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M. D C C. LXXXV. PRINCIPES
ÉCONOMIQUES DE LOUIS XII
E T DU CARDINAL D'AMBOISE,
DE HENRI IV
ET DU DUC DE SULLY SUR L'ADMINISTRATION^PJKJJJJANCES,
OPPOSÉS AUX SYSTÈMES DES/B^CTEURS MI^^NES
te; T, ri . F^^^sa^untiargM^tdam. HORACE. --- Page 8 --- --- Page 9 ---
A PRINCIPES
ÉCONOMIQUES DE LOUIS XII
ÊT • DU CARDINAL D'AMBOISE, DE HENRI IV
ET DU DUC DE SULLY, - SUR L'ADMINISTRATION DES FINANCES,. Opposés aux Systêmes des Dofleurs modernes. INTRODUCTION.. CET OUVRAGE sera diamétralement
contraire à celui qu'un Auteur célebre
vient de publier ; mais je suis persuadé --- Page 10 ---
2 INTRODUCTION 1 qu'il ne s'en offensera pas. Au tems oli
nous n'étions encore l'un & 'l'autre que
simples athletes dans la carrière littéraire,
feus le courage d'y descendre , pour le
combattre. Il ne m'en sut pas mauvais
gré : son élévation subite l'empêcha de
me répondre ; mais puisqu'il s'occupe encore , dans ses loisirs , de l'administration
dont il n'est plus chargé par état , je présume de sa loyauté, qu'il n'éludera point
une discussion très-intéressante à laquelle
je vais me livrer encore, avec tous les
égards que méritent ses talens, ses qualités personnelles & ses anciennes places. Il a sur moi de grands avantagesComme écrivain, ses succès ont été rapides & suivis tout à coup d'une éclatante célébrité ; comme administrateur ,
on l'approuve de n'avoir fait que de petites
augmentations secretes sur les impôts, Se
d'avoir très - habilement préféré les emprunts , qui ne sont onéreux qu'aux suecefleurs. Mais ce n'est pas pour moi que je sollicite les attentions , je n'ai point de fyftêmes* L'antique ôc simple doctrine que je
vais rétablir, quoique négligée depuis plus
d'un siecle &: demi, n'en esi pas moins
canonisée par la plus heureuse expérience y
Louis XII & le Cardinal d'Amboise , --- Page 11 ---
îtfîRODUCTÏÔtfi 'J . A ij Henri IV & Sully qui la pratiquerent sonc
adorés des François. Un seul mot exprime cette sagesse
d'autrefois* Appuyés sur la vraie base, de
prenant la prospérité générale de l'Etat
par ses racines, ces deux bons Ministres
de deux excellens Rois, s'attacherentprin•
cipalement a faire fleurir de plus en plus L' A*
GRICUL TURE du royaume. Par cet unique
môyen peu compliqué, mais infaillible s
quoiqu'oublié parles Docteurs modernes,
ils enrichirent le Roi, les gentilshommes,
les bourgeois, propriétaires des terres , ôc
les cultivateurs ; par une suite naturelle,
sans qu'ils sussent obligés de s'en mêler
en rien', les manufacturiers , les marchands , le peuple des villes, qui vivent
sur la ^dépense de ces trois premiers ordres de citoyens, se trouverent dans l'aisance , & se joignirent aux autres pour les
combler de ces bénédictions qui durent
encore.
enrichirent le Roi, les gentilshommes,
les bourgeois, propriétaires des terres , ôc
les cultivateurs ; par une suite naturelle,
sans qu'ils sussent obligés de s'en mêler
en rien', les manufacturiers , les marchands , le peuple des villes, qui vivent
sur la ^dépense de ces trois premiers ordres de citoyens, se trouverent dans l'aisance , & se joignirent aux autres pour les
combler de ces bénédictions qui durent
encore. Ce ne fut pas assez pour eux de ne point
aggraver la charge des impôts, ils la diminuèrent considérablement, d'une maniere
que les Ecrivains à la mode regardent
comme impraticable , faute d'avoir pris
la peine de l'étudier , ou d'avoir eu le
bonheur de la comprendre ; c'est à-dire #
en augmentant beaucoup les revenue du --- Page 12 ---
- '4 INTRODUCTION. prince , ec soulageant néanmoins infiniment toute la nation. Non seulement ils payerent avec ponctualité les intérêts des vieilles dettes ,
comme on se glorifie de l'avoir fait dans
les derniers tems , mais encore ils amortirent les capitaux ôc n'en contracterent
point de nouvelles. Leur antique prudhommie se bornoit a^
suivre les principes excessivement amples
d'un bon gentilhomme pere de famille,
dans ses propriétés foncieres , qui sont, à
mon avis, précisément ceux qui doivent
régler les finances d un royaume ; quoiqu'en derniere analyse, l'ouvrage nouveau
tende à prouver, s'il se peut , tout le contraire. Les grands maîtres du tems présent regardent avec dédain la simplesse de nos
bons ayeux qui n'entendoient rien aux balances d'importations & d'exportations,
aux listes de mortalités , au change, à la
banque , à l'escompte, aux vicissitudes du
commerce étranger , ôt qui ne s'en 'trouvoient pas moins capables de gouverner
un empire agricole. Il me semble que je vois, que j'entends
un de ces habiles Professeurs d'administration qui présente avec complaisance au
brusque Rosni l'épais recueil de ses re- --- Page 13 ---
INTRODUCTION. 5 A iij cherches & méditations politiques , ses
états de population , ses petites vues d'épargnes & de* réformes- apparentes 3 ses
procédés d'agiotage & d'intrigues, pour
attirer l'argent des étrangers & des nationaux; le Surintendant est là qui l'écoute
avec son air négatif, & qui lui répond en
fronçant le sourcil : » J'adore Dieu ! Mon-
>3 sieur, que signifie tout ce fatras, 6c que
» venez-vous conter ici Je sais que
" nos terres sont la source de la richesse , " de la population & de la force de l'Etat , 33 a mesure qu'elles sont mieux cultivées... " Je n'èntends rien à tout le reste ; ce
« sont affaires -de marchands dont nous
33 ne nous mêlons pas J'ai remis
« à nos campagnes les vieux arrérages
" des impôts , pour y semer d'un seul
's coup infaillible totis les germes de la
's prospérité publique... La France payoit
33 tous les ans lus de cent vingt millions, • — # p % o » le Roi n en recevoir que seize , comme
»3 je l'ai prouvé. Nous avons si bien fait
93 qu'il nous en revient plus de trente au
33 trésor, & que le peuple n'en dépense
pas plus de soixante, d'où résulte moitié
33 profit pour les contribuables, & plus
33 d'un tiers de bénéfice pour le Souverain. 33 Avec ces nouveaux revenus , d'autant
t> plus précieux qu'ils ne coûtent rien à -
— # p % o » le Roi n en recevoir que seize , comme
»3 je l'ai prouvé. Nous avons si bien fait
93 qu'il nous en revient plus de trente au
33 trésor, & que le peuple n'en dépense
pas plus de soixante, d'où résulte moitié
33 profit pour les contribuables, & plus
33 d'un tiers de bénéfice pour le Souverain. 33 Avec ces nouveaux revenus , d'autant
t> plus précieux qu'ils ne coûtent rien à - --- Page 14 ---
e INTRODUCTION. #> son peuple , mon maître fait grande-
« ment les dépenles publiques , récomi) pense honnêtement ses bons serviteurs,
33 acquitte les vieux emprunts, & n'en
93 fait pas d'autres Le royaume comM mence à jouir du bonheur que nous
3, lui désirons , parce que nous avons en33 richi directement le Roi > la noblesse,
33 la bourgeoise, propriétaire des terres y
1) & les agriculteurs qui sont vivre tout le
sa monde voilà ma science Quant
3> aux minces détails dont vous faites un
si grand étalage, foi de gentilhomme,
33 je n'y connois rien ; les uns , je ne les
33 ai jamais appris, savoir, la banque, le
33 négoce , le crédit, l'entrée , la sortie
33 de l'argent, l'énumération des enter33 remens, tout cela m'est étranger, 5c
33 vive Dieu , que voulez-vous que j'en
>3 fade ! Quant aux états de recettes 6c
33 dépenses , demandez - les aux Sous33 Commis. Lorsque je les fais dresser, je
u les veux infiniment plus exacts que les
33 vôtres ; à livres, sous & deniers , sans
33 tergiversations dissimulées par des revi-
» remens de parties. Mais aussitôt que
33 je les ai vérifiés &: mis en usage, mes se33 créraires les renferment dans les porte1i feuilles, je ne soufFre pas qu'on en abute
u pour donner au public des connois-
# --- Page 15 ---
INTRODUCTION. 7 Aiv si fonces imparfaites qui ne peuvent servir
» qu'à égarer les lecteurs inattentifs. Chacun pouvant avoir son opinion , la
mienne est que cette sage ignorance des
anciens est préférable en tout à la fausse
doc1rine des modernes (1). J'entreprends de
prouver qu'en derniere analyse les syftêmes à la mode n'aboutirent, quant à
la spéculation , qu'à faire prendre les ac- .
cesïoires pour le principal, les effets pour
les causes, les chimeres pour les réalités ;
qu'ils se réduisent dans la pratique: à sacrifier les intérêts du Roi, de la noblesse,
des autres propriétaires des terres & de
leurs cultivateurs aux rentiers oisifs, aux
banquiers agioteurs, aux trafiquans du
négoce étranger 3 aux fabricateurs des
objets les plus futiles & les plus dispendieux ; je promets, comme de raison,
de répondre à toutes les objections qui
me seront proposées : car je suppose que
l'Auteur des mémoires nouveaux sur les
finances, redevenu simple écrivain polémique , voudra bien ramasser enfin le
gage du combat modestement mis à ses
pieds.
leurs cultivateurs aux rentiers oisifs, aux
banquiers agioteurs, aux trafiquans du
négoce étranger 3 aux fabricateurs des
objets les plus futiles & les plus dispendieux ; je promets, comme de raison,
de répondre à toutes les objections qui
me seront proposées : car je suppose que
l'Auteur des mémoires nouveaux sur les
finances, redevenu simple écrivain polémique , voudra bien ramasser enfin le
gage du combat modestement mis à ses
pieds. (1) Je ne fuis ni le seul ni le premier de cet avis : on
fait que j'ai des maîtres dont je fais gloire d'être le úmplc
1 interprété. --- Page 16 ---
£ INTRODUCTION. Ce(t toujours derriere les ombres vénétables des d'Amboise & des Sully que je me
présente contre un illustre Adversaire qui
prétend marcher de pair avec les mânes de
Colbert ; je n'ai, comme le berger de la
Tribu de Juda, qu'une pannetière , une
fronde & quelques petiçs cailloux choisis
dans le torrent ; mais si la tête exaltée
des géans se trouve fragile 6c désarmée ,
je puis d'un seul coup renverser les colosTes ; la gloire n'en sera pas à moi, nous
en rendrons grâces à la force de la vérité,
£ la foibleiTe de l'erreur. Je diviserai mon petit ouvrage en trois
parties, qui seront publiées l'une après
Fautre : la première comprendra l'expo-
{icion des principes généraux dont l'oubli
totaliait la basedes spéculations modernes.
La séconde, leur application aux détails
de i'administration des finances. La troisieme enfin, mes réponses à routes les
difficultés qu'on pourra m'opposer, &. la
rétractation des erreurs qu'on m'aura prouvées, --- Page 17 ---
[texte_manquant] PREMIERE PARTIE, Expojition des Principes 'K.7, O CHAPITRE PRE m- % *•"1 Analyse des six Classes de Citoyen^ait^ composent un grand Empire agricole 3
dont la connoissance est le premier principe de V 'Administration des finances. A u x yeux de la multitude, un vaste
royaume ne présente que le chaos; aux
yeux de la philosophie moderne, & de
l'Auteur des derniers mémoires sar les
finances , il se réduit à trois especes
d'hommes qu'ils regardent comme ennemis les uns des autres , savoir , les pauvres
qu'ils désignent sous le nom de peuple,-
vivans du travail de leurs mains , les riches qu'ils appellent propriétaires 3 parce ,
qu'ils ordonnent les ouvrages &. distribuent les salaires ; & le Souverain qui
ne peut gratifier l'une des deux classes ,
qu'aux dépens de l'autre , ni s'enrichir lui --- Page 18 ---
\O PRINCIPES ECONOMIQUES même qu'en dépouillant l'une des deux >
( introdàc. page LXXXVlli ; Tome. III y
chapitre du luxe ct ailleurs ; Essai sur la
législation 3 premiere partie 3 p.y 8.) Ces deux manieres d'envisager les sociétés policées me semblent l'une &: l'autre
aussi fausses dans la théorie que dangereuses daps la pratique. Mais , pour le
prouver, je suis obligé de répéter quelques observations si triviales, que je serois
tenté d'en rougir , sans leur extrême importance , 6c lans la facilité merveilleuse
qu'elles me procurent de mettre à néant
les plus sublimes cogitations de nos Docteurs à la mode.
8.) Ces deux manieres d'envisager les sociétés policées me semblent l'une &: l'autre
aussi fausses dans la théorie que dangereuses daps la pratique. Mais , pour le
prouver, je suis obligé de répéter quelques observations si triviales, que je serois
tenté d'en rougir , sans leur extrême importance , 6c lans la facilité merveilleuse
qu'elles me procurent de mettre à néant
les plus sublimes cogitations de nos Docteurs à la mode. S'il existe une évidence dans la nature ,
voici, je crois, une de ses déductions les
plus incontestables, dont l'utilité doit être
jugée par l'application que je me propose
d'en faire aux regles fondamentales de
l'Administration des finances. « Avant que votre valet de chambre
" vous pa£se votre habit, avant même
33 que le tailleur le faiïe, il faut qu'on
ait acheté le drap, avant il faut qu'il ait
» été fabriqué dans la manufacture. * » Mais avant de faire le drap & l'habit,
>5 il faut qu'on ait recolté la laine 8c les
33 subsistances de tous les hommes qui le
« fabriqueront, qui le voitureront, qui --- Page 19 ---
SUR LES FINANCES. 1 * M Pacheteront pour le revendre, qui le
33 façonneront, pour vous mettre en état
33 d'en jouir. 33 Enfin . avant ces récoltes annuelles
33 d'alimens pour les hommes , 6c de ma33 tieres premieres pour les ouvrages , il
33 faut que les fermiers cultivateurs fassent
" les dépenses 6c les travaux journaliers
33 qui les produisent avant il a falfu
33 qu'un propriétaire 3 premier défricheur ,
" planteur 6c bâtisseur, fît les grandes
33 avances foncières j qui rendent le sol su£
» ceptible de culture. Car la nature seule ne donne ni prés, ni
champs , ni vignes , ni vergers , mais des
forêts informes , des friches , des marais,
encore moins fait - elle les chemins , les
fossés, les clôtures, les maisons, les étables
& les granges. 33 Avant que ces utiles fondateurs des
33 domaines ruraux , que l'Auteur des nou33 veaux mémoires n'aime pas 3 puissent
33 exécuter avec profit 6c sans danger ces
33 grandes 6c dispendieuses entreprises , il
33 faut que l'autorité suprême , tutélaire
» 6c bienfaisante établiiTe l'instruction ,
33 la sûreté des héritages particuliers, les
« grandes propriétés publiques 6c com33 munes qui vivifient tout le territoire de
39 l'Etat, --- Page 20 ---
12 PRINCIPES ÉCONOMIQUES Car enfin les premieres avances foncières
ne produisant qu'un revenu modique, mais
solide & perpétuel, on n'y peut sagement
consacrer ses capitaux & ses soins qu'à
proportion de la certitude qu'on a d'en
jouir soi-même & de les tranimettre à ses
représentans ; sécurité qui n'existe jamais
que sous la sauve-garde & par la vigilance
d'une autorité souveraine bien organi- -
fée. Qu'allons-nous conclure de cette expoiltion , qui paroîtra sans doute si peu doctrinale ? C'esfc qu'il existe dans la nature
un ordre évident, général, invariable des
avances & des travaux ; une primogéniture des états & conditions qu'ils caractérisent ; un enchaînement des causes &
des effets que l'ignorance présomptueuse
peut méconnoître, que les esprits superficiels font capables de dédaigner, mais
que la raison ne sauroit contester.
ous conclure de cette expoiltion , qui paroîtra sans doute si peu doctrinale ? C'esfc qu'il existe dans la nature
un ordre évident, général, invariable des
avances & des travaux ; une primogéniture des états & conditions qu'ils caractérisent ; un enchaînement des causes &
des effets que l'ignorance présomptueuse
peut méconnoître, que les esprits superficiels font capables de dédaigner, mais
que la raison ne sauroit contester. Un seul point central 3 qui fixoit tous
les regards des d'Amboise 6c des Sully r
devroit encore attirer ceux de tous les
mortels que les fondions de leurs emplois
ou l'attrait d'un goût patriotique obligent
à s'instruire du grand art de régir les
finances d'un royaume. Ce centre 3 quel en:-il ? C'est, disent
avec simplicité les maîtres que j'ai suivis, --- Page 21 ---
SUR LES FINANCES. IJ" la récolte annuelle des terres cultivées , ce
sont les fruits sans cesse renaissans de nos
prairies , de nos labours, de nos vignes ,
de nos troupeaux, de nos pêches, de nos
mines , de nos carrieres. • Cerre production générale de la- nature
fécondée par les avances & par les travaux
qui la fonc naître, fournit pour les hommes
& pour les animaux utiles des subsistances
qui périssent par une consommation fubite, Se des matieres pour les ouvrages durables qui sont usées lentement par le service journalier. Ce point capital dislingue les citoyens
en plusieurs claps marquées par tordre
essentiel des sociétés, ôc ces classes font
au nombre de six. Rien n'en: plus important que de les analyser par l'essence même
de leurs travaux 3 par la primauté de l'eur
influence , & par la dignité de leur caractere : la doctrine orgueilleuse des modernes , qui brouille tous les rangs d'une *
monarchie, contredit la nature elle-même,
& marche à tâtons dans la route des erreurs. Les trois premières claires d'une société
policée sont marquées par des travaux an-,
l'rieurs a la récolte annuelle qu ils font
naître comme véritables causes ; les trois
- dernieres ne sont que pofiéricurcs , & la --- Page 22 ---
Ï4 PRINCIPES ECONOMIQUES suivent comme simples effets. Il est donc
iouveraincment abusif de les confondre. Les ordres supérieurs & primitifs sont
premièrement le Monarque & sa famille,
avec tous les mandataires de son autorité
iiiprême, tutélaire & bienfaisante, qui
répandent l'instruction générale 6c continuelle , qui garantirent les propriétés
contre les in valions étrangères par la
protection militaire , qui répriment les
usurpations intérieures par la justice; qui
procurent par une sage administration les
grandes constru&ions publiques, les villes,
les ports, les canaux, les chemins & les
ponts; qui font valoir i avec les bonnes
loix & la bonne éducation, pendant les
années 8c les siecles , toutes les propriétés
privées. • Fondions augustes & sublimes qui sont
la [ource premiere & principale de tout
bien-être pour les particuliers; le principe
-de toute prospérité publique , & par une
juste reconnoissance, le fondement de ce
respedt, de cet amour pour leurs Souverains , toujours si marqués dans les François , incapables de croire ; comme les
docteurs modernes , « que les payions des
» hommes ont appelé des maîtres qui ,
33 forcés par l'inquiétude de leurs voisins,
" ou excités par leur propre ambition, pour
la [ource premiere & principale de tout
bien-être pour les particuliers; le principe
-de toute prospérité publique , & par une
juste reconnoissance, le fondement de ce
respedt, de cet amour pour leurs Souverains , toujours si marqués dans les François , incapables de croire ; comme les
docteurs modernes , « que les payions des
» hommes ont appelé des maîtres qui ,
33 forcés par l'inquiétude de leurs voisins,
" ou excités par leur propre ambition, pour --- Page 23 ---
1 SUR LES FINANCÉS, 11 » avoir de nombreuies armées , ne pen-
». sent qu a multiplier les tributs, à diver-.
« fifïer les impôts , à imaginer des em53 prunts, à chercher dans le crédit des
« ressources nouvelles,, ( Introdudion .
page Lxxxiii ) , mais intimement persuadés que l'autorité paternelle du Monarque est le premier anneau d'une chaîne
de travaux utiles qui font le bonheur des
hommes. La seconde clasTe est formée des propriétaires fonciers , de la noblesse , de la
bourgeoisie qui possedent les domaines
cultivables , après les avoir sondés par .de
grands travaux 6c de fortes avances ; car
il faut répéter aux citadins & aux spéculateurs du bel air qu'il en coûte beaucoup,
mais beaucoup , aux premiers créateurs 3
pour établir une terre, une ferme, une
métairie, même le plus petit pte, le champ
le plus médiocre. Ce n'est point, comme
le disent négligemment une ou deux lignes échappées par hasard à la plume de
1 'Auteur dans le pénible enfantement de
trois gros volumes , la fécondité du sol
ni la salubrité du climat qui font les propriétés foncieres , c'est une très - longue
suite de soins, de privations & de dépenses;
vérité qu'ils oublient sans celle, & qu'il
faut rappeler en toute occaHon. --- Page 24 ---
I6 PRINCIPES ÉCONOMIQUES C'est uniquement par l'attention concis
nuelle des héritiers ou des acquéreurs ;
par la peine qu'ils se donnent de les entretenir, de les réparer 6c de les améliorer
a grands frais , que les domaines ruraux
peuvent se maintenir & profpércr. La troisieme cUsse contient les fermiers,
les métayers & tous les autres chefs de
culture avec leurs ouvriers agricoles. Elle
fait continuellement dans l'Etat deux especes de fortes avances ; les premières en
meubles , instrumens de labour, bestiaux
& semences , lors de leur établissment ;
la seconde tous les ans, tous les jours,pour
vivre, travailler & satisfaire à toutes les
nécessités qui leur sont imposées. Nos habiles gens ont beau dire ou supposer le contraire, ces immenses travaux
de l'autorité suprême, des propriétaires
fonciers 8c des colons, sont évidemment
avant la récolte. C'est précisément par eux
qu elle est créée ; sans eux elle n'existeroit
pas ; tels ils sont, telle est la production. Quand ils se perfectionnent de mieux
en mieux dans l'Etat, alors la masse annuellement renaissante des subsistances &
des matériaux devient plus considérabte ,
mieux assurée, de meilleure qualité, par
les loix de la nature, qui veulent que le
pain de l'homme & toutes ses jouillances
ne
videmment
avant la récolte. C'est précisément par eux
qu elle est créée ; sans eux elle n'existeroit
pas ; tels ils sont, telle est la production. Quand ils se perfectionnent de mieux
en mieux dans l'Etat, alors la masse annuellement renaissante des subsistances &
des matériaux devient plus considérabte ,
mieux assurée, de meilleure qualité, par
les loix de la nature, qui veulent que le
pain de l'homme & toutes ses jouillances
ne --- Page 25 ---
SUR LES FINANCES. 17 B he soient sur la terre que l'effet des désenses & du travail. Les trois ordres inférieurs, qui suivent,
& dont les travaux ne tendent qu'a faire
férir les productions pour jamais i Par la
Consommation journalière, sont premie-
' rement les manufacturiers, qui façonnent
les matieres j en usant des subsistances.
Il est d'une supreme évidence qu'ils he
peuvent opérer sur les unes, & se servir
des autres qu'après leur naissance. Ils nien
peuvent donc jamais être La cause, mais
toujours, l'effet, quoi qu'en dirent nos
beaux esprits,qui prennent manifestement
la conséquence pour le principe. Car enfin
ni les grands mots sonores, ni les figures
oratoires ne feront jamais oublier au bon
sens commun , qu'il est physiquement impossible de fabriquer des matieres à venir *
en se nourrissant d'alimens futurs. Après les manufactures vient la classe
des trafiquans & négoeians, qui ne font
qu'acheter les marchandises plus ou moins
façonnées, pour les revendre, y compris
les banquiers * escompteurs & marchands
d'argent, avec les voituriers par terre ou
par mer qui .transportent les objets , du
lieu de leur naiilance à celui de leur consommation. Enfin la clasTe des hommes qui ne sont --- Page 26 ---
18 PRINCIPE S ÉCONOMIQUES occupes qu'à rendre aux autres des services
purement persbnnels, & qui reçoivent
des salaires habituels ou pailagers pour
prix de leurs talens, de leurs soins & de
leurs ouvrages, plus ou moins ingénieux,
plus ou moins utiles. Quelques efforts que fassent tous ces
gens la pour sortir, s'ils pouvoient, de la
place que leur assigne l'ordre évident '& naturel des sociétés policées; ils ne peuvent
manufacturer, voiturer, négocier, employer pour les autres , ou consommer eux
mêmes, que des matieres ci-devant récoltées de arrangées, que des subsistances
nées dans les années précédentes. Il est manifeste que les travaux caractéristiques de ces trois dernieres classes ,
n'ayant pour but que de rendre la consommation plus facile, plus utile & plus
agréable, ne tendent en cette année 1785,
qu'à faire détruire à perpétuité, par Fufige,
les productions déjà récoltées en 1784 ct
dans les années antérieures. Tout au contraire , le Monarque, avec
les mandataires, de son autorité supreme,
tutelaire 6c bienfaisante, dans les départémens de l'instruétion publique, de la
protection civile ou militaire, & de l'administration des grandes propriétés communes : la noblesse & la bourgeoisie pro-
en cette année 1785,
qu'à faire détruire à perpétuité, par Fufige,
les productions déjà récoltées en 1784 ct
dans les années antérieures. Tout au contraire , le Monarque, avec
les mandataires, de son autorité supreme,
tutelaire 6c bienfaisante, dans les départémens de l'instruétion publique, de la
protection civile ou militaire, & de l'administration des grandes propriétés communes : la noblesse & la bourgeoisie pro- --- Page 27 ---
SUR LES FINANCES, Î$ [texte_manquant] priitaires des fonds de terres, par les dépenses & les travaux, soit de premieres
fondations des domaines cultivables, soit
d'entretiens, de réparations , d'améliora-
' tions de lèurs héritages ; ct les chefs des
exploitations rurales, par leurs avances 8c
labours, travaillent directement & uniquement en 1785, aux récoltes futures des
années 1786 ct suivantes, pour les
faire naître, avec d'autant plus de certitude & d'abondance ; pour en saire jouir
la nation d'autant plus avantageusement,
que ces grandes & utiles fondions seront
mieux remplies. Par quel motif, 6c pour quelle fin , les
doreurs 4 la mode, font-ils toujours semblant d'ignorer ces diflinclions évidentes,
qu'ils ne peuvent efFacer , puisqu elles ont
leur principe.dans l'ordre naturel ? Dirontils qu'elles sont inutiles ? C'est ce qu'il faudroit prouver, car depuis vingt-cinq ans ,
nous leur mettons en fait qu'elles sont la
clef de toute science pour les administratéurs, & je m'engage à les convaincre encore ici de cette vérité très-importante. Il
n'en: pas honnête de.les dissimuler, comme
ils font sans celTe; de les embrouiller par de
belles phrases équivoques, & de les faire ,
oublier, à force d'allégations confuses,
sans jamais Les combattre directement. --- Page 28 ---
AO PRINCIPES ÉCONOMIQUES Je m'àdresse donc à l'auteur des nouveaux mémoires, & je prends la liberté
de lui dire : « avoueï , ou contestez ce pre53 mier article, sans tergiversarions, car
53 c est à verus-même que j'impute formel53 ment ici d'avoir commis évidemment la
» faute très-capitale que vous reprochez
t, aux autres ( introduction, page LXXXV )
53 d'égarer la méditation en voulant la
« simplifier plus que la nature des choses
) ne le comporte 33. • « Vous ne connoissez dans un grand
>3 royaume agricole que deux e peces
>3 d'hommes , le peuple des pauvres qui n'a
3) pour vivre que son labeur ; les riches de
toute espece que vous appelez proprié"-
53 tairesqui le font travailler pour leur ar-
>3 gent. ( Voyez l'introduâion page
LXXXVIII , le chapitre du luxe, tome troisieme ; & plusieurs autres). « Cette analyse
>3 cst incomplette, elle fait renaître la
" confusion de toutes les idées, &. ne tend
>3 qu'à remettre sous le boisseau la lumiere
53 que mes maîtres en avoient tirée ,
f) d'après la sage pratique de nos peres >3.
appelez proprié"-
53 tairesqui le font travailler pour leur ar-
>3 gent. ( Voyez l'introduâion page
LXXXVIII , le chapitre du luxe, tome troisieme ; & plusieurs autres). « Cette analyse
>3 cst incomplette, elle fait renaître la
" confusion de toutes les idées, &. ne tend
>3 qu'à remettre sous le boisseau la lumiere
53 que mes maîtres en avoient tirée ,
f) d'après la sage pratique de nos peres >3. En effet, soit ignorance absolue, soit
oubli, soit adresse d'auteurs polémiques ,
nos grands spéculateurs, par cette. réduction plus simplifiée que la nature ne le comporte y font perdre de vue le point central, * --- Page 29 ---
SUR LES FIN A N Ç ES. 21 [texte_manquant] objet primitif des attentions de Louis XII.,
& d'Henri IV., des d'Amboise & des Sully*
c'est-à-dire la rkcolte annuelle des productions. de la, terre cultivée, sans celle périfsantes. par les, consommations 5 sans cesse
renaissantes, par les travaux de la souveraineté, des propriétaires ronciers & des
cultivateurs.. On croit effacer, par ces réticences plus
ou; moins affectées,. les distinctions naturellâs des avances, des. travaux v des rangs
& des fonctions, qui font l'ëssence des,
empires agricoles. On replonge dans le.
même chaos celles qui doivent être considérées comme les plus importantes & les,
plus nobles, à titre de causes avec celles
qui ne peuvent être mises.qu à. leur suite %
comme étant les, effets.. Que peuvent produire ces ténebres
épaissies comme à dessein sur les,premiers
principes de la théorie ? Des résultats obfcurs , imparfaits &: pernicieux, dans l'application. Je promets de le prouver tout à
l'heure, &, je m'engage, a répondre aux, |
objections. Pour avoir méconnu", comme les, déclamateurs, qu'ils.ont choisis pour guides,,
cette distinction évidente des six classes
de citoyens caractérisées par l'essence de
te.urs avances Se de leurs travaux, par leur --- Page 30 ---
II PRINCIPES ÉCONOMIQUES primogéniture , par l'influence plus ou ,
moins directe qu'ils ont sur la récolte, ou 1
qu'elle a sur eux ; les auteurs tant célébrés
n'ont donné, dans tous leurs ouvrages
que des notions vagues, fautives, illusoires
& même très-dangereuses, malgré leurs
bonnes intentions.. A l'égard du Monarque, il induisent a de
très-grandes erreurs, sur l'origine & la nature de son autorité protectrice & salutaire,
sur ses d roits & ses devoirs,, sur ses plus
chers intérêts & sur les objets principaux
de sa sollicitude paternelle. A l'égard de la noblesse & de la bourgeoisie propriétaires de terres , leur sausse
théorie les conduit jusqu'à les regarder
comme les ennemis publics de l'état, qu'on
appeloit en propres termes, dans ce fa~
meux essai de 1775 ( seconde partie, page
147 ), « des bêtes féroces élancées sur le
» peuple pour le dévorer». Qu'on accuse.,
dans celui-ci d'être les seules causes du 33 luxe èt de tous les maux#de la société
( tome 3, chapitre 1 1 ) ; « qu'on dénonce
33 au Roi, comme la clasIe de citoyens, « dont il faut sans cesse tempérer la puis-
« sance & reflreindre la richesse ; Sinon par
de nouveaux partages des terres, qu'on a
l'air de regretter ( tome 3 , page 103 ) au -
moins en multipliant sur eux les impôts, --- Page 31 ---
SUR LES FINANCES. 23
33 luxe èt de tous les maux#de la société
( tome 3, chapitre 1 1 ) ; « qu'on dénonce
33 au Roi, comme la clasIe de citoyens, « dont il faut sans cesse tempérer la puis-
« sance & reflreindre la richesse ; Sinon par
de nouveaux partages des terres, qu'on a
l'air de regretter ( tome 3 , page 103 ) au -
moins en multipliant sur eux les impôts, --- Page 31 ---
SUR LES FINANCES. 23 ll iv ( tome 3 , chap. 11 ) en les obligeant par
des réductions forcées, à vendre le pro -
duit de leurs héritages fort au-dessous de
Ton prix naturel, pour favoriser les trafiquans, les exportations, les capitalises
& les négociateurs des emprunts ( même
tome, chap. 21). A l'égard des cultivateurs en chef 6t de
leurs travaux, ils ne se donnent pas la peine
d'eQ. parler ; comme si l'agriculture 6c le
pâturage n'étoient pas, suivant l'axiome
fondamental du grand Sully, les deux mamelles de l'état. Ils confondent les fermiers
avec la populace des villes.; on confeiTe ingénument , du sar1g froid le plus merveilleux ( tome 3, page 231 ), 6c ailleurs qu'on
ne sait pas un mot de l'état de nos terres cultivées , 6c l'on croit ne rien ignorer de ce
qui peut être utile à l'adminiitration d'un
grand empire agricole! Le peu qu'on témoigne quelque velléité d'en apprendre
peut-être un Jour dans ses loisirs ( tome 3 %
chap. 2.8 , page 357), d'une maniere trèsconfuse , très imparfaite 6c par-là même,
très-inutile ; on le range dans la seconde
partie des recherches con[eillées, comme
objet de curiosité pure, 6c tout au plus d'un
usage très-éloigné.' Ce n'est pas ainsi que pensoient Louis XII
6c le Cardinal d'Amboise. Témoin la pu. --- Page 32 ---
14 PRINCIPES ÉCONOMIQUES nition qu'ils infligerent à l'un des courtisans, pour avoir fait injure à un honnête
laboureur ; ils lui rêtrancherent le pain de
tous ses repas , & ne lui rendirent cet aliment précieux qu'en lui donnant cette
leçon: n'oubliez donc ptus ce qu'on doit à
ceux qui le font naître. Que; d'habiles gens auroient mérité
qu'on les mît à ce régime, dans le tems
où ils arrangeoient de si belles périodes
& combinoient de si magnifiques systêmes? Enfin j à l'égard des trois claires inférieures secondaires de la société, les
sophistes modernes, dont la doctrine orgueilleusement futile est développée dans
plusieurs nouveaux ouvrages ne font aucun
cas des manufactures, du commerce & des
arts qui ne servent que dans l'intérieur du
royaume aux besoins des citoyens. Mais
uniquement de ceux qui travaillent pour
les étrangers, S'ils proposent en apparence ; 6c j'ose
dire , après nous, quelques adoucilFemens
sur les impôts, sur les corvées, sur les milices , par des mo'tifs très-vagues & trèséquivoques , par des moyens crès-impar7 faits & même dangereux; s'ils ont fait ou
„ médité parfimple imitation , assez .mal enr
tendue de mes maîtres , quelques épargnes
ot> quelques établissemens favorables au --- Page 33 ---
SUR LES FINANCES. 15
ent en apparence ; 6c j'ose
dire , après nous, quelques adoucilFemens
sur les impôts, sur les corvées, sur les milices , par des mo'tifs très-vagues & trèséquivoques , par des moyens crès-impar7 faits & même dangereux; s'ils ont fait ou
„ médité parfimple imitation , assez .mal enr
tendue de mes maîtres , quelques épargnes
ot> quelques établissemens favorables au --- Page 33 ---
SUR LES FINANCES. 15 bien public ; c'eiÏ précisément & unique..
ment,d'après leur propre aveu très-formel,
pourfavoriser le crédit ct les emprunts, qu'ils
regardent comme les principales, sources
de puissance pour les empires qu'ils enseignent à gouverner. ( tome 3 , chap. 21,
pages 13 6 & suivantes ). Voici donc tout l'abrégé de ce nouveau
fyflême, qu'un plaisant pourroit appeler
taire philosophique ct politique sur
le chapitré des detteurs ct emprunteurs de
M* François Rahelais, sans, craindre qu'on
pût lui contester rai[onnablement la juftesse de cette analyse. " Il faut exiger sans ceÍfe de très-grands
>3 sacrifices de leurs revenus de leurs.
jouissances de la part du Roi même ,
M de la nobleiïe, de la bourgeoise pro-
» primaires des terres ct des cultivateurs.
v P our favori ser de plus en plus, non pas
v les agens des manufactures du comerce
« &e des arts qui servent la nation dans;
» l'intérieur du royaume; mais uniquement
v ceux du trafic étranger. Pourquoi cette
>5 préférence } Pour attirer sans cesse dans
» la bourse des capitalistes prêteurs y une
» forte portion de l'or $c de l'argent qui
e3 sort tous les ans des mines, & pour
M l'emprunter au besoin par un petit
nombre, d'agens, c'est-à-dire, sans doutq --- Page 34 ---
26 PRINCIPES ÉCONOMIQUES 55 par deux ou trois maisons de hanque
seulement *5. ( tome 3 , page 254 ). Mais, pourquoi ce crédit perpétuel ?
Pour multiplier des armées de terre ct de
mer qu'on puisse soudover , hors des frontieres, afin d'ensanglanter la terre pour le
commerce, (que la guerre détruit), &pour
ajouter,(sans profit pour les officiers, qu'on
trouve trop nombreux & trop bien payés ),
vingt-quatre millions tous les ans, .à cent
quatre-vingt millions & plus que coûtent
déjà la force militaire , la marine & la politique dans un royaume agricole, qu'on
n'attaqueroit jamais , sur tout, étant
bien gouverné ; qui doit trois milliars,
& dont la production territoriale a besoin des secours les plus urgens. J'ose
défier hardiment qu'on me montre un
autre résultat général de tous ces gros ouvrages modernes.(Voyez tome 3,page4Io). Cinquante mille soldats, dix à douze
mille chevaux de plus, quarante millions
surajoutés en argent comptant & quatre
millions annuels pour la marine militafre :
tels sont les premiers articles que l'on fait
entrer dans ct le tableau de la force & de la
" prospérité de l'état ( tome 3, page
414). Pour second, ils proposent que le
Roi sacrifie tous les ans vingt-quatre autres
millions de ses revenus à modifier tris-mal --- Page 35 ---
SUR LES FINANCES. 27
à douze
mille chevaux de plus, quarante millions
surajoutés en argent comptant & quatre
millions annuels pour la marine militafre :
tels sont les premiers articles que l'on fait
entrer dans ct le tableau de la force & de la
" prospérité de l'état ( tome 3, page
414). Pour second, ils proposent que le
Roi sacrifie tous les ans vingt-quatre autres
millions de ses revenus à modifier tris-mal --- Page 35 ---
SUR LES FINANCES. 27 deux impôts, la gabelle & les douanes, &
ils avouent naïvement ( tome 3 ,page 280) et que cette modération des impôts a pour
objet le crédit, ce cher objet de toutes
35 leurs spéculations". C'eA uniquement pour pallier cet étrange
résultat, qu'ils emploient tant d'éloquence
à confondre tous les rangs & tous les emplois de la société , toutes les avances , ,
tous les travaux. Leur manie perpétuelle
est de ne voir qu'oppositions d'intérêt, que
guerres, que combats de peuple à peuple,
de citoyens à citoyens. Non-seulement les
souverains doivent être sans cesse armés à
très-grands frais les uns contre les autres ,
ne tendre, même en tems de paix, qu'à
s'affoiblir & se ruiner par lesguerres sourdes
&: très-dispendieuses de la politique &: des
douanes ; mais encore dans chaque état,
il sa,ut que le Monarque soit toujours^occupé très-spécialement à tempérer la puifsance , &: à modérer les richesses des propriétaires qui sont les ennemis & les fléaux
du peuple. Ce n'esi: point une idée que je prête
aux professeurs nouveaux d'économie
politique, c'est leur dodtrine très positive exprimée clairement dans leurs ouvrages. 'Je répété avec confiance qu'il "
,n'oseront pas m'en démentir, car je les --- Page 36 ---
28 PRINCIPES ÉCONOMIQUES confondrois par cent preuves irrésistiblesCe paradoxe fondamental , heureusement aussi facile à réfuter, que dangereux,.
faisant la base tacite de toutes leurs combinaisons ; je vais les renverser de fond en
comble par la distinction très-évidente
qu'on vient de remarquer entre les six
classis de citoyens qui composent un empire .agricole. Je vais démontrer, avec autant de clarté ,
que le meme point central, qui sert à fixer
les rangs & les conditions dans une monarchie; c'est-à-dire, la récolte annuelle
des fruits de la terre cultivée, toujours oubliée par ces esprits sublimes , offre la réupion évidente & naturelle de tous les intérêtS. Qu'il établit un accord parfait: qu'il.
maintient tous les hommes dans l'état de
fraternité, sans opposîtions ni contrariétés,
desiprétentions & droits légitimes ; qu'il
fait du Souverain l'associé le plus intimée
des propriétaires fonciers & des cultivateurs..
dont le sort est essentiellement & inévitablement la réglé du sien ; parce quîils ne.
peuvent s'enrichir qu'en lui procurant à
lui-même plus de force d'opulence, ni
s'appauvrir qu'à son énorme préjudice.
l'état de
fraternité, sans opposîtions ni contrariétés,
desiprétentions & droits légitimes ; qu'il
fait du Souverain l'associé le plus intimée
des propriétaires fonciers & des cultivateurs..
dont le sort est essentiellement & inévitablement la réglé du sien ; parce quîils ne.
peuvent s'enrichir qu'en lui procurant à
lui-même plus de force d'opulence, ni
s'appauvrir qu'à son énorme préjudice. CE même point central, si malheureusement méconnu dans les plus fameux ouvrages" nous fait voir évidemment les --- Page 37 ---
S U ÏL L ES FI N A N C Ê Si 2 trois classes inférieures de la société civilisée, les manufacturiers., les marchands,
les simples salariés, non dans cette opposition si terrible,(î affligeante pour l'humanité que la réthorique d'un de ces grands
Philosophes exprimoit en 1775 , dans son
essai sur la législation du commerce, (p.149)
par ces mots : n ce sont des lions ct des ani.-
» maux sans défense qui vivent enjemble »*.
mais, au contraire , dans une si parfaite
communauté d'intérêt, que la prospérité générale & particuliere des fabriquans, de,
leurs ouvriers, des hommes appliqués au.
commerce, & de ceux qui sont dévoués
aux services purement personnels, dépend
précisément ct uniquement ( quoi qu'en dise
une fauÍfe & triste théorie ) des mêmes
causes, qui font aussi la richesse du Monarque , celle des possesseurs d'héritages,
fonciers & des cultivateurs. Cette grande, cette utile,, cette consolante vérité , qui peut & qui doit seule
servir de bouÍfole aux administrateurs des
finances d'un grand royaume, qui n'en
est pas moins contredite de nos jours avec
l'opiniâtreté la plus inconcevable, sera
prouvée, je crois, sans replique, dans le
chapitre suivant. --- Page 38 ---
30, PRINCIPES ÉCONOMIQUES J CHAPITRE SECOND. Démonstration du point central qui réunit
tous les intérêts des six classes de citoyens
dans un état agricole, ct qui doitsiervirdc
second principe a l'adminiflration des
finances. QUE l'auteur de l'ouvrage récent sur les
finances , ne trouve dans les états policés
que contrariétés d'intérêts, sans aucune voie
de conciliation. ; rien n'en: plus facile à
prouver. En général, disoit-il, dans son
essai sur la legislation en 1775 ( premiere
partie, page 98 ) : " tout bénéfice qui se
" fait dans l'intérieur d'une société par une
>3 des trois grandes classes qui la com33 posent, le souverain , les propriétaires
" & les hommes de travail, ne peut avoir
" lieu qu'aux dépens des deux autres. L'har-
« monië qui existoit, est alors dérangée,
" & c'est un mal sans doute, si cette har33 monie étoit convenable ». La même proposition fait encore la base
fondamentale de ses nouveaux mémoires,
comme on peut s'en convaincre, dès l'iotrodu&ion (x page LXXXVIII ); encore
mieux dans le chapitre sur le luxe ( tome
troisieme page gz & suivantes ). \ --- Page 39 ---
SUR. LES FINANCES. 3 1 C^est ainsi que les Docteurs modernes
s'obstinent toujours à considérer un vaste
royaume sous l'image terrible d'un champ
de bataille, ou le monarque , les propriétaires & le reste du peuple, armés les uns
contre les autres, combattent sans cesse
avec acharnement. Les nations n'offrent
jamais à leurs yeux que des monstres dévorans & des victimes égorgées.
suivantes ). \ --- Page 39 ---
SUR. LES FINANCES. 3 1 C^est ainsi que les Docteurs modernes
s'obstinent toujours à considérer un vaste
royaume sous l'image terrible d'un champ
de bataille, ou le monarque , les propriétaires & le reste du peuple, armés les uns
contre les autres, combattent sans cesse
avec acharnement. Les nations n'offrent
jamais à leurs yeux que des monstres dévorans & des victimes égorgées. Le Prince ne peut grossir son trésor
qu'en dépouillant un des ordres de citoyens ; & dans cette cruelle nécessité,
c'est contre les propriétaires qu'il doit s'acharner par préférence. Les riches ne peuvent augmenter leurs
biens &c revenus qu'en sassant sur les pauvres des usurpations vexatoires & tyranniques (tome 3 , page S ). On sent d'abord
que ces idées donnent contre les têtes couronnées les impressions les plus funestes,
qu'elles ne tendent qu'à soulever la populace. des villes contre la noblesse & la
bourgeoislepropriétaire des terres ,qu 'à faire
fermenter de plus en plus entre les états
voisins, le malheureux levain des rivalités
trop souvent cimentées par le sang & par
.les larmes. Rien n'esfc donc plus important que cet
objet de discussions; car c'est lui qui regle
par avance tout ce qu'on doit attendre de, --- Page 40 ---
51 P&iNfclPÈSÉCOtfOMîQtJlS la do&rine & des conséquences adoptéeg
par un administrateur. » Vous êtes intimement persuadé qu'il
» est physiquement impossible de procurer
i» aucune espece dè profit au souverain,
" aux propriétaires & au peuple, autrement qu'en faisant du mal à deux par5> ties, pour favoriser l'une des trois; en
»> ce cas tous vos raisonnemens, tous vos
projets, tous vos moyens se réduisent
» donc nécessairement à dépouiller, ou le
» Roi ou l'une des classes de la nation ».
Je prie l'auteur de méditer lui-même avec
plus d'attention, sur ce résultat, qui me
paroît de la plus suprême évidence. Mais avant de l'entendre sur les procédés plus ou moins recherchés de cette
spoliation des uns ou des autres, le bon
sens 8c l'humanité n'élevent-ils pas la voix
pour crier qu'on examiné au préalable ,
avec tout le soin possible, ce principe de
sangy débité si tranquillement comme un
axiôme incontestable. Si la nature qui ne paroît pas nous avoir
créés pour nous détruire mutuellement
les uns par les autres, avoit réellement
permis que les Rois que les propriétaires t
que les cultivateurs pussent très-aisément
s'enrichir eux-mêmes, non-seulement rans
se causer mutuellement aucune sorte de
préjudice » --- Page 41 ---
SUR LES FINANCES. 33 c préjudice, mais encore en railant réciproquement leur avantage commun, 6c qui
plus est celui des manufactures, des marchands 6c des ouvriers ou gagistes ; si ce
moyen de concorde entre tous les intérêts,
étoit évident, simple 8c naturel, il faudroit
rejeter sur l'étiquette du sac, les prétendus
secrets des jongleurs politiques, dont tout
le savoir , suivant leur,) propres aveux , se
réduit à vexer plus ou moins habilement
ceux qu'il faut, à leur avis, sacrifier aux
autres.
plus est celui des manufactures, des marchands 6c des ouvriers ou gagistes ; si ce
moyen de concorde entre tous les intérêts,
étoit évident, simple 8c naturel, il faudroit
rejeter sur l'étiquette du sac, les prétendus
secrets des jongleurs politiques, dont tout
le savoir , suivant leur,) propres aveux , se
réduit à vexer plus ou moins habilement
ceux qu'il faut, à leur avis, sacrifier aux
autres. Par conséquent il est manifeste que ce
premier problême est la pierre de touche
des Régisseurs d'Empires 6c des Professeurs d'administration. S'il existe#tine vraie
doctrine de paix , un principe de société
très-amicale 6c très-intime, entre les classes
de citoyens qui peuvent prospérer de plus
en plus les unes par les autres, bien loin
de se ruiner mutuellement ; la doctrine
qui prendra pour base cette communauté
d'intérêts sera non-seulement la seule vraie
dans la spéculation ; mais encore la seule
préférable dans la pratique. La raison , la
probité , l'humanité rejeteront l'autre
avec indignation , avec horreur. Par conséquent cette grande , cette intéressante que£1ion premiere 6c principale
décidera seule du sort de ces ouvrages tant --- Page 42 ---
34 PRINCIPES ÉCONOMIQUES préconisés par. des lecteurs inattentifs.
J'ose dire qu'elle mérite par son importance l'attention la plus sérieuse ; car c'est
la cause de l'espece humaine toute entiere,
qu'il s'agit de juger contre l'Auteur des
nouveaux mémoires sur les finances, èc
contre ses semblables. Voici donc, en quels termes, je la défendois en 177 5 , dans les éphémérides,
contre l'essai sur la législation : je répéte
mon plaidoyer, parce qu'on ne m'a jamais
répondu : et Quand -un propriétaire iage Se
« honnête, au lieu de bâtir à la ville de
5-1 beaux hôtels, construit à la campagne
« deux ou trois bonnes fermes : quand il
>3 planté un verger, une vigne, au lieu
33 d'une charmille : quand il entretient des
53 ouvriers pour marner des champs ou en33 grailler des prés, au lieu de les payer
53 pour sable'r 6c ratisier des allées; il assure
13 évidemment un bénéfice annuel à lui ôt
>3 à sa poflérité. u Aux dépens de quelle classe, de quel
33 individu se procure-t-il cet accroiiïe33 ment de revenus ? Aux dépens de per33 sonne 33. Elle est donc fausse > évidemment fausse >
de la fausseté la plus incontestable , cette
maxime fondamentale des Philosophistes
a la mode, n qu'il ne se fait aucun bénéfice --- Page 43 ---
SX) K LES FINANCES 35 c ij w par les uns, dans un empire , qu'aux déou pens des autres. C'est là, c'est précisément là, que j'arrêterai l'Auteur célébre , malheureusement séduit par des paradoxes qui feroient la honte & la désolation de tout le
genre humain, s'ils étoient aussi vrais qu'ils
font absurdes.
, cette
maxime fondamentale des Philosophistes
a la mode, n qu'il ne se fait aucun bénéfice --- Page 43 ---
SX) K LES FINANCES 35 c ij w par les uns, dans un empire , qu'aux déou pens des autres. C'est là, c'est précisément là, que j'arrêterai l'Auteur célébre , malheureusement séduit par des paradoxes qui feroient la honte & la désolation de tout le
genre humain, s'ils étoient aussi vrais qu'ils
font absurdes. Aux dépens de qui, répondez, si vous
l'osez, aux dépens de qui ? dans l'univers
entier , ce bon propriétaire va-t-il se procurer dix à douze mille liv. de rentes nouvelles , héréditaires à perpétuité dans sa
famille ou dans celles de ses représentans ? Est-ce aux dépens du Roi! Il est évident que
non, car le Souverain prendra sa part des
nouveaux produits, continuellement renaissans de ces fermes , de ces vignobles, de
ces prairies , que la sagesse du pere de famille vient de créer. Jamais les propriétaires
ne l'ont réfutée : ils sont dans l'heureuse
impossibilité de contester à l'autorité suprême, tutélaire &: bienfaisante, la portion qu'elle a droit de revendiquer dans
cet accroissement des récoltes annuelles. Ils
ne sont pas, comme les capitalises vendeurs d'argent, qui font la loi, même aux
Monarques , suivant vos propres aveux
(tome 3 , page 7 3 ). Est-ce aux dépens des cultivateurs & de --- Page 44 ---
%6 PRINCIPES ÉCONOMIQUES leurs ouvriers agricoles ? Il est evident que
non. Car, après les avoir soudoyés pour
faire les grands travaux originaires , qui
fondent les domaines cultivables, il faudra qu'il en re1te plusieurs a perpétuité sur
le soly attachés à le faire valoir. Voilà donc évidemment les trois premieres classes de la société civile bien
unies par un seul & même intérêt commun,
les voilà qui gagnent incontestablement
toutes les trois ensemble. Quoi qu'on en puisse dire, il n'y a point
là de lions dévorans qui s élancent sur
leur proie, ni d'animaux sans désense qui
se laissent déchirer ; mais au contraire des
associés qui profitent paisiblement, &
chacun pour sa part. Est-ce aux dépens des manufactures ? Il
est évident que non; les pres , les terres , .
les vignes, les vergers nouvellement créés,
ou considérablemènt améliorés vont four--
nir plus de subsistances pour les hommes
6c pour les animaux utiles , plus de matieres pour les ouvrages de l'industrie. Est-ce aux dépens des marchands ? Il est
évident que non, car cette augmentation
annuelle des denrées simples 8c des objets
façonnes, donnera nécessairement de nouveaux objets aux spéculations du commerce. --- Page 45 ---
SUR LES FINANCES. 37 . Ciij Enfin , est-ce aux dépens des simples arlisans ct des salariés ? Il est évident que
non ; car il y aura plus d'ouvrage, le Souverain , les propriétaires , les cultivateurs,
les fabricans, les négocians, qui trouvent
tous dans la nouvelle récolte, une augmentation de profit, pourront employer ôc
payer plus de monde. *
çonnes, donnera nécessairement de nouveaux objets aux spéculations du commerce. --- Page 45 ---
SUR LES FINANCES. 37 . Ciij Enfin , est-ce aux dépens des simples arlisans ct des salariés ? Il est évident que
non ; car il y aura plus d'ouvrage, le Souverain , les propriétaires , les cultivateurs,
les fabricans, les négocians, qui trouvent
tous dans la nouvelle récolte, une augmentation de profit, pourront employer ôc
payer plus de monde. * Ainsi donc, encore un coup, répondez
sans détour, si vous pouvez, aux dépens
de qui ? Ou plutôt n'essayez pas de faire
uneréponse impossible, &: convenez enfin
que votre principe est, par bonheur pour
les hommes, de toute faussété. Bien fein d'être obligé de faire perdre le
Souverain & les quatre autres classes de ses
concitoyens , un sage propriétaire foncier
fait évidemment & nécessairement le profit de toutes, ct le mal de personne, quand il
préfere d'employer des hommes ct de V argent
à l'accroissement & à la perfection des héritages cultivables , d'où Cuit l'augmentation des récoltes annuelles. Elle est donc entierement démolie par
le fondement, cette doétrine superbe de
la philosophie moderne si méprisante &: si
triste pour l'humanité. Non, le créateur de cet univers ne. nous
a point fait pires que les bêtes féroces pour
nous dévorer les uns les auflls. Il a distin- --- Page 46 ---
38 PRINCIPES ÉCONOMIQUES 1 gue notre et pece par un instinct iublime
& caraâéristique qui l'éleve au-deiïus de
tous les animaux , qui la rend la reine du
monde & la maîtresse de la nature. Cet
instinct propre à l'homme seul, qui fait le
titre de sa dignité prédominante dans la
chaîne des êtres, c'est Part agricole qui
s'approprie la terre même, qui la subjugue,.
qui la force à faire naître les objets qui
nous font les plus agréables ou les plus
utiles, à les produire meilleurs, plus sûrement, & avec plus d'abondance. Ou sont
Jes autres especes, qui sachent exercer cet
empire sur le globe que nous habitons!
C'est ce qu'il faut demander, poulies confondre aux soi-disans rages du siecle, qui
se plaisent à ravaler les hommes au-deiïous
des bêtes fauves. C'est aussi dans cet art primitifs le plus
noble de tous, le seul principe de tous les ,
autres, que se trouve encore le germe de
la paix 5c de la société fraternelle qui nous
unit tous. Perfeclionner de mieux en mieux l'agriculture d'un grand royaume , par les procédés iimples, mais salutaires des d'Amboise & des Sully, u c'est le secret natu-
« rel, évident, infaillible, profondément
» ignoré par nos éloquens dissertateurs,
» de procurer le plus grand bénéfice à toutes --- Page 47 ---
SUR. LES FINANCES. 39 C iv M- 'les classes d'une société civile, aux dé-
» pens de personne ». Ce qu'ils regardent
Comme physiquement impossible. Que faudroit-il, pour assùrer cette amélioration progressive & continuelle des
propriétés territoriales des cultivations &
des récoltes ? Il faudroit y multiplier à la
fois, l'argent, les hommes & l'industrie.
Il faudroit attirer 6c fixer de plus en plus
" à la terre, le travail la richeise & lé savoir; c'est-à-dire, opérerprécisément le contraire des pratiques alambiquées , dont la
science à la mode parole faire son étude.
Voila de par la nature, & d'après ses loix
irréfragables, l'intérêt commun des nations
& des Rois.
? Il faudroit y multiplier à la
fois, l'argent, les hommes & l'industrie.
Il faudroit attirer 6c fixer de plus en plus
" à la terre, le travail la richeise & lé savoir; c'est-à-dire, opérerprécisément le contraire des pratiques alambiquées , dont la
science à la mode parole faire son étude.
Voila de par la nature, & d'après ses loix
irréfragables, l'intérêt commun des nations
& des Rois. Premierement , que le Monarque devenu plus riche , emploie tous les ans un
plus grand nombre d'hommes, une plus
grande somme d'argent avec des moyens
plus perfectionnes à la multiplication des
grandes routes, à la confection des ponts
& des canaux, aux ouvrages de l'art qui ont
rendu des rivieres navigables , & pour
tout dire, en un mot, aux grandes avances
souveraines qui couvrent & vivifient tout
le territoire, au lieu de les employer ailleurs d'une manière absolument fiérile ,
qui ne laisse rien après elle. Secondement y que la majeure partie des --- Page 48 ---
40 PRINCIPES ÉCONOMIQUES propriétaires fonciers de l'état, puisse &
veuille, de sa part, suivre l'exemple du
bon pere de famille que je viens de citer
ci-dessus; que, bornant, avec prudence,
tous lesans les jouissances purement agréables a une portion de leurs revenus quittes
& difponibJes, ils en consacrent une autre
a former de nouveaux héritages cultivables ou à perfectionner les avances des
anciens. T roifiemement, enfin queles cultivateurs
en chef, mieux instruits dans leur art sublime, pourvus de moyens plus abondans
& plus efficaces, encouragés par des motifs puissans d émulation , épargnent les
frais néanmoins assurent, multiplient,
bonifient de plus en plus leurs labours,
leurs dépenses 6c leurs récoltes annuelles. Qu'arrivera t-il infailliblement par la réunion de ces agens primitifs, de leurs soins,
de leurs épargnes sagement employées ?
Que la production territoriale croissant de
en plus ; ils en jouiront les premiers avec
justice & sans détriment pour les autres ;
mais, au contraire, au grand avantage des
manufactures i du commerce & des simples
salariés. Car enfin, malgré les éternelles doléances des Beaux-Esprits sur cette harmonie de la société , qui constitue les trois der- --- Page 49 ---
SU R LES FINANCES. 41 nieres classes dans une dépendance trèsréelle & très-inévitable des trois premieres,
il est évident que la totalité de ceux qui ne
travaillent que sur les effets doit attendre
&: recevoir son sort de ceux qui travaillent
pour les causes ; c'esc l'ordre de la nature
qui le veut ainsi : tous les livres du monde
ne le changeront pas. Mais cet empire des propriétaires sur
les hommes occupés de manufactures, de
commerce & de services purement personnels, consiste en ce qu'ils usent de leurs
biens & revenus, à proportion des récoltes qui font leurs fortunes. Plus riches,
ils dépensent davantage & payent mieux;
plus pauvres, ils sont obligés de restreindre
leurs jouissances & leur consommation ;
ils sont réduits à distribuer moins de soldes 8c moins d'ouvrage. Le peuple est plus juste & plus éclairé
que les grands Compositeurs de mémoires.
Il sent qu'il ne fait bon vivre pour lui
qu'à la suite de l'opulence, & qu'il est trèsmal auprès de la misere.
récoltes qui font leurs fortunes. Plus riches,
ils dépensent davantage & payent mieux;
plus pauvres, ils sont obligés de restreindre
leurs jouissances & leur consommation ;
ils sont réduits à distribuer moins de soldes 8c moins d'ouvrage. Le peuple est plus juste & plus éclairé
que les grands Compositeurs de mémoires.
Il sent qu'il ne fait bon vivre pour lui
qu'à la suite de l'opulence, & qu'il est trèsmal auprès de la misere. C'est d'après ce sentiment intérieur,
fondé sur la saine raison que nous arrêterons encore un moment les yeux de nos
Beaux-Esprits de la ville sur les résultats
de l'agriculture sans cesse perfectionnée par
les soins paternels d'un gouvernement rural --- Page 50 ---
42 PRINCIPES ÉCONOMIQUES .1 qui tut celui de Louis XII & d'Henri I V, les
peres du bon peuple François. Fixons , s'il
se peut, les attentions sur le tableau de la
prospérité générale qui renaîtroit à la suite
de cette heureuse implicite. Nous examinerons ensuite les motifs qu'on allégué
pour s 'écarter de leur conduite si pacifique,
si agréable aux cœurs bienfaisans , si sûre
de conduire au bonheur. Les progrès successifs & continuels de
l drt agricole, par 1 amélioration prospere
des grandes avances de l'autorité souveraine, des propriétaires fonciers 6c des cultivateurs, opèrent deux effets; savoir,
10. 1 épargné des frais & travaux, 2°. l'augmentation des récoltes : il faut employer
tous les ans, tous les jours, moins d'argent & moins d hommes à solliciter la
terre , & cependant elle produit plus sûrement une masse tres-supérieure de subsistances & de matieres premieres de meilleures qualités. Elle multiplie, par conséquens) dans 1 état, les hommes, les
richesses, les travaux, les biens & les jouissances. Il faut répéter aux habiles gens d'au-
. jourd'hui que tel est le but, tel est infailliblement L effet des améliorations procurées
aux avances productives. On est obligé de les avertir aussi que --- Page 51 ---
SUR LES FINANCES. 43 l'agriculture est encore éloignée ; mais hélas, très éloignée de l'état de perfection, dans
tous les pays connus, qu'il est même douteux que la nature assigne des bornes à sa
fécondité puissamment aidée par le génie.
des arts. Il y a déjà bien loin d'un homme isolé
qui gratte languissamment la superficie de
la terre avec un bâton, durci au feu, jufqu'au charretier d'un riche colon, qui la remue prestement a la profondeur de six
pouces, par le soc d'une charrue que
traînent quatre forts chevaux. Dans le
cours d'une année ;, ce garçon laboureur seul,
avec les instrumens dont l'art agricole sait
déjà le pourvoir dans les pays 1où il prospere , cultive plus de cent arpens de terres
assolées , dont plus de trente en bled ,
produisent le pain quotidien d'environ
çent personnes ; plus de trente en menus
grains & fourrages nourri lient de nombreux troupeaux ; plusieurs autres peuvent
fournir du lin , du chanvre, des denrées
propres aux teintures, des légumes, des
fruits , des huiles , des boissons.
icole sait
déjà le pourvoir dans les pays 1où il prospere , cultive plus de cent arpens de terres
assolées , dont plus de trente en bled ,
produisent le pain quotidien d'environ
çent personnes ; plus de trente en menus
grains & fourrages nourri lient de nombreux troupeaux ; plusieurs autres peuvent
fournir du lin , du chanvre, des denrées
propres aux teintures, des légumes, des
fruits , des huiles , des boissons. Dans le même cspace de tems le bâton
du premier laboureur n'auroit pas écorché
l'épiderme d'un ou deux arpens qui suffiroient à peine à ses propres consommations réduites au plus strift nécessaire. --- Page 52 ---
44 PRINCIPES ECONOMIQUES Qui sait s 'il existera jamais un dernier
point au-delà duquel on ne pourra plus
étendre les progrès de cette industrie caractéristique, source unique de toutes les
autres ? Quoi qu 'il en soit, dans les états même
les plus floridans , il ne faut qu'ouvrir les
yeux pour voir à quel point l'agriculture est
susceptible de se perfectionner. Et pour
nous borner à la France ; outre l'énorme
quantité de terres en friches que tout le
monde reconnoît pour capables de produire au moins des bois qui manquent
presque par-tout, il suffit de comparer
l'état de nos grandes fermes de Flandres
réunies les unes aux autres , sans intervalle, avec les chétives métairies dispersées
dans les landes & bruyeres de tant d'autres
provinces pour se convaincre que si le
quart & plus du royaume, n'elt point cultive du tout, les neuf :dixiemes des trois
autres quarts mis en valeur, pourroient
l etre au moins trois foistmieux qu'elles ne
le font quant à présent; en conséquence,
produire trois fois plus de récoltes en subsistances & matieres premieres des manu -
factures , multiplier ainjî la population y
la force & la richeise de J'état. C'est une véritè constante ? un fait
connu des propriétaires, des cultivateurs., --- Page 53 ---
SUR LES FINANCES. 45 des agens de l'administration & de tous
les -citoyens qui cherchent l'instruction
ailleurs que dans les beaux livres faits par
des citadins. L'auteur de ceux qui viennent d'éclorre
n'est pas capable de le contester , puisqu'il
avoue lui-même d'une part qu'il, ne sait
rien sur l'état de notre agriculture (tome
3 , page 231 ) & qu'il est forcé de reconnoître ailleurs la nécessité des défrichemens (tome 3 , page 413). Mais ce trait échappé comme par force,
prouve mieux que jamais combien les
principes agricoles de nos bons Rois & de
leurs fages Ministres sont étrangers pour
les philosophes à la mode. On avoit été scandalisé de voir, en
178 1, dans le fameux compte rendu, pag.
114, tout à la fin des détails d'une dépense annuelle de deux cens cinquantequatre millions, l'agriculture entiere du
royaume n'entrer que pour une très-petite portion d'une somme de vingt-six
mille livres qu'elle partageoit en second
avec les mines, c'est-à-dire avec le bureau
de Paris, qui dirige & qui juge les affaires
contentieuses sur l'exploitation des matieres métalliques.
178 1, dans le fameux compte rendu, pag.
114, tout à la fin des détails d'une dépense annuelle de deux cens cinquantequatre millions, l'agriculture entiere du
royaume n'entrer que pour une très-petite portion d'une somme de vingt-six
mille livres qu'elle partageoit en second
avec les mines, c'est-à-dire avec le bureau
de Paris, qui dirige & qui juge les affaires
contentieuses sur l'exploitation des matieres métalliques. On n'est pas trop édifié de lire dans les
nouveaux mémoires (tome 2, page 508) --- Page 54 ---
46 PRINCIPES ECONOMIQUES sur 48 articles de dépenses qui forment
annuellement une masse de six cens dix
millions qu'il n'y en ait pas un pour t'agriture; mais que cet objet capital, hase effentielle de tout bien dans un grand royaume,
foie rejeté presqu'au dernier de tous les.
rangs ( article quarante deuxieme ) 6c noyé
comme a dessein sous le nom de dépenses
diverses dans cette énumération très-singuliere qui dit trop par elle-même pour
avoir beloin de commentaires. » XLII. Dépenses diverses dont la sub-
" division nombreuse exigeroit une trop
» grande quantité d'articles ; tels sont
" les soldes 6c demi soldes payées par la
« compagnie des Indes , les dépenses de
» l'école vétérinaire 6c de la louveterie,
» les encouragemens accordés aux mines,
" a l'agricuture, aux pépinieres. Quel-
« ques gratifications , à la charge de la
*3 ferme générale, les frais de tirage de"
33 loteries, les loyers des maisons à Paris
>3 & à Fontainebleau. Les dépenses inté33 rieures des palais de justice 6c beaucoup
33 d'autres objets fixes ou casuels, payés par
33 différentes caisses , environ quinze cent
>3 mille livres 33. Qu'auroient dit Louis XII & son Cardinal: Henri l'ami des cultivateurs 6c son
brave grand maître , s'ils avoient vu irai- --- Page 55 ---
SUR LES FINANCES. 47 ter avec ce mépris le cher objet de leurs sollicitudes paternelles , l'agriculture d'un
empire comme la France ? Il est vrai, cependant, que dans le tome
troineme, page 413 , l'auteur fait un grand
effort de géneroiite pour donner aux défrichemens, une activité qu'il appelle incroyable; il proposeroit d'y sacrifier, c'ese
son mot sacrifier, deux grands millions tous
les ans , supposé qu'il en eût quelque jour
cinquante ou soixante de plus annuellement
à la disposîtion. Rien ne prouve mieux
son ignorance absolue sur les premiers élémens de Fart agricole dont il avoit fait
l'aveu quelques pages auparavant. Deux grands millions formeroient par
an,à peu près deux cens domaines cultivables
asse\ médiocres. Car il ne faut pas avoir
beaucoup étudié la campagne, pour sa voir
qu'un héritage qui ne vaut en tout que dix
mille francs., y compris les terres, les édi- "
fices, les plantations du propriétaire & les
avances du fermier cultivateur , n'est:
qu un bien très-ordinaire, une très-mince
propriété bourgeoise. Mais le royaume de
France contenant beaucoup plus de trente
mille paroisses ; a deux cens domaines trèsmédiocres par an 3 cette incroyable aélivite
procurée par le sacrifice incroyablement généreux de deux grands millions sur soixante
ille francs., y compris les terres, les édi- "
fices, les plantations du propriétaire & les
avances du fermier cultivateur , n'est:
qu un bien très-ordinaire, une très-mince
propriété bourgeoise. Mais le royaume de
France contenant beaucoup plus de trente
mille paroisses ; a deux cens domaines trèsmédiocres par an 3 cette incroyable aélivite
procurée par le sacrifice incroyablement généreux de deux grands millions sur soixante --- Page 56 ---
48 PRINCIPES ÉCONOMIQUES nouveaux qui seroient-ajoutés à la dépense annuelle, n'auroit besoin que de cent
cinquante années entieres ct nzême plus, pour
fonder une pauvre petite métairie par
chaque paroisse. « Ne parlez plus de tableaux ( disoit un
>3 peintre à l'Empereur Charles-Quinr ),
33 car ces enfans qui broyent là bas mes
33 couleurs sur le marbre se moquent de
" votre majesté
ce Ne parlez plus d'agriculture, dirons-
»3 nous, avec le même respedt & le même
" zele aux grands Docteurs de la ville ;
" vous confessez n'y rien connoître, &
" le fait se démontre allez de lui-même. v Qu'ils ne parlent plus d'agriculture, car
ce grand objet principal mis à côté de leurs
petites spéculations, de leurs petits calculs,
de leurs petites opérations, les fait rentrer
dans le néant ; comme je le prouverai
dans ma seconde partie, en examinant
les détails qui concernent l'assiette des revenus publics, le crédit, la population s
la richesse & la force cfe l'état, toujours
avec le même zele pour la vérité, la même
vivacité contre les erreurs ; mais aussi toujours avec autant de respct pour les écrivains fameux que je suis obligé de combattre , ôc pour leurs bonnes intentions. SECONDE PARTIE --- Page 57 ---
SUR LES FINANCES, 49 D SECONDE PARTIE, Application des principes aux détails
- de l'administration des Finances, CHAPITRE PREMIER. Des revenus publics ; du système actuel Ù
de sa réformation. PUISQUE les six classes de la société civile.
qui sont amies 8c subordonnées entr'elles,
à. titre de caus es 8c d'effets , bien loin d'être
cruellement opposées les unes aux autres,
ont un intérêt général & commun qui doit
réunir tous les vœux, toutes les attentions
des citoyens & des administrateurs. Puisqu' il est évident que ce point celltrai de conciliation ; ce premier principe
de tout bien consiste dans L'amélioration,
progressive de notre agriculture > dont l'état
at1uel est par-tout manifestement fort inférieur à ce qu'il pourroit 8c devroit être t
PuiÍqu'il faut, pouf opérer infailliblement cette perfection continuelle de l'art
agricole , attirer sans cesse 8c de plus en
plus a la terre notre mere 8c nourrice de --- Page 58 ---
fo PRINCIPES ! CON 0 1rf 1 QUE S l'argent, des hommes 8c de Findustrie ;
pour y bonifier les avances & les travaux
de l'autorité tutélaire & bienfaisante, de
la, propriété fonciere 8c des exploitations
rurales, qui peuvent seules incorporer à
perpétuité au sol de l'état les sources
réelles de la population , de la, force & de
la richeiTe. Puisque le seul moyen de doter ainsi de
mieux en mieux le territoire d'un grand
empire agricole , est d'enrichir journellement par un seul &même procédé, qui fut
celui des Louis XII 8c des Henri IV, le
Roi, les gentilshommes 8c les bourgeois
possesseurs des fonds cultivables , avec les
vénérables chess des ateliers de culture.
at les sources
réelles de la population , de la, force & de
la richeiTe. Puisque le seul moyen de doter ainsi de
mieux en mieux le territoire d'un grand
empire agricole , est d'enrichir journellement par un seul &même procédé, qui fut
celui des Louis XII 8c des Henri IV, le
Roi, les gentilshommes 8c les bourgeois
possesseurs des fonds cultivables , avec les
vénérables chess des ateliers de culture. Il s'ensuit évidemment que la théoriç
des impôts se réduit au problème donc
Sully chercha si soigneusement 8c trouva
si heureusement la iolution. « Faire en sorte que le Roi gagne beaucoup plus 8c que la nation perde beau1) coup moins Parquel acharnement inconcevable nos
Docteurs modernes se donnent-ils tant de
peines pour étouffer ce rayon de lumière ? « Impossible (disent ils) 8c vous n'offrez
» qu'une chimere en proposant de trans-
» .former subitement 8c d'an seul coup,
»> fOUS les impôts en une perception di- --- Page 59 ---
SUR LES FINANCES. l D ij » reéte des revenus territoriaux ». C'eit
le su jet du chapitre sixième des nouveaux mémoires , tome premier , pages
15 6 de suivantes. » Impossible, dires-vous? » Eh bien, :
je vais démontrer le contraire par vousmêmes , en exposant les sausses suppoGtions , les erreurs de calcul, les omisfions d'emploi de ce fameux chapitre
dixième. 1°. Fausses suppositions : nous n'avons
jamais dit, nous ne dirons jamais qu'il
faut subitement ct tout a coup, abolir la totalité des. impôts indirects 8c les transformer en une taxe sur les revenus des
terres. Nous croyons, de je le répété, que Puni é
de taxe est le régime d'un royaume nouveau . qu'on voudroit bien administrer,
œlui de la nature, de sa loi de justice, de
sun ordre de bienfaisance. Quoique 1e régime d'un homme toujours sain & toujours vigoureux soit de
faire un ou deux bons repas dans la journée; celui d'un malade, que la fievre n'a
pas encore quitte tout à fait après une
longue & périlleuse attaque n'est sûrement
pas le même , & nous convenons, hélas,
trop facilement que ce dernier état est
malkeureusement celui de toutes les so- --- Page 60 ---
52 PRINCIPES ECONOMIQUES ciétés civiles, dans l'Europe moderne ,
désolée depuis deux siccles par les nouveaux principes de finances. C'eil: toujours par degrés qu'on rapproche un convalescent de son ancienne
vie commune; lisez sans préoccupation ôc
vous verrez que ce procédé, prescrit par
la sagesse, a toujours été conseillé pour
la maladie politique des empires agricoles,
réduits presque à l'agonie par les administrateurs systématiques. .Entrons dans les détails & vérifions les
mécomptes, je trouverai dans le cours de
cette discution le moment &• l'occasion
de faire sentir l'utilité des principes généraux par la justesse de l'application. On suppose donc, mais uniquement
parce qu'il plaît ainsi, dans ce grand Se
fameux chapitre sixieme ( page 165 ) qu'il
s'agiroit de supprimer tout à coup, & dès
le premier moment, trois cens soixantesept millions & denzi produits par tous les
impôts indirects, & de les transformer à
l'instant même en un certain nombre de
vingtiemes.
ution le moment &• l'occasion
de faire sentir l'utilité des principes généraux par la justesse de l'application. On suppose donc, mais uniquement
parce qu'il plaît ainsi, dans ce grand Se
fameux chapitre sixieme ( page 165 ) qu'il
s'agiroit de supprimer tout à coup, & dès
le premier moment, trois cens soixantesept millions & denzi produits par tous les
impôts indirects, & de les transformer à
l'instant même en un certain nombre de
vingtiemes. On convient cependant en propres termes
( page suivante ) que dans ce cas même, il
y auroit trente-trois millions de bénéfice
annuel à partager entre le Roi & son
peuple, parce que « les frais connus qui, --- Page 61 ---
SUR L r 5 FINANCES. 53 Diij » sont de cinquante-huit millions toui » les ans, ne feroient plus que de vingt-
>3 cinq n. Je prends acte de cette confession. » Mais, dites-vous sur le champ, dans >5 la même pagé j en diminuant les trente-
» trois millions de frais , il resteroit
« trois cens trente-quatre millions ôc
* demi; or cette somme vaut près de /
>î seiye vingtièmes ; il y en a déjà plus de
M trois 2 vous en leveriez donc environ
» treize « ; & c'esfc sur la foi de cet
épouvantait que vous vous imaginez avoir
prouvé l'impossibilité prétendue, qui vous
donne matiere à six grandes pages de fermons sur des moralités qui ne sont nicdntestées ni relatives à la grande question
dont il s'agit. Je vais faire le plus grand pas qu'il soit
possible, & supposer avec vous la trans-
" formation qu'on pourroit faire à la fin
d'un bail de la serme & de La régie générale toutes entieres en une taxe de remplacement, dont la perception seroit confiée
aux fermiers ct aux régisseurs généraux unis
comme autrefois, après qu'on l'auroit efsayée provisoirement, avec les procédés de
justice & de sagesse que le Roi rie pourrait
manquer de mettre dans une si grande
opération, s'il la trouvoit praticable. --- Page 62 ---
54 PRINCIPES ECONOMIQUES L 'auteur fameux qui croit nous réfuter,
& que je supplie d'écouter notre défense,
a fait lui-même des innovations. Il en m.éditoit plusieurs autres indiquées dans ses
nouveaux mémoires. nous partons 1 'un & l'autre d'un
principe commun , la nécessité d'une réforme , que nous désirons tous les deux s
& que le Roi seul peut juger. Les docteurs modernes ont proposé'
quelques modifications des impôts indirects , par des procédés très-compliqués Ôc
sujets a de grandes objections. J'oppose
un autre plan que je Crois plus juste, plus.
utile au Roi 6c a la nation. Mes idées très:-
simples a'ofFensent personne. Il m'est aussi
permis <ju i tout autre de les exposer à
mon tour. j Si le zele patriotique m'aveugle sur ce
point, ce qui est très-possible ; au moins
est-il respectueux, désintéressé, par consequens digne de quelqu'indulgence. la ferme & la régie le vent sur la nation , suivant vous-même, l'une cent qua.
tre- vingt-six millions (tome premier ,
page ) l'autre environ cinquante-un millions 6c demi (page 15 ); en tout, deux
cens trçnte-sept millions & demi. Si la nation fourni {Toit au Roi ce même
revenu quitte ôc net de deux cens trente-
au moins
est-il respectueux, désintéressé, par consequens digne de quelqu'indulgence. la ferme & la régie le vent sur la nation , suivant vous-même, l'une cent qua.
tre- vingt-six millions (tome premier ,
page ) l'autre environ cinquante-un millions 6c demi (page 15 ); en tout, deux
cens trçnte-sept millions & demi. Si la nation fourni {Toit au Roi ce même
revenu quitte ôc net de deux cens trente- --- Page 63 ---
SUR. LES F IN A N C E S. 5 5 D îv lept millions 6c demi , en une taxe de.
remplacement confiée par forme cTeflai aux
fermiers 6c régisseurs unîg ; il y auroit de
bénéfice clair & net , premièrement ,
vingt-quatre millions six cens mille liv.
que coûtent, suivant vous-même, les
frais connus des employés de la ferme générale ( page 73 ) ; secondement les frais
connus de la régie générale qui sont, de
huit millions six cens, mille livres ( page78 ) ; en tout, trente-trois millions deux
cens mille liv, tous les ans. Nous avons déjà la moitié du problême de Sully, L3 enrichijJement du Roi
qui gagnerait un superbe accroissement de
revenus. « Mais quoi ! vous voulez imposer aux
» propriétaires des terpes deux cent
» trente-sept millions & demi par forme
w de vingtièmes ? C'est la question que
vous me préparez, j'y réponds d'avance. Non, non , il s'en faut beaucoup, mais.
beaucoup, 6c voici pourquoi. Premièrement la dèpense publique est
d'après votre propre tableau (tome 2, pag..
J 17 si suivantes) de six cens dix millions
annuels. Je vais en retrancher cent quarante
pour les objets qui ne doivent souffrir
nulle diminution quelconque en aucuà --- Page 64 ---
56 PRINCIPES ÉCONOMIQUES cas , comme la paye des soldats ^ la confection des chemins &e autres objets privilegiés. Il n'en restera pas moins quatre
cens soixante-dÏx millions de dépenses;
dont vous comptez deux cens sept en
intérêts de la dette nationale * Je reste
en gages., appointemens, lalaires 2c pensons.. Quant aux créanciers de l'Etat, ils ont
joui jusqu'à présent de l'exemption des
tailles, capitations & vingtièmes sur leurs
rentes viageres ou perpétuelles. On la
leur avoit promise , à la bonne heure :
mais ils ont toujours payé la gabelle , les
aides, les droits sur la viande , sur les
boiiTons, sur les cuirs, sur l'amidon , sur
les minéraux , lur les étoffes, &c. ôcc. Si jamais le Roi dans sa haute sagesse,
transformoit toutes ces perceptions, se^
roit-il jusie que les rentiers euilent le profit
de cet affranchissement, & que les seuls
propriétaires fonciers déjà si grevés fournifTent tout le remplacement ? Non sans
doute. Car ce seroit le comble de l'injustice 6c de la déraison,
boiiTons, sur les cuirs, sur l'amidon , sur
les minéraux , lur les étoffes, &c. ôcc. Si jamais le Roi dans sa haute sagesse,
transformoit toutes ces perceptions, se^
roit-il jusie que les rentiers euilent le profit
de cet affranchissement, & que les seuls
propriétaires fonciers déjà si grevés fournifTent tout le remplacement ? Non sans
doute. Car ce seroit le comble de l'injustice 6c de la déraison, Il enest de même des employés,gagifie$
êc pensionnaires du Souverain , puiiqu'ils
jouiroient tous de la ceiration de ces
impôts qu'ils supportent journellement
comme les autres x ils. devroient fournir --- Page 65 ---
SUR LES FINANCES. 57 leur part de l'équivalent, &: ils ne s'y refusetoien't pas. La matiere qui seroit imposable a une
taxe de remplacement, ne se borneroit donc
pas aux quatre cens trente millions de revenus que vous affignez aux propriétaires
fonciers, d'après l'évaluation des vingtiemes. Il faut y joindre quatre cens
soixante-dix autres millions de rentes ,
gages, pensions, salaires & autres gratifications annuelles. Nous aurions par conséquens déjà neuf cens millions. Mais le clergé du royaume entier qui
possede , Suivant vos mémoires ( tome sécond , pages 308 ôc luivantes) environ
cent & quelques millions de revenus ,
paie de tout tems la gabelle, les aides,
tous les autres droits des fermes & de la
régie, La matiere imposable au remplacement , feroit donc d'un milliard au moins;
en observant toute raison , toute équité,
vous ne la portez qu'à quatre cens trente.
Le s omijswns d'emploi font de cinq cens
soixante & dix millions annuels. Mais sur cette maire qu'il est juste 8c
necessaire d'alTujettir au remplacement ;
faudroit-il imputer la totalité des deux
çens trente-sept millions & demi par an ~i
Vous le croyez ? Eh bien, c'est encore une
illusion évidcnle- --- Page 66 ---
59 PRINCIPES ECONOMIQUES D'abord les pays d'Etats, la Bretagne,
le Languedoc, la Provence , la Bourgogne , la Flandre & l'Artois , ne contribueroient ils pas a la formation du remplacement? Il est vrai qu'ils jouissent de
l'exemption totale ou partielle de quelquesrunes des taxes de la ferme & de la
régie qu'ils ne supportent pas immédiatement ; mais il n'est pas moins réel qu'ils -
en souffrent indirectement par contrecoup. La gabelle fait le plus grand tort aux
Bretons sur le debit de leur sel, quoiqu'ils
soient heureusement encore affranchis de
ce terrible fléau ; les aides & octrois
nuisent à la Guyenne, au Languedoc, à
la Bourgogne sur leï vins ; l'impôt des
huiles à la Provence , & qui pis est, tous
ces pays d'états sont enfermés entre deux
barrières & deux armées de commis, dont
les uns les séparent du reste de univers,
les autres les divisent d'avec la France
même; en outre, ils paient directement,
les uns des petites gabelles, d'autres le
tabac , les droits sur les cuirs, &c. &c. On peut donc asllirer que dans le cas
où il plairoit au Roi de réformer un jour
'touc ce systême si compliqué des derniers
- siecles) les pays d'états peuplés d'excellens
citoyens , qu'il cst très - facile d'éclairer --- Page 67 ---
..
SUR LES FINANCES. 59 quand on en a pour leurs privilèges ÔC
leurs opinions , tous les égards convenables, donneroient volontiers au moins un
huitième du remplacement; ce qui fait
plus de vingt-neuf millions. 1
où il plairoit au Roi de réformer un jour
'touc ce systême si compliqué des derniers
- siecles) les pays d'états peuplés d'excellens
citoyens , qu'il cst très - facile d'éclairer --- Page 67 ---
..
