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Gazette Officielle. K° XXIX. PORT-AU -PRINCE, le 17 Juillet 1825, an 22. PORT-AU-PRINCE. Haïti reconnue indépendante. JL/imahche, 3 de juillet, à 10 heures du matin, la vigie
signala une frégate et deux bâtimens. On était loin de
penser que c'étaient des bâtimens de Sa Majesté TrèsChrétienne. A 2 heures de l'après-midi, ils mouillèrent
en grande rade, et l'on reconnut alors que c'était une
frégate, un brick et une goëlette, sous pavillon français,
la frégate ayant au mât de misaine le pavillon haïtien. Le colonel Boisblanc, chef des mouvemens du port, se
rendait à bord, lorsqu'il rencontra un canot de la frégate
ayant pavillon parlementaire, dans lequel était un officier porteur de dépêches pour le Gouvernement. Le
colonel Boisblanc prit les paquets, et le canot retourna
à bord de la frégate. S. E. le Président d'Haïti ayant
reçu ces paquets, fit appeler le général de brigade B. Inginac, secrétaire-général, et lui donna ordre de répondre à la lettre que lui avait adressée M. le baron de
Mackau, capitaine de vaisseau, commandant la frégate
la Circé pour lui annoncer qu'il était chargé par Sa
Majesté Très-Chrétienne d'une mission toute pacifique
.auprès du Gouvernement d'Haïti, de laquelle il espérait
qu'il en résulterait les plus grands avantages au pays. Le
secrétaire-général envoya le soir même un de ses aidesde-camp à bord de la frégate, porter la réponse à M. de
Mackau. Il lui annonçait dans sa lettre qu'il serait reçu
avec les égards dus au Monarque qui l'avait envoyé. Aussitôt des ordres furent donnés pour la réception de
IV1. le baron de Mackau et de sa suite. Le lendemain, 4
du courant, vers les 7 heures du matin, le noble envoyé
de Sa Majesté Très-Chrétienne descendit à terre et se
rendit en voiture à l'hôtel da secrétaire-général, où,
après une conférence particulière avec lui, qui dura plus
de deux heures, M. de Mackau se retira dans les appartemens qui lui avaient été destinés. Dès que le secrétairegénéral eut rendu compte a Son Exc. de son entrevue
avec M. le baron, le Président nomma trois commissaires (le colonel Frémont, aide-de-camp de S. Exc., le
sénateur Rouanez et le secrétaire-général), afin de prendre
connaissance de la mission de M. de Mackau, et de
traiter avec lui pour le grand objet de la reconnaissance
de l'indépendance d'Haïti. MM. les commissaires et M. l'envoyé eurent une première conférence, le 4 au soir, laquelle dura plusieurs heures; et le 5, à midi, ils en eurent
une nouvelle qui fut prolongée jusqu'à quatre heures
de l'après-midi. Dans ces deux conférences, les intérêts
des deux Gouvernemens furent défendus de part et d'autre avec dévoûment et patriotisme. Le soir du même
jour, S. E. le Président d'Haïti eut une première entrevue avec M. le baron de Mackau. Le 7, à midi, Son
Excellence convoqua au palais national le secrétaire
d'Etat, le grand-juge, le secrétaire-général les généraux
etles sénateurs présens dans la capitale, le trésoriergénéral, le doyen du tribunal de cassation et divers
officiers civils et militaires, afin d'avoir leur opinion sur
les propositions offertes. Le même soir, il eut une nouvelle conférence avec M. de Mackau.
