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S U I T E # DU RECUEIL DE PIECES
CONCERNANT LES EXHUMATIONS
Faites dans l'enceinte de l'Eglise de S. Eloy
de la ville Dunkerque. Imprimé & puhlU par ordre du Gouvernement. A PARIS, .. DE L'IMPRIMERIE DE MONSIEUR,
M. D CC. L X X X I Y. --- Page 2 --- --- Page 3 ---
A ij SUITE DU RECUEIL DE PIÈCES CONCERNANT LES EXHUMATIONS Faites dans l'enceinte de l'Eglise de S., Eloy
de la ville Dunkerque. L'E x P o s É des moyens mis en usage dans
le travail des Exhumations de la ville de
Dunkerque, a été regardé par toutes les
compagnies littéraires de l'Europe, comme
pouvant devenir utile à l'humanité entière.
Les ouvrages qui en ont rendu compte
l'ont présenté comme un modèle à suivre
en pareil cas , en même tems qu'un exemple des avantages que la société doit attendre des sciences , quand elles sont dirigées vers des objets d'utilité publique :
aussi plusieurs Souverains, frappés du bien
qu'ils pouvoient faire à leurs sujets en
répandant la connoissance du premier Recueil publié, ont voulu qu'il fût traduit :
& les Etats de Bourgogne , notamment -, --- Page 4 ---
. ( 4 ) viennent d arrêter qu il ferait réimprimé
& distribué dans la Province. Ce sont ces considérations qui ont déterminé M. le Contrôleur-Général à or-.
donner la même publicité, pour la suite
du Journal de M. Hecquet, que MM. Laborie, Parmentier & Cadet de Paux, Commisiaires nommés dans cette partie, viennent
de lui adresser. Cette suite paroîtra d'autant plus intéressante, qu'elle représente le
' travail continué avec le même succès dans
les circonfiances les plus défavorables, 8c
par conséquent les plus propres à faire juger de l'efficacité des moyens employés. Ainsi la ville de Dunkerque , dont la
nature du sol 8t la constitution de son
atmosphère ont été accusés si souvent
des maladies qui y ont régné, a vu sans
accident s'exécuter une exhumation de
1602 cadavres, sans y comprendre les ensans , & cela au milieu même de la saison
regardée comme la plus critique pour ses
habitans : ce qui démontre par le fait, que
nulle circonstance locale ne doit empêcher
une pareille opération , en la supposant
nécessaire., 8t que le succès couronnera
toujours l'entreprise, lorsque l'art &le zèle
se réuniront pour le choix 8c l'emploi de
moyens d'aussifacile exécution, applicables
dans tous les tems &. dans tous les pays.
de la saison
regardée comme la plus critique pour ses
habitans : ce qui démontre par le fait, que
nulle circonstance locale ne doit empêcher
une pareille opération , en la supposant
nécessaire., 8t que le succès couronnera
toujours l'entreprise, lorsque l'art &le zèle
se réuniront pour le choix 8c l'emploi de
moyens d'aussifacile exécution, applicables
dans tous les tems &. dans tous les pays. --- Page 5 ---
( 5 ) A îij A Dunkerque , le 10 janvier 1784. LETTRE de M* HECQUET , ChirurgienMajor des Hôpitaux du Roi r & Eckevirt
de la ville de : Dunkerque , à MM. LABORIE , PARMENT IER & CADET DE
FAUX. MESSIEURS, J'AI le plaisirdë vous annoncer que je viens •
de terminer notre travail d'Exhumation
avec le même succes que je l'ai commencé.