SUR LES FINANCES. 59 quand on en a pour leurs privilèges ÔC
leurs opinions , tous les égards convenables, donneroient volontiers au moins un
huitième du remplacement; ce qui fait
plus de vingt-neuf millions. 1 Secondement, vous observez très-bien
(tonie premier > page 167) que les fermiers 6c leurs ouvriers agricoles , les manufacturiers , les marchands, les salariés
qui profiteroient de l'affranchisse meet ne
s'empresTeroient pas d'augmenter leurs
fermages ou de diminuer leurs marchandises & salaires. Par conséquent qu'il seroit juste & raisonnable de faire provisoirement une petite addition aux tailles
& capitatioils, jusqu'à la réforme de ces
mêmes taxes qui ne viendroit qu'à la suite
de celle dont il s'agit. Ces deux objets, que je suppose encore
subsistans jusqu au moment d'en corriger
les vices, produisent cent trente-deux millions a votre compte ( page 8 ) ; par conséquent trois vingtièmes surajoutés donneroient près de vingt millions. Observez, je vous prie, que c'est une"
taxe très-modérée dans les pays d'élections dont il s'agit uniquement ici. Supposez un particulier qui paye dix. francs
de premier, de fecond brevet des tailles,
de capitation & des autres accessbÍres, --- Page 68 ---
- "60 PRINCIPES ÉCONOMIQUES il 'eût-il que sa femme & deux enfans ils
cônsommeront au moins dix-huit livres de
sel , qu'ils acheteront quatorze sols ,
quoiqu'il n'en valût que deux au prix marchand. C'est plus de dix francs de surcharge
pour la gabelle seule. Ne prissent-ils pour
eux tous au cabaret que quatre vingt bouteilles de vin surchargées de deux sols, au
moins, par les aides; c'en: huit francs.
Enfin le tabac, les cuirs, &c. &c. leur
coûtent plus d'un écu. Total plus de vingtsune livres. Arrêtons-nous un moment sur ce calcuil. J'invite les admirateurs des ouvrages célébrés à y réfléchir ; ôc c'est un des principaux objets, sur lesquels j'en déclare les
auteurs atteints & convaincus, s'ils persislent à ne pas répondre. Ils parlent du peuple, de la tutelle du
pauvret Comment peuvent-ils concilier ce
sentiment avec l'apologie des droits affermés & régis , qui tombent si lourdement
sur les plus malheureux, & toujours à proportion de leur indigence ? Car enfin les consommations que je
viens de détailler, sont celle d'un petit
ménage , &c les impôts dont il s'agit, lui
coûtent plus que le double de la taille. S'il
étoit un peu plus riche, on le coticeroit
v à vingt francs, & ses consommations de --- Page 69 ---
SUR. LES FINANCES. 61 ce genre , seroient encore à peu près
égales. Ces impôts ne lui coûteroient
donc de surtaxe que la même somme
de vingt livres pareille à celle du collecteur.
d'un petit
ménage , &c les impôts dont il s'agit, lui
coûtent plus que le double de la taille. S'il
étoit un peu plus riche, on le coticeroit
v à vingt francs, & ses consommations de --- Page 69 ---
SUR. LES FINANCES. 61 ce genre , seroient encore à peu près
égales. Ces impôts ne lui coûteroient
donc de surtaxe que la même somme
de vingt livres pareille à celle du collecteur. Mais s'il étoit plus pauvre, il ne paieroit que cent sols, encore lui faudroit-il
pour lui, sa femme & ses enfans , autant
de sel, autant de vin ; car je ne compte
qu'à peu près une bouteille par fêtes , dimanches & jours de marché entre quatre
personnes ; autant de tabac , &c. &c. &c.
Il fourniroit donc, dans sa misere, à la
ferme & à la régie, quatre fois plus qu'au
collecteur; & c'est là, de la bonne administration, de la tendre sollicitude pour le
pauvre peuple ? On trouve tr\es-simple , très équitable,
que le malheureux gagne-denier qui vient
de passer la journée dans la fange, à la pluie
& à la neige, sur les ports, paye quatre
sols de surcharge, sur une bouteille de vin
de Surêne ; & M l'abbé de Citeaux, tout
autant, pour une bouteille de vin de son
clos de Vougeaux : que le plus pauvre en
paye autant pour son verre de mauvaise
eau de vie, le matin, qu'un milionnaire,
le soir, pour un verre de crème des Barbades. Et cela-s'appelle , au gré des Docteurs, faire porter l'impôt sur l3 'opulence , --- Page 70 ---
61 PRINCIPES ECONOMIQUES au gran soulagement du peuple ? Ah î qu'il
y a loin des phrases aux effets ! J ose croire que le moyen de soulager
le pauvre peuple tout entier , seroit de
transformer la Gabelle, les Aides & tous
les impôts de cette espece, & de ne percevoir , par forme de remplacement provifoire, que trois sols pour livres des. tailles
Se capitation , car sur une cote de trente
livres qui suppose un ménage dans l'ailance , cette taxe de remplacement ne coûteroit que quatre livres dix fols. Mais la Gabelle feule coûte, suivant
l Auteur des trois gros volumes nouveaux,
plus. que cette même somme de quatre
livres dix sols, sur la consommation du Jcul pere de famille uniquement sans
compter ni femmes, ni enfans ni domestiques. La preuve de ce fait cst très-facile; elle
est écrite dans le sécond tome, au chapitre du sel. Dans les pays de grandes G abelles, la consommation est de neuf livres , -
tous les ans , par chaque tête d'habitans de
tout age 'u de toutsexe, (Torne 2, page 13 ). Or le sel qui coûte au peuple quatorze
lois la livre, n'en vaudroit assurément pas
Quatre sans la Gabelle, & l'Auteur en
convient. Il y a donc plus de dix sols par
livre de sel en surcharge de Gabelle, mul- --- Page 71 ---
- SUR. LES FINANC ES. 63 tipliez par neuf, 6c vous trouverez plus de
quatre livres dix sols ; ce qu'il falloir démontrer & voilà, je pense, comme. il
faut calculer, quand on veut prendre eii
main la tutelle du peuple.
roit assurément pas
Quatre sans la Gabelle, & l'Auteur en
convient. Il y a donc plus de dix sols par
livre de sel en surcharge de Gabelle, mul- --- Page 71 ---
- SUR. LES FINANC ES. 63 tipliez par neuf, 6c vous trouverez plus de
quatre livres dix sols ; ce qu'il falloir démontrer & voilà, je pense, comme. il
faut calculer, quand on veut prendre eii
main la tutelle du peuple. Le sel de la femme & des enfans , les
Aides 8c tout le reste de l'attirail seroient
€n pur bénefice pour le pauvre pere de famiile. Observez que c'est non-seulement
sans aucunfacnfice de la part du Roi; mais
dans une supposition qui lui fait gagner
rous les ans plus de trente-trois millions de
nouveaux revenus. Ainsi nous tenons encore une partie de
la solution du problème de Sully, nous
avons déjà concilié le profit du peuple avec
celui du Monarque. Ne venez donc plus vous targuer de
cette qualité de tuteur des pauvres ; quand,
vous combattez contre nous, pour l'a cdnservation des impôts sur les consommanons. Le pauvre peuple ? Ils nous objectent son état ? A nous , qui crions depuis trente ans, qu'il faut le soulager en
abolissant d'abord, ces impôts qui le désolent. Le peuple dont la voix elt celle de
Dieu, veulent-ils fubirfon jugement , ceux
qui ne l'ont pas soulagé d'une obole > quoiqu'il fût plus facile, plus raisonnable &
plus avantageux à tous égards de le faire --- Page 72 ---
64 PRINCIPES ÉCONOMIQUES en tems de guerre, comme je vous le prouverai dans lesecond chapitre , en traitant
du crédit, votre matiere favorite? Laifièzle Roi supprimer la Gabelle, les Aides,
les entrées , les autres impôts affermés ou
régis, laissez-le abattre les barrieres qui
réparent les provinces les unes des autres,
qui emprisonnent toutes les villes, laiiTezle chasser d'un seul coup plus de quatrevingt mille contrebandiers ou commis.
Laissez - le diminuer le prix du sel de
dix sols par livre, celui du vin, de trois
ou quatre sols la bouteille, celui de la
viande, de deux sols, &c. &c. Venez
ensuite, si vous l'osez, reproposer à la nation , ces impôts établis pour un tems feulement, & sous des formes cent fois moins
terribles, dans un siecle d'ignorance, de
barbarie 6c des plus affreuses calamités !
C'eil là que les discours oratoires seroient appréciés à leur juste valeur. Quoi qu'il en soit, revenons. Entre les
pays d'état le peuple qui gagneroient
beaucoup les uns & les autres à ce marché.
Nous avons déjà quarante-neuf millions
de remplacement ; par conséquent nous
n'avons plus besoin de bonifier au trésor
royal que cent quatre-vingt-huit millions de demi. Comparons maintenant cette somme
avec --- Page 73 ---
SùRtËsfltfÀtfCËS êf E avec la matiere, imposable qui seroit évidemment d'un milliard entier pour le
moins. En faudra-t-il treize vingtièmes *
comme vous le dites ? Non. Pas même
quatre. Jugez par là combien sont fautifs
les calculs sur lequels on vous a fait fonder une telle airertion.
que cent quatre-vingt-huit millions de demi. Comparons maintenant cette somme
avec --- Page 73 ---
SùRtËsfltfÀtfCËS êf E avec la matiere, imposable qui seroit évidemment d'un milliard entier pour le
moins. En faudra-t-il treize vingtièmes *
comme vous le dites ? Non. Pas même
quatre. Jugez par là combien sont fautifs
les calculs sur lequels on vous a fait fonder une telle airertion. Car le vingtième d'un milliard & plus,
est environ cinquante millions , quatre
vingtiemes produiraient donc deux cens
millions. Le trésor royal n'en ayant plus à
retrouver que cent quatre-vingt-huit èc
demi, resteroient onze & demi par an,
qui paieroient les frais & au delà, car le
remplacement retenu tout Amplement sur
les quatre cens soixante-dix millions de
la dépende publique ne coûteroit rien. Eh bien quatre vingtièmes feroient pour
la claire des propriétaires fonciers quatrevingt-six millions par an ; y perdraientils quelque chose; au contraire y gagneroient-ils beaucoup? C'est ce qu'il faut exa*
miner. • Cette autre portion du problème de
Sully mérite bien les attentions des citoyens, des adminisltateurs ëc du Mo..
narque lui-même. Premièrement, "des deux. cens trenterept millions & demi que les impôts sur,
tes consommations font dépenser ; les pro- --- Page 74 ---
66 PRINCIPES ÉCONOMIQUES priétaires fonciers en supportent beaucoup
plus du ners par eux-mêmes, leurs femmes,
leurs enfans, leurs domestiques, ouvriers
& salariés. Par conséquent ces impôts à
supprimer font sortir de leur poche tous
les ans , & jour par jour , environ quatrevingt millions qui resteroient entre leurs
mains, après l'abolition. C'est le premier article oublié dans
votre calcul, & cette omission est très-singuliere. Quatre-vingt millions au moins',
annuellement payés par les propriétaires
fonciers, iops tant de formes aux impôts,
font plus dé rrois vingtièmes dont la va-'
leur sort de leur bourie, & y demeure-.
toit. Qui, sur la valeur de quatre, retient
beaucoup plus de trois , reste beaucoup
moins d'un. C'est-la , je crois , de la bonne
arithmétique. Par quelle baguette d enchanteur en faites-vous un si grand nombre
de vingtièmes (tom / , page 166)? C est
ce que je prends la liberté de vous demander. - De quatre-vingt six millions que les propriétaires fonciers fourniroient par forme
de remplacement, ils en retiendroient par1
leurs mains quatre-vingt tous les ans , de
moins payés par eux, a cause des droits
Supprimés. Reste donc à leur compenser --- Page 75 ---
' & U R LES ËII;A. i-;CË.si* r, t1
r. / 7E ij Tilt millions seulement; c'est-à-dire pas
même le tiers d'un vingtième ; au lieu de
cette multitude que vous supposez. Utr*
reur est forte ; mais elle est évidente.
iendroient par1
leurs mains quatre-vingt tous les ans , de
moins payés par eux, a cause des droits
Supprimés. Reste donc à leur compenser --- Page 75 ---
' & U R LES ËII;A. i-;CË.si* r, t1
r. / 7E ij Tilt millions seulement; c'est-à-dire pas
même le tiers d'un vingtième ; au lieu de
cette multitude que vous supposez. Utr*
reur est forte ; mais elle est évidente. Ces six millions annuels coûteroient-ifô
beaucoup aux propriétaires fonciers ?
Voyez vous-mêmes. Vous avez oublié, mais parfaitement
oublie tout ce que les droits font payer, Se
qui pis est tout ce qu'ils font perdre à la
nation au-dela des deux cens trente-sepc
millions & demi dont vous teniez compte. Premierement, la contrebande absorbe
tous les ans plus de dix-huit millions;
vous convenez-vous-meme qu'elle est immense , & qu'elle survend beaucoup. Le
fraudeur i à cause des risques * des pertes
& des frais, donne à huit sols le sel que
le fermier vend treize ou quatorze > mais
qui n'en vaut que deux. au prix marchand.
Il en coûte donc à l'acheteur six sols pa'r
livre de dèpense surajoutée à cause de la
contrebande. La ferme &c la régie supprimées il n'y
auroit plus de contrebandiers, Les dixhuit millions refleroient k la nation. N'en
comptons que le tiers. pour les propriér
taires fonciersÓ Voilà déjà nos six millions,
&. cette partie principale du peuple ,frangois est au Fair. La taxe de remplacement --- Page 76 ---
69, pR-ltfCIPïS ECONOMIQUES ne lui coûte pas un sol de dépense nouvelle. Mais les contraintes, les saisies j les
amendes, les confiscations , & qui plus
esî:, les exactions clandestines, les pillages & rançonnemens des quarante mille
commis, donc vous avez constaté l'existence (tome premier, pages 193 & fuivantes ,) sont des objets qui n'entrent ,
ni dans le trésor royal, ni même dans
ceux des fermiers & régisseurs , &- que
févaluerai très-modérément à la même1
somme de dix-huit millions. Votre systême qui ne consiste qu'en
simples modifications, les laisse subsister ;
notre plan de transformation les anéantitoit ; encore un tiers d'épargné pour les
propriétaires fonciers qui étoient du pair ;
ce sera déjà six millions de profit. 1 Mais tout ce qui se perd, vous lecomptez donc pour rien ? Quarante mille
contrebandiers & quarante mille commis
ne font rien toute l'année que s'épier
& se cpmbattre. Quatre-vingt mille journées perdues ; à trois cens par an., c'est
vingt-quatre millions : ajoutez-y celles
que perdent les citoyens, ou toutes entieres , ou par portions , pour aller souvent très-loin , sur tout dans les campagnes, chercher le grenier-à-sel & les
autres bureaux , attendre leur tour ou 1^ --- Page 77 ---
" ; SUR LES F ï N A N C~E S. ' 69 E iil« commodité de messieurs les commis s
c'est environ trente millions de journees
perdues par an pour la nation, à dix fols
de profit l'une portant l'autre, ôc c'est
bien peu, quinze millions, dont cinq pour
les propriétaires. Et le sel que produïsoient lçs marais,
parce qu'on le vendoit, qu'ils ne produssent plus parce qu'il ne se consomme
pas; mais qu'on y récolteroit, parce que le
débit en ser oit assuré ; comment se tait-il
que vous n'en teniez aucun compte ?
es par an pour la nation, à dix fols
de profit l'une portant l'autre, ôc c'est
bien peu, quinze millions, dont cinq pour
les propriétaires. Et le sel que produïsoient lçs marais,
parce qu'on le vendoit, qu'ils ne produssent plus parce qu'il ne se consomme
pas; mais qu'on y récolteroit, parce que le
débit en ser oit assuré ; comment se tait-il
que vous n'en teniez aucun compte ? Suivant vous-même la consommaiion
se monte à dix - huit livres pesant par
chaque personne de tout âge de tout
sexe dans les pays qu'on appelle rédimés
qui sont néanmoins soumis à une taxe,
à des formalités Se à des gênes, au lieu
que dans les pays de grandes gabelles,
chaque tête n'en consomme que neuf
livres ; le débit en est donc restreint de
moitié dans les provinces de grandes ga4
belles & d'un tiers au moins dans les petires. Mais l'afFranchissement total joint aux
autres bénéfices, rendroit cet article beaucoup plus considérable. Dans les pays où le sel est a bon marché , comme il seroit par-tout en France
après la réformation ; le peuple , outre la --- Page 78 ---
7O PRINCIPES ÉCONOMIQUES? consommation qu'il en fait à présent
lui-même , & qui seroit doublée, en use.
de trois autres manières; premièrement,
il sale beaucoup plus de viandes , poitsons , beurres , fromages , légumes dans
J'été pour l'hiver ; secondement, il eh
donne , & même beaucoup , à sou bétail ; ce qui le préserve des maladies 8c
le rend plus productif ; troiflemement, il
einploie le sel, même en engrais, avec son
fumier qu'il bonifie très-singulicrement. Je puis donc eslimer à plus de douze
;millions au moins la production de sel
cjui se perd tous les. ans depuis que l'excefîive cherté de la gabelle en a restreint
la consommation ; encore quatre millions
pour les propriétaires fonciers. Observez
qu'on en détruit exprès tous les ans une
énorme quantité qui provient des salpe"
tres & des étaffgs salés de Languedoc 8c
de Provence. Mais les objets que produiroit cette
consommation, les laitages, les légumes y
conservés par la salaison & qui se perdent,
les produits des befliaux &: ceux des
terres vaudroient pour le moins autant,
car on n'y emploie du sel que pour profiter ; par conséquent autres dou\e millions 3 dont quatre encore pour les propriétaire --- Page 79 ---
SUR LES- F i N A N CES. 71 b-i v - Mais le tabac qui naîtroit en France,
vous l'estimez vous-même à-peu-près à
dou^e millions, parce que le débit aux
nationaux & aux étrangers deviendroit
très-supérieur ; encore quatre millions pour
les propriétaires fonciers. Récapitulons, pour vous mettre, s'il se
peut, dans je cas de ne plus oublier des
articles de cette importance, ou de ne
les plus dissimuler , comme on a fait dans
ce fameux chapitre sixième.
v - Mais le tabac qui naîtroit en France,
vous l'estimez vous-même à-peu-près à
dou^e millions, parce que le débit aux
nationaux & aux étrangers deviendroit
très-supérieur ; encore quatre millions pour
les propriétaires fonciers. Récapitulons, pour vous mettre, s'il se
peut, dans je cas de ne plus oublier des
articles de cette importance, ou de ne
les plus dissimuler , comme on a fait dans
ce fameux chapitre sixième. Journées perdues quinze millions ; sel
perdu, faute de consommation , depuis
l'excessif renchérissement douze millions ;
denrées perdues, faute de pouvoir employer du sel , douze millions ; tabac
perdu, par la défense d'en cultiver, douze
millions; total, mais total très-effectif,
cinquante-un millions, perdus, très-manifef
tement perdus tous les ans. Ces impôts sur les consommations produssent au Roi, tous les ans, cent quatrevingt-huit millions , frais déduits; ifs
coûtent à la nation ; 1°. deux cens trentesept & demi levés par la ferme & la régie;
2°, trente six que reçoivent les quatrevingt mille suppôts du fisc de la contrebande & des contraintes ; 40. cinquanteun millions qui se perdent; total général que je délie qui que ce soie de me --- Page 80 ---
\ 11 PRINCIPES ÉCONOMIQUES conceiter ; trois cens vingt-quatre millionS
é demi dépensés ou perdus tous les ans;
tel est évidemment l'effet infaillible & néCessaire de cette espece d'impôt. Et 1 on viendra nous dire tranquillement que ces systèmes ont l'inconvénient
des frais (tome premier, chapitre 6); mais
qu ils ne sont que d'environ quinze à seize
pour cent, Quinze a seize pour cent? ce qui coûte
^ la nation trois ceps vingt-quatre pour
ne rapporter au Roi que cent quatrevingt-huit ? cc J'adore Dieu ! diroit Sully f
quels calculs ? Vous n'êtes pas encore quitte de mon
incommode arithmétique, La doctrine de fiscalité moderne développée dans votre essai sur la legislation de 1775, & dans laquelle vous dédarez formellement persister ( tome j ,
page > consiste précisément suivant
vous-même , a modérer en France le prix
des subsistances & des matieres qui servent
aux ouvrages durables. L effet de cette modération est s selon
vous, de diminuer le prix de la main d'oeuvre ^
& par conséquent celui de l'industrie la plus
recherchée.. Cette diminution assure le débit que les
marchands font avec grand profit aux étran- --- Page 81 ---
sua. IES FINANCES. 73 gers des objets les plus dispendieux, Se
c'est ce que vous appelez en vingr endroits le commerce le plus avantageux ; celui
qui doit être le plus fav^r sé suivant vos
principes. La raison que vous en donnez, C'esi
que les profits confidérabLs des marchands
font entrer dans leurs caisses beaucoup chargent qui sert au crédit ct aux emprunts, vos
deux objets favoris. Impossible aux Docteurs de méconnoître leur prétendue science nouvelle
dans i'analyse que je viens d'exposer :
ils me donneroient trop beau jeu pour
les convaincre. Nous parlerons dans un second cha-
" pitre de crédit Se d'emprunt : je vous l'ai
promis Se je tiendrai parole ; mais il ne
s'agit ici que de prendre ac1e _de vos déclarations multipliées que votre législation
fiscale a pour objet direct de modérer les
prix des subsistances & des matieres premieres annuellement récoltées.
prétendue science nouvelle
dans i'analyse que je viens d'exposer :
ils me donneroient trop beau jeu pour
les convaincre. Nous parlerons dans un second cha-
" pitre de crédit Se d'emprunt : je vous l'ai
promis Se je tiendrai parole ; mais il ne
s'agit ici que de prendre ac1e _de vos déclarations multipliées que votre législation
fiscale a pour objet direct de modérer les
prix des subsistances & des matieres premieres annuellement récoltées. Vous supposiez en 17ï5 (essai sur la
législation , page 90) que là destruction
de ce régime financé à la moderne ,
feroit augmenter les prix ordinaires des
grains d'une pistole par septier • C'étoit
une exagération. Quand je calculerai cette augmentation --- Page 82 ---
74 PRINCIPES ECONOMIQUES sur le pied de quarante sols par septier
seulement, j'userai, comme vous voyez,
de grande modération. Il n'en est pas moins vrai que dans
cette supposition , soixante millions de
septieis qui sont absolument; nécessaires
au pain quotidien des habitans du royaume,
-domneroient seuls un accroissement de cent
vingt millions à la v aleur des grains consommis annuellement par les hommes. - Mais le resfce des productions éprouveroit de même un accroissement de valeur: les autres comestibles, les vins, les
huiles , les cuirs , les chanvres , les
lins, &c. &c. &c. se vendroient mieux
dans l'état d'aiSance &: de pleine franchise que procureroit la réformation to-.
tale des impôts sur les consommations. Je vais ne compter pour les autres objets
quelconques annuellement produits par
nos terres cultivées, que trente millions
d'augmentation. Voyez jusqu'où je poutre
la condescendance. Je n'en ai pas moins cent cinquante millions dont s'accroîtroit chaque. année le
prix de nos récoltes. De ces cent cinquante millions, mettez un tiers pour les cultivateurs qui s'en
contenteroient bien , un tiers pour les
propriétaires fonciers, un tiers pour it --- Page 83 ---
S U H 1E s FI N A N C E S. 7S Roi; c'est cinquante millions de profit
légitime pour chacun d'eux ; car vous
convenez que vos systêmes les obligent et
les sacrifier., - Nous sômmes au but ; reprenons , Se
faisons à chacun son compte particulier :
vous jugerez vous-même, combien vous
étiez loin de la vérité. ARTICLE PREMIER. Le Roi qui reçoit cent quatre-vingt huit
millions de la ferme & de la régie, recevroit après leur suppression; 1°. des propriétaires fonciers, du clergé, de tous les
part -prenans de la dépense publique , rentiers gagistes , pensîonnaires 3 &c. deux s
cens millions par une taxe de remplacement ; 2°. des pays d'états vingt-neuf
millions; 3P. du peuple, en lus des tailles
& capitations , vingt millions ; total deum
cens quarante-neuf millions , au lieu des
cent quatre-vingt-huit ; la différence est de
soixante si un millions ,* qu'on en retire
on\e pour les frais, restent net de benefice
FOur le Roi cinquante millions de nouveaux
revenus clairs ù' liquides au trésor, dont
il n'y auroit pas un sol dépensé de pius
par la nation, ct en outre cinquante millions
d'espérance très prochaine sur l'accroidement du prix des récoltes. •
-neuf millions , au lieu des
cent quatre-vingt-huit ; la différence est de
soixante si un millions ,* qu'on en retire
on\e pour les frais, restent net de benefice
FOur le Roi cinquante millions de nouveaux
revenus clairs ù' liquides au trésor, dont
il n'y auroit pas un sol dépensé de pius
par la nation, ct en outre cinquante millions
d'espérance très prochaine sur l'accroidement du prix des récoltes. • --- Page 84 ---
76 PRINCIPES ECONOMIQUES ' ARTICLE SEC ON D. ' - Les propriétaires fonciers dépensent actuellement , tous 'les ans, 1°. plus de
quatre-vingt millions què levent directement sur eux Scieurs part prenans la ferme
la régie générales; 2°. plus de six -millions des dix-huit que coûtela contrebande;
3°. plus de six, des dix-huit autres que
coûtent les contraintes, saïsies, amendes,
confiscations, pillages, vexations 6c ranconnement des commis ; total des payemens effeaifs quarre - vingt - douze millions. Ils ne payeroient que quatre vingtièmes
valant quatre-vingt-six millions ; premier
bénéfice incontestable six millions. Mais ces mêmes propriétaires fonciers -
perdent très-mariifeslement tous les ans,
1°. le tiers de quinze millions que vaudraient le profit des trente millions de
journées perdues par quatre-vingt mille
commis & contrebandiers. 2°. Le tiers des
vingt-quatre millions que procureroit le bas
prix le bon emploi du sel. 30. Le riers
des douze millions de tabacs qui seroient
produits ; total des pertes pour les propriétaires fonciers en particulier dix-sept
millions qu'ils ne perdroient plus; lesquels
étant joints aux six millions qu'ils ne paie- --- Page 85 ---
: 'S v 'P' LES sF INA N C1 s. 77" raient plus, forment prosit réel, annuel
de vingt-trois millions, en outre ^ ct pardessus le remplacement qu'ils fournir oie ne
au Roi. : Et bientôt les prix de toutes récoltes
étantremontés à leur niveau naturel, par
là cessation des obstacles factices du régin1e fiscal quilles restreint & modifie, >
suivant vous-même ; cinquante millions,
au moins, faisant le tiers de ce rehauile^
ment, deviendroient un autre profit in-1
faillible pour les propriétaires.. ^ : Total général, très-réel tres-indubitable du bénéfice des propriétaires fonciers,
soixante G* treize millions par an. Après là
taxe de remplacement acquittée par eux,
pour la portion qui les concerne. ARTICLE TROISIEM E. Les cultivateurs payent au moins , dans
l'état a£tuel, le cinquième de la somme
que levent la ferme Se la régie, ce qui fait
plus de quarante-jix millions , tous les ans,
pour oette claire précieuse de citoyens
utiles. Nous avons compté ci-dessus vingt millions seulement, à répartir sur les tailles
& capitations au marc la livre. Mais il eit'
visible que les manufacturiers , les maichands, les voituriers, les artistes, les ari --- Page 86 ---
78 PRINCIPES ECONOMIQUES titans, les sùppôts de justice, les hommet
de service en paieroient à peu près la moi..
tié c'est-à-dire,, au moins huit millions. Il
n'en retomberoit donc tout au plus que
douze sur la classe. agricole ; elle auroit
donc sur le champ de premier bénéfice annuel , inconte able, sur la perception seule/
trente-quatre millions,
voituriers, les artistes, les ari --- Page 86 ---
78 PRINCIPES ECONOMIQUES titans, les sùppôts de justice, les hommet
de service en paieroient à peu près la moi..
tié c'est-à-dire,, au moins huit millions. Il
n'en retomberoit donc tout au plus que
douze sur la classe. agricole ; elle auroit
donc sur le champ de premier bénéfice annuel , inconte able, sur la perception seule/
trente-quatre millions, Il faut ajouter , premièrement son tiers
de trente-six millions que coûtent la contrebande, les exactions & faux frais des
suppôts de la fiscalité } c'est encore douze
millions \ plus son tiers des cinquante-un
millions perdus tous les ans en journées,
tabac, sel & autres denrées, dix-sept millio ns , soinme du bénéfice actuel3 inconler
table ù infaillible , dès le premier moments
fàixante' ct trois millions tous les ans. Mais le prix de toutes les productions
annuellement récoltées devant s'accroître,
par l'effet nécessaire & très-prompt de la
liberté, de l'immunité que procureroit
la suppression totale des ferme &: régie
génenerales; il est évident que les cultivateurs proprement dits, c'est-à-diree.
les métayers, les fermiers & même les
bourgeois & les gentilsh'ommes qui fontvaloir par eux-mêmes , recueilleroienc
immédiatement une augmentation de
produit annuel qu'il est impossible, d'après --- Page 87 ---
. ; SUR. LES F' lN -A' NeE s. 79 lë§ calculs avoues & reconnus, déportée
à moins de cent cinquante millions ,
domme je l'ai démontré ci-dellus. N'en attribuons que cinquante à la
claire purement agricole , les cent autres
étant réservés pour partager entre le Roi
&: les propriétaires. Total général cent
trente millions ,de bénéfices annuels, certains
& indubitables tous les ans , pour les cultivateurJ; après le paiement de la portion qui
les concerne dans la taxe imposée pour le
remplacement de la ferme & de- la régie. ; OBSERVATION. " Supposez que toutes mes données sur
les sommes que la nation paye sans profit
pour le Roi ni pour les fermiers ou régilseurs j & sur les revenus quehe perd tous.
les ans, sont exagérées, & que je les ai
porté juiqu'au double de leur valeur. Hè
bien, il n'en résulteroit pas moins un immense bénéfice annuel. Car enfin il y auroit
toujours a partager entre le Roi ct la nation.,
1°. plus de vingt millions de frais avoué .
1°. tout ce qui je paye au-delà, 30. tout
ce qui le perd. 40. tout ce qu'on retranche
du prix des récoltes. e ^ ARTICLE QUATRIEME. Quelle incroyable activité ne procurer --- Page 88 ---
SA PRINCIPES ECONOMIQUES roienc pas en Françe, aux manufactures, att
commerce &: aux arts i la liberté, l'immu'
nité, la prospérité générales? Combien
n attireroient elles pas dans le royaume de
personnes ôc des richeiles étrangeres ,
pour peu qu'on n'y mît plus d'obstacles ? Le Roi, la noblesse, la bourgeoisie propriétaire des terres & toute la classe agricole, devenus tous ensemble infiniment
plus riches, feroient plus travailler
feroient obligés de payer mieux ; car ils
auroient de quoi mettre à l'enchere les
ouvrages & les services.
érité générales? Combien
n attireroient elles pas dans le royaume de
personnes ôc des richeiles étrangeres ,
pour peu qu'on n'y mît plus d'obstacles ? Le Roi, la noblesse, la bourgeoisie propriétaire des terres & toute la classe agricole, devenus tous ensemble infiniment
plus riches, feroient plus travailler
feroient obligés de payer mieux ; car ils
auroient de quoi mettre à l'enchere les
ouvrages & les services. D'ailleurs les manufacturiers, les mar~
chands , les rentiers mêmes, bien loin de
payer plus qu'aujourd'hui, bénéficieraient
au contraire pour leur portion, 1°. des
trente-six millions sur payés ; 20. des cinquante-un millions perdus tous les ans: j'en
demande pardon à tous les honnêtes gens
qui, profitant des circonHances, ont saisl
le moyen de vivre en paix si aije des
rentes sur le Roi qu'on leur offroit avec tant
d'instances, ne leur faire aucun mal, leur
procurer même un peu de bien , s'ils continuent d'être comme les dieux d'Epicure,
spectateurs tranquilles de tout ce qui se
fait dans ce bas monde, leur ofsrir beaucoup d'avantages très-présens & très-réels,
fils veulent rentrer dans la carriere que
l'industrie --- Page 89 ---
SUR. LES FINANCÉS. 81
. F l'industrie, si puiilamment excitée par
Ja richesse de trois premiers ordres de l'état leur offriroit ,.en même tems qu'à tous
les nationaux & même à Un grand nombre
d'étrangers ; c'est, je crois , tout ce qu'ils
pourroient espérer de mieux. Qu ils rongent aux prédictions funestes
qu'ils entendent faire tous les jours; qu'ils
réfléchissent que nous proposons de payer
très exactement les rentes qui leur sont
dues ; de restituer successivement les ca- "
pitaux qui sont remboursables; de les délivrer- des gabelles, des aides , des impôts
sur la viande , sur le cuir , sur les
étoffés 3 &c. &c. &c. &c. &c. & qu'ils
nous jugent. Ma tâche est remplie, le grand problème
de Sully se trouve résolu $ et profit pour le
Roi : profit pour la nation toute entiers.
V à pour chacune cÍes classis dont elle est
» composée ; 11 c'est ce qu'il me falloit démontrer contre les Doreurs modernes. L impossibilité prétendue qu'ils nous opposent, est une chimère fondée sur de
saillies suppositions 5 sur des ehormes erreurs de calcul, sur des omiffioiis d'emploi qui sautent aux yeux, Vainement eiïayeroient-ils de prouver
que lès contrebandes , les exactions pri -
vées des commis & les frais de justice --- Page 90 ---
1 8l PRINCIPES ECONOMIQUES coûtent moins. Le fait est qu ils coûtent
beaucoup, sans profit pour le Roi: En vain
nie contesseroient-ils la valeur de ce qui/e
perd. Le fait est qu'il se perd énormément.
S'ils répondent je me réserve la réplique. CHAPITRE SECOND.
ainement eiïayeroient-ils de prouver
que lès contrebandes , les exactions pri -
vées des commis & les frais de justice --- Page 90 ---
1 8l PRINCIPES ECONOMIQUES coûtent moins. Le fait est qu ils coûtent
beaucoup, sans profit pour le Roi: En vain
nie contesseroient-ils la valeur de ce qui/e
perd. Le fait est qu'il se perd énormément.
S'ils répondent je me réserve la réplique. CHAPITRE SECOND. Du crédit ct des emprunts. AND on veut dépenser au-delà de ses
revenus, il faut emprunter, 6c pour trouver
des prêteurs, il faut avoir du crédit. C'est
ici que triomphe la doctrine moderne. On
s'applaudit avec jubilation d'en avoir eu
beaucoup 8c d'en avoir bien usé, voyez
l'introduction (pag-es centieme & suivantes).
On expose en habile professeur tous les
moyens d' emprunter ( tome 3 , cha p. XXI).
famosité du Ministre acquise &z conservée
par tous les moyens possibles; grande opinion de son pouvoir sur l'esprit de ion
maître; projets d'économie dans les dépenses de la famille royale; principes de
parcimonie dans les bienfaits & récompenses que sollicitent les princes, les grands
Officiers, les serviteurs du Roi & de l'état;
réforme de quelques impôts pour accélérer --- Page 91 ---
SUR Lis FINANCES 83 Fij - la circulation qui fait aboutir aux effets
royaux , l'argent des capitalises ; faveurs
accordées au commerce extérieur, en sa
crissant, tous les ans, un peu des revenus du Roi, des propriétaires fonciers & des
cultivateurs ; combinaisons des remboursemens qui se payent d'une main avec de
nouveaux emprunts qui se font de l'au'tre \
telles sont les grandes & sublimes inveutions qu'on étale avec complaisancb pour
apprendre aux futurs administrateurs, le
grand art de faire des dettes. J'avoue que le Cardinal d'Amboiîe &
le Duc de Sully ne polledoient point cette
science merveilleuse. J'ai vu les comptes
du trésor de ce bon Louis XII, qu'on appeleta toujours leperedu peuple. Vrai nom
des Rois, & sur-tout des nôtres. J'y trouvai , pour chaque année, ce clÍapitre donc
le vélin fut toujours inondé de mes larmes
MUTUA FACTA REGI, emprunts du Roi %
& pour tout détail, ce mot à jamais mé<
morable , NIHIL. Rien ? J'ai lu les économies royales de Sully ,
cet ouvrage original qu'une cabale avoic
voulu faire disparoître, en lui subsistant
de prétendus mémoires de Sully, composés
par un petit littérateur ignorant : dans ce
monument précieux de la sagesse d'Henri
IV, & de son ministre que j'avois tenté de --- Page 92 ---
84 PRINCIPES ECONOMIQUES renouveler , j'ai vu beaucoup d'états des
anciennes dettes payées, pae un de nouveaux emprunts.. François premier lui-même , d'abord
frivole, dissipateur, ennivré de l'amour
des plaisirs , des beaux arts, de la guerre
& des conquêtes, finit par payer les créanciers , & se faire des épargnes, à l'imiîation de son prédécesscu,r. Un de nos plus grands Rois, Charles V,
'dit le Sage, avoit donné l'exemple de
cette conduite , même dans les tems les
plus orageux de la monarchie , lorsque la
France entiere étoit dévorée par les Anglois , dont le Roi Jean , son pere, avoit
été prisonnier , l'inventaire fait après
son décès existe encore. Il ne laissoit aucune delle; mais une made considérable
d'effets de très-grand prix & beaucoup
d'argent comptant, ^
Un de nos plus grands Rois, Charles V,
'dit le Sage, avoit donné l'exemple de
cette conduite , même dans les tems les
plus orageux de la monarchie , lorsque la
France entiere étoit dévorée par les Anglois , dont le Roi Jean , son pere, avoit
été prisonnier , l'inventaire fait après
son décès existe encore. Il ne laissoit aucune delle; mais une made considérable
d'effets de très-grand prix & beaucoup
d'argent comptant, ^ Arrêtons-nous un moment à faire une
réflexion bien simple sur ces époques satisfaisantes de notre histoire ; si le Monarque plein de justice 6c de bonté pour son
peuple que la providence nous a donné,
trouvoit son royaume dans J'erat Ol1
Charles V, Louis XII, François premier
& Henri IV, le transmirent à leurs successeurs, quelle satisfa&ion ne pourroit-il pas
goûter ? --- Page 93 ---
S U RL LES FINANCES. 85 1 F iij Suivant les mémoires sur les Finances ,
les intérêts de la dette nationale & les
foibles remboursemens de capitaux-, forment tous les ans , à peu près un objet
de deux cens soixante millions qui sont
payés par la nation ; mais qui ne contribuent pas d'une obole à la vraie dépende.
Le Roi pourroit donc , sans les dettes anciennement contractées , lever cent trente
millions de moins tous les ans sur ion
peuple , &.neanmoins dépensèr cent trente
millions de plus tous les ans. Quel tableau ? Vous parlez de prospérité publique , de
force prépondérante, de richesses d'un
grand empire? Silesempruuteurs n'avoient
pas eu le malheureux crédit de trouver
plus de trois milliards; s'il& n'avoient pas
fait, au moyen de ces aliénations, les '
guerres soutenues en Europe depuis un
demi siecle, quel si grand malheur auroit donc éprouvé l'humanité? ».
Quelles acquisitions réelles a-t-elle donc
faites dans ces époques, pour tant d'immenses capitaux dillipés depuis, cinquante
sns? Qu'a-t-elle donc gagné qui puilTe dédommager l'héritier d'une si belle couronne des cent trente millions qu'il pourroit remettre tous les ans à son peuple \
des cent trente millions qu'il pourroit
dépenser utilement pour lui-même, au lien --- Page 94 ---
86 PRINCIPES ECONOMIQUES d'en consacrer deux cens soixante à payer
les dettes des autres. Vous dites, que les revenus annuels ne
peuvent pas suffire. à la guerre, ôc vous
vous imaginez justifier la pratique des emprunts. Mais quelle est la cause de cette
impuissance ? N'est-ce pas évidemment
votre cher crédit ? Cent trente millions annuels que le Roi
pourroit employer de plus , ne lui procu -
reroient-ils pas aisément en cas de besoin
une force militaire capable d.e soutenir la
guerre défensive ? Et s'il falloit y ajouter
des secours extraordinaires, la nation heureusement soutagée de cent trente autres
millions 8c prodigieusement enrichie par
cette modération, ne feroit-elle pas en
état de les fournir infiniment plus abon.
dans avec autant de zele que de facilité ? Quand même il faudroit alors ajourer
la totalité des cent trente millions dont
elle auroit profité dans les années de paix.
Eh bien ! des efforts prodigieux qui couteroient jusqu'à deux cens soixante millions par an d'extraordinaire ne la mettroient encore que dans un état infiniment supérieu.r à celui où elle se trouve ,
car elle auroit, pour payer les mêmes
sommes, tout le profit des épargnes qui
auroient précédé la crise, - - --- Page 95 ---
SUR. LE S" F I N ANCES. - 8,*7
millions dont
elle auroit profité dans les années de paix.
Eh bien ! des efforts prodigieux qui couteroient jusqu'à deux cens soixante millions par an d'extraordinaire ne la mettroient encore que dans un état infiniment supérieu.r à celui où elle se trouve ,
car elle auroit, pour payer les mêmes
sommes, tout le profit des épargnes qui
auroient précédé la crise, - - --- Page 95 ---
SUR. LE S" F I N ANCES. - 8,*7 1 F iv Le bon peuple françois est incapable de
juger avec trop de rigueur ses anciens
Rois dont il respeéle les cendres. Il excuse
même avec grand soin ceux qui furent: entraînés par les circonstances, aveuglés par
des flatteurs ôc mal servis par leurs ministres; mais il bénit journellement les
autres. » intimement persuadé que ses Monarques sont les percs de l'état, que 1 autorité suprême est leur patrimoine ; il croit,
avec les d'Amboise & les Sully, qu'ils
doivent l'administrer comme un honnête
• chef de famille régit, son héritage. Dans le
monde, on juge prudent ôc rage l'homme
qui se fait un honneur un devoir de
conserver à ses enfans. le. bien de ses
ayeux dans le même état au moins ou son
prédécesseur le lui transmit. On estime
infiniment celui qui le trouvant grève
de dettes, & mal en ordre, sait le liquider de l'améliorer. Mais on n'a pas
les mêmes sentimens pour le possesseur
qui le dégrade ôc l'accable d'hypothéqués. Pourquoi dissimuler cette vérité si frappante au Roi le plus digne de l'entendre
qui fut jamais placé sur .le trône de France?
Pourquoi lui représenter le crédit ôt les emprunts sous les dehors les plus agreables ,
comme une vraie source de puijjance ! --- Page 96 ---
88 PRINCIPES ÉCONOMIQUES. Pourquoi se vanter à la face de son peuple
§c de tout l'univers d'avoir beaucoup emprunté 3 comme s'il n'en résultoit pas qu'il
faut payer beaucoup d'intérêts 6t de capitaux , lever, par çonséquent de maniere
pu d'autre, beaucoup de deniers dont la
moitié pourroit former l'augmentation
de la. bonne 6c vraie dépense du Roi ,
l'autre pourroit demeurer entre les mains
de ses sujets pour améliorer leurs propriétés foncière, leurs cultures, leur commerce &. leur industrie ? Encore si le crédit public procuroit quelques profits , on pourroit s'excuser envers
les générations futures qu'on grève parles
dettes. Il est des cas ou le plus sage
propriétaire pourroit faire quelques emprunts, 6c s'en applaudir avec grande raison ; par exemple , celui d'une acquisition
nouvelle, ou d'une réparation qui fourniflent tous les ans de quoi payer les intérêts , avec une portion du capital, ÔC
même un bénéfice au-delà; celui du changement à faire d'une créance plus onéreuse en une autre moins chere. Mais s
sans jeter un regard trop curieux sur les
affaires d'état, je doute qu'il s'en soit fait
beaucoup de cette espece, D'autres sont quelquefois nécessités par
des malheurs imprévus, par des forces m^- --- Page 97 ---
SUR, LES FINANCES. ^ 89 jeures 6c irrésistibles ;,mais on ne s'en fait
pas un mérite , on les regarde, sous leur
vrai point de vue, comme des fléaux padagers qui laissent après eux de très-fâcheuses
luttes. On se propose un but, c'esfc d'en
libérer sou héritage ; ce n'est pas de les
perpétuer, de les multiplier.
fois nécessités par
des malheurs imprévus, par des forces m^- --- Page 97 ---
SUR, LES FINANCES. ^ 89 jeures 6c irrésistibles ;,mais on ne s'en fait
pas un mérite , on les regarde, sous leur
vrai point de vue, comme des fléaux padagers qui laissent après eux de très-fâcheuses
luttes. On se propose un but, c'esfc d'en
libérer sou héritage ; ce n'est pas de les
perpétuer, de les multiplier. La doctrine du crédit étalée si pompeusement comme le régime ordinaire d'un
empire agricole, est donc une des plus
dangereuses illusions qu'on puisse offrir
aux Souverains qui regardent leurs sujets
comme leurs enfans, ■& qui régissent leur
état comme un vrai patrimoine. Veut-on se convaincre, par un exemple
bien sensibie de l'effet qu'opere un pareil
systême ; le voici, d'après les mémoires
mêmes ; c'est l'administration des affaires
du Clergé de France que l'auteur empose
très-clairement (tome 2, chapJX;) sans lui
donner le plus petit blâme , au contraire
- en sassant son éloge , 8( certes ij a ses raisons , car c'est précisément le modele qu'il
a suivi, celui qu'il concilie d'imiter à perpétuité, A l'entendre , cette àdministration est
excellence ; car elle ne coûte que quatre
demi pour cent de régie, comme il
FaiTure , tome premier, page S7. Peux vérités cependant se présentent --- Page 98 ---
° PRINCIPES ÉCONOMIQUES dans le même chapitre neuvieme , la premiere que le Roi ne reçoit pas tous les
ans plus de trois millions ct demi des
taxes imposées au Cierge : La seconde
xjue les ecclésiastiques soumis à ces taxes
payent tous les ans plus de dix millions. Le même fait étoit articulé dans le fameux compte rendu de 176t. Comment peut-il arriver que les eccléfiastiques payent plus de dix pour ne fournir que trois & demi au Roi ? C'est que le
corps à su mieux encore que les Docteurs
modernes, se procurer u n ires-grand crédit. Si le Clergé, au lieu d'emprunter, a voit
imposé successivement jusqu'à six millions
payables tous les ans au trésor public ; il
y auroit quatre millions &'demi de profit
pour les gens d'église; deux 6c plus pour
le Roi. Encore une solution du problême
de Sully dans une partie très-importante. N'est-il pas étrange qu'un ancien administrateur des finances du 'Royaume, traitant cette matiere ex professo, dans un
grand ouvrage ne fasFe pas cette réflexion
si naturelle ? Observons néanmoins que le clergé de
France ne paye jamais que cinq pour cent
d'intérêt tout au plus, ôc qu'une grande
partie de ses contrats font à quatre ; car
il possede éminemment cette belle science --- Page 99 ---
SUR LES FIN A N CE S.. et des detteurs ct emprunteurs sans se douter que ce soit un art si sublime; & sans
faire aucun usage , ni de ces rafineme-ns
qu'on étale avec tant de complaisance,
ni de ces banquiers qu'on voudroit ptésenter aux, Souverains comme les agens
nécessaires d'un crédit Jî vanté ; qui , cependant , fut toujours très-i'nférieur à celui du Clergé dont ils ne se mêlent pas. or
Que seroit-ce donc, s'il avoit adopté
le systême ruineux des rentes viagères à
dix pour cent, & sur-tout de celles qu'ont
imaginées les banquiers génevois, réparties sur trente têtes de jeunes filles bien
choisies ?
roit ptésenter aux, Souverains comme les agens
nécessaires d'un crédit Jî vanté ; qui , cependant , fut toujours très-i'nférieur à celui du Clergé dont ils ne se mêlent pas. or
Que seroit-ce donc, s'il avoit adopté
le systême ruineux des rentes viagères à
dix pour cent, & sur-tout de celles qu'ont
imaginées les banquiers génevois, réparties sur trente têtes de jeunes filles bien
choisies ? Les calculs qui servent de bare à cette
combinaison si recherchée par les prêteurs,
par conséquent si nuisible 'aux erhprunteurs , prouvent que la durée commune de
ces rentes viagères est de quarante ans fJ
plus. Par conséquent la nation paye quatre
fois ct plus , chacune des Tommes anticipées par le trésor public, sous cette
forme onéreuse, qu'on a si ouvertement
préférée dans les derniers tems. Nous venons de voir quel est déjà l'effet
de ce beau systême, de préférer les emprunts; il en résulte actuellement suivant
le tableau des nouveaux mémoires ( tome
II, page 517), que le peuple françois paye --- Page 100 ---
92 PRINCIPES ÉCONOMIQUES deux cens sept millions tous les ans s *
même en tems de paix pour les intérêts
de la dette nationale. Suivant le compte rendu de 1781 (page
15 ) 5 les dépenjes extraordinaires de la
guerre sont d'environ cent cinquante millions dilapidés pendant les années d'hofli.
tés au-delà des revenus ordinaires. Le beau systême de crédit & d'emprunt
se réduit donc évidemment 8c uniquement a cette proposition faire au peuple
françois avec beaucoup d'appareil ôc. d'éloquence. es Nous ne vous proposerons pas
M de payer par extraordinaire cent cin-
» quante millions . pendant la guerre qui
» dure communément douze ou treize
5> ans sur quarante. Dieu nous en pré-
» serve, ce .seroit une charge horrible
j3 mais le crédit a de précieuses ressources :
» nous emprunterons, & au moyen de nos
" dettes, vous ne payerez plus à l'avenir
pour les frais des guerres passées que
55 deux cens sept millions d'intérêt tous les
>5 ans , en tems de paix, ct, même en tems
» de nouvelles guerres futures. Deux cens
>5 sept millions , dont partiè en intérêts
), viagers à dix pour cent qui ne dureront
" que quarante ans ; mais au bout des-
» quels vous ne devrez plus le premier
» fonds quatre fois payé: partie en rentes --- Page 101 ---
SUR LES FINANC E -S. 93 >5 perpétuelles, dont vous devrez toujours
» le capital, quoique déj à deux fois rendu. Il est certain que le Cardinal d'Amboise
& le Duc de Sully n'avoient pas fait cette
magnifique découverte. Il est même probable que le bon Louis XII & le brave \
Henri IV auroient eu quelque peine à l'adopter. Payer toujours deux cens sept
pour-s'exempter de payer quelquefois cent
cinquante ; à moins d'être fort initié dans
les mysteres de la science moderne, on
conçoit difficilement cette admirable économie.
» le capital, quoique déj à deux fois rendu. Il est certain que le Cardinal d'Amboise
& le Duc de Sully n'avoient pas fait cette
magnifique découverte. Il est même probable que le bon Louis XII & le brave \
Henri IV auroient eu quelque peine à l'adopter. Payer toujours deux cens sept
pour-s'exempter de payer quelquefois cent
cinquante ; à moins d'être fort initié dans
les mysteres de la science moderne, on
conçoit difficilement cette admirable économie. N'oublions pas que la duréé de rentes
viagères a la Génevoise étant de quarante
ans , 6c les nouvelles guerres succédant à
peu près tous les dix ans aux anciennes *
suivant la politique moderne , que l'auteur
des nouveaux mémoires convient n'être
fondée que sur le crédit & sur l'art des emprunts ( tome 3 , chap. 21), il se trouve
que les arrérages à payer pour les dettes de
la derniere 6c de la pénultième concourent avec les emprunts actuels de la suivante, d'où résulte que la charge annuelle
va toujours d'augmentations en augmentations infaillibles & considérables. Ce qui passe notre intelligence à nous
autres esprits bornés, c'est cette assertion
très-clairement énoncée dans le grand ou- --- Page 102 ---
94 PRINCIPES ÉCONOMIQUES vrage récent sur les finances, que la nation françoise payant six cens dix millions
tous les ans, suivant l'auteur ( tome II, p.
5 17), sans compter une infinité d'objets quiL
a oubliés qui n'en sont pas moins payés ou
perdus, quoiqu'il les ait omis, & le Roi .
n'ayant à dépenser réellement tous les ans,
qu'environ trois cens cinquante millions;ii
n'en résulte pas moins que cet état efl fort
bon, comme on l'assure ( tome II, p. 525). Nous connoissons aussi, tous tant que
nous sommes d'ignorans & de profanes,
des familles particulieres , dont les chefs
posTédans vingt mille livres de bons revenus en belles terres, se sont jetés dans les
grands procès pour de petits objets 8c dans
les dépenses fastueuses, si bien que leur
héritage dégradé faute d'améliorations,
se trouve grevé de douze ou quinze mille
livres de rentes à payer ; mais que cet
itat là soit fort bon , c'est ce que nous ne
concevons pas. Il nous semble qu'il seroit
infiniment meilleur, si les prédécesseurs du
propriétaire a&uel avoient assoupi les procès dès leur naillance, en sacrifiant même
nri peu de la-gloriole mal entendue qui les
envenime Ôc des minces profits problématiques qui leur servent de prétexte; s'ils
^voient borné leurs jouissances & repoussé
les tentations d'un luxe ruineux. Le bOss --- Page 103 ---
SUR LES FINANCES. 95i pour lui seroit qu'ils n'eussent pas lame
deux ou trois cens mille livres de dettes.
Le bon pour ses enfans seroit, qu'il pût les
éteindre & libérer ses terres. ,, « Mais un royaume n'est pas un hériM tage foncier, vont nous répliquer les
,, grands Doreurs ; .pardon ( répondrois-je); mais je l'avois cru; je le
crois encore avec les d Amboise 6c les
« Sally ". •
. 95i pour lui seroit qu'ils n'eussent pas lame
deux ou trois cens mille livres de dettes.
Le bon pour ses enfans seroit, qu'il pût les
éteindre & libérer ses terres. ,, « Mais un royaume n'est pas un hériM tage foncier, vont nous répliquer les
,, grands Doreurs ; .pardon ( répondrois-je); mais je l'avois cru; je le
crois encore avec les d Amboise 6c les
« Sally ". • En effet des terres seigneuriales jointes
à des terres seigneuriales ; des fermes avec
des fermes ; des métairies avec des métairies ; des champs , des près , des bois, des
vignes, des carrieres, des mines ; avec des
champs, des prés, des bois, des vignes,
des carrieres &. des minés : des maisons
avec des maisons. Voila, je crois, ce qui
compose la France & le patrimoine du Rou
Car enfin, le Souverain est en commur
nautê d'intérêts avec tous les propriétaires
fonciers, comme je l'ai prouve dans ma
premiere partie. )( « Mais il ne s'agit pas seulement d "éco-
. *> nomie particulière, il est question de
>5 politique Eh bien, de politique soit! Quel est le
premier intérêt de l'état? Le bien commun
du Souverain, des propriétaires, des cultivateurs , & même des manufacturiers , --- Page 104 ---
96 PRINCIPES ÉCONOMIQUES des marchands & des salariés. C'est d'aug--
menter les récoltes annuelles en perfectionnant les grandes avances & les travaux
agricoles, par conséquent d'attirer à la terre
de l'argent > des hommes &: de l'industrie.,
je crois l'avoir démontré dans ma premiere
partie j chapitre second. Mais le crédit &: les emprunts opèrent
précisément le contraire ; sur-tout lesconstitutions de rentes viagères si multipliées dans les derniers tems. On convient que les terres cultivées
rapportent tout au plus trois pour cent
( tome III, page 138 ) , qu'au contraire les
créanciers de l'état perçoivent cinq , six 4
sept & même huit pour cent, les négociateurs des effets royaux , & les poilèfseurs des viagers Génois ju[qu'à dix èc
douze pour cent. Comment est-il possible
qu'on donne la préférence aux amélioralions rurales ? Quand même un gouvernement emprunteur ne mettroit aucun autre soin *
aucune autre science que de payer de semblables intérêts , il détourneroit infailliblement de la terre, les capitaux ôc les
hommes. Que seroit-ce donc s'il étoit compoié d'adeptes consommés dans lé grand
art des emprunteurs, & s'il sui voit la
doctrine enseignée , page 236 du troiÍieme. --- Page 105 ---
SUR LES FINANCES. 97 G sieme volume des nouveaux mémoires ? Les grandes leçons expliquées dans ce
fameux chapitre se réduisent à ce point capital , « qu'il ne faut laisser entre les mains
des particuliers que la portion d'argent la plus stri£tement nécessaire au
" paiement de leurs impôts & aux achats
« journaliers: qu'il faut accélérer par une
foule de moyens très-bien. développés
55 dans ce grand ouvrage , la circulation
« qui fait convenir tous les capitaux eit
« effets publics ou contrats sur le trésor
» de la louveraineté.
fameux chapitre se réduisent à ce point capital , « qu'il ne faut laisser entre les mains
des particuliers que la portion d'argent la plus stri£tement nécessaire au
" paiement de leurs impôts & aux achats
« journaliers: qu'il faut accélérer par une
foule de moyens très-bien. développés
55 dans ce grand ouvrage , la circulation
« qui fait convenir tous les capitaux eit
« effets publics ou contrats sur le trésor
» de la louveraineté. , Tout ce qui n'est pas prêté, s'appelle
pour nos Docteurs y un fonds mort .
aussi l'un des plus précieux avantages
qu'on se promettoit des adminiflrations
provinciales étoit d'en faire autant de corps
emprunteurs, & le grand profit qu'on efpéroit des dettes à contracter sous leur
nom, étoit précisément celui d'attirer aux
effets royaux de petites tommes de vingt
ou trente pistoles que les bourgeois, propriétaires ou les fermiers ont la manie
très-dangereuse de garder ; pour subvenir
aux accidens terribles qui les menacent
sans cesTe, & procurer de tems en tems,
quelques petites améliorations à leurs héritages. On se proposoit d'en faire des
effets au porteur, produisans quatre pour --- Page 106 ---
9,8 PRINCIPES ECONOMIQUES cent d'un capital qui auroit été emprunté ;
dont les intérêts se seroient payés, pour
la commodité des pauvres campagnards,
dans la-capitale de leur province, & qui auroient été négociables dans les maisons de
banque de ces grandes villes, au même
taux que les papiers de cette espece , c'està-dire à dix-huit ou vingt pour cent de
gerte & souvent plus. Cette grande & superbe invention de
, -notre sie cl e d'empêcher qu'il ne reste
dans les campagnes un ieul écu pour
mettre à la terre , est exposée le plus clairement possible dans ce chapitre ( tome 3,
page 2.79 ) en ces termes. « J'observerai que les fermiers & les
>5 petits propriétaires de la campagne réu-
» niffant ensemble un assez gros capital
« qui reste constamment oisif ; il ne seroit
« pas indifférent de leur offrir une sorte
» d'emploi facile & toujours à leur por-
» tée : j'avois donc pensé qu'à la paix &
» dans les occaswns où les pays d'état &
33 les assemblées provinciales auroient eu
« quelques travaux utiles à entreprendre,
M il eût été convenable de les engagera
33 faire l'essai d'un emprunt propre à rem33 plir insensiblement la vue publique que
33 je viens d'indiquer. Cet emprunt devoit
33 consister dans une création d'effets au --- Page 107 ---
SUR LES FINANCES. 99 G ii » perceur tous d'une très-petite somme, de.
» puis deux cens juesqu'à cinq Cens Livres, Se
,, dont F intérêt ne seroit payable que dam
» les chefs-lieux de chaque province. Je ne
» serois point surpris que si ces sortesd em-
>> ploi devenoient un papier provincial
53 universellement connu, il n'en reTultât
« un mouvement d'argent, parmi une classe 13 de citoyens dont les épargnes v- -,
99 G ii » perceur tous d'une très-petite somme, de.
» puis deux cens juesqu'à cinq Cens Livres, Se
,, dont F intérêt ne seroit payable que dam
» les chefs-lieux de chaque province. Je ne
» serois point surpris que si ces sortesd em-
>> ploi devenoient un papier provincial
53 universellement connu, il n'en reTultât
« un mouvement d'argent, parmi une classe 13 de citoyens dont les épargnes v- -, 53 muni ment enfouies 15. Vive Dieu, m'écrierai-je com^e^ûjjj^
quelle politique! Elles sont enfou^s^ dites--
vous, les épargnes des propriétairebÇ^àès% cultivateurs, quana ils ont le bonheur, aujourd'hui très-rare , d'en pouvoir faire ?
Oui , ensouies dans le sein fécond & bienfaisant de la terre qui les rend multipliées
à cinq ou six cens, 6t quelquefois à mille
pour cent. L'unique relTource des empires
agricoles désolés par les systêmes fïscaux
& mercantiles des Doreurs modernes,
consiste dans ces petits capitaux épars que
la sagesse de la cla(Te rurale consacre à
l'entretien , à la rénovation , à l'amélioration des avances. productives, & vous
voulez en dépouiller la terre / Vous poussez
jusqu à cette incroyable extrémité la manie des agiotages que vous appelez mouvement d'argent ? Quoi, vos administrations provinciales --- Page 108 ---
100 PRINCIPES ÉCONOMIQUES étoient, suivant vos projets, de grandes
mai sorts de banque ; devinées a tirer sans
cesse le dernier écu de la poche du pauvre
laboureur & du petit propriétaire ? Quoi! Tous les travaux publics dont la
dépense est de vingt millions , tous les ans,
vous vous proposez de les faire par des
emprunts , comme le Clerge payeses dons
gratuits ? Vous savez cependant qu'en
vertu de cette méthode, les ecclésiastiques
payent plus, de dix millions ( tome 2 ,
page 310), que le Roi n'en reçoit pas
plfis de trois millions trois ou quatre cens
mille liv.( Compte rendu, page 108). Vous
vouliez donc que ces dépenies communes
fussent un jour, pour le peuple français,
un objet de plus de soixante millions ! Et quelle utilité comptiez-vous faire
trouver à la nation dans ce systême, si ce
n'efi: de détourner absolument l'argent de la
terre ! de transformer tous les possesseurs &
tous lesfermiers en rentiers ! Cinq cens francs ! Quand un petit propriétaire, un laboureur auroient pu les ramafler, vous les lui auriez empruntés > pour
lui faire vingt-cinq livres de rente payable
à quarante lieues de son domicile ? &
quand il auroit perdu l'un de ses chevaux,
quatre ou cinq vaches, cent moutons par
les épidémies ; quand ses bleds auroient --- Page 109 ---
SUR LES FINANCES. 101 Giij été versés & germes sur terre , ses vignes
gelées , ses prés dessechés faute de
pluie. Quand ses édifices auroient menacé
ruine , il auroit fallu vendre ses papiers 3 ct
subir les pertes de l'agiotage ? Quelles
pertes ! On les a vu monter en tems de
guerre, a plus de soixante pour cent, & en
tems de paix ils sont rarement au pair.
---
SUR LES FINANCES. 101 Giij été versés & germes sur terre , ses vignes
gelées , ses prés dessechés faute de
pluie. Quand ses édifices auroient menacé
ruine , il auroit fallu vendre ses papiers 3 ct
subir les pertes de l'agiotage ? Quelles
pertes ! On les a vu monter en tems de
guerre, a plus de soixante pour cent, & en
tems de paix ils sont rarement au pair. C'efi: donc, hélas, un malheur irréparable pour l'humanité, que les plus grands
hommes ne se dépouillent jamais de l'esprit de leur profession , & qu'ils soient en
cette partie presque semblables au vulgaire:
Fous êtes orfevre , motijieur Josse ; ,* disoit
Moliere si plaifemment. Un homme d'efprit a remarqué de même que dans le fameux traité de l'esprit des loix, Montesquieu prouvoit manifestement qu'il étaie
magistrat 5c gascon. Des emprunts, des papiers négociables,
des intérêts à payer dans le chef lieu de
chaque généralité, des mouvemens d'argent dans. tout le royaume, dans toutes
les campagnes ; c'est, je crois, un superbe
projet de banque. Mais ce seroit évidemment la ruine totale de l* agriculture. Car enfin , je le répète ; tout de même
qu'il falloit, suivant Philippe de Macédoine , pour faire la guerre,. trois choses,
savoir premièrement de l'argent, fecon- --- Page 110 ---
101 PRINCIPES ÉCONOMIQUÏS dement de l'argent, troisiemement de
l'argent ; il faut aussi pour mettre en valeur la terre, notre mere nourrice, pour
lui faire produire les subsistances nécessaires aux hommes & aux animaux utiles,
les matériaux des ouvrages façonnés & de
tous les objets qu "achette le commerce ,
& dont l'industrie nous fait jouir ; il lui
faut de l'argent, non pas des rentes à
quatre ou cinq pour cent payables à trente
ou quarante lieues ; sur des papiers négociables à perte. Mais des capitaux , de forts
capitaux, entre les mains des propriétaires & des fermiers. Car voici des- vérités profondément
ignorées par nos grands Docteurs modernes, qui n'en sont pas moins évidentes,
& qui contiennent la clef de toute honne
adminiflration pour un empire agricole. v Nous avons un domaine rural qu'il s'agit
de donner a bail. Combien en tirerez-vous
de fermage ? Les gens de la ville vont
croire que la solution d'un pareil problême est absolue & déterminée ! C'est
une erreur grossiere. Je réponds avec tous ceux qui s'y connoissent. C'est selon ; un fermier très-riche
qui va se présenter avec un attelier de
soixante ou quatre-vingt mille livres , &
de bon argent comptant, m'en donnera --- Page 111 ---
SUR LES FINANCES. 103 G iv quinze mille livres par-an , & y gagnera
beaucoup. Un fermier dont la fortune est médiocre , ne m'en donnera pas douze, & il
n'y fera rien. Un plus pauvre ne pourroit pas en rendre
dix sans se ruiner, parce qu'il est trèsvrai de dire, tant vaut homme, tant vaut
la terre. Il en est de même de la propriété foncière. J'ai trois cens mille liv. de capital
disponible ; si je fais comme la plupart des
citadins , si j'achette une terre de quatre
ou cinq cens mille livres, dont j'emprunte
une grande partie, je me ruine presqu infailliblement. Si j'ai le bon esprit d'accquerir un bien de cinquante mille écus, &C
d'employer le reste de mes fonds à l'açiéliorer dans toutes ses parties ; je m'enrichis à perpétuité moi & les miens.
ille liv. de capital
disponible ; si je fais comme la plupart des
citadins , si j'achette une terre de quatre
ou cinq cens mille livres, dont j'emprunte
une grande partie, je me ruine presqu infailliblement. Si j'ai le bon esprit d'accquerir un bien de cinquante mille écus, &C
d'employer le reste de mes fonds à l'açiéliorer dans toutes ses parties ; je m'enrichis à perpétuité moi & les miens. Ces observations rurales sont bien
simples, elles sont d'une certitude incontestable. Qu'en résulte-t-il ! Qu'il faut de
l'argent, beaucoùp d'argent que les propriétaires & les fermiers puissent enfouir
en terre , au lieu de le prêter a une banque. Mais enfin , diront les grands partilans
des systemes du jour, il est quelquefois né- 1
ceifaire, & même utile que le gouvernement faire des efforts extraordinaires, --- Page 112 ---
1°4 PRINCIPES ÉCONOMIQUES Voulez-vous qu'on impose tout à-coup,
jusqu'à cent cinquante millions au dessus
des revenus courans ? J'ai déjà répondu ci-dessus à cette objection spécieuse. Non , si vous ne devez
pas prendre un parti qui oblige vos succesfeurs à imposer bientôt plus de deux
cens millions, au lieu de cent cinquante,
& à les imposer, même pendant la paix,
au lièu que les cent cinquante auroient
duré seulement pendant la guerre. Car si vos systêmes d'emprunts futurs
n'aboutissoient, comme les précédens l'ont
fait, suivant vous-mêmes, qu'à faire payer
toujours deux cens sept, au lieu de payer
quelquefois cent cinquante, il n'y auroit
pas à balancer. Mais dans le cas d'une avance très-utile,
à procurer au Roi, par exemple, s'il étoit
question de substituer à des impôts ruineux pour le peuple & pour le souverain
une perception qui les feroit gagner immenfément l'un & l'autre, & d'assurer
provisoirement le service public jusqu'à
concurrence de deux cens millions, ou
d'empêcher une invasion étrangère; il existeroit, suivant vous-mêmes. des moyens
bien plus simples & bien plus avantageux
que les rentes perpétuelles ou viagères,
les loteries 6c les autres jeux de banque. --- Page 113 ---
SUR LES FINANCES. 10$ Je ne parle que de ceux qui permettent et anticiper , 8c j'avoue que je
n'en connois pas d'autres. Le proverbe
disant que la charité bien ordonnée com- x
mence par soi-Même ; & le bon sens ne
permettant pas aux souverains d'oublier
que leurs premiers & principaux alliés
sont leurs sujets 3 je ne concevrai jamais
la nécejsué de ruiner son propre héritage
6c celui de ses peuples, pour servir les
autres. On avoue que l'Espagne a pris dans la
derniere guerre ce parti plus (impie que
les emprunts ordinaires ( tome III, p. 3 2 1 ) ;
mais voici ce qu'on n'ajoute pas ; si dans
le même cas on avoit la sagesse de procéder à une réformation des impôts onéreux qui fit gagner au Roi de nouveaux revenus très-considérables , avec beaucoup de
profit pour la nation, comme j'osse croire
en avoir démontré la possibilité ; c'est alors
qu'il n'y auroit aucun inconvénient peutêtre à mettre en circulation des effets
royaux en quantité médiocre & bien déterminée par, forme de mandats sur ces nouveaux revenus, avec des époques inviolables d'extinction successive.
sagesse de procéder à une réformation des impôts onéreux qui fit gagner au Roi de nouveaux revenus très-considérables , avec beaucoup de
profit pour la nation, comme j'osse croire
en avoir démontré la possibilité ; c'est alors
qu'il n'y auroit aucun inconvénient peutêtre à mettre en circulation des effets
royaux en quantité médiocre & bien déterminée par, forme de mandats sur ces nouveaux revenus, avec des époques inviolables d'extinction successive. Anticiper ainjî pour une utilité certaine
sur les revenus futurs, quand on est assuré
de les avoir augmentés > autant 6c plus que --- Page 114 ---
jo6 PRINCIPES ÉCONOMIQUES . ne vaut la portion anticipee ; c'est une opé..
ration sage & digne d'un bon pere de famille. Admettons pour principe la nécessité
des avances mentionnées, soit dans le
compte rendu, soit dans les nouveaux mémoires. Si, comme je l'ai dit ci-dessus, au
lieu des innovations qu'on a faites, ou
qu'on a projetées sur la ferme & sur la
régie, on avoit transformé tous les impots
sur les consommations en une taxe de
remplacement, il y auroit eu matiere suffifante à des anticipations très-considérables qui n'auroient pas les inconvéniens qu'entraînent après elles toutes les
opérations financieres de detteurs & emprunteurs qu'on a préférées dans cette
époque. Le Roi qui gagnerait très-sûrement dès
aujourd'hui plus de soixante millions de
nouveaux revenus quittes, lesquels ne coûteroient rien a son peuple 3 pourroit retirer
ses effets , sans être obligé, ni d'imposer ,
ni de retrancher ses dépettses. . La nation dont toutes les claires gagneroient infiniment,comme je l'ai démontré,
prospéreroit pendant la paix. Elle augmenteroit son agriculture , son industrie, son
commerce; & si jamais il survenoit la nécessité cruelle d'une guerre défensive , le --- Page 115 ---
1 SUR Lis FIN A N C ;E S. 107 royaume seroit en état de la repousser avec
une pui (Tance irrésistible. A quoi donc se réduisent les vérités
simples, mais frappantes que je viens d'exposer ? A ce seul mot, qui renverse tous les,
grands ouvrages modernes : point de crédit ; car il est la ruine d'un empire agricole. Ne faites plus de dettes uniquement
pour dépenser; car les intérêts & les capitaux accumulés vous font payer trois ou
quatre fois la même dépense. Eteignez au
.plutôt les anciennes, car c'est le profit le
plus certain qu'on puisse faire , que de liquider son héritage. C'en: le moyen de vous
faire adorer de vos enfans , de vos sujets 6c de toute la postérité. C'est le secret
de Charles V, dit le Sage, de Louis XII >
le pere du peuple, de François premier,
revenu de ses erreurs 6c de Henri IV,
pour gagner les bénédictions qu'on donne
encore à leur mémoire. Même pour vous
procurer les avances nécessaires à une réformation utile, n anticipez que le moins
pojfiblesur de nouveaux revenus futur s qui ne
coûteroient rien à vos peuples. Employez
tout le reste à payer les emprunts de vos
prédécesseurs 6c les vôtres.
, de Louis XII >
le pere du peuple, de François premier,
revenu de ses erreurs 6c de Henri IV,
pour gagner les bénédictions qu'on donne
encore à leur mémoire. Même pour vous
procurer les avances nécessaires à une réformation utile, n anticipez que le moins
pojfiblesur de nouveaux revenus futur s qui ne
coûteroient rien à vos peuples. Employez
tout le reste à payer les emprunts de vos
prédécesseurs 6c les vôtres. En iuivant un ordre plus simple 6c plus
naturel de perception , faites gagner beaucoup d'abord aux, propriétaires fonciers Se --- Page 116 ---
108 PRINCIPES ÉCONOMIQUES aux cultivateurs ; puis, par eux & par
vous-même , aux manufacturiers , aux
négocians, aux salariés qui vivent de votre
dépense,à vous tous qui composez,les trois
premieres classes de l'état ; bientôt vous
accroîtrez encore vos revenus, en même
tems que la population, la richesse & la
force du royaume ; c'est ce qu'on va développer dans le dernier chapitre. CHAPITRE TROISIEME. De la population, de la richesse ct de la
force des Empires agricoles. L E grand objet de la politique moderne
s'appelle très-pompeusement la puissance
ou la force d'un état. Elle consiste, suivant
nos grands Docteurs en deux points capitaux , la population ct la richesse ; ainsi
le décidoit en 177 5 , le fameux essai sur
la législation ( page 21). Les nouveaux
mémoires portent sur la même base. « N'esc-ce pas une vérité manifefle ?
55 vont s'écrier les admirateurs Nony
ce n'est qu'une équivoque ; si je fais cette
réponse , il faudra la prouver. Eh bien !
je l'articule èc je la démontre. --- Page 117 ---
SUR LES FINANCES. 109 Mais, avant tout, qu'on me permette
une observation que je crois utile sur ces
grands mots de force &e de puissance, qui
lèr vent journellement à la sausse politique
de ces derniers siecles de prétexte pour
couvrir de ruines la terre inondée du sang
& des larmes de ses malheureux habitans. J'espere qu'on excusera cette courte digreLIion. La puissance & la force dont il s'agit,
sont repectives, disent les illustres professeurs du grand art qu'on appelle gouvernement. Il est question principalement
de maintenir au moins la balance des pouvoirs , & s'il se peut de la faire pencher en
votre faveur. Mais il est deux manières d'opérer ce
grand œuvre. L'une, d'employer beaucoup d'astuce, d'argent & d'hommes à
contrarier les autres ; à les empêcher, à quelque prix que ce soit, d'accroître chez eux,
la population & la richesse : & quand
on peut, a les ruiner par toutes fortes
de moyens. Il est certain qu'en s'épuisant réciproquement d'hommes & d'argent, les Souverains resteent à peu près au même état, ,
& qu'ils obtiennent une solution de ce fameux problême politique, maintenir la
balance des pouvoirs. --- Page 118 ---
11O PRINCIPES ÉCONOMIQUES Ainu trois propriétaires voisins qui seroient absolument pareils en fortune, 8c
qui ne voudroient pas changer cette parité, maintiendroient l'égalité qui regne
entr'eux „ en brûlant chacun deux ou trois
fermes, chacun deux ou trois cens arpens
de bois, en arrachant de part & d'autre
une égale quantité de vignes. Mais il n'est pas moins évident qu'ils
conserveroient aussi la même parité de
fortune, en bâtissant, défrichant, plantant, améliorant chactin de leur côté, des
domaines cultivables, d'une valeur toute
semblable.
iendroient l'égalité qui regne
entr'eux „ en brûlant chacun deux ou trois
fermes, chacun deux ou trois cens arpens
de bois, en arrachant de part & d'autre
une égale quantité de vignes. Mais il n'est pas moins évident qu'ils
conserveroient aussi la même parité de
fortune, en bâtissant, défrichant, plantant, améliorant chactin de leur côté, des
domaines cultivables, d'une valeur toute
semblable. Si deux des trois, pour continuer la
ressemblance, embrassoient le parti des
dejlruclions égales, tandis que le troisieme
suivroitla méthode plus sure & plus utile
des améliorations ; ion sort deviendroit
doublement supérieur. Comment se fait-il que les grands génies des derniers tems oublient sans cesse
une vérité si palpable ? Tout de même
qu'ils ont avancé qu'on ne peut procurer
aucun bénéfice à l'une des classes de la société qu'aux dépens des autres. Ils ont aussi
posé pour maxime qu'un état3 un Souverain ne peut gagner qu'au détriment des
autres empires. En conséquence, ils ne
se sont occupés que des moyens d'empi- --- Page 119 ---
SUR LES FINANCES, 111 cher le profit des puissances voisines qu'on
a regardées comme ennemies ^ ions le nom
plus adouci de rivales ? Que de maux, cette fausse 6c barbare
politique de deflruclion n'a-t-elle pas accumulés sur Fespece humaine ! Elle est pourtant bien plus simple, bien plus facile,
bien plus satisfaisante , la politique d'amélioration. tt Ne voyez-vous pas ( disent les profonds spéculateurs ) « que telle ou telle
« nation travaille efficacement à l'aug-
" mentation de sa force 6c de ses richesses.
« Bientôt si vous n'y mettez obstacle,
M elle pourroit acquérir une prépondé-
« rance dangereuse. Elle ruineroit votre
« commerce, contraricroit votre indus-.
« trie. Qui sait ? peut-être même pourroit-
« elle envahir votre territoire. En pareil
93 cas , il faut prévoir le mal du plus loiii
!3 possible. 6c courir vîte au remede Et Dieu sait, quel remede ! La guerre
avec toutes les dépenses 6c toutes les hor -
reurs qu'elle entraîne. La guerre que le svftême du crédit 6c -des emprunts rend trois
ou quatre fois plus chere qu'elle ne seroit,
si les Souverains n'avoient pas cette funeste ressource. V Mais le quart, mais souvent la dixleme
partie des sommes immenses que les hos- --- Page 120 ---
112 PRINCIPES ÉCONOMIQUES tilités font dépenser en pure perte habilement employé dans votre propre empire;
vous procureroit a vous-même sans risques,
sans dangers ^ sans effusion de sang, le
double, le triple, le décuple des avantages souvent très-minces & très douteux
dont vous enviez la jouissance aux autres,
& qu'ils conserveront peut-être malgré
vous, après des efforts qui n'auront entraîné que la honte & la ruine. « Ils s'enrichissent , ils Je fortisient,
" dites-vous? Eh bien! tant mieux,
» Dieu bénisse leurs entreprises, si leur
» but & leurs moyens sont honnêtes;
» qu'il les juge s'ils violent la justice &
nuisent à l'humanité : qu'avons-nous à
» faire pour nous mettre au pair.?C'est de
55 nous enrichir , de nous fortisier encore
■» mieux d'une maniere qui ne dépend que
de nous, 6c dont lesuccès n'est jamais
23 problématique.
richissent , ils Je fortisient,
" dites-vous? Eh bien! tant mieux,
» Dieu bénisse leurs entreprises, si leur
» but & leurs moyens sont honnêtes;
» qu'il les juge s'ils violent la justice &
nuisent à l'humanité : qu'avons-nous à
» faire pour nous mettre au pair.?C'est de
55 nous enrichir , de nous fortisier encore
■» mieux d'une maniere qui ne dépend que
de nous, 6c dont lesuccès n'est jamais
23 problématique. Les. Docteurs modernes paroissent ignorer ce secret & il est pourtant bien simple,
bien évident. Perfectionner de plus en
plus, les avances 6c les travaux de l'autorité souveraine des propriétaires fonciers
& des cultivateurs, augmenter ainsi les
récoltes annuelles , en diminuant les frais
journaliers, d'ou résulte l'accroissement in -
faillible de la population 6c des richesses
disponibles --- Page 121 ---
S ti ltt È fflNÀNCÈS t ij H . onibles; j procédé paisible , fondé sur là
prudence . la justice 6c l'humanité. Car enfin, supposez à la politique de défi
truction le succès le plus complet qu'elle
puisse espérer. Une conquête, c'est un grand
mot qui désigne une belle chose \ mais que
trouveroit-on d'utile dans une province
nouvelle ? Des terres bâties ôc cultivées *
des hommes 6c des richesses, Eh bien ! l'empire le mieux constitué de notre Europe
moderne, ayant plus d'un tiers de sou
propre sol qui n'est pas en valeur ; 6c les
deux autres tiers dans un tel état de dégradation qu'on pourroit les rendre trois
fois plus productifs i combien de conquêtes à
fairetrès-paisiblement chez soi-même à beaucoup moins de frais, sans périls 6c sang
dévaluation, 6c sur-tout, sans que nulle
puissance humaine puisse l'empêcher? . Vo là ce qu'oublient toujours nos grands
penieurs qui veulent régenter le pauvre
monde. C'est ainsi qu'on trouve des propriétaires avides 6c jaloux dont les terres sont
en friche pour les trois quarts, 6c qui s'é^
crient d'un ,air' chagrin : « si j avois de l'ar71 gent , j'acheterois le bien fonds de
« mon voisin " La sagesse leur répond ;
« Vous feriez bien mieux d'acheter le
$2 votre qui est à vendre pour la majeure --- Page 122 ---
ii4 Principes économique* partie; car une terre qui n'est, ni bâtie,
» ni plantée , ni cultivée , ni même culti-
»? vable, n'ayant pas été défrichée, attend
m encore l'acquéreur),. ».. C'est ainiÏ que balance pour balance3 la
politique d'amélioration est bien plus sûre
dans les principes, & bien plus consolante
pour l'humanité dans ses conséquences queLa politique de deftruclion. Par la premiere, \
les Souverains gagnent les cœurs; ils se 4
concilient les bénédictions de leur peuple *
& des autres nations de leur siecle & de
? vable, n'ayant pas été défrichée, attend
m encore l'acquéreur),. ».. C'est ainiÏ que balance pour balance3 la
politique d'amélioration est bien plus sûre
dans les principes, & bien plus consolante
pour l'humanité dans ses conséquences queLa politique de deftruclion. Par la premiere, \
les Souverains gagnent les cœurs; ils se 4
concilient les bénédictions de leur peuple *
& des autres nations de leur siecle & de .la postérité. Mais à quoi tient la puissance que l'art j|
biensaisant des adminifirations paternelles,
peut & doit procurer aux empires agricoles } Nos habiles gens de la ville croyent
le ravoir ; &: quand ils ont répondu ,
comme le faisoit en 1775 , le célebre auteur de l'essai sur la législation; c'efl dans
La richesse ct la population, ils admirent ]
eux-mêmes la profondeur de leur sagesse.
• Croyant s'instruire de mieux en mieux,&
pour endoctriner le vulgaire, ils emploient
des subalternes à extraire les registres de
- baptêmes & d'enterremens pour évaluer
la population ; à ramasser des états d'im.
portarions & d'exportations, pour connoître l'argent que la balance du commerce
fait entrer & sortir dans le royaume, à --- Page 123 ---
S Ü R lès Financés^ 1 t 1 Hij compulser des.comptes de receveurs d'im*
pots, pour savoir combien paye chaque
province aux caisses fiscales; on fait de£
additions, des résumés, des comparaisons\
& c'est là de la doctrine à la moderne donc
le public doit s'extasier ! Ici j'entends un cri général des admira*
teurs. et Quoi ! vous oseriez contester la
» justesse de cette réponse & l'utilité de
ces détails « ? Puisqu;il faut répondre, je vais le faire.
Hélas 1 oui. JVn demande humblement
pardon ; mais tous ces grands paralleles
de la population avec les impôts ; toutes
ces recherches sublimes sur l'argent qui
doit entrer & qui peut sortir ; le bon Cardinal d'Amboise & le sage Duc de Sully
ne s'en occupèrent Jamais ; elles ne forment en effet que des notions vagues, fautives , èc sur-tout absolument inutiles. Dire, comme font les grands Do&eurs,
que la puissance d'un état consiste dans la
richejje & la population ; c'est un langage
équivoque, imparfait & capable d'induire
en erreur. Pour parler juste & poser des
principes vraiment utiles, il faut dire « la
u puissance d'un état, consiste : premiere-
Ȕ ment, dans une grande richesse disponible
0 annuellement renaissante sur son terri-
>> toire, qui est la cause. Secondement --- Page 124 ---
ÏI6 PRINCIPES ÉCONOMIQUES M dans une grande population dispohiblc
« qui est l'effet Tout le reste n'est qu'il-
» lufions. Et j'espere le prouver en peu de
mots. En effet, vous avez trouvé dans les rësul-
'tats d'une foule de papiers qu'ont barbouillés des sous-commis, par ordre de celui de
vos prédécesseurs dont la mémoire est la
moins refpe&ée du peuple françois; que
telle généralité contient précisément tant
de créatures humaines , qu'elle paye tant
de taxes, ce qui fait tant par tête. Eh bien?
Il n'en résulte rien du iout, absolument
rien qui puisse guider l'administration des
finances. La totalité de ces détails qui remp lissent une si grande partie de votre ouvrage est de la plus parfaite inutilité,
quoique vous y mettiez une extrême importance.
dont la mémoire est la
moins refpe&ée du peuple françois; que
telle généralité contient précisément tant
de créatures humaines , qu'elle paye tant
de taxes, ce qui fait tant par tête. Eh bien?