le baron de Mackau. Le 7, à midi, Son
Excellence convoqua au palais national le secrétaire
d'Etat, le grand-juge, le secrétaire-général les généraux
etles sénateurs présens dans la capitale, le trésoriergénéral, le doyen du tribunal de cassation et divers
officiers civils et militaires, afin d'avoir leur opinion sur
les propositions offertes. Le même soir, il eut une nouvelle conférence avec M. de Mackau. Le 8, au matin,
S. E. le Président d'Haïti annonça par une lettre, à M. le baron, que le Gouvernement de la République acceptait, d'après les explications qu'il avait données, l'Ordonnance qui reconnait, sous certaines conditions, l'indépendance pleine et entière du Gouvernement d'Haïti. Aussitôt le brick le Rusé, commandé par le capitaine de
frégate, M. Luneau, fut expédié au-devant de la flotte
qui se trouvait dans nos eaux, sous les ordres des contreamiraux Jurien de la Gravière et Grivel, pour leur annoncer la conclusion de la négociation, et le soir de la
même journée, la goélette de SaMajesté Très-Chrétienne
la Béarnaise, commandée par le lieutenant de vaisseau
II. Derville, fut expédiée pour France, afin d'en porter
la uourçlle.. e
Dés lors, la cérémonie de l'entérinement et acceptation de l'Ordonnance au Sénat, fut arrêtée pour le n. A cet effet, le programme suivant fut publié. PROGRAMME De la cérémonie qui aura lieu pour l'entérinement de
i Ordonnance de Sa- Majesté le Roi de France, qui
reconnaît l'indépendance pleine et entière du Gouvernement d'Haïti. Lundi, il du courant, à heures du matin, M. le
capitaine de vaisseau, baron de Mackau, portant l'Ordonnance signée de Sa Majesté Charles X, qui reconnaît l'indépendance haïtienne, sera reçu, à son débarquement sur le quai, par le général commandant la
place, accompagné de ses adjoints; des généraux de l'armée présens, de l'état-major de la place Du chef des mouvemens du port et de ses adjoints; du
juge de paix et de ses suppléans Enfin du conseil des notables. Après les complimens d'usage, M. le baron de Mackau
sera accompagné à la maison nationale où se trouvera
le Sénat réuni. La marche aura lieu dans l'ordre suivant La musique de la place; Le conseil des notables et le juge de paix; Le chef des mouvemens du port; L es officiers des gardes-côtes d'Haïti; MM. les oilicicrs de la marine de Sa Majesté le Roi de
France; M. le baron de Mackau, environné du général
commandant de la place et des généraux présens.
Les grenadiers de la garde nationale ouvriront la
marche et les chasseurs la fermeront.
l'ordre suivant La musique de la place; Le conseil des notables et le juge de paix; Le chef des mouvemens du port; L es officiers des gardes-côtes d'Haïti; MM. les oilicicrs de la marine de Sa Majesté le Roi de
France; M. le baron de Mackau, environné du général
commandant de la place et des généraux présens.
Les grenadiers de la garde nationale ouvriront la
marche et les chasseurs la fermeront. Le cortège rendu au Sénat au bruit de la musique,
l'envoyé de Sa Majesté Très-Chrétienne sera placé sur
le siège qui lui sera préparé. --- Page 2 ---
(2) Après que le Sénat aura reçu le message ete S. E. le
Président d'Haïti requérant l'entérinement de l'Ordonnance de Sa Majesté Charles" X, Roi de France, qui
reconnaît l'indépendance pleine et entière du Gouvernement d'Haïti, et après que le Sénat aura accepté
l'Ordonnance, il en sera dressé procès-verbal. Ensuite
de quoi, une députation du Sénat se joindra au cortège
porter à S. E. le Président d'Haïti, au palais national, où devront st trouver réunis, en grande tenue,
le secrétaire d'État, le grand-juge, le secrétaire- général
•et le trésorier-général l'acte de la reconnaissance ainsi
que le procès-verbal de l'entérinement et acceptation du
Sénat; et Son Excellence donnera à M. le baron de
Mackau, dans les formes convenables, décharge de l'Ordonnance dont il était porteur. Aussitôt que ces formalités seront remplies, et que le
vaisseau qui a apporlé.M.lc baron de Mackau aura salué
le pavillon d'Haïti le fort national, ou Alexandre saluera
le pavillon royal de France tous les forts de la ligne de
la ville et les garde-côtes sur rade répéteront le salut.
Un Te Deum sera chanté en actions de grâces pour
l'heureux événement de la reconnaissance de l'indépendance pendant cette cérémonie religieuse il sera tiré,
sur la terrasse de l'Intendance, une salve d'artillerie.
Le soir, une fête sera donnée à M. le baron.de Mackau,
où les autorités civiles et militaires assisteront en grande
tenue. Il y aura un bal, et par toute la ville illumination.
Donné an Port-au-Prince, le 8 juillet i8i5, an 22e
de l'indépendance. Par autorisation de S. Exe. le Président d'Haïti
Le secrétaire-général B. INGINAC. Le 8 au soir, la flotte, composée de i3 bàtimens, fut
signalée, et le 9 à midi, elle mouilla en dehors de la
grande rade. Voici les noms de ces bâtimens et de ceux. \|ui-les
commandent. Liste des vaisseaux et noms des amiraux et capitaines
de vaisseaux de l'escaclre de Sa Majesté Très- Chrétienne, en rade du Port-au-Prince. Le vaisseau de 80 canons l'Eylau monté par l'amiral
Jurien, commandé par M. Clémcndot, capitaine de
vaisseau. Le vaisseau de 74 canons le fean-Bart, monté par
l'amiral Grivel, commandé par M. Broue, capitaine de
frégate. La frégate de 44 canons la Circé, commandée par
M. de Blackau capitaine de vaisseau. La frégate de 44 canons la Magicienne commandée
par M. Leblond-Plassan capitaine de vaisseau.
La frégate de 44 canons, la Nymphe, commandée
par M. Cirvillier, capitaine de vaisseau.
