On ne peut pas dire que le Sieur Dumas en ait impofe
fir les faits ; ils font tous & fidèlement tirés des pièces
produites. S'ils ne font pas controuvés, ils ne font
non plus contournés 1 L'Avocat n'a fait que fitivre pas la
bonne foi de fon Client. Le Sieur Dumas a dicté, & fon
défenfeur n'a été, pour ainfi dire, que fon Secrétaire,
Qui connoît le Sieur Dumas, peut bien attester fa bonhommie ; il peut bien affurer auffi qu'il n'est pas proprè
ni aux foupleffes del'envie, ni aux détours de la
té. Hé bien, ces faits expofés naivement & fans maligniferment tous fes moyens ! Il va les refferrer
art, renpour quils
occupent moins de place, & pour que la revue en foit
plus facile à faire,
Encore une fois, il n'y a pas d'autre question dans
cette canfe,que celle de favoir fi la montagne du boisdes-Houx, est la véritable ligne féparative de la Marmelade & des Gonaives.
Il est étonnant, fans doute, qu'une question auffi fimpla
[ait occafionné tant de volumes d'écritures, tant d'opérations,
tant d'intrigues, tant de voyages, tant de chaos, & tant
C
ue en foit
plus facile à faire,
Encore une fois, il n'y a pas d'autre question dans
cette canfe,que celle de favoir fi la montagne du boisdes-Houx, est la véritable ligne féparative de la Marmelade & des Gonaives.
Il est étonnant, fans doute, qu'une question auffi fimpla
[ait occafionné tant de volumes d'écritures, tant d'opérations,
tant d'intrigues, tant de voyages, tant de chaos, & tant
C --- Page 502 ---
t341
de peines & de dépenfes ; mais tout cela ceffe d'étonner
quand on connoit la paffion dominante de Michaur
los procès, & Tart qu'il a d'en tirer parti. En
pour
instance, il a prouvé qu'il n'avoit befoin
première
tures, & qu'il fe défendoit
que de fignar
même; ; mais heureufement le merveilleufement Sieur
bien luie
grande confiance dars la bonté de fa Dumas a la plus
en a une infinie dans
caufe, parce quil
Magistrats
Timpartialité & les lumières des
Souverains, Ainfi, Michaut a beau vouloir
parier dix portugaifes quil gagnera fon procès, le Sieur
Dumas,fans étre aufi téméraire, fe contentera
fans jactance, les moyens certains qui doivent d'expofer
de perdre., Un plaideur qui craint, sème fouyent Tempécher
le monde toute autre chofe qu'il ne penfe,
dans
l d'avoir pour lui la voix du Peuple, & fafciner efpérant parles yeux de fes Juges ; mais ce. n'est fouvent
ainfi
qui crie dans les ténèbres,
qu'un enfant
de le faire crier plus fort ençore, parce'quil a peurs tâchons
Le Sieur Dumas commençe par défier fes adverfaires
de prouver qu'avant Tépoque de la contestation
la montagne des Gonaives, aujourdhui firnommée actuelle,
tagne des Calucts, ou montagne des
monjamais fervi de limites aux deux
Andennes, ait
& qu'il en ait même jamais été quartiers dont sagit,
fon
parlé, En effet, avant
naufrage à Mogane, il a produit quarante pièces
depuis 1752 jufqu'en 1776, qui çonstatent que la montagne du bois-des-Houx a toujours été la véritable limite,
Linventaire de production inféré dans les Arrêts de
caffation, est ffirement une preuve finffifante,
, ou montagne des
monjamais fervi de limites aux deux
Andennes, ait
& qu'il en ait même jamais été quartiers dont sagit,
fon
parlé, En effet, avant
naufrage à Mogane, il a produit quarante pièces
depuis 1752 jufqu'en 1776, qui çonstatent que la montagne du bois-des-Houx a toujours été la véritable limite,
Linventaire de production inféré dans les Arrêts de
caffation, est ffirement une preuve finffifante, --- Page 503 ---
[3s - T
La montagne du bois-des-Houx est donc le point qui
fepare de tout temps la Marmelade des Gonaives ; il s'agit
de le prouyer encore, & la preuve en est complète. Le
Sieur Pernet de Beag-Regard le foutient fermement.
19 Parce que d'est la montagne la plus élevée entre les
deux quartiers.
29. Parce que fon revers à T'Ouest & à l'Est, qui est
de plus de 300 pas, regarde le Sud, côté des Gonaives, &
non le Nord,côté dè la Marmelade.
go.Parce que les eaux pluviales 6 les fources qui coulent entrent cette montagne & les Gonaives, tombent
dans la grande rivière des Gonaives, & non dans celle.
de la Marmelade.
Certainement voilà des raifons plaufibles c'est ce qu'on
peut appeler confulter la nature pour fortifiér la raifon.
Il y a peut - être plus encore ! c'est l'énumération des:
Arpenteurs qui font du même fentiment dans leurs pro*.
cès vérbaux,
1°.Le Sieur Chenau du Marfey.
29. Lel Sieur Saint-Maurice.
39. Le-Sieur Injulvin.
49.Le Sieur Pernet de Beauregard.
59.Le Sieur Hodié,
6°. Le Sieur Baroteau
7o.Le Sieur Sterling de la Plaine;
89.Le Sieur Lecomte.
9°.1 Le Sieur Paris de Saint-Vallier.
1O. Le Sieur Lefigner, qui déclare avoir dérogé à l'efprit du titre, & ne s'être conformé qu'à Tintention de fa
requérante (veuve Perrodin).
Sieur Saint-Maurice.
39. Le-Sieur Injulvin.
49.Le Sieur Pernet de Beauregard.
59.Le Sieur Hodié,
6°. Le Sieur Baroteau
7o.Le Sieur Sterling de la Plaine;
89.Le Sieur Lecomte.
9°.1 Le Sieur Paris de Saint-Vallier.
1O. Le Sieur Lefigner, qui déclare avoir dérogé à l'efprit du titre, & ne s'être conformé qu'à Tintention de fa
requérante (veuve Perrodin). --- Page 504 ---
[36]
F YL9 Le Sieur Rolland des Essarts,"
12., Le Sieur Tartelin. - Oui Tartelin lui-même, lintime de Michaut ! Il dit expreflément dans fon procès-verbal du 7 Avril 1774, que la montagne du bois-des-Houx,
ne fervira plus de féparation à l'avenir; donc, elle en avoit
fervi auparavant & jufqu'alors! Cest ainfi. que la vérité
échappe quelquefois de la bouche de ceux mêmes qui
cherchent le plus à la déguifer,
Quant aux autres Arpentéurs, ilin'en est pas un de
ceux qui viennent d'être cités, qui dans la foules de leurs
procès-verbaux ne reconnoiffent lai montagne du bois des
Houx pour le point féparatif des deux quaitiers dont s'agit.