Il n'en résulte rien du iout, absolument
rien qui puisse guider l'administration des
finances. La totalité de ces détails qui remp lissent une si grande partie de votre ouvrage est de la plus parfaite inutilité,
quoique vous y mettiez une extrême importance. Il en seroit de même des recherches que
vous proposeriez de faire sur la culture de
nos terres ; mais avec moins d'empressement, parce que vous regardez cet objet
comme beaucoup moins essentiel. Vous
demanderiez « la proportion commune. dt
» la semence avec le produit des terres ct la
quantité d*arpens cultivés n. On vous répondroit « la semence rend
3.1 quatre, cinq ou six pour un. Le nombre
>3 des arpens cultivés est de trois cens --- Page 125 ---
SUR LES FINANCES. 117 1 Hiij . M mille: Que feriez-vous de ces notions ?
Rien : Et voici pourquoi. Premierement, la vraie richesse qui fait,
la force d'un grand empire agricole ne dépend précisémeiat, ni du nombre d'arpens
cultivés, ni de la quotité du produit que
rend la semence. Ce ne sont là des élémens que pour les gens de la ville qui n'ont
aucune idée du grand art des propriétaires
& des cultivateurs. Pour être une source réelle de puissance;
il faut que la richesse soit perpétuellement
renaissante, & sur-tout qu'elle soit disponible. Ce dernier mot exprime une trèsimportante vérité toujours oubliée par nos
grands professeurs de politique a la mode,
Très souvent vingt arpens de terre qui
produisent chacun environ dix septiers de
récolte, & qui n'en reçoivent qu'un seul
de semence ne procurent pas néanmoins
la même richesse disponible, ni pour le
fermier, 'ni pour le maître, ni pour le.
Roi. Il est possible ôc même commun que
la dissérence soit énorme. Elle dépend des
frais de culture & des dépenses foncieres. S'il faut que le fermier avance la valeur
de six septiers ; il n'en reste que quatre à
partager entre lui-même, les bourgeois èc
le souverain. S'il n'en employoit que trois
en frais il en resteroit sept. Si sa culture --- Page 126 ---
X18 PRINCIPES ÉCONOMIQUES en absorboit huit, il n'y en auroit que
deux. Comment se fait-il qu'on oublie
cette premiere observation si simple , si
évidence si fondamentale ? Mais encore la valeur entiere des septiers de bled qui reste au cultivateur après
ses frais prélevés, gest pas disponible a volonté pour le propriétaire foncier qui doit
pourvoir aux entretiens & réparations dq '
ion héritage ; ce sont encore des charges 1
iridispensables. Il faut absolument les prélever. En tout il est évident que les frais ne
sont pas richesse. \
Les marchands de toute espece jete- j
roient de beaux cris , si vous disiez à l'un,
u suivant vos livres > vous avez vendu
pour cinq cens mille livres de marchan-
$1 dises, par conséquent vous êtes riche
M d'un demi million, A l'autre vous n'avez
M débité que pour trois cens mille livres ;
99 par conséquent votre opulence n'est
M que de cent mille écus ",
que les frais ne
sont pas richesse. \
Les marchands de toute espece jete- j
roient de beaux cris , si vous disiez à l'un,
u suivant vos livres > vous avez vendu
pour cinq cens mille livres de marchan-
$1 dises, par conséquent vous êtes riche
M d'un demi million, A l'autre vous n'avez
M débité que pour trois cens mille livres ;
99 par conséquent votre opulence n'est
M que de cent mille écus ", Tous les deux s'écrieroient : cc mais nos
avances, nos frais, nos faux frais. Vous
M les comptez donc pour rien ? Et souvent celui que vous croiriez le plus riche
vous diroit : « J'ai vendu pour cinq cens
» mille livres; mais j'avois pour quatre
>5 cens cinquante mille de déboursés ;
» l'autre n'a vendu que pour trois çens --- Page 127 ---
SUR LES FINANCES. 119 H iv mille; mais il n'en avoit avance que
deux cens. Il a gagné cent mille francs ÔC
» moi cinquante ». Pourquoi n'en seroit-il pas de meme du
labourage ? Interrogez le plus simple villageois , & tâchez de retenir sa leçon ; car
elle vous en apprendra plus sur l'admim/-
tration d'un grand empire que tous les
beaux livres des Docteurs célèbres. Dites : « je vous propose un domaine
M de cent arpens en culture, on y seme
M tant de septiers de grain, on en re-
» cueille à peu près tant. Combien don-
» neriez-vous tous les ans par bail pour
» en être le fermier, combien d'argent
» comptant pour eiS être propriétaire a
M perpétuité ». Tous vous répondront : « C'est sélon ? » Vous ne parlez pas des frais de culture ?
» Vous ne dites rien de l'état des fonds
» 8C des bâtimens. Quelles offres voulez-
» vous qu'on vous faile, ou pour un ferM mage, ou pour une acquisition? Quoi,
» dira le cultivateur, est-ce que vous prets tendez me faire payer tous les ans la
» totalité de la récolte s en ne prélevant
» que les semences ? Mais la totalité de mes
>5 autres avances annuelles ? Les subsis-
« tances des animaux & des. hommes?
» L'entretien des meubles & des instru, --- Page 128 ---
120 PRINCIPES ECONOMIQUES « mens de labour ; les dîmes, les taxes 9'
les impôts, les corvées , 8cc. 8cc. 8cc.
Ou voulez-vous donc que je les prenne ! ** Et l'intérêt de mes premieres dépenses \
« le produit annuel de mon attelier d'exu ploitation , qu'il faut que j'apporte chez
»5 vous? Est-ce que je ne dois pas le
e3 retirer ? Par la même raison, le futurpropriétaife
vous dira: « mais sur cette récolte dont
vous me parlez ici comme un franc ci-
« radin, mon fermier me déduira tous
w ses frais , & vous ne les comptez pas.
*3 Quand il aura fait cette déduction $ je
$3 ne pourrai pas même disposer de tout
\ » le reste, S'il y a des charges réelles sur
»? 1 héritage dont il s'agit, des réparations,
des reconstruction à faire, J'en demeu.
w rerois grevé, C'est ce qu'il faut voir
w *avant de traiter »,
dont
vous me parlez ici comme un franc ci-
« radin, mon fermier me déduira tous
w ses frais , & vous ne les comptez pas.
*3 Quand il aura fait cette déduction $ je
$3 ne pourrai pas même disposer de tout
\ » le reste, S'il y a des charges réelles sur
»? 1 héritage dont il s'agit, des réparations,
des reconstruction à faire, J'en demeu.
w rerois grevé, C'est ce qu'il faut voir
w *avant de traiter », Il est bien simple ce langage de la vieille
sagesse rurale; il est à la portée de tout le
monde, & d'une justesse très-évidente;
nos fameux Beaux-Esprits ne se doutent
pas qu'il contienne l'a clef de toute l'adminiftration d'un royaume comme la France.
& cependant rien n'etc plus vrai. Laisions-là tous les grands mots soflores, toutes les généralités morales &
mécaphysiques, tous les éloges persomiels, --- Page 129 ---
- SUR LES FINANCES. -- 121 allons au fait. Tout ce qui s'appelle frais
du cultivateur & du propriétaire foncier,
ne doit point être mis en ligne de compte,
quand il s'agit du Souverain , de ses intérets 8c de les droits ; quil entre avec le
possesseur des fonds cultivables 8c son fermier, en partage du bénéfice net qu'accorde la nature libérale au-dela des avances.
Rien n'est plus juste ; ri.en n'est plus fage. Pourquoi jufle ? parce qu'il a contribué
réellement par ses avances, parses travaux
à la naissance de la récolte entiere ; moyen.
nant la bonne instruction : moyennant la
protection qui garantit les propriétés particulieres contre les incursions étrngeres,
contre lesusurpationsintérieures: moyennant L'administration qui couvre le territoire* des grandes propriétés communes
qui font valoir les héritages privés. Pourquoi sage ? parce qu'il est évidemment de l'intérêt commun qu'il continue ,
qu'il augmente qu'il perfectionne ces travaux 8c ces avances qui sont les sources
fecondes de tout bien public. Mais la totalité des frais du cultivateur
6c du propriétaire, le Souverain ne peut,
lie doit3 ni ne veue certainement les
prendre Se les appliquer a d'autres. usages,
Il feroit précisément comme l'homme de
la fable qui tue la poule aux oeufs d'or, &, --- Page 130 ---
122 PRINCIPES ÉCONOMIQUES rien n'est plus évident. Il faut donc les
connoître ces frais, pour leur porter sagement le respeéfc qu 'on doit aux choses
sacrées. Et voilà précisément ce qu'oublient
toujours ; mais très-complettement, mais
avec assectation , avec la plus étonnante
pertinacité les grands professeurs de la
ville. « Combien d'arpens, disent-ils ( tome
3, page 3 5 8 ) « combien de semences ,
53 combien de récoltes !.. Ajoutez donc
» combien de frais ! Ce que vous ne dites
55 jamais". Voulez vous concevoir enfin une fois
pour toutes combien linjustice d 'un administrateur des finances est absurde &
barbare, quand il néglige de connoître j
sur-tout ces frais , dont vous ne teriez jamais aucun compte ? Je vais tâcher de
vous l'inculquer par un exemple du même
genre. Au nombre de ces frais est la semence dont vous parlez , & que vous
comptez seule, quoiqu'elle ne faffe pas la
sixieme partie des avances. Au nombre de
ceux qui partagent la récolte est le décimateur. .
pour toutes combien linjustice d 'un administrateur des finances est absurde &
barbare, quand il néglige de connoître j
sur-tout ces frais , dont vous ne teriez jamais aucun compte ? Je vais tâcher de
vous l'inculquer par un exemple du même
genre. Au nombre de ces frais est la semence dont vous parlez , & que vous
comptez seule, quoiqu'elle ne faffe pas la
sixieme partie des avances. Au nombre de
ceux qui partagent la récolte est le décimateur. . Que diriez-vous d'un curé qui, dans
Pimpatience de jouir & pour expédier
mieux son assaire, voudroit dîmer au moi*
d' Octobre sur la semence \ au lieu de dîmer --- Page 131 ---
sur, LES Finances. 11) au mois d'Août suivant , sur la moisson ?
Doreurs ! Docteurs! voilà votre science ?
MUTATO NOMINE DE TE FABULA NARRATUR. Le vrai Palladium des empires agricoles;
c'est le respecl pour les frais des cultivateurs t
ô des propriétaires fonciers. La maxime
fondamentale de toute administration des
finances est que le bénéfice net qui reste,
après ces frais prélevés, est seul partageable,
entre les troispremteres classes de la société,
dont les dépetises font vivre les irois autres. Ces frais prélevés ; le reste des récoltes
fait un revenu disponible, annuellement
renaissant, territorial & inhérent au sol,
indépendant 8c indestructible; c'est sur ce
même bénéfice net que vivent les hommes
dlfponibles. Les seuls qu'on puisse faire entrer en ligne de compte, lorsqu'il s'agit de la
force & de la puissance des empires, autre
vérité non moins simple, non moins utile,
mais aussi parfaitement méconnue par nos
illustres. Oui, les hommes disponibles ; car il est
évident que les ouvriers absolument né.
ceffaires a la culture ne sont pas des hommes
dtsponibles. Les employer à toute autre
chose, c'est évidemment dîmer sur la semence, comme le curé dont je parlois tout
# l'heure. --- Page 132 ---
H4 PRINCIPES ECONOMIQUES Par quel aveuglement inconcevable s'a-,
charnent-ils si fort à diffihiuler un principe
de gouvernement dont l'évidence est si
manifeste. * « Voilà (dites- vous complaisainent) un
bi bel état de population laborieusement
M combiné sur des registres mortuaires. Trois cens mille ames dans ce seul can*
>3 ton... Vous voyez bien que sa force
sa puissance font supérieures à celle de
»? l'autre qui n'en a que deux cens cinquante,
» mille. D'ailleurs les hommes y sont bien
m mieux ; car ils ne payent l'un portant
,y l'autre que dix livres d'impôts par tête ^
» les autres quinze ". Ma réponse est humble. & naïve : « je
33 ne vois point cela ». Tous vos états n4
me prouvent rien. ® A semences égales, à récoltes égales,
à population égales, quantités égales d'arpens cultivés, à taxes égales d6t tant par
tète, l'une portant l'autre, il peut se trouver une très-énorme différence entre lesdeux pays comparés, & la disparité dépend
des frais. Car enfin je le répete & je le répéterai
sans cesse, puisqu'on l'oublie toujours ;
on ne doit point se partager ces frais pour
les appliquer a d'autres usages. La justice
& la raison le dépendent ; autrement
, quantités égales d'arpens cultivés, à taxes égales d6t tant par
tète, l'une portant l'autre, il peut se trouver une très-énorme différence entre lesdeux pays comparés, & la disparité dépend
des frais. Car enfin je le répete & je le répéterai
sans cesse, puisqu'on l'oublie toujours ;
on ne doit point se partager ces frais pour
les appliquer a d'autres usages. La justice
& la raison le dépendent ; autrement --- Page 133 ---
SUR LES FIN A NeE s 1,5 c*efl dîmer sur la semence , plutôt que d'attendre là récolte. Conduite follement barbare. Les hommes Se l'argent des frais n'étant
pas une richesse ni un revenu partageable
& disponible ; tous les catalogues si laborieusement compilés 8c comparés entre
eux par des sous-commis qui les oublient,
ne sont qu'un vain étalage de connoissances très-illusoires. Augmenter les récoltes annuelles d'une
part, & diminuer les frais de l'autre ; voilà
certainement ce qui procure un accroijje* *
ment infaillible de population, de richesse
& de force aux empires. Quand vous aurez trouvé , comme
Henri IV & Sulli, la solution de ce probleme , dispensez-vous de compiler des
registres. Mais l'argent qui sort des mines, 8c que
les nations le disputent, vous n'en faites
donc aucun cas... ? Pardonnez-moi, beaucoup : c'est une excellente marchandise
qui s'achette & se vend comme toutes les
autres , &: vous l'expliquez à merveille. Je l'estime beaucoup dans la main du
Roi, quand il est produit par des revenus ter*
• ritoriaux solides , perpétuels > qui ne Coûtent
point dt nouveaux sacrifices a son peuple. Qu'une partie de ces revenus, si légi- --- Page 134 ---
116 PRINCIPES ECONOMIQUE# timement acquis, foit employée tous lei
ans à la perfection progrellive & continuelle des grandes avances , des grandi
travaux de la souveraineté qui vivsient tout
le territoire. Qu'un autre serve a payer les anciennes
dettes & à libérer enfin le patrimoine de la
Couronne. Je bénis ces emplois ; maii
aussi qu'une partie serve au bien-être, à la
digne représentation du monarque & de
son auguste famille , une autre à récompenser ses bons & fideles serviteurs, je
. ne crois pas qu'il faille blâmer, comme
on l'a fait tout récemment , cet emploi
qui me paroît juste & naturel. Il est conforme à l'ordre, à la raison ,
à la saine politique, à l'avantage des nations; que le souverain, que sa maison &c
sa cour, que les mandataires de son autorité suprême dans les départemens de
l'instruction , de la protection militaire
ou civile , de l'administration , soient en
société très-intime d'intérêts & de profits
avec les autres classes de la société. L'augmentation des récoltes jointe à
l'épargne des frais enrichissant tout U
monde , il est juste, il est expédient que
à la saine politique, à l'avantage des nations; que le souverain, que sa maison &c
sa cour, que les mandataires de son autorité suprême dans les départemens de
l'instruction , de la protection militaire
ou civile , de l'administration , soient en
société très-intime d'intérêts & de profits
avec les autres classes de la société. L'augmentation des récoltes jointe à
l'épargne des frais enrichissant tout U
monde , il est juste, il est expédient que / tout le monde en jouisse. Le Roi & les <
fiens en sont les premieres causes, par les
fondions augustes & sublimes de L'auto- --- Page 135 ---
.. S u R L È S F I N A N C E S . 11f . rité tutélaire 6c bienfaisante, sans laquelle
ne peut prospérer l'agriculture ; il est donc
équitable qu'ils en recueillent les premiers
essets. Elles sont fausses , injufles & misérâbles s les petites idées de parcimonie qu'on
s'est quelquefois glorifié de vouloir inculquer aux souverains des grands empires
agricoles ; il ne suffit pas de leur dire ne
soyez point généreux , parce que vous
êtes 2auvres : il faudroit ajouter ; mais
devenez riches, vous le pouvez, même en.
faisant le plus grand bien de votre peuple , alors vous pourrez, tout à votre aise,
exercer de sages , d'honnêtes , de jufles libéralités. L'argent je l'eslime beaucoup dans les
mains de la noblesse & de la bourgeoisie
propriétaires des terres quand il est le produit d'un grand revenu territorial , &:
quand ils ont la prudence de ne le pas em-
. ployer tout entier en dépenses flériles qui
ne leur produisent rien ; mais au contraire
d'en consacrer tous les ans une partie aux
entretiens, réparations & améliorations
de leurs domaines ruraux. Quand ils emploient le reste à des.
jouissances agréables proportionnées à
leurs fortunes, je ne crie pas au luxe >
comme on le fait dans les nouveaux mé- --- Page 136 ---
. ilS PrincipesÉcoNbMiQtïÊS . moires sur les finances (tolne 3 , chap;
neuvieme) ; car le luxe, si mal défini dans
les éloges ou dans les diatribes également
obscures , équivoques &C parfaitement
inutiles de nos beaux esprits modernes ,,
efl un excès de dépenses : or , il est évident , d'une part, qu'excès signifie autre
mesure, ôc d'autre part que, pour les propriétaires fonciers, la mesure des dépenses
sages & honnêtes est la partie de leurs.
revenus qui reste, après qu'ils ont acquitté
toutes les charges ôc prélevé ce qu'il convient d'employer aux améliorations. Un pere de famille, dont l'héritage
prospere de plus en plus, n'est donc jamais coupable de luxe y quand il jouit,
avec les siens , de la fortune dont la providence l'a gratifié. Cette vive sortie sur
les propriétaires qui les dénonce comme
les auteurs du luxe, ôc qui remplit trente
pages dans le troisieme volume, n'est donc
pas moins injuste, pas moins déplacée.
que le précepte qu'on fait aux souverains
de ne les jamais gratifier, même tous prétexte des dignités & des services. L'argent je l'estime beaucoup dans la
poche des cultivateurs quand ils l'ont acquis par la bonne vente 'de leurs denrées,
& quand ils peuvent en employer quelques portions à l'amélioration de leurs
ateliers --- Page 137 ---
strii t è s Financés. ilQ
ateliers d'exploitations rurales , même à
se procurer une honnête aisanêe à eux &ç
à leurs ouvriers agricoles; car 'le proverbe'
dit avec raison, pauvres fermiers * pauvres
paysans, pauvre royaume..
poche des cultivateurs quand ils l'ont acquis par la bonne vente 'de leurs denrées,
& quand ils peuvent en employer quelques portions à l'amélioration de leurs
ateliers --- Page 137 ---
strii t è s Financés. ilQ
ateliers d'exploitations rurales , même à
se procurer une honnête aisanêe à eux &ç
à leurs ouvriers agricoles; car 'le proverbe'
dit avec raison, pauvres fermiers * pauvres
paysans, pauvre royaume.. C'est la vérité capitale dont s'étoient pénétrés fort intimement Henri IV & Sulli,
qui désiroient, avec tant d'ardeur, d'enrichir les paysans, L'illuitre auteur que je
combats trompé sur cet article comme fut
les autres par nos beaux esprits sliperficiels, défigure cette belle pensée (rom. 3,
page 107) en la généralisant. 11 applique
à la populace des villes le veu du bon
Henri qui ne portoit que sur les cultivateurs ; il décide à la maniere tranchante
des modernes, qu'il étoit chimérique ; j'en
appelle pour cette classe prédeuse de la
nation ; j'en appelle à la sagesse , à la
bonté du monarque. Renouvelez l'espric
de Henri IV &: de Sulli; cherchez comme
éux à réformer les impôts au profit commun du peuple 6c du Roi. Les premiers
fruits de cette sage conduite seront pour
les cultivateurs • L'argent je l'êstime beaucoup entre les
mains des manufacturiers , des négocians
qui l'ont gagné par leurs avances, leur
travail & l'industrie , sans privilèges exclusifs, sahs vexations, sans tyrannies. Je --- Page 138 ---
130 PRINCIPES ÉCONOMIQUES ne plains point aux hommes qui cultivent
les sciences & les arts,qui exercent les métiers, qui rendent des services personnels
aux autres , la portion qu'ils en gagnent
à prix défendu ; pas même aux rentiers,
celui qu'on leur paie en intérêts perpétuels & viagers pour un capital qu'ils ont
prete. Mais les producteurs propriétaires des
mines vendent l'argent , & c'est pour l'acheter qu'il faut se procurer, par des récoltes
améliorées , beaucoup de denrées qu'ils
" puilTent recevoir en échange. Mais que les marchands qui trafiquent
au dehors du royaume, exigent qu'on leur
vende sans cesse au-deffàus de leur prix naturel, les subsistances & les matieres premieres, asin qu'ils se procurent à bon marché des précieux objets manufacturés à
grands frais, qu'ils iront vendre cher aux
étrangers. A l'esset d'importer dans leurs
coffres beaucoup d'argent, qu'ils prêtent
ensuite à gros intérêts, pour soudoyer hors
du pays de grandes armées qui ne p/oduisent rien que des frais énormes acquittés
avec des emprunts, puis payés trois ou quatre fiispar les propriétaires & les cultivateurs dont la fortune efl déjà diminuée par
la réduction du prix de leurs récoltes : je
vois bien que c'est le systême des mq-
étrangers. A l'esset d'importer dans leurs
coffres beaucoup d'argent, qu'ils prêtent
ensuite à gros intérêts, pour soudoyer hors
du pays de grandes armées qui ne p/oduisent rien que des frais énormes acquittés
avec des emprunts, puis payés trois ou quatre fiispar les propriétaires & les cultivateurs dont la fortune efl déjà diminuée par
la réduction du prix de leurs récoltes : je
vois bien que c'est le systême des mq- --- Page 139 ---
SUR LES FINANCES. 13T - 1 ij dernes très-clairement expliqué dans l'ouvrage de 1775 8c dans celui de 1785 : je
vois bien que c'est le profit des capitalistes
prêteurs & des banquiers négociateurs
d'emprunts ; mais je n'y vois rien de juste, ,
rien de satisfaisant pour le souverain ni
pour la nation. Mais je n'y vois qu'une mise de la part du
Roi des propriétaires & des cultivateurs. » Il s'en suivra (dites-vous) que les 'né-
» gocians se procureront à bon marché des
» ouvrages recherchés qu'ils iront vendre
» aux étrangers ". Je le crois. "Ils gagnees ront beaucoup d'argent ». D' accord,,
« Ils rapporteront en France ». Oui, ou
ailleurs ; car vous convenez qu'eux &
leurs fonds pécuniaires ne tiennent à rien.
et Ils le donneront au gouvernement ».
Non, ils le vendront fort cher. « Par conM séquens l'état sera fort riche ». Non,
tout au contraire, par conséquent il fera
fort pauvre ; car il devra beaucoup de rentes •
viagere s beaucoup d' intérêts perpétuels pour
des capitaux dépensés inutilement, & qui
n'auront été originairement formés qu'à
ses dépens. J'ose affurer qu'en peu de lignes, je
viens d'analyser très-exactement, & peutêtre de réfuter victorieusement tout le
grand ouvrage sur les finances, que les --- Page 140 ---
131 PRINCIPES ECONOMIQUES talens & les qualités de l'auteur ont fait
accueillir avec tant d'éloges. Si toute la doctrine moderne , si preconisée même par la foule des bonnes
gens qui ne l'ont pas comprise, n'est pas
résumée complettement dans cet abrège
fidele ^ j3 aurai tori \ mais je ne crains point
ce reproche ; l'illustre écrivain que j analyse est trop loyal pour me le faire. Ses
trois gros volumes se réduisent à cette
quintessence ; il est incapable de le nier.
Si quelqu'autre s'avisoit de me le contefter , je m'engage à le démontrer jusqu a
l'évidence. Il avoit donc ses raisons quand il mettoit en principes qu'il faut dans un état
dépouiller quelquun pour enrichir quelque
autre. C'est qu'en effet tout son systême
de crédit & d- emprunt , porte sur cette
base que le Roi les propriétaires, les cultivateurs fassent, à leurs dépens, la majeure
partie dèS frais du commerce extérieur,que
les profits- forment les capitaux des prêteurs 8c les bénéfices des banquiers ;
qu'ensuite le Roi, les propriétaires, les cultivateurs payent les rentes viagères ou per
p élue lie s. Je n'employerai pas autant d'éloquence,
autant d'adresse, autant de détours iogénieux à ex.poser le procédé bien plus fim- --- Page 141 ---
SUR LES FINANCES. 133 pie, & je crois bien plus juste, des d'Amboise & des Sully ; mais heureusement je
n'en ai pas besoin. Simplifie^ les impôts, transformez ceux
qui sont onéreux par les vices irrémédiables de leur essence même , gagnez sagement tout ce qu'ils sont dèpenser 3 tout
ce qu'ils font perdre à la nation sans profit
pour le trésor royal.
ogénieux à ex.poser le procédé bien plus fim- --- Page 141 ---
SUR LES FINANCES. 133 pie, & je crois bien plus juste, des d'Amboise & des Sully ; mais heureusement je
n'en ai pas besoin. Simplifie^ les impôts, transformez ceux
qui sont onéreux par les vices irrémédiables de leur essence même , gagnez sagement tout ce qu'ils sont dèpenser 3 tout
ce qu'ils font perdre à la nation sans profit
pour le trésor royal. Partagez ce bénéfice entre le souverain , les propriétaires fonciers & les cultivateurs : ils en feront part aux manufacturiers , aux negocians , aux salariés
qui vivent tous sur leurs dé penses Devenu plus riche sans qu'il en coûte rien à
son peuple , mais , au contraire , en lui
procurant de grands avantages ; le Prince
n'empruntera plus, il pourra liquider des
dettes de son patrimoine, améliorer les
grandes avances souveraines , être libéral
Ôc bienfaisant. Les propriétés foncières, les cultures ,
les récoltes s'accroîtront de mieux en
mieux ; par conséquent la population, les
manufactures, le commerce & les arts
iront en se perfectionnant, tous prospéreront ensemble, 5c les uns par les autres,
non comme des lions dévorans qui s'élancent
sur leurs victimes pour les égorger, mais
comme un pere tendre avec des fils re- --- Page 142 ---
i34 PRINCIPES ÉCONOMIQUES connoiŒans, comme-des freres avec leurs
freres, des amis avec leurs amis, des alsociés avec leurs associés. Ce fut la doctrine
économique & politique d'autres fois. Fuit h&c sapientia quondam. FIN. / --- Page 143 ---
LETTRE SUR LES MOYENS DE PRODUIRE,
LA NUIT, UNE LUMIÈRE PAREILLE A CELLE DU JOUR ; Par M. P A L M £ R. - ■ Prix 11 fols. A P A R I S ; Chez l'Auteur, rue Mené , N°. i 8 , au Premier,
Et chez les Marchands de Nouveautés. llBS* --- Page 144 --- --- Page 145 ---
A ij LETTRE SUR LES MOYENS DE PRODUIRE , L'A NUIT, UNE LUMIÈRE PAREILLE A CELLE DU JOUR. APPARÉLL DE L'EXPÉRIENCE. DANS un Cadre de métal ou de Liège de 4
pouces environ sur 6 , ajustez deux Verres trèsblancs bien mastiqués , 5e laissez entre deux; un
espace de 3 lignes pour y introduire une liqueur
à volonté. Placez dans une Caisse ouverte par ,1e haut, une
ou deux Lampes à air. Mettez derrière les Foyers i
un Carton blanc pour faire le Reverbère y & pratiquez une ouverture à la Caisse en face des mèches
pour placer votre Verre de manière qu'il soit éloigné
de 4 pouces environ des Foyers , afin que la chaleur ne lui faffe pas de tort» --- Page 146 ---
- C 4 ) : - Liqueur bleuté Faites dissoudre 4 gros de Vitriol bleu dans
4 onces d'Eau, saturés avec excès d'Alkali volatil
fluor , vous aurez une Liqueur d'un très-beau bleu,
dont il ne faut que varier l'intensité avec de l'Eau
ordinaire. i
Liqueur jaune. Une simple décoction de Saffran en Eau bouillaiite. Liqueur violette. Une décoction de Tournesol en Eau bouillante.
ur bleuté Faites dissoudre 4 gros de Vitriol bleu dans
4 onces d'Eau, saturés avec excès d'Alkali volatil
fluor , vous aurez une Liqueur d'un très-beau bleu,
dont il ne faut que varier l'intensité avec de l'Eau
ordinaire. i
Liqueur jaune. Une simple décoction de Saffran en Eau bouillaiite. Liqueur violette. Une décoction de Tournesol en Eau bouillante. EXPÉRIENCE. Jour naturel. Mettez dans les Verres la Liqueur bleue, seulement affoiblie avec plus ou moins d'Eau, de manière que , vue au jour , elle donne un Bleu un
peu plus foncé que la couleur d'un beau Ciel. Il
est impossible de désigner une teinte juste, le tâtonnemeht doit ici remplacer la théorie , vu qu'elle
seroit trop longue à décrire. Si le Bleu est trop
foncé , les couleurs paroîtront grises ; s'il est trop
léger, elles paroîtront rougeâtres. Ce renseignement
suffit pour bien guider. Clair de Lune. La Liqueur bleue plus foncée que pour le jour ,
& un peu de Liqueur jaune. --- Page 147 ---
( 5 ) A iij Joer d'orage. -
La Liqueur bleue un peu plus foncée que pour
le jour naturel, & un peu de Liqueur violette. On obtient-de même les différens effets de Soleil,
levant, couchant, & , en variant l'intensité des Liqueurs , une demi-heure d'essais suffira pour mettre
au fait les personnes les moins expérimentées. Il m'est impossible d'entrer dans de plus grands
détails sur la contruction de cette Lampe , ses
dimensions , &c. j d'ailleurs , cela n'est pas nécesiaire; tout Ferblantier est en état de construire une
Lampe qui remplisse ce but, même d'ajouter les
Chassis & les Verres , & tout Apothicaire peut
fournir les Liqueurs toutes préparées. UTILITÉ DE CETTE LUMIÈRE,, 16. Pour les Arts & Métiers. 2°. Pour la conservation de la vue; Pour les Arts & Métiers, en donnant aux Artisses , Artisans , Marchands , ôcc , un moyen sur
& peu dispendieux de juger des couleurs , & de
les travailler ainsi que les métaux. La Peinture y trouve une nouvelle source d'étude :
c est la faculté de peindre d'après nature les effets
de nuit, le clair de Lune, Météores, feux, &c. ; ce
que jusqu'ici on n'a pu rendre que de mémoire. Quant à la conservation de la vue, on sait com- --- Page 148 ---
f (1 ) bien la lumière rousse des cires , huiles & suifs, est
dure & fatigante pour cet organe. ' ' Celle que je propose , est douce & tranquille,
■ & comme on peut la rendre parfaitement semblable
à celle d'un jour frais , elle intéresse la retine d'une
manière uniforjaç & harmonieuse ; car il en est de
la lumière comme d'un instrument de musique :
quelque fort qu'il soit, s'il est discord , il blesse
l'oreille , ôc ne donne aucune sensation nette de
mélodie & d'harmonie : quelque foible qu'il soit
cataire , s'il est d'accord , on entend parfaire..,
ment toutes les parties*
& comme on peut la rendre parfaitement semblable
à celle d'un jour frais , elle intéresse la retine d'une
manière uniforjaç & harmonieuse ; car il en est de
la lumière comme d'un instrument de musique :
quelque fort qu'il soit, s'il est discord , il blesse
l'oreille , ôc ne donne aucune sensation nette de
mélodie & d'harmonie : quelque foible qu'il soit
cataire , s'il est d'accord , on entend parfaire..,
ment toutes les parties* Il résultre delà, ainsi que d'une multitude d'observations faites auhasard , que le moyen de voir
bien clair , ne consiste pas dans la force du jour,
niais dans sa qualité. Il ne seroit pas étonnant même qu'une lumière
fadlice, préparée & accordée avec soin, fàt plus
agréable aux yeùx foibles que la lumière rdu jour,
même modifiée ; en voici, je crois , la raison., La Terre , vu la rrapidité de ses mouvemens,
tant diurnes qu'annuels, ne peut recevoir pendant
un instant appréciable le même rayon de Soleil j
ainsi notre lumière n'est qu'une scintillation continuelle qui, quoiqu'imperceptible, peut être moins
douce que les lumières de nuit qui sui vent les objets
qu'elles éclairent Çettç causç peut contribuer pour beaucoup a --- Page 149 ---
( 7 ) A iij tendre la lumière de la Lune si tranquille par la.
raison qu'elle suit la Terre *. Ce que je présente dans ce moment au Public,
n'est , pour ainsi dire, qu'une esquisse de la chose
qui cependant peut être d'une exécution facile ,
peu coûteuse, Se d'un usagç auez étendu : elle n'a
d'autre inconvénient que l'emploi d'une liqueur
qu'il faut renouveller de temps à autre ,; en place
d'un Verre coloré, on trouve, dans le Commerce,
des Verres bleus qui font en partie cet effet \ &
plusieurs Artistes en ont déjà fait usage. Quoiqu'ils * La lumière de la Lune ne seroit-elle pas celle de foa
athmosphère phosporique, mise en mouvement par la lumière
du Soleil , & jointe à une vraie réflexion de son corps solide ,
ce qui opère les taches ? Je propose ceci sans conséquence f
pour plusieurs raisons. -
10. La lumière de la Lune a des qualités particulières,
& détruit des couleurs que le Soleil endommage peu , telles
que les chamois teints en pièces 3 ce fait est très-reconnu
a Sedan. 2°. Pourquoi seroit-elle si blanche & aussi visible pendant
la préserice du Soleil, puisque les corps les plus blancs ,
tels que les montagnes de neige, le sont à peine à dix lieues
de distance. 30. Et pourquoi la lumière du Soleil , réfléchie par un
corps qui n'est pas supposé blanc , éclaire-t-elle si vivement
à plus de cinquante mille lieues , tandis que cette même
lumière, venant directement du Soleil, & réfléchie par un
mur très - blanc , ne peut pas éclairer à cinquante toises
dans une vofoe ? --- Page 150 ---
( i g ) n'aient pas le genre de nuancé convenable pous
donner une lumière junste, ils peuvent suffire pour
bien des travaux. Lorsque je fis cette découverte en 1778 , nous
n'avions que de simples Lampes de Reverbère ; &
j'imaginai un procédé pour teindre des Verres qui
me réussirent très - bien. Je -fis voir ma Lampe
comme un objet de curiositc, & remis à un autre
temps le soin d'en tirer parti.
i g ) n'aient pas le genre de nuancé convenable pous
donner une lumière junste, ils peuvent suffire pour
bien des travaux. Lorsque je fis cette découverte en 1778 , nous
n'avions que de simples Lampes de Reverbère ; &
j'imaginai un procédé pour teindre des Verres qui
me réussirent très - bien. Je -fis voir ma Lampe
comme un objet de curiositc, & remis à un autre
temps le soin d'en tirer parti. La découverte des Lampes à air nous ayant
fourni un foyer de Lumière supérieur à tous égards
aux précédens , je repris mon travail sur cette
matière \ & voilà le motif de mon opération actuelle. Si les circonstances l'exigent , je monterai un
Appareil pour fabriquer des Verres colorés , &
alors je pourrai établir des Lampes très-justes &
invariables , depuis la grandeur convenable pour
peindre un tableau de quatre pieds, jusqu'à une
simple Epprouvette de poche. Ce terme paroîtra
singulier dans une matière comme celle-ci. Voici
ce que je prétends définir. Une petite Lanterne de la grosseur d'une tabatière , avec une bougie 4e calibre déterminé, 8c
un verre bien réglé, donnent deux pouces quarrés
d'une Lumière pure , & parfaitement semblable
à celle du jour. Un tel Instrument peut être de la plus grande --- Page 151 ---
\
( 5, ) utilité pour bien des personnes, & même pour les
Médecins & Chirurgiens ; car il est souvent de la
plus grande conséquence de connoître sur le champ
la couleur de la peau , des plaies , du sang, &c. Des Lampes un peu plus volumineuses & bien
exactes , de viendront un moyen sûr d'apprécier,
par comparaison, les différences de la lumière du
Soleil dans les diverses contrées ; car il est évident
que les rayons du Soleil subissant une réfraction
primatique à l'entrée de FAthmosphère , la qualité
de la Lumière doit varier du Midi au Nord : je
crois que cette variété a pu contribuer pour beaucoup à la différence du coloris des trois Ecoles,
indépendamment des causes locales. Je ne m'étends pas davantage sur cette matière:
je me réfère , ainsi que pour la démonstration
théorique de ma découverte sur les Lumières factices, à l'Ouvrage que je vais publier incessamment,
ayant pour titre : Théorie de la Lumière applicable aux Arts &
Métiers. Cet Ouvrage, qui est une fuite de ma Théorie
des Couleurs & de la Vision , imprimée en 1777,
contiendra : 1°. Une Démonstration géométrique de l'existence de trois seuls rayons dans la Lumière. 2°. Une Théorie géométrique & pratique de
l'action des Surfaces colorées sur la Lumière. Au --- Page 152 ---
( 10 ) De l'Imprimerie de COUTURIER, Quai de4
Augustins, près de l'Eglise; moyen de laquelle , on peut expliquer & répéter
toutes les opérations possibles de Peinture, Teinture , &c. 3°. Une Théorie du Prisme, parfaitement d'accord avec la précédente. Plus, des Observations très-étendues sut divers
effets accidentels de la Lumière , de l'actiol1 des
corps animés sur cette même Lumière, & du Méchanisme de la Vision. Lu & approuvé , ce 4 Juillet 1785. DE SAUVIGNY. Wu £ Approbation. Permis d'imprimer, le 5 Juillet LE NOIR. e --- Page 153 ---
DISCOURS CONTRE LES SERVITUDES PUBLIQUES. Quid tristes quœrimoniœ ,
Si tion fupplicio culpa reciditur *
Horat. Od. XXIV, 1. III. M. DCC. LXXXVI. - --- Page 154 --- --- Page 155 ---
1 A D I S C 0 U R S
& approuvé , ce 4 Juillet 1785. DE SAUVIGNY. Wu £ Approbation. Permis d'imprimer, le 5 Juillet LE NOIR. e --- Page 153 ---
DISCOURS CONTRE LES SERVITUDES PUBLIQUES. Quid tristes quœrimoniœ ,
Si tion fupplicio culpa reciditur *
Horat. Od. XXIV, 1. III. M. DCC. LXXXVI. - --- Page 154 --- --- Page 155 ---
1 A D I S C 0 U R S C O N T R E LES SERVITUDES PUBLIQUES. 1, île ci i us vives. ï... Hor. Od. X. 1. il. LA nature a établi dans l'homme les mêmes
beso ins & la nécessïté des mêmes fondions
que dans les autres especes d'animaux ;. mais
elle a donné à ceux-ci ce que nous appelions -
un instinct, qui les dirige & les fait parvenir
à leurs fins par des regles sures , uniformes &
qui ne varient jamais; ce qui a fait croire à
Descartes que les bêtes ne sont que des 'machines 5 & à nos Théologiens qu'elles ne sont
pas libres; au lieu que nous Tentons en nousmêmes que nous sommes animés & libres. --- Page 156 ---
r - - - ( 2 ) Mais ce que nous. appelions raison dans
l'hbmme > laquelle , suivant tes notions dA-.,
ristote, nous distingue encore plus effentiellement des autres animaux > & a le plus contribué à nous faire établir un ordre particulier
pour nous, que nous appellons moral, dans
la vue de rendre nos fondions & nos besoins
naturels plus faciles, plus commodes & plus
agréables > cette raison, dis-je, n'a pas de regle
assurée, & n'est que le résultat de l'éducation ,
de nos habitudes, de nos penchans, de nos
préjugés & de notre maniere de voir, qui vatient dans tous les climats 5 chez les différens
peuples , & même dans chaque individu; de
là cette diversité de langues 3 ' cie ; religions *
ide moeurs , de loix & d'opinions quj gouvernent.-tous les hommes , & qui sont plus ou
moins bien ? selon quelles Produisent plus ou
moins d'inconvéniens î mais à travers les contrariétés & les inconvéniens qu'on peut remar- '
quer dans lés diverses inflitutions. humaines ,
on lit par-tout cette vérité gravée -dans le fond
de nos coeurs , que l'ordre moral n'a pu ni dû
être institué que pour la conservation de notre
individu, l'ordre physique, ou la nature, --- Page 157 ---
( ? ) n'ayant pourvu qu'à la conservation de notre c'
espece. D'où je conclus que les sociétés ne se sont
formées que pour le plus grand avantage des
associés , les Gouvernemens pour le plus
grand bonheur des peuples , l'autorité , la
puissance ou la force, pour la sureté du plus
foible, contre le plus fort > comme les Médecins pour venir au secours des malades : ce
n'est pas qu'ils ne les tuent quelquefois,
parce que l'art de guérir n'a pas des regles
sures ; au lieu que celles qui constituent l'ordre moral sont connues , & que nos fautes sont
volontaires. La constitution du Royaume de France est
si bonne, dit Loiseau, qu'il n'est pas de Citoyen
né dans le plus bas étage, qui ne puisse pré-i
tendre aux dignités les plus élevées. Mais il en est des meilleures constitutions
politiques, & morales comme des êtres, ou
corps physiques; elles sont sujettes à dégénérer & à se corrompre , pour peu qu'on se
relâche de leur maintien. Depuis la vénalité des charges, l'argent en
a chassé le mérite ; l'intrigue & la faveur operent le même inconvénient. A 2
dans le plus bas étage, qui ne puisse pré-i
tendre aux dignités les plus élevées. Mais il en est des meilleures constitutions
politiques, & morales comme des êtres, ou
corps physiques; elles sont sujettes à dégénérer & à se corrompre , pour peu qu'on se
relâche de leur maintien. Depuis la vénalité des charges, l'argent en
a chassé le mérite ; l'intrigue & la faveur operent le même inconvénient. A 2 --- Page 158 ---
( 4 ) De façon que par une suite de nos con~
traventions & de notre impunité, tout ce qui
dans l'origine n'a été institué que pour l'avantage commun , n'est plus que des moyens
de satisiaire , chacun en particulier , notre
orgueil, notre cupidité , notre avarice , ôc
que des titres pour autoriser &c couvrir nos
dérèglements & nos excès qui nous dégradent 5 nous énervent, nous accablent d'infirmités, & nous tuent avant le terme. Ce n'ést plus une longue expérience., ni la
connoissance des maladies & de leurs causes
qui fait les Médecins ; ce ne sont plus les talens . ni l'étude & la science des Loix, qui font
les Avocats, ce sont les grades qui se vendent.
Ce n'est plus l'amour de la justice, ni la capacité pour la bien administrer, qui fait acquérir une charge de Magistrature, c'est pour en .
faire ce que d'après la commune erreur, on appelle son bien. Est-ce notre zele pour le bien
public ? est-ce notre attachement à la personne
. * & à la gloire du Prince qui nous fait ambitionner les plus hautes dignités ? On vit, dira-ton , cela est vrai ; mais on soufFre, mais on se
tue ; & on pourroit nous empêcher de souffrir
& de nous tuer. --- Page 159 ---
( 5 ) A 3 Comment faire ? Rien n'est plus'aisé : soyons
amis de l'ordre par qui seul tout se conserve,
rétablissons-le puisqu'il est renversé ? & empêchons qu'on ne l'attaque ; alors tout ira bien. L'expérience nous apprend qu 'un corps
organisé ou non y ne se conserve dans son état
naturel qu'autant qu'on en éloigne les causes
extérieures de sa deftruaion ^ & qu 'on en rapproche celles de sa conservation. Nous suivons cette regle pour nos possessions les plus
frivoles, & nous nous abandonnons à tout ce
qui peut nous incommoder & nous détruire :
ne soyons donc pas si dupes. Dans cette vue, pour ce qui concerne l'objet de ce discours} il suffira d'observer que,
lorsque nous avons fait cesser la communauté
naturelle par le partage des terres, il est pro-,
bable que chacun des copartageans s est bâti
sur sa portion , comme bon lui a semblé. L 'ordre social ne pouvoit souffrir alors de cette
liberté ; mais après que les familles s étant
multipliées , on a bâti des bourgades & en.
suite des villes, il est probable. aussi que y par
l'habitude qu'on avoit contraétée de se bâtir
comme on avoit voulu % chaque propriétaire..
partage des terres, il est pro-,
bable que chacun des copartageans s est bâti
sur sa portion , comme bon lui a semblé. L 'ordre social ne pouvoit souffrir alors de cette
liberté ; mais après que les familles s étant
multipliées , on a bâti des bourgades & en.
suite des villes, il est probable. aussi que y par
l'habitude qu'on avoit contraétée de se bâtir
comme on avoit voulu % chaque propriétaire.. --- Page 160 ---
Ù ) n'a consulté que son génie, ses facultés & ses
commodités personnelles , sans qu'il paroisse
que les Gouvernemens aient porté une grande
attention à ce que tous ces nouveaux établissemens fussent principalement faits pour la sûreté , la salubrité & la commodité publiques ,
contre lesquelles je mets en principe qu'il n'a
pas été au pouvoir d'aucun propriétaire de
prescrire. Les irrégularités y les défe£tuosités > le peil
d'ordre qu'on remarque dans presque tous les
établissemens de ce genre ^ les incommodités
& les inconvéniens qui en résultent, au préjudice du public, les Loix mêmes concernant
les servitudes urbaines qui ne sont que des
réglemens particuliers pour les propriétaires
des maisons limitrophes, sont autant de preuves
de ce défaut d attention & de prévoyance de
la part des Gouvernemens. Suivant nos Coutumes 3 un propriétaire ne
peut incommoder son voisin ni par ses vues y
ni par ses eaux, ni par ses immondices. La
plus légere servitude ne peut exister sans un
titre ; & ce même propriétaire en accable le
public 'depuis tous les temps. Tous les pro- --- Page 161 ---
»
("7 ) A. priétaires éux-mêmes, ainsî que leurs locataires, ne peuvent sortir pour vaquer à leurs
affaires du dehors 3 sans être accablés des mê
mes servitudes contre lesquelles ils ont réclamé l'un contre l'autre > & desquelles ils se
sont fait affranchir privativement de voisin a
yoisin par le Législateur. Quelle inconséquence I quel oubli de la
part des propriétaires eux-mêmes, de la part
du public & de la part du Gouvernement, d'un
de leurs droits les plus précieux & de leur pre? L
mier devoir ! Depuis cent cinquante ans, la ville de Paris s'esi agrandie de près des, deux tiers , & les
embarras , de plus des trois quarts : pourquoi
n'a-t-on pas rapporté les premiers soins & les
premieres dépenses à bâtir les maisons tombantes en ruine , suivant un plan rélatif à la
sureté, à la salubrité & à la commodité publiques, auquel plan on" eût été obligé de se
conformer pour la construetion des nouvelles i
pourquoi ne le fait-on pas même encore au'"
jourd'hui ? On a érigé de superbes monumens , on a
bâti de vasles Eglises, on ne s'est occupé que --- Page 162 ---
- I ) de boulevards ; de promenades, &c. mais il
n'est pas venu encore dans l'idée de faire quel-
, que chose pour la sureté > la salubrité & la
commodité intérieures de la ville de Paris;
objets infinimens plus essentiels & plus urgens :
les embarras & les accidens, à sur & mesure
qu'ils se sont augmentés & multipliés, ont
occasionné une foule de Réglemens de Police,
qui forment plutôt des titres, s'il étoit possible
qu'il y en eût, de tant de servitudes accablantes
& révoltantes, que des moyens d'y remédier.
chose pour la sureté > la salubrité & la
commodité intérieures de la ville de Paris;
objets infinimens plus essentiels & plus urgens :
les embarras & les accidens, à sur & mesure
qu'ils se sont augmentés & multipliés, ont
occasionné une foule de Réglemens de Police,
qui forment plutôt des titres, s'il étoit possible
qu'il y en eût, de tant de servitudes accablantes
& révoltantes, que des moyens d'y remédier. J'ai pote pour principe qu'il n'étoit pas au
pouvoir des propriétaires de prescrire contre
la sureté, la salubrité & la commodité publiques. Ce principe , fondé sur le droit de la
nature & des gens & sur le droit public, est
une vérité trop frappante pour qu'on lui donne.
une plus grande clarté. Il s'ensuit que le Gouvernement possede incontestablement, comme
il l'a possédé dans tous les temps, le droit de
faire établir la sureté, la salubrité & la commodité publiques, par-tout où elles ne se trouvent pas : j'ajoute qu'il y est obligé pour son
propre intérêt, à cause du maintien de l'ordre
par lequel seul il se conserve. --- Page 163 ---
( 1 En effet, de quel droit les propriétaires ontils élevé sur la voie publique, des maisons de
façon que tous les passans soient, non-seulenient gênés de droite & de gauche 3 mais encore obligés de souffrir le déluge de pluie qui
se rassemble au haut de leurs toits , ainsi. que
tout ce qui peut s'en échapper, & de leurs
fenêtres ? Ils ont reconnu qu'ils ne l'avoient
pas ce droit, contre leurs voisins; à plus forte
raison doivent-ils reconnaître qu'ils ne sau~
roient le prétendre contre le public ; donc c'est
une entreprise, donc c'est une usurpation que
l'ignorance ou la cupidité n'ont pu autoriser
par quelque laps de temps que ce puisse être. De quel droit ces mêmes propriétaires ontils établi dans leurs maisons de fort étroits,
mais très-profonds précipices, dans lesquels
eux y ainsi que leurs locataires, jettent leurs
immondices , dont la puanteur & la corruption les infectent, pour en inférer ensuite,
quand on les vuide, tous les voisins > tous les
passans, & les environs de la ville où l'on va
les déposer ? Ce second genre de servitude formera le sujet de la seconde partie de ce discours. --- Page 164 ---
( 1O )
.1 / PREMIERE PARTIE. Contre les servitudes publiques des rues '. Eradenda cupidinir
1 Pravi sunt elementa Horat. Od. XXIV .lib. III. CE premier genre de servitudes qui ne proviennent que de la maniere dont on a laissé
construire les rez-de-chaussées des maisons qui
bordent les rues, en a fait naître 3 sur-tout à
Paris, une infinité d'autres d'un genre encore
plus accablant. Qu'on calcule les incommodités & les accidens malheureux occasionnés par l'immensité des voitures de toutes especes., & des
animaux, avec & parmi lesquels les gens de
pied de tout âge & de tout sexe se trouvent
confondus, couverts de boue , souvent estropiés & même écrasés : il a passé aujourd'hui en
proverbe à Paris, que qui sirt le matin de chez
soi y n'est pas sûr d'y rentrer le foir, sans qu 'il
soit au pouvoir de la police de nous garantir.
Le mal étant inévitable d'après la sot.te ma-
., & des
animaux, avec & parmi lesquels les gens de
pied de tout âge & de tout sexe se trouvent
confondus, couverts de boue , souvent estropiés & même écrasés : il a passé aujourd'hui en
proverbe à Paris, que qui sirt le matin de chez
soi y n'est pas sûr d'y rentrer le foir, sans qu 'il
soit au pouvoir de la police de nous garantir.
Le mal étant inévitable d'après la sot.te ma- --- Page 165 ---
( I1 ) niere dont on s'est bâti sur les rues ; ce qui
établit plus fortement la nécessité & 'le besoin
le plus urgent d'y pourvoir. On convient que, pour se garantir de tant
de maux, rien n'en: plus desirable qu'une voiture ; aussi il n'est pas de courtisanne 5 de
femme de Valet-de-chambre, de Commis, de
Maître-d'hôtel, de Sécrétaire , d'Intendant
.de maison,, qui ne soupire après un carrosse ,
& ne porte son amant ou son mari à violer
tous les devoirs de l'homme & du citoyen, &
à tout sacrifier aux moyens d'en gagner un, ou
à se ruiner. Après il faut des chevaux ^ des écuries , un hôtel, un cortege , des valets & des
servantes ; car tous ces nouveaux parvenus
veulent trancher du plus grand Seigneur, de
sorte que , de la façon dont la machine est
montée j on ne voit pas de borne au brigandage
dans tous les états) aux consommations excessives & irréparables 3 sur-tout pour les bois,
aux agrandissemensnuisibles & superflus , aux
embarras & aux accidens malheureux qui en
sont & seront de plus en plus les suites inévitables. Faut-il que des objets si dispendieux, qui > --- Page 166 ---
( 12 ) Hàns l'origine ; n'opt été établis que pour \&
représentation, soient devenus si communs ,
si prodigués & si à charge à l'humanité. Tous ces désordres ne viennent que de ce
qu'il n'existe qu'un seul passage dans les rues
de Paris y pour les voitures, les animaux &
les gens à pied. Il a fallu que les flammes aient consumé la
majeure partie de la ville de Londres > pour
qu'on se foit avisé d'y établir des trottoirs. Faudra-t-il mettre le feu aux quatre coins
'de Paris , pour délivrer ses habitans de tant
d'incommodités, d'outrages & de dangers ?
Ce seroit mon avis , si on pouvoit le rebâtir
en un jour. Il est de fait que la plupart des rues de
Paris sont trop étroites pour y établir de trottoirs y qui d'ailleurs ne rempliroient que trèsimparfaitement l'objet d'une réclamation générale ^ la plus juste & la plus intéressante qui
fût jamais.Comment faire? Rien n'est plus aisé. Rétablissons l'ordre, puisqu'il a été renversé dans cette partie ; n'ai-je pas démontré-
,qu'on ne pouvoit élever une maison sur la voie
publique, qu'elle ne fût construite principale- --- Page 167 ---
{ «3 ) talent pour la sureté, la salubrité ôc la commodité du public } sauf au propriétaire à s'arranger ensuite pour sa sureté , sa salubrité ôc
sa commodité personnelles ? N'ai-je pas posé
pour principe, & comme une vérité démontrée , qu'on ne pouvoit prescrire contre la sureté t la salubrité & la commodité publiques ?
qu'ainsi le Gouvernement étoit inçontestablement le maître de les faire établir par-tout où
elles ne se trouvent pas.
�c la commodité du public } sauf au propriétaire à s'arranger ensuite pour sa sureté , sa salubrité ôc
sa commodité personnelles ? N'ai-je pas posé
pour principe, & comme une vérité démontrée , qu'on ne pouvoit prescrire contre la sureté t la salubrité & la commodité publiques ?
qu'ainsi le Gouvernement étoit inçontestablement le maître de les faire établir par-tout où
elles ne se trouvent pas. Qu'on me donne donc des étais, des pierres & des ouvriers. & j'établirai sous oeuvre \
au rez-de-chaussée des maisons qui bordent
les rues de Paris, des passages couverts pour
les gens à pied, comme a fait le Cardinal
de Richelieu, à la Rochelle, comme il en
existe dans plusieurs autres villes où le besoin n'en est pas aussi pressant qu'à Paris, &
comme en a établi en dernier lieu M. le Duc
de Chartres, aujourd'hui Duc d'Orléans ,,autour de son jardin du Palais-Royal. Ce que ce Prince a fait en si peu de temps , est
une preuve évidente que chaque propriétaire
pourroit le faire avec moins de temps encore
& infiniment moins de frais ; puisquece qu'il. --- Page 168 ---
1 ( 14 ) auroit a fairè sèroit infiniment moins considérable. Mais comme il seroit moralement impossible
de faire le tout à la fois , à cause de l'impossibilité morale de se procurer la quantité
d'ouvriers , de pierres & d'étais pour que tout
fût fait à la fois, ce seroit à la sagesse du Gouvernement & à la vigilance des Commissaires
qui seroient départis dans chaque quartier de la
ville^à choisir les moyens les plus convenables,
& à prendre les mesures les plus justes pour que
le tout fût fait en détail, avec la célérité & la
solidité possibles , laissant aux propriétaires
opulens , qui seroient invités &c obligés de
donner l'exemple, la liberté des ornemensen
colonnes ôt en péristyles. S'il se trouvoit au surplus des endroits qui
présenteroient trop de travail & de difficulté,
on pourroit 'ne s'en occuper qu après avoir
pourvu aux endroits les plus pressés & où il
existe le plus d'embarras. Il n'en coûteroit rien à l'Etat, puisque ce
seroit une dette dont les propriétaires s acquiteroient les uns envers les autres & envers
le public y ou plutôt l'affranchissement d une --- Page 169 ---
( If ) servitude qui accable toute la masse de la
société. L'argent qui seroit employé ne sortiroit
pas du Royaume; il seroit dépensé à sur ôc
mesure par les Ouvriers. Eh ! qu'est-ce quQ
l'argent au prix d'un bien réel & public ! qu eftce que des propriétés particulières > ou y pour
dire plus vrai, une usurpation contre le droit
de la nature & des gens, & contre le droit public , qui réclament contre une servitude dont
l'affranchissement profitera d'une maniere inap<
préciable , à tous les propriétaires eux-mêmes
& à leur postérité, qui, au, moyen de ce précieux établissement, pourront vaquer en pentoufles & en robe de chambre à toutes leurs
affaires du dehors > sans crainte du plus léger
accident. Au surplus , le Gouvernement & la Ville
de Paris seroieat les maîtres de faire les arrangemens & les aaes de bienfaisance qu'ils jugeroient nécessairesj soit pour les dédommagemens qui leur paroîtroient fondés, soit pour
venir au secours des particuliers qui n'auroient
pas la force de supporter les frais des changemens &des retranchemens qu'il y auroit à faire --- Page 170 ---
- 1 • - ( 16 ) ÏU rez-de-chausfée de leurs maisons pour j*
établir ces passages couverts.
Paris seroieat les maîtres de faire les arrangemens & les aaes de bienfaisance qu'ils jugeroient nécessairesj soit pour les dédommagemens qui leur paroîtroient fondés, soit pour
venir au secours des particuliers qui n'auroient
pas la force de supporter les frais des changemens &des retranchemens qu'il y auroit à faire --- Page 170 ---
- 1 • - ( 16 ) ÏU rez-de-chausfée de leurs maisons pour j*
établir ces passages couverts. ,Or > dans le nombre des moyens qu'on pourroit imaginer, en voici un qui mettroit le
Gouvernement à portée de subvenir a tous
ces besoins & au-delà , sans rien débourser. Qu'on calcule la quantité de rues de traverfey je veux dire celles qui aboutissent aux
rues principales, qu'on apprécie en meme
temps la valeur de chaque bâtiment qu on
pourroit élever sur chacun des guichets qui
seroient établis au bout de chaque rue de traverse, du côté des rues principales , pour la
communication & le passage des voitures, defquels bâtimens les propriétaires des maisons
formant les encoignures de ces mêmes rues y
pourroient s'arranger & s'agrandir. Par exemple, j'éleve un guichet au bout
de la rue des Poulies, du côté de la rue
Saint - Honoré, un autre guichet au bout
de la rue Champ - Fleury, ainsi des autres.
Sur ces guichets on pourra élever plusieurs
étages dont les propriétaires des maisons attenantes pourront s'agrandir > moyennant le
prix qui sera convenu. Cet --- Page 171 ---
( 17 ) 1 B Cet objet, que je ne fais que présenter ici,
mérite la plus grande attention de la part du
Gouvernement. -Qu'on ne s'imagine pas que le travail de
ces passages couverts pris & établis au bas des
rez-de-chaussée des maisons qui bordent les
rues, soit aussi considérable qu'il peut le paroître au premier coup-d'ceil. Toutes les maisons qui ont leurs rez-dechaussée bâtis en pierre de taille , comme
celles des Feuillans dans la rue Saint-Honoré
& ainsi des autres, présentent des arcades &
des ouvertures pour éclairer le passage couvert qui seroit pris en dedans, de façon que
l'ouvrage serait fait & parfait, en perçant les
murs qui réparent ces maisons , pour la continuation du passage , & en faisant de nouvelles ouvertures pour les locataires des rezde-chaussée , comme autour ,du jardin du
Palais-Royale A l'égard des maisons dont les rez-de-chaussée ne sont point en pierre de taille, rien n'empêche que provisoirement on ne fasse la même
opération; sauf à obliger les propriétaires par
la suite 3 à bâtir sous-œuvre en pierre de taille, --- Page 172 ---
( i8 ) suivant un plan qui fera dressé & donné pour
la plus grande sûreté', salubrité & commodité
publiques , même pour l'embellissement de la
, Ville: en attendant, les ouvertures atluelles
pourront servir à éclairer le passage couvert
des gens à pied.
êche que provisoirement on ne fasse la même
opération; sauf à obliger les propriétaires par
la suite 3 à bâtir sous-œuvre en pierre de taille, --- Page 172 ---
( i8 ) suivant un plan qui fera dressé & donné pour
la plus grande sûreté', salubrité & commodité
publiques , même pour l'embellissement de la
, Ville: en attendant, les ouvertures atluelles
pourront servir à éclairer le passage couvert
des gens à pied. ' Qu'on consulte au surplus les gens de l'art,
qui décideront si l'exécution d'un projet aussi
salutaire & aussi indifpeüsable dans Paris , présente des obstacles & des difficultés qu'on ne
puisse surmonter , pourvu que les considérations & les intérêts privés , toujours en opposition au bien & à l'intérêt général , veulent
ne pas s'en mêler, &c se taire. Ces passages couverts une fois établis 3 plus
'de servitudes , plus d'incommodités , plus
d'accidens malheureux. Tout le monde marchera à couvert des injures du tenis , des toîts
& des fenêtres des maisons : les gens à pied
& à voiture seront délivrés de la crainte d'incommoder 6c d'être incommodés ^ d'insulter
& d'être insultés , d'écraser & d'être écrasés :
on ne sera plus alarmé des cris épouvantables
des cochers. •; Les rues seront plus faciles à nettoyer ôc --- Page 173 ---
{ ip ) v B 2 à éclairer : la garde s'y fera à couvert pendant
la nuit, quelque mauvais temps qu'il fasse :
rien ne pourra échapper à la vigilance du
Guet à pied & à cheval, qui, partant des extrémités opposées j se réunira &c se communiquera pour le bien de sa mission. Les personnes au surplus qui appréhenderoient de passer dans ces galeries ou coridors ,
à des heures indues . pourront, comme aujourd'hui , passer au milieu des rues. C est
pour répondre à la seule objedion que ces
passages couverts favoriseroient les entreprises des gens à mauvais, desseins. Ce qui n est
pas présumable, & à quoi il seroit bien plus
facile de pourvoir dans cette position nouvelle, soit par l'établissement des sonnettes pour
avertir les Corps-de-Garde , soit par d autres
moyens. Les gens de peine qui font leur séjour dans
les rues , même pendant la nuit, pour le service & la commodité du public, trouveroient
un asyle, dans des temps trop rigoureux, sous
ces passages , qui seroient cependant interdits
aux gens portant fardeaux & mal-propres i autant que faire se pourroit. --- Page 174 ---
( 2D ) Les personnes qui, à cause de ieur rang 5
de leur santé , ou de leur âge, ne peuventparoître aujourd'hui-, décemment ou avec sureté
dans les rues , auroient la liberté d'aller & de
venir dans Paris , sans crainte du plus léger
accident. 1 Il en est de la commodité d'un carrosse
comme de toutes les autres jouissances : on
s'en lasse à la longue : si c'est une peine de
ne pouvoir aller qu'à pied, c'est un aflujettissement plus nuisible à la santé de ne pouvoir aller qu'en carrosse : je ne sçai laquelle
des deux conditions préférable. Ces passages , galeries ou coridors qu'on
auroit soin de tenir propres , offriraient la
commodité d'aller dans Paris } toujours à pied
sec : qui dira que les pieds toujours dans la
boue & dans l'eau , comme on les a aujour.
à la longue : si c'est une peine de
ne pouvoir aller qu'à pied, c'est un aflujettissement plus nuisible à la santé de ne pouvoir aller qu'en carrosse : je ne sçai laquelle
des deux conditions préférable. Ces passages , galeries ou coridors qu'on
auroit soin de tenir propres , offriraient la
commodité d'aller dans Paris } toujours à pied
sec : qui dira que les pieds toujours dans la
boue & dans l'eau , comme on les a aujour. 'hui , ne font pas contracter des maladies
graves, comme rhumes fluxions de toute
espece r goutte, humeurs froides ôcc ? Chaque pilier de ces galeries ou coridors
serait défendu par une borne , contre l'approche des voitures : leur épaisseur fourniroit
l'emplacement d'une table proportionnée 4 --- Page 175 ---
( 2 i ) ... B 3 sur laquelle, sans que le pasElge fut gêné
feroient étalées , le long des rues 3 toutes les
provisions de la journée , & chacun de ces
piliers formeroit un objet de location pour
les propriétaires à. qui appartiendraient ces
passages , galeries ou coridbrs. Dans cette posstion, les particuliers ainu
afFranchis de tant servitudes accablantes , ne
fàngeroient plus à s'en délivrer, par le bri:"
gandage & l'ambition d'un carrosse pour leur
femme , ou pour leur maitresse, ou ils ne scroient plus excusables aux yeux de la Loi. Paris & les autres grandes Villes du Royaume, si ce même plan y étoit exécuté > l'emporteroient sur toutes les Villes & sur tous
les Royaumes du monde , pour les agrémens
& les commodités; ce qui attireroit en France
une immensité d'étrangers & de revenus. Je ne vois d'obfîacles que dans des-boutiques } quelques cuisines & quelques écuries,
sur l'emplacement desquelles il faudroit prendre celui du passage couvert , du côté- des
rues. Les marchands trouveront toujours à vendre rtant qu'il y aura des besoins d'acheter un --- Page 176 ---
1 ( 22 ) peu moins commodément peut-être , jusqu a
ce que les boutiques aient été rétablies,, au
fond des galeries ou coridors , ou aux entrevoies , ou même au premier étage , si on ne
pouvoit pas faire autrement. Sont-ce là des
obstacles insurmontables ? A l'égard des cuisines & des écuries qui
ne sont pas en grand nombre sur les rues
- comnie elles appartiennent la plupart à des
propriétaires opulens : ces derniers seroient
plus en état que les autres y de faire les sacrifi:
ces & les frais des changemens pour l'afFranr
chissement d'une servitude qui accable tout le
public. Mais je le répete, les endroits qui présenteroient' trop de travail , n'occuperaient
qu'après avoir pourvu au plus essentiel.
& des écuries qui
ne sont pas en grand nombre sur les rues
- comnie elles appartiennent la plupart à des
propriétaires opulens : ces derniers seroient
plus en état que les autres y de faire les sacrifi:
ces & les frais des changemens pour l'afFranr
chissement d'une servitude qui accable tout le
public. Mais je le répete, les endroits qui présenteroient' trop de travail , n'occuperaient
qu'après avoir pourvu au plus essentiel. Peu importe que ces passages ou galeries
soient tirés au cordeau > qu'autanc que l'alignement des rues le permettra; il suffira qu'ils
soient commodes & solides : l'agrément & la
commodité ne peuvent pas se rencontrer partout. Qu'on ne dise pas qu'aujourd'hui ce seroit
attaquer le droit de propriété, que d'entreprendre l'exécution d'un pareil projet y parce --- Page 177 ---
( 23 ) [texte_manquant] qu'encore une fois 5 toutes les concessions *
toutes les propriétés n'ont été établies dans
l'origine , que pour & à la charge de la fûreté , de la salubrité & de la commodité publiques } contre lesquelles il est impossible de
prescrire. En matiere de servitudes privées } la
prescription n'a pas lieu 5 à plus forte raison
en matiere de servitudes publiques 3 parce
que notre ineptie 5 ou notre cupidité auroient
renversé l'ordre dans cette partie. On ne pourvoit donc pas nous obliger de le rétablir pour
notre plus grand bien? Cette conséquence ne
peut partir que des mêmes causes. Les embarras de Paris se sont accrus a un
point, qu'on n'y diflingue plus que deux classes d'hommes ; savoir celle des écrasans &
celle des écrasés. Cette seconde classe doit sediviser en deux autres ; savoir la classe des,
gens de peine, que le besoinôc l'habitude du
travail, pour gagner leur vie, ont assujettis &
rendus comme insensibles à tous les genres de
, servitudes : & la classe des bourgeois qui comprend tous les propriétaires des maisons &
leurs locataires } qui sont les Marchands > les,
Négocians > les Artistes ? les Gens de robe ^ --- Page 178 ---
( 24 ) les Militaires, les Ecclésiastiques, les Etrangers & les gens de qualité qui n'ont pas les
facultés d'avoir une voiture : or , comme
cette classe est la plus considérable , qu'elle
contribue le plus au service & aux charges
de 1 l'Etat , & qu'elle n'est pas insensible s elle
mérite bien qu 'on foit touché de quelque compassion pour elle, & qu'on s'occupe efficacement des moyens d'empêcher qu'elle ne sait
écrasée. Si ce n'est pas pour eux que les personnes
iqui , aujourd'hui , ont des voitures, se prêtent a l exécution d'un établissement aussi
utile, que ce soit pour leurs parens qui n'en
ont pas, ou pour leurs descendans qui pourront ne pas en avoir, & par amitié ou par pitié pour leurs semblables. --- Page 179 ---
i *s ) SECONDE PARTIE. Contre les Servitudes publiques des latrines
Je des voieries. O quisquis volet ^ impias Cædes, & ràbiem tollere civicaml... Horat. ibidem;
des voitures, se prêtent a l exécution d'un établissement aussi
utile, que ce soit pour leurs parens qui n'en
ont pas, ou pour leurs descendans qui pourront ne pas en avoir, & par amitié ou par pitié pour leurs semblables. --- Page 179 ---
i *s ) SECONDE PARTIE. Contre les Servitudes publiques des latrines
Je des voieries. O quisquis volet ^ impias Cædes, & ràbiem tollere civicaml... Horat. ibidem; Les oiseaux dans leurs nids , les loups &l
les ours dans leur taniere, les fourmis, les
castors, les abeilles chez qui la nature a éta-"
bli différentes sortes de gouvernemens y s'arrangent de façon qu'ils ne sont point incommodés par leurs immondices. Sur "cet objet , comme sur tant d'autres ,
l'homme social est l'animal le plus inconséquent & le plus inepte , sur-tout chez les Peuples & dans les Villes où il fait de si belles parades , & le plus brillant commerce de ses talens 3 de son industrie , de sa science & de ses
beaux arts, que, par une inconséquence qui
me feroit croire que nous n'avons été ainsi
formés par la nature que pour lui servir de
jouet y nous n'avons employés, dans tous les --- Page 180 ---
.. ( 26 } tems, qu'à nous détruire , nous donner des >
chaînes , multiplier nos besoins & nos incommodités. Mais je me renferme dans l'objet de la
feconde partie de ce discours ; je ne traiterai
que de ce qui se pratique dans Paris , j'en:
exposerai les inconvéniens , & finirai par dire
ce qu'il me semble , qu'on devroit & qu'on
pourroit faire pour le mieux 3 sauf l'avis des
plus savans que moi. Quand nous venons au monde on nous enveloppe avec un tas de linges & de vêtemens.
dans lesquels on nous laisse jetter nos immondices qui se corrompent > nous enflamment
la peau , & nous font crier, jusqu'a ce quenous en ayons été délivrés par notre nourrice , qui, en punition de son ineptie, en reçoit le parfum dans ses narines , & est obligée d'aller ou d'envoyer plus d'une fois la
semaine à la riviere, laver une très-inutile &
dispendieuse quantité de linges ; cè qui n'arriveroit pas si, parfaitement libres de notre
corps, nous étions tenus hors du gel, pendant
l'hiver , sous une bonne couverture, quand
nous reposons sur des feuilles bien seches 3 ou --- Page 181 ---
( P- 7 ) sur quelqu'autre chose d'équivalent, dont on
auroit soin d'ôter ce que nous en aurions salli
avec nos excrémens, qu'on feroit secher pour
être ensuite utilement employés. J'estime qu'il est physiquement impossible
que, dans cette position, un enfant soit exposé
au plus léger accident ; s'il en arrivoit ce ne
pourroit être que par d'autres causes dont les
vêtemens les mieux ordonnés n'auroient pu
les garantir. Tous ces linges ^ tous ces véte"
mens ne peuvent produire d'autre effet que
de rendre un enfant plus délicat, plus foible
& plus susceptible d'incommodités , sur-tout
pour le tems de la dentition } pendant lequel
il seroit à desirer , pour peu qu'il y eût inflammation , qu'on nourrît les enfans avec de l'eau
d'orge , très-peu de lait ou d'autres alimens
solides.
temens les mieux ordonnés n'auroient pu
les garantir. Tous ces linges ^ tous ces véte"
mens ne peuvent produire d'autre effet que
de rendre un enfant plus délicat, plus foible
& plus susceptible d'incommodités , sur-tout
pour le tems de la dentition } pendant lequel
il seroit à desirer , pour peu qu'il y eût inflammation , qu'on nourrît les enfans avec de l'eau
d'orge , très-peu de lait ou d'autres alimens
solides. Au sortir des mains de notre nourrice , on
nous fait asseoir, comme si, à cet âge, nous
avions besoin d'appui, sur un vase dans lequel
nous déposons nos excrémens avec nos urines '
que ce mélange corrompt très-promptement,
& produit ce méphitisme qui infère ceux qui
en approchent , & qui vont les vuider aux
commodités. --- Page 182 ---
( 29 } Quancfnous Tommes assez grands, on nous
faisse aller seuls à la garde-robe ou aux latrines ; & là J- sans songer qu'on pourroit faire
mieux j nous nous accoutumons à respirer les
vapeurs méphitiques des pots de chambre &
des commodités ou latrines. Ces garde-robes sont de petits cabinets pra';
tiqués exprès dans l'intérieur de nos appartemens , dans lesquels sont renfermés tous les
vases destinés à recevoir nos immondices qu'on
porte vuider dans les commodités ou latrines
de la maison. Ces commodités ou latrines sont de fort
étroits , mais très-profonds précipices établis
sur l'escalier des maisons, & qui aboutissant
à des fosses creusées & maçonnées au dessous
du niveau des fondemens > entre ou' à coté
des caves ; c'est dans ces fosses que se rendent
toutes les immondices & tout ce qu'on jette ,
par le tuyau des latrines qui y communiquent :
on ne les vuide que lorsqu'elles sont pleines,
par la crainte que le tuyau ne creve , ou
parce qu'elles régorgent. On expédie, pour vuider ces.fosses, une
charretée de petits tonneaux qu'on appelle --- Page 183 ---
( 2 ] des boëtes > qu'on décharge dans la rue Rêvant la nlàison où l'opération doit se faire:
l air & tous les voisins en sont infe£tés ; les
passans se bouchent le nez & prennent la fuite.
Qu 'on juge de l'état des personnes qui approchent de l'ennemi corps à corps, & qui s'ensevelilsent dans cet abîme de corruption & de
poison dont ils remplissent leurs petits tonneaux qu'on recharge & qu'on porte vuider
dans de longs & larges fossés creusés exprès
aux environs de la ville } qu'on nomme voielies , comme pour faire la guerre au reste
des vivans. Voilà ce qui se pratique dans Paris, le Tem-»
pie du goût , des sciences & des arts. J ignore a qui 1 on a l'obligation de ces
précipices , de ces fosses & de ces voieries :
si on avoit obligé l'inventeur & sa postérité
a les vuider ; car il paroît juste qu'ils en eu£
sent senti les premiers les horreurs & les inconvéniens ; sans doute il se feroit trouvé
quelqu'un de la famille , qui, pour affranchir 1 humanité d'un supplice auquel elle se
condamne pour de l'argent ^ auroit imaginé
,quelqu autre expédient moins compliqué &
ices , de ces fosses & de ces voieries :
si on avoit obligé l'inventeur & sa postérité
a les vuider ; car il paroît juste qu'ils en eu£
sent senti les premiers les horreurs & les inconvéniens ; sans doute il se feroit trouvé
quelqu'un de la famille , qui, pour affranchir 1 humanité d'un supplice auquel elle se
condamne pour de l'argent ^ auroit imaginé
,quelqu autre expédient moins compliqué & --- Page 184 ---
( 3° , moins coûteux > pour débarrasser Paris de seS
immondices, sans que ses habitans & toute la
nature en fussent infeaés & empoisonnés. ■ Je conviens que l'odeur de nos excrémens
nous avertit qu'ils ne sont point faits pour cohabiter avec nous , & que leur destination naturelle est d'en être éloignés ; je crois aussi que
ç'a été le principal motif de l'établissement
des latrines & des voieries; mais par 1 'expérience qu'on en a faite, & qu on renouvelle
tous les jours, il est prouvé , comme on le
fent encore davantage, que les propriétaires
des maisons , en faisant construire chez eux
un appartement pour loger leurs immondices,
& la Police ne les faisant vuider & transporter dans de larges fossés creusés exprès aux
environs de la ville , qu après leur avoir fait
acquérir le plus haut degré de corruption &
de malignité , on ne pouvoit pas mieux s'entendre pour les avoir sans cesse sous le nez ,
dans la plus grande quantité possible, & dans
une qualité infiniment plus nuisible 3 que si
on eût continué de les jeter dans les rues ,
où l'on auroit pu les ramasser avant leur entiere corruption ? & les porter çà & la dans --- Page 185 ---
• ( 31 ) les champs pour en fertiliser les terres. Se peut-il qu'on ait imaginé & accueilli
un expédient aussi évidemment contraire au
but qu'on se proposoit ? Si jamais remedefut
pire que le mal, c'est celui-là. Des Voyageurs m'ont assuré qu'en venant
a Paris pour la premiere fois, ils avoient send
à une lieue de distance , une odeur qui les avoit
accompagné jusques dans l'intérieur de la
ville & qui ne les quittoit pas. On ne peut entrer dans aucune maison ^
sans être infecté des vapeurs méphitiques,
qu'exhalent, sur-tout dans les temps humides J les commodités. Il en est chez les grands
Seigneurs , & même chez le Roi , dont l'approche fait soulever le cœur. Comment peut - on trouver des hommes
qui, pour de l'argent, se condamnent au supplice qu'on souffre en vuidanc les fosses £
comment ces malheureux ne sont-ils pas re--
tenus par la crainte de la mort que nombre
de leur camarades en ont reçue ? Je me suis trouvé deux fois à côté des
voieries , sans le savoir : il falloit qu'elles ne
susTent pas connues du temps des Anciens, --- Page 186 ---
1 ( 3-2 ) puisque leur Mythologie ni leurs Poètes n'ert
ont point parlé dans les descriptions qu'ils
nous ont laissées des horreurs du Tartare;
.elles n'approchent pas de celles que renferment & qu'exhalent sans cesse ces gouffres de
corruption & de poison. Je remarquai que les
habitans voisins avoient, sur-tout les enfans ,
un teint livide & cadavéreux. De retour chez
moi; je fus obligé défaire changer les boutons & iles boutonnieres en or de l'habit que
je portois, que les vapeurs de ces infanles
réservoirs de nos immondices avoient noircis
à tel.point, que je crus d'abord que mon
Tailleur m'avoit trompé.
de
corruption & de poison. Je remarquai que les
habitans voisins avoient, sur-tout les enfans ,
un teint livide & cadavéreux. De retour chez
moi; je fus obligé défaire changer les boutons & iles boutonnieres en or de l'habit que
je portois, que les vapeurs de ces infanles
réservoirs de nos immondices avoient noircis
à tel.point, que je crus d'abord que mon
Tailleur m'avoit trompé. Qui dira que ces cloaques de corruption
ne sont pas la cause de beaucoup de maladies ,
ou un obstacle à la cure ? Que seroit-ce, &c
que deviendrions -nous, si la population étoit
assez considérable pour être obligé d'employer une grande partie de notre globe à
bâtir des maisons & des villes comme Paris ,
& que le reste de la terre ne seroit couvert
que de ces marais de nos immondices ? Comment > les Académies , toute scomposées de gens honnêtes, & qui font profession
de --- Page 187 ---
( 33 ) c de plus de lumiere en tout genre 3 Voient
ces horreurs de sang-froid , & n'ont pu encore
parvenir à affranchir la Capitale d'une servitude qui se fâit sentir jusques sur le Trône! Il en est des Gouvernemens comme des
Médecins : le grand art ou le grand bien est
d'aider la nature ; comme le plus grand mal
est de la contrarier. Nos excrémens n'étoient pas faits pour être
mêlés avec nos urines, ni pour qu'on leur fît,
acquérir le- plus haut dégré de corruption 8z
de malignité, dans l'intérieur de nos maisons,
ni pour qu'ils fussent tous raïïemblés' autour
de nous , dans de larges & longs foïTés oreufés
exprès aux environs de la Ville: on n'interver- A
tit pas impunément l'ordre naturel des choses :
il ne faut pas s'étonner si la nature s'irrite contre nous , de ce que nous disposons de nos excrémens contre son gré, & siellè nous punit
du larcin que nous en faisons à Ía terre à qui
nous les devons > en retour des productions
qu elle nous délivre , ou parce que nous ne -
les lui donnons qu'après leur avoir fait acquérir le plus haut dégré de corruption & de malignicé. --- Page 188 ---
1 ( 34 ) Ce sécond genre d'inconvénient n'est pas
moins grave & mérite encore une attention
plus sérieuse. J 'ai dit plus haut que . 1 odeur de nos excrémens nous avertit qu ils ne sont pas faits pour
cohabiter avec nous, & que leur destination
est d'en être éloignés. N'est-ce point là le
cri de la nature , & une réclamation de sa
part en faveur de la terre ? Comment reproduira-t-elle ce que nous en avons déjà retiré
pour notre subsistance , si nous lui ravissons
les moyens que la nature nous a indiqués pour
cet effet ? La terre donne la nourriture aux animaux
& aux végétaux qui nous donnent la nôtre :
nous voyons les gens de la campagne s'empresser de ramasser dans les chemins, les exerémens des chevaux & autres animaux qui
passent : nous les voyons s'occuper très-sérieusement des moyens de se procurer la quantité
de fumier dont ils ont besoin pour fertiliser
leurs terres : on a éprouvé que les meilleures
s'épuisent > si on néglige de les réparer & de
les entretenir avec du fumier. Le fumier est
ent la nôtre :
nous voyons les gens de la campagne s'empresser de ramasser dans les chemins, les exerémens des chevaux & autres animaux qui
passent : nous les voyons s'occuper très-sérieusement des moyens de se procurer la quantité
de fumier dont ils ont besoin pour fertiliser
leurs terres : on a éprouvé que les meilleures
s'épuisent > si on néglige de les réparer & de
les entretenir avec du fumier. Le fumier est --- Page 189 ---
( 35 ) C 2 donc ce que nous pouvons donner de plus précieux à la terre. Je ne pense pas qu'il en existe d'aussi précieux que celui de nos excrémens , à cause
de la quantité & de la qualité des sels qu'ils
doivent néce slaire ment renfermer , eu égard
à notre maniéré de nous alimenter. Or , j'estime d'après les regles générales
de la nature , que le fumier que peuvent donner les excrémens d'un homme, dans le courant d'une année , doit faire produire à la
terre , sans la fatiguer , autant & en meilleure
qualité 3 que ce qu'il en a retiré l'année précédente. La ville de Paris renferme un million d'habitans que la terre nourrit & qui ne lui rendent rien ; au contraire, puisqu'ils préserent de
laisser corrompre leurs excrémens & de s'en
empoisonner. Qu'on calcule le tort que cette privation
fait à la terre & à ses habitans. Il est clair J
d'après mon tstime, que le tort doit se monter à une perte de productions capables de
nourrir un, million d'hommes. Il ne faut pas s'étonner si toutes les produc- --- Page 190 ---
• ■ ( 3 * ) tions , tant en animaux qu'en végétaux , aux
environs de Paris y sont insipîdesôc mal faines.