MM. du Magistrat se sont empressés d'en
rendre compte à M. l'Intendant, qui a témoigné à ce sujet toute sa fatisfa&ion. Je
joins ici J' Messieurs , le Journal de mes obfervations. Je desire qu'il mérite le suffrage
dont vous avez honoré le premier insérés
dans le Recueil : c'efl: à vous qu'il appartient
de juger s'il efl: digne d'intéresser le public
& d'être présenté à M. le Çontrôleur-Général. Vous connoissez l'intérêt particulier
qu'il a pris à ce travail , & ses dispositions
favorables pour tout ce qui a rapport à, l'utilité générale. Je m'estime très heureux, --- Page 6 ---
(6) Messieurs d'avoir eu 1 avantage de concourir avec vous au succès d une opération aussi importante , & la plus considérable qui ait
jamais été entreprise en ce genre. J'ai l'honneur d'être , avec un refpedueux attachement, / - 1 MESSIEURS, \ Votre très-humble Se trèsobéissant serviteur, HEC QUET. --- Page 7 ---
( ? ) A iv SUI TE du Journal des Exhumations
par M. HECQUET. QUOIQUE les circonstances qui ont précédé & suivi le travail relatif aux Exhumations de l'Eglise de S. Eloy de la ville de
Dunkerque m'aient mis en état de conclure, dans le Journal de mes opérations,
que les différens moyens proposés & employés pour garantir de tout événement
fâcheux, avoient produit les effets qu'il
étoit possible d'en attendre ; qu'ils avoient
parfaitement détruit ou enchaîné le gaï
méphitique, ainsi que les émanations malfaisantes toujours prêtes à se développer
dans le cours de nos fouilles ; que les habitans & la garnison n'avoient rien éprouvé
qu'on pût attribuer directement ou indirectement aux suites de ce travail , ainsi
que s'enJont assurés MM. les Commissaires
en écrivant à MM. du Magistrat de Dunkerque : j'ai cnI/cependant qu'il étoit prudent
de renvoyer au mois de Novembre suivant
la continuation d'une entreprise toujours
inquiétante dans la saison où nous étions
sur le point d'entrer.
le cours de nos fouilles ; que les habitans & la garnison n'avoient rien éprouvé
qu'on pût attribuer directement ou indirectement aux suites de ce travail , ainsi
que s'enJont assurés MM. les Commissaires
en écrivant à MM. du Magistrat de Dunkerque : j'ai cnI/cependant qu'il étoit prudent
de renvoyer au mois de Novembre suivant
la continuation d'une entreprise toujours
inquiétante dans la saison où nous étions
sur le point d'entrer. > Mais forcé de reprendre plus tôt que je --- Page 8 ---
ùl (8) ne 1 l'eusse preiume la suite de mes opérations , il fallut changer mes dispositions :
ce ne fut point, il est vrai, sans éprouver
quelque contrariété. Le mois de Juin
approchant de l'époque où la vilb de
Dunkerque semble être menacée périodiquement de maladies qui exercent leur
fureur d'une manière plus ou moins violente , je pressentis bien qu'on ne manqueroit point d'en attribuer les événemens au
travail dont je m'étois déja acquitté, fore
dire, à la très-grande satisfa&ion du Minière éclairé qui l'avoit autorisé 5, des savans Chimistes qui m'avoient communiqué
leurs lumières, & du Corps municipal auquel j'ai l'honneur d'appartenir. Je ne saurois dissimuler , que ce qui
ajoutoit encore à mes craintes , c'étoit l'alarme que l'esprit de prévention se plaisoit
à repandre dans le cœur des citoyens timides qui murmuroient déja hautement
contre ma sécurité réfléchie ; mais sourd a
toutes les clameurs, rassuré de plus par
l'expérience que j'avois acquise , n'écoutant enfin que la voix du succès que j'avois
obtenu, je fis commencer le travail. Ces considérations que j'abrège ne m'ont
donc pas permis d^pporter le moindre retard à une opération dont je hâtois la fin
par mes vœux, persuadé qu'a l'avenir ^ co --- Page 9 ---
() leroit pour les habitans d une Ville trespeuplée une cause de maux de moins à redouter. Plein de cette consolante perspective, je ne m'occupai plus qu'à disposer
Jes moyens qui m'avoient si bien réussi ,
& en augmenter les effets en changeant
l'ordre que j'avois d'abord établi pour,l'enlèvement des corps & des terres, & leur
transport hors de la Ville. La chaleur de la saison étoit l'objet principal que j'avois à combattre. Je {ongeâi à
l'éviter, c'est pourquoi je choisis la nuit de
préférence, bien convaincu que mes ouvriers occupés aux fouilles, trouveroient
plus de ressource dans leur conflitution
physique , & rempliroient infiniment
mieux la tâche que j'avois à leur donner.