Mettons encore preuves fur preuves,
I9 Signification de TArrét par défaut, du 27 Novembre 1772, faite à la requête de Michaur, laquelle fignis
fication n'est faite par lui aux Angotmards, qu'après un
ARRÉT DE PAREATIS qu'il a demandé lui-méme au Confeil-Supérieur du Port-an-Prince, Aveu bien effentiely &
une vraie fin de non recevoir contre Michaut! cot
2.0 L'acte de vente fait au Sieur Dumas par les! Angoumards, & paffé au Bourg des Gonaives par- devant
Me. Frigière 2 Notaire & Substitut der la Juridiction de
Saint-Marc, & par confequent de la dépendance duil Port
au-Prince,
3.9 Les conceflions dés! Angoumards, délivrées fur
certificats d'Arpenteurs, qui déclarent les terreins à concé
der fitués aux Gonaives.
4.9 Copie d'un plan général certifié par les Sieurs
Villars & Fouquet,
uE
a oir
Gonaives par- devant
Me. Frigière 2 Notaire & Substitut der la Juridiction de
Saint-Marc, & par confequent de la dépendance duil Port
au-Prince,
3.9 Les conceflions dés! Angoumards, délivrées fur
certificats d'Arpenteurs, qui déclarent les terreins à concé
der fitués aux Gonaives.
4.9 Copie d'un plan général certifié par les Sieurs
Villars & Fouquet,
uE
a oir --- Page 505 ---
[371
y. Autre copie d'un plan du II Juin 1770, & certifié
par le Sieur Paris de Saint-Vallier.
Voil dans un instant VINGT PREUVES incontestables
qui foutiennent d'une manière inébranlable le droit du Sieur
Dumas! Et ces preuves ne font point imaginaires, elles
font toutes confignées dans les pièces produites au procès.
Qu'on ajoute à cette accumulation de preuves fix Jugemens
de Cours Souveraines qui les adoptent, en confirmant ou
ordonnant de plus fort l'exécution du Jugement de MM,
les Général & Intendant du 2 Mai 1774, & l'on aura
bien dela peine à fe perfuader que la raifon & la bonne
foi foient du côté de Michaut & fes Conforts. Ce font
là des retranchemens à l'abri defquels un Propriétaire doit
être en sûreté. Car fi après avoir gagné fon procès fix
fois, par des Jugemens de Cours Souveraines, on pouvoit
avoir encore à appréhender, 1 iln'y auroit rien de fûr parmi
les hommes ; & fi les méchans peuvent encore quelque
chofe contre les décrets de la Justice Souveraine, il faut
fe fauver dans les bois!
Le Sieur Dimas auroit bien d'autres
preuves encore, 5
fans l'événement terrible qui a manqué de lui faire perdre
la vie fur l'isle de Mogane, où il est resté pendant fept
jours, partageant avec fes tristes compagnons, la misère la
plus affreufe, & les tourmens les plus durs. Ii n'a pas
cru devoir augmenter encore fès immenfès débours, en
tirant des Greffes de nouvelles copies ; une feule vient de
lui coûter 1188 liv. & il croit pouvoir fe difpenfer des
autres, puifque l'énumération incontestée & incontestable
en est faite dans l'inventaire de production, rapporté dans
jours, partageant avec fes tristes compagnons, la misère la
plus affreufe, & les tourmens les plus durs. Ii n'a pas
cru devoir augmenter encore fès immenfès débours, en
tirant des Greffes de nouvelles copies ; une feule vient de
lui coûter 1188 liv. & il croit pouvoir fe difpenfer des
autres, puifque l'énumération incontestée & incontestable
en est faite dans l'inventaire de production, rapporté dans --- Page 506 ---
[38]
da Confeil d'Erat du Roi du 3 Mairy8a, clest
FArrêt antérieur de 4 ans au naufrage fur: Mogane, &
à-dire,
renouyelée au même Confsil,le
cette même production feroit des frais inutiles & des faux
3 Janyier 1784- Ce
une fois,quelle
frais qui retomberoient fur lni,car.encore même
les dé
reffource aura-t-il dans fes adverfaires,
pour
pens liquidés? ?
Nullité de Procédures
faut vraiment qu'un mot pour prouver que toute
I ne
nille. Les Angou
la procédure de Michaut est radicalement
ils n'y ont
mards n'ont jamais demeuré à la Marmelade:
demeudun domicile; ils ont ceffé de
jamais eu Tombre
non feulement
rer aux Gonaives, & ce fait est prouvé
raveu
l'amas des titres déjà cités, mais encore. par
par
est forcé à demander un pareatis au Conde Michaut, qui
feil du Port-au-Prince.
été affignés à
Cependant les Angoumards ont toujours
de Têtre
la Marmelade où ils.ne demeuroient pas, aulieu
Gonaives où ils demeuroient depuis 1757- De cette
aux
Michaut a obtenu des condamnations autant quil
manière,
8z cela n'étoit pas difficile 5 puifque les Anen a defirées,
Têtre
goumards n'étant pas prévenus 8 ne pouvant pas
de cette forte, il étoit toujours fans contradicteur. La défenfe
Ce n'est pourtant pas là le voeu de la Loi.
de droit naturel, & le Législateur entend que la partie
est
Justice ait connoiflance des pourfuites quel Ton
traduite en
dece principe
fait contr'elle, 8 Fon ne peut s'écartet
être
nuilité d'Ordonnance, Il ne faut, pour en
fans une
n'étant pas prévenus 8 ne pouvant pas
de cette forte, il étoit toujours fans contradicteur. La défenfe
Ce n'est pourtant pas là le voeu de la Loi.
de droit naturel, & le Législateur entend que la partie
est
Justice ait connoiflance des pourfuites quel Ton
traduite en
dece principe
fait contr'elle, 8 Fon ne peut s'écartet
être
nuilité d'Ordonnance, Il ne faut, pour en
fans une --- Page 507 ---
convaincu, que fe rappeler 12L articles VIII du titre Ier.
& III du titre 2 de l'Ordonnance de 1667, rien n'est
plus précis, rien n'est plus impératif.
On objectera peut-étre malicieufement T'avis du Parquet
furpris par Michaut, mais on luifera reffouvenir de TArrêt
du Confeil d'État du Roi qui remet les chofes dans le
premier état.
Ainfi la procédure de Michaut est radicalement nulle,
& de nullité d'Ordonnance; par conféquent fous ce feul
-point de vue, il mérite le châtiment de la Loi.