74 canons le fean-Bart, monté par
l'amiral Grivel, commandé par M. Broue, capitaine de
frégate. La frégate de 44 canons la Circé, commandée par
M. de Blackau capitaine de vaisseau. La frégate de 44 canons la Magicienne commandée
par M. Leblond-Plassan capitaine de vaisseau.
La frégate de 44 canons, la Nymphe, commandée
par M. Cirvillier, capitaine de vaisseau. La frégate la Méilée de 44 canons, commandée par
SI. Penreux-Demoslé capitaine de vaisseau. La frégate de 60 canons la Vénus commandée par
M. Menouvrier de Fresne capitaine de vaisseau.
La frégate de 60 canons la Clorinde commandée par
M. Pellcpoït, capitaine de-vaisseau. La frégate de 44 canons la Thémis, commandée par
M. de Piusscl capitaine de vaisseau. La corvette de charge, la Salamandre commandée
par M. Costé, capitaine de frégate. Le brick le Rusé commandé par M. Luneau, capitaine de frégate. Le brick le Curieux commandé par BI. le Golias
Lieutenant de vaisseau. Le brick-goélette Antilope, commandé par M. de
Mauduit, lieutenant de vaisseau. La goélette ta Béarnaise, partie pour France, commandée par M. Hugat Dervillc, lieutenant de vaisseau. Dans l'après-midi MM. les amiraux Juvien et Griv-ei
avec leurs officiers, descendirent et allèrent visiter ie
secrétaire-général et ils obtinrent de S..E. le Président
d'Haïti une audience qui fut des plus agréables. Le 10,
d'après les entrevues entre l'honorable baron do Mackau,
l'amiral commandant en chef et le secrétaire-général,
un supplément au Programme, et tel qu'il suit fut
publié. SUPPLÉMENT Au Programme du 8 juillet, pour la Cérémonie de
l'entérinement de l'ordonnance qui reconnaît l'indépendance d'Haïti. L'heureuse arrivée de l'escadre sous les ordres de
M. l'amiral Jurien, venant jeter un nouvel éclat sur le
grand acte par lequel Sa Majesté Très-Chrétienne a
voulu assurer le bonheur des Haïtiens; et M. l'amiral,
commandant en chef, M. l'amiral commandant en
second, devant et voulant bien prendre part, et prescrire
qu'il soit pris part par MM. les commandans et officiers
sous leurs ordres, aux cérémonies qui doivent avoir lieu
lundi prochain, n juillet, et dont le programme a été
publié Les dispositions suivantes ont été arrêtées entre M. le
général B. Inginac, secrétaire-général du Gouvernement
de la République d'Haïti; M. l'amiral, commandant en
chef l'escadre du Roi de France et M. le baron de
Mackau, envoyé de Sa Majesté Très-Chrétienne près le
Gouvernement d'Haïti Quand, au moment indiqué par le programme. M. le
baron de Mackau quittera son bord, portant l'Ordonnance du Roi, la frégate la Circé commencera par un
salut de 21 coups de canons.
la République d'Haïti; M. l'amiral, commandant en
chef l'escadre du Roi de France et M. le baron de
Mackau, envoyé de Sa Majesté Très-Chrétienne près le
Gouvernement d'Haïti Quand, au moment indiqué par le programme. M. le
baron de Mackau quittera son bord, portant l'Ordonnance du Roi, la frégate la Circé commencera par un
salut de 21 coups de canons. Semblable salut sera fait, après le premier coup de
canon de la Circé, par le vaisseau amiral et celui de
l'amiral commandant en second. M. le baron de Mackau, en quittant son bord, se dirigera .sur le vaisseau amiral et ira se placer, avec son
canot, entre ceux des deux amiraux. Les canots de MM. les commandans et des officiers
désignés pour faire partie du cortège suivront.
Tous arriveront à terre dans cet ordre. M. de Mackau, placé entre les deux amiraux recevra.
les complimens d'usage. La marche indiquée par le programme sera suivie.