J'ai le bonheur d'annoncer que- l'événement a juflifié complettement mon attente , ainsi qu'on le verra dans le compte
que je vais rendre. Je dois avertir avant d'entrer en matière, que le mémoire présenté au Magistrat de Dunkerque, le 3o Décembre 1782;
le rapport de MM. Laborie, Parmentier,
& Cadet de Vaux, du 20 Janvier 1783 ;
& le Journal des Exhumations, renfermant
tous les détails des moyens proposés & employés , des -précautions observées & des
succès obtenus : j'ai pensé qu'il seroit. su- --- Page 10 ---
(10)
ri ..
vertir avant d'entrer en matière, que le mémoire présenté au Magistrat de Dunkerque, le 3o Décembre 1782;
le rapport de MM. Laborie, Parmentier,
& Cadet de Vaux, du 20 Janvier 1783 ;
& le Journal des Exhumations, renfermant
tous les détails des moyens proposés & employés , des -précautions observées & des
succès obtenus : j'ai pensé qu'il seroit. su- --- Page 10 ---
(10)
ri .. pernu ae jes rappeler ici, même en abrégé,
je me bornerai donc à rapporter succindement le simple resultat de deux grandes
Exhumations exécutées dans deux saisons
différentes, & qui ont terminé désinitivement le travail que nous avons dirigé. Exhumation du premier au vingt-ftx Juin
1783. La nature du sol, & la non-delîruâion où
se sont trouvés les corps enterrés depuis
nombre d'années, m'avoient déja fourni
des connoissances que je mis à profit pour
la suite du travail dans un tems ou l'air raréfie par la chaleur de la saison, pouvoit
mettre en défaut la plupart de nos moyens,
dont j'avois encore mieux apprécié le mérite par l'emploi que j'en avois déja fait: je
persuadai bien les ouvriers de la nécessité
d augmenter le feu & la quantité de chaux
en nature, de donner au lait de chaux plus
de force & de consifiance; je leur rappelai
ce qui avoit été observé & prescrit pendant
la durée de la première Exhumation ; enfin,
. je pris toutes les mesures capables d'en asfurer le succès. Mes ordres répétés & bien compris par
les ouvriers, on procéda au nouveau travail. Il fut arrêté préalablement que le tema --- Page 11 ---
(il ) de la journée seroit employé a imprégner
delait de chaux le terrain , a en saupoudrer
la surface de chaux en nature , de manière
à ne plus présenter qu'un magma inodore y
& presque semblable au mortier : c est ainsi
que la totalité des terres qui recouvroit immédiatement les cercueils , a ete deméphitisée 8c transportée hors de la Ville, dans
le canal que nous avons <^it être balayé
chaque jour par l'eau de la mer. Le moment des Exhumations commençoit vers les neuf heures du soir, 8c duroit
sept heures environ. L'ouverture des cercueils , leur transport 8c leur deslru&ion
par le feu au cimetière , s'observoient avec
les mêmes précautions : avant d oter les ca..
davres des cercueils, ils Soient arrosésde
lait de chaux, 8c recouverts de chaux en
nature, puis déposés dans des tombereaux
& pour plus grande sureté, recouverts d'une
grande quantité de sable humide , dans la
vue d'éviter de plus en plus les émanations qui auroient pu s'en échapper malgré
le surcroît d'attention. Une fosse extrêmement profonde étoit devinée à recevoir
ces tristes débris ; 8c la fosse remplie, on
la recouvroit par plusieurs couches de
terre. Nous observerons que pendant le mois
de Juin qu'a duré cette Exhumation, il y a --- Page 12 ---
( ri) eu des jours ou la chaleur a été vive a Dunkerque: on a vu quelquefois s'élever du fond
du terrain une vapeur très-sensible : pour
en modérer l'éruption , j'ai cru devoir faire
répandre dans différens endroits de l'eau
froide en abondance , afin de condenser
l'air. J'avois soin en mênletems de renouveller les feux, d'entretenir les fumigations:
nuit & jour, par-tout où cette émanation.
sembloit avoir un foyer plus ou moins,
considérable.