Eh ! comment ne le seroient-elles pas , puis-,
que ce qu'un million d'habitans pourroient &
devroient donner de plus précieux à la terre y
pour en réparer les forces & la bonifier ?
tombe non-seulement en pure perte pour elle,
mais encore devient un poison pour nous &
pour ses productions ? Est-il de légumes &
de jardinage plus insipides , plus fades , plus
mal-sains que ceux des environs de Paris ? Le
gibier n'y vaut pas mieux. On a remarqué que les perdrix de la plaine
de Saint-Denis sont d'une fadeur dont rien
n'approche , qu'elles se corrompent plus vîte
que les autres , & qu'il s'engendre des vers
dans leur chair ; ce qui ne peut provenir que
de ce qu'on emploie le fumier des voiries voisines pour engraisser les terres de cette plaine. Ce fait prouve clairement que les productions , tant en animaux qu'en végétaux, des
terres ainsi engraissées avec le fumier des voieries de Paris, ne peuvent renfermer que des
• principes de corruption &c des germes vermi-
- nçux) qui forment un poison d'autant plus --- Page 191 ---
1 - ( 37 ) C3 dangereux qu'il; eff- ca-ché & identifié avec les
produirions qui servent à notre nourriture
de tous les jours. Quelle autre cause nos Médecins & nos
Physiciens les plus expérimentés pourrontils raisonnablement supposer de la' maladie
des dartres rongeurs qui- affligent près des
trois quarts des habitans de Paris, de la malignité des fievres qui résistent à tous les remedes, de tant d'affections nerveuses , & incommodités habituelles qui font de l'existence un
supplice qui s'accroît jusqu'au tombeau ?
ions qui servent à notre nourriture
de tous les jours. Quelle autre cause nos Médecins & nos
Physiciens les plus expérimentés pourrontils raisonnablement supposer de la' maladie
des dartres rongeurs qui- affligent près des
trois quarts des habitans de Paris, de la malignité des fievres qui résistent à tous les remedes, de tant d'affections nerveuses , & incommodités habituelles qui font de l'existence un
supplice qui s'accroît jusqu'au tombeau ? Tout le monde est d^accord qu'une bonne
constitution qu'une santé robuste > sont les
plus précieux de tous les biens ^ & il est. de
fait que ce sont les objets dont on s'occupe le
moins & qu'on s'empresse le plus à détruire. v
L'or , l'argent , les bijoux , les honneurs ,
les places éminentes , & généralement tous
les objets de faste , de luxe & de mollesse,
attirent tous nos hommages i excitent toute
notre ambition , nos querelles & nos guerres.,
Il est-vrai cependant que lorsqu'ol1 en est
rassasié, qu'on s'est épuisé, suivant la maxime',
vie courte & bonne , qu'on s'est tourmenté le --- Page 192 ---
(38) corps & l'esprit, qu'on s'est ce qu'on appelle
bravement égorgé sur mer & sur terre, qu'enfin , pour prix de tant de folies, on se sent déchiré par les douleurs , & qu'on se voit environné des horreurs de la mort avant le terme
ordinaire, il ne reste que des regrets d'avoir
tant abusé ; c'est alors qu'on connoît ses erreurs, & qu'on donneroit toutes ces brillantes
chin1eres pour une nuit de bon sommeil, pour
la santé & la condition du dernier des Savoyards. Un Général d'armée disoit, dans ce
moment critique, qu'il se fentiroit plus flatté
de pouvoir se rappeller d'avoir donné un verre
d'eau à un misérable , que du souvenir de ses
victoires. Mais s'il étoit possible de faire produire à
la terre une nourriture capable de retarder ou
même de réparer ces épuisemens de nos forces
& de notre santé , en écartant tout ce qui peut
engendrer la corruption, soit dans l'air que
nous respirons , sait dans les produaions dont
nous faisons le plus d'usage, soit dans leurs
apprêts, & en rapprochant tout ce qui peut
rendre ces mêmes productions audi saines,
audi balsamiques, aussi anti-vénéneuses qu'il --- Page 193 ---
( 39 ) - - 1- G 4 serait possible, pourquoi ne pas en faire l'objet de nos principales occupations ? Dans cette vue, après avoir exposé, les inconvéniens qui résultent de l'établissement
des latrines & des voieries, inconvéniens
qu'on ne sauroit trop exagérer, je vais entrer
dans quelques détails qui feront connoître
que, si d'après des essais ou des expériences
qu'on ne peut trop répéter , nos excrémens
étoient administrés comme fumier, pour les
produaions dont nous faisons le plus d'usage,
il en résulteroit les avantages les plus précieux qui feraient de faire paffer, par la voie
de la végétation , dans ces mêmes productions,
des sels &c des propriétés capables de nous
faire vivre exempts de toute espece d'infirmités & de réparer nos forces épuisées , à
moins que la qualité de l'air ou d'autres causes
qu'on pourroit &c qu'on auroit grand soin
d'éloigner, n'y fissent obflacle.
,
il en résulteroit les avantages les plus précieux qui feraient de faire paffer, par la voie
de la végétation , dans ces mêmes productions,
des sels &c des propriétés capables de nous
faire vivre exempts de toute espece d'infirmités & de réparer nos forces épuisées , à
moins que la qualité de l'air ou d'autres causes
qu'on pourroit &c qu'on auroit grand soin
d'éloigner, n'y fissent obflacle. Je pressens d'avance que la. matiere que jetraite ne sera- pas du- goût de beaucoup de
personnes, & qu'il leur paroîtra ridicule que
j'en aie fait le sujet d'un discours auquel j'attache la plus grande importance pour le bien --- Page 194 ---
■' (40 ) âe 1 humanité. Mais je demande à ces per*
sonnes si délicates sur tout ce qui affecte
leurs sens y comme leur orgueil, si ce n'est pas
entre les boyaux & la vessie de leur mere
qu elles ont reçu l être ? & si ce n'esi: pas là
qu'elles ont logé pendant neuf mois ? je leur
demande si aujourd'hui leurs excrémens &
leurs urines ne font pas partie de leur corps ,
si elles pourroient exister sans en avoir, &
si cè. n cil pas de leur bon état que dépend
leur santé? je leur demande si leurs ongles &c
leurs cheveux ne sont pas des excrémens ? je
leur demande si leur bouche de corail & leurs
dents d'ivoire exhalent une odeur plus agréable, pour peu qu'on néglige de les nettoyer ^
sur-tout après avoir mangé de la viande ou
de l'ail? je leur demande enfin si leurs corps
si gentils ^ cause & instruments de tant d'extravagances & de douleurs y exhalent une
odeur de jasmin, lorsqu 'ils sont rongés par
la maladie , & s'ils n'exciteraient pas plus
d horreur & ne produiraient pas des inconvéniens infiniment plus dangereux. si après leur
more 5 on les cntaÍfoit les uns sur les, aucres ^ &
qu'on leur fît acquérir le plus haut degré --- Page 195 ---
( 41 ) de corruption & de malignité y comme nous
faisbns de nos excrémens & de nos urines. Prenons soin de nos ongles > de nos cheveux , de notre bouche & de notre corps 3
moins pour l'intérêt de nos plaisirs qui les
flétrissent , que pour l'intérêt de notre santé
qui les conserve dans tous leurs agrémens ;
mais n'ayons pas une sotte répugnance pour
nos excrémens & pour nos urines, qui sont
ce que, nous pouvons produire de plus pré-,
cieux y & dont nous pouvons tirer le plus
grand parti pour le bien de notre existence
physique, au prix de laquelle l'existence morale n'est.qu'une chimere. Mais encore, s'il étoit vrai que la nature %
nous faisant éprouver un si doux penchant
& un plaisir si vif à nous reproduire -, ffeut
fait passer dans nos excrétions & dans nos sécrétions plus de moyens de réparer nos pertes,
comme pour empêcher toutes nos maladies? Je dis donc que, quoique l'odeur de nos
excrémens & de nos urines soit désagréable ,
elle n'est point n1al saine ; au contraire, lorsque leur mélange ne les a pas corrompus.
toit vrai que la nature %
nous faisant éprouver un si doux penchant
& un plaisir si vif à nous reproduire -, ffeut
fait passer dans nos excrétions & dans nos sécrétions plus de moyens de réparer nos pertes,
comme pour empêcher toutes nos maladies? Je dis donc que, quoique l'odeur de nos
excrémens & de nos urines soit désagréable ,
elle n'est point n1al saine ; au contraire, lorsque leur mélange ne les a pas corrompus. Nous voyons des quadrupèdes ; qui ne vont --- Page 196 ---
( 42 ) point après les excrémens de leurs semblables , courir après les nôtres & s'en régaler. A Saint-Domingue , j'en ai vu administrer
pour remede à des Negres attaqués du spasme ►
Un' Negre Indigotier mordu ou piqué
par une araignée à cul rouge, qui est trèsvénimeuse , fut porté en ma présence , devant
son maître , habitant de la paroisse de JeanRabel. Le Negre jettoit le haut cri > sè rouloit par terre se roidissoit dans tous ses membres ; le Chirurgien absent avoit emporté la
clef de la Pharmacie, où étoit la thériaque ,
qu'on emploie dans ces cas-là. L'habitant qui
savoit le secret , se fit apporter un de nos excrémens dela journée; il en délaya la dose d'environ un gros dans un demi-verre d'eau-devie, de sucre qu'il fit avaler au Neure qui fut
guéri dans l'espace d'une seconde, & fut reprendre son travail. Une servante de la maison de mon pere ,
laquelle a pris foin de mon enfance, a bu ses
urines pendant dix-huit mois y pour cause de
" maladie, & s'en est très-bien trouvée. J'aj vu des personnes se laver les mains
avec leurs urines, pour en blanchir & adou- --- Page 197 ---
( 43 ) . cir la peau ; d'autres s'en baigner les yeux,
pour se fortifier & se conserver la vue: J'ai
connu un jeune homme sous lequel un potde-chambre avoit cassé 3 &c qui s'en étoit enfoncé les morceaux dans les fesses, se servir
avec le plus grand succès > de son excrément
pour arrêter le sang & cicatriser la plaie. Mais nous - marnes ne nous faisons - nous
pas un régal des excrémens d'une bécasse & de
tous les oiseaux qui ne se nourrissent que d'insectes & de vers de terre ? Je ne rapporte ces exemples qu'afin de prouver non-seulement que nos excrétions & nos -
sécrétions ne sont point mal-saines, & qu'on
peut se familiariser avec sans nul inconvénient,
que notre répugnance pour elles ne vient que
de notre premiere éducation & de nos foibles
préjugés très-excusables 3 l'en conviens y depuis que par leur mélange, notre ineptie &
notre paresse en ont fait un poison qui nous
infecte, mais principalement pour faire connoître qu 'elles renferment des alkalis & des
propriétés très-balsamiques & très-antivénéneux que, par la voie de la végétation, on
pourroit faire passer dans les productions dont
que notre répugnance pour elles ne vient que
de notre premiere éducation & de nos foibles
préjugés très-excusables 3 l'en conviens y depuis que par leur mélange, notre ineptie &
notre paresse en ont fait un poison qui nous
infecte, mais principalement pour faire connoître qu 'elles renferment des alkalis & des
propriétés très-balsamiques & très-antivénéneux que, par la voie de la végétation, on
pourroit faire passer dans les productions dont --- Page 198 ---
( 44 ) 1 nous faisons le plus d'usage pour notre nourriture, si on les employait comme fumier *
avant d'être corrompues. On dit qu'en Hollande & en Flandres ~ on
en fait un commerce, mais qu'on ne' les emploie qu'après leur avoir fait acquérir un certain degré de corruption , qu'on estime par
leur impression sur la langue. Le froid , dans les pays du Nord, peut mo-
'dérer les inconvéniens d'un procédé qui me
semble vicieux, bizarre & contraire au' bon
sens ; parce qu'il est clair que nos excrémens
ont acquis dans nos intestins, le degré de
fermentation convenable pour être employés
comme fumier, dans leur état naturel : les feu"
les difficultés que j'y trouve, sont que le be..
soin de s'en servir comme fumier, n'est pas
journalier , & que leur emploi n'est pas commode tant qu'ils font mois. Le grand &c premier point seroit donc de
faire sécher nos excrémens, ainsi que ceux des
autres animaux, pour être réduits & employés
en poudre qu'on auroit soin de couvrir avec
un pouce de terre, pour les légumes, le jardinage & les arbres fruitiers. --- Page 199 ---
1 ( 45' ) Le second point seroit d'extraire de nos
urines les sels qu'elles renferment. Le troisieme point seroit d'employer toute
Kotre industrie & nos expériences, afin de faire
pafser dans les productions dont nous faisons
le plus d'usage , les sels balsamiques & anti-vénéneux de nosexcrémens & de nos urines , à
dose convenable. Le quatrième point seroit d'éloigner de nos
cuisines tous les vases sufpeëts & les apprêts
qui ne seroient pas de la meilleure qualité. Le cinquième seroit de tenir nos maisons ;
l 'intérieur de la ville & les environs très-pro-i
près 3 pour la salubrité de l'air que nous respirons & qui communique avec nos alimens. Le sixieme enfin seroit d'établir des prix &
des récompenses pour les personnes qui donneroient les meilleures recettes pour la préparation & la culture des terres, pour l'exploitation & la préparation de notre fumier
& de celui des autres animaux, ainsi que de
la litiere , afin de rendre les productions à
notre usage aussi saines aussi balsamiques y
aussi anti-vénéneuses qu'il seroit posîible^ pour
la salubrité de Fair > en donnant les moyens --- Page 200 ---
( 40 d'empêcher qu'il ne pût être infedé par la cor";
ruptior! des animaux qui meurent, ainsi que
des nôtres, ou même d'en tirer avantage pour
nous ou pour les biens de la terre , & enfin
pour tout ce qui pourroit contribuer à écarter
tous les principes de corruption qui sont une
des causes de notre destruétion, & à rapprocher toutes celles de notre conservation. Ne jugeant & ne devant juger du mérite des
sciences & des arts que par les avantages réels
& non chimériques qu'ils procurent aux hommes j je regarderois ceux qui nous donneroient
des regles sures pour remplir tous ces objets
que je ne fais que présenter, comme des Divinités bienfaisan tes , & je les placerois infiniment au-dessus des Aristote ? des Descartes *
des Newton, des Copernic, &c.
ion, & à rapprocher toutes celles de notre conservation. Ne jugeant & ne devant juger du mérite des
sciences & des arts que par les avantages réels
& non chimériques qu'ils procurent aux hommes j je regarderois ceux qui nous donneroient
des regles sures pour remplir tous ces objets
que je ne fais que présenter, comme des Divinités bienfaisan tes , & je les placerois infiniment au-dessus des Aristote ? des Descartes *
des Newton, des Copernic, &c. Du temps des Romains, les plus grands
personnages ne s'occupoient que de la culture
des terres : c'étoit eux qui nourrissoient les
liabitans de la fameuse ville de Rome pendant la paix, & qui la défendoient pendant la
guerre. Aujourd'hui cette science, la premiere de
toutes, est abandonnée à l'ignorance des gens --- Page 201 ---
( 47 ) de la campagne ; & c'est la science dont toutes
les Académies s'occupent le moins. Le grand art de la culture des terres est de
les bien préparer, en écartant: tout ce qui peut >
nuire à leur production, & en leur procurant
tout ce qui peut les bonnifier. Que nos Académies apprennent donc aux
ignorans Cultivateurs à bien préparer leurs
terres , & leur indiquent ce qui peut nuire à
leurs productions & les bonnifier. Les meilleures terres pour les productions à
notre usage, sont celles où l'infiltration des sels
& autres combinaisons de matieres qui ser-5
vent à les rendre très-faines , très-balsamiques
& anti-vénéneuses , se fait sans mélange d'aucune matiere étrangère , grane , visqueuse ,
corrompue, çapable de gêner l'infiltration des
sels y d'en altérer les propriétés 6c les bonnes
qualités de ces mêmes productions. Il est des terres naturellement compactes,
humides , visqueuses, qui ne sont bonnes que
pour les pâturages ; les productions à notre
usage n'y végéteroient que difficilement, &
seroient de mauvaise qualité, Je reviens à mon sujet : je dis donc que --- Page 202 ---
( 48 ) la grande difficulté pour ce qui concerne l'exploitation 6c l'emploi de nos excrémens 6c de
nos urines, ne feroit pas de rétablir l'ordre
de la nature dans cette partie', puisqu'il ne seroit question que de ne pas les mêler ensemble,
6c de nous servir de notre industrie 6c de
nos connoissances pour en faire l'emploi le
plus conforme à leur destination naturelle 6c
à nos besoins ; notre industrie produit des
choses infiniment plus difficiles , auxquelles
nous attachons tant de mérite, 6c un si haut
prix, que nos sciences 6c nos arts ne s'occupent depuis long-temps , que d'objets frivoles pour nous distraire * 6c nous amuser
comme des enfans , 6c qui finirent par 'nouS
ennuyer comme eux : les objets relatifs à notre
conservation ont tous été abandonnés. L'homme estun animal qui n'en: susceptible que d'imprefrions ; celles qui lui font le
plus de plaisir déterminent sa volonté: celles'
qui le frappent 6c l'étonnent plus ou moins
reglent son jugement ; l'art d'en imposer , de
surprendre 6c de nous aveugler sur nos vrais
intérêts, a si fort pris racine, que les sciences , les arts 6c l'industrie, tout) en un mot,
n'est --- Page 203 ---
( 49 )
animal qui n'en: susceptible que d'imprefrions ; celles qui lui font le
plus de plaisir déterminent sa volonté: celles'
qui le frappent 6c l'étonnent plus ou moins
reglent son jugement ; l'art d'en imposer , de
surprendre 6c de nous aveugler sur nos vrais
intérêts, a si fort pris racine, que les sciences , les arts 6c l'industrie, tout) en un mot,
n'est --- Page 203 ---
( 49 ) 1 D n'est plus qu'escamotage & que dharlatanerie; Dans cette position , je regarde le pouvoir
de l'habitude comme un obstacle presqu'invincible. Mithridate, accoutumé au poison,
ne put en tirer au besoin, le secours qu'il s'en
étoit promis: il en est ainsi de l'homme ; quand
il a pris son pli, il est plus que moralement
impossible de le redresser. En effet, comment parvenir à changer la
forme des chaises percées, à supprimer les
commodités & les lieux à l'angloise ? comment
parvenir à saire combler les latrines & les
voieries J &c à établir une marche nouvelle
pour nous délivrer de tant de corruptions qui
nous infectent &c nous empoisonnent, si on 11
est accoutumé, si on ne sent pas son mal , si
personne ne réclame, & si on dédaigne de
s 'en occuper? comment persuader aux hommes &c aux femmes environnés de parfums &
enivrés de préjugés, que leurs excrémens &c
leurs urines sont ce qu'ils peuvent produire
de plus précieux pour eux & pour leurs ensans , afin d'obliger la terre à les nourrir & à
les entretenir exempts de toute espèce d'infirmités ? pour tout dire enfin > comment par- --- Page 204 ---
( so ) venir à faire notre plus grand bien de ce dont
nous faisons notre plus grand mal, s'il est de
l'essence de ce que nous appellons raison hu.
maine de se trouver sans cesse en contradiction avec la nature comme avec nous-mêmes, ,
& que nos penchans pour les frivolités & les
brillantes chimeres , nous fassent trouver du
plaisir à être les artisans de nos incommodités ,
de nos malheurs & de notre destruétion ? Que notre sot orgueil ne s'imagine pas que
ce soit pour nous que la nature nous a faits ,
c'est pour elle : si elle a mis en nous, comme
dans les autres animaux , un penchant & un
plaisir à nous élever, a nous alimenter,& nous
reproduire, c'est pour la conservation de notre
espece, & non pour la conservation de notre
individu,au contraire;puisque nous éprouvons
que plus on se livre à ces penchans &c à ces plaifirs, plus on s'incommode , plus on s'énerve,
& plutôt on se détruit; ce sont nos plus dangereux ennemis, parce qu'ils font partie de
notre être; plus les causes physiques nous
portent à nous y livrer , plus les causes morales doivent nous en défendre. Qu'importe
à la nature que nous nous abandonnions à --- Page 205 ---
( si ) Da tout ce qui peut nous incommoder & nous
détruire ? l'espece ne se perdra pas :il y alongtemps que le globe terrestre n'existeroit plus,
si la nature l'avait mis, comme nous, au pouvoir de nos folies. Tenons-nous donc sur nos gardes contre
nos penchans & contre les funestes préjugés
de notre malheureuse éducation ; faisons tous
nos efforts pour ne pas être tout-à-fait leur
jouet & leur dupe ; travaillons pour le bien
de notre existence , & non pour son malheur.
nous
détruire ? l'espece ne se perdra pas :il y alongtemps que le globe terrestre n'existeroit plus,
si la nature l'avait mis, comme nous, au pouvoir de nos folies. Tenons-nous donc sur nos gardes contre
nos penchans & contre les funestes préjugés
de notre malheureuse éducation ; faisons tous
nos efforts pour ne pas être tout-à-fait leur
jouet & leur dupe ; travaillons pour le bien
de notre existence , & non pour son malheur. Après la santé du corps, le contentement
ou le repos de l'esprit, s'ils ne sont point altérés par le travail & le souci de se procurer le
nécessaire pour la vie animale, je regarde tout
le reste, qu'on appelle purs agrémens , comme
des remedes pour ceux qui en ont besoin pour
exister. Jouissons de ces agrémens, sans en avoir
un pressant besoin; mais ne leur sacrifions
jamais notre repos, encore moins celui des
peuples. Maîtres de la terre , pourquoi ne pas nous,
entendre , afin de (nous communiquer nos
connoissances & nos découvertes ; pour en --- Page 206 ---
( p ) faire ] pendant le peu de temps que nous y
( logeons, un séjour de délices, plutôt qu'un
théatre de misere, d'horreur & de carnage ?
Que nous manque-t-il pour faire notre bonheur & celui des peuples qui nous sont confiés ? Ne vaudroit-il pas mieux que nous fussions nés dans la classe des brutes > si les avantages qui nous élevent & qui nous distinguent,
ne servent qu'à nous rendre plus insensés, plus
misérables plus féroces 5 8c à nous apprendre à nous mieux égorger pour des choses
dont la possession & l'usage nous énervent
beaucoup plus qu'ils ne nous fortifient, &c
qu'aux pis-aller, tous les Princes peuvent se
A procurer très-aisément sans troubler le repos
des peuples qui peuvent très-bien s'en passer ? Mais je me renferme dans les bornes que
je me suis prescrites , de ne traiter que de ce
qui se pratique dans Paris, quelque rapport
qu'ait la matiere avec toutes les nations , &
à ce qu'il conviendroit à chacune de faire pour
le mieux qui seroit de n'employer les talens ,
le courage, la force & la richesse , à l'exemple du plus juste, du meilleur des Rois, NOTRE
AUGUSTE MONARQUE , qu'à- empêcher &c --- Page 207 ---
( 53 ) -- D $ prévenir les guerres , à éloigner & anéantir
toutes les causes physiques & morales de nos
incommodités & de notre destruB:ion, & à
rapprocher toutes celles de notre bien-être &c
de notre conservation, malgré nous mêmes ,
malgré nos penchans & malgré nos préjugés
qui jusqu'ici nous ont donné le change. Commençons done par noirs affranchir des
servitudes qui nous écrasent & qui nous empoisonnent. Voici enfin ma méthode pour me débarras.
ser de mes immondices, & les faire servir à
mon plus grandbien , sauf l'avis des vrais fa^-
vans & amis de l'humanité, que je supplie de
se joindre à moi & de seconder mon zele. Je ne mêle jamais mes excrémens avec mes
urines; c'est le point essentiel. J'ai dans ma
garde - robe une chaise en forme de bidet >
trës-commode , sur laquelle je m'arrange de
façon que mes urines sont reçues dans un vase
& mes excrémens dans un autre , celui-ci fait
de façon à pouvoir contenir une demi-feuille
ou un sac de papier collé ( le papier qui boit
ne vaut rien ), qui leur sert d'enveloppe. Mes
excrémens ainsi enveloppés ne donnent plus
ines; c'est le point essentiel. J'ai dans ma
garde - robe une chaise en forme de bidet >
trës-commode , sur laquelle je m'arrange de
façon que mes urines sont reçues dans un vase
& mes excrémens dans un autre , celui-ci fait
de façon à pouvoir contenir une demi-feuille
ou un sac de papier collé ( le papier qui boit
ne vaut rien ), qui leur sert d'enveloppe. Mes
excrémens ainsi enveloppés ne donnent plus --- Page 208 ---
( S4 ) c odeur; je les cache, pendant reté, dans
l'endroit le plus exposé au soleil de mon ap"
partement : pendant l'hiver, je les arrange sur
d'étroites tablettes de fer blanc pratiquées
dans l'intérieur de ma cheminée, au niveau
du chanbranle ; il faut y regarder pour s'en
appercevoir. J'ai remarqué avec étonnement, la premiere fois , que lorsqu'ils sont
secs y ils ne formeroient pas, au bout de
l'an , le volume d'un demi - piedcube ; à
sur & mesure qu'ils sont bien secs , je les
enferme dans une boëte, à couvert de
l'humidité^ les enveloppes me servent pour
le même usage , ou j'en allume mon feu. Lorfque ma boëce est pleine, ou même avant, je
les donne ou je les vends à mon Jardinier ,
qui m'apporte en retour, les plus fines salades,
les plus excellens légumes & les meilleurs
fruits. Il seroit à desirer . ainsi que je l'ai déjà
dit, qu'on fît sécher aussi les excrémens des
animaux; j'estime que leur fumier ^ ainsi que
le nôtre, quand il a été corrompu par l'humidité , ou lavé par les pluies y est dénaturé
& dépouillé de ses sels. Si mes excrémens ne sont point assez liés --- Page 209 ---
( H ) [texte_manquant] pour être enveloppés, on jette dessus une
cuillerée de' vinaigre ou de la cendre qui les
neutralisent & en empêchent le méphitisme:
on les mêle alors avec les ordures des balais
qu'on porte au coin des bornes où il font enlevés par les tombereaux de la ville, sans que
personne s'en appercoive } & sans nul inconvénient. Quand je me trouve éloigné de chez moi,
je donnerois volontiers un ou deux sols, pour t
trouver dans mon chemin une chaise comme
la mienne , au lieu de latrines qui m'empoisonnent gratuitement; ce seroit un revenantbon pour les domestiques des maisons qui seroient autoriÍes par le Gouvernement à en
avoir pour la commodité du public, & en
suivant ma méthode pour les faire sécher,
ils en tireroient encore du profit de la part
du Cultivateur. Quant à mes urines, en attendant qu'on
ait établi des laboratoires pour en extraire les
sels 3 ou des commodités pour les faire filtrer ,
à travers du sable ou de la terre > afin d'en retenir les sels qui serôient ensuite utilement
employés, j'en appaise l'odeur avec. de l'eau,
ouvernement à en
avoir pour la commodité du public, & en
suivant ma méthode pour les faire sécher,
ils en tireroient encore du profit de la part
du Cultivateur. Quant à mes urines, en attendant qu'on
ait établi des laboratoires pour en extraire les
sels 3 ou des commodités pour les faire filtrer ,
à travers du sable ou de la terre > afin d'en retenir les sels qui serôient ensuite utilement
employés, j'en appaise l'odeur avec. de l'eau, --- Page 210 ---
f rtf 1 & les jette dans la cour par le tuyau de plomb
qui y communique. Les domefliques pourront faire pou.. eux
& pour leurs maîtres, ce que je fais pour moi;
les pauvres gens ne feront pas les derniers à
trouver des moyens de faire sécher leurs excrémens , & à venir nous débarrasser des
nôtres > quelque modique que soit la valeur
qu'on y attachera, lorsqu'ils seront bien secs. Les gens de l'art peuvent être consultés &
invités à donner les moyens les plus faciles &
les moins dispendieux, afin de faire sécher les
excrémens dans toutes les maisons , en établiffant, à la même place des latrines, des
étageres pour y placer les excrémens enveloppés, & en y faisant passer un tuyau de bas
en haut qui communiqueroit au feu de la cuisine ou des poêles. Cette marche nouvelle
ne seroit pas si difficile, ni si dispendieuse que
celle des fosses & des voieries ; une fois nos
excrémens secs, plus de servitudes, plus de
corruption . mais beaucoup d'avantages à la
place de tant de maux. Voilà donc ma méthode &c mes idées; je
ne serai pas jaloux qu'on en donne de meil- --- Page 211 ---
- ( SI ) leures ; je le desire de toute mon ame , pourvu
que nous cessions de faire notre plus grand
mal, de ce dont nous pouvons faire notre plus
grand bien. 1
J'ai donc prouvé qu'il en a été jusqu'ici, de
notre maniere de nous débarrasser de nos
immondices dans Paris & dans presque toutes
les villes du Royaume, comme de notre maniere de nous y loger ; nous nous sommes bâti
de façon a nous faire écraser dans les rues , &
nous nous sommes arrangés pour nous débarrasser de nos immondices i de façon à nous en
empoisonner. Le mal des sociétés ne vient que.de ce que
chacun des associés n'a travaillé que pour lui
& non pour la société , & qu'il ne peut résiilter de cet égoïsme qu'un mal général, ainsi
que pour ceux-là-mêmes qui en font la plus
sotte profession. Si dans tous les établissemens qui ont ou
peuvent avoir quelques rapports à l'intérêt public ) le Gouvernement obligeoit de suivre
un plan relatif à la plus grande commodité &c
à la sureté> en un mot, au plus grand bien
.général, sauf ensuite au particulier à s'ar- --- Page 212 ---
( )8 ) ranger pour sa commodité personnelle tout
seroit dans l'ordre : je regarde cette regle
tomme sure, & je ne conçois pas pourquoi
on ne la suit pas , à moins qu'on ne soit d'avis
que l'ordre est un mal & le désordre un bien. Il en est de l'ordre moral comme de l'ordre
physique ; un corps n»*a de force que par l'union de ses parties. Un bâtiment, s'il ne forme
pas un tout par son ensemble , de façon que
les parties se prêtent mutuellement toutes
leurs forces, il faudra des étais pour chacune
de ses parties ; alors toutes les précautions &'
la vigilance des gens de l'art n'empêcheront
pas qu'il ne souffre & qu'il ne s'écroule.
. Il en est de l'ordre moral comme de l'ordre
physique ; un corps n»*a de force que par l'union de ses parties. Un bâtiment, s'il ne forme
pas un tout par son ensemble , de façon que
les parties se prêtent mutuellement toutes
leurs forces, il faudra des étais pour chacune
de ses parties ; alors toutes les précautions &'
la vigilance des gens de l'art n'empêcheront
pas qu'il ne souffre & qu'il ne s'écroule. Il en est de même de tous les Gouverne"
mens : si l'ordre moral qui les constitue permet
que chaque membre ait la liberté de ne rapporter qu'à son intérêt personnel ou à son caprice , ce qu'il ne doit rapporter d'abord &
principalement qu'à l'intérêt public & aux
regles pour,son maintien, ils seront exposes
aux mêmes inconvéniens que le bâtiment, dont
je viens de parler. Il est bien plus facile de
maintenir le bon ordre que d'y suppléer par
des étais : que de soins, que de travaux, que --- Page 213 ---
( S ) de peines , que de désagrémens on éviterait,
si tout étoit dans l'ordre, & qu'à force d'y
veiller ôc de le maintenir . on en feroit contrader l'amour & l'habitude. Je crois aussi avoir suffisamment établi la
nécessité s les avantages & les moyens de
nous affranchir de tant de servitudes , c'est au
Gouvernement à les apprécier & à ordonner. Qu'il me soit permis d'ajouter que dans un
siecle aussi éclairé que le nôtre, le bien n'est
pas plus difficile que le mal: il n'est question
que de le vouloir efficacement & d'éclairer la
main-d'œuvre avec le flambeau du zele & de
laconnoissance de l'ordre, par qui seul tout
se conserve , & sans lequel tout se détruit.,
Abandonnons un chemin que notre aveuglement sur nos véritables intérêts a tracé > &c
que nos funestes préjugés entretiennent; tenons pour maxime certaine qu'on ne pourra
violer sans crime, que la félicité particuliere
ne peut exister rans la félicité générale , â
laquelle tout doit se rapporter. Avec un peu
de gêne dans les commencemens, de la vigilance , du travail & du castigantque pigras,
nous parviendrons à éloigner toutes les causes --- Page 214 ---
( 60 ) physiques & morales de nos Incommodités J
de nos malheurs & de notre destruelion % & à
substituer à leur place, toutes celles de notre
bonheur & de notre conservation. Que l'amour du bien public soit la regle de toutes
nos entreprises & de tous nos établissemens ;
regardons &c traitons comme ennemis publics & les auteurs de nos maux, ceux qui ne
consultent & qui n'agissent que pour leur intérêt personnel. Tels sont les vrais & seuls praticables
moyens d'établir parmi des êtres sensibles &
raisonnables, le systême que tout est bien, sans
recourir aux vaines spéculations de nos prér
tendus nouveaux Philosophes. Quel regne pouvons - nous mieux choisir
pour opérer ce grand œuvre, que celui d'un
Monarque dont la tendre affe&ion pour son
peuple & son amour pour l'humanité, lui
font rapporter tous les travaux , la vigilance
& la sagesse de ses Ministres, au repos de
toutes les nations, & le zele des Magistrats
ses subdélégués , au bonheur de ses sujets. Ce que nous appelions richesse n'ést rien,
la vie des hommes est quelque chose ; l'or &
pouvons - nous mieux choisir
pour opérer ce grand œuvre, que celui d'un
Monarque dont la tendre affe&ion pour son
peuple & son amour pour l'humanité, lui
font rapporter tous les travaux , la vigilance
& la sagesse de ses Ministres, au repos de
toutes les nations, & le zele des Magistrats
ses subdélégués , au bonheur de ses sujets. Ce que nous appelions richesse n'ést rien,
la vie des hommes est quelque chose ; l'or & --- Page 215 ---
'( 61 ) - • 1 argent n'ont de valeur que celle qu'il nous a
plu de leur donner afin de faciliter davantage
nos besoins physiques , dans la classe de ceux
qui vivent dans les villes, &c. (Hélas ! notre
fainéantise , notre cupidité tous nos maux
ne se sont engendrés & accrus qu'avec les eÍpeces. ). Faisons-nous la grace de nous estimer un peu plus : la terre n'a produit les métaux que pour notre commodité ; nous ne les
mangeons pas : nous pouvons donc vivre &
exister sans eux : n'en faisons donc pas la cause
& les instrumens de nos incommodités, de
nos miseres, de nos crimes & de notre destrudion : qu'ils ne servent au contraire qu'à
les empêcher, en bien payant la main-d'œuvre j & en soulageant la classe de ceux qui seroient jugés incapables d'y concourir. Quelle autre science peut-il exister de l'administration & de 1 emploi des finances parmi
les hommes . qui puisse mieux opérer le bon<
heur des peuples ? quelle importance peut-on
attacher au numéraire, si son usage n'est point
borné à ce seul point de vue ? hors de là, à
quoi peut-il être bon f à jouer: oui, si le produit ou le gain du jeu ne pouvoit être em- --- Page 216 ---
( 62 ) ployé qu a 1 utilité générale ; mais il ne profite qu'à l'entretien des fainéans & des filoux ,
sans parler de la ruine des familles & des
.malheurs occasionnés par le jeu. Il ne devroit y avoir de jeu que pour nous
exercer à la fatigue , nous rendre laborieux ,
adroits, robustes & courageux contre les bêtes
féroces; ( ces jeux peuvent se varier à l'infini ),
comme il ne devroit y avoir des écoles que ,,
pour nous apprendre les moyens de concourir à la félicité générale, & par conséquent à
la nôtre en particulier. Qu'il y ait de l'avarice & tant d'autres
"excès parmi les hommes , je n'en suis pas
étonné ; mais que les Gouvernemens les souffrent & manquent de moyens de nous guérir
& de nous délivrer de ces maladies, c'est ce
qui m'étonne. Est modus in rcbus, sunt certi dcniquefims
Quos ultra citraque. nequis confisiere reclum. Dans les Etats Monarchiques, ce juste
milieu est plus facile à connoître & à maintenir , parce que l'Administration veille da- --- Page 217 ---
( 63 ) tantage 3 & que l'autorité a plus de forcé
que dans les Républiques. Tant que l'autorité absolue ou légale n'agira que pour le bien & contre le mal > il n'y
aura point d'abus de quelque maniere .qu'elle
agisse; il n'y a abus que lorsqu'elle agit pour
le mal, ou qu'elle le tolere, ou qu'elle s'abstient d'agir pour le bien , quand elle le conno Ît.
da- --- Page 217 ---
( 63 ) tantage 3 & que l'autorité a plus de forcé
que dans les Républiques. Tant que l'autorité absolue ou légale n'agira que pour le bien & contre le mal > il n'y
aura point d'abus de quelque maniere .qu'elle
agisse; il n'y a abus que lorsqu'elle agit pour
le mal, ou qu'elle le tolere, ou qu'elle s'abstient d'agir pour le bien , quand elle le conno Ît. Les formes qui, dans l'origine, n'ont été
établies qu'afin de prévenir les abus , ne
sont plus que des moyens de les multipliera
depuis qu'elles ont pris la même tournure, &
suivi la même gradation que les especes d'or
& d'argent. Dans le moral comme dans le physique , si
les choses n'ont pas la direction qu'elles doi-;
vent avoir, suivant leur destination naturelle,
ou convenue, ce ne sera plus que désordre t
confusion, choc, embarras & événemens funestes : dans cette position, il vaudroit mieux
que les choses n'eussent jamais existé. Que pour le repos & la sureté des citoyens
il soit ordonné que celui qui insulcera, frappera > tuera son semblable ; pour quelque su? --- Page 218 ---
( 61 ) jet que ce puisse être, sera déshonoré, ipso
facto , & séquestré à jamais de la société des
hommes. Que pour le repos & la sureté des peuples ,
il soit manifestement déclaré & convenu entre eux, que celui qui fera violence à un autre
peuple , pour quelque cause que ce puisse être,
deviendra, par ce seul fait, l'opprobre & le
partage des autres nations. Les constitutions de peuple à peuple, doivent être nécessairement les mêmes que celles
de particulier ou de citoyen à citoyen ; parce
que tous les rapports physiques & moraux, &
par consequent les devoirs & les obligations
de toutes les sociétés du monde > sont essentiellement les mêmes que ceux des membres
qui les composent : c'est le fondement de la
maxime que le droit des gens eji le code civil
du genre humain. Le droit de tuer & de mener à la boucherie,
comme des troupeaux de boeufs , des hommes
qui n'ont jamais tué personne n'est pas un
droit, c'est une exécration qui confond toutes les notions de bien & de mal moral , d'ordre & de désordre. Tout droit tend à conserver % --- Page 219 ---
( 6; ) E ver, il n'en peut exister aucun qui tende ou
qui autorise à nous détruire : les cris de la nature , de l'humanité, du droit des gens & des
premiers devoirs de la politique universelle s'y
opposent de toutes leurs forces. D'où il suit que ce que, par un abus le plus
cruel de notre langue afin de légitimer 3 ce
qui répugne . les a&es de notre fureur & de
notre barbarie, qui ont tant de fois abreuvé
la terre du sang des hommes, notre misérable
orgueil & les préjugés funestes de notre malheureuse éducation ont appellé droit de l' épée,
droit de la guerre droit du plus fort, ne peut
être aux yeux de la nature, de l'humanité ôç
au tribunal du ciel & de la terre, que la plus
monstrueuse 3 la plus infame 3 la plus désastreuse, la plus infernale & la plus déplorable de toutes les servitudes dont l'affranchissement > quoique au-dessus du sujet de ce difcours & de mes forces, n'est point étranger à
l'objet que je propose à tous les; êtres sensibles, justes, dignes habitans & maîtres de la
terre . d'en bannir & anéantir toutes les.cause$
physiques & morales de notre destruétion, &
d'y substituer toutes celles de notre bien-être
ig dç notre con,servation ^ comme un objet au-
la plus déplorable de toutes les servitudes dont l'affranchissement > quoique au-dessus du sujet de ce difcours & de mes forces, n'est point étranger à
l'objet que je propose à tous les; êtres sensibles, justes, dignes habitans & maîtres de la
terre . d'en bannir & anéantir toutes les.cause$
physiques & morales de notre destruétion, &
d'y substituer toutes celles de notre bien-être
ig dç notre con,servation ^ comme un objet au- --- Page 220 ---
( 66 )
m « .. quel doivent se rapporter tous les talens ,
toutes les sciences, tous les arts, toute l'industrie, tous les travaux, toute la vigilance
& toute la politique des hommes , malgré
nous - mêmes, malgré nos penchans & les
funestes préjugés de notre malheureuse éducation , qui nous ont aveuglé jusqu ici sur nosintérêts les plus précieux, & nous ont fait pren
dre une route opposée. Ah ! s'il falloit remonter à l'origine, & découvrir la cause des guerres)ainsi que des mont:
trueufes erreurs qui les autorisent, ce ne feroit
pas dans le coeur 5 ni dans les vrais intérêts des
Princes qui ont été & seront toujours les peres
des nations, qu'il faudroit fouiller, mais bien
dans les faites du fanatisme. SI FALLOR , ME VIVA DOCENS NATURA FEFEIMT. --- Page 221 ---
D 1 S C 0 U R 1 S
f SUR L E L U X E. --- Page 222 ---
A Orléans, chez COURET DE ViLLENEUVE, Imprimeur du Roi, i vol. in-8°. prix 24s. broché;
& à Paris, chez NYON, Libraire, rue du Jardinet , & Cuc HET , Libraire, rue & hôtel Serpente. --- Page 223 ---
DISCOURS
S UR LE LUXE, Qui a remporté le Prix, Éloquence à l Académie des Sciences, Belles-Lettres ct Arts
de Besancon , en 1783. Par M. GENTY, Dosteur Agrégé en l'Université
de Paris, Membre & Vice-Secrétaife perpétuel
de la Société Royale d'Agriculture d'Orléans, &
ProfeÏÏeur de Philosophie au College Royal de
la même Ville. Illœ opes atque divitim. afflixire sæculi mores, mersamque
vitiis fuis , quasi sentina , Rempublicam peffumdedére. ( Florus,
Lib. III. Cap. 12. ) - 1 7 83- --- Page 224 ---
Sujet proposé par l'Académie de Besançon : Lesfuneftes effets du Luxe, ou le Luxe
détruit les mœurs ct les Empires. - --- Page 225 ---
v a AVERTISSEMENT. -
LA Compagnie refpeclable ct éclairée qui a
daigné couronner cet Ouvrage3 a du juger
en même temps que je n'avois pas fidélement
rempli le Sujet proposé; ct j'ayoue que j'ai * été moi-même étonné de mon succès. Il s'agissoit
de développer les funestes effets du Luxe , ct
de prouver qu 'il détruit les mœurs & les
Empires : ces tèrmes du Programme annonsoient affet que l'on devoit Je borner aux effets
du Luxe , sarts Je mettre en peine d'en rechercher les causes ; ct qu'il salloit sur-tout considérer la queslian du côté du moral, sans entrer
dans des diseussions politiques , souvent arides
& peu propres à se prêter aux grands mouvemens de l'éloquence, L4Académie étoit d autant mieux fondée à proposer la queslion sous
ce point de vue , que le Luxe reproduit laps
es du Programme annonsoient affet que l'on devoit Je borner aux effets
du Luxe , sarts Je mettre en peine d'en rechercher les causes ; ct qu'il salloit sur-tout considérer la queslian du côté du moral, sans entrer
dans des diseussions politiques , souvent arides
& peu propres à se prêter aux grands mouvemens de l'éloquence, L4Académie étoit d autant mieux fondée à proposer la queslion sous
ce point de vue , que le Luxe reproduit laps --- Page 226 ---
vj cesse les causes qui font sait nûître , ct quert
développant séparément seJ causes ct ses effets,
on s'expo si à faire rentrer continuellement les
deux parties du Discours l'une dans F l'autre. J'ai senti d'avance la sorce de ces raisons i
qui n'ont pas du échapper à mes Juges ; mais
je les ai balancées avec la difficulté de traiter
d'une maniéré neuve, intéressante ct utile ,
une matiere déjà trop rebattue ct discutée par
les plus grands hommes. D'ailleurs, en réfléchiffant sur mon sujet , j'ai cru voir que l'influence du Luxe sur la prospérité des Etats ,
étoit resiée un problême jusqu'a nos jours
parce qu'on ne l'avoit pas encore considérée
dans l'ensemble du Corps politique ; j'ai pensé
que les caujes de ce vice deflrucleur étoient si
violentes, qu'on nepourroit jamais le détruire,
m même le, modérer, sans l'attaquer dans ses
principes ; ct j'en ai conclu qu'il étoit sur-tout
important de remonter à son origirze. Ces rai- --- Page 227 ---
1 VI) Ions m ontpârti devoir l'emporter sur les autres $
ct je me suis vu forcé de m écarter un peu de
la route qui métoit tracée. Laissant donc à
d'autres le plaijir de composer un Discours bien
orné bien régulier > bien académique ^ & de
cueillir des fleurs sur les trates des Ecrivains
éloquens qui se sont élevés Contre le Luxe , j'ai
sàcrifié ce brillant avantage au seul dejir d'enseigner quelques vérités utiles. Le même desir nie détermine à publier tét
Ouvrage , que j'ofre , avec ses défauts , comme
un gage de la sranchise de mes sentimens ct de
mon amour pour l'humanité. Il ejl imprudent
peut-être de mexposer ainji à l'oeil perçant de
la critique i sans Mécenes ni prôneurs i mais
en respectant les motifs qui ont décidé mes
Juges en ma faveur, je suis encouragé par
leurs suffrages, ct je crois pouvoir compter
sur l'indulgence des Lecleurs sensibles. On *
chercher oit sans doute en vain dans ce Di/cours
age de la sranchise de mes sentimens ct de
mon amour pour l'humanité. Il ejl imprudent
peut-être de mexposer ainji à l'oeil perçant de
la critique i sans Mécenes ni prôneurs i mais
en respectant les motifs qui ont décidé mes
Juges en ma faveur, je suis encouragé par
leurs suffrages, ct je crois pouvoir compter
sur l'indulgence des Lecleurs sensibles. On *
chercher oit sans doute en vain dans ce Di/cours --- Page 228 ---
viij L'empreinte des grands talens ct du génie ; on
y reconnaîtra du moins le langage d'un homme
libre y exempt de crainte & et d'ambition , qui
aime la venté de bonne foi, ct qui Je ait la
d;/e. -
* DISCOURS --- Page 229 ---
A r DISCOURS S UR LE EL llX E. QUE l'état de l'homme sensible & ami des
malheureux est pénible & agité , & de quel
courage doit s'armer celui qui prend la défense des
vérités utiles au genre humain ! Si son Cœur trop
plein cherche à s'épancher , s'il veut exhaler sa
douleur à la vue des maux de la Patrie, il est rebuté par le froid dédain , & ne trouve que des
cœurs avilis par l'égoïsme & fermés à la pitié'. En
vain voudroit - il enseigner les moyens de' rappeller l'abondance parmi les indigens , & de faire
régner l'harmonie, dans toutes les classes de la
Société; sa voix est bientôt étouffée par les cia-*
meurs de ceux qui sont intéressés au désordre , &
par les murmures insensés d'une multitude éblouie
par le faste. Il ne peut se faire Entendre que parmi
le petit nombre d'hommes . qui. partagent les --- Page 230 ---
2 Discours sur le Luxe. sentimens, & sçavent , comme lui, résister à la
force de l'exemple. Quel attrait puissant doit donc réunir les ames
; franches & honnêtes , que les maximes d'un siecle
frivole n'ont point dégradées, & qui conservent
encore la divine empreinte des vérifës primitives !
Elles seules peuvent mutuellement s'offrir les
moyens de charmer leurs peines-& de calmer les
tourmens de la sensibilité : elles seules connoissent
les délices que la nature attache à leur commerce.
Guidées par le seul amour de la vertu , sans autre
intérêt que celui de leurs semblables, sans aucune
convention , & presque sans le secours d'aucun
signe intermédiaire , elles forment une ligue redoutable aux méchans, & se répondent des deux
extrémités de l'Univers. Du fond de ma solitude , j'ai entendu la voix
des Sages , qui s'éleve en faveur de l'humanité,
& j'ai osé croire qu'elle s'adressoit à mon cœur.
Quoi i me suis-je écrié , il y a donc encore des
yeux ouverts sur les malheurs publics , & des
• âmes fortes que les préjugés n'ont point aflervies ! Je puis encore dire la vérité, & la déposer
dans le sein d'une Compagnie digne de l'entendre,
& qui m'invite à la publier ! Tel qu'un généreux
esclave qui, délivré de la chaîne sous laquelle il
ire qu'elle s'adressoit à mon cœur.
Quoi i me suis-je écrié , il y a donc encore des
yeux ouverts sur les malheurs publics , & des
• âmes fortes que les préjugés n'ont point aflervies ! Je puis encore dire la vérité, & la déposer
dans le sein d'une Compagnie digne de l'entendre,
& qui m'invite à la publier ! Tel qu'un généreux
esclave qui, délivré de la chaîne sous laquelle il --- Page 231 ---
D if cours sur le Luxé. j A ij a long-temps gémi, fent revivre le sentiment de
sa noblesse naturelle , & tressaille à la vue de
Ion Libérateur, je n 'ai pu contenir mes transports
en voyant briser les liens qui tenoient ma langue
captive, ni résister au desir d'entrer dans la carriere qui m etoit ouverte. Poussé par une inf*
piration secrette, je m'y suis engagé sans avoir
eu le temps de consulter mes forces. Heureux, si
mes efforts & ma sensibilité me rendent digne
de mes Juges ! plus heureux encore de me voir
précédé dans le chemin de la gloire, & de m'avouer vaincu par des rivaux qui sçachent mieux
que moi venger les droits de l'humanité ! Pour ne laisser échapper aucun rapport de la
question proposée, qui embrasse tout le systême
politique , je vais successivement considérer le
luxe dans ses causes & dans ses effets. Je prouverai d abord que les causes qui engendrent le
luxe, détruisent les principes de la force & de
la félicité publiques , &Wqu'il est par conséquent
un signe infaillible de foiblesse & de décadence ;
je ferai voir ensuite qu'il donne à son tour une
nouvelle énergie aux causes qui l'ont fait naître ,
& qu'en altérant de plus en plus la constitution
physique & morale d'un Etat, il en accélere la
chiite en peu de temps. Comme ce ne -sont pas
les autorités, mais les raisons qu'il faut balancer --- Page 232 ---
4 Dlscours sur le Luxt. devant l'Aréopage 011 je vais comparoître , les
noms des grands hommes qui ont vanté l'utilité
du luxe , quelqu'imposans qu'ils puissent être
d'ailleurs , n'ont rien ici qui doive m'étonner.
Leur exemple, loin de me décourager, semble
venir à l'appui de mes principes , puisqu'il fait
voir que la funesîe influence du luxe s'étend
même sur les plus beaux Génies, & qu'il transforme en adulateurs du vice , ceux même que
la nature avoit formés pour être les plus courageux Défenseurs de la vertu.
vanté l'utilité
du luxe , quelqu'imposans qu'ils puissent être
d'ailleurs , n'ont rien ici qui doive m'étonner.
Leur exemple, loin de me décourager, semble
venir à l'appui de mes principes , puisqu'il fait
voir que la funesîe influence du luxe s'étend
même sur les plus beaux Génies, & qu'il transforme en adulateurs du vice , ceux même que
la nature avoit formés pour être les plus courageux Défenseurs de la vertu. --- Page 233 ---
Discours sur le Luxe. 5 A iij 1 PREMIERE PARTIE. \ TOUTES les parties d'un Etat se répondent &
se pénetrent de tant de manières, les ressorts qui
l'animent sont si multipliés, les causes morales
viennent si Couvent se combiner & se confondre
avec les causes physiques, les effets direâs sont;
si différens de leurs contre-coups; enfin, les circonsiances extérieures produisent tant -de modifi-,
cations dans les événemens qu'elles accompagnent,
que l'on n'èsï pas même d'accord sur la nature dit
bonheur public, ni sur les moyens de reconnoîtrer
si un Empire penche vers sa ruine , o ou s'il s'êleveà son plus haut degré de perfection & de grandeur»
Les uns nous montrent la ressource unique de
l'Etat dans les amas d'argent que les richesses publiques déposent en passant par les mains de la:
Finance, & dans l'art merveilleux Se si' perfectionné de 'convertir en impôts toutes les branches
du revenu & de la consommation ; les autres ,
éblouis par un vain éclat, jugent de l'opulence
générale , par le faste des Grands , & par les dépenses puériles & souvent révoltantes de quelques
hommes qui portent te masque du bonheur:
Vautres 5 uniquement frappés de l'appareil d'une --- Page 234 ---
6 Discours sur le Luxe. grande puissance, ne considerent dans un Empire,
que les armées qu'il entretient, & le nombre âe
vaisseaux dont il couvre les mers ; d'autres, évaluant le bonheur public au poids de l'or •, n'ont
égard qu 'au numéraire que le commerce fait
entrer & circuler dans la Nation, & s'imaginent
que la prospérité d 'un Royaume doit se mesurer
sur le nombre de ses Manufactures, & sur la rapidité des fortunes des Négocians. Ceux enfin
qui s'honorent le plus de la qualité d'hommes,
& qui paroissent le plus animés de l'amour de
leurs semblab'es, voient dans la culture des terres
la source féconde des vraies richesses , & calculent les degrés de la force publique sur la population des campagnes. Comment démêler la vérité parmi tant d'opinions diverses, & cependant, comment découvrir
les causes de la décadence d'un Empire , si l'on
ignore même en quoi c.onsisie sa vraie grandeur ?
Fermons l oreille aux cris de l'intérêt particulier
pour mieux juger de l'intérêt général : Considérons
le Corps politique dans toutes ses parties, afin
de ne point prendre l'enflure de quelque membre
parasite, pour de l'embonpoint : Étudions la suite
de tous ses mouvemens, de crainte de regarder
f comme l'effet de ses forces naturelles l'esset du
délire & du transport. Tâchons sur-tout de nous
ie sa vraie grandeur ?
Fermons l oreille aux cris de l'intérêt particulier
pour mieux juger de l'intérêt général : Considérons
le Corps politique dans toutes ses parties, afin
de ne point prendre l'enflure de quelque membre
parasite, pour de l'embonpoint : Étudions la suite
de tous ses mouvemens, de crainte de regarder
f comme l'effet de ses forces naturelles l'esset du
délire & du transport. Tâchons sur-tout de nous --- Page 235 ---
Discours sur le Luxe. ,"' 7 A iv dépouiller de toute prévention, & de remonter
aux idées primitives d'humanité & de justice.
Ecoutons la voix intérieure qui nous crie sans
cesse que l'opulence n'ajoute rien à la qualité
d'homme, & qu'il suffit d'avoir une ame immortelle pour être compté parmi ceux que la nature
appelle au partage de ses bienfaits. Favoris de la fortune, laissez dissiper pour un .
instant les vapeurs de l'encens qui vous enivre"
&souffrezque je vous rappelle que tous les hommes
font vos semblables, qu'ils ont une origine 8c
une destination commune , & qu'ils ont tous un
égal droit au bonheur & à la vie. Je mettrai donc
à l'écart toutes les petites prétentions de la vanité %
toutes les idées fa&ices du bonheur, qui sont
nées de l'oisiveté & de l'opulence ; en un mot, ,
toutes les chimères & les extravagances que les
passions exaltées mettent dans la tête des hommes r
& je ferai consister la prospérité d'une Nation dans
le nombre de ceux qui la composent, & dansleur aisance générale. Je ne dois pas craindre
l'erreur, en écoutant ainsi la voix de la nature :
& en effet, que pourroit-on desirer pour la félicité publique, si le nombre & le bonheur des
sujets d'un Empire étoient portés à leur plus haut
degré ? Or, pour procurer -à une Nation ce double --- Page 236 ---
8 * D iscours sur le Luxe. avantage , il faut multiplier les objets nécessaires
à la vie, & les faire servir à la consommation utile
des hommes. Et pour y parvenir il faut exciter
l'activité générale , & la diriger vers la source de
la fécondité. On peut même assurer que tout l'art
de la politique se réduit à ce dernier moyen : car,
en fixant toutes les forces aux lieux mêmes oii
les richesses renaissent, on multipliera les ressorts
de la puissance publique , & les salaires qui font
le nerf de l'aétivité générale. Si, au contraire , par le déplacement des richesses, on attire le centre des forces Foin de
la réproduction, la plupart des bras destinés à
ouvrir le sein de la terre , demeureront dans l'inaction , ou seront employés à des ouvrages frivoles ; une grande partie des productions perdra
sa valeur, & ne sera plus consommée ; les terres
dépouillées de leurs richesses & de leurs cultivateurs , paroîtront frappées de stérilité ; le désordre s'introduira dans toutes les branches de
l'économie politique , & les générations s'éteindront dans la misere & la langueur.
des bras destinés à
ouvrir le sein de la terre , demeureront dans l'inaction , ou seront employés à des ouvrages frivoles ; une grande partie des productions perdra
sa valeur, & ne sera plus consommée ; les terres
dépouillées de leurs richesses & de leurs cultivateurs , paroîtront frappées de stérilité ; le désordre s'introduira dans toutes les branches de
l'économie politique , & les générations s'éteindront dans la misere & la langueur. La vue d'un homme désœuvré , ossroit toujours
à un Empereur de la Chine l'affligeante image
d'un autre homme mourant de faim. Que de
larmes n'auroit-il pas versées sur nos contrées --- Page 237 ---
Discours sut le Luxe '. d'Europe, en y voyant un si grand nombre de
çitoyens oisifs ; ou , ce qui est plus déplorable
encore ; occupés à falsifier & altérer de toutes
manieres les plus précieux dons de la nature ? Le
Labourage & le Pâturage , disoit le Grand Sully,
sont les deux mamelles d'un Etat ; ce n'est donc
qu'en fixant l'abondance dans ces deux sources
de la prospérité, qu'on pourra rendre une Nation
florissante. Si l'Empire Chinois , malgré les fré:"
quentes révolutions de ses Dynasties, subsiste sans
altération depuis quarante siecles, & nourrit une
population nombreuse '& fortunée, c'est qu'il est
fondé sur la seule agriculture ; c'est que tous les
Arts y sont subordonnés à cet Art nourricier,
& toutes les vues conslamment dirigées vers cet
unique objet. En vain l'industrie humaine , avec tous ses raffinemens , viendra-t-elle au secours d'une Nation
épuisée par le déplacement & le faux emploi de
ses forces ; en vain appellera-t-elle au parta^ des
richesses ravies à la culture, & accumulées dans
les villes, la plus grande partie de sa population :
en vain rendra-t-elle les Nations voisines ses
tributaires. Malgré tous ses efforts, elle se borne
à changer les formes, &, considérée par rapport
au genre humain entier, elle ne parviendra jamais
à produire de nouvelles richesses. Dans l'intérieur --- Page 238 ---
I o Discours sur le Luxe. d 'un Empire , ses échanges ne servent qu'à remplacer sa propre consommation , & les profits
qu'elle peut faire sur les étrangers , méritent à
peine d'entrer dans la balance des intérêts politiques , s'ils sont achetés aux dépens de l'agriculture. Et en effet, quand ces profits ne seroient
pas réciproques, pourroit-on jamais les comparer
avec les richesses réelles que le déplacement de
l'aftivité nationale empêche de reproduire? Est-ce
en attirant les riches consommateurs à la Cour
& à la Capitale, par le charme des arts frivoles ,
que le Ministre & l'ami de Henri fît renaître la
France de ses cendres, qu'il sçut en dix années
acquitter des dettes immenses , décharger les
Peuples d'une grande partie des impôts , amasser
des trésors pour l'exécution des vastes desseins
de son Maître , rendre à la Nation son bonheur,
sa puissance & sa gloire ? Est-ce en établissant des
riches manufactures sur les débris de l'agriculture
désolée, que Léopold fait oublier à la Toscane
tous oses malheurs, & que, du sein de la plus affreuse misere 011 le désordre des derniers regnes
l avoit réduite , il l'éleve à un degré de prospérité
qu'elle n'eut jamais espéré de pouvoir atteindre ?
, rendre à la Nation son bonheur,
sa puissance & sa gloire ? Est-ce en établissant des
riches manufactures sur les débris de l'agriculture
désolée, que Léopold fait oublier à la Toscane
tous oses malheurs, & que, du sein de la plus affreuse misere 011 le désordre des derniers regnes
l avoit réduite , il l'éleve à un degré de prospérité
qu'elle n'eut jamais espéré de pouvoir atteindre ? L'industrie est l'unique ressource des petits Etats,
tels que les Républiques dè Gênes & de Hollande dont le sol eil stérile & insufEsant pour la --- Page 239 ---
Discours sur le Luxe. 11 subsistance des habitans. Elle fournit aux grands
Empires un accroissement de richesses, en attirant
l'or des étrangers , & en multipliant les ressorts
de l'activité générale : elle contribue par conséquent
à la prospérité publique , quand les forces n.e sont
pas détournées de leur direction naturelle ; mais
toutes les merveilles qu'elle peut inventer , pour
éblouir un grand peuple qui tend à sa ruine, ne
pourront en aucunes manieres retarder l'instant
de sa chûte. Souvent même l'activité , qui naît
de l'industrie, ne fert qu'à augmenter le déplacement des richesses, & à mettre par-là le comble
à la misere publique. Les manufactures les plus
brillantes n'offriront jamais qu'une bien foible image
du développement & de la multiplication des
germes dans le sein de la terre. Comment oses-tu
donc, ô homme superbe, mettre ton ouvrage à
la place de celui de la nature? Tu ne peux introduire un seul atome dans l'univers, & tu crois ta
main assez habile pour pouvoir négliger les dons
de cette main libérale qui a semé les étoiles dans
l'espace & qui répand par-tout la vie & la
fécondité ! Ce coup-d'œil jeté sur la constitution d'un
Etat suffiroit pour décider la question que je
traite ; car le luxe prend toujours sa naissance
dans les grandes fortunes acquises au sein- des --- Page 240 ---
12. Discours sur le Luxe. Villes, & par conséquent dans le déplacement
des richesses & des forces publiques. Mais pour
faire voir de plus en plus que toutes les causes
du luxe entraînent avec elles la perte des Empires,
parcourons rapidement ces causes & entrons dans
quelques détails. Quoique l'inégalité des fortunes soit la cause
du luxe la plus générale, je ne m'arrêterai cependant pas à la considérer en elle-même, parce
que, renfermée dans ses vraies limites, elle est
une suite nécessaire de la variété des forces, des
talens, dii bonheur & des besoins que la nature
'donne à chaque individu, & que, si l'on parvenoit
à l'empêcher de naître, on romproit tous-les liens
de l'intérêt social, & l'on éteindroit toute espece
d'émulation. Elle ne devient nuisible & n'engendre
un luxe ruineux, que par le mêlange des causes
factices qui viennent se combiner avec ses causes
naturelles pour la rendre excessive.
des
talens, dii bonheur & des besoins que la nature
'donne à chaque individu, & que, si l'on parvenoit
à l'empêcher de naître, on romproit tous-les liens
de l'intérêt social, & l'on éteindroit toute espece
d'émulation. Elle ne devient nuisible & n'engendre
un luxe ruineux, que par le mêlange des causes
factices qui viennent se combiner avec ses causes
naturelles pour la rendre excessive. Or, parmi les causes factices de l'inégalité des
fortunes, les profits immodérés de la finance doivent occuper le premier rang : leur excès a été
la source la plus féconde de la misere publique;
nous devons bénir à jamais les jours heureux
ou la sagesse de notre Adminislration s'est occupée
des. moyens de les réduire à leurs justes bornes., --- Page 241 ---
Discours sur le Luxe; 15 Car ils augmentoient la masse de l'impôt, sans
multiplier les effets bienfaisans de la Puissance
souveraine ; ils dépouilloient injustement l'homme
utile, pour entretenir une foule d'oisiss qui dévoroient le sein de la Patrie ; ils dépeuploient les,
campagnes & saisoient languir le Commerce &
les Arts nécessaires, pour exciter une vaine industrie
& nourrir les artisans du luxe. Vous regardez un
homme riche & fastueux comme très-utile à cause
du grand nombre de valets qu'il fait, vivre,
& vous ne voyez pas au loin la multitude de
malheureux que son opulence prive de travail
& de pain ! Vous ne voyez pas que la réproduction des richeises nationales sera diminuée,
non-seulement d'une somme égale aux avances
qu'il a ravies à la culture, mais encore de tous
les prosits qui en devroient naître, .& qu'il en
résultera une dégradation progressive d'autant plus
rapide, qu'elle sera plus prolongée! Vous ne voyez
pas que les propriétaires -, frustrés désormais d'une
grande partie de leur revenu, aimeront mieux
faire valoir leurs fonds dans la Capitale, que
d'améliorer & même d'entretenir les avances de
la culture , & que toutes les sources de la sécondité se tariront à la fois J
de tous
les prosits qui en devroient naître, .& qu'il en
résultera une dégradation progressive d'autant plus
rapide, qu'elle sera plus prolongée! Vous ne voyez
pas que les propriétaires -, frustrés désormais d'une
grande partie de leur revenu, aimeront mieux
faire valoir leurs fonds dans la Capitale, que
d'améliorer & même d'entretenir les avances de
la culture , & que toutes les sources de la sécondité se tariront à la fois J Il est sans doute nécessaire à l'entretien de la Puissance souveraine, de lever d^s tributs sur les --- Page 242 ---
14 D if cours sur le Lux t. peuples; mais la complication des taxes publiques
est pour un Etat le fléau le plus redoutable. Elle
s'oppose au renouvellement des richesses & au
bonheur général, non - seulement parce qu'elle
augmente la charge de l 'impô't, mais parce qu'elle
met du retard & de la difficulté dans les échanges,
& qu'elle soumet les moindres allions de l'honnête homme à une inquisition révoltante. Elle
est sur-tout nuisible parce qu'elle jette de l'obscunte dans la perception du revenu public, &
qu'elle couvre d'un voile impénétrable les moyens
de s'enrichir que la cupidité peut mettre en usage.
De-là naissent des fortunes d'autant plus funestes
à la Nation, qu elles sont rapides & injustement
acquises ; de-là se forme une classe d'hommes
qui croient faire oublier l'origine de leurs richesses
en étalant un luxe insultant, & qui parviennent
bientôt à exciter l envie des ames vulgaires & à
fixer sur eux seuls les regards de la multitude;
de-là jaillissent tous les poisons qui déchirent le
sein de l'Etat, & en alterent la constitution ; qui
corrompent les mœurs, énervent les courages,
éteignent dans tous les cœurs l'amour de l'ordre
& de la vertu. Il est bien étrange qu'il y ait eu
des politiques assez remplis de préjugés & assez
amis des hommes riches, pour voir la prospérité
de l'Etat dans un tel désordre. L 'immortel Vilor Amédée n'étoit pas imbu de --- Page 243 ---
Discours sur le Luxe. 1) - - pareils principes, lorsqu'il prit tant de Cages précautions pour modérer les profits de la finance,
& sur-tout quand il porta la Loi qui annulle le
bail du fermier d'un impôt, dans le cas 011 un
Nautre citoyen offriroit d'augmenter d'un sixieme
le prix de la ferme (a); Loi bienfaisante, qui
suffiroit seule pour assurer à son auteur les hommages de la postérité, & qui a garanti jusqu'à
nos jours de la contagion du luxe & de la corruption des mœurs tous les Etats de la Maison
de Savoie. Tels ne sont pas non plus les principes de Léopold, puisqu'il a toujours dirigé ses
vues, depuis le commencement de son regne,
vers les moyens de simplifier la forme de l'impôt,
& de l'asseoir sur une base unique & invariable. Il est doux pour un cœur françois de pouvoir
joindre à ces deux noms si chers à l'humanité
celui de notre jeune Monarque. Louis XVI déclare,
à la tête de toutes ses Loix de finance, que le
plus ardent de tous ses desirs est de diminuer le
fardeau des impôts, de l' adoucir par la sagesse &
l'égalité des répartitions, & sur-tout de réduire les
frais de perception ( b ). Ce dernier objet est le (a) Cette Loi se nomme à Turin la Loi du Sixieme.
joindre à ces deux noms si chers à l'humanité
celui de notre jeune Monarque. Louis XVI déclare,
à la tête de toutes ses Loix de finance, que le
plus ardent de tous ses desirs est de diminuer le
fardeau des impôts, de l' adoucir par la sagesse &
l'égalité des répartitions, & sur-tout de réduire les
frais de perception ( b ). Ce dernier objet est le (a) Cette Loi se nomme à Turin la Loi du Sixieme. ( b) Tels font les termes de plusieurs Edits, Arrêts &
Déclarations du Regne aétuel. --- Page 244 ---
.16 Discours sur le Luxe. principal motif qui l'a porté à créer un nouveau
Conseil, où il se fait rendre compte des moyens
les plus efficaces de tourner à l'avantage de ses
Peuples tous les fruits d'une paix glorieuse. Que
ne doit-on pas attendre d'un pareil Tribunal, où
préside la douce simplicité des' mœurs, l'amour
austere du devoir, & le Génie qui a donné
successivement la paix à toutes les grandes Puifsances de l'Europe? Les prodigalités du Souverain, qui sont une
source non moins séconde du luxe & de l'inégalité des fortunes, accélerent encore les progrès
du désordre causé par les richesses des financiers.
Le revenu public appartient à la Nation ; le Souverain n'en est que le di'spensateur, & il doit le
rendre à ceux qui le lui fournissent, niais sous
une sorme bien plus utile & plus propre à les
enrichir. Il doit l'employer à protéger ses sujets
contre tous leurs ennemis, à les maintenir dans
tous leurs droits personnels & leurs possessions
légitimes , à faire régner parmi eux la paix &
le bonheur. C'est à la Puissance publique à établir
des communications entre toutes les parties de
l'Empire par des canaux & de grands chemins ,
à resserrer les fleuves par des levées, à conflruire
des aqueducs pour l'arrosement des terrains arides,
a faciliter l'écoulement des eaux pour la fertilité
de la --- Page 245 ---
Discours sur le Luxe: 17 B de la terre & la salubrité de l'air. C'est en fécondant ainsi Jes travaux des hommes par des moyens
généraux & puissans , que les Rois deviennent
créateurs autant qu'il est donné à l'homme de
l'être, & qu'ils sont les images de la divinité sur,
la terre. Quel plus grand bienfait Pie VI peut-il procurer à ses sujets, que d'achever la belle entreprise
qu'il a conçue pour le desséchement des Marais
Pontins, & de faire naître de riches moissons sur
un terrain qui est maintenant infeft, dont les
bords ne font habités que par un petit nombre
de pêcheurs misérables & languissans, & dont
les exhalaisons corrompent l'air au loin, & dépeu,
plent la Campagne de Rome? Quelle conquête'
plus glorieuse le Grand-Duc pouvoit-il faire, que
de rendre à l'agriculture les Maremmes de Sienne,
en creusant un lit prosond aux eaux pestilentielles
qui les couvroient, &: de changer un vasse pays
presqu'abandonné, maudit par ses habitans, en
une Province heureuse & florissante? Quels projets plus utiles & plus dignes d'un grand Roi,
Louis XVI peut-il former, que de construire sur
la Manche un Port capable de recevoir les vaifseaux de haut-bord, d'ouvrir un libre passage
aux eaux de la Charente, & d'achever ce fameux
Canal de Picardie j dont la hardiesse étonnera les
couvroient, &: de changer un vasse pays
presqu'abandonné, maudit par ses habitans, en
une Province heureuse & florissante? Quels projets plus utiles & plus dignes d'un grand Roi,
Louis XVI peut-il former, que de construire sur
la Manche un Port capable de recevoir les vaifseaux de haut-bord, d'ouvrir un libre passage
aux eaux de la Charente, & d'achever ce fameux
Canal de Picardie j dont la hardiesse étonnera les --- Page 246 ---
i S Discours sur le Luxe, générations futures ? Voilà le véritable emploi de"
la force publique, & le plus noble usage qu'un
Souverain puisse faire des tributs de son peuple. S'il les détourne de cette destination pour les
abandonner à ses favoris, il laisse affoiblir les
principaux ressorts de l'activité générale, & tarit
la source de toutes les riche^Tes. Tandis que l'or
accumulé dans les mains d'un petit nombre de
Grands fera briller la Cour & la Capitale, l'agriculture privée de l'influence dè la puissance publique , sera bientôt réduite à se dépouiller de
ses propres avances pour sournir à l'impôt; &
chaque palais élevé à l'opulence & à la vanité,
fera tomber en ruines des milliers de cabanes de
'cultivateurs. L'adroit & rusé Charles - Quint,
témoin, pendant son séjour à Paris, des prodigalités de la Cour de France & du luxe des tables
des Grands Officiers de la Couronne, ne cessoit
de vanter la magnificence de François I, & de
l'élever au-dessus de tous les Rois de la terre (c) :
il sçavoit qu'en flattant ainsi l'orgueil de son
rival, il l'engageroit à consommer de plus en plus (c) Il ny a pas , disoit Charles-Quint au rapport de
Brantôme, de grandeur au monde pareille à celle d'un itl
Roi de France. --- Page 247 ---
V
Discours sur le Luxe. 19 4 B ij en pompe frivole, des richesses qui l'eussent rendu
puissant & redoutable. Mais de retour dans ses
propres Etats, il se garda bien d'imiter un exemple
qu'il avoit paru si fort admirer. Les profusions de Henri III envers ses favoris y
ses dépenses en badineries magnifiques, pour me
servir de l'expression de Mézerai, furent peut-être
plus funestes que les guerres civiles qui désolerent
son regne. Elles firent inventer des impôts bizarres
&: désastreux, qui favoriserent les rapines des
financiers, & réduisirent le peuple au plus affreux
désespoir; elles donnerent naissance à une foule
de Priviléges & d'Offices dont la vénalité s'est
consacrée par le temps, & se perpétuera pour
le malheur de la France. Heureux le peuple qui est le seul favori de
son Roi ! Heureux, mille fois heureux le Boi qui
connoît le prix des tributs de son peuple ! il sera
comme Titus, les délices du monde ; il sera
l'objet de l'amour & des bénédiétions de tous les
âges. 0 speftacle enivrant & divin ! il verra couler
à son approche des larmes de tendfesse -de joie L
Tel fut Louis XII. Les subsides, que ses guerres
d'Italie le forçoient de lever sur ses sujets, lui
côutoient des pleurs amers & les regrets les plus
çuisans ; sa douleur s'exhaloit en longs soupirs, à
lices du monde ; il sera
l'objet de l'amour & des bénédiétions de tous les
âges. 0 speftacle enivrant & divin ! il verra couler
à son approche des larmes de tendfesse -de joie L
Tel fut Louis XII. Les subsides, que ses guerres
d'Italie le forçoient de lever sur ses sujets, lui
côutoient des pleurs amers & les regrets les plus
çuisans ; sa douleur s'exhaloit en longs soupirs, à --- Page 248 ---
20 Dlscours sur le Luxe. la vue des maux sans nombre que le luxe & la
vaine prodigalité de son successeur de voient in-
- failliblement attirer après sa mort sur son peuple
chéri ( d ). Ce bon Roi connoissoit la vraie destination du patrimoine de l'Etat ; il sçavoit combien
la dissipation du trésor public entraîne avec elle
de désordres & de malheurs. Les richesses publiques doivent être sous l'influence du Souverain, comme ces vapeurs que le
soleil éleve de la surface de la terre & des mers,
pour les laisser ensuite retomber en pluies fécondes
& faire éclore tous les germes de l'abondance
& de la vie. Mais lorsqu'elles s'amoncelent sur les
têtes des hommes puissans, elles ressemblent à
ces nuages redoutables, qui, après avoir séjourné
dans les hautes régions de l'air, portent dans
leurs flancs la grêle & la foudre, & répandent
dans les campagnes la désolation & le ravage. Si le Souverain altere les principes de la force
& de la félicité générale, en abandonnant le patrimoine public à la dissipation ou à l'avidité de ses
sujets, il ne fait pas moins leur malheur, en (d) Nous travaillons en vain, s'étrioit-il, ce gros garçon
nous gâtera tout. 1 --- Page 249 ---
D iscours sur le Luxe, 21 Uni rassemblant sur la tête de quelques privilégiés les
profits de commerce oir d'industrie, destinés à
mettre une multitude de familles dans l'aisance :
il semble même que cette nouvelle cause du
luxe & de l'inégalité des fortunes trouble plus
directement la distribution des richesses. Car en
détruisant la liberté des engagemens, le monopole
rompt la balance des salaires, introduit le désordre
. & le malheur dans toutes les classes qui lui sont
assujetties, & parvient bientôt à étouffer le germe
de l'activité générale. Il donne au riche un empire
cruel & tyrannique sur les pauvres; il prive le
mercenaire de la récompense jugement due à son
travail, à ses sueurs & à ses fatigues : il se sert de
la misere même pour en augmenter le sardeau
& il retranche d'autant plus la subfislance aux
malheureux, qu'il a rendu leurs besoins plus
pressans. Sans lui la libre concurrence ouvriroit
un champ vaSte à l'émulation, & distribueroit les
fruits précieux de l'industrie ; mais s'il exerce ses
ravages sur une branche de commerce ou de
travail, une foule d'insortunés privés de l'exercice
de leurs talens, sont obligés de périr dans la
misere, ou de languir dans des états où la nature
ne les avoit point appellés. A quel prix sont donc
acquises ces fortunes si rapides, dont le monopole "
ose faire un étalage criminel ? Que de larmes ont
sait couler ces dépouilles enlevées à l'agriculture, , -
ravages sur une branche de commerce ou de
travail, une foule d'insortunés privés de l'exercice
de leurs talens, sont obligés de périr dans la
misere, ou de languir dans des états où la nature
ne les avoit point appellés. A quel prix sont donc
acquises ces fortunes si rapides, dont le monopole "
ose faire un étalage criminel ? Que de larmes ont
sait couler ces dépouilles enlevées à l'agriculture, , - --- Page 250 ---
22 D if cours sur h Luxe, qu'il accumule au sein des Villes pour y fournir
un aliment ail luxe & à la friyolité ! On doit donc soigneusement éviter de créer des
privilèges exclusifs, ressource trop ordinaire &
trop funeste des mauvais gouvernemens, tels que
ceux des trois derniers Valois. Mais qu'çfl>il besoin
de rapporter ici tous les maux que le monopole
traîne à sa suite ? L'expérience ne laisse plus de
^préjugés à détruire à cet égard; & sans qu'il soit
nécessaire de recourir encore à l'exemple de la
Toscane, dont le gouvernement, sous tous les
points de yue, est digne de tant d'éloges, il nous
•suffira de fixer nos regards, sur la France. La
liberté du commerce, qui, depuis le nouveau
regne, % n'a cessé de répandre ses heureuses influences sur toutes nos Provinces , doit enfin
convaincre les plus ardens défenseurs des anciennes
opinions, ôç nous engager de plus en plus à chérir
la main bienfaisante qui nous gouverne. On n'éprouve plus de ces seçousses cruelles qui faisoient
passer le pain du peuple du plus bas prix à la
cherté la plus excessive, qui, en réduisant une
foulç d'indigens au dernier degré de la misere,
excitoient dans l'Etat les plus douloureuses convulfions, On ne voit plus, comme sous les loix
de la contrainte, le cultivateur maudire la fécondite de la terre, & gémir dans le sein même de --- Page 251 ---
Discours sur le Luxe. 23 B iv. l'abondance. On ne voit plus sur-tout de ces
hommes barbares, qui., par état, s'affiigeoient du
bonheur public, & ne rougissoient pas d'établir
leur fortune & leurs espérances sur le nombre des
victimes de la faim & du désespoir. Les fortunes immenses, qui sont le fruit des
plus heureuses conquêtes, n'attirent pas sur une
Nation de moindres malheurs que les profits du
monopole & de la finance. En effet, les guerres
étrangères diminuent la réproduction en portant
la masse de l'impôt au-delà des bornes qui lui
sont prescrites, & en déplaçant les consommateurs.
Les plus riches dépouilles des vaincus ne doivent
être considérées que comme un foible dédommagement des dépenses directes de la guerre , &
elles sont bien loin de remplacer les richesses
qu'elle a empêché de naître. Le petit nombre de
ceux qui partagent ces dépouilles achetées à un
si haut prix, se met donc, dans l'ordre de la
dislribution des richesses,. à la place des hommes
enrichis par le monopole, & leurs fortunes rapides
ôt acquises aux dépens de la classe productive,
doivent être la source des mêmes désordres. Elles
doivent exciter le luxe , changer les mœurs de la
Nation victorieuse, & devenir bientôt l 'instrument
de sa ruine. C'est ainsi que les trésors des Rois
de Lydie corrompirent les successeurs de Cyrus,,
met donc, dans l'ordre de la
dislribution des richesses,. à la place des hommes
enrichis par le monopole, & leurs fortunes rapides
ôt acquises aux dépens de la classe productive,
doivent être la source des mêmes désordres. Elles
doivent exciter le luxe , changer les mœurs de la
Nation victorieuse, & devenir bientôt l 'instrument
de sa ruine. C'est ainsi que les trésors des Rois
de Lydie corrompirent les successeurs de Cyrus,, --- Page 252 ---
14 'Discours sur le Luxe, & rendirent en quelque sorte ridicule la puissance
des grands Rois de Perse : c'est ainsi que l'or de
l'armée de Xercès fit oublier les loix de la nature
dans la Grece, & en fit disparoître la vertu : c'est
ainsi que les richesses de Carthage, de Corinthe
& de PAsse consumerent la puissance de Rome,
& disilperent ce colone énorme que tous les Rois
de la terre soutenoient en tremblant. La fortune
en donnant la viftoire, prépare des défaites, &
elle se fait un jeu cruel de détruire les vainqueurs
par les dépouilles des vaincus (c). Croira-t-on que les querelles sanglantes de nos
Rois soient moins fatales aux Empires que les
guerres anciennes ? ne causent-elles pas le même
déplacement des forces nationales? Les plus brillans
succès n'entraînent-ils pas le même désordre dans
la distribution des richesses ? Louis XI, jugement (0 Grœcia capta feram victorem cepit. (Horat. Epist. 1.
Lib. a.) ci Ac nescio an satilu foret Populo Romano , Siciliâ &
t, Afric d contento suiffe, aut his etiam ipsis càrere dominant!
« in Italiâ fuâ, quant eo magnitudinis crefcerç ut viribus fuis
v conficeretur. Que enim res alia furores civiles peperit quatn
v nimia félicitas ? Syria primùm nos vida corrupit ; mon
>» Ajiatica Pergameni Régis hœreditas, » ( Flçrus, Lit, III.
>Cap u.) --- Page 253 ---
Discours sur le Luxe1 25 odieux à cause de sa sombre dissimulation , de sa
basse hypocrisie, de sa haine jalouse, & de sa
cruauté froide & réfléchie, Louis XI fît moins
de maux à la France que ne lui en firent par
leurs guerres Charles VIII, qui conquérait des
Royaumes dans une campagne; Louis XII, qui
mérite à tant de titres le nom sacré de Pere du
peuple; François I, le Pere des Lettres & le
modele des Rois pour la grandeur d'ame & la
bonne foi. Quels fruits avons-nous recueillis des conquêtes
de Louis XIV? Les vains délires de l'imagination,
le gout désordonné du luxe & du merveilleux,
l épuisement des finances, l'oppression & la misere
des peuples. C'est sur-tout depuis son regne , trop
glorieux peut-être,, que les Souverains veulent
avoir des armees toujours prêtes à marcher au
premier signal, & que la plus grande partie de
l appareil & des dépenses de la guerre se prolonge
pendant la paix. C'est depuis cette époque vraiment
funeste que le faite & la rivalité des Rois ont sait
croître insensiblement ces corps ruineux & redoutables , & que l'ambition d'un seul suffit pour
forcer les autres à suivre son exemple & à s'épuiser
comme lui en vains efforts. Qui pourroit évaluer
les richesses que la Prusse & l'Angleterre, par
l enflure de leur puissance , ont coûtées à l'univers
prolonge
pendant la paix. C'est depuis cette époque vraiment
funeste que le faite & la rivalité des Rois ont sait
croître insensiblement ces corps ruineux & redoutables , & que l'ambition d'un seul suffit pour
forcer les autres à suivre son exemple & à s'épuiser
comme lui en vains efforts. Qui pourroit évaluer
les richesses que la Prusse & l'Angleterre, par
l enflure de leur puissance , ont coûtées à l'univers --- Page 254 ---
26 Discours sur le Luxe. depuis un. demi-siecle ? Et cependant quels avantages ces deux Royaumes ont-ils retirés de tant
de dépenses & de projets ambitieux ? L'Angleterre accablée sous le poids de sa dette nationale
& de ses impôts, épuisée d'hommes & d'argent,
touche peut-être au moment où elle se verra
forcée de descendre au-dessous du rang qu'elle
dpit occuper parmi les Puissances de l'Europe.
Si la Prusse s'est étendue par des conquêtes &
des traités, si elle conserve la plus grande influence
dans la balance des Etats, c'est aux seules qualités
émjnentes dç son Roi qu'elle doit ces avantages
passagèrs St trompeurs. Le temps apprendra quel .
fera le. fruit de son gouvernement militaire, quand
elle n'aura plus de Frédéric ni de Henri pour
commander ses nombreuses armées, quand elle
ne sera plus protégée par un îloi toujours aEtif
& toujours prêt à déployer les ressources de là
plus haute politique & du génie. Les Thébains
font rentrés dans le néant après la mort d'Épaminondas; il en fut de même de l'Épire, quand
Pyrrhus ne fut plus ; & tel sera toujours le sort
d'up Etat,qui par le seul secours d'un grand homme
jfe sera subitement élevé au-dessus de lui-même. Pourquoi ces braves & fiers Espagnols languissent-ilsdans une léthargie funesle, malgré l'enthoufiafme &; l'amour de la gloire dont ils furent --- Page 255 ---
Discours sur 1e Luxe; 1' 27, toujours animés ? Pourquoi ce peuple si a&if 8c
si nombreux jadis, met-il maintenant toute sa
dignité dans la lenteur & le repos, & laisse-t-il
ses campagnes presque sans habitans & sans culture ? Que lui sert-il de s'être baigné dans le sang
de tant de millions d'hommes innocens & pai-'
sibles , & d'avoir épuisé envers eux tous les
raffinemens de la cruauté ? Que lui sert-il d'avoir
conquis un nouveau monde, si le nerf de son
industrie efl: sans vigueur, & si ses plus belles
Provinces se changent en déserts? Que lui sert-il
d'avoir envahi tout l'or du Chili & du Pérou, si sa sois pour les richesses est devenue plus
ardente, si ses besoins sont devenus plus pressans;
& s'il est tombé dans l'accablement & la misere ?