Cette procédure est encore radicalement nulle fous un
nouveau point de vue. En effet, & originairement, il ne
s'agilloit, de la part des adverfaires, que d'obtenir mainlevée d'une oppofition formée par les Angoumards à P'arque la veuve Perrodin faifoit faire, dans lequel on
pentage engloboit les terreins des oppofans, & qu'ils avoient
érablis depuis 13 ans, Comme ces terreins n'étoient pas
encore concédés, il ne s'agiffoit pas de débats de titres.
Les Angoumards s'oppofoient fimplement à ce que lon
s'emparât des terres qu'ils établiffoient depuis 13 ans &
dont ils follicitoient la conceflion. Il est & il doit être
reconnu que les contestations nées & à naitre en pareil
exclufivement du reffort de MM. les Général
cas font
fe
& Intendant. Pour que T'on n'en doute pas, quelon
donne la peine de lire plufieurs Réglemens fur ce fujet,
& notamment l'article 26 de T'Ordonnance du ier. Février
1666, & larticle Ier. du titre 6 de FOrdonnance de 1667.
On verra que le tout est expreffément à peine de nullité.
Or les adverfaires ont fait précifément ce qui est nettement défendu. par ces Ordonnances à peine de rullité : ils
. Pour que T'on n'en doute pas, quelon
donne la peine de lire plufieurs Réglemens fur ce fujet,
& notamment l'article 26 de T'Ordonnance du ier. Février
1666, & larticle Ier. du titre 6 de FOrdonnance de 1667.
On verra que le tout est expreffément à peine de nullité.
Or les adverfaires ont fait précifément ce qui est nettement défendu. par ces Ordonnances à peine de rullité : ils --- Page 508 ---
140]
fe font adreffés à d'autres Juges que ceux qui leur forit
indiqués 5 par conféquent leur procédure est vraiment nulle,
& d'une nullité radicaie prononcée par les Ordonnances.
D'après cela, il n'est pas un homme raifonnable, impartial, qui ne dife que le Sieur Dumas n'ait triplement raifon. Michaut lui-même en est convaincu, & quoiqu'en
fortant de la Marmeladeil ait dit à TExempt de Maréchaullee:je vais vous chercher de la befogne, il ne penfoit
pas ce quil difoit, il faifoit femblant de le croire, mais
au fond il craignoit d'être à la fois découvert par la pénétration des Magistrats Supérieurs qui lifent à travers les
replis du Coeur. Michaut n'a ceffé de fe faire un rempart;
& même un labyrinthe pour fe rendre impénétrable :
mais le Sieur Dumas qui ne connoit uniquement que l'Art
de cultiverle café, qui n'ar ni élocution, ni style,i fciènce
dans aucun autre genre, qui ne connoît pas l'art de capter
les efprits, qui est fans appui, fans protecteurs, fans détours,
fè contente des s'envelopper de fà vertu, & malgré ce que
Michaut en dit, le Sieur Dumas croit avoir, avec cette
fimplicité, la meilleure égide,
REFUTATION
Ilest tout fimple qu'il a fallu que Michaut dife quelque
chofe, & fe crée même, pour ainfi dire, quelques apparences 2 pour accréditer fon fystême de prife : il a fallu
qu'il imaginât des raifonnemens, & fe tortillât en tous fens
pour fe faire des moyens, a-peu-près comme lon fe fait
des fantômes. Mais l'on va voir que les rofeaux fur lefquels
il fe perche & fe balance font bien foibles & bien plians
ATION
Ilest tout fimple qu'il a fallu que Michaut dife quelque
chofe, & fe crée même, pour ainfi dire, quelques apparences 2 pour accréditer fon fystême de prife : il a fallu
qu'il imaginât des raifonnemens, & fe tortillât en tous fens
pour fe faire des moyens, a-peu-près comme lon fe fait
des fantômes. Mais l'on va voir que les rofeaux fur lefquels
il fe perche & fe balance font bien foibles & bien plians --- Page 509 ---
[4]
pour lai qui n'a pas la légèreté d'un oifeau des champs. Si
encore il étoit honnête, comme il doit Têtre indifféremment
avec tout le monde, fi à tout moment dans fes écrits,
i n'ofoit pas dire que le Sieur Dumas e? capable de hafare
der des impoftures de tous les genres, fi plus adroitement
i fe contentoit d'expofer avec une faufle naiveté fes pré
tentions, quoique folles, on feroit tenté d'excufer fon erreur,
n'auroit en vue quel la caufe elle-même Mais Michaut,
L on
oui Michaut lui-même, tend à ternir la réputation dont le
Sieur Dumas jouit depuis plus de 40 ans dans les deux
quartiers de la Marmelade &c des Gonaives, à ternir la
réputation d'un homme qui Ta vu naitre &x s'élever. Cest
bien mal-adroit de la part de Michaut tl Voyons donc
feulement les prétendus moyens de fa caufe. Cest tout Ce
que le Sieur Dumas veut voir en ce moment.
Dans fa dernière Requête en la Cour i1 change entièrement de batteries. Selon lui,i1 ne s'agit plus de favoir fi
la montagne des Houx est la ligne féparative des deux
quartiers, & cependant, en fuyant, illaiffe encore quelquesfes
tâcher de laiffer croire
uns de
précédens argumens pour
que fon ancien fystême est fupportable. A cet égard il
fait ce qu'on lui a vu faire déjà, il évite la clarté pour
être moins reconnu: il s'enveloppe d'un double galimathias
compofe de quelques mots barbares, & après avoir cité
nombre de procès verbaux & de plans, oû il feint de voir
ce qui n'y est pas, il charge le Lectéur qui ne le çroit pas
d'y aller voir, enforte que pour prouver que tout ce qu'il
rapporte est un grain d'apparence de vérité, délayé dans
ane mer d'abfurdités & de menfonges, il faudroit un ing
D
: il s'enveloppe d'un double galimathias
compofe de quelques mots barbares, & après avoir cité
nombre de procès verbaux & de plans, oû il feint de voir
ce qui n'y est pas, il charge le Lectéur qui ne le çroit pas
d'y aller voir, enforte que pour prouver que tout ce qu'il
rapporte est un grain d'apparence de vérité, délayé dans
ane mer d'abfurdités & de menfonges, il faudroit un ing
D --- Page 510 ---
14]
folio, & l'on finiroit par voir qu'il est tellement fublimé
dans fes démonstrations qu'il ne s'entend peut-être pas lnimême ! Si cependant cette tâche étoit nécelfaire, nous
prendrions Pobligation de la remplir : mais au moyen de
l'article ci-deffus, 2 preuves fiar le fonds, nous pouyons nous
difpenfer & d'un détail exceffivement longà faire & d'un
travail extrêmement dégoûtant. Ce quily a de clair dans
tout cela c'est que Michaut croit fe fauver à travers les
ténèbres. Nous pourrions plus raifonnablement que lui peutêtre parier DIX PORTU GAISES qu'il fe trompe. Examinons
fon nouveau fystéme.