Dunkerque: on a vu quelquefois s'élever du fond
du terrain une vapeur très-sensible : pour
en modérer l'éruption , j'ai cru devoir faire
répandre dans différens endroits de l'eau
froide en abondance , afin de condenser
l'air. J'avois soin en mênletems de renouveller les feux, d'entretenir les fumigations:
nuit & jour, par-tout où cette émanation.
sembloit avoir un foyer plus ou moins,
considérable. Ita été exhumé du premier au 26 Juin,,
deux cens soixante-douze cadavres, sept
parfaitement entiers, quatre-vingts en lambeaux , & cent qu4tre-vingt-cinq en osiemens plus ou moins humides. Nous croyons devoir faire observer encore que pendant le cours, de cette Exhumation , il n'est résulté aucune plainte de
la part des ouvriers. Au moyen de l'eau-devie de genièvre que je leur faisois boire de
tems en tems, je foutenois leur force- &
'leur aaivité ; un seul d'entre eux, adonne.
à la boiiTon, eprouva-un ,mal.aise dans tous
les membres : mais le mal dè tête & la fièvre
qui l'accompagnoit, cédèrent en moins.
de six jours à la limonade & aux autres remèdes simples que je lui administrai. Une circonsiance particulière que je ne
dois pas omettre ici x c'est que les ouvriers % --- Page 13 ---
m) lqu ayant comparé l'odeur qu'ils avoient
éprouvée pendant la première Exhumation , à celle qu'ils ressentoient au même
travail, mais en été , manifestèrent que
cette odeur étoit réellement aigre , par
cette expression nous sentons sûr. C'est alors
que je mis le' goudron en usage , parce
qu'il réunissoit deux avantages ; le premier, d'éclairer dans les fouilles ; le sécond,
de corriger par son odeur les vapeurs qui
affectoient désagréablement les organes. Les chaleurs déjà très-vives vers la fin
de Juin, augmentèrent si fortement en
Juillet, Août & Septembre, que je ne fus
point sans inquiétude sur le compte du
grand nombre d'ouvriers employés à la
bâtisse de l'Eglise, &. qui ne méritoient
pas moins mon attention que ceux qui
avoient travaillé aux Exhumations. Je ne
vis plus alors qu'une classe d'hommes qu'il
falloit préserver de maladies auxquelles la
force des travaux, la conflitution de l'at.
v mosphère de Dunkerque & la saison pouvoient les exposer.
Août & Septembre, que je ne fus
point sans inquiétude sur le compte du
grand nombre d'ouvriers employés à la
bâtisse de l'Eglise, &. qui ne méritoient
pas moins mon attention que ceux qui
avoient travaillé aux Exhumations. Je ne
vis plus alors qu'une classe d'hommes qu'il
falloit préserver de maladies auxquelles la
force des travaux, la conflitution de l'at.