Je ne m'arrêterai pas à prouver que l'époque de
la dépopulation de l'Espagne est marquée par
celle de ses conquêtes, ni à faire voir comment
l'or du nouveau monde dut faire négliger la vraie
source des richesses, sur-tout à un peuple avide x
& dont les idées étoient naturellement portées
au merveilleux 6c à l'exagération. Il seroit filperflu
d'expliquer comment cet or dut attirer tous les
Grands à la Cour, y produire un luxe extrême,
$c exciter dans la Nation une fievre & un délire
universels.
celle de ses conquêtes, ni à faire voir comment
l'or du nouveau monde dut faire négliger la vraie
source des richesses, sur-tout à un peuple avide x
& dont les idées étoient naturellement portées
au merveilleux 6c à l'exagération. Il seroit filperflu
d'expliquer comment cet or dut attirer tous les
Grands à la Cour, y produire un luxe extrême,
$c exciter dans la Nation une fievre & un délire
universels. * 0 vous, qui réglez les devins des Empires ^ --- Page 256 ---
28 Discours sur h Luxe, & qui faites mouvoir à votre gré une multitude
de bras pour le bonheur ou le malheur des peuples
qui vous sont confiés, apprenez de notre jeune
Monarque à mettre votre gloire dans la modération & l'amour de la paix. Content d'avoir
trisé le sceptre des mers, & d'avoir rendu la liberté
au Commerce dans toutes les parties du monde,
il renonce à tous ses avantages & ne veut plus
avoir d'ennemis. Apprenez de lui que les guerres
vraiment utiles sont celles qui assurent une paix
solide & durable, & qu'au contraire celles qui
donnent de nouvelles Provinces ou de grandes
richesses pécuniaires, sont souvent funestes au
peuple vainqueur. Les vraies richesses celles qui naissent des
progrès de l'agriculture, doivent nécessairement
accroître la prospérité publique, parce qu'elles
circulent dans les canaux qui leur sont destinés
par la nature, qu'elles s'augmentent par degrés
insensibles , & se répandent immédiatement sur la
classe la plus adive & la plus nombreuse, &
qu'en faisant régner l'aisance dans les campagnes,
elles favorisent la population. Mais les richesses
pécuniaires, qui abondent subitement dans un
Etat, sont pour lui un poison mortel, parce qu'elles
sont toujours achetées aux dépens de d'agriculture,
.& qu'en devenant la proie du petit nombre, elles --- Page 257 ---
Discours sur le Luxe; 29 excitent une fermentation désordonnée dans toutes
les têtes. Tel est donc, en derniere analyse , l'effet des
causes factices de l'inégalité des fortunes que
nous venons de développer, &:, en général, de
toutes les causes du luxe. Elles impriment aux
riche1Tes un mouvement rapide de la circonférence au centre de l'Empire, & les précipitent
dans la Capitale comme dans un gouffre toujours ouvert ponr les engloutir. Ce mouvement
seroit conforme à l'ordre, s'il étoit réciproque
& modéré, parce que les arts utiles & l'agriculture doivent se prêter un mutuel secours,
& qu'il faut, dans un grand Empire, des centres
de réunion pour la perfeftion des arts ; mais
lorsqu'il est sans cesse accéléré par les fortunes
désordonnées des habitans des Villes, il empêche
les richesses de refluer vers la terre, ou ne les
y laisse pas retourner dans les temps marqués
par la nature. En éloignant les consommateurs
des sources de la fécondité, il multiplie sans
fruit les frais d'échange & de transport, dissipe
inutilement une grande partie de l'aaivité nationale, & s'oppose à la consommation d'une
multitude de produ&ions trop pesantes pour être
transportées avec avantage. Ces productions, qui
perdent entièrement leur prix, ne fournissent plus
esses de refluer vers la terre, ou ne les
y laisse pas retourner dans les temps marqués
par la nature. En éloignant les consommateurs
des sources de la fécondité, il multiplie sans
fruit les frais d'échange & de transport, dissipe
inutilement une grande partie de l'aaivité nationale, & s'oppose à la consommation d'une
multitude de produ&ions trop pesantes pour être
transportées avec avantage. Ces productions, qui
perdent entièrement leur prix, ne fournissent plus --- Page 258 ---
1 d J5 icours sur le Luxi, au cultivateur les moyens de les faire renaître î
elles engendrent une surabondance funeste, qui,
par les loix de la concurrence, avilit nécessairement le prix des objets consommés; de sorte
que la réproduction déjà diminuée en quantité
par l'effet dired du défaut de consommation,
l'est encore en valeur par l'éffet réfléchi de cette
cause ; d'où il résulte une dégradation qui fait
succéder la disette à la surabondance. Bientôt la
classe des cultivateurs, éprouvant que ses salaires
' ne sont plus proportionnés à ses besoins, fait des
efforts pour chasser hors de son sein l'excès de
sa population, & des milliers de malheureux
pressés par la faim abandonnent la charrue pour
mendier ou pour grossir la foule des valets &
des artisans du luxe. L'opulence des grandes
Villes, en offrant un palliatif au désespoir du
cultivateur qu'elle a dépouille, tend sans cesse
à dépeupler les campagnes & à mettre le comble
à la misere publique Car les hommes suivent (/) On se tromperoit, si l'on estimoit la proportion du
'déplacement des richesses par le seul accroissement de la
population des Capitales ; car à cause du gaspiHage, qui
doit être une suite nécessaire du luxe & de la mollesse,
cette proportion est beaucoup plus rapide que celle du
nombre des hommes attirés au centre de l'opulence. Il ne
feroit pas impossîble, par - exemple, de prouver que la --- Page 259 ---
Discours sur le Luxe. Ijiî naturellement le cours des richesses, comme tous
les êtres vivans suivent celui de l'élément qu'ils
respirent ; & les indigens, qui restent dans une
classe ou dans une Province de laquelle on a
détourné les sources de l'abondance, languissént
& meurent tomme des reptiles malheureux attachés au limon d'un fleuve qui abandonne son lit. - cônsommation de Paris suffiroit pour faire vivre dans
l'aisance une population double de celle qui y exiûe, même
en y comprenant tous ceux qui doivent être associés à sa
dépense à cause des frais de transport & des profits dé
commerce. En suivant cette idée, on voit qu'il seroit possible
que la population des grandes Villes diminuât, tandis que
le déplacement des richesses augmenteroit. --- Page 260 ---
32 Discours sur le Luxe. 1
..
- SECONDE PARTIE,
ommation de Paris suffiroit pour faire vivre dans
l'aisance une population double de celle qui y exiûe, même
en y comprenant tous ceux qui doivent être associés à sa
dépense à cause des frais de transport & des profits dé
commerce. En suivant cette idée, on voit qu'il seroit possible
que la population des grandes Villes diminuât, tandis que
le déplacement des richesses augmenteroit. --- Page 260 ---
32 Discours sur le Luxe. 1
..
- SECONDE PARTIE, Tous les vices du corps politique, de quelque
nature qu'on les suppose, perdent, en se développant, les différences qui les caractérisent ; leur
éffet général & commun est de troubler l'ordre
de la distribution des forces & des richesses, &
d'exciter par ce moyen une fermentation violente
dans les Capitales. Tel est, ainsi que je l'ai fait
voir, l'effet naturel des profits immodérés de la
finance, des injustices du monopole, des prodigalités du Souverain, de l'esprit de conquête, &:
en général, de toutes les grandes fautes des Gou..
* vernemens. La destruction de tous les Empires,
même les plus florissans, tels que l'Egypte, la
Médie, la Perse, la Grece & Rome, a toujours
été annoncée par cette fermentation funeste qui
naît du déplacement des richesses nationales,
l'exemple des Péruviens, qui ont été précipités
iout-à-coup de la prospérité à une ruine entiere,
ne porte aucune atteinte à cette loi générale de
la nature. Car ce n'en: point un vice particulier
de leur Gouvernement , c'est leur ignorance
dans l'art des perfidies Européennes, qui a causé
leur
i --- Page 261 ---
Discours sur Il Luxe. " 33 c
/ leur perte , & leur a fait éprouver une révolution
si rapide & si étrange ( a ). Le luxe esl donc un signe unique & infaillible
de foiblesse & de décadence. Toutes les, grandes
maladies des Ëtats viennent se réunir &. se confondre dans le luxe, comme toutes celles du
corps humain se réduisent à la fievre ; & de même
qu'un médecin habile juge des ravages & des
progrès du mal par l'agitation du sang & par la
fréquence des pulsations du cœur, un politique
profond estimera toujours les degrés de la misere
publique & prédira l'instant de la chute d'un
Empire par l'activité qu'engendrent le fafle & le
goût effréné des plaisirs fa&icés. Mais lé luxe n'est pas seulement le signe des
malheurs publics, il en devient lui-même une
source inépuisable en multipliant & reproduisant
sans cesse les causes mêmes qui l'ont fait naître >
& en établissant ainsi une chaîne continuelle de
causes & d'effets qui se prêtent un mutuel secours (a) Il est facile de voir que la'ruine de quelques petits
Etats, qui ont été tout-à-coup la proie d'un vainqueur
puinant & barbare, n'a aucun rapport à la question présente ,
& je ne me mettrai pas en peine de prouver qu'elle.
n'altere pas le principe que j'avance.
esse les causes mêmes qui l'ont fait naître >
& en établissant ainsi une chaîne continuelle de
causes & d'effets qui se prêtent un mutuel secours (a) Il est facile de voir que la'ruine de quelques petits
Etats, qui ont été tout-à-coup la proie d'un vainqueur
puinant & barbare, n'a aucun rapport à la question présente ,
& je ne me mettrai pas en peine de prouver qu'elle.
n'altere pas le principe que j'avance. --- Page 262 ---
34 Discours sur le Luxe. pour porter au comble le désordre & la misere.
En effet, le saux éclat qu'il jette, les plaisirs de
toute espece qu'il offre à des yeux éblouis,
l'envie de briller qu'il irrite de mille manieres,
invitent de plus en plus tous les ordres de la
Nation à se précipiter dans la Capitale & à consommer leur revenu en dépenses superflues &
parfaitement Stériles ; le faste des Cours accéléré
encore la rapidité de ce mouvement, en fixant
auprès du Souverain une foule de courtisans riches
& ambitieux, La dissipation & la vaine prodigalité
inévitables parmi tant d'hommes réunis qui ne respirent que le plaisir, l'émulation puérile qui les engage à s'éclipser les uns les autres, & la diminÜtion des revenus causée d'un autre côté par la
dégradation des richesses productives , ne tardent
pas à déranger les plus immenses fortunes & à ,
occasionner des emprunts de toute espece. Ces emprunts , -en donnant une adivité faé1ice au numéraire , élevent l'intérêt de l'argent fort au-dessus
, de son taux naturel, Se accélerent encore davantage le cours des richesses pécuniaires vers le
foyer du luxe : de-là s'engendre un essaim de
capitalises, qui inventent mille artifices pour
fomenter cette agitation désordonnée & ppur en
recueillir tout le fruit : ils se servent alors de
leur argent, comme d'un aimant perfide, pour
attirer toutes les richesses que l'impôt avoit --- Page 263 ---
Discours sur le Luxe. 3 5 C ij épargnées, & ces hommes avides paroissent les
arbitres du bonheur public, parce qu'ils ont l'art
de faire passer dans leurs mains tout le numéraire
de la Nation. . * La plupart des Grands s'étant mis dans l'impuissance de soutenir la dignité de leur rang,
assiégeront bientôt le Trône pour obtenir des
grâces pécuniaires & des emplois lucratifs; & si
le Souverain n'en: pas lui-même guidé par une
sagesse plus qu'humaine, il ne pourra résifler au
plaisir de les enchaîner à sa Cour par des bienfaits,
& il croira affermir sa puissance & accroître sa
grandeur en dissipant d,e plus en plus avec eux le patrimoine public. L'Etat épuisé sera lui-même obligé
d'avoir recours aux emprunts & de se mettre ainsi
à la merci de ceux qui sont intéressa sa perte. Que ne puis-je détailler ici la multitude de
maux que ce dernier désordre fait naître! On
verroit l'intérêt de l'argent s'élever encore, &
les richesses nationales se fixer sans retour au
centre du luxe & de la frivolité ; on verroit les
Receveurs des deniers publics multiplier leurs
profits de mille manieres, par l'emploi condamnable des sommes qui leur sont confiées, & forcer
le Souverain lui - même à payer l'intérêt de ses
propres deniers ; on verroit se propager & s'étendra
de
maux que ce dernier désordre fait naître! On
verroit l'intérêt de l'argent s'élever encore, &
les richesses nationales se fixer sans retour au
centre du luxe & de la frivolité ; on verroit les
Receveurs des deniers publics multiplier leurs
profits de mille manieres, par l'emploi condamnable des sommes qui leur sont confiées, & forcer
le Souverain lui - même à payer l'intérêt de ses
propres deniers ; on verroit se propager & s'étendra --- Page 264 ---
3 6 Discours sur le Lux t. la clasTe des rentiers, espece oisive & parasite,
dont l'unique soin est de dévorer gratuitement
la substance de la Patrie, & les maux publics
devenir incurables par la nécessité d'avoir recours
aux financiers, qui peuvent seuls offrir les plus
grandes ressources dans les emprunts, ,& que des
minières dissipateurs ont regardés pour cette raison
cçrnme les colonnes de l'Etat; on verroit les
Grands de la Cour, enhardis par l'abondance
trompeuse & passagere que chaque emprunt
ramene, se partager sans pudeur le patrimoine
de la Nation ; les Souverains eux-mêmes, aveuglés
par la facilité des emprunts, ne mettre plus de
bornes à leurs desirs, à leurs dissipations ni à leurs
prodigalités : on verroit la dette nationale s'accroître avec une rapidité - effrayante, &,parun
contre-coup nécessaire , les taxes & les impositions
les plus destru&ives se perpétuer par le temps,
& l'on verroit ainsi se perfectionner l'art d'opprimer
les générations futures. J'aurois pu compter la vénalité des charges
parmi les désordres qui naissent des emprunts
- publics ; mais si cette vénalité choque tous les
, principes de la raison & de l'équité naturelle,
loriqu'il s'agit d'une Nation vertueuse & qui auroit
conservé toute la simplicité des mœurs antiques,
elle est peut-être desirable dans un Etat déjà --- Page 265 ---
Discours sur le Luxe. 37 - * C iii \ dégradé par le luxe. Il vaut mieux peut-être que
la fortune, toute aveugle qu'elle est, devienne
la dispensatrice des dignités & des places, 8c
qu'elle choisisse à son gré ceux qui doivent prononcer sur les biens, la vie, la liberté & l'honneur
des citoyens , que d'abandonner ce choix important
à l'intrigue. & à l'avidité des hommes corrompus.
Tel est en effet l'état déplorable d'une Nation
avilie par lç luxe, qu'à peine, la vertu peut-elle
y trouver un asile & que le Sanctuaire même de
la Jnstice y est souvent profané ; tel est le souille
corrupteur du luxe, qu'en infe&ant la Société de
maux de toute espece, il éloigne, les remedes
que. l'on pourroit y apporter & qu'il altère
tous les principes moraux à mesure qu'il détruit
la constitution phylique d'un Etat. Développons,
cette triste vérité. Les mœurs publiques sont le résultat des mœurs
particulières, considérées relativement au bonheur
général. Quand elles sont bien dirigées, elles sont
le meilleur garant des loix , parce, qu'elles ert
assurent l'exécution en faisant chérir les devoirs ;
elles sont le plus ferme appui des Empires, parce
qu'en attachant le bien de chaque particulier à
la félicité publique, elles entretiennent l'amour de
l'ordre dans tous les cœurs. Mais pour que lest
mœurs conservent. toute leur pureté primitive &
érées relativement au bonheur
général. Quand elles sont bien dirigées, elles sont
le meilleur garant des loix , parce, qu'elles ert
assurent l'exécution en faisant chérir les devoirs ;
elles sont le plus ferme appui des Empires, parce
qu'en attachant le bien de chaque particulier à
la félicité publique, elles entretiennent l'amour de
l'ordre dans tous les cœurs. Mais pour que lest
mœurs conservent. toute leur pureté primitive & --- Page 266 ---
3 8 D if cour s sur le Luxe. qu'elles tendent constamment vers le bonheur
public, il est nécessaire qu'il y ait toujours dans
la Nation dies hommes enflammés du seul amour
du bien & qui conservent précieusement dans
leurs coeurs le dépôt du feu lacré : il est nécessaire que ces hommes généreux soient en assez
grand nombre. & qu'ils ayent assez d'ascendant sur
les ames vulgaires pour faire goûter les regles
de la sâgesse & pour diriger l'esliïne publique vers
les objets utiles & les avions honnêtes; il faut
que leur exemple & leurs discours offrent un
-
modele toujours vivant des moeurs simples &
antiques; qu'ils servent de frein au vice & d'encouragement à la foiblesse ; qu'ils échauffent tous
les cœurs d'un amour mutuel , & qu'ils fassent de
tout un Peuple une société de freres & d'amis.
Dès que ces Magistrats de l'opinion publique
deviennent rares dans une Nation, ou que la clameur
des préjugés commence à étouffer leurs voix, la
fainte effigie de la vertu s'obscurcit bientôt, l'intérêt de chaque particulier se 'détache {le l'intérêt
général; les loix relent sans vigueur Se n'inspirent plus que le mépris ou la crainte ; l'amour
de la Patrie & de l'humanité n'est plus qu'un
vain nom ; tous les liens rqui unisient les citoyens
se rompent, & tous les reports du corps politique
s'affoiblissent. Or, l effet naturel du luxé est de diminuer le --- Page 267 ---
Discours sur le Luxe. 3 .. C iv nombre des ames grandes & généreuses, & de
détruire toute l'influence qu'elles devroient avoir
sur le commun des hommes. Comment, parmî;
tous les devoirs puériles que Je luxe impose &
toutes les petites passions qu'il irrite sans cesse r
trouvera-t-on le temps & le moyen de pratiquer
la vertu ? Comment un cœur agité par tant de
soins futils & rampans, s'éleverâ-t-il à l'amour
du bien général } Comment, avec tant de besoins.
factices qui le pressent, conservera-t-il cet oubli
généreux de soi-même qui caractérise les hommes
vraiment vertueux & dignes de servir -de modeleà tous les citoyens ? L'ame n'etë véritablement
forte que par la surabondance de ses moyens audessus de ses desirs , & si les desirs s'étendent
sans cesse & deviennent sans bornes, elle se concentre nécessairement en elle-même &, hest plus,
capable d'aucun effort de courage. Quand l'imagination dépravée invente sans cesse de nouveaux
moyens de jouir, tous les caprices se transforment en besoins, l'amour de soi-même devient
exclusif & acquiert chaque jour une activité
nouvelle, le cœur se ferme à la bienfaisance &
à la pitié , l'homme dégradé ne connaît plus
d'autre mobile que le plus vil intérêts Lorsque
les têtes sont pleines des idées frivoles qu'enfante
le luxe, & qu'elles sont exaltées par les délires
de la vanité, un homme simple, généreux, désin-
forment en besoins, l'amour de soi-même devient
exclusif & acquiert chaque jour une activité
nouvelle, le cœur se ferme à la bienfaisance &
à la pitié , l'homme dégradé ne connaît plus
d'autre mobile que le plus vil intérêts Lorsque
les têtes sont pleines des idées frivoles qu'enfante
le luxe, & qu'elles sont exaltées par les délires
de la vanité, un homme simple, généreux, désin- --- Page 268 ---
4° .. D if cours sur le Luxe, teresse, se remarque comme un phénomene extraordinaire, qui n'excite plus qu'une curiosité froide
ou une admiration stérile. Heureux encore si les
petites ames ne s'attachent pas à le rabaisser à
leur niveau, en taxant ses mœurs simples de
singularité, & en faisant passer son désintéressement
pour un excès d'orgueil ! S'il se forme encore quelques-uns de ces hommes
privilégiés, dont la nature devient de plus en plus
avare, ç'est loin du tumulte des Villes, c'est à
l'abri des petites intrigues qui déshonorent la
brillante arêne où s'exercent tous les courtisans
de la fortune. Or, comment des ciroyens isolés
& parfaitement étrangers au tourbillon qui entraîne
tous les esprits, pourront-ils prendre quelqu'empire sur 1 opinion publique ? Que gagneront-ils à
parler le langage de la vertu devant ceux qui ne
veulent entendre que le langage du vice ? Que
leur servira-t-il de vanter les avantages de la générosite, de la bienfaisance & de la jusiice, quand
l'expérience prouvera que les richesses sont la
source de toutes les délices, qu'elles assurent
presque toujours l'impunité aux méchans , & que
la plus basse intrigue peut seule frayer le chemin
à la fortune & aux honneurs? 0 Sully, digne
ami du meilleur de nos Rois, de quelle indignation
ta grande ame dut-elle être saisie quand elle se --- Page 269 ---
Dlscours sur le Luxe. 41 vit expo(ée aux insultantes railleries des jeunes
courtisans! Voilà donc les témoignages de reconnoisiance que te réservoit tôn ingrate Patrie,
sauvée par ton bras & ta sagesse! Ah! falloit-il .
. revoir ce Louvre 011 Henri ne régnoit plus? Devais-tu quitter ta retraite pour livrer le modele
des plus héroïques vertus à la profanation des
hommes frivoles & avilis par le luxe ! Quand la corruption est au comble, quand la
vertu cesse d'être vénérable, l'homme de bien est
déplacé dans le monde; il ne lui reste plus que
le parti du silence & de la suite. Quel sera donc
le frein du vice, si l'homme sage perd toute son
autorité sur le vulgaire, &'<si la vertu dédaignée
n'a plus de refuge? Sera-ce. le ridicule qui deviendra l'Arbitre de l'opinion publique & le Législateur des mœurs ? Mais il est le fléau de la
vertu : persécuteur consiant du vrai mérite, il
apprend à ne rougir d'auc.un vice ; ennemi déclaré
de toute regle & de toute contrainte, il enseigne
l'art de rendre aimables les penchans les plus
désordonnés ; il est la ressource des lâches qui
n'osent combattre à nud; il revêt la sagesse d'orne..
mens bizarres, pour en triompher plus surement.
Que sera-ce si le génie abandonnant les armes
de la vraie &. mâle éloquence, s'abaisse jusqu'à
manier les armes dangereuses & perfides du
de toute regle & de toute contrainte, il enseigne
l'art de rendre aimables les penchans les plus
désordonnés ; il est la ressource des lâches qui
n'osent combattre à nud; il revêt la sagesse d'orne..
mens bizarres, pour en triompher plus surement.
Que sera-ce si le génie abandonnant les armes
de la vraie &. mâle éloquence, s'abaisse jusqu'à
manier les armes dangereuses & perfides du --- Page 270 ---
42 Discours sur le Luxe. ridicule ? Il n'y aura plus rien de respectable ni de jj
sacré ; les saints préceptes de la nature seront ]
réduits en problêmes ; la Religion deviendra l'objet j
de l'ironie la plus amere; l'audace & l'effronterie î
des esprits forts &' de leurs prosélytes s'accroîtront jusqu'au point d'insulter la Divinité dans ']
son sanûuaire redoutable. j Rien ne peut donc s'opposer à la dépravation 1
totale des mœurs, quand l'Etat esi en proie aux 5
ravages du luxe. Il y a bien des siecles que Cyrus j
nous apprit que pour avilir un peuple vertueux
& indomptable, le plus sur moyen étoit d'y
introduire le goût du luxe & tous les arts frivoles j
qu'il traîne à sa suite (b). C'est l'artifice dont se 1
servit Aristodeme , tyran de Cumes, pour se
garantir des attentats de sa Nation, qu'il avoit
asservie : le fameux Agricola crut aussi devoir
employer les mêmes moyens pour subjuguer ces ... î
( b ) .u Interjecto deinde tempore , occupato in aliis bellis j
» Cyro, Lydi. rebellavêre, quibus iterum victis, arma & equi:
» adempti, jussique caulponas & ludi cras artes & lenocinia ^
" exercere , & fie gens induflriâ- quondàm potens & manie
7> flrenua, effiminatâ mollitie luxuriâque virtutem pristimam -
» perdidit & quos antè Cyrum invictos bella prafliterant > m ~
3) luxuriam lapfos otium ac defzdia fuperavit. » ( l
Lib. I. Cap. 7- - i
)
--- Page 271 ---
Discours sur le Luxe. 43
udi cras artes & lenocinia ^
" exercere , & fie gens induflriâ- quondàm potens & manie
7> flrenua, effiminatâ mollitie luxuriâque virtutem pristimam -
» perdidit & quos antè Cyrum invictos bella prafliterant > m ~
3) luxuriam lapfos otium ac defzdia fuperavit. » ( l
Lib. I. Cap. 7- - i
)
--- Page 271 ---
Discours sur le Luxe. 43 fiers Bretons, contre lesquels l'orgueil des con..,
quérans du monde s'étoit brisé tant de fois. Si l'on se rappelle les circonstances qui a<:compagnent toujours la naissance & les progrès du
luxe , on se convaincra de plus en plus de l'influence de ce vice destructeur sur les mœurs d'un
peuple , & l'on verra facilement que la chaîne de
causes & d'effets qui fait tomber l'Etat -dans la
foiblesse & l'accablement, doit en même temps
dégrader & avilir toutes les ames. Car les fortunes
rapides & excessives de tous ceux qui donnent
naissance au luxe, 'en montrant au vulgaire que
les richesses sont rarement le prix du mérite &
du travail utile , doivent exciter la cupidité &
rendre les hommes moins délicats sur les moyens
de s'enrichir. Cet exemple sera d'autant plus
contagieux, que la multitude, toujours Séduite par
les apparences , prendra le fafle pour un signe
certain du bonheur. Bientôt le Saux éclat des
richesses rendra respectables ceux mêmes qui se
parent des dépouilles de l'agriculture 8c de l'indigent; on contemplera d'un œil avide leurs ressources inépuisables, & bientôt les Grands deviendront sans honte leurs alliés, leurs associés
& leurs émules. L'éclat d'un grand nom, qui doit
inspirer aux descendans d'un héros le plus vâf desir
-de l'imiter & qui devroit être un gage assuré de --- Page 272 ---
44 Discours sur le Luxe. la noblesse & de l'élévation des sentimens, ne
servira souvent qu'à couvrir des bassesses & enhardir
au crime : l'histoire ne prononcera plus qu'en
rougissant des noms glorieux, qui sont consacrés
par la vénération d'une longue suite de liecles. Les riches, toujours environnés de valets, se croiront d'une autre nature que le commun des hommes, & leurs regards ne parviendrontplus jusqu'aux
malheureux. Pressés par les besoins que leurs diffipations augmènteront sans cesse, enflés en même
temps par les prestiges de leur imagination & de
leur vanité , ils deviendront durs & impitoyables :
accablés du poids du temps & de l'oisiveté, malgré
le cercle d'intrigues qui les entraîne, ils s'agiteront
en tous sens pour varier leurs jouissances, &
comme leurs cœurs ne s'ouvriront plus à la pitié
ni aux plaisirs de la bienfaisance, ils ignoreront
• les doux sentimens des ames tendres & vertueuses,
& se livreront avec unè espece de fureur à tous
les objets qui pourront satisfaire leurs passions.
D'un autre côté, les artisans du luxe préviendront
les desirs de l'opulence : comme l'or tiendra lieu
d'honneur & de vertu, ils brigueront les emplois
les plus vils, ils réveilleront la sensualité par tous
les raffinemens imaginables, ils exciteront la volupté par des enchantemens toujours nouveaux,& la
débauche aura une foule de minières & deyiaimes.
pece de fureur à tous
les objets qui pourront satisfaire leurs passions.
D'un autre côté, les artisans du luxe préviendront
les desirs de l'opulence : comme l'or tiendra lieu
d'honneur & de vertu, ils brigueront les emplois
les plus vils, ils réveilleront la sensualité par tous
les raffinemens imaginables, ils exciteront la volupté par des enchantemens toujours nouveaux,& la
débauche aura une foule de minières & deyiaimes. --- Page 273 ---
Discours sur le luxèl 45 Il faut 1 avouer, quoiqu'il en coûte à notre
sensibilité, la corruption du luxe profane les
cœurs mêmes qui devroient être par excellence
le sanctuaire de la vertu : les fermes, dessinées
par la nature à servir de rempart & de sauvegarde à l'innocence & aux bonnes mœurs, accéléreront encore les progrès de la dépravation
générale. Dans les temps d'une heureuse fimplicité ce sont principalement les femmes qui inspirent le goût des grandes choses. Quoique foibles
&timides, elles préfèrent dans les hommes toutes
les paillons généreuses, la bravoure, l'intrépidité, ~
l'amour de la gloire & de l'indépendance. Sans
•se plaire aux recherches profondes, elles admirent
en nous les grandes qualités de l'esprit, l'étendue
du génie, la hardiesse des pensées,'la force de
l'imagination. Elles aiment à tempérer la fougue
de l'homme, & ne sentent jamais mieux leur
empire que lorsqu'elles adoucissent un grand cœur,
& qu'elles voient à leurs pieds celui qui sçait
combattre les ennemis de sa Nation & briser les
fers de l 'esclavage. A quel degré d'héroïsme ne
de voit-on pas s'élever, quand, la beauté modeste
étoit le prix du patriotisme ? Combien d'efforts
de courage ne devoit-elle pas produire dans ces
temps sortunés ? La vertu, toute ravissante qu'elle
est par elle-même, emprunte encore de nouveaux charmes quand elle paroît sous les traits --- Page 274 ---
46 Discours sur le Luxe. de*la beauté; elle est tqute-puissante quand elle
commande par la voix touchante de la femme. Mais cet empire change d'objet & se détruit
bientôt, quand le goût de la parure & de la
frivolité domine. Ce goût funesle étouffe celui
des grandes chose ; il altere en peu de temps les
idées de l'honneur & du vrai beau; les besoins
sans bornes qu'il fait naître ne tardent pas à porter
atteinte à la délicatesse des sentimens; la pudeur
àlarmée n'a bientôt plus de refuge; cette douce
& aimable compagne de la vertu est au loin reléguée avec la simplicité grossiere & la sotte crédulité des premiers âges; on lui substitue une
pudeur fausse & mensongere, qui n'est en effet
que le raffinement du vice & de la volupté;
bientôt les trésors inestimables du chauste & véritable amour deviennent le gage d'un honteux
trafic Que d'indignes intrigues, que de
moyens avilissans les femmes ne sont-elles p'as
alors obligées de mettre en œuvre pour affermir
leur couronne chancelante & retenir le sceptre
toujours prêt à leur échapper des mains! Ce sexe,
qui sçait nous enchaîner avec des guirlandes de
fleurs & en faire des liens indissolubles, quand le
souffle de la licence ne les a pas ternies ; ce sexe,
si digne de nos hommages, tombe dans l'abjeûion
& devient esclave dès que ses faveurs, trop
alors obligées de mettre en œuvre pour affermir
leur couronne chancelante & retenir le sceptre
toujours prêt à leur échapper des mains! Ce sexe,
qui sçait nous enchaîner avec des guirlandes de
fleurs & en faire des liens indissolubles, quand le
souffle de la licence ne les a pas ternies ; ce sexe,
si digne de nos hommages, tombe dans l'abjeûion
& devient esclave dès que ses faveurs, trop --- Page 275 ---
- Discours sur le Luxe. 47 souvent prostituées au vice, cessent d'être le prix
des belles actions. > Plût à Dieu cependant que les femmes, en
perdant l'honneur, ne conservassent plus aucun
ascendant sur le cœur de l'homme! mais elles
nous enivreront de plaisirs pour nous faire oublier
nos devoirs ; elles nous dégraderont & nous rendront semblables à elles-mêmes, pour triompher
encore & nous retenir dans leurs chaînes. Voilà
sans doute le dernier degré d'avilissement 011
l'homme puiiïe être réduit. Qu'il est humiliant de
ramper auprès d'une semme sans pudeur, de
devenir Pinftrument de ses caprices, d'être dévoué
à ses penchans ! Qu'un homme dépouillé des nobles
prérogatives de Ion sexe, est digne de mépris &
de pitié! Si le sentiment de l'honneur se réveille
encore par intervalles dans le cœur delà femme,
elle dédaigné sa conquête, & rougit de ne plus
régner que dans l'ame d'un vil esclave. Dans
cette confusion, dans ce mépris mutuel, que
peut-on attendre de grand & de vertueux? Les
têtes ne se rempliront que d'illusions puériles ;
toutes les idées seront petites & rampantes; on
négligera les chefs-d'œuvre 011 le génie s'étoit plu
à mettre en aftion les plus hautes leçons de vertu,
pour accueillir avec transport des productions
foibles, licencieuses, monstrueuses ou ignobles \ --- Page 276 ---
49 D iscours sur le Luxe. on épuisera toutes les formes pour faire naître
des sensations nouvelles, & les femmes , uniquement tourmentées du besoin d'éprouver des émotions fortes, deviendront avides des spectacles les
plus atroces & les plus révoltans. Croiroit-on que
les combats de gladiateurs, institués d'abord pour
accoutumer le soldat aux-fureurs de la guerre 1
soient devenus, dans des siecles corrompus, un
besoin pour les Dames Romaines? Elles ordonnoient à grands cris la mort des vaincus; sourdes
aux prieres de ces infortunés esclaves, qui se prosternoient dans l'arène pour demander la vie , -
elles applaudissoient avec transport aux ruses
cruelles des vainqueurs, aux convulsions douloureuses & aux dernieres palpitations des mourans. Et, parmi nous, le temps n'est-il pas venu
011 les femmes affifieront sans honte aux exécutions des criminels, & rçpaîtront leurs yeux de
ces scenes d'horreur ? Dans quels coeurs trouvera-t-on donc désormais la pitié, l'indulgence
& tous les sentimens tendres & doux qui doivent
consoler la malheureuse humanité ?
aux ruses
cruelles des vainqueurs, aux convulsions douloureuses & aux dernieres palpitations des mourans. Et, parmi nous, le temps n'est-il pas venu
011 les femmes affifieront sans honte aux exécutions des criminels, & rçpaîtront leurs yeux de
ces scenes d'horreur ? Dans quels coeurs trouvera-t-on donc désormais la pitié, l'indulgence
& tous les sentimens tendres & doux qui doivent
consoler la malheureuse humanité ? Tout languira dans la mollesse, ou ne s'agitera
que pour le crime; les, perfidies, les infidélités,
les trahisons , les jalousies, la débauche seront
les seuls mobiles qui entretiendront l'émulation
& l'activité dans le monde moral. La soi conjugale , --- Page 277 ---
Discours sur le Luxe. 49 D gale, cette foi sacrée qui est la gardienne des
mœurs & l'une des bases les plus' solides des
Empires, trop souvent & trop indignement1 profanée, deviendra un objet de raillerie *& sera
comptée parmi les ridicules. ' Les plaisirs de la
vie domestique seront méconnus & détruits ;
tous les liens des familles seront rompus. Il n'y
aura que des cœurs amollis par la volupté, flétris
par le vice, livrés aux passions les plus basses &
aux excès les plus honteux. Si nous parcourions les différens états de la
société, nous découvririons par-tout des marques
frappantes de la corruption du luxe, & nous
verrions le corps politique à la fois attaqué dans
toutes ses parties les plus essentielles. Comment,
par exemple, ce Magistrat enseveli dans les délices,
ou entraîné par un cercle continuel de frivolités,
se livrera-t-il à un travail opiniâtre, si nécessaire
pour acquérir une parfaite connoissan ce des loix
& des droits de chaque citoyen ? Comment conservera-t-il ce noble désintéressement, qui doit
être la vertu distinftive de son état, quand il
sera sollicité sans cesse par les besoins d'un luxe
ruineux? Comment fermera-t-il son cœur à la
séduction, quand tous ses sens seront ouverts aux
plaisirs corrupteurs? Hélas! quel sera le refuge
de l'indigent & du foible ? Qui s'offrira pour
connoissan ce des loix
& des droits de chaque citoyen ? Comment conservera-t-il ce noble désintéressement, qui doit
être la vertu distinftive de son état, quand il
sera sollicité sans cesse par les besoins d'un luxe
ruineux? Comment fermera-t-il son cœur à la
séduction, quand tous ses sens seront ouverts aux
plaisirs corrupteurs? Hélas! quel sera le refuge
de l'indigent & du foible ? Qui s'offrira pour --- Page 278 ---
10 Discours sur le Luxe essuyer ses larmes, -quand ceux même qui Sont
nés pour le protéger , l'abandonneront à l'avidité
des hommes injures & puissans, ou se ligueront
avec eux pour dévorer sa substance } * La Patrie elle-'-même f-era menacée de n'avoir
plus de défenseurs dignes d'elle, parce que l'amour
de la mollesse & de l'oiSiveté gagnera bientôt
toutes les conditions, & que les corps s'énerveront en même temps que les ames. Comment
des hommes dégénérés & affaiblis par l'intempérance, Apporteront - ils de longs travaux &
des marches forcées ? Comment résisieront-ils à
l'inclémence de l'air, au changement de climat,
aux vicissitudes des saisons ? La fatigue & les
v maladies moissonneront plus de soldats que le fer
des ennemis ; on verra régner dans les camps
un luxe asiatique avec une extrême misere, &
la plus difficile des viûoires qu'un Général pourra
remporter, sera de préserver son armée de la
faim & sur-tout de l'insâme & barbare avidité
des vautours dont elle est environnée. Ferai-je
ici l'affreux tableau des hôpitaux militaires ?
'Citerai-je au tribunal de l'humanité ces hommes
cruels dont l'unique soin est d'étouffer les sanglots
du malheureux, de calculer froidement ses souffrances, & de s'enrichir au prix de ses angoisses ?
Dirai^je que des hommes en place Non, --- Page 279 ---
Discours sur le Lux e. 5r O D ij - il est des crises hideux & obscurs dont la peinture
ne sesoit que révolter & désoler sans sruit les
ames honnêtes, parce qu'ils sont presque toujours
impunis, & que ceux qui .les commettent ne ^
sçavent points rougir. 0 fbif de l'or, tu es de
toutes les passions qui s'allument dans le cœur
de l'homme la plus féconde en maux de toute
espece ! Cette sois , sacrilege engendrera une guerre
intestine entre tous les citoyens ; elle s'irritera
par l'affluence de ceux qui aspirent à partager le
patrimoine public : les honneurs & les dignités , au lieu de servir de récompense & d'encouragement à la, vertu, seront l'aiguillon dit vice,
l'aliment de l'envie, le salaire de l'artifice & la
proie de l'ambition ; le vice effronté s'enorgueillira
des dépouilles de ta vertu timide ; l'inso lente
basse médiocrité l'emportera sur le mérite modeste ; les dessins des peuples seront balancés par des
mains impures & malhabiles, & le salut de l'Etat
sera confié à des hommes sans courage & sans
génie. Si la fortune, dans ses caprices, se plaît
encore quelquefois à mettre les talens à leur
place, ils seront détournés de leur emploi naturel, & ne produiront rien d'utile ni de grand.. Combien d'Hommes d'Etat, à l'exemple des - - --- Page 280 ---
5 2, Discours sur le Luxe.
balancés par des
mains impures & malhabiles, & le salut de l'Etat
sera confié à des hommes sans courage & sans
génie. Si la fortune, dans ses caprices, se plaît
encore quelquefois à mettre les talens à leur
place, ils seront détournés de leur emploi naturel, & ne produiront rien d'utile ni de grand.. Combien d'Hommes d'Etat, à l'exemple des - - --- Page 280 ---
5 2, Discours sur le Luxe. l'Hôpital,, des Sully, conserveront une ame mâle
& dégagée de soins frivoles sous la maligne influence d'une Cour voluptueuse & corrompue ?
Le Minière le plus. habile, partagé sans cesse
entre les embarras d'une vaine représentation &
la nécessité de se défendre contre ses rivaux &
ses ennemis, ne trouvera plus de temps pour
servir l'Etat ; il laissera flotter au hasard les grands
intérêts qui lui sont confiés , pour se maintenir
lui-même & conjurer l'orage toujours prêt à
fondre sur lui. Heureuse encore la Nation, s'il
n'exerce pas son génie pour le malheur des peuples ! heureuse , si, pour désarmer l'envie, il
n'abandonne pas son pouvoir aux femmes, aux
intrigans & aux esélaves! Pourrois-je décrire tous" les malheurs qui naifsent de ce seul désordre ? 0 honte! ô forfaits!
qui rendront la vie amere à tous les citoyens,
s'il en refle encore ! Des milliers d'hommes seront
sacrifiés pour des projets mal conçus, & souvent
pour des motifs vils & déteûables ; les.entreprises
les plus importantes & les plus dispendieuses
échoueront par l'avarice, la jalousie & l'incapacité des chefs : on verra le lâche, après sa
défaite, étaler sans pudeur les marques d'honneur
destinées à la vertu ; & braver les regards d'une
Nation qu'il aura déshonorée autant qu'il étoit --- Page 281 ---
Discours sur te Luxe► <t\ D iij .- en lui. On parviendra peut-être à un tel degré d'àbjeaion, que l'on croira moissonner plus de gloire
en vendant en secret la Patrie , qu'en la défendant.
Ce sera une espece de triomphe pour un traître,,
que de saire briller dans son pays l'or de l'ennemi".
le prix même de.sa trahison. - C'est alors que l'on traitera de chimères lesr
nobles sacrifices des ames sensibles & généreuses.
C'est alors que l'homme courageux qui osera élever
la voix, sera flétri par le ridicule & en butte à Il
persécution. Mais que dis-je? Quél est l'homme,
quel eil le sage qui voudra prendre alors la défense
des mœurs & de l'innocence opprimée ? Chacun.
sera dévoré du desir de se distinguer & de jouir des
avantages de la fortune ; & les sages seront-ils plus
exempts de cette manie générale que le vulgaire?
Jaloux de fournir un aliment aux conversations des.
oisifs & de se faire des admirateurs, les philosophes
abandonneront bientôt la recherche dè: la vérité v
pour courir après la nouveauté le paradoxe ; ils
sçauront allier le manteau de la sagesse avec la livrée
du luxe , & ne rougiront plus de mettre leur génie
aux gages de l'opulence (c). Ils négligeront la
( c) Je crois devoir placer ici une anecdote peu connue,
qui fait bien voir à quoi s'ëxpose un Homme de Lettres
admirateurs, les philosophes
abandonneront bientôt la recherche dè: la vérité v
pour courir après la nouveauté le paradoxe ; ils
sçauront allier le manteau de la sagesse avec la livrée
du luxe , & ne rougiront plus de mettre leur génie
aux gages de l'opulence (c). Ils négligeront la
( c) Je crois devoir placer ici une anecdote peu connue,
qui fait bien voir à quoi s'ëxpose un Homme de Lettres --- Page 282 ---
54 D if cour s sur le Luxe. défense du vrai mérite, pour prostituer leurs talens
à la flatterie & à la louange de la médiocrité &
du vice toujours libéral envers ceux qui sont assez
lâches pour le parer des ornemens de la vertu.
A quel excès de foiblesse & de décadence l'Etat
sera-t-il réduit, quand l'activité, nationale ne sera
plus dirigée vers le bonheur public, quand tous
les bras feront sans vigueur, quand toutes les quand il peut se rçsoudre à se laisser soudoyer par l'opulence. Un Financier, jaloux de jouer le rôle de Mécenes ,
avoit créé dans sa maison, sous une dénomination assez
honnête, une place qui ne demandoit aucun exercice , en
> faveur d'un Poëte, homme de génie, peu favorisé de la
sortune ; & il lui avoit fait payer d'avance six mois d'honoraires. Le Poëte qui avoit eu la foiblesse d'accepter un
pareil poste, s'étoit présenté pendant huit jours de fuite à
la porte de son bienfaiteur, pour lui exprimer sa reconnoiflance, sans avoir pu pénétrer dans l'hôtel. Il rencontre
enfin son généreux protecteur dans les rues de Paris, lui
demande audience dans sa voiture,, monte à la portiere,
lui témoigne combien il étoit fâché d'avoir différé si longtemps ses remercîmens, & veut lui prouver son empreflement à s'acquitter d'un devoir si sacré, par le nombre de
fois qu'il s'étoit fait insçrire. Eh! mon amiy s'écrie le Mécenes, j'ignorois que vous fussiez venu ; il falloit donc dire
au portier que vous étiez à moi. Ces paroles font rougir le
Poëte' de honte & d'indignation ; il ouvre enfin les yeux,
quitte brusquement le Financier, & renvoie l'argent reçu
avec les intérêts pour huit jours.
devoir si sacré, par le nombre de
fois qu'il s'étoit fait insçrire. Eh! mon amiy s'écrie le Mécenes, j'ignorois que vous fussiez venu ; il falloit donc dire
au portier que vous étiez à moi. Ces paroles font rougir le
Poëte' de honte & d'indignation ; il ouvre enfin les yeux,
quitte brusquement le Financier, & renvoie l'argent reçu
avec les intérêts pour huit jours. --- Page 283 ---
1 Discours sut le Luxe. 55 ames seront dégradées, quand aucune voix n'osera
réclamer contre la dépravation générale, quand
*on se partagera sans pudeur les dépouilles du
foible & le patrimoine de la Nation , quand il
n'y aura plus de Patrie ? # Ah! détournons nos regards d'un tableau si
affligeant, & cherchons, s'il est possible, à les
reposer sur des objets plus doux & plus conformes
au penchant d'une ame sensible. Qu'il est rare, '
mais qu'il esi beau, dans un siecle de corruption \
& d'opprobre, de vouer à la Patrie ses plus chers
sentimens! 0 La Fayette, jeune héros, recevez
mon hommage; il part d'un cœur capable de
sentir le prix des belles adions. Dans un âge
encore tendre, vous avez sçu résister aux séductions & aux délices de la Cour; animé par le
seul amour de la vraie gloire, guidé par votre
seul courage, vous vous êtes arraché des bras
d'une épouse chérie, pour aller affronter mille
hasards chez des peuples inconnus, &1taire refpe&er le nom François à l'extrémité du monde.
Vous nous consolez du malheur de vivre parmi
tant d'hommes corrompus & abjeâs, & vous
rappeliez à nos cœurs atttendris ces temps éloignés
où l'on croyoit encore à la vertu. Eh quoi! seroit-il vrai que parmi nous le luxe, « --- Page 284 ---
56 Discours sur le Luxe. l'égoïsme & le goût des molles jouissances eussent
étouffé le caraâere national ? Cette ardeur guermere, cette activité créatrice, qui sembloit nous
distinguer des autres peuples, est-elle donc ralentie ? L'énergie du patriotisme est - elle affaiblie
chez une nation qui, dans tous les siecles, a
donné tant de preuves de courage, tant de marques du 'plus héroïque dévouement Non ,
les liens sacrés qui nous attachent à la Patrie ne
sont point rompus. Non, ce seu divin qui nous
enflamme de l'amour des grandes choses n'est
point encore éteint. Il circuloit dans les veines
des Dasias & des Du Couëdic ; il anime encore
les Vergennes, les Dpstain, les Bouillé, les Suffren & les Rochambeau : il n'attendoit, pour
s'étendre & embraser tous les cœurs, que le
retour de l'ordre & l'influence d'un gouvernement sage. Malgré la foule d'ennemis cachés qui
dévorent le sein de la France & qu'un luxe
corrupteur y a fait naître, sa gloire est encore sans tache, & ses maux vont finir. Un
Génie bienfaisant veille ssir elle & s'empresse
d'essuyer ses larmes. Favorisée des plus doux regards des cieux , enrichie des dons les plus
variés & les plus précieux de la nature, à
quel degré de puissance, de grandeur & de profpérité n'a - t - elle pas droit d'aspirer & de prétendre sous un Roi juste, modéré, serme dans
sa gloire est encore sans tache, & ses maux vont finir. Un
Génie bienfaisant veille ssir elle & s'empresse
d'essuyer ses larmes. Favorisée des plus doux regards des cieux , enrichie des dons les plus
variés & les plus précieux de la nature, à
quel degré de puissance, de grandeur & de profpérité n'a - t - elle pas droit d'aspirer & de prétendre sous un Roi juste, modéré, serme dans --- Page 285 ---
D if cours sur le Luxe, 57 . ses desseins, ennemi déclaré du luxe & de
la licence? * Le sein a&if & inépuisable de la terre travaille
sans relâche à réparer les pertes de la France :
un seul beau jour suffit pour effacer une longue
suite de calamités & lui rendre toute sa splendeur. Mais pour faire luire sur elle ce beau jour
tant desiré, pour ramener parmi nous le regne
de l'ordre & des bonnes mœurs, on-auroit en
vain recours à des loix somptuaires. Elles sont
illusoires dans un grand Etat ; elles introduisent
sans fruit une inquisition onéreuse & avilissante,
& produisent 1 <2 plus souvent des effets contraires
aux vues du * Législateur. C'est ainsi que, dans
Rome corrompue, les loix portées contre l'usure
n'ont servi qu'à; rendre ce désordre. plus excessif
& plus funeSte. S 'il étoit possible de détruire le luxe par des
remedes indirecte, quel moyen serbit plus efficace
que l'exemple de notre jeune . Monarque ? Quel
cœur honnête peut n'être pas touché de cette
noble simplicité de mœurs qui lè càsa&érise &
qu'il préfere aux vains ornemens du faste ? Quel
François peut résister à l'impérieux penchant qui
le porte à imiter son Roi comme l'objet le plus
cher de sa vénération & de son amour ? Cepen- --- Page 286 ---
* 1 s s . Discours sur le Luxe. dant le luxe reparoît encore, & il emprunteroit
sans cesTe de nouvelles formes, si des fortunes
rapides, disproportionnées & mal acquises continuoient à lui fournir un aliment. Les causes de
•.cette fievre des Etats sont si puissantes & si
actives ,qu'il est impossible de l'appaiser sans l'atta*
quer dans ses principes. J'ai donc indiqué les
vrais remedes en découvrant l'origine du mal,
& c'est vers ce seul but que j'ai d\t diriger toutes
mes recherches. 0 vous, Juges vertueux & sensibles, qui m'avez
invité à prendre la désense de l'humanité, vous
avez sans doute partagé ma juste. indignation,
5luand je me suis élevé contre les premiers auteurs
des maux qui affligent la France, & contre les
'lâches qui, pour la trahir & déchirer son sein,
profitent du trouble où la jette la fermentation
du luxe. Je dois penser que vous aimez la vérité ,
que vous ne la cherchez que pour la rendre utile
aux hommes. Ce n'est point à des déclamations
vagues & sans objet, que vous accordez vos suffrages : vous ne distribuez pas de ces vains
lauriers, qui se fanent & se flétrissent sur le
front des vainqueurs. En décernant la couronne
à celui de mes rivaux qui a le mieux développé les
effets & sur-tout les causes & les remèdes du vice
dangereux que nous combattons % daignez unir
vous ne la cherchez que pour la rendre utile
aux hommes. Ce n'est point à des déclamations
vagues & sans objet, que vous accordez vos suffrages : vous ne distribuez pas de ces vains
lauriers, qui se fanent & se flétrissent sur le
front des vainqueurs. En décernant la couronne
à celui de mes rivaux qui a le mieux développé les
effets & sur-tout les causes & les remèdes du vice
dangereux que nous combattons % daignez unir --- Page 287 ---
Discours sur le Luxe. ^ 59 vos voix à la sienne pour imposer silence aux
préjugés & confondre les méchans. Faites voir
à l'univers qu'il y a encore une Sociét^de vrais
sages, & que la vertu trouve en vous des défenseurs courageux & redoutables. Quant à moi,
j'ai déjà reçu la plus douce des récompenses.
J'ai répandu des larmes sur les, malheurs de mes
semblables & de ma Patrie J'ai soulagé
mon cœur, - F / N. --- Page 288 --- --- Page 289 ---
DISC O U R S
CONTRE LE L U X E. --- Page 290 --- --- Page 291 ---
DISCOURS
SUR CE SUJET: LE Luxe corrompt les Moeurs y
& détruit les Empires ; Avec quelques Notes, où l'on trouve
rassemblées les nouvelles Ordonnances
somptuaires des principaux Souverains
de l'Europe. NOUVELLE ÉDITION, Revue & corrigée. t
Par M. de SAINT -HAIP P Y. A A M S TE R D A M; Et se trouve A .P A R I s , M. DCC. LXXXIV. Avec Approbation. /
-1 --- Page 292 ---
IL y a dès Vices Seconds, qui servent * pour ainu.
dire , de matrice & de foyer à la corruption
A leur tête est ce monstre à deux corps , composé
d avarice & de prodigalité, qui ne se laffe jamais ni
d'acquérir ni de diUiper, & dont les besoins toujours renaifïans & toujours insatiables > ne se refusent à aucune injustice. Nosperes, avec dix talens, étoient riches ; avec
deux mille , nous sommes pauvres. [Entretiens de Phocion de M. l'Abbé DE
MABLY , Amft. 1763 , in-12, pag. 150, 160
& 161. ] --- Page 293 ---
V AVERTISS EMENT. D EPUIS plusieurs années, on a
beaucoup écrit pour & contre le
Luxe. Quelques Ecrivains distingué$
ont prétendu qu'il est avantageux dans
une Monarchie, pendant quelesmeilleurs Politiques ont pensé le contraire. D'après la levure des Œuvres de
Montesquieu ? de M. de Mably , de
M. de Mirabeau & de plusieurs Auteurs de ce genre 5 j'ai taché de former
un résultat de ce qu'ils ont dit de mieux
sur cette importante matiere; & je me
suis borné à montrer que le Luxe
corrompt les Moeurs ? & détruit les
Empires. Si je l'ai prouvé, j'avoue que
le mérite de cet opuscule est bien peu
de chose, puisqu'il se réduit à avoir seu
rassembler dans un Ecrit d'une heuic
, de
M. de Mirabeau & de plusieurs Auteurs de ce genre 5 j'ai taché de former
un résultat de ce qu'ils ont dit de mieux
sur cette importante matiere; & je me
suis borné à montrer que le Luxe
corrompt les Moeurs ? & détruit les
Empires. Si je l'ai prouvé, j'avoue que
le mérite de cet opuscule est bien peu
de chose, puisqu'il se réduit à avoir seu
rassembler dans un Ecrit d'une heuic --- Page 294 ---
yj AVER TISSE MENT. de lecture, ce qui étoit épars dans un
grand nombre de volumes , & à donner une forme oratoire , a ce qui n'en
avoit auparavant qu'une didactique.'
Les deux Parties de ce Discours ne
sont point, comme on l'a prétendu,
deux Discours séparés & distin&s :
on verra aisément, à leur lecture,
qu'elles tendent au même but, qù'elles
ont un même intérêt - mais que toutes
deux, il est vrai, sont traitées différemment. Au lieu d'avoir gravement
disserté, dans la première Partie , sur
les travers & les ridicules du Luxe
dans la société, j'ai pensé que l'art de
l'Orateur, comme celui du Poète ,
étoit de les peindre, de les mettre en
action, de faire parler & agir les parti.
ons du Luxe J dans la seconde Partie
àu contraire, où j'avois à combattre
tes désordres qu'il fait naître dans --- Page 295 ---
AVERTISSE MENT. vij l'Etat, les révolutions qu'il y opere ,
& la chute des Empires, dont il est
presque toujours l'avant-coureur & la
cause, j'ai jugé qu'il falloit un ton plus
ferme, plus grave', plus relevé & plus
conforme au sujet. Aussi , dans la pre-«
miere Partie ce ne sont r pour ainsi
dire , que des mots & des images , tandis que j'ai tâché de donner dans la
feconde, des choses, des faits, des
preuves & des raisonnemens. L'auteur auroit lieu d'être flatté de
la rapidité avec laquelle a été enlevée
la premiere Edition de ce petit Ou-
-yrage , s'il ne sçavoit pas se rendre
justice. Il avoue de nouveau qu'il n'y
a rien de neuf dans cet Ecrit, & qu'il.
n'a fait quiy répéter des vérités utiles.
En faveur de sôn objet, ses Lecteurs
auront excusé bien des fautes, donc il
a tâché de diminuer le nombre dans --- Page 296 ---
viij AVER TISStE MENT. cette seconde Edition. Il a eu soin d'y
femer plusieurs nouvelles comparaisons, pour corriger l'aridité du sujet,
& pour délasser le Le8:eur fatigué
par la sécheresse inévitable d'une infinité de détails peu oratoires. Enfin il
n'a rien négligé pour rendre ce
Discours plus intéressant. Un homme de Lettres m'avoit conseillé de substituer le mot on à celui de
MeJJleurs, qui se trouve plusieurs fois
dans l'Edition précédente ; mais j'ai
moins voulu donner ici une simple
Dissertation qu'un-Discours. Il est
d'ailleurs adressé a une scavante J & célebre Académie , comme quelques
phrases à ce sujet le feront connoître.
détails peu oratoires. Enfin il
n'a rien négligé pour rendre ce
Discours plus intéressant. Un homme de Lettres m'avoit conseillé de substituer le mot on à celui de
MeJJleurs, qui se trouve plusieurs fois
dans l'Edition précédente ; mais j'ai
moins voulu donner ici une simple
Dissertation qu'un-Discours. Il est
d'ailleurs adressé a une scavante J & célebre Académie , comme quelques
phrases à ce sujet le feront connoître. ' Les Lettrines { A), ( B), 3 &c. quî sont dans le
corps de l'Ouvrage, renvoyent à des Notes qu'on trouvera à la fii1 de chaque Partie, 8c qui la plupart ayant
quelque étendue, auroient interrompu la marche de
ce. Discours. DISCOURS --- Page 297 ---
A DISCOURS CONTRE LE L U I E. PREMIERE PARTIE. Tf
L'HOMME aime l'erreur & la sédu6Kon ,
& la vérité a pour lui moins d'attraits que
le mensonge & le merveilleux. Aussi n y
a-t-il point d'hypothèse ridicule, de systême
absurde, de paradoxe incroyable , que l'esprit humain n'ait enfanté ? :& qu'il n'ait
soutenu. Il n'est donc pas surprenant, que
le Luxe dont les dehors brillans séduisent &,
enchantent la multitude , que le Luxe qui
cependant gêne & accable toutes les conditions, ait eu ses défenseurs & ses apologistes,
Pour moi, dans ce fièele , où toutes les
classes de la soçiété lui focrifient & en sont --- Page 298 ---
I DISCOURS les victimes -, où les uns le préconisent, les
autres le condamnent , tous en souffrent,
j'oserai élever ma voix contre les désordres
& ses ravages. Au premier coup-d'oeil , & à en juger
sur les apparences, le Luxe offre le tableau
le plus magnifique & le plus imposant. Il
annonce la prospérité des Etats, la richesse
du Prince , le bonheur des Peuples. Si vous
considérez le Luxe à la Cour , la variété des
plaisirs, la magnificence des fêtes, la pompe
& la richesse des spe&acles, sont des marques éclatantes de la splendeur du Royaume
& de la grandeur du Monarque. Si, des
premiers rangs , vous descendez dans la
classe opulente des Financiers , vous les
verrez rivaliser avec le Prince, quelquefois
même le surpasser par un goût plus fin & plus
délicat, & pftesque toujours par une sompîuosité plus riche & plus abondante. Pour
bannir l'uniformité & l'ennui des plaisirs, les
délices & les voluptés les plus recherchées ,
les jouissances en tout genre se succédent chez
ces Sybarites avec une variété & une rapidité surprenantes ; de sorte que ces hommes
fortunés semblent n'avoir jamais connu que
le Prince, quelquefois
même le surpasser par un goût plus fin & plus
délicat, & pftesque toujours par une sompîuosité plus riche & plus abondante. Pour
bannir l'uniformité & l'ennui des plaisirs, les
délices & les voluptés les plus recherchées ,
les jouissances en tout genre se succédent chez
ces Sybarites avec une variété & une rapidité surprenantes ; de sorte que ces hommes
fortunés semblent n'avoir jamais connu que --- Page 299 ---
CONTRE LE LUXE. f A 1) les ris, les jeux & un cercle de fêtes con.
tinuelles. Dans les classes moins opulentes,
& même dans les plus baffes, ( si le Luxe
y règne, ) vous croyez y voir la même
aisaiice. Ce sont, à peu de chose près, les
mêmes goûts & les mêmes plaisirs ; méfies
ajustemens , mêmes modes, mêmes parures.
Ainsi le Luxe, par un mêlange pittoresque
& singulier, réunit & confond les états
les rangs ; il rapproche tous les hommes,
qui étant freres, semblent nés en effet pour
l'égalité. Ainsi, à considérer dans toutes les
conditions cette envie de paroître , de s'effacer les uns les autres , & sur-tout chez
les femmes, cet amour de plaire & de se
distinguer , on croiroit que tous les jours
sont des fêtes brillantes ; & l'on peut dire
que cet ensemble forme au moins le tableau
le plus agréable, le plus enchanteur, & qui
annonce par tout le Royaume l'abondance
& la félicité publiques, A ce côté brillant ? il est facile d'en
joindre un plus solide & plus utile pour
l'Etat. Le Luxe eil: l'ami des Arts, du Commerce, de la Circulation. Il éveille Je génie
des Artistes il anime leurs talens , & nour- --- Page 300 ---
% DISCOURS rit entre eux une noble émulation. On lui
doit une infinité d'inventions & de découvertes heureuses pour. l'usage & les commodités de la vie. C'est le Luxe qui, dans
la classe nombreuse des artisans, met en
action une multitude de bras nerveux, qui,
N sans lui seroient oisifs & languisans. Chez
un sexe plus foible , mais non moins actif ,
il donne le mouvement à une infinité de
mains agiles & légeres, dont il multiplie
encore l'activité & l'adresse. Il aiguise l'industrie chez les uns & les autres , & y perpétue l'amour du travail. Le Luxe soudoyé
par le Prince , contribue aux charges de
l'Etat ; ensin, il soustrait à la misere des campagnes une foule d'individus pauvres &
malheureux ; il les attire dans nos villes ;
il y adoucit leur sort & leurs mœurs : & en
les dépouillant de ce qu'ils avoient de groffier & d'agreste , il les rend plus doux , plus
sociables & plus heureux.
y perpétue l'amour du travail. Le Luxe soudoyé
par le Prince , contribue aux charges de
l'Etat ; ensin, il soustrait à la misere des campagnes une foule d'individus pauvres &
malheureux ; il les attire dans nos villes ;
il y adoucit leur sort & leurs mœurs : & en
les dépouillant de ce qu'ils avoient de groffier & d'agreste , il les rend plus doux , plus
sociables & plus heureux. C'est sous cet aspect , favorable sans
doute, qu'on envisage le plus souvent le
Luxe. Voilà le tableau agréable, mais flatté,
qu'on s'en forme ; parce que la plupart des
hommes ne voient & ne jugent que suivant --- Page 301 ---
*
CONTRE LE L u 'X E,' F A iij leurs passions ou de petits intérêts ; parce que
le plus grand nombre qui réfléchit peu, est ai.
sément séduit par une superficie agréable 8c
brillante. Mais le Phil'osophe qui pense, mais
le Politique qui confédéré l'intérieur des
choses & les approfondit, qui prenant le
Luxe dans ses causes, dans son origine, &
diaprés l'expérience de tous les siecles, en
fuit exa&ement la marche $ ce Philosophe,
ce Politique en jugent bien différemment ;
& au lieu de quelques avantages apparens,
ils voient une infinité d'abus- & de désordres
réels ; en un mot, que le Luxe corrompt les
Moeurs, & détruit les Empires. Ces deux
propositions vont faire l'objet de ce Discours. Combattre le Luxe, c'est défendre à-lafois les intérêts des Princes & des Peuples. Je
le ferai dans ce savant lycée , devant des
Sages. Jaloux de mériter leurs suffrages, ou
plutôt de profiter de leurs conseils, je sou--
mettrai ce foible essai à la supériorité de
leurs lumieres. Cet objet politique est dignede leurs regards ; car si les Rois sont nés
pour gouverner la terre , il appartient aux
Sages de les instruire, & de leur apprendre
à commander aux hommes. --- Page 302 ---
6 D 1 s c 04 u 1t s Le Luxe est un rafinement de l'abondance y un ajouté ridicule au commode &
à l'agréable que donnent les richesses : c'est
un excès de délicatesse & de somptuosité
dans Faisance & les commodités de la vie,
dont le mérite &: le prix ne dépendent que
de l'imagination, & qu'on se procure par
vanité , par intempérance de goût, par attachement à la Mode. Il fait servir les biens
que nous départ la Providence, d'une maniere qui tourne toujours au détriment de
celui qui en use, & trop souvent au préjudice d'autrui. Comme ces liqueurs agréables & perfides
dont l'homme abuse, qui égaient l'esprit,
réveillent l'imagination dérident les fronts
les plus séveres, au moment qu'on les savoure ; mais qui brûlent le sang , & empoisonnent les jours de ceux qui s'y livrent
avec excès : ainsi les désinitions du Luxe >
comme ses jouissances , offrent d'abord des
idées plus agréables qu'effrayantes. Quelques détails feront donc mieux sentir ce que
nous cache cette premiere enveloppe; &,
en approfondissant tout ce qu'elle renferme
d affreux pour le malheur des hommes, l'on
plus séveres, au moment qu'on les savoure ; mais qui brûlent le sang , & empoisonnent les jours de ceux qui s'y livrent
avec excès : ainsi les désinitions du Luxe >
comme ses jouissances , offrent d'abord des
idées plus agréables qu'effrayantes. Quelques détails feront donc mieux sentir ce que
nous cache cette premiere enveloppe; &,
en approfondissant tout ce qu'elle renferme
d affreux pour le malheur des hommes, l'on --- Page 303 ---
CONTRE LE LUXE. 7 A iv: verra combien est à craindre ce poison qui
gagne toutes les classes de la société : ce
vice contagieux qui ne sortoit autrefois que
du séjour de l'abondance , & qui naît aujourd'hui dans le sein même de la pauvreté
qui confond tous les rangs, qui exerce même
sur les sages une espece de tyrannie , qui
produit un soulevement universel de tous les
hommes contre leur propre condition, une
conspiration générale dans laquelle ils semblent être convenus de sortir de leur caractere, où toutes les professions sont méconnues,
les dignités avilies, les bienséances violées ,
& où enfin la plupart des hommes, hors de
leur place , rougissent de leur état & le
déshonorent. Le Luxe répand dans la société un esprit
dé galanterie, funefie aux mœurs. Ce goût
pour la frivolité f pour les assemblées ,
pour les plaisirs , amollit le Militaire & dégrade le Magistrat ; il ôte à l'homme sa.
dignité , son caractère , cette gravité de
mœurs, & cette lenteur qu'exigent ses affaires & ses devoirs. Aussi r suivez cette
multitude d'agréables qui sont les délices des
sociétés, & qui se font une étude d'y plaire --- Page 304 ---
T DISCOURS & d'y briller. Dans une expédition militaire,
dans le Sanctuaire de la Justice , dans le
gouvernement politique , vous les verrez
tous se ressembler ; je veux dire , également
vifs , impatiens , légers ^ incapables d'un
long travail, peu propres à suivre un projet ou une affaire qui demande de la constance, de la réflexion & du temps. En effet , Faffemblage de tous les plaisirs
qu'enfante le Luxe, la Musique , les SpeEtacles , les bains , les parfums , la bonnechere , en attaquant l'ame par tous les sens i
l'amolliiïent & lui ôtent toute son énergie.
La recherche de toutes ces jouissances , crée
à l'homme une infinité de besoins qu'il ne
connoissoit pas. Ces besoins font naître la
Cupidité , cette sois insatiable de l'or, toujours excitée , & jamais assouvie par ce qui
devroit la satisfaire : cette passion , de toutes la moins sociable & la plus malheureuse,
excite & nourrit incessamment chez le citoyen l'impatience de faire une grande
fortune par toutes sortes de moyens, qui le
rendent le fléau de ses semblables : & le pis,
c'est qu'au desir de s'enrichir, se joint toujours l'ambition de paroître. Offensé, bu-
, cette sois insatiable de l'or, toujours excitée , & jamais assouvie par ce qui
devroit la satisfaire : cette passion , de toutes la moins sociable & la plus malheureuse,
excite & nourrit incessamment chez le citoyen l'impatience de faire une grande
fortune par toutes sortes de moyens, qui le
rendent le fléau de ses semblables : & le pis,
c'est qu'au desir de s'enrichir, se joint toujours l'ambition de paroître. Offensé, bu- --- Page 305 ---
CONTRE LE LUXE. -1 milié , dévoré par le luxe de son voisin,
on n'a point de repos qu'on ne l'ait égalé ou
surpasse. Cette rivalité devient le tourment
& la perte des classes inférieures & les
moins riches ; elle en bannit l'aisance & la
vraie richeiTe; parce que tout se porte en
superfluités ,& toujours au détriment du devoir & du nécessaire : elle produit une
consommation outrée & desirudive ( A) $
elle nous jette en de folles profusîons ; elle
invente & multiplie une foule de dépenses
bizarres, ridicules, indécentes, qui insultent
aux mœurs, au goût & à la raison. Un de nos Politiques a bien défini le
Luxe, quand il a dit, « qu'il est le dépla-
» cement de la dépense, l'abùs des richesses,
» & l'impudence dans les mœurs. » ( * ) Il
produit en effet l'indécence & le désordre
dans les moeurs publiques. Autrefois, à leur
habillement, à leur simple contenance , on
distinguoit le Magistrat du Militaire, & l'Artisan du Négociant ; aujourd'hui il n'est plus
de rangs , plus d'états. Autrefois une maniere honnête , décente, uniforme , mar- (*) Ami des Hommes , 1759 3 in-12, Tom. III. p, 472* --- Page 306 ---
[0 DISCOURS quoit & séparoit constamment les deux
sexes : aujourd'hui vous ne voyez entr'eux
qu'une continuelle rivalité. Des hommes
faits pour la fatigue & la guerre se parent
de la soie la plus fine & de vains ornemens
qui appartiennent aux femmes. D'une autre
part , le sexe dont la timidité & la modeflie faisoient jadis la parure la plus belle,
arme aujourd'hui son œil fier d'un feu &
d'une audace militaires; & sa tête superbe
& altiere , d'un chapeau ridicule. 0 charme
de la nouveauté ! ô fureur de briller & de
se distinguer , que ne pouvez-vous point sur
des esprits aussi frivoles ! Quand je confidere cette lutte singuliere &
bizarre, je compare la société à un spectacle,
à un bal perpétuel , où chacun voulant perdre la trace de son état, cherche à se déguiser & à se masquer de son mieux. 0 vous , la plus belle moitié de l'univers,
souffrez une fois la vérité qu'on ose vous.
dire si rarement. Regardez-vous dans cette
glace fidelle , qui ne vous montrera que le
vrai ; & à cette vue 1, laissez tomber un
enchantement qui vous abuse & qui vous
subjugue. Rejettez de vains ornemens, qui y
chacun voulant perdre la trace de son état, cherche à se déguiser & à se masquer de son mieux. 0 vous , la plus belle moitié de l'univers,
souffrez une fois la vérité qu'on ose vous.
dire si rarement. Regardez-vous dans cette
glace fidelle , qui ne vous montrera que le
vrai ; & à cette vue 1, laissez tomber un
enchantement qui vous abuse & qui vous
subjugue. Rejettez de vains ornemens, qui y --- Page 307 ---
CONTRE LE LUXÉ. n en surchargeant la beauté, la corrompent
& la défigurent. Brillez sans fard , & par
vos seuls attraits : étant plus purs, (non, je
ne vous trompe point, ) ils en seront plus
piquans & plus durables -, mais sur - tout,
parez-vous de cette noble modestie, l'apanage de votre sexe, dont la Nature vous
avoit ornée pour relever l'éclat de vos vertus. Cette rougeur divine, qu on veut imiter
vainement, embellitpour ainsi dire la beauté
même. Oui, je vous le répéte, la modestie
& la timidité répandent sur vos démarches
une bienséance générale, qui attache à toutes
. vos actions un charme inexprimable. Pour rendre d'un seul trait, & comme
d'un coup de pinceau , ce que sont nos
moeurs , il faudroit vous peindre le favori
de nos Belles , celui qui donne le ton du
jour, cet homme merveilleux, toujours fêté,
toujours chéri des femmes. Je sens que je
saisirois mal ce nouveau Protée, cet aimable
Caméléon , qui prend sans cesse une forme
nouvelle , & qui n'a rien de fixe ni de
consiant, qu'une éternelle mobilité. Mais
demandez à nos jolies femmes ce que c'est
que ce phénix des cercles, ce qu'est enfin un --- Page 308 ---
SI \ DIS cou It S Petit-Maitre ? Demandez à Cydalise tout ce
que vaut Damon ? « Damon n'est point
» un de ces êtres lourds , pesans, ennuyeux ;
» c est bien un tout autre homme. S'il marche,
t) il semble qu'il danse. Est-il debout ? il ne
» pose pas à terre. Assis ? il ne l'est jamais.
» Pour la mode, il 1 invente ou la devance.
» Parle-t-on d'une fête , du Gouvernement,
» d'une bataille , d'une calamité, pour lui
» c'est même chose ; il n'en est pas plus
» rêveur : toujours il plaisante, il- persifle
» & fredonne. C'est un homme divin, in-
» croyable. Mais qui peut le posséder long-
» temps ? C'est le papillon brillant & iéger ,
» qui vole de belle en belle , qui voltige de
» fleurs en fleurs. Bienheureuse celle qui
» peut l'arrêter un insiant ! » Cydalise.. * . Je vous l'abanbonne, à
vous &: à vos semblables , cet homme divin
& moi je dis, que c'est l'être le plus sot &
le plus insupportable ; que son espece merveilleuse, est ce que je méprise le plus 5 &
que l'Etat où elle domine & donne le ton y
est bien près de sa ruine. Si l 'on me demande quelle est l'occupation ? le but de deux êtres semblables, & --- Page 309 ---
CONTRE LE LUXE. 13
- -
* . Je vous l'abanbonne, à
vous &: à vos semblables , cet homme divin
& moi je dis, que c'est l'être le plus sot &
le plus insupportable ; que son espece merveilleuse, est ce que je méprise le plus 5 &
que l'Etat où elle domine & donne le ton y
est bien près de sa ruine. Si l 'on me demande quelle est l'occupation ? le but de deux êtres semblables, & --- Page 309 ---
CONTRE LE LUXE. 13
- - d une multitude qui leur ressemble, dont le
caractere est la mollesse, la fatuité, la préemption , &: toujours le mépris du bon sens
& des mœurs ? Si l'on veut savoir quel avantage il en résulte pour eux-mêmes & pour
la société ? Ce que c'eil que ce commerce
puérile & frivole, où l'on ne cherche qu'à
éblouir par l'esprit, où l'on veut parler de
tout & ne penser jamais, où l'on substitue
un stérile & vain babil à des actions d'homme
& de citoyen, où l'on se fait une étude de
ne rien faire , où l'on s'agite, où l'on se tourmente pour des bagatelles, où l'on fait aç.
saut de plaisanteries , de persiflage, de bons
mots , où toute la vie se trouve partagée
entre l'oisiveté & les plaisirs ? Si ensin l'on
me demande ce qu'on entend, ce qu'on doit
entendre par le mot de galanterie ? Je réponds que c'est dans la société, comme
dans une foule de livres trop en vogue,
l art funeste de corrompre, mis en principes
que c'est le talent dangereux de plaire & de
séduire, combiné & fléchi ; que c'est chez
un sexe la science d'attaquer ouvertement
& de subjuguer l'autre , & chez le sexe qui
devroit être le plus chaste & le plus réservé^ --- Page 310 ---
I4 DISCOURS que c'est enfin par des manieres étudiées,
par une tactique approfondie & savante,
l'art d'appeller au combat, de l'engager imprudemment , & de céder sans rougir.
J'ajouterai que dans cette lice périlleuse, celui-là n'a réussi qu'à proportion qu'il s'est éloigné de la vertu, qu'il a violé la sainteté des
mœurs ; & qu'en laissant sur son passage des
victimes malheureuses d'une passion criminelle, il a attaché à la personne d'un époux,
d'une mere respectable, d'un pere vertueux,
une flétrissure ineffaçable. Mais ce qui
prouve la perfidie , & je puis dire l'atrocité
de nos mœurs, c'est que ce qui fait la honte
d'une maison, devient souvent dans plusieurs un sujet de plaisanterie ; & après cela,
on viendra nous dire gravement que le Luxe
a poli & adouci nos moeurs ! Que dirai-je de ces insectes de la société,
de ces frelons perfides, qui dans la ruche ne
se contentant pas d'y être inutiles, ne s'occupent sans cesse qu'à y détruire la cire Se le
miel $ je veux dire cette foule de Célibataires que le Luxe a enfantés vrai fléau de
notre siècle toujours en action pour ne porter dans les familles que le trouble & le
déshonneur ? --- Page 311 ---
CONTRE LE LUXE. 1 C
dirai-je de ces insectes de la société,
de ces frelons perfides, qui dans la ruche ne
se contentant pas d'y être inutiles, ne s'occupent sans cesse qu'à y détruire la cire Se le
miel $ je veux dire cette foule de Célibataires que le Luxe a enfantés vrai fléau de
notre siècle toujours en action pour ne porter dans les familles que le trouble & le
déshonneur ? --- Page 311 ---
CONTRE LE LUXE. 1 C Mais on prétend que l'esprit de la galanterie & de la frivolité , en répandant dans la
société le desir de plaire, de paroître & de
se distinguer, donne à l'industrie une nouvelle activité , inspire le goût des Arts, réveille le génie des Artistes, & allure à une
infinité d'ouvrages précieux une élégance,
un poli, un fini , qu'on chercheroit en vain
chez des Peuples plus simples & plus grossiers; en un mot, qu'il entretient par- tout
une heureuse émulation , & ne tend qu'au
progrès & à la perfection des Arts & des
Sciences. Non, Meilleurs, ne le croyez pas -9
la perfection des Sciences & des Arts suppose , elle exige dans la disposition des esprits un essor vers le grand & le sublime.
Or, rien ne lui est plus opposé que la frivolité qui accompagne toujours le Luxe. Non ,
ce n'est point dans des siècles de Luxe qu'ont
brillé d'un éclat qui ne s'effacera jamais, les
Michel-Ange, les Raphaël, les Correge &:
les Titien. Ce n'est pas non plus du sein
du Luxe que sont sortis les chefs-d'œuvre
d'Homere, de Virgile, de Milton, du Tasse,
de l'Arioste , ni les découvertes sublimes
d'un Galilée & d'un Newton -, ni enfin, dans --- Page 312 ---
Ï6 D is c o u R s les derniers tems, les Ecrits immortels d'un
Pascal , d'un Bossuet , d'un Corneille &
d'un La Fontaine. Prétendre donc mettre en
parallele quelques Arts frivoles que nous devons au Luxe, avec les sciences & les chefsd'œuvre qui immortalisent les siecles qui les
ont produits, c'est vouloir comparer l'éclat
d'une fleur qu'un jour voit naître & mourir,
avec ces riches & superbes diamans, qui,
pareils à ces ouvrages faits pour triompher
du tems, comme eux réunirent l'éclat, le
prix & la solidité. J'avoue que le Luxe a répandu le goût des
Arts & l'amour des Lettres, qu'il a multiplié nos connoissances. Le Financier, de qui
la science autrefois se bornoit au calcul & à
suivre le taux de l'argent, aujourd'hui manie
le pinceau, tient le compas, ëc parle de
tout. Il n'y a point de maison qui n'ait sa
bibliothèque , point de société qui n'ait ses
poètes ; & à force de Diclionnaires, d'Abrégés , de Journaux , on croit tout savoir.
Ecoutez , & profitez du résultat de tant
de lumieres. Tout le monde parle , & ne
dit rien; juge, décide , & ne sait rien; fait
des Livres, qui n'apprennent rien. Oui, le
domaine
c parle de
tout. Il n'y a point de maison qui n'ait sa
bibliothèque , point de société qui n'ait ses
poètes ; & à force de Diclionnaires, d'Abrégés , de Journaux , on croit tout savoir.
Ecoutez , & profitez du résultat de tant
de lumieres. Tout le monde parle , & ne
dit rien; juge, décide , & ne sait rien; fait
des Livres, qui n'apprennent rien. Oui, le
domaine --- Page 313 ---
CONTRE LE LUXE. r7 * B ✓ domaine de la Littérature s'est agrandi, mais
son heureux sol a perdu en bonté & en profondeur, ce qu'il a gagné en étendue & en superficie. Oh! si la Bruyere, ce peintre fidele
des moeurs de son siecle, le fléau du vice Se
.des ridicules, revenoit parmi nous. « Quoi !
» c'esi donc là, s'écrieroit - il, ce siecle si
» vanté des Sciences, des Arts, des Lettres,
» de la Philosophie ! Ils se som en effet, &
» pour votre malheur, emparés de tous les
» états, de toutes les conditions, & ils les ont
» corrompus, ils les ont perdus. Ils ont en-
» fanté une foule d'amateurs fanatiques, une
» multitude de demi-savans insupportables»
» Le peuple des Littérateurs s'est multiplié,
» & le troupeau des Auteurs est immense.
» Tout le monde a des connoissances ; tout
. » le monde, dites-vous, a du goût, de l'esprit :
» oui, j'en conviens, l'esprit est commun;
» mais de génie, il n'y en a plus. » Aux ouvrages immortels des Pascal,
» des Bossuet, des Nicole, des Fénélon, ont
» succédé des libelles obscurs & obscenes ;
» des contes licencieux & impies ; des sa-
» tyres cyniques & hardies ; de petits --- Page 314 ---
IS DISCOURS » Romans philosophiques '& moraux ; une
» foule de systêmes se détruisant les uns les
» autres, remarquables d'ailleurs par un air
» de nouveauté & de iingularité, sur-tout
» par leur audace. » Dans le genre Dramatique, à une con-
.. » duite simple, sage, exa8:e, à un intérêt
» vif & déchirant, à la pureté du style, on
» a sublKtué un langage précieux ou barbare °
t> un dialogue froid & sententicux ; des coups
» de théatre trop multipliés ; & toujours ,
» comme la grande ressource de nos Drama-
- » turges, un appareil pompeux & imposant
» dans le spectacle. Ce n'est pas tout : des
» Opéras en vaudevilles, des Farces Ita- '
» liennes ont voulu remplacer des chefs-
» d'œuvre de génie & de goût -t ces sottises
» ont prétendu l'emporter sur les larmes de
>> Chimène & de Phèdre ; & (la postérité le
» croira-t-elle ? ) les parades des boulevards,
» ses équivoques Sales & grossieres ont eu
» Fafflùence, & elles ont attiré à ce spectacle
»révoltant, toute la Nation.
udevilles, des Farces Ita- '
» liennes ont voulu remplacer des chefs-
» d'œuvre de génie & de goût -t ces sottises
» ont prétendu l'emporter sur les larmes de
>> Chimène & de Phèdre ; & (la postérité le
» croira-t-elle ? ) les parades des boulevards,
» ses équivoques Sales & grossieres ont eu
» Fafflùence, & elles ont attiré à ce spectacle
»révoltant, toute la Nation. » Mais peut-être l'Histoire 8c l'Eloquence
» se sont-elles préservées de la contagion --- Page 315 ---
CONTRE LE L U X E. I _ B ij » générale ? Pour sacrifier au goût du jour,
» l'Historien a pris tantôt la plume légere
» & brillante du Romancier badin & in-
» ventif, & tantôt l'emphase d'un Rhéteur
» enthousiaste. Au lieu de réflexions sages,
» profondes, nées du sujet, il a étouffé son
» récit par des déclamations brusques, phi.'