Ap préfent il avance que les titres des Angoumards font
nuls. Cet argument est tardif. Cest pour la première fois
quil paroit fur la fcène. Vraifemblablement Michaut la
réfervé pour étonner les yeux par fon éclat lumineux.
Iln'a voulu d'abord que nous étourdir, ,& voilà maintenant,
fans doute, ce quil appelle fon coup de maffue. Engarde!
Michaut n'est pas plus exact dans ce nouyeau moyen
que dans tout ce qui le précède. Une petite fubtilité
facile à détruire,& c'est tout !
Les terreins que réclame le Sieur Dumas, font, fuivant
lui, abfolument les mêmes que ceux réclamés par lui &
fes conforts. Il ajoute que pour fe convaincre il ne faut
que jeter les yeux far le plan produit même parle Sieur,
Dumas, parcourir le quarré lavé en rouge & renfermé
dans le lettres EFGH.
D'après des renfeignemens qui paroiffent auffi pofitifs,
on est tenté de croire à ce que dit Michaur! Hé bien, qu'on
examine ce plan & qu'on l'examine avec foin, on verra
amés par lui &
fes conforts. Il ajoute que pour fe convaincre il ne faut
que jeter les yeux far le plan produit même parle Sieur,
Dumas, parcourir le quarré lavé en rouge & renfermé
dans le lettres EFGH.
D'après des renfeignemens qui paroiffent auffi pofitifs,
on est tenté de croire à ce que dit Michaur! Hé bien, qu'on
examine ce plan & qu'on l'examine avec foin, on verra --- Page 511 ---
que Michaut est vraiment digne du caractère d'imposture
qu'il donne gratuitement au Sieur Dumas,
En effet, Michaut fe fait un petit moyen de l'extenfion.
que PArpenteur a donné fur fon' plan, en écrivant les
noms des voifins du Sieur Dumas, un peu trop lâchement.
1l en arrive que le nom de Perrodin fe trouve far le
terrein du Sieur Dumas, ainfi que plufieurs autres;de là
il conclud que le terrein où font çes noms appartient à
ceux qui les portent. Il faut convenir que c'est une pitoyable
fubtilité.
Mais au lieu de cela, , qu'on examine ce qui fait l'effence
du plan, les lignes démarcatives, & l'on verra fans la
moindre difficulté que les terreins font entre les lettres
DXAC & que c'est le Sieur Decharon qui les a enlevés
comme lui appartenans, & comme fitués dans les Gonaives.
Il fe fait encore un petit moyen de ce que auprès de la
ligne Nord, en dehors, fon nom, le nom de MICHAUT,
aux droits du Sieur Girou,s'y trouve comme une tangente.
Mais ce n'est pas un titre que l'Arpenteur lui fait. Cest,
feulement pour exprimer fa prétention dans cette caufe,
Enfin c'est le procès verbal de Lefigner qui déclare déroger
à Tefprit des titres, & quiimpofe la loi de faire approuver
fon opération qui ne Ta jamais été, & qui néceffairement est de toute nullité, Car fi Lefigner n'avoit point
dérogé aux titres, Michaut ne paroitroit en rien fur ce plan,
Par conféquent il faut mettre au néant tout ce que Michaut
dit à cet égard, parce que tout cela ne peut en impofèr
qu'à des enfans, Paffons à Texamend'objections plus férieufes.
Il fe fait une égide de T'article III de la Déclaration
approuver
fon opération qui ne Ta jamais été, & qui néceffairement est de toute nullité, Car fi Lefigner n'avoit point
dérogé aux titres, Michaut ne paroitroit en rien fur ce plan,
Par conféquent il faut mettre au néant tout ce que Michaut
dit à cet égard, parce que tout cela ne peut en impofèr
qu'à des enfans, Paffons à Texamend'objections plus férieufes.
Il fe fait une égide de T'article III de la Déclaration --- Page 512 ---
14]
du Roi du 17 Jaillet 1743. Voici ce que cet article dit
fuijet de MM, les
au
Administrateurs :
3) Is ne pourront concéder les terres qui auront été
9). fois concédées, quoiqu'elles foient dans le
une
99. réunies,
la
cas d'être
qu'après que réunion en aura été
a à peine de nullité des nouvelles
prononeée,
99. préjudice néanmoins
conceflions, & fans
de la réuion,
9- toujours êtie pourfuivie
laquelle pourra
contre les
8. fionnaires, 9
premiers concef
Mais il n'y a qu'un mot à répondre à Michaur
que cet article pût avoir lieu,i il faudroit
: pour
que, dans
préfente, le terrein des Angoumards eût
Tefpèce
déjà été
STl ne l'a pas été précédemment, il est clair
concédé,
que leur conceffion est valable. Hé
comme lejour
n'à jamais été
bien, non, ce terrein
concédé à d'autres qu'aux
Les conceffions obtenues
Angoumards.
la
par Michaut & conforts font
pour Marmelade, & il est reconnu que celles des Angoumards font pour les Gonaivès, On a bien
prouvé que les Angoumards. étoient
fufifamment
naives ; on peut méme encore le dépendans des Gos
genéral figmé par les Sjeurs Villars & prouvér par le plan
avec tant de précaution
le
Fauquer, & dépofé
par malicièux Michaut,
ce
plan, dont la copie coûte au Sieur Dumas la
par
1r88
fomme de
livres, 9 ce plan dont nous avons
vices & la partialité
démontré les
fait
dégoôtante ! ce plan porte qu'il a été
pour fervir à demander rane paroilfe POUR LE
DE LA MARMEEADE, 6
QPARTIER
Enfin
afker SES BORNES ET
ce plan fait avéc tant de complaifanee
LIMITES.
qu'offire-pil à la vue> létendue de
pour Michaut,
la Marmnclade & fes
me de
livres, 9 ce plan dont nous avons
vices & la partialité
démontré les
fait
dégoôtante ! ce plan porte qu'il a été
pour fervir à demander rane paroilfe POUR LE
DE LA MARMEEADE, 6
QPARTIER
Enfin
afker SES BORNES ET
ce plan fait avéc tant de complaifanee
LIMITES.
qu'offire-pil à la vue> létendue de
pour Michaut,
la Marmnclade & fes --- Page 513 ---
[451
abornemens. Quel est un defes abornemens "La montagne
du Bois-des-Houx, & la rivière des Gonaives, Au-delà
le plan ne montre plus rien, parce qu'il défigne que le
reste est des Gonaives, Il ne paroit plus d'habitation,
On ne voit uniquement que Michau t qui fait placer fon
nom, & voilà fa malice, Il est feul, & lon fe doute bien
pourquoi! ! Cest une obfervation majeure qui dirige le
flambeau de la caufe. On ne dépaffe pas dans ce plan
la montagne du Bois-des-Houx, ni la rivière des Gonaives,
on y laiffe le reste en blanc parce qu'il n'est que le
de la Marmelade. Il marque feulement la limite des plan Gonaives, & il n'en falloit pas davantage. Ainfi l'on
dire que Michaut,fans le vouloir, a travaillé ou peut fait
travailler pour le Sieur Dumas, par confequent il; n'y a 8c
il ne peut y avoir aucune connexité entre les conceffions
fi différentes entr'elles. Est-ce la petite fabtilité de Michaut,
& quel'on vient de voir, qui fera la preuve de Tidentité qu'il
fuppofe, & qu'il defire encore plus de faire croire, & à laqu-lle
il ne croit pas dans le fond de fa confcience? Non firement.