v mosphère de Dunkerque & la saison pouvoient les exposer. La ville de Dunkerque n'a d'autre eau
que celle qui tombe du ciel. Elle est reçue
& contenue dans des réservoirs désignés
sous le nom de citernes. On doit bien présumer qu 'en ete, sur tout, une pareille eau
B eli jamais une boisson bien salubre, --- Page 14 ---
(14) Les ouvriers expoies a des travaux pé":
nibles 8c vigoureux au milieu d'une chaleur
brûlante , se trouvoient dévorés par une
fois inextinguible. La mauvaise qualité des
eaux me fit appréhender que l'u{age immodéré qu'ils en faisoient, ne préjudiciât à leur
santé. J'exposai en conséquence au Magiftrat la nécessité indispensable qu'il y avoit
de faire délivrer, pendant la campagne,
du vinaigre j comme le seul moyen de
les corriger , 8c de combattre ou de
prévenir les dispositions prochaines à la
putridité ; ma proposition fut acccueillie
sur le champ , & je fus chargé d'indiquer la quantité de vinaigre qu'il falloit
pour aciduler l'eau : c'est par l'usage de
cette boisson aigrelette que les ouvriers ,
moins tourmentés par la chaleur 8c par la
sois, bravèrent lai saison 8c le travail sans
courir aucun risque. J'arrive enfin au terme
de ma mission. Exhumation du 6 Novembre nu 3l
Décembre. La troisième 8c dernière Exhumation
concernant le travail que j'ai dirigé, a été
exécutée dans les différentes Chapelles qui
forment le contour de l'Eglise ; dans le
chœur, qu'il a fallu bailler ; dans les deux --- Page 15 ---
. Ci5) ïjeis &les parties intermédiaires des piliers. L'impossibilité de faire transporter les
cadavres à travers un chemin que l'encombrement des matériaux de toute espèce
rendaient impraticable ; le tems 8c les peines
qu'il falloit employer pour rendre ce chemin accessible; enfin, les dépenses énormes
qu'il en auroit coûté, objet que je n'ai
jamais perdu de vue tout en prodiguant
les moyens dont l'usage m'avoit paru salutaire & indispensable ; toutes ces circons-
- tances, en un mot , forcèrent à modifier
le plan que j'avois suivi jusqu'alors. Je me suis donc contenté, dans cette
Exhumation, de faire briser les cercueils ,
d'en retirer les corps, 8c de les déposer trèsprofondément dans les caveaux que j'avois
découverts, 8c dans les fosses pratiquées à
cet effet, ayant soin de mettre des lits de
chaux vive très-épais , d'arroser de lait de
* chaux , de revêtir le tout de sable 8c de
décombres de maçonnerie bien entassés 8c
solidement foulés , sans compter que nuit
8c jour l'on y a entretenu un feu très-ardent
qui absorboit 8c desséchoit l'humidité des
terres remuées dans tous les endroits où
j avois procédé à de nouvelles inhumations. Or, ces, corps qui se trouvoient à
trois ou quatre pouces au dessous de la superficie du sol, sont maintenant à cinq ou
8c de
décombres de maçonnerie bien entassés 8c
solidement foulés , sans compter que nuit
8c jour l'on y a entretenu un feu très-ardent
qui absorboit 8c desséchoit l'humidité des
terres remuées dans tous les endroits où
j avois procédé à de nouvelles inhumations. Or, ces, corps qui se trouvoient à
trois ou quatre pouces au dessous de la superficie du sol, sont maintenant à cinq ou --- Page 16 ---
( ï6Ï six pieds de profondeur, préalablement dê*
truits & consommes par l'action de la chaux
en lait &. en nature, employée avec profulion ; ce qui anéantit pour jamais toute
source d émanation , ,& ne peut laisser sublifter acune crainte. Dans cette opération, il a été enlevé
514 cadavres , 23 entiers , 167 en lambeaux, & 314 en ossemens plus ou moins
humides. Tous les cercueils ont été transportés hors de ia ville, 8c brûlés sur le ci-
- metiére. On aura vu dans le Recueil de pièces relatives au travail dont il s'agit, les précautions
que nous avions cru nécessaires d'employer
dans la portion de l'Eglise retranchée &
rendue a la voie publique. Elles sont devenues inutiles , à cause de l'élargissement
qu on s efl déterminé à donner aux fondations du portail. Cette partie retranchée a
été presque entièrement dépavée, & les
cercueils que 1 on rencontroit ont été enlevés. Le terrain devenu mobile a été foulé
par le fardeau énorme des matériaux qui
l'ont traversé : cet endroit a d'ailleurs servi
pour éteindre la chaux dessinée à la composition du mortier, ce qui a formé à la
surface un ciment très-dur, très - compare, dont la solidité ne fera qu'augmenter
avec le tem s, en continuant d'y préparer le
mortier --- Page 17 ---
[texte_manquant] B mortier tant que la batisse de lEgli-re l'exigéra. ^ ; b J aurois desiré sans doute ? pour le
progrès des sciences, qu'il me fût possible
d'indiquer les-dates & l'e{pèce de mort des
personnes dont les cadavres ont été trouvés
entiers long-tems après leur inhumation,
& répandant encore une odeur très-fétide-
. mais indépendamment des difficultés sans
nombre que j'eusse rencontrées pour présenter quelque chose d'inflruétif à ce sujet
on doit sentir que dans un pareil tableau, l ame toute entière à l'horreur du spectacle, n'est guères susceptible de se livrer
aux recherches & aux observations purement Scientifiques. Je terminerai ces détails par quelques
observations, en suivant toujours la loi que
nous nous, sommes imposée de ne nous
permettre aucunes réflexions. PREMIÈRE OBSRRVATION. Pendant les fortes gelées du mois de dé..