Après MM. les officiers de l'escadre, après MM. les
commandans, viendra M. le baron de Mackau, toujours
placé entre les deux amiraux. Dans la salle du Sénat, des sièges près de celui de M. le
baron de Mackau seront placés pour les deux amiraux,
et un peu plus loin d autres seront mis en réserve pour
MM. les capitaines de vaisseaux. En sortant du Sénat, le cortège se rendra, dans le
même ordre qu'il y sera arrivé, au Gouvernement, près
Son Excellence le Président d'Haïti et, après que Son
Excellence aura donné décharge à M. le baron de Mackau de l'Ordonnance dont il était porteur, à un signal
convenu l'escadre et les forts de terre salueront instantanément et réciproquement le pavillon de France et
celui d'Haïti. Sur rade le vaisseau le Jean-Bart et la frégate la
Circé ne commenceront ce dernier salut qu'après le
premier coup de canon du vaisseau amiral. Tous les bàtimens pavoiseront à ce même instant. L'intention de l'Amiral et celle du baron de Mackau
étant d'assister au Te Deum qui sera chanté des places
seront réservées dans l'église pour MM. les amiraux et
capitaines des vaisseaux, par les soins de M. le général
B. Inginac. Le présent supplément a été arrêté entre M. l'Amiral,
commandant en chef, M. le baron de Mackau et le général Inginac, secrétaire-général près Son Excellence le
Président d'Haïti. Port-au-Prince, le 10 juillet i8a5. --- Page 3 ---
Le il, à l'heure indiquée, M. de Mackau, MM. les
amiraux et officiers de l'escadre devant le port, s'étant
rendus à terre dans l'ordre arrêté par le supplément au
programme, et ayant reçu les complimens du général
Thomas et des généraux qui l'accompagnaient, le cortège est parti du quai pour se rendre au Sénat, où étant
entré, M. le baron de Mackau prit la parole et prononça
le discours suivant
à l'heure indiquée, M. de Mackau, MM. les
amiraux et officiers de l'escadre devant le port, s'étant
rendus à terre dans l'ordre arrêté par le supplément au
programme, et ayant reçu les complimens du général
Thomas et des généraux qui l'accompagnaient, le cortège est parti du quai pour se rendre au Sénat, où étant
entré, M. le baron de Mackau prit la parole et prononça
le discours suivant « Messieurs du Sénat, » Le Roi m'a ordonné de venir vers vous et de vous
» offrir en son nom le pacte le plus généreux dont l'é-
» poque actuelle, offre l'exemple. Vous y trouverez la
» preuve, Messieurs, qu'en ces grandes circonstances
la royale pensée de Sa Majesté ne s'est pas moins por-
» tée sur l'état précaire des Haïtiens, que sur les intérêts
de ses propres sujets. » Sans doute, Messieurs, les hautes vertus de votre
» digne Président, et l'intérêt d'un Prince qui est tout à la
» fois l'orgueil et de son père et de la France, ont exercé
» une grande influence sur la détermination de Sa
» Majesté mais il suffisait qu'il y eût du bien à faire et
̃» une réunion d'hommes, pour que le cœur de Charles X
» fût vivement intéressé. » Dieu bénira Messieurs, cette sincère et grande ré-
» conciliation, et permettra qu'elle serve d'exemple à
d'autres États déchirés encore par des maux dont
» l'humanité gémit. » Aussi nous est-il permis d'espérer que dans le
» nouveau monde comme dans l'ancien nous trouve-
)) rons tous les cœurs ouverts à cet amour qui nous fut
« légué par nos pères, dont héritera notre postérité la
» plus éloignée pour cette auguste maison de France,
« qui, après avoir fait le bonheur de notre pays, a voulu
i) fonder celui de ce nouvel Etat. » Et il déposa l'Ordonnance sur la table du Président
du Sénat. Le Président du Sénat se leva et répondit au discours de M. le baron par celui qui suit « Monsieur le Baron, « Nous recevons avec vénération l'Ordonnance de
» Sa Majesté Très-Crétienne, par laquelle la récognition
;> de l'indépendance d'Haïti est formellement déclarée,
» et dont vous avez été chargé de nous présenter l'acte
» solennel. m Il appartenait à un descendant de la noble et anti-
» que race des Bourbons de mettre le sceau au grand
» œuvre de notre régénération après de si funestes et
» de si cruelles calamités, Charles X, justement Roi
» Très-Chrétien vient enfin de reconnaître le droit acquis
a par le peuple haïtien et appelle cette jeune nation à
» prendre rang parmi les peuples anciens. » Rendons grâces à l'Éternel » Gloire à l'auguste Monarque qui, dédaignant des
-» lauriers qui seraient souillés de sang, a préféré ceindre
» son front majestueux de l'olivier de la paix!
» Réunissons nos voix pour bénir son bien-aimé fils,
» dont la Renommée, en publiant les vertus a fait res> tentir sa voix jusqu'à nous.
» prendre rang parmi les peuples anciens. » Rendons grâces à l'Éternel » Gloire à l'auguste Monarque qui, dédaignant des
-» lauriers qui seraient souillés de sang, a préféré ceindre
» son front majestueux de l'olivier de la paix!