Quand lilsagit de dépouiller un propriétaire, & de troubler G
affreufement l'ordre public, il faut d'autres preuves que celles
que Michaut fournit à des juges éclairés. Ainfi il faut en reven r
au principe. On ne peut pas faire réunir un terrein qui n'a
jamais été concédé, parceque la réunion ne porteroit far perfonne : par conféquent la conceffion faite aux Angoumards est
légale, & Taffertion de Michaut n'est pas foutenable.
Il dit que le fieur Dumas ne demande que 47 carreaux de
terre, & il en conclud que ce vieillard reconnoût que le reste
appartient auxadverfaires. Maispoint dutoit : filefieur Du-
On ne peut pas faire réunir un terrein qui n'a
jamais été concédé, parceque la réunion ne porteroit far perfonne : par conféquent la conceffion faite aux Angoumards est
légale, & Taffertion de Michaut n'est pas foutenable.
Il dit que le fieur Dumas ne demande que 47 carreaux de
terre, & il en conclud que ce vieillard reconnoût que le reste
appartient auxadverfaires. Maispoint dutoit : filefieur Du- --- Page 514 ---
[46]
mas expofe qu'il ne sagit que de 47 carreauix, c'est
voir queMichaut n'en veut qu'aux établiffemens pour faire
qui contiennent cette étendue de terrein.
&cp plantations
Tambition de Michaut & de fes conforts. Cesten effet toute
Sans ceta
a long-temps que Michaut auroit lâché
appât, ily
aprèsavoir effiryé fix
prife, & fur-tout
condamnations de Cours Souveraines.
Le Sieur Dumas est bien loin de croire qu'il revienne
adverfaires un pouce du terrein en contestation. Pour aux
fa juste prétention à cet égard, il lui fuffira fans doute de étayer
voyer Michautaux termes de cet Arpenteur, qui dit
renment quil ne fe conforme pas à VESPRIT DES
politiveà LINTENTION de fa reguérante
TITRES, mais.
(veuve Perrodin.) Il faut fe
rappeler que cet arpenteur impofe la loi à fa
de
faire approuver fon procès verbal par MM. les requérante Administrateurs. Il favoit parfaitement bien que les conceflions Perrodin
repofent dans le quartier de la Marmelade, &
de fon chef les placer dans le
quil ne pouvoit
auffi fer
quartier des Gonaives. Il faut
rappeler que jamais on nes'est pourvu pour Phomologation de ce procès verbal. D'après cela, les
font fort aifées à tirer contre les adverfaires. Le conféquences
& le plan de
procès verbal
Lefigner ne peuvent leur être d'aucune utilité, Il
y a plus, ils prouvent avec certitude que les adverfaires
commis dans ce temps une efpèce de faux, un vraifaux ont
auquel ils croyoient donner une
méme,
de
apparence refpectable, à force
procédures, de chicane & de temps. Heureufement
ne: fert qu'à découvrir de
le temps
mulé de
plus en plus le caractère fin & difliMichaut, qui veille lorique la bonne foi s'endort
fiblement.
paiIlofe dans ce moment avancer que Pierre Perrodin avoit --- Page 515 ---
147]
des établiffemens far) les terreins dont s'agit. En vérité cette
allégation nouvelle est exceffivement hardie! Eh! dans quel
zemps ces établiffemens ont-ils existé? Comment les Angoumards,qui ontjouipaifiblement pendant 13 ans, ne s'en fontilsjamais apperçus? Comment Pierre Perrodin auroit-il fouffert que les Angoumards, Nègres libres, fe fuffent établis fur
I le même local que le fien, fans former la plus légère oppofition P Comment ces malheureux Angoumard auroient-ils ofé
s'établir fur un terrein quil'auroit déjà été par Pierre Perrodin? Et dans quel temps Michaut a-t-il la hardieffe d'alléguer un
pareil menfonge? Dans ce moment & en la Cour feulement. Au moins que Michaut ait une peu pluis de pudeurl En vérité
c'est mentir pour le feul plaifir de mentir ; car il n'a pu fe faire
illufion au point d'efpérer d'être crujufques-l. Non, ces terreins n'ont jamais été établis ni concédés avant les Angoumards, &ils n'ont aucune connexité même avec les terreins
des adverfaires.
guer un
pareil menfonge? Dans ce moment & en la Cour feulement. Au moins que Michaut ait une peu pluis de pudeurl En vérité
c'est mentir pour le feul plaifir de mentir ; car il n'a pu fe faire
illufion au point d'efpérer d'être crujufques-l. Non, ces terreins n'ont jamais été établis ni concédés avant les Angoumards, &ils n'ont aucune connexité même avec les terreins
des adverfaires. Michaut, dont le métier est de vendre des
terres & de s'en procurer d'une manière
mercantile, a fouvent parcouru les bois, & finivi les arpenteurs dans leirs
çourfes, ; en forte qu'il n'en a malheurcufement
pour nuire à fès voifins. Il s'est fenti plus de que trop appris
difpofitions à
troubler les propriétés qu'à cultiver les terres; en conféquence
il a acquis une certaine hardieffe, qui le met dans le cas de
tout dire & de tout foutenir pour légitimer fes incurfions. Cela peut lui être fort profitable, mais c'est bien douloureux
pour un homme de bonne foi qui fe trouve en préfence avec
lui! D'après cela, quand il ofe dire que le jugement des chefs du
a Mai 1774 lui enlève fon terrein, c'est une continuation de
--- Page 516 ---
ne fait
Cejagemnent ne hui a rien enlevé, puifqu'il
menfonge. dans leur propriété, POSSESque maintenir les Angoumards
SION & JOUISSANCE. Michaut
d'étaJufqu'à préfent on n'avoit jamais vu
parler Ce
bliffemens 8c contester la poffeflion des Angoumards:
dernier arrêt du Confeil d'Érat du Roi,
n'est que depuis ce
fur le faux expole
obtenu par défaut le 6 Novembre 1786,
ofé ce menfonge. C'est une remarque
des adverfaires, qu'ila
qui'il ne faut pas perdre de vue. recenfement
I ofe défierle Sieur Dumas de produire aucun
des Gonaives! Cest encore bien là une de
pour le quartier
le malheur accablant que
fes méchanoetés! Il feint dignorer
f
far Mogane. Avant cette époque
le fieur Duinas a éprouvé
de fon habitale fieur Dumas avoit des recenfemens
terrible,
ou ce qui est la même chofe, du terrein
tion aux Gonaives,
certifiés dabord par le Sieur
des Angoumard, depuis 1757,
enfuite parle Sieur MarDanach, Commandant des Gonaives,
Pafcal, Capichand, qui lui a fuaccédé, & enfin par le Sieur
certificats
vit encore. Il avoit en outre des
taine de Milice, qui
avoientremis aux. Angoumards,
queles anciens Commandans entièrement établis aux Gonaives,
pour justifier qu'ils étoient
leur fervice
& qu'en cette qualité ils y faifoient réguliérement
militaire, & y payoient Jeurs droits. de dire
On fe doute bien que Michaut ne manquera pas
Dumas d'en lever de nouvelles expédiquile lest facile au Sieur
facile à faire, au moins
tions.