cembre dernier, en procédant à l'ouverture
des cercueils , il en sortoit une fumée trèsépaisse d'une odeur peu fétide; odeur qui
disparoissoit aussitôt ,,dès que l'on augmen- '
toit le feu dans les environs , & qu'on
xépandoit le lait de chaux en abondancè. --- Page 18 ---
(18) DEUXIÈME OBSERVATION. Le corps d'un citoyen mort d'une maladie putride , avoit forcé l'Eglise de le faire
inhumer avant le service , a cause de la fétidite que le cadavre répandoit. Environ
douze ans après son inhumation, on l'a
trouvé tout entier, en continuant d'exhaler
l'odeur qui avoit précipité ses obsèques. TROISIÈME OBSERVATION.
--- Page 18 ---
(18) DEUXIÈME OBSERVATION. Le corps d'un citoyen mort d'une maladie putride , avoit forcé l'Eglise de le faire
inhumer avant le service , a cause de la fétidite que le cadavre répandoit. Environ
douze ans après son inhumation, on l'a
trouvé tout entier, en continuant d'exhaler
l'odeur qui avoit précipité ses obsèques. TROISIÈME OBSERVATION. Il s'est trouvé dans la Chapelle de Saint
Roch un caveau fermé depuis le mois de
septembre 1637. Il renfermoit trois cercueils dans lesquels étoient des squelettes
parfaitement desséchés. Sur l 'un des cercueils étoient posées trois couronnes de papier doré , entourées de feuilles de laurier ,
dont la couleur & l'odeur etoient dans
leur état naturel au bout de 157 ans. .. l QUATRIÈME OBSERVATION. Le couvercle d'un cercueil déposé dans
le même caveau étoit artiflement sculpte,
& représentoit le squelette d'un jeune
tomme entre les jambes duquel il se trou* --- Page 19 ---
... _(19)' \Toit également sculpte un chien , le tout
parfaitement doré, sans avoir souffert la
moindre altération. Conclus ION. Il résulte de tout ce qui a été exposé,
foit dans le Recueil que nous avons publié,
mes savans coopérateurs & moi, soit dans
le supplément du Journal que je présente ;
que le nombre des cadavres exhumés à
différentes reprises se monte à 160z, sans y
comprendre les enfans, & que l'enceinte
de l'Eglise où les cadavres s'acculnuloienfi
depuis 145z jusqu'en 1777, qu'on a cessé
d'y enterrer, est maintenant débarrassée
d'une source d'infeclion, dont le méphitisme auroit pu encore agir pendant des
siècles. Dans les tems chauds & secs, la ville de
Dunkerque a été quelquefois exposée à
des maladies épidemiques. L'été dernier,
marque par ce caractère , he nous a rien
fait éprouver de fâcheux ; parmi un grand
nombre d'ouvriers employés à des travaux pénibles & à l'ardeur du soleil ,
aucun d'eux n'a été affetté de maladies particulières ; & la liste des morts
çompulsée sur les regiHres, & comparée --- Page 20 ---
(20) ivec celle des années précédentes, a été
moins co-nsidérable. v Loin donc que les Exhumations de Dunkerque aient donné lieu à des accidens
qu'on puisse imputer à ce travail, il est au
contraire démontré sans réplique, que les
habitans n'ont rien ressenti de particulier.
Ce qui sert à prouver de plus en plus combien le succès a répondu aux soins multiplies que nous n'avons eeiTé d'apporter
dans une circonflance où la santé & la conservation des citoyens étoient si directement intéressées.
Loin donc que les Exhumations de Dunkerque aient donné lieu à des accidens
qu'on puisse imputer à ce travail, il est au
contraire démontré sans réplique, que les
habitans n'ont rien ressenti de particulier.