» Réunissons nos voix pour bénir son bien-aimé fils,
» dont la Renommée, en publiant les vertus a fait res> tentir sa voix jusqu'à nous. » Félicitons M. le baron de Mackau d'avoir si digne-
» ment rempli son honorable mission le nom de son
» Souverain, celui du Dauphin de France, et le sien
» seront inscrits en traits ineffaçables dans les fastes
» d'Haïti. » Après ce discours, un des secrétaires du Sénat a
donné lecture, à haute et intelligible voix, de l'Ordonnance de Sa Majesté Très Chrétienne en date du
17 avril dernier, qui reconnaît l'indépendance pleine
et entière du Gouvernement d'Haïti. Ensuite, cet acte
solennel a été entériné dans les registres du Sénat,
et remis à une députation composée des sénateurs Daumec, Pitre et Rouanez, pour être portée au Président t
d'Haïti. Les cris de vive Charles X! vive le Dauphin de
France! vive la France 1 vive Haïti! vive le Président d'Haïti! vive Vin dépendance retentirent de tous les
côtés de la salle, et après l'entérinement de l'Ordonnance,
la séance fut fermée et le cortége se rendit au palais
national. Etant rendu au pied des escaliers, M. l'envoyé
de Sa Majesté Très-Chrétienne MM. les amiraux et la
députation du Sénat furent reçus par le contre-amiral
Panayoti, officier-général de service au palais, et furent
introduits par les aides-de-camp de service dans la salle
des généraux où se trouvait S. E. le Président d'Haïti,
environné des grands fonctionnaires. Après les salutations réciproques et que les principaux personnages du
cortége eurent pris place sur les fauteuils qui leur étaient
destinés, le sénateur Daumec, tenant dans ses mains
l'Ordonnance du Roi Très-Chrétien, renfermée dans un
superbe étui de velours, se leva improvisa un discours
analogue à la circonstance, que nous regrettons de ne
pouvoir insérer ici, et déposa sur la table ladite Ordonnance. Son Excellence prenant alors la parole, a prononcé le discours suivant « En acceptant solennellement l'Ordonnance de S. M.
» Charles X qui reconnaît, d'une manière formelle,
» l'indépendance pleine et entière du Gouvernement
» d'Haïti, qu'il est doux pour mon cœur de voir mettre
« le sceau à l'émancipation d'un peuple digne par son
» courage et sa détermination des destinées que la Pro-
» vidence lui réservait, d'un peuple à la tête duquel il
» m'est si glorieux d'avoir été appelé.
lement l'Ordonnance de S. M.
» Charles X qui reconnaît, d'une manière formelle,
» l'indépendance pleine et entière du Gouvernement
» d'Haïti, qu'il est doux pour mon cœur de voir mettre
« le sceau à l'émancipation d'un peuple digne par son
» courage et sa détermination des destinées que la Pro-
» vidence lui réservait, d'un peuple à la tête duquel il
» m'est si glorieux d'avoir été appelé. » Si les Haïtiens par leur constance et leur loyauté,
» ont mérité l'estime des hommes impartiaux de toutes
» les nations il est juste de rendre ici un hommage
» éclatant à la gloire immortelle que par cet acte mémo-
» rable le Monarque de la France vicnt d'ajouter à
» l'éclat de son règne. Puisse la vie de ce Souverain être
» longue et heureuse pour le bonheur de l'humanité 1
» Depuis vingt-deux ans, nous renouvelons chaque
)) année le serment de vivre indépendans ou de mourir;
» désormais, nous y ajouterons un vœu cher à notre
» cœut-, et qui, j'espère, sera entendu du Ciel. Que la
» confiance etune franchise réciproque cimentent à jamais s
» l'accord qui vient de se former entre les Français et
»les Haïtiens » M. de Mackau se leva et s'adressa à S. E. le Président
d'Haïti dans les termes suivans Monsieur le Président, » Le Roi a su qu'il existait sur une terre éloignée,
» autrefois dépendante de ses états un chef illustre qui
» ne se servit jamais de son influence et de son autorité
» que pour soulager le malheur, désarmer la guerre de
» rigueurs inutiles et couvrir les Français, surtout, de
» sa protection. » Le Roi m'a dit Allez vers cet homme célèbre,
» offrez-lui la paix et, pour son pays, ta prospérité et
» le bonheur. J'ai obéi; j'ai rencontré le chef que m'a-
» vait signalé mon Roi, et Haïti a pris son rang parmi
» les nations indépendantes. » Le Président d'Haïti, prenant la parole, s'est exprimé
ces termes « Monsieur le Baron » Mon âme est émue à l'expression des sentimens que
» vous venez de manifester. Il m'est glorieux et satis-
» faisant tout à la fois d'entendre ce que vous m'annoncez, dans cette grave solennité, delà part de Sa Majesté
» le Roi de France. Tout ce que j'ai fait n'a été que le
» résultat de principes fixes qui ne varieront jamais.