oit en outre des
taine de Milice, qui
avoientremis aux. Angoumards,
queles anciens Commandans entièrement établis aux Gonaives,
pour justifier qu'ils étoient
leur fervice
& qu'en cette qualité ils y faifoient réguliérement
militaire, & y payoient Jeurs droits. de dire
On fe doute bien que Michaut ne manquera pas
Dumas d'en lever de nouvelles expédiquile lest facile au Sieur
facile à faire, au moins
tions. Sans doute: 8 fi cela n'est pas
fort aifé à dire. Mais le fieur Dumas peut-il manquer
cela est
auffi coûteux P Que f'on fafle
dêtre épuile, d'après un procès
les frais
a effuyés &x
attention à tous fes voyages, à tous
qu'il --- Page 517 ---
[49]
payés même pour les adverfaires, & au nombre infini d'aue
tres objets de dépenfe inévitable, & l'on ne fera pas furpris
que le fieur Dumas regarde aux faux frais de ces nouvelles
expéditions. Cependant s'il y est contraint, il fera encore fur
le champ ce vrai facrifice. Mais au moyen de ceque ces pièces
ont déjà été produites trois fois au Confeil d'État, & que les
adverfaires ne les ont pas contestées, qu'ils n'ont l'air de les
contester aujourd'hui que parce qu'ils favent que le fieur Dumas les a perdues dans fon naufrage; au moyen, difons-nous,
de ce que ces pièces font déjà connues au procès, il paroit
affezinutile del les reproduire en nature. Mais, au furplus, un
* mot, & le Sieur Dumas fera vitement cette dépenfe.
Michaut, qui n'avoit jamais critiqué le plan du Sieur Ster:
ling de la Plaine, Je tourne & le retourne aujourd'hui de cent
manières plus invraifemblables les unes que les autres. Il
prétend à cette heure que cet Arpenteur des Gonaives 2
pris une montagne pour une autre. En vérité c'est bien
ridicule. La montagne du bois-des-Houx est pourtant
bien affez haute pour qu'il ne fe foit pas trompé aufli
groffièrement ! Mais Michaut quin'a pas pu être Arpenteur du temps de M. de Montarcher, & cela par des
oppofitions d'Arpenteurs & pour des caufès qu'il connoît
bien, fe fait un vrai plaifirde fe venger, fitôt qu'il croit
en trouver l'occafion. Il ne voit pas un Arpenteur que fa
bile ne s'échauffe, & il ne fe contient que vis-à-vis de
ceux dont il croit pouvoir tirer parti, Ainfi, l'on ne
doit pas être étonné de le voir fe déchainer contre le
Sieur Sterling de la Plaine. Mais des mots ne font
des raifons, ni des injures des moyens,
pas
E
, fe fait un vrai plaifirde fe venger, fitôt qu'il croit
en trouver l'occafion. Il ne voit pas un Arpenteur que fa
bile ne s'échauffe, & il ne fe contient que vis-à-vis de
ceux dont il croit pouvoir tirer parti, Ainfi, l'on ne
doit pas être étonné de le voir fe déchainer contre le
Sieur Sterling de la Plaine. Mais des mots ne font
des raifons, ni des injures des moyens,
pas
E --- Page 518 ---
[so]
Que Michaut ceffe également de citer le Sieur Charron
père: il nous forceroit de relever ce qui sest pallé dans
le temps quil én avoit la procuration. Nous nous contentons, pour le préfent, d'affurer que ce qu'il dit à cefijet est
difpenfe d'endiredavantags
un menfongehontaus. Quilnous
Pour éloigner T'infurmontable fin de non recevoir du
pareatis, obtenu au Confeil du Port-an-Prince, &k dont
nous avons déjà parlé, Michaut fe met fort à Taife. Les
faits né lui coftent rien, & il lenimagine un pour fortir de
fon embatrras. Il dit tout bonnement que les Angoumards
avoient quitté leur domicile pour aller demeurer avec leur
père, & que cest la raifon quila néceffité d'obtenir un
parcatis, parce qu'alors les Angoumards fe trouvoient aux
Gonaives. En vérité Michaut est inimitable! Voilà ce que
c'est que d'être fans honte & fans remord ! Mais pour
cette fois encore il manquera fon coup. Le Sieur Dumas
le dément fermement, & il le défie de donner T'ombre d'une
preuve à cet égard; il le défie de rapporter des copies sde
recenfement quile prouvent, des certificats deMilices même,
qui confirment ce quil ofe avancer. Certainement les An
goumards, N. L. n'ont pas resté 18 ans tranquilles, fans
qu'on n'ait exigé d'eux Service Militaire &c paiement de
droits : ainfi Michaut peut aifément fe procurer la preave
qu'on lui défie de rapporter. Il y a plus; on le défie de
fournir la preuve que les Angoumards fe foient retirés chez
leur père ! Ainfi la fin de non recevoir restera dans totte
G force. Ce qui achève d'éclairer le menfonge de Michaut,
ce fontles contestations elles-mêmes de ce temps l, & le
Jugement de 1774, qui les maintient dans leur poffaflion
& jouiffance: donc les Angoumards n'avoient pas abandonné
ie de rapporter. Il y a plus; on le défie de
fournir la preuve que les Angoumards fe foient retirés chez
leur père ! Ainfi la fin de non recevoir restera dans totte
G force. Ce qui achève d'éclairer le menfonge de Michaut,
ce fontles contestations elles-mêmes de ce temps l, & le
Jugement de 1774, qui les maintient dans leur poffaflion
& jouiffance: donc les Angoumards n'avoient pas abandonné --- Page 519 ---
Es1
les terreins dont s'agit; donc Michaut est plus qu'invrais
femblable dans fon Roman.