» losophiques , étrangères à ce genre , &
» toujours par des satyres ameres contre le
» Gouvernement, contre la Religion & les
» Mœurs. Ainsi l'Histoire a perdu ce qui fai-
» soit son cara&ere & son. principal attribut f
» la gravité y la vérité ; & par-là, toute coni,
» fiance & tout intérêt. > » Cependant l'éloquence de la Chaire
» regrette en vain sa simplicité, sa force , sa
» majesté Un style brillant , maniéré ,
» énigmatique, s'est emparé du Barreau,
» où tonnoient jadis les Patru, les Cochin,
» les d'Aguesseau : & ( ô comble de mal-
» heur ! ) le sanéluaire auguste des Lettres,
» le tribunal sévere de la Langue, l'Aca-
» démie même ! ne s'est point préservée
» de cette corruption du goût. A la clarté
t) & à la pureté du discours, à la force du --- Page 316 ---
2.0 DISCOURS » raisonnement, au sublime des. pensées * à
» une éloquence brûlante, & toute de choses,
» ont succédé un néologisme ridicule , une
» métaphysique subtile & abstraite , une op-,
» position éternelle de petites pensées , de
~ » froides antithèses, & toujours une obscu-
» rité pénible & rebutante. Ainsi , 'après le
» siecle d'Auguste, le bel esprit, le clinquant
» & l'enflure, puis des siecles de barbarie ,
» suivirent ces beaux jours de génie & de
» goût. Ciceron , Horace & Virgile tom-
»berent dans l'oubli ; & on leur préféra
Ovide, Lucain , &: les Séneques. >> Qu'on ne dise pas que c'est aujourd'hui
»le siecle des Sciences, de l'Encyclopédie ;
» que c'est le siecle de 'la Philosophie ! Ah l
y malheur à cette philosophie qui a entaché
t) toute la Littérature 1, qui a renversé les
» esprits : malheur encore une fois à la Phi-
» losophie , si elle ne tend qu'au détriment
» de la Religion & des Mœurs !» .. De la Littérature, passons, Messieurs, aux
Beaux-Arts, & arrêtons sur eux un œil politique & réfléchi. Si le gqût du jour, de la
nouveauté, de la Singularité i û le goût de
. i '
t) toute la Littérature 1, qui a renversé les
» esprits : malheur encore une fois à la Phi-
» losophie , si elle ne tend qu'au détriment
» de la Religion & des Mœurs !» .. De la Littérature, passons, Messieurs, aux
Beaux-Arts, & arrêtons sur eux un œil politique & réfléchi. Si le gqût du jour, de la
nouveauté, de la Singularité i û le goût de
. i ' --- Page 317 ---
CONTRE LE LUXE; , il B iij la mode & de la frivolité guide & entraîne
le Peintre , le Sculpteur, l'Architecte : si
dans un état, que le génie seul devroit infpirer & élever, ils n'ont que des inclinations
baffes & mercenaires $ s'ils préférent une
réputation brillante & passagere à un nom
solide & durable, & à la gloire de leur Art ;
des lors, pour satisfaire des caprices , des
fantaisies, des idées bizarres, changeantes
& indécises $ pour piquer des goûts émousfés & usés , qui veulent tous les jours du
nouveau $ il n'y aura point d'écarts où ne
puissent donner ces Artistes. On abandonnera les sujets sublimes de l'Ecriture, d'Homere , du Tasse, & de notre propre Histoire,
pour des Grotesques, pour des Croquis singuliers & piquans ; & les Raphaël, les Rubens, les le Brun, les le Sueur; relégués sous
les toits, se verront à l-a merci des vers- &
des domestiques. La Sculpture ne sera pas
plus heureuse ; & elle se sentira frappée par
la même révolution. Entrez chez le Ministre ou' chez le
Magistrat ; & au lieu de trouver dans la
demeure de ces dieux de la terre quelque. --- Page 318 ---
%% D 1 S'C 0 U R S chose qui annonce la gravité de leur état ;
au lieu de cette heureuse simplicité des
anciens Sénateurs, de cette riche modestie
qui faisoit autrefois le plus précieux ornement du Magistrat, &: qui, réfugiée dans
les premieres maisons patriciennes, devroit
y retracer aujourd'hui une image fidelle de
la frugalité de nos peres -, au lieu de ce
{anauaire de la Divinité , qui avoit quelque chose de saintement redoutable, vous
ne verrez que le séjour de la volupté recherchée & financiere , de superbes bâtimens, des ameublemens magnisiques, tous
les ornemens ambitieux d'une vanité outrée
& ridicule -9 &: rien de cette antique fimplicité, qui étoit bien plus auguste. Qu'un vertueux Citoyen de Genève, de
cette sage République, qui a banni de son
sein le faste & les spectacles , entre dans
plusieurs de nos Eglises modernes. A considérer dans l'une les petits ornemens qui surchargent & qui écrasent ridiculement l'Architecture du jour (B); à voir l'or & le
clinquant y briller par - tout & jusqu'au
faîte (C); à remarquer dans une autre , --- Page 319 ---
CONTRE LE LUXE. 11 1 B iv cette enfilade ménagée y former une opti<
que d'un genre nouveau $ & ailleurs une
multitude innombrable de lumieres , qui
montre moins de noblesse & de goût que
de profusion : à voir sur-tout vers midi, un.
jour de sête, les femmes y faire un défi,
pour ainsi dire , de galanterie & d'indécence ; ce Génevois oubliant la majesté du
lieu , pourra-t-il s'empêcher de s'écrier t
« Où suis-je ? Est-ce la salle d'un spectacle
» dangereux pour les Moeurs ? Ou bien,
»est-ce réellement ici le Temple de la
» Divinité ? »
de goût que
de profusion : à voir sur-tout vers midi, un.
jour de sête, les femmes y faire un défi,
pour ainsi dire , de galanterie & d'indécence ; ce Génevois oubliant la majesté du
lieu , pourra-t-il s'empêcher de s'écrier t
« Où suis-je ? Est-ce la salle d'un spectacle
» dangereux pour les Moeurs ? Ou bien,
»est-ce réellement ici le Temple de la
» Divinité ? » Ainsi le Luxe a flétri les Sciences , les
Lettres & les Arts. Il produit encore un faite,
qui trop souvent le fruit de l'injustice, est
moins le signe de la vraie richesse, que la
marque certaine de la gêne & de la contrainte dans les fortunes, & presque toujours
d'une ruine prochaine. Vous voyez dans les fêtes de Besons r
de la Capitale , de Versailles > une affluence de voitures , &: ces doubles files.
d'équipages les plus brillans , se le difpu,ter par le goût, l'élégance & le finii --- Page 320 ---
%4 DISCOURS vous voyez le Financier & l'Histrion effacer
le Prince ; & en tout temps une multitude
de peuple remplir les Spectacles , les Cafés,
les Promenades, y respirer la joie & le plaisir , & annoncer à l'Etranger que ces fêtes y
attirent, l'aisance & l'abondance. L'aisance ?
le croyez-vous? Demain, entrez aux Consuls,
aux plaids, à la Bourse ; & bientôt vous saurez que cet étalage pompeux & toute cette
magnificence couvrent beaucoup de misere
& d'infamies ; qu'ils recelent des emprunts,
des retards dans les paiemens, des embarras
d'affaires, des banqueroutes affreuses & criminelles. Mais vous Philosophe, Politique,
à qui les apparences n'en imposent point,
vous examinez, sous ces dehors éclatans qui
éblôuissent une populace slupide, & les yeux
comme fascinés à ce spe&acle : vous confidérez, dis-je, sous ces dehors brillans, quel
est l'homme -, vous comparez ce qu'il est,
avec ce qu'il paroît : & ici, vous n'êtes point
étonné de reconnoître un misérable usurier,
qui, par des gains outrés & défendus , se
prépare une fin tragique -, là > l'auteur d'une
opération de finance, qui a btûlé toute une
Province } plus loin , ce Crésus dont la
me fascinés à ce spe&acle : vous confidérez, dis-je, sous ces dehors brillans, quel
est l'homme -, vous comparez ce qu'il est,
avec ce qu'il paroît : & ici, vous n'êtes point
étonné de reconnoître un misérable usurier,
qui, par des gains outrés & défendus , se
prépare une fin tragique -, là > l'auteur d'une
opération de finance, qui a btûlé toute une
Province } plus loin , ce Crésus dont la --- Page 321 ---
CONTRE LE LUXE. 25 démarche fiere & le train magnifique, disent
assez quelle est son opulence, & sa recherche
dans ses jouissances & ses plaisirs. Ce Crésus
esi un être incroyable, qui ne s'ess enrichi
qu'à force d'audace & de malversations.
Ensin , & auprès de lui, est une Laïs , qui,
méprisant les champs qui l'ont vu naître, est
couverte de pierreries , dont on sollicite en
vain le paiement. Et prenez garde, que toujours ceux qui font les gains les plus rapides & les plus illicites, dépensent avec plus
de faste & de profusion ; que le Luxe provient toujours des fortunes immenses & su*
bites -, qu'il domine ces hommes nouveaux
& corrompus , qui avec la plus basse origine s'empressent de paroître, & s'efforcent
de surpasser ceux qu'ils ne pourroient atteindre autrement : mais remarquez au contraire,
que l homme opulent de la fortune de ses
peres, ou par des voies justes & lentes, est
toujours celui qui tient davantage aux mœurs
simples & unies ( D ). 0 peuple, d'après
le cours ordinaire des choses dans l'usage de
la vie, réfléchissez, & jugez une fois sainement. Cet Agromane impatient & imbécile
a voulu surpasser ses voisins, & il y a bien --- Page 322 ---
16 DISCOURS réussi ! Son verger par l'abondance & la
beauté de ses fruits, est devenu l'admiration & l'étonnement de tout ce qui l'entoure ;.
mais qu'a-t-il fait ? L'ambition ridicule de
cet Agriculteur a perdu son terrain, pressé
par un engrais trop fréquent & trop chaud :
il a desséché & brûlé son heureux sol -, &
une récolte magnifique & immense a été
pour lui le signal d'une longue & affreuse
slérilité. Àinsi, ce coteau voisin de la Capitale , jadis si renommé par la bonté de ses
vins, ne donne plus qu'une liqueur aigre,
mais abondante. Tel est encore cet homme
sain, robuste & dans la vigueur de l'âge,
chez qui le sang abonde. Par son coloris
& son embonpoint, il paroît annoncer la
force & la santé;& moi je lui dis : «Crai-
>e gnez que cette fleur de santé, craignez que,
» cet excès d'embonpoint qui vous flatte Se
» qui vous abuse , ne vous soit nuisible 8c
» mortel. » Ainsi l'opulence & le faste, au.
lieu de nourrir & d'engraisser un pays , le
sechent, l'appauvrissent & le ruinent.
sang abonde. Par son coloris
& son embonpoint, il paroît annoncer la
force & la santé;& moi je lui dis : «Crai-
>e gnez que cette fleur de santé, craignez que,
» cet excès d'embonpoint qui vous flatte Se
» qui vous abuse , ne vous soit nuisible 8c
» mortel. » Ainsi l'opulence & le faste, au.
lieu de nourrir & d'engraisser un pays , le
sechent, l'appauvrissent & le ruinent. Au milieu de cette multitude d'esc laves
des préjugés, de la mode & de ses futilités ^
de ces. hommes avides à la fois de plaisirs, --- Page 323 ---
C ONT R E L E Lu X E. 1T d'honneurs, & sur-tout des richesses qui les
procurent : parmi ces êtres bas & rampans
dans l'infortune, fiers & superbes dans la
prospérité, dont le caractere est la frivolité & l'inconstance, dont l'essence est l'incapacité & la présomption ; car la marque
la plus ordinaire & la plus certaine d'un
grand fond de médiocrité, est toujours beaucoup d'ambition & d'insuffisance. Au milieu de tant de désordres , cherchons à
nous consoler par le spectacle d'un de ces
hommes rares & vertueux, qui marche sur
la ligne indivisible du devoir, qui ne s'en
écarte jamais, & dont la vie est la satyre
de nos moeurs. Reposons un instant sur lui
notre vue fatiguée de tant d'inconséquences, & opposons-le à son siecle. Loin que le plaisir dissipe son esprit par
une agitation frivole , l'épuise par une ardeur imprudente , l'évaporé par une vaine
recherche -, le travail augmente les forces
de son ame & de son génie ; & sa seule
passion est l'étude & la pratique de ses devoirs. Le parallele du malheur de nos temps
avec ces siècles heureux y où l'amour de la
Patrie 3c de la vertu produisoit une foule --- Page 324 ---
28 D is c o u p s de grands hommes , n'est pour lui qu'un
puissant aiguillon : leurs exemples allument
dans son ame une sainte jalousie pour le
bien ; ils echauffent dans toutes les avions
qu'ils lui inspirent , une ardeur bouillante
& sublime , dont ne brille que la vertu la
plus épurée..A quelque haut rang que le
Prince puisse l'élever, il honore autant son
ininislere qu 'il en est honoré ; il semble que
sa dignité croisse avec lui : il inspire la confiance, il commande le respeét, sa maison
est un temple. Quelque emploi qu'on lui
confie , de quelques faveurs que puisse le
c bler son Souverain, on le voit toujours
donner au monde le rare, l'utile, le grand
exemple d'un homme qui est à sa place ce
qui la remplit. Je le vois cet homme rare & vertueux,
par un amour infatigable du travail par
une infinité de négociations heureuses &
importantes par une droiture inébranlable ,
mériter la premiere place dans. le Ministere
& tous les Souverains, par une confiance
honorable , rendre hommage au choix du
Monarque.. Les vues d'un pareil Minière
sont si sûres & si justes,. elles ont un tel
--- Page 325 ---
CONTRE LE Lux E: le ascendant sur ces Dieux de la terre >
qu'arbitre du sort de plus de cent millions
d'hommes, il donne à l'Europe, pour ainsi
dire à son gré, la paix ou la guerre, & qu'il
.en dide les conditions.
Ministere
& tous les Souverains, par une confiance
honorable , rendre hommage au choix du
Monarque.. Les vues d'un pareil Minière
sont si sûres & si justes,. elles ont un tel
--- Page 325 ---
CONTRE LE Lux E: le ascendant sur ces Dieux de la terre >
qu'arbitre du sort de plus de cent millions
d'hommes, il donne à l'Europe, pour ainsi
dire à son gré, la paix ou la guerre, & qu'il
.en dide les conditions. Je le vois ailleurs dans un autre hémifphere > cet homme rare & vertueux, le sauveur de la patrie -, au milieu de ses troubles
& de ses dissentions , lui prédire ses revers & ses triomphes $ donner lui - même
le branle à la révolution qui doit affurer
les fortunes & la liberté de ses concitoyens ; & soit dans la paix , soit dans la
guerre, soit à la tête d'une négociation qui
va décider de la tranquillité des deux mondes, toujours le même par l'égalité de son
ame & par la simplicité de ses mœurs ( E).
Mais c'est vainement ; sa modestie ne le
cache point, elle ne fait que rehausser l'éclat
de ses vertus, & imprimer sur son front un
caractere plus auguste. Le malheur de mon sujet ne me permet
pas de m'arrêter plus long - temps sur des
tableaux si touchans ; il me rappelle malgré
moi à des détails bien différens. Je prouvois que l image du faite est la marque --- Page 326 ---
#O DISCOURS certaine de la gêne & de la contrainte dans
les fortunes , & presque toujours de la
ruine des citoyens. L'esprit du Luxe & de la frivolité ôte
encore à l'homme la premiere de ses vertus : il éteint en lui ce penchant le plus
doux , ce premier sentiment des ames bien
nées, & la plus pure volupté de l'homme
de bien, je veux dire, la bonté, la senfibilité. Le goût des plaisirs , l'habitude
de l'aisance & de l'opulence, étouffent en
lui le meilleur naturel , ou l'endurcissent.
Des trésors, en effet, trop souvent amassés à force de violence & de duretés, sontils capables d'inspirer à ceux qui ne disent
jamais c'efl assez , des mœurs justes, bienfaisantes & généreuses ? Aussi , le Sexe
même, naturellement doux & compatissant,
qu'on croiroit sensible ; (s'il est emporté par
l'attrait des plaisirs & de la frivolité, ) devient dur & impitoyable envers les malheureux.
.
Des trésors, en effet, trop souvent amassés à force de violence & de duretés, sontils capables d'inspirer à ceux qui ne disent
jamais c'efl assez , des mœurs justes, bienfaisantes & généreuses ? Aussi , le Sexe
même, naturellement doux & compatissant,
qu'on croiroit sensible ; (s'il est emporté par
l'attrait des plaisirs & de la frivolité, ) devient dur & impitoyable envers les malheureux. Le Luxe cependant, me direz - vous,
rend les hommes plus sociables. Les arts
d'agrément, les speétacles, les assemblées
leur inspirent le desir de se plaire récipro:" --- Page 327 ---
CONTRE LE L U X E. 3 1 < quement, & par-là il perfectionne, il adoucit & polit leurs moeurs. Pour le prouver ,
examinons notre genre de vie, nos manieres 5 comparons nos mœurs avec les mœurs
du siecle de Louis XIV. Sommes-nous aujourd'hui aussi polis avec les femmes ? aussi
exacts , aussi réservés sur les bienséances ?
aussi retenus dans nos conversations légeres
ou tranchantes sur les Réputations , sur
l'Honneur, sur la Religion ? Sommes-nous
aussi attentifs à rendre à chacun -ce qu'exigent l'âge, le rang, le mérite, les talens,
la dignité ? Des airs de hauteur & de suffisance , un regard impudent & dédaigneux, un mépris'décidé pour les vieillards , moins d'égards pour les Dames ,
voilà le ton du jour. Non : ce n'est plus cette
décence de mœurs, ce respect pour autrui,
lequel naît du respect qu'on a pour foi-même,
qui faisoit autrefois le véritable caractere
de l'ancienne urbanité Françoise. A la simplicité de nos peres, a succédé le faste de
nos plaisirs, & toute la corruption de notre
siecle. Ah ! il n'est que trop vrai, que nous
avons perdu en bonté, en loyauté, en fran- --- Page 328 ---
3Z - pi s c 0 U R s ; chife, ce que nous avons prétendu gagner
en recherche > en sinesse , en délicatesse de
goût, & qu'on nous vante, sous le nom
d'usage du mpnde. O Mœurs antiques 1 qu'êtes-vous devenues ? Alors* mêmes goûts, mêmes sympathies , munies volontés, mêmes plaiiirs
rapprochoient ceux que l'union la plus
chere & la plus [àinte avoient liés. Le
Luxe a brifé ces noeuds : & vous voyez
ceux-là même, que des chaînes indissqlubies dey oient unir inséparablement, former deux maisons distinctes, Les gens ,
la voiture, l'appartement de la femme, ne
font point ceux du mari -? dans leurs plai- *
firs, comme dans leurs sociétés, ces Epoux
Semblent prendre à tâche de s'éviter. Que
ii, dans quelques repas, jl leur arrive de
se rencontrer , à l'indifférence qu'ils se
témoignent / on diroit qu'ils font étrangers
l'un à l'àutfe. Une politesse barbare a banni
les noms les plus doux & les plus sacrés ,
ceux de Pere> cLe Fils, de Mere, d'Epoux.
J'entre; & dans ce repas, Ou des affaires &
-des intérêtes ont réuni une famille, je-me
dis :
s'éviter. Que
ii, dans quelques repas, jl leur arrive de
se rencontrer , à l'indifférence qu'ils se
témoignent / on diroit qu'ils font étrangers
l'un à l'àutfe. Une politesse barbare a banni
les noms les plus doux & les plus sacrés ,
ceux de Pere> cLe Fils, de Mere, d'Epoux.
J'entre; & dans ce repas, Ou des affaires &
-des intérêtes ont réuni une famille, je-me
dis : --- Page 329 ---
CONTRE LE LUXE. 33 c dis : Est-te un Pere ? Sont-ce des Freres,
des Enfans ? Sont- ce des parens ou des
ennemis qui se craignent ? Et entre ceux
que les mêmes rapports & les liens du
sang devroient unir & réveiller, je ne. vois
rien d'anedueux , de gai, de libre, d'aisé :
tout y repousse l'amour & la tendresse ;
tout y ressent la réserve & la contrainte :
telle autrefois la famille d'Atrée gardoit un
morne silence. Ah ! malheureux, quittez, quittez ces airs d'opulence & de grandeur qui semblent annoncer l'aisance , le bonheur & la
joie, mais qui l'étouffent, ainsi que la nature. Non, non ; ce n'étoient point là les
Mœurs de nos bons Aïeux. Une gaité vive
& franche animoit les convives : un vin
franc aiguisôit les propos ; nuls n'joffensoient la Religion , les Dames , ni les
Moeurs -, les santés étoient bues; un joyeux
Vaudeville terminoit la fête ; & l'on ne se
quittoit que la gaité dans lame , & le refrain
sur les lèvres. Ainsi le Luxe produit l'indécence & le
désordre dans les mœurs publiques ; il ôte
à l'homme sa dignité , son caractere & son
énergie -, il éteint en lui son penchant le --- Page 330 ---
IA DISCOURS CONTRE LÈ LUXE. plus doux & le plus précieux, la bonté, la
sensibilité. Par un amour outré du faite, il
crée des besoins, il gêne les fortunes, &
il en annonce la ruine. N'encourageant que
les talens qui flattent les vices ou le mauvais goût, le Luxe a flétri les Sciences, les
Lettres &: les Arts ; il a détruit dans la société les égards & la vraie politesse. Enfin
le Luxe, ( & c'est le dernier trait, ) étouffe
la Nature. 0 peuples ! le Luxe a changé,
il a altéré , il a corrompu & perdu vos
Moeurs ; je crois l'avoir assez démontré :
Princes, il détruit les Empires ; je vais tâcher
de le prouver. Fin de la Premiere Partie. --- Page 331 ---
C ij NOTES. " . A G É 9. ( A ) Une consommation outrée & destructive. M. le Marquis de Mirabeau , dans son excellent Ouvrage
de Y Ami des Hommes , en traitant du Luxe de faite & de
vanité mal-entendue , observe que dans Paris ( & à propbrtion dans les Provinces ) la consommation du bois s'est augmentée 3 en moins de dix ans , de deux cens mille voies.
C'est, dit-il, presque un tiers de crue , & le nombre des habitans n'est assurément point augmenté. Vous remarquerez
qu'il faisoit cette observation vers 1758 ; & que depuis vingtcinq ans, la dépense & le fasie toujours croissans j sont montés aujourd'hui à un degré surprenant.
entendue , observe que dans Paris ( & à propbrtion dans les Provinces ) la consommation du bois s'est augmentée 3 en moins de dix ans , de deux cens mille voies.
C'est, dit-il, presque un tiers de crue , & le nombre des habitans n'est assurément point augmenté. Vous remarquerez
qu'il faisoit cette observation vers 1758 ; & que depuis vingtcinq ans, la dépense & le fasie toujours croissans j sont montés aujourd'hui à un degré surprenant. [ Ami des Hommes , in-12 ± Torn. 1 j pag. j 5. ] On manqua de bois cet hiver à Paris ; & il fallut les
ordres les plus précis , & toute l'intelligence du Magistrat qui
préside à cet objet de Police, pour que les Boulangers fuffent servis les premiers, & afin que leur cuisson ne fût point
interrompue. Dans ce tems de disette, la maison la plus confidérable, comme le plus simple particulier , ne pouvoit
obtenir qu'une demi-voie. Page 22. (B) Les petits ornemens qui surchargent, & qui
écrasent ridiculement l'Architecture du jour. Si l'on compare tout le luxe de l'Architecture moderne
des Paroisses de S. Sulpice, dè S. Roch, &c. à la simplicité
majestueuse de Notre-Dame, & de plusieurs autres Cathédrales , il n'y a personne, qui ayant un goût sain, ne préféré la simplicité & la majesté de ces Eglises anciennes , à
toute la recherche & Inélégance de nos Basiliques modernes.
Page 2 3. (C) A voir l'or & le clinquant y briller par-tout &c. Le Boudoir de la Petite-Maîtresse la plus exigeante & la --- Page 332 ---
16 NOTES. plus recherchée , n'est pas plus couvert de dorures & de
peintures, ni plus surchargé d'ornemens entassés & pressés ,
que ne l'est jusqu'à la voûte la Paroisse de Brunoi, petit
.Village à cinq lieues de Paris. Avec la dépense qu'on y a faite,
on eût bâti quatre Eglises. * Page 25. (-D) L'homme opulent de la sortune de [es peres,
ou par des voies justes & lentes, tient davantage aux mœurs
simples & unies. Le Hollandois moins fastueux que nous 3 est plus riche. Dans la Guerre du Roi de Dannemarck, on a vu un simple
particulier s'offrir de la faire à ses frais. [ Ami des Hommes 3 Tom. I, pag. 232. ] Page 20. ( E ) Je le vois cet homme rare & vertueux ... toujours le même par V égalité desonamei & par la simplicité
de ses mœurs. Quiconque est ébloui du degré éminent où la placé , soit
la naissance , foit la fortune, montre bien qu'il n'est point
fait pour un rang si élevé. Les plus hautes places sont toujours au-dessous des plus grandes ames; rien ne les étonne ,
parce que rien n'est plus haut qu'elles. --- Page 333 ---
C ii; SECONDE PARTIE. C'EST bien au Luxe qu'on peut appliquer
ce qu'on a dit de la Mer, qu'il a envahi en
pure perte plus de richesses que le Monde
ne pourroit en contenir. Parcourons 'aujourd'hui , pour nous instruire , cet Océan
sans fond & sans rivage , où s'engloutissent '
les plus brillantes fortunes & les plus- puifsans Empires, sans laisser de traces de leur
existence. J'ai tâché de montrer ce que le Luxe est
dans la société, & les ravages qui l'accompagnent : vous avez vu ses caprices, ses duretés , ses injustices ; vous l'avez vu f lui seul
dévorant la substance d'une infinité de
misérables. Je vais maintenant le considéret
par rapport aux Empires-.
sans fond & sans rivage , où s'engloutissent '
les plus brillantes fortunes & les plus- puifsans Empires, sans laisser de traces de leur
existence. J'ai tâché de montrer ce que le Luxe est
dans la société, & les ravages qui l'accompagnent : vous avez vu ses caprices, ses duretés , ses injustices ; vous l'avez vu f lui seul
dévorant la substance d'une infinité de
misérables. Je vais maintenant le considéret
par rapport aux Empires-. Pour mieux prouver que le Luxe est funeste aux Empires, qull en prépare & assure
la ruine, reprenons quelques - uns des désordres que nous n'avons fait qu'indiquer
& présentons des détails qui n'ont pu entrer dans la Premiere Partie de ce Discours^ --- Page 334 ---
18 DISCOURS Il y a trois sortes d'indu strie : la premiere
de nécessité -9 la seconde de décoration &
de perfection -9 la troisieme de recherche &
de Luxe. La premiere que j'appelle de ntcejjtté, a inventé l'agriculture, l'art pastoral, celui de se vêtir, de se bâtir des asyles
& des villes j elle a inventé les moulins, les
digues, la navigation, la boussole, en un
mot toutes les choses nécessaires aux besoins
de l'homme, & les plus utiles dans lusage
de la vie. Le second genre d'industrie a perfectionné
ces mêmes Arts : il a ajouté la, décoration,
l'ornement & les proportions. Ç'est lui qui
a rendu nos demeures plus propres , plus
saines & plus commodes -, qui a donné à nos
Temples & aux Palais de nos Rois cette élévation , cette grandeur & cette magnificence
qui conviennent à ces vastes édifices ; c'est
lui qui les a ornés de Frontispice & de Porti-r
ques, dont la noblesse & le goût annoncent
l'objet de ces superbes monumens. C'esl ce
genre d'industrie qui anime la Sculpture, la
Peinture % la ' Poésie, les Lettres , enfin --- Page 335 ---
CONTRE LE L U X E. 3 £ C iv toutes les Sciences & tous les Arts, qui font
l'agrément comme la gloire des Princes qui
les protègent. Quant au troisieme genre d'industrie, il
est purement de Luxe, c'est-à-dire , d.e recherche , de curiosité, de futilité. Je rougis
d'être obligé d'entrer ici dans des détails frivoles, indignes de la majesté de ce Temple
auguste des Sciences & des Lettres ; mais
vous me les pardonnerez , Meilleurs , ces
détails, parce que vous verrez que tout mé<
prisables qu'ils sont, ils pourront cependant
jeter un grand jour sur le suiet que nous
traitons ; & qu'ils serviront à démontrer
toute la bizarrerie 8c la vanité des abus les
plus journaliers,, les plus répandus, & peutetre les plus funestes au Commerce , à
l'Agriculture, à la fortune4 & je puis le dire ,
à la vertu des Citoyens.
pardonnerez , Meilleurs , ces
détails, parce que vous verrez que tout mé<
prisables qu'ils sont, ils pourront cependant
jeter un grand jour sur le suiet que nous
traitons ; & qu'ils serviront à démontrer
toute la bizarrerie 8c la vanité des abus les
plus journaliers,, les plus répandus, & peutetre les plus funestes au Commerce , à
l'Agriculture, à la fortune4 & je puis le dire ,
à la vertu des Citoyens. Lorsque chez une Nation, le genre d'industrie qui domine est purement de Luxe y
de recherche , de curiosité., de fantaisie ;
lorsqu'il séduit , corrompt 8c entraîne les
goûts j lorsqu'il s'empare des esprits & les
gouverne : alors l'amour de la. nouveauté * --- Page 336 ---
40 - DISCOURS de la Mode , de ce qui est le plus cher, de
ce qui vient de loin, ruine ses manufaaures. Des bagatelles du Japon ou de la Chine,
de pures frivolités opérent une révolution,
font l'amusement de toute cette Nation , &
elle s'y livre avec fureur. Bientôt il n'y a
plus dans les habillemens rien de fixe ni de
décidé : des changemens continuels, rapides
& toujours nécessités par l'usdge, gênent dans
leur fortune la classe la moins aisée , & par
conséquént la plus nombreuse des Citoyens.
On voit une multitude de futilités alternativement recherchées & rejettées , se sucéder & se détruire avec une vîtesse incroyable. Dans ce siecle une gaze légere va faire
le sort de cinq cens mille familles ; & la
reprise ou l'abandon d'une bagatelle semblable, met en aétion & enchaîne tour - àtour un million de bras ( A ). Cette inconstance éternelle des Modes jette inceiïamment dans l'inaction des milliers d'ouvriers ,
que le Luxe payoit si cher ( B ) ; & ces artisans qui avoient monté leur dépense & leur
état, à proportion de leurs premiers gains,
par cette raison se trouvent réduits à une plus --- Page 337 ---
CONTRE LE LUXE. ■- 41 affreuse misere. Car le peuple veut aussi avoir
son Luxe : » & le grand mal est que le Luxe
» i/egne dans les conditions , qui par la
» nature des choses ne doivent avoir que le
» nécessaire physique » D'ailleurs , je
vous le demande, qu'est-ce qu'un travail de
pur caprice , un travail de fantaisie, soudoyé par la Mode , & que la moindre atteinte au crédit & à la circulation peut faire
cesser tour-à-coup? Oui , je le soutiens ; lors.
que dans un Etat , cette sorte d'industrie
entraîne presque toute la partie ouvriere ;
cette classe d'hommes , qui s'y livre imprudemment , essuie plus de révolutiohs , que
ne leur en eussent fait éprouver vingt ans
de guerre , si cette multitude de mains
légères 8c de bras nerveux employés à ces
frivolités, eût été occupée à des travaux
plus utiles plus certains , & de toute
maniéré moins dangereux pour l'Etat.
Etat , cette sorte d'industrie
entraîne presque toute la partie ouvriere ;
cette classe d'hommes , qui s'y livre imprudemment , essuie plus de révolutiohs , que
ne leur en eussent fait éprouver vingt ans
de guerre , si cette multitude de mains
légères 8c de bras nerveux employés à ces
frivolités, eût été occupée à des travaux
plus utiles plus certains , & de toute
maniéré moins dangereux pour l'Etat. Cette nécessité qu'on s'est faite de suivre
exactement & avecfureur, tous les caprices
de la Mode , crée chaque jour de nouiveaux (*) Grandeur des Romains, pag. 186. --- Page 338 ---
42. DISCOURS besoins , qui, en se multipliant à l'infini,
appauvrirent 8c ruinent toute une Nation. Cette vicissitude éternelle , cette continuité successive & rapide d'une, foule de
petits ouvrages, de miseres sans but, sans
utilité , & en pure perte, nous minent &
nous épuisent. Elles nous détournent de ce
, qui pourroit avoir quelque chose de noble
& de grand : on ne fait plus rien de durable ni de solide ; & en prenant pour regle
le goût frivole du siecle , & l'esprit changeant du jour, on ne travaille plus pour la
postérité , pour la gloire des Arts, pour
l'état enfin. Le Luxe, par son faste & sa magnificence,
attache à la médiocrité l'opprobre de la
pauvreté , & une espece de ridicule à la
vie simple & frugale des hommes les plus
utiles & les plus précieux. Le genre de nos
mœurs nuit encore à l'Agriculture , par l'aggrandissement de nos Villes , par le nombre de nos bâtimens : & ces bâtimens,
dont l'espace, le goût, l'élégance étonneroient nos aïeux, peuvent à peine satisfaire
nos Crésus modernes. Tel homme à qui jacU& J --- Page 339 ---
1 CONTRE LE LUXE. 4 > un simple appartement auroit suffi, se trouve
à l'étroit dans un hôtel immense (C), La
multiplicité de ces édifices couvre une étendue de terrain, autrefois consacre à nourrir
& _approvisionner nos Villes. Les Châteaux
de plaisance qui s'y joignent, les jardins
d'agrément, les terrasses & les parcs, qui,
depuis les derniers regnes , se sont si fort
multipliés, repoussent au loin l'Agriculture,
dévastent une partie des environs de la Capitale& des principales Villes du Royaume :
& le malheur est, que 44 les Villes se sont
» étendues en pierres, en jardins, en glaces,
» en parquets, en marbres, & nullement en
» hommes ( * ). » Que seroit-ce, si j'entreprenois de montrer l'espece humaine attaquée dans sa source même, & jusques dans
le plus saintde tous les liens, où l'on n'ose
plus écouter la Nature, qu'après avoir consulté la fortune ! Car le Luxe qui brûle tout
ce qu'il rencontre, dévore des générations.
44 La Nature frémit des moyens qu'il suggere
>> pour éviter l'embarras d'une nombreuse
& nullement en
» hommes ( * ). » Que seroit-ce, si j'entreprenois de montrer l'espece humaine attaquée dans sa source même, & jusques dans
le plus saintde tous les liens, où l'on n'ose
plus écouter la Nature, qu'après avoir consulté la fortune ! Car le Luxe qui brûle tout
ce qu'il rencontre, dévore des générations.
44 La Nature frémit des moyens qu'il suggere
>> pour éviter l'embarras d'une nombreuse ( * ) Ami des Hommes, Tom. III , p. 444. - --- Page 340 ---
44 - D i s c ô ù - r s » famille (* ). » D'une autre part une multitude de domestiques , que la vanité a multipliés dans nos Villes, dépeuplent les campagnes qui les redemandent -E-ï tandis que
le Luxe , par sés vicissitudes continuelles &
rapides, échappe à la sagaéité de la finance, <
les impôts cependant pesent sur l'industrie
de nécessité, & sur les fonds de terre. 0 peu- J
pies civilisés ! vous vous paffionriez pour de&
Arts futiles dont vous êtes les victimes, &
votre orgueil méprise le premier des Arts,
Fart divin qui vous nourrit * qui avec la
population, devroit faire la premiere richesse
de l'Etat. ' - La Terre est pour l'homme une manufacture immense ? qui ne peut jamais lui manquer , tant qu'il saura ne la point dédaigner.
Sa culture est la profession-mere, véritable'
ment chérie de la Nature , capable de supporter le fardeau de l'Etat. L'Agriculture est
au physique ce que les mœurs sont au moral , le plus utile & le plus vasse apanage de
l'administration. Heureux le Gouvernement (*) Ami des Hommes , Tom. l, p. 263. --- Page 341 ---
CONTRE LE LUXE. 4% qui fait de ces deux objets celui de ses spéculations, de ses travaux , de son pouvoir 1
Heureux celui dont toute l'avion est dirigée
à l'avantage des moeurs & de l'agriculture,
& dont tout le poids est déterminé vers leur
défense & leur protection ! Oserai-je ici faire le parallele d'un Laboureur & d'un Comédien ; de la différence de
leurs travaux, de leur fortune, de leur utilité 5
de la considération même dont ils jouissent
d'ordinaire dans la société , & de celle que
réellement chacun mérite ? Votre superbe
délicatesse ne le supporteroit point, tant le
Luxe, après avoir amolli les corps, énervé
les esprits & les courages , a changé les
premieres idées, les plus justes & les plus
naturelles à l'homme. Que j'aime à me
représenter les mœurs simples des premiers
temps, si bien peintes par le plus ancien
des Historiens , & par le plus sublime des
Poètes : ces Rois passeurs, qui descendoient
sans rougir dans les plus petits détails de leurs
métairies, qui préparoient à leurs hôtes, de
leurs propres mains, un repas frugal & champêtre j cette Reine Arété, qui file des étoffes
& les plus
naturelles à l'homme. Que j'aime à me
représenter les mœurs simples des premiers
temps, si bien peintes par le plus ancien
des Historiens , & par le plus sublime des
Poètes : ces Rois passeurs, qui descendoient
sans rougir dans les plus petits détails de leurs
métairies, qui préparoient à leurs hôtes, de
leurs propres mains, un repas frugal & champêtre j cette Reine Arété, qui file des étoffes --- Page 342 ---
46 t D is c o û R s pour le Roi, son époux -, ces Princesses qui
vont avec leurs femmes, à la riviere, laver
elles-mêmes leurs habits ! Eh! plût au Cielt
que la sagesse de nos moeurs que la {implicité de nos besoins , & une certaine égalité dans les fortunes, nous permirent encore un pareil genre de vie 1 La vertu fer oit
le principal ornement de nos maisons ; &
avec des mœurs si pures, nous serions plus
riches & plus heureux. *
Le goût d'une Nation une fois tourné vers
les choses frivoles, qui gâtent l'esprit , qui
corrompent le cœur & avilissent l'ame, bientôt les plaisirs prendront la place des études utiles & sérieuses, & des devoirs les
plus essentiels : la Morale deviendra plus
foible & plus corrompue * & à la Religion
succédera une philosophie fantastique ,
qu'étend ou rétrécit l'intérêt personnel. La
nécessité d'être opulent pour suffire à tous les
besoins que le Luxe invente chaque jour ,
répandra sur les richesses une considération
aveugle , & fatale à l'Etat. A la vue d'un ^
homme qui n'aura d'autre mérite que l'or qui
le couvre, naîtra ce saisissement de respect --- Page 343 ---
CONTRE LE LUXE. 4 y qui dénature les sentimens de l'estime & de
l'admiration, sentimens précieux, que l'Etre
suprême avoit placés dans notre ame, comme des ressorts puissans pour l'élever à la
vertu & à la véritable grandeur. Parce qu'on
verra la multitude fortement éprise, séduite,
enchantée par les apparences , ne s'attacher qu'à l'écorce des choses , se laisser
éblouir par l'éclat d'une vaine représentation , par ce qui flatte & abuse les sens , on
ambitionnera les plaisirs , les voluptés, les
honneurs, & plus encore les richesses qui
donneront tout cela : & dans ce conflit de
tant de desirs différens, la vertu seule fera
oubliée. Des professions avilissantes par ellesmemes, nuisibles à la société, dangereuses
pour les moeurs, si elles sont lucratives,
deviendront honorables (D). Dans ce siecle
où l'or prévaudra & charmera tous les esprits, les charges, la noblesse, les places,
les distin&ions seront mises à prix 5 & les
richesses auront tant de pouvoir, qu'elles
effaceront le déshonneur, le crime & l'infamie : ou disons mieux, dans ce siecle on
pourra voir un même homme, à la fois cou-
, dangereuses
pour les moeurs, si elles sont lucratives,
deviendront honorables (D). Dans ce siecle
où l'or prévaudra & charmera tous les esprits, les charges, la noblesse, les places,
les distin&ions seront mises à prix 5 & les
richesses auront tant de pouvoir, qu'elles
effaceront le déshonneur, le crime & l'infamie : ou disons mieux, dans ce siecle on
pourra voir un même homme, à la fois cou- --- Page 344 ---
48 -D i s U R S vert d'infamies & de dignités. Et delà,
quel renversement dans l'Etat ! Quelle indécence pour la majesté du Gouvernement l
Quel découragement pour les sujets habiles
& vertueux, à qui des préférences injustes
enlevent les grandes dessinées dues à leurs
talens & à leurs vertus 1 Peu de personnes
se trouveront à leur place : tel client recevra la loi, qui eût dû la donner ; tel vivra
modeste & obscur dans le négoce , dans un
emploi, dans la poussiere d'un bureau, qui
par ses talens & par ses vertus , eût mérité
une des premieres places, soit dans l'Eglise,
foit dans la Magistrature , ou même dans le
Ministere public : tel enfin sans mérite, s'élevera par ses richesses , qui né comme elles
dans l'obscurité & dans le sein de la terre ,
auroit dû y rester enseveli. Faudra-t-il s'étonner que le mélange de tels hommes les
ait corrompus, & qu'il ait altéré entre eux
les égards qu'ils avoient autrefois les uns
pour les autres ? Architectes imprudens !
ainsi , en ne vous attachant qu'à une vaine
décoration , vous prnez & embellissez le
faîte du bâtiment, tandis que par ses fondemens, --- Page 345 ---
CONTRE LE LUXE. 49 D demens , il manque & S écroulé : ainsi , en
affoiblissant ses principaux appuis, les ornemens ridicules & dangereux dont vous le
surchargez, ne font qu'assurer & hâter sa
ruiné. Lorsque, d'un côté, je songe aux profusions
immenses & ridicules qu'enfante, au détriment du nécessaire, le goût de la frivolité;
de l'autre, à cette foule d'hommes oisifs ou
même dangereux : lorsque je vois les arts
d'agrément favorisés aux dépens des métiers utiles, l'Agriculture sacrifiée à nos plaisîrs , je ne puis mieux comparer le Luxe
qu'à une plante parasite & affamée, qui ne
se lasse point de s'étendre & de propager
au loin : bientôt elle aura ruiné un terrain
immense , si une main habile n'y apporte un
prompt obstacle, & n'enfonce profondément
le tranchant du fer jusques dans ses racines,
qui consument vainement le plus pur suc de
la terre. L'abondance, sans doute, est la marque du bonheur & de la prospérité d'un
Gouvernement sage & éclairé ; mais non le
Luxe : l'une est un fleuve qui arrose & fertilise le pays qu'il traverse , l'autre est un
ôt elle aura ruiné un terrain
immense , si une main habile n'y apporte un
prompt obstacle, & n'enfonce profondément
le tranchant du fer jusques dans ses racines,
qui consument vainement le plus pur suc de
la terre. L'abondance, sans doute, est la marque du bonheur & de la prospérité d'un
Gouvernement sage & éclairé ; mais non le
Luxe : l'une est un fleuve qui arrose & fertilise le pays qu'il traverse , l'autre est un --- Page 346 ---
sa DISCOURS torrent qui ne porte que le ravage & la
destruction. On ne cesse de dire que l'argent est l'ame
du commerce, qu'il est le nerf de la guerre,
qu'il avance une négociation , tranche les
difficultés & les termine ; que l'or est le
grand mobile de toutes choses. Fanatiques
apologistes de ce métal tant prisé, achetez
donc , avec votre or, des mœurs & des citoyens. Vous dites qu'il est un agent toutpuissant & universel 5 oui 3 je le veux ,
c'est un agent, mais un agent subordonné :
c'est un valet, mais n'en faites pas un maître. Voulez - vous à la Banque, à la Bourse,
vous procurer un fonds qui ne vous manque
jamais ? mettez-y la confiance. C'esi-Ià un
trésor inépuisable, toujours prêt au besoin,
fécond en ressources, qui suffit à tout , &
dans toutes les circonstances. La Caisse aura
beam s'épuiser, si la confiance est méritée
si elle est bien établie , rien ne pourra la détruire : par elle vous serez plus riche, &
elle vous servira mieux que n'eussent fait des
monceaux d'or. 0 France ! tu le sais , & tu
Pas éprouvé , quand Sully, ou un homme --- Page 347 ---
CONTRE LE LUXE E. 51 jy i j digne de le remplacer, a régi tes Finances. Voulez-vous sa voir ce qui fait la richene
d'un Etat ? C'est un peuple ami de l'Agriculture & des Arts utiles j laborieux, infa--
tigable; courageux 3 méprisant l'or, & sur^
tout les voies basses / qui d'ordinaire le procurent; un peuple toujours prêt à s'immoler
pour l'honneur , pour la vertu, pour la Patrie. Le Prince dont il assure la gloire &
dont il fait le bonheur, doit estimer & mé*
nager une telle Nation -, & avec elle, il n y
aura point d'entreprises , dont il ne puisse
venir à bout (a). Ici, l'expérience des sîecles , développée (a) « On peut dire qu'un Gouvernement est parvenu â-
» son dernier degré de corruption , quand il n'a plus d'autre
« nerf que l'argent., .. C'est par de bonnes Loix , par une:
i) sage police , par de grandes vuas économiques, qu'un
« Souverain judicieux est sûr d'augmenter ses forces , saas
rien donner au hasard. Les véritables conquêtes qu'il fait
» sur ses voisins, sont les établissemens plus utiles qu'il forme
M dans ses Etats ; & tous les sujets de plus qui lui naissent
» sont autant d'ennemis qu'il tue. cc [ Extrait du projet de'
Paix perpétuelle de l'Abbé de S. Pierre , par J. J.ROUSSEAU,
Tom. II de ses OEuvres , Arnfi. M.-M. Rey., 1769, in-8°. ]i
J'ajouterois comme ce-Spartiate : Si votre voisin acquiert une'
Ville 1 une Province, acquérez une vertu , & vous seret
plus paissant que lui.
qui lui naissent
» sont autant d'ennemis qu'il tue. cc [ Extrait du projet de'
Paix perpétuelle de l'Abbé de S. Pierre , par J. J.ROUSSEAU,
Tom. II de ses OEuvres , Arnfi. M.-M. Rey., 1769, in-8°. ]i
J'ajouterois comme ce-Spartiate : Si votre voisin acquiert une'
Ville 1 une Province, acquérez une vertu , & vous seret
plus paissant que lui. --- Page 348 ---
<2 DISCOURS par les plus grands Maîtres en politique, nous
initruira mieux que de vains raisonnemens.
Ecoutons, sur cette importante matiere,
l'éloquent Ami des Hommes ( a ) ; lorsqu'envisageant l'Espagne, cette vasse Monarchie,
couvrant par son étendue & ses possessions
immenses, la moitié de la terre habitable ;
il se la représente comme un grand arbre ,
mais flétri , privé de sa séve , & dépouillé
aujourd'hui de son ancienne beauté ; lorsqu'indiquant la cause de ce désastre , il s'exprime ainsi, dans son slyle négligé , mais
plein de nerf : « Les sots & les enfans vous
» disent, que c'est l'expulsion des Maures,
» que c'est l'Inquisition , que ce sont les
Moines : & le vrai politique dira , l'or du
» Pérou fut la chaux au pied de l'arbre. Le
» Jardinier imprudent & ambitieux, fut Phi-
» lippe II. Il boucloit l'Italie & y régnoitpres-
» que, comme en Espagne; il corrompoit 1'AI.
» lemagne, bouleversoit la France, envoyoit
» sa flotte invincible en Angleterre : cela
» fut beau. L'arbre tomba en langueur : tout
» ce qu'y surent ses successeurs, fut de faire ( a) Tom. II, p. 16. --- Page 349 ---
CONTRE LE LUXE. tî D îij » venir de la chaux des Indes , pour rani-
» mer de nouveau FEspagne mourante : &
» tant a été procédé , que, les mines la
» dépeuplèrent ; & que , malgré le génie
» tenace de cette Nation, & fait pour le
» grand , ce ne fut plus qu'un cadavre. » Montesquieu semble enchérir sur le même
sujet.' « La fortune, dit - il , de la Mai-
» son d'Autriche , fut immense. Charles-
» Quint recueillit la succession de Bour-
» gogne, de Castille , & d'Arragon ; il par-
» vint à l'Empire ; & pour lui procurer un
» nouveau genre de grandeur, l'Univers s'é-
» tendit, & lion vit paroître un nouveau
» monde ( a ). L'Espagne, ajoute -1 - il, en
" tira une quantité d'ctr & chargent 3 'SI PRO-
" DIGIEUSE , QUE TOUT CE QUE L'ON EN
« ArOIT EU JUSQU'ALORS > NE POUVOIT
•>5 y ETRE COMPARÉ. Niais , ce qu'on n 'au-
» roit jamais soupçonne , la misere la fit
M échouer presque par-tout. Philippe II, qui
« succéda à Charles-Quint , fut obligé de
» faire la plus célébré banqueroute que ron
ira une quantité d'ctr & chargent 3 'SI PRO-
" DIGIEUSE , QUE TOUT CE QUE L'ON EN
« ArOIT EU JUSQU'ALORS > NE POUVOIT
•>5 y ETRE COMPARÉ. Niais , ce qu'on n 'au-
» roit jamais soupçonne , la misere la fit
M échouer presque par-tout. Philippe II, qui
« succéda à Charles-Quint , fut obligé de
» faire la plus célébré banqueroute que ron (rf ) Esprit des Loix , Tom. TI, pag. 347. --- Page 350 ---
54 DISCOURS P connoisse : & il n'y a jamais eu de Prince
t> qui ait plus souffert que lui, des murmu-
» res, de l'insolence , & de la révolte de
tt ses troupes , toujours mal payées » ( a ). Henri VII, Roi d'Angleterre, après s'être
emparé de tous les revenus ecclésiastiques
du Royaume, c'est-à-dire, ,par ce moyen
ayant possédé des richesses considérables ,
meurt insolvable (b). Caligula dépensa en
un an les trésors immenses de l'avare
Tibére (c). Ailleurs , Montesquieu compare l'apauvrissement de l'Espagne, par la découverte
de l'Amérique , au sort de ce Prince imbécile de la Fable , prêt à mourir de faim,
pour avoir demandé aux Dieux que tout ce
qu'il toucheroit se convertît en or ( d). Ne sont-ce pas là des preuves sans réplique, & de grandes leçons sur l'inutilité 1.
l'impuiiïance , sur la fatalité attachée à cet
Qr, que la multitude regarde comme le
premier mobile, & la grande machine des (4) Espritdes Loix, Tom, II, pag. 353, ( (J) Burnet, Hist, d'Angleterre. ( c) Grandeur des Romains, Pag, 171. (4) Esprit des Loix, Tom, II, pag. 2.57, --- Page 351 ---
CONTRE LE LUXE. 5) U IV Empires ( E ) ? Pourquoi ? parce que plus
l'argent monnoyé abonde dans un pays , ,&
plus ces signes de richeues s'y multiplient ,
plus ils perdent de leur prix , parce qu'ils
représentent moins de choses (a ). D'une autre part, plus il y a de richesses dans un Etat,
plus sa constitution tend à se corrompre
& à se détruire ( b). Les délices &les voluptés , qui toujours
accompagnent l'opulence , amolissent &
énervent les corps : ils deviennent bientôt
foibles & efféminés, ennemis de la fatigue,
incapables de longs travaux ; 1"espece dégé-
,nere enfin : & tout le monde convient que
les hommes aujourd'hui ne sont plus ce
qu'ils étoient autrefois. Quand au Louvre s
ou à Chantilly dans le Palais de Condé ,
les Cabinets d'Armes s'ouvrent devant moi,
je suis comme frappé d'admiration & de
respeft à la vue de ces énormes brassards ,
de ces lourds gantelets, de ces épées massives & de ces lances formidables qui les (a) E(prit des Loix, Tom. II, pag. 354. (b) V oyez le Ive. Entret. de Phocion, & la Note qui y
répond» . --- Page 352 ---
5,6 DIs cou R S décorent. Mon œil est encore plus effrayé,
lorsqu'il contemple attentivement la grandeur & le poids de ces armures complettes,
où se jouoient tantôt dans les joutes & les
tournois, tantôt à la guerre dans les plus
rudes combats, les Dunois, les Henri, les
Bayard, & les Crillon ( F).
) V oyez le Ive. Entret. de Phocion, & la Note qui y
répond» . --- Page 352 ---
5,6 DIs cou R S décorent. Mon œil est encore plus effrayé,
lorsqu'il contemple attentivement la grandeur & le poids de ces armures complettes,
où se jouoient tantôt dans les joutes & les
tournois, tantôt à la guerre dans les plus
rudes combats, les Dunois, les Henri, les
Bayard, & les Crillon ( F). Voilà comment la Nature se venge &
punit l'homme, qui manquant à son sexe,
à la dignité & à la supériorité de son être,
l'avilit & le dégrade. Aussi , par rapport aux
qualités physiques & morales, il y a autant
de différence entre un homme utile à l'Etat,
& ce qu'on appelle un homme du jour, qu'il
y a de différence entre l'aigle & le ver qu'on
foule aux pieds. Si je continue ce parallele
singulier d'un Newton, d'un Pierre le Grand,
avec ce chef-d'œuvre d'élégance & de graces , qui badine à la toilette des femmes,
qui se mire sans cesse & se caresse ; c'est
comparer le Roi des airs qui porte la foudre,
qui d'un œil fier & assuré sixe & affronte
les feux brûlans du jour ; c'est, dis-je, comparer l'aigle sublime à l'inse&e le plus vil,
qui, paré quelques instans d'ailes éphémeres --- Page 353 ---
CONTRE LE LUXE. 57 & d'une livrée brillante, mais né de la corruption & le rebut de la nature , rentre
bientôt dans le sein de la terre -, & qui ne
s'y reproduit que pour flétrir & corrompre
les fleurs & les fruits dont cette mere féconde
se pare & s'embellit. Mais tandis que l'espece humaine s'abâtardit visiblement ; dans un corps affoibli par
la molesse, l'ame se resTent de la fange des
voluptés où il se traîne ; elle perd son essor
& ne tend plus vers les grandes choses : le
vrai courage s'énerve , les vertus patriotiques s'évanouissent, & on regrette en vain
les siecles de force & de vertu, où des actions immortelles dont l'éclat éblouit nos
foibles yeux étoient si fréquentes, qu'elles
n'étonnoient point. En un mot, dès qu'une
Nation s'est corrompue , les politiques la regardent déjà comme subjuguée ( G ). Aussi ,
lorsque la pauvreté & la vertu ont eu à
combattre les Nations les plus riches & les
plus puissantes, la plus opulente a toujours
succombé. 0 Princes, qui que vous soyez , plus l'Etat
qui vous est confié ;est étendu & puissant, --- Page 354 ---
58 . DISCOURS plus mes leçons vous regardent & deviennent importantes. Que dis - je ? ce n'est
pas moi qui vous les donne , je 'pourrois
me tromper , c'est l'expérience de tous les
siccles qui ne se trompe jamais. Ecoutez ces
terribles leçons , & sachez que toujours
le tableau du pasle est l'image fidelle de
l'avenir
yez , plus l'Etat
qui vous est confié ;est étendu & puissant, --- Page 354 ---
58 . DISCOURS plus mes leçons vous regardent & deviennent importantes. Que dis - je ? ce n'est
pas moi qui vous les donne , je 'pourrois
me tromper , c'est l'expérience de tous les
siccles qui ne se trompe jamais. Ecoutez ces
terribles leçons , & sachez que toujours
le tableau du pasle est l'image fidelle de
l'avenir Voyez l'Egypte, cette Ecole de l'Univers , dont les loix & les coutumes étoient
si sages, qu'elles servirent de modele dans
la suite aux Républiques les plus célebres :
dès que l'Egypte opulente se laisse entamer
par le Luxe, elle devient bientôt la proie
, d'une Nation pauvre, peu nombreuse, mais
pleine de force & de courage. Voyez les
premiers Perses, qui subjuguerent l'Asie avec
tant de facilité , & dont les institutions
étoient si belles, que leur Histoire passe encore
aujourd'hui pour un Roman de Philosophie.
Dès que ce peuple , ami de la frugalité,
abandonne la trace de ses premieres vertus,
ses armées, aussi innombrables que mal disciplinées , sont forcées de céder à une poignée de Macédoniens aguerris & infatiga- --- Page 355 ---
CONTRE LE L U X E. 59 bles. Par la même raison, Athenes voluptueuse & corrompue ne peut tenir contre la
vertu de Lacédémone. Deux fameuses Républiques se disputent
l'empire du Monde : l'une étoit très-riche,
l'autre n'avoit rien ; & ce fut celle - ci qui
détruisit l'autre. Si ce problême politique
vous embarrasse, l'Histoire vous le résoudra :
41 Carthage qui faisoit la guerre avec son
» opulence contre la pauvreté romaine,
» avoit par cela même du désavantage :
» l'or & l'argent s'épuisent ; mais la vertu ,
» la consiance, la force & la pauvreté ne
» s'épuisent jamais ( * ). » Rome fondée par un pâtre , illustrée par
des laboureurs, & digne par ses vertus de
commander à toute la terre , devient bientôt
l'esclave. du premier monstre couronné qui
se présente, puis la proie des barbares, dès
que les richesses dont elle avoit dépouillé
l'Univers, l'eurent elle-même subjuguée. Les Romains ne furent jamais plus grands,
que quands ils surent se contenter de leurs ( * ) Grandeur des Rom. pag. 33,
Rome fondée par un pâtre , illustrée par
des laboureurs, & digne par ses vertus de
commander à toute la terre , devient bientôt
l'esclave. du premier monstre couronné qui
se présente, puis la proie des barbares, dès
que les richesses dont elle avoit dépouillé
l'Univers, l'eurent elle-même subjuguée. Les Romains ne furent jamais plus grands,
que quands ils surent se contenter de leurs ( * ) Grandeur des Rom. pag. 33, --- Page 356 ---
6o DISCOURS légumes grossiers , & mêler les soins du
labourage à ceux de la Magistrature &
du Consulat. Que l'on se rappelle en
effet les premiers temps de la République , où ses citoyens , amis de la simplicité , du travail, & de la discipline militaire , avoient du respeft pour les Dieux , &
pour passion , l'amour- de la gloire & de la
Patrie : que l'on se rappelle ces siecles heureux, où l'on vit briller à l'envi, la grandeur d'ame d'un Camille , le courage d'un
Régulus, la générosité , la noblesse & la
fierté d' un Curius, d'un Fabricius, & de
tant d'autres grands hommes qui surent allier
les vertus les plus sublimes à la plus extrême
pauvreté ! Que l'on compare cet âge d'or
de la République , avec les derniers temps
ou la bassesse , les trahisons, les perfidies,
les poisons, les assassinats, les proscriptions
enfin, firent de Rome , jadis le séjour-& le
temple de la vertu, un théatre d'infamie Se
d'horreurs : que l'on compare ces époques
si différentes, & l'on ne pourra s'empêcher
d'avouer que les mœurs simples & patriotiques des premiers Romains y avoient qu^l- --- Page 357 ---
CONTRE LE LUXE. 61 que chose de plus grand, & de plus augusle , que toute la pompe & la magnificence de Rome sous les Empereurs -, que
toutes ces richesses qui ne servirent qu?à
la corrompre & l'assujettir , pour la perdre
ensuite sans retour. Si nous repliant sur notre propre Histoire,
nous rapprochons les siecles de Charles VII,
d'Henri IV, & le plus étonnant, celui de
Louis XIV } ce parallele ne sera point à
notre avantage, & nous serons forcés de nous
écrier avec un de nos politiques , que sous
le premier des Bourbons , ainsi que fous
plusieurs de ses Prédéceneurs, « de grands
» hommes commandoient de petites armées,
» & que ces armées faisoient de grandes cho-
» ses. ( * ) » Ce n'est point que la bravoure
& l'impétuosité Françoise ne soient encore
les mêmes aujourd'hui : ce n'est pas que la discipline militaire ne se soit beaucoup perfectionnée. Mais avec quel courage des soldats
supporteront-ils des travaux excessifs dont ils
n'ont aucune habitude ? Avec quelle ardeur
ous
plusieurs de ses Prédéceneurs, « de grands
» hommes commandoient de petites armées,
» & que ces armées faisoient de grandes cho-
» ses. ( * ) » Ce n'est point que la bravoure
& l'impétuosité Françoise ne soient encore
les mêmes aujourd'hui : ce n'est pas que la discipline militaire ne se soit beaucoup perfectionnée. Mais avec quel courage des soldats
supporteront-ils des travaux excessifs dont ils
n'ont aucune habitude ? Avec quelle ardeur ( *) Ami des Hommes, Tom. III, pag. 175. --- Page 358 ---
i
61 D 1 seo tJ R. S feront-ils des marches forcées, sous des Officiers qui n'ont pas même la force de voyager
à cheval ( H ) ? On a beau me vanter l'intrépidité de nos guerriers dans un jour de
bataille ; on ne me dit point comment ils
supportent l'excès du travail, comment ils
résisient à la rigueur des saisons , & aux intempéries de l'air : & qu'importe à l'Etat i
que ses troupes périssent par la fatigue , par
la fiévre & le froid , ou par le fer de l'ennemi ? Avouons - le, ce qui forma les plus
grands hommes dans tous les temps, chez
toutes les Nations, Ce fut la simplicité des
mœurs, la sobriété, l'amour du travail &
la pauvreté , toujours compagnes de la vertu.
Voilà pourquoi Alexandre, après une victoire signalée , fit mettre le feu à toutes les
richesses trouvées dans le camp ennemi ( a) ;
& pourquoi dans la suite y à son exemple ,
après la riche conquête des Indes , le célebre Thamas ne voulut laisser aux compagnons de sa gloire qu'une fortune médiocre (b). ( a ) Grandeur des Rom. pag. 44. (h) Hijl. 4e sa vie, pagr 40j.. --- Page 359 ---
* CONTRE LE LUXE. 63 Je m'adresse en ce moment à un Prince
de l'A sie, & je lui dis : « Fais-toi des mon- » ceaux d'or ; rassemble tous les trésors que
» l'industrie, & qu'une longue avarice peu-
» vent se procurer ; ajoutes-y encore tout ce
» qu'on peut arracher de ses Sujets par toutes
» sortes de voies, par une infinité de moyens
» qui te sont familiers: avec tant derichesses
» tu pourras sans doute satisfaire à ton gré
» tes desirs, convertir ces trésors en Palais ,
» en plaisirs, en voluptés , & mieux com-
» mander à des femmes, à des monstres à
» des esclaves enfin. Mais de tant d'or, que
» t'en reviendra-t-il , pour ton bonheur,
» pour celui de tes peuples ? (car des jouis-
» sances toutes sensuelles & d'un moment,
» qui ne font que caresser les passions, ces
» vautours renaisïans, peuvent-elles faire la
» félicité & la gloire d'un grand Prince ? )
» Que te reviendra-t-il enfin de tout cet or ?
» Je vais te le dire * ce qu'il produit toujours ,
» beaucoup de vices ; le Luxe, la dissolu-
» tion des mœurs, le concours des crimes
» les plus atroces , & toujours pour fin der-
» niere , aux peuples comme au Monar-
uelles & d'un moment,
» qui ne font que caresser les passions, ces
» vautours renaisïans, peuvent-elles faire la
» félicité & la gloire d'un grand Prince ? )
» Que te reviendra-t-il enfin de tout cet or ?
» Je vais te le dire * ce qu'il produit toujours ,
» beaucoup de vices ; le Luxe, la dissolu-
» tion des mœurs, le concours des crimes
» les plus atroces , & toujours pour fin der-
» niere , aux peuples comme au Monar- --- Page 360 ---
64 DISCOURS » que, l'esclavage. Ce langage ennemi de
» la flatterie , a droit de te surprendre ; voici
» ce qu'il faut encore qu'il t'apprenne ; que
» les hommes se sont donné plus de maux
» par le Luxe Se par la molesse , que ne
» peuvent en produire la misere , le, travail
» & la guerre. » Frappés de ces vérités terribles, déja plusieurs Princes de l'Europe se sont comme
donné le signal; & pour le bonheur du
genre humain, ils ont formé entre eux une
sainte ligue ( /). Ces Monarques, dans un
temps où le Luxe a gagné presque toutes les
Cours ; dans un siecle où les peuples travaillés à la fois de deux cruelles maladies, la
misere & le faste, s'aiment & se plaisent cependant dans cette situation gênante ; loin
de s'endormir au sein de la molesse & des
voluptés , au lieu d'abandonner le soin des
moeurs aux loix ordinaires d'une police
subalterne & à la seule vigilance des Magistrats, ces Monarques ont senti le besoin d'y
veiller eux-mêmes, & de se hâter de les
corriger. Du haut de leur trône, ils ont
commandé à la tempête, qui, en grondant,
7 menaçoit --- Page 361 ---
CONTRE LE LUXE. ' 65 - E menaçoit de le renverser. Ils ont compris que
le Luxe & la dissolution parvenus à cet excès , exigeoit qu'on leur imposât un nouveau
frein qui pût les contenir. Entre ces Rois philosophes, & bienfaiteurs
de l'humanité , vous en distinguez un, qui
-dans l'âge des passions & d# plaisirs, eSt
moins flatté d'éblouir les yeux par son faite
& sa magnificence , que de charmer les
coeurs par sa bonté, & par des vertus vraiment royales. Ce jeune Prince s'ell montré
le protecteur du foible, de l'indigent & du
laboureur. Il a voulu adoucir le sort & les
fers des malheureux ; par la sagesse de ses
Loix , bannir les désordres de son Etat, corriger les abus ( K ) , conserver la bienséance
des mœurs publiques , réprimer le Luxe &
la licence , toujours plus funestes aux Empires que la guerre & les calamités. Déja
sa modération a donné les premiers exemples
des sacrifices ; & elle les a faits dans sa
propre Maison. Ce Prince , qui regarde ses
Sujets comme ses enfans 7 son Royaume
comme sa famille , veut commander à une
Nation libre & vertueuse : & il en a fait le
at, corriger les abus ( K ) , conserver la bienséance
des mœurs publiques , réprimer le Luxe &
la licence , toujours plus funestes aux Empires que la guerre & les calamités. Déja
sa modération a donné les premiers exemples
des sacrifices ; & elle les a faits dans sa
propre Maison. Ce Prince , qui regarde ses
Sujets comme ses enfans 7 son Royaume
comme sa famille , veut commander à une
Nation libre & vertueuse : & il en a fait le --- Page 362 ---
66 DISCOURS CONTRE LE LUXE. serment, de ne régner que pour la rendre
heureuse. Trop resserrée dans les bornes du
Royaume le plus florissant, son ame noble &
généreuse a voulu briser les fers de l'Américain, rendre aux Mers leur liberté primitive ;
& pour mettra le comble à ses hautes deftinées , assurer le bonheur & la.paix de toute
l'Europe. Heureux un tel Prince ! l'amour & les
cœurs de ses Sujets le gardent mieux que
les glaives étincelans qui l'entourent. Heureux ensemble le Monarque & la Nation,
qui à l'envi concourent au bien (de l'humanité , & qui assurent en même temps leur
félicité réciproque ! Fin de la Seconde Partie. Le faste & la pompe que plusreurs Empereurs avoient apportés de leur séjour en Asie * s'étant établis a Rome , les
yeux s'y accoutumèrent d'abord ; & lorsque Julien voulut
mettre de la simplicité & de la modestie dans ses manieres ,
on appella oubli de sa dignité ^ ce qui n'était que la mémoire
des anciennes mœurs. [ Grandeur des Rom. pag. 197. 1 --- Page 363 ---
, 67 . E ij NOTES i POUR CETTE SECONDE PARTIE. PA AGE 40. ( A ) Dans ce siecle une Gaze légere va faire
le sort de cinq cens mille familles , & la reprise ou l'abandon
d'une bagatelle semblable , met en aRion, & enchaîne tourà-tour 3 un million de bras. ' J'ai voulu peindre ce que peut faire la succession subite du
Marly à la Dentelle, de la Dentelle à la Gaie, de la Gaze
au Filet, &c. ; sur-tout cette derniere révolution. J'ai consulté à ce sujet , M. Douay rainé , Fabricant de Gaze, à
Paris, auteur des articles de l'Encyclopédie, qui concernent
ce commerce; & il n a fait que me confirmer ce que j'avance
ici. L'on m'a ajouté que les permissions surprises au Gouvernement pendant quelque temps , de faire entrer dans le
Royaume des Gazes d'Angleterre , & les derniers protocoles
de Deuil de Cour, qui néceilitent de s'en servir , avoient encore plus nui à nos Fabriques. Il faut avouer , que c'est
donner à l'Angleterre un débouché de commerce, & des facilités de débit, qu'elle ne nous accorde point. Page 4°. ( j ) Cette inconflance éternelle des Modes jette incessamment dans l'inaction des milliers d'Ouvriers , que le
Luxe payoit si cher , &c. Le Commerce de Lyon vient d'éprouver cette crise. Depuis
long-temps on y faisoit des Lampas, des Dauphines , & d'autres Etoffes d'un grand prix, brochées en soie & en argent,
ou en or. Tout-à-coup les femmes.s'en sont dégoûtées, pour
ne porter que de petites robes. Les Vesses travaillées en or
pour les hommes, ont également cessé d'être de mode. Ces
changemens subits ont opéré une perte irréparable dans le
, &c. Le Commerce de Lyon vient d'éprouver cette crise. Depuis
long-temps on y faisoit des Lampas, des Dauphines , & d'autres Etoffes d'un grand prix, brochées en soie & en argent,
ou en or. Tout-à-coup les femmes.s'en sont dégoûtées, pour
ne porter que de petites robes. Les Vesses travaillées en or
pour les hommes, ont également cessé d'être de mode. Ces
changemens subits ont opéré une perte irréparable dans le --- Page 364 ---
68 NOTES. commerce de cette Ville , remplie d'ailleurs d'une multitude
d'Ouvriers, inoccupés par cette révolution. Page 43. (C) Tel homme à qui jadis un simple appartement auroit suffi , se trouve trop resserré dans un Hôtel
immense. On a vu de nos jours à Paris, un Procureur au Châtelet
trouver trop étroit pour lui, l'Hôtel qui avoit appartenu au
Chancelier de l'Hospital, dans lequel ce grand homme, ennemi du faste , se trouvoit à l'aise, en 1573. Observez qu'il
n'y a que deux cens ans ; rien ne fait mieux sentir quels progrès le Luxe a fait depuis deux siecles. Cette Anecdote se
trouve déja consignée dans un Eloge imprimé de l'Hospital.
Page 47. ( D ) Des ProseJJions ... lucratives deviendront honorables. Le choix d'un chef de cuisine , que les Condé & les Turenne regardoient comme un domestique ordinaire , devient
aujourd'hui une affaire importante ; elle exige des appointcmens plus considérables, & beaucoup plus de soins que s'il
s'agissoit du choix d'un Secrétaire, ou d'un Gouverneur pour
l'héritier de la Maison. Voyez, par rapport aux dangers du Luxe de la table , les
Présages de la décadence des Empires. Ce Livre imprimé, il
y a près d'un siecle , & rare aujourd'hui, est peut-être une
des meilleures productions du Ministre Jurieu. Page 5 5. ( E ) Ne sont-ce pas là de grandes leçons sur la fatalité attachée à cet or , que la multitude regarde comme le
premier mobile & la grande machine des Empires ? M. le Chevalier de Pages, dans ses trois voyages, n'a point
vu plus de misere, plus de pauvreté ni de besoins plus réels
& plus pressans , qu'à San-Louis-Potosi , où des mines considérables & des richesses immenses ^ y entretiennent un
Luxe désordonné-' Il fait la même remarque , en parlant de
Mexico , où l'on pou (Te la somptuosité jusqu'à employer aux --- Page 365 ---
/ 11
NOTES. 69 E iij - , roues des voitures & à des usages semblables, l'argent au
lieu de fer. Voyei les pages 112 & 117, Tom. I , de ses Voyages
aut,our du Monde. Paris, Moutard, prem. Edit. a vol. in-89.
178t. Page 5 6. (F) Le poids de ces Armures complettes oÙ se
jouoient dans les plus rudes combats, les Dunois, les
Henri s les Bayard & les Crillon. Si l'on compare ces Guerriers pleins de courage & çle
vigueur, avec les Romains , dans le temps oh leur discipline
militaire étoit dans toute sa force , le parallèle sera à l'avantage des Romains. Leurs soldats étoient accoutumés à faire
en cinq heures vingt milles, & "quelquefois vingt-quatre.1
Pendant ces marches , on leur faisoit porter jusqu'à soixante
livres ; on les entretenoit dans l'habitude de courir & de sauter tout armés : ils portoient dans leurs exercices des épées ,
des javelots 1 des fleches d'une pesanteur double des armes.
ordinaires m, & ces exercices étoient continuels
à l'avantage des Romains. Leurs soldats étoient accoutumés à faire
en cinq heures vingt milles, & "quelquefois vingt-quatre.1
Pendant ces marches , on leur faisoit porter jusqu'à soixante
livres ; on les entretenoit dans l'habitude de courir & de sauter tout armés : ils portoient dans leurs exercices des épées ,
des javelots 1 des fleches d'une pesanteur double des armes.
ordinaires m, & ces exercices étoient continuels Faudra-t-il aujourd'hui exiger quelque chose de semblable
de nos meilleures Troupes } Non sans doute ; ce qui endurcit les corps robusies', accable les corps foibles : le soleil qui
durcit la pierre, fait fondre la cire. N Page 57. (G) Dès qu'une Nation s'est corrompue, les Politiques la regardent déjà comme subjuguée. On a remarqué que les siecles où l'on a vu le plus de Íimplicité dans les Habillemens, & dans les mœurs , ont été ceux
des grandes choses; & au contraire , que les reines de Luxe
ont toujours été. foibles & malheureux. Le regne d'Henri III
'en est une preuve éclatante. Ses Courtisans ne s'amusoient
qu'à des jeux bas & puériles ; ils se partageoient entre des (*) Végète, Liv. i>. --- Page 366 ---
70 N Q, T E S. débauches outrées & des dévotions ridicules : le Luxe des
habits n 'àvolt point de bornes. 3» Aux Noces de Joyeuse ,
» dit Mezerai, tous les convives changerent d'habits si riches
« & si précieux, que les draps d'or & d'argent n'y avoient
3) point de lustre ; il y en avoit qui coûtoient dix mille écus de
" façon : enfin, la dépense y fut si prodigieuse , que le Roi,
3) pour sa part seulement, n'en fut pas quitte à moins de
« quatre millions. CC Page 62. (H) Avec quelle ardeur les Soldats feront-ils des
marches forcées, fous des Officiers qui n'ont pas même la
force de voyager à cheval ? Dans les guerres malheureuses du regne précédent, nos
Officiers avoierit tous des fourgons, un nombreux domestique j leur table délicatement servie , chacun leur chaise de
posse, leur toilette , &c. L'événement prouva ce que peuvent
l 'indiscipline & la mollesse. Ce n'etoit pas ainsi que se comportoient le grand Condé ,, l'exaft Turenhe & le sévere Catinat : aussi leurs succès furent-ils bien différens. Page 64. (1) Frappés décès vérités terribles, déjà plusieurs
Princes de l'Europe se sont comme donné le signal ; & pour
le bonheur du genre humain, ils ont formé entre eux une
sainte ligue. Les Rois de France 3 de Suede 3 de Danemarck, de Naples,
le Duc de Toscane , &c. Voyez les Edits de Sa Majeflé
Très-Chrétienne, concernant la réforme de sa Maijon. Lisez les
Réflexions somptuaires ( par le Roi de Suede. ) La Haye 3 Detune , 1778, brochure in-12. Loi somptuaire du Roi de Naples,
qui sixe VHabit de la Semaine-Sainte 3 insérée N°, 42 3 Gazette de France du 25 Mai 1781.
, de Naples,
le Duc de Toscane , &c. Voyez les Edits de Sa Majeflé
Très-Chrétienne, concernant la réforme de sa Maijon. Lisez les
Réflexions somptuaires ( par le Roi de Suede. ) La Haye 3 Detune , 1778, brochure in-12. Loi somptuaire du Roi de Naples,
qui sixe VHabit de la Semaine-Sainte 3 insérée N°, 42 3 Gazette de France du 25 Mai 1781. On n'avoit fait que citer dans l'Edition précédenfe la Lettre du Duc de Toscane,, aux Chess des Collèges des Nobles,
Cette Lettre est si sage , si bellé , si touchante, que nous --- Page 367 ---
Notes. 71 E iv croyons devoir la rapporter ici en entier. Nous allons aussi
donner un Extrait de la Déclaration somptuaire du Roi de
Suede , qui n avoit été qu'indiquée d'abord. La réforme qui en
fait l'objet, est intéressante par son contraste avec nos mœurs.
Ces deux pièces feront plaisir au plus grand npmbre de nos
Lecteurs. /ixtrait de la Déclaration du Roi de Smde, pour faire reprendre a l'habillement Suédois son ancienne simplicité ; du 20
Mars .1778, « Sa Majesté Suédoise, persuadée que jusqu'alors les Loix
» somptuaires ayoient été insuffisantes, par le penchant
" quont.la plupart des honunes à rivaliser de magnificence
" avec les Peuples dont ils ont pris l'habillement : pour arra-
" cher entièrement la Nation à tout Luxe étranger, à tout
amour de la parure, & enrmême temps , pour donner une
55 nouvelle activité aux Manufactures Suédoises ; & de plus ,
^ pour conserver dans le Royaume les fonds que le goût des
" Modes étrangeres en faisoit sortir • Sa Majesté a fait adresser
v aux Gouverneurs de ses Provinces, un Rescrit où sont dé-
» taillés les motifs & la maniéré d'effeétuer son dessein à cet
" égard.. • " Elle a jugé, que l'unique moyen étoit d'introduire un
« habillement national, entièrement distinct, & qui réunît la
33 décence avec la simplicité. S. M. n'ehtend point vouloir contraindre ses Sujets à un
» changement 'qui pourroit leur déplaire. Elle pense que
» l'exemple qu'Elle donnera sur ce point, & la considération
" des avantages, qui en résulteront, -feront d'assez puissans
« motifs pour opérer l'exécution d'un projet si salutaire. cc En conséquence, déclare Sa Majesté , qu'étant dans l'in-
« tention d'adopter, le 28 Avril suivant, avec ses freres les --- Page 368 ---
72 NOTES. » Sénateurs , & les principales personnes de sa Cour, une
forme nouvelle d'habillement ; de le porter toujours
à l'avenir , & de le donner à ses Troupes, à mesure
» qu'elles recevront des uniformes ; S. M; envoie à ses GouM verneurs un modele ou dessin de cet habillement renouvellé, & tel que les Suédois le portoient au temps de
53 Gustave Vasa : lequel habillement consistant en une camisolle boutonnée, comme les vestes actuelles ; une veste
M venant à la moitié de la cuisse , par-dessusla camisole , &
» qui joindra jusqu'en bas , avec une écharpe sur la camisoIe pu sur la veste ; des hauts-de-chausses très-amples 3 &
3> des rosettes aù lieu de boucles de jarretières , ainsi qu'aux
» souliers ; un manteau descendant jusqu'aux jarretieres, un
3) chapeau, petit de bord , & retroussé d'un côté , & de très-
" petites manchettes,
ant à la moitié de la cuisse , par-dessusla camisole , &
» qui joindra jusqu'en bas , avec une écharpe sur la camisoIe pu sur la veste ; des hauts-de-chausses très-amples 3 &
3> des rosettes aù lieu de boucles de jarretières , ainsi qu'aux
» souliers ; un manteau descendant jusqu'aux jarretieres, un
3) chapeau, petit de bord , & retroussé d'un côté , & de très-
" petites manchettes, » Les personnes qui composent la Cour, porteront cet habit
" en noir, & couleur de feu, les jours ordinaires ; & les
)y jours que le Ro^ou sa Famille tiendra sa Cour, on le por-
." tera en couleur de feu .& blanc. ; » A l'égard des Dames de la Cour, en suivant les cou-
" leurs des Cavaliers -, elles porteront des robes saites à-peu-
» près comme celles qu'on appelle CircaJJiennes. « Voyez GaZette de France, du 17 Avril 1778 , NQ. 31. On sait que cette réforme est en vigueur , que tous les
Suédois s'y conforment, depuis le Monarque jusqu'au dernier
rde ses Sujets. Le'.Gouvernement a même fait graver cette
forme d .'habillement afin que cette image servît de modele
.& de reproche aux Suédois, s'il arrivoit qu'on s'en écartât. Le Roi de Suede vient de faire frapper une médaille ( en
Mars 1783 ) pour perpétuer la mémoire de cet habillement
pational, qu'il a fait prendre à ses Sujets en 1778. Cette médaille, d'un côté représente le Buste du Roi j & de l'autre, la --- Page 369 ---
1 Notes. 73 Providence sous la figure d'une femme qui s'appuie d'une
main sur un pilier, & qui tient de l'autre une hallebarde. Au
bas de cette figure paroît un globe ; l'inscription porte :
Providentia Augafla ; &. l'exergue, Re vefliariâ stabilitâ,
1778. Lettre circulaire écrite de la part de S. A. R. le Grand Duc de
Toscane, aux Chefs des Colleges des Nobles , dans les
Villes de ses Etats.. » Son Altesse Royale voit avec douleur le Luxe excessif
» qui s'est introduit dans les habillemens, sur-tout dans ceux
3) des femmes , dont il prévoit les conséquences funestes. ce Les femmes à qui leur fortune personnelle, ou la com-
« plaisance de leurs, maris permet de disposer d'un revenu
j> considérable , au lieu de le consacrer à d'autres emplois plus
» nobles & plus utiles , ont la foiblesse de le dissiper au gré
d'une vanité ridicule. Celles d'une condition égale , mais
» qui sont moins riches , se croient obligées, par un faux
» point d'honneur, de s'égaler en tout aux premieres ; & les
» femmes d'un moindre rang , par une suite de l'ambition na-
» turelle à leur sexe, font des efforts ruineux pour se rappro-
» cher de celles d'un rang supérieur. Ces fantaisies dispendi'eu.
" ses eie le Luxe a introduites dans la Capitale, passent dans
j) les Provinces, & jusques dans les campagnes, où elles ont
3> des suites encore plus déplorables. Delà , plus de difficultés pour les mariages , & dans tous
v les états ; delà , le défaut d'argent pour l'éducation des env sans, devoir si important, ou pour la dot des filles ; & la
« disproportion de la dépense avec les revenus: delà , les
3) dettes , l'infidélité à l'égard des créanciers , la diminution
» des capitaux pour le Commerce ,des fonds pour les Manu-
» faâures utiles , des avances pour la culture ; la ruine des faV milles , les divisions domestiques ; enfin les mauvaises
» mœurs. -
, le défaut d'argent pour l'éducation des env sans, devoir si important, ou pour la dot des filles ; & la
« disproportion de la dépense avec les revenus: delà , les
3) dettes , l'infidélité à l'égard des créanciers , la diminution
» des capitaux pour le Commerce ,des fonds pour les Manu-
» faâures utiles , des avances pour la culture ; la ruine des faV milles , les divisions domestiques ; enfin les mauvaises
» mœurs. - --- Page 370 ---
74 Notes. « Cet excès de vanité, qui dans quelques femmes n'est
# qu'une foiblesse méprisable, devient dans la plupart de celles
» qui les imitent, un véritable crime , puisqu'elles ne peu-
» vent satisfaire cette vanité qu'aux dépens de la fortune
» d'autrui, ou de ce qui devroit être réservé aux devoirs les
» plus essentiels des pères & meres de fàmille. » Cependant, Son Altesse Royale 5 fidelle au syfëême qu'elle
3) s'est formée de respeaer la liberté des avions.dans ses Sujets, n'a point voulu porter de Loi contre le Luxe. Elle
» sait d'ailleurs combien il seroit difficile de soumettre à des
» Loix, un objet dont les formes varient sans cesse , & où,
» principalement pour ce qui regarde la parure des femmes,
» le mal vient moins de la cherté des matieres qui forment les
» parures, que de leur multiplicité , & de l'abus que l'on
» en fait. Sa bonté pour ses Sujets ne lui permettra jamais
» de faire des Loix , qu'il seroit également facile d'éluder, &
» de faire servir de prétexte à des vexations ; mais Elle compte
» assez sur leur amour, pour être assurée qu'ils s'empresseront
7) de seconder ses vues paternelles, & de mériter son appro-
» bation. » Comme c'est par la Noblesse que la réforme doit com-
» mencer, & que c'est à elle à en donner l'exemple auK autres
» classes de citoyen , votre Seigneurie voudra bien faire part
» aux Collèges des Nobles, des intentions de leur Souverain. » Leurs Altesses Royales verront avec plaisir la Noblesse
» des deux sexes paroître à la Cour les jours de gala, &dans
D> les autres occasions publiques , en habits unis ou même
» noirs; dans cette simplicité d'ajustemens , qui s'accorde
» mieux avec la vraie grandeur & les graces décentes, qu'une
3> parure recherchée & faite pour le théâtre. M Les Sujets de leurs Altesses doivent penser quEUes sont
» capables d'estimer les Membres de la Noblesse, non d'après
r. leur magnificence dans les habillemens, mais d'après l'élé- --- Page 371 ---
NOTES. 75 » vation de leurs sentimens, l'honnêteté dans leur conduite ,,
» le bon usage de leurs revenus, & des avions d'une bien-
.) faisance éclairée. » Au contraire, S. A. R. fera entrer dans le jugement
» qu'Elle portera du mérite de chaque individu , la modéra-
» tion ou l'excès de la parure, tant pour lui-même, que pour
» sa Femme ou ses Filles 3 comme une forte présomption
3) pour sa bonne ou mauvaise conduite , par la solidité ou
n la frivolité de son esprit, pour la sagesse ou la foiblesse de
»» son caractère ; & cette présomption influera dans la distri0) bution des grâces, & sur-tout dans celles des emplois pu-
» blics, qu'on ne doit donner qu'à des hommes d'un jugement
3) sain, & qui, par leur économie dans leurs propres affai3) res, ont mérité que celles du Public leur soient confiées. »
aise conduite , par la solidité ou
n la frivolité de son esprit, pour la sagesse ou la foiblesse de
»» son caractère ; & cette présomption influera dans la distri0) bution des grâces, & sur-tout dans celles des emplois pu-
» blics, qu'on ne doit donner qu'à des hommes d'un jugement
3) sain, & qui, par leur économie dans leurs propres affai3) res, ont mérité que celles du Public leur soient confiées. » L'Empereur vient de s'unir, contre le Luxe, à ces Souverains. Sa Majesié Impériale, par une Ordonnance somptuaire, donnée à Vienne , ne permet qu'aux Nobles d'avoir
des bijoux, des étoffes d'or, d'argent, & même de soie. Les
roturiers ne pourront porter que des habits sans ornemens, &,
leurs femmes seront tenues de se coëffer modestement. Galette
de France , du 3 Décembre 1782 , N°. 97. ^ L'Impératrice de Ru1fie , par un Réglement somptuaire ;
aussi récent s ordonne que les femmes ne paroissent à la
Cour, qu'avec des habits simples, & non chargés des ornemens coûteux que le goût inconStant des Modes y emploie ,
avec une variété plus dispendieuse encore. On y renvoie les
femmes comme les hommes , aux couleurs déjà fixées pour
chaque Gouvernement. Enfin, la réforme nouvelle se porte sur
la hauteur des coëffures modernes , qui déformais seront plus
convenables à la décence publique , & même plus avantageuses à la beauté. Galette de Fraftce, du 6 Décembre 1782 ;
N°. 98. --- Page 372 ---
7 6 N 0 TES. Extrait de la nouvelle Ordonnance du Roi de Danemarck,
pour réprimer le Luxe dans le; Royaumes de Danemarck &
de Norwege, du 2.0 Janvier 1783. cc Sa Majesté Danoise ne permet d'employer l'or & l'argent,
» que pour de petits ustensiles, comme cuilleres, montres,
33 boîtes , couteaux, -étuis, &c. Elle borne l'usage des plats
3) d'argent au nombre de huit : confisque par-tout le Royaume
» l'or & l'argent travaillés qu'on y importeroit. >3 Défend S. M. les galons d'or & d'argent à l'avenir, ex":
33 cepté dans les uniformes , pour les personnes attachées au
« service de S. M. qui doivent les porter. Elle tolère jusqu'au
premier'Janvier 1786 , les galons déjà employés. 33 Prohibe généralement tous les habits d'homme, les
» housses & couvertures de chevaux , &c. tissus d'or, d'ar-
» gent ou de soie; tolere ceux déjà faits , jusqu'au premier
. » Février 1786. » Les appartemens , meubles & voitures ne pourront plus
" à l'avenir être dorés ni argentés en or ou argent fin. » Les boutons pour les habits d'homme, à l'exception des
» u.ormes, seront de même étoffe que les habits, ou bien
» seront faits de soie ou de poil de chameau. 33 Défend , au premier Janvier 1786 , de porter des habits,
3) & surtouts de soie & de velours , la soie ne pouvant être
» employée pour les hommes , qu'en vestes, culotes & bas
w excepte cependant les velours 'de coton & soie , de Fabri,
si que nationnale.
d'homme, à l'exception des
» u.ormes, seront de même étoffe que les habits, ou bien
» seront faits de soie ou de poil de chameau. 33 Défend , au premier Janvier 1786 , de porter des habits,
3) & surtouts de soie & de velours , la soie ne pouvant être
» employée pour les hommes , qu'en vestes, culotes & bas
w excepte cependant les velours 'de coton & soie , de Fabri,
si que nationnale. H Tout usage de pelleteries est réduit à celles du pays: on
. » permet également les seules fleurs d'Italie, faites dans le^ . J3 pays. Défense de fabriquer des tapisseries en soie , comme
de se servir de rideau de soie, y Il ne sera pas permis d'importer de l'Etranger des meu- --- Page 373 ---
Notes. 77 » bles , tapis de pieds, ni voitures avec leur équipage de
» chevaux ; des pendules & montres ; porcelaine, fayence &
i) .verrerie. On excepte jusqu'à nouvel ordre, les miroirs. « On ne pourra servir dans les repas que six plats, grands
» ou petits \ quatre aux desserts, outre les fruits du pays. L'u3) sage du vin est borné aux rouges & blancs de France , &
» aux vins de Malaga & de Madère. „ » Prohibe au premier Janvier 1784, les habits brochés en
« or ou en argent, & tout ce qui est monté en pierres fines ou
i) fausses , excepté ce qui seroit un don de la Cour. Mêmes
» défenses pour les dentelles & points, &c. 3> Du premier Janvier 1786 , le Sexe ne pourra porter sur
3) ses habillemens d'autres garnitures, que de la même étoffé ;
1) ou si elles n'en étoient point, qu'au-dessous du prix de seize
» écus. Celles qui seront fabriquées dans la présente année ,
J> seront fixées au même prix , & astreintes à la même regle. « Permet au Sexe de porter des broderies de soie, pourvu
J> que ces ouvrages soient fabriqués dans le pays, & marqués.
du timbre. « Défense à tous domestiques de se faire coëffer par un Per3* ruquier, sous peine d'une amende de quatre écus. Défense
» aux domestiques femelles de porter des coëffures au-dessus
pi d'un écu 3 excepté le jour de leurs noces, & jamais de
« boucles d'oreilles. « Afin que la présente-Ordonnance , après sa publication
» se conserve dans la mémoire des Danois, & pour qu'ils
" s'y conforment', il en sera fait annuellement lecture dans
j) les Chaires de toutes les Villes des Royaumes de Dane-
» marck & de Norwege , le premier Dimanche de l'année ,
3> & le premier Dimanche de Juillet. Sa Majësté espere que,
3> ses Sujets, instruits de ce qui peut contribuer à leur bienêtre , recevront avec joie ces regles d'économie, qit'Elle --- Page 374 ---
78 Notes. » ne veut point faire exécuter provisionnellement par voie
s> de police, ni par d'autres moyens de rigueur. Donné à
:u Christiansbourg, &c. » Voyez le Mercure de France 1783 , N°. 10, & Galettes
de France 3 Nos. 19 & 21. Autre Ordonnance du Roi de Danemarck, du 31 Janvier
1783 •> pour réformer la dépense du jeu : (Il ne sera plus payé
qu'un écu pour les cartes , &c. ) adressée d'abord au Grand
Maréchal de la Cour , afin qu'elle montre la premiere
l'exemple. Mercure de France déja cité.
c. » Voyez le Mercure de France 1783 , N°. 10, & Galettes
de France 3 Nos. 19 & 21. Autre Ordonnance du Roi de Danemarck, du 31 Janvier
1783 •> pour réformer la dépense du jeu : (Il ne sera plus payé
qu'un écu pour les cartes , &c. ) adressée d'abord au Grand
Maréchal de la Cour , afin qu'elle montre la premiere
l'exemple. Mercure de France déja cité. Nouvelle Déclaration somptuaire du Roi de Danemarck }
du 3 Mars dernier explicative de la premiere , du 20
Janvier , qui prouve que l'Administration ne perd point de
vue la réforme du Luxe , & qu'elle s'occupe toujours avec
zele de cet objet important. Galette de France du 22 Avril
1783 , Np. 32. Extrait d'une nouvelle Ordonnance du Roi de Danemarck,
concernant les Habitans de la campagne , du 12 Mars 1783. » Les convives des noces, y compris les mariés, les peres ,
» meres, freres & soeurs, &c. ne pourront à l'avenir ex-
» céder le nombre de trente-deux personnes. Ils se conten-
» teront de quatre plats, sans faire usage de vin ni de café.