» J'éprouve une véritable satisfaction de pouvoir,
» dans cette circonstance vous témoigner combien je
» me félicite d'avoir été à portée d'apprécier les qualités
» honorables qui vous distinguent, » Après que le Président eut fini de parler, il donna
l'ordre au secrétaire-général de faire la lecture de l'Ordonnance de Sa Majesté Très-Chrétienne et ensuite de
la décharge donnée à M. de Mackau de la remise de
l'Ordonnance dont il était porteur. Cette décharge ayant --- Page 4 ---
u> etë; agréée", le' signal convenu fut fait et aussitôt les
bâtimens composant l'escadre française devant le port,
ont salué le pavillon d'Haïti comme celui d'une nation
indépendante. Aussitôt le fort Alexandre, tous les forts
de la ligne et les gardes-côtes, sur rade, ont salué le pavillon royal de France.
M. de Mackau de la remise de
l'Ordonnance dont il était porteur. Cette décharge ayant --- Page 4 ---
u> etë; agréée", le' signal convenu fut fait et aussitôt les
bâtimens composant l'escadre française devant le port,
ont salué le pavillon d'Haïti comme celui d'une nation
indépendante. Aussitôt le fort Alexandre, tous les forts
de la ligne et les gardes-côtes, sur rade, ont salué le pavillon royal de France. Les cris d'allégresse de vive Sa Majesté Très-Chrétienne vive la Famille royale de France! vive le Président d'Haïti! vive l'indépendance vive la France!
vive Haïti se firent simultanément entendre.
Le cortège se rendit à l'église paroissiale pour y entendre le le Deum. Le soir il y eut un grand dîner,
auquel assistèrent M. l'envoyé de Sa Majesté Très-Chrétienne, les deux amiraux, les officiers de la flotte française, les magistrats et les officiers supérieurs de la
garnison. A son arrivée au lieu destiné pour le festin, M. le
baron fut salué par une salve de 21 coups de canon et
accueilli au son de la musique. Les maîtres de cérémonies
firent placer chacun des convives à la place qui lui était
destinée, et l'on voyait unis dans la salle du banquet les
pavillons de Fxance et d'Haïti, et sur le balcon ces mêmes
pavillons se trouvaient arborés avec ceux de toutes les
nations. Les toasts suivans furent portés Le Secrétaire-général: A Sa Blajesté Charles X, Roi
de France et de Navarre, à son fils, le Dauphin, et à la
Famille royale. Puisse cette famille antique régner toujours sur la France pour le bonheur des Français et de
l'humanité ( 2 1 coups de canon. ) Le baron de Machau Messieurs, je vous demande
la permission de réunir deux santés qui ne peuvent être -=
séparées. A Son Excellence le Président d'Haïti le général
Boyer qu'Haïti soit long-temps, long-temps heureuse
que rien ne trouble jamais les liens fraternels qui s'établissent entre elle et notre. pays, et que nos derniers
-^neveux disent comme nous vive Haïti! vive lu France!
(2 coups de canon. ) Le général Thomas A M. le baron de Mackau puisse
le négociateur heureux de l'indépendance d'Haïti jouir
long-temps de toutes les prospérités, et vivre dans la mémoire de notre postérité L'amiral Crivel A la mémoire de l'illustre Pétion.
Les Haïtiens ne doivent jamais oublier que le courage et
la sagesse de ce grand homme ont préparé l'heureuse
journée que nous fêtons. Le docteur Petcay, inspecteur en chef du service de
santé A la religion chrétienne elle est la source de
toute charité parmi les hommes; elle a répandu la civilisation sur toute la terre; elle a détruit l'esclavage doinestique elle réunira, quelque jour, tous lesenfans d'Adam
par la même croyance morale, par les mêmes sentimens
d'humanité. C'est à son influence qu'est dû l'événement
que nous célébrons en ce beau jour.
docteur Petcay, inspecteur en chef du service de
santé A la religion chrétienne elle est la source de
toute charité parmi les hommes; elle a répandu la civilisation sur toute la terre; elle a détruit l'esclavage doinestique elle réunira, quelque jour, tous lesenfans d'Adam
par la même croyance morale, par les mêmes sentimens
d'humanité. C'est à son influence qu'est dû l'événement
que nous célébrons en ce beau jour. L amiral Jurien Au général Inginac, secrétaire-général de Son Excellence le Président d'Haïti.
Le général Chanlatte A Son Altesse Royale le
Dauphin, duc d'Angoulême (21 coups de canon.)
Le général Panayoti A la marine française. Puisset-elle continuer à être commandée par les amiraux et
les officiers qui fraternisent aujourd'hui avec nous (2 1
coups de canon. ) Le sénateur Gayol Aux nations étrangères qui imiteront le bel exemple que la France vient de donner.