El Nons finiflons T'article de la réfiutation,en faifant obferver que Michaut a toujours évité de contredire fon ami
Tartelin, quand ce dernier dit que la montagne du boisdes-Houx ne) fervira plus de limites à l'avenir. Avis au Lecteur!
Nous achevons, en demandant à Michaut pourquoi
ilaffecte de ne pas) produire & fes défenfes & fon Mémoire imprimé quil a fournis au Confeil d'État? Cetie
fippreffion n'est pas indifférente, parce que Michaut ne
fait rien indifféremment dans une caufe de cette efpèce.
Autre avis au Lecteur !
Le Sieur Dumas s'attend bien que Michaut va répondre à ce Précis, & il s'attend aufli que Michaut ne distribuera fa réponfe que la veille duJugement. C'est une des
petites malices ordinaires de cette partie adverfe. Le Sieur
Dumas la prévoit, & ilcroit devoir en prévenir fes Jugas,
Quant au Sieur Dumas, il agit loyalement, & depuis la
dernière Requête de fon adverfaire, il annonce ce Précis
parce qu'il ne veut farprendre perfonne. Michaur a bien
fait tout ce qu'il a pu pour le faire avorter, Il s'esthâté
de produire, quoique T'Ordonnance actuelle donne un
délai de 15 jours, même après la fignification de la dernière requête. Mais la justice de M. le Rapporteur ne s'est
pas rendue à la malicieufé impatience de Michaut. Le Sieur
Dumas pofède, mais il ne defire pas moins d'être jogé
promptement. Une poffeffion fimple n'est rien quand on
penfe comme lui, & elle est précieufe quand on penfe
eomme Michaut! Aufli l'adverfaire met la plus grande activité dans fes pourfites, & que lon examine les dates, on
ignification de la dernière requête. Mais la justice de M. le Rapporteur ne s'est
pas rendue à la malicieufé impatience de Michaut. Le Sieur
Dumas pofède, mais il ne defire pas moins d'être jogé
promptement. Une poffeffion fimple n'est rien quand on
penfe comme lui, & elle est précieufe quand on penfe
eomme Michaut! Aufli l'adverfaire met la plus grande activité dans fes pourfites, & que lon examine les dates, on --- Page 520 ---
tst
f convaincra que le Sieur Dumas feprète même à fesvues.
Cest au point que ce dernier donne au fur & à mefura
les feuilles de fon manufcrit à PImprimeur, qui peut le
certifier!
D'après cela,on doit s'attendre à des incorrections dans
çet Imprimé. Il faut du temps pour être court! & Michaut
n'a pas voulu en donner, & le Sieur Dumas n'a pas cru
devoir en demander. On s'est appliqué à rendre la caufe,
à être exact & clair dans les faits, à être vrai & folide
dans les moyens, ,& au furplus on a laiffé courirla plume!
Auffi ce Précis a-t-il vraiment Tair d'un Mémoire en entier. Cependant les Magistrats qui verront les pièces de
rendre au Siettr Dumas la justice
ce procès 2 pourront
d'avouer qu'il auroit pu dire encore beaucoup plus de chofes, entrer dans un plus grand détail,& quils'abandonne
à leur fagacité,pour ne pas fatiguer leur patience,
R E S
U M É.
On a vu que le Sieur Dumas n'éprouve pour lafp
tième fois LE MÉME PROCÈS que parce que les adverfaires
ont furpris contre lui un Arrêt par défaut, le 6 Novembre
1786 au Confeil d'Érat.
On a vu que le Sieur Dumas auroit pu former oppofition à cet Arrêt. Mais que par une fatalité fingulière,
cette oppofition ne lui est pas venue à Tefprit, & qu'a
Paris perfonne n'a fongé à lui en fairel Pobfervation! On
T'a vu arriver au Cap, & fubir Tattaque en première
instance, fans qu'il ait encore eu l'occafion de penfèr à
cette oppofition, qui lui auroit évité bien des peines. Il
n'y a pas le moindre doute, cette instance n'auroit pas
êt. Mais que par une fatalité fingulière,
cette oppofition ne lui est pas venue à Tefprit, & qu'a
Paris perfonne n'a fongé à lui en fairel Pobfervation! On
T'a vu arriver au Cap, & fubir Tattaque en première
instance, fans qu'il ait encore eu l'occafion de penfèr à
cette oppofition, qui lui auroit évité bien des peines. Il
n'y a pas le moindre doute, cette instance n'auroit pas --- Page 521 ---
(53]
eu lieu, & les Arrêts précédens du Confeil d'État obtenus
tia-contradicdoiremen par le Sieur Dumas, n'auroient
manqué d'être confirmés, parçe qu'enfin il faut quil pas
ait quelque chofe de certain parmi les hommes! C'est y
une erreur, c'est une inadvertance dont Michaut profite
merveilleufement bien!
Au fond,T'on a vu quela question principale roule firr
ce qui doit faire & a toujours fat la ligne féparative
des deux quartiers de la Marmelade & des Gonaives ;
cette question bien établie, il n'en reste plus d'autres, qua &
que toutes les preuves cumulées par le Sieur Dumas font
plus que firffifantes pour convaincre que la montagne du
bois-des-Houx est indiquée par la nature & la raifon pour
être le véritable point de féparation des deux quartiers :
douze Arpenteurs font d'accord far ce fait, Michaut luimême en a fait l'aveu, & en outre, il existe une autre corroboration de preuves I infurmontables, dont nous avons rendu
compte.
On avu, qu'en admettant pour un instant la question
fuppofée par Michaut, de favoir fi les titres du Sieur
Dumas, ou ce qui est la même chofe, des Angoumards,
font infectés de nullité, elle fe trouve amplement décidée,
malgré les efforts du contradicteur. Il est certain que la
preuve de la ligne féparative fait celle de la légitimité des
titres du Sieur Dumas, & qu'en outre les terreins des
conceffions relèvent d'une manière frappante la différence
qui les distingue. Celles de Michaut portent qu'elles font
pour la Marmelade : celles des Angoumard expriment
qu'elles font pour les' Gonaives.
1 On a vu qu'avant la contestation préfeate, mue &
les efforts du contradicteur. Il est certain que la
preuve de la ligne féparative fait celle de la légitimité des
titres du Sieur Dumas, & qu'en outre les terreins des
conceffions relèvent d'une manière frappante la différence
qui les distingue. Celles de Michaut portent qu'elles font
pour la Marmelade : celles des Angoumard expriment
qu'elles font pour les' Gonaives.