» Les mariés seront assujettis à une amende de deux marcs ,
e) par chaque personne, au-delà des trente-deux convives
» fixés par la présente Ordonnance ; à une autre amende
» de huit scheuings par tête, si l'on avoit servi plus de quatre
* plats , ou bien présenté du vin ou du café. » Le café & le vin sont de même absolument défendus à
» tous ceux qui assistent aux accouchemens & baptêmes, aux
relevailles des femmes, & aux enterrêmens. Dans tous ces
3» cas, il n'esi permis de donner à manger qu'à ceux qui
v viennent d'endroits éloignés, sous peine d'un rixdaler d'a- --- Page 375 ---
Notes. 79 « mende. En un mot, l'usage du café, une fois pour toutes,
»» est interdit aux gens qe la campagne , en toute occasion, » Aucun festin de noces ne pourra durer plus d'un jour ,
» sous peine d'une amende de deux jusqu'à vingt rixdalers ;
« mais il est permis de s'assembler le lendemain, au nombre
» de seize, pour danser jusqu'à minuit, sans se mettre à
» table. 3) Aucun paysan ni paysanne ne pourra faire usage pour
» s habiller, que d'étoffes de leurs propres Fabriques, telles ,
" par exemple, qu'est le vadmel. Défense absolue aux fem-
» mes & aux filles de porter des casaquins , des tabliers, ni
3) des mouchoirs de soie. Quiconque aura contrevenu au pré-
» sent Règlement, paiera chaque fois une amende de seize
» schellings Danois. » Voyez le Mercure de France, Avril 1783,, N°. 17En remontant plus haut pour la date , l'on peut joindre ici
Vh dit somptuaire du Pape Clement XIV 3 du 16 Décembn
1770 , concernant l'habillement des Femmes , inséré à la fin
du Traité contre les parures : petit vol. in-12, Paris , 1779. Voilà huit Souverains, presque à la même époque, qui
ont sévi contre le Luxe, chacun dans leurs Etats , quoique
tous différens les uns des autres par leurs mœurs, leur climat, leurs Loix, leur Gouvernement, leur étendue, leur puissance, &c., tant la contagion s'est étendue dans le même
temps, & s'est communiquée de pays en pays ; tant ces Souverains ont jugé nécessaire d'arrêter promptement les ravages
de cette épidémie politique.
huit Souverains, presque à la même époque, qui
ont sévi contre le Luxe, chacun dans leurs Etats , quoique
tous différens les uns des autres par leurs mœurs, leur climat, leurs Loix, leur Gouvernement, leur étendue, leur puissance, &c., tant la contagion s'est étendue dans le même
temps, & s'est communiquée de pays en pays ; tant ces Souverains ont jugé nécessaire d'arrêter promptement les ravages
de cette épidémie politique. Page 65. (K) Ce jeune Prince s'est montré le ProteEleur du
foible 3 de l'indigent & du Laboureur par la sagesse de
ses Loix , il a voulu bannir les désordres de sort Etat, corriger les abus, &c. Quel est le François, ou même l'Etranger qui ne connoît. --- Page 376 ---
80 Notes. pas les différens Edits de Sa Majeflé concernant la réforme de S
Hôpitaux ; l'adoucissement & la salubrùé des Prisons ; lasupref
fion de la Queflion ; l'affranchissement de la servitude dans
le Royaume ; la proteélion du Gouvernement affurée à F Agriculture ; la réforme des Académies de jeu, &c. Monumens
de sagesse , d'humanité & de bienfaisance, capables d'immortaliser le siecle heureux qui en relient les effets ,? APPROBATION. lu par ordre de Monseigneur le Garde des
Sceaux, la nouvelle Edition du Discours sur ce
sujet : Le Luxe corrompt les Mœurs, & détruit les
Empires ; je n y ai rien trouvé qui doive en empêcher l'Impression. A Paris , ce premier Mai
1783. GUIDI. LETTRE --- Page 377 ---
8i F LETTRE * De M. Li N T 1ER a M. L'Abbé ROYOU Auteur du journal de MoNsiEUR , imprimée, Tom. II. 17B3 3 de" ce Journal, en Réponse à
l Extrait par ce Journaliste, du Discours contre
le Luxe, par de S AINT-HAIPPY. ï A 1 lu, Monlieur , avec plaisir, le compte que vous rendez du Discours de M. DE SAINT-HAIPPY ; vous le jugez
avec le goût & l'impartialité qui vous sont ordinaires. Cependant je vous avouerai que vous avez fait quelques réflexions
qui ne me semblent pas tout-à-fait justes. J'espere que vous
ne refuserez pas une place dans votre Journal aux obser.vations
que cette lecture m'a fait faire , & que je soumets avec respect à vos lumieres. * [Cette Note est de l'Auteur du Discours contre le Luxe. ]
Sans avoir l'avantage de connoître M. LiNTiER , j'insere ici sa
Lettre avec d'autant plus de plaisir, qu'elle. servira d'appui &
de complément à des idées que je n'aurai point sans doute susfisamment développées & prouvées, Nous àvons d'ailleurs plus
d'un adversaire à combattre : M. Royou n'est pas Je seul à regarder les progrès, journaliers du Luxe avec quelque indifférence , & à qui cette maniere de penser soit particulière. Je
sçais des Gens de lettres très-estimables, des Philosophes, des
Politiques , qui ont trouvé que j'étois entré dans de trop petits
détails, & qui ont pensé que j'avois quelquefois été trop loin &
outré la matiere. D'autres personnes , comme M. Lintier,
me jugent différemment, & en donnent les raisons.
seul à regarder les progrès, journaliers du Luxe avec quelque indifférence , & à qui cette maniere de penser soit particulière. Je
sçais des Gens de lettres très-estimables, des Philosophes, des
Politiques , qui ont trouvé que j'étois entré dans de trop petits
détails, & qui ont pensé que j'avois quelquefois été trop loin &
outré la matiere. D'autres personnes , comme M. Lintier,
me jugent différemment, & en donnent les raisons. --- Page 378 ---
[texte_manquant] M. de Saint-Haippy, en peignant les tristes effets du
Luxe , disoit qu'il affoiblit les corps , flétrit les moeurs , éteint
le courage, ôte à l'ame son énergie , & finit enfin par entraîner la ruine des Etats. r Vous trouvez de l'exagération, dans les idées ; & moi j'en
suis bien éloigné. '1 - - cc Qu'importe, dites-vous, que les femmes portent tantôt
des robes à la Polonoife , tantôt des Lévites ; qu'elles se
v servent tour-à-tôur ,'pouC leurs coëffures, -de Marly , de
j) filet ou de dentelles ; qu'elles mettent des chapeaux, ou
v aillent nue tête ; qu'elles ayent des. chignons, ferfés, flottans,
7) ou des catogans : croit-on qu'il. y ait de quoi bouleverser la
M Monarchie Fançoise ? » * C'est un bonheur, Monsieur, devoir ainsi une ame ferme,
qui ne s'effraie de rien ; mais Montesquieu, Mably n'auroient
pas eu tant de courage. J'qse dire,, après ces grands hommes , que tout cet attirail du Luxe me paroît très-funeste à la
société. Je vois que nos Vénus Parisiennes , aujourd'hui tout
occupées de leur toilette, sacrifient les trois quarts de leur vie
à cette vaine occupation 3 négligent les devoirs les plus sacrés, &c. Je n'ai pas envie de répéter ici faiblement ce que
Rousseau a si fortement exprimé avant moî ; mais je dirai avec
l'Abbé de Mahly : ic L'écueil de presquo tous les Historiens ,
w 'est de ne pas oser prévenir comme Caton, que ces passions
» mises plus à leur aiie , introduiront bientôt une anarchie
je secrète dans le Gouvernement, ou forceront les Loix d'être
T> plus indulgentes. » J'ajouterai avec cet Autour respectable : ci Je suis d'autant
» plus fâché de voir traiter dé bagatelle le débat qui s'éleva
M au sujet de la Loi Appia que Tite-Li ve faît tenir à Caton
" 4p discQurs digne de sa sagesse & le sa prévoyance
» tandis que le Tribun Valérius ne favorise le Luxe des fem- 1 --- Page 379 ---
M mes, que par le plus foible raisonnement. Enfin , je serois
» assefe de l'avis de Montesquieu , qui loue les Romains àu
» sujet de cette même Loi, d'avoir craint davantage le Luxe
dans Rome, que les Gaulois au Capitole. » , ,
à Caton
" 4p discQurs digne de sa sagesse & le sa prévoyance
» tandis que le Tribun Valérius ne favorise le Luxe des fem- 1 --- Page 379 ---
M mes, que par le plus foible raisonnement. Enfin , je serois
» assefe de l'avis de Montesquieu , qui loue les Romains àu
» sujet de cette même Loi, d'avoir craint davantage le Luxe
dans Rome, que les Gaulois au Capitole. » , , " Vous avez ajouté : « Nous avons beaucoup de maisons de
v plaisance autour de cette Capitale; mais ces maisons n'ocjj cupent pas assez d'espace pour que l'on puîné dire qu'elles
3) dévastent les campagnes & les rendent inutiles. » Mais je vous le demande, Monsieur , que sont devenues nos
mœurs ?N'est-ce pas le Luxe qui a arraché lui-même nos navets
& nos choux pour élever ces édifices Superbement Inutiles?
Pourquoi le prix des légales, ,. cette denrée si nécessaire, le
seul aliment du pauvre, est-il doublé aujourdhui ? C'est que
les environs de Paris né sont plus couverts que de maisons de
pkisance ; c'est que nos àrtichaux & nos oignons font obligés
de venir par la poste , & qu'ainsi le prix du transport excede
le prix intrinseque du légume : & à la vérité les provisions de
toute espece ne manquent point dans cette ville immense ;
mais tout y est vendu au poids de l'or : & l'artisan, le manouvrier , le pere de famille , tout l'Etat en souff-re. Vous prétendez u que le Luxe n'a pu amolir nos troupes J
» & cela , ( dites-vous ) parce qu'elles sortent de la cam-
» pagne. » Mais, Monsieur , ne sçavez-vous pas que le
Luxe j comme une contagion inserisible , se répand des villes
dans les campagnes; que celles-ci se font une gloire d'imiter
les premieres ; qu'il y regne maintenant un Luxe d'autant
plus dangereux, qu'on a moins de moyens de le satisfaire ;
& qu'en vain cherche-t-on aujourd'hui à la campagne cette
bonhomie, cette vertueuse simplicité que nos paysans ne pofsedent plus que dans les ouvrages des Poëtes ? Le Luxe est une rouille dévorante qui mine sourdement
toutes les vertus d'un Etat. Vous parlez de nos Soldats ; je --- Page 380 ---
me tais, Mônsieur ; mais je crois diffiCilement à leur valeur , & encore moins à leur patiente intrépidité dans les long»
travaux. Vous vanter le " courage de notre jeune Noblesse. Je là
respecte • avec vous, j'admire sa valeur bouillante & impétueuse, enfin, je lui crois de grands talens pour un coup de.
main; mais je cherche en vain dans elle cette patience qui
sçait attendre l'occasion, cette fermeté qui triomphe du malheur. Je vois son feu se ralentir aussi promptement qu'il s'allume ; je la vois rebutée par lès" obstacles d'une longue &
pénible entreprise , dévorée par l'impatience de revoir la
Capitale & ses plaisirs : telle 'enfin en. expédition militaire
qu'en amour. Et pourquoi toutes nos guerres lointaines ont-*
elles eu de si funestes succès ? Pourquoi l'Italie a-t-elle été h!
souvent témoin de nos pertes ? C'est que la légèreté des
François, c'est que leur passion pour les plaisirs, vices nés du,
Luxe, les rendra toujours incapables de soutenir les fatigues
d'une expédition lointaine.
la
Capitale & ses plaisirs : telle 'enfin en. expédition militaire
qu'en amour. Et pourquoi toutes nos guerres lointaines ont-*
elles eu de si funestes succès ? Pourquoi l'Italie a-t-elle été h!
souvent témoin de nos pertes ? C'est que la légèreté des
François, c'est que leur passion pour les plaisirs, vices nés du,
Luxe, les rendra toujours incapables de soutenir les fatigues
d'une expédition lointaine. Vous Voyez, MonSieur, que je ne fais qu'indiquer ici des
réflexions, qu'il me seroit facile d'étendre davantage, &
d'appuyer des exemples les plus frappans. Je suis avec un
très-profond respect, &c. Ce ig Mai 1783. LINTIER. --- Page 381 ---
LA CLE DE LA LANGUE LATINE,
\ ou MOYEN TRÈS-SIMPLE, . PAR lequel les Personnes des deux Sexes & de
tous les âges, (particulièrement les Dames,)
peuvent apprendre le Latin ; L'apprendre bien , l'apprendre en peu de temps f
Sans peine aucune ; en dépit des pédans. PAR M. DROBECQ. Usus srequens 3 omnium Magistrorum præcepta superat. C i c. Lib. de Orat. A ROME, JZt se trouve à P A RI S, Chez l'AUTEUR, rue des Petits-Carreaux, maison de
Mlle LE POIVRE, près de la rue du Bout-du-Monde. M. DCC. LXXIX. --- Page 382 --- --- Page 383 ---
.A ij EXTRAIT D'UNE LETTRE DE L'AUTEUR, A MADAME ÉDITRICE DE CET OUVRAGE. Paris Décembre C 0 MME inflituteur *, je vous envoie la Clé de > la Langue latine forgée pour votre usage, & qui,
je l'espère ne vous sera point inutile. Cette Clé,
vous le verrei bientôt, n'est autre chose qu'un
moyen très-simple pour apprendre la Langue latine,
en beaucoup moins de temps qu'on n ren perd dans les
collèges pour apprendre les premiers élèmens de cette Langue. Mais remarquez bien, MADAME, que
je dis la Langue , & non pas la Grammaire latine.
Cette G rammaire exige une application d?esprit dont
peu de personnes sont capables , & dont celles qui
le sont le plus, voudroient n éprouver point la ja~
ligue inutile **. Quand vos Grammatifles, (me disoient un jour des personnes respectables , mais un * M. Drobec^ n'a pas encore embrassé l'état d'instîtuteur, mais il est prêt à l'embrasser, si Dieu l'y dessine.
ue , & non pas la Grammaire latine.
Cette G rammaire exige une application d?esprit dont
peu de personnes sont capables , & dont celles qui
le sont le plus, voudroient n éprouver point la ja~
ligue inutile **. Quand vos Grammatifles, (me disoient un jour des personnes respectables , mais un * M. Drobec^ n'a pas encore embrassé l'état d'instîtuteur, mais il est prêt à l'embrasser, si Dieu l'y dessine. Voyez Grammaire univ. de M. Gébelin, chap. tu,
pag. 21, & manière d'apprendre les Langues, par M. l'abbé
de Radonvilliers. --- Page 384 ---
4 LA CLÉ peu vives, ) quand vos Grammatifles voudront être
d'accord entre eux , alors, nous pourrons les écauter ; mais quelle apparence qu'auparavant nous
voulions prendre la peine d'étudier toutes leurs
grammaires prétendues ? C ejl une Langue que nous
voulons apprendre, & non pas un ramas confus
de règles énoncées d'une manière barbare, & qui,
après avoir épuisé les forces de l'esprit le plus vigoureux , sont toutes anéanties par un nombre in-,
nombrable d'exceptions. Nous voulons apprendre la
langue des Romains , comme les Romains euxmêmes l'apprenoient, comme nous apprenons la
notre. Ce n'ejl pas que, dans l'occasion, , vous ne
puissiez nous trouver attentives à quelques principes
de grammaire , simples, clairs & féconds , tels que
ceux des Girard., des Dumarsais, des Beauzée, des
Gébelin., de ces maîtres , les seuls que nous nous
ferons toujours un plaisir d'écouter, & une gloire
d'entendre. Voilà ce que me disoient des femmes
d' esprit: vous, MADAME, qui penJez & parle{
comme elles, vous qui vayez avec pitié les vulgaires
esprits, aussi vains que bornés, se traîner avec complaisance, ramper conjlamment dans l'ornière de
la routine, vous ne méprisere^ point un ouvrage
qui pourroit être de quelque utilité à ceux qui
craindroient d'y tomber, ou qui voudroient en
sortir : pour ceux qui s'y plaisent, qu'ils y ressent ;
aussi-bien mon ouvrage ne leur convient point, car
il exige plus de jugement que de mémoire, & suppaIe le Cens commun. --- Page 385 ---
DE LA LANGUE LATINE. 5 [texte_manquant] A VIS s DE L'ÉDITRICE. E T -Ouvrage, comme on vient de le voir, a
été composé pour moi ; il m'a épargne des peines qu'assurément je n'eusse jamais voulu prendre
pour me procurer des avantages dont la jouissance me fait le plus grand plaisir ; en un mot,
cet Ouvrage m'a été très-utile ; & peniant qu'ilpourroit l'être à d'autres , je l'ai rédigé, je le publie; & du consentement de l'Auteur , je le dédie
à toutes ses personnes intelligentes qui, sensibles r
mais délicates, n'osent cueillir la rose qui lestente , dans la crainte d'être piquées par les épines qui l'entourent , je veux1 dire aux personnes.
de mon. sexe ; Car, Meilleurs, sans vous faire injure,
Les femmes ordinairement
Favorites de la nature, D'elle reçoivent en naissant, Reçoivent même outre mesurer Les graces de l'esprit y comme de la sigure Et le plus libre entendement: Avec de si fortes avances r
Les Dames peuvent aisement
Se procurer des connoissances, --- Page 386 ---
6 L A C L É D'un esprit cultivé solides ornemens , Et qu'on acquiert en peu de temps ,
Lorsqu'à l'ame avide & contente
Une main sage les présente,
Puis, avec force, va sappant,
la nature, D'elle reçoivent en naissant, Reçoivent même outre mesurer Les graces de l'esprit y comme de la sigure Et le plus libre entendement: Avec de si fortes avances r
Les Dames peuvent aisement
Se procurer des connoissances, --- Page 386 ---
6 L A C L É D'un esprit cultivé solides ornemens , Et qu'on acquiert en peu de temps ,
Lorsqu'à l'ame avide & contente
Une main sage les présente,
Puis, avec force, va sappant, Et va renversant hardiment L'édifice de l'ignorance, Ce ramas d'obscurs rudimens,
Affreux, barbares instrumens
Du long supplice de l'enfance,
Dans les lourdes mains des pédans. NOTE. Sans' doute les pédans, dira quelque malin; Désignent les régens ; peut-être Hélas ! tous ces Messieurs ne sont pas. des ROLLIN; Maie quelques-uns d'eux pourroient l'être. t Et il ne feroit pas, juste de consondre avec les pédans,
des personnes respectables par leur mérite & par leur modèle , & qu'il faut plaindre d'être réduites à vivre avec
des gens qui leur ressemblent si peu 3 & aux que le flktsont %
trop souvent, forcétfde ressembler. --- Page 387 ---
DE LA LANGUE LATINE. .' J A iv n.Mmmmwiw . TI , TABLEAU DES TERMINAISONS LATINES *.
clé. "1 IRC COLONNE. 2 e COLONNE. ■ A. I. i.O. 2. ) . A.E.US. i.de,du,dela. s. E. M.R. 5 ^ T. J. S. 3. ^ ^de, du, de la x.
0. TI. 4.(S-T-)( tu
u. RIS. 5. RE.) (à, au, à la-- BA. T. TUR. 6 il X IM. 1
,,nc „TTn O. de, du, a., au BE. MUS. MUR nous. ' UM .-I
bi., MINI. TIS. 7. (s-x-) VOUS. T T J J 8
B. NT. NTUR ils ? OR.2BU. ND. RA. A. 8. E. C., (de, du, de la.. NT-3
RE. TE. i o. TO. i r. TOR. (n.) E5.IS. IRI des , à, aux R. RI. 12"- SUR.
RU. UM.(ar.or.er.)de,des. TUR.
SSE. 1 NS. 13 BUS. de r des ,à , aux. XUR. * Yoye'{ Clé de cet Ouvrage, page 14.' SUPPLÉMENT AU TABLEAU DES TERMINAISONS LATINES. PREMIÈRE PARTIE. ( Pour la deuxième Colonne. ) Le, sa, les, un, une Ce, cet, cette, ces r
certain , certaine , certains, certaines Par le , la y
les. ... un, une.. de, des. O., --- Page 388 ---
8 - LA CLÉ SECONDE PARTIE. - ( Pour les deux Colonnes & les deux Clés.)
PREMIERE COLONNE. * 3. I. je fus, je suis, sois, être. 2.. O. je suis, je serai, fois, (b. r.) Voyez Dictionnaire des Terminaisons. 3. S. ( cons. ) tu es. 4. TI. (s. x.) tu as été, tu fus. 5, RIS-RE. (cons.) tu es. RE. (ê) ils ont été,
ils furent, (a, e, i, & cons.) sois, être,
(fo) devoit être.
ONNE. * 3. I. je fus, je suis, sois, être. 2.. O. je suis, je serai, fois, (b. r.) Voyez Dictionnaire des Terminaisons. 3. S. ( cons. ) tu es. 4. TI. (s. x.) tu as été, tu fus. 5, RIS-RE. (cons.) tu es. RE. (ê) ils ont été,
ils furent, (a, e, i, & cons.) sois, être,
(fo) devoit être. 6. T. TUR, (cons.) il est. 7. TIS. (cons.) vous êtes, (s. x.) vous avez
été, vous fûtes. 8. A. sois. E. sois, être. 9. C. (a, i, u) sois. 10. TE. (a, e, i, to, cons.) soyez.
1TO, TOR. (a, e, i, & cons.) sois, qu'il soir. NTO. NTOR. (a, e , u) qu'ils soient.
32. RI. (a, e, i, er, & cons.) être. 13. NS.) (a, e) étant. \ IIe COLONNE. I. US. (i) plus. PREMIÈRE CLÉ,. I. SSE. être, avoir été. I le C L É. 1. IM-UM. antçcéd. de term. très, le plus, absolument. 2. OR. antécéd. ou term. plus, le plus, relativement. 3. NT. antécéd. VoyeZ NS, ci-deiTus, 13, --- Page 389 ---
DE LA LANGUE LATINE. i TABLEAU DES TERMINAISONS FÎIANÇOISES. Ant é. u. i. is. it. int. ait. et. ert. (e. s.)
étant ant fus, je» ai is ins
été- é.u.&. fus, tu as is ins
Être r fut,il— a it int
Êtes es. ez.. fumes, n ames imes inmes •••
Sois, q. je-e fûtes, ates ites intes
Sois, q. il-e furent, ils. • -erent irent..-inrent
Sois , q. tu.es fuÍfe, q. je...asse isse infle
Soient,q.ils.ent fiiïTes,q. tu..aÍfes inffes—-
Sont, ils ent fut, q. il at it—•—int
Soions,q. n. ions fussions,q. n. affions. iffions. inffions.
Sommes, n. ons fumez, q. v.affiez-iffiez»-biffiez—
Soiez,q. v. iez fUÍfent, q. ils.atTent...iŒent...intTent." SUPPLÉMENT AU TABLEAU DES TERMIN. FRANÇOISES. ANT. Cette terminaison est une de celles que
prennent les mots faire, commettre, feindre, découvrir, produire, réprimander, punir, battre, &c.
qui peuvent se modifier ainsi : faisant, commettant , &c. É, u, I, &c. Ces term. sont encore prises par
les mots de l'espèce de ceux-ci, faire commettre, &c. qui par elles deviennent,fait, commis, &c. Je suppose que sous FACIENS ont ait faire , en
voyant dans le Suppl. au Tabl. des Termin. lat.
2e Part. 13. étant répondre à ENS, faisant ne me --- Page 390 ---
td L A C L É - paroît pas une expression difficile à trouver : au
lieu de FACIENS , si l'on avoit FECISSE, en
voyant SSE & avoir été se correspondre, avoir
été faisant sera-t-il plus difficile à changer en
son équivalent, avoir fait? Je suppose encore qu'ayant les mots connottre
aimer, on trouve être ; si l'on peut dire être conrioiffant, &c. les termin. re, r, ne seront point
changées; sinon, elles céderont la place à ul é,
& l'on aura connu aimé.
pas une expression difficile à trouver : au
lieu de FACIENS , si l'on avoit FECISSE, en
voyant SSE & avoir été se correspondre, avoir
été faisant sera-t-il plus difficile à changer en
son équivalent, avoir fait? Je suppose encore qu'ayant les mots connottre
aimer, on trouve être ; si l'on peut dire être conrioiffant, &c. les termin. re, r, ne seront point
changées; sinon, elles céderont la place à ul é,
& l'on aura connu aimé. Si l'on trouvoit, vous êtes, & que l'on eût un
mot qui pût prendre la termin. ant, on lui donneroit la termin. es ou esr. Le mot qui ne pourra
prendre la termin. ant, prendra une des terminaisons é, u, i, &c. & l'on ajoutera à la terminaison qu'il aura prise , le signe du pluriel s :
Exemple : Vous ^tes croiant me faire peur , & vous êtes
me faisant pitié. — Vous croi-ez & vous me
fait-es Vous êtes ha-ïs des méchans ; mais vous êtes
aim-és des bons. --- Page 391 ---
DE LA LANGUE LATINE. Il DICTIONNAIRE
DES TERMINAISONS LATINES. Ant é. u. i. is. it. int. ait. er. ert (e.s.) A A M. que je sois , je serai,
suis-je. AMINI. que vous soiez,
vous êtes, soiez. AMUR. AMUS. que nous
soions , nous sommes,
soions. ANT. qu'ils soient, ils sont.
ANTUR. qu'ils soient, ils
sont. AR. que je sois, je serai.
ARE. que tu sois, tu es.
ARIS. que tu sois, tu es.
AS. que tu sois, tu es.
AT. qu'il soit , 'il est.
ATIS. que vous soiez, TOUS
êtes. ATUR. qu'il soit, il est. E EM. que je sois, que je fuÍfe.
EMINI. que vous soiez, vous
êtes , vous serez, soiez.
EMUR. que nous soions,
nous sommes, nous serons , soions. EMUS. que nous [oions,que
nous fussions, nous sommes, nous serons, soions. ENT. qu'ils soient , qu'ils
fussent, ils sont, ils seront. ENTUR. qu'ils soient, ils
sont, ils seront. ER. que je sois , sois.
ERE. que tu sois, tu es, tu
seras. ERIS. que tu sois, tu es, tu
seras. ES. que tu sois, que tu fufses, tu es , tu seras , sois. ET. qu'il soit, qu'il fût, il
est, il sera. ETIS. que vous soiez, que
vous fussiez, vous êtes ,
vous serez. ETUR. qu'il soit, il est, il
sera.
IM. que je sois.
IMINI..vous êtes, soiez.
IMUR. nous sommes.
IMUS. nous sommes, nous
avons été, nous fûmes,,
que nous soions , soions. INT. qu'ils soient. IRE. tu es. IRIS. tu e5. --- Page 392 ---
Il t A C L É IS. que tu sois, tu es, tu seras.
IT. qu'il soit, il a été, il fut,
ilest, il sera. ITIS. vous êtes, que vous
soiez. ITUR. il est.
OR. je suis. U UM. je suis. UMUS. nous sommes.
UNT. ils sont.
UNTUR. ils sont BA BAM. j'étois. BAMINI. vous étiez;
BAMUR. nous étions.
BAMUS. nous étions.
BANT. ils étoient.
BANTUR. Ils étoient.
BAR. j'étois. BARE. tu étois. BARIS. tu étois. BAS. tu étois. BAT. il étoit. BATIS. vous étiez.
BATUR. il étoit.
.
OR. je suis. U UM. je suis. UMUS. nous sommes.
UNT. ils sont.
UNTUR. ils sont BA BAM. j'étois. BAMINI. vous étiez;
BAMUR. nous étions.
BAMUS. nous étions.
BANT. ils étoient.
BANTUR. Ils étoient.
BAR. j'étois. BARE. tu étois. BARIS. tu étois. BAS. tu étois. BAT. il étoit. BATIS. vous étiez.
BATUR. il étoit. BE BERE. tu seras. BERIS. tu seras.. BI
BIMINI. vôus serez.
BIMUR. nous serons
BIMUS. nous serons. BIS. tu seras. BIT. il sera. BITIS. vous serez.
BITUR.il sera. BO BO. je serai. BOR. je serai. BU BUNT. ils seront.
BUNTUR. ils seront: RA RAM. j'avois été , j'étois.'
RAMUS. nous avions été,
nous étions. RANT. ils avoient été , ils
étoient. RAS. tu avois été , tu étois.
RAT. il avoit été, il étoit.
R ATIS. vous aviez été, vous
étiez. RE REM. que je fusïe.
REMINI. que vous fussiez.
REMUR. que nous fussions.
REMUS. que nous fussions.
RENT. qu'ils sussent.
RENTUR. qu'ils susTent.
RER. que je fusse.
RERE. que tu fusses.
RERIS. que tu fusses.
RES. que tu fusses. RET. qu'il fut. RETIS. que vous fussiez.
RETUR. qu'il fut. RI RIM. que j'aie été ,que je
sois. RIMUS. que nous ayons
été, nous aurons été, nous
serons. RINT. qu'ils aient été, ils
auront été, qu'ils soient. RIS. que tu aies été, que tu
fois, tu auras été, tu seras. --- Page 393 ---
%
DE LÀ LANGUE LATINE, 13 MT. qu'il ait été , qu'il foit,
il aura été , il sera. RITIS. que vous ayez été,
que vous soiez, vous aurez été, vous serez. RO RO. j'aurai été, je serai. RU RUNT. ils ont été, ils furent , ils seront. S S E SSEM. que j'eusse été -' que
je fusse. SSEMUS. que nous eussions
été, que nous fussions. SSENT. qu'ils eussent été,'
qu'ils susTent. SSES. que tu eusses été, que
tu fuÍfes. SSET. qu'il eut été, qu'il fut.
SSETIS. que vous eussiez
été 3 que vous fussiez. COMPLÉMENT DU DICTIONN. DES TERMIN. LAT. 1. N D S. T. X SUR TUR XUR
2. a. ae. as am. axum. e. i. is. o. os. orum. us. um.
3. é. u. i. is it int. ait. et. ert. (e. s.) able. L. 4. ant-r. re.
4. f a. &c devant être é. u. i. &c
5. J 0* dette ant.
6 . j (o. à étre > en étant ant.
7. ' um. être ant. ( ant 8. / u. à etre, d'être. f I ( e. u. i. &c 9. S.T.X. Am-4 être>(Pour) ; ant. \ \^ iri être 3 (devant" devoir.) é. u.
Ê „ (ayant été é. u. i. 10. f a. œ. &c < J V {ayant, étant é u. i. 11. SUR. TUR. XUR a. æ. &c—devant être ant. --- Page 394 ---
t4 LA Clé .
. / u. à etre, d'être. f I ( e. u. i. &c 9. S.T.X. Am-4 être>(Pour) ; ant. \ \^ iri être 3 (devant" devoir.) é. u.
Ê „ (ayant été é. u. i. 10. f a. œ. &c < J V {ayant, étant é u. i. 11. SUR. TUR. XUR a. æ. &c—devant être ant. --- Page 394 ---
t4 LA Clé . CLÉ DE CET OUVRAGE. PREMIÈRE PARTIE. Explication du Tableau des Terminaisons latines; PREMIERE COLONNE. CETTE colonne contient les terminaisons des
mots latins qui sont rendus en françois par les mots
être, avoir, faire, sentir, connoître, voir, entendre ,
parler, boire, manger, dormir, se promener, lire,
écrire, penser, &c. Dans cette colonne, ( & dans
tout le Tableau) les terminaisons suivies d'un
chiffre se retrouvent précédées du même chiffre
dans le Supplément au Tableau, 2e Partie. Les
terminaisons qui ne sont suivies d'aucun chiffre1, se
retrouvent dans le Dictionnaire des Terminaisons
latines; mais elles y doivent être cherchées par
leur antécédent, c'est-à-dire , par ce qui les précède dans le mot que l'on veut traduire, & cet
antécédent se trouve dans la première Clé, (celle
du Dictionnaire.) Si une terminaison cherchée
ayant dû l'être) dans la première colonne ne
,s'y trouve pas, on en cherchera l'antécédent dans
la 2e Clé, (celle du Complément du Diétionn. )
on y cherchera aussi les antécédens des terminai-
( sons qui, trouvées dans la première colonne , &
retrouvées dans la 2e Partie du Supplément au Tableau, n'y seront suivies de rien , ou de rien qui '
soit convenable, & le complém. pourra satisfaire. TI. (s. x.) signisie que la terminaison TI. est
toujours précédée de S. ou de X. TOR. (n) signifie que les terminaisons TO. & TOR. peuvent être précédées de Ne j
v \ --- Page 395 ---
DE LA LANGUE LATINE, 15 I le COLONNE. '
Cette colonne contient les terminaisons des
mots latins qui sont rendus en françois par les
mots Dieu, l'univers, l'homme, l' exijlence, lapossession, lapuissancç, l'action, le sentiment, la con- ^ -
noissance, la vue , l' entendement, la parole, la
boisson , la nourriture, le sommeil, la promenade , la lecture x Y écriture , la pensée, &c. Si une terminaison cherchée ( &: ayant dû l'être) dans cette'
colonne, ne s'y trouve pas , ou si rien de ce qui
correspond à cette terminaison (si elle s'y trouve) ne convient, on aura recours au Supplément, (1re Part.) & si, après y avoir recouru, on sent
qu'il manque encore quelque chose , & que le
mot latin n'est pas entièrement rendu en françois, on verra si ce qui précède la terminaison du mot
latin ne se trouveroit pas dans la deuxième Clé.
aison cherchée ( &: ayant dû l'être) dans cette'
colonne, ne s'y trouve pas , ou si rien de ce qui
correspond à cette terminaison (si elle s'y trouve) ne convient, on aura recours au Supplément, (1re Part.) & si, après y avoir recouru, on sent
qu'il manque encore quelque chose , & que le
mot latin n'est pas entièrement rendu en françois, on verra si ce qui précède la terminaison du mot
latin ne se trouveroit pas dans la deuxième Clé. UM. ( ar. er. or.) sign. que cette terminaison
UM, précédée de ar, &c. eSt toujours relative à
ce qui la suit. Du Tableau des Terminaisons françoises. Le Supplément à ce Tableau est la meilleure
explication qu'on en puisse donner : ce supplément
attentivement lu, & comparé au Tableau, le Dictionnaire des terminaisons latines n'est pas une
énigme fort difficile à deviner. ' Du Complément du Dictionn. des Termin. latines.' La première ligne donne les antécédens de
cette suite de termin. latines que présente la «feuxième ligne, & auxquelles répondent les terminaisons françoises exposées dans la troisième. (e. s.) L.3. L'e muet mis ici en parenthèse sera
ajouté à é, u, i, &c. lorsqu'il s'agira d'un être --- Page 396 ---
16 LA CLÉ du genre féminin , & s le sera lorsque le nombre
sera pluriel. Un homme estim-é, des hommes
estim-és, une femme eflim-ée. Ant-r. te. signifie que toutes les fois que la terminaison ant peut être adaptée, la termin. r ou re
doit l'être; être aim-ant, connoiff-ant, aim-er,
connoît-re. • Able, L. 4. signifie que cette terminaison n'ell
que pour cette ligne : 0 vertus devant être désiries , ou ô vertus desirables ! I Ie PARTIE. ..) Je suppose qu'une personne qui n'a l'intelligence
d'aucun mot latin, mais qui entend le françois ,
qui le parle, pour faire l'essai du moyen proposé,
veuille traduire une phrase latine disposée de
cette manière: Deus creavit coelum & terram,
Dieu créer ciel & terre. Cette personne avant de procéder à aucune
recherche pour aucun mot latin se fera à ellemême cette queflion : Ce mot françois peut-il subsister tel qu 'il ejl ici fous le mot latin auquel il répond ? ... - S'il le peut, nulle recherche pour lui ; le mot
qui lui est supérieur, n'ef!: pas un mot à traduire,
c'est un mot traduit. S'il ne le peut pas, le traducteur se fera cette
seconde question : Ce mot ejl-il de la même espèce
que les mots, être, avoir, faire, ou ejl-il de tefpèce de ceux-ci, Dieu, l'univers, l'homme, &c. Si le mot françois est de la première espèce,
on cherchera la terminaison du mot latin dans la
première colonne du Tableau des termine latines. Si --- Page 397 ---
DE L'A LANGUE LATINE. 17
"Si le mot est de la seconde espèce, on cherchera la terminaison dans la deuxième colonne. Traduction libre d'une Fable de Phèdre, dont la
traduction littérale mettra la personne qui voudra
l'entreprendre en état de juger du mérite de cet
ouvrage. LE FRERE ET LA SŒUR. FABLE. Que cette fable t'apprenne à jeter souvent sur
toi-même des regards attentifs.
Si --- Page 397 ---
DE L'A LANGUE LATINE. 17
"Si le mot est de la seconde espèce, on cherchera la terminaison dans la deuxième colonne. Traduction libre d'une Fable de Phèdre, dont la
traduction littérale mettra la personne qui voudra
l'entreprendre en état de juger du mérite de cet
ouvrage. LE FRERE ET LA SŒUR. FABLE. Que cette fable t'apprenne à jeter souvent sur
toi-même des regards attentifs. Un homme avoit deux enfans, une sille extrêmement laide, & un fils d'une rare beauté. Sur
la chaise de leur mère, ces enfans trouvent un miroir ; & jouant avec ce miroir, comme des enfans
qu'ils étoient, ils s'y regardent. Le garçon trouve
qu'il est beau, & de sa beauté qu'il admire, va
toujours parlant à sa sœur ; celle-ci d'entrer en'
colère, & de trouver très-mauvaises les badineries de son frère ; & prenant en un mot, tout en.
mauvaise part, elle court à ion père, & piquée,
elle veut piquer elle-même à son tour. Furieuse
autant que jalouse, elle fait un crime à son frère,
homme, d'avoir osé toucher un miroir, unjneuble
de femme Le père, en souriant, les embrasse tous deux, & par les plus tendres caresses,
à tous deux prouvant son amour, je veux , leur
dit-il , mes enfans, que de ce même miroir tous
les jours vous fassiez usage. Toi, mon fils, de peur
que les horreurs du vice n'éteignent sur ton front
l'éclat de la beauté, & ne la deshonotent en toi ;
& toi, ma fille, pour que les charmes tout-puissans de la vertu triomphent en toi de la difformité. --- Page 398 ---
1'8 ï. A C L É FR A T E R ET S O R O R. Prœcepto monitus sæpe te considera. Habebat quidam filiam turpifjîmam Idemque infigni & pulchrd facie filium. His speculum in cathedra matris suppositum fuit »
Pueriliter ludentes, fortè inspexerant. Hic se formosum jaclat; illa irascitur Nec gloriantis sujiinet fratris jocos ,
4ccipiens ( quid enim ? ) cuncta in contumeliam,
Ergo ad patrem cucurrit lœ sura invicem ,
Magnaque invidiâ criminatur filium , Vir natus , quod rem sœminarum tetigerit.
Amplexus utmmque ille, & carpesis oscula,
Dulcem in ambos charitatem parcitns ; ■ Quotidie , inquit, speculo vos. uti volo : Tu , formam ne corrumpas nequitice malis :
Tu , faciem ut islam moribus vincas bonis. FRAT-ER ET SOR-OR. FRÈRE ET SŒUR. Moni-t-us præcept-o confider-a te saepe. Avertir précepte considérer toi souvent'
Quidam habe-ba-t fili-am turpiff-im-am
tln certain (hom.) avoir fille laide,
que idem fili-um faci-e
& le même ( hom. ayoir ) fils face, figure
puichr-â &: infign-i specul-um su-i-t
belle & insigne, remarquable, miroir être
fuppofi-t-um h-is in cathedr-â matr-is
poser sous (les yeux) eux sur chaise mère
pe. Avertir précepte considérer toi souvent'
Quidam habe-ba-t fili-am turpiff-im-am
tln certain (hom.) avoir fille laide,
que idem fili-um faci-e
& le même ( hom. ayoir ) fils face, figure
puichr-â &: infign-i specul-um su-i-t
belle & insigne, remarquable, miroir être
fuppofi-t-um h-is in cathedr-â matr-is
poser sous (les yeux) eux sur chaise mère --- Page 399 ---
DE LA LANGUE LATINE. 19 . B ij lude-nt-es pueriliter inspexe-ra-nt fortè.
jouer puérilement regarder par haiard.
H-ic ja&-a-t se formos-um; ill-a irascCelui-ci vanter soi beau elle entrer en co.
tur, nec sufiin-e-t joc-os fralère ne pas soutenir, supporter, souffrir, badineries frltr-is gloria-nt-is accipi-e-ns (quidenim?)
re se glorifier prendre quoi car
cun&-a in contumeli-am. Ergo cucur-i-t
toute choses en injure , affront. Donc courir vîte
ad patr-em, lae-sur-a invicem que inà (son) père blesser à (son) tour & envidi-â magn-â crimin a-tur fili-um quod
vie, jalousie grande faire crime, accuser fils (de ce) que
na-t-us v-ir, tetige-ri-t r-em foemin-ar-um.
naitre homme toucher chose femmes.
ill-e ample-x-us utrumque & carp-e-ns
lrçi ( père ) embrasser l'un & l'autre & prendre
oscus-a parci-e-ns charitat-em dulc-em in
baisers partager amour doux en-, sur
amb-os inqu-i-t vol-o v-os ut-i specul-o
deux dire vouloir vous user miroir
quotidie tu . ne corrump-a-s
tous les jours toi ( de peur que tu) ne corrompre
form-am nlal-is nequiti-œ tu , ut vinc-a-s
beauté maux débauche toi pour que vaincre . ifl-am faci-em mori-bus bon-is. cette (laide) figure moeurs bonnes. Toute personpe qui connoîtra parfaitement le.
méchanisroe de cet ouvrage, qui en possédera la
clé, procédera ainsi à la traduction littérale de --- Page 400 ---
*<> LA CI É cette fable , dont elle est supposée avoir lu la traduction libre. FRAT-ER, SOR-OR Tabl. (des termin.
lat.) 2 e col. rien. Supplém. première Part. LE, LA,
le frère & la sœur. MONI-T-US Tabl. première col. rien. 2E.
Clé... T. complém. lig. i. -T. lig. 2. US. lig. 10.
a, se, &c. précéd. de T. lig. 9. T-US, ayant été...
é, u, 1, &c. avert-i. CONSIDER-A Tabl. 1re col. rien. Suppl.
ié Part. sois (conjidérant), conjidère. HABE-BA-T Tabl. 1re col. il. Supplém.'
2e Part. rien. Ire Clé, BA. Dift. (des termin.'
lat.) BAT. il étoit (ayant) il avoit.
10.
a, se, &c. précéd. de T. lig. 9. T-US, ayant été...
é, u, 1, &c. avert-i. CONSIDER-A Tabl. 1re col. rien. Suppl.
ié Part. sois (conjidérant), conjidère. HABE-BA-T Tabl. 1re col. il. Supplém.'
2e Part. rien. Ire Clé, BA. Dift. (des termin.'
lat.) BAT. il étoit (ayant) il avoit. TURPISS-IM-AM Tabl. 2E col. rien. SuppI'
ire Part. rien. 2E Clé, &:Suppl. 2E Part. IM, TRÈS.
tris-laide. FACI-E Tabl. 2E col. DE. de figure.
LUDE-NT-ES Tabl. 1re col. rien. 2E Clé,
NT. Supplém. 2. Part. étant jouant. CONCLUSION. C'est en me servant de la Clé de la Langue
latine , c'est par le moyen d'un ouvrage dont le
méchanisme n'est pas difficile à saisir, que, dans
un âge très-mûr, je suis promptement arrivée à
rintelligencé d'une des plus belles langues du
monde. C'est aux soins de l'auteur' que je suis redevable de toutes les connoissances grammaticales*
dont mon esprit s'est laissé remplir. Autrefois mon
ennemie, la Grammaire a trouvé grace à mes
yeux, l'imagination me la peignoit comme un
sec & froid squelette, laid à faire peur, qu'une --- Page 401 ---
DE LA LANGUE. LATINE. - 11--- B iij femme ne' pourroit jamais regarder sans lui devenir tout à fait semblable. Mais la raison ne tarda
pas à me la présenter sous des traits réguliers, dont
la noblesse n'est point dépburvue de grâces ; je ne
fus pas long-temps à me familiariser avec elle
Parlons sans figure, de la Grammaire générale, je
suis insensiblement descendue à la Grammaire particulière , toujours conduite par les circonstances
tes plus heureuses, & toujours appuyée sur les
exemples les plus frappans ; & les objets intellectuels sou vent si-peu intelligibles, grace à la ma*
nière dont on les présente à l'espritr pour moi,
devenoient des objets sensibles & palpables. C'est ainsi que j'ai appris la Langue & la Grammaire latine ; & c'est ainsi que pourront apprendre l'une &: l'autre, les personnes des deux sexes,
&: de tous les âges, qui chercheront dans cette
étude , souvent utile & toujours agréable y leur
intérêt ou leur plaisir. Celles qui desireroient avoir de- plus grandeslumières, so;t sur l'Auteur, soit sur l'Ouvrage, sois
même sur l'Editrice, font priées de croire qu'une
lettre affranchie, adressée à M. Drobecq , ne demeurera jamais sans réponse, & que cette ré-»
ponse fera, toujours vraie , honnête & satisfai--
san te., L'Auteur ne demande que trois.mois pour met-r
tre une personne raisonnable en état de se servir
utilement de la Clé de la,. Langue latine, indépendamment d'ancun maître.. Les personnes qui vivent en. province ou. à la.
campagne r non-seulement ne seront point privées des soins de l'Auteur" si elles les désirent;,
mais elles verront avec plaisir que leur éloignement de la capitale n'apportera aucun retat- --- Page 402 ---
21 LA CLÉ
L'Auteur ne demande que trois.mois pour met-r
tre une personne raisonnable en état de se servir
utilement de la Clé de la,. Langue latine, indépendamment d'ancun maître.. Les personnes qui vivent en. province ou. à la.
campagne r non-seulement ne seront point privées des soins de l'Auteur" si elles les désirent;,
mais elles verront avec plaisir que leur éloignement de la capitale n'apportera aucun retat- --- Page 402 ---
21 LA CLÉ dement à leurs progrès, qui seront toujours aussi
rapides que leurs desirs feront vifs. Un très-petit
nombre de lettres que l'Auteur aura l'honneur de
leur adresser, les mettra bientôt en état de voler
de leur propres ailes. N 0 T E. Les personnes que le défaut de confiance ( bien pardonnable dans le siècle des charlatans ) empêchera de
traiter avec 1 Auteur, & d'entrer en correspondance avec
lui, ces personnes si timides pourront, sans risquer beaucoup, se procurer une feuille in-8°, qui, amenée au point
de perfection qu on espere lui donner , & réunie à cet ouvrage qu'elle suivra de près, pourra le leur rendre trèsutile, & les faire présumer plus favorablement de l'Auteur. Les personnes qui aimeroient mieux apprendre
les terminaisons latines, que de les chercher au
besoin, verront avec plaisir comment l'Auteur s'y
prend pour les graver dans la mémoire. D'abord, il fait traduire, à sa manière, un petit
fragment d'un texte latin , dont voici la traduction libre : On achève le récit d'une mort violente devant une
personne distraite qui rit. A peine a-t-il dit : Je meurs, qu'il enfle horriblement. Mais, Monsieur, pourroit-on savojr
quelle idée ici vous' fait rire ? Quel rêve, quelle
excursion de votre esprit? Car votre esprit est en
campagne. En effet, je voyois tout à l'heure,
dans un champ, des autels abandonnés, monumens refpeftables d'un temple en ruine ; & je
voyois aussi des Dames, fières de leurs ajustemens où l'or & les pierreries se disputoiént d'éclat , je voyois, dis-je, des Dames passer près de
ces tristeç autels sans daigner seulement les re- --- Page 403 ---
DE LA LANGUE LATINE. 2* Biv. garder. Je ne fus point étonné de leur vanité;
mais j'avoue que je le fus un peu du compliment
qu'elle leur attira Soudain, les autels indignés , adressent ainsi la parole à nos orgueilleuses
beautés: Mesdames ! vous êtes parées comme les
temples devroient l'être ; par le vermillon le plus.
pur y vos heureuses mains raniment tous les jours
les roses de votre visage ; vos membres délicats
font chargés des précieuses dépouilles de l'Orient^
& c'est la mousse qui nous couvre. v Vix dixit : Morior, turget. Sed r quare rijifti? T UU$ Peregrinatur animus. - Aras in agro videbam, Prope ab eis , Dominas
Gemmis & auro niu71.tes", Superbèque tranjėuntes , Videbam jimul; & aræ, ? Kepente ,. clamant : Domince. f
Facies & miniatis T Et integuntur corpora' Gemmis; negleclcz , muscamur. _ Ensuite , l'auteur du texte latin qu'on vient delire , en extrait lui-même ces mots :
are rijifti? T UU$ Peregrinatur animus. - Aras in agro videbam, Prope ab eis , Dominas
Gemmis & auro niu71.tes", Superbèque tranjėuntes , Videbam jimul; & aræ, ? Kepente ,. clamant : Domince. f
Facies & miniatis T Et integuntur corpora' Gemmis; negleclcz , muscamur. _ Ensuite , l'auteur du texte latin qu'on vient delire , en extrait lui-même ces mots : MORIor, JE meurs RISiSTI, TU as ri ,
quaRE, pourquoi TURgeT, IL est enflé
MUScaMUk, NOUS nous couvrons, ou nous,
hommes couverts de moufle MINIaTIS, vous-.
vous servez de minium ou de vermillon
iNTeguNTUR, ILS (vos membres délicats,)
font couverts --- Page 404 ---
14 L A. CL É On ne manque pas de lui demander ce qu'il prétend faire remarquer dans ces mots MORIor, &c.
Ce qui vous y paroit le plus remarquable, répondil à l'instant. Foye{ Tabl. Termin. lat. ire colonne, à quelles lettres répond le mot JE. à
I. O. M. R Eh bien , ces quatre lettres donnent MORI, mourir; mais MORIOR, JE meurs,
réveille beaucoup mieux l'idée que doivent réveiller ces quatre lettres I. O. M. R. je veux dire
celle qui fait naître le mot JE. R. produisoit dans
l'esprit d'un Romain, à la fin de MORIOR, le
même effet que produit, dans l'esprit d'un François , le mot JE, suivi du mot meurs , JE meurs.
Il en étoit de même de amO , JE suis aimant,
j'aime; de amavI, JE fus aimant, j'aimai ; de
ameM, que JE sois aimant, que j'aime; de ameR,
que JE sois aimé & jetant aussitôt les yeux
sur les seize terminaisons personnelles ou relatives
aux mots JE, TU, IL, NOUS, VOUS, ILS, l'écolier est tout étonné de les savoir sans les avoir
apprises ; & sept mots lui ont donné, en sept minutes , ce que tous les rudimens du monde lui
auroient à peine donné en sept mois : & le maître,
qui sûrement n'est point un charlatan, n'est pas
non plus, comme on voit, un pédant. Mais ne
quittons point la ire col. du Tabl. des Termin.
lat. sans donner encore quelques exemples pour
celles qui suivent les terminaisons personnelles. A. E. I. O. C. R. S. toi, fois. (Tabl. Termin. lat. ire col. &Suppl. 2C Part. )
Ces Terminaisons IMPÉRATIVES, DÉPRÉCATIVES, OPTATIVES, &c. relatives à un seul, direétement, (toi, fois,) font toutes renfermées
dans ce mot. ACRIORES plus piquans, plus amers. --- Page 405 ---
DE LA LANGUE LATINE. K ACRIORES Eheu ! quam vitio libct,
Yirtutis audi firmones. Plus amers que ne veut le vice confondu , Ecoute les discours de l'austère vertu. La première lettre du mot ACRIORES, termine,
par exemple , le mot AMA, toi, sois aimant ,
aime ; la seconde termine les mots FAC., Die ,
DUC, sois faisant, disant, conduisant; la troi-
'sième termine le mot FER, sois portant; la quatrième termine le mot AUDI, sois écoutant ; la
cinquième termine le mot CEDO, sois donnant,
le vice confondu , Ecoute les discours de l'austère vertu. La première lettre du mot ACRIORES, termine,
par exemple , le mot AMA, toi, sois aimant ,
aime ; la seconde termine les mots FAC., Die ,
DUC, sois faisant, disant, conduisant; la troi-
'sième termine le mot FER, sois portant; la quatrième termine le mot AUDI, sois écoutant ; la
cinquième termine le mot CEDO, sois donnant, disant ; la septième termine les mots UTERE^
LEGE, sois usant, lisant; la huitième enfin mine le mot PRODES, sois servant. " TO. TOR. toi, sois; lui, qu'il sop ,, - '
Terminaisons IMPÉRATIVES &c. rçlatives
à un seul, directement & indire&ement ui, ; qu'il soit.) * TORpeTO , toi, sois ; lui, qu'il soit engourdi. (TORpeTO , toi, sois , &c.) Serpens venefice, Ji verl torpeas ,
Torpeto , semper torpeto. Serpent empoisonneur & traître; ^ De l'homme que tu crains, dangereux ennemi
Te voilà donc enfin par l'hiver engourdi! Ah ! par la mort puisses-tu Pêtre 1 (TORpeTO , lui , qu'il soit, &c. ) Si torpet hic serpens , ha / semper torpeto; Si cet affreux serpent, sous ces obscurs cyprès 1
Dort vraiment, qu'il dorme à jamais. --- Page 406 ---
26 LA CLÉ Terminaisons IMPÉRATIVES , &c. relatives à
plusieurs ( dire&ement. ) TE vous, soyez. TEriTE, vous, soyez écrasant > écrasez.' , IJla , ji noceant, inseêla terite. Ecrasez, sans pitié, l'insecte destructeur. ( indirectement. ) NTO. NTOR. eux, qu'ils soient. iNTOR que NTO. eux , qu'ils soient
tordant, qu'ils tordent. Jam jam, intorquento recta. pedagogi. Pédans, vous dont je ris, en prose comme en
vers, Ah! que les choses les plus droites ,
N'entrent'dans vos têtes étroites y
Et n'en Portent que de travers; Et si le vrai quelquefois ose
Paroître à vos yeux, entre nous, Ne soussrèz point qu'il vous impose ;
Méprisez , jetez loin de vous L'ouvrage impertinent qui vous confondra tous. Moi, je gagerois quelque chose
Que celui qui nous le propose, Saura plaire aux esprits gais, vifs & délicatsy
Qui, par lui, doucement se laisseront conduire
Dans les sentiers fleuris, qu'hëlas! Des barbares voudroient détruire; Mais que leurs yeux ne verront pas.. --- Page 407 ---
---
DE LA LANGUE LATIN t. --- -* 27 Les yeux de nos Dames les verront, ces sentiers droits, si peu connus, ils les verront avec
plaisir ; &, si elles daignent y entrer, elles n'y
seront point attristées par la rebutante sécheresse
d'un sol aride & ingrat : des inégalités pénibles
& fatigantes, ou l'inquiétante mobilité d'un sable
trompeur, ne les obligeront point de retourner
sur leurs pas ; elles y marcheront constamment
sur un terrain ferme sans dureté, aussi uni que
doux, & leurs mains pourront y cueillir des fleurs
& des fruits aussi agréables qu'utiles.
entrer, elles n'y
seront point attristées par la rebutante sécheresse
d'un sol aride & ingrat : des inégalités pénibles
& fatigantes, ou l'inquiétante mobilité d'un sable
trompeur, ne les obligeront point de retourner
sur leurs pas ; elles y marcheront constamment
sur un terrain ferme sans dureté, aussi uni que
doux, & leurs mains pourront y cueillir des fleurs
& des fruits aussi agréables qu'utiles. N 0 T E. Les Dames qui (par des motifs toujours respectables)
ne se détermineroient à marcher dans ces voies si bien
préparées, ou à y faire marcher leurs jeunes demoiselles
sous la conduite d'un jeune homme (l'Auteur n'a pas trente
ans,) qu'au défaut d'une peribnne de leur sexe, qui pût
les guider aussi sûrement aussi agréablement ; ces mères
si prudentes, voudront bien s'adreHer à madame Drobecq,
mon amie, & l'épouse de l'Auteur : elle pourra les satisfaire ; elle pourra leur apprendre aussi qui je fuis : car je
sens qu'il s'élevera, dans l'esprit de certaines personnes ,
des doutes sur mon exigence ; mais ces doutes, qui peutêtre ne sont pas sans apparence, ne peuvent m' offenser en
aucune manière , & ils n'inquiètent point auez , je crois ,
ceux qui se les permettent, pour que je prenne la peine
de les détruire. Celles qui jugeant des exemples latins par la
traduction que j'en ai donnée, tant en prose qu'en
vers, les ont trouvés moins insipides que tous ces
sots exemples proposés tous les jours, de si bonne
foi &: de si bonne grace b dans tous les Collèges
de l'univers, &: qui fourmillent dans tous les Rudimens, sans doute ne refuferorit point de jeter
les yeux sur l'exemple suivant ; il n'est plus pour
le Tableau ? mais pour le Dictionnaire des Termi- --- Page 408 ---
3$ LA C L E naisons latines ; & il ne faut plus y considérer ces
dernières, mais leurs antécédens BA, BE , Br ,
Bo, Bu, qui répondent (BA) aux terminaisons
françoises OIS, Oit, oient, IONS , IEZ. (BE , BI,
Bo,Bu) RAI, RAS, RONS, RONt, REZ. NarraBAm, & per te citò
Lingua mihi ejl occluJa.
Erga te semper taceBO,
Et a me deprecaBEris Verbum, sed non obtineBIs
Tu , nec obtineBUnt tui. Je parlois, & tu me fis taire r
Je me tairai toujours pour toi; Ou par menace, ou par prière, Tu n'auras plus un mot de moi. Si cette résolution n'est point ferme, elle esi
du moins généreuse dans un bavard ; mais nousmêmes , cessons de bavarder, & finirons. Qu'il me soit permis de terminer un ouvrage
destiné aux jeunes Demoiselles , par une Fable
que l'Auteur leur adresse, & que des corre&ions
heureuses ont rendue plus digne de leurs regards.
Quelques-unes d'entre elles, persuadées qu'elles
sont, Qu'avec un cœur tendre, un bon cœur, Les graces d'un esprit vrai comme la nature,
Hateront bien plus leur bonheur Que l'éclat fugitif d'une heureuse figure , Soutenu par l'éclat trompeur D'une brillante & trop vaine parure , Qui toujours leur fait peu d'honneur,. Et' qui souvent leur fait injure. --- Page 409 ---
DE LA LANGUE LATINE, 29 Quelques-unes, dis-je, pourront lire cette Fable
avec plaisir : il n'en sera pas de même des autres;
j'en suis fâché pour elles.
graces d'un esprit vrai comme la nature,
Hateront bien plus leur bonheur Que l'éclat fugitif d'une heureuse figure , Soutenu par l'éclat trompeur D'une brillante & trop vaine parure , Qui toujours leur fait peu d'honneur,. Et' qui souvent leur fait injure. --- Page 409 ---
DE LA LANGUE LATINE, 29 Quelques-unes, dis-je, pourront lire cette Fable
avec plaisir : il n'en sera pas de même des autres;
j'en suis fâché pour elles. LA BERGÈRE ET LES OISEAUX,
s
FABLE. {Aux Belles qui ne sont que belles.) Lisette , gentille Bergère, Desiroit avoir un oiseau. Un oiseau n'est pas un affaire ; Au sein d'un paisible hameau 3 Elle pouvoit se satisfaire ; Oui : mais tous les oiseaux ne savoient point lui plaire;
Au Serin même, aux ailes d'or, Lisette préféroit encor -
Un Linot joli, doux & tendre; Un tinot seroit un trésor 1 Où le trouver ? comment le prendre? La petite friponne imagine un réseau
Si solide & si fin, fait de telle manière, Qu'il devoit arrêter le plus subtil oiseau. Le réseau fabriqué, sous la fleur printanière
Lisette court l'étendre au bord d'un clair ruisseau, Et se promet une volière. En effet, nombre de Moineaux Sont pris... & sont lâchés; d'eux elle a bien affaire\
Leurs rustiques chansons ne l'amuferoient guère ! D'ailleurs, elle en veut aux Linots. Un Linot cependant aux filets de la Belle
Vient, est pris ; elle accourt. Où le logera-t-elle i
Point de cage. Embarras nouveau. Point de cage, hélas 1 point d'oiseau, --- Page 410 ---
O L A C L i Elle prend. son Linot, le baise... Ah ! quel dommage
S'il alloit s'envoler... Qu'il est doux ! qu'il est beau La Belle en eût dit davantage ; Mais de ses jeunes mains le rusé se dégage, Et s'envole sur un berceau. La Belle en pleurs des yeux, suit en vain le volage ;
Il rit, & disparoît. Sous un épais feuillage
Voyant encor la Belle, & pensant au réseau, Il dit: Lisette est fine, & Lisette est peu sage, Quand on veut avoir un oiseau, On doit se munir d'une cage. Belles, ne riez point, Lisette est votre image ; Elle a des pièges sûrs, bien tendus, & vainqueurs Un moment d'un peuple volage; Vous avez des. attraits, des charmes enchanteurs, Et d 'un jeune indiscret vous surprenez l'hommage : Le charme cesse 3 on fuit ; & vous versez des pleurs. Je demande grace encore pour une petite pièce
que l'Auteur adresse àson Epquse,&qui sûrement
ne plaira point à nos, Lisettes; mais qui pourra
plaire à d'autres. LA RICHE EDO T. (A ma Femme.) Autrefois une jeune & belle Athénienne, . Très-riche, grace à sa beauté , S'en alla voir, par vanité, Une Lacédemonienne ■
Qui, généreuse citoyenne, Vivoit avec courage & même avec fierté, Dans une indépendante & noble pauvreté. '
Elle entre. Elle regarde. Elle fait l'importante,
Lâchons le mot, Y impertinente K ' --- Page 411 ---
DE LA LANGUE LATINE. 3t En mais ! Madame, eh mais ! dit-elle, savez-vous Que vous êtes fort opulente? Satisfaite d'un sort & glorieux & doux,
voir, par vanité, Une Lacédemonienne ■
Qui, généreuse citoyenne, Vivoit avec courage & même avec fierté, Dans une indépendante & noble pauvreté. '
Elle entre. Elle regarde. Elle fait l'importante,
Lâchons le mot, Y impertinente K ' --- Page 411 ---
DE LA LANGUE LATINE. 3t En mais ! Madame, eh mais ! dit-elle, savez-vous Que vous êtes fort opulente? Satisfaite d'un sort & glorieux & doux, Sans doute vous fuyez, femme heureuse & prudente ,
Les regards de l'envie & ses propos jaloux ? Je fuis l'espritgéger qui raille, qui plaisante, Qui devroit se taire, entre nous, Dit la Spartiate imposante. Je ne me tairai point, reprend notre impudente; Et, dussai-je exciter ici votre courroux, D'honneur je vous admire, & chez vous tout m'enchante j
Un seul point m'inquiète... A votre cher époux
Qu'avez-vous apporté ? L'époux qui se présente , Et qui, par purhasard, avoit tout entendu, Lui répond : Le BON SENS , L'ESPRIT & la VERTV,
L'Athénienne fut contente. FIN. --- Page 412 --- --- Page 413 ---
P RÉGIS DE PRONONCIATION
ANGLOISE
POUR LES VOYELLES SIMPLES,
A, E, 1, 0, U, Y, • EN PROSE ET EN VERS, A L'USAGE DES DAMES; PAR M. DROBECQ, Membre du Musée de Paris & Correjpondant du Cercle des
Philadelphes du Cap François. A i'esprit, avec grâce, il faut parler raison. A PARIS, Chez L'A U T E u R , rue Dauphine , au Musée de Paris. 1786. --- Page 414 --- --- Page 415 ---
A 2 AVIS. c
C E n . 'est pas d'une plume Françoise , ce n'est pas
même d'une plume Angloise que l'on obtiendra la parfaite prononciation de l'Anglois. L'OpuscuIe que je publie
ne la donnera donc pas, il disposera seulement à la recevoir. Pronunciatio nec scribitur , nec pingitur 3 nec
eam hauriri fas eji ni si vivâ voce. La vraie prononciation des langues, quelquefois néceflaire, souvent utile est toujours agréable ; Mais toujours desiré cet avantage heureux, On l'acquiert par l'oreille & jamais par les yeux. Parlez Anglois avec des Angïois, & vous prononcerez
leur langue come ils la prononcent eux-mêmes : mais,
en attendant, si vous voulez être, je ne dis pas écouté ,
je dis Amplement entendu , si vous voulez entendre, pré.
parez votre oreille , lirez ce Précis j prenez connoissancè
des règles à-peu-près générales & ne vous inquiétez
point des exceptions; lJusage seul les apprend bien : Le Maître même le plus sage, # Jamais ici ne ,vaut l'usage. Usus srequens, omnium Magistrorum prcecepta superat. Parlez-vous donc à vous-même, écoutez-vous vousmême , si vous desirez parler aux autres & en être écouté. Cette feuille sera bientôt suiv:e de deux ou trois autres. & l'on aura, 10. Les Voyelles simples; 2 0. Les
Conlonnes iïmples; 3°. Les Voyelles doubles; 40. Les
Consonnes doubles. On aura tout cela . si l'essài que je
hasarde ne déplaît pas, & j'espere qî il ne déplaira pas.
. Parlez-vous donc à vous-même, écoutez-vous vousmême , si vous desirez parler aux autres & en être écouté. Cette feuille sera bientôt suiv:e de deux ou trois autres. & l'on aura, 10. Les Voyelles simples; 2 0. Les
Conlonnes iïmples; 3°. Les Voyelles doubles; 40. Les
Consonnes doubles. On aura tout cela . si l'essài que je
hasarde ne déplaît pas, & j'espere qî il ne déplaira pas. 0 vous ! amis de la douceur, A qui, trop longtems, par malheur, --- Page 416 ---
( 4 ) La barbare étude des, langues
Inspira la plus juste horreur ; Mes insirmantes harangues
Pénétreront dans votre cœur, Et, revenus de votre peur, Peut-être voudrez-vous connoître,
Voudrez-vous essaïer d'un Maître, Qui s'est avisé d'être Auteur ; Qui, par des ruses assez fines, _ Par des efforts toujours vainqueurs,
Charme le noir serpent, & brise les épines, Les émousse du moins & les couvre de fleurs. (*) Écoutez une prophétie, Qu'on ne trouve point dans Jonas,
Encore moins dans Jérémie, Qui ne parle que par hélas ! Écoutez, esprit délicats : L'avenir se dévoile & mon ame ravie
Voit un esprit hardi qui de vous fait grand cas ;
Mais qui dans son heureuse & brûlante énergie,
Veut que notre art gênant cède au libre génie II méprise le vain fatras
De l'absurde pédanterie *
II veut qu'une femme étudie
Et, chose étrange ! il ne veut pas
Que l'étude un moment l'ennuie Dans une route neuve 5c facile & fleurie (*) Voudrez-vous essayer d'un Maître,les moyens absolument neufs,
& ttès-expéditifs que j'ai trouvés, & ceux que j'espère trouver encore
au besoin , me permettent d'affurer avec vérité, que, pouvant donner
des leçons d'Histoire, de Littérature. de Poésie , &c. je puis encore faciliter beaucoup l'acquisition de six à sept langues, tant mortes que vivantes. , Charme le noir serpent , &c. l'Ennui ce serpent caché dans les buifsons épineux de la Grammaire. --- Page 417 ---
( 5 ) A 5 Vous le voyez marcher & vous suivez ses pas Ce guide heureux, c'est moi, je vous le dis tout bas.
L'étude plus riante enfin vous intéresse.. •. Je vous plais pour m'avoir tout le monde s'empresse J'ai du choix l'heureux embarras Et j'en tressaille d'alégresse L'Homme d'Epée & le Robin, Et le Prélat & la Duchesse , Le Comte , le Marquis , l'Eminence & l'Altesse. Vont m'envoïer chercher demain, Pour que j'enseigne à leur sagesse
L'Hébreu, le Grec & le Latin. Et moi qui sais l'Hébreu, beaucoup mieux qu'un Rabin,
Le Grec , mille fois mieux qu'Homère
Le Latin, mieux qu'aucun Romain j • Quelle fortune je vas faire Mais, en attendant que ma fortune Toit faite, je continuerai d'apprendre la langues, à la gibelin , je veux
dire , en les analysarft & en les comparant ; & je les enleignerai avec une scrupuleuse exaftitude, en mêlant,
toute ijois , l'agréable à l'utile. Par-là , je serai le soutien de ma vertueuse compagne, qui sait quatre mots
de Latin & ne fut jamais au Collège, & de mon fils
que je ne manquerai pas d'y envoyer, dès qu'il sera venu
au monde.
la langues, à la gibelin , je veux
dire , en les analysarft & en les comparant ; & je les enleignerai avec une scrupuleuse exaftitude, en mêlant,
toute ijois , l'agréable à l'utile. Par-là , je serai le soutien de ma vertueuse compagne, qui sait quatre mots
de Latin & ne fut jamais au Collège, & de mon fils
que je ne manquerai pas d'y envoyer, dès qu'il sera venu
au monde. A vingt ans, il saura , peut-être, Qu'amo veut dire j'aime , & qu'effe veut dire être Et moi, charmé de ses progrès , Alors, je ferai vite en sorte
Que du Pays latin il sorte, Et qu'il apprenne le François. Mais , trève ici de badinage ; Si, m'accusant de persifflage, --- Page 418 ---
(6 ) Mort cher & pénétrant Lesteur,
Au lieu de me croire un grand Sage,
En riant, me croloit un éternel rieur Pour moi, ce seroit grand dommage !
Pour lui, ce seroit grande erreur !
Tout comme un autre je sais rire ,
Je suis fou ; mais fou par accès.
C'est un éclair que mon délire,
Mes devoirs n'en souffrent jamais.
J'ai dit ce que je voulois dire,
Et je reviens à mon Anglois. --- Page 419 ---
( 7 ) A4 A, Se prononce ai, e, a. 1°. A, suivi d'une Consonne & d'une Voyelle, Je prononce ai. 2°. l'A, des Terminaisons ,able.. ace , ach, acle , acy..
ad.. âge.. aie , al.. an, ance , ancy .. ar , arch ,
ard, ary.. ass .. ate .. Je prononce e dans les MultiSyllabes ; dites donc : eble, ece , erd, &c. 3°. A , dans les Mono-Syllabes, encre deux Consonnes,
au commencement des mots & dans ceux terminés
par ald, alk, il, It, & ailleurs ,se prononce comme
en François. EXEMPLES. 1°. A , prononcé A I. BABY (baibi) l' aimable enfant, II sourit gaiement à sa mère, II va sans cesse l'embrassant, II l'aime, il la caresse ; & la maman espèr®. Que cet enfant chéri croîtra , Que, sous ses yeux, il deviendra. Bon fils , bon époux & bon père. A MAD. P Livrez-vous , sans réserve, à cet espoir charmante
Votre cœur m'est un sûr garant, Qu'il ne peut être une chimère^ A bonne mère, bon enfant. P doit imiter sa mère., --- Page 420 ---
( 3 > 2°. A, prononcé E. VIZARD (vizerd) un masque, un dehors bien trompeur,
Une beller & fausse apparence. Que de gens, hélas! même en France, Dont le front imposant est un masque imposteur. A M A D. P Mais. le vôtre, où l'esprit, les grâces,. la douceur, Le disputent à la décence , En: le liège de. la candeur. ; Ah ! quelle heureuse différence. Nota. Mad. P n'est pas un être imaginaire. c'èfl une Dame trèsrespectable, mais trop modeste, à qui j'ai l'honneur de dhnner des leçons
d'Anglois. E, Se prononce i, a, e; 10. E, entre deux Consonnes , dont une est finale , si
pronoce L Si la dernière Consonne est suivi d'un e,
cet e est muet ; mais il ne l'est pas toujours : quelquefois il devient 1. Au lieu de im , in , on écrit, quelquefois , em ,
en , mais e si prononce i. E x ordinairement muet & remplacé par une
apostrophe, sonne un peu à la fin des Participes
terminés en d, & précédés de d, ou t.
e; 10. E, entre deux Consonnes , dont une est finale , si
pronoce L Si la dernière Consonne est suivi d'un e,
cet e est muet ; mais il ne l'est pas toujours : quelquefois il devient 1. Au lieu de im , in , on écrit, quelquefois , em ,
en , mais e si prononce i. E x ordinairement muet & remplacé par une
apostrophe, sonne un peu à la fin des Participes
terminés en d, & précédés de d, ou t. 2". E, si prononce a dans verjuice ( var-djouss) verjus. Ser-geant (Sar-dgenntt) Sergent. --- Page 421 ---
() 3°. E , se prononce comme en François dans les MonoSyllabes , entre deux Consonnes ; de même , ïorsqu'il est suivi de d, 1, r, s , ss . t, à la fin d'un mot.
II s'éteint beaucoup dans les mots terminés par en,
enfin, il se prononce avant r lorsqu'il en est suivi,
ex. fire (faï-er) feu. EXEMPLES. 10. ExTREM (extrimm) extrême. Ici, sage Lesteur, Qui dois-je peindre L'homme extrême ; Le Poëte exagérateur, Qui, souvent lâche adorateur Des vices couronnés, qu'il imite & qu'il aime, Dénigre & foule avec fureur , Les modefles vertus qu'il eneensa lui-même + Et qu'il admire dans son cœur. E final mourant. • SCENE (Scinn J en François, le Théâtre, la Scène, Où vainement on rit de la folie humaine , Où souvent on corrompt les mœurs Sous le prétexte usé de nous rendre meilleurs. E dans em, en, prononcé I. To EM-BARK (imftt-barq) s'em-harquer: Entrer imprudemment dans une frêle barque, Qu.'on ne saura point remorquer. C'est ce que fait plus d'un Monarque. J'aime mieux, terre à terre, aller, je ne sais où Et ne pas augmenter d'un sou
Mon insuffisante fortune, Que d'aller me roïer , & puis de faire un trou, Comme on dit fort bien, dans la lune. --- Page 422 ---
1. ( 10 ) I, Se prononce aï, a, e , i y o , g. 1 °. I, suivi d'une Consonne & d 'une Voyelle , a la tête
d'un mot , se prononce très-jouvent &i, de même,
quand il est suivi de id, nd, ght, e , à la fin d'un
mot, & dans quelques autres circonstances. au. 1, suivi de r , dans une même Syllabe ,seprononce e.
5°. 1 , "dans la Terminaison ni ou, changeant de place ,
a pu faire in ou, jn-ou, d'ou , gn ou., ni, dans niou,
si prononce donc gn. 4°. 1 /dans sir, stir , bird, birth , shirt, thirst, stirrup,
se prononce o , & a dans sir-rah. 5 I, comme en François , a la tête de la plupart des
mots, suivi de deux Consonnes & d'une Voyelle , de
même dans les mots terminés par in, ine, & dans
quelques-uns en ice, it, ite, ise , ive. EXEMPLES. 1°. 1, prononcé A I. m IDOL (aïdol) une idole: Une froide & fière beauté. Les dons , les dons heureux , donc l'absence désoie » Sont esprit, grâces & bonté ; Qui les possède se console De ne possèder pas la parfaite beauté, Qu'on l'admire, qu'on en rafole. Beauté seule , est, en vérité, Un avantage bien frivole. --- Page 423 ---
' ( II )
1°. 1, prononcé A I. m IDOL (aïdol) une idole: Une froide & fière beauté. Les dons , les dons heureux , donc l'absence désoie » Sont esprit, grâces & bonté ; Qui les possède se console De ne possèder pas la parfaite beauté, Qu'on l'admire, qu'on en rafole. Beauté seule , est, en vérité, Un avantage bien frivole. --- Page 423 ---
' ( II ) 2". I, prononcé E. Fin M (fermm ) très-conitament serme,
Qui peut l'être l'auguste & modeste vertu ; Seule , elle nous conduit au terme , Où, toujours combatant j & toujours eombatu,
Arrive à la fin le vrai sage Où vais-je Ah! je me suis perdu,
En admirant votre vertu , Je me croyois au premier âge. 3". 1 , prononcé G. COMPA-NION (Compa-gnonn) Compagnon; Celui qui dans la ville , ainsi qu'à la campagne,
Sensîble , ouvert & sans façon , Vit le fidèle ami de sa chère Compagne, Et n'est bien que dans sa maison.
Telle est toujours d'un bon ménage
La naïve, la douce image, Et pour bien des maris, elle, est une leçon. O, Se prononce a , e , i, o, ou. l °. O, se prononce rarement dans la Terminaîson on. 2°. 0 , à la tête , au milieu des mots, & dans les MonoSyllabes , se prononce a, & oua dans one , once,
( ou-a-nn ). 3°. 0 j se prononce e dans maggot (magguett) anchor,
purpose , yolk. --- Page 424 ---
( Il ) - 4°. 0, précédant une ou plusieurs Consonnes , [uivi
ou non d'un e , se prononce ou, o, i.. ex. rome,
.( roumm ) , woman , ( ou-ou-mann ) , women ,
( ou-i-men ). 5Q. 0 , précédant &c. voy. 4°. comme en Françors.. ex.
globe, ( glob ) , de même dans la Participes des Verbes en car .. ex. worn , ( ou ornn ) y usé, de wear. EXEMPLES. 0 ^ muet dans on. LESSON (Iessn) leçon ; ce noble amusement
D'un bon esprit qui s'illumine, Cette i laire & simple doctrine Qui diffère toujours enencielement
Du galimatias de l'aveugle routine
Que chèrement en paie à l'âne qui le vend. 2°. 0 , prononcé a. PROCRESS (pragress) progrès. Obstacle (abstacll) obflacle. Un grand obstacle aux grands progrès ,
C est un âne Docteur, criez cent fois miracle : Églé, si vous voyez jamais De fiers coursiers courir , guidés par des baudets. ( Dans les Mono-Syllabes. } R 0 D (rad ) une baguette, & liarite & légère ,
Qui bat du Voyageur le poudreux vêtement,
Qui feint de soutenir & qui ne soutient guère,
Qui dans la main oisive est inutilement, Qui dans celle du Petit-Maître
Badine joue indécemment. Et le fait aisément connoître. --- Page 425 ---
( 13 ) 1 Je m'arrête ici, car les sots
Penseroient que je déraisonne ; II faut abréger des propos
Que la gaité seule assaisonne. U, Se prononce ou , iou , i, e , o. 1 °. U, dans la plupart des mots terminés par urne,
use , ut, & ailleurs , Je prononce iou , quelquefois
ou & o. 20. U , suivi d'une Consonne , dans une même syllabe,
ou suivi de et, It, se prononce o.
m'arrête ici, car les sots
Penseroient que je déraisonne ; II faut abréger des propos
Que la gaité seule assaisonne. U, Se prononce ou , iou , i, e , o. 1 °. U, dans la plupart des mots terminés par urne,
use , ut, & ailleurs , Je prononce iou , quelquefois
ou & o. 20. U , suivi d'une Consonne , dans une même syllabe,
ou suivi de et, It, se prononce o. 3°. U , se prontfflce e , i, très-rarement, ex. to bury,
( beri ), enterrer.. bury , .( beri ) , maison Seigneuriale. EXEMPLES, 1°. U, prononcé iou , o. to amuse ,
abuse;,
but, ammiouze,
abiouze,
bott, amuser,
abus ,
mais. 2°. U , prononce o. to conduct,
faculty, canndoctt,
facolti , conduire,
faculté. --- Page 426 ---
( '4 ) 3°. U , prononcé-e , i, bury,
busy, . Berl ,
bizi, maison Seigneuriale ,
occupé. Heureux qui sit des Vers ! Sage qui n'en fait plus ! Un bon esprit, dit-on, quelquefois s'en amuse : S'en amujèr a son excuse ; Mais s'en occuper, c'est abus. Dans la maison Seigneuriale, Si, pour vivre , je vais chanter , Je veux que le Recteur m'y vienne fouetter, Et que le Grand Seigneur m'empale. Chez les Grands, déja trop nattes , L'encensoir à la main , moi, j'irois me produire !
J'exerce noblement mes nobles Facultés * Et moi-même j'irois follement la détruire ! Servile adulateur j'irois nuire & me nuire ! J'irois tromper mon frère, assis à ses côtés !
L'intérêt, à ce point, pourroit-il me séduire ?