Le sérzatcur Duunzec Aux progrès des sciences et des
arts, au développement de la culture, à l'amitié, à la
reconnaissance que nous devons au commerce étranger,
qui a dans le temps malheureux partagé nos dangers èt
nos misères. Le colonel Piémont Aux vrais philanthropes de tous
les pays aux progrès de la civilisation. Puissc-t-clle
éclairer tous les hommes sur leurs véritables intérêts
M. Frédéric Aux dames haïtiennes, dont la présence
va compléter si agréablement pour nous cette immorelle journée. Le Secrétaire-général Inginac A la loyauté et â, lu
bonne foi les Haïtiens ont juré sur l'honneur d'en faire,
la base de leurs rapports avec ceux qui traverseront les
mers pour arriver avec des vues amicales aux rives de
leur île. fortunée. Le citoyen Elie, représentant de la commune du Portau-Prince, chanta, a. la. satisfaction générale, l'Hymne à.
l'indépendance qu'avait composée le jeune Ronjane et
que nous insérons ici. HYMNE A L'INDÉPENDANCE. Ain Peuple français, peuple vaillant.
LE monde a salué tes fils Soleil, c'est aujourd'hui ta fête Vois Haïti mêler le lys Aux palmes qui couvrent sa tête. Partage nos transports joyeux En ce jour de réjouissance La France a comblé tous nos vœux. Vive Haïti! vive la France (Bis f
Le jour de gloire a lui pour vous e Augustes ombres de nos pères Venez célébrer avec nous. Nos destins si beaux si prospères. La France a scellé les efforts De votre héroïque vaillance Chantez, chantez aux sombres bords
Vive Haïti vive la France! (Bis.)
Roule des flots plus orgueilleux, Majestueuse Artibonite Toi qui, dans l'empire écumeux Avec fierté te précipite; Que ié.inurmure de tes eaux ,Vl. Célébrant ce jour d'espérance Apprenne à dire à tes roseaux Vive Haïti vive la France (Bis.f) Allons aux pieds du grand Boyer, Allons déposer nos offrandes La paix couronne ce guerrier De ses immortelles guirlandes. Ses constans et nobles travaux Ont conquis notre indépendance Il a dit pour finir nos maux Vive Haïti! vive la France! (Bis.)
erté te précipite; Que ié.inurmure de tes eaux ,Vl. Célébrant ce jour d'espérance Apprenne à dire à tes roseaux Vive Haïti vive la France (Bis.f) Allons aux pieds du grand Boyer, Allons déposer nos offrandes La paix couronne ce guerrier De ses immortelles guirlandes. Ses constans et nobles travaux Ont conquis notre indépendance Il a dit pour finir nos maux Vive Haïti! vive la France! (Bis.) Salut! ô grand Roi des Français Toi qu'on vit, coui'onné de gloire, Enchaîner l'hydre des forfaits Au char ailé de la Victoire. Ton front luit d'immortalité Nos Jils, admirant ta clémence, Diront dans la postérité Vive Haïti vive la France (Bis>^ Grand Dieu! daigne agréer nos chants Tribut d'une sainte allégresse Que les liens les plus constans De la paix nourrissent l'ivresse! ï Que sur Chaules et sur Boyer Se répande ta bienveillance Entends-les tous deux s'écrier Vive Haïti vive la France (Bis.) Après le repas, il y eut un bal qui dura jusques vers
lés 3 heures du matin, et la ville fut illuminée. Sa Majesté
Très-Chrétienne ne pouvait faire un choix plus agréable
aux Haïtiens que celui de M. le baron de Mackau, pour
venir leur annoncer la reconnaissance de l'indépendance
de leur Gouvernement. Par ses manières affubles- et son
aménité, il a inspiré à tous les cœurs la plus grande VWVWXY^VWWWVW --- Page 5 ---
(5) eslime pour sa personne. MM. les amiraux ont aussi
attiré sur eux toute l'attention des Haïtiens par leur noble conduite et leur urbanité. Les capitaines de vaisseau,
de frégates, et tous les officiers, en général, de la marine
française, ont su se faire estimer par leurs manières
franches et ouvertes. On n'en attendait pas moins de la
part de ces aimahles hôtes, qui rappellent au souvenir
les temps de l'antique chevalerie. Le 1 2 il a été puhlié en ville la proclamation suivante
RÉPUBLIQUE D'HAÏTI. \\idtsW N11VW121b11 PROCLAMATION AU PEUPLE ET A L'ARMEE. Jean-Pierre BOYER, Président d'Haïti, Haïtiens Une longue oppression avait pesé sur Haïti notre
courage et des efforts héroïques l'ont arrachée, il y a
vingt-deux ans, à la dégradation pour l'élever au niveau
des États indépendans. Mais il manquait à votre gloire
un autre triomphe. Le pavillon français, en venant saluer
cette terre de liberté, consacre en ce jour la légitimité de
votre émancipation. Il était réservé au Monarque, aussi
grand que religieux, qui gouverne la France, de signaler
son avénement au trône par un acte de justice qui illustre à la fois et le trône dont il émane, et la nation qui
en est l'objet.