Ce qui sert à prouver de plus en plus combien le succès a répondu aux soins multiplies que nous n'avons eeiTé d'apporter
dans une circonflance où la santé & la conservation des citoyens étoient si directement intéressées. L'Eglise de S. Eloy, qui a servi pendant
des siècles de sépulture ordinaire pour les
citoyens aisés , ne sera donc plus désormais un foyer d'infedion ; & le san&uaire
de la Religion r une espèce dé tombeau.
Les sidèles, appelés dès le matin par leur
dévotion aii moment où les portes du temple s'ouvroient', ne seront plus exposés,
comme par le passé, à en sortir précipitamment surpris de foiblesse & affe&és de '
maux de cœur, qu'occasionnoient les émanations cadavéreuses qui s'étoient élevées
&. condenséefc durant la nuit. Ensin" ces
émanations , devenues plus a&ives par
l'ouverture d'une fosse ou d'un caveau, qui
souvent ont communiqué leurs dangereux effets hors de cette enceinte, n'ajou. --- Page 21 ---
- (21 ) 1 teront plus rien aux caures de certaines
maladies qui ont régné à différentes époques à Dunkerque. • Au reUe, je deÍÏre que les soins que je
me suis donnés pour préserver les habitans
de la ville de Dunkerque des dangers auxquels ils auroient été incontestablement
exposés sans le concours des moyens
proposés & employés, leur procurent en.
core à l'avenir une plus grande salubrité
dans leurs foyers. C'esi la récompense la
plus flatteuse à laquelle je puisse jamais
prétendre. F 1 % --- Page 22 --- --- Page 23 --- --- Page 24 --- --- Page 25 --- --- Page 26 --- --- Page 27 --- --- Page 28 --- --- Page 29 --- --- Page 30 ---
s chauds & fecs, Ia ville de
Dunkerque a été quelquefois expofée à
des maladies épidemiques. L'été dernier,
marque par ce caratère, he nous a rien
fait éprouver de facheux ; parmi un grand
nombre d'onvriers employés à des travaux pénibles & à l'ardeur du foleil 2
aucun d'eux n'a été affecté de maladies particulièress& la lifte des morts
compulfée fur les regiltres, & comparée --- Page 22 ---
(20)
avec celle des années précédentes, a été
moins confidérable.
Loin donc que les Exhumations de Dunkerque aient donné lieu à des accidens
qu'on puille imputer à ce travail, il eft au
contraire démontré fans réplique, que les
habitans n'ont rien reflenti de particulier.
Ce qui fert à prouver de plus en
combien le fuccès a répondu aux
multiLiaet
que nous n'avons ceffé d'apporter
SlEs une circonftance où la fanté & la confervation des citoyens étoient fi direétement intéreffées.
L'Eglife de S. Eloy, qui a fervi pendant
des fiècles de fépulture ordinaire pour les
citoyens aifés 2 ne fera donc plus déformais un foyer d'infedion; & le fanctuaire
de la Religion, une efpèce de tombeau.
Les fidèles, appelés dès le matin par leur
dévôtion aul moment ou les portes du temple s'ouvroient, ne feront plus expofés
comme par le paffé, en fortir précipitamment furpris de foibleffe & affectés de
maux de coeur, qu'occafionnolenr les émanations cadavéreufes qui s'étoient élevées
& condenfées durant la nuit. Enfin ces
émanations, devenues: plus actives par
l'ouverture d'une foffe ou d'un caveau, qui
fouvent ont communiqué leurs dangereux effets hors de cette enceinte, n'ajou- --- Page 23 ---
(21)-
teront plus rien aux caufes de certaines
maladies qui ont régné à différentes époques à Dunkerque.
Au refte, je defire que les foins
je
me fuis donnés pour préferver les gNCE
de la ville de Dunkerque des dangers auxquels ils auroient été inconteftablement
expofés, fans le concours des moyens
propofés & employés, leur procurent encore à l'avenir une plus grande falubrité
dans leurs foyers. C'eft la récompenfe la
plus flatteufe à laquelle je puiffe jamais
prétendre,
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