Quand on a , comme moi , sept lustres bien comptés,
Ou l'on eil trop aveugle , ou l'on sait se conduire. Y, Se prononce aï, i. 1Q. Y, à la fin des Mono-Syllabes, à la fin de toutes
sortes de Verbes , de tous les Verbes à trois syllabes terminés en fy , & de la Proposition by, & ,
enfin, dans le mot awry, y se prononce aï. --- Page 427 ---
( 15 ) 2°. Y, à la tête d'une syllabe , & suivi d'une Voyelle,
à la fin des Substantifs , des Adjeftifs ^ des Adverbes
en ly, & ailleurs, comme en François. EXEMPLES. Y, prononcé A Ï. awry , to deny,
my, to sîgnify,
hy, to justify, 3rral ,
denaï,
maï,
Signifaï,
baï, djoftifaï, malfait, nier, mon ,
dénoncer, 1
par
justifier. Peut-être ai-je ï'esprit malfait ; Mais toujours consurer me semble une manie. Je suis franc, ici donc je le déclare net; Des critiques je me défie. ¥
Ils sont hommes très-inhumains, Personne au monde qui le nie * J'apperçois déjà dans leurs mains Le barbare instrument qui flétrit le génie , La sérule Ah: Messieurs, arrêtez, je vous prie,
Mon Croquis sera dénoncé
Par l'Ignorance & par l'Envie ; Mais les Grâces , je le publie , En ma faveur ont prononcé, Leur suffrage me jufiifie. --- Page 428 ---
"( 16) De l'Imprimerie de CAILLEAU, rue Gallande, N?. 64. AU MAITRE DE LANGUE.
* J'apperçois déjà dans leurs mains Le barbare instrument qui flétrit le génie , La sérule Ah: Messieurs, arrêtez, je vous prie,
Mon Croquis sera dénoncé
Par l'Ignorance & par l'Envie ; Mais les Grâces , je le publie , En ma faveur ont prononcé, Leur suffrage me jufiifie. --- Page 428 ---
"( 16) De l'Imprimerie de CAILLEAU, rue Gallande, N?. 64. AU MAITRE DE LANGUE. Cher Consrère , allons, du courage , Quitte du lourd pédant le trisse & mauvais ton,
Fais-toi vite. un nouveau langage,
Avec grace à l'esprit fais parler la raison , Et l'esprit enchanté l'aimera davantage, Et ton amusante leçon Va faire , sous tes yeux, éclore plus d'un Sage î
Tu 'vois la route bon voïage ! FIN. Lû & approuvé, ce premier Mars 1786. DE SAUVIGNY. Vû l''Approbation * permis d'imprimer * le premier Mars 1786. DE CROSNE. --- Page 429 --- --- Page 430 --- --- Page 431 --- --- Page 432 --- --- Page 433 --- --- Page 434 --- --- Page 435 --- --- Page 436 ---
iers du Luxe avec quelque indiffé
rence, & à qui cette maniere de penfer foit particuliere. Je
fçais des Gens delettrés tres-cftimables, des Philofophes, des
Politiques, qui ont trouvé que j'étois entré dansde trop petits
dérails,, & qui ont penfé quej'avois quelquefois été trop loin &
outré la matiere. D'autres perfonnes, 3 comme M.
me jugent différemment, & en donnent les raifons. Lintier,
F --- Page 380 ---
M. de. Saint-Haippy; ren peignant les triftes effets du
Luxe T difoit qu'il affoiblit les corps, flétrit les moeurs, éteint
le courage, ôte à l'ame fon énergie, & finit enfin par entraîner la ruine des Etats.
C Vous trouvez de l'exagération dans les idées; E & moijen
fuis bien éloigné.
luoasol 3Ib
1o 33 sh
t8eI Il mol
(E Qu'importe, dites-vous, que les femmes portent tantôt
5y des robes à la Polonoife, tantôt des Lévites ;
fe
3) fervent
qu'elle
tour-à-tour 2 Bour leurs coéffures,ide Marly, de
2> filet ou de dentelles; qu'elles mettent des chapeaux, ou
5) aillent nue tête; qu'elles ayent des chignons fertés, flottans,
3) ou des catogans: croit-on qu'il y ait de quoi bouleverferla
>) Monarchie Fançoife? - >)
D Soite
fios odve
C'eft un bonheur, Monfieur, d'avoir ainfi une ame ferme,
quine s'effraie de rien; ; mais Montelquieu,
n'auroient
pas eu tant de courage. J'ofe dire, SD après Mably ces as grands hommes, que tout cet attirail du Luxe nisl me paroit très-fanefte à la
fociété, Jevois que nos Vénus Parifiennes, aujourd'hui tout
occupées de leur toilette, facrifient les trois quarts.de.leur vie
à cette vaine occupation, négligent les devoirs les' plus facréss &c.Jen'ai pas envie der répétér icil foiblement de que
Rouffeauaf fortement'esprimé avant mol; mais je dirar'avec
PAbbé de Mably: :a L'éeueil de prefque tous lés Hiftoriens,
>ieft deune pas'ofer prévoir comme Caton, que ces pailions 2
23 mifes plus à leur aife; introduiront bientôt une anarchie
3> fecrete dans le Gonvernement, , ou forceront les Loix d'être
5) plus'indulgentes. 5) oz ub cistiontpo C
s6 OIDLApAL 5355
Fajourerala avec cet Auteur-re/pe@able. : cicJe fuis d'autant
>) plus faché de voit traiteb-de bagarelleile débat quis'éleva
>) au fujet de la Loi Appia 5 que' Tite-Live fait tenirà Caton
>-un difcours digne de fa fagelle & de fa
:
prévoyance 3
3) tandis que le Tribun Valériusne favorife le Euxe des
n
fem-
6 OIDLApAL 5355
Fajourerala avec cet Auteur-re/pe@able. : cicJe fuis d'autant
>) plus faché de voit traiteb-de bagarelleile débat quis'éleva
>) au fujet de la Loi Appia 5 que' Tite-Live fait tenirà Caton
>-un difcours digne de fa fagelle & de fa
:
prévoyance 3
3) tandis que le Tribun Valériusne favorife le Euxe des
n
fem- --- Page 381 ---
>5 mest 2 qjue par le plus foible raifoninement, Enfin, je ferois
3x affez de lavis de Montefquieu, qui loue lesRomains au
3) fujet de cette même Loi, d'avoir craint davantage le Luxe
24 dans Romes.que les Gaulois au Capiboleramer
Vous avez ajouté: c Nous avons beautcoup de maifons de'
55 plaifance autour de cette Capitale; mais ces maifons n'oc35 cupent pas aflez d'efpace pour que l'on puiffe dire qu'elles
>> dévaftent les campagnes & les rendent inuniles, 39
-se Gtrp
T
5h
mot OV
TS a
:Maisje.vousle demande, Monfieur s que font devenues nosi
moetirs2N'efl-ce, pas leLuxe qui a arachélui-mémenos navets
& nosi choux pour élever ces édifices fuperbement inutiles B
Pourquoi.le prix des.légumes 5 cette denrée f néceffaire, le
feul:aliment du pauvre, eft-il doublé aujourdhui? Ceft que
les environs de Paris ne font'plus couverts que der maifons del
plaifance 5 c'eft quenos artichanxi 80 nos oignons font obligés
de venir par la poffe , 18c qu'ainfi le prix du tranfport excede
le prix intrinfeque du légume : & à la vérité les provifions de
toute. 3
efpece ne manquent point dans cette ville immenfe;
mais
vendu
g toutyeft -
V
aupoids. del'or : & Tartifan, le manouvrier un 2 le Pere de famille - 699e 5 tout enIe PEtat en fouffre,
Vous prétendez ( que le Luxe n'a pu amolir nos troupes, a
>) & cela, ( dites-vous.) parce qu'elles fortent de la cam3) pagne. 5) Mais, Monfieur, ne fçavez-vous pas que le
Luxe, 2 comme une contagion infenfible, fe répand des villes
dans les campagnes; que celles-ci fe font une gloire d'imiter
les premieres ; qu'il y regne maintenant un Luxe d'autant
plus dangereux, qu'on a moins de moyens de le fatisfaire; 5
& qu'en vain cherche-t-on aujourd'hui à la campagne cette
bonhomie, cette vertueufe fimplicité que nos payfans ne poffedent plus que dans les ouvrages des Poëtes ?
Le Luxe eft une rouille dévorante qui mine fourdement
toutes les vertus d'un Etat. Vous paxlez de nos Soldats ; je
ire d'imiter
les premieres ; qu'il y regne maintenant un Luxe d'autant
plus dangereux, qu'on a moins de moyens de le fatisfaire; 5
& qu'en vain cherche-t-on aujourd'hui à la campagne cette
bonhomie, cette vertueufe fimplicité que nos payfans ne poffedent plus que dans les ouvrages des Poëtes ?
Le Luxe eft une rouille dévorante qui mine fourdement
toutes les vertus d'un Etat. Vous paxlez de nos Soldats ; je --- Page 382 ---
me tais; Monfieur; mais je crois difficilement à leur va-:
leur, & encore moins à leur patiente intrépidité dans-leslongs:
travaux.
Vous vantez le courage de notre jetine Noblefle. Je la
refpecte. avec vous, j'admire fa valeur bouillante &c impétueufe, enfin, je lui crois de grands talens pour un coupr de.
main; mais jecherche en vain dans elle. cette patience qui,
fçait attendre l'occafion, cette fermeté qui triomphe du malheur. Je vois fon feu fe ralentir auffi promptement qu'il s'allume 3 je dlasi vois: rebutée par lèsi obftacles d'une dongue &
pénible entreprife 5 dévorée: pars limpatience de revoir la
Capitale & fes plaifirs : telle enfin ensexpédition militaires
qu'en amour. Et pourquoi toutes nos: guerres lointaines ontelles eu de fifuneftes fuccès A Pourquoi FItalie a-t-elle étéfit
fouvent témoin de nos pertes ? Ceft que la légereté desl
Françoisyc'eft que leurpaffion pour lesplaifirs, vices nés daj
Luxe, les réndra toujours incapables de foutenir les fatigues
d'une expédition lointaine.
Vous voyez, Monfieur, que je ne fais qu'indiquer icides'
réflexions, qu'il me feroit facile d'étendre davantage, &
d'appuyer des exemples "les plus frappans. Je fuis avéc un
très-profond refpect, &c,
Ce1g Mai 1783.
LINTIER, --- Page 383 ---
D V1 -6
LA CLÉ
DE LA LANGUE LATINE,
OU
MOYEN TRES-SIMPLE,
PAR lequel les Perfonnes des deux Sexes & de
tous les ages, (particulièrement les Dames,)
peuvent apprendre le Latin; ;
L'apprendre bien, l'apprendre en peu de temps,
Sans peine aucune ; en dépit des pédans.
PAR M: DROBECQ.
Ufits frequens, omnium Magifrorum pracepta fuperat.
Cic. Lib, de Orat.
A ROME,
Et fe trouve a PARIS,
Chez PAUTEUR, rue des Petits- Carreaux; maifon de
Mlle LE POIVRE; près dela rue du Bout-du-Monde,
M, DCC. LXXIX,
apprendre le Latin; ;
L'apprendre bien, l'apprendre en peu de temps,
Sans peine aucune ; en dépit des pédans.
PAR M: DROBECQ.
Ufits frequens, omnium Magifrorum pracepta fuperat.
Cic. Lib, de Orat.
A ROME,
Et fe trouve a PARIS,
Chez PAUTEUR, rue des Petits- Carreaux; maifon de
Mlle LE POIVRE; près dela rue du Bout-du-Monde,
M, DCC. LXXIX, --- Page 384 --- --- Page 385 ---
EXTRAIT
D'UNE LETTRE DE L'AUTEUR,
A MADAME ***
EDITRICE DE CET OUVRAGE.
Paris, 15.Dicembre 1777.
Coxxr inflitateur * ,je vous envoie la Clé de
1 la Langue latine, forgée pour votre ufage, 6 qui,
je l'efpère, ne vous fera point inutile. Cetté Clé,
vous le verret bientôt, n'sf autre chofe qu'un
moyen tr2s-fimple pour apprendre la Langue latine,
en beaucoup moins de temps qu'or n'en perd dans les
colleges pour apprendre les premiers élémens de cette
Langue. Mais remarquer bien, MADAME,qm
je dis la Langue, & non pas la Grammaire latine.
Cette Grammaire exige une application d'efprit dont
peu de perfonnes font capables, & dont celles qul
le Jont le plus, voudroient n'éprotver point la fatigue inutile w.Quand vos Grammatifes, (me difoient unjour des perfonnes refpettables, mais un
* M. Drobecq n'a pas encore embraffé Fétat d'inflituteur, mais il eft prêt à l'embraffer, fi Dieu
deftine.
** Voyer Grammaire univ. de M. Gébelin, l'y 2 chap. 12,
pag.21, &c manitredsapprendre lesI Langues, par M. l'abbé
de Radonvilliers,
A 11
vos Grammatifes, (me difoient unjour des perfonnes refpettables, mais un
* M. Drobecq n'a pas encore embraffé Fétat d'inflituteur, mais il eft prêt à l'embraffer, fi Dieu
deftine.
** Voyer Grammaire univ. de M. Gébelin, l'y 2 chap. 12,
pag.21, &c manitredsapprendre lesI Langues, par M. l'abbé
de Radonvilliers,
A 11 --- Page 386 ---
LACLE
pevives,) quand vos Grammatifes voudront être
d'accord entre eux, alors, nous pourrons les écouter; mais quelle apparence qu'auparavant nous
voulions prendre la peine d'étudier toutes leurs
grammaires prétendues 2 C'ef une Langue que nous
voulons apprendre, 6 non pas un ramas confus
de règles énoncées d'une manière barbare, 6 qui,
après avoir épuiftles forces de Pefprit le plus vigoureux, font toutes anéanties par un nombre ins
nombrable d'exceptions, Nous voulons apprendre la
langue des Romains, comme les Romains euxmêmes l'apprenoient, comme. nOUS apprenons la
notre. Cen'ef pas que, dans Loccafion, vous ne
puilfiet nous trouver actentives aquelques principes
dé grammaire, fimples, clairs G féconds, tels que
A ceux des Girard, des Dumarfais, des Beauzée, des
Gébelin, de ces maitres, les Jeuls que nous nous
ferons toujours un plaifir d'écouer, & une gloire
d'entendre. Voila ce que me difoient des femmes
d'efprit: vous, MADAME, qui penfet 6 parlez
comme elles, vous qui voyer avéc pitié les vulgaires
efprits, auffi vains que bornés,e trainer avec complaifance, ramper confamment dans l'ornière de
la routine, vous ne mépriferer point un ouvrage
qui pourroit être de quelque utilité à ceux qui
craindroient dy tomber, OIL qui voudroient enz
fortir: pour ceux quis'y plaiftni,qu'ilsy reflent :
auffi-bien mon ouvrage ne leur convient point, car
il exige plus dejugement que de mémoire, 6fup
pofe le fens commun.
--- Page 387 ---
DE LA LANGUE LATINE,
AVIS
DE
FEDITRICE
Crr Ouvrage, comme on vient de le voir, 2a
été compofé pour moi; il m'a épargné des peines qu'affurément) F je n'euffe jamais voula prendre
pour me procurer des avantages dont la jouiffance me fait le plus grand plaifir; en un mot,
cet Ouvrage m'a été très-ptile; & penfant qu'il
pourroit l'être à d'autres,je l'ai rédigé,je le publie; & du confentement de TAuteur, je le dédie
à toutes Tes perfonnes intelligentes qui, fenfiBles,
mais délicates, n'ofent cueillir la rofe qui les
tente, dans lacrainte d'être piquées par Tes épines qui l'entourent, je veux dire aux perfonnes
de mon.fexe;
Car, Meffieurs, fans vous faire injure,
Les femmes ordinairement
Favorites de la nature,
D'elle reçoivent en naiffant,
R
Reçoivent même outre mefure,
Les graces de l'efprit, comme de la figure,
Et le plus libre entendement:
Avec de fi fortes avances 7
Les Dames peuvent aifément
Se procurer des connoiffances,
At ut
rainte d'être piquées par Tes épines qui l'entourent, je veux dire aux perfonnes
de mon.fexe;
Car, Meffieurs, fans vous faire injure,
Les femmes ordinairement
Favorites de la nature,
D'elle reçoivent en naiffant,
R
Reçoivent même outre mefure,
Les graces de l'efprit, comme de la figure,
Et le plus libre entendement:
Avec de fi fortes avances 7
Les Dames peuvent aifément
Se procurer des connoiffances,
At ut --- Page 388 ---
LA CLÉ
D'un efprit cultivé folides ornemens. 2
Et qu'on acquiert en peu de temps,
Loriqu'à l'ame avide & contente
Une main fage les préfente,
Puis, avec force, va fappant,
Etva renverfant hardiment
L'édifice de l'ignorance;
Ce ramas d'obfcurs rudimens,
Affreux, barbares inftrumens
Dul long fupplice de l'enfance,
Dans les lourdes mains des pédans.
NOTE.
Sans doute les pédans, dira quelque malin,
Défignent les régens : peut-être..
Hélas! tous ces Meflieurs ne font pas, des ROLLIN;
Mais quelques-uns d'eux pourroient l'être.
Et il ne feroit pas jufte de confondre avec les pédans,
des perfonnes refpectables par leur mérite & par leur modeftie, & qu'il faut plaindre d'être réduites à vivre avec
des gens quileur reflemblent fi pen, & auxquele ikfont,
trop fouvent, forcéesde reflembler.
a
a --- Page 389 ---
DE LA LANGUE LATINE.
TABLEAU DES TERMINAISONS LATINES *
Clé. Ire
zre COLONNE.
2 COLONNE.
2e
Clé.
A. I 1.0.2.
Le
AE.US..35d,aekjs.
E.
M.R.
T.
I.
S.
de, du, de la X.
O.
TI. 4.(S-T-)
E.
U, RIS, 5. RE.)
(a,au, à la
BA. T. TUR. 6..
il.
IM.
BE. MUS. MUR.
nous. o. de, du, à, au.
BI. MINI.TIS. 7. (s-x-)
UM.1
B. NT. NTUR.
von.d ils.
de, du
OR.2
BU,
ND.
RA. A. 8.E, C.9.
(de, du, de la.. NT-3
RE. TE.ATO.L.TOR(R) ES.IS.
RI.
des, à, auxR. RI, I2
SUR.
RU.
UM.(ar.or.er.) de, des.
TUR.
SSE. I NS. 13:
BUS, de, des, à, aux. XUR,
* Yoyet Clé de cet Ouyrage, * page 14,
SUPPLE ME NT
AU TABLEAU DES TERMINAISONS LATINES,
PREMIÈRE PARTIE.
(Pour la deuxième Colonne.) )
Le, fa, les, e un, une... Ce, cet, cette, ces
certain, certaine, certains, certaines,
Parl le, la, 7
les un, une de, des. O.
Aiv
des.
TUR.
SSE. I NS. 13:
BUS, de, des, à, aux. XUR,
* Yoyet Clé de cet Ouyrage, * page 14,
SUPPLE ME NT
AU TABLEAU DES TERMINAISONS LATINES,
PREMIÈRE PARTIE.
(Pour la deuxième Colonne.) )
Le, fa, les, e un, une... Ce, cet, cette, ces
certain, certaine, certains, certaines,
Parl le, la, 7
les un, une de, des. O.
Aiv --- Page 390 ---
LA CLÉ
SECONDE PARTI E,
(Pour les deux Colonnes & les deux Clés.)
PREMIERE COLONNE
I. Lje fus, je fuis, fois, être.
2. O.je fuis, je ferai, fois, (b.r.) Poyer Dictionnaire des Terminailons.
3. S. (conf) tu es,
4. TI. (s. x.) tu as été, tui fus.
5. RIS-RE. (conf.) tu es. RE. (4) ils ont été,
ils furent, (a,e,i, & conf.) fois, être,
(fo) devoit être.
6. T. TUR, (conf.).il eft.
7- TIS. (conf.) vous êtes, (s. x.) vous avez
été, vous fûtes.
8. A. fois. E. fois, être.
9. C.(a,i i,u) fois.
IO. TE. (a, e,1, to, conf.) foyez.
II. TO,TOR. a (a,e,i, & conf.) fois, qu'il foit,
NTO. NTOR. (a, e, u) qu'ils foient,
12. RI. (a,e,i, er, & conf.) être.
13. NS.) (a, - e) étant:
IIe COLON N N E.
I. US. (i) plus.
PRE M LE R'E CLE
I. SSE. être, avoir été.
II CLÉ
I. IM-UM. antécéd. de term, très, le plus, abfolument.
2. OR, antécéd. ou term. plus, le plus, relativement.
3: NT. antécéd. Yoyez NS, ci-deffus, 13. --- Page 391 ---
DE LA LANGUE LATINE.
TABLEAU
DESU TERMINAISONS FRANÇOISES:
Ant... . é.u.i. is. it. int. ait. et. ert. (e.s.)
étant
ant
fus,je
al
ins
été
é. u. &. fus, tu
as
ins
Etren
re. : fut, il
int
Etes
es. ez: fumes, n. ames. imes inmes
Sois,q. .jeke
futes, V
ates. ites intes
Sois, q- ile
furent, ils- erent irent--inrentSois, 9: tu.es
fufle,. je.affe ifle. infle.
Soient,g.ils.ent fulles,. tu-affes iffes- -infles
Sont, ils.ent. fut, q.
at
int
Soions,q.n.ions- dmgadonisrmaiedie)
Sommes, n. ons fufliez, q- V. afltez-iftez-infiezSoiez, 4 v. iez
fuflent, g ikalfent-iflae-iafaeSUPPLE) MENT
AU TABLEAU DES TERMIN. FRANÇOISES.
ANT. Cette terminaifon eft une de celles que
prennent les mots faire, commettre, feindre, decouvrir,produire, réprimander, punir, batere, 8cc.
qui peuvent fe modifier ainfi :faifant, commettant, 8zc.
E,U,I, 8cc. Ces term. font encore prifes par
les mots de l'efpèce de ceux-ci,faire, 2 commettres 8xc.quipar elles deviennent,/ait, commis,8cc.
Je
que fous FACIENS ont ait faire, en
voyant LFOet le Suppl. au Tabl. des Termin. lat.
2 Part. 13. étant répondre à ENS,. faifant ne me
qui peuvent fe modifier ainfi :faifant, commettant, 8zc.
E,U,I, 8cc. Ces term. font encore prifes par
les mots de l'efpèce de ceux-ci,faire, 2 commettres 8xc.quipar elles deviennent,/ait, commis,8cc.
Je
que fous FACIENS ont ait faire, en
voyant LFOet le Suppl. au Tabl. des Termin. lat.
2 Part. 13. étant répondre à ENS,. faifant ne me --- Page 392 ---
TO
LA 2 CLÉ
paroût pas une expreflion difficile à trouver : au
lieu de FACIENS, fi l'on avoit FECISSE, en
yoyant SSE & avoir éte fe correfpondre, avoir
été faifane fera-t-il plus difficile à changer en
fon équivalent, avoir fait?
Je fuppole encore qu'ayant les mots connottre,
aimer, on trouve être; fl'on peut dire être connoifants, 8c. les termin. TE, Ts ne feront point
changéess finon, elles céderont la place à L, 4,
& l'on aura connu aimé,
Si l'on trouvoit, vous étes, & que l'on eût un
mot qui pût prendre la termin. ant, on lui donneroit la termin. es ou er. Le mot qui ne pourra
prendre la termin. ant, prendra une des terminaifons 4, Ls i, &c. & T'on ajoutera a la terminaifon qu'il aura prile, le figne dup pluriel s:
Exemple:
Vous êtes croiant me faire
& vous êtes
me faifant pitié. 1 Vous REEREIS & vous mne
fait-es...
Vous êtes ha-is des méchans : mais vous êtes
aim-és des bons.
212I0
30n
Ina
E -
an --- Page 393 ---
DE LA LANGUE LATINE.
DICTIONNAIRE
DES
TERMINAISONS
LATINES.
Ant é.u.i. is. it. int, ait. er. ert (c.s.)
A
mes, nous ferons, foions.
Avtonie fois, je ferai, ENT. qu'ils foient 5
fuis-je.
fuffent, ils font, ils eiaue
AMINI. que vous foiez, ENTUR. qu'ils foient, ils
vous êtes, foiez.
font, ils feront.
AMUR. AMUS.
nous ER. que je fois, fois.
foions 5 nous
ERE. que tu fois, tu es, tu
feras.
EasE
ANT.quils foions. foient, ils font, ERIS, que tu fois, tu es, tu
ANTUR. font. qu'ils foient, ils ES. feras. que tu fois, que tu fufAR. que je fois, je ferai.
ET. fes,tu es, tu feras, fois.
ARE. que tu foiss tu es.
eft, qu'il il fera. foit, qu'il,fit, il
ARIS. quet tu fois,tu es.
ETIS.
vous
AS. que tu fois, tu es.
vous que
foiez,
AT.quil foit, il eft,
fufliez, vous
ates
ATIS-que vous foiez, vous ETUR. vous ferez. foit, il
il
êtes.
qu'il
eft,
ATUR. qu'il foit, il eft.
fera.
I
E
IM.
je fois.
EM, que je fois, queje fufle. IMIASE vous êtes, foiez,
EMINI.que evousfoiez, vous IMUR. nous fommes.
étes, vous ferez, foiez. IMUS, nous fommes, nous
EMUR. que nous foions, avons été, nous
nous fommes, nous fe- que nous foions, fimes, foions.
rons, foions.
INT. qu'ils foient.
EMUS.que nous foions.que IRE. tu es.
nousfuflions, nous fom- IRIS. tu es.
je fufle. IMIASE vous êtes, foiez,
EMINI.que evousfoiez, vous IMUR. nous fommes.
étes, vous ferez, foiez. IMUS, nous fommes, nous
EMUR. que nous foions, avons été, nous
nous fommes, nous fe- que nous foions, fimes, foions.
rons, foions.
INT. qu'ils foient.
EMUS.que nous foions.que IRE. tu es.
nousfuflions, nous fom- IRIS. tu es. --- Page 394 ---
L A
CLÉ
IS.que tu fois, tu es, tu feras.
BO
IT. qu'il foit, il a été, il fut, BO.je ferai.
ileft, ilfera.
BOR.je ferai.
ITIS. vous êtes, que vous
BU
foiez.
ITUR. il eft.
BUNT. ils feront.
O
BUNTUR. ils feront.
OR. je fuis.
R A
U
RAM. j'avois éré.Tétois.
RAMUS. nous avions été,
UM. je fuis.
nous étions.
UMUS. nous fommes.
RANT. ils avoient été, ils
UNT. ils font,
étoient.
UNTUR. ils font
RAS. tu avois été, tu étois.
BA
RAT. il avoit été, il étoit.
RATIS.vousaviezété,vous
BAM. j'étois.
étiez.
BAMINI. vous étiez.
RE
BAMUR. nous étions.
REM. que
fuffe.
BAMUS. nous étionis.
REMINI. je
BANT. ils étoient.
que vous fufliez.
BANTUR: ils étoient.
REMUR. que nous fuflions.
BAR. j'étois.
REMUS.
nous fuflions.
BARE. tu
RENT.
fuffent.
di
étois.
RENTUR.
fuflent.
BARIS. tu étois.
RER.
qu'ils fufle.
BAS. tu étois.
que je
BAT. il étoit.
RERE/ que"tu fufles.
BATIS. vous étiez.
RERIS. que tu fulles.
BATUR. il étoit.
RES. que tu fufles.
RET. qu'il fot,
15 .BE
RETIS. que vous fufliez.
BERE. tu feras.
RETUR. qu'il fut,
BERIS. tu feras.
RI
BI
RIM. que Jaie été que je
fois.
to
BIMINI. vous ferez.
RIMUS. que nous ayons
BIMUR. nous ferons
été, nous aurons été, nous
BIMUS. nous ferons.
ferons. U1s
BIS. tu feras.
RINT. qu'ils aient été, ils
BIT. il fera.
auront été, qu'ils foient.
BITIS. vous ferez.
RIS. que tu aies été, que tur
BITUR. il fera."
fois,tu auras été,t tu feras.
ie été que je
fois.
to
BIMINI. vous ferez.
RIMUS. que nous ayons
BIMUR. nous ferons
été, nous aurons été, nous
BIMUS. nous ferons.
ferons. U1s
BIS. tu feras.
RINT. qu'ils aient été, ils
BIT. il fera.
auront été, qu'ils foient.
BITIS. vous ferez.
RIS. que tu aies été, que tur
BITUR. il fera."
fois,tu auras été,t tu feras. --- Page 395 ---
DE LA LANGUE LATINE,
RIT.quilait été, qu'il foit,
SSE
il aura été, il fera.
SSEM.
RITIS. que vous ayez été,
je
Jeufle été, que
vous
Mudte
que
foiez, vous au- SSEMUS.
nous
rez été, vous ferez.
été, que
euffions
que nous fuflions.
RO
SSENT. qu'ils enffent été,
qu'ils fuflent.
RO. j'aurai été, je ferai.
SSES.
tu euffes été, que
RU
tu Adese
RUNT. ils ont été,ils fu- SSET.quileut SSETIS.
été,quilfut. vous
rent, ils feront.
que
euffiez
été, que vous fufliez.
COM P L É MENT
DU DICTIONN. DES TERMIN. LAT.
L ND S.T.X-SUR- -TUR--XUR.
2. a. a. as am. arum. e. i, is. 0. OS. orum. us. um.
3.6. u.1.1s iti int. ait. et. ert. (e. s.) able. L.4-ant-r.re.
4.
a.a. 8c... wdevant étrew. é. u.i, &c
. ND.
Si. d'être..
int.
6.
lo.a êtres en étant.
ant.
7.
um. étre.
ant.
8.
u. à être, d'étre ant
é. u. i. &cam
9.S.T.X. um-. être, (pour)-
ant.
irilwetre, (devant, devoir.) é. u.
IO.
a. ae. 8c.
Sayan: été..
é.u.i.
ayant, étantméu. 1.
Tr.SUR, TUR. XUR.a. 2. &c-devant étre.-ant
int.
6.
lo.a êtres en étant.
ant.
7.
um. étre.
ant.
8.
u. à être, d'étre ant
é. u. i. &cam
9.S.T.X. um-. être, (pour)-
ant.
irilwetre, (devant, devoir.) é. u.
IO.
a. ae. 8c.
Sayan: été..
é.u.i.
ayant, étantméu. 1.
Tr.SUR, TUR. XUR.a. 2. &c-devant étre.-ant --- Page 396 ---
L A CLE
CLÉ DE CET OUVRAGE.
PRE MIÈRE PARTIE
Explication du Tableau des Terminaifons latines.
PREMIERE COLONN E.
CrrTE colonne contient les terminaifons des
mots latinsqui font rendus en françois par lesmots
être, avoir, faire, fentir, connoitre, voir, entendre,
parler, boire, manger, dormir, fe promener, lire,
écrire, penfer, &cc. Dans cette colonne,
dans
tout
(&
le Tableau) les terminaifons fiivies d'un
chiffre fe retrouvent précédées du même chiffre
dans le Supplément au Tableau, 2 Partie. Les
terminaifons qui ne font fuivies d'aucun chiftresfe
retrouvent dans le Diéionnaire des" Terminaifons
latines; mais elles y doivent étre cherchées
leur antécédent, c'eft-a-dire, par ce qui les par
cède dans
préIe mot que l'on veut traduire, & cet
antécédent fe trouve dans la première Clé, (celle
du Dictionnaire.) Si une terminaifon cherchée
(8c ayant dû Pêtre) dans la première colonne ne
s'y trouve pas, on en chercheral l'antécédent dans
la 20 Clé, (celle du Complément du Diétionn.)
on y cherchera auffi les antécédens des terminaifons qui, trouvées dans la première colonne, &c
retrouvées danslaa*Partie du Supplément au Tableau, n'y feront fuivies de rien, ou de rien qui
foit convenable, & le complém. pourra fatisfaire.
TI. (s. x.) fignifie
la terminaifon TI.eft
toujours précédée de Srea ou de X.
TOR. (n) fignifie que les terminaifons TO, &
TOR. peuvent être précédées deN,
terminaifons qui, trouvées dans la première colonne, &c
retrouvées danslaa*Partie du Supplément au Tableau, n'y feront fuivies de rien, ou de rien qui
foit convenable, & le complém. pourra fatisfaire.
TI. (s. x.) fignifie
la terminaifon TI.eft
toujours précédée de Srea ou de X.
TOR. (n) fignifie que les terminaifons TO, &
TOR. peuvent être précédées deN, --- Page 397 ---
DE LA LANGUE LATINE,
II COLON N E.
Cette colonne contient les terminaifons des
mots latins qui font rendus en françois par les
mots Dicu, Punivers, T'homme,
lapof
Felion, lapuiflance, Vadion, le
la conla
sAaE
noiffanee,
vue, P'entendement, la parole, la
boilfon, la nourriture 5 le/ fommeil, la
la
promenade,
lecure, Vécriture, 5 lapenfée, 8xc. Si une terminaifon cherchée (& ayant dû l'être) dans cette
colonne, ne s'y trouve pas, ou fi rien de ce qui
correfpond à cette terminaifon (fie elles'y
ne
trouve)
convient, on - aura recours au Supplément,
(ife Part.) & fi, après y avoir recouru, on fent
qu'il manque! encore quelque chofe, & que le
mot latin n'ef pas entièrement rendu en françois,
on verra G ce qui précède la terminaifon du mot
latin ne fe trouvéroit pas dans la deuxième Clé.
UM. (ar. er. or.) fign. que cette terminaifon
UM,précédée de ar, &cc. eft toujours relative à
ce qui la fuit.
Du Tableau des Terminaifons frangoifes.
Le Supplément àce Tableau eft la meilleure
explicationqu'on en puiffe donner: ce fiupplément
attentivementlu, & comparé au' Tableau, le Dictionnaire des terminaifons latines n'eft pas une
énigme fort difficile à deviner,
Du Complément du Didionn. des Termin. latines.
La première ligne donne les antécédens de
cette fuite de termin. latines que préfente la deuxième ligne, & auxquelles répondent les terminaifons françoifes expofées dans la troifième.
(e.s.) L.3. L'e muet mis ici en parenthèfe fera
ajouté a éstyi, &c. lorfqu'il s'agira d'un être
ons latines n'eft pas une
énigme fort difficile à deviner,
Du Complément du Didionn. des Termin. latines.
La première ligne donne les antécédens de
cette fuite de termin. latines que préfente la deuxième ligne, & auxquelles répondent les terminaifons françoifes expofées dans la troifième.
(e.s.) L.3. L'e muet mis ici en parenthèfe fera
ajouté a éstyi, &c. lorfqu'il s'agira d'un être --- Page 398 ---
L A CLE
du genre féminin, &sle fera lorfque le nombre
fera pluriel. Un homme eftim-é, des homies
eftim-és, une femme eftim-ée,
Ant-r. re. fignifie que toutes les fois que la terminaifon ant peut être adaptée, la termin. T ou re
doit l'être ; être aim-ant, connoif-ant, aim-er,
connoit-re.
Able, L. 4. fignifie que cette terminaifon n'eft
que pour cette ligne : O vertus devant étre deferées,u ôvereus defrables!
II PA A R T I E.
Jefippofequ'une 1 perfonne quin'alintelligence
d'aucun mot latin, mais qui entend le françois,
qui le parle,
faire Peffai du moyen propofé,
veuille Paecierd une: phrafe latine difpolée de
cette manière:
Deus creavit ccelum &c terram,
Dieu
créer
cieli
&
terre.
Cette perfonne avant de procéder à aucune
recherche pour aucun mot latin fe fera à ellemême cette'queftion.: Ce mot françois peut-il Lficbffer tel qu'il ef ici fous le mot latin auguel ilrée
pond?..
S'ille peut, nulle recherche pour lui; le mot
qui lui eft fupérieur, n'eft pas un mot à traduire,
c'eft un mot traduit.
S'il ne le peut pas, le traduéteur fe fera cette
feconde queftion: Cemot eft-il de la même efpèce
que les mots, être, avoir, faire, OU
del'ef
pèce de ceux-ci, Dieu, l'univers,
&c.
Sile mot
REEL
françois eft de la première
on
elpèce,
cherchera la terminaifon du mnot latin dans la
première colonne du Tableau des termin, latines.
Si
eft un mot traduit.
S'il ne le peut pas, le traduéteur fe fera cette
feconde queftion: Cemot eft-il de la même efpèce
que les mots, être, avoir, faire, OU
del'ef
pèce de ceux-ci, Dieu, l'univers,
&c.
Sile mot
REEL
françois eft de la première
on
elpèce,
cherchera la terminaifon du mnot latin dans la
première colonne du Tableau des termin, latines.
Si --- Page 399 ---
DE LA LANGUE LA TINE,
Sile mot eft de la feconde efpèce, on cherchera la terminaifon dans la deuxième colonne.
Tradudion libre d'une Fable de Phedre, dont la
traduction littérale mettra la perfonne qui voudra
Pentreprendre en état de juger du mérite de cet
ouvrage.
LE FRERE ET LA SUR.
FAB L E.
Que cette fable t'apprenne à jeter fouvent fur
toi-méme des regards attentifs.
Un homme avoit deux enfans, une fille extrémement laide, & un fils d'une rare beauté, Sur
la chaife de leur mère, ces enfans trouvent un miroir; 8cjouant avec ce miroir, comme des enfans
qu'ils étoient, ils s'y regardent. Le garçon trouve
qu'il eft beau, &. de fa beauté qu'il admire, va
toujours parlant à fa fceur; celle-ci d'entrer en
colère, & de trouver très-mauvaifes les badineries de fon frère; 8 prenant, en un mot, tout en
mauvaife part, elle court à fon père, &
elle veut piquer elle-même à fon tour, Furieufe piquée,
autant que jaloufe, elle fait un crime à fon frère,
homme, d'avoir ofé toucher un miroir, unmeuble
de femme.. -
Le père, en fouriant, les embraffe tous deux, & par les plus tendres carefles,
à tous deux prouyant fon amour, aje veux, leur
dit-il, mes enfans, que de ce même miroir tous
lesjours vous fafliez ufage. Toi, mon fils, de
les horreurs du vice n'éreignent fur ton Lont
Necure de la beauté, &ne la deshonorent en toi;
& toi, ma fille, pour que les charmes
fans de la vertu triomphent en toi de tout-puif- la difformité,
B --- Page 400 ---
JATT LA CLE
FRATER ETSOROR
Pracepto monitus fape te confderas
Habebat quidam fliam surpilimams
Idemque infigni & pulchra facie flium.
His fpeculum in cathedra matris fappofitum fuits
Pueriliter ludentes, forte infpexerant.
Hic /e formofum jadat; illa irafcicur,
Nec gloriantis fuflinee fratris jocos,
Accipiens (quid enim?) cunda in contumeliam.
Ergo ad patrem cucurrit lafura invieem,
Magnique invidid criminacur fllam,
Vir natus, quod rem faminarum ketigerit.
Amplexus urumque illes 6 cargens olculas
Duleem in ambos charitatem parcienss
Quotidie, inguits fpeculo pos zti volo: ls
Tu,formam ne corrumpas nequitia malis:
Tu,faciem ILt ifam moribus vincas bonis.
ca
cunda in contumeliam.
Ergo ad patrem cucurrit lafura invieem,
Magnique invidid criminacur fllam,
Vir natus, quod rem faminarum ketigerit.
Amplexus urumque illes 6 cargens olculas
Duleem in ambos charitatem parcienss
Quotidie, inguits fpeculo pos zti volo: ls
Tu,formam ne corrumpas nequitia malis:
Tu,faciem ILt ifam moribus vincas bonis.
ca FRAT-ER ET SOR-OR -
FRERE
ET
SUR.
Moni-t-us precept-o confider-a te fepe!
Avertir
précepte
confidérer toi fouvent
Quidam" habe-ba-tfl-am turpiffim-am
un certain (hom.)
avoir
fille
laide,
idem
fili-um
faci-e
que le même (hom. avoir), fils
face, figure
pulchr-a &
inlign-i
fpecul-um fa-it
belle * & infigne,remarqnables miroir
être
fuppofi-t-um h-is in cathedr-à matr-is
pofer fous (les yeux) eux fur
chaife
mère
--- Page 401 ---
DE LA LANGUE LATINE.
lude-nt-es pueriliter infpexe-ra-nt fortè.
jouer
puérilement
regarder
par hazard.
H-ic jaétat fe formofum; ill-a irafc-iCelui-ci vanter foi.
beau
elle.entrer en 1cotur, nec.
fuftin-e-t
joc-os fralère ne pas' foutenir, fupporter, fouffrir, badineries frètr-is gloria-nt-is accipi-e-ns (quid enim?)
re
fe glorifier
prendre
quoi
çar
cunet-a in contumeli-am.
cucur-i-t
toute chofes en injure, affront, Ego courir vite
ad patr-em, la-fur-a invicem que ina((on) père
bleffer
à (fon) tour & envidi-A magn-à crimin-a-tur fili-um quod
vie,jaloufie grande faire crime, accufer fils (de ce) que
na-t-us v-ir, tetige-ri-t r-em foemin-ar-um.
naitre homme toucher
chofe
femmes.
ill-e ample-x-us utrimque & carp-e-ns
lui (père) embraffer lun & l'autre &
prendre
ofcul-a parci-e-ns charitat-em dulc-em in
baifers
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amour.
doux en, fur
amb-os inqu-i-t vol-o V-OS ut-i
deux sl dire
vouloir vous ufer fpecul-o miroir
quotidie tu.
ne corrump-a-s
tous les jours' toi (de peur que tu) ne corrompre
form-am mal-isnequiti-a tu, ut vinc-a-s
beauté
maux débauche toi pour que vaincre
ift-am faci-em. mori-bus bon-is,
cette (laide) figure
moeurs
bonnes.
-
de
Toute perfonne qui connoîtra parfaitement le
méchanifme de cet ouvrage, qui en poffédera la
clés procédera, ainfi à la traduction littérale de
Bij
les jours' toi (de peur que tu) ne corrompre
form-am mal-isnequiti-a tu, ut vinc-a-s
beauté
maux débauche toi pour que vaincre
ift-am faci-em. mori-bus bon-is,
cette (laide) figure
moeurs
bonnes.
-
de
Toute perfonne qui connoîtra parfaitement le
méchanifme de cet ouvrage, qui en poffédera la
clés procédera, ainfi à la traduction littérale de
Bij --- Page 402 ---
L A CLE
cette fablé, dont elle eft fuppofée avoir lu la traduétion libre.
FRAT-ER, SOR-OR Tabl. (des termin.
lat.)a'col. rien. Supplém. première Part. LE, LA,
lafrère 6 la feur.
MONI-T-US Tabl. première col. rien. 20
Clé... T. complém. lig. I. -T. lig. 2. US. lig. IO.
a, 2, 8c. précéd. de T. lig. 9. T-US, ayant éte...
é,u, 1, 8xc. avert-i.
CONSIDER-A Tabl. ite col. rien. Suppl.
2* Part. fois (confdérant), confdère.
HABE-BA-T Tabl. ire col. il. Supplém,
2e Part. rien. Ire Clé, BA. Diat. (des termin.
lat.) BAT. il étoit (ayanc) iZ avoit.
TURPISS-IM-AN... Tabl. 2 col.rien. Suppl
zrel Part. rien. 20 Clé, &Suppl, 20 Part. IM, TRÈS:
erès-laide.
FACI-E Tabl. .2€ col. DE, de figure.
LUDE-NT-ES... Tabl. Ire col. rien. 2€ Cié,
NT. Supplém: 2. Part. étant jouant.
CONCLUSTO N.
C'eft en me fervant de la Clé de la Langue
latine, c'eft par le moyen d'un ouvrager dont le
méchanifme n'eft pas difficile à faifir,
dans,
un âge très-mûr, je fuis promptément
à
tnea
Pintelligencé d'une des plus belles langues du
monde.
H
GI
C'eft aux foins de l'auteur rique je fuis redevable de toutes'les connoiffances grammaticales
dont mon efprit s'eft laiffé remplir. Autrefois mon
ennemie, la Grammaire a trouvé grace à mes
yeux, l'imagination me la peignoit comme un
fec & froid iquelette, laid à faire peur,8cqu'une
r, je fuis promptément
à
tnea
Pintelligencé d'une des plus belles langues du
monde.
H
GI
C'eft aux foins de l'auteur rique je fuis redevable de toutes'les connoiffances grammaticales
dont mon efprit s'eft laiffé remplir. Autrefois mon
ennemie, la Grammaire a trouvé grace à mes
yeux, l'imagination me la peignoit comme un
fec & froid iquelette, laid à faire peur,8cqu'une --- Page 403 ---
DE LA LANGUE LATINE.
2I
femme ne pourroit jamais regarder fans lui devenir tout à fait femblable. Mais la raifon ne tarda
pas àmela.préfenter
fous des traits réguliers,dont
la nobleffe n'eft point dépourvue de gracessje ne
fus pas long-temps à me familiarifer avec elle..,
Parlons fans figure, de la Grammaire générale,je
fuis infenfiblement defcendue à la Grammaire particulière, toujours conduite par les circonftances
les plus héureufes, & toujours appuyée fur les
exemples les plus frappans; : & les objets intelleétuels fouvent f peu intelligibles, grace àla manière dont on les préfente à l'efprit,, pour moi,
devenoient des objets fenfibles & palpables.
C'eft ainfi quejalappris la Langue & la Grammaire latine; 8c c'eft ainfi que pourront
drelune &cl'autre, les perfonnes des
OLCENES
& de tous les:ages,
chercheront dans cette
étude, fouvent utile C toujours agréable, leur
intérêt ou leur plaifir.
Celles qui defireroient avoir de plus grandes
lumières,foit fur l'Auteur, foit far l'Ouvrage, foit
même fur PEditrice, font priées de croire qu'une
lettre affranchie, adreffée à M. Drobecq, ne demeurera jamais fans réponfe, & que cette rén
ponfe fera toujours vraier, honnête, & fatisfaifante.
L'Auteur ne demande que trois.mois pour mettre une perfonne raifonnable en état de fe fervit
utilement de la Clé de la Langue latine, indépendamment d'ancun maitre.
Les perfonnes qui vivent en province ou à la
campagne, non-feulement ne feront point
vées des foins de l'Auteur, fi elles les
rOLEt
mnais elles verront avec plaifir que leur éloignement de la capitale n'apportera aucun retar
B 11).
L'Auteur ne demande que trois.mois pour mettre une perfonne raifonnable en état de fe fervit
utilement de la Clé de la Langue latine, indépendamment d'ancun maitre.
Les perfonnes qui vivent en province ou à la
campagne, non-feulement ne feront point
vées des foins de l'Auteur, fi elles les
rOLEt
mnais elles verront avec plaifir que leur éloignement de la capitale n'apportera aucun retar
B 11). --- Page 404 ---
L A CLÉ
dement a leurs progrès, qui feront toujours auff
rapides que leurs defirs feront vifs, Un très-petit
nombre de lettres que l'Auteur aura Phonneur de
leur adreffer, les mettra bientôt en état de voler
de leur propres ailes.
NOTE
donnable Les perfonnes dans que le défaut de confiance (bien
le fiècle des charlatans)
traiter avec
empéchera
Pas
T'Auteur, & d'entrer en corre/pondance avec
lui, ces perfonnes fi timides pourront, fans rilquer beaucoup, de perfection fe procurer une feuille in-80, qui, amenée au point
efpère lui donner, & réunie à cet ouqu'elle Hiem de près, pourra le leur rendre trèswriere & les faire préfumer plus favorablementde l'Auteur.
Les perfonnes qui aimeroient mieux apprendre
les terminaifons latines, que de les chercher au
befoin, verront avec plaifir comment l'Auteur s'y
prend pour les
dans la mémoire,
D'abord, il Tefremtis traduire, à fa manière, un petit
fragment d'un texte latin, dont voici la traduction libre :
On achève le récit d'une mort violente devant une
perfonne diftraite qui rit.
A peine a-t-il dit: Je meurs, qu'il enfle horriblement. Mais, Monfieur, pourroit- on favojr
quelle idée ici vous' fait rire 7 Quel rève,
excurfion de votre efprit? Carvotre
quelle eft en
- -
elprit
campagne.
En effet, je voyois tout à T'heure,
dans un champ, des autels abahdonnés, monumens refpeétables d'un temple en ruine; & je
voyois auffi des Dames, fières de leurs
mens ou l'or & les pierreries fe difputoient ajufte- d'éclat,j je voyois, dis-je,des Dames
de
ces triftes autels fans daigner feulement paffer près les re-
votre
quelle eft en
- -
elprit
campagne.
En effet, je voyois tout à T'heure,
dans un champ, des autels abahdonnés, monumens refpeétables d'un temple en ruine; & je
voyois auffi des Dames, fières de leurs
mens ou l'or & les pierreries fe difputoient ajufte- d'éclat,j je voyois, dis-je,des Dames
de
ces triftes autels fans daigner feulement paffer près les re- --- Page 405 ---
DE LALANGUE LATINE.
garder. Je mé fus point étonné de leur vanité;
mais j'avoue que jele fus un
du compliment
qu'elle leur attira..s, SeAINTE 2 les autels indignés, adreffent aini la parole à nos orgueilleufes
beautés: Mefdames ! vous êtes parées comme les
temples devroient Pêtre; par le vermillon le plus
pur, vOS heureufes mains raniment tous les jours
les rofes de votre vifage; VOS membres délicats
font chargés des précienfes dépouilles del'Orient,
& c'eft la mouffe qui nous couvre.
Vix dixit: Morior, turget.
Sed,quare riffi? Tuis
Peregrinatur animius.
Aras in agro videbam,
Prope ab cis, Dominas
Gemmis & auro nitentes,
Superbeque tranfeuntes,
Videbam fimul; 6 ara,
Repente, clamant : Domina L
Facies & miniatis,
Et integuntur corpora
Gemmis; negleda 3 mufcamur.
Enfuite, l'auteur du texte latin qu'on vient de
lire, en extrait lui-même ces mots :
MORIOr, JE meurs. : - RISISTI, TU as ri,
quaRE, pourquoi2 TURgeT, IL eft enflé
MUSCaMUR, NOUS nous couvrons, ou nous.
fommes couverts de mouffe MINIaTIS, VOUS
vous fervez de minium ou de vermillon. :
INTegnNTUR, ILS (vos membres délicats,)
font couverts..
Biv
, l'auteur du texte latin qu'on vient de
lire, en extrait lui-même ces mots :
MORIOr, JE meurs. : - RISISTI, TU as ri,
quaRE, pourquoi2 TURgeT, IL eft enflé
MUSCaMUR, NOUS nous couvrons, ou nous.
fommes couverts de mouffe MINIaTIS, VOUS
vous fervez de minium ou de vermillon. :
INTegnNTUR, ILS (vos membres délicats,)
font couverts..
Biv --- Page 406 ---
L A CLÉ
Onne manque pas de lui demander ce qu'il
tend faire remarquer dans ces mots MORIOr, pré. &cc.
Ce quivous y paroitle plus
il à Tinftant. Yoyer Tabl. remarqtable,répond. Termin, lat. Ire COlonne, à quelles lettres répond Lile mot JE.
à
I. O.M: R Eh bien, ces quatre lettres donnent MORI, mourir; mais MORIOR, JE meurs,
réveille beaucoup mieux l'idée que doivent réveiller -
ces quatre lettres I. O.M.R. je veux dire
celle qui fait naitre le mot JE. R. produifoit dans
l'efprit d'un Romain, à la fin de MORIOR,le
même effet que produit; dans'Pefprit d'un François, le mot JE, fuivi du motmeurs, JE meurs.
Ilen étoit de même de amO,JE fuis aimant,
j'aime; de amavI, JE fus aimant, j'aimai ; de 5
ameM, que. JE fois aimant, quej'aime; de
JE fois aimé 8cjetant auffitôt les ameR,
Ar les feize
yeux
terminsifonspetonnells ou relatives
aux mots JE, TU, IL, NOUS, vOUS, ILS,
lier eft tout étonné de les favoir fans les l'éco- avoir
apprifes; & fept mots lui ont donné, en fept minutes, ce' que tous les rudimens du monde lui
auroient à peine donné en fept mois: & le maître,
qui sûrement n'eft point un charlatan, n'eft
non plus, comme on voit, un pédant. Mais pas ne
quittons point la Ire col. du Tabl. des Termin.
lat. fans donner encore quelques
celles qui fuivent les terminaifons exemples pour
perionnelles.
A. E.TOC. R. S. toi, fois.
(Tabl.1 Termin. lat. ire col. 6-Suppl. 20 Part.)
Ces Terminaifons IMPÉRATIVES, DÉPRÉCATIVES, OPTATIVES, 8cc. relatives à un feul, direêtement, (toi, fois,) font toutes renfermées
dans ce mot.
ACRIORES plus piquans, plus amers,
lat. fans donner encore quelques
celles qui fuivent les terminaifons exemples pour
perionnelles.
A. E.TOC. R. S. toi, fois.
(Tabl.1 Termin. lat. ire col. 6-Suppl. 20 Part.)
Ces Terminaifons IMPÉRATIVES, DÉPRÉCATIVES, OPTATIVES, 8cc. relatives à un feul, direêtement, (toi, fois,) font toutes renfermées
dans ce mot.
ACRIORES plus piquans, plus amers, --- Page 407 ---
DE LA LANGUE LATINE.
ACRIORES Eheu! quam vitio libet,
Virtutis audi fermones.
Plus amers que ne veut le vice confondu,
Ecoute les difcours de l'auftère vertu.
Lapremière lettre du mot ACRIORES, termine,
par exemple, le mot AMA, toi, fois aimant,
aime: ; la feconde termine les mots FAC, DIC,
DUC, fois faifant, difant, conduifant; la troifième terminele mot FER, fois portant; la quatrième termine le mot AUDI, fois écoutant; la
cinquième termine le mot CEDO, fois donnant,
difant, a la feptième termine les mots UTERE,
LEGE, fois ufant, lifant; la huitième enfintereT Co
mine le mot PRODES, fois fervant.
TO. TOR. toi, fois; lui, qu'il foitz RC e
Terminaifons IMPÉRATIVES... &c. relatives
à un feul, direêtement & indireétement, (lui,
qu'il foit.)
TORpeTO, toi, fois; lui, qu'il foit engourdi.
(ToRpero, toi, fois, &cc.)
Serpens venefice, f vere torpeas,
Torpeto, > Jemper torpeto.
Serpent empoifonneur & traitre,
De l'homme que tu crains, dangereux ennemi,
Te voilà donc enfin par l'hiver engourdi!
Ah! par la mort puiffes-tu l'être! !
(TorpeTo, lui, qu'il foit, 8cc.)
Si torpet hic ferpens, ha! femper torpeto.
Si cet affreux ferpent, fous ces obfcurs cyprès
Dort vraiment, qu'il dorme à jamais, --- Page 408 ---
L A CLÉ
Temminsifons'vmeesIMPERATIVESY 8cc. relatives à
plufieurs (diredement.)
TE vous, foyez.
TErITE, vous, foyez écrafant, écrafez.
Ipasf noceant, infedta terite.
Ecrafez, fans pitié, l'infeête deftruéteur.
(indireêtement.)
NTO NTOR. eux, qu'ils foient:
INTOR queNTO. eux, qu'ils foient
tordant, qu'ils tordent.
Jam,jam, intorquento redla pedagogi.
Pédans, vous dont je ris, en profe comme en
vers, 2
Ah! que les chofes les plus droites,
N'entrent dans VOS têtes étroites,
Et n'en fortent que de travers;
Et fi le vrai quelquefois ofe
Paroître à VOS yeux, entre nous,
Ne fouffrez point qu'il vous - impofe; ;
Méprifez, jetez loin de vous -
L'ouvrage impertinent qui vous confondra tous.
Moi; je gagerois quelque chofe
Que celui qui nous - le propofe,
Saura plaire aux efprits gais, vifs & délicats,
Qui, par lui, doucement fe laifferont conduire
Dans les fentiers fleuris, qu'hélas!
Des barbares voudroient détruires, 12
Mais quel leurs yeux ne verront pas.
impofe; ;
Méprifez, jetez loin de vous -
L'ouvrage impertinent qui vous confondra tous.
Moi; je gagerois quelque chofe
Que celui qui nous - le propofe,
Saura plaire aux efprits gais, vifs & délicats,
Qui, par lui, doucement fe laifferont conduire
Dans les fentiers fleuris, qu'hélas!
Des barbares voudroient détruires, 12
Mais quel leurs yeux ne verront pas. --- Page 409 ---
DE LA LANGUE ILATINE.
Les yeux de nos Dames les verront, ces fentiers, droits, fi peu connus, ils les. verront avec
plaifir ; 8c, f elles daignent y. entrer, elles n'y
feront point attriftées par la rebutante fécherefle
d'un fol aride 8cingrat: : des inégalités pénibles
& fatigantes, ou Pinquiétante mobilité d'un fable
trompeur, ne les obligeront point de retourner
fur leurs pas ; elles y marcheront conftamment
fur un terrain ferme fans dureté, auffi uni que
doux, & leurs mains pourront y cueillir des fleurs
&c des fruits aufli agréables qu'utiles.
T8x N O TE.
Les Dames qui
des motifs toujours refpe@tables)
ne fe Bomaster à marcher dans ces voies fi bien
préparées, ou à y faire marcher leurs jeunes demoifelles
fous la conduite dunjenne homme (T'Auteurn'ap pas trente
ans,) qu'au. défaut d'une perfonne de leur fexe, qui pit
les guider aufli sûrement & aufli agréablement; ces mères
fip prudentes, vondront bien s'adrefferà madame Drobecq,
mon amie, &clépoufe de l'Auteur: elle pourra les fatisfaire; elle
leur apprendre anfli qui je fuis : car je
fens qu'il VREIS S
dans T'efprit de certaines perfonnes,
des doutes fur mon exiftence; mais ces doutes, qui
être ne font pas fans apparence, ne peuvent
en
atEn
aucune manière, & ils n'inquiètent point aflez,je crois',
ceux qui fe les permettent, pour que je prenne la peine
de les détruire.
Celles qui jugeant des exemples latins par la
traduétion queren ai donnée, tant en profe qu'en.
vers, les ont trouvés moinsi infipides que tous ces
fots exemples propofés tous les jours, de fi bonne
foi & de fi bonne grace, dans tous les Collèges
de l'univers, & qui fourmillent dans tous les Rudimens, fans doute ne refuferont point de jeter
les yeux fur l'exemple fuivant; il n'eft plus pour
le Tableau, mais'pour ) le Diétionnaire desTermi-
la
traduétion queren ai donnée, tant en profe qu'en.
vers, les ont trouvés moinsi infipides que tous ces
fots exemples propofés tous les jours, de fi bonne
foi & de fi bonne grace, dans tous les Collèges
de l'univers, & qui fourmillent dans tous les Rudimens, fans doute ne refuferont point de jeter
les yeux fur l'exemple fuivant; il n'eft plus pour
le Tableau, mais'pour ) le Diétionnaire desTermi- --- Page 410 ---
LA CLÉ
naifons latines; & ilne faut plus y confidérerices
dernières, mais leurs antécédens BA, BE, Br,
Bo, Bu, qui répondent (BA) aux terminaifons
françoifes OIS, OIt, oIent, IONS, IEZ. (BE,Bi,
Bo, Bu) RAI, RAS, RONS, RONt, REZ.
a
NarraBAm, & per te citd
Lingua mihi ef occlufa.
Erga te femper taceBO,
1n -
Eta me deprecaBEris
Yerbum, fed non obtineBIs
Tu, nec obtincBUnt tui.
Je parlois, & tu me fis taire:
Je me tairai toujours pour toi;
Ou par menace, ou par prière,
Tu n'auras plus un mot de moi.
Si cette réfolution n'eft point ferme, elle eft
du moins généreufe dans un bavard; mais nousmémes, ceflons de bavarder, & finiffons:
Qu'il me foit permis de terminer un ouvrage
deftiné aux jeunes Demoifelles, par une Fable
quel'Auteur leur adreffe, & que des correétions
heureufes ont rendue plus digne de leurs regards.
Quelques-unes d'entre elles, perfuadées qu'elles
font,
Qu'avec un coeur tendre, un bon coeur,
Les graces d'un efprit vrai comme la nature,
Hateront bien plus leur bonheur
Que l'éclat fugitif d'une heureufe figure,
Soutenu par Féclat trompeur
D'une brillante & trop vaine parure, 9
Qui toujours leur fait peu d'honneur,
Et qui fouvent leur fait injure, --- Page 411 ---
DE LA LANGUE LATINE,
Quelques-unes, dis-je, pourront lire cette Fable
avec plaifir: il n'en fera pas de même des autres;
j'en fuis fâché pour elles.
LA BERGÈRE ET LES OISEAUX,
FABL E.
(Aux Belles qui ne Jont que belles.)
Lifette, gentille Bergère,
Defiroit avoir un oifeau.
Un oifeau n'eft pas un affaire;
Au fein d'un paifible hameau,
Elle pouvoit fe fatisfaire;
Oui: mais tous les oifeaux ne favoient point lui plaire:
Au Serin même, aux ailes d'or,
Lifette préféroit encor
Un Linot joli, doux & tendre;
Un Linot feroit un tréfor!
On le trouver? comment le prendre?
La petite friponne imagine un réfeau
Si folide & fi fin, fait de telle manière,
Qu'il devoit arrêter le plus fubtil oifeau.
Le réfeau fabriqué, fous la fleur printanière
Lifette court l'étendre au bord d'un clair ruiffeau,
Et fe promet une volière.
En effet, nombre de Moineaux
Sont pris... & font lâchés; d'eux elle a bien affaire!
Leurs ruftiques chanions ne l'amuferoient guère!
D'ailleurs,.elle en veut aux Linots.
Un Linot cependant aux filets de la Belle
Vient, eft pris , elle accourt. Oi le logera-t-elle?
Point de cage. Embarras nouveau.
Point de cage, hélas! point d'oifeau,
'un clair ruiffeau,
Et fe promet une volière.
En effet, nombre de Moineaux
Sont pris... & font lâchés; d'eux elle a bien affaire!
Leurs ruftiques chanions ne l'amuferoient guère!
D'ailleurs,.elle en veut aux Linots.
Un Linot cependant aux filets de la Belle
Vient, eft pris , elle accourt. Oi le logera-t-elle?
Point de cage. Embarras nouveau.
Point de cage, hélas! point d'oifeau, --- Page 412 ---
E A CL E
Elle prend fon Linot, le baife... Ah! quel dommage
Sil alloit s'envoler... Qu'il eft doux ! qu'il eft beaul...
La Belle en eût dit davantage;
Mais de fes jeunes mains le rufé fe dégage,
Et s'envole fur un bercean. au A
La Belle en pleurs des yeux, fuit en vain le volage ;
Il rit, & difparoit. Sous un épais feuillage
Voyant encor la Belle, & penfant au réfeau,
Il dit: Lifette eft fine, & Lifette eft peu fage,
Quand on veut avoir un oifeau,
On doit fe munir d'une cage.
15 10
Belles, ne riez poinf, Lifette eft votre image;
Elle a des pièges sûrs, bien tendus, & vainqueurs
Un moment d'un peuple volages
Vous avez des attraits, des charmes enchanteurs,
Et d'un jeune indifcret vous furprenez Thommage:
Le charme ceffe, on fuit; & vous verfez des pleurs.
Jedemande grace encore pour une petite pièce
quel'Auteur adreffe à fon Epoufe,8cqui sûirement
ne plaira point à nos Lifettes; mais qui pourra
plaire à d'autres.
rit
L A RECHE DOT
l
(A ma Femmes)
atros eitlil
Autrefois une jeune & belle Athénienne,
Très-riche, grace à fa beauté, ua
S'en alla voir, Par vanité, go
P n9 10e2
Une Lacédémonienne
silb esupillan enged
railis
Qui,généreufe citoyenrie -
Vivoit avec courage, & même avec fierté, sodiU
Dans une indépendante & noble pauvreté. L fo sasiV
Elle entre. Elle regarde. Elle fait Timportante, 1a
Lachons le mot, l'impertinente, 1ato --- Page 413 ---
DE LA LANGUE LATINE.
Eh mais ! Madame, eh mais ! dit-elle, favez-vous
Que vous êtes fort opulente?
Satisfaite d'un fort & glorieux & doux,
Sans doute vous fuyez; femme heureufe & prudente,
Les regards de l'envie & fes propos jaloux à
Je fuis l'efpritiléger qui raille, qui plaifante,
Qui devroit fe taire, 2 entre nous,
Dit la Spartiate impofante.
Je ne me tairai point, reprend notre impudente;
Et, duffai-je exciter ici votre courroux,
D'honneur je vous admire, & chez vous toutm'enchante;
Un feul point m'inquiète.. A votre cher époux
Qu'avez-vous apporté ? L'époux qui fe préfente,
Et qui, par pur hafard, avoit tout entendu,
Lui répond : Le Bon SENS, L'ESPRIT & la VERTU,
L'Athénienne fut contente.
FIN.
ante.
Je ne me tairai point, reprend notre impudente;
Et, duffai-je exciter ici votre courroux,
D'honneur je vous admire, & chez vous toutm'enchante;
Un feul point m'inquiète.. A votre cher époux
Qu'avez-vous apporté ? L'époux qui fe préfente,
Et qui, par pur hafard, avoit tout entendu,
Lui répond : Le Bon SENS, L'ESPRIT & la VERTU,
L'Athénienne fut contente.
FIN. --- Page 414 ---
L3
a
nOv
xuogs
daol lioirs
snn --- Page 415 ---
P R E - CIS
DE PRONONCIATION
ANGLOISE
POUR
LES VOYELLES SIMPLES,
A, E, 02
1,0, U,
Y,
EN PROSE ET EN VERS,
ALUSAGE DES DAMES;
PAR M. DROBECQ,
Membre du Mufee de Paris 6 Corre/pondant du Cercle des
Philadelphes du Cap François.
A l'efprit, avec grace, 3 il faut parler raifon.
B
A PAR I S,
Chez L'AUTEUR, rue Dauphine, au Mufée de Paris.
1786. --- Page 416 --- --- Page 417 ---
A V I S.
Cx n'eft pas d'une plume Françoife, ce n'eft
même d'une plume Angloife que l'on obtiendra la pas
faite prononciation del'Anglois. L'Opuleule
parne la donnera donc pas, il dipofera feulement queje à publie la recevoir. Pronunciauio nec feribitur, nec
nec
eam hauriri fas eft nif viva voce.
pingitur,
La vraie prononciation des langues, quelquefois nécellaire, fouvent utile eft toujours agréable;
Mais toujours defire cet avantage heureux,
On l'acquiert par l'oreille & jamais par les yeux.
Parlez Anglois avec des Anglois, & vous prononcerez
leur langue come ils la prononcent eux-mèmes :
en attendant, fi vous voulez être, je ne dis pas éconté, mais,
je dis fimplement entendu, G vous vonlez entendre,
parez votre oreille, lifez ce Précis, prenez connoiflance prédes règles a-peu-près générales & ne vous inquiétez
point des exceptions; l'ulage feul les apprend bien:
Le Maitre méme le plus fage,
Jamais ici ne vaut l'ulage,
Ufus frequens, omnium Magiftrorum praecepta
perat.
fieParlez-vons donc à vous-même, écoutez-vous vousmême, fi vous defirezparler aux autres & en être écouté.
Cette feuille fera bientôt faivie de deux ou trois autres, & l'on -aura, 1o. Les Voyelles fimples; 20, Les
Conlonnes fimples; 30. Les Voyelles doubles; o - Les
Confonnes doubles. On aura tout cela, fi l'efai 4
hafarde ne déplaît pas, & j'elpère quil ne déplaira que 2
Ovous! amis de la douceur,
A qui, trop longtems, ) par malheur,
A 2
couté.
Cette feuille fera bientôt faivie de deux ou trois autres, & l'on -aura, 1o. Les Voyelles fimples; 20, Les
Conlonnes fimples; 30. Les Voyelles doubles; o - Les
Confonnes doubles. On aura tout cela, fi l'efai 4
hafarde ne déplaît pas, & j'elpère quil ne déplaira que 2
Ovous! amis de la douceur,
A qui, trop longtems, ) par malheur,
A 2 --- Page 418 ---
(4)
La barbare étude des/langues
Infpira la plus jufte horreur;
Mes infinuantes harangues
Pénétreront dans votre coeur,
Et, revenus de votre peur,
Peut-être voudrez-vous connoitre,
Voudrez-vous effaier d'un Maitre,
Quis'eft avifé d'être Auteur;
Qui, par des rufes affez fines,
Par des efforts toujours vainqueurs,
Charme le noir ferpent, & brife les épines,
Les émouffe du moins & les couvre de fleurs. (*)
Écoutez une prophétie,
Qu'on ne trouve point dans Jonas,
Encore moins dans Jérémie,
Qui ne parle que par hélas!
Ecoutez, efprit délicats :
L'avenir fe dévoile
& mon ame ravie...
Voit un efprit hardi qui de vous fait grand cas;
Mais qui dans fon heureufe & brûlante énergie,
Veut que notre art génant cède au libre génic
II méprife le vain fatras
De Tabfurde pédanterie.
II veut qu'une femme étudie
Et, chofe étrange! il ne veut pas
Que l'étude un moment l'ennuie.
Dans une route neuve & facile & fleurie
(*) Youdrex-nous effayer d'un Maître,les moyens abfolument neufs,
& me-expéditifs que jai trouvés, & ceux
j'elpère trouver encore
au befoin, me
d'affurer avec
que, puuvant donner
sl
des leçons d'Hiftoire, permettent deLittérature, de Poéfie, &c. je puis encore faciliter beaucoup l'acquifition de fix à fept langues, tant mortes que vivantes. Charme le noir ferpent, 6rc. l'Ennui, ce ferpent caché dans les buiffons épineux de la Grammaire.
que jai trouvés, & ceux
j'elpère trouver encore
au befoin, me
d'affurer avec
que, puuvant donner
sl
des leçons d'Hiftoire, permettent deLittérature, de Poéfie, &c. je puis encore faciliter beaucoup l'acquifition de fix à fept langues, tant mortes que vivantes. Charme le noir ferpent, 6rc. l'Ennui, ce ferpent caché dans les buiffons épineux de la Grammaire. --- Page 419 ---
(5)
Vous le voyez marcher & vous fuivez fes pas
Ce guide heureux, c'eft moi,je vous le dis tout bas.
L'érude plus riante enfin vous intéreffe..
Je vous plais... pour m'avoir tout le monde s'empreffe
J'ai du choix T'heureux embarras...
Et j'en treffaille d'alégrefle :..
L'Homme d'Epée & le Robin,
Er le Prélat & la Ducheffe,
Le Comre, le. Marquis, 3 l'Eminence & PAlteffe,
Vont m'envoier chercher demain,
Pour que j'enfeigne à leur fageffe
L'Hébreu, le Grec & le Latin.
Et moi qui fais 'Hébreu, beaucoup mieux qu'un Rabin,
Le Grec, mille fois mieux qu'Homère,
Le Latin, mieux qu'aucun Romain;
Quelle fortune je vas faire
Mais, en attendant que ma fortune foit faite, je continuerai d'apprendre la langues, la Gebelin, je veux
dire, en lcs analylar & en les comparant; & j les enleignerai avec une fcrupuleule exactitude, en mélant
toute jois, Yagréable àlutile. Par-l,je ferai le foutien de ma vertueufe compagne, qui fait quatre mots
de Latin & ne fut jamais au Colleges & de mon fils
que je ne manquerai pas d'y envoyer, dès qu'il fera venu
au monde.
A vingt ans, il faura, peut-être,
Qu'amo veut dire j'aime, & qu'ele veut dire être,
Et moi, charmé de fes progrès,
Alors, je ferai vite en forte
Que du Pays latin il forte,
Et qu'il apprenne le François.
Mais, trève ici de badinage;
Si, m'accufant de perfiffage,
A3 --- Page 420 ---
(6)
Mort cher & pénétrant Le@eur,
Au lieu de me croire un grand Sage,
En riant, me croioit un éternel rieur
Pour moi, ce feroit grand dommage!
Pour lui, ce feroit grande erreur!
Tout comme un autre je fais rire,
Je fuis fou; mais fou par accès.
C'eft un éclair que mon délire,
Mes devoirs n'en fouffrent jamais.
J'ai dit ce que je voulois dire, 2
Erje reviens à mon Anglois.
(6)
Mort cher & pénétrant Le@eur,
Au lieu de me croire un grand Sage,
En riant, me croioit un éternel rieur
Pour moi, ce feroit grand dommage!
Pour lui, ce feroit grande erreur!
Tout comme un autre je fais rire,
Je fuis fou; mais fou par accès.
C'eft un éclair que mon délire,
Mes devoirs n'en fouffrent jamais.
J'ai dit ce que je voulois dire, 2
Erje reviens à mon Anglois. --- Page 421 ---
(7)
A,
Se prononce ai, e, a.
19. A, fuivi d'une Confonne & d'une Voyelle, fe prononce ai.
2°.TA, des "Termimatifons,able.. ace, ach, acle, 2 acy .
ad.. age.. alei,al.. an, ance, 2 ancy ar , arch,
a
Multiard, ary.. ass : ate : fe prononce e dans les
Syllabes; dites donc.: : eble, ece, erd, &c.
3°.A, dans les Mono-Syllabes, entre deux Confonnes,
au commencement des mots & dans ceux terminés
par ald, alk, 11,It, & ailleurs,Je prononce comme
en François.
EXE M P L E S.
1o.
A, prononcé AI
BABY( (baibi) Taimable enfant,
II fourit gaiement à fa mère,
11 va fans ceffe T'embraffant,
II l'aime, il la careffc ; & Ia maman efpére.
Que cet enfant chéri croîtra,
Que, fous fes yeux, il.deviendra
Bon fils, bon époux & bon pèrce
A MAD. P
Livrez-vous, fans réferve, à cet elpoir charmants
Votre coeur m'eft un fur garant,
Qu'ti ne peut être une chimère;
A bonne mère, bon enfant.
P doit imiter fa mére.
A4
- --- Page 422 ---
(8)
2°
A, prononcé E.
VIZARD (vizerd) un maique, un dehors bien trompeur,
Une belle& fauffe apparence.
Que de. gens, hélas! même en France,
Dont le front impofant eft un mafque impofteur.
A MAD. P...
Mais levêtre, ou Tefprit, les grâces, Ia douceur,
Le difputent à la décence,
Et le fiège dela candeur.
Ah : quelle heureufe différence.
Nota. Mad. P.
n'eft pas un être imaginaire. c'eft une Damet trèsd'Anglois. refpectable, mais trop modefie, à qui j'ai Phonneur de donner desleçons
E,
Se prononce 1, a, e.
1°.E, entre deux Confonnes, dont une éft finale, fe
prononce R Sila dernière Confonne leftfuivid'un e,
cet e eft muet ; mais il ne l'eft pas toujours :
i
quelquefois devient-I.
891 0
Au lieu de im, m, on écrit, quelquefois, em,
en, mais e Je prononce i
E, ordimairement muet & remplacé par une
apoffrophe, fonne un peu à la fin des Participes
terminés en d, & précédés de d, ou t.
40.E.e prononce a dans verjuice (var-djouff) verjus.
Ser-geant (Sar-dgeuntt) Sergent.
et ; mais il ne l'eft pas toujours :
i
quelquefois devient-I.
891 0
Au lieu de im, m, on écrit, quelquefois, em,
en, mais e Je prononce i
E, ordimairement muet & remplacé par une
apoffrophe, fonne un peu à la fin des Participes
terminés en d, & précédés de d, ou t.
40.E.e prononce a dans verjuice (var-djouff) verjus.
Ser-geant (Sar-dgeuntt) Sergent. --- Page 423 ---
(9)
3E feprononce comme en François dans les MonoSyilabes, entre deux Confonnes; ; de même, lorfqu'il eft fuivi de d,1,5,5, ss.t, à la fin d'un mot.
Is'éteint beancoup dans les mots terminés
en,
enfin, il fe prononce avant r loriqu'il en? felha fuivi,
ex. fire (fai-er) feu.
Ex E M P' L E S.
1°.
EXTREM (extrimm) extréme. Ici, fage LeReur,
Qui dois-je peindre L'homie extrême; :
Le Poëte exagérateur,
Qui, fouvent lâche adorateur
Des vices couronnés, qu'il imite & qu'il aime,
Dénigre. &foule avec fareur,
Les modeftes vertus qu'il encenfa lui-méme,
Et qu'il admire dans fon coeur.
E final mourant.
SCENE (Scinn) en François, le Théatre, Ta Scène,
Oà vainement on rit de la folie humaine 3
Oû fouvent on corrompt les moeurs
Sous Ie prétexte-ufé de nous rendre meilleurs,
E dans em, en, prononcé"I.
To EM-BARK (imm-barq) s'em-barquer:
Entrer imprudemment dans une frêle barque,
Qu'on ne faura point remorquer.
C'eft ce que fait plus d'un Monarque.
J'aime mieux, terre à terre, aller, je ne fais od
Er ne pas augmenter d'un fou
Mon infuffifante fortune,
Que d'aller me noier, & puis de faire un trou,
Comme on dit fort bien, dans la lune. --- Page 424 ---
((10
I,
Se prononce ai, a,e, 1, o,g
19.1, fnivi d'une Confonne & d'une Voyelle, à la tête
d'en mot, fe pranonce très- Jouvent
la de fin même, d'un
fuivi de
e,
:
quand il eft
ld, nd, ght,
mot, & dans quelques autres circonftances.
a9.1 I, fuivi de r, dans une même Syllabe, fe prononce e.
39.1 1,dans la Terminailon niou, changeant de place,
a pu faire inou, jn-ou, d'ou, gnou.. ni, dans niou, 2
fe prononce donc gn,
49. I.dans fir, stir, bird, birth, shirt, thirst, stirrup,
Je prononce 0, & a dans sir-rah.
5o.1, comme en François, à la tête de la plupart des
mots, fuivi de deux Confonnes & d'une Voyelle, de
même dans les mots terminés par in, ine, & dans
quelques-uns en ice,it, ite, ise, ive.
-
EXE M P L E S.
I.
I, promoncé AL
IDOL (aidol) une - idole :
Une froide & fière beauté.
Les dons, les dons heureux, donc l'abfence défole,
Sont elprit, grâces & bonté;
Qui les pofiede fe confole
De ne poffeder pas la parfaite beauté,
Qu'on l'admire, qu'on en rafole.
Beauté feule, eft,ren vérité,
Un avantage bien frivole.
EXE M P L E S.
I.
I, promoncé AL
IDOL (aidol) une - idole :
Une froide & fière beauté.
Les dons, les dons heureux, donc l'abfence défole,
Sont elprit, grâces & bonté;
Qui les pofiede fe confole
De ne poffeder pas la parfaite beauté,
Qu'on l'admire, qu'on en rafole.
Beauté feule, eft,ren vérité,
Un avantage bien frivole. --- Page 425 ---
IT
29.
I, prononcé E.
FIRM (fermm ) tres-conflament ferme,
Qui peut lêtre l'augufte & modefte vertu;
Seule, elle nous conduit au terme,
Oà, toujours combatant, & toujours combatu,
Arrive à la fin le vrai fage
Oi vais-je Ah! je me fuis perdu,
En admirant votre vertu,
Je me croyois au premier àge,
3°.
Iprononcé G.
COMPA-NION (Compa-gnonn) Compagnon;
Celui qui dans Ia ville, ainfi qu'à Ia campagne,
Senfible, ouvert & fans façon,
Vit Ie fidèle ami de fa chère Compagne,
Et n'eft bien que dans fa maifon.
Telle eft toujours d'un bon ménage
La naive, la douce image,
Et pour bien des maris, elle eft une leçon.
O,
Se prononce a,e, i, 0,ou.
10.0, prononce rarementidans la Terminaifon on.
20.0, la téte,an milieu des mots, & dansles MonoSyllabes, le prononce a, & oua dans one, once,
(ow-a-nn ).
39.0 prononce e dans maggot (magguett) anchor,
purpole, yolk. --- Page 426 ---
(12
40.0. précédant une ou plufieurs Confonnes, faivi
ou non d'un e, fe prononce ou, 0, i.. ex. rome,
(roumm), woman, (ou-ou-mann), women,
(ou-i-men).
5°.0, précédant &c.voy. 49.comme en François. - ex.
globe, (glob),de même dans la Participes des Verbes en ear.. ex, womn,(ou ornn), ule, de wear.
EXE M P L E S.
1°.
O, muet dans on.
LESSON (leffn) leçon ; ce noble amufement
D'un bon efprir qui s'illumine,
Cette laire & fimple docrine
Qui diffère toujours ellencielement
Du galimatias de l'aveugle routine
Que chèrement on paie à I'âne quile vend.
20.
Oprononcé a.
PROGRESS (pragrefs) progrès. Obftacle (abftacily obftacle.
Un grand obftaci le aux grands progrés,
C'eftun âne Dogeur, criez cent fois miracle:
Eglé, fi vous voyez jamais
De fiers courfiers courir, guidés par des baudets.
(Dans les Mono-Syllabes.)
Rop (rad) une baguette, & liante & légère,
Qui bat du Voyageurle poudreux vêtement,
Qui feint de foutenir & qui ne foutent guére,
Qui dans la main oifive eft inutilement,
Qui dans celle du Petit-Maitre
Badine, joue indécemment.
Et le fait aifément connoître.
fois miracle:
Eglé, fi vous voyez jamais
De fiers courfiers courir, guidés par des baudets.
(Dans les Mono-Syllabes.)
Rop (rad) une baguette, & liante & légère,
Qui bat du Voyageurle poudreux vêtement,
Qui feint de foutenir & qui ne foutent guére,
Qui dans la main oifive eft inutilement,
Qui dans celle du Petit-Maitre
Badine, joue indécemment.
Et le fait aifément connoître. --- Page 427 ---
(15)
Jem'arrête ici, car les fots
Penferoient que je déraifonne;
I faut abréger des propos
Que la gaité feule affaifonne.
U,
Se prononce ou, iou,i,,0.
1°.U, dans la plupart des mots terminés par ume
ule,t, & ailleurs, Je prononce iou, quelquefois
ou & 0.
2.U, fuivi d'une Confonne, dans une même fyllabe, 7
ou fuivi de ct, it,e prononce O.
3U,R prondnce e, i, très-rarement. ex. to bury,
(ben), enterrer.. bary, (beri), mailon Seigneuriale.
Ex E M P L ES.
1o.
U,prononcé iou, O.
to amufe,
ammiouze, amufer,
abule,
abiouze,
abus,
but,.
bott,
mais.
2o.
U,prononcé O.
to conduct, canndoctt, conduire,
facuity,
facolti,
faculté. --- Page 428 ---
(14)
3°.
U,prononcée, I,
bury,
beri,
mailon Scigneuriale,
buly,
bizi,
occupé.
Heureux qui fit des Vérs! Sage qui.n'en fait plus!
Un bon efprit, dit-on, queiquefois s'en amufe :
S'enamufer a fon-excufe ;
Mais s'en occuper, c'eft abus.
Dans la maijon Seigneuriales
Si, pour vivre,je vais chanter,
Je veux que le ReGeur m'y vienne fouetter,
Et que le Grand Seigneur m'empale.
Chez les Grands, déja trop flattés,
L'encenfoir à la main, moi , j'irois me produire!
J'exerce noblement mes nobles Facultes,
Et moi-même j'irois follement Ia détruire!
Servile adulateur,.f'irois nuire & me nuire!
J'irois tromper mon frère, affis à fes côtés!
L'intérêt, à ce point, pourroit-il me féduire?
Quand on a, comme.moi, fept luftres bien comptés,
Ou l'on eft trop aveugle, ou l'on fait fe conduire.
Y,
Se prononce ai, i.
1.Y, à ia fin des Mono-Syllabes, à la fin de toutes
fortes de Verbes, de tous les Verbes à trois fyllabes terminés en fy, & de la Propofition by, &,
enfin, dans le mot awry,yfaprononce ai.
'intérêt, à ce point, pourroit-il me féduire?
Quand on a, comme.moi, fept luftres bien comptés,
Ou l'on eft trop aveugle, ou l'on fait fe conduire.
Y,
Se prononce ai, i.
1.Y, à ia fin des Mono-Syllabes, à la fin de toutes
fortes de Verbes, de tous les Verbes à trois fyllabes terminés en fy, & de la Propofition by, &,
enfin, dans le mot awry,yfaprononce ai. --- Page 429 ---
(15)
2°.Y, à la tête d'une fyllabe, & fnivi d'une Voyelle,
à laf fin des Subfiantifs, des Adjedtifs, des Adverbes
en ly, & ailleurs, comme en François.
Ex E M P L E S.
i°,
Y, prononcé AI
awry, 7
arrai,
malfait,
to deny,
denai,
nier,
my,
mai,
mon,
to fignify, Signifai,
dénoncer,
by,
bai,
par,
to jufify, djoftifai, juftifier.
Peut-être ai-je T'efprit malfait ;
Mais toujours confurer me fembie une manie,
Je fuis franc, ici donc je le déclare net;
Des critiques je me défie.
Ils font hommes très-inhumains,
Perfonne au monde qui le nie,
J'apperçois déja dans leurs mains
Le barbare inftrument quiflétrit le génie,
La férule Ah: Meffieurs, anêtez,je vous prie,
Mon Croquis fera denonce
Par PIgnorance & par l'Envie ;
Mais les Gràces,je le publie,
En ma faveur ont prononcé,
Leur fuffrage me juftifie.
- --- Page 430 ---
(16)
AU MAITRE DE LANGUE
Cher Confrère, allons, du courage,
Quitte du lourd pédant Ie trifte & mauvais ton,
Fais-toi vite un nouveau langage,
Avec grace à l'efprit fais parler la raifon,
Et T'efprit enchanté T'aimera davantage,
Et ton amufante leçon
Va faire, fous tes yeux, éclore plus d'un Sagei
Tu 'vois la route... bon voiage!
F I N.
ARCHIVES
Lû & approuvé, ce premier Mars 1786. DE SAUVIGNY.
Va PApprobation permis d'imprimer - le premierMarsvy8.
DE CROSNE.
rue Gallande, No. 64.
de CAILLEAU,
De PImprimerie --- Page 431 ---
- N
Louer X11 N
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