tats indépendans. Mais il manquait à votre gloire
un autre triomphe. Le pavillon français, en venant saluer
cette terre de liberté, consacre en ce jour la légitimité de
votre émancipation. Il était réservé au Monarque, aussi
grand que religieux, qui gouverne la France, de signaler
son avénement au trône par un acte de justice qui illustre à la fois et le trône dont il émane, et la nation qui
en est l'objet. Haïtiens! une Ordonnance spéciale de Sa Majesté
Charles X en date du I7 7 avril dernier, reconnaît l'indépendance pleine et entière de votre Gouvernement.
Cet acte authentique, en ajoutant la formalité du droit à
l'existence politique que vous aviez déjà acquise, légalisera, aux yeux du monde, le rang où vous vous êtes
placés, et auquel la Providence vous appelait.
Citoyens le commerce et l'agriculture vont prendre
une plus grande extension. Les arts et les sciences qui se
plaisent dans la paix, s'empresseront d'embellir vos nouvelles destinées de tous les bienfaits de la civilisation
continuez, par votre attachement aux institutions nationales, et surtout par votre union, à être le désespoir de
ceux qui tenteraient de vous troubler dans la juste et
paisible possession de vos droits. Soldats! vous avez bien mérité de la patrie Dans toutes
les circonstances, vous avez été prêts à combattre pour
sa défense. Vous serez toujours fidèles à vos devoirs.
La confiance dont vous avez donné tant de preuves
au chef de l'État, est la plus douce récompense de sa
constante sollicitude pour la prospérité et la gloire de la
République. Haïtiens! montrez-vous toujours dignes de la place
honorable que vous occupez parmi les natio?: et, plus
heureux que vos pères, qui ne vous avaienftransmis
qu'un sort affreux, vous léguerez à votre postérité le
plus bel héritage qu'elle puisse désirer, la concorde intérieure, la paix au dehors, une Patrie florissante et respectée. ° Vive à jamais la liberté! Vive à jamais l'indépendance! Donné au palais national du Port-au-Prince, le iï i
juillet 1825, an 22e de l'indépendance. BOYER. Par le Président Lb secrétaire-général, B. INGINAC. ORDONNANCE DE SA MAJESTÉ LE ROI DE FRANCE. Paris le 17 avril 1825. CHARLES, PAR LA GRACE DE DlEU, Roi DE FttANCE
ET DE Navarre A tous ceux qui ces présentes verront, Salut
Vu les articles i/jet73dela Charte, Voulant pourvoir à ce que réclament l'intérêt du
commerce français, les malheurs des anciens Colons de
St.-Domingue, et l'état précaire des habitans actuels de
cette île; Nous AVONS ORDONNÉ et ORDONNONS ce qui suit
Article premier. Les ports de la partie française de St.-Domingue seront
ouverts au commerce de toutes les nations. Les droits perçus dans ces ports, soit sur les navires,
soit sur les marchandises, tant à l'entrée qu'à la sortie,
seront égaux et uniformes pour tous les pavillons, excepté
le pavillon français, en faveur duquel ces droits seront
réduits de moitié. ARTICLE II. Les habitans actuels de la partie française de SaintDomingue verseront à la caisse générale des dépôts et
consignations de France, en cinq termes égaux, d'année
en année, le premier échéant au 3 décembre 1825, la
somme de cent cinquante millions de francs, destinée à
dédommager les anciens Colons qui réclameront une
indemnité. ARTICLE III. i.. .-nV.ons à ces conditions, par la présente
ARTICLE II. Les habitans actuels de la partie française de SaintDomingue verseront à la caisse générale des dépôts et
consignations de France, en cinq termes égaux, d'année
en année, le premier échéant au 3 décembre 1825, la
somme de cent cinquante millions de francs, destinée à
dédommager les anciens Colons qui réclameront une
indemnité. ARTICLE III. i.. .-nV.ons à ces conditions, par la présente .A'i s habitans actuels de la partie française tic ) î'<- mt-Domingue, l'indépendance pleine et 'je t)< '.nit-Domingue, l'indépendance pleine et eruîïrc g leur Gouvernement. Et sera la présente Ordonnance scellée du grand
sceau. Donné à Paris, au château des Tuileries, le dix-sept
avril 182a, et de notre règne le premier. Signé CHARLES. Par le Roi: Le Pair de Fiance Ministre de la Marine et des Colonies, Signé Cte DE CHABROL. PORT-AU-PRINCE, DE l/lMPRiaiERIE DU GQUYERNEMENlC