1 On a vu qu'avant la contestation préfeate, mue & --- Page 522 ---
[541
nourrie par Michaut, il uy eut jamais leplus
fir la ligne qui fépare les deux
léger doute
défié Michaut de
quartiers, & que Ton a
rapporter la plus légère preuve du fait
contraire,
Ona a vu avec quelle facilité la Dame
la Sentence dont est
Duzech a obtenu
appel, ainfi que celle qui a
été
en
réformée
la Cour, & le plaifir incroyable
déjà
à dépouiller un père de famille,
qu'elle a mis
qui a 40 ans de travaux
utiles, dans un paysa auffi destructeur que celui
On a vu
a
deS.Domingue,
quelle été la fiite d'une action aufi indécente, & le fort d'une Sentence qui avoit ofé donner
On a vu que cette Sentence n'a été exécurée y
lieu,
Fimpoffibilité oh a été le Sieur Dumas,
que par
des Magistrats
par léloignement
Supérieurs, de fe procurer à
Arrêt de défenfe ; que cet Arrêt a été obtenu, temps un
R'a pu être d'aucune utilité au malheureux
mais quil
cité, & qu'enfin PArrêt
qui Tayoit follidéfinitif qui la fait remettre en
polleflion, est le feul bienfait dont il ait pu profiter.
Ona vu la comparaifon des pièces que le Sieur
a faite entr'elles autant
lui
Dumas
quil
a été permis de le faire
par écrit. Car une femblable difcufion
à être plaidée quà être écrite. Les
gagne bien plus
pagnent la parole rendent
mouvemens qui accomlent
Pexpofant plus fenfible, & réveil
davantage Tattention. On lt froidement ce
écrit : mais Pon partage la chaleur de celui
qui est
cette même chaleur fert aux
qui parle, &
Juges auffi bien
On a vn quel est Thomme devant
qu'aux parties,
lequel le Sieur
ne celle de fe trouver, combien de détours
Dumas
gnités il emploie, combien il fait
& de maliquil'a
profiter des connoiffances
acquifs à la faite des Arpenteurs, &c combien il
avantage Tattention. On lt froidement ce
écrit : mais Pon partage la chaleur de celui
qui est
cette même chaleur fert aux
qui parle, &
Juges auffi bien
On a vn quel est Thomme devant
qu'aux parties,
lequel le Sieur
ne celle de fe trouver, combien de détours
Dumas
gnités il emploie, combien il fait
& de maliquil'a
profiter des connoiffances
acquifs à la faite des Arpenteurs, &c combien il --- Page 523 ---
1s1
sen fett pour acquérir des terres qui ne lai coitent
beaucoup, 6 qu'ilvend fort cher, & fur-tout
p.as
pour rintenter
avec aifance dès procès à fès voifins. On a vu que ce
Michaut, dont on reconnoît le portrait, est le feul instigateur & le foutien du procès des Sieur & Dame Duzech,
qui ne font dans l'erreur que parce que cet homme mé
chant les a mal conf@ills, pour le plaifir de tracaffer le
Sieur Dumas. On a vu que s'il a quelques apparences de
titres, il les a fabriqués lui-même, & qu'il n'aeu
la
peine de perfader quelques Arpenteurs, & d'en obtenir que
les fignatures, On a vu que l'ombre légère de ces titres
difparoit auflitôt qu'on en approche le flambeau de l'examen, On a Vu qu'il ne veut que jeter beaucoup d'obfcurité
fuar une caufe qui dans le fond est fort claire, & oû il
ne s'agit que de reconnoitre lal ligne de féparation des
tiers de la Marmelade & des Gonaives, Enfin
quarl'on a vu
que Cet homme est une hydre à fept têtes, que les Cours
Souveraines lui en ont déjà coupé fix, &c que la faptième
n'est pas plus difficile à trancher que les autres.
On a vu l'excaflive faveur dont les Sieur & Dame
Duzech ontjoui par leur crédit en France, &c qui
dant n'a porté que fur des points de forme, fans toucher cepenen rien au fond de la caufe du Suppliant. On a vu linterprétation forcée quils ont voulu donner à l'Arrêt du
Confeil d'État, & que la Cour a dédaignée & profcrite
par fon Arrêt contradictoire du II Juiller demnier, quifait
triompher le Sieur Dumas fixr le poffeffoire.
Ona vu. : . Hé que n'a-t-on pas vu, & que ne verrat-on pas encore? Michaut ne manquera pas de folliciter
lui-même le retard du jugement, pour faire voir ce quelon
a vu linterprétation forcée quils ont voulu donner à l'Arrêt du
Confeil d'État, & que la Cour a dédaignée & profcrite
par fon Arrêt contradictoire du II Juiller demnier, quifait
triompher le Sieur Dumas fixr le poffeffoire.
Ona vu. : . Hé que n'a-t-on pas vu, & que ne verrat-on pas encore? Michaut ne manquera pas de folliciter
lui-même le retard du jugement, pour faire voir ce quelon --- Page 524 ---
[56.1
fait déja & peut-être même ce qu'il a montré dans un
Mémoire qu'il a fait imprimer en France, à la veille du
Jugement qui fut rendu contradictoirement contre lui,le 3
Janvier 1784! Il est bien étonnant qu'il n'ait pas produit
cet Imprimé foudroyant. Il n'y a pas à efpérer qu'il le
produife! Il est facheux que le naufrage de Mogane prive
le Sieur Dumas des exemplaires de ce Mémoire qu'il s'étoit
procurés. Ily auroit puifé encore quelques moyens précieux.
D'après ce qui vient d'être développé, est-il nécellaire
que le Sieur Dumas rappelle qu'il est fans reproches , quil
n'a jamais eu que deux procès dans la longue carrière de a
fa vie,quil a gagné pleinement le premier, & qu'il a 5
déjà gagné fix fois le fecond ? Est-il befoin quil expofa S
encore quilestplus que fexagénatire , qu'il est père des
famille , que fa famille est intéreffante, qu'il est ruiné 9
fes enfans & fa femme PRESQUE SANS PAIN, fiunes
erreur peut le faire fuccomber dans un procès auffi important pour lui, & que Michaut, ce Michaut qui a criés
par-tout que ce vieillard ne verroit pas la fndé ce procès,
ne peut, en aucune manière, fiupporter la comparaifon?4
Faut-il quil répète que les Sieur & Dame Duzech nesr
font qu'abufés, quils cherchent à s'emparer d'un bien quii
ne leur appartient nullement, 80 qui ne peut leur appar--
tenir? Non ffirement, le Sieur Dumas a pour lui Tintégritéa
& le coeur paternel des Magistrats: la bonté de fa caufesh
achèvera de décider leur fageffe. Signe, DUMAS.
Me. BAUDRY DESLOZIERES, Avocat.
Monfieur DE PIÉMONT, Confeiller-Rapporteur..
Au Port-an-I Princ:,, de lImprimerie de MOZARD. 1788..8
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